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" Los
Fot
60
CHANTILLY
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
AOUST , 1706.
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET Grande Salle du
Palais au Mercure galant.
1
Omme il eft impoffible dans la con-
Cjoncture prefente de ne pas groffic
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veaufe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC VI.
Avec Privilege du Roy
6
AU LECTEUR
Lya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgréles prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifebles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour efire employez , on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez , étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,&
quel'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERCVRE
GALANT
AOUST , 1706 .
E croyez pas que je
tire de vanité , de ce
que vous me mand: z
que les Préludes
de
mes Lettres continuent d'eftre
applaudis , même dans les tems
A iij
6
MERCURE
difficiles . Je n'en fuis point furpris
, puifque toute leur beauté
vient de la matiere , & qu'elle
n'a pas beſoin de l'eſprit & de
l'art de ceux qui la mettent en
oeuvre pour la faire briller . Ces
Préludes regardent le Roy ; &
ce Monarque ne s'eftant jamais
laiffé éblouir par les faveurs de
la fortune la plus flateuſe , il
ne s'eſt jamais laiffé abatre
la dureté de fes injuftices les
plus cruelles . Toûjours femblable
au Soleil , dont fa dévife
eft l'image , il a toujours diffipé
les nuages qui ont pendant
quelque tems obfcurci fa lupar
GALANT 7:
miere : & comme cet aftre paroift
plus lumineux aprés avoir
fondu les nuages les plus épais ;
le Roy a toujours paru plus
brillant de gloire , aprés avoir
furmonté & diffipé fes ennemis
, qui cherchoient à l'obfcurcir
, parce qu'ils n'en pouvoient
foûtenir l'éclat. Il y a
lieu de croire que ce qui eft deja
arrivé plufieurs fois , arrivera
encore , & que le Ciel qui a
toujours favorifé la justice des
armes du Roy , continuera de
verfer fes benedictions fur ce
Monarque.
La reputation des Homelics
A iiij
8
MERCURE
du Pape augmentant tous les
jours dans toute l'Europe , je
croy devoir continuer à vous
les envoyer. Voici une traduction
de celle que Sa Sainteté
prononça le jour de Paſque
dans l'Eglife de Saint Pierre.
DICEBANT AD
INVICEM
QUIS
REVOLVET
NOBIS
LAPIDEM
ABOSTIO
MONUMENTI ? ET RESPICIENTES
, VIDERUNT
REVOLUTUM LAPIDEM ;
ERAT QUIPPE MAGNUS
VALDE .
Elles fe difoient l'une à l'auGALANY
9
tre , qui nous ôtera la pierre
de devant l'entrée du Sepulcre ?
car cette pierre étoit fort grande.
Elles regarderent en même
temps , & virent qu'elle étoit
ôtée.
Auffi-tôt qu'un amour ardent
& empreffé eut obligé les faintes
femmes à fe mettre en chemin
de grand matin , pour chercher Fefus-
Chrift , elles commencerent à
reflechir fur les grands obftacles
qu'elles alloient rencontrer , dans
l'entrepriſe difficile où elles s'étoient
engagées. Elles fe difoient l'une à
l'autre: Qui nous ôtera la pierre
de devant l'entrée du Sepulcre ?
10 MERCURE
Mais dés qu'elles curent regardé,
les yeux
du corps,
bien moins
teux
par
que par ceux d'une foy inébranla
ble , le tombeau de Jesus- Chrift ,
qui étoit le terme de leur pelerinage ,
les Chemins qui étoient rabo .
s'applanirent , & la pierre
qui étoit fort grande fe trouva
ôtée : car cette pierre étoit fort
grande . Elles regarderent en
même temps , & virent qu'elle
étoit ôtée. Telle eft , mes Venerables
Freres , & mes Chers Enfans,
l'ancienne foibleffe de nôtre nature;
nous nous imaginons volontiers
que les chemins où nous craignons
de nous engagerfont femez d'épiGALANT
II
nes & de ronces ; nous nous reprefentons
comme trop penibles , les
preceptes que nous ne voulons pas
accomplir. Ainfi Salomon avoit
raifon de dire , que le chemin des
parcffeux eft comme une haye
d'épines . Les routes où nous refufons
d'entrernousparoiffent impratisables.
Nous ne cherchons point
avec les femmes qui courent au
Sepulcre de Dieu Crucifié , dans
la crainte où nous fommes d'y
rencontrer la Croix . De là vient
que le joug du Seigneur qui eft
doux nous paroift bien rude ; &
que fon fardeau qui eft leger not
devient infupportable. Nous ainous
12 MERCURE
>
mons nos chaînes , parce que nous
craignons de ne pouvoir les brifer;
& nous fomentons nos playes
dans le defefpoir où nous fommes
de les guerir. Environnez de tant
de maux , nous n'avons pas le
courage de recourir à l'azile de
nôtre Salut , parce que nous fom-.
mes effrayez à la veue de la grande
pierre qu'il faudroit ôter de nôtre
chemin. C'est en effet pour les enfans
dufiecle une grande pierre
qui les arrête , que de méprifer
avec courage la volupté qui flatte
leurs fens , de reprimer par la mortification
les affections de la chair ;
defoûtenir par une abftinencefaluGALANT
13
7
taire , la premiere dignité de la na
re humaine , qui a receu une dangereuse
atteinte par une cupidité
infenfee. C'eft une grande pierre
pour les amateurs de la vaine gloire
de renoncer au fafte , d'éviter les
louanges des hommes , de profeſſer
l'humilité chrétienne ,& defuir les
honneurs vains & periſſables de
ce monde. C'eft parmi les tenebres
de la nuit où nous fommes envelopez
, une grande pierre , deprocurer
du bien à nos freres fans en
attendre de retour , de fouffrir plus
volontiers du mal
que
d'en
faire ;
de regarder comme un gain , les
affronts qu'on effuiepour la verité;
14. MERCURE
de ne point poursuivre la vengean
des injures qu'on nous a faites ;
d'aimer fes ennemis , de prier pour
ceux qui nous maudiffent , de prefenter
l'autrejoue à celuy qui nous
ce
frappe. C'eft enfin une grande
-pierre aux yeux timides de la
Jageffe humaine , de rechercher la
pauvreté , d'abandonner ce qu'on
poffede de ne point s'opposer à
qui nous enlevent nos biens ;
de porter la Croix de hair
pour Jefus Chrift , fon pere
fa mere , ſes enfans , fes freres ,
& même fa propre perfonne .
Toutes ces chofes font fans doute
de grandes pierres , qui ne peuGALANT
IS
vent manquer d'étonner des yeux
accoutumez à l'éclat des objets
éblouiffants du fiecle. Cependant
pour ôtertoutes ces pierres , il fuffit
de regarder: Elles regarderent
en même temps , & virent que
la pierre étoit ôtée. Regardons
donc , mes tres - Chers Enfans ,
regardons le Sepulcre deJesus-
Chrift , la Croix deJefus Chrift ,
la Paffion de Jesus - Chrift ; à ce
regardnous verons que cette pierre
qui eftoit grande , eft ôtée .
•Nous verrons ces rochers affreuse
ces hautes montagnes s'abbaiffer
en une plainespacieufe ;
pourrons dire enfuite avecle Pros
(
nous
16 MERCURE
:
phete Royal Vous avez placé
mes pieds dans un lieu fpacieux.
Rien ne fera capable de nous effrayer
, quand nous verrons que
Jefus-Chrift afupporté tout ce qui
pouvoit nous infpirer de la crainte.
Ily adeux chofes dont la fragilité
humaine ne peut s'empêcher d'eftre
allarmée ; la honte & la douleur.
Fefus- Chrift s'eft chargé de tous les
deux , lors qu'il a voulu eftre condamné
à la mort , & à la mort
la plus honteuse. Rapellons en
nôtre efprit celuy quia foutenu
une fi rude attaque des pecheurs
faite à fa propre perfonne
, afin que nous ne nous laſGALANT
17
>
fions point & que nous ne
perdions point courage. Jettons
les yeux fur l'auteur & le
confommateur de nôtre foy
lequel ayant en veüe l'état de
joye qui luy fut offert , ſoûtint
le tourment de la Croix fans fe
mettre en peine de l'ignominic.
En regardant de la forte,nous verrons
que la pierre eft ôtée ; nous
verrons combien les chofes qui paroiffent
penibles à ceux qui travaillent
fans amour , deviennent
douces & aifées à ceux que l'amourfoutient
dans leurs travaux.
La charité de Dieu répanduë
dans nos coeurs par l'Eſprit Saint
Aoust 1706.
B
18 MERCURE
qui nous a efté donné, confifte à
garder les préceptes , & fes préceptes
n'ont rien de fâcheux ;
nous verrons combien le joug du
Seigneur eft doux. Le porter c'eft
vouloir le bien , éviter le mal ,
aimer tous nos freres , n'avoir de
haine pour perfonne , acquerir les
biens éternels , & ne fe point laiffer
attirer par les biens prefens &
temporels. Ce joug ne s'appefantit
pointfur le col de ceux qui s'en
chargent, mais il lesfoulage. Nous
verrons , au contraire , combien le
joug du monde eft rude & fâcheux.
Leporter, c'eft poursuivre des biens
periffables ; c'est s'attacher à tout ce
GALANT 19
S
?
qui flatte ; c'est vouloirs affurer la
poffeffion ftable des biens qui n'ont
aucuneſtabilité; c'eſtſouhaiter toujours
les bienspaffagers , ne vouavec
eux. Nous
loir point paffer
verrons avec combien de douceurla
charité nous conduit à une vrayefelicité,
tandis que la cupidité nous entraîne
dans un malheur inévitable
par des routes penibles difficiles.
Nous verrons combien font méprifables
les delices du fiecle que
nous aimons avec tant de paffion ;
delices qu'on eft continuellement
dans la crainte de perdre , & qu'il
eft avantageux d'avoir perdues
pour toujours. Nous verrons enfin
Bij
20 MERCURE
par
à un
combien de perils les amateurs
du fiecle fe font un chemin
peril encore plus terrible. Le fardeau
du monde est insupportable ;
le fardeau deJefus Chrift eft doux
& leger. Le fardeau de Fefus-
Chrift nous foulage ; le fardeau
du monde nous accable. Les defirs
qui nous portent vers les avantages
du fiecle nous importunent ; la
crainte des adverfitez nous inquiete
; les biens qui nous avoient peu
auparavant caufe tant de troubles
par l'empressement avec lequel nous
les recherchions , nous caufent enfuite
bien des allarmes , dans la
crainte de les perdre. Regardons
GALANT
21
encore unefois , mes tres - chers enfans
, regardons ceJefus de Naza
reth crucifié , que nous cherchons
avec les faintes femmes . Il fera
pour nous ce ferpent d'airain
élevé comme un figne, dont la
vûë gueriffoit ceux qui eftoient
bleffez . Ses travaux feront
comme un bouclier qu'il placera
fur nôtre coeur . Get Homme-
Dieu plein d'ardeur, comme un
geant qui s'apprefte à fournir fa
carriere , a méprife tous les biens
du fiecle , a foûtenu toutes les
adverfitez , pour nous apprendre
à ne point placer nôtre felicitédans
cesfaux biens , & à ne pointcrain22
MERCURE
dre de trouver notre malheur dans
ces maux paffagers . Jefus Chrift
a fouffert pour nous ; en vous
laiffant un exemple afin que
vous fuiviez fes traces . Confiderons
attentivement , & fuivons
le modele qui nous a efté
montré fur la montagne . Brifons
les chaînes qui nous attachent
rompons les noeuds qui nous retiennent;
méprisant ainsi la crainte de
ne pouvoir ôter la pierre qui nous
arrefte , nous arriverons heureuſement,
par la Paffion & la Croix
de Jefus - Chrift , à la gloire de fa
Refurrection.
On a foûtenu à Rome dans
GALANT
23
J
grace
le College Romain , une Theſe
dediée à Mr le Cardinal Carpegna
, Vicaire de Sa Sainteté ,
fur la queftion celebre de lafuffifance
de l'Attrition avec le Sacrement
pour obtenir la de la
juftification , lors même que cette
attrition vient de la feule crainte
de l'Enfer , pourvu qu'elle foit
jointe à l'efperance du pardon , &
qu'elle excluë , comme elle le peut
certainement , ( ce font les
propres
termes de la Thefe , ) toute
volonté de pecher. M' Antoine
Ré & Thomas Uffengo foûtinrent
la Theſe. La Compagnie
fut nombreuſe. Il y eut
24 MERCURE
quantité de Prelats , & tous
les Etrangers de qualité , qui
eſtoient alors à Rome , y affiffterent.
Mr le Comte de Saint- Vincent
, Officier General de l'Armée
Portugaife , eft mort des
bleſſures qu'il avoit reçuës deyant
Alcantara . Il a été fort regretté
à la Cour de Portugal ;
y eftoit confideré par fon merite
perfonnel , encore plus que
par fa naiffance , qui eft cependant
tres- confiderable. Il avoit
beaucoup de part à la confiance
du Roy fon Maiftre , & il
avoit eu des commandemens
confiderables
GALANT 25
confiderables dans les Troupes
de ce Prince. Le pere de M de
Saint
Vincent & ſon ayeul eurent
beaucoup de part à la revolution
qui arriva en Portugal
en l'an 1640. & qui mit la
Maifon de Bragance fur le
5 Trône de cette Monarchic . Un
des ayeux de M' le Comte
de Saint
Vincent fit
beaucoup
de bien à Matthias d'Aix , ainfi
nommé parce qu'il eftoit d'Aixla-
Chapelle , & qui vivoit dans
le quatorziéme
fiecle . Ce Mathias
fut
Profeffeur à
Cologne
& écrivit contre Luther & contre
Bucer. Il marqua dans un de
Aoust 17.06. C
·
26 MERCURE
fes ouvrages la reconnoiffance
qu'il avoit pour fon bienfaiteur
. Matthieu de Afflicto , Jurifconfulte
& Confeiller de Naples
, qui a fait divers Traitez
de Droit , qui ont eſté imprimez
à Francfort, eut auffi beaucoup
de part à la generofité de
ceSeigneur, qui étoit Chef d'une
des plus puiffantes Maiſons de
Portugal.
Mile Comte de Zinzendorf,
Grand Treforier de l'Empire ,
eft mort d'apoplexie à Vienne.
Il avoit efté Envoyé Extraordinaire
en cette Cour , & il y
eitoit dans le temps de l'avene
GALANT
27
ment de Monſeigneur le Duc
d'Anjou à la Couronne d'Efpagne.
Ce Miniftre eftoit tresbien
allié à la Cour de Vienne ,
& il eftoit par luy nême d'une
naiffance tres- confiderable . Il
avoit porté les armes pendant
deux ou trois
Campagnes
aprés quoy il s'attacha à la negociation
, où il a réüffi au gré
de 1 Empereur deffunt , & de
celuy qui regne aujourd huy.
M' le Comte de Zinzendorfeft
mort âgé de 49. ans . Il a eſté
fort regretté à la Cour de Vienne
; fes manieres douces & bienfaifantes
luy avoient attiré l'ef-
Cij
28 MERCURE
time & la bienveillance de
tous les Courtifans. Il aimoit
beaucoup les Sciences , & feu
M' le Comte de Zinzendorf
fon pere, qui s'y eftoit auſſi fort
attaché , l'avoit entretenu dans
ce gouft , & l'avoit fait élever
par les plus fçavans hommes
qu'il avoit pû trouver en
Allemagne.
Dame Jeanne - Armande de
Schomberg , épouſe de Charles
de Rohan , Duc de Montbazon
, Prince de Guemené , Comet
de Montauban , eft morte
âgée de 74. ans . Elle a laiffé
Charles Prince de Guemené, alGALANT
29
-
lié en premieres nôces avec Marie
- Anne d'Albert de Luines ,
fille de Charle Louis Duc de
Luines ,morte le 19. Aouft de
l'année 1679.en la 17.année de
fon âge , & en fecondes nôces ,
avec Charlotte - Elizabeth de
Cochefilet , fille de M' le Comte
de Vauvineux ; Jean- Baptiste-
Armand , dit l'Abbé de Rohan,
& enfuite connu fous le nom
de Prince de Montauban, mort
il y a environ deux ans ; & plufieurs
filles .
Il y a eu deux familles de
Schomberg en France , toutes
deux tres- illuftres , & toutes.
C iij
30 MERCURE
deux fecondes en grands hommes.
Henry de Schomberg ,
Maréchal de France , fils de
Gafpard de Schomberg , Comte
de Nanteuil , Gentilhomme
d'une ancienne famille de
la Mifnie ( dont parle Mr Seckendorf
, ) & de Jeanne Chateigner-
de la Rochepozay ,
eftoit chefde celle dont je vous
parle , par rapport à la Dame
qui vient de mourir. Il fut marié
en premieres nôces avec
Françoiſe d'Epinay , foeur &
heritiere de Charles , Marquis
d'Epinay en Bretagne , morte
le 6. Janvier 1602. Il en eut
GALANT
31
Charles de Schomberg , Duc
d'Halluin , Pair & Maréchal de
France , qui aprés la mort d'Anne
Ducheffe d'Halluin , fon
épouſe , épouſa Marie de Hautefort
, Dame d'Atour de la
Reine - Mere , fort eftimée du
feu Roy Louis le Jufte. Ce Maréchal
mourut à Paris en 1656.
d'une retention d'urine. Henry
de Schomberg eut auffi de
Françoiſe d'Epinay une fille
mariée à Roger du Pleffis , Duc
de la Rocheguyon . Il époufa
en fecondes nôces Anne de
la Guiche , fille & heritiere de
Philibert de la Guiche , Grand-
C iiij
32 MERCURE
Maître de l'Artillerie de France,
dont il eut une fille pofthume ;
c'cft M' la Ducheffe de Montbazon
qui vient de mourir.
L'autre Maifon de Schomberg
eftoit celle du Maréchal
de ce nom , qui fe retira dans
les pays étrangers , lorſque l'Edit
de Nantes fut revoqué , &
qui defcendoit de Theodoric
de Schomberg , Gentilhomme
Allemand , qui fervit dans l'Armée
des Reyftres , que le Prince
Jean Cafimir , fils de l'Electeur
Palatin , amena en France au
fecours des Prétendus Reformcz
, l'an 1567. Ce Maréchal
GALANT
33
de Schomberg fut tué en 1690
au paffage de la riviere de la
Boyne en Irlande.
Nicolas , Cardinal de Schomberg
, Archevêque de Capoüë ,
qui avoit efté Jacobin , & que
Savonaralla perfuada d'entrer
dans l'Ordre de Saint Dominique
, & dont il eft fort parlé
dans les Effais de Litterature de
l'année 1703. eftoit de la même
maiſon que Madame la Ducheffe
de Montbazon. Ce Prelat
fut un des grands Predi
teurs de fon ficcle . On a imprimé
cinq ou fix de fes Sermons ,
dont on a fait pluſieurs édi34
MERCURE
tions. Madame la Ducheffe
de Montbazon qui vient de
mourir , a paſſé ſa vie dans les
exercices d'une folide pieté.
Elle estoit fort charitable &
les pauvres fe font fouvent
reffentis de fes bienfaits . Elle a
ordonné dans fon Teftament
que fon
corps fuft porté dans
fes terres. Monfieur le Duc de
Montbazon,fon époux , eftoit
frere aîné de feu Monfieur le
Chevalier de Rohan , grand
Veneur de France , qui vendit
fa Charge à Mr le Marquis de
Soyecourt. Je ne vous dis rien
de la Maiſon de Rohan , dont
GALANT
35
celle de Montbazon eft une
une branche ; je vous en ay
parlé fi fouvent , que je ne vous
en dirois rien de nouveau . Perfonne
n'ignore qu'elle eſt fortie
de la Maifon de Bretagne ,
que c'eft ce qui la fait regar &
der en France comme Maifon
Souveraine.
Dame Elifabeth de Matignon
, époufe de Louis-Jean-
Baptifte de Matignon , Comte
de Gaffé, eft auffi decedée . Cette
Dame eftoit de la même
Maiſon que fon époux ; elle
eftoit fille de M' le Comte de
Matignon , Lieutenant general
36 MERCURE
en Normandie , & niéce de M
les Evêques de Lizieux , & de
Condom , & de feuë Madame
la Comteffe de Marfan. M' le
Comte de Gaffé eft neveu de
M' de Matignon , & fils d'un
de fes freres . La Maiſon de
Matignon , établie en Normandie
, eft originaire de Bretagne
, où elle portoit anciennement
le nom de Goüion . Jean
de Goüion époufa au cominencement
du 15˚ fiecle Marguerite
de Mauni , Dame de Thorigni
en Normandie , & il prit
le nom de Matignon . Jean fut
pere de Bertrand, qui de Jeanne
S
GALANT
37
du Perier
-
Guignem
, laiſſa
Gui de Matignon , qui épouſa
Perrine de Jaucourt , dont il
cut Joachin de Matignon
Lieutenant de Roy en Normandie
en 1 546. & Jacques de
Matignon qui a continué la
pofterité, & qui d'Anne de Silli
fa femme laiffa le celebre Jacques
de Matignon Maréchal
de France , Chevalier des Ordres
du Roy & Gouverneur de
Guienne . Ce Seigneur fut élevé
enfant d'honneur auprés du
Dauphin , qui fut depuis le Roy
Henri II. Il mourut en 1597.
à l'Efparre en la foixante &
38 MERCURE
douzième année de fon âge. Mr
de Calliere , Gouverneur de
Cherbourg , a écrit la vie de ce
Seigneur. Le Maréchal de Matignon
laiffa de Françoiſe de
Daillon , fille ainée du Comte
du Lude & d'Anne de Batarnay
, Odet de Matignon, Comte
Thorigni , Chevalier des Ordres
du Roy , & Lieutenant General
au Gouvernement de
Normandie , qui fervit aux
combats d'Arques & d'Ivry ,
aux ſieges deRoüen ,de Lizieux,
d'Alençon,deLaon &de Dijon.
Charles fon frere , auffi Chevalier
des Ordres du Roy, conti-
1
GALANT
39
nua la pofterité. Il époufa Eleonor
d Orleans fille puifnée de
Leonor Duc de Longueville ;
il en eut Jacques Comte de
Thorigni qui épouſa en 1619 .
Henriette de la Guiche , dcpuis
Ducheffe d'Angoulême.
Ce Seigneur fut enfuite tué en
duel par le Comte de Bouteville
en 1626. François fon
frere,Comte de Thorigni & de
Gaffé Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General en
baffe Normandie , pere de M
les Evefques de Lizieux & de
Condom , & de Mr le Comte
Gaffe , de M la Marquife de
40 MERCURE
Nevet & de M° la Comteffe de
Coigny.
re
Dame N ... de Bailleul ,
époufe de M N ….. de Raguier
Marquis de Pouſlé , eſt
morte dans un âge peu avancé
, & fort regrettée de ceux
qui la connoiffoient ; ſes manieres
polies & engageantes &
la délicateffe de fon efprit la
faifoient fouhaiter dans toutes
les compagnies. Deux jours
avant fa mort, & le jour même
qu'elle mourut
grands
elle eut de
preffentimens de fa
mort. Cette Dame eftoit fille
de feu Mr de Bailleul , Prefident
GALANT 4I
à Mortier au Parlement de Paris
, & foeur de Mr de Bailleul ,
qui eft revétu aujourd'huy de
la mefme dignité , & de Me
la Marquife de Franquetot-
Coigny. La Maifon de Bailleul
eft des plus nobles . & des plus
anciennes du Royaume ; elle
eft originaire de Normandie.
Nicolas de Bailleul Prefident au
Parlement de Paris , Surintendant
des Finances , & Chancellier
de la Reine - Mere du
*
Roy, fut le premier de fa Maifon
qui prit le parti de la Robe
& qui quitta la profeffion des .
armes . Il fut d'abord Confeil-
Acuſt 1706 .
D
42 MERCURE
ler au Parlement ; enfuite M
des Requeftes . Le Roy Louis
XIII . le nomma Ambaffadeur
en Savoyé , & à fon retour il
le fit Prefident au grand Confeil.
Il quitta cette charge pour
prendre celle de Lieutenant
Civil . Ayant gagné l'amour
des peuples dans l'exercice de
cette charge , il fut élû Prévoſt
des Marchands , & continué.
pendant fix années. En 1627 .
il fut receu Prefident à Mortier,
puis Chancellier de la Reine ,
& en 1643. Sur Intendant des
Finances . Il étoit fils de Nicolas
de Bailleul qui rendit de grands
GALANT 43
fervices au Roy Henry le
Grand ; ce Prince luy en témoigna
une grande reconnoiffance
dans la perfonne de fon
> fils , dont je viens de parler
& qui laiffa d'Elifabeth Mallier
, fa deuxième femme , M
Louis de Bailleul Seigneur de
Soiffi , auffi Prefident à Mortier.
La Maifon de Raguier
eft auffi tres ancienne , & elle
eſt connuë dans le Royaume
dés le temps de la premiere
Croisade que le Roy S. Louis
fit publier en France , dans le
fiecle. Une perfonne de
13
ccnoms'y diftingua beaucoup,
Dij
44 MERCURE
& merita à fon retour plufieurs
marques d'une diftinction particuliere.
Le Roy Philippes le
Hardy , fils de S. Louis , éleva
auffi beaucoup cette , Maiſon,
& elle a fubfifté avec éclat dans
le Royaume depuis ce tempslà.
Le merite de M' le Marquis
de Pouffé eft univerfellement
connu.
re
Dame N.....
d'Angeville ,
époufe de MT N... de Montolivet
, Baron de Gourdans ,
eft morte à Lyon , aprés avoir
employé
fes dernieres
années
aux exercices de pieté & d'une
ardente charité . Elle eftoit fille
GALANT 45
de feu Guillaume - Philibert
d'Angeville , Chevalier , Vicomte
de Lompnes , qui avoit
porté les armes une grande partie
de fa vie , & de feuë Dame
Antoinette de Maffenay, fille de
Nazaire de Maffenay , Ecuyer
Seigneur du Lac , & de Dame
Marguerite de Moroges . M
d'Angeville , mere de la Dame
dont je vous apprens la mort ,
mourut il y a environ un an.
Elle avoit eu plufieurs filles Religieufes
, dont deux font Chanoineffes
de Neuville en Breffe;
& plufieurs garçons , qui font
feu M' d'Angeville , Vicomte
46 MERCURE
de Lompnes, Lieutenant Colonel
du Regiment d'Albaret , qui
fut tué avec un de fes fils à la
Bataille d Hochftet ; M ' le Chevalier
d'Angeville
, Religieux
de l'Ordre de Malthe ; & M
l'Abbé d'Angeville , Grand
Prieur de Saint Claude en Franche-
Comté . Guillaume - Philibert
d'Angeville , pere de M°
de Montolivet , eftoit fils aîné
de Claude d'Angeville
, Seigneur
deMontverons , qui commanda
l'Arriereban
de Bugey ,
au voyage de Lorraine en
1635. & de fa premiere femme
Helene de Champier
, fille
GALANT 47
d'Antoine de Champier , Seigneur
de la Faverge & de Faillens
, Bailly de Bugey . Antoine
de Champier cut auffi un fils
Bailly de Bugey , qui laiſſa cette
dignité à Guillaume- Philibert
d'Angeville , qui la vendit enfuite
à feu M' de Savines - Saint
Apollinard , oncle maternel de
M' le Marquis de Thoy , Lieutenant
general des Armées du
Roy . Claude d'Angeville , pere
de celuy dont je viens de parler
, eut de fa feconde femme
Marie de Chevriers , feu Mr
de Montveron , quia laiffé des
enfans de Dame N... de Moy48
MERCURE
ria fon époufe ; & qui forment
une feconde branche de la
maifon d'Angeville , qui eft
originaire de Baffigny, d'où elle
paffa en Savoye en 1440. Robert
d'Angeville qui époufa
une fille de la maifon de Lucinge
, fit cet établiffement . M° de
Montolivet laiffe pluſieurs enfans
, un fils & pluſieurs filles ,
dont l'une cft veuve de Mr de
Moyria-Mirignac,Brigadier des
Armées du Roy , qui fut tué
l'année derniere en Italie à la
Bataille de Caffano . Mr de
Montolivet époux de la Dame
qui vient de mourir , eft originaire
GALANT 49
*
naire de Savoye , & fils d'un
Officier du Senat de Chambery.
Il s'eft établi en Breffe ,
où il a acquis la Baronie de
Gourdans , qui a été autrefois
poffedée par la Maiſon de Savoye.
Il a demeuré long- temps
en Itálie , & il eftoit fort confideré
de Monfieur le Grand
Duc.
& grand'-
M Yrier de Magontier ,
S de Laubanie , Lieutenant
general des Armées du Roy ,
grand- Vicaire
Croix de l'Ordre Militaire de
S. Louis , cy-devant Gouverneur
de Mons , du Neuf- Brifack ,
Aoust 1706 .
E
50 MERCURE
& de Landau , Commandant
pour
le Roy dans la haute
& baffe Alface
, mourut
en
cette ville , le 28. du mois
dernier
, âgé de 67. ans. Il
étoit
generalement
reconnu
pour un des meilleurs
Officiers
des troupes
du Roy , & il avoit
toûjours
donné
des marques
de fon courage
, & de fon application
au fervice
de Sa Majefté.
H fçavoit
parfaitement
Í'Infanterie
, & tout ce qui regarde
l'art d'attaquer
, & de
défendre
une Place . La maniere
dont il s'eſt défendu
pendant
le dernier
fiege de LanGALANT
51
dau , le fera vivre long temps
dans l'hiftoire. Son exactitude
dans le fervice & fa maniere
de faire obferver la dif
cipline militaire luy ont toû
jours attiré de grandes loüanges
. Son attention à ſurprendre
les ennemis a toûjours
efté fi grande , que lorfqu'il
commandoit
fur les frontieres,
il a fouvent fait enlever aux
ennemis , des quartiers entiers ,
& quelquefois
même ceux des
Generaux , par les differens
Partis qu'il envoyoit avec tant
de fecret , que les ennemis
étoient ſouvent furpris , fans en

E ij
52 MERCURE
avoir eu aucune connoiffance.
M' de Laubanie joignoit à toutes
ces qualitez ,un attachement
fi grand & fi refpectueux pour
la perfonne du Roy , que jamais
homme ne fut plus ſenſible
à tout ce qui regardoit ce
Monarque.
M' de Laubanie eft mort ,
fans avoir efté marié ; il a fait
legataire univerfel , M' le Comte
de Laubanie , fon frere aîné,
qui a efté long- temps Capitaine
dans le Regiment du Roy,
& que fes incommoditez
ont
obligé de quitter le fervice ,
il y a déja pluſieurs années. Il a
GALANT
53
deux fils, qui font encore jeunes .
M' de Laubanic avoit auffi une
foeur, qui a eu trois fils de M
N....Rouffeau ; il leur fit prendre
le nom de Laubanic , parce
que fon frere aîné n'avoit point
alors d'enfans. L'aîné de ces
trois enfans , qu'on nomme M
le Marquis de Laubanie , eſt
Colonel d'Infanterie ; les deux
autres font dans l'Etat Ecclefaftique.
L'un eft pourvû du
Prieuré de Brive- la - Gaillarde
en Limoufin , & de l'Abbaye de
S. Jacut en Bretagne ; & l'autre
eſt Prieur de Saint Côme lez
Tours...
E iij
54 MERCURE
Je vous envoye un Billet qui
m'a efté adreffé , touchant la
mort d'un homme agé de cent
trois ans ; & qui parle de deux
perfonnes encore vivantes ,dont
l'une eft âgée de cent fept ans ,
& l'autre de cent douze ans.
A Soüillac ce 22. Juillet.
Fe ne fçay , Mr , fi on peut
faire mention de la mort d'un homme
âgé de cent trois ans , nommé
Longaigne , qui un mois avant
fon décés étoit auffi vigoureux ,&
auffi agiffant qu'un jeune homme ;
puifqu'il alloit à deux lieues de
GALANT
55
Loupiac , lieu de fa demeure ordinaire
, porter des Exploits , &
qu'il revenoit de fon piedfort gayement
; & fans une chute , il promettoit
une plus longue vie . Je
puis vous affurer encore , qu'il
ya,à un Villageprés d'icy, un frere
& une foeur , dont le premier a
cent douze ans , & l'autre cent
fept ans ce qui fe peut verifier
par les extraits du Registre des
Batêmes , comme on s'eſt aſſuré du
premier , dont je vous ay parlé
cy -deſſus . Je fuis , Mr, &
M Bugnon , Geographe de
Son Altefle Royale de Lorraine,
a fini , depuis peu , deux ouvra-
E iiij
56 MERCURE
ges , qui ont pour titre , Polium
Geographique
. L'un des Duchez
de Lorraine & de Bar ; l'autre ,
des Evêchez
& Départemens
de Metz , Toul & Verdun, que
l'on debitera dans peu.
Le premier de ces Polium eft
divife en trois parties. La premiere
comprend un dénombrement
general de l'état des
principales Jurifdictions
, leurs
bornes , & les Prevôtez qui y
reffortiffent ; le tout renfermé
en fix Chapitres , qui comprennent
les principaux membres
des Duchez de Lorraine & de
Bar, Ces membres fe fubdivi-
#1
"
GALANT 57
fent encore en autant de Paragraphes,
qu'il s'y trouve de petits
Bailliages , & de Sieges Bailliagers
, conformément au Code
, aux Loix , & aux Ordonnances
de Son Alteffe Royale .
L'Auteur infere dans cet ou
vrage tout ce qui a eſté alliené ,
ou cedé à la France , pendant
le Regne de Charle IV. tant de
ce qui dépendoit de la Lorrai
ne , que du Barrois ; ce qui eft
relatif aux deux dernieres par
ties de l'ouvrage . Il rapporte en
forme de Table , à la fuite des
Jurifdictions principales , le
nombre des Prévoſtez qui déa
58 MERCURE
pendent de chacune , avec les
diſtances qu'il y a de chaque
Chef-lieu de Prévofté , à celuy
de la Jurifdiction , ou du Bailliage
où ils reffortiffent ; & il a
remarqué auffi tout ce qui dépend
des cinq hauts - conduits
établis par S. A. R. en 1704 .
*
La feconde Partie renferme
un Alphabet tres - curieux , qui
contient tous les Chefs - lieux ,
leur fituation , & le nombre des
lieux qui dépendent , tant de la
Prévolté que de l'Office ; les
bornes de chaque Prévoſté , &
la diſtance qu'il y a de leur Cheflieu
à celuy où ils reſſortiſſent
GALANT 59
en premiere inftance.
La troifiéme Partie contient
encore une Table alphabetique
, par laquelle on trouve
tous les lieux de l'Etat , à la fuite
defquels on rencontre le nom
de laPrévôté d'où ils dépendent;
& lorſqu'on parle des Chefslieux
qui y font encore rapportez
, on marque exactement
les Abbayes d'hommes en Regle
ou en Commande , dans les
lieux où il s'en trouve , auffibien
que celles de filles , de même
que toutes les Maiſons conventuelles
de l'un & de l'autre
fexe , fituées dans la Lorraine
60 MERCURE
& dans le Barrois.
L'Auteur divife en trois Claffes
, les lieux de cette troifiéme
Partie , par rapport aux trois
differens caracteres dont chaque
ligne eft terminée. La premiere
contient ceux du Duché
de Lorraine ; la feconde , ceux
du Barrois non mouvant ; & la
troifiéme, ceux du Barrois & du
Baffigny mouvans : enforte que
l'article de chaque nom de ces
Claffes differentes fe termine
par un caractere qui fait connoiftre
aifément de laquelle de
ces trois principales parties dépend
le lieu qui la fuit.
GALANT
61
L'Auteur s'eft affez étendu
fur les termes de Geographie ,
pour fatisfaire les perfonnes intelligentes
dans cette fcience ,
& particulierement au fujet des
lieux fituez à la gauche , ou à
la droite des rivieres ou ruiffeaux
, qui traverfent quelques
Prévoſtez ; & on y voit la droite
& la gauche des eaux coulantes
déterminée par
L'Auteur a crû fuffifants les
quatre points Cardinaux &
Collateraux dont il fe fert pour
décrire la fituation des princileur
cours.
pales
Villes
& de plufieurs
Villages
, afin
de ne pas em62.
MERCURE
ployer les autres termes de leur
fubdivifion;parce que ces points
expriment affez fur une diſtance
qui n'excede pas vingt- cinq
lieuës , la poſition d'une Ville ,
fans parler des degrez de longitude
& de latitude , quin'en
rendroient
pas le Lecteur plus
fatisfait. D'ailleurs , la Carte placée
à la tête de l'ouvrage , en
fait plus voir fur la fituation de
ces lieux , que la figure de ces
huit points mife à la fin de la
derniere Partie.
Cet ouvrage fait auffi mention
des Bureaux pour la recette des
Finances ; des temps, & des lieux
GALANT 63
où fe tiennent les Foires dans la
Lorraine. Mais on n'y voit rien
( non plus que dans le Polium
des Evefchez , dont vous allez
voir auffi l'Analyfe abregée )
on n'y voit rien, dis- je, touchant
l'Hiftoire , les moeurs , la Religion
, le gouvernement & les
qualitez du pays , l'Auteur s'étant
refervé de parler de toutes
ces chofes, dans d'autres ouvra
ges qu'il deſtine au Public , &
particulierement dans celuy qui
aura pour titre La Geographie
des Courtifans.
:
Les marges font chargées de
tout ce que l'on a crû neceſſaire
64 MERCURE
pour rendre l'ouvrage d'une
plus facile intelligence .
Le Polium des Eveſchez de
Metz , Toul & Verdun , eſt à
peu prés felon le mefme ordre;
il differe du premier , en ce qu'il
n'eft divifé qu'en deux parties.
Dans la premiere , toutes les
Chaſtellenies & Prévoſtez qui
dépendent d'un meſme Evêché
& Département , font placées
immediatement aprés le lieu du
Siege de leur Jurifdiction ; enforte
que l'on y voit les trois
Evêchez , & tout ce qui y a efté
joint des Duchez de Lorraine
& de Bar , foit par allienation,
>
GALANT 65
foit par traité de ceffion : ce
que l'Auteur a crû devoir inferer
dans ces deux ouvrages . Il
ne fait pas moins bien connoître
dans celui - cy que dans l'autre
, tous les lieux compris dans
l'étendue de chaque Département
, avec les terres qui dépendoient
de quelqu'un de ces
Départemens avant l'année
1697. le tout eft diftribué me- ,
thodiquement & d'une maniere
aifée à concevoir.
On voit, dans le Chapitre premier
, la fituation generale des
trois Evefchez ; l'Auteur entre
enfuite dans le détail des parties
Aoust 1706.
F
66 MERCURE
qui compofent le pays Meffin ,
divifé en cinq Paragraphes
.
Le Chapitre fecond regarde
toutes les parties de l'Evefché
de Metz , divifé en 21 Paragraphes.
Le troifiéme Chapitre traite
du Bailliage de Thionville , &
de la Seigneurie de Rodemach ,
& c. de Sierques, de Sarbourg ,
de Phalfbourg , de Marfal , de
Moyenvic, Gorze & des Chefslieux
compris dans le Dioceſe
de Metz , divifé en 9. Paragraphes.
Le quatrième Chapitre contient
le Département de l'E
GALANT 67
vefché de Toul , fes Prevoftez,
Chaftellenies & Diocefe , divifées
en 8. Paragraphes .
Le cinquiéme Chapitre renferme,
en 13. Paragraphes, une
partie du Département de l'Evefché
de Verdun ; &
Le fixiéme
Chapitre, qui fait
la fuite de ce troifiéme Département
, comprend
l'ancien
Bailliage
de Clermont
د avec
tous les autres lieux cedez dans
>
le Duché de Bar , & la Prevôté
de Damviller , la Souveraineté
de Chasteau- Renault , les Prévotez
de Mouzon, de Virton &
de S. Mard , le Duché de Ca-
Fij
68 MERCURE
rignan & le Dioceſe de Verdun,
divifé en 15. Paragraphes . Il eſt
parlé , dans toute l'étendue de
l'ouvrage , de la fituation des
Chefs- lieux , des rivieres fur lef
quelles ils font fituez , & qui en
arrofent le Territoire. On y
parle auffi de leurs bornes , &
de la diſtance de ces Chefs- lieux
à l'une de ces trois Villes Epifcopales
, où ils reffortiffent par
appel.
La feconde Partie contient
une Table alphabetique des
lieux compris dans tous les Paragraphes
dont il eft fait mention.
Ces lieux font fuivis du
GALANT 69
nom de la Prévofté d'où ils dé
pendent , & de trois caracteres
differens qui expriment auffi
de quel Departement , Dioceſe
ou Evefché ils dépendent.
A l'égard du mot de Polium
qu'il employe dans le titre de
Les ouvrages , plufieurs le
croyent de la baffe latinité ,
d'autres le font dériver du mot
grec Polinodis; & je ne fçais s'il
fe trouve quelque Dictionnaire
latin qui en faffe mention.
On fait pourtant qu'en
France le mot de Pouillé fignila
même cho fic à
peu pres
fe , quoique bien different de
70 MERCURE
ces deux Polium , qui ne parlent
point des Benefices , de
leurs qualitez , dépendances ,
revenus , ny du nom des Collateurs
, comme font ces Pouillez
François.
On voit dans ceux- ci , l'Inventaire
de tous les lieux compris
dans la Lorraine , les Evêchez
& les Départemens , avec
tout ce qui eft expliqué plus
au long cy - deffus . L'Auteur
leur a donné le nom de Polium,
pour ſe conformer à l'uſage du
Pays où ce terme femble eftre
confacré depuis plufieurs fiecles.
GALANT
71
M' Bugnon a donné plufieurs
exemplaires manuſcrits
de ces deux ouvrages à S. A. R.
qu'elle a reçûs avec beaucoup
de joye; & l'accueil qu'elle a fait
à l'Auteur , & fa reconnoiffance
marquent qu'elle en eft
tres-contente. Il a auffi prefenté
à ce Prince , plufieurs
belles Cartes, deffinées à la plume
, qui font l'ornement de
fon recueil de Cartes Geogra
phiques.
L'article fuivant regardant en
core la Lorraine , quoique l'on
n'y parle que d'une Medaille
de fa Sainteté ; je croy qu'il
72 MERCURE
doit tenir fa place aprés l'arti
cle que vous venez de lire . Je
dis qu'il regarde la Lorraine ,
puiſqu'il y eſt parlé d'une Medaille
frappée par l'ordre de
Monfieur le Duc de Lorraine ;
d'une Epître adreffée à ſa Sainteté
par M' de faint Urbain ,
Lorrain , graveur de cette Medaille
, & Directeur du Balancier
de Lorraine- ; & d'une traduction
d'une explication Latine
de cette Medaille , faite
par le Pere Hugo , auffi fujer
de fon Alteffe Royale.
L
AU
GALANT 73
AU TRES- SAINT PERE
CLEMENT XI.
SOUVERAIN PONTIFE.
TRES- SAINT PERE ,
Lengagement où je me fuis
trouvé de revenir dans la Lorraine
, ma patrie , où j'ay efté
rappellé , moins par la neceffité de
mes affaires domestiques , que par
Les fouhaits obligeants que S. A.
R. Monfeigneur le Duc ,
Souverain , a fait de m'y revoir
, n'a rien diminué du zele
ardent & refpectueux que j'ay
Aouft 1706.
G
mon
74 MERCURE
pour la Perſonne de Vôtre Sainteté,
& je puis même l'affurer,
que cet efprit de religion , que je
m'étois formé dans la capitale du
monde Chrétien , n'a receu aucun
affoibliffement, dans la capitale de
la Lorraine , dans la premiere vil
le de ce peuple , fi celebre par fa
pieté , & par le zele qu'il marqua,
dès la naiffance du Chriftianifme
, à deffendre la Religion de
nos peres. Depuis prés de deux ans,
que j'y fuis de retour , entre plufieurs
ouvrages de mon art , aufquels
S. A. R. m'a ordonné de
travailler , il n'y en a point ;
Tres- Saint Pere, auquel j'ay don
GALANT
75
Iné plus de foin , & plus d'attention
, qu'à celuy que je preſente
à Vôtre Sainteté. Jay mis toute
mon application & toute mon étude
àgraver au naturel fon Portrait
dans cette Medaille ; & dans
le deffein de laiffer à la Pofterité,
un monument durable de ces
excellentes Homelies , qui édifient
tout l'Univers , & du foin que
vous prenez de remplir cette partie
effentielle de vôtre miniftere
Apoſtolique , j'ay crú que rien ne
pouvoit tant enperpetuer lefouvede
le graverfur le bronnir
que
Ze , &
que
ce byerogliphe
, en
devenant
public
, en rendroit
la
Gij
76 MERCURE
memoire éternelle.
Mes Compatriotes ont applaudi
à mes efforts ; & ils ont receu,
avec de grands éloges , le monument
où j'ay tâché de peindre le
Zele qui animoit autrefois faint
Pierre , pour la converfion des
peuples de la terre, & qui caracterife
encore aujourd'huy toutes
les actions de Vôtre Sainteté ;
quoy qu'il y ait déja tant de tableaux
qui le leur rendent fenfible.
Mais ne pouvant , Tres-
Saint Pere , vous prefenter moimême
, cette Medaille frappée
fous le regne d'un Prince tres- bon
tres-religieux , à la gloire de
GALANT 77
vôtreApoftolat, & de vôtre amour
paternel ; je me preſſe , emporté
par mon zele refpectueux , de
vous l'offrirpar les mains de mon
frere.
Quelque difproportion qu'il y
ait de Voftre Sainteté à nous ,
nous n'en craignons pas les approches,
ny les difcours ; & quoi que
nous puiffions en quelque maniere
eftre intimidez par la grandeur
qui accompagne vôtre Trone Apoftolique
; cette bonté , qui eft peinte
fur voſtre vifage , & que nous
avons eu tant de fois le bonheur
d'éprouver , nous raffure. D'ail
leurs , nousfommes encouragez par
Giij
78 MERCURE
cet amour naturel que vous avez
pour les fciences , & par cette culture
de beaux Arts , qui vous
rend acceffible aux Sçavans , &
qui donne un libre accés auprés
de voftre Trône , aux habiles Artiftes
, & aux Partifans de la
belle antiquité.
En effet , Tres- Saint Pere , on
vous a élevé & entretenu dés
l'enfance dans le goût des beaux
Arts, & vous vous eftes rendu
fi acceffible à ceux qui les profeffent
, que vous ne dedaignez pas ,
encore aujourd'huy , de vous delaffer
dans la converfation familiere
des Sçavants , des foins impor
GALANT
79
tans que le gouvernement de toute
l'Égliſe vous donne , & que
vous employez le temps, que la
nature demande pour soulager
l'efprit accablé par une trop grande
application , à examiner les anciennes
Medailles , & à parcourir
tout ce qu'ily a de plus rare ,
de plus curieux dans les cabinets
des Sçavans. C'est alors ,
Tres- Saint Pere , que cette troupe
d'habiles Antiquaires , à qui vous
permettez de vous aborder , admirent
l'étenduë de vos lumieres ,
s'étonnent avecjufticè de l'éleva
tion de voſtre genie, àl'égard de cer
taines chofes que vous n'avezfait
Giiij
80 MERCURE
que parcourir
dans vos heures de
toifir. Ainsi , il n'y a aucun moment
de la vie de voftre Sainteté,
qui ne foit employé , ou à fanctifier
le peuple dont F. C. vous a
établi le Pafteur
, ou à inftruire
les Sçavans que vous appellez
de vous
, de tout ce qu'il
ya deplus recherché dans les fciences.
Et c'eft avec tant de fuccés ,
que vous rempliffez
, Tres - Saint
Pere , ces deux états differens de
voftre vie , qu'au jugement
de
tout l'Univers
, vous femblez
eftre également
né pour l'un &
; & que les Fideles
aupres
pour l'autre
; & que
fe réjouiffent
d'avoir trouvé dans
GALANT 81
de
une Sainteté , le Deffenfeur de la
Foy , le Mecene des gens
lettres , & unJuge tres - délicat de
ce que l'art de la Gravûre a de
plus fin & de plus recherché.
Quelque éloigné donc que je
fois du Trône de Vôtre Sainteté ,
je luy offre cependant cette Medaille
& fon explication hiftorique
, avec le même respect , quefi
j'étois profterné à fes pieds , &
je prens la liberté de la confacrer
àfon augufte Nom. Je m'eftimeray
tres-heureux & bien récompensé
de mon travail , fi cet
Ouvrage , qui est un effai de ma
reconnoiffance , peut contribuer en
82 MERCURE
quelque chofe à Vôtre gloire , à
éternifer le fouvenir de vostre
Pontificat, & à faire paffer à nos
neveux ces grands exemples de
vertu que vous donnez tous les
jours à l'Univers entier. C'eſt le
væn tres- Saint Pere, de celuy
qui eft de voftre Sainteté , &c.
A Nancy , la 6 ° année du
Pontificat de Nôtre Saint Perc
le Pape CLEMENT XI.
GALANT 83
TRADUCTION ,
De l'explication hiſtorique ;
faite en Latin par le R. P.
Louis Hugo , Docteur en
Theologie,Prieur de laMaifon
de Saint Joseph de Nancy
, & Chanoine Regulier
de l'Ordre de Prémontré de
l'étroite Obfervance ; de la
Médaille gravée en l'honneur
de Nôtre Tres- Saint
Pere le Pape Clement XI.
On voit dans la face de cette Médaille,
lePortrait au naturel de nôtre
tres - Saint Pere le Pape Cle84
MERCURE
ment XI. avec cette Inſcription :
CLEMENS XI . P. M. A. VI.
c'est-à-dire , CLEMENT XI .
SOUVERAIN PONTIFE DANS
LA SIXIE'ME ANNE'E DE
SON PONTIFICAT. On voit
dans le revers le Portrait de ce
mefme Pontife , qui rompt le pain
de la parole à fon peuple ; on découvre
à fes pieds, le Globe du
monde , je veux dire , l'eau & la
terre qui luy font hommage ; le
S. Efprit paroift à fes oreilles &
fous la figure d'une Colombe ; il
dardefes rayons , & on lit dans
la bordure , ces paroles de l'Ecriture
: IPSUM AUDITE ; c'eſtGALANT
85
à- dire : entendez- le ! ô peuples .
L'objet qu'on a eu en frapant
cette Médaille miſterieuſe , a esté
de confacrer à la pofterité le zele
de noftre Souverain Pontife pour
annoncer luy-mefme la parole de
Dieu aux peuples de la Terre ; ce
zele , dis-je , qui fembloit éteint,
depuis tant defiecles , dans les fucceffeurs
de S. Pierre ; & afin que
la dignité du monument réponde
en quelque forte à celle du Miniftre
de la parole , on a mis aux
pieds de ce Predicateur de toutes
les nations , l'Univers entier figuré
par un Globe. Enfin on a
reprefenté ce fecours continuel de
86 MERCURE
l'Esprit Saint, que J. C. promit
autrefois à fon Eglife, en la perfonne
de S. Pierre , fous la figure
d'une colombe, Symbole de la Charité
, fous cette figure , dis - je, que
l'Ecriture nous apprend que le S.
Efprit prit autrefois lorfqu'il def
cenditfurJ. C.& fur les Apôtres.
Voilà le deffein de la Médaille,
e l'objet qu'a eu celuy qui l'a
frappée , mais pour en faire un
détail plus circonftancié , il la faut
expliquer par parties .
I. Perfonne n'ignore qu'une des
plus grandes obligations desSouverains
Pontifes, eft d'annoncer euxmefmes
la parole de Dieu auxpeuGALANT
87
L
ples qui leur font foumis. Le
Verbe luy- mefme , cette fageffe
éternelle du Pere, le Fils de Dieu,
dés qu'il a efté revêtu de noftre
chair mortelle , il s'eft regardé
comme le Vicaire de fon Pere
Eternel fur la terre , & comme
lepremier Predicateurde l'Evangile,
& en cette qualité il s'eft
uniquement appliqué à fonderfur
la terre le Royaume de fon Pere ,
envisageant comme le premier &
le principal de fes devoirs , celuy
d'enfeigner les pauvres ; pauperibus
Evangelifare ( Luce 4. ) Il
ne s'eft pas contenté d'enſeigner
que c'eftoit là le devoir effentiel
88 MERCURE
des Paſteurs , mais il a auffi montré
par fon exemple que c'eftoit la
principale fin de leur miffion . En
effet, tantoft il entre dans la Synagogue
pour découvrir aux Prêtres
endurcis , l'efprit qui eftoit caché
fous l'écorce de la lettre ; tantoft il
enfeigne dans les places publiques,
les fuifs qui accourent de toutes
paris ; icy il exhorte les Samaritains
à retourner à l'unité qu'ils
ont rompu par un Schifme odieux.
Que veut- on de plus ? Soit qu'il
monte fur le haut des montagnes,
foit qu'il traverse les mers orageufes
dans une fimple nacelle ,
inftruit toujours par fes difcours,
il
GALANT 89
il touche également par fes Sermons
, fes Difciples , fes Concitoyens
les Etrangers qui venoient
l'entendre.
Les Apôtres qu'il a envoyé
annoncer l'Evangile, dans les diverfes
parties de la terre , comme
il avoit efté luy- mefme envoyé du
Ciel par fon Pere , fe font entierement
attachez au Miniftere de
la Predication , & cette fonction
les a tellement occupez , que mettant
àpart toutes les autres oeuvres
de pieté, lorfqu'il s'agiffoit de diftribuer
le pain de la parole , ils
ont toûjours regardé cette partie de
leur Miffion, comme la plus effen-
Aouft 1706 . H
90 MERCURE
tielle e la plus importante . S.
Pierre luy-mefme , le chef & le
Prince des Apôtres , s'eft acquité
avec beaucoup de zele de cette
fonction de fon Apoftolat & le
fuccés étonnant qu'il a eu dans le
cours de fes Predications , a efté
le fruit de fes travaux. Ce zelé
difciple ne s'eft pas contenté d'avoir
enfeigné les Grecs & les Hebreux
; il a fait entendre & refoner
fa voix jufque chez les
Latins ; c'eft dans la Capitale
du monde Chrétien, qui eftoit alors
le centre de toutes les erreurs, qu'il
a annoncé les oracles de la fageffe ,
qu'il a fixé le Siége de la verité ,
GALANT 91
& d'où il a envoyé les Ouvriers
de l'Evangile dans toutes les parties
de la terre pour enfeigner aux
peuples , la Foy de 7. C.
Ce premier Pafleur de l'Eglife
n'a pas laifféen mourant d'autres ,
ou de plus importantes fonctions à
ceux qui luy ont fuccedé dans la
garde deceprecieux troupeau ; mais
dans la fureur des perfecutions des
premiers fiécles , les Souverains
Pontifes, qui eftoient obligez deſe
cacher, ne pouvoient prêcher aux
Fidelles trés-rarement&avec
que
un grand fecret ; & le temps de
ces difcours animez par les mouquemens
de la plus ardente charité
Hij
92 MERCURE
ce
n'eftoit point reglé. Attribuëray-je
à l'injure des temps, ou à la negligence
des Notaires Ecclefiaftiques,
la perte des anciens Monumens où
eftoient confervez ces difcours ?
Non ! je dois dire que felon l'ufage
de ces premiers temps
n'eftoit pasfur lepapier, mais dans
l'esprit dans le coeur , que l'on
gravoit le fouvenir des paroles de
ces hommes Apoftoliques. C'eftoit
donc dans le replis de leur coeur,
que les premiers fideles gravoient,
avec des caracteres ineffaçables
·les inftructions qu'ils recevoient
des Apôtres, qui jettoient alors, par
la Predication les fondemens de
l'Eglife.
GALANT
93
*
l'u-
C'est ce
que n'a pas
compris
Sozomene
, lorsqu'il
a avancé
,
fans
aucun
fondement
, que
fage
d'annoncer
publiquement
l'Evangile
dans
la Ville
de Rome
,
eftoit
encore
interdit
de fon
temps,
comme
fi la
fubftance
du Sacerdoce
(
SUBSTANTIA
SACERDOTII
) cuft efté détruite
dans
une Ville
toute
Sacerdotale
,
ou pour
parler
plus
clairement
,
comme
fi la fubftance
de la Religion
eut eftédétruite
dans
uneVille
,
qui
en eft le centre
! & que
premier
Siege
, & celuy
qui
eft
le Gardien
& le dépofitaire
de la
* L..7. c. 19.4
le
94 MERCURE
Foy, en euft ceffé les leçons , par
un mouvement de crainte ou de
fuggeftion. Ainfi cet Hiftorien indifcret
& peu inftruit , en avançant
une telle propofition , s'engageoit
de prouver que
prouver que la promeffe
de J. C. avoit esté fans effet , on
d'avouer, contre ce qu'il venoit d'avancer
que les principes de la Religion
Chrétienne, avoientpaſſé à
la pofterité
, par le canal d'une
tradition orale , & par l'usage de
la Predication , puifque l'on ne
pouvoit les avoir receus par une
autre voye. Queficet Auteur Grec
euft oui les difcours admirables du
Pontife Leon I. fon contemporain,
GALANT
95
il cuſt bien changé de langage ! &
n'euftpas avancéfi temerairement,
que l'usage d'annoncer publiquement
l'Evangile , eftoit ceffé dans
la Capitale du monde Chrétien !
cet ufage , dis-je , & cette fonction
que ce grand Pape rempliffoit
de fon temps , avec tant
d'affiduité , tant de reputation , &
tant de fruit.
* Le Pape S. Gregoire le grand
n'apas enfeignéfon troupeau avec
un moindre éclat¸ni un moindrefuccés.
Ce Pontife, quoyquefurchargé
de grandes & pénibles occupations
, fur tout du poids de toutes
* Joan. Diac. lib. 5. c. 18,
96 MERCURE
les Eglifes qui s'adreffoient à luy,
comme à leur premier Pafteur, prononçoit
cependant fouvent des Homelies,
où l'on remarquoit cettefageffe
, qui doit caracterifer toutes les
actions du Chef de l'Eglife , & il
croyoit l'obligation d'annoncer luymefme
la parole de Dieu aux Fidelles,
fieffentielle aupremier Paf
teur , que l'affoibliffement & l'é
puifement de fa fanté , joints à
une poitrine ruinée ne luy permettant
plus de s'en acquiter en
perfonne , il compofoit des Homelies
qu'il faifoit prononcer au peuple
parfes Miniftres . L'usage que
"les Souverains Pontifes obferverent
GALANT 97
с
verent tres-religieufementjusqu'au
13° Siécle, de nourrir eux - mefmes
leur troupeau du pain de la parole,
parut encore fe ranimer dans la
perfonne d'Innocent III. mais malheureufement
, il fut prefque entierement
aboli par la mort de ce
Saint Pontife , le grand âge que
la plupart des Papes fes Succeffeurs
avoient , quand ils eftoient
élús , donna lieu à cette interruption
. D'ailleurs les preffantes affaires
, les foins continuels du
troupeau dont ils eftoient chargez,
les détournoient fouvent de l'obfervation
d'une fi pieufe Coûtume ;
les remedes qu'il faloit appor-
ع و ن
Aouſt 1706.
I
98 MERCURE
ter aux maux de l'Eglife pendant
le peu de temps qu'ils en
avoient le Gouvernement , leur
donnoient d'autres veuës, & leur
fermoient fouvent la bouche qu'ils
eftoient dans l'obligation d'ouvrir
continuellement, pour l'inſtruction
de leur troupeau ; de forte qu'ac
cablez fous le poids de l'âge , on
emportez par le torrent des affaires,
les premiers Pafteurs eftoient prefque
toujours obligez de commettre
les Miniftres du fecond ordre, pour
cette partie de leur Miniftere ; mais
faifoit alors à Rome
on ne
que

que nous lifons , qui s'eftoit fait
long- temps auparavant à Hyp
GALANT 99
ponne fous l'Evefque Valerius ;
& les Evefques , Succeffeurs des
Apôtres, chargez particulierement
d Miniftere de la Predication ,
eftoient ſouvent obligez d'en commettre
l'exercice à leurs Coadjuteurs
, à cause de la follicitude où
les jettoir l'étendue de leur charité,
des affaires dont ils eftoient
furchargez.
Mais noftre Tres - Saint Pere le
Pape Clement XI. a remis en vigueur
cet ufage des temps apoftoliques,
par l'application , le zele&
l'éloquence avec laquelle il diſtribuë
le Pain de la parole à fon peuple
,& quelques grandes & terria
I ij
100 MERCURE
bles que foientles tempeftes qui agitent
de tous coftez la nacelle de
Pierre ; le fage Pilote qui la conduit
, ne s'en remet pourtant point
uniquement
, aux foins de la Providence
, & le zele qu'il apour la
Predication , n'en est pas pour cela,
refroidi. Egalement
propre à conjurer
l'orage , & à inftruire fon
peuple , fa voix tonne dans la chaire
de verité , fa plume inftruit ,
& fafageffe regle & édifie .
II. Zele & ferveur dont les
veftiges meritent certainement
d'éconfacrez
à la pofterité, &puif-
' eft pas la feule Rome , qui
tre
que ce n'estpas
en a efté édifiée , mais auffi que les
GALANT ΙΟΙ
rayons de cette fageffe ont éclairé.
toutes les parties de l'Univers , où
l'Evangile eft publié , il eſt juſte
de configner à toutes ces parties de
de la terre chreftienne , l'exemple
d'un fifaint zele. En effet , le Siege
de Rome a cette prerogative
, &
les Souverains Pontifes ont cette
autorité univerfelle , cette puiffance
indefinie , que leur parole & la
doctrine qu'ils annoncent
, ne font
pas renfermées dans les bornes de
leur Diocefe , ny dans les limites
des Provincesde l'Etat Ecclefiafti
que; mais que tout ce qu'ils difent,
pour affurer la foy des Romains ,
&que tout ce quifort d'eux , pour
I iij
102 MERCURE
former les moeurs de leurs peuples,
eft cenfe eftre dit annoncé pour
le falut de tous les hommes difper
fez dans les differentes regions de
la terre ; que toutes les Eglifes doi
vent adopter leur doctrine , & les
Evêques qui les gouvernent
en recevoir humblement les decifions.
On n'a pû imaginer de figure
plus propre, pour tracer, d'une maniere
fenfible , unfi grand privilege,
& pour le confacrer fur un
métail durable , que celle du
univerfel,reprefenté par un
monde
globe ; car il n'y a perfonne qui
ne conçoive, en voyant cettefigure ,
GALANT 103
1
que
l'on a voulu faire alluſion à
cette triple proteftation d'amour,
que Saint Pierre fait à Jeſus-
Chrift dans le 21 Chapitre de S.
Jean , à cette triple puiffance
que
le Sauveur donne en même
temps à cet Apôtre & à tous
fes Succeffeurs , par ces paroles :
PASCE AGNOS MEOS >
PASCE AGNOS MEOS
PASCE OVES MEAS. *
Paiffez mes Agneaux , Paillez
* C'eſt par ces paroles que Jefus-
Chriſt a donné, aprés fa 3 ° apparition
à Saint Pierre & en fa perfonne, à tous
fes Succeffeurs, la primauté de l'Eglife
, promiſe en Saint Mathieu , chap.
16 .
I iiij
104 MERCUR E
re
mes Agneaux , Paiffez mes
Brebis . En effet , Jefus- Chrift a
donnépar cesparoles à Saint Pier-
* , La conduite de l'Eglife univerfelle
, & il s'eft repofe fur luy
du foin de toute la Terre , comme
fur l'Apôtre le plus cheri , &même
furcelui avec lequel il vouloit partager
les travaux de fa divine
Miffion. Il ne luy donne pas une
partie du Troupeau à conduire , il
ne luy confie pas la moitié du bercail,
mais il le commet à l'inftitution
, à la nourriture & à la garde
* Suivant tous les Saints Peres, & principalement
Saint Chrifoftome , in cap
21.Joan.
GALANT 105
de tout le Troupeau , comme celuy
qui furpaffoit en amour, pour fon
Divin maître , & tous les Miniftres
de l'Eglife de Jesus- Chrift,
tous les Fidelles de cette nouvelle
Eglife , figurez par les brebis
& par les agneaux ; Ille choifit
*, pour Chefde cette Eglife ,
dans laquelle toutes les Nations
s'alloient raffembler , de tous les
Apoftres , & de tous les Pasteurs
difperfez dans cette même Eglife ;
de forte que quoy qu'on remarque
plufieurs Miniftres , &plufieurs
Evêques deftinez à la conduite de
* Selon Saint Leon , dans fon 3. Ser
mon , de Affumpt. fua.
106 MERCURE
ceTroupeau , Jefus- Chrift gouverne
d'une maniere invisible, ce
divin Sauveur cependant a voulu
qu'ils euffent un Chef vifible
en la perfonne de Saint Pierre
en celle de fes Succeffeurs .
Il eft certain qu'il y a d'autres
Pafteurs dans l'Eglife de Dicu ,
c'est une veritéfondamentale ; mais
chacun de ces Pafteurs afon Troupeau
àpart & feparé ; le Pontife
Romain, le Succeffeur de S. Pierre,
eftpar un avantage particulier le
Paſteur de tous les troupeaux. S.
Bernard établit cette verité , dans
fonfecond Livre de la Confideration
; Un Pafteur n'a qu'un TrouGALANT
107
peau ; mais le Vicaire de Fefus
- Chrift n'eft pas feulement le
Pafteur des agneaux , des brebis ,
il est auffi le pere de tous les Pafteurs
; Il ne paift pas quelques brebis
; mais il les paift toutes , (C'est
encore S.Bernard quiparle, ) il n'y
* Tous les Interpretes ont toujours
entendu per oves meas , cap . 21.
Joan. L'Eglife univelle, quoi qu'en difent
Luther, M. F. Illyricus , le Synode
de Smalcalde , & Calvin ( lib . 4 .
inftitut. ) Saint Ambroife dit , que Jefus-
Chrift recommanda d'abord à S.
Pierre, agnos , c'est-à-dire , le peuple
Judaïque Enfuite , oviculas , quoique
d'autres repetent , une feconde fois
agnos , c'est-à -dire , le peuple Gentil ,
& oves , c'eft- à-dire , les Evêques qui
ont enfanté les Fidelles en J. C.
108 MERCURE
que
a aucune exception , où il n'y a au
sune diftinction. D'où vient donc
les autres Evêques , font des
Evêquesparticuliers ? C'est qu'ils
n'ont qu'un peuple particulier à
gouverner; Saint Jacques luy- même,
qui fembloit être la colonne de
l'Eglife , n'a eu pour partage que
l'Eglife de Jerufalem , & il a cedé
l'univerfalité de l'Epiſcopat à S.
Pierre.
Les feuls Heretiques , ces indignes
deffenfeurs du menfonge ,
dont il faut efperer que la verité
triomphera bien-toft , ont ofé nier,
avec une honteuse hardieffe , cette
fucceffion fidelle & non inter-
1
GALANT 109
rompuë de la primauté , & de la
fouveraine puiffance que J. C,
devant bien -toft remonter au Ciel,
donna à faint Pierre , * & qui
de ce Prince des Apôtres , a paffe.
dans fes fucceffeurs , & a coulé ,
comme par une fource qui n'a jamais
manqué , dans la perfonne
du Saint Pere Clement XI. On
a repouffé ces attentats ; la tradition
conftante , & la foy vive
de toute l'Eglife , ont triomphé
des efforts audacieux de l'Herefie.
En effet , comment pourroit
fubfifter cette unité , pour la confervation
de laquelle J. C. a prié
* Pierr. de Clug. Bibl . Clun. p . 689 .
110 MERCURE
fifouvent & avec tant d'ardeur
fon Pere , fi ce Sauveur n'avoit
pas attaché l'unité & la perpetuité
à quelque Siege ? s'il n'avoit
pas eftably la Hierarchie fur ce
fondement inébranlable , l'Eglife
ne pourroit certainement pas fubfifter
; elle chancelleroit à tous mo
mens , & elle feroit livrée de tous
côtez , aux Schiſmes qui la déchireroient.
Saint Pierre ( in Epift.
ad Pupian. ) n'attribuë la naiffance
& le progrés des Schifmes
des Herefies , qu'à l'orgueilleuſe
présomption de quelques audacieux
qui ont voulu fe retirer
de la dépendance de celuy qui eft
GALANT III
feul Evêque des Evêques , & à
qui feul , fefus- Chrift a commis le
foin de fon Eglife ; pafce oves
meas. Que penferions- nous de la
1 bonté paternelle de ce Sauveur ,
s'il s'eftoit contentéde confier lefoin
defon troupeau à faint Pierre,
que ce fust pour luy feul qu'il
cuft eftably cette puiffance , qu'il
luy confia un peu avant fon
Afcenfion , & non pour fes Succeffeurs
; deforte que nous la viffions
finie quelques années aprés
fon établissement , c'eſt - à - dire ,
par la mort de ce Prince des Apôtres
? Nous ferions en droit de dire,
que la Providence de Dieu nous
112 MERCURE
a manqué , & nous nous plaindrions
avec juftice, que le Sauveur
luy ayant donné des bornes trop
étroites , elle nous a abandonnédans
le commencement même , de l'établiffement
de l'Eglife. Comme
les voyes
de Dieu ne font point
courtes , & que fes veuës ne font
point limitées , n'hefitons point de
dire avec un ancien Auteur* : que
le Pontife Romain eſt le vray
heritier de fain Pierre *; & que
comme le Pilote gouverne fon
Vaiffeau , avec fa Bouffole , de
mefme le Souverain Pontife gouverne
l'Eglife univerfelle , ła
* Joan. Saliſber. Epift. 83 .
*
Luc, 22. foutient
GALANT 113
*
foutient la dirige avec cette
fageffe & cette prudence dont la
promeffe de Dieu est le sceau.
Voilà la doctrine conftante de
l'Eglife fous la primauté du Pape;
les Fideles des premiersfiecles , &
même les premiers Evêques n'ont
pas pensé autrement,fur cefujet.
Ils ont receu avec docilité & foumiffion
, les decifions de tous les
Papes , & ils les ont respectez,
comme la pure doctrine de faint
Pierre , cet Evêque univerfel qui
* Ecce Satanas expetivit vos , ut cri
baret ficur triticum . Ego autem rogavi
pro te , ut non deficiat fides tua , & tu
aliquando converfus confirma fratres.
tuos. Luc. 22
Aoult
1706 .
K
114 MERCURE
a paffé fans alteration , dans fes
Successeurs ; & c'est fans doute,
pour exprimer la puiſſance de jurifdiction
qu'ils ont fur tous les
Evêques de l'Eglife , & le droit
qu'ils ont d'examiner leur doctrine
, en un mot , d'inftruire toutes
les Eglifes , qu'on leur a donné
le titre éclatant de Patriarche
·Oecumenique , * Le grand Pape
Leon eft fouvent appellé dans le
Concile de Calcedoine , le Pere ,
le Chef & le Patriarche Occumenique
; il n'en à pas feulement
le fimple titre , on
connoift auffi, qu'il en a la puiſſanny
y
re-
* Act. 1.2.3.
GALANT 115
gats
ce & l'autorité, ( Voicy les propres
termes dans lesquels les Lede
ce Pape , & les Peres du
Concile , exprimerent la Sentence
qu'ils donnerent contre Diofcore
Patriarche d'Alexandrie : Undè
fanctus ac Beatiffimus Papa ,
caput univerfalis Ecclefiæ Leo,
per nos Legatos fuos , fancta
Synodo confentiente , Petri
Apoftoli præditus dignitate ,
qui ecclefiæ fundamentum &
petra fidei, & celeftis regni janitor
nuncupatur , Epifcopali
cum dignitate nudavit , & ab
omni Sacerdotali opere fecit
extorrem . ) Les Archimandri-
Kij
116 MERCURE
tes ; ou Abbez de la baſſe Syrie ,
donnent le même nom , au Pape
Hormifdas , dans la profeſſion de
foy , qu'ils luy addreffent , comme
au maistre univerfel de la doctrine
de l'Eglife , comme à celuy qui
en eftoit le centre , & enfin comme
au dépofitaire de la foy de F.
C. qui étoit alors attaquée &
prefque éteinte dans tout l'Orient:
Au Pape Hormifdas ( C'est l'inf
cription qu'ils mirent à une Requefte
, ) Patriarche de tout l'Univers
, Supplique des Archimandrites
de vôtre Eglife de
la baffe Syrie. * Les Archiman
* Poſt. Epift. 12. Hormifd.
GALANT
117
drites de Conftantinople , a deJerufalem
b, & de tout l'Orient
donnerent dans le Concile de Conf
tantinople, le même titre de Patriarche
Oecumenique , au Pa
pe Agapet, dans la Requeſte qu'ils
luy prefenterent.
d Les Heretiques de ce tems- là,
infatuez cependant, des erreurs les
a Eutyche.
b Euftochius.
c Ce Concile ne fut pas le S: general
, quoiqu'il foit nommé dans le 2.
Tome des Conciles , fous le nom de f .
Concile ; c'étoit un Concile particulier
qui preceda le general , comme Zonare
& Nicephore le témoignent . D'ail
leurs, c'eft fous le Pape Vigile que les
general fut affemblé,
d. Act. 2. 3. 4.
118 MERCURE
plus groffieres , n'ont jamais entrepris
d'abolirce titre, ne l'ont même
jamais ofé attaquer , le filence
qu'ils ontgardéfur ce fujet , n'eft
point un filence,fous lequel ils ayent
voulu cacher des mouvemens déreglez
d'ambition & depréfomption;
mais comme unfilence d'acquiefcement
à la puissance des Souverains
Pontifes , qu'ils ont unanimement
reconnue comme legitime , & comme
la même que J. C.donna à S.
Pierre. Il ne faut pas cependant
croire , que le Grand Pape S. Gregoire,
nefe foitpas attribué ce titre
éclatant , e cette préeminence de
* Ioan. 21 .
f.
GALANT 119
jurifdiction , qu'il condamnoit
& qu'il refufoit à Jean Patriarche
de Conftantinople ; dans le même
temps qu'il refufoit à cet ambitieux
Prelat , le titre de Patriarche
univerfel , & qu'il le mena
çoit de punir fon orgueil , par les
foudres de l'Eglife ; il n'oublioit
rien , il faifoit tous fes efforts
pourfe conferver exclufivement
tout autre le titre d'Evêque Oecumenique
, & de conferver à fon
Siege, la qualité , la primauté
que F. C.luy avoit accordée ; &
il n'a rien fait en cette occafion ,
* Cete difpute arriva fur la fin du fixiéme
fiecle.
4
120 MERCURE
que les Conciles , qui font venus
aprés luy , n'ayent auffi fait ; &
en cela,ils ont toujours conftamment
adoptéfa doctrine. Entre cesfaintes
Affemblées, on doitfur tout remar
quer
le Concile de Florence , où
l'on travailla à l'union des deux
Eglifes, Grecque & Latine, & où
tous lesPeres declarerent unanimement
, que le Siege Romain étoit le
premier Siége du monde , & que
le Pontife qui y eftoit affis , avoit
une primauté de Jurifdiction fur
l'Eglife univerfelle qu'en un mot,
l'Evefque de Rome eftoit le vray
legitime Succeffeur du Prince
*T. Conc. 13. col. 715,
des
GALANT 121
ن و م
des Apôtres , le veritable Vicaire
de 7. C. fur la Terre , le Chef
de toute l'Eglife , le Pere de tous
les Fidelles & le Docteur de toutes
les nations , & que J. C. luy
avoit donné en la perfonne de S.
Pierre , une pleine puiffance , de
gouverner, d'enfeigner & de
veiller à la confervation de l'Eglife
univerfelle.
Il faut donc que toute l'Eglife
accoure , pour venir entendre noftre
Tres-S.Pere, le Pape ClementXI.
qui exerce avec tant de zele , dans
la Capitale du monde Chrêtien,
La principale fonction d'Evêque
Aouſt 1706 . L
122 MERCURE
Univerfel , & qui annonce dans
la Chaire de verité, les oracles de
Dieu ; je veux dire , que les Fidelles
repandus dans toutes les
parties de la Terre , viennent recevoir
le pain de la parole , afin que
celuy qui eft le Pere de toutes les
nations , en devienne auſſi le maître
& le Docteur. Maisfi l'enceinte
de Rome eft trop petite , & peu
propre, pour contenir la multitude
des Fidelles , qui compofent l'Eglife
, ce Type eft encore moins
propre à l'exprimer , & à en donner
une jufte idée. Il a donc falus
expliquer par une figure ce qui ne
* Iræn. lib. 3. c . 3 .
GALANT 、123
pouvoit l'eftre d'une maniere plus
fenfible ;& comme les lettres de
la bordure ( ipfum audite ) fervent
à defigner & Suppléent
prefence des Auditeurs ; de mefme,
on a crú que le Globe , où la Terre
& la Mer font figurées , pourroit
fuppléer la multitude des Fidelles.
Tel eft l'avantage des Graveurs,
de pouvoir marquer, par un coup
de burin , une multitude innombrable
de peuples.
III. On apperçoit enfin en haut,
la Colombe , figure ordinaire du
Saint Efprit , qui parle à l'oreille
du Pontife , & qui luy tranſmet
les oracles divins, en répandant de
Lij
124 MERCURE
tous coftez , fes rayons ; & c'eft
fous cet emblême , qu'on nous reprefente
les belles Homelies du
Pape , où tout exprime les ardeurs
de fa charité & les menagemens
de fa fageffe Apoftolique :
En effet cette double vertu , qui
avoit efté accordée à Saint Pierre,
avec tant de profufion , n'éclate
pas avec moins d'abondance dans
fon Succeffeur ; car foit que ce
Saint Pape monte dans la chaire
de veritépour y annoncer les oracles
de la fageffe éternelle , ſoit
qu'il faffe des decrets pour
reglement de l'Eglife , ily a un
caractere de bonté & de fageſſes ſi
le
reGALANT
125
marquédans tout
125
fes actions, siqu'il
n'y apoint defidelle qui ne foit confirmé
dans fa foy en l'entendant
,
& qui n'écoutefa voix, avec au
tant de docilité que de foumiffion.
L'ufage d'inftruire le troupeau
de vive voix , ou par écrit , eft
ancien , & n'a jamais efté interrompu
par les Succeffeurs
de
S. Pierre, & ceft là le caractere
de la primauté du Siége Apoftolique
: Combien en effet, les Hif
toriens nous rapportent-ils de converfions
faites aux difcours publics
des
Souverains Pontifes ?
Combien
d'heretiques, ces Saintes
Homelies n'ont - elles pas ramenez
Liij
126 MERCURE
au giron de l'Eglife, au centre de
L'unité ? En effet la charité de cette
premiere Eglife , de cetteEglife , disje
, qui eft la Mere de toutes les autres
, a eftéfi étendue , &fon zele,
pour annoncer l'Evangile aux nations
lesplus reculées , fi univerfel,
qu'elle n'a pas dédaigné de vifiter ,
de fortifier , & d'inftruire par fes
écrits ceux qu'elle n'a pu enfeigner
en perfonne , par la bouche de fes
Conciles , ou par celle de fes faints
Pontifes.
C'est ce qui a rendu les Souverains
Pontifes , fi attentifs à repouffer
l'erreur , & à employer le
glaive Apoftolique, pour détruire
1
GALANT 127
a
l'efprit de menfonge dés qu'il
ofé lever la tefte. Tel fut le zele
d'Alexandre I. pour extirper l'Herefie
des Monarchiques * qui commençoit
à s'étendre dans l'Orient;
telfut auffi celuy du Pape Etienne
pourlancer les foudres de l'Eglife
fur les Donatiftes , dont le Schifme
eftoit d'autant plus dangereux ,
qu'ils couvroient leur feparation
de l'Eglife d'une apparence (pecienfe
de pieté. Celeftin n'en eut
pas moins , pour condamner par un
* C'eftoient des Heretiques qui commencerent
à paroître à la fin du 2.Siécle,
fous le Pontificat de Victor ; ils nioient
la Trinité des perfonnes , & difoient que
le Pere Eternel avoit efté crucifié.
Liiij
128 MERCURE
jugement juridique , cet ennemi
déclaré de la grace de J. C. Pe-.
lage, qu'on a nommé avec juftice,
le ferpent de la grande Bretagne ; .
Neftorius , ce fecond Gebion,
qui attaquoit ouvertement
la divinité
de Fefus- Christ , reffentit
des marques du zele de ce faint
Pontife . Apeine l'Herefie d'Eutiches
, formée dans le filence de
la folitude , eut elle éclatée dans le
monde , que lefaint Pontife Leon
fit entendrefa voix ,terrible quand
il s'agiffoit de deffendre la verité ,
>
que
contre ce temeraire Abbé
l'ignorance, du vray Dogme, avoit
jetté dans une nouvelle Herefie ,
GALANT 129
en croyant combatre celle de Nef :
torius ; la Lettre
la Lettre que ce Pontife
adreffa au Concile de Calcedoine,
affemblé pour ce fujet , fut comme \
le flambeau de la Foy , &fervit
à écarter tous les obftacles que l'on
trouvoitdansfon établissement; c'est
à la lecture de cette Epitre , que tous
Les Peres de Calcedoine s'écrierent
unanimement, que S.Pierreparloit
encoreunefoisparlabouche deLeon.
Fe paffe fous filence plufieurs
autres illuftres monumens de la
pieté & du zele des Souverains
Pontifes , pour m'attacher à de
plus nouveaux , & à ce que nous
voyons de nos jours. Si le penul130
MERCURE
tiéme fiecle a produit des monftres,
le Siege de Rome , a eu des armes
toutes prêtes pour les combattre ,
& pour les détruire : je parle de
Luther & de Calvin : Dés que
ces hommes d'iniquite' ont ofe
proferer des blafphemes contre les
myfteres de la Religion , l'Anatheme
a efté la peine dont on les
a auffi- toft punis , & dont la
verge Apoftolique les a frappez.
Les Sociniens , les Ubiquiftes
les Arminiens , les Indépendans ,
* Branche de Lutheriens : ils difoient ,
que leCorps de I. C , eft dans l'Euchariftie
feulement , Vi omni prefentia.
Ou Remontrans , ce font des demi-
Pelagiens , qui furent condamnez
au Synode de d'Ordreckt ,
GALANT 131
'; les Gomaniſtes ↳ ; malheureux rejettons
d'une double Herefie , ont
éprouvé , dés qu'ils ont parû , des
marques du zele des Souverains
Pontifes , & de l'attention continuelle
que les Papes ont à conferver
la faine doctrine : Et frappez des
mêmes armes , ils ont été retranchez
du Corps de l'Eglife . Et
en dernier lieu , les défenſeurs de
la Grace neceffitante *&les enneb
Contremontrans , défenfeurs du
Decret de la reprobation ; ils défendent
l'erreur de Gotefcalc.
On ne connoît plus à prefent d'autres
défenfeurs de la Grace neceffitante
, que les Calviniftes , & les
Gomariftes ; & il y a long-tems , que
ces Heretiques ont été condamnez,
132 MERCURE
mis de la liberté de l'homme , ne
viennent- ils pas d'être écrasez par
les Decrets dictez par la bouche
du Saint Efprit , & par les foudres
fortis de la Chaire de Saint
Pierre.
Avec quel zele , & quelle vigueur
, Innocent XI. un des plus
grands Papes qni ayent gouverné
l'Eglife de J. C. ne détruifit-il pas
fur la fin du dernier fiecle , la Secte
de ces infames Sceptiques , qui
ne tendoient qu'à abolir la Loy
Evangelique , par l'infolente temerité
qu'ils avoient d'en profcrire
à leur gré , la feverité , d'y
introduire à la place , une morale
GALANT 133
pernicienfe deteftable. Ce nouveau
monftre prenoit déja des forces
, l'erreur croiffoit fous l'appas
d'opinions plus douces , & laprobabilité
commençoit àfucceder à la
verité; on voyoit déja un nouveau
genre de penitence , qui déguifoit
le mal fous le titre fpecieux de mifericorde
on commençoit à découvrir
un agréable poiſon * , qui
alloit corrompre toute la fubftance
de l'Evangile. Cespretendus hommes
mifericordieux , couvroient le
mal des pecheurs ; ils cachoient
fous une feinte douleur , &un ex-
;
* S. Cypr. Serm. de Lapfis.
134 MERCURE
terieur compofé , une playe profonde
& mortelle , qui gagnoit comme
la gangrene , & penetroit jufqu'à
lafubftance de l'ame. Tout ce qui
étoit probable , tout ce qui avoit
une apparence de vertu , étoit permis
; & ce mal auroit pris de
grands accroiffemens , fi l'autorité
Apoftolique , dont le Siege a toujours
été inacceffible à l'infidelité,
à l'incredulité , n'en eût heureuſement
arrêté le cours , & n'eût
détruit dans fa naiffance, cette deteftablefocicté.
Nousremarquons d'auffi beaux
traits, dans le Pontificat deClement
XI , qui ne fait cependant que
de
GALANT 335
commencer .Ce grandPontife vient
de condamner l'erreur de ces nouveaux
Prifcillianiftes , qui ofoient
dire , qu'il eftoit permis de mentir,
&de fe parjurer dans un efprit de
paix, que pour l'obtenir , un
parjure ne devoit être comptépour
rien ; il vient , dis-je , de condamner
* ces hommes inquiets ¿
turbulens , qui fembloient avoir
oublié les devoirs lesplus effentiels,
non feulement de la Religion, mais
auffi de la Societé civile , lorfqu'ils
difoient , qu'il étoit permis defoufcrire
avecferment au Formulai-
* Par fa Bulle du 15. des Kal. d'Aouft
de l'an de grace 1705 .
136 MERCURE
*
requoiqu'on refufaft le confente
ment interieur à la Doctrine, quiy
eft contenues comme s'il étoit permis
contre la parole de l'Ecriture ;
QUI LOQUITUR VERITATEM
IN CORDE SUO , ET QUI JURAT
PROXIMO SUO ET NON DE-
,
CIPIT ; Celuy dans le coeur
duquel la verité eft gravée , &
qui parleconformement au fentiment
qu'il en a , ne peche pas;
comme s'il étoit permis , dis -je , de
tromper l'Eglife , par unferment ,
de triompher par un mensonge,
de la prudence, & de la fageffe
du Siege Apoftolique.
Nous n'ignorons pas fans dou-
Suzi iloA .
GALANT 137
te auffi , que la fageffe de ce Saint
'Pontife, a encore éclaté à concilier
les divers fentimens des Miffionnaires
Apoftoliques de la Chine ;
& quoy que , par une prudente
conduite , il n'ait pas encore rendu
fa décifion publique , nous ne
doutons pas cependant qu'Elle ne
contribue à fortifier la foy de
ces nouveaux Chreftiens , &
qu'elle ne finiffe toutes ces contef
tations , fi prejudiciables à la Foy,
& que l'homme ennemy , a excitées
.Toute l'Europe admire avec
·juftice , ce religieux filence , qu'un
des Pontifes les plus éclairez, qui
-ayent efté affis à la Chaire de S.
Aouft 1706 . M
138 MERCURE
Pierre , garde avec tant de fagef
fe ; elle efpere qu'il le rompra
bien-toft ; & elle recevra avec
beaucoup de respect cet Oracle, qui
doit fortir de la bouche du grand
Preftre, dépofitaire de la faine doctrine
, & qui donnera une regle
de Foy , propre à reünir tous les
efprits divifez , fur un point fi
important.
Que puis-je dire fur le zele
inépuifable de ce grand Pontife ,
pour inftrnire fon peuple de vive
voix , qui ne foit generalement
fceu dans toute la Terre ,
Terre , puifque
tout le monde a entre les mains
les excellentes Homelies qu'il a
GALANT 139
prononcées , & qu'elles ont efté
loüées & renduës en toutes fortes
de Langues. Elles ne font pas
pleines , je l'avoue , de ce fel Attique
, de cette éloquence toute
profane qui flatte agreablement
Poreille , mais qui ne va jamais

jufqu'au coeur ; elles font rem
plies , au contraire , de cette force
Apoftolique , & de cette éloquence
majestueuse , qui comme un
glaive tranchant , penetrent jufqu'à
la fubftance de l'ame , en
l'ébranlant & en la rendant une
fainte victime de la penitence .
En effet , on ne peut lire les excellens
difcours prononcez par
Mij
140 MERCURE
l'on ne s'igrand
Pape , dans les differens
tremblemens de terre ,
de terre , qui ont
ébranlé la ville de Rome & plufieurs
villes d'Italie , jufque dans
leurs fondemens
, que
magine d'abord , entendre faint
Gregoire de Nazianze , ou le
grand Pape faint Gregoire , lorf
qu'ils exhortoient leurs peuples à
la penitence dans les calamitez
дис le Ciel leur envoyoit , telles
que furent la grêle & la peftes
qui affligerent fouvent , du temps
de ces Saints , la Grece & l'Ita
lie. Si on confidere encore avec
* Le 17 Janvier 1703. & le 19. Fe
vrier fuivant.
GALANTA 140
attention , le faint Pontife , qui
gouverne aujourd'huy l'Eglife de
Jefus-Chrift , dans la celebration
des myfteres & des folemnitez
des Saints , qu'il interompt fouvent,
pour prononcer en prefence
du Sacré College du peuple
Romain , ces Difcours touchans,
pleins d'onction , qui découvrent
fi bien le caractere de fon
coeur & l'étendue de fa charité
ne croira - t - on pas entendre le
grand Pape faint Leon , qui parle
par la bouche de Clement , qui
prononce encore par la bouche de
fon Succeffeur, ces divins Oracles,
& qui excite fes auditeurs
142 MERCURE
limitation des Saints , dont il
leur propofe les exemples édifians.
C'est donc à bon droit qu'on
peut nommer Clement XI. le
fucceffeur de faint Pierre ; il eft
veritablement , comme le Prince
des Apôtres, un autre fils de Fonas
, * c'est - à - dire , le fils de la
Colombe , dont l'Apoftolat n'eft
ny felon la chair , ny felon le
fang, mais animé de la grace &
de l'efprit de Dicu : Conjurons le
و
* Beatus es Simon Bar-jona , id eft
filius fone Matth. 16. Simon fils de
Jona , étoit l'ancien nom de faint Pierre
, & ce changement de nom , eft un
avantage particulier à cet Apôtre , &:
qui prouve fa primauté.
GALANT 143
Maiftre Souverain des Creatures
, qu'il conferve long- temps à
fon Eglife un tel Pape , & unfi
grand Pontife ; & qu'il comble
de fes benedictions , le peuple de
Lorraine, fi humblement foumis,
depuis tant de fiecles , à l'autorité
Apoftolique..
Je vous parlay dans ma derniere
lettre de la mort de M
le Marquis de Buzancy , feulement
pour vous apprendre
qu'il avoit efté tué devant Turin.
Ce jeune Marquis eftoit
Colonel du Regiment de la
Reine , Infanterie ; & il eft fils
144 MERCURE
de M' le Comte de Chamarande
, Lieutenant General des
Armées de Sa Majeſté , & qui
a fcul commandé au Siege de
Turin, pendant que M' le Duc
de la Feuillade a donné la chaffe
à M' le Duc de Savoye , &
qui s'eſt diſtingué par une
heureuſe courfe. M' le Marquis
de Buzancy eft mortâgé
feulement de vingt- trois ans.
On ne peut rien ajoûter à fa
valeur ; il s'expofoit lans ceffe
aux perils les plus évidens ; il ne
fe contentoit pas feulement de
remplir fes devoirs , dans les
poftes qui luy eftoient confiez,
mais
GALANT 145
mais il fe portoit dans les endroits
les plus dangereux , &
les Officiers de fon Regiment,
qui le cheriffoient , & qui craignoient
de le perdre , tafchoient
en vain , de le retenir.
Ce Marquis eftant allé à la
fappe du centre , juſques ſous
la palliffade du chemin couvert,
receut un coup de moufquet
dans la tefte , dont il mourut
trois heures enfuite , aprés avoir
receu les Sacrements . Ce coup
mal-heureux , qui a terminé une
vie , dont les commencemens.
eſtoient déja marquez par plufieursactions
gloricufes, a frap
Aoust 1706.
N
146 MERCURE
pé toute l'Armée. On ne vit
jamais de regrets plus univerfels
; le Roy mefme a cfté touché
de cette mort ; & en laiffant
à M' le Comte de Chamarande
, la diſpoſition du Regiment
de la Reine , le feul
fils qui luy refte , eftant encore
trop jeune , Sa Majeſté temoigna
la part qu'elle prenoit à
cette mort , & ordonna qu'on
le fit fçavoir à M' le Comte
de Chamarande .
Ce jeune Marquis en fortant
des Mouſquetaires , où il
eftoit entré dés l'âge de 16. ans,
cut l'Enfeigne Colonelle du
GALANT
147
Regiment de la Reine , dont
fon pere eftoit pour lors Cos
lonel . L'année ſuivante, le Roy
trouvà bon que M' le Comte
de Chamarande fe démit de
fon Regiment en faveur de fon
fils , & il fit la Campagne dans
le païs de Cleves , fous Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Sur la fin de la mefme Campagne
, il retourna en Allemagne
avec le détachement
que M' le Comte de Chamarande
mena à Mr de Villars .
Il fe trouva à la bataille de
Friedelinghen ; on fçait les ef
forts que foûtint fon Regi .
Nij
148 MERCURE
ment , & avec quelle intrepi
dité il fe diftingua . Au mois
de Fevrier fuivant , il fe trouva
au Siege de Kell , où il
cmporta le chemin couvert à
la tefte des Grenadiers de fon
Regiment. Peu de temps aprés
on paffa en Baviere ; le Regiment
de la Reine fut un de
ceux , qui fraya le chemin des
montagnes noires , & en paſfant
à la tefte d'un détachement
des Grenadiers de toute
l'armée , il attaqua le Fort S.
Pierre , qu'il remporta . Il fe
trouva à la premiere bataille
d'Hochftet , au Siege d'Auf
GALANT 149
bourg , & à la derniere bataille
d'Hochftet. Cette Journée fi
fatale à plufieurs , fut glorieufe
pour luy ; il eftoit de l'aîle gauche
, & il défit entierement deux
Bataillons Hollandois , dont le
Commandant & tous les Officiers
furent tuez . Son Regiment
fit l'arriere-garde dans la
retraite , avec tant d'audace ,
que les ennemis , aprés l'avoir
senté inutilement , n'oférent
l'attaquer. Il joignoit à ces qua
litez heroïques , des fentimens
élevez , un coeur noble , plein
de religion , defintereffe , tendre
& fidelle pour les amis , unc
Nij
150 MERCURE
prudence & une fageffe de l'âge
le plus avancé. Il eftoit attentif
à fes devoirs , & auffi
confommé
dans fa
profeffion , que le
plus ancien Officier . Il avoit
l'efprit doux & fociable ; ce qui ,
joint à
l'agréement de fa perfonne
,
formoit un
Cavalier
parfait &
accompli .
t
Les
Articles qui
fuivent , regardent
quelques
morts qui ne
purent
avoir place dans ma
Lettre du mois de
Juillet.
re
Mr N... le
Boulanger de
Montigny
, Marquis
de Congis
,
Gouverneur de
Bapaume ,
& Capitaine
du
Château
des
GALANT 151
;
Thuilleries. Il avoit été longtemps
Capitaine aux Gardes
il eltoit fort eftimé dans ce
Corps , dans lequel il s'eft fort
diftingué . Sa famille eft des plus
confiderables de la Robe , &
elle a donné un Chef au premier
Parlement du Royaume.
Cette même famille quoi qu'at
tachée à la Robbe , a produit
cependant plufieurs perfonnes
qui fe font diftinguées dans les
armes , & qui ont marqué un
grand attachement au fervice
de nos Rois.
re
M™ Louis Robert , Chevalier
Seigneur de Laï , Prefident
N iiij
152 MERCURE
honoraire en la Chambre des
Comptes, & auparavant Intendant
des armées du Roy. Il a
rendu de grands fervices fous
le miniftere de M' le Marquis
de Louvois. L'intelligence , &
l'activité de ceux qui ont fervi
avec luy , devoient eftre grandes
, ce grand Miniſtre leur laiffant
pcu de repos. M' Robert
fut Prefident des Comptes
aprés avoir quitté l'Intendance
des armées de Flandres . Il eftoit
d'une ancienne famille de Paris,
qui a long-temps eſté attachée
la profeffion des armes, avant
que de prendre le parti de la
GALANT 153
Magiftrature. Feu M ' Robert,
pere de celuy qui vient de mourir
, a toujours efté diſtingué
par une grande pieté . Il avoit
reglé fa maifon comme une
maifon Religieufe ; il mangeoit
avec les domeftiques à une longue
table , fuivant l'ufage des
Couvens ; & il faifoit faire pendant
tous les repas des lectures
fpirituelles. Les autres exercices
de picté , fe faifoient auffi
chez luy, comme dans les Commutautez
les plus regulieres.
De maniere que M'Robert pafpour
un des hommes des
plus fages , & des plus vertueux
foit
154 MERCURE
du Royaume .Il n'avoit cu d'enfans
que M ' le Prefident , & Mr
l'Abbé Robert , ce dernier eſt
Confeiller Clerc de la Grand .
Chambre , qui eft un Magiſtrat
fort eftimé.
re
"
Dame Françoiſe Jacques
épouſe de Me Thomas - Alexandre
Morant , Chevalier
Marquis du Mefnil - Garnier
Confeiller du Roy en fes Confeils
, Maître des Requêtes honoraire
de fon Hôtel , & premier
Prefident du Parlement
de Touloufe , eft morte à Paris,
dans la Paroifle S. Paul, & fon
corps a efte inhumé , fuivant
GALANT 155
L
fes dernieres intentions , dans
la Paroiffe S. Louis , où elle cft
née ; ſon Convoy a eſté honoré
d'un grand nombre de perfonnes
de diftinction . Mr le
Curé de S. Louis , fit un beau
difcours , en recevant le corps
des mains de Mr le Vicaire de
S. Paul. Le coeur fut apporté
dans l'Eglife de S.Cofme . Cette
Dame a fait quantité de legs
pieux , & elle a donné par fon
Teftament , des preuves de la
folide pieté dont elle a fait une
exacte profeffion pendant tou
te fa vie . Elle étoit fille de feu
Mr Jacques , Greffier en Chef
156 MERCURE
du Parlement . Me . Jacques la
mere , qui vit encore , eft unc
Dame d'un merite connu . Je
ne vous diray rien de Mr le premier
Preſident de Touloufe ; fa
grande reputation eft connue,
& je vous en ay parlé lorfqu'il
a été élevé à cette dignité. Il
eft d'une ancienne famille de la
Robbe , & il a donné des marques
d'une grande prudence ,
dans tous les emplois par où il
a
paffé
.
Dame Marie- Elizabeth de
Bouillé , Abbeffe de Moncé en
Touraine , Dioceſe de Tours ,
cft morte âgée d'environ 65.
GALANT 157
ans. Cette Dame eftoit fille de
feu René Marquis de Bouillé ,
d'une des plus anciennes Maifons
de la Province du Maine ,
& foeur de feuë Dame Eleonor
de Bouillé , premiere femme
d'Henry de Daillon , Duc du
Lude , Chevalier des Ordres du
Roy , Grand - Maiſtre de l'Artillerie
de France , Capitaine
des Chafteaux de Saint Germain
en Laye & de Verſailles ,
& premier Gentilhomme de la
Chambre du Roy. Mr le Duc
du Lude n'a point eu d'enfans
de cette Dame , ny de M° la
Ducheffe du Lude fa feconde
158 MERCURE
femme. Ainfi il ne reste plus
perfonne de la maifon de Bouillé.
L'Abbaye de Moncé eft de
l'Ordre de Cifteaux , & de la
filiation de Clairvaux ; Elle eft
fituée dans un des plus beaux
endroits de la Touraine . La
Communauté en eft fort grande,
& remplie de filles de qualité.
L'Abbaye de Moncé eſt ancienne
, & elle a produit d'excellens
fujets , particulierement
dans le fiecle dernier , & on y
a vû des filles qui auroient donné
de bonnes leçons fur la vie
fpirituelle.
Mr de Vertron , Chevalier
3873
GALANT 159
de l'Ordre de Saint Lazare , a
eu l'honneur de preſenter au
Roy un nouvel ouvrage fur du
vêlin , avec des cartouches , le
Compliment qu'il a fait à Sa
Majcité , vous fera connoiftre
la nature de cet ouvrage , qui ,
felon le témoignage de Mr
l'Abbé Raguet , & d'autres Sçavans
, merite d'eftre mis entre
des mains des Fideles , foit qu'on
le confidere du côté de la pieté ,
foit qu'on le regarde du côté
de l'efprit. Voicy le compli
ment , qui vous plaira fans
doute.
160 MERCURE
SIRE ,
L'hommage , que je préſente
acy , à VOTRE MAJESTE ,
luy apartient fi naturellement, que
j'ofe meflatter , qu'elle me fera la
grace de l'accepter ; c'est un petit
Livre , qui contient : les Prieres
qu'on récite dans tous les Ordres
Militaires , qui font dans
fon Royaume. A qui pourroisje
m'adreffer à plus jufte titre, qu'à
un Roy auffi pieux , que vaillant,
qui en eft le Chef Souverain , &
le Protecteur ? De quelque costé ,
SIRE , que vous regardiez cette.
GALANT 161
rien
Traduction , vous n'y trouverez
que de conforme à vos inclinations
héroïques & religieuſes ;
vous y verrez les fentimens les
plus pieux des Chevaliers , qui
n'ont pris les armes , que pour proteger
l'Innocence oprimée . N'est- ce
pas ce que VOTRE MAJESTE'
pratique fi genereuſement,
dans toutes les guerres qu'elle
entreprend ? Vous aurez la fecrete
fatisfaction d'y confiderer , que
l'ardeur martiale, dont brûlent ces
intrepides Guerriers , eftfoûtenuë
des plus grandes veritez de la Religion
. Rien ne doit eftre plus
agreable aux yeux d'un Monar-
Aouft
1706 .
162 MERCURE
&
par
*que , qui a porté la gloire du nom
de Tres- Chrétien , au plus haut
degré où elle puiffe arriver. Enfin
SIRE , V. M. y découvrira ce
qui fanctifie des Heros , également
recommandables par leur vertu &
leur naiffance. Quel fangplus
illuftre , que celuy dont vous étes
formé ? Quelle vertu plus éclatante
, que celle dont vous étes enrichi
? Voilà , SIRE , ce qui
m'a excitéà mettre l'augufte Nom
de VOTRE MAJESTE
,
à la tefte de cet Ouvrage. Un
choix fi jufte fait ma confiance ;
je ne pouvois trouver une plus
belle occafion de vous renouveller
&
GALANT 163
mon zele ardentpour vostre gloire,
& le respect avec lequel je fuis ,
feray toute ma vie , SIRE ,
de V. M. le , C.
Rien n'étant plus agréable
que la varieté , je paffe à une
matiere bien differente, en vous
envoyans divers couplets de
Chanfon. Le premier a paru
temps d'Henry IV. & même
fous le nom de ce Monarque
,le voicy.
du
Charmante Gabrielle,
Percé de mille dards;
Quand la Gloire m'appelle
Ala fuite de Mars :
O ij
164 MERCURE
Cruelle départie !
Malheureux jour !
Que ne fuis-je fans vie ,
Ou fans amour !
Cette Chanfon eftant devenuë
tellement à la mode , qu'on
la chante tous les jours dans
les plus belles compagnies , Mr
Charles a jugé à propos de faire
un Air nouveau , fur les mêmes
paroles ; j'ay fait graver l'ancien
au deffus du nouveau , &
& je vous les envoye tous deux.
Je vous envoye auffi plufieurs
couplets qui peuvent eftre
chantez fur ces deux Airs , &
GALANT 165
dont les premiers doivent avoir
fervi de fuite aux couplets precedens.
Bel aftre , je vous quitte ,
O ! cruel fouvenir !
Ma douleur s'en irrite ,
Vous revoir ou mourir.
Cruelle départie , & C..
Recevez ma Couronnesos!
Le prix de ma valeur An
Je la tiens de Bellonne sextooteg
Tenez- la de mon coeur.
Ofort digne d'envie !
Trop heureux jours event
C'est trop peu d'une vie sopras
Pour tant d'amour, would
166 MERCUR E
Je n'ay pú dans la
guerre
Qu'un Royaume gagner ;
Mais fur toute la terre
Vos
yeux
doivent regner. 1
Ofort digne d'envie , &c.
Vous jugez bien que le cou
plet qui fuit regarde Monfieur
de Vendofme.
Le Fils de Gabrielle
Arrive dans ces lieux ;
Une gloire immortelle
Le rend égal aux Dieux :
Les coeurs fur fon paffage,
Vont aujourd'huy:
Que veut- il davantage ?
+
GALANT 167
Ils font à luy.
Le couplet que vous allez
lire ne regarde plus cc Prince.
On n'a que trop à craindre
Auprés de vos beaux yeux :
Mais bien loin de m'en plaindre ,
Je veux mourir pour eux.
Ofort digne d'envie !
Trop heureux jour !
C'est trop peu d'une vie
Pour tant d'amour.
Les Vers fuivans font encore-
fur le même Air. Ils ont
efté chantez devant la porte
168 MERCURE
de la perfonne dont il eft parlé
dans le troifiéme couplet , avec
des accompagnemens de flûtes ,
de hautbois , de violons , de
trompettes & de tymbales .
ADIEUX D'UN CAVALIER
A SA MAÎTRESSE ,
En partant
pour l'Armée .
Mon aimable Maîtreſſe ,
Il faut quitter ces lieux ;.
Mon coeur plein de triſteſſe ,
Vient faire fes adieux.
Cruelle départie !
Malheureux jour !
Que
GALANT 169
Que ne fuis-je fans vie ,
Ou fans amour?
Au milieu de la Flandre
Firay verfer des pleurs ;
Par tout mon coeur trop tendre
Va porter fes douleurs.
Cruelle départie , &C.
Ma charmante Ifabelle ,
Les momens me font courts ;
entens Mars qui m'appelle
Par le bruit des Tambours.
Fen
Cruelle départie , c.
Pendant ma longue abfence
Penfe fouvent à moy
Aouſt 1706 . P
170 MERCURE
Mon coeurdans fa fouffrance
Ne fongera qu'à toy.
Cruelle départie , &C.
Les Echos de ces plaines ,
Témoins de mes amours ,
Sur le bord des fontaines
Repeteront toujours :
Cruelle départie , &c.
Fâcheuse recompenfe
De ce que je te dois !
Au moment quej'y pense ,
Mon coeur tremble d'effroy..
Cruelle , &c.
Faut-il que j'abandonne
GALANT 171
Ce que j'ay tant aimé,
Et quitter pour Bellone
L'objet qui m'a charmé ?
Cruelle
, &c.
Quelle douleur extrême !
Ah! quelle cruauté !
,
De dire à ce qu'on aime :
Adieu chere beauté!
Cruelle , &c.
Le Tigre & la Tigreffe ,
Les Lyons & les Ours ,
Conftans de leur tendreffe ,
Sans crainte aiment toûjours.
Cruelle , &c.
Pij
172 MERCURE
Mon coeur eft plus à plaindre ;
En s'éloignant de vous ,
Il aura tout à craindre
De mes rivaux jaloux.
Cruelle , &c.
Aſſurez-moy , ma Belle ,
Dans ce fâcheux moment ,
Que voftre coeur fidelle
Partage mon tourment.
Cruelle
,
c
Le mot de départie , au lieu
de départ , aura fans doute d'abord
offenfé vos oreilles ; mais
il eftoit d'ufage dans le temps
de l'adieu de Henry IV. à la
GALANT 173
belle Gabrielle , & vous fçavez
que tout ce qui eſt à la mode
eft toûjours bien. D'ailleurs ,
quand on a chanté deux ou
trois fois ces chanſons , l'air en
fait tant de plaifir , qu'on s'y
accoûtume aifément. Les mots
n'ont que les fignifications
qu'on leur veut donner ; &
quand on les fçait , & qu'on y
eft accoûtumé , on n'y trouve
rien d'étrange.
Le Roy a accordé à Mr le
Marquis de Bullion , Prévost de
Paris , un Brevet de retenuë de
tout le prix de fon Gouvernement
du Mayne. Il l'avoit ache-
P iij
174 MERCURE
té deux cens mille livres , lorfqu'il
vacqua par la mort de Mr
le Marquis de Fervaques fon
frere , qui en avoit payé quatre
vingt mille écus.LeRoy, en
accordant cette grace à Mr de
Bullion , a eu égard aux fervices
que luy rendent fes deux
fils . Mr le Marquis de Bonnelles
, fon fils aîné , fert au fiege
de Turin , & fut bleffé deux fois
tres - dangereuſement l'année
derniere. Il fut fait Brigadier
il y a fix mois ; il eft Colonel du
Royal - Rouffillon . Mr le Chevalier
de Bullion , fon frere , qui
eſt Colonel du Regiment de
GALANT 175
Piémont , fert dans l'Armée
de Monfieur le Duc d'Orleans.
Sa Majesté a donné le ferment
de fidelité de l'Eglife de
Belley , qui luy appartient par
la nomination de Mr l'Abbé
Madot à cet Evêché , à M
Guy de Pafferat- de Refinant ,
Preftre du Diocefe de Belley.
Cet Abbé eft d'une maifon
qualifiée du Bugey . Son pere
mourut Officier dans les Gardes
du Corps il y a prés de 20.
ans ; fa mere eftoit foeur de feu
Mr Bozon , Gentilhomme du
Bugey.Feu M'de Refinant étoit
P iiij
176 MERCURE
frere de feu Mr de Bognes , Baron
de Sillans , dont le fils qui
a efté long -temps Capitaine de
Dragons , a eu l'honneur d'être
élevé Page de la Chambre ; &
de Mr du Parc , Lieutenant general
d'épée au Bailliage de
Bugey . Mr l'Abbé de Refinant
a deux freres , dont l'aîné
a porté long- temps les armes
& dont le fecond eft Officier
d'Infanterie dans l'Armée d'I
talie.
Le Roy a donné à Mr le Comte
du Bourg le Gouvernement
de Bapaume , vacant par la
mort de Mr le Marquis de
GALANT 177
Congis. Ce Comte eft Lieutenant
general , & Directeur general
de la Cavalerie en Allemagne.
Il s'eft diftingué dans
toutes les occafions où il s'eft
trouvé , & particulierement à
la bataille de Spire , à celle de
Fridelinghen, & à celle d'Hochftet.
Il a efté Meſtre de Camp
du Regiment Royal , Cavalerie
, que fon fils commande aujourd'huy.
Il eſt de la maiſon
du Maine , qui eft tres - ancienne
& tres- illuftrée. Il eft forti
de la branche cadette , qui a
fini en une fille qui porta la
terre du Bourg à un cadet de la
178 MERCURE
Maifon de Soüillac. La branche
de Scandillat a auffi fini en
une fille mariée dans la Maiſon
de Gondrin , & qui eut de fon
mariage deux filles ; l'une mariée
dans la Maifon de Foix-
Rabat ; & l'autre dans la Maifon
d'Albret Mioffens.
Bapaume eft une Ville des
Pays bas , dans l'Artois , que les
François prirent en 1641. &
dont la proprieté fut cedée au
Roy par le 35 Article de la
Paix des Pyrenées en 1659. Sa
Jurifdiction eft fort confiderable
; elle eft fituée environ à
cinq lieuës d'Arras , & elle a de
GALANT 179
a
l'autre côté la ville de Peronne
pour voiſine. Bapaume eſt celebre
pour avoir donné la naiffance
à plufieurs perfonnes d'un
grand merite & qui fe font diftinguées
dans l'Eglife & dans
les armes. Elle a produit , fur
tout , de fçavans hommes , &
de grands Jurifconfultes dans
l'un & dans l'autre Droit.
La Capitainerie du Château
Royal des Tuilleries , ayant
auffi vacqué par la mort de
M' le Marquis de Congis , le
Roy en a pourvû M' de Catelan-
de Sablonieres
, qui poffede
depuis long- temps la Ca180
MERCURE
pitainerie Royale des Chaffes
de la Plaine de S. Denis . Il
avoit en premier lieu la Capitainerie
des Chaffes de toutes
les Plaines des environs de Pa .
ris , dont il s'eft défait de la
moitié en faveur de M' de
Balincourt . Quoiqu'il ait foin
de faire conferver le gibier
pour la Famille Royale , qui va
fouvent tirer dans la Plaine de
faint Denis , & qui n'a jamais
manqué d'y en trouver en abondance
, il ne laiſſe pas d'en
ufer d'une maniere fort honnefte
avec toutes les perfonnes.
de diftinction qui fouhaitent
"
GALANT 181
d'y aller chaffer ; & l'on peut
dire, qu'en remplifſant ſon devoir
, il a trouvé les moyens
de faire fa Cour , & qu'il ne
refuſe aux perſonnes diftinguées
& à ſes amis , que ce
qu'il ne leur peut accorder .
Il a fervy pendant quelque
temps ; & dans toutes les occafions
où il s'eft trouvé , il a
donné des marques de fon
courage & de fa conduite. La
famille de Catelan qui eft répanduë
en Normandie
eſt
fort confiderable
à Paris , elle
y cft alliée aux maiſons les plus
qualifiées de la Robe & de l'E182
MERCURE
pée. Celuy dont je parle eſt
neveu de feuë M° la Comteffe
d'Eftein , & coufin- germain de
M' le Chevalier d'Eftein. Feu
M' le Comte d'Eftein , aprés
la mort de Claude - Catherine
le Goux - de la Berchere , foeur
de M' l'Archeveſque de Narbonne
, époufa Mlle de Catelan
, dont il eut M' le Chevalier
d'Eftein .
M' de Laubanie , dont je
vous ay appris la mort , étant
grand Croix & grand Vicaire
de l'Ordre Militaire de faint
Louis , Sa Majefté a nommé
à fa place M le Comte de
GALANT 183
Maupertuis , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des
Moufquetaires gris . Jamais
homme n'a efté plus ardent
pour le fervice du Roy &
pour faire fervir Sa Majeſté ,
ce qui lui a fait meriter le
poſte qu'il occupe ; ce Prince
ayant declaré aprés la mort
de M' le Chevalier de Forbin,
qu'il en avoit eu tant de marques
, qu'il eftoit perfuadé que
perfonne ne pouvoit mieux
remplir que luy , le poſte qu'il
occupe aujourd'huy. Il eſt de
la maifon de Melun , qui eft
une des plus illuftres & des
184 MERCURE
plus anciennes de l'Europe ;
elle a donné des grands hommcs
& divers Officiers à la
Couronne de France. Joffelin
I. du nom , Vicomte de Melun
, tenoit rang parmy les
plus grands Seigneurs de la
Cour des Rois Hugues Capet
& Robert fon fils. Guillaume
I. du nom , Vicomte de Melun
, un de fes defcendans ,
fut nommé Charpentier , à caufe
qu'il ne fe trouvoit point
d'armes qui puffent reſiſter à
l'effort de fes coups ; & la pcfanteur
des fiennes le faifoit
apprehender dans les combats,
GALANT 185
au rapport de Pierre , Moyne
de S. Remy de Reims. Jean
I. du nom , Vicomte de Melun
, rendit de grands fervices
au Roy Philippe le Long ; &
ce Prince pour luy en témoigner
fa reconnoiffance , le fit
grand Chambellan de France
aprés la funefte mort d'Enguerrand
de Marigny . Guillaume
, Archevefque de Sens ,
& Philippe Evefque de Châlons
& enfuite Archevefque
de Sens , furent fes freres.
Guillaume IV. Vicomte de
Melun , Comte de Tancarville
, & Seigneur de Montreuil-
Aoust 1706. Q
186 MERCURE
C
Bellay , fut auffi Chambellan
de France dans le 14 Siecle.
11 fit un voyage en 1393. en
Angleterre
, pour obtenir que
les articles de la paix qu'on
avoit faite , fubfiftaffent jufqu'au
retour de la fanté du
Roy Charles VI . Les Princes
d'Efpinoy , Marquis de Roubaix
, Vicomtes de Gand ,
Connétables & Senéchaux
hereditaires de Flandres & de
Hainaut , font les aînez de
cette illuftre Maiſon.
Jene vous dis rien de ce qui
s'eft paffé lorſque Monfieur le
Cardinal Gualterio a reçu le
GALANT 187
Bonnet des mains du Roy , &
qu'il a eu l'honneur de dîner
avec Sa Majeſté ; la relation de
ce qui s'eft paffé à cette occafion
, ainfi qu'aux Audiences.
de congé données à ce Cardinal
par Sa Majefté , & par toute
la Famille Royale , eſt ſi
curieufe & fi exacte , que ne
trouvant aucune circonftance
qui puiffe y eftre ajoûtée , je
ne repeteray rien de ce qui a
déja efté rendu public fur ce
fujer.
Je vous ay fouvent parlé de
Monfieut le Cardinal Gualterio
, & particulierement lorf-
Qij
188 MERCURE
que le Roy d'Angleterre alla
voir fa Bibliotheque , & les autres
curiofitez qui font chez
cette Eminence . Comme elle
veut tout voir & tout fçavoir ,
ayant appris dernierement par
M' de Rouviere , fi connu par
fes celebres difpenfations de la
Theriaque , & qui luy preſentoit
un des derniers ouvrages
de M' l'Abbé de Vallemont ,
que cet Abbé avoit un tresbeau
Cabinet , & rempli d'une
infinité de curiofitez ; cette
Eminence témoigna qu'elle
vouloit voir ce Cabinet , &
que
ce feroit chez M' l'Abbé de
GALANT 189
Vallemont même, qu'elle le remercieroit
de l'ouvrage qu'il
luy avoit envoyé . En effet , elle
alla le 24. de Juillet au College
du Cardinal le Moine , où demeure
cet Abbé. Elle eftoit accompagnée
de M' le Chevalier
Gualterio , fon frere , de M ' le
Marquis de Chenille , fon neveu
, de M' l'Abbé Paffionci ,
& de M' le Marquis Maldachini
, General des Galeres de Naples.
M' de Vallemont ayant
efté averti par Mr de Rouviere ,
le fils , que fon Eminence eſtoit
fur le point d'arriver , il alla la
recevoir à la defcente de fon
190 MERCURE
caroffe. Les cloches du College
fonnerent auffi toft , les Ecoliers
fortirent de Claffe , & il fe
fit un bruit d'acclamations qui
dût faire plaifir à ce Cardinal.
Mr Lheullier , Docteur de Sorbonne
& Grand - Maître de ce
College , eftoit avec Mr de Vallemont
; & ce Grand - Maître ,
à la tefte de tous les Profeffeurs ,
de tous les Docteurs , & des.
Bacheliers , qui demeurent dans
cette Maifon , adreffa en leur
nom le compliment ſuivant à
Son Eminence.
GALANT 191
MONSEIGNEUR ,
Un grand Cardinal a fondé
autrefois cette Maifon ; un grand
Cardinal la
gouverne
actuellement
en qualité de Superieur ;
& ce n'est que de fa part , &
fous fes ordres que nous y travaillons
à former les jeunes gens
à la pieté , aux belles lettres , &
aux fciences divines , & humaines
: Et aujourd'huy un autre
grand Cardinal l'honore de fa
prefence , & de fa vifite. Que
nous nous eftimons heureux ,
Monfeigneur , que les differentes
192 MERCURE
Curiofitez de la Nature & de
l'Art , dont le Cabinet de Mr
l'Abbé de Vallemont eft rempli
ayent attiré icy Votre Eminence !
Cet honneur auquel nous ne nous
attendions pas , rehauſſe infiniment
la valeur & le prix de ces
Curiofitez , augmente la gloire de
ce fçavant Abbé , & donne une
nouvelle reputation à ce College :
Permettez-nous , Monseigneur ,
de profiter de cette occafion fi favorable
, pour témoigner à Vôtre
Eminence , la joye toute particuliere
, que nous avons reffentie
de vôtre Promotion au Cardinalat.
Cette joye fe renouvelle &
s'augmente
GALANT 193
augmente aujourd'huy , fur ce
que nous apprenons que faSainteté
a nommé Votre Eminence à
la Legation de la Romagne. Ce
grand Pape , qui gouverné l'Eglife
avec tant de fageffe , ayant
autant de penetration & de difcernement
pour connoiſtre le merite,
que de pouvoir & de bonne
volonté pour le recompenfer
,
donne à toute la Terre une grande
idée de vos vertus. Mais quel
avantage pour l'Eglife , & quelle
confolation pour les gens
bien , de voir un fi faint Pape
vous confier les plus importantes
affaires de la Republique Chrê
Aouft 1706
. R
de
194 MERCURE
tienne ! Il y a déja pluſieurs années
la France admire ces
que
éclatantes vertus , que fa Sainteté
prend plaifir de relever par
des employs , par des dignitez
ficonfiderables. En effet , peut-on
affez celebrer cette fageffe , &
cette prudence confommée à traiter
les plus grandes affaires de
l'Eglife , à menager les interefts
du Saint Siege , à conferver fes
droits , & fes privileges , fans
vouloir donner la moindre atteinte
aux ufages de l'Eglife Gallicane
? Votre Eminence a fçu
merveilleuſement bien accorder le
Sacerdoce , la Royauté ; renGALANT
195
dre à Dieu , & à Cefar ce qui
leur appartient. Vous vous en êtes
acquité d'une maniere , qui vous
a attiré l'amitié du plus grand
des Rois, & l'eftime de tous les
Etats du Royaume. Mais
Monfeigneur, j'ofe bien vous dire
que perfonne au monde ne refpecte
tant que nous Votre Emirence
, & que nous- nous y trou
nons portez par des raifons , qui
vous font particulieres . Car enfin
, outre ces brillantes vertus ,
qui font l'objet de l'admiration
& des refpects de l'Italie , & de
la France , nous voyons , ce nous
femble , quelques rapports tres-
Rij
196 MERCURE
marquez entre la Perfonne de
vôtre Eminence les deuxgrands
Cardinaux
, que nous sommes
Les plus obligez de respecter , &
par religion , & par reconnoiffance.
L'un afondé cette Maifon
par fes liberalitez, & l'au
tre la foutient par fa puiſſante
protection. Nous savons que
Monfeigneur le Cardinal de
Noailles , noftre tres-digne , &
tres-illuftre Superieur , que nous
aimons , s'il nous eft permis de le
dire , autant par inclination
par devoir , eft diftingué dans
l'Eglife par les mêmes vertus
qui vous ont fait orner de la
que
GALANT 197
31
pourpre Romaine ; & qu'il a
toujours efté lié avec Votre Eminence
par une amitié toute fin-
"guliere. Etpour ce qui eft de notre
pieux Fondateur , il fut comme
vous , Monfeigneur , Nonce
¨en France , & même Legat du
"S. Siege. Il fut choifi dans des
temps tres- difficiles , pour accommoder
un des plus fâcheux differends
, qui ayent jamais broüillé
le Sacerdoce avec l'Empire. Et
s'il n'eut pas le bonheur d'y réüffir
entierement ; du moins eut- il
la gloire de s'être comporté d'une
maniere fi fage, & fiprudente ,
que le Pape & le Roy , furent
R iij
198 MERCURE
également contens de fa condui→
te , & de fa negotiation . C'eft
ce que nous apprenons par les
Titres de la Fondation de ce College
, auquel le Pape Boniface
& Philippe le Bel accorderent de
grands Privileges , en confideration
, difent - ils , du merite , &
des vertus du Cardinal le Moine.
Voilà , Monfeigneur
, ce qui
augmente nôtre attachement , &
nôtre reſpectpour Vôtre Eminen–
ce. Un * de nos premiers Proffeurs
en donna des marques publiques
, il y a quatre ans
publiantfous vôtre illuftre nom ,
en >
M ' Peſtel Profeffeur de Rethoriq.
GALANT 199
une Ode feculaire ; Carmen
fæculare , fur le Jubilé de l'année
Sainte , & que vous cuftes
la bonté de recevoir favorablement.
Mais aujourd'huy toute
cette Maifon, compofée de fçavans
Docteurs de Sorbonne ; d'Abbez
diftinguez; de Profeffeurs habiles,
me charge d'affeurer Voftre Eminence
defes profonds refpects. Que
n'ai-je des expreffions affez fortes
, pour peindre la vivacité de
leurs fentimens ? Il est vray
qu'ils s'en expliquent affez euxmefmes
par ce grand concours ,
& par ce vif empreſſement à
voir vostre chere précieuſe
Riiij
200 MERCUR K
perfonne. Au reste , cette Mai
fon fe fouviendra éternellement
de l'honneur qu'elle reçoit aujourd'huy
; & elle tâchera par
toutes fortes d'endroits de meriter
de plus en plus voftre affection.
Elle vous fuplie tres-humblement
de luy ménager , auprés du Souverain
Pontife , la continuation
des graces , des benedictions , g
des Indulgences , dont le Saint
Siege nous a toujours fi amplement
favorifez. C'est ce que nous
efperons de vostre protection , &
de la bonté toutefinguliere de voftre
Eminence , à qui nousfouhaitons ,
par les voeux les plus ardens , de
GALANT 201
tres- longues & heureuſes années
pour le bien de la Sainte Eglife.
Mr le Cardinal Gualterio témoigna
beaucoup de reconnoiffance
à Mrle Grand Maître
du College , & luy dit : Je ne
m'attendois pas à tant d'acclama
tions & de témoignages de joye ;
c'eft icy une fête. Si j'avois crí
recevoir tant d'honneur , je ferois
venu avecplus de ceremonie , &
dans un autre équipage. Je fuis
fenfible , comme je le dois être , à
la reception fi polie , que vous me
faites ; je n'en perdray pas lefouvenir,
& vous aurez des marques
de ma reconnoiſſance , dés que
202 MERCURE
vous m'en ferez naistre l'occafion
Dans le temps que Mr le
Cardinal Gualterio entroit dans
l'appartement
de Mr l'Abbé de
Vallemont , un Ecolier de Rethorique
prefenta à fon Eminence
, trente Vers Latins qu'il
auroit recitez , fi l'on n'avoit
pas apprehendé d'ennuyer &
de fatiguer ce Seigneur. Ces
Vers eftoient de la compofition
de M' Pefſtel Profeffeur de
Rethorique
. Je vous en envoye
uneTraduction en Profe. Vous
devez eftre perfuadé
que cette
traduction
doit être beaucoup
GALANT 203
k
au- deffous de l'Original , puifqu'il
eft impoffible de donner
à de fimple Profe le tour , l'agrément
& la force , que les .
Vers ont ordinairement.
MONSEIGNEUR ,
Quel honneur , & quelle joye
pour nous de voir icy votre Eminence
! Un fpectacle fi rare , & fi
charmant nous éblouit, & déconcerte
toutes nos Mufes , peu aceoûtumées
à voir tant de grandeurs à
la fois. Une pareillefurpriſe nous
eft une légitime excufe du peu que
nous faifons , pourfatisfaire à nô204
MERCURE
tre zele. Nôtre Rethorique eut.
l'honneur de vous rendre fes hom-
·mages au commencement dufiecle,
lorfque comme Dépofitaire des trefors
du Vatican , vous répandites
fur l'Eglife de France , les Sacrées
richeffes de l'Année Sainte. Nôtre
Poëfie , qui ofa alors vous prédire
l'honneur fuprême de la Pourpre
·Romaine , feroit encore volontiers
des voeux en vôtre faveur , fi nos
idées n'étoient déja dérangées par
l'éclat de la dignité où Sa Sainteté
vient de vous élever , dont
elle diftingue avec l'approbation
de toute la Terre , vos vertus , &
vôtre merite. Quand nous aurions
GALANT 205
tous les lauriers du Parnaffe , pour
vous couronner, ils vous orneroient
bien moins , que ce Chapeau augufte
, qui vous met à portée de
tout ce qu'il y a deplus grand dans
l'Univers. Franchement nosfleurs
nefont plus propres qu'àfemerfous
vos pas. Pour vous louer mainteilfautprendrefur
le Mont- nant ,
de Sion , & non fur le Parnaffe ;
dans le Sanctuaire , & non dans
les Académies , des expreffions dignes
de célébrer ces dons de la nature
& de lagrace , que nous regardons
comme d'infaillibles augures
d'une plus grande élevation.
Les Poëtes , Monfeigneur , font
206 MERCURE
des Devins : & la moitié de mes
prédictions eft déja accomplie. Mr
l'Abbé de Vallemont , qui a tant
de part à cette vifite , dont nous
nous trouvonsfi honorez ,fuppléera
pour nous à ce que nous voudrions
faire. Son éloquence ,fi connuë par
tant de celebres écrits , porte un caractere
defublime , où chacun ne
peut atteindre. Chez luy les beaux
Arts de concert avec les Sciences
vontfaire de leurmieux , pour témoigner
à vôtre Eminence , combien
il eft touché de l'honneur qu'il
reçoit aujourd'huy. Son Cabinet
eft certainement un abregé tres- entendu
des merveilles de la Nature,
GALANT 207
l'Ande
l'Art. Votre Eminencey va
voir avec plaifir , ce que renferment
de plus précieux , la Terre
dans fonfein , & la Mer dans fes
abymes. On y trouve ce que
tiquité a fait de plus venerable
ce que les Modernes ont fait
de meilleur goût : Une fuite de
Medailles antiques depuis Jule
Céfarjufqu'à Hiéraclius ; une Bibliotheque
choifie , & dans laquelle
tant d'Ouvrages de la compofition
de cet Abbé ne devroient pas tenir
le dernier rang. Mais , Monfeigneur
, je retarde vos plaifirs.
Tandis que vous allez parcourir
tant de rares Curiofitez , nos Mu208
MERCURE
fes dans le filence vont écouter
avec refpect, ce qu'un vif ¿ merveilleux
difcernement va voussfaire
dire fur chaque chofe. Au reste,
ce beau jour fera marqué dans nos
faftes en caracteres ineffaçables ,
&nous en tranſmettrons la memoire
à ceux qui nous fuccederont.
و
Il faudroit faire un détail du
Cabinet de M ' l'Abbé de Vallemont
, pour remarquer icy
tout ce que Monfieur le Cardinal
Gualterio dit fur tout ce
qu'on luy prefenta . On remarqua
le profond fçavoir de Son
É. fur les chofes de PhyſiGALANT
209
que , ſur l'uſage des Inftrumens
de Mathematique , fur les Médailles
antiques , fur les Pierres
gravées , fur les Taliſmans , fur
les Pétrifications , & fur les Coquillages
. Son Eminence fut
charmée, fur tout , d'une Boëtte
de Coquillages d'Orient , qui
eft d'une trés - grande beauté ,
& le plus beau coup d'oeil qu'il
foit poffible de voir dans aucun
Cabinet de l'Europe . Ce Cardinal
; en remontant en caroffe ,
fit beaucoup de careffes à M
Rouviere le fils , & luy dit de remercier
fon pere de l'obligation
qu'il luy avoit , de luy
Aoust 1706 .
S
210 MERCURE
avoir procuré le plaifir de voir
tant de belles chofes..
L'Empereur a fait Mr le Marquis
Visconti , General de fa
Cavalerie , en confideration des
fervices qu'il en a reçû . Ce General
defcend des Vifconti.
Ducs & Souverains de Milan.
Je vous ay parlé plufieurs fois
de cette maiſon ; mais je dois
ajoûter à tout ce que je vous en
ay dit , une chofe qui a échapée
à plufieursHiftoriens . C'eſt
qu'un Prince de cette maiſon
voulut faire punir Juridiquement
, Villon , Auteur celebre,
qui avoit fait afficher des The

GALANT •
211
fes contre Ariftote ; & qu'un
autre de cette même Maifon
écrivit contre le Marquis de
Villennes , qui fe mêloit d'Aftrologie
, & contre Villavicentius
, qu'on accufoit d'être un
Plagiaire.
Il
y a quelque temps qu'on
fir à Rome, un Service folennel,
dans le College Germanique ,
pour l'Empereur Leopold. La
Meffe fut celebrée par M' Zauli
Vicegerent ; & les Cardinaux
Marefcotti , Spada , Panciatici ,
& Ottoboni, protecteurs de ce
College , y affifterent , fuivis de
quelques Prélats Romains , &
S ij
212 MERCURE
de quelques autres attachez à
la Maifon d'Autriche . Les Adminiſtrateurs
de ce College
voulurent donner cette marque
de leur reconnoiffance aux
Princes de cette Maiſon , qui
font leurs bienfaiteurs . On ne:
remarqua dans cette cérémonie
, qu'on s'étoit flatté qui ſeroit
fort éclatante , par le nombre
de perfonnes qualifiées qui
y avoient été invitées , que les
partifans de la Maifon d'Autriche
, c'est- à-dire , ceux ou
qui font fujets de l'Empereur,
& des Princes fes Alliez , ou que
quelques Maifons particulieres.
GALANT
213
attachent à fes interefts . Toutes
les autres perfonnes de diftinction
de la Cour de Rome ,
qui n'ont pris aucun parti dans
cette conjoncture , n'y parurent
point ; & il y en eut même
plufieurs qui s'abfenterent de
Rome , afin d'avoir un prétexte
plus honnête de s'en difpenfer.
On remarqua auffi qu'il
ne fe trouva au repas que dónna
Monfieur le Cardinal Spada
, à l'iffuë du Service , que les
Prélats qui l'avoient fuivi à l'Eglife
; & même Monfieur le
Cardinal Ottoboni s'en dif
penfa fous prétexte d'une in214
MERCURE
difpofition . Tout cela prouve
que la Maifon d'Autriche a
peu de partiſans à la Cour de
Rome; & queceux qui paroiffent
attachez à fes interefts , les
abandonneroient fouvent , s'ils
le pouvoient faire avec fureté .
Ainfi ce n'eft fouvent que la
crainte ou l'intereft qui attache
les fujets aux Princes , tels que
la Maifon d'Autriche en a fourni
depuis environ deux ficcles
Vous fçavez la mort du faint,
Evefque & Cardinal Marc- Antoine
Barbadico à Montefiafcone
, dont il eftoit Evefque.
Vous ferez fans doute bienGALANT
215
aife
que je vous faſſe part de ce
qu'une perfonne de fon Seminaire
a écrit à Paris àun de fes
amis.
Il chanta la grande Meffe le
Dimanche aprés midy , ( car chez
luy il n'y avoit point d'aprefdinée;
il fe mit au lit , & mourut
le Mécredy au lever du Soleil.
Il a confirmé le Teftament
qu'il fit ily a trois ans pour les
donations faites à fon Seminaire ;
declare pour heritieres du peu
qui luy refte ou reftoit , les femmes
o Maîtreffes d'Ecole , qu'il a
établies pour enfeigner dans fon
Diocefe. Il donne au Prelat fon
216 MERCURE
neveu , homme de merite , trois
chambres garnies , fon quatrième
caroffe , & deux chevaux , le
tout estimé environ ſept cens écus,
ce à condition de fervir l'Eglife;
& au cas qu'il y manque,
il l'oblige à reftitution
, & engage
mefme fes heritiers à plaider contre
luy , s'il ne fatisfait affez promp
tement à fes volontez. Il déclare
le Cardinal Grand- Penitencier
& fes Succeffeurs , Protecteur du
Seminaire de Montefiafcone
. Son
corps ayant effé ouvert aprés fa
mort, on luy trouva une fiftule
dans les poulmons , que les Medecins
attribuent
à fesfatigues
. Sa
pauvreté
GALANT 217
pauvreté volontaire eftoitfigrande,
que fes habits eftoient plutoft un
compofé de baillons coufus , que
de pieces entieres an
Madame la Princeffe Douairiere
deSaxe Gotha , quieftoit de
laMaifon deBade, eftmorte à Alrembourg.
C'eftoit une bonne
Princeffe, & qui avoit fort ga
gnélecoeur de fesfujets . La Mai
fon de Bade eft tres- ancienne?
Les Auteurs varient fur fon
origine ; les uns la faiſant deſ
cendre des Rois Gots : d'au
tres , de la Maifon des Urfins
ou des Seigneurs de Verone ,
mais la plus commune opinion
Aoust 1706. T
218 MERCURE
cft que cette Maiſon vient des
Comtes de Vindoniffe
& d'Altembourg,
& des Ducs de Zeringhen
. Elle eft divifée en
deux branches , dont l'aînée
eft Catholique, &la ſeconde Lutherienne
. On nomme la premiere
Bade - Baden; & la feconde,
Bade- Dourlach. Cette Maiſon a
produit de grands Capitaines ,
du nombre defquels font Her
man, fils de Borchold & Chefde
toute la Maiſon ; Herman IV.
que l'Empereur
Frederic Barberouffe
fit Gouverneur
de Ve
rone ; Jacques de Bade , qui
épouſa en 1426. Catherine de
GALANT 219
Lorraine , fille de Charles I.
Duc de Lorraine , & de Mar
guerite de Baviere ; Philibert
tué à la bataille de Montcontour
; Chriſtophle fon frere qui
épouſa Cecile , fille de Guftave
I. du nom , Roy de Suede .
Louis - Guillaume qui commande
aujourd'huy les Armées
de l'Empereur fur le Rhi
eft fils aîné de Ferdinand Maximilien,
& deLouife- Chrêtienne
de Savoye , fille de Thomas
de Savoye , Prince de Cari
ginan , & de Marie de Bourbon-
Soiffons . Il a l'honneur d'eftre
Fillcul du Roy. La Maiſon de
1,
Tij
220 MERCURE
Saxe Gotha , dans laquelle eftoit
entrée la Princeffe dont je vous
apprens la mort , eſt l'aînée de
toute la Maifon de Saxe . Elle
defcend de l'Electeur Jean- Frederic,
que Charles Quint dépouilla
de l'Electorat qu'il donna
à Maurice , dont defcend
le Roy Augufte ; ainfi ce n'eſt
que par une ufurpation , contre
laquelle les Hiftoriens ont beaucoup
parlé , que ce Prince eft :
aujourd'huy Electeur de Saxe. ›
Me la Ducheffe de Beaufort
, fille de M le Comte
d'Orfer , eft morte en couches
à Londres ; fa beauté a
GALANT 221
fait beaucoup de bruit fur la
fin du regne du Roy Guillaume.
Elle étoit d'une ancienne
maifon d'Angleterre
. Les
Comtes d'Orfet y font connus
dés le temps que Baptifte
Fulgofe- Fregoze fut élû Doge
de Genes , puifque le Roy qui
regnoit alors dans la Grande
Bretagne , envoya un Comte
d Orfet à Genes , pour complimenter
le nouveau Doge ,
qui avoit fait un voyage en
Angleterre, dans le temps qu'il
avoit efté exilé de fa patrie.
Ce fut dans fon exil que ce
même Doge compofa , neuf
Tiij
222 MERCURE
Livres d'exemples memora
bles ,fur le modele de Valere-
Maxime . Il dédia à fon fils
Pierre , cet ouvrage , qu'il
avoit fait en Italien , & que
Camille Ghillini traduific en
Latin. Baptifte Fregoze écrivit
auffi la vie du Pape MartinV.
& fit un Traité des Femmes
fçavantes.
M ' le Marquis d'Harraucourt
eft mort dans fes Terres
en Bugey. Il laiffe des enfans
de Dame N... Falcos de
la Blache , d'une ancienne maifon
de Dauphiné. Cette Dame
eft fille de M' de la Blache,
GALANT 223
#
un des plus ſages Gentilshommes
du Royaume , & de Dame
N ... de Levi - Châteaumorand
, foeur de feu M' le Marquis
de Châteaumorand , &
de M d'Efpeinchal . M' le
Marquis d'Harraucourt eftoit
Chevalier de l'Ordre de Saint
Maurice de Savoye , & il avoit
fait autrefois une tres- belle
figure dans cette Cour , où il
-avoit eu de grands & d'illuftres
engagemens. Il avoit été
Page du Prince Thomas ; c'eft
ce qui le fit connoître à laCour
de Savoye , où il a paſſe une
partie de fa vie. Il s'étoit ma-
==
Tiiij
224 MERCURE
rié dans un âge fort avancé ,
& il eft mort âgé de plus de
80. ans . Il pretendoit être for
ti de la maifon d'Harraucourt ,
qui cft une des plus illuftres de
Lorraine,
d'Harraucourt eft foeur de M
de Vallins , & de M° de la
Blache , Religieufe de l'Abbaye
Royale de Bons. Elle
avoit deux freres Capitaines
de Cavalerie, tous deux morts
au fervice dans le cours de la
derniere guerre. Elle en a encore
un qui demeure en Dau
phiné , & qui fert actuelle-
M la Marquife
ment.
·
GALANT 225
re
Dame Catherine le Grand ,
veuve de feu M Denis de Palluau
, Confeiller de la Grand'-
Chambre, eft morte âgée de 94
ans ; elle étoit foeur de feus M'le
Grand , tous deux Contrôleurs
de la Chancellerie . Elle avoit
cu de fon mary , feu M ' le Marquis
de Palluau , mort Maréchal
des Camps & Armées du
Roy ; feu M' de Palluau , Confeiller
au Parlement ; feu M
l'Abbé de Palluau ; & trois filles
Religieufes aux Cordelieres
de la ruë de Grenelle dont il
ne refte plus qu'une . M' le
Marquis de Palluau a laiſſé de
226 MERCURE
ལ་
Dame N... du Four , plufieurs
enfans , du nombre defquels eft
Made.de Fenoil, Maîtreffe des
Requeftes . M de Palluau Con
feiller de la Grand Chambre ,
époux de la Dame dont je vous
apprens la mort , étoit fils de
M'Palluau , & de Dame N .. , de
*
paf-
Montholon , grande tante de
feu Mr de Montbolon , premier
Preſident au Parlement de
Rouen . Made de Palluau a
fé fa vie dans l'exercice des vertus
Chrétiennes , & a conſervé
Fuſage de fa raiſon · jufqu'à
fon dernier moment. Elle étoit
tante de Mr de Laître , Grand
X
GALANT 227
Audiencier de France ; & elle
étoit alliée à plufieurs Maiſons
confiderables de la Robe. Elle
a fait Mr de Montholon fon
parent , fon executeur Teftamentaire.
re
of Dame Catherine de la Porte
, veuve de M Maximilien-
Alpin de Bethune , Chevalier
Marquis de Bethune & de
Courville , fils du feu Duc
d'Orval , premier Ecuyer de
la Reine - Mere , & Chevalier
des Ordres du Roy , eft auffi
decedée. Cette Dame eftoit
fille unique de feu Mre Georges
de la Porte , Seigneur de
228 MERCURE
Montagny, Confeiller du Roy
& Mailtre des Requeſtes ordinaire
de fon Hôtel , & de Dame
Françoife Chevalier . La famille
de M. de la Porte eft fort
ancienne dans la Robe , &
-elle eft alliée aux meilleurs maifons
du Parlement. Feu M
de Montagny, pere de la Dame
dont je vous apprens la mort,
s'eftoit acquis une eftime generale
dans l'exercice de fa
Charge ; & il avoit efté chargé
de diverfes commiffions
dont il s'eftoit acquité avec ·
beaucoup de fuccés . Il joi
gnoit à une grande probité,
GALANT 229
une parfaite intelligence des
affaires , foûtenue d'une longue
experience. Me fa fille fut
mariée fort jeune , & elle porta
dans la maifon où elle entra
, de grands exemples de
vertu elle en pratiquoit tous
les exercices avec beaucoup
d'exactitude. Elle a eu divers
enfans de fon mariage , dont
l'éducation a fait fa principales
occupation . Je ne vous dis rien
de la maifon de Bethune ; je
vous en ay parlé trop fouvent,
pour pouvoir vous apprendre
quelque chofe de nouveau fur
ce fujet.
230 MERCURE
IC
M Michel le Peletier Docteur
de la Maifon & Societé
de Sorbonne , Abbé de Joüy
& de faint Jean d'Amiens , cydevant
Evefque d'Angers , &
nommé à l'Evêché d'Orleans ,
eft mort dans fa 45. année ,
& aprés avoir donné , dans le
cours d'une affez longue maladie
, de fréquentes marques
de fa refignation aux ordres
de Dieu , & de fon détachement
pour les grandeurs de
ce monde , aufquelles il
avoit réfolu de renoncer , s'il
revenoit de fa maladie , en fe
demettant de l'Evefché d'Or
GALANT 231
leans . Il eftoit fils de M le
Peletier , Miniftre d'Eftat &
Controlleur general des Finances
, & frere de M' le Peletier
Prefident à Mortier , de
M l'Abbé de faint Aubin , de
feuë Me la Prefidente d'Aligre
, & de M d'Argouges
Confeillere d'Eftat. Ce Prelat
a donné , dans le cours de fa
vie , de fréquentes preuves de
fa doctrine . L'Ordonnance
qu'il publia, dans fon Dioceſe ,
fur le Cas de confcience , eft
une des plus belles qui ayent
paru fur cette matiere ; il
femble mefine que l'Auteur
232 MERCURE
de l'hiftoire du Cas en ayt fait
une eftime particuliere . L'Ordonnance
que ce Prelat publia ,
quelque temps aprés , fur la
derniere Bulle de Nôtre Saint
Pere le Pape , fur les matieres
de la Grace , ne fut pas moins
eftimée. La doctrine & l'amour
des fciences font hereditaires
dans la maifon de M
le Peletier ; tous ceux qui en
font, s'y attachent, & ils ont
d'illuftres exemples dans leur
famille qui les portent à la culture
des fciences . Feu Mr Pithou
, ayeul maternel de Mrle
Peletier le Miniftre , eftoit un
GALANT 233
des plus fçavans hommes que
la France ait eu dans le dernier
ficcle. Son illuftre petit
fils a donné, il y a fort peu de
temps , une nouvelle édition
d'un de fes ouvrages fur des
matieres de pieté , qu'il a addreffé
à fes enfans .
ге
M Jean Baptiſte du Hamelde
S. Lambert , Preftre , Confeiller
& Aumônier du Roy ,
ancien Secretaire de l'Academie
Royale des Sciences , &
ancien Lecteur & Profeffeur
Royal , cft mort dans un âge
fort avancé. M du Hamel étoit
celebre parmy les Sçavans ,
Aouft 1706. V.
234 MERCURE
par les ouvrages qu'il avoit
compofez , & par la reputa
tion qu'il avoit d'être un grand
Philofophe . Il avoit enfeigné
avec un grand fuccés la Philofophie
, au College de Bourgogne
, il y a déja pluſieurs
années ; & c'eft dans le temps.
que Mr
Rouen , qui n'étoit alors qu'-
Abbé , y profeffa le cours qu'il
étoit obligé de profeffer pour
être de de la Maifon & Societé :
l'Archevefque de
de Sorbonne. Mr du Hamel
fit imprimer fon cours de Philofophie
, fous le titre de Philofophia
Nova , ou Burgundica..
GALANT 235
Cet ouvrage a efté fort eſtimé,
& il a eu le fort de plufieurs
éditions . Mr du Hamel a auffi
travaillé à l'Hiftoire de l'Academie
des Sciences , & il en
a donné les premiers Volu-
-mes. Il avoit affemblé une
nombreuſe Bibliothèque
, & il
l'avoit compofée de livres rares
& excellens , dont perſonne
ne pouvoit mieux que luy
en cette Ville , connoître la
bonté , la qualité , & le nombre
des éditions . Mr du Hamel
s'étoit beaucoup appliqué
à la Phyfique , & il avoit fait
de grands progrez dans cette
Vij
236 MERCURE
partie de la Philofophie .
Mr André du Bois, Chevalier,
Seigneur de Courceriers , de
Bourdeaux , &c . Confeiller honoraire
au grand Confeil , eſt
mort dans un âge affez avancé.
Il eftoit d'une ancienne famille
de la Robe , & qui eft de la
même tige que celle de Mr du
Bois , ci - devant Prévost des.
Marchands. Elle eftoit déja
connue dans le penultiéme fiecle
, & elle a donné dans celuilà
& dans celui qui l'a fuivi , de
grands fujets à l'Eglife & à la
la Robe. Le Parlement , la
Chambre des Comptes , le
GALANT 237
grand Confeil , &les autres Ju
rifdictions de cette Ville ont
eu dans leurs Corps plufieurs
Magiftrats de cette famille, qui
fe font toûjours diftinguez par
un grand attachement aux
fonctions de leurs Charges
& par un grand amour de la
Juftice . Mr du Bois qui vient
de mourir, aimoit fort les belles
Lettres ; il s'y occupoit dans fes.
heures de loifir. Il fçavoit parfaitement
l'Hifto e ,
& 1 y
avoit peu de chofe dans l'Antiquité
, qui luy fuſt caché. Il
avoit un gouft particulier pour
les Medailles , & perfonne n'en..
238 MERCURE
connoiffoit mieux que luy l'antiquité
& la valeur.
Le Roy d'Angleterre ayant
refolu de voir ce qu'il y a à
Paris de plus digne de la curiofité
d'un grand Prince , & Saint
Germain en Laye , où ce Monarque
fait ſon ſejour ordinai
re , eftant trop éloigné de Paris,
où il auroit efté obligé de faire
plufieurs voyages ; ce Prince a
demeuré pendant huit jours à
Pacy , dans la belle Maifon de
M' le Duc de Lauzun , d'où il
eft venu à Paris cinq ou fix
jours de fuite. Il alla le
17. de
ce mois à l'Abbaye de Saint
GALANT 239
Germain des Prez , où il vit le
bel Autel que les Religieux de
ce Monaftere ont fait conftruire
depuis peu dans leur Eglife .
Sa Majefté fut reçue à la porte
de l'Eglife par Monfieur le Cardinal
d'Etrées , en Camail & en
Rochet , à la tefte de la Communauté.
Ce Monarque examina
cet Autel avec beaucoup
d'attention , & il en parla en
Prince à qui les beaux Arts ne
font pas inconnus ..
Il alla enfuite dans la Maiſon
de Sorbonne , où il fut reçu
par tous les Docteurs , & par
tous les Bacheliers de cette
240 MERCURE
Maifon en Robe. Il vit d'abord
l'Eglife , où 1 examina le
Crucifix du Maiftre- Autel , qui
eft un tres beau morceau de.
Sculpture ; & le Tombeau de
Monfieur le Cardinal de Richelieu
, fait par le fameux M
Girardon. Il trouva cette Egli-
Le d'un bon gouft & d'une Architecture
fort bien entende :
& ce Prince , aprés avoir vû les
appartemens bas de cette Maifon
, monta à la Bibliothèque,
Mr l'Abbé Berthe , qui en eft
le Bibliothecaire , luy fit voir un
ancien Tite Live , écrit fur du
velin ; ce Monarque regretta
tout
GALANT 241
tout haut les Decades de cet
excellent Hiſtorien , qui font
perdues ; il vifita cet ancien
Manufcrit avec beaucoup d'attention
. On luy montra enfuite
l'ouvrage qu'Henry VIII . un
de fes Prédeceffeurs , fit contre
Martin Luther ; ce qui luy fit
meriter le furnom de Protecteur
de la Foy. On luy en fit auffi
voir un autre , compoſe par
Jacques I. fon bifayeul , contre
le Cardinal du Perron , dont il
crût ne devoir rien dire. Mrs
de Sorbonne firent auffi voir à
ce Prince des portraits au naturel
du fameux Chancelier Tho
Aouſt 1706.
X
242 MERCURE
mas Morus , de Didier Erafme ,
fi connu parmy les Sçavans ,
& de Mr des Roches , Chanoine
de Notre- Dame , Secretaire
de Monfieur le Cardinal de Richelieu
, à qui la Bibliothéque
de Sorbonne doit beaucoup.
Enfin on luy montra un Buſte
de bronze du Cardinal de Richelieu
, fait
rin. Ce Monarque fortit tresfatisfait
de tout ce qu'il avoit
vû , & dit des chofes tres-obligeantes
à Mr d'Etoüilly , Senieur
de Sorbonne , à Mr Pirot
, Chancelier de l'Univerfité
, & à Mr du Mas , anciens
par l'illuftre WaGALANT
243
Docteurs de Sorbonne.
Ce
Le lendemain , fur les dix
heures du matin,fa Majefté Britannique
alla aux Chartreux .
Dom Vicaire , en l'abfence de
Dom Prieur , alla la recevoir
à la porte , & la harangua. Elle
entendit la Meffe , qui fut
dite par Dom Lantien .
Prince alla enfuite dans plufieurs
Cellules ; il vit d'abord
celle de Dom Vicaire , & il
voulut le voir travailler à fon
Tour , ce que ce Religieux fit
avec beaucoup d'adreffe . Il
paffa de- là à la Cellule de Dom
Eugene , qui luy fit preſent
Xij
244 MERCURE
d'une Tabatiere & d'un Chandelier
de fa façon. S. M. B.
luy dit , qu'Elle garderoit la
Tabatiere , & qu'Elle feroit
prefent du Chandelier à la
Reine. Ce Prince entra aprés
dans la Cellule de Dom Pafchal
, qu'il trouva tres belle &
tres-propre. Il vit enfuite celle
de Dom Lantien , dont il
parut tres - content , ainſi que
de celle de Dom le Houx , & de
quelques autres . Il entra dans
le Refectoir , en s'en retournant
, où à cauſe de la grande
chaleur on luy avoit préparé
des rafraîchiffemens. Un des
GALANT 245
Seigneurs qui accompagnoient
S. M. B. dit aux Religieux qui
trouverent prefens , que ce
Monarque avoit refolu de venir
un jour manger avec eux
au Refectoir.
Le
Ce Monarque alla le jour
fuivant à Sainte Geneviève.
a
Vous trouverez ce qui s'y paffa
à cette occafion , à la fin de
L'article que vous allez lire.
Le Roy , qui au milieu de fes
grandes profperitez & de toute
fa puiffance , a toûjours mis
fa principale confiance dans
le fecours du Ciel , ayant
fouhaité , pour obtenir une
X iij
246 MERCURE
benediction plus particuliere
de Dieu fur fes armes , & un
heureux accouchement de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
, qu'outre les prieres ordinaires
commencées avec la
campagne, on en fiſt d'extraordinaires,
pendant lefquelles la
Chaffe de Sainte Genevieve feroit
découverte , & que toutes
les Eglifes de Paris s'y rendroient
en proceffion , pour
obtenir du Ciel, par l'interceffion
de cette grande Sainte, un
fuccés qui puft conduire à une
bonne Paix. Monfieur le Car
dinal de Noailles , pour fatisGALANT
247
faire de fa part à de fi pienfes
intentions , publia fon Mandement
, par lequel il ordonne
que toutes les Eglifes de Paris ,
des Fauxbourgs & environs
iroient en proceffion à Nôtre-
Dame & à Sainte Geneviève ;
& pour joindre les bonnes
oeuvres aux prieres , fon Eminence
a ordonné un jeûne
public & de commandement,
qui a cfté obfervé le 27 de ce
mois dans tout le Diocefe. Les
Abbé & Chanoines Reguliers
de Sainte Geneviève ne pou
vant découvrir la Chaffe de
la Sainte que par un ordre.
X iiij
248 MERCURE
exprés de la Cour , attendirent
de leur cofté qu'ils en euffent
reçû les ordres, pour concou
rir par cette ceremonie à la
dévotion publique . Ils ne les
attendirent
pas long- temps.
Mrs les Prévoft des Marchands
& Echevins, à qui il appartient,
fuivant la Coûtume , de reprefenter
à la Cour les befoins
publics qui peuvent engager
de defcendre ou de découvrir
la Chaffe de Sainte
Geneviève , & de demander à
la Cour au nom du peuple ,
qu'elle ordonne l'un ou l'autre ,
fe rendirent le Lundy 11. de
GALANT 249
ce mois au Parquet des Gens
du Roy; d'où le Procureur
General du Roy eſtant entré
dans la Grand Chambre , dit
à la Cour , Que les Prévost des
Marchands Echevins de
cette Ville eftoient au Parquet des
Huiffiers , & demandoient àparter
à la Cour ; & auffi- toft
ayant eſté mandez , le Prévoft
des Marchands a dit que
Monfieur l'Archevêque de
Paris ayant ordonné des prieres
publiques des Proceffions folemnelles
pour la profperité des
armes du Roy , & pour implograce
de Dieu dans les rer la
250 MERCURE
befoins preffans de l'Etat , le
peuple de Paris , qui a une confiance
particuliere en l'interceffion
de Sainte Genevieve , Patrone
de cette grande Ville , par les
prieres de laquelle il a receu defi
grands fecours en tant d'occafions,
fivifiblement en l'année 1694 .
l'abondance qui fucceda à la
fterilité des années précedentes ,
fouhaitoit que la Chaffe de certe
Saintefut découverte pendant lef
dites Prieres & Proceffions
, pour
J attirer un plus grand concours
de peuple : ce que lesdits Prévoft
des Marchands & Echevins
ont fupplié la Cour d'ordon
par
GALANT 251
mer parfon autorité , ainfi qu'il
s'est toujours pratiqué , furquoy
oiy le Procureur General du Roy
fes conclufions, la matiere mife
en déliberation . LA COUR ,
ayant égard au requifitoire def
dits Prévoft des Marchands &
Echevins , a arrefté & ordonné
que pendant lesdites Proceffions ,
la Chaffe de Sainte Genevieve
fera découverte ; que lesdits Prévoft
des Marchands & Echevins
en informeront l' Archrvéque
de Paris , & que les Abbé &
Chanoines Reguliers de Sainte
Genevieve en feront avertis par
l'un des Secretaires de la Cour,
252 MERCURE
en la maniere accoûtumée ; ce quż
a eftéfait le mefme jour par Dongois
, l'un defdits Secretaires . Fait
en Parlement le 11. Aoust 1706.
Signé, DONGOIS.
En effet , dés la meſme matinée
, Mr Dongois vint à l'Abbaye
de Sainte Geneviève notifier
ledit Arreſt à l'Abbé &
au Chapitre. Auffi - toſt l'Abbé
de Sainte Geneviève , qui
eſt Superieur General des Chanoines
Reguliers de la Congregation
de France , fit fon
Mandement , comme relevant
immediatement du S. Siege
par lequel , pour obéir à l'ArGALANT
253
reft de la Cour ,
la Cour , il ordonna
que la Chaffe de Sainte Geneviéve
feroit découverte le Lundy
16. de ce mois, & que lesprieres
publiques
feroient ouvertes
dans
fon Eglife par une Meſſe Solemnelle
, qui feroit celebrée le mefme
jour. En confequence
de ce
Mandement , la Chaffe fut
découverte , & on celebra une
Meffe Solemnelle , à laquelle
affifterent M" les Porteurs de
la Chaffe , ayant chacun un
cierge à la main ; & il y cut
dés ce mefme jour un grand
concours de peuple. Comme
Monfieur le Cardinal n'or
254 MERCURE
1
donne rien dans fon Diocefe
dont il ne donne l'exemple le
premier, fon Eminence fit fçavoir
qu'elle iroit ce jour même
à l'Eglife de Sainte Genevieve,
à la tefte du Chapitre de Nôtre-
Dame accompagnée des
quatre Eglifes que l'on appelle
communément Filles de Notre-
Dame , qui font les Chapitres
du S. Sepulchre de Sainte Opportune
, de S. Benoift & de
S. Mederic. Sur les cinq heures
& demie , tous ces Corps entrerent
dans l'Eglife de Sainte
Genevieve ; fon Eminence y
vint à pied , malgré la chaleur
GALANT 255
exceſſive , & elle fut reçûë par
les Chanoines Reguliers de
l'Abbaye -avec tous les honneurs
dûs à fon rang. Les
Eglifes de Paris ont fuivi &
fuivent encore tous les jours
un fi grand exemple ; les Paroiffes
, particulierement , y
viennent avec un tres -nombreux
Clergé , & toûjours accompagné
d'un nombre infini
de peuple .
Le 19. le Roy d'Angleterre
qui ne laiffe paffer aucune occafion
de faire paroiftre fa piété
, fans l'embraffer auffi -tôt ,
ayant fçû que la Chaffe de
256 MERCUR
E
de
Sainte Genevieve étoit découverte
, & que l'on faifoit des
Prieres publiques dans l'Eglife
dediée à cette Sainte , voulant
y venir entendre la Meffe ; ce
Prince envoya leJeudy 19.
ce mois , avertir M ™ de Sainte
Genevieve , qu'il y viendroit
fur les dix heures, & qu'il vouloit
y entendre une baffe Meffe ,
qui feroit celebrée par un des
Chanoines Reguliers de la
Maiſon . Ce Monarque y vint
en effet à l'heure marquée ; &
comme il venoit , incognito ,
il ne voulut pas entrer par l'Eglife
, où on luy auroit fait les
"
GALANT 257
honneurs dûs à fon rang. Ce
Prince entra par la porte de
l'Abbaye , & fut reçû , à la defcente
de fon Caroffe , par le
Superieur , à la tefte du Chapitre.
Il voulut d'abord eftre
conduit à l'Eglife , où au licu
d'entendre une baffe Meffe
ainfi qu'il l'avoit d'abord demandé
, il fouhaitta d'affifter à
la Grand'Meffe
, diſant qu'il
avoit fi fouvent entendu parler
de la maniere dont on faifoit
l'Office dans l'Eglife de
fainte Genevieve , qu'il feroit
ravy d'y affifter ce jour là même.
Pour fatisfaire à la devo-
Aoust 1706 .
A
Y
258 MERCURE
tion de ce Prince , les Chanoi
nes Reguliers celebrerent la-
Grand'Mefle avec toutes les
Ceremonies qu'ils obfervent
dans les Meffes les plus folemnelles
. Sa Majefté y affifta dans .
la place qu'on luy avoit préparée
, fur les degrez du Sanc--
tuaire , avec une pieté & une
modeftie qui édifierent un Peuple
infini dont l'Egliſe étoit
remplie ; & quoique cette
Meffe fut tres - longue , ce
Prince dit qu'elle luy avoit pa-
Fu courte, qu'il avoit efté charmé
de la maniere dont on avoit
celebré l'Office, & qu'on avoit
GALANT 259
raifon d'en parler avec autant
d'éloges que l'on fait. La
Meffe étant finie , le Roy entra
dans la Maifon , qu'il voulut
voir toute entiere ; mais avant
que de fortir de l'Eglife , ce
Prince à qui rien n'échape ,
voulut fçavoir ce que c'étoit
que le Tombeau d'un Roy
qu'il remarqua au milieu du
Choeur. On luy dit que c'étoit
Clovis , premier Roy Chré
tien. Ce Monarque fit parot
tre , par la maniere dont il en
parla , qu'il fçavoit parfaitement
l'Hiftoire de ce premier
Roy de France. Il confidera
་ ཆ
Yij
260 MERCURE
auffi avec attention la Chaffe
de Sainte Geneviève , & il en
remarqua
la richeffe la richeffe
, & le
grand
nombre
de pierreries
dont elle eft couverte
, & que
la quantité
de cierges
ardens
dont elle eft environnéc
, fait
briller. En entrant
dans la
Maiſon
, il fut frappé
de la belle
Architecture
d'un grand
Efcalier
de pierre
qui conduit
à
la Bibliothéque
. Il y monta
, il
en remarqua
la longueur
prodigieufe
, qui eft de 55 toifes
;
il y vit une belle
Horloge
qui
eft au milieu
, qui , outre
l'heure
, marque
le mouvement
de tou
GALANT 261
1
tes les Planettes . C'est un ouvrage
du fameux Oronce Finez,
celebre Mathematicien du fiecle
paffé, qui fit cette Horloge
pour Monfieur le Cardinal de
Lorraine , qui en paya 12000
livres , qui étoit une grande
fomme en ce temps- là . C'eft
un ouvrage qui à caufe du
nombre prodigieux de differens
mouvemens qui tous
ne dépendent que d'un feul ,
conduit par un feul poids, paſſe
parmy tous les Connoiffeurs
en ces fortes d'ouvrages , pour
un Chef- d'oeuvre . Sa Majefté
en voulut elle - même voir agir
,
262 MERCURE
tous les mouvemens , y mit la
main pour en mieux remarquer
& admirer toute l'invention
, & voulut qu'on luy expliquaft
toutes chofes , dont elle
parloit avec autant de jufteffe
que les plus confommez. Ce
Monarque entra enfuite dans
un Cabinet remply d'une infinité
de pieces fingulieres, tant
à caufe de leur antiquité , que
de leur rareté . Il voulut voir
d'abord toutes les Medailles ,
qui y font en tres-grand nombre
; mais il remarqua , comme
une chofe unique dans le
monde , les Coins du Padoüan .
GALANT 263.
le
Il y a prés d'un fiecle que deux
freres de Padoüe , voyant avec
quel empreffement on recherchoit
les Medailles anciennes ,
contrefirent , excitez par
grand profit qu'ils en pouvoient
tirer , toutes les plus
anciennes Medailles , dont ils
firent des Coins fi bien imitez,,
que les plus habiles y font fouvent
trompez. Sa Majefté regarda
ces Coins , comme une
chofe des plus curieufes de ce
Cabinet. Elle y vit auffi plufieurs
Armures & habillemens
des Sauvages & des Indiens ;;
tous les anciens inftrumens des
264 MERCURE
Sacrifices Payens , dont elle fe
fouvint des noms qu'elle avoit
fouvent lûs dans les Auteurs
Romains & Grecs . On luy fie
voir un corps humain defféché
, dont tous les membres
font entiers ; ce qui luy donna
Occafion de parler des anciens
nes Momies d'Egypte . Enfin
ce jeune Prince ne laiffa rien
échapper à fa curiofité , & voulut
eftre inftruit de toutes
chofes. Aprés avoir effé envi
ron une heure dans la Biblio
théque , il fut reconduit à fon
Caroffe par le Superieur , &
par les principaux du Chapi
tre..
GALANT 265
>
tant
tre. Sa Majefté témoigna eftre
parfaitement contente
de ce qu'elle avoit vû , que de
la maniere dont elle avoit été
reçue. Toute la Communauté
s'entretint , aprés fon départ ,
de la vivacité & de la prefence
d'efprit de ce Prince, qui, dans
un âge peu avancé , fait voir
autant de memoire & d'érudition
,
que les
Sçavans
les plus
âgez
& les plus
confommez
dans
tout
ce qui
regarde
la
Litterature
.
Je ne vous feray point , ce
mois cy , le détail de ce qui s'eft
palle dans tous les lieux où ce
Aoust 1706. Ꮓ
266 MERCURE
Prince a fait remarquer la pro
fondeur de fon fçavoir , fon
jugement
& la délicateffe
de
fon efprit . Je vous diray feulement,
qu'il a efté voir les Plans
qui font en reliefdans la
grande
Galerie du Louvre , & la
Bibliothèque
du Roy ; qu'il a
efté à l'Obfervatoire , aux Gobelins
, aux Invalides , au Valde
- Grace ,aux Jefuites de la rue
Saint Antoine , aux Feüillans ,
en l'Eglife de Noftre-Dame,
au Luxembourg
, & en plufieurs
autres endroits , où il a
donné chaque jour , de nouvelles
marques de fon efprit.
GALANT 267
J'efpere recevoir , le mois prochain
, d'affez bons Memoires
pour vous en parler jufte .
L'article fuivant vous apprendra
les noms de ceux qui
ont efté nommez aux Benefi
ces , qui vaquoient avant la
derniere Promotion.
Le Roy a nommé à l'Evêché
d'Amiens , Mr l'Abbé Sabattier
, grand Vicaire du Diocefe
d'Autun, & auparavant de
celuy de Limoges , & Superieur
du Seminaire d'Autun . Ce nouvcau
Prelat eft Docteur de
Sorbonne ; il eft de la Ville
d'Avignon , & d'une naif
Z ij
268 MERCURE
fance confiderable. Il eft allié
aux meilleures Maifons de ce
pays - là . Il a paffé toute la vie
avec M de faint Sulpice ; &
a donné de grands exemples
de vertu dans toutes les Maifons
où il a efté employé. Hl
eft depuis prés de 20. années
Superieur du Seminaire de S.
Sulpice d'Autun. Il a merité
par fa fage conduite , & par
les marques qu'il a donné de fa
capacité , la confiance de M's
les Evefques d'Autun ; & fous
l'ancien & fous celui cy , il a
toûjo rs eu la principale part
aux affaires de ce Dioceſe qui
GALANT 269
eft un des plus étendus du
Royaume.
L'Evêché d'Amiens cft fuffragant
de celuy de Reims . On
conferve le Chef de S. Jean-
Baptifte dans l'Eglife Cathedrale,
dédiée à Notre- Dame
qui eft une des plus belles , &
des plus ornées du Royaume.
Walon de Sarton , Gentilhomme
Picard , trouva cette
Relique à la prife de Conftantinople
en 1204.& il en fit prefent
à l'Eglife d'Amiens , où il
avoit un frere Chanoine . Le
plus ancien Evefque d'Amiens
eft faint Firmin ; plufieurs au-
Z iij
270 MERCURE
tres, du nombre deſquels ſont,
Honoré , Sylvius , & Gode
froy , font reconnus pour
Saints . Cette Eglife a eu pour
Prelats divers Cardinaux ; Jean
de la Grange ; Jean Rolland ;
Jean de Boiffi ; Jean le Jeune ;.
Charles de Hemard ; Claude
de Longwi ; Nicolas de Pelleve
, & Antoine de Crequy.
A l'Evefché d'Orleans , Mr
l'Evefque d'Aire ; c'eſt Me N.
Fleuriau , cy -devant Treforier
de la Sainte Chapelle de Paris,
d'où il fut tiré il y a quelques
années pour fucceder à Mr de
Bezons , qui fut transferé de
GALANT 271
l'Evefché d'Aire à l'Archevef
ché de Bourdeaux. Le nouvel
Evêque d'Orleans eft frere de
M' d'Armenonville , & de feue
M° le Peletier , mere de M
l'Evêque d'Orleans qui vient de
mourir de forte que l'oncle
fuccede au neveu . Ce
Prelat s'eft acquis une eſtime
univerfelle dans toutes les places
qu'il a occupé , & il y a laiffé
de vifs regrets lorsqu'il a eſté
obligé de les quitter . La douccur
de fon gouvernement ,
fon exacte probité , & l'étendue
de fes lumieres l'ont fait
confiderer & aimer
par
tout où
Z iiij
272 MERCURI
il s'eft trouvé.
Le Sieged Orleans eft un des
plus confiderables du Royaume
;je vous en parlay amplement
, lorfque feu M le Pele
tier y fut transferé d'Angers
Al'Evêché d'Aire, M. l'Abbé
de Matha , Docteur de la Mai
fon & Societé de Sorbonne. Co.
nouveau Prelat eft de la Maifon
de Lamer , établie en Auver
gne. M' le Comte de Mathare
fon frere a époufé Mlle de
Mere , foeur de M˚ la Marquife
de Langé , & niéce de M. l'Abbé
Paffart, Confeiller Clerc au
Parlement, & Chanoine de Nâ

GALANT 273
tre -Dame. M' de Matha , fon
autre frere , Capitaine dans le
Regiment d Anjou, fut dangereulement
bleffé à la Journée
d'Hochfter. L'ancienne Maifon
de Matha a fini dans celle
de Lamer. Ce Prelat a l'honneur
de deſcendre en ligne collaterale
de Saint Jean de Matha
, Eondateur de l'Ordre des
Mathurins . M'l'Abbé de Matha
demeure dans la Maifon de
Sorbonne , où il s'eft acquis
beaucoup de reputation par
fes divers talens . Celuy de la
Prédication n'eft pas un des
moindres ; il l'a exercé dans les
274 MERCURE
·
:
en 506. un de fes Preftres au
meilleures Chaires de Paris. Il
eft Abbé de Saint Cyran. Cette
Abbaye eft fort celebre , par
rapport à ceux qui l'ont poffedée.
Aire eft une Ville de Gafcogne
, avec Evêché Suffragant
d'Auch ; les Rois Visigots y
faifoient autrefois leur fejour ,
& on y voit encore les ruines
du Palais d'Alaric. C'eft dans
cette Ville que ce Prince fit
publier
le Code Theodofien . Le
plus ancien Evêque d'Aire ,
dont le nom foit venu jufqu'à
nous , eft Marcel , qui envoya
GALANT 275
Concile d'Agde. On compte
deux Cardinaux Evêques d'Ai-
Louis d'Albret, & Pierre de
Foix . Le premier eftoit de la
même Maiſon que la biſaycule
de Sa Majesté .
re ;
L'Abbaye de Bonnccombe ,
à Monfieur le Cardinal de la
Tremoille . Elle eftoit cy- devant
poffedée par M ' l'Evêque
de Langres , qui l'a quittée pour
en prendre une autre dans fon
Dioceſe. Il n'y a pas longtemps
que je vous ay parlé de
ce Cardinal , au fujet de fon
élevation à la Pourpre Romaine
; je dois feulement ajoûter
276 MERCURE
icy,qu'il eft digne des graces du
Roy , par fon application au
fervice de ce Prince , & par la
capacité qu'il fait voir dans la
conduite des affaires .
L'Abbaye de S. Jean d'Amiens
, à M' l'Evêque d'Aire,
nommé à l'Evêché d'Orleans .
Le Roy a eu égard au peu de
revenu de cet Evêché , qui ne
futfit pas pour en foûtenir la
dépenfe & l'éclat . Cette Abbaye
eftoit vacante par la
mort de M' le Peletier, Evêque
d'Angers , nommé à l'Evêché
d'Orleans , & que S. M. avoit
auffi nommé à cette Abbaye.
GALANT 277
Elle eft celebre par les grands
fujets qu'elle a produits . Raoul
Comte de Crépy , fils de Gautier
2. Comte du Vexin & d'Amiens
, s'y retira avant de mou
rir.
P
L'Abbaye de Befca efté donnée
à M' l'Evêque Duc de Lan
gres,Pair deFrance. CePrelat eft
de la maifon deClermont- Tonnerre,
frere de feu M' le Comte
de Tonnerre, & deMT'Abbeffe
de Saint Paul lez Beauvais , &
neveu de feu M' l'Evefque de
Noyon ; il a efté Aumônier du
Roy. L'Abbaye de Beſe eſt
dans fon Diocefe , & il a quit278
MERCURE
té , pour l'avoir, celle de Bonnecombe,
qui eft dans la Guienne .
L'Abbaye de Belval , à l'ancien
Evefque de Limoges , de
la Maifon de Carbonel - de-
Canify , l'une des plus Nobles
& des plus illuftres de la
Province de Normandie . Cette
Abbaye eftoit vacante par la
mort de M l'Abbé Teftu
Prieur de S. Denys de la Chartre.
M' de Caniſy a rendu
l'Abbaye du Loc- Dieu .
L'Abbaye de Jouy , vacante
par la mort de M l'Evefque
d'Angers , nommé à l'Evef
ché d'Orleans , à M' l'Abbé
GALANT 279
d'Argouges , fils du Maiſtre
des Requeſtes , & petit - fils du
feu Confeiller d'Etat, qui avoit
efté Premier Prefident du Parlement
de Bretagne. La Maifon
de cet Abbé eft differente
de la Maiſon d'Argouges
- de-
Ranes.M
' l'Abbé d'Argouges
,
qui vient d'eftre pourvû de
l'Abbaye de Jouy , eft fort appliqué
à fes devoirs , & quoiqu'il
foit encore tres- jeune ,
ne laiffe pas de donner de grandes
efperances ; & on a lieu de
croire qu'il fe forme en fa per
fonne un grand Prelat. L'Ab
baye de Joïy eſt prés de Paris .
il
280 MERCURE
L'Abbaye du Loc - Dieu , à
M' l'Abbé de Pomerols . Il eft
fort eftimé , il eft fçavant dans
la Jurifprudence , & fort laborieux.
Il fçait parfaitement
les Lettres humaines. Sa picté
qui eft exemplaire , répond à
fes lumieres , & elle a determiné
le Roy à luy donner l'Abbaye
du Loc - Dieu , dont M
l'Abbé Fleury , Sous - Precepteur
de Meffeigneurs les Princes,
vient de ſe démettre, ayant
efté nommé , depuis peu , au
Prieuré d'Argenteuil , prés de
Paris.
M' l'Abbé de Pomerols eft
GALANT 281
de la Maifon de Remond - de
Modene, originaire du Comté
Venaiffin , & une des plus illuftres
, & des plus anciennes
On trouve dans les Archives .
d'Avignon qu'en l'année 12 5 1
Berenger de Rêmond , un de
fes Anceftres , fut le premier
nommé de huit Ambaffadeurs,
que cette Ville choifit parmy
les plus qualifiez Gentilshommes,
pour envoyer vers Alfonfe
, Comte de Touloufe , &
Charles d'Anjou fon frere ,
Comte de Provence , qui eftoient
pour lors à Beaucaire ;
afin de regler les differens de
Aoust 1706. A a
282 MERCURE
ces Princes avec la Communauté
d'Avignon. Ils poffedoient
dés- lors , & depuis un
temps immemorial , la Terre
de Modene , dans le Comtat ,
qui eft encore à prefent dans
leur Maiſon . Bertrand de Remond
, qui en fit hommage
à Urbain V. l'an 1363. eftoit
Syndic de la Nobleffe du Comté
Venaiffin , comme il fe voit
dans les Statuts de la Ville d'Avignon
, imprimez depuis prés
de trois ficcles . Ils ont eu dans
ce temps- là des alliances avec
la maifon des Beaux, celles de
Toard , de Mombrun , de SaGALANT
283
1
bran , & de Venafque . Elle a
efté depuis divifée en plufieurs
branches , fans qu'aucune fe
foit jamais méfalliée . Celle de
F'aîné , connue fous le nom de
Marquis de Montlor , cft tombée
en quenouille . Louis-
Guillaume de Remond - de-
Modene,Marquis de Montlor ,
n'ayant eu que trois filles de
› Marie de Maugiron ; Sçavoir,
Marie , Marguerite , & Jaqueline
, qui eftoit l'aînée . Elle
époufa Jâques de Grimoardde
Beauvoir , Comte du Roure
, dont le fils , Scipion de Grimoard
, Comte du Roure ,
A a ij
284 MERCURE
fut Chevalier des Ordres du
Roy. Marie épouſa en 1604.
Philippe d'Agout , Baron de
Grimaud , fils puifné du Com
te de Sault ; & en fecondes
nôces , Jean Baptiſte d'Ornano
, Marefchal de France ; &
n'eut point d'enfans , ny de
l'un , ny de
l'autre.Marguerite
fut auffi mariée deux fois
premierement avec Claude de
Grolée , Comte de Grolée ,
dont elle n'eut pareillementa
point d'enfans ; puis avec
Farnçois d'Ornano , Seigneur
de Mazargues , frere du Marêchal
. Elle cut de ce fecond
CALANT 285
mariage, Paul d'Ornano , mort
fans enfans ; Marguerite d'Or
nano , qui fut mariée au Comte
de Grignan ; Marie d'Ornano
, à qui Marie de Remond
de Modene, Comteffe de Montlor
, fa tante , donna le Comté
de Montlor , & toutes les
Terres qu'elle avoit en Vivarez
, & la maria avec François
de Lorraine ,Comte de Montlor
, fils de Charles de Lorrai
ne II. Duc d'Elbeuf ; duquel
mariage eft iffu Monfieur le
Prince Alfonfe de Lorraine ,
qui a pris le nom de Marquis
de Montlor , comme illu >
à
286 MERCURE
caufe de fa mere , de la branche
aînée des aînez de la maifon
de Remond- de Modene ,
dont il poffede toutes les Terres.
Celle des Seigneurs de Pomerols,
qui repreſente le Chef
de la maiſon , s'eft alliée avec
les maifons de Faure , de Vercors
, & de Villeneuve ; & elle
a eu dans tous les ficcles , des
Chevaliers de l'Ordre de faint
Jean de Jerufalem , des perfonnes
de diftinction dans le
le fervice , & des Syndics de
la Nobleffe de Provence . Elle
eft établie à Tarafcon , où
-Conrad de Remond de- Mo-
;t
GALANT 287
dene , Marquis de Pomerols ,
fils de François de Remond- de
Modene , Syndic de la Nobleffe
de Provence , & de Marguerite
d'Albertas , fait fon fejour.
Il perdit fon frere aîné au fervice
du Roy à Meffine , qui ,
quoy qu'âgé feulement de dixfept
ans, avoit déja donné beaucoup
de preuves de fa valeur
dans le Bataillon de Normandie
, que fon oncle de Pomerols
, Chevalier de l'Ordre de
faint Jean de Jerufalem , comemandoit
avec une tres- grande
diftinction . Son autre oncle
paternel eftoit Chevalier du
188 MERCURE
mefme Ordre , & Commandeur
du Temple d'Agen , & de
Sauvagnac ; & M l'Abbé de
Pomerols qui vient d'etre
nommé par S. M. à l'Abbaye
du Loc - Dieu , eft leur frere .
M' le Marquis de Pomerols a
épouſé Françoiſe- Emmanuelle
de Vogüé , niece d'Yves
d'Alegre , Lieutenant general
des Armées du Roy , dont
il a eu plufieurs enfans . Cel
le des Seigneurs de Modene
a donné un grand Prévoft
de France , en la perfonne de
Remond de-Modene,Seigneur ,
de Modene ,, qui eut trois en.
fans
GALANT 289
Fans de Catherine d'Alemand ,
de la Maifon des Seigneurs de
Châteauneuf ; fçavoir , Efprit,
Charles , & Marie. Charles a
continué fon fejour à Avignon ,
& a eu plufieurs fils Chevaliers
de Malthe , & dans le fervice de
Sa Majesté , tant fur mer , que
fur terre. Jean - Gabriel de Remond-
de-Modene , fon fils aîné,
Seigneur de Modene , a époufé
Antoinette de Rolland- de Relhanete
, dont il a plufieurs enfans
Efprit , fils aîné du grand
Prévost de France , & connu
fous le nom de Comte de Modene,
fuivit le Duc de Guile à Naples
, où il fe fignala , & où il
fut fait prifonnier avec ce Prince
, ainfi qu'il le rapporte dans
fon Hiftoire des revolutions de
Aouſt 1706. Bb
290 MERCURE
Naples. Il avoit épousé le 23 .
May 1630 Marguerite de la
Beaume de- Suze , veuve d'Henry
de Beaumanoir , Marquis de
Lavardin Dece mariage nâquic
Jean de Remond - de- Modene ,
Baron de Gordan , qui étant
mort avant fon pere , & fans
eftre marié , fa branche finit en
luv & Marie de Remond de-
Modene , leur foeur , fut mariée
en premieres noces avec Jean-
Gabriel de Motiers , Marquis
de Champetieres , dont il y a eu
deux filles ; & en fecondes noces
avec Emmanuel d'Alegre
Vicomte d'Alegre , Marquis de
Cordé , dont eft iffuë Marie-
Loüife d'Alegre, qui fut mariée
à Mrle Marquis , à prefent Duc
de Coiflin, & qui eft morte fans
>
GALANT 291
enfans ; & Mr le Marquis d'Alegre
, Lieutenant General des
Armées du Roy , to an I
La Maifon de Remond- de-
Modene porte pour Armes ,
d'argent à la Croix de gueule ,
chargée de cinq coquilles d'argent
; pour fuppofls deux Levriers
d'argent , aux coliers heriffez
de pointes de melme, avec
Scette devife : Sauciut & defendit.
C
L'Abbaye de Saint Amand
Dioceſe de Sarlat , à Mr l'Abbé
de Longueval , Gentilhomme
Limoulin , de la Maifon de
Sugarde , établie dans le Pays
de Turenne , & qui eft preſenrement
éteinte dans celle de S.
Julien de Patirac . Il defcend
de la maison de Longueval par
© les femmes , & il est obligé d'ea
J
Bb ij
292 MERCURE
porter le nom . Cet Abbé tra
vaille avec zele dans la Communauté
de Saint Sulpice depuis
vingt années . Il joint à une
vertu generalement reconnuë
une naiffance des plus illuftress
le nom de Longueval étant
celebre en France , & en Allemagne
, où la memoire de Bonaventure
de Longueval, Com
te de Buquoy , eft encore trescelebre.
Ce General qui commandoit
l'armée Imperiale , reduifit
en 1618. plufieurs Vil
les rebelles du Royaume de
Bohëme , & défit Mansfeld
en diverfes rencontres. Il fut
tué en 1621. au fiege de Neuhaufel.
C
L'Abbaye de Pré- Benoist ,
Mr l'Abbé Bofc. Le merite de
GALANT 295
A
eet Abbé eft foûtenu d'une
grande doctrine . I eft auprés
de Monfieur l'Abbé d'Arma
gnac ; l'éducation de ce Prince
luy fait beaucoup d'honneur .
Il en a eu foin dés que cet
Abbé a pu s'appliquer aux
Sciences , où perſonne n'ignore
qu'il fait beaucoup ddee progrez.
Mr l'Abbé Bofc eft bon Theologien
.
L'Abbaye de Thiers , Diocefe
de Clermont , à Mr l'Abbé dela
Chafteignerave , de la Maifon de
Sainte Foy , établie en Agenois .
Il est allié aux maifons les plus
confiderables des Provinces
d'Agenois , de Quercy & de
Perigord . Cet Abbé a un gouſt
particulier pour les Sciences
abftraites , & il s'eft attache
Bb iij
294 MERCURE
toute la vie à la Geometrie &
aux Mathematiques . L'Abbaye
de Thiers eft fort ancienne , &
elle a produit de grands fujets.
L'Abbaye du Ronceray , à
Me de Lauzun . Cette Dame
eft de la maifon de Caumont
& foeur de Mr le Duc de Lauzun.
La maison de Caumont eſt
connue en France , il y a plus
de quatre cens ans , & depuis
Guillaume- Raymond , Sire de
Caumont , qui vivoit en 1346 .
& qui fervit utilement le Roy
Philippes de Valois contre les
Anglois . François de Caumont ,
cree Comte de Lauzun en 1570.
en defcendoit , aprés plufieurs
generations ; c'est le trifayeut
de la nouvelle Abbeffe dont je
parle. Elle eft fille de feu Gah
GALANT 295
briel de Caumont , & de Charlotte
, fille de Henry de Caumont-
la-Force , Marquis de
>
Caftelnau , & foeur de Diane-
Charlotte de Caumont , veuve
d'Armand de Bautru Comte
ce Nogent , Capitaine des Gar
des de la Porte , & Lieutenant
General au Gouvernement
d'Auvergne , qui fe noya au
paffage du Rhin , prés du Fort
de Tholhuis , le 12 Juin de l'an-
1672. La maifon de Caumont a
auffi produit celle de Caumentla
- Force , dont Mrile Duc de
la Force eft le Chef , & qui a
produit deux Maréchaux de
France . La nouvelle Abbeffe
du Ronceray foûtient les avans
tages d'une fi illuftre naiffance
par une folide picté , & par un
Bb iiij
296 MERCURE
merite reconnu . Certe Dame
s'eft fort appliquée à l'intelligence
de l'Ecriture fainte , &
des Saints Peres.
de
LAbbaye de Moncé , Ordre
Cifteaux, Diocefe de Tours ,
à Me de Chafteaumorant , Religieufe
du mefme Ordre . Cetter
Dame , autant recommandable
par la vertu que par fa naiffance , -
eft niece de feu Mr le Marefchal
de Tourville , qui eftoit frere.
de M de Chasteaumorant fa
mere . La nouvelle Abbeffe eft
foeur de Mrs de Chafteaumorant
, qui fervent fur mer avec
diftinction ; de Mr de Chasteaumorant
Mestre de Camp de
Cavalerie , qui s'eft diftingué
plufieurs fois dans l'Armée d'Italie
, où il fert ; & de Mr l'Ab.
GALANT 297
bé de Chafteaumorant , qui demeure
dans la Communauté de
Mr le Curé de S Sulpice . Me
la Marquife de Chateaumo-"
rant , mere de cette Abbeffe ,
eft foeur de Me l'Abbeffe de
Pentémont . Mrs de Chateau
morant portent le nom de la
Baftide , & font de la Maifon
de Jobert , qui eft une des plus
anciennes du Limouſin .
L'Abbaye de S. Cefaire , à
Me Roze . Cette Dame eft Fille
de feu Mr le Prefident Roze :
Elle a efté élevée avec beau
coup de foin, & elley a répondu
d'une maniere qui a déja fait
fouhaiter à plufieurs Commu
nautez de la voir à leur tefte.
Elle joint à l'excellente éducation
qu'elle a receuë , un efprit
298 MPRCURE
doux & poli , & le meilleur
coeur du monde . L'Abbave
dont on luy as confié le Gouvernement
, eft une des plus
anciennes du Royaume. Elle
eft remplie de filles de qualité,
& elle a produit dans le penultiéme
fiécle des filles d'une
grande vertu . Les Abbeffes qui
ont efté à la refte de cette Communauté
, ont toujours eté
des filles d'une grande vertus
& d'un merite reconnu.
Quoyque ce que vous alleza
lire ne foit pas nouveau ,
il ne
laiffera pas de vous faire connoistre
dans quels fentimens
eftoit Monfieur le Duc de Savoye
, lorſqu'il a écrit la lettre
que vous allez voir ; & par l'é
tat où il eftoit alors , vous ju
GALANT 299
gerez facilement de ce que ce
Prince penſe de celuy où il fe
trouve preſentement,
Lttere écrite par Monfieur le
Duc de Savoye , aux Etats
Generaux . t
Chers Amis , Alliez, & Confederez
Les affurances qu'on m'avoit don
nées de vôtre part & de celle de la
Reine de la Grande Bretagne, n'ont
pas efté fuivies d'un meilleur effet ,
que
les promeffes qu'on me fit les
* Campagnes précedentes . L'ennemi a
formé le fiege de ma capitale : & le
fecours qui devoit la garentir d'une
fi triste destinée , est encore bien éloi
gné
Ilya longtemps queje meplains
300 MERCURE
de ce que je fuis le feul des Allie
facrifié pour la caufe commune fans
qu'on fe foit mis en eftat de préferver
mes Etats d'une totale ruine.
Quelques confiderables que foient les
avantages des Alliez fur l'ennemi
commun , enCatalogne & en Bra
bant je ne m'en apperçois quepar les
ordres redoublez qu'on vient de don
ner au Duc de la Feuillade , de
pouffer le fiege de Tarin avec la ders
niere vigueur.
Si l'on m'avoit tant foit peu fecondé
j'aurois pu faire échouer cette
entreprife ? Je diray même que file
fecours qu'on m'avoit promis s'efloitfeulement
mis en mouvement, aprés le
gain d la bataille de Brabant , ou
quefi la Flote de vos Hautes Puiffan
ces & celle d'Angleterre , aprés l'expedition
de Barcelone ,fuft venued és

GALANT 301
barquer quelques mille hommes
comme elle le pouvoit aifément , les
François n'auroientjamais ofé for
mer lefiege de Turin , après les deux
échecs qu'ils venoient de recevoir.
Ils m'ont eux - mêmes fait fentit
la lenteur des Alliezà mon égard,
& le peu de part qu'on prenoit aux
maux qui m'accabloient , afin de
me porter à prendre des mesures
pour conferver ce qui me reftoit de
mes Etats , fans que j'aye jamais
vouluprêterl'oreille aux propofitions
avantageuſes qu'on me faifoit , par
la feule crainte que j'avois de préjudicier
à l'intereft de la caufe commune
.
Fay donné de fortes preuves que
cet intereft commun m'etoit plus cher
que le mien propre , puifque je n'ay
pas encore voulu cederà une neceſſités
302 MERCURE
"
fi preffante. J'ay pris toutes les précautions
& donné les ordres neceeffaires
pour la deffenfe de cette Places
mais je fçay que toutes ces mèſures
ferent inutiles pour moy , & que mes
Alliez en tireront tout le fruit , puifqu'elles
retiendront encore quelque
temps en Piémont les armes d'un
ennemy , qui après la reduction de
Turin , n'ayant plus rien à craindre
de ce coffé- cy , les tournera contre les
bauts alliez.
F
Jay fouvent fait connoiftre que
♪ Empire , l'Angleterre , & votre
Republique , avoient plus d'intereft
à la confervation du Piémont , qu'
aux conqueftes que leurs armes peuvent
faire ailleurs ', puiſqu'il fera
difficile de les conferver aprés la reduction
& la deftruction de mes Etats .
Vos Hautes Puiffances font trop
GALANT 303
fages & trop éclairées pour n'avoir
pas fait ces reflexions il y a y a longtemps
: mais comme je ne vois pas
qu'elles ayentpris des mesures pour
en prévenir les fuites , ny qu'il foit
temps d'en prendre aucunes prefentement
que le mal paroiftfans remede';
je ne puis que déplorer mon infortune
&le malheur de mes peuples , remettant
mes interefts à la Providence ,
qui difpofe , comme bon luyfemble ,
dufort des Souverains , de même que
de celuy des Sujets . Je fouhaite que
V. H. P. & nos Alliez foient plus
heureux
que moy , dans le cours de
cette funefte guerre , & qu'on n'ait
pas lieu de regretter un jour la perte
des Etats d'un Prince , qui a toujours
efteleurfidelle & inébranlable Allié.
Sur ce je prie Dien , &c. Signé ,
Victor - Amedéc . Donné en noſtre
304 MERCURE
Camp de Moncalier , le Juin
1706.
Il s'eft paffé en Flandres une
action de la plus grande vigueur,
& qui n'a peut - eftre jamais eu
de femblable , fi on regarde l'inégalité
des forces de ceux qui
ont combattu. Le pays de Lalleu
ayant refufé de fe foûmettre
à contribution , parce qu'il eft
de l'Artois , & que le Roy n'a
pas voulu que cette Province
contribuaft , les Ennemis envoyérent
14. Maréchauffées
pour le contraindre ; mais au
premier fon de Tocfin , 400.
Payfans armez fe jettérent fur
les Arches , qui furent obligez
à demander quartier. Les Payfans
en prirent 7. qu'ils liérent
& garottérent , & les menérent
9
GALANT . 305
au Commandant de Bethune ,
qui approuva fort leur conduite.
Il eſt ſeur que fi ces 4. Villages
avoient contribué, les Ennemis
auroient prétendu faire
contribuër tout le Pays d'Artois.
Rien n'eft plus glorieux
pour ces 4. Villages , que la ré
fiance qu'on leur a vu faire
contre un fi grand nombre de
Troupes; & les Ennemis en ont
été fi furpris , qu'ils ne peuvent
revenir de leur étonnement.v
Ileft tems de vous parler des
affaires d'Efpagne ; mais avant
que d'entrer dans la fuitte du
Journal de celles de la Guerre ,
je dois vous rapporter quelques
faits qui vous divertiront. Mylord
Gallovvay ayant fçû qu'il
y a grande abondance de blé
Aoust 1706.
CG
306 MERCURE
6
de
dans le Pays de la Mancha , en
envoya demander vingt- cing
mille mefures. On fir réponſe à
ceux qui vinrent de la part
ce Mylord , qu'on ne les donne
roit que pour de l'argent . Il en
voya dequoy les payer , & mês
me des Charettes pour charger
ce blé. Les Habitans prirent
l'argent : mais lorsqu'il fur quef
tion de livrer ce qu'ils avoient
promis , ils n'en voulurent rien
faire. Ils prirent les armes 3 &
dirent aux Troupes qui étoient
venues pour escorter ce blé que
ceblé
felles ne fe retiroient , on feroit
main- baffe fur elles ; que
l'argent étoit pour Philippes V.
& qu'ils lui envoyeroient auff
les Charettes , s'il en avoit befoin.
Mylord Gallovvay outre
GALANT 307
dé s'être ainfi laiffé prendre
pour duppe, chercha à s'en venger
, mais inutilement , les
Troupes qu'il envoya pour cet
effet , ayant efté fi maltraitées ,
qu'elles furent obligées de fe retirer.
L'autre fait dont j'ay à vous
parler , s'eft paffé à Salamanque
, où vous favez qu'il y a une
tres - belle Univerfité , qui eft
toûjours remplie d'Etudians venus
de divers endroits d'Efpagne.
Il fe fait tous les ans une
efpece de Combat dans cette
Ville , que l'on peut appeller
une fête fanglante ; il y a deux
chefs de parti , dont l'un foûtient
une chofe , & l'autre foûtient
le contraire . L'un des chefs
de partia foûtenu cette année
.
1745
Ccij
308 MERCURE
que Philippes V. étoit le véri
table & legitime Roy des Efpagnes
; l'autre Chef , qui auroit
peut-être foûtenu la même cho
fe , fi fon adverfaire n'euft avancé.
ce que je viens de vous dire en
faveur de Philippes V. fe trouva
obligé de foûtenir le contraire,
avec tous ceux qui devoient
combattre fous luy & ayant
Lous tâché de fe perfuader qu'ils.
avoient raifon , afin de s'animes
eux - mêmes au combat , & iden
n'avoir pas l'affront de céder às
leurs Camarades. en perdant
une victoire aprés laquelle on
couronne les vainqueurs dans..
l'Hôtel de Ville. Les chofes.
étant en cét état , & les deux partis
fe trouvant plus animez.
qu'ils ne l'avoient efté depuis
GALANT 309
plufieurs années , le combat fut
rude ; mais enfin la victoire fe
tourna du côté du parti qui avoit
tous les voeux du Peuple ,
qui ne paroiffoient point partagez.
Vous devinez bien par là
que le parti de Philippe V. eut
tout l'avantage ; les acclama-v
tions du peuple furent grandes
& les vainqueurs furent conduits
à l'Hôtel de Ville pour y
eftre couronnez . On doit remar
quer , que lorfque les Troupes
ennemies avoient efté à Salamanque
, elles avoient placé le
portrait de l'Archiduc dans
Ï'Hôtel de Ville . A peine le
Chef des Vainqueurs fut - il en
tré dans le lieu où eftoit ce portrait
, qu'il le fit ôter de la placet
où il eſtoit , & le fit livrer au
{
310 MERCURE
peuple , qui le déchira en mille
pieces , en criant à haute voix ,
au bruit de toutes fortes d'inftrumens
, Vive Philippe V.
Je dois vous dire, à cette occa
fron , ce que dit la Reine d'Efpagne
à Burgos. Cette Princeffe
alla à l'Eglife , en y arrivants
& comme on ne l'y attendoit
pas , fon départ de Madrid ayant
efté precipité , il ne luy parue
pas que le peuple s'empreffaft à
la recevoir. Mais pendant qu'el
le eftoit à l'Eglife , ayant entenda
un grand murmure dans la
Ville , qui eftoit toute en mouvement,
elle ne fçut à quoy l'at
tribuer , & douta même quelque
temps fi tous les habitang
eftoient fidelles au Roy , & fi
quelques troupes ennemies ne™
GALANT 311
s'eftoient point gliffées dans la
Ville , ou n'y avoient point efté
ouvertement introduites par
quelques traîtres. Cependant
cette Princeffe , qui n'a pas
moins de fermeté d'efprit que de
prudence , ne jugea pas à propos
de donner aucune marque.
des doutes où elle eftoit jau
contraire , elle fortit de l'Egli
fe avec un air de confiance , &
une majefté qui faifoient plaifir
à voir : mais cette majesté eftoit
accompagnée d'un air gracieux
qui luy attiroit tous les coeurs!
Le peuple s'empreifa de la voir,
auffi coft qu'elle fe fut levée de
fa place pour traverser l'Eglife ,
afin de s'en retourner ; mais cet
empreffement excité par
la curiofité
ac fignifioit encore rien
312 MERCURE
Cette Princeffe eftoit néanles
moins un peu raffurée
par
mouvemens
de joye qu'elle crue
voir fur les vifages de tous ceux
qui s'empreffàient
de la voir ;
mais à peine eut - elle forti de
l'Eglife , qu'elle trouva une fou
le incroyable
de peuple qui l'ac
compagna
jufqu'à ſon Palais , au
bruit des acclamations
de joye ,
& des cris de Vive Philippe V
Sa Majefté
ne fçachant
de quelle
maniere
marquer fa recon
noiffance à ce peuple , s'écria
de temps en temps , Vive la fide
Lité Caftillane, Ces mots qu'elle
prononça
affez haut pour cftre
entendus
de ceux qui estoient
proche d'elle , pafferent
de bouche
en bouche , & firent redou
bler les cris de Vive Philippe V
aufquels
GALANT
313
aufquels plufieurs ajoûterent ,
& la Reine fon Epouse ."
J'apprens en ce moment , de
nouvelles circonftances du combat
dont je viens de vous parler
; il eft appellé le Combat de
Cannes , & il eft ordinairement
précedé d'un combat de Taureaux
. Les deux partis dont je
vous ay parlé , combattirent
fous les noms d'Espagnols & de
Po tugais. Le tout s'eftant paffé
de la maniere que je viens de
yous dire , & le Portrait de l'Archiduc
ayant eu le fort que vous
avez fçû , il s'éleva une émotion
populaire des plus terribles
dont on ait jamais oui parler ;
les peres , les meres , les freres ,
les foeurs , les parns , les alliez
& les amis de ceux qui avoient
Aoust 1706 .
Dd
314 MERCURE
combattu , prirent querelleens
tre - eux , & s'échaufferent de
telle maniere , qu'ils furent fur
le point d'en venir aux mains
& l'on n'attendoit que le moment
d'un combat terrible &
fanglant , dans lequel tous
habitans auroient eu part , lors
qu'une voix perçante fe fit entendre
, fans que l'on puſt connoistre
de quel coſté elle venoit .
Voicy à peu prés les paroles qui
furent entenduës : La volonté du
Ciel s'eft expliquée dans le combat
que vous venez de voir , &elle a dû
vous faire connoiftre que la Couronne.
d'Espagne appartient legitimement
à Philippe V. Il fe fit alors un
filence profond , par lequel on
fembla refpecter la voix qui venoit
de parler , & les paroles
GALANT 315
qu'elle venoit de prononcer ;
puis tout à coup , tous les deux
partis , animez d'une même voix
& d'un même efprit , firent retentir
les airs des cris longtemps
redoublez de Vive Philippe
V. Voilà l'hiftoire telle
qu'elle m'a efté rapportée de divers
endroits .
Il me refte beaucoup de nouvelles
d'Efpagne à vous dire ,
qui ont efté apportées par les
deux derniers Couriers. Ces
nouvelles ont déja eſté renduës
publiques , & les relations qui
en ont paru , ont eſté trouvées
fort curieufes . Ainfi ce que je
vais vous dire , à cet égard , ne
vous paroîtra pas tout - à fait
nouveau ; mais comme les mef
mes faits écrits
+
par
differentes
D dij
316 MERCURE
perfonnes font toûjours accompagnez
de quelques circonf
tances qui font paroître quel
que nouveauté dans chaque relation
, & que d'ailleurs vous en
trouverez effectivement dans.
ce que je vais vous dire ; je fuis
la loy que je me fuis impofé , de
vous parler des grands évenemens
, avec le plus de détail
qu'il m'eft poffible . Vous en
trouverez beaucoup dans la relation
que je vous envoye ;
cependant je ne laifferay pas
d'ajoûter à la fin de cette même
relation , des éclairciffemens
qui vous paroîtront curieux
.
GALANT 317
Au Camp d'Efpinofa fur He .
narez , le 31 Juillet.
Le Roy d'Espagne partit le 28 .
d'Atiença , & vint coucher à Revollofa
, S. M. C. en partit le 29 .
4. heures du matin , & arriva
à 6. heures & demie au Camp de
Sirvete , d'où Elle croyoit Mr
le Maréchal de Bervvick pari ,
avec la plus grande partie de Armée
; mais rien n'avoit remaé. Mr
de Bervvick ayant fceu que les en-.
nemis venoient à Xadraque , &
les ayant vù luy - mème de fon
Camp , qui commençoient à def
cendre de la hauteur qui domine ce
Village , avoit fufpendu fa marche.
Le Roy d'Espagne eftant arrivé
, vit luy- même le mouvement des
Dd iij
318 MERCURE
Ennemis . L'on jugea bien qu'ils ne»
s'arreſteroient pas à Xadraque,qui
eft dans un fonds, mais qu'iss'avanceroient
fur les hauteurs , qui font
en deça , par rapport au Camp de
S. M. C. On les vit effectivement
paroiftre quelques heures aprés fur
qui font oppofées à
ces hauteurs
celles , où l'Armée des deux Cou
ronnes eftoit campée , & feparées
par la Riviere d'Henarez Les
deux Camps efloient prefque éga..
lement avantageux , les hauteurs
eftant de part & d'autre fort ef
carpées , &impraticables à la cavalerie
, hors par le grand chemiin
qui eftfortferre. Ily eut quelques
efcarmouches legeres , & on fe canona
des deux coftez , avec peu d'effet
; n'y ayant eu de noftre cofté ,
que deux chevaux bleſſez un hom
GALANT 319
د و
me tué , &un autre bleßé. Les
ennemis doivent y avoir perdu davantage
, y ayant eu plufieurscoups
qu'on a vu porter au milieu de
quelques- ans de leurs Bataillons.
On douta d'abord fi leur Armée
dont on ne découvroit qu'une partie
, y eftoit toute entiere ; mais on
en fut bientoft éclaircy par les De-
Jerteurs , qui nous l'affeurerent , &
leur deffein eftoit de venir attaquer
l'Armée du Roy d'Espagne ,
croyantqu'il n'y avoit qu'un Corps
de 14. ou 15. Efcadrons commandez
par Mr de Joffreville ; mais dés
qu'ils eurent reconnu la force de
Armée , ils prirent le parti de fe
retirer ce qu'ils executerent bier
aprés midy. Ils ne laifferent pas de
faire tirer leurs batteries tout le matin
, &jufqu'à trois heures aprés
Dd iiij
que
320 MERCURE
midy , faifant faire divers mouve
mens à leurs Troupes , dont on ne
pouvoit imaginer la raison. C'é
toit uniquement pour cacher leur
retraite , que l'on ne fçût certainement
que vers le foir , tant par
des Deferteurs de leur Armée , que
pardes partis que Mr le Maréchal
de Bervvick détacha pour eftre plus
certain de la verité. Quelques
heures avant que nous fullions informez
de leur retraite , Mr le Maréchal
de Bervvick avoitfait agreer
au Roy d'Espagne , de marcher a
onze heures du foir fur la droite de
Xadraque , pour gagner Efpinofa,
qui eft dans une plaine ; compiant
par- là d'obliger les Ennemis à faire
quelque mouvement , finon de s'avancer
à Guadalaxara , de fe ren-.
dre par-la maitres de leurs magaz
GALANT 321
zins , qui y font , & de fe mettre
entre eux & Madrid. Cette marche
n'étoit pas fans peril , parce
que c'eftoit prêter le flanc aux Ennemis
, & qu'il y avoit un défilé
à paffer à la portée du canon de lear
Camp. Notre arriere-garde auroit
couru rifque d'eftre entamée ; mais
c'eftoit un moindre mal que de demeurer
plus long- temps dans la fituation
où nous eftions. Le Roy
d'Espagne est venu aujourd'huy dans
ce Camp , qui eft à deux lieuës &
demie de Sirvete . Les Ennemisfe
retirerent avec précipitationpar
grand chemin de Guadalaxára.
Ils ont marche une partie de la
nuit , & aprés avoir rafraichi pendant
quelque temps , ils fontpartis
ce matin de Supetrau , fur les
dix heures , tirant vers Guadalale
322 MERCURE
le
xara. Plufieurs des principaux
Officiers , quifont auprés du Roy~
d'Espagne , propofoient de marcher
cette aprés midy , pour s'approcher
des ennemis , & tâcher de les atteindre
avant qu'ils ayent reçû du
renfort. Mr le Maréchal de Bervvik
ne l'a pas jugé à propos .
On a fçu que l'Archiduc eftois
effectivement parti 24. de Sa.
ragoffe , que le 27. il eftoit à deux
lieues de Molina, qui eft en Caftille,
fur la frontiere d'Aragon , & qu'y
ayant envoyé un détachement, cette
Ville luy avoit prefté l'obéissance...
Nous avons fçu par des Lettres
interceptées que Peterborough ·
envoyoit à l'Archiduc douze cens
hommes des troupes , qui eficient
dans le Royaume de Valence, com
mandées par Morras & Huma
>
GALANT 323
da
deux Espagnols qui eftoient
attachez aufeu Amirante de Caf
tille. Ces douze cens hommes font
compoſez de deux Regimens d'Infanterie
, qui portent leurs noms, &
de trois cens chevaux. On ne sçait
rien de certain de Peterborough
finon qu'il eftoit encore le 23 .
Valence , publiant qu'il parteit
inceffamment..
Au Camp de Marchamalo ,
le 2. Aouft.
Ze Roy d'Espagne partit hier à
trois heures du matin, avec l'armée,
-du Camp d'Efpinofa , après avoir
eu divers avis que les ennemis fe
retiroient en diligence. On paffa
plufieurs défilez, & on arriva fur
Les huit heures à Humanez, dans
*
324 MERCURE
une belle & grande Plaine , què
continuë juſqu'à Madrid. On apprit
que les ennemis avoient couché
à Jonquera , qui n'est qu'à deux
lieues d'Humanez. Après avoir ·
fait alte pendant quelque temps ,
pour attendre que l'arriere - garde.
euft paffé les défilez , on marcha à
Jonquera , où l'on arriva à une
heure aprés midi . On fçut que l'arrieregarde
des ennemis n'en eftoit
qu'à trois quarts de lieue , & l'on
vint dire à Mr le Maréchal de
Bervvik qu'ils eftoient en bataille
devant un grand ravin. On fit
auffi toft mettre l'armée des deux
Couronnes en bataille pour les attaquer
; plufieurs Partis , qu'on
avoit détachez, firent beaucoup de
prifonniers. Soixante Carabiniers
Espagnols battirent cinq Efcadrons
,
GALANT 325
des ennemis , en tuerent quaïante
hommes , & enprirent vingt- huit.
Il vint aufi plufieurs Deferteurs
Anglois & Hollandois , & ils af
Jurerent qu'il en viendroit beau
coup davantage , s'ils ne craignoient
d'eftre tuez par les Payfans
, qui affomment tous les fol
dats ennemis qui s'écartent de leurs
Corps . On apprit bien- toft après ,
que
les ennemis marchoient avec
précipitation , pourpaffer la riviere
de Henarez, & gagner les hau.
teurs de Guadalaxara .
Comme noftre infanterie eftoit
fortfatiguée , ayant marché depuis
une heure aprés minuit , jufqu'à
quatre heures du foir , Mile Maréchal
de Bervvik ne jugea pas
polible d'aller plus loin . L'armée
campa à Fontanar , qui n'eſt qu'à
326 MERCURE
ane bonne lieuë de Guadalaxara.
Ce matin , à deux heures , elle a
marché fur quatre Colomnes , fans
battre la generale ; mais à peine
le Roy d'Efpagne eft- il arrivé à
la vue de Guadalaxara , qu'on a
reconnu que l'armée des ennemis
eftoit effectivement campée fur les
hauteurs voisines , ayant devant
elle la riviere d'Henarez , qui®
paffe au pied de ces hauteurs.
Comme il n'eft pas praticable de
les attaquer dans un pareil pofte ,
con apris le parti de fe camper de
vant eux fur une feule ligne , qui
déborde extrêmement , de part &S.
d'autre , le Camp des ennemis
¿s'étendant une grande lieuë plus
bas , en tirant du cofté de Madrid.
Un de nos Partis , qui eftoit allé
fur le chemin d'Alcala , vient
GALANT 327
d'amener un convoy de cinq mille
Fanegues d'orge , qui alloit aux
ennemis . Un autre Parti a pris un
Courier , qui venoit de Madrid à
Guadalaxara , avec plufieurs Let
tres pour le Marquis Das - Minas
, & le Comte de la Corfana.
Ces Lettres font voir que
les ennemis
font dans une grande difette de
vivres , que le Corregidor de Madrid,
& quelques auires Miniftres,
qui travaillent au nom de l'Archiduc
, pour la fubfiftance de l'armée
Portugaife , fe trouvent fort
embaraffez, attendu qu'ils ne peu
vent rien tirer , ny du cofté de la
vieille Caftille , dont les principa
les Villes ont rentré d'elles meſmes
dans l'obéiffance de Philippes V.ny
du café de la Manche , qui eft un
paysfort abendant ; parce que la
328 MERCURE
Ville & les Habitans de Toledes
ainfi que des autres lieux voifins ,
gardent lesbords du Tage , & ont
rompu le Pont d'Aranjues , enforte
que rien ne peut passer pour Madrid.
Mr le Maréchal de Beruvick
a envoyé ungros détachement,
fous les ordres de Mr de Legal
pourfe faifir d'Alcala , où les ennemis
ont leursfours , une partie de
leurs vivres , & une garnison . On
ne peut exprimer le transport de
joye que les peuples témoignent de
voir leur Roy de retour. Les hommes
& les femmes des lieux qui
ont efté pillez par les ennemis difent
qu'ils font confolez d'avoir tous
perdu , puifqu'ils voyent leur Roy
en estat de chaftierfes ennemis ; &
ceux qui ont encore du vin dant
GALANY 329
leurs caves le donnent , de leur bon
gré aux foldats , pour les animer à
marcher contre les ennemis.
ous le
Les mefmes Lettres dont on vient
de parler , apprennent que PATchiduc
devoit joindre le Marquis
Das Minas le 3. 4. de се
mois. Un autre Courier , qui alloit
de Guadalaxara en Portugal ,
vient d'eftre amené icy , avec une
valize pleine de Lettres.
Du 3. Aouſt,
On a feu ce matin que Mr de
Legal eftoit arrivé cette nuit à
Alcala , avecfes troupes , & qu'il
s'en eftoit rendu maitre (ans aucune
oppofition. Deux Bataillons
Portugais , qui y eftoient en garnifon
, enestoient fortis avantfon at.
Aoust 1756.
Ee
330 MERCURE
rivée , ainfi que beaucoup de mu
nitions de guerre & de bouche , que
les ennemis avoient commencé À
transporter , depuis deux jours , des
cofté de Guadalaxara . Il eftoit
refté dans la Ville , beaucoup de
leurs malades ; & comme Mr des
Legal écrit à trois heures du ma..
tin , il n'avoit encore pù reconnoî-.
tre ce qui eftoit refté dans les Man
gazins.
Auli- toft que le Roy d'Espagne
a fçu qu'Alcala eftoit en fon pouvoir
, il a refolu d'envoyer à Ma--
drid , pour faire rentrer cette Capitale
dans fon obéiſſance.. Il a
écrit une Lettre à la Ville , dont il
chargé le Marquis de Majorada¸ .
qui vient de partir pour s'y rendre ,.
avec Dom Alonzo de Narvaëz,
que Sa Majesté Catholique a nom
GALANT 331
me pour Corrigidor, à la place de
celuy qui a eu la criminelle foibleffe
de continuer à exercer cette
Charge pour l'Archiduc. Ils feront
escortez par quatre cens chevaux ,
commandez par Dom Antonio
del Valle , Maréchal de Camp
Espagnol, Comme en ne doutepas
que Madrid ne rentre dansfon devoir
, fans aucune difficulté
envoye des ordres en ce cas , poury
Faire venir les grains neceffaires ,
pour la fubfiftance de cette Ville,
Du 4. Aouft.
ཟས་
on
On a fçu cette nuit , par un Couvier
de Mr. de Legal , qu'il avoit
enlevé bier un grand Convoy , qui
portoit d'Alcala à Guadalaxaia ,
tout ce que les ennemis avoient
Ecijs
332 MERCURE
laisé dans cette premiere ville
tant de vivres & de munitions de
guerre , que de differents uftenciles .
Ce convoy étoit efcorté par quatre
cens hommes de pied ,
$
par cent
chevaux, Tout a efté fait prifonnier
de guerre , à la referve de 60 .
chevaux qui fe font fauvez.
$
On a feu aufi ce matin , que le
Chasteau de Segovie , où le Marquis
Das - Minas avoit laiffé
cent cinquante hommes de pied,
& trente chevaux , a efté aliege,
& pris par les habitans de la
ville , qui eftoient revenus à l'obeffance
du Roy, leur maißte .
Il y a d'autres lettres qui por
tent , que les mêmes habitans qui
ont pris ce Chateau , ont engagé
par Capitulation , les TrouGALANT
333
pes qui eftoient dedans , de ne
fervir de fix mois contre l'Efpagne
.
Je paffe aux nouvelles qui ont
efté apportées par le Courier
parti le 10 de ce mois de l'Armée
du Roy d'Espagne ; & je
vous envoye deux lettres appor
tées par le même Courier . La
premiere eft d'un homme de diftinction
de la Cour de Sa Majefté
Catholique , qui ne fait
point profeffion de porter les
armes , mais qui eft bien inftruit
de ce qui fe paffe ; & la feconde
eft d'un des principaux Officiers
de l'Armée . Vous trouverez
, enfuite de ces deux lettres
, quelques éclairciffemens
& quelques augmentations touchant
quelquesarticles dont el
334 MERCURE
les parlent , & quelques faits
dont elles n'ont rien dit . Voilà
la maniere la plus propre dont
j'ay crû me devoir fervir , pour
vous donner une idée auffi parfaite
qu'il me fera poffible de la
fituation où se trouvoient les
affaires d'Espagne le 10. de ce
mois . Je ne doute point que l'on
ne reçoive la fuite de ces nouvelles
avant que je finiffe ma
lettre ; & je ne manqueray pas
de les y ajoûter , avant que de
la fermer : cependant je pour
fuis , pour obferver l'ordre que
je me fuis prefcrit.
GALANT 335
Au Camp de Marchamalo
le 10. Aouft.
que
4.
Madrid eft à prefent tres - paifible
, fous l'obéiffance de Philippe
V. les canailles qui s'eftoient retirées
le dans le Palais , en font
forties les par capitulation , parce
l'on a craint qu'elles n'y mif..
fent le feu . Leur nombre montoit
à 370. & parmy eux , plus de
80. Officiers , qui avoient paffé à
l'Archiduc ; ils font tous prifonniers.
Le peuple a faccage 7: on:
8. maiſons des gens les plus pafſionnez
pour ce Prince ; ce qui eft
336 MERCURE
C
de rare , c'eft qu'ils ont brûlé tout
ce qu'ils ont tiré de meilleurs
meubles , pour montrer que ce
n'eftoit pas le defir de piller , qui
les portoit à chatier les Traîtres.
On a arrefté ce defordre qui
auroit pú aller trop loin . On a
brûlé avec appareil l'étendart
le portrait de l'Archiduc
avec tous les Actes publics , qui
avoient efté faits en fon nom . Le
même jour que nos Troupes font
entrées dans Madrid , qui eftoit le
4 , on a arresté fur le grand chemin
plufieurs caroffes pleins de gens
qui en eftoient fortis pour aller au
devant de l'Archiduc ; entr'autres
ج ي و ت
le
GALANT 337
le Comte de Lemos , le Patriarche
des Indes , l'Evêque de Barcelone ,
&plufieurs autres qui eftoient bons
à
prendre
.
Nous fommes toujours en prefence
des ennemis ; l'Archiduc &
Peterborough font arrivez à leur
Camp le 6. & le 7. de ce mois ,
avec fix Bataillons , trois Regia
un de Drala
mens de Cavalerie,
gons . Nous ne les en craignons pas
davantage ; mais l'on ne peut les
forcer à fe battre , par la bonté de
leur pofte. Nous efperons que
faim les en chaffera. Il vient tous
les jours des deferteurs , & l'on
amene continuellement des prifon-¸
Aouft 1706 . Ff
338 MERCURE
niers , faits tant par les Partis ,
que par les Payfans. On a battu
aujourd'huy leursfourrageurs . Les
peuples de Caftille continuent à
faire des merveilles ; c'eſt un grand
point dans la conjoncture prefente,
AUTRE.
Au Camp de Marchamalo ,
le 10. Aouft.
a
Il y a dix jours que nous fom
mes campez icy , à un quart de
lieue des ennemis , quifontfi avantageufement
campez , c'est- à- dire ,
entre deux rivieres , que nous ne
feaurions les attaquer. Nous espe
GALANT 339
rons neanmoins que dans trois ou
quatre jours nous ferons une tentative
qui décidera. L'Archiduc
a
joint le 6. Peterborough
le 7 .
Ils ont amené enfemble 600. chevaux,
6. Bataillons . Nous ne.
craignons point ce renfort. Les
Payfans amenent tous les jours des
prifonniers, des chevaux qu'ils
rennent dans les Villages de l'autre
cofté du Camp des ennemis.
La fidelité des Caftillans
ne peut
eftre plus parfaite. Les ennemis
fouffrent beaucoup dans leur Camp?
le pain y vaut un écu. Il nous
vient tous les jours un grand
nombre de defertears. Je fus déta
Ffij
34° MERCURE
&
ché il y a quatre jours ; nous prêmes
600. Portugais , un Lieute
nant Colonel, avec tous les Officiers
de deux Bataillons , & un convoy,
confiftant enpain , bifcuit , ris , blé,
farine , orge , féves , fers à che
vaux , les équipages de quelques
Officiers generaux ; beaucoup
de chariots , 300. boeufs , plufieurs
chevaux , un Courier. Nous
primes le 3. cinq cens mulets &
bouriques , beaucoup de blé ,
autres provifions , efcortées par
deux cens Anglois. Le même jour
onprit un Courrier de l'Ambaſſadeur
d'Angleterre à Liſbonne , qui
mandoit à Mr Galloway , que le
GALANT 341
Roy de Portugal ne paroiffoit point
difpofé à luy envoyer d'autres fecours
, parce qu'il eftoit veritablement
informé que le peuple d'Efpagne
eftoit en armes contre l'Archiduc.
Le Marquis de Bay doit
nous joindre demain avec quin-
Ze cens chevaux , & quelque Infanterie.
Ily a 12000. hommes.
de pied dans Tolede , bien armez
pour le fervice du Roy Philippe.
Ees ennemis paroiffent n'avoir
d'autre attention qu'à affurer leur
retraite par l'Aragon ; nous ferons
ce que nous pourrons pour
leur difputer. Nous avons envoyé.
5. un détachement à Madrid ,
Le
la
Ff iij
342 MERCURE
où l'on a trouvé quelque refiftance
de quelques revoltez partie def
quels a cfté maffacrée ,
a
le reste
qui s'eftoit retiré dans le Palais ,
Sauvé fa vie par capitulation..
Le Comte de Lemos , le Patriarche
des Indes , & l'Evêque de
Barcelone ont efté arreftez dans
Leurs caroffes , allant au devant
de l'Archiduc
; on les envoye en
France.
Mahony marche pour nous
joindre,avec les Troupes qu'il commande.
Toutes les Places où les
Portugais ont paffe ,font actuellement
en armes contre- eux . Madrid
paroift dans une joye extraor
GALANT 343
dinaire de fe voir délivré de la
domination des Portugais.
Tout ce que vous venez de
lire a dû vous faire connoiſtre
Factivité du Roy d'Espagne , &
le bon parti qu'il a pris en allant
fe pofter entreMadrid & les
Ennemis , pour couper la communication
qu'ils avoient avec
cette grande Ville , qui pou
voit leur fournir une partie de
leur fubfiftance . Ce coup n'étoit
pas feulement important
par le dommage qu'il caufe aux
Ennemis , mais par le grand
éclat qu'il fait dans toute l'Efpagne
, & par l'efperance qu'il
donne de la perte de l'Armée
Ennemie . On ne laiffe pas ,
quoique fa fituation foit mau-
Ff iiij
344 MERCURE
leur
vaife , de dire que fes Generaux
ont fait une fçavante marcher
pour éviter le combat , dans un
temps où eftant les plus foibles ,.
ils ne pouvoient éviter d'eftre
battus . Ce n'eſt pas que
fituation ne foit tres - mauvaiſe ;
mais -lorfque l'on fe trouve entre
deux dangers évidens , it
faut toujours , autant qu'il eft.
poffible, éviter le plus preffant .
Leur fituation prefente n'eft
guére meilleure qu'elle eftoit
peu auparavant . Il est vray
que l'arrivée de l'Archiduc &
de Mylord Peterborough a
augmenté leur Armée de cinq
mille hommes ; mais cela ne
leur fuffit pas pour rifquer un
combat , dont la perte cauferoit
la ruine entiere de leus
GALANT 345
}
Armée, puifque ceux qui auroient
le bonheur d'éviter lan
mort ou la prifon, ne pourroient
échapper aux Païfans armez ,
qui rempliffent la campagne .
S'ils ne prennent pas le party
de fe faire jour en Portugal , en
fe faifant un paffage au mil
lieu de l'Armée d'Elpagne , it
faut que la neceffité les faffe
perir dans leur Camp , où la difette
eft plus grande qu'aupara
vant , depuis l'arrivée de l'Archiduc
. S'ils veulent éviter de
perir dans leur Camp , il faud
qu'ils prennent la route d'Aragon
; mais , outre que l'abondance
n'a jamais regné dans les
lieux où ils feroient obligez de
paffer , les marches des troupes
, & ce que les habitans affi
*
346 MERCURE
dez à Philippe V. en ont retiré
, font qu'il eft abfolumens
impoffible de fubfifter dans le
pays , en ne faifant même que
le traverfer. Ainfi les Ennemis
ne peuvent rien efperer de bon
d'aucun des trois partis qu'ils
ont à prendre , & pendant qu '
its deliberent , leurs troupes defertent
ou periffent tous les
jours . Rien n'égale le courage
& lezele des Payfans de Caftille
, qui harcelant fans ceffe les
Ennemis font caule que les
troupes de Sa Majesté Catholique
fatiguent moins , & s'expo
fent peu . Ces Payfans font
contents de toutes leurs peines ,
lorfqu'ils ont vu leur Roy, dont
ils viennent en foule baifer la
main. Ce Monarque leur die
>
GALANT % 347
qu'il eft content de leur zele ;
qu'ils n'ont qu'à retourner dans
leurs Villages ; & qu'il aura
foin de les y maintenir en feureté
.
Pendant que l'union regne
entre le Roy d'Efpagne & fes
fujets , la difcorde joue un
beau rôlle dans l'Armée Ennemie.
Le Marquis das Minas
continue de fe plaindre de Mylord
Galloway , & dit qu'il de
voit fuivre les confeils , en s'affurant
fes premieres conquêtes ,
& en n'allant point jufqu'à Madrid
. Mylord Peterborough fe
plaint auffi de fon coſté de My-
Ford Galloway , & dit que c'eft
contre fon fentiment qu'il a pepetré
jufqu'à Madrid , où fon
ambition feule l'a fait aller ,fans
348 MERCURE
en vouloir examiner les confe
quences & les fuites dangereus
fes , qu'une conquefte précipitée
& qu'il eft impoffible de
garder, pouvoit caufer. L'Ar
chiduc eft témoin de toutes
ces conteftations , qu'il ne peut
décider ; ce n'eft qu'un phantôme
qui va comme on le me
ne , & qui ne fe remuë que
lon qu'on le fait agir , mais ft
lentement qu'il impatiente tous
ceux qui le voyent
fee
Toutes les lettres qui fone :
venuës de l'Armée du Roy d'EC
pagne , ont marqué que ce
Prince avoit envoyé à Madrid
Mr le Marquis de Mejoradas
mais elles ne le font point étendues
fur l'article de ceux qui
s'étoient retirez dans le Palais
GALANT 349
à fon approche. Voicy le fait .
Lorfque les Alliez s'avancerent
jufqu'à Madrid , ils crurent
bien que l'on ne pouvoit garder
une place fi remplie de
peuple , & qui n'a point de for
tifications où l'on puiffe mettre
des troupes pour contenir ce
peuple. Ainfi il falloit neceffairement
que les Alliez demeuraffent
dans l'inaction , &
dans l'apprehenfion même que
ce peuple ne fe foûlevât contre
eux. Les Alliez auroient pû
tenter le pillage de la Ville ;
mais ce moyen étoit mal propre
au deffein qu'ils avoient
d'infpirer aux Caftillans de l'amour
pour l'Archiduc , & de
leur faire reconnoiftre ce Prince
pour leur Maiſtre . Il falus
j.
350 MERCURE
donc qu'ils demeuraffent tranquilles
, en attendant que les
Armées décidaffent du fort de
l'Archiduc . Ils n'oferent donc
mettre des troupes dans Ma
drid ; & l'on peut dire en cette
occafion , les vainqueurs apprehendoient
les vaincus , &
qu'ils en recevoient la Loy. I
faloit neanmoins que les Alliez
euffent quelques gens dans Ma
drid , pour recevoir quelques
droits , que le Corregidor qui
s'étoit laiffé gagner , ou qui
avoit eu peur , leur permettoit
de lever ; cependant les All
liez étoient fort embarraffez ,
car ils n'ofoient laiffer , même
aux portes de Madrid , ni Portugais
, ni Anglois . La haine
des Caftillans eft fi grande con
GALANT 351
tre les Portugais , qu'ils n'en
auroient pû voir un feul fans
1 affommer auffi - tôt ; & ils en
auroient fait de même des Anglois
, à caufe des irreverences
qu'ils commettent ordinaire
ment dans les Eglifes . De maniere
qu'il fut jugé à propos
de laiffer quelques Valenciens,
& quelques Aragonois aux por
tes de Madrid , aufquels fe joi
gnirent quelques Vagabonds
Efpagnols ; car il n'y a point de
Nation , quelque fage & quelque
fidéle qu'elle foit , qui n'ait
chez elle des gens de ce carac
tere , que l'on nomme gens fans
aven. Voilà de quoy étoient
compofées les troupes qui fe
retirerent dans le Palais , à l'ag.
rivée de Mr le Marquis de Me,
352 MERCURE
हे
jorada , à la tefte defquels fe
mit le Comte d'Amajuelas . Ce
Comte eft un homme qui avoit
toûjours plus fait la Cour aux
Dames, qu'à fon Prince , & qui
s'étoit perfuadé fous le regne de
Charles II . que l'on ne pouvoit
luy refufer la Viceroyauté du
Perou . 11 difoit même qu'elle
luy avoit efté promife , & il
avoit confervé un chagrin fecret
contre Philippe V. à fon
avenement à la Couronne ; de
maniere que fon chagrin & fa
mauvaiſe volonté commencerent
à fe manifefter lorfque les
troupes des Alliez arriverent à
Madrid , & que le Corregidor
ntimidé reconnut l'Archiduc .
Ce Comte étant entré dans le
Palais , anima tous les fcelerats
GALANT 353
dont je viens de vous parler ,
à faire une vigoureuſe refiftance
; & il leur montra l'exemple
, puifqu'il reçût juſqu'à 22
bleffures fans s'eftre retiré du
combat . Enfin la défenſe de
ces rebelles étant toûjours opiniâtrée
, on ne jugea pas à propos
de les faire perir dans le
Palais , ainfi qu'il étoit ailé de
le faire ; l'on les prit feulement
à difcretion , par ce que fi on
avoit attendu plus long- temps ,
le defefpoir auroit pu les engager
à mettre le feu au Palais,
& que l'on vouloit conferver
les Reliques & l'argenterie qui
étoient dans la Chapelle du Pa
Jais , des femmes qui étoient dedans
, des papiers de confequence,
& de tres - beaux Tableaux.
Aoust 1706. Gg

314 MERCURE
Comme ces traîtres avoient été
pris à difcretion , leur vie dé
pendoit de Sa Majesté Catho
lique mais elle leur a fait grace
, en les envoyant prifonniers
à Pampelune. Les raifons qui
ont fait prendre un fi méchant
parti au Comte d'Amajuelas
font connoiftre qu'il a préferé,
en cette occafion , fes intereſts
particuliers , à ceux de toute
I'Efpagne puifqu'il n'allegue
point que la Couronne n'appartient
pas à Philippe V. &
que fi ce Monarque luy avoit
donné le Gouvernement du Perou
qu'il prétendoit , il n'auroit
jamais manqué à la fidelité qu'il
Tuy devoit , comme à fon legitime
Souverain . Le Comte de
Lémos n'avoit auffi abandonné
GALANT 35
Te parti de Philippe V. que parce
qu'il eft de la Maifon de
Portugal , qui a embraffé celui
de l'Archiduc , & que parce
qu'il s'étoit imaginé qu'il devoit
eftre chagrin contre Philippe
V. qui avoit fait quelques
reglemens qu'il avoit crû
neceffaires pour le bien de l'E-›
tat , & dans lefquels ce Comte
s'étoit trouvé enveloppé . Ainfi
ces efprits feditieux , inquiets
& ambitieux , ont beau fe revolterocontre
leur veritable>
Souverain , deur revolte ne fera
jamais aucun effet , tant que
Fon découvrira que leurs interefts
feuls les font agir
-Jegdévrois om'étendre fur un
endroit d'une des lettres que
vous venez de lire , & qui porte
Ggij
356, MERCURE
}
que l'Etendard & le Portraitz
de l'Archiduc oat efté brûléz
avec appareil , mais il feroice
difficile de vous dépeindre law
joye que tout le peuple de Ma
drid a fait voir en cette occafion.
Ses tranfports ont eftéis:
auffi vifs que finceres ; & ils s
ont député vers fa Majefté Ca.
tholique , pour l'affurer de
nouveau de leur fidelité de
maniere que l'on peut dire qu'
ils ont de nouveau proclamé:
ce Prince , & qu'ils luy one faic
de nouveaux fermens d'une fi
delité inviolable. Vous avezi
dû remarquer , dans les lettres
que vous venez de lire , la mad
niere dont le fidéle & zelé peuple
de Madrid en ufe envers
ceux dont l'infidelité eft ave
par
1
GALANT 357
rée. On a de tout temps pillé
& brûlé les maifons des traîtres
; mais le peuple qui fait ces ?
executions , profite ordinairement
du pillage : ce qui eft d'au
tant plus dangereux , que les innocens
peuvent être attaquez ,
auffi-bien que les coupables , tant
le defir de profiter eft capable
d'exciter au tumulte des coeurs
interreffez . Mais il n'en eft pas
de mefme des habitans de Madrid
; & pour faire voir que le
feul zele , & le feul amour qu'ils
ont pour leur legitime Souve
rain , les fait agir , & que ces
amour n'est mêlé d'aucun intereft
fordide , ils portent dans les
places publiques , toutes les
chofes dont ils pourroient profiter
& en ymettant le feu , ils
358 MERCURE
font connoiftre que leur hore
reur pour les traiftres fa ré
pand jufque fur les chofes ina
nimées qui leur appartiennent.
Il y a ya lieu de croire qu'un paz
reil procedé retiendra dans le
devoir , ceux dont la fidelité
pourroit chanceler , & qui fe
pourroient laiffer éblouir aux
promeffes de ceux à qui les prov
meffes ne coûtent rien
qu'ils cherchent à envahir des
États , parce qu'ils ne donne
roient rien qui leur appartinft ,
s'ils fe trouvoient en état de tenir
leurs promeffes. Malheurreux
ceux qui s'y fient , puifque
ceux qui parviennent au Trône,
ne doivent rien de ce qu'ils ont
promis avant que d'y eftre affis , ..
& que des Souverains qui peu
lorf
L
GALANT
359
vent s'abfoudre eux - mêmes de
leurs crimes , peuvent bien fe
dégager de leurs promeffes !
Si le peuple de Madrid a fait
voir tant de zele pour fon veritable
Souverain , celuy qu'il an
fait paroiftre pour l'intereft du
Ciel , eftoit encore plus ardent
& comme il fçait que les Anglois
commettent ordinairement
de grandes irreverences
dans les Eglifes , il s'étoit préparé
à ne leur faire aucun quartier
, s'ils eftoient entrez dans
la Ville en plus grand nombre
qu'ils n'ont fait , & s'ils avoient
perdu le refpect dû aux Eglifes,
& aux chofes facrées qu'elles
contiennent. Mais les Anglois
plus politiques , & d'autant
mieux informez du projet que
360 MERCURE
le peuple avoit formé , que des
qu'il voyoit paroiftre un Anglois
, il luy crioit , nous t'atten“
dons aux Eglifes ; ont eu affez de
pouvoir für eux - mêmes , pour
ne point s'expofer à la fainte
fureur d'un peuple juftement
animé:
Je viens d'apprendre que l'ar
mée du Roy d'Espagne groffic
rous les jours , par le grand nombre
de troupes qui la viennent.
joindre de toutes parts , & qu'il
étoit reftéfur la route de Bayonne
à Madrid, environ deux mille
François , qui par diverfes raifons
, n'avoient pû marcher
auffi vifte que le Corps de l'ar
mée qui a joint le Roy d'Ef
pagne.
Ileft temps de vous parler de
la
GALANT 361-
la fuite du fiege de Turin', dont
je ne vous rapporte que les actions
principales ; ne croyant
pas devoir faireun Journal rem
pli de termes plus connus des
des Ingenieurs que du public ,
& qui ne confiftent que dans les
noms des travaux que l'on fait
pour attaquer avec plus de facilité
les ouvrages dont on doit ſe
rendre maiftre avant que d'emporter
le corps d'une Place . La
regle que je me préferis n'eft
pourtant pas fi generale , que je
ne paffe quelquefois par deffus ,
quand les travaux font finguliers
, comme le font ceux que
l'on a faits pour noyer les mines
des ennemis.
Je dois vous dire , avant que
d'entrer dans le détail des ac-
Hh
Aoust 1706.
362 MERCURE
tions dont j'ay à vous parler
que Mr le Duc de la Feüillade
qui fait le fiege de Turin , com .
me le plus ancien des Lieutemans
generaux qui commandent
devant cette Place , y a demeuré
peu de jours de fuite jufqu'au
27. de Juillet , que ce Duc y eft
revenu pour donner chaleur à
ce fiege , & pour ne le plus quitter
jufqu'à la fin . Il ne laiffoit
pas de rouler fur luy auparavant
, & fur les ordres que ce
General donnoit ; & l'on peut
dire que
fon abfence ne laiffoit
pas de contribuer à fon avancement
, puifque tous les progrez
qu'il faifoit pendant fa courfe ,
affoibliffoient tous les fecours
que Monfieur le Duc de Savoye
préparoit , & aidoient à boucher
GALANT 363
tous les paffages par où il pou-
Voit les introduire . Jamais activité
n'a efté plus grande que cel-.
le de ce Duc , qui a fait pendant
fa courfe un grand nombre de
d'expeditions , qui ont obligé
Monfieur de Savoye à fe retirer
de plufieurs poftes d'où il auroit
pu incommoder les A fliegeans ,
s'il y fuft demeuré . Ce Duc n'a
laiffé de venir deux fois devant
Turin , pendant le cours
de fes expeditions , pour voir
comment les chofes fe paffoient,
& pour donner fes ordres , On
doit dire à la gloire des autres
Officiers generaux qui fervent
à ce fiege , qu'ils ont tous fait
voir autant d'experience & de
valeur, que de fermeté ; & qu'ils
font tous dignes de commander
pas
3
Hhij
364 MERCURE
en chef , comme il a
paru lorf
qu'ils fe font trouvez de tranchée
, les jours où les actions
d'éclat fe font faites .
Mr le Duc de la Feüillade
eftant revenu au fiege le 27. de
Juillet , ainfi que je vous l'ay
déja marqué , on continua de
travailler avec beaucoup de
chaleur aux préparatifs de l'at
taque du chemin couvert . On
fit une parallele à 15. toifes de ce
chemin couvert , & pour rendre
les établiffemens folides , on attacha
des Mineurs de 15. toifes
en 15: toifes
pour joindre les
galeries qui partoient du Corps
dela Place fur toutes les capita
les des demi- lunes de poligone
& des Places-d'armes rentrantes
, qui fe communiquoient par
d'autres galeries , l'une fous la
*
GALANT 365
contrefcarpe , & l'autre pareils
lement fous le glacis , d'où ils
firent partir la quantité de ra
meaux qu'ils jugerent à propos ;
de maniere que l'on refta en Fair.
On continua à le préparer , en
cherchant les moyens de rui
ner les mines des ennemis .
Vant un deffein imaginé
par Mrde Gevaudan : & pour
parvenir à executer le projet
formé pour les nover ,
eftant rempli de plufieurs navilles
, on fit faire des rigolles
où l'on fit entrer l'eau.de ces
navilles , & même celle de plu
fieurs canaux , & de la Bialiere ,
ou canal du Martinet. On fit
conduire cette eau à l'endroit
où l'on avoit découvert les
ga.
leries des ennemis . Il fut enfuite
le
pays
Hhiij
366 MERCURE
aifé de trouver les moyens de
noyer leurs mines ; ce qui fut
executé. On travailla aprés
aux difpofitions neceffaires pour
l'attaque du chemin couvert de
la Citadelle . Les ennemis s'étant
bien imaginez que l'on profiteroit
de l'avantage que donnoit
l'eau que l'on avoit fair
couler dans leurs mines , s'étoient
préparez à une deffenſe
vigoureufe. Ils firent pour cet
effet une grande illumination
en jettant quantité de feux d'artifice
& de godron fur l'efplanade
, qui en brûlant jettoienz
une lumiere qui leur donnoit
dieu de voir une partie de uos
manoeuvres mais leur valeur
ne répondit pas à leurs précautions
, car auffi toft qu'on cuc
pa die
*
GALANT 367
donné le fignal , qui eftoit de 5 ,
coups de canon , 22 Compagnies
de Grenadiers , foûtenues par le
refte des troupes de la tranchée ,
fortirent par des débouchemens
Pratiquez pour cet effet , & obligerent
les ennemis , aprés 2. décharges
de fe retirer , & de nous
y laiffer faire noftre logement .
On doit pourtant dire à l'avange
des ennemis , qu'ils firent au
commencement de l'action un
grand feu , tant de leur canon
de la Place , que de leur moufqueterie
, mais 36. de nos mortiers
qui jettérent continuellement
des bombes & des pierres
fur leurs batteries , auffi bien
que 20. pieces de canon à ricochet
qui tirérent fans ceffe ,
firent un feu fi grand , qu'il ne
Hh iiij
368 MERCURE
.
laiffa point de temps aux ennemis
de recharger , & de fe fervir
de leur canon . Jamais contrefcarpe
d'une fi grande confideration
n'a fi peu coûté ,, puifque
nous n'y avons eu que 80. hom
mes tuez , & 213 bleffez ; ce qui
vient de ce que les ennemis
n'ont pû fe fervir que d'une feule
de leurs mines , le reste ayant
efté entierement endommagé
par l'eau que nous y avions fait
couler. On fe logea fur tous les
angles du chemin couvert , &
l'on fit une ligne parallele , le
long de la paliffade , depuis l'attaque
du Baſtion de la droite
jufqu'à la gauche. On fit un
boyau de la droite de la trannchée
jufqu'à la droite du cheemine
couvert ; & à la gauche on
GALANT 369
fit la même chofe . Je dois ajoûtersque
Mr le Comte de Chamarande
eftoit de tranchée lorf.
-que l'action s'eft paffée . Nous
savons perdu en cette occafion
plufieurs Officiers de Grenadiers
. Il eftoit difficile de n'en
pas perdre, les Grenadiers ayant
toûjours efté expofez , & le fuc-,
cés de cette grande action leur
eftant du en partie . Mr d'Adon-
3 court , Major du Regiment de
Normandie , y a eu la cuiffe caffée
; & Mr de Segry , Major de
l'Artillerie , y, a efté tué d'un
coup de canon proche de Mrde
la Feuillade , & ce Duc a efté
tout couvert du fang & de la cervelle
de ce Major . Jene dois pas
oublier de marquer icy, que rien
n'eft égal aux mouvemens, que
370 MERCURI
Mr le Duc de la Feuillade fe
donna pour faire réüflir cette
entrepriſe . Ce Duc eftoit dans
la tranché long - temps avant
que l'attaque commençaft , & il
n'en fortit que lorfque le loge
ment fut perfectionné . J'ay ou
blié de vous dire que Mr le Marquis
de Guerchy , Maréchal de
Camp , cftantà la tranchée trois
jours auparavant , avoit reçu
un coup de pierre à la tefte , qui
l'étourdit , caffa la garde de fon
épée, & qu'on le crût mort pendant
plus d'une demie heure ; on
le tranfporta chez luy , & l'on
avertitMr le Marquis de Dreux,
Maréchal de Camp , qui le devoit
relever , qui fe rendit auffi¬
toft à la tranchée. Le jeune
Comte de Reygnac , fils de Mr
GALANT 371
le Comte de Reyguac Gouverneur
de Brifac , fut tué le même
jour en fe fignalant .
Je ne puis vous faire mieux
fçavoir ce qui s'eft paffé aprés
la prife du chemin couvert ,
qu'en vous envoyant la lettre
fuivante , qui eft fort curieufe
& remplie de plufieurs faits dont
la lecture vous fera plaifir.

6
Au Camp devant Turin ,
ceri. Aouft.
Le Samedy 7. Mr le Marquis de
Goësbriand, Lieutenant General
monta la tranchée. Il alla vifiter
les poftes qui font depuis la droite
jusqu'à la gauche ; il alla dans
toutes les fappes & aux ouvrages
des mines. Il remarqua , dans la
372 MERCURE
vifite qu'ilfit , que la parallele de
la droite à la gauche du chemin cou
vert n'eftoit pas perfectionnée , &
que le boyau n'eftoit pas comme Mr
Tardif , Ingenieur en chef l'avort
ordonné , à quoy ilfit remedier
pour encourager les Travailleurs quis
envifageoient les rifques où ilss'ub
loient expofer, il fe mit aburteste
Il fit pouffer le travail & lefit réta
blir, Ce travail eftantpresque ache
vé , & ce Marquis partant pour
donnerfes ordres ailleurs , il reso
gut un coup defufil à l'épaule gausbe.
On a rapproché nos batteries , &
le feu d'Artillerie eft terrible on a
commencé aujourd'huy à battre ens
bréche. Ily a 42. pieces de
all
12.
24.
de 16. & outre cela d'autres batteries
pour ruiner les deffenfes , & r
empêcher que l'on ne nous inquiette,
<
GALANT
373
Thy a plus de 90. pieces en batterie
& 36 mortiers
La contregarde de la droite eft fort
endommagée , & l'on pourroit facilement
y monter. Le flanc de cette
attaque est tout- à -fait ruine . On
ruine une demi - lune qui eft prefque
au flanc de l'attaque , & Pony a
attaché le mineur. On a mis le feu
aux revêtemens defdits ouvrages ,
c'eſt- à- dire , aux fafcinages. Les
puits que l'on a fait remplir d'eau ,
ont fait un bon effet , & ont noyé
plufieurs mines des ennemis .
Il nous vient des deferteurs en
quantités nous en avons plus de mille
depuis noftre retour au Camp. Il
en est venu depuis l'attaque du chemin
couvert plus de cinq cens . 1ls
viennent cinquante à la fois ;
ils abandonnent des poftes tous en-
_$
374 MERCURE
tiers , & ils attachent l'officier qui
y commande. Depuis que nos vingt
Bataillons font à la montagne , it's
ne peuvent placer de fentinelles .
qu'elles ne viennent auffi - toft nous
trouver. Si cela continue , le Gouverneur
fera obligé de fe deffendre luy
feul. La Bourgeoisie commence à fe
laffer . Monfieur de Savoye a voulu
faire entrer encore un convoy de poudre
dans Turin ; mais ceux qui le
conduifoient ont efte découverts , en
venant reconnoiftre les paſſages . On
ne les a cependant på joindre ,
ayant eu le bonheur de fe fauver.
Une de nos Fregates legeres leur a
pris, du cofté d'Oneille, deux cens milliers
de poudre , qu'ils y vouloient
faire débarquer.
Monfieur de Savoye parut le 10.
avec fa Cavalerie , au deffus de
GALANT 375
Montcallier, au delà du Pò , par fanfaronnadefeulement.
Le II. on établit deux Batteries
fur le bord du chemin couvert
qui battoient en bréche le
flanc du baftion de la droite de
l'attaque . Il y en avoit encore
190 une autre entre la Do
encoe
& le Cavalier,qui battoit la Demy
- lune , qui eftoit déja fort
endommagée . Le Mineur eftoit
fous le Cavalier qu'on embralfoit
, & il eftoit aufli attaché au
Baftion que l'on battoit. L'on
avoit fait , deux jours auparavant
, la defcente du foffé . II
n'y avoit plus dans la place que
3000. hommes de Troupes , fur
lefquelles le General Thaun
mandoit à Monfieur de Savoye,
376 MERCURE
par une lettre que l'on furprit ,
qu'il ne pouvoit plus compter
que fur mille. Il mandoit auffi
que les munitions commen
çoient à manquer ; les deferteurs
qui venoient toûjours en
grand nombre , en difoient autant.
Le 10. il en vint en 2 fois
146. Le 11. il vint une Compagnie
Suiffe, avec le Capitaine, le
Lieutenant & le Sergent ; 2 heures
aprés , il vint encore onze
Sergens . Il vint le 12. trente-fix
Soldats , avec un Sous - lieutenant
, qui apportérent les clefs
des barrieres . Enfin il en defertoit
des poftes entiers de So.
hommes , avec leurs Officiers.
Le 11. on prir aux ennemis 600 .
boeufs , qui eftoient fur le point
d'entrer dans Turin , du cofté
GALANT
377
des Capucins ; on prit auffi l'efcorte
, qui eftoit de 250. hommes.
Il y avoit trois jours que
les Ennemis tentoient de faire
entrer dans la Place 400. mufets
chargez de poudre . Il eftoit
impoffible que rien puft entrer
dans la Ville , & que rien puft
enfortir ; elle eſtoit remplie de
malades.
Le 11. un homme qui a fervi
dans les Troupes de Monfieur
de Savoye , fut arrefté à la Ville
de Bar , qui eft à l'entrée de la
Val-d'Ofte , du cofté de la Plaine;
Place d'importance. Il s'adreffa
à un Lieutenant qu'on
avoit détaché pour commander
dans la même Ville . Il luy montra
une Lettre de Monfieur de
Savoye , dont voicy le contenu :
Aoust 1706.
I i
378 MERCURE
Monfieur ,jefçayque vous avezlien
d'eftrefort mécontent , de ce qu'on n'a
pas eu égard à vos bonsfervices , &
à votre naiffance . Pour vous dédommager
, Mr , de tant d'injuſtice , je
vous envoye le porteur de la prefente ,
"qui vous dira dequoy il eft question .
Cet homme luy dit qu'il falloit
qu'il mift de fon parti 8. ou fo .
hommes & un Sergent , qui devoient
eftre de garde à une porte;
& qu'il viendroit , avec 300 .
hommes qu'ils égorgeroient la
garnifon , & le Gouverneur du
Chateau, & qu'ils fe rendroient
maiftres de la Ville . Monfieur
de Savoye devoit donner pour
recompenfe à ceLieutenant,une
Compagnie de Cavalerie , & de
l'argent pour fe mettre en équipage.
Le Lieutenant répondit
CALANT 379
que la chofe meritoit reflexion ,
& qu'il revinft dans deux jours.
Il n'y manqua pas , & revint
pour fçavoir la réponſe. Ce
Lieutenant , aprés l'avoir renvoyé,
porta fa lettre au Gouverneur
, & l'on prit des mefuares
pour arrefter ce fuborneur.
On luy dit quand il fut au cachot
, qu'il feroit pendu . Il ré-
-pondit que c'eftoient les affaires
de Monfieur de Savoye qui
l'avoit envoyé . Si le Lieutenant
n'avoit pas efté bien zelé pour
le fervice du Roy , la trahison
auroit réüffi .
Le
13 . à midy on arreſta aux
lignes de circonvallation , un
grand homme habillé en payfan ,
qui fut pendu au Pont du Pô le
14. au matin. Il portoit une let
Ii ij
380 MERCURE
tre au General Thaun , par la
quelle Monfieur de Savoye duy
demandoit la force de la droite
de nos lignes de circonvalla
tion , & l'affuroit que deux heu
res aprés la réponſe , il luy eng
voyeroit 1500. Dragons , &
1500. Barbets. On en avoit ar
refté un autre , quelques jours
auparavant , qui portoit une lec
tre du General Thaun quil
commande dans Turin , à Mon
feur de Savoye , qui marquoie
à ce Prince , qu'il ne devoit pas
douter de fa fidelité , qu'il n'a
voit que 2000 hommes dans la
Place , & qu'il ne pouvoit pas
en trouver 1000. pour faire le
fervice ; joint à cela que la defertion
eftoit incroyable . Onf
s'appercevoit de leur foibleffe
તે
GALANT 38E
car le feu de la moufqueterie
diminuoit beaucoup ; ils ne tiroient
pas alors 500. coups de
fufil pendant toute la nuit.
Onfe rendit le 1.3. maistre d'une
galerie de leurs mines de la gauche
. Ony bleffa une femme qui y
travailloit; ce qui marquoit leur
foibleffe La même choſe arriva
lea4 Les ennemis firent fauter
la nuit du 13. au 14. deux mines
fous les paliffades du chemin
couvert , une fur la droite de la
batterie de Saint Quentin , qui
enterra un canon jufqu'à l'effieu
;1 & l'autre entre deux batteries
, qui bleffa feulements .
Soldats , & qui renverfa des ou
vrages de fappe que l'on avoit
faits . A la gallerie de leurs mi
nes qu'on gagna le 14. on a cu
382 MERCURE
un Grenadier & un Mineur de
tuez ; & trois autres Grenadiers
qui entrerent dans la mine , furent
obligez de fe fauver à caufe
de la puanteur qui en fortoit ,
On travailloit alors à la décharsievab
ger .
Les Afliegeans qui eftoient le
18. bien établis fur le chemin
couvert du front de l'attaque
de la Citadelle , avoient furcle
retour de la place d'armes faillante
de la demi - lune ducentre
, deux batteries de 4. pieces
de canon chacune , qui avoient
commencé le 17 , au matin à battre
en bréche par l'écharpe du
foffé de la demi - lune fur les
épaules des deux baſtions , dont
on découvroit quatorze à quinze
toifes de face de chacun fur
GALANT 382
la prolongation des retours joignant
ces batteries . On en fit
une autre de 4. pieces de chaque
cofté pour battre les deux
faces de la demi - lune , dont une
tiroit le même jour 18. & l'autre
devoit tirer le lendemain . Les
Saffiegez firent fauter une batterie
de deux pieces à l'angle faillant
du chemin couvert de la
contre-garde de la droite des af
fiegeans , deftinée pour battre
l'épaule droite de l'attaque de
la demi-lune , à leur égard ; les
deux pieces de l'épaulement de
cette batterie furent entierement
renverfées , & 20. Travailleurs
furent enterrez .
La lettre que vous allez lire ,
vous apprendra des nouvelles de
la fuite de ce Siege.
384 MERCURE
Au Camp devant Turin ce 21.
Aouft.
La Cavalerie que Mr d'Eftain
Commandoit à Cafal , a paffe dans
les lignes , & elle est allée camper
au petit Couvent des Capucins , qui
font au de la de la Doria- Sufine ,
à noftre gauche , qui estoit le quartier
du Roy l'année derniere . On a
feulement laiffe dans le Chateau de
Moncallier , au de- là du Pò , 6. à
700. hommes avec du Canon, Ce
Village eft appuyé à noftre droite
de l'autre cofté du Po , où font les
27.
Bataillons que commande ,
Mr
Darenne , & qui gardent la montagne
depuis noftre droite jufqu'à
noftre gauche , où il y a un pont de
communication , qui vient à la
vieille
GALANT 385
vieille Vennerie , où eft la gauche
de nos lignes , où , comme je vous ay
déja dit , l'on a étably les fours.
L'on prend, & l'on pend tous les
jours des Espions de Monfieur de
Savoye. Il parut le 17. à la hau
teur de
Moncallier avec 7. à 800.
thevaux ; onfit redoubler les gardes
, les piquets & les fentinelles à
la montagne , croyant qu'il vouloit
Rous attaquer. Il a fort envie de
Faire entrer des troupes & de la pondre
dansTurin , que l'on dity manquer;
mais nous le rompons fouvent
en vifiere. Jendy 19. le General
Thaun qui commande dans Tu.
vin , ayant eu avis que Monfieur
de Savoye eftoit à Quiers avec 50
chevaux , qui efcortoient cent Mu.
lets chargez de poudre , pour les con
duire à Turin ; ce General , pour
Aouſt 1706 .
Kk
386 MERCURE
nous tromper , fit fonner le boutefelle
, fit monter à cheval fa Cavale.
rie &fes Dragons , & marchadroit
an pont de noftre gauche , afin de
nous occuper , & de donner le temps
à son convoy de poudre d'entrer
dans la Ville : ce qui ne nous fit
faire aucun mouvement ; au contraire
, cela nous fervit d'avertißement.
Nos Miquelets qui font totjours
au guet , fonnerent de leur
cornes , ( car ils n'ont pour tambour
qu'une coquille de mer ) & defcendirent
au pied de la montagne ,
portée de cette Cavalerie , criant :
tuë, tuë ; & ils tomberent fur
la tefte du convoy de poudre qu'on
vouloit faire entrer à Turin. Cette
teste avoit passé un de nos poftes
où on luy avoit demandé qui vives
elle répondis, France , & on la laifGALANT
387
Ja paffer, croyant qu'elle venoit au
Camp: mais eftant à portée d'un
gué qui fe trouve au Po en cet endroit-
là , cette troupe voulat paſſer
avec précipitation. Nos Grenadiers
qui estoient à ce pofte , s'eftant apperçus
qu'ils eftoient ennemis , y coururent
; ils firent noyer les muletiers ,
fejetterentdans la riviere, &priren t
ting chevaux qui avoient hafardé le
paffage. L'alerte fut par tout le
Regiment Dauphin, Infanterie, qui
eft à portée du Pont ,y courut , & il
s'y fit une petite attaque . La Cavalerie
des ennemis fe retira , fe
voyant entre deux feux , fans trouver
d'autre parti à prendre que celuy
de la fuite ; eftant bornée d'un coffe
par la riviere , & de l'autre par la
montagne , où elle ne pouvoit aller
fur noftre Infanterie , ny d'un
Kk ij
388 MERCURE

cofté ny d'autre , prit celuy d'entrer
dans Turin. On les chargea , on
lear prit trente Cavaliers , on en
tua neuf, & un Officier. On prit les
poudres , avec neuf ou dix mulets,
Les autres rebroußerent chemin & ſe
fauverent à la Val- de - Quiers ,
route de la Ville de Quiers ; ainfu
toute leurpoudre fe trouva perduë
dans la riviere , ou prife. L'on a
fait une batterie de quatre pieces de
canon à la gauche , pour ruiner
deux Calfines fituées au bord Po
qui infultoient ceux qui venoient de
la montagne au pont ; elles font
prefque à terre toutes deux.
Monfieur le Duc de Vendôme
eftant toûjours bien informé de
tous les mouvemens que doivent
faire les ennemis , ayant efté
averty qu'ils devoient aller du
GALANY
389
cofté de Tournay , plûtoft par
oftentation que pour y faire un
fourrage , le peu qui reftoit de
fourrage de ce cofté- là , n’eſtant
pas confiderable ; Monfieur de
Vendofme , dis je , bien inſtruit
de tout ce que les ennemis devoient
faire , envoya des ordres
à Tournav , pour que l'on en fift
fortir un Corps confiderable de
troupes . Mr le Chevalier du
Rofel , Capitaine de Gendarmerie
, fut auffi- toft détaché ,
avec le Regiment Royal de Piémont
, trois Efcadrons de Carabiniers
, des Dragons , les Huffars
& trois cens Grenadiers
qu'il laiffa à la garde d'un paffage
. Mr le Chevalier de Sourches
commandoit l'Infanterie.
Mr du Rofel fit charger les en-
Kk iij
390 MERCURE
nemis par les
Carabiniers
& par
les Dragons
qui les défirent
, &
qui les poufferent
jufqu'auprés
de Templeuve
en Doffemez
, où
ils furent
arreftez
à un pont par
les ennemis
; mais
les Dragons
:
ayant
mis pied à terre, forcerent
le paffage
, & les Huffars
pour
fuivirent
les fuyards
, & ils en
tuerent
un grand
nombre
, jufqu'à
leur gros
, qui eftoit
à
une
lieuë
de là Marlboroug
paffoit
le pont pour
foutenir
les
fuyards
, lorfqu'on
l'avertit
qu'il
couroit
grand
riſque
; mais il le
repaffa
, & allafe mettre
à la tefte
de l'Infanterie
, qu'il
avoit poftée
le long & derriere
la riviere
,
où il fut témoin
du mauvais
traitement
des fiens . Les ennemis
abandonnerent
leur fourrage
, &
"
GALANT 391

eurent en cette occafion environ
cinq cens chevaux pris , quatre
cents hommes tuez , & quatre
cens faits prifonniers , parmi lefquels
fe trouverent quatorze Of
ficiers , & Mr Cadogan , Brigadier.
Ces Officiers s'eftoient
beaucoup expofez en voulant
favorifer la retraite de leurs
troupes . On doit.remarquer que
noftre détachement n'eftoit que
de deux mille hommes , & que
celuy des ennemis eftoit de
quinze cens chevaux foûtenus
de fix mille hommes , ainsi qu'ils
en conviennent eux - meſmes dans
leurs nouvelles imprimées .
Les Officiers des Gardes du
Corps ayant l'honneur d'ap
procher fort prés du Roy, & de
fervir auprés de fa perfonne
392 MERCURE
2
pour
toutes les places qui vaquent
dans ce Corps font recherchées
avec empreffement , & le nom-,
bre des prétendans eft toûjours,
fort grand. Il y avoit quatre placesd
Exemptsvacantes ; & S. M.
vient de choisir Mr Devizé
remplir la premiere , en confideration
des fervices de feu fon
pere , ancien Lieutenant des
Gardes du Corps . Outre le
grand nombre de bleffures qu'il
avoit receuës avant que d'entrer
dans ce Corps , ce qui l'avoit
fait choifir par Sa Majesté
pour remplir l'Enſeigne de Mr
de Forbin , il en fut tout couvert
à l'attaque de Fauconnier.
Il commandoit les Gardes du
Corps , qui avoient ordre de loger
dans cette Place. Elleleur
GALANT 393
fit fermer fes portes , & fit tirer
fon canon ; mais Mr Devizéne
voulant pas que les Gardes qu'il
commandoit cuflent l'affront
d'eftre arreftez , choifit tous
ceux de ce Corps qui favoient
nager & plufieurs domeſtiques
des Officiers , I fe mit
à leur tefte , & fon épée entre
les dents il traverfa un foffé
affez large , en effuyant une
grêle de coups ; mais quoique
bleffé en plufieurs endroits , il
ne laiffa pas de fe rendre maître
de la Ville , & d'y faire entrer
les Gardes du Roy . Son
fils à qui le Roy vient de donner
un Baſton d'Exempt , a en
l'honneur d'eſtre élevé Page de
Sa Majesté. Il a fervy quelque
temps dans les Moufquetai394
MERCURE
res ; il eft prefentement Capi
taine de Cavalerie dans le Regiment
Royal - Rouffillon , qui
fert en Italie. Les autres EExempts
qui ont eſté nommez ,
font Mr Guery , auffi Capitaine
de Cavalerie , fils de Mr Gues
ry , auffi Lieutenant des Gardes
du Corps , qui a efté obligé
de quiter le fervice ayant
perdu la veuë. Les deux au
tres Exempts font Mr de Crouzillas
& Mr d'Argine , qui ont
merité le choix du Roy par les
fervices qu'ils ont rendus dans
le Corps
.
Mr de la Porte , premier Prefident
au Parlement de Mets ,
fit l'ouverture du Semeftre par
un fort beau difcours rempli
d'éloquence & d'érudition , &
GALANT 395
dont les pensées furent trouvées.
fort belles. Tout roula fur la
probité du Magiftrat ; & quoiqu'il
ait efté indifpofé pendant
la plus grande partie de l'année
, il prononça fon difcours
avec la majefté qui luy eft fi naturelle
, & avec autant de force
qu'il en a toûjours fait paroiftre
lorfqu'il a parlé en de
femblables occafions. C'eft la
feizième ouverture de fon Semeftre
où ce Magiftrat s'eft fait
admirer. Mr Royer , Avocat
General , parla auffi pour ·la
premiere fois , & fit un tresbeau
difcours
Quoique la lettre qui fuit , &
qui regarde encore les affaires
d'Eſpagne , foit de la même datte
que celles que je vous ai en396
MERCURE
voyées , vous ne laifferez pas
d'y trouver quantité de chofes
qui vous paroiftront curieufes
& nouvelles.
Au Camp de Marchamalo , ce
10. Aouſt.
Depuis le 28 & le 29 que nous
nous canonons avec les ennemi's
nous fommes toûjours à leurs trouffes
pour leur tomber fur le corps ,
fans pouvoir les joindre , parce qu'ils
fe font poftez, fans que nous ayons
pú l'empefcher , dans un endroit où
on ne peut les attaquer. Nousfom
mes depuis le trois de ce mois en
préfence , & à la petite portée du
canon , & ils ne peuvent faire de
mouvemens fans rifquerde feperdre.
Depuis 4 jours PArchiduc les a
joints
GALANT
397
Joints avec trois mille hommes de
renforts ce qui leur fait vingt - deux
Avingt- trois mille homm s . Nous
en avons vingt- cinq mille de belles
& bonnes troupes fans ce que nous
amene Mr de Bay , qui doit nous
joindre au premier jour. Nous leur
avons pris dans nos poursuites , on
dans Madrid , depuis que nousfommes
icy , 2000. hommes , un Lieutenant
General , un Colonel , avec leur
Commiſſaire general , Espagnol de
nation , qui fut hier paffé par les
P
armes. Nous avons encore plus de
cinquante perfonnes de distinction ,
que trois Partis ont arreftées dans le
temps qu'elles fe vouloient jetter
dans leur armée ; je ne fay ce que
Pon en fera. Nous leur avons pris
auffi fpt à huit cens malades dans
Alcala , où ils avoientfait leurs
Aouſt 1706 .
LI
398 MERCURE
Magasins , &en arrivant au Camp
nous leur enleva mes cinq Galeres ,
& huit Mules chargées de bifcuit,
& plus de cent Mulets ou bouriques,
qui portoient des grains , & trois
caroffes , avec cinq cens boeufs , ce
qui les met for mal à leur aife .
Ils ne peuvent tirer , à preſent , de
vivre que de l'A agon , & ils n'ont
point d'autre retraite que par ce
Royaume - là ; ce qui n'intrigue pas
Peu les Portugais . Le Roy a fait
répandre dans leur armée, dés bil
lets , par lefquels ilpromet de donner,
comme il a déjafait , des piffeports
aux Portugais , aux Anglois &
aux Hollandois qui voudroient s'en
retourner chez eux . Si leur Camp
leur permettoit de deferter plus facilement
, je croy que dans peu
il ne
refteroit que les Officiers . Quelques
*
I
GALANT
399
-
jours de plus , nous rendrons plus
fçavans. Famais peuple n'a paru
plus fidele & plus tendre que les
Efpagnols . On nous affure que tou
tes les grandes Villes levent des
troupes , les habillent , les arment
& les Payent à leurs dépens. Nous
avons déja quelques - uns de ces Regimens
avec leurs Treforiers particaliers.
Nous avons vingt- huit
Bataillons François , & vingtdeux
Efpagnols , avec huit mille
chevaux , de la plus belle Cavalerie
du monde, & de la meilleure volonté.
L'Infanterie eft foible , mais
bonne . Les peuples de Madrid don.
nerent , il y a quatre ou cinq jours
fur un Party de l'Archiduc, qui étoit
dans leui Ville , & ils en tuerent
beaucoup ; le reste fe fauva dans le
Palais du Roy , où heureusement
Llij
400 MERCURE
pour eux, trois cens chevaux de notre
armée leur fauverent la vie , &
nous en amenerent trois cent prijonniers
avanthier. Je croy qu'il eft
heureux pour le Roy , que les ennemis
foient entrez dans fon Royaume
, pour luy faire connoiftre l'affection
de fes puples . Il luy vient
tous les jours de l'argent que fes Provinces
luy envoyent de bonne volonté.
Ce ne font pas toûjours les pri
fes de Villes & le gain des Batailles
qui font les grands Generaux.
Ileft vray que la renommée
les publie toûjours avec
bruit , puifqu'il n'y a rien dans
la guerre qui fe faffe avec plus
d'éclat , & qui femble devoir
donner plus de reputation à un
General d'Armée ; cependant
GALANT 401
il n'a que deux bras , comme un
autre , un jour de bataille . Mais
je veux qu'il fe donne tous les
mouvemens qu'un General fe
doit donner , qu'il fe trouve par
rout , & qu'il foit fi bien informé
de tout , que les ordres envoyez
à propos de tous coftez ,
produifent de fi heureux effets ,
que le gain de la bataille leur
foit dû ce n'eft qu'une bataille
gagnée. Le gain de ces batailles
coûte même quelquesfois
autant de fang à un parti qu'à
l'autre , lorfqu'elles font fort
meurtrieres ; ou du moins l'on
peut dire qu'il eft difficile qu'il
n'en coûte pas toûjours aux
vainqueurs , & même de celuy
des plus braves , puifque
ce font ceux qui s'expotent le
L1 iij
402 MERCURE
plus. Ce qui fait que ceux qui
ont bien examiné toutes les parties
qui forment les grands Generaux
, donnent la préference
à celuy qui par les marches &
fes contremarches , fait fatiguer
& ruiner les ennemis pendant
le cours d'une campagne , & les
oblige fouvent à la neceffité de
perir par la faim ; ce qui caufe
de grandes divifions parmy eux.
On affoiblit fouvent beaucoup
fes ennemis par tout ce que je
viens de dire , on en triomphe
fans perdre de troupes , & l'on
fe trouve fuperieur enfuite ; de
maniere que l'on peut donner
des batailles avec plus de feureté
, ou n'en donner qu'à propos
. Car avant que de donner
une bataille , on doit regarder
GALANT 403
s'il doit reſulter quelque grand
avantage du gain de cette ba
taille ; afin de ne faire pas ré.
pandre inutilement un fang qui
doit eftre précieux à l'Etat , &
n'eftre expofé que dans des oc
cafions importantes , ou pour
des neceffitez preffantes . Le pu
blic , qui ne fe donne fouvent
pas la peine d'examiner à fond
les chofes fur lesquelles il raifonne
, fuivant fon caprice , fur
de fauffes apparences , ou même
fuivant fes fouhaits , s'imagine
que dés qu'un General eft à la
tefte d'une armée , il doit auffitoft
donner bataille , & ne faire
jamais un pas en arriere ; & c'eſt
il fe
trompe.
en
quoy
Un fçavant
General
recule
fouvent
pour toutes les raifons que je
404 MERCURE
on viens de vous dire ; à quoy
en peat ajoûter d'autres , puif
qu'il peut attendre à combatre
qu'il ait trouvé un terrain favo
rable , ou qu'il ait fatigué fon
ennemi , qu'il laiffe fouvent
avancer imprudemment fans vivres
, fans fçavoir s'il en trouvera
, & fi le lieu où l'on s'arreftera
pour luy faire tefte , luy
fera favorable. Enfin un grand
General doit toûjours fçavoir
temporifer à propos ; c'est par
ce moyen que Fabius s'eft acquis
une gloire immortelle , en combatant
contre Annibal . Si ceux
qui raifonnent fur ce qui fe paffe
aujourd'huy en Italie entre
Monfieur le Duc d'Orleans &
Monfieur le Prince Eugene
examinent bien la fituation des
GALANT 405
affaires , ils verront qu'il a esté
de la prudence & de la politi
que de Monfieur le Duc d'Orleans
de laiffer avancer . Monfieur
le Prince Eugene ; d'autant
plus que ce n'eft pas en
marchant toûjours de front devant
luy qu'il s'eft avancé . Il a
fallu qu'il ait remonté & defcendu
fept ou huit rivieres , &
qu'il ait fait prés de cent lieuës
de chemin , en fatiguant toûjours
les Troupes , & en leur
donnant lieu de deferter . On ne
le peut blâmer d'avoir ainfi
marché pour tâcher d'engager
un combat , de même que l'on
ne peut trouver à redire à la
conduite de Monfieur le Duc
d'Orleans , de l'avoir évité en
grand & experimenté Capi
406 MERCURE
taine . Monfieur le Prince Eugene
a raifon de chercher le
combat , puifque fi la victoire
tourne de fon cofté , il a lieu
d'efperer de pouvoir dégager
Turin; & que s'il a le malheur
de perdre la bataille , les affaires
de Monfieur de Savoye n'en
feroient pas plus ruinées qu'auparavant
, & Turin ne feroit pas
moins pris. Ainfi en donnant là
bataille , il peut efperer de fau
ver Turin , & s'il la perd , les
chofes demeureront dans l'état
où elles eftoient auparavant. Il
n'en eft pas de même de Monfieur
le Duc d'Orleans , rien ne
le preffe de rifquer unebataille }
il doit feulement obferver les
ennemis , & empefcher qu'ils ne
paffent jufqu'à Turin : & s'il le
GALANT 407
peut faire , il doit éviter de don
ner une bataille dont le gain ne
le mettroit pas dans une meilleure
fituation que celle où il
eft , & dont la perte feroit caufe
, felon toutes les apparences
, que Turin feroit tecouru.
Ainfi il doit fuir le combat ,
tant qu'il se trouvera en eſtat
de l'éviter. Ce Prince n'a pas
reculé en homme qui fuït , mais
en grand Capitaine ; & il a fçû
s'arrefter prudemment , & laiffer
avancer Monfieur le Prince
Eugene , quand il a vû qu'il ne
pouvoit le devancer fans fe
trouver embaraffé dans des chemins
impraticables , & fans manquer
de vivres , & qu'il a dû
croire qu'il n'avançoit que pour
luy donner le change , & pour
408 MERCURE
l'engager à quitter un pofte
avantageux , où il feroit difficile
de l'attaquer , & qui luy donne
moyen de gagner Turin
par un
autre cofté auffi toft que ce
Prince le pourra faire . On fçait
que les armes font journalieres ,
& que les fuccés font incertains;
mais quoy qu'il puiffe arriver ,
Monfieur le Duc d'Orleans n'a
rien fait , qui ne ſoit d'un grand
Capitaine , & qui ne foit approuvé
de tous ceux qu'une longue
experience a rendu fçavans
dans le mêtier de la guerre .
On n'attendoit pas moins de ce
Prince , non - feulement parceque
tous les Princes de fon fang
fe font diftinguez auffi - toft qu'-
ils ont mis l'épée à la main ;
mais auffi par ce que ce Prince
a
1
3
GALANT 409
fait voir dans les
premieres
campagnes
où il s'eft trouvé ,
& dans
lesquelles il n'a point
épargné fon fang , dequoy il ſeroit
capable un jour , fi les defirs
empreffez qu'il
témoignoit
de'répandre fon fang pour le fervice
du Roy & de l'Etat eſtoient
remplis . D'ailleurs il y avoit
tout à efperer d'un Prince qui a
toûjours fait voir un efprit fuperieur
dans toutes les ſciencès aufquelles
il s'eft attaché , & où en
peu de mois il a fait plus de progrés
, que beaucoup de fçavans
n'ont fait en plufieurs années . Sa
vivacité n'est pas moins grande
pour tout ce qui regarde la gloi
re & le fervice de l'Etat . Onne
peut rien ajoûter à fon application
, à la vigilance & à l'ar
Aouſt 1706 .
Mm
410 MERCURE
deur qu'il a de fervir le Roy , &
de contribuer au bien de l'Etat.
Tous les Officiers l'admirend &
s'en louent , quoy qu'il fa ferob
ferver regulierement touth ce
qui regarde la difcipline mili
taire ; mais hors ce qui regarde
le fervice , ce Prince femble
eftre defcendu de fa grandeur
pour faire voir une affabilité
qui gagne tous les coeurs , & qui
un jour d'action peut engager
les moins braves à expofer à fon
exemple , jufqu'à la derniere
goutte de leur fang. Je ne dis
rien de fa magnificence ; il vit
en Prince de fon fang , & il a
tous les jours quatre tables ou
vertes de vingt couverts chav
cune , où tous les Officiers de
diftinction peuvent aller

g
GALANT 411
-
Je reviens à ce qui regarde la
guerre. Ce Prince a tenu en
échec Monfieur le Prince Eugene
pendant fix femaines
& durant tout ce temps là il
a fçû trouver le moyen de
rompre tous fes deffeins . Mais
aprés avoir employé fix femaines
à faire une marche qu'il
auroit pu faire en trois ou quatre
jours fans les mouvemens
que Monfieur le Duc d'Or,
leans a fait pour l'empêcher
d'avancer plus vifte ; à quoy
Juy fervira de s'eftre avancé ,
s'il eft obligé de reculer &
où fera fa retraite fi on le
repouffe vivement le defir d'avancer
a efté caufe qu'il ne s'eft
faifi d'aucun pofte confiderable
pour favorifer fa retraite , ou
P
ܪ܂
Mm ij
412 MERCURE
pour avoir lieu de s'établir dans
le pays . Il a laiſſé Modene & la
Mirandole
, & s'eft feulement
faifi de Carpi & de Reggios
mais ces poftes font fi peu con+
fiderables , qu'ils ne meritent
pas qu'on y faffe feulement attention
, ne pouvant empêcher
qu'il ne recule auffi loin qu'il a
avancé . Voilà l'état où en font
les chofes dans le moment que
je finis cet Article ; je vous en
marqueray la jufte fituation
lorfque je fermeray ma Lettre .
Le Sonnet fuivant eft de M
de Galouby, Capitaine des Gardes
de Monfieur le Prince de
Vaudemont.
GALANT 413
neb riders.a
A SON DALTESSE ROYALE
0
MONSEIGNEUR
LE DUC D'ORLEANS .
SONNET .
Eugene, ilfaut ceder à cejeune Vain,
queur ,
Qui de tes legions vient d'arrêter
l'audace ;
Il foutient dignement des Heros de
fatrace
Les exploits glorieux , les vertus , la lès
grandeur.
3
Dans fes plus tendres ans il montra
Ja valeur
Des plus affreux dangers il affronte
la face.
Mm iij
414 MERCURE
Et fur le champ de Mars deux fois
vit latrace ,
отп
TATH
De fonfang répandu que prodiguoit
fon coeur.
S
Tuferois contre luy des effors inutiles;
Borne tes grands deffeins à de petites
villes ; *
Garde- toy bien d'afer luy livrer un
combat.
PS
Tu le verroispar toutfuivi de la victoire
Il eft du fangdes Dieux , de cefang
où la gloire ,
A puife de tout tems fon plus brillant
éclat
* Carpy & Regio.
Les paroles fuivantes regars
IGADANT 415
dent encor ce Prince'; elle font
fur l'Air des Bachantes de l'Opera
de Philomene.
Hafte- toy , cours à la gloire.
·Digne fang desplus grands Rois;
Les Filles de Memoire ,
Aubruit de tes exploits ,
Changeront leurs concerts en des
chants de victoire .
Je dois ajoûter icy que toute
l'Armée a efté furpriſe de voir
que tous les Officiers d'Italic ,
& même ceux qui fervent depuis
15. ou 20. ans en ce payslà
, en fçavent moins la Carte
que Son Alteffe Royale , qui n'a
plus befoin de la confulter pour
connoiftre les mouvemens que
fait le Prince Eugene , ceux
416 MERCURE
qu'il pourroit faire , & pour re
gler les fiens ; ce Prince ayant
prefent à l'efprit jufqu'à la moins
dre rigolle du pays , produite
par le grand nombre de canaux
dont le pays eft entre - coupé.
On n'eſt pas moins furpris de
voir que ce Prince fçait à fonds
tout ce qui regarde les troupes
qu'il commande ; il en connoist
le fort & le foible , & le merite
particulier de chaque Officier
luy eft connu ; il fçait à quoy ik
eft propre & à quoy il peut
eftre employé. Enfin l'activité
de ce Prince , & les mouvemens
qu'il fe donne,font incroyables s
auffi n'ignore t il rien de tout
ce qu'un habile General doit
fçavoir : & l'on a remarqué qu'il
fçavoit fouvent tout ce que les
GALANT 417
deferteurs luy rapportoient , &
qu'il leur faifoit des questions
pardefquelles on connoiffoit que
ce Prince en fçavoit beaucoup
plus qu'eux , fur les mêmes chofes
qu'on luy rapportoit . En effet
, quoy qu'il apprenne de tous
coftez , & que les partis qu'il envoye
luy rapportent , il ne croit
jamais rien pofitivement , & ne
prend aucune refolution , lorfqu'il
eft question d'agir , qu'il
n'ait vu des efpions fecrets que
perfonne ne connoift , & que
perfonne ne voit , & fur le rapport
defquels il démefle le vray
& le faux de ce qu'il a fçû d'autre
part aprés quoy il prend
fon parti touchant les mouve
mens qu'il doit faire ou non . Je
ne finirois pas cet Article fije
418 MERCURE
voulois rapporter icystous ples
foins & toutes les peines que ce
Prince fe donne , & les applaus
diffemens qu'il reçoitous des
jours de toutes les troupes douc
il a merité la confiance , & gagné
le coeura jan
Je croy que vous ne doutez
point que je n'ay pas eu affez
de temps depuis la prife de Menin
, pour eftre inftruit à fonds
de la verité de tout ce qui s'eft
paſſé pendant ce fiege : cepen
dant je vous diray , en attendant
que je vous en envoye un grand
détail , que le 29. de ce mois M
le Marquis de Bully , Gouver
neur de Menin , conduit par Me
de Chamillart
, rendit compre
au Roy dans fon Cabinet , pen
dant une demie heure , de tour
GALANY 419
ce qui s'eft fait durant le fiege
& deplasneceffitézoù il s'eftoic
trouvé de rendre la Place , en
execution de l'ordre fuivant de
Monfieur le Duc de Vendôme .
Tenez le plus long - temps que
vous pourez ; mais cependant fau
vez la Garnison , Louis de Vendôme,
vo
A quoy le Roy luy répondit :
C'est moy ; Mr, qui ay envoyé cet
ordre. On ne peut trop admirer
la bonté de Sa Majefté , qui ne
voulant pas perdre de braves
gens , & qui avoient expofé fi
genereufement leur vie pendant
le fiege , a mieux aimé que la
Place fe rendift quelque temps
plutoft , quoique ce temps euft
pû eftre utile pour l'avance
ment de fes projets , que de rif
420 MERCURE
quer la vie d'une Garnifon tou→
te genereufe , depuis les Commandants
jufqu'au dernier foldat
, & qui peut dans la fuite ,
rendre de fignaléz fervices à
' Etat. Mr le Marquis de Bully ,
après avoir fait un dong dérail
au Roy de tout ce qui s'eft paffé
pendant le fiege , parla de la
valeur des Officiers ; Sçavoir ,
des Brigadiers , Colonels , Lieu .
tenans - Colonels , Majors , Capitaines
, Ingenieurs , Officiers
d'Artillerie & generalement
de tous ceux qui fe font diftinguez.
Le Roy luy marqua qu'il
cftoit tres - content de ce récit ,.
& de tout ce qu'il luy avoit dit
de la valeur de les troupes
& fur tout des Regimens nouveaux
de Boufflers & de Poyaine.
GALANT 421
ne. Sa Majesté ordonna fur le
champ que l'on marquât ces z.
Regimens pour les faire fervir
en campagne. Ce Prince dit enfuite
à Mr le Marquis de Bully ,
qu'il eftoit tres- content de la
défenſe que Mr de Caraman &
luy avoient faite , ainfi que de
tous les Officiers , & de toutes
les troupes en general . Sa Majesté
ajoûta , qu Elle eftoit auff
tres -contente du compte que
Mr le Marquis de Bully venoit
de luy en rendre.
Quoique je ne vous donne
point ce mois - cy le Journal de
ce fiege , je ne laiffe pas de vous
envoyer l'extrait d'une lettre
écrite de la Haye , qui vous fera
connoître que les ennemis y doivent
avoir fait une grande per-
Aoust 1706 .
Nn
422 MERCURE
te puifqu'ils avouënt cux mê
mes qu'ils ont perdu 11 ou 1200.
hommes dans une feule artaque,
& qu'ils en donnent même des
preuves fi fortes , qu'il ne peut
eftre permis d'en douter. Voicy
cet extrait . tomas sroshn
Comme nous diſſimulons toujous
nos pertes , il n'y a pas d'apparence
que le détail de celle que nous vEL
nons de faire à l'attaque de l'angle
faillant du chemin couvert du Ravelin
de Menin , fe trouve dans nos
Gazettes . Toutes les lettres particu→
lieres de l'Armée , dont nous avons
vù une bonne partie , difent pofitivement
que les Regimens de Fagel ,
de Loder , de Lothem , & deux au
tres
y ont
extrêmement
(ouffert , &
qu'ils y ont perdu un tres - grand
nombre d'Officiers & de foldats . Ce-
1
GALANT 423
lui de Lothem avant la fin de l'ac
tion fe trouva commandé par un
Lieutenant , faute d'Officiers d'un
plus haut rang 3 les autres ayant été
tuez ou faits prifonniers . Le Colo
nel Ranck , mande que les 600 Grenadiers
employez à cette attaque
avoient efté détachez à raison de 16
par Regiment : Que de 16 qu'il
avoit fournis , il ne luy en est revenu
que 4. & ainfi des autres à propor
tion . Que le chemin couvert fut em
porté d'abord avec affez de facilités
ceux que le défendoient s'étant retirez
dans ༩༢ le Ravelin. Que nosgens
prenant cette retraite pour unefuite,
les poursuivirent avec trop d'animofité
, car ilparait qu'elle efioit prémeditée
par les affiegez. En effet,
les afficgeans n'eurent pas feulement
le feu du Ravelin à eßuyer , mais
Nnij
424 MERCURE
auffi celuy des deux Baflions, & pars
ticulierement de deux ouvrages pref
que enterrez , que nos Ingenieurs
n'avoient pu reconnoistre , & dona
le feu fut fi terrible , que toutes ces
lettres conviennent , qu'il nous twa
au moins 11 ou 1200. hommes , par
my lefquels il y a trois Ingenieurs
beaucoup d'Officiers diftinguez.
Le même ajoûte , que la perte
devoit eftre beaucoup plus
grande , les lettres étant parties
aprés qu'on eut remarqué la per
te dont cet extrait parle ; mais
avant que
l'on euft encore examiné
à fonds la perte que l'on
avoit fait enfuite , les lettres
eftant parties avant la fin du
jour.
Le mot de la derniere Enigme
eftoit l'Almanach. Ceux qui
"
GALANT 425
Pont deviné , font ; Ms Henry
Fouquet : Oedippe fils , de la ruë
au Maire : l'Abbé Jolly , de la
Vieille rue du Temple : le Capitaine
Fouquette , foupirant de
la belle Carthaginoife : le Roy
de la Tragedie : les quatre Amis,
de la rue d'Enfer : le Chanoine
en herbe , de Beauvais : l'Afthmatique
, de la ruë Princeſſe
Fauxbourg Saint Germain : l'Amant
mal récompenſé : l'Amant
fecret , des deux Pilliers d'or , de
la rue Saint Jacques : le Philofophe
, & le Solitaire du cul de
fac de Saint Landry ; & les nouyeaux
mariez , de la rue Saint)
Benoist Mlles Dona de Fonguillere
, de Carthagene , & fon
intime Anne Roudier la belle
Madelon la belle Bonneton : là
:
Nn iij
426 MERCURE
charmante Marie- Anne , deulay
Paroiffe de S, Benoift : les quatre
Coufines germaines , du quartier
S. Antoine : la Reclufe de Chaillot;
& l'aimable Coûteliere , de
la rue de la Savonnerie .
V
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye , eft de Mr d'Aubicourt.
SONET
ENIGMATIQUE
Fe fuis un inftrument fragile , &
delicat
Que l'on exerce en Paix, meins
pendant la Guerre ;
que
Depuis le General, jufqu'au dernier
Soldat ,
Chacunfe fert de moy , tant fur mer
que fur terre.
S
Fe fuis utile au Sage , & j'occupe
le Fat.
A
GALANT
427
Pattire à mon canal, l'humeur atrabilaire,
Par moy Pefprit s'éveille ; &file,
coeur sabbat,
J'ay pour le relever un talent falu.
taire.
Je m'échauffe au travail , & mon
corps plein d'ardeur
Animant qui m'exerce , excite fa
vigueur ;
Mais ma blancheur enfin vieillif
* fant , devient noire.
$
Sipour me reblanchir , quelqu'un
mejette au feu ,
J'en rougis ; puis prenant la couleur
de Pyvoire ,
Je renais blanche & belle , & je
dépenfe peu.
428 MERCURS
7
Monfeigneur le Duc de Bours
gogne , qui avoit refolu depuis!
long - temps d'aller au Jardin
Royal , s'y rendit le Samedy 28 .
de ce mois , fur les cinq heures
aprés midy. Il fut reçu à la defcente
de fon caroffe par Mr Fa
gon , Confeiller d'Etat Ordi❤]
naire , & premier Medecin de
Sa Majesté . Il conduifit d'aq
bord ce Prince dans le Jardin
où font les Plantes étrangeres ,
élevées fur des couches & fous!
des vitrages ; il confidera aveci
plaifir l'effet furprenant d'une
Plante qu'on appelle Senfitive ,
qui fe refferre avec une extrê
me promptitude lorfqu'on y tou
che. Ce Prince raifonna phyfiquement
& tres- jufte fur ce
mouvement. Il demandales
GALANT 429)
il
noms de toutes les Plantes qui
fe prefenterent à fa vûë , & fic
plufieurs questions à Mr Fagon
fur leurs vertus , & fur le pays
dont on les a apportées. De ce
Jardin , ce Prince voulut aller à
un autre appellé la Butte , il mon
ta jufqu'au haut , & ne voulut
point eftre faivi par Mr Fagon ;
y trouva dequoy fatisfaire
fa curiofité. Il defcendit enfuite
dans le Jardin appellé des
Indes , où on luy fit voir une
Plante appellée Cereus , qui eft
élevée fous un vitrage. La ſtructure
de cette Plante le furprit ,
& il queftionna long- temps Mr
Fagon fur cette Plante , qui eft
tres particuliere. Il fut trescontent
de tout ce qu'il vit dans
le JardinRoyal ; & comme il étoit
430 MERCURE
fur le point de fortir de celuy
des Indes , Mr Fagon luv fit
preſenter la colation . Ce Prin
ce prit un bifcuit & un gobelet
de glace , & dit à Mr Fagomp
que la colation d'un premier Me
decin devoit eftre frugales Desla ik
alla voir la Salle des Squeleto
tes , où se trouva Mr Duverneyys
qui avoit fait mettre plufieurs
préparations toutes fraîches , &
entr'autres d'un cerveau hu -s
main tres proprement accom
modé , fur lequel Monseigneur
le Duc de Bourgogne fit de tres- h
belles queftions , auffi- bien que
fur d'autres chofes qui fe prefenterent
à fes yeux ; mais il témoigna
eftre tres-fatisfait de la
circulation du fang qu'on luy ,
fit voir , au travers d'un microf
7
2
#GALANT 431
cope , dans la queue d'un lezard
, il ne pouvoit fe laffer de
la voir & de l'admirer. 11 dic
en parlant à Mr Fagon , avec
qui il s'eftoit entretenu de toutes
ces chofes ; que lagrandeur du
Maitre qui les avoit faites , fe reconnoiffoit
dans tous ces beaux ou
vragestan !
Jevous ay déja parlé pluſieurs
fois du Jardin Royal , & de fon
établiſſement , qui eſt dû à la famille
de Mr Fagon . On ne peut
rien ajoûter aux foins qu'il fe
donne pour y faire venir de toutes
les parties du monde , les
plantes les plus rares , & que l'on
n'avoit point vûës icf , avant
qu'il fe donnaft ce foin.
La Lettre que vous allez lire,
vous apprendra la fuite des nou,
velles d'Efpague.
432 MERCURE
Au Camp de Cienpozuela le 17.
Aouft , à demie lieuë d'Aranjuez
fur le haut Tage , à cinq
ou fix lieuës de Madrid .
Les ennemis décamperent de Gua.
dalıxara la nuit du 11 , au 12. &
s'eftant avancez du cofté d'Aranjuez
, pour tenter le paffage du
Tage , foitpour fe retirer da cofté de
Valence ou en Portugal ; nofire
Armée décampa à la pointe du jour
de 12. pour venir à Alcala , Tous les
Colleges donnerent des marques de
leur joye par des feux & des illuminations
pendant toute la nuit .
On continua de marcher le 13. le 14 .
& le 15. qu'on est arrivé icy , qui
n'est qu'à demie lieuë d'Aranjuez,
& àportée d'empefcher les ennemis
de
1
1
GALANT
433
de paffer le Tage . Ils font campez
affez avantageusement, entre Chinchon
& Colmenarez , où ils pourront
Subfifter pendant quelque temps. On
compte qu'ils ont perdu plus de quatre
mille hommes depuis Xadraque.
On leur apris deux pieces de canon ,
& quinze Galeres chargées de quantité
de hardes & équipages appar
tenans à Mylord Peterborough, qui ,
a manqué d'eftre pris auffi , en s'en
retournant du cofté de Valence . Les
Galeres dont je viens de parler, fent
de grands chariots , qui peuvent contenirjufqu'à
quaranteperfonnes , &
qui font tirez par douze ou quatorze.
Mules, & dont on fe fert dins
prefque toutes les Provinces d'E
pagne où ils peuvent rouler , &
fur tout de Madrid à Seville. Le
Roy n'a pas encore refolu d'aller à
Aouft 1706 .
434 MERCURE
Madrid , il veut auparavant éloigner
les ennemis des frontieres defa
fidele Province de Caftille.
Je croy devoir faire fuivre
cette lettre , par l'extrait d'une
autre lettre de la meſme
datte .
La retraite des ennemis en Caf
tille ne peut eftre regardée que comme
une fuite , ou comme un repentir
d'une entreprise qu'ils ne fau
roient foutenir. En s'éloignant de
Guadalaxara , par des pays où ils
ne pouvoient eftre attaquez , ils ont
marché vers Zurita , pour y paffer le
Tage , & pour furprendre Tolede ,
en marchant de l'autre cofté de ce
fleuve ; mais le Roy d'Espagne y a
pourvu . Il en eft maiftre , & il a
dans cette Ville deux bons ponts ,
qu'il paffera quand il voudra ; &
GALANT 435
il préviendra les ennemis dans une
plaine , où ils ne peuvent éviter une
action , qui eft ce qu'ils craignent
d'avantage. Ils n'ont pas grand
tort; l'Armée des deux Couronnes
eftant fuperieure de toutes les manieres
, & en Cavalerie de plus du
double.
On affure que dans les Galeres
ou chariots dont je viens de vous
parler , on a trouvé dix mille
piaftres , & la vaiffelle d'argent
de Mylord Peterborough , qui
s'en eft retourné à Valence ,
fort mal fatisfait de ce que l'Archiduc
luy a préferé Mylord
Galloway , en luy donnant le
Commandement general de l'armée.
D'autres lettres marquent que
l'armée de l'Archiduc eft fort in-
O o ij
436 MERCURE
commodée, dans le Camp qu'elle
occupe affez proche d'Aranjuez ,
n'ayant pour toute eau qu'un feul
puits & une petite fontaine.
On mande du Camp du Roy
d'Espagne , qu'un Soldat Efpagnol
qui avoit arrefté le Fifcal
de l'Inquifition, qui alloit joindre
l'Archiduc , en avoit genereufement
refufé quatre mille
piftolles pour le relâcher ; ce
que Sa Majefté Catholique a
promis de reconnoître Royalement.
Je croy que je vous feray
plaifir en reprenant l'article de
Monfieur le Duc d'Orleans, qui
Vous apprendra que ce Prince
n'a fait aucune fauffe démarche,
depuis prés de deux mois qu'il
eft à la tefte de l'Armée qu'ik
GALANT 437
commande , & qu'il n'a laiffé
prendre aucune marche fur luy
à Monfieur le Prince Eugene.
Il eft vray qu'il a toûjours marché
avec la fage lenteur convenable
au deffein qu'il avoit
de ne fe dépofter qu'à propos ,
& de couvrir toujours Turin ;
c'eft ce qui a reglé tous fes mouvemens
. Ainfi il a toûjours rompu
les deffeins du Prince Eugene
, qui cherchoit à fecourir
Turin fans fe battre , ou à donner
bataille , s'il ne pouvoit le
fecourir autrement. Enfin ce
Prince ayant jugé qu'il eftoit à
propos de marcher , aprés avoir
occupé le pofte de Guaftalla
plus longtemps que ne fouhaitoit
le Prince Eugene , en décampa
le 17. pour aller à Cre-
O o iij
4,8 MERCURE
mone. Il ne refolut de marcher
qu'aprés avoir fçu la prife de
Reggio , qui avoit coûté plus.
de huit jours au Prince Eugene .
Monfieur le Duc d'Orleans refolut
de regler fa marche fur
celle de ce Prince ; & que s'il
marchoit vers Turin pour le
fecourir , il en feroit de mefme
de fon cofté. Il avoit efté refolu
en mefme -temps , que Mr de
la Feuillade marcheroit de fon:
cofté , avec vingt Bataillons ,`
pour jondre l'Armée de Monfieur
le Duc d'Orleans . Enfin
ce Prince ayant difpofé toutes
chofes pour marcher avec une
diligence à laquelle le Prince
Eugene ne s'attendoit pas , a
marché de fon cofté le long du
Pô , de melme que le Prince
GALANT 439
Eugene a marché de l'autre ; il
s'eft trouvé que Monfieur le
Duc d'Orleans a plus avancé
que les ennemis , s'eftant trous
vé le 20. au foir à Pavie . Son
Alteffe Royale & Monfieur le
Prince de Vaudemont avoient
donné de fi bons ordres , que
les troupes trouvoient pendant
la route , du vin , de l'eau de
vie , de toute forte de provifions
, & quantité de chariots
pour faire avancer l'Infanterie
avec plus de diligence .
Vous favez qu'il m'a toûjours
efté impoffible de vous envoyer.
le détail des chofes confiderables
, qui fe paffent quatre ou
cinq jours avant la fin de chaque
mois , dans le mefme mois
qu'elles arrivent , parce qu'il
440 MERCURE
faut du temps pour en ramaf
fer toutes les
particularitez ;
c'eſt pourquoy je remets au mois
prochain à vous envoyer ce
qui regarde le
Panegyrique de
S. Louis ,
prononcé le jour de
la Fefte de ce Saint , dans la
Chapelle du Louvre , devant
Mrs de
l'Academie Françoife ;
& dans l'Eglife des Preftres de
l'Oratoire , devant Mrs de l'Academie
des Sciences , & devant
celle des Médailles & Infcriptions
; ainfi que ce qui s'eft
paffé le jour que Sa Majesté a
efté voir l'Eglife des
Invalides ,
& dans les lieux où la curiofité
a fait aller
Monfeigneur le Duc
de Bourgogne . Il me reste auffi
plufieurs autres articles que je
n'ay pû vous envoyer , ma lettre
GALANT 44
1 eftant trop remplie . Je fuis, Madame
, Voftre , & c .
A Paris ce 31. Aust 1706 .
AVIS .
On vendra le Mercure de
Septembre , le premier d'Octobre
, fans aucune remiſe .
TABLE.
P Rélude ,
Homelie prononcée par fa Sainteté,
7
Thefe foutenue à Rome fur un fujet
qui merite attention ,
Premier article des morts ,
22
24
55
Polium Geographique des Duchez de
Lorraine , & de Bar , &c.
Explication curieufe & hiftorique,
d'une Medaille de Sa Sainteté ,
TABLE. ”
frappée en Lorraine ,
Deuxième article des morts ,
3700
143
Prieres qui fe recitent dans tous les
Ordres militaires de France, 158
Divers couplets de chansons , 165
Brevet de retenue accordé à Mr le
Marquis de Bullion 1731
Serment de fidelite donne par Sa
Majefté ,
Gouvernement donné
>
175
176
Mr de Catelan de Sablonniere eft
pourvu de la Capitainerie des
Tailleries , 179
Grand' Croix , & Grand Vicairerie
de l'Ordre de faint Louis , données
à Mr le Comte de Maupertuis
,
182
187
Article concernant Monfieur le
Cardinal Gualterio ,
Generalat de Cavalerie Imperiale
donnè à Mr le Marquis vifTABLE.
conti ,
Service fait à Rome ,
210
211
214
217
Lettre curieufe touchant la mort du
Cardinal Barbadico ,
Troisième article des morts
Le Roy d'Angleterre va voir ce qu'il
ya de plus curieux à Paris , 238
Benefices donnezpar le Roy ,
Lettre écrite par Monfieur le Duc de
Savoye aux Etats Generaux, 298
Altion vigoureufe faite en Flandres
,
Affaires d'Espagne ,
267
304
305
Ce qui s'eft paffe de confiderable au
fiege de Turin depuis ma derniere
Letire ,
360
Mr de Cadogan battu dans un four-
388 rage ,
Officiers des Gardes du Corps nommez
par le Roy,
Ouverture du Semestre du Parlement
391
TABLE.
de Mets , 394 .
Suite des affaires d'Espagne , 395
Premier article des nouvelles de
l'Armée commandée par Monfieur
le Duc d'Orleans ,
Prife de Menin ,
400
418
.
424
Article des Enigmés ,
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
va voir le Jardin Royal , & ce
qui s'eftpaffè à cette occafion , 428
Deuxième fuite des affaires d'Efpa-
: gne ,
Suite des nouvelles de l'Armée de
431
Monfieur le Duc d'Orleans , 436
Articles refervez pour le mois prochain
,
439
Avis.
441
L'Air qui commence par ,
Chatmante
Gabrielle , page 163
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le