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1706, 06
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Eur
: 51122
1706,6
Mercure
<36624505130017
<36624505130017
Bayer. Staatsbibliothek
ช
MERCURE
CALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JUIN , 1706.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Meicure galant.
nepas
Omme il eft impoffible dans la con
Cjoncture
joncture preſente de ne pas groffit
le Mercure,ce qui en augmente confide
rablement les frais , on ne peut fe difpen
fer d'en augmenter auffide prix , Ainfi les
volumes qui feront reliez en veaufe ven.
dront dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures,
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant,
M. D CC VI .
Avec Privilege du Roy.
Baystische
Staalsoothek
München
AU LECTEUR
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
I propres quife trouvent dans
Iles Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui est
cauſe qu'ily en a quantité.
AU LECTEUR.
de défigurez, étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms.
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,&
que l'on employera .
tous les bons Ouvrages à leur
colur , pourvû qu'ils ne defbotigent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
afranchißent le port.
a
7
5
MERCVRE
GALANT
JUIN. 1706 .
AMAIS fermeté d'ame n'a
efté égale à celle du Roy . Ce
Monarquc a toûjours fait voir
la plus haute fageffe au milieu
des plus grandes profperitez ,
& une fermeté inébranlable au
A iij
6 MERCURE
milieu des plus durs revers de
la Fortune ; & comme fes coups
n'ont jamais pû l'abatre , fes faveurs
n'ont jamais pû l'enyvrer :
Chofe rare parmi les hommes !
Il s'en voit beaucoup qui ſouffrent
patiemment leur malheur
; mais on en trouve peu
qui ne fe laiffent éblouir par
d'éclatantes profperitez : femblables
à Alexandre , qui crût
devoir eftre placé parmi les
Dieux , pendant que fa foibleffe
& fon ambition le devoient
faire mettre au deffous des derniers
des hommes . Les avantages
que les Alliez ont rempor
k
GALANT 7
té à l'ouverture de la Campagne
, doivent coûter cher à
l'Europe , qui fouhaite la paix
avec une ardeur égale au befoin
qu'elle en a . On aura beau
lire toutes les hiſtoires , on ne
trouvera que le Roy qui ait
donné la Paix au milieu de fes
triomphes , & dans des tems
que toutes les puiffances de
Europe n'étoient pas en état
d'arrefter la rapidité de fes conqueftes.
Pluft au Ciel que ce
Monarque fuft aujourd'huy
auffi triomphant qu'il l'eftoit
lorfqu'il a figné la paix des Pyrenées
, celle d'Aix - la - Chapelle,
A iiij
8 MERCURE
celle de Nimegue , & celle de
Riſwick ! Tous les peuples de
l'Europe doivent faire des
voeux au Ciel pour que cela
arrive bientoft , ſans quoy
ne jouiront de long- tems de
Paix qui leur eſt ſi neceſſaire
, & qu'ils fouhaitent fi ardemment.
ils
L'Homelic que je vous envoye
, doit vous paroiſtre nouvelle,
puifqu'elle n'eſt point encore
tombée entre vos maiņs.
!
GALANT 9
HOMELIE.
De Noftre Saint Pere le Pape
Clement XI . prononcé le
jour de Noël 1705. dans
l'Eglife de Sainte Marie Majeure.
c'eft Dieu a aimé le monde ,
fon Fils unique qui a efté le prix
de cet amour le monde a porté
l'oubli de Dieu au point de ne pas
connoiftre fon Fils unique . Il eftoit
dans le monde , ce Fils de Dieu ;
dans ce monde qui a eſté fait pour
luy, le monde ne l'a pas connu ;
(Joan . c. 1. y. 10. ) & mundus
10 MERCURE
cum non cognovit . Combien de
fiecles avoit - on attendu le Fils.
unique qui eft dans lefein du Pere ?
par les foupirs de combien de
Nations avoit - il efté invité de
defcendre far la terre , comme une
rofée du matin ? Tous les peuples
crioient d'une même voix : Cieux
envoyez d'enhaut vostre rofée , &
que les nuées faffent defcendre le
Jufte commeune pluye : Rorate coeli
defuper, & nubes pluant Juftum
. Il eft enfin arrivécet objet des
defirs de toutes les Nations , &il
eft arrivé lorfque tout eftoit dans
un profondfilence , & que la nuit
avoit déjafait la moitié de fa cour-
AN
GALANT II
Sur
fe . Il eft venu de fon Trône Royal,
că
& il s'eft infinué fur la terre ,
comme une pluye qui tombe du ciel
une toiſon : nec fecus ac pluvia
( Pfalm. 71. . 6. ) in vellus
è cælo defcendens tacito in
terras permeavit illapfu. Le
monde cependant ne l'a point reconnu
à ces glorieufes marques de
fon avenement miraculeux ; il a
efté obligé d'en donner de plus fenfibles
& deplus éclatantes . On ne
doit
pas
qui
doit
honorer
la
terre
defa
prefen
ce
; ilfaut
le
contempler
comme
un
Dieu
qui
l'honore
actuellement
de
fa
divine
prefence
. De
là
cette
nuit
l'attendre comme un Dieu
12 MERCURE
que les
plus qui eft plus brillante
beaux jours , afin que tous les hommespuiffent
voir lefalut qui vient
de Dieu : Ut videre
poffet ( Luc
cap. 3.) omnis caro falutare
Dei,
Des Anges l'accompagnent
; il eft
annoncé
par les Pafteurs
; & le
ciel qui eft enfin reconcilié
avec la
terre , nous apprend qu'il eft venu :
&fi le feul Archange
Gabriel
a
annoncé
enfecret à une Vierge
, que
la vertu du Tres- Haut fe répandroit
fur elle comme
une ombre ,
( obumbrationem
virtutis
Altiffimi
) c'eſt aujourd'huy
la multitude
infinie de la milice celefte qui
publie
au milieu
des congratulaGALANT
13
tions & des applaudiffemens que
le Sauveur du monde eft enfin
defcendu fur la terre. Un Dieu
enfant pleure parmi des hommes.
Les Anges font retentir les Cieux
des cantiques de paix qu'ils chan
tent pour la terre , & le monde cependant
ne l'a pas encore connu :
Sed adhuc mundus cum non
cognovit. Enfeveli dans unſterile
profond fommeil , il n'a
encore pú eftre réveillé ny par
cantiques d'allegreffes du Ciel, ny
par les cris de cet Enfant divin .
Que reste - t - il encore à faire à la
charité de Dieu ? C'eft de s'aimer
bors de luy, aprés s'eftre éternelleles
14 MERCURE
ment aimé au dedans de luy-même:
qui intra fe diu dilexerat , fe etiam
diligeret extra fe; d'élever
à Dieu ce qui avoit eftéjusque - là
au deffous de Dieu. Dieu nous à
créez de rien , il nous a donné tout
ce que nous avons ; mais parce que
nous avons préferé les dons de
Dieu à Dieu même qui nous
faits , & que par là nousfommes
tombez dans les pieges du peché
il s'eft donné luy même tout entier,
nous a donné avec luy tout ce
qu'il poffedoit, afin de nous racheter
pluspour nous que pour luy : &
puifqu'il nous a donné la fource de
tous les dons, il efthors de doute qu'il
-
les a
GALANT 15
nepouvoit nous donner davantage.
Le Pere a envoyéfon Filspour
racheter des esclaves , &fairepar
fon adoption des enfans de ces mêmes
efclaves que fonFils avoit rachetez.
Il a donne fon Filspour eftre
leprix de la redemption; il s'eftdon
nétout entier pour leprix de l'adoption
: le monde cependant ne l'a
pas encore connu : Et tamen mundus
cum non cognovit. Lefils de
la Sunamite eftoit étendu mort fur
fonlit, quand Elifee fe réduiſant à
lapetiteffe du corps d'un enfant, luy
rendit la chaleur & la vie par le
Souffle de fa bouche. Il fe courba
fur cet enfant , & la chair de cet
16 MERCURE
-
enfantfut échaufée ; alors l'enfant
bailla fept fois ouvrit lesyeux.
Le Verbe de Dieu fe reduit , comme
le Prophete , à lapetiteffe d'un
enfant ; ilproportionne , pour ainfi
dire , fon immenfité aux bornes
étroites de notre humanité
pour ranimerparfa divine chaleur
par le foufle de vie , toute l'a
nature humaine qui eft ensevelie
dans la mort. Et combien grande
eftoit cette chaleur dont perfonne .
ne peutfe cacher ; mais le monde
quieftoit mort , refufe d'ouvrir les
yeux qu'il avoit depuis fi longtemps
fermez dans une profonde
nuit : le monde ne l'a pas con- &
GALANT
17
nú : & mundus eum non cognovit.
Que ceux-làfont veritablement
malheureux , qui connoiffant
tout le refte , ne connoif .
fent point leurDieu! Au contraire,
heureux & veritablement heureux
, ceux qui ignorant tout le
refte ,font parvenus à la connoiffance
de Dieu ! Que le Sage , dit
le Seigneur par fon Prophete , ne
Se glorifie point de fa fageffe ! que
"le fort ne fe glorifie point defa for
ce ! que le riche ne fe glorifie point
de fes richeffes mais qu'ils
tent toute leur gloire à me connoiftre.
La confommation de la juftice
eft de connoiftre Dieu. En effet
Juin 1706 .
B
'ils met18
MERCURE
& connoiftre la justice la vertu de
Dieu ; c'eft la fource de l'immortalité.
Il n'y a aucun de nous , mes
Venerables Freres , & mes chers
Enfans , qui en s'occupant d'une fi
confolante penfée , ne s'applaudiffe
defon bonheur , & n'en tire un bon
augure. Reconnoiffant en effet avec
fidelité unDieu néfur la terre , &
l'adorant avec humilité dans fa
crêche , nous pouvons nous flatter
avec une humble confiance , que
nous ne ferons point de ce monde
malheureux dont il eft dit dans
l'Evangile : Et le monde ne l'apas
1.
connu : & mundus cum non cognovit
.
GALANT 19
•
Prenons bien garde cependant ,
mes Venerables Freres , & mes
ehers Enfans , de nous laiffer aller
à une confiance trompeufe qui nous
jette dans l'erreur. C'est par l'exacte
obfervation de fes Commandemens
que nousfommes affurez que
nous le connoiffons ; celuy qui fe
glorifie de le connoiftre qui n'obferve
pas fes commandemens , eft
un impofteur, la verité n'habite
pas en lny.
•Nous nous trompons en difant
que nous connoiffons Dieu ,finous
n'aimons pas fes voyes , fi nons
n'accompliffons pas fa loy , fi nous
neceffonspas d'aimer le monde qui
Bij
20 MERCURE
fuit qui nous échape ;fitoutfu
gitifqu'il eft nous nous opiniâtrons
à le fuivre ;fi tout fragile que
nous le fçavons , nous nous appuyons
toûjoursfur luy : & parnous
n'avons pas la force
ce
que
de le foûtenir dans fa chute , il entraîne
avec luy ceux qui se trouvent
attachez à luy. Ceux dont
il est dit , qu'ils ne connoiffent
pas Dieu , font ceux qui par l'amour
qu'ils ont pour le monde
ont merité d'eftre appellez le monde.
Nous ferions bien inexcufables.
d'aimer encore le monde , pouvant
dire veritablement avec Saint Gre
goire : le monde nous a éloignez de
1 .
GALANT
21
Dieu pendant un temps , mais il
eft maintenantfi couvert de playes ,
qu'il nous conduit naturellement à
Dieu.
De crainte d'eftre ce monde qui
n'a point connu Dieu , aimons de
toute l'étendue de la charité, ceDieu
que nous voulons connoiftre ; joignons
auxfentimens de la religion
les oeuvres de la pieté; fuivons les
voyes que Jesus - Chrift naiffant
dans une crêche , & mourantfur
une croix , nous a montrées par fa
parole & parfes exemples ; fuyons
tous les defirs qui nous entraînent
versles chofes de la terre ; ne trouvons
rienicy bas de capable de nous,
22 MERCURE
attirer , nous qui pouvons nous
glorifier d'avoir notre Pere dans les
cieux nihilque nos delecter in
infimis , qui Patrem habemus
in coelis . Ainfi foit- il.
pas
Je vous envoye les noms des
Cardinaux de la derniere promotion.
Je ne vous affure
qu'ils foient dans le rang qu'ils
doivent cftre , ayant fait cet
Article , a mefure que j'ay appris
ce que je devois dire de cha- .
cun de ces Cardinaux.
Mr Martelli , Secretaire de la
Confulte ; il a un titre de Patriarche
. Il eft âgé de 80. ans ,
& il y a peu de Prelats à la Cour
GALANT
23
de Rome qui ayent plus travaillé
que luy. Il eft bon Canonifte
; il a eu la direction de plufieurs
affaires importantes fous
les derniers Pontificats , dont
le fuccés luy a acquis une eſtime
univerfelle dans l'Etat Ecclefiaftique
. Sa famille eſt originaire
de Rome ; elle y eft alliée
à plufieurs maifons confiderables
,
M' Badoers , Patriarche de
Venife. Il eft d'une ancienne
maiſon de cette Republique ,
qui a donné à cet Etat plufieurs
Prelats & plufieurs Officiers de
Magiftrature. Ce Cardinal.
24 MERCURE
eft fort confideré à Venife
; fa refidence continuelle
dans fon Eglife ; fes foins infatigables
pour le Troupeau qui
luy a efté confié , & fa grande
charité pour les pauvres l'y font
generalement eftimer.
M' Cafoni , Affeffeur du Saint
Office . Il eft Genois , & d'une
tres -ancienne Maiſon de cette
Republique . Il eftoit lié d'une
étroite amitié avec le feu Cardinal
Noris ; ainſi on peut juger
dans quels fentimens il eft fur
les matieres fi conteſtées depuis
prés d'unfiecle. Aprés la mort
de ce Cardinal , on l'a regardé
en
GALANT 25
en Italie comme le chef des Auguftiniens
, & , comme tel , peu
affectionné à ceux qui deffendent
la doctrine contraire. Il a
été Nonce à Naples. Il étoit Se
cretaire des Chiffres fous le Pontificat
d'Innocent XI. & ce Pape
avoit en luy une confiance
tres-particuliere . Il eſt neveu de
M' Favoriti , & n'eft pas moins
intelligent que luy dans les affaidu
gouvernement. Il eſt bon
Theologien , & entend parfaitement
les matieres de la Grace.
'M' Caprara,Auditeur deRote.
IleftBoulonois , & rempliffoit
dans le Tribunal de la Rote , la
Juin 1706.
C
26 MERCURE
place que la ville de Boulogne
droit d'y avoir. Il eft d'une maifon
qui a toûjours été fort attachée
à la Maifon d'Autriche, &
ce nouveau Cardinal a eu des re
lations fort étroites avec le feu
Empereur , & il les entretient avec
celui qui regne aujourd'hui ,
MFiefchici- devant Nonce
Extraordinaire en France , & à
prefent Archevêque de Genes.
Je vous ay parlé plufieurs fois
de luy pendant le fejour qu'il
a fait en cette Cour , & je vous
en ay parlé avec beaucoup
d'étendue dans ces occafions &
dans plufieurs autres , ainfi que
GALANT 27
>
de la Maifon de Fieſque , dont
ce Cardinal eft forti. Il defcend
du brave Comte de Lavaigne ,
qui fe voulut rendre Souverain
de Genes,il y a deux ficcles. Il eft
fort ami des Jefuites , chez qui
ila logé en venant en France
lorfqu'il a trouvé des maifons
de leur Societé dans fa route.
M Pallavicino, Parmefan , &
Gouverneur de Rome. Sa maifon
eft fort illuftre , & elle a
déja donné des Cardinaux au
Sacré College. Il y a une branche
de cette maifon établie en
Piémont , & nous avons dans
nos Troupes un Officier Gene-
Cij
28 MERCURE
ral de cette branche. Ce Care
dinal a paſſé par les premiers
emplois de la Prelature de Rome.
Il a reçu plufieurs chagrins
de l'Empereur
, qui a fouvent
demandé qu'on luy oftaft le
gouvernement
de Rome .
M Aquaviva , Napolitain
,
Nonce en Espagne. Ileft jeune,
bien fait , & fort riche . Il a efté
Maître deChambre
d'Innocent
XII . Il prétend que fa Maiſon
defcend de celle de Tolede etí
Efpagne. La maniere dont il
s'eft conduit à l'égard d'un Prince
fon parent , & quia trempé
dans la conjuration
de Naples ,
GALANT
20
efté trouvée fort judicieuſe. II
s'eft declaré , autant qu'on a pû
en juger , pour Philippe V.
M Gualtiero , Nonce en
France. Il eft Archevêque Titulaire
d'Athenes , & Evêque
d'Imola dans l'Etat Ecclefiaftique
. On connoift en France.
toutes fes excellentes qualitez ,
& tout le monde luy a rendu la
juftice d'avouer que perfonne
ne meritoit mieux que luy cette
éminente dignité. Il eſt d'Or
viete , & fa maifon dont la
fortune n'eft pas auffi grande
que le meriteroient ceux qui
en font , eft entrée dans l'al
Ciij
go MERCURE
liance du Pape , depuis qu'il a
efté élevé au Pontificat.
M' Spada , Luquois , Nonce
en Pologne. Il a fait fon chemin
avec affez de rapidité. C'eft une
marque de fon merite. Il eft neveu
de Mr le Cardinal Spada ,
qui a efté Nonce en France.
M' Ruffo , Napolitain , Mat
tre de Chambre du Pape. I
rempliffoit auprés d'Innocent
XII. le même employ qu'il a
auprés de Clement XI . & ce
fut fur la fin du Pontificat du
premier de ces Papes , & lorfque
le nouveau Cardinal Aqua
viva partit pour l'Eſpagne .
GALANT
31
Mi Colonna, Romain , Majordome
du Pape . Il eft frere
du feu Conneſtable Colonne
, qui avoit épousé une des
nieces du Cardinal Mazarin.
Il eft d'une des meilleures maifons
de l'Europe. La Maiſon
Colonne poffede la Charge
de Conneftable hereditaire du
Royaume de Naples , & cette
dignité eft confiderable . Ce
Cardinal a beaucoup de me
Tite , & eſt attaché à l'Eſpagne.
Monfieur le Prince Chrif
tian de Saxe - Zeitz , Evêque
de Javarin. Il fut nommé à
Ciiij
32 MERCURE
cet Evêché aprés fa conver
fion. Il eft auffi Grand Prévoft
du Chapitre Metropolitain
de Cologne , & Plenipotentiaire
de l'Empereur fur le
bas Rhin. Ce Prelat a beau
coup contribué à la converfion
du Roy Augufte , fon parent.
M' de la Tremoille , François,
Auditeurde Rote.Il eft Docteur
de Sorbonne, frere de м le Duc
deNoirmoutier, & de м la Princeffe
des Urfins . Je vous ay par
lé de fa maifon , dans une de
mes dernieres Lettres , aul fujet
du mariage de M le Prince de
Tarente , aîné de ſa Maiſon. Il
"
GALANT 33
y a environ cent cinquante ans
que la branche de la Tremoille
Noirmoutier s'eft feparée de
la branche aînée. M le Car→
dinal de la Tremoille eft encore
jeune. La place qu'il vient d'avoir
eft une preuve éclatante
de fon merite ; il a toûjours efté
fort confideré du Pape.
M Parracciani , Romain ;
Auditeur du Pape . Il eft grand
Canonifte. Il fit dedier au Papede
magnifiques Theſes par fon
neveu au commencement
de
l'exaltation
de ce Pontife . Ces
Thefes furent tres- belles , &
on n'y épargna rien . On les
34 MERCURE
foûtint fub dio dans la Cour de
la Sapience , couverte de toiles
& richement ornée. Ce Cardinal
fera beaucoup d'honneur à
cette dignité par fon merite
perfonnel ; il eft fort eſtimé en
Italie à caufe de fa probité.
M' Fabroni , de Piftoye , Secretaire
de la Propagande. Il eft
Florentin & allié aux meilleures
maifons de cet Etat. Ce Prelat
eft habile ; il a efté toûjours
fort attaché à la faine doctrine,
& cela a paru principalement
par les liaifons qu'il a eu avec les
Jefuites , & par l'attachement
qu'ila pour cette celebre SocicGALANT
35
fe
té. Il eft allié de la maifon Rufpigliofi
, & il eftoit proche pa
rent du feu Pape Clement IX.
M' Philipucci , de Macerata ,
Votant de la Signature. Ce Prelat
a refufé le Chapeau, & le Papeluy
a fixé un temps pour
déterminer ; il eft fort âgé. Il
étoit ci-devant Auditeur du feu
Pape Innocent XII. & il a longtemps
exercé la fonction d'Avocat
dans le Senat de Rome.
Mr Priuli , Clerc de Chambre.
Il eft Venitien, & fa maifon
a donné à cette Republique
de grands Magiftrats . Il y
a une branche de cette maifon
36 MERCURE
etablic en France , qui a produit
un Hiftorien fort eftimé.
Ce nouveau Cardinal eft bon
Canonifte
il s'eft
toûjours
fort appliqué à la connoiffance
des interefts des Princes , & i
cft bon
Politique.
j
Mr Grimaldi , Genois , Secretaire
de la
Congregation des
Evêques & Reguliers. Il eft d'u
ne des meilleures maifons d'Italie
, & il eft allié à Monfieur
le Prince de Monaco , qui ít
le Chefde cette Maiſon. Il y en
a peu qui ayent plus produit de
Cardinaux & de Prelats . L'Internonce
de Bruxelles eft de cet
GALANT 37
Maiſon , & proche parent du
nouveau Cardinal , qui eſt un
tres-fçavant homme.
Mr Corfini , Florentin, Treforier
general de la Chambre. Il
eft d'une ancienne & noble maifon
de Florence , dans laquelle
on compte un grand nombre
de Prelats ; & l'avantage dont
cette Maiſon ſe glorifie le plus,
c'eft d'avoir groffi la Legende
des Saints , en ayant produit
plufieurs . Ce nouveau Cardinal
eft fort eftimé à la Cour de
Rome ; il eft allié à la maifon
Salviati.
Sa Sainteté s'en eft refervé
un inpetto.
38: MERCURE
Mre Henry Poitevin , Prê
tre du Dioceſe de Poitiers , eft
mort dans le Seminaire de faint
Magloire , âgé de plus de quatre-
vingt ans. C'est une perte
pour toute l'Eglife , qu'il édifioit
depuis un grand nombre
d'années , par une penitence
qui pouvoit en quelque façon
être comparée à celle des premiers
fiecles. Un motif d'humilité
eftoit caufe qu'il appro
choit rarement de l'Autel
ne quittoit point le cilice ; il fe
communiquoit peu , & il gardoit
une profonde folitude,
Les exercices de pieté , ou de
GALANT 39
penitence , & fur tour une
grande contemplation
, parta
geoient toute la journée. Il
mangeoit peu & d'une manicre
tres-auftere. Il paffoit le Ca
rême fans boire de vin , & pen
dant la plus grande partie de
ce faint temps il ne mangeoit
que du pain ; il cft vray que depuis
quelque temps on l'avoit
oblige , à caufe de ſon grand
âge , de diminuer un peu de fes
aufteritez . Sa contemplation
eftoit continuelle , on ne le
trouvoit jamais occupé des
chofes de la terre ; & il eftoit
prefque toûjours en Oraifon,
40 MERCURE
ou dans la plus haute medita
tion. Il avoit paffé plufieurs année
de fa vie à Poitiers , & il s'y
eftoit attiré l'eftime & la vene
ration de tous les habitans de
cette Ville , par des actions de
la plus ardente charité , & par
une pieté conftante , dans l'exercice
de laquelle il ne s'eftoit
મ
jamais démenti . Il a laiffé une
partie de les effets à l'Hoftel-
Dieu de Poitiers , fur tout , fes
ornemens Sacerdotaux , quí
font d'un prix affez confiderable
; il a laiffé le refte à Mr de
la Garrigue , qui eſt un jeune
Ecclefiaftique de Sarlat en PeGALANT
41
rigord , ou du moins dece Dio
eefe , qui s'eftoit attaché à luy
depuis quelques années , & qui
l'ayant fuivi dans les voyes ſpil
rituelles , eftoit devenu un nouvel
Elifée. Il a laiffé à ce cher
Difciple une partie de fa Bibliotheque
, & a donné l'autre
au Seminaire de faint Magloire.
Ce faint homme avoit efté
fort attaché à Mrs Nicole & de
Bernieres ; il eftoit auffi lié d'une
tendre amitié avec feu Mr
des Touches , qui eſt mort depuis
quelques années , dans une
grande opinion de fainteté ,
dans le Seminaire de faint Ma
Juin 1706. D
42 MERCURE
gloire , où il avoit paffé les dera
nieres années de fa vic.
Mrc N.... Huot , Prêtre
Docteur de Sorbonne, & Prieur
de Bagneux prés de Dourlens .
en Picardie , eft mort dans un
âge affez avancé. La reputation
de doctrine & de vertu qu'il
s'eftoit attirée , l'ont fait
gene
ralement regretter. Il eftoit fort
attaché à la doctrine de S. Tho
mas , & il avoit toûjours paffé
pour un zelé Partifan de cet
Ange de l'Ecole ; fes fentimens.
même fur les principes de ce
grand Docteur eftoient fi épu
rez , que tout ce qui cur paroît
GALANT 43
oppofe l'allarmoir & le mettoit
en mouvement . Mr Huotavoit
trois freres , dont l'aîné cft Sccretaire
du Roy. Ces Mrs font
alliez aux meilleures maifons
de la Robe..
Mre N ... de la Rochefou
cault de Gondras , Prêtre , Bachelier
de Sorbonne , & Cha
noine de la noble Eglife de faint
Pierre de Mâcon , eft mort
depuis peu de temps. Il'eftoit
proche parent de Mr le Mar
quis de Montandre , & des au
tres : Chefs des branches de l'il
Juftre Maifon de la Rochefou
Fault, Celle de Gondras a coût
-
Cij
44 MERCURE
jours efte fort confiderée, & elle
a fait de grandes alliances. Mr
l'Abbé de Gondras avoit deux
freres Officiers dés Gardes du
Corps , dont l'un a efté Chef
de Brigade. Il avoir une gran
de liaison avec Mr l'Evêque de
Mâcon , dont il eftoit fort eftimé
, ainfi que de tous ceux qui
le connoiffoient
Mre Jean - Baptifte- Louis de
Coetlogon , Diacre,Licentié de
la Faculté de Theologie de Pa
ris , de la Maifon & Societé
Royale de Navarre , eft mort
dans un age fort peu avancé.
Ilivenoit de finir fa Licence &
GALANT 45
& il commençoit à fonger å
prendre du repos , aprés les fa
tigues d'une longue étude lors
que la mort la furpris. Il a cu
le temps de s'ypréparer par une
longue maladie , & il l'a vû ve
nir avec beaucoup de fermeté,
quoy qu'il eût fujet de regreter
la vie. Le cours de la fienne n'a
pas eſté long ; mais il eft mort
avec cette confolation qu'il l'a
bien employée , & qu'il n'a pas
lieu d'en regretter l'ufage . Cet
Abbé avoit deux , benefices
un Canonicat dans l'Eglife Ca
thedrale de Quimper , & un
Prieuré en Bretagne. Il a refie
46 MERCURE
gné le premier à Mr du Tre
Tet fon amy ; & il l'a fait fon
Executeur Teftamentaire.
Mr l'Abbé de Coëtlogon
eftoit fils de feu Mre Louis de
Coetlogon , Comte de Loyat ,
& de Dame N.... Avril de la
Chauviere , fille d'un Confeiller
du Parlement
de Bretagne
Cet Abbé avoit pour frere &
pour four , M' le Comte de
Coëtlogon, & DN... de Coëtlogon
, époufe de Mr du Fos
de Queraly, Confeiller au même
Parlement.. Son perc eftoir
frere puifné de feu Mre René
Marquis de Coëtlogon , Licu
GALANT 47
>
tenant pour le Roy de la haute
Bretagne , & Gouverneur de
Rennes, qui avoit eu pour épou
fe D' Philippe de Coëtlogon fa
coufine , & aînée de cette Maifon,
qui ont eu de leur mariage ,
deux fils & deux filles. L'aîné
des fils a efté auffi Lieutenant
pour le Roy de la haute Bretagne
& Gouverneur de Rennes
& il avoit fervy long - temps.
dans la Cavaleric. Il avoit cu
de fon mariage avec D° N.....
de la Villeon de Boisfeüillet ,
riche heritiere d'une maifon
confiderable , un fils, mort Capitaine
de Chevaux- legers ;, &
48 MERCURE
une fille qui a épousé ſon oncle
à la mode de Bretagne
, qui a
fervi quelques années dans les
Gendarmes Ecoffois , dont ileftoit
Enfeigne , & il eft à prefent
Syndic general des trois
Etats de Bretagne. Le fecond
fils de Mr le Marquis de Coëtlogon
eft. Mrl Evêque de Tour
nay, & ci - devant de S. Brieuc.
L'aînée des filles eft M° la Comteffe
de Tournemine
, dont le
fils aîné commande les Gendarmes
de la Reine ; la fecon
de fille , M la Marquife de Car
voye , femme du Grand Maréchal
des Logis de la Maiſon du
Roy.
GALANT 49
Roy. Mr l'Evêque de Quimpercorentin
, M Guy de Coëtlogon
, Doyen du Parlement
de Rennes, & ci devant Syndic
des trois Etats de Bretagne , &
Mr le Marquis de Coëtlogon ,
Lieutenant general des Armées
Navales du Roy , ci- devant Capitaine
general pour le Roy
d'Efpagne dans les Mers de l'Amerique
, & Commandeur de
l'Ordre Militaire de S. Louis ,
font oncles de l'Abbé qui vient
de mourir.
La Maiſon de Coëtlogon
eft des plus anciennes de Bretagne
; elle eſt alliée à pluſieurs
Juin 1706. E
So MERCURE
grandes maifons du Royaume ,
& à preſque toutes celles de
Bretagne.
Eudes de Coëtlogon eftoit
qualifié Chevalier en 1207.
fon fils eftoit nommé Monfeigneur
dans un Acte public ;
avec le Seigneur Baron de Fou
geres , & autres Seigneurs .
Olivier de Coetlogon fut
trois fois Ambaffadeur fous
François II . Duc de Bretagne
auprés de l'Empereur Maximilien
, auprés de Charles VIII.
Roy de France , & auprés du
Roy d'Angleterre. Gilles de
Coadogon , fon fils , fut auſſi
GALANT 51
Ambaſſadeur , & eft qualifié
Chevalier , dans les Lettres du
Roy Louis XII. & ſon Confeiller
& Chambellan.
Le Pere Bordes , Preftre de
la Congregation de l'Oratoire ,
eft mort dans le Seminaire de
Saint Magloire. Il eftoit depuis
plufieurs années Bibliothecaire
de cette Maiſon , & il avoit
mis dans cette Bibliothèque , le
bon ordre qu'on y admire à
prefent. Les manieres obligeantes
de ce Pere , & l'étendue de
fes lumieres l'avoient fait con
noiftre à une partie des Sçavans
de l'Europe , avec lefquels
E ij
52 MERCURE
1
il avoit grande relation . Il avoit
eu une part confiderable dans
la confiance de feu Mr de Harlay
, Archevêque de Paris . Ce
Pere avoit donné quelques ouvrages
au Public , parmy lef
quels fe trouve le troifiéme volume
de l'Hiftoire des Edits, dont
le fçavant Pere Thomaffin fon
Confrere , avoit donné les deux
premiers . Ce troifiéme volume
a effuyé un orage en Hollande
, où il a efté attaqué par
quelques Critiques , & l'Auteur
a fait voir par fa réponſe ,
imprimée à Paris, qu'on ne l'attaquoit
pas impunément. Ce
GALANT 53
Pere a donné en mourant des
marques de fon attachement
pour la maiſon où il a paſſé les
dernieres années de fa vie. Il a
affuré le revenu du fonds qu'il
laiffe au Seminaire de Saint Magloire
, à M' Tiffier pendant fa
vie , & pour luy fervir de titre
Clerical.
Mile Commandeur de Courcelles
eſt mort à Luxembourg,
où il commandoit . Il eftoit
Lieutenant general . Il eſtoit oncle
de M' le Maréchal de Tallart
, & coufin germain de M
le Maréchal de Villeroy , eftant
fils de M Louis Comte de
IC
E iij
54 MERCURE
res
Champlais , Marquis de Courcelles
, Lieutenant general de
l'Artillerie de France , & de Di
Marie de Neufville - Villeroy ,
foeur de feu Mr le Maréchal de
Villeroy , & de мr l'Archevêque
de Lyon . Cette Dame avoit é
poufé en 1 nôces Mª Alexandre
de Bonne , Comte de Tal
lart , dont elle eut une fille unique
, qui époufa feu Mre N……..
d'Hoftung , Marquis de la Baume
, d'où eft venu Mr le Maréchal
de Tallart . Mr le Commandeur
de Courcelles avoit
un frere aîné , qui avoit épouſé
Dame N.... de Lenoncourt
,
ર
GALANT 55
fille de feuë M la Comteffe de
Tagni . Cette Comteſſe avoit
cue Me de Courcelles de fon.
premier mariage , & en quatriémes
noces elle époufa Mr
le Comte de Tagni ; elle eftoit
d'une tres- ancienne Maifon
d'Allemagne , alliée à Mr l'Electeur
de Treves. Quant à
M la Marquife de Courcelles
fa fille, à qui elle a furvécu longtemps
,
fa beauté a fait beaucoup
de bruit en France. La
Maifon de Champlais - Courcelles
eft tres ancienne & fort
bien alliée. Mr le Commandeur
de Courcelles qui vient
E iiij
56 MERCURE
de mourir , avoit fervi longtemps
, & il avoit donné des
marques de la valeur qui eft
hereditaire à tous ceux de fon
fang .
Mr le Comte de Divonne-
Rumilly , eft mort dans fes terres
du pays de Gex. Après avoir
long - temps porté les armes ,
il s'eftoit retiré dans fa Province
fur la fin de fa vie , où il s'étoit
attiré l'eftime & la bienveillance
de toute la Nobleffa
voifine, par fes manieres polies
& par fa generofité . Il eftoit
d'une tres - grande maiſon , alliée
à celles de Bernex-RouffilGALANT
57
Ion , Clermont , Châtillon
Seyffel , & plufieurs autres de
Savoye & des Provinces circonvoifines.
Il eft mort âgé
d'environ 85. ans , & dans de
grands fentimens de pieté. Il
laiffe pluſieurs enfans , dont l'aîné,
connu fous le nom du Com❤
te de Rumilly , a eu des enfans
de Dame N... du Bourget fon
épouſe , d'une des meilleures
Maifons de Savoye . Mr de Divonne
fon cadet , a épouſé en
fecondes noces Mile de Moyria
, foeur de feu Mr de Moyria,
Brigadier des Armées duRoy, &
tué en Italie la Campagne der58
MERCURE
niere.Ilacfté long- tems Capitalne
dans le Regiment de Cavalerie
que commandoit Mr de
Moyriafon beaufrere.Feu Mrle
Comte de Divonne a auſſi laiffé
des filles, dontl'une eftSuperieure
des Urfulines de Gex. Je vousparlay
il y a quelques mois du
grand merite de cette Dame.
Mr le Maiftre- Fermier general,
& fon fils aîné font morts
prefque en même temps. Le
pere a vêcu toute la vie avec
beaucoup d'honneur & de désintereffement.
Il donna des
marques de fa probité & de
l'exactitude de fa conduite en
;
GALANY 59
l'année 1694. où la France fut
affligée d'une grande difette
les charitez & les biens qu'il répandit
, rendront fa memoire
chere aux pauvres. Il eftoit
d'une bonne famille de Paris
qui a produit des perfonnes
d'un grand merite & d'une
grande érudition. L'applica
tion des affaires n'avoit pas
éteint en luy l'amour des Lettres
, qui femble hereditaire
dans fa famille ; il les aimoit &
il protegeoit ceux qui s'y attachoient.
Ce qui a parû par les
foins qu'il a pris de l'éducation
de fon fils , qu'il avoit fait éle60
MERCURE
ver
par de tres - habiles gens.
Ces foins n'avoient pas efté
inutiles ; ce fils donnoit de belles
efperances à toute fa famille
, lorſque la mort l'a enlevé.
Mr le Baron de Greuth , que
Mr leComte de Trautmansdorf
laiffa auprés des Cantons Suiffes
, pour prendre foin des interefts
de l'Empereur , lorsqu'il
partit pour Vienne, leur prefenra
le premier du mois dernier
un Memoire ,qui a donné lieu à
diverfes reflexions , par les chofes
peu fenfées qu'il contient.
Ce Baron reproche aux LouaGALANT
61
bles Cantons , d'avoir violé la
neutralité promife par l'accord he
reditaire , en renouvellant le Ca
pitulat de Milan ; d'avoir enfraint
l'accord hereditaire ; & d'avoir
manqué à la promeſſe , qu'ils
avoient faite , dit- on , en 1702 .
de ne point renouveller le Capitu
lat. Les preuves fur lesquelles
il appuye ces trois Chefs d'ac
cufation font fingulieres. On
parle d'abord de quelques
Marchandiſes appartenantes au
loüable Canton de Zurich , enlevées
autrefois ( à ce qu'on dit )
à Milan , & reftituées prefque
fur le champ.On cite enfuite les
62 MERCURE
difpofitions des Rois Philippes
III. & IV. & les renonciations
des Reines de France ; on parle
aprés cela du rapport qu'il y a
entre la Diete de Ratifbone , &
le Parlement de Paris;les Princes
de l'Empire, & les Ducs & Pairs
de France ; enfuite l'on exami
ne l'avantage que les Cantons
Alliez du Milanois ont tiré du
Commerce d'Allemagne ; on
fait une curieufe recherche de
tout ce que nos Rois ont dû
& peuvent devoir aux Suiffes ;
& la menace d'un pareil châtiment
qui defole aujourd'huy
la Baviere, fait à ceux qui aban-
ง
GALANT 63
donneront
l'Empereur , termi
ne ce Memoire. Quel rapport
ont ces fix Chefs avec les trois
que M' le Baron de Greuth s'eft
propofé de prouver dans fon
Memoire ?
Il faut obferver qu'aprés
que l'Empereur Maximilien
,
le premier Prince Autrichien
qui a contracté l'alliance here→
ditaire avec les Suiffes , voulut
peu de temps aprés l'avoir fai→
te , détourner les louables Cantons,
voiſins du Milanez , de renouveller
leur Alliance avec
Louis XII. Roy de France , qui
en eftoit alors Poffeffeur. Il ne
64 MERCURE
leur reprefenta point qu'ils
violeroient l'accord hereditaire
, il leur remontra feulement
le Milanez eftoit un Fief
de l'Empire ; & ils ne laiſſerent
de le renouveller.
que
pas
•
Il y auroit beaucoup de chofes
à dire fur le parallele que
M' de Greuth fait de la Diete
de Ratifbone avec le Parlement
de Paris , & des Princes
de l'Empire avec les Ducs &
Pairs de France . Mais pour répondre
à fon Memoire tout
d'un coup , il n'y a qu'à le renvoyer
au 21. Article du Traité
d'Alliance que le Roy renouGALANT
65
vella en 1663. avec les treize
Cantons ; je ſuis perfuadé qu'aprés
l'avoir lû avec attention
il ne dira plus que l'alliance
pour la deffenfe du Milanois
n'eft qu'une fuite & une dépendance
neceffaire de l'accord hereditaire
, qui , non plus que
l'accord hereditaire
, ne peut
eltre faite ou renouvellée qu'avec
la Maifon d'Autriche.
Dans le Difcours qui contient
les fix Chefs dont je viens
de vous parler , Mr le Baron de
Greuth a ofé dire , que la Maifon
de France eftoit l'implacable
ennemie de celle d'Autriche, Il
Juin 1706.
F
66 MERCURE
-
m'eft tombé entre les mains
une Lettre tres - curieufe fur ce
fujet , & qui doit faire beau- ;
coup de plaifir à tous ceux qui
la liront ; puifqu'elle fait voir
combien la Maifon d'Autri
che eft redevable à celle de
France , & que l'on y trouve
des preuves inconteftables de
de cette verité. Je vous envoya
cette Lettre.
Vous avez raifon , Monfieur,
d'eftre furpris que l'Ambaſſadeur
de l'Empereur auprés des Cantons
Suiffes , ait ofe avancer , dans la
harangue qu'il prononça il y a
quelque temps,au fujet du Capitu
GALANT 67
·lat de Milan , ( & à laquelle Mr
Beretti - Landi , Ambaſſadeur du
·Roy d'Espagne auprés des mêmes
Cantons , a répondu avec tant de
force ) que la Maiſon d'Autriche
n'a jamais eu de plus implacable
ennemie que celle de
France ; vous avez d'autant
plus de raifon de l'être,que c'eft uniquement
à cette Maifon , qu'elle
traite d'implacable ennemie ,
qu'elle eft redevable de la confer
vation de fes Provinces hereditaires
, du Royaume de Boheme , &
enfin de la dignité Imperiale , qu'elle
ne poffederoit certainement plus
fans les bons offices du feu Roy
Fij
68 MERCURE
L
Louis le Jufte. Pour ne pas fuivre
l'exemple de l'Ambaffadeur de
l'Empereur, &pour ne pas avan
cer , comme luy , des chofes en l'air,
je vais vous donner des preuves de
tous ces faits.
S
Aprés l'élection de Frederic ,
Electeur Palatin , à la Couronne
de Boheme dans le temps où
la Fortune rioit leplus à ce Prince ,
le nouvel Empereur Ferdinand
Second avoit bien des affaires chez
luy ; fes Provinces hereditaires
eftoientpleines de troubles. Gabor ,
Prince de Transylvanie , occupoit
prefque toute la Hongrie , & aidé
du Grand Seigneur , fous la proGALANT
69
69
L
tection duquel il s'eftoit mis , il
afpiroit ouvertement à cette Couronne
. Enfin l'Empereurfe voyoit
à la veille deperdre tous fes Etats ,
d'eftre reduit à la feule dignité .
Imperiale , qui n'eft , comme vous
favez , qu'un fon & un nom .
Dans cette extremité fâcheuſe , ce
Prince eut recours au Roy Louis
XIII. il envoya le Comte de
Furftemberg en qualité d' Ambaffadeur
Extraordinaire en Fran
ce , pour implorer la protection
du Roy ; & Gonzague Duc de
Nevers , fe rendit le plus ardent
Solliciteur de Sa Majesté 1. auprés
de Louis XIII. Ce Duc trouva
70 MERCURE
quelques années aprés (chofe éton
nante , & qui nous doit bien convaincre
de la profondeur des jugemens
de Dieu! ) dans la perfonne du
même Ferdinand , à qui il avoit
tendu la main avec tant de generofité,
fon plus cruel ennemi. On
remarquefou ventces contraſtesdans
Hiftoire des Princes de la Maifon
d'Autriche. Les anciens Miniftres
d'Etat & les Seigneurs qui
eftoient encore remplis des maximes
du feu Roy Henry le Grand ,
ne confeilloient pas au Royfonfils
d'empêcher l'abbaiffement d'une
Maiſon qui avoit voulu ſiſouent
perdre la fienne. Le Maré
GALANT 71
•
chal de Bouillon , pere de feu Mr
le Maréchal de Turenne , & oncle
du nouveau Roy de Boheme , écri
vit un Lettre au Roy , dans la
quelle ,fans s'arrefter au droit que
Frederic fon neveu avoir à la
Couronne de Boheme en vertu de
l'élection des Etats du Pays , il ne
parlois que de l'intereft que la Fran
ce avoit aux mouvemens qui agi
toient alors l'Allemagne.
Ce fage Seigneur repreſentoit
au Roy,que Ferdinand vouloitfai
re de fon intereft particulier , une
caufe generale de Religion , & engager
tous les Princes Catholiques
au recouvrement de la Boheme
72 MERCURE
Les
de
dont on venoit de le dépouiller
que ce Prince ne voyoit pas
meilleur moyen pour rétablir fon
authorité prefque entierement perdue
dans l'Empire , que celuy de
faire d'une affaire de Politique, une
affaire de Religion. Le Maréchal
de Bouillon mettoit enfuite devant
yeux du Roy ,l'exemple des
Rois Henry II. & Henry IV.
Les prédeceffeurs , dont le premier
protegea les Princes Proteftans
d'Allemagne contre l'Empereur
Charlequint , qui les vouloit oppri
mer, aprés avoir diffipé la fameu→
fe ligue de Smalcalde. Aiolfe fecond,
que les Hollandois doivent
regarder
GALANT 73
regarder comme l'auteur de leur
liberté , favorifa toujours ouvertement
l'intereft de ces Republi
cains. Cette Lettre qui efloit un
chef- d'oeuvre , fut répanduë dans
toute l'Europe , & attira de grandes
louanges à fon Auteur ; mais
elle ne détermina pas le Roy : ce
Prince dont la juftice regloit toutes
les actions , croyant que la Boheme
appartenoit legitimement
Ferdinand , & emporté d'ailleurs,
par fon humeur genereufe & bienfaifante
, voyant l'Empereur fur
le bord du précipice & preft à eſtre
immolé au reffentiment de fes ennemis
particuliers de ceux de
Juin 1706.
G
47 MERCURE
fa Maifon , refolut de le fecourir.
Mais avant
avant qu'il envoyaft unfecours
effectif , le Prefident Jeannin
fit refoudre le Roypar un difcours
qu'il prononça dans le Confeil,
de le faireprécederpar une Ambaffadefolemnelle
auprés de tous les
Princes d' Allemagne , pour tâcher
de terminer tous leurs differends par
la voye de la negociation. Charles
de Valois , Duc d' Angoulesme ,
fut le chef de cette Ambaſſade ,
Mr le Comte de Bethune ; & Mr
de l'Aubefpine de Chasteau -neuf,
Abbéd Peaux , tous deux Confeillers
d'Etat ,
l'accompagnerent.
Perfonne n'ignore que c'eſt à ces
7
GALANT
75
Miniftres que l'Empereur eut l'entiere
obligation du Traité d'Ulm
qui pacifia les troubles d'Allemagne
, & qui concilia les intereſts
des Princes de la ligue Catholique ,
de ceux de l'Union Proteftante,
dont les armées cftoient en vue dans
le voisinage d'Ulm , & prêtes à en
venir aux mains. Si l'Empereur
euft alors le moindre échec , la
Maifon d'Autriche auroit eftéperduefans
reſſource. Ainfi à la faveur
de ce Traité , qui laiffoit les
Princes Catholiques dans la liberté
de fecourir l'Empereur , & de
l'aider à chaffer Frederic de la Bobeme
, & qui defarmoit les Proreçu
G ij
76 MERCURE
teftans & qui les rendoit par con-
Sequent inutiles à la caufe du Roy
de Boheme , l'Empereur fe vit en
eftat de recouvrer les Etats que ce
Prince luy avoit enlevez . On doir
remarquer à la gloire du feu Roy
Louis lefufte , & pour rendre la
justice qui eft deue à fa memoire ,
que dans le traité d'Ulm , où les
Catholiques & les Proteftans
promettoient respectivement de ne
point s'offenfer les uns les autres ,
les Etats patrimoniaux du Roy
de Boheme , c'est-à- dire , le Palatinat
,furent compris dans ce Traité
par ordre de ce Prince ; & que
fi dans la fuite le Marquis SpinoGALANT
77
la General des Troupes Efpagnoles
y fit une irruption , & enleva
cet Etat au Roy de Boheme contre
la foy du Traité, il ne faut point
imputer cette infraction à Louis
XIII, mais uniquement à l'infidelité
de la Maifon d'Autriche.
La reduction de la haute & baffe
Autriche furent les premiers fruits
de ce Traité. Les Etats de la baffe
Autriche
renoncerent les premiers
à la Confederation
qu'ils avoient .
faite avec ceux de Boheme , intimidez
fans doute
d'Ulm , ils demanderent
le libre
exercice de la Religion Proteftante ,
tel qu'ils l'avoient fous le regne de
par
le Traité
G iij
78 MERCURE
l'Empereur Mathias ; on le leur
accorda , ils prêtérent ferment
de fidelité à Ferdinand. Les Etats
de la haute Auftriche refifterent
un peu plus ; mais ils ne tinrent
pas long- temps contre Maximilien
Duc de Baviere , qui entra dans
le pays à la tefte d'une bonne Armée.
Il s'affemblerent donc à Lintz
& n'efperant plus rien des Princes
de l'Union Proteftante que le
Traité d'Ulm avoit defarmez , ils
renoncerent auffi à la Confederation
avec la Boheme , & reconnurent
Ferdinand Archiduc d'Autriche.
Ces bons fuccés furent fuivis
du gain de la Bataille de PraGALANT
79
gue ; écoutons les Ambassadeurs de
France dans la relation qu'ils
firent au Roy leur Maiftre . Tels
furent les effets du Traité
d'Ulm ; fans cela les chofes ne
Le feroient pas paffées ainfi
L'Electeur Palatin & fes AIliez
le reconnoiffent fort bien.
Ils declament contre nous ,
& l'Ambaſſadeur d'Angleterre
nous l'a bien fçu dire. L'Empereur
tient cette Victoire des
mains de Vôtre Majefté. Sans
le Traité d'Ulm le Duc de Baviere
ne pouvoit venir au ſecours
de l'Empereur ; & en ce
cas-là le Comte de Buquoy au
Giiij
80 MERCURE
roit efté obligé de faire fubfifter
fes Troupes dans les Fauxbourgs
de Vienne , & l'Empereur
auroit efté reduit aux plus .
grandes extremitez . La reduction
de Prague & de toute la Boheme
fuivit de préste gain de cette
Bataille , qui fe donna le 8. Novembre
1620. & qui decida en
moins d'une heure de la fortune de
l'Electeur Palatin .
Je crois , Monfieur , que les reflexionsfont
inutiles , &que vous
concevez , auffi bien que moy , que
fans le Traité d'Ulm l'Empereur
n'euft jamais efté en eftat de donner
cette Bataille , ou que du moins
GALANT 81
s'il l'euft donnée , il auroit abandonné
fes Etats hereditaires au
caprice de la Fortune ; mais ayant
défarmé les Princes de l'Union
le moyen de ce
Proteftante , par
Traité , & n'ayant plus rien
craindre d'eux , il fe vir en estat
t
d'hafarder une Bataille pour recouvrer
le Royaume de Boheme ,
fans rifquer fes Etats patrimoniaux
ayant obligation de ce
Traité à Louis XIII. la fuite
doit faire convenir que c'est à ce
Prince qu'il eut auffi l'obligation
de la reduction de la Boheme &
de fes Provinces hereditaires:
Je finis , Monfieur, par oùje
82 MERCURI
devois commencer,je veux dire par
lapreuve queje me fuis engagé de
vous donner,que c'est au même Roy
Louis le fufte , que l'Empereur
Ferdinand eut l'obligation de fon
élevation à l'Empire aprés la mort
de Mathias , qui l'avoit adopté,
& qui de fon vivant l'avoit fair
couronner Roy de Boheme & de
Hongrie. Dans le temps de la mort
de cet Empereur les difpofitions des
Princes de l'Empire n'estoient pas
favorables pour Ferdinand ; ils
craignoient que
l'ambition excef
five de cet Archiduc ne caufaft de
trop grandes divifions dans l'Empire.
Ferdinand faifoit ce qu'il
GALANT 83
pouvoitpourcacher cette ambition';
mais on la découvroit fouvent
malgré qu'il en euft , tant il eſt
vray qu'il eft difficile de paroiftre
long- temps ce que l'on n'eſt pas
& qu'un déguisement continuel
de fes veritables fentimens
eft
un rôle à foûtenir plus difficile que
l'on ne penfe . On reconnoiffoitfans.
peine que le naturel de ce Prince le
portoit plutoft à fuivre les maximes
de Philippe II. Roy d'Ef
pagne,que de conformerſa conduite
à celle de l'Empereur Maximilien
II. qui avoit laiffe de grands
exemples d'équité
tion dansfafamille. La Republide
modera84
MERCURE
que de Venife , Charles- Emanuel
Duc de Savoye , & le nouvel
Etat qui s'eftoit formé dans les
Pays - bas , & qui avoit fecoüé le
joug de la Maifon d'Autriche ,
concouroient
tous dans le deffein
de s'oppofer à l'aggrandiffement
de
cette Maifon. Ces trois Puiffances
entretenoient d'étroites relations
avec les Princes de l'Union
ع و م
Proteftante en Allemagne Allemagne ,
tous fouhaitoient également de
voir fortir la Couronne Imperiale
de la fuperbe Maifon de
Hapfbourg , d'en voir démembrer
les Etats ; afin d'affurer
d'une manière plus folide le fuccés
GALANT 85
de leur projet. Ces Puiffances en
treprirent d'y faire entrer la Cour
de France ; le Prince de Piémont
qui y eftoit alors, Ambaſſadeur
de Venife , enfirent la premiere ou
verture au Roy Louis XIII . Ce
Prince fe contenta d'abord de leur
répondre qu'il ne feroit aucune lique
contre la Maison d'Autriche
, & qu'ilfe tiendroit toûjours
dans un eftat à pouvoir eftre
l'arbitre des differends qui arriveroient
entre les autres Princes . Le
Roy preffe encore une fois de fe déclarer
, pourfe défaire tout d'un
coup des importunitez du Prince
de Piémont de l'Ambaſſadeur
86 MERCURE
L
de Venife, qui revenoientfouvent
à la charge , leur declara enfin ,
qu'il croyoit qu'il n'y avoit que les
Princes de la Maifon d'Autriche,
qui puffeut porter avec dignité la
Couronne Imperiale , qui puſſent
foutenir la Majefté de l'Empire ,
ladeffendre contre les Infidelles ;
& que ces raisons l'engageoient à
facrifierfes interefts particuliers au
bien general de la Chreftienté :
Ainfi , bien loin de m'oppoſer
aux juftes prétentions de Ferdinand
, continua le Roy , je les
favoriferai autant qu'il me fera
poffible.
*
Sa Majesté agit confequemment
GALANT 87
A au
la réponſe qu'il avoit faite
Prince de Piémont. & à l'Ambaffadeur
de Venife. Non -feulement
ce Prince nefut pas contraire
à Ferdinand, mais il fit encore folli
citer tous les Princes d'Allemagne
en fa faveur. Le Duc de Savoie
voiant que le Prince fon fils n'avoit
rien pú obtenir du Roy , abandonna
fes prétentions qu'il croioit
avoir à l'Empire. La Republique
de Venife & celle de Hollande
n'étant pasfoutenues de la France,
n'oferent plus refifter ouvertement
à l'Election de Ferdinand. Enfin
les Princes de l'Union Proteftante
ayant eftégagnez par les Ambaf88
MERCURE
fadeurs du Roy, & voyant que ce
Prince qui avoit un plus grand
intereft que perfonne à l'abbaiffement
de la maifon d'Autriche, concouroit
cependant à luy conferver
l'Empire, ne s'y oppoſerent plus que
foiblement ; & ils y donnerent les
mains , excepté le feul Electeur
Palatin qui nefe voulutpas trouver
à la Diéte affemblée à Francfort
pour cetteElection , & qui ſe
-contenta d'y envoyer un mémoire
que
l'on trouve dans le Mercure
François de l'an 1619. Il eftoir
conceu en fes termes : puifque
j'ay fouhaité juſqu'à prefent
que l'Empire eût un Chef fous
GALANT 89
lequel la juftice fus bien adminiftrée
, qui pût apporter les
remedes neceffaires aux defordres
, & aux befoins preffans
de l'Empire, & qui ne ſe trouvât
point engagé dans des guerres
étrangeres ; j'ay crû qu'entre
tous les Potentats , Electeurs
ou Princes , je devois jetter la
veuë fur le Duc de Baviere.
C'eft un Prince d'efprit , d'experience
& pacifique ; il conferve
fon Pais en bonne Paix ,
& il n'entre dans aucune guerre.
Si je le préfere aux autres , ce
n'eft pas que j'aye aucune mauvaife
volonté pour cux ; enco-
Juin 17061
H
90 MERCURE
re moins pour les Princes d'Autriche.
Ils ont reçû de bons
Offices de ma Maiſon Electorale
; mais je crois devoir tenir
ce que j'ay promis par mon
ferment , & remplir les devoirs
que mon rang me préſcrit . Je
donne donc au nom de Dicu
ma voix & mon fuffrage au
Duc de Baviere. VousScavez ,
Monfieur, que c'eft Maximilien
Ayeul de Mr l'Electeur de Baviere
d'aujourd'huy , dont il eſt
parlé dans ce memoire , & que ce
Prince par une generofitébien malentendue
par une politique qui
a eu defuneftesfuites pourfa pofteGALANT
91
rité , refufa l'Empire , pour l'affurer
à un Prince dont le petit - fils
eft aujourd'huy le tyran de la Baviere
, l'ennemi implacable de
cette maison.
Pourrevenir à Louis XIII. ce
n'eſt pas à moy à decider fi ce Prince
agit en cette occafion conformément
aux veritables interefts de
fa Monarchie ; & fi la raison
qu'il apporta à celles du Prince de
Piémont & de l'Ambaſſadeur de
Venife,de conferver une bonne barriere
entreles Tures & l'Empire,
en eftoit une preſſante de conferver
la dignité Imperiale à la maison
d'Autriche ; &fi dans cette con
Hij
92 MERCURE
joncture un zele de Religion , peuts
eftre trop grand , pour ne pas dire
inconfidere, ne luy fitpoint trahir les
veritables interefts de fa Couronne.
Ce font des mysteres de politique
fur lesquels il n'eſt pas permis
aux fujets deporterleurs veües..
Jefuis&c.
A.Gex le 15. Mars.
Le Roy a donné la Prévôté-
Commandataire de Nôtre- Da
me de Chardavon , Chefd'or
dre , & de celuy de S. Auguftin
à Sifteron en Provence , à Mr
l'Abbé de Burgniac, qui a receu
de grands applaudiffemens en
a
GALANT 93
prenant fes degrez en Sorbonne
. Il a efté élevé dans le Seminaire
des bons Enfans ; il s'y
retira dans la vûë de ne s'occuper
que de fes devoirs , & de
ne s'attacher qu'aux fonctions
Ecclefiaftiques & aux ſciences
qui conviennent à ſon état. Il
y a paffé plufieurs années , & il
s'y eft acquis une eftime figenerale
, que l'ancien Evefque de
Limoges , fon Evefque , & plu
ficurs autres perfonnes confi
derables par leur vertu & par
le rang qu'elles tiennent dans -
le monde , ont rendu témoi
gnage à fon merite . Mr des
94 MERCURE
Orges fon pere , eft le plus ancien
Exempt des Gardes du
Corps , & il eft depuis longtemps
dans le Service . Mr le
Chevalier de Burgniac fon frere
eft Brigadier de la feconde
Compagnie des Moufquetaires
; il fert avec autant de diftinction
que d'affiduité.
Le Prieuré des Religieufes
de Jeunies , de l'Ordre de Saint
Dominique , Dioceſe deCahors ,
a efté donné par Sa Majesté à
la Dame de Lafeau , Religieufe
du mefme Ordre , dans 1 Abbaye
de Saint Pardoux en Perigord.
Cette Dame a toutes
GALANT
95
les qualitez neceffaires pour
bien gouverner ; elle eft d'une
naiffance diftinguée , auffi - bien
que celle à qui elle fuccede
qui eftoit tante de Mr de Riperoux
, & d'une des meilleures
maiſons de Perigord.
Mr.l'Abbé Cochois , Chanoine
de l'Eglife de S. Benoist ,
a efté nommé à l'Abbaye de
S. Cheron. Cet Abbé eft fort
attaché à fes devoirs , & il a
fait beaucoup de progrés dans
le cours de fes études .
Mr l'Evefque de Belley precha
le jour de l'Annonciation
de la Vierge dans l'Eglife du
96 MERCURE
grand College des Jefuites de
Lyon. On ne peut mieux traiter
ce grand Myftere , quieft le
fondement de tous les autres ,
que fit ce Prelat , dont le talent
pour l'éloquence de la Chaire
eft connu par les preuves qu'il
en a tant de fois donné en cette
Ville, pendant qu'il y exerçoit
les fonctions de fon miniftere ,
dans la Communauté des Prêtres
de S. Sulpice , avant que
d'eftré élevé à l'Epifcopat . Les
perfonnes les plus confiderables
de Lyon affifterent à ce
Sermon , qui reçût de grands
applaudiffemens. Ce Prelat fit
voir
GALANT 97
voir le rapport effentiel que ce
Myſtere a avec tous les autres ,
& la dépendance où ils font
tous de celuy- là : fa morale fut
belle ; l'éloge qu'il fit de la Societé
étoit plein de beaux traits .
Ce Prélat, en defcendant fur le
Rhône pour s'en retourner à
Belley , coucha au Convent des
Religieufes de Salletes en Dauphiné
, qui font de l'Ordre des
Chartreux. Il fit à ces Dames
une tres - belle Exhortation, à la
grille , fur le champ & fans y
eftre préparé . De Salletes ce
Prélat alla coucher dans un lieu
qui appartient aux Chartreux
Juin 1706 .
I
98 MERCURE
1
de Portes ; & il fe rendit enfui,
te à Pierre- Châtel , Chartreufe
avec une Citadelle , à une lieuë
de Belley & dans fon Dioceſe ,
fur la frontiere de Savoye . Le
zele & la joye éclaterent dans
la reception que luy firent les
Religieux de cette maiſon . Il
arriva la feconde Fefte de
Pafques ; toute la nobleffe de
Savoye qui eft dans le voifinage
, le vint faluer dans ce lieu.
Quelques jours aprés , Mr l'Evefque
de Belley , fuivant l'ufa,
ge des Prélats de vifiter leurs
Confreres voifins , lorfqu'ils
font nouvellement arrivez dans
GALANT
99
leurs Diocefes , alla rendre une
vifite à Mr l'Evefque de Genêve
, qui fait fa réfidence à
Annecy à huit lieues de Belley.
Mr l'Evefque de Geneve
l'envoya recevoir par
quatre Chanoines de fa Cathejufqu'àSeyffel,
qui eft dans drale
le Diocefe de Geneve & à moitié
chemin de Belley à Annecy
. On luy preſenta en ce lieu
une magnifique collation ; &
Mr l'Evefque alla au devant de
luy jufqu'à une lieuë & demie
d'Annecy , ce qu'il n'avoit encore
fait pour aucun des Evef
ques qui l'ont cfté vifiter . Mr
I ij
100 MERCURE
l'Evefque de Belley , pendant
les trois ou quatre jours qu'il
reſta à Annecy , fut regalé par
tous les Corps Ecclefiaftiques
& Reguliers , & Mr de Geneve
tint toûjours une table , remplie
des perfonnes les plus apparentes
du Clergé , pour luy
tenir compagnie . Mr de Belley
prêcha trois ou quatre fois à
Annecy pendant le peu de tems
qu'il y refta . Le Sermon qu'il
chez les Filles de la
prononça
Vifitation , dont le Convent
eſt le premier de l'Ordre , fut
tres - applaudi. Peu de jours
aprés la vifite de Mr l'Evefque
}
GALANT IOI
de Belley , Mr de Geneve en
reçût une de Mr le Vice- Legat
d'Avignon , qui luy fit beaucoup
d'honneur. Mr l'Evefque
de Geneve eft de la maifon de
Rouffillon - Bernen ; il eft fils
de feu Mr le Comte de Bernen,
Chevalier de l'Ordre de l'Annonciade
, & frere de feu Mr
le Comte de Bernen , qui a
beaucoup fait parler de luy
dans les dernieres guerres de
Savoye . Ce Prélat eftoit de l'Ordre
de S. Antoine ; il a mefme
efté Prieur de S. Antoine à
Paris .
Mr Renout , Doyen de l'EI
iij
102 MERCURE
glife Collegiale du S. Sepulchre
de Caën , qui a compofe divers
Ouvrages de Poëfie à la gloire
du Roy , & prononcé plufieurs
Harangues Françoiſes , a fait , à
la tefte de fon Chapitre, le Compliment
fuivant à Mr Bloüet
de Camilly , Evefque de Toul ,
à fon arrivée dans la Ville de
Caën , au commencement de
ce mois.
MONSEIGNEUR ,
Nous ne sçaurions mieux vous
marquer lesfentimens profonds de
veneration
que nous avons pour
GALANT 103
joftre Grandeur , qu'en vous appliquant
les mêmes paroles que
l'Esprit de Dieu mit autrefois dans
la bouche d'un Pontife de la Loy ,
pourfaire l'éloge de cette Femme
heroïque , qui devint la gloire defa
nation , aprés l'avoir fauvée de
l'épée des Affyriens , par l'action
la plus écla- ·la plus memorable
tante qui fut jamais . Tu gloria
Jerufalem ; tu lætitia Ifraël ; tu
honorificentia populi noſtri.
On peut justement Vous les attribuer
, Monfeigneur , ces titres ho
norables, dire de Vous,que vous
faites l'ornement de l'Eglife & la
gloire de l'Etats ayant foutenu les
I iiij
104 MERCUKE
interefts de l'un de l'autre, avec
autant defuccés que de zele, pendant
que vous avez gouverné en
Alface , ce grand Dioceſe dont
l'adminiftration vous avoit efté
confiée par le choix du Roy. Tu
lætitia Ifraël, Quels transports
d'amour ! quelles acclamations de
joye toute la Lorraine n'a-t -elle
pasfaitparoiftre, lorsque vous eftes
alle prendre poffeffion de l'Evefché
de Toul , auquel Sa Majesté vous
a nommé par préference à tant
d'autres , plûtoft pour y deffendre
le Troupeau de Jefus- Chrift , que
pour recompenfer voftre merite ?
Tu
honorificentia populi noſ
GALANY 105
tri. Vous eftes enfin , Monfeigneur,
l'honneur de noftre Province ; nous
vous y avons vú long- temps au
nombre de fes illuftres Prelats ,
plus diftingué encore par le fond
d'une pietéfolide que par les avantages
de vostre naiffance ; nous
vous y voyons aujourd'huy comme
Prince de l'Eglife , confideré
de toute la Cour, applaudi desfçawans
, eftimé des étrangers , aimé
des voftres , admiré de tout le monde
, comblé d'honneurs , plus encore
rempli de mille vertus. Ce
font là , Monfeigneur , les témoi–
gnages finceres que nous rendons
à Vôtre Grandeur de l'abondance
106 MERCURE
de noftre coeur , en l'affeurant de
nos tres-humbles refpects.
Mr le Marquis du Heron ,
Brigadier & Colonel de Dragons
, eft mort à Caſtiglione ,
de la bleffure qu'il avoit receue
à Calcinato. Il avoit été
receu Chevalier de Malthe
ainfi qu'un de fes freres . Leur
frere aîné avoit été Colonel de
Dragons ; il avoit été envoyé
en plufieurs Cours , & fur - tout
en Pologne , où il a été Envoyé
extraordinaire . Il mourut
à Ulm en Baviere , des bleffures
qu'il avoit receuës , dans
l'Armée de Mr de Baviere où
GALANT 107
il fervoit. Mr l'Abbé du Heron
leur frere mourut il y a quel
ques années , & fut regretté
de tous ceux qui le connoiffoient
, auffi-bien que Mrs fes
freres.
re
M Jean - Baptifte - Louis
Moreau de Mautour , Commiffaire
ordinaire de l'Artillerie
, dont il commandoit une
Brigade au Siege de Haguenau
, y ayant efté bleffé à
la tefte, d'un éclat de pierre, aux
batteries fur lesquelles le Canon
de la Ville tiroit , mourut
de fa bleffure à Strasbourg le
14. du mois dernier , âgé de
108 MERCURE
24. ans . Il fut enterré le lendemain
dans la Paroiffe de S.
Pierre le Jeune , en un lieu deftiné
pour les Officiers ; ceux de
l'Artillerie qui eftoient dans la
Ville , fe trouverent à fon Convoy
, avec trois Compagnies
du Regiment Royal- Artillerie ,
qui firent chacune trois décharges
, dans le temps de fon
inhumation , & l'on tira trois
coups de Canon. Ce jeune Officier
qui n'eftoit que depuis fix
ans dans le Service , s'y eftoit acquis
beaucoup d'eftime ; & il
eft fort regretté de tous ceux
qui le connoiffoient . Il eftoit
GALANT 109
fils aîné de M' Moreau de Mautour
, Confeiller , Auditeur de
la Chambre des Comptes , Affocié
de l'Academic Royale des
Inſcriptions ; neveu de Joſeph
Moreau , Chevalier de l'Ordre
de Saint Lazare , Capitaine
dans le Regiment Royal des
Vaiffeaux , tué à Steinkerque.
en Flandres ; & coufin- iffu - degermain
de Georges Moreaud'Aurolle
, Lieutenant - Colonel
du Regiment d'Agenois ,
tué à la Bataille d'Hochftet.
M' Moreau de Brazen , fon
coufin-germain , eft aujourd'huy
Capitaine de Cuiraffiers
110 MERCURE
Efpagnols dans le Regiment de
Louvignies , qui fert dans l'Armée
de Monfieur le Duc de
Baviere ; & M deMautour,fon
cadet , a l'honneur d'eftre élevé
Page de Monfieur le Comte de
Touloufe. D'ailleurs fa famille
cft connue dans l'Eglife & dans
la Robe , auffi bien que dans
l'Epée , & dans la Republique
des Lettres. J'ay fouvent cu
occafion de vous en parler.
Mr Henry de Mornay, Marquis
de Montchevreuil , Chevalier
des Ordres du Roy ,
Gouverneur de Saint Germain
en Laye, & Maistre des Eaux &
re
GALANT III
, y
eft Forefts du même lieu ,
mort âgé de 84. ans . Il laiffe
de feuë Dame N.... Boucherd'Orsay
, foeur de M' le Prévost
des
Marchands , M' le Marquis
de Mornay , à prefent Gouverneur
de Saint Germain , dont il
avoit eu la Survivance il y a
déja quelques années ; Mr l'Ábbé
deмontchevreuil , m ' l'Abbé
de Mornay , Grand - Vicaire de
Beauvais & Abbé d'Orcamp ;
& M' le Chevalier de Montchevreuil
, qui fert dans la Marine.
M' le Marquis de Mornay
a pluſieurs enfans de Dame
112 MERCURE
N....Dugué de Bagnols , d'u
ne ancienne maifon de la Robe.
M' le Comte de Mornay
, leur frere aîné, fut tué , il
y a pluſieurs années , d'un coup
de canon, devant Manheim . İlÎl
avoit époufé Mlle de Coëtquen,
coufine- germaine de Mr
le Marquis de Coëtquen , gendre
de m' le Maréchal de Noailles
. Philippes de Mornay S ' du
Pleffis - Mornay , Baron de la
Foreft- fur Serre en Poitou ,Confeiller
du Roy en fes Confeils
d'Etat & Privé , Capitaine de
cinquante hommes d'Armes de
fes Ordonnances , Gouverneur
GALANT
113
de la Ville & Sénéchauffée de
Saumur , &c. eftoit fils puifné
de Jacques de Mornay & de
Françoife du Bec - Crefpin , &
de la même Maifon de celuy
qui vient de mourir. Il en forma
une branche qui a produit
de grands hommes. Celle de
Montchevrcüil eft l'aînée de
toute la Maifon , & elle eft alliée
aux plus illuftres de Poitou
, fur tout à celle d'Aubigné..
Depuis l'an 1380. les branches
de cette Maifon s'eftoient étendues
dans l'Orleannois , dans
le Berry , & dans le Gaftinois .
Charles de Mornay s'établit
Juin 1706.
K
114 MERCURE
dans le Pays de Caux , où il
avoit épousé Jeanne de Trye ,
Dame de Buhi , de Hahicourt ,
& c . fille de Jacques de Trye ,
Chambellan du Roy. Il cut de
ce mariage , Jean de Mornay ,
duquel font defcendus Mrs
de Montchevreuil , du Pleffis-
Mornay , de la Ville-au- Tartre,
& de Villette.
Philippe , Seigneur du Pleſſis -
Mornay , fut tres - celebre en
France fous le regne d'Henry
le Grand , qui l'attira à la Cour.
Il fut le chef des Huguenots
dans ce Royaume , & on luy
donna le nom de Pape des HuGALANT
115
?
guenots. Il compofa plufieurs
ouvrages ; celuy qu'il fit fur
l'Euchariftie caufa de grands
troubles entre les
Catholiques
& les Proteftans ; il donna lieu
à la
Conference que le Roy
Henry le Grand indiqua à Fontainebleau
. Le Cardinal du Perron
& M du Pleffis difputerent
long- temps : les Catholiques
donnerent l'avantage au premier
, & les Proteftans , au fecond
; mais il eft tres certain
que Mr du Pleffis qui eftoic
déja âgé , & qui n'avoit pas tant
de lecture que Mr le Cardinal
du Perron , fut obligé de ceder,
Kij
116 MERCURE
quoy qu'en difent les Protef
tans . Le Vaffor , un de leurs
Hiftoriens
, ne peut pas s'empêcher
d'avouer
la verité de ce
fait . Cette Conference
, ainfi
que le Colloque
de Poiffy , &
plufieurs
autres Affemblées
de
cette nature , ne fervirent
qu'à
aigrir les efprits , & ne produi
firent aucun fruit. Henry IV.
eut une confideration
tres-particuliere
pour Mr du Pleffis-
Mornay
, & le confultoit
dans
les affaires les plus importantes
.
Il fut en effet un tres - fage &
tres - judicieux
Miniſtre
. La ſolidité
de ſon eſprit , & l'étendue
"
GALANT
de fes lumieres luy faifoient
prévoir les chofes long- temps
avant qu'elles arrivaffent . Il fit
ce qu'il put pour empêcher
l'Electeur Palatin , Aycul de S.
A. Royale Madame , & de Madame
la Princeſſe , d'accepter la
Couronne de Boheme. Si ce
Prince euft fuivi ce confeil , il
s'en feroit bien trouvé.
Mr le Marquis de Montchevreuil
a cfté Gouverneur de
Monfieur le Comte de Germandois
& de Monfieur le Duc
du Maine.
Mr Nicolas d'Anglure ;
Chevalier , Comte de Bourle
118 MERCURE
ne,
mont , Marquis de Bufancy ;
Baron des Baronnies de Rimaucourt
, Saint Euruge ; Seigneur
des Armoiſes , Aute , & Autru
che , Imberville , Sainte-Hele-
Burfy ,Malfontaine , Saint
Martin , & autres lieux ; Lieutenant
general des Armées du
Roy; Gouverneur des Ville &
Citadelle de Stenay , grand
Bailly du Comté de Stenay ,
mourut le 24. du mois dernier
âgé de plus de 86. ans , eſtant
né au Chafteau de Bourlemont
le 5. Février 1620. Il eftoit le
dernier des enfans de M" Clau- '
ded'Anglure , Comte de Bour-
ге
GALANT 119
3
lemont , Marquis de Ci & de
Bufancy , Baron de Rymaucourt
; & d'Angelique d'Ajacette
, fille de Louis d'Ajacette ,
Comte de Chateauvilain &
Duc d'Atri . Il commença à
porter les armes dés l'âge de
ſeize ans en 1636. & il a eflé
fucceffivement Colonel d'Infanterie
& de Cavalerie , Brigadier
, Maréchal de Camp , &
Lieutenant general , dont il eut
le brevet le premier Octobre
1655..
Il a eu trois Regimens de Cavalerie
& autant d'Infanterie
de fon nom . Il s'eft diftingué
120 MERCURE
par plufieurs actions d'éclat , du
nombre defquelles font la prife
du Pont de Cé , où il commandoit
une attaque l'an 1652. en
qualité de Maréchal de Camp ,
& qu'il emporta en deux heures
de temps : & ce Comte ayant
fervi en 1657. avec beaucoup
de diftinction au Siege de Stenay
( que le Roy faifoit en perfonne
) Sa Majefté luy donna
le Gouvernement de cette Place
, qui eftoit pour lors tres-importante.
Il eftoit des mieux
faits de fon tems . Sa phyfiognomie
eftoit belle & relevée ,
& marquoit beaucoup de grandeur
;
GALANT 121
pour
deur ; il avoit l'ame grande &
noble ; l'efprit jufte ; le coeur
droit & bon ; un attachement
& une fidelité inviolables
fon Prince , qu'il a fervi pendant
tout le cours des guerres
civiles , & pour le fervice duquel
il a facrifié tous fes enfans.
Son grand défintereffement
& la douceur de fon
commandement le feront
long - temps regretter de tous
les peuples de fon Gouvernement
: & comme il avoit
toûjours eu , beaucoup de religion
, il a confacré à la pieté
les derniers temps de fa vie , qui
L
Juin 1706.
122 MERCURE
a efté torminée par une mort
fort chretienne . Il eftoit le
dernier de huit freres , qui fu,
rent , 1. François , Marquis de
Ci , aîné de la maiſon , qui cut
trois fils , d'Angelique d'Afpre
mont fa feconde femme ; Louis
Saladin , Duc d'Atri , qui n'a
point eu d'enfans ; Charles
d'Anglure , Marquis de Bourlemont
tué au Siege de Luxem
bourg ; Henry d'Anglure ,
qui a cfté Agent general du
Clergé & Abbé de Saint Pier
mont ; & d'Antoinette de Marins
fa premiere femme
cut pour fille unique Anne
il
GALANT 123
d'Anglure , veuve de Louis
du Bellay , Comte de Chevigny
, dont elle n'a eu que
des filles . L'aînée , Sufanne du
Bellay, eft mariée àM le Comte
de Grammont , Lieutenant ge
neraldes Armées du Roy, frere
de Mr l'Archevêque de Befancon
, & qui commande en Franche-
Comté. Il en a un fils , qui
quoy que tres-jeune , a déja fait
plufieurs Campagnes , où il
s'eft diftingué ; & deux filles.
Les autres freres de Mr le Comte
de Bourlemont , font , 2. Charles
, Archevêque de Toulouſe ,
morten 1669. 3. Ferdinand ,
Lij
124 MERCURE
S.
Chevalier de Malthe , tué au
Combat des Galeres de Meffine
contre les Infideles en 1624.
4. Scipion , Commandeur de
Malthe. Chreftien d'Anglure-
de Bourlemont , auffi Commandeur
de Malthe . 6. Sebaf
tien d'Anglure , Baron de Rymaucourt
, tué au Siége d'Arras.
7. Louis d'Anglure , Auditeur
de Rote pendant 22. ans ,
qui fit le Traité de Pife en
1664. & mort Archevêque de
Bordeaux en 1697. Tous fre
res aînéz de Mr le Comte de
Bourlemont , qui a eu de fon
mariage avec Anne de Thi
GALANT 125
bault , fille de François de Thibault
, Chevalier , Baron de
Sainte Euruge , Maréchal des
Camps & Armées du Roy ,
Gouverneur des Villes & Citadelle
de Stenay , & de Saint-
Quentin , & de Philliberte de
Marfilly , trois fils ; fçavoir
Henry d'Anglure , Colonel
du Regiment de Picardie , &
Brigadier d'Infanterie , dont la
valeur & le merite eftoient extraordinaires
, puifque n'eftant
encore que Capitaine dans le
Regiment du Roy , il foûtint
à Bercambout dans l'Electorat
de Brandebourg
avec cent
Liij
126 MERCURE
hommes de ce Regiment , dans
un Pofte où il n'y avoit aucun
retranchement , l'effort de prés
de trois mille hommes qui furent
obligez de fe retirer , aprés
avoir perdu leur Commandant
& tous leurs Officiers. Il fit à
la Bataille de Confarbrik , quoy
que fort bleffé , une glorieufe
retraite , & enfin il fut tué en
1677. à l'âge de 32. ans à la
prife de Valenciennes , fous les
yeux de Sa Majesté dont il fut
tres- regretté , & qui honore encore
fa memoire de fon fouvenir.
2. François d'Anglure
Docteur de Sorbonne , ci - devant
nommé à l'Evêché de Pa
GALANT 127
miers , qu'il a refufé pour vivre
dans la retraite. 3. Louis d'Anglure-
de Bourlemont , Colonel
du Regiment de Bourlemont
à prefent Artois , mort à l'âge
de vingt- deux ans , des bleſſures
qu'il avoit reçûës à la bataille
de Confarbrik. M' le Comte
de Bourlemont a eu du même
mariage , trois filles , dont les
deux aînées font mortes Religieufes
de la Congregation
Verdun. La troifiéme , Scholaf
tique d'Anglure - de Bourlemont
, fon unique & feule heritiere
, époufa le 7. de Juin
1681. Mr Louis d'Ornaifon ,
Liiij
128 MERCURE
Chevalier , Comte de Chamarande
, Lieutenant general des
Armées du Roy , Gouverneur
des Villes & Chaftcaux de
Phaltzbourg & Sarbourg , &
premier Maître d'Hôtel de feuë
Madame la Dauphine , dont elle
a deux fils ; Louis - Nicolas
d'Ornaifon - de Chamarande ,
Marquis de Buzanci , Colonel
du Regiment de la Reine , Infanterie
; & Ange- François , reçu
de minorité , Chevalier dans qu
L'Ordre de Malthe.LeRoy
qui a
toûjours fort eftimé feu M' le
Comte de Bourlemont, a donné,
en apprenant fa mort , une
GALANT 129
penfion de mille écus à M' le
Marquis de Buzanci , fon petitfils
, âgé de 2 3. ans , & Colonel
depuis cinq ans d'un des plus
beaux Regimens du Royaume,
à la tête duquel il s'eft déja trouvé
à trois batailles, & à plufieurs
Sieges & actions où il s'eft fort
diftingué . Il marche fur les traces
de fon illuftre ayeul & de
fon
pere ,
merite
font
fi
connus
.
La
Maiſon
d'Anglure
, qui
eft
des
plus
illuftres
de
la Province
de
Champagne
,
porte
d'or
,femé
de grillets
d'argent
, foutenus
de croiffans
de gueule
. Pludont
la valeur & le
130 MERCURE
fieurs Auteurs écrivent que ces
Croiflans furent donnez à un
de cette Maiſon pâr Saladin ,
Soudan de Babylone en 1102 .
qui eftant prifonnier eut permiffion
fur la parole de venir
en France , pour chercher les
moyens de payer fa rançon ;
mais comme il ne put trouver
dequoy la payer , n'ayant que
le partage d'un Cadet tel qu'il
cftoit , il retourna vers Saladin ,
qui admirant fa foy & fa fidelité
, luy quitta fa rançon , &
luy ordonna de porter dans fes
armes , les marques que ledit
Saladin avoit fur fa cotte- d'arGALANT
131
mes le jour que ce Seignent fut
pris à la bataille , en luy recommandant
pour memoire de fon
eftime , de faire porter le nom
de Saladin à tous les aînez mâ→
les qui defcendroient de luy
ce qui depuis ce temps- là a toû
jours efté obfervé dans cette
famille .
L'origine de cette Maiſon
eft fi ancienne , que je ne remonteray
point icy juſqu'à ſa
fource ; je me contenteray
feulement
de parler des Seigneurs
qui ont formé la branche d'An
glure-de Bourlemont ,d'où defcendoit
feu M' de Bourlemont ,
132 MERCURE
qui me donne aujourd'huy occafion
d'en parler.
Oger cinquième du nom ,
Seigneur d'Anglure & d'Etoges
, Avoüé de Theroüenne ,
époufa Ifabeau de Châtillon ,
fille de Jean , Seigneur de Châtillon
fur Marne , Grand- Maitre
de France , & d'Ifabelle de
Montmorenci , foeur de Charles
Maréchal de France . Ce
Jean , Seigneur de Châtillon
eut pour pere & mere Gaucher,
Comte de Porcean , Connêtable
de France ; & Ifabelle de
Dreux , Princeffe du Sang. La
Maiſon d'Anglure eft defcenGALANT
133
duë de ce mariage d'Ifabelle de
Châtillon & d'Oger d'Anglurc.
Jean - Saladin d'Anglure ;
Chevalier , Seigneur d'Etoges ,
fecond fils d'Oger , Sire d'Anglure
, eft le premier de fa Maifon
qui ait écartelé fes armes
de l'illuftre Maifon de Châtillon
, à caufe d'Ifabelle de Châ
tillon fa mere. Il épousa Jeanne
de Bourlement , heritiere de la
Maifon de Bourlemont, fille de
HenrySire deBourlemont, & de
Beatrix de Joinville; & par cette
alliance lamaifon deBourlemont
qui defcendoit des anciens
134 MERCURI
Comtes de Vaudemont , eft en
trée dans celle d'Anglure par le
mariage de cette heritiere. Du
mariage de Jean d'Anglure ,
dit Saladin , avec Jeanne de
Bourlemont , eft forti un fils
unique , nommé Simon d'Anglure
, Seigneur d'Etoges &
de Donjeu de Bourlemont ,
&c. qui époufa Iſabeau du
Châtellet , fille de Renaut du
Châtellet , & de Jeanne de
Chaufour , Dame de Neuilly ,
iffuë des anciens Comtes d'Alface.
De ce mariage font fortis
quatre enfans mâles , & trois
filles. Le premier fut Jean d'An
GALANT 135
glure , Seigneur de Donjeu ,
quia continué la branche aînée,
& qui a fait celle des Marquis
de Coublans , dont feu le der-
Marquis de Coublans , M' les
nier de cette branche qui n'avoit
point cu d'enfans mâles , a
fait porter le nom d'Anglure
au fecond fils de fa fille aînée .
qui avoit eſté mariée à feu M
le Comte de Poitiers , dont la
grandeur de la Maiſon eft connuë.
Le fecond Saladin d'Anglure
, Seigneur d'Etoges , a fait la
branche des Vicomtes de ce
nom, tombée dans la Maiſon
136 MERCURE
de Savigny , par le mariage d'u
ne fille unique.
Le troifiéme fut Colas d'Anglure
, qui a fait la branche des
Seigneurs & Comtes de Bourlemont.
Oger d'Anglure , quatriéme
fils , fut Evêque de Marfeille
.
Anne d'Anglure , aînée des
trois filles , fut femme de Balthafart
d'Hauffonville , dont
font iffus les Barons d'Hauffonville
& Comtes de Vaubecour.
Jeanne d'Anglure , Abbeffe de
Remiremont
; & Marguerite
d'Anglure , qui époufa N....
Seigneur de Pont - fur - Seille ,
GALANT 137
dont eft venue une fille mariée
à Jean de Savigny , Seigneur de
Rhone.
Colas d'Anglure , troifiéme
fils de Simon d'Anglure , &
d'Ifabeau du Chaftellet , fut
Ecuyer d'Ecurie du Roy , &
ajoûta à fes armes celles de
Bourlemont fur le tout , à caufe
de Jeanne de Bourlemont
fon Aycule. Il époufa le 26 .
Juin 1471. Marguerite de
Montmorenci , Dame de Conflans-
Sainte- Honorine , fille de
Jean fecond , Baron de Montmorenci
, grand Chambellan
Juin 1706.
...M
138 MERCURE
de France , & de Marguerite
d'Orgemont.
ci
On voit dans les preuves
que
de la Maifon de Montmorendés
l'an 1463. Haur
& Puiffant Monfieur Simon
d'Anglure , Seigneur d'Eftoges
, & Noble & Puiffante
Dame Madame Ifabelle du
Chaftellet fa femme , declarent
avoir fait partages & divifions
de leurs biens & fucceffions
à leur Enfans ; ce qui fut
donné à Colas d'Anglure qui
n'eftoit que troifiéme fils eft
une belle
preuve de la grande
puiffance de la Maiſon d'AnGALANT
139
glure. Entre plufieurs Seigneu
ries qui luy échurent , il cût
celle de Bourlemont , & il a
fait la tige des Comtes de ce
nom. Le celebre Anne de
Montmorenci , Connétable de
France , eftoit neveu paternel
de ladite Marguerite Dame de
Bourlemont , qui mourut au
Château de Bourlemont le 29.
Septembre 1498. & Colas
d'Anglure fon mari , le 22. Juil
let 1516. Tous deux ont leur
વી
Maufolée dans la Chapelle de
Bourlemont. De leur mariage
eft venu un fils unique , nommé
Saladin d'Anglure , Cheva-
Mij
140 MERCURE
lier , Baron de Bourlemont
Seigneur de Conflans Sainte
Honorine , de Mellay , & autres
lieux. Il époufa en premieres
nôces , Helene de Mailly , fille
d'Adrien de Mailly , Sire de
Conty & de Jeanne de Bergues ,
dont il n'a point cu d'enfans . Il
époufa en fecondes nôces Marguerite
de Ligneville, Dame de
Jantonville , dont il eût quatre
fils. L'ainé fût René d'Anglu
re , Seigneur de Meflay & de
Ligneville , Grand Maiſtre de
Lorraine. Jean d'Anglure , Chevalier
de Malthe , Grand Bailly
de la Morée. Claude d'AngluGALANT
141
re Abbé de Mureau , Abbaye
fondée par les anciens . Seigneurs
de Bourlemont.
René d'Anglure aifné de
Saladin , ainfi qu'il eft dit- ci
deffus, époufa Antoinette d'Apremont
, fille unique de Jean
d'Apremont , Prince d'Ambli
fe ; & d'Antoinette de Brandebourg.
Cette heritiere apporta
par fon mariage quantité de
belles Seigneuries à la Maiſon
de Bourlemont ; entre autres
la Principauté d'Amblife , la
Vicomté de Sorel , la Souveraineté
de Lumes , & la Baronie
de Buzanci. De ce mariage
142 MERCURE
font fortis un fils & trois fillesz
Lefils fût Africain d'Anglure ,
dont il eft parlé ci -aprés ; Jacqueline
d'Anglure , époufe de
François de Mailly,Seigneur de
Clinchamp ; Jeanne d'Anglure,
qui époufa Gabriel de Boneval
, Seigneur de Ranchefort
& de Salignac , Françoile d'An
glure , mariée à un Seigneur de
Châtelus ; & en fecondes nôces
au Baron de Blaigny .
Africain d'Anglure , Che
valier , Baron de Bourlemont ,
Prince d'Amblife , Grand Maî
tre de la Maifon des Ducs de
Lorraine & Maréchal du BarGALANT
143
rois époufale 14 Septembre des
l'an 1578. Marguerite de la
Baume , fille de François de la
Baume , Comte de Montrevel,
& de Françoife de la Baume fa
coufine,nicce du Cardinal de la
Baume , Archvêque de Befançon
, & Viceroy de Napless
fous Philipe fecond Roy d'Ef
pagne. Ce Cardinal fut preſent
au Contrat de Mariage , &
le figna. De ce mariage eft iffu
Claude d'Anglure, pere de feu
M' le Comte de Bourlemont ,
qui vient de mourir ..
7
M Charles de Vergeur- dela
Granche,Chevalier, Seigneur
144 MERCURE
de Courlandon & de la Mal
maiſon , Maréchal des Camps
Armées du Roy , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de S.
Louis , eft mort en cette Ville
âgé de foixante - cinq ans. Il
avoit quitté le Service à caufe
de fes incommoditez . Il y avoit
acquis beaucoup d'eftime : La
valeur qu'il avoit fait voir en
plufieurs occafions trés- impor,
tantes , l'experience qu'il avoit
dans la diſcipline Militaire , &
fa prudence dans la conduite
des affaires qu'on luy avoit confié
, luy avoient acquis une folide
réputation & la confiance
des
GALANT 145
des Generaux , fous les ordres
de qui il avoit fervi , & celle
de ceux qui avoient fervi fous
les fiens.Ol
Me de Courlandon eftoit
d'une tres - ancienne Maiſon ,
connue dans le Royaume depuis
plufieurs fiecles & alliée
aux plus confiderables Maifons
des Provinces de Bourgogne &
de Champagne.Le nom de Ver
geur étoit déja connu en France
fous le régne de Philippe le Bel ;
& plufieurs perfonnes de cette
Maiſon parurent avec diftinction
à la Cour de ce Prince , &
à celle des Princes fes enfans.
Juin 1706.
N
146 MERCURE
Sous le régne de Henry II. &
fous celuy de Charles IX. &
d'Henry III . Mrs de la Granche
- de Vergeur furent diftinguez
par diverſes marques de la
confiance de leurs Rois , & leur
zele
pour
le fervice
de
ces
Prin
cès
éclata
en
plufieurs
occafions
importantes
, & fur
tout
dans
les
troubles
de
la Ligue
,
qui
durerent
en
France
pendant
une
grande
fuite
d'années
.
Le Pere AntoineVerjus , Directeur
General des Miffions
que les Jefuites de France ont
à la Chine & aux Indes Orien
GALANT
tales , mourut le 16. du m
dernier , en leur Maiſon Profelfe
de Paris , âgé de 75. ans.
C'étoit un homme illuftre dans
La Compagnie , par fa folide
picté , par fon zele pour la Propagation
de la Foy & la Converfion
des Infidelles , & par les
ſervices
importans qu'il a rendus
à l'Eglife . On doit au defir
ardent qu'il avoit de faire connoître
Jefus - Chriſt juſqu'aux
extrêmitez du monde , les établiffemens
confiderables que les
Jefuites François ont fait depuis
quinze à vingt ans à la
Chine & aux Indes Orientales .
Nij .
148 MERCURE
1 par
où ils convertiffent chaque an
née un grand nombre d'Idolâtres
, comme on le peut voir
les Lettres écrites de ces
Miffions , qu'on a données depuis
quelque temps au Public.
Quoique lePereVerjus ait beau
coup écrit & avec une grande
politeſſe , il ne nous reſte de lui
que la Vie de faint François de
Borgia , que les connoiffeurs
regardent comme un chefd'oeuvre
; & la Vie de Mr Michel
le Nobletz , ce celebre &
fameux Miffionnaire de la baffe-
Bretagne, qu'il écrivit en fa jeuneffe.
GALANT 149
· Le Pere Verjus a eu trois freres
; M l'Abbé Verjus , l'aîné
de tous , quoique mort dans un
âge peu avancé , s'eſtoit rendu
illuftre dans la Republique des
Lettres , par fon efprit , par fon
éloquence & par fa vafte érudi
tion , qui luy acquirent l'eftime
de tous les fçavans de fon tems.
On a imprimé aprés la mort
un Tome de Panegyriques ,'qui
font voir la beauté de fon genie
, & le talent qu'il avoit pour
la Chaire.
Le fecond eft M' le Comte
de Crecy , fi connu par fes importantes
négociations en Al-
N iij
150 MERCURE
lemagne , & par la Paix de Rifwick
, dont il étoit un des Plenipotentiaires.
Le troifiéme eft M l'Evêque
de Grace , qui édific le troupeau
qu'on a commis à fes
foins , par la régularité de fes
moeurs , par la pureté de fa
doctrine & par les grandes aumônes
qu'il fait aux pauvres.
Mr le Comte de Crecy a
époufé Dame Marie- Marguerite
de Ratabon , foeur de Mr
l'Evêque d'Ipres , & de feu Mr
de Ratabon, Gentilhomme ordinaire
du Roy , & fon Envoyé
à Genes , dont il a eu Louis ,
GALANT 151
Marquis
de Crecy , Colonel
du
Regiment
de Boulonnois
, &
Mlle de Crecy , dont l'efprit
&
Fagréement
répondent
à ſa ſolide
pieté
.
La famille du Pere Verjus ,
eft noble & ancienne . Simon
Verjus , Secretaire du Roy ,
aprés avoir efté honoré avant
l'année 1437. de divers emplois
importans par Charles VII . fur
mis auprés du Dauphin ſon fils.
Ce Prince qui regna depuis fous
le nom de Louis XI . eut pour
lui la même confideration qu'avoit
eu le Roy Charles VII , fon
perc.
N iiij
152 MERCURE
Simon Verjus eut pour fils ,
Alexandre Verjus , qui époufa
Dlle Marie de Hemery , dont
il cut Simon, Alexandre & Antoine
Verjus , tous fucceffivement
Seigneurs de la Terre des
Marêts prés de Provins , avec
les mêmes droits & les mêmes
dépendances que Mr le Comte
des Marêts , Grand Fauconnier
de France , la poffede aujourd
huy .
Pendant les quinziéme & ſeiziéme
fiécles , il y a eu en cette
famille plufieurs Prefidens &
Confeillers au Parlement de Paris
, qui fe font diſtinguez par
GALANT 153
fon
leur mérite. Entr'autres André
Verjus , Prefident aux Enquê
tes nommé à l'Evêché de
Bayeux , par le Roy François I.
& Jacques Verjus fon neveu ,
Confeiller au Parlement , qui
fut employé auffi bien
que
oncle , dans diverfes négociations
avec la Cour de Rome,&
les Legats du Pape en France ,
& avec les Religionnaires & les
Factieux de ce tems - là. Ainfi on
peut regarder l'habileté pour
les négociations , comme une
qualité hereditaire dans cette
famille .
Mr N.... de Plettenberg ,
154 MERCURE
&
Evêque & Prince Souverain de
Munfter , eft mort d'apoplexie ,
dans un âge fort avancé ,
dans fa ville Epiſcopale. Munfter
eft une ville Imperiale &
Anfeatique d'Allemagne
en
Weftphalie , & le Siege d'un
Evêque Prince de l'Empire, &
Seigneur de la Ville & de fon
reffort. Les Latins la nomment
Monafterium. Cette Ville
eft celebre par le Royaume
fantaftique des Anabaptiftes ,
qui s'y établirent dans le feiziéme
ficcle , ayant nommé
pour leur Roy un Tailleur d'habits
, nommé Jean de Leiden.
GALANT 151
Les Plenipotentiaires des Princes
de l'Europe affemblez en
partie dans cette Ville pour y
travailler à la Paix generale , y
firent en 1648. le Traité dit
de Munſter. Les habitans de cette
Ville le révoltérent quelques
années aprés contre leur
Evêque ; mais il les fit rentrer
dans leur devoir en 1661.aprés
un long fiege. Charlemagne
fonda l'Evêché de Munfter
dont Ludger fut le premier
Evêque ; il mourut l'an 809 .
Coësfeldt eft une des refidences
des Prelats de Munfter ; ils
ont auffi Borkelo , qui fut en
156 MERCURE
1665. le fujet de la guerre que
Chriſtophle - Bernard de Gaalen
, alors Evêque de Munſter ,
fit aux Hollandois . Ferdinand ,
Comte de Furſtemberg , luy
fucceda. Le Chafteau de Munf
ter eſt détaché de la Ville , qui
eft grande & belle ; la Cathe
drale , la Maiſon de Ville , &
les Colleges , meritent d'y eltre
vûs.
Monfieur l'Evêque de Munfter
qui vient de mourir , a toûjours
efté fort attaché à la Maifon
d'Autriche
, quoy qu'il ait
eu en diverſes occafions de legitimes
ſujets de ſe ſeparer de fes
GALANT 157
interefts. Il eftoit d'une tresancienne
maiſon & alliée aux
plus grandes d'Allemagne , &
même à une partie des Souve
raines. Ce Prelat eftoit d'une
humeur plus paifible que le fameux
Bernard de Gaalen , qui
a fait la guerre aux Hollandois,
& qui a mis le premier les bombes
en ufage.
M' le Comte de Trautmanfdorf
, Lieutenant general des
Armées de l'Empereur , & fon
Ambaffadeur en Suiffe, eft mort
à Vienne , où il eſtoit allé depuis
quelque temps . Il avoit
laiffé,en partant,la conduite des
158 MERCURE
affaires à M' de Greuth, dont je
vous ay envoyé plufieurs Mcmoires
prefentez aux Louables
Cantons , dans lesquels on reconnoift
l'efprit & le genie de
M' de Trautmansdorf. Il avoit
longtems porté les armes avanc
que de s'attacher à la negocia
tion , & l'experience a fait voir
que fon ancienne profeſſion lui
convenoit mieux que la feconde
; toutes les affaires dont il
avoit efté chargé par le feu Em
pereur & par celuy- cy , ou ont
échoué , ou n'ont pas eu de
grands fuccés. L'affaire du Ca
pitulat de Milan eft une preuve
GALANT 159
de ce que j'avance : il n'y a rien
que ce Miniftre n'ait fait & n'ait
mis en ufage pour empêcher
les Suiffes de le renouveller , &
pour les engager dans des interefts
contraires à ceux des deux
Couronnes; mais toute fon éloquence
n'a fervi qu'à leur faire
connoître qu'il y a peu de fonds
faire fur les
engagemens que
l'on prend avec la Cour de
Vienne , & leur experience leur
a appris qu'il n'y a point de
Princes dans l'Europe fi religieux
dans l'execution de leurs
paroles que les Rois de Fran-
CC.
160 MERCURE
La Maiſon de M ' de Traut
manfdorf eſt ancienne dans
l'Empire ; elle eft originaire de
la ville de Trantfchin , Capitale
de la Province du même nom ,
fituée dans la haute Hongrie, &
qui a titre de Comté . Ce Comté
qui eft furlefleuve Vag, entre la
Silefie vers leSeptentrion, la Moravie
vers l'Orient , le Comté du
Turoczàl'Occident , & le Comté
de Nitrie, ou Nitrach,au Midy
, appartient aujourd'huy à la
Maifon d'Autriche. Les ayeux
de M' de Trautmanſdorf ont
eu les Gouvernemens d'Hermanſtad,
de Clauſembourg , de
GALANT 161
Weiffembourg ou Albe - Jule.
Son pere fut employé à pacifier
les troubles de Hongrie &
de Tranfylvanieil portoit les armes
en Hongrie dans le temps
que les Comtes de Serin &
Frangipani furent arreftez ; & je
crois que l'onpourroit dire qu'il
cut beaucoup de part à la cataftrophe
de ces Seigneurs. Une
ancienne Tradition de la Maifon
de Trautmanfdorf
porte
qu'elle eftoit déja connue , dans
la Boheme fous le regne d'Udaric
I. qui en fut le 20. Duc ,
& qui fit crever les yeux à for
frere Hiaromirius , & qui cur
Juin 1706.
162 MERCUR E
1
de Brefiflas de Beatrix , fille d'un
Payfan , qu'il époufa. Ileft vray
que ce Prince connut bien-toſt
fon injuſtice , & qu'il chercha
les moyens de rendre le Royaume
à fon frere. Il employa
pour cela Helicardus , Evêque
de Prague , qui les reconcilia
mais Hiaromirius voulut que
fon frere gouvernaft avec luy
Et ce fut dans ce temps - là que
Brefillas , fils d'Udaric , poffeda
le premier la Moravic en qualité
de Marquis , & où Gilles
de Trautmanfdof le fuivit &.
devint dans la fuite fon pres
mier Miniftre.
GALANT 163
Mr le Comte de Berka , cydevant
Ambaffadeur de l'Empereur
à Veniſe , & Confeiller
d'Etat , eft mort depuis quelque
temps . Il avoit efté employé
toute fa vie dans les négociations
, & il s'en étoit toûjours
tiré avec beaucoup de fuccés .
Le feu Empereur Leopold avoit
beaucoup de confiance en luy ,
& il l'avoit chargé, en diverfes
occafions , de plufieurs affaires
d'une difcuffion tres- délicate .
L'Ambaffade de Veniſe eſt une
des plus difficiles de la Cour de
Vienne le voifinage où eft
cette Republique , du Tirol qui
O ij
164 MERCURE
appartient à la Maiſon d'Autriche
, donne lieu quelquefois
à des difficultez qu'il eft de l'habileté
d'un Miniftre de terminer
promptement .Mr leComte
de Berka ayant demandé à fe retirer,
aprés avoir paffé quelques
années dans le cours des Ambaffades
, fut fait Membre du
Confeil d'Etat par le feu Empereur.
Il y étoit regardé comme
une des meilleurs têtes , &
il a efté fort regretté à la Cour
deVienne, où il laiffe beaucoup
de parens , & des fucceffeurs à
fes dignitez, & aux grands biens
qu'il poffedoit. Il eftoit d'une
GALANT 165
naiſſance tres -conſiderable , &
allié aux meilleures Maifons de
l'Empire..
Mr le Marquis de Ferrero ,
Chevalier de l'Ordre de l'Annonciade,
Grand Maître d'Hôtel
de la Ducheffe Doüairiere de
Savoye , cy- devant Ambaſſadeur
du Duc de ce nom à la
Cour de France , eft mort à Turin
âgé de 84 ans . La maiſon
de Ferrero eft tres-illuftre dans
le Piedmont ; elle a produit
4
cinq Cardinaux. Boniface Ferrero
, Cardinal , Evêque de Verceil,
étoit frere de Jean -Eſtienne ,
dont je vais parler . Leon X
166 MERCURE
le fit Cardinal le premier Juil
let de l'an 1517. & par cette
promotion , il voulut témoi
à Sebaftien Ferrero , pere
gner
de Boniface , la reconnoiffance
qu'il avoit de beaucoup de fervices
qu'il en avoit reçûs . On
nomma alors Boniface , Cardinal
d'Yvrée , parce qu'il étoit
Evefque de cette Ville ; il le fut
enfuite de Nice & de Verceil . Il
fe trouva aux Elections d'Adrien
VI. de Clement VII. &
de Paul III. Ce dernier l'avoit
deftiné pour prefider au Concile
qu'on avoit indiqué à Vicenze,
& qui fut tenu à Trente,
GALANT 167
Jean Eftienne Ferrero, frere de
Boniface , avoit déja cfté fait
Cardinal par le Pape Alexandre
VI . Il fût Evêque de Vercoil,
puis de Boulogne . Alexan
dre VI. le mit dans le Sacré
College en 100 il mourut
en 1510.agé de 36. ans . Il aimoit
fort les gens de Lettres.
Pierre-François, Cardinal, Evêque
deVerceil, étoit fils de Geo
froy fieur deCafaleValone, Prefident
au Senat de Milan , pour
le Roi François I. Il fe trouva en
cette qualité d'Evêque de Verceil
au Concile de Trente , dont
il fit publier , les Decrets dans
$168 MERCURE
fon Diocefe , où il fonda un
Seminaire pour les Ecclefiaftiques.
Philibert , fon frere , fut
auffi Cardinal , & il fut le Mccene
des gens de lettres en Italie.
Le Cardinal Pierre - François
refigna fon Evêché à Gui
fon neveu , & il alla finir fes
jours à Rome. Ce Gui fut enfuite
Cardinal de la Promotion
que Pie IV. fit au mois de Mars
de l'an 1565. il reçut les orne
mens de cette nouvelle dignite
des mains de Saint Charles , qui
tenoit alors un Concile Provincial
à Milan. Il mourut à
Romele 16. May de l'an 1585.
Son
GALANT 169
Son corps fut enterré dans l'Eglife
de Sainte Marie Majeure ,
auprés de celuy de fon oncle.
La maifon de Ferrero eft une
branche d'Aciaoli de Florence,
qui en fortit durant les guerres
civiles des Guelphes & des
Gibelins. Elle a produit de
grands hommes. Sebaſtien Ferrero
, pere de deux Cardinaux
dont j'ay parlé , fonda les Chanoines
Reguliers à Biele. M¹ le
Marquis Ferrero qui vient de
mourir , s'eftoit fait beaucoup
eftimer dans les negociations
dont il avoit efté chargé.
Le fameux Collay , Aftrolo
**** Juin 1706 !!
P
170 MERCURE
gue , eft mort fubitement à
Londres , en marchant dans les
ruës. Si ce genre de mort avoit
efté prédit par cet Aftrologue ,
il auroit acquis à fa memoire
une plus grande reputation que
fes ouvrages luy ont attiré pen
dant fa vic ; ou du moins il au
roit dû imiter le celebre Jerôme
Cardan , qui aprés avoir
prédit que fa mort arriveroit
un tel jour , fe laiſſa mourir de
faim , pour conferver fa repution.
Le ficur Collay avoit efté.
fort lié avec Oates , dont je vous
ay appris la mort il y a quel
que temps , & qui s'eſt fait connoiltre
dans le monde pour
GALANT 171
avoir efté l'Auteur d'une horrible
calomnic contre quelques
membres d'une illuftre & fainte
Societé, & qui fit perdre la vie à,
Londres, par fa delation , au P.
Whitebread , & aux Peres Guil-
Jaume Jocland , Jean Fenwich ,
Thomas Pichering & JeanGrova.
Bedlaw fut l'allocié d'Oates
dans ce deffein monſtrueux ; &
l'un & l'autre furent les auteurs,
fur la fin du regne de Charles
H.d'une des plus grandes perfecutions
qu'ayent fouffert en
Angleterre
les Miffionnaires
Catholiques. Oates & Bedlow
n'accufoient pas moins ces
Pij
12 MERCURE
-SS . Religieux , qu'on peut certainement
regarder comme des
Martyrs , que du deffein de vouloir
bouleverser l'Etat , renverfer
la Religion dominante du
Pays,& en changer le Gouvernement.
Quelques - uns ont
dit que ces deux delateurs
eltoient Catholiques Romains,
mais on aura peine à croire
qu'undeffein fi noir ait efté conçu
par deux Catholiques.contre
leurs freres . Oates eut l'im
pudence de propoſer juſqu'à
80. chefs d'accufation , & de
forger une hiftoire de plus de
quinze ans,ſuivic & bien foûte
GALANT 173
4
nue pour donner de la vrayfemblance
à fon impoſture. Le
ficur Collay a compofe plu
fieurs livres d'Aftrologie.
Aprés tant d'articles de morts,
je dois vous parler d'un article
qui doit vous faire beaucoup de
plaifir ; puifqu'il vous apprende
vivre long- dra le
moyen
temps . Je vous parlay le mois
dornier de la mort de M' Billet ,
qui a vêcu quatre - vingt dixhuit
ans . Voicy un Memoire
qui m'a cfté envoyé à l'occafion
de cet Article , qui merite
beaucoup d'attention , & qui
plaira fans doute à tous ceux
P iij
174 MERCURE
aiment la vie.
Croix
Ce qui a fait vivre Mr Billet
prés de cent ans ,fans aucune maladie
ny infirmité, eftune eau naturelle
, dont lafourcefe trouve dansfa
maifon , rue des Boulets , prés la
Fauxbin,fauxbourgS.Antoine.
Il fe fervoit de cette eau dés
qu'ilfefentoitla tête unpeupluspe
fantejou le coeurmoins bien qu'àfon
ordinaire. Des gens de diftinction ,
même du premierrang en reffentent
les bons effets , aprés en avoir
bû cinqou six jours , ilsfe trou
dent même une gayeté qui ne leur
eft pas ordinaire. Le fils de Mr
Billet eftant fort defintereßé , fait
GALANT 175
aujourd'huy diftribuer cette eau
gratuitement à tous ceux qui en
viennent demander,
Les douces purgations qu'elle opere
contre la bile, les maux de coeur, les
pefanteurs de tefte , les dégoufts ,
les autres chofes contraires
une parfaite fanté , la rendent
d'autant plus agreable , que l'on
peut en boire à jeun deux verres ,
d'une heure à l'autre , & vacquer
à fes affaires , fans eftre obligé de
garder la chambre.
La vertu de cette eau ſe fait
même voir jufque dans les plantes
du lieu d'où l'on la puife . Les
beaux orangers & les beaux myr-
Piiij
176 MERCURE
que
le vin
thes de ce lieu , ainſi
exquis que produisent fes vignes,
en font une preuve convaincante
.
La fource de cette eau eft intariffable
, & fi particuliere
au lieu où
elle eft, que l'onpeut en tirer en toute
faifon jufqu'à 50. muids chaque
jour,& que quelques tentatives
effudiations que l'on aitfait, tant au
d:ffus qu'au deffous, & àl'entourde
cette fource l'on ne l'a pû rencontrer
ailleurs qu'à l'endroitd'où ellefourd.
Mrs Patin , Brayé Moreau
, celebres Medecins , l'avoient
en une eſtime toute particuliere ,
en buvoient toutes les fois qu'ils approchoient
de cette fource , & qu'ils
GALANT 177
venoient admirer les orangers , les
myrthes & les arbrisseaux fingu .
l'on en arrofe . Ces Mrs
qui
liers
que
Le
piquoient
en
cela
de
fuivre
le
penchant
qu'eut
autrefois
pour
elle
,
celuy
qui
l'honora
le
premier
du
nom
d'Eau
fanative
,
toutes
les
fois
qu'il
en
parloit
,
qu'il
en
ufoit
comme
eux
, difoit
qu'elle
eftoit
un
trefor
caché
en
cette
Ville
,
&
un
fingulier
bien
- fait
de
la
nature
. C'eſt
le
fameux
Mr
de
la Broffe
, cet
ancien
fage
Intendant
du
Jardin
du
Roy
pour
les
Simples
. Mr
Brayê
en
faifoit
prendre
de
temps
en
temps
.
à une
illuftre
Princeffe
, qui
a vécu
J
178 MERCURE
prés d'un fiecle par la fageffe defes
ordonnances ; & cette Princeffe , en
que
cette eau reconnoiffance du bien
luy faifoit , alloit fouventfe promener
dans le lieu où eft fa fource.
On doit avertir le Public , que
Mr le N. fameux Chymifte
trouve dans cette eau un peu moins
deforce qu'il n'y en a dans celle
de Paffi ; ce quifait que les pur
gations qu'elle opere en font plus
douces , moins fenfibles lorf
qu'on commence à s'en fervir. Il
Jemble qu'elle ne faitprefque rien
le premierjour l'effet de ce premier
jour ne paroift qu'au fecond :
&fil'on veut en voir un effetplus
GALANT 179.
fenfible , on n'en prendra pas le
troifiéme jour. On recommencera
le quatrieme l'on en uferade la
forte , pendant cinq ou fix jours
feulement pour le recouvrement
d'une fanté égale à celle de Mr
Billet , qui s'en eftant fervi de
temps en temps de cette maniere ,
a vécu juſqu'à 98. ans , fans infirmité
fans rhumatisme , fans
goute, & fans aucunefoibleffe ny
engagement depoitrine parce qu'il
s'en fervoit dés qu'ilfe fentoitplus
pefant, & moins bien qu'àfon ordinaire.
Ilfe trouve une chofe tres -finguliere
qui regarde cette can ,
180 MERCURE
que l'on propofa il y a quelques
années , dans une des Conferen
ces de Mr l'Abbé Bourdelot .
fans neanmoins y faire connoiſtre
le lieu où eft la fource de cette eau ;
parce qu'on avoit alors des raifons
pour ne le pas declarer. Ony examina
pourquoy , lorſque les eaux
font hautes en tous les endroits qui
font ,foit au foit au deffous
, ou à cofté de cette fource ,fon
eau ne fe hauffe jamais avec elles .
au contraire , elle ne fe hauffe quand
elleparoift s'augmenter, que lorfque
les eaux voisines s'abaiſſent; & elle
ne femble s'abaiffer que torfque les
autres eaux fe hauffent. Les ScadeBus
GALANT 181
Dans quife trouvoient à cette con
ference , voulurent en donnerquel
quesraifons. Les Curieux de noftre
temps pourront examiner la chofe
de nouveau ; & l'on verra fideurs.
penfees fe rapportent à celles de
ceuxqui ont les premiers raisonné
fur des effets fifinguliers.
Tout ce qu'on peut dire du lit
de cette eau , eft qu'elle fort d'une
efpece de pierre creufée en maniere
de cul de chaudiere ; &que quelque
quantité d'eau que l'on en tire
parjour , elle eft prefque toujours
de même hauteur , de même gouſt
& de même poids , foit qu'il y ait
déja quelque temps qu'elle foit ti
182 MERCURE
rée , ou qu'elle la foit nouvelle
ment.
Un Abbé Sicilien fut mis , au
mois de Janvier dernier , dans
les Prifons de l'Inquifition de
Rome , pour avoir voulu re
nouveller le Dogme impie de
Pythagore, qui enfeignoit à fes
Difciples , que lorfque nous mourons
, nos ames paffent dans les
corps des autres hommes , ou dans
celui des bêtes : & quefi elles font
vicieuses , elles font pour un certain
nombre d'années renfermées
dans les corps des beftes immondes ;
qu'aprés avoir expié leurs crimes
, elles rentroient dans les corps
GALANT 183
des hommes, lorfqu'ilsfe formaient
dans le flanc de leurs meres. C'eſt
avec quelque raiſon qu'on a
appellé cette erreur , un officieux
mensonge. Voicy de quelle maniere
M de Brebeuf explique le
Dogme de la Tranfmigration.
*
Ils pensent que des corps , les
ombres divifées
Ne vont pas s'enfermer dans les
champs Elifees ;
Et ne connoiffent point ces lieux
infortunez ,
Qu'à d'éternelles nuits le Ciel
a condamnez.
Il parle des Pythagoriciens.
184 MERCURE
De fon corps languiffant une
ame feparée ,
En reprend un nouveau dans
une autre contrée :
Elle change de vie , au lieu de
la laiffer
;
Et ne finit fes jours , que pour
les commencer.
On vit paroître au commencement
du même mois de
Janvier , un Métcore furprenant
dans le Duché de Tarente,
au Royaume de Naples . C'étoit
une grande tache dans le Soleil ,
qui repréfentoit une croix couronnée,
accompagnée de deux
GALANT 185
flammes defeu : deux heures
aprés , la croix & la couronne
fe précipiterent vers le Couchant
; mais les deux flammes
ayant paru pendant plus de fix
heures , on les vit enfin s'évanouir
du côté du Levant. Je ne
fçais fi quelque Sçavant n'entreprendra
point de donner une
explication de ce Méteore. Ce
qu'il y a de certain , eft que
quoiqu'il en ait autrefois parû
de differentes fortes ; fçavoir
des lances flamboyantes des
clochers ardents , des javelots
brûlans , des traits de fett , des
chevrons de feu , des chevres:
►
Juin 1706 .
186 MERCURE
fautelantes , des étoiles volan
tes : les Philofophes qui fe font
exercez fur la nature de ces dif
ferens Méteores , n'ont pas en
cote fatisfait pleinement la curiofité
des Sçavans,
Don Charles Paceco Carafa,
Duc de Matalone , &c. n'ayant
point eu d'enfans de Dame
Charlotte Colonna , Romaine,
aprés fept années de mariage ,
toute la Ville de Naples ou ce
Duc eft fort aimé , n'a pas pris
moins de part à la joye que lui
vient de caufer la naiſſance d'un
fils , que tous les habitans des
terres qui appartiennent à ce
GALANT 187
pout dire que
Duc ; & l'on la
joye qu'en ont eu Monfieur le
Duc & Madame la Ducheffe
de Matalone , a cfté exceffive .
Ils ont fait des réjoüiffances extraordinaires
à Matalone , qui
n'eft éloigné que de quatre
lieues de Naples , ou fe font
trouvées plufieurs perfonnes de .
la plus haute diftinction , du
nombre defquelles eftoient
Monfieur le Cardinal de la Tremoille
, & Mr le Nonce Patri
zio . Monfieur le Duc & Madame
la Ducheffe de Matalone
, pour marquer là devotion
finguliere qu'ils ont à la Vierge ,
Qij
188 MERCURE
ont fait tenir fur les Fonts fo
jeune Duc de Matalone , par
un Moine de Servi di Maria ,
& par une pauvre fille de l'Hôpital
de la Anontiate ; & M
Squinofi , Evêque de Caferte ,
fit la Céremonie du Batême.
On ne peut faire une plus grande
figure que celle que ce Duc
fait à Naples , tant à caufe de
la grandeur de fa naiſſance, que
de la magnificence qui accompagne
tout ce qu'il fait , & des
belles qualitez qui luy attirent
l'eftime de tout le monde. Lorfque
le Roy d'Espagne alla à
Naples en 1702. ce Prince le
a
GALANT 189
fuivit en Lombardie , où il fit la
Campagne avec fa Majeſté ; &
il fit paroître tant de zele pour
le Service de ce Monarque, que
fa Majefté Catholique luy donna
à perpetuité , à luy & à fes
defcendans , le Traitement de
Grand d'Espagne, que fon pere
n'avoit eu que pour en jouir
pendant fa vie : il fut de plus ,
honoré de la Clef d'or par le
même Monarque . Le Traitement
de Grand , eft un honneur
que donnent les Rois d'Efpa
gne , qui n'eft pas Grandeffe.
Monfieur le Duc de Matalone
n'a qu'un frere , nommé Don
190 MERCURE
Lelio , qui voulut fervir dans les
Gardes du Corps , qui alloient en
Espagne pour le fervice de fa
Majefté Catholique . Don Lelio
a donné des marques de fon
courage en plufieurs occafions.
AIR NOUVEAU.
Voici le printemps de retour ;
Venus , l'Amour , Zephire &
Flore
-S'empreffent dés le point dujour
Aconvertir en fleurs , les larmes
de l'Aurore.
Tout nous enchante en ces aimables
lieux
f.
e Musique
et
THU
GALANT 191
De mille oifeaux le chant mélodieux
Se mêlant au doux bruit d'une
onde jaliſſante
,
Renouvelle en nos coeurs lafai
fon renaissante,
Cet air & ces paroles font de
Mr D .... Avocat de la Cour,
fuivant une nouvelle Mufique
dont je vous donnai le fyftême
il y a quelques années. Je vous
envoye l'une & l'autre Mufique.
Vous ayant déja parlé des
/ principes de ce nouveau fyftême
, je ne vous en diray pas
davantage , vous fçavez qu'il
192 MERCUKE
cft déja devenu public.
Il fe trouve chez le Sieur
MoëtteLibraire, ruë de la vieille
Bouclerie, à l'Etoile, dans un Livre
qu'il vend, intitulé , La Mufique
naturelle , avecfes airs & figures
en taille douce.
Vous fçavez que Mr l'Abbé
de Pomponne , Ambaſſadeur´
de France à Venife , y a fait fon
entrée publique. La relation de
l'entrée de cet Ambaffadeur
a- efté imprimée à Venife dans
la Langue du Pays ; & afin
quevous connoiffiez mieux de
quelle maniere les Venitiens
mêmes ont parlé de cette ens
trée ,
GALANT 193
trée , je vous envoye une Traduction
de cette Relation , faite
par un Italien , qui a dû mieux
entrer qu'un autre , dans le veritable
fens de la Relation faite
en Langue Venitienne .On peut
dire que cette Relation eft traduite
à la Lettre , & que le Traducteur
n'y a rien ajoûté , &
n'en a rien ôté.
A Venife le 15. May.
Mr. l'Abbé de Pomponne
Ambassadeur de France , fit ici
Dimanche , 9. de ce mois, fon entrée
publique & folennelle. Il fe
Juin 1706 .
R
194 MERCURE
rendit fans ceremonie , fuivant las
coûtume, à l'Ifle du S. Efprit ; &
Son Excellence, Mr le Chevalier
Louis Pifani, s'y eftant auffi rendu
avec foixante Senateurs en robes
rouges , il dépefcha le Secretaire
de la Republique pour donner avis
de fon arrivée à Mr l' Ambaſſa
deur, qui fe mit auffitoft en marche
pour se rendre à l'Eglife du .
S. Efprit. Monfieur le Chevalier
Pifani alla au devant de luy ,
Ø le complimenta au nom de la
Sereniffime Republique. Ils s'embarquerent
enfuite dans la gondole
de Mr le Chevalier Pifani ; &
tous ceux de lafuite de Mr l'Am
GALANT 195
bassadeur furent reçus dans les
gondoles des autres Senateurs : &
lorſqu'on fut arrivé au Palais de
Mr l'Ambassadeur, les compli
mens furent renouvellez de part
d'autre. Le lendemain matin,
Mrle Chevalier Pifani, avec le
même nombre de Senateurs , alla
prendre Mrl Ambaffadeur, pour
te conduire dans l'Excellentiffime
College, l'introduire àfapremie
re Audience publique, où aprés que
fesLettres de créance eurent efté ou
vertes & lûës, il fit un Difcours,
en François, àfa Serenité, dans lequel
il affura la Republique , que
le Roy conferveroit toûjours l'an-
Ri
196 MERCURE
les
cienne Alliance , & l'amitié que
les Rois fes prédeceffeurs avoient
eu pour elle , en ajoûtant , que
fentimens de Sa Majesté feroient
toujours les mêmes , au milieu des
plus grandes Victoires que pourroient
remporter à l'avenir les armes
du Roy fon Maiſtre. L'Audience
finie , Mr l'Ambaſſadeur
fut reconduit à fon Palais , avec
la même fuite , & avec les ceremonies
accoûtumées. Le jour de
l'Entréc de Mr l'Ambaſſadeur ,
& celuy de fon Audience, qui fut
le lendemain , on vit quantité de
gondoles remplies d'une infinité de
gens, qui vinrent admirer celles de
GALANT 197
de Mr l'Ambaffadeur, fur lef
quelles des ornemens dorez brilloient
de toutes parts . Elles eftoient
garnies de tres-beaux tapis & de
Couffins en broderie, faits enFrance,
dont l'ouvrage fut trouvé admirable.
Lesfigures qui ornoient la
premiere de ces gondoles, repreſentoient
la France & l'Hiftoire.
Cette derniere tenoit une plume,
paroiffoit prefte à écrire ce que
la France luydicteroit de merveil
leux , du Monarque qui la gouverne
aujourd'huy. On voyoit
dans la feconde gondole , Neptune
& Thetis , qui fe donnoient la
main ; ce qui faiſoit alluſion à la
R iij
198 MERCURE
jonction des deux Mers . Les há
bits des Pages & des Eftafiers répondoient
à la magnificence des
gondoles. Ceux des Pages , qui
eftoient au nombre de quatre
eftoient de velours orangé , chamarré
de galons d'argent, avec de
riches veftes de brocard. Ces Pages
eftoient accompagnez de douze Eftafiers
, vêtus d'un tres- beau drap.
orangé, chamarré de galons d'argent,
& de foye de la couleur de
la livrée ; leurs veftes eftoient de
damas. Tous leurs habits eftoient
garnis de tres-beaux noeuds d'épaule
; & ils avoient tous des plumets
blancs à leurs chapeaux. Tout
GALANT 199
ce qui regardoit le reste de leur babillement
eftoit d'une égale beauté;
ce qui formoit un spectacle tresagreable
. Je ne dis rien du refte de
la Maifon defon Excellence , chacun
ayant paru en cette occafion
d'une manière convenable au rang
qu'il y tient. Mr d'Arfy , Envoyé
de France auprés de Monfieur le
Duc de Mantoue & des Princes
de Lombardie, s'étoit rendu auprés
de Mr l'Ambaſſadeur
, ainſi que
plufieurs François , qui se trouvoient
alors dans les lieux les plus
oifins; d'où la curiofité avoit auffi
fait fortir plufieurs perfonnes de
qualité pour voir la magnificence
R
iiij
200 MERCURE
de Mr l'Ambaſſadeur. Les gondoles
du Nonce de Sa Sainteté,
celles de Mr le Prince de Santo
Buono , Ambaffadeur d'Espagne ,
de Mr le Refident de Mantouë, de
· Monfieur le Patriarche de Veniſe,
de Mr le Receveur de Malthe;
les Gentilshommes de tous ces
Mrs, qui rempliffoient ces gondoles
, accompagnerent toûjours Son
Excellence aux deux côtez de fa
gondole. Quelques heures aprés
l'Audience , Mr l'Ambaſſadeur
reçut le Regal de la Republique,
porté dans une Peote , ou Caleche
d'eau , qui confiftoit en une
grande abondance de rafraîchiffeGALANT
201
mens , & en divers prefens de
ce qui fe trouve de plus cu-`
rieux de plus fingulier dans
le pays. Son Excellence donna
des marques de fa generofité à
ceux qui eurent l'honneur de luy
prefenter toutes ces chofes . Depuis
le Dimanche aprés midy , jour de
l'Entrée , jufqu'aprés la nuit du
Lundi , le Palais de Mrl' Ambaffadeur
demeura ouvert à une infinité
de mafques , venus pour admirer
la magnificence des ameuble
mens, &pour entendre les concerts
d'inftrumens , feparez & placez
en plufieurs endroits , & particulierement
celuy qui eftoit dans le
202 MERCURE
fond du Fardin ( entierement illu
miné par de grandsflambeaux, tenuspardesftatues
dreffees fur leurs
piédeftaux , & par une infinité
d'autres lumieres. ) Ces divertiffemens
furent accompagnez d'une
triple décharge de boettes , an fon
des trompettes , des tambours &
des hautsbois
. On diftribua par tout
rafraichiffemens ; Son Excel
lence n'ayant rien oubliépour fai
re éclaterfa magnificence , & la
grandeur du Monarque qui l'a bonoré
du titre de fon Ambaſſadeur
.
Le peuple prit auffi part à cette
fefte , deuxfontaines de vin ayant
des
ร
coulé devant le Palais de Son ExGALANT
203
> cellence qui fit auffi prefenter du
pain à tous ceux quife prefenterent.
Je ne dois pas oublier icy que
Mr le Chevalier Pifani remplit
avec beaucoup d'éclat & de dignité,
l'employ que le Senat luy
avoit donné. Les livrées de fes
Gondoliers eftoient tres- magnifiques
; leurs juftaucorps eftoient
de velours cramoifi , chamarrez
de grandes boutonnieres d'or ,
leurs veftes de Satin à fonds
d'or.
Le Mécredy 12. Mr l' Ambaffadeur
eut une Audience particuliere
du Senat, où il reçut des réponfes
de la Republique , tantpour
204 MERCURE
le Roy , que pour les Princes du
Sang Royal.
>
A Lorfque je vous parlay
dans ma Lettre du mois d'Avril
dernier , du Mariage de
MileComte d'Arquiain , j'ignorois
qu'outre l'honneur qu'a
M Jouffelin de Marigny
fon épouſe , d'appartenir à Madame
la Chanceliere , à cauſe
de Dame Jeanne de Villemontée
, Dame de Marigny , fon
aycule , qui eftoit foeur de la
mere de feu M' le Prefident de
Meaupcou , pere de Madame
la Chanceliere ; elle a auffi celuy
d'appartenir à Madame la
GALANT 205
& à
>
Princeffe des Urfins ; à M le
Duc de Noirmontier
Monfieur le Cardinal de la
Tremoille, fes freres ; & à M
la Ducheffe de Chaſtillon , leur
niece , qui font iffus d'une des
filles de feu M' de Beaumarchais
Tréforier de l'Epargne ,
qui eftoit frere de Dame Renée
Bouhier , Dame de Marigny,
bifaycule de MⓇ Jouffelin ,
qui a encore l'honneur d'appartenir
au mefme dégré à M
la Maréchale de Noailles' , qui
eft iffuë, auffi bien que M's de
la Vieville , d'une autre fille de
feu M' de Beaumarchais.
206 MERCURE
1
On s'eft trompé lorfque
l'on m'a dit que M Rigolet
avoit achetté de M' le Marquis
de Dreux , le Regiment
de Bourgogne. Ce Regiment
a efté achetté en 1704. par M
le Marquis de Soyecourt , fils
de feu Mr de Boisfranc , Maître
des Requeſtes , & petit-fils
de M de Boisfranc ci- devant
fur Intendant des Finances de
feu S. A. R. Monfieur ; & auffi
petit -fils, du cofté de fa mere, de
feu M'le Marquis de Soyecourt,
Chevalier des Ordres du Roy, &
Grand Veneur de France , dont
les deux fils furent tuez à la
GALANT 207
.
bataille de Flerus , cn 1690 .
Le jeune Colonel dont je vous
parle , n'eft encore agé que de
vingt- ans ; il a herité de la va
leur de la maifon de Soyecourt,
dont fa mere a herité des
grands biens . Il a déja commencé
fa fixiéme
campagne.
Il s'eft trouvé aux deux batailles
d'Hochftet
, étant alors Capitaine
de Cavalerie
dans le
Dauphin Etranger ; & il fut
bleffe legerement
à la deniere ,
où il cût un cheval tué fous
luy depuis qu'il a achetté le
Regiment
de Bourgogne
, il
s'est trouvé aux batailles de
2c8 MERCURE
Caffano & de Calcinato. Il fe
diftingua fort lorfque Monfieur
le Prince Eugene voulut
forcer le pofte de Paradis ; de
maniere que Monfieur de Vendoſme
en arrivant luy donna
beaucoup de loüanges , fur les
mouvemens qu'il avoit fait faire
à fon Regiment , qui avoit
foûtenu les plus grands efforts
de l'armée ennemic . Ce Prince
ne l'a pas oublié dans la liſte
des Officiers qui fe font fignalez
à la bataille de Calcinato.
On peut
dire
que fa valeur eft
au deffus de fes forces , & fa
prudence au deffus de fon age.
GALANT 209
¿
On trouve peu d'hommes de
fon âge , qui fçachent mieux
manier les chevaux , & il en a
donné des marques devant
Monfieur le Duc de Mantouë ,
dont il a receu de grandes
loüanges. Ce jeune Marquis eft
neveu de M' le Duc de Gévres ,
Gouverneur de Paris , & il appartient
aux meilleures maifons
de l'épée & de la Robe .
Rien n'étant fi ordinaire
la mort vous ne devez pas vous
étonner fi j'en recommence
fouvent les articles . En voici
encore cinq.
que
M Jean de Beuzcling, Che-
Juin 1706 .
S
210 MERCURE
"
valier , Seigneur de Boſmelet ;
Baron d'Aufay , Seigneur de
Tofte, &c. ancien Prefident au
Parlement de Normandie. Il
n'a eu de fon mariage avec Dame
Renée Bouthillier - de Chavigny
, proche parente de M¹³
les Evêques de Troyes , que
M la Ducheffe de la Force.
Mr de Bofmelet étoit fort eftimé
dans le Parlement de Normandie
; il y avoit acquis la réputation
d'un Juge tres- éclairé,
& d'une exacte probité. Il étoit
allié aux meilleurs Maifons de
cette Province . Mrs de Faucon
de- Ris ; Mrs de la Croix, dont
GALANT ( 211
eftoit la premiere femme de
Mr de Carville , dont je vous
parlay le mois dernier , &plufieurs
autres perfonnes de cette
confideration touchoient de
fort prés à Mr le Preſident de
Boſmelet . Ses ancêtres ont poffedé
les premieres Charges du
Parlement de Normandie , de-
-puis l'établiſſement de cette
Compagnie , & ils étoient connus
en Normandie dés le tems
que les Anglois s'en rendirent
Maîtres. Le Magiftrat dont je
Vous apprens la mort , aimoit
-fort les belles Lettres , & ceux
qui s'y attachoient, étoient toû-
Sij
212 MERCURE
jours bien reçûs chez- luy : &
fa Bibliothéque qui étoit fort
belle , leur étoit toûjours ouverte.
Dame Marie- Jeanne Brunet,
épouſe de Mre Charles du Tiller
, Chevalier , Marquis de la
Buffiere , Maiſtre des Requeftes
Honoraire , & Prefident au
Grand- Confeil . Elle étoit al
liée à plufieurs bonnes Maifons
de la Robe ; & elle joignoit à
l'avantage d'une naiffance confiderable
, celuy d'eftre fort
eftimée dans le monde , & d'y
avoir acquis la reputation d'une
folide vertu. La Maifon du Til
"
GALANT 213
let où elle étoit entrée , eft une
des plus anciennes de la Robe.
Le nom du Tillet eftoit déja
celebre en France, fous le regne
de Charles V I. Ceux qui l'ont
porté , ont donné d'excellens
ouvrages au public. Ceux qui
regardent l'Hiftoire de France,
méritent fur tout de grandes
loüanges. Ils y ont confervé
pluſieurs anciens documens qui
n'auroient pas refifté à l'injure
des temps , ny à la barbaric des
derniers ficcles . L'Inventaire du
Tillet eft un trefor de Litterature
pour l'Hiftoire de France ;
ce Livre ſeul en vaut une infi
214 MERCURE
nité d'autres , pour faire connoître
la Nation Françoife ; &
il est peu d'ouvrages de ce genre
oùl'on trouver un fi grand
nombre de recherches curieufes..
!
re
&
Dame Marie de Brehant- de
la Roche- Bonnoeil , époufe de
M Paul Alexandre Petau
Confeiller au Parlement
Commiffaire aux Requeſtes du
Palais . Elle étoit d'une ancienne
Maifon originaire de Bretagne,
établie il y a déja long- ttemps
-à Paris , où elle a donné plufieurs
Officiers aux Cours Supericures.
Cette Dame eftoit
GALANT 215
alliée à la Maifon de Montholon
, & à celle de Thou par
plus d'un côté. Mr Petau eft
d'une famille fort connue &
fort eftimée dans la Robe , à
qui elle a fourni des ſujets d'un
grand mérite. Le celebre Pere
Petau, Jefuite , qui a enrichi le
public de tant d'excellens ou
vrages , & qui a donné les veritables
regles d'une bonne &
fûre Chronologie , eftoit de
cette Maiſon . La reputation
d'eftre un des plus fçavans hommes
de l'Europe , ne luy a jamais
efté conteſtée ; & il étoit
neceffaire qu'il parût pour nous
216 MERCURE
re
convaincre , que Jofeph Scaliger
n'eftoit pas fi habile qu'on
le publioit dans le monde .
Dame Genevieve Berthelot,
veuve de M Jean- Baptifte Ravot
, Seigneur d'Ombreval
Confeiller du Roy en fes Confeils
, & fon Premier Avocat
General en la Cour des Aides
eft morte dans de grands fentimens
de pieté ; & aprés avoir
paffé fa vie dans de faints exercices
. Cette Dame étoit d'une
-
Famille qui a produit des perfonnes
tres confiderables par
mi les gens de Lettres . Mrs Berthelot
ont toûjours cultivé les
Sciences
GALANT 217
y ont
Sciences avec beaucoup de foin,
& ils fait de grands progrés.
Le pere de la Dame dont
je vous apprens la mort , avoit
une grande connoiffance des
Sciences les plus abftraites. Il
eftoit né avec un genie trés fa
cile pour tout ce qui demande
le plus d'application , & la
plus grande contention . Je ne
vous dis rien de Mr d'Ombreval
; la memoire de fes difcours
publics : eft encore recente
& perfonne n'ignore qu'il étoit
undes plus éloquens Magiftrats
du Royaume. Il s'étoit attiré
dans l'exercice de fa Charge,
Juin 1706.
T
218 MERCURE
des applaudiffemens univerfels,
& on le regrette encore tous les
jours.
Mamellahov
Mre Henry Feydeau - des
Brou , Evêque d'Amiens , y eft
decedé vers le milieu de ce mois.
C'eftoit un des meilleurs fujets
du Clergé. Il avoit eſté Aumônier
du Roy ; il avoit prêché ,
pendant plufieurs années en differentes
Eglifes , & devant Sa
Majefté avec tout l'applaudiffement
poffible. Il fut nommé
Evêque d'Amiens aprés la mort
du Pere Faure Cordelier . Son
Dioceſe eftoit un des mieux reglez
de France ; il y faifoit tous
GALANT 219
'
་
les ans des vifites pendant plu
fieurs mois , & il y eftoit uni
verfellement aimé. Il eftoit fils
de Mr Feydeau , Seigneur de
Brou , Confeiller de la grande
Chambre du Parlement de Paris
, dont la famille eft ancienne
& fort étendue. Elle a plufieurs
branches ; du nombre defquelles
font celles de M'Feydeau- de
Calandre , Prefident en la quatriéme
Chambre des Enqucfres
; de feu Mr Feydeau-du Plef
fis , Maiftre des Requeftes.
mort Intendant à Pau ; de Mr
Feydeau de Vaugien , dont il
ya aujourd'huy un Comman-
Tij
120 MERCURE
deur de Malthe , & de Mr Fey
deau de Marville . Cette Mai
fon eft alliée de fort prés à cel
les du Lude , de Foix & de Ro
quelaure. M'Feydeau- de-Brou ,
mere de Mrl'Evêque d'Amiens ,
eftoit Marie Rouillé . Elle eftoit
foeur de feu Mr Rouillé- de-
Meflay , Confeiller d'Etat ; de
Mr Rouillé - du Coudray, mort
Maistre des Requeftes ; de M
Lavocat & de Mº de Varangeville
, decedées il y a long
temps ; & de Me d'Herbigny
, aujourd'huy veuve de M
d'Herbigny , Maiſtre des Requeftes.
M ' l'Evêque d'Amiens
7
GALANT 221
avoit eu pour frere aîné feu M
Feydeau - de Brou , Conſeiller
au Parlement
, enfuite M° des
Requeſtes, & Intendant àMontauban
& à Rouen , & depuis
Prefident au grand Confeil , qui
de Dame N.... Voifin- de Bouquaval
, a laiffé deux fils Confcillers
au Parlement
; & M la
Prefidente de Mefmes , decedée
l'année derniere
. Il avoit pour
foeur M de Richebourg
, vcuve
de feu M' Quentin- de Richebourg
, Seigneur de Saint-
Ange , Maistre des Requeftes ,
dont eft iffuë MⓇ de Caumartin
,
épouſe du Confeiller d'Etat &
T iij
222 MERCURE
Intendant des Finances de cè
nom . Ce Prelat a efté fort regretté
à Amiens , & generalement
dans tout fon Dioceſe ,
à caufe de fa picté , de fon zele,
& de fa charité envers les pauvres.
La piece qui fuit a efté publiée
à Montpellier, de la même
maniere que je vous l'envoye.
Elle eft de M ' Fizes , Profeffeur
Royal en Mathematique
dans l'Univerſité de la même
ville.
GALANT 223
L
-97 CALCUL
ET
OBSERVATION
9/3001 .
de l'Eclipfe Totale du Soleil
vûë à Mont- pelier , le 12 .
May 1706 .
Ses Phafes ont efté calculées far les
Tables Aftronomiques de Monfeur
de la Hire , & felon une
nouvelle Methode de calculer les
Eclipfes du Soleil.
C
CALCU L.
Le masin du 12. May.
Ommencement de
L'Eclipfe.
H.
8.23.32.
Tiiij
224 MERCURE
1
2. Commencement de l'entier
Obfcurciffement.
Fin de l'enticr Obfcurciffe
ment .
Durée de l'entier Obfcur
ciffement .
3. Fin de l'Eclipfe.
4. Durée de l'Eclipfe.
Milieu de l'Eclipfe.
Pour lors , le Centre de la
Lune vû , éloigné de celui
du Soleil vers le Nord.-
Le Difque de la Lune débordant
au- delà de celui du
Soleil, vers le Nord.
9. 31. 3€
9.34· 45 :
3.42.
10.46.13.
2. 22.41
H. M. S..
9.32.54
-29
I. 201
Et vers le Sud.
22.
OBSERVATION.
1. Commencement de l'Eclipfe.
H. M. Sa
8.28.00,
GALANT 225
"
2. Commencement de l'entier
Obfcurciffement.
Fin de l'entier Obfcurciffement.
Durée de l'entier Obfcurciffement
.
9.31.50
9.35.451
3.554
3. Fin de l'Eclipfe . 10.45.30%
4. Durée Obfervée de l'Eclipfc
. 2.17.301
L'Obfervation a efté fenfiblement
incertaine à l'égard du commencement
de l'Eclipfe. La bordu
re lumineuse de la Lune , dont il
fera parlé, a pú en eftre la castfe
. Ainfi on ne donne le temps
commencement de l'Eclipfe que
comme eftimé. Les autres temps
marquez dans l'Obfervation , ont
efté auffitrouvez un peu douteux.
du
226 MERCURE
CALCUL.
Sur l'entier Obfcurciffement ,
Obfervé de trois minutes ,
cinquante- cinq fecondes
1. Diamètre de l'Ombre de la
Lune fur la Terre, & la viteffe
avec laquelle elle y a paſſe.
1.Diamétre de l'Ombre fur
la Terre. 63. lieues
. L'Ombre a décrit à Mont-pelier , une
Corde, 53. lieuës. Viteffe
de l'Ombre
dans une minure
.
4. Et dans une heure .
€
14. lieuës .
812. lieuës.
On a negligé à deßein les Fractions,
GALANT 227
§. 2. Grandeur de l'Eclipfe au Nord
& au Sud de Montpelier.
AU NORD . AU SUD.
17. Lieuës. Centr .
49. L.Terme de la 15. L.T.de laTo-
Tot. tale.
97.11.DoitsEelip. 63.11.DoitsEclip
145. 10. Fri, 10.
193. 9. 159. 9.
241 .
8. 207. 8.
289. 7. 253. 7.
337. 6.
303.
6.
385. 5. 35. S.
433. 4. 399 4.
481. 3 . 447. 3.
$29. 2.
495. 22
577. I.
543.
A 17. Lieues au Nord de
Montpelier , où l'Eclipfe
a dû être Centrale , l'entier
Obfcurciffement doit
avoir duré.
M. S
4.40.
228
MERCURE
Dans le temps de la Conjon-
&ion, le Soleil a efté Vertical
à un Lieu de l'Ethiopie,
Oriental à l'égard du tage
Meridien de Montpelier, DMS.
de
Et de Latitude Nord.
29. 8. 45.
г8. 3. 43.
Il n'y a point eu d'Eclipfe en ce Lieu ,
à caufe que la Latitude de la Lune s'eft
trouvée plus grande que la famme des
Diamétres apparans du Soleil & de la
Lune, & que d'ailleurs il n'y a point eu
de Parallaxe...
I.
AVERTISSEMENT.
Ό
N prendra la peine de
voir fur une Mappemonde
, ou fur d'autres Cartes
Géographiques, les Lieux plus notables
, qui fe trouveront dans les
GALANT 229
diftances de Montpelier icy mar
quées.
2. Ces diftances nedoivent point
eftre regardées comme trés exactes;
Car pour n'y employer qu'an calcut
aifé, on y a négligé les Fra
ctions , & quelques differences Aftronomiques
, qu'il y peut avoir
entre Montpelier, & les Lieux qui
fe trouveront aux diſtances marquées.
3. Chacun pourra facilement
connoistre fur les Cartes Géogra
phiques , quels font les endroits de
la furface de la terre , où cette
Eclipfe n'aura point paru du tout,
quoyque le Soleil ait eſté ſur lear
Horifon
230 MERCURE
OBSERVATIONS . PHYSIQUES
Sur l'entier, Obfcurciffement.
L'Air a efté Obfcarci , comme au
milieu du Crépufcule
.
2. On a vû au tour de la Lune, une
bordure de Lumiere affez foible , mais
trés-diftincte..
Cette bordure de Lumiére étoit
la partie de la Lune , qui eft éclai
rée par le Soleil , en deça de fon
Hemisphere Superieur éclairé.Car
le Diamétre du Soleil étant plus
de cent fois plus grand , que celui
de la Lune , il éclaire plus de la
moitié de fon Globe,
3. La face de la Lune tournée vers la
Terre , & renfermée dans la bordure
EGALANT 231
Lumineufe , a paru , & a laiffé entrevoir
Les grandes Taches.
La Lumiére réflechie de laTerre
a éclairé dinſi foiblement , la face
inferieure de la Lune ; parce que
Hemisphere de la Terre éclairé,
& tourné vers la Lune , n'a efté
Obscurci que par un rond d'Ombre
, dont le Diamétre étoit feule.
ment de 63. Lieues , ainsi qu'il a
efté dit dans l'Article 1. du §. 1 .
4. On a vû Mercure , Saturne & Venus
, l'oeil du Taureau , & deux ou trois
autres Etoiles fixes.
Plufieurs perfonnes ont affuré avoir
vu un plus grand nombre d'Etoiles.a
5. Les Nuages ont rougi jufqu'à l'Aube
du jour , & au Couchant du Soleil,
232 MERCURE
Cela s'eft ainfi fait par les
raions du Soleil , que la Refration
avoit fait paffer dans l'Ombre
de la Lune.
6. Les Oifeaux voltigeoient en défor
dre vers les toits des maifons. On a vû
des Chauves-Souris . Et plufieurs per-
Tonnes attentives à voir l'état de l'E
clipfe , ont difcerné dans la ligne de la
Terre au Soleil, quelques Corbeaux, qui
auffitôt que le Soleil ceffa de paroître ,
s'éleverent tout droit vers le Ciel; &
dés le moment que le Soleil commença
à redonner fa Lumiere , fondirent vers
une plus baffe Région de l'air , où ils
reprirent leur vol Horifontal.
Quand le Soleil ceffa deparoif
tre, ces Oiseaux, quels qu'ils fuf
fent, s'éleverent vers le feul ObGALANT
233
jet qui leurfut alors vifible ; c'eftà
- dire, vers la foible Lumiere de la
Lune. Mais les Objets de la Terre
leur étant enfuite devenus vifibles
au moment de l'Emerfion du
Soleil, ces Oifeaux fondirent dans
une Région de l'air, où il fût plus
pefant , par confequent plus
propre à les foûtenir dans leur
vol.
HISTOIRE
De trois Eclipfes Totales de Soleil,
vûës à Montpelier.
ETTE Hiftoire a efté tirée d'un
Livre , où font contenues les chofes
memorables arrivées dans la ville
Juin 1706 . V그
234 MURCURE
de Montpelier. On la donne icy en victix
langage du Païs , & dans les termes du
livre , d'où on l'a tirée.
.gsv
Lo 14. May 1333.fo Eclipfi
del Solelh , entre horaNona baffa
eVefpras , que la Luna lo cobri.
Lo jorn tornet cafi nuéch.
Lan 1386. lo Dilus , premié
jorn de Fénover, que éra Luna
Novela , entre la feconda & la
terza hora del jorn , fo Eclipfi del
Solelh , tan gran e tant ofcur , que
apparian las Eftélas claras e lu-
Zens en lo Cél.
Lo
Divendres à 7.de Fung,
* 415 . que éra Luna Novéla , à
una bora e miéja del jorn , fo
GALANT 235
Ub
2940193
297eth.L'on vezia clarament
la Eftelas en lo Cel.
TRADUCTION
.
Le 14.May 1333 , il y eut une Eclipfe
de Soleil , entre l'heure de None & les
Vêprés . La Lune couvrit le Soleil, & le
jour changea prefque en nuit .
L'an 1386 le Lundi r. de Janvier, auquel
jour la Lune étoit Nouvelle , entre la feconde
& la troifiéme heure du jour, il y
eut une Eclipfe de Soleil , qui fut fi confiderable
, & l'Obfcurité fi grande , que
les Etoiles parurent claires & luifantes
dans le Cief.
Le Vendredy 7. de Juin 1415. Lune
Nouvelle, à une heure & demie dujour,
il y eut une Eclipfe de Soleil . On voyoir
clairement les Etoiles dans le Ciel.
Vij
236 MERCURE
M' l'Abbé de Polignac a efté
nommé par le Roy pour rem
plir la place d'Auditeur de Rote
pour la France , qu'avoit M.
le Cardinal de la Tremoille .
Cet Abbé eft d'une des plus
anciennes maifons d'Auvergne.
Le Vicomte de Polignac,
qui defcend de cette maifon
, a la feconde place dans les
Etats de Languedoc . M' le
Marquis de Polignac , frere de
celuy dont je vous parle , eft
Maréchal de Camp ; il a époufé
Mlle de Rambures , dont la
beauté a fait beaucoup de bruit.
Feu M' leMarquis de Polignac,
GALANT 237
fon pere , a cfté Chevalier des
Ordres du Roy , ainfi que M' le
Vicomte dePolignac fon ayeul.
Mi l'Abbé de Polignac eft de
l'AcademieFrançoife & Docteur
de Sorbonne . Il a cfté Ambaffadeur
en Pologne. Il avoit
cfté auparavant Conclavifte de
M le Cardinal de Bouillon à
l'élection d'Alexandre VIII .
La Rote eft une Jurifdiction
à Rome , compoſée de douze
Prelats qui jugent par appella
tion de toutes les matières Ecclefiaftiques
& prophanes , entre
les gens d'Eglife . On les
nomme Auditeurs de Rote; & co
238 MERCURE
nom vient de ce que le pavê de
la Chambre où ils s'affemblent
pour examiner les affaires , ou
pour rendre la juftice , eft de
marbre , figuré en forme de
rouë. Cette Jurifdiction eft
compofée d'Auditeurs de plu
fieurs nations. Il y en a huit
Italiens , ( fçavoir , trois Romains
, un Tofcan , un Milanois
, un Boulonnois , un Fer-
Tarois , & un Venitien ; ) u
-François ; deux Eſpagnols ; &
un Allemand. Le Pape Jean
XXII. établit cès Juges ; Clement
VIII. augmenta leurs
privileges ; & Alexandre VIL
GALANT 239
les fit Soûdiacres Apoftoliques.
Ils portent une Robe violette ,
le cordon de même couleur à
leur Chapeau. Ils ont chacun
centroDucats d'appointemens
par mois , & le Doyen en adeux
cent.
业务
Les nations qui fourniffent
des Auditeurs à la Rote , choififfent
toûjours les perfonnes
les plus diftinguées , tant par la
naiffance que par l'efprit . M
de Bourlemont, mort Archevêque
de Bordeaux , & M' d'Hervaux
, aujourd'huy Archevêque
de Tours , l'ont eſté avant M
le Cardinal de la Trémoille.
240 MERCURE
Vous fçavez que les Papes ne
donnent point de Chapeaux
aux Couronnes , dans la premiere,
promotion de Cardinaux
qu'ils font aprés leur élevation
au Pontificat ; mais ils
ne manquent jamais d'en donner,
tant aux Souverains qui ont
droit d'en nommer , qu'à ceux
qui en prefentent en Suppliant,
ce que l'on peut appeller droit
fupplication. A peine le Roy
eut- il appris que le Pape avoit
fait fa promotion , que Sa Majefté
nomma aur Cardinalat le
Prince Armand- Gaſton de Rohan
, Evêque de Strasbourg ,
de
fils
?
GALANT 241
fils de M le Prince de Soubife.
Cette prompte nomination fait
connoiftre que le Roy eft pleinement
informé du grand merite
de ce Prelat , & que Sa Majefté
n'en trouvoit point dans
fon Royaume de plus digne de
remplir la place de Prince de
l'Eglife . Je vous ay ſi ſouvent
parlé de fa Maifon , & de la
maniere dont ce Prelat a brillé ,
tant en Sorbonne , & pendant
le temps qu'il a eſté Grand- Vi
caire de Paris , lorfque Monfieur
le Cardinal de Noailles
eftoit à Rome , que depuis qu'il
a efté élevé ſur le Siege de Straf-
Juin 1706.
X
242 MERCURE
bourg , que je ne vous dirois
rief aujourd'huy qui ne vous
foit parfaitement connu . J'ajoûteray
feulement qu'il y a
peu de Chapitres dans le mon
de , auffi illuftres que celuy de
Strasbourg , & que les Chanoi.
nes qui le compofent pouvant
leur naiffance afpirer aux !
plus hautes dignitez, & même
Souveraines
; il faut que celuy
qui eft à leur tefte , forte
d'un fang des plus illuſtres , &
que fan merite fait generalepar
aux
ment reconnu.
La valeur n'attendant fouventpas
le nombre des années ,
I N
"
GALANT 243
le Roy n'attend pas auffi que
Ton foit dans un âge avancé
pour la recompenfers fçachant
bien que l'ardeur d'un verita
ble Brave fe redouble lorsque
fon Souverain ne luy fait poinc
attendre les récompenfes dues
afa valeur. L'Etat s'en trouve
fouvent mieux , puifque la reconnoiffance
jointe à la valeur
font fouvent faire des prodiges
aureames genereufes on a
Hou d'en'attendre de Mile Duc
de Noailles que leRoy vient de
nommer Lieutenant General,
Jamais homme de fon âge ne
s'eft diftingué de plus d'une
X ij
244 MERCURE
maniere en fi peu de temps : &
l'on peut dire que depuis le prémier
jour qu'il eft entré en Catalogne
, juſqu'au jour qu'il en
eft forti , tout ce qu'il a fait
n'a efté qu'un continuel enchaînement
d'actions dé
prudence
, de conduite & de valeur
; & que dés qu'il a commencé
à commander en chef
une armée , il s'eft trouvé auffi
peu embaraffé de ce commandement
, que s'il l'avoit cu depuis
plufieurs années. On ne
peut rien ajoûter à la maniere
dont il a conduit
l'avantgarde
de l'armée qui fe retiroit de
GALANT 245
Catalogne ; & l'on pourroit
direque fon nom feul & la ré,
putation de fa fagefſe & de fa
conduite ont écarté les Miquelets
& les Sommetans , qui
pouvoient l'embaraffer dans
fon paffage. Le Roy n'eut pas
plutoft appris de la maniere que
cette retraite s'eftoit faite , que
Sa Majefté fe reprefentant tout
ce que ce Duc avoit fait , dés
le moment qu'il entra en Rouf
fillon toute la conduite qu'il
avoit obfervée depuis ; & la valeur
qu'il avoit fait voir dans
toutes les occafions qui s'étoient
preſentées , même en
246 MERCURE
fortant d'une grande maladie
qui luy avoit ofté la plus gran
de partie de fes forces Sa Majefte
, dis - je , faifant reflexion
fur toutes ces chofes , luy envoya
le Brevet de Lieutenant
general, fes actions feules ayant
parlé pour luy.
Le Regiment du Heron
ayant vaqué par la mort du Colonel
de ce nom , le Roy vou
lant que ce Regiment fuſt rem
pli par un homme de fervice, le
donna à Mr de Bourneuf , qui
en étoit Lieutenant
- Colonel, &
qui s'étoit aequis beaucoup de
reputation depuis qu'il eftois
GALANT 247
1
dans le Service. Sa Majefté connut
auffi-toft aprés , qu'elle ne
s'étoit pas trompéedansle choix
qu'elle avoit fait ; puifque ce
nouveauColonel ayant eu , quelques
jours enfuite , occafion de
fe diftinguer , y courut d'une
maniere qui faifoit connoiftre
fon zele pour le Service , & fon
intrépidité. Il eut la jambe fracaffée
en cette occafion , & on
fut obligé de la luy couper audeffus
du genou.
Le Roy a donné à Mr de Sanguiniere,
ci -devant Contrôlleur
Ordinaire de la Maifon de la
Reine , la Charge de Maiſtre
X iiij
248 MERCURE
des Eaux & Forefts de S. Ger
main- en- Laye , vacante par la
mort de Mr le Marquis de
Montchevreul. Sa Majesté lui
a dit , en lui faifant ce préfent,
qu'elle avoit déja cu deffein de
lui donner cette Charge ; mais
que les chofes avoient tourné
autrement. Mr de Sanguiniere
a cu un employ dans les bois de
la Marine dont il s'eft tresbien
acquité. Il a exercé la Charde
Maistre des Eaux & Forests
en Franche-Comté , & celle de
Secretaire de l'Artillerie ; mais
la neceffité des temps ayant
obligé de vendre ces Charges ,
GALANT 249
il étoit demeuré fans employ.
Cependant il étoit affûré d'en
avoir bientôt un confiderable;
puifque le Roy , qui a toûjours
efté content de fes fervices , &
qui le confidere , lui avoit promis
qu'il auroit foin de luy. Ce
Prince s'en eft fouvenu, & vient
de luy donner , de la maniere
du monde la plus obligeante ,
la Charge de Maistre des Eaux
& Forefts , dontje viens de vous
parler.
Mr le Comte de Druis a efté
nommé Commandant de Luxembourg
, à la place de feu
Mr le Commandeur de Cour
250 MERCURE
Scelles. Il eft de la Maifon de
Marion , &il a épousé une fille
de feu Mr du Montal , Chevalier
des Ordres du Roy , & ancien
Gouverneur de Charleroy.
La Maiſon de Mrs Marion - de
Druis , eft de la Province du
Nivernois , & alliée aux plus
confiderables de tout ce Payslà.
Elle eftoit déja fort confiderable
dans le Royaume fur
la fin du regne d'Henry III . &
la Reine Loüife de Vaudemont
avoit auprés d'elle , une Filled'Honneur
de ce nom , dont la
beauté fit beaucoup de bruit
dans cette Cour. Elle cut beauGALANT
251
coup
de
à la confiance
de
part
fa Maiſtreſſe
; aprés la mort de
laquelle
elle alla paffer le reſte
de fes jours auprés
de Madame
la Ducheffe
de Joycufe
, foeur
de cette Princeffe
. Mr le Comte
de Druis fert depuis
plufieurs
années . Ila efté fucceffivement
Colonel
, Infpecteur
, Brigadier
, Maréchal
de Camp
&
Lieutenant
General
; & dans
tous ces differens
Emplois
il a
donné
de fréquentes
marques
.
de fon zele pour le Service
du
Roy , & de fon habileté
dans la
difcipline
Militaire
.
Quelques Peintres ayant en
252 MERCURE
trepris de faire le Portrait de la
Reine d'Efpagne, & n'ayant pu
le faire reffembler parfaitement
à cette Prinecffe , Mr de Briancourt
, Officier François , arrivé
depuis quelque tems à Madrid,
fit les vers fuivans , auffi toft
qu'il cut vû ce Portrait .
SONNET.
Ne vous étonnez pas , temeraires
humains ,
Lorsqu'après avoir peint vôtre augufte
Maiftreffe ,
Za veritédément l'ouvrage de vos
mains ,
Et nousfait de vôtre art condamner,
la foibleffe.
GALANT 253
I
Ha ! fans votrefecours mille char
mes divins "
Dans nos fideles coeurs gravent cette
Princeffe :
Mais d'un hardi pinceau les projets
font trop vains,
Lorfque de l'imiter il croit avoir
Padreffe.
2
Tout ce que l'univers étalle de plus
beau ,
Ne paro à nos yeux qu'un impar
fait tableau
Des miracles naiſſans que nous
voyons en elle.
2
Si ce que font les Dieux , nefçauroit
l'égaler ,
Doit- on eftrefurpris que nulle main
mortelle
N'ait rien faitjuſqu'icyqui puß luy
reſſembler &
254 MERCURE
LETTRE
De Monfieur le Commandeur
de Saint- Pierre , General des
Vaiffeaux de Malthe,
A Malthe, ce 8. May
Aprés avoir couru la côte de
Calabre, avec mes trois aiffeaux
la Fregate, & croife inutile
ment pendant un mois fur la Sapience
, le Cap Matapan & le
Serigue ; enfin lepremierMai étant
fur Stanfade , nous découvrîmes
trois Vaiffeaux , dans le mêmetemps
que le Saint -Jacquesfitfiginal.
GALANT 255
incommodité, ayant fon mats de
Mizaine en mauvais état . Je lui
donnai ordre d'aller fe racommoder
à la Sapience , & rendez- vousfur
le Cap Sainte-Marthe. Je chaffai
auffi-toftfur les trois Kaiffeaux s
nous les approchames affez le foir.
Le Saint -Jofeph les garda exactement
la nuit , en nous faisant les
fignaux. Le lendemain matin
nous nous en trouvâmes affez prés;
mais la Sainte- Catherine eftoit
demeurée à trois lieues de l'arriere.
Le calme nous prit étant à portée
demie decanon d'eux ; Le Saint-
ད Fofeph s'eftoit détaché avec fes rawes
pour aller à un des leurs de
256 MERCURE
24. canons , qui eftoit un peufous
le vent. Le plus gros des deux qui
eftoit auprés de moi , arma fes rames,
coupa chemin au Saint-
Jofeph , qui fut obligé de me ve
mr rejoindre. On lui tira plufieurs
canon , mais de fort loin.
coups
de
Dans ce temps-là , les deux gros
tinrent confeil pour fçavoir s'ils
me viendroient aborder ; mais étant
venu un peu de vent , jefis mettre
toutes voiles dehors , pour aller
fur eux. Ils en firent autant pour
nous éviter; & fe fervant de leurs
rames , en peu
en peu de temps ils s'éloi
gnerent fi fort de nous , que je défefperois
quafi de les pouvoir res
GALANT 257
d
joindre. Le vent rafraîchit , le S.
Jofeph gagna de notre avant ; &
la nuit venant , il les garda avec
la même exactitude que la nuit
précedente. Le vent rafraichiffant
toûjours , nous nous trouvafmes la
nuit fort prés d'eux. Le 3. May
à la pointe du jour nous ne vimes
plus que
les deux gros , le petit
ayantfait fauffe route la nuit ; le
plus gros étoit beaucoup de l'avant
avec fes deuxHuniers. Nous n'étions
qu'à une demie- lieuë de l'auire
qui avoit tout dehors. Afix
beures du matin , fes deux mâts de
bune tomberent prefque au même
temps. Si- toft que fon camarade le
Juin 1706 . Y
ww
258 MERCURE
vit en cet état , il mit toutes voiles
dehors , difparut bien-toſt à la
faveur d'un temps fort obfcur 3.
nous ferrafmes toutes nos menuës:
voiles, nousjoignifmes le démâté.
Aſept heures , nous lui tirâmes
noftre bordée à bout touchant ,
nous rendit lafienne de même ; nous
le dépaffafmes ayant un peu trop,
d'air. Nous revinfmesfurlui arves
moins de voiles.ce qui nous permit
deluifaire quatre décharges , com
• me la premiere , qui le mirent dans
un eftar pitoyable; toutes les voi-
A
lesdéchirées , toutesfesmancu
ures coupees. Il fouffrit pourtant
encore une troifiéme paffade en
GALANT 259
la
nous tirant diverfes bordées ; mais
comme nous eftions prefts pour
quatrième , il mit Pavillon blanc,
& cria quartier. La Mer eftoit
fort groffe , & le vent Sud- Eft
tres -frais nousfufmes obligez d'attendre
jusqu'à trois heures aprés
midy , que le temps calma un peu.
Mr le Chevalier de Cintray , Capitaine
de mon Vaiffeau , s'em:barqua
avec deux Chevaliers Caravanistes,
80.hommes.Il aborda
laPrife avec beaucoup de rifquepar
·la groffe mer ; il nous envoya 140 .
ennemis , garda le refte, parceque
le temps devenant toujours
plus mauvais , la chaloupe cuft efté
Y ij
260 MERCURE
grand danger de fe perdre , Nous
apprifmes alors que le Vaiffeau
s'appelloit la Rofe , Corfaire de
Tunis ; qu'il avoit 46. Canons
montez, dont il y en avoit fix de
fonte , beaucoup de perriers auffi
de fonte ; qu'ily avoit auſſi 370.
hommes , dontprés de 300. eftoient
bons Moufquetaires , tous gens de
paye : & nous nous en apperçumes
"bien dans l'action , carleur Mouf
queterie eftoit fix fois plus vive
que la noftre. Nous apprîmes encore
que nous leur avions tué so .
hommes , bleffe plus de trente s
quefon camarade, qui eftoit le Commandant
des trois Corfaires , s'ap
GALANT 261
pelloit le Tigre , qui estoit tout
neuf ayant 58. pieces de canon
montées , 400. hommes d'équi
pages ; & que le petit eftoit de 24.
canons, de iso. hommes.
25 Nous n'avonsperdu à ce Com
bat , qu'un homme ; & nous n'avons
qué cinq bleſſez de coups de
Moufquet. Nous estions à 63 .
lienes, Eft- Nord Eft, de Malthe
La Sainte Catherine qui estoit reftée
derriere , rejoignit dans le temps
que la Rofe fe rendoit. Le Saint
Jofephfe tint toûjours à côté de
nous , donnoitfapaffade aprés que
nous avions donné la noftre. Notre
équipage pour n'avoir jaman
1:
262 MERCURE
veu de feu , ne s'eftpas mal cont
porté. La premiere bordée l'étonna
unpeu; mais chacun reprit bientôt
, & le canon futfervi comme
la Moufqueterie. Quant à Mrs
les Officiers & Caraviniftes , on
nepeutmarquerplus de valeur
de bonne volonté. Mr le Chevalier
de Cintray n'eut qu'un commencement
defatigue dans l'actions
elle a efté au triplepar le travail du
corps par l'inquietude de l'ef
prit ayant prés de deux cens ennemis
à garder c un Vaiffeau en
tierement défagrée , & par ungros
tems où il nepouvoit étre fecouru.
Il renverguapourtant de nouvelles
GALANT 263
I
.
le
per
oiles & quand le tems
mit , la Sainte Catherine luy don
nala remorque. Nous arrivafmes
hierfeptiéme de May à une heure
res midi ici , où affurément nous
n'avons pas efté mal reçus ; nous
repartons, inceſſamment...
On eftime cette prife plus de
aprés
cent mille écus.
I Vous avez raifon de dire
que les Nouvelles imprimées ;
depuis le commencement
de la
guerre prefente , dans les Etats
des Puiffances alliées contre les
deux Couronnes , font fi dé
guifées , qu'il eft impoffible
264 MERCURE
d'en démêler la verité ; & que
leurs avantages font tellement
groffis, & leurs pertes tellement
diminuées , que l'on voit bien
qu'ils ont cherché à faire croire
que la victoire a toûjours tourné
de leur côté, & qu'elle n'a jàmais
favorifé les troupes des
deux Couronnes : ce qui vous
impatiente
tellement , dites
yous ,que vous avez renoncé à la
lecture de ces Nouvelles , pour
yous épargner le chagrin qu'el
les vous donnoient . Mais
croyez - moy , elles font plus
capables de caufer de l'indignation
que du chagrin. Par
exemple,
-
GALANT 265
exemple, il n'eſt pas poffible qu'
il y ait quelqu'un en France qui
ait pû croire que nous ayons
perdu les batailles de Caffano
& de Calcinato , quoique les
Auteurs de ces Nouvelles publiques
ayent tout mis en ufage
pendant plufieurs mois pour le
faire croire : Cependant la fuite
a bien fait voir le contraire .
Nous avons pris , aprés la bataille
de Caffano ,une partie des
Etats de Monfieur le Duc de :
Savoye , fans que Monfieur le
Prince Eugene ait ofé feulement
paffer un ruiſſeau pour
marcher au fecours de ce Prin
Juin 1706. Z
266 MERCURE
ce; & la bataille de Calcinato
nous a donné lieu de faire le
fiege de Turin , fans qu'il puiſſe
avancer pour le ſecourir . Je ne
trouve pas neanmoins fort extraordinaire
que l'on embaraſſe
les relations des batailles d'unc
maniere qui en rende la verité
difficile à démêler. Il s'eft toûjours
trouvé des vaincus qui
n'ont jamais voulu avoüer entierement
leur défaite : mais il
n'eſt pas ordinaire d'inventer
des Fables , comme on en trouve
depuis quelque temps dans
ces Nouvelles , & de les donner
au public comme des veritez.
GALANT 267
y
Elles ont dit que les
Troupes
des deux
Couronnes
avoient
donné un affaut general à la
Ville de
Barcelone ; qu'elles
avoient perdu une partie de
leur armée ; &
qu'enfuite il
avoit cu un combat , dans lequel
prefque tout le reſte avoit
péri : de forte que cette armée
eftoit demeurée reduite à 3. ou
4000.
hommes .
Cependant
il est bien
conftant qu'il ne s'eft
donné ny affaut , ny combat.
Mais je ne
m'étonne pas
qu'ils ayent ofé le fuppofer ,
puifque la Ville de Barcelone a
efté affiegée ; il ne leur en faut
Zij
268 MERCURI
?
pas davantage pour fournir
une ample matiere à leurs fuppofitions
. S'ils ont pû embaraffer
les credules
, & tromper
leurs peuples , par des chofes
dont la fauffeté eft neanmoins
de notorieté publique , ils n'ont
pû dire , comme ils ont fait depuis
un mois , & comme ils
l'ont fouvent repeté depuis ce
temps - là , que Mylord Galloway
eftoit entré dans Madrid;
ils n'ont pû , dis-je , avan
cer & repeter fi ſouvent une
chofe fi manifeftement
fauffe ,
fans s'attirer l'indignation
& la
dérifion de tout le public : puifGALANT
269
-
que perfonne n'a ignoré que
l'armée commandée par Mylord
Galloway n'a pas approché
de Madrid de plus prés ,
que de quarante - cinq à cinquante
lieuës de France. Ainfi
l'entrée imaginaire de ce Mylord
dans Madrid fuffit pour
faire connoiftre, & pour prouver
toutes les fauffetez qui fe
trouvent dans les nouvelles publiques
, imprimées chez les ennemis
des deux Couronnes.
Les mêmes Auteurs ont déja
commencé à dire , dans plufieurs
imprimez , que nous n'avons
point fait d'expeditions
Z iij
270 MERCURE
aux Ifles de Nieves & de Saint-
Chriftophle, parce que le Com
mandant des troupes Françoifes
a efté tué en approchant de
la premiere de ces Illes . On
peut juger , par toutes ces chofes,
combien ils ont groffi leurs
avantages dans la derniere af
faire de Flandres , à laquelle
ils n'ont encore pû donner de
nom fixe ; ayant déja changé
quatre fois celuy du lieu où
cette prétendue bataille s'eſt
donnée. Je dis prétenduë , parce
qu'il ne s'eft agi que d'un combat
de deux ailes , dont l'une
eftoit fix fois auffi forte que
1
+
GALANT 271
l'autre de maniere l'on
que
peut dire , que les vainqueurs ont
triomphé fans gloire , & que les
vaincus ont perdu fans honte. On
peut même affurer avec raifon
que s'il y a eu quelque gloire acquife
dans ce combat, elle doit eftre
toute entiere du cofté des plus foibles
; puifqu'ils ont ofé nonfeulement,
foûtenir les efforts
d'un fi grand nombre d'ennemis
; mais auffi les attaquer affez
vivement, pour les avoir enfoncez
jufqu'à leur troifiéme
ligne : ce que je vous feray voir
clairement avant que de finir
ma Lettre. Cependant
, pour
Z iiij
272 MERCURE
faire voir que je fuis de meil
leure foy que les ennemis , j'a
voueray que le champ de bataille
leur eft demeuré ; mais ils
n'ont remporté cet avantage ,
qu'aprés avoir fait une perte
auffi grande que la nôtre , &
feulement parce qu'il eftoit de
la prudence de ne nous pas laiffer
accabler par le grand nom
bre. Ainfi fans la defertion
d'une partie de nos Troupes ,
ce Combat n'auroit point cu
de fuites défavantageufes pour
nous , & les ennemis auroient
- eftre efté fâchez de l'a- peut -c
voir donné ; puiſqu'ils
avoüent
GALANT 273
eux-mêmes que leurs cinq meilleurs
Regimens de Cavalerie y
ont efté entierement ruinez .
Cette defertion eft venue de ce
qu'une grande partie de l'Armée
des deux Couronnes eftoit
compofée de Troupes Walones
, qui fe trouvant au milieu
de leur Pays , ont crû pouvoir
deferter impunément ; & cette
defertion jointe à nôtre perte
ayant fait groffir l'armée des
ennemis , pendant que la noftre
a diminué , a donné lieu aux
conqueftes qu'ils ont faites : ce
qui ne leur a pas cité difficile
puifqu'ils n'avoient perfonne à
274 MBR CURE
combatre , nos Troupes eftant
rentrées dans leurs places . Toutes
ces chofes font que la victoire
des ennemis eft grande ; &
il ne leur importe de quelle maniere
elle ait efté gagnée , pourvû
qu'elle produife le fruit que
les vainqueurs ont accoûtumé
de tirer quand ils remportent
quelque avantage confiderable.
Cependant je prétens
prouver , d'une maniere à laquelle
il fera impoffible de repliquer
, que cette victoire caufera
la ruine entiere de l'Angleterre
, de la Hollande , de l'Allemagne
, & de l'Empire : ce
GALANT 275
fila Franqui
n'arriveroit pas ,
Acc eftoit victorieufe en cette
rencontre le Roy eftant feul
capable de donner la Paix au
milieu de fes conqueftes , en
ayant déja donné quatre exemples
, dont on ne trouve point
de pareils depuis que les hom
mes fe font la guerre.
Je commence par ce qui regarde
l'Angleterre . La Princef
fe qui y regne aujourd'huy
fans que ceRoyaume luy appartienne
, cherche à éternifer la
af- guerre , comme un moyen
furé de demeurer für le Trône
qu'elle a ufurpé . Elle eft d'un
276 MERCURE
caractere à tout faire pour regner
; puifqu'elle a foulé aux
pieds les loix du fang & de la
nature , en fe declarant contre
fon pere , & en portant des premieres
un ruban orangé à ſa
tefte , lorfque le Prince d'Orange
paffa en Angleterre . Plufieurs
raifons donnent lieu de
croire que fon regne ne dureroit
pas , fi elle n'eftoit toûjours
en guerre. Les peuples d'Angleterre
pourroient , pendant
une profonde paix , ſonger à
rappeller leur veritable Souverain
, dont ils entendent dire
tous les jours tant de bien ; &
GALANT 277.
fi elle n'avoit point de troupes
fur pied , il luy feroit difficile
de l'empêcher. Il eft même neceffaire
que ces Troupes foient
hors d'Angleterre ; parce que
fi fes peuples venoient à ſe
foûlever ces troupes pourroient
favorifer leur jufte rebellion
. Il n'eft pas moins neceffaire
,
, pour les interefts de la
Princeffe qui occupe le Trône ,
que l'Angleterre foit épuiféc
d'argent , de crainte que l'argent
qui eft le nerf de la
re , ne fervis contre elle à des
peuples qui ne font pas fes fujets
, & qui par conſequent ne
guer
a
L
278 MERCURE
luy doivent ni obéïffance ni fi
delité. Il ne luy importe pas
feulement que les Anglois
foient épuifez ; mais il faut
qu'elle trouve les moyens de
faire paffer une partie de cet
argent dans fes coffres , afin de
s'en faire des creatures : ce qui
lúy eſt d'autant plus aiſé, pendant
la guerre , qu'elle peut
profiter fur toutes les fommes
qui font accordées par les Parlemens
pour les befoins de l'E
tat. Elle toucheroit peu d'argent
fans la guerre, puiſqu'elle
n'auroit que celuy de la lifte civile
, c'eſt-à-dire , celuy qui
GALANT 279
eſt deſtiné aux Rois d'Angleterre
pour l'entretien de leur
maiſon. La guerre donne auffi
lieu à certe Princeffe de diftribuer
une infinité d'emplois qui›
luy acquierent des creatures ;
& comme tout cela cefferoit
pendant la paix , elle feroit
une trés - mauvaiſe figure , &
n'auroit que trés -
peu d'amis.
D'ailleurs l'Angleterre qui fe
trouveroit puiſſante en hommes
& en argent , ne feroit pás
long - temps fans fecoüer le
joug d'une femme ; & pour luy
ofter les moyens de le faire , il
faut que cette Princeffe en
280 MERCURE
tienne toûjours les forces éloi.
gnées , & qu'elle empefche que
l'Etat ne s'enrichiffe; & c'eft à
quoy les Anglois ne font pas
de réflexion , lorfqu'ils fe rejouiffent
des batailles gagnées,
fans qu'ils en tirent le moindre
fruit , ni qu'il en revienne
le moindre village à la Nation
. Au contraire fes victoires
luy coûtent le fang de ce qu'elle
a de plus brave , & l'épuiſent
d'hommes & d'argent : de maniere
que les Anglois fe réjoüiffent
fans fçavoir pour
quoy , & feulement parce que
l'ufage eft établi de ſe réjouir
་
GALANT 281
aprés le gain d'une bataille ; &
fi quelques-uns des plus clairvoyans
murmurent au milieu
des triomphes fteriles qui coûtent
fi cher à l'Angleterre
, en
l'épuifant d'hommes & d'argent
, on leur dit que l'on combat
pour arrefter le cours de la
puiffance exorbitante de la France,
qui ne manqueroit pas de les
accabler : Et cependant on les
accable tous les jours afin d'épuifer
leurs forces.
La France n'a jamais cherché
à fe fervir contre l'Angleterre
du pouvoir exorbitant
, dont on luy fait largef
Juin 1706 .
A a
282 MERCURE
fe , afin d'avoir lieu d'abattre
les Anglois pour les empef
cher d'ouvrir les yeux fur leur
malheur. Elle a donné quatre:
fois la paix , & elle n'a point
recommencé la guerre.On fçait.
qu'elle en eftoit fort éloignée
dans le temps de l'invafion du
Prince d'Orange en Angleterre
, qu'elle n'eftoit point ar
mée , & qu'elle n'avoit pris
nulles mefures qui puffent don
ner de l'ombrage aux Puiffances
de l'Europe . Son deffein
n'eftoit pas non plus de renouveller
la guerre , lorfque
Charles II . Roy d'Eſpagne ,
GALANT 283
qui ne pouvoit vivre longtemps
, laifferoit cette Couronne
vacante ; puifque le
Roy avoit fait un Traité
de partage , dans la feule
vue d'empefcher que la guerre
ne fe rallumaft . Ainfi l'on a
trompé les peuples que l'on a
fait entrer en guerre contre la
France , en leur difant que c'ef
toit pour ſe garantir du pouvoir
exorbitant de cette Couronne ;
mais c'eftoit plûtoft pour fatisfaire
l'ambition & l'avarice.
de tous ceux , qui ayant le maniment
des affaires , profitent
de la confufion & du defor-
A a ij
284 MERCURE
dre , qui fe trouvent fouvent
dans les Etats qui font en
guerre.
Je reviens à l'Angleterre ,
dont les peuples auroient beaucoup
de chagrin de l'avantage
que les Alliez viennent de remporter
, s'ils connoiſſoient leurs
veritables interefts , & s'ils fçavoient
que cette victoire pût
fervir à perpetuer une guerre
qui épuife leur nation de toutes
manieres. Ce qui vient d'arriver
en eft une preuve , s'il eft
vrai que Mylord Marlborogh
confent , au nom de la Reine
d'Angleterre, de ne garder auGALANT
285
cune Place de mer pour
fa
nation
, en cas qu'il en faſſe la conquefte.
Cela fait connoiftre
qu'il craint , que s'il fe broüilloit
là- deffus avec les Hollandois
, ils ne travaillaffent à un
Traité particulier avec la France
: ce qui marque que la Princeffe
Anne aime mieux que la
guerre foit continuée , que de
voir l'Angleterre s'aggrandir.
Ainfi l'on peut voir , felon ce
plan , que
la
guerre
s'éterni-
Lera fans que les Anglois profitent
d'un pouce de terre ,
pour tout le fang & pour tout
l'argent qui leur coûte,
286 MERCURE
Les Hollandois doivent connoiftre
, par-là, qu'ils ne pouri
ront parvenir à aucune paix ,
tant que la Princeffe de Dannemarck
occupera le Trône d'Angleterre.
Cependant ils la foûhaitent
de bonne-foy,ils en ont
befoin ; & ils doivent aujourd'huy
, auffi- bien que les veritables
Anglois qui aiment leur
nation , pleurer plus que les
François , la victoire qu'ils viennent
de remporter ; puiſque fi
le Roy de France avoit eu un
auffi grand fuccés , ce Monarque
ne s'en feroit point prévalu
, & auroit accordé la paix
My
GALANT 287
pour le repos de l' Europe , avec:
la même generofité & la même
bonté qu'il a déja fait quatre
fois..
Toutes les Puiffances d'Allemagne
, & fur tout les Cereles,
ne doivent pas avoir moins :
de chagrin de cette victoire.
L'épuifement de troupes & d'argent
y eft grand ; à peine les
Cercles ont- ils achevé de fournir
leur contingent , depuis trois
mois que l'Empereur les preffe ;
& leurs dernieres troupes n'ont
pas encore joint Monfieur le
Prince de Bade , & quelques
Cercles fe font même défen288
MERCURE
dus long- temps d'en fournir.
De maniere que fi la France ne
triomphe bien-toft , pour don
ner lieu à l'Europe de ſe rétablir
par une paix de durée ,
l'Empereur
va mettre toute
l'Allemagne
dans l'eſclavage
,
en faiſant abolir les Capitulations
de l'Empire
, & en y gouvernant
arbitrairement
. C'eſt
un projet qui avoit eſté refolu ,
& qui s'eft trouvé dans le Cabinet
de l'Empereur
défunt ; &
il y a apparence que celui qui
regne aujourd'hui
n'oubliera
aucuns des moyens neceffaires
le mettre en execution . Il pour
a déja
GALANT 289
a déja
commencé par ce qu'il
a fait , en mettant Monfieur
l'Electeur de Baviere au Ban de
l'Empire, contre toutes les formalitez
requifes ; mais chacun
ſçait qu'il n'eſt
pas
d'un caractere
à en obſerver
beaucoup ,
& fur tout lorsqu'il fe trouvera
le pouvoir en main . Ainfi , &
je ne puis trop le repeter, 1 Angleterre
, la Hollande , l'Allemagne
& l'Italie ont befoin
que la France triomphe bientoft
, pour voir rétablir le calme
dans tous leurs Etats ; puifqu'il
n'y a que le Roy qui puiffe
faire ce
miracle . Cela peut en-
Juin 1706 .
Bb
290 MERCURE
core arriver , les troupes Fran
çoifes n'ont jamais fait voir
plus de valeur qu'elles en ont
aujourd'hui , &fi elles peuvent
un jour donner une bataille ,
fans que les incidens qui font
arrivez à Hochſter & à Ramillies
, arrivent encore une fois ,
elles fe diftingueront comme
elles ont fait à Senef, Ensheim,
Mulhaufem , Staffarde , Caffel ,
Flerus, Steinkerque, Phorzeim ,
Nerwinde , la Marſaille , au
Paffage du Ter en Catalogne, à
Luzzara , Ekeren , Fredelingue,
à la premiere bataille d'Hochftet
, à celle de Spire , & à celles
GALANT 291
de Caffano & de Calcinato
ainfi qu'à pluſieurs autres gagnées
depuis 1672. fans que
les Ennemis ayent remporté
d'autres avantages que ceux
d'Hochftet & de Ramillies. La
bataille d'Hochftet fut gagnée
par tout où les François pûrent
combatre ; & l'on fçait que Mr
de Marcin fit un grand carnage
de l'aîle qui combatit contre
celle qu'il commandoit : de
forte que fi l'on regarde les
morts & les bleffez , on peut
dire que l'avantage fut remporté
de ce côté-là , & que celuy
des Ennemis fut confide
B bij.
292 MERCURE
rable par la prife des 26. Bataillons
, qui fe trouverent enfermez
, & qui furent pris fans
avoir combattu . Je viens de
vous parler de l'affaire de Ramillies
, qui n'eft pas moins glorieufe
aux François , qu'elle a
efté avantageufe aux Alliez, qui
n'ont triomphé que d'une aîle,
& parce qu'ils étoient fix contre
un . Mais comme ces avantures
n'arrivent pas toûjours ,
les François ne font pas moins
à craindre qu'ils ont toûjours
efté ; & il y a lieu de croire
peuvent trouver les Alliez
en pleine campagne , ils gagnes'ils
que
GALANT 293
que
font des batailles auffi entieres
celles dont je viens de vous
parler , & qu'ils combattront
utilement , pour donner encore
une fois le
repos à l'Europe
.
Je dois ajoûter ici , que s'il
arrivoit que l'Archiduc fuſt un
jour en poffeffion des Pays - bas ,
comme Roy d'Espagne, la Maifon
d'Autriche regarderoit
bien- toft les Hollandois comme
des fujets revoltez contre le
Roy d'Espagne , leur legitime
Souverain. Je ne dis rien d'avantage
; on fçait quel eft le
caractere de cette Maiſon , &
celui qui en eft aujourd'hui le
B b iij
294 MERCURE
Chef, fait voir tous les jours.
que la moderation n'eſt pas une
vertu qui lui foit connuë ; & que
n'ayant pas le pouvoir de régner
fur lui-même, il ne pourra
s'empêcher de faire fentir aux
Hollandois , qu'ils font nez fes
Sujets & lorfque cela arrivera
, il leur fera difficile de parer
les coups dont ils fe trouveront
accablez.
Je vous ay déja parlé de l'affaire
de Ramillies , dans ma
derniere Lettre ; & vous en avez
trouvé la peinture affez fincere.
Je vous en envoye une qui ne
pas moins , elle vient de l'eft
GALANT 295
bon licu ; elle est tres -jufte ; &
ceux qui la liront y doivent
ajoûter autant de foy , que s'ils
avoient eux - mêmes efté témoins
de ce qu'elle contient.
Quoique tout ce qui revient de
Farmée de Flandres , fur les chofes
extraordinaires
qu'a fait la Maifon
du Roy dans l'affaire qui y eft
arrivée , faffe connoiftre affez
qu'elle n'a cedé qu'au nombre immenfe
dont elle a efté accablée ; je
ne laifferay pas de dire que les Ennemis
ayant reconnu qu'ils ne pouattaquer
avec fuccès “, la
voient
gauche de noftre armée , firent mar-
Bb iiij
296 MERCURE
cher cinquante Efcadrons de leur
droite , qu'ils porterent de plus à
leur gauche , & fe prefenterent
avec quatre Lignes de Cavalerie,
fans intervales entre les Escadrons ,
avec une Colonne de Cavalerie ,
qui marchoit en efcharpe pour entourer
la nôtre , lorfqu'elle chargeroit.
La Maiſon du Roi , compofée
feulement de treize Efcadrons &
d'une brigade de Cavalerie , vit
venir de loin ce grand nombre
de troupes , & l'attendit
avec la même fermeté , que fi la
partie avoit efté égale ; & lorſque
les Ennemis furent à portée d'être
attaquez , toute la Maifondu Roy
GALANT 297
marcha à eux , & les chargea
avec tant de valeur , que nos Ef
drons les percerentjuſqu'à la ſeconde
Ligne , & ily en eut qui enfoncerentjufqu'à
la troifiéme.Mais
comme il n'y avoit point d'intervales
entre les Escadrons des Ennemis
, les troupes qui fe trouverent
vis-à- vis de nos intervales ,
prirent nos Efcadrons en flanc &
en queue , & les enveloperent
avecla Colonne deCavalerie qu'ils
avoient fait marcher dans ce deffein
; de maniere qu'il n'y eutpoint
d'hommes qui n'en eût fix contre
lui. Cependant , ils ne laifferent
pas de fe rallier , les Gardes du
298 MERCURE
Royfirent l'arriere-garde de toute
l'armée à la portée du piftolet des
Ennemis , qui n'oferent jamais les
tafter , quoique les Escadronsfuffent
diminuez de moitié. Le nom
bre des morts & bleſſez, & la
quantité de bleſſures , n'y ayant
point d'Officiers ou Cavaliers qui
n'en ait cinq ou fix fur le corps,
toutes de coups d'épée , est une
preuve convaincante de la grande
Superiorité qu'avoient les Ennemis
qui rendent juftice eux- mêmes à la
Maifon du Roy, & qui avoient
qu'elle n'a cedé qu'au nombre.
Vous venez de voir ce que
la Maifon du Roy a fait en ge-
I
GALANT
299
neral ; & je vous ay mêine marqué
, dans ma Lettre du mois
dernier , quelque chofe de ce
que les Corps de cette Maiſon
ont fait en particulier. Il ſeroit
à fouhaiter que l'on puft
parler de toutes les actions de
valeur de ceux qui les compofent
; le nombre en feroit
grand , puifqu'ils ne peuvent
avoir combattu auffi longtemps
qu'ils ont fait,contre un
nombre auffi fuperieur de trou
pes , fans que chaque particu
lier ait combattu en Heros..
On voit par le grand nombre
de coups qu'ils ont , qu'ils n'ont
300 MERCURE
lorf
apprehendé ny le fer ny le feu ,
plufieurs eftant couverts de
bleffures de l'un & de l'autre ;
ce qui fait connoiftre que les
premieres bleffures n'ont pas
obligé ces Braves à fe retirer
& qu'ils ne l'ont fait que
qu'ils ont efté accablez de
coups , & hors d'eftat de pouvoir
agir. Enfin il eft inoui que
l'on ait vû combattre des gens
aprés avoir reçu cinq ou fix
bleffures. Cela a pû arriver
quelquefois à des particuliers
bleffez legerement ; mais il eſt
conftant que cela n'eſt jamais
arrivé à des Corps entiers. Je
GALANT 301
peu 'de
dis entiers , puifqu'il eft
Corps dans la Maiſon du Roy
dont ceux qui les compofent
n'ayent efté tuez ou bleffez . Ce
n'eft pas que le nombre des
tuez foit fort grand , puifque
l'on tient que de quatre blef
fez il en réchape toûjours trois ;
& c'est par là que l'on juge ce
qu'il peut à peu prés mourir
d'hommes parmi un tres-grand
nombre de bleffez ; & par
nôtre perte eft beaucoup moins
confiderablequel'onn'acrû
d'abord
, & à caufe du grand nombre
de ceux qui font revenus
pendant plufieurs jours aprés
le combat .
là
302 MERCUR
E
Lorfque l'aile gauche des
ennemis avança pour combattre
la droite de l'Armée des
deux Couronnes , Monfieur le
Prince Maximilien , Sous- lieutenant
des Gendarmes de la
Garde & Brigadier des Armées
du Roy , qui eftoit à la tefte de
fon Corps , dit en les voyant
arriver , & en marquant qu'il
fe préparoit à les bien recevoir
, & qu'il fe faifoit un plaifir
de combattre
: Voilà des gens.
qui marchent bien fierement ; nous
verrons bien- toft s'ils feront longtemps
une auffi bonne contenance.
A peine Prince eut - il achevé
GALANT
303
par
ces paroles , qu'il reçut un coup
de feu , dont il mourut fur le
champ. Ce Prince fut tué
l'Officier qui commandoit l'Efcadron
oppofé , & çet Officier
fut tué dans le moment
Cet Escadron ennemi s'enfuit
aprés une vigoureuſe reſiſtance.
Monfieur le Prince de Rohan
fut bleffé dans cette occa→
fion; & il ne laiffa pas de charger
encore deux autres Escadrons ,
que l'on repouffa auſſi tres – vigoureufement
. Jamais combat
ne fut plus échauffé. Quand le
nombre des ennemis commença
à faire reculer la Maiſon du
304 MERCURE
Roy, elle le fit en combattant
toûjours , & ne tourna le dos
que dans le temps où elle fut
obligée de faire retraite . On
remarqua dans les Gendarmes
une fermeté qui a peu d'exemples
; & quoy que plufieurs
fuffent bleffez de divers coups
de fer & de feu , leurs bleffures
ne les faifoient pas reculer d'un
pas. Le nombre des bleffez de
ce Corps eft d'environ 40. celuy
des morts eft à proportion
;
il a eu peu d'Officiers tuez . Sa
perte a efté bien toft reparée ,
puifqu'avant
l'ouverture
de la
campagne il y avoit plus de 60 .
GALANT 305
hommes , qui ont déja ſervi
dans les Troupes , qui attendoient
qu'il y cuft des places
vacantes pour y entrer . Le
Roy marqua beaucoup de fatisfaction
en apprenant la vi
goureuſe refiftance de la Compagnie
des Gendarmes ; &
Sa Majesté écrivit aufſi - toſt à
Monfieur le Prince de Rohan
Lieutenant General & Capitaine-
Lieutenant de cette Compagnie
, une Lettre tres - obligeante
, pour luy marquer combien
elle eftoit fatisfaite de ce Corps.
La valeur que les Chevaulegers
ont toûjours fait paroî
Juin 1706.
Cc
>
306 MERCURE
>
tre ne s'eſt point démentie
dans ce combat , auffi funefte.
que glorieux . M² le Marquis .
de Coëtenfaux
qui en eft le premier
fous- Lieutenant & Maré--
chal de Camp , & qui étoit à la
tefte de ce Corps , n'a pas feulement
combattu avec une valeur
extraordinaire ; mais il as
conduit avecune prudence fans
égale les braves qu'il comman
doit. Il s'eft trouvé dans tous
les endroits les plus perilleux
,
& la bleffure qu'il a receuë: en
eft une marque. M' le Marquis
du Pourpri , premier Cornette
de la Compagnie , s'eft auffi
GALANT 307
fort diftingué . H a receu plufieurs
coups de feu , dont l'un
a percé fa cuiraffe & luy a fait
une grande contufion ; il a aufſi
tres - dangereufement été bleffé
వి
à l'épaule d'un coup d'épée , &
il a cuplufieurs coups de fabre
für fa callotte , fans laquelle il
auroit couru rifque de la vie.
Mi le Marquis de Sommery
fecond Cornette reçut à la jambe
une bleffure de Canon dés
le commencement du combat;
cependant quoyqu'il fuft fort
bleffe , il fut impoffible de l'engager
à fe retirer avant que
Paction fuft entierement finie
Bb ij
308 MERCURE
de forte que fa jambe s'eftant
extrêmement enflée , & tout le
fang s'eftant caillé , il a couru
rifque d'eftre obligé de ſe la
faire couper. Quant aux autres
Officiers & aux Chevaulegers ,
ils fe font acquis tant d'honneur
dans cette journée , où ils
fe font extraordinairemeut diftinguez
, que le Roy pour leur
rendre juſtice , & pour marquer
qu'il étoit pleinement informé
de leur valeur , a eu la
bonté de faire écrire à M' le
Vidame d'Amiens , Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie
pour luy faire connoiftre qu'il
GALANT
309
eft content de cette Compagnie
, & de la maniere dont
elle a combattu . Ce Corps n'a
perdu ni tymbales , ni étendards
; au contraire il a retiré
un de nos étendards dont les
ennemis s'eftoient faifis .
i
Il y a eu dans cette occafion
cinq Maréchaux des Logis
bleffez , & un tué ; feize Chevaulegers
tuez , & 39. bleſſez.
Ce qui eft bien different du
bruit qui s'eftoit répandu d'abord
, que les Corps qui compofent
la Maiſon du Roy ,
avoient prefque entierement
peri dans ce Combat.
310 MERCURE
La premiere Compagnie
des Moufquetaires ne s'eft pas
moins diftinguée que les deux
Corps dont je viens de vous parler
; je n'entre point dans le détail
de tout ce qu'elle a fait.
Les ennemis dont la Maifon du
Roy a d'abord percé deux lignes
, vous en pourroient rendre
meilleur compte que moy..
vous diray feulement que
cette premiere Compagnie des
Moufquetaires a fait des actions
furprenantes . M de
Champgreffier qui portoit l'Etendard
de cette Compagnie ,
l'adeffendu avec tant de valeur,
GALANT 310
2
qu'il l'a confervé même aprés
avoir eu deux doigts coupez..
In'y a point cu d'Officiers tuez
dans cette Compagnie , à moins
que M. de Saint- Gilles , Maré
chal des Logis , qui a eſté perdu
, ne fe retrouve pas. Ceux
qui ont efté bleffez , font , M
le Marquis de Janfon , Soûlieu
tenant ; M le Marquis de la
Luzerne , Enſeigne ; & M Darifa
, Cornette , quia eſté bleſſe
tres dangereuſement de deux
coups de fer & d'un coup de
feu
Il y a eu treize Moufquetai
ou perdus ; & 494-
zes
ruez ,
312 MERCURE
bleffez , dont il eft mort huit ou
dix.
Les Moufquetaires eftant
divifez en deux Compagnies ,
il faut neceffairement qu'il y en
ait une qui porte le nom de feconde.
Celle qui eft connuë
fous ce nom,ne s'eft pas moins
diftinguée que la premiere ; &
il feroit impoffible de bien exprimer
les actions de valeur
qui ont efté faites par ceux de
ce Corps, qui voyoient des ennemis
pour la premiere fois ,
& dont la grande jeuneffe devoit
faire croire qu'ils pourroient
à peine fupporter le
poids
GALANT 313
poids de leurs armes pendant
un long combat puifqu'il s'eft
trouvé des Moufquetaires dans
Le Corps qui n'avoient pas en
core feize ans accomplis.
Les Officiers qui ont efte
tuez ou perdus dans cette fe
conde Compagnic , aprés avoir
combattur avec une valeur ex-→
traordinaire,font , Mde S.Lau
rent, Maréchal des Logis ; Mrs
Beauxhoftes & Branbuan , Briga
diers ; Mrs Mefnilbue, Jodon,
Peftel , & Becheron , Soûbriga
diers. Je ne fçais point les noms
de ceux qui font revenus ; mais
il cft fûr qu'il n'y a point de
Juin 1706. Dd
14 MERCURE
Corps dont plufieurs de ceux
que l'on croyoit perdus , ne
foient revenus , & que plufieurs.
fe font trouvez parmi les pri
fonniers. Ainfi la perte a efté
infiniment moins confiderable
que l'on n'a publié d'abord ; &
~ Pon n'en doit pas douter , puifqu'il
n'eft parti que 30. Mouf,
quetaires de chaque Compa
gnie , & 20. Gendarmes & 20 .
Chevaulegers , pour le rempla
cement de ceux qui ont efté
tuez , ou qui font hors d'eftar
de fervir dans les détachés
mens qui ont eſté faits à l'ou
verture de la campagne, A
GALANT 315
Les Officiers qui ont efté
bleffez dans da feconde Compagnie
des Moufquetaires , font
M le Marquis de Canillac
Soûlieutenant & Commandant
le détachement , M' de Trebons
,Enfeigne , prifonnier &
bleffe de 20. coups de fabre ou
de feu : ce qui inarque la gran
de fuperiorité des ennemis , &
l'intrepide valeur de nos troupes.
M' de la Suriere , Cornette;
M Doucette , Maréchal des
Logis ; M de Peyrelongue , de
Saint- Leon , Bellet , qui eft prifonnier
, & de Bermon , Sousbrigadiers.
Ddij
316 MERCURE
Il y a eu 16. Moufquetaires
tuez ou perdus , & 14. blef
Lez.
Je dois ajoûter icy un Article
qui fera plaifir à tous ceux
qui le liront , & qui regarde
unjeune Moufquetaire de cette
Compagnie.
M le Marquis de Mont
gon , fils de M le Comte de
Montgon , Lieutenant General
des Armées du Roy , & Direc
teur general de la Cavalerie , à
qui l'hyver paffé le Roy a accordé
un Regiment de Cavale
rie,& qui fervoit dans les Mouf
quetaires pour apprendre fon
GALANT 317
Morg
mêtier avant que de commander
fon Regiment
, s'eſt
extrêmement
diftingué
. Il s'eft
trouvé pendant trois heures
enveloppé dans l'Armée ennemie
, avec quelques autres de
fa troupe , aprés avoir efſuyé
un feu épouventable, fans autre
accident que celuy d'un
coup de moufquet dans le mi
lieu de fa cuiraffe , qui ne luy a
fait aucun mal. Il a d'un coup
de piftolet caffé la tête à un
Officier Allemand , qui venoit
à luy le fabre haut , & en a
bleffé quelques autres avec l'épée
, & s'eft prefenté à tous les
'Dd iij
318 MERCURE
perils avec une intrepidité fanst
égale. Ce qui paroîtra d'autant
plus étonnant , qu'il n'a que
quinze ans & demi , qu'il fait fa
premiere campagne , & que juf
qu'icy il avoit paru d'une fanté
fort délicate. Il avoit à côté de
luy M' le Comte de Chambaud
fon coufin , qui eft dans le mê
me Corps ; quoy qu'il foit fort
jeune , il a fait voir dans cette
action une valeur au deffus de
fon âge.
Les Grenadiers à cheval de
la Maiſon du Roy ont fait voir
leur intrepidité ordinaire , &
qu'il ne faut pas moins qu'un
GALANT 316
+
monde d'ennemis pour ébran-
Ter ce Corps . Je n'en fçais rien
"de particulier. M² le Marquis
de Villemur , qui commande
ce Corps, a fait voir par ſa fermeté
inébranlable qu'il eft
digne de le commander ce
Marquis a eu deux chevaux
tuez fous luy.
Je devrois vous parler icy
du Regiment des Gardes Françoifes
, qui , à l'exemple de M
le Duc de Guiche , fon Colonel,
& Lieutenant General des
Ces du Roy
, a fait des
chofes furprenantes , & a reourné
plufieurs fois à la char-
Dd iiij
320 MERCURE
ge; on n'en doutera pas lorf
que l'on fçaura la perte que ce
Corps a fait . En voicy un état
que je vous garantis tres - fidele,
auffi bien que le remplacement
qui le fuit.
Les Capitaines tucz font M
de Bernieres , Major ; & M
de Bouzols , de la Garde , d'Or
gemont & de Maigremont .
Les Lieutenans tuez font M
de Luzancy , Aide Major ; &
M's de Miſtral , de Ris & de
Remilly.
:
rs
Les Sous- Lieutenans tuez
font M de Blovac & de Maffane.
GALANT 32x
Les Lieutenans bleffez font
M' Talon, d'Avejan , de Monfouri
& de Renanfard .
Les Sous- Lieutenans bleffez
font Mrs de Miſon , de Creil,
.de Moncler & d'Orival .
Enfeignes bleffez , Mrs de
faint Olon , de Gouffonville,
de Beaulieu & de Lignieres.
Mr de Contade , Capitaine,
a été fait Major , à la place de
Mr de Bernieres.
Remplacement des Capitaines
Mr de S. Paul , cy-devant
Aide-Major.
Mr de Cliffon , cy- devant
Lieutenant de Grenadiers .
322 MERCURE
Mr de Seraucour, cy- devant
Aide -Majorada do Primoj
Mr le Marquis de Coetdelets
Mr Doumeny.d Eruca
Aides-Majors, ty
Mrs Devizé & d'Arbours
ville . Le troifiéme n'eft pas
nommé .
Je n'ay point vû de Relation
particuliere de ce que le Regiment
des Gardes Suilles a fait
en cette occafion ; mais je fçais
que plufieurs Lettres de l'armée
en ont parlé tres - avantageufement.
On fçait que la fermeté
des Suiffes eft égale à leur
fidelités auffi ont- ils mérité ·
GALANT 323
beaucoup d'éloges dans une
journée où toutes les louanges
ont efté pour les vaincus , &
toutes les félicitations pour les
vainqueurs , puifqu'il eft plus
glorieux de combatre feul con
tre fix perfonnes , que d'eftro
fix contre un. Perfonne n'ignore
que fi l'on en excepte les
prifonniers & les déferteurs ,
les vainqueurs ont plus perdu
dans cette occafion que les vain
cus, qui n'ont eu 2000 morts
fur le champ de bataille , ainfi
que je l'ay inconteftablement
prouvé dans ma Lettre préce
dente , & cela pendant que les
324 MERCURE
Ennemis avoüent dans leurs
nouvelles publiques , qu'ils ont
perdu 4000 hommes . La re-
Яéxion que je viens de faire là
deffus, rendra la chofe vrai femblable
, même aux plus incrédules
. La grande fuperiorité des
Ennemis a efté caufe que nos
coups fe font étendus dans le
combat , fur une infinité, de
gens au lieu que ceux des Ent
nemis en ayant un beauconp
plus petit nombre pour objer,
leurs coups fe font prefque tous
ramaffez fur les mêmes perfon
nes : ce qui fait que la plufpart
de nos bleffez ont reçû huit ou
#GALANT 329
dix
bleffures , que
plufieurs en
ont eu juſqu'à douze & à quinzc
, & qu'il s'en eft trouvé qui
en ont reçû jufqu'à vingt .
La Maifon du Roy étoit foût
tenue d'une Brigade de Cavalerie
,
compofée de
plufieurs
Regimens. Je vous ay parlé
dans ma derniere Lettre , de la
valeur avec
laquelle le Regiment
commandé
par Mr le
Marquis de Courcillon a combattu
, & de ce qu'a fait ce jeune
Colonel de digne d'une immortelle
mémoire, & dont la
bleffures'eft trouvée plus grande
que je n'avois crû. Je dois
326 MERCURE
ajoûter icy que le jeune Mar
quis de la Tournelle, qui com
mandoit le Regiment Royal-
Etranger qui étoit de cette Brigade
, y a fait des actions de la
plus haute valeur , & qu'il s'eft
mêlé plufieurs fois parmy les
Ennemis . Ce Marquis ayant
fupporté une fatigue beaucoup
au - deffüs de fon âge , qui eftoit
tres- peu avancé , ne s'eftoit pas
apperçu dans la chaleur du
combat , que pendant qu'il perçoit
les rangs des Ennemis ,
beaucoup avoient penetré au
travers de nos troupes : de maniere
que s'étant retourné pour
GALANT 327
f
dre aux fiens de le fuivre , afin
de continuer à percer les En
nemis , il fe trouva qu'il leur
parloit dans le temps qu'il
croyoit engager ceux qui le fuivoient
à s'avancer avec luy. Il
fut tué dans ce moment-là. Mr
- de Mezieres , quia efté témoin
de tout ce que je vous dis , &
qui eft icy prifonnier ſur ſa pa
role , en a rendu compte au
Roy, ainfi que des actions d'une
valeur extraordinaire faites auffi
par plufieurs perfonnes de diftinction
, dont il a pareillement
efté témoin.
2
Le Regiment de Mr de Saint328
MERCURA
fecond eftoit aufli un de ceux
qui compofoient la Brigade de
Cavaleric qui foûtenoit la Maifon
du Roy. Ce Regiment étoit
commandé par fonLieutenant-
Colonel , qui a fait des prodi
ges de valeur , & qui a reçû un
grand nombre de bleffures . Enfin
,il n'eftrien de fi furprenant
que tout ce qui s'eft fait dans ce
combat , & les actions de valeur
dont fe font couronnez tous
ceux qui ont combatus , auroient
fuffi dans une autre occa →
1
fion pour gagner la victoire la
plus fignalée . Le Duc de Marlborough
en ayant efté auffi furGALANT
329
4
pris que charmé , a crû devoir
traiter tous ceux qui font tombez
entre fes nains , avec une
honnefteré
qui fait beaucoup
de bruit dans le monde , & qui
le doit faire eſtimer , fuppofé
que tout ce que l'on en faconte
foit veritable
à quoy il y á
beaucoup d'apparence . Ainfi ,
outre la gloire que luy donne la
rufe permife en guerre , & la
hardielle d'avoir ofé attaquer
une larmée dont il auroit dû
eſtre battur, fans und fatalité
extraordinaire , il a encore celle
de s'eftre acquis l'eftime de plu
fieurs perfonnes de diftinction,
Juin 1706.
Ec
7
330 MERCURE
& l'on peut même dire de toute
l'armée des deux Couronnes
tant il eft vray que nous rendons
juftice aur mérite , & que
nous l'eftimons même dans notre
plus grand ennemy. 1
"
Je ne finirois point oficje
voulois parler de tous ceux qui
cont fait voir une intrepidité ,
aqui va au delà de l'imagination,
dans l'affaire dont il s'agit . Ce
Ipendant , je ne puis m'empê
cher de vous dire , avant de fi
nir cet article , pour rendre juf
ticc à trois perfonnes de la plus
haute diftinction , que Mr le
Comte d'Egmont , quoique
GALANT 331
fort jeune encore , a combattu
avec une valeur digne de fon
nom & de fa naiffance ; & qu'il
a reçû un grand nombre de
- bleffuras,
oup Mr le Comte de Horne , cidevant
Gouverneur de Rutemonde
, & Lieutenant General ,
a efté fait prifonnier , aprés
avoir efte bleſſe do dix coups
de fabre. Ses bleffures font fon
éloge , & font connoître qu'il
ne s'eft rendu que lorsqu'il n'a
plus efté en eftat de combatre,
ny même de foûtenir fésarmes.
Ն
Monfieur lePrince Ferdinand
1
Eesijuo
332 MERCURI
de Ligne , Capitaine de Cavale
rie dans les troupes d'Espagne,
& troifiéme frere du jeune
Prince de Ligne , a fait voir dès
fa premiere campagne, & quoiqu'iilfoit
encore fort jeune, que
rien ne pouvoit arrefter l'ardeur
de fon courage , & qu'il ne
craignoit pas d'aller au feu ,,
puiſqu'il a chargé trois fois les
Ennemis. Ce jeune Prince eft
fils de feu Monfieur le Prince de
Ligne , frere aîné de Mr le Marquis
de Moy , & petit-fils de
Claude Lamoral , Prince de Ligne
,Vice- Roy de Sicile & Gouverneur
de Milan' , & de Marie
Claire de Naffau .
GALANT 333
Mylord Clare a cfté tué
dans la mefme action. Ce Mylord
a donné d'éclatantes marques
de fa fidelité pour fon legitime
Souverain . Dans la derniere
révolution d'Angleterre,.
il refifta avec fermeté à toutes
les offres feduifantes qu'on luy
fit pour abandonner le parţi
du Roy Jacques , & pour em
braffer celuy du Prince d'Orange;
non- feulement il ne les
écouta pas , mais il facrifia
auffi fes biens & les plus bril
lans avantages que la fortune
luy offroit pour fuivre fon
Maitre, il ne fit qu'imiter, dans
e
334 MERCURE
+
cette conduite, d'illuftres exemplés
domeftiques . Ceux qui fça
vent l'hiftoire des troubles qui
agiterent l'Angleterre dans le
milieu du derier fiece , nig
norent pas que le pere de Mylord
Clare rifqua plufieurs fois
fa vie pour fauver ou pour
conferver celle du Roy Charles
I. fonMaitre Ses foins ayant
efté inutiles , il quitta l'Angleterre
, n'ayant pas voulu être
témoin de la fin tragique de ce
Prince ; & il n'y revint que
long- temps aprés.Mylord Clate
qui vient d'être tué , étoit
Colonel d'un Regiment Irlan
GALANT 335
r
dois, qui s'eft diftingué à la ba
taille d'Hochftet, de même qu'à
celle de Ramillies. Il avoit
époufe Mile Bulkeley , fille de
Me Bulkeley Dame d'honneur
de la Reine d'Angleterre,
dont M le Maréchal Duc de
Barwich a épousé une autre
fillet Le Roy a eu la bonté de
donner fon Regiment au Lord
Clare fon fils, quoiqu'il ne foit
encore âgé que de huit ans.
Mile Marquis d'Aubigné,
de la Roche- Ferriere coufin
de M Evêque de Noyon !
ayant efté tué dans le mefme
combat , le Roy a donné fon
ت ا د
336
MBRCURE
Regiment de Dragons au fo
cond fils deM'le Duc de Guiche
connu fous le nom de Comte
de Lefcun. Il n'a que 17 ans.
On a fait une perte confiderable
par la mort dd Mile
Marquis d'Aubigné . Il avoit dé
ja donné en plufieurs occafions
des marques de fon courage
& de fa prudence, il avoit licu
d'efperer d'être Brigadier cette
année. Sa mort clt d'autant
plus fenfible à fa famille qu'il
étoit fils unique , & qu'il n'e
refte plus perfonne de lalbran
she d'Aubigné de laRoche Fer
riere . Mole Marquis de ld Ro
cheGALANT
337
che Ferriere vit encore ; il eſt
aveugle, & âgé de 75. ans . M
Wiette , Lieutenant - Colonel
du Regiment
d'Aubigné , cut
la jambe caffée de la mefme
décharge dont Mr le Marquis
d'Aubigné fut tué ; c'eſt un ancien
Officier , qui s'eft acquis
beaucoup
d'eſtime dans le fervice.
Mr le Marquis d'Aubigné
a efté tué à deux pas de luy,
& eft mort entre fes bras .
Le Roy a donné le Regiment
Royal- Etranger qu'avoit
feu Mr le Marquis de la Tournelle
à Mr le Chevalier de
Saint -
Chamant , qui avoit a
Juin 1706.
Ff
338 MERCURE
DOU
chetté celuy de Mr le Duc de
Quintin. Il eſt frere de Mr le
Marquis de Saint - Chamant-
Mery , qui étoit autrefois
exempt des Gardes du Corps ,
* & qui a époufé Mlle de Chaftelus-
de Beauvoir , qui eft de la
mefme maifon que le Maréchal
de France de ce nom, qui
vivoit il y a prés de trois fiecles
. En effet Claude de Beauvoir
, Seigneur de Chaſtelus,fut
fait Maréchal de France en
1418. & mourut en 1453. La
maifon de Saint-Chamant eſt
alliée à celle de Noailles , & à
pluſieurs autres confiderables
CALANT 339
duRoyaume . Lamerede Mrl'E
vêque d'Oleron eft de cettemai
fon.Mr le Chevalier de S. Chaamant
s'eft trouvé en diverfes
occafions , où il a donné des
preuves de fon courage & de
La fermeté dans les plus grands
perils. Mr le Marquis de Saint-
Chamant fon frere s'eft auffi
acquis beaucoup d'eftime dans
Jes Gardes du Roy. Feu Mr de
Saint- Chamant leur pere avoit
porté les armes toute fa vie ,
& il avoit fervi fous feu Mrle
Prince, de qui il avoit reçû des
marques d'une diftinction &
Ffij
340 MERCURE
d'une confiance trés- particu
liere.
Mr le Marquis de Bar, Gouverneur
d'Amiens , Brigadier
des Armées du Roy & Meftre
de Camp d'un Regiment de
Cavalerie , à efté tué dans la
bataille de Ramillies. Il eft mort
âgé de so . ans. Il joignoit à
une naiffance diftinguée la réputation
d'être un des plus
honneftes hommes deFtance.Il
avoit de la valeur , & un fonds
de probité qui luy avoit acquis
une eftime generale . Il étoit
fils de feu Mr le Marquis de
Bar , auffi Gouverneur d'AGALANT
34
miens , & il n'a point laiffé
d'enfans. Il avoit eu une fille,
qui mourut dans fes premieres
années. Ce Marquis étoit de la
maifon de Molceau,qui eft une
des plus anciennes du Limofin ;
la tradition du païs porte qu'el
le eft une branche de l'ancien
ne maifon de Cornil, qui étoit
des plus qualifiées de cette Province.
Le Gouvernement d'Amiens
vacant par la mort de Mr de
Bar, a efté donné à Mr de Me,
zieres Capitaine de Gendarme
rie , l'un des meilleurs Officiers
des troupes de Sa Majesté , &
Ffij
342 MERCURE
qui vient de fe diftinguer dans
la bataille de Ramillies. Il est
d'une tres-ancienne maiſonéta-
༅ སྙ
blie depuis plufieurs ficcles dans.
le Bourbonnois & dans l'Auvergne.
M'de Mezieres eft frere
de Madame la Comteffe de
Charlus , & oncle de Mr le
Marquis de Levi , Meſtre de
Camp de Cavalerie , Brigadier
des Armées du Roy , qui a é
pouſé en 1698. Mlle de Chevreufe
, fille de Mr le Duc de
Chevreufe-Luynes. MⓇ la Mar
quife de Château – Morant
dont la beauté eft connue , eft
foeur de Mr le Marquis de Le
,
GALANT 343
vi, & auffi niece de Mr de Mc-,
zieres . Son pere & fon ayeul
ont eu des emplois diftinguez,
dans les troupes de Sa Majefté .
Feu Mr le Marquis de Mezie
res fe trouva à la bataille de
Nortlingue , où il donna de
grandes preuves de fon courae
à la tefte de fon Regiment :
il reçût en cette occafion des
témoignages honorables de
tous les Generaux . Mr de Me→
zieres, fon fils , qui vient d'eftre
pourvû du Gouvernement d'A
miens , a infiniment d'eſprit. »
Mr le Marquis de Gouffier ,
Guidon des Gendarmes de la
Ff iiij
344 MERCURE
garde , eft mort des bleffures
qu'il a reçeües dans la dernieres
bataille. Il avoit époufé Mlle
de Luynes,foeur de Mr le Comte
d'Albert , de Mr le Cheva
lier de Luines , de M la Com
teffe de Veruë , de M˚ la Mar
quife de Seffac & de feüe M
la Princeffe de Bournonville.
La maifon de Gouffier eft originaire
de Poitou . Emeri Gouffior,
qui vivoit dans le quinzié- p
me fiecle fut pere de Guillaume
Gouffier , Seigneur de Boifi ,
de Bonnivet, d'Oiron, de Maus
levrier, Senechal de Saintonge,
premier Chambellan du Roy
7
GALANT 345
T
Charles VII. Ce dernier, qui
avoit cfté choisi pour être Gou
verneurdu Roy Charles VIII.
dans fa jeuneſſe , avoit épouſé
en 1450. Loüife d'Amboife
,
fille de Pierre Seigneur de
Chaumont & d'Anne du Beüil, s
& foeur du celebre Cardinale
George d'Amboife , dont il eut
Pierre, qui fe trouva à la ba
taille de Ravenne l'an 1512. &
qui fut tué l'an 1515 , à celle
de Marignan , fans avoir eftét
marié. Il prit une feconde alliance
avec Philipine de Montb
morenci, veuve de Charles devol
Melun, Seigneur de Nantouil
346 MERCURE
let , dont il eut Artus, qui fuit;
Guillaume , connu fous le nom
de l'Amiral de Bonnivet ; Adrien
, Cardinal de Boifi ; Simon,
Evêque d'Alby aprés fon
frere , qui étoit Abbé de Cluni
& de Saint Denis ; Loüis, Abbé
de Saint Maixant , &c. Artus
Gouffier époufa Helene d'Angeft
Dame de Maigni , fille de
Jacques , & de Marie de Mouy.
On voit dans l'hiftoire de la
belle Agnés Sorel , qu'Helene
d'Angeft avoit un genie trésfuperieur.
Les enfans d'Artus
Gouffier furent Claude , Marquis
de Boifi , Comte de CaraGALANT
347
3
vas , enfuite Duc de Roüanez.
& Grand Ecuyer de France ; &
Helene , mariée en premieres.
nôces à Louis de Vendôme Vidame
de Chartres ; & en fecondes
, à François de Clermont,
Seigneur de Treves.Clau
de Gouffier fut marié cinq
fois. La premiere , à Jacqueline
de la Trémoille , la feconde , à
Françoiſe de Broffe , dite de
Bretagne ; la troifiéme, à Marie
de Gaignon , fille de Jean de
Saint Bohaire ; la quatrième , à
Claude de Beaune , fille de Jacques
, Baron de Samblançay
General des Finances de Fran348
MERCURE
çois premier.La cinquiéme, avec
Antoinette de la Tour- Landry,
Dame d'honneur de la Reine
Catherine de Medicis. Voilà
quels ont efté les illuftres anceftres
de Mr le Marquis de
Gouffier : il foûtenoit ce nom
avec beaucoup d'honneur & de
gloire.
M' de Bernieres , Major du
Regiment des Gardes . Il avoit
commencé à porter les armes
en qualité de Soûlicutenant . Il
-monte de cet employ à ceux de
Lieutenant &deCapitaine ,d'où
il fut enfin tiré il y a quelques
années pour eftreMajor, à caufe
GALANY 349
de fes longs fervices dans ce
Regiment. Il eftoit d'une maifon
confiderable de Normandie,
& alliée aux plus anciennes
de Paris.
. Mr de Contade , Capitaine
dans le même Regiment , eftmonté
par la mort de Mr de
Bernieres , à la charge de Major.
Cet Officier eft connu par
fa valeur & par la delicateffe
de fon efprit ; il a beaucoup
de merite. Il eft fils de feu Mr
de Contade , Capitaine des
Chaffes du Duché de Beaufort ,
& qui avoit porté les armes une
partie de fa vie. Il eft d'une
350 MERCURE
naiffance diftinguée.
La Compagnie qu'il laiffe
vacante a efté donnée à Mr de
S.- Paul Lieutenant & Aide- Major
dans le même Regiment , &
qui eft d'une ancienne maiſon
de la Province de Dauphiné,alliée
à celles de Savines & de
Longecombe.M' le Marquis de
Thoy,quifert en qualité deLicu
tenant general dans l'armée de
Piémont , eft de cette derniere
maifon, & par confequent proche
parent de Mr de S. - Paul.
Mr d'Orgemont , Capitaine
dans le Regiment. Il eftoit fre
re de Mr Foreſt , Confeiller
1
GALANT
35x
•
Parlement de Paris.
Sa Compagnie a efté donnée
à M' de Cliffon , Lieute
nant de Grenadiers dans le même
Regiment. Ce dernier eft
de la maiſon de Sauvaiſe , &
frere de M' de Cliffon , grand
Senéchal du Pays d'Aulnis . Feu
M' de Cliffon fon pere avoit
eu de N.... d'Efcoubleau- de
Sourdis , fa feconde femme
;
eMlle de Cliffon , fille d'honneur
de Madame , & qui époufa
enfuite M' le Marquis de Roquelaure
Lieutenant de la Gendarmerie
, & qui eft de la Province
de Rouergue ; dont la
352 MERCURE
maifon eft differente de celle de
M' le Duc de Roquelaure, qui
eft de la Province de Bearn.
L'une & l'autre font tres-anciennes
& tres - illuftres .
M' de Maigremont , Capitaine.
Il eftoit frere de M
de Colandre Colonel du
Regiment des Vaiſſeaux ; de
M Pecoil Mffe des Requeftes ;
& fils de M' le Gendre, dont je
vous ay appris la mort il y a
quelque temps.
Sa Compagnie a efté donnée
à M' de Seraucourt , Lieutenant
& Aide- Major dans le même
Regiment. Il eft frere de Mi
GALANT 353
de Seraucourt , ancien Intendant
de la Generalité de Berry ,
& Maistre des Requeftes ; & de
M' l'Abbé de Seraucourt , dif
tingué par fa doctrine & par
fa vertu. La Maifon de Seraucourt
eft tres ancienne dans la
Robe.. M' de Saint - Paul , de
Cliffon , & de Seraucourt qui
ont efté nommez Capitaines ,
eftoient les trois plus anciens
Lieutenans du Regiment ; ainfi
le Roy en rendant juftice à leur,
merite , n'a fait que les nommer
felon leur ancienneté .
M' de Luzancy, Aide- Major
du même Regiment , eft mort
Juin 1706.
Gg
354 MERCURE
de fes bleffures à Tirlemont.
Il cftoit d'une tres- ancienne
maifon dont le nom eft Gomer
-
& qui eft alliée à celle de Noailles
par
la maifon de Vignacourt.
Il eftoit petit- neveu de
feu Mr de Vignacourt , dernier
Grand Maistre de l'Ordre militaire
de S. Jean de Jerufalem ;
& neveu de Mr l'Abbé de Luzancy,
Docteur de Sorbonne &
Archidiacre de Meaux , qui dedia
à la memoire de ce Grand-
Maiftre , fon Aulique , lorfqu'il
prit le Bonnet de Docteur il y
a deux ans. Mr de Luzancy qui
vient de mourir , a cfté fort reGALANT
355
gretté dans fon Corps , où il
eftoit auffi eftimé que Mr l'Abbé
de Luzancy , fon oncle , l'eft
de tous ceux qui le connoiffent.
L'Aide Majorité qu'il a laiffé
vacante , a efté donnée à Mr
Devize , ancien Lieutenant . Le
nom qu'il porte m'empêche de
vous en parler ; il y a longtemps
qu'il eft dans le fervice ,
quoy qu'il foit encore affez
feune. Il a efté dangereufement
bleffe au fiege de Mons . Il eft
Chevalier de Saint Lazare & de
Saint Louis . Son nom eft connu
de tous les anciens Officiers ,
Gg ij
356 MERCURE
à caufe des fervices fignależ
qu'ont rendus plufieurs de ceux
qui l'ont porté. Je vous ay
amplement parlé de cette famille
, en vous apprenant la
mort de Mr Devizé , Lieute
nant des Gardes du Corps . Ce .
luy qui vient d'eftre fait Aide
Major , a deux freres dont l'un
eft Abbé & Licentié de Sorbonne
, & Abbé de Leftret ; &
l'autre Lieutenant de Vaiffeau ,
& un coufin - germain de fon
nom , qui a eſté élevé Page du
Roy , & qui eft Capitaine dans
le Regiment de Cavalerie quis
fert en Piémont,
GALANT 37
Mrade Seraucourt a auffi
laiffé en devenant Capitaine ,
une Aide Majorité vacante, qui
a cfté donnée à Mr d'Arboual
ville, neveu de M ' d'Artagnan,
& proche parent de Mr le Maréchal
de Vauban . Il faut que
le merite de Mr d'Arbouville
ſoit bien connu , puiſqu'eſtant
encore dans unâge peu avancé,
il a efté nommé à une Aide- Majorité
, qui demande beaucoup
d'application. Mrs d'Arbou
ville font allicz de Mrs de Bouville
, Polart , de Seraucourt
& Quentin- de Rich bourg.
M Miſtral , Lieutenant do
7
358 MERCURE
Grenadiers dans le même Regiment.
Il eftoit de la Province
de Dauphiné , & allié aux meilleures
Maifons du Parlemens
de Grenoble, où fes ayeux ont
poffedé des Charges confiderables.
Il eftoit fort eftimé dans
les troupes , & il fervoit depuis
le commencement de la derniere
guerre.
M le Chevalier de Ris , Lieutenant
dans le même Regiment.
Il eftoit d'une des plus
anciennes Maifons du Royaume
. Il eſtoit proche parent de
M' le Marquis de Ris , qui a
efté tué à la Bataille de Luzzara,
GALANT
20
359
& qui eftoir fils de feu Mr le
Marquis de Ris , dont la veuve
a époufé depuis quelques années
Mr le Marquis de Saffy
prifonnier en Angleterre depuis
deux ans.
Mr de Remilly-le Lougleur,
auffi Lieutenant dans le même:
Regiment. Il eftoit d'une des
meilleures Maifons du Royaume
; elle y eftoit connue dés le
regne de Philippe de Valois.
Celuy dont je vous apprends
la mort, eftoit encore fort jeu
ne ; il avoit déja pourtant don
né des marques de fon coura
ge en plufieurs occafions .
360 MERCURE
Je vous parleray le mois pro
chain des deux autres Capitai
nes qui ont efté tuez, & de ceux
qui ont efté nommez à leur
place, ainfi que des Lieutenans,
& du troifiéme Aide- Major ,
dont les places vacantes ne font
pas encore remplies.
La Reine d'Espagne ayant,
ainfi que vous avez fçû , pris
le maniement des affaires aprés
le départ du Roy pour la Cata
logne ; cette Princeffe prit dans
le Confeil, avec lequel elle gou
vernoit , une refolution bien
digne de fa prudence , de fon
efprit & de fes lumieres. Le
Royaume
GALANT 361
Royaume d'Aragon , qui cft
fitué dans les terres , & à qui
par confequent il eft tres- difficile
de faire commerce de quantité
de choſes dont il aborde,
demandoit depuis long- temps
aux Rois prédeceffeurs de Philippe
V. qu'ils luy accordaffent
un Port où il pût eftablir fon
tup
commerce. Ce Royaume n'avoit
pû l'obtenir , parce que
celuy de Valence & la Principauté
de Catalogne s'y oppo
foient
; mais la Reine voyant
leur revolte , & croyant qu'il y
avoit de la juftice à récompen
fer la fidelité du Royaume
Juin 1706. 201
Hh
362 MBRCURE
R
d'Aragon , fans s'arreſter aug
oppofitions précedentes de cas ]
deux pays revoltez , a accordé
à ce Royaume la Ville de Tortofe
, & celle de Lerida , pour
luy faciliter le paffage de fest
marchandifes
. Le Royaume
d'Aragon en eft penetré de re
connoiffance , & tous les Etats
de cc Royaume font bien re
folus de fe maintenir dans CC
Privilege , & de prendre les armes
même , s'il eft neceffaire
de l'aveu du Roy , pour s'oppofer
aux Catalans , pour les
punir de leur rebellion, & pour
Te maintenir dans les lieux que
GALANT 363
Să Majefté Catholique unit à
leur Royaume, aux mêmes conditions
que ce Prince eft reconnu
pour legitime & unique
Souverain dans tous les autres
lieux qui en dépendent . Cette
action de la Reine a reçû de
applaudiffemens , & elle grands
a efté regardée comme un coup
d'Etat dans la conjoncture prefente
, & qui peut produire de
bons effets pour toute l'Efpagnc.
L'article que vous allez lire,
eft une fuite de la marche du
Roy d'Espagne pour fe rendre
à Madrid , à fon retour de Ca
૨
Hhij
364 MERCURE
•
119
talogne . Ce Monarque partit
de Perpignan le 24 de May en
chaife de pofte. Il paffa par S.
Jean - Pied -de-Porc , & il arriva
le 2 de ce mois à Pampelune,
accompagné de Mrs le Comte
de Benavente , dans fa chaife ;
de Mr le Conneftable de Caftille
, & de Mr le Duc de Medina
Sinodia , dans une Berlingue;
de Mr le Duc d'Offone , à cheval
, fa chaife s'eftant rompues
de Mr le Duc de Noailles , dans
fa chaife . Sa Majeſté Catholique
fut reçûë de tout le peuple
de Pampelune , avec de grands
applaudiffemens , & de grandes
GALANT 365
"
marques
de joye ; & Elle dit
en yy arrivant , qu'Elle ne vouloit
point avoir jufqu'à Madrid
d'autre escorte & d'autre garde
que
que l'amour
& la fidelité de fes
vrais Sujets. Cette confiance,
qui fait honneur à la nation
Efpagnole, fembla faire redou-
Bler l'amour qu' Elle avoit pour
un Prince fi digne de la commander.
Toute la Nobleffe des
environs de Pampelune
avoit
monté à cheval , fur l'avis qu'-
elle avoit eû que le Roy d'Efpagne
y arriveroit , inceffamment
; & le peuple même
s'eftoit mis en chemin pour fe
Hh iij
366 MERCURE
les
rendre à Pampelune , de ma
niere que le 3 au matin il s'y
eftoit trouvé une grande foule
des uns & des autres . Tous
ceux qui eftoient en eftat de
porter les armes , prirent
pour faire honneur à leur Souverain
, & joncherent de fleurs
les chemins par où il devoit
paffer. On affure que tous les
peuples firent la même choſe
jufqu'à Madrid , où Sa Majeſté,
qui eftoit partie le 3 au matin,
arriva le 6. Sa Majesté croyoit
y entrer , avant qu'on y fût
averti de fon retour ; mais on
y avoit déja appris cette heu-
"
GALANT 367
roufe nouvelle. Ceux qui en
farent avertis affez tôt , fortirent
avec un empreffement digne
de leur zele , & de leur
fidelité , pour aller au- devant
de Sa Majesté. Elle y fût reçûë
avec des acclamations , des applaudiffemens
& des cris de joye
qui paffent toute expreffion.
Ces tranfports de joye furent
fuivis de tous les témoignages
publics & particuliers , qui pou
voient en faire paroiftre avec
éclat la fincerité ; & il feroit
mal- aifé de décider entre les
Grands , la Nobleffe , la Bourgeoifie
& le peuple , de quel
Hh iiij
368 MERCURE
côté ces tranfports de joye onr
été plus finceres ou plus grands.
Le foir & la nuit du même jour
fe pafferent en illuminations , en
feux de joye que firent les ha
bitans , en feux d'artifices &en
réjouiffances publiques & par
ticulieres. Tout Madrid paroif
foit en feu ; & les illuminations
y font d'autant plus belles ,
qu'elles ne s'y font qu'avec de
gros flambeaux de cire blanche,
& que le nombre en eft toû
jours fort grand. On vouloit
continuer les nuits fuivantes ;
le peuple demandoit même des
feltes d'une autre nature , &de
GALANT 369
cas Combats de Taureaux , qui
font de tous les temps fi fort au
gouft de la Nation. La Ville y
eftoit refolue , & les Grands
eftoient auffi de ce fentiment ;
mais les frais en cftant prodigicux
, le Roi a voulu leur épar
gner de ſi grandes dépenfes ,
qui ne pouvoient fervir qu'à lui
témoigner un amour & un zele
dont il ne doute nullement , &
dont il reçoit d'ailleurs tant
d'autres preuves : cependant il
moins fallu que l'auton'a
pas
Lité
Royale
pour
l'empêcher
. Je
vous
donnerai
peut
- être
le mois
prochain
, un
détail
plus
cir
370 MERCURE
conftancié de tout ce qui s'eſt
paffé à l'occafion du retour de
fa Majefté Catholique en Espa
fur fa route &
gne ,
ainfi
que
dans Madrid .
Je dois ajoûter icy , que le
mauvais fuccés des affaires de
Catalogne , loin d'avoir caufé
la moindre alteration dans l'ef
prit des Grands , & parmy rouš
les peuples d'Efpagne , ils pro
teſtent tous qu'ils ne reconnot
tront jamais l'Archiduc pour
lour Souverain , & qu'ils ne veu
lent point d'un Roi qui leur eft
offert par les Catalans, qu'ils ne
regardent plus que comme des
GALANT 371
fujets infideles ; & par les Portugais
, qui font leurs plus mor
tels ennernis, & qui ne font que
des fujets revoltez , qui fe font
fouftraits de la Puiffance d'Ef
pagne.
Quant aux affaires de la guer
re avec le Portugal , il y a de
l'apparence qu'elles changeront
bien-toft de fituation , & que la
Campagne
d'Automne
fera
avantageufe
aux Efpagnols.Les
Alliez qui s'eftoient propofez
d'aller jufqu'à Madrid ,
trouvent préfentement
bien
éloignez , & font tout- à - fait
hors d'efpoir de pouvoir faire
s'en
372 MERCURE
conunTeul
pas en pas en avant . Les Poftugais
, plus
fages
& qui connoiffent
mieux
les difficultez
qu'il
leur
auroit
fallu
furmonter
, s'ils avoient
fuivi
l'inten
tion de Mylord
Galloway
, ont
abſolument
refufé
de fe co
former
à fes fentimens
& à
ceux
des
Hollandois
: ce qui a
caufé
de grands
démêlcz
parmi
eux. Mylord
Galloway
en
a fait faire de
grandes
plaintes
au Roy de Portugal
; & fes
plaintes
ont efté tresmal
recues.
La Princeffe
de Dannemarck
a fait les mêmes
plaintes
à l'Ambaffadeur
de PortuGALANT
373
7
gal qui eft à Londres ; & comme
il a répondu à cette Princeffe
d'une maniere dont elle
n'a pas paru contente , cet Ambaffadeur
ne va plus à la Cour
voyant bien qu'il y feroit mal
reçu . Cependant les Espagnols
fe mettent en eftat de faire une
campagne d'Automne des plus
vigoureufes ; puifqu'outre les
Troupes qui font levées par
plufieurs Corps , & celles que
fourniffent tous les Ordres militaires
, la Cavalerie commandée
par Mr le Maréchal Duc
Berwick eft tres - belle & tresbien
montée , & qu'elle confif374
MERCURE
te en sooo. chevaux. Je nb dis
rien de ſon Infanterie, qui comu
pofera une armée des plus nome
breufes , lorfqu'elle fera jointe
à celle des Corps & des Ordres
dont je viens de vous parlerd
& aux 30. Bataillons François
qui doivent eſtre prefentement
à Madrid , ou du moins fortp
près de cette place , avec 200b
Efcadrons
, qui les accompag
gnent . Ainfi il y a lieu d'efperer
que les Alliez qui font entrez
en Eſpagne , fe trouveront dans
peu fort embaraffez.lero
Vous fçavez que le Roy
Roy an
nommé Monfieur le Duc de
GALANT 375
Vendôme , pour commander
en Flandres. Îl n'y a pas à dou
ter que ce Prince qui entaffe
victoire fur victoire , qui n'a
pas moins triomphé par fon
habileté
& par fa valeur , que
pato la parfaite connoiffance
qu'il a du métier de la guerre,
qui a toûjours fait voir autant
de prudence & de conduite , en
imaginant tous ces grands projets
qui ont toûjours réüffi, que
de vivacité en les executant
toûjours prévoyant , toûjours
careffant, toûjours bien- faifant, 1
toûjours l'ame d'un combat, en
fe trouvant par tout pour ani376
MERCURE
mer les troupes , & pour les
engager par fa préfence à le fuivre
; enfin toûjours agiffant, &
donnant toûjours fes ordres de
tous côtez , & toûjours bien
" inftruit des forces & de la fitua
tion des Ennemis : il n'y a pas
icu , dis- je , de douter que ce
Prince ne porte avec luy en
Flandres , toutes ces grandes
qualitez . Un parfait General
d'Armée eft par tout le même ;
& comme il n'y a pas lieu de
craindre que Monfieur de Vendôme
en Flandres foit different
de Monfieur de Vendôme en
Italie , il y a fujet d'efperer que
GALANT
377
"
la fortune , qui toute fortune
qu'elle eft , fe trouve fouvent
obligée de prendre le party
d'un habile & vigilant General,
s'attachera bien- toft à celui qui
par mille raifons qui feroient
trop longues à rapporter, fçaura
luy impofer des loix.
Je ne dis rien de fon Alteffe
Electorale de Baviere ; il y a
long- temps que ce Prince eft audeffus
de toutes les louanges
qu'on pourroit luy donner . On
fçait la terreur que fon nom a
infpiré dans tout l'Empire Ottoman
; qu'il a fouvent raffermy
le Trône chancelant de
Juin 1706. Ii .
•
378 MERCURE
l'Empereur défunt ; & que pat
tout où ce Prince a combatu
~Outre
a
toujours
marche
fur fes traces. Juloq flog
quJ'aurois
mille chofes
à dite
de fon Alteffe
Royale
Mon
fieur le Duc d'Orleans
, que le
Roy a nommé
pour comman
der en Italie . Jamais
Prince n'a
fouhaité
avec plus d'ardeur
, de
fe voir à la tefte des troupes
pour fervir le Roy & l'Etat , &
quand
on cherche
fi vivement
& de fi bonne-foy , à s'expofer
aux plus grands
périls , c'eft une
marque
indubitable
que l'on
ne les craint pas , & que l'on
GALANTA 379
auga toute lafermeté neceffaire
pour affronter les plus redou→
tables ennemis
. Ce que je dis ,
n'eft point par maniere de prophetic
, ce Prince , beaucoup
plus jeune que ceux dont je
viens de vous parler , & qui le
toit encore d'avantage dans le
Comps du combat de Steinkerque
, & lorsqu'il fir quelques
campagnes en Flandres , parût
dés ce temps -là auffi intrepide,
& auffi incelligent dans le métier
de la guerre , que s'il avoit
appris à combattre dés le ber
ceau . H s'expofa aux plus grands
périls , avec une fermere dont
Iiij
380 MERCURE
on trouve peu d'exemples, Le
fer & le feu ne l'étonnoient
point ; & ayant eſté blefféquil
vit couler fon fang avec un fens
froid digne de la Maifon de
Bourbon : & fi fa bleffure luy
donna lieu de faire paroître
quelque impatience , elle n'étoit
caufée que par le defir at
dent qu'il avoit de retourner au
combat. Ce Prince donna en
cette occafion de fi grandes
marques de generofité & de
bonté tout enfemble pour
les bleffez , qu'il faudroit pour
vous donner feulement unc
idée de tout ce que ce Prince fit
ン
GALANT 381
de grand & de remarquable en
cette occafion , rapporter icy
June partie du Volume que j'ay
fait imprimer du combat de
Steinkerque , & que j'ay dédié
acePrince , & dans l'Epitre duquel
on en voit un éloge qui
faifoit connoître,dés ce tempslà
, ce que l'on en devoit attendre
, & qu'ilnous fera voir fans
doute dans peu , fi les conjonc
ctures fe trouvent favorables.
ab Vous fçavez que M¹ le Maréchal
de Villars doit commander
fous ce Prince en Italie . Le
combat de Fridelinghen ; fon
spaffage en Allemagne au tra
382 MERCURE
&
vers des montagnes, aprésavoin
pris Neubourg ; la prifebdu
fort de Kell , aprés avoit done.
né la chaffe au General Bibrac
le repos rétabli dans les Sevennes
, autant par fon eſprit
par fa prudence , que par la
force des armes ; la campagne
qu'il fit perdre l'année derniere
Mylord Marlborough , qui
aprés l'avoir tâté plufieurs fois
n'ayant ofé l'attaquer, retourna
en Flandres en furnt toûjours ,
en abandonnant fes munitions
& fes provifions , & en perdant
toûjours beaucoup de monde
par la défertion ; & ce que ce
ang
IGALANT 383
Maréchal vient enfin de fairey
en dégageant le Fort - Louis ,
enoreprenant Haguenau , &
en fe faififfant des lignes de la
Lourer & de la Motern tou
tes ces chofes , dis je , font fi
recentes & fi connues , qu'il
n'eft pas neceffaire de vous rien
dire davantage, pour vous don
ner une idée de ce que l'on doit
efperer de M' le Maréchal de
Villars.
M le Maréchal de Marcin ,
qui va remplir fa place en Allemagne
, qui a gagné la moitié
de la derniere bataille
d'Hochfter, qui s'eft diftingué
en plufieurs autres occafions
384
MERCURE
cftant né d'un fang tout belli
queux, & qui a appris à vaincre
fous l'un des plus
grands Prin
ces qui ait
jamais
porté les armes
, doit tres - bien
remplir la
place qu'il va
occuper.
Je vous envoye un extrait
d'une lettre de
Dankerque
,
dattée du 22, de ce mois , qui
yous donnera une idée affez veritable
de la
fituation prefente
des affaires de
Flandres ;
cependant
il y a lieu de croire qu'avant
que vous receviez ma lettre,
les
ennemis feront attachez
à
quelque fiege . Mais il n'eft
pas feurqu'ils puiffent l'achever
en repos , tant on prend de juli
tes mesures pour
empefcher l'ef
nfer
GALANT 385
fet de leurs vaftes projets , dont
je puis vous affeurer prefentement
qu'ils auront bien de la
peine à entreprendre feulement
la quatrième partie fans eftre
affeurez de reüffir ; quoiqu'ils
fe foient rendus maiftres de quelques
places importantes , où ils
ont efté introduits par la frayeur
& par la trahifon. Comme ces
places ne leur ont coûté que
le
temps neceffaire pour y faire
entrer des troupes, on peut dire
que depuis l'avantage qu'ils ont
remporté, ils font demeurez pendant
plus d'un mois dans l'ina-
Ation ; & felon le fentiment des
plus habiles Officiers de l'un &
de l'autre parti , ils n'ont pas profité
autant qu'ils auroient pu
faire, des faveurs de la fortune.
Kk
Juin 1706 .
386 MERCURE
Mr le Maréchal de Vauban af
riva ici hier au foir , pour commander
dans la place , à Íprés , Furnes,
Bergues & Gravelines. Sa prefence
raffure bien les peuples , & l'esprit de
ceux qui craignoient le fiege de Duns
kerque , queje n'aypas crû que l'on
puft faire cette campagne ; en quey
mon fentiment s'eft trouvé conforme
à celuy de beaucoup d'autres , à moins
les Ennemis ne trouvaffent
moyen de fe rendre maitres d'Oftende
, de Nieuport & de Furnes , auli
facilement qu'ilsfe le font imaginez:
ces trois places étant plus quefuffifantes
pour les occuper tout l'Efézencore
faudroit-il que la fortune continuaft
à les favorifer : A quoi ily
a peu d'apparence , ces trois places
eftant prefentement en état &pour.
vies des chofes neceffaires , par les
que
GALANT 387
foins & la diligence qu'on a eu à les
fecourir de toutes parts , particulierement
d'ici , où on remplace d'ailleurs
ce qu'on en a tiré . Il est arrivé
à la pointe du jour , une Chaloupe
d'Oftende , qui en eft fortie hier à dix
beures du foir , & dont le Commandant
a rapporté que les ennemis
n'avoientencore rien fait contre cette
place ; que l'on y eft dans la refolution
d'yfaire une trés - vigoureufe defenfe,
& qu'on n'y manquoit plus de
sien. On avoit appris la veille , que
les ennemis s'étoient retirez d'auprès.
de Nieuport , & que le Corps de leurs
troupes qui fembloit deſtiné pour attaquer
cette place , s'eftoit raproche
d'Oftende , & que l'apparence qu'il
yavoit qu'ils vouloient faire les deux
freges à la fois , s'étoit fort diffipée.
En un mot , toutes chofes, commen-
K kij
388 MERCURE
cent à reprendre un meilleur train:
On attend ici ce foir quatre mille
Pionniers , & dans deux fois vingtquatre
heures , ily en aura encore
huit mille. Ces douze mille font deftinezpourfaire
deuxCamps retranchez
entre la Ville de Dunkerque & le
Fort- Louis , c'eft à- dire , l'un entre
le Canal de l'Amour , & celui de
·Bergues ; & l'autre entre celui de
Bergues , & celui de Bourbourg ; au
moyen defquels on ne croit pas que
cette place puiffe efire attaquée ,
parce qu'en cas de befoin on mettra
dans ces deux Camps quinze mille
bommes.
Les inondations d'Oftende & de
Nieuportferont dans leur perfection ,
aprés cette vive eau, qui commence aujourd'huy
; ( c'est - à- dire, aprés cette
nouvelle marée , qui augmente pens
GALANT 389
dantfix jours & diminueenfuite ; ) enforte
que fi les ennemis les attaquent,
ils trouveront à qui parler : mais ils
paroiffent encore fort incertains , &
ils continuent à donner de la jaloufie
également à toutes les places
de deçà , depuis Tournay , Menin
, Ipres , & à celles qui font le
long de la mer & queje viens de nommer.
Il paroift que les ennemis balancent
fort , & qu'ils voudroient
nous obliger à dégarnir quelqu'une
de nos places , pour s'y jetter ; mais
ils n'y réuiront pas. Ainfi ils ne
peuvent que faire un grand ſiege,
sils en font un.
Nos Galeres font dans notre Canal
, qui échouent chaque marée ,
fans fe faire tort , & font toujours.
prêtes à fortir à la moindre occafion,
"C'est un bonheur qu'elles nefoient pas,
Kk iij
390 MERCURE
entrées dans Oftende ; car elles y fea
roient en rifque fans nulle utilité
elles auroient eu peine d'en fortir
quand elles auroient voulu le faire
Les Ennemis ont vingt buit Vaißfeaux
devant Oftende & trois devant
Nieuport.
Les Moufquetaires & les Grena
diers à chevalfont toujours ici les.
bleffez s'y gueriffent , & les fains continuent
de s'y bien porter.
F'oubliois de vous dire , qu'on avoit
eu deffein de former aufli nos inonda
tions , dont tout le plat Pays auroit
efté ruiné ; ce qui auroit efte terrible.
Mais Mrde Moyenville , nôtre Ingenieur
, homme trés- capable , &
d'un fens merveilleux autant que
d'un jugement folide , s'y eft oppofe ;
& s'eft contenté de faire mettre les
eaux douces dans tous les canaux ,
GALANT 391
Foffez & Vvatregants qu'il a fait
remplir , afin qu'en y mettant Peaun
falée , elle n'euft qu'à fe répandre s
ce que Mr de Vauban a fort approuvé
; enforte que l'on ne formera
les inondations qu'à l'extrémité.
Enfin il paroift , par les dernieres
Lettres de Flandres , que
les Alliez fe font déterminez au
Liege d'Oftende , & qu'ils n'en
feront point plufieurs à la fois .
Mr d'Owerkerque , aprés avoir
reconnu luy- mefme la Ville de
Nieuport , & avoir remarqué
qu'il n'eftoit pas poffible de fai
re paffer des troupes au - delà du
Canal qui conduit à Furnes , ni
au - delà de celuy qui va de
Nieuport à la Mer , & qui en
forme le Havre , & qu'ainfi ne
392 MERCURE
pouvant l'enveloper tout- à - fait,
principalement du côté de Dunkerque
, le fiege ne s'en pourroit
faire dans les formes : On
refolut de commencer par le
fiege d'Oftende ; & pour cet effet
, l'Armée commandée par ce
General , décampa le 19 des
environs de Nieuport , & da
Fort de Nieuwerdam , dont on
ne jugea pas à propos de pouffer
l'attaque , aprés qu'on eut laiffé
3 Bataillons avec 8 à 900 chevaux
feulement , pour garder
quelques poftes dont on s'étoit
emparé fur le Canal qui va de
ce Fort à Oudenbourg. Elle
'vint le foir du mefme jour camper
à Mariekerke fur la cofte,
& proche du Fort d'Albert , qui
n'eft qu'à demie - lieuë d'Often
GALANT 393
de . Comme c'eft le feul cofté
par où la place peut eftre attaquée
, on prétend que la tranchée
a dû y eftre ouverte le 22 .
J'en fçauray peut - eftre des nouvelles
plus precifes avant de
fermer ma Lettre . Le meſme
jour 19 , Mr d'Ovverkerque fic
marcher au- delà du Canal de
Bruges , un détachement qui le
paffa en Plaffendal , pour occuper
tout le terrain depuis ce
Port jufqu'à la Mer ; de forte
que l'on affure qu'Oftende fut
invefti le 20 de tous coftez ,
tant par terre que par mer. Mais
il paroift neceffaire que
les ennemis
s'emparent du Saz de Fliques
, & du Fort de faint Philippe
qui le couvre ; parce que
tant que nous en reſterions maî
394 MERCURE
tres , nous le ferions auffi des
caux jufqu'à Bruges . L'Armée
de Mr le Duc de Marlborough
eft poftée à Rouffelar , où elle
a cftabli fon quartier general ,
pour couvrir le fiege d'Oftende .
Il y a de l'apparence que ce
fiege fera rude , en cas qu'il continuë
; la place ne manquant
> de rien & Mr le Comte de
la Mothe qui y commande les
troupes , fe promettant de faire
une vigoureufe refiftance . D'ail
leurs , les Matelots de la Marine
ne manqueront pas de continuer,
comme ils ont commencé ;
à faire fentir aux ennemis des
effets de l'Artillerie qu'ils gou .
vernent & qui, a déja obligé
leurs Vaiffeaux à reculer . Ce-
>
pendant nos troupes groffiffent
GALANT 395
de tous coftez ; & l'on a déja
formé des Camps en plufieurs
endroits . Il y en a un fous
Ypres , de plus de vingt mille
hommes. L'Artois fournit des
grains ; & cent cinquante chariots
chargent des munitions
d'Artillerie à Douay. Il y a
dix mille chevaux dans les Villes
d'Artois qui confomment le
fec , & qui par ce moyen confervent
pour l'hyver ce qui eft
prefentement fur la terre.
On travaille à un Camp fous
Tournay , qui doit eftre aux ordres
de Mr le Maréchal de Vau
ban .
On reçût le 23 , à Arras , ordre
de faire partir 3000 pionniers
de cette Province pour
fe
rendre à Dunkerque ; & il y
396 MERCURE
eft en mefme tems arrivé un ora
dre de faire partir 300 chariots
pour mener des munitions à
Calais ce qui a eſté auflì- colt
éxecuté.
Enfin je viens de voir des Lettres
de Dunkerque du 26 , qui
portent que l'on n'y avoit point
encore appris de nouvelles de
l'ouverture de la tranchée devant
Oftende, Ce retardement
eft confiderable , & pour peu.
qu'il dure encore , & que le
fiege traîne en longueur , les
Alliez courent rifque de ne le
pas achever tranquillement . On
dit que les Canons & les munitions
leur manquent ; parce que
nous avons trouvé moyen de
faire écouler l'eau des canaux
fur lefquels on les tranfportoit.
Lat
GALANT
397
Le mot de l'Enigme du mois
dernier étoit les Livres . Ceux qui
l'ont deviné , font Mrs l'Abbé
Chevrigny Boubeferoux : de
Silly Simon Bigot le jeune :
Troifdames l'aîné , de la ruë
Sainte Croix ; & fon aimable ſocieté,
de la ruë Saint Dominique:
Jacquot Bourlier : Râflin ,
de l'Hôtel de Navaille ; & le
folitaire Defangloux : le folitaire
du marais : l'Amant fecret
des deux Piliers d'or de la ruë
Saint Jacques le Soûchantre,
& le Pilier de Saint Severin :
Tripault ; & fon Amy l'Efope :
l'Agreable dans les
compagnies :
le Nivernille bon amy : le Compere
Amant : Mlles d'Ombale ,
de Champagne : Catherine Lamoureux
, de Saint Germain ; &
LI
Juin 1706.
398 MERCURE
la chere amie Bouttevilain ?
Henriette Gourlade , de la ruë
Aupin : Babet ; & fon cher amy
le Chevalier : Bobeti foeur du
C ..... Bobeti : Lenain , de la
rue des Bourdonnois : Dangache
Joüanne ; & l'Abbé fon
coufin : l'Aimable Fanchon ; &
la Charmante Gogo : la belle
Amynte , du Fleuve de la ruë
des Bourdonnois : la Brune de la
ruë de la Lingerie : la Belle , du
Faubourg Saint Marceau : la
plus aymable Brune , de la ruë de
la Savonnerie ; & fon Compere :
& la bergere Climene ; & fon
Berger Tircis.
Vos amis , dites - vous , trouvent
depuis quelques temps, les
Enigmes que vous recevez trop
faciles ; ce qui m'oblige à vous
GALANT 399
en envoyer une qui donnera
beaucoup d'exercice à leur efprit
. Elle eft d'une perfonne de
voftre fexe , qui prend le nom
de Sylvie du Havre.
ENIGM E
D'une triple prifon je me trouve enfermé
,
Dés le premier moment que je reçois
la vie ,
Il faut pour en fortir, que ma mere
aßervie ,
Paffe fous le tranchant d'un homme
bien armé.
Fetit pendant ma vie , ainsi qu'en
ma naiẞance ,
La nature me donne une telle puif.
fance,
Llij
400 MERCURE
Que je peux produire un geant
Ill'eft à mon égard, quand il a re- તે
ceu l'eftres
Et quoiqu'il fait mon fils , par un
retour changeant ,
Chaqu'an dedans fes bras on croit
me reconnoi (tre.
S
Je blanchis des mes premiers jours ;
Et noircis quandj'avance en âge.
Ilfaut que je le fois , pour me mettre
en uſage ;
En vain , auparavant on cherche
mon fecours ,
M'arrachant des bras de mon
pere,
Eftant encore caché dans le fein de
ma mere.
ន
J'ay peu de choſes à vous dire
de l'Armée de Mr le MaréGALANT
401
chal deVillars, Quoique ce Maréchal
ait efté obligé à faire des
détachémens pour l'Armée de
Flandres , les ennemis ne paroiffent
pas avoir plus d'empreffement
pour l'attaquer ; il eſpere,
quoique fes forces foient diminuées
, & celles des ennemis
augmentées , pouvoir conferver
fes conqueftes , & tâche à mettre
toutes chofes en état pour
cet effet . Et comme les ennemis
luy laiffent confommer les
fourrages, ils ne fubfifteront pas
fans peine , s'il arrive qu'ils paffent
le Rhin ; & toutes les lignes
qui ont efté rétablies , leur
coûteroient cher à reprendre.
Monfieur le Prince de Bade
roit faire des difpofitions pour
paffer le Rhin à Philisbourg ;
pa-
LI iij
402 MERCURE
mais quoi- qu'il faffe , il paroist
encore plus enteſté de fa juftification
, & le plus grand foin
qui l'occupe prefentement , eft
de faire diftribuer des Manifeſ
tes , par le moyen defquels il
tafche à faire connoiftre que
ce n'eft pas la faute s'il s'eft mis
trop tard en campagne l'année
derniere , auffi - bien que celleci.
Quoi- qu'un parti de la garnifon
de Landau ait enlevé un
de nos Directeurs des Vivres ,
avec une fomine de vingt mille
livres, cet avantage eft peu confiderable
en comparaifon des
pertes qu'elle fait tous les jours.
Il faut qu'elles foient bien continuelles,
puifqu'en divers tems
nos partis ont fait jufqu'à deux
cens prifonniers , & je viens de
1
1
GALANT 403
voir une lettre de Metz , qui
porte , qu'ils ont efté amenez
à Chaalons , avec trois chariots
les chargez de malades ; & que
Officiers font reftez à Metz , où
ils ont la Ville pour prifon.t
La fituation où font prefenrement
, Monfieur le Duc de
Vendofme, & Monfieur le Prince
Eugene , donne lieu de croire
qu'il y aura bientoft quel
que action . Mr le Prince Eugene
voyant à peu prés tousles fecours
qu'il attendoit arrivez , & que le
fiege de Turin , qu'il a pour but
de fecourir , avance fort , a refolu
de tout rifquer, & de forcer
tous les obftacles qui s'opfent
au deffein qu'il a formé
d'aller au fecours d'une Ville ,
dont la perte qui finiroit la
404 MERCURE
guerre de Piémont , feroit câu
Le que la France pourroit employer
utilement ailleurs , les
troupes qui font ce fiege . Monfeur
le Prince Eugène a fait
faire un grand nombre de bat
seaux de cuivre pour paffer l'Adige
, & tout l'avantage femble
eftre de fon cofté , comme il y
a toûjours efté lorsqu'il s'eft agi
de forcer des paffages fans neanmoins
que jufqu'à prefent il aic
pû profiter de cet avantage pour
paffer en Piémont . Ce Prince
peut ramaffer toutes les forces
en un feul endroit, pendant que
celles de Monfieur de Vendofme
font obligées de s'étendre
dans un espace de quarante milles
de longueur , & de fortifier
toute cette étenduë , pendant
GALANY 405
que le Prince Eugene peut fe
promener tranquillement avec
fes troupes le long de cet efpace
, & de tafcher de forcer le
paffage dans l'endroit qu'il luy
plaira . S'il choifit un des bouts ,.
les troupes de l'autre bout auront
bien du chemin à faire avant
qu'elles puiffent arriver ,
pour donner du ſecours à l'endroit
que l'on forcera . Cependant
, Monfieur de Vendofme le
promet de donner bien de la befogne
au Prince Eugene ; & il a
imaginé une chofe qui n'a point
encore efté pratiquée en pareille
occafion . Il prétend , que par
le moyen des fanaux qu'il a fait
faire , & des fignaux qu'il a imaginez
, découvrir tous les mouvemens
des troupes du Prince
406 MERCURE
Eugene, & faire porter le remede
aux endroits où le mal fe
ra le plus grand. Toute l'Italie,
& même tous ceux qui fçavent
la fituation où fe trouvent ces
deux Princes , font fort attentifs
à tout ce qui fe paffera ; &
les deux Partis ne font pas fans
inquiétude .
Vous attendez fans doute que
je vous parle du fiege de Turins
mais comme j'efpere vous en
donner , dans les premiers jours
du mois d'Aouft , une Lettre
entiere, qui accompagnera celle
que je vous envoye tous les mois,
je ne vous diray rien aujourd'huy
de ce fiege , fi ce n'eft que
par le moyen des grands trayaux
qu'on a faits pour eftre à
couvert dans la tranchée , on
GALANT 407
eft arrive fort proche des dehors
, fans perdre que tres- peu
de monde , & fans que les ennemis
ayent ofé faire de forties
pour nettoyer nos tranchées .'
De maniere qu'aucuns combats
I ne s'eftant faits pour les combler
& pour les refaire , comme
il arrive ordinairement à tous
les fieges nos troupes fe trouvent
auffi complettes , qu'elles
l'eftoient lorfqu'elles ont commencé
à ouvrir la tranchée . Je
dois ajoûter icy que Monfieur '
de Savoye ne croyant pas que
la Place dût eftre inveftie du
cofté du Pô , qu'il prétendoit y
demeurer & la défendre luymefnie
, jufqu'à ce qu'il fe vift
preffe d'en fortir ; mais voyant
que les paffages eftoient fermez,
408 MERCURE
& qu'on fe préparoit à le reffers
rer de plus prés , il n'a pas
crû
à propos de fe renfermer dans
la Place , où il a laiffé Mr le
Comte de Thaun , Allemand
pour commander , afin de fe
difculper avec les Alliez , en
cas que la défenfe de la Place
ne fût pas longue .
Il me reste à l'ordinaire beaucoup
de chofes à vous dire, que
je me trouve obligé de reſerver
pour le mois prochain. Je fuis,
Madame, Voltre , &c .
AParis ce 30 Juin 1706 .
APOSTILLE.
Mr le Duc de la Feuillade,
aprés s'eftre rendu maître de
Quiers & de Moncallier , a mis
cing Bataillons dans la derniere
GALANT 409
de ces Places , aux ordres de
Mr le Marquis d'Angennes , Colonel
du Royal - la- Marine . Les
Lettres du 23 de devant Turin,
difent que le bruit venoit de fe
répandre dans le Camp de la
reddition d'Afti ; mais que l'on
n'avoit pas une entiere certitu
dede cette nouvelle . Elles ajoûtent
, que le lendemain 24, 60
Canons de 24 livres devoient
tirer contre la Place , dont feize
devoient tirer à
boulets
rouges ;
ils devoient
eftre accompagnez
de 29 mortiers & pierriers d'augmentation.
Les mefmes Lettres
portent , qu'il y a 20 Bataillons
dans la Place , parmy lefquels
il n'y a que trois Regimens de
bonnes troupes , le refte eftant
ou Milices , ou Payfans levez
Juin 1706.
Mm
410 MARCURE
par force l'hyver dernier.
Une autre Lettre rapporte ca
qui fuit : Nous avons poußé trois
boyaux à la demie Sappe de noftre
feconde parallele , qui font à 60
toifes des trois angles de l'avantchemin
couvert ; qui fuivent la for-
-me des deux Baftions , & de la
demie - lune de la Citadelle à la porte
du fecours .
Nos bombes ont brûlé tout
un rang de Cazernes .
Les nouvelles de Barcelone
du 8. portent, que le pain y valoit
vingt cinq fols la livre , la
flotte en ayant à peine laifſé
pour la Maifon de l'Archiduc.
Ces Lettres ajoûtent , que lesMiquelets
de la campagne venoient
en foule pour le plaindre
à l'Archiduc de ce qu'ils n'y
GALANT 411
trouvoient plus rien ce qui
avoit obligé ce Prince de faire
ouvrir les greniers des Moines ,
qui avoient des grains pour plus
d'un an, leur promettant de leur
en donner le double , quand la
grande flotte feroit arrivée . Ce
qui caufe dans cette Ville une
grande divifion , d'autant plus
que l'on eft perfuadé que l'on
garde encore en Angleterre le
fecret fur les operations que
cette flotte prétend faire.
On mande de Cadix da 9 .
qu'il y eft arrivé quatre Vaiſ
feaux venant des Indes , chargcz
de riches marchandiles , &
de quelques millions de Piaftres
pour le Roy, & que 18 à 20 Vailfeaux
du Chevalier Leak font
rentrez dans le port de Life
Mm ij
412 MERCURE
bone, aprés avoir effuyé de grandes
bourafques dans la Mediterranée
. S'il eft vray que la flotte
de će Chevalier ait efté ainfi
maltraitée , comme on l'apprend
de plufieurs endroits , il n'elt
pas poffible qu'elle foit préfte de
débarquer à Oneille fix mille
hommes pour Monfieur le Duc
de Savoye , ainfi que fes Partifans
le publient ; & où pourroit-
elle avoir pris ces fix mille
hommes , puifqu'après le débarquement
qu'elle a fait à Barcelone
, des troupes qu'elle porteit
, on a toûjours affuré qu'il
ne lui en reftoit aucunes ?
Les Lettres du 24 de Turin
portent , que le Canon dont je
viens de vous parler , avoit commencé
à tirer ce jour- là. Que
GALANT
413·
la fortie de la veille avoit efte
tres -vive de part & d'autre ;
mais que les ennemis en fe retirant
, feparez en deux troupes
, s'eftoient battus les uns
contre les autres , l'une de ces
troupes ayant crû que l'autre.
eftoit Françoiſe, & qu'il y avoit
eu beaucoup de monde tué . Les
mefmes Lettres continuënt de
dire , que l'on croit au Camp
qu'Afti s'eft rendu .
Il est tombé une grefle fi
groffe fur la Cavalerie de Monfieur
de Savoye , que plufieurs
chevaux en ont efté tuez ; ce
qui a mefme obligé cette Cavalerie
à fe feparer.
Monfieur de Savoye , en fortant
de Turin , exhorta fort
Mr le Comte de Theun à faire
Mm iij
414 MERCURE
une vigoureuſe refiftance ; mais
fa fortie a fort refroidi le peuple
qui eft perfuadé que ce
Prince ne s'eft retiré que parce
qu'il apprehendoit d'eſtre pris
dans Turin
Patentes de General deMonfieur
le Duc d'Orleans
Lov
Juin 1706.
OUIS par la grace de Dieu,
Roy de France & de Navarre:
A tous ceux qui ces prefentes Lettres
verront , Salut : Ayant jugé à
propos de donner à nostre cher&bien
amé Coufin le Duc de Vendofme, le
Commandement general de nos Ar.
mées de Flandres , & eftant necef
faire de choisir un Chefpour prendre
GALANT
415
en fr place le Commandement general
de nos Armées d'Italie , nous
avons refolu d'envoyer noftre trescher
, & tres - amé Neveu le Duc .
Orleans ; tant pour répondre à
l'ardent defir qu'il témoigne depuis
long-temps de fe voir à la tefte de
mos troupes , & de pouvoir , en fignatant
fa valeur , fe vendre utile a
noftre gloire & an bien general de
l'Etat , que parce que nous reconnoiffons
, qu'entre Félevation d'ef
prit & lesfentimens qu'il à , dignes
de la grandeur de ſa naiſſance , il
a par fes foins & fon application
acquis de bonne heure l'experience,
lestalens neceffaires pour le Commandement
des troupes , ainfi qu'il
la fais affez paroiftre dans celuy
de noftre Cavalerie qu'il a exercé
avec toute l'habileté d'un grand Ca416
MERCURE
pitaine Nous avons de plus confideré
que be refpect que les gens
de guerre auront pour fa Perfonne ,
la joye de fervir faus fes Ordres ,
l'envie de s'en faire connoiftre , de
buy plaire & de fe diftinguer à fes
yeux , excitant en eux l'émulation ,
& animant leur contage & leur
Zeles un chacunfe portera avec plus
d'ardeur à remplir fon devoir ; ce qui
ne peut que beaucoup contribuer au
fuccés de ce que nos Armées entreprendrout
fous fa conduite. A ces
causes , &c.
A VIS. .2
On diftribuëra le Aouft,
5 ་
le Mercure de Juillet , avec un
Volume feparé, qui contiendra
un Journal du fiege de Turin.
TABLE.
5
Prélude , qui a du rapport aux
affaires du temps , sands
Homelie prononcée par le Pape , 8
Article concernant la derniere Promotion
des Cardinaux
Premier Article des Morts ,
22
38
Reflexions politiques fur un Memoire
préfente aux Cantons Suiffes
par l'Ambassadeur de l'Empe-
· reur 2
Go
Lettre quifait voir combien la Maifon
d'Autriche eft obligée à celle
de France , 65
92 Benefices donnezpar le Roy ,
Sermons prononcez par Mr l ' Evèque
du Belley à Lyon & ailleurs , 95
Compliment fait à Mr l'Evêque de
Toul ,
Second Article de Morts , fuivi de
quelques morts d'étrangers , 106
Moyen de vivre longtemps ,
ΤΟΥ
173
TABLE.
Articles de Litterature 182
Naiffance d'un fils du Duc de Matalone
, 186
Système de la nouvelle Mufique, 191
Entrée de Mr l'Abbé de Pomponne
à Venifes 192
204
209
Fautes corrigées ,
Troifiéme Article de Morts ,
Obfervations fur la derniere éclipfe,
222
Mr. l'Abbé de Polignac eft nommé
par le Roy , Auditeur de Rote ;
Mr l'Evêque de Strasbourg, Catdinal
; & Mr le Ducde Noailles ,
Lieutenant General's
236
Le Regiment du Heron , donné à
Mr de Bourneuf, 246.m
Charge de Maistre des Eaux & Forefts
donnée à Mr de Sanguiniere,
247
Mr. le Comte de Druis eft nommé
TABLE. .
Commandant à Luxembourg
249
Sonnet à la gloire de la Reine d'Efpagne
, 251
Lettre de Mr le Commandeur de
Saint- Pierre , touchant la prise
dun gros Vaiffeau de Tunis, 254
Article far les affaires du temps ,
་
263
294
Nouvel article touchant le combat
de Ramillies , fuivi de plufieurs
articles qui regardent tous les
Corps qui ont combatu à l'aile
droite ,
Regimens donnez par le Roy, 333
Gouvernement d' Amiens donné, 340
Quatrième Article de morts , 343
Belle action de la Reine d'Elpagne
,
$360
Arrivée de fa Majesté Catholique &
Madrid, & tout ce qui s'eft paffe
TABLE.
à l'occasion de fon retour , 363
Suite des affaires d'Espagne , 371
Nomination des quatre Generaux ,
374
Extrait d'une Lettre de Dunkerque,
avec un Prélude au jujes de cette
384
Lettre ,
Diverfes nouvelles qui font une ef
-pece de fuite de la mème Lettre
and
Article des Enigmes ,"
Affaires d'Allemagne,
Affaires d'Italie ,
velles.
391
397
400
403
Apoftille contenant plufieurs nou-
408
Lettre Patente de S. A. R. Monfieur
le Ducd'Orleans , 414
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par ces
mots , Voici le Printemps de retour
, doit regarder la page 190
: 51122
1706,6
Mercure
<36624505130017
<36624505130017
Bayer. Staatsbibliothek
ช
MERCURE
CALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JUIN , 1706.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Meicure galant.
nepas
Omme il eft impoffible dans la con
Cjoncture
joncture preſente de ne pas groffit
le Mercure,ce qui en augmente confide
rablement les frais , on ne peut fe difpen
fer d'en augmenter auffide prix , Ainfi les
volumes qui feront reliez en veaufe ven.
dront dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures,
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant,
M. D CC VI .
Avec Privilege du Roy.
Baystische
Staalsoothek
München
AU LECTEUR
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
I propres quife trouvent dans
Iles Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui est
cauſe qu'ily en a quantité.
AU LECTEUR.
de défigurez, étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms.
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,&
que l'on employera .
tous les bons Ouvrages à leur
colur , pourvû qu'ils ne defbotigent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
afranchißent le port.
a
7
5
MERCVRE
GALANT
JUIN. 1706 .
AMAIS fermeté d'ame n'a
efté égale à celle du Roy . Ce
Monarquc a toûjours fait voir
la plus haute fageffe au milieu
des plus grandes profperitez ,
& une fermeté inébranlable au
A iij
6 MERCURE
milieu des plus durs revers de
la Fortune ; & comme fes coups
n'ont jamais pû l'abatre , fes faveurs
n'ont jamais pû l'enyvrer :
Chofe rare parmi les hommes !
Il s'en voit beaucoup qui ſouffrent
patiemment leur malheur
; mais on en trouve peu
qui ne fe laiffent éblouir par
d'éclatantes profperitez : femblables
à Alexandre , qui crût
devoir eftre placé parmi les
Dieux , pendant que fa foibleffe
& fon ambition le devoient
faire mettre au deffous des derniers
des hommes . Les avantages
que les Alliez ont rempor
k
GALANT 7
té à l'ouverture de la Campagne
, doivent coûter cher à
l'Europe , qui fouhaite la paix
avec une ardeur égale au befoin
qu'elle en a . On aura beau
lire toutes les hiſtoires , on ne
trouvera que le Roy qui ait
donné la Paix au milieu de fes
triomphes , & dans des tems
que toutes les puiffances de
Europe n'étoient pas en état
d'arrefter la rapidité de fes conqueftes.
Pluft au Ciel que ce
Monarque fuft aujourd'huy
auffi triomphant qu'il l'eftoit
lorfqu'il a figné la paix des Pyrenées
, celle d'Aix - la - Chapelle,
A iiij
8 MERCURE
celle de Nimegue , & celle de
Riſwick ! Tous les peuples de
l'Europe doivent faire des
voeux au Ciel pour que cela
arrive bientoft , ſans quoy
ne jouiront de long- tems de
Paix qui leur eſt ſi neceſſaire
, & qu'ils fouhaitent fi ardemment.
ils
L'Homelic que je vous envoye
, doit vous paroiſtre nouvelle,
puifqu'elle n'eſt point encore
tombée entre vos maiņs.
!
GALANT 9
HOMELIE.
De Noftre Saint Pere le Pape
Clement XI . prononcé le
jour de Noël 1705. dans
l'Eglife de Sainte Marie Majeure.
c'eft Dieu a aimé le monde ,
fon Fils unique qui a efté le prix
de cet amour le monde a porté
l'oubli de Dieu au point de ne pas
connoiftre fon Fils unique . Il eftoit
dans le monde , ce Fils de Dieu ;
dans ce monde qui a eſté fait pour
luy, le monde ne l'a pas connu ;
(Joan . c. 1. y. 10. ) & mundus
10 MERCURE
cum non cognovit . Combien de
fiecles avoit - on attendu le Fils.
unique qui eft dans lefein du Pere ?
par les foupirs de combien de
Nations avoit - il efté invité de
defcendre far la terre , comme une
rofée du matin ? Tous les peuples
crioient d'une même voix : Cieux
envoyez d'enhaut vostre rofée , &
que les nuées faffent defcendre le
Jufte commeune pluye : Rorate coeli
defuper, & nubes pluant Juftum
. Il eft enfin arrivécet objet des
defirs de toutes les Nations , &il
eft arrivé lorfque tout eftoit dans
un profondfilence , & que la nuit
avoit déjafait la moitié de fa cour-
AN
GALANT II
Sur
fe . Il eft venu de fon Trône Royal,
că
& il s'eft infinué fur la terre ,
comme une pluye qui tombe du ciel
une toiſon : nec fecus ac pluvia
( Pfalm. 71. . 6. ) in vellus
è cælo defcendens tacito in
terras permeavit illapfu. Le
monde cependant ne l'a point reconnu
à ces glorieufes marques de
fon avenement miraculeux ; il a
efté obligé d'en donner de plus fenfibles
& deplus éclatantes . On ne
doit
pas
qui
doit
honorer
la
terre
defa
prefen
ce
; ilfaut
le
contempler
comme
un
Dieu
qui
l'honore
actuellement
de
fa
divine
prefence
. De
là
cette
nuit
l'attendre comme un Dieu
12 MERCURE
que les
plus qui eft plus brillante
beaux jours , afin que tous les hommespuiffent
voir lefalut qui vient
de Dieu : Ut videre
poffet ( Luc
cap. 3.) omnis caro falutare
Dei,
Des Anges l'accompagnent
; il eft
annoncé
par les Pafteurs
; & le
ciel qui eft enfin reconcilié
avec la
terre , nous apprend qu'il eft venu :
&fi le feul Archange
Gabriel
a
annoncé
enfecret à une Vierge
, que
la vertu du Tres- Haut fe répandroit
fur elle comme
une ombre ,
( obumbrationem
virtutis
Altiffimi
) c'eſt aujourd'huy
la multitude
infinie de la milice celefte qui
publie
au milieu
des congratulaGALANT
13
tions & des applaudiffemens que
le Sauveur du monde eft enfin
defcendu fur la terre. Un Dieu
enfant pleure parmi des hommes.
Les Anges font retentir les Cieux
des cantiques de paix qu'ils chan
tent pour la terre , & le monde cependant
ne l'a pas encore connu :
Sed adhuc mundus cum non
cognovit. Enfeveli dans unſterile
profond fommeil , il n'a
encore pú eftre réveillé ny par
cantiques d'allegreffes du Ciel, ny
par les cris de cet Enfant divin .
Que reste - t - il encore à faire à la
charité de Dieu ? C'eft de s'aimer
bors de luy, aprés s'eftre éternelleles
14 MERCURE
ment aimé au dedans de luy-même:
qui intra fe diu dilexerat , fe etiam
diligeret extra fe; d'élever
à Dieu ce qui avoit eftéjusque - là
au deffous de Dieu. Dieu nous à
créez de rien , il nous a donné tout
ce que nous avons ; mais parce que
nous avons préferé les dons de
Dieu à Dieu même qui nous
faits , & que par là nousfommes
tombez dans les pieges du peché
il s'eft donné luy même tout entier,
nous a donné avec luy tout ce
qu'il poffedoit, afin de nous racheter
pluspour nous que pour luy : &
puifqu'il nous a donné la fource de
tous les dons, il efthors de doute qu'il
-
les a
GALANT 15
nepouvoit nous donner davantage.
Le Pere a envoyéfon Filspour
racheter des esclaves , &fairepar
fon adoption des enfans de ces mêmes
efclaves que fonFils avoit rachetez.
Il a donne fon Filspour eftre
leprix de la redemption; il s'eftdon
nétout entier pour leprix de l'adoption
: le monde cependant ne l'a
pas encore connu : Et tamen mundus
cum non cognovit. Lefils de
la Sunamite eftoit étendu mort fur
fonlit, quand Elifee fe réduiſant à
lapetiteffe du corps d'un enfant, luy
rendit la chaleur & la vie par le
Souffle de fa bouche. Il fe courba
fur cet enfant , & la chair de cet
16 MERCURE
-
enfantfut échaufée ; alors l'enfant
bailla fept fois ouvrit lesyeux.
Le Verbe de Dieu fe reduit , comme
le Prophete , à lapetiteffe d'un
enfant ; ilproportionne , pour ainfi
dire , fon immenfité aux bornes
étroites de notre humanité
pour ranimerparfa divine chaleur
par le foufle de vie , toute l'a
nature humaine qui eft ensevelie
dans la mort. Et combien grande
eftoit cette chaleur dont perfonne .
ne peutfe cacher ; mais le monde
quieftoit mort , refufe d'ouvrir les
yeux qu'il avoit depuis fi longtemps
fermez dans une profonde
nuit : le monde ne l'a pas con- &
GALANT
17
nú : & mundus eum non cognovit.
Que ceux-làfont veritablement
malheureux , qui connoiffant
tout le refte , ne connoif .
fent point leurDieu! Au contraire,
heureux & veritablement heureux
, ceux qui ignorant tout le
refte ,font parvenus à la connoiffance
de Dieu ! Que le Sage , dit
le Seigneur par fon Prophete , ne
Se glorifie point de fa fageffe ! que
"le fort ne fe glorifie point defa for
ce ! que le riche ne fe glorifie point
de fes richeffes mais qu'ils
tent toute leur gloire à me connoiftre.
La confommation de la juftice
eft de connoiftre Dieu. En effet
Juin 1706 .
B
'ils met18
MERCURE
& connoiftre la justice la vertu de
Dieu ; c'eft la fource de l'immortalité.
Il n'y a aucun de nous , mes
Venerables Freres , & mes chers
Enfans , qui en s'occupant d'une fi
confolante penfée , ne s'applaudiffe
defon bonheur , & n'en tire un bon
augure. Reconnoiffant en effet avec
fidelité unDieu néfur la terre , &
l'adorant avec humilité dans fa
crêche , nous pouvons nous flatter
avec une humble confiance , que
nous ne ferons point de ce monde
malheureux dont il eft dit dans
l'Evangile : Et le monde ne l'apas
1.
connu : & mundus cum non cognovit
.
GALANT 19
•
Prenons bien garde cependant ,
mes Venerables Freres , & mes
ehers Enfans , de nous laiffer aller
à une confiance trompeufe qui nous
jette dans l'erreur. C'est par l'exacte
obfervation de fes Commandemens
que nousfommes affurez que
nous le connoiffons ; celuy qui fe
glorifie de le connoiftre qui n'obferve
pas fes commandemens , eft
un impofteur, la verité n'habite
pas en lny.
•Nous nous trompons en difant
que nous connoiffons Dieu ,finous
n'aimons pas fes voyes , fi nons
n'accompliffons pas fa loy , fi nous
neceffonspas d'aimer le monde qui
Bij
20 MERCURE
fuit qui nous échape ;fitoutfu
gitifqu'il eft nous nous opiniâtrons
à le fuivre ;fi tout fragile que
nous le fçavons , nous nous appuyons
toûjoursfur luy : & parnous
n'avons pas la force
ce
que
de le foûtenir dans fa chute , il entraîne
avec luy ceux qui se trouvent
attachez à luy. Ceux dont
il est dit , qu'ils ne connoiffent
pas Dieu , font ceux qui par l'amour
qu'ils ont pour le monde
ont merité d'eftre appellez le monde.
Nous ferions bien inexcufables.
d'aimer encore le monde , pouvant
dire veritablement avec Saint Gre
goire : le monde nous a éloignez de
1 .
GALANT
21
Dieu pendant un temps , mais il
eft maintenantfi couvert de playes ,
qu'il nous conduit naturellement à
Dieu.
De crainte d'eftre ce monde qui
n'a point connu Dieu , aimons de
toute l'étendue de la charité, ceDieu
que nous voulons connoiftre ; joignons
auxfentimens de la religion
les oeuvres de la pieté; fuivons les
voyes que Jesus - Chrift naiffant
dans une crêche , & mourantfur
une croix , nous a montrées par fa
parole & parfes exemples ; fuyons
tous les defirs qui nous entraînent
versles chofes de la terre ; ne trouvons
rienicy bas de capable de nous,
22 MERCURE
attirer , nous qui pouvons nous
glorifier d'avoir notre Pere dans les
cieux nihilque nos delecter in
infimis , qui Patrem habemus
in coelis . Ainfi foit- il.
pas
Je vous envoye les noms des
Cardinaux de la derniere promotion.
Je ne vous affure
qu'ils foient dans le rang qu'ils
doivent cftre , ayant fait cet
Article , a mefure que j'ay appris
ce que je devois dire de cha- .
cun de ces Cardinaux.
Mr Martelli , Secretaire de la
Confulte ; il a un titre de Patriarche
. Il eft âgé de 80. ans ,
& il y a peu de Prelats à la Cour
GALANT
23
de Rome qui ayent plus travaillé
que luy. Il eft bon Canonifte
; il a eu la direction de plufieurs
affaires importantes fous
les derniers Pontificats , dont
le fuccés luy a acquis une eſtime
univerfelle dans l'Etat Ecclefiaftique
. Sa famille eſt originaire
de Rome ; elle y eft alliée
à plufieurs maifons confiderables
,
M' Badoers , Patriarche de
Venife. Il eft d'une ancienne
maiſon de cette Republique ,
qui a donné à cet Etat plufieurs
Prelats & plufieurs Officiers de
Magiftrature. Ce Cardinal.
24 MERCURE
eft fort confideré à Venife
; fa refidence continuelle
dans fon Eglife ; fes foins infatigables
pour le Troupeau qui
luy a efté confié , & fa grande
charité pour les pauvres l'y font
generalement eftimer.
M' Cafoni , Affeffeur du Saint
Office . Il eft Genois , & d'une
tres -ancienne Maiſon de cette
Republique . Il eftoit lié d'une
étroite amitié avec le feu Cardinal
Noris ; ainſi on peut juger
dans quels fentimens il eft fur
les matieres fi conteſtées depuis
prés d'unfiecle. Aprés la mort
de ce Cardinal , on l'a regardé
en
GALANT 25
en Italie comme le chef des Auguftiniens
, & , comme tel , peu
affectionné à ceux qui deffendent
la doctrine contraire. Il a
été Nonce à Naples. Il étoit Se
cretaire des Chiffres fous le Pontificat
d'Innocent XI. & ce Pape
avoit en luy une confiance
tres-particuliere . Il eſt neveu de
M' Favoriti , & n'eft pas moins
intelligent que luy dans les affaidu
gouvernement. Il eſt bon
Theologien , & entend parfaitement
les matieres de la Grace.
'M' Caprara,Auditeur deRote.
IleftBoulonois , & rempliffoit
dans le Tribunal de la Rote , la
Juin 1706.
C
26 MERCURE
place que la ville de Boulogne
droit d'y avoir. Il eft d'une maifon
qui a toûjours été fort attachée
à la Maifon d'Autriche, &
ce nouveau Cardinal a eu des re
lations fort étroites avec le feu
Empereur , & il les entretient avec
celui qui regne aujourd'hui ,
MFiefchici- devant Nonce
Extraordinaire en France , & à
prefent Archevêque de Genes.
Je vous ay parlé plufieurs fois
de luy pendant le fejour qu'il
a fait en cette Cour , & je vous
en ay parlé avec beaucoup
d'étendue dans ces occafions &
dans plufieurs autres , ainfi que
GALANT 27
>
de la Maifon de Fieſque , dont
ce Cardinal eft forti. Il defcend
du brave Comte de Lavaigne ,
qui fe voulut rendre Souverain
de Genes,il y a deux ficcles. Il eft
fort ami des Jefuites , chez qui
ila logé en venant en France
lorfqu'il a trouvé des maifons
de leur Societé dans fa route.
M Pallavicino, Parmefan , &
Gouverneur de Rome. Sa maifon
eft fort illuftre , & elle a
déja donné des Cardinaux au
Sacré College. Il y a une branche
de cette maifon établie en
Piémont , & nous avons dans
nos Troupes un Officier Gene-
Cij
28 MERCURE
ral de cette branche. Ce Care
dinal a paſſé par les premiers
emplois de la Prelature de Rome.
Il a reçu plufieurs chagrins
de l'Empereur
, qui a fouvent
demandé qu'on luy oftaft le
gouvernement
de Rome .
M Aquaviva , Napolitain
,
Nonce en Espagne. Ileft jeune,
bien fait , & fort riche . Il a efté
Maître deChambre
d'Innocent
XII . Il prétend que fa Maiſon
defcend de celle de Tolede etí
Efpagne. La maniere dont il
s'eft conduit à l'égard d'un Prince
fon parent , & quia trempé
dans la conjuration
de Naples ,
GALANT
20
efté trouvée fort judicieuſe. II
s'eft declaré , autant qu'on a pû
en juger , pour Philippe V.
M Gualtiero , Nonce en
France. Il eft Archevêque Titulaire
d'Athenes , & Evêque
d'Imola dans l'Etat Ecclefiaftique
. On connoift en France.
toutes fes excellentes qualitez ,
& tout le monde luy a rendu la
juftice d'avouer que perfonne
ne meritoit mieux que luy cette
éminente dignité. Il eſt d'Or
viete , & fa maifon dont la
fortune n'eft pas auffi grande
que le meriteroient ceux qui
en font , eft entrée dans l'al
Ciij
go MERCURE
liance du Pape , depuis qu'il a
efté élevé au Pontificat.
M' Spada , Luquois , Nonce
en Pologne. Il a fait fon chemin
avec affez de rapidité. C'eft une
marque de fon merite. Il eft neveu
de Mr le Cardinal Spada ,
qui a efté Nonce en France.
M' Ruffo , Napolitain , Mat
tre de Chambre du Pape. I
rempliffoit auprés d'Innocent
XII. le même employ qu'il a
auprés de Clement XI . & ce
fut fur la fin du Pontificat du
premier de ces Papes , & lorfque
le nouveau Cardinal Aqua
viva partit pour l'Eſpagne .
GALANT
31
Mi Colonna, Romain , Majordome
du Pape . Il eft frere
du feu Conneſtable Colonne
, qui avoit épousé une des
nieces du Cardinal Mazarin.
Il eft d'une des meilleures maifons
de l'Europe. La Maiſon
Colonne poffede la Charge
de Conneftable hereditaire du
Royaume de Naples , & cette
dignité eft confiderable . Ce
Cardinal a beaucoup de me
Tite , & eſt attaché à l'Eſpagne.
Monfieur le Prince Chrif
tian de Saxe - Zeitz , Evêque
de Javarin. Il fut nommé à
Ciiij
32 MERCURE
cet Evêché aprés fa conver
fion. Il eft auffi Grand Prévoft
du Chapitre Metropolitain
de Cologne , & Plenipotentiaire
de l'Empereur fur le
bas Rhin. Ce Prelat a beau
coup contribué à la converfion
du Roy Augufte , fon parent.
M' de la Tremoille , François,
Auditeurde Rote.Il eft Docteur
de Sorbonne, frere de м le Duc
deNoirmoutier, & de м la Princeffe
des Urfins . Je vous ay par
lé de fa maifon , dans une de
mes dernieres Lettres , aul fujet
du mariage de M le Prince de
Tarente , aîné de ſa Maiſon. Il
"
GALANT 33
y a environ cent cinquante ans
que la branche de la Tremoille
Noirmoutier s'eft feparée de
la branche aînée. M le Car→
dinal de la Tremoille eft encore
jeune. La place qu'il vient d'avoir
eft une preuve éclatante
de fon merite ; il a toûjours efté
fort confideré du Pape.
M Parracciani , Romain ;
Auditeur du Pape . Il eft grand
Canonifte. Il fit dedier au Papede
magnifiques Theſes par fon
neveu au commencement
de
l'exaltation
de ce Pontife . Ces
Thefes furent tres- belles , &
on n'y épargna rien . On les
34 MERCURE
foûtint fub dio dans la Cour de
la Sapience , couverte de toiles
& richement ornée. Ce Cardinal
fera beaucoup d'honneur à
cette dignité par fon merite
perfonnel ; il eft fort eſtimé en
Italie à caufe de fa probité.
M' Fabroni , de Piftoye , Secretaire
de la Propagande. Il eft
Florentin & allié aux meilleures
maifons de cet Etat. Ce Prelat
eft habile ; il a efté toûjours
fort attaché à la faine doctrine,
& cela a paru principalement
par les liaifons qu'il a eu avec les
Jefuites , & par l'attachement
qu'ila pour cette celebre SocicGALANT
35
fe
té. Il eft allié de la maifon Rufpigliofi
, & il eftoit proche pa
rent du feu Pape Clement IX.
M' Philipucci , de Macerata ,
Votant de la Signature. Ce Prelat
a refufé le Chapeau, & le Papeluy
a fixé un temps pour
déterminer ; il eft fort âgé. Il
étoit ci-devant Auditeur du feu
Pape Innocent XII. & il a longtemps
exercé la fonction d'Avocat
dans le Senat de Rome.
Mr Priuli , Clerc de Chambre.
Il eft Venitien, & fa maifon
a donné à cette Republique
de grands Magiftrats . Il y
a une branche de cette maifon
36 MERCURE
etablic en France , qui a produit
un Hiftorien fort eftimé.
Ce nouveau Cardinal eft bon
Canonifte
il s'eft
toûjours
fort appliqué à la connoiffance
des interefts des Princes , & i
cft bon
Politique.
j
Mr Grimaldi , Genois , Secretaire
de la
Congregation des
Evêques & Reguliers. Il eft d'u
ne des meilleures maifons d'Italie
, & il eft allié à Monfieur
le Prince de Monaco , qui ít
le Chefde cette Maiſon. Il y en
a peu qui ayent plus produit de
Cardinaux & de Prelats . L'Internonce
de Bruxelles eft de cet
GALANT 37
Maiſon , & proche parent du
nouveau Cardinal , qui eſt un
tres-fçavant homme.
Mr Corfini , Florentin, Treforier
general de la Chambre. Il
eft d'une ancienne & noble maifon
de Florence , dans laquelle
on compte un grand nombre
de Prelats ; & l'avantage dont
cette Maiſon ſe glorifie le plus,
c'eft d'avoir groffi la Legende
des Saints , en ayant produit
plufieurs . Ce nouveau Cardinal
eft fort eftimé à la Cour de
Rome ; il eft allié à la maifon
Salviati.
Sa Sainteté s'en eft refervé
un inpetto.
38: MERCURE
Mre Henry Poitevin , Prê
tre du Dioceſe de Poitiers , eft
mort dans le Seminaire de faint
Magloire , âgé de plus de quatre-
vingt ans. C'est une perte
pour toute l'Eglife , qu'il édifioit
depuis un grand nombre
d'années , par une penitence
qui pouvoit en quelque façon
être comparée à celle des premiers
fiecles. Un motif d'humilité
eftoit caufe qu'il appro
choit rarement de l'Autel
ne quittoit point le cilice ; il fe
communiquoit peu , & il gardoit
une profonde folitude,
Les exercices de pieté , ou de
GALANT 39
penitence , & fur tour une
grande contemplation
, parta
geoient toute la journée. Il
mangeoit peu & d'une manicre
tres-auftere. Il paffoit le Ca
rême fans boire de vin , & pen
dant la plus grande partie de
ce faint temps il ne mangeoit
que du pain ; il cft vray que depuis
quelque temps on l'avoit
oblige , à caufe de ſon grand
âge , de diminuer un peu de fes
aufteritez . Sa contemplation
eftoit continuelle , on ne le
trouvoit jamais occupé des
chofes de la terre ; & il eftoit
prefque toûjours en Oraifon,
40 MERCURE
ou dans la plus haute medita
tion. Il avoit paffé plufieurs année
de fa vie à Poitiers , & il s'y
eftoit attiré l'eftime & la vene
ration de tous les habitans de
cette Ville , par des actions de
la plus ardente charité , & par
une pieté conftante , dans l'exercice
de laquelle il ne s'eftoit
મ
jamais démenti . Il a laiffé une
partie de les effets à l'Hoftel-
Dieu de Poitiers , fur tout , fes
ornemens Sacerdotaux , quí
font d'un prix affez confiderable
; il a laiffé le refte à Mr de
la Garrigue , qui eſt un jeune
Ecclefiaftique de Sarlat en PeGALANT
41
rigord , ou du moins dece Dio
eefe , qui s'eftoit attaché à luy
depuis quelques années , & qui
l'ayant fuivi dans les voyes ſpil
rituelles , eftoit devenu un nouvel
Elifée. Il a laiffé à ce cher
Difciple une partie de fa Bibliotheque
, & a donné l'autre
au Seminaire de faint Magloire.
Ce faint homme avoit efté
fort attaché à Mrs Nicole & de
Bernieres ; il eftoit auffi lié d'une
tendre amitié avec feu Mr
des Touches , qui eſt mort depuis
quelques années , dans une
grande opinion de fainteté ,
dans le Seminaire de faint Ma
Juin 1706. D
42 MERCURE
gloire , où il avoit paffé les dera
nieres années de fa vic.
Mrc N.... Huot , Prêtre
Docteur de Sorbonne, & Prieur
de Bagneux prés de Dourlens .
en Picardie , eft mort dans un
âge affez avancé. La reputation
de doctrine & de vertu qu'il
s'eftoit attirée , l'ont fait
gene
ralement regretter. Il eftoit fort
attaché à la doctrine de S. Tho
mas , & il avoit toûjours paffé
pour un zelé Partifan de cet
Ange de l'Ecole ; fes fentimens.
même fur les principes de ce
grand Docteur eftoient fi épu
rez , que tout ce qui cur paroît
GALANT 43
oppofe l'allarmoir & le mettoit
en mouvement . Mr Huotavoit
trois freres , dont l'aîné cft Sccretaire
du Roy. Ces Mrs font
alliez aux meilleures maifons
de la Robe..
Mre N ... de la Rochefou
cault de Gondras , Prêtre , Bachelier
de Sorbonne , & Cha
noine de la noble Eglife de faint
Pierre de Mâcon , eft mort
depuis peu de temps. Il'eftoit
proche parent de Mr le Mar
quis de Montandre , & des au
tres : Chefs des branches de l'il
Juftre Maifon de la Rochefou
Fault, Celle de Gondras a coût
-
Cij
44 MERCURE
jours efte fort confiderée, & elle
a fait de grandes alliances. Mr
l'Abbé de Gondras avoit deux
freres Officiers dés Gardes du
Corps , dont l'un a efté Chef
de Brigade. Il avoir une gran
de liaison avec Mr l'Evêque de
Mâcon , dont il eftoit fort eftimé
, ainfi que de tous ceux qui
le connoiffoient
Mre Jean - Baptifte- Louis de
Coetlogon , Diacre,Licentié de
la Faculté de Theologie de Pa
ris , de la Maifon & Societé
Royale de Navarre , eft mort
dans un age fort peu avancé.
Ilivenoit de finir fa Licence &
GALANT 45
& il commençoit à fonger å
prendre du repos , aprés les fa
tigues d'une longue étude lors
que la mort la furpris. Il a cu
le temps de s'ypréparer par une
longue maladie , & il l'a vû ve
nir avec beaucoup de fermeté,
quoy qu'il eût fujet de regreter
la vie. Le cours de la fienne n'a
pas eſté long ; mais il eft mort
avec cette confolation qu'il l'a
bien employée , & qu'il n'a pas
lieu d'en regretter l'ufage . Cet
Abbé avoit deux , benefices
un Canonicat dans l'Eglife Ca
thedrale de Quimper , & un
Prieuré en Bretagne. Il a refie
46 MERCURE
gné le premier à Mr du Tre
Tet fon amy ; & il l'a fait fon
Executeur Teftamentaire.
Mr l'Abbé de Coëtlogon
eftoit fils de feu Mre Louis de
Coetlogon , Comte de Loyat ,
& de Dame N.... Avril de la
Chauviere , fille d'un Confeiller
du Parlement
de Bretagne
Cet Abbé avoit pour frere &
pour four , M' le Comte de
Coëtlogon, & DN... de Coëtlogon
, époufe de Mr du Fos
de Queraly, Confeiller au même
Parlement.. Son perc eftoir
frere puifné de feu Mre René
Marquis de Coëtlogon , Licu
GALANT 47
>
tenant pour le Roy de la haute
Bretagne , & Gouverneur de
Rennes, qui avoit eu pour épou
fe D' Philippe de Coëtlogon fa
coufine , & aînée de cette Maifon,
qui ont eu de leur mariage ,
deux fils & deux filles. L'aîné
des fils a efté auffi Lieutenant
pour le Roy de la haute Bretagne
& Gouverneur de Rennes
& il avoit fervy long - temps.
dans la Cavaleric. Il avoit cu
de fon mariage avec D° N.....
de la Villeon de Boisfeüillet ,
riche heritiere d'une maifon
confiderable , un fils, mort Capitaine
de Chevaux- legers ;, &
48 MERCURE
une fille qui a épousé ſon oncle
à la mode de Bretagne
, qui a
fervi quelques années dans les
Gendarmes Ecoffois , dont ileftoit
Enfeigne , & il eft à prefent
Syndic general des trois
Etats de Bretagne. Le fecond
fils de Mr le Marquis de Coëtlogon
eft. Mrl Evêque de Tour
nay, & ci - devant de S. Brieuc.
L'aînée des filles eft M° la Comteffe
de Tournemine
, dont le
fils aîné commande les Gendarmes
de la Reine ; la fecon
de fille , M la Marquife de Car
voye , femme du Grand Maréchal
des Logis de la Maiſon du
Roy.
GALANT 49
Roy. Mr l'Evêque de Quimpercorentin
, M Guy de Coëtlogon
, Doyen du Parlement
de Rennes, & ci devant Syndic
des trois Etats de Bretagne , &
Mr le Marquis de Coëtlogon ,
Lieutenant general des Armées
Navales du Roy , ci- devant Capitaine
general pour le Roy
d'Efpagne dans les Mers de l'Amerique
, & Commandeur de
l'Ordre Militaire de S. Louis ,
font oncles de l'Abbé qui vient
de mourir.
La Maiſon de Coëtlogon
eft des plus anciennes de Bretagne
; elle eſt alliée à pluſieurs
Juin 1706. E
So MERCURE
grandes maifons du Royaume ,
& à preſque toutes celles de
Bretagne.
Eudes de Coëtlogon eftoit
qualifié Chevalier en 1207.
fon fils eftoit nommé Monfeigneur
dans un Acte public ;
avec le Seigneur Baron de Fou
geres , & autres Seigneurs .
Olivier de Coetlogon fut
trois fois Ambaffadeur fous
François II . Duc de Bretagne
auprés de l'Empereur Maximilien
, auprés de Charles VIII.
Roy de France , & auprés du
Roy d'Angleterre. Gilles de
Coadogon , fon fils , fut auſſi
GALANT 51
Ambaſſadeur , & eft qualifié
Chevalier , dans les Lettres du
Roy Louis XII. & ſon Confeiller
& Chambellan.
Le Pere Bordes , Preftre de
la Congregation de l'Oratoire ,
eft mort dans le Seminaire de
Saint Magloire. Il eftoit depuis
plufieurs années Bibliothecaire
de cette Maiſon , & il avoit
mis dans cette Bibliothèque , le
bon ordre qu'on y admire à
prefent. Les manieres obligeantes
de ce Pere , & l'étendue de
fes lumieres l'avoient fait con
noiftre à une partie des Sçavans
de l'Europe , avec lefquels
E ij
52 MERCURE
1
il avoit grande relation . Il avoit
eu une part confiderable dans
la confiance de feu Mr de Harlay
, Archevêque de Paris . Ce
Pere avoit donné quelques ouvrages
au Public , parmy lef
quels fe trouve le troifiéme volume
de l'Hiftoire des Edits, dont
le fçavant Pere Thomaffin fon
Confrere , avoit donné les deux
premiers . Ce troifiéme volume
a effuyé un orage en Hollande
, où il a efté attaqué par
quelques Critiques , & l'Auteur
a fait voir par fa réponſe ,
imprimée à Paris, qu'on ne l'attaquoit
pas impunément. Ce
GALANT 53
Pere a donné en mourant des
marques de fon attachement
pour la maiſon où il a paſſé les
dernieres années de fa vie. Il a
affuré le revenu du fonds qu'il
laiffe au Seminaire de Saint Magloire
, à M' Tiffier pendant fa
vie , & pour luy fervir de titre
Clerical.
Mile Commandeur de Courcelles
eſt mort à Luxembourg,
où il commandoit . Il eftoit
Lieutenant general . Il eſtoit oncle
de M' le Maréchal de Tallart
, & coufin germain de M
le Maréchal de Villeroy , eftant
fils de M Louis Comte de
IC
E iij
54 MERCURE
res
Champlais , Marquis de Courcelles
, Lieutenant general de
l'Artillerie de France , & de Di
Marie de Neufville - Villeroy ,
foeur de feu Mr le Maréchal de
Villeroy , & de мr l'Archevêque
de Lyon . Cette Dame avoit é
poufé en 1 nôces Mª Alexandre
de Bonne , Comte de Tal
lart , dont elle eut une fille unique
, qui époufa feu Mre N……..
d'Hoftung , Marquis de la Baume
, d'où eft venu Mr le Maréchal
de Tallart . Mr le Commandeur
de Courcelles avoit
un frere aîné , qui avoit épouſé
Dame N.... de Lenoncourt
,
ર
GALANT 55
fille de feuë M la Comteffe de
Tagni . Cette Comteſſe avoit
cue Me de Courcelles de fon.
premier mariage , & en quatriémes
noces elle époufa Mr
le Comte de Tagni ; elle eftoit
d'une tres- ancienne Maifon
d'Allemagne , alliée à Mr l'Electeur
de Treves. Quant à
M la Marquife de Courcelles
fa fille, à qui elle a furvécu longtemps
,
fa beauté a fait beaucoup
de bruit en France. La
Maifon de Champlais - Courcelles
eft tres ancienne & fort
bien alliée. Mr le Commandeur
de Courcelles qui vient
E iiij
56 MERCURE
de mourir , avoit fervi longtemps
, & il avoit donné des
marques de la valeur qui eft
hereditaire à tous ceux de fon
fang .
Mr le Comte de Divonne-
Rumilly , eft mort dans fes terres
du pays de Gex. Après avoir
long - temps porté les armes ,
il s'eftoit retiré dans fa Province
fur la fin de fa vie , où il s'étoit
attiré l'eftime & la bienveillance
de toute la Nobleffa
voifine, par fes manieres polies
& par fa generofité . Il eftoit
d'une tres - grande maiſon , alliée
à celles de Bernex-RouffilGALANT
57
Ion , Clermont , Châtillon
Seyffel , & plufieurs autres de
Savoye & des Provinces circonvoifines.
Il eft mort âgé
d'environ 85. ans , & dans de
grands fentimens de pieté. Il
laiffe pluſieurs enfans , dont l'aîné,
connu fous le nom du Com❤
te de Rumilly , a eu des enfans
de Dame N... du Bourget fon
épouſe , d'une des meilleures
Maifons de Savoye . Mr de Divonne
fon cadet , a épouſé en
fecondes noces Mile de Moyria
, foeur de feu Mr de Moyria,
Brigadier des Armées duRoy, &
tué en Italie la Campagne der58
MERCURE
niere.Ilacfté long- tems Capitalne
dans le Regiment de Cavalerie
que commandoit Mr de
Moyriafon beaufrere.Feu Mrle
Comte de Divonne a auſſi laiffé
des filles, dontl'une eftSuperieure
des Urfulines de Gex. Je vousparlay
il y a quelques mois du
grand merite de cette Dame.
Mr le Maiftre- Fermier general,
& fon fils aîné font morts
prefque en même temps. Le
pere a vêcu toute la vie avec
beaucoup d'honneur & de désintereffement.
Il donna des
marques de fa probité & de
l'exactitude de fa conduite en
;
GALANY 59
l'année 1694. où la France fut
affligée d'une grande difette
les charitez & les biens qu'il répandit
, rendront fa memoire
chere aux pauvres. Il eftoit
d'une bonne famille de Paris
qui a produit des perfonnes
d'un grand merite & d'une
grande érudition. L'applica
tion des affaires n'avoit pas
éteint en luy l'amour des Lettres
, qui femble hereditaire
dans fa famille ; il les aimoit &
il protegeoit ceux qui s'y attachoient.
Ce qui a parû par les
foins qu'il a pris de l'éducation
de fon fils , qu'il avoit fait éle60
MERCURE
ver
par de tres - habiles gens.
Ces foins n'avoient pas efté
inutiles ; ce fils donnoit de belles
efperances à toute fa famille
, lorſque la mort l'a enlevé.
Mr le Baron de Greuth , que
Mr leComte de Trautmansdorf
laiffa auprés des Cantons Suiffes
, pour prendre foin des interefts
de l'Empereur , lorsqu'il
partit pour Vienne, leur prefenra
le premier du mois dernier
un Memoire ,qui a donné lieu à
diverfes reflexions , par les chofes
peu fenfées qu'il contient.
Ce Baron reproche aux LouaGALANT
61
bles Cantons , d'avoir violé la
neutralité promife par l'accord he
reditaire , en renouvellant le Ca
pitulat de Milan ; d'avoir enfraint
l'accord hereditaire ; & d'avoir
manqué à la promeſſe , qu'ils
avoient faite , dit- on , en 1702 .
de ne point renouveller le Capitu
lat. Les preuves fur lesquelles
il appuye ces trois Chefs d'ac
cufation font fingulieres. On
parle d'abord de quelques
Marchandiſes appartenantes au
loüable Canton de Zurich , enlevées
autrefois ( à ce qu'on dit )
à Milan , & reftituées prefque
fur le champ.On cite enfuite les
62 MERCURE
difpofitions des Rois Philippes
III. & IV. & les renonciations
des Reines de France ; on parle
aprés cela du rapport qu'il y a
entre la Diete de Ratifbone , &
le Parlement de Paris;les Princes
de l'Empire, & les Ducs & Pairs
de France ; enfuite l'on exami
ne l'avantage que les Cantons
Alliez du Milanois ont tiré du
Commerce d'Allemagne ; on
fait une curieufe recherche de
tout ce que nos Rois ont dû
& peuvent devoir aux Suiffes ;
& la menace d'un pareil châtiment
qui defole aujourd'huy
la Baviere, fait à ceux qui aban-
ง
GALANT 63
donneront
l'Empereur , termi
ne ce Memoire. Quel rapport
ont ces fix Chefs avec les trois
que M' le Baron de Greuth s'eft
propofé de prouver dans fon
Memoire ?
Il faut obferver qu'aprés
que l'Empereur Maximilien
,
le premier Prince Autrichien
qui a contracté l'alliance here→
ditaire avec les Suiffes , voulut
peu de temps aprés l'avoir fai→
te , détourner les louables Cantons,
voiſins du Milanez , de renouveller
leur Alliance avec
Louis XII. Roy de France , qui
en eftoit alors Poffeffeur. Il ne
64 MERCURE
leur reprefenta point qu'ils
violeroient l'accord hereditaire
, il leur remontra feulement
le Milanez eftoit un Fief
de l'Empire ; & ils ne laiſſerent
de le renouveller.
que
pas
•
Il y auroit beaucoup de chofes
à dire fur le parallele que
M' de Greuth fait de la Diete
de Ratifbone avec le Parlement
de Paris , & des Princes
de l'Empire avec les Ducs &
Pairs de France . Mais pour répondre
à fon Memoire tout
d'un coup , il n'y a qu'à le renvoyer
au 21. Article du Traité
d'Alliance que le Roy renouGALANT
65
vella en 1663. avec les treize
Cantons ; je ſuis perfuadé qu'aprés
l'avoir lû avec attention
il ne dira plus que l'alliance
pour la deffenfe du Milanois
n'eft qu'une fuite & une dépendance
neceffaire de l'accord hereditaire
, qui , non plus que
l'accord hereditaire
, ne peut
eltre faite ou renouvellée qu'avec
la Maifon d'Autriche.
Dans le Difcours qui contient
les fix Chefs dont je viens
de vous parler , Mr le Baron de
Greuth a ofé dire , que la Maifon
de France eftoit l'implacable
ennemie de celle d'Autriche, Il
Juin 1706.
F
66 MERCURE
-
m'eft tombé entre les mains
une Lettre tres - curieufe fur ce
fujet , & qui doit faire beau- ;
coup de plaifir à tous ceux qui
la liront ; puifqu'elle fait voir
combien la Maifon d'Autri
che eft redevable à celle de
France , & que l'on y trouve
des preuves inconteftables de
de cette verité. Je vous envoya
cette Lettre.
Vous avez raifon , Monfieur,
d'eftre furpris que l'Ambaſſadeur
de l'Empereur auprés des Cantons
Suiffes , ait ofe avancer , dans la
harangue qu'il prononça il y a
quelque temps,au fujet du Capitu
GALANT 67
·lat de Milan , ( & à laquelle Mr
Beretti - Landi , Ambaſſadeur du
·Roy d'Espagne auprés des mêmes
Cantons , a répondu avec tant de
force ) que la Maiſon d'Autriche
n'a jamais eu de plus implacable
ennemie que celle de
France ; vous avez d'autant
plus de raifon de l'être,que c'eft uniquement
à cette Maifon , qu'elle
traite d'implacable ennemie ,
qu'elle eft redevable de la confer
vation de fes Provinces hereditaires
, du Royaume de Boheme , &
enfin de la dignité Imperiale , qu'elle
ne poffederoit certainement plus
fans les bons offices du feu Roy
Fij
68 MERCURE
L
Louis le Jufte. Pour ne pas fuivre
l'exemple de l'Ambaffadeur de
l'Empereur, &pour ne pas avan
cer , comme luy , des chofes en l'air,
je vais vous donner des preuves de
tous ces faits.
S
Aprés l'élection de Frederic ,
Electeur Palatin , à la Couronne
de Boheme dans le temps où
la Fortune rioit leplus à ce Prince ,
le nouvel Empereur Ferdinand
Second avoit bien des affaires chez
luy ; fes Provinces hereditaires
eftoientpleines de troubles. Gabor ,
Prince de Transylvanie , occupoit
prefque toute la Hongrie , & aidé
du Grand Seigneur , fous la proGALANT
69
69
L
tection duquel il s'eftoit mis , il
afpiroit ouvertement à cette Couronne
. Enfin l'Empereurfe voyoit
à la veille deperdre tous fes Etats ,
d'eftre reduit à la feule dignité .
Imperiale , qui n'eft , comme vous
favez , qu'un fon & un nom .
Dans cette extremité fâcheuſe , ce
Prince eut recours au Roy Louis
XIII. il envoya le Comte de
Furftemberg en qualité d' Ambaffadeur
Extraordinaire en Fran
ce , pour implorer la protection
du Roy ; & Gonzague Duc de
Nevers , fe rendit le plus ardent
Solliciteur de Sa Majesté 1. auprés
de Louis XIII. Ce Duc trouva
70 MERCURE
quelques années aprés (chofe éton
nante , & qui nous doit bien convaincre
de la profondeur des jugemens
de Dieu! ) dans la perfonne du
même Ferdinand , à qui il avoit
tendu la main avec tant de generofité,
fon plus cruel ennemi. On
remarquefou ventces contraſtesdans
Hiftoire des Princes de la Maifon
d'Autriche. Les anciens Miniftres
d'Etat & les Seigneurs qui
eftoient encore remplis des maximes
du feu Roy Henry le Grand ,
ne confeilloient pas au Royfonfils
d'empêcher l'abbaiffement d'une
Maiſon qui avoit voulu ſiſouent
perdre la fienne. Le Maré
GALANT 71
•
chal de Bouillon , pere de feu Mr
le Maréchal de Turenne , & oncle
du nouveau Roy de Boheme , écri
vit un Lettre au Roy , dans la
quelle ,fans s'arrefter au droit que
Frederic fon neveu avoir à la
Couronne de Boheme en vertu de
l'élection des Etats du Pays , il ne
parlois que de l'intereft que la Fran
ce avoit aux mouvemens qui agi
toient alors l'Allemagne.
Ce fage Seigneur repreſentoit
au Roy,que Ferdinand vouloitfai
re de fon intereft particulier , une
caufe generale de Religion , & engager
tous les Princes Catholiques
au recouvrement de la Boheme
72 MERCURE
Les
de
dont on venoit de le dépouiller
que ce Prince ne voyoit pas
meilleur moyen pour rétablir fon
authorité prefque entierement perdue
dans l'Empire , que celuy de
faire d'une affaire de Politique, une
affaire de Religion. Le Maréchal
de Bouillon mettoit enfuite devant
yeux du Roy ,l'exemple des
Rois Henry II. & Henry IV.
Les prédeceffeurs , dont le premier
protegea les Princes Proteftans
d'Allemagne contre l'Empereur
Charlequint , qui les vouloit oppri
mer, aprés avoir diffipé la fameu→
fe ligue de Smalcalde. Aiolfe fecond,
que les Hollandois doivent
regarder
GALANT 73
regarder comme l'auteur de leur
liberté , favorifa toujours ouvertement
l'intereft de ces Republi
cains. Cette Lettre qui efloit un
chef- d'oeuvre , fut répanduë dans
toute l'Europe , & attira de grandes
louanges à fon Auteur ; mais
elle ne détermina pas le Roy : ce
Prince dont la juftice regloit toutes
les actions , croyant que la Boheme
appartenoit legitimement
Ferdinand , & emporté d'ailleurs,
par fon humeur genereufe & bienfaifante
, voyant l'Empereur fur
le bord du précipice & preft à eſtre
immolé au reffentiment de fes ennemis
particuliers de ceux de
Juin 1706.
G
47 MERCURE
fa Maifon , refolut de le fecourir.
Mais avant
avant qu'il envoyaft unfecours
effectif , le Prefident Jeannin
fit refoudre le Roypar un difcours
qu'il prononça dans le Confeil,
de le faireprécederpar une Ambaffadefolemnelle
auprés de tous les
Princes d' Allemagne , pour tâcher
de terminer tous leurs differends par
la voye de la negociation. Charles
de Valois , Duc d' Angoulesme ,
fut le chef de cette Ambaſſade ,
Mr le Comte de Bethune ; & Mr
de l'Aubefpine de Chasteau -neuf,
Abbéd Peaux , tous deux Confeillers
d'Etat ,
l'accompagnerent.
Perfonne n'ignore que c'eſt à ces
7
GALANT
75
Miniftres que l'Empereur eut l'entiere
obligation du Traité d'Ulm
qui pacifia les troubles d'Allemagne
, & qui concilia les intereſts
des Princes de la ligue Catholique ,
de ceux de l'Union Proteftante,
dont les armées cftoient en vue dans
le voisinage d'Ulm , & prêtes à en
venir aux mains. Si l'Empereur
euft alors le moindre échec , la
Maifon d'Autriche auroit eftéperduefans
reſſource. Ainfi à la faveur
de ce Traité , qui laiffoit les
Princes Catholiques dans la liberté
de fecourir l'Empereur , & de
l'aider à chaffer Frederic de la Bobeme
, & qui defarmoit les Proreçu
G ij
76 MERCURE
teftans & qui les rendoit par con-
Sequent inutiles à la caufe du Roy
de Boheme , l'Empereur fe vit en
eftat de recouvrer les Etats que ce
Prince luy avoit enlevez . On doir
remarquer à la gloire du feu Roy
Louis lefufte , & pour rendre la
justice qui eft deue à fa memoire ,
que dans le traité d'Ulm , où les
Catholiques & les Proteftans
promettoient respectivement de ne
point s'offenfer les uns les autres ,
les Etats patrimoniaux du Roy
de Boheme , c'est-à- dire , le Palatinat
,furent compris dans ce Traité
par ordre de ce Prince ; & que
fi dans la fuite le Marquis SpinoGALANT
77
la General des Troupes Efpagnoles
y fit une irruption , & enleva
cet Etat au Roy de Boheme contre
la foy du Traité, il ne faut point
imputer cette infraction à Louis
XIII, mais uniquement à l'infidelité
de la Maifon d'Autriche.
La reduction de la haute & baffe
Autriche furent les premiers fruits
de ce Traité. Les Etats de la baffe
Autriche
renoncerent les premiers
à la Confederation
qu'ils avoient .
faite avec ceux de Boheme , intimidez
fans doute
d'Ulm , ils demanderent
le libre
exercice de la Religion Proteftante ,
tel qu'ils l'avoient fous le regne de
par
le Traité
G iij
78 MERCURE
l'Empereur Mathias ; on le leur
accorda , ils prêtérent ferment
de fidelité à Ferdinand. Les Etats
de la haute Auftriche refifterent
un peu plus ; mais ils ne tinrent
pas long- temps contre Maximilien
Duc de Baviere , qui entra dans
le pays à la tefte d'une bonne Armée.
Il s'affemblerent donc à Lintz
& n'efperant plus rien des Princes
de l'Union Proteftante que le
Traité d'Ulm avoit defarmez , ils
renoncerent auffi à la Confederation
avec la Boheme , & reconnurent
Ferdinand Archiduc d'Autriche.
Ces bons fuccés furent fuivis
du gain de la Bataille de PraGALANT
79
gue ; écoutons les Ambassadeurs de
France dans la relation qu'ils
firent au Roy leur Maiftre . Tels
furent les effets du Traité
d'Ulm ; fans cela les chofes ne
Le feroient pas paffées ainfi
L'Electeur Palatin & fes AIliez
le reconnoiffent fort bien.
Ils declament contre nous ,
& l'Ambaſſadeur d'Angleterre
nous l'a bien fçu dire. L'Empereur
tient cette Victoire des
mains de Vôtre Majefté. Sans
le Traité d'Ulm le Duc de Baviere
ne pouvoit venir au ſecours
de l'Empereur ; & en ce
cas-là le Comte de Buquoy au
Giiij
80 MERCURE
roit efté obligé de faire fubfifter
fes Troupes dans les Fauxbourgs
de Vienne , & l'Empereur
auroit efté reduit aux plus .
grandes extremitez . La reduction
de Prague & de toute la Boheme
fuivit de préste gain de cette
Bataille , qui fe donna le 8. Novembre
1620. & qui decida en
moins d'une heure de la fortune de
l'Electeur Palatin .
Je crois , Monfieur , que les reflexionsfont
inutiles , &que vous
concevez , auffi bien que moy , que
fans le Traité d'Ulm l'Empereur
n'euft jamais efté en eftat de donner
cette Bataille , ou que du moins
GALANT 81
s'il l'euft donnée , il auroit abandonné
fes Etats hereditaires au
caprice de la Fortune ; mais ayant
défarmé les Princes de l'Union
le moyen de ce
Proteftante , par
Traité , & n'ayant plus rien
craindre d'eux , il fe vir en estat
t
d'hafarder une Bataille pour recouvrer
le Royaume de Boheme ,
fans rifquer fes Etats patrimoniaux
ayant obligation de ce
Traité à Louis XIII. la fuite
doit faire convenir que c'est à ce
Prince qu'il eut auffi l'obligation
de la reduction de la Boheme &
de fes Provinces hereditaires:
Je finis , Monfieur, par oùje
82 MERCURI
devois commencer,je veux dire par
lapreuve queje me fuis engagé de
vous donner,que c'est au même Roy
Louis le fufte , que l'Empereur
Ferdinand eut l'obligation de fon
élevation à l'Empire aprés la mort
de Mathias , qui l'avoit adopté,
& qui de fon vivant l'avoit fair
couronner Roy de Boheme & de
Hongrie. Dans le temps de la mort
de cet Empereur les difpofitions des
Princes de l'Empire n'estoient pas
favorables pour Ferdinand ; ils
craignoient que
l'ambition excef
five de cet Archiduc ne caufaft de
trop grandes divifions dans l'Empire.
Ferdinand faifoit ce qu'il
GALANT 83
pouvoitpourcacher cette ambition';
mais on la découvroit fouvent
malgré qu'il en euft , tant il eſt
vray qu'il eft difficile de paroiftre
long- temps ce que l'on n'eſt pas
& qu'un déguisement continuel
de fes veritables fentimens
eft
un rôle à foûtenir plus difficile que
l'on ne penfe . On reconnoiffoitfans.
peine que le naturel de ce Prince le
portoit plutoft à fuivre les maximes
de Philippe II. Roy d'Ef
pagne,que de conformerſa conduite
à celle de l'Empereur Maximilien
II. qui avoit laiffe de grands
exemples d'équité
tion dansfafamille. La Republide
modera84
MERCURE
que de Venife , Charles- Emanuel
Duc de Savoye , & le nouvel
Etat qui s'eftoit formé dans les
Pays - bas , & qui avoit fecoüé le
joug de la Maifon d'Autriche ,
concouroient
tous dans le deffein
de s'oppofer à l'aggrandiffement
de
cette Maifon. Ces trois Puiffances
entretenoient d'étroites relations
avec les Princes de l'Union
ع و م
Proteftante en Allemagne Allemagne ,
tous fouhaitoient également de
voir fortir la Couronne Imperiale
de la fuperbe Maifon de
Hapfbourg , d'en voir démembrer
les Etats ; afin d'affurer
d'une manière plus folide le fuccés
GALANT 85
de leur projet. Ces Puiffances en
treprirent d'y faire entrer la Cour
de France ; le Prince de Piémont
qui y eftoit alors, Ambaſſadeur
de Venife , enfirent la premiere ou
verture au Roy Louis XIII . Ce
Prince fe contenta d'abord de leur
répondre qu'il ne feroit aucune lique
contre la Maison d'Autriche
, & qu'ilfe tiendroit toûjours
dans un eftat à pouvoir eftre
l'arbitre des differends qui arriveroient
entre les autres Princes . Le
Roy preffe encore une fois de fe déclarer
, pourfe défaire tout d'un
coup des importunitez du Prince
de Piémont de l'Ambaſſadeur
86 MERCURE
L
de Venife, qui revenoientfouvent
à la charge , leur declara enfin ,
qu'il croyoit qu'il n'y avoit que les
Princes de la Maifon d'Autriche,
qui puffeut porter avec dignité la
Couronne Imperiale , qui puſſent
foutenir la Majefté de l'Empire ,
ladeffendre contre les Infidelles ;
& que ces raisons l'engageoient à
facrifierfes interefts particuliers au
bien general de la Chreftienté :
Ainfi , bien loin de m'oppoſer
aux juftes prétentions de Ferdinand
, continua le Roy , je les
favoriferai autant qu'il me fera
poffible.
*
Sa Majesté agit confequemment
GALANT 87
A au
la réponſe qu'il avoit faite
Prince de Piémont. & à l'Ambaffadeur
de Venife. Non -feulement
ce Prince nefut pas contraire
à Ferdinand, mais il fit encore folli
citer tous les Princes d'Allemagne
en fa faveur. Le Duc de Savoie
voiant que le Prince fon fils n'avoit
rien pú obtenir du Roy , abandonna
fes prétentions qu'il croioit
avoir à l'Empire. La Republique
de Venife & celle de Hollande
n'étant pasfoutenues de la France,
n'oferent plus refifter ouvertement
à l'Election de Ferdinand. Enfin
les Princes de l'Union Proteftante
ayant eftégagnez par les Ambaf88
MERCURE
fadeurs du Roy, & voyant que ce
Prince qui avoit un plus grand
intereft que perfonne à l'abbaiffement
de la maifon d'Autriche, concouroit
cependant à luy conferver
l'Empire, ne s'y oppoſerent plus que
foiblement ; & ils y donnerent les
mains , excepté le feul Electeur
Palatin qui nefe voulutpas trouver
à la Diéte affemblée à Francfort
pour cetteElection , & qui ſe
-contenta d'y envoyer un mémoire
que
l'on trouve dans le Mercure
François de l'an 1619. Il eftoir
conceu en fes termes : puifque
j'ay fouhaité juſqu'à prefent
que l'Empire eût un Chef fous
GALANT 89
lequel la juftice fus bien adminiftrée
, qui pût apporter les
remedes neceffaires aux defordres
, & aux befoins preffans
de l'Empire, & qui ne ſe trouvât
point engagé dans des guerres
étrangeres ; j'ay crû qu'entre
tous les Potentats , Electeurs
ou Princes , je devois jetter la
veuë fur le Duc de Baviere.
C'eft un Prince d'efprit , d'experience
& pacifique ; il conferve
fon Pais en bonne Paix ,
& il n'entre dans aucune guerre.
Si je le préfere aux autres , ce
n'eft pas que j'aye aucune mauvaife
volonté pour cux ; enco-
Juin 17061
H
90 MERCURE
re moins pour les Princes d'Autriche.
Ils ont reçû de bons
Offices de ma Maiſon Electorale
; mais je crois devoir tenir
ce que j'ay promis par mon
ferment , & remplir les devoirs
que mon rang me préſcrit . Je
donne donc au nom de Dicu
ma voix & mon fuffrage au
Duc de Baviere. VousScavez ,
Monfieur, que c'eft Maximilien
Ayeul de Mr l'Electeur de Baviere
d'aujourd'huy , dont il eſt
parlé dans ce memoire , & que ce
Prince par une generofitébien malentendue
par une politique qui
a eu defuneftesfuites pourfa pofteGALANT
91
rité , refufa l'Empire , pour l'affurer
à un Prince dont le petit - fils
eft aujourd'huy le tyran de la Baviere
, l'ennemi implacable de
cette maison.
Pourrevenir à Louis XIII. ce
n'eſt pas à moy à decider fi ce Prince
agit en cette occafion conformément
aux veritables interefts de
fa Monarchie ; & fi la raison
qu'il apporta à celles du Prince de
Piémont & de l'Ambaſſadeur de
Venife,de conferver une bonne barriere
entreles Tures & l'Empire,
en eftoit une preſſante de conferver
la dignité Imperiale à la maison
d'Autriche ; &fi dans cette con
Hij
92 MERCURE
joncture un zele de Religion , peuts
eftre trop grand , pour ne pas dire
inconfidere, ne luy fitpoint trahir les
veritables interefts de fa Couronne.
Ce font des mysteres de politique
fur lesquels il n'eſt pas permis
aux fujets deporterleurs veües..
Jefuis&c.
A.Gex le 15. Mars.
Le Roy a donné la Prévôté-
Commandataire de Nôtre- Da
me de Chardavon , Chefd'or
dre , & de celuy de S. Auguftin
à Sifteron en Provence , à Mr
l'Abbé de Burgniac, qui a receu
de grands applaudiffemens en
a
GALANT 93
prenant fes degrez en Sorbonne
. Il a efté élevé dans le Seminaire
des bons Enfans ; il s'y
retira dans la vûë de ne s'occuper
que de fes devoirs , & de
ne s'attacher qu'aux fonctions
Ecclefiaftiques & aux ſciences
qui conviennent à ſon état. Il
y a paffé plufieurs années , & il
s'y eft acquis une eftime figenerale
, que l'ancien Evefque de
Limoges , fon Evefque , & plu
ficurs autres perfonnes confi
derables par leur vertu & par
le rang qu'elles tiennent dans -
le monde , ont rendu témoi
gnage à fon merite . Mr des
94 MERCURE
Orges fon pere , eft le plus ancien
Exempt des Gardes du
Corps , & il eft depuis longtemps
dans le Service . Mr le
Chevalier de Burgniac fon frere
eft Brigadier de la feconde
Compagnie des Moufquetaires
; il fert avec autant de diftinction
que d'affiduité.
Le Prieuré des Religieufes
de Jeunies , de l'Ordre de Saint
Dominique , Dioceſe deCahors ,
a efté donné par Sa Majesté à
la Dame de Lafeau , Religieufe
du mefme Ordre , dans 1 Abbaye
de Saint Pardoux en Perigord.
Cette Dame a toutes
GALANT
95
les qualitez neceffaires pour
bien gouverner ; elle eft d'une
naiffance diftinguée , auffi - bien
que celle à qui elle fuccede
qui eftoit tante de Mr de Riperoux
, & d'une des meilleures
maiſons de Perigord.
Mr.l'Abbé Cochois , Chanoine
de l'Eglife de S. Benoist ,
a efté nommé à l'Abbaye de
S. Cheron. Cet Abbé eft fort
attaché à fes devoirs , & il a
fait beaucoup de progrés dans
le cours de fes études .
Mr l'Evefque de Belley precha
le jour de l'Annonciation
de la Vierge dans l'Eglife du
96 MERCURE
grand College des Jefuites de
Lyon. On ne peut mieux traiter
ce grand Myftere , quieft le
fondement de tous les autres ,
que fit ce Prelat , dont le talent
pour l'éloquence de la Chaire
eft connu par les preuves qu'il
en a tant de fois donné en cette
Ville, pendant qu'il y exerçoit
les fonctions de fon miniftere ,
dans la Communauté des Prêtres
de S. Sulpice , avant que
d'eftré élevé à l'Epifcopat . Les
perfonnes les plus confiderables
de Lyon affifterent à ce
Sermon , qui reçût de grands
applaudiffemens. Ce Prelat fit
voir
GALANT 97
voir le rapport effentiel que ce
Myſtere a avec tous les autres ,
& la dépendance où ils font
tous de celuy- là : fa morale fut
belle ; l'éloge qu'il fit de la Societé
étoit plein de beaux traits .
Ce Prélat, en defcendant fur le
Rhône pour s'en retourner à
Belley , coucha au Convent des
Religieufes de Salletes en Dauphiné
, qui font de l'Ordre des
Chartreux. Il fit à ces Dames
une tres - belle Exhortation, à la
grille , fur le champ & fans y
eftre préparé . De Salletes ce
Prélat alla coucher dans un lieu
qui appartient aux Chartreux
Juin 1706 .
I
98 MERCURE
1
de Portes ; & il fe rendit enfui,
te à Pierre- Châtel , Chartreufe
avec une Citadelle , à une lieuë
de Belley & dans fon Dioceſe ,
fur la frontiere de Savoye . Le
zele & la joye éclaterent dans
la reception que luy firent les
Religieux de cette maiſon . Il
arriva la feconde Fefte de
Pafques ; toute la nobleffe de
Savoye qui eft dans le voifinage
, le vint faluer dans ce lieu.
Quelques jours aprés , Mr l'Evefque
de Belley , fuivant l'ufa,
ge des Prélats de vifiter leurs
Confreres voifins , lorfqu'ils
font nouvellement arrivez dans
GALANT
99
leurs Diocefes , alla rendre une
vifite à Mr l'Evefque de Genêve
, qui fait fa réfidence à
Annecy à huit lieues de Belley.
Mr l'Evefque de Geneve
l'envoya recevoir par
quatre Chanoines de fa Cathejufqu'àSeyffel,
qui eft dans drale
le Diocefe de Geneve & à moitié
chemin de Belley à Annecy
. On luy preſenta en ce lieu
une magnifique collation ; &
Mr l'Evefque alla au devant de
luy jufqu'à une lieuë & demie
d'Annecy , ce qu'il n'avoit encore
fait pour aucun des Evef
ques qui l'ont cfté vifiter . Mr
I ij
100 MERCURE
l'Evefque de Belley , pendant
les trois ou quatre jours qu'il
reſta à Annecy , fut regalé par
tous les Corps Ecclefiaftiques
& Reguliers , & Mr de Geneve
tint toûjours une table , remplie
des perfonnes les plus apparentes
du Clergé , pour luy
tenir compagnie . Mr de Belley
prêcha trois ou quatre fois à
Annecy pendant le peu de tems
qu'il y refta . Le Sermon qu'il
chez les Filles de la
prononça
Vifitation , dont le Convent
eſt le premier de l'Ordre , fut
tres - applaudi. Peu de jours
aprés la vifite de Mr l'Evefque
}
GALANT IOI
de Belley , Mr de Geneve en
reçût une de Mr le Vice- Legat
d'Avignon , qui luy fit beaucoup
d'honneur. Mr l'Evefque
de Geneve eft de la maifon de
Rouffillon - Bernen ; il eft fils
de feu Mr le Comte de Bernen,
Chevalier de l'Ordre de l'Annonciade
, & frere de feu Mr
le Comte de Bernen , qui a
beaucoup fait parler de luy
dans les dernieres guerres de
Savoye . Ce Prélat eftoit de l'Ordre
de S. Antoine ; il a mefme
efté Prieur de S. Antoine à
Paris .
Mr Renout , Doyen de l'EI
iij
102 MERCURE
glife Collegiale du S. Sepulchre
de Caën , qui a compofe divers
Ouvrages de Poëfie à la gloire
du Roy , & prononcé plufieurs
Harangues Françoiſes , a fait , à
la tefte de fon Chapitre, le Compliment
fuivant à Mr Bloüet
de Camilly , Evefque de Toul ,
à fon arrivée dans la Ville de
Caën , au commencement de
ce mois.
MONSEIGNEUR ,
Nous ne sçaurions mieux vous
marquer lesfentimens profonds de
veneration
que nous avons pour
GALANT 103
joftre Grandeur , qu'en vous appliquant
les mêmes paroles que
l'Esprit de Dieu mit autrefois dans
la bouche d'un Pontife de la Loy ,
pourfaire l'éloge de cette Femme
heroïque , qui devint la gloire defa
nation , aprés l'avoir fauvée de
l'épée des Affyriens , par l'action
la plus écla- ·la plus memorable
tante qui fut jamais . Tu gloria
Jerufalem ; tu lætitia Ifraël ; tu
honorificentia populi noſtri.
On peut justement Vous les attribuer
, Monfeigneur , ces titres ho
norables, dire de Vous,que vous
faites l'ornement de l'Eglife & la
gloire de l'Etats ayant foutenu les
I iiij
104 MERCUKE
interefts de l'un de l'autre, avec
autant defuccés que de zele, pendant
que vous avez gouverné en
Alface , ce grand Dioceſe dont
l'adminiftration vous avoit efté
confiée par le choix du Roy. Tu
lætitia Ifraël, Quels transports
d'amour ! quelles acclamations de
joye toute la Lorraine n'a-t -elle
pasfaitparoiftre, lorsque vous eftes
alle prendre poffeffion de l'Evefché
de Toul , auquel Sa Majesté vous
a nommé par préference à tant
d'autres , plûtoft pour y deffendre
le Troupeau de Jefus- Chrift , que
pour recompenfer voftre merite ?
Tu
honorificentia populi noſ
GALANY 105
tri. Vous eftes enfin , Monfeigneur,
l'honneur de noftre Province ; nous
vous y avons vú long- temps au
nombre de fes illuftres Prelats ,
plus diftingué encore par le fond
d'une pietéfolide que par les avantages
de vostre naiffance ; nous
vous y voyons aujourd'huy comme
Prince de l'Eglife , confideré
de toute la Cour, applaudi desfçawans
, eftimé des étrangers , aimé
des voftres , admiré de tout le monde
, comblé d'honneurs , plus encore
rempli de mille vertus. Ce
font là , Monfeigneur , les témoi–
gnages finceres que nous rendons
à Vôtre Grandeur de l'abondance
106 MERCURE
de noftre coeur , en l'affeurant de
nos tres-humbles refpects.
Mr le Marquis du Heron ,
Brigadier & Colonel de Dragons
, eft mort à Caſtiglione ,
de la bleffure qu'il avoit receue
à Calcinato. Il avoit été
receu Chevalier de Malthe
ainfi qu'un de fes freres . Leur
frere aîné avoit été Colonel de
Dragons ; il avoit été envoyé
en plufieurs Cours , & fur - tout
en Pologne , où il a été Envoyé
extraordinaire . Il mourut
à Ulm en Baviere , des bleffures
qu'il avoit receuës , dans
l'Armée de Mr de Baviere où
GALANT 107
il fervoit. Mr l'Abbé du Heron
leur frere mourut il y a quel
ques années , & fut regretté
de tous ceux qui le connoiffoient
, auffi-bien que Mrs fes
freres.
re
M Jean - Baptifte - Louis
Moreau de Mautour , Commiffaire
ordinaire de l'Artillerie
, dont il commandoit une
Brigade au Siege de Haguenau
, y ayant efté bleffé à
la tefte, d'un éclat de pierre, aux
batteries fur lesquelles le Canon
de la Ville tiroit , mourut
de fa bleffure à Strasbourg le
14. du mois dernier , âgé de
108 MERCURE
24. ans . Il fut enterré le lendemain
dans la Paroiffe de S.
Pierre le Jeune , en un lieu deftiné
pour les Officiers ; ceux de
l'Artillerie qui eftoient dans la
Ville , fe trouverent à fon Convoy
, avec trois Compagnies
du Regiment Royal- Artillerie ,
qui firent chacune trois décharges
, dans le temps de fon
inhumation , & l'on tira trois
coups de Canon. Ce jeune Officier
qui n'eftoit que depuis fix
ans dans le Service , s'y eftoit acquis
beaucoup d'eftime ; & il
eft fort regretté de tous ceux
qui le connoiffoient . Il eftoit
GALANT 109
fils aîné de M' Moreau de Mautour
, Confeiller , Auditeur de
la Chambre des Comptes , Affocié
de l'Academic Royale des
Inſcriptions ; neveu de Joſeph
Moreau , Chevalier de l'Ordre
de Saint Lazare , Capitaine
dans le Regiment Royal des
Vaiffeaux , tué à Steinkerque.
en Flandres ; & coufin- iffu - degermain
de Georges Moreaud'Aurolle
, Lieutenant - Colonel
du Regiment d'Agenois ,
tué à la Bataille d'Hochftet.
M' Moreau de Brazen , fon
coufin-germain , eft aujourd'huy
Capitaine de Cuiraffiers
110 MERCURE
Efpagnols dans le Regiment de
Louvignies , qui fert dans l'Armée
de Monfieur le Duc de
Baviere ; & M deMautour,fon
cadet , a l'honneur d'eftre élevé
Page de Monfieur le Comte de
Touloufe. D'ailleurs fa famille
cft connue dans l'Eglife & dans
la Robe , auffi bien que dans
l'Epée , & dans la Republique
des Lettres. J'ay fouvent cu
occafion de vous en parler.
Mr Henry de Mornay, Marquis
de Montchevreuil , Chevalier
des Ordres du Roy ,
Gouverneur de Saint Germain
en Laye, & Maistre des Eaux &
re
GALANT III
, y
eft Forefts du même lieu ,
mort âgé de 84. ans . Il laiffe
de feuë Dame N.... Boucherd'Orsay
, foeur de M' le Prévost
des
Marchands , M' le Marquis
de Mornay , à prefent Gouverneur
de Saint Germain , dont il
avoit eu la Survivance il y a
déja quelques années ; Mr l'Ábbé
deмontchevreuil , m ' l'Abbé
de Mornay , Grand - Vicaire de
Beauvais & Abbé d'Orcamp ;
& M' le Chevalier de Montchevreuil
, qui fert dans la Marine.
M' le Marquis de Mornay
a pluſieurs enfans de Dame
112 MERCURE
N....Dugué de Bagnols , d'u
ne ancienne maifon de la Robe.
M' le Comte de Mornay
, leur frere aîné, fut tué , il
y a pluſieurs années , d'un coup
de canon, devant Manheim . İlÎl
avoit époufé Mlle de Coëtquen,
coufine- germaine de Mr
le Marquis de Coëtquen , gendre
de m' le Maréchal de Noailles
. Philippes de Mornay S ' du
Pleffis - Mornay , Baron de la
Foreft- fur Serre en Poitou ,Confeiller
du Roy en fes Confeils
d'Etat & Privé , Capitaine de
cinquante hommes d'Armes de
fes Ordonnances , Gouverneur
GALANT
113
de la Ville & Sénéchauffée de
Saumur , &c. eftoit fils puifné
de Jacques de Mornay & de
Françoife du Bec - Crefpin , &
de la même Maifon de celuy
qui vient de mourir. Il en forma
une branche qui a produit
de grands hommes. Celle de
Montchevrcüil eft l'aînée de
toute la Maifon , & elle eft alliée
aux plus illuftres de Poitou
, fur tout à celle d'Aubigné..
Depuis l'an 1380. les branches
de cette Maifon s'eftoient étendues
dans l'Orleannois , dans
le Berry , & dans le Gaftinois .
Charles de Mornay s'établit
Juin 1706.
K
114 MERCURE
dans le Pays de Caux , où il
avoit épousé Jeanne de Trye ,
Dame de Buhi , de Hahicourt ,
& c . fille de Jacques de Trye ,
Chambellan du Roy. Il cut de
ce mariage , Jean de Mornay ,
duquel font defcendus Mrs
de Montchevreuil , du Pleffis-
Mornay , de la Ville-au- Tartre,
& de Villette.
Philippe , Seigneur du Pleſſis -
Mornay , fut tres - celebre en
France fous le regne d'Henry
le Grand , qui l'attira à la Cour.
Il fut le chef des Huguenots
dans ce Royaume , & on luy
donna le nom de Pape des HuGALANT
115
?
guenots. Il compofa plufieurs
ouvrages ; celuy qu'il fit fur
l'Euchariftie caufa de grands
troubles entre les
Catholiques
& les Proteftans ; il donna lieu
à la
Conference que le Roy
Henry le Grand indiqua à Fontainebleau
. Le Cardinal du Perron
& M du Pleffis difputerent
long- temps : les Catholiques
donnerent l'avantage au premier
, & les Proteftans , au fecond
; mais il eft tres certain
que Mr du Pleffis qui eftoic
déja âgé , & qui n'avoit pas tant
de lecture que Mr le Cardinal
du Perron , fut obligé de ceder,
Kij
116 MERCURE
quoy qu'en difent les Protef
tans . Le Vaffor , un de leurs
Hiftoriens
, ne peut pas s'empêcher
d'avouer
la verité de ce
fait . Cette Conference
, ainfi
que le Colloque
de Poiffy , &
plufieurs
autres Affemblées
de
cette nature , ne fervirent
qu'à
aigrir les efprits , & ne produi
firent aucun fruit. Henry IV.
eut une confideration
tres-particuliere
pour Mr du Pleffis-
Mornay
, & le confultoit
dans
les affaires les plus importantes
.
Il fut en effet un tres - fage &
tres - judicieux
Miniſtre
. La ſolidité
de ſon eſprit , & l'étendue
"
GALANT
de fes lumieres luy faifoient
prévoir les chofes long- temps
avant qu'elles arrivaffent . Il fit
ce qu'il put pour empêcher
l'Electeur Palatin , Aycul de S.
A. Royale Madame , & de Madame
la Princeſſe , d'accepter la
Couronne de Boheme. Si ce
Prince euft fuivi ce confeil , il
s'en feroit bien trouvé.
Mr le Marquis de Montchevreuil
a cfté Gouverneur de
Monfieur le Comte de Germandois
& de Monfieur le Duc
du Maine.
Mr Nicolas d'Anglure ;
Chevalier , Comte de Bourle
118 MERCURE
ne,
mont , Marquis de Bufancy ;
Baron des Baronnies de Rimaucourt
, Saint Euruge ; Seigneur
des Armoiſes , Aute , & Autru
che , Imberville , Sainte-Hele-
Burfy ,Malfontaine , Saint
Martin , & autres lieux ; Lieutenant
general des Armées du
Roy; Gouverneur des Ville &
Citadelle de Stenay , grand
Bailly du Comté de Stenay ,
mourut le 24. du mois dernier
âgé de plus de 86. ans , eſtant
né au Chafteau de Bourlemont
le 5. Février 1620. Il eftoit le
dernier des enfans de M" Clau- '
ded'Anglure , Comte de Bour-
ге
GALANT 119
3
lemont , Marquis de Ci & de
Bufancy , Baron de Rymaucourt
; & d'Angelique d'Ajacette
, fille de Louis d'Ajacette ,
Comte de Chateauvilain &
Duc d'Atri . Il commença à
porter les armes dés l'âge de
ſeize ans en 1636. & il a eflé
fucceffivement Colonel d'Infanterie
& de Cavalerie , Brigadier
, Maréchal de Camp , &
Lieutenant general , dont il eut
le brevet le premier Octobre
1655..
Il a eu trois Regimens de Cavalerie
& autant d'Infanterie
de fon nom . Il s'eft diftingué
120 MERCURE
par plufieurs actions d'éclat , du
nombre defquelles font la prife
du Pont de Cé , où il commandoit
une attaque l'an 1652. en
qualité de Maréchal de Camp ,
& qu'il emporta en deux heures
de temps : & ce Comte ayant
fervi en 1657. avec beaucoup
de diftinction au Siege de Stenay
( que le Roy faifoit en perfonne
) Sa Majefté luy donna
le Gouvernement de cette Place
, qui eftoit pour lors tres-importante.
Il eftoit des mieux
faits de fon tems . Sa phyfiognomie
eftoit belle & relevée ,
& marquoit beaucoup de grandeur
;
GALANT 121
pour
deur ; il avoit l'ame grande &
noble ; l'efprit jufte ; le coeur
droit & bon ; un attachement
& une fidelité inviolables
fon Prince , qu'il a fervi pendant
tout le cours des guerres
civiles , & pour le fervice duquel
il a facrifié tous fes enfans.
Son grand défintereffement
& la douceur de fon
commandement le feront
long - temps regretter de tous
les peuples de fon Gouvernement
: & comme il avoit
toûjours eu , beaucoup de religion
, il a confacré à la pieté
les derniers temps de fa vie , qui
L
Juin 1706.
122 MERCURE
a efté torminée par une mort
fort chretienne . Il eftoit le
dernier de huit freres , qui fu,
rent , 1. François , Marquis de
Ci , aîné de la maiſon , qui cut
trois fils , d'Angelique d'Afpre
mont fa feconde femme ; Louis
Saladin , Duc d'Atri , qui n'a
point eu d'enfans ; Charles
d'Anglure , Marquis de Bourlemont
tué au Siege de Luxem
bourg ; Henry d'Anglure ,
qui a cfté Agent general du
Clergé & Abbé de Saint Pier
mont ; & d'Antoinette de Marins
fa premiere femme
cut pour fille unique Anne
il
GALANT 123
d'Anglure , veuve de Louis
du Bellay , Comte de Chevigny
, dont elle n'a eu que
des filles . L'aînée , Sufanne du
Bellay, eft mariée àM le Comte
de Grammont , Lieutenant ge
neraldes Armées du Roy, frere
de Mr l'Archevêque de Befancon
, & qui commande en Franche-
Comté. Il en a un fils , qui
quoy que tres-jeune , a déja fait
plufieurs Campagnes , où il
s'eft diftingué ; & deux filles.
Les autres freres de Mr le Comte
de Bourlemont , font , 2. Charles
, Archevêque de Toulouſe ,
morten 1669. 3. Ferdinand ,
Lij
124 MERCURE
S.
Chevalier de Malthe , tué au
Combat des Galeres de Meffine
contre les Infideles en 1624.
4. Scipion , Commandeur de
Malthe. Chreftien d'Anglure-
de Bourlemont , auffi Commandeur
de Malthe . 6. Sebaf
tien d'Anglure , Baron de Rymaucourt
, tué au Siége d'Arras.
7. Louis d'Anglure , Auditeur
de Rote pendant 22. ans ,
qui fit le Traité de Pife en
1664. & mort Archevêque de
Bordeaux en 1697. Tous fre
res aînéz de Mr le Comte de
Bourlemont , qui a eu de fon
mariage avec Anne de Thi
GALANT 125
bault , fille de François de Thibault
, Chevalier , Baron de
Sainte Euruge , Maréchal des
Camps & Armées du Roy ,
Gouverneur des Villes & Citadelle
de Stenay , & de Saint-
Quentin , & de Philliberte de
Marfilly , trois fils ; fçavoir
Henry d'Anglure , Colonel
du Regiment de Picardie , &
Brigadier d'Infanterie , dont la
valeur & le merite eftoient extraordinaires
, puifque n'eftant
encore que Capitaine dans le
Regiment du Roy , il foûtint
à Bercambout dans l'Electorat
de Brandebourg
avec cent
Liij
126 MERCURE
hommes de ce Regiment , dans
un Pofte où il n'y avoit aucun
retranchement , l'effort de prés
de trois mille hommes qui furent
obligez de fe retirer , aprés
avoir perdu leur Commandant
& tous leurs Officiers. Il fit à
la Bataille de Confarbrik , quoy
que fort bleffé , une glorieufe
retraite , & enfin il fut tué en
1677. à l'âge de 32. ans à la
prife de Valenciennes , fous les
yeux de Sa Majesté dont il fut
tres- regretté , & qui honore encore
fa memoire de fon fouvenir.
2. François d'Anglure
Docteur de Sorbonne , ci - devant
nommé à l'Evêché de Pa
GALANT 127
miers , qu'il a refufé pour vivre
dans la retraite. 3. Louis d'Anglure-
de Bourlemont , Colonel
du Regiment de Bourlemont
à prefent Artois , mort à l'âge
de vingt- deux ans , des bleſſures
qu'il avoit reçûës à la bataille
de Confarbrik. M' le Comte
de Bourlemont a eu du même
mariage , trois filles , dont les
deux aînées font mortes Religieufes
de la Congregation
Verdun. La troifiéme , Scholaf
tique d'Anglure - de Bourlemont
, fon unique & feule heritiere
, époufa le 7. de Juin
1681. Mr Louis d'Ornaifon ,
Liiij
128 MERCURE
Chevalier , Comte de Chamarande
, Lieutenant general des
Armées du Roy , Gouverneur
des Villes & Chaftcaux de
Phaltzbourg & Sarbourg , &
premier Maître d'Hôtel de feuë
Madame la Dauphine , dont elle
a deux fils ; Louis - Nicolas
d'Ornaifon - de Chamarande ,
Marquis de Buzanci , Colonel
du Regiment de la Reine , Infanterie
; & Ange- François , reçu
de minorité , Chevalier dans qu
L'Ordre de Malthe.LeRoy
qui a
toûjours fort eftimé feu M' le
Comte de Bourlemont, a donné,
en apprenant fa mort , une
GALANT 129
penfion de mille écus à M' le
Marquis de Buzanci , fon petitfils
, âgé de 2 3. ans , & Colonel
depuis cinq ans d'un des plus
beaux Regimens du Royaume,
à la tête duquel il s'eft déja trouvé
à trois batailles, & à plufieurs
Sieges & actions où il s'eft fort
diftingué . Il marche fur les traces
de fon illuftre ayeul & de
fon
pere ,
merite
font
fi
connus
.
La
Maiſon
d'Anglure
, qui
eft
des
plus
illuftres
de
la Province
de
Champagne
,
porte
d'or
,femé
de grillets
d'argent
, foutenus
de croiffans
de gueule
. Pludont
la valeur & le
130 MERCURE
fieurs Auteurs écrivent que ces
Croiflans furent donnez à un
de cette Maiſon pâr Saladin ,
Soudan de Babylone en 1102 .
qui eftant prifonnier eut permiffion
fur la parole de venir
en France , pour chercher les
moyens de payer fa rançon ;
mais comme il ne put trouver
dequoy la payer , n'ayant que
le partage d'un Cadet tel qu'il
cftoit , il retourna vers Saladin ,
qui admirant fa foy & fa fidelité
, luy quitta fa rançon , &
luy ordonna de porter dans fes
armes , les marques que ledit
Saladin avoit fur fa cotte- d'arGALANT
131
mes le jour que ce Seignent fut
pris à la bataille , en luy recommandant
pour memoire de fon
eftime , de faire porter le nom
de Saladin à tous les aînez mâ→
les qui defcendroient de luy
ce qui depuis ce temps- là a toû
jours efté obfervé dans cette
famille .
L'origine de cette Maiſon
eft fi ancienne , que je ne remonteray
point icy juſqu'à ſa
fource ; je me contenteray
feulement
de parler des Seigneurs
qui ont formé la branche d'An
glure-de Bourlemont ,d'où defcendoit
feu M' de Bourlemont ,
132 MERCURE
qui me donne aujourd'huy occafion
d'en parler.
Oger cinquième du nom ,
Seigneur d'Anglure & d'Etoges
, Avoüé de Theroüenne ,
époufa Ifabeau de Châtillon ,
fille de Jean , Seigneur de Châtillon
fur Marne , Grand- Maitre
de France , & d'Ifabelle de
Montmorenci , foeur de Charles
Maréchal de France . Ce
Jean , Seigneur de Châtillon
eut pour pere & mere Gaucher,
Comte de Porcean , Connêtable
de France ; & Ifabelle de
Dreux , Princeffe du Sang. La
Maiſon d'Anglure eft defcenGALANT
133
duë de ce mariage d'Ifabelle de
Châtillon & d'Oger d'Anglurc.
Jean - Saladin d'Anglure ;
Chevalier , Seigneur d'Etoges ,
fecond fils d'Oger , Sire d'Anglure
, eft le premier de fa Maifon
qui ait écartelé fes armes
de l'illuftre Maifon de Châtillon
, à caufe d'Ifabelle de Châ
tillon fa mere. Il épousa Jeanne
de Bourlement , heritiere de la
Maifon de Bourlemont, fille de
HenrySire deBourlemont, & de
Beatrix de Joinville; & par cette
alliance lamaifon deBourlemont
qui defcendoit des anciens
134 MERCURI
Comtes de Vaudemont , eft en
trée dans celle d'Anglure par le
mariage de cette heritiere. Du
mariage de Jean d'Anglure ,
dit Saladin , avec Jeanne de
Bourlemont , eft forti un fils
unique , nommé Simon d'Anglure
, Seigneur d'Etoges &
de Donjeu de Bourlemont ,
&c. qui époufa Iſabeau du
Châtellet , fille de Renaut du
Châtellet , & de Jeanne de
Chaufour , Dame de Neuilly ,
iffuë des anciens Comtes d'Alface.
De ce mariage font fortis
quatre enfans mâles , & trois
filles. Le premier fut Jean d'An
GALANT 135
glure , Seigneur de Donjeu ,
quia continué la branche aînée,
& qui a fait celle des Marquis
de Coublans , dont feu le der-
Marquis de Coublans , M' les
nier de cette branche qui n'avoit
point cu d'enfans mâles , a
fait porter le nom d'Anglure
au fecond fils de fa fille aînée .
qui avoit eſté mariée à feu M
le Comte de Poitiers , dont la
grandeur de la Maiſon eft connuë.
Le fecond Saladin d'Anglure
, Seigneur d'Etoges , a fait la
branche des Vicomtes de ce
nom, tombée dans la Maiſon
136 MERCURE
de Savigny , par le mariage d'u
ne fille unique.
Le troifiéme fut Colas d'Anglure
, qui a fait la branche des
Seigneurs & Comtes de Bourlemont.
Oger d'Anglure , quatriéme
fils , fut Evêque de Marfeille
.
Anne d'Anglure , aînée des
trois filles , fut femme de Balthafart
d'Hauffonville , dont
font iffus les Barons d'Hauffonville
& Comtes de Vaubecour.
Jeanne d'Anglure , Abbeffe de
Remiremont
; & Marguerite
d'Anglure , qui époufa N....
Seigneur de Pont - fur - Seille ,
GALANT 137
dont eft venue une fille mariée
à Jean de Savigny , Seigneur de
Rhone.
Colas d'Anglure , troifiéme
fils de Simon d'Anglure , &
d'Ifabeau du Chaftellet , fut
Ecuyer d'Ecurie du Roy , &
ajoûta à fes armes celles de
Bourlemont fur le tout , à caufe
de Jeanne de Bourlemont
fon Aycule. Il époufa le 26 .
Juin 1471. Marguerite de
Montmorenci , Dame de Conflans-
Sainte- Honorine , fille de
Jean fecond , Baron de Montmorenci
, grand Chambellan
Juin 1706.
...M
138 MERCURE
de France , & de Marguerite
d'Orgemont.
ci
On voit dans les preuves
que
de la Maifon de Montmorendés
l'an 1463. Haur
& Puiffant Monfieur Simon
d'Anglure , Seigneur d'Eftoges
, & Noble & Puiffante
Dame Madame Ifabelle du
Chaftellet fa femme , declarent
avoir fait partages & divifions
de leurs biens & fucceffions
à leur Enfans ; ce qui fut
donné à Colas d'Anglure qui
n'eftoit que troifiéme fils eft
une belle
preuve de la grande
puiffance de la Maiſon d'AnGALANT
139
glure. Entre plufieurs Seigneu
ries qui luy échurent , il cût
celle de Bourlemont , & il a
fait la tige des Comtes de ce
nom. Le celebre Anne de
Montmorenci , Connétable de
France , eftoit neveu paternel
de ladite Marguerite Dame de
Bourlemont , qui mourut au
Château de Bourlemont le 29.
Septembre 1498. & Colas
d'Anglure fon mari , le 22. Juil
let 1516. Tous deux ont leur
વી
Maufolée dans la Chapelle de
Bourlemont. De leur mariage
eft venu un fils unique , nommé
Saladin d'Anglure , Cheva-
Mij
140 MERCURE
lier , Baron de Bourlemont
Seigneur de Conflans Sainte
Honorine , de Mellay , & autres
lieux. Il époufa en premieres
nôces , Helene de Mailly , fille
d'Adrien de Mailly , Sire de
Conty & de Jeanne de Bergues ,
dont il n'a point cu d'enfans . Il
époufa en fecondes nôces Marguerite
de Ligneville, Dame de
Jantonville , dont il eût quatre
fils. L'ainé fût René d'Anglu
re , Seigneur de Meflay & de
Ligneville , Grand Maiſtre de
Lorraine. Jean d'Anglure , Chevalier
de Malthe , Grand Bailly
de la Morée. Claude d'AngluGALANT
141
re Abbé de Mureau , Abbaye
fondée par les anciens . Seigneurs
de Bourlemont.
René d'Anglure aifné de
Saladin , ainfi qu'il eft dit- ci
deffus, époufa Antoinette d'Apremont
, fille unique de Jean
d'Apremont , Prince d'Ambli
fe ; & d'Antoinette de Brandebourg.
Cette heritiere apporta
par fon mariage quantité de
belles Seigneuries à la Maiſon
de Bourlemont ; entre autres
la Principauté d'Amblife , la
Vicomté de Sorel , la Souveraineté
de Lumes , & la Baronie
de Buzanci. De ce mariage
142 MERCURE
font fortis un fils & trois fillesz
Lefils fût Africain d'Anglure ,
dont il eft parlé ci -aprés ; Jacqueline
d'Anglure , époufe de
François de Mailly,Seigneur de
Clinchamp ; Jeanne d'Anglure,
qui époufa Gabriel de Boneval
, Seigneur de Ranchefort
& de Salignac , Françoile d'An
glure , mariée à un Seigneur de
Châtelus ; & en fecondes nôces
au Baron de Blaigny .
Africain d'Anglure , Che
valier , Baron de Bourlemont ,
Prince d'Amblife , Grand Maî
tre de la Maifon des Ducs de
Lorraine & Maréchal du BarGALANT
143
rois époufale 14 Septembre des
l'an 1578. Marguerite de la
Baume , fille de François de la
Baume , Comte de Montrevel,
& de Françoife de la Baume fa
coufine,nicce du Cardinal de la
Baume , Archvêque de Befançon
, & Viceroy de Napless
fous Philipe fecond Roy d'Ef
pagne. Ce Cardinal fut preſent
au Contrat de Mariage , &
le figna. De ce mariage eft iffu
Claude d'Anglure, pere de feu
M' le Comte de Bourlemont ,
qui vient de mourir ..
7
M Charles de Vergeur- dela
Granche,Chevalier, Seigneur
144 MERCURE
de Courlandon & de la Mal
maiſon , Maréchal des Camps
Armées du Roy , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de S.
Louis , eft mort en cette Ville
âgé de foixante - cinq ans. Il
avoit quitté le Service à caufe
de fes incommoditez . Il y avoit
acquis beaucoup d'eftime : La
valeur qu'il avoit fait voir en
plufieurs occafions trés- impor,
tantes , l'experience qu'il avoit
dans la diſcipline Militaire , &
fa prudence dans la conduite
des affaires qu'on luy avoit confié
, luy avoient acquis une folide
réputation & la confiance
des
GALANT 145
des Generaux , fous les ordres
de qui il avoit fervi , & celle
de ceux qui avoient fervi fous
les fiens.Ol
Me de Courlandon eftoit
d'une tres - ancienne Maiſon ,
connue dans le Royaume depuis
plufieurs fiecles & alliée
aux plus confiderables Maifons
des Provinces de Bourgogne &
de Champagne.Le nom de Ver
geur étoit déja connu en France
fous le régne de Philippe le Bel ;
& plufieurs perfonnes de cette
Maiſon parurent avec diftinction
à la Cour de ce Prince , &
à celle des Princes fes enfans.
Juin 1706.
N
146 MERCURE
Sous le régne de Henry II. &
fous celuy de Charles IX. &
d'Henry III . Mrs de la Granche
- de Vergeur furent diftinguez
par diverſes marques de la
confiance de leurs Rois , & leur
zele
pour
le fervice
de
ces
Prin
cès
éclata
en
plufieurs
occafions
importantes
, & fur
tout
dans
les
troubles
de
la Ligue
,
qui
durerent
en
France
pendant
une
grande
fuite
d'années
.
Le Pere AntoineVerjus , Directeur
General des Miffions
que les Jefuites de France ont
à la Chine & aux Indes Orien
GALANT
tales , mourut le 16. du m
dernier , en leur Maiſon Profelfe
de Paris , âgé de 75. ans.
C'étoit un homme illuftre dans
La Compagnie , par fa folide
picté , par fon zele pour la Propagation
de la Foy & la Converfion
des Infidelles , & par les
ſervices
importans qu'il a rendus
à l'Eglife . On doit au defir
ardent qu'il avoit de faire connoître
Jefus - Chriſt juſqu'aux
extrêmitez du monde , les établiffemens
confiderables que les
Jefuites François ont fait depuis
quinze à vingt ans à la
Chine & aux Indes Orientales .
Nij .
148 MERCURE
1 par
où ils convertiffent chaque an
née un grand nombre d'Idolâtres
, comme on le peut voir
les Lettres écrites de ces
Miffions , qu'on a données depuis
quelque temps au Public.
Quoique lePereVerjus ait beau
coup écrit & avec une grande
politeſſe , il ne nous reſte de lui
que la Vie de faint François de
Borgia , que les connoiffeurs
regardent comme un chefd'oeuvre
; & la Vie de Mr Michel
le Nobletz , ce celebre &
fameux Miffionnaire de la baffe-
Bretagne, qu'il écrivit en fa jeuneffe.
GALANT 149
· Le Pere Verjus a eu trois freres
; M l'Abbé Verjus , l'aîné
de tous , quoique mort dans un
âge peu avancé , s'eſtoit rendu
illuftre dans la Republique des
Lettres , par fon efprit , par fon
éloquence & par fa vafte érudi
tion , qui luy acquirent l'eftime
de tous les fçavans de fon tems.
On a imprimé aprés la mort
un Tome de Panegyriques ,'qui
font voir la beauté de fon genie
, & le talent qu'il avoit pour
la Chaire.
Le fecond eft M' le Comte
de Crecy , fi connu par fes importantes
négociations en Al-
N iij
150 MERCURE
lemagne , & par la Paix de Rifwick
, dont il étoit un des Plenipotentiaires.
Le troifiéme eft M l'Evêque
de Grace , qui édific le troupeau
qu'on a commis à fes
foins , par la régularité de fes
moeurs , par la pureté de fa
doctrine & par les grandes aumônes
qu'il fait aux pauvres.
Mr le Comte de Crecy a
époufé Dame Marie- Marguerite
de Ratabon , foeur de Mr
l'Evêque d'Ipres , & de feu Mr
de Ratabon, Gentilhomme ordinaire
du Roy , & fon Envoyé
à Genes , dont il a eu Louis ,
GALANT 151
Marquis
de Crecy , Colonel
du
Regiment
de Boulonnois
, &
Mlle de Crecy , dont l'efprit
&
Fagréement
répondent
à ſa ſolide
pieté
.
La famille du Pere Verjus ,
eft noble & ancienne . Simon
Verjus , Secretaire du Roy ,
aprés avoir efté honoré avant
l'année 1437. de divers emplois
importans par Charles VII . fur
mis auprés du Dauphin ſon fils.
Ce Prince qui regna depuis fous
le nom de Louis XI . eut pour
lui la même confideration qu'avoit
eu le Roy Charles VII , fon
perc.
N iiij
152 MERCURE
Simon Verjus eut pour fils ,
Alexandre Verjus , qui époufa
Dlle Marie de Hemery , dont
il cut Simon, Alexandre & Antoine
Verjus , tous fucceffivement
Seigneurs de la Terre des
Marêts prés de Provins , avec
les mêmes droits & les mêmes
dépendances que Mr le Comte
des Marêts , Grand Fauconnier
de France , la poffede aujourd
huy .
Pendant les quinziéme & ſeiziéme
fiécles , il y a eu en cette
famille plufieurs Prefidens &
Confeillers au Parlement de Paris
, qui fe font diſtinguez par
GALANT 153
fon
leur mérite. Entr'autres André
Verjus , Prefident aux Enquê
tes nommé à l'Evêché de
Bayeux , par le Roy François I.
& Jacques Verjus fon neveu ,
Confeiller au Parlement , qui
fut employé auffi bien
que
oncle , dans diverfes négociations
avec la Cour de Rome,&
les Legats du Pape en France ,
& avec les Religionnaires & les
Factieux de ce tems - là. Ainfi on
peut regarder l'habileté pour
les négociations , comme une
qualité hereditaire dans cette
famille .
Mr N.... de Plettenberg ,
154 MERCURE
&
Evêque & Prince Souverain de
Munfter , eft mort d'apoplexie ,
dans un âge fort avancé ,
dans fa ville Epiſcopale. Munfter
eft une ville Imperiale &
Anfeatique d'Allemagne
en
Weftphalie , & le Siege d'un
Evêque Prince de l'Empire, &
Seigneur de la Ville & de fon
reffort. Les Latins la nomment
Monafterium. Cette Ville
eft celebre par le Royaume
fantaftique des Anabaptiftes ,
qui s'y établirent dans le feiziéme
ficcle , ayant nommé
pour leur Roy un Tailleur d'habits
, nommé Jean de Leiden.
GALANT 151
Les Plenipotentiaires des Princes
de l'Europe affemblez en
partie dans cette Ville pour y
travailler à la Paix generale , y
firent en 1648. le Traité dit
de Munſter. Les habitans de cette
Ville le révoltérent quelques
années aprés contre leur
Evêque ; mais il les fit rentrer
dans leur devoir en 1661.aprés
un long fiege. Charlemagne
fonda l'Evêché de Munfter
dont Ludger fut le premier
Evêque ; il mourut l'an 809 .
Coësfeldt eft une des refidences
des Prelats de Munfter ; ils
ont auffi Borkelo , qui fut en
156 MERCURE
1665. le fujet de la guerre que
Chriſtophle - Bernard de Gaalen
, alors Evêque de Munſter ,
fit aux Hollandois . Ferdinand ,
Comte de Furſtemberg , luy
fucceda. Le Chafteau de Munf
ter eſt détaché de la Ville , qui
eft grande & belle ; la Cathe
drale , la Maiſon de Ville , &
les Colleges , meritent d'y eltre
vûs.
Monfieur l'Evêque de Munfter
qui vient de mourir , a toûjours
efté fort attaché à la Maifon
d'Autriche
, quoy qu'il ait
eu en diverſes occafions de legitimes
ſujets de ſe ſeparer de fes
GALANT 157
interefts. Il eftoit d'une tresancienne
maiſon & alliée aux
plus grandes d'Allemagne , &
même à une partie des Souve
raines. Ce Prelat eftoit d'une
humeur plus paifible que le fameux
Bernard de Gaalen , qui
a fait la guerre aux Hollandois,
& qui a mis le premier les bombes
en ufage.
M' le Comte de Trautmanfdorf
, Lieutenant general des
Armées de l'Empereur , & fon
Ambaffadeur en Suiffe, eft mort
à Vienne , où il eſtoit allé depuis
quelque temps . Il avoit
laiffé,en partant,la conduite des
158 MERCURE
affaires à M' de Greuth, dont je
vous ay envoyé plufieurs Mcmoires
prefentez aux Louables
Cantons , dans lesquels on reconnoift
l'efprit & le genie de
M' de Trautmansdorf. Il avoit
longtems porté les armes avanc
que de s'attacher à la negocia
tion , & l'experience a fait voir
que fon ancienne profeſſion lui
convenoit mieux que la feconde
; toutes les affaires dont il
avoit efté chargé par le feu Em
pereur & par celuy- cy , ou ont
échoué , ou n'ont pas eu de
grands fuccés. L'affaire du Ca
pitulat de Milan eft une preuve
GALANT 159
de ce que j'avance : il n'y a rien
que ce Miniftre n'ait fait & n'ait
mis en ufage pour empêcher
les Suiffes de le renouveller , &
pour les engager dans des interefts
contraires à ceux des deux
Couronnes; mais toute fon éloquence
n'a fervi qu'à leur faire
connoître qu'il y a peu de fonds
faire fur les
engagemens que
l'on prend avec la Cour de
Vienne , & leur experience leur
a appris qu'il n'y a point de
Princes dans l'Europe fi religieux
dans l'execution de leurs
paroles que les Rois de Fran-
CC.
160 MERCURE
La Maiſon de M ' de Traut
manfdorf eſt ancienne dans
l'Empire ; elle eft originaire de
la ville de Trantfchin , Capitale
de la Province du même nom ,
fituée dans la haute Hongrie, &
qui a titre de Comté . Ce Comté
qui eft furlefleuve Vag, entre la
Silefie vers leSeptentrion, la Moravie
vers l'Orient , le Comté du
Turoczàl'Occident , & le Comté
de Nitrie, ou Nitrach,au Midy
, appartient aujourd'huy à la
Maifon d'Autriche. Les ayeux
de M' de Trautmanſdorf ont
eu les Gouvernemens d'Hermanſtad,
de Clauſembourg , de
GALANT 161
Weiffembourg ou Albe - Jule.
Son pere fut employé à pacifier
les troubles de Hongrie &
de Tranfylvanieil portoit les armes
en Hongrie dans le temps
que les Comtes de Serin &
Frangipani furent arreftez ; & je
crois que l'onpourroit dire qu'il
cut beaucoup de part à la cataftrophe
de ces Seigneurs. Une
ancienne Tradition de la Maifon
de Trautmanfdorf
porte
qu'elle eftoit déja connue , dans
la Boheme fous le regne d'Udaric
I. qui en fut le 20. Duc ,
& qui fit crever les yeux à for
frere Hiaromirius , & qui cur
Juin 1706.
162 MERCUR E
1
de Brefiflas de Beatrix , fille d'un
Payfan , qu'il époufa. Ileft vray
que ce Prince connut bien-toſt
fon injuſtice , & qu'il chercha
les moyens de rendre le Royaume
à fon frere. Il employa
pour cela Helicardus , Evêque
de Prague , qui les reconcilia
mais Hiaromirius voulut que
fon frere gouvernaft avec luy
Et ce fut dans ce temps - là que
Brefillas , fils d'Udaric , poffeda
le premier la Moravic en qualité
de Marquis , & où Gilles
de Trautmanfdof le fuivit &.
devint dans la fuite fon pres
mier Miniftre.
GALANT 163
Mr le Comte de Berka , cydevant
Ambaffadeur de l'Empereur
à Veniſe , & Confeiller
d'Etat , eft mort depuis quelque
temps . Il avoit efté employé
toute fa vie dans les négociations
, & il s'en étoit toûjours
tiré avec beaucoup de fuccés .
Le feu Empereur Leopold avoit
beaucoup de confiance en luy ,
& il l'avoit chargé, en diverfes
occafions , de plufieurs affaires
d'une difcuffion tres- délicate .
L'Ambaffade de Veniſe eſt une
des plus difficiles de la Cour de
Vienne le voifinage où eft
cette Republique , du Tirol qui
O ij
164 MERCURE
appartient à la Maiſon d'Autriche
, donne lieu quelquefois
à des difficultez qu'il eft de l'habileté
d'un Miniftre de terminer
promptement .Mr leComte
de Berka ayant demandé à fe retirer,
aprés avoir paffé quelques
années dans le cours des Ambaffades
, fut fait Membre du
Confeil d'Etat par le feu Empereur.
Il y étoit regardé comme
une des meilleurs têtes , &
il a efté fort regretté à la Cour
deVienne, où il laiffe beaucoup
de parens , & des fucceffeurs à
fes dignitez, & aux grands biens
qu'il poffedoit. Il eftoit d'une
GALANT 165
naiſſance tres -conſiderable , &
allié aux meilleures Maifons de
l'Empire..
Mr le Marquis de Ferrero ,
Chevalier de l'Ordre de l'Annonciade,
Grand Maître d'Hôtel
de la Ducheffe Doüairiere de
Savoye , cy- devant Ambaſſadeur
du Duc de ce nom à la
Cour de France , eft mort à Turin
âgé de 84 ans . La maiſon
de Ferrero eft tres-illuftre dans
le Piedmont ; elle a produit
4
cinq Cardinaux. Boniface Ferrero
, Cardinal , Evêque de Verceil,
étoit frere de Jean -Eſtienne ,
dont je vais parler . Leon X
166 MERCURE
le fit Cardinal le premier Juil
let de l'an 1517. & par cette
promotion , il voulut témoi
à Sebaftien Ferrero , pere
gner
de Boniface , la reconnoiffance
qu'il avoit de beaucoup de fervices
qu'il en avoit reçûs . On
nomma alors Boniface , Cardinal
d'Yvrée , parce qu'il étoit
Evefque de cette Ville ; il le fut
enfuite de Nice & de Verceil . Il
fe trouva aux Elections d'Adrien
VI. de Clement VII. &
de Paul III. Ce dernier l'avoit
deftiné pour prefider au Concile
qu'on avoit indiqué à Vicenze,
& qui fut tenu à Trente,
GALANT 167
Jean Eftienne Ferrero, frere de
Boniface , avoit déja cfté fait
Cardinal par le Pape Alexandre
VI . Il fût Evêque de Vercoil,
puis de Boulogne . Alexan
dre VI. le mit dans le Sacré
College en 100 il mourut
en 1510.agé de 36. ans . Il aimoit
fort les gens de Lettres.
Pierre-François, Cardinal, Evêque
deVerceil, étoit fils de Geo
froy fieur deCafaleValone, Prefident
au Senat de Milan , pour
le Roi François I. Il fe trouva en
cette qualité d'Evêque de Verceil
au Concile de Trente , dont
il fit publier , les Decrets dans
$168 MERCURE
fon Diocefe , où il fonda un
Seminaire pour les Ecclefiaftiques.
Philibert , fon frere , fut
auffi Cardinal , & il fut le Mccene
des gens de lettres en Italie.
Le Cardinal Pierre - François
refigna fon Evêché à Gui
fon neveu , & il alla finir fes
jours à Rome. Ce Gui fut enfuite
Cardinal de la Promotion
que Pie IV. fit au mois de Mars
de l'an 1565. il reçut les orne
mens de cette nouvelle dignite
des mains de Saint Charles , qui
tenoit alors un Concile Provincial
à Milan. Il mourut à
Romele 16. May de l'an 1585.
Son
GALANT 169
Son corps fut enterré dans l'Eglife
de Sainte Marie Majeure ,
auprés de celuy de fon oncle.
La maifon de Ferrero eft une
branche d'Aciaoli de Florence,
qui en fortit durant les guerres
civiles des Guelphes & des
Gibelins. Elle a produit de
grands hommes. Sebaſtien Ferrero
, pere de deux Cardinaux
dont j'ay parlé , fonda les Chanoines
Reguliers à Biele. M¹ le
Marquis Ferrero qui vient de
mourir , s'eftoit fait beaucoup
eftimer dans les negociations
dont il avoit efté chargé.
Le fameux Collay , Aftrolo
**** Juin 1706 !!
P
170 MERCURE
gue , eft mort fubitement à
Londres , en marchant dans les
ruës. Si ce genre de mort avoit
efté prédit par cet Aftrologue ,
il auroit acquis à fa memoire
une plus grande reputation que
fes ouvrages luy ont attiré pen
dant fa vic ; ou du moins il au
roit dû imiter le celebre Jerôme
Cardan , qui aprés avoir
prédit que fa mort arriveroit
un tel jour , fe laiſſa mourir de
faim , pour conferver fa repution.
Le ficur Collay avoit efté.
fort lié avec Oates , dont je vous
ay appris la mort il y a quel
que temps , & qui s'eſt fait connoiltre
dans le monde pour
GALANT 171
avoir efté l'Auteur d'une horrible
calomnic contre quelques
membres d'une illuftre & fainte
Societé, & qui fit perdre la vie à,
Londres, par fa delation , au P.
Whitebread , & aux Peres Guil-
Jaume Jocland , Jean Fenwich ,
Thomas Pichering & JeanGrova.
Bedlaw fut l'allocié d'Oates
dans ce deffein monſtrueux ; &
l'un & l'autre furent les auteurs,
fur la fin du regne de Charles
H.d'une des plus grandes perfecutions
qu'ayent fouffert en
Angleterre
les Miffionnaires
Catholiques. Oates & Bedlow
n'accufoient pas moins ces
Pij
12 MERCURE
-SS . Religieux , qu'on peut certainement
regarder comme des
Martyrs , que du deffein de vouloir
bouleverser l'Etat , renverfer
la Religion dominante du
Pays,& en changer le Gouvernement.
Quelques - uns ont
dit que ces deux delateurs
eltoient Catholiques Romains,
mais on aura peine à croire
qu'undeffein fi noir ait efté conçu
par deux Catholiques.contre
leurs freres . Oates eut l'im
pudence de propoſer juſqu'à
80. chefs d'accufation , & de
forger une hiftoire de plus de
quinze ans,ſuivic & bien foûte
GALANT 173
4
nue pour donner de la vrayfemblance
à fon impoſture. Le
ficur Collay a compofe plu
fieurs livres d'Aftrologie.
Aprés tant d'articles de morts,
je dois vous parler d'un article
qui doit vous faire beaucoup de
plaifir ; puifqu'il vous apprende
vivre long- dra le
moyen
temps . Je vous parlay le mois
dornier de la mort de M' Billet ,
qui a vêcu quatre - vingt dixhuit
ans . Voicy un Memoire
qui m'a cfté envoyé à l'occafion
de cet Article , qui merite
beaucoup d'attention , & qui
plaira fans doute à tous ceux
P iij
174 MERCURE
aiment la vie.
Croix
Ce qui a fait vivre Mr Billet
prés de cent ans ,fans aucune maladie
ny infirmité, eftune eau naturelle
, dont lafourcefe trouve dansfa
maifon , rue des Boulets , prés la
Fauxbin,fauxbourgS.Antoine.
Il fe fervoit de cette eau dés
qu'ilfefentoitla tête unpeupluspe
fantejou le coeurmoins bien qu'àfon
ordinaire. Des gens de diftinction ,
même du premierrang en reffentent
les bons effets , aprés en avoir
bû cinqou six jours , ilsfe trou
dent même une gayeté qui ne leur
eft pas ordinaire. Le fils de Mr
Billet eftant fort defintereßé , fait
GALANT 175
aujourd'huy diftribuer cette eau
gratuitement à tous ceux qui en
viennent demander,
Les douces purgations qu'elle opere
contre la bile, les maux de coeur, les
pefanteurs de tefte , les dégoufts ,
les autres chofes contraires
une parfaite fanté , la rendent
d'autant plus agreable , que l'on
peut en boire à jeun deux verres ,
d'une heure à l'autre , & vacquer
à fes affaires , fans eftre obligé de
garder la chambre.
La vertu de cette eau ſe fait
même voir jufque dans les plantes
du lieu d'où l'on la puife . Les
beaux orangers & les beaux myr-
Piiij
176 MERCURE
que
le vin
thes de ce lieu , ainſi
exquis que produisent fes vignes,
en font une preuve convaincante
.
La fource de cette eau eft intariffable
, & fi particuliere
au lieu où
elle eft, que l'onpeut en tirer en toute
faifon jufqu'à 50. muids chaque
jour,& que quelques tentatives
effudiations que l'on aitfait, tant au
d:ffus qu'au deffous, & àl'entourde
cette fource l'on ne l'a pû rencontrer
ailleurs qu'à l'endroitd'où ellefourd.
Mrs Patin , Brayé Moreau
, celebres Medecins , l'avoient
en une eſtime toute particuliere ,
en buvoient toutes les fois qu'ils approchoient
de cette fource , & qu'ils
GALANT 177
venoient admirer les orangers , les
myrthes & les arbrisseaux fingu .
l'on en arrofe . Ces Mrs
qui
liers
que
Le
piquoient
en
cela
de
fuivre
le
penchant
qu'eut
autrefois
pour
elle
,
celuy
qui
l'honora
le
premier
du
nom
d'Eau
fanative
,
toutes
les
fois
qu'il
en
parloit
,
qu'il
en
ufoit
comme
eux
, difoit
qu'elle
eftoit
un
trefor
caché
en
cette
Ville
,
&
un
fingulier
bien
- fait
de
la
nature
. C'eſt
le
fameux
Mr
de
la Broffe
, cet
ancien
fage
Intendant
du
Jardin
du
Roy
pour
les
Simples
. Mr
Brayê
en
faifoit
prendre
de
temps
en
temps
.
à une
illuftre
Princeffe
, qui
a vécu
J
178 MERCURE
prés d'un fiecle par la fageffe defes
ordonnances ; & cette Princeffe , en
que
cette eau reconnoiffance du bien
luy faifoit , alloit fouventfe promener
dans le lieu où eft fa fource.
On doit avertir le Public , que
Mr le N. fameux Chymifte
trouve dans cette eau un peu moins
deforce qu'il n'y en a dans celle
de Paffi ; ce quifait que les pur
gations qu'elle opere en font plus
douces , moins fenfibles lorf
qu'on commence à s'en fervir. Il
Jemble qu'elle ne faitprefque rien
le premierjour l'effet de ce premier
jour ne paroift qu'au fecond :
&fil'on veut en voir un effetplus
GALANT 179.
fenfible , on n'en prendra pas le
troifiéme jour. On recommencera
le quatrieme l'on en uferade la
forte , pendant cinq ou fix jours
feulement pour le recouvrement
d'une fanté égale à celle de Mr
Billet , qui s'en eftant fervi de
temps en temps de cette maniere ,
a vécu juſqu'à 98. ans , fans infirmité
fans rhumatisme , fans
goute, & fans aucunefoibleffe ny
engagement depoitrine parce qu'il
s'en fervoit dés qu'ilfe fentoitplus
pefant, & moins bien qu'àfon ordinaire.
Ilfe trouve une chofe tres -finguliere
qui regarde cette can ,
180 MERCURE
que l'on propofa il y a quelques
années , dans une des Conferen
ces de Mr l'Abbé Bourdelot .
fans neanmoins y faire connoiſtre
le lieu où eft la fource de cette eau ;
parce qu'on avoit alors des raifons
pour ne le pas declarer. Ony examina
pourquoy , lorſque les eaux
font hautes en tous les endroits qui
font ,foit au foit au deffous
, ou à cofté de cette fource ,fon
eau ne fe hauffe jamais avec elles .
au contraire , elle ne fe hauffe quand
elleparoift s'augmenter, que lorfque
les eaux voisines s'abaiſſent; & elle
ne femble s'abaiffer que torfque les
autres eaux fe hauffent. Les ScadeBus
GALANT 181
Dans quife trouvoient à cette con
ference , voulurent en donnerquel
quesraifons. Les Curieux de noftre
temps pourront examiner la chofe
de nouveau ; & l'on verra fideurs.
penfees fe rapportent à celles de
ceuxqui ont les premiers raisonné
fur des effets fifinguliers.
Tout ce qu'on peut dire du lit
de cette eau , eft qu'elle fort d'une
efpece de pierre creufée en maniere
de cul de chaudiere ; &que quelque
quantité d'eau que l'on en tire
parjour , elle eft prefque toujours
de même hauteur , de même gouſt
& de même poids , foit qu'il y ait
déja quelque temps qu'elle foit ti
182 MERCURE
rée , ou qu'elle la foit nouvelle
ment.
Un Abbé Sicilien fut mis , au
mois de Janvier dernier , dans
les Prifons de l'Inquifition de
Rome , pour avoir voulu re
nouveller le Dogme impie de
Pythagore, qui enfeignoit à fes
Difciples , que lorfque nous mourons
, nos ames paffent dans les
corps des autres hommes , ou dans
celui des bêtes : & quefi elles font
vicieuses , elles font pour un certain
nombre d'années renfermées
dans les corps des beftes immondes ;
qu'aprés avoir expié leurs crimes
, elles rentroient dans les corps
GALANT 183
des hommes, lorfqu'ilsfe formaient
dans le flanc de leurs meres. C'eſt
avec quelque raiſon qu'on a
appellé cette erreur , un officieux
mensonge. Voicy de quelle maniere
M de Brebeuf explique le
Dogme de la Tranfmigration.
*
Ils pensent que des corps , les
ombres divifées
Ne vont pas s'enfermer dans les
champs Elifees ;
Et ne connoiffent point ces lieux
infortunez ,
Qu'à d'éternelles nuits le Ciel
a condamnez.
Il parle des Pythagoriciens.
184 MERCURE
De fon corps languiffant une
ame feparée ,
En reprend un nouveau dans
une autre contrée :
Elle change de vie , au lieu de
la laiffer
;
Et ne finit fes jours , que pour
les commencer.
On vit paroître au commencement
du même mois de
Janvier , un Métcore furprenant
dans le Duché de Tarente,
au Royaume de Naples . C'étoit
une grande tache dans le Soleil ,
qui repréfentoit une croix couronnée,
accompagnée de deux
GALANT 185
flammes defeu : deux heures
aprés , la croix & la couronne
fe précipiterent vers le Couchant
; mais les deux flammes
ayant paru pendant plus de fix
heures , on les vit enfin s'évanouir
du côté du Levant. Je ne
fçais fi quelque Sçavant n'entreprendra
point de donner une
explication de ce Méteore. Ce
qu'il y a de certain , eft que
quoiqu'il en ait autrefois parû
de differentes fortes ; fçavoir
des lances flamboyantes des
clochers ardents , des javelots
brûlans , des traits de fett , des
chevrons de feu , des chevres:
►
Juin 1706 .
186 MERCURE
fautelantes , des étoiles volan
tes : les Philofophes qui fe font
exercez fur la nature de ces dif
ferens Méteores , n'ont pas en
cote fatisfait pleinement la curiofité
des Sçavans,
Don Charles Paceco Carafa,
Duc de Matalone , &c. n'ayant
point eu d'enfans de Dame
Charlotte Colonna , Romaine,
aprés fept années de mariage ,
toute la Ville de Naples ou ce
Duc eft fort aimé , n'a pas pris
moins de part à la joye que lui
vient de caufer la naiſſance d'un
fils , que tous les habitans des
terres qui appartiennent à ce
GALANT 187
pout dire que
Duc ; & l'on la
joye qu'en ont eu Monfieur le
Duc & Madame la Ducheffe
de Matalone , a cfté exceffive .
Ils ont fait des réjoüiffances extraordinaires
à Matalone , qui
n'eft éloigné que de quatre
lieues de Naples , ou fe font
trouvées plufieurs perfonnes de .
la plus haute diftinction , du
nombre defquelles eftoient
Monfieur le Cardinal de la Tremoille
, & Mr le Nonce Patri
zio . Monfieur le Duc & Madame
la Ducheffe de Matalone
, pour marquer là devotion
finguliere qu'ils ont à la Vierge ,
Qij
188 MERCURE
ont fait tenir fur les Fonts fo
jeune Duc de Matalone , par
un Moine de Servi di Maria ,
& par une pauvre fille de l'Hôpital
de la Anontiate ; & M
Squinofi , Evêque de Caferte ,
fit la Céremonie du Batême.
On ne peut faire une plus grande
figure que celle que ce Duc
fait à Naples , tant à caufe de
la grandeur de fa naiſſance, que
de la magnificence qui accompagne
tout ce qu'il fait , & des
belles qualitez qui luy attirent
l'eftime de tout le monde. Lorfque
le Roy d'Espagne alla à
Naples en 1702. ce Prince le
a
GALANT 189
fuivit en Lombardie , où il fit la
Campagne avec fa Majeſté ; &
il fit paroître tant de zele pour
le Service de ce Monarque, que
fa Majefté Catholique luy donna
à perpetuité , à luy & à fes
defcendans , le Traitement de
Grand d'Espagne, que fon pere
n'avoit eu que pour en jouir
pendant fa vie : il fut de plus ,
honoré de la Clef d'or par le
même Monarque . Le Traitement
de Grand , eft un honneur
que donnent les Rois d'Efpa
gne , qui n'eft pas Grandeffe.
Monfieur le Duc de Matalone
n'a qu'un frere , nommé Don
190 MERCURE
Lelio , qui voulut fervir dans les
Gardes du Corps , qui alloient en
Espagne pour le fervice de fa
Majefté Catholique . Don Lelio
a donné des marques de fon
courage en plufieurs occafions.
AIR NOUVEAU.
Voici le printemps de retour ;
Venus , l'Amour , Zephire &
Flore
-S'empreffent dés le point dujour
Aconvertir en fleurs , les larmes
de l'Aurore.
Tout nous enchante en ces aimables
lieux
f.
e Musique
et
THU
GALANT 191
De mille oifeaux le chant mélodieux
Se mêlant au doux bruit d'une
onde jaliſſante
,
Renouvelle en nos coeurs lafai
fon renaissante,
Cet air & ces paroles font de
Mr D .... Avocat de la Cour,
fuivant une nouvelle Mufique
dont je vous donnai le fyftême
il y a quelques années. Je vous
envoye l'une & l'autre Mufique.
Vous ayant déja parlé des
/ principes de ce nouveau fyftême
, je ne vous en diray pas
davantage , vous fçavez qu'il
192 MERCUKE
cft déja devenu public.
Il fe trouve chez le Sieur
MoëtteLibraire, ruë de la vieille
Bouclerie, à l'Etoile, dans un Livre
qu'il vend, intitulé , La Mufique
naturelle , avecfes airs & figures
en taille douce.
Vous fçavez que Mr l'Abbé
de Pomponne , Ambaſſadeur´
de France à Venife , y a fait fon
entrée publique. La relation de
l'entrée de cet Ambaffadeur
a- efté imprimée à Venife dans
la Langue du Pays ; & afin
quevous connoiffiez mieux de
quelle maniere les Venitiens
mêmes ont parlé de cette ens
trée ,
GALANT 193
trée , je vous envoye une Traduction
de cette Relation , faite
par un Italien , qui a dû mieux
entrer qu'un autre , dans le veritable
fens de la Relation faite
en Langue Venitienne .On peut
dire que cette Relation eft traduite
à la Lettre , & que le Traducteur
n'y a rien ajoûté , &
n'en a rien ôté.
A Venife le 15. May.
Mr. l'Abbé de Pomponne
Ambassadeur de France , fit ici
Dimanche , 9. de ce mois, fon entrée
publique & folennelle. Il fe
Juin 1706 .
R
194 MERCURE
rendit fans ceremonie , fuivant las
coûtume, à l'Ifle du S. Efprit ; &
Son Excellence, Mr le Chevalier
Louis Pifani, s'y eftant auffi rendu
avec foixante Senateurs en robes
rouges , il dépefcha le Secretaire
de la Republique pour donner avis
de fon arrivée à Mr l' Ambaſſa
deur, qui fe mit auffitoft en marche
pour se rendre à l'Eglife du .
S. Efprit. Monfieur le Chevalier
Pifani alla au devant de luy ,
Ø le complimenta au nom de la
Sereniffime Republique. Ils s'embarquerent
enfuite dans la gondole
de Mr le Chevalier Pifani ; &
tous ceux de lafuite de Mr l'Am
GALANT 195
bassadeur furent reçus dans les
gondoles des autres Senateurs : &
lorſqu'on fut arrivé au Palais de
Mr l'Ambassadeur, les compli
mens furent renouvellez de part
d'autre. Le lendemain matin,
Mrle Chevalier Pifani, avec le
même nombre de Senateurs , alla
prendre Mrl Ambaffadeur, pour
te conduire dans l'Excellentiffime
College, l'introduire àfapremie
re Audience publique, où aprés que
fesLettres de créance eurent efté ou
vertes & lûës, il fit un Difcours,
en François, àfa Serenité, dans lequel
il affura la Republique , que
le Roy conferveroit toûjours l'an-
Ri
196 MERCURE
les
cienne Alliance , & l'amitié que
les Rois fes prédeceffeurs avoient
eu pour elle , en ajoûtant , que
fentimens de Sa Majesté feroient
toujours les mêmes , au milieu des
plus grandes Victoires que pourroient
remporter à l'avenir les armes
du Roy fon Maiſtre. L'Audience
finie , Mr l'Ambaſſadeur
fut reconduit à fon Palais , avec
la même fuite , & avec les ceremonies
accoûtumées. Le jour de
l'Entréc de Mr l'Ambaſſadeur ,
& celuy de fon Audience, qui fut
le lendemain , on vit quantité de
gondoles remplies d'une infinité de
gens, qui vinrent admirer celles de
GALANT 197
de Mr l'Ambaffadeur, fur lef
quelles des ornemens dorez brilloient
de toutes parts . Elles eftoient
garnies de tres-beaux tapis & de
Couffins en broderie, faits enFrance,
dont l'ouvrage fut trouvé admirable.
Lesfigures qui ornoient la
premiere de ces gondoles, repreſentoient
la France & l'Hiftoire.
Cette derniere tenoit une plume,
paroiffoit prefte à écrire ce que
la France luydicteroit de merveil
leux , du Monarque qui la gouverne
aujourd'huy. On voyoit
dans la feconde gondole , Neptune
& Thetis , qui fe donnoient la
main ; ce qui faiſoit alluſion à la
R iij
198 MERCURE
jonction des deux Mers . Les há
bits des Pages & des Eftafiers répondoient
à la magnificence des
gondoles. Ceux des Pages , qui
eftoient au nombre de quatre
eftoient de velours orangé , chamarré
de galons d'argent, avec de
riches veftes de brocard. Ces Pages
eftoient accompagnez de douze Eftafiers
, vêtus d'un tres- beau drap.
orangé, chamarré de galons d'argent,
& de foye de la couleur de
la livrée ; leurs veftes eftoient de
damas. Tous leurs habits eftoient
garnis de tres-beaux noeuds d'épaule
; & ils avoient tous des plumets
blancs à leurs chapeaux. Tout
GALANT 199
ce qui regardoit le reste de leur babillement
eftoit d'une égale beauté;
ce qui formoit un spectacle tresagreable
. Je ne dis rien du refte de
la Maifon defon Excellence , chacun
ayant paru en cette occafion
d'une manière convenable au rang
qu'il y tient. Mr d'Arfy , Envoyé
de France auprés de Monfieur le
Duc de Mantoue & des Princes
de Lombardie, s'étoit rendu auprés
de Mr l'Ambaſſadeur
, ainſi que
plufieurs François , qui se trouvoient
alors dans les lieux les plus
oifins; d'où la curiofité avoit auffi
fait fortir plufieurs perfonnes de
qualité pour voir la magnificence
R
iiij
200 MERCURE
de Mr l'Ambaſſadeur. Les gondoles
du Nonce de Sa Sainteté,
celles de Mr le Prince de Santo
Buono , Ambaffadeur d'Espagne ,
de Mr le Refident de Mantouë, de
· Monfieur le Patriarche de Veniſe,
de Mr le Receveur de Malthe;
les Gentilshommes de tous ces
Mrs, qui rempliffoient ces gondoles
, accompagnerent toûjours Son
Excellence aux deux côtez de fa
gondole. Quelques heures aprés
l'Audience , Mr l'Ambaſſadeur
reçut le Regal de la Republique,
porté dans une Peote , ou Caleche
d'eau , qui confiftoit en une
grande abondance de rafraîchiffeGALANT
201
mens , & en divers prefens de
ce qui fe trouve de plus cu-`
rieux de plus fingulier dans
le pays. Son Excellence donna
des marques de fa generofité à
ceux qui eurent l'honneur de luy
prefenter toutes ces chofes . Depuis
le Dimanche aprés midy , jour de
l'Entrée , jufqu'aprés la nuit du
Lundi , le Palais de Mrl' Ambaffadeur
demeura ouvert à une infinité
de mafques , venus pour admirer
la magnificence des ameuble
mens, &pour entendre les concerts
d'inftrumens , feparez & placez
en plufieurs endroits , & particulierement
celuy qui eftoit dans le
202 MERCURE
fond du Fardin ( entierement illu
miné par de grandsflambeaux, tenuspardesftatues
dreffees fur leurs
piédeftaux , & par une infinité
d'autres lumieres. ) Ces divertiffemens
furent accompagnez d'une
triple décharge de boettes , an fon
des trompettes , des tambours &
des hautsbois
. On diftribua par tout
rafraichiffemens ; Son Excel
lence n'ayant rien oubliépour fai
re éclaterfa magnificence , & la
grandeur du Monarque qui l'a bonoré
du titre de fon Ambaſſadeur
.
Le peuple prit auffi part à cette
fefte , deuxfontaines de vin ayant
des
ร
coulé devant le Palais de Son ExGALANT
203
> cellence qui fit auffi prefenter du
pain à tous ceux quife prefenterent.
Je ne dois pas oublier icy que
Mr le Chevalier Pifani remplit
avec beaucoup d'éclat & de dignité,
l'employ que le Senat luy
avoit donné. Les livrées de fes
Gondoliers eftoient tres- magnifiques
; leurs juftaucorps eftoient
de velours cramoifi , chamarrez
de grandes boutonnieres d'or ,
leurs veftes de Satin à fonds
d'or.
Le Mécredy 12. Mr l' Ambaffadeur
eut une Audience particuliere
du Senat, où il reçut des réponfes
de la Republique , tantpour
204 MERCURE
le Roy , que pour les Princes du
Sang Royal.
>
A Lorfque je vous parlay
dans ma Lettre du mois d'Avril
dernier , du Mariage de
MileComte d'Arquiain , j'ignorois
qu'outre l'honneur qu'a
M Jouffelin de Marigny
fon épouſe , d'appartenir à Madame
la Chanceliere , à cauſe
de Dame Jeanne de Villemontée
, Dame de Marigny , fon
aycule , qui eftoit foeur de la
mere de feu M' le Prefident de
Meaupcou , pere de Madame
la Chanceliere ; elle a auffi celuy
d'appartenir à Madame la
GALANT 205
& à
>
Princeffe des Urfins ; à M le
Duc de Noirmontier
Monfieur le Cardinal de la
Tremoille, fes freres ; & à M
la Ducheffe de Chaſtillon , leur
niece , qui font iffus d'une des
filles de feu M' de Beaumarchais
Tréforier de l'Epargne ,
qui eftoit frere de Dame Renée
Bouhier , Dame de Marigny,
bifaycule de MⓇ Jouffelin ,
qui a encore l'honneur d'appartenir
au mefme dégré à M
la Maréchale de Noailles' , qui
eft iffuë, auffi bien que M's de
la Vieville , d'une autre fille de
feu M' de Beaumarchais.
206 MERCURE
1
On s'eft trompé lorfque
l'on m'a dit que M Rigolet
avoit achetté de M' le Marquis
de Dreux , le Regiment
de Bourgogne. Ce Regiment
a efté achetté en 1704. par M
le Marquis de Soyecourt , fils
de feu Mr de Boisfranc , Maître
des Requeſtes , & petit-fils
de M de Boisfranc ci- devant
fur Intendant des Finances de
feu S. A. R. Monfieur ; & auffi
petit -fils, du cofté de fa mere, de
feu M'le Marquis de Soyecourt,
Chevalier des Ordres du Roy, &
Grand Veneur de France , dont
les deux fils furent tuez à la
GALANT 207
.
bataille de Flerus , cn 1690 .
Le jeune Colonel dont je vous
parle , n'eft encore agé que de
vingt- ans ; il a herité de la va
leur de la maifon de Soyecourt,
dont fa mere a herité des
grands biens . Il a déja commencé
fa fixiéme
campagne.
Il s'eft trouvé aux deux batailles
d'Hochftet
, étant alors Capitaine
de Cavalerie
dans le
Dauphin Etranger ; & il fut
bleffe legerement
à la deniere ,
où il cût un cheval tué fous
luy depuis qu'il a achetté le
Regiment
de Bourgogne
, il
s'est trouvé aux batailles de
2c8 MERCURE
Caffano & de Calcinato. Il fe
diftingua fort lorfque Monfieur
le Prince Eugene voulut
forcer le pofte de Paradis ; de
maniere que Monfieur de Vendoſme
en arrivant luy donna
beaucoup de loüanges , fur les
mouvemens qu'il avoit fait faire
à fon Regiment , qui avoit
foûtenu les plus grands efforts
de l'armée ennemic . Ce Prince
ne l'a pas oublié dans la liſte
des Officiers qui fe font fignalez
à la bataille de Calcinato.
On peut
dire
que fa valeur eft
au deffus de fes forces , & fa
prudence au deffus de fon age.
GALANT 209
¿
On trouve peu d'hommes de
fon âge , qui fçachent mieux
manier les chevaux , & il en a
donné des marques devant
Monfieur le Duc de Mantouë ,
dont il a receu de grandes
loüanges. Ce jeune Marquis eft
neveu de M' le Duc de Gévres ,
Gouverneur de Paris , & il appartient
aux meilleures maifons
de l'épée & de la Robe .
Rien n'étant fi ordinaire
la mort vous ne devez pas vous
étonner fi j'en recommence
fouvent les articles . En voici
encore cinq.
que
M Jean de Beuzcling, Che-
Juin 1706 .
S
210 MERCURE
"
valier , Seigneur de Boſmelet ;
Baron d'Aufay , Seigneur de
Tofte, &c. ancien Prefident au
Parlement de Normandie. Il
n'a eu de fon mariage avec Dame
Renée Bouthillier - de Chavigny
, proche parente de M¹³
les Evêques de Troyes , que
M la Ducheffe de la Force.
Mr de Bofmelet étoit fort eftimé
dans le Parlement de Normandie
; il y avoit acquis la réputation
d'un Juge tres- éclairé,
& d'une exacte probité. Il étoit
allié aux meilleurs Maifons de
cette Province . Mrs de Faucon
de- Ris ; Mrs de la Croix, dont
GALANT ( 211
eftoit la premiere femme de
Mr de Carville , dont je vous
parlay le mois dernier , &plufieurs
autres perfonnes de cette
confideration touchoient de
fort prés à Mr le Preſident de
Boſmelet . Ses ancêtres ont poffedé
les premieres Charges du
Parlement de Normandie , de-
-puis l'établiſſement de cette
Compagnie , & ils étoient connus
en Normandie dés le tems
que les Anglois s'en rendirent
Maîtres. Le Magiftrat dont je
Vous apprens la mort , aimoit
-fort les belles Lettres , & ceux
qui s'y attachoient, étoient toû-
Sij
212 MERCURE
jours bien reçûs chez- luy : &
fa Bibliothéque qui étoit fort
belle , leur étoit toûjours ouverte.
Dame Marie- Jeanne Brunet,
épouſe de Mre Charles du Tiller
, Chevalier , Marquis de la
Buffiere , Maiſtre des Requeftes
Honoraire , & Prefident au
Grand- Confeil . Elle étoit al
liée à plufieurs bonnes Maifons
de la Robe ; & elle joignoit à
l'avantage d'une naiffance confiderable
, celuy d'eftre fort
eftimée dans le monde , & d'y
avoir acquis la reputation d'une
folide vertu. La Maifon du Til
"
GALANT 213
let où elle étoit entrée , eft une
des plus anciennes de la Robe.
Le nom du Tillet eftoit déja
celebre en France, fous le regne
de Charles V I. Ceux qui l'ont
porté , ont donné d'excellens
ouvrages au public. Ceux qui
regardent l'Hiftoire de France,
méritent fur tout de grandes
loüanges. Ils y ont confervé
pluſieurs anciens documens qui
n'auroient pas refifté à l'injure
des temps , ny à la barbaric des
derniers ficcles . L'Inventaire du
Tillet eft un trefor de Litterature
pour l'Hiftoire de France ;
ce Livre ſeul en vaut une infi
214 MERCURE
nité d'autres , pour faire connoître
la Nation Françoife ; &
il est peu d'ouvrages de ce genre
oùl'on trouver un fi grand
nombre de recherches curieufes..
!
re
&
Dame Marie de Brehant- de
la Roche- Bonnoeil , époufe de
M Paul Alexandre Petau
Confeiller au Parlement
Commiffaire aux Requeſtes du
Palais . Elle étoit d'une ancienne
Maifon originaire de Bretagne,
établie il y a déja long- ttemps
-à Paris , où elle a donné plufieurs
Officiers aux Cours Supericures.
Cette Dame eftoit
GALANT 215
alliée à la Maifon de Montholon
, & à celle de Thou par
plus d'un côté. Mr Petau eft
d'une famille fort connue &
fort eftimée dans la Robe , à
qui elle a fourni des ſujets d'un
grand mérite. Le celebre Pere
Petau, Jefuite , qui a enrichi le
public de tant d'excellens ou
vrages , & qui a donné les veritables
regles d'une bonne &
fûre Chronologie , eftoit de
cette Maiſon . La reputation
d'eftre un des plus fçavans hommes
de l'Europe , ne luy a jamais
efté conteſtée ; & il étoit
neceffaire qu'il parût pour nous
216 MERCURE
re
convaincre , que Jofeph Scaliger
n'eftoit pas fi habile qu'on
le publioit dans le monde .
Dame Genevieve Berthelot,
veuve de M Jean- Baptifte Ravot
, Seigneur d'Ombreval
Confeiller du Roy en fes Confeils
, & fon Premier Avocat
General en la Cour des Aides
eft morte dans de grands fentimens
de pieté ; & aprés avoir
paffé fa vie dans de faints exercices
. Cette Dame étoit d'une
-
Famille qui a produit des perfonnes
tres confiderables par
mi les gens de Lettres . Mrs Berthelot
ont toûjours cultivé les
Sciences
GALANT 217
y ont
Sciences avec beaucoup de foin,
& ils fait de grands progrés.
Le pere de la Dame dont
je vous apprens la mort , avoit
une grande connoiffance des
Sciences les plus abftraites. Il
eftoit né avec un genie trés fa
cile pour tout ce qui demande
le plus d'application , & la
plus grande contention . Je ne
vous dis rien de Mr d'Ombreval
; la memoire de fes difcours
publics : eft encore recente
& perfonne n'ignore qu'il étoit
undes plus éloquens Magiftrats
du Royaume. Il s'étoit attiré
dans l'exercice de fa Charge,
Juin 1706.
T
218 MERCURE
des applaudiffemens univerfels,
& on le regrette encore tous les
jours.
Mamellahov
Mre Henry Feydeau - des
Brou , Evêque d'Amiens , y eft
decedé vers le milieu de ce mois.
C'eftoit un des meilleurs fujets
du Clergé. Il avoit eſté Aumônier
du Roy ; il avoit prêché ,
pendant plufieurs années en differentes
Eglifes , & devant Sa
Majefté avec tout l'applaudiffement
poffible. Il fut nommé
Evêque d'Amiens aprés la mort
du Pere Faure Cordelier . Son
Dioceſe eftoit un des mieux reglez
de France ; il y faifoit tous
GALANT 219
'
་
les ans des vifites pendant plu
fieurs mois , & il y eftoit uni
verfellement aimé. Il eftoit fils
de Mr Feydeau , Seigneur de
Brou , Confeiller de la grande
Chambre du Parlement de Paris
, dont la famille eft ancienne
& fort étendue. Elle a plufieurs
branches ; du nombre defquelles
font celles de M'Feydeau- de
Calandre , Prefident en la quatriéme
Chambre des Enqucfres
; de feu Mr Feydeau-du Plef
fis , Maiftre des Requeftes.
mort Intendant à Pau ; de Mr
Feydeau de Vaugien , dont il
ya aujourd'huy un Comman-
Tij
120 MERCURE
deur de Malthe , & de Mr Fey
deau de Marville . Cette Mai
fon eft alliée de fort prés à cel
les du Lude , de Foix & de Ro
quelaure. M'Feydeau- de-Brou ,
mere de Mrl'Evêque d'Amiens ,
eftoit Marie Rouillé . Elle eftoit
foeur de feu Mr Rouillé- de-
Meflay , Confeiller d'Etat ; de
Mr Rouillé - du Coudray, mort
Maistre des Requeftes ; de M
Lavocat & de Mº de Varangeville
, decedées il y a long
temps ; & de Me d'Herbigny
, aujourd'huy veuve de M
d'Herbigny , Maiſtre des Requeftes.
M ' l'Evêque d'Amiens
7
GALANT 221
avoit eu pour frere aîné feu M
Feydeau - de Brou , Conſeiller
au Parlement
, enfuite M° des
Requeſtes, & Intendant àMontauban
& à Rouen , & depuis
Prefident au grand Confeil , qui
de Dame N.... Voifin- de Bouquaval
, a laiffé deux fils Confcillers
au Parlement
; & M la
Prefidente de Mefmes , decedée
l'année derniere
. Il avoit pour
foeur M de Richebourg
, vcuve
de feu M' Quentin- de Richebourg
, Seigneur de Saint-
Ange , Maistre des Requeftes ,
dont eft iffuë MⓇ de Caumartin
,
épouſe du Confeiller d'Etat &
T iij
222 MERCURE
Intendant des Finances de cè
nom . Ce Prelat a efté fort regretté
à Amiens , & generalement
dans tout fon Dioceſe ,
à caufe de fa picté , de fon zele,
& de fa charité envers les pauvres.
La piece qui fuit a efté publiée
à Montpellier, de la même
maniere que je vous l'envoye.
Elle eft de M ' Fizes , Profeffeur
Royal en Mathematique
dans l'Univerſité de la même
ville.
GALANT 223
L
-97 CALCUL
ET
OBSERVATION
9/3001 .
de l'Eclipfe Totale du Soleil
vûë à Mont- pelier , le 12 .
May 1706 .
Ses Phafes ont efté calculées far les
Tables Aftronomiques de Monfeur
de la Hire , & felon une
nouvelle Methode de calculer les
Eclipfes du Soleil.
C
CALCU L.
Le masin du 12. May.
Ommencement de
L'Eclipfe.
H.
8.23.32.
Tiiij
224 MERCURE
1
2. Commencement de l'entier
Obfcurciffement.
Fin de l'enticr Obfcurciffe
ment .
Durée de l'entier Obfcur
ciffement .
3. Fin de l'Eclipfe.
4. Durée de l'Eclipfe.
Milieu de l'Eclipfe.
Pour lors , le Centre de la
Lune vû , éloigné de celui
du Soleil vers le Nord.-
Le Difque de la Lune débordant
au- delà de celui du
Soleil, vers le Nord.
9. 31. 3€
9.34· 45 :
3.42.
10.46.13.
2. 22.41
H. M. S..
9.32.54
-29
I. 201
Et vers le Sud.
22.
OBSERVATION.
1. Commencement de l'Eclipfe.
H. M. Sa
8.28.00,
GALANT 225
"
2. Commencement de l'entier
Obfcurciffement.
Fin de l'entier Obfcurciffement.
Durée de l'entier Obfcurciffement
.
9.31.50
9.35.451
3.554
3. Fin de l'Eclipfe . 10.45.30%
4. Durée Obfervée de l'Eclipfc
. 2.17.301
L'Obfervation a efté fenfiblement
incertaine à l'égard du commencement
de l'Eclipfe. La bordu
re lumineuse de la Lune , dont il
fera parlé, a pú en eftre la castfe
. Ainfi on ne donne le temps
commencement de l'Eclipfe que
comme eftimé. Les autres temps
marquez dans l'Obfervation , ont
efté auffitrouvez un peu douteux.
du
226 MERCURE
CALCUL.
Sur l'entier Obfcurciffement ,
Obfervé de trois minutes ,
cinquante- cinq fecondes
1. Diamètre de l'Ombre de la
Lune fur la Terre, & la viteffe
avec laquelle elle y a paſſe.
1.Diamétre de l'Ombre fur
la Terre. 63. lieues
. L'Ombre a décrit à Mont-pelier , une
Corde, 53. lieuës. Viteffe
de l'Ombre
dans une minure
.
4. Et dans une heure .
€
14. lieuës .
812. lieuës.
On a negligé à deßein les Fractions,
GALANT 227
§. 2. Grandeur de l'Eclipfe au Nord
& au Sud de Montpelier.
AU NORD . AU SUD.
17. Lieuës. Centr .
49. L.Terme de la 15. L.T.de laTo-
Tot. tale.
97.11.DoitsEelip. 63.11.DoitsEclip
145. 10. Fri, 10.
193. 9. 159. 9.
241 .
8. 207. 8.
289. 7. 253. 7.
337. 6.
303.
6.
385. 5. 35. S.
433. 4. 399 4.
481. 3 . 447. 3.
$29. 2.
495. 22
577. I.
543.
A 17. Lieues au Nord de
Montpelier , où l'Eclipfe
a dû être Centrale , l'entier
Obfcurciffement doit
avoir duré.
M. S
4.40.
228
MERCURE
Dans le temps de la Conjon-
&ion, le Soleil a efté Vertical
à un Lieu de l'Ethiopie,
Oriental à l'égard du tage
Meridien de Montpelier, DMS.
de
Et de Latitude Nord.
29. 8. 45.
г8. 3. 43.
Il n'y a point eu d'Eclipfe en ce Lieu ,
à caufe que la Latitude de la Lune s'eft
trouvée plus grande que la famme des
Diamétres apparans du Soleil & de la
Lune, & que d'ailleurs il n'y a point eu
de Parallaxe...
I.
AVERTISSEMENT.
Ό
N prendra la peine de
voir fur une Mappemonde
, ou fur d'autres Cartes
Géographiques, les Lieux plus notables
, qui fe trouveront dans les
GALANT 229
diftances de Montpelier icy mar
quées.
2. Ces diftances nedoivent point
eftre regardées comme trés exactes;
Car pour n'y employer qu'an calcut
aifé, on y a négligé les Fra
ctions , & quelques differences Aftronomiques
, qu'il y peut avoir
entre Montpelier, & les Lieux qui
fe trouveront aux diſtances marquées.
3. Chacun pourra facilement
connoistre fur les Cartes Géogra
phiques , quels font les endroits de
la furface de la terre , où cette
Eclipfe n'aura point paru du tout,
quoyque le Soleil ait eſté ſur lear
Horifon
230 MERCURE
OBSERVATIONS . PHYSIQUES
Sur l'entier, Obfcurciffement.
L'Air a efté Obfcarci , comme au
milieu du Crépufcule
.
2. On a vû au tour de la Lune, une
bordure de Lumiere affez foible , mais
trés-diftincte..
Cette bordure de Lumiére étoit
la partie de la Lune , qui eft éclai
rée par le Soleil , en deça de fon
Hemisphere Superieur éclairé.Car
le Diamétre du Soleil étant plus
de cent fois plus grand , que celui
de la Lune , il éclaire plus de la
moitié de fon Globe,
3. La face de la Lune tournée vers la
Terre , & renfermée dans la bordure
EGALANT 231
Lumineufe , a paru , & a laiffé entrevoir
Les grandes Taches.
La Lumiére réflechie de laTerre
a éclairé dinſi foiblement , la face
inferieure de la Lune ; parce que
Hemisphere de la Terre éclairé,
& tourné vers la Lune , n'a efté
Obscurci que par un rond d'Ombre
, dont le Diamétre étoit feule.
ment de 63. Lieues , ainsi qu'il a
efté dit dans l'Article 1. du §. 1 .
4. On a vû Mercure , Saturne & Venus
, l'oeil du Taureau , & deux ou trois
autres Etoiles fixes.
Plufieurs perfonnes ont affuré avoir
vu un plus grand nombre d'Etoiles.a
5. Les Nuages ont rougi jufqu'à l'Aube
du jour , & au Couchant du Soleil,
232 MERCURE
Cela s'eft ainfi fait par les
raions du Soleil , que la Refration
avoit fait paffer dans l'Ombre
de la Lune.
6. Les Oifeaux voltigeoient en défor
dre vers les toits des maifons. On a vû
des Chauves-Souris . Et plufieurs per-
Tonnes attentives à voir l'état de l'E
clipfe , ont difcerné dans la ligne de la
Terre au Soleil, quelques Corbeaux, qui
auffitôt que le Soleil ceffa de paroître ,
s'éleverent tout droit vers le Ciel; &
dés le moment que le Soleil commença
à redonner fa Lumiere , fondirent vers
une plus baffe Région de l'air , où ils
reprirent leur vol Horifontal.
Quand le Soleil ceffa deparoif
tre, ces Oiseaux, quels qu'ils fuf
fent, s'éleverent vers le feul ObGALANT
233
jet qui leurfut alors vifible ; c'eftà
- dire, vers la foible Lumiere de la
Lune. Mais les Objets de la Terre
leur étant enfuite devenus vifibles
au moment de l'Emerfion du
Soleil, ces Oifeaux fondirent dans
une Région de l'air, où il fût plus
pefant , par confequent plus
propre à les foûtenir dans leur
vol.
HISTOIRE
De trois Eclipfes Totales de Soleil,
vûës à Montpelier.
ETTE Hiftoire a efté tirée d'un
Livre , où font contenues les chofes
memorables arrivées dans la ville
Juin 1706 . V그
234 MURCURE
de Montpelier. On la donne icy en victix
langage du Païs , & dans les termes du
livre , d'où on l'a tirée.
.gsv
Lo 14. May 1333.fo Eclipfi
del Solelh , entre horaNona baffa
eVefpras , que la Luna lo cobri.
Lo jorn tornet cafi nuéch.
Lan 1386. lo Dilus , premié
jorn de Fénover, que éra Luna
Novela , entre la feconda & la
terza hora del jorn , fo Eclipfi del
Solelh , tan gran e tant ofcur , que
apparian las Eftélas claras e lu-
Zens en lo Cél.
Lo
Divendres à 7.de Fung,
* 415 . que éra Luna Novéla , à
una bora e miéja del jorn , fo
GALANT 235
Ub
2940193
297eth.L'on vezia clarament
la Eftelas en lo Cel.
TRADUCTION
.
Le 14.May 1333 , il y eut une Eclipfe
de Soleil , entre l'heure de None & les
Vêprés . La Lune couvrit le Soleil, & le
jour changea prefque en nuit .
L'an 1386 le Lundi r. de Janvier, auquel
jour la Lune étoit Nouvelle , entre la feconde
& la troifiéme heure du jour, il y
eut une Eclipfe de Soleil , qui fut fi confiderable
, & l'Obfcurité fi grande , que
les Etoiles parurent claires & luifantes
dans le Cief.
Le Vendredy 7. de Juin 1415. Lune
Nouvelle, à une heure & demie dujour,
il y eut une Eclipfe de Soleil . On voyoir
clairement les Etoiles dans le Ciel.
Vij
236 MERCURE
M' l'Abbé de Polignac a efté
nommé par le Roy pour rem
plir la place d'Auditeur de Rote
pour la France , qu'avoit M.
le Cardinal de la Tremoille .
Cet Abbé eft d'une des plus
anciennes maifons d'Auvergne.
Le Vicomte de Polignac,
qui defcend de cette maifon
, a la feconde place dans les
Etats de Languedoc . M' le
Marquis de Polignac , frere de
celuy dont je vous parle , eft
Maréchal de Camp ; il a époufé
Mlle de Rambures , dont la
beauté a fait beaucoup de bruit.
Feu M' leMarquis de Polignac,
GALANT 237
fon pere , a cfté Chevalier des
Ordres du Roy , ainfi que M' le
Vicomte dePolignac fon ayeul.
Mi l'Abbé de Polignac eft de
l'AcademieFrançoife & Docteur
de Sorbonne . Il a cfté Ambaffadeur
en Pologne. Il avoit
cfté auparavant Conclavifte de
M le Cardinal de Bouillon à
l'élection d'Alexandre VIII .
La Rote eft une Jurifdiction
à Rome , compoſée de douze
Prelats qui jugent par appella
tion de toutes les matières Ecclefiaftiques
& prophanes , entre
les gens d'Eglife . On les
nomme Auditeurs de Rote; & co
238 MERCURE
nom vient de ce que le pavê de
la Chambre où ils s'affemblent
pour examiner les affaires , ou
pour rendre la juftice , eft de
marbre , figuré en forme de
rouë. Cette Jurifdiction eft
compofée d'Auditeurs de plu
fieurs nations. Il y en a huit
Italiens , ( fçavoir , trois Romains
, un Tofcan , un Milanois
, un Boulonnois , un Fer-
Tarois , & un Venitien ; ) u
-François ; deux Eſpagnols ; &
un Allemand. Le Pape Jean
XXII. établit cès Juges ; Clement
VIII. augmenta leurs
privileges ; & Alexandre VIL
GALANT 239
les fit Soûdiacres Apoftoliques.
Ils portent une Robe violette ,
le cordon de même couleur à
leur Chapeau. Ils ont chacun
centroDucats d'appointemens
par mois , & le Doyen en adeux
cent.
业务
Les nations qui fourniffent
des Auditeurs à la Rote , choififfent
toûjours les perfonnes
les plus diftinguées , tant par la
naiffance que par l'efprit . M
de Bourlemont, mort Archevêque
de Bordeaux , & M' d'Hervaux
, aujourd'huy Archevêque
de Tours , l'ont eſté avant M
le Cardinal de la Trémoille.
240 MERCURE
Vous fçavez que les Papes ne
donnent point de Chapeaux
aux Couronnes , dans la premiere,
promotion de Cardinaux
qu'ils font aprés leur élevation
au Pontificat ; mais ils
ne manquent jamais d'en donner,
tant aux Souverains qui ont
droit d'en nommer , qu'à ceux
qui en prefentent en Suppliant,
ce que l'on peut appeller droit
fupplication. A peine le Roy
eut- il appris que le Pape avoit
fait fa promotion , que Sa Majefté
nomma aur Cardinalat le
Prince Armand- Gaſton de Rohan
, Evêque de Strasbourg ,
de
fils
?
GALANT 241
fils de M le Prince de Soubife.
Cette prompte nomination fait
connoiftre que le Roy eft pleinement
informé du grand merite
de ce Prelat , & que Sa Majefté
n'en trouvoit point dans
fon Royaume de plus digne de
remplir la place de Prince de
l'Eglife . Je vous ay ſi ſouvent
parlé de fa Maifon , & de la
maniere dont ce Prelat a brillé ,
tant en Sorbonne , & pendant
le temps qu'il a eſté Grand- Vi
caire de Paris , lorfque Monfieur
le Cardinal de Noailles
eftoit à Rome , que depuis qu'il
a efté élevé ſur le Siege de Straf-
Juin 1706.
X
242 MERCURE
bourg , que je ne vous dirois
rief aujourd'huy qui ne vous
foit parfaitement connu . J'ajoûteray
feulement qu'il y a
peu de Chapitres dans le mon
de , auffi illuftres que celuy de
Strasbourg , & que les Chanoi.
nes qui le compofent pouvant
leur naiffance afpirer aux !
plus hautes dignitez, & même
Souveraines
; il faut que celuy
qui eft à leur tefte , forte
d'un fang des plus illuſtres , &
que fan merite fait generalepar
aux
ment reconnu.
La valeur n'attendant fouventpas
le nombre des années ,
I N
"
GALANT 243
le Roy n'attend pas auffi que
Ton foit dans un âge avancé
pour la recompenfers fçachant
bien que l'ardeur d'un verita
ble Brave fe redouble lorsque
fon Souverain ne luy fait poinc
attendre les récompenfes dues
afa valeur. L'Etat s'en trouve
fouvent mieux , puifque la reconnoiffance
jointe à la valeur
font fouvent faire des prodiges
aureames genereufes on a
Hou d'en'attendre de Mile Duc
de Noailles que leRoy vient de
nommer Lieutenant General,
Jamais homme de fon âge ne
s'eft diftingué de plus d'une
X ij
244 MERCURE
maniere en fi peu de temps : &
l'on peut dire que depuis le prémier
jour qu'il eft entré en Catalogne
, juſqu'au jour qu'il en
eft forti , tout ce qu'il a fait
n'a efté qu'un continuel enchaînement
d'actions dé
prudence
, de conduite & de valeur
; & que dés qu'il a commencé
à commander en chef
une armée , il s'eft trouvé auffi
peu embaraffé de ce commandement
, que s'il l'avoit cu depuis
plufieurs années. On ne
peut rien ajoûter à la maniere
dont il a conduit
l'avantgarde
de l'armée qui fe retiroit de
GALANT 245
Catalogne ; & l'on pourroit
direque fon nom feul & la ré,
putation de fa fagefſe & de fa
conduite ont écarté les Miquelets
& les Sommetans , qui
pouvoient l'embaraffer dans
fon paffage. Le Roy n'eut pas
plutoft appris de la maniere que
cette retraite s'eftoit faite , que
Sa Majefté fe reprefentant tout
ce que ce Duc avoit fait , dés
le moment qu'il entra en Rouf
fillon toute la conduite qu'il
avoit obfervée depuis ; & la valeur
qu'il avoit fait voir dans
toutes les occafions qui s'étoient
preſentées , même en
246 MERCURE
fortant d'une grande maladie
qui luy avoit ofté la plus gran
de partie de fes forces Sa Majefte
, dis - je , faifant reflexion
fur toutes ces chofes , luy envoya
le Brevet de Lieutenant
general, fes actions feules ayant
parlé pour luy.
Le Regiment du Heron
ayant vaqué par la mort du Colonel
de ce nom , le Roy vou
lant que ce Regiment fuſt rem
pli par un homme de fervice, le
donna à Mr de Bourneuf , qui
en étoit Lieutenant
- Colonel, &
qui s'étoit aequis beaucoup de
reputation depuis qu'il eftois
GALANT 247
1
dans le Service. Sa Majefté connut
auffi-toft aprés , qu'elle ne
s'étoit pas trompéedansle choix
qu'elle avoit fait ; puifque ce
nouveauColonel ayant eu , quelques
jours enfuite , occafion de
fe diftinguer , y courut d'une
maniere qui faifoit connoiftre
fon zele pour le Service , & fon
intrépidité. Il eut la jambe fracaffée
en cette occafion , & on
fut obligé de la luy couper audeffus
du genou.
Le Roy a donné à Mr de Sanguiniere,
ci -devant Contrôlleur
Ordinaire de la Maifon de la
Reine , la Charge de Maiſtre
X iiij
248 MERCURE
des Eaux & Forefts de S. Ger
main- en- Laye , vacante par la
mort de Mr le Marquis de
Montchevreul. Sa Majesté lui
a dit , en lui faifant ce préfent,
qu'elle avoit déja cu deffein de
lui donner cette Charge ; mais
que les chofes avoient tourné
autrement. Mr de Sanguiniere
a cu un employ dans les bois de
la Marine dont il s'eft tresbien
acquité. Il a exercé la Charde
Maistre des Eaux & Forests
en Franche-Comté , & celle de
Secretaire de l'Artillerie ; mais
la neceffité des temps ayant
obligé de vendre ces Charges ,
GALANT 249
il étoit demeuré fans employ.
Cependant il étoit affûré d'en
avoir bientôt un confiderable;
puifque le Roy , qui a toûjours
efté content de fes fervices , &
qui le confidere , lui avoit promis
qu'il auroit foin de luy. Ce
Prince s'en eft fouvenu, & vient
de luy donner , de la maniere
du monde la plus obligeante ,
la Charge de Maistre des Eaux
& Forefts , dontje viens de vous
parler.
Mr le Comte de Druis a efté
nommé Commandant de Luxembourg
, à la place de feu
Mr le Commandeur de Cour
250 MERCURE
Scelles. Il eft de la Maifon de
Marion , &il a épousé une fille
de feu Mr du Montal , Chevalier
des Ordres du Roy , & ancien
Gouverneur de Charleroy.
La Maiſon de Mrs Marion - de
Druis , eft de la Province du
Nivernois , & alliée aux plus
confiderables de tout ce Payslà.
Elle eftoit déja fort confiderable
dans le Royaume fur
la fin du regne d'Henry III . &
la Reine Loüife de Vaudemont
avoit auprés d'elle , une Filled'Honneur
de ce nom , dont la
beauté fit beaucoup de bruit
dans cette Cour. Elle cut beauGALANT
251
coup
de
à la confiance
de
part
fa Maiſtreſſe
; aprés la mort de
laquelle
elle alla paffer le reſte
de fes jours auprés
de Madame
la Ducheffe
de Joycufe
, foeur
de cette Princeffe
. Mr le Comte
de Druis fert depuis
plufieurs
années . Ila efté fucceffivement
Colonel
, Infpecteur
, Brigadier
, Maréchal
de Camp
&
Lieutenant
General
; & dans
tous ces differens
Emplois
il a
donné
de fréquentes
marques
.
de fon zele pour le Service
du
Roy , & de fon habileté
dans la
difcipline
Militaire
.
Quelques Peintres ayant en
252 MERCURE
trepris de faire le Portrait de la
Reine d'Efpagne, & n'ayant pu
le faire reffembler parfaitement
à cette Prinecffe , Mr de Briancourt
, Officier François , arrivé
depuis quelque tems à Madrid,
fit les vers fuivans , auffi toft
qu'il cut vû ce Portrait .
SONNET.
Ne vous étonnez pas , temeraires
humains ,
Lorsqu'après avoir peint vôtre augufte
Maiftreffe ,
Za veritédément l'ouvrage de vos
mains ,
Et nousfait de vôtre art condamner,
la foibleffe.
GALANT 253
I
Ha ! fans votrefecours mille char
mes divins "
Dans nos fideles coeurs gravent cette
Princeffe :
Mais d'un hardi pinceau les projets
font trop vains,
Lorfque de l'imiter il croit avoir
Padreffe.
2
Tout ce que l'univers étalle de plus
beau ,
Ne paro à nos yeux qu'un impar
fait tableau
Des miracles naiſſans que nous
voyons en elle.
2
Si ce que font les Dieux , nefçauroit
l'égaler ,
Doit- on eftrefurpris que nulle main
mortelle
N'ait rien faitjuſqu'icyqui puß luy
reſſembler &
254 MERCURE
LETTRE
De Monfieur le Commandeur
de Saint- Pierre , General des
Vaiffeaux de Malthe,
A Malthe, ce 8. May
Aprés avoir couru la côte de
Calabre, avec mes trois aiffeaux
la Fregate, & croife inutile
ment pendant un mois fur la Sapience
, le Cap Matapan & le
Serigue ; enfin lepremierMai étant
fur Stanfade , nous découvrîmes
trois Vaiffeaux , dans le mêmetemps
que le Saint -Jacquesfitfiginal.
GALANT 255
incommodité, ayant fon mats de
Mizaine en mauvais état . Je lui
donnai ordre d'aller fe racommoder
à la Sapience , & rendez- vousfur
le Cap Sainte-Marthe. Je chaffai
auffi-toftfur les trois Kaiffeaux s
nous les approchames affez le foir.
Le Saint -Jofeph les garda exactement
la nuit , en nous faisant les
fignaux. Le lendemain matin
nous nous en trouvâmes affez prés;
mais la Sainte- Catherine eftoit
demeurée à trois lieues de l'arriere.
Le calme nous prit étant à portée
demie decanon d'eux ; Le Saint-
ད Fofeph s'eftoit détaché avec fes rawes
pour aller à un des leurs de
256 MERCURE
24. canons , qui eftoit un peufous
le vent. Le plus gros des deux qui
eftoit auprés de moi , arma fes rames,
coupa chemin au Saint-
Jofeph , qui fut obligé de me ve
mr rejoindre. On lui tira plufieurs
canon , mais de fort loin.
coups
de
Dans ce temps-là , les deux gros
tinrent confeil pour fçavoir s'ils
me viendroient aborder ; mais étant
venu un peu de vent , jefis mettre
toutes voiles dehors , pour aller
fur eux. Ils en firent autant pour
nous éviter; & fe fervant de leurs
rames , en peu
en peu de temps ils s'éloi
gnerent fi fort de nous , que je défefperois
quafi de les pouvoir res
GALANT 257
d
joindre. Le vent rafraîchit , le S.
Jofeph gagna de notre avant ; &
la nuit venant , il les garda avec
la même exactitude que la nuit
précedente. Le vent rafraichiffant
toûjours , nous nous trouvafmes la
nuit fort prés d'eux. Le 3. May
à la pointe du jour nous ne vimes
plus que
les deux gros , le petit
ayantfait fauffe route la nuit ; le
plus gros étoit beaucoup de l'avant
avec fes deuxHuniers. Nous n'étions
qu'à une demie- lieuë de l'auire
qui avoit tout dehors. Afix
beures du matin , fes deux mâts de
bune tomberent prefque au même
temps. Si- toft que fon camarade le
Juin 1706 . Y
ww
258 MERCURE
vit en cet état , il mit toutes voiles
dehors , difparut bien-toſt à la
faveur d'un temps fort obfcur 3.
nous ferrafmes toutes nos menuës:
voiles, nousjoignifmes le démâté.
Aſept heures , nous lui tirâmes
noftre bordée à bout touchant ,
nous rendit lafienne de même ; nous
le dépaffafmes ayant un peu trop,
d'air. Nous revinfmesfurlui arves
moins de voiles.ce qui nous permit
deluifaire quatre décharges , com
• me la premiere , qui le mirent dans
un eftar pitoyable; toutes les voi-
A
lesdéchirées , toutesfesmancu
ures coupees. Il fouffrit pourtant
encore une troifiéme paffade en
GALANT 259
la
nous tirant diverfes bordées ; mais
comme nous eftions prefts pour
quatrième , il mit Pavillon blanc,
& cria quartier. La Mer eftoit
fort groffe , & le vent Sud- Eft
tres -frais nousfufmes obligez d'attendre
jusqu'à trois heures aprés
midy , que le temps calma un peu.
Mr le Chevalier de Cintray , Capitaine
de mon Vaiffeau , s'em:barqua
avec deux Chevaliers Caravanistes,
80.hommes.Il aborda
laPrife avec beaucoup de rifquepar
·la groffe mer ; il nous envoya 140 .
ennemis , garda le refte, parceque
le temps devenant toujours
plus mauvais , la chaloupe cuft efté
Y ij
260 MERCURE
grand danger de fe perdre , Nous
apprifmes alors que le Vaiffeau
s'appelloit la Rofe , Corfaire de
Tunis ; qu'il avoit 46. Canons
montez, dont il y en avoit fix de
fonte , beaucoup de perriers auffi
de fonte ; qu'ily avoit auſſi 370.
hommes , dontprés de 300. eftoient
bons Moufquetaires , tous gens de
paye : & nous nous en apperçumes
"bien dans l'action , carleur Mouf
queterie eftoit fix fois plus vive
que la noftre. Nous apprîmes encore
que nous leur avions tué so .
hommes , bleffe plus de trente s
quefon camarade, qui eftoit le Commandant
des trois Corfaires , s'ap
GALANT 261
pelloit le Tigre , qui estoit tout
neuf ayant 58. pieces de canon
montées , 400. hommes d'équi
pages ; & que le petit eftoit de 24.
canons, de iso. hommes.
25 Nous n'avonsperdu à ce Com
bat , qu'un homme ; & nous n'avons
qué cinq bleſſez de coups de
Moufquet. Nous estions à 63 .
lienes, Eft- Nord Eft, de Malthe
La Sainte Catherine qui estoit reftée
derriere , rejoignit dans le temps
que la Rofe fe rendoit. Le Saint
Jofephfe tint toûjours à côté de
nous , donnoitfapaffade aprés que
nous avions donné la noftre. Notre
équipage pour n'avoir jaman
1:
262 MERCURE
veu de feu , ne s'eftpas mal cont
porté. La premiere bordée l'étonna
unpeu; mais chacun reprit bientôt
, & le canon futfervi comme
la Moufqueterie. Quant à Mrs
les Officiers & Caraviniftes , on
nepeutmarquerplus de valeur
de bonne volonté. Mr le Chevalier
de Cintray n'eut qu'un commencement
defatigue dans l'actions
elle a efté au triplepar le travail du
corps par l'inquietude de l'ef
prit ayant prés de deux cens ennemis
à garder c un Vaiffeau en
tierement défagrée , & par ungros
tems où il nepouvoit étre fecouru.
Il renverguapourtant de nouvelles
GALANT 263
I
.
le
per
oiles & quand le tems
mit , la Sainte Catherine luy don
nala remorque. Nous arrivafmes
hierfeptiéme de May à une heure
res midi ici , où affurément nous
n'avons pas efté mal reçus ; nous
repartons, inceſſamment...
On eftime cette prife plus de
aprés
cent mille écus.
I Vous avez raifon de dire
que les Nouvelles imprimées ;
depuis le commencement
de la
guerre prefente , dans les Etats
des Puiffances alliées contre les
deux Couronnes , font fi dé
guifées , qu'il eft impoffible
264 MERCURE
d'en démêler la verité ; & que
leurs avantages font tellement
groffis, & leurs pertes tellement
diminuées , que l'on voit bien
qu'ils ont cherché à faire croire
que la victoire a toûjours tourné
de leur côté, & qu'elle n'a jàmais
favorifé les troupes des
deux Couronnes : ce qui vous
impatiente
tellement , dites
yous ,que vous avez renoncé à la
lecture de ces Nouvelles , pour
yous épargner le chagrin qu'el
les vous donnoient . Mais
croyez - moy , elles font plus
capables de caufer de l'indignation
que du chagrin. Par
exemple,
-
GALANT 265
exemple, il n'eſt pas poffible qu'
il y ait quelqu'un en France qui
ait pû croire que nous ayons
perdu les batailles de Caffano
& de Calcinato , quoique les
Auteurs de ces Nouvelles publiques
ayent tout mis en ufage
pendant plufieurs mois pour le
faire croire : Cependant la fuite
a bien fait voir le contraire .
Nous avons pris , aprés la bataille
de Caffano ,une partie des
Etats de Monfieur le Duc de :
Savoye , fans que Monfieur le
Prince Eugene ait ofé feulement
paffer un ruiſſeau pour
marcher au fecours de ce Prin
Juin 1706. Z
266 MERCURE
ce; & la bataille de Calcinato
nous a donné lieu de faire le
fiege de Turin , fans qu'il puiſſe
avancer pour le ſecourir . Je ne
trouve pas neanmoins fort extraordinaire
que l'on embaraſſe
les relations des batailles d'unc
maniere qui en rende la verité
difficile à démêler. Il s'eft toûjours
trouvé des vaincus qui
n'ont jamais voulu avoüer entierement
leur défaite : mais il
n'eſt pas ordinaire d'inventer
des Fables , comme on en trouve
depuis quelque temps dans
ces Nouvelles , & de les donner
au public comme des veritez.
GALANT 267
y
Elles ont dit que les
Troupes
des deux
Couronnes
avoient
donné un affaut general à la
Ville de
Barcelone ; qu'elles
avoient perdu une partie de
leur armée ; &
qu'enfuite il
avoit cu un combat , dans lequel
prefque tout le reſte avoit
péri : de forte que cette armée
eftoit demeurée reduite à 3. ou
4000.
hommes .
Cependant
il est bien
conftant qu'il ne s'eft
donné ny affaut , ny combat.
Mais je ne
m'étonne pas
qu'ils ayent ofé le fuppofer ,
puifque la Ville de Barcelone a
efté affiegée ; il ne leur en faut
Zij
268 MERCURI
?
pas davantage pour fournir
une ample matiere à leurs fuppofitions
. S'ils ont pû embaraffer
les credules
, & tromper
leurs peuples , par des chofes
dont la fauffeté eft neanmoins
de notorieté publique , ils n'ont
pû dire , comme ils ont fait depuis
un mois , & comme ils
l'ont fouvent repeté depuis ce
temps - là , que Mylord Galloway
eftoit entré dans Madrid;
ils n'ont pû , dis-je , avan
cer & repeter fi ſouvent une
chofe fi manifeftement
fauffe ,
fans s'attirer l'indignation
& la
dérifion de tout le public : puifGALANT
269
-
que perfonne n'a ignoré que
l'armée commandée par Mylord
Galloway n'a pas approché
de Madrid de plus prés ,
que de quarante - cinq à cinquante
lieuës de France. Ainfi
l'entrée imaginaire de ce Mylord
dans Madrid fuffit pour
faire connoiftre, & pour prouver
toutes les fauffetez qui fe
trouvent dans les nouvelles publiques
, imprimées chez les ennemis
des deux Couronnes.
Les mêmes Auteurs ont déja
commencé à dire , dans plufieurs
imprimez , que nous n'avons
point fait d'expeditions
Z iij
270 MERCURE
aux Ifles de Nieves & de Saint-
Chriftophle, parce que le Com
mandant des troupes Françoifes
a efté tué en approchant de
la premiere de ces Illes . On
peut juger , par toutes ces chofes,
combien ils ont groffi leurs
avantages dans la derniere af
faire de Flandres , à laquelle
ils n'ont encore pû donner de
nom fixe ; ayant déja changé
quatre fois celuy du lieu où
cette prétendue bataille s'eſt
donnée. Je dis prétenduë , parce
qu'il ne s'eft agi que d'un combat
de deux ailes , dont l'une
eftoit fix fois auffi forte que
1
+
GALANT 271
l'autre de maniere l'on
que
peut dire , que les vainqueurs ont
triomphé fans gloire , & que les
vaincus ont perdu fans honte. On
peut même affurer avec raifon
que s'il y a eu quelque gloire acquife
dans ce combat, elle doit eftre
toute entiere du cofté des plus foibles
; puifqu'ils ont ofé nonfeulement,
foûtenir les efforts
d'un fi grand nombre d'ennemis
; mais auffi les attaquer affez
vivement, pour les avoir enfoncez
jufqu'à leur troifiéme
ligne : ce que je vous feray voir
clairement avant que de finir
ma Lettre. Cependant
, pour
Z iiij
272 MERCURE
faire voir que je fuis de meil
leure foy que les ennemis , j'a
voueray que le champ de bataille
leur eft demeuré ; mais ils
n'ont remporté cet avantage ,
qu'aprés avoir fait une perte
auffi grande que la nôtre , &
feulement parce qu'il eftoit de
la prudence de ne nous pas laiffer
accabler par le grand nom
bre. Ainfi fans la defertion
d'une partie de nos Troupes ,
ce Combat n'auroit point cu
de fuites défavantageufes pour
nous , & les ennemis auroient
- eftre efté fâchez de l'a- peut -c
voir donné ; puiſqu'ils
avoüent
GALANT 273
eux-mêmes que leurs cinq meilleurs
Regimens de Cavalerie y
ont efté entierement ruinez .
Cette defertion eft venue de ce
qu'une grande partie de l'Armée
des deux Couronnes eftoit
compofée de Troupes Walones
, qui fe trouvant au milieu
de leur Pays , ont crû pouvoir
deferter impunément ; & cette
defertion jointe à nôtre perte
ayant fait groffir l'armée des
ennemis , pendant que la noftre
a diminué , a donné lieu aux
conqueftes qu'ils ont faites : ce
qui ne leur a pas cité difficile
puifqu'ils n'avoient perfonne à
274 MBR CURE
combatre , nos Troupes eftant
rentrées dans leurs places . Toutes
ces chofes font que la victoire
des ennemis eft grande ; &
il ne leur importe de quelle maniere
elle ait efté gagnée , pourvû
qu'elle produife le fruit que
les vainqueurs ont accoûtumé
de tirer quand ils remportent
quelque avantage confiderable.
Cependant je prétens
prouver , d'une maniere à laquelle
il fera impoffible de repliquer
, que cette victoire caufera
la ruine entiere de l'Angleterre
, de la Hollande , de l'Allemagne
, & de l'Empire : ce
GALANT 275
fila Franqui
n'arriveroit pas ,
Acc eftoit victorieufe en cette
rencontre le Roy eftant feul
capable de donner la Paix au
milieu de fes conqueftes , en
ayant déja donné quatre exemples
, dont on ne trouve point
de pareils depuis que les hom
mes fe font la guerre.
Je commence par ce qui regarde
l'Angleterre . La Princef
fe qui y regne aujourd'huy
fans que ceRoyaume luy appartienne
, cherche à éternifer la
af- guerre , comme un moyen
furé de demeurer für le Trône
qu'elle a ufurpé . Elle eft d'un
276 MERCURE
caractere à tout faire pour regner
; puifqu'elle a foulé aux
pieds les loix du fang & de la
nature , en fe declarant contre
fon pere , & en portant des premieres
un ruban orangé à ſa
tefte , lorfque le Prince d'Orange
paffa en Angleterre . Plufieurs
raifons donnent lieu de
croire que fon regne ne dureroit
pas , fi elle n'eftoit toûjours
en guerre. Les peuples d'Angleterre
pourroient , pendant
une profonde paix , ſonger à
rappeller leur veritable Souverain
, dont ils entendent dire
tous les jours tant de bien ; &
GALANT 277.
fi elle n'avoit point de troupes
fur pied , il luy feroit difficile
de l'empêcher. Il eft même neceffaire
que ces Troupes foient
hors d'Angleterre ; parce que
fi fes peuples venoient à ſe
foûlever ces troupes pourroient
favorifer leur jufte rebellion
. Il n'eft pas moins neceffaire
,
, pour les interefts de la
Princeffe qui occupe le Trône ,
que l'Angleterre foit épuiféc
d'argent , de crainte que l'argent
qui eft le nerf de la
re , ne fervis contre elle à des
peuples qui ne font pas fes fujets
, & qui par conſequent ne
guer
a
L
278 MERCURE
luy doivent ni obéïffance ni fi
delité. Il ne luy importe pas
feulement que les Anglois
foient épuifez ; mais il faut
qu'elle trouve les moyens de
faire paffer une partie de cet
argent dans fes coffres , afin de
s'en faire des creatures : ce qui
lúy eſt d'autant plus aiſé, pendant
la guerre , qu'elle peut
profiter fur toutes les fommes
qui font accordées par les Parlemens
pour les befoins de l'E
tat. Elle toucheroit peu d'argent
fans la guerre, puiſqu'elle
n'auroit que celuy de la lifte civile
, c'eſt-à-dire , celuy qui
GALANT 279
eſt deſtiné aux Rois d'Angleterre
pour l'entretien de leur
maiſon. La guerre donne auffi
lieu à certe Princeffe de diftribuer
une infinité d'emplois qui›
luy acquierent des creatures ;
& comme tout cela cefferoit
pendant la paix , elle feroit
une trés - mauvaiſe figure , &
n'auroit que trés -
peu d'amis.
D'ailleurs l'Angleterre qui fe
trouveroit puiſſante en hommes
& en argent , ne feroit pás
long - temps fans fecoüer le
joug d'une femme ; & pour luy
ofter les moyens de le faire , il
faut que cette Princeffe en
280 MERCURE
tienne toûjours les forces éloi.
gnées , & qu'elle empefche que
l'Etat ne s'enrichiffe; & c'eft à
quoy les Anglois ne font pas
de réflexion , lorfqu'ils fe rejouiffent
des batailles gagnées,
fans qu'ils en tirent le moindre
fruit , ni qu'il en revienne
le moindre village à la Nation
. Au contraire fes victoires
luy coûtent le fang de ce qu'elle
a de plus brave , & l'épuiſent
d'hommes & d'argent : de maniere
que les Anglois fe réjoüiffent
fans fçavoir pour
quoy , & feulement parce que
l'ufage eft établi de ſe réjouir
་
GALANT 281
aprés le gain d'une bataille ; &
fi quelques-uns des plus clairvoyans
murmurent au milieu
des triomphes fteriles qui coûtent
fi cher à l'Angleterre
, en
l'épuifant d'hommes & d'argent
, on leur dit que l'on combat
pour arrefter le cours de la
puiffance exorbitante de la France,
qui ne manqueroit pas de les
accabler : Et cependant on les
accable tous les jours afin d'épuifer
leurs forces.
La France n'a jamais cherché
à fe fervir contre l'Angleterre
du pouvoir exorbitant
, dont on luy fait largef
Juin 1706 .
A a
282 MERCURE
fe , afin d'avoir lieu d'abattre
les Anglois pour les empef
cher d'ouvrir les yeux fur leur
malheur. Elle a donné quatre:
fois la paix , & elle n'a point
recommencé la guerre.On fçait.
qu'elle en eftoit fort éloignée
dans le temps de l'invafion du
Prince d'Orange en Angleterre
, qu'elle n'eftoit point ar
mée , & qu'elle n'avoit pris
nulles mefures qui puffent don
ner de l'ombrage aux Puiffances
de l'Europe . Son deffein
n'eftoit pas non plus de renouveller
la guerre , lorfque
Charles II . Roy d'Eſpagne ,
GALANT 283
qui ne pouvoit vivre longtemps
, laifferoit cette Couronne
vacante ; puifque le
Roy avoit fait un Traité
de partage , dans la feule
vue d'empefcher que la guerre
ne fe rallumaft . Ainfi l'on a
trompé les peuples que l'on a
fait entrer en guerre contre la
France , en leur difant que c'ef
toit pour ſe garantir du pouvoir
exorbitant de cette Couronne ;
mais c'eftoit plûtoft pour fatisfaire
l'ambition & l'avarice.
de tous ceux , qui ayant le maniment
des affaires , profitent
de la confufion & du defor-
A a ij
284 MERCURE
dre , qui fe trouvent fouvent
dans les Etats qui font en
guerre.
Je reviens à l'Angleterre ,
dont les peuples auroient beaucoup
de chagrin de l'avantage
que les Alliez viennent de remporter
, s'ils connoiſſoient leurs
veritables interefts , & s'ils fçavoient
que cette victoire pût
fervir à perpetuer une guerre
qui épuife leur nation de toutes
manieres. Ce qui vient d'arriver
en eft une preuve , s'il eft
vrai que Mylord Marlborogh
confent , au nom de la Reine
d'Angleterre, de ne garder auGALANT
285
cune Place de mer pour
fa
nation
, en cas qu'il en faſſe la conquefte.
Cela fait connoiftre
qu'il craint , que s'il fe broüilloit
là- deffus avec les Hollandois
, ils ne travaillaffent à un
Traité particulier avec la France
: ce qui marque que la Princeffe
Anne aime mieux que la
guerre foit continuée , que de
voir l'Angleterre s'aggrandir.
Ainfi l'on peut voir , felon ce
plan , que
la
guerre
s'éterni-
Lera fans que les Anglois profitent
d'un pouce de terre ,
pour tout le fang & pour tout
l'argent qui leur coûte,
286 MERCURE
Les Hollandois doivent connoiftre
, par-là, qu'ils ne pouri
ront parvenir à aucune paix ,
tant que la Princeffe de Dannemarck
occupera le Trône d'Angleterre.
Cependant ils la foûhaitent
de bonne-foy,ils en ont
befoin ; & ils doivent aujourd'huy
, auffi- bien que les veritables
Anglois qui aiment leur
nation , pleurer plus que les
François , la victoire qu'ils viennent
de remporter ; puiſque fi
le Roy de France avoit eu un
auffi grand fuccés , ce Monarque
ne s'en feroit point prévalu
, & auroit accordé la paix
My
GALANT 287
pour le repos de l' Europe , avec:
la même generofité & la même
bonté qu'il a déja fait quatre
fois..
Toutes les Puiffances d'Allemagne
, & fur tout les Cereles,
ne doivent pas avoir moins :
de chagrin de cette victoire.
L'épuifement de troupes & d'argent
y eft grand ; à peine les
Cercles ont- ils achevé de fournir
leur contingent , depuis trois
mois que l'Empereur les preffe ;
& leurs dernieres troupes n'ont
pas encore joint Monfieur le
Prince de Bade , & quelques
Cercles fe font même défen288
MERCURE
dus long- temps d'en fournir.
De maniere que fi la France ne
triomphe bien-toft , pour don
ner lieu à l'Europe de ſe rétablir
par une paix de durée ,
l'Empereur
va mettre toute
l'Allemagne
dans l'eſclavage
,
en faiſant abolir les Capitulations
de l'Empire
, & en y gouvernant
arbitrairement
. C'eſt
un projet qui avoit eſté refolu ,
& qui s'eft trouvé dans le Cabinet
de l'Empereur
défunt ; &
il y a apparence que celui qui
regne aujourd'hui
n'oubliera
aucuns des moyens neceffaires
le mettre en execution . Il pour
a déja
GALANT 289
a déja
commencé par ce qu'il
a fait , en mettant Monfieur
l'Electeur de Baviere au Ban de
l'Empire, contre toutes les formalitez
requifes ; mais chacun
ſçait qu'il n'eſt
pas
d'un caractere
à en obſerver
beaucoup ,
& fur tout lorsqu'il fe trouvera
le pouvoir en main . Ainfi , &
je ne puis trop le repeter, 1 Angleterre
, la Hollande , l'Allemagne
& l'Italie ont befoin
que la France triomphe bientoft
, pour voir rétablir le calme
dans tous leurs Etats ; puifqu'il
n'y a que le Roy qui puiffe
faire ce
miracle . Cela peut en-
Juin 1706 .
Bb
290 MERCURE
core arriver , les troupes Fran
çoifes n'ont jamais fait voir
plus de valeur qu'elles en ont
aujourd'hui , &fi elles peuvent
un jour donner une bataille ,
fans que les incidens qui font
arrivez à Hochſter & à Ramillies
, arrivent encore une fois ,
elles fe diftingueront comme
elles ont fait à Senef, Ensheim,
Mulhaufem , Staffarde , Caffel ,
Flerus, Steinkerque, Phorzeim ,
Nerwinde , la Marſaille , au
Paffage du Ter en Catalogne, à
Luzzara , Ekeren , Fredelingue,
à la premiere bataille d'Hochftet
, à celle de Spire , & à celles
GALANT 291
de Caffano & de Calcinato
ainfi qu'à pluſieurs autres gagnées
depuis 1672. fans que
les Ennemis ayent remporté
d'autres avantages que ceux
d'Hochftet & de Ramillies. La
bataille d'Hochftet fut gagnée
par tout où les François pûrent
combatre ; & l'on fçait que Mr
de Marcin fit un grand carnage
de l'aîle qui combatit contre
celle qu'il commandoit : de
forte que fi l'on regarde les
morts & les bleffez , on peut
dire que l'avantage fut remporté
de ce côté-là , & que celuy
des Ennemis fut confide
B bij.
292 MERCURE
rable par la prife des 26. Bataillons
, qui fe trouverent enfermez
, & qui furent pris fans
avoir combattu . Je viens de
vous parler de l'affaire de Ramillies
, qui n'eft pas moins glorieufe
aux François , qu'elle a
efté avantageufe aux Alliez, qui
n'ont triomphé que d'une aîle,
& parce qu'ils étoient fix contre
un . Mais comme ces avantures
n'arrivent pas toûjours ,
les François ne font pas moins
à craindre qu'ils ont toûjours
efté ; & il y a lieu de croire
peuvent trouver les Alliez
en pleine campagne , ils gagnes'ils
que
GALANT 293
que
font des batailles auffi entieres
celles dont je viens de vous
parler , & qu'ils combattront
utilement , pour donner encore
une fois le
repos à l'Europe
.
Je dois ajoûter ici , que s'il
arrivoit que l'Archiduc fuſt un
jour en poffeffion des Pays - bas ,
comme Roy d'Espagne, la Maifon
d'Autriche regarderoit
bien- toft les Hollandois comme
des fujets revoltez contre le
Roy d'Espagne , leur legitime
Souverain. Je ne dis rien d'avantage
; on fçait quel eft le
caractere de cette Maiſon , &
celui qui en eft aujourd'hui le
B b iij
294 MERCURE
Chef, fait voir tous les jours.
que la moderation n'eſt pas une
vertu qui lui foit connuë ; & que
n'ayant pas le pouvoir de régner
fur lui-même, il ne pourra
s'empêcher de faire fentir aux
Hollandois , qu'ils font nez fes
Sujets & lorfque cela arrivera
, il leur fera difficile de parer
les coups dont ils fe trouveront
accablez.
Je vous ay déja parlé de l'affaire
de Ramillies , dans ma
derniere Lettre ; & vous en avez
trouvé la peinture affez fincere.
Je vous en envoye une qui ne
pas moins , elle vient de l'eft
GALANT 295
bon licu ; elle est tres -jufte ; &
ceux qui la liront y doivent
ajoûter autant de foy , que s'ils
avoient eux - mêmes efté témoins
de ce qu'elle contient.
Quoique tout ce qui revient de
Farmée de Flandres , fur les chofes
extraordinaires
qu'a fait la Maifon
du Roy dans l'affaire qui y eft
arrivée , faffe connoiftre affez
qu'elle n'a cedé qu'au nombre immenfe
dont elle a efté accablée ; je
ne laifferay pas de dire que les Ennemis
ayant reconnu qu'ils ne pouattaquer
avec fuccès “, la
voient
gauche de noftre armée , firent mar-
Bb iiij
296 MERCURE
cher cinquante Efcadrons de leur
droite , qu'ils porterent de plus à
leur gauche , & fe prefenterent
avec quatre Lignes de Cavalerie,
fans intervales entre les Escadrons ,
avec une Colonne de Cavalerie ,
qui marchoit en efcharpe pour entourer
la nôtre , lorfqu'elle chargeroit.
La Maiſon du Roi , compofée
feulement de treize Efcadrons &
d'une brigade de Cavalerie , vit
venir de loin ce grand nombre
de troupes , & l'attendit
avec la même fermeté , que fi la
partie avoit efté égale ; & lorſque
les Ennemis furent à portée d'être
attaquez , toute la Maifondu Roy
GALANT 297
marcha à eux , & les chargea
avec tant de valeur , que nos Ef
drons les percerentjuſqu'à la ſeconde
Ligne , & ily en eut qui enfoncerentjufqu'à
la troifiéme.Mais
comme il n'y avoit point d'intervales
entre les Escadrons des Ennemis
, les troupes qui fe trouverent
vis-à- vis de nos intervales ,
prirent nos Efcadrons en flanc &
en queue , & les enveloperent
avecla Colonne deCavalerie qu'ils
avoient fait marcher dans ce deffein
; de maniere qu'il n'y eutpoint
d'hommes qui n'en eût fix contre
lui. Cependant , ils ne laifferent
pas de fe rallier , les Gardes du
298 MERCURE
Royfirent l'arriere-garde de toute
l'armée à la portée du piftolet des
Ennemis , qui n'oferent jamais les
tafter , quoique les Escadronsfuffent
diminuez de moitié. Le nom
bre des morts & bleſſez, & la
quantité de bleſſures , n'y ayant
point d'Officiers ou Cavaliers qui
n'en ait cinq ou fix fur le corps,
toutes de coups d'épée , est une
preuve convaincante de la grande
Superiorité qu'avoient les Ennemis
qui rendent juftice eux- mêmes à la
Maifon du Roy, & qui avoient
qu'elle n'a cedé qu'au nombre.
Vous venez de voir ce que
la Maifon du Roy a fait en ge-
I
GALANT
299
neral ; & je vous ay mêine marqué
, dans ma Lettre du mois
dernier , quelque chofe de ce
que les Corps de cette Maiſon
ont fait en particulier. Il ſeroit
à fouhaiter que l'on puft
parler de toutes les actions de
valeur de ceux qui les compofent
; le nombre en feroit
grand , puifqu'ils ne peuvent
avoir combattu auffi longtemps
qu'ils ont fait,contre un
nombre auffi fuperieur de trou
pes , fans que chaque particu
lier ait combattu en Heros..
On voit par le grand nombre
de coups qu'ils ont , qu'ils n'ont
300 MERCURE
lorf
apprehendé ny le fer ny le feu ,
plufieurs eftant couverts de
bleffures de l'un & de l'autre ;
ce qui fait connoiftre que les
premieres bleffures n'ont pas
obligé ces Braves à fe retirer
& qu'ils ne l'ont fait que
qu'ils ont efté accablez de
coups , & hors d'eftat de pouvoir
agir. Enfin il eft inoui que
l'on ait vû combattre des gens
aprés avoir reçu cinq ou fix
bleffures. Cela a pû arriver
quelquefois à des particuliers
bleffez legerement ; mais il eſt
conftant que cela n'eſt jamais
arrivé à des Corps entiers. Je
GALANT 301
peu 'de
dis entiers , puifqu'il eft
Corps dans la Maiſon du Roy
dont ceux qui les compofent
n'ayent efté tuez ou bleffez . Ce
n'eft pas que le nombre des
tuez foit fort grand , puifque
l'on tient que de quatre blef
fez il en réchape toûjours trois ;
& c'est par là que l'on juge ce
qu'il peut à peu prés mourir
d'hommes parmi un tres-grand
nombre de bleffez ; & par
nôtre perte eft beaucoup moins
confiderablequel'onn'acrû
d'abord
, & à caufe du grand nombre
de ceux qui font revenus
pendant plufieurs jours aprés
le combat .
là
302 MERCUR
E
Lorfque l'aile gauche des
ennemis avança pour combattre
la droite de l'Armée des
deux Couronnes , Monfieur le
Prince Maximilien , Sous- lieutenant
des Gendarmes de la
Garde & Brigadier des Armées
du Roy , qui eftoit à la tefte de
fon Corps , dit en les voyant
arriver , & en marquant qu'il
fe préparoit à les bien recevoir
, & qu'il fe faifoit un plaifir
de combattre
: Voilà des gens.
qui marchent bien fierement ; nous
verrons bien- toft s'ils feront longtemps
une auffi bonne contenance.
A peine Prince eut - il achevé
GALANT
303
par
ces paroles , qu'il reçut un coup
de feu , dont il mourut fur le
champ. Ce Prince fut tué
l'Officier qui commandoit l'Efcadron
oppofé , & çet Officier
fut tué dans le moment
Cet Escadron ennemi s'enfuit
aprés une vigoureuſe reſiſtance.
Monfieur le Prince de Rohan
fut bleffé dans cette occa→
fion; & il ne laiffa pas de charger
encore deux autres Escadrons ,
que l'on repouffa auſſi tres – vigoureufement
. Jamais combat
ne fut plus échauffé. Quand le
nombre des ennemis commença
à faire reculer la Maiſon du
304 MERCURE
Roy, elle le fit en combattant
toûjours , & ne tourna le dos
que dans le temps où elle fut
obligée de faire retraite . On
remarqua dans les Gendarmes
une fermeté qui a peu d'exemples
; & quoy que plufieurs
fuffent bleffez de divers coups
de fer & de feu , leurs bleffures
ne les faifoient pas reculer d'un
pas. Le nombre des bleffez de
ce Corps eft d'environ 40. celuy
des morts eft à proportion
;
il a eu peu d'Officiers tuez . Sa
perte a efté bien toft reparée ,
puifqu'avant
l'ouverture
de la
campagne il y avoit plus de 60 .
GALANT 305
hommes , qui ont déja ſervi
dans les Troupes , qui attendoient
qu'il y cuft des places
vacantes pour y entrer . Le
Roy marqua beaucoup de fatisfaction
en apprenant la vi
goureuſe refiftance de la Compagnie
des Gendarmes ; &
Sa Majesté écrivit aufſi - toſt à
Monfieur le Prince de Rohan
Lieutenant General & Capitaine-
Lieutenant de cette Compagnie
, une Lettre tres - obligeante
, pour luy marquer combien
elle eftoit fatisfaite de ce Corps.
La valeur que les Chevaulegers
ont toûjours fait paroî
Juin 1706.
Cc
>
306 MERCURE
>
tre ne s'eſt point démentie
dans ce combat , auffi funefte.
que glorieux . M² le Marquis .
de Coëtenfaux
qui en eft le premier
fous- Lieutenant & Maré--
chal de Camp , & qui étoit à la
tefte de ce Corps , n'a pas feulement
combattu avec une valeur
extraordinaire ; mais il as
conduit avecune prudence fans
égale les braves qu'il comman
doit. Il s'eft trouvé dans tous
les endroits les plus perilleux
,
& la bleffure qu'il a receuë: en
eft une marque. M' le Marquis
du Pourpri , premier Cornette
de la Compagnie , s'eft auffi
GALANT 307
fort diftingué . H a receu plufieurs
coups de feu , dont l'un
a percé fa cuiraffe & luy a fait
une grande contufion ; il a aufſi
tres - dangereufement été bleffé
వి
à l'épaule d'un coup d'épée , &
il a cuplufieurs coups de fabre
für fa callotte , fans laquelle il
auroit couru rifque de la vie.
Mi le Marquis de Sommery
fecond Cornette reçut à la jambe
une bleffure de Canon dés
le commencement du combat;
cependant quoyqu'il fuft fort
bleffe , il fut impoffible de l'engager
à fe retirer avant que
Paction fuft entierement finie
Bb ij
308 MERCURE
de forte que fa jambe s'eftant
extrêmement enflée , & tout le
fang s'eftant caillé , il a couru
rifque d'eftre obligé de ſe la
faire couper. Quant aux autres
Officiers & aux Chevaulegers ,
ils fe font acquis tant d'honneur
dans cette journée , où ils
fe font extraordinairemeut diftinguez
, que le Roy pour leur
rendre juſtice , & pour marquer
qu'il étoit pleinement informé
de leur valeur , a eu la
bonté de faire écrire à M' le
Vidame d'Amiens , Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie
pour luy faire connoiftre qu'il
GALANT
309
eft content de cette Compagnie
, & de la maniere dont
elle a combattu . Ce Corps n'a
perdu ni tymbales , ni étendards
; au contraire il a retiré
un de nos étendards dont les
ennemis s'eftoient faifis .
i
Il y a eu dans cette occafion
cinq Maréchaux des Logis
bleffez , & un tué ; feize Chevaulegers
tuez , & 39. bleſſez.
Ce qui eft bien different du
bruit qui s'eftoit répandu d'abord
, que les Corps qui compofent
la Maiſon du Roy ,
avoient prefque entierement
peri dans ce Combat.
310 MERCURE
La premiere Compagnie
des Moufquetaires ne s'eft pas
moins diftinguée que les deux
Corps dont je viens de vous parler
; je n'entre point dans le détail
de tout ce qu'elle a fait.
Les ennemis dont la Maifon du
Roy a d'abord percé deux lignes
, vous en pourroient rendre
meilleur compte que moy..
vous diray feulement que
cette premiere Compagnie des
Moufquetaires a fait des actions
furprenantes . M de
Champgreffier qui portoit l'Etendard
de cette Compagnie ,
l'adeffendu avec tant de valeur,
GALANT 310
2
qu'il l'a confervé même aprés
avoir eu deux doigts coupez..
In'y a point cu d'Officiers tuez
dans cette Compagnie , à moins
que M. de Saint- Gilles , Maré
chal des Logis , qui a eſté perdu
, ne fe retrouve pas. Ceux
qui ont efté bleffez , font , M
le Marquis de Janfon , Soûlieu
tenant ; M le Marquis de la
Luzerne , Enſeigne ; & M Darifa
, Cornette , quia eſté bleſſe
tres dangereuſement de deux
coups de fer & d'un coup de
feu
Il y a eu treize Moufquetai
ou perdus ; & 494-
zes
ruez ,
312 MERCURE
bleffez , dont il eft mort huit ou
dix.
Les Moufquetaires eftant
divifez en deux Compagnies ,
il faut neceffairement qu'il y en
ait une qui porte le nom de feconde.
Celle qui eft connuë
fous ce nom,ne s'eft pas moins
diftinguée que la premiere ; &
il feroit impoffible de bien exprimer
les actions de valeur
qui ont efté faites par ceux de
ce Corps, qui voyoient des ennemis
pour la premiere fois ,
& dont la grande jeuneffe devoit
faire croire qu'ils pourroient
à peine fupporter le
poids
GALANT 313
poids de leurs armes pendant
un long combat puifqu'il s'eft
trouvé des Moufquetaires dans
Le Corps qui n'avoient pas en
core feize ans accomplis.
Les Officiers qui ont efte
tuez ou perdus dans cette fe
conde Compagnic , aprés avoir
combattur avec une valeur ex-→
traordinaire,font , Mde S.Lau
rent, Maréchal des Logis ; Mrs
Beauxhoftes & Branbuan , Briga
diers ; Mrs Mefnilbue, Jodon,
Peftel , & Becheron , Soûbriga
diers. Je ne fçais point les noms
de ceux qui font revenus ; mais
il cft fûr qu'il n'y a point de
Juin 1706. Dd
14 MERCURE
Corps dont plufieurs de ceux
que l'on croyoit perdus , ne
foient revenus , & que plufieurs.
fe font trouvez parmi les pri
fonniers. Ainfi la perte a efté
infiniment moins confiderable
que l'on n'a publié d'abord ; &
~ Pon n'en doit pas douter , puifqu'il
n'eft parti que 30. Mouf,
quetaires de chaque Compa
gnie , & 20. Gendarmes & 20 .
Chevaulegers , pour le rempla
cement de ceux qui ont efté
tuez , ou qui font hors d'eftar
de fervir dans les détachés
mens qui ont eſté faits à l'ou
verture de la campagne, A
GALANT 315
Les Officiers qui ont efté
bleffez dans da feconde Compagnie
des Moufquetaires , font
M le Marquis de Canillac
Soûlieutenant & Commandant
le détachement , M' de Trebons
,Enfeigne , prifonnier &
bleffe de 20. coups de fabre ou
de feu : ce qui inarque la gran
de fuperiorité des ennemis , &
l'intrepide valeur de nos troupes.
M' de la Suriere , Cornette;
M Doucette , Maréchal des
Logis ; M de Peyrelongue , de
Saint- Leon , Bellet , qui eft prifonnier
, & de Bermon , Sousbrigadiers.
Ddij
316 MERCURE
Il y a eu 16. Moufquetaires
tuez ou perdus , & 14. blef
Lez.
Je dois ajoûter icy un Article
qui fera plaifir à tous ceux
qui le liront , & qui regarde
unjeune Moufquetaire de cette
Compagnie.
M le Marquis de Mont
gon , fils de M le Comte de
Montgon , Lieutenant General
des Armées du Roy , & Direc
teur general de la Cavalerie , à
qui l'hyver paffé le Roy a accordé
un Regiment de Cavale
rie,& qui fervoit dans les Mouf
quetaires pour apprendre fon
GALANT 317
Morg
mêtier avant que de commander
fon Regiment
, s'eſt
extrêmement
diftingué
. Il s'eft
trouvé pendant trois heures
enveloppé dans l'Armée ennemie
, avec quelques autres de
fa troupe , aprés avoir efſuyé
un feu épouventable, fans autre
accident que celuy d'un
coup de moufquet dans le mi
lieu de fa cuiraffe , qui ne luy a
fait aucun mal. Il a d'un coup
de piftolet caffé la tête à un
Officier Allemand , qui venoit
à luy le fabre haut , & en a
bleffé quelques autres avec l'épée
, & s'eft prefenté à tous les
'Dd iij
318 MERCURE
perils avec une intrepidité fanst
égale. Ce qui paroîtra d'autant
plus étonnant , qu'il n'a que
quinze ans & demi , qu'il fait fa
premiere campagne , & que juf
qu'icy il avoit paru d'une fanté
fort délicate. Il avoit à côté de
luy M' le Comte de Chambaud
fon coufin , qui eft dans le mê
me Corps ; quoy qu'il foit fort
jeune , il a fait voir dans cette
action une valeur au deffus de
fon âge.
Les Grenadiers à cheval de
la Maiſon du Roy ont fait voir
leur intrepidité ordinaire , &
qu'il ne faut pas moins qu'un
GALANT 316
+
monde d'ennemis pour ébran-
Ter ce Corps . Je n'en fçais rien
"de particulier. M² le Marquis
de Villemur , qui commande
ce Corps, a fait voir par ſa fermeté
inébranlable qu'il eft
digne de le commander ce
Marquis a eu deux chevaux
tuez fous luy.
Je devrois vous parler icy
du Regiment des Gardes Françoifes
, qui , à l'exemple de M
le Duc de Guiche , fon Colonel,
& Lieutenant General des
Ces du Roy
, a fait des
chofes furprenantes , & a reourné
plufieurs fois à la char-
Dd iiij
320 MERCURE
ge; on n'en doutera pas lorf
que l'on fçaura la perte que ce
Corps a fait . En voicy un état
que je vous garantis tres - fidele,
auffi bien que le remplacement
qui le fuit.
Les Capitaines tucz font M
de Bernieres , Major ; & M
de Bouzols , de la Garde , d'Or
gemont & de Maigremont .
Les Lieutenans tuez font M
de Luzancy , Aide Major ; &
M's de Miſtral , de Ris & de
Remilly.
:
rs
Les Sous- Lieutenans tuez
font M de Blovac & de Maffane.
GALANT 32x
Les Lieutenans bleffez font
M' Talon, d'Avejan , de Monfouri
& de Renanfard .
Les Sous- Lieutenans bleffez
font Mrs de Miſon , de Creil,
.de Moncler & d'Orival .
Enfeignes bleffez , Mrs de
faint Olon , de Gouffonville,
de Beaulieu & de Lignieres.
Mr de Contade , Capitaine,
a été fait Major , à la place de
Mr de Bernieres.
Remplacement des Capitaines
Mr de S. Paul , cy-devant
Aide-Major.
Mr de Cliffon , cy- devant
Lieutenant de Grenadiers .
322 MERCURE
Mr de Seraucour, cy- devant
Aide -Majorada do Primoj
Mr le Marquis de Coetdelets
Mr Doumeny.d Eruca
Aides-Majors, ty
Mrs Devizé & d'Arbours
ville . Le troifiéme n'eft pas
nommé .
Je n'ay point vû de Relation
particuliere de ce que le Regiment
des Gardes Suilles a fait
en cette occafion ; mais je fçais
que plufieurs Lettres de l'armée
en ont parlé tres - avantageufement.
On fçait que la fermeté
des Suiffes eft égale à leur
fidelités auffi ont- ils mérité ·
GALANT 323
beaucoup d'éloges dans une
journée où toutes les louanges
ont efté pour les vaincus , &
toutes les félicitations pour les
vainqueurs , puifqu'il eft plus
glorieux de combatre feul con
tre fix perfonnes , que d'eftro
fix contre un. Perfonne n'ignore
que fi l'on en excepte les
prifonniers & les déferteurs ,
les vainqueurs ont plus perdu
dans cette occafion que les vain
cus, qui n'ont eu 2000 morts
fur le champ de bataille , ainfi
que je l'ay inconteftablement
prouvé dans ma Lettre préce
dente , & cela pendant que les
324 MERCURE
Ennemis avoüent dans leurs
nouvelles publiques , qu'ils ont
perdu 4000 hommes . La re-
Яéxion que je viens de faire là
deffus, rendra la chofe vrai femblable
, même aux plus incrédules
. La grande fuperiorité des
Ennemis a efté caufe que nos
coups fe font étendus dans le
combat , fur une infinité, de
gens au lieu que ceux des Ent
nemis en ayant un beauconp
plus petit nombre pour objer,
leurs coups fe font prefque tous
ramaffez fur les mêmes perfon
nes : ce qui fait que la plufpart
de nos bleffez ont reçû huit ou
#GALANT 329
dix
bleffures , que
plufieurs en
ont eu juſqu'à douze & à quinzc
, & qu'il s'en eft trouvé qui
en ont reçû jufqu'à vingt .
La Maifon du Roy étoit foût
tenue d'une Brigade de Cavalerie
,
compofée de
plufieurs
Regimens. Je vous ay parlé
dans ma derniere Lettre , de la
valeur avec
laquelle le Regiment
commandé
par Mr le
Marquis de Courcillon a combattu
, & de ce qu'a fait ce jeune
Colonel de digne d'une immortelle
mémoire, & dont la
bleffures'eft trouvée plus grande
que je n'avois crû. Je dois
326 MERCURE
ajoûter icy que le jeune Mar
quis de la Tournelle, qui com
mandoit le Regiment Royal-
Etranger qui étoit de cette Brigade
, y a fait des actions de la
plus haute valeur , & qu'il s'eft
mêlé plufieurs fois parmy les
Ennemis . Ce Marquis ayant
fupporté une fatigue beaucoup
au - deffüs de fon âge , qui eftoit
tres- peu avancé , ne s'eftoit pas
apperçu dans la chaleur du
combat , que pendant qu'il perçoit
les rangs des Ennemis ,
beaucoup avoient penetré au
travers de nos troupes : de maniere
que s'étant retourné pour
GALANT 327
f
dre aux fiens de le fuivre , afin
de continuer à percer les En
nemis , il fe trouva qu'il leur
parloit dans le temps qu'il
croyoit engager ceux qui le fuivoient
à s'avancer avec luy. Il
fut tué dans ce moment-là. Mr
- de Mezieres , quia efté témoin
de tout ce que je vous dis , &
qui eft icy prifonnier ſur ſa pa
role , en a rendu compte au
Roy, ainfi que des actions d'une
valeur extraordinaire faites auffi
par plufieurs perfonnes de diftinction
, dont il a pareillement
efté témoin.
2
Le Regiment de Mr de Saint328
MERCURA
fecond eftoit aufli un de ceux
qui compofoient la Brigade de
Cavaleric qui foûtenoit la Maifon
du Roy. Ce Regiment étoit
commandé par fonLieutenant-
Colonel , qui a fait des prodi
ges de valeur , & qui a reçû un
grand nombre de bleffures . Enfin
,il n'eftrien de fi furprenant
que tout ce qui s'eft fait dans ce
combat , & les actions de valeur
dont fe font couronnez tous
ceux qui ont combatus , auroient
fuffi dans une autre occa →
1
fion pour gagner la victoire la
plus fignalée . Le Duc de Marlborough
en ayant efté auffi furGALANT
329
4
pris que charmé , a crû devoir
traiter tous ceux qui font tombez
entre fes nains , avec une
honnefteré
qui fait beaucoup
de bruit dans le monde , & qui
le doit faire eſtimer , fuppofé
que tout ce que l'on en faconte
foit veritable
à quoy il y á
beaucoup d'apparence . Ainfi ,
outre la gloire que luy donne la
rufe permife en guerre , & la
hardielle d'avoir ofé attaquer
une larmée dont il auroit dû
eſtre battur, fans und fatalité
extraordinaire , il a encore celle
de s'eftre acquis l'eftime de plu
fieurs perfonnes de diftinction,
Juin 1706.
Ec
7
330 MERCURE
& l'on peut même dire de toute
l'armée des deux Couronnes
tant il eft vray que nous rendons
juftice aur mérite , & que
nous l'eftimons même dans notre
plus grand ennemy. 1
"
Je ne finirois point oficje
voulois parler de tous ceux qui
cont fait voir une intrepidité ,
aqui va au delà de l'imagination,
dans l'affaire dont il s'agit . Ce
Ipendant , je ne puis m'empê
cher de vous dire , avant de fi
nir cet article , pour rendre juf
ticc à trois perfonnes de la plus
haute diftinction , que Mr le
Comte d'Egmont , quoique
GALANT 331
fort jeune encore , a combattu
avec une valeur digne de fon
nom & de fa naiffance ; & qu'il
a reçû un grand nombre de
- bleffuras,
oup Mr le Comte de Horne , cidevant
Gouverneur de Rutemonde
, & Lieutenant General ,
a efté fait prifonnier , aprés
avoir efte bleſſe do dix coups
de fabre. Ses bleffures font fon
éloge , & font connoître qu'il
ne s'eft rendu que lorsqu'il n'a
plus efté en eftat de combatre,
ny même de foûtenir fésarmes.
Ն
Monfieur lePrince Ferdinand
1
Eesijuo
332 MERCURI
de Ligne , Capitaine de Cavale
rie dans les troupes d'Espagne,
& troifiéme frere du jeune
Prince de Ligne , a fait voir dès
fa premiere campagne, & quoiqu'iilfoit
encore fort jeune, que
rien ne pouvoit arrefter l'ardeur
de fon courage , & qu'il ne
craignoit pas d'aller au feu ,,
puiſqu'il a chargé trois fois les
Ennemis. Ce jeune Prince eft
fils de feu Monfieur le Prince de
Ligne , frere aîné de Mr le Marquis
de Moy , & petit-fils de
Claude Lamoral , Prince de Ligne
,Vice- Roy de Sicile & Gouverneur
de Milan' , & de Marie
Claire de Naffau .
GALANT 333
Mylord Clare a cfté tué
dans la mefme action. Ce Mylord
a donné d'éclatantes marques
de fa fidelité pour fon legitime
Souverain . Dans la derniere
révolution d'Angleterre,.
il refifta avec fermeté à toutes
les offres feduifantes qu'on luy
fit pour abandonner le parţi
du Roy Jacques , & pour em
braffer celuy du Prince d'Orange;
non- feulement il ne les
écouta pas , mais il facrifia
auffi fes biens & les plus bril
lans avantages que la fortune
luy offroit pour fuivre fon
Maitre, il ne fit qu'imiter, dans
e
334 MERCURE
+
cette conduite, d'illuftres exemplés
domeftiques . Ceux qui fça
vent l'hiftoire des troubles qui
agiterent l'Angleterre dans le
milieu du derier fiece , nig
norent pas que le pere de Mylord
Clare rifqua plufieurs fois
fa vie pour fauver ou pour
conferver celle du Roy Charles
I. fonMaitre Ses foins ayant
efté inutiles , il quitta l'Angleterre
, n'ayant pas voulu être
témoin de la fin tragique de ce
Prince ; & il n'y revint que
long- temps aprés.Mylord Clate
qui vient d'être tué , étoit
Colonel d'un Regiment Irlan
GALANT 335
r
dois, qui s'eft diftingué à la ba
taille d'Hochftet, de même qu'à
celle de Ramillies. Il avoit
époufe Mile Bulkeley , fille de
Me Bulkeley Dame d'honneur
de la Reine d'Angleterre,
dont M le Maréchal Duc de
Barwich a épousé une autre
fillet Le Roy a eu la bonté de
donner fon Regiment au Lord
Clare fon fils, quoiqu'il ne foit
encore âgé que de huit ans.
Mile Marquis d'Aubigné,
de la Roche- Ferriere coufin
de M Evêque de Noyon !
ayant efté tué dans le mefme
combat , le Roy a donné fon
ت ا د
336
MBRCURE
Regiment de Dragons au fo
cond fils deM'le Duc de Guiche
connu fous le nom de Comte
de Lefcun. Il n'a que 17 ans.
On a fait une perte confiderable
par la mort dd Mile
Marquis d'Aubigné . Il avoit dé
ja donné en plufieurs occafions
des marques de fon courage
& de fa prudence, il avoit licu
d'efperer d'être Brigadier cette
année. Sa mort clt d'autant
plus fenfible à fa famille qu'il
étoit fils unique , & qu'il n'e
refte plus perfonne de lalbran
she d'Aubigné de laRoche Fer
riere . Mole Marquis de ld Ro
cheGALANT
337
che Ferriere vit encore ; il eſt
aveugle, & âgé de 75. ans . M
Wiette , Lieutenant - Colonel
du Regiment
d'Aubigné , cut
la jambe caffée de la mefme
décharge dont Mr le Marquis
d'Aubigné fut tué ; c'eſt un ancien
Officier , qui s'eft acquis
beaucoup
d'eſtime dans le fervice.
Mr le Marquis d'Aubigné
a efté tué à deux pas de luy,
& eft mort entre fes bras .
Le Roy a donné le Regiment
Royal- Etranger qu'avoit
feu Mr le Marquis de la Tournelle
à Mr le Chevalier de
Saint -
Chamant , qui avoit a
Juin 1706.
Ff
338 MERCURE
DOU
chetté celuy de Mr le Duc de
Quintin. Il eſt frere de Mr le
Marquis de Saint - Chamant-
Mery , qui étoit autrefois
exempt des Gardes du Corps ,
* & qui a époufé Mlle de Chaftelus-
de Beauvoir , qui eft de la
mefme maifon que le Maréchal
de France de ce nom, qui
vivoit il y a prés de trois fiecles
. En effet Claude de Beauvoir
, Seigneur de Chaſtelus,fut
fait Maréchal de France en
1418. & mourut en 1453. La
maifon de Saint-Chamant eſt
alliée à celle de Noailles , & à
pluſieurs autres confiderables
CALANT 339
duRoyaume . Lamerede Mrl'E
vêque d'Oleron eft de cettemai
fon.Mr le Chevalier de S. Chaamant
s'eft trouvé en diverfes
occafions , où il a donné des
preuves de fon courage & de
La fermeté dans les plus grands
perils. Mr le Marquis de Saint-
Chamant fon frere s'eft auffi
acquis beaucoup d'eftime dans
Jes Gardes du Roy. Feu Mr de
Saint- Chamant leur pere avoit
porté les armes toute fa vie ,
& il avoit fervi fous feu Mrle
Prince, de qui il avoit reçû des
marques d'une diftinction &
Ffij
340 MERCURE
d'une confiance trés- particu
liere.
Mr le Marquis de Bar, Gouverneur
d'Amiens , Brigadier
des Armées du Roy & Meftre
de Camp d'un Regiment de
Cavalerie , à efté tué dans la
bataille de Ramillies. Il eft mort
âgé de so . ans. Il joignoit à
une naiffance diftinguée la réputation
d'être un des plus
honneftes hommes deFtance.Il
avoit de la valeur , & un fonds
de probité qui luy avoit acquis
une eftime generale . Il étoit
fils de feu Mr le Marquis de
Bar , auffi Gouverneur d'AGALANT
34
miens , & il n'a point laiffé
d'enfans. Il avoit eu une fille,
qui mourut dans fes premieres
années. Ce Marquis étoit de la
maifon de Molceau,qui eft une
des plus anciennes du Limofin ;
la tradition du païs porte qu'el
le eft une branche de l'ancien
ne maifon de Cornil, qui étoit
des plus qualifiées de cette Province.
Le Gouvernement d'Amiens
vacant par la mort de Mr de
Bar, a efté donné à Mr de Me,
zieres Capitaine de Gendarme
rie , l'un des meilleurs Officiers
des troupes de Sa Majesté , &
Ffij
342 MERCURE
qui vient de fe diftinguer dans
la bataille de Ramillies. Il est
d'une tres-ancienne maiſonéta-
༅ སྙ
blie depuis plufieurs ficcles dans.
le Bourbonnois & dans l'Auvergne.
M'de Mezieres eft frere
de Madame la Comteffe de
Charlus , & oncle de Mr le
Marquis de Levi , Meſtre de
Camp de Cavalerie , Brigadier
des Armées du Roy , qui a é
pouſé en 1698. Mlle de Chevreufe
, fille de Mr le Duc de
Chevreufe-Luynes. MⓇ la Mar
quife de Château – Morant
dont la beauté eft connue , eft
foeur de Mr le Marquis de Le
,
GALANT 343
vi, & auffi niece de Mr de Mc-,
zieres . Son pere & fon ayeul
ont eu des emplois diftinguez,
dans les troupes de Sa Majefté .
Feu Mr le Marquis de Mezie
res fe trouva à la bataille de
Nortlingue , où il donna de
grandes preuves de fon courae
à la tefte de fon Regiment :
il reçût en cette occafion des
témoignages honorables de
tous les Generaux . Mr de Me→
zieres, fon fils , qui vient d'eftre
pourvû du Gouvernement d'A
miens , a infiniment d'eſprit. »
Mr le Marquis de Gouffier ,
Guidon des Gendarmes de la
Ff iiij
344 MERCURE
garde , eft mort des bleffures
qu'il a reçeües dans la dernieres
bataille. Il avoit époufé Mlle
de Luynes,foeur de Mr le Comte
d'Albert , de Mr le Cheva
lier de Luines , de M la Com
teffe de Veruë , de M˚ la Mar
quife de Seffac & de feüe M
la Princeffe de Bournonville.
La maifon de Gouffier eft originaire
de Poitou . Emeri Gouffior,
qui vivoit dans le quinzié- p
me fiecle fut pere de Guillaume
Gouffier , Seigneur de Boifi ,
de Bonnivet, d'Oiron, de Maus
levrier, Senechal de Saintonge,
premier Chambellan du Roy
7
GALANT 345
T
Charles VII. Ce dernier, qui
avoit cfté choisi pour être Gou
verneurdu Roy Charles VIII.
dans fa jeuneſſe , avoit épouſé
en 1450. Loüife d'Amboife
,
fille de Pierre Seigneur de
Chaumont & d'Anne du Beüil, s
& foeur du celebre Cardinale
George d'Amboife , dont il eut
Pierre, qui fe trouva à la ba
taille de Ravenne l'an 1512. &
qui fut tué l'an 1515 , à celle
de Marignan , fans avoir eftét
marié. Il prit une feconde alliance
avec Philipine de Montb
morenci, veuve de Charles devol
Melun, Seigneur de Nantouil
346 MERCURE
let , dont il eut Artus, qui fuit;
Guillaume , connu fous le nom
de l'Amiral de Bonnivet ; Adrien
, Cardinal de Boifi ; Simon,
Evêque d'Alby aprés fon
frere , qui étoit Abbé de Cluni
& de Saint Denis ; Loüis, Abbé
de Saint Maixant , &c. Artus
Gouffier époufa Helene d'Angeft
Dame de Maigni , fille de
Jacques , & de Marie de Mouy.
On voit dans l'hiftoire de la
belle Agnés Sorel , qu'Helene
d'Angeft avoit un genie trésfuperieur.
Les enfans d'Artus
Gouffier furent Claude , Marquis
de Boifi , Comte de CaraGALANT
347
3
vas , enfuite Duc de Roüanez.
& Grand Ecuyer de France ; &
Helene , mariée en premieres.
nôces à Louis de Vendôme Vidame
de Chartres ; & en fecondes
, à François de Clermont,
Seigneur de Treves.Clau
de Gouffier fut marié cinq
fois. La premiere , à Jacqueline
de la Trémoille , la feconde , à
Françoiſe de Broffe , dite de
Bretagne ; la troifiéme, à Marie
de Gaignon , fille de Jean de
Saint Bohaire ; la quatrième , à
Claude de Beaune , fille de Jacques
, Baron de Samblançay
General des Finances de Fran348
MERCURE
çois premier.La cinquiéme, avec
Antoinette de la Tour- Landry,
Dame d'honneur de la Reine
Catherine de Medicis. Voilà
quels ont efté les illuftres anceftres
de Mr le Marquis de
Gouffier : il foûtenoit ce nom
avec beaucoup d'honneur & de
gloire.
M' de Bernieres , Major du
Regiment des Gardes . Il avoit
commencé à porter les armes
en qualité de Soûlicutenant . Il
-monte de cet employ à ceux de
Lieutenant &deCapitaine ,d'où
il fut enfin tiré il y a quelques
années pour eftreMajor, à caufe
GALANY 349
de fes longs fervices dans ce
Regiment. Il eftoit d'une maifon
confiderable de Normandie,
& alliée aux plus anciennes
de Paris.
. Mr de Contade , Capitaine
dans le même Regiment , eftmonté
par la mort de Mr de
Bernieres , à la charge de Major.
Cet Officier eft connu par
fa valeur & par la delicateffe
de fon efprit ; il a beaucoup
de merite. Il eft fils de feu Mr
de Contade , Capitaine des
Chaffes du Duché de Beaufort ,
& qui avoit porté les armes une
partie de fa vie. Il eft d'une
350 MERCURE
naiffance diftinguée.
La Compagnie qu'il laiffe
vacante a efté donnée à Mr de
S.- Paul Lieutenant & Aide- Major
dans le même Regiment , &
qui eft d'une ancienne maiſon
de la Province de Dauphiné,alliée
à celles de Savines & de
Longecombe.M' le Marquis de
Thoy,quifert en qualité deLicu
tenant general dans l'armée de
Piémont , eft de cette derniere
maifon, & par confequent proche
parent de Mr de S. - Paul.
Mr d'Orgemont , Capitaine
dans le Regiment. Il eftoit fre
re de Mr Foreſt , Confeiller
1
GALANT
35x
•
Parlement de Paris.
Sa Compagnie a efté donnée
à M' de Cliffon , Lieute
nant de Grenadiers dans le même
Regiment. Ce dernier eft
de la maiſon de Sauvaiſe , &
frere de M' de Cliffon , grand
Senéchal du Pays d'Aulnis . Feu
M' de Cliffon fon pere avoit
eu de N.... d'Efcoubleau- de
Sourdis , fa feconde femme
;
eMlle de Cliffon , fille d'honneur
de Madame , & qui époufa
enfuite M' le Marquis de Roquelaure
Lieutenant de la Gendarmerie
, & qui eft de la Province
de Rouergue ; dont la
352 MERCURE
maifon eft differente de celle de
M' le Duc de Roquelaure, qui
eft de la Province de Bearn.
L'une & l'autre font tres-anciennes
& tres - illuftres .
M' de Maigremont , Capitaine.
Il eftoit frere de M
de Colandre Colonel du
Regiment des Vaiſſeaux ; de
M Pecoil Mffe des Requeftes ;
& fils de M' le Gendre, dont je
vous ay appris la mort il y a
quelque temps.
Sa Compagnie a efté donnée
à M' de Seraucourt , Lieutenant
& Aide- Major dans le même
Regiment. Il eft frere de Mi
GALANT 353
de Seraucourt , ancien Intendant
de la Generalité de Berry ,
& Maistre des Requeftes ; & de
M' l'Abbé de Seraucourt , dif
tingué par fa doctrine & par
fa vertu. La Maifon de Seraucourt
eft tres ancienne dans la
Robe.. M' de Saint - Paul , de
Cliffon , & de Seraucourt qui
ont efté nommez Capitaines ,
eftoient les trois plus anciens
Lieutenans du Regiment ; ainfi
le Roy en rendant juftice à leur,
merite , n'a fait que les nommer
felon leur ancienneté .
M' de Luzancy, Aide- Major
du même Regiment , eft mort
Juin 1706.
Gg
354 MERCURE
de fes bleffures à Tirlemont.
Il cftoit d'une tres- ancienne
maifon dont le nom eft Gomer
-
& qui eft alliée à celle de Noailles
par
la maifon de Vignacourt.
Il eftoit petit- neveu de
feu Mr de Vignacourt , dernier
Grand Maistre de l'Ordre militaire
de S. Jean de Jerufalem ;
& neveu de Mr l'Abbé de Luzancy,
Docteur de Sorbonne &
Archidiacre de Meaux , qui dedia
à la memoire de ce Grand-
Maiftre , fon Aulique , lorfqu'il
prit le Bonnet de Docteur il y
a deux ans. Mr de Luzancy qui
vient de mourir , a cfté fort reGALANT
355
gretté dans fon Corps , où il
eftoit auffi eftimé que Mr l'Abbé
de Luzancy , fon oncle , l'eft
de tous ceux qui le connoiffent.
L'Aide Majorité qu'il a laiffé
vacante , a efté donnée à Mr
Devize , ancien Lieutenant . Le
nom qu'il porte m'empêche de
vous en parler ; il y a longtemps
qu'il eft dans le fervice ,
quoy qu'il foit encore affez
feune. Il a efté dangereufement
bleffe au fiege de Mons . Il eft
Chevalier de Saint Lazare & de
Saint Louis . Son nom eft connu
de tous les anciens Officiers ,
Gg ij
356 MERCURE
à caufe des fervices fignależ
qu'ont rendus plufieurs de ceux
qui l'ont porté. Je vous ay
amplement parlé de cette famille
, en vous apprenant la
mort de Mr Devizé , Lieute
nant des Gardes du Corps . Ce .
luy qui vient d'eftre fait Aide
Major , a deux freres dont l'un
eft Abbé & Licentié de Sorbonne
, & Abbé de Leftret ; &
l'autre Lieutenant de Vaiffeau ,
& un coufin - germain de fon
nom , qui a eſté élevé Page du
Roy , & qui eft Capitaine dans
le Regiment de Cavalerie quis
fert en Piémont,
GALANT 37
Mrade Seraucourt a auffi
laiffé en devenant Capitaine ,
une Aide Majorité vacante, qui
a cfté donnée à Mr d'Arboual
ville, neveu de M ' d'Artagnan,
& proche parent de Mr le Maréchal
de Vauban . Il faut que
le merite de Mr d'Arbouville
ſoit bien connu , puiſqu'eſtant
encore dans unâge peu avancé,
il a efté nommé à une Aide- Majorité
, qui demande beaucoup
d'application. Mrs d'Arbou
ville font allicz de Mrs de Bouville
, Polart , de Seraucourt
& Quentin- de Rich bourg.
M Miſtral , Lieutenant do
7
358 MERCURE
Grenadiers dans le même Regiment.
Il eftoit de la Province
de Dauphiné , & allié aux meilleures
Maifons du Parlemens
de Grenoble, où fes ayeux ont
poffedé des Charges confiderables.
Il eftoit fort eftimé dans
les troupes , & il fervoit depuis
le commencement de la derniere
guerre.
M le Chevalier de Ris , Lieutenant
dans le même Regiment.
Il eftoit d'une des plus
anciennes Maifons du Royaume
. Il eſtoit proche parent de
M' le Marquis de Ris , qui a
efté tué à la Bataille de Luzzara,
GALANT
20
359
& qui eftoir fils de feu Mr le
Marquis de Ris , dont la veuve
a époufé depuis quelques années
Mr le Marquis de Saffy
prifonnier en Angleterre depuis
deux ans.
Mr de Remilly-le Lougleur,
auffi Lieutenant dans le même:
Regiment. Il eftoit d'une des
meilleures Maifons du Royaume
; elle y eftoit connue dés le
regne de Philippe de Valois.
Celuy dont je vous apprends
la mort, eftoit encore fort jeu
ne ; il avoit déja pourtant don
né des marques de fon coura
ge en plufieurs occafions .
360 MERCURE
Je vous parleray le mois pro
chain des deux autres Capitai
nes qui ont efté tuez, & de ceux
qui ont efté nommez à leur
place, ainfi que des Lieutenans,
& du troifiéme Aide- Major ,
dont les places vacantes ne font
pas encore remplies.
La Reine d'Espagne ayant,
ainfi que vous avez fçû , pris
le maniement des affaires aprés
le départ du Roy pour la Cata
logne ; cette Princeffe prit dans
le Confeil, avec lequel elle gou
vernoit , une refolution bien
digne de fa prudence , de fon
efprit & de fes lumieres. Le
Royaume
GALANT 361
Royaume d'Aragon , qui cft
fitué dans les terres , & à qui
par confequent il eft tres- difficile
de faire commerce de quantité
de choſes dont il aborde,
demandoit depuis long- temps
aux Rois prédeceffeurs de Philippe
V. qu'ils luy accordaffent
un Port où il pût eftablir fon
tup
commerce. Ce Royaume n'avoit
pû l'obtenir , parce que
celuy de Valence & la Principauté
de Catalogne s'y oppo
foient
; mais la Reine voyant
leur revolte , & croyant qu'il y
avoit de la juftice à récompen
fer la fidelité du Royaume
Juin 1706. 201
Hh
362 MBRCURE
R
d'Aragon , fans s'arreſter aug
oppofitions précedentes de cas ]
deux pays revoltez , a accordé
à ce Royaume la Ville de Tortofe
, & celle de Lerida , pour
luy faciliter le paffage de fest
marchandifes
. Le Royaume
d'Aragon en eft penetré de re
connoiffance , & tous les Etats
de cc Royaume font bien re
folus de fe maintenir dans CC
Privilege , & de prendre les armes
même , s'il eft neceffaire
de l'aveu du Roy , pour s'oppofer
aux Catalans , pour les
punir de leur rebellion, & pour
Te maintenir dans les lieux que
GALANT 363
Să Majefté Catholique unit à
leur Royaume, aux mêmes conditions
que ce Prince eft reconnu
pour legitime & unique
Souverain dans tous les autres
lieux qui en dépendent . Cette
action de la Reine a reçû de
applaudiffemens , & elle grands
a efté regardée comme un coup
d'Etat dans la conjoncture prefente
, & qui peut produire de
bons effets pour toute l'Efpagnc.
L'article que vous allez lire,
eft une fuite de la marche du
Roy d'Espagne pour fe rendre
à Madrid , à fon retour de Ca
૨
Hhij
364 MERCURE
•
119
talogne . Ce Monarque partit
de Perpignan le 24 de May en
chaife de pofte. Il paffa par S.
Jean - Pied -de-Porc , & il arriva
le 2 de ce mois à Pampelune,
accompagné de Mrs le Comte
de Benavente , dans fa chaife ;
de Mr le Conneftable de Caftille
, & de Mr le Duc de Medina
Sinodia , dans une Berlingue;
de Mr le Duc d'Offone , à cheval
, fa chaife s'eftant rompues
de Mr le Duc de Noailles , dans
fa chaife . Sa Majeſté Catholique
fut reçûë de tout le peuple
de Pampelune , avec de grands
applaudiffemens , & de grandes
GALANT 365
"
marques
de joye ; & Elle dit
en yy arrivant , qu'Elle ne vouloit
point avoir jufqu'à Madrid
d'autre escorte & d'autre garde
que
que l'amour
& la fidelité de fes
vrais Sujets. Cette confiance,
qui fait honneur à la nation
Efpagnole, fembla faire redou-
Bler l'amour qu' Elle avoit pour
un Prince fi digne de la commander.
Toute la Nobleffe des
environs de Pampelune
avoit
monté à cheval , fur l'avis qu'-
elle avoit eû que le Roy d'Efpagne
y arriveroit , inceffamment
; & le peuple même
s'eftoit mis en chemin pour fe
Hh iij
366 MERCURE
les
rendre à Pampelune , de ma
niere que le 3 au matin il s'y
eftoit trouvé une grande foule
des uns & des autres . Tous
ceux qui eftoient en eftat de
porter les armes , prirent
pour faire honneur à leur Souverain
, & joncherent de fleurs
les chemins par où il devoit
paffer. On affure que tous les
peuples firent la même choſe
jufqu'à Madrid , où Sa Majeſté,
qui eftoit partie le 3 au matin,
arriva le 6. Sa Majesté croyoit
y entrer , avant qu'on y fût
averti de fon retour ; mais on
y avoit déja appris cette heu-
"
GALANT 367
roufe nouvelle. Ceux qui en
farent avertis affez tôt , fortirent
avec un empreffement digne
de leur zele , & de leur
fidelité , pour aller au- devant
de Sa Majesté. Elle y fût reçûë
avec des acclamations , des applaudiffemens
& des cris de joye
qui paffent toute expreffion.
Ces tranfports de joye furent
fuivis de tous les témoignages
publics & particuliers , qui pou
voient en faire paroiftre avec
éclat la fincerité ; & il feroit
mal- aifé de décider entre les
Grands , la Nobleffe , la Bourgeoifie
& le peuple , de quel
Hh iiij
368 MERCURE
côté ces tranfports de joye onr
été plus finceres ou plus grands.
Le foir & la nuit du même jour
fe pafferent en illuminations , en
feux de joye que firent les ha
bitans , en feux d'artifices &en
réjouiffances publiques & par
ticulieres. Tout Madrid paroif
foit en feu ; & les illuminations
y font d'autant plus belles ,
qu'elles ne s'y font qu'avec de
gros flambeaux de cire blanche,
& que le nombre en eft toû
jours fort grand. On vouloit
continuer les nuits fuivantes ;
le peuple demandoit même des
feltes d'une autre nature , &de
GALANT 369
cas Combats de Taureaux , qui
font de tous les temps fi fort au
gouft de la Nation. La Ville y
eftoit refolue , & les Grands
eftoient auffi de ce fentiment ;
mais les frais en cftant prodigicux
, le Roi a voulu leur épar
gner de ſi grandes dépenfes ,
qui ne pouvoient fervir qu'à lui
témoigner un amour & un zele
dont il ne doute nullement , &
dont il reçoit d'ailleurs tant
d'autres preuves : cependant il
moins fallu que l'auton'a
pas
Lité
Royale
pour
l'empêcher
. Je
vous
donnerai
peut
- être
le mois
prochain
, un
détail
plus
cir
370 MERCURE
conftancié de tout ce qui s'eſt
paffé à l'occafion du retour de
fa Majefté Catholique en Espa
fur fa route &
gne ,
ainfi
que
dans Madrid .
Je dois ajoûter icy , que le
mauvais fuccés des affaires de
Catalogne , loin d'avoir caufé
la moindre alteration dans l'ef
prit des Grands , & parmy rouš
les peuples d'Efpagne , ils pro
teſtent tous qu'ils ne reconnot
tront jamais l'Archiduc pour
lour Souverain , & qu'ils ne veu
lent point d'un Roi qui leur eft
offert par les Catalans, qu'ils ne
regardent plus que comme des
GALANT 371
fujets infideles ; & par les Portugais
, qui font leurs plus mor
tels ennernis, & qui ne font que
des fujets revoltez , qui fe font
fouftraits de la Puiffance d'Ef
pagne.
Quant aux affaires de la guer
re avec le Portugal , il y a de
l'apparence qu'elles changeront
bien-toft de fituation , & que la
Campagne
d'Automne
fera
avantageufe
aux Efpagnols.Les
Alliez qui s'eftoient propofez
d'aller jufqu'à Madrid ,
trouvent préfentement
bien
éloignez , & font tout- à - fait
hors d'efpoir de pouvoir faire
s'en
372 MERCURE
conunTeul
pas en pas en avant . Les Poftugais
, plus
fages
& qui connoiffent
mieux
les difficultez
qu'il
leur
auroit
fallu
furmonter
, s'ils avoient
fuivi
l'inten
tion de Mylord
Galloway
, ont
abſolument
refufé
de fe co
former
à fes fentimens
& à
ceux
des
Hollandois
: ce qui a
caufé
de grands
démêlcz
parmi
eux. Mylord
Galloway
en
a fait faire de
grandes
plaintes
au Roy de Portugal
; & fes
plaintes
ont efté tresmal
recues.
La Princeffe
de Dannemarck
a fait les mêmes
plaintes
à l'Ambaffadeur
de PortuGALANT
373
7
gal qui eft à Londres ; & comme
il a répondu à cette Princeffe
d'une maniere dont elle
n'a pas paru contente , cet Ambaffadeur
ne va plus à la Cour
voyant bien qu'il y feroit mal
reçu . Cependant les Espagnols
fe mettent en eftat de faire une
campagne d'Automne des plus
vigoureufes ; puifqu'outre les
Troupes qui font levées par
plufieurs Corps , & celles que
fourniffent tous les Ordres militaires
, la Cavalerie commandée
par Mr le Maréchal Duc
Berwick eft tres - belle & tresbien
montée , & qu'elle confif374
MERCURE
te en sooo. chevaux. Je nb dis
rien de ſon Infanterie, qui comu
pofera une armée des plus nome
breufes , lorfqu'elle fera jointe
à celle des Corps & des Ordres
dont je viens de vous parlerd
& aux 30. Bataillons François
qui doivent eſtre prefentement
à Madrid , ou du moins fortp
près de cette place , avec 200b
Efcadrons
, qui les accompag
gnent . Ainfi il y a lieu d'efperer
que les Alliez qui font entrez
en Eſpagne , fe trouveront dans
peu fort embaraffez.lero
Vous fçavez que le Roy
Roy an
nommé Monfieur le Duc de
GALANT 375
Vendôme , pour commander
en Flandres. Îl n'y a pas à dou
ter que ce Prince qui entaffe
victoire fur victoire , qui n'a
pas moins triomphé par fon
habileté
& par fa valeur , que
pato la parfaite connoiffance
qu'il a du métier de la guerre,
qui a toûjours fait voir autant
de prudence & de conduite , en
imaginant tous ces grands projets
qui ont toûjours réüffi, que
de vivacité en les executant
toûjours prévoyant , toûjours
careffant, toûjours bien- faifant, 1
toûjours l'ame d'un combat, en
fe trouvant par tout pour ani376
MERCURE
mer les troupes , & pour les
engager par fa préfence à le fuivre
; enfin toûjours agiffant, &
donnant toûjours fes ordres de
tous côtez , & toûjours bien
" inftruit des forces & de la fitua
tion des Ennemis : il n'y a pas
icu , dis- je , de douter que ce
Prince ne porte avec luy en
Flandres , toutes ces grandes
qualitez . Un parfait General
d'Armée eft par tout le même ;
& comme il n'y a pas lieu de
craindre que Monfieur de Vendôme
en Flandres foit different
de Monfieur de Vendôme en
Italie , il y a fujet d'efperer que
GALANT
377
"
la fortune , qui toute fortune
qu'elle eft , fe trouve fouvent
obligée de prendre le party
d'un habile & vigilant General,
s'attachera bien- toft à celui qui
par mille raifons qui feroient
trop longues à rapporter, fçaura
luy impofer des loix.
Je ne dis rien de fon Alteffe
Electorale de Baviere ; il y a
long- temps que ce Prince eft audeffus
de toutes les louanges
qu'on pourroit luy donner . On
fçait la terreur que fon nom a
infpiré dans tout l'Empire Ottoman
; qu'il a fouvent raffermy
le Trône chancelant de
Juin 1706. Ii .
•
378 MERCURE
l'Empereur défunt ; & que pat
tout où ce Prince a combatu
~Outre
a
toujours
marche
fur fes traces. Juloq flog
quJ'aurois
mille chofes
à dite
de fon Alteffe
Royale
Mon
fieur le Duc d'Orleans
, que le
Roy a nommé
pour comman
der en Italie . Jamais
Prince n'a
fouhaité
avec plus d'ardeur
, de
fe voir à la tefte des troupes
pour fervir le Roy & l'Etat , &
quand
on cherche
fi vivement
& de fi bonne-foy , à s'expofer
aux plus grands
périls , c'eft une
marque
indubitable
que l'on
ne les craint pas , & que l'on
GALANTA 379
auga toute lafermeté neceffaire
pour affronter les plus redou→
tables ennemis
. Ce que je dis ,
n'eft point par maniere de prophetic
, ce Prince , beaucoup
plus jeune que ceux dont je
viens de vous parler , & qui le
toit encore d'avantage dans le
Comps du combat de Steinkerque
, & lorsqu'il fir quelques
campagnes en Flandres , parût
dés ce temps -là auffi intrepide,
& auffi incelligent dans le métier
de la guerre , que s'il avoit
appris à combattre dés le ber
ceau . H s'expofa aux plus grands
périls , avec une fermere dont
Iiij
380 MERCURE
on trouve peu d'exemples, Le
fer & le feu ne l'étonnoient
point ; & ayant eſté blefféquil
vit couler fon fang avec un fens
froid digne de la Maifon de
Bourbon : & fi fa bleffure luy
donna lieu de faire paroître
quelque impatience , elle n'étoit
caufée que par le defir at
dent qu'il avoit de retourner au
combat. Ce Prince donna en
cette occafion de fi grandes
marques de generofité & de
bonté tout enfemble pour
les bleffez , qu'il faudroit pour
vous donner feulement unc
idée de tout ce que ce Prince fit
ン
GALANT 381
de grand & de remarquable en
cette occafion , rapporter icy
June partie du Volume que j'ay
fait imprimer du combat de
Steinkerque , & que j'ay dédié
acePrince , & dans l'Epitre duquel
on en voit un éloge qui
faifoit connoître,dés ce tempslà
, ce que l'on en devoit attendre
, & qu'ilnous fera voir fans
doute dans peu , fi les conjonc
ctures fe trouvent favorables.
ab Vous fçavez que M¹ le Maréchal
de Villars doit commander
fous ce Prince en Italie . Le
combat de Fridelinghen ; fon
spaffage en Allemagne au tra
382 MERCURE
&
vers des montagnes, aprésavoin
pris Neubourg ; la prifebdu
fort de Kell , aprés avoit done.
né la chaffe au General Bibrac
le repos rétabli dans les Sevennes
, autant par fon eſprit
par fa prudence , que par la
force des armes ; la campagne
qu'il fit perdre l'année derniere
Mylord Marlborough , qui
aprés l'avoir tâté plufieurs fois
n'ayant ofé l'attaquer, retourna
en Flandres en furnt toûjours ,
en abandonnant fes munitions
& fes provifions , & en perdant
toûjours beaucoup de monde
par la défertion ; & ce que ce
ang
IGALANT 383
Maréchal vient enfin de fairey
en dégageant le Fort - Louis ,
enoreprenant Haguenau , &
en fe faififfant des lignes de la
Lourer & de la Motern tou
tes ces chofes , dis je , font fi
recentes & fi connues , qu'il
n'eft pas neceffaire de vous rien
dire davantage, pour vous don
ner une idée de ce que l'on doit
efperer de M' le Maréchal de
Villars.
M le Maréchal de Marcin ,
qui va remplir fa place en Allemagne
, qui a gagné la moitié
de la derniere bataille
d'Hochfter, qui s'eft diftingué
en plufieurs autres occafions
384
MERCURE
cftant né d'un fang tout belli
queux, & qui a appris à vaincre
fous l'un des plus
grands Prin
ces qui ait
jamais
porté les armes
, doit tres - bien
remplir la
place qu'il va
occuper.
Je vous envoye un extrait
d'une lettre de
Dankerque
,
dattée du 22, de ce mois , qui
yous donnera une idée affez veritable
de la
fituation prefente
des affaires de
Flandres ;
cependant
il y a lieu de croire qu'avant
que vous receviez ma lettre,
les
ennemis feront attachez
à
quelque fiege . Mais il n'eft
pas feurqu'ils puiffent l'achever
en repos , tant on prend de juli
tes mesures pour
empefcher l'ef
nfer
GALANT 385
fet de leurs vaftes projets , dont
je puis vous affeurer prefentement
qu'ils auront bien de la
peine à entreprendre feulement
la quatrième partie fans eftre
affeurez de reüffir ; quoiqu'ils
fe foient rendus maiftres de quelques
places importantes , où ils
ont efté introduits par la frayeur
& par la trahifon. Comme ces
places ne leur ont coûté que
le
temps neceffaire pour y faire
entrer des troupes, on peut dire
que depuis l'avantage qu'ils ont
remporté, ils font demeurez pendant
plus d'un mois dans l'ina-
Ation ; & felon le fentiment des
plus habiles Officiers de l'un &
de l'autre parti , ils n'ont pas profité
autant qu'ils auroient pu
faire, des faveurs de la fortune.
Kk
Juin 1706 .
386 MERCURE
Mr le Maréchal de Vauban af
riva ici hier au foir , pour commander
dans la place , à Íprés , Furnes,
Bergues & Gravelines. Sa prefence
raffure bien les peuples , & l'esprit de
ceux qui craignoient le fiege de Duns
kerque , queje n'aypas crû que l'on
puft faire cette campagne ; en quey
mon fentiment s'eft trouvé conforme
à celuy de beaucoup d'autres , à moins
les Ennemis ne trouvaffent
moyen de fe rendre maitres d'Oftende
, de Nieuport & de Furnes , auli
facilement qu'ilsfe le font imaginez:
ces trois places étant plus quefuffifantes
pour les occuper tout l'Efézencore
faudroit-il que la fortune continuaft
à les favorifer : A quoi ily
a peu d'apparence , ces trois places
eftant prefentement en état &pour.
vies des chofes neceffaires , par les
que
GALANT 387
foins & la diligence qu'on a eu à les
fecourir de toutes parts , particulierement
d'ici , où on remplace d'ailleurs
ce qu'on en a tiré . Il est arrivé
à la pointe du jour , une Chaloupe
d'Oftende , qui en eft fortie hier à dix
beures du foir , & dont le Commandant
a rapporté que les ennemis
n'avoientencore rien fait contre cette
place ; que l'on y eft dans la refolution
d'yfaire une trés - vigoureufe defenfe,
& qu'on n'y manquoit plus de
sien. On avoit appris la veille , que
les ennemis s'étoient retirez d'auprès.
de Nieuport , & que le Corps de leurs
troupes qui fembloit deſtiné pour attaquer
cette place , s'eftoit raproche
d'Oftende , & que l'apparence qu'il
yavoit qu'ils vouloient faire les deux
freges à la fois , s'étoit fort diffipée.
En un mot , toutes chofes, commen-
K kij
388 MERCURE
cent à reprendre un meilleur train:
On attend ici ce foir quatre mille
Pionniers , & dans deux fois vingtquatre
heures , ily en aura encore
huit mille. Ces douze mille font deftinezpourfaire
deuxCamps retranchez
entre la Ville de Dunkerque & le
Fort- Louis , c'eft à- dire , l'un entre
le Canal de l'Amour , & celui de
·Bergues ; & l'autre entre celui de
Bergues , & celui de Bourbourg ; au
moyen defquels on ne croit pas que
cette place puiffe efire attaquée ,
parce qu'en cas de befoin on mettra
dans ces deux Camps quinze mille
bommes.
Les inondations d'Oftende & de
Nieuportferont dans leur perfection ,
aprés cette vive eau, qui commence aujourd'huy
; ( c'est - à- dire, aprés cette
nouvelle marée , qui augmente pens
GALANT 389
dantfix jours & diminueenfuite ; ) enforte
que fi les ennemis les attaquent,
ils trouveront à qui parler : mais ils
paroiffent encore fort incertains , &
ils continuent à donner de la jaloufie
également à toutes les places
de deçà , depuis Tournay , Menin
, Ipres , & à celles qui font le
long de la mer & queje viens de nommer.
Il paroift que les ennemis balancent
fort , & qu'ils voudroient
nous obliger à dégarnir quelqu'une
de nos places , pour s'y jetter ; mais
ils n'y réuiront pas. Ainfi ils ne
peuvent que faire un grand ſiege,
sils en font un.
Nos Galeres font dans notre Canal
, qui échouent chaque marée ,
fans fe faire tort , & font toujours.
prêtes à fortir à la moindre occafion,
"C'est un bonheur qu'elles nefoient pas,
Kk iij
390 MERCURE
entrées dans Oftende ; car elles y fea
roient en rifque fans nulle utilité
elles auroient eu peine d'en fortir
quand elles auroient voulu le faire
Les Ennemis ont vingt buit Vaißfeaux
devant Oftende & trois devant
Nieuport.
Les Moufquetaires & les Grena
diers à chevalfont toujours ici les.
bleffez s'y gueriffent , & les fains continuent
de s'y bien porter.
F'oubliois de vous dire , qu'on avoit
eu deffein de former aufli nos inonda
tions , dont tout le plat Pays auroit
efté ruiné ; ce qui auroit efte terrible.
Mais Mrde Moyenville , nôtre Ingenieur
, homme trés- capable , &
d'un fens merveilleux autant que
d'un jugement folide , s'y eft oppofe ;
& s'eft contenté de faire mettre les
eaux douces dans tous les canaux ,
GALANT 391
Foffez & Vvatregants qu'il a fait
remplir , afin qu'en y mettant Peaun
falée , elle n'euft qu'à fe répandre s
ce que Mr de Vauban a fort approuvé
; enforte que l'on ne formera
les inondations qu'à l'extrémité.
Enfin il paroift , par les dernieres
Lettres de Flandres , que
les Alliez fe font déterminez au
Liege d'Oftende , & qu'ils n'en
feront point plufieurs à la fois .
Mr d'Owerkerque , aprés avoir
reconnu luy- mefme la Ville de
Nieuport , & avoir remarqué
qu'il n'eftoit pas poffible de fai
re paffer des troupes au - delà du
Canal qui conduit à Furnes , ni
au - delà de celuy qui va de
Nieuport à la Mer , & qui en
forme le Havre , & qu'ainfi ne
392 MERCURE
pouvant l'enveloper tout- à - fait,
principalement du côté de Dunkerque
, le fiege ne s'en pourroit
faire dans les formes : On
refolut de commencer par le
fiege d'Oftende ; & pour cet effet
, l'Armée commandée par ce
General , décampa le 19 des
environs de Nieuport , & da
Fort de Nieuwerdam , dont on
ne jugea pas à propos de pouffer
l'attaque , aprés qu'on eut laiffé
3 Bataillons avec 8 à 900 chevaux
feulement , pour garder
quelques poftes dont on s'étoit
emparé fur le Canal qui va de
ce Fort à Oudenbourg. Elle
'vint le foir du mefme jour camper
à Mariekerke fur la cofte,
& proche du Fort d'Albert , qui
n'eft qu'à demie - lieuë d'Often
GALANT 393
de . Comme c'eft le feul cofté
par où la place peut eftre attaquée
, on prétend que la tranchée
a dû y eftre ouverte le 22 .
J'en fçauray peut - eftre des nouvelles
plus precifes avant de
fermer ma Lettre . Le meſme
jour 19 , Mr d'Ovverkerque fic
marcher au- delà du Canal de
Bruges , un détachement qui le
paffa en Plaffendal , pour occuper
tout le terrain depuis ce
Port jufqu'à la Mer ; de forte
que l'on affure qu'Oftende fut
invefti le 20 de tous coftez ,
tant par terre que par mer. Mais
il paroift neceffaire que
les ennemis
s'emparent du Saz de Fliques
, & du Fort de faint Philippe
qui le couvre ; parce que
tant que nous en reſterions maî
394 MERCURE
tres , nous le ferions auffi des
caux jufqu'à Bruges . L'Armée
de Mr le Duc de Marlborough
eft poftée à Rouffelar , où elle
a cftabli fon quartier general ,
pour couvrir le fiege d'Oftende .
Il y a de l'apparence que ce
fiege fera rude , en cas qu'il continuë
; la place ne manquant
> de rien & Mr le Comte de
la Mothe qui y commande les
troupes , fe promettant de faire
une vigoureufe refiftance . D'ail
leurs , les Matelots de la Marine
ne manqueront pas de continuer,
comme ils ont commencé ;
à faire fentir aux ennemis des
effets de l'Artillerie qu'ils gou .
vernent & qui, a déja obligé
leurs Vaiffeaux à reculer . Ce-
>
pendant nos troupes groffiffent
GALANT 395
de tous coftez ; & l'on a déja
formé des Camps en plufieurs
endroits . Il y en a un fous
Ypres , de plus de vingt mille
hommes. L'Artois fournit des
grains ; & cent cinquante chariots
chargent des munitions
d'Artillerie à Douay. Il y a
dix mille chevaux dans les Villes
d'Artois qui confomment le
fec , & qui par ce moyen confervent
pour l'hyver ce qui eft
prefentement fur la terre.
On travaille à un Camp fous
Tournay , qui doit eftre aux ordres
de Mr le Maréchal de Vau
ban .
On reçût le 23 , à Arras , ordre
de faire partir 3000 pionniers
de cette Province pour
fe
rendre à Dunkerque ; & il y
396 MERCURE
eft en mefme tems arrivé un ora
dre de faire partir 300 chariots
pour mener des munitions à
Calais ce qui a eſté auflì- colt
éxecuté.
Enfin je viens de voir des Lettres
de Dunkerque du 26 , qui
portent que l'on n'y avoit point
encore appris de nouvelles de
l'ouverture de la tranchée devant
Oftende, Ce retardement
eft confiderable , & pour peu.
qu'il dure encore , & que le
fiege traîne en longueur , les
Alliez courent rifque de ne le
pas achever tranquillement . On
dit que les Canons & les munitions
leur manquent ; parce que
nous avons trouvé moyen de
faire écouler l'eau des canaux
fur lefquels on les tranfportoit.
Lat
GALANT
397
Le mot de l'Enigme du mois
dernier étoit les Livres . Ceux qui
l'ont deviné , font Mrs l'Abbé
Chevrigny Boubeferoux : de
Silly Simon Bigot le jeune :
Troifdames l'aîné , de la ruë
Sainte Croix ; & fon aimable ſocieté,
de la ruë Saint Dominique:
Jacquot Bourlier : Râflin ,
de l'Hôtel de Navaille ; & le
folitaire Defangloux : le folitaire
du marais : l'Amant fecret
des deux Piliers d'or de la ruë
Saint Jacques le Soûchantre,
& le Pilier de Saint Severin :
Tripault ; & fon Amy l'Efope :
l'Agreable dans les
compagnies :
le Nivernille bon amy : le Compere
Amant : Mlles d'Ombale ,
de Champagne : Catherine Lamoureux
, de Saint Germain ; &
LI
Juin 1706.
398 MERCURE
la chere amie Bouttevilain ?
Henriette Gourlade , de la ruë
Aupin : Babet ; & fon cher amy
le Chevalier : Bobeti foeur du
C ..... Bobeti : Lenain , de la
rue des Bourdonnois : Dangache
Joüanne ; & l'Abbé fon
coufin : l'Aimable Fanchon ; &
la Charmante Gogo : la belle
Amynte , du Fleuve de la ruë
des Bourdonnois : la Brune de la
ruë de la Lingerie : la Belle , du
Faubourg Saint Marceau : la
plus aymable Brune , de la ruë de
la Savonnerie ; & fon Compere :
& la bergere Climene ; & fon
Berger Tircis.
Vos amis , dites - vous , trouvent
depuis quelques temps, les
Enigmes que vous recevez trop
faciles ; ce qui m'oblige à vous
GALANT 399
en envoyer une qui donnera
beaucoup d'exercice à leur efprit
. Elle eft d'une perfonne de
voftre fexe , qui prend le nom
de Sylvie du Havre.
ENIGM E
D'une triple prifon je me trouve enfermé
,
Dés le premier moment que je reçois
la vie ,
Il faut pour en fortir, que ma mere
aßervie ,
Paffe fous le tranchant d'un homme
bien armé.
Fetit pendant ma vie , ainsi qu'en
ma naiẞance ,
La nature me donne une telle puif.
fance,
Llij
400 MERCURE
Que je peux produire un geant
Ill'eft à mon égard, quand il a re- તે
ceu l'eftres
Et quoiqu'il fait mon fils , par un
retour changeant ,
Chaqu'an dedans fes bras on croit
me reconnoi (tre.
S
Je blanchis des mes premiers jours ;
Et noircis quandj'avance en âge.
Ilfaut que je le fois , pour me mettre
en uſage ;
En vain , auparavant on cherche
mon fecours ,
M'arrachant des bras de mon
pere,
Eftant encore caché dans le fein de
ma mere.
ន
J'ay peu de choſes à vous dire
de l'Armée de Mr le MaréGALANT
401
chal deVillars, Quoique ce Maréchal
ait efté obligé à faire des
détachémens pour l'Armée de
Flandres , les ennemis ne paroiffent
pas avoir plus d'empreffement
pour l'attaquer ; il eſpere,
quoique fes forces foient diminuées
, & celles des ennemis
augmentées , pouvoir conferver
fes conqueftes , & tâche à mettre
toutes chofes en état pour
cet effet . Et comme les ennemis
luy laiffent confommer les
fourrages, ils ne fubfifteront pas
fans peine , s'il arrive qu'ils paffent
le Rhin ; & toutes les lignes
qui ont efté rétablies , leur
coûteroient cher à reprendre.
Monfieur le Prince de Bade
roit faire des difpofitions pour
paffer le Rhin à Philisbourg ;
pa-
LI iij
402 MERCURE
mais quoi- qu'il faffe , il paroist
encore plus enteſté de fa juftification
, & le plus grand foin
qui l'occupe prefentement , eft
de faire diftribuer des Manifeſ
tes , par le moyen defquels il
tafche à faire connoiftre que
ce n'eft pas la faute s'il s'eft mis
trop tard en campagne l'année
derniere , auffi - bien que celleci.
Quoi- qu'un parti de la garnifon
de Landau ait enlevé un
de nos Directeurs des Vivres ,
avec une fomine de vingt mille
livres, cet avantage eft peu confiderable
en comparaifon des
pertes qu'elle fait tous les jours.
Il faut qu'elles foient bien continuelles,
puifqu'en divers tems
nos partis ont fait jufqu'à deux
cens prifonniers , & je viens de
1
1
GALANT 403
voir une lettre de Metz , qui
porte , qu'ils ont efté amenez
à Chaalons , avec trois chariots
les chargez de malades ; & que
Officiers font reftez à Metz , où
ils ont la Ville pour prifon.t
La fituation où font prefenrement
, Monfieur le Duc de
Vendofme, & Monfieur le Prince
Eugene , donne lieu de croire
qu'il y aura bientoft quel
que action . Mr le Prince Eugene
voyant à peu prés tousles fecours
qu'il attendoit arrivez , & que le
fiege de Turin , qu'il a pour but
de fecourir , avance fort , a refolu
de tout rifquer, & de forcer
tous les obftacles qui s'opfent
au deffein qu'il a formé
d'aller au fecours d'une Ville ,
dont la perte qui finiroit la
404 MERCURE
guerre de Piémont , feroit câu
Le que la France pourroit employer
utilement ailleurs , les
troupes qui font ce fiege . Monfeur
le Prince Eugène a fait
faire un grand nombre de bat
seaux de cuivre pour paffer l'Adige
, & tout l'avantage femble
eftre de fon cofté , comme il y
a toûjours efté lorsqu'il s'eft agi
de forcer des paffages fans neanmoins
que jufqu'à prefent il aic
pû profiter de cet avantage pour
paffer en Piémont . Ce Prince
peut ramaffer toutes les forces
en un feul endroit, pendant que
celles de Monfieur de Vendofme
font obligées de s'étendre
dans un espace de quarante milles
de longueur , & de fortifier
toute cette étenduë , pendant
GALANY 405
que le Prince Eugene peut fe
promener tranquillement avec
fes troupes le long de cet efpace
, & de tafcher de forcer le
paffage dans l'endroit qu'il luy
plaira . S'il choifit un des bouts ,.
les troupes de l'autre bout auront
bien du chemin à faire avant
qu'elles puiffent arriver ,
pour donner du ſecours à l'endroit
que l'on forcera . Cependant
, Monfieur de Vendofme le
promet de donner bien de la befogne
au Prince Eugene ; & il a
imaginé une chofe qui n'a point
encore efté pratiquée en pareille
occafion . Il prétend , que par
le moyen des fanaux qu'il a fait
faire , & des fignaux qu'il a imaginez
, découvrir tous les mouvemens
des troupes du Prince
406 MERCURE
Eugene, & faire porter le remede
aux endroits où le mal fe
ra le plus grand. Toute l'Italie,
& même tous ceux qui fçavent
la fituation où fe trouvent ces
deux Princes , font fort attentifs
à tout ce qui fe paffera ; &
les deux Partis ne font pas fans
inquiétude .
Vous attendez fans doute que
je vous parle du fiege de Turins
mais comme j'efpere vous en
donner , dans les premiers jours
du mois d'Aouft , une Lettre
entiere, qui accompagnera celle
que je vous envoye tous les mois,
je ne vous diray rien aujourd'huy
de ce fiege , fi ce n'eft que
par le moyen des grands trayaux
qu'on a faits pour eftre à
couvert dans la tranchée , on
GALANT 407
eft arrive fort proche des dehors
, fans perdre que tres- peu
de monde , & fans que les ennemis
ayent ofé faire de forties
pour nettoyer nos tranchées .'
De maniere qu'aucuns combats
I ne s'eftant faits pour les combler
& pour les refaire , comme
il arrive ordinairement à tous
les fieges nos troupes fe trouvent
auffi complettes , qu'elles
l'eftoient lorfqu'elles ont commencé
à ouvrir la tranchée . Je
dois ajoûter icy que Monfieur '
de Savoye ne croyant pas que
la Place dût eftre inveftie du
cofté du Pô , qu'il prétendoit y
demeurer & la défendre luymefnie
, jufqu'à ce qu'il fe vift
preffe d'en fortir ; mais voyant
que les paffages eftoient fermez,
408 MERCURE
& qu'on fe préparoit à le reffers
rer de plus prés , il n'a pas
crû
à propos de fe renfermer dans
la Place , où il a laiffé Mr le
Comte de Thaun , Allemand
pour commander , afin de fe
difculper avec les Alliez , en
cas que la défenfe de la Place
ne fût pas longue .
Il me reste à l'ordinaire beaucoup
de chofes à vous dire, que
je me trouve obligé de reſerver
pour le mois prochain. Je fuis,
Madame, Voltre , &c .
AParis ce 30 Juin 1706 .
APOSTILLE.
Mr le Duc de la Feuillade,
aprés s'eftre rendu maître de
Quiers & de Moncallier , a mis
cing Bataillons dans la derniere
GALANT 409
de ces Places , aux ordres de
Mr le Marquis d'Angennes , Colonel
du Royal - la- Marine . Les
Lettres du 23 de devant Turin,
difent que le bruit venoit de fe
répandre dans le Camp de la
reddition d'Afti ; mais que l'on
n'avoit pas une entiere certitu
dede cette nouvelle . Elles ajoûtent
, que le lendemain 24, 60
Canons de 24 livres devoient
tirer contre la Place , dont feize
devoient tirer à
boulets
rouges ;
ils devoient
eftre accompagnez
de 29 mortiers & pierriers d'augmentation.
Les mefmes Lettres
portent , qu'il y a 20 Bataillons
dans la Place , parmy lefquels
il n'y a que trois Regimens de
bonnes troupes , le refte eftant
ou Milices , ou Payfans levez
Juin 1706.
Mm
410 MARCURE
par force l'hyver dernier.
Une autre Lettre rapporte ca
qui fuit : Nous avons poußé trois
boyaux à la demie Sappe de noftre
feconde parallele , qui font à 60
toifes des trois angles de l'avantchemin
couvert ; qui fuivent la for-
-me des deux Baftions , & de la
demie - lune de la Citadelle à la porte
du fecours .
Nos bombes ont brûlé tout
un rang de Cazernes .
Les nouvelles de Barcelone
du 8. portent, que le pain y valoit
vingt cinq fols la livre , la
flotte en ayant à peine laifſé
pour la Maifon de l'Archiduc.
Ces Lettres ajoûtent , que lesMiquelets
de la campagne venoient
en foule pour le plaindre
à l'Archiduc de ce qu'ils n'y
GALANT 411
trouvoient plus rien ce qui
avoit obligé ce Prince de faire
ouvrir les greniers des Moines ,
qui avoient des grains pour plus
d'un an, leur promettant de leur
en donner le double , quand la
grande flotte feroit arrivée . Ce
qui caufe dans cette Ville une
grande divifion , d'autant plus
que l'on eft perfuadé que l'on
garde encore en Angleterre le
fecret fur les operations que
cette flotte prétend faire.
On mande de Cadix da 9 .
qu'il y eft arrivé quatre Vaiſ
feaux venant des Indes , chargcz
de riches marchandiles , &
de quelques millions de Piaftres
pour le Roy, & que 18 à 20 Vailfeaux
du Chevalier Leak font
rentrez dans le port de Life
Mm ij
412 MERCURE
bone, aprés avoir effuyé de grandes
bourafques dans la Mediterranée
. S'il eft vray que la flotte
de će Chevalier ait efté ainfi
maltraitée , comme on l'apprend
de plufieurs endroits , il n'elt
pas poffible qu'elle foit préfte de
débarquer à Oneille fix mille
hommes pour Monfieur le Duc
de Savoye , ainfi que fes Partifans
le publient ; & où pourroit-
elle avoir pris ces fix mille
hommes , puifqu'après le débarquement
qu'elle a fait à Barcelone
, des troupes qu'elle porteit
, on a toûjours affuré qu'il
ne lui en reftoit aucunes ?
Les Lettres du 24 de Turin
portent , que le Canon dont je
viens de vous parler , avoit commencé
à tirer ce jour- là. Que
GALANT
413·
la fortie de la veille avoit efte
tres -vive de part & d'autre ;
mais que les ennemis en fe retirant
, feparez en deux troupes
, s'eftoient battus les uns
contre les autres , l'une de ces
troupes ayant crû que l'autre.
eftoit Françoiſe, & qu'il y avoit
eu beaucoup de monde tué . Les
mefmes Lettres continuënt de
dire , que l'on croit au Camp
qu'Afti s'eft rendu .
Il est tombé une grefle fi
groffe fur la Cavalerie de Monfieur
de Savoye , que plufieurs
chevaux en ont efté tuez ; ce
qui a mefme obligé cette Cavalerie
à fe feparer.
Monfieur de Savoye , en fortant
de Turin , exhorta fort
Mr le Comte de Theun à faire
Mm iij
414 MERCURE
une vigoureuſe refiftance ; mais
fa fortie a fort refroidi le peuple
qui eft perfuadé que ce
Prince ne s'eft retiré que parce
qu'il apprehendoit d'eſtre pris
dans Turin
Patentes de General deMonfieur
le Duc d'Orleans
Lov
Juin 1706.
OUIS par la grace de Dieu,
Roy de France & de Navarre:
A tous ceux qui ces prefentes Lettres
verront , Salut : Ayant jugé à
propos de donner à nostre cher&bien
amé Coufin le Duc de Vendofme, le
Commandement general de nos Ar.
mées de Flandres , & eftant necef
faire de choisir un Chefpour prendre
GALANT
415
en fr place le Commandement general
de nos Armées d'Italie , nous
avons refolu d'envoyer noftre trescher
, & tres - amé Neveu le Duc .
Orleans ; tant pour répondre à
l'ardent defir qu'il témoigne depuis
long-temps de fe voir à la tefte de
mos troupes , & de pouvoir , en fignatant
fa valeur , fe vendre utile a
noftre gloire & an bien general de
l'Etat , que parce que nous reconnoiffons
, qu'entre Félevation d'ef
prit & lesfentimens qu'il à , dignes
de la grandeur de ſa naiſſance , il
a par fes foins & fon application
acquis de bonne heure l'experience,
lestalens neceffaires pour le Commandement
des troupes , ainfi qu'il
la fais affez paroiftre dans celuy
de noftre Cavalerie qu'il a exercé
avec toute l'habileté d'un grand Ca416
MERCURE
pitaine Nous avons de plus confideré
que be refpect que les gens
de guerre auront pour fa Perfonne ,
la joye de fervir faus fes Ordres ,
l'envie de s'en faire connoiftre , de
buy plaire & de fe diftinguer à fes
yeux , excitant en eux l'émulation ,
& animant leur contage & leur
Zeles un chacunfe portera avec plus
d'ardeur à remplir fon devoir ; ce qui
ne peut que beaucoup contribuer au
fuccés de ce que nos Armées entreprendrout
fous fa conduite. A ces
causes , &c.
A VIS. .2
On diftribuëra le Aouft,
5 ་
le Mercure de Juillet , avec un
Volume feparé, qui contiendra
un Journal du fiege de Turin.
TABLE.
5
Prélude , qui a du rapport aux
affaires du temps , sands
Homelie prononcée par le Pape , 8
Article concernant la derniere Promotion
des Cardinaux
Premier Article des Morts ,
22
38
Reflexions politiques fur un Memoire
préfente aux Cantons Suiffes
par l'Ambassadeur de l'Empe-
· reur 2
Go
Lettre quifait voir combien la Maifon
d'Autriche eft obligée à celle
de France , 65
92 Benefices donnezpar le Roy ,
Sermons prononcez par Mr l ' Evèque
du Belley à Lyon & ailleurs , 95
Compliment fait à Mr l'Evêque de
Toul ,
Second Article de Morts , fuivi de
quelques morts d'étrangers , 106
Moyen de vivre longtemps ,
ΤΟΥ
173
TABLE.
Articles de Litterature 182
Naiffance d'un fils du Duc de Matalone
, 186
Système de la nouvelle Mufique, 191
Entrée de Mr l'Abbé de Pomponne
à Venifes 192
204
209
Fautes corrigées ,
Troifiéme Article de Morts ,
Obfervations fur la derniere éclipfe,
222
Mr. l'Abbé de Polignac eft nommé
par le Roy , Auditeur de Rote ;
Mr l'Evêque de Strasbourg, Catdinal
; & Mr le Ducde Noailles ,
Lieutenant General's
236
Le Regiment du Heron , donné à
Mr de Bourneuf, 246.m
Charge de Maistre des Eaux & Forefts
donnée à Mr de Sanguiniere,
247
Mr. le Comte de Druis eft nommé
TABLE. .
Commandant à Luxembourg
249
Sonnet à la gloire de la Reine d'Efpagne
, 251
Lettre de Mr le Commandeur de
Saint- Pierre , touchant la prise
dun gros Vaiffeau de Tunis, 254
Article far les affaires du temps ,
་
263
294
Nouvel article touchant le combat
de Ramillies , fuivi de plufieurs
articles qui regardent tous les
Corps qui ont combatu à l'aile
droite ,
Regimens donnez par le Roy, 333
Gouvernement d' Amiens donné, 340
Quatrième Article de morts , 343
Belle action de la Reine d'Elpagne
,
$360
Arrivée de fa Majesté Catholique &
Madrid, & tout ce qui s'eft paffe
TABLE.
à l'occasion de fon retour , 363
Suite des affaires d'Espagne , 371
Nomination des quatre Generaux ,
374
Extrait d'une Lettre de Dunkerque,
avec un Prélude au jujes de cette
384
Lettre ,
Diverfes nouvelles qui font une ef
-pece de fuite de la mème Lettre
and
Article des Enigmes ,"
Affaires d'Allemagne,
Affaires d'Italie ,
velles.
391
397
400
403
Apoftille contenant plufieurs nou-
408
Lettre Patente de S. A. R. Monfieur
le Ducd'Orleans , 414
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par ces
mots , Voici le Printemps de retour
, doit regarder la page 190
Qualité de la reconnaissance optique de caractères