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1706, 05
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Z
494
BIBLIOTHÈQUE
" Las fund
S
60 = CHANTIL
>
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MAY , 1706 .
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Mercure galant.
Condure
prefente
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffic
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VI.
Avec Privilege du Roy.
AU LECTEUR
Lya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuistant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
de
,
défigurez, étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne def
obligent perfonne , & que
ceux qui les envoyéront en
affranchißent le port.
I
MERCVRE
GALANT
L
MAY , 1706 .
E Mandement de M'
l'Archevefque de Paris ,
en faveur de l'Egliſe de Saint
Marcel,queje vous envoyay le
mois dernier, a produit tout l'effet
que fon Eminence avoit lieu
A iij
6 MERCURE
d'en attendre. Le Roy n'eut pas
plutôt appris le fujet de ce Mandement
, que S. M. cherchant
toûjours à contribuer
à tout
ce qui regarde la gloire de Dieu
& le culte divin , fit un prefent.
conſiderable à cette Eglife . Il
n'y a point à douter que tous
les Princes de fa Maifon , &
tout ce que la Cour a de plus
diftingué n'ayent fuivi l'exemple
de ce Monarque
. Monfieur
le Cardinal de Noailles a efté
des premiers à Paris , à donner
à cet égard un exemple de fa
pieté & de fa liberalité . M
du Chapitre de Noftre - Dame ,
GALANT
7.
& M's de Sorbonne , & quelques
Communautez de Paris
ont fuivi l'exemple de Son Eminence
. Plufieurs particuliers de
diſtinction ayant fait de même,
M' l'Archevêque a accordé au
zele de M's de Saint Marcel , la
permiffion de dire un Salut ,
avec Expoſition du Saint Sacrement
tous les Mardis jufqu'au
mois de Novembre, pour
les bienfaiteurs de cette Eglife
, avec Indulgence pour ceux
qui y affifteront . Saint Marcel
a eſté le premier Evêque & le
premier Patron de Paris , on ne
peut marquer trop de zele
A iiij
8 MERCURE
>
pour l'entretien du culte divin
dans une Egliſe fi ancienne. Je
ne doute point que les prieres
que l'on doit faire pour les
bienfaicteurs
de cette Eglife
n'en augmentent le nombre.
La Traduction de la Lettre
Paftorale de M' l'Evêque de
Murcie , que je vous envoyay
il y a deux mois , a fait tant de
bruit dans le monde , & a reçû
de fi grands applaudiffemens ,
que je croy vous faire plaiſir en
vous faifant part de tout ce qui
,
tombera entre mes mains de
cette nature ; ce qui m'oblige
à vous envoyer ce que vous al
lez lire.
GALANT
9
TRADUCTION
.
(
De l'exhortation Paſtorale de
l'Eminentiffime Seigneur
Cardinal Portocarrero
Archevefque de Tolede ,
à toutes les Perfonnes Ecclefiaftiques
de fon Dioceſe,
pour les porter dans la fituation
prefente à affiſter la
Majefté Catholique du Roy
Don Philippe V. que Dieu
garde , par les efforts fpirituels
qu'ils ordonne , & par
les moyens temporels , qu'il
laiffe à leur volonté & à leur
choix.
Dom Louis Emanuel , par la
10 MERCURE
و mifericordedeDieu&dela
Sainte Eglife Romaine , Evêque
de Paleftrine , Cardinal Portocarrero
, Protecteur d'Espagne , Archevêque
de Tolede , Grand Chancelier
de Caftille , du Confeil d'Etat
de Sa Majesté , &c . A nos
chers Freres , Doyen & Chapitre
de noftre Sainte Eglife de Tolede ,
& àfes Archidiacres, Grand Chapelain
& Vicaire; & aux Abbez,
Prieurs Doyens des Eglifes
Collegiales , aux Archipreftres,
Vicaires , Recteurs , Curez , Beneficiers
, Chapelains perpetuels ,
& autres Preftres des Eglifes Pa
roiffiales ; ainfi de laVille de Ma
M
GALANT II
la
drid comme des autres Citez , Villes
, Bourgs & Villages , & generalement
à tous les Ecclefiaftiques,
de quelque rang, eftat , & condition
qu'ilsfoient, & à chacun en
particulier: Salut & Benediction .
Nous faisons fçavoir que
Reine noftre Maistreffe , que Dieu
garde , Gouvernante de ces Royaumes
, nous a fait connoiftre par
deux Lettres du 3. du courant ,
que la pieté inébranlable du Roy ,
noftre Seigneur , que Dieu garde ,
avant qu'il prift la refolution de
fe mettre en Campagne , luy avoit
fait connoiftre , avec une moderation
religieufe , que dans ce voya¬
12 MERCURE
ge , ny dans aucune autre action
humaine , l'efperance des fuccés
heureux ne pourroit avoir aucun
fondementfolide , fi par le moyen
des Oraifons & des Prieres publiques
& generales , on n'avoit recours
au principe de la mifericorde
& àfa fource; & que c'eftoitpour
cette raison que Sa Majesté avoit
ordonné qu'on táchaft d'obtenir l'af
fiftance divine , par les Prieres publiques
qui fe font faites avant
fon départ. La Reine autorisée de
cet exemple , & animée, de l'obligation
où la met la confiance du
Roy , qui luy a remis entre les
mains le Gouvernement de ces
é
GALANT 13
le cas
Etats , en l'absence du Roy noftre
Seigneur ; employ dont elle nesçauroit
s'acquitter à fon gré , fans la
faveur du Ciel & l'affiftance divine
, nous charge de faire enforte
que dans tout noftre Archevêché,
on recommence ces Prieres publiques
, avec la ferveur que
le requiert , & que Sa Majesté attend
du zele , & de cette loy interieure
qui porte fes Sujets à répondre
fi dignement à tout ce que
Majefté a pour eux de tendreffe ,
& dont elle tâche de les convaincre
tous les jours davantage , par
l'application qu'elle donne à leur
repos à leurfoulagement . C'eft
Sa
14 MERCURE
de ce bien qu'elle fait dépendre celuy
de fa Couronne, & le motif
d'une gloireperfonnelle ne luy fait
pas tant fouhaiter la felicité defon
Gouvernement que cettefeule reflexion.
La Reine ajoûte que
perfidie obstinée
laquelle les ennemis de la Foy &
des Etats de Sa Majesté , contila
réiterée avec
guerre
nuent de faire la à cette
Monarchie , & les dangers diffe
rens , dont le voisinage de l'herefie.
menaçoit les Fideles & leur
pays , avoient exigé du Roy , par
l'amour de Pere qu'il a pour tous
fes Sujets , d'aller fe mettre pour
la troifiéme fois à la tefte de fon
GALANT
15
armée pour la deffenſe de l'honneur
de Dieu , pour le maintien de
la pureté de noftre Religion , &
& pour la confervation de fes
Royaumes ; motifs qui intereffent
tous la divine Providence . La Reine
nous fait encore remarquer que
・dans le cours d'une guerre auffi
longue & auffi univerfelle , il a
fallu répandre dans les neceffitez
urgentes
des fommes fi confiderables
, que le TreforRoyal s'en trouve
épuisé ; Sa Majesté connoiſſant
combien les deux Etats Ecclefiaftique
& Seculier, s'intereſſent dans
cette entreprife , & toûjours refo-
Luë de ne charger en rien l'Etat
16 MERCURE
Ecclefiaftique , mais d'en experimenter
feulement l'affection , laiffant
dans une liberté entiere , cette
fidelité ce zele dont il a donné
de fi fortes & de fi frequentes
preuves dans des befoins moins
preffans , aux Rois predeceffeurs
de Sa Majesté , elle efpere avec
raiſon que dans une neceffité auffi
urgente , un ufageauffi loüable &
auffi établi ,fe renouvellera , chacun
fe portant de luy-même à contribuër
leplus qu'il pourra auſuccés
d'une entrepriſe auſſi importan
te & auffi grande. Sa Majesté
nous ordonne donc de le propofer
tous les Chapitres , CommunauGALANT
17
tez , & Ecclefiaftiques de noftre
Diocefe ; & à tous les Prelats Reguliers
, afin que chacuny contribue
à fon gréde ce qu'il trouvera
àpropos ; & Sa Majefté comptant
fur noftre zele , attend de noftre
activité que nous employeronsfans
delay ,les moyens les plus doux &
les plus proportionnez pour en obtenir
valantairement l'effet &
l'expedition la plus prompte , comme
le demande la neceffité où l'on
Je trouve.
Sur quoy , ayant toujours prefent
, que la Providence Divine
nous a donné un Roy parfait &
aimable , & deftiné à cette grands
May 1706.
B
18 MERCURE
Monarchie par les droits incontef
tables du fang , par le Teftament
du feu Roy , que Dieu ait en
gloire, & par les defirs des Peuples
qui l'ont appellé au Trône
parles acclamationspubliques avec
lesquelles on l'y a receu , & par
lesfermensfolemnels avec lesquels
on a reconnu fa domination & on
s'y eft foumis ; confiderant de plus
quel point le voisinage de l'herefie
menace noftre facrée Reli
gion , par les faux Dogmes qui
fe peuvent introduire dans les
cours des Fideles quoy
& éclairezdes veritez de la foy ,
l'ennemy commun fefervant de ce
à
i inj
GALANT 19
moyen
étende
les perdre , pour lesjetter
dans l'abyme , & pour
dre la dominationfunefte des tenebresfur
l'empire de la lumiere ;
reconnoiffant
fur tout combien
il importe aux Miniftres du Seigneur,
confacrez au culte des Autels
, & dediez à leur honneur
& à leur gloire , d'éloigner dufein
des Fideles un danger auffi grand
le venin ait feduit les avant
que
ames , & defe propofer cette fin ,
appliquant toutes leursforces àfeconder
& àfoutenir les armes temporelles
de noftre Monarque,par les
armes fpirituelles de l'Oraiſon &
de lafainte Doctrine , préchant &
1
Bij
20 MERCURE
perfuadant que les offenfesde Dieu
font laprincipale l'unique caufe
des troubles des invafions dont
gemit ce Royaume , & s'attachant
à appaifer la colere de Dieu par
des Prieres publiques , la divine
mifericorde fe laiffera fléchir , fi
levantfans ceffe les mains au Ciel,
à l'exemple de Moïfe , qui pour
introduire le Peuple de Dieu dans
la terre promife , luy demandoit
fans ceffe que Fofué triomphaft des
Amalecites ; les Miniftres des Autels
invoquent fans ceffe le Dien
de mifericorde pour en obtenir la
paix & la tranquillité de ces
Royaumes , quifont la terre proGALANT
21
mife que nous a laiffé la bonté divine
, & qu'il nous a donné de fa
main , comme noftre heritage , &
pour un partage anticipé de fes en
fans , qu'il deftine à jouir éternellement
de luy.
Aquoy nous devons tous concourir,
non -feulement par les efforts
fpirituels , mais encore par les temporels
, nous efforçant tous à fecourir
Sa Majefté dans fes befoins
aux dépens même de ces biens &
de ces revenus que fa Domination
Catholique reconnoift & declare
exempts & privilegiez , par une
contribution libre e volontaire
que nous impofera noftre amour
22 MERCURE
pour luy & pourlafoy. Le Preftre
Achimelech ne refufa pas au Roy
David , pour le foulager dans fa
neceffité , de luy accorder liberalement
les Pains facrez de Propofi
tion qui fe gardoient fi religieufement
dans le Tabernacle. Le Roy
nous donne l'exemple de cet amour ,
par le plaifir qu'ilfe fait de facrifier
fon repos à noftre tranquillité.
Sa Majesté quitte fa Cour dans
nos befoins , pour s'expoſer aux
rigueurs de la Campagne & aux
dangers de la guerre ; cette attention
de Pere exige bien une corref
pondance filiale de fes fujets , &
des Ecclefiaftiques fur tout de qui
GALANT. 23
Sa Majesté attenddu fecours avec
tant de confiance ; ne perdant point
de vûë ny leurs immunitez , ny
leurs exemptions
, ny leurs privileges
, que Sa Majesté reconnoist
toûjours autorise par une difpofition
toujours chreftienne & catholique.
Sa Majefté ne s'appuye
dans la confiance avec laquelle elle
attend ce foulagement des Ecclefiaftiques
, que fur les exemples
tant de fois réiterez des preuves
qu'ils ont données à leurs Rois de
leur amour & de leur zele , dans
de moindres occafions. Sa Majesté
n'exige de chacun d'eux que ce
qu'en exigera leur fidelité même ,
24 MERCURE
leur affection . Elle leur laiffe la
liberté d'y contribuer de leurpropre
mouvement , & chacun felon fon
pouvoir , pour parvenir à chaffer
les ennemis de la Monarchie , qui
lefont en même temps de la Religion
& de la Foy.
Son Eminence établit icy &
déclare en détail les Meffes , les
Proceffions , & les Prieres publiques
qu'elle veut & entend
qu'on faffe dans tout fon Diocefe
, jufqu'à nouvel ordre à
cette intention , & elle s'en explique
d'une maniere digne de
fa Religion & de fon zele . Elle
s'adreffe enfuite à toutes les per
fonnes
GALANT 25.
fonnes Ecclefiaftiques , en ces
termes :
Nous les prions de la part de
noftre dignité comme de noftre perfonne,
de s'efforcer chacun enparticulier
de contribuer & d'aider ,
dans la neceffité prefente , à faire
réussir un deffein auffi neceffaire
auffi important , & de répon
tion
que
dre dignement à l'eftime & à l'affec
Sa Majefté témoigne à
l'Etat Ecclefiaftique , & à la confiance
avec laquelle Sa Majesté
attend demande ce fecours.
Ainfi , comme par devoir & par
affection , c'est à nous en premier
lieu àen donner l'exemple , comme
May 1706 .
C
26. MERCURE
nous l'avons toujours fait , nous
y contribuerons de noftre coſté autant
que le permetront lès charges
exceffives de noftre dignité, eles:
beſoins preffans de noftre Diocefe ,
qui par l'injure des temps fe fontfi
multiplicz, comme tout le mon fort
1
de le fait , depuis quatre années.
Nous ordonnons à tous les Curez
de chaque lieu particulier , & à
tous ceux qui ysont à la tefte des
Ecclefiaftiques de les exhorter, &
de les porter à y contribuer volontairement
, le plus qu'il leur
Sera poffible.
Les Curez & les Vicaires qui
feront chargez de cette recette , au
GALANT 27
ront des Regiftres , où ils marqueront
les perfonnes , les noms & les
fommes , afin que le compte qu'ils
en devront leur foit plus arfé à
rendre:
£
Son Eminence donne enfuire
une forme à ce recouvrement
afin qu'il ſe faffe fans aucune
confufion ; & elle nomme
des perfonnes de diftinction &
de confiance , entre les mains
de qui fe remettront toutes les
fommes qui en pourront provenir
, qui de leur cofté luy en
donneront avis , pour en difpofercomme
il fera le plus convenable,
o
Cij
28 MERCURE
Cette piece dont vous ne
trouvez icy qu'un extrait , a efté
imprimée à Madrid dés le 17
Mars dernier.
Mr le Comte de Clermontd'Amboife
, fils de M ' le Marquis
de Clermont-d'Amboife ,
Seigneur de Galerande , de Me
ru , Loudon , & autres lieux , a
époufé Mlle d'O , feconde fille
du Marquis de ce nom . Ce jeune
Comte eft aîné de la Maifon,
de Cheverny. Je ne vous dis
rien de la Maifon d'O , dont je
vous ay fouvent parlé. La Maifon
de Clermont- Lodeve , qui .
eft une des plus anciennes du
7
GALANT 29
Royaume & des plus illuftrées ,
a formé la branche de Galerande
, & celle de Caftelnau
dans laquelle celle d'Amboife
a fini. Ce fut en la perfonne de
Pierre , dit Triſtan de Caſtelnau ,
Seigneur de Clermont- Lodeve
, qui époufa Catherine , fille
aînée de Pierre d'Amboife . Il en
eut François- Guillaume de Caftelnau
, & le Cardinal de Caftelnau
, Archevêque d'Auch , &
Legat d'Avignon . La protection
& la faveur du Cardinal
Georges d'Amboife , fon oncle
maternel , contribuerent beaucoup
à fon élevation . Dans la
C iij
30 MERCURE
fuite la Maifon d'Hurault de
Cheverny finit dans celle de
Clermont-d'Amboife , par le
mariaged Elifabeth , petite fille
du
Chancelier de Cheverny ,
avec François - Paul de Clermont
, Marquis de Monglats ,
Chevalier des Ordres du Roy.
De maniere que la Maifon de
Clermont - d'Amboife , dont
font Mrs de Renel , a changé
de nom trois ou quatre fois.
Son nom originaire eft Caſtelnau
. Ponsde Caſtelnau , 2. du
nom , épouſa , dans le quator-'
ziéme ficcle , Catherine de Clermont-
Lodeve , dont il prit le
GALANT
31
nom . Pierre fon fils , dit Tristan,
époufa Catherine d'Amboife ,
foeur du Cardinal , dont il prit
le nom ; & François - Paul de
Clermont , Marquis de Monglats
, prit le nom de Cheverdans
le milieu du dernier
fiecle , par fon mariage avec
l'heritiere de la Maifon d'Hurault-
Cheverny.
ny,
M' le Comte de Teffé, fils du
Maréchal de ce nom , Grand
d'Espagne , & de N .... d'Aunay,
d'une des meilleures maifons
de Normandie , a épouſé
Mlle Bouchu . Sa Majesté Cat.
a confenti que la Grandeſſe du
Cij
32 MERCURE
pere paffaſt au fils , & elle en a
neanmoins confervé les honneurs
à Mr le Maréchal de Tef
fé. Ainfi M & M la Comteffe
de Teffé jouiront en France de
ceux attachez à cette dignité ,
qui font les mefmes que ceux
dont jouiffent les Ducs & Pairs.
Ce Comte eft frere de M'l'Abbé
de Teffé , Comte de Lyon
& Abbé de Savigni , & de M
la Marquife de Maulevrier . M
le Maréchal de Teffé eft de
l'illuftre maiſon de Froullay
qui eft établie dans le Mayne.
M' le Comte de Teffé fon pere
avoit porté les armes toute fa
GALANT
33
vie avec beaucoup de diftinction.
Il eftoit fils de M' le Con
te de Teffé & de Dame N..A
d'Escoubleau
de Sourdis , niece
du Cardinal de Sourdis ; & ce
Comte de Teffe eftoit fils du
Marquis de Froullay qui avoit
époufé N ... de Ferrieres , qui
avoit apporté dans la maiſon
de Froullay la terre de Teffé ,
dont les aînez portent le nom .
Charles Comte de Froullay,
Chevalier des Ordres du Roy ,
Grand Maréchal des Logis de
la Maiſon du Roy , Oncle de
M' le Maréchal Teffé époufa
Angelique de Baudean-Parabe
34 MERCURE
re,foeur de feuë Sufanne de Baudean
, Maréchale Ducheffe de
Navailles , Dame d'honneur
de la feue Reine , mere de M
la Ducheffe d'Elbeuf Douairiere
, & grande mere de M
la Ducheffe de Mantoüc . Cés
Dames eftoient filles de Charles
deBaudean , Comte de Neüillan
,frere puifné d'Henry, Com
te de Parabeyre , Chevalier des
Ordres du Roy Gouverneur de
Poitou , qui eftoit pere de feu
M' le Comte de Pardeilhan ,
Lieutenant General des Ar--
mées du Roy & au Gouvernement
de Poitou, qui a laiffé Mª
GALANT 35
ཛ་
le Comte de Parabeyre , Mcftre
de Camp de Cavalerie , qui
fert en Espagne, où fervent auffi
Mr le Comte de Pardeilhan ,
& M le Chevalier de Parabeyre
, fes freres . Les deux filles
de Henry Comte de Parabeyre
épouferent, l'une , David
de Souillac , ayeul de Mr le
Comte de Souillac , & l'autre ,
Mr le Marquis de S. Martin
d'Aubeterre , dont eſt venuë
M la Marquife d'Aubeterre.
Mr le Comte de Froullay cût
d'Angelique de Beaudean , Mr
le Comte de Froullay qui fut
auffi grand Marefchal des Logis
36 MERCURE
de la Maiſon du Roy, & qui fur
tué dans le Service ; feu Mr le
Comte de Froullay , Guidon
des Gens d'Armes de la Garde
du Roy , pere de Mr le Comte
de Froullay, Colonel d'unRegiment
d'Infanteric;Mr de Froullay,
Chevalier de Malte & Officier
de Galeres ; & Mr le Chevalier
de Froullay , Colonel
d'Infanterie. Mr le Comte de
Froullay cût auffi deux filles ,
l'une mariée à Mr de Breteuil
de Mons , & l'autre à Mr le
Baron de Breteuil , Introducteur
des Ambaffadeurs . Mrle Comte
de Froullay, Comte de Lyon,
GALANT
37
mort à Paris il y a quelques années
dans une extrême vieilleffe,
eftoit oncle de Mr le Marefchal
de Teffé .
Mlle Bouchu eft fille unique
de Mr Bouchu, Confeiller d'Etat
, & cy-devant Intendant de
Dauphiné & de l'Armée d'Italie
, & de Dame N ... Rouillé .
fille de feu Mr Roüillé auffi
Confeiller d'Etat , frere aîné de
Mr Rouillé pere de celuy qui
eft Prefident au Grand Confeil,
& cy - devant Ambaſſadeur
ne Portugal, M Bouchu mere
de Me la Comteffe de Teffe
, eft foeur de Mela Duchef38
MERCURE
fe de Richelieu & de Ma
de Bullion . Mr Bouchu eft fre
re de Mr l'Abbé Bouchu , Abbé
d'Ambronay en Bugey , & de
feu Mr Bouchu Confeiller au
Parlement de Paris , & fils de
feu Mr Bouchu , qui a cfté In
tondant de Bourgogne pendane
prés de 30. années ; celuy cy
eftoit frere aîné de Mr Bouchu,
aujourd'huy premier Prefident
du Parlement de Dijon , & de
Mr l'Abbé de Clairvaux . Tous
ces Mrs cftoicnt fils du celebre
Mr Bouchu , auffi premier Pre
fident du Parlement de Dijon ,
qui s'éleva par fon merite , &
GALANTA 39
qui fut un des plus habiles
hommes de fon temps , Mile:
Bouchu avoit une four aînée,
qui mourut il y a quelques an-,
nées aux Feuillantines , où elle
eftoit Penfionnaire.
!
2
Mr le Marquis de Châteaugay
,premier Lieutenant Gene→
ral du Duché de Bourgogne
,
& Gouverneur de Bourbon- .
Lancy a épouféMlle d'Amanzé
Ce Marquis eft de l'illuftre Maifon
de la Queüille en Auvergne.
La branche aînée de cette Maifon
cft tombée en quenoüilles
,
par trois filles qui en ont em
porté plus de quarante mille
*
40 MERCURE
écus de rente. L'aînée eut l'honneur
d'époufer en 1560 Jean
Stuard , Comte d'Aubigny &
de Baumont , arriere-grand onde
du Roy de la grande Bretagne
, d'où font fortis tous les
anciens Ducs de Lenox. La feconde
époufa Galliot de Genouillac
, grand Chambellan
de France ; & la troifiéme cût
pour époux un Canillac , des
plus anciennes & illuftres Maifons
d'Auvergne , la branche
de Mr le Marquis de Châteaugay
a repris la tige , dont trois
de ces anceftres ont cfté confe
cutivement Chambellans des
GALANT 41
Ducs de Bourbon ; & deux autres
dans la fuite furent Capitaines
de cent lances d'armes ,
dont l'un eut l'honneur d'époufer
une fille de la maifon de
Bourbon- Carency. Deux porterent
depuis le nom deFleurat.
Le premier fut Lieutenant General
pour le Roy du haut &
bas Pays d'Auvergne , fous le
regne d'Henry IV. Cette maifon
a toûjours efté fidelle à
leur Souverain , & Jean de
Fleurat en donna des preuves
dans des Guerres Civiles. Lorfque
Mr le Duc de Randan fit
Le Siége de la Ville d'Iffaire , en
May 1706.
D
42 MERCURE
Auvergne , ce Jean de Fleurat
affembla la Nobleffe de cette
Province , & marcha à la tête
au fecours de cette Ville ; il
força les Troupes de ce Duc ,
entra dans la Ville , & la conferva
au Roy Henry IV. qui
pour recompenfe de ce ſervice ,
l'honora de l'Ordre qu'il portoit
; & ce Prince luy donna
deux mille livres de penfion :
cette fomme eftoit tres - confiderable
en ce temps-là . On doit
remarquer que cette illuftre
maifon de la Queüille ne s'eft
jamais méfalliée , & qu'elle s'eft
soûjours alliée aux plus gran
F
GALANT 43
des maifons du Royaume.
M' le Comte de Sinzern a
époufé M la Comteffe de
Schonborn , niece de Monfieur
l'Electeur Archevêque de
Mayence. Ce Comte est d'une
des meilleures maiſons d'AL
lemagne , elle eft originaire de
l'Autriche , & fes branches fe
font répandues dans diverſes.
Provinces hereditaires.Elleétoit
déja connue dans l'Empire fous
Rodolfe I. Chef de la Maifon
d'Autriche,& qui l'a élevée dans
ferang qu'elle tient aujourd'huy
dans l'Europe .M' le Comte de
Şinzern eft allié aux plus gran
Dij
44 MERCURE
des maifons d'Allemagne , ſçavoir
, à celles de Montecuculi ,
de Palfi , de Leweſtein , & c. Ce
Seigneur a porté les armes tou
te la vie ; il a fait fes premieres
Campagnes en Hongrie & s'eft
fignalé plufieurs fois contre les..
Turcs. Il fe trouva au Siege de
Temefwar , où il brilla beaucoup.
La nouvelle Comteffe de
Sinzerneft tres - belle ; elle a efté
élevée avec de grands ſoins ; &
elle eft fille de Mr le Comte de
Schonborn , frere de Mr l'Electeur
de Mayence. Je vous ay
parlé plufieurs fois de la Maifon
de cet Electeur ; & perfonGALANT
45
ne n'ignore qu'elle eft une des
plus confiderables d'Allemagne
. Elle eft alliée aux plus illuftres
maifons de la Suabe , &
du Palatinat ; & elle eftoit connuë
dans l'Empire, dés le regne
de l'Empereur Adolphe de Naf
fau , & dés celuy de l'Empereur
Albert, qui dépouilla Adolphe,
& qui le tua de fa propre main,
dans la Bataille qui decida de la
fortune de ces Princes . Mr le
Comte de Schonborn , frere
de Mr l'Electeur de Mayence ,
mourut il y a quelques mois ,
& je vous parlay alors de cette
unaifon, avec beaucoup d'éten
46 MERCURE
due. L'Empereur a fait témorgner
à cet Electeur la joye qu'il
reffent du mariage de fa niece
, avec Mr le Comte de Sinzern
.
Voicy la fuite de la Lettre
du Pere Hugo , adreffée à Mr
l'Abbé de la Luzerne , dont
vous avez vû le commencement
dans ma derniere Lettre..
Je vous ay affuré, en vous l'envoyant
, que vous ne trouve
rez plus à l'avenir aucun ouvra
ge dans mes Lettres , rempli de
Latin , & je vous affure de nouveau
que je tiendray tres- exac
sement ma parole.
GALANT
47
Quant à ce qui regarde la fondation
de l'Abbaye deWurftemberg,
la Charte d' Arnoult Archevêque
de Cologne , en datte de l'année
1144. y eſtſiformelle , qu'il n'y
a qu'un pur entêtement qui puiffe
faire nier l'évidence . Notum
vobis effe volumus
dit eet
Archevêque , qualiter monaſte
rium B. Mariæ in monteWurf
temberg juxtà fanctum in-
د
choatum fit ... minifterialis
quidam Sancti Petri , nomine
Henricus de Alpheim .... confilio
& auxilio Norberti fanc→
tenfis tunc Canonici , pofteà
Magdeburgenfis Archiepifco
48 MERCURE
pi , à D. Frederico Colonienfi
Archiepifcopo obnixis precibus
impetravit , ut æternæ remunerationis
obtentu , beneficium
quod fibi in prædicto
monte Wurftemberg,paternâ ,
imò avitâ tranfmiffione pro
venerat , Monafterio Sigebergenfi
legitimâ donatione contraderet.
Ce n'est point affez que
S. Norbert ait obtenu de fon Archevêque
le lieu de Wurtemberg.
pour y établir des Religieux de
Sigeberg ; Hâc fcilicet ratione ,
quatenus aliquantos ejufdem
Coenobii ( Sigebergenfis ) fraares
evocaret , ( il dote ces Reli
gieux
GALANT 49
gieux ) prædictus Norbertus &
frater ejus Heribertus, obtulerunt
curtim ægre cum omni
utilitate fuâ ; utque firmior effet
conceffio , curtilos aliundè donatos
æquanimiter eodem fecerunt
; cujus curtis annuireditus
funtB.Maldariæ tritici, 3. Siliginis
, 12. Hordei , 8. Avenæ, 1 .
Leguminis.... pro tractu Rheni
folidi x1 . & rombus , fi quis in
co tractu capitur , dimidius...
obtulerunt & agellum in Wedrck
quod folvit Maldaria 2. Siliginis
, unam & dimidiam Hordei
: alium ibidem agellum folventem
3. Maldaria Brafii , 4 .
May 1706. E
So MERCURE
folidos ,
, præter duos denarios
Item alium in Meitrek , qui
reddit 10. & 8. denarios . Cano
primus Sigebergentium Abbas
ad omne opus bonum femper
paratus accepit , & c. Acta in
monte Wurftemberg, anno dominicæ
Incarnationis 1 144. indictione
7. anno 1. Domini
Apoftolici Lucii , regnante Romanorum
Imperatore Occidentis
Conrado 111. anno 7 .
Orientis fub Emanuele Comneno
anno 2 .
Fuſqu'à preſent on a pû remarmoy
doit
quer , qui de vous
ou de
eftre traité
d' Auteur
fabuleux
; les
GALANT 51
à
monumens que j'ay citezfont mes
garants , & doivent me juſtifier
dans l'efprit des perfonnes raifonnables
; ces monumens , dis-je , ont
un tel caractere d'évidence , qu'ils
doivent faire rougir tous ceux qui
entreprennent de les combattre ,
moinsque lafauffeté& l'impoftu
renefoient une gentilleffe dont ils
fe font honneur. Mais avançons.
Vous m'accufez d'avoir écrit,
fans en rapporter aucune preuve ,
de miracle quifepaffa à Valencien
mes , torfque S. Norbert prêchant
en langue Teutonique , qui eftoit
étrangere à fes Auditeurs , Dien
accorda à lapriere du Saint , qu'elle
E ij
52 MERCURE
fuft entenduë de tous les affiſtans,
"commefic euft efté leur langue naturelle
. Vous ajoûtez que c'est une
Fable de dire que Saint Norbert
prêchantdans l'Eglife deMonftier,
fa voix , que le jeufne avoit rendue
languiffante , retentit avec
tant d'éclat jufques dans les maifons
les plus éloignées , que chacun
étonné du prodige , abandonna
·le foin du corps , pour ſe raffafier
du pain de la Parole.
Le Lecteur peut fe convaincre
par luy - même , de la temerité de
cette accufation. Il verra dans le
4 Chapitre de la vie du Saint ,
chez Bollandus , p. 827. n. 24.
GALANT
53
chap 12. de la vie du même
Saint chez Hertoge , le premier
miracle rapporté dans les mêmes
termes : Spiritus ergo cjus ( Norberti
) nec per noctem habebat
requiem , nec per diem ……………..
cum tribus fociis venit Valen-

tianas Sabbato palmarum. In
craftinum ergo fecit fermonem
ad populum , vix adhuc
aliquid fciens, vel intelligens de
lingua illâ Romana , ſcilicet
quia nunquam cam didicerat ,
fed non diffidebat , quin ſi maternâ
linguâ verbum adoriretur
, Spiritus fanctus qui quondam
centum viginti linguarum
E iij
54 MERCURE
erudierat diverfitatem , linguæ
Teutonica barbariem , vel Latinæ
eloquentiæ difficultatem
auditoribus habilem ad intelligendum
faceret : & ita per gratiam
Dei omnibus acceptus factus
eft , & c.
Le fecond miracle eft rapporté
au 6 ° chap. n . 32. p. 830. de Bollandus
, & au chap. 15. d'Hertoge.
Ces Auteurs aprés avoir dit
qu'à l'iffuëde la feconde Meffe que
Saint Norbert celebra à Montier ,
les Auditeurs preffez de la faim,
fe retirerent pour la pluſpart , dans
leurs maifons , ajoutent cesparoles :
Factâ oratione cum coepiffet
GALANT 55
loqui & attraxiffet fpiritum ,
miro & ineffabili modô , fpiritus
ille charitatis , quafi vox diffufa
, fonus factus eft in cordibus
eorum qui prætædio recefferant
, & ad fonitum tube
unufquifque relictâ refectione
vel potatione.... quafi meliores
epulas accepturi , concito
curfu ad Ecclefiam convolent .
Peut-on rien de plus formel ?
Cefont pourtant ces faits puifez
des Livres
que tout Critique , qui
examinera la vie de Saint Norbert,
doit lire , fi le bon fens prefide
à fon deffein , contre lesquels
vous vous élevez aujourd'huy.
E iiij
56 MERCURE
C'est avec une pareille licence
(pour ne pas me fervir du mot de
temerité ) que vous traitez de plaifante
fiction , imaginée pour
faire honneur à mon Pays , ce que
jay raconté des fept Ecoliers Gentilshommes
Lorrains , & Difciples
de Raoul , Ecolâtre de Laon ,
qui touchez de la Predication de
Norbert , s'engagerent dans fon
Ordre , ¿y apporterent de grands
biens , qu'un Clerc Anglois , qui.
s'eftoit auffi donné an Saint Patriarche
, & qui fefauva pendant
la nuit , enlevafurtivement . Herman
, Abbé de Saint Martin de
Tournay , un des plus habiles homGALANT
57
mes de fon temps , & qui fleurif
foit dans le temps de la fondation
de l'Abbaye de Premontré , nous
inftruit de cette circonftance de la
vie de Saint Norbert , l . 3. c. 4.
De Mirac. S. Mariæ Laud, poft
paucos dies , dit cet Abbé , vir
Dei Laudunam venit fcholis
Radulphi... ingreditur ... fermonem
exhortatorium faciens
, protinus feptem eis ditiffimos
, qui nuper de Lotharingiâ
venerant , convertit , &
cum magnâ pecunia , ad Ecclefiam
duxit : fed antiquus hoftis
unum ex duobus fociis ejus
qui cum co ( Norberto ) venc58
MERCURE
rant , corrupit , hic namque
præfatam pecuniam à ſcholafticis
delatam , fibique à magiftro
commendatam , mediâ
nocte furtim fumens , & de Eaclefiâ
fugiens , latenter diſceſſit,
& præfatos fcholafticos în mul
tâ penuria , & neceffitate reliquit.
L'Hiftorien de Saint Norbert
nous apprend que ce voleur
nocturne eftoit Anglois : Nocte verò
quâdam Anglicus ille , &c.
cap. 9. apud Bolland . p . 837 .
Cette circonftance de la vie de
Saint Norbert , fait honneur , je
l'avoië, à ma nation , mais elle ne
devoit pas vous donner unfentiGALANT
59
ment de jalousie ; l'avantage que
la Lorraine a eu de donner les premiers
Religieux à l'Ordre de Premontré
, eft un effet de la grace que
l'on doit envifagerfans envie , &
que le fiecle paffé a vú avec édification
, fe renouveller dans la Lor
raine , d'où font fortis les premiers
Reformateurs , non -feulement de
l'Ordre de Premontré , mais auſſi
de celuy de Saint Benoist & de
Saint Auguftin.
Je n'entreprens pas de répondre
la vaine fuppofition que vous
faites au fujet du Breviaire de
Prémontré , que vous foûtenez ,
contre le témoignage du fçavant
60 MERCURE
Cardinal Bona avoir eſté , même
dans l'origine de l'Ordre , different
du Breviaire Romain . Je ne pretens
pas non plus me juſtifier fur
l'opinion que vous m'attribuez, au
fujet de la jurifdiction des Prieurs
des Abbayes en commende. Mon
Ouvrage eft entre les mains du
Public; c'eft de ce Public que j'attens
la justice que vous m'avez refufée.
Je ne crois pas non plus devoir
refuter ce que vous m'imputez
d'avoir dit de l'Abbaye d'Ardenne
en Normandie : vous pretendez
que j'en ay fixé l'établiſſement
en 1121. fur la foy d'une
Hiftoire manufcrite , qui loin de
GALANT 61
donner à cette Abbaye une telle
époque , marque au contraire d'une
maniere tres-précife , le temps de
fa fondation en l'année 1136 .
c'est tout au plutoft , puifque
le temps de la confecration de cette
Eglife fe rapporte à l'année 1138 .
Igitur ædificata eft , &
anno Domini 1138. à Richardo
Bajocenfi confecrata . Mais
il m'importe peu que cette Hiftoire
accufe ou n'accufe pas juſte l'origine
de l'Abbaye d'Ardenne, puifque
je ne l'ay point employée pour
prouver la fucceffion chronologique
des Abbayes ; mais pour établir la
dénomination de Saint , attribuée
62 MERCURE
à S.Norbert avant Gregoire XIII
Par cette piéce fuppofée , ditesvous
, je fouftray Ardenne à la
Luzerne qui n'a efté fondée qu'en
1143. Je n'en ay jamais eu le
deffein , je ferois même tres -fâché
d'avoir donné lieu à une telle confequence
par la citation que j'ayfait
fort innocemment d'un manufcrit
que l'attestation du Bibliothequai
red'Ardenne, m'avoit garanti original
& tres-ancien.
Aprés un aveu auffi fincere ,
Jerez- vous content de moy ,Mr?
fi vous voulez je vous délivreray
encore des actes de non-préjudice ,
qui mettront à couvert la Luzer
GALANT 63
ne des dangers de la dégradation.
Je devrois finir ma réponſe avec
cette declaration ; mais je crois eftre
obligé de parler d'un point d'Antiquité
, que j'ay lieu de penfer que
vous ignorez ,& de vous faire
voir , Monfieur , que cette Antipas
de la
préemi- quité ne decide
nence des Abbayes, dans l'Ordre de
Prémontré
. Je dis donc , & je le
foûtiens , que c'est une fuppofition
de dire , que fi la fondation
de la
Luzerne
eftoit de l'année 1121 .
ou 1122. Cette Abbaye feroit ho
norée de la qualité de feconde Pairie
de l'Ordre
. Il nefaut, pour renverfer
cette doctrine
, que comparer
64 MERCURE
l'époque de l'Abbaye de S. Martin
de Laon , avec celle de l'Abbaye
de Floreff. Il eftfür que Florefffut
fondé en 1121. la Charte duCom-
Godefroy rapportée àlapage 147
de la vie de S. Norbert , en fait
foy. Saint Martin de Laon nefut
uni à l'Ordre qu'en 1121. c'est
auffide quoy la Charte de Barthelemy
fait foy , à la page 223. de
la vie de Saint Norbert. Cependant
il eftfür, & vous n'en dou
tezpas , que l'Abbé de Saint Martin,
eft lefecond Pair de l'Ordre ,
l'Abbé de Floreffn'en eft que
le troifiéme. Il n'eft pas moins cersain
,fi le Diplome rapporté à la
que
GALANT 65
>
page 165 , de la vic de Saint Norbert
, eft de quelque autorité , que
l'Abbaye de Saint Martin d'Anvers,
fut fondée en l'année 1124 .
celle de Cuiffe le fut en l'année
1126. ou plutoft en 1125. néanmains
l'Abbé de Cuiffi eft le quatriéme
Pair de l'Ordre , & l'Abbé
de Saint Michel d'Anvers
n'a aucun droit de Pairie. Cela
vous fait voir,Monfieur,que ceux
qui veulent fe mêler d'écrire &
de l'Antiquité
, non-feulement, ne
favent de nous inftruire des monumens
ce qu'ils difent , mais même
qu'ils ignorent ce qu'ils deproient
fçavoir. Permettez
-moy
May 1706.
F
de
"
66 MERCURE
leur
appliquer
ces mots :
- Pudct me ifta refellere , cum
non te pudeat ifta fentire .
C'est par là , Mr, que je finis
ma Lettre ; elle n'eft déja que trop
longue ; je l'aurois faitplus courte ,
fi j'avois eu plus de loifir : mais
telle qu'elle eft , elle pourra peuteftre
fervir à lever vos doutes . Je
fouhaite qu'ils ne foient pas d'une
nature à ne pouvoir eftre éclaircis
Sij'eftois capable de quelque reffen
riment , je les fouhaiterois tels , en
haine de la Lettre que vous avez
écrit à Mr de la Moutonniere ;
mais je n'aime que les douces vengeances.
C'enferoit une bien douce
GALANT 67
pour moy , fi cette Lettre pouvoit
porter la conviction dans vostre efprit
& en diffiper les tenebres . Je
fuis avec une refpectueuſe eſtime ,
Mr, & c. HUGO.
ANancy lepremier Mars 1706 .
Mr Billet , Bourgeois de Paris
, demeurant rue des Boulets
Faubourg faint Antoine , y eſt
mort âgé de 98. ans . On en rapporte
trois chofes tres - fingulieres
, qui font ,
Que pendant le grand nombre
d'années qu'il a vêcu , il n'a
jamais efté malade que de la
maladic dont il eft mort.
Fij
68 MERCURE
Qu'iln'ya Qu'il n'y a pas encore quatre
de fa feule main droite,
ans que
il foûtenoit un muid rempli de
vin , & le mettoit de cette main
feule fur l'un de fes fonds .
Et des gens dignes de foy ,
affurent qu'il n'a jamais chagriné
fon prochain en aucune chofe
, & qu'il ne fe trouve aucun
de ceux qui ont eu affaire avec
luy , qui ait témoigné qu'il en
ait efté mécontent. Auffia - t-il
paffé les deux tiers de fa vie à
faire élever & cultiver fes magnifiques
orangers , dans la maifon
où il eft decedé , & où il
s'en trouve un fi grand nom-
1
GALANT 69
il .
bre , & de fi confiderables , que
de fix cens que l'on y voit , il
y en a plus de la moitié qui
peut aller de pair avec les plus
beaux.
Il n'a laiffé qu'un fils , à qui
le public doit quelques ouvra
ges de litterature , d'éloquence
& de devotion , imprimez à
Paris & à Rome . Il a fait voir
par la maniere dontila vêcu avec
fon pere , jufques où peut aller
l'amour filial ; & s'il faut pour
long- temps , honorer fon vivre
pere & fa mcre , il y a lieu de
croire qu'il vivra auffi longtemps
que celuy dont il a reçû
le jour.
70 MERCURE
Les Articles qui fuivent regardent
quelques perfonnes
decedées fur la fin du mois d'Avril
, & dans les premiers jours
du mois de May.
Dame Silvie Angelique de
l'Hôpital Sainte- mefme , veuve
de Me Philippes de Torcy ,
Chevalier , Marquis de Torcy
& de la Tour , Seigneur & Patron
de Lindebeuf, le Torp ;
Reüil & autres lieux , Confeiller
du Roy en fes Confeils , Licutenant
General des Armées de
Sa Majefté , Gouverneur de
Cafal , d'Arras & Dieppe. Elle
á cu deux fils de ce Mariage ,
T
GALANT 71
dont l'un eft mort il y a déja
quelques années , Officier dans
la Gendarmerie ; l'autre eft Mr
le Marquis de Torcy, qui cftoit
cy- devant Lieutenant - Sous-
Lieutenant des Chevaux - Legers
de la Garde , qui n'a point
eu d'enfans de Dame N ... de
l'Hôpital , fille de feu Mr le
Duc de Vitry. Ce Marquis eft
d'une tres illuftre Maiſon , alliée
aux plus grandes du Royaume
. Malle de Dreux connuë
par fon eſprit &
manieres engageantes , eft niece
de feu Me la Marquife de la
Tour , dont je vous apprens la
par fes
72 MERCURE
ce nom ,
mort ; cette Dame eftoit tante
de feu Mr le Marquis de l'Hôpital
, & de Mr le Comte de
& foeur de feu Mr le
Marquis deSainte -Mefine, Chevalier
des Ordres du Roy , &
premier Ecuyer de Madame la
grande Ducheffe , Me la Marquife
de la Tour eftoit âgée de
86. ans , fa pieté eftoit exemplaire
, & elle eft enterrée dans
l'Eglife de S. Jacques du haur
Pas fa Paroiffe.
Mr N...de Martel , Com
te de Fontaine Martel , premier
Ecuyer de S. A. R. Madame la
Ducheffe d'Orleans . Il eſt regretté
GALANT
73
gretté de tous ceux qui le connoiffoient
; il joignoit à une
naiffance tres- illuftre , un bon
coeur & un merite generalement
reconnu. Il eftoit Cadet
de feu Mr le Comte de Clere ,
& de feu Mr le Marquis d'Arcy.
Le premier eftoit Chevalier
des Ordres du Roy, & Capitaine
des Gafdes de feu S. A. R.
Monfieur ; & le fecond , Gouverneur
de S. A. R. Monfieur
le Duc de Chartres , aujourd'huy
Duc d'Orleans. Mr
le Comte de Clere avoit fait
plufieurs campagnes , de même
que Mr le Marquis d'Arcy ; &
May 1706 .
G
74 MERCURE
ils avoient donné en plufieurs
occafions des marques de leur
valeur . Mr le Comte de Fontaine-
Martel avoit auffi fait quel
ques campagnes , où il avoit
donné des preuves qu'il eftoit
digne du nom qu'il portoit. La
Maifon de Mr le Comte de
Fontaine - Martel eft connuë
dans le Royaume depuis plufieurs
ficcles. Elle eftoit dans
une grande confideration fous
le regne de S. Louis , & un
Seigneur de cette Maiſon brilla
fort à la Cour de ce Prince,
qui avoit beaucoup de confiance
en luy. Elle ne fut pas dans
GALANT 75
unemoindre confideration fous
les regnes fuivans , & fur tout
fous ceux de Philippes le Hardy
& de Philippe le Bel , fils & petit-
fils de S. Lous . Un Seigneur
de ce nom fut chargé des interefts
de Philippe le Bel , lorfqu'il
fut queſtion de reconcilicr
ce Prince avec le Pape Boniface
VIII. & quoique la negociation
ne finit pasde fontems
il cut cependant la gloire de l'avoir
commencée & de l'avoir
mife en eftat d'eftre bien toft
confommée
. Il paſſa pour un
desplus grands Politiques du 14
Siccle , & il cut part à ce qui fe
Gij
76 MERCURE
fit de fon temps de plus confiderable
à la Cour.
Mr N... de Saulx- Tavanes ,
eft mort en Bourbonnois , dans
un âge tres -peu avancé , Il eftoit
fils aîné de Mr le Marquis de
Tavanes , & de Dame N ... de
Bourbon - Buffet. Il avoit fervi
dans les Gardes Françoiſes , &
il avoit quitté le fervice à caufe
de fes incommoditcz . Mr le
Chevalier de Tavancs , fonfrere
, avoit eu fa Charge dans le
temps qu'il la quitta. Celuy qui
vient de deceder eftoit tres - aimable
, avoit beaucoup d'ef
prit & des manieres tres- graGALANT
77
cieuſes. Je ne vous dis rien de
l'illuftre Maifon de Saulx - Tavanes;
vous n'ignorez pas qu'el
le eft une des plus grandes du
Royaume . Le Marechal de Tavannes
qui nous a laiffé des Memoires
, & qui eſtoit trifaycul de
M' le Marquis de Tavanes ,
eftoit un des plus grands hom
mes d'Etat du quinziéme fiecle ,
il avoit eu des Commandemens
confiderables dans les Armées
des Rois Henry II . François II .
&Charles I X.
MN... Lavocat , M˚ des Requêtes
depuis 35. ans , & cy - devant
Commiffaire du Roy pour
G iij.
78 MERCURE
rs
le rapport des affaires du Point
d'honneur de M's les Maréchaux
de France . Il eftoit fils de
feu MNicolas Lavocat, M˚ des
Comptes , & de Dame Maric
Roüillé.
Il avoit eu pour frere feu
Mr l'Abbé Lavocat, Aumônier
du Roy .
Ses foeurs font, Me de Pomponne
, veuve de Mr de Pomponne
, Miniftre & Secretaire
d'Etat,qui a laiffé Mr le Marquis
de Pomponne , Lieutenant General
de l'Ile de France , qui a
époufé Mlle de Paloiſeau ; Mr
l'Abbé de Pomponne , AumôGALANT
79
nier du Roy , Ambaſſadeur
à
Venife ; & Me la Marquise
de
Torcy Colbert.
Me la Marquife de Vins, époufe
de M d'Agouft,Marquis de
Vins , Lieutenant General des
Armées du Roy , Commandant
l'une des Compagnies des
Moufquetaires.
Feue Me Hebert , premiere
femme de Mr Hebert de Buc,
M' des Requêtes ,dont eft venuë
Me Bignon , femme de l'Intendant
des Finances de ce nom .
Marie Rouillé , mere de feu
N... Lavocat MⓇ des Requeftes,
eftoit fille de feu M Jacques
ic
L
G iiij
80 MERCURE
Mr
Rouillé , & de Dame Marguerite
de Bagnaux ; eftoit foeur
de feu Mr Rouillé - de Meflay' ,
Confeiller d'Etat , & de M
Rouillé -du- Coudray M' des Requeftes
; & elle avoit pour foeur ,
Me de Brou , femme de
Feydeau- de - Brou , Confeiller
au Parlement, pere de feu
Mr le Prefident Feydeau - de-
Brou , qui de Dame N .. Voifin
de Bouqueval , a laiſſé deux
fils Confeillers au Parlement
& feuë Me la Prefidente de Mefme;
de Mr l'Evêque d'Amiens ,
cy- devant Aumônier du Roy;
& de Me de Richebourg- S. An
GALANT
81
ge, mere de Me de Caumartin
Intendante des Finances .
Me de Varengeville , femme
de Mr Roque de Varengeville
Confeiller au Parlement de
Rouen , & Secretaire des Commandemens
de feu S. A. R.
Monfieur , pere de feu M' de
de Varengeville auffi Secretaire
des Commandemens de S.A.
R. & depuis Ambaſſadeur à
Venife , qui de Dame N ...
Courtin , fille de feu Mr Courtin,
Doyen des Confeillers d'Etat
, a laiffé Me la Prefidente
de Poiffy -Longueuil , & Me la
Maréchale Ducheffe de Villars,
82 MERCURE
Me d'Herbigny , veuve de
M' Lambert- d'Herbigny, M
des Requettes , dont cftoit né
feu M' d'Herbigny auffi M'des
Requeftes , mort Intendant à
Roüen , frere de Mr d'Herbigny,
à preſent M˚ des Requêtes ,
qui a époufé Mlle d'Eſtrades ,
fille de Mr le Marquis d'Eſ
trades , & petite fille du Maréchal
de ce nom.
Je finis par un article qui
fera plaifir à ceux qui aiment
la vie; c'eft par celuy de la mort
de Mr Gambier , Marchand
Orfévre Joallier , decedé à l'âge
de 103. ans fix mois . Les nouvelles
publiques
nous apprenGALANT
83
nent qu'il eft mort depuis peu
à Londres un homme âgé de
110. ans .
M' Jollet , Imprimeur- Libraire
, demeurant fur le Pont
Saint Michel , au Livre Royal ,
a mis depuis peu en vente un
Livre intitulé:Recueil des Falfifications
que les Miniftres de Genéve
ont faites dans l'Ecriturefainte
, en leur derniere Traduction de
la Bible , avec les motifs pour lef
quels ilparoift qu'ils les ontfaites.
Et la refutation de leurs excufes
fur ces faits.
M' l'Abbé Chardon de Lugny
, nommé par le Roy & le
Clergé de France les
pour
!
84 MERCURE
Controverſes , eft Auteur de
cet ouvrage , qui eſt dedié à
Meffieurs de la Republique de
Genêve. Il leur met devant les
yeux une infinité de Falfifications
de l'Ecriture , faites par
leurs Miniftres ; & il démontre,
d'une maniere à n'en pouvoir
pas douter , l'infidelité de ceuxcy
.Cet ouvrage a tant de force,
qu'il peut toucher les Proteftans
, & confirmer les nouveaux
Réunis dans les bonnes difpofitions
où la revocation de l'E-,
dit de Nantes les a fait entrer.
L'Auteur combat les principes
de la prétendue Reforme jufGALANT
85
attaque
que dans fes fondemens , & fait
connoiftre qu'il entend parfaitement
bien la Controverfe . Il
de toutes manieres les
Miniftres Proteftans ; il leur fait
des défis , & leur reproche avec
beaucoup de feu ,qu'ils ont toûjours
évité de venir conferer
avec nos Controverfiftes : ce
qu'il regarde comme une preu
ve de leur foibleffe. Il fait voir
enfin qu'ils font bien éloignez
d'avoir la pure parole de Dieu
dans leurs Bibles , comme ils le
prétendent , puifqu'elles font
pleines de changemens & d'additions
qu'on y a faits en divers
86 MERCURE
temps ; & que même on en a
retranché les Textes les plus
formels & les plus ruïneux pour
le Proteftantifme. Mr Chardon
fe declare le Deffenfeur de
noftre Bible vulgate ; & les raifons
qu'il rapporte pour en foû
tenir l'autorité , font décifives .
La lecture de ce Traité de Controverfe
peut eftre tres-utile à
tous les Catholiques zelez , puifqu'outre
plufieurs traits d'une
érudition fort recherchée , il
renferme une fource de confotion
pour eux , & des
principes
propres à fortifier leur foy.
D'ailleurs l'ouvrage eſt écrit
GALANT 87
avec beaucoup de pureté , &
d'une maniere fort intereffante.
On a fait en Hollande une
nouvelle édition de Tacite
avec les notes de Juſte Lipfe,qui
eft incontestablement le plus
celebre interprete de cet hiſtorien
Romain..
On a fait à Lyonune fixiéme
édition des Oeuvres de Mi
George Baglivi , Profeffeur de
Medecine dans le College Romain.
Elle eft plus ample que
la derniere édition d'Utrecht ,
puis qu'on y trouve de plus
quelques additions , & de nouvelles
Differtations. La Préface
88 MERCURE
de cette édition eft de M Hecquet,
Medecin de Paris , & ami
de l'Auteur. Le ftile en eft noble
& aifé , & fait voir que M
Baglivi connoiſt à fond , la
matiere dont il traite. Cet Auteur
s'éloigne du fentiment
commun des Medecins , qui
croient que la dure-mere n'eſt
propre qu'à couvrir le cerveau ;
puifqu'il eft d'opinion qu'elle
tient la premiere place dans
l'oeconomie du corps humain.
D'où il conclut que la fource de
la plupart des maladies , qu'on
attribue aux Liqueurs corrompuës
, n'eft qu'une fuite neGALANT
89
A
ceffaire du mauvais état de quel--
que partie folide, & fur tout de
la dure-mere. Ce Medecin Romain
n'eft pas attaché à la
nouvelle Philofophie ; il fuit par
tout la grande voye qu'Hipprocate
nous a frayé , & il ſe
jouë affez agreablement de la
matiere fubtile & de la matiere
cannelée de Deſcarte.
La fuite de l'application du
principe de l'équilibre du Pere
de la Maugeraye paroît. Voici
comme il commence cette
application : la poulie A fig. 1 ,
2 , 3 , estfixe à l'extremité B
de la corde B , O , C , eft attaché un
May 1706
H
90
MERCURE
poids B. à l'autre extremité C , eft
appliquée unepuiffanceC.De quel-
"la corde foit difque
maniere
que
pofée autour de la poulie A la
puiffance C. doit toûjours eftre
égale au poids B. Il dit dans un
autre endroit, que les extremitez
d'une corde lâche font attachées à
des points fixes. Au milieu de la
corde eft fufpendu un poids fort
confiderable. Si l'on verfe le long
de corde,de l'eau en grande quantité
, la corde s'acourcira le
poids s'elevera fenfiblement. Le
Pere de la Maugeraye a fait
graver une planche au bas de
fon Application pour l'intelli
gence du Lecteur,
GALANT
91
'M'Kuyper , Libraire d'Amfterdam
, debite préfentement
l'Hiftoire des Yncas , Rois du
Perou , traduite de l'Eſpagnol
de Garcilaffo
de la Vega .
On a envoyé à un Abbé, qui
s'attache aux belles Lettres ,une
Lettre anonyme, dans laquelle
on le prie de propoſer au Public
, pourquoy les boutons
des Arbres , qui reſiſtent en
Hyver à la plus forte gelée , &
fe confervent tres - bien , ne
fçauroient refifter à la moindre
gelée , lorſqu'au Printemps
ils font devenus grands , &
-qu'ils ont commencé à s'épa-
Hij
92 MERCURE
noüir. Peut- eftre que fi l'Auteur
de cette Lettre fe fuft
adreffé au Frere François , Chartreux,
Auteur du Jardinier Solitaire
, il luy auroit rendu une
réponſe plus prompte. En attendant
celle du Public , celuy
à qui la Lettre eft adreffée , en
renvoye l'Auteur à laPhyſique
de Rohault , Partie I. Ch . 23 .
Article 59. & fuivans , où il
trouvera dequoy fe fatisfaire .
M Kuyper a fait depuis
quelque temps , une nouvelle
Edition du Roman Bourgeois
: de feu M' l'Abbé de Furetiere .
Il a auffi imprimé , in 12. l'Hif
>
GALANT
93
toire de l'Academie des Sciences.
On a fait auffi, en Hollande,
une nouvelle Edition des Epitres
, & de toutes les Elegies
amoureuſes d'Ovide , traduites
en Vers François . Cette nouvelle
Edition doit eftre plus recherchée
que les les autres autres , en ce
qu'elle eft augmentée de quinze
Epîtres & de cinq Elegies .
On a imprimé dans le même
Pays le Comte de Warvick , de
M d'Aulnoy.
Le fecond Tome des Oeuvres
de Jofué de la Place , paroist
depuis quelque temps. Il contient
les difputes contre Socin,
94 MERCURE
fur la Divinité du Fils de Dieu,
& fur celle du S. Efprit.Ce Livre
eft rempli de bonnes choſes.
M' Wertein , debite depuis
quelque temps , Jo. Forbefii
à Corfe, opera omnia , interqua
plurima pofthuma. On y
trouve de belles remarques fur
la Doctrine des Epifcopaux
, à
laquelle cet Auteur Ecoffois ,
étoit attaché. Son Irenaicum >
fur tout , merite d'eftre lû.
M' de Decker , Licentié en
Theologie dans l'Univerfité
de Louvain , & Chanoine de
'Eglife Metropolitaine de Ma-
Jincs , a publié à Louvain , des
GALANT 95
Opufcules , qui contiennent
l'Hiftoire abregée du Baïanifme
& du Janfenifme. La premiere
de ces Hiftoires commence
par
la fameufe
Lettre
du Cardinal de Granvelle , Archeveſque
de Malines
, au Prévoft
Morillon
, fon Vicaire
general. La Lettre eft dattée
de Rome du 13. Novembre
1567. & elle marque
que Pie
V. à la recommandation
du
Cardinal
de Granvelle , qui aimoit
& protegeoit
Baïus , ou ,
comme
on l'appelloit
alors ,
Michel de Bey , avoit ufé envers
ce Theologien
, de toute
96 MERCURE
l'indulgence poffible , & qu'on
avoit fait ce qu'on avoit pû
pour excuſer ſes propofitions ;
inais que Sa Sainteté n'ayant
pû s'empêcher de les condamner
, il avoit épargné la perfonne
de l'Auteur . Ce Cardinal
ordonnoit à fon Vicaire
general , de publier cette Cenfure
, & d'exhorter Baïus à retracter
fes propofitions . M' de
Decker s'eft fort declaré contre
l'une & l'autre de ces Sectes
, & il eſt fort zelé pour la
faine Doctrine.
M ' Foulque , Libraire à la
Haye , commence à debiter le
troifiéme
A
GALANT 97
troifiéme Volume de l'Hiftoire
de Guillaume III . M' Samfon
eft Auteur de cet Ouvrage.
On y trouve des faits curieux
fir le fiege de Maſtricht , & fur
la bataille de Senef.
M's Vandole , Libraires de
la meſme Ville , ont imprimé
la Traduction de l'Hiftoire de
la Rebellion & des Guerres
Civiles
d'Angleterre , par le
Comte de Clarendon ; & M
Motiens a fait une nouvelle
Edition des Elemens de Geometrie
du Pere Pardies .
M' Roland , Profeffeur des
Langues Orientales , à Utrecht,
May 1706.
I
86 MERCURE
a publié un Livre , intitulé :
Differtatio de marmoribus Arabi
cis- Puteolanis , & nummo ArabicoConftantini
Pogonati ad Ampliffmum
virum Didericum Mole
Ce Livre a cfté imprimé à Amſterdam
.
On vient de donner une nouvelle
édition , en Hollande , du
Traité des fources de la corruption
qui regne aujourd'huy parmi les
Chreftiens. Ce Traité avoit eſté
imprimé la premiere fois à
Amfterdam en 1699 .
On a imprimé en Anglois
un nouveau Cours de Chymie ,
auquel on a joint quelques
GALANT 99
nouvelles operations.
Mr Kinſon , Docteur en
Medecine , dont le nom eft fort
connu parmy les Sçavans , a
refuté le Telluris theoria facra de
M ' Burnet.
Ona ajoûté un troifiéme tome
aux Memoires de Mr Ludlow
, & un Recueil de pieces
originales , qui en éclairciffent
divers endroits.
Une perfonne de qualité
d'Angleterre , a donné , depuis
peu,l'Hiftoire de la Caledonie ,
ou Colonic Ecoffoife de Darien
, en Amerique ; avec une
Relation des moeurs des Habi-
I ij
100 MERCURE
tans & des richeſſes de ce Pays.
Mr de Leibnits a fait des notes
fur la Differtation d'Otton
Sperlingius.
>
Il eft parlé dans le Difcours
de l'Ambaffadeur d'Eſpagne
fait aux Cantons Suiffes ( que
je vous envoyay le mois paffé )
d'une Lettre de l'Empereur ,
adreffée aux Cantons , touchant
le renouvellement du Capitulat
fait avec le Duché de Milan.
Voicy un Extrait de ce que les
Cantons de Lucerne , d'Ury ,
Schwitz , Underval , de haut &
bas Zug , & Appenſel , Alliez
d'Eſpagne , ont répondu à cer →
GALANT 101
te Lettre. Ils disent que depuis
l'année 1426. leurs Anceftres ont
toûjours entretenu alliance , &
amitié avec lespoffeffeurs des Etats
voifins; Que les Traitez ont eftérenouvellez
de temps à autres , principalement
és années 1500 , 1522 ,
& 1604.Que lafituation de leurs
Pays, le bien la neceffité de leurs
Peuples, les a toujours obligez d'en
agir de la forte , n'ayant jamais
eu en vuë, comme on les en accufe ,
un vil profit , ou intereft particulier;
quoy qu'ils ayent à prétendre
legitimement une groffe fomme.
Qu'ils donnerent au Comte de
Trautmansdorff, Ambassadeur Im-

I iij
102 MERCURE
du
perial , en l'année 1702 , une am- ,
ple déduction des raisons qui les
obligeoient pour leur propre confervation
, &pour
&pour les avantages
commerce, à renouveller leur Capitulation
de Milan avec le poffeffeur
deceDuché; Qu'en cela ils ne
font rien , que ce qui convient
à des Suiffes d'honneur , fclon
la forme de leurs pieux Ancêtres
, fans faire aucune infraction
à l'accord hereditaire , ny à leur
neutralité , comme il eft plus amplement
porté dans leur Declaration
de 1702. Que fuivant l'accord
hereditaire de 1511. il faut
faire une difference entre les Pays
GALANT 103
poßedez par la Maiſon Archidu
cale d'Autriche , & ceux qu'elle
ne poffede pas . Qu'ils ont intention
d'obferver à la lettre toutes les conditions
de neutralité aufquelles
ils
fefont obligez parplufieurs Decla
rations , particulierement
celles du
22 .
1.Juillet 1701. & du 6. Octobre
1702 , dans lesquelles on a tou
jours fait les referves neceffaires à
l'égard du Capitulat de Milan ,
& des autres alliances , où leur confervation
, leur neceffité, & leurs
obligations font attachées . Qu'ils
n'ont jamais fongé de donner à Sa
M.I.fujet d'une offenfe déliberée ,
comme on le leur a reproché ; ce qui
I
iiij
104 MERCURE
leur aété tres -fenfible tres- déplaifant
: mais qu'au contraire ilsfouhaitent
defe conferver l'honneur de
fes bonnes graces. Ces Suiffes font
enfuite remarquer àl'Empereur ,
que depuis le commencement de leur
alliance avec le Milanois , ce Duché
est tombé tantoft entre des mains
Allemandes , tantoft en des Italiennes
, tantoft en des Françoifes , &
tantoft en d'Espagnoles ; Que ces
changemens n'ontpas empêchéleurs
Anceftres d'avoir une étroite alliance
, & correfpondance avec les
poffeffeurs de cet Etat , qui leur eft
indifpenfable par la proximité
fituation de leurs Pays , par la li
&
GALANT 105
berté & la neceffitédu Commerce
de leurs Sujets. Qu'ils efperent
qu'ayant reprenté tres - refpectueufement
leurs raifons preffantes à
Sa MajeftéImperiale , bien loin de
leprendre en mauvaiſe part , elle
comprendra que ce qu'ils font, n'eft
nullement contraire à l'accord hereditaire
,
, ny
à l'exacte neutralité
qu'ils profeffent. Nous fommes ,
difent- ils , dans l'intention d'obferl'une&
l'autrefermement , &
de bonnefoy, nous croyons que
l'on ne pourra trouver mauvais ,fi
nous faifons ce qui eft du devoir
d'Etat libre , pour la confervation
de nos Pays & Sujets ; dans cette
106 MERCURE
confiance nous nous recommandons
à la continuation des bonnes graces
de Voftre Majefté Imperiale.
Cette Lettre ne contenant
que des faits trop veritables
& trop connus ,
, pour eftre
conteftez , l'Empereur auroit
dû en eftre fatisfait ; mais ce
Prince qui n'écoute que ce qui
Alatte fa paffion , n'eft entré
dans aucune des raifons de cette
Lettre . Et voyant qu'il ne pou
voit empêcher l'effet d'une alliance
conclue , aprés s'eftre
emporté , & avoir fait faire diverfes
menaces aux Suiffes , qui
n'en ont point efté épouvantez ,
3
GALANT 107
&
que
la
& qui font demeurez fermes
dans la refolution d'executer
leur Traité ; l'Empereur, dis- je,
voyant que fes menaces n'avoient
aucun effet , &
France pouvoit fournir aux
Suiffes tout ce qu'il vouloit empêcher
que fes Sujets ne leur
portaffent , a pris enfuite le parti
de femer de la méfintelligence
entre les Cantons . Mais les
Suiffes n'ont pas donné dans
les panneaux qui leur ont eſté
tendus pour cet effet , & ils ont
toûjours confervé l'union qui
eſt entre- eux ; eſtant trop bons
Politiques, pour ne pas connoî108
MERCURE
tre
que rien ne feroit plus capable
de les perdre , que l'efprit
de défunion qu'on vouloit leur
infpirer. C'est à cette occafion
que la Lettre fuivante a
efté écrite.
GALANT 109
LETTRE
De S. E. Mª le Marquis de Puifieux
, Chevalier des Ordres
du Roy , Lieutenant General
de les Armées , Gouverneur
d'Huningue, & d'Epernay
, Ambaffadeur de S.
M.en Suiffe, Aux XIII.Louables
Cantons , & Coalliez de
la Suiffe , affemblez à Bade ,
du 18. Mars 1706 .
Magnifiques Seigneurs.
Les Miniftres des Ennemis du
110 MERCURE
Roy mon Maiftre , qui n'ont eu
d'autre objet , depuis le commencement
de cette Guerre , que de jetter
du trouble parmi le Loüable
Corps Helvetique , dans l'efperance
d'en profiter , croyant pouvoirfe
flater d'envisager le moment
ou leursfoins doivent avoir
·leur effet.
Sa Majesté inftruite de vos
veritables interefts , & perfuadée
de la fageſſe de voſtre gouvernement
, ne doute point que les differends
qui agitent maintenant la
Suiffe , ne foient bien tôt appaiſez.
Pour moy , M. S. je ne ceffe
point d'admirer la tranquillité dont
GALANT III
1
vous avez joüi juſques ici , pendant
que tous vos voisins font en
guerre , & combattent, pour ainfi
dire , fous vos murailles . Les deux
Couronnes de France & d'Ef
pagne , joignent l'envie à l'admiration
, qu'ils ne peuvent refuſer
à l'union parfaite qui regne depuis
long-temps dans tout le Louable
Corps Helvetique , & qui eft la
bafe & le fondement de voſtre
fûreté, & de vostre repos : C'est
cette union qu'ils tâchent de détruire
aujourd'huy. Ils vous ont
vú rejetter toutes les propofitions
qui pouvoient vous engager dans
la Guerregenerale ; ils tâchent de
112 MERCURE
vous aigrir les uns contre les
autres ; ils veulent vous exciter à
vous déchirer par des Guerres intestines.
Le Roy m'ordonne de vous reprefenter
, qu'il apprend avec déplaifir
, •
que vous eftes en danger
de voir voftre heureux repos interrompu
par les differends qui font
furvenusentre- vous. S. M. veut
que je vous reprefente tous les
malheurs que la moindre rupture
pourroit attirer à votre Patrie.
Le Roy s'offre de contribuer,partout
cequipeut dépendre de luy, à refferrer
encore, s'il eftpoffible , les noeuds
de vostreparfaite intelligence; mais
GALANT
113
je meflatte que vous n'aurez befoin
que de vous mefmes, pour confondre
l'efperance de ceux qui regardent
voftre défunion comme un
avantage dont ilspeuvent profiter.
Vous avez trop bien fenti jufqu'à
prefent , combien il vous eft utile
de fuivre l'exemple de vos Ancêtres
, pour vouloir aujourd'huy
vous écarter de leurs fages maximes;
& vous vous fouvenezfans
doute , que tous les differends furvenus
entre- eux ont efté toujours
terminez à l'amiable, oupar la me
ditation de leurs Alliez, qui fouhaitoient
avec autant d'ardeur de
May 1706 .
K
114 MERCURE
contribuer à maintenir ce repos &
cette liberté.
Il ne me refte donc, Magnifiques
Seigneurs , qu'à vousfaire remarquer
combien les fentimens qu'ont
pour vous les deux Couronnes de
France & d'Espagne , font diffe-,
rens de ceux de vos autres Alliez.
Ilsfont tout leur poffible pour vous
engager dans la guerre prefente
ou pour vous armer les uns contre
les autres . La France l'Eſpagne
n'épargnent rien de ce qui peut
augmenter voftre paisible & glorieufe
tranquillité. L'Empereur
fous de vains prétextes , menace
les Cantons Alliez du Milanez ›
GALANT 115
de renoncer à l'alliance hereditaire
qu'il a avec eux. Le Roy oublie les
fujets de plaintes qu'il peut avoir
contre quelques - uns des Louables
Cantons, & aime mieux tolerer
qu'on donne quelques atteintes aux
obligations des alliances de
› que
luy faire croire qu'elles ne luy font
pas cheres. L'Empereur par un
Decret injurieux , romp tout com
merce entre les Pays Hereditaires ,
une partie des Loüiables Cantons
; il veut engager l'Empire à
entrer dans fes fentimens durs &
injuftes. Le Roy , mon Maiftre
offre de fournir aux mêmes Ļoüables
Cantons tout ce qui pourroit
Kij
116 MERCURE
leur manquerpar l'interruption du
Commerce dont on les menace. Les
reflexions que vous
ous ferez fur tout
cecy , Magnifiques Seigneurs
vous feront aifement remarquer
quelles Puiffances vous devez regarder
comme vos chers & veritables
Alliez.
Je fuis bien fâché que l'estat de
mafanté ne me permette pas d'aller
moy - même , vous reprefenter ce
que je vous écris aujourd' buy :
j'envoye auprés de vous Mr le
Chevalier de Sainte- Colombe , &
Mr Baron , Secretaire Interprete
du Roy. Je vous prie d'avoir en
eux toutefortede confiance , & d'aGALANT
117
jouter foy à tout ce qu'ils auront
occafion de vous dire de la part du
Roy mon Maiftre , & de la mienne.
Fe
Je vous prie en même temps ,
Magnifiques Seigneurs d'eftre bien
perfuadez de la continuation de l'amitié
confederale de S. M. &
du defir que j'ay de vous marquer
mon zele de mon affection , pour
tout ce qui peut eftre le plus avan
tageux au Louable Corps Helvetique
en general , & aux particuliers
qui le compofent. Je prie
Dieu qu'il vous maintienne dans
toutes les profperitez que vous
pouvez defirer vous -mêmes . Ma
118 MERCURE
gnifiques Seigneurs , voftre affectionné
à vous fervir.
Le Roy a donné l'Abbaye
de Bonnecombe , Diocefe de
Rhodez , à M² l'Evêque , Duc
de Langres , Pair de France. Ce
Prelat eft de la Maifon de Clermont-
Tonnerre , frere de feu
M' le Comte de Tonnerre , &
neveu de feu M' l'Evêque de
Noyon. Il a une foeur Abbeffe
de Saint Paul - lez Beauvais , qui
cft une Dame d'une grande vertu
& d'un merite generalement
reconnu. Je vous ay parlé plufieurs
fois , de Mr l'Evêque de
Langres , & vous n'ignorez pas,
44
GALANT 119
que ce Prelat a dé grandes qualitez
; il a fur tout un talent particulier
pour l'Eloquence de la
Chaire. Il fit l'Oraifon funebre
de feu S. A. R. Monfieur ,
à Saint Denis , qui reçut de
grands applaudiffemens . Il a
cfté Aumônier du Roy , avant
d'eftre élevé fur le Siege de
Langres.
Le Roy en donnant l'Abbaye
de Bonnecombe à M' l'Evêque
de Langres , eft entré en confideration
du peu de revenu de
cet Evêché , dont l'Evêque a un
grand titre à foûtenir , & dont
une partie des revenus ont efté
120 MERCURE
alienez ,il y a déja un affez grand
nombre d'années .
Le Roy a donné , fur la
prefentation
de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans , l'Abbaye de
Fontaine -Jean , qu'avoit feu
M' l'Abbé Teftu , dont je vous
ay appris la mort, à M™ Gabriel
Charbonneau-de Fortécuiere ,
Docteur de Sorbonne , Con
feiller Maiftre de l'Oratoire de
-Son Alteffe Royale . Il a cu
T'honneur de poffeder cette
Charge dans la Maiſon de feu
Monfieur , & il y fut confervé
avec diftinction dans le temps
de la creation de la Maifon de
Monficur
GALANT 121
Monfieur le Duc d'Orleans . Le
merite de Mr l'Abbé de Fortécuiere
, joint à une naiſſance
illuftre , luy attire.les voeux de
tous ceux qui le connoiffent ,
pour la fortune la plus confiderable
des perfonnes de fon état.
Safamille porte le nomdeCharbonneau
, & blafonne fes armes
, d'azur à trois écuffons d'argent
, pofez 2. & 1. accompagnez
de dix fleurs- de- lis d'or ,
-pofées 4. 3. 2. 1. On voit dans
' Hiftoire de Sablé , compoféc
par Ménage , au livre 6. p. 175.
le Catalogue des Gentilshommes
du Pays du Mayne, de Bre
May 1706. L
122 MERCURE
tagne , de Poitou , & d'Anjou ,
qui fe croiferent pour la conquefte
de la Terre- Sainte , avec
Geoffroy de Mayenne , en l'an
1162. parmy lefquels eftoient
Henry , Foulque , & Renaud
Charbonneau , freres , qui pour
marque de leur union , prirent
pour armes les trois écuffons
d'argent : & il paroift par n
titre , qui eft confervé dans le
Trefor de Poitiers , que Philippes
Augufte a concedé & accordé
les dix fleurs - de-lis d'or
à cette famille , pour honorer
& enrichir leurs écuffons. C'eft
ce qui a donné lieu à l'Infcrip
GALANT 123
le nom
tion Profide fcuta , à Rege lilia ,
queceux qui portent
de Charbonneau mettent audeffus
de leurs armes. L'ancien
neté de leur Nobleffe fe
prouve
encore par plufieurs Actes
authentiques , parleurs grandes
alliances , par une genealogic
bien fuivie , pendant prés de 5 .
ficcles , & par la poffeffion des
terres confiderables dont ils ont
joui en Poitou ou en Bretagne ,
& particulierement par la terre
de l'Echafferie,dont ils joüiffent
de temps immemorial . Guillaume
Charbonneau qui prenoit
la qualité de Miles , Seigneur
Lij
124 MERCURE
de l'Echafferie, époufa en 1250
Dlle Marguerite de Lucé , fille
de Jean de Lucé , Baron des
Houches en Bretagne , & de
Dame Olive de Salbene , dont
eft iffu Geoffroy Charbonneau,
auffi qualifié Miles , Seigneur
de l'Echafferie , qui épouſa
en 1295. Deniſe Bizé , & cut
plufieurs enfans. Sa fille aînée ,
Perronnelle Charbonneau , fut
mariée avecOlivier de laRoche-
S.- André ; & fon fils aîné , Guillaume
Charbonneau , Ecuyer ,
S' de l'Echafferie 2. du nom
fut marié avec Anne du Verger
, de la maifon de la Grife

GALANT 125
en Anjou , dont eft iffu Guillaume
3:• du nom , Chevalier ,
Seigneur de l'Echafferie , qui
époufa cn 1376. Ancelle Maïgnand
, d'où font iffus Jean &
Raoul , lequel Raoul époufa
Guyonne Bays , & a formé la
Branche de Fortéeuiere. Jean
Charbonneau , Chevalier , Seigneur
de l'Echafferie , fut marié
avec Jeanne de la Touche-
Limoufiniere , fille de Jean de la
Touche - Limoufiniere , & de
Dame Gilette de Rohan . De ce
mariage font iffus Maric Charbonneau
, épouse de M™ Jean
de Peillac , Chevalier , Seigneur
ге
Liij
126 MERCURE
de Saunay , prés Ryé en Poitou,
&Amauri Charbonneau , Chevalier
, Seigneur de l'Echafferie ,
qui époufaen 1449. Dlle Jeanne
de Peillac , fille de Mre le
Galais de Peillac , & de Catherine
de Saint-Aignan , Seigneur
des Montis , Paroiffe de haute
Goulaine ; & eut pour fils Jean
2. Chevalier , Seigneur de l'Echafferie
, qui époufa en 1478 .
Renée de la Haye - Paffavant ,
fille de Nicolas de la Haye- Paffavant
, Chevalier , Seigneur de
la Foreft & de la Godeliniere, &
de Dame Catherine deVoluïre,
dont eft iffu Amauri 2. qui fut
GALANT 127
fils
marié en 1507. avec Anne de la
Cour,fille de Jean de la Cour, &
de Gillette de Rochefort , S " dela
Belliere enAnjou ; & eut pour
aîné Pierre Charbonneau
, Chevalier
,Seigneur de l'Echaſſerie
,
qui époufa en 1 542. Renée Haton
, fille de Jean Haton , Seigneur
de la Mazure , & de
Françoife de Rouge , famille.
d'où eft fortie Mela Maréchale
de Crequi ; & eut pour fils aîné
Marin Charbonneau
, qui fut
marié en 1974. avec Jeanne
Tourtereau
fille de Louis
Tourtereau
, Seigneur de la
Tourteliere
, Chevalier de l'Or
L iiij
128 MERCURE
dre du Roy. Dece mariage eft
iffy Loüis Charbonneau , Chevalier,
Seigneur de l'Echafferie,
quien 1598. époufa Catherine
de Plouer , par où la maiſon
Charbonneau eft alliée à celles
de Chabot- Jarnac , & à plufieurs
autres maifons de Poitou
& de Bretagne ; & certe Dame
eut plufieurs enfans. Gabriel ,
fon fils aîné ; Louis Charbonneau
, Chevalier de l'Ordre de
Saint Jean de Jeruſalem , mort
Chef d'Efcadre ; Charle qui a
fait la branche de M's Charbonneau
en Bretagne ; Anne
Charbonneau , mariée dans la
IS
GALANT 129
maifon de l'Ecorce ; Marguerite
, mariée en premieres no
ces avec Dimanche le Regnier ,
Chevalier ,Seigneur de la Tour,
& en fecondes noces avec M
de la Roche-Gaucour , Chevafier
Seigneur de Saint Chauman
; Dlle Philipe Charbonneau
, qui épouſa Gilbert de
Villeneuve Chevalier Seigneur
du Pleffis -Ronais ; Ga-
Brielle Anne Charbonneau, qui
fut mariée avec Mr Gabriel
Baudry- d'Affon , Ecuyer , Seigneur
de la Rondardiere. Loüis
Charbonneau , dont on vient
de parler, fut tué près la Cheze
130 MERCURE
le- Vicomte , Commandant un
Corps deNobleffequ'ilavoit eu
ordre du Roy d'affembler pour
s'opposer aux incurfions des
Huguenots en Poitou.Gabriel,
fon fils aîné , époufa en 1628 .
Françoife Cadaran , fille de M
François Cadaran , & de Francoife
de Vaucouleur , S' du Plef
fis- Tifon , prés de Nantes. De
ce mariage il eut trois fils ; Ga⇒
briel, qui fut Chevalier de Malthe
, & quitta l'Ordre aprés la
mort de fon frere aîné , nommé
le Marquis de Granvilliers.
Son troifiéme fils eft Alexis
Chabonneau
, Seigneur
de S.
GALANT 131
Siphorien . Il eut auffi quatre
filles; Marie, qui époufa Olivier
Martel, Chevalier, Seigneur de
la Maloniere , dont la petitefille
eft mariée à Mr le Marquis
des Prez en Bourgogne , de la
Maifon de la Roche- Tulon ;
Marquife Charbonneau époufa
René Begaud , Chevalier ,
Seigneur de Cherves ; Anne eft
Religieufe de Fontevrault ; &
Françoife Charbonneau , qui
eft mariée avec N... de Bechillon
, Chevalier , Seigneur de la
Girardiere. Gabriel Charbonneau
2. du nom , Chevalier, Seigneur
de l'Echafferie , épouſa
132 MERCURE
en 1665. Anne d'Avaugour ,
fille du Marquis d'Avaugour
& de Dame Anne Defcarte ,
famille du fameux Philofophe
Defcarte , dont eft iffu Gabriel-
Martial Charbonneau , Chevalier
, Seigneur de l'Echafferie ,
qui eft marié avec N... Seryanteau,
fille de Mr Servanteau,
Secretaire du Roy. Celefte
Charbonneau , foeur unique
dudit Martial , a époufé N...
de Marboeuf, Chevalier , Seigneur
de la Saminiere. Alexis
Charbonneau , Chevalier , Seigneur
de S. Siphorien , troiſiéme
fils de Gabriel 1. du nom
2
GALANT 133
eft marié avec Dame Gabrielle
- Brigide d'Efcoubleau de
Sourdis. De ce mariage eſt iſſu
Alexis 2. Chevalier ,, Seigneur
de Chambrette & de la Pilotiere
, ci - devant Capitaine de
Cavalerie , qui a époufé N...
La Terre de Fort- écuiere ,
elt tombée à ceux du nom de
Charbonneau , par le Mariage
que fit le Bizayeul de Mr l'Abbé
de Fort- écuiere , avec Catherine
Savary, de l'illuftre Maifon
des Savarys de Maulcon ,
de cette alliance eft iffu Pierre
Charbonneau , Chevalier ,
Seigneur de Fort-écuyere , Ma
134 MERCURE
réchal des Camps & Armées du
Roy , Gouverneur de la Tour
de Pille- mil,aux Ponts de Nantes
, qui a eu l'honneur de commander
pendant plufieurs an→
nées au Havre de Grace , du
temps du Cardinal de Riche
lieu , & pendant la minorité
du Roy ; lequel époufa Ma
rie de Torigny , Dame de
Montorgueil , de S. Vincent
& de la Diorniere , fille unique
& derniere de la tres- ancien
ne Maifon de Torigny. Elle
eftoit iffuë d'une mere qui portoit
le nom & les armes de
Tiraqueau , nom tres noble &
هيل
GALANT 135
IS
tres- ancien de Poitou , qui a
donné des Avocats Generaux
& des Confeillers aux Cours.
Superieures de Paris , & l'alliance
aux Charbonneau avec
les illuftres defcendans de Me
la Maréchale de Navailles, avec
M** de Catinat , & M Dou
jat , Doyen du Parlement , lefquels
ont eu pour meres des
Dames du nom de Tiraqueau.
N. Boyer , Ecuyer , Seigneur de
la Boiffiere , Receveur General
des Finances de Bretagne , a
époufé N. Tiraqueau . Ďu Mariage
de Pierre Charbonneau,
& de Marie de Torigny , font
136 MERCURE
venus plufieurs enfans ; Armand-
Jean - Charbonneau
, qui
fut Lieutenant aux Gardes
Francoifes , & obligé de fe retirer
du Service pour une action
auffi glorieufe que malheureufe.
Son fils Pierre Charbonneau
de Fort écuyere , Capitai
ne de Dragons , a épouſé N.
de Gabaret fille deM" Nicolas
deGabaret, Chevalier,Seigneur
de Saint Sornin , Gouverneur
de la Martinique, & Lieutenant
de Roy de laMartinique ; Charles
Charbonneau - de Fortécuyere
eft Chevalier de Malthe
, & Commandeur de The
GALANT 137
val . N. Religieufe du Calvaire
; Gabriel , qui épouſa Marie
Saudelet , Dame de la Poupliniere
, dont eft iffu Mr
Pierre Charbonneau , Ecuyer,
Seigneur de la Poupliniere ,
Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , premier Capitaine du
Regiment de Dragons de la
Vrilliere , & bleffé à la Bataille
re
d'Hochftet , qui a épouſe N.
Guerri de la Gourciere ; Marie
- Charlote Charbonneau ,
veuve de M" Louis de la
Touche - Limouziniere , Chevalier
Seigneur de la Vergne-
Greffeau, dont la mere eftoit
M
2
May 1706.
138 MERCURE
foeur du Marquis de Chauf
feraye ; & Gabriel Charbonneau
- de Fortécuyere , Docteur
de Sorbonne , Confeiller M
de l'Oratoire de Son Alteffe
Royale Monfieur le Duc d'Orleans
, & Abbé de Fontaine-
Jean , Ordre de Cifteaux , au
Diocefe de Sens.
Madame la Ducheffe de
Bourgogne s'eftant baignée ,
quelque temps avant l'accident
qui a obligé cette Princeffe
de garder le lit pendant
neuf jours , elle receut en fortant
du bain les vers que vous
allez lire , & qui furent fort
applaudis.
GALANT 139
IN - PROMPTU
Sur le bain de Madame la
Ducheffe de Bourgogne
,
Le beau feu dont luit le Soleil ,
Saffoiblit & s'efteint, quand il entre
dans l'Onde :
-Jefçais un Aftre dans le monde,
Qui n'apas un deffaut pareil.
S
Phebus permet qu'on le regarde ,
Lorfqu'ilplonge en Peaufont éclat ,
-Nal oeil mortel nefe hazarde ,
Avoir Adelaide en un femblable
état.
S
Car alors elle eft fi brillante ,
Qu'on ne pourroit l'envisager ',
· Sans courir un plus grand danger
Mij
140 MERCURE
Que celuy d'Acteon & celuy Eri
mante.
,
Le douzième du mois der
nier , fur les huit heures du matin
, aprés qu'on cut difpofé à
Marly , devant la face Meridionale
du Chafteau , c'eſt- àdire
, devant le Salon qui regarde
les belles caux artificielles
qu'on appelle la Riviere , les inftrumens
neceffaires pour l'obfervation
de l'Eclipſe ; fçavoir ,
de grandes Lunettes de longue
vûë , montées l'une fur une genoüilliere
, accompagnée d'un
quart de nonante , & deux au- >
GALANY 14T
tres fur des manieres d'échelles
, avec des tablettes marquées
des douze doigts écliptiques
expofées à l'un des bouts , pour
recevoir l'image du Soleil ;
aprés , dis - je , que toutes ces
chofes furent préparées , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
à l'exemple de plufieurs grands
Rois , qui ont joint , comme ce
Prince , la gloire des Armes à
celle des Lettres , & particulierement
à la connoiffance des
Cieux , obferva tres - exactement,
à la vûë de tout ce que la
Cour a de plus diftingué , la
grandeur , & la duréc de co
142 MERCURE
Phenomene ; & les Dames vou
lurent bien retrancher de leur
fommeil , pour voir ce qui fe
pafferoit en cette occafion.
Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
, aprés avoir obſervé
l'éclypfe
& fa durée , rapporta
tout ce qu'il avoir vû , & n'oublia
. aucune particularité
de ce
qui regardoit
la caufe de l'éclypfe
; & ce Prince marquant
les differentes
fortes dont elle
pouvoit eftre vûë, dans les diffe
rens endroits du monde , toucha
doctement
plufieurs beaux
points de Phyfique, & l'Hiftoire
des principaux
évenemens
qui
GALANT 143
fe font paffez dans les Cieux
fur ce fujet : ce qu'il fit avecune
netteté & unfond d'érudition ,
qui furprit quelques Philofophes
, que la bonté de ce Prince
avoit bien voulu fouffrir auprés
de luy. Ils trouverent qu'on ne
pouvoit rien ajoûter au fçavoir
& à la penetration de ce Prince
, ainfi qu'à la facilité avec
laquelle il s'énonce , & à fa
grande exactitude , qui parut
en ce qu'il découvrit deux erreurs
dans les calculs que les
plus fameux Aftronomes ont
fait imprimer fur cette Eclipfe ;
l'une , de quatre minuttes dans
144 MERCURE
fa durée ; & l'autre , d'environ
un tiers de doigt dans fa grandeur
, le Soleil n'ayant paru
couvert de la Lune que de dix
doigts , & un peu moins de cinq
fixièmes de doigt .
Un de ceux qui eftoient prefens
à cette obfervation , fit fur
le champ les Vers fuivans , qui
furent prefentez à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Je croy devoir ajoûter icy, pour
l'intelligence de ces Vers , que
les noms des Philofophes , que
Fon trouve au commencement
de cette Piece , font des noms
que les Modernes ont donnez
GALANT 145
à certains brillans qu'on décou
ve dans la Lune , à l'aide du
Teleſcope.
IN- PROMPTU
Sur l'Obſervation de l'Eclipſe
Solaire , obfervée à Marly
par Monſeigneur le Duc de
Bourgogne.
Aujourd'huy Copernic , Ariftarque ;
Arhimede ,
Platon , Timocaris
Cleomede
Manile
Illuftres & doftes amis
Tournant leurs yeux & leurpen¬
fee,
May 1706,
N
146 MERCURE
Du Lunaire fejour où le fort les a
mis
Sur le plus bel end roitde la Terre,
éclipfee ,
Difoient entre eux, d'un air d'étonne;
ment rempli
Quelfujetfi matin s'empreſſe
D'affemblerle Sçavant , le Prince ;
la Princeffe,
Devant un Salon de Marli,
$
Queveulentdire ces Echéles ;
Dont le boutregarde les Cieux z
Et ces Canons Myfterieux ,
Quel'onpointe vers nouspar de régles
fibelles ?
Ainfi s'entretenoient ces hommes
merveilleux ;
Lorfque lefameux Stagyrite ,
GALANT 147
Qui du grand Alexandre a formé le
mérite
Place farce difque avec eux :
Je meflate, a- t-il dit , d'enpenétrer,
La cauſe ,
Et ce nepeut eftre autre choſe :
Un jeune rejeton du pluspuiſſant des
Rois ,
Dont l'artcomme le coeurjuſques aux
aftres s'élève,
Digne de nous donner des leçons &
des loix,
A lesgrands fentimens de mon illuftre
Eleve.
Autrefois le Heros, que mes foins on
inftruit ,
Se plaignoitfouvent , que fon Pea
re ,
Ne lay laifferoit rien àfaire ,
Quefousfes loix le monde alloit eftre
reduit.
Nij
148 MERCURE
Ilcraignoit à tort pourfa gloire :
Philipe , loin de faire tout ,
Zuy laifa , pour aller de Victoire en
Victoire ,
Prefqu'un monde à dompter de l'un à
Pautre bout.
Avecplus de raifon le brave &jenne
Alcide ,
Que l'on voit aujourd'huyjetter les
yeuxfur nous ,
Petit-fils de Louis , craint d'une ame
intrepide ,
De n'avoirpas unjourfur quoi por
terfes coups.
GO
Pere , Ayeul , frere armé , tout dois
luyfaire entendre ,
Que la Terre , bientoft contrainte de
Se rendre ,
GALANT 149
Aupouvoir Souverain de fon augufte
Lang ,
D'en eftre le vainqueur luy refeufe le
rang.
S
Mais il découvre icy des Palmes plus
fublimes ,
Dignes d'entretenirſes ardeurs ma-
´gnanimes ,
Et formant des projets plus doux ,plus
glorieux
Il choifit pour objet d'une paisible
guerre ,
Au lieu du Globe de la Terre ,
Les deux plus beaux Globes des
Cieux.
Je metrouve obligé de vous
envoyer deux fois de fuite le
mefme Air , parce qu'on ou-
Niij
150 MERCURE
blia de mettre dans ma der
niere Lettre , celuy que j'avois
fait graver avecles notes , que
vous trouverez ici .
AIR NOUVEAU
Ennemis , que l'envie unit tous à
la fois
Contre Louis le Grand, feul défens
feur des Rois ;
Voyezs'évanouir,parfes armes hew
renfes ,
De vos vaftes deffeins , les chimeres
trompeufes.
Qu'à produirjufqu'icy ce redoutable
amas
Deguerriers , affemblez de cent di
vers climats
GALANT 151
Sinon qu'à rehauffer le luftre de fa
gloire
Et qu'à rendre fon nom immortel
dans l'Hiftoire
?
Enfin j'ay trouvé moyen
d'avoir le Billet , envoyé par le
Roy de Suede au Roy Augufte ,
que vous m'avez demandé plufieurs
fois. Je vous l'envoye ,
en vous apprenant en même
temps en quelle occafion il a
cfté écrit.
Le 9. de Janvier dernier
le Roy de Suede ayant paſſe la
Viftule , & les 10. 11. & 12. du
même mois , le refte des Trou-
N. iiij
152 MERCURE
pes confederées , & tous les bagages
de l'Armée ayant auſſi
paffe la Viftule , le Roy de Suede
fe trouva avec fon avantgarde
à Lacize , à quinze lieuës
de Varfovie , avant que l'arriere
garde & les bagages euffent
paffe la riviere ; les Mofcovites
qui gardoient le paffage de la
riviere de Boug, prirent la fuite.
Mais cette riviere fe trouvant
glacée, leGeneralNicroth fit jetter
quantité de paille fur la glace
, que les Payfans arrofoient
à mefure ; ce qui fortifia fi confiderablement
la glace , que
toute l'Armée la paffa en baGALANT
153
taille , fuivie des bagages & de
l'artillerie. Le Roy de Suede &
le Roy Staniſlas marcherent fur
cinq colonnes , droit à Tikoczin
, où les Mofcovites s'étoient
fauvez ; & c'est de là que
le Roy de Suede envoya un
Trompette au Roy Augufte ,
avec le Billet fuivant.
Ily a long- temps que j'afpire
à uneFournée , où je puiffe finir
avec vous la guerre de Pologne.
vous ay attendu de pied ferme
au Camp de Blonies , pendant plufieurs
mois , croyant que feconde de
vos Legions Mofcovites & Cofa-
Je
154 MERCURE
ques , vous ne m'y laifferiez pas
tranquille ; mais puifque vous n'avez
pasjugé àpropos d'en faire les
avances , je vous donne avis que
je fuis en marche , quoy que fort
inferieur en nombre , pour vous
aller trouver. Fefpere que vous
voudrez bien épargner à mesTroupes
, la fatigue de vous aller chercherplus
loin ; vous avez le coeur
trop "bien placé pour n'éloigner pas
davantage une fournée à laquelle
tous les Polonois afpirent , par
L'efperance qu'ils ont qu'elle pourra
finirtous leurs malheurs . C'eft auffi
ce que fouhaite ardemment
CHARLES , Roy de Suede .
GALANT 155
Les Preftres Irlandois , & les
Marchands de cette nation, établis
à Nantes , ont celebré dans
leur Chapelle du Bois de la
Touche , la Fefte de Saint Patrice
, Apôtre d'Irlande . Le Panegyrique
de ce Saint a efté pro
noncé avec applaudiffement ,
par M' de Macarty, Docteur en
Theologic ; il s'eft beaucoup
étendu fur la conftance des Ir
landois dans les adverfitez , fur
leur patience dans les perfecutions
, & fur leur fermeté dans
la Foy. La ceremonie a efté terminée
par la Benediction du
S. Sacrement , à laquelle M' le
156 MERCURE
Recteur de Saint Nicolas à officié.
Las partie des Pieces fugitives
, fe vend depuis quelques
jours chez Pierre Giffart , ruë
Saint Jacques à l'Image Sainte
Therefe. Ce volume ne contient
que trois pieces ; la premiere
eft un ouvrage , fait autrefois
par M' Janfenius , alors
Docteur de Louvain , & enſuite
Evêque d'Ypres , contre les
Miniftres de Bois - le - Duc , qui
avoient fait un défi aux Catholiques
de cette Ville. Cette piece
a efté traduite en François, il
y a déja quelques années , par
GALANT 157
r
feu M ' de Sacy , Auteur de l'excellente
Bible qui porte fon
nom . Ce livre devenoit rare
& on a l'obligation à celuy qui
recüeille ces Pieces fugitives , de
nous avoir confervé ce Traité .
La feconde piece du Recücil eft
une Lettre du Pere Fronteau ,
Chanoine Regulier de Sainte
Geneviève , traduite en François
par M' l'Abbé de Bellegarde.
La lettre latine fut adreffée
à M' le Cardinal d'Eftrées ,
qui n'eftoit alors qu'Evêque de
Laon . Elle concerne les Chanoiries
Cardinaux , qu'on voyoit
autrefois dans les Villes . La troi158
MERCURE
fiéme piece eft un ancien ouvra
ge , qu'on ne trouvoit plus que
difficilement , & qui avoit paru
autrefois fous le titre d'Horloge
Benedictin , &c. Un Religieux
de Cluny , fort verfé dans ces
matieres en eftoit l'Auteur.
Cette piece qu'ona inferée dans
ce Recueil pour la conferver , a
pour titre : Explication des heures
anciennes & modernes. Le Latin
& le François font en deux
colonnes ; cette piece meritoit
bien d'eftre confervée. On peut
juger par l'étenduë de ce cinquiéme
volume , que les trois
pieces qui le compoſent , doiGALANT
159
vent eſtre longues .
On trouve chez le même Libraire
un petit livre qui a pour
titre : Recit abregé des principales
circonftances de la vie & de la
mort de Mr de Rancé, Abbé de la
Trappe, enforme d'Epitaphe. Pour
eftre mis en troisTables, autour d'un
Oratoire qui eftfurfa tombe. Par
M Louis d'Aquin , Evêque de
Séez. Cet ouvrage eft tout rempli
d'onction ; il fuffit de fçavoir
qu'il a efté composé par le
Prelat dont il porte lc nom
pour exciter la curiofité du Public.
Voici encore un article qui
160 MERCURE
renferme les morts de plufieurs
perfonnes decedées depuis ma
derniere Lettre.
-
Mr d'Aunücil, Capitaine dans
le Regiment Royal - Artillerie .
De cinq freres mariez de la
Maifon de Barjot d'Auncüil
M' de Carville , fon pere , cft
le feul qui ait eu des enfans.
Feu M' le Marquis d'Aunücil ,
qui avoit cfté Colonel du Regiment
de la Mestre de Camp,
eftoit l'aîné . Il avoit efté marié
deux fois ,& mourut fans enfans
il y a fix ans. Mr le Comte
du Mazy , cy - devant premier
Ecuyer de feu S. A. R. MadeGALANT
161
moifelle , eft le fecond . Mr le
Comte d'Aunüeil , cy - devant
Colonel du Regiment
d'Aunüeil , qu'il vendit , il y a
quelques années , à Mr le Marquis
de S. Poüange , eſt le troifiéme
. M' de Carville , pere de
celuy qui vient de mourir , eſt
le quatriéme. Il avoit eu M
d'Aunüeil , de Dame Marthe de.
la Croix , fa premiere femme,
parente de Me la Ducheffe de
la Force. Le cinquiéme frere
eftoit Lieutenant de Roy dans
les Ifles de l'Amerique , où il eft
mort.
May 1706
O
162
MERCURE
Mr François Voifin , Che
valier , Marquis de Millars, cydevant
Colonel, Commandant
la Meſtre de Camp Generale de
la Cavalerie legere de France,
eftoit generalement eftimé de
tous ceux qui le connoiſſoient:
il joignoit à une naiſſance tresconfiderable
, un courage dont
il avoit donné des preuves écla
tantes dans plufieurs occafions;
importantes , où il s'étoit trouvé
, en portant les armes pour.
le fervice du Roy; & c'eftoit fon
merite & fa valeur encore plus
que fa naiffance , qui l'avoient
fait parvenir aux emplois imGALANT
163
a
portans qu'il auoit cus fucceffivement
. M' le Marquis de Millars
eftoit de la mefme Maiſon
que M' Voifin , Confeiller
d'Etat
; & il eftoit allié aux meilleures
Maifons
de la Robe , &
à plufieurs autres Maiſons tresconfiderables
. Ses qualitez
perfonnelles
le rendoient
tres cftimable.
Il avoit beaucoup
de
lecture ; il fçavoit parfaitement
la Geographie
, la Genealogie
,
'Hiftoire de France l'ancienne
& la moderne ; & il aimoit les
belles Lettres qu'il connoiffoit
parfaitement
. Ce qui faifoit.
rechercher
fa focieté
par tou
Q.ij
164 MERCURE
+
tes les perfonnes de merite.
Dame Henriette Leonore ,
Rouxel-de Medavi- de Grancey
,veuve d'Antoine- Achilles
de Morel , Marquis de Putanges
. Certe Dame cftoit foeur de
M' le Comte de Medavi , fille
de feu M' le Marquis de Grancey
, & petite fille de feu M
le Maréchal de Grancey. Elle
avoit beaucoup d'efprit , &
beaucoup d'agréemens ; elle
avoit le fecret de fe faire des
amies & de les conferver . Elle
eftoit vûe avec plaifir par
tout où elle eftoit , & defirée
par tout où elle n'eftoit
GALANT 165
pas . M' de Putanges , fon é
poux , eftoit fils de feu M' le
Marquis de Putanges , Capitaine
aux Gardes & Gou
verneur de Falaiſe & de Mortaigne
au Perche ; il avoit
porté les Armes toute fa vie.
Cette Maiſon eft tres-bien alliée
, & elle eft connue en
,
France il y a déja plufieurs
fiecles . Feu M' le Marquis
de Putanges , époux de la Dame
dont je vous apprens la
mort , avoit auffi tres - longtemps
porté les armes .
M Jacques Sallé , M° des
Comptes ; il eftoit eftoit parent

166 MERCURE
M' d'Orfay , Prevoft des Marchands.
Il avoit paffé plufieurs
années dans l'exercice de cette
Charge ; & il eftoit fort cftimé
dans fon Corps. Ha laif
fé une affez belle Bibliotheque ;
& tant qu'il a vêcu , elle a efté
ouverte à tous les gens de Lettres
, & il leur fourniffoit tous
les fecours qu'il pouvoit. Il
s'eftoit fort attaché à la connoiffance
des Medailles ; & il y
avoit fait de tres - belles découvertes.
La famille de Mr Sallé
a produit plufieurs perfonnes.
de merite. Un Jofias Sallé fe
diſtingua fört dans le 15˚fieGALANT
167
cle , par les découvertes qu'il
fit dans les Mathematiques . Il
donna un excellent Commen
taire fur les Elemens d'Euclide .
Des raifons particulieres empê
cherent que cet ouvrage ne fuft
imprimé ; mais on en garde le
Manuſcrit dans plufieurs Bibliotheques.
Jofias - Sallé eftoit
Religieux de l'Ordre de Saint
Benoift.
Mr N... Ravieres , Avocat
au Parlement' ; il faifoit l'ornement
du Barreau depuis plufieurs
années , & il y a plaidé
long - temps avec un fuccés
prefque égal à celuy qu'ont cu
168 MERCURE
M" Patru & Pageau dans ce
celebre Tribunal. M' Ravieres
avoit un talent naturel pour
l'éloquence qui la fort diſtingué
. Il laiffe deux fils qui font
tous deux Confeillers au Parlement
, & qui y ont acquis
une cftime generale par la maniere
avec laquelle ils s'appliquent
aux fonctions de leurs
Charges , & par leur définteref
fement . MrRavieres eftoitProcureur
General de la Chambre
du Domaine ; dans laquelle il
a aquis , ainſi que dans les autres
emplois , beaucoup de reputation.
Il joignoit à une gran
de
GALANT 169
de vigilance à l'égard des affaires
dont il eftoit chargé , une
exacte probité dont il a donné
de frequentes preuves pendant
le cours de fa vie.
re
Mr Nicolas Gobillon , Prêtre
, Docteur en Theologie de
la Faculté de Paris , Senieur de
la Maiſon & Societé de Sorbonne
, Curé de Saint Laurent,
Vicaire general de Monfieur le
Cardinal de Noailles , & Prefident
de la Chambre Ecclefiaftique
, eft mort âgé d'environ
80. ans. Il eftoit de Mortaigne
au Perche , & fa vie avoit toûjours
efté exemplaire & regu-
May 1706
P
170 MERCURE
liere ; il joignoit à une grande
douceur de moeurs ,un zele fort
vif pour le falut des ames . Il
eftoit fort aimé dans fa Paroiffe
, & il y a fait de grands biens ,
& de grandes charitez . Il a fait
M'deColins,fa foeur , fa legatrice
univerfelle ; & il a laiffé douze
cent livres de penfion à ſes
rens , qui doivent aprés leur
mort retourner à l'Eglife de
Saint Laurent . Il avoit efté
Grand- Maistre de M' l'Archevêque
de Lyon , dans le cours
des études de ce Prelat , qui
avoit une grande confiance en
luy.
paGALANT
171
Le Pere Befnier , Jefuite , natif
de Tours , mourut à Conftantinople
le 8. Septembre de
l'année derniere. Il avoit fait il
y a quelques années un Projet
de la réunion des langues ; mais
les Miffions où il fut employé
dans la Grece , empêcherent
l'execution de ce deffein. Il eft
Auteur de la Préface des origines
de la Langue Françoiſe, de Mr
Ménage,
M' de Bellegarde , Meſtre de
Camp de Cavalerie . Il a laiffé
une Commanderie de l'Ordre
de Saint Louis vacante , à laquelle
eſt attachée une penſion
Pij
172 MERCURE
de mille écus. Le Roy en a gratifié
Mr de Monroux , Lieutenant
general de fes Armées , &
Colonel du Regiment qui portc
fon nom , & qui eft fur le
pied étranger. Mr de Bellegarde
avoit commencé
de bonne
heure à porter les armes ; & il
s'eftoit trouvé en diverfes occafions
, où il avoit donné des
marques de fon courage. Il ſe
trouva à la bataille deNeerwinde
, où il acquit beaucoup de
gloire , par la vigoureufe refiftance
qu'il fit à un Corps d'Ennemis,
qui l'environnoient pour
le prendre ou pour le tuer. Il
GALANT 173
reçut en cette occafion de grandes
loüanges de feu M' le Maréchal
de Luxembourg
, qui
eftoit un bon Juge de la veritable
valeur. Mr de Montroux
qui a eu la Commanderie vacante
par la mort de Mr de Bellegarde
, eft d'une naiſſance tresdiſtinguée
. Sa maiſon eſt connuë
dans le Royaume depuis
plufieurs ficcles , & elle y eft
alliée à tout ce qu'il y a de plus
confiderable dans les Provinces
de Champagne , de Normandie
, & de Bourgogne . Mr
de Montroux a porté les armes
dés fa premiere jeuneffe ,
Piij
174 MERCURE
& il a donné dans toutes les occafions
où il s'eft trouvé , des
marques de fon courage & de
fon experience dans la difcipline
militaire. Il eft peu d'Officiers
plus aimez que luy dans
les Troupes ; il ne laiffe jamais
échaper les occaſions de faire
plaifir , & d'eftre utile à ceux
dont il connoift le merite &
les fervices. On ne peut , à cet
égard , avoir une conduite plus
noble & plus defintereffée
cette verité eſt juſtifiée par le
témoignage de tous ceux qui le
connoiffent.
;
Dame Marie Herbin , veuve
GALANT 175
de M Jean Patrocle Parifot ,
Maistre des Comptes, eft morte
dans un âge affez avancé , &
dans l'eftime de tous ceux qui
la connoiffoient ; elle fe l'eftoit
fes manieres douces attirée
par
& obligeantes. Elle eftoit d'une
famille fort connuë à Paris , &
qui a donné plufieurs perfonnes
de merite à l'Eglife & à la
Robe. M's Herbin y font établis
dés le commencement du
feiziéme fiecle ; & tous ceux
qui ont porté ce nom , s'y font
toûjours diftinguez chacun
dans leur état . Feu M² Pariſot
cftoit generalement eftimé ; il
Piiij
176 MERCURE
avoit acquis beaucoup de reputation
dans l'exercice de fa
Charge ; & il s'eftoit fait aimer
de tous ceux qui avoient eu
quelque relation avec luy. Sa
famille eft fort connue dans la
Robe. M Parifot , Procureur
General du Parlement deDijon,
eft un des plus grands Magiftrats
du Royaume ;
de' Sciences dont il n'ait connoiffance
, il connoift fur tout
parfaitement les Medailles .
il
est
peu
Je vous ay appris , depuis
deux mois , la mort de trois
Curez de Paris ; leurs Benefices
ont efté remplis depuis quelGALANT
177
ques jours , & ceux qui avoient
droit d'y nommer , ont choifi
des fujets qu'ils ont crû capables
de bien gouverner
les
ames.
M ' de Vienne , Chanoine de S.
Germain de l'Auxerrois en femaine
, a preſenté au Chapitre,
pour remplir la Cure de S. Sauveur
, M ' Pocquelin ; & le Chapitre
l'a prefenté,à Mr l'Archevêque
, qui lui a conferé cette
Cure. M Poquelin eſt connu
par le talent qu'il a pour la Predication
, pour la conduite des
Ames , & pour toutes les
! fonctions qui regardent ſon
178 MERCURE
miniftere. Il s'y eft exercé depuis
fa jeuneffe , & il y a toûjours
employé tout fon temps.
Perfonne n'ignore queMr Pocquelin
eft un tres- bon Predicateur.
Il a prêché dans les meil
leures Chaires de Paris , & il y a
toûjours été fort fuivi . M'le
Cardinal de Noailles , qui n'employe
quede dignes fujets dans
les fonctions qui regardent le
gouvernement des ames , l'eftime
beaucoup . Son E. connoiſt
Mr Pocquelin par l'experience
qu'elle a faite elle-même de
fes talens & de fa capacité ; &
depuis qu'elle eft fur le Siege
GALANT 179
de Paris , elle l'a employé en
plufieurs occafions , & elle en a
toûjours efté tres -fatisfaite.
Mr l'Abbé de Lyonne , en
qualité de Prieur de Saint Martin
des Champs , à nommé Mr
de Lameth , premier Vicaire de
de la Paroiffe de faint Euftache ,
à la Cure de faint Laurent . Mr
de Lameth eftoit fort confideré
de feu Mr le Curé de faint
Euſtache , & il avoit beaucoup
de
part à
à fa confiance ; & l'on
affure que ce digne Paſteur cuſt
jetté les yeux fur luy pour en
faire fon fucceffeur , s'il n'euft
pas eu un neveu tres - digne de
180 MERCURE
remplir ce pofte important. Mr
de Lameth eft fort regretté
dans la Paroiffe de faint Euftache
, où il eftoit generalement
eftimé , & où il s'eftoit acquis
la confiance des perfonnes les
plus diftinguées de cette grande
Paroiffe. Il eft Docteur de Sorbonne
, & il y a fait ce cours
avec beaucoup de reputation.
Il eftoit un des plus forts de fa
Licence ; & il a efté admiré dans
tous les actes publics qu'il a
foûtenus , pendant qu'il a eſté
fur les bancs.
Mr Labbé a efté nommé à
la Cure de faint André des
GALANT 181
-
Arcs , par Mrs de la Faculté de
Medecine . Il eft fils de Mr Labbé
, Medecin tres - eftimé. Il
avoit cu une Cure dans le Dio
cefe de Beauvais , depuis quelque
temps . Il s'y eftoit acquis
une cftime generale , de même
que dans tout le Dioceſe de
Beauvais ; & fa perte y a cauſé
beaucoup de chagrin . Mr Labbé
a des talens qui le diftingueront
dans fon Miniftere ; il prê
che parfaitement bien ,
annoncé plufieurs fois la
-le de Dieu avec beaucoup de
fuccés , dans les meilleures Chaires
de Beauvais , & même dans
& il a
paro182
MERCURE
celles de Paris . Il a auffi un
grand
talent pour la conduite
des ames ; il eftoit
confulté
de
toutes
parts en Picardie
, fur la
direction
, & quoy que dans un
âge peu avancé
, il connoiſt
parfaitement
les voyes
fpirituelles.
Les Nouvelles publiques ont
déja appris ce que contient la
Lettre que vous allez lire ; mais
cette Lettre donne une idée
bien plus intelligible des actions
qu'elle rapporte .
GALANT 183
D'Alcira , le 27. Avril.
Depuis la derniere Lettre que
j'ay eu l'honneur de vous écrire ,
Monfieur, j'ay efté obligé d'aller
par ordre de la Reine , à l'Armée
de Mr l'Evêque de Carthagene ,
& à Alicante , pour mettre l'une
en eftat d'attaquer les Revoltez ,
& l'autre , en estat de fe deffendre
contre le débarquement que pourroient
y faire les Anglois . L'un
&l'autre a efté heureusement executé
, nous avons muni Alicante
· de maniere
que le Chasteau eft en
eftat de refifter quelques jours à
184 MERCURE
tout l'effort quepourroientfaire les
ennemis ;& Mr le Comte de las
Torres eft à prefent à portée de le
fecourir. Fe revins enfuite à Almança
, où Mr l'Evêque de Cartagene
eftoit malade. Mr de Mahony
, qui commande ce Corps d'armée
, s'eftoit avancé avecfes Troupes
jufqu'à Montefa , où le Pont
de Batteaux deftiné pour la communicationfurle
Xucar , avec Mr
de las Torres , avoit efté conftruit.
Comme c'est la feule riviere qui
n'eftpasguéable depuis l'Ebrejufqu'à
Seville , ce pofte eftoit d'autant
plus important, que nous n'avions
aucune Placefur cette rivieGALANT
185
re ,fice n'eft à la frontiere , &fort
avant dans la Caftille . Nous arrivâmes
Samedy 17. du courant
fur le bord de cette riviere , aprés
avoir ravagé & brûlé neufgros
Villages aux environs de Xativa.
La terreurfutfi grande , que tout
le peuple fefauva dans cette Ville ,
dans Alcira , & dans Collera ,
qui n'eft qu'à demi-lieue de la mer,
nous laiffant le paffage libre , que
Bafet & Nebot auroient bienpú
nous difputer. L'un eftoit forti de
Xativa , avec environ deux cent
chevaux & fept à huit cens Miquelets
; mais fa Cavalerie ayant
efté chargée par les Troupes du
May 1706.
186 MERCURE
Roy , prit la fuite à l'ordinaire ;
les Miquelets , qui fuivirent
leur exemple , à mesure que Mr
de Mahony s'avançoit , perdirent
environ trois cens hommes, tuez en
differens endroits , fans que nous
ayons eu plus de fix bleſſez , &
quatre hommes tuez. Nous nous
rendîmes le Samedy , Mr de Mahony
& moy , fur la riviere que
nous paffames en Batteau , pour
conferer avec Mr de las Torres ,
fur ce qu'il vouloit entreprendre.
On refolut d'établir le Pont le plus
prés d' Alcira qu'il feroitpoffible ;
pendant qu'on travailloit à l'achever,
on attaqua le lendemain à
GALANT 187
Hadix
heures du matin les deux Faubourgs
d'Alcira. Ils furent emportez
l'épée à la main , & l'ony
tua prés de cent Miquelets ou
bitans qui avoient les armes à la
main ; on établit enfuite des batteries
pour ruiner celles que les ennemis
avoient fur des Tours. Elles
furentfi bien executées , qu'aprés
avoir démonté celles des ennemis ,
coupéle Pont- le-vis du coſté de l'attaque
de Mrde las Torres , un des
freres de Nebot , qui commandoit
dans la Place , demanda à capituler;
& comme les Bataillons des
Gardes Espagnoles & Wallonnes
eftoient partis la vei lle pour aller
Qij
188 MERCURE
renforcer l'Armée de Milord Maréchal
, qu'il ne nous reftoit que les
Milices de l'Evêque de Carthagene
, & quatre ou cinq cens Navarrois
, & que la Place que nous
attaquions eftdans une Ifle , on leur
accorda de fortirfans canon , avec
armes & bagages ; & ils furent
conduits à Valence. La terreury
futfigrande que la Garnison qu'ils
avoient dans Collera , abandonna
ce Pofte avant-hier , où ils ont
laiffé douze ou quinze pieces de
Canon. Nous l'avons fait occuper
par les Troupes du Roy, auffi bien
qu' Alcira , où on a trouvé dix-
Sept pieces de Canon defonte. Mr
GALANT 189
de Mahony a marché à Orihuela
avec toutes fes Milices & trois
cent chevaux , poury arrefter quelques
traiftres. S'il nous rejoint bien
toft , comme on l'efpere , nous attaquerons
Xativa ou Valence , fans
attendre l'Infanterie Françoife.
Les Articles fuivans contien
nent des Dignitez & des Charges
données par le Roy d'Efpagne.
Vous connoiſtrez par
la lecture de ces Articles , que
ce Prince n'éleve aux premiers
Emplois que des perfonnes diftinguées
par un grand merite ,
& par des lumieres qui peuvent
leur eftre d'une grande utilité
190 MERCURE
dans l'adminiftration de leurs
Emplois.
Sa Majefté Catholique a
donné une place dans le Confeil
Royal de Caftille , à Don
Jofeph Urrarte , Preſident de
Grenade , & ce Monarque a fait
Don Georges de Villo - longa ,
Chevalier de Malthe , Commandant
des Milices du Perou ,
& General del Callao, Don Joſeph
Urrarte eſt un des plus
grands Magiftrats de toute l'Efpagne
; il a efté employé fous
le regne précedent , dans des
affaires d'une tres - difficile difcuffion
, & les Ambaffadeurs
GALANT 191
d'Eſpagne au Congrez de Rifwick
, fe fervirent avantageufement
de fes Memoires. Don
Georges de Villo -longa a porté
les armes toute fa vie , & à fait
voir en pluſieurs occafions qu'il
eft digne de l'illuftre nom qu'il
porte. Il eft d'une des plus anciennes
Maiſons du Royaume
de Caftille ; & il cft allié aux
grandes Maiſons de ce Royaume
& de celuy d'Aragon. Le
Roy d'Eſpagne , en confideration
de fes fervices , luy a donné
la Charge de General des
Milices du Perou , qui eft tresimportante
, & qui donne un
192 MERCURE
grand pouvoir à celuy qui en
cft revêtu .
pour les
Le même Prince a fait Secretaire
d'Etat Don Jofeph de Grimaldo
, afin de luy donner plus
d'autorité & de dignité dans
la Charge de Secretaire des Dépêches
Univerfelles
affaires de la Guerre & des Finances
. Je vous en ay déjà plufieurs
fois parlé , à l'occafion
de divers emplois que le Roy
d'Eſpagne luy a donnez fucceffivement
. Il eft generalement
eftimé en Eſpagne , & Sa Majefté
Catholique vient de luy
donner une marque bien éclatante
GALANT 193
tante de la confideration qu'elle
a pour luy. Je vous ay parlé
affez amplement dans plufieurs
de mes Lettres , des divers Confeils
d'Efpagne ; & vous avez
dû remarquer que ceux qui y
font reçus , ont ordinairement
paffé par d'autres emplois , où
ils ont acquis l'experience qui
leur eft neceffaire pour pouvoir
eftre utiles à Sa Majefté dans les
Confeils où elle fe trouve.
Mr le Comte de Ibagrande
a efté fait Confeiller du Con
feil des Finances , & Surintendant
du Confeil des Finances
& des Deniers que fournit la
May 1706.
R
194 MERCURE
tres
de
Ville de Madrid . Cette Inten
dance eft tres - importante , &
on ne la donne qu'à des perfonnes
en qui on a beaucoup
confiance , & dont on eft affuré
de la probité. Mr le Comte de
Ibagran de joint à une naiſſance
confiderable , une grande
experience ; & il s'eft appliqué
aux affaires dés fa plus grande
jeuneffe . Il a eu la conduite de
quelques affaires affez épineufes
, fous le regne precedent
où il a réüffi au gré de toute la
Monarchie. Le Roy d'Espagne
a donné des marques publiques
de la
confideration qu'il a pour
X
>
GALANT 195
luy, en luy donnant deux emplois,
dont un feul pouroit fuffi,
re pour donner beaucoup d'oc
cupation à un habile Miniftre ,
La place de Corregidor de
Tolede , qu'avoit M' le Comte
de Ibagrande , a cfté donnée à
M le Comte de Campo- Rey,
qui eft d'une des plus anciennes
Maifons d'Espagne , & des
mieux alliées. Ce Comte a rendu
de grands ſervices à la Monarchie
d'Eſpagne par fon
exactitude , par ſa vigilance &
par l'étendue de fes lumieres.
D'ailleurs il a une grande experience
des affaires , & il a tou
Rij
196 MERCURE
jours fait voir beaucoup de
prudence & d'habileté dans le
maniement de celles qui luy
ont paffe par les mains. Je vous
ay parlé pluſieurs fois des Charges
de Corregidor. Celle de
Tolede eft une des plus impor
tantes du Royaume ; & celuy
qui en eft revêtu a une grande
autorité.
Le Roy d'Efpagne a gratihe
Don Pafqual de Villa- Campa
, d'une place dans le Confeil
des Indes ; Don Alonfo Tello,
de celle d'Alcalde de Grenade ;
& Don Francifco de Cañas , du
Gouvernement de Caracas ,
GALANT 197
prodans
la Nouvelle Efpagne.Don
Pafqual de Villa Campá eft
d'une naiffance diftinguée. Le
Confeil des Indes dont il vient
d'être fait Confeiller , eft un
Tribunal fort important en
Efpagne , & où le Roy ne place
que des perfonnes dont la
bité & la capacité lui font connuës.
Don Alonſo Tello , nouvel
Alcalde de Grenade, a déja
paffé par d'autres emplois , où
il a donné des preuves de fon
mérite & de fon intelligence
dans les affaires les plus difficiles
. Don Francifco de Cañas ,
qui a eu le Gouvernement de
R iij
198 MERCURE
Caracas dans la Nouvelle- Ef
pagne , a commencé fort jeune
à porter les Armes ; & il a don→
né en diverfes occafions des
preuves de fon courage & de
fon experience dans la difcipline
militaire. Il eft d'une ancienne
maifon d'Aragon , déja
connue fous le régne de MartinV.
qui laiffa , en mourant, aux
Etats du Pais , le foin de lui
choifir un fucceffeur.
" M' Collalto , étant fur fon
départ pour aller prendre poffeffion
de fon Archevêché de
Corfou en Morée , est mort à
Venife. Corfou eft une Ifle de
GALANT 199
la Mer- Ionienne qui appartient
aux Venitiens ; elle eft fituée au
Couchant de la Grece. La Capitale
de l'Ifle où eft le Siége Archiepifcopal,
porte auffi le nom
-de Corfou . Cette Ville eft affez
grande & bien peuplée . Elle eft
défenduë par deux Chafteaux
que leur affiete rend prefque
imprenables. Pline remarque
dans fon Hiftoire Naturelle ,
que l'Ile de Corfou qui fut
nommée par les anciens Cor
tyre ,Scherie, & Drepane , fut auffi
la demeure des Pheaces . La longueur
de cette Ifle eft de so
milles, c'est - à- dire , de 18 licuës ;
R iiij
200 MERCURE
24
fa plus grande largeur eft de
milles & fon tour de 120.
Elle eft divifée en quatre Baro
nies ou Bailliages , tenus par des
Gentilhommes Venitiens . L'air
y eft trés - bon ; elle eſt abondante
en vins & en huile ; & it
y a des bois de citronniers , &
d'autres arbres qui y croiffent
fans peine , avec des fimples
trés- rares . Les habitans de Corfou
font Chrêtiens Latins &
Grecs.
L'Archevêqué a pour
Suffragans , les Evêques de Cefalonie
& de Zante . Corfou eft
à 5 ou 6 milles des côtes de l'Epire
, & à 80 ou 100 de celles
GALANY 201
de Calabre. M' Collalto étoit
d'une des meilleures maifons
de Venife. Il joignoit à l'éclat
de fa naiffance , plufieurs autres
qualitez qui le rendoient tréseftimable.
Il avoit beaucoup de
probité ; & il en avoit donné
de fortes preuves dans tous les
emplois que la Republique de
Venife lui avoit confiez . Il avoit
auffi une grande érudition ; il
étoit bon Philofophe , bon
Theologien . Il s'étoit fort attaché
à la Philoſophie de M
Defcarte , & il l'avoit étudié
avec beaucoup de fuccés. La famille
de Mª l'Archevêque de
202 MERCURE
Corfou étoit alliée à celles de
Morofini , de Delphini , de Mo
cenigo , d'Ottoboni , de Donato
, & à plufieurs autres des plus.
illuftres de la Republique ; mais
tous ces avantages lui avoient
moins acquis deftime que fa
grande pieté & fa charité pour
les pauvres.
Le Docteur Beau , Evêque
de Landaf , eft mort dans fon
Diocefe, au Pays de Galles , âgé
de 86 ans . Il paffoit pour un
des plus fçavans hommes de
l'Angleterre ; il en avoit donné
des marques en pluſieurs occa
fions d'éclat. On dit que ce PreGALANT
203
lat étoit auteur de plufieurs petits
écrits , qui n'avoient pas
moins de force que d'éloquence
, qui parurent dans le temps
de la mort funefte du Roi Charles
I. & qui fervoient de réponfe
à Milton , qui s'étoit déclaré
K'Apologiſte des Parlementai ,
res. On prétend auffi que ce
Prelat avoit rendu en plufieurs
occafions , fa foy fufpecte aux
Epifcopaux d'Angleterre , &
qu'il reconnoiffoit lorfqu'il
étoit avec fes amis particuliers,
la fauffeté des principes de ceux
de cette Secte. On écrit même
d'Angleterre , qu'on a trouvé
204 MERCURE
parmy fes papiers, certains Me
moires qui ne font point favo
rables à l'Eglife Anglicane
. Ce
Prelat fuivit le torrent , & fe
laiffa entraîner dans la conju
ration qui fe forma contre le
Roy Jacques II . dans le temps
de l'invafion du Prince d'O
range , parce qu'il vit bien qu'il
lui feroit inutile de refifter
tour le pays de Galles étant dé
claré pour cet ufurpateur. H
parut que cette revolution n'é
toit pas fort à fon goût : On ne
le vit plus à la Cour , ou s'il y
alla , ce ne fut que dans les occafions
où il ne pouvoit pas fe
GALANT 205
difpenfer d'y paroître ; & il eut
de commerce avec les courpeu
tifans.
Si
M' leComte d'Orfet , Che
valier de la Jarretiere , mourut
Bath il y a quelque temps. Il
avoit cfté fort avant dans la
confiance du feu Roy d'Angleterre
,Guillaume III . & ce Prince
l'avoit employé dans plufieurs
affaires trés - importantes.
CeComte étoit d'une des meilleures
Maifons d'Angleterre ;.
il avoit porté les armes dans fa
jeuneffe , & il avoit fait plufieurs
campagnes fous le feu Roy
Charles II. Le Duc de Mont206
MERCURE
mouth avoit eu avec luy des
liaifons fort étroites , & on
croit même qu'il l'avoit engagé
dans fon party lorfqu'il fe revolta
contre le feu Roy Jacques
II . parce que ce Comte difparut,
dans ce temps - là , de la
Cour d'Angleterre , & alla paf
fer quelques mois dans ſes ter¹
res , qui font fort éloignées de
Londres . M' le Comte d'Orfet
avoit eu de grandes liaiſons avec
feu M' de Saint- Evremont ; le
goût qu'il avoit pour les belles
Lettres qu'il cultivoit , en étoit
le fondement. Ils fe voyoient
Tous les jours , & ce Comte
GALANT 207
étoit de toutes les affemblées
qui fe faifoient chez M de
Saint Evremont , & dans lef
quelles on traitoit des plus bel
les matieres de la Philofophic
& des belles Lettres . M' le
Comte d'Orfet étoit auffi fort
ami de M ' Lavvd , Archevêque
de Cantorbery , un de plus fçavans
Prelats d'Angleterre , &
celui qui meritoit mieux la confiance
de ce Seigneur .
Madame la Princeffe Guille
mette-Erneftine , fille de Frederic
III. & foeur de ChreftierneV.
Roy de Dannemark , & veuve
de Charles , Prince Electoral
208 MERCURE
Palatin , eft morte âgée de s
ans , au Château de Lichtem
berg prés de Drefde , où elle
s'étoit retirée auprés de l'Elec
triceDouairiere deSaxe ,fa foeur .
Le feu Prince Electoral Palatin ,
frere de S. A. R. Madame ,
époufa cette Princeffe en 1671 .
Elle defcendoit de Chriftier
ne I. tige de la maiſon des
Comtes d'Oldembourg , & qui
fut élû Roy de Dannemark
aprésChriftophle III . de la maifon
de Baviere , mort fans enfans
en 1448. Le feu Roy de
Dannemark , fon frere, Chrif
tierne V. cut de frequentes
GALANT 209
guerres contre les Suedois jil
fe ligua , pour ce fujet , avec les
Princes d'Allemagne
, avec
Empereur & avec les Hollandois.
Il a laiffé le Roy de Dan
nemark qui regne aujourd'hui
,
& plufieurs autres enfans , de la
Princeffe Charlotte de Heffe-
Caffel . Frederic III. pere de la
Princeffe dont nous parlons ,
étoit fecond fils de Chriftierne
IV.auffi Roy de Dannemark , &
d'Anne- Catherine de Brandebourg
Ce Princefucceda à fon
piere dnl 1648. fon frere Chrif
tierne,défigné Roy de Dannemark
, elfant mort quelque
May 1706.
S
210 MERCURE
&
tems auparavant. Frederic avoit
efté Archevêque de Bremen ; il
foûtint de longues guerres contre
les Suedois . Ceux- cy lui declarerent
la guerre en 1658%
fâchez de ce que Frederic , du
rant la guerre de Pologne , ra
vageoit le Duché de Pomeranie.
Pour faire diverfion , ils ſe ren
dirent maîtres de l'Ile de Fuinen
; ils affiegerent même Cop
penhague & par le Traité de
Rofchild , conclu en 1659. les
Danois leur cederent Schonen ,
Halland , le Bleking , l'Ile de
Bornhom , qui eft depuis res
tournée au Roy de Dannemark
P
211
GALANT
par l'échange de quelques au
tres terres. Charles - Guftave ,
Roy de Suede , recommença la
guerre quelques années aprés ;
mais la mort mit fin à fes conquêtes.
Le Roy Frederic fit enfuite
la paix avec la Reine de
Suede , tutrice du Roy Charles
fon fils . Elle fut conclue à Coppenhague
en 1660.0
Le Roy Frederic III . reçut des
Etats deDannemark,le pouvoir
de laiffer heredicaire dans faMaifon
la Couronne qui eftoit auparavant
élective. Il mourut en
1670. âgé de 61. ans , ayant cu
de Sophie - Amelic de Lung-
Sij
212 MERCURE
bourg , qu'il avoit épousée en
1643. Chriftierne V. Roy de
Dannemark , qui époufa dans
la fuite la Princeffe de Heffe-
Caffel ; Georges, Prince de Dan
nemark qui elt en Angleterre ;
Anne- Sophie , femme de Jean-
Georges , Prince Electoral de
Saxe , Friderique- Amelie , mafriée
en 1667. à Chriftien- Adol
phe , Duc de Holface - Sunderbourg
Guillemette- Erneſtine,
mariée l'an 1671. au Prince
Electoral Charles , Palatin du
Rhin ; & Ulrique- Eleonor- Sabine
. Frederic III . laiffa auffi un
fils naturel, Frederic, Vice- Roy
GALANT 213
de Nort- wege , Prince- d'un
grand courage , & d'une vaaleur
plufieurs fois éprouvée.
Si ma Lettre n'avoit point
efté trop remplie le mois paffé ,
j'aurois dû vous envoyer la tra
sbduction de la Declaration de
Sa Majefté Catholique , fur
Amniftie generale qu'elle a
accordée aux Revoltez de Catalogne
, en entrant dans cette
Principauté. Je vous envoye
& cette piece ; elle a pour titre.
214 MERCURE
INDULT ET PARDON
• general , concedéˆ, par le
Roy, nôtre Seigneur , Don
PHILIPPE V. que Dieu
garde ; A toutes les Villes ,
Citez , & lieux de la Principauté
de Catalogne, qui ont
manqué à l'obéiffance & à la
foy du Serment preſté àSa
Majefté Catholique.
DON PHILIPPE, par la
grace de Dieu , Roy de Caftille ,
d'Aragon , de Leon , des deux Siciles
, de Ferufalem , de Hongrie ,
de Dalmatie , de Croacie , de NaGALANT
215
"
varre , de Grenade, de Tolede , de
Valence , de Galice , de Maillor
que , de Seville , de Sardaigne , de
Cordoüe , de Corcegue , de Murs
cie, deJaën , des Algarbes , d'Algecire
, de Gibraltar , des Iles de
Canaries , des Indes Orientales
Occidentales , des Ifles & ter
re-ferme de la Mer Oceane , Ar
chiduc d'Autriche , Duc de Bour
gogne , de Brabant , de Milan
d'Athenes, & de Neopatrie , Com
te d'Apfpurg , de Tirol de Barces
lone , de Rouffillon , & de Sardaə
gne Marquis d'Oriſtan , &
Comte de Coccean.
216 MERCURE
3 Connoiffant que les troubles
prefens de la Catalogne tirent plûtoft
leur origine des erreurs , dont
on a voulu feduire les Sujets , &
de la violence qu'on leur a faite
pour les y engager , que de leur
propre volonté, fe voyant obligez
de ceder à laforce de préferver
leursmaifons leurs biens &leurs
wies , des plus cruels actes d'hofti
lité, pour profiter en même temps
des avantages & utilitez chime
riques dont on tes a abuſez
dont je ne doute pos qu'it's nefoient
déja détrompez comme jefuis tow
jours perfuadé de leur amour : &*
de leur obligation à demeurer toûjours

GALANT 217
jours foumis à ma domination
ainfi qu'ils l'ont juré , & qu'il eft
de la justice , & de leur propre utilité
, tant par rapport à leur confervation
à leur repos , que par
Tapport à la Religion Catholique ,
dont ilsfont fi zelez & fijaloux ,
pour la conferver dans toutefapureté
, fans l'expofer à aucune des
erreurs › ny à aucun des dangers
qui la menacent , & qui la troublent
déja : C'eft auffi dans le defir
ardent de la conferver & de la
maintenir pure & fans aucune alteration
, que je me fuis principalement
déterminé d'employer toutes
mes forces , fans aucune referve
May 1706.
T
218 MERCURE
de mes foins , ny de ma Perfonne.
Et ma Royale clemence voulant
épargner à ceux qui ont eu la foibleffe
de fe laiffer entraîner à larevolte
, les remords de leur conduite,
les juftes craintes des chaftimens
qu'ont merité ceux qui en ont efté
les Chefs & les Auteurs , & les
frayeurs d'avoir encouru mon indignation
par un pareil crime , &
par une faute auffi execrable ; jay
voulu leur donner un témoignage
éclatant de ma clemence , & de cet
amourpaternel que je mefens pour
tous mes Sujets , qui eft le même
qui me détermine à m'expofer aux
plus grands travaux & aux plus
GALANT 219
rudès
د
incommoditez › pour affurer
leur repos , pour les garentir des
tempeftes qui tombentfur eux. Par
tous ces motifs , j'accorde un Pardon
abfolu & une Amnistic generale
à toutes les Villes , Citez ,
Bourgs Villages , Chapitres
Ecclefiaftiques Communautez fe
culieres , & à tous particuliers de
quelque eftat , condition & fexe
qu'ils foient , dans la Principauté
de Catalogne , & dans tous les
lieux quiy font compris , ou qui
en dépendent de forte qu'on ne
puiffen y les charger , ny les pour
Suivre pour telle faute & pour
tel crime , ny les leur reprocher s
Tij
220 MERCURE
ay les en châtier en aucune ma¬
niere , nyfous quelque pretexte que
ce foit pour raifon d'avoir cu
part à la revolte , d'avoir manqué
à la foy du ferment qu'ils
m'ont prefté , d'avoir fomenté
la rebellion de s'eftre foûmis
à l'obéiffance d'un autre Prin
ce , d'avoir favorifé , foutenu
logé , & fecouru fes Troupes
d'avoir négligé mes ordres
refufant de s'y foûmetre & aux
perfonnes qui y commandoient de
ma part, ny par aucun autre motif
qui puiffe y avoir quelque
rapport qu'il foit declaré ou non
dans ces Prefentes ; car mon inten
و
GALANT 221
Jul
bonte ny
dans l'avenir ,
tion tout y foit abfolument
compris , & qu'il ne reste plus ny
veftige , ny obftacle , my
à eux ny à leurs defcendants , qui
puiffe leur eftre d'aucun préjudice
dans le prefent ny
pour leurs leurss perfonnes , pour leurs
noms , ny pour leurs biens ,
par quelque raifon , ou prétexte
que ce foit , & qui en puiffe
refulter contre eux & contre les
leurs. Je les reçois avec empreſſement
de nouveau fous ma pro-
&
tection Royale ; mais avec la condition
expreffe , que pour jouir de
cet Indult & Pardon general , dés
que mes armes & celles du Roy
Tiij
222 MERCURE
mon ayeul feront entrées dans la
Principauté , & qu'on aurapublié
cet Indult univerfel , ils foient
tous obligez de venir affifter ma
perfonne Royale,ou mes Generaux
ceux du Roy mon ayeul , de
rentrer dans leur foûmiſſion , &
d'obeir à tous mes ordres & à ceux
de tous ces Generaux : prévenant
comme je lepréviens , que ceux qui
ne feront pas plus éloignez que de
fix lieues des lieux que mes armes
celles du Roy mon ayeul occuperont
, ayent à l'executer dans
trois jours ; ceux qui feront éloi
gnez de douze lieues , dans dix
jours ; & ceux de tout le refte de
GALANT 223
la Principauté , dans le terme de
trente jours ; faute de quoy , je les
declare rebelles , & je les regarde
comme criminels de leze- Majefté,
aprés ledit terme , à compter dujour
de la publication qui fe fera dans
le premier lieu de la Catalogne ; &
je donneray ordre qu'on les pour-
Suive , pour exercerfur eux & fur
leurs crimes les rigueurs de lajuftice
qu'ils fe feront attirées par leur
mauvaife conduite par leur obftination
: ils ne pourront imputer
qu'à eux - mêmes , les chaftimens
qui tomberont fur eux , &
toutes les pertes qu'ils reffentiront
dans leurs biens & dans leursper-
Tiiij
224 MERCURE
fonnes , ny les defolations & deftructions
des lieux & des peuples
qui s'en enfuivront . Ce qu'ilspeuvent
facilement éviter , en profitant
de noftre clemence , & en fe
foumettant aux ordres équitables ,
à des conditions auffi juftes que
celles qu'on leur impofe . Donné
dans la Ville de Cafpé , le 15 .
Mars.
MOY , LE ROY,
Je croy devoir ajoûter ce qui
fuit , à l'Article de la mort de
M' le Curé de Saint Laurent ,.
dont je vous ai déja parlé.
Il étoit Doyen des Curez de
GALANT 225
Paris, Vicaire General de Mon
fieur le Cardinal de Janfon ,
ci- devant Vicaire General de
Monfieur le Cardinal de Bouil
lon , de feu Monfieur le Cardinal
de Coiflin , de Monfieur
le Prince Philippe , de M' l'Ab
bé de Richelieu . Il a travaillé
long- temps, avec beaucoup de
fuccés, à la converfion des Proteftans.
Il eftoit tres fçavant ,
& fa doctrine eftoit tres- orthodoxe.
Son Convoy funebre ,
qui fe fit à onze heures du matin
, eftoit compofé d'un nombreux
Clergé, précedé de tous
les Religieux de la maiſon des
226 MERCURE
Recolets , au nombre de plus
de deux cens, & fuivi de vingthuit
Curez de Paris , de beaucoup
de Docteurs de la maiſon
de Sorbonne , de plufieurs des
M's de la maifon de S. Lazare,
& d'un grand nombre d Ecclcfiaftiques
, & des principaux Paroiffiens
de l'Eglife de S. Laurs
rent .
Le deffunt eftoit de la ville
de Mortagne, dans la Province
du Perche , d'une noble & ancienne
famille . Il eftoit fils de
Pierre Gobillon , petit - fils de
Nicolas Gobillon , Avocat du
Roy à Mortagne, & de Damlle
GALANT 227
i
Jacqueline de Surmont , d'une
des plus illuftres Maifons de
cette Province, par l'ancienneté
de fa Nobleffe , qui avoit la
qualité de Chevalier il y a cinq ya
cens ans. Rodolphe Faguer ,
fon oncle , eftoit Lieutenant
General de Mortagne. Cette
famille s'eft toûjours diftinguée
tant dans l'Epée que dans la
Robe.
Il laiffe deux foeurs ; je vous
ay déja parlé de la Cadette . D
N... Gobillon, épouse de MⓇ de
Colins , Maître d'Hôtel de S.
A. R. Madame.
D° N... Gobillon , l'aînée
228 MERCURE
des deux , eſt veuve depuis peu
de M' Warin , fils du fameux
Jean Warin , Controlleur general
des Monnoyes de France ,
né à Liege , & fils de Pierre Warin
, S de Blanchard , Gentilhomme
du Comte de Rochefort
, Prince Souverain de l'Empire
. Jean Warin fut donné à
ce Prince à l'âge d'onze à douze
ans , pour cftre fon Page ;
& fon inclination naturelle
l'ayant porté à deffiner , dans
les temps que les exercices de
monter à cheval , de faire des
armes , de danfer & de voltiger
luy laiffoient libres , il y
GALANT 229
réüffit parfaitement. Comme
-le deffein eft un chemin à la
Peinture, à la Sculpture , & à la
Gravure , il fe rendit également
habile dans ces trois Arts ; &
cftant fort induftrieux de fon
naturel , il imagina plufieurs
Machines tres-ingenieufes pour
monnoyer
des Medailles qu'il
avoit gravées. Le Roy Louis
XIII . informé
de fa capacité
,
le fit travailler
aux Monnoyes
& aux Medailles . Peu de
aprés , la Charge de Garde
Conducteur
general des Monnoyes
de France ayant vacqué
, par la
mort de René Olivier , il fut
temps
230 MERCURE
reçu dans cette Charge .
Il fit en ce temps- là le Sceau
de l'Academie Françoiſe , qui
reprefente le Cardinal de Richelieu
, & qui eft fireſſemblant
& travaillé avec tant d'art , que
cet ouvrage a toûjours efté regardé
comme un chef- d'oeu
vre. On le fit voir au Cardinal
de Richelieu , qui en fut charmé
, & qui dit publiquement ,
l'homme qui avoit fait un fi
bel ouvrage, meritoit de ne mourir
jamais.
que
Le Roy Louis XIII . ayant
refolu de faire faire la conver-
Gon generale de toutes les efpe
GALANT 231
ces legeres d'or & d'argent dans
toute l'étendue de fon Royau
me , Mr Warin fut choisi pour
ávoir la conduite de cette reforme
, qui fut établie dans la
baffe Gallerie du Louvre ' ; &
fur tout , pour faire les poinçons
& les carrez de toutes les
Monnoyes. A l'occafion de ces
deux emplois , le Roy créa pour
luy deux Charges ; l'une , de
Conducteur general des Monnoyes
de France ; & l'autre , de Graveur
general des Poinçons de ces
mêmes Monnoyes . Toutes celles
qu'il a faites , ont cfté d'une
beauté fi grande , que beau
232 MERCURE
coup de Curieux les confer
vent & les gardent comme des
Medailles , qui ne cedent en
rien aux Medailles antiques les
plus eftimées. On les regarda
avec admiration par tout où
elles fe répandirent ; & les Turcs
mêmes , qui ne font pas fort
fenfibles aux beautez des Arts ,
furent fi charmez des demi-
Louis- dor & des pieces de cinq
fols qu'avoit fait Mr Warin ,
qu'ils en faifoient le plus bel
ornement de leurs habits , &
les y attachoient . Il fit dans
le même temps des pieces de
huit & de dix piftoles , qu'on
GALANT 233
des
peut mettre auffi au rang
plus beaux Medaillons . Toute
la Monnoye qui a efté fabriquée
pendant la minorité du
Roy , & qui eft de la même
beauté que celle qui porte l'empreinte
de Louis XIII. eft pareillement
de Mr Warin.
Il a fait toutes les Medailles
qui regardent Louis XIII . celles
de la Reine - Mere , Anne
d'Autriche ; celles du Roy aprés
fa minorité , & celles de fon
Sacre , ainfi que plufieurs autres
à l'occafion de divers grands
événemens de fon regne . Il a
fait les Medailles qui ont efté
May 1706, V
234 MERCURE
mifes dans les fondemens du
de
Frontifpice du Louvre ,
bfervatoire , de l'Eglife du
Val- de- Grace ; celles de feu S.
A. R. Monfieur , Frere unique
du Roy ; de feu Monfieur le
Prince de Condé du Cardinal
Mazarin ; de la Reine de
Suede ; de Mr Colbert ; & de
plufieurs autres perſonnes de
diftinction . Tous ces ouvrages
font tres- beaux , & font le principal
ornement des Cabinets
des Curieux .
Il a fait le Bufte du Roy en
marbre , qui fe voit dans les
grands Appartemens de Ver
GALANT 235
de
plufailles
; & quoique cet ouvrage
foit fon coup d'effay en ce genre
, il peut aller de pair avec
fieurs des plus beaux
ouvrages
l'Antiquité
. Il fit enfuite
une figure de Sa Majeſté ,' auſſi
en marbre , de fept à huit pieds
de haut , qui ne dément point
fes autres Couvrages. Il a fait
auffi en bronze un , Bufte du
Roy , dont la beauté égale rout
sce qu'il a fait.
,
Le même Mr Warin a faitun
Bufte en or du Cardinal de
Richelieu , du poids de cinquante
cinq Louis d'or , qui eft dans
le Cabinet de Mr le Prefident
V ij
236 MERCURE
de Menars , & que l'on regarde
comme une piece parfaite en
ce
genre.
Outre les trois Charges que
l'on a dit que M Warin avoit
euës touchant ce qui regarde
les Monnoyes , il a encore efté
Secretaire du Roy & Intendant
des Baftimens de Sa Majefte .
Il eft mort à Paris au inois
d'Aouft 1672. âgé de 68. ans.
Mr Gobillon laiffe auffi une
niece , fille d'un de fes freres
mariée à Mortagne à Mr de
Tiercelin , d'une des meilleures
maifons de France , & dont un
des Anceftres fut fait Cheva
$
GALANT 237
lier de l'Ordre du Saint Efprit ,
dans le 8. Chapitre , tenu à Paris
par Henry III . le 31. De
cembre 1585. Mr de Tiercelin
dont je vous parle , a un fils qui
sa l'honneur d'eftre élevé Page
de S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans. Mre N... Gobillon,
Preftre , Docteur de Sorbonne,
eft frere de Me de Tiercelin..
Me Gobillon , Religieufe de
Sainte Perrine de la Villette ,
eft pareillement nicce de feu
Mr le Curé de S. Laurént ; elle
eft fille d'un autre de fes freres .
Cette Dame n'a pas moins d'ef
prit , quede vertu & de merite.
238 MERCURE
J
M' Du Magnou , Chef d'Ef.
cadre des Armées Navales de
Sa Majefté , Chevalier de Saint
Louis , & Commandant à Rochefort
, y eft decedé âgé de
72. ans , aimé & regretté de
tous ceux qui le connoiffoient .
Il eftoit le plus ancien Officier
de Marine ; il avoit commencé
à fervir à l'âge de feize ans , &
il s'eftoit trouvé depuis cinquante
- fix ans dans toutes lès
expeditions les plus importantes
, où il a toûjours rempli fes
devoirs avec toute la capacité ,
& toute l'intrepidité poffibles.
Ilavoit reçu plufieurs bleſſures , `
GALANT 239
en confideration defquelles Sa
Majesté luy avoit accordé une
penfion de 2000. livres de l'Ordre
de S. Louis . Il eftoit d'une
noble & ancienne Maiſon de
Poitou .
ΜΕ
Si les Relations originales
des expeditions faites par
de Chavagnac & d'Iberville ,
que j'attens , peuvent´arriver
jufqu'à moy , celle que vous allez
lire ne leur fervira que de
Prélude ; mais elle ne laiffera
pas de vous faire un extrême
plaifir , puifqu'en vous donnant
une parfaite idée des lieux
où les armes du Roy viennent
1
240 MERCUR E
de remporter une pleine victoire
, & en vous faifant voir la
pofition & l'eftat , vous entrerez
mieux dans les détails de
ces grandes & belles Rela
tions.
Les Iles de S. Chriftophle & de
Nieves , qui viennent d'eftre entierement
pillées & defolées par les Efcadres
commandées par Mrs de Chavagnac
d'Iberville, font du nombre
de celles que les Espagnols ont
nommées Iftes Antilles , ou de Barlovente
, dans le temps que Chriftophle
Colomb , fit la découverte de
l'Amerique , en 1492 .
Ces noms d'Antilles , & de Barlovente
, qui ne fignifient que ta
mefme chofe, leurs furent donnez ,
parce
GALANT 241
parce qu'elles font au vent de toutes
les autres Ifles qu'on trouve enfuite,
& qui font plus Occidentales que
celles- ci . C'estpourquoy nous les nom.
mons ordinairement Iles du Vent ,
& les autres ,les Illes d'Avaut le
Vent, parce qu'entre les Tropiques ,
&fous la Zone Torride , en approchant
de l'Amerique , le vént regne
perpetuellement de l'Orient à l'Occident
; & c'eft vers cette partie du
monde que Amerique eft fituée à
noftre égard : ce qui la fait nommer
communément les Indes Occidentales
.
Ces Ifles Antilles, & la plupart
des autres qui font entre les Tropiques,
font depuis le douze jufqu'au
vingtième degré ou environ delatitude
Septentrionnale ; & celles de
S.Chriftophle & deNiéves , fontfous
May 1706 .
X
142 MERCURE
le dix-feptième degré, ou à peuprès.♫
· Des Aventuriers
François commencerent
en 1625. d'y établir fous
be commandement
de Mr de Nambuc
, Gentilhomme
Normand , &
Capitaine
du Vaiffeau du Roy, une
affez foible Colonie , dans le temps
que d'autres Aventuriers
Anglois s'y
établirent
au fous le commande
ment d'un Capitaine Anglois, nommé
Warnard
, qui y vivoit encore
en qualité de General, en 1647 .
les Fran-
Ces deux Generaux , d'un comman
accord, partagerent
cette Ifle d'environ
quinze lieuës de tour, en quas
tre portions prefque égales , & en forme
de futoir: en forte que
cois ne pouvoient paffer d'un de leurs
quartiers à l'autre , fans traverser
un des quartiers des Anglois, à moins
que d'y aller par mer. Ce partage
GALANT 243
yant eftéjugé neceffaireparces deux
Commandans , pour entretenir les
deux Nations dans la concorde , &
pour empêcher qu'elles ne puffent rien
entreprendre Pune contre l'autre
qu'avecplus de difficulté. Ils établi
rent de concert , des Limites & des
Forts fur leurs Frontieres ; ce qui
ne les empêcha pas d'avoir plufieurs
differends dans la fuite. Pendant les
guerres des deuxNations, ily arriva
diverfes revolutions, par lesquelles
les François devinrent quelquefois
les Maiftres abfous de l'ifle entiere,
& quelquefois les Anglois , qui
s'en trouvant les Maistres dans le
temps de la Paix de Rifovik , les
Plenipotentiaires , par un Article
exprés du Traité, convinrent que la
reftitution nous feroit faite des deux
parties de cette fle , avec tous les
X ij
244 MERCURE
Forts des deux Frontieres, qui nous
avoient appartenus.
Apeine nous en eftions - nous remis
en poffeffion, que la guerre furvenue
depuis entre les deux Nations , ainfi
que la foibleffe de noftre nouvel établiffement
faciliterent aux Anglois,
dont la Colonie eftoit floriffante, &
plus peuplée que jamais , le moyen
de s'en rendre les maiftres , & d'occuper
l'Ile entiere . Ils établirent
quantité de moulins à fucre & des
Indigoteries , dans les deux quartiers
que nous occupions auparavant : enforte
qu'il n'y avoit point d'année ,
u'il ne partit de cette Ifle , pour
l'Angleterre, & pour d'autres pays ,
plus de cent cinquante vaißeaux
chargez de fucre & d'Indigo.
L'Ile de S. Chriftophe étoit dans
vet état floriffant , lorfque Mr le
GALANT 245
Comte de Chavagnac y a fait le 21.
Fevrier dernier une defcente, avec
Efcadre qu'il commandoit de cinq
vaißeaux du Roy , aufquels s'étoient
joints deux vaiffeaux Armateurs ,
&plufieurs petits bâtimens, chargez
de troupes , & de milices des Ifles de
la Martinique & de la Guadeloupe ,
Cette Ifle , où il a peu trouvé de refiftance,
a efté entierement pillée &
defolée , & les Efclaves Negres enlevez,
auffibien que les chaudieres
a fucre , dont les moulins ont efte
brûlez , ou ruinez : les maisons ont
efté pillées & la pluſpart brûlées',
ainfi que les cannes de fucre.
Mrle Comte de Chavagnac , qui
partit à la fin d'Octobre dernier de
Breft , où il avoitfait (on armement
´defocieté avec Mr d'Iberville , Capitaine
de Vaiffeau du Roy , qui faix
iij
246 MERCURE
foit le fien à Rochefort & à la Ro
chelle , avoit promis à ce dernier de
l'attendre à la Martinique , pour y
difpofer tout ce qui pourroit estre propre
à leur expedition , qui avoit encore
pour objet d'autres Ifles Angloi
fes du voifinage de Saint - Chriftophle
, comme les Illes de Nieves
d'Antigoa & de Montferrat ; mais
Mr d'Iberville ne pût arriver qu'at
7. de Mars fuivant à la Martinique
, où il trouva Mr de Chavagnat
revenu , chargé de dépouilles de fon
-xpedition de Saint. Chriftophle , Mr
d'Iberville avoit prisfurfa route un
Vaiffeau de guerre Anglois , qu'il
amirina pourjoindre aux cinqVaif
feauxde guerre qu'il avoit avec une
flute , où il avoit embarqué dixe
grandes Chaloupes en fagot , ou démontées,
pourfervir, ( aprés leur af
GALANT 247
Semblage au débarquement qu'il
avoit concerté avantſon départ avec
Mr de Chavagnac.
Les deux Efadres parurent devant
le Fort de Nieves le premier
d'Avril , pour y donner de lajaloufie,
& y attirer les forces de l'ifle
pour fa deffenfe , pendant que les
dix Chaloupes , & quantité d'autres
pareils petits batimens , chargez de
troupes, de Milices & de Flibuftiers ,
allerent faire leur defcente en un
quartier de l'Ile éloigné de 2. ou 3.
lieues du Fort que la vie de nos troa.
pes obligea bien - toft de fe rendre
aprés la capitulation qu'on jugea
propos de leur accorder.
2
Cette Ifle de Nieves , qui eft à la
vuë de Saint-Chrift phle , a esté longtemps
la feconde & la plusfloriffante
de toutes les Colonies Angloifes d'en-
X iiij
248 MERCURE
tre les Tropiques , avant que Crom
vvely eust joint en 1653. L'Ile de la
Jamaïque, aprés avoir manqué ous
le commandement des Generaux Pen
ne & Venable , qui avoient huit à
neuf mille hommes de débarquement
fur prés de cinquante Vaiffeaux de
guerre , la conqueste de Saint - Do
mingue , où il perdit plus de la moi➡
tie de fes troupes par la vigoureuſe
refiftance des Espagnols .
On en a peu trouvé à Saint-
Christophle & à Nieves , & ces deux
expeditions , excepté, Mr de la Perriere,
Officier mort defes bleffures , ne
nous ont pas coûté quarante hommes:
tant tuez que bleffez Les habitans
de Nieves , pendant qu'on pilloir &
brûloit leurs maifons , s'enfuirent
prefque tous dans les bois & dins
Les montagnes mais l'efperance du bon
GALANT 249
quartier qu'on leur promit , les fit
tous revenir. On a pris aux Anglois
dans ces deux expeditions , plus de
trente Vaiffeaux , tant grands que
petits , la plupart avec leur charge
entiere de fucre , les autres en charge
& demy-chargez La principale par
tie du pillage de ces deux Ifles confifte
en neuf ou dix milles efclaves
Negres de tout fexe , que Mr d1-
berville s'eft chargé de porter pour le
compte de la Compagnie de Affiente
dans les ports de l'Amerique Efpagnole
, à qui cette Compagnie s'eft
obligée d'en fournir un certain nombre
, ainfi que faifoient les Portugais
auparavant la guerre , par un
Traité fait entr'eux & les Espagnols
.
Cet article des Negres eft au moins
de trois millions , étant de toutes les
250 MERCURE
marchandifes , celle qui a le meilleur
& leplus prompt debiten ces pays - là .
fur tout pour l'exploitation des mines
dor & d'argent, aui - bien
nos Colonies Françoifes de l'Ameri
que Meridionale.
que
dans
L'article des chaudieres de cuivre
rouge en grand nombre , fervant à
la Manufacture des fucres , n'eft
guere moins confiderable que celuy des
Negres , & reduit à la derniere extrémité
les habitans de ces deux Colonies
, qui depuis plus de foixantedix
ans , ne travailloient prefque
qu'au feul commerce du fucre ; ce qui
faifoit la plus grande partie de leurs
richeffes , l'Angleterre feule confommant
prefqu'autant de fucre que deux
des plus grands Royaumes de l'Europe
, par la quantité exceſſive que
Les Anglois en employent dans tout
GALANT 251
ce qu'ils mangent, dans toutes leurs
boiffons.
L'argent en efpeces & en vaiffelles
, qui fait une grande partie du
pillage de ces deux Ifles , eft encore
un article trés- considerable dont il eft
difficile de dire préciſement la valeur,
ayant paffé entre les mains des
plus heureux , d'où il est mal aife de
Lefaire rapporter à la maffe du pillage
total , comme des Negres , des
chaudieres qu'on compte , & qu'on
ne peut cacher , auſi bien que les
Vaiffeaux pris , chargez ou demichargez
de fucre , ou qui ont efté brit
lez, comme eftant inutiles &
charge.
Enfin , toutes les Lettres qui nous
font venues par des Officiers de ces
deux Efcadres , portent que tout le
batin qu'on a fait dans ces deux ex252
MERCURE
peditions , monte à plus de quinze
millions ; mais que la perte en eft
double ou triple pour les Anglois , qui
l'ont faite , & dont ils ne pourront fe
remettre de plus d'un demy fiecle
Le Gouverneur de l'Ile de Nieves
& Me d'Hamilthon , veuve du
precedent Gouverneur General des
Ifles que les Anglois appellent Bar
bades , font du nombre des prifonniers
faits , fur tout dans l'Ile de
Nieves , dont le rolle en a esté donné,
fignéparle Gouverneur de Nieves &
fon Confeil , pour en eftre tenu compte
dans les échanges qui en feront faits
entre les deux Nations , tant dans les
Ifles qu'en Europe , pour l'execution
de quoy , les Anglois de Nieves ont
donné quatre de leurs plus notables
habitans pour oftages , jusqu'à l'entiere
execution de cette capitulation .
GALANT 253
Je reçois en ce moment les
Relations que j'attendois. La
premiere eft de M' le Comte de
Chavagnac , & la feconde de
M' d'Iberville . Je ne vous dis
rien davantage, cftant perfuadé
que l'impatience que vous aurez
de les lire , vous donneroit
peu d'empreffement pour la
lecture de tout ce qui vous
empêcheroit de fatisfaire vôtre
curiofité .
с
Le Mécredi 3 Fevrier nous
appareillafmes de la Rade du Fort
S. Pierre de la Martinique , &
je me tins bord fur bord avec tous
les Vaiffeaux de guerre pour faire
254 MERCURE
embarquer tous les Flibuftiers, &
pour appareiller. Fe fis partir
Nymphe pour aller croiser au
vent de la Barbade..
*
Le
с
4 nous
nous
tir
bordfur
bord devant le Fort S. Pierre
toute la journée. A cing heures
du foir , prefque tous les Flibuſtiers

eftant appareillez nous filmes
route pour la Guadeloupe.
*
Les nous eftions par le travers
de la Dominique .Jefis chaffer une
barque Angloife par une de nos
·barques.
Comme il me manquoit beaucoup
de Flibuftiers , j'envoiay Mr
de la Calande dans une barque à la
GALANT 255
Martiniquepour fairepreffer tous
Les Flibuftiers quiy avoient refté.
Le 6. calme -fur le foir , nous
eftions prés du Bourg de la Guadeloupe.
Nous y trouvafmes le
Brillant & le Ludelow. J'avois
taiffe le Fidele fous la Dominique
pour convoyer les barques qui n'avoient
pas paffé.
Le 7. nous fifmes route pour
aller paffer à la Rade de la grande
Plaine de la Guadeloupe.
Le 8. nous moüillâmes dans la
Rade de la grande Plaine , par 31.
braffes fonds de fable , où j'avois
donné le rendez- vous. Le Fidele
l'Apollon moüillerent à 7. heures
du foir.
256 MERCURE
Le 9. resté au moüillage , à cau
fe du gros vent avec de la pluye.
Le mêmejour jefis tenir un Confeil
, pour fçavoir la maniere dont
on attaqueroit Nieves & en
quel endroit on feroit la defcente.
Les 10 , 11 , 12. restéau
moüillage , à cause du mauvais
temps.
Le
13.
>
le
&
>
temps s'eftant mis
au beau
nous appareillâmes
avec
toute
la Flotte
, composée
de
eing Navires
de guerre
, qui font
le Glorieux
, l'Apollon
, le Brillant
, le Fidele
, & le Ludelow
;
2. Navires
Marchands
, & 24.
Barques
ou Brigantins
.
GALANT 257
Le 14. les vents rafraîchirent
par grains, avec de lapluye. A 6.
heures , nous eftions à trois ou quatre
lieues à l'Eft de Montfara.
Le 15 grains , vent, &groffe
mer. Nous nous tinfmes bord-furbord
, efperant de
d Antigue.
gagner
l'abri
Le 16. le gros vent continua ,
avec une groffe mer , & beaucoup
de nos Barques ou Brigantins tomberent
fous le vent. Je fus obligé
d'en faire remorquer plufieurs , qui
avoient démafté & rompu leur
guy, ce qui me fit prendre leparti
de dériver en faisant le fignal de
ralliement ; & je fis la route pour
May 1706. Y
258 MERCURE
Nieves entre Montfara la Redonde
, j'allay moüiller devant
Nieves , à dix heures dufoir , par
les 25. braffes , à la grande portée
du Canon. Je laiffay le Ludelow
deux Barques en garde.
Le 17. il y avoit encore plufieurs
Barques le matin , qui n'étoient
pas mouillées , & qui vinrent
au moüillage,
Le 18. je donnay tous les ordres
pour l'embarquement des Troupes
dans les Barques , je diſtribuay
tous les Bâtimens de rames ; & je
donnay l'ordre pour débarquer une
demie- heure avant le jour. Je fis
auffi mettre deux hommes à terre
GALANT 259
" dans un endroit difficile pour mettre
le feu dans les cannes de fucre ,
afin de donner de l'inquietude aux
ennemis ; leurpromettant une bonne
récompenfe s'ils réuffiffoient. Et
à onze heures du foir , je fis appareiller
d'un beau temps , toutes les
Barques où eftoient les Troupes
pour faire la defcente .
Le 19.fur les deux heures aprés
minuit , il s'éleva un mauvais
temps , & la mer devint fi groffe ,
que la plupart des Barques penferent
perir , au lieu d'aborder la
terre pour faire la defcente dans
l'endroit que je l'avois ordonné,
elles eftoient à la dérive ; ex nous
Yij
260 MERCURE
nous trouvâmes , Mr de Choifeul
& moy, avec trois Barques prés
de terre : voyant que je ne pouvois
tenter la defcente , jallay à
mon Vaiffeau , où je fis faire le
fignal de ralliement. Les Vaiffeaux
qui canonnoient & toutes les Barques
vinrent moüiller.
les
Le 20. ilfit encore un mauvais
temps , & commepluſieurs perfonnes
me vinrent reprefenter que
Barques manquoient de vivres ,
qu'on avoit perdu beaucoup de Pirogues
, que le
nous perdrions l'occafion de rien
faire je pris le parti de tenir un
Confeil de guerre , où ilfut refolu
temps continuant ,
GALANT 261
je
qu'on abandonneroit Nieves , &
qu'on iroit à Saint Chriftophle.
Mais comme il y avoit huit ou dix
Vaiffeaux fous leurs batteries ,
fis armer deux Brigantins en Brúlots
, dont je donnay le commandement
à Mrde Nangis , & à Mr
de Courferac. Je les fis eſcorterpar
le Fidele le Ludelow , deux
Barques armées & quatre Chaloupes
; je les envoyay pourbrú
ler ces Vaiffeaux
.
Le 21. les Brulots eftant de retour
fans avoir rien fait , le vent
leur ayant manqué prés de terre ,
j'envoyay une Barque dans l'endroit
où l'on avoit mis les deux
262 MERCURE
hommes qui avoient mis le feu
dans les cannes . Felaiſſay le Fidele
une Barque en garde ; &
j'appareillay au commencement de
la nuit avec le refte de l'Escadre
pour aller à Saint Chriſtophle, où
je moüillay à dix heures du foir,
vis - à - vis de la baffe-Terre , où
eftoit le Bourg François .
Le 22. à une heure aprés minuit
, je fis embarquer toutes les
troupes dans des barques & dans
des chaloupes , & je mis pied à
terre une heure avant le jour , prés
de la petite Saline , fans aucune
-oppofition. F'attendis que
paruft pour me mettre en marche ;
le
jour
GALANT 263
les troupes marcherent le long de la
mer par le grand chemin pour al
ler au Bourg-François ; les Habitans
les Flibuftiers gagnerent
les hauteurs. Fenboyay
en mefme-
temps Mr Poullain , Major de
la Guadeloupe , avec un détachement
de trois cens hommes pour
-defcendre à la pointe de Sable ,
afin de faire le tour de l'Ile du
cofté du vent, & de venir me
rejoindre , en brûlant & ravageant
par tout. Aprés avoir mis
pied à terre , il trouva un Corps
de deux cens hommes qui s'oppoferent
à fon chemin. Il marcha
droit à eux aprés avoir com
264 MERCURE
batu l'espace de trois heures , illes
chaffa des poftes qu'ils avoient occupez
; ils prirent lafuite & fe
retirerent dans le Fort. Mr Ponlain
, dans cette occafion , fit tout ce
qu'il pouvoit faire , && avec
beaucoup de valeur. Il eut deux
-hommes de tuez & trois de bleffez.
Il continua enfuite fon chemin ; il
brûla tout le cofté de cette Ifle , &
il fe rendit au Bourg- François ,
où je luy manday de refter pour
ravager par tout , où je n'avois
fait que paffer. Il s'acquita de
tout ce que je luy ay ordonné avec
beaucoup de vigilance . Mr de Ravary,
Capitaine d'Infanterie , que
j'avois
GALANT 265
j'avois pris à la Guadeloupe, eftoit
avec luy. Mr Poulain s'en louë
fort, & de fes Soldats qui fe
comporterent avec valeur. Je continuay
ma route pour aller au
Bourg-François. A une demie
lieue de l'endroit où j'avois mis
pied à terre , nous trouvâmes un
parti de quarante hommes. Mr de
Choifeul qui avoit l'avantgarde,
tes fit pouffer par la Compagnie de
du Buc; aprés avoir effuyé quel
ques décharges de Moufqueterie
ils lâcherent le pied , & fe retirerent
à leur gros que nous apperçumes
rangé en bataille dans une
Prairie , ayant le Bourg derriere
May 1707.

266 MERCURE
eux , & devant eux un petit bois
plein de brouffailles , qu'il eftois
"impoffible de paffer plus d'un à
un. Nous apprimes par un pri
fonnier,qu'il y avoit cent chevaux
trois cens Fantaffins . Mr du
Parquet & Mr Collard me joi
gnirent dans ce temps- là, avec les
Habitans & les Flibuftiers. Je fis
gagner les hauteurs
à Mr du
Parquet , avec unepartie des Flibuftiers,
& le long de la mer, Mr
Collard avec le refte. Je marchay
droit aux ennemis au travers de
ces brouſſailles , qui firent bonne
contenance , jufqu'à ce que nous
fuffions à demi portée de canon
GALANT 267
dans ce temps-là ils lâcherent le
pied , & quoyque nous allaffions.
pour les joindre, il nous fut toutà-
fait impoffible. Nous entrámes
dans le Bourg , où nous trouvâmes
l'Eglife qui en fermoit l'entrée.
Elle eftoit entourée d'unfoffé, avec
un pont- levis , & flanquée
quatre pieces de canon . Je fus
contraint de faire faire alte à nos
troupes. Le bord de la mer eftoit
retranché dans les endroits où l'on
pouvoit faire defcente, avec une
batterie de fix pieces de canon , que
je fis tous crever. Aprés avoir fait
repofer nos troupes pendant la
grande chaleur , je marchay par
Zij
268 MERCORE
tes chemins au travers d'un bois,
où l'on ne pouvoit défiler que
quatre a quatre. Fordonnay à Mr
du Parquet de marcher toujours
par les hauteurs ; & je laiſſay
Mr Collard derriere , avec deux
Compagnies de Flibuftiers , pour
ravager à mesure quej'avancerois
dans le pais ,
dre des Negres dans les bois. A
demie lieuë du Bourg-François , il
y a un grand retranchement le
long d'une ravine, qui prend depuis
le bord de la mer , jufques
la montagne, qui estoit plein de
bois; le chemin par où l'on pouvoit
paffer, eftoit flanqué par une
tâcher de prenGALANT
269
les enne
redoute , où ily avoit deux pieces
de canon qui battoient dans le chemin.
Je m'attendois que
mis difputeroient ce paffage , mais
je n'y trouvay perfonne . Je fis
crever les canons en
canons en paffant, &
j'allay à un gros Bourg fitué au
bord de la mer, que
l'on nomme la
Pointe des Palmiftes. L'entrée de
ce Bourg eftoit défendue par une
Redoute fermée , où il y avoit
quatre canons ; & ily avoit une
bonne batterie de fix canons au
bord de la mer , qui battoit la
rade. Fentray dans ce Bourg , ou
l
jefis des prifonniers , qui me dirent
que les ennemis s'eftoient retirez.
Zij
270 MERCURE
Fe campay cette nuit-là dans le
Bourg.
C
Le 23. je partis à 7. heures
du Bourg des Palmiftes , pour
allerau Bourg de la grande Rade,
qui eft à une lieuë de là. Je ne
troubay aucune oppofition dans
mon chemin . En marchant , je vis
le feu dans un Bourg, où les ennemis
l'avoient mis . Je détachay
Mr du Buc avecfa Compagnie de
Grenadiers , pour tâcher de les furprendre
d'éteindre le feu. Il
trouva qu'ils avoient miné la
plupart des maisons , & qu'ils
avoient mis des traînées de poudre.
Il coupa la communication de ces
GALANT 271
traînées , empefcha que le Bourg
ne brûlaft , à l'exception de deux
magafins qui estoient en feu , &
qui fauterent en l'air. Le Bourg
eft fitué fur le bord de la mer , ou
ily a bon mouillage pour les Vaiffeaux.
Ily avoit une batterie de
canon qui battoirdans le mouillage,
où il y avoit une Redoute fur une
hauteur qui battoit dans le Bourg
dans le chemin , où il y avoir
quatre canons. Je fis faire alte à
nos troupes , mais ayant vû quelques
Cavaliers des ennemisfur une
hauteur , à un quart de lieuë de
nous , j'envoyay occuper ce pofte
par Mr de Maifoncelle , qui com-
?
ت ا ن ا ل
Zij
272 MERCURE
quelques
mandoit une Compagnie de Grenadiers.
Il m'envoya dire, quelque
temps aprés , que les ennemis marchoient
droit à luy avec environ
deux cens hommes. Jefis marcher
un Bataillon de trois cens hommes,
jallay à luy. Nous vifmes
quelques Cavaliers,
Fantaffins dans une maison qui
qui eftoit fur une hauteur. Fenvoyay
Mr d'Avaugour , avec
une Compagnie qui les délogea ;.
& aprés qu'ils eurent tiré quelques
coups de moufquet , ils fe
retirerent, & il neparut plus perfonne
. Je me retiray au Bourg
avec les troupes , où je campay
cette nuit-là.
GALANT 273
Je donnay ordre au Brillant
d'aller mouiller à la Pointe des
Palmistes; l'Apollon & le
Gloricux vinrent dans cet endroit.
Le Ludelow refta au Bourg François.
Le 24. je partis fur les huit
heures du matin , pour aller cam
per devant le Fort. A une demie
lieuë dudit Fort , je trouvay une
grande ravine , où il n'y avoit
qu'un chemin pour défiler quatre à
quatre. Ily avoit un retranchement
dans cet endroit avec une Redonte,
où il y avoit deux canons qui battoient
dans le chemin . Je n'y trouway
perfonne. Fallay me camper
274 MERCURE
*
dans des Sucreries y a portée des
canons des Forts de la Souffrieres
& de celuy qui eft au bord de la
mer, qui a quatre baftions . Quants
à celui de la Souffriere , il est
fur une montagne inacceffible
qui fert de Citadelle à celuy d'en
bas. Comme je n'avois ny le
temps, ni ce qu'il faloit pour faire
unfiege , je me contentay de les ref
ferrer defort prés , afin de ravager
tout le pais que je laifferois derriere
nous fans aucune oppofition . Fen
avois donné la commiffion expreffe
à tous les Flibuftiers que je laiffois
derriere , & qui s'en acquirerent à
merveilles , eftant fort propres à
GALANT
275
cette guerre. Il n'en est pas de mefme
des habitans des Ifles , qui font
difperfezpar Compagnies ,qui font
tres - bien le fervice; je
Les campay
fur madroite le long du bois , avec
MrduParquetquilescommandoit.
SoLe 24. jallay brûler quelques
Cannes , & quelques maifons
qui estoient autour du Fort.
Les ennemis firent une fortie pour
sy oppofer, avec cinquante Chevaux
peut- eftre cent Fantaffinss
ils allerent du cofté des Habitans ,
Meffieurs Collard , du Parquet &
des Cafaux qui les commandoient
,
firentprendre les armes à leursgens,
allerent droit à eux. Il y eut
276
MERCURE
eut une
efcarmouche pendant une
demie heure. Mrde
Choifeul mar
cha pour leur couper le chemin par
te bas ; ce que les ennemis ayant apperçu
, ils fe retirerent . Ily eut quatre
ou cinq bleffez, & un Enfeigne
d'une Compagnie d'habitans eut la
euiffe caffée d'un coup de moufquet.
Le 25. je fis marcher Mr de
Choifeul avec un bataillon , &
les
habitans
commandez par Mrs
du Parquet
Collard , pour
faire le tour de la Souffriere ,
aller brûler un Bourgqui eftoit
de l'autre cofté. Les chemins font
les plus mauvais du monde , pleins
de ravines de précipices. Ce- .
GALANT 277
pendant ils ne trouverent perfonne:
on leur tira plufieurs coups de canon
de la Souffriere , & de moufqueterie
. Mrde la Perriere, Major
du Bataillon de Mr de Choi
feul , fut tué auprés de lug . Il
alla mettre le feu au Bourg , bru
la tout ce qu'il trouva , & revint
avec beaucoup de peine à deux
heures de nuit. Favois fait mettre
les troupes fous les armes
fait avancer de mon cofté Mr de
Courferac fous le Fort , afin de
faire diverfion , & d'empefcher les
ennemis d'aller à Mr de Choifeul,
Le 26. je détachay Mr de Langon,
Mr d'Avangour & Mr de
278 MERCURE
Moulineuf, avec un détachement
de Grenadiers de du Buc, pouraller
brûler tout ce qui eftoit entre le Fort
enous. Les ennemis voulurent
sy oppofer; ils fortirent , & aprés
une efcarmouche qui dura une demie-
beure , nos Troupes les repouf
ferent dans le Fort. Ily eat fept
ou buit hommes de tuez ou de blef
fez. Mr de l'Ifcouette , Enseigne
de la Compagnie de Langon , fut
bleffé d'un coup de moufquet à une
cuiffe . Mrde Langon fit tout brú
ler , jufqu'à un Corps de garde qui
eftoit au pied du Fort.
Le 27.n'ayantplus rien àfaire,
eftant fur le point de manquer
GALANT 279
de vivres , à dix heures du matin
je fis metire le feu dans noftre
Camp , & crever les deux pieces·
de Canon qui estoient à leur Redoute
; je revins au Bourg de la
grande Rade , jefis embarquer tous
les Flibustiers qui avoient débarqué
avec les Troupes. Enfuite on
nous vint dire que les ennemis paroiffoient;
nousfortimes du Bourg :
mais ils ne pafferent pas leurs retranchemens
.
Le 28. j'appareillay & je reftay
avec nos Vaiffeaux prés de Saint
Christophle, Les Barques Flibuftieres
forcerent de voiles , & s'éloignerent
de nous. Jefis lesfignaux
280 MERCURE
de ralliement , je tiray plufieurs
coups de Canon ; tout cela ne fer
vit de rien. Je fis chaffer le Fidele
pour tirerfür eux, afin de les empêcher
de s'en aller , ayant reſolu
de fommer Montfara , & de le
brûler ; mais il ne pût les joindre.
Le premier Mars je forçay de
voiles ; voyant encore les Barques ,
je fis des fignaux de ralliement :
mais il ne fut pas poffible d'en rallier
aucune. Je paſſay à trois heures
fous les vents de Montfara,
bien fâché de ne pouvoir y aller.
Le 2. je me trouvay au point
du jour fous la Guadeloupe , où la
Nymphe vint me joindre. Mr
GALANT 281
Mithon me mandant qu'il mefaifoit
faire des vivres . Si j'avois en
les Barques ,j'aurois encore retour
néà Montfara ; mais je n'en avois
aucune.
La Relation qui fuit ne vous
fera pas moins de plaifir que
celle que vous venez de lire.
Elle vous fera connoiftre que
les François triomphent également
par-tout ; que les troupes
de la Marine , ne fçavent pas
moins l'Art de la Guerre , que
celles de terre ; & que lorfqu'on
les débarque pour quelque
expedition , elles s'acquitent
parfaitement bien de leur
devoir.
May 1706. Aa
282 MERCURE
RELATIONA
ngast
DE MR D'I BERVILLE ,
Depuis fon départ de la Martinique,
jufqu'à la prife & capitulation
de l'Ile de Niéves,,
appartenante aux Anglois.
Fappareillay du Fort S. Pierre
la Martinique , le 26. Mats ,
avec l'Escadre , aprés avoirdétaché
le Fidele , commandé pur Mr de
Gabaret , pour aller croifer fur lan
Barbade , avec ordre de venir me
donner des nouvelles , en cas qu'ily
arriva quelque forte Eſcadre enne
mie. Fe fis route pour la Dominique,..
où j'arrivay le 27. & je fis embar
quer fur chaque navire, le bois
y eftoit neceffaire.
quz:
GALANT 283
Le 28 , au matin , j'arrivay par
le travers du Bourg de la Guadeloupe.
Je demeuray en panne , ne
voulant point perdre de temps , &
je détachay Mrde Martinet , Major,
pour faire embarquer une Com
pagnie des troupes de la Garniſon ,
qui devoit fe joindre à trois autres
Compagnies de cinquante hommes,
que j'avois prifes à la Martinique.
Mr de Bragelonne vint s'offrir pour
me fuivre , avec une Compagnie de
cinquante jeunes gens de bonne famille
du Pais. Je l'acceptay ; & je
fis route enfuite à la grande Plaine ,
qui estoit l'endroit le plus proprepour
mon entreprise . Je mouillay le même
jour au foir.

Le lendemain 19. dans le jour,
-moüilla le reste de l'Escadre , avec
les Brigantins qui estoient armez de
Aa ij
284 MERCURE
Flibuftiers, & plufieurs autres batiments
marchands , qui fe fervoient
de l'occafion pour aller aux Iſles de
deffous le vent. Je donnay ordre le
mefme jour, que tous les Flibuftiers
defcendiffent à terre le lendemain 30
àla pointe du jour, pour faire ma
revûë, & leur donner leur deſtinations
Je donnay ordre pareillemement à
toutes les troupes de defcendre pour
en former des Bataillons,
Le 30, au matin je me rendis
avec Mr de Saint André, où eftoient
defcendues les troupes de la Marine,
& les quatre Compagnies de la
Martinique, leformay quatre petits
Bataillons d'élite , de deux cens
hommes chacun ; de maniere qu'il
reftoit affez de foldats dans les nauires
de l'Efcadre, pour les regarder
comme armez. Lepremier de ces Ba
GALANT 285
21
taillons , nommé le Brillant , eftoit
commandé par Mr le Chevalier de
Langon le Bataillon du Glorieux,
par Mr le Chevalier de Cour/eracz
celuy de Rochefort , par Mr le Che
valier Duderon ; & celuy des troupes
de laMartinique, par Mr Nadeau,
qui eftoit le plus ancien des Capis
taines, Après avoircomposé ce Corps
qui eftoit de buit cens hommes, je les
renvoyay à bord.
Pallay enfuite faire la revue des
Elibustiers , qui eftoient au nombre
d'onze cens. L'endestiné pour la def
cente, fept cens.
Le lendemain 31. je donnay or
dre aux troupes des quatre Bataillons
, nommer pour la defcente, d'em
barquer fur les Brigantins que je leur
avais deftinez, l'ordonnay à Mr Pil
lart, Officier d Artillerie, d'embar
286 MERCURE
querfur le bâtiment qui portoit l'Artillerie,
celle dont je croyois avoir befoin
dans la defcente . L'appareillay
enfuite avec les navires de guente ,
autres, fur les cinq heures du foir.
Le me mis au vent autant que je
pus de maniere qu'à la pointe du
jour

Premier Avril , je me trouvay
environ fix lieues au Sud Oueſt
d'Antigue, Mrle Chevalier de Nangis
, commandant la Nymphe , de
vingt canons , ayant eu ordre de for.
cer de voiles la nuit devant l'Eſcadre
, fe trouva le matin proche une
Fregate , garde- cofte d'Antique , de
44 canons. Il fe battit environ
une heure ; la Fregate Angloife
fe retira fous les vents d' Antique .
Adix heures du matin du mème
jour premier Avril , je donnay ordre
GALANT 287
a Mr de Chavagnac , commandant
le Glorieux , deforcer de voiles ,
fvy du Brillant , commande par
Mr de Choiseuls du Phenix , par
Mr le Chevalier de Maupeous de
la Sphere , par Mr de Savonniere,
> de buit bâtimens Marchands
pourfaire une fauffe attaquefous le
vent de Nieves. Je donnay ordre fur
le midy à Mr de Serigny , commandant
le Covvantrick , de forcer de
voiles , & d'escorter douze bâtimens ,
fur Pun defquels j'avois ordonné àMr
de Raguyenne, Enseigne de Vaiffeau
, de s'embarquer pour les conduire
, fi teft que Mr de Sevigny les
auroit quittez , par le Nord de ladite
Ifle , & de les faire paffer entr'elle
& l'Ifle de Saint- Christophle,
afin d'aller joindre Mr de Chavagnac
, qui eftoit fous le vent ; & par
288 MERCURE
ce moyen de donner à juger aux ennemis
, qu'on n'avoit d'autre deffern
de defcendre que de ce cofté-là. Ge
qui réuit commeje l'avois projettéz
ée qu'on verra dins la fuite de ma
Relation. Je reßay en Panne jufqu'an
Soleil couchant , avec Mr de
Saint- André, commandant le Prin
ce ; Mr Duclerc , le Ludelovv ; &
feize Brigantins Flibuftiers . Je don
nay ordre à Mr du Coudray, qui coms
mande l'Apollon , de croiferfur Antigue
, pour empêcher le fecours que
cette Ifle auroit pu donner à Nieves.
Sur les cinq heures du foir , je m'embarquayfur
un des Brigantins , avec
Mrs de Saint André de Martinet..
Je donnay ordre à Mr le Chevalier
de Gabaret, qui reftoit Commandant
dans le Navire que je quittois , de
fe tenir à portée de foûtenir la defcente
GALANT 289
'cente avec le Prince, commande par
Mr de Billy , en l'abfence de M1 de
Saint- André, qui defcendoit en qualité
d'Officier General ; ayant laiffé
auffi ordre audit fieur de Gabaret
quefi- toft qu'il verroit les troupes entierement
defcenduës , de faire force
de voiles avec le Prince & le Ludelovv
, pour rejoindre Mr de Chavagnac
au mouillage . Les ennemis
qui avoient apperçu les Vaiffeaux
de deffous le vent , la veille de la
defcente , tirerent Pallarme , & fe
transporterent tous au Fort de la
Pointe, croyant que nous devions defcendre
de ce cofté - là , dont la cofte eft
garnie de dix batteries , toutes revêtues
de pierres de taille , & don't
tous les canons fe croifent , & où il
y a partout double retranchement,
S'imaginant que la mer qui bat da
May 1706 .
Bb
290 MERCUR
E
coffé du vent , rendoit la defenteimpraticable
; & d'autant plus auſſi
qu'ils n'avoient pas découvers les
feize petits Brigantins où eftoient
embarquées toutes nos troupes dedef
cente Favois eu la précaution , pour
Les lear mieux cacher , de faire ferrer
toutes les voiles de maniere qu'ils ne
les pouvoient découvrir, Sur les fept
heures du foir , je fis forcer de voiles
lefdits Brigantins , qui avoient cha
cun une chaloupe à la remorque , ou
autres bâtimens de defcente. Sur le
minuit &demį , me trouvant prés de
terre , je fis crier à toutes les troupes
de s'embarquer dans les chaloupes &
Pirogues , Touteftant executé à deux
heures aprés minuit , me trouvant
affezprés de terre , pour quitter la re
morque des Brigantins , je m'embar
quay dans le Canot avec Mr de
GALANT 291
Martinet, & Mr de Saint - Andre
s'embarqua fur le fien. Je fis crier
toutes les chaloupes de me fuivre ; ce
que tous les Officiers firent felon ce
qu'on pouvoit attendre . Ayant brouvéla
mer un peu groſſe à terre , je
Jaivis quelque temps la cofte , pour
Heaveran endroit de débarquements
an Pilote pratique , nommé Cazalon
, qui eft le feul que j'ay trouvé
à la Martinique pour cette def
cente du vent , qui eftoit dans le Canot
, me conduifit , quoique de nuit,
dans un endroit de defcente , qui feroit
difficile à trouver dejour. Quel
ques Cavaliersfirent feufur nous ;
mais ils ne tinrent guére. Je defcendis
fur le champ à terre , avec Mrs
de Saint-André, de Martinet & de
Montalambert , ayant fait mettre
la Pirogue dans laquelle étoient em-
Bbij
292 MERCURE
barquez les Canadiens qui eftoient
defcendus à terre , en avant de mon
Canot , pour me faciliter le débarquement.
Mr Duderon , qui defcendit
aui - taft avec la Compagnie de
Grenadiers de fon Bataillon , le détachement
de Mr de Chastenet , &
environ cinquante Canadiens ayant
fait Corps , je pris la tefte , & j'enflay
le Bourg avec diligence , pout
furprendre les ennemis qui nous atendoient
de l'autre cofté ; laiffant
ordre à Mrs de Saint André & de
Martinet de raffembler au plutoft
Les troupes de defcente , pour nous ve
nir joindre ce qui fut executé avec
tout l'ordre poffible.
Partivay au Soleil levant à l'entrée
du Bourg, avec environ trois
cens hommes. Les ennemis firent peu
de refiftance , & l'abandonnerent, Je
GALANY 293
+
-4
pouffay àla batterie de revers , &
je les en chaſſay. J'avois laiſſe Mr
Duderon à une portée de fufil du Fort
de la Pointe , a l'abri a'une petite
hauteur qui le mettoit à couvert dd'au
canon , pour empêcher la communication
du Fort , & attendre les troupes
que Mr de Saint - André amenoit.
Pendant que nos troupes approchoient
, deux cens Flibufiers qui
avoient marché fur la droite , trouverent
un détachement de deux cens
cinquante Anglois , qui les chargerent
vigearcufement . Mr Duderon
marcha à eux , avec La Compagnie
& celle de Mr de Chaftenet ; ayant
Tallie les Flibaftiers , il repouffa les
ennemis avec vigueur. Je détachay
Mr de Joyeux, Enseigne de Vaiffeau,
qui fervoit d'Ayde de Camp , pour
porter l'ordre à Mr de Saint- André,
Bb iij
294 MERCURE
les
de prendrefur la droite où eftoient les
ennemis. Les troupes aufi - toft marcherent
de ce coftè - là . Le Fort qui
les découvroit dans le défilé , fit few
de plufieurs coups de canon , & les
obligea de fe mettre hors la portée.
Mr de Saint- André n'appercevant
point les ennemis, qui eftoient cachez
dans des Cannes de fucre , refolut de
me venir rejoindre ; mais cent Fli
buftiers qui s'efloient avancez ,
ayant apperçus en grand nombre ,
voulurent fe retirer. Les ennemis les
voyant en defordre , les chargerent.
Mr de Saint- André détacha fur le
champ deux Compagnies de Grenadiers
, favoir celle de Mr le Chevalier
Duderon, & celle de Mrde Marigny-
de Longueil , qui chargerent
les ennemis avec tant de vigueur ,
qu'ils les mirent en déroute , &les
GALANT 295
firentfuir au travers des cannes de
fucre Ils perdirent dans cette occafion
leur Commandant , le Major ,
& eurent plufieurs foldats tuez ow
bleffez. De noftre cofté, Mr de Joyeux
Ayde de Camp , qui estoit venu apporter
des ordres , voulant profiter de
l'occafion qu'il trouvoit de fe diftinguer,
fefourra dans la mêlée , où il
reçût un coup defufil au travers du
corps ; quoique ce coup foir tres- dangereux,
ily apourtant efperance qu'il
en reviendra. Nous avons outre cela
perdu dix à douze hommes , & nous
en avons eu autant de bleſſez. Comme
on ne pouvois plus favoir le cofté
qu'avoient pris les ennemis , Mr de
Saint- André fit mettre toutes les
troupes en bataille fur une hauteur
Les ennemis ne fe voyant plus poutfuivis
de ce cofté- là , marcherent fur
296 MERCURE
ta droite ; mais Mr de Courferac ,
Commandant le Bataillon du Gloricax
, defilant par le chemin qui
les coupot , & eux s'en eftant apperçus
gagnerent auffi- toft la montagne.
Pendant tout ce tems, je pris à revers
toutes les batteries de deffous le vent,
& j'en chaffay les ennemis , fans
qu'ils ofaffentfaire aucune refiftance,
quoiqu'ils fuffent en apparen e plus
nombreux que la troupe que j'avois .
Mais je fçus depuis , qu'ils apprehendoient
d'eftre coupez, comme
c'eftoit mon deffein ; & qu'ils fongeoientfeulement
à faire toute la refiftance
qu'ils pouvoient , en tirant
toujours du cofté du Reduit pour fe
raffembler, & ne fe point feparer.
Après avoir efté auſſi avant , avec
tout le progrès que je pouvois defirer ,
Je fongray à donner du repos aux
GALANT 297
troupes. Je me retiray au Bourg ,
avec celles qui eftoient avec moy, &
envoyay Mr Pillart , qui faifoit
pour lors la fonction d'Aide de Camp,
Artillerie n'eftant point defcendue,
porter l'ordre à Mr de S. André de
me venir rejoindre avec celles qu'il
commandoit.
Comme le Fort de la Pointe eftoit
le feul qui reftoit aux ennemis , &
qu'il nous incommodoit par le feu continuel
de canon qu'il faifoit fur le
Bourg, je détachay Mr de Martinet
qui faifoit la fonction de Major General
des troupes , pour aller fommer
Le Gouverneur Pendant qu'il eftoit
en chemin , la Garnifon l'abandon
na; Mr de S. André y entra avec
deux cens hommes , s'empara de
Prack Anglois , & arbora le Pavil
lon de France, Les Bâtimens An298
MERCURE
t
>
glois qui eftoient au nombre de vingtdeux
dans la Rade , tant gros que
petits, & qui attendoient pour fe
charger de facre , fe rendirent fi toft
qu'ils virent que le Fort fut abandonné.
Le reste du jour onfe repofa.
Le mefme jour 2. Avii , Mr de
Noyan , Lieutenant de Vaiffeau
commandant l'Aigle , revint de la
Grenade , où je l'avois envoyé pour
ramener une prifes ayantfait toute
la diligence poffible pour se trouver à
Paltion . Je luy donnay ordre de defcendre
le lendemain 3. Avril , avec
une Compagnie de cinquante Soldats
defa Fregate , pour fe joindre à nos
troupes. J'envoyay an ordre auffi à
Mrde Gabaret de defcendre, pour luy
donner, comme Officier General , le
commandement d'un détachement de
troupes..
A
$
GALANT 299

Le 3. Avril , je détachay Mr de
S. André Officier General, à la pointe
du jour, avec Mr Duderon, comman
dant fous luy trois cens cinquante
hommes , pour marcher le long de la
mer , jufqu'à la pointe du cofte de S
Chriftophle, avecordre de rabattre le
long de la montagne , & de venir
me rejoindre du cofté du Reduit. Je
détachay Mr de Gabaret avec trois
cens Soldats , pour marcher droit à la
bauteur de la montagne. Je donnay
ordre à Mr de Langon de marcher
avec deuxcens cinquante hommes fur
la gauche de Mr de Gabaret , & de
prendre auffi le haut de la montagne,
Je détachay cinq cens Flibustiers, pour
marcherfur la droite , où s'étoientdon
nées le jour de devant les attaques ,
vecordre auli de remonter la mon
agnes de maniere que je ne laiffay
>
300 MERCURE
rien derriere moy. Toutes ces marches
Jefirent fi à propos , & avec tant
d'ordre , que les ennemisfe trouverent
obligez de fe retirer avec précipitation
du cofté du Reduit , fans quoy
nous les envelopions. Mais voyant
les Flibustiers écartez un peufur la
droite , &fans beaucoup d'ordre , ils
allerent les attaquer ; cependant ils
furent repouffez & prirent la fuite ,
s'eftant apperçus que Mr le Cheva
lier de Gabaret , qui s'eftoit mis à l'a
tête desVolontaires de la Guadeloupe
& de la Martinique , que comman
doit Mrde Bragelonne , alloit tom-
"ber fur eux. Les ennemis eurent en
cette occafion prés de vingt hommes
tuez ou bleßez, entre lesquels lear
Commandanı eut un coup defufilau
travers du corps. De noftre cofté, nous
cuſmès neuf à dix hommes tuezcou
blefez.
GALANT 201
bleffez. Je fuivis les ennemis pendant
un affez long- temps ; mais
voyant qu'il n'y avoit plus de lieu de
les joindre , & les Soldats ne pouvantplusfupporter
la chaleur, eftant
accablez defatigues , à force d'efcalader
des endroits prefque inaccelibles
, je pris le parti , fur les trois
beures aprés midi de leur donner da
veposjuſqu'au lendemain : d'autantplus
queje ne croyois pas que Mr de
S. André me put rejoindre avec fon
Corps de troupes , eftant fort éloigné.
Je diftribuay toutes celles qui s'eftoient
raffemblées à moy , dans les
habitations les plus voisines où il y
avoit de l'eau, pour paffer le reste du
jour, & la nuit fuivante . Sur les fix
beures du foir , contre mon
lente ,
Mr de S. André me rejoignit , aprés
une marche de dix heures par des
May 1706 .
Cc
302 MERCURE
lieux impraticables . Chacunfe repos
Ja ; & cette nuit-là les ennemis fe
retirerent dans leur Reduit.
Le 4. qui eftoit le jour de Paques,
je me mis à la tefte des troupes , aver
Mr de S. André & M le Chevalier
de Gabaret ; je marchay aux ennemis
. Sur les dix heures du matin , n'en
ayant eu aucune connoiffance , je fis
3
faire alte aux troupes , pourles ras
fraichir, & pour faire dire la Melle.
Ayant envoyé quelques Soldan ala
decouverte , il en revint deux qui me
rapporterent que les ennemis n'étoient
qu'à un quart de licué de nous , &
qu'ils eftoient tous dans leur Reduit.
Je fis reprendre les armes fur.
champ, & je marchay droit à eux.
La fermeté des troupes du Roy, & les
vives marches avec lesquelles on les
avoitfuivis , les intimiderent de maniere
que nous voyant artiperà eux >
GALANT 303
Its refolurent de capituler , quoy que
la fituation de leur Reduit les mift en
eftat de nous arrefter quelque temps ,
eftant un lieu impraticable prefque
de tous coftez. Cependant ayant per
du toute esperance , ils détacherent
le Commandant des troupes de la
Reine, un Lieutenant Colonel de
Cavalerie , pour mefaire des propo
fitions de capitulation . Aprés avoir
fait mettre toutes les troupes en bas
aille je leur parlay & m'ayanı
demandé de faire paffer avec eux
dans lear Reduit , des Officiers, avec
des Articles de ce que je pouvois defi-
Forsjedéinchay Mr le Chevalier de
Gabanes & Mede Martinet , quë
-m’ayuni wapporte la réponſe qu'ils
avoient faite aux Articles de mes
propofitions voyant qu'ils exigeoient
trap dans leurs demandes , je
&
Coij
304 MERCURE
1.
donnay ordre à Mr de Martinet
retourner , & deleur dire que s'ils ne
convenoient de ce que je leur demandois
, j'eftois tout preft de les faire
charger par les troupes du Roy , qui
ne demandoient pas mieux , criant
hautement que je les laiffaffe
faire , & qu'ils en viendroient
bien - toft à bout . Dans cette feconde
entrevûë , ils ne firent plus de
difficulté de figner la Capitulation ;
Mr de Martinet me la rapporta en
forme ,fignée dans l'ordre queje vas
·la marquer cy- aprés fo
Capitulation & Reddition de
l'Ile deNieves, remportée par
les armes du Roy fur les Anglois
, fous le Commandement
de Mrd'Iberville.
ARTICLE I..
Il fera fait bon quartier à tous
GALANT 305
les Officiers & Habitans de l'lfle
en general , & il leur fera confervé
les hardes qui font dans leur
Reduit , fçavoir feulement celles
qui font à leur ufage.
H.
The Que le Comman dant , tous
Officiers & Soldats fe rendront
prifonniers de guerre ; & que
les Officiers feulement pourront
fortir avec leurs armes .
II I.
Qu'on confervera dans l'Ifle ,
toutes les maifons qui n'auront
point efté brûlées jufqu'au jour
de la Capitulation
.
I V.
Qu'on leur donnera un quar.
Stier & des maifons , pour ſe loger
jufqu'au tems que nous partions
de l'Ifle . V ..
Que l'on me remettra generale306
MERCURE
ment tous les Negres : fur quoy
j'en accorde au Commandant
douze, aux Capitaines trois, aux
Lieutenans deux , aux Enfei
gnes un; & aux Confeillers trois
de même qu'aux Capitaines.
V I.
Qu'ils remettront en liberte
M Jaffard , qu'ils retenoient
contre le droit des gens .
VII.
Qu'à l'égard de tous les papiers
qu'ils me redemandoient ,
je les leur remettrois , autant
qu'il s'en pourroit trouver.
VII I.
Que je laiffe à tous les Officiers
& habitans , & autres , entiere
liberté , à condition qu'on
me remettra un Rolle exact de
tous en general , jufqu'aux femmes
& enfans , pour qu'il foit
ནངགངགསངལྟརུང་ག་ལ་སམསྕངིནའལགག་ཆལས་་སལ་ངལ་ྲང་་ོ་་་་་་་
GALANT 307
remis en France , ou aux Ifles
appartenantes au Roy , la mefme
quantité de prifonniers qui
fera portée fur le Rolle : & qu'en
attendant , il me fera remis en
oftage quatre des principaux
habitans pour la fureté de mes
conventions .
Tous les Articles cy- deſſus ayant
eftèfignez de l'une & del'autre part ,
jefis paffer dans le Reduit , quatre
Compagnies de Grenadiers , & je
donnay ordre à Mr de Martinet de
faire défarmer tous les prifonniers .
T'envoyay enfuite le refle des troupes
dans les habitations voifines du Reduit
, pourpaffer la nuit.
Le lendemain 5. je retournay à la
pointe du jour audit Reduit , & je fis
fortir les prifonniers , tant gens de
308 MERCURE
guerre, qu'habitans , femmes & ena
fans & je leur donnay lapermiſſion
de fe retirer dans les habitations de
l'ifle , comme il leur eftoit accordé par
la Capitulation . Je leur accorday
auli parfamille deuxfauve-gardes ,
pour empefcher qu'ils ne fuffent infultez
dans le chemin , & dans les endroits
où ils pouvoient fe retirer. Jer
renvoyay enfuite au Bourg toutes les
troupes pourfe repoſer.
*
Voulant reconnoiftre entierement
Ile , & en faire le tour , je pris
avec moy Mrs les Chevaliers de
Gabaret & de Duderon , avec un détachement
de foixante Grenadiers , &
quarante Canadiens , commandez
par Mr du Mouffeau ; je les fis tous
monter à cheval. Ayant marché quel
que temps , j'apperçus à la pointe de
' Ifle , deux Brigantins qui veGALANT
309
noient d'Antigue , dans le deffein de
jetterdufecours à terre. Je détachay
Mr Duderon à cette painte , avech
cinquante Grenadiers & Mrde Gar
baret au Havre de Nieucaffel, avec
Les quarante Canadiens environ à
demie lieuë de Mr Duderon ; m'étant
mis au milieu d'eux , avec dix Grenadiers
& quelques Volontaires ,
jugeant bien qu'ils ne pouvoient jetter
de fecours que dans cet endroit
mais s'etant apperceus que l'Ifle
eftoit renduë , ils mirent le Cap à la
mer , & s'en retournerent . Je me retiray
dans une habitation voifine
pourpaẞer la nuit.
Le lendemain 6. je me rendis an
Bourg, où je trouvay Mr Dupas ,
Garde- Marine & Lieutenant de la
Compagnie de Mr de Noyan , que
j'avois détaché la veille avecfix Sal310
MERCURE
dats , pour aller faire crever quel
ques pieces de canon qui cftoient fur
une batterie. Ilfe trouva en chemin
attaqué par vingt Negres Anglois ,
tous armez, qui foncerent fur luy ; il
fit faire la déchargé à fes gens fi à
propos , qu'il en tua quatre , &fon.
ça l'épée à la main fur le refle , qui
s'enfuitfur la montagne.
Je ne puis me difpenfer de parler
de lajustice que je dois aux Officiers
& aux troupes que j'avois l'honneur
de commander. J'ay connu dans cette
occafion que j'eftois en eftat de pouvoir
entreprendre toute autre chofe ;
il eftfacheux que le temps &fafituasion
ne me le permettent pas . Je ne
pretens point icifaire l'éloge de chaque
Officier; mais je diray en gene
val, qu'on ne peut voirplus de conduite,
plus de bravoure & de fer4
GALANT
311
meté , s'eftant mefme étendue jufque
fur les Soldats. Je puis joindre la
Compagnie des Volontaires Canadiens
, commandez par Mr de
Mouffeau , qui en ont donné des
marques effentielles ; comme au
celle des Volontaires de la Martinique
de la Guadeloupe , commandez
par Mr de Bragelonne.
Les Flibuftiers , commandez par
Mr de Moviere , ont auff don
né des marques de leur bravoure ; je
n'ay trouvé à redire dans leur_maniere
de faire la guerre , que le pen
d'ordre qui y eft établi .
Je croy ne pouvoir me difpenfer de
mettre à la faitte de ma Relation ,
les noms d'auffi braves gens quefont
les Officiers qui fe font trouvez à
cette defcente.
312 MERCURE
Mr de Saint-André, faifant fonction
d'Officier General.
Mr le Chevalier de Gabaret, faifant
mefme fonction.
Mr de Martinet, faisant fonction de
Major General des Troupes.
Bataillon du Brillant .
Compagnie de Grenadiers .
Capitaine, & Commandant le Bataillon,
Mr de Langon.
Lieutenant, & Enseigne de Vaiffeau ,
Mr de Vaffan.
Sous- Lieutenant, & Garde- Marine ,
Mr de la Ville -Maupetit.
Enfeigne, Idem . Mr le Chevalier de
la Ville-Maupetit .
Major , Mr de Laval de la Pommereyde.
Ayde-Major , Mr de Fontenay .
Premiere
Compagnie.
Capitaine , Mr de Leftang.
GALANT 313
Lieutenant , Garde- Marine , Mr de
Maupain.birallisint
*Sous- Lieutenant , Idem . Mr de Cleravet.
Enfeigne, Idem. Mr Floriel .
Autre Enfeigne, Idem . Mr Ravenel.
Deuxième Compagnies I
Capitaine , Mr d'Auberville.
Lieutenant, & Garde- Marine , Mr de
la Roche- Carbriau.
Sous- Lieutenant , Idem . Mr de Tre
vignon, sh
Enfeigne, Idem. Mr Gedoüin.
Troifiéme Compagnie.
Capitaine , Mr Daché de Certigny .
Lieutenant, & Garde- Marine , Mr de
Bellefontaine.
Sous- Lieutenant, Idem. Mr de la Mai
fonfort.
Enfeigne , Idem. Mr de Rameru.
314 MERCURE
1
Bataillon du Glorieux.
Compagnie de Grenadiers,
I
Capitaine, Gommandant ledit Bataillon
Mr le Chevalier de Courferac.
Lieutenant , & Enseigne de Vaiffeau ,
Mr de Tonnancour.
Sous- Lieutenant , & Garde- Marine,
Mr Dutot ,
Enfeigne, Idem. Mr de Fromentieres.
Major, Mr de Villere. nengry
Ayde-Major, Mr de Chamblage,
Premiere Compagnie.
Capitaine, Mr de Cardaniel sig
Lieutenant, & Garde-Marine , Mr de
Pluskelecq.
Sous- Lieutenant . Idem. Mr de Gir
baudiere.
Enfeigne , Idem. Mr de Romare
GALANT 315
Also
Deuxième
Compagnie.
Capitaine , Mr de Mereval.
Lieutenant, & Garde- Marine , Mr de
Servigny .
Sous- Lieutenant , Idem. Mr le Che
valier de Saint- Leger.
Troisième Compagnie.
Capitaine , Mr de Langle .
Lieutenant, & Garde- Marine , Mrida
Varenne.
Sous-Lieutenant , Idem. Mr de Gaf
perne.
F
T
Enfeigne , Idem. Mr de Figerale
Bataillon de Rochefort.
Premiere Compagnie de Grenadiers?
Capitaine , & Commandant , Mr le
Chevalier Duderon,
Lieutenant & Enseigne de Vaiffeau
Mr de Ladumaux.
316 MERCURE
Sous- Lieutenant & Sons- Brigadier des
Gardes - Marine, Mr de Perroteau.
Enfeigne , Garde- Marine , Mr de Sa→
lampart.
Major , Mr de Montalambert .
Aide- Major , Mride Godeville.
Deuxième Compagnie de Grenadiers.
Capitaine , Mr de Marigny de Longueüil.
Lieutenant, & Enfeigne de Vaiffeau
Mr de la Vergne.
Sous-Lieutenant & Garde- Marine
Mr le Chevalier de Selve .
Enseigne , Idem. Mr de Longueuil.
~Premiere Compagnie. £ 11
Capitaine , Mr des Chapelles- Putrau.
Lieutenant , Garde- Marine , Mr de l'E
pine.
Sous-Lieutenant , Idem. Mr du Clozel.
GALANT 317
Deuxième Compagnie.
Capitaine , Mr de la Hautemaiſon.
Lieutenant , & Garde-Marine , Mr de
Lupé
T
Sous- Lieutenant , Idem . Mr des Effards.
Enfeigne , Idem. Mr de Macary .
Troifiéme Compagnie.
Capitaine , Mr de Châtener.
Lieutenant , & Garde Marine , Mr de
Bois-verd .
Sous- Lieutenant , Idem. Mr de S. Paul.
Enfeigne , Idem. Mr de Boifcler.
Quatrième Compagnie .
Capitaine , Mr de Saint -Amant.
Lieutenant
de Rilly.
Garde- Marine , Mr
Sous Lieutenant , Idem . Mr le Chevalier
de S. Pontin,
May 1706.
Dd
318 MERCURE
Cinquième Compagnie,
Capitaine , Mr de Patreville .
Lieutenant, Garde- Marine, Mr de Berà
touville . "
Sous-Lieutenant , Idem . Mr de Fonteffe .
Compagnie que je fis mettre à serve
Bale lendemain de la defcente.
Capitaine , Mr de Noyan.
Lieutenant Garde-Marine Mr
Dupas.
Officiers & Gardes de la Marine , que
j'avois deftinez pour commander les
Chaloupes de defcente.
Commandant fur tous , Mr de la Paluë ,
Enfeigne de Vaiffeau.
Gardes Marine:
Mrs de Saint Pontin , l'aîné .
De la Grange.
De la Rochefoucauld
GALANT 319
De Brantomer.
De Joffeau.
De Chapital.
De Blois.
De Nefmond.
Et De la Lande.
Je retiray , fi-toft que la defcente
futfaite , ces Mrs cy - deffas , & je les
incorporay enqualité d'Officiers dans
les troupes.
a
Fait à Nieves, ce 8. Avril.
M's de la Communauté des
Arts de Peinture & Sculpture ,
à prefent connue fous le titre
&Academie de S. Lue , ont folemmifé
la Fefte de S. Jean de-
Dant la Porte Latine , avec beaucoup
de pompe & d'édification
dans leur Chapelle , dite de S.
Ddij
320 MERCURE
Luc , en la Cité , prés S Denis
de la Chartre. M' l'Abbé Ballin
, Chapelain de cette Com→
pagnie , y officia. Le P. de Mais,
Cordelier & Docteur de Sorbonne
, prononça un diſcours
qui mériteroit d'eftre donné au
Public. L'Office fut chanté par
des voix choifies de l'Eglife de
Nôtre Dame , & terminé par
un Te Deum , qui fut chanté enfuite
de celui de cette Cathe
drale, en action de graces, pour
la derniere Victoire remportée
fur les Allemans par Monficur
le Duc de Vendôme .
Le traitement auffi injuſte ,
GALANT 321
5
que violent & irrégulier fait par
l'Empereur à Monfieur l'Electeur
de Baviere , fans aucun fu
jet legitime , & fans aucun droit
de le faire , quand mefme cet
Electeur feroit auffi coupable
qu'il eft innocent , fait murmu
rer toute l'Europe contre S. M.
I. Quoique je vous aye fouvent
parlé de fon A. E. je dois à cette
occafion raſſembler une partie
de ce que je vous en ay déja
dit, & y joindre beaucoup d'au
tres choſes qui regardent ce
Prince ; afin qu'en vous en don
nant une idée parfaite , vous
connoiffiez mieux toute l'indi
322 MERCUR E
gnité du procedé de l'Empe
reur à l'égard de ce Prince. Il
s'en trouve peu d'auſſi accomplis
, & fi plufieurs ont de grandes
vertus & de grandes qua
litez, ils ont auffi de grands défauts
& de grandes inégalitez
Monfieur l'Electeur de Baviere
n'eft pas de ce nombre . Ce
Prince a toûjours fait voir une
valeur égale , un défintereſſement
dont on trouve peu
xemples , une ame liberale , un
défir de faire plaifir à toutes les
perfonnes de mérite , fans avoir
d'égard à leur qualité. Il aime
les beaux Arts & les perſonnes
d'e
24
GALANT 323
d'efprit ; il a roûjours protegé
les fçavans ; fes liberalitez fe
font répanduës fur une infinité
de perfonnes de mérite : & il
n'a point paffé à la Cour d'é
trangers de diftinction , qui
n'ayent eu des marques de fes
bontez & de fa liberalité . Il
joint à tout cela beaucoup de
religion , & une pieté exemplai
Fe. Je vous ay déja fait connoî
tre , par des preuves inconteſta
bles , que la Maifon d'Autri
the doit l'Empire à la Maiſon
de Baviere .
L'Electeur qui regne
aujourd'huy , & qui vient d'en
eftre fi maltraité , a expoſe fa
324 MERCURE
vie dés fa plus grande jeuneffe
pour le fervice de l'Empereur ,
pendant plufieurs campagnes ,
& je vous ay fait voir qu'aprés
la levée du ſiege de Vienne , ce
Prince aima mieux pourſuivre
le Grand-Vifir , que de fe faifir
de toutes les richeſſes , qu'il regarda
avec mépris en paffant
au milieu de fa tente , & en traverfant
tout fon camp , ne fongeant
qu'à fervir l'Empereur
défunt , & à rendre fa victoire
complette. Ces grandes qualitez
avoient efté caufe que l'Empercur
lui avoit donné la fille
unique qu'il avoit cuë de Marguerite
325
guerite d'Autriche , Infante
d'Efpagne , dont il a eu un fils
à qui la Couronne d'Eſpagne
devoit appartenir. Il eft mort
affez fubitement
, & l'on a parlé
peu diverſement dans toute
l'Europe , des caufes de fa mort.
Je ne touche point cet article ;
n'ayant point de preuves certaines
de tout ce qui s'eft dit
touchant cette mort , je laiffe
aux Politiques à raifonner làdeffus
. Je diray feulement que
Monfieur l'Electeur de Baviere
a continué d'agir pour les intereſts
de l'Empereur
, pendant
toute la derniere guerre ; mais
May 1706.
E c
326 MEKCUKE
lorfqu'elle a efté fur point de
fe rallumer , ce Prince voyant
l'Allemagne épuifée par les
guerres précedentes , crût fervir
l'Empire , en faisant con
noître à tous fes Membres qu'ils
ne pourroient éviter leur ruine
totale , s'ils entroient dans une
guerre qui ne les regardoit en
aucune maniere , puifqu'il s'a
giffoit d'une fucceffion qui ne
touchoit que l'Empereur , & à
laquelle l'Empire n'avoit aucune
part. Son fentiment fut
applaudi , & tous les Membres
de l'Empire refolurent de gari
der la neutralité , & promirent
GALANT 327
fa cet Electeur de l'obferver
exactement ; mais ceux qui
étoient dévouez à l'Empereur,
& qui avoient des liaiſons avec
dui , du nombre defquels étoit
l'Electeur Palatin , beaufrere
de l'Empereur défunt , refolurent
d'empeſcher la continuation
de cette neutralité . Cependant
/Monfieur l'Electeur de
Baviere , qui n'avoit armé que
pour la maintenir , fe vit tout à
-coup obligé de fe défendre des
armes de ceux qui n'ayant armé
que dans la même vûë que lui ,
s eftoient laiffez gagner , & asvoient
changé de ſentimens : de
Ecij
328 MERCURE
maniere que pour fa défenfe il
futobligé defe joindre auxFrançois
, qui heureuſement pour lui
avoient paffé en Allemagne. Il
fçavoit que l'Electeur Palatin
avoit refolu de le faire paffer
pour ennemi de l'Empire , afin
de faire entrer dans fa maiſon
tout le haut Palatinat . Mais
l'Empereur deffunt qui avoit de
la religion, ne fe preffa point de
declarerM' l'Electeur deBaviere
ennemi de l'Empire, & il ne l'accufa
point de l'eftre , dans le
Traité qu'il fit figner à l'Empereur
des Romains devant Landau
, avec Madame l'Electrice
GALANT 329
}
3.
de Baviere. La mort de l'Empereur
fit enfuite changer , de
face aux affaires ; le jeune Empereur
, naturellement
violent
& emporté , & animé par les
Confeils de l'Electeur Palatin ,
refolut de ne plus garder de
mefures avec Monfieur l'Electeur
de Baviere , & d'agir d'une
maniere entierement oppofee
au Traité qu'il avoit luy même
figné devant Landau ; & il s'y
fentit d'autant plus porté , qu'il
ne pouvoit fouffrir que l'on
parlaſt de Monſieur de Baviere,
comme d'un Prince accompli :
Ainfi fa jaloufie acheva ce que
Ee iij
330 MERCURE
l'ambition de l'Electeur Pala
tin avoit commencé. Ce fut
alors qu'il donna des ordres
pour faire enlever tout ce que
Monfieur l'Electeur de Baviere
avoit de plus précieux dans
tous fes Palais , tant à Munich
qu'à la Campagne ; & l'on
pourroit parler de cette action
comme d'un vol , fi elle venoit
d'un Prince moins élevé. On ne
laiffa rien dans tous les lieux ou
on alla ; & je puis même ajoûter
qu'il fembloit que la paffion du
Prince qui avoit donné les ordres
, cuft paffe jufqu'à ceux qui
les executoient , puifqu'aprés
GALAN 331
t
avoir dégarni
tant de belles
maifons
, leur colére fe répandit
jufque
fur les ornemens
qu'ils ne pouvoient
emporter
,
& jufque fur les Jardins . On
fuppofa
enfuite
des confpirations
contre les Miniftres
& les
Troupes
de l'Empereur
, & on
y envelopa
ceux qui avoient
la
réputation
d'avoir
le plus de
bien,afin d'avoir
occafion
de le
confifquer
: ce que l'on ne manqua
pas de faire.
On n'en demeura pas là ; &
aprés avoir enlevé tout ce qu'il
y avoit de plus précieux dans
Cet Electorat , on chercha à le
Ecij
332 MERCURE
dépeupler par l'enlevement des
l'on voulut enrôhommes
que
ler , pour
les
faire
fervir
dans
les
Troupes
qu'à
l'Empereur
dans
les
lieux
les
plus
éloignez
afin
qu'ils
ne puffent
deferter
facilement
.
Comme
plufieurs
familles
fe
trouvérent
intereffées
; cela
excita
un
mouvement
populaire
, qui
ayant
crû
peu
à peu
, obligea
une
partie
des
Sujets
de Monfieur
l'Eleccur
de Baviere
de
prendre
les
armes
pour
la deffenſe
de
leur
liberté
. C'eftoit
ce que
le Confeil
de Vienne
demandoit
, afin
d'avoir
lieu
de dire
que
cet
Elec
GALANT
333
teur , tout éloigné qu'il eftoit ,
faifoit la guerre à l'Empereur
& à l'Empire , & qu'il le falloit
mettre au Ban de l'Empire ; ce
que l'on medita dés- lors , fans
pouffer la choſe plus avant
parce que l'on avoit refolu de
faire mouvoir encore d'autres
refforts pour cet effet. Ceux
qui prirent les armes en Baviere,
furent nommez par
les uns
les Mécontens de Baviere ; & par
d'autres , les Deffenfeurs de la Ba
viere. L'Empereur , & les Princes
de fon parti qui cherchent à
profiter des dépouilles de Monfeur
de Baviere , joignirent
334 MERCURE
leurs Troupes à celles de l'Empereur
. Je ne vous dis point
ce qui fe paffa dans cette
courte guerre ; il eftoit difficile
que les fideles Bavarois , fans
Chefs , fans munitions , fans
argent , & dépouillez de toutes
fubfiftaffent
long- chofes
>
temps . Auffi cette guerre finitelle
bien - toft à leur défavanta -
ge; & le Confeil de Vienne
pour ne pas dire l'Empereur
qui l'avoit fouhaitée, afin d'as
voir lieu de faire perir ce qu'il
reftoit en Baviere de perfonnes
confiderables
, ne manqua pas
d'envoyer des ordres pour faire
GALANT 335
le
faire un grand nombre d'exe
cutions. Enfuite de quoy ,
même Confeil voyant que le
peuple eftoit fi abattu , qu'il ne
fe trouvoit pas en eftat de faire
le moindre mouvement , le
chargea d'impofitions , afin d'avoir
lieu d'enlever laplus grande
partie de l'argent de cet Erat
aprés avoir enlevé les meubles ,
les tableaux , & l'argenterie de
fon Souverain , & avoir fait
perir fes Sujets les plus diftinguez.
Les peuples que nous regardons
comme des barbares ,
fourniffent peu de pareils exem
ples ; &quoy qu'il nous paroiffe
336 MERCURE
de la cruauté chez eux , elle elle ne
leur paroift pas telle , puifque
leurs Souverains n'agiffent que
felon les loix de leur pays. Voicy
un fait qui doit vous furprendre
, & dont j'ay vû des
Lettres écrites par des perfonnes
de diftinction , d'une fagef
fe & d'une probité reconnuës.
Le Confeil de Vienne qui avoit
toûjours eu pour but de faire
mettre M'Electeur de Baviere
au Ban de l'Empire , travailla
pendant que tout étoit en mouvement
en Baviere , à un Manifefte
qu'il fit fous main donmer
au public , fous le nom de
GALANT 337
Manifefte de l'Electeur de Baviere
; & il eftoit compofé de
maniere que cet Electeur en
voulant excufer fes Sujets , faifoit
voir qu'il eftoit coupable
envers l'Empereur & envers
Empire , quoy qu'il tâchaft à
s'excufer auffi luy - même. Ce
Manifefte & toutes les follicitations
de l'Empereur n'ayant
pû engager les Députez de
-I'Empire qui font affemblez à
Ratisbone , à mettre les Elec-
-teurs de Cologne & de Baviere
au Ban de l'Empire ; Sa Majefté
Imperiale , fans avoir obfervé
-aucune des formalitez prefcri338
MERCURE
t
tes pour mettre un Electeur ou
un Prince de l'Empire au Ban
de l'Empire , qui veulent qu'en
pareilles occafions , les Accufez
foientjugez enpleine Diette , aprés
avoir efté citez & entendus en
leurs deffenfes en perfonne , ou par
leurs Procureurs L'Empereur ,
dis-je , fans avoir obfervé aucune
des formalitez , de fon autorité
privée a condamné les
Electeurs de Baviere & de Co-
-logne , au Ban de l'Empire. Il
a imaginé l'Arreft , ibla prononcé
, & il a efté luy - même
l'executeur de ce qui eft porté
-par fon Arreſt . Enfin le ſpecGALANT
339
tacle qu'il a donné en cette occafion
, en déchirant les Lettres
de l'Inveftiture de ces Electorats
, en en faifant ramaffer les
morceaux , & en les faifant jetla
feneftre
ter
par
par
un
He
raut
d'Armes
, eft
une
veritable
Comedie
; & fans
la dignité
de
l'Acteur
qui
a fait
la piece
, &
qui
l'a
reprefentée
, je
dirois
qu'elle
a beaucoup
de
rapport
A
celle
d'A
.....
Hofte
&
Hoftellerie
. Voicy
l'extrait
d'une
Lettre
d'un
homme
de
diftinction
, &
qui
fait
une
groffe
figure
dans
une
des
principales
Villes
d'Allemagne
.'
34 ° MLKCUKE
On vient de recevoir la nouvelle
que l'Empereur avoit enfin
fait publier l'injufte & rigoureux
Decret , qui met au Ban de l'Empire
les Electeurs de Baviere &
de Cologne. Cette conduite violente
, ajoûte le même , eſt vûë
par plufieurs Princes d' Allemagne
avec un oeil d'indignation ; mais
l'efclavage des Membres de l'Empire
, non Autrichiens , ne leurpermet
pas de s'opposer aux volontez
de
l'Empereur.
Ou toutes les
apparences
font fauffes , ou ce que l'Empereur
vient de faire fera caufe
un jour de la ruine de l'AlGALANT
341
femagne , & que tous fes Mem,
bres fe déchireront entre eux .
L'Empereur aura de ſon coſté
fes Partifans , qui efpereront
de profiter d'une partie des
Etats de ceux que l'Empereur
en dépouillera , lorſqu'ils feront
oppofez à fon fentiment .
Les Princes timides & qui craindront
les effets de la colere de
Sa Majefté Imperiale , feront
auffi dans fon parti ; mais ceux
qui aimeront la Juſtice , qui
voudront foûtenir les Conftitutions
de l'Empire , & qui auront
affez de fermeté & de forces
pour les deffendre , ne man-
Ff
May 1706 .
342 MERCURE
)
queront pas de prendre les ar →
ines pour la deffenfe de la li
berté Germanique . Ce qui fera
naiſtre une guerre qui déchire
ra l'Allemagne , & la mettra
hors d'eftat de fe deffendre un
jour contre la puiſſance Otto
mane , qui ne manquera pas 3.
felon fa politique ordinaire
de profiter de fa foibleffe ; En
fin fi tous les Princes d'Allema
gne ouvroient les yeux , & s'ils
vouloient deffendre leurs Pris
vileges , leurs Droits , & leurs .
Conftitutions , au lieu de met
tre Meffieurs les Electeurs de
Baviere & de Cologne au Ban
GALANT 343
de l'Empire , ils y mettroient
celuy qui fans aucun droit legitime
, agit contre fes Conftitutions
qu'il cherche à détruire ,
& qui veut regner arbitrairement
, quoy qu'il doive eftre
foumis à ces mêmes Conftitutions
, fuivant lefquelles il a
cité élû , & que par ferment il
eſt obligé d'obſerver , à peine
d'eftre déchû de l'Empire , s'il
ne les obferve pas . Ainfi l'on
peut dire que l'Empereur eft
déchû de l'Empire , dés le moment
que, non-feulement il ceffe
de les obferver , mais même
qu'il cherche à les détruire ; &
Ef ij
344 MERCURE
que tous les Membres de l'Em
pire font difpenfez du ferment
qu'ils luy ont prefté .
M' de Magnac , Lieutenant
general des Armées du Roy , a
eu le Gouvernement de Mont-
Dauphin,vacant par la mort de
M de Lapara. Il eft frere de feu
M' d'Arnolfini , qui eftoit Maréchal
de Camp. Ces deux
freres font nez à Luques en
Italie.
M'd'Arnolfini
, leur pere,
avoit tenu une Academie à Paris
, &avoit eu l'honneur d'apprendre
le premier à monter à
cheval au Roy. Tout le monde
GALANT 345
connoift le merite & la valeur
de M' de Magnac ; il contribua
beaucoup au gain de la bataille
de Fredelingue. Il a toûjours
fervi dans la Cavalerie. Le Cardinal
Mazarin attira feu M
d'Arnolfini en France , & celuy
dont je vous parle fut élevé Page
de cette Eminence . Il a efté
marié deux fois , la premiere
avec Dame N.... Abraham ,
fille d'un celebre Avocat du
Parlement de Paris ; & la feconde,
avec Mlle de Cleville , fille
du Lieutenant general de Caën.
Cette Dame , qui vit encore ,
a beaucoup d'efprit , & elle ai
346 MERCURE
a
me beaucoup les belles Lettres,
M de Chevilly a acheté la
Compagnie aux Gardes de Mi
d'Auxi , à prefent Colonel de
Royal Comtois . Ce nouveau
Capitaine eft d'une tres -ancien
ne maiſon , & il joint à une
naiffance diftinguée , un merite
generalement reconnu. Il a
porté les armes depuis fa plus
grande jeuneffe , & dans les occafions
où il s'eft trouvé , il s'eft
montré tres digne du nom qu'il
porte. Il s'eft diftingué dans
beaucoup d'actions remarqua
bles . M le Duc de Guiche ,
Colonel du Regiment des Gar
1
GALANT 347
des , le reçut avec de grandes.
marques de diftinction ; il le
loüa hautement , & il declara
qu'en le recevant , il donnoit
un tres bon fujet à ce Corps!
M le Marquis d'Auxi qui luy
a vendu fa Compagnie , eft
proche parent de M' le Maréchal
de Boufflers ; il a cfté élevé
dans ce Corps , où ila efté fuc
ceffivement Sous - lieutenant
Lieutenant , & Capitaine. Je
vous ay parlé plufieurs fois de
La maifon, qui eft illuſtre ; ainſi
il fuffit de vous dire prefentement
que ce Marquis s'eft diftingué
en beaucoup d'occafions.
348 MERCURE
Le Menuet qui fuit eſt de la
compofition de M' Charles.
Cette Chanfon regardant un
Prince generalement aimé , on
la recherche avec empreffement
, & on la lit avec plaifir.
AIR NOUVEAU.
Peuples, defleurs ornez vos teftes ,
Vendofme arrive dans ces lieux.
Il effteul dignede vosfeftes ;
Et les Dieux ,
Verroient les Mortels l'adorer ,
Sans
murmurer.
2
Il a détourné nos tempeftes :
Quel
GALANT 349
Quel Heros eftplus glorieux!
Qu'iljouiffe defes conqueftes ,
Et qu'à nos yeux
Par tout on brûle un Encens dú
Afa vertu.
Vendôme , Henry te fert deguide ;
Tuparoisfon fils en tous lieux:
Et fi l'on le voit prés d'Alcide
b Dans le Cieux ,
Tuferas placépar les Dieux
Au milieu d'eux.
J
Aprés les premieres expeditions
de Mr le Maréchal de Vil
lars ,dont je vous ay parlé dans
ma derniere Lettre ce Maré-
May 1706
Gg
350 MERCUKE
chal marchavers
Lauterbourg.
Ondoit
remarquerquelesennemis
avoient fait l'année dernie
redes retranchemens
devant ce
pofte, où il fut impoffible de les
forcer : de maniere qu'aprés les
grands avantages que M day
Villars avoit remportez au
commencement
de la Campagne
derniere , il fut arreſté devant
ces retranchemens
. Les
ennemis qui s'eftoient affemblez
tard , arriverent enfuite
avec des forces infiniment plus
nombreuſes ; ce qui obligea ce
Maréchal de reculer , & de ce
der plufieurs petits poftes dong
"GALANT 351
il's'eftoit d'abord emparé. Mais
fi les ennemis reprirent ces petits
poſtes , & s'ils fe rendirent
maitres d'Haguenau ; ce qui
leur donna lieu de bloquer le
Fort - Louis , ils ne purent fe
vanter d'avoir fait une auffi
belle Campagne que M' de
Villars , qui avoit obligé le Duc
de Marlborough, qui eftoit venu
pour l'attaquer , & qui s'étoit
promis de grandes conquê
tes , de s'en retourner en Flandres
plus vite qu'il n'eftoit
venu , & d'abandonner Treves,
ainfi que tous les poftes qu'il
tenoit aux environs , avec tous
G gij
352 MERCURE
fes magafins. M' de Villars , al
la enfuite jufqu'à Lauterbourg ,
il s'empara de toutes les Lignes
& de tous les Poftes que les ennemis
avoient jufqu'auprés de
Lauterbourg , il fit plus de fix
cens prifonniers dans leurs Lignes
, il y prit tous leurs bagages
, & fit encore beaucoup de
prifonniers en differens Poftes.
Tous ces prifonniers & tous les
bagages des ennemis luy demeurerent
; & tous les avantages
que remporta la nombreufe
armée des ennemis , fut de
reprendre pluſieurs petits Poftes
fans garniſon , de fe faifir
JGALANI 353
d'Haguenau
, fans avoir pû faire
la garnifon prifonniere
de
guerre , & d'avoir bloqué le
Fort Louis . Ainfi l'on peutdire
que la Campagne derniere dont
ils n'ont retiré aucun fruit
puifque d'abord que Mª de Villars
a paru cette année , les ennemis
ont fuy devant luy , a
efté mille fois plus glorieufe à
ce Maréchal , qu'elle ne l'a efté
à M le Prince de Bade , qui
vient de perdre non - feulement
le peu de Poftes dont il s'eftoit
emparé l'année derniere , mais
auffi quantité d'autres ; puif
qu'auffi - toft aprés la priſe de
Gg iij
354 MERCURE
Lauterbourg Bergen, Statmatt,
Drufenheim , Germersheim à
l'embouchure de la Queifche ,
Billikum à une licuë au deçà de
Landau , &Neuſtadt ſur le Speyerbach
à trois lieues au delà
de Landau, luy ont ouvert leurs
Poftes. Les ennemis ont laiffe
par tout leurs proviſions &
leurs munitions, excepté à Drufenheim
, où ils ont jetté dans
le Rhin une partie de leurs farines.
La précipitation avec la
quelle ils ont fuy leur a coûté
beaucoup , plufieurs Soldats
ayant peri dans le Rhin , où ils
s'eftoient jettez, & d'autres dans
GAL 355
des Barques qui fe font enfoncées
, parce qu'elles eftoient
trop chargées . Trois mille Allemans
qui cftoient au delà du
Rhin , ayant efté informez de
tout ce qui fe paffoit en deçà ,
n'ont ofé avancer ; & M de
Villars a vifité vingt- cinq lieues
de pays , où il a fait rendre
obéiffance au Roy par tous les
peuples . Pendant ce temps ,
Je Marquis de Pery faifoit par
fon ordre le fiege de Haguenau
; & ce Marquis , qui avoit
déja commandé dans cette Place
l'année derniere , l'affuroit
Gg iiij

3) 0 VILNCURE
qu'il luy en rendroit bon compte.
La Lettre qui fuit , qui a efté
écrite par un Officier de l'Armée
de M ' de Villars , vous confirmerà
non ſeulement ce que
je viens de vous dire ; mais elle
vous apprendra auffi des chofes
affez curieufes , touchant le
fiege d'Haguenau.
Au Camp de Billikum le 6.
May.
Vous avezfans doute appris, Mr
qu'à l'approche des Armées du Roy,
les Allemans ont abandonné leurs
GALANT 357
&
"
&

Lignes , qui leur ont coûté tant
de peines de travaux
pendant l'hiver il ont perdu le
quartdes troupes qui les occupoient,
par la mortalitéou par la deſertion.
Les Chevaux qui y ont peris
ontprefque ruinéleur Cavalerie ,
y ayant des Compagnies où il n'eft
pas resté quinze chevaux . Cette
retraite nous a facilité le dégagement
du Fort- Louis avec bien
moins de difficulté que nous n'avions
lieu de le croire. On a mené
à Strasbourg , la Garniſon qui'y
eftoit , l'ony en a mis une nou
velle & pourvû la place de tous
ce qui eftoit neceffaire. Mr le
358 MERCORE
Maréchal de Villars , profitant de
la confternation dans laquelle fon
approche a jetté les ennemis , qui
affurément eftplus grande queje ne
fçaurois vous la reprefenter, a fait
attaquer Drufenheim avec tant
de vigueur, que cette place a efté
obligée de fe rendre. Ce General
a auffifait ocuper Germersheim ,
qui est un pofte avantageux fur
le Rhin , qui coupe à Landau
toute communication avec Philif
bourg. Mr de Villars qui pouvoit .
donner le Commandement du Siege
d'Haguenau , à unplus ancien
Officier General que Mr de Pery a
voulu recompenferfabravoure,
GALANTI 359
la
lafage conduite qu'il tint au dernier
Siege de cette place , en luy confiant
cette glorieufe expedition. Ill'a déja
pouffée fi vigoureufement , que
Garniſon a battu deux fois la
chamade ; & comme elle demandoit
par la premiere , à fortir avec
armes , bagages , toute l'atillerie¸
toutes les munitions quiyfont
au de là de ce que Mr de Thungeny
en trouva : &parlafeconde
, de laiffer fortir la Garnison
fans armes , & les Officiers avec
leurs armes , & bagages, Mr de
Pery leur a repondu , que puifqu'on
luy avoit refufé ily à huit
mois,laCapitulation qu'il avoit
360 MERCURE
demandée ,il leur faifoit la mê
me réponſe que M' de Thun
gen luy avoit faite , qui eftoit
de fe rendre à difcretion , laiffant
cependant le foin au Com
mandant d'emmener fa Garnifon
, s'il le pouvoit , comme
lui avoit fait la fienne .
On a fçû depuis , que la Gar
nifon avoit efté obligée de fe
rendre prifonniere de guerre.
Elle eftoit compofée de deux
milles cinq cens hommes , par
mi lefquels fe trouvent un Of
ficier General , & plufieurs Of
ficiers qui s'y étoient jettez
-GALANT 361
aprés l'abandonnement
des lignes
. Il y avoit dans la place
foixante pieces de canon , dont
il y en a trente-cinq de trente
fix livres de balles , & le réfte
de vingt- quatre ; cinq cens milliers
de poudre , des boulets
du plomb , & de toutes fortes
de munitions
à proportion
;
quinze mille facs de farine , &
un pareil nombre de facs de
bled & d'avoine .
Il y a des Lettres de celuy
qui a fait l'Inventaire de toutes
ces provifions & de toutes ces
munitions,qui portent, que l'on
en a trouvé beaucoup davan362
MERCURE
tage que ce que l'on a dit d'a
bord.
*
Je vous ay déja nommé quel
ques poftes que M' le Maréchal
de Villars avoit fait occuper. Ce
Maréchal depuis ce temps-là ,
a envoyé M² le Chevalier de
Nefle avec cinq cens chevaux ,
pour s'emparer de la petite-
Hollande ; ce qu'il a fait , & co
qui a obligé les ennemis à rompre
le pont qu'ils avoient fur le
Rhin , vis-à-vis de Philifbourg.
M' de Villars jugeant que les
ennemis pourroient faire agir
les troupes qu'ils ont dans les
lignes , de Stolhoffen & dans
GALANT 363
l'Ile d'Alunde qu'ils font for
tifier, & que ces troupes y pourroient
conftruire des ponts , &
nous inquieter ; ce Maréchal a
envoyé des détachemens à Offendorf,
entre la Sor & la Motern
, commandez par M de
Streff : àStarmart, M' le Comte
du Bourg : & à Seltz , par M
le Marquis de Nangis. Le 16
de ce mois , toute la cavalerie:
alla camper au Camp de Belem,
& l'infanterie refta à Lauter
bourg & à Weiffembourg , où
elle fe fortifie , & où elle fait
des lignes. Comme elles s'éten
dent le long du Lauter , depuis
364 MERCURE
Weiffenbourg jufqu'au Château
de Saint - Remy , elles fe
ront d'autant plus aifées à
dor , qu'elles ne contiennent
qu'une lieue ; le refte du terrain
juſqu'à Lauterbourg, étant trésgardifficile
, à caufe des bois & des

marefts , que l'on peut rendre
encoreplus impraticable, en faifant
des innondations & des
abatis. M' de Villars a laiffé auffi
400 hommes dans Neuftadt ,
& il a vifité le Speyerbach depuis
ce lieu - là jufqu'à Spire, ou
il cftoit campé le 19 , & où il
avoit fa droite , &fa gauche à
Arthauſen, au milieu d'un fourGALANT
365
rage trés- abondant , le Speyerbach
devant lui , où les ennemis
avoient fait de fi belles lignes.
Ainfi l'on peut dire , qu'ayant
paffé quatre de leurs lignes , il
ne reconnoift plus d'autres barrieres
que le Rhin. Il a envoyé
plufieurs partis dans le Palatinat
, pour en tirer de groffes
contributions .
1
Je paffe des affaires de la
guerre d'Allemagne à celles de
la Religion d'Angleterre
. Il ne
faut plus demander fi la Religion
Anglicane eft en péril ; on
n'en peut douter préfentement
,
puifque fi le traité d'union en-
May 1706 .
Hh
366 MERCURE
tre l'Angleterre & l'Ecoffe s'acheve
, il n'y a pas d'apparence
que la Religion Anglicane fubfifte
long tems en Angleterre
ou du moins qu'elle ait longtemps
le deffus . La Princeffe de
Dannemark , qui favorife les
Prefbyteriens, c'est à dire , ceux
qui font de la Religion Proteftante
, parce que le Prince
d'Orange leur devoit la Cou
ronne & qu'elle la doit à ce
Prince , & par d'autres raifons
politiques , a pris de fi juftes
mefures , que les Prefbyteriens
fe font trouvez les plus forts
dans le dernier Parlement.
GALANT 367
Ainfi on ne doute pas que ce
Parlement n'approuve l'union
de l'Angleterre avec l'Ecoffe ,
parce que ce dernier Royaume
cft prefque entierement Prefbyterien
; & comme il doit
avoir , felon le traité d'union
cinquante Députez au Parlement
d'Angleterre , ce feront
autant de Membres qui cabaleront
en faveur des Prefbyteriens
, & qui fe joindront à ceux
du Parlement qui feront Prefbyterlens
. J'aurois beaucoup de
chofes à vous dire fur cet arti
cle ; mais il ne me refte ni affez
de place ni affez de temps pour
Hhij
360
MERCURE
16
l'étendre davantage ; & la fitua
tion des affaires eft fi confide
rable & fi
violente par tout ,
que pour vous entretenir de
tous les lieux dont j'ay à vous
parler, je paffe
d'Angleterre en
Efpagne.
Si on ne fçavoit pas déja
que la Reine d'Espagne , dans
un age auffipeu avancé,cft d'un
cfprit à éblouir les plus éclai
rez , & d'une
penetration à fur
prendre les plus fages on le
connoiftroit
par les deux dif
cours de S. M. l'un fait aux
Grands d'Espagne , dans le Palais
; & l'autre, dans l'Hôtel de
GALANT 369
Ville de Madrid , à tous les
Etats differents qui compofent
le Corps de Ville , affemblés
par fes ordres. Voicy ce qui
s'eft paffé dans ces deux affemblées
.
Le Lundi matin 26. Avril
tous les Grands fe rendirent au
A
Palais
par
l'ordre de la Reine.
Ils l'attendirent dans la falle
d'Audience , où ils formoient
une espece de cercle. S. M.
parût quelque temps aprés
accompagnée feulement, felon
la coûtume, de Madame la Prin
ceffe des Urfins fa Camarera
Mayor. Il n'y avoit dans toute
370 MERCURE
la Salle que les feuls Grands ,
qui demeurerent toûjours dés
couverts. La Reine parla de
bour , appuyée contre une table.
Cette Princeffe s'expliqua
en ces termes.
Meffieurs Je vous ay fait
affembler pour vous expofer
Leftat où fe trouvent ces Royaumes.
Voussavez les progrés
des Portugais en Eftramadures
vous comprenez la neceffité
d'un promptfecours. Je dois vous
apprendre que j'ay fait armer la
Caftille , felon la coûtume , en de
femblables neceffitez mais c'est
particulierement fur vous que je
GALANT 37
compte aujourd'huy. Le feul intereft
de l'Etat m'a fait furmonter
la répugnance que j'aytoujours euë
à me charger du gouvernement de
cette Monarchie . Je ne l'ay accepté
que dans l'efperance que vous m'aiideriez
de tout ce qui dépend de
vous. Fattends , en cette occafion ,
les plus grandes marques de voſtre
zele. Vous eftes les premiers Sujets
du Roy & les plus puiffans.
C'est à vous à commencer , &e à
donner l'exemple aux peuples . Jel
feray ravie , que vous me difiez
votre fentiment fur les mesures
quej'ay crúde voirprendre. Si vous
arvez quelque expedient meilleur,
Vouspouvezme lepropofer.Jeferai
372 MERCURE
toujours difpofée à vous écouter
& à m'en fervir.
Sa Majefté finit par des ter
mes de confiance tres - obligeans
pour tous ceux qui compofoient
l'Affemblée , Ce Difcours
attira l'admiration des
Grands , & ils ne purent s'empêcher
de fe récrier fur fon cfprit
, & fur la fermeté ; & plufieurs
parurent touchez jufqu'aux
larmes , de la force & de
la tendreffe de fes paroles . Ils
répondirent d'abord à Sa M₁-
jeſté tous enfemble , & enfuite
chacun en particulier , par les
plus refpectueufes & les plus
Vives
GALANT
373
vives proteftations de facrifier
leurs biens & leurs perfonnes
pour les befoins preflans de l'Etat
; & ils eurent tous l'honneur
de baifer la main de la Reine ,
avant que de fe retirer.
Le Samedy premier jour de
May , la Reine accompagnée
Camarera - Mayor ,
de de fa
toutes fes Dames , de fon
Mayordome - Mayor , de ſon
GrandEcuyer, du Capitaine des
Gardes , & de fes principaux .
Officiers , alla à l'Hôtel de Ville
où elle avoit donné ordre
que les Officiers & les Députez
des Corps de Meftiers ſe trou-
May 1706. I i
374 MERCURE
vaffent . S. M. y fut reçûë par
le Corregidor & les Regidors,
à qui elle parla, à peu prés en
ces termes.
moy
le
Je vous ay fait affembler icy,
&jay bien voulu y venir
mefme , pour vous apprendre les
befains de l'Etat. Je ne dois pas
vous les cacher,
pendant que
Royexpofe fa propre perfonnepour
votre défenfe. Les ennemis profitent
de fon éloignement. Ils ont
traverse l'Eftramadure. Les Portugais
s'avancent , cette nation
de tout temps fi inferieure à
la Caftillane , qu'il eft même
honteux pour vous , qu'elle ait
GALANT 375
•fe vous attaquer. Elle a mis fon
efperance dans des Alliez Heretiques,
qui ne cherchent qu'à répandre
leurs erreurs . Verrez- vous
tranquillement approcher de tels
ennemis ? Et ne pensez - vous
pas à faire les derniers efforts
pour les repouffer ? Il s'agit de
la confervation de la Monarchie.
Vous devez faire éclater en
cette preffante neceffité voftre fidelité
voftre zele . Vous de
vez tout facrifier aujourd'huy
pour le Roy, pour moy, & pour
vous-mefmes. Il faut des fecours
puiffans , & il les faut promptement.
Je fuis la premiere Reine
Ii ij
376 MERCURE
qu'on ait vú venir en ce lieu , dans
de femblables occafions . Lorfque
je vous donne des marques fi extraordinaires
de mon affection , je
merite bien que vous faſſiez quels
que chofe pour moy , & que vous
me défendiez.
La Reine prononça ce Dif
cours avec une Majefté , qui
en augmenta encore la beauté
& la force ; on vit fur fon vifage
, une tranquillité &, une
douceur, qui marquoient tout
enfemble , & fa bonté & fon
courage Toute l'Affemblée
fut attendrie & verfa des larmes.
ALANT
377
Le Corregidor, avec les termes
les plus refpectueux, répondit,
que la Ville étoit auffi touchée
de l'honneur que Sa Majesté avoir
daigné luy faire , & de toutes fes
bontez , qu'Elle eftoit penetrée de
douleur de ne pouvoir luy témoigner
fa reconnoiffance par des démonſtrations
, qui répondiſſent à
la grandeur de fon zele , er de
fan dévouement ; qu'Elle s'enga
geoit de choisir quatre mille hom
mes, entre ceux qui paroiffent les
plus propres
pour executer les ordres de Sa Majefté
que tous les autres eftoient
prefts de donner leurs vies/pour la
a porter Les
armes,
Ii
iij
378 MERCURE
défenfe & la confervation de l'Etat.
Et il fupplia enfin Sa Ma
jefté d'accepter fix mille pif
toles , que la Ville luy prefentoit
d'avance , en attendant
qu'elle fût en état de faire davantage
.
Enfuite le Corregidor & les
Regidors baiferent la main de
la Reine ; honneur que Sa Majefté
voulut bien : accorder oncore
aux Députez des Métiers,
avec cette difference qu'Elle fe
mit fous le Dais , & qu'Elle s'af
fit , car Elle avoit toûjours efté
debout au milieu de la Salle ,
afin de voir micux tout le monGALAR
379
C
de , & d'être entendue. Il n'y
eut pas un de ces Députez , qui,
à fa maniere , ne fift à Sa Majefté
des proteftations de fa fidelité
& de fon zele ; & l'on
remarqua que la Reine leur dit
à chacun quelque chofe d'obligeant
& de convenable à fa
profeflion. Tout fe termina
par une infinité d'acclamations
& de Viva. 2.11
Ainfi finit cette grande action
, qui n'a point d'exemple
dans l'Hiftoire d'Eſpagne , à
qui elle fera un jour autant
d'honneur , qu'elle en fait aujourd'huy
à la Reine,
300 MERCURE
On ne doit pas oublier , que
Mr.l'Ambaffadeur de France
s'y trouva.on
La Reine n'a point changé
de langage pour parler en pu
blic. Elle eft en poffeffion de
fe faire admirer dans ce qu'elle
dit ; & Sa Majefté répand dans
fes moindres Difcours , un ef
prit, une raifon, & une fageffe
toûjours proportionnées
aux
perfommes & aux occaſions .
La Ville de Madrid a fait
voir dans l'execution de fes
projets & de fes offres , à la
Reine , cette Nobleffe & cette
fidelité , qui l'on't diſtinguée
GALANT 381
dans tous les temps.
Voici ce que portent les Lettres
de Madrid, du 9. & du 12 .
de ce mois .
Mrde Bervvik eft campé à la Peralera
avecfa Cavalerie , &fon Infanterie
eft un peu plus en deça . On
lay envoye demain quatre Bataillons
des Gardes Espagnoles & Walonnes,
qu'on a fait revenir de Valence. Il
yen avoitfix , mais la Reine en a
retenudeux pour (a garde. Ces Bataillons
feront fuivis par quelques.
nouvelles troupes qu'on forme . Mi
le Marquis de Bay aſſemble la Nobleffe
& les Milices d'Eftrama dure
auprès de Truxillo ; & Mr le Marquis
de Villareal en fait autant
dans la vieille Caftille . Mr l'Ambaffadeur
de France a ordonné à tous
382 MEKCUKE
les François quifont icy , de s'affem.
bler demain pour prendre les armes.
La Reine ne s'étonnepoint du peril
; elle a donné tous les ordres polli=
bles pour faire prendre les armes aux
peuples de Caftille , & en particulier
aux divers Ordres d'Espagne . La
Ville de Madrid témoigne beaucoup
dezele ; & la plupart des Grands &
les autres Seigneurs portent de
l'argent ou leur waiffelle entre les
mains da Treforier de la guerre.
Tout le Clergé avoit déja commencé
à contribuer volontairement des fommes
affez confiderables . Monfieur le
Cardinal Portocarrero s'eft taxé à
3000, piftoles ; & les autres Arche
vèques , à proportion de leur revenu..
Mr de Berovick par fa derniere
Lettre du 8. nous laiffe dans l'incer
titude de la marche de l'armée PorGALANT
383
lés
eunemis
tugaife. Il mande que
font toujours dans leur Camp & Almaras
, & qu'il eft averti que les
ennemis perfiftent avec vigueur dans
la diverfité de leurs fentimens ; le
Marquis das- Minas veut qu'on
Paffe le Tage pour aller affieger Ba
dajoz le Marquis de Fronteira
propofe qu'on aille à Ciudad- Rodrigo
; & le Comte de Gallovvay à
Madrid.
Les Lettres de Mr le Maréchal
Duc de Barvvick du 9. & du 10,
nous laifoient encore en fufpens fur
lepartique les ennemis prendroient,
Ils étoient toujours dans leur Camp
Almaras , fans que l'on put juger
de quel cofte ils avoient deffein de
marcher; mais enfin une lettre du
11. qui vient d'arriver , apprend
qu'ils s'eftoient mis en marche à la
384 MERCURE
pointe du jour pour retourner en ar-
Tiere, & paffer la Teita , qui eft
Legrand chemin de Placencia , d'où
Pon juge qu'ilsprendront fur la droite
par la Sierra de Gata , pour tomber
fur Ciudad Rodrigo. La Place n'eft
pas bonne ; il n'y a dedans qu'un Bataillon
de troupes reglées & de Milices.
MrleMaréchal deTeffèy alaiffé
pour Lieutenant de Roy , un Officier
nommé du Soupat , qui paſſepour un
fortbrave homme , & quiy ferafon
devoir. Ily a apparence que les conqueftes
des ennemis fe termineront là
pourcette premier ecampagne ; ilfaut
Jonger à celle de Septembre.
On a appris, par des lettres
pofterieures à celles que vous
venez de lire , que les ennemis
ne faifoient point le fiege de
Ciudad- Rodrigo , & que felon
toutes
GALANT
385

toutes les apparences , ils fe repoferoient
jufquest à la campagne
d'Autonne . Deux choſes
ont empeſche qu'ils n'ayent
avancé dans le païs ; l'une , le
grand nombre de malades qu'ils
ont parmi eux ; & l'autre, la difficulté
de trouver des vivres fur
leur route , tous les habitans
ayant tranfporté ailleurs celles
quis'y trouvoient & gafté tout
ée qu'il n'ont pû tranfporter :
de maniere que leur armée au-
Foit couru rifque de perir, fi elle
fe fût avancée, On peut ajoûter
à toutes ces raifons , que les
grands préparatifs qu'on faifoit
à Madrid pour envoyer des troupes
à Mr de Bervvick, n'ont pas
efté d'une petite confideration
pour les faire retourner .
May 1706
Kk
386 MERCURE
Voicy un détail fort exact de
ce qui s'eft paffé depuis le dépare
de Mr le Comte de Toulouſe de
devant Barcelone. Ce Prince
n'eftoit point venu pour com-{
battre la Flotte des Alliez , ca
cas qu'elle parût , mais feulement
pour apporter une partie
des chofes neceffaires pour le
fiege que l'on devoit faires pour
efcorter les Barques qui devoient
apporter le reftes pour
favorifer celles qui devoient
venir de temps en tempson &
pour empefcher que rien n'entraft
dans Barcelone , pendant
que le Siege dureroit . Cette
Ville auroit efté prife deux mois
avant le temps où on en a levé
le Siege , fi deux chofes n'en
cuffent empefché ; l'une vient
GALANI 387
dece que les vents contraires, &
les tempeftes continuelles
ayant
retardé Parrivée de nos Vaiffeaux
pendant plus d'un mois ,
le Siege de Barcelone a esté førmé
un mois plus tard qu'il n'avoit
efté refolu : & l'autre , de
ce que l'Archiduc
ayant pris
Fargent qui eftoit dans les dépoſts
publics de la Ville , & s'étant
fait donner de force fur des
billets , une infinité de provifions
par les perfonnes
les plus aifées
de toute la Principauté
, tous
les intereffez le font deffendus
plus vivement qu'ils n'auroient
fait , dans la penſée que fi l'Archiduc
eftoit obligé de s'en
retourner
, ils ne feroient ja ,
mais payez de ce que ce Prince
& les Anglois leur avoient pro
Kk ij
300 MERCURE
mis de les
rembourfer . On peut
ajoûter à tout cela, que la mort
de Mr de Lapara ayant fair per
dre trois ou quatre jours for
tout lorsqu'il s'eft agi de placer
le canon fur les hauteurs du
Montjouy, pour battre la Ville
aprés la prife de ce Fort ce peu
de temps , a empefchéquela
Ville n'ait efté prifes , puif
qu'il eft conftant que les habitans
avoient refolu de fe rendre
dans trois jours , dans le temps
qu'ils apprirent qu'ils devpient
eftre fecourus , & que l'Archiduc
avoit pris le parti de fe resirer
à Gibraltar. Enfin Mr le
Comte de Toulouſe ayant pris
de fi juftes mefures pour eftre
informé des forces de l'Amiral
Leake, & du temps qu'il pourroit
GALANT 389
arriver devant Barceloné , que ce
Prince ne pouvoit douter du
raport qu'on lui avoit fait , par
tequel il connut qu'il ne pouvoit
refter devant Barcelone plus
Jong- temps que le 28. d'Avril ,
fans rifquer les Vaiffeaux du Roi ,
il en partit ce jour- là. Il ne craignoit
point les ennemis , quoique
beaucoup fuperieurs en
nombre ; mais comme il faut de
la poudre & du plomb pour comabatre,
qu'il n'avoit pû en apporster
que pour l'armée de terre où
il avoit auffi laiffé des canons , &
des canonniers la prudence
vouloit qu'il fe retiraft : ce qu'il
auroit fait un mois plûtoft , fi les
events luy avoient permis d'arriiver
dans le temps qui avoit elté
concerté pour commencer le
Kk iij
390 MERCURE
fiége ; & comme il étoit impoffi »
ble que les ennemis arrivaffent
avant fon départ , s'il n'avoit
point eu les vents fi contraires ,
il n'eftoit pas neceffaire qu'il
vinft avec une flotte plus nombreuſe,
& une plus grande quantité
de munitions de guerreot
A peine ce Prince eut-il fait
voile, que la flotte des Alliez parut
devant Barcelone. Elle dér
barqua trois mille hontmes de
troupes reglées , & environ trois.
mille autres des troupespdevila
Marines, de matelots aguerrisi,
& d'autres perfonnes neceffaires
pour travailler à deffendre la
place qu'ils avoient refolus defecourir.
Ces troupes y entrerent
a diverfes fois , pendant que 7000
Miquelets yo entrerent par un
GALANT 395
autre cofté, & comme il y avoit
alors trois mille hommes dans la
Ville , il s'y en trouva feize
quand tout fut entré + Ec
l'Armée ſe trouvant alors prefque
affiégée par fes derrieres
par un grand nombre de Miquelets
qui la harceloient , le Roy
d'Espagne fe crût obligé de faireaffembler
le Confeil de Guerre,
pour réloudre ce qu'il y avoit à
faire.Ily fut conclu que l'on léveroit
le fiége, & felon la refolunion
que l'on y ptit , on encloüa
une partie du canon , on en emamena
, & on jetra dans la mer ,
sainsi que toutes les munitions &
-les provifions que l'on ne pût
semporter : mais avant que de
cjetter les farines , on fit cuire du
pain pour toute l'Armée pour
392 MERCURE
fept jours de marche , & on en
diftribua à tous les foldats . S
M. C. décampa le 10. pour
fe
rendre à Pampelune , & la perte
que l'Armée a fait pendant fa
route , eft fi peu confiderable ,
qu'à peine a - t - on pû s'en appercevoir
; quoique les Mique
lets euffent embaraffé les chemins
en quelques endroits , qu'ils
ayent harcele nos troupes pref
que pendant toute la marche , &
beaucoup tiré fur elles .
On a laiffé dans le Camp 1500
malades ou bleffez . Les Mique.
lets les ont d'abord infultez`, ( &
en ont cruellement fait mourir
fept ou huit ; mais Milord Peterborough
a pris des mesures
fi juftes , & donné des ordres fi
everes , que l'on affure qu'on
f
" GALANT 393
laifferances malheureux en repos.
L'Armée des deux Courounes
eftoit de vingt -fept mille
hommes lorfqu'elle eft arrivée
devant Barcelone ; elle est diminuée
de fept milles ainfi il refte
encore vingt mille combatans en
eftat d'agir , & qui ne demeureront
pas inutiles pendant le
refte de la campagne : Le Roy
d'Efpagne qui a dû arriver à
Pampelune le 30. de ce mois ,
pour retourner à Madrid ,
vant eftre fuivy de la plus grande
partie de ces troupes . Il n'y
a point de doute que S. M. C. ne
foit arrivée à Madrid, avant que
vous receviez ma Lettre . On ne
peut faire voir plus d'intrepidi .
té que ce Monarque en a mont
tré pendant tout le temps qu'il
de394
MERCURE
a demeuré devant Barcelone . Il
eftoit dans un continuel mouvement
, & cherchoit fans ceffe les
scelleles
de faire avancer le fiege
moyens
avec ceux qui en avoient la direction
, & avec les principaux
Officiers de l'Armée. Il vouloit
Tous lesjours expofer fa perfonne
aux perils les plus évidens , & il
étoit prefque impoffible de le retenir.
Sa route jufqu'à Pampelu
ne , s'eft trouvée fort difficile , &
il a fouvent falu traverler des
montagnes ; & ce Prince a fupporté
cette fatigue d'une maniere
toute heroïque . Il a fait voir
une fobrieté admirable , ne voulant
point être fervi , dans ſes repas,
de plus de mers que le plus
fimple Officier ; ce qui a redou
blé l'amour que toutes les trouGALANT
35
pes avoient pour lui , & l'admi
ration de toute la Cour.
GOOH
Je ne dois pas oublier que Mr
le Duc de Noailles a commandé
l'avangarde pendant toute la
marche que l'Armée a faite jufqu'à
Pampelune , & qu'il s'en
eft
t acquité d'une maniere qui
lui a attiré l'applaudiffement de
toutes les troupes.
J
L'Enigme du mois paffé , cft
de Mr d'Aubicourt, Ceux qui
en ont trouvé le veritable mot
qui eft le Pied, font Mrs l'Avocat
C *** Delzons ; Mellieret ;
Ex- Official de Belley , Henry
Calmet , de la Riviere- Laidos
Boullenois , Avocat au Parlement
, & fon cher coufin , Fourcroy;
Jacque Bourlier; la Grefle,
Organifte de S. Cloud ; l'Agrea-
}
396 MERCURE
Ble dans les Compagnies ; l'Af
femblée du jardin de S. Denys ;
le Medecin des Dames , de la ruë
de la Bucherie ; les deux Amans
de la rue du bout du Monde ; le
Solitaire, du cul defac de S. Landry
, & un des Affociez de la
maifon de Chaillot ; Mr de Silly;
Me la Prefidente de l'Election de
Chaumont & Magay ; Marie
Rouviau , de Belleville , & la
jeune Mufe renaiſſante .
Je vous envoye une Enigme
nouvelles elle est encore de Mr
d'Aubicourt, auteur de celle du
mois paffé .
ENIGME.
Quoique fouvent couverts depeau
De mouton , de chevre, ou de veau¸
Surquoy quelques traits de dorurés
Relevent
GALANT 397
Relevent nos platesfigures ;
Ce n'estjamais fur ces brillans dehors
Que les efprits fenfezfondent leur efperance
:
>
Celui qui n'a pas d'apparence
Vaut quelquefois mille trefors.
Riche & pauvre chez nous , ſoit an-
$350 tique ou moderne ,
Qui paroift fans merite , eft digne
qu'on le berne.
Nous eſtions encore fort éloignez
du temps , où la Campagne
s'ouvre ordinairement , que l'on
n'entendoit parler que de Batailles
gagnées , de Places emportées
, & d'Ifles entieres prifes
par les François , jufque
dans les Indes Occidentales .
La Bataille de Calcinato faifoit
May 1706.
LI
390
beaucoup de bruit , & puifque
les ennemis avoüent eux- mêmes,
qu'aprés la revûë de leur
armée , faite quelques jours aprés
qu'ils eurent perdu la Bataille
, il leur manquoit fept
mille hommes , leur perte doit
avoir efté beaucoup plus confiderable;
puifque leur politique
les a toûjours obligez de cacher
à leurs peuples, les pertes qu'ils
faifoient. La Bataille de Calcinato
perdue par l'armée du
Prince Eugene, eſt cauſe que ce
Prince fe trouve prefentement
au de- là de l'Adige , où il ne
peut que très difficilement faire
vivre fon armée ; cependant ,
loin qu'il foit en état de paffer
cette riviere , pour vivre plus
commodément en deçà, & pour
1

GAL
399
åller fecourir Turin , il fe trou.
ve dans des apprehenfions continuelles
que Monfieur de Ven.
dofme ne la paffe luy - même,
pour l'aller combatre encore
une fois : ce que ce Prince auroit
déja fait , fi cette riviere
groffie par la fonte des neiges,
ne l'avoit empêché de faire
dreffer des ponts , ainfi qu'il
l'avoit refolu. Il ne laiffe pas
de luy donner beaucoup d'inquiétudes,
par tous les mouvemens
qu'il fait , & par tous ceux
qu'il fait faire à ſes troupes , &
de faire furprendre de tous cô
tez les convois qu'il tâche de
faire venir des Pays neutres, ou
du moins qui le doivent eſtre ,
felon leur engagement
.
Pendant que Monfieur le Prin-
P
Ll ij
23.
ce Eugene le trouve ainfi refferré
, les affaires s'avancent fort
devant Turin ; & voici ce que
portent les nouvelles du de
ce mois. La Ligne que Mr le Duc
de la Feuillade a fait commencer
depuis le Pò , jufqu'à la Doire
eftant achevée , il paffa ce mefme
jour cette riviere , avec fon armée ;
& Monfieur le Duc de Savey: ayant
fait des détachemens de la Cavalerie
pour s'y oppofer , nos Huffurs les
ont pouffez avec vigueur ; de maniere
qu'il y a eu foixante des ennemis
tuez d'une part , & plus de
quarante d'une autre . On le canonne
fortement de part & d'autre . On
va faire travailler (ans relaſche à
la ligne, depuis la Doire jufqu'au
Valentin fur le Haut Po , & enfuite
on fera des lignes de contreGALANT
401
vallation , pour eftre à couvert des
forties de la Place . On prétend ne
faire aucun convoy, & que l'on au
ra dans les Lignes toutes les chofes
neceffaires pour le Siege , fans que
l'on foit obligé d'en forsir.
Voilà de grands préparatifs ,
& de belles difpofitions, dont on
a d'autant plus de lieu d'attendre
une heureufe fuite, qu'il fera
difficile à Monfieur le Prince
Eugene de venir fecourir Turin,
tant qu'il aura Monfieur de
Vendofme en tefte ; & qu'une
Place qui n'eft point fecouruë,
fe rend toft ou tard , quelque
forte qu'elle foit.
Dans le temps qu'on ne s'entretenoit
à Paris , que des avantages
remportez par Monfieur
de Vendofme , & que l'on pla-
Lij
402 17
çoit dans l'Eglife de Notre-
Dame, les Etendards & les Drapeaux
, qu'il avoit enlevez aux
ennemis ; les Etendards & les
Drapeaux , pris aux troupes qui
s'étoient retirées dans Haguenau
, eftoient en chemin , & le
neveu de Mr le Marquis de Pery
les apportoit au Roy : on ne
parloit que des quatre lignes ,
dont Mr de Villars s'étoit rendu
maistre (chacun fçait que les
lignes coûtent fouvent beaucoup
à emporter , & qu'elles
font fort meurtrieres ) celles que
Mr de Villars a emportées , luy
ayant donné une grande étenduë
de Païs , ainfi que je vous
ai marqué , & luy ayant donné
lieu de mettre des troupes dans
plufieurs Places , comme font
495
toûjours ceux qui font mailtres
du Païs , on ne pouvoit fe laffer
ici de fe réjouir des avantages
remportez par Mr de Villars ,
qui empêchent les ennemis de
venir en deçà du Rhin , & qui
les arreſteront peut - être longtemps
; en forte qu'ils ont lieu
de craindre de faire encore de
nouvelles pertes pendant le refte
de la Campagne, qui ne peuvent
eftre que tres - confiderables
. Nous avions du moins lieu
de nous en flatter , fi la fortune
, aprés s'être declarée pour
nous en tant de differens endroits
, ne nous avoit point fair
connoiftre fon inégalité , en voulant
faire balancer nos avantages
avec ceux qu'elle vient de
procurer en Flandre à l'armée
des Alliez.
404 MERCURE
Il est rare de voir dans un
meſme païs deux Armées fouhaiter
en
mefme temps de donner
bataille ; l'une eft ordinairement
plus foible que l'autre ,
& fouvent la plus forte a des
raifons pour ne point entrer en
action . Le contraire eft arrivé
dans ce qui fe vient de paffer en
Flandres , & toutes les deux
Armées ont marqué en meſmetemps
un égal defir de com
batre , & ont marché toutes
deux en bataille , dans le deffein
de fe joindre; cependant il paroift
conftant que l'Armée des
deux Couronnes eftoit moins
forte de huit mille hommes au
moins . Celle des Alliéz venoit
de recevoir fes derniers renforts
, & plufieurs Lettres por
405
2 tent qu'elle avoit encore efté
jointe par quelques troupes la
veille du combat . Le Corps que
commande Mr le Marefchal de
Marcin manquoit à noftre Ar
mée ; & quoiqu'il fût fur le
point d'arriver , l'ardeur de
combatre que les troupes témoignoient
, fut caule de la refolution
qu'on prit de donner
bataille. Peut - eftre n'avoit - il
pas efté poffible d'eftre plus informé
que l'on l'eftoit de la fuperiorité
des ennemis ; chacun
fe fervant , en de pareilles occa
fions de toutes les rufes qu'il
peut imaginer pour cacher fes
forces . Comme j'ay dû commencer
par l'Article qui regarde
la fuperiorité des ennemis , je
dois vous dire en mefme- temps
406 MERCURE
que toutes les nouvelles publiques
imprimées en Hollande ,
n'ont pas eu raifon de dire que
l'Armée des deux Couronnes
eftoit fuperieure de quatorze
mille hommes ; le fait eftant manifeftement
contraire . Ce n'eft
pas que contre l'ordinaire de
ceux qui donnent ces nouvelles
au public , elles n'ayent rendu
juftice aux François , en difant
qu'ilsfe fontbattuscomme des Lions;
& quefi leurperte a esté inconcevable
celle des Alliez a eft: aßez
grande. On voit bien qu'ils augmentent
un peu noftre perte ,
& qu'ils diminuent un peu celle
des Alliez ; mais ce n'eft pas là
l'Article de leurs nouvelles qui
approche le moins de la vraiſem
blance , & comme on connoift
ن م
ANT 407
leur caractere , la verité fe demêle
aifément dans ce qu'ils ont
avancé. Puifque je me fuis trou
vé obligé de parler de l'extrême
valeur de nos troupes , avant que
d'entrer dans ce que j'ay à vous
dire du combat , je dois ajoûter
icy que j'ay vu des lettres , qui
portent que Mylord Marlbo
rough avoit dit aprés le combat,
que de la maniere qu'il avoit vù
combattre les François , il eftoitfeur
qu'avec trente mille hommes de
trompes pareilles , il irait juſqu'an
bout du monde : Vous verrez des
chofes furprenantes dans ce que
j'ay à vous en dire. Ce feroit icy
le lieu de vous donner une Relation
complette de l'affaire ; mais
je puis vous affurer qu'aujour
d'huy 31. de May que je ferme
408 MERCURE
ma lettre ce que je vous prie
de remarquer ) on n'a point encore
vû de Relations qui s'accordent
fur beaucoup de chefs :
Ainfi je ne pourrois vous en envoyer
une fans faire tort aux
autres , puifque l'on pourroit
croire que je vous l'ay envoyée
comme la plus jufte ; & il ne
m'appartient pas de decider . Ce
pendant ce que je vous vais dire
ne laiffera pas de vous faire autant
de plaifir , & de vous donner
une auffi parfaite intelligence
de l'affaire , que fi je vous
envoyois une ou deux des Relations
qui font répanduës dans
Paris .
Les deux Armées marchant
en bataille , chacune dans l'intention
de fe joindre , & commencant
GALANT 409
mençant à s'approcher , il fe
trouva entre elles un Village
qui eftoit vis -à - vis de noftre
gauche , & par confequent à la
droite des ennemis ; on jugea à
propos de leur laiffer attaquer
ce Village , où l'on avoit mis
toutes les chofes neceffaires
pour faire une vigoureuſe refiftance.
Deux raiſons obligerent
de prendre ce parti ; l'une , parce
que les ennemis pouvoient
commencer à épuifer leurs forces
par l'attaque de ce Village ,
& mefme à fe déranger : & l'au
tre , que fi noftre Armée avoit
avancé pour le couvrir , il auroit
falu qu'elle eût quitté un lieu où
elle trouvoit de grands avantages
pour combatre , puifqu'elle
avoit un marets impraticable à
May 1706 .
M m
410 MERCOKE
fa droite , & un ravin vis - à - vis
de la gauche , qui ne pouvoit
eſtre attaquée.
Je n'entreray point dans le
détail des Villages qui furent
pris & repris , avant qu'on en
vinft à une affaire generalesil me
fuffit de dire que les prifes &
les repriſes de ces differens
poftes , qui furent cauſe que les
troupes des deux Armées firent
jufques à fix attaques , ont coûté
beaucoup de monde aux ennemis
, puifqu'on peut regarder ces
attaques comme autant de petits
fieges , les Alliez ayant employé
pour un feul douze pieces de canon
, & vingt Bataillons . Nôtre
Infanterie fit des prodiges dans
tous ces petits fieges ; & c'eft
ce qui nous fit croire pendant
GALANT 41
une heure & demie , que nous
avions gagné la bataille , & ce
qui fut caufe que les ennemis le
crurent auffi . Il s'eft fait une infinité
d'actions extraordinaires
& de la plus haute valeur dans
toutes ces attaques , & dans
toutes ces défenſes ; & j'efpere
yous parler le mois prochain de
tous ceux qui fe font fignalez
dans cette journée. Il fut enfuite
queftion d'en venir à un
chocgeneral ; & comme felon la
difpofition de nôtre Armée dont
je vous ay parlé , noftre aîle
gauche ne pouvoit agir , ny eftre
attaquée , on avoit placé à la
droite toute la Maifon du Roy,,
foutenuë de huit Brigadesde Cavalerie
; & l'on eftoit perfuadé
que l'aile gauche ne pouvant
M m ij
412 MERCÜKE
eftre attaquée , tous les efforts
des ennemis tomberoient fur la
droite . Mylord Marlboroug, qui
fçavoit que c'étoit le pofte de la
Maifon du Roy , & qui connoif
foit la valeur , & l'intrepidité de
ces troupes , avoit de fon cofté
pris fes précautions , & s'étoit
refervé un Corps de troupes
pour fortifier fon aîle gauche ,
qui devoit avoir affaire à noftre
aîle droite . Mais ce Mylord fit
plus encore , car ayant fçu que
noftre aîle gauche ne pouvoit
combatre fa droite , il en fit revenir
14000. hommes , dont il
renforça fa gauche , qui devoit
avoir affaire à la Maiſon du Roy;
& pour avoir affez de terrain ,
il ne mit point d'intervales entre
fes lignes . On a fçu depuis ,
GALANT 413
que ce Milord avoit dit , qu'il
connoiffait fi bien la Maison du Roy,
& ce qu'elle eftoit capable de faire ,
qu'il avoit jugé à propos de luy donner
à combatre fix hommes contre un.
Il n'eft pas furprenant aprés cela
, que la Maifon de Sa Majesté
ait eité obligée de reculer & de
ceder à la force ; au contraire ,
on doit eſtre furpris qu'elle ait
pfé foutenir le combat , & l'on
n'auroit rien eu à luy reprocher
, quand elle fe feroit retirée
fans combatre, pour conferver
un Corps fi confiderable.
Cependant elle a fait acheter
cher la victoire au Vainqueur,
puifqu'elle luy a coûté fix de fes
aneilleurs Regimens de Cavalerie,
parmi lesquels le trouve le
Regiment des Gardes bleus à
M m iij
414 MERCUKE
cheval. Je ne dis rien qui ne foit
dans plufieurs lettres de Hollande
; & l'on trouvera mefme,
fi l'on examine bien ce que leurs
nouvelles imprimées en ont dit,
qu'elles avoüent prefque cette
verité. Revenons à ce que la
Maifon du Roy a fait en cette
occafion .
Les deux Compagnies des
Moufquetaires ont fait voir ,
que la valeur n'attend pas le
nombre des années , & ceux qui,
à caufe de leur jeuneffe , paroiffoient
n'avoir pas la force de
foutenir un long combat , ont
paru infatigables ; & quoi- qu'ils
ne duffent pas encore avoir
d'experience , peu d'entre eux.
's'étant trouvez dans des Batailles
, l'habitude qu'ils ont à fai
GALANT 415
re les exercices militaires, que
l'on apprend fi bien dans ces
deux Corps , a efté caufe qu'ils
ont été auffi peu embaraffez dans
ce Combat , que s'ils s'étoient
déja trouvez dans plufieurs Batailles
.
Les Gendarmes , & les Che
vau - legers , ont fait voir qu'ils
eftoient accoûtumez à vaincre,
& que le peril ne les étonnoit
pas Ils ont fait des prodiges ,
en donnant des marques de leur
experience , de leur extréme
valeur , & de leur intrepidités
& ils avoient refolu de perir
tous fur le champ de Bataille ,
comme plusieurs ont fait , s'ils
n'avoient enfin efté convaincus
que la raifon demandoit qu'ils
cedaffent à la force , & qu'ils
416 MERCURE
devoient fe conferver pour le
fervice du Roy.
Les Gardes du Corps fe font
pareillement diftinguez , & ils
ont retourné plufieurs fois à la
charge , ce qui a caufé prefque
la perte entiere de la Compagnie
de Bouflers. LeursOfficiers
fur- tout , ainsi que ceux des
Moufquetaires, des Gendarmes
& des Chevau legers , ont fait
des actions de valeur , qui vont
au de-là de l'imagination; & s'ils
ne
s'eftoient pas deffendus
avec une valeur opiniâtre , le .
nombre des morts qui fe trou
vent parmi eux n'auroir pas efté
fi grand.
Je ne dis rien des Grenadiers
de la Maiſon du Roy , qui ſe ſont
de tout temps diftinguez ; ils ne
CAL NT 417
fe font point démentis en cette
occafion , & ils ont fuivi l'exemple
qu'ils avoient devant les
yeux , ainfi qu'ont fait les Briga ,
des de Cavalerie qui foûtenoient
la Maifon du Roy. Je ne puis
m'empêcher de parler icy de M
le Marquis de Courcilion , fils
de M le Marquis de Dangeau.
Ce Colonel eft fi peu avancé en
âge , que j'ay vû plufieurs Lettres
qui difent , en parlant de
luy , que l'on voyoit par tout ce petit
garçon ; c'eſt ce qui m'oblige à
vous parler de lui aujourd'huy,
quoique je remette au mois prochain
à vous parler de ceux qui
fe font diftinguez . Ce jeune Marquis
, à chargé trois fois les ennemis
à la tête de fon Regiment ;
il a eu un cheval tué fous luy
418 MERCURE
& il a reçû un coup de fabre à
la tefte , dont il eft bleffé legerement
; mais il a eu le bonheur
de tuer celuy qui l'a bleffé , &
par ce moyen d'éviter les coups
qu'il eftoit preft de luy porter
de nouveau . Il a fauvé fes Etendards
& fes Tymbales . Mr le
Comte de Nill , fon Lieutenant
Colonel & Brigadier des Armées
du Roy , a efté dangereulement
bleffé & fait prifonnier.
Tous ces Corps qui compofoient
l'aile droite , ayant esté
obligez de fe retirer , parce que
le nombre des ennemis commençoit
à les accabler , & qu'il n'en
feroit pas refté un feul , s'ils fe
fuffent obftinez plus longtemps
à combatre , furent favorifez
dans leur retraite par deux BaCALA
419
taillons des troupes de Monfieur
l'Electeur de Baviere , & par
la Compagnie des Grenadiers
François de cet Electeur , com
mandée par Mr de Colonie , qui
a fait des chofes furprenantes en
cette occafion , auffi - bien que
les deux Bataillons dont je viens
de parler .
Quoique je remette au mois
prochain à vous parler de ce que
tous les Corps ont fait en general
, & les Officiers en particulier
, je ne puis m'empêcher de
yous dire que toute la Cour &
tout Paris retentiffent des éloges
que l'on donne à Mr le Duc
de Guiche , qui a chargé plufieurs
fois avec le Regiment des
Gardes , qui a fait des merveil
les , auffi - bien que celuy des
420 MERCURE
Gardes Suiffes . Mr le Duc de
Villeroy s'eft auffi fort diſtingué
, & plufieurs Relations parlent
avantageufement de ceDuc.
Comme il ne me refte point de
place pour vous parler de tous
Ies Officiers tuez & bleffez dans
cette occafion , & que je n'ay pas
encore leurs noms , que j'espere
que l'on m'envoiera, j'en remets
auffi la lifte au mois prochain.
Il n'y a point de honte de faire
connoître que l'on a perdu beaucoup
de monde , lorfque les ennemis
ont achetté la Victoire
auffi cherement qu'ils ont fait ;
car il y a lieu de croire , & il
femble même que les ennemis
l'avoüent, qu'ils ont perdu plus
de monde que nous , leur perte
ayant efté tres grande dans les
diverfes
421
diverfes attaques qui fe font fai ..
tes , avant que noftre aîle droite
ait efté enfoncée. Et l'on pourroit
même dire que ce n'eft pas
dans ce combat où elle a le plus
perdu , mais dans fa retraite , à
cauſe du defordre qui s'y eft mis,
par l'embarras qui s'eft trouvé
dans les chemins par où elle fe
retiroit.
Les premieres Lettres qui font
venuës du Camp des ennemis
portent que le Prince Louis de
Heffe - Caffel , Mr de Saint Pol ,
Major General , M de Boncourt
Major , Mr de Benting &
l'Ecuyer de Mylord Marlborough
ont efté tuez ; & que Mr
le Comte de Vvarfuſée & le Brigadier
Van- Eck , ont eu chacun
May 1706
Nn
422 MERCU
une jambe emportée . Les memes
Lettres difent auffi , que les
fix Regimens dont je vous ay
déja parlé , ont efté entierement
défaits. Il y a apparence que la
perte des ennemis fe fera trou
vée beaucoup plus grande , puifque
les Lettres dont je viens de
Vous parler , ontefté écrites auffitoft
aprés le combat .
Vous ne devez point eftre furpris
i les ennemis font entrez
dans Louvain , dans Bruffelles ,
dans Liere & dans Malines ; on
entre toûjours dans les Places
ouvertes d'un pays , lorſque l'on
a gagné une bataille aux portes
de ces Places : mais on en fort
fouvent comme on y eft entré ,
puifqu'il faudroit des Armées
entieres pour les garder. Ainſi
GALANT 423

l'on peut dire que tout leur feu
eft jetté , & que toutes leurs conqueftes
font faites , à moins qu'ils
n'affiegent
quelques Places fortes
: mais comme il faudroit des
mois entiers pour les prendre , &
que d'ailleurs
il faut de grands
préparatifs
pour affieger de pareilles
Places ; il y a lieu de croire
que les Alliez n en affiegeront
pas fi tolt , ou du moins
qu'ils en trouveroient
la con-
¿ queſte difficile , puifque ces forstes
de Sieges font ordinairement
fi longs , que l'on a tout
le temps neceffaire
pour affembler
des armées pour ſecourir
iles Places attaquées
. Celle des
deux Couronnes
beſt campéc
à Saint Denis , proche de
Gand , Poſte avantageux
, d'où
Nnij
424 MERCURE
elle a jetté tous les fecours
neceffaires dans Anvers. On a
auffi jetté des Troupes dans
toutes les Places qui pouvoient
eftre attaquées ; & l'Armée des
deux Couronnes groffit tous les
jours par les Troupes qui s'étoient
difperfées à la fin du
combat , & qui la viennent rejoindre
. Nous avons déja commencé
à faire voir aux ennemis
que le courage de nos Troupes
n'eft pas abartu , puifque nous
avons repouffé un détachement
qui avoit ofé venir fommer la
Ville de Gand , ne nous croyant
pas fi prés de cette Place ' ; &
que Mr le Comte de Saillant qui
commande dans Namur , ayant
fçu que plufieurs pieces de Ca
non que nous avions laiffées
* *
GALANT 425
dans le Village de Taviers ,
eftoient mal gardées , il détacha
la nuit du 25. au 26 Mr de la Mothe
, Brigadier , pour les enlever
ce qu'il fit heureufement.
Il enleva la Garde des ennemis
qui eftoit dans ce Pofte , & qui
couvroit un Convoy qu'ils envoyoient
à Liege . Il l'a conduit
à Namur , avec neuf pieces de
Canon , & douze Chariots chargez
de bleffez , que nous avions
efté obligez de laiffer à Taviers .
Vous jugez bien que tant
de grands évenemens arrivez
inopinément vers la fin du mois ,
ont pris la place de plufieurs
Articles que je fuis obligé de
remettre au mois prochain , du
nombre defquels eft celuy des
Cardinaux que le Pape vient
Nn iij
4
de faire. Je fuis , Madame , vô
tre , & c.

A Paris ce 31. May 1706.
APOSTILLE .
Leas,
Le 25 , la
refolution
cftant
prife
d'évacuer
Bruxelles
, tous
les
principaux
Corps
réfolurent
de
l'abandonner
, & de fuivre
м l'Electeur
de
Baviere
, en
demeurant
fideles
à leur
Roy
. Le
Parlement
s'eft
retiré
à Gand
; la
Chambre
des
Comptes
, à Anvers
la Cour
des
Monnoyes
, à
Dendermonde
; &
les
autres
Corps
, ailleurs
. Mylord
Marlborough
n'a
point
mis
de
garni
fon
dans
Bruxelles
; ce
qui
eft
une
preuve
, aainfi
que
je
vous
l'ay
déja
dit
, que
ceux
qui
font
maitres
des
environs
de
ces
grandes
places
, en
trouvent
toû
jours
les
portes
ouvertes
lorfLANT
427
-qu'ils y veulent entrer
Avant que nos troupes ſe retiraffent
de Louvain , de Malines
& de Lière , ils en avoient enlevé
les vivres , les munitions &
les pontons..

Je dois ajoûter icy une chofe
qui vous fera beaucoup de plaifir
, & que je vous garantis auffi
veritablement
, que fi j'avois
vûelOriginal de la Lettre , qui
·raporte ce que je vais vous dire .
Mr de la Mothe avoit receu ordre
, en allant retirer le canon
qui eftoit à Taviers , de
vifiter le Champ de Bataille
dans toute fon étenduë ; & il
a mandé au Roy qu'il n'avoit
pas trouvé plus de deux mille
François fur le Champ de Bataille,
A prés avoir fait toutes les
perquifitions neceffaires pour
320 VIDKLUKE
eftre bien informé , & avoir examiné
toutes chofes avec artention
, il ajoûte que , quoique
cela ne paroiffe pas vray - femblable
, il ne mande rien dont il
ne foic tres- affure, Il n'y a point
à douter, aprés cela, de ce que
l'on mande de tous caſtez , que
l'Armée des deux Couronnes
groffit à chaque inftant , à caufe
du grand nombre de troupes qui
Ja rejoignent continuellement.
On a eu des avis' affurez qu'un
-grand nombre de Soldats échapez
de la bataille , font venus à
Mons , où il eft auffi entré quantité
de bagages que l'on croyoit
perdus.
AVIS .
Le Mercure du mois de Juin
fe debitera le de Juillet .
3 .
**********************
TABLE.
PRelude , où il eftparlé des liberalitez
du Roy, faites à l'Eglife
S
de S. Marcel.
Traduction de la Lettre Paftorale
de Monfieur le Cardinal Portocarrero
, Archevêque de Tole de , touchant
les affaires du temps ,
Mariages.
Suite de la Lettre du P. Hugo , à
Mri Abbé de la Luzerne,
Article des morts ;
8
28
46
62
Article de litterature, contenant plufieurs
impreflions faites tant en
France que dans quelques pays
8.3 étrangers ,
Extrait d'une réponse faite parplufieurs
Cantons Suiffes , à une Lettre
de
l'Empereur 2 100
TABLE.
109
Raifonnement touchant cette Lettre,
& la Lettre de Mr le Marquis de
Puifieux , aux treize Cantons de
la Suiffe , affemblezà Bafle , 106
Lettre de ce Marquis,
Benefices donnez par le Roy , &
fur la prefentation de S. A. R.
Monfieur le Duc d'Orleans , 118
In - promptu fur le Bain de Madame
la Duh. de Bourgogne , 138
Obfervation de la derniere Eclipfe ,
faite par Monfeigneur le Duc de
Bourgogne,
In - promptu fur cette Obfervauen,
140
144
ISI
Billet du Roy de Suede , au Roy Augufte
,
Fefte celebrée à Nantes,par les Prètres
& les Marchands Irlandois , 155
Second Article de Livres nouveaux ,
·156
159
-Second Article des morts ,
Trois Cures de Paris remplies , 176
Lettre d'Alcira , 183
Dignitez& Charges données par le
Roy d'Espagne ,
Article des morts étrangers,
189
198
213
Traduction de l' Amniſtie donnée par
Le Roy d'Espagne
Addition à l'Article de la mort de
Mrle Curé de Saint Laurent, 224
Troifiéme Article de Morts . 238
Relations des expeditions faites par
Mr le Comte de Chavagnac &
par Mr d'Iberville , aux Ifles de
S. Chriftophle & de Nieves , 239
Fefte celebrée par la Communauté
des Peintres & Sculpteurs , 319.
Continuation des perfecutions de
l'Empereur à l'égard de leurs A.
E. de Bavière & de Cologne , 320
Gouvernement donné à Mr de Ma
gnac,
344
Compagnie aux Gardes achetée, 346
Avantages remportez par Mr le
Marechalde Villars ,
349
Religion Anglicane en peril , 349
Haranguesfaitespar la Reine d'Efpagne.
368
Lettres de Madrid , touchant les affaires
de la guerre avec le Portu-
381
: ge !,
Départ de S. M. C. pour retourner
en Espagne , avec le détail de tout
• ce qui s'eft paffé en cette occafion ,
Article des Enigmes ,
386
395
39%%
Etat des affaires d'Italie , d'Allemagne,
& de Flandres ,
Apostille, contenant des nouvelles im
portantes de divers endroits . 426
L'Air , Ennemis que l'envie, p . 150.
L'Air , Peuples, de fleurs, pag. 348
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le