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1706, 07 (Gallica)
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OKK
ru4LCelr4l'74
DEDIE*AMONSF.IGNEUR
A PARIS 5,
Chez MICHEL BRUNET-. Grande S.î{It du Palais au Mercure galanc.
cOmme il est impossibledans la conjoncture
presente de ne pas grossir
le Mercure,ce qui en augmente conhderablement
les frais, on ne peut se dispenser
d'en augmenter aussi le prix. Ainsi les
volumes qui feront reliez en veau se vendront
doresnavant trente-huit fois,quant
aux volumes qui feront reliez en parchetnin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations se vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais, au Mercure
Galant. -
M. DCC VI.
jîvcc Privilège duRaj*
AU LECTEUR
JLya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
esiémis depuistanttannées
au commencementde chaque
Volume du Mercure,puis
que maigreles prieres réitéréesqu'onafaitesd'écrire
en
caractères lisibles les Noms
propres quist trouvent dans
les Mémoiresqu'on envoye
pour eflreemployer, on néglige
de lefaire
9 ce qui est
catie qu'ily en a quantité
AU LECTEUR.
de défgurez^yétantimpojjible
de devinerlenom d'une Terre,
ou duneFamille9s'il
n'ejl bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
dj prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres soientcorrects. On
avertitencorequ'on neprend
aucun argent pour ces Mémoires,&
quel'on employera
tous les bons Ouvrages a leur
tour3 pourvuqu'ils ne desobligent
personne, & que
ceux qui les envoyeront en
affranchirent le port.
Gli~L,-PSi~il-r
JUILLET 1706. LE Panegyrique du Roy,
fondé par laVille,futprononce
le Jeudy premier jour
du mois dernier,par Mr Viel,
Retteur de l'Université, dans
les Ecoles extérieures de Sorbonne.
L'Assemblée fut trèsbelle
& tres-nombreuse
: Mr
le Prévost des Marchands, à la
teste de Mrs deVille; Mr le Premier
President, accompagné
d'un grand nombre d'Officiers
du Parlement; Meilleurs les
Cardinaux d'Estrées & de
Noailles, avecplusieurs Evêques
qui se trouverent encette
ville, y assisterent, & ils donnèrent
de grandes louanges à
Mr le Reéteur, qui y eut aussi
de frequens applaudissemens de
toute l'Assemblée. Il fit voir la
fermeté du Roy dans les dangers
les plus grands,&dans les
affaires les plus difficiles;magnitudoinconcussiinpericulisy
magnitudo
actuosa innegotïis, dit il,
en parlant de la grandeur du
courage de Sa Majesté. Pour
prouver sa première partie,
il rappella la journée d'Hochstet
, & après en avoir fait un
dérail, il passa à celle de
Flandres ; & il fit voir dans
l'une &dans l'autre de ces conjonaures,
que le Roy n'avoir
jamais paru plus grand, plus
maître de luy mesme, & plus
superieur à ses ennemis quoyque
victorieux. Il établit cette
superiorité de courage & de
genie dans les ressources que Sa
Majestéavoittirées de ses propres
malheurs,par l'impombilité
ou il avoit mis ses ennemis
de profiter de leurs avantages
& du succés de leurs armes,& ilinfera ensuite,du bon usage
que Sa Majesté avoit fait du
malheur de ses armées à la journée
d'Hochstet,& de l'habileté
qu'il eut alors à rendre le succés
de ses ennemis vains & inutiles,
que la journée de Flandres
ne leur seroit pas plus avantageuse
,
& que le Roy trouveroit
les mesmesressources contre
ce fécond revers, qu'il avoit
trouvées contre le premier. Il
fit voir que sa prédiction commençoit
à s'accomplir
, par les
efforts que Sa Majestéfaisoit
pour reparer cette nouvelle
perte. Cet Orateur passa ensuite
au second point; & il prouva
avec beaucoup d'éloquence,
que la même grandeurd'ame
que le Roy marquoit
, & la
même tranquillité que Sa Majessé
conservoit dans les dangers
les plus grands
, ne se démentoient
point dans les affaires
de la plus difficile discussion.
Il rappella, à ce [ujet, le Testament
du feu Roy d'Espagne
,
& le party que le Roy choisît
dans une conjoncture auffidélicate
;lesmoyens doncce Prince
s'estoit servi dans le cours
deladerniereguerre pour arrêter
les progrez de ses ennemis;
les ressources qu'il avoir toûjours
trouvées,dans les differcntes
occasions où ils avoient eu
l'avantage sur tes troupes; l'étendue
de son genie pour pourvoir
en même temps à plusieurs
affaires,dont une feule pourroit
occuper plusieurs personnes;&
enfin il fit voir que,dans lesConseils
que leRoy assemble, fesMinistres
tirent plus de lumières
de Iuy,&règlent plus leurs décisions
sur la sienne,qu'ilnepuise
.dansleur expericnce&dans la diversité
de leurs avisées moyens
de remedier aux affaires les plus
prenantes & les plus embarraffées.
Mr Viel fit ensuitel'éloge
de Monseigneur, celuy du
Roy d'Espagne,deMonseigneur
leDucdePuro-ogne, deMonseigneurleDucdeBerry,
& des
autres Princes de la Maison
Royale&illes caraderisa tous
par quelque trait qui les auroit
fait reconnoître, quand même
ilne les auroit pas nommez.
Le lendemain 2. Juillet3 Mr
l'Abbé du Mans
5
Prieur de
Sorbonne,fitle difeoursque
le Prieur de cette Maison est
obligé de prononcer tous les
ans à l'ouverture des Sorboniques.
Monsieur le Cardinal
d'Etrées,Mr l'Evêque de Rosalie
& Mrl'Evêque de Glandeves
y assisterent, ainsi que
quelques autres~.[,<r~X)nnes de
diflindion. M*lePrieur de
Sorbonne donna d'abord,dans
le Prélude,une idée de son discours
, dans lequel parurent
quelques traits à la louange du
Pape, du Roy & de la famille
Royale, de Monsieurle Cardinal
d'Etrées, de Monsieur le
Cardinal de Noailles&de plusieurs
Prélats. Tout le reste de
son discours futun éloge continuel
du Pape. Iléleva, dans
les termes les plus pompeux,
l'humilité, la prudence, la
science & la vertu de ce Pontife.
Son humilité dans le refus,
où il persista pendant plusieurs
jours,d'accepter le Gouvernement
de l'Eglisedans une
conjoncture où le Sacré Col-
! lege ne voyoit aucun Cardinal
r plus en état de supporter un
'¡ poids aussi immense. La mort
; de Charles second Roy d Ef.
pagne qui arriva en ce temps-là,
rendoit les Cardinaux plus embaraffez
sur le choix de celui
qui devoit remplir cette dignité
, & Monsieur le Cardinal
Albani plus ferme à la refuser;
enfin entraîné par les ordres
de laProvidence,dont il voyoit
les desseins trop marquez,ill'accepta.
La prudence de ce Pontise
a éclaté dans le gouvernement
del'Eglise, dans ses rages
ménagemens pour les differens
Princes qui ont les armes à la
main. Sa science paroît tous les
jours, dans les belles Homelies
qu'il prononce dans les quatre
ou cinq principales Fêtes de
l'année, & dans les Bulles qu'il
a données en différences occasions
sur les marieres contestées
depuis si long-temps savertu
dans les exercices de son ministere,
dont il ne se repole sur
personne
3
dans son insatigablecharité
,&dansl'attention
continuelle qu'il a aux besoins
de l'Eglise & à la pourvoir de
fages Ministres. Mr l'Abbé
du Mans, après avoir leü: la
Faculté de Theologie de Paris
sur son attention à conserver
la faine Doctrine
,
à rejetter
toutes les nouveautez, & à
condamner tout ce qui a quelque
rapport avec l'erreur,remarqua
que la vigilance de ce
rage Corps se renouvelloit à
mesure que le goût des opinions
nouvelles & dangereuses
se fortifioit
5 & il fut aisé de
remarquer que son discours
étoit formé sur un plan tout à
fait opposé, à celuy sur lequel
M' le Quin son Prédecesseur
forma celui qu'il prononça
l'annéederniere,dans une pareille
occasion, en presence du
Clergé de France alors assemblé.
Je ne dois pas oublier de
vous dire que Mrdu Mans n'est
Prieur de Sorbonne que depuis
environ deux mois. Mr Michel
qu'onavoit élû au commencement
de l'année, & qui
devoit faire ses fonctions jusqu'àla
fin de l'année,s'étant retiré
à la Trappe, on a élû à sa
place Mr du Mans
,
qui fera
Prieur jusquàlafindel'année:
ainsi on pourra nommer cette
Licence, la Licence des trois
Prieurs, ce qui ne s'est peutêtre
jamais vû. Ce digne
Prieur finit son discours, par
un éloge de Monsieur le Cardinal
Gualterio, Nonce en
France; il rendit justice à la
vertu & à la doctrine de ce
Prelat,dans des termes treséloquens
?
& qui furent fort
applaudis. Le Pere Martin
Cordelier ,estoit celuy quJi
soûtenoit la Sorbonique
5 je
vous ay dit plusieurs fois que
cette première Sorboniqueappartient
à ceux de cet Ordre.
Le Pere Martin prononça enfuite
une harangue fortcourte;
maisle feu avec lequelilparla,
son élocution
)-
& les termes
dont elle éroit remplie réveillerent
l'attention de toutel'Assemblée.
Il eut,demesme que
MrlePrieur de Sorbonne, le
bonheur de reciter fort heureusement
son discours; car il
n'est pas difficile de concevoir
la peine qu'il y a de se charger
la mémoire d'une harangue,
dans le mesme temps qu'elle est
accablée fous le poids d'une infinité
de questions, toutes plus
difficiles les unes que les autres.
- L'Article que vous venez de
lire,estant rempli de loüanges
de SaSainteté, je croyqu'ildoit
estre suivi de celuy que vous
allez voir; puifquc cet Article
donne aussi lieu do loüerSa
Sainteté, en parlant dubon
choix qu'elle avoit raison nommant
au Cardinalat M' Philipucci,
rien ne pouvant mieux
faire voir qu'il enestoit digne,
que la profonde humilité avec
laquelle il a constamment refusé
cette dignité. Ce que Sa
Sainteté a fait ensuite pour ce
Prelat, en luy donnant une
pension
,
& en conferant sa
Charge & ses Benefices à son
neveu, ainsi que vous verrez à
la fin de cet Article,méritéaussi
beaucoup de loüanges.
Mr Philipucci
,
Votant dfr
Signature
, par un excés d'humilité
dont on trouve peu dexemples
dans l'Histoire,ayant
persistédans le refus qu'il a fait
de la dignité de Cardinal, & la
Congregation des Cardinaux
assemblez sur un sujet si extraordinaire
, ayant déclaré
qu'il n'estoit pas Cardinal par
la feule nomination du Pape,
& qu'il avoit encore la liberté
de refuser cette dignité; Sa
Sainteté, aprés avoir accepté la
renonciation de ce Prelat au
Cardinalat, y a nommé Mr
Conti, Nonce en Portugal,&
qui a donné dans le cours de
sa Nonciature, & dans les autres
emplois qu'il a exercez à la
Cour de Rome, diverses marques
de son merite & de l'étcndue
de son genie. Il est d'une
famille Romaine, noble& ancienne
,
qui a produit divers
Cardinaux. L'Histoire fait voir
qu'il y en avoit désl'onziéme
siecle. BonifaceConti,Cardinal,
Evêque d'Alby,fleurissoit
vers l'an 1050. Le Pape Leon
IX. 1 honora de cette dignité,
& il se trouva ensuite à la mort
de Victor II. en 1057. Les
Historiens ne nous ont pas marque
le temps de la sienne. Urbain
IV. fit Cardinal au mois
de May de l'an 1261. JourdainConti,
né à Terracine,&
qui avoit rendu de grands fervices
au Siege Apostolique. Ce
Prelat exerça la Charge de Vicechancelier
de l'Eglise fous le
Pontificat d'AlexandreIV.&
d'Urbain IV. Ce dernier, en le
creant Cardinal, luy donna le
titre de Saint Cosme & de Saint
Damien. Il eut ensuite le Gouvernement
de la Campagne de
Rome, & il mourut en 1169.
Leon X. créa Cardinal le premier
Juilletdel'an1517.François
Conti, Archevêque de
Confa dansle Royaume de
Naples (Eglise dans laquelle le
celebre Ambroise Catharin
siegea, & à laquelle il fut nom*
me sur la fin du Concile de
Trente.) François Contimourut
en 1521.si pauvre (chose
étonnanteencesiecle-là) qu'il
ne laissa pas même de quoy^W
faire enterrer, si on s'en rapporte
à Onuphre Panuin, àCiaconius,
&àAubery. Ces Auteurs
,demême que Blondus,
nous parlent d'un autre Cardinal
de la même maison, c'est
Lucio Conti, que le Pape Jean
XXIII. mit dans le Sacré College
le 6 jjin de l'an 1411.
mais ce Pape ayant eftç déposé de
& la validité de son élection
ayant esté contestée,je ne mets
point ce Cardinal qu'il avoit
créé, parmyles autres du même
nom. Lucio Conti se trouva
au Concile general de Constance
; & dans la suite le Pape
Eugene, IV. du nom, l'envoya
Legat à Boulogne où il se fit
b J5 7, des affaires tres- fâcheuses. Il
fut accusé d'y femer la division,
& d'animer secretement quelques
puissantes familles les unes
contre les autres, dans la vûë
d'affoiblir les forces de la Ville.
Ses desseinsayant esté découverts,
on se ligua contre luy,
& il s'enfallut peu qu'il ne perist
dans cette espece de conjuration.
Il se retira à Imola,
qui est un (Evêché dont MonsieurleCardinal
Gualterio est
titulaire) & il revint ensuite à
Boulogne, où il mourut le 9.
Septembre 1437.
Sa Sainteté a donné deux
mille écus de pension à Mr
Philippucci qui a quitté la Cour
de Rome, & sest retiré à Macerata
sa patrie, pour y finir
ses jours dans une Maison Religieuse,
& y attendre la mort
dans les exercices de pieté
} &
le Pape a en même temps conferé
les Benefices que MrPhilippuccia
quittez àMr del Vico,
son neveu, qui exerce depuis
long-temps à Rome,laProfession
d'Avocat avec beaucoup
de reputation. Sa Sainteté luy
a en même temps donné la
Charge de Votant de la Signature
de Justice, que M' Philippucci
a laisse vacante par sa retraite.
Le Pape voulant recompenser
ses longs fcrvices dans
la personne de son neveu, aen
même temps rendu justice à dernier, ce qui s'est montré, dans
plusieurs occasions, tres-digne
de l'administration& de la conduite
des affaires les plus difficiles.
D'ailleurs Mr del Vico a
esté élevé fous les yeux de son
oncle, & il a puisé dans cette
école, les lumieres dont il a donné
en diverses conjonctures,
d'éclatantes preuves.
L'Article que vous venez
de lire, ayant relation au
précèdent
,
à cause des loüanges
de Sa Sainteté, qui se
trouvent dans ces deux Articles
,
j'ay interrompu
, pour
faire place au dernier, un Article
qui auroit dû suivre les
deux premiers, qui regardent
ce qui s'est passé depuis peu en
Sorbonne.
Mr de Borffat, Bachelier de
Licence, a soûtenu sa premiere
These de Licence) nommée la
Mineure. Elle est dediée à Mr
l'Evêque de Geneve. CePrelat
qui fait sa residence à Annecy
depuis que N. de la Baume
fut chasséde son Siege Episcopal
par lesGenevois, dans le
penultiéme siecle, est de la Maison
de Rossillion-de-Bernex.
Elle cil: des plus illustres de
Savoye, & elle a produit de
grands hommes, parmi lesquels
se trouve le brave Comte
de Bernex,qui fit beaucoup par
1er de luy pendant la dernière
guerre. Cette Maison est alliée
aux plus illustres de Savoye ;
sçavoir, à celles de Seyssel,
dtAlinges, de Blanchevillede
Clermont, du Coudray, & à
plusieurs autres, dontle détail
seroit trop long. Mr l'Evêque
de Geneve reste seul de sa maison
) avec un frere aîné qui en
Chef du Chapitre de Tonon;
ils sont freres de Mc la Marqué
se de Mont-Saint-Jean, dont
l'époux estoit de la Maison de
Clermont, & Chefd'une branche
de celle de Tonnerre. Ce
Prelat est un parfait modele de
l'Episcopat ; il rassemble dans
sa personne toutes les qualitez
qui peuvent former un grand
Evêquey & son Clergé admire
souvent en luy unefidellecopie
de l'original que le grand
Apostre des Nations a donne
dans tes Epîtres, en parlant
d'un parfait Evêque. Celuy
dont je parle marque tous tes
jours de son Episcopat, par des
actions d'une ardente charité,
d'un zele infatigable,& d'un
attachement invincible à la discipline
de l'Eglise. Il fait tous
les ans la visite de son Diocese.
tduy de Genève,quoy que les
Proiellans se soient saisis d'une
partie des terres qui le composent,
en d'une vaste étenduë ;
ce qui n'empêchepas que ce
vigilant Prélat ne
le
parcoure
toutes les années
„ en suivant
l'exemple de ses Prédecesseurs,
sur tout de Saint François de
Sales, & de feu Mr d'Alex
d'Arenthon
,
son prédecesseur
immédiat, & qui après
avoir gouverné saintement
son Eglise durant plusieurs
années, eut la consolation de
mourir les armes à la main,
je veux dire, dans le cours de
lavisitede son Diocese.
Mr de Borffat qui a dédié sa
These à ce Prelat, est de Gex,
& par consequent Diocesain
de Mr l'EvêquedeGenève. Il
a soûtenu cet ACtc avec beaucoup
d'applaudissemens
; & il
en reçut sur le champ des compliment
de plusieurs Docteurs,
même de ses Censeurs. illes meritoit
par la vivacité & par la solidité
des réponses qu'il fit àtoutes
les difficultez qu'on luy proposa.
Mr Lhuillier Docteur dp
la Maison de Sorbonne, & Curé
de Saint Louis, présidoit à
cette These. Les trois difficultez
qu'il proposa furent tresfortes,
&: firent beaucoup
d'honneur au President & au
Soûtenant ; sur tout cclle des
des Corévêques,oùcedernier
brilla beaucoup. Mr l'Abbé
Maréchal, Doyen de laMaifon
de Navarre & Bachelier de Licence
, argumenta ensuite ; ce
qu'il fit avec autant de force
que de dignité. Cet Abbé cil;
Doyen de Carignan, & tresestimé
de tous ceux qui leçonnoissent.
Mr de la Chassaigne,
Bachelier de la Maison de Sorbonne,
argumenta enfuire sur
la presence réelle par Tertullien
; la difficulté fut tres-subtile
: mais elle n'embarassa pas
le Répondant, qui ne fut pas
moins admiré dans la solution
qu'il donna à cette difficulté,
que dans celle qu'il donna à
toutes les autres qui luy furent
proposées. Mr de Borffat est
d'une famille considerable dans
le Pays de Gex, & de tout
temps fort attachée à la Maison
de Condé.
Le Pere le Jay Jesuite
,
Professeur
d'éloquence au College
de Louis le Grand, a prononce
un discours,dans lequel il a fait
voir la necessïté & l'utilité de
la Rhetorique enseignée dans
les Collèges. Monsieur le Cardinal
d'Etrées, plusieurs Prelats
Se quantité de personnes
de la premiere qualité y allie.
rerent,&donnerent de grands
élogesàl'Orateur. Le Pere le
JJY fit un plan abregé de laRhétorique,
copié d'après les plus
grands Maîtres;ilmêla les preuves
à l'autorité,& il montra que
la Rhetorique&l'éloquence ne
font autre chose que la raison.
Il en proposa les réglés qui ne
font que celles d'Aristote, de
Ciceron, de Quintilien, & de S.
Augustin. Il avoüa ensuite, que
iouvent lesimpressionsdel'éloquence
la plusreglée ne sont pas
sans quelque danger à legard
desesprits foibles; & les preuves
qu'il en apporta démontrerent
suffisament cette vérité
: mais en même temps il deffendit
l'éloquence, sur ce que
quelques auteurs de ce temps
lui ont reproché, qu'elle parle
aux hommes conformément à.
leurs préjugez, & qu'elle les
entretient dans leurs erreurs,
en leur parlant des objets sensibles,
comme s'ils avoient en
eux des qualitez semblables à
celles dont ils donnent le sentiment.
Il-dit ensuite,quilseroit
àsouhaitterque pourrendre [avérité
aimableauxyeux des hommes
, on ne fustpasobligé de 1.4
-
parerd'ornemens étrangers,&que
l'éloquence ne conjîjlafl que dans
la clarté & l'arrangementdu discours.
Il fit voir surcesujet,
qu'on ne doit pas blâmer les
Orateurs de ce qu'ils parlent
comme le peuple, puisque les
Philosophesmesmesne parlent
pas autrement mais de ce que
souvent ils pensent comme le
peuple, & qu'ilsfont trop valoir
les ideés &les opinions populaires.
Il finit ,en disant3que
Ciceron & S. Augustin n'ont
jamais parû si grands,que dans
l'usage qu'ils ont fait de l'éloquence
)
&desregles de l'art de
persuader.
Mr l'Abbé de Dromesnil ,
Docteur de Sorbonne, Grand
Vicaire de Laon & Aumônier
duRoy
, prononça, le Samedi
19. de Juin,le Panégyrique des
Saints Gervais & Protais) dans
l'Eglise Paroissiale qui leur est
consacrée.L'Assemblée sur
belle & nombreuse Mr &Mela
Maréchale de Boufflers, Mr &
MC laComtesse de Grammont,
MC la Duchesse de Guiche, &
plusieurs autres personnes de
ce rang assistèrent à ce discours.
L'Orateur reçût de grands applaudissemens,
& il fit voir la
profondeur de son érudition.en
disant des choses qui Jusqu'alors
n'avoient pas esté connues.
Il releva, dans les termes les plus
touchans, les soins que Viralis
-
Se Valerie avoient pris pour
l'éducation de leurs enfans
Gervais & Protais ; & sa morale
fut tres- belle sur le devoir des
peres & des meres à l'égard de
leurs enfans. La distribution
que ces deux pieux freres firent
de tousleurs
biens
aux pauvres;
la liberté qu'ils donnerent à
leurs esclaves ; & la pureté qu'ils
conserverent toûjours dans
leurs moeurs depuis ces faintes
actions, furent derichescirconstances
>
ausquelles M' l'Abbé
de Dromesnil donna encore
un nouvel éclatpar la maniere
dont il en parla. Personne n'ignore
que cet Abbé a annoncé
avec succés la parole de Dieu
dansles meilleures Chaires de
Parisi.
On a imprimé à Orleans,chez
Jean Borde, un Livre intitulé,
Oraison Funebre de Monseigneur
l'Eminentissime Cardinal Pierre
du Cambout - de Coijlin, Evëque
d'Orléans3 Grand jiumonier de
France., Commandeur des Ordres
du Royt &c. prononcée en l'Eglise
des RR. P P. Minimes> le
ip. Mars parle R. P. Claireau,
Prédicateur ordinaire. Ce discours
avoit pour texte, ces paroles
dui. Liv. des Rois, congregatus
efl universus Iftaël;, &
planxerunt eum 3 & Jepelierunt
in domo sua. La division naiCfoit
du sujet:Rien deplus innotent
j de plus juste, de plus édifiant
que sa conduite au milieu
des Princes & des Seigneurs de
M Terre, dit le P. Claireau i Rien
deplusenflammé,deplusparfait
que son zele
3 que sa charitéaumilieu
des peuples de son Diocese.
On touche,en passant, l'éloge
de feu Mre CesarduCambout,
Marquis de Coislin, Chevalier
des Ordres du Roy, Colonel
General des Suisses & des Grisons
, & celuy de Madelaine
Seguier, perc & mere de Mr
le Cardinal de Coislin ; mais
en parlant de cette Dame, il
semble que le Pere Claireau
veuille dire que cette Damevit
encore. Mr le Cardinal de Coislin
est representé à la Cour,
dans ses premieresannées,comme
Jeremie dans la Judée;
Daniel chez les Caldéens;Jean
Baptiste dans le defert,toûjours
retiré en luy-mesme au
milieu du tumulte de la Cour.
On fait valoir avec justice le
témoignage du Royen cette
occasion.
Ce Prelat succeda au Siége
d'Orleans à Mr d'Elbeine,, dont
la mémoire est en grande vénération
dans ce Diocese; il
futnommé à l'Episcopatavant
que d'estre Prestre, & il reçût
dans son Abbaye de Saint
Victor, la double Onction du
Sacerdoce & de l'Episcopat.
On tait une peinture, dans la
deuxième partie, de sa charité
& de sa bonté, dont il a donné
de fréquentés marques aux
peuples de son Diocese ; & dans
lesannées de disette, il mit
tout en u sage pour secourir
ceux que la necessité reduisoit
aux plus grandes extremitez.
Ce Cardinal estoit titulaire
de la MaisronRoyale de la Tres-
Sainte Trinité sur le Mont-Pincio.
Le P. Claireau n'a pas oublié
de luy donner ce Titre dans
l'exorde de son discours.
Je vous parlay le mois dernier
dela mort de Mr l'Evêque
d'Amiens, & de la famille de
ce Prélat; & je dois vous entretenir
aujourdhuy de ce qui
regarde ses obseques & son
Oraison Funebre. Mr l'Evêque
de Boulogne
y avec lequel il
estoit lié d'une étroite amitié
y
&quiestoitvenu àAmiens pour
le voir pendant sa maladie, s'y
étant trouvé dans le temps de
sa mort, officia aux Obseques
de ce Prelat, qui furent faites
deux jours après son decedsy
& le lendemain à la Messe qui
fut celebrée pour le repos de
l'ame de caillustredéfunt. Son
Oraison Funebre fut prononcée
le Dimanche suivant, àune
heure aprèsmidy, dans l'Eglise
Cathedrale d'Amiens. Je vous
envoye l'Extrait d'une lettre de
la mesme Ville,par laquelle
vous apprendrez tout ce qui
regarde cette Oraison Funebre..
La Villed*Amiensvient de perdre
, en la personne de son illustre
Eveque
> un rare modele de tout
ce que lajOlide pieté> le véritable
déjînterejjementyl'ardente charité
&lefoininfatigable pour lesalut
de son Troupeau.) &poursa conduite
,
avoient raffimblé en là
personne. Il avoit, dans ces derniers
temps-, attiréprés de luj Mr
de Leftocq.) neveu defeu Mrde
LcflocqjDocteur&Profeffiurde
Sorbonne.) dont le nomfaitl'éloge.
Il lavoitfait Théologal deson
Eglift
3 & il avoit la fatisfaction
de voir les fruitsdeson choix,
par ïapplaudiffement univerfil.)
& par l'empreffiment que l'on
avoit d'aller entendre les édifians
Sermons de cet Abbé. Il a ejlé
chargé de faire l'Oraison funèbre
de son Evéque ; ce qu'ilafait avec
tout le succés qu'on pouvoit en attendre.
Ses Auditeurs ont esiéfort
attendris de son di[coursy& particulièrement
lorfq.uil a fait connoifire
noifîre la charité de cet illujîre
Evêque
j
qui luy faisoit donner
des fenftons à de pauvres Gentilshommes
incommodez; prévenir la
déroute & le manquement de plusieursMarchands
deJon Dioceje
3 aufqitels il a donné de l'argentconjiderablement
pour les empêcher
d'eflre accablez par la poursuite
de leurs Creanciers;donner la dot
a des filles dont la vocation efloit
d'estre Religieuses
.) & dont les
peres incornmodez ne pouvoicnt
faire la dépenje ; en marier d'autres
deJes deniers; terminer des
procès qui s'estoient étemife^dans
les familles" (.ç¡'. y entretenir L'union
par desfoins infatigables.
Ilafaitsentira tout son auditoire
a vraye perte qu'il venoit
defaire,en s'acquittant en même
temps de la reconnoissancequilf deçoit
à ce Prelat pour lequel il
avoit quittela MaisondeSorbonne
dont il efl Dofleur. Son discours
a eftéfort applaudi de toute
l'Assemblée, quia eftépenetrée des
'Veritez qu'ilapubliées.)[oitparce
que chacun sy ejltrouvéinteressé,
ouparce qu'il les avoit entendu dire
par. ceux qui n'ont pu cacher leur
gratitude envers leur Bienfaiteur.
Ilfaut ajoutericy3que cette Oraifin
funebre doit faire d'aftant
plus d'honneur à Mr l'Abbéde
Leftocq,qu'il n'a pas eu six jours
entzers pour s,y preparer ; ce qui
ne suffiroit pas à beaucoup d'Orateurs
pour charger feulement leur
memoire d'un aussî long discours.
L'AjJembléefutfinombreufe, que
l'on n'en avoit point vu depuis
vingt ans de si grande & de si
illustre dans la Cathedrale d'Amiens.
Jamais ouvragen'a plus esté
rempli de pensées,que celui que
je vous envoye. Je n'enconnois
point l'Auteur ; mais on
peut dire de luy qu'il a beaucoup
d'imagination. Cetouvragequiest
fortconcis, regarde
la différence qui se trouve
entre les Philosophes &lesautreshommes
; & il est remplide
tant de verriez
,
qu'il est impossible
que parmi un si grand
nombre il ne s'en trouve qui
attirent des reflexions des personnesles
plus sages
3
& qui
n'enprofitent en mêmetemps.
Je vous l'envoye de la mesme
manierequ'il est tombé entre
mes mains; & vous connoise
trez qu'il doit avoir estéfait par
un veritable Philosophe
3
qui
s'est beaucoup plus attaché à
penserjuste,qu'àrendresapenléc
dans des termes fleuris.
Vous en jugerez
3
en lisant ce
qui fuir.
Le Philosophe vit pour satisfaire
ases devoirs ; & les autres
hommes pour contenter leurs paf
fions & leurs convoitises.
L'un mange afin de vivre }
les
autres vivent afin de manger. -
ZL.ec\PPhiloosoopphecommande a sres
pajjïons ;
les autres homrnesy obéis
fent.
Les uns agissentfélonlaraison ;
les autres ,
félon leurs temperammens.
Le Philosophe vit en hornme;
0* les autres hommes en befles.
Le Philosophe ria que des plaifirs
d'ejf>rit;&les autres negou*
tent que lesplaisirsdessens.
L'un donne tout à l'écrit ; &
les autres , tout au corps.
Le Philosophe n'est jamais
ny joyeux ny trisse ; les autres
hommes fontsans celft l'un, on
l'autre.
L'un pratique la vertu i les
autres lyadmirentfeulement.
Le Philojophe fait ceder fort
interest à lajuftice ; lesautres hommes
préferent leurs intercfli à toutes
choses.
L'un ne s'attache qu'à embellir
soname; les autres ne fongentqua
orner leurs corps.
Le Philosophe gardî toujours
l'équilibre (7 le milieu en tout;
les autres hommes font extrêmes
en tout.
Les uns font toujours dans une
mêmesituation ; &les autres font
changeans & capricieux.
Les Philosophes aspirent à la ;&Les autres hommes aux
richefps.
Les unsfont avares du temps;
& les autres en font prodigues>
& ne feavent à quoy l'employer.
Le Philosophe regarde en haur,
en bas
>
devant, derricre
, & à
cossé de luy; &les autres hommes
regardent devant euxfeulement.
L'unprévoit lAvenir5 l'autre
riyfongepas.
Le Philofàpheparle &penfe ;
&lesautres hommes n'ayant rien
rnis dans leur cerveau 3ny trouvent
rien.)&ne sçavent que dire.
Les uns regardent les choses de
prés,à cause de leurs reflexions
;
les
autres regardent legerement (7 de
loin.
L'effrit des Philosophes fait
qu'ilsfonttoujours dans le grand
jour; &quoiqueles autres vivent
dans l'éclatjilsfonttoujours dans
l'obircurite-,.
Les unsJeguidenteux-mêmes,
& les autresJefont guider.
Les Pbîlojophes vivent.comme
s'ils riavoientpas de corps; & les
autres hommes> comme s'ils riavoient
pas d'ame intellectuelle.
L'un est indiffèrent aux alimens
du corps , (7 difficile quant
a ceux de ïesprit &les autres repaifnt
leur corps de viandes ex*
Cjutfhs,&leur e/prit,de bagatelles.
Le Pbilofophe nefait rienfans
reflexion , & les autres hommes
font tout au hasard.
Les uns ne comptent jamais
quatre3 auils ne les ayent dans le
sac; e les autres comptentsur le
seul espoir
3
quelque chimérique
qu'ilfoit.
Les Philosophes n'aiment pas
facilement.) mais ils aimenttoûjours
ce qu'ilsaiment ; les autres
hommes aiment &haïjJèntlegerement.
Les uns se gouvernentfélon la
raison; &les autresfélon l'usage
ou leurfantaijïe.
LePhilosophe cherche àsifaire
aimer;&lesautres hommes>àJe
faireeslimer.
L'unfiait bien user des biens; les
autres hommes saventfeulement
les acqurrir.
Le Philosophe ne jugejamais
de rien>sanssavoir le pourcle
contre; les autres hommes jugent
sur le premier rapport.
Les uns aiment la chose pour
son merite ; & les autres
3
pour sa
beauté
, ou pour le bien qu'ils en
retirent.
Les Philosophes fontsolitairesp
parce qu'ilsfontspeculatifs ; &
lesautres hommes nepouvants'entretenir
avec eux-mêmes
i ont besoin
de compagnie.
Les uns se contentent du necessaire
; les autresveulent l'agreablt
0* le superflu.
Le Philosophe a un rfprit uniwrfel
i o*lesautres hommes n'en
ontquepourles chofesqui leurtouchent3
& qui leurplaisent.
Les uns font comparaison avec
les grands &lespetits; &les aittres^
avcc leurs pareilsfeulement.
Les Philosophesfontconffter
leurgloire dans le courage&dans
l'émulation;; les a~u/tTre~s /h/7oCmWmWes~.~)
dans lafierté&dans l'arrogance.
Les uns nefontpoint defautes;
les autres en jontsans ceffi.
Les Philosophes ont de l'ordre
dans tout ce qu'ils font; eles autres
hommes font tout sansréglés
&sans mesures.
Les uns aiment mieux donner
que de recevoir; e les autres aiment
mieux recevoir que de donner.
Les PhiloflpJJes ne Je mêlent
que de leurs affazres; e lcsautres
hommes fc mêlent des affaires de
leur prochain
>
& ne fondent pas
aux leurs.
LePhilojophecraintJeulement
de mal faire; les autres hommes
ont cent craintes parpujtllammm
&parfoiblejje d'ejprit.
Les uns trouvent des dffauts
en eux-, les autres rien trouvent
que chez leur prochain.
Le Philosophe cftbien aise quon
luyfa/Je connoijlrejesdffuuts}&
ies autres hommes s'enjachenh
Sion reprend les uns, ils reportdent,,
a.-vec des raijons ; & les autres
avec des injures.
Le Philosophe se connoist Cfe
corrigeluy -même; & les autres
hommesfe[latent. gr ne trouvent
rien a redirechez eux.
Les uns ne blâment que par
raijon;&les autres hommes,par
haine &par animorité.
Le Philosophe fait Jes efforts
pour ejlre honneste homme &les
autres hommes 3pour le paroistre
feulement.
Les uns cherchent la vertu ; &
lesautres, l'honneur.
LePhilo^phefait le bien pour
l'amour du bien même ;& les autres
hommes
j pour la recompenfc
qu'ils en attendent.
Les uns ne croyent pas facilement
toutes choses; & les autres
croyent tout, la chimere>l'erreur
CT les chojes impoJliblcs.
Les Philufophesressemblent à
une pierre que l'artatailléespolie
& renduereguliere,& les autres
hommes} à une pierre biftornué"
&tellequellefort de la carriere.
Lesunsfeplaiftntà raisOnner;
& les autres3a
chanter.
Le Philosophe shabille par necejjité
; c, les autres hommes3pour
l'ornement (ypoursembellir.
Les Philosophes font indulgent
-' par raison &severes pour corriger
;&les autres hommesfont tout
un ou tout autre3félon qu'ilsfont
inJPirr':{ par leur temperamment.
Lesuns ont de la retenue'&fa-
Dent dtjjmuler ; les autres difcnt
toutce qu'ilspensent3&font tout
ce que leur fixèrent leurs paffions.
Les Phi lofbphesfont indiffèrent
aux plaisîrs , les autres hommes
fontpleins de convoitises
3 & se
donnent mille peines pouracquerir
unplaisir.
Les uns plaignent un homme
qui 4 un mauvais temperamment;
&les autres hommes le haïffint.
Quand on n'a pas lieu de je
plaindred'un homme cejl une
marque que cejl un Philosophe.
Je vous envoyé un Article
remply des triomphes de la
mort
5
puisqu'il contient des
morts de plusieurs personnes.
Les Philosophes qui paroissent
à l'épreuve de toutes choses,
ne le font pas des craintes eaufées
par les approches de la
mort;& c'est un écueil contre
lequel on a souvent vu échouer
leur fermeté.
Monsieur le Cardinal MarcAntoine
Barbarigo
,
est morr,
après une courte Inaladie) dans
la Villede Manreh¡(cone donc
il étoit Evêque. Ce Prelat étoit
Vénitien
,
& a esté fort regretté.
Sa pieté & son application,
pendant tout le cours de sa vie,
aux fonctions Pastorales rendront
sa memoire chere à la
posterité. Ses bonnes oeuvres,
& sa grande charitéont éclaté
pendantson Episcopat
;
il répandoit
son bien avec profusion
,
lorsqu'il s'épargnoit
beaucoup de choses pour
soulager les pauvres, & qu'il
vivoit dans une simplicite digne
des temps Apostoliques.
Sa magnificence a paru principalement
dans le bâtiment
& dans la fondation de son Se- -
minaire de Montesiasconeoù
on apprend à un grand nombre
de jeunes gens destinez à
l'EtatEcclesiastique
,
les Langues
&les belles Lettres
,
&
tout ce qui peut leur servir pour
bien remplir les devoirs d-è
leur état. Ce Cardinal a lasse
tous ses biens au nrême Scminaire
, exceptez quelques legs
mediocres qu'il afaitsà M'Barbango
son neveu, & à ses Domestiques.
Çe Prelat étoit né
le 6. May 1640. &ilavoitété
fait Cardinal à la promotion
du 2. Septembre 1686. faire
par le feu Pape Innocent X I.
Il étoit d'une ancienne maison
Vénitienne; il descendoit, du
côtédes femmes, du celebre
Hermolaus Barbarus, de Daniel
Barbarus Patriarche d'Aquilée,
qui vivoit dans le 16e.
siecle ôç qui assista au Concile
de Trente; & de Joseph Barbaurs,
Senateur de Venise,que
la Republique envoya en Perse
en 1471. - La Ville de Montefiafcone
est un Eveschéd'Italie, dans
le Patrimoine de Saint Pierre.
Les Latins la nomment Monsfaliscorum
; c'est aujourd huy
la capitale des Falisques, restes
d'un ancien peuple d'Italie voisin
de Rome, où il vint de Macedoine
avec Falerius Argien
,
ou avec Alelo
,
selon Ovide.
Titelive nous apprend qu'il surent
soûmis aux Romains. Faleria
a estéautrefois la Ville
capitale de ce pays;& Montesiascone
a depuis obtenu cet
honneur. La contréedes Falifques
s'érendoit autrefois depuis
la Mer de Toscane versPiombino,&
la Rivière de Paiglia
jusqu'au Monr Sorcte vers les
V.j'.'11tins. Montefisfcone est
celebre par ses vins Muscats ;
elle cft proche du Lac de Bolfene.
On y trantporta autrefois
le siege qui cifoic à Corneto,
Ville Maritime & très mal
faine. Jérôme Benti-Voglio y
tint un Synode en ij-j 1 & on
y en assembla un autre en
1612.
Monsieur le Cardinal Barbarigo
avoir eu part aux plus
grandes affaires de son temps.
Il avoir commencé à paroître
à la lourde Rome fous le Pontificat
d'AlexandreVII. & il
entradéslorscLns laconnoissance
des affaires. Il se lia d'amitié
avec le celebre Pere Fabri Jefuire,
pour qui ce Pontife avoir
beaucoup de consideration &
uneconfiance très particuliers
Ce sçavantReligieux parla fouvent
au Pape & aux princi pales
personnes de la Cour de JRomc
du mérité & des bellesesperances
que donnoit le jeune
Barbarigo. Un témoignage
d'un aussi grand poids engagea
le Pape de le charger de - quelques
affaires assez difficiles à
conduire;il y reuissit au gré de
toutel a Cour de Rome :Ce
quiengagea Alexandre VII. à
luy confier d'autres affaires)
dont il se tira aussi très - bien.
Sous les Pontificats de Clement
IX.& de Clement X. il passa
par les premieres charges dela
Cour de Rome; & il s'attira
une estime generale dans toutes
celles dont il eut l'administration.
Enfin son mérité & sa reputation
l'éleverent fous le
Pontificat d'Innocenr XLrue-
•ceflèur de Clement X. à une
des premieres placesdel'Eglise.
Ce Pape qui connoissoit si bien
le vray merte, & auquelon ne
peut reprocher
,
pendant un
-
1
assiz
assez long Pontificat de s'estre
trompé unefeule fois sur le
choix d'un seul sujet, le luit
dans le Sacré College; & luy
donna, par ce moyen, le pouvoir
de faire des établissemens
avantageux à l'Eglise, tel, par
exemple, <:lU'cf\: celuy de Monrefiafeone.
Mr Potoski, Staroste de
C hinielniec, eU mort;& on fit
le
1 7. Juin ses funérailles à Leopol,
dans l'Eglise des Dominicains
avec beaucoup de magnificence
,en presence du Palatin
Je Ruffie
y
du Castelan de
Chelm, de la Palatine de -Kio..
vie - de Madame la Princesse
d'Olska & de la Maréchale de
Lithuanie. La dignité de Starofte
est une des plus considerables
de Pologne;celuy qui en
est revêtu à une tres-grande
autorité dans l'étendue de sa
junfdi¿rion. Ce futun Staroste
tie Chmielniec qui contribua
beaucoup à l'élection du Duc
d'Anjou qui fut depuis Henry
III. du nom Roy de France.
Cette Charge étoit déjà connuë
en Pologne fous Micistas,
ou Misko
5
qui commença de
regner en 964. & qui fut le
premier Duc Chrétien de Poloj
gne. C'efi ce Prince, qui, a ce
que porte une vieille tradition
de Pologne, travailla sur un
ancien Poëte Athenien, nommé
Chionides, qui vivoit l'an
156. de Rome & fous la 70e
Olympiade. Mr Pocoski étoit
un des plus grands Seigneurs
de Pologne; il étoit allié à la
Maison Royalede Sobieski,ôc
il contribua beaucoup, après
la mort du RoyWienowiski
à l'élection du Grand Maréchal.
Ce nouveau Royen conserva
toute sa vie une grande
reconnoissance;il l'honoratoûjours
de la confiance,& il ne
faisoit rien de considerable sans
le consulter. MrPotoski avoit
porté les armes dans sa jeunesse
avec beaucoup de distinction.
Il avoit des terres presque
dans toutes les frontieres
de Pologne; & ainsi ses Etats
avoient les mesmes bornesque
la Polognec'est-à-direla Mer
Baltique, la Suede, la Mofcovie,
la Hongrie & l'Allemagne.
Madame la Landgrave de
Hesse cl
-
Darmltadt épouse du
Landgrave de ce nom, &mere
du feu Prince de Darmstadr,
mourut il y a quelque temps.
C'étoitunePrincesse d'un merité
generalemcnt reconnu. La
branche de Hesse-Darmfladt:
commença en la personne de
GeorgeI.de ce nom, dit le Debonnaire,
fils du Landgrave Philippe,
né en1557. & mort le
3 Fevrier de l'an159 6. Il épousa
en premieres noces Magdeleine.,
fille de Bernard, Comte
de Lippe, morte le 11. Fevrier
de l'an 1582. & en secondes,
Eleonore,fille deChristophlede
Wirtemberg, &veuve de Joachim,
Prince d'Anhalt, morte
1 le 2. Janvier 1^18. Il n'eut de
cette fécondé femme qu'un fils,
nommé Henry, né en 1590;
&mort le9.Janvier1601.La
maison de Hesse est une des
plus illustres d'Allemagne par
sa noblesse,par son ancienne
té,& par les grands hommes
qu'elle a produits Elle tire son
origine de la maison de Brabant.
Henry le magnanime;
Henry, ditl'enfant, ou lejeune;
Othon, qui epousa Àdelaïde
Comtesse de Ravensberg Herman
,qui secourut Balthazar
Landgrave de Thuringe; Philippe
I.die le magnanime:Guillaume
IV. dit lesage, Landgrave
de Heue-Caud, Maurice
Landgrave de Hesse,& Guillaume
V. dit le Connt., sont les
héros de cette illustre famille.
Ce dernier épousaAmelie Elisaberh
deHanow,qui a esté une
heroïne du siecle passé
, ayant
relevé par son habileté & par
son courage, les biens de son
fils qui estoientruinez;elle les
augmenta en 1648. par leTrairé
de Munster, en y faisant incorporer
l'Abbaye dHisfeld,
plusieurs Bailliages,laville de
Marpurg & le territoire de Gelinghen.
Cettecourageuse Princesse
fit fortifier une place sur
le Weser nommée Reintelem,
& augmenter Zeigenheim, qui
est une tres-bonne place qui a
titre de Comté.Cette Princesse
mourut en 1651. elle étoît
mere de GuillaumeVI. demaurice,
de Guillaume,de Philippe,
d'Adolphe, de Charles, &
de 4. ou 5. Princesses GuillaumeVI.
sonfils épousaen 1649
HedwigeSophie,filledeGeorge
Guillaume Electeur de Brandebourg.
CettePrincesse prosita.
des leçons&des exemples.de sa
belle-mere & il se presenta
plusieurs occasions où elle en
sçût faire un excellent usage.
Lamaison deHesseaaussi produit
les branches de Hombourg&
de Bingenheim, qui
ontété demesmetres-secondés
en heros ôc en personnes d'un
mérite distingué Le Landgrave
Guillaume-Christophe est
preuve de ce que je dis.
Dame Madelaine Diane de
Glandevez,veuve de MkC Alexandre
de Grasse,frere de Mr;
l'AbbédeGrasse Abbé de l'Ensourchure,
est morte en Provence
âgéede 9J. ans. Cette
Dame, qui n'estoit pas moins
distinguée par une illustre naissance,
que par un rare merite,
étoit restée veuve dés l'âge de
is. ans; son époux, qui etoit
Capitaine de Galeres, fut tué
dans un combat particulier en
Catalogne l'an1642. Il laissa
decette Dame deux filles, dont
l'aînée fut mariée dans la suite
avec Mrle Baron de Greoux ;
& la seconde,quiétoit une des
plus belles personnes duRoyaume,
épousa Mr de Guies, qui
etoit auui de la maison de
Glandevez. LaDame dont je
vous apprens la mort, qui avoit
esté aussi une des plus belles
personnes de son temps, avoit
refuse des partis tres-avantageux,
& n'avoit jamais voulu
entendre parler d'un second
mariage. Elle avoit passe cette
longue viduité dans des exercices
de pieté,&à faire des remedes
specifiques qu'elle diftribuoit
à tous ceux quienavoient
besoin, & principalement aux
pauvres. La maifonde Glandevez
&celle de Grasse sont des
premieres & des plus anciennes
de Provence.
Mr de Bouzols, Capitaine
aux Gardes, mort des blessures
qu'il avoit reçuës à la journée
de Flandres, estoit frere de Mr
le Marquis de Bouzols qui a
épousé une soeur de Mr le
Marquis de Torcy, Ministre&
Secreraire d'Estat Ilavoit souvent
fait voir qu'il estoit digne
du nom quil portoit; il avoit
donné des preuves de son courage
dans toutes les occasions - ou le Régiment des Gardes
avoit eu part, & il s'estoit attiré
l'estime & l'amour de tout
ce Corps, par la sagesse de sa
conduite, 6c par ses manieres
honnestes & polies. La Maison
de Bouzols est une des plus considerables
dela Province d'Auvergne;
elle y est connuë depuis
plusieurssiecle & elle y atoûjours tenu un rang tresconsiderable
Elle est alliée
aux Maisons de Montboissier,
d'Estein de Beaufort, de
Chabannes, de Curton, & à
plusieurs autres de ce rang.
Ceux qui en sont fortis sesont
toûjours attachez à la profession
des armes ,
& ils y ont
toûjours eu des emplois tres-
- considerables Mrs de Bouzols
ont fait une grande figure à la
Cour fous les Regnes de Louis
XI.&de Charles VIII.fonfils.
Mr de la Garde Capitaine,
dans le mesme Régiment Se
mort des blessures qu'il avoit
receuësàlajournéedeRamillies,
avoit esté Sous- Lieutenant
& Lieutenant dans le
mesme Corps. Mr le Dic de
Guiche a parlé de luy d'une
maniéré fort avantageuse &
qui fait beaucoup d honneur
à sa memoire Sa famille, estoit
alliée à pluficurs Maisons
très-considerables d'Auvergne,
& ilyadéjalong temps qu'elle
du Limousin & de laMarchejou
est connue en ce Royaume.
Mrs de la Garde estoient dans
une grande consideration à
la Cour des Rois Charles IX.
& Henry III. & quelques Historiens
parlent d'un Gentils- j
i
hommes de ce nom, en qui le
dernier de ces Princes avoit
beaucoup de confiance.
Mrle Marquis de Coadeletz,
qui estoit le plus ancien
Lieutenantaux Gardes, a eu
la Compagnie vacante par la
mort de Mr le Marquis de Bouzols.
Ilest d'une ancienne Maison
de Bretagne
)
& frere de
Mr l'Abbé b de Coadeletz
grand Archidiacre de Vannes,.
Mrs de Coadeletz sont alliez
aux meilleures Maisons
de Bretagne; scavoir à celles
de Coëtquen & de Coëtlogor
La Maison de Coadclctz estoit
fort connuë enBretagne fous le
règne du dernier Duc François
II. qui fut pere de la Duchesse
AnnedeBretagne, qui épousa
successivement les RoisCharles
VIII. & Louis XII. Mrde Coadeletz
sert depuis long-temps
avec beaucoup de distinction
La Compagnie vacante
par la mort de Mr de la
Garde, dans le mesme Regiment,
a esté donnée à Mr
Doumenil
,
- en qualité de
plus ancien Lieutenant. Il est
d'une ancienne Maison originaire
de Normandie&alliée
aux Maisons les plus distinguées
des Provinces de Picardie, de
Bretagne & du Perche. Il a
épousé une Dlle Allemande,
quia autant de naissance que
de merite, & qui est alliée à la
Maison de Piccolomini. Mr
Doumenil a toûjours servi dans
le Regiment desGardes, & il a
donné,endiversesoccasions,des
preuves d'une grande valeur.
Jevous ay souvent fait par
des ouvrages de Mr Deslandes
, grand Archidiacre &
Chanoine de l'Eglise de Treguier.
L'érudition dont ils sont
remplis, vous les a toûjours
fait èstimer beaucoup,&tous
vos amis à qui vous les avez
fait voir, vous ont toûjours
tenu le mesme langage; ce qui
me fait croire que vous ferez
ravie d'apprendre que Mrs
de l'Academie d'Angers se
font trouvez du mesme fenriment.
Ce que vous verrez
dans la réponse que je vous
envoye de cette Academie à
cet Abbé, touchant les ouvrages
qu'il luy avoit envoyez.
Voicy cette réponse.
Nous avons lu avec plaifr
dans noflreAcademie
y vos deux
dijjertations; l'une du tremblement
de la Terre, ($l'Autr(Je
l'origine dufameux Tombeaude
S. Yves> érigedàtisvoflre Cathédrale
par le DucJean VI. en
reconnoi/Jànce de sa délivrance du
Chafteau de Chantoceaux>par le
voeu qu'ilfit à S. Yves. Nousy
avons observé toutes les delicates
regles du Poème Epiquej&vous
y rapporte% de rares morceaux
a'Histoire. Vous prene7, occasion
defairel'éloge de la Maison de
Lavardiny gr vousy interejfeç
toute la France.
Henry IV. voulant sxoppofer
a un fecouts de quatorzemille
hommes que le Roy d'Espagne
envoyoit à Rouen. voulut les reconnoistre
avecJixmillehommes;
maiss'ejlant trop avancé, il fut
blrjje en combatant. Sa vie C
sa liberté efloient en danger., 10rf
que le MarquisdeLavardin le
vint dégager avec Joixante Cavaliers
feulement. Vous finissez
par cette grande aRion que fit un
des ancrftres de cette éclatante
Maifàn.
Le Duc Jean VI. ayant eslé
trahipar le Comte de Penthievre,
qui luy avoitpropoje de venir
en son Chasseau de Chantoceaux
en Anjou;, où les plus belles
Damesde cette Province luypropofoïent
une partie de Chasse. Ce
Duc navoit qu'a peine faitcinq
lieues de chemin pour aller de
Nantes à Angers, auun Cavalier
vint à luy le ftbre à la main
courant droit pour le couper; le
Sire de Beaumanoir pour parer
le coup, s'élança sur la felle de
son cheval> & le coup de fabre
ltry tombasurl'épaule gauche &
luy cnlzva le bras. Le DucJean
ayant eslé délivré desaprison par
les foins de son épouse Jeanne de
France, qui fit aujji de son cofté
un voeu à S. Yves;l'on envoya
les HuijJiers de Bretagne chercher
le Comte de Penthievres
pour luy mettre au cou un
certain carcan, lequel eslans une
fois cadenacé3 ne pouvoit jamais
efire osté, qui fatfoit mourir celuy
qui le portoit> & auquel
l'on ne pouvoir touchersans qu'ils
prifl feu.
Vous avez raison de nous dire
que cesecret métallique a eslé perdu3
& que nous voudrions bien
le retrouver, comme celuy de la
pierre dont a eslé fait le tombeau
de S. Yrurs.) que l'on couloit pour
enfaire les figures.
Vous nous parler de feu Mr
Hevin
, ce celebre Avocat au
Parlement de Bretagne,si eflimê*
de Mr le Chancelier
A & qui
ejtoit universel dans la connoifL
jance des bellessciences ; qui tra-
'Vailloit aux talifmants, equi
taux trouvé la composition des meauoit
pour ces fortes de carcans.
Je continue a vous envoyer
plusieurs articles de Litterature,
ainsi que vous l'avez souhaitté.
Le Pere de la Maugeraye
vient de publier un principe
de mecanique-, qui est assez eC
timé. Si les mobiles dit-il d'abord
, estoient d'une mesme pesanteur
specifique, cm que le mi..
lieu ne resistast point, quand ily
Auroit égalité dans les mobiles.) les
njîteJJes seroient entre elles.,comme
les pui/Ja-nc-es--q-u-i r-e-m-uè-'ro-ie.-n-t les
mobiles; caril estclair que siune
puijpince comme un peut donner à
un mobile Aune njîteffe comme un,
il efl clair, dis-je, quunepuijjance
deux pourroit donner au mejme
mobile A,une 'VÍtcffi comme deux3
puisque les ejptsdoivent ejlreproportionnels
à leur causè.
Le Pere de la Maugeraye a
dit,dans une de les dissertations,
que lorsque deux corps
se rencontrent avec des forces
égales, ils décrivoient une diagonale
,& il ajoûte que c'estoit
là Ton systême. C'est:
pourtant un principe trescommun
commun &tres -connu.
Le Pere de Grainville,Jesuite
a publié une réponse au sçavant
Mr de la Chauffe, qui
avoit fait imprimer la fécondé
lettre sur la colomne de TApotheose
d'Antonin, trouvée à
Rome dans le Champ de Mars.
Le Pere de Grainvilledémontre,
en quelque maniéré, que cette
première Colomne ne fut érigée
qu'en faveur du premier
Antonin; c'està-dire, d'Antonin
Pie, & non- pas d'Antonin
le Philosophe;c'està. dire,
de Marc-Aurele. Le Pere de
sant, un écrit peu exact, qu'il
a vû à Rouen sur ce sujet, où
l'on a, dit-il, le malheurde M~
voirque des extraits de la plûpart
des bellespieces.
Mr Juncker a donné depuis
peu,en Allemagne, l'Histoire
des Journaux ; & on dit que
l'on travaille en France sur le
mesme sujet.
Mr Duncan, MedecinFrançois
refugié, a publié à Rotterdam
un avis salutaire a tout
le monde contre l'abus des chosès
chaudes , & particulierement du
Cafjp* du Chocolat & du Thé.
Il examine tous les bons effets
qu'on attribuë a ces bornons;
& il prouve, par un curieux
détail des fonctions de la vie,
qu'elles les troublent, & que
la guerison des incommoditez
qu'elles ôtent, coûte cher à
ceux qui ne sçavent pas se modaeregr
darnsél'uasagbe d'ulnerem.ede
L'Auteur de la Conciliation de
Mo/jè avecS.Etiennerépandu
dans l'Europeune lettre, pleine
de remarquessur le mesmesujet,
surquelquesautres. Un Autcur,
celebre par ses ouvrages,
ayant formé le dessein d'attaquer
celuy de la Conciliation
3
cela a donné lieu à cette lettre.
Cette Conciliation parut
lannée derniere: le temps ou
l'Auteur a placé la naissance de
Joseph; a donné lieu à quelques
remarques. Il soûtient, dans
cette lettre,son opinion, &
prétend démontrer que ce Patriarche
estné l'an 91. de Jacob
son pere, & pour cet effet, il
prouve que Jacob estplus vieux
que sonfilsde90. ans. C'estoit
Mr Bernard, qui a continué les
nouvelles de la Republique deslettres.,
qui avoit attaqué le Systême
de l'année de la naissance
de Joseph,il répondit aussitost
àceluy de la Conciliation &c. Du
reste, le Livre de la Conciliation
de Àdosse avec S. Estenne est
un ouvragetres-estimé.
Mr le Clerc a donnéàArasterdam
une 3
e. édition de ses
oeuvres philosophiques.Joannis
Clerici opera Philosophica3 in quatuorvolumina
digesta;,editio 3.auctior
r.!J emendatior. Outre ces 3.
éditions,il s'en est fait une àLondres.
Mr leClercaajouté, dans
-cette édition, un petit traité de -
huit pages, où il parle de l'utilitédelaPl-
iyflque,que l'on ne
connoît pas certainement assez
en Hollande.
On a fait a Hall une nouvelle
édition de l'Art depenser,
en Latin. Le Libraire a promis
d'y ajoûter toutes les remarques
que Mr Bernard sit
3
dans
le mois de Novembre 1703.
de ses nouvelles, &c. sur toutes
les éditions latines de cet ouvrage.
MrBuddé a ajoûté à cette
édition, une Préface de vingt,
pages, où ilmarque les avantages&
les défauts de cette Logique.
Il avertit, que le premier
pas qu'on doit faire pour se garentir
de l'erreur, c'est: de corriger
savolonté,& detravailler
à retenir les passions dans les
bornes de la droite raison.
Le Pere Nicolas Parthenio
Giannettâssi a fait imprimer, à
Naples., un nouveau livre) fous
le titre de Ver Herculanum: Le
printemps passé à torre del Greco,
dans la Campagne de Rome.
C'est la fuite des Livres du même
Auteur, intitulez,Autumni
Surrentini,oetates Surrentinæ; les
Automnes pajJées à Sorrente, les
Etez pajJèz à Sorrente. Sous ce
titre,l'Auteur a ramasse des Dialogues
ingenieux; des observations
curieuses,écrites dans
le goût de l'antiquiré latine la
plus délicate;des descriptions
tantôt en Prose, tantôt enVers.
Il paroît qu'il s'est: proposé
pour modele Aulugelle
, &
peutestre les connoisseurs jugeront-
ils que lePere Giannettassi
est plus délicat & aussi
sçavant que cet ancien Auteur.
La Poësie est le principal talent
de ce Pere; outre des Eglogues, il DO a paru de luy trois Poèmes
considerables, chacun de plufleurs
livres: Nautica.) l'art de
la navigation: Halicatica.) la
Pescbe: Bellica.)l'art de la guerre.
Chacun de ces Poëmes contient
un assez gros volume in
douze. Le mesme Pere a fait
aussi une Geographie Latine.
Il travaille à l'histoire de Naples,
qui doit estre estimée, à
cause des belles découvertes
dont il l'a enrichie.
-
Dom Maur Piazzi, Abbé du-
Monastere de Parme, a tiré de
sa bibliothéque, les lettres du
fameux Isidore Clarius, qui de
Religieux de ce Monastere., devint
Evêque de Foligno, &, fut
par sonérudition, par les beautez
deson stile, par sa pietés
par son zele, un des plus grands
ornemens de son siecle. Ces lettres
ont esté imprimées à Modene.
On y a joint deux Opuscules;
l'un sur les bornes qu'il
faut mettre au foin d'amasser
des richesses. L'autreest une exhortation
à ceux qui avoient
abandonné les sentimens reçûsdansl'Eglise,
pour les porter
à les reprendre. Isidore Clarius
mourut en 1555. age1 dde
60. ans. Il avoit retouché la
version vulgate sur l'Hebreu,
auquel il l'avoit renduë plus
conforme ; ce travail n'a pas
(fié aussi estimé que ses notes.
Elles joignent la brieveté&l'élegance
à l'érudition,&les Protestans
les ont inférées dans le
recüeil qu'ils ont fait des critiques
sacrez.N ous avons du même
Auteur, en plusieurs tomes,
des Homelies sur le premier
Sermon de JesusChrist
,
sur
l'Evangile de Saint Luc,sur
les Epitres de Saint Paul & sur
diffcrens sujets.
Enfin le Livre du PerePagi,
contre les Annallcs du Cardinal
Baronius,paroît. Il avoit été
long-temps attendu & desiré.
Le premier Volume avoit déja
esté imprimé
)
il y a quelques
années, & les trois autres imprimez
à Genêve in folio
,
font
achevez; & l'on débite à present
cet ouvrage. Le Pere Pagi,
Cordelier, neveu de l'Auteur
quimouruten 1699. à dédié
ces trois Volumes à Mrle Marquis
de Torci Ministre & Secrétaire
d'Etat. LefeuPere Pa- j
gi, qui a esté un des ornemens
del'Ordre de Saint François
y & un des plus sçavans hommes
du dernier siecle,avoit travaillé
à cet ouvrage pendant la plus
grande partie de sa vie. Il l'a
porté à sa perfection un peu
avant sa mort;mais il n'a pas eu
la consolation de le publier.
Casaubon avoit tenté autrefois
un pareil dessein;maisilne travailla
que sur les premiers livres
des Annales de Baronius : c'est
cc qui fit dire quecasaubon n'avoit
attaqué que les Giroüettes
du Livre du Cardinal Baronius.
Mr Lazare Muguet, Prêtre ;
a mis au jour un écrit, intitulé:
Nouvelle découverte d'un Thermometre
>
cherché depuis si longtemps
par Messieurs de ['Academie
Royale desSciences, exempt
des défauts des autres Thermometres,
& contenant tous les
Avantages qui ne Je trouvent que
separement & par parties, dans
ceux dont on s'estservi jufèJuJà
present. Ce Thermometre est
composé d'une boule de verre 1
remplie d'air, tel que nous le
respirons &: de quatre tubes
cylindriques, soudez & joints
les uns aux autres.
Il paroît une dissertationsur
les Medailles de Julien,Tyran du
temps de Carinus. Les Historiens
ont été partagez au sujet de ce
Julien; les deux Victors font
dans differentes opinions sur
ce General, que quelques Provinces
de l'Empire Romain
revoltées avoient choisi & mis
à leur tête pour secouër lejoug
desEmpereurs.L'un d'eux nous
assure que Julienprit les armes
en Afrique fous l'Empire de
Diocletien & de Maximien;
& l'autre, dans son Epitome,
marque qu'il mourut aux environs
de Verane. Si ce Tyran a
esté défait & tué par Carinus
il est cetain qu'il n'a pu se revolter
pendant le regne de Diocletien.
Voilà l'embarras.
Le Pere Pinamonti, Jesuite
( Compagnon du Pere Segneri)
a fait imprimer une Méthode
pour conduire les ames dans la
voye de la perfection.
Le Pere Poisson, Prêtre de
l'Oratoire,a fait imprimer à
Lyonunnouveau recueil des
Conciles; cet ouvrage est tresestimé.
L'on trouve sa Methode
sur la Chronologie tressure
& tres-bonne.
LaLettre & l'Ouvrage qui la
suit, font du Frere François,
Charreux, Auteur duJardinier
Solitaire. Vous trouverez dans
la Lettre, le su jet qui l'a obligé
de m'envoyer la piece qui la
fuit.
J'ay vu,Monsieur, dans votre
Mercure du mois de May dernier
, que vous me renvoyer le
jugement d'un Problême de Physique,
qui vous a estéproposé par
l'Auteurd'une Lettre Anonyrne;-
[Favoir, pourquoy les boutons
des Arbres, qui resistent à la
plus forte gelée pendant l'Hyver,
ne peuvent resister à un
froid assez mediocre pendant
le Printemps. Voilà,Mr.,sije
ne me trompe, l'état de la cjuefiion3
pour lasolution de laquelle vous
renvoyéaussi PAuteur de cette
Lettre Anonyme; à l'Article59
&suivansdu23e Chapitre de la
premiere Partie de la Physique de
Mr Robault. J'ay, lieu de croire
que -fi cet Auteurestbon Physicien-
s'il entend bien la ma.
tiere, qu'il Ce contentera de l'expLication
quon y trouve ; mats
comme il paroijoûhaitterd'apprendre
les conjectures des autres
Pbyjtciens sursonProblême
>
je
rvais cffayer de vous fairepart des
miennes. Je Jouhaitte quellesJe
fàtisfdfJent.
L Experience nous apprend que
'teaupurgéed'airpar le moyen
de la machine pneumatique3 Je
condenjcenJe gelant; bien loin de
je rarefier, comme fait l'eau qui
napoint eslépurgéed'air. Par
consequent le juc qui Je trouve
dans le bouton des Arbrestabeau
Jegelerpendant jver ; comme
il n'est pas encore pénétré de l'air,
& quily est d'ailleurs en trèspetite
quantitéjl n'ysçauroitfaire
aucun dommage. Mais au Printemps.,
quand les mesmes boutons
ont pouffe des bourgeons
3 & que
l'air a trouvémoyen de s'injinuer
dans leJuc quiy circule en abondance
3
ceJucJe dilatant,lorfquil
Je gele
3
eaffi les tuyaux où il est
contenu; d'où il arrive que la
circulation ne peut plus sy continuerj
que le Juc s'en évapore lorsqu'il
efldegelé, &par conjequent
que les bourgeonssiflétrissent trcspeu
de temps après avor esté dé.
gele^ K ij
L'air faitparson ressortd'étranges
effets sur la terre, il fert àprésent
à renverser nos Villes & nos.
Cbafkeaux, & a nous détruire les
uns les autres; puisque sans air
la poudre à canon ne produit aucun
effet
j comme je l'ay experimenté
avec un Balon de cuivre,
rempli de cette poudrrJ& exaflement
vidé de tout air, où lefea
nefit autre chose que fondre tous
lesgrainsdelapoudre en une feule
masse
3 par la mesmeraisonqu'il
fond en unefeule masse plusieurs
grainsdeplomb ou de quelqu'aul'air3
il auroit fftéy avoit Itiffé
tre métal. Si l'on contraint, par
»
leJeu
,
de Je dilater tres-considerablement
>
& il durcit fait cre-
'Ver le Balon.
Quand on expose à un airfujet
à beaucoup de ruiciffitudes du
cbaudedufroid, un morceau de
viande ou quelquautre chosè dont
les fibresfontajfe% tendres &
delicates> & oitl'airpeutfacilement
s'infirmer
3 tout cela se corromp
en tres-peu de temps; car
l'air qui sj insinuë la nuit en une
figure ovale éprend jourparqueL
que augmentation de chaleur en
une figure plus approchante de la
circulaire,&caffe par confequcnt
les cellules où il sefloit infinité.
Le feu s'éteint faute d'air;
parce que le premier élément
(ainsi quej'appelle dans 3 mes Principes
de PhjJîquej ce qui causè le
lefeu) ne coule, par exemple,
entre les parties du bois
3 que comme
l'eau couleroit à travers un tas
de fable ou de pierres , gr en
échappeparconfcquent bien visse
sans y faire , un granddesordre:
uiulieu que cet élément liquide
quand il est accompagnéde l'air,
coule entre les parties du bois3comme
l'eauquifroit accompagnée de
graines bien séches
>
couleroit au
travers d'un tas de pierres; carces
graines 'Venant à efire dilatéespar
ieau
j
ecarteroient ces pierres les
unes des autres.) & les dérangeroient
entierement.
L'air riefl donc que comme
l'injlrument dont cet élement se
fert ; il rieft que comme un bâton
ou une épée entre les mains d'un
furieux
>
qui sien fertpourfendre
la presse
j & pour écarter ça &
la
j tous ceux qui s'opposent à son
pàjjage
j &. qui sans armes &
les mains liées.) auroit paffé
tranquilemtnt. L'air nous faitvivrey
commeje l'ay expliqué ailleurs,
e nous reduit en pouJlierc
aprèsnoflre mort.
"-
Voila
j
Mr
j ce quesavois 4
répondre au Problême qui vous a
- ejiépropoje. Vous vgek que cela
est un peu différent de ce que dit
--Mr Rohaulr. Je jliis>Monsieur'3 -&c.,
.r La mort ne me fournissant
que trop de matiere tous les
I~ mois
y
je suis obligé de la reprendrey
quoyque ma Lettre
ne soitpas encore fort avancée.
Voicy les noms des per-
-fo'n*nes qui font décedées depuis
celles dont je viens de
vous parler.
-' M , JacquesTestu, ConseillerAumônier
& Predicateur
- Ordinaire du Roy, Abbé de
NôtreNôtre-
Dame deBelval, Prieur
de S. Denis de la Chartre,&l'un
des 40. de 1 Academie Françoise.
Le mente de cet Abbé & le
goust qu'il a eu pour les beaux
Arts& pour les belles Lettres,
ont éclaté d'une maniere qui
luy a fait beaucoup dhonneur.
Ses SrancesChrestiennesdont on
a faitcinqou six éditions, marquent
allez le talent qu'il avoit
bpeoauur la Poesie. Il avoit un tres-
Cabinet de tableaux; &
comme il connoissoit parfaitement
tout ce que la Peinture
a de plus beau, & que tous les
tableaux qui composoient son
Cabinet estoient de son choix,
il n'y a point à douter que les
Curieux ne les recherchent
avec empressement.
L'union du Prieuré de Saint
Denis de la Chartre
,
dont il
estoit titulaire,au Seminairede
Saint François de Sales, que
Monsieur le Cardinal de Noailles
a fondé pour les Prestresinfirmes,
est l'ouvrage desacharité;
puisqu'enconsentantàcette
union pendant sa vie, & se
dépoüillant du droit qu'il avoit
de le resigner, il a assuré l'établissement
de ce Seminaire, qui
cHilunlearEgliie.
LaMaisondeMrs Testueest
tres-ancienne à Paris. M1Sde
Balincourt font de la même
Maison, & estoient proches
parens de celuy qui vient de
mourir. Il y en a deux Chevaliers
de Malthe, dont l'aîné est
Commandeur de cet Ordre;Ôc
un autre Conseiller au Parlement,
dont l'esprit, le mérite,
& la politesse font connus de
tout le monde. Mr de Balincourt
3
Capitaine des Chasses
de la Vicomté de Paris, est
aussi de cette famille; son fils
est Colonel du Regiment d'Artois.
Mr l'Abbé Testu avoit
deux freres
,
dont l'aîné qui
avoit beaucoup d'cfprit, & qui
estoit fort répandu dans le monde
,
estoit Chevalier du Guet;
& l'autre estoit Abbé. Ces trois
freres font enterrez aux Carmes
Déchaussez.
M'c Pierre Blanger, Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris, Senieur de la maison de
Sorbonne,Prieur de laChapelle
dela Reyne, Vicaire General de
Mr l'Evêque deCoûtances, cydevant
son Official, Chantre&
Chanoine de l'Eglise de Coûtances.
Mr d'Etoüilly,Docteur
de la mesme maison,luy a succédéen
laSeniorité;ilsavoient
long-temps contestéla qualité
de Senieur de Sorbonne.Mr
Blanger estoit plus ancien reçu
dans la maison de Sorbonne
& Mr d'Etoüilly plus ancien
Docteur;laSeniorité fut adjugée
àMrBlanger,comme plus
ancien reçu dans la maison de
Sorbonne
, parce que cette qualité
n'a rien de commun avec
la Faculté deThéologie. Mr
Blanger s'étoit démis depuis environ
une année de sa prebende&
de sa dignité de Chantre
de l'Eglise de Coûtances,au
grand regret de Mr de Lomçnie
EvêquedeCoûtances qui
auroit bien voulu conserver ce
Docteur auprès de luy. Mr
Blanger estoit de Normandie,
& du Diocese mesme de Coûtances
; il passoit pour un zelé
défenseur de la saine doctrine,
& il y avoit peu de Docteurs
plus en garde que luy contre
les nouveautez. Il estoit grand
Théologien; il avoit donné
des preuves de son érudition en
plusieurs occasions qui luy avoient
fait beaucoup d'honneur,
&qui luy avoient acquis
laréputation d'un tres- sçavant
homme. MrBlanger estoit fore
consulté pour la Morale, & il
s'y estoit appliqué durant une
bonne partie de sa vie, persuadé
quecette partie de la Theologie
estlaplus necessairepour
la conduite des moeurs & pour
la direction des ames, Il avoit
une bibliothèque assez considerable,&
remplie de livres ou rares
ou tres-curieux. Il les connoissoit
parfaitement bien; ainsi
le choix qu'il en avoit fait, étoit
très bon &très- judicieux.
Dame ElisabethdeFlecelles,
veuve de Mre Jean d'Uffon
,
Marquis de Bonac, Commandeur
de l'Ordre militaire de S.
Loüis, Lieutenant General des
armées du Roy, & Commandant
pour SaMajesté dans le
Comté de Nice. Cette Dame
estoit d'une très-ancienne maison,&
tres-considerable par les
alliances qu'elle a faites. MC: la
Marquised'Usson avoir épousé
en premières noces Mre François
Gaston de l'Hostel Marquis
d'Escots, Maréchal des
Camps&Armées du Roy, Colonel
du Regiment d'Artois &
Lieutenant General de la Province
de Brie. Elle avoit eu de
cette premiere alliance Mr le
Marquis d'Escots, qui futCo-.
lonel du Regiment d'Artois al
o prés son pere, &qui sCur tué1 en
Flandres
y
pendant le siege de
Namur, dans un détachement;
commandé par Mr le Prince
d'Enrichemont
,
aujourdhui
Duc de SullyFeu Mr leMarquis
d'Usson, fecond mari de la Dame
dont je vous apprends la
mort,étoit frere deMr de Bonrepos,
cy devant Ambassadeur du
Roy en Dannemark, & aujourd'hui
Lecteur du Cabinet du
Roy. Mr de Bonac, son neveu,
estEnvoyé de France auprès du
Roy de Suede, &il accompagne
ce Prince dans toutes ses
glorieuses expéditions. La maison
d'Usson & celle de PHoftcI
font toutes deux tres-qualifiées,
& des plus anciennes de la Province
deGuienne,dont elles font
originaires, & où elles estoient
déja connuësdans le temps qu-
Eleonor de Guienne épousa
Henry secondRoy d'Angleterre,
à qui elle porta en dot cette
belle Province,
Dame Marie Gigault de Bel.
lefonds,veuve de Mre Pierre
Marquis de Villar,Chevalier
des Ordres du Roy, Lieutenant
General de ses Armées&son
Conseiller d'Etat ordinairede-i
pée. Elle a eu de son mariage, 1
MrleMaréchal Duc de Villars;
Mr le Comte de Villars, connû
auparavant fous le nomde
Chevalier de Villars, Capitaine
de Vaisseau & Maréchal de
Camp; & trois filles, dont l'une
a épouséMrle Comte de Choifeüil-
de-Traves
,
Colonel de
Cavalerie; la seconde a épousé
Mrle Marquis deBoissieu,d'une
tres-ancienne maison de Dauphiné,
& frere de Mr l'Evêque
de S. Brieuc;& la 3e a épouséMr
de Vauguier,quiestaussi
originaire de Dauphiné. Cette
derniere demeure avec MC: la
Maréchale de Villars, & Mr
le Maréchal son frere a pour
elleunetendresse & une confiance
très particuliere. Feu Mr
le Marquis de Villars,époux de
la Dame dont je vous apprens
la mort,avoitelle Ambassadeur
ExtraordinaireenEspagne,
&: Chevalier d honneur de Madame.
Comme je vous ay parlé
plusieurs fois de sa maison,
qui est originaire de Lyon, &
qui a donné troisArchevêques à
l'EglisedeVienne, je ne vous
en diray rien aujourd huy. MC:
la MarquisedeVillars, autant
distinguée par son mérité & par
sa vertu) que par sa naissance,
toit soeur de feu M le Maréchal
de Bellcfonds & grande
tante de Mr le Marquis deBellefonds
,
Gouverneur de Vincennes
& Colonel d'un Regiment
de Cavalerie. La maison
de Cigault est connuë en France
depuis le milieu du 15e siecle,
où le Roy Charles VIII. commença
à la distinguer. Depuis
ce temps là elle a fait d'illustres
alliances; & ceux qui en font
sortis ont esté honorez par nos
Roys,en differens temps,de plusieurs
dignitez tres-considerables.
Mrc Charles Pot,Marquis de
Roddes, Vicomte de Bridiers,
Baron de la Maisonfort, cydevant
Grand
-
Maître des Ceremonies
de France. Il estoit
d'une Maison connuë en France
depuis le milieu du quatorzième
siecle. Guillaume Pot,
Chevalier.,Seigneur de Roddes,
du Piéagu
,
du Baleffier
3
&c.
forti d'une noble famille, fervit
le Roy Charles V. dit le
Sagey dans la guerre de Guyenne,
en 1377. Illaissa en mourant
deux fils; Raoul Pot &
Louis Pot. Le premier est qualissé
dans quelques titres
j premier
Maistre d'Hôtel de Jean
de Nevers,depuisDucde Bourgogne
il fut. pris prisonnier
à la bataille de Nicopolis en
1 396. Il estoit Gouverneur du
Dauphinéen 1411. Louis Par,
Seigneur de Roddes, fut marié
avec Dauphine deBonnelles.De
cette alliance sortirent Guyot
Pot, Seigneur de Roddes, créé
fecond Chevalier de la Toison
d'or,à la premiere ceremonie,
par Philippes le Bon Duc de
Bourgogne,en 143o. DeRené
Pot, & de Jeanne de Sully-de
Fontmorand, vint Jacques Pot,
Baron de la Rochepot ; & Philippes
Pot, grand Sénéchal de
Bourgogne, dont le tombeau
està Cisteaux. Jacques Pot, Baron
de la Rochepot, aussi Chevalier
de la Toison d'or, épou-
- sa Marie de Courrjambe. Leurs
enfans furent N. Pot, Seigneur
de la Rochepot, dont
font issus lesSeigneurs de la Rochepot&
de Fontmorand
,
defquels
font fortis Dame Char-
7 lotte Pot -
de Fontmorand, épousedeClauded'Escoubleau,
Seigneur du Coudray
-
Montpensier
en Poitou; & Guy Pot
Comte de S. Paul, Baron dela
Rochepot, époux de Marie de
- Villiers-l'Isle-Adam,pered'Anne
Pot, Baronne de la Rochepot
, &c. mariée avec Guillaume
Sire de Montmorency.
Guyot Pot,Seigneur de Roddes,
fils puisné de Louis Pot,
laissa un
fils
appelle Jean Pot.)
aussi Seigneur de Roddes,qui
fut perede Guy Pot
,
qui fuivit
la fortune de Louis XII.
pour lors Duc d'Orléans, à la
Journée de Saint -
Aubin- du
Cormier. De Guy Pot vint Jean
Pot,Seigneur de Roddes,Chevalier
de l'Ordre du Roy, qui
fut Amballadeur à ROIne) à
Vienne,& à Londres. Guillaume
Pot son fils,Seigneurdt
Roddes, Cornette blanche dé
France.Prévost des Ordres du
Roy, premier Ecuyer - trenchant,&
créé par le Roy Henry
III. premier Grand-Maistre
des Ceremonies de France. Il
eut de Georgette de Balzacd'Entragues,
Henry Pot, mort
des blessures qu'il reçut à la
Journée d'Ivry, portant la Cornette
blanche ; François Pot,
Seigneur de Roddes, grand-
Maistre des Ceremonies de
France, Cornette blanche, premier
Ecuyer- trenchant,dece.
dé sans laisser des enfans de N. de Broüilly-Mezvillersi
& François Pot) Seigneur de
Roddesqui après avoir exercé
les mêmes Charges, mourut
au siege deMontpellier en 161z.
Illaissa de Marguerite d'Au.
bray sa femme,deux fils,& trois
filles Religieuses; & Louise Pot,
veuve du Marquis de Beaujeu,
dont une fille, mariée àN. de
Megrigny, Marquis de Vandeuvre
, Cornette blanche de
France, & premier Ecuyertrcnchant.
Claude Pot, Seigneur
de Roddes, grand-Maître
des Cérémonies, Cornette
blanche) & premier Ecuyertrenchant)
fils aîné de François
Pot, Marquis de Roddes,
& de Marguerite d'Aubray
fut marié, ,
1
°. avec LouiseHenrierre
de la Chastre,Heritierc,
de laquelle il a eu Me la Duchesse
de Virry; N. & 2°. avec légitimée de Lorraine.
Henry Pot, Seigneur de Roddes,
Vicomte deBridiers,Comte
de Romorentin, & grand Maitre
des Ceremonies de France,
frere puisné de Claude, prit
alliance avec Gabrielle de Rouville,
de laquelle il eut celuy
dont je vous apprens la mort;
trois autres fils,& une fille.
La Maison de Pot a donné
un Evêque à l'Eglise de Tourmy,
& des Abbcz à Marmoustier
,
à Saint Lomer de Blois,
deux à Ferrieres en Gastinois,
un Tresorier à la Sainte Chapelle
de Paris, & un President
aux Enqueftes du Parlement de
Paris. MrleMarquis de Roddes
- avoit esté le sixiéme grand-
Maistre des Ceremonies de
France, depuis la créationde
cette Charge enfaveur de Guillaume
Pot,un de ses ayeux, par
Henry III.
Le nommé le Coq, âgé de)
cent troisans, est mort depuis
peu à la Flèche en Anjou.Si
j'apprens quelques parricularitez
de la maniéré dont il a vécu
pour arriver à ce grand âge,
je ne manqueray pas de vous
en faire parc.
Le Parnassè François vient de
perdre Mrde Riouperoux,Auteur
de pluficursPieces de
Theatre, qui ont eu un grand
succés, du nombre desquelles
font Valerien 6c Hypermnestre,
qui onrreçu de grands applaudissemens.
Apres vous avoir parlé de la
mort d'un Poëte
,
je puis vous
entretenir d'une Dame vivante.,
qui fait parfaicement bien des
Vers
, & dont les ouvrages
réussissent beaucoup; c'etf de
MC de Saintonge, qui a fait les
paroles de l'Air qui fuit. Cet
Air est de la composition de
Mr Charles.
Í
AIR NOUVEAU. AIRNOUVEAU.
Votre coeur est le Lot où le mien
doit prétendre;
Mesfoinsfont les billets quipourront
l'obtenir.
S'ilpeutjamaism'appartenir;
Neirpere7, pas
:1
Philis*" de pouloir
le reprendre,
Mr d'Alaise Mocenigo a esté
élû par la Republique de Venise
pour Ambassadeur enFrance.
Il est Noble Venitien, &
d'une des meilleures Maisons
de cet Etat; ses Ayeux y ont
possedé les premieres Charges
de la Republique
3
& ils s'y
font alliezen divers temps,avec
les Maisons Cornaro,Badoero,
Pisani, Donato, Octoboni, &
plusieurs autres de ce rang. La
Maison de Mocenigo a aussi
donné plusieurs Officiers Géneraux
aux Armées de la Republique
; elle a aussi donné
pluneursProvediteurs à laMo- rée,I
rée, & plusieurs Patriarches a
Venise. Il y a eu de cette Maison
plusieurs personnesdeLettres5
& elle a fourny aux Ordres
de Saint Dominique & de
Saint François de grands sujets,
demême qu'à l'Ordre de Saint
Benoist La Maison Mocenigo
est presque aussi ancienne que
la République;elle cft connuë
depuis l'&tablissement de cet Etat & il y en a peu eu à Venise
d'aussi zelées pour la conservation
de cet Etat, que la
Maison Mocenigo.
Le Pape a donnél'Evesché
de Brescia à Monsieur le Cardinal
Badoero
:1
qui s'estdémis
du Patriarchat de Venise. Je
vous ay parlé du merite de ce
Prélat le mois dernier, en vous
apprenant sa Promotion au
Cardinalat. Il est d'une des plus
anciennes Maisons de Venise,
puisque la Maison Badoero
est: une des 12 Electorales, qui
font la premiere Classe de la
Noblesse Vénitienne

& qui,
par une espece de miracle, se
font toutes conservées jusqua
présent, depuis l'an 709. On
lacompte même la troisiéme
& après les Maisons Contarini
& Morosini. La dignité que ce
Prelat quitte, est considerable.
Le Patriarche de Venise ne met
à la tête de les Mandemens
,
que N.Divinâmiseratione
Venetiarum Patriarcha
3
sans
ajoûter, comme font lesautres
Prelats de l'Eglise Romaine,
& (anrlæ Sedis Apostolicoegratiâ.
Il est Primat de Dalmatie, êz
Métropolitain des ArchevêquesdeCandie&
de Corfou,&
des Evêques de Chiozza & de
Forcello.
L'Evêché de Brescia que le
Pape vient de donner au nouveau
Cardinal, est Suffragant
de Milan. Brescia en sur le Gozo
prés de la Mela ; c'étoit
l'ancien Pays des Cenomanois,
qui y étoient passez de la Gaule
Transalpine,& dont Tite Live,
Pline & Strabon font mention.
Ceux du Pays la nomment
Brescia, & les Larins, Brixia.
Saint Apolinaire de Ravenne
y prêcha le premier l'Evangile.
Attila la ruïna, & elle fut peu
après rebatie

c'est à dire, l'an
452.Ellefut depuis soûmise
aux Lombards
,
à Charlemagne
j aux Rois d'Italie
,
& elle
devint enfin libre. Henry VI.
Empereur, l'emporta aprés un
long siege
) & ellesouffrit de
grands maux durant les factions
des Guelphes & des Gibelins.
Les Ducs de Milan
s'enrendirent maistres
j
& ils
ia garderent jusqu'à ce qu'elle
se donna auxVenitiens,puis
au Roy Louis XII. eni & François I. la remit en 1 5 1 7.
aux mêmes Venitiens,qui en
font encore les maistres. Comme
cette Ville est Frontiere
5 elle est bien fortifiée, avec un
bon Chasteau, de bons remparts
& un bon Arcenal,& elle
a de belles Eglises. L'Evêque a
le titre de Duc, de Marquis &
de Comte;& on garde dans
la Cathedrale , une Croix) ou
Oriflame ) que les Originaires
prétendent estre celle qui apparut
à Constantin. On y a celébré
des Synodes en 1J74,en
15 82 & en 1614. Cette Ville
cft assez grande, & on y compte
prés de cinquante mille Habitans.
Elleest Capitale du petit
Pays, dit leBressan
„ que les
Italiensappellent IlBressiano,
qui comprend du Septentrion
au midy, tout cequi est depuis
la Valteline
,
jusquà la riviere
de l'Oglio, & de l'Occident à
l'Orient, tout ce qui est depuis
le Lac d'Iseo, jusquàceluy de
Garda, où font les Bourgs de
Lodrone ,Garnado,Chiari,
Ramano. Strabon, Pline &
Tite- Livefont une mention
honorable de cette Ville. -
Les nouveaux Cardinaux
dont jevous parlay lemoisdernier
,ayant laissé, par leur Pro-
.- motion,beaucoup de Charges
vacantes,& plusieursdignitez
àremplir ; voicy les noms de
ceux qui ont esté nommez par
le Pape, pour occuper tous ces
grands poiles, qui conduisent
ordinairement au Cardinalat.
Vous ne devez point examiner
les rangs, dans- l'article que je
vous en envoyé;rien n'estant si
difficile que d'estreparfaitement
instruit du Ceremonial
Romain.
Le Pape a déclaré que les
nouveaux Cardinaux Corsini &
Pallavicino continuëroient les
fonctions des charges de Treforier
de la Chambre,& de
Gouverneur de Rome. Je vous
ay parlé de ces deux Cardinaux,
en vous apprenant leur promotion.
La grace que le Pape
leur fait, en leurconservant les
charges de Tresorier de la
Chambre,&de Gouverneur de
Rome, est une preuve de leur
merite,&de la consideration
-que SaSainteté a pour eux;puisque,
selon,l'usagede la Cour
de Rome,les nouveauxCardinaux
ne conservent pas les charges
dont ilsétoientrevétus
avant d'estre admis dans le Sacré
College.
Le Pape a donné la charge de
Clerc de Chambre à Mr Fattinelli;
ilaesté élevé à la Cour de
Rome depuis sa plus grande
jeunesse,&il estallié à plusieurs
Cardinaux, qui prennent foin
de sa fortune. La charge que le
Pape vient de luy donner, est
unevoye pour arriver aux plus
grandes dignitez Ecclesiastiques.
La familledont est sorti
ce nouveau Clerc de Chambre
est fort ancienne à Rome, & alliée
aux plus grandes de cette
ville.
Sa Sainteté a donné à Mr
Molinés,la charge deRegent
dela Penitencerie. Cetemploy
est très-importante on ne le
donne qu'à des personnes treshabiles,
& qui ont donné des
marques de leur sçavoir. Mr
Molinés s'est toûjours beaucoup
attaché à l'étude de la
Morale comme à la partie la
plus essentielle de la Theologie,&
la plus neçessaire pour la
conduite des moeurs. Mr Molinés
joint à un grand sçavoir,
une longue experience ; & il
cG: employé depuisplusieurs
années. Le feu Pape Innocent
XII. avoir beaucoup de confianceen
luy, & se plaisoitsouvent
à l'entretenir en particulier
; il souhaitta mesme
3
durant
sa derniere maladie, que
MrMolinés ne s'éloignastpoint
du Vatican pour estre à portée
de luy parler quand il voudroit.
Ce Prelat répondoit à ces marques
de confiance par une grande
assiduité auprès de la personne
de ce Pontise,&par les
discours qu'illuy faisoit, remplis
de sagesse & de consolation.
Mr Tomasi a eu la garde
du Sceau de la Penitencerie;
c'est une des premieres charges
aprés celle deRegent.Celuy qui
vient d'enestrerevêtu
,
cil un
des meilleurs sujets de la Cour
de Rome)& celuy sur lequel
se verifie plus la maxime qui
regne aujourdhuy en cette
Cour ;
sçavoir, que le mérite
& la vertu sont les meilleurs,
patrons que l'on ypuisse
avoir presentement. Mr To:
naG a eu d'autres emplois,où
il a fait voir autant de sagesse
que de capacité. Il est d'une famille
où l'on naît avec un genie
naturel pour les affaires &.
pour les sciences;il s'estapplique
aux unes & aux autres avec
un égal succés,puisqu'il passe
pour un des Officiers de la Cour
de Rome des plus propres pour
les affaires, & en mesme temps
des plus habiles. Il s'est attaché
principalement à l'étude du
Droit Canon, où il a fait de
grands progrés. Il est d'une
maison qui appartient à celles
de Corsini & de Pallaviein;
& ainsi il est parent des deux
nouveaux Cardinaux de ce
nom.
Le Pape a déclaré Mr Cornaro
Vice- Legat de Bologne.
Ce Prelat joint à un grand merite,&
à une vertu connuë de
toute l'Italie, une naissance des
plus illustres. Il est Venitien,
& sa maison a donné plusieurs
Doges à cette République.
Marc Cornaro eut cette dignité
& celle de Duc de Venire
dans le quatorzième siecle;
il eut le bonheur de reprendre
la Candie revoltée. Marc Cornaro
,petit fils de ce dernier,
fut aussi Doge de Venise; il
fut D pere de la célébré Catherine
Cornaro, Reine de Cypre.
Elle avoit épousé en 1470.
Jacques, Batard de Cypre,
qui se fit Roy de cette Isle;
aprèsla mort duquel& ayant
accouché d'un fils qui ne
vécut qu'un an, elle gouverna
ce Royaume durant un
temps assez fâcheux. Elle vint
à Venise,à la sollicitation de
son frere George Cornaro, &
elle fut receuë de la Seigneurie
avec beaucoup de magnificence;
elle remit à la Republique
son Etat qu'elle avoit
gouverné pendant prés de 14.
ans.GeorgesCornaro,son frere,
épousaElizabeth Morosini;il
en eut François & Marc Cornaro
, tous deux Cardinaux.
CetteMaison a aussi donné
d'autres Cardinaux ; André,
Evêque de Brescia, & enfuitc
Administrateur de TArchevêché
de Spalatro. Loüis Cornaro,
qui fut premièrement Chevalier
de Malthe & grand Prieur
de Cypre, fut fait Cardinal en l5jI.par le Pape Jule II. il
fut nommé ensuire Archevêque
de Zara. Frederic Cornaro, Patriarche
de Venise, fut mis dans
le Sacré College par le Pape
Urbain VIII. Louis Cornaro
quiestoit de la mesme Maison,
vivoit dans le seiziéme siecle;
il composa un Traité de la vie
sobre,qu'unAuteur de ce temps
a critiqué fous le nom d'.Anticomaro.
Bologne, dite laGrasse, dont
Mr Cornaro a cité nommé
Vice-Legat, est une Ville d'Italie
qui appartient au Saint
Siege; elle a un Archevêché,
& uneUniversité celebre. Cette
Ville est la seconde de l'Etat
Ecclesiastique.
Le Pape a donné à Mr Petra,
la charge de Secretaire de
la Congrégation du Concile,
dont il ne fera pas souvent les
fonctions, quoiqu'il en foit
tres-capable. Il est grand Prédicateur
,&il se distingue il y a
long-temps àla Cour deRome,
par
cle talent qu'il a pour la
chaire. Il n'en à pas un moindre
pour la Poësie;& quoyqu'ilne
lecultive que dans ses
heures de loisir,il ne laissepas
de passer pour un des
Il
meilleurs
Poëtes de Rome, ou il yen a
de tres- bons& en très-grand
nombre. Mr Petra est d'une
tres-ancienne maison.
Le Vicelegalion de Ferrare
aestédonnéeàM1 Erba. Cette
Ville est dans lancienneEmilie,
avec Evêché& titre deDuché,
appartenant au SaintSiege. Le
Pape ClementVIII. y tir bâtiren
1598. laCitadellequ'on
y voit encore aujourdhuy ; cc
Pontife y dépensa plus de deux
millions.d'or. Le Pape Eugene
1 V. n'estant pas satisfait du
Concile de Bâle, il le déclara
dissous, & il en convoquaun
autre àFerrare,dont le Cardinal
Nicolas Albergoti fit l'ouvertureen
1438.l'Empereur d'Orient,
Jean Paleoios;ue5&lePatriarche
de Constantinople s'y
trouverent. On y tint 16. [ee.
sions; & dans la derniere on
transfera leConcile à Florence,
àcause de la peste qui estoit à
Ferrare. En 1612. le Cardinal
Jean-Baptiste Seni Evesque de
Ferrare y fit des constitutions
Synodales, qui ont esté imprimées.
MrErbaest fort estimé
à la Cour de Rome ; le Pape
qui connoît parfaitement les
sujets de merite
,
luy avoit
déjàdonné ,en diversesoccasions,
des preuves d'une consideration
tres-particuliere.
MrBarbarigoaesté nommé
Vicelegat d'Urbin. L'Etat d'Urbin
a elle possedé par la Maison
de la Rovere ,qui ayant
manqué,il fut dévolu au Saint
Siège fous le Pontificat d'Urbaion
VIII. Urbin est la patrie
du Pape qui regne aujourd'hui.
MrBarbarigo,qui a eu cette
Vicelegation
,
est neveu du
Cardinal Barbarigo, dont je
viens de vous apprendre la
, mort. Il a estéIlélevéI{"sous les
yeux de son oncle; ainsi on doit
beaucoup attendre d'un Prelat,
qui a joint aux dispositions
que la nature luy a données,une
tres-riche éducation. La Vicelégation
d'Urbin est une des
plus importantes, à cause du
voisinage de Rome.
Mr Aldrovandia eu la place
d'Auditeur de Rote,qui doit
estre occupée par un Bolonois.
Je vous ay parlé amplement
du Tribunal de la Rote, en
vous apprenant que Mrl'Abbé
de Poligmac en avoit esté fait
Auditeur; je dois vous dire à
present que Mr Aldrovandi qui
est devenu son Confrere
, a
tout le merite qu'il faut pour
remplir une place de cette importance.
Il eO: d'une famille
originaire de Rome, ôc alliée
i:). *
aux Maisons Altiempi & Borghese,
dont la seconde a donné
un Pape à l'Eglise, en la
personne de Paul V. quivivoit
au commencement du dernier
siecle. Mr Aldrovandi a beaucoup
d'érudition, & il cft peu
de questions sur ce qui regarde
les belles Lettres, où il ne soit
consulté,souvent même par
les plus habiles gens. Mr Aldobrandini a esté fait
Clerc de Chambre. Ilen d'une
Maison Papale;(c'estainsiqu'-
on appellecelles qui ont donnée
des Papes à l'Eglise. ) Le Pape
Clement VIII.estoit de cette
Maison. Il se nommoit auparavant
le Cardinal Hippolite
Aldobrandin.Ilefioit de Florence,
dont la Maison Aldobrandiniest
aussî originaire. Le
Pape Sixte V. l'avoit fait Cardinal
en 1^8j. &illuysucceda
après la mort des Papes Urbain
VII. Gregoire XIV. & Innocent
IX. qui entre-euxtrois ne
regnerent pastreizemois.
1 Le Pape a declaré Mr Corradini,
son Auditeur, à la place
de Monsieur le Cardinal Paracciani.
Ce Prelat est d'une tresancienne
famille
y
&connue à
Rome depuis pluficurs siecles.
Il
-11 en alliéà la Maison de Perretti
quia donné un Pape à
l'Eglise,en lapersonne de Sixte
V. &àcelle deBuon Compagnon
qui en a donné un autre
en la personne de Gregoire,
XIII. Mr Corradini a elle employé
en diversesaffaires, ou il
a donné des marques deson
intelligence dans lesaffaires EccleCau:
iques. Il a toujours fait
du Droit Canon sa principale
étude;&il passoit,dans lecours
de ses études, pour un des plus
forts de ceux qui s'attachoient
à l'étude du Droit. Le choix
quele Pape a fait de luy pour
remplir la charge queMr leCardinal
Parraciani laisse vacante,
luy estd'autantplusavantageux,
qu'il cil: tres-certain que SaSainteté
ne l'a accordé qu'au seul
merite ; puisqu'en nommant
Mr Corradini son Auditeur,
elle déclara que si elle avoit
trouvé quelqu'un plus capable
d'exercer cet employ, elle l'en
auroit pourvû. L'étude que ce
Prélata fait duDroitne l'a pas
empêché de s'attacher aux belles
Lettres; il s'y appliquoit
dans ses heures de loisir,& dans
celles que les affaires où il a été
appellé,dés qu'il en a pû prcndre
connoissanceluy ont lai(fé3
& il ya faitde grands progrés.
Il cft peu de perionnes à Rome,
qui entendent aussi bien que
Mr Corradini, les Poëtes Grecs
& Latins,& tous les Auteurs
de la belle Antiquité; il en a
retenu les plus beaux endroits,
&il seroit difficile d'en citer un
seul devant luy
,
qu'il ne reconnûtlelieu
& l'Auteur
dont il a esté tiré. On luy rend
enfin la justice d'avoüer qu'il
| cil: né avec un genie naturel
1 pour les sciences.
r. Sa Sainteté a fait M' Orighi
Secretaire de la Consulte.
Ila déjà servi en d'autrespostes,
où il a donné des marques de
sa haute capacité,&de l'intelligence
qu'il a des affaires Ecclesiastiques.
Ilest d'une famille
établie depuislong-temps en
Italie,&c alliée à celles de Ba.
glioni& de Vitelli
,
qui ont
des plus considerables de Rome.
La Congrégation dans
laquelle Mr Orighi vient d'entrer,
connoist des affaires les plus
importantes,& sur tout de celles
qui regardent la pureté de
la Foy, & la conservation du
Dogme;ainsiil faut avoir donné
des preuves d'une profonde
do&rifie pour estre admis dans
culierementpourenestreSeculierementpour
en estre Secrétaire;
puisque c'est luy qui
resumetoutes les délibérations
dans les Congrégations particulières.
M' Orighi a
beaucoup
depart àla confiance de
Sa Sainteté; &il a fait voir, en
plusieurs occasions,quilmerite
l'estime que l'on a pour luy à
la Courde Rome.
La Charge de Secretaire de
laCongrégation de Propagandafideaesté
donnée à Mr Banchieri,
Vicelegat d'Avignon,
qui avoit eu cette place après
Monsieurle Cardinal Gualterio,
aujourdhui Archevêque
titulaire d'Arhenes,& Evêque
d'Imola
,
où sa douceur, sa
politesse, sa generosité & son
équité lui ont fait mériter une
estimegenerale&lui ont acquis
une réputation solide. Mr.
Banchicri est d'une famille Italienne
, tres-connuë par lesdignitez
où elle a été élevée, &
par le rang qu'elle tient à Rome,
où elle cil alliée aux maisons
Cajetan & Gesi. Les Papes,
qui font maîtresd'Avignon,
Se de tout le Comtat
Venaissin (depuis que le Pape
Clément VI. acheta cet Etat
de Jeanne, premiere Reine de
Naples, pour la somme de
quarante-huit mille livres de
France, qui revenoit en ce
temps-là à la somme de quatre-
vingt mille florinsd'or de
Florence;) les Papes, dis-je,
ont gouverné cet Etat par un
Vicelegat, qui y a un Siege ou
Auditoire pour la Justice, ôc
Bureau des monnoyes.
La Congragation de Pro- paganda»fide 1-D , dont Mr Banchieri
vient d'être fait Secretaire.,
estcelle où ressortissent
toutes les affaires qui rce-ar"
dent les Millions del'Orient,
& des autres pays où il y Il
des Missionnaires Apostoliques.
Il y a peu de Congregations
à Rome où ily ait autant
d'affaires, & où il yen ait
d'aussi importantes que dans
celle-cy; c'est pourqouy le Pape
n'y met que des personnesd'une
grande experience & d'une
capacité éprouvée. Sa Sainteté
accompagna de grands éloges
,
le don qu'il a fait à Mrle
Vicelegat d'Avignon, & il a
témoigné, en plein Consistoire,
qu'il étoit tres-satisfait de son
administration dans sa Vicelegation.
Ce Prelat, en y ménageant
les interests de son maître
)
s'est scû concilier la bienveillance
des peuples de tout
le Comtat.
MrGozzadini, Secretaire
des Brefs aux Princes, exercera
en l'absence de Mr Banchieri
,
Vicelegat d'Avignon
J la charge de Secretaire de la
Congregation de Propaganda
fide. Mr Gozzadini cH tresestimé
à la Cour de Rome;
il joint à une naissance considerable
,
& qui l'allie aux meilleures
maisons de Rome, l'avantage
d'un solide sçavoir,
& d'une Vertu à laquelle on
n'a jamais donné aucune atteinte.
Ce Prelat se trouve
à present chargé de deux emplois
d'une grande étenduë,
& que l'on ne confie qu'à des
personnes d'une capacité bien
éprouvée. Il s'est appliqué
aux affaires dés qu'il les à pû
connoître; & il a soûtenu
l'expérience qu'il en a, par une
longue étude de la Jurisprudence
canonique, dont l'on
sçait que ceux qui veulent s'avancer
à la Cour de Rome,
doivent être parfaitement instruits.
Mr. Gozzadini est un
des meilleurs Canonistesde
cette Cour.
Mr Cusani,qui étoit Nonce
de sa Sai/n't1eté à Venise, a éténommé à la NNonciature
de France, à la place de Monsieur
le Cardinal Gualterio,qui
retourne en Italie. Mr Cufani
cft d'une ancienne famille
originaire de Venise, & alliée
aux plus illustres de cette
Republique. On ne doit pas
douter du mérite & de la capacité
de ce Prelat, puisqu'aprés
avoir excercé la Nonciature
de Venise
,
il vient exercer
celle de France; ces deux
Nonciatures étant d'une tres..
grande importance. Tous ceux
qui connoissent Monsieur le
Cardinal Gualterio,seront touchez
du départ de cette Eminence
;ses manieres honnestes
5 bienfaisantes & genereuses l'avoient
rendu cher à tous les
François. Son érudition &: la
connoissance parfaite qu'il a de
l'antiquité,l'ont aussi rendu
tres-estimable. Je vous en ay
parlé,en vous faisant part de sa
promotionau Cardinalat je
vousay appris,enmesmetems,
qu'il étoitentré dans l'alliance.
deSaSainteté.
Mr Zondodari, ci -
devant
NonceExtraordinaire en Espagne
,
& qui y estoit allé pour le
mesme sujet
3
que Mr Fieschi,
Archevêque d'Avignon, & aujourdhuy
de Genes & Cardinal
, estoit venu en France,
succede à la Nonciatureordinaire
d'Espagne, que quitte
Monsieur le Cardinal Acquaviva.
Mr Zondodari a eu divers
emplois imporrans sous
ce Pontificat, où il a donné
des marques de sa capacité, &
de son intelligence dans les
affaires les plusépineuses. Il cil
sorti d'une bonne famille Italienne,
qui a donné divers Prelats
à la Cour de Rome. Monsieur
leCardinal Acquaviva,qui
quitte laNonciatured'Espagne,
estNapolitain,& de la maison
des Ducs d'Atri
J
qui a donné
au SacréCollege un grand
nombre de Cardinaux. La conduite
qu'il a tenuë en Espagne,
pendant le temps qu'il y a demeuré,
aesté fort applaudie. On
ne peut marquer plus de zele
pour le Roy Catholique, dont
il est né sujet, qu'il en a fait
paroître ; &on doit dire à sa
louange,qu'il a vendu, jusqu'à
sa vaisselle d'argent, pour cootribuer
aux besoins de l'Etat.
Sa Sainteté a nommé 1
Anguifciola Nonce à Venise.
Ce - Prelat étoit auparavant
Clerc de Chambre; & Mr Fatinelli
a esté pourvû de sa charge.
La Nonciature de Venise
est une des plus considerables
de l'Italie. Mr Anguifciola est
depuis long-temps dans lesaffaires,&
il s'en est toûjours tiré
au gré de la Cour de Rome. Il
avoit commencé à servir sur lafin
duPontificat d'Alexandre
VIII. & Innocent XII. l'employa
en diverses affaires,dont
7
le succés fit connoistre son
mérite. Le Pape qui gouverne
aujourd'huy l'Eglisel'honoroit
d'une estime particulière,avant
mesme d'estre élevé sur la Chaire
de Saint Pierre,&après son
exaltation il fut un des premiers
quien ressentirent les
fruits. Ce Prelat est d'une tresbonne
maison,autrefois sortie
de la Ville de Bologne; ôc, selon
une ancienne tradition, la
maisonAnguisciolaquitta cette
- Ville avec le Cardinal Buon
Compagnon, qui fut depuis
Papesous le nom de Gregoire
XIII. Ce Pontife érigea enfuite
l'Eglise Cathédrale de
Bologne en Metropole ; &on
assure que ce fut à la sollicitation
d'un Prelat de la maison
Anguisciola, en qui il avoit
une parfaiteconfiance. Gabriel
Paleotte, qui éroit de cett<*
maison,fut le premier Archevêque
de Bologne. Nicolas
Albergoti, qui gouverna aussi
cette
Eglise
,
estoit proche parent
de la maison Anguifciola,
quiestaussi alliée à celle de
Conti, dont le Pape vient de
nommer un Cardinal pour
remplir la place que Mr Philippuccilaisse
vacante. Les Bci>
tivoglio,qui ont estélesmaîtres
de Bologne
,
estoient aussi parents
des Anguifciola. Annibal
Bentivoglio fut massacré
vers l'anI445. & quelques secours
que la Maison Anguisciola
donnast à son fils, il fut
chassé par Jules II. en I506.
Bologne se donna,dans la suite,
au Saint Siege. Elle est gouvernée
par un Legat à latere
3 que
le Pape y envoye ; &, par un
privilege particulier, elle a un
Ambassadeurà Rome, où elle
traite plustost comme soeur,
quecommesujette.
Mr Piazza a esté declaré
Nonce en Pologne;il a déjà
eu plusieurs autres emplois, où
il a donné des marques de sa
capacité, & del'étendue de son
genie. Le feu Pape l'estimoit
beaucoup, & il l'avoit employé
en plusieurs affaires,
dont il s'est tiré au gré de toute
la Cour de Rome. La Nonciature
de Pologne est fort difficile
dans la conjoncture préfente
; les troubles qui agitent
cemalheureux Royaume, demandent
que celuy qui est chargé
des affaires de Sa Sainteté,
ait beaucoup de prudence, &
un grand ménagement. Mr
Piazza répondra aux esperances
quel'onadeluy.Ilestd'une
ancienne Maison de ROIne,
originaire de Florence ;
elle y
étoit alliée à celles de Pazzi &
de Salviati. Elle est aussi dans
l'alliance de plusieurs autres
familles considerables de la
Cour de Rome ; sçavoir
,
de
celles d'Altieri
5
deBuonCompagnon,
de Perreti,deBorghese
& de Frangipani. Mr Piazza a
a esté élevé fous les yeux d'un
homme,qui passoit pour estre
un des plus habiles de toute
l'Italie ; je parle de feu Mr
Piazza,son pere, qui étoit consulté
de toutes parts pour les
affaires qui regardent la Jurisprudence.
Mr Bi-issicy
-
devant Internonce
en Flandres
, a esté
nommé pour
-
succeder à Mr
Piazza,à la Nonciature de Cologne
; & c'est à Mr Bussi;
que Mr Grimaldi, aujourd'huy
Internonce en Flandres, a suc-

cedé. Il a laissé en ce païslà
.: une grande opinion de son sçavoir
,& de son habileté;& on
le regretta beaucoup, quand
il le quitta pour se rendre à la
Cour de Rome. La Nonciature
de Cologne, où il a esté
nommé,est difficiledans lacoli,»
joncture ou le trouve cet Etat;
ainsi on doit juger du mérité
deMrBussi, & du succés qu'il
a eu pendant qu'il a esté Internonce
à Bruxelles: puisque sa
Sainteté qui apporte tant de
circonspection sur le choix des
Sujets,l'a choisi pour la Non-
• ciature de Cologne. Mr Buffi
est un tres -
bon Theologien j
il est en relation & en commerce
avec tout ce qu'il y a
d'habiles gens dans l'Europe,
& il a donné des marques de
son sçavoir dans plusieurs occasions
d'éclat. L'administration
des affaires, & la dimpation
où elles jettent ordinairement
ceux qui en sont
chargez,n'ont pas empêché
ce Prélat de cultiver le talent
qu'il a pour les Sciences; il s'y
fl appliqué à Rome dans sa
jeunesse, & dans les differens
oyages qu'il a estéobligé de
faire pour la Cour deRome. M*
Buffi avoit une grande liaison
avec les Cardinaux Noris, &
Barbarigo. Il aidoit souvent le
premier dans la composition
de ses Ouvrages;&ce savant
Cardinal se reposoit sur luy du
travaille plus épineux, qui étoitceluy
de faire des Collee.,
tions,& de conferer les Partages.
Ce fut mêmecePrélat,
qui prit foin de l'impression de
quelques-uns des ouvrages posthumes
de ce Cardinal. Quant
au CardinalBarbarigo, il a
donné,en diversesoccasions,les
marques dela plusétroite confiance
à ce Prelat; & ill'invitoit
souvent à venir passer quelques
mois de l'année dans son
Evêché de Montefiascone.Mr
Bussi est d'une res-bonne Maison,
qui est tres-bienalliée;&
elle a produit de grands sujets,l
Le Pere & l'Ayeul de ce Prelat
sçavoient parfaitement la
Jurisprudence
Jurisprudence Civile &-Canonique
; on leur aobligationd'y
avoir fait detres-riches découvertes
, & on doit loüer leur
modestie
>
d'avoir bien voulu
consentir qu'elles ayent paru
fous d'autres noms, & qu'elles
ayent servi à orner & à enrichir
les ouvrages des autres. Il
est bien rare que les Auteurs
fassent un tel usage du fruit de
leurs veilles. Le nouveau Nonce
est encore dans un âge peu
avancé.LePape l'afaitArchevêqueTitulaire
deTarse enCilicie
La Charge de Majordome a
esté donnée à Mr Vallemanni.
Cette Chargeapproche de rorf
prés, celuy qui en eil: revêtu,
de la personne du Pape; on
peut juger, par là, de ritnpor.
tance de cette Charge. Mr
Vallemanni est Romain d'origine
; il a exercé d'autres enl- 1
plois,qui luy ont acquis une
estime générale dans la Cour
de Rome. Le Pape qui en un
excellent JJgc du vray mérité,1
a toûjours fait un cas particulier
de ce Prelat; & il n'a trouvé
aucune occasion de luy en
donner des marques, qu'il ne 1
l'ait embrassée avec joye. La
derniere qu'il vient deluy donner
)
ca forte, puisque la Charge
de Majordome est une des
plus belles de la Maison du
Pape, & quelle est toûjours
possedée par ceux pour qui Sa
Sainteté a beaucoup de consideration.
Ce Pontife a nommé Monsieur
Pic de la Mirandole, Maître
de Chambre. Le mérité de
ce Prelat, sa vertu & sa probité
l'ont rendu respectable à
toute l'Italie; il est d'une modestie
& d'une humilité furprenante.
La Maison de ce
Prelat ne peut estreplus considerable
,
puisqu'il est d'une
Maison Souveraine. Celledes
Pics, Ducs de la Mirandole, &
Comtes de Concordia, Princes
del'Empire, cft une des
plus anciennes d'Italie. Les
Pics sont les premiers de la Ville
de Modene qui se sont rendus
recommandables parmi leurs
Citoyens. Il y a 300 ans que
FrançoisPic fut honoré du titre
de Vicaire de l'Empire dans la
même Ville, par l'Empereur
Louis IV. mais il fut ensuite
tué avec deux de ses fils, Prendiparté
& Tomafino, par PaslarinoBonacorti,
quiavoit acquis
ledroit de Bourgeoisie
dans Modene ; qui fit raser la
Mirandole en 133 1. Ce Bonacorti
ayant esté vaincu par les
Conzagues,Seigneurs de Mantouë
; le relie des Pics se rétablie
,
ôcla Mirandole fut rebâtie.
Nicolas Pic, resté seul des
enfans de François, eut Prendiparté-
PicCapitaine des Flo-
-reiitins-des Siennois&des Milanois
en 13 5 o. qui laissà Paul
Pic. Celui-cy obtint le Château
de Saint Martin,en 1402..
& fut pere de François Pic II.
dunom
)
Seigneur de la Mirandole,
qui eut Jean, Seigneur
Je la Mirandole, & Comte de
Concordia, eâ 1432. Ce dermer
eut Jean-François Pic, qui
le premier enferma le Château
de la Mirandole
,
d'une muraille,
en 1460. ce qui luy causa
une dépense prodigieuse,& ce
que pas un de ses prédecesseurs
n'avoit osé entreprendre.
Ce sont là les premiers ancêtres
de Monsieur Pic de la Mirandole,
Maistre de Chambre.
Sa Sainteté a declaré Mr San-
Vitale,qui estoit Nonce à Florence
,
Assesseur du S. Office.
Cette Charge est très-importante
; elle donne de grands
privilègesà celuyqui en est revestu
, & sa jurisdiction est fore
etenduë. M San-Vitale a exercé
successivement plusieurs
Charges,qui luy ont attiré une
estime générale. Monsieur le
-
Grand Duc a toujours eu beaucoup
de confédération pour
lùy,& ill'honoroit de sa confiance.
La Nonciature de Florence
est une des plus importantesy
après celles des testes
Couronnées. MrSan-Vitale est
originaire del'Etat Ecclesiastique,&
sa maison y est établie
depuis deux ou trois siecles.
Celuy qui donne lieu à cet Article
,
est allié à la maison Pieo..
lomini, par une de ses Ayeules
quien etoit iuë.Pltit-icurs personnes
de son nom ont brillé
à la Cour de Rome,& ont
rendu de grands services au S.
Siège, soit dans l'Etat Ecclesiastiquesoit
dans les Cours étrangeres,
où ilsontesté envoyez.
Cette maison a aussi produit
dessujets d'un sçavoir éminent.
UnReligieux de saint
François
,
de ce nom, brilla
beaucoup dans son ordre, sur
la fin du penultiéme siecle. - Le Pape envoyantordinairement
des personnes de naissance
& de distinctionn, pour
porter le Bonnetaux nouveaux
Cardinaux qui 10ut les plus
éloignez de ROIne, a nomme
Mr l'AbbéPassionei, neveu de
Mr Passionei, Secretaire des
Chiffres, pour le porter en
France à Monsieur le Cardinal
Gualterio. La commission de
porter le Bonnet au nouveau
Cardinal, est tres -
consideràble,
& elle eil souvent recom-
,
pensée d'uneAbbaye, ou d'une
Prelature à la Cour de Rome.
M' l'Abbé Passiones est encore
jeune; mais il donne de grandes
esperances, & on ne doit
pas douter qu'il ne devienne
untres- habile homme à l'école
de son oncle, fous les yeux duquel
il est élevé. Toute l'Italie
est instruite du merite de Mr
Passiones, Secretaire des Chiffres,
& il a donné des marques
de son intelligence dans des
affairestrès delicares&très épineuses.
Leur maison a toûjours.
esté composée d'habiles gens
31 & il semble que l'amoùr des
Sciences a toûjoursesté le caractere
de ceux qui en sont
sortis.
Mr l'Abbé Rafponi a esté
aussi nommé, pour porter le
Bonnet en Pologne à Monsïeur
le Cardinal Spada. Cet Abbé
a deja esté employé plusieurs
fois pour le service du Saint
Siege; il a beaucoup de mériter
& il joint à une naissance disringuée,
une grande modestie.
La commission dont il est chargéluy
a fait d'autant plus de
plaisir,qu'il est parent de Monteur
le Cardinal Spada, & que
feu Monsieur le Cardinal Spada
j
qui avoit cité Nonce en
Francey & qui estoit oncle de
celuy qui vient d'estre honoré
de la Pourpre, avoit pris foin
de l'éducation de Mr l'Abbé
Rafponi, quia donné,dés l'ensance,
des marques qu'il seroit
un jourun très habile homme.
Il est fils d'un des plus habiles
hommes d'Italie.
Mr l'Abbé Mosca est allé
porter le Bonnet à Monsieur
le Cardinal de Saxe, Evêque
de-J ivarin. Cet Abbé est connu
pour un exellent Poete Latin
; mais le talent qu'il a pour
la Poesie
a
n'est pas ce qui le
distingue le plus. Il s'est attaché
dés sa plus grande jeunesse,à
l'étude de laJurusprudence,dans
laquelle il a fait degrands progrez.
Sa maison a donné plusieursOfficiers
à la Rote, & aux
autres Tribunaux de la Cour
deRome.Elle est alliée aux maisons
Pamphilio& Rospigliosi,
dont la premiere a donné à l'Eglise,
lnnocentX.& la secondc,
Clement IX.
-
Mr l'AbbeOndedei a esté
choisi, pour porter en Espagne,
le Bonnet à Monsieur le Cardinal
Acquaviva. Cet Abbé a
l'honneur d'appartenir à Sa
Sainteté, & il est petit - neveu
de Mr de la Femas, qui est
mort en cette Ville, & dont la
petite- niece a épousé Mr le
Comte Albano
,
frere de Sa
Sainteté.Mrl'Abbé Ondedeiest
un jeune hommed'une grande
eiperance,& qui a fait lès exercices
dans le College Romain
avec beaucoup d'applaudissement.
On debite depuis peu,chez
le sieur Nully, ruë S. Jacques,
à l'image de saint Pierre, un
livre intitulé: La Science des
personnes de la Cour, de l'Epée
& de la Robe, par demandes e
par reponses ; oul'on trouve une
*es ou on trou~.)e instructionsur la Religion,l'Astronomie,
lt Geographie, l'Hif
toire
s
la Chronologie, les Fables,
le Blason, l'interest des Princes,
la Guerre
>
les Fortifications, la
Marine; avec les définitions des.
Sciences e des Arts, Par le
sieur de Cbevigny, Gouverneur
de Mr le Marquis de Janson.
Il seroit difficile de former
un dessein plus vaste & plus
utile, que celui que l'Auteur
de ce Livre a embrassé
;
puisqu'il
n'y a rien dont il ne soit
susceptible, & que cet ouvrage
peut estre utile à tout le
monde, quoiqu'ilsemble n'avoir
esté fait que pour instruire
la jeunesse. Ce Livre est du
nombre de ceux qu'il faut lire
entièrement pour estre bien
instruit de ce qu'il contient,
& son titre en donne une si

haute idée, que ce qu'on diroit
de cet ouvrage pourroit
estreinfiniment au dessous de
ce qu'il en doit faire concevoir.
L'Auteur s'est proposé,
dans cet ouvrage, de donner
au public, ce que doiventprincipalement
savoir les personnes
d'un certain rang, & de
leur mettre devant les yeux
leurs obligations & les moyens
de les remplir. Quoique [on
dessein regarde principalement
les personnes de qualité
,
il ne
laissera pas d'estre utile à tout
le monde; puisqu'il renferme
ce qu'il y a de plus essentiel
dans la Religion, dans l'Astronomie
,
la Geographie,
l'Histoire, la Fable, le Blason,
la Guerre, lesFortifcations&
la Marine: & que la connoissance
de toutes ces choses convient
à toutes fortes d'états.
L'Auteur, avant que d'entrer
dans ledétail de ces Sciences,
s'est attaché à donner une idée
- de la Cour, de ses manieres,
.& de la conduite qu'on y doit
tenir. Il a ensuiteexpliqué,ce
que l'on entend par personnes
de qualité, ce qu'elles doivent
savoir, & quelles sont
leurs obligations
; & comme
rien ne donne plus d'entrée
dans les Sciences, qu'une juste
définition
,
l'Auteur a tâché
d'en donner d'assez claires
pour y servir d'introdudlion.
Il ajoûte, dans son Avertissement,
que l'abrégé de la fondation
~&de la destruction des
Royaumes
>
depuis la création du
monde jusqu'à nôtre temps 3 avec
les Guerres des Romains, ne paroîtra
point inutile, e que l'on
sentira, dans la lecture des histoires
generales, que ces premieres
idées serviront à mieux faire
goûter les faits que l'on y rencontre
plus détaillezl'égard
de ce qui regarde la Geographie,
il s'estcontenté de faire
une description des lieux les
plus remarquables de l'Asie,
de l'Afrique,& de l'Amerique;
mais il s'est étendu davantage
sur l'Europe, parce que la
connoissance en est plus necessaire.
Mylord Charles Drummond,
fils de Mr le Duc de
Melfort, & neveu de Mr le
Duc de Perth
3
Gouverneur
de sa Majesté Britannique,
Capitaine dans le Regiment
du Feu Mylord Clare, aesté
tué dans le Combat de Ramillies,
aprés s'être distingué durant
l'action, pendant laquelle
il avoir pris un drapeau des
ennemis. Il receur, dans la retraite,
un coup de fusil au travers
du corps, dont il mourut
sur l'heure; il a esté fort
regretté de toute sa maison,
de tout son Regiment dont
il s'étoit acquis l'estime & l'affection
& généralement de
tous ceux qui le connoissoient.
Madame Maurice-Febronie
dela Tour d'Auvergne, DuchesseDoüairiere
deola haute
& basse Baviere,Comtesse Palatine
du Rhin & Landgrave
de Leüchrenberg, mourut de
la petite Verole le 20 du mois
de Juin dernier, en son Château
de Turkeim en Baviere.
Elle étoit fille de Feu Monsieur
le Prince Frédéric- Maurice de
la Tour-d'Auvergne, Ducde
Boüillon, & d'Er) leonore-Febronie
de Berg; & soeur de
Monsieur le Duc de Boüillon,
de Monsieur le Comte d'Auvergne
& de Monsieur le
Cardinal de Boüillon. Elle avoit
été mariée en 1668. a
Feu Monsieur le Prince Maxiii-
illieli-Plillippe, Duc de Baviere,
fils de Maximilien L
Electeur de Baviere, &de Marie-
Anne d'Autriche, fille de
l'Empereur Ferdinand II. Le
Prince son époux
,
donc je
vous appris la mort l'année
derniere
,
étoit oncle de Feuë
Madame la Dauphine, & de
leurs Altesses Electorales de
Baviere & de Cologne. Cette
Princesse avoir toûjours vêcu
avec une pieté exemplaire; &
elle est morte avec des sentirmens
de pieté & d'humilité
, qui ont édifié toute sa Cour.
Elle avoir ordonné qu'on luy
mk après sa mort un habit
de Carmélite
,
& qu'on l'enterrât
comme unesimple Religieuse
; ce qui a esté exeCllté
,
son corps ayant esté porté
à Munich sans aucune pomjse,
& mis dans le lieu destiné
àla sepulture de la serenissime
Maison deBavicre.
Mre Charles
- François de
Stainville, Chevalier,Comtede
Couvonges
,
Baron de Domballe
,
Seigneur de Hardonvillier,
de Marley, Beurey &
GrandMaistrede la Maison de
Monsieur le Duc de Lorraine,
meurur le26 du mois de Juin
dernier. Il étoitfils de MreM.
-
toine de Stainville,Comte de
Couvonges
y
premier Gentil-
-
homme de la Chambre de
Charles IV. Duc de Lorraine,
Bailly deBar
,
& d'Eve de Pulnoy,
son épouse
; &comme il
étoit né à Etauge, petite Ville
de Champagne
y
où son pere
& sa mere s'étaient retirez, à
cause de la pestequi desoloit la
Lorraine & le Barrois, & que
par consequent il étoit François
de naissance
,
il se fit
naturaliser Lorrain. Gaston de
France, Duc d'Orléans, ayant
épousé la soeur de Charle IV.
DJC de Lorraine, le jeune Marquis
quis de Couvonges fut élevé
Page auprès de cette Princesse;
il servit ensuite ChartesIV.eu
qualité de Colonel d'Infanterie,
ou il se distingua par ia
valeur,& mérita d'estre fait Colonel
de Cavalerie cuirassée.
Apres avoirfait quelques Campagnes
sous le Duc Charles IV.
ce Prince le nomma Bailly du
Barrois & premier Gentilhomme
de sa Chambre;& le Comte
de Couvonges., son pere, étant
mort quelque temps aprés-, il époufaHenriette
d'Hataucourt,
Marquise deChombley.Cette
Dame qui étoit d'une des plus
illustres maisons de Lorraine,
est morte quelques années
avant son époux, sans luy avoir
laissé d'enfans.
, Le Duc Charles IV. étant
sorti de ses Etats en 1670. Mr
le Comte de Couvonges , &
M' de Lenoncourt, connu
alors fous le nom de Comte
d'Alberg, suivirent ce Prince,
qui mourut quelques années
après être sorti de ses
Etats. Il eut pour successeur,
Charles V. dernier Duc de Lorraine.
Ce Prince s'étant posté
en 1677. à Nommeny,d'où ilprétendoit, avec sonArmée,
-.,19etiiparer de la Lorraine ; M
le Comte de Couvonges vint
luy offrir ses servicesen ce lieu
là. Ils furent acceptez, & il eut
occasion de donner des marques
de sa valeur, peu de temps
après, dans une affaireoù il fut
blessé à la main
, ce qui l'obligea
de se retirer à Domballe.
Feu Mrle MaréchaldeCrequi
l'y fit arrester,& le fit ensuite
conduire à Amiens, où il demeura
deux ans prisonnier.
Le Traité de Nimegue ayant
été conclu environ dans ce
temps-là, Charles V. son Maître
,
l'envoya à la Cour de
France pour y négocier les affaires
de Lorraine; & quelques
années après
) ce Prince
le nomma son Procureur,pour
défendre les interests du Prince
Joseph
,
son fils, que Mademoiselle
de Guise avoir fait son
heritier, & à qui elle avoit
donné la Principauté de Joinville
& le Duché de Guise. Mr
le Marquis de Couvonges se
comporta avec tant de sagesse
& de prudence, dans cette affaire,
que quelque temps après,
le Roy voulut bien luy confier
ses propres interests. Ce Prince
l'envoya secretement vers
Charles V. pourluy offrir les
Duchez de Lorraine & de Bar
avant l'ouverture des Campagnes
de Mayence&de Bonn;
si cette négociationneut pas
tout le succésqu'on en dévoie
attendre,ce ne fut pas la faute
difMinistre qui eut l'honneur
d'en estre chargé.
Le Duc Chca)rles V, étant
mort,dans le cours dela derniere
guerre,la Reine - Duchene
Doüairiere de Lorraine,
saveuve, envoya Mrle Comte
de
f
Couvonges en France,pour
ménager les interests de son
fils aîné,qui étoient alors agitez
à Rilwick; &cette Princesse le
chargea en même temps do
faire la propositiondumariage
de Son Altesse Royale, Leopold
-
I. avec Mademoiselle
d'Orleans. Ce Comte réussit
dans tous les points de son Ambassade;&
le Roy luy dit, d'istie
maniere fort obligeante:qu'il
confentoit d'autant plusvolontiers
à la demande de la Reine - Duchesse
3
quelle luy étoitfaite parun
Ministre dont il connoissoit le
mérité
, & dont il consideroit la
naijJàna. Mrle Comte de Couvonges
dressaluymême les Articles
du mariage, & conduisit
Son Altesse Royale, Madcmoiselle
,à Bar, où le mariage
futconsommé.
Le Roy ayant jugé à propos
de mettre garnison Françoise
dans Nancy, en 1702.
Mrde Couvonges fut nommé
par Son Altesse Royale, pour
regler les difficultez quiétoient
survenuës à cette occasion, &
y refier en qualité de Gouverneur.
Le Duc son Maître couronna
ses ferviccs-,peu de temps
apr-és; en luy donnant la Charge
de Grand-Maître de sa MaifOll,
qui vaqua en 1704. par
la mort de Mylord Comte de
Carlinford. M' le Comte de
Couvonges est mort dans cet
employ,regretté de tout le
monde, & estimé de tous ceux
qui le connoissoient. Il estoit
de l'ancienne Chevalerie de
Lorraine; & le fangde sa Maison
a esté souvent mêlé avec
celuy de ses Souverains. L'esprit
de ce Ministre
,
son habileté,
son attachement au service
de ses Maîtres, son talent plusieurs
fois éprouvé pour la négociation,
son goût pour la belle
antiquité, & la connoissance
qu'il avoit des belles Lettres
lerendoientun des plusaccomplis
Seigneurs de la Cour de
Lorraine.
La plus jeune fille du Prince
Wiefnowieski, Grand General
de Lituanie pour le Roy Auguste,
est morte à Leopol,où la
Princesse sa mere,&laPrincesse
épouse du Prince Janus Wiefnowieski,
Palatin de Cracovie
étoient chez la Princesse Dorska,
veuve du feu Grand Maréchal
de Lituanie. Cette Princesse
étoit parfaitement belle,
& dans un âge très- peu avancé.
Elle avoit esté élevée avec
de tres-grands soins;le Prince
Wiesnowieski, son pere, luy
avoit fait apprendre les belles
Lettres, & elle parloit plusieurs
Langues avec beaucoup de facilité.
Toute la Maison deVieC
nowieski a esté d'autant plus
touchée de sa mortqu'on par-.
loit de la marier avec un Seigneur
Polonois;& que par ce
mariage on auroitpacifiéplusieursfamilles;
qui sont divisées
depuis long temps.
Elle étoit petite
-
Nièce de
Michel Koribut Wiefnowiefki,
qui succeda au Roy Jean
Casimir, qui après avoir abdique
la Couronne de Pologne
le retira en France, ou il est
mortAbbé de Saint Germain
des Prez. Dés quele Roy Michel
fut élevé sur le Trône de
Pologne,il épousa l'Archiduchesse,
soeur de l'Empereur défunt
,
qui épousa dans la suite,
en fécondés noces y
le Prince
Charles de Lorraine, dont elle
a eu Monsieur leDuc de Lorraine
d'aujourd'huy,&Les Princes
ses. freres. La Maison de
Wiefhowieski est fort ancienne
en Pologne;elle y est connuë
dés le temps des Rois Miciflas
III. dit le Vieil, & de Casimir
II. dit le Juste.Philippes
Callimachus & Neupobod,Auteurs
Polonois, parlent fort
avantageusementde cette Maison.
MreN. de Chabrey, Seigneur
deMontigny,Conseiller
du Roy, ancien Tresorier Provincial
de l'Extraordinaire des
Guerres en Champagne, pays
Messin, Lorraine, Alsace &
A"llcemagne,est mort, dans un âge fort avancé,1au commencement
du mois dernier. Illaissè,
outre plusieurs enfans, une fille
mariée à MrdeSaint Jory,Conseiller
au Parlement de Metz.
Le merite & la vertu de cette
jeune Demoiselle furent cause
que plusieurs personnes la rechercherent
; mais Mrde Montigny
connoissant la probité &
l'esprit de Mr de Saint Jory
dont les manieres sont tresgracieuses,
se détermina en sa
faveur. Il a eu de son mariage
avec Mlle de Montigny, une
Elle mariée à Mrde Barbasan,
Senechal deBigorre, & Lieutenant
Colonel du Regiment
Mestre de Camp General des
Dragons de France. L'exacte
probité& l'intelligence dans les
affaires de la guerre avoient acquis
à Mrde Chabrey-Montigny
l'estime des Généraux
d'armée&des ministres, fous
lesquels il avoir servi; & il étoit
fortconsiderédeMrdeTurenne
& de MrleMaréchal de Luxembourg.
Il est mort dans de
grands sentimens de pieté, ho- J
noré & regretté de tous ceux 1
'jui le connoissoient.
Le Samedy 1 7. de Juillet le
Pere le Jeune Cordelier, Définiteur
de la Province de France,
fit son Aâe de Vesperies, quij
eil: celuy qui précéde la prisedes
Bonnet de Docteur.La Theses
Pétoonittcdhéadritéreainà.MrlMeesCsïoemurtseledse;s
Cardinaux d'Etrées & de Noailles
assisterent à cet Aéte, accompagnez
deMrs les Evesques
de Nantes, d'Arras, de Lavaur.,
de Tournay, &c. de Mc
: l'Abbé de Prémontré, & d'un
grand nombre d'Abbez. L'Assemblée
fut aussi composée de
1 Conseillersd'Etat,dc Presidens,
! & plusieurs personnes distinguées
dans la Robe & dans l'épée.
Les difficultez qui furent
proposées au Pere le Jeune par
l
le Pere Acermet furent trés folides.
Ils'agissoit de sçavoir,sion
peutresisterà la grace interieure,&
si la gracesuffisante seulepeut operer
le salut. Le Pere Perrin,Professeur
enTheologie&Censeur,
argumenta ensuite contre le
Pere le Jeune. La matiere qui
fut agitée, regardoit l'yvresse
.- dans laquelle tomba le bon
homme Loth, & l'incestequ'il
commit ensuite avec ses filles.
Le Pere Acermet finit l'Aéèe
par un Paranymphe, suivant
l'usage. Illoüa le Pere le Jeune
sur laa fsaacciilliittéé qu'il a à prescher;
ce qu'il rapporta sur ce sujet,
de trois fermons que ce Pere
preseha, dans un seul jour, en
trois lieux differens, attira l'attention
de la Compagnie.
Le mesme jour le fils de M
le Duc de la Roch e Guyon soûtint
une These de Philosophie
au College du Plessis. Mr de
Montempui,Professeur dcphi.
losophie,y presidoit, & Mr
l'Abbé de Noailles neveu de Mr
l'Archevêque,& Chanoine de
Nôtre- Dame,ouvrit la dispute.
Meisseurs les Cardinaux d'Etrées,
de Janson,& de Noailles
se trouverent à cet Aéèc, accompagnez
d'un grand nombre
d'Evoques &d'Abbez,&l' Assemblée
fut des plus illustres
& des plus nombreuses le seûtenant
estant petit-fils de M'ic
DucdelaRochefoucault,&de
feuMrle Mirquis de Louvois.
On admira sa presence d'esprit,
& la vivacité de ses réponses.
Le Roy d'Espagne a nommé
à l'Evesché de Badajoz,Don
Alfonze Rosadé. CePrelat est
le plus ancien Inquisiteur du
Tribunal de Murcie; il joint à
une vertu reconnuë de toute
l'Espagne, &àune naissance
considerable, une longue experience
des affaires Ecclesiastiques,
puisque le Tribunal de
l'Inquisition est celuy de toute
JJEfp&gn® où l'on juge un plus
grand nombre d'affaires.Le
nouvel Evêque de Badajoz passe
pour un tres (cavanc Theologien
; il s'est appliqué toute sa
vie à l'étude, & il a joint à
celle de la Theologie, celle de
la Jurisprudence Canonique,
où il a fait de grands progrez.
Le choix de sa Majesté Catholique
a estéfortapplaudi.
Badajoz est une Ville d'Espagne
dans l'Estramadure,&dans
le Royaume de Léon, dont l'Evesché
est suffragant de Compostelle.
Badajoz est la Pax Au--
gufta des anciens; & elle tire
des Maures le nom dont oh
l'appelle aujourd'huy. Elle est
située sur la Guadiana; elle
cft tres-bien fortifiée, & elle
peut passer pour le Boulevard
de l'Espagne du costé de
Portugal. On voit, de l'autre
costé de la riviere
,
le Fort de
S. Christophle. Les Portugais
en firent le siege inutilement en
1658. & ils ont encore esté
obligez de le lever au commencement
de cette campagne.
Cette Ville estbâtie sur une
éminence,avec un Chasteau que
les Maures y bâtirent. Pline
parle de cette Ville au c 1 5 >
Livre de son Histoire. On y
voit un College de Jesuites,&
è
diverses autres Maisons Religieufes.
La Cathedrale est fous
le vocable de Saint Jean
) au
bout d'une grande place qui
sert de place d'armes,& où est
le Palais du Gouverneur.
Les yeux estant sujets à un
nombre infini de maladies,
ainsi qu'il est rapporté par plusieursAuteurs,
uneaussigrande
Ville que Paris, ne peut avoir
trop de Medecins Ocuhftes*
C'est peut-estre parce qu'il y en
a trop peu, qu'une infinité de
gens de toutes fortes de professions,
qui n'ont point étudié
ces maladies, se mêlent de doo;
ner des remedes pour les yeux,
sans avoir aucune connoissance
des maux qu'ils promettent de
guerir: de maniere que leur ignorance,
jointe au grand nombre
de maladies des yeux, dont
tous les Auteurs qui en ont
parlé, font mention, est cause
que ces charitables ou interessez
ignorans donnent si souvent
des remedes pour des maux qui
en ont besoin de tout contraires.
Comme je ne dis rien que de
veritable, & dont plusieurs personnes
ont tous les jours à leurs
dépens, des preuves trop certaines
; je croy que le public
fera ravi d'apprendre que Mr
de Voolhouse, fameux&trèssçavant
Oculiste Anglois,&
dont je vous ay souventparlé,
a permission de Sa Majesté Britannique
de travailler à Paris à
la guerison des maladies des
yeux;& ilydemeurera quinze
jours chaque mois, non-pas
de suite, mais de semaine en
semaine alternativement. Il
avertit qu'il ne prendra rien des
pauvres, pourvû qu'ils ayent
des Certificats authentiques de
leurs Curez, faits sur du Papier
tymbré, & ausquels le
sceau de la Paroisse fera appa*
fée On aura de ses nouvelles aux
Benedictins Anglois du Fauxbourg
S Jacques.
La Lettre que vous alhz
lire, & qui m'a esté adressée
) estant relative à la piece que
vous trouverez ensuite
; j'ay
cru vous la devoir envoyer.
Je vous
envojeyMrydes preuves
évidentes de L'az.e du monde
quefaytirées de l'Atlas des temsj
autrement intitulé; La Pcriod
Ludovifienne
,
imprimée à Paris
en i680. & composéepar le,;t
Pere Louis d'Amiens Capucin, il
s",rtf Jervi des mouvemens celtfles.,
afin de ne pas se tromper;fin cal-f
cul,il
cul me paroist plus jufle que celui
de tous les autres Chronologues.
Mr de la Peyre
>
Gentilhomme
d'Auvergne,aujji Chronologue
,
ne dit le monde plus vieux que de
dix huit jours, que le Pere Loiiis.
Ce Gentilhomme s'ejljervi de la
Genesè pour compter les années du
monde ; £r ne s'efttrompé
3
dans ; e s (fI
[es haifons
s que de dix-huitjours.
Il ajjemble ainsi l'âge de nos premiersperesJes
uns après lesautresy
pion la Sainte Ecriture:Quand
Adam eut cent. trente. ans y
il
engendra son fils Scth. Il ne
commenceacocommppteterr 1,anpremier lan premier
de Scth
'9 que, lorsqujttam eut
131. ans; il pajje 131.quil ne
comptepdS; en quoy ils'efl trompe;
ainjiqu'aux autres liaijons.Jefuis
CMC.-
L'Auteur de cette Lettre.,&
de l'Ouvrage qui fuit, est le
Pere Joseph de Mortagne
) en
Poitou, Capucin.
Preuves Evidentes de l'âge du
Monde, selon plusieurs
Chronologies.
Depuis la Création ju/quaudelugenjniverjely1657.
ans.
Defuis le delugejufquà Notre
- SeigneurJejus-Chrijl,2/2,4.
ans.
Depuis notreSeigneurJefusChrifl
jusquaprejenty1706.4>2.c.
Ce qui fait> joint ensemble, depuis
la création dumonde35887.
ans.
Depuis Adamjujqua Abraham,
1951. an.
Depuis AbrahamjusquaNotre
SeigneurJesus-Cbrïfl,2.z30.
ans.
Depuis nôtreSeigneurJefus-Chrifl
jujrquesàpresent,17o6.ans
Ce quifait, joint ensemble
,
depuis
la création,$ 887. ans.
DepuisAdamjusquau SainthommeJoby
12.00.ans.
Depuis le Saint homme Job jusqu'à
Nôtre Seigneur, 1981an.
Depuis Notre Seigneur jujques a
present 17O6. ans
Ce quifait>jointensemble3 depuis
la creatIon) j887.
Depuis Adam jujquà Moyse
)
2j 81.an.
Depuis MoysejujquàNotreSeigneury1600.
ans.
oi 6oo. Depuis notre Seigneur jusques a
prejent.1706. ans.
Ce qui fait ensemble
>
depuis la
création
9
5887. an,
Depuis la creation' du monde
jujqu'au Temple de Salomony
3181.an.
Depuis la fondation du Temple de
lerufalemjusqu-à Nôtre Seigneur91000.
ans.
Depuis Notre Seigneurjujques à
presènt.)17°6. ans.
Ce quifait3joint ensemble
>
depuis
la creation du monde
> 5887. ans.
Depuis Adamjufejualaprédication
du Prophetejonas>3381.
an.
Depuis le Propbete Jonas jusquaNotre
SeibneurJcfus -
Chrijf, 800. ans.
DepuisnotreSeigneurJefus-Christ
jusques a present, 1706. ans.
Cequifait,jointensembley depuis
Adam, j887. ans.
Depuis Adamjufquà la premiers
Olympiadej 3401. an.
Depuis la premiere Olympiade
jusqu'à NotreSeigneur, 780.
ans.
Depuis Nôtre Seigneur Jefus-
Chrijljufquesàpresents1706.
ans.
Ce quifait, jointendepuis
la création du monde., j887. ans.
Depuislacréation>jusquau ProphèteEliey
32.j 3.ans.
Du Propbete Elie;)jufJu'À, Noflre
Seigneur, pi8. ans.
D,:pcf$is Noflre Seigneur3 jufquà
presents1706. ans.
Ce quifait3 joint ensemble, depuis
lacréationj 5887. ans.
Depuis la creation;) jusqu'a lason.
dation de Rome* 3431. an.
De la fondationdeRome
>
juf.
qu'aNoflreSeigneur, 7 5 o.anss
De NoflreSeigneurJesuS'Cbriftt
jufquà prefenty 1706. ans.
Ce quifait,jointenpmble, depuis
la creation du monde3
5887.ans.
Depuis la création3 jufqua la démolition
du Temple de Jerufalemy
3y8y. ans.
Depuis la démolition du Temple
que Salomon avoit bâti, jusqua
nos jours, 1301. ans.
Ce qui faitjoint ensemble, depuis
la creation du mondey
5887. ans.
D-puis Adam,jufjuàNojlreSeigneurJefus-
Cbrift34181.an.
DepuisMojlreSeigneur Jfus-
Cbrjjlj jusquàprefentj 1706,
ans.
Cequijait,jointenjembledepuis
la création du monde;) J887.
ans.
Depuis la creation,jusqu-augra-nd
Alexandrey388o.ans.
Depuis le grand Alexandre3jusqu'à
Nojlre SeigneurJ 301. art..
Dtpuis Nostre Seigneur Jefus-
Chrift3 jusquapresent, 170&.
ans.
Ce qui fait3 joint ensemble
3
depuis
la création3 5887.ans.
MrdeBreviantes, Comte de
Montmor, a épousé Mlle
Apool-de Romicourt, fort connue
par son merite & par sa
beauté; elle est fille de Mre
N Apoolde-Romicourt
)
& de Dame N de Santour.
Mr de Breviantes est frere de
Mela Comtesse de Valençay,&
de Mr de Raymond, cy-devant
Conseiller au Parlement. Il a
rendu le nom de Breviantcs
celebre par ses progrez dans la
Philosophie,& sur tout dans les
Mathematiques& dans la Metaphyfique.
Il est un des plus
zelez disciples du Pere Mallebranche
;& il est peu de gens
qui sachent mieux que luy, les
principes de ce grand Philosophe.
Il merite en cela une
grande loüange ; les ouvrages
du Pere Mallebranche n'estant
pas à la portée de tout le monde,
& estant à l'égard de beaucoup
de personnes, des Tresors ensevelis.
Il fit imprimer il y a
trois ans, pendant un voyage
qu'il fit en Hollande, la derniere
réponse du Pere Mallebranche
à feu Mr Arnauld
decedédixannées J auparavant.
Il y a eu un nouveau changement
dans l'Academie des
Inscriptions. Sa Majesté a
agréé la démission de Mr l'Abbé
Tallemant, qui en estoit
Doyen, pensionnaire & Secretaire
perpetuel ; & luy a accordé
,en faveur de ses longs &
agréables services
,
le Titre de
Veteran, avec la continuation
de ses pensions. L'Academie
ayant ensuite procedé,suivant
la maniere ordinaire, à l'élection
detrois sujetsque l'on
devoit presenter au Roy pour
remplir ta place de pensionnaire
en survivance
,
Sa Majesté a
honoré de son choix,Mr de
Boze, Associé
,
qui estoit un des
élûs;mais ne s estant pas déterminée
d'abord sur la nomination
d'un Secretaire perpetuel
de l' Academie,àcause du
nombre des sujets dignes de
remplir ce poste, elle a décidé
pour Mr de Boze
,
dont le
merite & les talcns sont connus,
par plusieursdissertations
sçavantes qu'il a données au Public.
Mr Danchet, connu par
quantité d'Ouvrages de Poësie,
& sur tout par les Poëmes Dramatiques
qu'il a donnez au Public
,
& qui en ont receu de
grands applaudissemens, a esté
nommé pour remplir la place
d'Associé, qu'avoit cy-devant
Mr de Boze.
lvIrDancbet m'ayant donné
lieu de vous parler des Poëmes
Dramatiques, je dois vous dire
que ces ouvrages sont fouvcnt
l'écüeil des Poëtes qui entreprennent
d'y travailler,&que
quelques acclamations qu'ayent
eus les premiers ouvrages de
cette nature, de ceux qui se
sont mêlez d'en faire; ces premiers
succez n'ont jamais dû
leur répondre de la réussite des
ouvrages de ce caractere qui
les devoient suivre. Cela est si
vray, que feu Mrde Corneille,
qui s'estoit acquis dans le Public
une si haute efiimc) par
les Tragédies inimitables qui
l'avoient souvent fait admirer
y
n'apprehendoit pas moins
peur lesuccés de ses dernieres
pieces, qu'ilavoit fait
pour celuy des premieres,
lorsque son nom & son merite
estoient à peine connus. Une
infinité de gens de distinction,
de toutes sortesd'états,se sont
sentis emportez du desir de
travailler à ces fortes d'ouvrages,
pour jouir, en cachant
leur nom, du plaisir d'entendre
des concerts d'acclamations publiques
;ce qui ne peut arriver
à l'égarddes autres ouvrages,
que chacun lit enparticulier,
sans que les Auteurs puissent
sçavoir le plaisir que la lecture
de leurs ouvrages donne à ceux
qui les lisent. C'est ce qui est
cause que l'on apporte tous les
ans un fort grand nombre de
'Ces fortes de Poëmesaux Comediens,
qu'ils ne peuvent
s'empescher de refuser; tant
il est difficile de mettre ces
Poëmes en estatd'estre re-
=
presentez. On peut connoistre
laveriré de ce que je dis,par
le peu de succés d'une partie de
ceux qu'on represente tous les
ans; quoiqu'ilssoientchoisis
parmi un tres- grand nombre.
On ne doit pas s'estonner du
mauvais sort de quantité de ces
ouvrages,quand on considerera
qu'ils doivent estre compofez
sur une infinité de regles,
qu'il est souvent mal-aisé d'observer
toutes ensemble, &que
souvent, en les observant toutes
, on ne trouve pas celle de
plaire, qui est la principale,&
que les Auteurs doivent trouver
eux mesmes,puisque personne
ne la peut enseigner.
D'ailleurs le merveilleux & le
vray semblable se doivent trouver
dans ces fortes de~Po'ëircs:;
6jsnsneibnt maniez avecbeaucoup
d'art,ilctfdifficile que
l'on y puisse faire trouver ces
deux choses ensemble. Je dois
ajouter àtout cela, que sept ou
huitcens perfonnesqui setrouvent
quelques fois ensemble à
la representation de ces picces,
se rencontrent rarement d'un
mesmegoût, & d'un mefmc
avis; je puis mesme dire, qu'il
cil absolument impossibleque
cela arrive: Et comment cela
pourroit-il arriver,puisque lort
qu'il s'agit de la fortune & de
la vie des hommes, on trouve
rarement huit ou dix Jugçs
d'un mesme avis, aprèsavoir
examiné tranquillement & à
fonds les affaires sur lesquelles
ils doivent prononcerj&quils
ont de plus esté instruits ou par
les plaidoyers d'habilesAvocats,
ou par leurs écrits? Tout cela étant
veritable,il est impossible
que 7. ou 8. cens perfonnesde
différentgoût, assemblez dans.
un mesme heu, qui n'ont point
esté instruits desraisons des Auteurs
, & qui décident tumul-.
tuairement, puissenttoujours
porter un jugement juste. Il arrive
Couvent en ces occasions
que ceux qui parlent le plus
haut &c le plus affirmativement,
impotent aux autres, & font
iouvent le fort d'une picce.dans
ù première representation; foa
succés dépendant des applaudissemens
qu'elle reçoit le premier
jour qu'elle est reprefen-
Cec.Ccquife pasle aujourd'huy
au Thcacre,fait bien voir la bizarreriedugoûtdu
public. Il y
aplus dô{3o.ans, que l'on joua
efoepicce^'un Auteur de grand
nom, d'une grande repurarion;
& dont pluficurs picces de
Theatre avoient euunsucces
prodigieux; cette piece sur requetort
froidement dupublic,
elle ne fut point goûtée & son
succés fut tres-mediocre. Il y a
Quelque temps que les Cornedlens,
n'ayanr rien de nouveau
à jouer,les Auteursne voulant
.point donner leurs ouvrages
en Esté; parce, que dans cette
faison on va plus aux promenades
qu'aux spcétacles, & parce
que la guerre enleve en ce
temps-là tous les Officiers
, ce
quirend les spectacles deserts:
les Comédiens, dis-je, ayant remis
au Theatre,cette piece qui
n'criait pu réüssirdans un temps
Favorable vient d'avoir,dans
une faison morte,unsuccés qui
pasle, sion a égard à la faison,
tous ceux dont ont esté suivis
les picces qui ont le plus réiifli
dans les lassons les plus favorables.
Que dira-t-on après cela
du goût du public? Et que
croira-c-on du goût de ceux
qui ont vu si froidement cette
picce il y a 30. ans, ou de celuy
des auditeurs d'aujourdhuy
qui l'applaudirent jusques à la
fureur? Et cela sans cabale &
sans suffrages mendiez;car on
ne s'avise jamais d'en demander
pour de vieilles picces qui
ont eu leur destinée en leur
temps,& que l'on n'a jamais
vû changer. j
En vous parlant des Poëmes
Dramatiques,quitiennent rang
parmi les plus grands ouvrages
de Poësie,je vous en envoye
un Lyrique,c'eit à-dire,
un des plus petits; c'est une
t
chanson de Me de Saintonge,
4
dont l'air a esté fait par M1
i Charles.
j AIRNOUVEAU.
Armons-nous promtement d'un
t¡;erre
Pourtriom3 pher de tAmour;
-
Dtsyeuxplus beauxque lejour9
Dansce repas.) nousfontlaguerre*
, Remportons la vïttoire; Aimer ne fujjît pas, poiss devenir
heureux:
Aiais c'en ejf aDèz de bien boirey
Pour rjoircombler tous nos
'Joeux.
Je dois vous dire en vous parlant
de Poesie
, que Mr l'Abbé MMi.filfilieeuu,, de ll''AAcaAdemieRoyale c.-idemic Royalé,
des Infcriprions, continue Ton
ouvrage de l'origine delà Poefie
Francoisre. Les morceaux
* - qu'il en a lus dans cette Académie
s les applaudissèmens qu'ils
y ont reccus,&, les empreflemensdupublicàdemander
cet
ouvrée, font des motifsassez
pourciicy,i(Tei Mr 1AbibéiMgiffrieaunàdledcoentinuer?
Son si confia ", cterablc,
derable,quelouvragequiaparu
fous ce titre ne doit point l'empefcherde
satisfairelacuriofité
du publicquiattend Ton ouvrageavecuneextiêmeissi
patience.
Les articles dcia-naturc de celui
cluif,,iit,ne peuvent erre trop
répandusdansle mondera cause
diibicn qu'ils peuvent produire.
Les opérations de la grâce
ont toujours elle des my- imp.enerrables liycf,-pe àceux
qui ont plus deLumières (ur les
voyes de Dieu: Celuy qui la
donnera fait agir sur qui il
veut , 5-c oùcilluyplaist.Tel
qui paroist rassembler dans sa
personne, tous les caractères
de la réprobation la plus marquéeestsouventunedecesames
privilégiées que Dieu a tirée de
la mafle de la corruption universelle,
pour en faire un sujet
d'élcâ:ion;& tel qui a esté sourd
à la voix de Dieu,au milieu des
Pasteurs qui luy annonçoient
sa parole
,
& qui vouloient le
remettre dans l'unité, l'entend
souvent dans le sein mesme de
l'Herche, & dans un lieu d'où
tous les vrais Pasteurs ont fui.
Le sieur François Prossalendi,
Grec de Nation) & natif de la
Ville de Corfou, est une preuve
de la fécondé de ces veritez.
Il avoit eu le malheur de naître
dans le Schisme qui fepare
l'Eglise Latine & l'Eglise
Grecque depuis le milieu
du neuviéme siecle. Quoiqu'il
y ait une Eglise Catholique
dans la Ville de Corfou, & un
Clergé assez confidcrable, &
qu'il ait eu occasion de for..
mer des habitudes avec les Ecclesiastiques
qui le composent;
il n'a jamais eu cependant aucune
pensée de se convertirai
la plus legere inspiration de retourner
à l'unité de l'Eulife,. Il
sortin de cette Ville il y a environ
neuf ans. & alla à Con..
stantinople. Il entra dans un
College de Grecs quiestprés
de la Ville,& il y passa quelquesannées,
dans le cours deCquelles
il reçut, duPatriarche
deConftantinople
,
les Ordres
de Soudiaconat &deDiacollar.
Il passà deConstantinople
en Angleterre
,
où il a demeuretrois
années dans le College
Grec d'Oxfort. Il y étudioit en
Theologiefous le Docteur
Wdross Dans les conversations
particulières qu'il eut plusieursfois
avec ce Professèur,
& dans les Leçons publiques
qu'il luy entendit Elire;) il fut
indigne de la maniéré dont ce
Docteur attaquoit laTradition;
& il eut souvent occasion de
découvrir son infidélité & ses
faliffications,en allant aux soutces,
& en verifiant dans les Livres
de la celebre Bibliothèque
de cetteUniversîté, qui estouverte
à tout le monde, la mauvasse
foy de ce Professeur. Celui-
cy publia à Oxforr,l'année
derniere
, un Livre écrit dans
l'ancienidiome Grec, dans lequel
il attaquoit ouvertement
la Tradition; il intitula cetou,
vrage )
Autarciasacrarumseripturarum.
Ce nouvel attentat
enflamma le zele du Grec;&
en cherchant de nouveau à découvrir
les fraudes du Profeffeur,
il trouva le chemin de la
vérité,& il fut convaincu que
sur certains chefs il étoit dans
l'erreur, aussi bien que le Docteur
Wdroff Il ne resista pas
long-temps à la lumiere qui
l'éclairoit;il fit son abjuration,
peu de temps a près, en Angleterre
, & rentra dans l'unité de
l'Eglise. Une démarche de cet
éclat l'obligea de sortir promptement
de ce Royaume ; il
abandonna cette terre, en fecoiiant,
comme le Prophete,
la poudre de dessus ses souliers.
Il passa en Hollande; mais en
quittant l'Angleterre
,
il n'abandonna
pas le dessein qu'ily
avoit formé
,
de combattre la
pernicieu se doctrine du Docteur
Wdroff,& de répondre à
son Livre. Il se retira à A msterdam,
& c'est où il a publié,
au mois dAvril de cette année,
sa réponse au Professeur Anglois,
elle a pour titre: Hæretiens
MagisterabOrthvdoxoDifcipuloreprehensus.
Liber utilis
affirmans traditionrs
, & paiejacienssophismata
Besjamini
Wdrosii, Prosessoris Collegii Groeci
in Angliaexistentis.AutoreFranciscoProssalendio
Corcyrense,Dif.
cipulo ProesatiBenjamini Wdrofi.
Ce Livre est composé dans l'ancienidiome
Grec, & l'Auteur
qui est arrivé à Paris depuis
- quelque temps, en feraunetraduction
Latine, s'il fait quelque
sejour en cette Ville. Il
convainc le DoâreurWdroff
de donner de fausses interprétations
à l'Ecriture & aux Peres
; & il démontre que tous les
raisonnemens de cet Anglois,
ne sont que de purs Sophismes.
Il prouve ensuite, par unefouv
led'autoritez de l'Ecriture, des
Peres & des Conciles, que la
Tradition eetla pure parole de
Dieu. Il découvre enfin la mauvasse
foy des Auteurs Anglois
à l'égard de l'Eglise Orientale,
&lamanière honteuse dont ils
luy imposent. Il finit son ouvrage
par une Méthode qu'il
donne pour enseigner lesGrecs,
.& pour les disposer à entrer
dans l'unité de l'Eglise. Cet ouvrage
qui a esté imprimé à Amsterdam
;
chez Theodore &
HenriBruin,auxdépens de l'Auteur,
&avec un grand secrer,
à cause de la matiere qui y est
traitée,se vend à Paris ruë S Jacques,
chezBartlicîcniyGiriii,à la
Prudence, proche la Çbntarrrc
Saint Severin. L'Auteur n'a apporté
à Paris,qu'une partie des
exemplairesy il a envoyél'autre
-dans les différentes parties
de la Grece, & sur tout à Constantinople.
Il seroitàfouhairter
que la lecture de ce Livre,
inspirât au Patriarche de Confl,-
Intinopl.cà qui il est adresse,
le dessein de se réunir à l'Eglise
Romaine. S'il n'en tire pas ce frit,on peut du moins assurer
que ç'a elle la fin que s'est propose
l'Auteurenle composant.
Le Pere Lucas, Abbé de
Prémontré & Général de l'Ordre,
a esté beni dans l'Eglise
de l'Abbaye de S. Martin de
Laon
j
du mesme Ordre, par
Mr l'Evesque Duc de Laon,
Pair de France. Cet Abbé s'est
démis volontairement d'un
Prieuré de l'Ordre de S. Augustin
qu'il possedoit, & il l'a
réuni à la Congrégation de
Sainte Geneviève, dont il estoit
auparavant. Il est frere de Mr
Lucas de Manse, Conseiller au
Parlement
,
qui a épousé la
soeur de feuë Me de Bullion de
Courcy; & de Mr l'Abbé de
Manse. Sa famille est ancienne
dans la Robe, à qui elle a donné
plusieurs personnes d un
grand merite. Mr l'Abbé de
Prémontré en a beaucoup; il
est Docteur de Sorbonne, &il
a donné dans tous les emplois
où il a passé
,
des preuves d'un
grand sçavoir & d'une fageJ
conduire. Il fut élû unanimement
après la mort de feu Mr
Colbert, & sur la démission
qu'en fit celuy qui avoir esté
élû pour succeder à Mr Col- ;
bert. Ce choix dans la con- 1 jondture où il sur fait, luyfit j
beaucoup d'honneur, Sefitesperer
qu'il pourroit rétablir les
affaires de l'Ordre de Prémontré,
& particulièrement celles
i
du Monastere où le Generalrefide.
Ce nouveau General a
déjà pris, des mesures qui sont
connoistre son zele pour le rétablissement
de sa Maison; il
s'etf reduit au seul necessaire,
& il nes'est reservéque leschoses
dont il ne pouvoit passe
passeravec bien-seance,& sans
avilir la dignité dont il est revécu.
L'Ordre de Prémontré
est fort ancien; S. Norbert Atchevêque
de Magdebourg en
est le fondateur. II y a eu depuis
quelques annéesunereforme
de cet Ordre, dont il
y a
beaucou
p de Maisons ré^
panduës en Lorraine & en Normandie.
On rendit le 13.du mois
dernier, au Parlement d'Aix,
un Arrest sur une affaire, qui
a fait beaucoup de bruit dans
le Royaume depuis deux ou
trois ans, ôc mesme dans les
païs voisins d<: la France. Voici
le fait en peu de mots.
Mre Scipion de Brun de
Castellane, Seigneur de Caille
& de Rogon, Gentilhomme
tres - qualifié de Provence
, quitta le Royaume en
1685. lors dela révocation de
rEdir de Nantes, & il le retira
à Lauzannc, dans le Canton
*de Be*rne
, avec Isaac Sr de
Rogon, son fils unique, qui en
ce temps-la estoit âgé de 11.
an. Mr. de Rolland, Avocat
General du Parlement de Grenoble,
qui estoit possesseur des
biens de cette Maison-là, à
cause de la retraite de Mr de
Caille, & parce qu'il avoit
épouséAnne leGouehe, soeur de
feuë Dame Judith le Gouebe,
épouse de Scipion de Brun, &
mere de l'enfant dont il est
question,prétendoit que cet
Isaac estoit mort à Vevay en
1696. & que le Soldat qui en
a pris le nom, & qui s'estoit
renferme dansles prisons d'Aix,
n'esioit autreque Pierre Mcge;
qui avoit long-temps srervi sur
les Galeres, où il s'estoit enrollé
en 1676. & par consequent un
importeur, qui méritoit les
peines dûës à ceux qui sont convaincus
de supposition de nom.
Enfin, après une grande procédure
faite de part &d'autre,
& plus de quatre cens témoins
ouïs, le Soldat prisonnier a esté
déclaré par Arrest., levérita ble 1
fils de Scipion de Brun-de Caltellaiie,
Seigneur de Caille,& j
par consequent le légitimé heritier
des biens de cette Maison.
Mr de Rolland s'est pourvû
en cassation d'Arrelt ail
Conseil d Etat ; &: il prétend
en avoir plusieurs moyens. Le
prisonnier fut élargi,aussi-tost
que l'Arrest eut esté prononcé,
& les personnes qui soûtenoient
ses interests,luy ont donné un
train magnifique.
Les Factums qui ont été faits de
part & d'aurre, sont tres-curieux
; on y rappelle souvent les
deux célébrés affaires de cette
nature., qu'il y eut au Parlement
de Paris dans le dernier siécle.
Les Calculs embarrassànt
-'
plusieurs personnes ; ceux qui
craignent ce travailseront ravis
d'apprendre que M' Barreme
vient de faire réimprimer
ses trois Livres: savoir.
1. Le LivredesComptesfaits,
iw Tarifgcncral de toutes les monnoyés
CT wtres calculs de multiflîMtion;
dugrJuntéJe 130, Tarifs
; ce qui monte a80.Tarifs
de plus que dans son édition de
l'année1704. C ce quiexempte
de prendre la" pIornr.
2, Le Livre netejfaiix a toutes
fortes de conditions pour trouver
toutfrns>les dïvifijm> Usçbm^
ges à tant fourcent3 les LJcomptes,
les interefls
>
mesme ceux des billets
de. monnoye pour plusieurs.
mois & jours dans un même
Tarif:Augmenté de 340 Tarif.
3. Et le Livrepour apprendre
l*Arithmétique de (oy-mêmeJ (j*
sans maître:Augmentéde 98.
pages ou réglés différentes> appliquéessurtoutes
les affiiresde It
'vie.
Les Tarifs des interests des
billets de monnoye se vendent
separément.
On court risque d'estre trompé
,
à cause des Livres anciens
qui ont esté contrefaits , &qui
sont remplis d'erreurs, si on
ne les achette à Paris chez la
veuve Macé,qui demeure dans
la maison de M1 Barreme
, au
bout du Pont-neuf, à l'entrée
de la ruë Dauphine. j
Rien n'cil: plus considerable
que la vérité ; c'estla source
de tous les biens;elle est aimée ;
elle est recherchée; il n'y a point
d'honneste homme qui ne fasse
profession de la dire. Et cependant
il n'y a rien dans le
monde que l'on déguile davan- 1
rage; & il faut avoir l'ame 1
vraïement grande, & un courage
heroïque pour l'avoüeren
certaines occalions. Le Roy
> vient de faire voir qu'il est audessus
de tous ces déguisemens,
& même des revers de lafortune
,
qui n"ont souventservi
qu'à faire briller sa gloire, lorsque
ses ennemis se perfuadoient
qu'ils ne serviroient
qu'à robscurcir. La grandeur
d'ame de Sa Majesté, & [Qn,
inébranlablefermeté viennent
de paroistre dans l'ordre que
ce Prince a donné à Mr le Marquis
de Puysieux
,
son Ambasfadeur
auprèsdes Cantons
Suisses;de leur faire, dans leur -
Diette generale assemblee à Bade
,
b discours que vous allez
lire.
MAGNIFIQUES
SEIGNEURS,
Toutes les fois que je fuisvenu
dans cette illuflre Affimblée,
faytajché devous donner de nouvelles
marques de l'amitiédu Roy
mon maiflre;j'en ay eu souvent
loccafionj en vous repnfentant ses
*viflaires ; cm en partageant avec
vous la joye de nos heureuxsucces.
Aijourdhui la fortune a fa-
'Vorifé nos ennemis., (2r cefl en ne
yous dijjimulant point les outrages
qu'elle nous Jàit, que je viens
vous témoignerla mefrne amitié
& la mejmeconfiance.
Il est rare à des Ministres tels
que moy
-il
de publier eux -
les mesmes
désavantages de leurs Souve.
rains; mais le Roy mon maiflre
ignor: cette bassi politique,de tromperpar
de faux récits JesAllie^
&ses peuples. Ses armées ont
tfté malheureuses en Catalogne (y
en Flandres; il madonnéordre de
vous le dirc. D'un cossé la fureur
des reVOLtcz a meconnu c, repoussé
le Roy légitiméqui venait
délivrer sessujets _fideles de l'oppprree;
jjljOtonnéettrraannggeèrree..,Del'autre cotéj e autre cote.
le courage des François sefl précipité
avec trop d'ardeur au milieu
des ennemis mal reconnus; le nombre
a triomphé de la valeur; un
njafle païs abandonné3desuperbes
filles épouvantées ont ejiéleprix
du l'viélorieux.
Ceriejlpoint pourchercher auprès
de vousjÀ^agnifiquesSei-
15
gneursj la consolation qu'on trou-
De dans ses malheurs, en les racontant
a des amis fnceres,que je
rappelle icy un si trisse Jouvenir;
cejî plustostpour vous consoler~r
vous rassurer vousmefmcs. Lr:RC?J
mon maistre efl persuadé de vofire
ajfcélionpoursa perjo nne sacrée,
&
& de la part que vous prenez a
toutce qui luy arrive-, i lfiait aufil
que vous conrJoijfz vos véritablesinterests.
Vous n'ignore^ pas Magnifiques
Seigneurs
j
quel danger
courroit la libertéde vojlrepatrie3si
la maisond'Autrichereprenoit cette
superiorité terrible quelleavoit
fous Charles V. Elleyafipire toujours
je elley arriveroit bientofi
parce monde d'aveuglesAllie^qui
prodiguent pour elle leurs tressors,
&lefang de leurspeuples;(/ley arriveroitydis-
je3 bientofi3sila France
* Je laffoitderefifler.,ou étoitcontrainte
deceder à un torrenttrop rapide.
r Vous avez vu dans un des
Mémoires duSMcUrede,qucj'ay
rendu public3 les complots qu'ona
formez pour romprel'union du
LoùableCorpsHelvetiquepour
'Vous détruire par jos propres
mains. Craignez les fauffis carejjesdont
on vousflatte; mépri-
-fez les vaines menaces, dont on
veutvousétonner;fuje^ les pieges
que l'on vous tend; ne separez
point vos interests communs.
Rcffirrez entre vous les liens de
vojbreconfédération mutuelle;at- yconfederatl0,2mutuelle;attachez-
vous p!.,J' que jamais A
l'allianceJolid duRoy mon maiftre3&
ne vous laijpz point épouvanterparlapeinture
outréequ'on
'Vous fait de les pertes. Quelles
qu'ellesJoient, elles ne troublent
point sa grande ame; elles ne déconcertent
point Jes conseils; elles
népuifentpointses Finances; elles
ne reJrroidiJJent point le zele
de Jes sujets;il neJe lajJèrd, point
de combattre pour la liberté de
l'Europe; & il n'épargnera ricn
pour conjerver la votrey si ellecft
jamais attaquée. C'est, Magnifiques
Seigneurs;) ce qu'il nia ordonné
de vous dire
3 en vous a
furant desa proteélion3 pteance,
éde lasincerité deJonamitiéconfédérale
& toujours inviolable.
- ABade ce 10. Juillet 1706.
L'article de Madrid, qui est
dans ma derniere Lettrefiinissoit
par les réjoiïissances qui y
furent faites à l'arrivée du Roy
d'Espagne, quiestoit venu depuis
Pampelune,jusqua cette
Capitale, sans aucun garde, accompagné
de six ou sept personnes
seulement, pour marquer
qu'il se confioit entièrement
aux peuples des lieux où
il avoit passé. Cette confiance
avoit redoublé l'amour que
tous les sujets de ce Monarque
ont pour luy, & estoit en par- 1
tie cause de l'excès de joie que
tout le peuple de Madrid a j
Fait voir avec un empressement
d'allegresse qu'il feroit difficile
de bien dépeindre, à l'arrivée
de ce Prince. Il venoit d'essuyer
de longues fatigues &: d'exposer
sa vie pour la gloire de
la Monarchie Espagnole. Cette
joie fut bien tost mêlée du cha..
grin causé par la marche précipitée
de l'armée Portugaise
fortifiée des , troupes auxiliaires
dAngleterre & d'Hollande.
Mr le Marquis das Minas s'étoit
long-tems opposé au dessein
que Mylord Galloway
avoit formé d'allerjusqu'à Madrid
; & il alleguoit plusieurs
bonnes ralions pour empescherMylordGalloway
d'avancer
)
& sur tout pendant les
chaleurs qui sont mortelles aux
Portugais, qui par cette raison
mettent toûjours leurs troupes
en quartier d'esié, & ne
paroissent jamais en campagne
quauPrimtems & enAuronne.
Ce Marquis étoir persuadé que
si les chaleurs sont mortelles
aux, Portugais qui habitent
des Pays chauds, elles doivent
Pestredavantage aux Anglois
& aux Hollandais,qui demeurent
dans des pays plus froids;
& la fuite a fait voir qu'il ne
s'estoit pas trompé
5
les troupes
des uns & des autres s'étant
trouvées beaucoup affoiblies
en approchant de Madrid. Le
même Marquis das Minas aCfeuroit
aussi les Generaux Anglois
& Hollandois, qu'ils
fouffriroient beaucoup dans
leur marche, pendant laquelle
il estoit impossible de trouver
assez de vivres pour la subsistance
d'une grosse armée. Ces
raisons devoient estre d'autant
plus goûtées, que ceux qui
voyagent en Espagne
, ont
quelquesfois de la peine à trouver
toutes leschoses necessaires
à la vie; & 11 elles ne s'y trouvent
pas toûjours pour des
voyageurs, comment pourroientelles
s'y trouver pour
degrandes armées,qui traînent
aprés elles une grosse suite de
gens. Mais supposé que le
pays eust pû fournirassez de
vivres, il y avoitlieu de croire
que les habitans ne les laisseroient
pas sur la route de leurs
ennemis, & qu'ils les retireroient,
à droite & à gauche,
fort avant dans les terres; ce
qu'ils n'ont pas manqué de
faire, ainsique Mr le Marquis
das Minas en avoitassuré:de
maniere que les troupes ont
extrêmement souffert, &que
la disette a fait perir beaucoup
de soldats. Le General Portugais
ajoûtoit à tout cela,qu'il
n'y avoit rien à esperer des
peuples de CafhIIe, dont la
grande fidelité pour Philippe
V. étoit generalementconnuë;
& il assuroit aussi qu'il seroit
impossible de demeurer longtemps
dans un païs constamment
fidcle à son Roy, tant
qu'on ne trouveroit point de
places fortes, par le moyen
desquelles on s'y pust maintenir.
On dit mesme que ce Marquis
fit voir, qu'après que leurs
troupes feroient affoiblies par
toutes les choses que je viens
de dire, il étoit à craindre que
n'ayant point de lieu de retraite,
elles ne fussent accablées
par les peuples,quand mesme
ces peuples ne seroient point
fecondez par le grand nombre
de troupes qu'on leur promettoit
aprés la jonction de
celles de France. Toutes ces raisans,
qui meritoient que l'on
y fin attention, ne firent aucune
impression sur l'espritde
MylordGalloway,oudu moins
ne purent-elles luy faire clianger
derelolution, à cause des
ordres précis qu'il avoit de la
Reine d'Angleterred'aller jusqu'à
Madrid. Cette Princesse
ne regardoit pas si les fuites
en devoient estre fascheuses,&
elle n'envisageoit que la gloire
de pouvoir dire que les Anglois
étoient enrrez dans Madrid
; & illuy échappa mesme
de dire: que puisqu'elle avoit
donnéordre qu'on l'imprimastdans
les nouvelles publiques
>
il falloit
qu'ellesyentrassent.De maniere r' que si elles se trouvent entierement
ruinées, à la fin de la
campagne, pour avoir avance
trop avant; ce fera parceque
cette Princesse n'aura pas voulu
que les imprimez publics
fussent convaincus d'avoir parlé
contre la verité. Voilà de
beaux motifs pour faire perir
une armée. Il est temps de vous
faire un détail de ce qui s'est
passé depuis le retour du Roy
d'Espagne à Madrid, en revenant
de Catalogue,jusqu'au
12. Juillet.Lesnouvelles publiques
n'ayant point parlé de
la plus grande partie de ce que
je vais vous dire, & ayant pasle
fous silence tout ce qui regarde
l'entrée des ennemis dans Madrid,
& ce qui s'est passé ensuite
pendant plusieurs jours; je vais
satisfaire là dessus vostre curiosité,
le mieux qu'il me fera
poilible. Quand je dis que les
nouvelles publiques ont passé
beaucoup de choses soussilence,
j'entens celles de France;
car les Alliez ont non- seulement
parlé de l'entrée de leurs
troupes dans Madrid: mais ils
ont rempli leurs relations de
proclamations qui n'ont point
esté faites, l'Archiduc n'ayant
point esté reconnu Roy d'Espagne,
ainsi qu'ils osent l'affilrer.
Ce quevous verrez, dans
ce que vous allez lire, n'a rien
que de veritable.
On apprit à Madridilc-"7.
de Juin, que les ennemis au
nombre de 17. à 18. mille
hommes, àvoient passéla montagne
de Guadarama ,qui n'ca
qu'à une demie lieüe de l'Escarial,
& à 7. lieües de Madrid.
Ils avoient marché, pendant 3.,
jours & demi, par des lieux où
., ilsn'avoient rien trouvé pour
leur subsistance
; de forte qu'ils
avoient esté obligez de ne donner
pendant ce temps à leurs
soldats qu'une demi ration de
biscuit. La consternation fut
- i
1
4
d'autant plus grande à Madrid
que l'on jugea que le Roy & la
Reine seroient bientost obligez
d'en sortir.
Le 18.les Grands s'assemblerent
au Palais, où lesChefs
de tous les Conseils se rendirent.
Il y fut resolu,d'une communevoix,
que la Reine en sortiroit
dés le jour mesme;& Sa
Majesté se mit en chemin pour
aller à 24. lieües de Madrid,
dans une belleTerre, nommée
Berlanga
J
qui appartient à Mr
le Connétable de Castille. On
résolut aussi que tous les
Grands, tous lesConseils,&
touslesTribunaux sortiroient
de Madrid,&qu'on n'y laisseroit
de personnespubliques,
que celles qui composent le
Corps deVille,qui sont leCorregidor
les Regidores & leurs
Officiers:de maniere qu'aucun
Magistrat&aucun Notairen'y
estant resté, il ne s'y trouva
personne qui eust qualité pour
y dresser aucun Acte public. Le
peuple ayant appris cette résolution,
se rendit en foule
dans la cour du Palais, & dans j
les ruës qui y aboutissent, &
demanda avec instance qu'on
luy donnast des armes, que lej
Roy ne l'abandonnast pas,
& que de bons Chefs se missent
à sa teste, afin que chacun
pust sacrifier sa vie pour
le service du Roy,& pour sa
défense. On fut obligé, pour le
satisfaire,de l'asseurer que le
Roy ne l'abandonneroit pas ;
& en effet ce n'est pas abandonner,
que de sortir pour chercher
du secours
,
afin de revenir
combattre ses ennemis.
Le 19. tous les Grands, tous
lesTribunaux & toutes les personnes
publiques sortirent de
Madrid; & il n'y resta que ce
qui se trouve dans toutes les
-
villespolicées pour les conduire,
& pour composer ce qu'on
appelle le Conseil de Ville. Le
Roy en sortit aussi sur le soir,
& Sa Majesté alla à Torrajon,
à quatre lieues de Madrid, se
mettre à la telle de la petite
armée de MrleMaréchal Duc
de Berwik,& des troupes que
Mrle Comte de las Torres a-,
.voit ramenées du Royaume de-
Valence. On ne sçauroit exprimer
la desotationdupeuple,
lorsqu'il apprit que le Roy
partoit ; mais on le consola, enJ
déclarant que Sa Majesté.
partoit que pour s'aller met- j
tre à la teste de son arméc
afin d'y attendre le secours
considerable qui luy venoit de
France, & qui n'érait pas loin
des frontieres.Tous lesgrands,
&tous les Conseils suivirent le
Roy ou la Reine.
Cependant les ennemis s'avatteerent,
& ils arrivèrent à
Madrid le 1 5. Ils traverserent
la Ville,sans trouvet ni hommesni
femmes dans les rues.
Mrle Marquis das Minas fre
assembler le Conseil de ville de
les Chefs des Corps de ménets.
Onexigea d'eux de crier, Vwe
CharlesIII. &on les en pres.
sa fort, mais il fut impossible
de l'obtenir d'un seul ; & lorsqu'on
les yvoulut forcer ils
crierent Vi'Vc Philippe V. On
fut tellement irrité d'un pareil
procédé, qu'on ne put s'empescher
de tirer sur eux,
croyant lesobliger,par là,à tenir
un autre langage; & on
en tua quelquesuns: mais ce
peuple inébranlable garda in-,
violablement lafidélité&la
çonstance, qui l'ont rendusi
recommandabledans tous les,
temps. Les ennemis n'esperant
plus d'en venir à bout, changèrent
de conduite; ilsallerent
camper au Pardode l'autre côté
de la riviere de Mançanarés,
& ils se contenterent de mettre
une garde à chaque porte
de Madrid.
Le Roy alla à Soupetran
, au
devant des troupes qui luy venoient
de France,&qui s'avançoient
à grandes journées;& la
Reine prit laroute deBurgos,
où elleaesté accompagnée par
tous les Grands,& par toutes
les personnes de marque, qui
ne purent alors suivre le Roy.
Quoique la ville de Burgos ait
elté autrefois le Siegé des Rois
de Castille, elles'ejsttrouvée
trop petite pour contenir une
Cour aussi nombreuse;& plulieurs
perfonnesde distinction
ont elleobligées,d'aller à Vittoria.
Mrle Duc& Mr laDuchessè
de Medina Celi se sont
rreetciirreezzdanslleevvoo:dGinnaa~gee de cceect--
te ville, dans une deleurs Terres,
appellée Giumel de Mercadoy
avec Mr le Marquis & M*
la Marquise de Phego, leur
neveu & leur niece.-
Les ennemis eh-chagrins de
n'avoir pû engager personne
4 GFier Vive CharlesIII. le
jour- qu'ilsavoient fait alîsm-.
iller leCorps, dela vilTesk^Ma?
drid pour cet effet, comptant
que si deux ou trois personnes
feulement avoient crié, cela
auroit pûpasser pour une proclamation
pub lique,ont depuis
ce tems-là,employé toutes
sortes de moyens pour venir à
bout de leur denein.Ils ont prié,
ils ont menacé; & toutes leurs
prieres & toutes leurs menaces
ont produit des effets enticrement
contraires à ceux qu'ils
en attendoient : de manière
que ceux qu'ils avoient voulu
engager avec un peu trop de
violence à crier Vive Charles III s'en font vengez, en mas
sacrant quelques-uns des Gardes
qu'ils ont aux portes de la
ville; de forte que les Alliez
n'entrent plus dans Madrid,
que pour y achetter ce qui leur
est neccessaire,& mesme en le
payant tout ce qu'il vaut.
Mr das Minas remarquant
cette fermetédont il avoit fait
voir qu'il n'avoit jamais eu lieu
de douter, s'est plaint avec aigreur
à Mylord Galloway, de
toutes les démarches qu'illuy
avoit fait faire; & illuy a demandé
:Où estoient ces Nobles-,
ce Peuple
, & ces Grands d'Es
pagne , avec lesquels ïjimirante é
de Castille avoit de sifortes liaifons
, & qui de voient venir an
devant de l'armée des Allit:Z
,
dés qu'elle approcheront de Madrid?
Ces demandes, qui ne Ce
sont pas faites sans aigreur,
ont elle eau seque ces Generaux
se font poussez vivement
& l'on est persuadé que lesPortugais
1
qui ne sont venus si avant
qu'avec peine, s'en retourneront
bientost avec plaisir.
Mais ils n'iront peur estre
pas loin sans estre battus ; &
je croy que je ne fermeray pas
ma lettre
,
sans vous apprendre
de grandes nouvelles 1^
déssus: cependant je poursuis
le détail que j'ay commencé.
Ce que je vais vous dire n'a
peut-estre jamais eu d'exemple,
& jamais fermeté n'a esté
égale à celle du peuple de Madrid
qui voyant une armée
campéle à'Jses portes, avec 1la
liberté d'entrer & de fortir
de la ville, aussi souvent
qu'il luy plaira, & d'y faire
main-basse sur ses citoyens, a
néanmoins eu l'inimitable fermeté
d'écrire en Corps auRoy,
& de prier Sa Majesté de leur
donner des ordres précis sur la
conduite qu'ils doivent tenir
dans tout ce que pourrpient
exiger les Chefs des ennemis;
afinque, dans un si grand malheur,
ilseussent au moins la
consolation de n'avoir rien
fait contre la plus exzéte fidelité,
ni contre les moindres
intentions de Sa Majesté
: ce
qui leur a estéaccordé.
Le Roy s'estapproché avec
son armée, & cil: venu camperàXadraque,
qui n'estqu'à
douze lieues de Madrid; & les
ennemis sont allez camper à
trois lieues & demie de cette
ville., du côté. d'Alcala
: cependant
les troupes de France
ont marché a grandes journées
,
& leur telle estoit le
douzeà Almazan, à 10lieües
duCamp de Sa Majesté Catholique,&
à 22. deMadrid.!
La Noblesse continue,non-seulement
de venir de touscotez;
mais elle amene avec elle beaucoup
de ses Vassaux, qui grossissent
considerablement l'Armée
de M' de Berwik ,qui
avoit déjà reçu
trois-mille
hommes, des levées qui furent
résoluës par les Corps, dans le
temps que l'on apprit que les
ennemis avoient formé le dessein
de marcher vers Madrid.
La lettre qui fuit; regarde
encore les affaires d'Espagne,&
vous paroiftra fort curieuse.
Du Camp de Xadraque le 12.
juillet.
Nous attendons avec une extrême
impatience les troupes qui
nous viennent de France,&nous
apprenonsavecplaijirque leurtête
est aujourd'huy à dix lieues de
nous. Quand elles nous auront
jointjnous aurons quatre-vingts
Escadrons de bonne Carvalérie ;
cess à dire, 60. Espagnols bien
completsj & vingtFrançois; (7
46. Bataillons de bonnes troupesi
Nous sommes résolus de retourner
ivers Madrid
3
immédiatement
aprèslajonction de toutes ces troupes
J(7 de livrer bataille aux ennfmÙ,
s'ils nous attendent.Si nous
avions icy toutes ers troupes aujourd'huy
3
nous frionsàMadrid
dans cinq ou six jourssans oppoJition
j Ü sans qu'il fustbessin de
donner bataille; car bien certainement
les Ennemis ne nous attendroient
pas. Nousn'avons aucune
nouvelle de la marche de l'Archiducy
& lesPortugais ne feront
pas,sils ne reçoivent des renforts
conjiderablesJ en ejîat de nous dif
puter le terrain.A4aisfPeterbboorroouugghb
aallee tteermnpps de venir join- s -,)enir joiiidre
les Portugais, avec les troupes
qu'il a dansleRoyaume de Va-ence
,
Î,otreretour a Madrid ne Je
pourra fairepins donnerune vraye
bataille. On ne croitpascependant
que ce Jpeneral Anjloispuisse
amenar beaucoup de trompes reliées < ~)de Valences nyde ne Catalogne, ilne
voudra pas dégarnir ces deuxpaisy
, 1
où il è) i ne luy resse pas beaucoup de
troupes; les 2diqueletf n'ayant
pas voulu s'enrégimenter
3 ry ent"
lrdans des Reçimevs rcrle? Le
o ()
menu peuple de Afadndcontinué'
de donner les plusgrandes Marques
dune parfaitefidélité
, que laprc*
fence & lepouvoir des ennemis
n'a pu faire ny dementir ny chanceleryainsi
que je vous l'aayy ddééjjaa
manJé. Tous les Grands enufnt
d'une maniere digne d'eux,& digne
d'un Roy aujJi parfait que
Philippe V. ils sejont tous conduits
dans la conjoncture presente
de la maniéré que l'on attendoitde
resPrit de grandeur çydefidélité
qui les conduit & qui les anime.
La Noblesse fécondé bien cegrand
exemple; cm les peuples de Caf
tillej en général
,
paroissentplus
%ele%
j
plus fideles
J&plus attacbe7,
quejamais à leur Prince légitimé.
On vient encore de recevoir de
tres-bonnes nouvelles (7 bien importantes
d'Andalousie. Cadiz est
en tres-bon eflat,£7" ne manque
derien pourune bonne defense>&
toute cette Province ne Je contente
pas de persifler dans laplus exaéle
fidelité;maiseIleprendaussîdejufles
mesures pour je défendre. Ony
fiait- de nouvelles levées ; la Mo-
1bLeffiyprend lesarmes volontaire-
.mentjous ceux qui font d'âge à les
IPortersyoffrent d'euxmêmes.Et
itoutes les grandes Villes ont écrit
fou députéauRoy3 pour ïafifiuret
Ide nouveaude leur fidelité & de
\leur zele
> e pour declarer à Sa
Afajefié3quelles etoient refiolucs
depérir3 plufiot que dereconnoitrc
d'autreÀdaifire que c: Prince.
EllesJefont écritaussi les unes aux
autres
>
sexhortant mutuellement
à 1laffiiddélitéqui'.esfii d1u..c a un Souverainsilégitime,
Cisi d-jnecïefi
trefiervi obéiif~/? si ¡".pr,f"f,ilZt r'L'~ 0 7;/~ .- y -;/
J - -
de part d'autre, les devo.,\:s,ir":"~
crek qlu'i leurordonnent:l:(Lsirz^ L I ( VI "'vU1..1 "l)
dre leurs droits ry* ceux de !: r>/?- /,. C~ ~r/ y ,{,) .," h'; ligion.Ce qu'ilya devh:s< eulier en cela
3
efe q':e toutes ces i' J. , , -' J i 1. y~.) lettres ojr (fié éLïÍtes en r:r¡;ze
temps sans que l'on senfiufi donne
le mot: ce qui prouvelien que le
même qritanim,, tous crs P(!;¡!cs<-
,Les Villes, sur tout;, de Seuille, de
Cordoue
j
de Murcie çy de Jaen
ont écrit au Roy dans les termes les
\flusrrjjecheux &les plusfortsj
four l'affurcrque rien neferoit capabled'ébranler
leurZele & d'affaiblirleurfidélité.
Mr Adaboni efi à Alicante;
resolu de d'ffendrccette Place juft
t - - qualaderniere extrémité; les
habitansfontresolusanjjïdy périr3
plutôtque de changer de Maître*
SiPeterborongh,avic ses troupes,
marche à MsÂrid, Mr Mahoni
avecson Régiment
3 & le genereux
& fidele Archevêque de
Murcie avecses troupes, (7 celles
qui le joignent de tous cosse,-,- ;
agiront avec succés &sans obstacle
; (y reduiront à tobeijjancc
du Royjles Villes & les pais qui
ont eu lafoiblejfedeJe foâmetre à
ltufurpateur. Si Peterborough s9a-
'Usse d'attaquer jélicante>avant
que de veniren Caftille3 nousaurons
amplement le temps de cbafjer
les Portugais de Madridde
les repottjJ;" avec avantage jusqu'au
dilà de leursfrontières. Afais
on ne croit pas que ce General perde
le tems à ajjiger Alicante dans lesformes.LeCbateau
/cr~fj' Z<~ en effort C~ CMcM~
bon
j &,outre les troupes réglées
quiyfont les habitans de cette
Ville} toujours fideîes,l'ontmuni
de toutes les cbojes necejpiires ; &
ceux qui font propres à porter les
armes Jes prennent pourJe dépendre
avec vigcueur>. La deprtion s'est misse* :l depuis
quelques jours, dans l'armée des
ennemis„il nous en vientfréquemment
des soldats de tout pais; &
il n'yen a pas un des nostres qui
desèrte.
Enfin toutparoît tellement diss
pojé icya ungrand succes
)
quon
peut seflater d'avanced'une heureuse
réujjïte ; e quelquepuissantes&
nombreuses quejoient les
flotes des ennemis>elles trouveront
les cotes de Galice & d'Andaloufie
bien munies &bien diffindues.-
Les peuplesyfont bien certaine^
ment dans les meilleuresdijpofï—
tions auon puisse (ouhaita".
Je dois ajoûter à cette lettre,
les nouvelles suivantes; elles;
viennent d'un très bon endroit,
& elles sont de la même datte
que la Lettre que vous venez
de lire.
L'Armée Portu gaise estoit
encore campée le i 2. Juillet;
sur la Riviere de Xamara, à
trois lieuës & demie de Madrid.
Mr le Marquis das Minas avoit
envoyé Icg. un détachement d1
trois mille hommes a Alcala ; ce
détachement qui étoit d'abord
campé hors la Ville,prit la fuite
lemesme jour, à l'approche
d'un parti Espagnol de soixante
Maistres, qui s'estoit avancé
vers la nuit de ce costé-là. Les
ennemis se retirerent avec précipitation
dans la Ville, ôC
abandonnerent leur Camp, qui fut pillé en partie par les
Paysans du voisinage. Ce détachement
,
à ce qu'on assure
s'estfortifié dans Alcala. , - -
Toutes les Villes, Bourgs
& Villages des deux Castilles
continuent dans la fidélité qu'ils
-
doivent à leur souverain. Ils ont
envoyé à Sa Majesté Catholique,
des lettres que Mrle Marquis
das Minas,&Mrle Comte
de la Corzana leur ont écrites.)
pour les engager à reconnoîtrel'Archiduc
;& ce qui
marque encore plus sûrement
leur bonne volonté,est qu'ils
facilitent tout ce qui regarde
le service de ce Monarque,tant
pour les fournitures des grains
necessaires pour la subsistance
de l'armée de Sa Majesté
) que
pour quelque avance de l'argent
qui leur a esté demandé,
& que plusieursontcommen- j
ce a fournir, a proportion de
leursmoyens.
v L'onze il y eut une rencontre
aupres d'Alcala, dans la-

quelletroisCompagnies deCarabiniers
des troupes Espagnoles
y
détachées par Mr le
Comte de Fienne, battirent&
pousserent jusque dans la Ville
trois Escadrons des Ennemis
> dont trente furent tuez, &,
plusieurs furent faits prisonnier.
Les Espagnols ont eu un
Capitaine bit(fé, & cinq Cavaliers
tuez ou blessez.
-
Les ennemis ayant affecté de
publierque le Roy d'Espagne
abandonnent la Castille
,
& fc
retiroit en France, & que ce
bruit jettoit beaucoup de gens
bien intentionnez dans la consternation
,
& dans le doute du
parti qu'ils devoient prendre ;
ila cité jugé à propos de dresser
une eipeee de Déclaration ,
pour désabuser les peuples, &
pour les informer des véritables
dispositions deSaMajesté
Q^tÏToliqqejqui
ne s'çftant Soignée
de Madrid quë de lis.
lieuës, & fort lentement, se
préparoit à y retourner tien-
, tost à la teste.dunearmée^cônsiderable,
Cette DcçkratioJi a
rite envoyée dans tous les lieux
où l'on a trouvé à propos de
l'envoyer.
La Lettre qui suit, vous apprendra
des détails de la marche
de Mr de la Feüillade dans les
Estats de Monsieur de Savove,
dont aucune relation.
h publique n'a parlé.
4* A Fossan, le4. Juillet.
i-r: 1- ,..
) Les deux bataillons duRegiment
de la Feiiillade entrèrent hierdans
laVille &dans la Citadelle de
Molldovi. Ce Dit: les y conduift
lui -même avec quatre. cens fA~
Vaux i -& iln'y trouva d'obftacUs,
que lapeine defairefuir une cznquantatne
ass Dragons que Mon.:.
jieut de Savoyt avoit envoyez, pour
fji're marcher en diligence a Ccv#3-
Monsieur le Prince & Madame la
Princesse de Carignan, leurs enfans,
les filles de Monsieur le Comte do
Soislons, Mr le Marquisde Suze,
& toutes les Dames & Demoiselles
de leur Cour. Il monta tlte Château,
& il'y trouva cette honorable Compagnie
fort tjfrayée ; U la njjura
de son mieux, ~&dith Monsieur le
Prince de Carignan:Que quoique
toute cette Cour fust prisonnierede
guerre de Sa Majesté
,
(clon
les regles dela guerre, il
esperoit cependant de sa bonté,
qu'elle ne la traiteroit pas cam,
me telle. Ce Prince demanda de
resterà Mondovi; mais Mr de 14
JFeiïilloede ne voulut pas le lN) accorder
jugeant que le sejour de ce
Prince en ce lieu-là
y
feroittres-préjuàkiabie
auservice du Roy. Il luy
permit d'aller à Raconi, & il luy
donna cinquante Carabiniers. p9uv
l'escortes
,
lesquels y demeureront
pour la fureté de ces Princes & de
ces Princesses. On ne peut exprimer
lajoye des peuples de Mondovi
,
qui
se regardent comme délivrez de la
plusgrande oppression > ils demandent
au Roypourtoute grace de rester
ses fujtts.Monftèur de Savoye
leur a voulufaireprendre les armes,
~&illeurafait toute sortedepromesses
avantageuses ,pourveu qu'ils
vwlujjent en cetteoccasionl'ayder À
sauversesEtats. Ils luy ont report,
du;Qu'ayantesté désarmez une
fois, ils ne prendroient les armes
de leurs vies, & qu'ils ne
pouvoient resister à des forces
au(H superieures que les nôtres.
Cependantc'est un payssi avantatageux
parsa situation ,que notts
n'y aurions jamais pu entrer, si ses
Habitans avoientvoulu 5J défendre,
d'autantplus qu'ils ne l*'(Tent
pas d'estre encorefort peuplez, Mr de
la Feüilllldt,aprhy avoir {.vff.' les
J.'IIX bataillons de fn Regement afait , occuperpar les deux Compagnies
de grenadiers de ce même Regiment
,le Château de S. Michel
qui est fort bon
,
& qui est ftuè fut
le chemin de Ceva. Ce Duc asçû,
àn'en pouvoir douter, que tout le
Mandement de Ceva est ou moins
avfji bien intentionné que le Mondovi,
& quele Qhkveate estfertpeu
de chose, (jrnest gardé qupP-'rdeS faisans,Jlyaenvoyé MrdeMatlgtisne
3 avec les deux bataillons
de Tournifis) quatre pieces de Ca.
non de vingt quatre 3
&deux petits
Mortiers y-& il a appris enfuite,
que Mr de Sariirane y avoit marchéenfin
avec deux mille hommes
d'infanterie ou Milices,&les deux
JEjcadrons d3 Figuieres. Mr de la
Feüiltllde compte que dans quare
ou cinq jours ta communication de
Fin-il au JvlmdtJvi fera établi? en
touteJiuretê.Il marchale 3.a Spiitetto,
qui est à la portée du canon
de Coni. Il y latffa dix neuf
Efcairons & sept Bataillons
, aux
ordres de Mrle Marquis de GoëJhriantl,
a qui il dit defaire occuper
Bobert que ion peutvoir p ir ?<z
Cdrte, tftrt tr s-biensitué pour couper
à b/i>>nfîeur de Savrye toute retraite
de ce cossé'la. Ce Du:dit auQi
à Mr de Qocsbriand de fairefaire ?
dés la nuitpafféeyeun fffé devant &
derrière son Canif,où la Cavalerie
nepût passer,afinAeftreen tfiat d'y
laisser tous les équipages, t.¡nt des
Troupes que des Officiers, à la garde
de quinze cens hommes d'tnfanterie,
C?" de pouvoir marcherÀ la legert
avec tout le resse
,
à la fuite de Monsieur
de Savoye, en cas qu'il vouîùï
se retirer par Quierafque, &,P,-enare
enfuite la même marche que fit
JtfrdeStaremberg
y ce qu'on nepeut
cependant croire quilentreprenne.
Mr de Goesbriand a des Mulets de
vivres dans son Camp) pourfane
monter en cas de besoin il ses Grenadiers
& n ses iétachemers, d'infanterie.
Mr de la Feud ade de-vo"t
mafeherle avec quarante-quatre
Efcadions & un JZataillonipour fll*
Jer
hretviçrtoU , qui est au dtjjus titi
Camp 5 & il comptaitensuite défaire
un pont sur la Sture, b (Febtiget
tAmficur de Savsye 4 laijjèr des
Dragons à Coni) ou kse retirer avec
le feu deCavalerie qui luy iefie,par
le coi de Tende. C'est une rude ex.
f trêmitêpour luy ; mais on ne luy voit
feint$autreressource. L,ebruitcourt
- danslepaysyquilse retirera hla
Serre5 mais il ne s'y trouvera pas
mieux:peu de jours nous en éclairciront.
Nous avons délivrecent de nos
priforinters, qui ètoient à Monàovim<
Il esttemps de vous parler
desaffaires de F landres, donc
je ne vous ay rien dit
, depuis
que le23.dumoisdeMaydernier
la fortune se declara pour
le parti leplus fort,suivant un
uragequi estassez ordinaire, &
que les François luy ont neanmoins
Couvent fait interrompre;
mais enfin lorsque la force cil si
superieure, & qu'une certaine
fatalité semetde la partie, il
est difficile d'empescher la fortune
de ceder au plus fort. Ces
grands évenemens causent ordinairement
de grandes revolutions;
les vaincus étourdis de
leur mal heur demeurent dans
l'inaction
,
& se croyent encore
plus mal heureux qu'il ne te
sont : & les vainqueurs enorgüeillis
d'un bonheur qu'ils ne
doivent qu'à la superiorité de
leur nombre, serépandant,comme
destorrens, dans un pays où
toutestfrappéd'étonnement &
de frayeur, ne trouvent que des j
fuyards & des gens intimidez
, qui ne connoissantplus leurs
forces, ou s'en défiant trop,
courent au devant de leur perte,
& ouvrent les portes des
places qu'ils croyent ne pouvoir
défendre, & dont ende parei
lles occasions lesvai nqueurs
se rendent ordinairement maîtres
; mais qu'ils ne gardent
quelques fois pas long-temps
,
ces sortes d'évenemens ayant
presque toujours des retours
qui remettent les choses dans
leur situation ordinaire. Nous
avons vû tres-souvent des Etats
envahis presque en une feule
campagne,ou les véritables souverainsont
regné peude tem ps
aprés,avec autant de tranquilité
qu'avant l'inondation de
leurs ennemis, donc ils n'ont
esté accablez, que comme on
l'est quelque fois d'un orage,
dont on perd presque le souvenir,
lorsque l'orage s'est dissîpé,
&que le Soleil recommence
à paroi stre Nous avons vû
de nos jours le Roy deDannemark
réduit à la feule ville capitale
de ses Etats, où il le crouvoit
enfermé; & devenir peu de
tem ps a près
»
de Roy électif,
Monarque hereditaire. Nous
avons vû presque tout le Royaume
de Pologne envahi du tems
du Roy Casimir; & peu de tems
après, ne reconnoistre que les
seulesloix de son veritable Souverai
n. Enfin il semble qu'aprés
beaucou p de fangrépandu,
le Ciel permet toûjours que1ÇA
Etats envahis retournent fous
les loixde leurs veritablesSouverains;
ainsi ily a lieu de croire
que les Places des Païs-Bas,
qui viennent d'estre enlevées à
Philippe V. leur legitime Maître,
ne feront pas long-temps
sans rentrer fous sa domination.
L'orage qui dura quelques
joursaprésle Combat deRami1lies-,
ayantcessé aussitost que
les peuples furent revenus de
leur premier étonnement, les
ennemisn'ontfait qu'uneconqueste
pendant prés de deux
mois & demi; voyons en quoy
elle consiste, & si cette place a
duleurcoûter beaucoup. C'est
une Place de terre; les Bastions
en sont petits, aussi bien que
tous les dehors. Il y avoit six
Bataillons François,peu complets
& de nouvelle levée, qui
ne manquoient pas neanmoins
de bonne volonté; mais ils ne
voyoient rien qui ne les dust
décourager, au lieu de leur infpirer
une hardiesse, dont les
plus braves ont souventbesoin.
Ces nouvelles troupes étoient
accompagnées du Regiment de
Dragons de Pignarelli
,
& de
deux Batai llons Wallons fort
mal intentionnez, à la reserve
de quelques Espagnols naturels,
mds dont le nombre estoit petit.
Les bourgeois estoient encore
plus mal intentionnez que
ces Bataillons,&la çramifoneftoit
harcelée& menacée 1 par
ces bourgeois, dont la plûpart,
sans en excepter les femmes,
!,. i t1
avoit pris les armes contre elle;
on manquoit de munitions & de
provisions dans laville,où il
ne restoit pas pour deux jours
de pain. On y avoit jetté 1335)5.
bombes, tant des batteries de
l'Armée de terre, que des Galiotes;
& celles-cy qui pesoient
300 livres chaque, avoient fait
plus dedommageque les autres,
en sorte qu'il n'est demeuré dans
la ville que deux maisons sur
,-
pied, un Couvent & une Eglise
où l'on pust habiter.Mr leComte
de la Mothe se voyant nonseulement
dans cette situation
mais qu'outre cela les soldats,
manquoient d'armes, presque
toutes celles qu'ils avoient,
ayant crevé;qu'il avoit besoin
pour la garde du chemin couvert
de 800. hommes au moiny.
& d'un pareil nombre pourles
relever,& qu'illuyen falloir encore
pour employer aux autres
portes,sçavoir, au Fort S. Philippe
, aux batteries, & au dedans
de la ville, où il avoit plus
à craindre que dans les dehors,
les bourgeois causant à tout
moment des émeutes ; qu'il n'avoit
que trois mille hommes
tels que je v iens de vous dé.
peindre, pour remplir tant de
postes differens : voyant enfin
que le Magirtrat luy avoit declaréqu'il
n'estoit plus maiHrc,
de la popu lace, & étant informé
que le Gouverneur avoit résolu
de signer une capitulation
particu liere
,
il prit le partide
battre la chamade, &de ca pituler.
Il devoir selòn toutes les
j apparences, se rendre à discretion;
mais son mérité & sa va-
? leur, connue des Generaux ennemis,
& la bonne défensequ'il
avoit faite,ont estécauseque la
garnison n'a point esté prisonniere
de guerre.
Ce siege,où nous n'avons pas perdu trois cens hommes, en a
coûté prés de deux mille aux
ennemis; parce que leseaux, le
fable mouvant & ladifficultédu
terrain lesempeschoient de faire
des travaux pour se mettre àJ
couvert, & pour dresser leurs
batteries, fous lesquelles ils étoient
obligez de faire des planchers.
; Enfin on peut assurer
comme un fait tres conflint r
que les bombes seules ont esté
cause de la perte de cette Pla- 1
ce, & que les ennemisontesté
tellement fatiguez du travail
qu'illeur a fallu faire pour approcher
de la Place, du nombre
prodigieux de fascines qu'-
ils ont esté obligez d'aller chercher,&
detout ce qu'il leur a
fallu faire voiturer pourceSiege
avec des peines infinies, qu'ils
se ont trouvez hors d'état d'agir
ailleurs immédiatement après
la prie de cette Place. Nous
n'y avons perdu de personnes
considerables que le Major d'un
Regiment & un Capitaine tué
d'une de nos pieces de canon folle,c'est-à-dire, pour parler
en termes du métier, d'un I
canon dont l'ame n'estoit pas
juste ; les boulets de ceux qui
1
ont ces défauts, vont a droite
ou à gauche, au lieu d'aller au
but,où on a dessein de les faire
aller.
La Capitulation fut signée le
6 de Juillet à minuit. Il y en
eut deux,au lieu d'une; les
bourgeois en ayant fait une particulière,
par laquelle ilsont
reconnu l'Archiduc. Rien ne
prouve mieux leurmauvaise intention
pendant le Siege; &
que Mr le Coure de la Moihe
ayant 3 combattre le dedans ÔC
le dehors, il ne pouvoi t le défendre
plus long temps de capituler,
sans voir perir sa garnsson.
Elle fut d'abord condui. teâNieuport,&enfuite à Dunkerque
, où elle arriva le 9 sur
les cinq heures dusoir. Elle n'y
demeura pas long - temps, les
françois ayant esté conduits à
Calais, Gravelines & Bourbourgj
& les deux Bataillons
Wallons & le Regiment de
Dragons depignaterlli, à Mons.
Il elfc à remarquer que la plus
grande partie desWalions a deferté,
ou a pris parti parmi les
ennemis, à la reserve desEfD:t.
gnols naturels qui se font trouvez
monter au, nombre de 46
dans ces deux Bataillons. >»tr
J'ay cru devoir vous envoyer
cetterelation du sieged'Oitende,
quin'aestévuede perfonne
; puisque je viens dela faire
sur plusieurs lettres,qui ont esté
écrites par les principaux Offi-
> ciers de la garnison. Les ennemis
ayant esté long-temps - à
prendre leur parti,après laréduction
de cette place, je ne
pourray vous marquer qu'à la
fin de ma lettre à quoyils se serontdéterminez.
Je vous ay déja parlè de la
suitede la pratiquede laMémoire
Artificielle, pour apprendre
& retenir la Chronologie,&
Histoiredepuis Jesus-Christ,
jusqu'àpresent, par le P. Buffier
Jesuite. Cette fuite n'a pas esté
imprimée aussitost qu'on l'attendoit
L'Auteur avoue lui-même
,qu'il a estéembarasse à l'achever,
à cause de la multitude
deschoses qui se presentent à
dire dans les Siècles qui approchent
du nôcre;& d'une maniéréà
les faire reteni r. Ileneit
enfin venuà bout , & il vicnt
de donner au public les deux
dernieres Parties ; Sçavoir ,
l'Histoire des Etats depuisJ. C.
jusqu'à present,aveci'Histoire
Ecclesiastique.Ainsivoilà toutes
lesParties derHjsi0ire Uni.
verselle,réduites dans une méthode
si facile, que chaque Partie
peut estre apprise en moins
de 15. jours. Ceux qui regarderoienc
encore ce travail Jlmplement,
comme une belle apparence
à quoy l'effet ne Içauroic
répondre, peuvent estre
convaincus par eux - mêmes
t quand il leur plaira. Les exercices
qui s'en sont au Collège
de Louis le Grand, y font devenus
presque journaliers, &
souvent publics.On lesa vu faire
depuis quelques mois avec un
grand succés, par les jeunes
Mrs de Surville
,
de Bulliond'Atilly,
d'Essain, Desmarets,
Rougeau,de Paris de la Brosse,
de Berulle, de la Perouse, &
par plusieursautres. Ilestagréable
& commode de pouvoir, en
apprenant quatre-vingts Vers,
prendre une idée plus étendue,
& plus suivie de l'Histoire de
France
, en peu de jours, qu'on
ne feroit en plusieurs mois sans
un pareil secours. On apprend
de même à proportion chacune
des cinq Parties, indépendamment
de l'artifice des Vers. Cet
Ouvrage contient une Histoire
Universelle des plus completes,
le dont la levure sera plaisir
par l'ordre de la netteté
du discours donc les vers artificiels
sont un précis,&dont la
lecture ne peut coûter que
quelques momens. Pour faciliter
davantage la connoissance
de l'histoiredes Etats qui sub-
Hftent aujourd'huy dans l'Europe
; le P. Buffier a joint icy
des Tables Genealogiques des
Maisons souveraines qui gouvernent
ces Etats. Il y en a plus
de trente,qui mettent tout d'un
coup devant les yeux ce qui
peutestrede plus interessant à
sçavoir; puisque les lignes qui
dans ces fortes de Tables se
croisent ou s'écartent, marquent
ce qui merite le plus d'attention
dans l'histoire de ces
Etats, & ce qui sert à le démêler,
comme les factions des
Maisons deLancaftre & d York
etl Angleterre, &c. Ce Pere
marque aussi particulierement
les endroits des Genealogies
lesplus propres à faire connoistre
la situation presente des a ffaires
de l'Europe, comme la
Table des derniers Empereurs
de la Maison d'Autriche; celle
des Princes&Princesses qui ont
droit à la succession de la Couronne
d'Angleterre avant le
Princed'Hannover,qui n'est pas
le quarantième; eelle de la Maison
de Holstein-Gottorp
,
qui a
donné occasion à la premiere
guerre du Roy de Suede d'aujourd'huy
, celle de la Maison
de Baviere,dont est forti ceMonarque
; celle de Brunswik,
dont les Cadets font les Princesd'Hannover,
nommez Electeurs
par l'Empereur, & què
d'autres Princes ne veulent pas
reconnoistre: & ainsi des autres
Souverains de l'Europe. L'usage
de ces Tables est un nouvel
artifice des plus curieux & des
plus utiles pour l'Histoire.
Quant à ceux qui voudront
çavoiren particulier l'Histoire
Ecclesiastique, ilstrouveront,
dans les vers artificiel s les noms
desPapesdistinguez parsiecle,&
mesme par les nombres differens
ajoutez à leurs noms,avec les
Conciles Généraux, les heresies,&
les Ordres Relig eux qui
ont paru dans chaque siecle.
Ce livre sevend chez Daniel
Joller, au bout du Pont Saine
Michel, au Livre Royal ; &
chez Nicolas le Clerc , ruç
Saint Jacques, vis-à-vis Saine
Yves , a l'Image Saine Lambert.
Je vous envoye une traduction
de la Déclaration du Roy
d'Espagne
,
dont je vous ay déja.
parlé dans cette Lettre. Elle eil:
très fidele,& commeelleaété
faite parun Gentilhomme qui
fait parfaitement l'Espagnol, &
qui connoît toute la force& toute
la delicatesse decette laugue;
il y alieude croire qu'il estentré
dans l'esprit de l'Auteur de
cet ouvrage, & qu'il n'a rien
laisse échaper de tout ce qui
en peut faire connoitre la force
& la beauté.
DomPIIILIPPEPar U
grâce de Dieu
>
Roy de Cafiille>
de Léond'dragon, &c. Efiant
bien informé que le Duc de Bragancetavecfes
Alliez, reconnoissant
lïmpoflibi/ité de parvenir a
je voiravec des forcesfufffantesy
pour soûmettre,par lejoug indigne
de fan opprejjion ,
ïefprit de fermeté&
de valeurJînaturel a messujets,
se fert3 pour induire l'Archiduc
dans la domination de cette-
Monarchie3duprétexteartificieux
de donner de mauvaises couleursa
mafortie de Madrid;y ajoute des
motifs bas &peu dignesde moyi
S'eforce d'en faire recevoir lafuppofitton
maligne; £rporte la témérité
jufc¡u'À vouloirpersuader que
la Nation E/pagnole
,
oubliant
l'immortelle gloire de ses triomphes
> & les titres éclatans acquis
depuis les temps les plus reculez à
sa fidélitépourses Afaijrres légitimes
,
penche aujourd'huy en faveur
de ces mêmes ennemis) qui
entreprennent de la fouler' aux
pieds. Comme je démejle que ces
suppositions trompeuses ne font
lq'éucaluattaut de détours pour ternir
de ma gloire, & la pureté
de mes intentions)&autant d'artifices
pour attacher à l'idée qu'on
; de lafermeté des Espagnols3 cde
la fidélitésilouable3 &silouée
en eux dans tous les temps
3
cette
note infâmed'avoir encouru le
Joupçon de sefiredémentis dans
cette fidélitémême & dans cette
confiance ; Jay voulu deelarer a
mes chers 3illufires &fideles Sujets,
que masortiedeMadrid na
eu d'autremotif, que l'emprcjfement
de me mettre en efiat de repouffer
les ennemis du voisinage
où ils efioient avec des forces fu- fmeures, qui rendoient difficile le
succés & l'entreprise de reprimer
burs progrdéjà avance^ ; ce
qui nese pouvoit
9
sans expofer à
un rifllue trop 'Vifible&:J a un événement
trop douteux , le peu de
troupes avec lesquelles je me trou.
vois.J'ayeuenvue,dans cettesortie,
de conserver a mesJujets
> &
particulièrement a mon bien-aime
peuple de Madrid>laprotection&
la dlfenfe qu'ils ont &qu'ils doivent
attendre de mes troupes> 0*
de leur proximité, pour s'oppoftr
AU pouvoir arbitraire des ennemis.,
& au danger que les Anglois &
les Hollandois
*
troupes auxiliaires
de Portugal 3neujjent fait
réiifjir la perverfon de nofl-re sacrée
foys & le renverjlment ou le Pïépris
de nos Autels. Si je fbrtis
doncdeAfadrid> (cequeje ne fis
passans unevive douleur de laisser
dessujets qui mefont sichers3
à topprejjionviolente qu'ilsfluffrent,)
ce nefut quepour leurménager
une tranquillitéconfiante
&unefureté de duréeapar les ordres
queje donne,pourréunir les
troupes que je rassemble de tous
coflez
y
&par lefeoours considerable
des auxiliaires du Roy mon
Ayeui
j
quiviennent avec toute
la diligence pojjîble, qui marchent
de Navarre en Cafiillc
3
CI qui
danspeu de joursferont incorporées
avec les miennes; c- moy à leur
tefie^aprés lajonélion,sansmépargner
c>
<!}'et dans la fatigue ny dans le
peril. J'irvry aux ennemis) &je
les pourfuivray^jufqud ce que je
les aye chaffiz de tous les lieux
qu'ils occupent dans l'étendue de
ma domination. J'aJJure &., je
pfotefle que je me tiendray dans
,celle de la Catrille

sans laisser
pourcela d'entrer dans leur
païs
j & je verferayladerniers
goutte de monfang pour conserver
la Religionsansinnovation&
sans tache
>
& pour parvenir a
faire joüir mes dignes &fidèles
Sujets de la tranquillité du repos
que leurfacilitera toujoursmon
1amour esperantde celuy qu'ils
ontpourmoy, non fulementJquJils
ajouteront une feoy entiere à cette
vérité : mais encore qu'ils donneront
tous ensemble3 e chacun en
son particulier, felon Jon pouvoir,
des marques vifihles de leurfidélité9
puisque l'occasïon &l'entreprise intereffcntégalementmagloire
,
leur
honneur
3
leurfureté,&le bien&
lesoutienàelaReligion. Etafinque
tous en ayentconnotjfance
,
j'ay
ordonné qu'on exped!aft& q*on
fifi imprimer ces
Prefintesyftgnees
de ma main Royales cmîcelleés
du Sceau de mes Armes, &conire-
signées de monfouffiçne Secrétaire
d'Etat er des Dépêches Vni"-
Jerfèlles. Au Camp de Xadraque
le 7. Juillet1706. Moy LE
Roy. Dom PierreCajetan Fernandcz
del Campo.
'\,
- -,
Dame Maried'Albert de
Luxembourg, Princesse de Tingri,
DameduPalais delaReine,
& ChanoissedePoussey en Lorraine
, cH: morteàVersailles
» âgée de quatre vingts ans. Elle
étoit fille de Léon d'Albert, S*
de Brantes
,
Duc de Luxembourg
, &c. Chevalier des Or-
~l
dres du Roy, mort en 1630. ÔC deMarie C harlotte de Luxembourg,
Duchesse de Pincy,Comtelle
deLigni, &c. qui,après la
mort de son marv ,
épousa en fécondés
noces, Charles Henry
de Clermont-Tonnere,dont
elle eut feuë Me la Maréchale
de Luxembourg,épouse de Mr
le Maréchal-Ducde Luxembourg,
Pair de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy,Gouverneur
de Normandie & General
desarmées de S.M.&mere deMrs
les Ducs de Luxembourg & de
Châtillon.Feuë Me laDuchesse
deLuxembourg avoit aussi eu de
son premier mary,Henri- Léon,
quisefit Ecdemmque. Jen'entreray
icy dans aucun détail de
l'illustre Maison de Luxembourg
, donc Me la Princesse de
Tingri étoit ducôcéde samere;
j la grandeur de cette Maison est
connuë.Elleadonné cinq Empereurs
dont trois ont esté Rois
de Boheme ; elle a possedé de
grands biens en Allemagne e benFrance:&l'onavu,dansce
Royaume,des Seigneursdecette
Maison
,
Connétables & grands
Bouteillersde France, Ducs &
Pairs, Chevaliers des Ordres
du Roy) &c. Elle a produit six
Reines, & plusieurs Princesses,
dont l'a llianceaaugmenté l'éclat
de plusieursMaisons illustres.
Cel le de Luxembourg fleur
rissoitdéjà dans l'onziéme fié.
cle. Henry I. Comte de Limbourg
, dont elle descend
,
vivoit
en 1071. & Valeran II.
Comte de Limbourg, un de ses
descendans
,
éponsa Efmenfon
de Namur,Comtesse de Luxembourg.
Jepasse donc à la Maisond'Albert,
dont Me la Princesse
de Tingri étoit du côté de
son pere. Leond'Albert, Sr de
Brantes, Duc de Luxembourg,
pere de cette Dame
,
étoit le
troisié mefils d Honoré d'Albert
Srde Luines, dans le Comté
d'Avignon, qui servit untemenc
le Roy Henry IV. en diverses
occasions, & d'Anne de Rodulf
son épouse. Il écoit frere du celebre
Connétable de Luines, Charles d'Albert, Duc de Luilies>
Pair, Connétable & grand
Fauconnier du France, Chevalier
des Ordres du Roy, premier
Gentilhomme de sa Chambre,
Gouverneur de Picardie & du
Boulonnois;c'est le grand pere
de Mr le Duc de Chevreuse.
Mr le Duc de Luxembourg-
Albert étoit aussi frere d'Honoré
d'Albert,Duc deChaulnes,
Pair 5c Maréchal de France,Sr
de Pecquigni èi de Raineval,
& Chevalier des Ordres du
Roy i il étoit le pere du dernier
Duc de Chaulnes. Ces Mrs
avoient quatre soeurs ; Marie
d'Albert, épouse deClaude, dit
du ~Roue, Srde Bonneval & de
Combalet
,
& mere d'Anne,
mariée à C harles de Crequi
) Comte de Cana ples; Antoinette
j
qui épousa en premieres noces
Mr de Vernay,&ensuite
Henri- Robert de la Marck,
Duc de Boliill-on. Comte de
Braine; Loüise, mariée à Antoine
deVilleneuve, Baron
des Beaux;& une quatrième, Religieufe.
Le Duc de Luxembourg-
Albert fut Capitaine-
Lieutenant de laCompagnie des
deux cens Chevaux Legers dela t
Garde du Roy, & Gouverneur
deBlois. LaMaison d'Albertou
d'Alberti
,
s'étoit établie dans
le Comtat d'Avignon depuisInnocent
VI. Se elle s'éleva extrêmement
dans le dernier siecle.
Elle étoitalliée aux mcil-
Jeurs maisonsd'Italie, par plusieursfilles
qu'elle leur avoit
données. Mr de Lui nes ,
ayeul
de la Princesse qui vient de mourir,
avoit porté les armes avec
beaucoup d'éclat, sur la fin du
seiziéme fiec le & au commencement
du dixseptiéme, pour le
service des Rois Henry III. &
Henry IV. Il vint s'établir en
France sur la fin du Regne du
dernier de ces Rois.
Vous ajoûterez ce qui suit, à
l'article de la mort de Mr 1s
Marquis de Couvonges, que
vous avez déja lu dans cette
Lettre.
Jean VIII.dunom, Comte
Salm ,avoit éponsé Loüise de
Stainville,morteen1548. De ce
mariage est issu Paul
,
Comte de
Salm
,
grand Chambellan de
Charles III. Duc de Lorraine,
qui avoit épousé Marie le Veneur-
de Carouge,maison illustre
de Normandie.
Chrétienne de Salm
,
fille
dudit Paul', épousa François,
Comte de Vaudemont ,
fils de
Charles III. Duc de Lorraine,
mort en 1632.
De ce mariage est forti François,
Comte de Vaudemont
,
ôc
appellé depuis,le DucFrançois,
mort en 1670. qui avoit épousé
Claude de Lorraine, iaCOLIGne
germaine.
De ce mariage en: issu Charles
V. Duc de Lorraine, qui avoit
épousé Eleonore d'Autriche,
Doüairiere de Pologne.
Ce mariage leur a donné Leopold
, Duc de Lorraine & de
.Bar.
Mre Antoine de Stainville,
cousingermain de Loüise de
Stainville, cy-devant nommée,
vivant Chevalier Seigneur de
Couvonges & de Morley, Conseiller
d'Etat de S.)O Altesse,
Charle IV. premier Gentilhomme
de sa C hambre, Grand
Maistredes Eaux & Forests du
Duché de Bar, Bai ly & Gouverneur
de Bar, cft decedé en
son Château de Couvonges, le14.Janvier 1666.
Mre Charles de Stainville, filsd'Antoi e, vivant Seigneur
Comte de Couvonges, de Morley
, de Beurev
,
de Dombal &C
de Hardouvillier
,
Grand Maître
de l'Hôtel de S. A. R. cyvant
Colonel de deuxRegimens
; de Cavalerie & d'Infanterie
pour le service de S. A. Charle
IV.est decedé à Luneville,en
1 sa soixante-neuviéme année. Il
4
écoit frere de défunt Mre Antoine
de StainvilleII. dunom,
vivant Lieutenant General des
- Arméesdu Roy, & Gouverneur
• de Casal.
Ce ne font pas toujours les armées
nombreuses qui font les
plus glorieuses expéditions, &
Jorique l'inégalitévajusqu'à
l'excés.Les vainqueurs, en
s'applaudissant des fuites avantageuses
de leur victoire, rougissent
d'avoir plûtost accablé,
que combattu leurs ennemis; 6c
les vaincus, en regrettantles
pertes dont leur défaite a cfté
suivie, s'applaudissent de ne
s'estre retirez du combat que
tout percez decou ps, &. de n'avoir
cedé qu'au nombre, plutost
qu'à la valeur. d
Ce queMrleMaréchaldeVillars
vient de faire, est bienopposé
à ce que l'on a vû en Flandres
au commencement de cette l, Campagne, & ce General vient
de se couvrird'une gloire immortelle
; sa teste, son coeur, son
esprit, son imagination, le se-
,
Trec, les ruses de guerre , 5c
toutes les parties du plus habile
General ,ont agit en cette occasion
VoiciuneRelationdecette
affaire, que j'aycrû vous devoir
envoyer de la mesme maniere
qu'elle cft tombée entre
mes mains.
Mrle Maréchalde VilUrs cher-
(hait, depuis long-tempstloccasîon de
fdirtun pontfur lebrasduRhm,qui
ift vis-à-vis du Fort-Louis> &
peur et effet de s*emparer de L'Ij/e
d* Sd>trqui(dt)ilen connoissoitïimfittance,
farrapport aux lignes de
Stolbojfen. Dans ceUeviti, ilafait%
depuis quelques jours, divers mouvernens,
sur lesquels on devoitjuger
qu'ilavoit tout autre dcfjem
,
pour
nefai attirer de ce cofté-la le*yeu*
des ennemrs; cependant tout lépré-..;
faroit, depuis quelque tems, à Strass.
bourg pour le transport des bateaux
par terre. Enfinilpartit avant hier
defin Camp de Barberod pour venir,
icy.Ilavoit déjàfait marcherprerque
toutefanInfanterie pourla mettre ti.
portée de s'en servir
3
& donne ses
ordrespour Je tran/portdes bateaux,
foit par eau, foit par cbariotii les
flusgrospajjerentfouslefeu delyJjle
Talonde ,fan;perdretlnftuL homme.
H.itrà la pointe du jour Mrde Stref
Maréchal de Camp, s'embarqua
avec huit cens hommes, pour dercendre
dans une petite jfle, d'où t'on
paffe à gttéil(tUe du Marquisat, &
qui n'en cfiéloignée que d'une portée
de ptihltt. Mr de Streffut bltjfé à
mort des premiers coups de M^f
quets3 nos troupes nclaijjercntpasde
mireleurdescente fort promptement.
ri sesitd'uneifle à l'autre un feu coninuel
d'Infanterie, àla dem tportée
le fusel, & a découvert,pendani une
)onne heure & demie) parce que les
ennemis qui avaient quatre cens
hmmes dans i"Isle du Marquisat,
curcnt fortifie,p.,1r deux mille que
Mfle Prirtce Jrlereditaire de B4-
relth y amena. Mais le etnon du
Fort-Louis, qui voyoit les ennemis
à découvert, fut si bien servi, & nos
trouves secourués si a propos par les
âétachemens (ommtflnde'{par Mr de
Nanr/s) & le tout mené avectAnl
d'ordre par M.rd?Brogli*
, qui avoit
pris la pl,,:e de Mr de Stref
, que les
tnnem's furent obligez^ de se retirer
étvec beaucoup de precipitation) &
.de nous abandonnerl*Ijle du Marquisat.
Mrh làaréçhal,pour .4,îes.
Ter la teftc de son pont,y fait aRuel.
lement ré.-ablirl'ouvrage à corne qui
y efloit, &qui avoitesté rajèaprès,
la Paix de Rtfvvick Les ennemis
avaient le cette affaire deux mille
quatre cens hommes , on compte qu'ils
ont eu, tanttue-que blefftprès de
cinq cens hommes, & nom environ
cent, du nombre de/quels font Mr de
Stref & un Capitaine de Grenadiersdu
Regimentde Léé. Il rejle
encore au-delà de L'ijle un bras du
Rhin asser,gros, que ion ne croit
pas que noui entreprenionsdepajfcri
mais nous pourrons faire quelques
redoutessur le bord de i'fjk, vis-d-1
vis du Fort-Alutin. il ejl certainI
que ce pont les inquietera fort, (jp
les ob'igera d*avoirtoujours u*
Corps d'armée,vis-à-vis de l'ijkj
sans quoy ili s'expoferoient à UiJJif
prendre à revers leurs cheres lignes deSto!boffen,
Jecroy devoirajoûteràla Relation
que vous venez de lire,
une Relation plus écenduë, que
je viens de recevoir, & qui par
consequent renferme plus de
circonstances.
Je croy vous devoir dire, que
le Fort-Mutin, dont il est parlé
dans la premiere Relation, efl
le Fort connu fous le nom de
Fort malgré luy,queMonsieur
le Prince de Bade fitconstruire
en 1702.
Dans l'Isle du Marquisat,
ce 21. Juillet.
Mr le Maréchal de Villars
Ayan, résolu de tenter un passàge
ib;,leRhin, 60rde des ennemisj &
ne pouuant y rèussîr quenostant
au Prince de Bade) & à JesGénérauxy
diftiibue^ depuis Stolhoffen,
jujquà Pbilisbourg toute connoifsance
de son dcjfcin. Pour cet effety
en quittant son Camp-de Spire, il
avait ,
fous le prétexte d'épargner
les fourrages,r-iié toute sa CavaleriedyEfpagnc
, qui efioit entre
Strasbourg & le Fort - Louis, &
fait prendre sa place ptr la Bngade
(le Navarre5 celles deBourbonnois
&deMortemur avoient occupé les
fosses de la Cavalerie& dCJ DraglJns)
qui étaient depws Lnteibourg
jufyu'oeuFjrt^Louis.Ce chun^emtnty
qui paroissoit plùiïft une précauti01
pour défendre nofire cossé d!d
Rhin, q'*e pour entreprendresur celui
des ennemis, leur avait perfu*-
rdéCequenous déferions j de mtlnicre
qutls nous menafoient tous les
jours de paffer le RhIn.
Toutes les troupesainfidifpofèest
Jifr le Maréchal de Vtllars patHt
de ron Camp de Barbeeod, comme
pour visiter les posses le long dit
Rhin, & se rendit h Strasbourg avec
Mr ?Intendant
3
oèayant règlé
tout ce qui e(ïoit necessaire, Mr
le Maréchal vint en plJjte a- Ba"-
beroâ, fitlejourd^prés un grand
fourrage autour de Landau, afi»
que les ennemis fussent mieux informez,_
qu'il efioit dans ce CAmp;
& lelia,J'aprésil revint tn posse
au Fort-Louis, où ayant trouvé
, far l'extrême d 'ir,enct qu*avoitfait
Mr i*Intendant pour ajfemîler les
chariots, & faire voiturer les bateaux
, toutes chlès 1freflo,ilchd.r..
gea Mr de Stref, Maréchal de
CAmp- de monter sur les baiteaux
avec neuf cens hommes, (ommandez,
par Mrd'Hautefort, Bri%a~
aüerdinidnierie, MrdeSeyffan,
Colonelde Santerre, & Mr de Barberay,
Lieutenant Colonel de Navarre.
Toutes ces troupes embarquées
avaient ordre de ne démarer
que par ilS ordves de Mr le Maréeha!,
qui examinoit la contenance
des ennemis; & n'ayant rien vit
qui marquafl aucune précaution
nouvelle pour dèfenke le Rhin, il
envoya ordre à Mr de Stref> déjà
embarqué3 de partir, &de faire la
defeente dans une petite Jjle, (clarée
de celle du MMquifat de huitou
aix fis: MrdeStreffutblefjèdangereufement
des premiers coups qut
Pon tira sur nos bateaux..
Mr. le tAitréchal de Villars envoya
furie champ MrJe Comte de
Bloglio, qui étoit prés de luy ypfendre
la place de Mr de Stref. III
descente se fit fous un meditcte feu
des ennemis, qui ncfioient pas prrparez;
mais le moment d'après>
Monficur le Prince héréditaire de
Bareith, General des troupes de
Franconie ,
chargédece commandement,
accourut avec deux millehommes
y détachez^cnquatreBataillons,
Ses troupes se placèrent à 30*
pas de la petite Jflt, & commencevent
tlnetfes vive ejcarmoucheavec
nos alens, qui nejhient paslo^ez^i
Mr le Comte de Brogho & M,
à?Hautefort fous luy soutinrent ce
feu-la avec beaucoup de fermeté.
Mr le Maréchal leur envoya 15.
Compagnies de Grenadiers, cmmandées
par Mrs de TVJît^is (9" de*
Roth,Brigadiers,& MTle Marquis
deSeigneldY, Colonelde Champagne.
VArtilleriede la plateJe M~M<~ avoit disposée
dés la nuit, & une partie de celle
de Arméte, lue Mr de la Frezelierefit
iervtrtres-vivement, &qtti
tiioit à Barbettedesparapets del<*
Placey- de mtiniere que les ennemis
fuient contraints de se retirer, après,
avoir perdu prés de 500. hommti
fendant une heure&desne.
Nos Grenadiers p >fjerentlepetit'
bras dit Rbtr, partie il 14 VA%e, par-,
tie à un mAUv^ii gué, &s'établi'
fent sur les ruines des ouvrtrg"S dit
M^rjussat. Mr lelAaréchc/l pajfs
jarie rhamp) &fit retrancher cette
Uteesfteonpetv,Ndaonustaqvuoenls'osnouascshéelveasit nmeff~-
,,nemisjufiJue dans La petite rivière deStolhoffeitydanslaquelle, quoyque
leRhinfoitfortgrospresentement,
ilya cependant un gué, sur
lequelles ennemis font retrancbe-,\Z
On rétablit les ouvrages du Fort-
Zouis au delà du Rhin5 & comme
,
vers le mois de Septembre larivière
de Stolhnffcn est guéable en plufisurs
,
endroits, le; ennemis, outre lagarde
de leuîs lignes de Bihl, feront obli- ige, d'avoir toû/DUrs. un Corps d'Armée
confïierable devant le Frt-
Zouis, fâstr empêcherCentrer dans
leur p y s , & que ion ne prenne
leur)lignesdeBihl par derriere.
Cette AUton nous a coûté prés de
15a. hommestuez,,, b'ejè^,(jrprés
de 500. aux ennemis; mus Mr de
Strefblessé à mort, est une g-^ndc
perte,ayant toujours fervt nyty
beaucoupd'ardeur, & aymt toutes
-
les 'lullllt:;.d'Ulf ion Officier Gfnetal.
L'on ne peut trop se louer des
troups. Mr le Comte de Br^lio
a parfaitementbienfait,&donné
toujours ses ordresfous un fort gros
feu avec beaucoup de fermeté. L'on
feut louer (lu/Ji Mr de Birberay,
lieutenant Colonelde Navarretatous
les Capitaines de Grenadiers
particulièrement , ceux de ce Corps-
Jà, qui avoient la te(le de tout. Le
Capitaine des Grenadiers du Regiment
de Lee a este tué.
Je viens d'apprendre,que Mr
de Stref avoit sollicité avec
beaucoup d'empressement le
commandement de cette expédition
; & la perte d'un si brave
hommeest d'autant plus fâcheuse,
se, qu'il estoit toûjours prestde
s'ex poser aux perils les plus évidens
Mr de Valernod, qui
commande les Grenadiers du
Regiment de Navarre, s'est fore
distingué dans cette affaire; les
Grenadiers yont eu le plus de
part,ayant agi fous ses ordres.
Je viens de voir une troisiéme
relation,qui meriteroit de vous
estre envoyée 5 mais ma Lettre
en contenant désa deux, & le
temps me pressant de finir
).
je
me contenteray de vous faire
part d'unart icle,quiest à lafin
de cette relation. Voicycequ'il
contient.
Cette ARion, queyque peu meurtricre-,
a fourni ayx(pi[tuteurs un
des plus bn.lantsfpecliclesde qu'il[oitpojjîbte de voir. Elle futhonneur
aux troupes, & elle en di-'
couvre toute la bonne volonté j puis.
que neufcens hommes se font audacieusement
portez dans une ijle cà
ils pouvoient trouver l'armée ennemie
en batatlie. Le temps quenous
avons employé depuis cinq jours À
transporter de Strasbourg au Fort-
Zoiits du Rhin un pont sur des
chariots
,
chaque bateau employant
vingt-quatre chtvaux avec toutson
attirailneceffairejtout ce temps, disje,
ejloitfujfifantpour donner à l'ennemt
celuy deseprécautionner. Notre
joye eujieft'eparfaitesans la perte de
Mrde Stref> qui fut bleslé a mort
avantnojitedébarquement, il fut
remplacépar Mr deBroglio Maréchal
de Cllmp, qui remplit cette
sUce avec beaucoup de conduite &
de valeur.2^ou$y avons eu environ
vingt2Vavarrois tuez, ou bUJjczj je
ne dois pas oublier la vivacité de
lewi camdr.,ldes , qui se voyant fipatez^
d'euxpar le Rhin> voulurent
les aller jomdte à la nagt.foitt le
dénouement de ct:te affaire, qui
,eefjltooiittddiiffffcici liele&pmrli.1t,uejuef~j- i mm-aiiiss qqaui
a t'fié conduite avec tant de (dg/fie , & executèë avectant de vigueur,
que nous en avons fwmonté toutes
les dfifcultez^y & qu'ayant étendu lt
banlieue dupxuvrt Fort- Lou's
>
qui
estoit
y furaivji diret<nmi r, nous
Jommes présentement en tflat
, Par
la pfftjjïon de cette Ijï*
,
de tpier
avec fuccéSy quand 1/P r.J au Ra,)
l'autre passage du Rhin. Le temps
précieux , carL'ennemi ut -n--be
a force les bords de cette r. Vlfrt. Mr
le Maréchalfitpaffer hier un Corps
de Covîiivrieicette rJ"vtji:"
ne laijsera pasqueàintriguerles tnnemis.
L'on envoye de lInfanterie tout
frefentement en deuxou trois endroitsle
long du Rhiny je croy que
nofëre General a envie de le paffer.
Je viens de voir des lettres
d'Allemagne, qui asseurent
que l'Empereur a envoyé
des ordres cres- precis à Mr le
Prince de Bade, de luy renvoyer
les cinq Regimens Imperiaux
qu'il a dans son Armée, pour
les faire agir contre les Mécontens.
Sicelasetrouve veritable,
comme il y a beaucoup d apparence,
lapetiteArméedu Prince
de Bade ne fera pas en estat
d'execurer aucune entreprise
considerable,ainsi quecePrince
l'avoit resolu,dans un Conseil de
guerre tenu avant que Mrde
Villarsluy eût donné le change,
ainsi que vous venez de voir;
mais vous le connoistrez encore
mieux par les mouvemens que
ce Prince fit) & qui estoient
entierement opposez à ceux
qu'il auroi t dû faire, s'ils'e stoit
douté des desseins de MrdeVillars.
Ces mouvemens sont tresbien
marquez dans une lettre
dont je vous envoye seulement
l'extrait de cet article. tDepuis quelques jours il pariïf-
Joit que Mrde fillars avoit formé
un projet5 & pour le mieux
(xecutcr, on faifrit courir le bruit
à l'armée, qu'on alloitfaire le Sic*
ge de Landau. Le Prince de B:t1e
ayant donné dans le vanneau3fit
avtncer une partie de Jes troupes
vrs Pbi'isbttrç, dans le dessein
Je safir le Rh:n sur son pont, pour
s'opposes à cette entrepnfey & faire
fubfijtr son armée à nos depenJ.
penimt ce temps,M,,le M léchai
de Villars envoya les B i;,ades de
Jfavirre & de Toulouse à Statmut
& à Druftnheim, au dt/fus
du rort- Lotiis, commesi elles neftoieit
d,jlinrts qua garder ler,vII.
ge du Rhll1; le ie(ie de i'Infante-
7fJfutpofièe à Lautetbour^, la
C v.llt r.e m /reba à Ktlhf/m. Cettt
difp»fî**n efitntfaite, Msde Villas
/f. ln.tf!.lmrntnt leiter un pont
sur le Rhin> au dessus du Fort-
,L'Jüis, à la faveur di îiuîleals bAItelles,
&r.
Il esttemps de vous parler du
Siege de Turin. Comme ce siege
ne se poursuit que par des sappes
"&. par des mines, le détail que
! je vous ferois de ces fortes d'ouvrages
seroit si long, qu'il ne
pourroit entrer dans mes Lettres
ordinaires.Ainsij'ay pris le
parti de vous y parler feulement
des ouvrages qui se sont emportez
par l'effort du canon, & par
des coups de main;mais on n'en
peut donner que de loin à loin,
à cause du temps qu'il faut employer
pour découvrir les mines.
Il yen aun fort grand nombre
, puisque cette place est minée
jusque sous l'avant-chemin
couvert. Toutes les mines sont
doubles; cest-à-dire, qu'il y en
a qui sont plus basses que le
fonds du fossédela Citadelle,
& d'autres audessus,avec des J
galeries qui y conduisent. Le pa- 1
rement du terrain estsimauvais, 1
quelesmineurs ne peuvent
avancer qu'avec beaucoup de
peines, ne rencontrantquecailloux
qu'on ne peut détacher,
qu'à coups redoublez.
Le 6. Juillet, les lumieres ne
pouvant rester sans s'éteindre
dans nostre mine de la capitale
du Baflion de la droite, & nos
Mineurs entendant travailler
auprésd'eux, on fut obligé de
la charger & de la faire joüer.
Cela fut executé à six heures
du soir; Mr de la Feüillade qui
estoit de retour au Camp depuis
trois heures, & qui estoit à la
tranchée,en fut témoin. Cette
mine fit un entonnoir, autour
duquelonselogea;celogement
est à dix toiles de l'angledel'avant-
chemin-couvert.
Le 8 au soir Monsieur le Duc
d'Orleans arriva au Camp. Je
ne vous dis rien de ce que ce
Prince y fit
, vous le trouverez,
dans le dérail que je vais vous
donner du voyage de ce Prince
depuis son départ de Paris jufqu'à
aujourd'huy.
Onattacha le12 aumatin,le
Mineur vers la gauche,vis-à-vis
l'ouvrage à corne de la Ville,
qui est à la droite de la Citadelle
, & sur les huit heures du
soironfit joüerlamine;mais aulieu
de faire son effet fous une
redoute que les assiegez appellent
Lunette, elle ne fit sauter
qu'un angle de cet ouvrage avec
une Compagnie de Grenadiers
des ennemis,dont la plus grande
partie sur enterrée , & le reste
sauta en l'air 6c tomba dans nos,
tranchées. Nos Grenadiers monterent
sur cet ouvrage avec route
la vigueur possible ; & s'y
étant logez & bien établis, ils
firentpromptement des coupures,
pour empêcher les assiegez
de venirlesen c h aifer, par l' ouvrage
à corne qui y communique.
Les assiegez vinrent à trois
differentes reprises pour regagner
cet ouvrage,mais inutilement.
Onfît28.prisonniers dans
cette Redoute, avec un Lieunant-
Colonel qui y commandoit
deux cens hommes. Nous
avons eu dans cette occasion,
qui COllle cher aux ennemis,
vingt soldarsblessez J s
,
& quatre
tuez,avec un Capitaine de Grediers
de Normandie blessé à
mort.
Le 14. nous fismes joiier une
autre mine à la Lunette de la
droite. Dans le même temps les
assiegezfirent une vigoureuse
sortie i ma is ils eurent la honte
d'estre repoussez, a prèsavoir
fait une perte considerable. 11.5
firent un feu terrible de leur
artillerie, de maniere que l'on
ne pût voir Turin que deux
heures après, tant il y avoit de
fumée. Ce grand feucmpefcha
de faire le logement,qui ne fut
fait que le 15.
Le 16. Mrle Marquis de Buzancy
,
Colonel du Regiment
de la Reine, Infanterie, & fils
aîné de Mr le Comte de Clu?
marande, Lieutenant General ,
futtué à la sappe,d'uncoup de
fusil qu'il reçût à la tête. Il
leva les yeux au Ciel, en recevant
lecoup ,&fitunsigne de
Croix.
Le 21.dés la pointe du jour
nostre canon recommença à tirer,
& fit un si terrible feu, qu'il
démonta une grande partie du
canon des assiegez
,
de maniere
qu'ils ne tirerent presque plus.
Outre quantité de pierres, qui
les incommodèrent beaucoup,
on jettta trois cens bombes dans
leurchemin couvert, quirenverserent
& briferent plusieurs
palissades Les mines furent
aussi ac hevées & c hargées. 11y
en avoit une depuis le bord du',
glacis qui traverse lefossé,àune
toiseau dessous
,
& quise trouvoit
directement fous une angle
duBastion. Sur les onze heures
du soir, on mit lefeuaux mines,
& ensuite l'on attaqua trois Lunecces,
que l'on emporta l'épée
à la main, avecl'avantchemincouvert
, où l'on se logea, ainsi
que dans les trois Lunettes; les
assiegez eurent plus de quatre
cens cinquante hommes tuez ou
blessez
,
& nous n'eûmes que
cinquante blessez
,
quoique le
feueustesté tres-grand pendant
plus de deux heures.
La lunette de la droite des
trois Lunettes qui furentprises
l'épée à la main le zi. fut reprise
le22. l'épéeà lamain,aquatre
heures a pris midi, dans une fortiequelesennemisfirent
dedeux
mille hommes d'Infanterie,soûtenus
de quatre cens chevaux;
mais nos Grenadiers ne les en
laisserent pas maistres plus d'un !
demi quart d'heui Ilsl'emporterent
de vive force, & ils y firent
un si bon logement,qu ils
cn étoient encore en possession,
aussi-bien que des deux autres,
le 25 au loir, & de tout l'avantchemin-
couvert qui couvre ces
trois Lunettes. Cette prise a
donné lieu d'établir trois batreries
de dix & de douze pieces de
canon de 14 & deux de mortiers
qui battent en brèche les demilunes
; ensorte que le 25. ces
batteries & les sappesn'étoient
plusqu'à14. ou 15. toises du
chemin couvert delaCitadelle.
IlyauneautreLunette,entre
!laCicadelic&l'ouvrac(yOe à corne,
à la gauche des trois autres,
vis-à-vis. la demi-lune qui couvre
la porte Suzine ; & la sappe
qui conduit à cette Lunette,
n'enest plus qu'à six ou sept toises.
Les Grenadiers ont perdu
douze Officiers en cette occasion
,
où les ennemis ont perdu
quatre cens hommes.
-
Comme ladiversitéplaist souvent,
je croy devoir mêler l'article
desEnigmes parmi des articles
serieux. Le mot del'Enigme
dernierc, estoit le Pepin. Cette
Enigme estoit tres difficile, &
plusieurs en ont inutilement
cherché le mot. Voici les noms
de ceux qui l'ont trouvé; Mrs
le Nain
»
Marquis de l'Epine;
Loüis Tyndare; Simon Oreste,
& Henri Tarxon;Boutrey &
Didier, de S. Germainen Laye;
Valinski,& lesdeuxEdmesde la
ruë des Bourdonnois; Danvin;
le Marquis Dingy ; Malet, Enfant
de Choeur de S. Germain
de l'Auxerrois; l'Abbé Billardin,
& le Beneficier de Saumur;
le Chevalier de Furtai nvi l l ej l'Abbé de Megrigny, & l'Abbé
Mystique le Docteur Abaillard,
Mr de Sçait-tout,& le
Prieurde T. en ville;le Prévost
de Boulogne; le Musicien, de
la ruë des trois Maures ; Damonr;
le Boiteux, du coeur de
la ville; l'Amant secret
,
des
deux pilliers d'or de la rue S.
Jacques; le Favorid'Apollon,
de la ruë de l'Hirondelle 3
Thirfis, de la ruë de la Harpe;
& Tamiriste, & la fille Angelique:
Me la Presidente de }'Election
de Chaumont & Magny; MllesMaisonneuve&Folberky;
Henriette Gourlade; la Charmante
Bouchery, & de Gagny;
la belle Babec
,
de la ruë des
Bourdonnois; la belle Amynte
du Fleuve, de la ruë des Bourdonnais;
la belle Marchande de la ruë des Lombards; la,
blonde d'Angache; la plus jeune
des belles Dames, de la ruë des
Bernardins; laMuserenaissante;
Raison ; du Charme;Dulcinée;
Finette, & Gratiosa.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle; elle est de Mr Rat,
Conseiller au Presidial de Montpellier.
ENIGME.
Je fuis jeune &fuis vieux; car le
-
t mps (st mon pere.
:A*jour£huy je fun dJuX ,
le lendemain
m<uvais.
Onmevend, gJ-revend; jenefais
pas,jefais.
Je ne fuis bon à rien , & je fuis neceffAife
JMmcorps efl bien souvent flùtoft
mince juépais,
- Quoique jefois carré de taille.
Je porte un bibit bleu ,je meure
quandje renais ;
Et jene flils, & ne feray jamais
'Annoncé que par la canaille.
Je vous envoye la fuite des
nouvelles d'Espagnequejeviens
de recevoir.
TRADUCTION
d'une lettre de la ville de Seville,
au Roy d'Espagne.
SIRE,
La ville de Sevillefit partir un
Ixprés la nuit du 1. de ce mois, pour
porter, sans avoir esié ouverte, aux
pieds de Vostre Majesté, la tertre
qu'ellereçût, avec connoijjance
quelleestoit , du Marquis das
Minas, dans le temps qu'elle se
trouvoit assemblèe au Palais du
Rcvtrend Archevefquetcà avaient
concouru auJ/i le Comte Mirafloresde
los Angelesnefire assistantf les
Députe^ de la Junte de guerre de
la ville,leDoyen de lafainte Eglise,
les Député^de son Chapitre, le
Commandant & le BrigadierDom
Loiis de Solts. Il fut resolu, dans
cette siffemblée, qu'on leveroit deux
Regimens de Cavaleriefour le fervice
de Voflre Majeflé, & on convint
des moyenslsspluspropres &
les plus prompts à les mettre sur
pied. Dans l'empressement J'y contribuer,
le grand%eledencfire frelit
& celuydu Chapitre enfacilite,
rent le (uccés. Le premier se char.
gea pour le service de Vostre Majrfté
de deux Compagnies de Che-
,
Pag nies VlJltlX, & le fécond de quatre ; &
dtns cet esprit la ville employe
tous ses foins Ily mettre la dernière
pcrfïiion, & le P'flJitOj} que luy
pmeorymeentst.rOat'netfrloautvpa'àefent de ses
propos aussi
de dèpescher un exprès au Marquis
de Filladaiias, pour le prier, j'il
n'y trouvoit point £inconvénient>
de faire le ptaifir à cette ville, d.'y
venir, quand ce ne feroit qu'en paf-
[ani,&pONT un terme bien couit,
afin quavecle secours de ses confeils
fitges &feurs, , on prifi de con.
cert toutes les mesures les plus convenablcs
pour tout ce qui fêtait du
plusgrandfer-vicedeVojlre Ma, - .¡eflé.CeMarquis nous donna denouvelles
preuves de son allivité & de
son -eiej il arriva dans cette ville
quelques heures aprés qu'il en eut
receu la lettre, & dll/lifta en per*
Jonne a une fécondé Ajjemblée, qui
Je tint dans le mesme Palais Arcbiépifcopal,
où se trouvèrent tous
ceux qui avoient eslé de la précédente.
Apfés une longue àeliber4*
tion, on rèsolut unanimement de lever
encofeautour de cette ville quatre
ou Jtx Kegimens d'infanteriey
Conformément au pyojet de Cannée
mille sePt cens trois f & c'efl à qmy
cette ville s'enpoye encore avec le
plus de zgle & si:em!'eUtment. Et
comme il nous a paru qu'il conve-
7loit beaucoup de H.lV#l' auvrayf
dans quelles difpfitionsse trouvent
les autres villes des deux Andalou.
fitsi celle-cy leura é.,Ít, pour les
exhorter à l'union, si necessaire &
si importante 4 lA àefftnfe commune.
Le Marquis de Vi/laàarias de
fbncoté, sans fè dispenser d'aucun
travailni d'aucune diligence, est allé
avec toute la vite[je possible à
Qarmona, a E7Jja
,
à Cordoiit, si
jindujart& À JAén, oit il a fouhattè
que Vbtàd &flaë^afissent trwz
verleurs D"épute3;,p->urfaire enftrnblelinfftat
certain de lews forréunisavu
celles de cette ville
t &Pour lesfaire marcher où le
(tefoin le pourrarequeir:kl'effet
Jequsy nom efierons quil revienara
dans peu tey. Et cette ville ju.
geint inityte de sa si±elitè & de
son amour, la moindre communication
avec les lieux, qui pour avoir
cedé à la force ou autrement,
fie se trouvent plus fous i'o/Jel/JAnce
qui nous est fichere&fiprécieufey
nous avons flit publier àson de
trompe des deffenses exprejfs d'a.
VOIT aucune correspondance avec
.M,idrid,ni avecaucune autreville,
qui p.'f/è Je trouverfous l'obeis
sance de fennemi 5 6- nous avons
supprime les Courriers& lesVoftes
afin , de nous épargner l'hoireut de
recevaitOH par les Ordinaire/, tu
far des Exprés les avis odieux de
leur infelkitè.J)cin$cettemesmeattention,
cette fille a senti violent,
ment,que lemalheureux évtnement
de Madrid riaitfis permis à
Dam ]oanChacon, nofire Procureur
en Chef, de passer outre pour aller
seion l'orirequil en avoit de cette
yiller se jetter aux pieds dcVoJlre
,Uaj,-fléen quelque endroitquelle
fait, pour obtenir d'Elle, comme une
grâce ,
les ordres dont elle voudroit
nous honorer, & dans la crainte que
cédantà laforce & à la violence,il
nefeviflréduit a la moindre chose
oppoféetù l'amour & a lafidélité
,
que cet e ville s'empresse de faire
faroiftre au service de Vofire Ma->
jefiéy ce devoir qui ntse dementira
jamais en nous, nous détermina
- sur
surl'heure à prévenir ce danger > revoquant
le pouvoir-qu'on luy avait
donné, convoquant un nouveau Conseilde
Ville
, pour nommer sans le
moindre dèlaj
; un nouveau Procureurtnchef,
quiprofitant de tous
les mcnuns, aille meriter a cette
Ville le bonheur de se voir toûjours
la me/me aux piedsdeVofire Majefii3
qui efi pour nous un
1
centre
"Vers lequel tendent avec, veneriltion,
nos voeux &nos (erviceJ)& auquel
aucune forte d'iventment ne
nous arrachera jamais. Dans cette
ferme resolution cette ville ve veit
point pour elle de peine à comparer
k celle quelle fent de ne pouvoir
•contribuer à son gré au soulagement
de VoflreMajeJîé->dans tant defoins.
&defatigues, &dene pouvoirporterJes
efforts aujji loinque ses defits,
Que Dieu garde, Sire, la Catholique
& Royale ferforme de Vostre
JMajeflèy comme la Chrétienté le de.
./ire, & la deffcnfe de i'Eglise Catholique
en a besoin. A Sevillt le
8. Juillet 1706. le Comte Nlirafio*
res-de los Angelesj Den Joan Telloy-
Dom André Tilmarit; Dom Jo..
feph Vadillo & Ribera ; le Mar.
quis de Gindot; le Marquis de Vit..
lamsrigj Dom Diego de Pavia j
Totres Poncede Leon, &c.,-
Les ennemis n'ont pû obtenir,
dans Madrid, que personne y
criast Vive Charles III. Plus ils
ont presse pour l'obtenir ,
plus
ils ont entendu retentir, Vive
Philippe V. A force de persecutions,
ils l'ont obtenu d'un miserable
Tailleur ; on l'auroit lapidé,
s'il ne s'estoit retiré bica
vïcc. Il ne le porta pas loin; on
le surprit la nuit dans son lit, &
onJuy donna cent coups de poignard.
1
Les Habitans de Vailladolid
n'ont pûsouffrir la garnison que
les ennemis avoient laissee dans
leur Ville.Ilsont pris lesarmes,
ils ont fait main-basse sur ceux
qui leur ont resisté, ils ont mis
les autres dans des cachots, &
ilsont envoyé dire au Marquis
das Minas & à Mylord Gallovvay
,
qu'ils en
useroient de
même sur tous ceux qu'on yenvoycroit;
que si l'on faisoitcontreeux
aucun acte d'hostilité ils égorgeroient , ceux qu'ils
avoiententre lesmains:&qu'ils
periroient mille fois plûtost que
de changer de Maistre.
Les ennemis ont esté à Tole.
de, & ils y ont arboré l'Etendard
de l'Archiduc. Le peuple
a couru au lieu où estoit cet
Etendard, s'en est saisi, & l'a
déchiré en mille pieces. Il ne
s'en eu: pas tenu là; il adit ouverrement,
qu'ilperiroitmille
fois plûtost que d'estreinfidelleà
Philippe V. Illuy a envoyé
des Députez pour l'en assurer,
& chacun, (ans y estre excité
1 a
donné quelque somme d'argent,
lesuns plus, les autres moins,
pour estre portée au Roy, avec
des assurances qu'ils prendroient
les armes, & qu'ils feroienc
les derniers efforts pour
son service.
Tout le monde se cottife volontairement
pour faire de Pargent
au Roy. La Noblesse le
joint de tous costez. Les Ecclesiastiques
envoyent de toutes
parts de l'argent à Sa Majesté,
& des prov isions à son Armée.
Plusieurs personnes de consideration
se sont déguisées pour venir,
des pays revoltez ou soûmis,
se rendre auprès du Roy.
Le peuple de la Villede Saragoce
s'est revolté, mais toutes
les autres Villes du Royaume
d'A ragon, font fidelles
, & toute
la Noblesse a protesté de ne
jamais changer de Maistre.
La ville d'Alicante a déclaré
aussi,que rien n'estoit capable de
l'ébran ler dans sa fidelité; Mr
de Mahoni qui y commande,se
loüe fort du zele dts Habitans. îl écrit,que quand on assiegegeroit
cette placepar mer & par
terre, il la défendra six semaines
pour le moins.
Quant aux deux Castilles
,
aux deux Andalousies,à la Navarre
, à la Biscaye, aux Asturies
, & à la plus grande partie
du Royaume d'Aragon
,
rien
n'est égal aux marques particulieres
& publiques qu'on y donne
de la plus grande fidelité.
Onest forten repos pourCadiz,
& pour toutes les Costes deson
voinnage.
Les dignes Espagnolsoûtiennent
bien,dans ces temps malheureux
& difficiles, toute l'idée
qu'ils ontdonné depuis tant
de siecles de leur fidélité, & de
la noblesse de leurs sentimens;
rien n'est égal à leur fermeté,
à leur zele, & sur tout à l'attachement
qu'ils ont pour la veritable
Religion.
UnAngloisayantarraché,dans
une Eglise de Valence,le Calice
des mains d'un Prestre, qui celebroit
la Messe
>
-
& a y antbû dans
ce Calice a la santé de l'Archiciucj
les Minières decette Egli-
,
se,outrez d'un pareil procedé,fi-
;
rentarborer à leur clocher, un étendard noir,en figne de guerre.
Les dernieres nouvelles sont
que 12. Batai llons François ôc z.
Regimens de Cavalerie,avoient
joint Sa MajestéCath.mais je
ne doutepoint que vous n'appreniez
la jonction de toute
l'Armée, avant que vous receviezmaLettre.
J
- Vous attendez, sans doute,
que je vous rende compte du
voyage de Monsieur le Duc
d'Orleans,depuis son départ de
Paris;& vous me marquez,que
ceque je vous ay dit de son AltesseRoyale,
dans ma derniere
lettre, en vous apprenant le
choix que le Roy avoir fait de
ce Prince pour commander ses
Arméesen Italie, vous en avoit
fait concevoir une grande opinion.
Je ne doute point qu'elle
n'augmente, lorsque vous aurez
Jii ce qui fuit. Il est tiré d'une
relation de la Bataillede Steinkerke,
donc je vous envoyay
alors un volume separé.
Monsieur le Duc de Chartres
Voyant de loin
, file le çombat ien-y
gageoit, dit,à Mrde la Berthiere ,
son Sous Gouverneur, que comme on riauraitpasfitofi besoin du Corps de
reserve quilcommandoit, il voulait
allera l'endroit oùles ennemis
nous dllllqUfJient, & qu'ilfroit
bientofl revenu au Corps de referve%
s'ilArrivait que sa presenceyfût ne*
ceffaire. Ils y coururenty&je mirentsi
avant dans le péril,malgfê
les baies qui fiffîoient de toutes
parts) qu'un coup de canon ayant
empottê unCavalier3 &latesse de
son cheval, les fit tomberl'un &
t*autrefurNlr de la Berthierey qui
fut tenverfe. Deux soldats le releverent,
& luy aiderent à monter à
cheval. Pendant ce grand feu unt
baie perçalesusi'aucorpi d: M?nsieur
de Chartres à l'épaule, &sortit
Par l'autre coté> sans, l'avoir
bleffé-,mais feuaprès, ilreçât un
coup au bras, qui luy fit atrt, sans
trop s*étonner,qu'ilfavaitcaffê. On
Fobligea de le remuer;cequijft connoifire
que ce n'efloit qu'une graffe
tontujion. Elle fut telle, que comme
en le contraignit de venir derrière
une baye pour estre pan/t, il fallut
donner en cet endroii,lui s*e^oiten*
fie extraordinairement, 4. ou 5.
coups de rasoir pour faire sortir le
fangjaprès quoy ce jeune Prince retourna
s'expofier tout de nouveau.
S'ila beaucoup de valeur, sabonté
pour lesmalheureux riefi pas moins
grandelorfqu*oneutUnilecombat,
ilfit uneaEhon d:g,ne d'ttne
éternelsouvenir, & qui doit f-rvït
d'exemple aux Ptinces.Il ny a
paint de troupes qui manquent moins
de toutes (hoflJ, que celles deJ*ran~
te )
e;(Nr tout de secours, quand il
ya des blejfez^ L'onenvoye dii chariots
pour les quérir, à*on les panse
avant que de les enlever. Ùtfi ce
qu'on ne manqua fas de faire en
cette dernitte occasion
; mais le nombre
des blejfez^s'efiant trouvégrgnd, ilendemeura environ10-ou 30.
pour lefqueh il ne se trouva point
de chariots. On ne laissapas de les
panser
,
&en leur promit quel'on,
reviendrait les prendte. Plufieun
hlefle" des ennemis que l'on croyait
morts, ayant entendu la promesse
qu'on leuravoitfaite,&remarqué
une bonténaturelle dans la mxnie*
re d,.sFransois, qui leur faifoit efsefer
des marques de leur chtrité
ih se traifnerent le mieuxqutl leu,r
fut possible jusques auprès dis bUffez^
fiton devoit verur quériri deforts
qu'on en trouva 2. ou 3. cens plus
qu'on n'avait crû) lor(qu'on rtvint.
Monftur le Duc de Chartres l'appritaussitost,
& dit, qu'il falloic
les en lever. On luy rtpondit, que
c'eftoienc des ennemis ; & ce
feune Prince repartit, qu'il ne connoissoit
point d'ennemis
,
à
moins qu'ils n'cljffcnt l'épée à
la main. S'il tratte ainsi les ennemis,
on peut juger de quelle manieil
en a ufi avec les François. ila
fait chercher tous les Officiers qui
avaient estè 61tffez, pour cOT/llotjlre
ceux qui avoient besoin d'argent,
afin de leur en faire donner.
Ce que vous venez de lire,
doit fairevoirce que lesennemis
doivent craindre de la valeur
de ce Prince, ce que la France
en doitesperer ; & ce que les
troupes
troupes doivent attendre de sa
bonté Je ne vous dis rien de ce
qui s'est passé depuissondépart
de Paris, qui fut le 1. de Juillet.
jusqu'à son arrivée à Lion;où il
alla en rois jours & demi; puifqu'il
a marché avec tant de
rapidité,& si peu de fuite
,
qu'à
peine a t-on pû savoir son passage
dans les Villesqu'ila esté
obligé de traverser, La même
chose ne pouvoit arriver à Lion,
laVille étant trop considerables
& d'ailleurs ce Prince étant
tellement fatigué de sa longue
route,dans laquelle il n'avoit pû
estre suivi que de trois personnesenarrivant
à Lion, qu'il
fut obligé d'yrester pendant
huit heures,tant pour y attendre
le reste de ceux qui l'accompagnooient
,<pe pour s'y reposerenécrivant
plusieurs lettres.
Mr Trudaine, Intendant de
Lion, alla le recevoiràquelques
lieuës de la Ville, & l'amena
dans son Hôtel, où il y
ayoi t un grand repas préparé;
mais ce Prince préferant le travail
au repas, dit qu'il vouloic
écrire. Estant entré dans lecabinet
de Mr Trudaine, il écrivit
au Roy, &ne encore luy-même
plusieurs autres dépefches. Enfuite
de quoy voyant que s'il se
mettoit à table,la nuit furviendroit,
& qu'il ne pourroit satisfaire
l'impatience du peuple do
Lion, qui souhaitoit de le voir,
il sortit 6calia se promener sur
les remparts, & ensuite au
Cours, oùles Dames descendirent
de carosse
, pour avoir le
plaisir de le voir plusaisément.
Ellesfurent c harmées de ses nu.
nieres & de sa bonne grace. Ce
Pri nce se renditauretourde la
I promenade chez Mr l'Intendant,
oùil trouva unetable sur
1 laquelle il n'y avoit qu'un couvert
, & une autre de dix--huit
couverts; & ayant fctÎ qu'une
de ces tables étoit pour luy
f,
seul, 6c l'autre pour autant de
Dames qu'elle avoit de cou- verts,il ordonna qu'on ne fît qu'
• une table des deux, & ce Prince
soupa avec les Dames. Lerepas
futsuperbe, & tous ceux qui
connoissent la magnificence de
Mr l' Intendant, en feront aiséij
ment persuadez.Toutes les Daf
mes étoient fort parées;&quand
elles l'auroient moins esté, elles
n'auroient pas laissé de briller
beaucou p : toutes celles
que Mr de Trudaine avoit choisies,
n'a y ant besoin que deleurs
propres attraits pour paroître
avec éclat.Laconversation fut
spirituelle & vive pendant le
sou per ; son Altesse Royale
n'ayant pas moins de vivacité
que de galanterie,& ce Prince
ayant l'avantage de plaire 5cde
réussir dans tout ce qu'il dit, &
dans tout ce qu'il fait. Tant de
charmes ne l'arresterent pas au
delà du temps qu'il s'étoit proposé
de partir; il quitta Lyon
à deux heures aprèsminuit, sans
s'y estre reposé un moment, pendant les huit heures qu'il y
demeura, & remit à prendre du
repos dans sachaise deposte.
C'est un repos bien interrompu;
mais ceux qui courent après la
gloire, en font ordinairement
leur plaisir. CePrince partit de
Lyonaubruitdeplu sieurssalves
de canon, & aux acclamations
du peuple, que la nuitn'avoit
pas empêché de remplir les
ruës, pour luysouhaittermille
bénédictions
)
& un heureux
voyage. Il s'a pperçût
,
lorsque
le jour commença à paroître qu'une chaisefort chargée s'em-,
bloit suivre lasienne. Ildemandace
que c'étoit; & on luy répondit,
que comme dans sa route
, il nepourroit trouveraucun
lieu où l'on puit luy serv i rà dîner,
il y avoit dans cette chaise
dequoydîner,dans le lieu où
il luy plairoic s'arrester. Eri
effet, Mrl'Intendant avoit fait
mettre dans des pains chauds,
tout ce que le pays avoit pû luy
fournir de mets des plus exquis.
Ce Prince ayant jetté les yeux
d'un autre costé, remarqua une
autre chaise qui paroissoit aussi
remp lie que celle dont je viens
de vous parler. Il demanda au{fi\.,
tost ce que c'étoit que cette autre
chaise. On luy répondir,quecomme
il pouvoit avoir besoin
de boire avant l'heure de son
dîner, il trouveroit dans cette
chaise, de plusieurs sortes de
vins, avec de l'eau à la glace
pour le désalterer. Vous pouvez
vous imaginer les loüanges
qu'il donna aux foins de Mr
l'Intendant & à sa prévoyances
'& les remercimens qu'il ordonna
qu'on luy fist de sa part. Il
pourfuiv it son chemin vers le
Camp de devant Turin, où il
arriva le 8. mais si tard,qu'il ne
pût ce jour-là visiter aucuns
travaux. Tous les Officiers Generaux
, & tous les Subalternes
qui purent quitter leurs postes,
vinrent lny faire leur Cour.
Le lendemain 9. ce Prince
visita, dés le matin, les lignes
de circonvallation
, & de contrevallation
,
le Pont fait sur le
I3ôi& les Redoutes de la droite.
Il trouva tous ces travaux immenses,
& faits avec beaucoup
de foin & d'intelligence,de la
parr de ceux qui les avoient ordonnez
; & ce Prince fit voir,
partout ce qu'il dit,qu'il par-11
loit avec connoissance. Aprés
midy
,
il entra dans les tranchées
, & il examina les sappes
lesunes après les autres. Ilapprouva
la conduire que l'on tenoit
, de ne pouffer les travaux
qu'à mesure que les Mineurs
avançoient
,
& qu'ils découvroient
les mines des assigez,
qui font en grand nombre,afin
de conserver les troupes; & il
fit de grandes liberalitez aux
soldats, qui étoient ce jour-là
de tranchée. Ce Prince ne craignant
point d'exposer sa personne
, voulut voir d'assez prés
la montagne des Capucins, au
bas de laquelle il ya quatre Bataillons
retranchez.
Monsieur le Prince de Vauderont
envoya faire compliment
à Son Altesse Royale,par
Mr de Galouby, l'un de ses Gentilshommes
,
qui luy marqua
l'impatience que ce Prince, &
toute laVille de Milan avoient
de le voir. Ce Gentilhomme qui
s'en retourna aussi tost aprés
avoir fait son compliment
, eut
le malheur d'estre pris par les
Hussars ennemis.
Son AltesseRoyale partit le 10
dans le desseind'arriverleII à
Milan. Monsieur le Prince de
Vaudemont, qui avoit fait préparer
6c peindre plusieurs Barques
& Galiotes pour sa reception
, se rendit au bout du canal
qui est fort long, accompagné
de toute sa Cour.Ille reçût au
bruit des fan fares j , & le conduisit
jusqu'aMilan avec les mefmc8
fanfares & le mesme accompagnement
,où ce Prince entra au
bruit de plusieurs salves de toute
l'artillerie. Il fut conduit au
Palaisde Monsieur le Prince de
Vaudemont, où il trouva une
garde Espagnole.Ce Palaisestoit
rempli d'un grand nombre d'Officiers
, & des personnes les plus
distinguées deMilan qui estoient
venuës,tant pmr faire compliment
à cePrince
, que pour le
voir & luy faireleur Cour IIy
eut ce soir-la une grandemusique
; & tour ce que l'on y chanta,
sur à I., gloire de son Alrel!':
Royale. Le souper fut magnifique
, & la joye éclata sur levisage
de tous ceux qui eurent
l'honneur de souper avec un
Prince,qui n'est pas moins recommendable
par la grande pénétration
de son esprit
, &
par
toutes ses belles qualitez, que
par la grandeur de sanaissance.
Enfin toute cette soirée le passa.
en festes & en divertissemens.
Le lendemain son AItelfe
Royale allaentendre la Messe à
l'Eglise de S. Charles, où tout
ce que la Ville de Milan a de
plus distingué,se trouva; & l'on
remarqua que toutes les Dames
estoient parées comme dans un
jour de feste & de ceremonie.
Ce Pri nce alla voirl'apresdînée
tout ce qu'il y a de plus curieux
dans la Ville, & rendit plusieurs
visites. Les acclamations dupeuple
ne cesserent point dans tous
les lieux où il passa.Monsieur
le Prince de Vaudemont luy
donna le soir un grand souper,
où les principales Damesdela
Ville furent conviées Laconversation
ne fut pas moins spirituelle
qu'à Lion; les Dames
Italiennes ayant beaucoup d'esprit
& de vivacité dans leurs reparties.
Le souper fut suivi
d'une Comedie,quiplût beaucoup
moins que la conversation
des Dames.
Le lendemain 13. ce Prince
partie de Milan, accompagné
des voeux de tout le peuple
pour le succésd'une heureuse
campagne. Monsieur le Prince
de Vaudemont,aprés l'avoiraccompagné
à Cremone
,
luy laissa
ses équipages, & une partie de
saMaison, pour le servir.
Il semble qu'à mesure que ce
Prince
Prince s'est avancé en Italie, les
affaires n'ayent changé de face
en Lombardie, que pour augmenter
sagloire, &luy donner
matiere de faire voir qu'iln'est
pas moins bon General, que s'il
avoit long-temps commandé des
armées, puisqu'en y arrivant il
aestéobligé d'y faire une dispoficion
nouvelle de toutes choses;
les ennemis ayant passé l'Adige le6.deJuillet&ayant le 12.
passéle CanalBlanc, aprésavoir
beaucoup souffert depuis le 6.
jusqu'au 12. leposte estant tresmauvais
, & leurs trou pes ayant
esté désolées par une terrible
quantité de mouches. Il n'est
pas fui-pretiant que les ennemis
ayent passé; nous avons tre te
milles d'étendue de païs à garder
, & il nous a suffi de les faire
souffrir long-temps, dans des
lieux où ils ont manqué de vivres.
Jevousaysouventdit que
s'ils remontoient le Pô presque
jusqu'à son embouchure,il leur
feroit facile de le passer, parce
qu'il estoit impossible de bien
garder une aussi longue étenduë
de païs: mais il faut considerer
qu'en remontant si haut, ils ont
eu beaucoup de chemin à faire;
& qu'après l'avoir passé à la Polizella,
au delà de Ferrare, il
leurrestoit prés de soixante-dix
lieuës à faire jusqu'à Turin,
dans un païs cou pé de plusde
dix rivieres, & d'uneinfinitéde
canaux, & rempli de plusieurs
défilez. Les choses estant en
cette disposition,Monsieur le
Duc d'Orleans a commencé d'agir
en Gencral,en donnant dit.
ferens ordres, &en laissantMr
de Medavy sur le Mincio avec
dix-sept Bataillons & douze
Escadrons, & faisantmettre
quatorze autres Bataillons dans
Mantouë, Gouvernolo, Ostiglia
, la Mirandole, Modene, Reggio & Guastello.CePrince
aaussi fait faire un pontà Cremone,
& un autre à Mirasole. Il
a donné ses ordres pour la garde
de tous les défilez,& a dit à Mr
le Duc delaFeüillade de tirer
Jes troupes dont il pourroit n'avoir
pasbesoinau siege deTurin,
.&: de lesenvoy er àla S trade lla &
au Panaro. Je ne dois pasoublier
de vous dire que ce posse fufnc
seul pour arrester les ennemis; &
quesionl'avoitoccupé,suivant
lesordres de Mrde Vendôme,
dans le temps que le Comte Guy
de Staremberg petiraen Piémonc
avec sonarmée, ce General n'auroit
pû avancer sansestre arresté
long-tem ps, & sans perdre
beaucoup de troupes. Son Altesse
R )\'ale ayant ainsi pourvû
à toutes choses, s'est campé de
maniere, qu'ellepeutdisputer
aux ennemis le passage de la
Seccia; ce Pri nceest entre deux
postes avantageux. Ilest à remarquer
que les ennemis quiont
passé le Pô, ne sont au nombre
que de vingt-quatre millehommes,
& qu'ils ne peuvent en faire
venir davantage de ce costé-là,
ayant besoin ailleurs de sept ou
huit mille hommes qu'il leur
reste, à cause de Mr de Medavy
qui les observe. Les troupes Hessiennesqu'ilsattendent,
doivent
aussi demeurer avec ceCorps qui
ne fera pas aussi considerablement
renforcé,que les ennemis
s'attendoient. Ces trou pes ne
peuvent arriver que vers le
quinze de ce mois, estant beaucou
p diminuées à cause de leur
longue marche
,
de la desertion
, & des maladies causées
parla quantité de fruits qu'elles
ont mangé sur leur route;en
sorte que l'on assure que ce
secours dont on a fait tant de
bruit, ne fera pas de plus de
6000. hommes. Monsieur le
Duc d'Orleans ayant envisagé
toutes ces choses
, a fait direà
MrdeChamarande,qu'il nedevoit
point apprehender que Turin
fust secouru; mais que ce. pendant il ne devoit pas laisser
d'en poursuivre vivement le Siege.
Ila fait en même tems savoir
à Mr le Duc de la Feuillade-
qLl'il pouvoit continuer de
poursuivre Monsieur de Savoye
dans les vallées de - Luzerne &
d'Angrogne,où ilaétécontraint
de s'enfermer
,
son arriere garde
ayant esté batuë par Mrle Comte
de Peseur
,
détaché par Mr
le Comte d' Aubeterre,lorsque
ce Prince décampoit de Saluces
pouralleràCarava Ilyaperdu
200 Dragons,tuez ou faits prisonniers,
avecMonsieurlePrince
Emmanuel de Soissons
, neveu
de Monsieur le Prince Eugene,
Mr le Comte de Sales, un Capitaine
de Dragons & plusieurs
autresOfficiers, qui sont aussi
du nombre des prisonniers.
Monsieur de Savoye se voyant
poursuivi par trois endroits
dansces vallées, & sa Cavalerie,
qui n'étoit plus que de 1700.
chevaux, manquant de subsistance
, ill'adémontée; il a envoyé
les chevaux pour paistre
dans les
*
montagnes, avec le
nombre de Cavaliers necessaire
pour les garder, & il a retenu
Je reste avec 800. Barbets ou
Montagnards, pour garder les
passages
: & l'on assure que ce
Prince s'est trouvé fort embarassé
dans ces Vallées, où ses
troupes ont manqué de vivres.
Il ne peut déboucher que par
trois endroits y & comme ils (onç
tous gardez, on attend avec
impadence la fin de cette affaire
, donc on devroit avoir eu
desnouvelles il ya long-temps.
Les mauvais succez te suivant
de prés, Monsieur de Savoye a
fait encore une perte presque
dans le mesme tem ps. Mr le
Comte de Sartirana a llantoccuper
la hauteur de Parodi,
découvrit Mr le Marquis de Parelle,
qui s'avançoit avec mille
fantassins & quatre cens chevaux
pour secourir Ceva. Il
marcha au devant de luy, ôC
l'ayant attaqué, le défit, après
luy avoir tué ou pris trois cens
hommes. Mr le Marquis deParelle
& un autre Officier considerablefont
du nombre des prisonniers.
Le reste fut dissipé Sa
poursuivi durant plus de quatre
milles.
Je passe à la fuite des affaires
d'Allemagne. Depuis que Mr le
Maréchal de Villars s'est rendu
maistre de fine du Marquisat,
on voi t l'Armée ennemie se placer
de l'autre costéde la riviere
de Stolhoffen, dont elle retranche
les bords. Nous avons aussi
établi des redoutes & des batteries
sur les bords de la mesme
riviere 5 de maniere que lorsqu'elle
deviendra guéable, les
ennemis feront obligez d'avoir
toûjours un grand Corps pour
défendre cette entrée en Allemagne.
Ils avoüent qu'ils perdu ont dans la derniere affaire,
cinq cens hommes & dix-sept
Officiers. Ilsavoient quarantedeux
Bataillons & cinquantehuit
Escadrons,depuis Stolhofsen
jusques à Strasbourg.
Les fondemens de l'ouvrage
à corne & de la demi-lune, qui
couvroient le bout du Pont du
Fort-Loüis du costé d'A llemagne
, ayant esté solides, trouvez tres- MrdeVillars faittravailler
à remettre ces ouvrages
en l'état ou ils étoient avant la
Paix Les ennemis se retranchent
en ligne ~pirallele, & tout
se fait à la demie portée du
mousquet II ya que l ques Lettresqui
portent que ce General
se préparoit à passer le petit
bras du Rhin qui restoit
,
afin
d'allerattaquer par derriere les
lignes de Stolhoffen, & de s'établir
en Allemagne ; & voulant
pour cet effet, donner del'inquietude
aux ennemis,il a fait
sortir du Fort de Kellle Regiment
de Dragons de Listhenois,
avec quelques autres Regimens.
Onaenfin des nouvelles certaines
de l'Archiduc, &dece
qui s'est passé à Saragosse. Le
menu peuple étant dans le dessein
de reconnoistre l'Archiduc,
ce Prince s'y est rendu, où il a
esté proclamé Roy d'Espagne,
parla populace. Il esperoit que
la Noblesse & le reste du pays
suivroient cet exemple; mais
voyant qu'ils demeuroient fermes
dans la fidelité qu'ils ont
jurée à Philippes V. & ne se
croyant pas trop en seureté dans
Saragosse
)
où il n'étoit venu
qu'avecpeu de troupes, il en
envoya demander à MylordPeterborough,
qui étoit demeuré
à Valence. Mais ce Mylordn'a
pas jugé à propos de luy en ent
voyer, craignant que s'il se dCgarnissoit,
lesmal intentionpcz
,
donc il y agrand nombre
dansleRoyaume de. Valence,
nese fouvaffelit
> de maniere
que l'Archiduc qui est demeure
à Saragosse
, ne s'y trouve pas
sans inquietude, & queMylord
Peterborough n'est guéreplus
assuré dans Valence. Cela saic
connoistre que ny l'Archiduc,
ny Peterborough n'ont marché
dt]cossé"deMadrid ; &qu'ain si.
l'Armée des Alliez n'ayant
point esté fortifiée de ce costéii,.
cellc du Roy d'Espagnedoit estre
estre beaucoup superieure.Ainsi
il y a lieu de croire qu'il doit
estre presentementrentré dans
Madrid, &que les ennemis se
sontretirez de la Castille; ou
que s'ils ont attendu à se retic-
cr. ils auront esté battus.
> J'ay peu de nouvelles à vous
dire de Flandres; les ennemis
n'ayant rienfait depuisunmois,
puisqu'Ostende s'est rendu dés
le 6. Juillet,& que le 31 du même
mois il n'y avoit point de
nouvelles asseurées que la tranchéefust
ouvertedevantMenin.
Les ennemis ont beaucoup me- nacé pendant tout le rnol.s
ils n'ont parlé que du grand
nombre de leurs canons,de leurs
mottiers. & de leurs fascines.
On parle diversement de leur
inaction pendant un si long-
-temps; les uns font persuadez
que lesAnglois& les Hollandois
n'estoient point d'a cord du
choix de la place qu'ils devoient
assieger;d'autres affeurent que
Mr deCaraman,qui commande
dans Menin, ayant retiré toute
l'eau de laLis, le canon des ennemis
n'a pu arriver assez-tost.
Quoiqu'il en soit
, ce retardement
a donné le temps à Mrde
Caramande faire préparer toutes
choses dans la Place pour
'Une vigoureusedéfense; 5es'il
a dix soûterrains,comme l'on a[.:
seure, &qu'ilpuisse se garentir
del'inondationdes bombes, le
Siege durera long-temps, & sera
très-beau. Pendant l'inaction
dcsEaneaiisjfoaAltelTcElcclorale
de Baviere acommencé ','
d'assemblerl'armée,qui depuis
l'affaire de Ramillies grossit
tous les jours, presque tous les
deserteurs estant revenus.Il y
aura 180. Escadrons dans cette
armée, de tres-belle Cavalerie, l'Infanterie fera à proportion,
mais il en faudra laisser davantage
dans les Places. Monsieur
le Duc de Vendosme,
qui arriva Samedi àVersailles,
cll- parti aujourd'huypour fit
rendre à cette armée; ce Prince
salua le Roy à son arrivée de
Marly. Je ne vousdis rien de
l'accueil que luy fit ce Monarque,
6C des empressemens que
toute la Cour témoignade le
voir; je ne pourrois trouver de
couleurs pour vous bien dépeindretout
ce qui se passa dans ces
entrevues Je finis par ledépart
de ce Prince, qui pourra me
donner lieu, le moisprochain,
de vous parler plus amplement
de luy Il me reste à vous parler
d un très grand nombre d'articles;
maisil est temps que je
ferme ma lettre
,
qui n'estdéja
que trop oroitc:aiaiCi je me trouve
obligé de les remettre au
mois prochain. Je suis,Madame,
&c.
A Pétriscy Awfi170^ AVIS
Le Mercure d'Aoust se débitera
sans faute le 3. deSeptembre;
afin que ceux qui le voudront
avoiravant lesVacances
puissent l'emporter à la campagne.
* APOSTILLE.
Je viens d'apprendre que l'ar- !
méc de Monsieur le Duc d'Orleans,
quiest toûjours campée à
l'endroit que jevous ay marqué
dans ma Lettre, estde 40000.
hommes,& qu'elleaestérenforcée
de 31; Escadrons, qui n'ont
pas éstejugez necessaires devant
Turin. L'ArméedeMonsieur
PrinceEugenen'estquede25000
hommes, & ne peutestre renforcée,
parce que les troupes qui
pourroient le venirjoindresont:
observées par Mr le Comte de*
Medavy
, & que si ellesavançoient,
celles qui sont commandées
par ce Comte
, avanceroient
aussi. Comme tous les
défilez & tou- les portes par ou
Monsieur lePrinceEugene pourroit
paffèrfont bien gardez,&
que nos troupes font moins étenduës
qu'elles n'étoient sur l'Adige,
& qu'il paroist impossible
que Monsieur le Ducd'Orléans
puisse être forcé; on trouve que
nos affaires d'Italie ne peuvent
estre dans une meilleure /îcua-*
tion. Il reste 40000. hommes
devantTurinoùMrdelaFeûillade
est arrivé le ig. Les Mineurs
y travaillent a trois mines

Ptouchranétl'Olraaisotn>funèb4re de^ce différence quise trouve entre lu,
Philofêfbes}&tes autres hommes,
,. -', -. f*
Premi.er Article des Morts,étrdngers
&Françoisy 65
KéfonjedeMrs de i*Académie£An-
*'$€rs**^rL'abbé D'Jlandes>
Grand-Anhtdiacre de Treytier1^
touchant quelques ouvrages .t,-
rudition, -
-
89
Article contenant divers articles de Littérature, 96
Second Afticle des Morts, no
J.Eilleecilh, oonnddeeMMrrMMIaceniy>pourl*Am- dedeFrancey144
evéche: de Brefcia donné i Mr le
Cardinal B*doé'ro 14^
%àignitezj& Charges quefoffedoient
1 il'<^vaV^i Cardinaux: de là
ditnitu promotion, remplies par
lepape, 151
Perjonnes de difisn&ion nommées par lePape,pourporierlebonnetaot
nouveaux Cardinaux,quifent dans
les CHrs étrangères, 100
Za Science des perfinnes de qualité
de l'Epce&de la RD;t)Ó". livre
nouveau, 106
Trpifîéme article des M'**** 111
jîtie de Yt!ptr;,.s, dédiéàMrli
Comte de Ptntchartrain
, 130
Tbefe foutenue par lefils de Mr le
Ducde la Rochegvyfnp« 135
Nomination du ROI iEjf*$rte à
ÏEvècbédeBadéi}^ 134
Etatttfjcrèent de Mr deyotlheuje4
Paris, t37
Preuves évidentes de l'kri du moum
dey felrn pluficnrsÇhtênologts
140
M'ariage, 14^
Nouveau changement fait dans
i' Academie des Inscriptions, 151
Continuation de l'ouvrage de Porigim
rie de la PPëfteFranfoile,par Mr
VAbbéMassieu, 264
Conversion
, 265 J.tGeneral de Prémontrè eji beni à
SaintMartindeLaon, 174.
Arrestrendu au Parlement d'Aix»
sur une affaire qui fait beaucoup
de bruit
>
178
Nouveau livre de Comptes, de Mr
Barreme, 181
Eifcours prononcé par Mr de Puyjîeux
à la Diette générale des
CantonsSuiffes, 184
'AffairtS d'Ffpagne
, contenues en
pluftrs Articles, (19
Ztitre touchant la fuite des affaires
£Italiey 331
Rilatien du JJegedrOfietide, 337
Suite de la Pratique delà Memoire
Artificielley 349
D"éclaration du Roy £Efpdgnc, en
forme de Manifcfte, 355
Q,uatrième Articlede Morts, 363 Affaires£Allemagnet 371
Suite dusege de Turiny 390
Article des Enigmes, 399
Suite des affaires £Espagne, 401
Tout ce quiyefi pajjé dans le voyage
de Monsieur le Duc d'Orléans ,
depuis fin dépari de PAris, jusqu'audépartde
Monteurde Vell.
dosme de tArméede L,m/;ar"¡t.
La fuite des affaires£Italie e/f
comfrife dans cet Articley 416
Suite des Affaires d'Allemagne,441
Secondefuite desaffaires£E/pagne,
SuitedesaffairesdeFlandresy 445
Conclusion, 448
!
AfrfiUt contenantflujieurs nouveL
les , 44?
Avispourplacerles Figures.
L'Air qui commence par,
Vostre coeur est leLot,page143,
L'Airqui commence par
jirmons-nous promptementd'un
*verrej page *£3.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le