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MERCURE
THEQUE
CALANC
DEDIE' A MONSEIGNET
ZON
DELAFILLB
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE , 1706 .
LYON
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle du
Palais au Mercure galant,
PC
!!!
Omme il eft impoffible dans la con-
Cioncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confide
rablement les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente- huit fols , quantaux
volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VI .
Avec Privilege du Roy.
Sl :
AU LECTEUR
TLya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement dechaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent
dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'ily en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez , étant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient
corrects
. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
BLA
MERCVRE
GALANT
LYON
SEPTEMBRE 1706 .
OUS ne trouverez
point d'éloge du
Roy dans les pre-
* mieres lignes de cette lettre
felon l'ufage que j'ay fuivi depuis
trente ans ; mais vous en
trouverez dans la fin de l'extrair
A ïïj
6 MERCURE
du Sermon que vous allez lire.
Je dois vous dire , pour vous
expliquer de quel Sermon je
veux parler , que M's de l'Academie
Françoife celebrerent ,
felon leur coûtume , le 25. du
mois dernier , le jour de la feſte
de Saint Louis . On celebra d'abord
la Mcffe dans la Chapelle
du Louvre , pendant laquelle ,
felon l'ufage ordinaire , on entendit
un Motet , avec la Priere
pour le Roy , de la compofition
de M' du Bouffet , chanté par un
grand Choeur de muſique mêlée
d'inftrumens & de voix. Le
Panégyrique de Saint Louis fut
>
GALANT
7
prononcé enfuite par le Reverent
Pere de Saint Jacques, Chanoine
Regulier de Saint Auguftin
, Ordre de Saint Antoine
avec un applaudiffement general
. Le choix de M's de l'Academie
fait d'autant plus d'hon .
neur à ce digne Panégyrifte
que non feulement il eft fort
jeune , mais auffi le premier Regulier
fur qui l'on ait jetté les
yeux , & qui ait de plus cfté élû
tout d'une voix & fans ſcrutin ,
pour prêcher le jour de cette Solemnité.
Jedois ,à cette occafion ,
vous dire qu'il luy arriva l'année
derniere , en fait de Prédication ,
A iiij
8 MERCURE
une chofe qui a paru tenir du
prodige.
Le fameux Pere Seraphin
prêchant dans l'Eglife de Saint
Antoine , le jour de la Fefte de
Tous les Saints , eut une attaque
d'apoplexie , au commencement
de fon premier Point
qui l'obligea de defcendre de
Chaire , au grand regret de
l'Affemblée , qui s'attendoit à
un Sermon , & à un Sermon
d'un auffi habile Predicateur .
Cependant le R. P. Superieur
de la Maifon crût devoir propofer
au Pere de Saint Jacques
de fuppléer , s'il fe fentoit affez
de courage pour une pareille
A
་
GALANT 9
entrepriſe ; & celuy - cy ayant
répondu qu'oüy , il quitta fa
place , pour aller prendre celle
du Predicateur : & reprenant
fes deux mêmes propoſitions ,
il continua le difcours avec autant
d'éloquence , de juſteſſe ,
& de prefence d'efprit que s'il
s'y eftoit préparé. De maniere
que tout l'Auditoire fe crut
tout -à-fait dédommagé de la
perte
du Sermon du Pere Seraphin
, & il ne pût s'empêcher
de témoigner hautement fon
admiration.
Je reviens à l'Eloge que ce
Pere a prononcé le jour de Saint
10 MERCURE
Louis . Il prit pour Texte ces
paroles du Chapitre treiziéme
du fecond Livre d'Efdras . In
multis gentibus non erat Rex fimilis
ei. IL N'Y AVOIT POINT
DANS TOUTES LES NATIONS
AUCUN ROY QUI
PUST L'EGALER ; & dit .
Tous les ficles ont fait voirfur
le Trône quelques grands Rois ,
que les qualitez héroïques , où les
vertus chrestiennes ont diftinguez
des autres Souverains , que les
Hiftoiresfaintes ou prophanes nous
ont toûjourspropofez comme les modeles
des Princes les plus accomplis;
mais qu'il eft rare de trouver touGALANT
II
ges ces qualitez & toutes ces vertus
réunies en la perfonne d'un
Roy ! De voir en luy tout à lafois,
tout ce quifait les Herosfelon
le monde , & tout ce qui fait les
Saints felon l'Evangile ! C'eſt un
de ces prodiges que la nature qui s'épuife
,pour ainfidire , à les former,
ne nousfait voir qu'aprés plufieurs
fiécles , & un de ces miracles que la
grace,qui fe communiquepour l'ordinaire
avec mefure, comme dit S.
Paul,ne nous accorde que rarement;
foitque Dieu veüille punir les pechez
despeuples ,foit qu'ilfe plaife
à abaiffer l'orgueil des Souverains.
Ce fut pourtant , Mrs ,
ractere du Saint Roy , dont l'Eglile
Ca12
MERCURE
fe celebre en cejour la Fefte . Prince
, digne d'eftre comparé à tout ce
l'antiquité payenne a le plus
que
2
admiré dans les Alexandres &
dans les Céfars , & tout ce que
l'Hiftoire facrée a le plus loüé dans
lesFofués & les Davids. Prince ,
qui fçût unir en fa perfonne tout
ce qui peut attirer l'eftime &
l'admiration du monde politique ,
avec tout ce qui peut meriter l'amour
& la veneration du monde
chreftien. Joindre une grande puifance
à une grande moderation ;
une valeur heroïque, à une ſageſſe
confommée ; la gloire des victoires
des triomphes , à l'humiliation
GALANT
13
de la Croix , à une rare pieté.
Prince , enfin , dont le regne fut
celuy de la gloire & de la Religion
; dans lequel on vit briller
toutes les qualitez royales , &toutes
les vertus chreftiennes , qui fit
voir qu'on pouvoit eftre tout à la
fois un parfait Héros , &unparfait
Chrétien ; un grand Roy ,
un grand Saint. C'eft fur ces
deux caracteres de grandeur & de
Sainteté , que je vais formerfon
éloge. Saint Louis a poffedé toutes
les qualitez qu'on peut fouhaiter
dans un grandRoy: S. Louis a pra
tiqué toutes les vertus qui font les
grands Saints, Ses qualitez heroi14
MERCURE
ques , & fes vertus chrétiennes ,
feront le partage de cedifcours , &
lefujet de votre attention.
Mais, avant que de l'entreprendre
, l'honneur que j'ay de parler
pour la premiere fois devant une
illuftre Compagnie , compofée de
tout ce qu'ily a de plus grand
de plus auguftedans la République
des Lettres , demanderoit
, Mrs ,
que je fiffe tous mes efforts pour
joindre au Panegyrique de Saint
Louis , les louanges que merite vôtre
pieté envers ce grand Saint ;
je ne me difpenferois pas
devoirfi jufte ,fi je n'eftoisperfuadé
que l'éclat de cettefolemnité red'un
GALANT 15
rez
à
jaillit jufque fur vous ; & que
parmi les éloges que vous attice
faint Roy , chacun fe ſouvient
que c'eft de vous que nos
Orateurs empruntent ces traits
hardis , ces expreffions fublimes ,
cette éloquence parfaite qu'on voit
regner dans tous vos ouvrages.
L'onfait , Mrs , que l'Academie,
l'un des plus beaux ornemens de la
France , ayant efté établie pour embellir
noftre langue , s'eft dignement
acquitée de cette glorieuſe
obligation , & qu'en luy donnant
lélegance & laféconditédes Lan
gues Gréque & Latine , elle l'a
mife en eftat de devenir la Langue
16 MERCURE
univerfelle de l'Europe.
que
C'eft , Mrs , ce qui de manderoit
de grands éloges , fi vous
pouviezfouffrirqu'on en fift quelqu'autre
dans ce jourfolemnel
celuy du grand Saint dont vous
celebrez la memoire avec tant de
pieté ; & fi le défintereſſement de
vofire zele ne vous faifoit deja
regretter ce peu de paroles que je
viens de dérober , pour ainfi dire
àfa gloire : Fofe donc me flater,
que vous joindrez vos voeux aux
miens , pour m'obtenir du Ciel les
fecours dont j'ay befoin , & que
nous allons implorer par l'entremi
fe de Marie , &c.
د
GALANT 17
Il commença fon premier
Point par un beau portrait de
la grandeur & de la majeſté des
Rois ; & ajoûta que leurs obligations
répondoient à l'excellence
de leur dignité. Qu'un Roy doit
avoir un coeur courageux & intrépide
,pour attaquerfes ennemis ,
ou pour refifter à leurs infultes ;
un coeur bon genereux,pour user
avec moderation de fes victoires ;
un coeur tendre & équitable , pour
rendre juſtice à fes peuples. Voilà
les qualitez fouveraines qui font
les Heros felon le monde ,
leur , la clemence , & la justice;
voilà les qualitez que Saint
Septembre 1706.
la
B
va18
MERCURE
Louis a poffedées , & qui luy ac
quirent le titre de Grand Roy ,
l'eftime & la veneration de tous
les Peuples .
C'est ce qu'il prouva dans fa
premiere Partie , avec beaucoup
de jufteffe & d'éloquence .
Il fe foûtint également par
tout ; & fur la fin il releva particulierement
l'amour que Saint
Louis eut pour la juftice , qui
fit fouvent facrifier aux befoins
de fes Sujets , fon loifir
fon repos , & fes divertiffemens .
Combien de fois , dit-il , le vit-on
interrompre fes promenades , & les
plaifirs innocens de la Chaffe
GALANT
19
pour entrer dans la cauſe de laVeuve
, & pourécouter les plaintes de
l'Orphelin ? Vous enfûtes témoin ,
Arbrefameux , par l'honneur que
vous eûtes de luy fervir de lit de
Fuftice , lors qu'affis à l'ombre de
vos feuillages , & dépouillé , pour
ainfi dire , defa majefté , il faifoit
les mêmes fonctions que cet Ange
envoyé du Ciel fur la terre pour
la conduite d'Ifraël , qui s'afficfous
un Chefne , comme il eft dit
dans le Livre des Juges , pour
inftruire ce peuple ; paroiffantfous
lafigure d'un homme , & dans cette
fituationfamiliere,pour ne pas intimider
ceux àqui il vouloirparler.
Bij
20 MERCURE
Il entra dans fa feconde Partie
, en difant , que tous ces pompeux
& magnifiques dehors qu'il
venoit d'étaler , ne donneroient
Saint Louis qu'une gloire purementmondaine
, s'ils n'eftoientfoutenus
par une pieté , qui l'a rendu
encore plus recommandable devant
Dieu ›, qquuee la valeur , la
clemence , la justice ne l'avoient
fait admirer des hommes.
Tous ces auguftes titres de grand
Roy , de Conquerant , d'Arbitre
fouverain de l'Univers , qu'il a
meritez parfes vertus heroïques ,
fontpaffez mais le titre de Saint
de Serviteur de Dieu , qu'il
:
GALANT 21
s'eft acquisparfes vertus chrêtiennes
, le fuivra jufqu'à la fin des
fiecles , & lefera vivre dans une
gloire immortelle pendant l'Eternité.
Il ajoûta , que ce n'eftoit pas
tant la grandeur qui faifoit la
gloire des Rois , que grande &
fuprême pieté que cette gloire
n'avoit qu'un faux éclat , fi les
vertus chrétiennes n'en faifoient
l'ornement
; & que tout cet appareil
de majefté , qui environne les
Princes de la terre , n'avoit rien
defolide , s'ils n'eftoient auffifaints
:
que
Dieu les aux yeux de Dieu ,
avoit fait grands aux yeux des
hommes. Que c'eftoit là le fage
22 MERCURE
confeil , que David , qui avoit
appris par une longue experience ,
que lapieté eftoit la gloire & l'affermiffement
des Trônes , avoit
・donné à Salomon , lorfque fur la
fin de fes jours , il luy dit : Mon
Fils , craignez le Seigneur , marchez
dans fes voyes , gardez fes
divins préceptes , afin de réuſſir
dans toutes vos entreprises , & de
rendre voftre nom celebre dans tout
l'Univers. Il appliqua ces fentimens
à Saint Louis , en difant
que ce Prince religieux , éclairédes
vives lumieres de la Foy , avoit
crú que pour regner glorieusement
fur le premier Trône du monde
GALANT 23.
chreftien , il devoit faire regner
Dieu fur luy- même , fur fes peuples
, & fur toutes les nations de
la terre , travaillant par lapratique
des vertus chrétiennes à fon
falut particulier , à la fanctification
de fes Sujets , & à la converfion
des Infideles.
Le détail qu'il en fit , fut accompagné
d'un grand nom
bre d'applications fort juftes
de l'Ecriture , & de belles reflexions
morales ; & touchant
d'un air pathetique , les difgraces
du premier voyage de la
Terre-Sainte , il juſtifia la conduite
du Seigneur à l'égard de
24 MERCURE
la captivité de ce faint Roy ,
difant. Arreftez icy vos jugemens
vos penfees , Chreftiens qui
m'écoutez, & admirez la conduite
impenetrable de Dieu , à qui la
gloire d'un feul eft fi précieuse ,
qu'il abandonne la fienne propre
pour le donner en spectacle & en
admiration à toute la terre. Une
troifiéme victoire euſt rendu tout
l'Orient tributaire de l'augufte
-Deffenfeur de la Religion ; une
victoire euft rétabli les Temples ,
relevé les Autels , renversé les
Idoles , rallumé le feu des Sacrifices
, arboré par tout la Croix de
Fefus - Chrift : mais cette victoire
n'eust
GALANT 25
n'euft pas fait connoiftre à tout
l'Univers que Dien avoit fur le
Trône un Ami fidele , un Serviteur
défintereffé, égalementpieux ,
comme Job , dans l'une & dans
l'autre fortune.
Il releva enfuite la pieté , la
conftance , & la religion de
Saint Louis ; & finit, en difant .
Ne dérobons rien à fa gloire . Ce
qui le toucha uniquement dans fa
difgrace , ce fut de ne pouvoir
eftre malheureux fans que Dieu
en fouffrit dans l'établiſſement de
fon culte ; ilfefuft eftimé heureux ,
ften luyfacrifiant fa liberté & fa
vie, il euft pú établir fa Religion
Septembre 1706. C
26 MERCURE
parmy les Infideles. Mais mourir¸
comme Moife , fans avoir le bonheur
d'introduire
le peuple de Dieu
dans la terre promife ; mourir dans
un climat barbare , où le nom de
Jefus- Chrift n'eftoit pas invoqué ;
mourir , & laiffer l'Arche du Seigneur
entre les mains des Philiftins
: Voilà quelfut le feul regret
de ce Prince religieux , que la ter
re ne sçauroit affez dignement
loüer
,
& que
le Ciel n'a pas du
laiffer fans recompenfe. Ouy
grand Saint , il eftoit juste que
Dieu mift la fainteté de fon nom
à couvert
du blafphême
parmy
des Nations accoûtumées
à ne juGALANT
27
ger des chofes que par l'événement.
Il eftoit jufte que puniffant l'iniquité
des Peres jufques à la troifiéme
& quatrième générations,
il couronnât auffi vos vertus dans
la perfonne de vos defcendans. Et
comme dans la felicité dont vous
joüiffez dans le Ciel , vous prenez
intereft à ce qui fe paffe fur
la terre , combien devez- vous eftre
fenfible à la gloire de voſtre augufte
Petit- Fils , qui n'eſt pas
moins l'heritier de vos vertus , que
de voftre Couronne ; qui n'a pas
moins reçu de Dieu fur les autres
Rois de la terre , une fuperiorité
de merite , qu'une fuperiorité de
Cij
28: MERCURE
puiſſance; & qui, aprés avoir élevé
la France au plus haut point de la
gloire , 'a fait auffi triompher la
Religion de Jefus- Chrift dans l'un
rs
dans l'autre monde ? Et adreffant
la parole à M¹³ de l'Academie
, il ajoûta. Je fens , Mrs,
que j'entre dans vos fentimens, en
rendant cette juftice à LOUIS
LE GRAND , l'exterminateur
de l'herefie , & le reftaurateur de
la Foy ; à la pieté duquel la Religion
ne doit pas moins un tribut ,
que l'éloquence humaine en doit àfå
gloire.Je n'entreprens pas defaire.
icy fon éloges c'est à vous , Mrs
qui eftes les reformateurs de lapas
GALANT 29
role ,, & qui poffedez toutes les
graces du difcours , à publier les
merveilles de ce Grand Prince
qui vous honore de fon augufte
protection. Je me contente de chanter
, dans le Temple du Dieu vivant
, des divins Cantiques à la
loüange de cet Oint du Seigneur ;
d'unir mes voeux aux vôtres
pour demander à Dieu la confervation
de fa perfonne facrée , la
profperité de ses armes , & une
Paix durable fur la terre , quifoit
la digne récompenfe de fesglorieux
travaux , en attendant les Cou-
Dieu luy prépare dans ronnes que
Le Ciel par une gloire immortelle ,
C iij
30 MERCURE
& queje vousfouhaite ,&c.
cele
M' de l'AcademieRoyale des
Sciences , & de celles desMedailles
&des Inſcriptions , firent
brer pareillement le même jour
une Meffè , qui fut dite par M
l'Abbé de Tilladet , l'un des
Penfionnaires de l'Academie
des Infcriptions , dans l'Eglife
des Preftres de l'Oratoire de la
ruë Saint Honoré , enfuite de
celle de l'Academie Françoife .
On chanta pendant cette derniere
Meffe l'Exaudiat en Mufique
, de la compofition de M*
du Bouffet. Le Panégyrique de
GALANT
31
Saint Louis y fut prononcé par
le Fere de la Ferté Jefuite. Ce
Difcours reçut de grands applaudiffemens
; il eftoit rempli
de morale. Sa divifion même
eftoit tirée de deux penfées tresmorales
: fçauoir,la vertu éprouvéepar
la grandeur ; & la vertu
purifiée par l'adverfité. Il commença
la premiere Partie , en
faifant voir , que la naiffance
d'un homme qui naift dans la
grandeur , eft le premier pas
qui le conduit à fa perte . Cette
Partie fut fubdivifée par trois
reflexions , qui firent voir que
les richeffes font la matiere des
Ciiij
32 MERCURE
vices , l'occafion des vices , & l'impunité
des vices. Le détail , ou
le Pere de la Ferté entra pour
rendre fenfibles ces trois refle
xions , fut tres beau & trestouchant
. Il fit voir à diverſes
fois les dangers où expofent les
richeffes , la féduction qui accompagne
la grandeur , & laforte
tentation à laquelle eft fouvent
expofé un Grand que tous,
les objets qui l'environnent flattent
& tâchent à corrompre à
l'envy ; & il fit voir que c'eftoit
dans ces dangers évitez , & dans
le bonheur qu'un Grand a de
fuir ces écueils, que confifte le
a
GALANY
33
vrayHeroïfme.Il commença fa
feconde Partie , par cette belle
penfée d'unPhilofophedu Paganifme
, que l'on reconnut auffitoft
que cet Orateur avoit tiré
de Seneque , que c'eſt un ſpectacle
digne d'un Dieu , de voir un
coeur genereux aux prifes avec la
Fortune. En effet , il fit connoî
tre que l'Heroilme de la vertu
de Saint Louis confiftoit dans fa
tranquillité , dans fon indifference
, & dans cette précieuſe
paix , qui ne fut jamais alterée
dans les plus grands revers &
les plus humiliantes difgraces.
La conftance de ce Saint Roy à
34 MERCURE
refufer de faire un ferment que
les Barbares vouloient extorquer
de luy , & que tous fes
Courtifans , & même le Legat
du Pape l'exhortoient à faire
pour rompre les liens , donna
un beau champ à l'Orateur.
Les paroles de Saint Louis au
lit de la mort , fauvez mon Peuple
, fanctifiez - le , fervirent de
fujer au Pere de la Ferté , pour
faire un compliment à M™³ de
l'Academie ; il leur fit voir, qu'il
leur ferviroit de peu d'avoir fait
de riches découvertes dans la
nature , & d'en avoir penetré
tous les fecrets , s'ils ne peners
GALANT 35
troient les routes du Ciel , &
s'ils ne fe fanctifioient. Cet endroit
, où il fit une Priere pour
le Roy , au lieu de faire fon
éloge, fut tres-recherché. Cette
Priere qu'il adreffa àDieu pour
la confervation de la perfonne
du plus grand Monarque de la
terre , pour la profperité de fes
armes , & pour la juftice de fa
caufe , finit cet éloquent difcours
; mais encore plus chrê
tien qu'éloquent.
Ce qui fuit regardant encore
la Fefte de Saint Louis , doit
tenir icy fa place.
36 MERCURE
MANDE MENT
de Monfeigneur l'Evêque
de Senlis , pour faire chommer
la Fête de S. Louis .
Jean- François de Chamillart ,
par la grace de Dieu Evêque de
Senlis , Confeiller du Roy en tous
Les Confeils , premier Aumônier
de Madame la Ducheffe de Bourgogne
: A tous Doyens , Cha
pitres , Abbez , Prieurs , Curez,
Vicaires , Superieurs , & Superieures
des Eglifes & Communauteż
, foy difant exemptes
non exemptes ; & à tous les Fi
GALANT 37
déles de nôtre Dioceſe : Salut &
Benediction
L'Eglife qui a confacré certains
jours , particulierement deftinez
à honorer les principaux
myfteres de la Religion , en a
marqué d'autres pour celebrer le
triomphe des Martyrs qui ont été
les plus glorieux témoins de la
Foy , ou des hommes illuftres
qui l'ont édifiée par la fainteté
de leur vie. Outre les Fêtes
univerfellement receues , chaque
Royaume & chaque Diocefe en
a qui luy font particulieres , &
dont le nombre & la folemnité
font augmentez ou diminuez par
28 MERCURE
les Evêques , qui ayant également
receu le dépôt de la Foy ,
la puiffance de gouverner
l'Eglife , ont égard aux conjonctures
au befoin des peuples
pour regler les chofes de la
maniere qu'ils croient plus convenable
au bien de leurs troupeaux.
C'est dans cet Eſprit que nos
Prédeceffeurs ont autrefois fupprimé
dans ce Dioceſe plufieurs
fêtes , dont le grand nombre fervoit
plutoft à entretenir le libertinage
& l'oifiveté qu'à honorer
Dieu ; mais comme nous voyons
avec douleur
que l'iniquité s'eft
#GALANT 39
Nous
accrue par le refroidiffement de
la charité des Fidéles , & que
nous avons befoin de trouver
auprés de Dieu de puiffans interceffeurs
qui obtiennent de fa mifericorde
, ce que nous n'ofons
nous promettre d'obtenirpar 1
mêmes : Nous avons crû de
voir Nous adreffer à S. Louis
perfuadez qu'il s'intereffe an
bien du Royaume qu'il a fi fain
tement gouverné, & qu'il of
frira nos veux à Dieu pour attirer
les plus précieufes benedictions
du Ciel fur le Roy , qui
heritier de ſes vertus , auſſi-bien
que de fa Couronne , met toute
索
40 MERCURE
fa gloire à faire regner Jesus-
Chrift dans fes Etats , par fon
attachement inviolable àfa Religion
& à la faine Doctrine de
L'Eglife , & par fon attention
continuelle à prévenir ou à reprimer
tout ce qui pourroit en
alterer la pureté. C'est ce qui
Nous a déterminé à faire celebrer
avec plus de folemnité la
Fête de Saint Louis , afin qu'en
même temps que nous honorons
Dieu , qui s'eft fervide luy pour
la gloire de fon nom , & pour le
bonheur de fon peuple ; nous avons
un jour particulierement destiné à
recommander à Dieu la Perfonne
GALANT 41
facrée du Roy , les befoins
de tout le Royaume. A CES
CAUSES , aprés en avoir conferé
avec nos venerables Freres
les Doyen , Chanoines & Chapitre
de notre Eglife Cathedrale ,
avons ordonné & ordonnons,qu'à
l'avenir la Fête de Saint Louis
fera chommée dans toute l'étendue
de notre Diocese , & que
l'Office s'en fera double dans tou
tes les Eglifes & Communau
tez Regulieres , foy difant exemptes
& non exemptes ; & que
nôtre prefent Mandement fera
lû au Prône des Meffes Paroif
fiales , publié affiché en la ma
Septembre 1706. D
42 MERCURE
niere accoûtumée . Donné à Senlis
dans nôtre Palais Epifcopal
le onze Aouft , mille fept-censfix.
Signé † Jean - François Evêque
de Senlis , & plus bas , par Monfeigneur,
GERMAIN.
+
Le même Prelat fit publier
un Mandement pour la convocation
du Synode du Diocefe
de Senlis , pour le Mardy
13° du mois dernier. Cette
piece eft tres - belle ; ce fçavant
Prelat y fait voir les devoirs.
du miniſtere où il a plû à la
divine Providence de l'appellef
, qui l'engagent à veiller
GALANT 43
fans ceffe au falut des ames
qui font confiées à fes foins :
il a crû ne pouvoir employer
des moyens plus propres à
leur procurer tout le bien qui
peut dépendre de luy , que
ceux qui fe trouvent établis
par les faints Canons , qui ordonnent
dans chaque Diocefe
la convocation d'un Synode.
Les autres termes dont ce
Mandement eft remply , font
également forts & pleins du
zele qui anime ce Prelat.
Les articles que vous allez
fire , regardant deux des Academies
dont je viens de vous
Dij
44 MERCURE
parler , je croy ne devoir pasdifferer
à vous les envoyer .
M' du Hamel de Saint Lambert
, ancien Secretaire de l'Academie
Royale des Sciences ,
& ancien Profeffeur de Philofophie
au College_Royal
eftant decedé , ainfi que je
vous l'ay appris dans ma Lettre
précedente ; parmy les.
trois fujets que l'Academie a
nommez pour remplir la pla
ce d'Anatomiſte , le Roy a .
choifi M Littre , Docteur en
Medecine de la Faculté de Paris
, & Medecin du Châtelet ..
Ce n'eft pas le feul changeGALANT
45
ment qui s'eft fait dans cette
Academie. Le Roy ayant de
claré Mr Dalefme Veteran ,
SaMajefté a nommé pour remplir
fa place de Mechanicien
penfionnaire , Mr Carré , qui
eftoit Affocié Geometre , &
que Mr Varignon , fi connu
les Mathematiciens &
parmy
les Philoſophes , avoit choifi
pour Eleve dans l'ancienne Academie.
Ces deux Sçavans
font tres - dignes des places
qu'ils rempliffent. Mr Littre ,
outre fon profond fçavoir en
Medecine , eft tres- habile &
tres - celebre Anatomifte .
46 MERCURE
Quant à Mr Carré , il eft connu
des Sçavans par l'ouvrage
qu'il a donné fur le Calcul
Integral , & par pluſieurs autres-
découvertes . Il ne s'eft pas
feulement appliqué aux Mathematiques
& aux Mechaniques
; mais il a fur tout cultivéla
Philofophic , & fçait , par
des talens rares , la rendre fr
fenfible & fi agreable , qu'un
grand nombre de Dames de
la premiere qualité fe font un
plaifir de l'apprendre de luy.
Il a entrepris , par l'ordre de
Mr l'Abbé Bignon, de décrire
tous les Inftrumens de MufiGALANT
47
que , qui font en ufage en
France. On fçait que l'Academie
des Sciences a entrepris
de faire la defcription de tous
les Arts , afin de les conferver
à la pofterité , & de contribuer
à leur perfection . C'eſt
une entreprife digne de l'Academie
, & du grand Roy qui
la
protege
.
J'aurois beaucoup de chofes
à vous dire de Mr l'Ab
bé Bignon , dont le travail
& les foins font que cette Academic
eft auffi floriffante qu'on
la voit aujourd'huy.
M❜ de Boze , Secretaire per
48 MERCURE
petuel de l'Academie des Inf
criptions , a eu l'agrément du
Roy pour la Charge d'Intendant
des Devifes & Infcriptions
des Edifices Royaux , qu'il a
achetée de M' l'Abbé Tallemant
, & qui a efté créée par
François I. & toûjours poffedée
par des perfonnes de merite &
de diftinction .
La place de M' Danchet , qui
eftoit Eleve de l'Academie , a
efté donnée à M² l'Abbé le
Roy ,qui s'eft acquis beaucoup
de reputation , par la traduction
qu'il a donnée au Public de la
Differtation du P. Mabillon ,fur
le
GALANT 49
culte des Saints inconnus . Cet
Abbé eft frere de M " le Roy ,
celebres Avocats du Parlement;
& de M' le Roy d'Arfilly ,
Commiffaire des Guerres.
Il paroift depuis peu un livre
intitulé : Traité des Feux
d'artificespour les Spectacles, dédié
à Son Alteffe Sereniffime Monfeigneur
le Prince de Dombes ,
par Mr Frezier. Cet Auteur
commence fon Traité
par une
Préface Hiftorique & Critique,
où aprés avoir recherché dans
l'antiquité , ce qui luy a paru
avoir le plus de rapport avec
la matiere qu'il traite , il fait
Septembre 1706 .
E
50 MERCURE
voir d'où nous eft venu la coû
tume de faire des Feux de joye
& des Illuminations dans les
temps de réjoüiffances. Enſuite
il rapporte les Auteurs qui en
ont traité avant luy ; il fait une
critique de leurs ouvrages fort
fage & fort modefte ; & il confeffe
qu'il en a tiré ce qu'ils
ont écrit de meilleur , particulierement
d'un Polonois qu'il
cftime beaucoup. Il finit fa
Préface par la divifion de fon
Ouvrage , où l'on trouve beaucoup
d'ordre. Il eft divifé en
trois parties. Dans la premiere,
il enfeigne comment il faut
GALANT
51
préparer les matieres qui entrent
dans la
compofition des
Feux
d'artifices ; il
commence
par le falpêtre qui eft l'ame de
ces feux. Il en fait en abregé
l'hiftoire ; aprés quoy il donne
la
maniere de le tirer des matieres
qui le
contiennent , de le
purifier , & d'en connoiſtre la
bonté. Il en fait autant à l'égard
du fouffre ; & aprés avoir
parlé de quel bois il faut fe
fervir pour faire le charbon ,
vient à l'ufage que l'on fait
de ces trois matieres fondamentales
pour la
compofition
de la poudre à canon , dont il
Eij
52 MERCURE
explique l'effet d'une manière
fort fenfible , par rapport aux
ingrediens qui la compofent,
& ne laiffe rien à fouhaiter
pour tout ce qui regarde la maniere
de l'éprouver & de la raccommoder
. De-là il vient aux
feux de fenteurs & aux méches;
où il finit fa premiere parpar
tie .
Dans la feconde , il donne
la méthode de compoſer toutes
fortes d'artifices en particulier.
Il commence par les fu
fécs volantes , dont il traite à
fond ; il fait connoiftre les proportions
les plus convenables
GALANT
53
que
les
moules doivent avoir,
fuivant les
experiences qu'il en
a fait , & il refute une raifon
contraire à fon
fentiment ,
donnée par le Pere Dechalles
, avec autant de jufteffe
que de modeftie : ce qui n'eſt
pas
ordinaire aux jeunes gens.
Il parle enfuite des
compofi-
3
tions de tous les meilleurs Auteurs
, avant que d'en donner
de nouvelles pour faire les fu
fées volantes fans poudre ; ce
qui épargne au moins le tiers
de la dépenfe. Après avoir
parlé des fufées fimples , il
vient aux fufées volantes fro
M iij
54 MERCURI
7
gurées , & il donne une nou
velle maniere d'en faire en
Cometes . Il parle enfuite de
toutes fortes de garnitures ,
étoiles , balles luifantes , pluye
de feu , ferpenteaux
,
fauciffons,
caracteres de feu , & c. Ce
qui le conduit aux caiffons , aux
pots
à feux , aux trompes , aux
balons & aux mortiers à jetter
les balons ; furquoy il donne
une maniere aifée de faire à
de frais des mortiers pour
peu
cet ufage. Il finit par là fa premiere
fection des feux qui ont
leur effet en l'air , pour venir à
ceux qui fe confument fur la
GALANT
55
terre , tels que font les jets, les
gerbes , les pyramides de feu ,
les foleils brillans , les giran
doles , les fufées courantes ,
les globes de feu , quelques
artifices pour les combats de
nuit , & les illuminations , où
il comprend les lanternes , les
lamperons , les fanaux , les
lances à feu , les torches , &c.
Enfin l'on voit dans fa troifiéme
fection, ces artifices furprenans
qui brûlent dans l'eau,
La troifiéme partie eft une
idée de la conduite des feux
d'artifices. On voit dans le
premier Chapitre , l'origine
E iiij
56 MARCURE
des decorations , & le choix
que l'on en doit faire pour les
feux d'artifices . On lit dans
le fecond , les differens fujets
qui donnent occafion aux réjoüiffances
, & on y trouve
une idée d'un feu d'artifice
pour chacun de ces fujets ;
des feux de la Saint Jean ; des
feux pour la Paix , pour une
Fête, pour un Couronnement,
pour une Naiffance, pour des
Mariages , & enfin pour les
Feltins. De la theorie il vient
à la pratique de la ſtructure
des theâtres & des decorations
, de l'arrangement des
GALANT 57
-
artifices fur les theâtres , & de
l'ordre qu'il faut garder pour
faire jouer un feu d'artifices .
On voit , par le détail que je
viens de faire de ce petit ouvrage,
qui n'eft qu'un petit indouze
, qu'il eft tres-curieux ,
& tres propre à faire paſſer
d'agreables momens aux perfonnes
qui voudront fe donner
la peine de faire mettre en
ceuvre les fecrets que l'on y
trouve ; puifqu'on ne fçauroit
difconvenir que les feux
d'artifices ne foient un des
plus beaux Spectacles qu'on
ait inventez jufqu'icy.
58 MERCURE
Ce Livre fe vend chez le
fieur Jollet , demeurant au
bout du Pont Saint Michel ,
vis-à- vis la ruë de l'Hirondelle
, au Livre Royal .
Ce qui fuit eft de Mr de
Leftra , Medecin de Bourbonne
en Bugcy , prés du Rhône
& du Louffon.
REPONSE
A un Probleme, propofé dans
un des Mercures precedens,
fur les Corpufcules lumineux.
Ce 1. Aouſt.
GALANT 59
MONSIEUR ,
Votre Lettre, où vous avez in-
Seré celle qui vous a efté écrite de
Languedoc , aufujet d'un Phenomene
extraordinaire , ne m'étant
tombée entre les mains que depuis
quelques jours , je n'ay pú vous
faire part pluftoftde mes reflexions
Sur ce Phenomene. Je m'y crois
d'autant plus obligé , à prefent
que je fuis caution d'un miracle
de la nature , qui vous a paru
fi furprenant. J'en ay d'auffi
bons témoignages que ceux que
vous avez de lafamille de Mont60
MERCURE
pellier dont vous parlez : outre
que plufieurs animaux , ainſi que
les chats , ont cela de commun avec
nous ; car fi on leur paffe la main
fur le dos , fur tout à contre -poil ,
dans l'obfcurité de la nuit & pendant
un grand froid , il en fort
une infinité d'étincelles lumineufes
, mefme avec un petillement
femblable à celuy d'une poudre
bien fine de falpeltre , qu'on jetteroitfur
le feu . Il m'est arrivé la
mefme chofe jufqu'à l'âge de 25
ans , lorfque dans l'Hyver m'étant
défabillé, aprés avoir éteint ma
chandelle, je voyois fur mes jambes
, comme une traînée de poudre
GALANT 61
feu , lorfque je tirois mes bas "
avec un petillement pareil à celuy
que j'ay déja marqué. A l'égard
des autres habits , cela m'est arrivé
quelquefois , mais rarement.
J'avois cru ce Phenomene commun
à tous les animaux , juſqu'à
ce qu'un jour eſtant chez un de
mes amis , avec d'autres perfonnes
, un enfant careffant un chat ,
il en fortit des corpufcules lumineux
, dont ils me demanderent la
raifon ; & leur ayant dit qu'il en
eftoit de mefme des hommes à
portion, je lesfis rire. Et moy plus
Surpris de me voirfingularife par
je les fis paffer dans la nature
pro62
MERCURE
une chambre fans clarté , &je
leurprouvay ce quej'avois avancé
en tirant mes bas . Mais , Mr , il
eft temps d'endonnerla raison ,fans
préjudicier à celles qu'on pourroit
vous donner d'ailleurs & qui
vous fatisferoient plus. Il faut
fuppofer, fuivant le Syfteme des
Phofphores , qu'ils ne font lumineux
que parce que les fouffres
eftantfort exaltez, la matiereſubtile
s'en échappe , & pouffe les
globules du fecond element , jufqu'à
nos yeux : c'est en quoy confifte
la lumiere.
Il faut donc un certain degré
d'exaltation des ſouffres, parce que
GALANT 69
s'il n'y en avoit pas affez , la
matiere fubtile ne fortiroit pas en
affez grande quantité pour donner
le mouvement neceffaire ; il
faut auffi qu'il ne le foit pas trop
parce que la matiere fubtile s'échappant
avec trop defacilité, elle
ne feroit aucun effet, & par con-
Lequent elle ne
ne donneroit
pas auffi
le mouvement fuffifant pour caufer
la lumiere.
Cela fuppofé, il est évident qu'il
y a des Phofphores , qui ont befoin
de chaleur pour eftre lumineux
tels font la plupart des
Artificiels , les vers lumineux
qui ne luiſent que les nuits d'Eté :
64 MERCURE
d'A
tels eftoient auffi les yeux
lexandre dans le combat ; parce
que les fouffres qui fortent de ces
corps , ont befoin de chaleur pour
eftre exaltez.
Mais fi ces fouffres font trop
exaltez , il faudra du froid pour
les ramener au degré neceffaire
pour devenir lumineux . C'est ce
qui arrive aux parties fulphureufes
qui fortent des animaux ,
avec la matierefubtile , lefquels
eftant condensez enfemble , par
le froid, s'attachent aux poils , ou
font un corps
dont
à la laine ,
la matiere fubfifte & s'échappe ,
au moindre mouvement
qu'on luy
GALANT 65
donne. Vous voyez donc , Mr,
que comme il fort continuellement
de l'homme des animaux , des
fouffres & des efprits ; fi le grand.
froid les fige enfemble , autour
du poil ou de la laine des bas , à un
certain degréd'exaltationpourfaire
le Phosphore , & qu'en tirant le bas
on comprime le corpsfulphureux ,
la matierefubtile, qui n'y est arrêtée
que par le froid, s'en échapera , &
pouffera les globules du fecondélement
jufqu'à la retine de nos
peux ; en quoy confifte la lumiere.
Puifque les myfleres de la nature
ont place dans vos écrits,Mr.
en voicy un que doivent expliquer
Septembre 1706. F
(
66 MERCURE
les curieux Phyficiens , & où il
n'y a pas moins de dépense d'efprit
faire , que dans la pointe d'un
fubtil Epigramme ; c'eft defçavoir ,
l'on ap pourquoy la fleur que
pelle , Belle de nuit , s'ouvre la
nuit , & fe ferme à la venuë du
Soleil , au lieu que les autres
font tout le contraire. Je fuis,
Mr , &c.
Je vous envoye une Lettre
de M' l'Abbé de la Tournelle,
fur la réponſe du Frere François
Chartreux, à un Probléme
propofé dans une de mes Let
tres.
GALANT 67
A Roanne , ce is Aouſt.
Ce
que
:
le Frere
François , on
le Jardinier
Solitaire , a répon
du, Monfieur
, Sur le Probleme
Phyfique
Pourquoy
les boutons
des arbres , qui refiftent
à la plus forte gelée
pendant
l'hiver , ne peuvent
refifter à
un froid affez mediocre
au
printemps
, eft fort curieux
;
mais il eft dangereux que fon raifonnement
ne tombe , parce que
l'experience
prouve
que le Probleme
eft faux. En effet , j'ay
fouvent
vú , dans diverfes
Pro-*
Fij
68 MERCURE
bien
vinces de ce Royaume , que
avant dans le mois d'Avril , il
venoit d'affez fortes gelées , lefquelles
, quoique les boutons fuffent
fort gros , ne leur faifoient
pourtant aucun mal , quoiqu'ils
fuffent prefque tout entourez de
glace ; au contraire il vient de
petites gelées qui ne font qu'un
peu blanchir le bouton , & qui
cependant le font tomber ég fécher.
Ce n'est donc pas la gelée
ou le froid qui caufe le defor
dre dont on a parlé ; mais plûtoft
le chaud. Car il n'arrive
point que la gelée faffe de mal
aux arbres, ou aux vignes qui
GALANT 69
les
font encore plus tendres que
arbres , à moins que le Soleil ne
répande des rayons trop chauds
fur les boutons gelés. De forte
que quand il fait affez froid
pour que l'eau qui fe trouve autour
du bouton fe gele la nuit,
fi le lendemain le Soleil eft caché
par des nuages ou des brouillards,
& qu'infenfiblement laglacefonde
, elle ne fera aucun mal ;
file Soleil envoye des rayons trop
forts fur les boutons gelez , quelque
legere que foit la gelée , les
boutons font perdus.
Pour prouver ce que je dis
il n'y a qu'à remarquer qu'on
70 MERCURE
voit tous les jours qu'une même
gelée emporte tous les boutons d'une
vigne exposée à l'Orient , &
dans la même enceinte de la
vigne , lapartie expofée au Midy
ou au couchant n'a point de mal ;
l'air s'échaufant peu à
que
parce que
pen , a degelé infenfiblement
les
boutons expofez au couchant ou
au midy , avant que le Soleil
vienne les frapper : au lieu que
les premiers font exposez avec
toute leur gelée aux rayons vifs
du Soleil. La question est donc
de fçavoir pourquoy le Soleilfait
tant de mal lorfqu'il envoye fes
rayons vifs furdes boutons gelez.
GALANT 71
Voilà , Mr ane experience
dont conviendront tous les Vignerons
de France, fe fuis , Mr
&c.
Dame N... de Rambures ,
époufe de M' N... Comte
de Polignac Marechal des
Camps & Armées du Roy ,
eft morte dans les Terres de
fon mary en Auvergne , dans
un âge fort peu avancé . Cette
Dame eftoit diftinguée par fa
naiffance , par fon merite , &
par fa beauté. Elle eftoit fille
de feu Mr Charles , Marquis de
Rambures , S de Courtenay,
72 MERCURE
& de Dame Marie de Bautru ,
fille de Mre Nicolas , Comte
de Nogent , Capitaine des
Gardes de la Porte de la Maifon
du Roy , mort à Calais
en 1671. M° de Polignac avoit
eu pourfrere,Louis- Alexandre,
Marquis de Rambures , Meftre
de Camp du Regiment de ce
nom , tué en Alface en 1677.
& elle eftoit foeur de M° la
Ducheffe de Caderouffe. La
maifon de Rambures eft une
des meilleures maifons de Picardie.
Jean I. Sire de Rambures
, Gouverneur de Guife ,
laiffa d'Adelaide fa femme ,
Hugues ,
GALANT
73
Hugues , Sire de Rambures ,
marié à Jeanne Dame de Drucal
, d'où vint Jean fecond
du nom , Sire de Rambures,
Gouverneur d'Arras en 1360.
Celuy- ci eut André I. du nom ,
Sire de Rambures , Chevalier
Confeiller & Chambellan du
Roy , Gouverneur de Gravelines
, qui mourut au Siege du
Château de Merch prés de Calais
en 1405. Il avoit épousé
Jeanne de Berni , dont il eut
David , Sire de Rambures
Grand Maiftre des Arbalètiers
de France & Maiftre des Eaux
& Forefts de Picardie , qui fut
き
Septembre 1706 .
G
1
74 MERCURE
dans une grande confideration
fousles regnes de Jean , Charles
V. & Charles VI. & qui donna
fouvent des preuves de fon
courage & de fon experience ,
à la guerre & dans les affaires.
Il eut la charge de Grand-Maî.
tre des Arbalètiers de France
aprés Jean Sire d'Angeſt , & il
fut tué à la funefte bataille d'Azincourt,
avec trois de fes fils.
Il avoit époufé Catherine
d'Auxi , grande-tante de Mrs
d'Hanvoille, dont il eut André
II. & Jean Hugues & Philippe,
tuez avec leur pere à la Bataille
d'Azincourt.André
II.du nom ,
GALANT 75
Sire de Rambures , Maistre des
Eaux & Foreftsde Picardie, fervit
avec beaucoup de courage
& de fidelité le Roy Charles
VII. depuis 1420. juſqu'en
3445. qu'il fe trouva avec fon
fils au fiege de Ponteau - de - mer.
Il laiffa de Peronne de Crequi,
fille de Jean IV . du nom , Sire
de Crequi , Jacques , Sire de
Rambures , qui fut fait Chevalier
au même Siege de Ponteaude
mer , & qui fervit le Roy
Louis XI. en la guerre du bien
public en 1465. Il épousa Marie
de Bergues , dont il eut An
dré III . Chambellan du Roy,
Gij
76 MERCURE
Sénéchal & Gouverneur de
Ponthieu , qui laiffa de Loüiſe
d'Hallüin , fille de Louis S
de Piennes, Gouverneur de Picardie,
Jean III . qui laiſſa d'Anne
de la Mark ,des enfans morts
en bas âge ; & de Françoiſe
d'Anjou, Jean IV . qui de Clau
de de Vendofme , Dame deLigny,
laiffaCharles , Sire de Rambures,
Maréchal de Camp.
Chevalier des Ordres du Roy ,
& Gouverneur de Dourlens ;
qui de Marie de Montluc , fille
de Blaife de Montluc, Maréchal
de Balagni, ſa premiere femme ,
lailla Jean V.Meftre deCamp du
GALANT 77
Regiment de Rambures, mort
fans enfans ; & de Renée de
Boulienvillier , Dame de Courtenai
, fa feconde femme,il laiſſa
auffi François I. Meftre de
Camp du Regiment de Rambures
tué en 1642. à la tefte
de fon Regiment ; & Charles
Marquis de Rambures, pere de
laDame dont je vous apprens la
mort. Aprés vous avoir parlé de
fes anceftres , je dois vous dire
que cette Maifon eft fondatrice
des Minimes d'Abbeville;
André III . fut Auteur de cette
belle fondation .
Je ne vous ay point parlé
G iij
78 MERCURE
de la mort de M l'Abbé de
Saubeuf, dont les Benefices ont
eftez donnez dans la derniere
promotion . I eftoit Abbé
de Befe au Diocefe de Langres,
& de S.Amand au Dioceſe
de Sarlat . Il eft mort dans fon
Abbaye de Befe . Il avoit fuccedé
à l'Abbé de Saubeuf, fon
oncle, dans fes Abbaïes , qui en
avoit une troifiéme , nommée
Fontenay , qu'il laiffa , en mourant,
avec l'agrément du Roy
à M' l'Abbé du Manadau , fon
autre neveu , couſin - germain
de celuy qui vient de mourir.
La maifon de Saubeuf eft une
GALANT 79
>
des plus anciennes du Limoufin
; elle eft alliée aux plus
grandes Maifons de la mefme
Province. La grande-mere de
M' l'Abbé de Saubeuf eftoit
de la Maifon d'Eſcars &
foeur d'un Evêque de Langres
& du Cardinal de Givri , qui
eftoient de l'illuftre Maifon
d'Efcars. Sa bifayeule eftoit de
la Maifon de Noailles, & niece
du renommé François Evêque
d'Acqs , dont la pofterité ne
doit jamais oublier les fervices
importans qu'il a rendus à l'Edans
plufieurs Ambaffades,
qui ont donné lieu à ce Prelat
tat,
Giiij
80 MERCURE
de prendre pour deviſe, ce beau
Vers de Virgile.
QuaRegio in terris noftri nonplena
laboris !
M' l'Abbé de Cantoynet ,
Comte de Lyon & Chanoine
de l'Eglife de S. Jean, eft mort
à Charenton , où le mal l'avoit
furpris en venant à Paris. Il
eftoit de la Maifon de la Beffiere
- Cantoynet , établie en
Rouergue. Sa mere eftoit de
la maifon de S. Chamarant en
Quercy. M ' le Marquis de Cantoynet,
fon frere , a épousé
GALANT 8r
Mlle de Rivarolles , fille de feu
M' le Marquis de Rivarolles ,
& niece de M' l'Abbé de S.
Germain , à qui M' l'Abbé de
Cantoynet a refigné ſon Prieuré
de Roüanne. Sa Comté a
efté donnée par élection du
Chapitre de S. Jean à Mr l'Abbé
de la Merlée , de la Maiſon
de Rivoire , dont Mr le Marquis
du Palais, qui a épouſé Me
la Marquife de Lanmary , eft
prefentement le chef. Cet Abbé
eft parent du Pere de la
Chaife , & de Mr de Genetines
Evefque de Limoges.
Le Pape a Préconisé l'Evê-
*
82 MERCURE
ché d'Alexandrie dans l'Etat de
Milan pour le Pere Franceſco
Caffinara , Chanoine Regulier
de S. Paul. Ce Religieux a
trouvé le chemin de l'Epifcopat
dans une vie tres- reguliere,
& par fon application aux devoirs
de fon état ; il porte un
nom fort connu en Italie , l'Evêché
d'Alexandrie eft fuffragant
de l'Archevêché de Mi-
Jan. Cette Ville eft fur la riviere
de Tanarre ; les habitans
de Cremone , de Plaisance &
de Milan, qui fuivoient le party'
du Pape Alexandre III . contre
l'EmpereurFredericBarberouſſe,
GALANT 83
la firent bâtir vers l'an 178 .
On dit qu'elle eut d'abord le
nom de Cefarée, que l'on changea
en celuy d'Alexandric , en
l'honneur du mefme Pape.
Sa Sainteté a auffi préconifé
l'Archevêché Titulaire de
Nicée , qu'avoit Monfieur le
Cardinal Ruffo , pour Monfignor
Nucci. Ce dernier s'eft
avancé dans les dignitez Ecclefiaftiques
par fon merite & par
fa vertu. Le feu Pape l'employa
en diverfes negociations,
qui l'ont fait connoiftre pour
un tres - habile homme. Nicée
eft une Ville de Bithynie dans
!
84
MERCURE
l'Afie Mineure. Il y a eu deux
Conciles Generaux , le premier
& le feptiéme . Celuy - là fut
affemblé contre Arius en 325-
felon quelques uns , ou en 327.
felon quelques autres. Le 69
Canon de ce premier Concile a
fouvent donné de l'exercice
aux Thcologiens Catholiques
contre les Proteftans ; ceux - ci
ont voulu s'en fervir pour ruiner
l'autorité & la primauté du
Pape , & pour luy rendre égaux
les Patriarches d'Alexandrie &
d'Antioche. Le 2° Concile de
Nicée fut affemblé en 787.contrelesJeonomaques,
fous lePape
اكيتنا
GALANT 85
Adrien & l'Imperatrice Irene.
L'Evêché d'Olinda dans les
Indes Occidentales , à la nomination
du Roy de Portugal , a
efté préconifé en faveur de
Dom Emmanuel de Cofta ;
c'eft un Prelat d'un grand merite
& d'une naiffance diftinguée.
Olinde eſt une Ville du
Brefil, dans l'Amerique, en la
Capitainerie de Fernambuco ,
dont elle eft Capitale. Elle eſt
fituée fur une colline, avec un
Port vers l'embouchure du
Fleuve Bibiribe , & une Forte-.
reffe dite de Saint George. Les
Hollandois la prirent en 1629.
86 MERCURE
mais enfuite ils l'abandonnerent
, & depuis ce temps - là les
Portugais en font les maiſtres,
& de tout fon territoire.
Don Annibal Albani , neveu
de Sa Sainteté , a efté mis en
poffeffion de la Charge de Referendaire
de la Signature, avec
les ceremonies accoûtumées
par le Cardinal Spada , Préfet
de ce Tribunal ; & le nouveau
Prelat a efté depuis occupé à
faire les vifites des Cardinaux,
qui le reçoivent avec les honncurs
qu'ils font dans l'ufage
de rendre aux Neveux du Pape.
La Charge de Referendaire de
GALANT 87
la Signature eft tres - importante
& tres-ancienne dans la
Cour de Rome. On appelloit
anciennement, ceux qui étoient
pourvûs de ces Charges , Relatores
Chirographorum. C'eſt le
chemin que tiennent ceux qui
doivent bien-toft entrer dans
le Sacré College; & quand Don
Annibal Albani n'auroit pas
autant de droit de prétendre à
cette dignité par fon merite &
par fa naiffance, le don de cette
Charge que le Pape vient de
luy faire , en feroit un puiſſant
préjugé.
Sa Sainteté a déclaré Mon88
MERCURE
fieur le Cardinal Gualterio ,
Legat de Bologne. Je vous
ay fi fouvent parlé de ce Cardinal
, que je ne vous en diray
rien d'avantage. Je dois donc
vous dire que Bologne , dite
la Graffe , dont il a eu la Legation
eft une Ville d'Italie , qui
appartient au S. Siege, & qu'elle
eft la feconde de l'Etat Ecclefiaftique.
Le Legat quigouverne
cetre Ville , eft Legat à latere ;
& par un privilege particulier
elle tient un Ambaſſadeur à
Rome. Le Pape Gregoire XIII .
qui étoit de Bologne , en érigea
l'Eglife en Metropole.
GALANT 89
Le Pape a donné le Patriar
cat de Venife, à Monfieur Barbarigo
, Préfet de l'Eglife Ducale
de Saint Marc. Ce Prelat
eft neveu du feu Cardinal
Barbarigo ; & je vous parlay de
fon merite , en vous apprenant
la mort de fon oncle. Je
dois ajoûter qu'on celebra à
Veniſe un Concile en 1040 .
pour la difcipline de l'Eglife ;
Urfus étoit alors Patriarche de
cette Eglife. Ce qui prouve
qu'elle eftoit déja celebre dans
l'onziéme fiecle. Le Concile
de 1177. eft remarquable , en
· ce que dans cette Affemblée
Septembre 1706. H
90 MERCURE
l'Empereur Frederic fut recon
cilié avec le Pape Alexandre III.
mais on doit regarder comme
une fable le compte rapporté
par quelques Auteurs , qui ont
dit
que le Pape mit lepiedfur la
tefte de l'Empereur profterne àfes
pieds.
Le Patriarcat de Conftantinople
a efté donné parS.S.àMonfignor
Pico de la Mirandole ,
Maiftre de Chambre. Je vous
ay parlé de la naiffance & du
merite de ce Prelat , en vous
apprenant que le Pape l'avoit
fait Maiftre de fa Chambre. Je
dois aujourd'huy vous parler
GALANT
91
de fon nouveau Titre . Conftantinople
, qui eft l'ancienne
Byzance , où Saint André fonda
une Egliſe , aprés avoir eſté ſuffragante
de celle d'Heraclée ,
devint dans la fuite Maîtreffe ,
& Metropole ; ce qui arriva au
premier Concile de Conftantinople
, dont les Peres dans le
troifiéme Canon , déclarerent
cette Eglife Patriarcale.
Monfignor Anguifciola ;
Nonce à Veniſe , & cy- devant
Clerc de Chambre, a efté pourvû
de l'Archevefché de Lariffe
in partibus. Ce Prelat eft neveu
du celebre Anguifciola , mort
Hij
92 MERCURE
Vicelegat d'Avignon dans le
dernier fiecle. Il n'eft pas moins
cftimé que fon oncle ; il a déja
donné en plufieurs occafions
des marques du talent qu'il a
pour la negociation . Lariſſe
dont on luy a donné le Titre
d'Archevefque
, eft une Ville
de Theffalie en Grece , fituée
fur le Fleuve Penée, & nommée
auffi Larfa. Elle avoit autrefois
un Archevefque , & elle a eſté
celebre par la naiffance d'Achille
, que Virgile dans le premier
Livre de l'Eneïde appelle
à caufe du lieu de fa naiſſance
Lariffe
GALANT
93
Monfignor Spinola a efté
nommé à la Nonciature de
Florence. Ce Prelat eft d'une
des meilleures maifons de la
Monarchie d'Eſpagne. La bran
che dont il eft forti, eſt originaire
du Royaume de Naples ,
& auparavant de l'Etat de Genes.
La Nonciature de Florence
eft tres - importante , cette Ville
eftant le féjour des Grands Ducs
de Tofcane , qui obtinrent l'érection
de l'Eveſché en Archevêché,
en 142 1 fous Martin V.
Mr l'Abbé Riviera a efté
chofi , pour porter à Liſbonne,
le Bonnet à Monfieur le Car94
MERCURE
dinal Conti . Cet Abbé eft connu
à la Cour de Rome par plufieurs
affaires dont il a eu le ménagement
, & dont il s'eft tiré
avec beaucoup de fuccés. Il eſt
d'une ancienne famille , originaire
du Breffan , d'où on l'envoya
à Rome dés qu'il fut en
eftat de s'attacher aux Sciences
humaines , & il y fit de grands
progrez dans le College des
Jefuites. A peine en fut- il forti,
qu'il commença à entrer dans
les affaires , fur la fin du Pontificat
d'Innocent XI . & fous:
celuy d'Alexandre VIII . qui
avoit beaucoup de confiance en
GALANT 95
luy. M' l'Abbé Riviera def
cend , du côté maternel , du
celebre Antonio Florebello ,
qui étoit de Modene , & qui
fleuriffoit dans le feiziéme fiecle.
Florebello fut cheri de ceux . ·
qui aimoient les Lettres & lat
vertu. Il eut beaucoup de part
à la bienveüillance du Cardinal
Jacques Sadolet,mort en 1547.
& par reconnoiffance des biens
qu'il reçût de ce Prelat , il écrivit
fa vie. On avoit encore d'autres
ouvrages de luy , du nombre
defquels font , De autoritate
fummi Pontificis , Ecclefiæ:
capitis ; & de concordia ad Ger
96 MERCURE
manos. M l'Abbé Riviera eft
auſſi petit neveu du celebre Jerome
Floravantio , Jefuite , qui
vivoit au commencement
du
dernier fiecle , & qui ſe fit eſtifa
doctrine
& par fa
mer
par
pieté
. Ce fçavant
Religieux
fur
Confeffeur
du
Pape
Clement
VIII
. & il mourut
à Rome
, fa
Patrie
, l'an
16 30.
Ce
Pere
a
écrit
trois
Livres
de la Trinité
,
& des Explications
fur quelques
Paffages
difficile
de l'Ecriture
.
Il y a déja
du temps
que
l'on
parle
des
Lettres
que
je vous
envoye
, qui
ont
attiré
beaucoup
de louanges
à M' de Ma-
Badhony
.
GALANT 97
hony. Ces Lettres font fort
recherchées
; & je croy que je
vous fais plaifir , en vous les
envoyant, Si elles cftoient tombées
pluftoft entre mes mains ,
vous les auriez reçûës dés le
mois paffe.
COPIE
D'une Lettre de Mylord Peterborough
, à M' le Chevalier
de Mahony.
A Valence le 3. Juillet.
MONSIEUR,
Vous n'ignorez pas à préſent
ce que vous aviez bien de lapeine
Septembre 1706. I
98 MERCURE
à croire à noftre entre- veuë àMonteviedro
; mais particulierement
vous vous voyez à prefent abandonné
au milieu de vos ennemis,
avet tres -peu d'amis qui vous ſeront
auffi inutiles qu'incertains.
Vous fçavez , Mr , que j'étois
alors bien intentionné de vous rendre
heureux ; mais un point d'honneur
, ou apparemment vos engagemens
en France ont rendu mes
offres inutiles.
Favoue que je ne fçais pas le
chemin que vous prendrez pour
vous retirer, ou ce qu'on peut efperer
de vous dans les conjonctures
préfentes ; puifque voſtre General
WALIOTHER
THEQUE
BIBLIO
LY
DE
ن م
GALANT
eft parti , & voftre Roy conti
de fe retirer en Navarre , &
d'abandonner fa Capitale. Toute
la défenfe que vous pouvezfaire
en ce pays , ne fervira qu'à vous
expofer à des rigueurs ; c'eft ce que
je voudrois éviter , & ce que vous
attirerez fur ce peuple qui a efté
fort de vos amis , & à qui je pardonnerois
très - volontiers à la
priere de Mr le Comte de Lase
Torres : mais fi vous prétendez de
le défendre , dans les circonftances
préfentes , vous vous en attirerez
plustoft le blâme que la loange.
En verité , je crois que vous ne
devriezpas expofer une telle Place
I ij
100 MERCURE
que Villena, à une prétendue défen
fe,qui ne tendra qu'àfa ruïne.Jay
premedité un mauvais traitement
pour Requenna; mais j'aime mieux
préferer la clemence à la rigueur.
Je vous priede ne mepoint donner
une occafion inévitable de changer
de conduite ; le Gouverneur de
Requenna pouvoit bien efperer une
meilleure compofition que d'eftre
prifonnier de guerre , ce qu'il eft
prefentement obligé d'accepter. Je
prendray pour la derniere faveur,
fi vous m'écrivez vous me trouverez
bien raisonnable , voftre
amy voftre tres-humble fervi-
;
teur , PETERBOROUGH.
GALANT IOI
RE'PONSE
De M' le Chevalier deMahony.
A Alicante le 5. Juillet.
MYLORD ,
Je viens de recevoir la Lettre
que vous m'avez fait l'honneur
de m'écrire le 3. de ce mois de Va
lencia.Il est vray qu'ily a du chan
gement dans le Royaume d'Efpagne
depuis noftre entre- veuë
Monteviedro , mais non pas en
moy ; je vous affûre qu'aucune
revolution dans aucun Royaume
I iij
102 MERCURE
ne fera pas capable de produire la
moindre alteration dans mes principes.
Le Roy d'Espagne m'a confié la
défenfe de ces Frontieres , qui font
dans un meilleur eftat que vous ne
croyez ; j'y ay de tres- bonnes troupes
, & de la Milice , bienfidéle;
je les ay diftribuées dans des poftes
avantageux. Elles font commandées
par de bons & experimentez
Officiers , dont la plupart font
nez Sujets du Roy , mon Maiftres
je m'affûre qu'ils fuivront mon
exemple , qui fera de difputer le
terrain de pofte en pofte , depuis
Monteffajufqu'à Cadix : &file
GALANT 103
fort de la guerre veut que nous
foyons obligez à nous foumettre à
une Puiffance fuperieure , ny eux,
ny moy ne fouhaiterions de tomber
entre les mains d'un plus genereux
General qu'entre les voftres .
Villena , & tous les autres poftes
ont ordre de moy de refifterjufqu'à
la derniere extrémité ; cela
fait , ils ne feront que leur devoir :
ce qui les mettra dans le rang
de
recevoir un pareil traitement que
reçoivent ordinairement les gens
d'honneur , des Generaux comme
vous.
le
Le Roy d'Espagne n'eft pas
premier Monarque qui a efté obli-
I iiij
104 MERCURE
c'eft ce
gé d'abandonner fa Capitale pour
un temps ; mais c'est poury retour
ner plus glorieufement ,
qu'il fera pluftoft que fes fujets
mal-intentionnez ne fouhaittent.
Mais je m'affûre , Mylord , que
vous n'eftes pas de leur fentiment,
étant mieux informé qu'eux , de
l'état des affaires de l'Europe ; &
quand mefme le contraire arrive
roit , jefuis refolu de mourir , ou
s'il eft poffible , d'eftre le dernier.
homme , en Espagne , les armes à
la main pour luy. Je vous prie
Mylord , d'eftre perfuadé qu'il
n'y a perfonne , ny dedans , ny hors
du Royaume , qui vous eſtime &
GALANT 105
qui vous honore plus parfaitement
que , Mylord , voftre. , &c.
MAHONY.
La fuite a fait voir que M
le Chevalier de Mahony nes'eft
pas trompé , lorfqu'il a dit que
le Roy d'Eſpagne n'eft pas le
premier Monarque , qui aprés
eftre forti de fa Capitale , y eft
rentré glorieufement . Je vous
en diray davantage, dans les Ar
ticles d'Efpagne que vous
trouverez dans la fuite de ma
Lettre.
Il y a quelques mois que M
du Bois & Damoiſelle Made
106 MERCURE
laine Royaux , aprés cinquante
ans de Mariage , aſſemblérent
leurs enfans , leurs neveux &
leurs nieces , dans leur Maifon
de campagne à Chaucenay ,
prés de Saint Dizier ; & s'eftant
rendus à l'Eglife pour remercier
Dieu d'une fi longue & fi
parfaite union , le Curé dit
une grande Meffe , les communia
, & à la referve de la benediction
nuptiale , on n'oublia
rien de tout ce que demande
une pareille ceremonie. Le foir
on coucha ces vieux & nouveaux
époux , comme l'on
avoit fait cinquante ans auGALANT
107
paravant
. Les réjouiffances
durerent
pendant
deux jours
avec beaucoup
d'éclat
; & ces
époux
furent
complimentez
fur leur jubilation
, par toutes
les perfonnes
de confideration
de leur voiſinage
. M' du
Bois a efté douze ans Maire de
Saint Dizier
, Subdelegué
1.8 , ans Lieutenant
General
du
>
Bailliage 11. ans ,
II. ans , & Lieutenant
Affeffeur Civil & Criminel 38 .
ans ; & il a remply tous ces
emplois avec honneur & avec
l'applaudiffement
de fa patrie.
Mylord Bruce , fils de M
le Comte d'Ailebury , a épou
108 MERCURE
,
fé la fille du feu Marquis d'Hallifax
, de la famille de Saville
une des plus illuftres d'Angleterre
; l'ayeul de cette Dame
eftoit Miniftre d'Etat fous les
regnes de Charles II . & Jacques
II. La famille de l'époux n'eſt
pas moins illuftre. Sa mere qui
eftoit unique heritiere des biens
de la maifon du Duc de Sommerfer
, & de Seymour , venoit
en ligne directe , & eftoit heritiere
de Marie Stuart , fille
cadeite d'Henry VII . quiépou
fa en premieres nôces Louis
XII. Roy de France ; & en fecondes
, Charles Brandon
GALANT 109
Duc de Suffolk , dont la petitefille
& unique heritiere , époufa
le Duc de Sommerſet , biſayeul
de la Comteffe d'Ailefbury.
Le Duc fon pere éprouva les
effets de la difgrace du Prince
d'Orange , qui le fit empriſonner
à caufe de fa fidelité pour
leRoyJacques II . d'où étant forti
, il fe retira à Bruxelles , où il
époufa en fecondes nôces la
Comteffe d'Efneux ; fa premiere
femme eftant morte pendant
fa priſon à Londres.
Mr George ,Marquis de Lambertye
, Baron de Conce &
de la Granville , Confeiller d'Etro
MERCURE
tat de Son Alteffe Royale, Maréchal
de Lorraine & Barrois ,
Bailly & Commandant des
Villes & Chafteau de Nancy ,
a époufé Dlle Charlotte Saladin-
d'Anglure, cy-devant Chanoineffe
d'Epinals, fille d'honneur
de Son Alteffe Royale
Madame la Ducheffe de Lorraine
, & fille de feu Mr Arnauld
Saladin- d'Anglure, Marquis
de Coublans , & de Dame
Chriftine du Chaſtelet , foeur
de Mr le Comte de Laumont ,
Lieutenant General des Armées
du Roy. La nouvelle Marquife
de Lambertye eft proche pare
GALANT III
rente de Me la Comteffe de
Chamarande , & elle eft de la
mefme Maiſon. Je ne vous
dis rien de la Maifon d'Anglure
, dont je viens de vous
parler amplement , en vous
apprenant la mort de Mr le
Comte de Bourlemont , pere
de Me la Comteffe de Chamarande.
Me la Marquife
Lambertye joint à une naif
fance tres-illuftre beaucoup
d'agrémens & un merite dif
tingué qui luy ont attiré beaucoup
de confideration à laCour
de Lorraine.
Mr le Marquis de Lambertye
112 MERCURE
1
avoitépoufé enpremieres noces
Chriſtine de Lenoncourt, foeur
de Mr le Marquis de Lenoncourt
, grand Chambellan de
Son Alteffe Royale , de laquelle
il a eu Antoinette de
Lambertye,mariée à Anne-Jofeph,
Comte deTornielle, Marquis
de Gerbevillers , premier
Gentilhomme de la Chambre
de Son Alteffe Royale , &
Bailly du Barrois ; Nicolas
François , Marquis de Lambertye
, Ecuyer & Chambellan
de Son Alteffe Royale, qui
épouſa il y a huit mois N. de
Ligneville,Comteffe de Tame
GALANT 113
jeu ; Marguerite de Lambertye
mariée à Mr le Vicomte d'Harnoncourt,
Baron de Ville, & de
Sorbey ; N. de Lambertye,
mariée à Mr le Comte de
Grunne, prés de Liege ; André,
Comte de Lambertye , Capitaine
au Regiment des Gardes,
& Chambellan de Son Alteffe
Royale. Il a eu auffi de ce premier
Mariage , quatre aurres
filles , dont une eft Religieufe
à la Vifitation de Nancy ; &
les trois autres à la Congregation
de Noftre- Dame de Verdun
.
La ceremonie du fecond Ma
Septembre 1706 .
K
114 MERCURE
riage de ce Marquis s'eft faite
le 17. Aouft dans la Chapelle
de la Malgrange, prés de Nancy
, en prefence de leurs Alteffes
Royales , qui voulurent
honorer cette Fête, accompa
gnées de toute leur Cour , qui
eftoit tres- magnifique . Cette
ceremonie artira un nombre
infini de fpectateurs. Mais rien
n'a égalé la joye que receut ce
jour - là la Ville de Nancy , que
Son, Alteffe Royale Madame
la Ducheffe de Lorraine honora
de fa prefence ; ce qu'elle
n'avoit pas encore fait depuis.
fon fejour à Luneville , & deGALANT
115
puis l'entrée des troupes du
Roy à Nancy.
La Maifon de Mr le Marquis
de Lambertye eft originaire
de Limoges , & elle n'eft
établie en Lorraine que depuis
foixante ou quatre- vingt ans.
Son Pere eftoit Gouverneur de
Longwy , & avoit époufé N.
Comteffe de Luftine , dont
eft forti M Georges Marquis
de Lambertye. C'eſt un Seigneur
d'un merite égal à fa
naiffance, riche , bien - faifant,
honnefte , poli , affable , de qui
perfonne n'a jamais fceu dire
de mal , & qui eft incapable
Kij
116 MERCURE
d'en dire de perfonne . Sa nouvelle
époufe eft une Dame qui
a receu de la nature tous les
charmes qui peuvent orner fon
fexe , & qui n'en a aucun des
défauts. Son efprit naturellement
vif, perçant , agréable ,
a fait plus d'une conquefte ;
mais celle de fon époux eftoit
feule capable de la toucher.
Son Alteffe Royale Monfieur
le Duc de Lorraine , naturellement
liberal pour ceux qui le
fervent , a donné pour prefent
de noces à la nouvelle
époufe 15000 livres , & il luy
a affigné 1000 écus de penſion
GALANT 117
viagere. Ce Prince tout magnifique
n'a peut- eſtre jamais
mieux placé fes graces.
M' le Comte de Harach ,
Evêque de Vienne , & Coadjuteur
de Saltzbourg, a mis fa ™
démiffion de l'Evefché de '
Vienne entre les mains de
l'Empercur ; & S. M. I. a '
nommé en même temps M
François Ferdinand , Baron de
Rummel , Evefque de Tina ,
Prévost de Breſlau & d'Ardag¹.
ger , Efcolaftre de Grof- glos
gan , & cy-devant fon Précep
teur. Je vous ay parlé de Mi
le Comte de Harach , lorfe
118 MERCURE
qu'il fut nommé à la Coadjutorerie
de Saltzbourg , & de
la maifon dont il eft forty ;
ainfi il ne me refte rien à vous
dire fur ce fujet. Quant à Mr
le Baron de Rummel, Evefque
de Tina , qui vient d'eftre nommé
à l'Evefché de Vienne
perfonne n'ignore que c'eſt un
des plus fçavans Prelats d'Allemagne
; les emplois qu'il a
eus pendant pluſieurs années
à la Cour de Vienne , ne l'ont
point jetté dans la diffipation,,
& ne l'ont jamais détourné de
fes devoirs ; & il eft peu
Prelats en Allemagne
qui ayent
de
GALANT 119
à
plus long - temps refidé dans
les lieux où leurs Benefices les
doivent attacher que ce nouvel
Evefque de Vienne. Lorsqu'il
eut ceffé d'eſtre chargé de l'éducation
du Roy des Romains,
qui eft aujourd'huy revêtu de
la dignité Imperiale , il fe retira
pendant quelque temps
Breflau , & alla enfuite refider,
tour à tour, dans les autres Benefices.
Le feu Empereur
avoit beaucoup de confiance
en Mr le Baron de Rummel ;
& il luy en donna une marque
éclatante, en luy donnant
la conduite du jeune Roy des
147
120 MERCURE
Romains fon fils. Ce Prelat
eft d'une tres - ancienne maifon
fortie de la Silefie , d'ou
elle fe répandit enfuite en diverfes
Provinces de l'Empire ,
où elle a produit de grands
fujets. Mr le Baron de Rummel,
pere de cet Evefque, avoit
porté les armes toute fa vie
pour le fervice de l'Empereur
Ferdinand III. & de l'Empereur
Leopold. Il receut de
grandes marques de diftinction
du premier ; & le fecond
P'employa fort utilement dans
les premieres guerres de Hongrie,
qui agiterent les commencemens
GALANT 121
cemens de fon regne. Ce Seigncur
joignoit à une grande
valeur , une longue experience
de la difcipline militaire , dans
laquelle il avoit efté élevé.
Vous me demandez la fuite
de l'établiffement
des Pompes
à Paris, & fi le fuccés a répondu
à l'attente que l'on en avoit
parce que l'on en veut , ditesvous
, eftablir dans voftre Province.
Vous devez eftre per
fuadée que M" de Ville étoient
affurez par une infinité de preuves
, faites pendant plufieurs
années , du bon effet que ces
Pompes devoient produire
Septembre 1706. L
122, MERCURE
ayant que de confentir
à la
Loterie qui a cfté faite pour
l'établiſſement
, & pour l'entretien
de ces Pompes
; & que
l'on ne fait point un pareil
éclat fans eftre affeuré qu'il aura
d'heureufes
fuites. Je vous
envoye une efpece de Procés
verbal , dreffé à l'occafion
de
l'incendie
caufé , au mois de
Juillet dernier , par le feu du
Ciel , proche l'Hôtel Royal
des Manufactures
, dites des
Gobelins , au Fauxbourg
Saint
Marcel.
M.
Le Tonnerre, dont Paris futfi
épouventé le 27. Juilles dernier
GALANT 123
13
tomba en mefme temps fur vinge
endroits differens de la Ville ; &
entre tous les defordres qu'il fit , il·
mit le feu à neuf heures du ma
tin , tout vis-à- vis l'Hoftel des
Gobelins , à l'Hoftelerie du riche
Laboureur. Le Maiftre & la
Maiftreffe qui déjeunoient , le vi
rent choir au milieu d'eux. La
femme en fut legerement bleffée
au bras & au poignet , & s'éva
nouit ;fon mary qui la crût morte,
s'empreffant de la fecourir , obfer"
va que la foudre, aprés avoirfait
plufieurs tours & retours dans la
cuiſine , fe gliffa vers un petit efcalier
hors d'oeuvre , qui la con-
Lij
124 MERCURE
9
duifit à une grange spacieufe
pratiquée fur un plancher au def→
Jus d'une écurie , qui peut con
tenir foixante chevaux. Depuis
douze jours on avoit entaffé en
viron quatre mille groffes gerbes
de froment non batu , dans cette
grange , où le Tonnerre , comme
parplaifir , mit le feu d'abord dans
le milieu , & puis aux quatre
coins. Enfortant de cet endroit , il
defcendit & remonta le petit efca
lier , entra dans un grenier du
grand corps de logis , adoffé contre
la grange , où il mit auffi lefeu ;
en redefcendant au premier
étage , où ily avoitplufieurs milGALANT
125
*
liers de foin de paille , il les al
Tuma pareillement , e difparut.
Apeine étoit- il diffipé , que ce premier
appartement , l'escalier , le
grenier & la grange ne compoſerent
enfemble qu'un feul & même
feu , qui lançoit une fi prodigicufe
quantité de flames , dans la
rue, que perfonne n'ofoit approcher
la maison de cent pas ; enforte
<que les ouvriers de l'Hoftel des
Gobelins craignoient à tous momens
que cefeu ne fe portaft chez
eux.
Les chofes fe trouvoient dans ce
pitoyable état , lorfque fur les
onze heures le fieur du Perier ,
Liij
126 MERCURE
Directeur des Pompes pour empêcher
les incendies , arriva. On
L'avoitfait avertir deſe tranſporter
aux Gobelins, avec une defes
Pompes , cependant que Mrs de
Ville en faifoient conduire une
autre ; mais n'y ayant ny puits
ny fontaines aux environs de la
maiſon brûlante , fituée fur le plus
haut terrain de Paris , les deux
Pompes n'auroient fervi de rien
fi Mr le Prévost des Marchands
n'euft excité tous les voifins parfa
préfence , & ordonné en mefme
temps aux Braffeurs quifont en
se quartier-là , d'apporter fur leurs
charettes , & à force de bras ,fuf*
GALANT 127
fifamment de l'eau pour les faire
jouer. Les bâtard- d'eaux faits,
les Pompes déployées , on les plaça
auffi-toft devant le grand corps de
logis , & de la rue ; le fieur du
Perier dirigea enfuite l'eau dans
les feneftres , hautes & baffes, d'où
le feu fortoit avec la derniere vio
lence. Il eut à peine travaillé une
demie heure , que l'embrasement
ayant confiderablement diminué ,
il laiffa l'une des Pompes pour
achever de l'éteindre , & paffa
avec l'autre dans la cour de ladite
maiſon , où le feu attaché dans la
grangefaifoit unravage horrible.
Les gerbes de froment les plus
L iiij
128 MERCURE
exaucées où le tonnerre avoit d'a
bord mis le feu , en brûlant
avoient auſſi brûlé fait tomber
fur elles tout le bois de la
charpente du comble , qu'elles
avoient presque confumé ; &
neanmoins les autres gerbes de
deffous reftoient la plupart entieres.
De forte que pour
ferver , & empêcher l'incendie.
total de l'écurie dont j'ay parlé ,
du grand corps de logis ,
toutes les autres maisons joignantes,
il fallut que le fieur du Perie
, à l'aide d'une grande échelle
, montaft fur le pignon du
plus baut mur de la
*
les con
de
granges
GALANT 129
La
& que de ce lien il dardât aruec,
force , l'eau de la Pompe , fur les
gerbes qu'il avoit entrepris de
fauver. Pour parvenir à fon
deffein , aprés avoir dépensé quantité
d'eau dans l'un des coins de
grange, ily fit defcendre deux
hommes hardis , qui ayant pris
chacun dans leurs bras , une gerbe
à moitié allumée , les jetterent
dans la cour , où la Pompe dans
le moment acheva de les efteindre .
Ils n'en eurent pas jetté une dou-
Zaine , que plufieurs perfonnes
crierent au fieur du Perier,que fa
manoeuvre eftoit trop temeraire ,
& qu'en donnant ainfi de l'air
130 MERCURE
au feu , il alloit l'augmenter , y
perir peut- eftre , & mettre en
danger tout le voifignage ; mais
ledit fieur qui a l'ufage de fauver
les maifons , perfuadé dufecours
de fa Pompe, loin de s'ar
refter à de pareils difcours , aux
deux hommes qu'il avoit ainft
poftez, il en joignit quatre autres,
aprés huit , & enfin juſques
trente , qui tous enlevoient plufeurs
gerbes brûlantes , & quantité
d'autres où le feu n'avoit
aucunement touché. Celles - c
furen mifes à couvert ,
dis qu'on efteignoit diligemment
les autres avec la Pompe , qui
tanGALANT
131
commandoit également dans la
grange , dans la cour, & fur
Le grand corps de logis qu'il falloit
rafraîchir fouvent pour em
pêcher le feu d'y prendre. Cependant
la muraille fur laquelle le
fieur du Perier s'eftoit placé , ſe
trouvant extrêmement échauffée
du feu qui l'environnoit , avoit
・peine à s'y tenir , & d'autant
plus malaifément , qu'à mesure
que l'on remuoit les gerbes , il
s'élevoit de fi furieux tourbillons
de fumée & de flammes ,
que luy & tous ceux qui travailloient
dans la grange, ne s'entrevoyant
prefque point , on en
132 MERCURE
tendoit ces pauvres miferables luy
crier tous à la fois Mr je n'en
puis plus , à moy de l'eau , le
feu me gagne
; hé ! tôt fecourez
moy , dardez icy , depêchez
vous , mes jambes rôtiffent....
Alternativement on
les arrofoit , &pourfoûtenir leur
courage, le fieur du Perier leur
fit diftribuerplufieurs cruches pleines
de vin , obfervant neanmoins
que perfonne ne s'enyorát . Et
cette précaution fi neceffaire a fi
heureuſement réüffi , que pendant
ce difficile perilleux travail ,
il n'y a eu qu'un feul homme.
blessé à la jouë , d'un éclat de
GALANT
133
taile que le feu avoit fait fauter.
Il reftoit encore quelques ger
bes à enlever , lorsque la Pompe
de la ruë qui avoit achevé fon
operation fur la maifon , vint fe
joindre à l'autre ; & les deux en- ·
femble acheverent d'éteindre ab
folument tout le feu vers les
heures aprés midy:
3.*.
On a retiré de la grange qua
tre- vingt dix facs de grain,
plus de quinze
cens gerbes ont
efté fauvées. Le plancher
au def
fus de l'écurie ,fur lequel le feu a
refté cinq heures
de fuite , n'a
point efte endommagé
; le comble
134 MERCURE
feul de la grange , le petir efcalier,
& deux planchers du corps
du logis ont efté brûlez par ce
feu du Ciel , qui vray-femblablement
devoit durer plusieurs
jours , & confumer partie des autres
maisons voisines mais le
Sr du Perier a prévenu ce grand
malheur avec deux Pompes feules.
:
Le 3 du mois de Juillet
dernier , Mr de la Frenaye
foûtint,dans le College des Jefuites
de Toulouse , des Thefes
de Mathematiques, fous la direction
du Pere Mourgues
quien cft Profeffeur Royal, fur
GALANT
135
›
quatre differens Traitez ; Scavoir
, l'Art Militaire, la Marine
l'Architecture civile &
l'Arpentage . Ces Theſes eftoient
dediées à Mr
l'Archeveſque
de
Toulouſe , qui eft en quelque
maniere fondateur de la Chaire
de
Mathematiques de cette
Ville , en ayant pourſuivi l'établiffement
avec
beaucoup
d'ardeur.
L'affemblée fut des
plus nombreuſes & des mieux
choifies ; ce Prelat y affifta accompagné
de Mrs les Chanoines
des Chapitres de Saint
Eftienne & de Saint Sernin . Il
y avoit de plus un grand nom
ม่
136 MERCURE
1
*
4 .
3
bre de perfonnes de diftinetion
; & tous ceux qui ont du
goût pour les belles lettres , ne
manquerent pas de s'y trouver.
Mr de la Frenaye , répondit
parfaitement à l'attente qu'on
avoit conçûë de luy : & quoyqu'il
ne fefuft attaché que depuis
peu de temps à l'étude des
Mathematiques , il fe tira neanmoins
d'affaire avec hon-..
neur ; & il donna à toutes les
objections qu'on luy fit , des
réponſes fi préciſes & avec
tant de facilité , qu'il prévint
fouvent les difficultez qui devoient
fuivre celles qu'on veGALANY
137
noit de luy propofer. Mr de
Calemajou , Profeſſeur en
Theologie , aprés avoir loüé
avec beaucoup d'efprit Mr
Archevêque de Toulouſe ,
attaqua le répondant fur les
combats de terre & de mer.
Mr le Baron de Caulet parla
enfuite , avec la politeffe qui
luy eft fi naturelle , fur l'Architecture
civile , & fur les dif
ferentes méthodes de conftruire
des places . Je ne dis rien de
plufieurs autres tres habiles, qui
toucherent differentes matieres
avec beaucoup de folidité. Mr
Barrere le jeune fic la clôture
Septembre 1706. M
138 MERCURE
de la féance ; ce Medecin fit
voir en cette occafion qu'il
reffemble parfaitement à Mr
fon frere , dont le merite a
brillé en beaucoup de rencontres
, & particulierement
dans les combats de Litterature.
Il propofa quelques dif
ficultez fur l'attaque des Pla
ces , aprés avoir fait auparavant
une harangue à Mr l'Archevêque
, qui fut trouvée fi
éloquente , & où il le loua fi
délicatement , qu'elle luy attira
les applaudiffemens de
toute l'affemblée qui fur
tres- fatisfaite des réponſes
GALANT 139
du foûtenant , & de la fubtilité
des argumens. Le Pere
Mourgues , qui avoit pris un
foin tout particulier de former
& d'inftruire le répon
dant , eut beaucoup de part
à la gloire que Mr de la Fre
naye s'acquit en cette occa
fion. Je ne vous dis rien du
merite de ce Pere , qui eft fort
connu dans la Republique des
lettres , & qui a donné au pu
blic de fi beaux ouvrages, tang
fur les Mathematiques , quefur
d'autres differens fujers , qu'il
$
eft connu de tous les Sa
vans. 31 - en
Mij
149 MERCURE
Je vous ay parlé , dans mã
Lettre du mois d' Avril de l'ane
née derniere, du Livre intitulé,
la Langue. Il paroift depuis
peu augmenté d'une Eſtampe
affez curieufe , & d'une Lettre
Critique , fur ce qui a eſté diet
& écrit pour & contre cet
ouvrage . Je ne vous parleray .
point icy du favorable jugement
que j'ay porté de ce
Livre , en vous l'annonçant ;
j'ajouteray feulement que la
fuite a fait voir que le public
s'eft trouvé de mon avis ; &
qu'il y a un fecond volume
3
fous la preffe , qui paroiſtra
bien- toft.
GALANT 141
Je vous entretins, dans ma
penultiéme Lettre , d'un Livre
que Mr Proffalendy , Grec de
nation , & natif de la Villede
Corfou fous la domination
pour
dé
#
des Venitiens , a fait
fendre l'autorité de la tradi✩
tion, contre le Docteur Wdroff,
Profeſſeur Grec en Theologico
à Oxford. Je vous annonce à
prefent un autre ouvrage en
faveur du Miftere de la tranf. I
fubftantiation , que le meſme i
Mr Proffalendy fe prépare de
donner bien- toft au public ,
& dans lequel il attaque encore
fon ancien Profeffeur , qui s'eft
142 MERCURE
déclaré hautement contre ce
Saint Miftere dans un de fes ouvrages.
On s'eftoit trompé dans
l'article que l'on me donna
pour ma Lettre du mois de
Juillet , en difant dans cet article,
que Mr Proffalendy avoir
fait abjuration de fes erreurs
en Angleterre , mais les Grecs
ne prétendant eftre feparez de
l'Eglife Romaine que fur quelques
points de peu d'impor
tance, & par rapport à certains
termes qui fignifient preſque la
mefme chofe, ils ne font aucu
ne abjuration lorsqu'ils retour,
nent à l'unité. C'est pourquoy
GALANT
143
Mr Proffelendy n'en a point
fait ; il eft mefme toûjours
attaché à la Foy & à la Doctrine
du Patriarche de Conftantinople
fon Evêque d'Or¬
dination. C'est un témoignage
que je dois à la verité , du refte,
il eft fort zelé pour la défenſe
des veritez fondamentales de
la Religion.
La Charge d'Aumônier de
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, a cfté donnée à Mr
Abbé de Pontac ; cette Char
ge vaquoit par la mort de Mr
l'Abbé de la Roche - Jacquelin.
Le premier demeure, de
144 MERCURE
puis plufieurs années, dans le
Seminaire des Miffions Etrangeres
, où il donne de grands
exemples de vertu . Il eft fils
de feu Mr de Pontac , premier
Preſident du Parlement
de Bordeaux , & frere de Mr
le Marquis de Pontac , qui
avoit époufé Mlle de Montfalé
, de la Maifon de Cruffol .
Cette Dame s'eft remariée,
depuis fa mort , à Mr le Marquis
de Gondrin , Chef de la
Maiſon de Gondrin , dont
eft Mr le Marquis d'Antin.
La Maifon de Pontac a donné
plufieurs premiers. Prefidens &
d'autres
GALANT 145
d'autres Officiers au Parlement
de Bordeaux. Mr l'Abbé de
Pontac eft petit-fils de la celebre
N... de Thou , foeur de Mr le
Preſident de Thou , qui eut la
tête tranchée à Lyon avec Mr
de Cinq-mars , & qui époufa
Mr de Pontac , premier Prefident
du Parlement de Bor
deaux. Cette Maiſon a aufſi
donné plufieurs Evefques à
l'Eglife de Bazas , & d'autres
perfonnes confiderables au
Clergé de France . Mr l'Abbé
de Pontac fçait parfaitement
la Jurifprudence Cano
nique & eft bon Theologien ,
Septembre 1706. N
*
146 MERCURE
& il a toûjours efté fort appliqué
à fes devoirs particuliers.
Mr le Marquis du Gua, Marefchal
des Camps & Armées
de fa Majefté , eft mort des
bleffures qu'il a receues a1
fiege de Turin. Il eftoit de la
Province de Dauphiné , & de
la Maifon de Beranger
, qui y
eft tres - qualifiée , & qui eft
prefque de la même ancienneté,
que les Dauphins qui ont
gouverné cette Province . Mr
Marquis du Gua avoit fervy
une partie de fa vie dans
la Cavalerie ; il avoit efté CoGALANT
147
Jonel , dans la derniere guerre ,
d'un Regiment de Milice , &
il fut nommé peu de temps
aprés Brigadier , & enfuite
Marefchal de Camp . Il a un
fils , à qui il remit fon Regiment,
lorſqu'il fut nommé Marefchal
de Camp . Mr le Marquis
du Gua a efté regretté
de toute l'Armée ; il eftoit
bienfaifant : & lorfqu'il trouvoit
l'occafion de faire plaifir,
il ne la laiſſoir pas échaper.
Il eftoit des amis
particuliers
de feu Mr le Duc de Montaufier
, dont il eftoit fort confideré.
Il eftoit allié aux meil
Nij
148: MERCURE
leures Maifons du Dauphiné :
fçavoir , à celles de Saffenage,
la Baume- Hoftung , de Savines,
de Savel , & à plufieurs autres
Maiſons auſſi diſtinguées. Feu
Mr le Marquis du Gua , perc
de celuy qui vient de mourir,
avoit porté les armes toute fa
vie avec beaucoup de diftinction
.
Mr Guy- Henry de Bourbon
, Marquis de Malaufe , un
des plus grands Seigneurs du
Royaume , tant à caufe de fa
naiffance , que de fes grands
biens , mourut le 18. du mois
>
dernier dans fon Chafteau du
GALANT 149
Comté de la Cafe , Diocefe de
Caftres , aprés une maladie de
trente- cinq jours il eftoit âgé
d'environ cinquante- deux ans.
Il eftoit né dans la Religion
Prétendue Reformée ; mais en
l'année 1678. il embraffa la
Religion Catholique , aprés
avoir efté inftruit des veritez de
la Religion par feu Mr l'Evêque
de Meaux. Il a profeffé cette
Religion durant la vie , avec
une édification generale ; & il
en a donné des marques , en
mourant , en participant, avec
le zele le plus ardent , à tous les
Sacremens de l'Eglife . Il eft re-
N iij
150 MERCURE
gretté de tous ceux qui le connoiffoient
, & fur tout de fes
Vaffaux , dans toutes fes grandes
terres , dont il feroit impoffible
de bien exprimer la
douleur que leur cauſe cette
mort. Il a laiffé trois enfans
mâles, & une fille , qui femblent
devoir marcher fur les traces
de leur illuftre pere , qui, dés fa
plus grande jeuneffe, commença
à fervir le Roy en qualité
d'Aide de Camp de Monfieur
de Turenne , fon grand oncle.
Sa Majefté luy avoit donné le
Regiment de Rouergue , &
l'avoit fait enfuite Brigadier de
GALANT 151
fes Armées. Il n'auroit point
qui té le fervice , fans ſes bleffures
qui l'incommodoient
beaucoup ; & Sa Majefté étoit
fi perfuadée de fon affection
& de fon attachement pour
Elle,qu'Elle lui avoit fait écrire,
par M ' deChamillart ,de fe tenir
dans fes Terres , où il pouvoit
rendre de grands fervices à
l'Etat. Il a laiffé des inftructions
à Mrs fes enfans , par lesquelles `
il leur recommande d'avoir
toûjours un attachement inviolable
pour le Roy, & de le
fervir dans fes Armées , auffitoft
qu'ils feroient en eftat de
N iiij
152 MERCURE
-
le faire. Il avoit eſté marié deux
fois . Sa premiere femme eftoit
Marie Hyacinthe Mitte - de-
Chevrieres deSaint - Chaumont,
dont il eut une fille . La feconde
eft Marie- Loüife- Françoife de
Beranger - de- Mommouton ,
dont il a eu trois enfans mâles .
Il avoit beaucoup de valeur ;
il étoit fincere , équitable &
bon amy & l'on a toûjours
remarqué en luy une averfion
mortelle pour le menfonge.
On n'a jamais vû de confternation
pareille à celle qui a paru
auffi- toft aprés fa mort ; les
maiſons ayant eſté fermées per
GALANT 153
dant trois jours , à trois lieuës
aux environs du Chafteau où il
eft decedé : tout le peuple ,jufqu'aux
enfans, criant qu'il avoit
perdu fon Protecteur. Me la Marquife
de Malauſe , ſa veuve , ne
l'a point quitté pendant toute
fa maladie ; & elle l'a veillé
32
nuits de fuite , fans s'être
couchée. Les habitans de la
Cafe , apprehendant que cette
Dame ne les quittaft pour aller
dans fes Terres , l'ont fait unanimement
fupplier de ne les
point abandonner ; la pluſpart
proteftant de la fuivre par tout
où elle iroit.
154 MERCURE
La Maifon de Bourbon-
Malaufe defcend de Charles ,
bâtard de Bourbon , Vicomte
de Lavedan , Seigneur de Malaufe
, Sénéchal de Touloufe
& d'Alby , qui eſtoir fils de Jean
II. du nom , Duc de Bourbon,
Connérable de France , fous
Louis XI. qui étant mort fans
laiffer de pofterité legitime , la
fucceffion de la Maiſon aînée
de Bourbon paffa au bon Pierre
de Bourbon , Comte de
Beaujeu , frere de ce Connétable
, gendre de Louis XI. &
pere de Sufanne , Ducheffe de
Bourbon , femme du celebre
GALANT 155
Charles , Connétable de Bourbon
, qui fut tué au fac de
Rome , & dont l'Hiftoire eft
connuë de tout le monde.
, ayant
Monfieur le Prince de Maubec
, fecond fils de Monfieur
le Prince d'Harcour
efté attaqué de la diffenterie ,
en eft mort à Guaftalla . Alfonfe
de Lorraine, Prince d'Harcour
a cu trois fils de Dame
Françoife de Brancas , fille de
Charles , Comte de Brancas
Chevalier d'honneur de la feuë
Reine Anne d'Autriche , & de
Sufanne de Garnier fa femme :
Monfieur le Comte d'Harcour,
cy-devant Abbé de Graffe , qui
156 MERCURE
a époufé Mlle de Montjeu .
Monfieur le Prince de Maubec
qui vient de mourir , qui avoit
déja fait voir, en plufieurs occafions
, qu'il eftoit digne de l'illuftre
nom qu'il portoit;il commandoit
un Regiment d'Infanterie,
à la tefte duquel il a donné
de frequentes marques de fa valeur
au fiege de Turin . Le troifiéme
eftoit feu Monfieur le
Comte de Montlaur , mort en
Allemagne , il y a environ deux
ans . Monfieur le Prince d'Harcour,
pere de celuy dont je vous
apprens la mort eft fils de
François de Lorraine , Comte
d'Harcour , & d'Anne , Com-
,
GALANT
157.
tèffe de Montlaur , fille d'Henry-
François- Alfonfe d'Ornano,
St de
Mazargues
premier
Ecuyer de feu Gaſton de France
, Duc d'Orleans , frere du
Maréchal Jean-Baptifte d'Ornano
, Chevalier des Ordres du
Roy , qui mourut au Chafteau.
de Vincennes en 1626. & fils
d'Alfonfe d'Ornano , General
des Corfes , Chevalier des Or
dres du Roy , & Maréchal de
France. Ce dernier étoit fils du
celebre Sampietro Baſtelica, &
de Vannina , Dame d'Ornano.
Sampietro Baftelica étoit Corfe
de nation ; il avoit efté élevé
158 MERCURE
dans la maifon du Cardinal
Hyppolite de Medicis , neveu
de Clement VII . Il paffa pour
un des plus grands Capitaines
du feiziéme fiecle , & pour un
des plus redoutables adverfaires
des Genois. Il s'établit en France
fous les Rois François II . &
Henry II . fon pere : mais la
mort de fa femme, qu'il foupçonna
de vouloir fe retirer à
Genes , fit beaucoup de tort à
fa memoire ; les circonftances
de cette mort font fingulieres.
Sampietro mena Vannina à
Marſeille , & luy dit froidement
qu'elle devoit fe préparer
GALANT 159
à mourir ; cette Dame s'y dif
pofa avec courage , & demanda
, pour toute grace , à fon
mary , que puifque jamais autre
homme que luy ne l'avoit
touchée , elle pût auffi avoir le
mefme avantage à ce moment,
& mourir de fa main. Sampietro
mit un genou en terre,
l'appella fa Maiftreffe , luy demanda
pardon , & enfuite l'étrangla
avec une ferviette .
François , Comte d'Harcour
ayeul du Prince qui vient de
mourir , étoit troifiéme fils de
Charles de Lorraine II.du nom ,
Duc d'Elbeuf , Pair de France,
Chevalier des Ordres du Roy,
160 MERCURE
Gouverneur de Picardie , & de
Catherine-Henriette, legitimée
*
de France , fille du Roy Henry
IV. & de la belle Gabrielle
d'Etrées , Ducheffe de Beaufort.
C'eft en fa perfonne que
s'eft formée la branche de
Lorraine qui porte aujourd'huy
le nom d'Harcour. Le Comté
d'Harcour entra dans la mai- .
fon de Lorraine- Elbeuf , par le
mariage de René de Lorraine ,
Marquis d'Elbeuf, Chevalier des
Ordres du Roy, feptiéme fils de
Claude Lorraine - Guife , avec
Loüife de Rieux , Comteffe
d'Harcour ,fille de Claude I.Sire
deRieux, & de Suſanne de BourGALANT
161
1.
bon, fa feconde femme .Charles
de Lorraine leur fils aîné fut le
premier Duc d'Elbeuf; il époufa
Marguerite Chabot , &c .
M N ... de Riccé , Seigneur
de Loife & de Cornaton , eft
mort dans fes Terres auprés de
Mâcon , où il s'étoit retiré depuis
quelques années , aprésavoir
fait plufieurs Campagnes, dans
lefquelles il s'étoit diftingué.
Il s'étoit attiré l'eftime & la confideration
de toute la Nobleffe
de la Breffe & du Mâconois. Il
laiffe de feue Dame N. de Belleriant,
fon époufe,d'une des meilleures
maifons du Chatollois
Septembre 1706. O
162 MERCURE
Mr de Riccé, qui a commandé
l'Arriere - ban de Breffe & de
Bugey, & qui avoit fervy auparavant
dans le Regiment étranger
de Thoy ; entre plufieurs.
enfans qu'il a de Dame Marie
de Baret , il y a une Chanoineffe
de Neuville en Breffe . Mr
de Loife laiffe encore un fils
Capitaine dans le Regiment
d'Albaret, qui portoit auparavant
le nom de Thoy ; un fils
de l'Ordre de S. François , de la
grande Obfervance; & une fille
Chanoineffe de Neuville. Il
avoit eu un autre fils , mort Capitaine
dans le Regiment d'AnGALANT
163
goumois , & une fille morte
Chanoineffe de Neuville . Mr
de Loife qui vient de mourir
étoit fils de Mr David deRicce,
Seigneur de Cornaton ,de Loife
& del'Eſpiney, qui fut élevéPage
de la grande Ecurie du Roy , &
qui , aprés avoir fervi plufieurs
Campagnes , fut Maréchal des
Logis de la Nobleffe de Breffe
au voyage deLorraine en 1635.
& de Dame Antoinette de Candie
, Dame de Loife , fille de
Jean - François de Candie ,
Ecuyer Seigneur de Loiſe , &
de Dame Marie de Becerel , de
la mefme maifon que feu Mr
•
Oij
164 MERCURE
le Doyen de Saint Jean de Lyon.
David de Riccé laiffa encore
deux filles : Marie de Riccé ,
époufe de M N.……. de Louverot
, Baron du Pin , en Franche-
Comté , qui a laiffé Mr le
Baron du Pin ; Mr le Chevalier
du Pin , de l'Ordre de Malthe;
& Mr l'Abbé de Louverot ,
Religieux de l'Abbaye de Saint
Claude. David de Riccé étoit
fils de Marc Marie de Riccé ,
EcuyerSeigneurdeCornaton, de
la Moutonniere ,de la Berruyere
& de l'Efpincy, qui fut Capitaine
d'une Compagnie de gens de
pied au Regiment du Marquis
GALANT 165
d'Etrefort ; puis Cornete de la
Compagnie des Gendarmes du
Seigneur de Balançon pour Sa
Majefté Catholique ; & enfin
Lieutenant - Colonel pour le
Duc de Savoye , au Regiment
d'Infanterie du Seigneur d'Attigna
; & de Dame Jeanne de
Pollia , fille de Pierre de Pollia ,
ChevalierSeigneur de l'Eſpiney,
& de Claudine de la Beyviere.
Marc-Marie de Riccé eut auffi
un fils, qui fit une branche , cefut
Chriſtophle de Riccé , Seigneur
de la Moutonniere & de la
Berruyere, qui fit le voyage de
Lorraine en 1635. avec la No
166 MERCURE
bleffe de Breffe : De Loüife de
Seyturier , fon épouſe , fille de
Jacques de Seyturier , Seigneur
de Serrieres & de Lyonnieres ,
d'une des meilleures & des plus
anciennes maifons de Breffe ,
qui s'eft alliée , depuis quelques.
années, avec celle d'Egmont en
Flandres , il laiffa Charles-Emmanuel
de Riccé , qui fut tué
Capitaine de Cavalerie dans le
Regiment de Montrevel en
1668. & plufieurs filles Religieufes.
Charles - Emmanuel
de Riccé n'a laiffé qu'une fille
unique de Dane N ... de Blancheville
, fon épouſe , fille de
GALANT 167
feu Mr de Blancheville , Premier
Prefident au Senat de Savoye ,
& niece de feu Mr le Comte de
Blancheville, Chevalier de l'Ordre
de Savoye , & Colonel General
de la Cavalerie de Monfieur
le Duc de Savoye. Cette
fille eft Claudine - Françoife
de Riccé, époufe de Jofeph Anthelme
de Tricaud , Ecuyer
Seigneur de Belmond & de la
Moutonniere.
La maison de Riccé eft une
ancienne maiſon de Piémont ,
fortie des Seigneurs de Celeringue
, au Comté d'Aſt . Jean de
Riccé, Seigneur de Celeringue,
168 MERCURE
mourut en 1550. & de Barthelemie
de Sobri , fa femme ,
il laiffa quatre enfans , qui furent
tous diftinguez par leurs
employs . André , qui eſtoir
l'aîné , s'eftant retiré dans le
Comté de Bourgogne , il eut
de Marie de la Tournelle, fon
épouſe , Marc- Marie de Riccé.
Mes lettres n'eftant compofées
que de portraits qui reprefentent
au naturel ce qui
fe fait tous les jours dans le
monde , où l'on paffe continuellement
de la joye à la douleur,
& de la douleur à la joye ,
les.
GALANT 169
les articles de morts que vous
venez de lire , peuvent eftre
fuivis de la Chanfon que je
vous envoye. Elle eft de Mr
Charles , dont les Airs ont eu
l'avantage de vous plaire.
AIR NOUVEAU.
Vous partez , belle Clymene ;
Je ne verray plus vos yeux :
Que je vais fouffrir de peine !
Que tout va m'eftre ennuyeux !
2
Moy , qui fus toujours rebelle ,
Dois - je expirer fous vos coups ?
Ah ! je vois bien , cruelle ,
Septembre 1706. P
170 MERCURE
Qu'il faudra mourir pour vous.
S
Helas ! malgré vôtre haine ,
Que je ferois des jaloux ,
Si je pouvois , inhumaine ,
Expirer à vos genoux !
Quoique je ne parle tous les
mois qu'aprés trente Gazettes
imprimées , & autant de Manufcrits
; je ne laiffe pas de me
donnner tant de mouvemens , &
de prendre tant de foins , que
je ne vous envoye aucun des ar
ticles confiderables , déja rapportez
par tous ces écrits , qu'avec
tant d'augmentations & de
circonftances importantes
, que
l'on ne peut dire que l'on a déja
vû ce que ces articles contienGALANT
171
nent , quoique les nouvelles
dont il s'agit , ayent déja eſté
rendues publiques . Je vous ay
promis un Journal de tout ce
qui s'eft paffé pendant le fiege
de Menin ; je tiens ma parole :
& ce que je vous envoye devant
eftre regardé comme un tresbeau
morceau d'hiftoire , dont
on n'a point encore eu connoiffance
, pourroit , dans un an , paffer
pour une nouveauté tres- curieufe
, fi je ne vous l'envoyois
que dans ce temps - là .
Pij
172 MERCURE
**********************
JOURNAL
DU SIEGE
DE MENIN.
Le 22. Juillet les Ennemis
vinrent camper , au nombre de
32. Bataillons , à Leaw .
Le 23. ils en décamperent
pour inveftir la Place , depuis ledit
lieu jufqu'à Wervick , avec
de la Cavalerie , qui leur venoit
de leurs derrieres . Le meſme
jour, à 7.
heures du matin , ils firent
conftruire deux ponts fur
la Lis , à un quart de lieuë au
deffus de la Volandre ; & , environ
fur les 10. heures ,on les vit
1
GALANT
173
•
7
paffer fur lesdits ponts , pour inveftir
la place , entre Wevelghem
& Wervick . Comme le
pays eft fort couvert par tout ,
on ne put fçavoir de tout ce
jour-là fi la place eftoit également
inveftie ; mais comme on
s'apperçût que les Ennemis s'étoient
faifis d'une partie du village
d'Halluin , & qu'ils fe retranchoient
à peu près au milieu
du village , nous envoïâmes
mettre le feu à la partie la plus
voifine de noftre ouvrage à cor
ne. On fe contenta ce jour - là
de tirer quelques coups de canon
fur des troupes , qui s'avan
çoient trop prés , & de - faire
mettre dans ledit ouvrage à corne
d'Halluin , Mr Hoocke Colonel
reformé du Regiment de
P iij
174 MERCURE
Sparr , pour commander dans ce
pofte,avec un Lieutenant -Colo
nel , & 300. hommes. Mr Jou
bert , nôtre Lieutenant de Roy,
prit poffeffion de nos dehors depuis
la porte de Courtray juf
qu'à la haute - Lis; ayant,fous fes
ordres , un Colonel , un Lieutenant
Colonel , un Commandant
de Bataillon , un Major , deux
Aydes Majors , & 850. hommes.
Mr le Marquis de Bully , Gouverneur
de la Place , fe chargea
du foin des portes & des remparts
, avec 250 , hommes .
Le 24. nous continuâmes nos
travaux de la porte de Bruges ,
& ceux de la corne d'Halluin ,
& nous vîmes du haut de la
Tour , que la Place eftoit veri
tablement inveftie , & que les
GALANT 175
Ennemis jettoient des Pomons
fur l'inondation de la haute - Lis ,
pour communiquer leurs quar
tiers . On fe contenta encore de
tirer quelques coups de canon, &
quelques coups de fufil fur des
bayeurs.
Le 25. nous vîmes arriver des
troupes nouvelles , qui ayant
voulu fe camper en plufieurs
endroits trop prés de nous , furent
obligées par noftre canon
de fe pofter plus loin . Il nous
parut qu'on travailloit à des batteries
de bombes ou de canon
dans des fonds couverts d'arbres
. Nous employafmes toute
cette journée à vider un magafin
de poudre , & à la placer fur
les remparts , ou dans les jardins ;
comme auſſi à faire travailler au
P iiij
176 MERCURE
chemin couvert de la Corner
d'Halluin & au petit ouvrage
porte de Bruges. de la
Le 26. nous continuafmes nos
travaux , nous fifmes vider les
magasins à poudre pour mettre
fur le rempart , & nous tirafmes
une cinquantaine de coups de
canon , dans toute la journée, fur
des camps avancez , & fur des
Bayeurs.
Le 27. nous continuafmes nos
travaux de la porte d'Halluin &
de celle de Bruges ; & nous obligeafmes
les ennemis , par le
moyen d'une centaine de coups
de canon , de décamper avec diligence
, pour aller s'établir plus
loin . On fit auffi brûler des maifons
qui estoient trop prés de la
porte de Courtray ; & ce fut
GALANT 1771
dans cette occafion , où le St de
S. Martin , Lieutenant dans le
Regiment d'lfenghien , alla
avec dix hommes , aprés avoir
mis le feu à deux maifons , attaquer
un pofte des ennemis , our
ily en avoit une vingtaine , qu'il
chaffa tres- valeureufement ; &
ilfe retira,fans avoir perdu perfonne.
Le 28. tout refta dans la même
fituation ; on continua les travaux
, & on tira quelques coups
de canon fur des bayeurs .
Le 29. on continua les travaux
commencez ; & fur l'avis qu'on
eut que les Ennemis tenoient
des poftes derriere deux groffes
Cenfes, à la demi - portée du canon
, on y envoya fur les neuf
heures du foir Mr de Coltan178
MERCURE
deau , Capitaine dans Saint-
Sulpice , avec cent Grenadiers :
mais n'ayant trouvé perfonne
derriere lefdites groffes Cenfes ,
il rentra dans la Place , aprés en
avoir brûlé une..
Le 30. Mr de Vallory Lieutenant
d'Artillerie , fe jetta dans
la Place . On acheva le travail
d'Halluin & de Bruges , & on
continua celuy des glacis & des
banquettes .
Le 31. les Ennemis s'eftant
embufquez , au nombre de 200 .
hommes , pour enlever 50. des
noftres qui alloient reprendre
leur pofte de jour, fur le chemin
de Courtray, furent découverts ;
on leur tirá quelques coups de
canon, & quelques coups de fufils
, qui les obligerent de fe reGALANT
179:
&
tirer diligemment, avec perte de
deux des leurs. On tira beaucoup
de canon fur la Cavalerie ,
& les Chariots qui portoient des
fafcines en differens endroits.
Le 1. Aouft,on s'apperçut que
les ennemis travailloient le long
du ruiffeau de Guelves , dans
un ravin couvert d'arbres & de
maifons . On les envoya reconnoiftre
, & fur les differents avis
qu'on eut qu'il y avoit en ce lieu
environ deux cens hommes , on
Y tira du canon pendant quatre
ou cinq heures , croyant que par
ce moyen on les obligeroit à
quitter ledit pofte ; mais comme
on s'apperçut que le canon ne
faifoit pas un grand effet ,
caufe d'un grand ravin prefque
parallele à la Place, dans lequel
à
180 MERCURE
les ennemis étoient , on refolut
de les en chaffer de vive force.
avec fix-vingts Grenadiers , &
cent Dragons à pied , dont la
moitié fortit par la porte d'Y- .
pres,& l'autre par celle de Bruges
, aux ordres de Mr Sluze ,
Capitaine de Grenadiers du fecond
Bataillon de Sparr , & de
Mr de la Haute - Touche, Capitaine
de Dragons du Regiment
de Bretagne. Ils avoient avec
eux Mrs d'Hervy, Capitaine des
Grenadiers de Bouflers , & de
Rofmorduc , Capitaine de Dra.
gons; pour Subalternes d'Infanterie
& deDragons , Mrs de Bilh--
ftein , Konniges , d'Alicourt , le
Chevalier du Four, de Neupont,
de Belleville , des Fontaines & de
Ville-Colin. Tout cela fortit de
GALANT 181
•
la place par les deux portes cydeffus
nommées , environ ſur les
fix heures du foir ; & aprés qu'on
eut bien fait garnir le chemin
couvert, & ordonné à nos batteries
de fe tenir preftes pour favorifer
la retraite de nos gens ,
en cas de befoin . Outre ces deux
détachemens, un pofte que nous
avions à un moulin , fur le chemin
de Bruges , commandé par
Mr Humieres , Lieutenant dans
Heffy , paffa le ruiffeau fur une
poutre , avec trente hommes .
Ces trois détachemens partirent
en mefme temps , n'allant que
le petit pas , jufques au pofte des
ennemis , dont ils effuyerent la
décharge , fans en faire de leur
cofté que lorfqu'ils furent à une
portée de pistolet ; mais a182
MERCURE
lors le feu de nos gens renverfa
les ennemis , qui fe retirerent en
diligence . On les fuivit vigoureufement
; & aprés avoir effuyé
une feconde décharge d'eux , on
mit le feu à plufieurs maifons ,
& on fe retira , fans aucune per .
te , excepté de deux Grenadiers
& d'un Dragon , qui furent bleffez
legerement . On eftima , par
le feu des ennemis , qu'ils étoient
auffi forts que nous. Cette attaque
donna l'allarme à toute l'armée
; les Piquets s'avancerent :
& pour lors nôtre artillerie fut fi
bien fervie , qu'il y a bien de
l'apparence qu'elle fit un grand
effet . Cette action , quoique petite
, fut faite fi à propos , & fi
bien conduite par les deux Commandans
, que toute la GarniGALANY
183
V
fon fut perfuadée , qu'on réuffiroit
dans tout ce qu'on entreprendroit.
Le 2 on s'apperçut que les
Camps des ennemis étoient fort
incommodez du canon, & qu'ils
travailloient à faire des épaulemens
pour fe couvrir ; ce qui
nous obligea à tirer un peu plus
de canon , que les jours précedents.
,
Le 3 , on s'apperçut , fur les fix
heures du foir , que les ennemis
Le préparoient à faire quelque
grand travail ; ce qui nous obligea
à faire fortir plufieurs troupes
de Grenadiers , pour aller
écouter à trois cens pas du glacis
fi on n'entendoit pas travailler.
Il y eut quelques - uns de ces
détachements qui s'étant trop
JE
184 MERCURE
>
avancez prés d'un pofte des en:
nemis , effuyerent une décharge
d'une vintaine de coups de fufils
dont un Grenadier fut
bleffé mortellement. Tout fut
tranquille jufqu'à "minuit ; mais
depuis cette heure - là , juſqu'au
jour , on entendit remuer de la
terre , fans qu'on puft penetrer
en quel endroit , ny faire feu
par confequent pour empefcher
ce travail . D'abord qu'il fit un
peu clair , qui étoit le 4 .
à trois
heures du matin , on reconnut
un boyau affez long , qui étoit
feparé de nous par une longue
Aaque d'eau , & qui ne pouvoit
eftre d'autre utilité que pour
l'établiſſement de quelques bat.
reries de bombes ou de canons .
Le mefme jour , fur les fix
GALANT 185
heures du foir , on vit beaucoup
de Cavalerie & d'Infanterie paffer
fur le Pont de la Baffe - Lis ,
pour fortifier le quartier , qui
eftoit entre le ruiffeau de Guelves
& la haute - Lis . Sur les dix
heures & demie du foir, nos Grenadiers
qui estoient à deux cens
pas du glacis , nous rapporterent
que les ennemis ouvroient la
tranchée , & qu'ils avoient effuyé
plufieurs décharges des
détachemens qui foûtenoient les
travailleurs ; on commença dans
ce moment à faire un grand feu
de moufqueterie & de canon, qui
dura jufqu'au jour . Monfieur le
Prince d'Ifenghien eftoit Brigadier
de jour , & Mr. de Bouflers
- Remiencourt , auffi en qua
lité de Colonel ..
Septembre 1706. Q
186 MERCURE
Le 5 . à la
petite
pointe
du
jour
, on
découvrit
une
ligne
parallele
que
les
ennemis
avoient
faite
entre
la petite
inondation
,
prés
de
la
Lis
&
le
ruiffeau
de
Guelves
, qui
coule
dans
un
valon
,.
dans
lequel
ceux
de
la
place
he
peuvent
voir
en
aucune
maniere
,
non
plus
que
du
cofté
de
la
Lis
,
parce
que
ce
lieu
eft
plein
d'arbres
; de
hayes
&
de
maifons
, enforte
que
les
2.
queuës
de
tranchée
, par
la
droite
& par
la
gausche
, étoient
abfolument
à couvert
: ce
qui
donna
la facilité
aux
Ennemis
de
faire
leur
parallele
affez
prés
de
la
Place
, principalement
dans
le
centre
qui
n'étoit
qu'à
150.
toiles
de
nôtre
palliffade
. Ce
qui
nous
donna
envie
cette
de faire une entreprife
GALANT 187
partie de ligne. On commanda
pour cet effet 600 , hommes
dont ily avoit 400. Grenadiers ,
Dragons ou Fufilliers , & 200 .
travailleurs , avec des outils pour
combler la tranchée , au cas qu'
elle fût gardée par peu de monde
, & que l'affaire le tournaſt
heureuſement de noftre coſté.
On donna ordre à ces détachemens
de profiter de l'occafion ,
& de fe retirer diligemment
, au
cas qu'ils viffent paroiftre un
grand nombre de troupes . Nôtre
chemin couvert fut tres - bien
garnys la garniſon occupa les
demy- lunes & les remparts , &
noftre Artillerie eut ordre de:
faire grand feu , d'abord que nos
gens prendroient le party de la
retraite, Tout cela fut tres -bien
2
Qij
188 MERCURE
executé, environ une heure aprés
midy que nos détachemens fortirent,
par deux endroits differents
; mais lors qu'ils approcherent
les deux endroits de la
- parallele qu'on avoit refolu de
combler , nous vîmes fortir de
ladite parallele, ou des fonds que
nous ne pouvions voir , environ
sooo, hommes qui firent fi grand
feu fur nos gens , qu'ils prirent
le party de la retraite , ainfiens
qu'on leur avoit ordonné. Les
Ennemis effuyerent un fi grand
feu pendant une heure de nôtre
chemin couvert & de noſtre canon
, qu'il n'eft pas poffible qu'-
ils n'ayent perdu beaucoup de
monde. De noftre part , il nous
en coûte un Capitaine de Grenadiers,
tué ; trois Capitaines &
GALANT 189
fept Officiers , bleffez ; trente
foldats morts , & ros . de bleffez
Mr. de Beuzeval releva
Manfieur le Prince d'Ifenghien,,
à l'heure de la garde , & fit faire
un feu épouventable pendant
toute la nuit .
Le 6. nous reconnûmes , à la
pointe du jour, que les Ennemis.
n'avoient travaillé toute la nuit.
qu'à élargir leur tranchée , & à
faire des batteries , fur lefquelles
nous filmes un grand feu de
Canon & de Bombes . Nous continuâmes
le travail de trois mines
fur le glacis , & nous filmes
doubler les palliffades de nos
places d'armes , les bataillons
s'établirent felon leur rang d'ancienneté,
le long du rempart, où
ils travaillerent à fe mettre à l'a
3
190 MERCURE
bry des Bombes . Nous avions
placé toutes les poudres le long
des remparts ; nous filmes tranf
porter ce jour- là toutes celles
qui étoient du cofté de l'attaque.
Sur les trois heures aprés
midy, nous filmes fortir deux pelotons
de so . Grenadiers chacun ,
avec ordre de ne s'avancer qu'à
dix pas de la palliffade , & de fe
retirer d'abord que les Ennemis.
fe découvriroient ; afin que s'ils
étoient affez mal- habiles que de
fortir de leur tranchée , prenant
noftre feinte pour une veritable
fortie , nous puffions leur faire )
effuyer le feu de tout noftre Canon
que nous avions braqué exprés
& de tout celuy de noftre
chemin couvert . L'affaire réüſfit
, comme nous nous l'eftions
GALANT 19T
"
propofe. Il parut fur le revers
de leur tranchée environ 4. ou
5000. hommes qui firent d'abord
un fi grand feu , que la fumée
les empêchant de voir que nos.
pelotons fe retiroient , nous,
donna occafion de leur faire ef
fuyer , pendant un gros quart
d'heure , tout noftre feu ; & tous
les piquets de l'armée qui vinrent
en diligence au fecours de
la tranchée , furent parfaitesment
bien canonnez . Nous n'eufmes
dans cette petite affaire que
sdeux Grenadiers bleffez legeresment
; & felon les apparences.
les Ennemis firent une perte af
fez confiderable :
Ce mefme jour à dix heures
du foir , aprés avoir fait le feu
ordinaire du chemin couvert,
192 MUADORE
2015005
de
-on fe form pattes , barrieres
zune douzaine de petits deta
schentons , quiafferent faire leur
décharge fur les travailleurs des
ennemis on fit des fignaux
comme on avoid
adeffeins : ce qui perfuada tellemont
les ennemis qu'ils aflorent
tre attaquez par un grand
Corps , qu'ils fortirent de leur
tranchée , & firent un feu pendantun
quart d'heure , qui nous
parut eftre de cinq ou fix mille
hommes! Pendant tout ce te temps
là , noltre canon & noftre chemincouvert
firent 2387621 un feu
continuel . Il n'eft pas poffible de
fçavoir fi on leur tuabell beaucoup
de monde ; mais il y a bien de
l'apparence que les travaux des
annemis furent interrompus .
Sop Le
GALANT 193
Lez , nous reconnumes, d'abord
qu'il fut jour , que les
ennemis n'avoient travaillé
toute la nuit qu'à élargir leur
parallele , & à perfectionner
trois batteries de canon ou de
bombes. Le reste de la journée
fe pafla à efcarmoucher de part
& d'autre ; & on recommença
le
feu du chemin couvert, d'abord
que la nuit parut.
Le 8. nous ne vîmes d'autre.
changement aux travaux des
ennemis , que celuy de leurs
batteries , qui nous parurent
plus avancées, & dans lefquelles
on voyoit continuellement porter
des madriers pour les plates
formes . Nous nous appliquafmes
tout le jour à jetter des bom.
bes dans lefdites batteries , & à
Septembre 1706. R
194 MERCURE
29 3911013
faire ouvrir des embrafures en
differens endroits de noftre rem
part pour placer noſtre canon,
Comme on fut averti ce jourlà
qu'il yyaavoit beaucoup de
murmure parmi les Soldats , fur
ce qu'ils ne pouvoient vivre
de la fubfiftance qu'on leur
donnoit , on fe crut obligé de
Jeur faire fournir une livre de
Vande par jour à chacun ; les
Officiers ayant affuré que vers
la fin du Siege , les Soldats fe
contenteroient du feul pain de
munition & de l'eau faute de
bierre , dont nous n'avons jaeu
qu'une tres - petite
mais
quantité
.
Le im a trois heures du matin ,
le canon des ennemis commenaça
à tirer de la ligne parallele ,
GALANT
195
C
avec 40. pieces de canon , & 40 .
mortiers ; ( mais nous fçümes
depuis qu'au lieu de 40. pieces
de canon , ils en avoient 140.
& fur les dix heures , la maçon
nerie de la Place eftant mauvaife
, il y eut une brèche au
7 bastion des
Capucins , entre les
deux demi- lunes , de huit toifes
de large . On jetta
quantité de
bombes , une infinité de doubles
grenades &
plufieurs
carcaffes ,
qui
mirent le feu à
quelques
maifons de la Ville , à celle du
Gouvernement l'Hôtel de
Ville , & firent fauter une des
mines qu
que nous avions fait conftruire
fur le glacis . Ce fea devint
fi terrible depuis l'apréfmidy
jufqu'à la nuit , que tous nos
< meilleurs Officiers & Soldats
Rij
196 MERCURE
qui ont vu les Sieges de Rey
ferwert & de Landau, en parup
rendeétonnez. La diſtribution de
hos vivres cella , nos Bräfferies
& nos Boucheries furent bra
iles , & nos Soldats Charpen
tiers, qui travailloient à des ou
vrages
radesoncommencez dans des
principales places de nos chemins
, ne pouvant foûtenir undi
grand feu de bombes , abandonnerent
leur travail ; nos canonniers
& bombardiers ne pûreht
plus tirer , parce que leurs plateformes
eftoient abfolument ruinées
: & en trois ou quatre heuros
de temps , plus de la moitié
de la Ville fur brûlée le même
jour. Cet épouvantable feu continua
avec la mêmeviolence jufqu'à
la nuit aprés quoyiborgda
ju A
HGADANM 197
S
upi grand filence de leur côté,
qua cela nous fic croire que s'en
abic pour mieux cacher leur tra
vaik Pour dors noftre chemin
couvert.qui n'avoit fait qu'efcarmoucher
pendant la journée ,
commença à faire un grand feu,
qui dura toute la nuit , nos bom
bes , & noftre artillerie qu'on
avoit placée en differens endroits
pendant le jour , continua
à faire fon effet pendant le refte
de la
nuit.sibadred & 3rgia
Leonous reconnumes, à la
pointe du jour, que les ennemis
avoient avancé un travail , le
long de la Lis , que nous jugea
smes eftre le commencement d'yne
feconde parallele , nous v
mes même jetter de la terre tout
&le jour en cet endroit -là , fans
Riij
198 MERCURE
qu'il nous faft poffible en aucune
maniere d'y apporter nul empê
chemento, le feu continuel de
leur artillerie eftant fi terrible,
qu'on ne put tirer aucun coup
de canon ny de moufquet , fans
eftre accablé dans l'inſtant par
100 Coups de canon , & autant
de bombes , dont une eftant tome
bée dans la riviere prés de nôtre
telufe,qui forme la grande inons
dation , rompit une poutrelle au
fonds de l'eau : ce qui nous obligea
apour empêcher que nos
blancheries , où eftoient la plus.
grande partie de nos poudres ,
ne fuffent inondées , d'ouvrir
promptement nos éclufes , du
moulin & du baffin , avec intention
de reparer , s'il eftoit poffible
, pendant la nuit , nele poummA
犬
THEQUE
DE
GALANT
vant faire pendant le jour
dommage que nous avoit faire
cente bombe, Nous reconnumes
encore avec bien du déplaifir y
que la bréche du bastion des
Capucins étoit de trente toife's
de dargel , & que les Ennemis
S'attachant à l'ouvrage qui cou
vre l'Eclufe , ils pouvoient fa
cilement fe rendre maiftres du
chemin couvert , qui eſt de ce
cofté- là , & faire bréche audit
ouvrage, en dix ou douze heures
de temps , fans qu'il fuft en au
cune maniere en noftre pouvoir
de l'empêcher , la face dudit
ouvrage n'eftant nullement dé
fendue d'aucun endroit. Ce qui
nous fit regarder la bréche du
baftion des Capucins , comme
une chofe stres confiderablet
Riiij
200 MERCURE
parce que l'ouvrage qui couvreu
Eclufe , cftant une fois pris , il a
ne nous reftoit, aucun moyen ɔ
d'empêcher les Ennemis de nous
prendre d'affaut par ladite bré- parla
che , derriere laquelle il n'efts
pas poffible de faire des retrano 3
chemens parce que le baltie le baſtion 1
eft creux , & que la gorge vaid
tomber dans le jardin des Casi
pucins qui a plus de fix toifes i
de pente depuis le parapet. Outre
ce fujet d'inquietude , nous
eûmes encore celle de voir une
grande brèche fe former au baftion
d'Ypres ; & pour remedier
à tout cela , autant qu'il nous b
fut poffible , nous commandâ - d
mes cent travailleurs pour en-up
lever pendant la nuit le décom I
ble de ces deux bréches . C'étoitos
TALANM 201
1
une ficuation
allez exeo plz q extraordi
naire que la noftre ; noſtre Place
eftoit fort enterrée
, les Ennemis
ne nous tiroient
que de leur
premiere
parallele
, & nous
eftions
encore
les maiftres
de
tous nos ouvrages
. Cependant
l'artillerie
des Ennemis
eftoit f
bien fervie , que leurs bombes
leurs canons
& leurs aubus ne
laifoient
pas de faire brèche
aux endroits
mefme
qu'ils ne
voyoient
pas toute fortie nous
eftoit interdite
, ayant affaire à
une parallele
qui contenoit
plus
de monde
que nous n'en avions
dans noftre Garnifon
. Il retomba
une feconde
bombe fur le foin
qui acheva
de rompre
noftre
Eclufe
, l'artillerie
des Ennemis
d
continua
avec une fureur éton
202 MERCURE
nante jufques à huit heures du
foir , qui fut la derniere décharge
du canon . Les bombes ne fi
nirent point de toute la nuit
on en jetta trente & quarante a
la fois dans tous nos ouvrages ,
& dans toute la Ville . Noſtre
chemin couvert commença fon
feu de bonne heure , qui fut
toujours tres-grand, depuis que
la tranchée fut ouverte. Sur les
neuf heures du foir , on fit ſortir
du chemin couvert, par la droite
& par la gauche , cinquante
hommes de chaque coſté , qui
allerent faire leur décharge ſur
les travailleurs des Ennemis ,
cès détachemens rentrerent
dans le chemin couvert après
avoir tiré : & ce fut alors qu'on
fir uns feu pendant un quare
GALANT 203
d'heure qui fut affezoviolent
Let, nous reconnufmes une
feconde parallele, qui ,par le milieu
, à peu prés , n'étoit qu'à
quarante toifes de l'angle faillant
de la demi- lune d'Ypres . Nous
aurions bien entrepris quelque
chofe fur ce nouveau travail , fi
la chofe avoit efté poffible ; mais
Heftoit foûtenu de la premiere
parallele , derriere laquelle il y
avoit cent pieces de canon , &
foixantemortiers ou aubus. Toute
cette artillerie commença
fon feu ordinaire dés la pointe
du jour , & continuant toûjours
avec la même fureur , nous em
pêcha de faire travailler au décomble
des deux bréches , qui
étoient tellement battuës de
toutes manieres , qu'il n'étoit
204 MERCURE
pas poffible qu'un
travailler
un ma tommo y put
fans eftre
tué. Noftre inondation ſetrðu?
va baiſſée le matin de feize pous
ces , & par conféquent nous ju
geâmes que dans vingt-quatre
heures la riviere fe trouveroit
dans fon état naturel . Comme
nous jugeâmes qu'il étoit abfor
Jument neceffaire de rendre
noftre bréche impraticable, nous
y envoyâmes far les onze heu¶
res du matin foixante hommes
de bonne volonté pour en ofter
les décomble ; promettant une
piftolle à chaque foldat pour ce
travail. Il fut commencé & continué
avec fuccés pendant une
heure ; mais enfin comme l'artilleric
continuoit toûjours à
battre la bréchellquil tomba
GALANT 205
tour d'un coop une fi grande
quantité de maçonnerie , que
cing ou fix foldats ſe trouvant
accablez , de reſte ne pouvant
Yetenir plus long- temps , fe
retira , avec promeffe d'y tra
vailler pendant toute la nuit .
Le reste du jour les Ennemis
Poufferent une fape droit à l'an
gle faillant du chemin couvert,
qui eft devant la demi- lune d'Ypres
; nous jugeâmes que c'étoit
pour éventer une de nos mines
que nous avions en cet endroit,
ourpour faire à la demie fape
une parallele au pied de noftre
glacis.
Le 12. nous reconnûmes que
ladite fape eftoit un boyau qui
alloit jufqu'à la Lys à dix toifes
du chemin couvert de l'ou
206 MERCURE
C
C
4
rage neuf qui couvre l'eclufe ;
nous vifmes en mefme- temps un
autre boyau qui s'étendoit du
cofté de la demie lune de la
poterne : & qu'infenfiblement
travaillant à la demie Tape en
differents endroits , nos angles
faillans eftoient endanger
d'eftre gagnez par les ennemis,
& par confequent dans peu tout
noftre chemin couvert, ne pouwant
y porter d'autre empêchement
que par noftre feu. Le
dits boyaux eftant foûtenus par
la parallele & une ligne toute
entiere d'artillerie , nous jugeâmes
qu'il falloit neceffairement
chaffer les ennemis de
quelqu'un de ces endroits . Pour
cet effet, nous choifîmes celuy
qui cftair le plus prés de la
#GALANT 207
1
!
Lis & à dix heures du foir,
nous filmes fortir deux cens Grenadiers
, foutenus par cens dragons
, qui entrerent dans la
tranchée, renverferent ce qu'ils
trouverent ,& nous rapporterent
mefme quatre Gabions . Nous
filmes diverfion vis- à - vis la porte
d'Ypres, avec cent hommes qui
firent une fauffe fortie , cela
nous réuffit heureufement, fans
qu'il nous en coûtaft que dix
hommes, tant tuez que bleffez.
On travailla pendant la nuit à
Que sondécomble des deux
bréches, & à former un parapet
de fafcines fur le haut de
la bréche des Capucins. Ce
fut ce foir- là que nous reçûmes
un billet de Monfieur de Vendofme
, en réponse à trois des
le
込
(208 MERCURE
Snotres; covbillet portoit que
L'Armée ne pouvoit reftie affemblée
que la abrique nous aimlions Vė
plus long-temps que nous pourrions ,
arou qu'on feroits tour xequi feroit
-poſſible pour nous fecontit. Cependant
il y avoit une de nos deux
-bréches qui contenoit toute la
face d'un baftion , qui commençoit
à eſtre pratiquable; & l'autre
la devenoit , à meſure qu'on
tiroit. La feconde parallele , qui
eftoit au pied de noftre glacis ,
fe perfectionnoit à tous momens ;
il ne nous reftoit qu'environ
trois cens moufquets , tous les
nautres eftant crevez ou rompus .
Nous avions raffemblé tous les
Jarmuriers de la Ville & des
troupes ; mais tout cela ne ponvoit
fuffire pour, raccommoder
Dopt andurban 2
NGUDAUN 209
3
amputice: qu'iloidvoi de câffé
spendaordinaire
ecce fiewin
engagend faire fortirda nuie qu
My Turcq Capitaine du
Regiment de Sparn , qui voulut
bien fe charger decette commifxfiontopour
andrevun icompre
Verbalas Manfieur de Vendor-
-marde l'eftat , de toutes chofes.
-un Le 13. au matin , le bout du
otravail que nous avions reniverfés
pendant la nuit , fe troa-
Mastaccommodé
par les enne-
¿missio & alerefte du jour , ilsle
apoufferent jufqu'à da riviere ,
& travaillerent à perfectionner
cotte derniere parallele , qui en
abeaucoup d'endroits & n'eftoit
& qu'à douze toifes de nos pallifdades.
La face de noftre ouvrage
1 neuf du cotté de la riviere fut
Septembre 1706.
S
210 MERCURE
battuë en brèche ce jour - là par
feize pieces de canon ; & nous
ne pumes faire autre choſe que
de faire travailler au décomble
de nos brèches , & à ouvrir
des embrafures , dans tous les
lieux où nous crûmes qu'elles
pourroient nous eftre neceffaires
.
500
ily
' dmala'e
Le 14, nous vîmes, à la pointe
du jour que la tefte de la fape
s'avançoit infenfiblement à l'angle
faillant du chemin couvert,
de l'ouvrage neuf, & , environ
fur les trois heures après - midy ,
ils avoient placé quelques gabions,
à fix toifes de noftre palliffade
; mais on leur fit un fi
grand feu de grenades & de
moufquets , qu'ils furent obligez
de difcontinuer leur travail
BGEARLPAANNYY 211
Wolter73910 09 303154
II
255634 9315
pendant quelques heures .
nous vint ce jour- là un Lieutenant
du Regiment de Saint Sulpice
nommé Ternonay , qui
pice
eftoit parti là veille pour aller
rendre compte à Monfieur da
Vendôméé ddee l'eftat de la Place.
Il nous rapporta que l'Armée
s'affembleroit le dix - huit der
riere la Deule , & que les affai-
, &
res d'Efpagne & du fiege de Turin
alloient parfaitement biens,
ce qui nous fit grand plaifir . Les
Ennemis firent un feu continuel
de bombes , de pierres & de gre
nades dans le chemin couvert
pendant toute la journée. Ils
ne cefferent pas non plus de bartre
Hent
en
brèches
la face de l'ouvrage neuf du côté
de la Lis. Nous cûmes plu-
Sij
212 MERCURE
fieurs pieces de Canon démone
tées , & nous en plaçâmes en
d'autres endroits ; nous filmes
travailler continuellement au
décomble de nos bréches, & nous
filmes faire un parapet avec des
fafcines fur le haut de celle des
Capucins. Les Ennemis ne pûrent
avancer leur fape de toute
la nuit , à caufe des feux de gaudron
, de grenades , & de coups
de fufil. Ils en firent autant de
leur cofté ; mais ils n'avancerent
leur fape que de quelques gan
bions , qu'ils poufferent du coſté
de la Lis .
xo cut sq
Le 15. nous eftant apperçus
de tout cela , nous foupçonna
mes qu'on travailloit fous terre
pour faire fauter noftre chemin
couvert. Toute la journée fe
SONDANY £ 13
3 2907
3
palla a faire un feu continuel de
canon de moufquets , & de
grenades fur les fapes ; ce qui
inquieta fi fort les Ennemis , qu'-
ils répondirent à noftre feu par
toute leur Artillerie , & continuerent
toute lå nuit à jetter un
nombre infiny de bombes , de
pierres & de grenades. 201
Le 16. à la pointe du jour
Your tou:
te l'artillerie des Ennemis fit un
feu
épouventable pendant quatre
heures § enforte qu'il n'
avoit pas un feul endroit ny dans,
le rempart , ny dans la Ville qui
ne fût exposé. C'eftoit appa
ramment pour affeurer deux ſapes
qu'on continuoit , dont l'u
ne eftoit dés le matin à quat quatre
roifes de l'angle faillant de l'ouvrage
neuf ; & l'autre, à fix tof
0
enoid
214 MERCUROR
fes de celuy du Baftion d'Ypres .
Ee terrible feu recommença à
plufieurs reprifes , & continua
prefque toute la journée. La
bréche de l'ouvrage neufdevint
eres pratiquable ; & comme
nous ne pouvions la voir par aucun
endroit , rien ne pouvoir,
empêcher les Ennemis d'y monter,
d'abord que l'Efearpe du fof
fé auroit fauté : ce qui nous fit
raiſonnablement croire qu'one
travailloit à des mines pour cela
. Mais comme de la perte del
cet ouvrage dépendoit celle
de la partie du chemin couvert ,
qui s'eftend jufqu'à a dem e - lub
ne d'Ypres , nous réfolumes de
faire tous les efforts pollibles
pour le foutenir ; nous filmes
faire des mines fous la breche
GALANT 215
& nous filmes travailler à un re
tranchement , pour couvrir un
dégré de pierre qui eft dans la
gorge, pour faciliter la retraite
de nos gens. On fit faire pen
dant toute la nuit un grand
feu de grenades & de moufquets ,
que la fape qui eftoit devant le
baltion d'Y pres ne fut avancée
que de cinq ou fix gabions ; celle
de l'angle faillant de l'ouvrage
neuf , n'avança pas davanta
ge : mais nous reconnuſmes
qu'on l'élevoit pour voir dans
noftre chemin couvert . Nous>
filmes
mes travailler pendant toute
la nuit au décomble de la brèche
de l'ouvrage neuf.
Le17.nous
reconnumes
, le
toit
ravail de ladite brèche ,
aufli peu avancé que ſi on n'y
216 MERCURE
*
avoit rien fait. Il n'en fut pas de
même de la mine & du retranchement
dudit ouvrage ; l'un &
l'autre fut achevé dans la journée
, auffi bien que les fept embrafures
que nous filmes, percer
à la courtine pour tirer dans le
dit ouvrage. Nous y fifmes pla
cer le Canon , & nous jugeâmes
pour lors que la chofe feroit
difficile aux Ennemis , lors qu'ils
entreprendroient de s'y établir .
Leur artillerie continua toujours
avec la même fureur , foit
pour démonter nos pieces , dont
ils eftoient fort incommodez ,
foit pour battre la courtine d'Ypres,
& la demie - lune de l'ouvrage
neuf.
Le 18. on remarqua que les
fapes des Ennemis eftoient per
fectionnées,
GALANT 21
fectionnezy & en eftat de pouvoir
entreprendre l'attaque du
chemin couvert, par trois fapes
fort avancées, qui fortoient d'ane
parallele qui n'en eftoit qu'à
-quinze toifes. Nous nous préparâmes
à cette attaque nos
-places d'armes & nos demies- lu-
-nes furent bien garnies d'homames
& de munitions . Mr Jouzbore,
Lieutenant deRoy, & Mrde
-Bouflers - Remiencourt, Colonel,
-commandoient dans ledit chesmin
couvert ; comme auffi Mr
• Labarto , Lieutenant Colonel
des Dragons de Bretagne , & Mr
-Leeky Commandant du fecond
Bataillon de Heffy . Nos Brigades
prirent les armes à cinq heuares
aprés midy , pour border le
rempare , elles n'y furent pas
2 Septembre 1706 .
t
T
218 MERCURE
platoft arrivées , que les Ennet
mis commencerent un feu de
toute leur artillerie , fi terrible
que tous nos plus anciens Officiers
convinrent n'en avoir jamais
vû aucun qui en approchât.
Noftre artillerie, commandée
par Mrs de Veauleger, Che
valier de Valory , & de Terrieux
, n'en fit pas moins de fon
cofté ; enforte que c'eftoit un
bruit étonnant . A ſept heures
le fignal de l'attaque fut donné
par deux mines des Ennemis aux
pointes des angles faillans de
l'ouvrage neuf, & de la demielune
d'Y pres. Cette attaque qui
eftoit foutenue par une grande
& large parallele , où on avoit
travaillé pendant cinq jours , fut
des plus violentes ; noftre cheGALANT
219
min couvert , nos demies- lunes,
& noftre rempart ne cefferent
pas de faire un feu continuel
pendant plus de deux heures ;
noftre canon & nos bombes en
firent de même. Mais comme
les Ennemis cftoient en plus
grand nombre que nous ,
que nous , il fal
lut ceder à la force . Ce fut ce
même jour-là que Mr Ternonay,
Lieutenant dans le Regiment
de Saint Sulpice , revint
pour la feconde fois de Lille , &
nous rapporta un ordre de Monfieur
de Vendôme , fur ce que
mous aurions à faire , lors que
nous ferions preffez jufqu'à un
certain point.
Le 19. nous reconnûmes que
les ennemis avoient établi leur
logement le long de la palliffade,
Tij
220 MERCURE
depuis la Lis jufqu'à l'angle
faillant de la contrefcarpe du
baftion d'Ipres , & qu'ils travailloient
avec beaucoup de diligence
à perfectionner ledit retranchement.
Nous n'occupâmes
pour lors que nos trois demilunes
& les deux places d'armes
rentrantes , qui font aux
deux branches de la demi- lune
de la Poterne. Il nous parut, par
legrand nombre des corps morts,
que la perte des ennemis devoit
eftre confiderable ; la noftre ne
fut pas mediocre : mais je referve
pour la fin de ce Journal , un
eftat des morts & des bleffez
tant Officiers que Soldats . Nous
employâmes cette journée à reparer,
autant qu'il nous fut pofible
, toutes nos deffenfes , qui
GALANT 221
eftoient abfolument ruinées &
nous filmes mettre du canon
dans les lieux où nous le jugeâ.
mes neceffaire pour la deffenſe
du paffage du foffé , & de nos
bréches : & nous commençâmes
à faire tirer nos pierriers , dont
nous n'avions pu faire ufage
pendant que nous occupions le
chemin couvert . Monfieur de
Marlborough qui s'eftoit apparamment
mis en marche le matin
, & que nous n'avions pas en
core découvert , mit fa droite
prés de Leaw , & fa gauche du
cofté de Moucron ; il nous pas
rut qu'il avoit fortifié de troupes
le quartier d'Halluin , & celuy
de l'attaque . Nos armes
avoient prefque toutes crevés
& le grand feu qu'on fit à la def
Tiij
222 MERCURE
fenſe du chemin couvert , mit le
peu qui nous reftoit en fi mau_
vais cftat , que nous n'ofions
prefque plus tirer , de peur d'en
manquer abfolument la plufpart
de noftre canon fut démonté,
& nous n'avions point d'affuts
de
rechange .
- Comme noftre garnifon eftoit
tres- fatiguée, nous retirâmes 150
hommes qui eftoient dans les
trois places d'armes de la demilune
de la Poterne , & nous nous
reduififmes à ne garder que les
trois demi- lunes , les deux tenailles
, la tefte de la digue , &
les deux bréches des baſtions .
Le refte de la journée fe paffa
à canonner le retranchement
que les ennemis perfectionnoient
, & à faire feu fur tout ce
GALANT 223
qu'on voyoit paroiftre. Les ennemis
ne cefferent pas de battre
avec treize pieces de canon ,
la bréche de l'ouvrage neuf.
Le 10, ils continuerent à bartre
ladite bréche ; & leur logement
eſtant perfectionné , ils ne
travaillérent tout le jour qu'à
faire leurs batteries . De noftre
cofté, nous filmes reparer , autant
que nous pûmes , nos parapets ,
& tirer du canon & du fufil,d'abord
qu'il paroiffoit quelqu'un ;
nous ordonnâmes pareillement
qu'on jettaft des gaudrons dans
le chemin couvert , & qu'on fift
le plus grand feu qu'il feroit poffible
, lorfqu'on s'appercevroit
que les ennemis dégorgeroient
leurs embrafures .
Le 21. malgré tout nôtre grand
T
iiij
224 MERCURE
feu de la nuit, les ennemis ne laif
ferent pas d'achever leurs batteries
; & fur les huit heures du
matin ils en démaſquerent deux,
dont l'une eftoit de dix pieces,
& l'autre de cinq , & ils battirent
en bréche la pointe &
les deux faces de la demi - lune
de la porte d'Ypres , dans laquelle
nous avions fait faire la
veille un
retranchement pour
la tenir , lorfque les parapets en
feroient entierement détruits .
Nous fçûmes ce jour- là , par des
eftats que nous avions demandez
aux Majors des Regimens,
qu'il manquoit fept cens cinquante
fufils ; & comme il ne
nous en reftoit plus que deux
cens , nous les filmes diftribuer
aux Bataillons , à raifon de
GALANT 225
quinze pour chacun . Nous
avions fur nos remparts , ou au
bout de la Digue , douze pieces
de canon , qui ne difcontinuerent
pas de tirer tout le
jour malgré le grand feu des
bombes ; mais les retranchemens
des ennemis eftoient fi
profonds & fi épais , qu'il eftoit
impoffible de leur faire beaucoup
de mal . Sur les dix heures ,
les ennemis cefferent de faire
feu à la demi - lune , & s'artacherent
uniquement à battre
en bréche les orillons des deux
baftions attaquez ; ce qui nous
ayant fait faire reflexion , que fi
onze pieces de canon faifoient
un fi grand effet , que le lendemain
que nous ferions battus
par plus de cinquante , la Place
226 MERCURE
3
ne pourroit manquer d'eftre
entierement ouverte
& que
quoy que nous fuffions encore
les maiſtres de nos demi - lunes ,
qui n'eftoient que mediocre
ment endommagées , on pour
roit donner l'affaut à la bréche
du bastion d'Ypres , fans que
nous puffions tirer aucun fecours
de nos demi - lunes , attendu
que nous avions vû un
grand épaulement
, qui mettoit
les ennemis à couvert contre le
feu qui pouvoit fortir de ladite
demi- lune . Ces raifons , jointes
à l'ordre que nous avions de ne
pas attendre l'extremité
, & de
fauver la garnifon , nous fit prendre
la refolution
de faire affembler
tous les Officiers
principaux
, pour leur demander
leur
GALANT 227
avis , & de le figner. Il fut convenu
tout d'une voix , qu'on në
devoit pas balancer pour obtenir
une bonne capitulation , à
faire battre la chamade , lorfqu'on
auroit vu le lendemain
Feffet que produiroit la nombreufe
artillerie des ennemis
dans une maçonnerie tres -mauvaife
, foutenue par des terres
fablonneufes , qui tomboient en
abondance dans le foffé , à chaque
coup de canon.
Le 22. les Ennemis commencerent
, à la pointe du jour , à
tirer avec des pieces qui é
toient en batterie la veille
& d'heure en heure ils en démafquerent
de nouvelles ; en
forte qu'il nous fut aifé de comprendre
qu'en huit ou dix heu228
MERCURE
res de temps , nos baſtions feroient
entierement ruinez
› par
les raifons que j'ay fait voir que
la maçonnerie eftoit fi mauvaife,
& le terrain fi fablonneux
qu'on n'a jamais vû en aucun
endroit le canon faire tant d'effet
, & en fi peu de temps. Nos
armes eftoient dans un furieux
defordre ; & comme le billet de
Monfieur de Vendofme nous
marquoit pofitivement de fauver
la garnifon , nous crufmes
qu'il eftoit temps de faire battre
la chamade , avant que nos
bréches fuffent parfaites : de
peur qu'on ne s'opiniâtraft ,
comme la mode en eſt établie
depuis quelque temps , à vouloir
nous prendre prifonniers de
guerre . Ce fut avec une douGALANT
229
票
leur bien fenfible que nous fifmes
battre la chamade à neuf
heures du matin : mais la raifon
le vouloit ; toute la garnifon fut
du même avis , fondé fur l'ordre
pofitif de Monfieur de Vendofme
, & fur le pitoyable eſtat de
nos armes .
Ce que je viens d'apprendre
avec la plus grande certitude ,
merite d'eftre ajoûté à cette
Relation .
桃
Mr le Marquis de Bully voyant
la Place inveftie, & ne trouvant
pas un affez grand fond dans la
Caiffe militaire pour un fiege de
cette importance , emprunta fur
des billets 4000. livres , dont
il fit faire quatre états ; un pour
le Treforier , un autre pour le
230 MERCURE
"
:
Bourguemeftre , un pour luy &
un autre pour les Echevins.
Mais voyant que le fiege étoit
fur le point de finir , il fit rendre
l'argent à ceux dont il l'avoit
emprunté ; ce qu'il auroit eu de
la peine à faire , s'il n'avoit eu
la précaution de faire faire les
états dont je viens de vous parler
la plufpart de ces billets
ayant efté ou perdus , ou volez,
ou brûlez pendant le fiege. Ces
Bourgeois eurent à peine reçû
leur argent , qu'ils le rapporterent
à Mr le Marquis de Bully;
& ils le prierent , les larmes aux
yeux , de reprendre ce même
argent , comme la feule & derniere
marque qu'ils pouvoient
donner de leur fidelité & de
leur attachement pour le Roy.
GALANT
231
Ils marquerent en même temps
qu'ils auroient fouhaité que le
peu de maifons qui reftoit , cust
efté reduit en poudre , comme
le refte de la Ville , afin de ne
pas changer de domination .
Mr le Marquis de Bully , aprés
les avoir remerciez , les affura
qu'il en rendroit compte au
Roy ; ce que ce Marquis a fait.
Sa Majesté en a non- feulement
efté tres - fatisfaite , mais il a
même paru qu'elle a efté touchée
de ce procedé .
癯
Plusion fera de reflexions fur
de Journal que vous venez de
lire , & plus on en examinera
les circonftances ; plus on connoiſtra
que la défenſe de Menin
a efté beaucoup plus belle
que l'on n'auroit du efperer. Je
232 MERCURE
Croy que ceux qui la liront , devineront
bien que lorfque l'on
dit dans ce Journal , nous fifmes,
& on fit; ce font le Commandant
& le Gouverneur
, qui parlent.
C'est ce qui eft caufe qu'il y eft
fi peu parlé d'eux ; leur modef.
tie leur ayant fait taire un grand
nombre de faits qui font à leur
avantage. On ne doit point douter
de la fincerité de cette Re-
Aation , dans laquelle la verité
fe trouve toute pure , fans qu'on
y ait rien ajoûté , & fans que
l'on en ait rien diminué ; & l'on
n'en doutera pas lorfque l'on
fçaura que les principaux
Officiers
de la Garnifon faifoient
tous les foirs le rapport de ce
qui avoit efté fait pendant la
nuit, & pendant la journée préGALANT
233
cedente: & que c'eft fur ces rapports
, fignez de tous ces Offciers
, que cette Relation a efté
dreſſée . Ainfi il eft aiſé de juger
qu'ils n'ont rien rapporté que
de conforme à la verité ; puifque
s'ils s'en étoient écartez , ils
auroient efté contredits par tous
ceux qui avoient efté témoins
oculaires de ce qui s'étoit paffé ,
& qui avoient eu part aux mêmes
actions que l'on rapportoit.
Ainfi on doit croire que l'on a
rendu juftice , dans cette Rela .
tion , à tous ceux à qui elle eft
legitimement dûë . On n'y parle
point avec fafte & avec oftentation
; on n'y exaggere rien , pas
même la perte des Ennemis que
l'on laiffe deviner , en marquant)
feulement la défenfe que l'on a
Septembre 1706. V
234 MERCURE
faite , & les occafions où les Ennemis
n'ayant pû s'empêcher
d'eftre expofez long - temps au
feu de tout le canon de la Place ,
doivent avoir perdu des milliers
d'hommes , s'il m'eft permis de
parler ainfi . Les Ennemis ont
paru affez finceres , & l'on a vu
plufieurs de leurs Lettres , dont
je vous ay rapporté quelques
extraits , qui parlent non - feule
ment de la perte qu'ils ont faite
; mais qui en donnent même
des preuves. Enfin il paroift , par
tout ce qui a efté écrit là - deffus
par l'un & par l'autre parti, que
les Ennemis ont perdu à ce ſiege
fept à huit mille hommes. Quant
à noftre perte , vous trouverez
enfuite de ces reflexious , un
état qui vous fera connoistre au
GALANT 235
jufte à quoy elle a monté .
Je vous ay parlé du feu de canon
queles affiegeans ont effuyé
à diverfes fois . Cela leur arriva
le Sa d'Aouft ; sooo hommes
ainfi qu'il eft marqué dans le
Journal avec beaucoup de détail,
effuyerent ce jour- là le feu du
canon de la Place pendant plus
d'une heure . Il eſt aiſé de juger
combien ce feu doit avoir emporté
de monde , aucun coup ne
pouvant eftre perdu quand il
donne dans une fi grande quan
vité de troupes au contraire , il
eft impoffible que chacun de ces
coups n'emporte pas un grand
Hombre de gens ; & il n'a pas
fallu beaucoup de journées pa
reillesanpour faire perir la plus
grande partie de co que les En
Vij
236 MERCURE
nemis ont perdu au fiege . Je ne
dis rien du feu de moufqueterie
qu'ils effuyerent le même jour
de tous les dehors de la Place.
Il arriva le 6. une aventure ,à
peu prés , pareille aux Ennemis ,
qui donnerent dans les pan.
neaux qu'on leur avoit tendus .
Je ne vous la repete point , cer
article étant tres - bien décrit
dans le Journal . Je vous diray
feulement , que fi
vous y faites
reflexion , vous verrez que les
Ennemis doivent avoir perdu
une infinité de monde dans ces
deux occafions.
Ce que l'on doit le plus remarquer
dans ce fiege , & qui
n'eft peut - eftre jamais arrivé
dans aucun autte , ce qui doiter
augmenter la gloire des affiegez,
GALANT 237
9
>
eft qu'ils ne fe font rendus que
le 22. Aouft , quoique dés le
& le 10. il y euft deux bréches
dont l'une de 8. toifes , s'étoit
élargie jufqu'à 30. & l'autre
étoit devenuë tres- conſiderable.
On doit remarquer que quantité
de maçonnerie tomba enfuite
de ces bréches , d'où le fable s'e
bouloit continuellement , fans
que cela ait obligé , pendant
douze jours, les affiegez à battre
la chamade. Il eft vray que la
demi- lune n'étoit pas encore
prife ; mais il y avoit à craindre
que les Ennemis , aprés l'avoir
emportée , ne vouluffent plus
accorder de capitulation . Cependant
les affiegez ne s'étonnerent
point , & ne voulurent
pas , quelques rifques qu'ils cou
238 MERCURE
ruffent , qu'il fuft dit qu'ils
avoient cedé une Place , dont il
y avoit encore quelques dehors
à prendre. Mais enfin ils furent
obligez d'ouvrir les yeux , & de
ceder à la raiſon , à la force & à
la prudence , lorsqu'ils virent
que les Ennemis rendoient leurs
dehors inutiles , par le moyen
d'un épaulement qui les mettoit
à couvert de leur feu ; &
qu'ainfi ils pouvoient , fans en
avoir à effuyer , en venir à un
affaut , & emporter la Place : &
il auroit efté cruel de laiffer
paffer une auffi brave Garnifon
au fil de l'épée , ou de la rendre
inutile au Roy & à l'Etat , en la
laiffaut prendre à difcretion.
Tout cela, joint aux ordres que
les Commandans avoient de ne
GALANT
239
point attendre l'extremité pour
fe rendre , & de fauver la Ġarnifon
, a eſté cauſe de la reddition
de Menin , qui n'a battu la
chamade qu'aprés avoir foûtenu
un mois de fiege contre une armée
qui pouvoit eftre tous les
jours rafraîchie par une armée
d'obfervation : une Place qui
avoit eſté battuë par 140 pieces
de canon ; qui voyoit tres- fouvent
jetter des bombes par 40.
mortiers en même temps ; qui .
n'avoit prefque plus d'armes, ny
de reduits pour le mettre à cou
vert de tant de feux , dont le
bruit étoit fi
épouventable , que
des Officiers de la Garnifon
m'ont affuré que l'on ne s'entendoit
pas fouvent parler dans
La Place, ce qui empêchoit qu'on
240 MERCURE
puft entendre les ordres qu'on y
donnoit . Je laiffe à juger qui
doit avoir acquis plus de gloire
, ou des affiegez ou des affiegeans
, qui ont attaqué cette
Place , avec des troupes dix fois
plus fortes , & une artillerie dix
fois plus nombreuſe qu'il n'étoit
neceffaire pour la réduire . Comme
il eft jufte de faire connoître
les braves qui l'ont défenduë
; voicy un eftat des troupes
dont la Garnifon eftoit compofez
, ainfi que des morts & des
bleffez.
ESTAT
GALANT 241
ESTAT
Des Officiers Generaux ,& Soldats
qui compofoient la
Garnifon de Menin.
Monfieur le Comte de Caraman
, Commandant .
Monfieur le Marquis de Bully ,
Gouverneur .
Brigadiers.
Monfieur le Prince d'Ifenghien .
Mr de Beufeval.
Ingenieurs en Chef.
Mr de Vallory , Brigadier des
Armées du Roy .
Mr de Fonlarmoy .
Deux Sous- Ingenieurs .
Colonels.
Mr le Marquis de Gondrin .
Septembre 1706 .
X
242 MERCURI
Mr le Marquis de S. Sulpice .
Mr Hoocke , détaché à l'ou
vrage à corne d'Halluin pendant
le Siege.
Mr le Comte de la Gardie.
Mr de Bouflers.
Mr le Marquis de Poyanne.
Mr de Marboeuf.
Lieutenants Colonels.
Meffieurs
De S.
Briçon >
De Chalieux ,
De Ponteroze ,
Lenck ,
de Bouflers.
de Poyanne .
de Gondrin.
de S. Sulpice .
de Heffy.
de Sparr.
De Nezel ,
Du
Rozoy ,
De Labat ,
des Dragons de
Bretagne .
Commandans des Bataillons.
Mrs de Campagnols , de Gondrin.
GALANT 243
De la Normando, de S.Sulpice
De Leck ,
de
Heffy.
De Bernier ,
Laver , de Sparr .
Majors.
de Gondrin
.
Mrs de la Dournade,
De
Gaya ,
D'Effeing
,
De Vignacourt ,
Appelghren ,
De Fetonville ,
De Vic ,
de S.
Sulpice.
de Helly.
d'Ifenghien .
de Sparr.
de Bouflers.
de Poyanne.
des Dragons de
Bretagne.
Aides Majors.
De Revol ,
Mrs de Villotray ,
De Menaer , }
de Gondrin
.
De Vauborel ;
De Bourrevel
, } de S. Sulpice .
X ij
244 MERCURE
De la Chaume ,
De Sales ,
Reding ,
De Neufville ,
Gouble ,
Du Peret ,
•
De Quignac ,
Guermenon ,
de
Heffy .
d'Ifenghien .
de Sparr , detaché
avec Mr Hoock.
de Bouflers .
de Poyanne.
des Dragons de
Bretagne .
Garçons Majors.
De Montiron
, de Gondrin
.
Mrs de Haft ,
Feydeau ,
Becket ,
Ernst ,
de S.
Sulpice.
d'Ifenghien .
Furstenbergh ,
La Salle ,
De
Coudray ,
La Frenaye ,
De Sparr.
de Bouflers .
de Poyanne .
Bretagne.
des Dragons de
GALANT 245
.
Officiers de Grenadiers
Capitaines , Lieutenans , Sous-
Lieutenans.
Regiment de Gondrin .
Mrs de Panat , de Labat , de
Lille , de Chaftel - Franc , de
Chafteauneuf.
Regiment de S. Sulpice.
Capitaines , Lieutenans , Sous-
Lieutenans
,
Mrs de Lufemont , Durant ;
Marville , Coëtendo , Lavernede
.
Regiment de Helly.
Capitaines , Lieutenans , Sous-
Lieutenans.
Mrs de Meule, Gingin, Oberly
, de Boeuf , Chopinger.
X iij
246 MERCURE
Regiment d'Ifenghien:
Capitaine , Lieutenant , Sous-
Lieutenant.
Mrs Boufy, Philippart , Robertty.
Regiment de Sparr.
Capitaine, Lieutenant , Sous
Lieutenant.
Mrs Schutz , Jacobs , Maydell
, Sluze , Bileftim , Cunigeur
.
Regiment de Bouflers.
Capitaine , Lieutenant .
Mrs Hervy , d'Alicourt.
Regiment de Poyanne,
Capitaine , Lieutenant .
Mrs Dumez , Pomeraye.
GALANT 247
Regiment de Dragons de Bretagne,
faifant lefervice de Grenadiers.
Capitaines , Lieutenans
nettes.
Cor-
Mrs de Cuerve , Gueverien ,
des Fontaines , de Haute - Touche
, de Neupont , de Ville - Colin
, de Rofmorduc , de Belleville
, de Labouffiere , de Coëtman
, de Saint Guerné , de Bourgogne
, de Cuc , de Culan , de
la Garenne , de Saint Gilles ,
le Chevalier de Rofmorduc , de
Haute -Touche , de Laage , de
Pleffis - Bardoux , de Cheſne Feron
, Verrier , des Salles , le
Helec , de Coëtcouvrant , de
Neupont.
X iiij
248 MERCURE
Total des Grenadiers , compris les
Dragons , 19. Compagnies
faifans 855. hommes.
BRIGADE DE GONDRIN
Regement de Gondrin,
Capit. 16. Lieut. 9. Sousl , 11. Serg.30 . Sold . 55 .
Regiment d'Ifenghien .
Capit, 6. Lieut. 9. Sousl, 10 , Serg. 11. Sold.384
Regiment de Bouflers .
Capit. 7. Lieut. 8. Sousl . 7. Serg. 24. Sold. 381;
TOTAL.
29. 26. 28. 75. 1316 .
BRIGADE DE S. SULPICEJ
Regiment de S. Sulpice.
Capit, 22 ,Lieut, 20.Sousl.17. Serg.48 . Sold,8001
GALANT 249
Regiment de Sparr,
Capit, 20, Lieut. 12 .... o. Serg. 36. Sold. 5945
TOTA L.
42. 72. 17. 84. 1394,
BRIGADE DE HESSY ,
Regiment de Helly.
Capit 11. Lieut.6 . Sousl. 14. Serg, 66.Sold.1230
Regiment de Poyanne.
Capit, 10. Lieut.7. Sousl.2 , Serg.24 . Sold. 386
TOTAL:
21. 13. 16. 90, 1616.
250 MERCURE
TOTAL
Des Officiers,Sergents & Soldats.
Capitaines.
Lieutenans.
Sous Lieutenans
& Cornettes .
Sergents .
Soldats .
Grenadiers & Dragons.
Total.
99
120
71
249
4326
855
5720
Voicy la Lifte des Officiers ,
des Soldats & des Dragons ,
tant tuez , que bleffez .
GONDRIN.
Bleffez
Mrs de Glaffiere , Capitaine .
De Noblet , Capitaine .
GALANT 251
De Campagnol , Capitaine.
De Villotray, Capitaine Aidemajor.
Dumenie , Lieutenant .
De Labat , Lieutenant des Gre
nadiers.
Bretes , Sous- Lieutenant .
De la Borde , Lieutenant .
De Lifle , Sous - Lieutenant des
Grenadiers .
Soldats tuez 48. & bleffez 8z.
SAINT SULPICE.
T * 9༢ .
Mrs de Coëltando , Capitaine ,
De Fonblan , Capitaine.
Bleffez
Mrs de Johanin , Capitaine .
De Lavernede , Lieutenant.
De Fabaffe , dangereufement.
D'Arfily , Lieutenant.
De Soze , Lieutenant,
252 MERCURE
De Flaville .
De Pondevis.
D'Aujoron.
Soldats tuez 75. & bleffez 117.
HESSY.
Tuez
Mrs Tavelle , Capitaine,
Thehnefy , Capitaine.
Beuman , Capitaine.
De la Chonne , Aide- major,
Fafler , Lieutenant.
Bleffez
Mrs Higax , Capitaine - Lieutenant.
Cornaliace , Capitaine.
Hingin , Lieutenant.
Backman , Lieutenant.
Raflin , Lieutenant.
Beuman , Lieutenant.
Soldats tuez 85. & bleſſez 23 r .
GALANT 253
SPARR.
Mr Cafter , Lieutenant , tué.
Bleffer
Mrs Tiffenhauffen , Capitaine .
Jacobs , Lieutenant.
Konniges , Lieutenant.
Soldats & Sergents tuez 50.
& bleffez .
ISENGHIEN.
TueL
106.
Mrs de Cuinghin , Capitaine .
De Rouvin , Capitaine.
De Cerfonteine , Capitaine.
Bleffez
Mrs D'Herbeis , Capitaine.
De Clavis , Lieutenant , dangereufement.
De Calogne , Sous - Lieutenant .
Soldats tuez 63. bleſſez 68. &
malades
36.
254 MERCURE
BOUFLERS.
Bleffez
Mrs de la Poterie , Capitaine.
De S. Sauveur , Capitaine .
De S. Agnan , Lieutenant ,
D'Acquenonville , Lieutenant,
Le Chevalier de la Poterie ,
Lieutenant.
·
D'Aliçourt > Lieutenant des
Grenadiers.
De Forme, Sous- Lieutenant des
Grenadiers.
Soldats tuez so. bleſſez 21. &
defertez 14.
ΡΟΥ ΑΝΝΕ
Bleſſezi
Mrs du Rozoy , Lieutenant-
Colonnel.
De Fleurigny , Capitaine Lieutenant
.
Rigault , Capitainë.
GALANT 255
De Pommeraye, Lieutenant des
Grenadiers.
Morin , Enſeigne de la Lieutenance
Colonnelle.
Soldats tuez 82. & bleſſez 95.
MARBQE U F.
Tuez.
Mrs des Fontaines , Cornette.
De Sillart , Maréchal de Logis .
Bleffez
Mrs de la Batte , Lieutenant-
Colonnel, dangereufement.
DeS. Gilles , Capitaine.
De Kimeno , Capitaine.
De Neupont , Aide- Major .
De Châteauferin , Lieutenant .“
Le Chevalier de la Hautetouche
, Cornette .
De Neupont , fils , Cornette.
De la Garenne , une contufion .
Total des Dragons
tuez out
256 MERCURE
bleffez 93. & malades 28.
Total des Officiers tuez. 13
Total des Officiers bleffez. 49
Total des Soldats tuez.
Total des Soldats bleſſez. 802
560
>
Avant que d'entrer dans le
détail de ce que j'ay à vous dire
de la fuperbe Eglife des Invalides
, qui peut paffer pour une
des merveilles du monde &
dans laquelle on celebra la Meſfe
pour la premiere fois le 28.
du mois dernier , à laquelle le
Roy voulut affifter , je dois vous
parler de M Manfard , à qui la
France doit ce bel ornement ,
pour ne pas dire le plus beau de
tous ceux que l'on y admire aujourd'huy.
La France luy doit
auffi l'Orangerie , & les deux
GALANT 257
Ecuries de Verfailles. Rien de
cette nature n'a fourni d'idée à
Mr Manfard , lorfqu'il y a travaillé
; & l'on peut dire qu'il n'a
point rencheri fur les idées des
autres , qu'il n'y a rien reformé ,
& qu'il n'y a rien ajoûté. Il n'a
jamais cherché la gloire que l'on
acquiert par là , quoiquè fouvent
elle foit confiderable. II
n'a jamais fuivi d'autres idées
que les fiennes , il eſt original
dans tous les ouvrages : & il eſt
né pour eftre imité , & pour n'imiter
perfonne.
Quoy que puiffent dire tous
ceux qui vantent l'antiquité , il
eft impoffible qu'elle ait jamais
atteint à la perfection qui fe
trouve aujourd'huy dans tous
les ouvrages où les Arts ont
Septembre 1706 Y
258 MERCURE
quelque part ; puifque la pluf
part des Arts qui fervent à perfectionner
tout ce que nous
voyons aujourd'huy de plus
beau , n'eftoient pas alors inventez
, & que ceux qui l'ont eſté
depuis ce temps - là , ont à peine
atteint une entiere perfection .
Les merveilles du monde , qui
ont efté vantées dans tous les
fiecles , l'ont moins efté par la
delicateffe & par la beauté de
leurs ouvrages, que par l'immenfité
de leur grandeur , en quoy
confiftoit ce qu'elles avoient de
plus rare. Il faut que les ouvra
ges d'aujourd'huy foient accompagnez
d'un grand nombre de
parties differentes, qui , en leurs
efpeces , font autant de chefd'oeuvres
differens ; c'est ce qui
GALANT 259
doit faire admirer l'Eglife des
Invalides , que l'Architecte a
rendu fufceptible de tous les
ornemens que les beaux Arts
peuvent prêter à ce grand édifice.
Le fçavoir de l'Architecte
paroift d'abord dans la beauté
de tous les édifices en general ;
& on en admire toutes les parties.
La beauté du Portail furprend
, & celle du Dôme étonne
; & l'on eft enfuite charmé
de voir l'Art merveilleux avec
lequel l'Architecte a difpofé
tous les endroits qui peuvent
eftre embellis par la Sculpture ,
par la Peinture , & par la Dorure.
Ce qui fait connoistre que
tous les Peintres & tous les
Sculpteurs , qui ont eſté choifis
pour contribuer , par le
moyen
Y ij
260 MERCURE
de leur Art , à l'ornement d'un
fi fuperbe édifice , ont dû eſtre
ravis de trouver un fi beau
champ pour exercer leur fçavoir
, & dans lequel il n'eftoit
pas poffible de mal faire ; tant
de beautez enfemble devant
produire un coup d'oeil merveil
leux , & capable d'enchanter
tous les fpectateurs . C'est ce qui
n'a pas manqué d'arriver ; &
c'eft pourquoy , dés que l'entrée
de ce magnifique Temple a efté
permife au public , il y a couru
avec empreffement , fur le bruic
qui s'eftoit répandu du merveil
leux amas de toutes les beautez..
qui fe trouvoient enſemble dans
ce lieu . La foule n'a point difcontinué
depuis plus de cinq
femaines ; & l'on y court encore
GALANY 261
aujourd'huy avec le même em
preffement que l'on y alloit le
premier jour : & il y a même lieu
de croire qu'elle ne finira pas
fi - toft , la curiofité du public
n'eftant pas encore fatisfaite ;
les mêmes perfonnes y retournant
plufieurs fois , & invitant
tous ceux qui viennent à Paris ,
de faire la même chofe . M
Manfard a fait travailler pendant
trente ans à cet édifice ; il
en a donné le deffein , comme
premier Architecte du Roy , &
comme Surintendant des Bâtimens
, & Ordonnateur des Arts
& Manufactures de Sa Majeſté .
Ila nommé tous les Peintres &
tous les Sculpteurs , qui ont eu
part à la gloire de cet ouvrage
immortel ; & comme il connoiſt
262 MERCURE
la force , les talens & le genie
de tous ceux qui y ont esté em
ployez , & qu'il leur a donné à
chacun les ouvrages qui leur
convenoient , il ne faut pas s'étonner
s'il refulte de tant d'ouvrages
differens un tout enfemble
fi merveilleux , & fi les aps
plaudiffemens font fi grands ,
fi unanimes , & fi univerfels .
Si j'estois entré dans le détail
de toutes les parties qui compofent
ce fuperbe monument , l'étendue
ordinaire de ma Lettre
n'auroit pas fuffi pour en faire
une exacte & fidele relation ;
d'ailleurs on en a imprimé une
in folio , dans laquelle on trouve
gravé tout ce que ce grand édi
fice renferme de plus beau. Les
Planches , qui ont efté trouvées
GALANT 263
tres-belles , font de Mr le Pau
tre ; la deſcription de tout l'ou
vrage eft de M¹ Felibien , commis
depuis long temps pour tou
tes ces fortes de defcriptions
& pour celles des Maifons
& des Feftes Royales , dont il
a fait un fi grand nombre , qu'il
doit mieux réüffir que perfonne
dans ces fortes de relations .
La reputation de l'Eglife des
Invalides s'augmentant chaque
jour , à mesure que ce grand
travail s'avançoit , & les étrangers
qui n'en ont vû que
de fimples
ébauches , ayant publié , à
leur retour chez eux , que cet
ouvrage étoit digne de la curiofi
té de tous les peuples du monde ,
il y avoit long- temps que l'on
Cefperoit de le voir dans un état
digne de celle du Roy , & que
264 MERCURE
l'on comptoit que Sa Majesté
viendroit bien - toft voir un ouvrage
qui répondoit à fa pieté &
à fa grandeur : On s'eftoit même
flatté , pendant un affez long
efpace de temps , que ce Monarque
y viendroit le jour de la
Fefte de Saint Louis . Mais ce
Prince ayant confideré que depuis
un grand nombre d'années
le peuple de Paris & des environs
, s'y rendoit en foule le
jour de la fefte de ce Saint , & ne
voulant pas , par une bonté qui
luy eft naturelle , & dont il donne
tous les jours une infinité de
marques ; crût ne devoir pas
priver ce peuple du plaifir qu'il
avoit accoûtumé de prendre
tous les ans , & dont il fembloit
s'eftre fait une agreable Loy ,
changea
GALANT 265
changea le deffein qu'il avoit
pris d'aller voir ce fuperbe monument
le jour de la Feſte de S.
Loüis, quoy que la curiofité euft
commencé à luy faire fouhaiter
de voir un ouvrage dont on
luy difoit tous les jours tant de
bien : ce Prince , dis-je, changea
de refolution , & prit le parti de
ne ſe rendre aux Invalides que
le Samedy 28. du mois dernier ,
ainfi que je viens de vous le
marquer. Il partit ce jour - là
de Meudon , où il avoit couché,
& il arriva accompagné de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
& d'une nombreuſe Cour.
Mr Manfard voyant arriver
Sa Majefté , s'avança pour luy
prefenter la clef de ce fomp-
Septembre 1706. Ꮓ
266 MERCURE
tueux édifice , & luy parla en
ces termes .
SIRE ,
Fay l'honneur de prefenter aux
pieds de VOSTRE MAJESTE ,
la Clef de ce Temple Sacré , que
Votre pieté à fait élever à la Gloire
de Dieu. Heureux fi ce travail que
vous avez confié à mes foins depuis
trente années , peut répondre à la
baute idée que VOSTRE MAFEST
E' m'en a donnée , & àfes
fages confeils ! Ce fuperbe Monument
de Votre Religion marquera
à la pofterité la plus reculée , la
grandeur de votre Regne .
Le Roy , aprés avoir écouté
ce compliment , avec toute l'at
GALANT 267
tention que fa bonté luy fait
toûjours prefter à tous ceux qui
luy parlent, remit la même Clef
entre les mains de Mr Manſard,
d'une maniere qui luy fit connoiſtre,
ainſi qu'à toute la Cour,
qui eftoit attentive à tout ce qui
fe paffoit , combien Sa Majeſté
eftoit contente de luy,& de tous
fes ouvrages. Ce Prince s'étant
enfuite avancé dans l'Eglife ,
trouva Monfieur le Cardinal de
Noailles , qui luy prefenta l'eau
benîte. La famille de Mr Manfard
eftoit un peu plus avant
dans l'Eglife & Sa Majesté
ayant démêlé Me Manfard, au
milieu de plufieurs perfonnes
qui l'environnoient , fit quelques
pas pour s'avancer vers elle
, & luy dit : Madame , vous
Z ij
268 MERCUR E
voyant icy, je ne puis m'empêcher de
vous faire compliment fur la part
que vous devez prendre à la gloire
que reçoit aujourd'huy Mr votre
mary. Ce Prince ayant enfuite
jetté les yeux fur tout ce qui fe
prefenta à fa veuë , fut frappé
d'étonnement , quoiqu'il cût dû
s'attendre à tout ce qu'il voyoits
les deffeins luy en ayant efté
montrez , avant que l'on euft
commencé à travailler, & ayant
même donné des avis tresjudicieux
qui marquent la
parfaite connoiffance qu'il a
de tout ce qui regarde les
Arts. Il entendit la Meffe qui
fut celebrée par Monfieur le
Cardinal de Noailles , pendant
laquelle les Muficiens , qui é
toient placez dans quatre tribu-
>
GALANT 269
nes magnifiques , chanterent le
Te Deum , & l'Exaudiat. Ceux
qui ont part à la beauté de ce
lieu , s'eftant prefque tous prefentez
devant Sa Majefté , Elle
leur parla d'une maniere fi gra
cieufe , qu'ils furent charmez
de fa bonté . Ce Prince dit à Mr
Manfard , en examinant l'ouvrage
de Mr de la Foffe : Ilfaut
luy faire peindre la Chapelle de
Versailles. Il s'arrefta , aprés
eftre forti de l'Eglife , à confiderer
le Portail ; & les beautez
qu'il y remarqua , l'attacherent
tellement , qu'il demeura expofé
à la pluïe pendant prés d'un
quart d'heure. Il eſt aifé de juger
, par tout ce que je viens
de vous dire , combien ce Monarque
fut fatisfait de ce qu'il
Z iij
270 MERCURE
venoit de voir .
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
vint , en fortant des Invalides
, dîner chez Monfieur
le Cardinal de Noailles , qui luy
donna un magnifique dîner . Ce
Prince entra enfuite dans l'Eglife
de Noftre - Dame , d'où il
fortit , aprés avoir fait fes prieres
, pour fe rendre au College
de Sorbonne. Ce Prince eftoit
accompagné de Mr l'Archevefque
de Reims , Provifeur de
cette Maiſon , & de Mr l'Abbé
de Louvois. Il entra d'abord
dans la Salle où l'on foûtient
les Actes ; où, pendant quelque
temps , il entendit Mr l'Abbé
de Cheveruë , du Dioceſe d'Avranches
, & Chanoine de Mortain
, qui foûtenoit fon Acte de
GALANT 271
•
Tentative , & qui avoit pour
Prefident Mr l'Abbé d'Auber.
ville - Suryeres , Docteur de Sorbonne
, Chanoine & grand
Chantre de Mortain . Dans le
temps que ce Prince entra ,
Pere Fremie , Cordelier & Bachelier
de Licence prit la
Thefe , & argumenta fur l'addition
de la Particule Filioque,
au Symbole de Conftantinople ,
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
écouta avec beaucoup
d'attention les argumens & les
folutions ; il parla fouvent fur
cefujet avec Mr l'Abbé de Lou
vois , & parut fort content du
Bachelier & du Soûtenant. Cè
Prince monta enfuite à la Bibliothèque
, où Mr Berthe , Bibliothecaire
de Sorbonne , luy
Z iiij
272 MERCURE
montra plufieurs Livres anciens
de cette Bibliothèque , & entr'
autres un Valere . Maxime , écrit
fur du vêlin du temps du
Roy Charles V. On luy fit voir
auffi un Tite- Live , écrit fur du
vêlin du temps du Roy Jean ,
il examina avec attention plufieurs
figures de ce Livre , où
l'on voit la maniere dont on étoit
habillé du temps du Roy
Jean . Il demanda , en entrant ,
& en voyant plufieurs portraits,
celuy du Cardinal d'Offat ; &
en voyant celuy d'Erafme , ik
dit que ce celebre Auteur avoit
d'abord fignalé fa plume contre
Luther. On luy fit voir le Bufte
du Cardinal de Richelieu , fait
par le celebre Varin . Ce Prince
eftant defcendu , il s'arreſta
GALANT 1 273
quelque temps dans la cour ,
pour examiner le portail de l'E .
glife du cofté de la cour , qui
eft beaucoup plus beau que celuy
qui eft du cofté de la p ace
de Sorbonne ; & il en trouva
l'infcription d'autant plus belle
, qu'elle eft fimple . Mr Pirot .
luy dit que lorfque le Chevalier
Bernin ayant vu ce portail , il
avoit dit que cette piece eftoit
adorable. Ce Prince , aprés eftre
entré dans l'Eglife , & avoir
adoré le Saint Sacrement , examina
long- temps & avec atten
tion le Tombeau de Mr le Cardinal
de Richelieu . Mr Girardon,
qui a fait ce Tombeau , &
qui eftoit auprés de ce Prince ,
eur l'honneur de l'entretenir
fur cet ouvrage ; & Monfei274
MERCURE
1
gneur le Duc de Bourgogne
trouva que ce morceau eftoit
admirable . Il donna auffi de
grands éloges au Crucifix , qui
eft au deffus du maiftre- Autel .
Il vit enfuite la Chapelle de la
Vierge ; & il en trouva l'Affomption
fort belle . Ce Prince
ayant confideré le Dôme , qu'il
trouva un peu moins grand que
celuy des Invalides , fortit pour
aller voir les Claffes de Sorbonne.
Ce fut là où Mr l'Archevefque
de Reims luy preſenta
Mr Bourret , Doyen des Profeffeurs
, à qui ce Prince fit un
tres - bon accueil. Ce Prelat
luy parla auffi de Mr Quinaut ,
qui vient d'eftre nommé Profeſ
feur & qui commencera fes
exercices à la Saint Luc. La
>
GALANT 275
foule eftant augmentée , lorfque
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
entra dans cette Salle ,
& les Gardes voulant la faire
écarter d'une maniere un peu
vive ; ce Prince leur recommanda
de ne point ufer de violence ,
& fit , en fortant , diftribuer de
l'argent à quelques perfonnes,
qui témoignerent en avoir befoin.
J'ay oublié de vous dire que
lorfque le Roy d'Angleterre
afa en Sorbonne , il entra dans
la Salle des Actes , où Mr l'Abbé
Mariotte , Chanoine de Toulouſe
, foûtenoit ſa Sorbonique.
Ce Prince entendit pendant
quelque temps l'Argument du
Pere Martin , Prefenté des Cordeliers
, auquel il parut pren
276 MERCURE
Il fit beaucoup
dre plaifir.
d'honneftetez
à Mr l'Abbé
de
Saint Aignan
, Bachelier
de Licence
.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
alla , en fortant de Sorbonne
, faire fes Prieres à Sainte
Geneviève , où il arriva fur les
quatre heures. Le Superieur , à
la tefte de toute la Communauté ,
le reçût à la defcente de fon Ca
roffe ; & aprés un compliment
fort court , il luy prefenta de
l'Eau- benîte , & la vraye Cro
à baifer. Il conduifit enfuite ce
Prince , au bruit des Orgues , &
au fon des Cloches , fur un Prie-
Dieu qu'on luy avoit préparé
au haut des marches du Sanctuaire
; & depuis la porte de l'Eglife
jufqu'à ce Prie- Dieu , il
GALANT 277
1
parla à ce Superieur avec beau
coup de bonté & d'eftime . Ce
Prince luy dit : que ce jour- là même
on célebroit une grande Fefte dans
fon Eglife ; puifqu'ils étoient , non
pas Peres de Sainte Genevieve ,
comme on les appelle dans le monde
, mais Chanoines de Saint Augaftin
. On doit remarquer qu'on
celebroit ce jour- là la Fefte de
ce Saint. Ce Prince fit des réflexions
tres - Chrétiennes &
tres judicieufes fur les trois
Tombeaux , qui fe préfentent
lorfqu'on entre dans le Choeur ;
l'un de Clovis , que ce Prince
examina fort attentivement ;
l'autre de Sainte Geneviève ,
élevé au deffus des autres ; &
celuy de Sainte Clotilde , qui fe
voit dans une Chapelle derriere
-
278 MERCURE
la Chaffe. Je dois ajoûter icy ,
que ce Prince fit fa Priere pendant
un affez long efpace de
temps , avec un recueillement
qui charma tous les affiftans.
Le Superieur luy propofa , lorfqu'il
fortit du Choeur , d'entrer
dans la Maiſon . Ily confentit ,
& monta d'abord à la Bibliothéque
; où,aprés en avoir examiné
toutes les parties , & l'ordre des
Livres , dont il parla comme les
connoiffant parfaitement
confidera fa vafte étenduë , &
entra enfuite dans le Cabinet
des Medailles . Ce Prince en regarda
avec attention toutes les
pieces ; il fe fit expliquer ce qui
regarde les inftrumens des anciens
Sacrifices , & toutes les
autres curiofitez , qui fe trouvent
il
GALANT 279
dans ce Cabinet : & il parla fur
chacune avec une érudition , &
une facilité dont à peine les plus
Savans font capables . Il confidera
fur tout un petit Tombeau
Romain , qui est peut- eftre le
plus rare & le plus ancien morceau
d'antiquité qui foit dans
les Cabinets des Curieux ; & il
en examina fort attentivement
la ftructure. Il dit , en fortant ,
qu'il avoit eſté fi fatisfait de tout
ce qu'il avoit vû , qu'il reviendroit
une feconde fois , pour voir
le refte de la Maiſon. Le Superieur
luy répondit que c'étoit
une parole Royale qu'il leur
donnoit ; & qu'ainfi ils étoient
perfuadez qu'il la tiendroit.
Je croy ne pouvoir mieux vous
apprendre la fuite des nouvelles
280 MERCURE
d'Espagne , qui regardent la
guerre , que par la Lettre fuivante
, à laquelle je n'ay fait
aucun changement; cette Lettre
me paroiffant fort naturelle .
Au Camp Royal de Cienpoçüelos
, le 30. Aouſt.
;
Nous ne fommes pas prés d'une
bataille les Ennemis demeurant
dans leur Camp , où nous ne pouvons
les attaquer en gros mais
tous les jours nous les battons en détail.
Noftre Cavalerie Espagnolle
a pris un iel afcendant fur eux ,
que quelque petite que foit la troupe
Efpagnole , du moment que l'Officier
qui la commande › apperçoit
l'Ennemi , quelque fort qu'il puiffe
eftre , il nefait que dire à fes gens :
GALANT 281
A ellos , ce qui veut dire , à eux ;
c'eft de mesme que fi en voyant un
Lievre , on difoit à des Levriers :
Hô ! Levriers ; ils s'abandonnent
avec tant d'impetuofité , qu'ils les
mettent toûjours en déroute . Ce qui
eft arrivé à un fourrage que les En.
nemis voulurent faire , il y a quatre
jours , de l'autre cofté du Tage , par
des guez qu'ils ont à leur gauche ,
en eft un échantillon .
Nous avions 40 Carabiniers à
la guerre , dont le Commandant
efant averti dudit fourrage, en donna
avis à deux cent Chevaux qu'il
avoit pour le foutenir. Il ne laiffa
pas d'avancer toûjours , & aprés
plus de deux lieues de chemin il
rencontra ce qu'il cherchoit , & il
tomba fi à propos fur 250 Chevaux,
qui fervoient defcorte aux Ennemis ,
Septembre 1706. A a
>
282 MERCURE
que les 200 qui venoient pour le
Secourir , trouverent la befogne
plus d'a moitié faite . n'ayantplus.
qu'à raffembler les prifonniers , qui
font au nombre de 100. parmi lefquels
il y a 70 Valets , & les chevaux
ou mulets , dont on a pris environ
300. On reconnut enfuite , à
loifir , que les Ennemis avoient eu
trois cents morts fur la place.
Deux jours après , fur ce que Mr
le Maréchal de Bervvik avoit fçu
que
les Ennemis avoient beaucoup
de Moulins fur le Tage , dont ils
tiroient une grande utilité , & qu'-
entre autres , ils en avoient un visà-
vis de leur gauche, qui nous étoit
plus voifin , & où ils avoient mis
250 hommes retranchez par la fituation
avantageufe du lieu . L'on
y envoya toute la nuit les deux
GALANT 283
Compagnies de Grenadiers duMay.
ne pour attaquer d'un cofté , & les
deux de la Couronne , pour attaquer
par un autre , qui devoient arriver
avant le jour chacunes à l'endroit
destiné pour l'attaque, felon lefignal
des feux qui devoient paroiftre à
àl'endroit marque. Il y avoit quelques
Cavaliers & quelques Dragons
pourfoutenir nos gens , &pouT
empêcher que l'Ennemi nefefaavat,
en cas qu'il fut poußé. Le fignal
donné nos deux Compagnies de la
Couronnepoufferent à unpofte avancé
de l'Ennemi , où, aprés en avoir
uyé deux charges , il fe culbuta
furfongros , qui à cette charge fe mit
en bataille dans la place d'armes de
retranchemens ,faifant un gros leurs
feu fur nos Grenadiers , qui s'appugerent
contre un rideau , n'entendant.
A a ij
284 MERCURE
point attaquer de l'autre cofte ; &
comme il n'eftoit point encore jour ,
P'Ennemi voulant venir reconnoiftve
le cofté où l'on avoit attaqué , fut
bien furpris quand ilfe vit attaqué
d'un autre coté par les deux
Compagnies du Mayne, qui vinrent
en toute diligence aufecours des nôtics
, qui de leur cofté marcherent
avec les cris ordinaires , & mirent
les Ennemis en tel defordre , qu'ils
ne fongerent plus qu'à demander
quartier , ou fuir , ceux qui le puvent.
Mais noftre Cavalerie fe
pofta fi diligemmentfur leur paffage,
que peu ont évité la Couchillade ,
terme Espagnol , qui veut dire , à peu
prés , la mort ; & comme ils eftoient
tous Portugais , on a fait peu de
prifonniers : les Grenadiersfoüillant
les rofeaux ou marais , où il s'en trouGALANT
285
voit de cachez, & les tuantfourdement
à coups de Bayonnettes. Aprés
cela, des Payfans commandez , avee
des maffes, cafferent & les meules &
les infrumens fervant àfaire moudre
un moulin.
Voilà depuis ma derniere, ce qui
s'eft paßé , qui encourage fort les
noftres , & qui abâtardit fort nes
Ennemis , qui ont trouvé un fecret
für pour deferter & venir à nous ,
les Payfans les tuant lorsqu'ils defertent
feul à feul ce qui leur afait
prendre le parti d'abandonner des
poftes entiers de dix huit à vingt
hommes avec leurs armes . Nous
efperons que de cette maniere , &
par de pareils détails nous viendrons
mieux à bout de cette armée ,
que par une bataille , qui nous couteroitfans
doute. Je fuis , &c.
286 MERCURE
La Lettre de Bayonne qui
fuit ,
, peut fort bien tenir fa pla
ce , aprés celle que vous venez
de lire.
A Bayonne le 4. Septembre.
Les Lettres apportées aujourd'huy
parle Courier de l'armée , écrites da
Camp de Cienpoçüelos le 31. Aouft,
marquent, que depuis quatre ou cinq
jours on avoit fait plus de mille pri
fonniers aux Ennemis ; que nos
partis avoient un afcendant terrible
fur les leurs , qui prennent la fuite,
muli - toft qu'ils les voyent paroiftre;
&que tous les papiers de Mylord
Peterborough avoient efté pris : ce
qui avoit fait découvrir bien des
chofes qui pourroient eftre utiles dans
lafuite. Ces Lettres ajoûtent que
GALANT 287
les Ennemis avoient envoyé un parti
pour attendre nos Couriers qui vont
à l'armée , qui avoient heureusement
paßé ; mais deux Officiers da
Regiment du Mayne , n'ont pas eu
le mefme bonheur , ayant efté pris.
L'Armée ennemie eftoit toujours
dans fon même Camp , entre Chinchon
& Colmenar.
Les lettres fuivantes viennent
de tomber entre mes mains;
& je vous les envoye dans le
moment que je les reçois .
A Madrid , & au Camp de
Cienpoçüelos , le 30.
Aouft .
Je vous diray , Monfieur , que
les Ennemis font toûjours à Chin288
MERCURE
chon & Colmenar, & nous à Cienpoçüelos.
Nos partis ont toujours de
l'avantage fur les leurs. La fe
maine pallée un de 21. Dragons on
Cavaliers, en rencontrant un de 33 .
Anglois ou Hollandois , qui efcortoit
un Ingenieur , l'attaqua fi
brusquement qu'il en tua huit , &
ramena le reste avec l'Ingenieur.
Depuis que notre armée eft à Cienpoçüelos
, il ne fepaſſe point de jour
qu'on ne faffe beaucoup de prifonniers;
&, outre cela , il nous vient
tous les jours quantité de deferteurs.
Mr le Maréchal de Bervvick
ayant efté averty hier que les Ennemis
faifoient un grand fourrage
fur leur gauche , il fit un détachement
pour les aller attaquer ; ce
qu'il fit avec tant d'avantage, qué
nous
GALANT 289
nous leur prifmes 600. chevaux on
mulets. Ils eurent prés de 700. hom-
7༠༠.
mes tuez ou bleffez , & on leur fit
350. prifonniers ; & cela fans autre
perte que de deux Officiers , & un
Dragon bleffé. Ce qui fait bien
voir que fi nous pouvions les joindre
en plaine , leur armée feroit
perduë.
On vient d'apprendre toutprefentement
que Mr de Carille , Colo
nel Espagnol , que Mr de Bervvick
avoit envoyé à la guerre avec 600 .
thevaux , a détruit les Moulins
des Ennemis , qui estoient gardez
par 800. hommes , il en a tué cent
furlaplace, & ramené aujourd'huy
au quartier du Roy , 33. Anglois ,
an Capitaine , & un Lieutenant.
On croit
que la deftruction des Mou
lins obligera les Ennemis de décam-
Septembre 1706.
Bb
290
MERCURE
per ; on Se prépare
à les fuivre
de
pres. Ils font courir le bruit qu'ils
attendent
9000.
hommes
d'Infanterie,
& 800 chevaux
; maisje nt
croy pas qu'ils arrivent
fi tôt, puif- que l'Infanterie
doit venir de leur
flotte, qui eft devant
Alicante
, dont
Le Chateau
fe deffendoit
encore le
vingt- quatre,
On conte que depuis que nous fuivons
leur armée, nous leur avons pris
plus de 6000. hommes , fans conter
les morts & les deferteurs ; fi bien
que le fecours qu'ils pourroient recevoir
pour fortir du mauvais pas où
ils font , ne nous fera pas perdre
l'occafion de les battre, dès qu'on en
trouvera le moyen , c'est - à-dire , une
plaine , où on puiffe donner un come
bat general qui décide du tour.
On commence à rétablir en cette
GALANT 291
Ville, le Confeil du Roy , &le commerce
des lettres, ainsi que la Justice
même,qui n'eftoit point exercée . On
a pendu la femaine paffée un Bourgeois
de cette Ville , qui efloit un
grand partifan de l'Archiduc, &
qui avoitfait tout ce qu'il avoit pu
pourfaire un gros party dans cette
Capitale.
La Reine eft à Vailladolid, &
la Douairiere qui eftoit à Tolede ,
eft partie depuis huit jours pour Eur-\
gos.
L'affaire du fourrage , dont il eft
parle cy- deffus , eft d'autant plus fo
lide , que l'escorte des Ennemis étoit
de 600. chevaux , fans conter l'Infanteries
& noftre détachement n'étoit
que de 186. Cavaliers on Dra
gons : aulifaut -il avouerque notre
Cavalerie eft admirable .
Bbij
292 MERCURE
Nous avons fait conftruire un
pont au deffous d'Eftrenjuëz fur le
Tage,
A Pampelune ce 3. Septembre
.
Mr de Bervvick a écritpar ordre.
du Roy à noftre Viceroy , de luy envoyer
deux Bataillons François de
la Citadelle ; parce que le Roy eft
réfolu d'aller attaquer fes Ennemis.
Les Bataillons font partis le premier
de ce mois .
On a envoyé à Tudele les 53.Ca
valiers qui ont conduit icy les prifon .
niers d'Eftat& de guerre ; comme
auli 400. foldats François,qui al
loient à l'armée du Rey avec quatre
pieces de canon tirées de noftre
Citadelle , pour s'opposer aux defors
GALANT
293
he
dres que les Aragonois font de ce
coffé. Notre Viceroy eft auli party
& ce matin pour s'y rendre , & le Regiment
de mille hommes tous habil.
lez, que ce Royaume à levé &foldoyé
pour trois mois , & qui eft 2
Sangueça
doit le fuivre inceffamment.
De Bayonne le 8. Septembre.
Mr le Duc de Gramont , qui
tenoit les Eftats de Navarre , a reçu
un Courier de l'armée du Roy
d'Espagne qui l'oblige de les quitter
, & de fe rendre en cette Ville 3
ily arrivera demain àmidy . Le bruit
¿court que c'eft pour recevoir la Reine
Douairiere d'Espagne, qui doit venir
en France . Le Patriarche des
-Indes & l'Evêque de Barcelone ,
Bb iij
294 MERCURE
font dans la Citadelle de cette Place;
& le Comte & la Comteffe de
Lemos, avec le refte des prifonniers
d'Eftat , font dans celle de Pampelane.
Pour continuer à vous apprendre
les nouvelles d'Espagne
par une fuite de Lettres , qui
viennent de bon lieu , & aufquelles
vous pouvez feurement
ajoûter foy , je vous envoye la
Lettre fuivante.
Au Camp de Cienpoçüelos le 6.
Septembre ,
Les armées font toujours dans
leurs mêmes poftes. L'on avoit crû ,
fur differens avis , que celle des Ennemis
décamperoit cesjours - cy; mais
elle n'afait encore aucun mauveGALANT
295
ment, & il y a toute apparence
que cela n'ira pas loin. Le bruit
commun eft que les Ennemis pafferont
le Tage pour fe retirer du cofté
de Valence c'est- à-dire , vers
Fuet & Cuença , qu'ils ont fortifie
, & où ils ont des troupes . C'eft
un pays montueux & plein de défilez
, où il leur fera aifé de fe
maintenir , & peut - eftre d'y pren_
dre des quartiers d'hyver , s'ils ne
font pas forcez à combattre avant
que d'y arriver.
Les Portugais affemblent des
troupes à Ciutad. Rodrigo , & menacent
de venir brufler Salamanque
s'mais onfçait qu'ils ne peuvent
avoir quefort peu de troupes
reglées de ce cofté- là . Mr le Maréchal
de Bervvicky en fait marther
quelques-unes , pour couvrir la
Bb iiij
296 MERCURE
vieille Caftille , où il y a beau
coupde Milicesfous les armes.
On a ex avis que le Chafteam
d'Alicante fe deffendoit encore le
premier de ce mois . On ne faitpoint
fi le Comte de Peterborough s'eft
embarqué , comme il en avoit deffein.
2
Le Roy d'Efpagne a nommè Mr
le Prince de Tferclaës , Viceroy de
Navarre à la place de Mr. le
Duc de San-Juan , qui revient à
la Cour , pour y faire les fonctions
de Miniftre des affaires de la
Guerre.
Aprés vous avoir parlé pendant
cinq années des conqueftes
faites par les Armées des deux
Couronnes , & des Batailles
gagnées en Lombardie ; aprés
yous avoir donné des relations
GALANT 297
de la prise de plus de vingt places
d'importance , & particu
lierement de toutes celles qui
compofent les Etats de Monfieur
le Duc de Savoye , à l'exception
de deux ou trois ; aprés
vous avoir fait voir les Châteaux
de Nice & de Montmelian
foûmis , malgré leur élevation
, qui avoit toûjours fait croire
qu'ils étoient imprenables ,
avant qu'ils euffent été attaquez
par les armes de France ; &
aprés vous avoir fait voir
les Imperiaux repouffez deux
ou trois fois jufque dans les
montagnes du Trentin , & une
fois au de- là de Trente ; enfin
aprés vous avoir fait voir un
enchaînement continuel de conqueftes
, de batailles gagnées , &
*
298 MERCURE
ne doit
d'autres avantages remportez ; il
pas , dis - je , eftre éconnant
, fi aprés avoir fi long-tems
enchaîné la Victoire & la Fortune
, je vous parle , non pas
d'une place perduë , mais d'un
Siege levé. Vous jugez bien que
c'eſt du Siege de Turin dont je
veux vous parler . Il eft furprenant
que la Fortune qui fembloit
par la levée de ce Siege
vouloir commencer à favorifer
les ennemis en Italie , ait paru
s'en répentir deux jours aprés ;
puifque le Siege de Turin a efté
levé le de ce mois , & que le
9. Mr le Comte de Medavy a
gagné une Bataille fi complette
, que de douze mille hommes
commandez par Monfieur le
Prince de Heffe - Caffel , il ne
7.
GALANT 299
DE
s'eft fauvé que dix - huit e
Chevaux & 600. Fantaffins ,
fans bagages , fans munitions
& fans canon . Je ne m'étends
pas ici fur cet article , dont je
vous parleray avant que de finir
ma Lettre ; je reviens au Siege
de Turin. Jamais on n'a pris de
plus juftes mesures pour réuffir
dans un Siege. Il y avoit dans
le Camp , avant que ce Siege
commençaft , des munitions &
des provifions en fi grande abondance
, que l'on avoit reſolu de
n'y rien faire venir par convois
pendant 3.mois, qui devoient fuffire
pour fe rendre maiftre de la
Place. Il y avoit une nombreuſe
artillerie , un fort grand nombre
d'Ingenieurs & de Mineurs;
& l'on n'avoit rien oublié de
300 MERCURE
tout ce qui étoit neceffaire pour
le fuccés d'une fi grande entreprife
, pour laquelle les troupes
marcherent dés le 22. Avril. On
doit remarquer cette datte , &
celle de la fevée du Siege , qui a
eſté levé le 7. de Septembre . On
voit par toutes les difpofitions
que je viens de vous marquer ,
qu'il étoit impoffible de faire
plus qu'on a fait , & de pren-.
dre de plus juftes mesures pour
faire réüffir une entrepriſe ſt
confiderable ; le refte ne regardoit
plus que l'Artillerie , les Ingenieurs,
& les Mineurs. Mais il
ne faut pas s'étonner, fi pendant
un filong Siege la plus grande
partie du canon devient inutiles
ce qui arrive ordinairement
quand le canon a esté ſouvent
GALANT gor
échauffé. A l'égard des Ingenieurs
& des Mineurs , les mi -`
nes & les contre - mines que
Monfieur le Duc de Savoye
avoit fait faire étoient en fi
grand nombre , que l'on ne doit
pas eftre furpris , s'il a efté befoin
d'un tems infini pour avancer
, & fi pendant ce tems on
a perdu prefque tous les Ingenieurs
qui eftoient à ce fiege
, quoique le nombre en fuft
tres - confiderable . Tout confiftoit
, pour avancer la priſe de la
Place , dans le remplacement
de ces Ingenieurs ; & c'eft ce
qui n'eftoit pas poffible à ceux
qui avoient la conduite de ce
Siege , & au Miniftre de la guer
re. Le long Siege de Veruë ,
les Sieges de Brifac , de Landau ,
302
MERCURE
du Chateau de Nice & de Barcelone
avoient fait perir la
plus grande partie de nos plus
habiles Ingenieurs . Mr de Lapara
eftoit mort devant Barcelone
; & Mrs Filée & Charmont
avoient efté tuez devant le Château
de Nice. Cette perte étoit
fi confiderable
, que Mr le Mareſchal
de Vauban dit , en l'apprenant
, que l'on avoit fait une
grande perte par la mort de Mr
Filée mais que celle de Mr
Charmont eftoit irréparable.
On avoit auffi perdu à tous ces
Sieges , dont hors un feul , le
fuccés avoit efté glorieux aux
armes de France , une infinité
de bonsOfficiers d'Artilleriez
&
il avoit même fallu fe fervir de
ceux de la Marine pour le ſiege
:
GALANT
303
deNice : De maniere qu'il eftoit,
impoffible de réparer la perte de ,
ces Officiers , & des Ingenieurs
perdus devant Turin . Ainfi on
ne peut attribuer à perfonne le ,
mauvais fuccés du Siege , dont
le grand nombre de nos conquê
tes précedentes font la feule
caufe ; ayant emporté la plus,
grande partie de nos meilleurs
Officiers d'Artillerie , & de nos
plus habiles Ingenieurs , &, fur
tout, des trois Ingenieurs en chef
dont je viens de vous parler , & ,
dont l'un eftoit deſtiné pour
faire le Siege de Turin : & peuteſtre
n'eſt- il mort que pour s'être
trop exposé à Barcelone
tant il avoit d'impatience de fe
rendre devant Turin.
*
Je croy qu'il ne fera pas hors
304 MERCURE
de propos de vous faire voir icy
que
l'heureux ou le malheureux
faccés d'un Siege , ne dépend
pas d'un General d'armée, quel
que brave qu'il foit , quelque
attention qu'il faffe à tout ce
qui fe paffe , & quelques foins
& quelques mouvemens qu'il fe
donne , comme le gain & la per. '
te d'une bataille en dépendent.
Un habile General fçait trouver
les moyens d'éviter un com
bat , quand il n'eft pas pofté
avantageufement ; quand toutes
fes troupes ne peuvent combattre
; quand elles peuvent être
prifes en flanc par quelques
endroits quand on en peut
couper & enfermer quelques
Corps quand il peut eftre entouré
, & coupé dans fa retraiGALANT
305
•
te , ou s'y trouver embarraffé ,
- par des défilez ou autres chofes
femblables ; ou enfin quand les
forces des Ennemis font trop
fuperieures aux fiennes , ou
qu'il fe défie de la bonté & de
la bonne volonté de celles qu'il
commande. Lorfqu'il ne fe
trouve aucun de ces obftacles ,
il doit ne fe point expofer fans
une neceffité abfoluë ; parce
que devant eſtre l'ame de tout ,
fa perte entraîneroit celle de la
bataille . Il doit de l'endroit où
il a pris fon pofte , envoyer favoir
ce qui fe paffe dans tous
les endroits où le combat eft
le plus échauffé , & felon les
rapports qu'on luy fait , envoyer
continuellement des ordres
& des troupes dans tous les
Septembre 1706. Cc
>
306 MERCURE
›
lieux où l'on en a befoin . Et
lorfqu'il apprend que les affaires
tournent mal , il ne doit
plus avoir de ménagement pour
Ta perfonne ; il doit fe porter
par tout , & animer toutes les
fes troupes par la preſence , par
difcours , par les bons ordres
qu'il donne , & même par fes
actions , en affrontant les perils
les plus évidens , puifque l'on
ne doit plus rien ménager , lorfque
tout eft à craindre , & qu'un
habile General ne fe doit rien
reprocher. Comme il eft feal
maiſtre de toutes ces choſes
il eft vray de dire que le gain
& la perte d'une bataille dépendent
de luy.
Il n'en eft pas de mefme d'un
General , qui commande à un
GALANT
307
fiege ' ; tout ce qui s'y paffe ne
dépendant pas de luy feul , comme
dans une bataille tout dépend
d'un General , ainfi que
je viens de le marquer. Celuy
qui commande à un fiege peut
s'expofer beaucoup , en vifitant
tous les travaux . Il ne luy eſt
pas permis de monter luy-même,
à l'affaut ; fon activité, fes foins ,
fa liberalité, & plufieurs chofes
de cette nature, font feulement
enfon pouvoir: mais elles ne fuffifent
pas pour faire prendre
une Place. L'Ingenieur principal
peut feul plus contribuer à
fa prife , que toutes les troupes
enfemble, lorfqu'il leur taille de
bonne befogne , qui leur donne
lieu d'agir utilement ; mais lorf
qu'il ne réuffit pas dans fes en-
Cc ij
308 MERCURE
trepriſes ; lorfqu'il eft mal fe
condé par les Ingenieurs qui
font fous fes ordres ; lorfqu'il a
le malheur d'en perdre beaucoup
, lorfqu'il ne réüffit pas en
voulant éventer les Mines des
Ennemis , & lorfque celles qu'il
fait faire , font des effets tout
contraires à ceux qu'il s'eft pro
pofé; lorfqu'on perd un fi grand
nombre de Mineurs que l'on
vient à en manquer ; lorfque la
trop longue fuite d'un fiege a
fait perdre la plus grande partie
des Officiers d'Artillerie ,
& que le canon , à force d'avoir
fervy , ne peut plus rendre de
fervice : quel remede peut apporter
à tout cela un General
d'Armée , qui commande à un
fiege ; & à quoy a - t - il manqué?
GALANT 309
Il n'a pû que
s'impatienter, que
preffer , que prier , que mena
cer , & que promettre des récompenfes.
Les troupes ne peu
vent rien faire de leur cofté
que d'aller genereufement aux
affauts lorfqu'elles font commandées
pour y monter ; &
quand , aprés avoir combatu
avec une intrépidité & une valeur
incroyables , la mort des
Ingenieurs
qui devoient faire
travailler à des logemens pour
les mettre à couvert , empêche
que ces logemens ne foient faits,
& qu'elles font obligées d'abandonner
les poftes que la plus
haute valeur leur a fait emporter
, pour ne pas perdre infructueufement
la vie, dont elles ont
befoin pour monter à d'autres
310 MERCURE
affauts quand , dis - je , toutes
ces chofes arrivent , on ne peut
dire que des troupes ont mal
fait , & qu'elles ont reculé ,
puifqu'au contraire s'il y a >
, quelque blâme à leur donner
c'eft d'eftre demeurées trop
longtemps expofées au feu des
affiegez , & de ne s'eftre retirées
qu'après avoir fait inutilement
une trop grande perte. Ce qui
arrive fouvent pendant le cours
'd'un long fiege , & ce qui diminuë
beaucoup une Armée , à
qui l'on ne peut reprocher que
trop de valeur , & trop d'intrepidité.
Ainfi lorfque l'on examine
à fond , & avec attention ,
ce qui fe paffe pendant un long
fege ; on connoift que ce n'eft
ny la faute du General, ny celle
GALANT
311
des troupes. Ce n'eft pas même
celle des Ingenieurs ; & l'on ne
doit fouvent attribuer ce retardement
, qu'à la mort qui les enleve.
Il ne faut pas s'étonner fi
ces Ingenieurs , qui travaillent
prefque toûjours fous le feu des
Ennemis , font quelque fois des
fautes dont les plus intrepides
feroient capables , & s'ils n'avancent
pas toûjours auffi vîte:
que l'impatience du General &
des troupes le demande . Mais
quand une Place eft auffi forte
que celle de Turin , & qu'il y a
autant de perils à effuyer , on
ne peut rien fe promettre qu'après
un long efpace de temps; &
il n'y a même aucune certitude,
à caufe des inconveniens, & des
fecours qui peuvent venir , com312
MERCURE
1
•
Sex
me l'on vient de voir arriver.
Mais cela n'empêche pas que
chacun n'ait fait fon devoir à ce
fiege , où l'abondance de toutes
chofes a duré long- temps , & où
il n'eft arrivé que ce qui arrive
ordinairement aprés un long
fiege , pendant lequel on a le
tems de préparer des fecours.
Je dois dire , à l'avantage des
troupes, & on a dû le remarquer,
que toutes les fois qu'elles font
venues aux mains avec les Ennemis
, pendant le fiege , elles
ont toûjours fait voir autant de
valeur que d'intrepidité , &
qu'elles ont fouvent efté longtemps
expofées au feu des Ennemis
avec une conftance incroyable.
Quoiqu'il ne foit plus
queftion de ce fiege depuis qu'il
a elté
GALANT 313
>
de
vous a efté levé ; je ne dois pas laiffer,
en fidele Hiſtorien
parler de ce qui s'eſt paſſé avant
la levée de ce fiege , afin que la
fuite s'en trouve dans mes Letres
.
Le foir du 21. Aouft, Mr Douville
, Lieutenant d'Artillerie ,
& qui la commandoit en chef,
fut bleffé d'un éclat de Grenade
à la tefte , & mourut le 22.
Celuy qui fut choisi pour remplir
fa place , fut trouvé mort
dans fon lit , le lendemain qu'il
cut efté nommé. Ces pertes continuelles
n'avançoient pas le
fiege.
La nuit du 22. au 23. nos Miquelets
mirent le feu aux Caffines
des environs des Capucins
, où fe refugioient des Ban-
Septembre 1706. Dd
314 MERCURE
dits , qui infultoient nos Soldats
en allant chercher de l'eau .
Il ne fe paffa rien de confiderable
le 23.
Le 24. Mr le Marquis.de
Vaudreuil , Colonel d'un Regiment
d'Infanterie , fut tué à
Ia tranchée ; & Mr de Montmirel
, Major du Regiment
Dauphin, Infanterie , fut bleffé
d'un coup de fufil dans l'épaule ,
Le 25. les Ennemis firent
fauter deux mines , qui enleverent
deux batteries de dix picces
, qui battoient en breche
les deux contre- gardes
demie- lune .
tre - gardes , & la
Le 26. Mr le Chevalier de
Kercado , Marefchal de Camp ,
eftant de jour à la tranchée, fut
dangereufement bleſſé à la tête,
GALANT
315
d'un coup de pierre qu'un boulet
, qui donna dans le revers
de la tranchée , luy jetta . Mr
Serin , Commiffaire , & un Aide
de Camp de Mr le Duc de la
> Feüillade
même coup .
furent bleffez du
Le 26. à huit heures & demie
du foir , les deux contregarde
furent attaquées : Sçavoir
, celle de la droite & celle
de la gauche. Elles furent emportées
avec vigueur ; on paffa,
dans celle de la gauche , 58 hommes
au fil de l'épée , & l'on pric
trois Officiers , dont l'un eftoit
Major , à qui on fit quartier :
L'on tua 35. hommes dans celle
de la droite. On attaqua la demie-
lune , on monta fur la crête,
de la brèche ; & l'on y demeu,
Ddij
316 MBRCURE
ra autant que l'on put . Mais les
Ennemis qui avoient fait une
coupure au milieu , & qui faifoient
un gros feu , incommodoient
fort les noftres , qui n'auroient
pas neanmoins laiflé de
s'y eftablir , fi Mr Bertram , qui
avoit le foin de cette attaque ,
& qui devoit faire faire un logement
pour les mettre à couvert
, n'avoit pas receu cinq
bleffures mortelles , & n'avoit
pas enfuite efté écrasé par une
bombe : ce qui obligea nos troupes
, qui avoient fouffert longtemps
, eſtant demeurées à découvert
, de fe retirer.
On garda les deux contregardes
pendant toute la nuit ,
& le lendemain 27. jufqu'à dix
heures du matin , qu'elles fuGALANY
317
rent repriſes par les Ennemis.
Une Compagnie de Grenadiers
du Regiment de Normandie fe
diftingua beaucoup dans l'action
, qui fe paffa à la repriſe de
ces deux contre - gardes . Elle
eftoit au bas de la bréche de la
demie - lune , dans le foffé ; elle
vit déboucher les Ennemis ; elle
mit auffi - toft la bayonnette au
bout du fufil , & alla les inful.
ter , quoiqu'ils fuffent pour le
moins dix contre un. Ellefe retira
enfuite en tres - bon ordre ,
fans avoir tiré un feul coups
mais s'eftant toûjours battuë la
bayonnette au bout du fufil, Le
Capitaine de cette Compagnie
& quelques foldats furent tuez .
L'abandonnement
de ces poftes
fut caufé par le grand feu des
Dd iij.
318 MERCURE
Ennemis , qui eftoient dans la
demie - lune , d'où l'on eftoit entierement
découvert .
Le 28. Mr le Chevalier de
Kercado mourut de fa bleffure .
Je nevous dirai rien davantage
du fiege , finon qu'il y eut encore
un affaut donné le 30, qui ne fut
pas plus heureux que les préce
dens, & dans lequel nos troupes .
donnerent des marques de la
plus intrepide valeur . Je paffe à
l'action du s . de ce mois.
Loin de faire un Prélude à la
Relation de ce qui fe paffa ce
jour - là , je tirerois le rideau fur
toute cette journée , fi comme
hiftorien , je n'eftois obligé de
vous rendre compte des mauvais
évenemens , auffi bien que des
heureux fuccés. Je n'entre point
GALANT 319
dans ce qui peut avoir efté caufe
de l'avantage remporté par
les Ennemis ; tous ceux qui ont
eu part à cette affaire , ont crû
bien faire ; mais les meilleures
intentions ne font pas toûjours
les plus heureuſes . Cependant ,
quelque fatale qu'ait efté cette
journée , elle eft fi glorieufe
pour Monfieur le Duc d'Orleans
, que quand ce Prince auroit
remporté la victoire la plus
fignalée & la plus complette , il
ne fe feroit pas acquis plus de
gloire , & n'auroit pas fait voir
plus de valeur , plus d'intrepi
dité & plus de conduite , qu'il
en a marqué dans cette occafion
. Ainfi je croy que toute la
France apprendra avec plaifir
ce que j'en diray dans cet arti
320
MERCURE
cle ; puifqu'elle pourra juger ,
par ce que ce Prince vient de
faire , de quoy il fera capable un
jour , quand le temps luy aura
permis de mettre en pratique
tout ce que luy peuvent infpirer
fes lumieres naturelles , & le
goût qu'il a pour la guerre. On
connoift parce qu'il vient de
faire , que ce n'eft pas fans raifon
qu'il a demandé avec tant
d'ardeur d'expofer fon fang pour
le fervice du Roy & de l'Eſtat ,
pour la gloire de fa Maiſon.
Quoyqu'il n'ait pas eu beaucoup
d'occafions de fe fignaler depuis
qu'il eft entré en campagne , il
n'a pas laiffé de faire voir qu'il
eftoit capable d'effuyer les plus
grandes fatigues ; & on l'à vù
faire une marche de 24 heures,
&
GALANT 321
fans avoir pris qu'une taffe de
chocolate . Il est toûjours le
premier à cheval , & le dernier
à en defcendre ; il veut tout favoir
, & connoiftre tout par luimême
: & quoique fes lumieres
foient grandes , & qu'il puft s'y
fier , ce Prince ne laiffe pas , par
une modeftic digne de la plus
haute admiration , de déferer à
la pluralité des fentimens oppofez
au fien. Enfin , quoiqu'il
n'ait encore fait que peu de
campagnes , il a fait voir depuis
qu'il eft entré en Italie , qu'il
eftoit auffi habile que les plus
experimentez Capitaines , & il
a toûjours paru qu'il a jugé jufte
dans toutes les occafions où il
a dit fon fentiment . Ce n'eft
point icy un éloge ; ce ne font
322 MERCURE
point des paroles vaines & vagues
: & fi on veut fe donner la
peine de les examiner avec attention
, on trouvera qu'elles
ne font fondées que fur un amas
de faits , qui méritent d'eſtre
connus de toute l'Europe , &
que toute l'Europe leur rende ·
juftice . Ce n'eft que la force de
la verité qui me fait parler ; je
n'avois point formé le deffein de
dire ce qui vient d'échaper de
ma plume : & quand les chofes
fe prefentent fi naturellement à
l'imagination il faut que la
fource qui les fait naître foit
bien feconde , & qu'il n'y ait
rien que de tres - veritable & de
naturel dans tout ce que l'on
rapporte . Je finis , en m'impofant
filence à moi - même , de crainte
GALANT 323
de m'étendre encore davantage,
& de me faifir de la matiere qui
s'offre encore de pouffer cet ar
ticle plus loin qu'il ne doit être
pouffé , lorfqu'il n'eſt queſtion
que de parler de nouvelles : mais
je prétens que c'en foit une que
de faire connoiftre à l'Univers
un Prince qui n'y eft pas connu
pour ce qu'il eft aujourd'huy
dans le métier de la guerre , &
pour ce qu'il y doit être un jours
par ce qu'il n'a encore fait que
quelques campagnes , & que
celle qu'il fait aujourd'huy, eft
la premiere où il a commandé
en Chef.
Le 7. de ce mois , fur les dix
heures du matin , Monfieur le
Duc de Savoye , & Monfieur le
Prince Eugene, après avoir paffé
324 MERCURE
Le Pô & la Doire , & fait diverfes
marches & contre - marches ,
pour cacher leur veritable deffein
, attaquerent les retranchemens
qui avoient eſté faits entre
la Doire & la Sture . Ils fi .
rent en même temps une triple
attaque ; fçavoir , unc à la droite
, une à la gauche , & la troifiéme
entre ces deux attaques ,
où ils furent vivement repouffez
, & perdirent beaucoup de
monde. Le defeſpoir leur avoit
fait prendre le party de faire
cette attaque ; & il y a des lettres
qui portent , qu'il n'y avoit
plus de pain dans leur armée ,
& que Monfieur le Prince Euavoit
ordonné que l'on
gene
tuât le premier foldat qui en demanderoit.
Monfieur le Duc
d'Orleans
GALANT 325
d'Orleans ayant appris que l'on
attaquoit le quartier où commandoit
Mr le Maréchal de
Marcin , y accourut avec tous
les Officiers de fa Maifon ; &
l'exemple de ce Prince anima
tellement toutes les troupes ,
que les Ennemis furent repouffez
jufqu'à trois fois avec un fi
grand carnage , que le Prince
Eugene outré de voir les troupes
qui eftoient beaucoup plus
nombreufes que les nôtres , tant
de fois repouflées & battuës ,
ordonna à la Cavalerie qu'il avoit
dans fes derrieres , de tuer
tous ceux qu'elle verroit prendre
la fuite. Le bruit de cet ordre
s'eftant répandu , engagea
ces troupes à fe faire du coeur
par neceffité ; de maniere qu'ils
Septembre 1706 Ee
326 MERCURE
refolurent de perir plûtoft que
de fuir aimant mieux , dans la
neceffité où ils fe trouvoient ,
mourir glorieufement que d'être
tuez comme des lâches .
D'un autre cofté , les premiers
avantages remportez par nos
troupes , & la prefence de Monfieur
le Duc d'Orleans , qui ne
fe contentoit pas d'envoyer continuellement
des ordres par tout
où il les croyoit neceffaires ;
mais qui agiffoit en même tems
en foldat , ainfi qu'en General ,
inſpira une fi vive ardeur à nos
troupes , que combattant à l'exemple
de ce Prince , & pour le
garantir des perils où il ſe livroit
, combattirent avec l'opiniâtreté
& la vigueur qui étoient
neceffaires pour repouffer jufGALANT
327
qu'à trois fois , des troupes beaucoup
plus nombreuſes & animées
par des Generaux , dont
la valeur & l'experience font
connuës , & aufquels on doit
rendre cette juftice . Les chofes
étoient dans cet état , & l'acharnement
des deux partis alloit
jufqu'à l'excés , lorfque Monfieur
le Duc d'Orleans & Mr
le Maréchal de Marcin furent
bleffez. Le dernier mortellement
; ce qui commença à caufer
du refroidiffement à faire perdre
peu à peu le courage à ceux qui
s'apperçurent de cette bleffure ,
jugeant bien des mauvais effets
que la fuite pouvoit produire.
Cependant c'eftoit encore peu,
& peut- eftre que fi le malheur
fuft arrivé feul , les Ennemis fe
Ecij
328 MERCURE
feroient repentis d'avoir atta .
qué nos troupes pour la quatriéme
fois ; mais les bleffures de
Monfieur le Duc d'Orleans mirent
une espece de defordre parmi
elles , qu'il eft aifé de concevoir
. Elles firent redoubler la
valeur des uns , qui chercherent
avec plus de vigueur à vanger
fon fang répandu ; & elles abatirent
le courage des autres , qui
crurent que la perte de ce Prince
attireroit indubitablement
la leur . Les Ennemis qui l'apprirent
, fentirent auffi- toft redoubler
leur courage avec leur
efpoir , & ils jugerent bien que
la victoire ne pouvoit manquer
de tourner bien - toft de leur
cofté. Ils avoient lieu de l'efperer
; cependant elle balança enGALANT
329
core du temps , avant de fe ranger
de leur parti . Monfieur le
Duc d'Orleans cacha d'abord
la bleffure qu'il avoit reçuë au
deffus du poignet ; il la banda
avec fon mouchoir qu'il ferra
avec une main & avec les dents ,
& continua de combatre jufqu'à
ce que
le fang qui fortit de cette
bleffure , & que la chaleur du
combat l'empêchoit de fentir ,
& celuy que luy fit perdre une
autre bleffure dont je parleray
dans la fuite de cette Relation ,
eurent commencé à luy caufer
un évanouiffement , dont Mr de
Saint Leger , l'un de fes premiers
Valets de Chambre , qui étoit
auprés de luy , s'étant apperçû ;
cet Officier zelé , & qui étoit
attentif à tout ce qui regardoit
Ee iij
330 MERCURE
Son Alteffe Royale , frotta ce
Prince avec de l'Eau de la Reine
d'Hongrie ; ce qui l'empêcha de
s'évanouir entierement . De maniere
qu'il eut le temps de fe retirer
du combat ; mais fans ceffer
néanmoins de donner fes ordres
, qu'il envoya encore aprés
s'eftre retiré . Ce fut alors qu'il
fallut commencer à ceder à la
force ; Mr le Maréchal de Marcin
ayant efté emporté par les
Ennemis . Sa bleffure étoit mortelle
, puifqu'il mourut dix- huit
heures après le combat . Nous
avions jufqu'alors efté battus en
front par les Ennemis , pendant
que ceux qui étoient fortis de
la Ville nous battoient en queuë;
& l'on commençoit à nous bat →
tre en flanc , lorfque nos trou➡
GALANT
331
pes crurent que la prudence demandoit
, & qu'il y alloit même
du bien des affaires du Roy , &.
du falut du refte de l'Armée ,
de fonger à la retraite ; le fecours
eftant entré dans laPlace . La retraite
fe fit en affez bon ordre .
Je croy que c'eft icy le lieu de
vous dire les noms des zelez
Officiers de Son Alteffe Royale ,
qui ont combattu auprés de la
perfonne de ce Prince . Ce font
Mr le Comte de Châtillon , premier
Gentilhomme de fa Chambre
, qui a efté bleffé au bras, auprés
de S. A. R. fon fils , qui a
eu une contufion , auffi- bien
que.
Mr Cabre ; Mr le Marquis de
Saffenage , auffi premier Gentilhomme
de la Chambre de ce
Prince ; Mrs les Marquis d'E
332 MERCURE
tampes & de la Farre , Capitaines
de fes Gardes ; Mrs les Marquis
de Pluvault & de Rofmadec,
Maiſtres de fa Garderobe ;
Mrs les Marquis de Breauté &
d'Armentieres ,fes Chambellans;
Mrs Doublet & l'Abbé du Bois ,
Secretaires de fes Commandemens
: & plufieurs autres qui
font Penfionnaires de ce Prince,
Tous les Officiers de fes Gardes ,
de fa Chambre & de fa Maifon
ne le quitterent point , & mar.
querent l'empreffement qu'ils
avoient de garantir ce Prince,
des coups qui tomboient fur luy
de toutes parts , & dont il reçut
jufques à neuf dans ſa Cuiraffe .
Je ne dois pas oublier Mr l'Abbé
de Grancey, fon premier Aumofnier
, qui eft mort de la blefGALANT
333
fure qu'il reçut en cette occafion
; le zele qu'il avoit pour le
falut des ames , l'a toûjours
engagé de s'expofer aux plus
grands perils, pour confeffer les
mourans , dans tous les fieges
où il s'eft trouvé .
Il n'eft pas furprenant de voir
des gens qui ont toûjours porté
les armes , s'expofer un jour de
Lataille autour de la perfonne
d'un General , qu'ils regardent
moins comme un grand Prince,
que comme un bon Maiftre, dont
ils font charmez de toutes les
bontez , & à qui plufieurs doi
vent en partie leur fortune .
Mais il eft étonnant , pour ne
pas dire prefque inoüi , d'en voir
qui n'ont jamais fervy que dans
la Chambre , ou dans le Cabi
334 MERCURE
net ; & d'autres qui n'ont ja
mais mis l'épée à la main , leur
profeffion n'étant pas
d'en por
ter , s'expofer aux plus grands
perils pour fervir comme de
plaftron à leur Prince , en effuyant
les coups qui luy font
portez de toutes parts . Et cela
pendant qu'il fe trouve fouvent.
des Officiers , qui font montez
par degrez aux grades d'honneur
où l'on parvient dans le
mêtier des Armes , combattre
mollement un jour de bataille ,
ou ne fe faire du coeur que par
raiſon ; tant il eft vray que ceux
qui ne fe font point encore vûs
dans des actions pareilles , fe
trouvent furpris & étonnez de
voir les dangers qu'ils courent.
On fert fouvent long - temps
1
GALANT
335
avant que de fe
trouver en de
pareilles
occafions ; & nul ne
peut eftre fûr de fon
courage ,
qu'il ne l'ait
éprouvé dans une
bataille.
Toutes ces chofes font.
voir que l'on ne peut trop loüer
le zele &
l'intrepidité de ceux
qui ont
combattu autour de la
perfonne de
Monfieur le Duc
d'Orleans , fur
lefquels , felon
le
rapport de tous ceux qui ont
pû en eftre
témoins , on n'a jamais
vû
tomber une fi
grande
grêle de
coups , fans
qu'aucun
ait
témoigné la moindre
crainte
, & ait fait un pas en arriere .
Ceux dont je viens de vous marquer
les noms , ne font pas les
feuls qui ayent
combattu autour
de leur
General , & qui ayent
expofé leurs
perfonnes pour
336
MERCURE
fauver la fienne ; & j'apprens
,
en ce moment
, que ceux dont
voicy les noms , ont en l'avantage
de s'y trouver
auffi . Ce
font Mr du Ploüy , Ecuyer de
S. A. R. Mr de Rocheplate
,
Lieutenant
de fes Gardes , &
Mr de Marigny
, Exemt des
mêmes Gardes .
J'ay vû quelques
lettres
, qui
portent
que trois Pages
de cc
Prince
fe font auffi fort diftinguez
, en combattant
autour
de
fa perfonne
; l'un defquels
, comme
fon Ange
tutelaire
, s'attachoit
toûjours
à le couvrir
; &
l'on affure
que plufieurs
de ceux
qui vouloient
l'approcher
, ont
reçû la mort de ſa main .
Les
noms de ces braves
meriteroient
d'avoir
place
icy ; mais ils ne
font
*
GALANT 337
font pas venus à ma connoiffance.
On peut dire que S. A. R. n'a
point quitté le combat , puif
qu'on ne l'emporta que lorfque
fon fang, qui commençoit à couder
avec trop d'abondance , luy
caufa la foibleffe dont je vous
ay déja parlé ; mais je ne vous
ay encore rien dit de fes bleffures
. Ilen aune au deffus du poignet
du bras gauche , qui emporte
la chair , coupe un tendron
, paffe au travers des nerfs ,
& touche à l'os ; & une autre
au cofté , au deffus de la hanche,
qui entre dans les chairs . Je ne
vous dis rien des autres coups
qui ont donné dans fes armes ou
dans fes habits , fans avoir produit
aucun mauvais effet . L'afe
Septembre 1706 .
Ff
༢༣8 MERCUREE
2
faire a commencé à dix heures
du matin , & a duré une heure
& demie .
On affure que nous n'avons
perdu que 8. ou 900. hommes
dans le combat , & que la perte
des Ennemis, monte à plus de
4000. On le croira facilement,
lorfqu'on fera reflexion que
ceux qui attaquent des retranchemens
>
perdent toûjours
beaucoup plus que ceux qui les
défendent ; & que d'ailleurs les
Ennemis ayant efté repouffez
trois fois , il eft impoffible qu'ils
n'ayent fait une perte tres- confiderable.
Je vous parleray le
mois prochain des perfonnes de
confideration qui ont efté bleffées,
tuées , ou faites prifonnieres
de guerre dans cette attaque.-
GALANT 339
Ily a encore tant d'incertitude,
& l'on en parle fi diverſement ,
que ne pouvant rien dire d'affu
ré , j'ay crû devoir remettre à
vous parler de cet article dans
ma premiere lettre . Je ne vous
dis rien de ce qui regarde la fuite
de cette affaire ; je vous mar.
queray , avant que de fermer
ma lettre , la fituation où fe
trouveront alors toutes nos armées.
Je paffe à l'avantage rempor
té par Mr le Comte de Medavy
le 9. de ce mois , deux jours
aprés la levée du Siege de Turin.
Monfieur le Duc d'Orleans
doit avoir beaucoup de part à la
gloire de cette journée ; puif
que ce Prince , qui avoit refola
avec Mr de' Medavy , qu'il ten-
Ffij
340 MERCURE
teroit le combat qu'il a donné,
fi l'occafion s'en trouvoit favorable
, luy avoit envoyé des
troupes pour fervir dans cette
expedition . Elle devoit estre
confiderable , & on ne la devoit
engager qu'à propos , & avec de
bonnes troupes : Monfieur le
Prince de Heffe - Caffel eftant
naturellement brave , ayant
beaucoup d'experience , & s'étant
acquis beaucoup de reputation
& de gloire en diverfes
occafions. Il eftoit à la bataille
de Spire ; & quoique la fortune
ne luy fût pas favorable dans
cette bataille , il ne laiffa pas de
s'y diftinguer , & de s'attirer
des loüanges des deux partis : &
y combattit avec une valeur
& une intrepidité , qui le firent
il
GALANT 341
་
3
admirer. Ses troupes animées
par fon exemple , combattirent
avec la même valeur : On peut
dire qu'elles furent accablées
fans avoir efté vaincuës ; tous
ceux qui furent tuêz dans cette
bataille , ayant efté trouvéz
morts dans leurs rangs , fans
qu'aucun eût tourné le dos pour
prendre la fuite . Voilà le General
& les troupes que Mr de
Medavy avoit à combattre. Ce
Prince ſe tenoit ſi aſſuré de leur
valeur & de leur bonne volon-
Sté, que ne doutant point que la
evictoire ne tournât de fon côté ,
s'il pouvoit engager le combat,
-envoya dire , trois jours auparavant
, à Mr de Medavy : Que
le regardant comme un brave hommé
, il fouhaittoit avec beaucoup
Ff iij
342 MBRCURE
d'ardeur d'en venir aux mains
avec lay ; & que pour cet effet , s'il
vouloit cheifer une plaine pour combattre
avec des troupes égales , il
Luy promettoit foy de Prince , qu'il
s'y trouveroit feulement avec le
nombre de troupes dont ils conviendroient.
Il luy fit même dire : Que
s'il ne vouloit pas ſe fier à fa parole
, il la luy donneroit par écrit ; &
que s'il vouloit envoyer un Commif
faire , il pourroit compter fes troupes
, afin d'en favoir le nombre au
jufte . Mr de Medavy lui fit réponſe
: Qu'il eftoit au defefpoir de
ne pouvoir accepter son offre , parce
qu'il eftoit Officier fubalterne , &
fujet à des ordres fuperieurs ; que cependant
, s'il avoit envie de combattre
, & s'il vouloit venir jusqu'à
fon Camp , il feroit fes efforts pour
GALANT 343
meriter fon eftime. Cette réponſe
n'eftoit pas moins politique, que
fpirituelle & honnefte . Mr de
Medavy , qui avoit ordre de
Monfieur le Duc d'Orleans
d'engager le combat , en eftoit
auffi demeuré d'accord avec Mr
de Torralba ; & ils avoient pour
cet effet refolu de tirer des troupes
de plufieurs garniſons. Mais
comme il apprehendoit que
-Monfieur le Prince de Heffe
ne s'apperçût de fon deffein
. & ne cherchât alors à éviter le
combat , qu'il demandoit avec
tant d'empreffement ; il luy fit
la réponse que vous venez de
lire . Cette réponſe eftoit d
habile Capitaine , qui fçait déguifer
fes deffeins , afin de faire
tomber fes ennemis dans les
"
344 MERCURE
En ·panneaux qu'il leur tend.
effet , Monfieur le Prince de
Heffe fut la duppe de cette ré
ponſe , & il crût qu'il auroit
bon marché d'un homme qui
n'avoit ordre d'éviter le combat
, que parce qu'on ne fe trouvoit
pas en eftat de le foûtenir,
foit du cofté du nombre de fes
troupes , foit du cofté de leur
valeur. Ce qui luy fit dés lors
prendre la réfolution , non feulement
d'entreprendre
le Siege
de Caftiglione
delle - Stivere ;
mais auffi d'entrer en plaine , &
d'aller attaquer Mr de Medavy,
auffi-toft qu'il fe feroit emparé
de la baſſe Ville , & qu'il y auroit
jetté des troupes. Il prétendoit
faire affez de diligence
pour at taquer ce Comte , avanc
-
GALANT 345
qu'il pût avoir une armée capable
de foûtenir le combat qu'il
avoit réfolu de luy livrer ; &
c'eſtoit juſtement ce que Mr de
Medavy fouhaittoit , en feignant
de le craindre
Le 8. au matin il marcha du
cofté de Goito , pour attirer
Monfieur le Prince de Heffe
& l'obliger d'interrompre le
Siege de Caftiglione qu'il faifoit
alors , parce qu'il eftoit trop
bien pofté pour eftre attaqué
dans fon Camp : ce qui lui réüffit
; & ayant fçû que ce Prince
avoit marché dans la plaine de
Caftiglione , il retourna fur fes
pas. Ill'apperceut , en effet , dans
la plaine le neuf au matin ; il
mit fes troupes en bataille , &
il envoya trois bataillons qui
346 MERCURE
s'emparerent d'une Cenſe , que
les ennemis attaquerent enfuite
& d'où ils nous dépofterent.
Le combat commença
alors par tout, & noſtre droite
ayant efté obligée de plier , Mr..
le Comte de Medavy y envoya
trois bataillons de la feconde)
ligne, & Mr d'Herouville avec
le Regiment de Vauge , qui fit
des actions furprenantes en
cette occafion , & rétablit les
affaires de ce cofté - là. Il y
fut bleffé , en donnant des marques
de la plus grande hardieffe
& de la plus grande intrepidité,
Mr le Marquis de Grancey, qui
commandoit l'aîle gauche , renverfa,
dés la premiere charge, la
droite des ennemis , & les mena
toûjours battant. Mr le
GALANT 347
le
Comte de Medavy, qui eftoit au
centre , n'avoit point ceffé , pendant
tout ce temps - là , de combattre
l'Infanterie ennemie , à
laquelle il ne donna pas un moment
de relâche : de maniere
que le voyant également pouf
fée par les deux aîles & par
centre , la déroute des ennemis
devint generale ; & ce ne
fut plus qu'une fuite , au lieu
d'un combat . On leur fit environ
trois mille prifonniers, &
le nombre de leurs morts parut
d'abord ſe monter à plus de
deux mille : mais ils perdirent
beaucoup plus de monde dans
la fuite ; parce que leurs troupes
n'ayant pû fe raffembler
leurs Soldats fe débanderent de
tous coftez , & fe jetterent dans
348 MERCUR E
les montagnes. Les Païlans en
tuerent beaucoup , & affommerent
prefque tous les traî
neurs : de maniere que Monfieur
le Prince de Heſſe ne pût ramaffer
que fix cens hommes
d'Infanterie , & qu'il ne repaffa
l'Adige qu'avec ce petit nombre
. Les ennemis ont perdu quatorze
pieces de campagne , &
cinq pieces de gros canon. Ils
ont perdu generalement tous
leurs bagages , tout ce qui fervoit
à leur artillerie , & toutes
leurs poudres , dont il y avoit
un grand nombre de chariots
chargez . Mr Ceberet a appor
té au Roy vingt-neuf Drapeaux ,
& quatre étendards . Mrs de
Grammont , du Cheylar & le
fils aîné de Mr de Renepont ,
tous
GALANT 349
tous Colonels de Cavalerie , ont
efté tuez . Mr de Raymond a fait
des merveilles , en défendant
Cftaiglione avec fon Regiment.
Cette action a efté caufe que
nous avons repris Goitto , ou
les ennemis avoient fait un
chemin couvert .
La bataille eftant gagnée entierement
, & les ennemis eftant
trop difperfez pour eftre fuivis ;
Mr le Comte de Medavy , voyant
que les troupes que les ennemis
avoient laiffédans la ville de Caf
tiglione continuoient de tirerfur
le Chafteau avec leur canon &
leur moufqueterie , il donna ordre
à Mr de Ceberer de marcher
avec la Brigade de Forest qu'il
commandoit , & d'aller attaquer
ce qui fe trouveroit dans cette
Septembre 1706. Gg
350 MERCURE
Ville. Il ordonna auffi à Mr
d'Imecourt , Brigadier de Cavalerie
, d'y marcher avec fa
Brigade pour fe pofter autour
de cette place , & empêcher
la retraite aux ennemis . Dés
que la Brigade de Foreft fur arrivée
devant la Ville , Mr de
Ceberet en fit ataquer la porte,
qui eftoit bien deffendue par
des barrieres retranchées , &
par un Corps d'environ neuf
cens hommes , commandé par
Mr de Valis , Colonel d'un Regiment
de l'Empereur. Nos
troupes furent repouffées d'abord
; mais elles redoublerent
leur attaque avec tant de vivacité,
que les ennemis furent
forcez à la barriere , & pouffez
jufque dans un Cimetiere, où,
GALANT 351
?
aprés une foible refiftance , ils
fe rendirent à difcretion . On
fit , en cette occafion , huit cons
prifonniers ; & on trouva dans
la Ville fix pieces de canon de
trente - fix livres de balles, avec
toutes les poudres , boulets &
autres munitions de guerre , qui
avoient cfté apportées pour le
fiégé.
Quoique je vous aye déja parlé
, dans cette Lettre , de ce qui fe
paffa à l'Eglife des Invalides , le
jour que Sa Majesté alla voir ce
fuperbe Temple ; je croy vous
devoir envoyer la Relation fuivante
, qui vient de tomber entre
mes mains.
Lorfque le Roy vint voir l'Eglife
des Invalides , ce Prince étoit acom-
Ggij
352 MERCURE
pagné de Monfeigneur le Dauphin,
de Meffeigneurs les Ducs de Bourgogne
, & de Berry , de Son Alteffe
Royale Madame , de Madame la
Ducheffe , de Madame la Princeffe
de Conty , & de plufieurs autres
Dames & Seigneurs de la Cour,
Son Alteffe Sereniffime Monfieur le
Prince y étoit déja arrivé , accompagné
de Monfieur le Duc &
ce Princey attendit Sa Majefté,
On avoit mis fix cents Soldats de
la maifon des Invalides fous les ar
mes ; trois cents dans l'avenuë qui
eft en face du Portail de l'Eglife; &
trois cents dans la cour , qui eft en.
tre le Portail & l'avenue, aves des
Officiers à leur tefte , qui étoien
commandez par le Gouverneur ,
Lieutenant de Roy , & le Major ,
qui reçurent le Roy au bruit des
GALANT 353
Tambours & des Trompettess
Sa Majesté defcendit au pied du
Perron , fur le Pallier duquel Mr
Manfart, Sur-Intendant des Batimens
, qui a commencé & finy ce
grand & fuperbe Edifice , accompagné
des Officiers des Bâtimens de Sa
Majesté , & des plus illuftres Architelles
, Peintres & Sculpteurs des
Academies , prefenta à Sa Majefte
and clefartifement travaillée
& dorée , en luy faifant un tresbeau
diſcours. Les cent Suiffès de la
Garde étoient rangez en haye' , aux
deux coffez da Perron , en dedans
de l'Eglife jufques à l'entrée du
Dome, Les Gardes du Corps avoient
• pris poffefion des portes , & eftoient.
poſter en differents endroits de l'E◄
glife.
Le Roy fut reçu , à l'entrée de
Gg iij
354 MERCURE
l'Eglife , par Monfieur l'Archeve
que , en Rocher , accompagné de fes
Aumofniers & du Clergé de l'Hotel
des Invalides qui préfenta de
Eau- benite à Sa Majesté. Ge
Prince s'arrefta à l'entrée pour confiderer
le coup d'oeil du dedans de
l'Eglife , dont il fut agréablement
furpris. Il vifita les deux Chapelles
du côté de l'Evangile , & une moitié
de l'Eglife avant la Meſſe &
en paffant au Sanctuaire , Sa Majefte
trouva fon Prie- Dieu, pofe en
face du Maitre Autel , où elle entendit
une Meffe baſſe , celebrée par
Monfieur l'Archevêque. Pendant
la Meffe quatre Choeurs de Mufique
, de plus de cent cinquante perfonnes
, placées dans les quatre
Tribunes portées par les avantcorps
de Colomnes du Dome , chan
།
GALANT 355
terent le Te Deum & un Motet
compofez par Mrde la Lande, avec
des Symphonies mêlées de Trompettes
& de Fymballes. Après la Meffe
Sa Majefté confidera le cofté du
Maifire- Autel vers l'ancienne Eglife
, les deux Chapelles du cofte de
Epiftre & revint fous le Dôme
dont Elle confidera les Peintures , &
tout le reste de l'Eglife , dont Elle
parutfort fatisfaite . Elle remonta
enfuite en Caroffe , en donnant à
Mr Manfart , mille marques de fa
bonté & de fa fatisfaction .
7
Le mot de l'Enigme du mois
paffé , étoit la Pipe . Ceux qui
l'ont trouvé , font Mrs Lemire,
Avocat au Parlement , demcurant
à Abbeville : de Belcourt :
de Cailletot : Louis Toffier
356 MERCURE
André Boivin Colin le B. du
coin de la rue fainte Croix . Binot
, & fon amy Pierre Ravart :
Gillier , & fon ferviteur Poicevin
, du coin de la rue des Ro
ziers : Oedippe fils , de la ruë au
Maire , & fon compagnon : Bazini
di Bolonia : Mellici di Sameria
: Tamirifte , & fa fille Fortin
: le Solitaire du Marais ; le
Philofophe , du cul de fac faint
Landry le Solitaire Lis , & la
tante du nouvel époux , du même
cul de fac de faint Landry.
Mlles la Prefidente de l'Election
de Chaumont & Magny: Thienot
: la plus jeune des belles
Dames de la rue des Bernardins :
la Bergere Climene , & fon Ber.
ger Tircis , de la rue de l'Echarpe
; & la Partie la plus fage &
GALANT 357
la moins médifante , de la Ville
de Beaumont de Lomagne , fur
la riviere de Gimone.
L'Enigme nouvelle que je
Vous envoye , eft de Mr d'Aubicourt.
ENIGM E.
De vingt membres au moins , fe
compofe mon corps ,
De qui tout le bon fens n'eft produit
au dehors ,
A
Que par differens traits de l'humeur
la plus noire :
Quoy qu'il en fois , chacun fur ma
sad foi me peut croire.
S
Si man Art , dont l'employ n'est
dù qu'à l'équité ,
Pour établir l'erreur , combat la ve
rité
358 MERCURE
Ce n'est pas qu'il nè foit de foimême
équitable :
L'ufage eft le défaut qui le rend
condannable.
S
Le Chinois , FIroquois , l'He
breu, le Caldéen ,
Le Latin , Allemand , le François
, l'Italien ;
Mille langues par moy , fur la terre
& fur l'onde
Sans voix , fe font entendre aux
quatre coins du monde.
S
Mes talens font égaux , pour la
Profe & Les Vers ;
Plus que les Sçavans mefme, en
doctrine j'excelle ,
Je nepuis devenir, comme eux, lappas
des vers ;
Puiſqu'il n'eſt point de jours qu'on
ne me renouvelle.
GALANT 359
Le Heros vit content , & meurt
d'un air ailè ,
Croyant par mon fecours s'eftre immortalifé
:
Mais un jour les mortels fe verront
tous venaitre ;
Et
pour lors à jamais fera détruit
mon eftre.
Je vous envoye une Chanſon
nouvelle, qui convient au temps
des Vendanges
.
AIR NOUVEAU.
Amy,je te vois rire , en regardant
Catin ,
Dont les beaux yeux te font la
guerre,
Pour moy , qui fuis buveur , je ne ris
quà mon verre ,
Quand il eft plein de vin.
360 MERCURE
L'affaire qui s'eft paffée devant
Turin, à l'attaque des Lignes
, eft fi confiderable & fi
glorieufe aux vaincus , que je ne
puis m'empefcher d'en parler
encore une fois. On doit remarquer
que le quartier qui a
a efté attaqué , n'eftoit que de
huit mille hommes , & que les
attaquants eftoient au nombre
de 35000. ayant réüny toutes
leurs forces pour faire un dernier
effort . Monfieur le Duc
d'Orleans eut à peine appris
que ce quartier alloit eftre attaqué
, qu'il propofa d'en augmenter
les forces , en y faifant
entrer de nouvelles troupes :
mais Mr le Maréchal de Marcin
ayant dit que l'attaque pouvoit
eftre fauffe , ce qui n'eftoit pas
hors
GALANT 361
hors de vraiſemblance , & qu'il
falloit , avant que de rien faire,
examiner les mouvemens des
Ennemis. Ils firent connoiftres,
en attaquant nos lignes que dei
n'eftoit pointane feinte , & que
leur veritable attaque eftoit de
ce cofté - là . Le pofte fut défendu
par
le peu de troupes qui y
eſtoient , avec toute da vigueur
paffible , & les Ennemis furent
repouffez plufieurs fois , ainfi
que je vous l'ay déja marqué. ¡
Mais on fut obligé de ceder au
nombre; & c'est dans cette der
niere attaque où Mr le Marele
chal de Marcing saprés avofr
donné des marques d'une va
leur extraordinaire , fut bleffe
àmort : &la Gavalerie n'ayant
pû feconder nos Dragons qui
Septembre 1706. Hh
C
262 MERCURE
avoient mis pied à terre , & qui
tenoient lieu d'Infanterie , foit
parce qu'elle occupoit un terrain
trop ferré , ou parce que
Infanterie Ennemie , qui avoit
penetré dans les retranchemens
, faifoit un feu épouvantable
; on fut obligé de fonger
à la retraite. Je ne vous repete
point icy tout ce que je vous ay
dit de S. A. R. qui nonobſtant
fes bleffures , fe porta pendant
le combat partout où le feu
eftoit le plus grand. Mr le Marquis
d'Eftampes , comme Capitaine
des Gardes , a toûjours
efté auprés de S. A. R. auffi bien
que Mr de Nancré , Capitaine
des Suiffes de fa Garde,n'a point
quitté; non plus que Mr de Longueville
& Mred'Ivers : Irlan
GALANT 363
dois , qui s'eft extrêmement
diftingué . Mrs de Flotte & de
Saint Chriftophle , & tous les
Aides de Camp de ce Prince ,
ont fait auffi tout ce que l'on
pouvoit attendre de leur zele
& de leur valeur. Il eft furprenant
qu'ayant efté attaquez par
unfi grand nombre , on ait
perdu fi peu de monde ; cependant
les Ennemis ont tellement
groffi leurs Relations de nos
pertes , qu'ils ne parlent pas
moins que de la défaite de toute
noſtre armée , quoique huit
mille hommes fe ulement ayent
combattu. Ils difent qu'ils ont
pris fix de nos Generaux. C'eſt
un langage qu'ils tiennent toûjours
; & il ne fe paffe aucune
affaire , où ils n'ayent tué ou
Hhij
364 MERCURE
"
pris une douzaine de Generaux ,
quoique nous n'en ayons qu'un
dans chaque armée . Ils devroient
, fi la défaite de noſtre
armée eftoit entiere , comme ils
le publient , avoir fait plus de
cent prifonniers de diftinction ;
& nous devrions avoir perdu un
grand nombre de perfonnes de
marque. Cependant ils ne nomment
parmy les prifonniers qu'
ils ont faits , que Mr de Murcé ,
Lieutenant General , qui eft
bleffé au doigt ; Mr de la Bretonniere
; Mr de Senneterre ,
Marefchal de Camp
Marquis de Bonneval , Brigadier
, Mr de Villiers ; & Mr des
Granges A l'égard des morts , ils
ne nomment que Mr leMaréchal
Mr le
GALANT 365
de Marcin & Mr le Marquis
de Bonnelle , Brigadier & Colonel
du Royal- Rouffillon . Ce
nombre de prifonniers & de
morts ne répond pas à l'exageration
qu'ils font de noftre
perte. Mais on peut juger de
leur fincerité , lorfqu'ils parlent
de tout ce qui regarde les ac
tions qui fe paffent tous les
jours , par ce qu'ils difent de la
défaite de . Monfieur le Prince
de Heffe, qu'ils traitent de bagatelle
, & dont ils parlent d'une
maniere à vouloir perfuader que
cette affaire ne merite pas que
l'on y faffe attention ; enforte
qu'à bien examiner tout ce qu'ils
en difent , on ne trouve pas quei
le Prince de Heffe ait perdu
cent hommes . On peut juger ,
Hh iij
366 MERCURE
par la maniere dont ils diminuënt
cette affaire , qu'ils grof
fiffent à proportion celle de
Turin . Cependant elle devient
tous les jours plus confiderable
; & , felon les dernieres lettres
, il ne paroift pas que ce
Prince puiffe raffembler plus
de deux mille hommes .
Si noftre perte devant Turin
eftoit aufli grande que les ennemis
la font , & fi celle de
Monfieur le Prince de Heffe
eftoit auffi peu confiderable,
ils devroient , depuis plus d'un
mois , avoir profité de nos défavantages;
cependant on n'a
pas encore fqû qu'ils ayent rien
fait de confiderable. Au contraire
depuis la levée du fiége
de Turin , quinze cens che
}
GALANT 367
1
,,
vaux que nous avions à Chivas
, avec les Caiffons des vivres
, font paffez dans le Milanez
, où les troupes de Monfieur
de Savoye n'ont pas encore
penetré ; & , felon toutes
les apparences , Monfieur le
Prince de Vaudemont , qui eſt
actif & vigilant , & Mr. la
Comte de Medavy , dont la valeur
eft connuë , défendront
bien cet Etat . D'ailleurs , Mon.
fieur le Duc d'Orleans , dont
l'application à tout ce qui regarde
la gloire des armes du
Roy , eft fort grande , a pris
foin d'y envoyer vingt.deuxi
Bataillons , qui doivent prefentement
y eftre arrivez
qu'ils ayent marché par des
chemins détournez . Ce Princes
quoy368
MERCURE
qui monta à cheval deux jours
aprés le combat , ce qui n'avance
pas la guerifon de fes
bleffures , fe donne de fi grands
foins & fi continuels pour le
rétabliffement de toutes les chofes
neceffaires pour le remettre -
bien- toft en campagne, qu'il y a
lieu de croire que les ennemis.
ne profiteront pas beaucoup de
leursavantages . Demanierequ'il
ne nous reftera bien- toft plus
rien à fouhaiter , finon que ce
Prince joüiffe dans peu d'une
fanté parfaite , afin que nos
ennemis puiffent apprendre par
luy-mefme quand fes playes feront
gueries .
Les conqueftes du Roy de
Suede font trop de bruit pour
ne vous en pas parler ; & rien
GALANT 369
n'eft plus furprenant que fon
entrée en Saxe , dans le temps
que cent mille Mofcovites mar
chent pour combattre les troupes
qu'il a laiffées en Pologne,
Il faut , ou que ces troupes
foient moins nombreuſes , ou
que ce Monarque les apprehende
peus auffi a - t-il toûjours fair
voir qu'il les cftime peu , & qu'il
ne les craint guère . Ce Prince
prend toûjours de fi juftes me
fures , qu'il voit rarement fes
projets manquer de réüffite!
Son entrée en Saxe donne de
l'inquietude aux Princes d'Allemagne
, qui appuyent la tyrannie
, & à qui les infractions
aux Traitez coûtent peu. Ep
comme ce Prince eft Reparateur
des torts , s'il m'eft permis de tep
>
370 MERCURE
nir le langage des anciens Chevaliers
; les Bavarois voudroient
déja le voir en Allemagne : &
ceux qui ont rompu le Traité
de Rifwick , dont ce Prince eſt
garant , l'apprehendent beaucoup
, & l'Empereur n'eft pas
fans inquietude de ce cofté-là.
D'ailleurs les Mécontens font fi
puiffans , & les avantages qu'ils
remportent font fi continuels ,
que le plus que S , M. Imperiale
puiffe efperer , eft de faire une
bonne défenfive. Ce qui ne laiffera
pas de continuer d'affo blir
beaucoup fes forces , & de l'empefcher
d'en envoyer du cofté
du Rhin ; d'où l'on apprend
que le Prince de Bade eft à l'extrêmité
. Le Comte de Thungen ,
qui commande , en fa place , les
GALANT
371
"
troupes de l'Empire , n'en eft
pas fort eftimé , le temps fera
voir fi ces troupes ont raifon.
Ce Comte a paffé le Rhin à Philifbourg
, dans l'intention de
ravitailler Landau , qui manque
de toutes chofes On dit que les
Ennemis n'ont rien oublié pour
cacher leurs forces de ce cofté
là , & que leur armée s'eft trou
vée de trente mille hommes
aprés avoir paflé le Rhin . Il
feroit mal aifé de dire au jufte ,
à combien peut monter celle de
Mr le Maréchal de Villars , qui,
aprés quatre détachemens pour
Flandres , ne doit pas eftre fort
nombreufe : cependant ce Maréchal
témoigne qu'il n'apprehende
pas les Ennemis . Il a fait
armer des Payfans aguerris
&
372 MERCURE
qu'il a fait entrer dans fes Lignes
, dont il a tiré quelques
troupes. Il en a auffi fait venir
de divers quartiers , dont il s'eſt
formé une armée , avec laquelle
il efpere embaraffer les Ennemis
, s'il ne les bat pas Et
comme les heureux fuccés dépendent
en partie du favoir faire
des Generaux autant que
de la valeur des troupes ; il pa
róift qu'il n'y a rien à craindre
de ce cofté là. Cependant , fi
les Ennemis ne ravitaillent pas
Landau , il y a grande apparen
ce que cette Place tombera l'hyver
prochainos Sur
Je ne feais que vous dire des
affaires de Flandres. Ath doit
eftre battu par une artillerie
prodigieufe, & je ne doute point
que
GALANT 373
*
que cent pieces de canon n'ayent
commencé à tirer contre cette
Place avant que vous receviez
ma lettre. Le refte eft impenetrable
; noftre armée eft nombreuſe
& de bonne volonté , &
nos troupes font bonnes. Le
temps nous apprendra le refte.
Al'égard de la grande Flotte
d'Angleterre , qui jufques icy
n'a fait
que menacer , & qui
femble n'avoir efté mife en Mer,
que pour épuifer inutilement
une partie des forces d'Angleterre,
& diminuer confiderablement
fes finances ; fi les mêmes
vents qui fe font toûjours fait
fentir icy , ont regné en Angleterre
, elle ne doit pas eftre encore
partie. On en a déja défarm
onze grands vaiffeaux , à
Septembre 1706 Ii
374 MERCURE
la place defquels on en a feule
ment ſubſtitué fix du quatrième
rang ; parce qu'on n'en a plus
befoin d'un fi grand nombre ;
3000. hommes eftant morts fur
cette Flotte , dont on a débarqué
trois mille malades . Jamais
dépenfe n'a efté plus infructueufe
, ni fi grande. Il y a prés d'un
an que l'armément de cette
Flotte commence à coûter à
l'Angleterre ; & j'ay vû des lettres
de Londres , qui affurent
que ceux qui ont écoûté les
chimeres de l'Abbé de la Bourlic
, ( nommé aujourd'huy Marquis
de Guifcard , qui n'a jamais
fcû le gouverner , & n'a jamais
fçû d'autre mêtier que d'affronter
ceux qui luy ont prefté de
l'argent ) coûtent plus de foit
GALANT 375
xante millions à l'Angleterre.
Je paffe en Espagne, d'où l'on
mande que l'armée des Alliez
décampa le 8. de ce mois , pour
aller à Caya, prés d'Aranjuez ,
& qu'elle a perdu cinq cens
hommes en décampant . Les mêmes
lettres ajoûtent que l'armée
d'Efpagne la ferroit de prés . On
affure que la Reine Doüairiere .
d'Espagne arriva le 19. de ce
mois à Bayonne .
Je n'eftois qu'au tiers de ma
Lettre , qu'and je reçûs le Jour
nal du Siege de Menin , qui en
contient une grande partie ;
j'appris enfuite l'attaque des
lignes de Turin , & la bataille
gagnée par Mr le Comte de Medavy
tout cela me fit prendre
le parti de ne m'attacher qu'
Ii ij
376 MERCURE
pour
ces trois morceaux d'hiftoire
faire le refte de ma Lettre .
De maniere , que je fuis obligé
de remettre au mois prochain
trente ou quarante articles, qui
devoient former ma lettre de ce
mois ; de forte que je puis dire
que ma lettre du mois prochain
contiendra les nouvelles ordinaires
de deux mois . Je fuis
Madame , voftre & c .
A Paris ce 28. Septembre 1706.
APOSTILLE.
Je viens de voir des nouvelles d'Efpagne
: mais elles font fi étendues, qu'il
m'eft impoffible de vous en donner de
détail ; puifqu'il ne me refte ny affez de
temps , ny affez de place pour vous en
parler amplement . Je vous diray feulement,
que les Efpagnols ne fe font point
trompez, lorfqu'ils ont dit qu'ils feroient
Perir en détail l'armée des Ennemis, fans
GALANT
377
qu'il leur en coûtaft rien. Ce qui s'eft
déja paffé là- deffus , & ce qui vient
d'arriver, en font des preuves fuffifantes,
& depuis le 8. de ce mois que l'armée
des Alliez a commencé à décamper
jufqu'au onzième , elle a perdu douze
ou treize cens hommes , & beaucoup
d'équipages. Les milices du pays de la
Manche leur enleverent d'abord dixneuf
grands Chariots remplis de leur
meilleursé quipages avec 4. canons. Il fe
trouva auffi beaucoup d'argent caché
parmy les plus gros équipages; croyant
qu'il y feroit plus en fûreté , parce que
les foubçons tomberoient moins de cè
cofté-là. Ces mefmes milices ont auffi
prife ou tué 400 Valenciens & 70 Anglois.
D'un autre cofté un fameux Partifan
Espagnol fit tomber dans une
embuſcade , tout le Piquer des Alliez 、
& leur prit, ou tua plus de 1 so hommes,
fans en avoir perdu un feul . Enfin on
leur enleva soo hommes de leur ar
riere-garde & Mr le Maréchal de
Bervvik lespourſuit vivement, avec plus
Ii iij
378 MERCURE
de la moitié de l'armée : ce qui refte de .
troupes au Roy d'Eſpagne ayant eſté
joint par trois mille hommes arrivez
d'Andaloufie , & devant eftre joint par
les deux mille François dont je vous ay
déja parlé , qui doivent eftre arrivez
il y a long-temps. La deſertion eft tresgrande
parmi les Ennemis , & fur tout
parmy les Portugais , qui fe plaignent
de n'avoir reçû aucunes nouvelles de leur
pays depuis fort long-temps On a réuffi,
comme vous voyez , dans le deffein que
l'on avoit d'empêcher les Portugais de
prendre la route de leur pays , qui par
ce moyen demeure découvert. Ce qui
oblige le Roy de Portugal de faire de
grandes plaintes; eftant perfuadé que les
troupes qu'il a en Eſpagne , ne retourneront
jamais en Portugal , & que
tout y perira , jufqu'au dernier foldat :
& on n'endoit pas douter , la faim ,
les maladies , & le changement d'air en
faifant perir tous les jours un grand
nombre , fans compter ceux qui font
tuez , lorsqu'on les peut joindre , &
GALANT 379
ceux que les Payfans affomment . Ce
qui aura continué , fi les Alliez ne fe
font point arreftez dans leurs marches.
Le zele de la Ville de Salamanque eft
incroyable ; elle fait faire de nouvelles
fortifications. J'aurois encore
beaucoup de chofes à vous dire fur cet
article , fi je n'eftois obligé de finir .
Je vous parleray le mois prochain ,
des nouveaux Officiers Generaux nommez
par Sa Majefté , ainfi que des Gouvernemens
& des Regimens donnez .
Je viens d'apprendre que la playe de
Monfieur le Duc d'Orleans, qui avoit
fait beaucoup fouffrir ce Prince, & enfler
fon bras , parce qu'il avoit monté à
cheval, trop peu de temps aprés le Combat
, & qu'il avoit continué à fe donner
trop de mouvemens , eft prefentement en
tres-bon état ; & qu'il y a lieu d'en
efperer une prompte guerifon.
AVIS .
On vendra le Mercure du mois pro
chain , le s . du mois de Novembre.
TABLE .
celebrée
Fefte de faint Louis
par Mrs de l'Academie Françoife
; par Mrs de l'Academie
Royale des Medailles & Inf
criptions , & par Mrs de l'Academie
Royale des Sciences , avec
des extraits des Sermons prononcez
cejour-là ,
Mandement de Mr l'Evêque de
Senlis , pour faire chommer
Pavenir la Fefte de S. Louis
dans fon Diocefe , 35
49.
Places données dans les Academies
des Medailles & des Sciences, 43
Traité des Feux d'artifices ,
Réponse à un Probleme propofé dans
un des Mercures précedens , fur
les Corpufcules lumineux, ·58.
Lettre de Mr l'Abbé de la Tour
nelle ,furla réponse à un Problè
THEATE
BIBLIO
LYON
* 1893
DE
LA
5
TABLE.
me proposé dans une Lettre a
dreffée à l'Auteur du Mercare, 66
Premier Article des morts , 71
Préconisations , & dons faits par
Sa Sainteté , 81
Lettre de Mylord Peterborough ,
Mr le Chevalier de Mahony
avec la réponse à la mefme Lettre
,
ઠે .
97
105 Mariages ,
Nomination à l'Eveſché de Vienne
en Auftriche ,
117
Article concernant les Pompes eftablies
à Paris 121
Thefes de Mathematiques foûtenuës
à Toulouſe
Lettre critique fur le Livre intitulé
134
140
la Langue ,
Livre touchant le mystere de la
tranfubftation ,
141
Charge d'Aumônier de Madame la
TABLE.
143
· Ducheffe de Bourgogne , donnée à
Mrt Abbé de Pontac ,
Second Article des morts , 146
Prélude concernant le Journal du
fiege de Menin,
Journal du fiege de Menin, ouvrage
confiderable , & fait pendant le
fiege de ceste Place par les principaux
Officiers de la Garnifon
*
170
172
Reflexionsfur le mefme Journal , 229
Etat des troupes qui compofoient la
Garnifon de Menin , avec la liſte
des morts des bleffez, 241
Le Roy va voir l'Eglife des Invalides
,
256
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
va,aufortir des Invalides , diner
chez Mr le Cardinalde Noailles.
Ce Prince fe rend enfuite en Sorbonne
, où il alifte à un Alte , &
TABLE.
vifite la Maison. Ilſe rend , aw
fortir de la Sorbonne , à fainte
Genevieve , où après avoir fait
fa priere , il voit ce qu'il y a de
plus curieux dans cette maison , 270
Suite des
nouvelles
d'Espagne , contenues
en
plufieurs Lettres , 279
Suite des affaires d'Italie. Cet Article
eft confiderable , contient
plufieurs chefs, qui ont da rapport
les uns aux autres , & dans lequel
fe trouve la fuite du Journal
de Turin , & la levée du même
fiege, 296
Attaque des Lignes de Turin , 323
Bataille gagnée par Mr le Comte de
Medavy, & avantages remportez
en confequence de cette bataille,
339
Addition à la Relation des Invalides
358
TABLE.
Articles des Enigmes ,
Second Article touchant l'attaque
des Lignes de Turin ,
Nouvelles de divers endroits.
355
360
368 Article important au Lecteur touchant
les Articles refervez pour
le mois prochain,
Apostille ,
375
376
Avis pourplacer lesfigures .
L'Air qui commence par ces
paroles ,Vouspartez,belle Ĉlymene,
doit regarder la page 169.
L'Air qui commence par ces
paroles , Amy , je te vois rixe , en
regardant Catin , doit regarder
la page 359.
THEQUE
CALANC
DEDIE' A MONSEIGNET
ZON
DELAFILLB
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE , 1706 .
LYON
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle du
Palais au Mercure galant,
PC
!!!
Omme il eft impoffible dans la con-
Cioncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confide
rablement les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente- huit fols , quantaux
volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VI .
Avec Privilege du Roy.
Sl :
AU LECTEUR
TLya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement dechaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent
dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'ily en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez , étant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient
corrects
. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
BLA
MERCVRE
GALANT
LYON
SEPTEMBRE 1706 .
OUS ne trouverez
point d'éloge du
Roy dans les pre-
* mieres lignes de cette lettre
felon l'ufage que j'ay fuivi depuis
trente ans ; mais vous en
trouverez dans la fin de l'extrair
A ïïj
6 MERCURE
du Sermon que vous allez lire.
Je dois vous dire , pour vous
expliquer de quel Sermon je
veux parler , que M's de l'Academie
Françoife celebrerent ,
felon leur coûtume , le 25. du
mois dernier , le jour de la feſte
de Saint Louis . On celebra d'abord
la Mcffe dans la Chapelle
du Louvre , pendant laquelle ,
felon l'ufage ordinaire , on entendit
un Motet , avec la Priere
pour le Roy , de la compofition
de M' du Bouffet , chanté par un
grand Choeur de muſique mêlée
d'inftrumens & de voix. Le
Panégyrique de Saint Louis fut
>
GALANT
7
prononcé enfuite par le Reverent
Pere de Saint Jacques, Chanoine
Regulier de Saint Auguftin
, Ordre de Saint Antoine
avec un applaudiffement general
. Le choix de M's de l'Academie
fait d'autant plus d'hon .
neur à ce digne Panégyrifte
que non feulement il eft fort
jeune , mais auffi le premier Regulier
fur qui l'on ait jetté les
yeux , & qui ait de plus cfté élû
tout d'une voix & fans ſcrutin ,
pour prêcher le jour de cette Solemnité.
Jedois ,à cette occafion ,
vous dire qu'il luy arriva l'année
derniere , en fait de Prédication ,
A iiij
8 MERCURE
une chofe qui a paru tenir du
prodige.
Le fameux Pere Seraphin
prêchant dans l'Eglife de Saint
Antoine , le jour de la Fefte de
Tous les Saints , eut une attaque
d'apoplexie , au commencement
de fon premier Point
qui l'obligea de defcendre de
Chaire , au grand regret de
l'Affemblée , qui s'attendoit à
un Sermon , & à un Sermon
d'un auffi habile Predicateur .
Cependant le R. P. Superieur
de la Maifon crût devoir propofer
au Pere de Saint Jacques
de fuppléer , s'il fe fentoit affez
de courage pour une pareille
A
་
GALANT 9
entrepriſe ; & celuy - cy ayant
répondu qu'oüy , il quitta fa
place , pour aller prendre celle
du Predicateur : & reprenant
fes deux mêmes propoſitions ,
il continua le difcours avec autant
d'éloquence , de juſteſſe ,
& de prefence d'efprit que s'il
s'y eftoit préparé. De maniere
que tout l'Auditoire fe crut
tout -à-fait dédommagé de la
perte
du Sermon du Pere Seraphin
, & il ne pût s'empêcher
de témoigner hautement fon
admiration.
Je reviens à l'Eloge que ce
Pere a prononcé le jour de Saint
10 MERCURE
Louis . Il prit pour Texte ces
paroles du Chapitre treiziéme
du fecond Livre d'Efdras . In
multis gentibus non erat Rex fimilis
ei. IL N'Y AVOIT POINT
DANS TOUTES LES NATIONS
AUCUN ROY QUI
PUST L'EGALER ; & dit .
Tous les ficles ont fait voirfur
le Trône quelques grands Rois ,
que les qualitez héroïques , où les
vertus chrestiennes ont diftinguez
des autres Souverains , que les
Hiftoiresfaintes ou prophanes nous
ont toûjourspropofez comme les modeles
des Princes les plus accomplis;
mais qu'il eft rare de trouver touGALANT
II
ges ces qualitez & toutes ces vertus
réunies en la perfonne d'un
Roy ! De voir en luy tout à lafois,
tout ce quifait les Herosfelon
le monde , & tout ce qui fait les
Saints felon l'Evangile ! C'eſt un
de ces prodiges que la nature qui s'épuife
,pour ainfidire , à les former,
ne nousfait voir qu'aprés plufieurs
fiécles , & un de ces miracles que la
grace,qui fe communiquepour l'ordinaire
avec mefure, comme dit S.
Paul,ne nous accorde que rarement;
foitque Dieu veüille punir les pechez
despeuples ,foit qu'ilfe plaife
à abaiffer l'orgueil des Souverains.
Ce fut pourtant , Mrs ,
ractere du Saint Roy , dont l'Eglile
Ca12
MERCURE
fe celebre en cejour la Fefte . Prince
, digne d'eftre comparé à tout ce
l'antiquité payenne a le plus
que
2
admiré dans les Alexandres &
dans les Céfars , & tout ce que
l'Hiftoire facrée a le plus loüé dans
lesFofués & les Davids. Prince ,
qui fçût unir en fa perfonne tout
ce qui peut attirer l'eftime &
l'admiration du monde politique ,
avec tout ce qui peut meriter l'amour
& la veneration du monde
chreftien. Joindre une grande puifance
à une grande moderation ;
une valeur heroïque, à une ſageſſe
confommée ; la gloire des victoires
des triomphes , à l'humiliation
GALANT
13
de la Croix , à une rare pieté.
Prince , enfin , dont le regne fut
celuy de la gloire & de la Religion
; dans lequel on vit briller
toutes les qualitez royales , &toutes
les vertus chreftiennes , qui fit
voir qu'on pouvoit eftre tout à la
fois un parfait Héros , &unparfait
Chrétien ; un grand Roy ,
un grand Saint. C'eft fur ces
deux caracteres de grandeur & de
Sainteté , que je vais formerfon
éloge. Saint Louis a poffedé toutes
les qualitez qu'on peut fouhaiter
dans un grandRoy: S. Louis a pra
tiqué toutes les vertus qui font les
grands Saints, Ses qualitez heroi14
MERCURE
ques , & fes vertus chrétiennes ,
feront le partage de cedifcours , &
lefujet de votre attention.
Mais, avant que de l'entreprendre
, l'honneur que j'ay de parler
pour la premiere fois devant une
illuftre Compagnie , compofée de
tout ce qu'ily a de plus grand
de plus auguftedans la République
des Lettres , demanderoit
, Mrs ,
que je fiffe tous mes efforts pour
joindre au Panegyrique de Saint
Louis , les louanges que merite vôtre
pieté envers ce grand Saint ;
je ne me difpenferois pas
devoirfi jufte ,fi je n'eftoisperfuadé
que l'éclat de cettefolemnité red'un
GALANT 15
rez
à
jaillit jufque fur vous ; & que
parmi les éloges que vous attice
faint Roy , chacun fe ſouvient
que c'eft de vous que nos
Orateurs empruntent ces traits
hardis , ces expreffions fublimes ,
cette éloquence parfaite qu'on voit
regner dans tous vos ouvrages.
L'onfait , Mrs , que l'Academie,
l'un des plus beaux ornemens de la
France , ayant efté établie pour embellir
noftre langue , s'eft dignement
acquitée de cette glorieuſe
obligation , & qu'en luy donnant
lélegance & laféconditédes Lan
gues Gréque & Latine , elle l'a
mife en eftat de devenir la Langue
16 MERCURE
univerfelle de l'Europe.
que
C'eft , Mrs , ce qui de manderoit
de grands éloges , fi vous
pouviezfouffrirqu'on en fift quelqu'autre
dans ce jourfolemnel
celuy du grand Saint dont vous
celebrez la memoire avec tant de
pieté ; & fi le défintereſſement de
vofire zele ne vous faifoit deja
regretter ce peu de paroles que je
viens de dérober , pour ainfi dire
àfa gloire : Fofe donc me flater,
que vous joindrez vos voeux aux
miens , pour m'obtenir du Ciel les
fecours dont j'ay befoin , & que
nous allons implorer par l'entremi
fe de Marie , &c.
د
GALANT 17
Il commença fon premier
Point par un beau portrait de
la grandeur & de la majeſté des
Rois ; & ajoûta que leurs obligations
répondoient à l'excellence
de leur dignité. Qu'un Roy doit
avoir un coeur courageux & intrépide
,pour attaquerfes ennemis ,
ou pour refifter à leurs infultes ;
un coeur bon genereux,pour user
avec moderation de fes victoires ;
un coeur tendre & équitable , pour
rendre juſtice à fes peuples. Voilà
les qualitez fouveraines qui font
les Heros felon le monde ,
leur , la clemence , & la justice;
voilà les qualitez que Saint
Septembre 1706.
la
B
va18
MERCURE
Louis a poffedées , & qui luy ac
quirent le titre de Grand Roy ,
l'eftime & la veneration de tous
les Peuples .
C'est ce qu'il prouva dans fa
premiere Partie , avec beaucoup
de jufteffe & d'éloquence .
Il fe foûtint également par
tout ; & fur la fin il releva particulierement
l'amour que Saint
Louis eut pour la juftice , qui
fit fouvent facrifier aux befoins
de fes Sujets , fon loifir
fon repos , & fes divertiffemens .
Combien de fois , dit-il , le vit-on
interrompre fes promenades , & les
plaifirs innocens de la Chaffe
GALANT
19
pour entrer dans la cauſe de laVeuve
, & pourécouter les plaintes de
l'Orphelin ? Vous enfûtes témoin ,
Arbrefameux , par l'honneur que
vous eûtes de luy fervir de lit de
Fuftice , lors qu'affis à l'ombre de
vos feuillages , & dépouillé , pour
ainfi dire , defa majefté , il faifoit
les mêmes fonctions que cet Ange
envoyé du Ciel fur la terre pour
la conduite d'Ifraël , qui s'afficfous
un Chefne , comme il eft dit
dans le Livre des Juges , pour
inftruire ce peuple ; paroiffantfous
lafigure d'un homme , & dans cette
fituationfamiliere,pour ne pas intimider
ceux àqui il vouloirparler.
Bij
20 MERCURE
Il entra dans fa feconde Partie
, en difant , que tous ces pompeux
& magnifiques dehors qu'il
venoit d'étaler , ne donneroient
Saint Louis qu'une gloire purementmondaine
, s'ils n'eftoientfoutenus
par une pieté , qui l'a rendu
encore plus recommandable devant
Dieu ›, qquuee la valeur , la
clemence , la justice ne l'avoient
fait admirer des hommes.
Tous ces auguftes titres de grand
Roy , de Conquerant , d'Arbitre
fouverain de l'Univers , qu'il a
meritez parfes vertus heroïques ,
fontpaffez mais le titre de Saint
de Serviteur de Dieu , qu'il
:
GALANT 21
s'eft acquisparfes vertus chrêtiennes
, le fuivra jufqu'à la fin des
fiecles , & lefera vivre dans une
gloire immortelle pendant l'Eternité.
Il ajoûta , que ce n'eftoit pas
tant la grandeur qui faifoit la
gloire des Rois , que grande &
fuprême pieté que cette gloire
n'avoit qu'un faux éclat , fi les
vertus chrétiennes n'en faifoient
l'ornement
; & que tout cet appareil
de majefté , qui environne les
Princes de la terre , n'avoit rien
defolide , s'ils n'eftoient auffifaints
:
que
Dieu les aux yeux de Dieu ,
avoit fait grands aux yeux des
hommes. Que c'eftoit là le fage
22 MERCURE
confeil , que David , qui avoit
appris par une longue experience ,
que lapieté eftoit la gloire & l'affermiffement
des Trônes , avoit
・donné à Salomon , lorfque fur la
fin de fes jours , il luy dit : Mon
Fils , craignez le Seigneur , marchez
dans fes voyes , gardez fes
divins préceptes , afin de réuſſir
dans toutes vos entreprises , & de
rendre voftre nom celebre dans tout
l'Univers. Il appliqua ces fentimens
à Saint Louis , en difant
que ce Prince religieux , éclairédes
vives lumieres de la Foy , avoit
crú que pour regner glorieusement
fur le premier Trône du monde
GALANT 23.
chreftien , il devoit faire regner
Dieu fur luy- même , fur fes peuples
, & fur toutes les nations de
la terre , travaillant par lapratique
des vertus chrétiennes à fon
falut particulier , à la fanctification
de fes Sujets , & à la converfion
des Infideles.
Le détail qu'il en fit , fut accompagné
d'un grand nom
bre d'applications fort juftes
de l'Ecriture , & de belles reflexions
morales ; & touchant
d'un air pathetique , les difgraces
du premier voyage de la
Terre-Sainte , il juſtifia la conduite
du Seigneur à l'égard de
24 MERCURE
la captivité de ce faint Roy ,
difant. Arreftez icy vos jugemens
vos penfees , Chreftiens qui
m'écoutez, & admirez la conduite
impenetrable de Dieu , à qui la
gloire d'un feul eft fi précieuse ,
qu'il abandonne la fienne propre
pour le donner en spectacle & en
admiration à toute la terre. Une
troifiéme victoire euſt rendu tout
l'Orient tributaire de l'augufte
-Deffenfeur de la Religion ; une
victoire euft rétabli les Temples ,
relevé les Autels , renversé les
Idoles , rallumé le feu des Sacrifices
, arboré par tout la Croix de
Fefus - Chrift : mais cette victoire
n'eust
GALANT 25
n'euft pas fait connoiftre à tout
l'Univers que Dien avoit fur le
Trône un Ami fidele , un Serviteur
défintereffé, égalementpieux ,
comme Job , dans l'une & dans
l'autre fortune.
Il releva enfuite la pieté , la
conftance , & la religion de
Saint Louis ; & finit, en difant .
Ne dérobons rien à fa gloire . Ce
qui le toucha uniquement dans fa
difgrace , ce fut de ne pouvoir
eftre malheureux fans que Dieu
en fouffrit dans l'établiſſement de
fon culte ; ilfefuft eftimé heureux ,
ften luyfacrifiant fa liberté & fa
vie, il euft pú établir fa Religion
Septembre 1706. C
26 MERCURE
parmy les Infideles. Mais mourir¸
comme Moife , fans avoir le bonheur
d'introduire
le peuple de Dieu
dans la terre promife ; mourir dans
un climat barbare , où le nom de
Jefus- Chrift n'eftoit pas invoqué ;
mourir , & laiffer l'Arche du Seigneur
entre les mains des Philiftins
: Voilà quelfut le feul regret
de ce Prince religieux , que la ter
re ne sçauroit affez dignement
loüer
,
& que
le Ciel n'a pas du
laiffer fans recompenfe. Ouy
grand Saint , il eftoit juste que
Dieu mift la fainteté de fon nom
à couvert
du blafphême
parmy
des Nations accoûtumées
à ne juGALANT
27
ger des chofes que par l'événement.
Il eftoit jufte que puniffant l'iniquité
des Peres jufques à la troifiéme
& quatrième générations,
il couronnât auffi vos vertus dans
la perfonne de vos defcendans. Et
comme dans la felicité dont vous
joüiffez dans le Ciel , vous prenez
intereft à ce qui fe paffe fur
la terre , combien devez- vous eftre
fenfible à la gloire de voſtre augufte
Petit- Fils , qui n'eſt pas
moins l'heritier de vos vertus , que
de voftre Couronne ; qui n'a pas
moins reçu de Dieu fur les autres
Rois de la terre , une fuperiorité
de merite , qu'une fuperiorité de
Cij
28: MERCURE
puiſſance; & qui, aprés avoir élevé
la France au plus haut point de la
gloire , 'a fait auffi triompher la
Religion de Jefus- Chrift dans l'un
rs
dans l'autre monde ? Et adreffant
la parole à M¹³ de l'Academie
, il ajoûta. Je fens , Mrs,
que j'entre dans vos fentimens, en
rendant cette juftice à LOUIS
LE GRAND , l'exterminateur
de l'herefie , & le reftaurateur de
la Foy ; à la pieté duquel la Religion
ne doit pas moins un tribut ,
que l'éloquence humaine en doit àfå
gloire.Je n'entreprens pas defaire.
icy fon éloges c'est à vous , Mrs
qui eftes les reformateurs de lapas
GALANT 29
role ,, & qui poffedez toutes les
graces du difcours , à publier les
merveilles de ce Grand Prince
qui vous honore de fon augufte
protection. Je me contente de chanter
, dans le Temple du Dieu vivant
, des divins Cantiques à la
loüange de cet Oint du Seigneur ;
d'unir mes voeux aux vôtres
pour demander à Dieu la confervation
de fa perfonne facrée , la
profperité de ses armes , & une
Paix durable fur la terre , quifoit
la digne récompenfe de fesglorieux
travaux , en attendant les Cou-
Dieu luy prépare dans ronnes que
Le Ciel par une gloire immortelle ,
C iij
30 MERCURE
& queje vousfouhaite ,&c.
cele
M' de l'AcademieRoyale des
Sciences , & de celles desMedailles
&des Inſcriptions , firent
brer pareillement le même jour
une Meffè , qui fut dite par M
l'Abbé de Tilladet , l'un des
Penfionnaires de l'Academie
des Infcriptions , dans l'Eglife
des Preftres de l'Oratoire de la
ruë Saint Honoré , enfuite de
celle de l'Academie Françoife .
On chanta pendant cette derniere
Meffe l'Exaudiat en Mufique
, de la compofition de M*
du Bouffet. Le Panégyrique de
GALANT
31
Saint Louis y fut prononcé par
le Fere de la Ferté Jefuite. Ce
Difcours reçut de grands applaudiffemens
; il eftoit rempli
de morale. Sa divifion même
eftoit tirée de deux penfées tresmorales
: fçauoir,la vertu éprouvéepar
la grandeur ; & la vertu
purifiée par l'adverfité. Il commença
la premiere Partie , en
faifant voir , que la naiffance
d'un homme qui naift dans la
grandeur , eft le premier pas
qui le conduit à fa perte . Cette
Partie fut fubdivifée par trois
reflexions , qui firent voir que
les richeffes font la matiere des
Ciiij
32 MERCURE
vices , l'occafion des vices , & l'impunité
des vices. Le détail , ou
le Pere de la Ferté entra pour
rendre fenfibles ces trois refle
xions , fut tres beau & trestouchant
. Il fit voir à diverſes
fois les dangers où expofent les
richeffes , la féduction qui accompagne
la grandeur , & laforte
tentation à laquelle eft fouvent
expofé un Grand que tous,
les objets qui l'environnent flattent
& tâchent à corrompre à
l'envy ; & il fit voir que c'eftoit
dans ces dangers évitez , & dans
le bonheur qu'un Grand a de
fuir ces écueils, que confifte le
a
GALANY
33
vrayHeroïfme.Il commença fa
feconde Partie , par cette belle
penfée d'unPhilofophedu Paganifme
, que l'on reconnut auffitoft
que cet Orateur avoit tiré
de Seneque , que c'eſt un ſpectacle
digne d'un Dieu , de voir un
coeur genereux aux prifes avec la
Fortune. En effet , il fit connoî
tre que l'Heroilme de la vertu
de Saint Louis confiftoit dans fa
tranquillité , dans fon indifference
, & dans cette précieuſe
paix , qui ne fut jamais alterée
dans les plus grands revers &
les plus humiliantes difgraces.
La conftance de ce Saint Roy à
34 MERCURE
refufer de faire un ferment que
les Barbares vouloient extorquer
de luy , & que tous fes
Courtifans , & même le Legat
du Pape l'exhortoient à faire
pour rompre les liens , donna
un beau champ à l'Orateur.
Les paroles de Saint Louis au
lit de la mort , fauvez mon Peuple
, fanctifiez - le , fervirent de
fujer au Pere de la Ferté , pour
faire un compliment à M™³ de
l'Academie ; il leur fit voir, qu'il
leur ferviroit de peu d'avoir fait
de riches découvertes dans la
nature , & d'en avoir penetré
tous les fecrets , s'ils ne peners
GALANT 35
troient les routes du Ciel , &
s'ils ne fe fanctifioient. Cet endroit
, où il fit une Priere pour
le Roy , au lieu de faire fon
éloge, fut tres-recherché. Cette
Priere qu'il adreffa àDieu pour
la confervation de la perfonne
du plus grand Monarque de la
terre , pour la profperité de fes
armes , & pour la juftice de fa
caufe , finit cet éloquent difcours
; mais encore plus chrê
tien qu'éloquent.
Ce qui fuit regardant encore
la Fefte de Saint Louis , doit
tenir icy fa place.
36 MERCURE
MANDE MENT
de Monfeigneur l'Evêque
de Senlis , pour faire chommer
la Fête de S. Louis .
Jean- François de Chamillart ,
par la grace de Dieu Evêque de
Senlis , Confeiller du Roy en tous
Les Confeils , premier Aumônier
de Madame la Ducheffe de Bourgogne
: A tous Doyens , Cha
pitres , Abbez , Prieurs , Curez,
Vicaires , Superieurs , & Superieures
des Eglifes & Communauteż
, foy difant exemptes
non exemptes ; & à tous les Fi
GALANT 37
déles de nôtre Dioceſe : Salut &
Benediction
L'Eglife qui a confacré certains
jours , particulierement deftinez
à honorer les principaux
myfteres de la Religion , en a
marqué d'autres pour celebrer le
triomphe des Martyrs qui ont été
les plus glorieux témoins de la
Foy , ou des hommes illuftres
qui l'ont édifiée par la fainteté
de leur vie. Outre les Fêtes
univerfellement receues , chaque
Royaume & chaque Diocefe en
a qui luy font particulieres , &
dont le nombre & la folemnité
font augmentez ou diminuez par
28 MERCURE
les Evêques , qui ayant également
receu le dépôt de la Foy ,
la puiffance de gouverner
l'Eglife , ont égard aux conjonctures
au befoin des peuples
pour regler les chofes de la
maniere qu'ils croient plus convenable
au bien de leurs troupeaux.
C'est dans cet Eſprit que nos
Prédeceffeurs ont autrefois fupprimé
dans ce Dioceſe plufieurs
fêtes , dont le grand nombre fervoit
plutoft à entretenir le libertinage
& l'oifiveté qu'à honorer
Dieu ; mais comme nous voyons
avec douleur
que l'iniquité s'eft
#GALANT 39
Nous
accrue par le refroidiffement de
la charité des Fidéles , & que
nous avons befoin de trouver
auprés de Dieu de puiffans interceffeurs
qui obtiennent de fa mifericorde
, ce que nous n'ofons
nous promettre d'obtenirpar 1
mêmes : Nous avons crû de
voir Nous adreffer à S. Louis
perfuadez qu'il s'intereffe an
bien du Royaume qu'il a fi fain
tement gouverné, & qu'il of
frira nos veux à Dieu pour attirer
les plus précieufes benedictions
du Ciel fur le Roy , qui
heritier de ſes vertus , auſſi-bien
que de fa Couronne , met toute
索
40 MERCURE
fa gloire à faire regner Jesus-
Chrift dans fes Etats , par fon
attachement inviolable àfa Religion
& à la faine Doctrine de
L'Eglife , & par fon attention
continuelle à prévenir ou à reprimer
tout ce qui pourroit en
alterer la pureté. C'est ce qui
Nous a déterminé à faire celebrer
avec plus de folemnité la
Fête de Saint Louis , afin qu'en
même temps que nous honorons
Dieu , qui s'eft fervide luy pour
la gloire de fon nom , & pour le
bonheur de fon peuple ; nous avons
un jour particulierement destiné à
recommander à Dieu la Perfonne
GALANT 41
facrée du Roy , les befoins
de tout le Royaume. A CES
CAUSES , aprés en avoir conferé
avec nos venerables Freres
les Doyen , Chanoines & Chapitre
de notre Eglife Cathedrale ,
avons ordonné & ordonnons,qu'à
l'avenir la Fête de Saint Louis
fera chommée dans toute l'étendue
de notre Diocese , & que
l'Office s'en fera double dans tou
tes les Eglifes & Communau
tez Regulieres , foy difant exemptes
& non exemptes ; & que
nôtre prefent Mandement fera
lû au Prône des Meffes Paroif
fiales , publié affiché en la ma
Septembre 1706. D
42 MERCURE
niere accoûtumée . Donné à Senlis
dans nôtre Palais Epifcopal
le onze Aouft , mille fept-censfix.
Signé † Jean - François Evêque
de Senlis , & plus bas , par Monfeigneur,
GERMAIN.
+
Le même Prelat fit publier
un Mandement pour la convocation
du Synode du Diocefe
de Senlis , pour le Mardy
13° du mois dernier. Cette
piece eft tres - belle ; ce fçavant
Prelat y fait voir les devoirs.
du miniſtere où il a plû à la
divine Providence de l'appellef
, qui l'engagent à veiller
GALANT 43
fans ceffe au falut des ames
qui font confiées à fes foins :
il a crû ne pouvoir employer
des moyens plus propres à
leur procurer tout le bien qui
peut dépendre de luy , que
ceux qui fe trouvent établis
par les faints Canons , qui ordonnent
dans chaque Diocefe
la convocation d'un Synode.
Les autres termes dont ce
Mandement eft remply , font
également forts & pleins du
zele qui anime ce Prelat.
Les articles que vous allez
fire , regardant deux des Academies
dont je viens de vous
Dij
44 MERCURE
parler , je croy ne devoir pasdifferer
à vous les envoyer .
M' du Hamel de Saint Lambert
, ancien Secretaire de l'Academie
Royale des Sciences ,
& ancien Profeffeur de Philofophie
au College_Royal
eftant decedé , ainfi que je
vous l'ay appris dans ma Lettre
précedente ; parmy les.
trois fujets que l'Academie a
nommez pour remplir la pla
ce d'Anatomiſte , le Roy a .
choifi M Littre , Docteur en
Medecine de la Faculté de Paris
, & Medecin du Châtelet ..
Ce n'eft pas le feul changeGALANT
45
ment qui s'eft fait dans cette
Academie. Le Roy ayant de
claré Mr Dalefme Veteran ,
SaMajefté a nommé pour remplir
fa place de Mechanicien
penfionnaire , Mr Carré , qui
eftoit Affocié Geometre , &
que Mr Varignon , fi connu
les Mathematiciens &
parmy
les Philoſophes , avoit choifi
pour Eleve dans l'ancienne Academie.
Ces deux Sçavans
font tres - dignes des places
qu'ils rempliffent. Mr Littre ,
outre fon profond fçavoir en
Medecine , eft tres- habile &
tres - celebre Anatomifte .
46 MERCURE
Quant à Mr Carré , il eft connu
des Sçavans par l'ouvrage
qu'il a donné fur le Calcul
Integral , & par pluſieurs autres-
découvertes . Il ne s'eft pas
feulement appliqué aux Mathematiques
& aux Mechaniques
; mais il a fur tout cultivéla
Philofophic , & fçait , par
des talens rares , la rendre fr
fenfible & fi agreable , qu'un
grand nombre de Dames de
la premiere qualité fe font un
plaifir de l'apprendre de luy.
Il a entrepris , par l'ordre de
Mr l'Abbé Bignon, de décrire
tous les Inftrumens de MufiGALANT
47
que , qui font en ufage en
France. On fçait que l'Academie
des Sciences a entrepris
de faire la defcription de tous
les Arts , afin de les conferver
à la pofterité , & de contribuer
à leur perfection . C'eſt
une entreprife digne de l'Academie
, & du grand Roy qui
la
protege
.
J'aurois beaucoup de chofes
à vous dire de Mr l'Ab
bé Bignon , dont le travail
& les foins font que cette Academic
eft auffi floriffante qu'on
la voit aujourd'huy.
M❜ de Boze , Secretaire per
48 MERCURE
petuel de l'Academie des Inf
criptions , a eu l'agrément du
Roy pour la Charge d'Intendant
des Devifes & Infcriptions
des Edifices Royaux , qu'il a
achetée de M' l'Abbé Tallemant
, & qui a efté créée par
François I. & toûjours poffedée
par des perfonnes de merite &
de diftinction .
La place de M' Danchet , qui
eftoit Eleve de l'Academie , a
efté donnée à M² l'Abbé le
Roy ,qui s'eft acquis beaucoup
de reputation , par la traduction
qu'il a donnée au Public de la
Differtation du P. Mabillon ,fur
le
GALANT 49
culte des Saints inconnus . Cet
Abbé eft frere de M " le Roy ,
celebres Avocats du Parlement;
& de M' le Roy d'Arfilly ,
Commiffaire des Guerres.
Il paroift depuis peu un livre
intitulé : Traité des Feux
d'artificespour les Spectacles, dédié
à Son Alteffe Sereniffime Monfeigneur
le Prince de Dombes ,
par Mr Frezier. Cet Auteur
commence fon Traité
par une
Préface Hiftorique & Critique,
où aprés avoir recherché dans
l'antiquité , ce qui luy a paru
avoir le plus de rapport avec
la matiere qu'il traite , il fait
Septembre 1706 .
E
50 MERCURE
voir d'où nous eft venu la coû
tume de faire des Feux de joye
& des Illuminations dans les
temps de réjoüiffances. Enſuite
il rapporte les Auteurs qui en
ont traité avant luy ; il fait une
critique de leurs ouvrages fort
fage & fort modefte ; & il confeffe
qu'il en a tiré ce qu'ils
ont écrit de meilleur , particulierement
d'un Polonois qu'il
cftime beaucoup. Il finit fa
Préface par la divifion de fon
Ouvrage , où l'on trouve beaucoup
d'ordre. Il eft divifé en
trois parties. Dans la premiere,
il enfeigne comment il faut
GALANT
51
préparer les matieres qui entrent
dans la
compofition des
Feux
d'artifices ; il
commence
par le falpêtre qui eft l'ame de
ces feux. Il en fait en abregé
l'hiftoire ; aprés quoy il donne
la
maniere de le tirer des matieres
qui le
contiennent , de le
purifier , & d'en connoiſtre la
bonté. Il en fait autant à l'égard
du fouffre ; & aprés avoir
parlé de quel bois il faut fe
fervir pour faire le charbon ,
vient à l'ufage que l'on fait
de ces trois matieres fondamentales
pour la
compofition
de la poudre à canon , dont il
Eij
52 MERCURE
explique l'effet d'une manière
fort fenfible , par rapport aux
ingrediens qui la compofent,
& ne laiffe rien à fouhaiter
pour tout ce qui regarde la maniere
de l'éprouver & de la raccommoder
. De-là il vient aux
feux de fenteurs & aux méches;
où il finit fa premiere parpar
tie .
Dans la feconde , il donne
la méthode de compoſer toutes
fortes d'artifices en particulier.
Il commence par les fu
fécs volantes , dont il traite à
fond ; il fait connoiftre les proportions
les plus convenables
GALANT
53
que
les
moules doivent avoir,
fuivant les
experiences qu'il en
a fait , & il refute une raifon
contraire à fon
fentiment ,
donnée par le Pere Dechalles
, avec autant de jufteffe
que de modeftie : ce qui n'eſt
pas
ordinaire aux jeunes gens.
Il parle enfuite des
compofi-
3
tions de tous les meilleurs Auteurs
, avant que d'en donner
de nouvelles pour faire les fu
fées volantes fans poudre ; ce
qui épargne au moins le tiers
de la dépenfe. Après avoir
parlé des fufées fimples , il
vient aux fufées volantes fro
M iij
54 MERCURI
7
gurées , & il donne une nou
velle maniere d'en faire en
Cometes . Il parle enfuite de
toutes fortes de garnitures ,
étoiles , balles luifantes , pluye
de feu , ferpenteaux
,
fauciffons,
caracteres de feu , & c. Ce
qui le conduit aux caiffons , aux
pots
à feux , aux trompes , aux
balons & aux mortiers à jetter
les balons ; furquoy il donne
une maniere aifée de faire à
de frais des mortiers pour
peu
cet ufage. Il finit par là fa premiere
fection des feux qui ont
leur effet en l'air , pour venir à
ceux qui fe confument fur la
GALANT
55
terre , tels que font les jets, les
gerbes , les pyramides de feu ,
les foleils brillans , les giran
doles , les fufées courantes ,
les globes de feu , quelques
artifices pour les combats de
nuit , & les illuminations , où
il comprend les lanternes , les
lamperons , les fanaux , les
lances à feu , les torches , &c.
Enfin l'on voit dans fa troifiéme
fection, ces artifices furprenans
qui brûlent dans l'eau,
La troifiéme partie eft une
idée de la conduite des feux
d'artifices. On voit dans le
premier Chapitre , l'origine
E iiij
56 MARCURE
des decorations , & le choix
que l'on en doit faire pour les
feux d'artifices . On lit dans
le fecond , les differens fujets
qui donnent occafion aux réjoüiffances
, & on y trouve
une idée d'un feu d'artifice
pour chacun de ces fujets ;
des feux de la Saint Jean ; des
feux pour la Paix , pour une
Fête, pour un Couronnement,
pour une Naiffance, pour des
Mariages , & enfin pour les
Feltins. De la theorie il vient
à la pratique de la ſtructure
des theâtres & des decorations
, de l'arrangement des
GALANT 57
-
artifices fur les theâtres , & de
l'ordre qu'il faut garder pour
faire jouer un feu d'artifices .
On voit , par le détail que je
viens de faire de ce petit ouvrage,
qui n'eft qu'un petit indouze
, qu'il eft tres-curieux ,
& tres propre à faire paſſer
d'agreables momens aux perfonnes
qui voudront fe donner
la peine de faire mettre en
ceuvre les fecrets que l'on y
trouve ; puifqu'on ne fçauroit
difconvenir que les feux
d'artifices ne foient un des
plus beaux Spectacles qu'on
ait inventez jufqu'icy.
58 MERCURE
Ce Livre fe vend chez le
fieur Jollet , demeurant au
bout du Pont Saint Michel ,
vis-à- vis la ruë de l'Hirondelle
, au Livre Royal .
Ce qui fuit eft de Mr de
Leftra , Medecin de Bourbonne
en Bugcy , prés du Rhône
& du Louffon.
REPONSE
A un Probleme, propofé dans
un des Mercures precedens,
fur les Corpufcules lumineux.
Ce 1. Aouſt.
GALANT 59
MONSIEUR ,
Votre Lettre, où vous avez in-
Seré celle qui vous a efté écrite de
Languedoc , aufujet d'un Phenomene
extraordinaire , ne m'étant
tombée entre les mains que depuis
quelques jours , je n'ay pú vous
faire part pluftoftde mes reflexions
Sur ce Phenomene. Je m'y crois
d'autant plus obligé , à prefent
que je fuis caution d'un miracle
de la nature , qui vous a paru
fi furprenant. J'en ay d'auffi
bons témoignages que ceux que
vous avez de lafamille de Mont60
MERCURE
pellier dont vous parlez : outre
que plufieurs animaux , ainſi que
les chats , ont cela de commun avec
nous ; car fi on leur paffe la main
fur le dos , fur tout à contre -poil ,
dans l'obfcurité de la nuit & pendant
un grand froid , il en fort
une infinité d'étincelles lumineufes
, mefme avec un petillement
femblable à celuy d'une poudre
bien fine de falpeltre , qu'on jetteroitfur
le feu . Il m'est arrivé la
mefme chofe jufqu'à l'âge de 25
ans , lorfque dans l'Hyver m'étant
défabillé, aprés avoir éteint ma
chandelle, je voyois fur mes jambes
, comme une traînée de poudre
GALANT 61
feu , lorfque je tirois mes bas "
avec un petillement pareil à celuy
que j'ay déja marqué. A l'égard
des autres habits , cela m'est arrivé
quelquefois , mais rarement.
J'avois cru ce Phenomene commun
à tous les animaux , juſqu'à
ce qu'un jour eſtant chez un de
mes amis , avec d'autres perfonnes
, un enfant careffant un chat ,
il en fortit des corpufcules lumineux
, dont ils me demanderent la
raifon ; & leur ayant dit qu'il en
eftoit de mefme des hommes à
portion, je lesfis rire. Et moy plus
Surpris de me voirfingularife par
je les fis paffer dans la nature
pro62
MERCURE
une chambre fans clarté , &je
leurprouvay ce quej'avois avancé
en tirant mes bas . Mais , Mr , il
eft temps d'endonnerla raison ,fans
préjudicier à celles qu'on pourroit
vous donner d'ailleurs & qui
vous fatisferoient plus. Il faut
fuppofer, fuivant le Syfteme des
Phofphores , qu'ils ne font lumineux
que parce que les fouffres
eftantfort exaltez, la matiereſubtile
s'en échappe , & pouffe les
globules du fecond element , jufqu'à
nos yeux : c'est en quoy confifte
la lumiere.
Il faut donc un certain degré
d'exaltation des ſouffres, parce que
GALANT 69
s'il n'y en avoit pas affez , la
matiere fubtile ne fortiroit pas en
affez grande quantité pour donner
le mouvement neceffaire ; il
faut auffi qu'il ne le foit pas trop
parce que la matiere fubtile s'échappant
avec trop defacilité, elle
ne feroit aucun effet, & par con-
Lequent elle ne
ne donneroit
pas auffi
le mouvement fuffifant pour caufer
la lumiere.
Cela fuppofé, il est évident qu'il
y a des Phofphores , qui ont befoin
de chaleur pour eftre lumineux
tels font la plupart des
Artificiels , les vers lumineux
qui ne luiſent que les nuits d'Eté :
64 MERCURE
d'A
tels eftoient auffi les yeux
lexandre dans le combat ; parce
que les fouffres qui fortent de ces
corps , ont befoin de chaleur pour
eftre exaltez.
Mais fi ces fouffres font trop
exaltez , il faudra du froid pour
les ramener au degré neceffaire
pour devenir lumineux . C'est ce
qui arrive aux parties fulphureufes
qui fortent des animaux ,
avec la matierefubtile , lefquels
eftant condensez enfemble , par
le froid, s'attachent aux poils , ou
font un corps
dont
à la laine ,
la matiere fubfifte & s'échappe ,
au moindre mouvement
qu'on luy
GALANT 65
donne. Vous voyez donc , Mr,
que comme il fort continuellement
de l'homme des animaux , des
fouffres & des efprits ; fi le grand.
froid les fige enfemble , autour
du poil ou de la laine des bas , à un
certain degréd'exaltationpourfaire
le Phosphore , & qu'en tirant le bas
on comprime le corpsfulphureux ,
la matierefubtile, qui n'y est arrêtée
que par le froid, s'en échapera , &
pouffera les globules du fecondélement
jufqu'à la retine de nos
peux ; en quoy confifte la lumiere.
Puifque les myfleres de la nature
ont place dans vos écrits,Mr.
en voicy un que doivent expliquer
Septembre 1706. F
(
66 MERCURE
les curieux Phyficiens , & où il
n'y a pas moins de dépense d'efprit
faire , que dans la pointe d'un
fubtil Epigramme ; c'eft defçavoir ,
l'on ap pourquoy la fleur que
pelle , Belle de nuit , s'ouvre la
nuit , & fe ferme à la venuë du
Soleil , au lieu que les autres
font tout le contraire. Je fuis,
Mr , &c.
Je vous envoye une Lettre
de M' l'Abbé de la Tournelle,
fur la réponſe du Frere François
Chartreux, à un Probléme
propofé dans une de mes Let
tres.
GALANT 67
A Roanne , ce is Aouſt.
Ce
que
:
le Frere
François , on
le Jardinier
Solitaire , a répon
du, Monfieur
, Sur le Probleme
Phyfique
Pourquoy
les boutons
des arbres , qui refiftent
à la plus forte gelée
pendant
l'hiver , ne peuvent
refifter à
un froid affez mediocre
au
printemps
, eft fort curieux
;
mais il eft dangereux que fon raifonnement
ne tombe , parce que
l'experience
prouve
que le Probleme
eft faux. En effet , j'ay
fouvent
vú , dans diverfes
Pro-*
Fij
68 MERCURE
bien
vinces de ce Royaume , que
avant dans le mois d'Avril , il
venoit d'affez fortes gelées , lefquelles
, quoique les boutons fuffent
fort gros , ne leur faifoient
pourtant aucun mal , quoiqu'ils
fuffent prefque tout entourez de
glace ; au contraire il vient de
petites gelées qui ne font qu'un
peu blanchir le bouton , & qui
cependant le font tomber ég fécher.
Ce n'est donc pas la gelée
ou le froid qui caufe le defor
dre dont on a parlé ; mais plûtoft
le chaud. Car il n'arrive
point que la gelée faffe de mal
aux arbres, ou aux vignes qui
GALANT 69
les
font encore plus tendres que
arbres , à moins que le Soleil ne
répande des rayons trop chauds
fur les boutons gelés. De forte
que quand il fait affez froid
pour que l'eau qui fe trouve autour
du bouton fe gele la nuit,
fi le lendemain le Soleil eft caché
par des nuages ou des brouillards,
& qu'infenfiblement laglacefonde
, elle ne fera aucun mal ;
file Soleil envoye des rayons trop
forts fur les boutons gelez , quelque
legere que foit la gelée , les
boutons font perdus.
Pour prouver ce que je dis
il n'y a qu'à remarquer qu'on
70 MERCURE
voit tous les jours qu'une même
gelée emporte tous les boutons d'une
vigne exposée à l'Orient , &
dans la même enceinte de la
vigne , lapartie expofée au Midy
ou au couchant n'a point de mal ;
l'air s'échaufant peu à
que
parce que
pen , a degelé infenfiblement
les
boutons expofez au couchant ou
au midy , avant que le Soleil
vienne les frapper : au lieu que
les premiers font exposez avec
toute leur gelée aux rayons vifs
du Soleil. La question est donc
de fçavoir pourquoy le Soleilfait
tant de mal lorfqu'il envoye fes
rayons vifs furdes boutons gelez.
GALANT 71
Voilà , Mr ane experience
dont conviendront tous les Vignerons
de France, fe fuis , Mr
&c.
Dame N... de Rambures ,
époufe de M' N... Comte
de Polignac Marechal des
Camps & Armées du Roy ,
eft morte dans les Terres de
fon mary en Auvergne , dans
un âge fort peu avancé . Cette
Dame eftoit diftinguée par fa
naiffance , par fon merite , &
par fa beauté. Elle eftoit fille
de feu Mr Charles , Marquis de
Rambures , S de Courtenay,
72 MERCURE
& de Dame Marie de Bautru ,
fille de Mre Nicolas , Comte
de Nogent , Capitaine des
Gardes de la Porte de la Maifon
du Roy , mort à Calais
en 1671. M° de Polignac avoit
eu pourfrere,Louis- Alexandre,
Marquis de Rambures , Meftre
de Camp du Regiment de ce
nom , tué en Alface en 1677.
& elle eftoit foeur de M° la
Ducheffe de Caderouffe. La
maifon de Rambures eft une
des meilleures maifons de Picardie.
Jean I. Sire de Rambures
, Gouverneur de Guife ,
laiffa d'Adelaide fa femme ,
Hugues ,
GALANT
73
Hugues , Sire de Rambures ,
marié à Jeanne Dame de Drucal
, d'où vint Jean fecond
du nom , Sire de Rambures,
Gouverneur d'Arras en 1360.
Celuy- ci eut André I. du nom ,
Sire de Rambures , Chevalier
Confeiller & Chambellan du
Roy , Gouverneur de Gravelines
, qui mourut au Siege du
Château de Merch prés de Calais
en 1405. Il avoit épousé
Jeanne de Berni , dont il eut
David , Sire de Rambures
Grand Maiftre des Arbalètiers
de France & Maiftre des Eaux
& Forefts de Picardie , qui fut
き
Septembre 1706 .
G
1
74 MERCURE
dans une grande confideration
fousles regnes de Jean , Charles
V. & Charles VI. & qui donna
fouvent des preuves de fon
courage & de fon experience ,
à la guerre & dans les affaires.
Il eut la charge de Grand-Maî.
tre des Arbalètiers de France
aprés Jean Sire d'Angeſt , & il
fut tué à la funefte bataille d'Azincourt,
avec trois de fes fils.
Il avoit époufé Catherine
d'Auxi , grande-tante de Mrs
d'Hanvoille, dont il eut André
II. & Jean Hugues & Philippe,
tuez avec leur pere à la Bataille
d'Azincourt.André
II.du nom ,
GALANT 75
Sire de Rambures , Maistre des
Eaux & Foreftsde Picardie, fervit
avec beaucoup de courage
& de fidelité le Roy Charles
VII. depuis 1420. juſqu'en
3445. qu'il fe trouva avec fon
fils au fiege de Ponteau - de - mer.
Il laiffa de Peronne de Crequi,
fille de Jean IV . du nom , Sire
de Crequi , Jacques , Sire de
Rambures , qui fut fait Chevalier
au même Siege de Ponteaude
mer , & qui fervit le Roy
Louis XI. en la guerre du bien
public en 1465. Il épousa Marie
de Bergues , dont il eut An
dré III . Chambellan du Roy,
Gij
76 MERCURE
Sénéchal & Gouverneur de
Ponthieu , qui laiffa de Loüiſe
d'Hallüin , fille de Louis S
de Piennes, Gouverneur de Picardie,
Jean III . qui laiſſa d'Anne
de la Mark ,des enfans morts
en bas âge ; & de Françoiſe
d'Anjou, Jean IV . qui de Clau
de de Vendofme , Dame deLigny,
laiffaCharles , Sire de Rambures,
Maréchal de Camp.
Chevalier des Ordres du Roy ,
& Gouverneur de Dourlens ;
qui de Marie de Montluc , fille
de Blaife de Montluc, Maréchal
de Balagni, ſa premiere femme ,
lailla Jean V.Meftre deCamp du
GALANT 77
Regiment de Rambures, mort
fans enfans ; & de Renée de
Boulienvillier , Dame de Courtenai
, fa feconde femme,il laiſſa
auffi François I. Meftre de
Camp du Regiment de Rambures
tué en 1642. à la tefte
de fon Regiment ; & Charles
Marquis de Rambures, pere de
laDame dont je vous apprens la
mort. Aprés vous avoir parlé de
fes anceftres , je dois vous dire
que cette Maifon eft fondatrice
des Minimes d'Abbeville;
André III . fut Auteur de cette
belle fondation .
Je ne vous ay point parlé
G iij
78 MERCURE
de la mort de M l'Abbé de
Saubeuf, dont les Benefices ont
eftez donnez dans la derniere
promotion . I eftoit Abbé
de Befe au Diocefe de Langres,
& de S.Amand au Dioceſe
de Sarlat . Il eft mort dans fon
Abbaye de Befe . Il avoit fuccedé
à l'Abbé de Saubeuf, fon
oncle, dans fes Abbaïes , qui en
avoit une troifiéme , nommée
Fontenay , qu'il laiffa , en mourant,
avec l'agrément du Roy
à M' l'Abbé du Manadau , fon
autre neveu , couſin - germain
de celuy qui vient de mourir.
La maifon de Saubeuf eft une
GALANT 79
>
des plus anciennes du Limoufin
; elle eft alliée aux plus
grandes Maifons de la mefme
Province. La grande-mere de
M' l'Abbé de Saubeuf eftoit
de la Maifon d'Eſcars &
foeur d'un Evêque de Langres
& du Cardinal de Givri , qui
eftoient de l'illuftre Maifon
d'Efcars. Sa bifayeule eftoit de
la Maifon de Noailles, & niece
du renommé François Evêque
d'Acqs , dont la pofterité ne
doit jamais oublier les fervices
importans qu'il a rendus à l'Edans
plufieurs Ambaffades,
qui ont donné lieu à ce Prelat
tat,
Giiij
80 MERCURE
de prendre pour deviſe, ce beau
Vers de Virgile.
QuaRegio in terris noftri nonplena
laboris !
M' l'Abbé de Cantoynet ,
Comte de Lyon & Chanoine
de l'Eglife de S. Jean, eft mort
à Charenton , où le mal l'avoit
furpris en venant à Paris. Il
eftoit de la Maifon de la Beffiere
- Cantoynet , établie en
Rouergue. Sa mere eftoit de
la maifon de S. Chamarant en
Quercy. M ' le Marquis de Cantoynet,
fon frere , a épousé
GALANT 8r
Mlle de Rivarolles , fille de feu
M' le Marquis de Rivarolles ,
& niece de M' l'Abbé de S.
Germain , à qui M' l'Abbé de
Cantoynet a refigné ſon Prieuré
de Roüanne. Sa Comté a
efté donnée par élection du
Chapitre de S. Jean à Mr l'Abbé
de la Merlée , de la Maiſon
de Rivoire , dont Mr le Marquis
du Palais, qui a épouſé Me
la Marquife de Lanmary , eft
prefentement le chef. Cet Abbé
eft parent du Pere de la
Chaife , & de Mr de Genetines
Evefque de Limoges.
Le Pape a Préconisé l'Evê-
*
82 MERCURE
ché d'Alexandrie dans l'Etat de
Milan pour le Pere Franceſco
Caffinara , Chanoine Regulier
de S. Paul. Ce Religieux a
trouvé le chemin de l'Epifcopat
dans une vie tres- reguliere,
& par fon application aux devoirs
de fon état ; il porte un
nom fort connu en Italie , l'Evêché
d'Alexandrie eft fuffragant
de l'Archevêché de Mi-
Jan. Cette Ville eft fur la riviere
de Tanarre ; les habitans
de Cremone , de Plaisance &
de Milan, qui fuivoient le party'
du Pape Alexandre III . contre
l'EmpereurFredericBarberouſſe,
GALANT 83
la firent bâtir vers l'an 178 .
On dit qu'elle eut d'abord le
nom de Cefarée, que l'on changea
en celuy d'Alexandric , en
l'honneur du mefme Pape.
Sa Sainteté a auffi préconifé
l'Archevêché Titulaire de
Nicée , qu'avoit Monfieur le
Cardinal Ruffo , pour Monfignor
Nucci. Ce dernier s'eft
avancé dans les dignitez Ecclefiaftiques
par fon merite & par
fa vertu. Le feu Pape l'employa
en diverfes negociations,
qui l'ont fait connoiftre pour
un tres - habile homme. Nicée
eft une Ville de Bithynie dans
!
84
MERCURE
l'Afie Mineure. Il y a eu deux
Conciles Generaux , le premier
& le feptiéme . Celuy - là fut
affemblé contre Arius en 325-
felon quelques uns , ou en 327.
felon quelques autres. Le 69
Canon de ce premier Concile a
fouvent donné de l'exercice
aux Thcologiens Catholiques
contre les Proteftans ; ceux - ci
ont voulu s'en fervir pour ruiner
l'autorité & la primauté du
Pape , & pour luy rendre égaux
les Patriarches d'Alexandrie &
d'Antioche. Le 2° Concile de
Nicée fut affemblé en 787.contrelesJeonomaques,
fous lePape
اكيتنا
GALANT 85
Adrien & l'Imperatrice Irene.
L'Evêché d'Olinda dans les
Indes Occidentales , à la nomination
du Roy de Portugal , a
efté préconifé en faveur de
Dom Emmanuel de Cofta ;
c'eft un Prelat d'un grand merite
& d'une naiffance diftinguée.
Olinde eſt une Ville du
Brefil, dans l'Amerique, en la
Capitainerie de Fernambuco ,
dont elle eft Capitale. Elle eſt
fituée fur une colline, avec un
Port vers l'embouchure du
Fleuve Bibiribe , & une Forte-.
reffe dite de Saint George. Les
Hollandois la prirent en 1629.
86 MERCURE
mais enfuite ils l'abandonnerent
, & depuis ce temps - là les
Portugais en font les maiſtres,
& de tout fon territoire.
Don Annibal Albani , neveu
de Sa Sainteté , a efté mis en
poffeffion de la Charge de Referendaire
de la Signature, avec
les ceremonies accoûtumées
par le Cardinal Spada , Préfet
de ce Tribunal ; & le nouveau
Prelat a efté depuis occupé à
faire les vifites des Cardinaux,
qui le reçoivent avec les honncurs
qu'ils font dans l'ufage
de rendre aux Neveux du Pape.
La Charge de Referendaire de
GALANT 87
la Signature eft tres - importante
& tres-ancienne dans la
Cour de Rome. On appelloit
anciennement, ceux qui étoient
pourvûs de ces Charges , Relatores
Chirographorum. C'eſt le
chemin que tiennent ceux qui
doivent bien-toft entrer dans
le Sacré College; & quand Don
Annibal Albani n'auroit pas
autant de droit de prétendre à
cette dignité par fon merite &
par fa naiffance, le don de cette
Charge que le Pape vient de
luy faire , en feroit un puiſſant
préjugé.
Sa Sainteté a déclaré Mon88
MERCURE
fieur le Cardinal Gualterio ,
Legat de Bologne. Je vous
ay fi fouvent parlé de ce Cardinal
, que je ne vous en diray
rien d'avantage. Je dois donc
vous dire que Bologne , dite
la Graffe , dont il a eu la Legation
eft une Ville d'Italie , qui
appartient au S. Siege, & qu'elle
eft la feconde de l'Etat Ecclefiaftique.
Le Legat quigouverne
cetre Ville , eft Legat à latere ;
& par un privilege particulier
elle tient un Ambaſſadeur à
Rome. Le Pape Gregoire XIII .
qui étoit de Bologne , en érigea
l'Eglife en Metropole.
GALANT 89
Le Pape a donné le Patriar
cat de Venife, à Monfieur Barbarigo
, Préfet de l'Eglife Ducale
de Saint Marc. Ce Prelat
eft neveu du feu Cardinal
Barbarigo ; & je vous parlay de
fon merite , en vous apprenant
la mort de fon oncle. Je
dois ajoûter qu'on celebra à
Veniſe un Concile en 1040 .
pour la difcipline de l'Eglife ;
Urfus étoit alors Patriarche de
cette Eglife. Ce qui prouve
qu'elle eftoit déja celebre dans
l'onziéme fiecle. Le Concile
de 1177. eft remarquable , en
· ce que dans cette Affemblée
Septembre 1706. H
90 MERCURE
l'Empereur Frederic fut recon
cilié avec le Pape Alexandre III.
mais on doit regarder comme
une fable le compte rapporté
par quelques Auteurs , qui ont
dit
que le Pape mit lepiedfur la
tefte de l'Empereur profterne àfes
pieds.
Le Patriarcat de Conftantinople
a efté donné parS.S.àMonfignor
Pico de la Mirandole ,
Maiftre de Chambre. Je vous
ay parlé de la naiffance & du
merite de ce Prelat , en vous
apprenant que le Pape l'avoit
fait Maiftre de fa Chambre. Je
dois aujourd'huy vous parler
GALANT
91
de fon nouveau Titre . Conftantinople
, qui eft l'ancienne
Byzance , où Saint André fonda
une Egliſe , aprés avoir eſté ſuffragante
de celle d'Heraclée ,
devint dans la fuite Maîtreffe ,
& Metropole ; ce qui arriva au
premier Concile de Conftantinople
, dont les Peres dans le
troifiéme Canon , déclarerent
cette Eglife Patriarcale.
Monfignor Anguifciola ;
Nonce à Veniſe , & cy- devant
Clerc de Chambre, a efté pourvû
de l'Archevefché de Lariffe
in partibus. Ce Prelat eft neveu
du celebre Anguifciola , mort
Hij
92 MERCURE
Vicelegat d'Avignon dans le
dernier fiecle. Il n'eft pas moins
cftimé que fon oncle ; il a déja
donné en plufieurs occafions
des marques du talent qu'il a
pour la negociation . Lariſſe
dont on luy a donné le Titre
d'Archevefque
, eft une Ville
de Theffalie en Grece , fituée
fur le Fleuve Penée, & nommée
auffi Larfa. Elle avoit autrefois
un Archevefque , & elle a eſté
celebre par la naiffance d'Achille
, que Virgile dans le premier
Livre de l'Eneïde appelle
à caufe du lieu de fa naiſſance
Lariffe
GALANT
93
Monfignor Spinola a efté
nommé à la Nonciature de
Florence. Ce Prelat eft d'une
des meilleures maifons de la
Monarchie d'Eſpagne. La bran
che dont il eft forti, eſt originaire
du Royaume de Naples ,
& auparavant de l'Etat de Genes.
La Nonciature de Florence
eft tres - importante , cette Ville
eftant le féjour des Grands Ducs
de Tofcane , qui obtinrent l'érection
de l'Eveſché en Archevêché,
en 142 1 fous Martin V.
Mr l'Abbé Riviera a efté
chofi , pour porter à Liſbonne,
le Bonnet à Monfieur le Car94
MERCURE
dinal Conti . Cet Abbé eft connu
à la Cour de Rome par plufieurs
affaires dont il a eu le ménagement
, & dont il s'eft tiré
avec beaucoup de fuccés. Il eſt
d'une ancienne famille , originaire
du Breffan , d'où on l'envoya
à Rome dés qu'il fut en
eftat de s'attacher aux Sciences
humaines , & il y fit de grands
progrez dans le College des
Jefuites. A peine en fut- il forti,
qu'il commença à entrer dans
les affaires , fur la fin du Pontificat
d'Innocent XI . & fous:
celuy d'Alexandre VIII . qui
avoit beaucoup de confiance en
GALANT 95
luy. M' l'Abbé Riviera def
cend , du côté maternel , du
celebre Antonio Florebello ,
qui étoit de Modene , & qui
fleuriffoit dans le feiziéme fiecle.
Florebello fut cheri de ceux . ·
qui aimoient les Lettres & lat
vertu. Il eut beaucoup de part
à la bienveüillance du Cardinal
Jacques Sadolet,mort en 1547.
& par reconnoiffance des biens
qu'il reçût de ce Prelat , il écrivit
fa vie. On avoit encore d'autres
ouvrages de luy , du nombre
defquels font , De autoritate
fummi Pontificis , Ecclefiæ:
capitis ; & de concordia ad Ger
96 MERCURE
manos. M l'Abbé Riviera eft
auſſi petit neveu du celebre Jerome
Floravantio , Jefuite , qui
vivoit au commencement
du
dernier fiecle , & qui ſe fit eſtifa
doctrine
& par fa
mer
par
pieté
. Ce fçavant
Religieux
fur
Confeffeur
du
Pape
Clement
VIII
. & il mourut
à Rome
, fa
Patrie
, l'an
16 30.
Ce
Pere
a
écrit
trois
Livres
de la Trinité
,
& des Explications
fur quelques
Paffages
difficile
de l'Ecriture
.
Il y a déja
du temps
que
l'on
parle
des
Lettres
que
je vous
envoye
, qui
ont
attiré
beaucoup
de louanges
à M' de Ma-
Badhony
.
GALANT 97
hony. Ces Lettres font fort
recherchées
; & je croy que je
vous fais plaifir , en vous les
envoyant, Si elles cftoient tombées
pluftoft entre mes mains ,
vous les auriez reçûës dés le
mois paffe.
COPIE
D'une Lettre de Mylord Peterborough
, à M' le Chevalier
de Mahony.
A Valence le 3. Juillet.
MONSIEUR,
Vous n'ignorez pas à préſent
ce que vous aviez bien de lapeine
Septembre 1706. I
98 MERCURE
à croire à noftre entre- veuë àMonteviedro
; mais particulierement
vous vous voyez à prefent abandonné
au milieu de vos ennemis,
avet tres -peu d'amis qui vous ſeront
auffi inutiles qu'incertains.
Vous fçavez , Mr , que j'étois
alors bien intentionné de vous rendre
heureux ; mais un point d'honneur
, ou apparemment vos engagemens
en France ont rendu mes
offres inutiles.
Favoue que je ne fçais pas le
chemin que vous prendrez pour
vous retirer, ou ce qu'on peut efperer
de vous dans les conjonctures
préfentes ; puifque voſtre General
WALIOTHER
THEQUE
BIBLIO
LY
DE
ن م
GALANT
eft parti , & voftre Roy conti
de fe retirer en Navarre , &
d'abandonner fa Capitale. Toute
la défenfe que vous pouvezfaire
en ce pays , ne fervira qu'à vous
expofer à des rigueurs ; c'eft ce que
je voudrois éviter , & ce que vous
attirerez fur ce peuple qui a efté
fort de vos amis , & à qui je pardonnerois
très - volontiers à la
priere de Mr le Comte de Lase
Torres : mais fi vous prétendez de
le défendre , dans les circonftances
préfentes , vous vous en attirerez
plustoft le blâme que la loange.
En verité , je crois que vous ne
devriezpas expofer une telle Place
I ij
100 MERCURE
que Villena, à une prétendue défen
fe,qui ne tendra qu'àfa ruïne.Jay
premedité un mauvais traitement
pour Requenna; mais j'aime mieux
préferer la clemence à la rigueur.
Je vous priede ne mepoint donner
une occafion inévitable de changer
de conduite ; le Gouverneur de
Requenna pouvoit bien efperer une
meilleure compofition que d'eftre
prifonnier de guerre , ce qu'il eft
prefentement obligé d'accepter. Je
prendray pour la derniere faveur,
fi vous m'écrivez vous me trouverez
bien raisonnable , voftre
amy voftre tres-humble fervi-
;
teur , PETERBOROUGH.
GALANT IOI
RE'PONSE
De M' le Chevalier deMahony.
A Alicante le 5. Juillet.
MYLORD ,
Je viens de recevoir la Lettre
que vous m'avez fait l'honneur
de m'écrire le 3. de ce mois de Va
lencia.Il est vray qu'ily a du chan
gement dans le Royaume d'Efpagne
depuis noftre entre- veuë
Monteviedro , mais non pas en
moy ; je vous affûre qu'aucune
revolution dans aucun Royaume
I iij
102 MERCURE
ne fera pas capable de produire la
moindre alteration dans mes principes.
Le Roy d'Espagne m'a confié la
défenfe de ces Frontieres , qui font
dans un meilleur eftat que vous ne
croyez ; j'y ay de tres- bonnes troupes
, & de la Milice , bienfidéle;
je les ay diftribuées dans des poftes
avantageux. Elles font commandées
par de bons & experimentez
Officiers , dont la plupart font
nez Sujets du Roy , mon Maiftres
je m'affûre qu'ils fuivront mon
exemple , qui fera de difputer le
terrain de pofte en pofte , depuis
Monteffajufqu'à Cadix : &file
GALANT 103
fort de la guerre veut que nous
foyons obligez à nous foumettre à
une Puiffance fuperieure , ny eux,
ny moy ne fouhaiterions de tomber
entre les mains d'un plus genereux
General qu'entre les voftres .
Villena , & tous les autres poftes
ont ordre de moy de refifterjufqu'à
la derniere extrémité ; cela
fait , ils ne feront que leur devoir :
ce qui les mettra dans le rang
de
recevoir un pareil traitement que
reçoivent ordinairement les gens
d'honneur , des Generaux comme
vous.
le
Le Roy d'Espagne n'eft pas
premier Monarque qui a efté obli-
I iiij
104 MERCURE
c'eft ce
gé d'abandonner fa Capitale pour
un temps ; mais c'est poury retour
ner plus glorieufement ,
qu'il fera pluftoft que fes fujets
mal-intentionnez ne fouhaittent.
Mais je m'affûre , Mylord , que
vous n'eftes pas de leur fentiment,
étant mieux informé qu'eux , de
l'état des affaires de l'Europe ; &
quand mefme le contraire arrive
roit , jefuis refolu de mourir , ou
s'il eft poffible , d'eftre le dernier.
homme , en Espagne , les armes à
la main pour luy. Je vous prie
Mylord , d'eftre perfuadé qu'il
n'y a perfonne , ny dedans , ny hors
du Royaume , qui vous eſtime &
GALANT 105
qui vous honore plus parfaitement
que , Mylord , voftre. , &c.
MAHONY.
La fuite a fait voir que M
le Chevalier de Mahony nes'eft
pas trompé , lorfqu'il a dit que
le Roy d'Eſpagne n'eft pas le
premier Monarque , qui aprés
eftre forti de fa Capitale , y eft
rentré glorieufement . Je vous
en diray davantage, dans les Ar
ticles d'Efpagne que vous
trouverez dans la fuite de ma
Lettre.
Il y a quelques mois que M
du Bois & Damoiſelle Made
106 MERCURE
laine Royaux , aprés cinquante
ans de Mariage , aſſemblérent
leurs enfans , leurs neveux &
leurs nieces , dans leur Maifon
de campagne à Chaucenay ,
prés de Saint Dizier ; & s'eftant
rendus à l'Eglife pour remercier
Dieu d'une fi longue & fi
parfaite union , le Curé dit
une grande Meffe , les communia
, & à la referve de la benediction
nuptiale , on n'oublia
rien de tout ce que demande
une pareille ceremonie. Le foir
on coucha ces vieux & nouveaux
époux , comme l'on
avoit fait cinquante ans auGALANT
107
paravant
. Les réjouiffances
durerent
pendant
deux jours
avec beaucoup
d'éclat
; & ces
époux
furent
complimentez
fur leur jubilation
, par toutes
les perfonnes
de confideration
de leur voiſinage
. M' du
Bois a efté douze ans Maire de
Saint Dizier
, Subdelegué
1.8 , ans Lieutenant
General
du
>
Bailliage 11. ans ,
II. ans , & Lieutenant
Affeffeur Civil & Criminel 38 .
ans ; & il a remply tous ces
emplois avec honneur & avec
l'applaudiffement
de fa patrie.
Mylord Bruce , fils de M
le Comte d'Ailebury , a épou
108 MERCURE
,
fé la fille du feu Marquis d'Hallifax
, de la famille de Saville
une des plus illuftres d'Angleterre
; l'ayeul de cette Dame
eftoit Miniftre d'Etat fous les
regnes de Charles II . & Jacques
II. La famille de l'époux n'eſt
pas moins illuftre. Sa mere qui
eftoit unique heritiere des biens
de la maifon du Duc de Sommerfer
, & de Seymour , venoit
en ligne directe , & eftoit heritiere
de Marie Stuart , fille
cadeite d'Henry VII . quiépou
fa en premieres nôces Louis
XII. Roy de France ; & en fecondes
, Charles Brandon
GALANT 109
Duc de Suffolk , dont la petitefille
& unique heritiere , époufa
le Duc de Sommerſet , biſayeul
de la Comteffe d'Ailefbury.
Le Duc fon pere éprouva les
effets de la difgrace du Prince
d'Orange , qui le fit empriſonner
à caufe de fa fidelité pour
leRoyJacques II . d'où étant forti
, il fe retira à Bruxelles , où il
époufa en fecondes nôces la
Comteffe d'Efneux ; fa premiere
femme eftant morte pendant
fa priſon à Londres.
Mr George ,Marquis de Lambertye
, Baron de Conce &
de la Granville , Confeiller d'Etro
MERCURE
tat de Son Alteffe Royale, Maréchal
de Lorraine & Barrois ,
Bailly & Commandant des
Villes & Chafteau de Nancy ,
a époufé Dlle Charlotte Saladin-
d'Anglure, cy-devant Chanoineffe
d'Epinals, fille d'honneur
de Son Alteffe Royale
Madame la Ducheffe de Lorraine
, & fille de feu Mr Arnauld
Saladin- d'Anglure, Marquis
de Coublans , & de Dame
Chriftine du Chaſtelet , foeur
de Mr le Comte de Laumont ,
Lieutenant General des Armées
du Roy. La nouvelle Marquife
de Lambertye eft proche pare
GALANT III
rente de Me la Comteffe de
Chamarande , & elle eft de la
mefme Maiſon. Je ne vous
dis rien de la Maifon d'Anglure
, dont je viens de vous
parler amplement , en vous
apprenant la mort de Mr le
Comte de Bourlemont , pere
de Me la Comteffe de Chamarande.
Me la Marquife
Lambertye joint à une naif
fance tres-illuftre beaucoup
d'agrémens & un merite dif
tingué qui luy ont attiré beaucoup
de confideration à laCour
de Lorraine.
Mr le Marquis de Lambertye
112 MERCURE
1
avoitépoufé enpremieres noces
Chriſtine de Lenoncourt, foeur
de Mr le Marquis de Lenoncourt
, grand Chambellan de
Son Alteffe Royale , de laquelle
il a eu Antoinette de
Lambertye,mariée à Anne-Jofeph,
Comte deTornielle, Marquis
de Gerbevillers , premier
Gentilhomme de la Chambre
de Son Alteffe Royale , &
Bailly du Barrois ; Nicolas
François , Marquis de Lambertye
, Ecuyer & Chambellan
de Son Alteffe Royale, qui
épouſa il y a huit mois N. de
Ligneville,Comteffe de Tame
GALANT 113
jeu ; Marguerite de Lambertye
mariée à Mr le Vicomte d'Harnoncourt,
Baron de Ville, & de
Sorbey ; N. de Lambertye,
mariée à Mr le Comte de
Grunne, prés de Liege ; André,
Comte de Lambertye , Capitaine
au Regiment des Gardes,
& Chambellan de Son Alteffe
Royale. Il a eu auffi de ce premier
Mariage , quatre aurres
filles , dont une eft Religieufe
à la Vifitation de Nancy ; &
les trois autres à la Congregation
de Noftre- Dame de Verdun
.
La ceremonie du fecond Ma
Septembre 1706 .
K
114 MERCURE
riage de ce Marquis s'eft faite
le 17. Aouft dans la Chapelle
de la Malgrange, prés de Nancy
, en prefence de leurs Alteffes
Royales , qui voulurent
honorer cette Fête, accompa
gnées de toute leur Cour , qui
eftoit tres- magnifique . Cette
ceremonie artira un nombre
infini de fpectateurs. Mais rien
n'a égalé la joye que receut ce
jour - là la Ville de Nancy , que
Son, Alteffe Royale Madame
la Ducheffe de Lorraine honora
de fa prefence ; ce qu'elle
n'avoit pas encore fait depuis.
fon fejour à Luneville , & deGALANT
115
puis l'entrée des troupes du
Roy à Nancy.
La Maifon de Mr le Marquis
de Lambertye eft originaire
de Limoges , & elle n'eft
établie en Lorraine que depuis
foixante ou quatre- vingt ans.
Son Pere eftoit Gouverneur de
Longwy , & avoit époufé N.
Comteffe de Luftine , dont
eft forti M Georges Marquis
de Lambertye. C'eſt un Seigneur
d'un merite égal à fa
naiffance, riche , bien - faifant,
honnefte , poli , affable , de qui
perfonne n'a jamais fceu dire
de mal , & qui eft incapable
Kij
116 MERCURE
d'en dire de perfonne . Sa nouvelle
époufe eft une Dame qui
a receu de la nature tous les
charmes qui peuvent orner fon
fexe , & qui n'en a aucun des
défauts. Son efprit naturellement
vif, perçant , agréable ,
a fait plus d'une conquefte ;
mais celle de fon époux eftoit
feule capable de la toucher.
Son Alteffe Royale Monfieur
le Duc de Lorraine , naturellement
liberal pour ceux qui le
fervent , a donné pour prefent
de noces à la nouvelle
époufe 15000 livres , & il luy
a affigné 1000 écus de penſion
GALANT 117
viagere. Ce Prince tout magnifique
n'a peut- eſtre jamais
mieux placé fes graces.
M' le Comte de Harach ,
Evêque de Vienne , & Coadjuteur
de Saltzbourg, a mis fa ™
démiffion de l'Evefché de '
Vienne entre les mains de
l'Empercur ; & S. M. I. a '
nommé en même temps M
François Ferdinand , Baron de
Rummel , Evefque de Tina ,
Prévost de Breſlau & d'Ardag¹.
ger , Efcolaftre de Grof- glos
gan , & cy-devant fon Précep
teur. Je vous ay parlé de Mi
le Comte de Harach , lorfe
118 MERCURE
qu'il fut nommé à la Coadjutorerie
de Saltzbourg , & de
la maifon dont il eft forty ;
ainfi il ne me refte rien à vous
dire fur ce fujet. Quant à Mr
le Baron de Rummel, Evefque
de Tina , qui vient d'eftre nommé
à l'Evefché de Vienne
perfonne n'ignore que c'eſt un
des plus fçavans Prelats d'Allemagne
; les emplois qu'il a
eus pendant pluſieurs années
à la Cour de Vienne , ne l'ont
point jetté dans la diffipation,,
& ne l'ont jamais détourné de
fes devoirs ; & il eft peu
Prelats en Allemagne
qui ayent
de
GALANT 119
à
plus long - temps refidé dans
les lieux où leurs Benefices les
doivent attacher que ce nouvel
Evefque de Vienne. Lorsqu'il
eut ceffé d'eſtre chargé de l'éducation
du Roy des Romains,
qui eft aujourd'huy revêtu de
la dignité Imperiale , il fe retira
pendant quelque temps
Breflau , & alla enfuite refider,
tour à tour, dans les autres Benefices.
Le feu Empereur
avoit beaucoup de confiance
en Mr le Baron de Rummel ;
& il luy en donna une marque
éclatante, en luy donnant
la conduite du jeune Roy des
147
120 MERCURE
Romains fon fils. Ce Prelat
eft d'une tres - ancienne maifon
fortie de la Silefie , d'ou
elle fe répandit enfuite en diverfes
Provinces de l'Empire ,
où elle a produit de grands
fujets. Mr le Baron de Rummel,
pere de cet Evefque, avoit
porté les armes toute fa vie
pour le fervice de l'Empereur
Ferdinand III. & de l'Empereur
Leopold. Il receut de
grandes marques de diftinction
du premier ; & le fecond
P'employa fort utilement dans
les premieres guerres de Hongrie,
qui agiterent les commencemens
GALANT 121
cemens de fon regne. Ce Seigncur
joignoit à une grande
valeur , une longue experience
de la difcipline militaire , dans
laquelle il avoit efté élevé.
Vous me demandez la fuite
de l'établiffement
des Pompes
à Paris, & fi le fuccés a répondu
à l'attente que l'on en avoit
parce que l'on en veut , ditesvous
, eftablir dans voftre Province.
Vous devez eftre per
fuadée que M" de Ville étoient
affurez par une infinité de preuves
, faites pendant plufieurs
années , du bon effet que ces
Pompes devoient produire
Septembre 1706. L
122, MERCURE
ayant que de confentir
à la
Loterie qui a cfté faite pour
l'établiſſement
, & pour l'entretien
de ces Pompes
; & que
l'on ne fait point un pareil
éclat fans eftre affeuré qu'il aura
d'heureufes
fuites. Je vous
envoye une efpece de Procés
verbal , dreffé à l'occafion
de
l'incendie
caufé , au mois de
Juillet dernier , par le feu du
Ciel , proche l'Hôtel Royal
des Manufactures
, dites des
Gobelins , au Fauxbourg
Saint
Marcel.
M.
Le Tonnerre, dont Paris futfi
épouventé le 27. Juilles dernier
GALANT 123
13
tomba en mefme temps fur vinge
endroits differens de la Ville ; &
entre tous les defordres qu'il fit , il·
mit le feu à neuf heures du ma
tin , tout vis-à- vis l'Hoftel des
Gobelins , à l'Hoftelerie du riche
Laboureur. Le Maiftre & la
Maiftreffe qui déjeunoient , le vi
rent choir au milieu d'eux. La
femme en fut legerement bleffée
au bras & au poignet , & s'éva
nouit ;fon mary qui la crût morte,
s'empreffant de la fecourir , obfer"
va que la foudre, aprés avoirfait
plufieurs tours & retours dans la
cuiſine , fe gliffa vers un petit efcalier
hors d'oeuvre , qui la con-
Lij
124 MERCURE
9
duifit à une grange spacieufe
pratiquée fur un plancher au def→
Jus d'une écurie , qui peut con
tenir foixante chevaux. Depuis
douze jours on avoit entaffé en
viron quatre mille groffes gerbes
de froment non batu , dans cette
grange , où le Tonnerre , comme
parplaifir , mit le feu d'abord dans
le milieu , & puis aux quatre
coins. Enfortant de cet endroit , il
defcendit & remonta le petit efca
lier , entra dans un grenier du
grand corps de logis , adoffé contre
la grange , où il mit auffi lefeu ;
en redefcendant au premier
étage , où ily avoitplufieurs milGALANT
125
*
liers de foin de paille , il les al
Tuma pareillement , e difparut.
Apeine étoit- il diffipé , que ce premier
appartement , l'escalier , le
grenier & la grange ne compoſerent
enfemble qu'un feul & même
feu , qui lançoit une fi prodigicufe
quantité de flames , dans la
rue, que perfonne n'ofoit approcher
la maison de cent pas ; enforte
<que les ouvriers de l'Hoftel des
Gobelins craignoient à tous momens
que cefeu ne fe portaft chez
eux.
Les chofes fe trouvoient dans ce
pitoyable état , lorfque fur les
onze heures le fieur du Perier ,
Liij
126 MERCURE
Directeur des Pompes pour empêcher
les incendies , arriva. On
L'avoitfait avertir deſe tranſporter
aux Gobelins, avec une defes
Pompes , cependant que Mrs de
Ville en faifoient conduire une
autre ; mais n'y ayant ny puits
ny fontaines aux environs de la
maiſon brûlante , fituée fur le plus
haut terrain de Paris , les deux
Pompes n'auroient fervi de rien
fi Mr le Prévost des Marchands
n'euft excité tous les voifins parfa
préfence , & ordonné en mefme
temps aux Braffeurs quifont en
se quartier-là , d'apporter fur leurs
charettes , & à force de bras ,fuf*
GALANT 127
fifamment de l'eau pour les faire
jouer. Les bâtard- d'eaux faits,
les Pompes déployées , on les plaça
auffi-toft devant le grand corps de
logis , & de la rue ; le fieur du
Perier dirigea enfuite l'eau dans
les feneftres , hautes & baffes, d'où
le feu fortoit avec la derniere vio
lence. Il eut à peine travaillé une
demie heure , que l'embrasement
ayant confiderablement diminué ,
il laiffa l'une des Pompes pour
achever de l'éteindre , & paffa
avec l'autre dans la cour de ladite
maiſon , où le feu attaché dans la
grangefaifoit unravage horrible.
Les gerbes de froment les plus
L iiij
128 MERCURE
exaucées où le tonnerre avoit d'a
bord mis le feu , en brûlant
avoient auſſi brûlé fait tomber
fur elles tout le bois de la
charpente du comble , qu'elles
avoient presque confumé ; &
neanmoins les autres gerbes de
deffous reftoient la plupart entieres.
De forte que pour
ferver , & empêcher l'incendie.
total de l'écurie dont j'ay parlé ,
du grand corps de logis ,
toutes les autres maisons joignantes,
il fallut que le fieur du Perie
, à l'aide d'une grande échelle
, montaft fur le pignon du
plus baut mur de la
*
les con
de
granges
GALANT 129
La
& que de ce lien il dardât aruec,
force , l'eau de la Pompe , fur les
gerbes qu'il avoit entrepris de
fauver. Pour parvenir à fon
deffein , aprés avoir dépensé quantité
d'eau dans l'un des coins de
grange, ily fit defcendre deux
hommes hardis , qui ayant pris
chacun dans leurs bras , une gerbe
à moitié allumée , les jetterent
dans la cour , où la Pompe dans
le moment acheva de les efteindre .
Ils n'en eurent pas jetté une dou-
Zaine , que plufieurs perfonnes
crierent au fieur du Perier,que fa
manoeuvre eftoit trop temeraire ,
& qu'en donnant ainfi de l'air
130 MERCURE
au feu , il alloit l'augmenter , y
perir peut- eftre , & mettre en
danger tout le voifignage ; mais
ledit fieur qui a l'ufage de fauver
les maifons , perfuadé dufecours
de fa Pompe, loin de s'ar
refter à de pareils difcours , aux
deux hommes qu'il avoit ainft
poftez, il en joignit quatre autres,
aprés huit , & enfin juſques
trente , qui tous enlevoient plufeurs
gerbes brûlantes , & quantité
d'autres où le feu n'avoit
aucunement touché. Celles - c
furen mifes à couvert ,
dis qu'on efteignoit diligemment
les autres avec la Pompe , qui
tanGALANT
131
commandoit également dans la
grange , dans la cour, & fur
Le grand corps de logis qu'il falloit
rafraîchir fouvent pour em
pêcher le feu d'y prendre. Cependant
la muraille fur laquelle le
fieur du Perier s'eftoit placé , ſe
trouvant extrêmement échauffée
du feu qui l'environnoit , avoit
・peine à s'y tenir , & d'autant
plus malaifément , qu'à mesure
que l'on remuoit les gerbes , il
s'élevoit de fi furieux tourbillons
de fumée & de flammes ,
que luy & tous ceux qui travailloient
dans la grange, ne s'entrevoyant
prefque point , on en
132 MERCURE
tendoit ces pauvres miferables luy
crier tous à la fois Mr je n'en
puis plus , à moy de l'eau , le
feu me gagne
; hé ! tôt fecourez
moy , dardez icy , depêchez
vous , mes jambes rôtiffent....
Alternativement on
les arrofoit , &pourfoûtenir leur
courage, le fieur du Perier leur
fit diftribuerplufieurs cruches pleines
de vin , obfervant neanmoins
que perfonne ne s'enyorát . Et
cette précaution fi neceffaire a fi
heureuſement réüffi , que pendant
ce difficile perilleux travail ,
il n'y a eu qu'un feul homme.
blessé à la jouë , d'un éclat de
GALANT
133
taile que le feu avoit fait fauter.
Il reftoit encore quelques ger
bes à enlever , lorsque la Pompe
de la ruë qui avoit achevé fon
operation fur la maifon , vint fe
joindre à l'autre ; & les deux en- ·
femble acheverent d'éteindre ab
folument tout le feu vers les
heures aprés midy:
3.*.
On a retiré de la grange qua
tre- vingt dix facs de grain,
plus de quinze
cens gerbes ont
efté fauvées. Le plancher
au def
fus de l'écurie ,fur lequel le feu a
refté cinq heures
de fuite , n'a
point efte endommagé
; le comble
134 MERCURE
feul de la grange , le petir efcalier,
& deux planchers du corps
du logis ont efté brûlez par ce
feu du Ciel , qui vray-femblablement
devoit durer plusieurs
jours , & confumer partie des autres
maisons voisines mais le
Sr du Perier a prévenu ce grand
malheur avec deux Pompes feules.
:
Le 3 du mois de Juillet
dernier , Mr de la Frenaye
foûtint,dans le College des Jefuites
de Toulouse , des Thefes
de Mathematiques, fous la direction
du Pere Mourgues
quien cft Profeffeur Royal, fur
GALANT
135
›
quatre differens Traitez ; Scavoir
, l'Art Militaire, la Marine
l'Architecture civile &
l'Arpentage . Ces Theſes eftoient
dediées à Mr
l'Archeveſque
de
Toulouſe , qui eft en quelque
maniere fondateur de la Chaire
de
Mathematiques de cette
Ville , en ayant pourſuivi l'établiffement
avec
beaucoup
d'ardeur.
L'affemblée fut des
plus nombreuſes & des mieux
choifies ; ce Prelat y affifta accompagné
de Mrs les Chanoines
des Chapitres de Saint
Eftienne & de Saint Sernin . Il
y avoit de plus un grand nom
ม่
136 MERCURE
1
*
4 .
3
bre de perfonnes de diftinetion
; & tous ceux qui ont du
goût pour les belles lettres , ne
manquerent pas de s'y trouver.
Mr de la Frenaye , répondit
parfaitement à l'attente qu'on
avoit conçûë de luy : & quoyqu'il
ne fefuft attaché que depuis
peu de temps à l'étude des
Mathematiques , il fe tira neanmoins
d'affaire avec hon-..
neur ; & il donna à toutes les
objections qu'on luy fit , des
réponſes fi préciſes & avec
tant de facilité , qu'il prévint
fouvent les difficultez qui devoient
fuivre celles qu'on veGALANY
137
noit de luy propofer. Mr de
Calemajou , Profeſſeur en
Theologie , aprés avoir loüé
avec beaucoup d'efprit Mr
Archevêque de Toulouſe ,
attaqua le répondant fur les
combats de terre & de mer.
Mr le Baron de Caulet parla
enfuite , avec la politeffe qui
luy eft fi naturelle , fur l'Architecture
civile , & fur les dif
ferentes méthodes de conftruire
des places . Je ne dis rien de
plufieurs autres tres habiles, qui
toucherent differentes matieres
avec beaucoup de folidité. Mr
Barrere le jeune fic la clôture
Septembre 1706. M
138 MERCURE
de la féance ; ce Medecin fit
voir en cette occafion qu'il
reffemble parfaitement à Mr
fon frere , dont le merite a
brillé en beaucoup de rencontres
, & particulierement
dans les combats de Litterature.
Il propofa quelques dif
ficultez fur l'attaque des Pla
ces , aprés avoir fait auparavant
une harangue à Mr l'Archevêque
, qui fut trouvée fi
éloquente , & où il le loua fi
délicatement , qu'elle luy attira
les applaudiffemens de
toute l'affemblée qui fur
tres- fatisfaite des réponſes
GALANT 139
du foûtenant , & de la fubtilité
des argumens. Le Pere
Mourgues , qui avoit pris un
foin tout particulier de former
& d'inftruire le répon
dant , eut beaucoup de part
à la gloire que Mr de la Fre
naye s'acquit en cette occa
fion. Je ne vous dis rien du
merite de ce Pere , qui eft fort
connu dans la Republique des
lettres , & qui a donné au pu
blic de fi beaux ouvrages, tang
fur les Mathematiques , quefur
d'autres differens fujers , qu'il
$
eft connu de tous les Sa
vans. 31 - en
Mij
149 MERCURE
Je vous ay parlé , dans mã
Lettre du mois d' Avril de l'ane
née derniere, du Livre intitulé,
la Langue. Il paroift depuis
peu augmenté d'une Eſtampe
affez curieufe , & d'une Lettre
Critique , fur ce qui a eſté diet
& écrit pour & contre cet
ouvrage . Je ne vous parleray .
point icy du favorable jugement
que j'ay porté de ce
Livre , en vous l'annonçant ;
j'ajouteray feulement que la
fuite a fait voir que le public
s'eft trouvé de mon avis ; &
qu'il y a un fecond volume
3
fous la preffe , qui paroiſtra
bien- toft.
GALANT 141
Je vous entretins, dans ma
penultiéme Lettre , d'un Livre
que Mr Proffalendy , Grec de
nation , & natif de la Villede
Corfou fous la domination
pour
dé
#
des Venitiens , a fait
fendre l'autorité de la tradi✩
tion, contre le Docteur Wdroff,
Profeſſeur Grec en Theologico
à Oxford. Je vous annonce à
prefent un autre ouvrage en
faveur du Miftere de la tranf. I
fubftantiation , que le meſme i
Mr Proffalendy fe prépare de
donner bien- toft au public ,
& dans lequel il attaque encore
fon ancien Profeffeur , qui s'eft
142 MERCURE
déclaré hautement contre ce
Saint Miftere dans un de fes ouvrages.
On s'eftoit trompé dans
l'article que l'on me donna
pour ma Lettre du mois de
Juillet , en difant dans cet article,
que Mr Proffalendy avoir
fait abjuration de fes erreurs
en Angleterre , mais les Grecs
ne prétendant eftre feparez de
l'Eglife Romaine que fur quelques
points de peu d'impor
tance, & par rapport à certains
termes qui fignifient preſque la
mefme chofe, ils ne font aucu
ne abjuration lorsqu'ils retour,
nent à l'unité. C'est pourquoy
GALANT
143
Mr Proffelendy n'en a point
fait ; il eft mefme toûjours
attaché à la Foy & à la Doctrine
du Patriarche de Conftantinople
fon Evêque d'Or¬
dination. C'est un témoignage
que je dois à la verité , du refte,
il eft fort zelé pour la défenſe
des veritez fondamentales de
la Religion.
La Charge d'Aumônier de
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, a cfté donnée à Mr
Abbé de Pontac ; cette Char
ge vaquoit par la mort de Mr
l'Abbé de la Roche - Jacquelin.
Le premier demeure, de
144 MERCURE
puis plufieurs années, dans le
Seminaire des Miffions Etrangeres
, où il donne de grands
exemples de vertu . Il eft fils
de feu Mr de Pontac , premier
Preſident du Parlement
de Bordeaux , & frere de Mr
le Marquis de Pontac , qui
avoit époufé Mlle de Montfalé
, de la Maifon de Cruffol .
Cette Dame s'eft remariée,
depuis fa mort , à Mr le Marquis
de Gondrin , Chef de la
Maiſon de Gondrin , dont
eft Mr le Marquis d'Antin.
La Maifon de Pontac a donné
plufieurs premiers. Prefidens &
d'autres
GALANT 145
d'autres Officiers au Parlement
de Bordeaux. Mr l'Abbé de
Pontac eft petit-fils de la celebre
N... de Thou , foeur de Mr le
Preſident de Thou , qui eut la
tête tranchée à Lyon avec Mr
de Cinq-mars , & qui époufa
Mr de Pontac , premier Prefident
du Parlement de Bor
deaux. Cette Maiſon a aufſi
donné plufieurs Evefques à
l'Eglife de Bazas , & d'autres
perfonnes confiderables au
Clergé de France . Mr l'Abbé
de Pontac fçait parfaitement
la Jurifprudence Cano
nique & eft bon Theologien ,
Septembre 1706. N
*
146 MERCURE
& il a toûjours efté fort appliqué
à fes devoirs particuliers.
Mr le Marquis du Gua, Marefchal
des Camps & Armées
de fa Majefté , eft mort des
bleffures qu'il a receues a1
fiege de Turin. Il eftoit de la
Province de Dauphiné , & de
la Maifon de Beranger
, qui y
eft tres - qualifiée , & qui eft
prefque de la même ancienneté,
que les Dauphins qui ont
gouverné cette Province . Mr
Marquis du Gua avoit fervy
une partie de fa vie dans
la Cavalerie ; il avoit efté CoGALANT
147
Jonel , dans la derniere guerre ,
d'un Regiment de Milice , &
il fut nommé peu de temps
aprés Brigadier , & enfuite
Marefchal de Camp . Il a un
fils , à qui il remit fon Regiment,
lorſqu'il fut nommé Marefchal
de Camp . Mr le Marquis
du Gua a efté regretté
de toute l'Armée ; il eftoit
bienfaifant : & lorfqu'il trouvoit
l'occafion de faire plaifir,
il ne la laiſſoir pas échaper.
Il eftoit des amis
particuliers
de feu Mr le Duc de Montaufier
, dont il eftoit fort confideré.
Il eftoit allié aux meil
Nij
148: MERCURE
leures Maifons du Dauphiné :
fçavoir , à celles de Saffenage,
la Baume- Hoftung , de Savines,
de Savel , & à plufieurs autres
Maiſons auſſi diſtinguées. Feu
Mr le Marquis du Gua , perc
de celuy qui vient de mourir,
avoit porté les armes toute fa
vie avec beaucoup de diftinction
.
Mr Guy- Henry de Bourbon
, Marquis de Malaufe , un
des plus grands Seigneurs du
Royaume , tant à caufe de fa
naiffance , que de fes grands
biens , mourut le 18. du mois
>
dernier dans fon Chafteau du
GALANT 149
Comté de la Cafe , Diocefe de
Caftres , aprés une maladie de
trente- cinq jours il eftoit âgé
d'environ cinquante- deux ans.
Il eftoit né dans la Religion
Prétendue Reformée ; mais en
l'année 1678. il embraffa la
Religion Catholique , aprés
avoir efté inftruit des veritez de
la Religion par feu Mr l'Evêque
de Meaux. Il a profeffé cette
Religion durant la vie , avec
une édification generale ; & il
en a donné des marques , en
mourant , en participant, avec
le zele le plus ardent , à tous les
Sacremens de l'Eglife . Il eft re-
N iij
150 MERCURE
gretté de tous ceux qui le connoiffoient
, & fur tout de fes
Vaffaux , dans toutes fes grandes
terres , dont il feroit impoffible
de bien exprimer la
douleur que leur cauſe cette
mort. Il a laiffé trois enfans
mâles, & une fille , qui femblent
devoir marcher fur les traces
de leur illuftre pere , qui, dés fa
plus grande jeuneffe, commença
à fervir le Roy en qualité
d'Aide de Camp de Monfieur
de Turenne , fon grand oncle.
Sa Majefté luy avoit donné le
Regiment de Rouergue , &
l'avoit fait enfuite Brigadier de
GALANT 151
fes Armées. Il n'auroit point
qui té le fervice , fans ſes bleffures
qui l'incommodoient
beaucoup ; & Sa Majefté étoit
fi perfuadée de fon affection
& de fon attachement pour
Elle,qu'Elle lui avoit fait écrire,
par M ' deChamillart ,de fe tenir
dans fes Terres , où il pouvoit
rendre de grands fervices à
l'Etat. Il a laiffé des inftructions
à Mrs fes enfans , par lesquelles `
il leur recommande d'avoir
toûjours un attachement inviolable
pour le Roy, & de le
fervir dans fes Armées , auffitoft
qu'ils feroient en eftat de
N iiij
152 MERCURE
-
le faire. Il avoit eſté marié deux
fois . Sa premiere femme eftoit
Marie Hyacinthe Mitte - de-
Chevrieres deSaint - Chaumont,
dont il eut une fille . La feconde
eft Marie- Loüife- Françoife de
Beranger - de- Mommouton ,
dont il a eu trois enfans mâles .
Il avoit beaucoup de valeur ;
il étoit fincere , équitable &
bon amy & l'on a toûjours
remarqué en luy une averfion
mortelle pour le menfonge.
On n'a jamais vû de confternation
pareille à celle qui a paru
auffi- toft aprés fa mort ; les
maiſons ayant eſté fermées per
GALANT 153
dant trois jours , à trois lieuës
aux environs du Chafteau où il
eft decedé : tout le peuple ,jufqu'aux
enfans, criant qu'il avoit
perdu fon Protecteur. Me la Marquife
de Malauſe , ſa veuve , ne
l'a point quitté pendant toute
fa maladie ; & elle l'a veillé
32
nuits de fuite , fans s'être
couchée. Les habitans de la
Cafe , apprehendant que cette
Dame ne les quittaft pour aller
dans fes Terres , l'ont fait unanimement
fupplier de ne les
point abandonner ; la pluſpart
proteftant de la fuivre par tout
où elle iroit.
154 MERCURE
La Maifon de Bourbon-
Malaufe defcend de Charles ,
bâtard de Bourbon , Vicomte
de Lavedan , Seigneur de Malaufe
, Sénéchal de Touloufe
& d'Alby , qui eſtoir fils de Jean
II. du nom , Duc de Bourbon,
Connérable de France , fous
Louis XI. qui étant mort fans
laiffer de pofterité legitime , la
fucceffion de la Maiſon aînée
de Bourbon paffa au bon Pierre
de Bourbon , Comte de
Beaujeu , frere de ce Connétable
, gendre de Louis XI. &
pere de Sufanne , Ducheffe de
Bourbon , femme du celebre
GALANT 155
Charles , Connétable de Bourbon
, qui fut tué au fac de
Rome , & dont l'Hiftoire eft
connuë de tout le monde.
, ayant
Monfieur le Prince de Maubec
, fecond fils de Monfieur
le Prince d'Harcour
efté attaqué de la diffenterie ,
en eft mort à Guaftalla . Alfonfe
de Lorraine, Prince d'Harcour
a cu trois fils de Dame
Françoife de Brancas , fille de
Charles , Comte de Brancas
Chevalier d'honneur de la feuë
Reine Anne d'Autriche , & de
Sufanne de Garnier fa femme :
Monfieur le Comte d'Harcour,
cy-devant Abbé de Graffe , qui
156 MERCURE
a époufé Mlle de Montjeu .
Monfieur le Prince de Maubec
qui vient de mourir , qui avoit
déja fait voir, en plufieurs occafions
, qu'il eftoit digne de l'illuftre
nom qu'il portoit;il commandoit
un Regiment d'Infanterie,
à la tefte duquel il a donné
de frequentes marques de fa valeur
au fiege de Turin . Le troifiéme
eftoit feu Monfieur le
Comte de Montlaur , mort en
Allemagne , il y a environ deux
ans . Monfieur le Prince d'Harcour,
pere de celuy dont je vous
apprens la mort eft fils de
François de Lorraine , Comte
d'Harcour , & d'Anne , Com-
,
GALANT
157.
tèffe de Montlaur , fille d'Henry-
François- Alfonfe d'Ornano,
St de
Mazargues
premier
Ecuyer de feu Gaſton de France
, Duc d'Orleans , frere du
Maréchal Jean-Baptifte d'Ornano
, Chevalier des Ordres du
Roy , qui mourut au Chafteau.
de Vincennes en 1626. & fils
d'Alfonfe d'Ornano , General
des Corfes , Chevalier des Or
dres du Roy , & Maréchal de
France. Ce dernier étoit fils du
celebre Sampietro Baſtelica, &
de Vannina , Dame d'Ornano.
Sampietro Baftelica étoit Corfe
de nation ; il avoit efté élevé
158 MERCURE
dans la maifon du Cardinal
Hyppolite de Medicis , neveu
de Clement VII . Il paffa pour
un des plus grands Capitaines
du feiziéme fiecle , & pour un
des plus redoutables adverfaires
des Genois. Il s'établit en France
fous les Rois François II . &
Henry II . fon pere : mais la
mort de fa femme, qu'il foupçonna
de vouloir fe retirer à
Genes , fit beaucoup de tort à
fa memoire ; les circonftances
de cette mort font fingulieres.
Sampietro mena Vannina à
Marſeille , & luy dit froidement
qu'elle devoit fe préparer
GALANT 159
à mourir ; cette Dame s'y dif
pofa avec courage , & demanda
, pour toute grace , à fon
mary , que puifque jamais autre
homme que luy ne l'avoit
touchée , elle pût auffi avoir le
mefme avantage à ce moment,
& mourir de fa main. Sampietro
mit un genou en terre,
l'appella fa Maiftreffe , luy demanda
pardon , & enfuite l'étrangla
avec une ferviette .
François , Comte d'Harcour
ayeul du Prince qui vient de
mourir , étoit troifiéme fils de
Charles de Lorraine II.du nom ,
Duc d'Elbeuf , Pair de France,
Chevalier des Ordres du Roy,
160 MERCURE
Gouverneur de Picardie , & de
Catherine-Henriette, legitimée
*
de France , fille du Roy Henry
IV. & de la belle Gabrielle
d'Etrées , Ducheffe de Beaufort.
C'eft en fa perfonne que
s'eft formée la branche de
Lorraine qui porte aujourd'huy
le nom d'Harcour. Le Comté
d'Harcour entra dans la mai- .
fon de Lorraine- Elbeuf , par le
mariage de René de Lorraine ,
Marquis d'Elbeuf, Chevalier des
Ordres du Roy, feptiéme fils de
Claude Lorraine - Guife , avec
Loüife de Rieux , Comteffe
d'Harcour ,fille de Claude I.Sire
deRieux, & de Suſanne de BourGALANT
161
1.
bon, fa feconde femme .Charles
de Lorraine leur fils aîné fut le
premier Duc d'Elbeuf; il époufa
Marguerite Chabot , &c .
M N ... de Riccé , Seigneur
de Loife & de Cornaton , eft
mort dans fes Terres auprés de
Mâcon , où il s'étoit retiré depuis
quelques années , aprésavoir
fait plufieurs Campagnes, dans
lefquelles il s'étoit diftingué.
Il s'étoit attiré l'eftime & la confideration
de toute la Nobleffe
de la Breffe & du Mâconois. Il
laiffe de feue Dame N. de Belleriant,
fon époufe,d'une des meilleures
maifons du Chatollois
Septembre 1706. O
162 MERCURE
Mr de Riccé, qui a commandé
l'Arriere - ban de Breffe & de
Bugey, & qui avoit fervy auparavant
dans le Regiment étranger
de Thoy ; entre plufieurs.
enfans qu'il a de Dame Marie
de Baret , il y a une Chanoineffe
de Neuville en Breffe . Mr
de Loife laiffe encore un fils
Capitaine dans le Regiment
d'Albaret, qui portoit auparavant
le nom de Thoy ; un fils
de l'Ordre de S. François , de la
grande Obfervance; & une fille
Chanoineffe de Neuville. Il
avoit eu un autre fils , mort Capitaine
dans le Regiment d'AnGALANT
163
goumois , & une fille morte
Chanoineffe de Neuville . Mr
de Loife qui vient de mourir
étoit fils de Mr David deRicce,
Seigneur de Cornaton ,de Loife
& del'Eſpiney, qui fut élevéPage
de la grande Ecurie du Roy , &
qui , aprés avoir fervi plufieurs
Campagnes , fut Maréchal des
Logis de la Nobleffe de Breffe
au voyage deLorraine en 1635.
& de Dame Antoinette de Candie
, Dame de Loife , fille de
Jean - François de Candie ,
Ecuyer Seigneur de Loiſe , &
de Dame Marie de Becerel , de
la mefme maifon que feu Mr
•
Oij
164 MERCURE
le Doyen de Saint Jean de Lyon.
David de Riccé laiffa encore
deux filles : Marie de Riccé ,
époufe de M N.……. de Louverot
, Baron du Pin , en Franche-
Comté , qui a laiffé Mr le
Baron du Pin ; Mr le Chevalier
du Pin , de l'Ordre de Malthe;
& Mr l'Abbé de Louverot ,
Religieux de l'Abbaye de Saint
Claude. David de Riccé étoit
fils de Marc Marie de Riccé ,
EcuyerSeigneurdeCornaton, de
la Moutonniere ,de la Berruyere
& de l'Efpincy, qui fut Capitaine
d'une Compagnie de gens de
pied au Regiment du Marquis
GALANT 165
d'Etrefort ; puis Cornete de la
Compagnie des Gendarmes du
Seigneur de Balançon pour Sa
Majefté Catholique ; & enfin
Lieutenant - Colonel pour le
Duc de Savoye , au Regiment
d'Infanterie du Seigneur d'Attigna
; & de Dame Jeanne de
Pollia , fille de Pierre de Pollia ,
ChevalierSeigneur de l'Eſpiney,
& de Claudine de la Beyviere.
Marc-Marie de Riccé eut auffi
un fils, qui fit une branche , cefut
Chriſtophle de Riccé , Seigneur
de la Moutonniere & de la
Berruyere, qui fit le voyage de
Lorraine en 1635. avec la No
166 MERCURE
bleffe de Breffe : De Loüife de
Seyturier , fon épouſe , fille de
Jacques de Seyturier , Seigneur
de Serrieres & de Lyonnieres ,
d'une des meilleures & des plus
anciennes maifons de Breffe ,
qui s'eft alliée , depuis quelques.
années, avec celle d'Egmont en
Flandres , il laiffa Charles-Emmanuel
de Riccé , qui fut tué
Capitaine de Cavalerie dans le
Regiment de Montrevel en
1668. & plufieurs filles Religieufes.
Charles - Emmanuel
de Riccé n'a laiffé qu'une fille
unique de Dane N ... de Blancheville
, fon épouſe , fille de
GALANT 167
feu Mr de Blancheville , Premier
Prefident au Senat de Savoye ,
& niece de feu Mr le Comte de
Blancheville, Chevalier de l'Ordre
de Savoye , & Colonel General
de la Cavalerie de Monfieur
le Duc de Savoye. Cette
fille eft Claudine - Françoife
de Riccé, époufe de Jofeph Anthelme
de Tricaud , Ecuyer
Seigneur de Belmond & de la
Moutonniere.
La maison de Riccé eft une
ancienne maiſon de Piémont ,
fortie des Seigneurs de Celeringue
, au Comté d'Aſt . Jean de
Riccé, Seigneur de Celeringue,
168 MERCURE
mourut en 1550. & de Barthelemie
de Sobri , fa femme ,
il laiffa quatre enfans , qui furent
tous diftinguez par leurs
employs . André , qui eſtoir
l'aîné , s'eftant retiré dans le
Comté de Bourgogne , il eut
de Marie de la Tournelle, fon
épouſe , Marc- Marie de Riccé.
Mes lettres n'eftant compofées
que de portraits qui reprefentent
au naturel ce qui
fe fait tous les jours dans le
monde , où l'on paffe continuellement
de la joye à la douleur,
& de la douleur à la joye ,
les.
GALANT 169
les articles de morts que vous
venez de lire , peuvent eftre
fuivis de la Chanfon que je
vous envoye. Elle eft de Mr
Charles , dont les Airs ont eu
l'avantage de vous plaire.
AIR NOUVEAU.
Vous partez , belle Clymene ;
Je ne verray plus vos yeux :
Que je vais fouffrir de peine !
Que tout va m'eftre ennuyeux !
2
Moy , qui fus toujours rebelle ,
Dois - je expirer fous vos coups ?
Ah ! je vois bien , cruelle ,
Septembre 1706. P
170 MERCURE
Qu'il faudra mourir pour vous.
S
Helas ! malgré vôtre haine ,
Que je ferois des jaloux ,
Si je pouvois , inhumaine ,
Expirer à vos genoux !
Quoique je ne parle tous les
mois qu'aprés trente Gazettes
imprimées , & autant de Manufcrits
; je ne laiffe pas de me
donnner tant de mouvemens , &
de prendre tant de foins , que
je ne vous envoye aucun des ar
ticles confiderables , déja rapportez
par tous ces écrits , qu'avec
tant d'augmentations & de
circonftances importantes
, que
l'on ne peut dire que l'on a déja
vû ce que ces articles contienGALANT
171
nent , quoique les nouvelles
dont il s'agit , ayent déja eſté
rendues publiques . Je vous ay
promis un Journal de tout ce
qui s'eft paffé pendant le fiege
de Menin ; je tiens ma parole :
& ce que je vous envoye devant
eftre regardé comme un tresbeau
morceau d'hiftoire , dont
on n'a point encore eu connoiffance
, pourroit , dans un an , paffer
pour une nouveauté tres- curieufe
, fi je ne vous l'envoyois
que dans ce temps - là .
Pij
172 MERCURE
**********************
JOURNAL
DU SIEGE
DE MENIN.
Le 22. Juillet les Ennemis
vinrent camper , au nombre de
32. Bataillons , à Leaw .
Le 23. ils en décamperent
pour inveftir la Place , depuis ledit
lieu jufqu'à Wervick , avec
de la Cavalerie , qui leur venoit
de leurs derrieres . Le meſme
jour, à 7.
heures du matin , ils firent
conftruire deux ponts fur
la Lis , à un quart de lieuë au
deffus de la Volandre ; & , environ
fur les 10. heures ,on les vit
1
GALANT
173
•
7
paffer fur lesdits ponts , pour inveftir
la place , entre Wevelghem
& Wervick . Comme le
pays eft fort couvert par tout ,
on ne put fçavoir de tout ce
jour-là fi la place eftoit également
inveftie ; mais comme on
s'apperçût que les Ennemis s'étoient
faifis d'une partie du village
d'Halluin , & qu'ils fe retranchoient
à peu près au milieu
du village , nous envoïâmes
mettre le feu à la partie la plus
voifine de noftre ouvrage à cor
ne. On fe contenta ce jour - là
de tirer quelques coups de canon
fur des troupes , qui s'avan
çoient trop prés , & de - faire
mettre dans ledit ouvrage à corne
d'Halluin , Mr Hoocke Colonel
reformé du Regiment de
P iij
174 MERCURE
Sparr , pour commander dans ce
pofte,avec un Lieutenant -Colo
nel , & 300. hommes. Mr Jou
bert , nôtre Lieutenant de Roy,
prit poffeffion de nos dehors depuis
la porte de Courtray juf
qu'à la haute - Lis; ayant,fous fes
ordres , un Colonel , un Lieutenant
Colonel , un Commandant
de Bataillon , un Major , deux
Aydes Majors , & 850. hommes.
Mr le Marquis de Bully , Gouverneur
de la Place , fe chargea
du foin des portes & des remparts
, avec 250 , hommes .
Le 24. nous continuâmes nos
travaux de la porte de Bruges ,
& ceux de la corne d'Halluin ,
& nous vîmes du haut de la
Tour , que la Place eftoit veri
tablement inveftie , & que les
GALANT 175
Ennemis jettoient des Pomons
fur l'inondation de la haute - Lis ,
pour communiquer leurs quar
tiers . On fe contenta encore de
tirer quelques coups de canon, &
quelques coups de fufil fur des
bayeurs.
Le 25. nous vîmes arriver des
troupes nouvelles , qui ayant
voulu fe camper en plufieurs
endroits trop prés de nous , furent
obligées par noftre canon
de fe pofter plus loin . Il nous
parut qu'on travailloit à des batteries
de bombes ou de canon
dans des fonds couverts d'arbres
. Nous employafmes toute
cette journée à vider un magafin
de poudre , & à la placer fur
les remparts , ou dans les jardins ;
comme auſſi à faire travailler au
P iiij
176 MERCURE
chemin couvert de la Corner
d'Halluin & au petit ouvrage
porte de Bruges. de la
Le 26. nous continuafmes nos
travaux , nous fifmes vider les
magasins à poudre pour mettre
fur le rempart , & nous tirafmes
une cinquantaine de coups de
canon , dans toute la journée, fur
des camps avancez , & fur des
Bayeurs.
Le 27. nous continuafmes nos
travaux de la porte d'Halluin &
de celle de Bruges ; & nous obligeafmes
les ennemis , par le
moyen d'une centaine de coups
de canon , de décamper avec diligence
, pour aller s'établir plus
loin . On fit auffi brûler des maifons
qui estoient trop prés de la
porte de Courtray ; & ce fut
GALANT 1771
dans cette occafion , où le St de
S. Martin , Lieutenant dans le
Regiment d'lfenghien , alla
avec dix hommes , aprés avoir
mis le feu à deux maifons , attaquer
un pofte des ennemis , our
ily en avoit une vingtaine , qu'il
chaffa tres- valeureufement ; &
ilfe retira,fans avoir perdu perfonne.
Le 28. tout refta dans la même
fituation ; on continua les travaux
, & on tira quelques coups
de canon fur des bayeurs .
Le 29. on continua les travaux
commencez ; & fur l'avis qu'on
eut que les Ennemis tenoient
des poftes derriere deux groffes
Cenfes, à la demi - portée du canon
, on y envoya fur les neuf
heures du foir Mr de Coltan178
MERCURE
deau , Capitaine dans Saint-
Sulpice , avec cent Grenadiers :
mais n'ayant trouvé perfonne
derriere lefdites groffes Cenfes ,
il rentra dans la Place , aprés en
avoir brûlé une..
Le 30. Mr de Vallory Lieutenant
d'Artillerie , fe jetta dans
la Place . On acheva le travail
d'Halluin & de Bruges , & on
continua celuy des glacis & des
banquettes .
Le 31. les Ennemis s'eftant
embufquez , au nombre de 200 .
hommes , pour enlever 50. des
noftres qui alloient reprendre
leur pofte de jour, fur le chemin
de Courtray, furent découverts ;
on leur tirá quelques coups de
canon, & quelques coups de fufils
, qui les obligerent de fe reGALANT
179:
&
tirer diligemment, avec perte de
deux des leurs. On tira beaucoup
de canon fur la Cavalerie ,
& les Chariots qui portoient des
fafcines en differens endroits.
Le 1. Aouft,on s'apperçut que
les ennemis travailloient le long
du ruiffeau de Guelves , dans
un ravin couvert d'arbres & de
maifons . On les envoya reconnoiftre
, & fur les differents avis
qu'on eut qu'il y avoit en ce lieu
environ deux cens hommes , on
Y tira du canon pendant quatre
ou cinq heures , croyant que par
ce moyen on les obligeroit à
quitter ledit pofte ; mais comme
on s'apperçut que le canon ne
faifoit pas un grand effet ,
caufe d'un grand ravin prefque
parallele à la Place, dans lequel
à
180 MERCURE
les ennemis étoient , on refolut
de les en chaffer de vive force.
avec fix-vingts Grenadiers , &
cent Dragons à pied , dont la
moitié fortit par la porte d'Y- .
pres,& l'autre par celle de Bruges
, aux ordres de Mr Sluze ,
Capitaine de Grenadiers du fecond
Bataillon de Sparr , & de
Mr de la Haute - Touche, Capitaine
de Dragons du Regiment
de Bretagne. Ils avoient avec
eux Mrs d'Hervy, Capitaine des
Grenadiers de Bouflers , & de
Rofmorduc , Capitaine de Dra.
gons; pour Subalternes d'Infanterie
& deDragons , Mrs de Bilh--
ftein , Konniges , d'Alicourt , le
Chevalier du Four, de Neupont,
de Belleville , des Fontaines & de
Ville-Colin. Tout cela fortit de
GALANT 181
•
la place par les deux portes cydeffus
nommées , environ ſur les
fix heures du foir ; & aprés qu'on
eut bien fait garnir le chemin
couvert, & ordonné à nos batteries
de fe tenir preftes pour favorifer
la retraite de nos gens ,
en cas de befoin . Outre ces deux
détachemens, un pofte que nous
avions à un moulin , fur le chemin
de Bruges , commandé par
Mr Humieres , Lieutenant dans
Heffy , paffa le ruiffeau fur une
poutre , avec trente hommes .
Ces trois détachemens partirent
en mefme temps , n'allant que
le petit pas , jufques au pofte des
ennemis , dont ils effuyerent la
décharge , fans en faire de leur
cofté que lorfqu'ils furent à une
portée de pistolet ; mais a182
MERCURE
lors le feu de nos gens renverfa
les ennemis , qui fe retirerent en
diligence . On les fuivit vigoureufement
; & aprés avoir effuyé
une feconde décharge d'eux , on
mit le feu à plufieurs maifons ,
& on fe retira , fans aucune per .
te , excepté de deux Grenadiers
& d'un Dragon , qui furent bleffez
legerement . On eftima , par
le feu des ennemis , qu'ils étoient
auffi forts que nous. Cette attaque
donna l'allarme à toute l'armée
; les Piquets s'avancerent :
& pour lors nôtre artillerie fut fi
bien fervie , qu'il y a bien de
l'apparence qu'elle fit un grand
effet . Cette action , quoique petite
, fut faite fi à propos , & fi
bien conduite par les deux Commandans
, que toute la GarniGALANY
183
V
fon fut perfuadée , qu'on réuffiroit
dans tout ce qu'on entreprendroit.
Le 2 on s'apperçut que les
Camps des ennemis étoient fort
incommodez du canon, & qu'ils
travailloient à faire des épaulemens
pour fe couvrir ; ce qui
nous obligea à tirer un peu plus
de canon , que les jours précedents.
,
Le 3 , on s'apperçut , fur les fix
heures du foir , que les ennemis
Le préparoient à faire quelque
grand travail ; ce qui nous obligea
à faire fortir plufieurs troupes
de Grenadiers , pour aller
écouter à trois cens pas du glacis
fi on n'entendoit pas travailler.
Il y eut quelques - uns de ces
détachements qui s'étant trop
JE
184 MERCURE
>
avancez prés d'un pofte des en:
nemis , effuyerent une décharge
d'une vintaine de coups de fufils
dont un Grenadier fut
bleffé mortellement. Tout fut
tranquille jufqu'à "minuit ; mais
depuis cette heure - là , juſqu'au
jour , on entendit remuer de la
terre , fans qu'on puft penetrer
en quel endroit , ny faire feu
par confequent pour empefcher
ce travail . D'abord qu'il fit un
peu clair , qui étoit le 4 .
à trois
heures du matin , on reconnut
un boyau affez long , qui étoit
feparé de nous par une longue
Aaque d'eau , & qui ne pouvoit
eftre d'autre utilité que pour
l'établiſſement de quelques bat.
reries de bombes ou de canons .
Le mefme jour , fur les fix
GALANT 185
heures du foir , on vit beaucoup
de Cavalerie & d'Infanterie paffer
fur le Pont de la Baffe - Lis ,
pour fortifier le quartier , qui
eftoit entre le ruiffeau de Guelves
& la haute - Lis . Sur les dix
heures & demie du foir, nos Grenadiers
qui estoient à deux cens
pas du glacis , nous rapporterent
que les ennemis ouvroient la
tranchée , & qu'ils avoient effuyé
plufieurs décharges des
détachemens qui foûtenoient les
travailleurs ; on commença dans
ce moment à faire un grand feu
de moufqueterie & de canon, qui
dura jufqu'au jour . Monfieur le
Prince d'Ifenghien eftoit Brigadier
de jour , & Mr. de Bouflers
- Remiencourt , auffi en qua
lité de Colonel ..
Septembre 1706. Q
186 MERCURE
Le 5 . à la
petite
pointe
du
jour
, on
découvrit
une
ligne
parallele
que
les
ennemis
avoient
faite
entre
la petite
inondation
,
prés
de
la
Lis
&
le
ruiffeau
de
Guelves
, qui
coule
dans
un
valon
,.
dans
lequel
ceux
de
la
place
he
peuvent
voir
en
aucune
maniere
,
non
plus
que
du
cofté
de
la
Lis
,
parce
que
ce
lieu
eft
plein
d'arbres
; de
hayes
&
de
maifons
, enforte
que
les
2.
queuës
de
tranchée
, par
la
droite
& par
la
gausche
, étoient
abfolument
à couvert
: ce
qui
donna
la facilité
aux
Ennemis
de
faire
leur
parallele
affez
prés
de
la
Place
, principalement
dans
le
centre
qui
n'étoit
qu'à
150.
toiles
de
nôtre
palliffade
. Ce
qui
nous
donna
envie
cette
de faire une entreprife
GALANT 187
partie de ligne. On commanda
pour cet effet 600 , hommes
dont ily avoit 400. Grenadiers ,
Dragons ou Fufilliers , & 200 .
travailleurs , avec des outils pour
combler la tranchée , au cas qu'
elle fût gardée par peu de monde
, & que l'affaire le tournaſt
heureuſement de noftre coſté.
On donna ordre à ces détachemens
de profiter de l'occafion ,
& de fe retirer diligemment
, au
cas qu'ils viffent paroiftre un
grand nombre de troupes . Nôtre
chemin couvert fut tres - bien
garnys la garniſon occupa les
demy- lunes & les remparts , &
noftre Artillerie eut ordre de:
faire grand feu , d'abord que nos
gens prendroient le party de la
retraite, Tout cela fut tres -bien
2
Qij
188 MERCURE
executé, environ une heure aprés
midy que nos détachemens fortirent,
par deux endroits differents
; mais lors qu'ils approcherent
les deux endroits de la
- parallele qu'on avoit refolu de
combler , nous vîmes fortir de
ladite parallele, ou des fonds que
nous ne pouvions voir , environ
sooo, hommes qui firent fi grand
feu fur nos gens , qu'ils prirent
le party de la retraite , ainfiens
qu'on leur avoit ordonné. Les
Ennemis effuyerent un fi grand
feu pendant une heure de nôtre
chemin couvert & de noſtre canon
, qu'il n'eft pas poffible qu'-
ils n'ayent perdu beaucoup de
monde. De noftre part , il nous
en coûte un Capitaine de Grenadiers,
tué ; trois Capitaines &
GALANT 189
fept Officiers , bleffez ; trente
foldats morts , & ros . de bleffez
Mr. de Beuzeval releva
Manfieur le Prince d'Ifenghien,,
à l'heure de la garde , & fit faire
un feu épouventable pendant
toute la nuit .
Le 6. nous reconnûmes , à la
pointe du jour, que les Ennemis.
n'avoient travaillé toute la nuit.
qu'à élargir leur tranchée , & à
faire des batteries , fur lefquelles
nous filmes un grand feu de
Canon & de Bombes . Nous continuâmes
le travail de trois mines
fur le glacis , & nous filmes
doubler les palliffades de nos
places d'armes , les bataillons
s'établirent felon leur rang d'ancienneté,
le long du rempart, où
ils travaillerent à fe mettre à l'a
3
190 MERCURE
bry des Bombes . Nous avions
placé toutes les poudres le long
des remparts ; nous filmes tranf
porter ce jour- là toutes celles
qui étoient du cofté de l'attaque.
Sur les trois heures aprés
midy, nous filmes fortir deux pelotons
de so . Grenadiers chacun ,
avec ordre de ne s'avancer qu'à
dix pas de la palliffade , & de fe
retirer d'abord que les Ennemis.
fe découvriroient ; afin que s'ils
étoient affez mal- habiles que de
fortir de leur tranchée , prenant
noftre feinte pour une veritable
fortie , nous puffions leur faire )
effuyer le feu de tout noftre Canon
que nous avions braqué exprés
& de tout celuy de noftre
chemin couvert . L'affaire réüſfit
, comme nous nous l'eftions
GALANT 19T
"
propofe. Il parut fur le revers
de leur tranchée environ 4. ou
5000. hommes qui firent d'abord
un fi grand feu , que la fumée
les empêchant de voir que nos.
pelotons fe retiroient , nous,
donna occafion de leur faire ef
fuyer , pendant un gros quart
d'heure , tout noftre feu ; & tous
les piquets de l'armée qui vinrent
en diligence au fecours de
la tranchée , furent parfaitesment
bien canonnez . Nous n'eufmes
dans cette petite affaire que
sdeux Grenadiers bleffez legeresment
; & felon les apparences.
les Ennemis firent une perte af
fez confiderable :
Ce mefme jour à dix heures
du foir , aprés avoir fait le feu
ordinaire du chemin couvert,
192 MUADORE
2015005
de
-on fe form pattes , barrieres
zune douzaine de petits deta
schentons , quiafferent faire leur
décharge fur les travailleurs des
ennemis on fit des fignaux
comme on avoid
adeffeins : ce qui perfuada tellemont
les ennemis qu'ils aflorent
tre attaquez par un grand
Corps , qu'ils fortirent de leur
tranchée , & firent un feu pendantun
quart d'heure , qui nous
parut eftre de cinq ou fix mille
hommes! Pendant tout ce te temps
là , noltre canon & noftre chemincouvert
firent 2387621 un feu
continuel . Il n'eft pas poffible de
fçavoir fi on leur tuabell beaucoup
de monde ; mais il y a bien de
l'apparence que les travaux des
annemis furent interrompus .
Sop Le
GALANT 193
Lez , nous reconnumes, d'abord
qu'il fut jour , que les
ennemis n'avoient travaillé
toute la nuit qu'à élargir leur
parallele , & à perfectionner
trois batteries de canon ou de
bombes. Le reste de la journée
fe pafla à efcarmoucher de part
& d'autre ; & on recommença
le
feu du chemin couvert, d'abord
que la nuit parut.
Le 8. nous ne vîmes d'autre.
changement aux travaux des
ennemis , que celuy de leurs
batteries , qui nous parurent
plus avancées, & dans lefquelles
on voyoit continuellement porter
des madriers pour les plates
formes . Nous nous appliquafmes
tout le jour à jetter des bom.
bes dans lefdites batteries , & à
Septembre 1706. R
194 MERCURE
29 3911013
faire ouvrir des embrafures en
differens endroits de noftre rem
part pour placer noſtre canon,
Comme on fut averti ce jourlà
qu'il yyaavoit beaucoup de
murmure parmi les Soldats , fur
ce qu'ils ne pouvoient vivre
de la fubfiftance qu'on leur
donnoit , on fe crut obligé de
Jeur faire fournir une livre de
Vande par jour à chacun ; les
Officiers ayant affuré que vers
la fin du Siege , les Soldats fe
contenteroient du feul pain de
munition & de l'eau faute de
bierre , dont nous n'avons jaeu
qu'une tres - petite
mais
quantité
.
Le im a trois heures du matin ,
le canon des ennemis commenaça
à tirer de la ligne parallele ,
GALANT
195
C
avec 40. pieces de canon , & 40 .
mortiers ; ( mais nous fçümes
depuis qu'au lieu de 40. pieces
de canon , ils en avoient 140.
& fur les dix heures , la maçon
nerie de la Place eftant mauvaife
, il y eut une brèche au
7 bastion des
Capucins , entre les
deux demi- lunes , de huit toifes
de large . On jetta
quantité de
bombes , une infinité de doubles
grenades &
plufieurs
carcaffes ,
qui
mirent le feu à
quelques
maifons de la Ville , à celle du
Gouvernement l'Hôtel de
Ville , & firent fauter une des
mines qu
que nous avions fait conftruire
fur le glacis . Ce fea devint
fi terrible depuis l'apréfmidy
jufqu'à la nuit , que tous nos
< meilleurs Officiers & Soldats
Rij
196 MERCURE
qui ont vu les Sieges de Rey
ferwert & de Landau, en parup
rendeétonnez. La diſtribution de
hos vivres cella , nos Bräfferies
& nos Boucheries furent bra
iles , & nos Soldats Charpen
tiers, qui travailloient à des ou
vrages
radesoncommencez dans des
principales places de nos chemins
, ne pouvant foûtenir undi
grand feu de bombes , abandonnerent
leur travail ; nos canonniers
& bombardiers ne pûreht
plus tirer , parce que leurs plateformes
eftoient abfolument ruinées
: & en trois ou quatre heuros
de temps , plus de la moitié
de la Ville fur brûlée le même
jour. Cet épouvantable feu continua
avec la mêmeviolence jufqu'à
la nuit aprés quoyiborgda
ju A
HGADANM 197
S
upi grand filence de leur côté,
qua cela nous fic croire que s'en
abic pour mieux cacher leur tra
vaik Pour dors noftre chemin
couvert.qui n'avoit fait qu'efcarmoucher
pendant la journée ,
commença à faire un grand feu,
qui dura toute la nuit , nos bom
bes , & noftre artillerie qu'on
avoit placée en differens endroits
pendant le jour , continua
à faire fon effet pendant le refte
de la
nuit.sibadred & 3rgia
Leonous reconnumes, à la
pointe du jour, que les ennemis
avoient avancé un travail , le
long de la Lis , que nous jugea
smes eftre le commencement d'yne
feconde parallele , nous v
mes même jetter de la terre tout
&le jour en cet endroit -là , fans
Riij
198 MERCURE
qu'il nous faft poffible en aucune
maniere d'y apporter nul empê
chemento, le feu continuel de
leur artillerie eftant fi terrible,
qu'on ne put tirer aucun coup
de canon ny de moufquet , fans
eftre accablé dans l'inſtant par
100 Coups de canon , & autant
de bombes , dont une eftant tome
bée dans la riviere prés de nôtre
telufe,qui forme la grande inons
dation , rompit une poutrelle au
fonds de l'eau : ce qui nous obligea
apour empêcher que nos
blancheries , où eftoient la plus.
grande partie de nos poudres ,
ne fuffent inondées , d'ouvrir
promptement nos éclufes , du
moulin & du baffin , avec intention
de reparer , s'il eftoit poffible
, pendant la nuit , nele poummA
犬
THEQUE
DE
GALANT
vant faire pendant le jour
dommage que nous avoit faire
cente bombe, Nous reconnumes
encore avec bien du déplaifir y
que la bréche du bastion des
Capucins étoit de trente toife's
de dargel , & que les Ennemis
S'attachant à l'ouvrage qui cou
vre l'Eclufe , ils pouvoient fa
cilement fe rendre maiftres du
chemin couvert , qui eſt de ce
cofté- là , & faire bréche audit
ouvrage, en dix ou douze heures
de temps , fans qu'il fuft en au
cune maniere en noftre pouvoir
de l'empêcher , la face dudit
ouvrage n'eftant nullement dé
fendue d'aucun endroit. Ce qui
nous fit regarder la bréche du
baftion des Capucins , comme
une chofe stres confiderablet
Riiij
200 MERCURE
parce que l'ouvrage qui couvreu
Eclufe , cftant une fois pris , il a
ne nous reftoit, aucun moyen ɔ
d'empêcher les Ennemis de nous
prendre d'affaut par ladite bré- parla
che , derriere laquelle il n'efts
pas poffible de faire des retrano 3
chemens parce que le baltie le baſtion 1
eft creux , & que la gorge vaid
tomber dans le jardin des Casi
pucins qui a plus de fix toifes i
de pente depuis le parapet. Outre
ce fujet d'inquietude , nous
eûmes encore celle de voir une
grande brèche fe former au baftion
d'Ypres ; & pour remedier
à tout cela , autant qu'il nous b
fut poffible , nous commandâ - d
mes cent travailleurs pour en-up
lever pendant la nuit le décom I
ble de ces deux bréches . C'étoitos
TALANM 201
1
une ficuation
allez exeo plz q extraordi
naire que la noftre ; noſtre Place
eftoit fort enterrée
, les Ennemis
ne nous tiroient
que de leur
premiere
parallele
, & nous
eftions
encore
les maiftres
de
tous nos ouvrages
. Cependant
l'artillerie
des Ennemis
eftoit f
bien fervie , que leurs bombes
leurs canons
& leurs aubus ne
laifoient
pas de faire brèche
aux endroits
mefme
qu'ils ne
voyoient
pas toute fortie nous
eftoit interdite
, ayant affaire à
une parallele
qui contenoit
plus
de monde
que nous n'en avions
dans noftre Garnifon
. Il retomba
une feconde
bombe fur le foin
qui acheva
de rompre
noftre
Eclufe
, l'artillerie
des Ennemis
d
continua
avec une fureur éton
202 MERCURE
nante jufques à huit heures du
foir , qui fut la derniere décharge
du canon . Les bombes ne fi
nirent point de toute la nuit
on en jetta trente & quarante a
la fois dans tous nos ouvrages ,
& dans toute la Ville . Noſtre
chemin couvert commença fon
feu de bonne heure , qui fut
toujours tres-grand, depuis que
la tranchée fut ouverte. Sur les
neuf heures du foir , on fit ſortir
du chemin couvert, par la droite
& par la gauche , cinquante
hommes de chaque coſté , qui
allerent faire leur décharge ſur
les travailleurs des Ennemis ,
cès détachemens rentrerent
dans le chemin couvert après
avoir tiré : & ce fut alors qu'on
fir uns feu pendant un quare
GALANT 203
d'heure qui fut affezoviolent
Let, nous reconnufmes une
feconde parallele, qui ,par le milieu
, à peu prés , n'étoit qu'à
quarante toifes de l'angle faillant
de la demi- lune d'Ypres . Nous
aurions bien entrepris quelque
chofe fur ce nouveau travail , fi
la chofe avoit efté poffible ; mais
Heftoit foûtenu de la premiere
parallele , derriere laquelle il y
avoit cent pieces de canon , &
foixantemortiers ou aubus. Toute
cette artillerie commença
fon feu ordinaire dés la pointe
du jour , & continuant toûjours
avec la même fureur , nous em
pêcha de faire travailler au décomble
des deux bréches , qui
étoient tellement battuës de
toutes manieres , qu'il n'étoit
204 MERCURE
pas poffible qu'un
travailler
un ma tommo y put
fans eftre
tué. Noftre inondation ſetrðu?
va baiſſée le matin de feize pous
ces , & par conféquent nous ju
geâmes que dans vingt-quatre
heures la riviere fe trouveroit
dans fon état naturel . Comme
nous jugeâmes qu'il étoit abfor
Jument neceffaire de rendre
noftre bréche impraticable, nous
y envoyâmes far les onze heu¶
res du matin foixante hommes
de bonne volonté pour en ofter
les décomble ; promettant une
piftolle à chaque foldat pour ce
travail. Il fut commencé & continué
avec fuccés pendant une
heure ; mais enfin comme l'artilleric
continuoit toûjours à
battre la bréchellquil tomba
GALANT 205
tour d'un coop une fi grande
quantité de maçonnerie , que
cing ou fix foldats ſe trouvant
accablez , de reſte ne pouvant
Yetenir plus long- temps , fe
retira , avec promeffe d'y tra
vailler pendant toute la nuit .
Le reste du jour les Ennemis
Poufferent une fape droit à l'an
gle faillant du chemin couvert,
qui eft devant la demi- lune d'Ypres
; nous jugeâmes que c'étoit
pour éventer une de nos mines
que nous avions en cet endroit,
ourpour faire à la demie fape
une parallele au pied de noftre
glacis.
Le 12. nous reconnûmes que
ladite fape eftoit un boyau qui
alloit jufqu'à la Lys à dix toifes
du chemin couvert de l'ou
206 MERCURE
C
C
4
rage neuf qui couvre l'eclufe ;
nous vifmes en mefme- temps un
autre boyau qui s'étendoit du
cofté de la demie lune de la
poterne : & qu'infenfiblement
travaillant à la demie Tape en
differents endroits , nos angles
faillans eftoient endanger
d'eftre gagnez par les ennemis,
& par confequent dans peu tout
noftre chemin couvert, ne pouwant
y porter d'autre empêchement
que par noftre feu. Le
dits boyaux eftant foûtenus par
la parallele & une ligne toute
entiere d'artillerie , nous jugeâmes
qu'il falloit neceffairement
chaffer les ennemis de
quelqu'un de ces endroits . Pour
cet effet, nous choifîmes celuy
qui cftair le plus prés de la
#GALANT 207
1
!
Lis & à dix heures du foir,
nous filmes fortir deux cens Grenadiers
, foutenus par cens dragons
, qui entrerent dans la
tranchée, renverferent ce qu'ils
trouverent ,& nous rapporterent
mefme quatre Gabions . Nous
filmes diverfion vis- à - vis la porte
d'Ypres, avec cent hommes qui
firent une fauffe fortie , cela
nous réuffit heureufement, fans
qu'il nous en coûtaft que dix
hommes, tant tuez que bleffez.
On travailla pendant la nuit à
Que sondécomble des deux
bréches, & à former un parapet
de fafcines fur le haut de
la bréche des Capucins. Ce
fut ce foir- là que nous reçûmes
un billet de Monfieur de Vendofme
, en réponse à trois des
le
込
(208 MERCURE
Snotres; covbillet portoit que
L'Armée ne pouvoit reftie affemblée
que la abrique nous aimlions Vė
plus long-temps que nous pourrions ,
arou qu'on feroits tour xequi feroit
-poſſible pour nous fecontit. Cependant
il y avoit une de nos deux
-bréches qui contenoit toute la
face d'un baftion , qui commençoit
à eſtre pratiquable; & l'autre
la devenoit , à meſure qu'on
tiroit. La feconde parallele , qui
eftoit au pied de noftre glacis ,
fe perfectionnoit à tous momens ;
il ne nous reftoit qu'environ
trois cens moufquets , tous les
nautres eftant crevez ou rompus .
Nous avions raffemblé tous les
Jarmuriers de la Ville & des
troupes ; mais tout cela ne ponvoit
fuffire pour, raccommoder
Dopt andurban 2
NGUDAUN 209
3
amputice: qu'iloidvoi de câffé
spendaordinaire
ecce fiewin
engagend faire fortirda nuie qu
My Turcq Capitaine du
Regiment de Sparn , qui voulut
bien fe charger decette commifxfiontopour
andrevun icompre
Verbalas Manfieur de Vendor-
-marde l'eftat , de toutes chofes.
-un Le 13. au matin , le bout du
otravail que nous avions reniverfés
pendant la nuit , fe troa-
Mastaccommodé
par les enne-
¿missio & alerefte du jour , ilsle
apoufferent jufqu'à da riviere ,
& travaillerent à perfectionner
cotte derniere parallele , qui en
abeaucoup d'endroits & n'eftoit
& qu'à douze toifes de nos pallifdades.
La face de noftre ouvrage
1 neuf du cotté de la riviere fut
Septembre 1706.
S
210 MERCURE
battuë en brèche ce jour - là par
feize pieces de canon ; & nous
ne pumes faire autre choſe que
de faire travailler au décomble
de nos brèches , & à ouvrir
des embrafures , dans tous les
lieux où nous crûmes qu'elles
pourroient nous eftre neceffaires
.
500
ily
' dmala'e
Le 14, nous vîmes, à la pointe
du jour que la tefte de la fape
s'avançoit infenfiblement à l'angle
faillant du chemin couvert,
de l'ouvrage neuf, & , environ
fur les trois heures après - midy ,
ils avoient placé quelques gabions,
à fix toifes de noftre palliffade
; mais on leur fit un fi
grand feu de grenades & de
moufquets , qu'ils furent obligez
de difcontinuer leur travail
BGEARLPAANNYY 211
Wolter73910 09 303154
II
255634 9315
pendant quelques heures .
nous vint ce jour- là un Lieutenant
du Regiment de Saint Sulpice
nommé Ternonay , qui
pice
eftoit parti là veille pour aller
rendre compte à Monfieur da
Vendôméé ddee l'eftat de la Place.
Il nous rapporta que l'Armée
s'affembleroit le dix - huit der
riere la Deule , & que les affai-
, &
res d'Efpagne & du fiege de Turin
alloient parfaitement biens,
ce qui nous fit grand plaifir . Les
Ennemis firent un feu continuel
de bombes , de pierres & de gre
nades dans le chemin couvert
pendant toute la journée. Ils
ne cefferent pas non plus de bartre
Hent
en
brèches
la face de l'ouvrage neuf du côté
de la Lis. Nous cûmes plu-
Sij
212 MERCURE
fieurs pieces de Canon démone
tées , & nous en plaçâmes en
d'autres endroits ; nous filmes
travailler continuellement au
décomble de nos bréches, & nous
filmes faire un parapet avec des
fafcines fur le haut de celle des
Capucins. Les Ennemis ne pûrent
avancer leur fape de toute
la nuit , à caufe des feux de gaudron
, de grenades , & de coups
de fufil. Ils en firent autant de
leur cofté ; mais ils n'avancerent
leur fape que de quelques gan
bions , qu'ils poufferent du coſté
de la Lis .
xo cut sq
Le 15. nous eftant apperçus
de tout cela , nous foupçonna
mes qu'on travailloit fous terre
pour faire fauter noftre chemin
couvert. Toute la journée fe
SONDANY £ 13
3 2907
3
palla a faire un feu continuel de
canon de moufquets , & de
grenades fur les fapes ; ce qui
inquieta fi fort les Ennemis , qu'-
ils répondirent à noftre feu par
toute leur Artillerie , & continuerent
toute lå nuit à jetter un
nombre infiny de bombes , de
pierres & de grenades. 201
Le 16. à la pointe du jour
Your tou:
te l'artillerie des Ennemis fit un
feu
épouventable pendant quatre
heures § enforte qu'il n'
avoit pas un feul endroit ny dans,
le rempart , ny dans la Ville qui
ne fût exposé. C'eftoit appa
ramment pour affeurer deux ſapes
qu'on continuoit , dont l'u
ne eftoit dés le matin à quat quatre
roifes de l'angle faillant de l'ouvrage
neuf ; & l'autre, à fix tof
0
enoid
214 MERCUROR
fes de celuy du Baftion d'Ypres .
Ee terrible feu recommença à
plufieurs reprifes , & continua
prefque toute la journée. La
bréche de l'ouvrage neufdevint
eres pratiquable ; & comme
nous ne pouvions la voir par aucun
endroit , rien ne pouvoir,
empêcher les Ennemis d'y monter,
d'abord que l'Efearpe du fof
fé auroit fauté : ce qui nous fit
raiſonnablement croire qu'one
travailloit à des mines pour cela
. Mais comme de la perte del
cet ouvrage dépendoit celle
de la partie du chemin couvert ,
qui s'eftend jufqu'à a dem e - lub
ne d'Ypres , nous réfolumes de
faire tous les efforts pollibles
pour le foutenir ; nous filmes
faire des mines fous la breche
GALANT 215
& nous filmes travailler à un re
tranchement , pour couvrir un
dégré de pierre qui eft dans la
gorge, pour faciliter la retraite
de nos gens. On fit faire pen
dant toute la nuit un grand
feu de grenades & de moufquets ,
que la fape qui eftoit devant le
baltion d'Y pres ne fut avancée
que de cinq ou fix gabions ; celle
de l'angle faillant de l'ouvrage
neuf , n'avança pas davanta
ge : mais nous reconnuſmes
qu'on l'élevoit pour voir dans
noftre chemin couvert . Nous>
filmes
mes travailler pendant toute
la nuit au décomble de la brèche
de l'ouvrage neuf.
Le17.nous
reconnumes
, le
toit
ravail de ladite brèche ,
aufli peu avancé que ſi on n'y
216 MERCURE
*
avoit rien fait. Il n'en fut pas de
même de la mine & du retranchement
dudit ouvrage ; l'un &
l'autre fut achevé dans la journée
, auffi bien que les fept embrafures
que nous filmes, percer
à la courtine pour tirer dans le
dit ouvrage. Nous y fifmes pla
cer le Canon , & nous jugeâmes
pour lors que la chofe feroit
difficile aux Ennemis , lors qu'ils
entreprendroient de s'y établir .
Leur artillerie continua toujours
avec la même fureur , foit
pour démonter nos pieces , dont
ils eftoient fort incommodez ,
foit pour battre la courtine d'Ypres,
& la demie - lune de l'ouvrage
neuf.
Le 18. on remarqua que les
fapes des Ennemis eftoient per
fectionnées,
GALANT 21
fectionnezy & en eftat de pouvoir
entreprendre l'attaque du
chemin couvert, par trois fapes
fort avancées, qui fortoient d'ane
parallele qui n'en eftoit qu'à
-quinze toifes. Nous nous préparâmes
à cette attaque nos
-places d'armes & nos demies- lu-
-nes furent bien garnies d'homames
& de munitions . Mr Jouzbore,
Lieutenant deRoy, & Mrde
-Bouflers - Remiencourt, Colonel,
-commandoient dans ledit chesmin
couvert ; comme auffi Mr
• Labarto , Lieutenant Colonel
des Dragons de Bretagne , & Mr
-Leeky Commandant du fecond
Bataillon de Heffy . Nos Brigades
prirent les armes à cinq heuares
aprés midy , pour border le
rempare , elles n'y furent pas
2 Septembre 1706 .
t
T
218 MERCURE
platoft arrivées , que les Ennet
mis commencerent un feu de
toute leur artillerie , fi terrible
que tous nos plus anciens Officiers
convinrent n'en avoir jamais
vû aucun qui en approchât.
Noftre artillerie, commandée
par Mrs de Veauleger, Che
valier de Valory , & de Terrieux
, n'en fit pas moins de fon
cofté ; enforte que c'eftoit un
bruit étonnant . A ſept heures
le fignal de l'attaque fut donné
par deux mines des Ennemis aux
pointes des angles faillans de
l'ouvrage neuf, & de la demielune
d'Y pres. Cette attaque qui
eftoit foutenue par une grande
& large parallele , où on avoit
travaillé pendant cinq jours , fut
des plus violentes ; noftre cheGALANT
219
min couvert , nos demies- lunes,
& noftre rempart ne cefferent
pas de faire un feu continuel
pendant plus de deux heures ;
noftre canon & nos bombes en
firent de même. Mais comme
les Ennemis cftoient en plus
grand nombre que nous ,
que nous , il fal
lut ceder à la force . Ce fut ce
même jour-là que Mr Ternonay,
Lieutenant dans le Regiment
de Saint Sulpice , revint
pour la feconde fois de Lille , &
nous rapporta un ordre de Monfieur
de Vendôme , fur ce que
mous aurions à faire , lors que
nous ferions preffez jufqu'à un
certain point.
Le 19. nous reconnûmes que
les ennemis avoient établi leur
logement le long de la palliffade,
Tij
220 MERCURE
depuis la Lis jufqu'à l'angle
faillant de la contrefcarpe du
baftion d'Ipres , & qu'ils travailloient
avec beaucoup de diligence
à perfectionner ledit retranchement.
Nous n'occupâmes
pour lors que nos trois demilunes
& les deux places d'armes
rentrantes , qui font aux
deux branches de la demi- lune
de la Poterne. Il nous parut, par
legrand nombre des corps morts,
que la perte des ennemis devoit
eftre confiderable ; la noftre ne
fut pas mediocre : mais je referve
pour la fin de ce Journal , un
eftat des morts & des bleffez
tant Officiers que Soldats . Nous
employâmes cette journée à reparer,
autant qu'il nous fut pofible
, toutes nos deffenfes , qui
GALANT 221
eftoient abfolument ruinées &
nous filmes mettre du canon
dans les lieux où nous le jugeâ.
mes neceffaire pour la deffenſe
du paffage du foffé , & de nos
bréches : & nous commençâmes
à faire tirer nos pierriers , dont
nous n'avions pu faire ufage
pendant que nous occupions le
chemin couvert . Monfieur de
Marlborough qui s'eftoit apparamment
mis en marche le matin
, & que nous n'avions pas en
core découvert , mit fa droite
prés de Leaw , & fa gauche du
cofté de Moucron ; il nous pas
rut qu'il avoit fortifié de troupes
le quartier d'Halluin , & celuy
de l'attaque . Nos armes
avoient prefque toutes crevés
& le grand feu qu'on fit à la def
Tiij
222 MERCURE
fenſe du chemin couvert , mit le
peu qui nous reftoit en fi mau_
vais cftat , que nous n'ofions
prefque plus tirer , de peur d'en
manquer abfolument la plufpart
de noftre canon fut démonté,
& nous n'avions point d'affuts
de
rechange .
- Comme noftre garnifon eftoit
tres- fatiguée, nous retirâmes 150
hommes qui eftoient dans les
trois places d'armes de la demilune
de la Poterne , & nous nous
reduififmes à ne garder que les
trois demi- lunes , les deux tenailles
, la tefte de la digue , &
les deux bréches des baſtions .
Le refte de la journée fe paffa
à canonner le retranchement
que les ennemis perfectionnoient
, & à faire feu fur tout ce
GALANT 223
qu'on voyoit paroiftre. Les ennemis
ne cefferent pas de battre
avec treize pieces de canon ,
la bréche de l'ouvrage neuf.
Le 10, ils continuerent à bartre
ladite bréche ; & leur logement
eſtant perfectionné , ils ne
travaillérent tout le jour qu'à
faire leurs batteries . De noftre
cofté, nous filmes reparer , autant
que nous pûmes , nos parapets ,
& tirer du canon & du fufil,d'abord
qu'il paroiffoit quelqu'un ;
nous ordonnâmes pareillement
qu'on jettaft des gaudrons dans
le chemin couvert , & qu'on fift
le plus grand feu qu'il feroit poffible
, lorfqu'on s'appercevroit
que les ennemis dégorgeroient
leurs embrafures .
Le 21. malgré tout nôtre grand
T
iiij
224 MERCURE
feu de la nuit, les ennemis ne laif
ferent pas d'achever leurs batteries
; & fur les huit heures du
matin ils en démaſquerent deux,
dont l'une eftoit de dix pieces,
& l'autre de cinq , & ils battirent
en bréche la pointe &
les deux faces de la demi - lune
de la porte d'Ypres , dans laquelle
nous avions fait faire la
veille un
retranchement pour
la tenir , lorfque les parapets en
feroient entierement détruits .
Nous fçûmes ce jour- là , par des
eftats que nous avions demandez
aux Majors des Regimens,
qu'il manquoit fept cens cinquante
fufils ; & comme il ne
nous en reftoit plus que deux
cens , nous les filmes diftribuer
aux Bataillons , à raifon de
GALANT 225
quinze pour chacun . Nous
avions fur nos remparts , ou au
bout de la Digue , douze pieces
de canon , qui ne difcontinuerent
pas de tirer tout le
jour malgré le grand feu des
bombes ; mais les retranchemens
des ennemis eftoient fi
profonds & fi épais , qu'il eftoit
impoffible de leur faire beaucoup
de mal . Sur les dix heures ,
les ennemis cefferent de faire
feu à la demi - lune , & s'artacherent
uniquement à battre
en bréche les orillons des deux
baftions attaquez ; ce qui nous
ayant fait faire reflexion , que fi
onze pieces de canon faifoient
un fi grand effet , que le lendemain
que nous ferions battus
par plus de cinquante , la Place
226 MERCURE
3
ne pourroit manquer d'eftre
entierement ouverte
& que
quoy que nous fuffions encore
les maiſtres de nos demi - lunes ,
qui n'eftoient que mediocre
ment endommagées , on pour
roit donner l'affaut à la bréche
du bastion d'Ypres , fans que
nous puffions tirer aucun fecours
de nos demi - lunes , attendu
que nous avions vû un
grand épaulement
, qui mettoit
les ennemis à couvert contre le
feu qui pouvoit fortir de ladite
demi- lune . Ces raifons , jointes
à l'ordre que nous avions de ne
pas attendre l'extremité
, & de
fauver la garnifon , nous fit prendre
la refolution
de faire affembler
tous les Officiers
principaux
, pour leur demander
leur
GALANT 227
avis , & de le figner. Il fut convenu
tout d'une voix , qu'on në
devoit pas balancer pour obtenir
une bonne capitulation , à
faire battre la chamade , lorfqu'on
auroit vu le lendemain
Feffet que produiroit la nombreufe
artillerie des ennemis
dans une maçonnerie tres -mauvaife
, foutenue par des terres
fablonneufes , qui tomboient en
abondance dans le foffé , à chaque
coup de canon.
Le 22. les Ennemis commencerent
, à la pointe du jour , à
tirer avec des pieces qui é
toient en batterie la veille
& d'heure en heure ils en démafquerent
de nouvelles ; en
forte qu'il nous fut aifé de comprendre
qu'en huit ou dix heu228
MERCURE
res de temps , nos baſtions feroient
entierement ruinez
› par
les raifons que j'ay fait voir que
la maçonnerie eftoit fi mauvaife,
& le terrain fi fablonneux
qu'on n'a jamais vû en aucun
endroit le canon faire tant d'effet
, & en fi peu de temps. Nos
armes eftoient dans un furieux
defordre ; & comme le billet de
Monfieur de Vendofme nous
marquoit pofitivement de fauver
la garnifon , nous crufmes
qu'il eftoit temps de faire battre
la chamade , avant que nos
bréches fuffent parfaites : de
peur qu'on ne s'opiniâtraft ,
comme la mode en eſt établie
depuis quelque temps , à vouloir
nous prendre prifonniers de
guerre . Ce fut avec une douGALANT
229
票
leur bien fenfible que nous fifmes
battre la chamade à neuf
heures du matin : mais la raifon
le vouloit ; toute la garnifon fut
du même avis , fondé fur l'ordre
pofitif de Monfieur de Vendofme
, & fur le pitoyable eſtat de
nos armes .
Ce que je viens d'apprendre
avec la plus grande certitude ,
merite d'eftre ajoûté à cette
Relation .
桃
Mr le Marquis de Bully voyant
la Place inveftie, & ne trouvant
pas un affez grand fond dans la
Caiffe militaire pour un fiege de
cette importance , emprunta fur
des billets 4000. livres , dont
il fit faire quatre états ; un pour
le Treforier , un autre pour le
230 MERCURE
"
:
Bourguemeftre , un pour luy &
un autre pour les Echevins.
Mais voyant que le fiege étoit
fur le point de finir , il fit rendre
l'argent à ceux dont il l'avoit
emprunté ; ce qu'il auroit eu de
la peine à faire , s'il n'avoit eu
la précaution de faire faire les
états dont je viens de vous parler
la plufpart de ces billets
ayant efté ou perdus , ou volez,
ou brûlez pendant le fiege. Ces
Bourgeois eurent à peine reçû
leur argent , qu'ils le rapporterent
à Mr le Marquis de Bully;
& ils le prierent , les larmes aux
yeux , de reprendre ce même
argent , comme la feule & derniere
marque qu'ils pouvoient
donner de leur fidelité & de
leur attachement pour le Roy.
GALANT
231
Ils marquerent en même temps
qu'ils auroient fouhaité que le
peu de maifons qui reftoit , cust
efté reduit en poudre , comme
le refte de la Ville , afin de ne
pas changer de domination .
Mr le Marquis de Bully , aprés
les avoir remerciez , les affura
qu'il en rendroit compte au
Roy ; ce que ce Marquis a fait.
Sa Majesté en a non- feulement
efté tres - fatisfaite , mais il a
même paru qu'elle a efté touchée
de ce procedé .
癯
Plusion fera de reflexions fur
de Journal que vous venez de
lire , & plus on en examinera
les circonftances ; plus on connoiſtra
que la défenſe de Menin
a efté beaucoup plus belle
que l'on n'auroit du efperer. Je
232 MERCURE
Croy que ceux qui la liront , devineront
bien que lorfque l'on
dit dans ce Journal , nous fifmes,
& on fit; ce font le Commandant
& le Gouverneur
, qui parlent.
C'est ce qui eft caufe qu'il y eft
fi peu parlé d'eux ; leur modef.
tie leur ayant fait taire un grand
nombre de faits qui font à leur
avantage. On ne doit point douter
de la fincerité de cette Re-
Aation , dans laquelle la verité
fe trouve toute pure , fans qu'on
y ait rien ajoûté , & fans que
l'on en ait rien diminué ; & l'on
n'en doutera pas lorfque l'on
fçaura que les principaux
Officiers
de la Garnifon faifoient
tous les foirs le rapport de ce
qui avoit efté fait pendant la
nuit, & pendant la journée préGALANT
233
cedente: & que c'eft fur ces rapports
, fignez de tous ces Offciers
, que cette Relation a efté
dreſſée . Ainfi il eft aiſé de juger
qu'ils n'ont rien rapporté que
de conforme à la verité ; puifque
s'ils s'en étoient écartez , ils
auroient efté contredits par tous
ceux qui avoient efté témoins
oculaires de ce qui s'étoit paffé ,
& qui avoient eu part aux mêmes
actions que l'on rapportoit.
Ainfi on doit croire que l'on a
rendu juftice , dans cette Rela .
tion , à tous ceux à qui elle eft
legitimement dûë . On n'y parle
point avec fafte & avec oftentation
; on n'y exaggere rien , pas
même la perte des Ennemis que
l'on laiffe deviner , en marquant)
feulement la défenfe que l'on a
Septembre 1706. V
234 MERCURE
faite , & les occafions où les Ennemis
n'ayant pû s'empêcher
d'eftre expofez long - temps au
feu de tout le canon de la Place ,
doivent avoir perdu des milliers
d'hommes , s'il m'eft permis de
parler ainfi . Les Ennemis ont
paru affez finceres , & l'on a vu
plufieurs de leurs Lettres , dont
je vous ay rapporté quelques
extraits , qui parlent non - feule
ment de la perte qu'ils ont faite
; mais qui en donnent même
des preuves. Enfin il paroift , par
tout ce qui a efté écrit là - deffus
par l'un & par l'autre parti, que
les Ennemis ont perdu à ce ſiege
fept à huit mille hommes. Quant
à noftre perte , vous trouverez
enfuite de ces reflexious , un
état qui vous fera connoistre au
GALANT 235
jufte à quoy elle a monté .
Je vous ay parlé du feu de canon
queles affiegeans ont effuyé
à diverfes fois . Cela leur arriva
le Sa d'Aouft ; sooo hommes
ainfi qu'il eft marqué dans le
Journal avec beaucoup de détail,
effuyerent ce jour- là le feu du
canon de la Place pendant plus
d'une heure . Il eſt aiſé de juger
combien ce feu doit avoir emporté
de monde , aucun coup ne
pouvant eftre perdu quand il
donne dans une fi grande quan
vité de troupes au contraire , il
eft impoffible que chacun de ces
coups n'emporte pas un grand
Hombre de gens ; & il n'a pas
fallu beaucoup de journées pa
reillesanpour faire perir la plus
grande partie de co que les En
Vij
236 MERCURE
nemis ont perdu au fiege . Je ne
dis rien du feu de moufqueterie
qu'ils effuyerent le même jour
de tous les dehors de la Place.
Il arriva le 6. une aventure ,à
peu prés , pareille aux Ennemis ,
qui donnerent dans les pan.
neaux qu'on leur avoit tendus .
Je ne vous la repete point , cer
article étant tres - bien décrit
dans le Journal . Je vous diray
feulement , que fi
vous y faites
reflexion , vous verrez que les
Ennemis doivent avoir perdu
une infinité de monde dans ces
deux occafions.
Ce que l'on doit le plus remarquer
dans ce fiege , & qui
n'eft peut - eftre jamais arrivé
dans aucun autte , ce qui doiter
augmenter la gloire des affiegez,
GALANT 237
9
>
eft qu'ils ne fe font rendus que
le 22. Aouft , quoique dés le
& le 10. il y euft deux bréches
dont l'une de 8. toifes , s'étoit
élargie jufqu'à 30. & l'autre
étoit devenuë tres- conſiderable.
On doit remarquer que quantité
de maçonnerie tomba enfuite
de ces bréches , d'où le fable s'e
bouloit continuellement , fans
que cela ait obligé , pendant
douze jours, les affiegez à battre
la chamade. Il eft vray que la
demi- lune n'étoit pas encore
prife ; mais il y avoit à craindre
que les Ennemis , aprés l'avoir
emportée , ne vouluffent plus
accorder de capitulation . Cependant
les affiegez ne s'étonnerent
point , & ne voulurent
pas , quelques rifques qu'ils cou
238 MERCURE
ruffent , qu'il fuft dit qu'ils
avoient cedé une Place , dont il
y avoit encore quelques dehors
à prendre. Mais enfin ils furent
obligez d'ouvrir les yeux , & de
ceder à la raiſon , à la force & à
la prudence , lorsqu'ils virent
que les Ennemis rendoient leurs
dehors inutiles , par le moyen
d'un épaulement qui les mettoit
à couvert de leur feu ; &
qu'ainfi ils pouvoient , fans en
avoir à effuyer , en venir à un
affaut , & emporter la Place : &
il auroit efté cruel de laiffer
paffer une auffi brave Garnifon
au fil de l'épée , ou de la rendre
inutile au Roy & à l'Etat , en la
laiffaut prendre à difcretion.
Tout cela, joint aux ordres que
les Commandans avoient de ne
GALANT
239
point attendre l'extremité pour
fe rendre , & de fauver la Ġarnifon
, a eſté cauſe de la reddition
de Menin , qui n'a battu la
chamade qu'aprés avoir foûtenu
un mois de fiege contre une armée
qui pouvoit eftre tous les
jours rafraîchie par une armée
d'obfervation : une Place qui
avoit eſté battuë par 140 pieces
de canon ; qui voyoit tres- fouvent
jetter des bombes par 40.
mortiers en même temps ; qui .
n'avoit prefque plus d'armes, ny
de reduits pour le mettre à cou
vert de tant de feux , dont le
bruit étoit fi
épouventable , que
des Officiers de la Garnifon
m'ont affuré que l'on ne s'entendoit
pas fouvent parler dans
La Place, ce qui empêchoit qu'on
240 MERCURE
puft entendre les ordres qu'on y
donnoit . Je laiffe à juger qui
doit avoir acquis plus de gloire
, ou des affiegez ou des affiegeans
, qui ont attaqué cette
Place , avec des troupes dix fois
plus fortes , & une artillerie dix
fois plus nombreuſe qu'il n'étoit
neceffaire pour la réduire . Comme
il eft jufte de faire connoître
les braves qui l'ont défenduë
; voicy un eftat des troupes
dont la Garnifon eftoit compofez
, ainfi que des morts & des
bleffez.
ESTAT
GALANT 241
ESTAT
Des Officiers Generaux ,& Soldats
qui compofoient la
Garnifon de Menin.
Monfieur le Comte de Caraman
, Commandant .
Monfieur le Marquis de Bully ,
Gouverneur .
Brigadiers.
Monfieur le Prince d'Ifenghien .
Mr de Beufeval.
Ingenieurs en Chef.
Mr de Vallory , Brigadier des
Armées du Roy .
Mr de Fonlarmoy .
Deux Sous- Ingenieurs .
Colonels.
Mr le Marquis de Gondrin .
Septembre 1706 .
X
242 MERCURI
Mr le Marquis de S. Sulpice .
Mr Hoocke , détaché à l'ou
vrage à corne d'Halluin pendant
le Siege.
Mr le Comte de la Gardie.
Mr de Bouflers.
Mr le Marquis de Poyanne.
Mr de Marboeuf.
Lieutenants Colonels.
Meffieurs
De S.
Briçon >
De Chalieux ,
De Ponteroze ,
Lenck ,
de Bouflers.
de Poyanne .
de Gondrin.
de S. Sulpice .
de Heffy.
de Sparr.
De Nezel ,
Du
Rozoy ,
De Labat ,
des Dragons de
Bretagne .
Commandans des Bataillons.
Mrs de Campagnols , de Gondrin.
GALANT 243
De la Normando, de S.Sulpice
De Leck ,
de
Heffy.
De Bernier ,
Laver , de Sparr .
Majors.
de Gondrin
.
Mrs de la Dournade,
De
Gaya ,
D'Effeing
,
De Vignacourt ,
Appelghren ,
De Fetonville ,
De Vic ,
de S.
Sulpice.
de Helly.
d'Ifenghien .
de Sparr.
de Bouflers.
de Poyanne.
des Dragons de
Bretagne.
Aides Majors.
De Revol ,
Mrs de Villotray ,
De Menaer , }
de Gondrin
.
De Vauborel ;
De Bourrevel
, } de S. Sulpice .
X ij
244 MERCURE
De la Chaume ,
De Sales ,
Reding ,
De Neufville ,
Gouble ,
Du Peret ,
•
De Quignac ,
Guermenon ,
de
Heffy .
d'Ifenghien .
de Sparr , detaché
avec Mr Hoock.
de Bouflers .
de Poyanne.
des Dragons de
Bretagne .
Garçons Majors.
De Montiron
, de Gondrin
.
Mrs de Haft ,
Feydeau ,
Becket ,
Ernst ,
de S.
Sulpice.
d'Ifenghien .
Furstenbergh ,
La Salle ,
De
Coudray ,
La Frenaye ,
De Sparr.
de Bouflers .
de Poyanne .
Bretagne.
des Dragons de
GALANT 245
.
Officiers de Grenadiers
Capitaines , Lieutenans , Sous-
Lieutenans.
Regiment de Gondrin .
Mrs de Panat , de Labat , de
Lille , de Chaftel - Franc , de
Chafteauneuf.
Regiment de S. Sulpice.
Capitaines , Lieutenans , Sous-
Lieutenans
,
Mrs de Lufemont , Durant ;
Marville , Coëtendo , Lavernede
.
Regiment de Helly.
Capitaines , Lieutenans , Sous-
Lieutenans.
Mrs de Meule, Gingin, Oberly
, de Boeuf , Chopinger.
X iij
246 MERCURE
Regiment d'Ifenghien:
Capitaine , Lieutenant , Sous-
Lieutenant.
Mrs Boufy, Philippart , Robertty.
Regiment de Sparr.
Capitaine, Lieutenant , Sous
Lieutenant.
Mrs Schutz , Jacobs , Maydell
, Sluze , Bileftim , Cunigeur
.
Regiment de Bouflers.
Capitaine , Lieutenant .
Mrs Hervy , d'Alicourt.
Regiment de Poyanne,
Capitaine , Lieutenant .
Mrs Dumez , Pomeraye.
GALANT 247
Regiment de Dragons de Bretagne,
faifant lefervice de Grenadiers.
Capitaines , Lieutenans
nettes.
Cor-
Mrs de Cuerve , Gueverien ,
des Fontaines , de Haute - Touche
, de Neupont , de Ville - Colin
, de Rofmorduc , de Belleville
, de Labouffiere , de Coëtman
, de Saint Guerné , de Bourgogne
, de Cuc , de Culan , de
la Garenne , de Saint Gilles ,
le Chevalier de Rofmorduc , de
Haute -Touche , de Laage , de
Pleffis - Bardoux , de Cheſne Feron
, Verrier , des Salles , le
Helec , de Coëtcouvrant , de
Neupont.
X iiij
248 MERCURE
Total des Grenadiers , compris les
Dragons , 19. Compagnies
faifans 855. hommes.
BRIGADE DE GONDRIN
Regement de Gondrin,
Capit. 16. Lieut. 9. Sousl , 11. Serg.30 . Sold . 55 .
Regiment d'Ifenghien .
Capit, 6. Lieut. 9. Sousl, 10 , Serg. 11. Sold.384
Regiment de Bouflers .
Capit. 7. Lieut. 8. Sousl . 7. Serg. 24. Sold. 381;
TOTAL.
29. 26. 28. 75. 1316 .
BRIGADE DE S. SULPICEJ
Regiment de S. Sulpice.
Capit, 22 ,Lieut, 20.Sousl.17. Serg.48 . Sold,8001
GALANT 249
Regiment de Sparr,
Capit, 20, Lieut. 12 .... o. Serg. 36. Sold. 5945
TOTA L.
42. 72. 17. 84. 1394,
BRIGADE DE HESSY ,
Regiment de Helly.
Capit 11. Lieut.6 . Sousl. 14. Serg, 66.Sold.1230
Regiment de Poyanne.
Capit, 10. Lieut.7. Sousl.2 , Serg.24 . Sold. 386
TOTAL:
21. 13. 16. 90, 1616.
250 MERCURE
TOTAL
Des Officiers,Sergents & Soldats.
Capitaines.
Lieutenans.
Sous Lieutenans
& Cornettes .
Sergents .
Soldats .
Grenadiers & Dragons.
Total.
99
120
71
249
4326
855
5720
Voicy la Lifte des Officiers ,
des Soldats & des Dragons ,
tant tuez , que bleffez .
GONDRIN.
Bleffez
Mrs de Glaffiere , Capitaine .
De Noblet , Capitaine .
GALANT 251
De Campagnol , Capitaine.
De Villotray, Capitaine Aidemajor.
Dumenie , Lieutenant .
De Labat , Lieutenant des Gre
nadiers.
Bretes , Sous- Lieutenant .
De la Borde , Lieutenant .
De Lifle , Sous - Lieutenant des
Grenadiers .
Soldats tuez 48. & bleffez 8z.
SAINT SULPICE.
T * 9༢ .
Mrs de Coëltando , Capitaine ,
De Fonblan , Capitaine.
Bleffez
Mrs de Johanin , Capitaine .
De Lavernede , Lieutenant.
De Fabaffe , dangereufement.
D'Arfily , Lieutenant.
De Soze , Lieutenant,
252 MERCURE
De Flaville .
De Pondevis.
D'Aujoron.
Soldats tuez 75. & bleffez 117.
HESSY.
Tuez
Mrs Tavelle , Capitaine,
Thehnefy , Capitaine.
Beuman , Capitaine.
De la Chonne , Aide- major,
Fafler , Lieutenant.
Bleffez
Mrs Higax , Capitaine - Lieutenant.
Cornaliace , Capitaine.
Hingin , Lieutenant.
Backman , Lieutenant.
Raflin , Lieutenant.
Beuman , Lieutenant.
Soldats tuez 85. & bleſſez 23 r .
GALANT 253
SPARR.
Mr Cafter , Lieutenant , tué.
Bleffer
Mrs Tiffenhauffen , Capitaine .
Jacobs , Lieutenant.
Konniges , Lieutenant.
Soldats & Sergents tuez 50.
& bleffez .
ISENGHIEN.
TueL
106.
Mrs de Cuinghin , Capitaine .
De Rouvin , Capitaine.
De Cerfonteine , Capitaine.
Bleffez
Mrs D'Herbeis , Capitaine.
De Clavis , Lieutenant , dangereufement.
De Calogne , Sous - Lieutenant .
Soldats tuez 63. bleſſez 68. &
malades
36.
254 MERCURE
BOUFLERS.
Bleffez
Mrs de la Poterie , Capitaine.
De S. Sauveur , Capitaine .
De S. Agnan , Lieutenant ,
D'Acquenonville , Lieutenant,
Le Chevalier de la Poterie ,
Lieutenant.
·
D'Aliçourt > Lieutenant des
Grenadiers.
De Forme, Sous- Lieutenant des
Grenadiers.
Soldats tuez so. bleſſez 21. &
defertez 14.
ΡΟΥ ΑΝΝΕ
Bleſſezi
Mrs du Rozoy , Lieutenant-
Colonnel.
De Fleurigny , Capitaine Lieutenant
.
Rigault , Capitainë.
GALANT 255
De Pommeraye, Lieutenant des
Grenadiers.
Morin , Enſeigne de la Lieutenance
Colonnelle.
Soldats tuez 82. & bleſſez 95.
MARBQE U F.
Tuez.
Mrs des Fontaines , Cornette.
De Sillart , Maréchal de Logis .
Bleffez
Mrs de la Batte , Lieutenant-
Colonnel, dangereufement.
DeS. Gilles , Capitaine.
De Kimeno , Capitaine.
De Neupont , Aide- Major .
De Châteauferin , Lieutenant .“
Le Chevalier de la Hautetouche
, Cornette .
De Neupont , fils , Cornette.
De la Garenne , une contufion .
Total des Dragons
tuez out
256 MERCURE
bleffez 93. & malades 28.
Total des Officiers tuez. 13
Total des Officiers bleffez. 49
Total des Soldats tuez.
Total des Soldats bleſſez. 802
560
>
Avant que d'entrer dans le
détail de ce que j'ay à vous dire
de la fuperbe Eglife des Invalides
, qui peut paffer pour une
des merveilles du monde &
dans laquelle on celebra la Meſfe
pour la premiere fois le 28.
du mois dernier , à laquelle le
Roy voulut affifter , je dois vous
parler de M Manfard , à qui la
France doit ce bel ornement ,
pour ne pas dire le plus beau de
tous ceux que l'on y admire aujourd'huy.
La France luy doit
auffi l'Orangerie , & les deux
GALANT 257
Ecuries de Verfailles. Rien de
cette nature n'a fourni d'idée à
Mr Manfard , lorfqu'il y a travaillé
; & l'on peut dire qu'il n'a
point rencheri fur les idées des
autres , qu'il n'y a rien reformé ,
& qu'il n'y a rien ajoûté. Il n'a
jamais cherché la gloire que l'on
acquiert par là , quoiquè fouvent
elle foit confiderable. II
n'a jamais fuivi d'autres idées
que les fiennes , il eſt original
dans tous les ouvrages : & il eſt
né pour eftre imité , & pour n'imiter
perfonne.
Quoy que puiffent dire tous
ceux qui vantent l'antiquité , il
eft impoffible qu'elle ait jamais
atteint à la perfection qui fe
trouve aujourd'huy dans tous
les ouvrages où les Arts ont
Septembre 1706 Y
258 MERCURE
quelque part ; puifque la pluf
part des Arts qui fervent à perfectionner
tout ce que nous
voyons aujourd'huy de plus
beau , n'eftoient pas alors inventez
, & que ceux qui l'ont eſté
depuis ce temps - là , ont à peine
atteint une entiere perfection .
Les merveilles du monde , qui
ont efté vantées dans tous les
fiecles , l'ont moins efté par la
delicateffe & par la beauté de
leurs ouvrages, que par l'immenfité
de leur grandeur , en quoy
confiftoit ce qu'elles avoient de
plus rare. Il faut que les ouvra
ges d'aujourd'huy foient accompagnez
d'un grand nombre de
parties differentes, qui , en leurs
efpeces , font autant de chefd'oeuvres
differens ; c'est ce qui
GALANT 259
doit faire admirer l'Eglife des
Invalides , que l'Architecte a
rendu fufceptible de tous les
ornemens que les beaux Arts
peuvent prêter à ce grand édifice.
Le fçavoir de l'Architecte
paroift d'abord dans la beauté
de tous les édifices en general ;
& on en admire toutes les parties.
La beauté du Portail furprend
, & celle du Dôme étonne
; & l'on eft enfuite charmé
de voir l'Art merveilleux avec
lequel l'Architecte a difpofé
tous les endroits qui peuvent
eftre embellis par la Sculpture ,
par la Peinture , & par la Dorure.
Ce qui fait connoistre que
tous les Peintres & tous les
Sculpteurs , qui ont eſté choifis
pour contribuer , par le
moyen
Y ij
260 MERCURE
de leur Art , à l'ornement d'un
fi fuperbe édifice , ont dû eſtre
ravis de trouver un fi beau
champ pour exercer leur fçavoir
, & dans lequel il n'eftoit
pas poffible de mal faire ; tant
de beautez enfemble devant
produire un coup d'oeil merveil
leux , & capable d'enchanter
tous les fpectateurs . C'est ce qui
n'a pas manqué d'arriver ; &
c'eft pourquoy , dés que l'entrée
de ce magnifique Temple a efté
permife au public , il y a couru
avec empreffement , fur le bruic
qui s'eftoit répandu du merveil
leux amas de toutes les beautez..
qui fe trouvoient enſemble dans
ce lieu . La foule n'a point difcontinué
depuis plus de cinq
femaines ; & l'on y court encore
GALANY 261
aujourd'huy avec le même em
preffement que l'on y alloit le
premier jour : & il y a même lieu
de croire qu'elle ne finira pas
fi - toft , la curiofité du public
n'eftant pas encore fatisfaite ;
les mêmes perfonnes y retournant
plufieurs fois , & invitant
tous ceux qui viennent à Paris ,
de faire la même chofe . M
Manfard a fait travailler pendant
trente ans à cet édifice ; il
en a donné le deffein , comme
premier Architecte du Roy , &
comme Surintendant des Bâtimens
, & Ordonnateur des Arts
& Manufactures de Sa Majeſté .
Ila nommé tous les Peintres &
tous les Sculpteurs , qui ont eu
part à la gloire de cet ouvrage
immortel ; & comme il connoiſt
262 MERCURE
la force , les talens & le genie
de tous ceux qui y ont esté em
ployez , & qu'il leur a donné à
chacun les ouvrages qui leur
convenoient , il ne faut pas s'étonner
s'il refulte de tant d'ouvrages
differens un tout enfemble
fi merveilleux , & fi les aps
plaudiffemens font fi grands ,
fi unanimes , & fi univerfels .
Si j'estois entré dans le détail
de toutes les parties qui compofent
ce fuperbe monument , l'étendue
ordinaire de ma Lettre
n'auroit pas fuffi pour en faire
une exacte & fidele relation ;
d'ailleurs on en a imprimé une
in folio , dans laquelle on trouve
gravé tout ce que ce grand édi
fice renferme de plus beau. Les
Planches , qui ont efté trouvées
GALANT 263
tres-belles , font de Mr le Pau
tre ; la deſcription de tout l'ou
vrage eft de M¹ Felibien , commis
depuis long temps pour tou
tes ces fortes de defcriptions
& pour celles des Maifons
& des Feftes Royales , dont il
a fait un fi grand nombre , qu'il
doit mieux réüffir que perfonne
dans ces fortes de relations .
La reputation de l'Eglife des
Invalides s'augmentant chaque
jour , à mesure que ce grand
travail s'avançoit , & les étrangers
qui n'en ont vû que
de fimples
ébauches , ayant publié , à
leur retour chez eux , que cet
ouvrage étoit digne de la curiofi
té de tous les peuples du monde ,
il y avoit long- temps que l'on
Cefperoit de le voir dans un état
digne de celle du Roy , & que
264 MERCURE
l'on comptoit que Sa Majesté
viendroit bien - toft voir un ouvrage
qui répondoit à fa pieté &
à fa grandeur : On s'eftoit même
flatté , pendant un affez long
efpace de temps , que ce Monarque
y viendroit le jour de la
Fefte de Saint Louis . Mais ce
Prince ayant confideré que depuis
un grand nombre d'années
le peuple de Paris & des environs
, s'y rendoit en foule le
jour de la fefte de ce Saint , & ne
voulant pas , par une bonté qui
luy eft naturelle , & dont il donne
tous les jours une infinité de
marques ; crût ne devoir pas
priver ce peuple du plaifir qu'il
avoit accoûtumé de prendre
tous les ans , & dont il fembloit
s'eftre fait une agreable Loy ,
changea
GALANT 265
changea le deffein qu'il avoit
pris d'aller voir ce fuperbe monument
le jour de la Feſte de S.
Loüis, quoy que la curiofité euft
commencé à luy faire fouhaiter
de voir un ouvrage dont on
luy difoit tous les jours tant de
bien : ce Prince , dis-je, changea
de refolution , & prit le parti de
ne ſe rendre aux Invalides que
le Samedy 28. du mois dernier ,
ainfi que je viens de vous le
marquer. Il partit ce jour - là
de Meudon , où il avoit couché,
& il arriva accompagné de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
& d'une nombreuſe Cour.
Mr Manfard voyant arriver
Sa Majefté , s'avança pour luy
prefenter la clef de ce fomp-
Septembre 1706. Ꮓ
266 MERCURE
tueux édifice , & luy parla en
ces termes .
SIRE ,
Fay l'honneur de prefenter aux
pieds de VOSTRE MAJESTE ,
la Clef de ce Temple Sacré , que
Votre pieté à fait élever à la Gloire
de Dieu. Heureux fi ce travail que
vous avez confié à mes foins depuis
trente années , peut répondre à la
baute idée que VOSTRE MAFEST
E' m'en a donnée , & àfes
fages confeils ! Ce fuperbe Monument
de Votre Religion marquera
à la pofterité la plus reculée , la
grandeur de votre Regne .
Le Roy , aprés avoir écouté
ce compliment , avec toute l'at
GALANT 267
tention que fa bonté luy fait
toûjours prefter à tous ceux qui
luy parlent, remit la même Clef
entre les mains de Mr Manſard,
d'une maniere qui luy fit connoiſtre,
ainſi qu'à toute la Cour,
qui eftoit attentive à tout ce qui
fe paffoit , combien Sa Majeſté
eftoit contente de luy,& de tous
fes ouvrages. Ce Prince s'étant
enfuite avancé dans l'Eglife ,
trouva Monfieur le Cardinal de
Noailles , qui luy prefenta l'eau
benîte. La famille de Mr Manfard
eftoit un peu plus avant
dans l'Eglife & Sa Majesté
ayant démêlé Me Manfard, au
milieu de plufieurs perfonnes
qui l'environnoient , fit quelques
pas pour s'avancer vers elle
, & luy dit : Madame , vous
Z ij
268 MERCUR E
voyant icy, je ne puis m'empêcher de
vous faire compliment fur la part
que vous devez prendre à la gloire
que reçoit aujourd'huy Mr votre
mary. Ce Prince ayant enfuite
jetté les yeux fur tout ce qui fe
prefenta à fa veuë , fut frappé
d'étonnement , quoiqu'il cût dû
s'attendre à tout ce qu'il voyoits
les deffeins luy en ayant efté
montrez , avant que l'on euft
commencé à travailler, & ayant
même donné des avis tresjudicieux
qui marquent la
parfaite connoiffance qu'il a
de tout ce qui regarde les
Arts. Il entendit la Meffe qui
fut celebrée par Monfieur le
Cardinal de Noailles , pendant
laquelle les Muficiens , qui é
toient placez dans quatre tribu-
>
GALANT 269
nes magnifiques , chanterent le
Te Deum , & l'Exaudiat. Ceux
qui ont part à la beauté de ce
lieu , s'eftant prefque tous prefentez
devant Sa Majefté , Elle
leur parla d'une maniere fi gra
cieufe , qu'ils furent charmez
de fa bonté . Ce Prince dit à Mr
Manfard , en examinant l'ouvrage
de Mr de la Foffe : Ilfaut
luy faire peindre la Chapelle de
Versailles. Il s'arrefta , aprés
eftre forti de l'Eglife , à confiderer
le Portail ; & les beautez
qu'il y remarqua , l'attacherent
tellement , qu'il demeura expofé
à la pluïe pendant prés d'un
quart d'heure. Il eſt aifé de juger
, par tout ce que je viens
de vous dire , combien ce Monarque
fut fatisfait de ce qu'il
Z iij
270 MERCURE
venoit de voir .
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
vint , en fortant des Invalides
, dîner chez Monfieur
le Cardinal de Noailles , qui luy
donna un magnifique dîner . Ce
Prince entra enfuite dans l'Eglife
de Noftre - Dame , d'où il
fortit , aprés avoir fait fes prieres
, pour fe rendre au College
de Sorbonne. Ce Prince eftoit
accompagné de Mr l'Archevefque
de Reims , Provifeur de
cette Maiſon , & de Mr l'Abbé
de Louvois. Il entra d'abord
dans la Salle où l'on foûtient
les Actes ; où, pendant quelque
temps , il entendit Mr l'Abbé
de Cheveruë , du Dioceſe d'Avranches
, & Chanoine de Mortain
, qui foûtenoit fon Acte de
GALANT 271
•
Tentative , & qui avoit pour
Prefident Mr l'Abbé d'Auber.
ville - Suryeres , Docteur de Sorbonne
, Chanoine & grand
Chantre de Mortain . Dans le
temps que ce Prince entra ,
Pere Fremie , Cordelier & Bachelier
de Licence prit la
Thefe , & argumenta fur l'addition
de la Particule Filioque,
au Symbole de Conftantinople ,
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
écouta avec beaucoup
d'attention les argumens & les
folutions ; il parla fouvent fur
cefujet avec Mr l'Abbé de Lou
vois , & parut fort content du
Bachelier & du Soûtenant. Cè
Prince monta enfuite à la Bibliothèque
, où Mr Berthe , Bibliothecaire
de Sorbonne , luy
Z iiij
272 MERCURE
montra plufieurs Livres anciens
de cette Bibliothèque , & entr'
autres un Valere . Maxime , écrit
fur du vêlin du temps du
Roy Charles V. On luy fit voir
auffi un Tite- Live , écrit fur du
vêlin du temps du Roy Jean ,
il examina avec attention plufieurs
figures de ce Livre , où
l'on voit la maniere dont on étoit
habillé du temps du Roy
Jean . Il demanda , en entrant ,
& en voyant plufieurs portraits,
celuy du Cardinal d'Offat ; &
en voyant celuy d'Erafme , ik
dit que ce celebre Auteur avoit
d'abord fignalé fa plume contre
Luther. On luy fit voir le Bufte
du Cardinal de Richelieu , fait
par le celebre Varin . Ce Prince
eftant defcendu , il s'arreſta
GALANT 1 273
quelque temps dans la cour ,
pour examiner le portail de l'E .
glife du cofté de la cour , qui
eft beaucoup plus beau que celuy
qui eft du cofté de la p ace
de Sorbonne ; & il en trouva
l'infcription d'autant plus belle
, qu'elle eft fimple . Mr Pirot .
luy dit que lorfque le Chevalier
Bernin ayant vu ce portail , il
avoit dit que cette piece eftoit
adorable. Ce Prince , aprés eftre
entré dans l'Eglife , & avoir
adoré le Saint Sacrement , examina
long- temps & avec atten
tion le Tombeau de Mr le Cardinal
de Richelieu . Mr Girardon,
qui a fait ce Tombeau , &
qui eftoit auprés de ce Prince ,
eur l'honneur de l'entretenir
fur cet ouvrage ; & Monfei274
MERCURE
1
gneur le Duc de Bourgogne
trouva que ce morceau eftoit
admirable . Il donna auffi de
grands éloges au Crucifix , qui
eft au deffus du maiftre- Autel .
Il vit enfuite la Chapelle de la
Vierge ; & il en trouva l'Affomption
fort belle . Ce Prince
ayant confideré le Dôme , qu'il
trouva un peu moins grand que
celuy des Invalides , fortit pour
aller voir les Claffes de Sorbonne.
Ce fut là où Mr l'Archevefque
de Reims luy preſenta
Mr Bourret , Doyen des Profeffeurs
, à qui ce Prince fit un
tres - bon accueil. Ce Prelat
luy parla auffi de Mr Quinaut ,
qui vient d'eftre nommé Profeſ
feur & qui commencera fes
exercices à la Saint Luc. La
>
GALANT 275
foule eftant augmentée , lorfque
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
entra dans cette Salle ,
& les Gardes voulant la faire
écarter d'une maniere un peu
vive ; ce Prince leur recommanda
de ne point ufer de violence ,
& fit , en fortant , diftribuer de
l'argent à quelques perfonnes,
qui témoignerent en avoir befoin.
J'ay oublié de vous dire que
lorfque le Roy d'Angleterre
afa en Sorbonne , il entra dans
la Salle des Actes , où Mr l'Abbé
Mariotte , Chanoine de Toulouſe
, foûtenoit ſa Sorbonique.
Ce Prince entendit pendant
quelque temps l'Argument du
Pere Martin , Prefenté des Cordeliers
, auquel il parut pren
276 MERCURE
Il fit beaucoup
dre plaifir.
d'honneftetez
à Mr l'Abbé
de
Saint Aignan
, Bachelier
de Licence
.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
alla , en fortant de Sorbonne
, faire fes Prieres à Sainte
Geneviève , où il arriva fur les
quatre heures. Le Superieur , à
la tefte de toute la Communauté ,
le reçût à la defcente de fon Ca
roffe ; & aprés un compliment
fort court , il luy prefenta de
l'Eau- benîte , & la vraye Cro
à baifer. Il conduifit enfuite ce
Prince , au bruit des Orgues , &
au fon des Cloches , fur un Prie-
Dieu qu'on luy avoit préparé
au haut des marches du Sanctuaire
; & depuis la porte de l'Eglife
jufqu'à ce Prie- Dieu , il
GALANT 277
1
parla à ce Superieur avec beau
coup de bonté & d'eftime . Ce
Prince luy dit : que ce jour- là même
on célebroit une grande Fefte dans
fon Eglife ; puifqu'ils étoient , non
pas Peres de Sainte Genevieve ,
comme on les appelle dans le monde
, mais Chanoines de Saint Augaftin
. On doit remarquer qu'on
celebroit ce jour- là la Fefte de
ce Saint. Ce Prince fit des réflexions
tres - Chrétiennes &
tres judicieufes fur les trois
Tombeaux , qui fe préfentent
lorfqu'on entre dans le Choeur ;
l'un de Clovis , que ce Prince
examina fort attentivement ;
l'autre de Sainte Geneviève ,
élevé au deffus des autres ; &
celuy de Sainte Clotilde , qui fe
voit dans une Chapelle derriere
-
278 MERCURE
la Chaffe. Je dois ajoûter icy ,
que ce Prince fit fa Priere pendant
un affez long efpace de
temps , avec un recueillement
qui charma tous les affiftans.
Le Superieur luy propofa , lorfqu'il
fortit du Choeur , d'entrer
dans la Maiſon . Ily confentit ,
& monta d'abord à la Bibliothéque
; où,aprés en avoir examiné
toutes les parties , & l'ordre des
Livres , dont il parla comme les
connoiffant parfaitement
confidera fa vafte étenduë , &
entra enfuite dans le Cabinet
des Medailles . Ce Prince en regarda
avec attention toutes les
pieces ; il fe fit expliquer ce qui
regarde les inftrumens des anciens
Sacrifices , & toutes les
autres curiofitez , qui fe trouvent
il
GALANT 279
dans ce Cabinet : & il parla fur
chacune avec une érudition , &
une facilité dont à peine les plus
Savans font capables . Il confidera
fur tout un petit Tombeau
Romain , qui est peut- eftre le
plus rare & le plus ancien morceau
d'antiquité qui foit dans
les Cabinets des Curieux ; & il
en examina fort attentivement
la ftructure. Il dit , en fortant ,
qu'il avoit eſté fi fatisfait de tout
ce qu'il avoit vû , qu'il reviendroit
une feconde fois , pour voir
le refte de la Maiſon. Le Superieur
luy répondit que c'étoit
une parole Royale qu'il leur
donnoit ; & qu'ainfi ils étoient
perfuadez qu'il la tiendroit.
Je croy ne pouvoir mieux vous
apprendre la fuite des nouvelles
280 MERCURE
d'Espagne , qui regardent la
guerre , que par la Lettre fuivante
, à laquelle je n'ay fait
aucun changement; cette Lettre
me paroiffant fort naturelle .
Au Camp Royal de Cienpoçüelos
, le 30. Aouſt.
;
Nous ne fommes pas prés d'une
bataille les Ennemis demeurant
dans leur Camp , où nous ne pouvons
les attaquer en gros mais
tous les jours nous les battons en détail.
Noftre Cavalerie Espagnolle
a pris un iel afcendant fur eux ,
que quelque petite que foit la troupe
Efpagnole , du moment que l'Officier
qui la commande › apperçoit
l'Ennemi , quelque fort qu'il puiffe
eftre , il nefait que dire à fes gens :
GALANT 281
A ellos , ce qui veut dire , à eux ;
c'eft de mesme que fi en voyant un
Lievre , on difoit à des Levriers :
Hô ! Levriers ; ils s'abandonnent
avec tant d'impetuofité , qu'ils les
mettent toûjours en déroute . Ce qui
eft arrivé à un fourrage que les En.
nemis voulurent faire , il y a quatre
jours , de l'autre cofté du Tage , par
des guez qu'ils ont à leur gauche ,
en eft un échantillon .
Nous avions 40 Carabiniers à
la guerre , dont le Commandant
efant averti dudit fourrage, en donna
avis à deux cent Chevaux qu'il
avoit pour le foutenir. Il ne laiffa
pas d'avancer toûjours , & aprés
plus de deux lieues de chemin il
rencontra ce qu'il cherchoit , & il
tomba fi à propos fur 250 Chevaux,
qui fervoient defcorte aux Ennemis ,
Septembre 1706. A a
>
282 MERCURE
que les 200 qui venoient pour le
Secourir , trouverent la befogne
plus d'a moitié faite . n'ayantplus.
qu'à raffembler les prifonniers , qui
font au nombre de 100. parmi lefquels
il y a 70 Valets , & les chevaux
ou mulets , dont on a pris environ
300. On reconnut enfuite , à
loifir , que les Ennemis avoient eu
trois cents morts fur la place.
Deux jours après , fur ce que Mr
le Maréchal de Bervvik avoit fçu
que
les Ennemis avoient beaucoup
de Moulins fur le Tage , dont ils
tiroient une grande utilité , & qu'-
entre autres , ils en avoient un visà-
vis de leur gauche, qui nous étoit
plus voifin , & où ils avoient mis
250 hommes retranchez par la fituation
avantageufe du lieu . L'on
y envoya toute la nuit les deux
GALANT 283
Compagnies de Grenadiers duMay.
ne pour attaquer d'un cofté , & les
deux de la Couronne , pour attaquer
par un autre , qui devoient arriver
avant le jour chacunes à l'endroit
destiné pour l'attaque, felon lefignal
des feux qui devoient paroiftre à
àl'endroit marque. Il y avoit quelques
Cavaliers & quelques Dragons
pourfoutenir nos gens , &pouT
empêcher que l'Ennemi nefefaavat,
en cas qu'il fut poußé. Le fignal
donné nos deux Compagnies de la
Couronnepoufferent à unpofte avancé
de l'Ennemi , où, aprés en avoir
uyé deux charges , il fe culbuta
furfongros , qui à cette charge fe mit
en bataille dans la place d'armes de
retranchemens ,faifant un gros leurs
feu fur nos Grenadiers , qui s'appugerent
contre un rideau , n'entendant.
A a ij
284 MERCURE
point attaquer de l'autre cofte ; &
comme il n'eftoit point encore jour ,
P'Ennemi voulant venir reconnoiftve
le cofté où l'on avoit attaqué , fut
bien furpris quand ilfe vit attaqué
d'un autre coté par les deux
Compagnies du Mayne, qui vinrent
en toute diligence aufecours des nôtics
, qui de leur cofté marcherent
avec les cris ordinaires , & mirent
les Ennemis en tel defordre , qu'ils
ne fongerent plus qu'à demander
quartier , ou fuir , ceux qui le puvent.
Mais noftre Cavalerie fe
pofta fi diligemmentfur leur paffage,
que peu ont évité la Couchillade ,
terme Espagnol , qui veut dire , à peu
prés , la mort ; & comme ils eftoient
tous Portugais , on a fait peu de
prifonniers : les Grenadiersfoüillant
les rofeaux ou marais , où il s'en trouGALANT
285
voit de cachez, & les tuantfourdement
à coups de Bayonnettes. Aprés
cela, des Payfans commandez , avee
des maffes, cafferent & les meules &
les infrumens fervant àfaire moudre
un moulin.
Voilà depuis ma derniere, ce qui
s'eft paßé , qui encourage fort les
noftres , & qui abâtardit fort nes
Ennemis , qui ont trouvé un fecret
für pour deferter & venir à nous ,
les Payfans les tuant lorsqu'ils defertent
feul à feul ce qui leur afait
prendre le parti d'abandonner des
poftes entiers de dix huit à vingt
hommes avec leurs armes . Nous
efperons que de cette maniere , &
par de pareils détails nous viendrons
mieux à bout de cette armée ,
que par une bataille , qui nous couteroitfans
doute. Je fuis , &c.
286 MERCURE
La Lettre de Bayonne qui
fuit ,
, peut fort bien tenir fa pla
ce , aprés celle que vous venez
de lire.
A Bayonne le 4. Septembre.
Les Lettres apportées aujourd'huy
parle Courier de l'armée , écrites da
Camp de Cienpoçüelos le 31. Aouft,
marquent, que depuis quatre ou cinq
jours on avoit fait plus de mille pri
fonniers aux Ennemis ; que nos
partis avoient un afcendant terrible
fur les leurs , qui prennent la fuite,
muli - toft qu'ils les voyent paroiftre;
&que tous les papiers de Mylord
Peterborough avoient efté pris : ce
qui avoit fait découvrir bien des
chofes qui pourroient eftre utiles dans
lafuite. Ces Lettres ajoûtent que
GALANT 287
les Ennemis avoient envoyé un parti
pour attendre nos Couriers qui vont
à l'armée , qui avoient heureusement
paßé ; mais deux Officiers da
Regiment du Mayne , n'ont pas eu
le mefme bonheur , ayant efté pris.
L'Armée ennemie eftoit toujours
dans fon même Camp , entre Chinchon
& Colmenar.
Les lettres fuivantes viennent
de tomber entre mes mains;
& je vous les envoye dans le
moment que je les reçois .
A Madrid , & au Camp de
Cienpoçüelos , le 30.
Aouft .
Je vous diray , Monfieur , que
les Ennemis font toûjours à Chin288
MERCURE
chon & Colmenar, & nous à Cienpoçüelos.
Nos partis ont toujours de
l'avantage fur les leurs. La fe
maine pallée un de 21. Dragons on
Cavaliers, en rencontrant un de 33 .
Anglois ou Hollandois , qui efcortoit
un Ingenieur , l'attaqua fi
brusquement qu'il en tua huit , &
ramena le reste avec l'Ingenieur.
Depuis que notre armée eft à Cienpoçüelos
, il ne fepaſſe point de jour
qu'on ne faffe beaucoup de prifonniers;
&, outre cela , il nous vient
tous les jours quantité de deferteurs.
Mr le Maréchal de Bervvick
ayant efté averty hier que les Ennemis
faifoient un grand fourrage
fur leur gauche , il fit un détachement
pour les aller attaquer ; ce
qu'il fit avec tant d'avantage, qué
nous
GALANT 289
nous leur prifmes 600. chevaux on
mulets. Ils eurent prés de 700. hom-
7༠༠.
mes tuez ou bleffez , & on leur fit
350. prifonniers ; & cela fans autre
perte que de deux Officiers , & un
Dragon bleffé. Ce qui fait bien
voir que fi nous pouvions les joindre
en plaine , leur armée feroit
perduë.
On vient d'apprendre toutprefentement
que Mr de Carille , Colo
nel Espagnol , que Mr de Bervvick
avoit envoyé à la guerre avec 600 .
thevaux , a détruit les Moulins
des Ennemis , qui estoient gardez
par 800. hommes , il en a tué cent
furlaplace, & ramené aujourd'huy
au quartier du Roy , 33. Anglois ,
an Capitaine , & un Lieutenant.
On croit
que la deftruction des Mou
lins obligera les Ennemis de décam-
Septembre 1706.
Bb
290
MERCURE
per ; on Se prépare
à les fuivre
de
pres. Ils font courir le bruit qu'ils
attendent
9000.
hommes
d'Infanterie,
& 800 chevaux
; maisje nt
croy pas qu'ils arrivent
fi tôt, puif- que l'Infanterie
doit venir de leur
flotte, qui eft devant
Alicante
, dont
Le Chateau
fe deffendoit
encore le
vingt- quatre,
On conte que depuis que nous fuivons
leur armée, nous leur avons pris
plus de 6000. hommes , fans conter
les morts & les deferteurs ; fi bien
que le fecours qu'ils pourroient recevoir
pour fortir du mauvais pas où
ils font , ne nous fera pas perdre
l'occafion de les battre, dès qu'on en
trouvera le moyen , c'est - à-dire , une
plaine , où on puiffe donner un come
bat general qui décide du tour.
On commence à rétablir en cette
GALANT 291
Ville, le Confeil du Roy , &le commerce
des lettres, ainsi que la Justice
même,qui n'eftoit point exercée . On
a pendu la femaine paffée un Bourgeois
de cette Ville , qui efloit un
grand partifan de l'Archiduc, &
qui avoitfait tout ce qu'il avoit pu
pourfaire un gros party dans cette
Capitale.
La Reine eft à Vailladolid, &
la Douairiere qui eftoit à Tolede ,
eft partie depuis huit jours pour Eur-\
gos.
L'affaire du fourrage , dont il eft
parle cy- deffus , eft d'autant plus fo
lide , que l'escorte des Ennemis étoit
de 600. chevaux , fans conter l'Infanteries
& noftre détachement n'étoit
que de 186. Cavaliers on Dra
gons : aulifaut -il avouerque notre
Cavalerie eft admirable .
Bbij
292 MERCURE
Nous avons fait conftruire un
pont au deffous d'Eftrenjuëz fur le
Tage,
A Pampelune ce 3. Septembre
.
Mr de Bervvick a écritpar ordre.
du Roy à noftre Viceroy , de luy envoyer
deux Bataillons François de
la Citadelle ; parce que le Roy eft
réfolu d'aller attaquer fes Ennemis.
Les Bataillons font partis le premier
de ce mois .
On a envoyé à Tudele les 53.Ca
valiers qui ont conduit icy les prifon .
niers d'Eftat& de guerre ; comme
auli 400. foldats François,qui al
loient à l'armée du Rey avec quatre
pieces de canon tirées de noftre
Citadelle , pour s'opposer aux defors
GALANT
293
he
dres que les Aragonois font de ce
coffé. Notre Viceroy eft auli party
& ce matin pour s'y rendre , & le Regiment
de mille hommes tous habil.
lez, que ce Royaume à levé &foldoyé
pour trois mois , & qui eft 2
Sangueça
doit le fuivre inceffamment.
De Bayonne le 8. Septembre.
Mr le Duc de Gramont , qui
tenoit les Eftats de Navarre , a reçu
un Courier de l'armée du Roy
d'Espagne qui l'oblige de les quitter
, & de fe rendre en cette Ville 3
ily arrivera demain àmidy . Le bruit
¿court que c'eft pour recevoir la Reine
Douairiere d'Espagne, qui doit venir
en France . Le Patriarche des
-Indes & l'Evêque de Barcelone ,
Bb iij
294 MERCURE
font dans la Citadelle de cette Place;
& le Comte & la Comteffe de
Lemos, avec le refte des prifonniers
d'Eftat , font dans celle de Pampelane.
Pour continuer à vous apprendre
les nouvelles d'Espagne
par une fuite de Lettres , qui
viennent de bon lieu , & aufquelles
vous pouvez feurement
ajoûter foy , je vous envoye la
Lettre fuivante.
Au Camp de Cienpoçüelos le 6.
Septembre ,
Les armées font toujours dans
leurs mêmes poftes. L'on avoit crû ,
fur differens avis , que celle des Ennemis
décamperoit cesjours - cy; mais
elle n'afait encore aucun mauveGALANT
295
ment, & il y a toute apparence
que cela n'ira pas loin. Le bruit
commun eft que les Ennemis pafferont
le Tage pour fe retirer du cofté
de Valence c'est- à-dire , vers
Fuet & Cuença , qu'ils ont fortifie
, & où ils ont des troupes . C'eft
un pays montueux & plein de défilez
, où il leur fera aifé de fe
maintenir , & peut - eftre d'y pren_
dre des quartiers d'hyver , s'ils ne
font pas forcez à combattre avant
que d'y arriver.
Les Portugais affemblent des
troupes à Ciutad. Rodrigo , & menacent
de venir brufler Salamanque
s'mais onfçait qu'ils ne peuvent
avoir quefort peu de troupes
reglées de ce cofté- là . Mr le Maréchal
de Bervvicky en fait marther
quelques-unes , pour couvrir la
Bb iiij
296 MERCURE
vieille Caftille , où il y a beau
coupde Milicesfous les armes.
On a ex avis que le Chafteam
d'Alicante fe deffendoit encore le
premier de ce mois . On ne faitpoint
fi le Comte de Peterborough s'eft
embarqué , comme il en avoit deffein.
2
Le Roy d'Efpagne a nommè Mr
le Prince de Tferclaës , Viceroy de
Navarre à la place de Mr. le
Duc de San-Juan , qui revient à
la Cour , pour y faire les fonctions
de Miniftre des affaires de la
Guerre.
Aprés vous avoir parlé pendant
cinq années des conqueftes
faites par les Armées des deux
Couronnes , & des Batailles
gagnées en Lombardie ; aprés
yous avoir donné des relations
GALANT 297
de la prise de plus de vingt places
d'importance , & particu
lierement de toutes celles qui
compofent les Etats de Monfieur
le Duc de Savoye , à l'exception
de deux ou trois ; aprés
vous avoir fait voir les Châteaux
de Nice & de Montmelian
foûmis , malgré leur élevation
, qui avoit toûjours fait croire
qu'ils étoient imprenables ,
avant qu'ils euffent été attaquez
par les armes de France ; &
aprés vous avoir fait voir
les Imperiaux repouffez deux
ou trois fois jufque dans les
montagnes du Trentin , & une
fois au de- là de Trente ; enfin
aprés vous avoir fait voir un
enchaînement continuel de conqueftes
, de batailles gagnées , &
*
298 MERCURE
ne doit
d'autres avantages remportez ; il
pas , dis - je , eftre éconnant
, fi aprés avoir fi long-tems
enchaîné la Victoire & la Fortune
, je vous parle , non pas
d'une place perduë , mais d'un
Siege levé. Vous jugez bien que
c'eſt du Siege de Turin dont je
veux vous parler . Il eft furprenant
que la Fortune qui fembloit
par la levée de ce Siege
vouloir commencer à favorifer
les ennemis en Italie , ait paru
s'en répentir deux jours aprés ;
puifque le Siege de Turin a efté
levé le de ce mois , & que le
9. Mr le Comte de Medavy a
gagné une Bataille fi complette
, que de douze mille hommes
commandez par Monfieur le
Prince de Heffe - Caffel , il ne
7.
GALANT 299
DE
s'eft fauvé que dix - huit e
Chevaux & 600. Fantaffins ,
fans bagages , fans munitions
& fans canon . Je ne m'étends
pas ici fur cet article , dont je
vous parleray avant que de finir
ma Lettre ; je reviens au Siege
de Turin. Jamais on n'a pris de
plus juftes mesures pour réuffir
dans un Siege. Il y avoit dans
le Camp , avant que ce Siege
commençaft , des munitions &
des provifions en fi grande abondance
, que l'on avoit reſolu de
n'y rien faire venir par convois
pendant 3.mois, qui devoient fuffire
pour fe rendre maiftre de la
Place. Il y avoit une nombreuſe
artillerie , un fort grand nombre
d'Ingenieurs & de Mineurs;
& l'on n'avoit rien oublié de
300 MERCURE
tout ce qui étoit neceffaire pour
le fuccés d'une fi grande entreprife
, pour laquelle les troupes
marcherent dés le 22. Avril. On
doit remarquer cette datte , &
celle de la fevée du Siege , qui a
eſté levé le 7. de Septembre . On
voit par toutes les difpofitions
que je viens de vous marquer ,
qu'il étoit impoffible de faire
plus qu'on a fait , & de pren-.
dre de plus juftes mesures pour
faire réüffir une entrepriſe ſt
confiderable ; le refte ne regardoit
plus que l'Artillerie , les Ingenieurs,
& les Mineurs. Mais il
ne faut pas s'étonner, fi pendant
un filong Siege la plus grande
partie du canon devient inutiles
ce qui arrive ordinairement
quand le canon a esté ſouvent
GALANT gor
échauffé. A l'égard des Ingenieurs
& des Mineurs , les mi -`
nes & les contre - mines que
Monfieur le Duc de Savoye
avoit fait faire étoient en fi
grand nombre , que l'on ne doit
pas eftre furpris , s'il a efté befoin
d'un tems infini pour avancer
, & fi pendant ce tems on
a perdu prefque tous les Ingenieurs
qui eftoient à ce fiege
, quoique le nombre en fuft
tres - confiderable . Tout confiftoit
, pour avancer la priſe de la
Place , dans le remplacement
de ces Ingenieurs ; & c'eft ce
qui n'eftoit pas poffible à ceux
qui avoient la conduite de ce
Siege , & au Miniftre de la guer
re. Le long Siege de Veruë ,
les Sieges de Brifac , de Landau ,
302
MERCURE
du Chateau de Nice & de Barcelone
avoient fait perir la
plus grande partie de nos plus
habiles Ingenieurs . Mr de Lapara
eftoit mort devant Barcelone
; & Mrs Filée & Charmont
avoient efté tuez devant le Château
de Nice. Cette perte étoit
fi confiderable
, que Mr le Mareſchal
de Vauban dit , en l'apprenant
, que l'on avoit fait une
grande perte par la mort de Mr
Filée mais que celle de Mr
Charmont eftoit irréparable.
On avoit auffi perdu à tous ces
Sieges , dont hors un feul , le
fuccés avoit efté glorieux aux
armes de France , une infinité
de bonsOfficiers d'Artilleriez
&
il avoit même fallu fe fervir de
ceux de la Marine pour le ſiege
:
GALANT
303
deNice : De maniere qu'il eftoit,
impoffible de réparer la perte de ,
ces Officiers , & des Ingenieurs
perdus devant Turin . Ainfi on
ne peut attribuer à perfonne le ,
mauvais fuccés du Siege , dont
le grand nombre de nos conquê
tes précedentes font la feule
caufe ; ayant emporté la plus,
grande partie de nos meilleurs
Officiers d'Artillerie , & de nos
plus habiles Ingenieurs , &, fur
tout, des trois Ingenieurs en chef
dont je viens de vous parler , & ,
dont l'un eftoit deſtiné pour
faire le Siege de Turin : & peuteſtre
n'eſt- il mort que pour s'être
trop exposé à Barcelone
tant il avoit d'impatience de fe
rendre devant Turin.
*
Je croy qu'il ne fera pas hors
304 MERCURE
de propos de vous faire voir icy
que
l'heureux ou le malheureux
faccés d'un Siege , ne dépend
pas d'un General d'armée, quel
que brave qu'il foit , quelque
attention qu'il faffe à tout ce
qui fe paffe , & quelques foins
& quelques mouvemens qu'il fe
donne , comme le gain & la per. '
te d'une bataille en dépendent.
Un habile General fçait trouver
les moyens d'éviter un com
bat , quand il n'eft pas pofté
avantageufement ; quand toutes
fes troupes ne peuvent combattre
; quand elles peuvent être
prifes en flanc par quelques
endroits quand on en peut
couper & enfermer quelques
Corps quand il peut eftre entouré
, & coupé dans fa retraiGALANT
305
•
te , ou s'y trouver embarraffé ,
- par des défilez ou autres chofes
femblables ; ou enfin quand les
forces des Ennemis font trop
fuperieures aux fiennes , ou
qu'il fe défie de la bonté & de
la bonne volonté de celles qu'il
commande. Lorfqu'il ne fe
trouve aucun de ces obftacles ,
il doit ne fe point expofer fans
une neceffité abfoluë ; parce
que devant eſtre l'ame de tout ,
fa perte entraîneroit celle de la
bataille . Il doit de l'endroit où
il a pris fon pofte , envoyer favoir
ce qui fe paffe dans tous
les endroits où le combat eft
le plus échauffé , & felon les
rapports qu'on luy fait , envoyer
continuellement des ordres
& des troupes dans tous les
Septembre 1706. Cc
>
306 MERCURE
›
lieux où l'on en a befoin . Et
lorfqu'il apprend que les affaires
tournent mal , il ne doit
plus avoir de ménagement pour
Ta perfonne ; il doit fe porter
par tout , & animer toutes les
fes troupes par la preſence , par
difcours , par les bons ordres
qu'il donne , & même par fes
actions , en affrontant les perils
les plus évidens , puifque l'on
ne doit plus rien ménager , lorfque
tout eft à craindre , & qu'un
habile General ne fe doit rien
reprocher. Comme il eft feal
maiſtre de toutes ces choſes
il eft vray de dire que le gain
& la perte d'une bataille dépendent
de luy.
Il n'en eft pas de mefme d'un
General , qui commande à un
GALANT
307
fiege ' ; tout ce qui s'y paffe ne
dépendant pas de luy feul , comme
dans une bataille tout dépend
d'un General , ainfi que
je viens de le marquer. Celuy
qui commande à un fiege peut
s'expofer beaucoup , en vifitant
tous les travaux . Il ne luy eſt
pas permis de monter luy-même,
à l'affaut ; fon activité, fes foins ,
fa liberalité, & plufieurs chofes
de cette nature, font feulement
enfon pouvoir: mais elles ne fuffifent
pas pour faire prendre
une Place. L'Ingenieur principal
peut feul plus contribuer à
fa prife , que toutes les troupes
enfemble, lorfqu'il leur taille de
bonne befogne , qui leur donne
lieu d'agir utilement ; mais lorf
qu'il ne réuffit pas dans fes en-
Cc ij
308 MERCURE
trepriſes ; lorfqu'il eft mal fe
condé par les Ingenieurs qui
font fous fes ordres ; lorfqu'il a
le malheur d'en perdre beaucoup
, lorfqu'il ne réüffit pas en
voulant éventer les Mines des
Ennemis , & lorfque celles qu'il
fait faire , font des effets tout
contraires à ceux qu'il s'eft pro
pofé; lorfqu'on perd un fi grand
nombre de Mineurs que l'on
vient à en manquer ; lorfque la
trop longue fuite d'un fiege a
fait perdre la plus grande partie
des Officiers d'Artillerie ,
& que le canon , à force d'avoir
fervy , ne peut plus rendre de
fervice : quel remede peut apporter
à tout cela un General
d'Armée , qui commande à un
fiege ; & à quoy a - t - il manqué?
GALANT 309
Il n'a pû que
s'impatienter, que
preffer , que prier , que mena
cer , & que promettre des récompenfes.
Les troupes ne peu
vent rien faire de leur cofté
que d'aller genereufement aux
affauts lorfqu'elles font commandées
pour y monter ; &
quand , aprés avoir combatu
avec une intrépidité & une valeur
incroyables , la mort des
Ingenieurs
qui devoient faire
travailler à des logemens pour
les mettre à couvert , empêche
que ces logemens ne foient faits,
& qu'elles font obligées d'abandonner
les poftes que la plus
haute valeur leur a fait emporter
, pour ne pas perdre infructueufement
la vie, dont elles ont
befoin pour monter à d'autres
310 MERCURE
affauts quand , dis - je , toutes
ces chofes arrivent , on ne peut
dire que des troupes ont mal
fait , & qu'elles ont reculé ,
puifqu'au contraire s'il y a >
, quelque blâme à leur donner
c'eft d'eftre demeurées trop
longtemps expofées au feu des
affiegez , & de ne s'eftre retirées
qu'après avoir fait inutilement
une trop grande perte. Ce qui
arrive fouvent pendant le cours
'd'un long fiege , & ce qui diminuë
beaucoup une Armée , à
qui l'on ne peut reprocher que
trop de valeur , & trop d'intrepidité.
Ainfi lorfque l'on examine
à fond , & avec attention ,
ce qui fe paffe pendant un long
fege ; on connoift que ce n'eft
ny la faute du General, ny celle
GALANT
311
des troupes. Ce n'eft pas même
celle des Ingenieurs ; & l'on ne
doit fouvent attribuer ce retardement
, qu'à la mort qui les enleve.
Il ne faut pas s'étonner fi
ces Ingenieurs , qui travaillent
prefque toûjours fous le feu des
Ennemis , font quelque fois des
fautes dont les plus intrepides
feroient capables , & s'ils n'avancent
pas toûjours auffi vîte:
que l'impatience du General &
des troupes le demande . Mais
quand une Place eft auffi forte
que celle de Turin , & qu'il y a
autant de perils à effuyer , on
ne peut rien fe promettre qu'après
un long efpace de temps; &
il n'y a même aucune certitude,
à caufe des inconveniens, & des
fecours qui peuvent venir , com312
MERCURE
1
•
Sex
me l'on vient de voir arriver.
Mais cela n'empêche pas que
chacun n'ait fait fon devoir à ce
fiege , où l'abondance de toutes
chofes a duré long- temps , & où
il n'eft arrivé que ce qui arrive
ordinairement aprés un long
fiege , pendant lequel on a le
tems de préparer des fecours.
Je dois dire , à l'avantage des
troupes, & on a dû le remarquer,
que toutes les fois qu'elles font
venues aux mains avec les Ennemis
, pendant le fiege , elles
ont toûjours fait voir autant de
valeur que d'intrepidité , &
qu'elles ont fouvent efté longtemps
expofées au feu des Ennemis
avec une conftance incroyable.
Quoiqu'il ne foit plus
queftion de ce fiege depuis qu'il
a elté
GALANT 313
>
de
vous a efté levé ; je ne dois pas laiffer,
en fidele Hiſtorien
parler de ce qui s'eſt paſſé avant
la levée de ce fiege , afin que la
fuite s'en trouve dans mes Letres
.
Le foir du 21. Aouft, Mr Douville
, Lieutenant d'Artillerie ,
& qui la commandoit en chef,
fut bleffé d'un éclat de Grenade
à la tefte , & mourut le 22.
Celuy qui fut choisi pour remplir
fa place , fut trouvé mort
dans fon lit , le lendemain qu'il
cut efté nommé. Ces pertes continuelles
n'avançoient pas le
fiege.
La nuit du 22. au 23. nos Miquelets
mirent le feu aux Caffines
des environs des Capucins
, où fe refugioient des Ban-
Septembre 1706. Dd
314 MERCURE
dits , qui infultoient nos Soldats
en allant chercher de l'eau .
Il ne fe paffa rien de confiderable
le 23.
Le 24. Mr le Marquis.de
Vaudreuil , Colonel d'un Regiment
d'Infanterie , fut tué à
Ia tranchée ; & Mr de Montmirel
, Major du Regiment
Dauphin, Infanterie , fut bleffé
d'un coup de fufil dans l'épaule ,
Le 25. les Ennemis firent
fauter deux mines , qui enleverent
deux batteries de dix picces
, qui battoient en breche
les deux contre- gardes
demie- lune .
tre - gardes , & la
Le 26. Mr le Chevalier de
Kercado , Marefchal de Camp ,
eftant de jour à la tranchée, fut
dangereufement bleſſé à la tête,
GALANT
315
d'un coup de pierre qu'un boulet
, qui donna dans le revers
de la tranchée , luy jetta . Mr
Serin , Commiffaire , & un Aide
de Camp de Mr le Duc de la
> Feüillade
même coup .
furent bleffez du
Le 26. à huit heures & demie
du foir , les deux contregarde
furent attaquées : Sçavoir
, celle de la droite & celle
de la gauche. Elles furent emportées
avec vigueur ; on paffa,
dans celle de la gauche , 58 hommes
au fil de l'épée , & l'on pric
trois Officiers , dont l'un eftoit
Major , à qui on fit quartier :
L'on tua 35. hommes dans celle
de la droite. On attaqua la demie-
lune , on monta fur la crête,
de la brèche ; & l'on y demeu,
Ddij
316 MBRCURE
ra autant que l'on put . Mais les
Ennemis qui avoient fait une
coupure au milieu , & qui faifoient
un gros feu , incommodoient
fort les noftres , qui n'auroient
pas neanmoins laiflé de
s'y eftablir , fi Mr Bertram , qui
avoit le foin de cette attaque ,
& qui devoit faire faire un logement
pour les mettre à couvert
, n'avoit pas receu cinq
bleffures mortelles , & n'avoit
pas enfuite efté écrasé par une
bombe : ce qui obligea nos troupes
, qui avoient fouffert longtemps
, eſtant demeurées à découvert
, de fe retirer.
On garda les deux contregardes
pendant toute la nuit ,
& le lendemain 27. jufqu'à dix
heures du matin , qu'elles fuGALANY
317
rent repriſes par les Ennemis.
Une Compagnie de Grenadiers
du Regiment de Normandie fe
diftingua beaucoup dans l'action
, qui fe paffa à la repriſe de
ces deux contre - gardes . Elle
eftoit au bas de la bréche de la
demie - lune , dans le foffé ; elle
vit déboucher les Ennemis ; elle
mit auffi - toft la bayonnette au
bout du fufil , & alla les inful.
ter , quoiqu'ils fuffent pour le
moins dix contre un. Ellefe retira
enfuite en tres - bon ordre ,
fans avoir tiré un feul coups
mais s'eftant toûjours battuë la
bayonnette au bout du fufil, Le
Capitaine de cette Compagnie
& quelques foldats furent tuez .
L'abandonnement
de ces poftes
fut caufé par le grand feu des
Dd iij.
318 MERCURE
Ennemis , qui eftoient dans la
demie - lune , d'où l'on eftoit entierement
découvert .
Le 28. Mr le Chevalier de
Kercado mourut de fa bleffure .
Je nevous dirai rien davantage
du fiege , finon qu'il y eut encore
un affaut donné le 30, qui ne fut
pas plus heureux que les préce
dens, & dans lequel nos troupes .
donnerent des marques de la
plus intrepide valeur . Je paffe à
l'action du s . de ce mois.
Loin de faire un Prélude à la
Relation de ce qui fe paffa ce
jour - là , je tirerois le rideau fur
toute cette journée , fi comme
hiftorien , je n'eftois obligé de
vous rendre compte des mauvais
évenemens , auffi bien que des
heureux fuccés. Je n'entre point
GALANT 319
dans ce qui peut avoir efté caufe
de l'avantage remporté par
les Ennemis ; tous ceux qui ont
eu part à cette affaire , ont crû
bien faire ; mais les meilleures
intentions ne font pas toûjours
les plus heureuſes . Cependant ,
quelque fatale qu'ait efté cette
journée , elle eft fi glorieufe
pour Monfieur le Duc d'Orleans
, que quand ce Prince auroit
remporté la victoire la plus
fignalée & la plus complette , il
ne fe feroit pas acquis plus de
gloire , & n'auroit pas fait voir
plus de valeur , plus d'intrepi
dité & plus de conduite , qu'il
en a marqué dans cette occafion
. Ainfi je croy que toute la
France apprendra avec plaifir
ce que j'en diray dans cet arti
320
MERCURE
cle ; puifqu'elle pourra juger ,
par ce que ce Prince vient de
faire , de quoy il fera capable un
jour , quand le temps luy aura
permis de mettre en pratique
tout ce que luy peuvent infpirer
fes lumieres naturelles , & le
goût qu'il a pour la guerre. On
connoift parce qu'il vient de
faire , que ce n'eft pas fans raifon
qu'il a demandé avec tant
d'ardeur d'expofer fon fang pour
le fervice du Roy & de l'Eſtat ,
pour la gloire de fa Maiſon.
Quoyqu'il n'ait pas eu beaucoup
d'occafions de fe fignaler depuis
qu'il eft entré en campagne , il
n'a pas laiffé de faire voir qu'il
eftoit capable d'effuyer les plus
grandes fatigues ; & on l'à vù
faire une marche de 24 heures,
&
GALANT 321
fans avoir pris qu'une taffe de
chocolate . Il est toûjours le
premier à cheval , & le dernier
à en defcendre ; il veut tout favoir
, & connoiftre tout par luimême
: & quoique fes lumieres
foient grandes , & qu'il puft s'y
fier , ce Prince ne laiffe pas , par
une modeftic digne de la plus
haute admiration , de déferer à
la pluralité des fentimens oppofez
au fien. Enfin , quoiqu'il
n'ait encore fait que peu de
campagnes , il a fait voir depuis
qu'il eft entré en Italie , qu'il
eftoit auffi habile que les plus
experimentez Capitaines , & il
a toûjours paru qu'il a jugé jufte
dans toutes les occafions où il
a dit fon fentiment . Ce n'eft
point icy un éloge ; ce ne font
322 MERCURE
point des paroles vaines & vagues
: & fi on veut fe donner la
peine de les examiner avec attention
, on trouvera qu'elles
ne font fondées que fur un amas
de faits , qui méritent d'eſtre
connus de toute l'Europe , &
que toute l'Europe leur rende ·
juftice . Ce n'eft que la force de
la verité qui me fait parler ; je
n'avois point formé le deffein de
dire ce qui vient d'échaper de
ma plume : & quand les chofes
fe prefentent fi naturellement à
l'imagination il faut que la
fource qui les fait naître foit
bien feconde , & qu'il n'y ait
rien que de tres - veritable & de
naturel dans tout ce que l'on
rapporte . Je finis , en m'impofant
filence à moi - même , de crainte
GALANT 323
de m'étendre encore davantage,
& de me faifir de la matiere qui
s'offre encore de pouffer cet ar
ticle plus loin qu'il ne doit être
pouffé , lorfqu'il n'eſt queſtion
que de parler de nouvelles : mais
je prétens que c'en foit une que
de faire connoiftre à l'Univers
un Prince qui n'y eft pas connu
pour ce qu'il eft aujourd'huy
dans le métier de la guerre , &
pour ce qu'il y doit être un jours
par ce qu'il n'a encore fait que
quelques campagnes , & que
celle qu'il fait aujourd'huy, eft
la premiere où il a commandé
en Chef.
Le 7. de ce mois , fur les dix
heures du matin , Monfieur le
Duc de Savoye , & Monfieur le
Prince Eugene, après avoir paffé
324 MERCURE
Le Pô & la Doire , & fait diverfes
marches & contre - marches ,
pour cacher leur veritable deffein
, attaquerent les retranchemens
qui avoient eſté faits entre
la Doire & la Sture . Ils fi .
rent en même temps une triple
attaque ; fçavoir , unc à la droite
, une à la gauche , & la troifiéme
entre ces deux attaques ,
où ils furent vivement repouffez
, & perdirent beaucoup de
monde. Le defeſpoir leur avoit
fait prendre le party de faire
cette attaque ; & il y a des lettres
qui portent , qu'il n'y avoit
plus de pain dans leur armée ,
& que Monfieur le Prince Euavoit
ordonné que l'on
gene
tuât le premier foldat qui en demanderoit.
Monfieur le Duc
d'Orleans
GALANT 325
d'Orleans ayant appris que l'on
attaquoit le quartier où commandoit
Mr le Maréchal de
Marcin , y accourut avec tous
les Officiers de fa Maifon ; &
l'exemple de ce Prince anima
tellement toutes les troupes ,
que les Ennemis furent repouffez
jufqu'à trois fois avec un fi
grand carnage , que le Prince
Eugene outré de voir les troupes
qui eftoient beaucoup plus
nombreufes que les nôtres , tant
de fois repouflées & battuës ,
ordonna à la Cavalerie qu'il avoit
dans fes derrieres , de tuer
tous ceux qu'elle verroit prendre
la fuite. Le bruit de cet ordre
s'eftant répandu , engagea
ces troupes à fe faire du coeur
par neceffité ; de maniere qu'ils
Septembre 1706 Ee
326 MERCURE
refolurent de perir plûtoft que
de fuir aimant mieux , dans la
neceffité où ils fe trouvoient ,
mourir glorieufement que d'être
tuez comme des lâches .
D'un autre cofté , les premiers
avantages remportez par nos
troupes , & la prefence de Monfieur
le Duc d'Orleans , qui ne
fe contentoit pas d'envoyer continuellement
des ordres par tout
où il les croyoit neceffaires ;
mais qui agiffoit en même tems
en foldat , ainfi qu'en General ,
inſpira une fi vive ardeur à nos
troupes , que combattant à l'exemple
de ce Prince , & pour le
garantir des perils où il ſe livroit
, combattirent avec l'opiniâtreté
& la vigueur qui étoient
neceffaires pour repouffer jufGALANT
327
qu'à trois fois , des troupes beaucoup
plus nombreuſes & animées
par des Generaux , dont
la valeur & l'experience font
connuës , & aufquels on doit
rendre cette juftice . Les chofes
étoient dans cet état , & l'acharnement
des deux partis alloit
jufqu'à l'excés , lorfque Monfieur
le Duc d'Orleans & Mr
le Maréchal de Marcin furent
bleffez. Le dernier mortellement
; ce qui commença à caufer
du refroidiffement à faire perdre
peu à peu le courage à ceux qui
s'apperçurent de cette bleffure ,
jugeant bien des mauvais effets
que la fuite pouvoit produire.
Cependant c'eftoit encore peu,
& peut- eftre que fi le malheur
fuft arrivé feul , les Ennemis fe
Ecij
328 MERCURE
feroient repentis d'avoir atta .
qué nos troupes pour la quatriéme
fois ; mais les bleffures de
Monfieur le Duc d'Orleans mirent
une espece de defordre parmi
elles , qu'il eft aifé de concevoir
. Elles firent redoubler la
valeur des uns , qui chercherent
avec plus de vigueur à vanger
fon fang répandu ; & elles abatirent
le courage des autres , qui
crurent que la perte de ce Prince
attireroit indubitablement
la leur . Les Ennemis qui l'apprirent
, fentirent auffi- toft redoubler
leur courage avec leur
efpoir , & ils jugerent bien que
la victoire ne pouvoit manquer
de tourner bien - toft de leur
cofté. Ils avoient lieu de l'efperer
; cependant elle balança enGALANT
329
core du temps , avant de fe ranger
de leur parti . Monfieur le
Duc d'Orleans cacha d'abord
la bleffure qu'il avoit reçuë au
deffus du poignet ; il la banda
avec fon mouchoir qu'il ferra
avec une main & avec les dents ,
& continua de combatre jufqu'à
ce que
le fang qui fortit de cette
bleffure , & que la chaleur du
combat l'empêchoit de fentir ,
& celuy que luy fit perdre une
autre bleffure dont je parleray
dans la fuite de cette Relation ,
eurent commencé à luy caufer
un évanouiffement , dont Mr de
Saint Leger , l'un de fes premiers
Valets de Chambre , qui étoit
auprés de luy , s'étant apperçû ;
cet Officier zelé , & qui étoit
attentif à tout ce qui regardoit
Ee iij
330 MERCURE
Son Alteffe Royale , frotta ce
Prince avec de l'Eau de la Reine
d'Hongrie ; ce qui l'empêcha de
s'évanouir entierement . De maniere
qu'il eut le temps de fe retirer
du combat ; mais fans ceffer
néanmoins de donner fes ordres
, qu'il envoya encore aprés
s'eftre retiré . Ce fut alors qu'il
fallut commencer à ceder à la
force ; Mr le Maréchal de Marcin
ayant efté emporté par les
Ennemis . Sa bleffure étoit mortelle
, puifqu'il mourut dix- huit
heures après le combat . Nous
avions jufqu'alors efté battus en
front par les Ennemis , pendant
que ceux qui étoient fortis de
la Ville nous battoient en queuë;
& l'on commençoit à nous bat →
tre en flanc , lorfque nos trou➡
GALANT
331
pes crurent que la prudence demandoit
, & qu'il y alloit même
du bien des affaires du Roy , &.
du falut du refte de l'Armée ,
de fonger à la retraite ; le fecours
eftant entré dans laPlace . La retraite
fe fit en affez bon ordre .
Je croy que c'eft icy le lieu de
vous dire les noms des zelez
Officiers de Son Alteffe Royale ,
qui ont combattu auprés de la
perfonne de ce Prince . Ce font
Mr le Comte de Châtillon , premier
Gentilhomme de fa Chambre
, qui a efté bleffé au bras, auprés
de S. A. R. fon fils , qui a
eu une contufion , auffi- bien
que.
Mr Cabre ; Mr le Marquis de
Saffenage , auffi premier Gentilhomme
de la Chambre de ce
Prince ; Mrs les Marquis d'E
332 MERCURE
tampes & de la Farre , Capitaines
de fes Gardes ; Mrs les Marquis
de Pluvault & de Rofmadec,
Maiſtres de fa Garderobe ;
Mrs les Marquis de Breauté &
d'Armentieres ,fes Chambellans;
Mrs Doublet & l'Abbé du Bois ,
Secretaires de fes Commandemens
: & plufieurs autres qui
font Penfionnaires de ce Prince,
Tous les Officiers de fes Gardes ,
de fa Chambre & de fa Maifon
ne le quitterent point , & mar.
querent l'empreffement qu'ils
avoient de garantir ce Prince,
des coups qui tomboient fur luy
de toutes parts , & dont il reçut
jufques à neuf dans ſa Cuiraffe .
Je ne dois pas oublier Mr l'Abbé
de Grancey, fon premier Aumofnier
, qui eft mort de la blefGALANT
333
fure qu'il reçut en cette occafion
; le zele qu'il avoit pour le
falut des ames , l'a toûjours
engagé de s'expofer aux plus
grands perils, pour confeffer les
mourans , dans tous les fieges
où il s'eft trouvé .
Il n'eft pas furprenant de voir
des gens qui ont toûjours porté
les armes , s'expofer un jour de
Lataille autour de la perfonne
d'un General , qu'ils regardent
moins comme un grand Prince,
que comme un bon Maiftre, dont
ils font charmez de toutes les
bontez , & à qui plufieurs doi
vent en partie leur fortune .
Mais il eft étonnant , pour ne
pas dire prefque inoüi , d'en voir
qui n'ont jamais fervy que dans
la Chambre , ou dans le Cabi
334 MERCURE
net ; & d'autres qui n'ont ja
mais mis l'épée à la main , leur
profeffion n'étant pas
d'en por
ter , s'expofer aux plus grands
perils pour fervir comme de
plaftron à leur Prince , en effuyant
les coups qui luy font
portez de toutes parts . Et cela
pendant qu'il fe trouve fouvent.
des Officiers , qui font montez
par degrez aux grades d'honneur
où l'on parvient dans le
mêtier des Armes , combattre
mollement un jour de bataille ,
ou ne fe faire du coeur que par
raiſon ; tant il eft vray que ceux
qui ne fe font point encore vûs
dans des actions pareilles , fe
trouvent furpris & étonnez de
voir les dangers qu'ils courent.
On fert fouvent long - temps
1
GALANT
335
avant que de fe
trouver en de
pareilles
occafions ; & nul ne
peut eftre fûr de fon
courage ,
qu'il ne l'ait
éprouvé dans une
bataille.
Toutes ces chofes font.
voir que l'on ne peut trop loüer
le zele &
l'intrepidité de ceux
qui ont
combattu autour de la
perfonne de
Monfieur le Duc
d'Orleans , fur
lefquels , felon
le
rapport de tous ceux qui ont
pû en eftre
témoins , on n'a jamais
vû
tomber une fi
grande
grêle de
coups , fans
qu'aucun
ait
témoigné la moindre
crainte
, & ait fait un pas en arriere .
Ceux dont je viens de vous marquer
les noms , ne font pas les
feuls qui ayent
combattu autour
de leur
General , & qui ayent
expofé leurs
perfonnes pour
336
MERCURE
fauver la fienne ; & j'apprens
,
en ce moment
, que ceux dont
voicy les noms , ont en l'avantage
de s'y trouver
auffi . Ce
font Mr du Ploüy , Ecuyer de
S. A. R. Mr de Rocheplate
,
Lieutenant
de fes Gardes , &
Mr de Marigny
, Exemt des
mêmes Gardes .
J'ay vû quelques
lettres
, qui
portent
que trois Pages
de cc
Prince
fe font auffi fort diftinguez
, en combattant
autour
de
fa perfonne
; l'un defquels
, comme
fon Ange
tutelaire
, s'attachoit
toûjours
à le couvrir
; &
l'on affure
que plufieurs
de ceux
qui vouloient
l'approcher
, ont
reçû la mort de ſa main .
Les
noms de ces braves
meriteroient
d'avoir
place
icy ; mais ils ne
font
*
GALANT 337
font pas venus à ma connoiffance.
On peut dire que S. A. R. n'a
point quitté le combat , puif
qu'on ne l'emporta que lorfque
fon fang, qui commençoit à couder
avec trop d'abondance , luy
caufa la foibleffe dont je vous
ay déja parlé ; mais je ne vous
ay encore rien dit de fes bleffures
. Ilen aune au deffus du poignet
du bras gauche , qui emporte
la chair , coupe un tendron
, paffe au travers des nerfs ,
& touche à l'os ; & une autre
au cofté , au deffus de la hanche,
qui entre dans les chairs . Je ne
vous dis rien des autres coups
qui ont donné dans fes armes ou
dans fes habits , fans avoir produit
aucun mauvais effet . L'afe
Septembre 1706 .
Ff
༢༣8 MERCUREE
2
faire a commencé à dix heures
du matin , & a duré une heure
& demie .
On affure que nous n'avons
perdu que 8. ou 900. hommes
dans le combat , & que la perte
des Ennemis, monte à plus de
4000. On le croira facilement,
lorfqu'on fera reflexion que
ceux qui attaquent des retranchemens
>
perdent toûjours
beaucoup plus que ceux qui les
défendent ; & que d'ailleurs les
Ennemis ayant efté repouffez
trois fois , il eft impoffible qu'ils
n'ayent fait une perte tres- confiderable.
Je vous parleray le
mois prochain des perfonnes de
confideration qui ont efté bleffées,
tuées , ou faites prifonnieres
de guerre dans cette attaque.-
GALANT 339
Ily a encore tant d'incertitude,
& l'on en parle fi diverſement ,
que ne pouvant rien dire d'affu
ré , j'ay crû devoir remettre à
vous parler de cet article dans
ma premiere lettre . Je ne vous
dis rien de ce qui regarde la fuite
de cette affaire ; je vous mar.
queray , avant que de fermer
ma lettre , la fituation où fe
trouveront alors toutes nos armées.
Je paffe à l'avantage rempor
té par Mr le Comte de Medavy
le 9. de ce mois , deux jours
aprés la levée du Siege de Turin.
Monfieur le Duc d'Orleans
doit avoir beaucoup de part à la
gloire de cette journée ; puif
que ce Prince , qui avoit refola
avec Mr de' Medavy , qu'il ten-
Ffij
340 MERCURE
teroit le combat qu'il a donné,
fi l'occafion s'en trouvoit favorable
, luy avoit envoyé des
troupes pour fervir dans cette
expedition . Elle devoit estre
confiderable , & on ne la devoit
engager qu'à propos , & avec de
bonnes troupes : Monfieur le
Prince de Heffe - Caffel eftant
naturellement brave , ayant
beaucoup d'experience , & s'étant
acquis beaucoup de reputation
& de gloire en diverfes
occafions. Il eftoit à la bataille
de Spire ; & quoique la fortune
ne luy fût pas favorable dans
cette bataille , il ne laiffa pas de
s'y diftinguer , & de s'attirer
des loüanges des deux partis : &
y combattit avec une valeur
& une intrepidité , qui le firent
il
GALANT 341
་
3
admirer. Ses troupes animées
par fon exemple , combattirent
avec la même valeur : On peut
dire qu'elles furent accablées
fans avoir efté vaincuës ; tous
ceux qui furent tuêz dans cette
bataille , ayant efté trouvéz
morts dans leurs rangs , fans
qu'aucun eût tourné le dos pour
prendre la fuite . Voilà le General
& les troupes que Mr de
Medavy avoit à combattre. Ce
Prince ſe tenoit ſi aſſuré de leur
valeur & de leur bonne volon-
Sté, que ne doutant point que la
evictoire ne tournât de fon côté ,
s'il pouvoit engager le combat,
-envoya dire , trois jours auparavant
, à Mr de Medavy : Que
le regardant comme un brave hommé
, il fouhaittoit avec beaucoup
Ff iij
342 MBRCURE
d'ardeur d'en venir aux mains
avec lay ; & que pour cet effet , s'il
vouloit cheifer une plaine pour combattre
avec des troupes égales , il
Luy promettoit foy de Prince , qu'il
s'y trouveroit feulement avec le
nombre de troupes dont ils conviendroient.
Il luy fit même dire : Que
s'il ne vouloit pas ſe fier à fa parole
, il la luy donneroit par écrit ; &
que s'il vouloit envoyer un Commif
faire , il pourroit compter fes troupes
, afin d'en favoir le nombre au
jufte . Mr de Medavy lui fit réponſe
: Qu'il eftoit au defefpoir de
ne pouvoir accepter son offre , parce
qu'il eftoit Officier fubalterne , &
fujet à des ordres fuperieurs ; que cependant
, s'il avoit envie de combattre
, & s'il vouloit venir jusqu'à
fon Camp , il feroit fes efforts pour
GALANT 343
meriter fon eftime. Cette réponſe
n'eftoit pas moins politique, que
fpirituelle & honnefte . Mr de
Medavy , qui avoit ordre de
Monfieur le Duc d'Orleans
d'engager le combat , en eftoit
auffi demeuré d'accord avec Mr
de Torralba ; & ils avoient pour
cet effet refolu de tirer des troupes
de plufieurs garniſons. Mais
comme il apprehendoit que
-Monfieur le Prince de Heffe
ne s'apperçût de fon deffein
. & ne cherchât alors à éviter le
combat , qu'il demandoit avec
tant d'empreffement ; il luy fit
la réponse que vous venez de
lire . Cette réponſe eftoit d
habile Capitaine , qui fçait déguifer
fes deffeins , afin de faire
tomber fes ennemis dans les
"
344 MERCURE
En ·panneaux qu'il leur tend.
effet , Monfieur le Prince de
Heffe fut la duppe de cette ré
ponſe , & il crût qu'il auroit
bon marché d'un homme qui
n'avoit ordre d'éviter le combat
, que parce qu'on ne fe trouvoit
pas en eftat de le foûtenir,
foit du cofté du nombre de fes
troupes , foit du cofté de leur
valeur. Ce qui luy fit dés lors
prendre la réfolution , non feulement
d'entreprendre
le Siege
de Caftiglione
delle - Stivere ;
mais auffi d'entrer en plaine , &
d'aller attaquer Mr de Medavy,
auffi-toft qu'il fe feroit emparé
de la baſſe Ville , & qu'il y auroit
jetté des troupes. Il prétendoit
faire affez de diligence
pour at taquer ce Comte , avanc
-
GALANT 345
qu'il pût avoir une armée capable
de foûtenir le combat qu'il
avoit réfolu de luy livrer ; &
c'eſtoit juſtement ce que Mr de
Medavy fouhaittoit , en feignant
de le craindre
Le 8. au matin il marcha du
cofté de Goito , pour attirer
Monfieur le Prince de Heffe
& l'obliger d'interrompre le
Siege de Caftiglione qu'il faifoit
alors , parce qu'il eftoit trop
bien pofté pour eftre attaqué
dans fon Camp : ce qui lui réüffit
; & ayant fçû que ce Prince
avoit marché dans la plaine de
Caftiglione , il retourna fur fes
pas. Ill'apperceut , en effet , dans
la plaine le neuf au matin ; il
mit fes troupes en bataille , &
il envoya trois bataillons qui
346 MERCURE
s'emparerent d'une Cenſe , que
les ennemis attaquerent enfuite
& d'où ils nous dépofterent.
Le combat commença
alors par tout, & noſtre droite
ayant efté obligée de plier , Mr..
le Comte de Medavy y envoya
trois bataillons de la feconde)
ligne, & Mr d'Herouville avec
le Regiment de Vauge , qui fit
des actions furprenantes en
cette occafion , & rétablit les
affaires de ce cofté - là. Il y
fut bleffé , en donnant des marques
de la plus grande hardieffe
& de la plus grande intrepidité,
Mr le Marquis de Grancey, qui
commandoit l'aîle gauche , renverfa,
dés la premiere charge, la
droite des ennemis , & les mena
toûjours battant. Mr le
GALANT 347
le
Comte de Medavy, qui eftoit au
centre , n'avoit point ceffé , pendant
tout ce temps - là , de combattre
l'Infanterie ennemie , à
laquelle il ne donna pas un moment
de relâche : de maniere
que le voyant également pouf
fée par les deux aîles & par
centre , la déroute des ennemis
devint generale ; & ce ne
fut plus qu'une fuite , au lieu
d'un combat . On leur fit environ
trois mille prifonniers, &
le nombre de leurs morts parut
d'abord ſe monter à plus de
deux mille : mais ils perdirent
beaucoup plus de monde dans
la fuite ; parce que leurs troupes
n'ayant pû fe raffembler
leurs Soldats fe débanderent de
tous coftez , & fe jetterent dans
348 MERCUR E
les montagnes. Les Païlans en
tuerent beaucoup , & affommerent
prefque tous les traî
neurs : de maniere que Monfieur
le Prince de Heſſe ne pût ramaffer
que fix cens hommes
d'Infanterie , & qu'il ne repaffa
l'Adige qu'avec ce petit nombre
. Les ennemis ont perdu quatorze
pieces de campagne , &
cinq pieces de gros canon. Ils
ont perdu generalement tous
leurs bagages , tout ce qui fervoit
à leur artillerie , & toutes
leurs poudres , dont il y avoit
un grand nombre de chariots
chargez . Mr Ceberet a appor
té au Roy vingt-neuf Drapeaux ,
& quatre étendards . Mrs de
Grammont , du Cheylar & le
fils aîné de Mr de Renepont ,
tous
GALANT 349
tous Colonels de Cavalerie , ont
efté tuez . Mr de Raymond a fait
des merveilles , en défendant
Cftaiglione avec fon Regiment.
Cette action a efté caufe que
nous avons repris Goitto , ou
les ennemis avoient fait un
chemin couvert .
La bataille eftant gagnée entierement
, & les ennemis eftant
trop difperfez pour eftre fuivis ;
Mr le Comte de Medavy , voyant
que les troupes que les ennemis
avoient laiffédans la ville de Caf
tiglione continuoient de tirerfur
le Chafteau avec leur canon &
leur moufqueterie , il donna ordre
à Mr de Ceberer de marcher
avec la Brigade de Forest qu'il
commandoit , & d'aller attaquer
ce qui fe trouveroit dans cette
Septembre 1706. Gg
350 MERCURE
Ville. Il ordonna auffi à Mr
d'Imecourt , Brigadier de Cavalerie
, d'y marcher avec fa
Brigade pour fe pofter autour
de cette place , & empêcher
la retraite aux ennemis . Dés
que la Brigade de Foreft fur arrivée
devant la Ville , Mr de
Ceberet en fit ataquer la porte,
qui eftoit bien deffendue par
des barrieres retranchées , &
par un Corps d'environ neuf
cens hommes , commandé par
Mr de Valis , Colonel d'un Regiment
de l'Empereur. Nos
troupes furent repouffées d'abord
; mais elles redoublerent
leur attaque avec tant de vivacité,
que les ennemis furent
forcez à la barriere , & pouffez
jufque dans un Cimetiere, où,
GALANT 351
?
aprés une foible refiftance , ils
fe rendirent à difcretion . On
fit , en cette occafion , huit cons
prifonniers ; & on trouva dans
la Ville fix pieces de canon de
trente - fix livres de balles, avec
toutes les poudres , boulets &
autres munitions de guerre , qui
avoient cfté apportées pour le
fiégé.
Quoique je vous aye déja parlé
, dans cette Lettre , de ce qui fe
paffa à l'Eglife des Invalides , le
jour que Sa Majesté alla voir ce
fuperbe Temple ; je croy vous
devoir envoyer la Relation fuivante
, qui vient de tomber entre
mes mains.
Lorfque le Roy vint voir l'Eglife
des Invalides , ce Prince étoit acom-
Ggij
352 MERCURE
pagné de Monfeigneur le Dauphin,
de Meffeigneurs les Ducs de Bourgogne
, & de Berry , de Son Alteffe
Royale Madame , de Madame la
Ducheffe , de Madame la Princeffe
de Conty , & de plufieurs autres
Dames & Seigneurs de la Cour,
Son Alteffe Sereniffime Monfieur le
Prince y étoit déja arrivé , accompagné
de Monfieur le Duc &
ce Princey attendit Sa Majefté,
On avoit mis fix cents Soldats de
la maifon des Invalides fous les ar
mes ; trois cents dans l'avenuë qui
eft en face du Portail de l'Eglife; &
trois cents dans la cour , qui eft en.
tre le Portail & l'avenue, aves des
Officiers à leur tefte , qui étoien
commandez par le Gouverneur ,
Lieutenant de Roy , & le Major ,
qui reçurent le Roy au bruit des
GALANT 353
Tambours & des Trompettess
Sa Majesté defcendit au pied du
Perron , fur le Pallier duquel Mr
Manfart, Sur-Intendant des Batimens
, qui a commencé & finy ce
grand & fuperbe Edifice , accompagné
des Officiers des Bâtimens de Sa
Majesté , & des plus illuftres Architelles
, Peintres & Sculpteurs des
Academies , prefenta à Sa Majefte
and clefartifement travaillée
& dorée , en luy faifant un tresbeau
diſcours. Les cent Suiffès de la
Garde étoient rangez en haye' , aux
deux coffez da Perron , en dedans
de l'Eglife jufques à l'entrée du
Dome, Les Gardes du Corps avoient
• pris poffefion des portes , & eftoient.
poſter en differents endroits de l'E◄
glife.
Le Roy fut reçu , à l'entrée de
Gg iij
354 MERCURE
l'Eglife , par Monfieur l'Archeve
que , en Rocher , accompagné de fes
Aumofniers & du Clergé de l'Hotel
des Invalides qui préfenta de
Eau- benite à Sa Majesté. Ge
Prince s'arrefta à l'entrée pour confiderer
le coup d'oeil du dedans de
l'Eglife , dont il fut agréablement
furpris. Il vifita les deux Chapelles
du côté de l'Evangile , & une moitié
de l'Eglife avant la Meſſe &
en paffant au Sanctuaire , Sa Majefte
trouva fon Prie- Dieu, pofe en
face du Maitre Autel , où elle entendit
une Meffe baſſe , celebrée par
Monfieur l'Archevêque. Pendant
la Meffe quatre Choeurs de Mufique
, de plus de cent cinquante perfonnes
, placées dans les quatre
Tribunes portées par les avantcorps
de Colomnes du Dome , chan
།
GALANT 355
terent le Te Deum & un Motet
compofez par Mrde la Lande, avec
des Symphonies mêlées de Trompettes
& de Fymballes. Après la Meffe
Sa Majefté confidera le cofté du
Maifire- Autel vers l'ancienne Eglife
, les deux Chapelles du cofte de
Epiftre & revint fous le Dôme
dont Elle confidera les Peintures , &
tout le reste de l'Eglife , dont Elle
parutfort fatisfaite . Elle remonta
enfuite en Caroffe , en donnant à
Mr Manfart , mille marques de fa
bonté & de fa fatisfaction .
7
Le mot de l'Enigme du mois
paffé , étoit la Pipe . Ceux qui
l'ont trouvé , font Mrs Lemire,
Avocat au Parlement , demcurant
à Abbeville : de Belcourt :
de Cailletot : Louis Toffier
356 MERCURE
André Boivin Colin le B. du
coin de la rue fainte Croix . Binot
, & fon amy Pierre Ravart :
Gillier , & fon ferviteur Poicevin
, du coin de la rue des Ro
ziers : Oedippe fils , de la ruë au
Maire , & fon compagnon : Bazini
di Bolonia : Mellici di Sameria
: Tamirifte , & fa fille Fortin
: le Solitaire du Marais ; le
Philofophe , du cul de fac faint
Landry le Solitaire Lis , & la
tante du nouvel époux , du même
cul de fac de faint Landry.
Mlles la Prefidente de l'Election
de Chaumont & Magny: Thienot
: la plus jeune des belles
Dames de la rue des Bernardins :
la Bergere Climene , & fon Ber.
ger Tircis , de la rue de l'Echarpe
; & la Partie la plus fage &
GALANT 357
la moins médifante , de la Ville
de Beaumont de Lomagne , fur
la riviere de Gimone.
L'Enigme nouvelle que je
Vous envoye , eft de Mr d'Aubicourt.
ENIGM E.
De vingt membres au moins , fe
compofe mon corps ,
De qui tout le bon fens n'eft produit
au dehors ,
A
Que par differens traits de l'humeur
la plus noire :
Quoy qu'il en fois , chacun fur ma
sad foi me peut croire.
S
Si man Art , dont l'employ n'est
dù qu'à l'équité ,
Pour établir l'erreur , combat la ve
rité
358 MERCURE
Ce n'est pas qu'il nè foit de foimême
équitable :
L'ufage eft le défaut qui le rend
condannable.
S
Le Chinois , FIroquois , l'He
breu, le Caldéen ,
Le Latin , Allemand , le François
, l'Italien ;
Mille langues par moy , fur la terre
& fur l'onde
Sans voix , fe font entendre aux
quatre coins du monde.
S
Mes talens font égaux , pour la
Profe & Les Vers ;
Plus que les Sçavans mefme, en
doctrine j'excelle ,
Je nepuis devenir, comme eux, lappas
des vers ;
Puiſqu'il n'eſt point de jours qu'on
ne me renouvelle.
GALANT 359
Le Heros vit content , & meurt
d'un air ailè ,
Croyant par mon fecours s'eftre immortalifé
:
Mais un jour les mortels fe verront
tous venaitre ;
Et
pour lors à jamais fera détruit
mon eftre.
Je vous envoye une Chanſon
nouvelle, qui convient au temps
des Vendanges
.
AIR NOUVEAU.
Amy,je te vois rire , en regardant
Catin ,
Dont les beaux yeux te font la
guerre,
Pour moy , qui fuis buveur , je ne ris
quà mon verre ,
Quand il eft plein de vin.
360 MERCURE
L'affaire qui s'eft paffée devant
Turin, à l'attaque des Lignes
, eft fi confiderable & fi
glorieufe aux vaincus , que je ne
puis m'empefcher d'en parler
encore une fois. On doit remarquer
que le quartier qui a
a efté attaqué , n'eftoit que de
huit mille hommes , & que les
attaquants eftoient au nombre
de 35000. ayant réüny toutes
leurs forces pour faire un dernier
effort . Monfieur le Duc
d'Orleans eut à peine appris
que ce quartier alloit eftre attaqué
, qu'il propofa d'en augmenter
les forces , en y faifant
entrer de nouvelles troupes :
mais Mr le Maréchal de Marcin
ayant dit que l'attaque pouvoit
eftre fauffe , ce qui n'eftoit pas
hors
GALANT 361
hors de vraiſemblance , & qu'il
falloit , avant que de rien faire,
examiner les mouvemens des
Ennemis. Ils firent connoiftres,
en attaquant nos lignes que dei
n'eftoit pointane feinte , & que
leur veritable attaque eftoit de
ce cofté - là . Le pofte fut défendu
par
le peu de troupes qui y
eſtoient , avec toute da vigueur
paffible , & les Ennemis furent
repouffez plufieurs fois , ainfi
que je vous l'ay déja marqué. ¡
Mais on fut obligé de ceder au
nombre; & c'est dans cette der
niere attaque où Mr le Marele
chal de Marcing saprés avofr
donné des marques d'une va
leur extraordinaire , fut bleffe
àmort : &la Gavalerie n'ayant
pû feconder nos Dragons qui
Septembre 1706. Hh
C
262 MERCURE
avoient mis pied à terre , & qui
tenoient lieu d'Infanterie , foit
parce qu'elle occupoit un terrain
trop ferré , ou parce que
Infanterie Ennemie , qui avoit
penetré dans les retranchemens
, faifoit un feu épouvantable
; on fut obligé de fonger
à la retraite. Je ne vous repete
point icy tout ce que je vous ay
dit de S. A. R. qui nonobſtant
fes bleffures , fe porta pendant
le combat partout où le feu
eftoit le plus grand. Mr le Marquis
d'Eftampes , comme Capitaine
des Gardes , a toûjours
efté auprés de S. A. R. auffi bien
que Mr de Nancré , Capitaine
des Suiffes de fa Garde,n'a point
quitté; non plus que Mr de Longueville
& Mred'Ivers : Irlan
GALANT 363
dois , qui s'eft extrêmement
diftingué . Mrs de Flotte & de
Saint Chriftophle , & tous les
Aides de Camp de ce Prince ,
ont fait auffi tout ce que l'on
pouvoit attendre de leur zele
& de leur valeur. Il eft furprenant
qu'ayant efté attaquez par
unfi grand nombre , on ait
perdu fi peu de monde ; cependant
les Ennemis ont tellement
groffi leurs Relations de nos
pertes , qu'ils ne parlent pas
moins que de la défaite de toute
noſtre armée , quoique huit
mille hommes fe ulement ayent
combattu. Ils difent qu'ils ont
pris fix de nos Generaux. C'eſt
un langage qu'ils tiennent toûjours
; & il ne fe paffe aucune
affaire , où ils n'ayent tué ou
Hhij
364 MERCURE
"
pris une douzaine de Generaux ,
quoique nous n'en ayons qu'un
dans chaque armée . Ils devroient
, fi la défaite de noſtre
armée eftoit entiere , comme ils
le publient , avoir fait plus de
cent prifonniers de diftinction ;
& nous devrions avoir perdu un
grand nombre de perfonnes de
marque. Cependant ils ne nomment
parmy les prifonniers qu'
ils ont faits , que Mr de Murcé ,
Lieutenant General , qui eft
bleffé au doigt ; Mr de la Bretonniere
; Mr de Senneterre ,
Marefchal de Camp
Marquis de Bonneval , Brigadier
, Mr de Villiers ; & Mr des
Granges A l'égard des morts , ils
ne nomment que Mr leMaréchal
Mr le
GALANT 365
de Marcin & Mr le Marquis
de Bonnelle , Brigadier & Colonel
du Royal- Rouffillon . Ce
nombre de prifonniers & de
morts ne répond pas à l'exageration
qu'ils font de noftre
perte. Mais on peut juger de
leur fincerité , lorfqu'ils parlent
de tout ce qui regarde les ac
tions qui fe paffent tous les
jours , par ce qu'ils difent de la
défaite de . Monfieur le Prince
de Heffe, qu'ils traitent de bagatelle
, & dont ils parlent d'une
maniere à vouloir perfuader que
cette affaire ne merite pas que
l'on y faffe attention ; enforte
qu'à bien examiner tout ce qu'ils
en difent , on ne trouve pas quei
le Prince de Heffe ait perdu
cent hommes . On peut juger ,
Hh iij
366 MERCURE
par la maniere dont ils diminuënt
cette affaire , qu'ils grof
fiffent à proportion celle de
Turin . Cependant elle devient
tous les jours plus confiderable
; & , felon les dernieres lettres
, il ne paroift pas que ce
Prince puiffe raffembler plus
de deux mille hommes .
Si noftre perte devant Turin
eftoit aufli grande que les ennemis
la font , & fi celle de
Monfieur le Prince de Heffe
eftoit auffi peu confiderable,
ils devroient , depuis plus d'un
mois , avoir profité de nos défavantages;
cependant on n'a
pas encore fqû qu'ils ayent rien
fait de confiderable. Au contraire
depuis la levée du fiége
de Turin , quinze cens che
}
GALANT 367
1
,,
vaux que nous avions à Chivas
, avec les Caiffons des vivres
, font paffez dans le Milanez
, où les troupes de Monfieur
de Savoye n'ont pas encore
penetré ; & , felon toutes
les apparences , Monfieur le
Prince de Vaudemont , qui eſt
actif & vigilant , & Mr. la
Comte de Medavy , dont la valeur
eft connuë , défendront
bien cet Etat . D'ailleurs , Mon.
fieur le Duc d'Orleans , dont
l'application à tout ce qui regarde
la gloire des armes du
Roy , eft fort grande , a pris
foin d'y envoyer vingt.deuxi
Bataillons , qui doivent prefentement
y eftre arrivez
qu'ils ayent marché par des
chemins détournez . Ce Princes
quoy368
MERCURE
qui monta à cheval deux jours
aprés le combat , ce qui n'avance
pas la guerifon de fes
bleffures , fe donne de fi grands
foins & fi continuels pour le
rétabliffement de toutes les chofes
neceffaires pour le remettre -
bien- toft en campagne, qu'il y a
lieu de croire que les ennemis.
ne profiteront pas beaucoup de
leursavantages . Demanierequ'il
ne nous reftera bien- toft plus
rien à fouhaiter , finon que ce
Prince joüiffe dans peu d'une
fanté parfaite , afin que nos
ennemis puiffent apprendre par
luy-mefme quand fes playes feront
gueries .
Les conqueftes du Roy de
Suede font trop de bruit pour
ne vous en pas parler ; & rien
GALANT 369
n'eft plus furprenant que fon
entrée en Saxe , dans le temps
que cent mille Mofcovites mar
chent pour combattre les troupes
qu'il a laiffées en Pologne,
Il faut , ou que ces troupes
foient moins nombreuſes , ou
que ce Monarque les apprehende
peus auffi a - t-il toûjours fair
voir qu'il les cftime peu , & qu'il
ne les craint guère . Ce Prince
prend toûjours de fi juftes me
fures , qu'il voit rarement fes
projets manquer de réüffite!
Son entrée en Saxe donne de
l'inquietude aux Princes d'Allemagne
, qui appuyent la tyrannie
, & à qui les infractions
aux Traitez coûtent peu. Ep
comme ce Prince eft Reparateur
des torts , s'il m'eft permis de tep
>
370 MERCURE
nir le langage des anciens Chevaliers
; les Bavarois voudroient
déja le voir en Allemagne : &
ceux qui ont rompu le Traité
de Rifwick , dont ce Prince eſt
garant , l'apprehendent beaucoup
, & l'Empereur n'eft pas
fans inquietude de ce cofté-là.
D'ailleurs les Mécontens font fi
puiffans , & les avantages qu'ils
remportent font fi continuels ,
que le plus que S , M. Imperiale
puiffe efperer , eft de faire une
bonne défenfive. Ce qui ne laiffera
pas de continuer d'affo blir
beaucoup fes forces , & de l'empefcher
d'en envoyer du cofté
du Rhin ; d'où l'on apprend
que le Prince de Bade eft à l'extrêmité
. Le Comte de Thungen ,
qui commande , en fa place , les
GALANT
371
"
troupes de l'Empire , n'en eft
pas fort eftimé , le temps fera
voir fi ces troupes ont raifon.
Ce Comte a paffé le Rhin à Philifbourg
, dans l'intention de
ravitailler Landau , qui manque
de toutes chofes On dit que les
Ennemis n'ont rien oublié pour
cacher leurs forces de ce cofté
là , & que leur armée s'eft trou
vée de trente mille hommes
aprés avoir paflé le Rhin . Il
feroit mal aifé de dire au jufte ,
à combien peut monter celle de
Mr le Maréchal de Villars , qui,
aprés quatre détachemens pour
Flandres , ne doit pas eftre fort
nombreufe : cependant ce Maréchal
témoigne qu'il n'apprehende
pas les Ennemis . Il a fait
armer des Payfans aguerris
&
372 MERCURE
qu'il a fait entrer dans fes Lignes
, dont il a tiré quelques
troupes. Il en a auffi fait venir
de divers quartiers , dont il s'eſt
formé une armée , avec laquelle
il efpere embaraffer les Ennemis
, s'il ne les bat pas Et
comme les heureux fuccés dépendent
en partie du favoir faire
des Generaux autant que
de la valeur des troupes ; il pa
róift qu'il n'y a rien à craindre
de ce cofté là. Cependant , fi
les Ennemis ne ravitaillent pas
Landau , il y a grande apparen
ce que cette Place tombera l'hyver
prochainos Sur
Je ne feais que vous dire des
affaires de Flandres. Ath doit
eftre battu par une artillerie
prodigieufe, & je ne doute point
que
GALANT 373
*
que cent pieces de canon n'ayent
commencé à tirer contre cette
Place avant que vous receviez
ma lettre. Le refte eft impenetrable
; noftre armée eft nombreuſe
& de bonne volonté , &
nos troupes font bonnes. Le
temps nous apprendra le refte.
Al'égard de la grande Flotte
d'Angleterre , qui jufques icy
n'a fait
que menacer , & qui
femble n'avoir efté mife en Mer,
que pour épuifer inutilement
une partie des forces d'Angleterre,
& diminuer confiderablement
fes finances ; fi les mêmes
vents qui fe font toûjours fait
fentir icy , ont regné en Angleterre
, elle ne doit pas eftre encore
partie. On en a déja défarm
onze grands vaiffeaux , à
Septembre 1706 Ii
374 MERCURE
la place defquels on en a feule
ment ſubſtitué fix du quatrième
rang ; parce qu'on n'en a plus
befoin d'un fi grand nombre ;
3000. hommes eftant morts fur
cette Flotte , dont on a débarqué
trois mille malades . Jamais
dépenfe n'a efté plus infructueufe
, ni fi grande. Il y a prés d'un
an que l'armément de cette
Flotte commence à coûter à
l'Angleterre ; & j'ay vû des lettres
de Londres , qui affurent
que ceux qui ont écoûté les
chimeres de l'Abbé de la Bourlic
, ( nommé aujourd'huy Marquis
de Guifcard , qui n'a jamais
fcû le gouverner , & n'a jamais
fçû d'autre mêtier que d'affronter
ceux qui luy ont prefté de
l'argent ) coûtent plus de foit
GALANT 375
xante millions à l'Angleterre.
Je paffe en Espagne, d'où l'on
mande que l'armée des Alliez
décampa le 8. de ce mois , pour
aller à Caya, prés d'Aranjuez ,
& qu'elle a perdu cinq cens
hommes en décampant . Les mêmes
lettres ajoûtent que l'armée
d'Efpagne la ferroit de prés . On
affure que la Reine Doüairiere .
d'Espagne arriva le 19. de ce
mois à Bayonne .
Je n'eftois qu'au tiers de ma
Lettre , qu'and je reçûs le Jour
nal du Siege de Menin , qui en
contient une grande partie ;
j'appris enfuite l'attaque des
lignes de Turin , & la bataille
gagnée par Mr le Comte de Medavy
tout cela me fit prendre
le parti de ne m'attacher qu'
Ii ij
376 MERCURE
pour
ces trois morceaux d'hiftoire
faire le refte de ma Lettre .
De maniere , que je fuis obligé
de remettre au mois prochain
trente ou quarante articles, qui
devoient former ma lettre de ce
mois ; de forte que je puis dire
que ma lettre du mois prochain
contiendra les nouvelles ordinaires
de deux mois . Je fuis
Madame , voftre & c .
A Paris ce 28. Septembre 1706.
APOSTILLE.
Je viens de voir des nouvelles d'Efpagne
: mais elles font fi étendues, qu'il
m'eft impoffible de vous en donner de
détail ; puifqu'il ne me refte ny affez de
temps , ny affez de place pour vous en
parler amplement . Je vous diray feulement,
que les Efpagnols ne fe font point
trompez, lorfqu'ils ont dit qu'ils feroient
Perir en détail l'armée des Ennemis, fans
GALANT
377
qu'il leur en coûtaft rien. Ce qui s'eft
déja paffé là- deffus , & ce qui vient
d'arriver, en font des preuves fuffifantes,
& depuis le 8. de ce mois que l'armée
des Alliez a commencé à décamper
jufqu'au onzième , elle a perdu douze
ou treize cens hommes , & beaucoup
d'équipages. Les milices du pays de la
Manche leur enleverent d'abord dixneuf
grands Chariots remplis de leur
meilleursé quipages avec 4. canons. Il fe
trouva auffi beaucoup d'argent caché
parmy les plus gros équipages; croyant
qu'il y feroit plus en fûreté , parce que
les foubçons tomberoient moins de cè
cofté-là. Ces mefmes milices ont auffi
prife ou tué 400 Valenciens & 70 Anglois.
D'un autre cofté un fameux Partifan
Espagnol fit tomber dans une
embuſcade , tout le Piquer des Alliez 、
& leur prit, ou tua plus de 1 so hommes,
fans en avoir perdu un feul . Enfin on
leur enleva soo hommes de leur ar
riere-garde & Mr le Maréchal de
Bervvik lespourſuit vivement, avec plus
Ii iij
378 MERCURE
de la moitié de l'armée : ce qui refte de .
troupes au Roy d'Eſpagne ayant eſté
joint par trois mille hommes arrivez
d'Andaloufie , & devant eftre joint par
les deux mille François dont je vous ay
déja parlé , qui doivent eftre arrivez
il y a long-temps. La deſertion eft tresgrande
parmi les Ennemis , & fur tout
parmy les Portugais , qui fe plaignent
de n'avoir reçû aucunes nouvelles de leur
pays depuis fort long-temps On a réuffi,
comme vous voyez , dans le deffein que
l'on avoit d'empêcher les Portugais de
prendre la route de leur pays , qui par
ce moyen demeure découvert. Ce qui
oblige le Roy de Portugal de faire de
grandes plaintes; eftant perfuadé que les
troupes qu'il a en Eſpagne , ne retourneront
jamais en Portugal , & que
tout y perira , jufqu'au dernier foldat :
& on n'endoit pas douter , la faim ,
les maladies , & le changement d'air en
faifant perir tous les jours un grand
nombre , fans compter ceux qui font
tuez , lorsqu'on les peut joindre , &
GALANT 379
ceux que les Payfans affomment . Ce
qui aura continué , fi les Alliez ne fe
font point arreftez dans leurs marches.
Le zele de la Ville de Salamanque eft
incroyable ; elle fait faire de nouvelles
fortifications. J'aurois encore
beaucoup de chofes à vous dire fur cet
article , fi je n'eftois obligé de finir .
Je vous parleray le mois prochain ,
des nouveaux Officiers Generaux nommez
par Sa Majefté , ainfi que des Gouvernemens
& des Regimens donnez .
Je viens d'apprendre que la playe de
Monfieur le Duc d'Orleans, qui avoit
fait beaucoup fouffrir ce Prince, & enfler
fon bras , parce qu'il avoit monté à
cheval, trop peu de temps aprés le Combat
, & qu'il avoit continué à fe donner
trop de mouvemens , eft prefentement en
tres-bon état ; & qu'il y a lieu d'en
efperer une prompte guerifon.
AVIS .
On vendra le Mercure du mois pro
chain , le s . du mois de Novembre.
TABLE .
celebrée
Fefte de faint Louis
par Mrs de l'Academie Françoife
; par Mrs de l'Academie
Royale des Medailles & Inf
criptions , & par Mrs de l'Academie
Royale des Sciences , avec
des extraits des Sermons prononcez
cejour-là ,
Mandement de Mr l'Evêque de
Senlis , pour faire chommer
Pavenir la Fefte de S. Louis
dans fon Diocefe , 35
49.
Places données dans les Academies
des Medailles & des Sciences, 43
Traité des Feux d'artifices ,
Réponse à un Probleme propofé dans
un des Mercures précedens , fur
les Corpufcules lumineux, ·58.
Lettre de Mr l'Abbé de la Tour
nelle ,furla réponse à un Problè
THEATE
BIBLIO
LYON
* 1893
DE
LA
5
TABLE.
me proposé dans une Lettre a
dreffée à l'Auteur du Mercare, 66
Premier Article des morts , 71
Préconisations , & dons faits par
Sa Sainteté , 81
Lettre de Mylord Peterborough ,
Mr le Chevalier de Mahony
avec la réponse à la mefme Lettre
,
ઠે .
97
105 Mariages ,
Nomination à l'Eveſché de Vienne
en Auftriche ,
117
Article concernant les Pompes eftablies
à Paris 121
Thefes de Mathematiques foûtenuës
à Toulouſe
Lettre critique fur le Livre intitulé
134
140
la Langue ,
Livre touchant le mystere de la
tranfubftation ,
141
Charge d'Aumônier de Madame la
TABLE.
143
· Ducheffe de Bourgogne , donnée à
Mrt Abbé de Pontac ,
Second Article des morts , 146
Prélude concernant le Journal du
fiege de Menin,
Journal du fiege de Menin, ouvrage
confiderable , & fait pendant le
fiege de ceste Place par les principaux
Officiers de la Garnifon
*
170
172
Reflexionsfur le mefme Journal , 229
Etat des troupes qui compofoient la
Garnifon de Menin , avec la liſte
des morts des bleffez, 241
Le Roy va voir l'Eglife des Invalides
,
256
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
va,aufortir des Invalides , diner
chez Mr le Cardinalde Noailles.
Ce Prince fe rend enfuite en Sorbonne
, où il alifte à un Alte , &
TABLE.
vifite la Maison. Ilſe rend , aw
fortir de la Sorbonne , à fainte
Genevieve , où après avoir fait
fa priere , il voit ce qu'il y a de
plus curieux dans cette maison , 270
Suite des
nouvelles
d'Espagne , contenues
en
plufieurs Lettres , 279
Suite des affaires d'Italie. Cet Article
eft confiderable , contient
plufieurs chefs, qui ont da rapport
les uns aux autres , & dans lequel
fe trouve la fuite du Journal
de Turin , & la levée du même
fiege, 296
Attaque des Lignes de Turin , 323
Bataille gagnée par Mr le Comte de
Medavy, & avantages remportez
en confequence de cette bataille,
339
Addition à la Relation des Invalides
358
TABLE.
Articles des Enigmes ,
Second Article touchant l'attaque
des Lignes de Turin ,
Nouvelles de divers endroits.
355
360
368 Article important au Lecteur touchant
les Articles refervez pour
le mois prochain,
Apostille ,
375
376
Avis pourplacer lesfigures .
L'Air qui commence par ces
paroles ,Vouspartez,belle Ĉlymene,
doit regarder la page 169.
L'Air qui commence par ces
paroles , Amy , je te vois rixe , en
regardant Catin , doit regarder
la page 359.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères