Fichier
Nom du fichier
1706, 04
Taille
15.50 Mo
Format
Nombre de pages
561
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
Z
ligua
идуа
BIBLIOTHÈQUE
60
" Les Foy diner "
S J
CHANTILLY
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
AVRIL , 1706 .
APARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VI.
Avec Privilege du Royà
AU LECTEUR
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les pricres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez,, on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR .
de défigurez , étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& quel'on employera
tousles bons Ouvrages à leur
tour , pourvu
qu'ils
ne def
obligent perfonne, & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MEREVRE
GALANT
L
AVRIL ;
ES paroles qui fuivent ,
regardant un Monarque,
dont je n'ay point ceffé de vous
parler , depuis trente ans , à la
tefte de toutes mes lettres hiftoriques
; elles peuvent
ſervir
A iij
6 MERCURE
de Prelude à celle que je vous
envoye aujourd'huy.
Ennemis , que l'envie , unit tous à
la fois
>
Contre Louis le Grand , feul defenfeur
des Rois
Voyez s'évanouir,parfes armes heureuſes
,
De vos vaftes defeins , les chimeres
pompeufes ,
Qu'a produitjufqu'icy ce redoutable
amas ,
De guerriers affemblés , de cent divers
climats.
Sinon qu'à rehauffer le luftre defa
gloire ,
Et qu'à rendre fon nom immortel
dans l'hiftoire , bis.
GALANT 7
Vous devinez bien que ces
paroles font de M' de Mets,
de la Fleche en Anjou ; puiſque
toutes les paroles de cette nature
que je vous envoye , font
de fa compofition .
Le difcours que vous allez
lire merite vôtre attention .
Vous trouverez enfuite de ce
difcours les reflexions , que
toute l'Europe doit faire touchant
les plaintes de l'Empereur
, contre les Cantons Catholiques.
A iiij
8 MERCURE
DISCOURS
Prononcé par M' le Marquis
Berreti Landi , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roy d'Ef
pagne , auprés des Cantons
Suiffes , le 13. Decembre
1705. dans la Diéte des
Cantons Catholiques affemblez
à Lucerne.
ILLUSTRES ET PUISSANS
SEIGNEURS ,
E parois aujourd'huy dans vôtre
louable Affemblée
, pour y
traiter en même temps trois chofes .
GALANT 9
qui font d'unefi grande importance
, qu'elles meriteroient chacune en
particulier, un difcours & an Orateur.
Je dois vous donner des loüanges
; je dois vous feliciter , &je
dois vous faire des remerciemens :
donner des louanges à la juſtice de
voftre difcernement, & aux refolutions
, que la liberté dont
vous joüiffez, vous a fait prendre:
vous feliciter par les avantages
qu'en retire voftre Patrie :
vous remercier de la joye que
vous faites paroiftre icy ,
que vous m'avez mis en eftat d'achever
avec vous , un grand ouvrage.
de
ce
10 MERCURE
Voicy le jour fouhaité ; voicy
le jour folemnel auquel vos invincibles
Republiques ont conclu
le Traité d'Alliance avec Philippe
V. Roy des Efpagnes , mon
tres- benin Seigneur , les fauffes
maximes des Politiques , les menaces
, les violences , les artifices ,
que l'on a mis en ufage pour vous
Séduire n'ont pú empêcher des
Amis tels vous , de donner les
que
mains à ma negociation , & de
conclurre une affaire utile , neceffaire
, glorieufe , e autorisée par
l'exemple de vos Anceftres , qui
parmy toutes les Nations ,font toujours
les Maiftres qui guident les
GALANT II
que
:
, que
bien
defcendans ces veritez font fi
claires & fi évidentes ,
l'on faffe à l'Espagne & àla
France,une guerre injufte & cruelle
, cette negotiation a esté conduite
heureusement à fa fin ; & fans
le bruit
que
la Cour de Vienne a
fait à ce fujet , j'estoisprefqueporté
à croire,que ces Miniftres n'ofoient
sy oppofer , & que chez vous au
moins , ils respectoient la raison
pourlaquelle ils n'ont aucun égard
dans tous les autres endroits du
monde.
Mais attendre de pareils égards
de la Cour de Vienne , &croirequ'il
ait un lieu affez facré pour
12
MERCURE
eftre un azile contrefes intrigues &
contrefon impetuofité; c'eſt aſſuré
ment attendre l'impoffible . On voit
icy une Lettre écritepar le Roy des
Romains ; elle vous à d'abord efté adreffée,
enfuite on l'a fait imprimer
pour la répandre dans tous les lonables
Cantons ; je vous prie de confi
derer que vous eftes libres , & que
vous avez des forces fuffifantes
pourfoûtenir vos refolutions . Cette
Lettre eft conçue en des termes qui
ne conviennent qu'à un Maistre; en
termes menaçans, commefi la volon
té duRoy desRomains eftoit une loy,
comme fi cette loy eftoitfainte , &
la même que Dieu donna fur l'OGALANT
13
1
reb , parmyles horreurs des tonnerres
& des éclairs.
Aprés que cette Lettre a estépu
bliée , il est arrivé icy un Minif
tre de ce Prince pour vous faire
une exacte differtation fur lafignification
des mots , d'étonnement&
de reffentiment , de vil intereft ,
d'entrepriſe perilleuse , de vouloir
vous joindre avec ces ennemis declarez
, pour desfommes dûës longtemps
auparavant , & des autres
termes femblables dont eft composé
cette Lettre , pour ne rien dire de
plus ; car je nefçay fi nous devons
l'appeller une Lettre ou un Arreſt.
Je vais répondre dans ce mo14
MERCURE
ment même à l'article de cette Lettre
, où le Roy des Romains appelle
le Roy Tres - Chreftien & le Roy
Catholique ,fes ennemis declarez:
je n'auray pas beaucoup de peine à
montrer que c'eft , au contraire , la
Maifon d'Autrichequi eft ennemie
deLeurs Majeftez : cefut elle qui
jaloufe de voir le Roy mon Maiftre
monter par le droit dufang, & en
vertu d'unTeftament ,furfor Trône
legitime , voulut entreprendre
laguerre, porta l'Empire à faire la
même chose, fe fitfuivre parles
autres Puiffances qui luy font alliées
aujourd'huy . Tous ces mou-
Demens eurentpour objet d'usurper
L
GALANT 15
la Couronne d'Espagne ; ce font
deux chofes différentes , Illuftres
Puiffans Seigneurs , de faire
la guerre , ou de fe deffendre contre
ceux quifont la guerre ; il estfaux
que les deux Rois foient ennemis
du Roy des Romains , qui eft l'agreffeur
: donc le Roy des Romains
eft l'ennemy , & de cette maniere
Les deux Royaumes ne fontpas proprement
ennemis de ces ennemis
mais la feule neceffité veut qu'ils
fe deffendent contre ces ennemis.
Le Roy mon maistre n'a - t - il pas
demandé l'inveftiture du Duché de
Milan aufeu Empereur ? N'a-t-il
pas fait toutes les demarches que
16
MERCURE
la bien féance
permettoit
par
د
&
qui pourvoient entretenir la Paix?
demarches recommandées
par leRoy
Charles II. de glorieufe memoire
&mifes effectivveement en usage
le R. T. C. pour preferver
l'Europe des malheurs dontelle eft
accablée prefentement
; mais cette
conduite ne convenoit point à la
Maifon d'Autriche , elle tire de
rop grands avantages de la
Guerre qui luy donne lieu d'entreprendre
fur l'authorité des
Princes , & fur les privileges de
fes fujets : les Princes d'Allemagnefont
entrainez & non invitez
la Diette de Ratisbonne
, afin d'y
1
GALANT 17
traiter des affaires de l'Empire.
Ils y vont pour obéir , & non
pour déliberer, & leur obéiſſance
n'eft cachée que fous le terme.
fpecieux & inutile de fuffrages.
Le Roy des Romains ajoûte.
dans la Lettre dont nous avons
parlé , qu'il apprend avec ſurprife
que vous cftes fur le point
de confentir au Capitulat d'Efpagne
, pour un vil intereſt ,
pour des fommes dues longtemps
auparavant. Je m'abſtiendray
de parler de l'injure que ce
reproche renferme en luy mefme.
Mon but n'eft pas de vous irriter ,
je ne veuxpoint que vous puiſſiez
Avril 1706 .
B
18 MERCURE
penfer que lorsque vous eftes neutres
, nous vous voyons avec peine
dans une pareille fituation ; Sa
Majefté qui auroit pú efperer que
la justice de fa caufe auroit foulevé
le monde entier contre les
violences de la Maifon d'Autriche
n'a rien ſouhaité de vous ,
Puiffants Seigneurs,
équitable neutra-
Illuftres
qu'une bonne
lité. C'est ce qu'elle vous demande
aujourd'huy par ma bouche . Mais
le Roy mon Maistre eſtant Seigneur
du Duché de Milan
n'avez vous pas des motifs évidens
, fondez fur l'experience que
vous avezfait des alliances conGALANT
19
clues de temps en temps , des motifs
incontestables , & convaincans
pour renouveller avec luy le mêmetraité.
Dieu a conftruit le monde
de maniere , qu'il a pretendu
qu'une nation eut befoin de l'autre,
& que les voisins fe fourniffent
entre eux ce qui leur eft neceffaire
pourfe maintenir. La Loy bumaine
a depuis ajouté à ce que je
viens de dire , que pour s'affurer
contre fes ennemis dans fa propre
fituation , il eftoit permis de fe
deffendre reciproquement par les
armes. Quiconque penſe autrement
(dit un grand Docteur ) veut priver
les hommes du commerce de
Bij
20 MERCURE
interdire leur mere commune
l'ufage des fruits qu'elle tire defon
fein pour le monde , & aneantir
entierement tous les moyens qui
entretiennent la vie.
Fe ne veux point faire icy une
enumeration des avantages reciproques
du Capitulat , le commerce
de foye , de grains , de fils , de
beftiaux , de toute forte de vivres
pour les Louables Cantons ,
&pour lesfujets de vos Baillages
commnns en eſt un temoignage
bien authentique ce traité paroitra
au jours tous les Princes
toutes les perfonnes judicieu
fès , decideront fi vous l'avez.
GALANT 21
conclu pour un vil intereſt .
Il est vray que le Roy , fans:
attendre vos inftances , qu'il écou
te toujours tres -favorablement
auroit voulu pouvoir vons fournir
des fommes plus confiderables ,
tant pour les penfions que pour
l'acquit des autres detres que l'on
a contractées avec vous ; mais à
confiderer les chofes felon les conjonctures
prefentes , on trouvera
que veritablement il a donné
beaucoup plus pour ainfidire,
qu'il ne luy eftoit poffible. Les
deuxCouronnes ne font pas laguerre
avec la meſme facilité , que
ue la
Cour de Vienne , celle- cy donne
"
22 MERCURE
àfesarmées d'Italie une tres - haute
paye , mais qui eft affignée fur ce
qu'ellespourront enlever deforce
tout le monde ,fans aucune diftinction
lespaïs qui obfervent la neutralité;
font les premiers en proye aux
troupes Allemandes , toujours deftituées
d'argent fouvent fans
pain , & n'ayant d'autre folde
celle de n'obferver aucune
difcipline. Aprés cela , il n'eft pas
étonnant que le Roy mon maistre,
qui fait payer fes Armées de fes
propres fonds , & qui prodigue
pour ainfi dire , fes trefors pour
repouffer fes ennemis, n'aitpú vous.
fournir de plus grandes fommes
que
GALANT
23
,
vous
dans les conjonctures prefentes ;
mais Sa Majefté a donné de folides
affurances pour ce qu'elle ne
peut payer prefentement; & mais
du moins ce qu'elle vous donne
ce qu'elle vous promet
eft offert avec un front ferein
avec un coeur rempli d'affection
avec toute la fincerité poffible
dans des termes propres
Roy qui veutfe faire aimer à un
Alliée magnanime.
à un
la
Ce que l'on doit obferver ici
plus particulierement , eft que
Cour de Vienne , qui ne s'aquitte
jamais de ce quelle doit , veuts'é
riger ou en Solliciteur ou en Juge,
24 MERCURE
s'empreffe de faire payer les
dettes d'autrui . Elle pouffe fon
ardeur plus avant , & inspirée ,
parje ne fçai quel motifde charité,
elle parle de la fomme que nous
vous payons , comme d'un argent
qui vous eft dû depuis longtems.
Graces au Ciel , la haine luyfait
dire une fois la verité. Il eſt vray
qu'en conformité des alliances , &
pourlesfervices qui ont efté rendus
dans le Duché de Milan , nous.
jous devons l'argent . qui vous a
efté remis ; mais puifque la Cour
de Vienne s'écrie que nous fommes
les Debiteurs , par
conſequent la
HoCour
GALANT 25
Cour de Vienne avoue que nous
fommesles heritiers.
Qu'est cecy ? Cette reflexion
n'eft- elle pas jufte ? Vous vous regardez
les uns les autres ; vous uns les
vous interrogez
des yeux , &puis
tous ensemble, vous les jettez fur
moy : A vous voir , il paroift que
mon interpretation
vous agrée.
Ceffez , je vous prie d'attacher
agréablement
vos efprits à cette
découverte
, il faut penser à une
chofe plus ferieufe; c'est- à-dire au
terme injurieux de reffentiment
qui eft dans la Lettre écrite par
le Roy des Romains ; mais vous
ne voulez pas que je m'explique
Avril 1706
.
C
26 MERCURE
là- deſſus ; vous fouhaitez que je
garde lefilence ; je le veux bien,
fans m'étendre davantage. Je vous
diray donc que vous eftes informez,
qque j'ay ordre de vous dire,
que fi la Cour de Vienne vous
menace, les deux Rois ne veu
lent au contraire , que vous faire
des offres avantageufes ; que ce
que la Cour de Vienne voudra
vous ofter , les deux Rois vous
le reftitueront ; que fi la Cour de
Vienne veut vous infulter , les
deux Rois accourront à votre
fecours : Vous avez raison que je
ne dife rien fur les termes de la
Lettre, dont il eft question , nous
GALANT 27
fçavons déja , Illuftres & Ruiffans
Seigneurs , que les menaces
font le ftile de la Cour de Vienne,
Ony écrit avec ces fortes de phra
fes , foit en Orient , foit en Occident;
on y écrit de la mefme maniere,
quand on demande un plaifir,
& de la mefme forte quand
on l'a receu. Le Confeil Aulique
veut eftre le Tribunal de toute la
terre; il voudra peut- eftre commander
dans les Cieux , parce
qu'un Grec les a appellez autrefois
les murailles du monde ;
mais il viendra un jour, où ce bruit
continuel fera , comme celuy des
chutes du Nil auprés defquelles
Cij
28 MERCURE
des peuples dorment tranquillement
, parce que trop accoûtumez
à entendre ce bruit , à la fin ils
ne l'entendent plus : Si cela eft
ainfi , Illuftres & Puiffans Seigneurs
, je me conforme à ce que
voftre prudence vous fait defirer,
je finiray mon difcours , en
vous faisant tous les remercimens
que je puis , & tous ceux que je
dois , de ce que nous avions conclu
& fignéfi heureuſement cette
glorieufe alliance. Je dois vous
affurer par avance , de la reconnoiffance
du Roy , parce que je
fçay dés à prefent que Sa Majesté
eft difpofée à recevoir favorableGALANT
29
ment cet avis : Elle donnera toute
forte d'aplaudiffement à l'affection
que vous joignez à votre
conftance , à voftre defintereffement;
& elle cherchera en ellemefme
les moyens de ne fe pas
laiffer vaincre d'honnefteté.
Souhaitons une longue vie au
Ròy mon Maifire , & qu'unefois
fes ennemis fe retirent chez eux ;
fouhaitons au Monarque voftre
Confederé, mon Roy un In- &
fant, qui fuccede à l'Alliance qui
vient d'eftre conclue , & à l'affection
que Sa Majesté vousporte ;
jay lieu d'efperer que ce grand
bien fera l'effet de vos voeux ,
C iij
30 MERCURE
puifqu'il eft effentiel à l'intereft de
vos Estats.
Illuftres & Puiffans Seigneurs ,
j'ay déja trop parlé ; je fçai que
ce n'eft pas la premiere fois que
je vous ay fait entendre mes fentimens
ayant l'honneur d'eftre
auprés de vous en qualité d'Ambaffadeur
, il me reste assez de
temps pour efperer que mes offices,
auront le bonheur de produire des
effets avantageux pour vous , &
que par ce moyen , je pourray reconnoiftre
les obligations que je
vous ay . Soyez perfuadez que
j'auray toute l'attention poffible à
vous donner des marques de mon
GALANT
31
affection , e à vous rendre des
fervices utiles, C'est la fin que je
me propofe ce fera auffi le fceau
de mes louanges , de mes congratulations
de mes remercimens ,
fur la conclufion d'un Traité defiré
par le Roy, important à voftre
Patrie, & tres -glorieux pour mon
Miniftere.
C
}
L'Ambaffadeur d'Efpagne ,
avant de prononcer la harangue
, fit avertir les Cantons
qu'il ne traiteroit l'Empereur
que de Roy des Romains Į parce
que ce Prince ne donne au
Roy d'Espagne que la qualité
de Duc d'Anjou , & ils ne firent
Cij
32 MERCURE
aucune difficulté d'entendre la
harangue de cette maniere.
Je dois ajoûter à ce que M
l'Ambaffadeur d'Eſpagne
, a
dit dans fon difcours , contre la
violence du procedé de l'Empereur
,, & les plaintes injuftes ,
touchant le renouvellement
des anciennes Capitulations
des Cantons Catholiques
pour la deffence du Duché de
Milan , que ces Cantons font
libres , & qu'ils joüiffent de
tous les droits de la fouveraineté
la plus eftendue , & la plus
reconnue , & j'ofe même dire
que les Rois d'Angleterre , &
,
GALANT 33
les Rois de Pologne , font
moins fouverains , puifqu'ils
ne peuvent gouverner arbitrairement
, & qu'ils doivent un
compte à leurs fujets , des traitez
qu'ils ont faits , & qu'ils
ne font pas toujours aprouvez.
L'Empereur même , qui
tranche du fouverain avec
tant de hauteur , n'a qu'un
pouvoir tres -limité , & fort
au deffous de celuy de tous les
autres fouverains . On pourroit
même dire , qu'il n'eft que le
premier entre les égaux , c'eſt
à dire , entre les puiffances de
L'Empire , qui l'éliſent , & qui
34 MERCURE
luy impofent des loix qu'il eft
obligé d'obferver , par un ferment
folemnel , & fans lef
quelles il ne peut faire la Paix ,
ny déclarer laguerre , qu'il ne
peut foutenir qu'avec leurs
forces ; c'eft à dire, avec le contingent
de toutes les Puiffances
de l'Empereur ; ainfi jamais
Prince, n'a efté plus dépendant,
& jamais Souverain n'a eu
moins de pouvoir d'agir fouverainement
: de maniere que
le nom d'Empereur , n'est
qu'un vain titre , contre lequel
aucun Souverain de l'Europe
, ne voudroir changer fa
GALANT
35
Souveraineté ; & fi l'Empe
reur ne poffedoit quelques
Eftats qui paffent pour hereditaires,
quoy qu'ils ne le foient
pas , puiſqu'il faut eſtre élût
pour les poffeder, à peine trouveroit-
il une Ville pour établir
le Siege de l'Empire , & jour .
roit- il de revenus affez grands
pour faire figure de Souverain,
puifqu'il eft conftant qu'un
Empereur , cft un Souverain
fans Souveraineté
; qu'il n'a
ny Etats ny Sujets , & c'eft
pourquoy on a fouvent veu
des Electeurs refufer l'Empire
, quoy qu'on les preffaſt
36 MERCURE
fort de l'accepter : Cependant
celuy qui fe voit aujourd huy
revétu de ce vain titre d'Emtous
les Sou-
•pereur
, croit que
verains
du monde
, doivent
luy
obeïr
, quoy
qu'il
foit beaucoup
moins puiffant que fes
Predeceffeurs , qui ne l'eftoient
gueres , puifqu'il ne poffede
prefque rien de fes Païs hereditaires
, & qu'il n'y a point
d'Etats attaché au Prince qui
jouit du titre d'Empereur. Il
ne faut
pas s'étonner fi celuy
qui regne prefentement , ne
peut de luy-mefme donner aucuns
fecours à fcs Allicz ; il n'a
GALANT
37
pas feulement de quoy entretenir
le peu de troupes qu'il a
dans l'Armée commandeé par
le Prince Eugene , & ce Prince
ne recevroit pas un fol fans
l'emprunt que S. M. I. a fait
aux Anglois . Ainfi ceux qui
prennent fon party, pour faire
fortune , fe trompent grofficrement
, & depuis le temps que,
le Prince Eugene eſt dans ſon
fervice , tout fon bien ne confifte
qu'en vingt & un mille livres
de rente. Il cft vray que
les Regimens que donne l'Empereur,
rapportent beaucoup ;
mais ce n'eft que parce qu'il
38 MERCURE
eft permis aux Allemans de
piller & d'emporter tout ce
qu'ils trouvent à leur bien ſéance
, dans tous les lieux où ils
paffent ; mais comme la guerre
ne dure pas toujours , la fortune
de ces Colonels devient
tout d'un coup fi médiocre
qu'elle leur fournit à peine de
fubfifter.
quoy
Je reviens à ce qui regarde
les Cantons Catholiques , dont
l'Empereur fe plaint avec autant
de vivacité , que d'injuftice
. Il peut avoir ſujet de ſe
chagriner du Traité que ces
Cantons ont renouvellez avec
,
GALANT
39
re-
Efpagne ; mais il n'a aucun
droit de s'en plaindre , & encore
moins d'y trouver à
dire , les Souverains n'eftans
obligez de rendre compte à
perfonne , de ce qu'ils font
pour le bien des affaires de leur
Etat . Quand la France & l'E
pagne étoient en guerre , la
France ne s'eft point gendar
mée contre le Traité des Suiffes
avec l'Eſpagne , pour
la confervation
du Duché de Milan,
& elle n'en a pas moins regardé
les Suiffes comme fes
bons & anciens Alliez , fçachant
qu'ils fe trouvent obli40
MERCUR
E
1
gez
›
de faire plufieurs Traitez
de cette nature , pour le bien ,
de leur Republique. Leur territoire
contient plus d'hom-,
mes qu'il n'en peut nourrir
l'argent n'y eft pas abondant ,
& les vivres y manquent , &
par le moyen de ces Traitez ,
ils en font fortir des hommes ,
qui en étant dehors , fervent
plus utilement leur Patric , & y
font entrer des vivres , & de
l'argent ; ainfi en envoyant fa
gement ailleurs, ce qu'ils ont de
trop , ils font venir chez eux , ce
trop peu.
D'ailqu'ils
ont de
leurs les Suiffes
font braves
,
+
GALANT 41
laborieux , honneftes gens &
fervent avec autant de valeur
que de fidelité , toutes les Puif.
fances avec lesquelles ils fe font
alliez . Enfin cette belliqueufe
Nation eft eftimée par tout, &
n'a jamais été mal- traitée que
par l'Empereur qui regne aujourd'huy
; mais il ne faut pas
s'en étonner ; ce Prince fuit les
emportemens du caractere violent
, qu'il a apporté au monde
en naiffant . Il n'écoute que fa
ipaffion , il veut être obéi de
tous ceux qui ne luy doivent
aucune obéiffance , & n'a d'égards
pour perfonne , ce qui
Avril 1
1706 .
D
42 MERCURE
n'acoommde pas fes affaires, &
ne luy fait pas d'amis , & peutêtre
même, que par cette raiſon
il ne reverra jamais tous fes
Etats hereditaires , fous fon
obéïffance. La maniere dont il
a voulu , que la Diette de Ratifbonne
en ufaft avec les Suiffes
, eft inouie , & il fe feroit
attiré de méchantes affaires fi
cette Diette n'avoit été plus
moderée que luy. Il cft dangereux
de s'attirer un Corps auffi
grand , auffi brave & auffi uni
enfemble que celuy des Suiffes .
Je dis uni , puifque malgré la
difference des Religions , ce
GALANT 43
Corps ne fe défunit jamais ,
malgré la diverſité des fentimens
, qui le partage quelquefois
, & qu'il conclut toujours
à ce qui regarde le bien commun
, fçachant bien que la
défunion feule pourroit le perdre.
C'est ce que l'Empereura
I voulu tenter , & celfage Corps:
s'en étant apparçû , yil a lieu de
croire qu'il ne fe fiera jamais à
l'Empereur, & qu'il ne fera ja
mais fonamy
-
p 1
L'Article que vous venez de
lire regardant l'Empereur , je
Je dois faire fuivre d'une Lettre
Dij
44 MERCURE
1
venue depuis peu de Rome ,
qui regarde le même Prince .
MONSIEUR;
• Nonobftant les démarches du
Pape, pour terminer, à l'amiable,
Les differends avec la Cour Imperiale
, e les offres que le Grand
Duc de Tofcane avoit fait , à la
même Cour de moyenner cet ac-
-commodement
l'Empereur
a rejetté
toutes ces propofitions & l'on
voit aifément que ce Prince fe
Laiffe perfuader par les Puiffances
Proteftantes , avec lesquelles il eft
allié , qui depuis plus d'un
# C
GALANT 45
encore ,
fiecle machinent le renversement
de l'Etat Ecclefiaftique, dans l'Europe
; la puiſſance du Pape leur
fait ombrage ne fe contentant
pas de s'en eftre fouftrait, en ce qui
regarde la Foy , elles voudroient
s'il leur étoit poffible ,
anéantir fa puissance temporelle.
On n'ignore pas , à Rome , les démarches
des Anglois & des Hollandois
, ny celle du nouveau Roy
-de Pruffe & de la Maifon d'Hannover
; ils offrent à l'Empereur
de luy envoyer quarante mille Soldats
Proteftans
nir, fi Sa Majesté Imperiale veut
Sconclure la Paix avec les Hon
de les entrete46
MERCURE
grois déclarer la guerre au
que
Saint Siege ; ils ne luy demandent
les contributions
qu'ils pourront
exiger dans l'Etat de l'Eglife,
des Ecclefiaftiques d'Italie.
Fugez , Monfieur , fans prévention
, ce que le Sanctuaire doit
attendre de pareils Alliez de
l'Empereur , fi ce Prince accepte
ledit offre ; ceux même qui connoiſſent
l'ancieneté de la Maiſon
d'Autriche, ne peuvent fe perfua-
•der, que celuy qui occupe aujour
d'huy le Trône Imperials oublie
non -feulement les obligations qu'a
-fa Maiſon au Saint Siege mais
auffifon nom & le dévoir d'un
GALANT 47
Empereur Chrétien, qui ne doit tirer
l'épée , que pour deffendre la
Maifon du Seigneur.Si les Empereurs
de la Maifon d'Autriche,
avoient toujours fuivy l'exemple
des anciens Empereurs Chrétiens
ils nefe feroient pasfi fouvent alliez
avec les Ennemis de l'Eglife,
qui à la faveur de leur alliance ,
• l'ont déchirée & fe font emparé de
leurs biens , non-feulement en Angleterre
, aux Pays-Bas , dans les
Etats du Nord , mais même dans
le coeur de l'Empire d'Allemagne ;
ne font-ce pas les Princes de la
Maifon d'Autriche qui font la
caufe de cette infinité d' Archevê48
MERCURE
€
C. que
l'Em-
-chez d'Evêchez qu'on afecülarifez
en Allemagne ? Combien
-voit- on d'Eglifes dans l'Empire ,
où tour à tour, onfert Jefus Chrift
Belial ? Mais ces reflexions ,
que la douleur arrache à ma plume,
ne sçauroient garantir l'Eglife
Catholique des maux
pereur luy prépare ; il femble que
ce n'estpas affez pour luy d'avoir
la guerre contre la France &
l'Espagne , d'avoir à repouffer les
efforts des Mécontens de Hongrie,
qui le font trembler jufque
fon Palais. Il cherche encore à
s'attirer d'autres ennemis, & croit
apparamment qu'ilfera commeces
Machabés >
dans
}
GALANT 49
Machabées, fecouru par des Ar
mées invifibles e invulnerables;
qui le rendront victorieux de tant
d'ennemis car fon Confeil n'eft
pas affez aveuglepourne pas s'ap
percevoir , qu'à mesure que les
Puiffances Proteftantes , qui luy
offrent aujourd'huy leurs fecours ,
auront abaißé le pouvoir des
Princes Catholiques , elles tourneront
leurs Armes contre luy
pour envahirfes Etats hereditaires
, & qu'elles tâcheront de mettre
fur le Trône Imperial , un
Prince de leur Communion. Si ce
n'eft point encore là le point de
vue des Proteftans , la profperité
- Avril 1706 . E
50 MERCURE
de leurs armes, ne manquera pas un
jour de leur enfaire naistre l'envie.
Dieu veuille que ma Profetie fe
trouve fauffe , & que l'Empereur,
réfléchiffant fur fes interefts.
&fur ceux de fa Maiſon , cher
che dans la Paix , l'avantage
qu'il ne pourroit trouver dans la
Guerre. Je fuis , &c.
Rien n'étant fi commun que
la mort , on ne doit pas s'étonner
files Articles de la nature
de ceux que vous allez lire, font
frequens dans mes Lettres.
Mre N... de Berlize , Docteur
de la Maifon , & Societé
GALANT
51
de Sorbonne , eft mort dans la
Maifon de Sorbonne, dans un
âge affez avancé. Il étoit fils de
feu Mr de Berlize , celebre
Avocat du Parlement de Paris,
& frere de Mr de Berlize, auffi
Avocat , qui foutient dignement
la réputation de feu Mr
fon pere. Cette famille eſt tresbien
alliée, & cft fort ancienne
à Paris . Mr de Berlize avoit été
Curé d'Iffy prés de Paris , & il
y a prés de trente ans qu'il fe
defit de ce Benefice . Depuis ce
temps - là il a rempli ſon miniftere
avec beaucoup d'honneur,
& il a toûjours foutenu
E ij
32 MERCURE
dans la Faculté de Theologie ,
la bonne & faine doctrine , &
jamais homme n'a apporté plus
d'attention, pour être en garde
contre les nouveautez dange
reufes. Et il étoit à cét égard ,
felon le rapport d'un habile
homme , tanquam fcapula , &t.
cet Abbé a eu quelquefois des
ennemis , mais il en a toûjours
furmonté la malice & les mauvaiſes
intentions . Il partit fur
la fin de l'année 1699. pour
aller gagner à Rome le Jubilé
de l'Année fainte ; ceux qui
cherchoient à luy faire des affaires,
fe fervirent de ce voyage
f
GALANT 53
pour rendre fa conduite ſufpecte
; ils prétendirent , qu'il
n'étoit allé à Rome , que pour
préſenter au Pape le Livre d'un
Docteur de Paris , qui avoit
avancé dans un ouvrage , qu'il
avoit donné au Public , des
maximes un peu fingulieres , &
pour foutenir les interefts d'un
Prelat , dont on y examinoit
alors la doctrine . Mr de Ber
lize fe juftifia parfaitement fur
çes deux chefs , & il convainquit
fibien feu Mr le Prince de
Monaco , alors Ambafladeur à
Rome , de fon innocence , que
ce fage Miniftre luy permit
E iij
54 MERCURE
d'achever fes devotions à
Rome , & luy donna pluſieurs
marques de la confideration
qu'il avoit pour luy. Ce Docteur
eft mort , de la mort des
Juftes , aprés avoir reçû fes derniers
Sacremens, avec beaucoup
de pieté & de prefence d'efprit .
Il y avoit , il n'y a pas longtemps
, un Introducteur des
Arnbaffadeurs qui portoit le
nom de Berlize .
Mr Honoré Maria Lauthier,
premier Profeffeur de l'ancienne
inftitution , & Doyen de la
Faculté de Medecine en l'Univerſité
d'Aix , y eft mort âgé
GALANT 55
de quatre- vingt - deux ans Il
étoit excellent Phificien , & il
écrivoit , dans le ftile de fon
temps avec beaucoup de facilité.
On eftimoit plus fes compofitions
Latines , que les Françoifes
. Il avoit donné au Public
, dans les derniers mois de
l'année derniere , l'Hiftoire naturelle
des eaux chaudes d'Aix en
Provence , avec les avis & la
methode neceffaire pour s'en fervir
utilement. Les Journalistes de
Trevoux, ont fait une mention
honorable de cet ouvrage . Il
eft rempli de recherches curieufes.
En parlant des anciens
E iiij
56 MERCURE
Bains de cette Ville, que Neron
avoit fait conftruire , cet Auteur
dit que ce Prince fit mêler
dans ces Bains , des huiles de
fenteur & des baumes précieux,
pour les rendre plus agréables
& plus utiles aux malades : ce
qui fit dire à Martial .
Quid Nerone pejus !
Quid thermis melius Neronianis
!
Mr Lauthier fait voir dans
fon Traité , que l'ufage des
Eaux d'Aix , eft auffi tres -falutaire
à ceux qui en boivent , &
que leur utilité ne fe borne pas
GALANT 57
aux bains , parce que, difoit-il ,
les remedes internes prevalent
toûjours aux externes, pour les
maladies du dedans , comme l'a
remarqué un Poëte Latin.
Externis interna folent preftare
medendo.
Les habiles Phyficiens conviennent
, qu'il fe fait continuellement
de nos corps , une
évacuation douce & impercep
tible , qu'on appelle l'infenfible
tranfpiration par les porcs
invifibles , dont l'habitude &
les entrailles font tous percez 3
58 MERCURE
mais peu de gens croyent, que
cette évacuation foit auffi confiderable
, qu'elle l'eft en effet ,
& qu'elle aille jufqu'à quatre à
cinq livres par jour . C'eſt une
découverte que Mr Lauthier a
puifée dans le Docte Sanctorius
de Padoue , qui a donné
fur ce fujet un Traité intitulé ,
Statica Medicina , imprimé à
Meffine en 1646. & remply.
de 5 19. Aphorifmes . Mr Lauthier
fait voir les pernicieuſes
fuites que l'on doit craindre ,
lorfque cette diminution eft diminuée
, ou entierement interceptée
, & il en fait voir en même
I
GALANT
59
tems les bons effets , lorfqu'elle
eft continuée & entretenue felon
la nature.Cet habile Medecin
étoit parent de Mr Lauthier
, Avocat au Confeil , &
connu de tous les gens de Lettres
dont il eft beaucoupeftimé.
Mre N.... de Mornieu , Seigneur
de Grammont , eſt aufſi
decedé
. Il avoit été long- temps
premier Capitaine du Regiment
de Champagne , & il
donna il y a quelques années ,
cetteCompagnie
à ſon fils aîné.
Mr de Grammont n'a laiffé
que ce fils de Dame N.... de
Saillans , ſon épouſe. Le cader
60 MERCURE
nommé le Chevalier de Mornieu
, mourut il y a quelques
années , Officier d'Infanterie.
Mr de Grammont avoit plufieurs
foeurs , dont l'aînée avoit
époufée feu Mr de Bognes .
Baron de Sillans , & la feconde,
Mr de Rochefort , d'une des
meilleures Maifons de Lyon :
ces deux Dames ont laiffé beaucoup
d'enfans. Il avoit auffi
d'autres foeurs Religieufes à
Lyon. Feu Mr de Mornicu fon
frere , mourut il y a quelques
années , Capitaine de la Compagnie
du Guet de Lyon. La
Maifon de Mornicu eft tresGALANT
6r
>
ancienne & tres- bien allié ; fes
Armes marquent bien fon illuftre
origine : elle font d'azur
à trois fautoirs d'or 2. & I
Mr de Grammont , fils de celuy
qui vient de mourir a épou
fé Dame N.... Duplatre , fille
de Mr d'Ambleon , & proche
parent de Mr le Marquis de
Thoy.
Le Pere Antonin Maffoulié,
de l'Ordre de S. Dominique, de
la Congregation de Toulouſe ,
ci- devant Affiftant & Vicaire
General de fon Ordre, eft mort
à Rome , au Monaſtere de la
Minerve , aprés quelques jours
62 MERCURE
de maladie. Il a efté fort re
gretté à caufe de fa pieté exemplaire,
& de fa doctrine . Il avoit
déja efté une fois Vicaire Gene
ral de fon Ordre, & il joignoit à
la qualité de Docteur en Theo-.
logie , celles de Qualificateur du
S. Office , à Rome , & d'Exprovincial
de la Province , de Touloufe
. Il publia à Paris en 1703 .
un Traité de l'Amour de Dieu ,
où il expliquoit la nature , la
pureté , & la perfection de la
charité, felon les meilleurs principes
des Peres , & fur tout de S.
Thomas . Ce fçavant Religieux
avoit combattu les erreurs des
GALANT 63
Prétendus Illuminez , dans un
Livre qu'il avoit fait quelque
temps auparavant , & où il
combattoit leurs pernicieuſes
maximes , touchant l'Oraifon ;
Et il combattit dans le dernier,
la fauffe idée qu'ils s'étoient
formées du veritable Amour
de Dieu . Ce Livre eft divifé en
trois Parties , dont la premiere
traite de la nature de l'Amour
de Dieu ; la feconde, de la Pureté
; la troifiéme , de fa perfection.
C'est dans celle- ci qu'il
prouve , d'une maniere inconteftable
, que la perfection de
la charité confifte dans la vûë
64 MERCURI
H
dans
de la recompenſe ; & il fait
voir, par l'exemple de JESUSCHRIST
& des Saints , que
l'on ne doit jamais abandonner
ce motif. Il rapporte
cet Ouvrage un écrit qu'il a
tiré de Saint Vincent Ferrier ,
qui dit dans un de ſes Ouvrages
, qu'un grand Serviteur de
Dieu parût aprés fa mort en
touré de flammes , & qu'il dit
à un de fes amis : Je brußle maintenant
dans les flammes, parce que
je n'ay pas defiré ardemment leParadis.
Ce fait détruit & combat
d'une maniere victorieufe , les
principes des Quiétiftes. Le PeGALANT
65
re Maffoulié employe dans cet
Ouvrage , tout ce que la Theologie
myltique, a de plus folide
pour foûtenir les veritez qu'il
a avancées. Je ne fçaurois finir
cet Article fans rapporter les
termes dont les Peres Claver &
Lhermite , fe font fervis
pour
approuver fon Ouvrage , on jugera
par là de l'efprit de cet excellent
Homme: L'Auteur, difent-
ils, auffi humble que fçavant,
veut bien
que nous fçachions , que
nous fommes redevables au grand
S. Thomas , des raiſonnemens
des principesfur lefquels il établit,
dans ce Traité la refolution des
Avril 1706, F
66 MERCURE
principales difficultez . Ce témoignage
marque, que le Jacobin
dont je parle , eft bien éloigné
de fe parer des Ouvrages d'autruy
, & de fe rendre propres
les Découvertes du Docteur
Angelique ; mais cette humilité
eft foutenue par une fi
profonde érudition , que cet
aveu ne diminuë rien de l'eftime,
que ceux, qui le connoiſ
fent, ont conçue pour luy, par
la lecture de fes excellens Ouvrages
.
Le 23. de Mars , les Chanoines
Reguliers de l'Abbaye
de Baugency , firent un Servi
GALANT 67
ce folemnel dans leur Eglife ,
pour feu Monfieur le Cardinal
de Coiflin , Evefque d'Orleans.
L'Oraifon Funebre fut prononcée
par un Chanoine Regulier
.
M' l'Abbé de Grave , & les
Chanoines Reguliers de l'Abbaye
Royale de Saint Euverbe
d'Orleans , en firent auffi un le
26. du mefme mois, L'Oraifon
Funebre fut prononcée par
:
Με
du Chemin , Chanoine Regulier
de Sainte Genevieve ,
& Prieur d'Huiffeau , proche
Chambort.
L'Empereur a fait faire un
Fij
68 MERCURE
Service magnifique , dans la
Cathedrale de Vienne , pour
feu M le Comte de Montecuculi
, tué en Piémont , fur la
fin de la Campagne derniere..
L'Evefque & Comte de Vienne,
officia dans cette Ceremonie,
où l'Empereur, fuivi de fa
Cour, & de toute la Nobleffe
de Vienne , affifta . Sa Majefté
Imperiale , parla de feu M
le Comte de Montecuculi ,
dans les termes les plus avantageux.
Il en avoit déja parlé
avantageuſement , ainfi que
peut voir lorſque l'on ap²
l'on
prit la mort de ce Comte , &
GALANT 69
comme on le peut voir auffi ,
par la lettre qui fuit . Elle eſt
d'une Soeur de ce Comte , Religieuſe
à Bruxelles , elle l'écrivit
auffitoft aprés la mort , à
Mr le Marquis de Normanville
du Bofc fon coufin , & neveu
de feue M la Comteffe de
Montecuculi fa mere , & qui
eftoit de la même Maifon de
Normanville du Bofc..
Il n'est que trop vray, mon
cher coufin, que mon pauvrefrere
a efté tué. Il a esté univerfellement
regretté , à la Courde l'Em
pereur, & fi quelque chofe pour
70 MERCURE
voit me con
confoler
, ce feroit la maniere,
dont ce Prince
s'eft expliqué,
en parlant
de luy. Il a dit hautement,
& àplufieurs
fois, qu'il aimeroit
mieux
avoir
perdu
une
Armée
entiere , que cet Offcier
, qu'il
regardoit
comme
fon bras droit. Il éroit fur le
point
de le nommer
à un employ
de grande
diftinction
. C'étoit
à la
Charge
de grand
Chambellan
de
fa Maifon
. Enfin , mon cher coufin,
tous les Officiers
Generaux
qui
ont écrit à Vienne
fur la mort de
mon frere , luy donnent
toutes
les
louanges
qui luy font deuës
, &
difent
tous , qu'il foutenoit
digneGALANT
71
ment la réputation du grand Montecuculi
, noftre oncle , c. Je
fuis , &c.
On voit par cette Lettre que
le Comte qui a été tué , étoit
neveu du Comte de Montecuculi
, qui commandoit l'armée
de l'Empereur lorfque Mr le
Vicomte de Turenne fut tué.
Il ne laiffa point d'enfans , & le
dernier Comte de Montecuculi
étoit fils d'un de fes freres,
qui avoit auffi des commandemens
principaux dans l'Armée
du feu Empereur . Il étoit frere
de M° la Marquife de Ragi . Je
me fers de cette occafion pour
72 MERCURE
vous apprendre une chofe, qui
regarde en partie cette Maiſon,
puifqu'elle concerne un de
leurs proches parens ; c'eft
Monfieur le Marquis de Normanville
du Bofc. Le Pape
ayant promis fa protection à
fon fils aîné , parent du feu
Cardinal de Norcfolk, ce jeune
Seigneur entra le deux Fevrier
dernier , au Seminaire Romain
des Jefuites . La réputation
d'efprit qu'il s'eft acquis, depuis
prés d'un an qu'il eft à la Cour
de Rome , luy a attiré l'eftime
de ces Peres , qui font plus
éclairez que d'autres fur les difpofitions
GALANT
73
pofitions avantageufes de la
jeuneffe. Ce jeune Seigneur eft
proche parent de M ' l'Abbé
Howard qui eft à prefent à
la Cour de Rome , & qui eft
frere de feu M' le Duc de Nortfolk
, & par confequent neveu
du feu Cardinal de Nortfolk ,
qui fut tiré de l'Ordre de Saint
Dominique , pour eſtre élevé à
la Pourpre Romaine . Ce Cardinal
eftoit Anglois & d'une tresancienne
maifon dont une partic
fuivit la fortune du Prin
ce d'Orange , lors de l'invaſion
que ce Prince fit en Angleterre
; la memoire de ce Prelat
Avril 1706 .
G
74 MERCURE
eft dans une tres- grande vene
ration à la Cour de Rome , &
c'eſt à fa confideration que Sa
Sainteté prend foin du jeune
Marquis de Normanville , dont
ce Cardinal fit recommander
le pere , en mourant , au Pape ,
comme un Seigneur qui luy
appartenoit de fort prés & pour
lequel il avoit de tres grandes
confiderations .
On a fait un fervice magnifique
dans l'Eglife Cathedrale
de Tolede, pour M' le Marquis
de Villa- Franca , Chef de la
maifon de Tolede ,dont je vous
apris la mort , il y à quelque
GALANT 75.
temps. La plus grande partie
de la principale Nobleffe de ,
Caftille y fut invitée & plufi
eus Grands s'y trouverent.La
ceremonie fut magnifique &
on n'oublia rien de tout ce qui
pouvoit la rendre plus éclatante.
Chacun fut bien aife de rendre
dans cette occafion les derniers
devoirs à la memoire d'un Seigneur
qui avoit acquis l'eſtime
univerfelle de tous les Ordres
de l'Efpagne. M' le Marquis
de Villa - Franca , defcend de ce
celebre Marquis de Villa-Francą
, Gouverneur de Milan ,
qui affiegea & prit Verceil au-
Gij
76 MERCURE
commencement du dernier ficcle
, & qui ayant joint fes armes
, à celles du Duc d'Offone
Gouverneur & Viceroy de Naples,
allarma fi fort les Venitiens
; quoy que leur deffein ne
fut que d'humilier le Duc de
Savoye Charles Emanuel , que
la foy d'aucun traité ne pouvoit
retenir ; de reprimer les
Corfaires d'Afrique , & d'arrefter
les entrepriſes des Turcs. Don
Pedro de Tolede Marquis de
Villa- Franca , réuffit parfaitement
dans le projet qu'il avoit
formé . Il mit le Duc de Savoye
à la raiſon , & il obligea ce
GALANT
77
Prince fier & opiniâtre , d'obferver
les traitez qu'il avoit fait
plufieurs fois , avec la Couronne
d'Espagne .
Quoyque la reponfe du Pere
Hugo , à M' l'Abbé de la Luzerne
, foit parfaitement belle ,
je ne vous l'envoyerois neanmoins
pas , fi je ne vous avois
fait part de ce que cet Abbé a
écrit contre ce Pere ; mais il
ne feroit pås jufte de refuſer à
l'un , ce que j'ay accordé
à
l'autre , & de ne pas parler de
la deffence , aprés avoir parlé
de l'attaque
. Cependant
la reponfe
du Pere Hugo , étant fort
G iij
78 MERCURE
longue, & trop remplie de Latin
ne convient point à mes Lettres
, & c'eft le dernier ouvrage
de cette nature , que j'y mêlleray
: l'abondance de Latin dans
un ouvrage eftant entierement
contre les regles que je me
fuis preferites. Je ne laifferay pas
de vous envoyer tous les mois ,
plufieurs articles d'erudition ,
pour continuer à vous donner
des nouvelles de l'Etat de l'Empire
des Lettres .
Je vous ay déja dit que je
dans les
ne prens aucune part ,
querelles des Sçavants , que je
fuis perfuadé , que les manieres
GALANT 79
un peu trop vives que l'on trou
ve quelquefois dans leurs écrits,
ne font que pour apuier leurs
fentimens avec plus de force ,
& que les demélez de leur ef
prit ne paffent point juſqu'à
leur coeur.
LETTRE
DU PERE HUGO ;
A Monfieur l'Abbé
DE LA LUZERNE.
Enfin , Monfieur , vous voilà
démafqué , vous voilà reconnu &
pour l'Auteurdes Pieuſes Fables ,
G iiij.
80 MERCURE
des
gens
-
cet écrit plein de delicateffe, où l'on
trouvepar toutunefolide erudition,
foutenuepar des traits vifs & brillans
; de cet écrit dis -je , qui afait
pendant quelques mois , les delices
de Lettres. Auoüez - le,
Monfieur , la qualité d'Auteur
anonyme, ous a paru trop obfcure,
voftre amourpropre eftoit bleffé,
en ce que vous ne pouviez adopter
les louanges qu'on donnoit de toutes
parts à ce petit ouvrage ; il eft
bien dédommagé à prefent , puifque
vous voila en pleine poffeffion
de la gloire acquife à l'Auteur de
cet ingenieux écrit. Je n'entreprens
point de vous la difputer , je fens,
ན་
GALANT 81
comme un autre , le prix des bonnes
chofes ; maisje veuxfeulement
examiner quelques points d'Hiftoire
, fur lefquels je crains fort que
vos lumieres , ne vous ayent trahi.
Je le feray avec la moderation
dont vous m'avez donné l'exemple,
dans la Lettre adreffée à Mr de
la Moutonniere , ou dans les Pieufes
Fables ; car c'est la mêmepiece
Ø l'on ne trouve rien de nouveau
L'envie
que
dans la
premiere , que
vous avez eu de vous faire connoiftre.
Vous trouverez
donc bon ,
Monfieur
, quepuifque
vous avez
levé le maſque
, je le leve auſſi ;
que puifque
vous vous eftes
82 MERCURE
les
fait connoiftre pour l'Auteur des
Pieufes Fables , je me faſſe connoiftre
pour celuy de laLettre, adref
fée à Mr l'Abbé de Lorcot. Je ne
prendray de cette derniere, que
faits ,j'en abandonneray leſtile qui
convenoit à unEcrivain Anonyme,
qui s'envelopoit dans fes tenebres
, pour en prendre un autre qui
convienne àun Confrere dont j'ai
toujours honoré la vertu & le merite.
F'entre en matiere.
Vous vous élevez d'abord contre
moy , Monfieur , en m'accufant
d'avoir ofé le premier combattre
l'apparition de la Sainte Vierge à
Saint Norbert : ce qui fans douGALANT
83
te , dites - vous , m'a attiré de la
part de mes Superieurs , le refus
de leur approbation
qui
manque à mon livre , & fans
quoy il ne devoit pas eftre imprimé
, felon les regles du Concile
de Trente. Voftre zele vous
a emporté en cette occafion , & je
"crains fort que vostre efprit n'en
ait efté la dupe ; car fans cela ,
ignoreriez vous que longtemps
avant moy , Erafme a condamné
cette vifion , & que les Jefuites
Continuateurs de Bollandus , l'ont
traité d'apocrife. Ces auteurs vous
font peut- eftre inconnus , ou bien
vous n'avez pas cru que le def
84 MERCURE
fein decritiquer l'Hiftoire de Saint
Norbert , vous mit dans l'obligation
de les lire . Cela ſuppoſe, je
ne dois pas vous imputer l'ignorance
où vous paroiſſez paroiffez de ces
auteurs , prefque nos Contemporains
. A l'égard du refus que
vous affurez , avec beaucoup de
fermeté , qu'on m'a fait de la permiffion
d'imprimer mon Hiftoire ,
je vous repondray , en deux mots ,
que je l'ay euë verbalement dans
le Chapitrefeant à Verdun , où je
prefentay le manuscrit de mon
ouvrage , & que je l'ay euë.
à condition que je le ferois approuver
par des Docteurs ; j'ay
GALANT 85
*
fatisfait à la condition , & jy
ayfatisfait abondament , puifque
non -feulement des Docteurs * de
l'Ordre des Etrangers , mais
auffi un Evefque autant recommandable
par fa Doctrine , que par
fa pieté , ont approuvé mon Livre
avec éloge. Peut- eftre , Monfieur,
que fi voftre écrit avoir paſſefous
les yeux de ces Examin steurs fages
éclairez , il n'auroit pas eu le
mefmeforti , & qu'il enferoitfort
chargé de flétriffures . Que ft je
* Denay du Plateau Protonotaire Apoftolique
; Payen Docteur de Sorbonne
Bourgeois, Docteur en Theologie .
* Monſeigneur l'Evefque d'Albe , Sufragant
de Treves.
86 MERCURE
n'ay pas fait imprimer la permiffion
des Superieurs , c'est qu'ils ne
my ont pas obligez , n'ayant pas
cru eux-mefmes eftre obligez, par
le devoir de
leurminiftere
, &pour
obéir aux regles duConcile deTrente
, de me la donnerpar écrit ; firegulares
fuerint,dit leConcilefeff.
4. ultra examinationem & probationem
hujufmodi , licentiam
quoque à fuis Superioribus
impetrare teneantur .
Le Pere Hugo , continuezvous
, n'est pourtant pas fi ennemi
des Apparitions , qu'il n'en
admette dans cette Hiftoire , mef
me à l'endroit de Saint Norbert
: 87
GALANT
telles font l'Apparition de Saint
Augustin & de Jesus- Chriſt ; il
auroit pú encore ajoûter celle de
Saint Gereon à Cologne . Or, ditesvous,›
pourquoy plutoft admettre
ces deux Apparitions , que celles
de la Sainte Vierge , puifque tous
les Hiftoriens , tant anciens que
modernes , ont également parlé des
unes comme des autres.
Qui ne croiroit , Monfieur ,
à vous entendre , que vous m'allez
accabler d'une foule de paſſages
tirez des Manuferits & des
Autographes de l'Hiftoire de Saint
Norbert ; cependant toute cette
fiereconfiance,fe refout en vapeurs,
88 MERCURE
puifquefil'on vous demande quel
ques Exemplaires anciens , qui dépofent
cette vifion , vous nepourrez
en produire un feul , non pas
mefme aucune Hiftoire imprimée,
fur des originaux avouez. Lifez,
Monfieur, la vie de Saint Norbert,
compoféepar Hertoge ,furplus
de vingt Manufcrits tirez de
differentes Abbaïes ; je paſſe condamnation,
s'ily en a un où l'Apparition
de la Sainte Vierge foit
rapportée. Il n'en est pas de même
des deux autres vifions ; elles font
inferées ou dans la Chronique de
Capenberg , ou dans l'Hiftoire de
Saint Norbert , ou dans l'HifGALANT
89
toire de Herman de Tournay ; trois
pieces d'une autorité reconnuë ,&
l'Ouvrage des Difciples , ou des
Contemporains de Saint Norbert.
N'est - il pas, aprés cela, furprenant
de voir le paralelle que vous
faites de faits fi differens ? Ne
l'eft- il pas encore bien' davantage
de vous entendre revoquer en
doute le don qu'Henry V. fit à
Saint Norbert de la Charge d' Aumônier,
& traiter de Fable , le
·voyage qu'il fit avec cet Empereur
en Italie, au commencement
du douzième fiécle.
Oferai-je vous le dire,Monfieur,
il faut eftre dans une longue ha-
Avril 1706. H
90 MERCURE
bitude d'en impofer, pour le faire
fi publiquement à mon égard. Lifez
Herman de Tournay ( T. 12 .
·Spicil. pag. 448. ) vous y apprendrez,
que Saint Norbert accompagnoit
Henry V. en qualité d'Aumônier
dans le voyage que ce
l'Em-
"Prince fit à Rome ; jettez lesyeux
Sur la Chronique de l'Abbé d'Urfperg,
vous y verrez que
pereur fe fit fuivre par les Aumôniers
, qui estoient alors les
plus fçavans hommes qu'il y eut
en Allemagne, parce que ce Prince
fçavoit que lafageffe , plateft que
la force des armes , déterminoit les
Romains . Non tam armis quam
A
GALANT 91
fapientiâ gubernari. Lifez enfin
la Chronique d'Obern- cel, vous
y verrez, que Norbert & David,
Ecoffois d'origine , tous deux Aumôniers
du Roy Henry , affifterent
à la Diette de Ratifbone ; & que,
comme perfonnes capables de fou
tenir les interefts de leur Prince
ils furent choifis pour le fui-sre à
Rome. Ad crant , dit la Chronique
, in Ratifbonenfi congreffu
Norbertus & David
Scorigena, Ambo Henrici Regis
capellani , Ambo fcientia
famofi , qui ad comitatum Regis
verfus Romam delecti funt .
Si les avantages que la qualité
Hij
92 MERCURE
des prerod'Aumônier
donnoit à Saint Nor
bert , vous font quelque peine ,
vous pouvez , Monfieur , vous
inftruire des droits
gatives attachées à cette dignité,
dans le Gloffaire de Monfieur
Ducange , dans la Diplomatique
du Pere Mabillon , & dans le
Traité Hiftorique des Aumôniers.
de France.
comme vous
Aprés avoir étalé cette vaine
critique & que
voyez , je n'ay pas eu beaucoup
de peine à détruire , vous m'attaquez
,fur ce que j'ay dit , aux
pages 7. & 8. de mon Hiftoire
que l'Empereur Henry fit defGALANT
93
cendre le Pape de fon Trône,
* qu'il luy arracha la Mitre de
deffus la tête ; & que l'ayant
livré aux infultes des Soldats ,
il le fit renfermer dans une
maifon , fous une garde militaire
dont il commit le foim
à Ulric Patriarche d'Aquilée .
Ce n'est là , dites- vous , qu'un
conte , n'en feroit- ce point plûtoft
un, d'avancer , comme vous faites,
que les Romains pouffez à la
vengeance , par les Cardinaux
de Frefcati & d'Oftie , tuerent
tous les Allemans , qu'ils trouverent
dans Rome. Enfin , d'eft
* en III .
94 MERCURE
Selon vous, un conte, que le compliment
que je mets à la bouche
de Norbert, grand Aumônier
de l'Empereur. Quel est l'homme
de bon fens , dites - vous , qui n'eftimat
plus convenable au Miniftre
de fe taire dans une telle conjoncture
, que de parler pour condamnerfon
Prince ? Ce fera faire
grace au Pere Hugo, de mettre
ces licux communs de Rhetorique
parmi les fables & les
fictions de fon Hiftoire . Il en
faut dire autant de la fondation
duMonaftere de Vvrltembergs
, Ordre de Saint Benoift ,
qu'il attribue à Saint Norbert
GALANT
95
page 14. Non , Monfieur , je
ne vous demande aucune grace ,
mais auſſi permettez
-moy de rire,
en parcourant les divers chefs que
vous m'imputez dans voftre lettres
c'est le feul parti que j'ay à prendre
, car vous ne me confeilleriez
pas de m'en fâcher. Si j'ofois , je
vous comparerois en cette occafion
à ce conteur Radoteux , qui blafphemoit
contre tout ce qu'il ignoroit
, quod ea quæ ignorant ,
blafphernant
; mais je m’abſtiendray
avec foin de tout terme &
de toute comparaifon fâcheuse , &
je vous diray le plus modeftement
queje pourray , que vous ne pou96
MERCURE
&
vez pas ignorer les faits que vous
traitez de Fables ; j'avois cotté
aux marges de monHiftoire,des garans
de tout ce quej'avançois, il ne
tenoit qu'à vous de les confulter,
ne le deviez- vouspasfaire, avant
de crier à la fuppofition. Eft- ce
donc fimplement pour écrire que
vous m'attaquez ? Vous aviez
affez d'autres fujets à traiter.
Eft- ce pour amufer le public par
vos ingenieux écrits ? Je n'oferois
le prefumer de vous , vous
avez trop de lumierespour vous
expofer vous même par une telle
conduite , à la cenfure de ce public.
Mais ce qu'il y a de für
c'est
GALANT 97
c'est qu'il n'y eut jamais de faits
plus conftans , que ceux que j'ay
avancez.
Les paroles de l'Abbé Suger *
dans la Vie de Louis le Gros, en
font foy : Præfatus autem , dit
cet Abbé , Imperator peffimus
confcientiæ ... Dominum videlicet
Papam , & cunctos quos
pofuit , Cardinales & Epifcopos
adducens .
les ipfos turpiter exulens , in
honeftè tractavit , & quod dictu
nefas eft , ipfum etiam Dominuín
Papaitam pluviali
quam Mitrâ , cum quæcunque
• • · Cardina
* Il fleuriffoit dans le douziéme fiécle.
Avril
1706. I
1
98 MERCURE
defert infignia Apoftolatus ...
fuperbè fpoliavit. T. 4. Hift.
Franc. fcript. 290.Voilà comme
l'Empereur arracha la Mitre es la
Chape à Pafcal. Pierre * Diacre
du Mont Caffin , raconte comment
ce Prince , aprés avoir entendu
la Meffe , obligea le Souverain
Pontif de defcendre defon
Trône: Poft Miffam ex Cathedra
defcendere compulfus Pon
tifex , deorfum ante confeffionem
6. Petri cum fratribus.
fedit , ibique ufque ad noctis
tencbras fub rmatis militibus
* Son ouvrage eft une continuation
de la Chronique de Leon d'Oftie.
GALANT 99
eft cuftoditus. Chronic. 1. C.
40. A l'égard de la commiffion
d'Ulric Patriarche d'Aquilée ,
Othon * Evefque de Frifinguen
larapporte en ces termes. Ipfe autem
(Henricus ) præfatum
Pontificem Concilio quorumdam
fceleratorum, cum magna
tamen reverentia captivavit
ac Ulrico Aquileenfium Patriarchæ
cuftodiendum commifit.
L. 7. C. 14. Sur la nouvelle
de l'emprisonnement de Pafcal,
les Cardinaux d'Oflie e de Frefcati
, animerent peuple à la
* Fils de Leopold Duc d'Autriche, &
d'Agnés , fille d'Henry IV. Empereur
I ij
100 MERCURE
vengeance de leurs Paſteurs, dit
Pierre Diacre, qui eft ici mon garant.
Ad-veniente nocte, Joannes
Epifcopus Tufculanus , (a”-
quel il joint dans le Chap. 40.
Leon d'Oftie ) omnem Romanu
populum advocans , ita loqui
coepit ... quo circa rogamus affetuquo
poffumus, pereclitanti
fuccurratis , & ad ulciſcendam
matris injuriam , jam toto animo,
totis viribus incumbatis ...
hac oratione Romani vehementer
animati - . . . tantus
corum animos tumultus &
dolor indignatioque
pervafit ,
ut protinus Allemannos
om-
·
GALANT TOI
nes qui vel orationis caufâ ,
vel alterius cujufcumque negotii
, urbem fuerant ingreffi,
necarent. Chronic . L. 4. C. 41 .
Si tous ces Hiftoriens font des
conteurs de fables : j'avonë de
bonne foy que le détail du mauvais
traitement fait au Pape ,
eft une pure fiction : c'est à vous,
Monfieur , à faire le procés à
ces auteurs; quand vous les aurez
convaincu d'impofture , vous ferez
en droit de fupprimer cet évenement
, mais vous aurez toujours
eu tort d'avancer , comme
vous avezfait , que le détail de
l'emprisonnement du Pontife Paf-
Iiij
102 MERCURE
chal, eft une n'arration fanspreuve.
Le compliment que S. Norbert
fit à ce Souverain Pontife , n'eft
pas plus une fiction que les autres
circonstances , qu'il vous a plû de
qualifier de Fables . Herman ,
-Abbé de faint Martin de Tournay
, quifleuriffoit au commencement
du douzième fiecle , & qui
pendant le fejour qu'il avoit fait
à Laon , avoit appris des Difciples
de S. Norbert , les circonstances
de la vie de ce Saint , merite d'être
crúfurfax trale : Quidam Clericus
, dit cet Abbé , nomine
Norbertus , qui in cadem captione
capellanus Imperatoris
GALANT 103
fuerat , videns tantam nequitiam
Domini fui Regis , poni
tentiâ ductus, pedibus Domini
Papæ fe proftravit
, & abfolu
tione ab ea fufceptâ
fæcularem
vitam relinquens, &c. Spicileg.
T. 12. p. 448. Ce compliment
, Monfieur , vous incommode
, vous dites qu'il étoit
plus convenable à un Miniftre de
fe taire , que
damnerfon Prince. Un Critique
moins politique , ou d'une morale
plus fevere , aurois admiré la
force de la grace dans la conduite
de noftre Courtifan ; il auroit
loué cette liberté Evangelique
de parler pour con-
"
I iiij
104
MERCURE
en parlant
qu'ilfe donnoit ; mais vous, Monfieur
, qui reglez dans cette occafion,
les opperations du S. Efprit,
(permettez moy de le dire ) fur
les
fentimens de la nature corrompuë
, vous accuſez noftre faint
Patriarche d'avoir peché contre
le fens
commun ,
contre la dureté la barbarie de
fon Prince. Vous
n'aviez , pour
confommer l'idolatrie , qu'à foutenir
que S. Norbert devoit , parfes
flateries ,
canonifer
l'injurieufe
entreprise de fon Souverain ; &
n'est- il pas fâcheux que ce Saint,
Conrad , Evêque de Saltzbourg
n'ayent pas efté inftruits
GALANT 105
la
dans votre école , & que vous
n'ayez pú leur donner des leçons
de Politique ! le premier n'auroit
pas peché contre le bon fens ; &
le fecond n'auroit pas , comme un
infenfe , couru plufieurs fois le
hazard de perdre la vie , par
liberté Chreftienne , qu'il fe donnoit.
Conradus Epifcopus , juvanienfis
, dit Othon de Frinfinguen
, qui cum rege venerat
zelo æquitatis vicem Dei dolens
, factum hoc improbavit :
cuidum quidam
Regis Henricus cognomento
caput , evaginato gladio mortem
interminaretur, tanquam
Miniftris
>
106 MERCURE
pro juſtitia mori optans , jugulam
præbuit. L. 7. C. 14 .
Il me refte tant de matiere
& cet ouvrage cft fi long , que
je fuis obligé d'en remettre la
fuite au mois prochain , fans
quoy je ferois obligé de recu
ler plufieurs Articles , & fur
tout de ceux qui regardent les
affaires du temps , & qui per
droient beaucoup , en perdant
la grace de la nouveauté.
Les huit Articles qui fuivent
regardes les morts de plufieurs
Etrangers.
Don Martin de Solis , Confeiller
au Confeil des Indes. II
GALANT 107
avoit long- temps exercé cette
Charge , & il s'y eftoit acquis
une reputation folide . Le Confeil
des Indes eft un des plus
confiderables d'Efpagne; ainfi,
ceux qu'on choifit pour en
eftre membres , font toûjours
diftinguez par leur naiffance &
par les autres Emplois , où il
faut neceffairement paffer avant
que d'arriver à ce Confeil.
Don Martin de Solis,avoit donné,
dans tous ceux qu'il avoit éxercé,
des preuves de l'étendue
de fon genie , & de fon exacte
probité. Il eſt d'une grande
naiffance & d'une maiſon ori
108 MERCURE
ginaire de Tolede , d'où elle
fortit dans le quinziéme fiécle
. Cette maiſon eftoit alliée
à celle de Sandoval de Lerme ,
qui donna un Cardinal en 1618 .
en la perfonne du Duc de Lerme
, que le Pape Paul V. honora
de la Pourpre Romaine ,
fans qu'il l'eût recherché , &
fans que le Roy d'Eſpagne l'eût
demandé pour luy . Le Duc de
Lerme eftoit alors âgé de foixante-
dix ans , & il reçût une
marque de diftinction dans cette
occafion , que les Papes ne
font àperfonne, puifqu'on luy
donna à Madrit, le Chapeau de
GALANT 109
Cardinal, & l'Anneau . Les Papes
les envoyoient , autrefois,
aux Princes du Sang Royal de
France , aux Archiducs de la
Maifon d'Autriche , ou à des
Prelats d'une grande diſtinction
. Sixte Quint crût que le
Chapeau rouge meritoit bien
que les Princes de Maiſon Souveraine,
fe donnaffent la peine
de le venir recevoir eux mêmes,
du Pape mais Paul V. voulût
bien déroger à cet ufage, pour
cette fois là, en faveur du Duc
de Lerme .
:
LeComte deToreion , Aſſiſtant
de Seville, s'étoit acquis beau110
MERCURE
coup d'eftime dans l'exercice
de cette Charge ; & il joignoit
à une grande probité, une grande
étendue de lumieres. Il eftoit
d'une maiſon fort ancienne, &
tres - illuftrée. Son Aycul fût
chargé par Philippes III. de
traiter en 1617. avec M' Griti,
Ambaſſadeur
de Venife , pour
la Paix d'Italie , où l'on travailloit
alors à Madrit . Il s'agiffoit,
d'y terminer deux fortes de differens
: celuy de la Republique
de Venife , avec l'Archiduc de
Gratz , quit depuis Empereur,
fous le nom de Ferdinand
II. bifayeul de l'Empereur JoGALANT
III
feph ; & celuy du Roy d'Efpa
gne , avec Charles Emanuel ,
Duc de Savoye .Mr de Senecey,
époux de MⓇ de Senecey, Gouvernante
du Roy, cftoit alors
Ainbaffadeur de France à Madrit
; & il cût quelque part à ce
Traité.
Le General Bibra avoit fervi
dans les troupes de l'Empereur,
& de plufieurs autres Princes
d'Allemagne , depuis l'âge où
il avoit pu porter les armes . Il
avoit paffé par tous les Emplois
militaires : & c'efpar fon affiduité
& par fa conſtance , autant
que par les marques de
112 MERCURE
prudence & de courage qu'il a
donnée en plufieurs occafions,
qu'il eftoit enfin parvenu en
differens temps, au commandement
des Armées de l'Empereur,
de quelques Princes d'Allemagne,
& des Couronnes du
Nord. Il s'eft acquis dans tous
les lieux où il a fervi , & dans
toutes les troupes qu'il a commandées
, une eſtime generale:
elle eftoit fondée fur la connoiſſance
qu'on avoit des qualitez
de ce General : il eftoit
doux , affabi , bienfaiſant, &
aimoit extrémement le foldat.
Avec de femblables qualitez ,
"
GALANT 113
!
il éft difficile de ne pas gagner
les coeurs ; c'est pourquoy ce
General a cfté regretté de
tous ceux qui le connoiffoient
.
L'Empereur
& le Roy de Dannemark,
ont marqué un regret
tres- fenfible de fa mort , & ils
ont fait faire compliment
aux
heritiers de cet illuftre deffunt .
Don Gio Baptifta de Palma,
Duc de Sainte Élie, Napolitain,
qui avoit fuivi , au commencement
de la guerre, les interefts
de la Maifon d'Autriche
, eft
Imort à Vienne, il n'étoit pas
vû de bon oeil dans cette Cour,
depuis que les deffeins de l'Em-
Avril 1706 .
K
114 MERCURE
pereur , fur les Etats du Roy
d'Espagne , en Italie , avoient
échoücz ; & il avoit effuyé même
beaucoup de paroles défobligeantes,
fur l'affaire de Naples
, qui ne réuffit pas , ainfi
que leMarquisDelvaſto & luy,
l'avoient fait efperer à Sa Majefté
Imperiale. Mr le Duc de
Palma , aycul de celuy qui vient
de mourir, fe diftingua dans le
Milanois , lorfque les troupes
du Duc de Savoye , Charles.
Emanuel , & celles de France ,
commanders
par le Maréchal
Duc de Lefdiguieres, entrerent
dans le Milanois
en 1617. pour
GALANT try
&
faire faire diverfion , aux troupes
que le Marquis de Villafranca,
de la Maifon de Tolede,
Gouverneur de Milan , avoit
envoyées dans les Etats du Duc
de Savoye. Les troupes de ce
Marquis , jointes à celles du
Duc d'Offone- Giron , Viceroy
de Naples , faifoient trembler
le Duc de Savoye, & plufieurs
autres Princes d'Italie. Le Duc
de Palma avóit le comman
dement d'une partie de celles
du Gouverneur de Milan ; &
il brilla beaucoup dans cette
guerre.
Mr Baffan, General des trou
Kij
116 MERCURE
pes Danoiſes, ayant eſté bleſſe
à la priſe du Château d'Eutin ,
& s'étant fait couper la jambe,
eft mort depuis quelque temps
de fa bleffure. Le Roy de Dannemark
a marqué une douleur
fenfible de la perte de ce General
; & il a donné à fes heritiers,
des preuves de la confideration
qu'il avoit pour luy, par le bien
qu'il leur a fait . Mr Baſſan avoit
fervi fous le feu Roy de Danne
mark, & il avoit donné diverfes
marques de fa valeur, dans les
guerres que ce Monarque , a cu
dans le cours de fa vie , contre
differens Princes du Nord. II
GALANY 117
avoit même eu beaucoup de
part, en la confiance de ce Prince.
Il fut appellé auprés de luy,
dans le temps de fa derniere maladie.
Ce Monarque mourant,
luy recommanda & le pria même
de ne jamais abandonner
le fervice du Prince fon fils ,
qui eftoit fur le point de luy
fucceder . Mr Baffan a obéï à fes
ordres , jufqu'au dernier moment
de fa vie . L'affaire où il
a cfté tué, eft une marque de
fon exacte docilité pour les
derniers ordres
fervice duquel il s'étoit engagé.
Ce General tres - perfuadé,
Prince , au
118 MERCURE
que le Frere du Roy de Dannemark
, n'a aucun droit à l'Evefché
de Lubek, & tres- convaincu
d'ailleurs , de la juſtice
des prétentions du Prince ,
Adminiſtrateur de Holftein-
Gottorp , avoit une extréme
répugnance , pour aller commander
les troupes deſtinées
pour cette expedition, & il n'y
cftoit allé que par un commandement
exprés du Roy de
Dannemark. Il a efté en cette
occafion la victime de fon
obéiffance , Ruifque peu aprés
fon arrivée devint Eutin , il a
cité bleflé morteliement.
GALANT 119
Mr le Comte Paulucci , frere
du Cardinal de ce nom , & qui
étoit General des troupes du
Pape , eft mort à Peruge , en
Italie. L'Empereur avoit voulu
faire un crime à ce Seigneur ,
de ce qu'il avoit fouffert que
les François chaffafent les Im
periaux du Ferrarois , & de ce
qu'il avoit marqué , dans cette
occafion , plus d'inclination à
favorifer les premiers que la
Maifon d'Autriche, mais com
me il n'étoit pas Sujet de l'Empereur
, il ne s'enioaraffa pas
beaucoup , des plaintes de ce
Prince. Mrt Comte Paulucci
120 MERCURE
avoit porté les armes, pendant
la plus grande partie de la vie.
Il alla exercer fon courage contre
les Ottomans , dans fes premieres
années , & il donna en
plufieurs occafions, des preuves
qu'il étoit digne du nom qu'il
portoit. Il fortoit d'une Maifon
tres - ancienne en Italie, qui
a produit des Sujets illuftres
dans l'Eglife & dans l'épée: elle
a donnée plufieurs Generaux
aux Armées des Souverains
Pontifes, & plufieurs Prelats à
la Cour deRome . Mr le Cardinal
Paulucci rere du Comte
qui vient de mourir , fait aujourd'huy
GALANT 121
jourd'huy un des ornemens du
Sacré College , par fa vertu &
par fon intelligence , dans les
affaires Ecclefiaftiques, à la tête
defquelles, il fe trouve fous le
Pontificat préfent . Il exerce aujourd'huy
à Rome la Charge de
Secretaire d'Etat . Cet Employ
donne à celuy qui en eſt revêtu ,
toute la confiance du Pape ;
ainfi l'on peut juger qu'il n'y a
que des perfonnes d'un merite
diftingué , revêtues de cette
dignité .
Mr Angliomby , qui avoit
efté Envoyé Extraordinaire du
Roy Guillaume , prés de Mrle
Avril 1706 . L
122 MERCURE
Duc de Savoye ; & enfuite de la
Princeffe de Dannemark , prés
des Cantons Suiffes Proteftans ,
eft mort àChelſey, en Angleter-
-re.LeRoy Guillaume avoit mar- .
qué en plufieurs occafions , la
confiance qu'il avoit en luy ; il
l'avoit employé pour des affaires
fecrettes , dont le fuccés
étoit fort delicat . La Princeffe
de Dannemark avoit herité de
ce Prince , la confiance qu'il
avoit en ce Seigneur Anglois ;
elle luy en avoit oùy dire tant
de biens , & elle luy en avoit
oüy parler, ave tant d'eftime ,
que dés qu'elle cût pris les rênes
GALANT 123
du Gouvernement , elle l'employa
, dans des affaires d'une
difcution affez delicate ; puifque
l'employ d'Envoyé Extraordinaire
, prés des Cantons
Proteftans , n'étoit pas fort aifé
dans la conjoncture prefente.
Cette Princeffe prefera en cetté
occafion Mr Angliomby , à
pluficurs autres, qui fe preſentoient
pour cette Commiffion;
& fi ce Miniftre n'a pas réuffi,
dans tous les points de fa negotiation
on ne le doit imputer,
à fon manque d'habileté ,
ny à aucun défaut de prudence;
mais on doit avoüer , que les
ny
Lij
124 MERCURE
Cantons Proteftans font redevables
à leurs feules lumieres ,
de n'avoir pas pris des engagemens,
contraires à leurs veritables
interefts , & dans lef
quels, le Miniftre Anglois agiffoit
avec beaucoup d'Art,pour
les faire entrer.
Mre Philippes Bardin , Confeiller
au Confeil Souverain de
Nancy , eft mort regretté de
tous ceux qui le connoiffoient.
Il étoit allié aux meilleuresMaifons
de Nancy. Mr Bardin
étoit l'un des plus grandsJurifconfultes
de Lorraine; & ayant
paffé les premieres années de fa
GALANT 125
vie dans l'étude de la Jurifprudence
, il avoit fait des Recueils
& des Notes , fur les principales
difficultez du Droit Civil ;
& il a donné pendant le cours
de fa vie , de frequentes marques
de fon intelligence dans
des affaires épineuſes , qui avoient
paffé par fes mains . Ce
Magiftrat ne s'étoit pas borné
à l'étude du Droit , il s'étoit
auffi fort attaché à celle des
belles Lettres , où il avoit fait
des progrés furprenans: Il fçavoit
parfaitement l'Hiftoire , &
tout ce qu'il
ché dans antiquité . Il avoit
V
de plus recher-
Liij
126 MERCURE
,
fait plufieurs Memoires fur
l'ancienne Hiftoire deLorraine,
& fur la moderne , & principalement
fur le Regne de Charles
V. pere de Mr le Duc de
Lorraine d'aujourd'huy . On a
imprimé la plus grande partic
de fes Memoires & il
eft à fouhaitter qu'on donne
inceffamment le refte au Public
. Mr Bardin avoit refolu
de donner les Faſtes du Regne
de Mr le Duc de Lorraine d'aujourd
huy, il avoit même raffemblé,
pour &fujet , quantité
de Materraux ont il alloit
faire part au Public , torfqu'il
GALANT 127
•
eft mort. Ce Magiſtrat s'étoit
attaché à la Poëfic , dans fes
>
heures de loifir & il avoit fait
de tres - bonnes pieces , dans ce
genre ; il avoit décrit en Vers,
l'Entrée de Mr le Duc de Lorraine
dans fes Etats,& une partie
des Victoires du feu Duc
Charles V. & on peut juger
par les pieces qui ont paru , de
fa façon , qu'il avoit un genie
fort naturel pour la Poëfie.
Le Pere Hommey , Auguſtin
de Nancy , ami de feu Mr Bar--
ce que je viens
・din , juftifie ton de ce Made
dire, à la lange
giftrat dans l'Epitaphe enVers,
Liiij
128 MERCURE
qu'il a fait de ce fçavant Juriſconfulte.
Je vous envoye une Lettre
venuë de Reims , & adreffée icy
à un Abbé fort attaché à l'étude
des Sciences.
Souffrez Mr , que je m'adreſſe
à vous, pour demander au Public,
par voftre moyen, s'il eft poffible de
fçavoir la caufe qui a pû produire ,
les éclairs & les tonnerres qu'on a
veu entendu dans les provinle
deux & le trois du mois
ces ,
de Decembre dernier.
Je fçay que plufieurs Sçavans
Geometres, & ologues nous
ont dit , que l'éclair et une lueitjane
GALANT 129
miere lancée & répandue dans
l'air, par la flame du foudre; que
fa matiere n'eft autrechofe
que certaines exhalaiſons graffes
, fulfurcufes , bitumineufes
& nitreufes , que la chaleur
fouterraine & celle du Soleil
détachent & élevent en l'air .
Ces mefmes Sçavans nous ont enfeigné
& ont voulu perfuader ,
que le bruit du tonnerre , eft
produit par le choc de deux
nuées , qui fe brifent l'une
contre l'autre que fouvent
ces nuées fontélevées, les unes
fur les autre ; que fe trouvant
confpofées de vapeurs &
130 MERCURE
d'exhalaifons , que la chaleur a
enlevées des entrailles de la
terre , l'air qui fe trouve de
mefme échauffé, dans le voifinage
de la terre , s'éleve vers
les plus hautes nuées , s'y applique
& en condenfe les parties ,
ce qui oblige cette nuée de
defcendre avec viteffe , fur la
plus baffe . Alors , dit - on , l'air
fe trouvant preffé , entre les
deux nuées , fort par les extremitez
& par un paffage fiétroit,
qu'il produit en s'échapant
le bruit que l'on appelle Tonnerre.
Sur ce principe , Monfieur
GALANT 131
ح و ن
c'est donc la chaleur des exhalai-
・fons de la terre , qui eftant élevées
par la chaleur du Soleil forme
ces nuées , & produit les
éclairs & les tonnerres ; comme ce
n'eft ordinairement,que pendant les
grandes chaleurs de l'Efté , qu'on
entend gronder le tonnerre , qui eft
prefque toujoursprecedé des éclairs .
Je conviendrois aifement, des fentimens
de ces Meffieurs ,principalement
,fi l'onfait attention, que plus
les chaleursfont exceffives & plus
les tonnerres & les éclairs fontfrequens
& violers ; mais fi l'on confidere
le tem qui a precedé &
fuivi , ceux du commencement de
132 MERCURE
de
Decembre , ilfaudra convenir que
ces Meteores , ont efté produits par
une autre caufe, que la chaleur
l'air ; car plus de fix femaines auparavant,
lespluyes, la neige
gelée , avoient efté fi generales &
fi continuelles, la
د
que
la
terre èftoit
inondée ou couverte de neige & de
frimats en plufieurs endroits , qui
parconfequent avoient fort refroidi
l'air. Ce tonnerre fut fuivi par
une violente tempefte & d'ouragans
fi impetueux , que pendant
trois jours , il fembloit menacer la
nature d'un boulverfement , &
depuis ce temps- le mauvais
temps à toujours continué.
GALANT 133
par
Sima question meritoit quelque
réponſe , utile au public , & qu'on
vous la communiquât ; j'efpere ,
Monfieur, que vous voudrez bien
la joindre à vos Memoires . Si
les fuites, il me tomboit fous la
main , quelque matiere digne de
voftre curiofité, j'aurois l'honneur
de vous en faire part , & de vous
marquer dans l'occafion que je
fuis , &c.
Le Roy d'Eſpagne a donné
un Titre de Caftille , à Don
Alonfo de Saavedra Narvaez,
Colonel du Regiment de Gre--
nade , qui fer depuis plufieurs
années, avec beaucoup de dif
134 MERCURE
tinction. Il a fait plufieurs campagnes
, dans l'armée de Lombardie
, & il reçût de grandes
louanges des Generaux , à la
journée de Luzzara . Ce Colonel
cft d'une tres -ancienne maifon
, originaire d'Andalouſie ,
& établie depuis long - temps
dans le Royaume de Caftille.
Don Fernando de Saavedra ,
eût beaucoup de part au Gouvernement,
fous les regnes de
Ferdinand , & de l'Archiduc
Philippes. Aprés la mort de ce
dernier Prince , il fe retira dans
fes terres en Andaloufie , d'où
il revint enfuite,pa l'ordre du
GALANT 135
Cardinal Ximenés , qui l'employa
en plufieurs occafions
importantes , fur tout dans la
guerre que ce Miniſtre fit aux
Maures , en Afrique. Ce Scigneur
Efpagnol , fe diftingua
fort au fiege d'Oran : il contribua
beaucoup à la priſe de
cette Place , & il trouva un
moyen d'y penetrer , dont le
Cardinal Ximenés , qui eftoit
en perfonne à ce fiege , fe faifit
avec joye. Le nom de Saavedra,
n'eft pas moins confiderable
, dans l'Eglife , que dans
l'épée. L'Orde de S. François,
fur tout , produit un Reli136
MERCURE
1
gieux de ce nom, qui fut un
des plus grands Theologiens
de fon Ordre. Il fit de grandes
découvertes , dans les Sciences
abftraites , fur tout dans les
Mathematiques.
Sa Majesté Catholique a donné
une place de Confeiller dans
le Confeil de Caftille , à Don
Juan Chryfoftomo de la Pradilla
: une place dans le Confeil
des Ordres , à Don Pedro
Antonio de Medrano, & la Regence
de Navarre,àDonJofeph
Hualte , Inquifiteur de Barcelonne.
Sa Majefé a auffi donné,
àDonFeliciano de Bracamonte,
GALANT 137
le Regiment de Cavalerie du
Marquis de Val- de - Fuentes ;
& celuy de Brabant , à Don
Diego de Cardenas , qu'il
a fait Brigadier. Le Maréchal
de Camp, Don Joſeph de Armendariz,
qui commandoit au
blocus de Gibraltar , a efté fait
Major des Gardes . Don Juan
Chryfoftomo de la Pradilla , cft
d'unemaiſon fortdiftinguée
, par
fa Nobleffe & par fes fervices.
Un Seigneur de cette Maiſon ſe
diftingua beaucoup dans les
guerres deGrenade , fous les Rois
Ferdinand , & Iſabelle , & pendant
le Miniftere du Cardinal
Avril 1706.
M
138 MERCURE
Ximenés . Don Pedro Antonio
de Medrano, a donné, dans tous
les Emplois où il a paffé , des
preuves d'une haute capacité ;
& fous le Regne precedent , il
fut employé en d'importantes
affaires. Don Jofeph Hualte
s'eft acquis beaucoup d'eftime
dans l'exercice de la Charge
d'Inquifiteur de Barcelonne ; &
c'est ce qui a déterminé Sa Majefté
Catholique, à luy confier
la Regence de Navarre . Le nouveau
Colonel,Don Feliciano de
Bracamonte, eft connu en Ef
pagne, par le nem qu'il porte ,
qui eft tres-confiderable , & le
GALANT 136
Regiment qu'il vient de recevoir
eft une recompenſe de ſes
longs fervices. Don Diego de
Cardenas , qui eft auffi d'une
naiſſance diſtinguée, a cfté doublement
recompenfé de fes fervices
: Il fe fignala à la bataille
de Luzzara , & le Roy d'Efpagne
s'en eft fouvenu . Don Jofeph
de Armendariz eft dans le
fervice , il y a plus de vingt ans;
Il a fait fes premieres Campa→
gnes, en Hongrie.
M' l'Abbé Mervefin , déja
connu par pluſieurs Ouvrages
fortis fa
és
lume
,
vient
d'en donner un au Public , qui
Mij
140 MERCURE
eſt eſtimé de tous les Gens de
bon goût. C'est l'Hiftoire de la
Poëfie Françoife , qui fe vend
chez le fieur Giffart, ruë S. Jacques.
L'Auteur, aprés avoir décrit
les commencemens de cet
Art divin, ( felon le langage de
ceux qui s'y attachent, ) en place
l'origine en France , fous les
Rois de la premiere race. On
vit à leur Cour , les Fatiftes, qui
faifoient chanter leurs petits
Ouvrages, à des Choeurs , ac
compagnez de danfes . Les Fatiftes
furent dans la fuite les
4
feuls Poëtes qui oiffoient en
France, fous le Regne de Char
GALANT 141
lemagne, & dans une Cour qui
commençoit à fe défaire de cet
air de Barbarie , qu'on y avoit
remarqué fous la race Merovingienne.
Les Troubadours ,
parurent deux cens ans aprés ,
fous Remond Beranger, Comte
de Barcelonne , & qui le devint
de Provence , en époufant
la fille du dernier Roy d'Arles .
Mr Mervefin les reconnoift ,
non pas tout à fait , comme les
Auteurs de la Rime , mais comme
ceux , qui en ont reglé l'ufage,
& qui l'ontfixé . Ce furent les
Troubadours , qui reveillerent
en France,le goût des Mufes, ou
142 MERCURE
plûtoft, qui exciterent les beaux
efprits à les cultiver . On vit
fous Philippes Auguſte
, quantité
de Vers rimez: Sous Louis
VIII . fon fils, Elinand de Beau
voifis , fe diftingua par ſon ala
Poëfie , & par la mour pour
faveur qu'il procura aux Poëtes
auprés de ce Monarque. Les
Picards furent les premiers,qui
profiterent du commerce des
Troubadours ; on auroit peine
à le croire, fi Mr Meryefin ne
nous l'affuroit. Ils apprirent
d'eux , à faire des Chanfons, &
des Siruantes . ne fçay files
Neveux de ces premiers Pi
GALANT 143
cards , ont efté affez heureux
pour heriter de ce talent . C'eſt
dans ce temps -là, que Thibaut,
Comte de Champagne, foupiroit
pour Blanche de Caftille:
Les Chanfons & les Vers , voltigeoient
de la Cour de Champagne,
à celle de France ; car ,
ainfi que plufieurs autres , l'Amour
avoit fait devenir Poëte ,
leComte deChampagne . On vit
en France, fous Philippe le Hardy,
des Maiftres de Rime & de
Verfification
. Ils n'apprenoient
pas à penfer, dit nôtre Auteur ,
mais à bien exprimer une penfée.
Cela donne lieu à une ex
144 MERCURE
clamation ingenieuſe, qu'il faut
voir dans le Livre même. Heliodore
d'Emeffe , paroiſt fur
les rangs , avec fon Roman de
Theagene,& de Chaticlée, qu'il
prefera à l'Epifcopat . C'eft le
premier Ouvrage de cette efpece
, qui a efté fait avec quelque
ordre , & il eſt devenu le
modele de tous les Faifeurs de
Romans , qui ont parus, aprés
la fin du quatorziéme fiecle.
Le Sonnet , doit l'état où il fe
trouve à prefent , au Poëte du
Bellay, qui luy donna de juftes
regles ; & on dhit remarquer,
que , quoique le nom de Sonfous
GALANT 145
net ne fut pas inconnu fous les
Regnes precedens ; & même ,
fous celui de S. Louis, ce n'étoit
pourtant alorsqu'uneChanſon.
On reprocha å Ronſard , qui
parut en même temps que du
Bellay, que
fa Mufe eftoit trop
faltueufe : il s'étoit impofé une
Loy, d'imiter Pindare ; & c'eft.
de là , que noftre Auteur nous
aprendqu'on dit que quelqu'un
Pindarife, quand il fe fert d'un
ftyle trop recherché . Je viens
enfin à ce que dit l'Auteurde feu
Mr Corneille , & de la perfecution
que faTragedie du Cid,
luy attira . Il ſe ſepara, pour la
Avril 1706. N
146 MERCURE
compofer, de les quatre Confreres,
avec qui il travailloit en
commun , par ordre de Mr le
Cardinal de Richelieu . Ce Mi
niftre , foir qu'il fut fâché de
n'avoir aucune part à cette Picce,
foit qu'il fut mortifié de ce
qu'elle effaçoit toutes celles , qui
avoient efté compofées par fes
ordres , l'abandonna à la Critique
de ceux , qui cherchoient
à luy plaire, comme de ceux qui
étoicnt jaloux de la reputation
de Mr de Corneille . Mr de Scudery
fe diftingua, dans la foule
des Critiques , & malgré les efforts
qu'il fit, pour trouver des
GALANT 147
défauts à cette excellente Pic- .
ce ; le Public , dit fort fpirituellement
, noftre Auteur ,
s'obftina de croire, que ce qui plaift,
eft dans les regles. On trouve enfuite,
l'Hiftoire de la Comedie
du Tartuffe Cet endroit n'eſt
pas le moins intereſſant du Livre.
Il eft fuivi de celuy des
Chanfons, qui eft fort détaillé.
Defportes , à qui l'Amiral de
Joyeufe , donna une Abbaye
de trois mille livres de rente ,
pour un Sonnet , & Bertaud ,
Evefque de Séez , excellerent
des premiers , dans l'Art de faire
des Chanfons . Lingendes ,
Nij
148 MERCURE
Chauvigny, de Blot , & plufieurs
autres , les imiterent ; &
cette maniere de Poëfie , eft
fi fort devenuë du goût des
François , que dés qu'il leur
arrive quelque chofe d'éclatant
, foit en bien , foit en
mal, que la Renommée prend
foin de publier , ils ne manquent
jamais de faires des chanfons
, fur ces évenemens , ce
qui eft caufe , que lorſque l'on
apprend quelque chofe de
cette nature à Monfieur le
Grand Duc , il demande auffitoft
la Canzone. Le grand fuccés
que le Poëme Epique a eu
GALANY 149
en France , eft un des endroits
de cet Ouvrage , qui intereffe le
plus . On y voit paffer feu Mr
Chapelain en reveuë , & l'on y
rouvre toutes les playes.
Je dois ajouter icy , que Mr
l'Abbé Maffieux , dont on anonça
il y a quelques mois un
Ouvrage pareil , fe voyant prevenu
par la diligence de Mr
Mervefin , a changé de plan ,
& qu'il va donner l'origine de
la Poëfie Françoife . Il doit fe
hâter afin de n'être pas prévenu
, une feconde fois ..
Il paroift depuis peu un livre
qui commence à faire du bruit.
N iij
150 MERCURE
Il a
a pour
toire
titre Fragmens d'Hif
de Litterature, & le titre
porte à la Haye , chez Adrien
Moetiens. 1706. p. 244. Il eſt
dans le gouft des livres dont
les titres in ana ont fait beaucoup
de bruit ; mais les pieces
qu'il contient, y font plusétendues.
Il y en a de plufieurs caracteres
: L'Auteur commence
par un Article de la Reine Elifabeth
d'Autriche , épouse de
Charles IX . de laquelle il nous
apprend diverfes particularitez
affez peu connues , & fait voir
que cette Princeſſe, a fait plufieurs
livres ; ce qui avoit cfté
GALANT
15:
ignoré jufqu'à prefent. Une
longue differtation
fur le Syfteme
des Atomes fuit cet Article.
Cette feconde piece eft
tres belle , & remplie de faits
bien recherchés
. L'Auteur
ne croit pas que Leucippe ait
efté l'inventeur
, de ce Syfteme
, il l'attribuë
à Moſchus ,
Philofophe
Phenicien . On
trouve à la 14. page un détail
fortintereffant
de la procedure
,
qui fut faite contre Abeilard ,
au Concile de Sens , à la pourfuite
de faint Bernard . L'Auteur
paroift affez favorable
à
Abeilard. Ce qu'il dit de Beren-
Niiij
152 MERCURE
ger de Poitiers , Apologiſte de
ce fameux Dialecticien eft
tres curieux. On trouve dans
le cours de l'ouvrage, une belle
Differtation fur les fortileges ,
au fujet de la poffeffion des
Religieufes de Loudun , &une
autre qui n'eft pas moins belle,
fur les Miracles . L'Auteur fait
voir,que le Sauveur prend pour
un motif certain de la Foy de
fes Difciples , la verité de fes
Miracles. Ce que l'on trouve
fur l'Atheiſme, fur la Religion
& fur l'examen particulier , qui
eft le fondement du Proteftantifme
, eft tres-fçavant. L'AuGALANT
153
teur fait voir , que c'eſt une
grande illufion , que cet exade
même que ce jugemen
,
ment prétendu des Réformez ,
fur l'infaillibilité du Tribunal
de l'Eglife , & en general fur
tout autre point de Foy.
On trouve à la fin un jugement
fur Tacite , qui eft bien
digne de la curiofité du Lecteur.
En voicy un trait qui fera
juger des autres. L'Hiftoire de
Tacite , eft l'image de la conduite
de toutes les Cours , &fon Owvrage
contient de certaines maximes
, qui font prefque devenues
un mal neceffaire , puifque ceux
154 MERCURE
n'étant
qui les condamnent hautement ,
que fimples particuliers
font toujours rigides obfervateurs,
quand ils font élevez au
Miniftere. Tous les fiecles , conen
tinuë noftre Auteur , ne nous
fourniffent que trop ,
de cette verité.
de
preuves
Le Jugement de Tacite eft
precedé d'unebelle Differtation
fur l'ancienne coûtume de tirer
au fort , un Roy de la fêve,
la veille de l'Epiphanie. On
voit d'abord l'extrait de l'Ouvrage
que Mr Deflyons ,Doyen
de Senlis, compofa, pour condamner
cet uſage ; enſuite l'exGALANT
155
trait de la réponſe que fit Mr
Barthelemy, Avocat de Senlis ,
pour défendre cet uſage, & enfin
un jugement qui eft de main
de Mailtre , fur l'écrit que Mr
de Bourges publia , contre cet
ufage qu'il condamnoit hautement.
Le Roy a donné à MˇN……
le Pelletier , Evêque d'Angers ,
l'Evêché d'Orleans. Ce Prelat,
également recommandable
par fon érudition , & par fa
vertu , eft fils aîné de Mr le
Pelletier , Miniftre d'Etat , &
cy- devant Contrôleur General
des Finances , & de Dame N ....
•
156 MERCURE
Fleuriau d'Armenonville , foeur
d'un premier lit , de Mr d'Armenonville
, & de Mr l'Evêque
d'Aire. Il eft frere de Mr le Peltier
, Preſident à Mortier au
Parlement de Paris , de Mr
l'Abbé de Saint Aubin , qui
auroit été un des plus grands
Sujets de l'Eglife , s'il avoit
voulu confentir à fon élevation.
Il a été durant pluſieurs
années Superieur du Seminaire
d'Angers. Le nouvel Evêque
d'Orleans a pour foeurs , M
d'Argouges , feue Mª la Prefidente
d'Aligre , & deux Religieufes
aux Benedictines de la
GALANT 157
Ville- Leveque . Mr le Pelletier
fon pere , a auffi deux foeurs
Religieufes qui font des filles
d'une grande doctrine . La
fcience eft en quelque maniere
hereditaire dans cette Maiſon ,
puifque ceMiniftre eft fils d'une
foeur du Sçavant Mr Pithou ,
dont il a eu la Bibliotheque, &
tous les Memoires. L'Eglife
d'Orleans , eft une des plus anciennes
du Royaume. Saint
Aignan en étoitEvêque en 450.
il la délivra , par fes prieres , du
fiege, qu'Atila, Roy des Huns,
y avoit mis. Il a eu d'illuftres
Succeffeurs , parmi lefquels on
158 MERCURE
fa
compte Bertaud de S. Denis
qui fit de belles Ordonnances
Synodales en 1300. Jean de
Conflans, qui en fit auffi, en
1333. Jean d'Orleans , Cardinal
de Longueville , plus illuftre
encore par la vertu, que par
fa naiffance , qui publia un Recueil
d'Ordonnances
Synodales
en 1525. & tout récem- .
ment, Mr de l'Aubeſpine , dont
la profonde érudition eft connuë
de tout le monde , & qui a
laiffé des Ouvrages qui affurent
l'immortalité
à fa memoire :
fes Obfervations
fur tout , &
fon Optat de Mileve , font des
GALANT 159
trefors de doctrine, & de fcience
. Ce Prelat étoit oncle de Mr
le Marquis de Châteauneuf, qui
vit aujourd'huy , & qui eft encore
plus eftimable , par fon
efprit & par fon merite , que
par fa naiſſance , quoiqu'elle
foit tres-diftinguée . Ce feroit
icy le licu , de vous parler de Mr
le Cardinal de Coiflin ; mais je
me tais, fur ce qui le regarde ,
vous en ayant amplement parlé
en vous apprenant fa mort .
Gregoire VII . Saint Bernard , &
Pierre le Vencrable , donnent
de grands éloges à la Cathedrale
d'Orleans. Ils en parlent dans
160 MERCURE
leurs Ouvrages fans la nommer.
Il y a eu plufieurs Conciles
à Orleans , le premier, qui y
a été affemblé, a été celebre par
le nombre des Prelats qui s'y
font trouvez. Clovis , Roy de
France , en permit la celebration
en 5 1 1. On yfit trente- un
Canons, pour le reglement de
la Difcipline Ecclefiaftique. Le
fecond Concile fut célébré en
533. felon le Pere Sirmond ,
ou en 536. felon Baronius . On
fit vingt- un Canons , & l'on
y regla l'élection des Metropolitains
. En 538. on y aſſembla
encore un Concile , où on
y
GALANT 161
regla l'Office divin , ce qui regardoit
la vie des Clercs , le
mariage & la penitence des
Laïques .
lef-
L'Evêché d'Orleans eftant`
d'un moindre revenu que celuy
d'Angers, & la dépense y eftant
plus confiderable , à cauſe du
paffage continuel des Etrangers
de diftinction , pour
quels l'Evêque tient ordinairement
une table ; le Roy a donné
au nouvel Evêque l'Abbaïe
de Saint Jean d'Amiens qui
vaquoit par la mort de M
le Cardinal de Coiflin. Cette
Abbaïc eft fort ancienne ; c'eft
Avril 1706.
O
162 MERCURE
à la priere d'un Religieux de
cette Abbaie , en qui la Reine
Ifabeau de Baviere avoit beaucoup
de confiance , que cette
Princeffe établit un Parlement
à Amiens. Saint Silvius ancien
Evêque d'Amiens avoit efté
felon quelques auteurs , Religieux
de cette Abbaye , avant
qu'il fut élevé fur le Siege de
l'Eglife d'Amiens. Cette Abbaie
a produit plufieurs autres
excellens fujets , entre lefquels
on ne doit oublier Firmin
pas
qui vivoit il y a un peu plus
de deux Siecles , & qui effuya
quelques difgraces pour avoir
GALANT 163
voulu deffendre la memoire du
Moine Gotheſcalc. La Morliere
en parle dans les antiquitez
d'Amiens .
M' l'Abbé Poncet Grand
Vicaire de M' l'Evêque d'Uzés
, a eu l'Evêché d'Angers . Il
eft Fils de M' Poncet, Prefident
d'une des Chambres des Enqueftes,
& petit Fils du celebre
M' Poncet Confeiller d'Etat,
que l'on a regardé long- temps
comme un homme qui pou
voit cftre Chancelier , & qui
fit dans un âge fort avancé un
Livre fous le nom du Baron de
Prêle , qui avoit pour titre les
Oij
164 MERCURE
Avantages de la Vieilleffe. Le
nouvel Evêque d'Angers , eft
Frere de M la Comteffe de
Chamilly , épouse de M' le
Comte de Chamilly Mareſchal
des Camps & Armées du Roy,
& cy-devant Ambaſſadeur en
Dannemark , & Neveu de M
Evêque d'Uzés , avec lequel
il a partagé il y a déja plufieurs
années la folicitude Paftorale. Il
eftoit de la derniere Affemblée
du Clergé , & il eſt le quatriéme
Deputé du fecond Ördre
de cette Affemblée , qui a
cité élevé à l'Epifcopat . Perfonne
n'ignore les talens de
GALANT 165
M l'Evêque d'Angers , pour
les fonctions de fon miniftere,
Celuy qu'il a pour la Predication
, luy fait honneur il y a
long- temps , il a prefché des
Avents & des Carêmes , dans
les meilleures Chaires de Paris
& dans plufieurs autres trésconfiderables
du Royaume . Il
fut choifi par les Etats de Languedoc,
il y a environ deux ans
pour faire l'Oraiſon Funebre
de M' le Cardinal de Bonzy ,
& s'en acquita avec le fuccés
dont tous les difcours qu'il prononce
font fuivis. Il fuccede
à de Grands Evêques. Mª Pel
166 MERCURE
la
letier a gouverné l'Eglife d'Angers,
pendant pluſieurs années
avec beaucoup de prudence &
de fageffe. Il avoit un grand
modele à fuivre dans le Saint
Prélat , auquel il avoit ſuccedé .
Le Roy a nommé à l'Evêché
de Limoges vacant par
demiffion de Mr N ... de
Canify , M N ... Charpin
de Genetines Abbé de Mauffac,
Comte de Lyon & Grand
Vicaire de Saint Flour. Ce
nouvel Evêque , eft allié au
au Reverend Pere de la Chaife,
& il a un Frere auffi Comte de
Lyon & grand Cuſtode de
GALANT 167
I'Eglife Cathedrale , dignité qui
avoit déja cfté poffedée par feu
M ' le Comte de Genetines leur
Oncle. Il a un frere Religieux
de l'Abbaïe de Savigny , qui a
eu depuis peu un Prieuré affez
confiderable de M' l'Abbé du
But Frere du Pere de la Chaife.
M' l'Evêque de Limoges fuccede
à de grands & Saints
Evefques . La memoire de M'
de la Fayette & d'Urfé eſt dans
une grande veneration dans
cette Eglife. Leur refidence n'a
jamais efté interrompuë, & leur
Epifcopat eft marqué par un
nombre confiderable d'actions
IS
168 MERCURE
d'une ardente charité. Ils ont
paffé leur vie , dans le Seminaire
de Limoges , vivant avec
leursPrêtres d'une vie trés commune,
& toûjours attachez au
devoir Epifcopal ; ils n'ont
quitté le foin de leur troupeau
qu'avecla vie ; une fainte mort
enfin a confommé les facrifices
de ces Evêques, qui avoient
tous les caracteres de predeftination
. M¹ de Canifi , qui leur
fucceda , a foutenu dignement
leur reputation , durant un
Epifcopat affez court ; mais
voyant diminuer tous les jours
fes forces, & ne croyant pas en
$
avoir
GALANT 169
avoir affez , pour fournir aux
foins que demande un Dioceſe,
de plus de dix - huit cens Paroiffes
; il a enfin , fait conſentir
le Roy, à accepter ſa demiffion
, & il a laiffe au nouveau
Prélat , un vafte champ , pour
exercer fon zele & fa charité ;
il faut efperer qu'il répondra
parfaitement, à ce que l'on
attend de luy.
L'Evefché de Gap , vacante
par la demiffion de M N ...
Hervé , a efté donné à Mr
l'Abbé de Maliffole, Doyen,
& Grand Vicaire de Die ; il
cftoit Deputé de la Province
Avril 1706
, P
:C
170 MERCURE
de Vienne, à la derniere Af
femblée du Clergé , il eft de la
Ville de Vienne , & fon nom
de famille eft Berger. Sa vic a
toûjours cfté édifiante , & pens
dant le cours de l'Affemblée
dont il eftoit Membre , il demeuroit
dans la Communauté
de Mr le Curé de S. Sulpice ,
où il faifoit tous les exercices
de fon miniftere , comme les
autres Preftres de la Paroiffe ,
preſchant , confeſſant , & affiftant
à tous les Offices de
l'Eglife . Le nouvel Evêque de
Gap, a mis toute fon applica
tion , depuis qu'il a pû faire
GALANT 171
quelque ufage de fa raifon , à
chercher la verité . Il a étudié
pendant plufieurs années , le
Texte de S. Auguſtin , & il a
long- temps travaillé à décou
vrir la veritable Doctrine de ce
Pere , perfuadé que de la parfaite
intelligence du Siflème de
ce S. Docteur , fur la Grace
dépendoient uniquement les
bon principes qu'on peut pren
dre fur les matieres de Theologie
. Ce Prélat a demeuré
quelques années à S. Magloire ,
& pendant qu'il y a cfté , il
s'eft fort attaché à M" Couer ,
Rufin , &c. & à quelques au
Pij
172 MERCURE
tres perſonnes de merite de ce
Seminaire , dont l'érudition cft
connue . Il paſſa de là , à S. Sulpice
, & il a de mefme demeuré
quelques années dans le Scminaire
de cette Paroiffe, toûjours
occupé des meſmes ſoins,
& n'ayant en vûë que de s'inf
truire & de chercher cette verité
, dont perfonne n'ignore
la découverte
fe fait quelquefois
dans un lieu plûtoſt que
dans un autre, puifque le S. Efprit
répand fouvent plûtoft fes
lumieres , dans une fituation ,
que dans une autre. On ne doit
pas douter que Mr l'Evefque
que
GALANT 173
de Gap n'ait oùy la voix inte
rieure de l'Efprit de Dieu, puif
qu'il y a peu de Théologiens
dans le Royaume , plus verfez
dans les matieres les plus épineufes
de la Théologie. Ses
lumieres luy feront d'un grand
ufage dans le Païs où il va
puifqu'il eft rempli de Nouyeaux
Convertis. Il eft fils de
Mr le Vibaillif de Vienne.p
Sit L'Abbaye d'Haut - Villiers
Diocefe de Rheims , vacante
par la mort de Mr l'Abbé de
Fourille , a efté donnée à M
N... de Noailles Evefque &
Comte de Châlon fur Marne,
te
P
iij
174 MERCURE
Pair de France. Ce Prélat eft ge
neralement eftimé à caufe de
l'étendue de fes lumieres & de
la régularité de fa conduite,
Il cft Frere de Mr le Cardinal ,
& de Mile Maréchal de Noailles
. Il a remis àS.M. laDomme
rie d'Aubrac qui eftoit depuis
fort long - temps dans la Maifon
de Noailles. L'Abbate
d'Haut- Villiers eft encore plus
confiderable par les Privileges
qui luy font attachez , que par
fon revenu , & elle a produit
de grands fujets.
M' l'Abbé de Brancas , a eu
l'Abbaïc de S. Gildas , Dioceſe
GALANT 175
de Vannes. Ce jeune Abbé eft
depuis peu Bachelier de Sorbonne
, & il brilla beaucoup
dans fa Tentative . Il eft du Diocefe
de Carpentras , où la branche
de Brancas- Cerelte eft établie
depuis pluſieurs fiécles . M **
deBrancas Cerefte font les aincz
des Ducs de Brancas . Ce jeune
Abbé cft Frere de M'le Marquis
de Brancas , Marefchal des
Camps & Armées du Roy, qui
a époufé Mlle de Brancas , Sour
de Mr le Duc & de Mr l'Abbé
de Brancas , & Fille de feu Mr le
Duc de Villars & de fa premiere
femme MadelaineClaire de Le-
P iiij
176 MERCURE
A
noncourt ; ainfi Mr & Me la
Marquife de Brancas font de
la mefme Maiſon , & par con-
Lequent parens , mais dans un
degré affez éloigné . La Mai
fon de Brancas cft ancienne & '
illuftre ; je vous en ay parlé fi
fouvent , que je ne vous en
diray rien aujourd'huy . Quelques
branches de cette Maifon
font établies dans le Royaume
de Naples & dans d'autres
Etats du Roy Catholique.
M ' l'Abbé de Belſunce grand
Vicaire d'Agen , a efté pourvû
de l'Abbaïe de Champbon
,
Dioceſe de Viviers . Cet Abbé
GALANT 177
eft Neveu de Mr le Duc de
Lauzun , & Fils d'une de fes
Soeurs, & Coufm Germain de
Mr le Marquis de Nogent, Il
eft d'une tres - ancienne Maifon
de Languedoc, qui a donné de
tres bons fujetsà l'Eglife , & qui
eft connue dans le Royaume,
depuis plufieurs fiécles . Mr.le
Marquis de Belfunce Frerende
cet Abbé , commande un Regiment
d'Infanterielen & fert
depuis plufieurs années avec
beaucoup de diftinction . Le
nouvel Abbé de Champbon
a donné des marques de fon
zele dans le Dioceſe d'Agen ,
178 MERCURE
où il fuivit Mr l'Evefque d'A
gen , lorfqu'il alla prendre pof
feffion de fon Eglife . Il ne
l'a point quitté depuis ce tempslà,
& il y a efté dans une aplication
continuelle, à fes devoirs ,
ne fongeant qu'à y remplir dignement
les fonctions de fon
miniftere. Il a un talent particulier
pour la conduite des ames .
L'Abbate de S. Jagut , en
Bretagne , a efté donnée à Mr
l'Abbé Rouffeau , qui porte
le nom de Laubanie, il eft Pricur
& Chef de l'Eglife Collegiale
de Brive la Gaillarde, en Limofin.
Il eft Frere aifné d'un
GALANT 179
qui
autre Abbé Rouffeau
porte auffi le nom de Laubanie,
Prieur Commendataire de
S. Cofme lez Tours . Ils font
l'un & l'autre Neveux de Mr
de Laubanie , à caufe de leur
Mere , qui eftoit Soeur de ce
Lieutenant Gencral , qui leur
a permis de porter fon nom
qui fera memorable à la poſterité.
Ces deux Freres ont
beaucoup de vertu & font
dignes des égards que leur Oncle
a pour eux Celuy qui
vient d'eftre nommé à l'Ab
baïe de S. Jagut, eft tres- fçayant
, il a paffe la plus grande
,
180 MERCURE
partie de fa vie dans l'étude,
& Mr de Laubanie , qui a pris
foin de fon éducation , n'a
rien oublié pour le faire bien
élever. L'Abbaïc de S. Jigut
eft tres-ancienne , & elle eft
connue en Bretagne, & dans
les Provinces voifines , comme
un lieu fecond en Saints perfonnages
elle en a produit
beaucoup dont les Reliques
font aujourd'huy , l'objet de
la veneration des Bretons. I
y a auffi de fçavans Religieux
dans cette Abbaïc , un defquels
travaille à l'Hiftoire de Bretagne.
:
GALANT: 181
Mr l'Abbé Fleury, Abbé du
Locdieu, a eu le Prieuré d'Argentcüil
Diocefe de Paris , va
cant par la mort de Mr le
Cardinal de Coiflin. Cet Abbé
a efté Sous - Precepteur de
Meffeigneurs les Princes . Il a
remis entre les mains du Roy
l'Abbaïe du Locdieu. Le nom
de Locdien , fera à l'avenir celebre
, puifqu'il fe trouvera
dans un grand nombre d'excellens
Ouvrages , que M ' l'Abbé
Fleury a donné au public , &
où il prend la qualité d'Abbé
du Locdicu . L'Hiftoire Ecclefiaftique
, eft l'Ouvrage de ce
182 MERCURE
fçavant Abbé, qui doit le plus,
rendre fon nom confiderable
à la poſterité : C'eft un des meilleurs
Livres que l'on puiffe trouver
en ce genre. Cet Abbé a
auffi donné au public plufieurs
autres Ouvrages, qui luy one
fait beaucoup d'honneur. Ses
livres de pieté qui ont été fi bien
reçûs , font découvrir en luy un
grand fond de probité, & font
voir qu'il a toûjours exercé tou
tes les vertus Chrétiennes , &
qu'il merite l'avantage qu'il a
eu d'avoir travaillé àl'éducation
des Enfans de France . Mr l'Ab
bé Fleury vit à preſent dans
GALANT 183
une grande retraite , afin d'étudier
avec plus de tranquillité.
Le Prieuré du Pleffis Dio .
cefe de Bayeux , a eſté donné
à Mr l'Abbé de Gaffé - Matignon.
Cet Abbé auffi diftingué
par fon merite & par
fa vertu , que par fa naiffance
, avoit poffedé il y a quel
ques années l'Abbaye de Cherbourg,
en Normandie, qui eft
au milieu des terres de la mai
fon de Matignon ; mais comme
il y avoit de grandes reparations
à faire dans cette
Abbaie & de gros procés à
foûtenir , Mr l'Abbé de Gaffé
184 MERCURE
la remit au Roy , qui en pour
veut Mr l'Abbé de Villemareuil
Chanoine de Noftre-
Dame , dont je vous parlay
amplement, il y a quelque mois
en vous apprenant la mort.
Sa Majefté dont la juftice couronne
toutes les actions , fe
fouvenant que Mr. l'Abbé de
Gaffé , luy avoit remis l'Ab
baïe de Cherbourg , luy a
donné le Prieuré du Pleffis , qui
eſt d'un revenu confiderable
& qui vaquoit par la demif
fion de Mr l'Abbé de Tallard ,
qui reftant feul de fa Maiſon .
a cité obligé par des ordres
GALANT 185
réiterez de Mr le Marefchal
fon Pere , d'entrer dans les
Mouſquetaires . Mr l'Abbé de
Gaffé eft neveu de l'ancien
Evefque de Condom , & Coufin
de Mrs de Seignelay , &
des fils de Mr le Comte de
Marfan.
Mc de Rothelin a efté nommée
à l'Abbaye de Nôtre Dame
de Protection . Perfonne
n'ignore , que la maiſon de
Rothelin , vient d'une grande
fource , & qu'étant fortie de
la maifon de Longueville , elle
a l'honneur d'appartenir à la
Maiſon Royale. La Dame , à
Avril 1606.
186 MERCURE
qui le Roy vient de donner
cette Abbaye , s'eft toûjours
diftinguée , par la pratique
exacte des vertus religieufes
& le choix de Sa Majelté , a efté
generalement applaudi . L'Abbaye
de Nôtre - Dame de Protection
, eft dans le Diocefe de
Coûtance : Elle eft remplie de
Filles de merite & de condition,
qui y menent une vie tres- réguliere,
& tres- édifiante , luur
Le Roy a donné l'Abbaye
du Locdicu , vacante par la dés
miffion de Mr. l'Abbé Fleury
à l'ancien Evefque de Limoges
Ce Prelat , qui eft de la maiſon
GALANT 187
de Canifi , établie en Normandie
, depuis plufieurs ficcles ,
s'eft diftingué dans fon Diocefe
, pendant peu d'années ,
qu'il y a demeuré, par ſon zele
, par fa charité , & par une
application continuelle à fes devoirs.
Il a fait plufieurs fois la
vifite de ce vafte Diocefe. Il eft
entré dans le détail de toutes
les affaires qui regardent le Spi
rituel , fans vouloir s'en repofer
fur fes Grands Vicaires , qui
ont eu peu de travail, fous fon
Epifcopat. De figrands travaux
ont épuifé les forces de ce
pieux Prelat ; & comme il s'eft
Qij
188 MERCURE
vû hors d'état de fervir fon Eglife
, avec la même vigueur , il
en a voulu abandonner la conduite
, à quelque autre qui cût.
plus de forces . Le Roy qui connoift
le merite de Mr deCanify,
a refufé long- temps fa démiffion
; mais ce Prince s'eft enfin
rendu aux ardentes prieres de
ce Prelat.
L'ancien Evefque de Gap , a
reu la Dommeric d'Aubrac , vacante
par la démiffion de Mr
l'Evefque de Châlons fur Marne
. Cette Dommerie , eft une
efpece d'Hôpital , dont la Regic
, qui cft d'un revenu affez
•
IGALANT 189
confiderable , eft depuis long
temps dans la maifon de Noailles.
Le Cardinal de ce nom
n'étant encore qu'Evefque de
Châlons , l'avoit poffedée. Ses
Anceftres ont fait de grands
biens à l'Eglife d'Aubrac : On
en voit les Armes en plufieurs
sendroits de ce lieu ; & ce font
des Monumens de la pieté , &
de la liberalité des anciens Seigneurs
de Noailles. L'ancien
Evefque de Gap, eft fils de feu
Mr Hervé, Doyen de la Granade
Chambre, & un des plus cefebres
Magiftrats de cet Augufte
Corps. Il eft frere de Me
190 MERCURE
Hervé , Confeiller au Grand
Confeil , & de M la Marquife
de Riantz , qui a deux fils & une
fille . L'aîné eft Docteur de Sor
bonne , & d'un grand merite
Le fecond eft Officier, dans la
Gendarmerie. Il a efté fort
bleſſe en Allemagne. Mlle de
Riantz, eft connue par fon ef
prit , & par fes agrémens: Mr
Hervé avoit fuccedé en l'Evef
ché de Gap, à Mr Meliand , &
celuy- ci , à Mr de Mechatin ,"
Comte de Lyon , & qui avoit
efté Official de la Primace.
Avant que l'Empereur traitaft
l'Electorat deBaviere, d'une
a
GALANT 19t
de
la Guer
maniere qui a fait horreur à
toute la terre , & qui luy en a
attiré l'indignation
, on regar
doit l'Europe, comme la feule
partie du monde, exempte
Barbaric
, & quoy que
reyregnât
fouvent ainſi que
dans les autres , on remarquoit
qu'elle s'y faifoit avec des regles
qui faifoient conferver une efpece
d'honnefteté
, éloignée de
la tirannic , & des manieres barbares
, auquelles la plus grande
partie des autres peuples, eft accoûtumée
; mais on eft non
feulement
furpris , de voir aujourd'huy
le contraire ; mais
192 MERCURE
que l'on y rencherit fur la
cruauté des peuples , les plus
barbares
, qui font en quelque
façon excufables, puiſqu'ils fuivent
leurs loix & leurs ufages ,
dont on fe peut garantir en
ne tombant pas dans les fau
tes, par lefquelles on s'attire ces
traitemens barbares , mais les
peuples de Baviere n'ont point
eu de moyens de fe mettre à
couvert du cruel traitement
qui leur a efté fait , & qu'on
feur fait encore tous les jours
puifqu'il eft contre les regles ,
& contre tous les ufages qui
Sobfervent
en Europe
, & qui
ne
GALANT 193
ne les pouvoient prevoir. On
les a attaquez fans fujet , on
les a mis dans la cruelle neceffité
de fe deffendre , fans
qu'ils puffent faire autrement ,
afin d'avoir lieu de les traiter
de rebelles , & de les accabler
fous ce faux pretexte : en effet
que peuvent faire des peuples,
dont on exige des fommes
qu'ils ne peuvent donner : cependant
on leur fait un crime
de leur impoffibilité, on détruit
tous leurs biens , on enleve
ce qui ne pourroit qu'à
peine fuffire à une partie de
leur fubfittance , on détruit
Avril 1706. R
194 MERCURE
toutes les places fortifiées qui
peuvent mettre leurs Souve
rains à couvert des infultes ,
& l'on travaille à la ruine en-
:1
tiere de leurs Etats , & pouren
venir à bout, fous quelque prétexte
, on a cherché a faire nat
tre de faux fujets de plaintes ,
& de rebellions , & tout cela
pour accabler
un Prince dont
-on cft ébloui de l'éclat de la
gloire, & dont onne pourroit
allez
reconnoiftre
les fervices,
non plus que ceux qui ont efté
rendu par fes Anceftres ; mais
on ne fait pas attention
que
loriqu'on
en ufe de la forte ;
GALANT 195
on fe met en cftat de faire re
volter fes propresfujets contre
foy mefme , tant ils doivent
aprehender la fuite de la domination
d'un Prince, qui commence
à regner , en traitant
les Princes aufquels, on pourroit
dire , qu'il doit tout ce qu'il eft,
avec une barbarie , inouye en
Europe jufqu'à fon ficcle , &
qui n'a pour loix , que la vo-
·lonté , & une paffion demefurée
, à laquelle fon emportement
naturel ne luy permet pas
de mettre de bornes . Je fouhaite
d'avoir peu d'occafion, de
-vous en parler , puifque je ne
Rij
196 MERCUR
Vous pourrois rien dire que
d'affligeant , pour les peuples
d'Allemagne , qui doivent apprehender
les effets d'une colere
, dont rien ne peut arrêter
l'impetuofité. Je vous envoye
une lettre qui regardeles affaires
de Baviere , & qui merite
beaucoup d'attention . Ellen'eft
pas nouvelle ; mais je n'ay peu
vous l'envoyer plûcoſt , puiſqu'il
n'y a pas long - temps qu'elelt
tombée entre mes mains,
vous y verrez combien la maifon
d'Autriche , doit à celle de
Baviere , ce que cette derniere
-a fait pour elle , & la manicGALANT
197
re dont elle en eſt recompenfée
; mais il eft ordinaire aux
Princes ambitieux ,de chercher
à affoiblir, le pouvoir de ceux à
qui ils doivent beaucoup , parce
que leur préfence , & leur
merite perfonnel , ſemblent le
leur reprocher , & que l'eclat
qui accompagne
toutes leurs
actions les éblouit , & leur fait
de la
peine.
A Munich ce premier Mars.
Vous me demandez , Monfieur,
des nouvelles de noftre infortunée
patrie ; je nepuis vous en appren-
R iij
198 MERCURE
dre que de triftes d'affligeantes :
les violences des Miniftres de
l'Empereur yfont portées aux
plus grands excés ; les gens de
guerre y vivent , non pas comme.
dans un pays libre & independant,
on dans un pays foumis à la domination
de l'Empereur ; Mais
comme dans un païs de conquête, que
L'on à refolu de détruire , & dont
on veut abfolument éteindre le
fouvenir, & empefcher qu'il n'en
refte aucun veftige à la pofterité,
Sice n'eftpas là tout àfait l'intention
des Miniftres de l'Empereur,
c'est du moins , ce que l'on doit inferer
de la conduite qu'ils tiennent
GALANT 199
à l'égard des Bavarois. Celle
qu'ils ont pour noftre Sereniffime.
Maiftre,n'eft gueres plus moderée.
Ils en parlent comme d'un rebelle ,
que la Maifon d'Autriche à èlevé,
& qu'elle fçaura bien detruire
quand elle voudra. Ce font les
termes qu'ils employent dans plufieurs
petits écrits , injurieux àla
perfonne de ce valeureux Prince ,
qu'ilsfont courir dansle monde . Ce
nom de rebelle convient-il bien à
un Electeur de l'Empire ? à un
Prince Chef d'une Maifon Souveraine
, & connue en Allemagne,
plus de 600. ans avant celle
d'Autriche , d'une Maifon enfin !
Riiij
200 MERCURE
qui poffedoit des Etats en toute
fouveraineté, plus deux cens ans
avant que celle d'Hapfbourg , fuſt
fortie du rang de la fimple Nobleffe
; & qui accordoit fa protection
aux Empereurs d' Allemagne ,
dans un temps , où ceux , dont les
Princes d'Autriche font iffus
n'eftoient qu'Officiers de la Maifon
des Rois de Boheme. Je ne m'atta
chepas à prouver une chose qui eft
connue de toute l'Europe , & qui
n'eft ignorée de perfonne , il
fuffit de dire , que les termes dont
Les Miniftres Imperiaux ,fe fervent
à l'égard de Mr l'Electeur de
Baviere, attaquent en fa perfonne
GALANT 201
tous les Princes de l'Empire ,
que l'Empereur laiffe assez voir
par cette conduite , le peu d'égard
qu'il a pour ceux qui compofent le
Cercle de l'Empire. Si le nom de
Rebelle ne convient point à Son
Alteffe Electorale ; celuy d'Ingrat
luy convient encore moins . Ilfaudroit
estrepeu inftruit dans l'hiſtoire
de l'Empire , & furtout ignorer
entierement,ce quife paffa dans
le commencement du dernier fiecle,
poureftrefufceptible des impreffions,
que l'Auteur deces petis écrits veut
donner. Favoue que c'est de la
maifon d'Autriche , que les Ducs
de Baviere , tiennent l'Electorat ;
202 MERCURE
que
a
mais c'eſt un prefent , qu'elle ne
pouvoit faire à aucun autre Prince,
& ce prefent n'eft pas à beaucoup
prés fi confiderable , que celuy
que
la maifon de Baviere a
fait à celle d'Autriche. La dignité
d'Empereur, eft plus importante
celle d'Electeur , fi les Ducs
de Baviere tiennent celle - cy de la
liberalité des Empereurs de la maifon
d'Autriche , ces mefmes Empereurs
, ils ne peuvent le defavouër,
tiennent de la generofité
des Ducs de Baviere la dignité
Imperiale.Ferdinand ſecond , Archiduc
de Gratz , bifayeul de
l'Empereur,qui regne aujourd'huy
GALANT 203
auroit-il jamais pú parvenir à cette
haute dignité , fans les bons of
fices de Maximilien Duc de Baviere
! que dis-je , fans la generofité
de ce Prince , qui ceda l'Empire
, dont il eftoit affûré , à Ferdinand.
Frederic Electeur Palatin,
& gendre de Jacques premier Roy
d'Angleterre, avoit d'abord enquelques
veuës qu'il nefuivit pas enfuite,
voyantbien que la religion
proteftante qu'ilprofeffoit , étoit un
obftacle invincible ; il renonça à
la verité, à fes prétentions , mais
d'une maniere qui devoit ôter infailliblement
l'Empire¸à la maiſon
d'Autriche ; aprés la mort de l'Em204
MERCURE
Roy
des
pereur Matthias; ilfejoignità Maximilien,
Duc de Baviere ,fon coufin
, à qui il procuroit les voix
deux autres Electeurs proteftans ,
s'il en eût voulu profiter, comme le
d'Angleterre , & tous les
Princes d'Allemagne , qui estoient
las du joug de la maifon d'Autriché
; l'en preffoient. Maximilien
avoit encore la voixde Ferdinand,
Electeur de Cologne , fon frere :
toutes ces voix fuffifoient pour élever
Maximilien àl'Empire, malgré
toutes les intrigues de la maifon
d'Autriche ; d'ailleurs les autres
Princes d'Allemagne auroient
efté ravis de donner une entiere
GALANT 205
exclufion à Ferdinand , Archiduc
de Gratz , nouvellement élû Roy
de Bohême , & que l'Empereur
Matthias , qui n'avoit pas encore
long- temps à vivre , defignoit pour
Jon fucceffeur. Ce Prince avoit
des manieres de hauteur , qui ne
leur plaifoient point ; la conduite
qu'il avoit tenue à l'égard du Cardinal
de Clefel , Evêque de Vienne
, premier Miniftre de Matthias
les avoit entierement aigris contre
luy. Ce Prélat nefongeoit qu'àramener
parla douceur , les Peuples
de Bohême, qui s'étoientfoûle-vez
& à leur faire accorder de nouveauxprivileges
, au cas que la ne206
MERCURE
ceffité des affaires, le demandât ; ib
n'inſpiroit à fon maistre que des
penfées de paix & de moderation
& luy infinuoit, en même temps
que fion en venoit à uneguerre ou
verte
, le Roy Ferdinand deman
deroit le commandement de l'ar
mée, & qu'il fe rendroit par là
• le maître des affaires. La conjonctu
re cependant , où se trouva l'Empereur
l'obligea de lever des trou
pes , à quoy ilfut déterminé par
le Roy de Bohême
duc d'Infprukfon frere, es par le
Conte d'Ognate , Ambaffadeur
d'Espagne ; Ferdinand ne manqua
pas d'en demander le com
par
l'Archi-
1
GALANT 207
mandement ainsi que l'avoit predic
le Cardinal de Clefel , & comme
l'Empereur ne pût le luy refu
fer, fon fage Miniftre luy infinua
de limiter fon pouvoir & de nommer
un Confeil de guerre , compofe
defesplusfideles Officiers , dont Ferdinand
feroit le chef, maisfans lequel
, ce Prince ne pourroit rien
faire. Le Roy de Boheme connut la
main qui luy portoit le coup , & il
refolut defe vanger. Ses emiffaires
fes creatures commencerent
crier hautementcontre le Cardinal,
à l'accufer de femer la divifion
duns la famille Imperiale , d'eftre
un ennemy fecret & dangereux
208. MERCURE
de la maifon d'Autriche , d'avoir
d'étroites intelligences avecles béretiques
, & de plufieurs autres
chefs. Ces rapports ne firent aucune
impreffionfur l'efprit de Mathias
qui connoiffoit affez la pro
bité & les intentions droites de
fon Miniftre,c'eftpourquoy le Roy
de Boheme, l'Archiduc Maximilien,
& le Comte d'Ognate defefperant
d'obliger l'Empereur
chaßer luy même ce Cardinal
prirent la réfolution de s'en def
faire : onpropofa d'abord de l'affa
finer , mais comme le meurtre
l'Empereur Ferdinand I.leur ayent
avoit faitfaire du Cardinal Mar-
د
que
GALANT 209:
nutius en Hongrie , avoit autrefois
mis ce Prince à deux doigts
de fa perte , & que d'ailleurs.
le Cardinal Clefel , étoit dans fa
Ville Epifcopale , circonſtance qui
rendroit ce crime encore plus atroce,
ilsjugerentplus à propos defefaifir
de fa perfonne , & de le renfermer
dans quelque prifon , àl'infçu
de l'Empereur ; on appella donc cét
infortuné Prélat au Confeil , qu'on
luy dit , qui fe tenoit dans l'appartement
de l'Archiduc Maximilien
; à peine fut-il dans l'antichambre
, qu'il fut arrêté , jetté
dans un Carroffe , & conduit fous.
une groffe eſcorte , au Château
Avril 1706. S
1
210 MERCURE
d'Infpruck. l'Empereur enfut au
defefpoir , mais la colere de ce Prince
infirme :fut impuiJante ; il menaçoit
d'aller demander du fecours
aux Evangeliques de Bohéme, fi
on ne luy rendoit fon Miniftre.
Le Cardinal de Dicthriftein , qui
étoit d'intelligence avec Ferdinand,
appaifa un peu ce Prince, & l'obligea
de recevoir le Roy de Bohéme,
l'Archiduc,qui luy demanderent
pardon , les deux Princes luy promirent,
qu'ils ne fe mêleroient plus
du gouvernement , & le pauvre
Matthias,que la mort talonnoitfut
contraint, de fe contenter de leurpa
role. C'eftpeu aprés cette action vio
GALANT 211
lente la mort de cet Empereur
que
arriva . Ce Prince mourut, accablé
de chagrins de difgraces , an
mois de Mars de l'an 1619. &
il ne fautpas douter, que l'Archiduc
de Grats fon coufin , & qu'il
avoit adopté, n'euft avancé fes
jours. Dans la mauvaise difpofition
où tout l'Empire eftoit contre
cet Archiduc, qui n'était pas même
encore bien affeuré defucceder
Couronnes de Hongrie er de Bo
héme , on n'euft jamais une plus
belle occafion d'arracher l'Empire
d'une maison , qui le regarde depuis
plufieurs Siecles , comme une
partie de fon patrimoine ; &fi
Sij
212 MERCURE
on ne le luy ofta pas , alors ce fut
uniquement à Maximilien , Ďuc
de Baviere,que cette maison enfust
redevable. Favoue qu'on jetta
les yeux fur plufieurs Princes :
Charles Emanuel,Duc de Savoye
fe flattafort ferieusement, pendant
quelque temps , d'eftre préferé. Ce
fuft dans cette veuë ,
"Amedée ,fon fils qui devoit époufer
Madame Chriftine de France,
fille de Henry le Grand , vint
luy-mefme à Paris , pour achever
ce mariage; e pour fonder fur
ce fujet , l'efprit de la Cour. Ilfe
que
Victor
mêla de l'accommodement de Loüis.
XIII, avec la Reynefa mere , qui
GALANT 213
eftoit à Angoulême , & il crut
engager, parcette negociation, cette
babile Princeffe , dansfes interefts.
On croit même, que Dupleffis Mornay,
avoitparlé,le premier, decette
affaire. Je conviens encore que.
Frederic, Electeur Palatin,quifûtenfuite
couronné Roy de Bohême,
prétendoit hautement à l'Empi
re ; mais enfin il ne reftoit que
feul Duc de Baviere, qui pûtfaire
tefte à Ferdinand : l'Electeur
Palatin , convaincu que la religion
proteftante , commeje l'ay
desja dit , luy donnoit une exclufion
infurmontable , s'eftoit réüni
avecfon confin , ilfollicitoit
214 MERCURE
ouvertement pour luy ; quant .
au Duc de Savoye il n'y fongeoit
plus , au temps de l'élection ;fon
party eftoit tropfoible, s'il eft même
vray qu'il y en eût eu un de
formé en fa faveur. Le fuccez
étoit donc infaillible , fi le Duc
Maximilien eût perfifté à demander
l'Empire ; mais bien loin de
foutenirdefilegitimes prétentions ,
il fe donna tout entier, avec le parti
qui luy étoit attaché, à un Prince,
dont il ne prévoyoit pas , fans
doute , que le petitfils & l'arriere
petit fils, feroien les plus irreconci
liables ennemis defa pofterité; que
dis-je , les deftructeurs & les tirans
de la Baviere.
GALANT 215
Jugez à prefent, Monfieur,fic'eſt
la Maifonde Baviere , ou celle
d'Autriche , qui doit eftre taxée
d'ingratitude ; s'ilfied bien à l'Empereur,
de dire qu'il a élevé la Maifon
de Baviere ; & laquelle enfin
de ces deux Maifons , eft laplus redevable
, à l'autre , de fon éleva
tion. Les commencemens de la
Maiſon d'Autriche, ont estéfi obfcurs
quefes Partifans ne devroient
jamais toucher cette corde ; fa fortune
d'ailleurs, de tems à autre , a
eftéfi chancellante , qu'elle devroit
tirer une grande leçon de moderation
, de cette varieté de difgraces
humiliantes & d'evenemens glo216
MERCURE
rieux. Mais non ! rien ne corrigera
jamais les Princes de cette
Maifon ; unefierté orgueilleufe ,
eft le caractere dominant de tous
ceux qui enfortent. Je quitte cette
trifte matiere , Monfieur , elle eft
trop affligeante , & je ne trouve
plus rien au bout de ma plume ,
tant j'ay le coeurferré, d'eftre , tous
les momens de lajournée , le triſte
témoin des calamitez de ma Patrie;
Je Suis voftre , &c.
Je crois que les malheurs
des Bavarois, ne font a encore
finis , & que je n'auray que
trop dequoy vous en entretenir
dans la fuite , mais plus je vous
en
GALANT 217
en parleray, plus le Prince, qui
les fait fouffrir éloignera de lui,
l'amour de fes peuples mêmes,
qui le craindront plus qu'ils ne
laimeront ; mais l'obéiffance,
qui n'eft fondée que fur la
crainte , n'eft pas fouvent de
longue durée. C
Les trois articles que vous
allez lire regardent la mort des
Gouverneurs de l'Acadie , de
S. Domingue , & des Ifles de
Cayennes,
Mellire Jacques François du
Bourouillan, Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , Gou
verneur de la Province de l'AAvril
1706 .
I
218 MERCURE
2
cadie , dans la nouvelle France,
cy-devant Gouverneut de Plaifance,
dans l'Ile de Terre neuve
& Terres adjacentes , mourut
le 23. Septembre de l'année
derniere âgé de 51. an , en arrivant
à fon gouvernement de
l'Acadie ; il a fi bien fait for
tifier le Fort Louis de Plaifance
qu'il peut paffer pour impre
nable. Il y fut attaqué deux
fois dans la derniere guerre par
deux Efcadres Angloifes qu'il
repoufla vigoureulement ; &
s'étant rendu maistre en 1696:
de toutes les Colonies , que les
Anglois occupoient dans l'Ifle
GALANT 219
deTerre neuve , il y prit environ
40.Vaiffeaux chargez de Mouruë.
En 1704. il fut attaqué au
Port Royal de l'Acadie, par les
Anglois , avec 30. Vaiffeaux ,
qui furent obligez de fe retirer
fans faire de defcente . Il avoit
fix freres , cinq defquels font
morts dans la derniere guerre,
en fe diftinguant au Service de
Sa Majefté ; ils étoient fils de
Meffire Jacques du Bouroüillan
, & petit fils d'Arnaud du
Bouroüillan , Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roy
Louis XIII. d'heureufe memoire
, & Colonel du Regi
I ij
220 MERCURE
ment de Guienne ; Jacques
François de Bouroüillan,a laiffé
en mourant deux neveux , qui
fuivent fes traces , dans le Service
de Sa Majesté , l'un eft
Commandant des Troupes de
l'Acadie , & l'autre Major, des
Dragons du Regiment de la
Vrilliere.
Mr Auger , Gouverneur de
S. Domingue , y mourut le 8 .
Octobre dernier , fort regreté
des Colonies . Il avoit eſté longtemps
Gouverneur de la Guadeloupe
, où il fe faifoit tellement
aimer des Officiers &
des Habitans , par fes manieres
GALANY 221
honneftes , qu'ils ne l'ont vû
mourir , qu'avec un extréme
regret , & toute la Colonie de
S. Domingue , aufli-bien que
les Officiers & les troupes generalement
, ont efté fi fenfibles
à la perte , qu'ils en ont
faite , qu'ils n'ofent fe promettre
de la voir reparée , de
long-temps , tant ils trouvoient
de douceur à fon Gouvernement
.
Meffire Pierre Eleonor de
dé Ferrolles , Marquis dudit
licu , Chevalier de l'Ordre de
S. Louis , Gouverneur dés
Ifles de Cayenne & Terres-
Tiij
222 MERCURE
Fermes de la Cayenne ; Licu
tenant General des Iles de
l'Amerique Meridionale , eft
mort dans fon Gouvernement,
âgé de 56. ans. On doit remarquer
que ce Gouvernement
s'étendoit , depuis la riviere
des Amazones , jufqu'à
celle de Suriname , où il y a
- un établiſſement d'Hollandois,
qui en 1666. en firent la Conquefte
fur les Anglois , fous
le Commendement du Contre-
Amiral Kreizen , à qui feu Mr
le Chevalier de Lezy de la
Barre , alors Gouverneur de
Cayene,fournit deux Vaiſſeaux
GALANT 223
& deux cens hommes de fa
Garniſon , pour cetre expedition
à quarante licues ou cnviron
à l'Ouest de Cayene . Mr
de Ferroles avoit fuccedé à ce
Gouvernement , il y a environ
vingt ans , à Mr de la Barre ,
Capitaine de Vaiffeau & Frere
de Me la Prefidente de Quincy
, & de Me d'Ormeffon .
Il alla comme Garde de Marine,
à Cayene en 1677. lorfque
Mr le Maréchal d'Eltrées
en alla chaffer les Hollandois.
Ce Marefchal le laiffa Ayde-
Major à Cayene , dont il fut
Major quelque temps aprés ;
I iij
224 MERCUR I
*
& enfuite Lieutenant de Roy ,
jufqu'à ce qu'il eut fuccedévà
Mr de laBarre.Quelques années
aprés , il executa avec beau
coup de valeur & peu de troupès
, les ordres qu'il reçut de
la Cour , d'aller chaffer les Portugais
, des trois Forts qu'ils
eftoient venus conftruire fur la
rive Septentrionale de la riviere
, des Amazones vers fon
embouchure. Il n'avoit que
quatre -vingt-dix hommes ; ilen
chaffa deux cens Portugais,fou
tenu de fix cens Indiens , rafa
deux de leurs Forts , laiffa garnifon
dans le troifiéme, nommé
GALANT 225
Makapa , & revint à Cayene
avec les cinq ou fix Canaux ,
ou Pyragues , qui avoient fervi
à cette expedition , & avec
lefquels,ilauroit pû chaffer tous
les Portugais , ainfi que de Para
leur Capitale & des autres
poftes , qu'ils ont fur la rive
droite de cette riviere ; mais les
ordres de la Cour , portoient
de les chaffer feulement de ces
Forts qu'ils avoient bâtis fur
les Terres dépendantes du Roy.
Monfieur de Ferroles avoit à
Cayenne, & dans la Terre Ferme,
voifine , des établiſſemens
confiderables de fucrerie , de
226 MERCURE
de la Co-
Rafineric , & de Manufactures
d'Indigo ; il a laiffé le Païs tran
quille, & dans une intelligence
parfaite avec diverſes Nations,
fauvages de l'Ile de Cayene
& du Continent , defquelles il
tiroit auffi bien que
lonie , une infinité de commoditez
, ce qui la rend tres - floriffante
, fur tout à cauſe du paffage
, aux Iles de l'Amerique ,
des Vaiffeaux qui viennent des
Coftes d'Afrique, chargez d'Efclaves
Negres
.
Mr d'Orvilliers a efté nommé,
par SaMajefté , pour aller
remplir la place de feu Mr de
GALANT 227
Ferolles , fous lequel il a efté
long- temps Lieutenant de Roy.
Il eft à Rochefort preft à s'embarquer,
ſur une fregate, que Sa
Majefté luy donne pour le
porter à Cayenne , & pour en
rapporter la veuve de Mr de
Ferolles , fille cadette de feu
Mr del- Rieux , cy - devant
Maistre d'Hoftel Ordinaire du
Roy.
La Lettre qui fuit , eft
d'un Membre du Parlement
d'Angleterre, j'aurois pû vous
l'envoyer , dés le mois paffé ;
mais l'abondance de la matiere
, dont j'étois accablé , fut
228 MERCURE
caufe qu'elle ne pût trouver
place dans ma Lettre .
Je crois que je puis , Mr ›
vous parler avec quelque certitude
, des bruits de Paix , qui fe
font répandus au-delà de la Mer.
Il eft certain , que quelques Cantons
Suiffes , ont fait fonder fi
·leur médiation feroit agreable aux
Puiffances qui font en guerre . Il
n'eft pas moins vray , que ni ceux
qui nous gouvernent , ni les Zelateurs
de noftre Cour, n'y paroif-
·fent point du tout difpofez. Ce n'est
-pas, que les Peuples ne la fouhaitent
autant que nous. On ne juge
GALANT 229
pas que laNation Angloife , foit encore
affes abbaiffée par le payement
des gros fubfides , que nous
donnons pour le foutien des dépenfes
importantes de la guerre ; on
veut , s'il m'eft permis de m'expliquer
ainfi , la reduire dans une
fi grande mifere , qu'elle ne foit
pas en état de donner,dans la Paix,
aucun ombrage , à ceux qui ont
l'Adminiſtration des Affaires. On
eft fi fort perfuadé , que le calme
eft incompatible avec le Regne
d'aujourd' buy , qu'on croit fe fla
ter, mal à propos , de pretendre
voir fi-toft la guerre terminée . Il
fuffit de parler de Paix, en ce Païs
230 MERCURE
ici, pour eftre regardé, comme enne
mi du Gouvernement. Je nesçaurois
mieux vous perfuader de cette
verité, qu'en vous envoyant l'Extrait
de la Lettre, queMilord Har
lay, Secretaire d'État, a écrit, par
ordre de la Reine , dans toutes les
Cours de l'Europe.
Ce Milord expofe , d'abord,
que les bruits qui fe font répandus
, d'une prochaine Paix,
font des effets de l'artifice de la
France ; que la Reine luy avoit
ordonné d'écrire à fes Miniftres,
dans les Cours étrangeres,
pour
les exhorter, à détruire ces
bruits , qui fe trouvent oppoGALANT
231
fez aux intereſts de la Couronnc
, & au ſervice de fa Majeftés
leur ordonnant , en mefmetemps
, autant qu'il fera en leur
pouvoir , d'empêcher que les
Princes , prés defquels ils refident
, ne fe laiffent point furprendre
par de parcils bruits ,
& n'écoutent aucune propofition
de Paix.
Que nous fommes à plaindre ,
Mr, de voir dans de pareils fentimens
, ceux qui gouvernent la
Nation ; autrefois, on fe plaignoit
que la France ne refpiroit que
trouble, & la confufion , afin qu'à
la faveur de la
la guerre , elle pût
·le
1
232 MERCURE
parvenir à la Monarchie univerfelle
mais les reftitutions
qu'elle fift par le Traité de Rif
wich ayant paru , aux yeux
de l'Europe , fort opposées à cette
ambition , on veut prefentement
,
que ce foit dans la Paix, que la
France cherche ces avantages
.
Ouy, Mr, il n'y a point de
bon Anglois, qui pour faire fa
Cour, ne doive rejetter toutes les
propofitions
de Paix , qui pourront
eftre faites, quelques raisonnables
qu'elles foient , parce que la Reine
les défaprouve
; vous en concevez
affez la raison , fans que je m'explique
d'avantage. Il me paroift
GALANT 233.
nous
cependant , qu'il feroit plus avantageux
e plus glorieux à la Nation
Angloife , de chercher des tem-
•perammens , pour terminer à l'amiable,
les differens des deux Maifons
concurrentes , que de facrifier
fes richeffes, & de répandre lefang
des Sujets, dans une guerre ,où n
avons fi peu d'intereft . Mais enfin
, l'objet principal , de ceux qui
-gouvernent l'Angleterre, eft comme
je vous l'ay déja fait obferver,
de reduire les Anglois , au trifte
état où font tant d'autres Nations,
que leur mifere retiennent dans
Fefclavage. Noftre Commerce , qui
-qui enrichiffoit nos Peuples , &
Avril 1706 . V
234 MERCURE
rendoit la Nation Angloife refpec
table dans le Vieux, & dans le
-nouveau Monde, eft prefque entie-
-rement ruinée ; & à moins que le
-Parlement ne prenne de juftes mefures,
pour relever ce Royaume, il
va tomber dans la derniere mifere.
F'efpere qu'au premier jour , je
vous donneray
l'éclairciffement
que vous me demandez , afin de
-vous prouver, avec combien d'attachement
, Je fuis , &c.
Cette Lettre auroit un grand
relief, s'il m'étoit permis de
nommer , non pas celuy qui
l'a écrite , qui eſt un bon Anglois
, que je n'ay pas l'honGALANT
235
1
neur de connoiftre , mais celuy
qui l'a requë , dont le nom
& le merite font connus en
beaucoup d'endroits , & qui
remplit , avec beaucoup de reputation
un Employ de diftinction
, dans une Cour voifine.
Quoique l'Article fuivant
ne foit pas nouveau , il ne laiffera
pas de faire connoiftre
l'esclavage
, où le trouve pre-
·fentement
le Parlement
d'Angleterre.
Dans le tems que le Parlement
deliberoit
fur l'acte qui a pour
stitre : Acte pour la plus grande
Vij
236 MERCURE
fureté du gouvernement deSaMajefté,
& de la fucceffion de la Cou
ronne. Mr Cefard , membre de
la Chambre haute, s'étant levé ,
de fa place dit d'une voix fer-
-me , & d'un ton mécontent.
Milords, inutilement travaillerons-
nous à la feureté du gou
vernement tant que la Reine
employera,dans les affaires lesplus
fecrettes, des gens peu affectionnez
à l'Etat , il y a actuellement un
noble Pair fans l'avis duquel Sa
Majefté ne fait rien , qui ,fous le
regne precedent , entretenoit une
étroite correfpondance avec les ennemis
de l'Etat je doute méme
GALANT 237
qu'il n'ait encore avec eux, de fortes
intelligences.
Mr Cefard cût à peine achevé
de parler, que tous les Milors
fe regardans les uns les autres
, Milord Chancelier, com-
-meOrateur né de la Chambre,
prit la parole & dit , que ce dif
cours étoit injurieux à la Reine
au gouvernement ; & il fut
ordonné à Mr Cefard de fortir
de la Chambre, & enfuite il fut
conduit prifonnier à la Tour.
-On voit par là que les membres,
du Parlement d'Angleter
re n'ont plus la liberté de par
ler , comme autrefois , pour la
238 MERCURE
bien de la nation , lorfque ce
qu'ils ont à reprefenter , eft
contraire aux interêts de la
Cour.
Quoyque ce qui fuit ne foit
pas arrivé nouvellement , il ne
laiffera pas d'être nouveau pour
ceux qui ne l'ont appris qu'imparfaitement
, & il y a peu de
gens qui ne foient de ce nombre.
AY
Quelques rigoureufes que
foient les deffenfes de la Cour
d'Angleterre , d'y mettre aucun
ouvrage ,fous la preffe , fans
permiffion ; on voit tous les
jours éclore à Londres quelques
*
GALANT · 239
libelles injurieux, contre la Cour
& le gouvernemét .A peine Milord
Malbouroug fut- il arrivé
à Londres , qu'on trouva ſemé
dans les ruës , plus de deux cens
exemplaires d'un petit écrit où
ce Milord eft repreſenté, ennemi
de laPaix & du repos de l'Europe
, comme un homme qui
n'a que fon propre
recommandation , & dont l'ambition
démefurée , doit caufer
la ruine du Royaume. Il en a paru
un autre intitulé , La revue
des membres de la Chambre haute,
où Milord Haversham & pluheurs
autres Seigneurs font
interêt en
240 MERCURE
fort maltraitez , & quoyque le
Parlement ait déclaré , que l'Eglife
Anglicane étoit floriffante , &
en feureté , fous le regne de cette
Princeffe , & que ceux qui foutiendroient
le contraire ,feroient ré-
•putez ennemi de la Reine, de l'Eglife
& du Royaume ; on n'a pas
laiffe de diftribuer une infinité
d'exemplaires , d'un écrit qui a
pour titre Memoire de l'Eglife
Anglicane , humblement offert à la
confideration de ceux qui aiment
noftre Eglife & noftre conftitution .
L'Auteur de cet Ouvrage , s'ef-
-force de perfuader à fes Leccurs,
que la Reine met cette Egli-
:
fe
1:
GALANT 241
Je dans un tres -grand danger , par
la
continuation d'une guerre , où,
felon luy,
l'Angleterre n'a aucun
interêt , parce que la paix de
l'Eglife dépend de celle de l'Etat,
&que l'une & l'autre , ne peuvent
fefoutenir, quepar la richeffe
des Peuples , la liberté du
commerce ; ce qui eft incompatible
avec une guerre ruineufe , telle
qu'eft celle qui afflige aujourd'huy
l'Europe. David Edwards étant
accufe d'avoir mis cet
Ouvrage
fous la preffe , la Cour a fait
publier une Ordonnance , qui
promet so.livres fterling à celui
qui fe faifira de fa perfonne
Avril 1706. X
242 MERCURE
& 200. livres sterling à ceux qui
découvriront l'Auteur de l'Ou
vragé , quieft encore inconnut
on a appris depuis ce tems -là,
que Mr Harlay premier Secre
taire d'Etat , s'étant rendu à la
Chambre des Communes , de
la part de la Reine , avoit déclaré
, que dans la recherche que
Sa Majefté avoit fait faire de cet
Auteur , on avoit trouvé que
quelques Membres de cette Cham
bre ,y avoient beaucoup depart
mais que par la confideration que
Sa Majesté avoit pour leurs Privileges(
ou plûtoft par la crainte
qu'elle avoit que leurs mecon
GALANT 243
a
cette
des Communes
tentemens fecrets n'éclataffent)
elle avoit empêché la pourfuite de
cette affaire , jusqu'à ce qu'elle eur
frú files Communes le trouveroient
àpropos. Cette honnêteté
condefcendance , ont attiré à cette
Princeffe uneAdreſſe des remerciemens
de la part
qui la prient en même tems defai-
-re poursuivre cette affaire , afin
que les indifcrets foient punis.
Je ne repete point icy, ce que
je vous ay déja dit , pour vous
faire connoiltre que l'Eglife
Anglicane, eft dans un extrême
danger : elle eft la dominante ,
felon les Loix du Pays ; mais
Xij
244 MERCURE
elle n'eft pas la favorite de la
Cour , qui feroit mal dans fes
affaires, fans l'intelligence qu'el
le conferve avec tous les Proteftans
: cependant, pour parler
plus jufte, la politique eft aujourd'huy
, la feule divinité de
la Cour d'Angleterre. On y
ménage tous ceux qui profeffent
des Religions differentes ,
& on les fait agir les uns contre
les autres , felon que l'on
en a befoin , en leur diftribuant,
tour à tour , des graces ,
& en leur faifant entre - voir
adroitement que la Religion de
ceux qui feront les moins zelez
GALANT 245
pour la Cour , fera celle qui fe
trouvera dans un plus grand
danger .
1
Le premier Mécredy aprés
la quinzaine de Pâques on fit
au Parlement , les Me curiales
, qui s'y font ordinairement
en ce tems- là . Mr Portail
premier Avocat General
parla. Le difcours qu'il fit fut
applaudi , & ce difcours ne reçût
pas moins d'éloges , que
celuy qu'il prononça aprés la
S. Martin de l'année derniere,
dans une pareille occafion . Il
fit un détail tres-circonftantié ,
de tous les devoirs d'un Ma-
X iij
246 MERCURE
giftrat ; il doit être , dit - il , éclai
ré, fage , difcret , prudent , fans
paffions , ou du moins , il doit continuellement
s'attacher à les affujettir
, non pas en devenir efclave
; il doit être acceffible , écouter
tout le monde , & ouvrir la porte
au pauvre , comme au riche , au
malheureux, comme à celuy qui
jouit d'unefloriffante fortune ; il
doitgarder un fecret & on ne le
garde , ajoûta cet éloquent Magiftrat
, qu'en parlant peu , qu'en
Je communiquant peu , qu'en's'ouurant
peu , même à fes meilleurs
amis : Il doit être définter ffé, &
regarder plus les richeſſes comme
GALANT 247
une tentation tres-feduifante & à
laquelle on refifte peu , que comme
des
moyens
de vivre contens &
tranquilles
. Ce qu'il addreffa
aux Avocats
, aux Procureurs
,
& aux autres gens de Juſtice ,
fut tres- delicatement
touché.
Mr le premier
Préfident
prit la
parole , lorfque
Mr l'Avocat
General, cût ceffé de parler , Son
difcours
fut court , mais tresfort
; & l'on peut dire qu'il
étoit plus rempli , de chofes que
de mots. Les devoirs
des premiers
Officiers
de la Magiſtraturc
, y furent décrits avec de
vives couleurs
; & quoy qu'on
248 MERCURE
vit bien que ce grand Ma
giftrat ne cherchoit point à
plaire , on remarqua dans fon
difcours une éloquence noble ,
qui ne fatisfaifoit pas moins
l'efprit, qu'elle flâtoit l'oreille ,
Les louanges du Roy furent
trouvées tres- delicates, & données
avec une grande juſteffe.
Ce grand Monarque y fut peint
avec des couleurs tres naturelles
; & les efforts du grand
nombre de Princes conjurez ,
contre luy, yfurent peints avec
beaucoup de force. Mr le premier
Preſident ayant fini ; l'un
des Greffiers lût les Reglemens
GALANT 249
du Parlement , fuivant l'ancienne
maxime de les lire , à
toutes les Mercuriales , & cette
lecture fait une partie du fond
de la Mercuriale. Le nombre
de ces Reglemens eft grand ,
& on s'inftruit, en les entendant
lire, des anciens uſages des Officiers
du premier Tribunal du
Royaume.
Monfieur le Duc deLorraine
vient d'établir une Academic
de beaux efprits, à Nancy . Les
Reglemens en ont été faits à
l'inftar de ceux des Academies
Françoifes & des Inſcriptions.
Le Pere Hommey , Auguftin
250 MERCURE
quidemeure à prefent à Nancy
& qui eft fort connu dans la Republique
des lettres, a adreffé
un Poëme à Mr le Marquis de
Lenoncourt , grand Chambel
lan de Mr le Duc de Lorraine,
fur ce que ce Marquis vient
d'eftre fait Protecteur, de cette
nouvelle Academie. Il le compare
à Mecene , & fait remarquer
, que du temps d'Augufte
les gens de lettres à Rome fe
rejoüiffoient d'avoir à leur tête
Mecene, de même que les gens
de lettres, fe rejouiffent aujour
d'uy en Lorraine d'avoir pour
Protecteur , Mr le Marquis de
GALANT 251
:
Lenoncourt , qui n'eft pas
d'une naiffance moins diftinguée
, que l'ancien Mecene, &
qui n'aime pas moins que luy ,
Ics gens de lettres le Pere
Hommey fait voir, pour prouver
la grandeur de la naiffance
de Mr de Lenoncourt , qu'il
y a eu trois Cardinaux de cette
maifon ; Olderic , Robert &
Philippes de Lenoncourt . Il
loue enfuite ce nouveau Protecteur
, fur la fageffe dont il a
donné des marques dans deux
Ambaffades, & fur tout dans
celle de Rome . En le loüant
fur fon inclination pour les
252 MERCURE
gens de lettres , il fait un détail
du bien que ce Seigneur
leur a fait en plufieurs occafions
, & il parle de la Bibliotheque
qu'on va faire à Nancy
pour les nouveaux Academitiens
. Cette nouvelle Academie
s'ouvrira fous le nom d'A
cademie Leopoldine . Le Pere
Hommey eft membre de cette
Academic.
On a parlé dans les nouvel
les publiques d'un enfant,qu'on
a trouvé dans fon berceau ,
flottant fur les eaux qui ont
inondé une partie de l'Italie :
Ja Reine d'Efpagne voulant
GALANT 253
imiter, en cette occafion , la fille
de Pharaon , a refolu de prendre
foin de faire élever cet innocent,
& elle l'a obtenu du
Roy fon Epoux, & Mr le Prince
deVaudemont, Gouverneur de
Milanois, a eu ordre d'envoyer
cet enfant en Eſpagne , avec
les precautions neceffaires pour
qu'il ne fouffre point des fatigues
du trajet cette charité
eft digne de la grandeur d'ame
d'une puiffante Reine , & elle
a attiré de grandes louanges,
à cette Princeffe .
L'Extrait qui fuit est tirée
d'une Lettre de Genes .
254
MERCURE
A Genes , le 30. Mars 1706.
Mr le Duc de Vendôme arriva
hier en cette Ville, e il alla loger
chezMrle Marquis deMontele
on,Envoyé extraordinaire d'Efpagne,
au Fauxbourg de fan Pier
d'Arena. Ce Prince avoit eftéreçu
en débarquant , au bruit du Ca
non , des mortalets & de la moufqueterie
, & il fut complimenté
par fix Gentilhommes , Ambaſſa
deurs , au bord de la mer. La Republique
vouloit luy envoyer
fon logis huit Gentilshommes Ambaſſadeurs
, pour luy faire de nouà
GALANT 255
jeaux complimens , & pour le
prier de loger dans la Villee
mais Mr le Duc de Vendôme fit
prier la Republique , de le difpenfer
de recevoir ces honneurs , parce
qu'il vouloir eftre incognito.
Cette reception avoit efté réglée
de concert avec Mr le Marquis
de Monteleon, & elle eft pareille
à celle que la Republique à accoй-
tumé de pratiquer envers les Princes
Souverains , & à celle qu'elle
a pratiqué à l'égard de Mrle Duc
de Savoye, Mrle Duc de Vendô
me alla néanmoius fe promener
dans la Ville : mais quoyqu'il fut
incognito ,fon carroffe étoitfaivi
256 MERCURE
par ceux des principaux de la Re
publique : les Dames étoient aux
feneftres , & le peuple , qui rempliffoit
les rues , le fuivoit. Il est
parti aujourd'huy,pour aller à Voghera
, ilira demain à Milan
L'on a fçu depuis que l'empreffement
de voir ce Prince, à
eſté auffi grand à Milan , qu'à
Genes , & que l'on a crié, vive
Vendôme, dans toutes les ruës
où il a paffé.
Monfieur l'Abbé de Chalmazel-
Talaru, Chanoine de l'Eglife
de S. Pierre de Macon eft
decedé pcu aprés Mr de Chalmazel
, Comte de S. Jean de
GALANT 1 257
Lyon,fon frere,dont je vous ay
appris la mort , il y a quelques
mois, & je vous parlay alors de
fa maifon avec affez d'étenduë.
Celuyqui vient de mourir , étoit
eftimé dans fon Chapitre , il s'y
eftoit toûjours appliqué aux
fonctions de fon miniftere
avec beaucoup d'affiduité .
>
Monfieur le Prevolt de S.
Pierre de Macon, dans un des
mois duquel ce benefice a vaqué
, l'a conferé à Monfieur
F'Abbé de Dortans, Chanoine
de l'Eglife de Belley, qui joint
à une naiſſance diftinguée , un
merite generalement reconnu .
Avril 1706. Y
258 MERCURE
re
Il eft fils de feu M' Claude
François de Dortans , Seigneur
de Bona , d'Uftelle , Elmondaux
, & Chatonas , & de Daine
N... de Villars- Laféc
d'une des meilleures maifons
de Bourgogne. Feu Mr de
Bona mourut à Soleure , ily a
quelques années ; il en avoit
paffe plufieurs parmi les Suiffes,
où il s'étoit acquis une eftime
generale. Il avoit efté Enfei
gne Colonelle du Regiment de
la Mothe Houdancour, à l'âge
17. ans . Il fe fignała au fiege
de Turin l'an 1640. ayant
forcé une redoute dont les
-4
GALANT 259
ennemis s'eftoient emparez , ce
qui contribua beaucoup , à la
prife de la Ville. Il fut depuis
Capitaine dans le mefine Regiment
, il étoit fils aîné de François-
Antoine de Dortans , Scigneur
de Bona, qui fut Capitaine
de Carabins en Piemont,
& enfuite Colonel d'un Regiment
d'infanterie, dans Veruë,
où il mourut pendant le fiege
que les Espagnols mirent
devant la Place , & de Dame
Philiberte de Grolée , fille de
Claude Comte de Grolée , &
de Claire de Montluel : outre,
feu Monfieur de Bona ; Fran-
Y ij
260 MERCURE
çois Antoine eût encore deux
enfans , Jean François de Dor
tans Chatonas, qui a laiffé des
enfans de Dame N ... de Falletans
Saint Mauris , d'une ancienne
maifon de Franche-
Comté , & Dame Loüife de
Dortans alliée en premieres noces
avec François Deleas , Seigneur
de la Batie , & en feconde,
avec François de Tricaud
Lieutenant General du
Bailliage de Bellay. François
Antoine de Dortans, étoit troi
fiéme fils de Pierre Antide de
Dortans , & de Catherine de
la Baulme , fille de Louis de la
GALANT 261
Baulme Comte de S. Amour,
Chevalier de la Toifon d'or.
François Antoine de Dortáns,
a formé la branche de Dor
tans Bona, qui ſubſiſte aujourd'huy
en la perfonne de Mr
de Chevigni , établi en Bourgogne
, & qui a épouſé Dame
N... Pafcal & qui eft
frere aifné de Mr l'Abbé de
Dortans , Chanoine de Saint
Pierre de Macon. Ces Mrs ont
un frere Jefuite , Recteur du
College de Chambery, qui paffe
pour un des meilleurs fujets de
la Société , il a un grand talent
pour la Chaire. Ils ont auffi
262 MERCURE
une four qui aprés avoir efté
Chanoineffe
de Remiremont
,
époufa
Monfieur
De pra, frere
de Monfieur
le Comte
de Balezeau,
dont elle eſt veuve , &
dont elle a eu des enfans ; l'aifné
eft Capitaine
de Dragons
.
Jean François
de Dortans
, frere
du dernier
Comte
de Bona ,
fit la branche
de Chatonas
, qui
fubfifte
en la perfonne
de Mr
deDortans
Chatonas
, quiaprés
avoir eſté long- temps Capitai
ne dans le Regiment
du Mayne
fut bleffe dangereufement
à
la bataille
d'Eckeren
; il a épou
fé depuis
Mademoiſelle
de
GALANT 263
Haute- Pierre, fille du Major de
Saint Omer , & le Roy en confideration
de fes fervices , &
des bleffures dont il eft refté
eftropié , luy a accordé une
penfion & les mefmes appointemens
, qu'il avoit loffqu'il
eftoit dans le fervice ,
& la furvivance de la Majorité
de Saint Omer. Il a un frere
aîné religieux de l'Abbaye
de faint Claude , où l'on fait
de rigoureufes preuves de nobleffe
, & un Cadet Capitaine
dans le Royal Comtois , il
a deux foeurs , dont l'une a
époufé un gentilhomme de
264 MERCURE
Grey , d'une des meilleures maifons
de Franche- Comté , & l'autre
eft Religieufe de la Viſitation
de Grey. Il y a encore deux
branches de la maifon de Dortans
: Monfieur le Comte de
Dortans, Capitaine de Cavalerie,
qui a époufé Mademoiſelle
D'yvours , il y a déja quelques
années, eft chef de la premiere
branche , & par confequent de
toute la maifon . Il a une foeur
mariée à Mr de Chapelle,qui eft
d'une ancienne nobleffe , & une
foeur Chanoineffe de Neuville
en Breffe. Mr du Marterey
eft chef de la feconde Branche .
On
GALANT 265
On fait preuve de nobleffe ,
faint Pierre de Mâcon , comme
à Saint Jean de Lyon.
Je devois vous avoir parlé, il
ya deux mois , de la mort d'un
homme , dont la naiffance ,
fait moins de bruit dans le
monde , que fes grands talens ;
& dont toute fa pofterité tiendra
fa nobleffe , puifqu'il a plû
au Roy de l'ennoblir , pour les
fervices qu'il a rendus à l'Etat ;
c'eft de Monfieur le Gendre de
Rouen , dont je veux parler , qui
eftoit un des plus fameux ne
gocians de ce fiecte , c'étoit
un des plus forts, il avoit amaf
Avril 1706. Z
266 MERCURE
fé de grandes richeſſes , & il
s'étoit acquis une eftime univerſelle
: il avoit toûjours pris
foin de fe faire des amis , & perfonne
ne fcavoit mieux les conferver
que luy. Le Roy, en confideration
de fon exacte probité
, & des avances qu'il avoit
faites , en plufieurs occafions ,
l'avoit ennobli . Ses Lettres de
nobleffe font conceues en.termes
tres - honorables . Mr le
Gendre a été fort heureux dans
ſa famille, il laiſſe trois fils qui
fe font avancez dans le fervice.
Mr de Colandre eft l'aifné ,
on a peu veu d'hommes mieux
い。
GALANT 267
gemieux
fait, & de meilleur air. Il
a efté Capitaine aux Gardes ,
& enfuite Colonel de Flandre,
il commande prefentement celuy
des Vaiffeaux. Mr de Barville
qui eft le ſecond , eft Colonel
du regiment Colonel
neral des Dragons , & Mr de
Negremont qui eft le cadet, eft
officier aux Gardes . Mr. le Gendie
laiffe auffi deux filles mariées,
l'une à Mr de Fumechon
Prefident à Mortier à Rouen ,
dont elle eft veuve , &l'autreà
M'Pecoil de la Ville-Dieu , Maître
desRequêtes; cette Dame eft
recommandable par fa beauté.
Zij
268 MERCURE
Dame Anne de Raoulz Raouf
fet , véuve de feu M' N... de
Gallaup, Seigneur de Chafteüil,
Avocat General au Parlement
d'Aix , y eft morte âgée de
foixante & douze ans. Cette
Danie a efté generalement regrettée
, dans cette Province ,
fa vertu & fa pieté luy avoient
acquis l'eftime de tout le monde
, la conftance & la force
d'efprit avec laquelle elle avoit
fupporté la longue abfence
& les difgraces de fon époux ,
l'avoient fait regarder, comme
une perfonne , au deſſus de ſon
fexe. Feu Mrl'Avocat General
GALANT 269
du Parlement d'Aix , étoit un
des plus honneftes hommes du
Royaume , les rares qualités de
fon efprit , & l'exacte probité
dont il avoitdonné des marques
dans l'exercice de fa charge,
n'avoient pas empeché des ennemis
fecrets de luy faire des
affaires , à la Cour. Il eft vray
qu'il fe juftifia parfaitement.
Mais il fut obligé d'eftre longtemps
à Paris , où il parvint
enfin à faire connoiftre l'artifice
de fes accufateurs aux Juges
on rendit juſtice à fon
merite , & il mourut honoré
& regretté de toutes les per
Z iij
270 MERCURE
fonnes les plus qualifiées de
Provence. Il eftoit fils de feu
Mr de Chafteüil Procureur General
au Parlement d'Aix , qui
eftoit frere du fameux Solitaire
du Montliban, qui y eft mort en
odeur de fainteté. Mr de Chaf
teüil connu autrefois fous le
nom de Chevalier de Chafteüil,
frere de feu Mr l'Avocat Ge
neral du Parlement d'Aix, fait
aujourd'huy les delices des gens
de Lettres de Provence , & de
plufieurs autres , avec lesquels
il eft en commerce. M de
Chafteuil , qui vient de mourir,
eftoit d'une tres -ancienne maiGALANT
271
fon de Tarafcon , Mr leComte
de Boulber Prefident au Mor
tier, au Parlement d'Aix , en eft
le chef. Cette maiſon a formé
plufieurs autres branches, toutes
tres - qualifiées , & alliées
aux meilleures maifons des
Provinces circonvoifines . Cette
Dame laiffe un fils, qui eft Lieutenant
de Galeres , & qui fert
depuis plufieurs années avec
beaucoup de diftinction . La
maifon de Gallaup eſt tres illuftre
, ce qui fe voit dans laplufpart
de nos hiftoriens .
On veut faire , dites -vous
une Loterie dans voftre Pro-
Z
iiij
272 MERCURE
vince , & vous me priez de
vous mander comment les Loreries
fe tirent ici. Je vous envoye
un memoire , qui vient de
tomber entre mes mains , &
dont
je croy que voftre curiofité
fera fatisfaite.
DESCRIPTION
De la Boëte , qui a fervi pour
tirer les Lotteries de S. Roch
& de Verfailles .
Mr Moitrel, Mathematicien,
qui a inventé cette Boëte , s'eft
propofé trois chofes.
La premiere , de foulager le
#
GALANT 273
!
poids de la maffe des Numero ,
pour qu'ils ne fuffent point endommagez
, afin d'éviter par là,
l'inconvenient qui eftoit déja arrivé.
La feconde , de faire un grand
mélange.
La troifiéme , que ce mélange
contentaft également l'esprit
les yeux des Spectateurs.
Pour cet effet , on s'eft fervi
d'une Boëte platte , defigure ronde,
dont une des deux faces eftant fermée
de quatre glaces, donne au Public
le plaifir de voir ce qui fe
paffe au dedans. On la tourne verticalement
furfon axe, à peu prés
274 MERCURE
le
comme la roue d'un Coutelter, &
comme l'on a remarqué, par differentes
experiences , qu'il eftoit neceffaire,
pourfaire un parfait mélange
, qu'une pareille Boete fut du
moins une fois plus grande que
volume des Numero, on luy a don
néfix pieds huit pouces de diametre,
fur vingt-un pouces d'épaiffeur.
Le contour de cette Boere, eft
garni en dedans, de dix augets, qui
ont à peu prés la figure & la capacité
d'une hotte. Ces augets por
tent les Numero du fonds , jufqu'a
'au haut de la Boëte , d'où ils
tombent enfuite fur un globe , qui
les écartent de toutes parts. Ce glo
GALANT 275
be , qui eft placé au milieu de la
Boete , a un pied de diamette. Les
augets , qui fe fuccedent les uns
aux autres , & qui verfent continuellement
les Numero fur ce globe,
font unfigrand mélange, qu'en
un inftant , le fond , le milieu &
la fuperficie, jont entierement confondus.
Ces augets ont efté faits ,
nonfeulement, pour bien mêler les
Numero, mais auffipour empêcher
que le poids de la maffe , ne comprime
ceux de deffous ; car chaque auget,
qui porte une partie de cette
maffe, enfoulage beaucoup le poids,
& empêche, par confequent , que
les Numero ne foient froiffez
276 MERCURE
déchirez les uns, contre les autres..
L'Auteur
qu'il·
en
ayant connu que cette
conftruction de Boëte, avoit donné
quelque contentement au Public,
a cru devoir l'avertir ,
a depuis imaginé une plus parti
culiere, dans laquelle le mélange fe
fera encore mieux, & même d'un
million de Numeros, s'il eftoit neceffaire
, fans qu'on foit obligé de
donner un plus grand diametre
la Boëte
Il a fait un modelle pour la conftruction
de la Boëte, quil propofe,
il a confervé celuy qui afervi,
pour conftruire celle de la Loterie
de S. Roch, afin que l'on en puiffe
voir la difference.
!
GALANT 277
Il a trouvé auffi un moyen fort
fimple, pour ne point cacheter, coller,
ni lier les Numero.
Il demeure auJeu de Paulme ,
de l'Oyfon , proche la Porte de
S. Jacques, du côté de l'Eſtrapade.
Il continue à faire les Experiences,
de Phyfique , fur la pefanteur
le reffort de l'Air, l'équilibre des
Liqueurs, c. tant dans les Colleges
, que chez les Particuliers.
&
Je devois vous dire , il y a
déja quelques mois , en vous
parlant de la mort de Mr de
Polaftron , que fon Cordon
rouge , de l'Ordre de S. Louis ,
278 MERCURE
a efté donné à Mr de Caraman.
Il eſt frere de Mr Riquet , Prefident
à Mortier du Parlement
deToulouſe. Le nom de Riquet
eft fi connu , la France eft fi
redevable à ceux qui le portent,
& je vous en ai ſi ſouvent parlé,
fur tout, en vous entretenant du
fameux Canal de Languedoc ,
qui peut paffer pour une des
merveilles du Monde , que je
ne vous en diray pas davantage
aujourd'huy: J'ajoûteray feulement
, que Mr de Caraman,
qui vient d'avoir le grand Cordon
de l'Ordre de S. Loüis , eft
celuy qui ſe diſtingua la CamGALANT
279
pagne derniere, lorfque les ennemis
entrerent dans nos Lignes,
par une action, auffi prudente
, qu'intrepide
; & auffibien
imaginée
qu'elle eftoit neceffaire
, & faite à propos
. Il
forma
un Bataillon
quarré
, qui
arrêta feul l'impetuofité
de la
plus grande
partie de l'armée
ennemic
, & qui donna le temps
à la noftre
de fe retirer
, & cette
action , auffi utile à l'Etat , qu '
elle eſt éclatante
, luy attira autant
de louanges
, qu'auroit
fait
le gain d'une Bataille
.
M' le Chevalier de Maulevrier
Colbert, a vendu fon Re280
MERCURE
giment d'Infanterie, à Mr Du
fort, fils de M' Norman, Greffier
du Parlement
. Quoique
ce
Chevalier foit encore fort jeuné,
il a efté nommé Infpecteur
General de l'Infanterie d'Italie;
fa valeur, & fa conduite, ayant
efté trouvez infiniment au- deffus
de fon âge. On ne doit pas
en eftre furpris , la valeur eftant
hereditaire dans la maifon de
Colbert
; & tous ceux qui portent
ce Nom , ayant brillé dans
l'Etat, qu'ils ont embraffé , pref
que auffitoft qu'ils y font entrez
. On en trouve des preuves
éclatantes, dans l'Eglife, dans le
GALANY 281
Miniftere , & dans l'épée ; & la
pieté , l'efprit & la valeur , ont
toûjours fait diftinguer tous
ceux de cette Famille , même
dans un âge , où l'on ne doit
point attendre tout ce qu'ils
ont fait de diftingué , & qui
rendra leur Nom recommandable
à la poſterité .
M' Dufort , qui a acheté le
Regiment de M' le Chevalier
Colbert, eft dans le fervice , depuis
plufieurs années ; ce qui
luy a fait meriter l'agrément
du Roy pour ce Regiment ,
qui eft un des plus beaux de
l'armée . Ce nouveau Colonel,
Avril 1706
.
A a
282 MERCURE
a la réputation d'eftre bon Offi
cier, & il eft fort eftimé des Generaux
.
Le Regiment de Navarre a
cfté donné à Mr de Pionffac ,
Lieutenant Colonel de ce Regiment
, & Brigadier des Armées
de Sa Majesté . C'eſt un
des plus dignes & des plus braves
Officiers de l'Infanterie
Françoife . Il a commencé à
porter les armes dans ce Corps,
en qualité de Sous Lieutenant,
& il eft enfuite monté par degrcz
, à celle de Colonel . La
vive, & glorieufe obſtination
qu'il fit paroiftre , à n'entrer
GALANT 283
૨
.
dans aucune capitulation, avec
les ennemis, au village d'Hochftet
, & à les repouffer , avec
toute la valeur poffible ; mais
qui fut traverfée par la fatalité
de cette journée, luy attira des
louanges de toute l'armée , &
de toute la Cour : & le Roy,
qui ne manque jamais de couronner
les grandes actions , le
fit Brigadier , dés qu'il eur appris
celle de cet intrepide Officier.
Il eft de la maifon de
Chabannes en Auvergne , qui
cſt une desmeilleures duRoyaume.
M le Chevalier de Mont-
A a ij
284 MERCURE
main , a vendu fon Regiment
d'Infanterie , à M' de Luffan ,
de la maifon d'Efparbézs &
qui s'eft déja diftingué en plufieurs
occafions , quoyque dans
un âge tres- peu avancé . Ce
nouveau Colonel , eft allié aux
meilleures maifons du Poitou
& de la Xaintonge . M' le Che
valier de Montmain eft de celle
de Ternan , connue dans le
Royaume depuis plufieurs fiecles
, & qui y a toûjours fr
gnalé fon zele, pour le fervice
de nos Rois.Le & pere l'aycul de
ce Chevalier ont paffe toute
leur vie dans le fervice & ont
GALANT 285
*
donné dans toutes les actions ,
ou il fe font trouvez , des marques
de la plus grande valeur .
La maifon de Ternan, eftoit déja
fort connue dans le Royaume
, fous le regne de Saint
Louis , & fous celuy de Philipes
le Hardy , fon fils & ſon
fucceffeur . M le Chevalier de
Monamain a acheté la Charge
de Capitaine , Lieutenant des
Gendarmes d'Orleans , de M
de Valfemé , qui a quitté la
Gendarmerie . Il avoit efté Soulieutenant
, & Enſeigne dans
ce Corps , & il s'eft trouvé à
la tefte de fa Compagnie , dans
286 MERCURE
toutes les actions d'éclat , où
la Gendarmerie a été employée,
& il y a donné de grandes
marques de fa valeur & de fa
fermeté à la Bataille d'Hochftet .
Tous les Officiers de ce Corps
luy ont rendu ce temoignage .
M ' Argotte Lieutenant aux
Gardes , a acheté de M' le
Comte des Mareft , le Regiment
de Beauvoifis . Il s'eft dif
tingué dans plufieurs occafions
pendant qu'il a eſté Officier
dans le Regiment des Gardes ,
il s'eft attire l'eftime & la confideration
de tous ceux qui le
rempliffent , & qui ont mar
GALANT 287
qué beaucoup de regret de le
perdre. M' le Comte des Mareft
, eft Maréchal de Camp.
Sa Maiſon eft fort connue &
je vous en ay parlé plufieurs
fois. Il a donné de frequentes
marques de fon courage , à la
teftede fon Regiment , & dans
les principales actions qui fe
font paffées pendant les dernieres
années ; ce Comte joint
à une naiffance & à une valeur
diftinguées , un merite generalement
reconnu , fes manieres
douces & honneftes , l'ont fait
aimer de tous ceux qui ont
-fervi avec luy.
288 MERCURE
M ' Rigolet , fils du Threfo
rier des Etats de Bourgogne
;
a acheté le Regiment de Bourgogne
, de M le Marquis de
Dreux. Ce Regiment eft un
vieux Corps . M de Chamilli ,
a cfté longtemps à la tefte de
ce Corps , qui a toûjours eſté
commandé par des Officiers
de diftiction . M' Rigolet , nouveau
Colonel de ce Regiment ,
fert depuis plufieurs années ;
i eft d'une famille qui a donné
plufieurs Officiers au Parlement
de Dijon . M' Rigolet Confeiller
au mefme Parlement , proche
Parent du nouveau Colanel
GALANT 289
2
nel , & mort depuis quelque
temps ; il avoit acquis une
grande reputation, dans l'exercice
de fa Charge , & il joignoit
à une grande étendue de lumieres
, une exacte probité , & un
defintereffement . Ces
qualitez, fi neceffaires à un bon
Magiftrat , l'avoient rendu cher
à toute la Province de Bourgo
gne , & luy avoient acquis une
grande confideration , dans le
Parlement de Dijon M'Rigolet
grand
Treforier des Etats de Bourgogne,
qui eftune Charge tres- importante,
paffe pour un des plus
honneftes hommes de la Pro-
Avril 1706 . Bb
290 MERCURE
vince,il eft fort confideré de M
le Prince , Gouverneur de cette
Province. Il à pluſieurs parens
dans le Parlement de Dijon, & il
cft allié aux meilleures familles
dece Corps , fçavoir à celles de
Berbizy , de Mongey , de Migieu
, de la Mare , & Guillaume.
Le Roy a donné une commiffion
de Colonel , à Mr. le
Comtede Mainville qui a acheté
la Soulieutenance des Gendarmes
du Roy. Ce Comte eft
d'une tres-ancienne maifon, originaire
de Champagne , & akliée
aux meilleures maifons de
certe Province , & del cellcode
GALANT 291
Bourgogne. Il porte les armes
depuis la plus grande jeuneffe ,
&ila fignalé fon courage, dans
toutes les occafions où il s'eft
trouvé. Il joint à une valeur
connue de tout ce qu'il y a
d'Officiers en France , & à une
naiffance diftinguée , un merite
perfonnel , qui le fait aimer &
eftimer de tous ceux qui le connoiffent
: quoyqu'il foit encore
affez jeune, il a déja fait plu
fieurs Campagnes , avec beaucoup
de diftinction . Sa maifon
eft connue en France depuis
plufieurs ficcles . Elle y
étoit déja dans un grand luftre
Bb ij
292 MERCURE
fous les Rois Philippe de Valois
& Jean fon fils. Un Scigneur
de cette maiſon fuivit
le dernier de ces
Princes
en Angleterre
, lorfqu'il fut fait prifonnier
à la Bataille de Poitiers
par le Prince de Galles qu'on,
appelloit le Prince noir , & qui
eftoit fils du Roy Edouard III.
Il y fuivit encore le Roy Jean,
au fecond voyage que ce Prince
fit . Il en fortit, aprés la mort
de ce Monarque, & il en porta
le premier la nouvelle au Roy
Charles V. dit le Sage , fon fils,
Cette mailon fut auffi, dans une.
grande conſideration
, ſous les
Y
GALANT 293
Rois François I. & Henry II.
fon fils , & elle a toûjours paru
avec beaucoup d'éclat .
M' de Cainfy a acheté le
Guidon des Gendarmes de
Bourgogne. Il eftoit Colonel
de Cavalerie ; & il avoit paffé
par les emplois de Lieutenant
& de Capitaine , avant d'arriver
à celuy de Colonel ; il a donné
dans tous les emplois , des
marques de fa prudence & de
fa valeur. Il a fervi à la tefte
de fon Regiment, en Flandres ,
& enfuite en Italie , depuis le
commencement
de cette guerre.
M' de Cainfy eft d'une tres-
Bb iij
294 MERCURE
ancienne maiſon , connue depuis
plufieurs ficcles , dans le
Royaume Son pere & fon
ayeul , avoient porté les armes
pendant une bonne partie de
leur vie , & ils fe font diftinguez
en plufieurs occaſions .
Le Roia donné à M' de Coet
anfau l'agrément; pour acheter
le Regiment de Mr de Cainfy.
Le premier eft frere de M' l'Evêd'Avranches
; il a un autre
frere qui fert depuis longtemps
dans la Marine avec beaucoup
de diftinction . Ce nouveau Colonel
s'eftauffi beaucoup diſtingué,
dans toutes les actions où il
que
GALANT 295
s'eft trouvé pendant les 2. dernieres
guerres. Il est d'une bonne
maifon de Bretagne , alliée
aux plus confiderables de cette
Province & de celle de Normandie.
Mi de Coctanfau font auffi
alliées à plufieurs bonnes maifons
de Paris ; fçavoir, à celles de
Pidou deS. Olon, decourguiens,
& Bochart de Champigny.
M' le Chevalier de Plancy
de Guenegaud , dont je vous
parleray cy-aprés de la mort ,
eftant decedé , le Roy a donné
fa Charge , de Capitaine- Licutenant
des Gendarmes de Bourgogne
, à M' de Beauvau , qui
Bb iiij
296 MERCURE
AX
fert depuis plufieurs années,
dans cc Corps . Il eft fils de feu
Mr le Marquis du Rivau , qui
avoit efté Capitaine des Suiffes
de feu Son Alteffe Royale
Monfieur Gafton de France ;
& frere de Mr du Rivau , qui
avoit eu dans la Gendarmerie,
la Sous lieutenance que celuy
dont je parle , vient de quitter.
Mr de Beauveau eft auffi frere
de Mr le Marquis du Rivau ,
qui a long temps porté les armes
; de Mr l'Evêque de Bayonne
, & de Me la Marquiſe de
Barville , veuve en premieres
noces, de Mr le Marquis d'AGALANT
297
a
tilly , de la Maifon de Bullion
de Long- chefne. Perfonne n'ignore
que la Maiſon de Beauveau
a l'honneur d'appartenir
à l'augufte Maiſon de Bourbon
, & que la trifayeule du
Roy eftoit de cette Maifon . Je
parle d'Ifabeau de Beauveau .
Mr de Beauveau eft tres eftimé.
Il a beaucoup de valeur , & il
joint à une connoiffance exacte
de la difcipline militaire, des manieres
douces & honneſtes qui
le font generalement aimer,
Mr Trudenne a monté à la
Sous -lieutenance , que Mr de
Beauveau laiffe vacante. Il eft
298 MERCURE
parent de MrTrudenneMaiftre
des Requeftes & Intendant de
la Generalité de Lyon. Il fert
depuis fa plus grande jeuneffe ,
& il s'eft trouvé à toutes les
Campagnes qui fe font faites
depuis qu'il eft entré dans le
Service. Il a donné des preuves
de fa valeur dans toutes les actions
où il s'eft trouvé depuis
qu'il porte les armes. Il eft
d'une famille qui a produit
plufieurs perfonnes de merite
. Mr de Trudenne , fon
parent , eft fort cftimé à Lyon .
Le Roy a donné vingt mille
livres , à Mr le Marquis de Ro
1
GALANT 299
quelauré, à prendre fur la vente
de la Charge de Guidon ,
avec l'agrément
pour acheter la
premiere Charge , qui luy con
viendroit dans la Gendarmeric
.
Mr de Monteffon
, fils du
Lieutenant
general de ce nom ,
& Mr Soyé , ont eu chacun un
Regiment nouveau .
Le Roy a accordé l'union
de la Manfe Priorale , de S.
Louis de Royal-lieu , Ordre de
S. Auguſtin , à Dame Loüife-
Ifabelle de la Chauffée - d'Eu
d'Arreſt , Abbeſſe de l'Abbaye
Royale de S. Jean aux bois
Ordre de S. Benoiſt, de l'étroj300
MERCURE
fe Obfervance , transferée au
dit Royal-lieu, parceque le revenu
de ladite Abbaye , n'etoit
pas fuffilant pour la fubfiftance
& l'entretien de la communauté,
qui eft nombreuſe .
Sa Majefté eft parfaitement
informée de la fage conduite ,
de la vertu exemplaire , & du
vray merite de cette Dame
Abbeffe , qui defcend de l'Illuftre
maifon des anciens Com
tes d'Eu , fi connus dans l'Hif
toire , & dés le commences
ment de la troifiéme race de
nos Rois , puifqu'en l'année !
1040. fous Henry premier
GALANT 301
Roy de France , il y avoit déja
un Robert d'Eu Comte d'Eu
qui eût deux enfans , l'aîné y
nommé Robert , qui a conti
nué la branche, des Comtes
d'Eu , & le cadet nommé Hugcs
d'Eu , qui eût en partage
la Terre & Seigneurie de la
Chauffée d'Eu , avec titre de
Vicomté perpetuel , & hereditaire
du Comté d'Eu , & qui
a commencé la branche des Vicomtes
de la Chauffée , qui
dans la fuite des tems ; ont
ajoûté le nom de la Chauffée ,
leur fief principal , à celui de
leur extraction , qui est d'Eu ,
302 MERCURE
ainfi qu'il fe pratique encore
aujourd'huy. Cette branche
cadette des anciens Comtes
d'Eu , cft alliée aux illuftres
maifons de Lorraine , de Ponthieu
, de Luxembourg , de la
Rochefoucault , de Crequy ,
de Choifeul , de Pecquigny
de Gamaches , de Mailly , de
Lannoy , de Dixmude , de Flavacourt
, de Villarfeaux , &
autres tres qualifiées , ainſi
qu'il fe juftifie , par les anciens
Titres & Contracts de cette
illuftre Maifon , qui eft en pof
feffion de la Terre d'Arreft
avec titre de Comté , depuis
-
GALANT 303
+
plus de cent cinquante ans.
Mr le Leu , Procureur du
Bureau des Treforiers deFrance,
& qui s'eſt acquis une folide
reputation , dans l'exercice de
fa charge , a époufé Mlle de
Boni,qui paffe dans fa Province,
pour une tres-aimable perſonne.
Tous ceux qui la connoiffent
en difent beaucoup de bien
& parlent avantageufement de
L'efprit de M Boni , fa Mere.
Mr de Chapponcy Major du
Regiment , Commiffaire , &
d'une des plus illuftres Maiſons
des Provinces de Dauphiné &
de Lionnois , a époufé Mile
d'Yvours de Bouin , foeur de
304 MERCURE
Mr de Camus d'Yvours, Seigneur
de Bouin , d'une des plus
anciennes Maifons de Lyon ,
dont il y a deux branches en
ce païs. Mr Camus de Pontcarré
, Premier Prefident du
Parlement de Rouen , eft Chef
de l'une , & Mr de Camus Ba
gnols, eft Chef de l'autre ; Mr
Camus des Touches qui en a
formé une branche, eft forti de
celle de Bagnols. Les branches.
de Pontcarré & deBagnols ,font
alliées aux meilleurs Maifons
de la Robe & de l'Epée . La Maifon
de Chappony eft une des
plus qualifiées du Dauphiné ;
GALANT 305
r
elle eft alliée à celles de Tallard,
Labaume, Hoftung, Saffenage-
Grolée & Tancin. Mr de Chapponey
qui vient d'époufer Mlle
d'Yvours , fert depuis plufieurs
années , il eft generalement
eftimé dans les troupes , & il
a donné en plufieurs occafions
des marques de fon courage .
Il fe trouva à la bataille Luzafa
en 1702 , où il recut de
grandes louanges des Generaux
François & Eſpagnols. II
s'eſt auffi trouvé, en plufieurs
autres actions , où il a dondes
preuves de fa valeur.
Mr le Comte d'Arquian
Avril 1607. Cc
306 MERCURE
Capitaine de Vaiffeau , Neveu
de la Reine de Pologne , il
époufa au commencement
de
ce mois N ... de Jouffelin de
Marigny , parente de Mala
Chanceliere ; fa naiffance , fon
efprit & les agrémens de fa
perfonne , luy ont faite meriter
, pour époux , un homme
qui compofe dans fa famille
des Reines , des Cardinaux , des
Marefchaux de France , & des
Chevaliers des Ordres du Roy ;
& qui a dans fon alliance des
Souverains , des Princes , des
Electeurs & des Ducs & Pairs .
Tous ceux qui affifterent à ce
GALANT 307
Mariage fe trouverent à l'Hôtel
dePontchartrain , aprés la Benediction
Nuptiale , & toute la
compagnie y fut fplendidement
traitée.
Mr le Prince de Tarente , a
époufé Mlle de la Fayette . Ce
jeune Seigneur eft Colonel de
Cavalerie , il y a plus de trois
ans , quoyqu'il n'en ait que
vingt- trois. Il fe diſtingua à la
bataille de Freddlingue, en combattant
à la tefte de fa compagnie
, fon cheval s'eftant abbatu
, il trouva moyen par fa
valeur & par celle de quelques
Officiers , de fe fauver quoy
Cc ij
308 MERCURE
qu'environné d'un nombre
confiderable de Cavalerierennemie
, qui le regardoit déjan
comme prifonnier . Il eft fils de
Charles Duc de la Tremouille
Pair de France , premier Gentilhomme
de la Chambre , &
Chevalier des Ordres du Roy,
& deDame Magdelaine de Crequi
, fille unique de Charles
de Crequi Prince de Poix , s
Pair de France , Gouverneur
de Paris,Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy, &
Chevalier des Ordres de Sa Majefté,
& d'Armande de Lufignan
. Perfonne n'ignore la
4
GALANT 309
&
grandeur de la Maifon de la
Trimouille , & que c'eſt une
des plus illuftres de l'Europe :
en effet on n'en trouvera pas
quatre, fi on en excepte celles
qui font fur le Trône , qui
raffemblent autant d'honneurs,
de dignitez , d'alliances ,
d'anciennetez
. Cette grande
Maiſon a l'honneur d'apparte
nir à toutes les Maifons Souveraines
, & fur tout à celle de
France par plufieurs endroits.
Claude Duc de la Trimouille,
Trifayeul de Mr le Prince de
Tarente, époufa Charlotte Bra
bantine de Naffau , fille de
1
310 MERCURE
Guillaume de Naflau Prince
d'Orange , & de Charlotte de
Bourbon - Montpenfier , Princeffe
du fang , & la Soeur de ce
Duc ( Charlotte de la Tri
moüille ) époufa Mr le Prince
de Condé , Bifayeul de celuy
d'aujourd'huy. Louis Duc de
da Trimonille , Pere de celuy,
cy, épousa Jeanne de Montmorency
, fille d'Anne Connetable
de France , & de Madelaine
de Savoye. François
Pere de Louis , épouſa Anne
de Laval , fille de Gui XVI,
Comte de Laval & de Chardotte
d'Arragon , Princeffe de
GALANT
311
Tarente , Fille ainée de Fre
deric Roy de Naples , & d'Anne
de Savoye . François étoit fils
de Charles de la Trimouille &
de Louife de Coëtivi , fille du
Comte de Taillebourg & de
Jeanne d'Orleans , tante de
François I. Ce François avoit
pour Mere Gabrielle de Bourbon
, fille de Louis de Bourbon
Comte de Montpenſier , Dauphin
d'Auvergne , & de Gabrielle
de la Tour de Boulogne,
& pour Pere Louis de la Trimouille
, qui fut Amiral de
France , qui gagna la bataille
d'Aignadel & celle de Mari312
MERCURE
gnan , & qui fut tué à celle de
Pavie. Il eftoit petit fils de
Georges de la Trimouille
&
de Jeanne, Comteffe
d'Auvergne,
veuve en premieres
noces
de Jean , fils de France, Duc de
Berry. Georges cut de Catherine
deLifle, fa premiere femme,
Louiſe qui fut Ayeule de Catherine
de Médicis
, époufe de
Henry II.Ce Seigneur eftoit fils
de Gui & de Marie de Sully,fille
unique de Louis , Sire de Sully
& d'Ifabelle
de Craon , veuve
de Charles
de Berry Comte
de Montpenfier
, & petite fille
de la Princeffe Marguerite
de
Bourbon
-GALANT 313
Bourbon , iffue du Roy Saint
Louis. Cette Dame époufa en
troifiémes noces le Connetable
d'Albret. Gui de la Trimouille
fut Chambellan de Charles VI.
& il eftoit fils de Gui V.que fes
actions de valeur rendirent trescelebre.
Mr le Prince de Tarente
defcend de ce Gui aprés
onze generations . Il faudroit
un volume entier, pour donner
feulement une idée de la Maifon
de la Trimouille : il fuffit
de rapporter un Titre , qui fel
ra voir qu'elle eftoit tres- puiffante
dans le onzième ficcle ,
puifque Gui de la Trimouille
Avril 1706. Dd
#
314 MERCURE
alla au fecours du Roy Godes
froy de Bouillon.
V5
EXTRAIT
Du
Chartulaire de l'Abbaye de
Saint Remy de Reims , en
Champagne
.
L'An de F. C. M.C.VIII.
la plus grande partie de noftre Mo
naftere , ayant efté reduit en cendres
, par un grandincendie ; Haut
Puiffant Seigneur , Gui , Duc
de la Trimouille , Abbé de ce Monaftere
, de l'Ordre de S. Benoist ,
qu'il a fait rebâtir à fes dépens
dont il s'eft déclaré le Protecteur,
eftant de retour de l'expedition de
GALANT 315
lå Terre Sainte, où il´eftoitallé au
fiege de Jerufalem , & au fecours
du Roy Godefroy , a fait ériger
ce Portrait de la Mere de Dien
dans la Chapelle des Novices , où
il l'a placé l'An M. C. & a
fondé dans cette Chapelle un Salut
qui doit eftre dit tous les Samedis
de l'année , pour rendre graces
à Dieu d'avoirgaranti desflâmes,
l'Eglife qui avoit esté bâtie depuis
peu , confacrée par le Pape
Leon.
24
Marie Madelaine de la Fayette
, Princeffe de Tarente ,
eft fille de feu Mre Armand
Comte de la Fayette , Colonel
Ddij
316 MERCURE
(.
du Regiment de la Eera ; &
Brigadier des Armées du Roy's
& de Jeanne Magdelaine de Ma
rillac , fille de René de Marilfac,
Confeiller d'Etat Ordinaire
& d'honneur dans tous les Par
lemens du Royaume , d'une des
plus anciennes Maifons d'Auvergne.
Mr de la Fayette comp
toit parmi fes Ayeux , Gilbert
de la Fayette , Maréchal de
France , fous le Regne de Charles
VI . fous lequel ce Seigneur
fe fignala au fecours de Baugé ,
afficgé par le Duc de Gloceftre,
frere du Roy d'Angleterre , qui
fut tué dans la bataille que
ce Maréchal gagna contre luy.
Antoine de la Fayette fon fils,
fut Grand Maistre de Artil
lerie.
GALANT 317
Me la Princeffe de Tarente
eft petite niece du faint Evêque
de Limoges , dont je viens de
vous parler , & de Mile de la
Fayette , qui parue à la Cour ,
fous le Regne precedent elle
quitta une brillante fortune ,
qui s'offroit à elle , pour entrer
dans un Cloiftre ; & rien ne pût
luy faire changer de réfolu.
tion.
Les deux Lettres que vous
allez lire , vous apprendront des
nouvelles de l'Armée comman
dée par le Roy de Suede ; je
Yous les envoye de la mefine
maniere qu'elles font tombées
entre mes mains , & qu'elles
ont apparemment efté écrites
par les Officiers Suedois , qui
les ont envoyez.
Dd iij
318 MERCURE
EXTRAIT
D'une Lettre de M' Cedchile ,
du Camp de Camjunka , dų
18. Fevrier 1706 .
Ma derniere eftoit du 30. Fan
vier. Je vous y rapportayfuccinctement
,
les
avantages que le Roy
avoit remporté fur les Ennemis
pendant noftre marche , & aupaffage
de Niemen , mais je doute
fort que cette Lettre vous ait efté
rendue , l'ayant envoyée par la
route de Varfovie. L'Ennemy
eu du pire , enplufieurs rencontres
& Sa Majestéfe trouvant àl'heu
GALANT 319
re qu'il eft, entre Grodno, & Vilna,
elle a coupé leurs forces , qui ne
fçauroient fe rejoindre fans en venir
aux mains avec nous . Nous
avons fait plufieurs courſes heureufes
. Un petit parti de Valaques
a efté jufques fous Tifcokzin ,
en a ramené des prifonniers . Le
Maréchal de Camp Mejerfels a
penfe furprendre un Regiment de
Dragons Mofcorites à Indaca ,
dont il en a tué plus de cent ,
ramené foixante- dix prifonniers ,
entre lefquels il y a quelques Officiers
d'affez bonne mine. Le Palatin
Potocki a fait une courfejufqu'à
Olita , où il afurpris le Ge-
&
Ddij
320 MERCURI
neral Sinitsky , qui a eu de lapeine
à fe fauver luy même ; l'on y a
pris 15. Drapeaux , quelques paires
de Timbales , tout le Bagage ,
où l'on a trouvé 20000. écus d'argent
comptant , & la vaisselle
d'argent du General. On a tué
des Ennemis , plus de mille , &
fait quantité de prifonniers.
Le Pifars Potocki a ramené le
butin au Camp , pendant que
Palatin avec le Starofte Sapieha
font allez faire une autre tentative.
le
GALANT
321
EXTRAIT
D'une Lettre de 'M' Hyltéen ,
dattée au Camp de Saludec ,
à lieuës de Grodno , fur
le chemin de Vilna , du 25
Fevrier 1706 .
S
Le Roy a détaché les Troupes
Polonoifes de Potocki , Sapicha ,
& autres en les envoyant en
quartier, aux environs de Korono ,
Sa Majestéy a joint un détachement
de Troupes Suedoifes fous
le commandement du Colonel Duker
,pour les foutenir. Le Colonel
Kruſe a esté enparti vers Grodno,
322 MERCURE
& a paſſe même au - delà. Il a
emporté la petite Fortereffe & Auguftordafur
la Frontiere de Pruffe ,
deffendue par cent Dragons Mofcovites
, qui ont tous eftépaff zau
fil de l'épée. Il a encore furpris
tuéplus defix cens des Ennemis, en
plufieurs endroits , ramené une
centaine de prifonniers. Son expedition
a infpiré une telle terreur
aux Ennemis , qu'ils n'ofent plus
mettre le pied hors de leurs retranchemens.
Le Roy ne s'occupe qu'aux
expeditions militaires , & Dien
benit tellement les armes de Sa
Majefté , que tous les partis qui
ont eſté envoyez battre la CamGALANT
323
pagne , ontremporté des avantages
fur les Ennemis , & font revenus
victorieux . 2 ali ne skryne
L'Academie
Rovale des Infcriptions
, tint fa premiere Séance
publique , d'aprés Pâques , le
Mardy treize Avril . Eile fur ouverte
par Mr Abbé Tallemant ,
qui fit 1 Eloge de deux Academiciens
, depuis peu décedez ,
qu'elle a fujet de regreter ; L'un
pour les lecours qu'elle en recevoit
continuellement
, l'autre
pour ceux qu'elle avoit lieu d'en
attendre Le premier eft Mr Pouchard
, ancien Affocié ; qui avoit
travaillé à l'éducation du jeune
Marquis de Coet quin, & de Mr
de Saint- Ange , fils de Mr de
Caumartin
. Le ſecond , eft Mr
324 MERCURE
Barat , nouvel Eleve ; qui avoit
efté long- temps auprés du fçavant
Pere Thomaffin , duquel il
avoit appris les Langues Orien
rales , M 1'Abbé Tallemant par-
Ja avec l'éloquence & la facilité
qui luy font ordinaires .
Après avoir rendu ces tristes.
devoirs à fes Confreres , Mil'Ab
bé Boutard , lût une Piece de
Poësie Latine , où il introduir le
Pô,qui ayant raffemblé, dans fon
antre , les Divinitez des autres
Fleuves voisins , leur fait un recit
touchant & pathétique, des
horreurs de la guerre , dont ils
font témoins , des malacres con,
tinuels , qui enfanglantent leurs
bords , & du peu d'efperance
qu'ils ont de voir finir tant de
malheurs,s'ils n'agiffentde con
1
GALANT 325.
cert , & s'ils ne s'empreffent &
l'envi , de favoriler le parti de
la France & de l'Espagne , & de
foutenir leurs juftes droits, par
tous les efforts , dont ils font ca4
pables.oney mɔ nje bi ta
Mr Boutard, finit par une pré
diction , fur laquelle Mr l'Abbé
Bignon , luy dit fort agréablement,
qu'il ne fe contentoit pas
de décrire la fituation prefente
des Affaires , mais qu'il anticipoit
encore fur l'avenir , en pré
difant le bon fuccés de nos Ari
mes, & qu'il fouhaitoit qu'il fut
un bon Propheteve
La lecture de bette Piece) fut
fuivies d'on Difcours de Mr de
Valois fur les Confécrations des
Empereurs Romains , & des Im
peratrices leurs femmes, & fur
326 MERCURE
celles de leurs Enfans , & de leurs
Parens , dont il nous refle quelque
preuve par les Médailles. Il
commença le détail qu'il en fit,
par Romulus , & ille finit au
au temps du grand Conftantin,
fousle Regne de qui il prétend,
que la Ceremonic Payenne , des
Apothéofes,fut abolie pour toujours
. Il fit un Abregé fort éxact
, des douze ou quinze premiers:
Empereurs Romains , de
Suetone & deCoiffeteau, auquel
il ajoûte les Reflexions de Mr
Vaillant , fur les Médailles de
ces Empereurs.
}
Il remarqua que Romulus , fils
de l'Empereur Maxence , eftoit le
dernier Prince , à qui on avoit accordé
l'Apothéofe , & que Conftantin
le grand , après avoir embraſſe
GALANT 327
*
la Religion Chrétienne , avoit abrogé
cet ufage du Paganisme. Il finit
fa Differtation cn failant
voir que Onuphre , fçavant
Religieux de l'Ordre des Hermites
de S. Auguftin , s'eftoit
fort trompé , lorfqu'il avoie
pouffé les confecrations jufqu'à
Placide Valentinien ; & il prouya
fort judicieulement , que de
puis le grand Conftantin , inclufi
vement le terme de DIVUS, n'avoit
plus efté donné par les Em
pereurs regnans à Leurs Predecef
feurs , que comme un terme d'hon
neur & de refpect , pour leur mé
moire , & fimplement pour defigner
qu'ils eftoient morts : ce que perfonne
n'avoit encore remarqué, avant luy,
Mr Burette parla , aprés Mr de
Onuphrius Panvinius.
328 MERCURE
Valois , fur la Gymnastique des
Grecs & des Romains ; c'est - àdire
, fur l'Art qui prefide aux
divers exercices du Corps . 11 fit
voir d'abord, que cette matière
qui conduit à la recherche des
plus curieufes Antiquitez , eftoit
également du Reffort de l'Aca
demic , où il eft nouvellement
receu , & du Reffort de la Medecine
, dont il fait profeffion .
Il remarqua enfuite , que là
Gymnastique , avoit trois fins
principales : La Défenſe du
corps: l'Entretien de noftre Machine
, dans l'état qui luy cons
vient le mieux , pour le jeu res
gulier de fes Refforts ; l'Amufement
& le plaifir. C'est pour
cela , ajoûta-t - il , qu'on diftingue
trois fortes de Gymnaſtie
}
GALANT 329
2
ques , la Militaire , la Medecinale
, & celle des Athletes . Il
en donna des notions generales;
& il promit de traiter en particulier
chacune de leurs efpeces.
Il entra dans un détail fort curieux
, en foufdivifant toutes ces
efpeces de Gymnaſtiques.
Il dit comment , & en quel
temps, les Medecins fe mirent en
poffeffion de la Gymnaftique ,
pour en faire une des principales
parties de leur Diététique , &
comment ils négligerent , dans
la fuite, de conferver à leur Profeffion
, un bien qui eftoit naturellement
de fon reffort ,
Jayant laiffé, ufurper , fur eux
aux differens Maitres d'exercices
, enfin , aprés avoir décrie
les lieux & les édifices publics,
Avril 1706 . Ec
the
1
330 MERCURE
où l'on s'exerçoit , fans oublier
les fonctions des Officiers qui y
eftoient employez ; il termina
fon difcours par un dérail abregé
de diverfes fortes d'exercices.
connus des Grecs & des Romains
refervant ce qu'on en
peut dire de plus circonftancié,
pour d'autres differtations , dans
lefquelles it promited approfondir
cette matiere.OLOR
Mr de Villefort , termina la
Séance, par un Difcours fur l'arigine
des Sciences. En traitanc
cette matiere, il n'a pas prétent
dudonner une Hiftoire Chrono
logique de ces Hommes fameux,
qui , les premiers , ont annoncé
les Principes de chaque Scien
ce , qui en ont poffedé quelqu '
une , ou plufieurs, à fond, & qui
GALANT 330
ont rendu leurs Noms celebres ,
par les differens Traitez qu'ils
nous ont laiffez . Mr de Villefort
a feulement , voulu expofer fur
cela , la pensée de S. Auguftin ,
qui croit que la ſeule raiſon a
fuffi aux hommes , pour acquerir
fuffifamment toutes les Sciences
quils poffedent.
Mr de Villefort ', developa
fort bien le Systéme du Saint
Docteur , & il l'e prouva par
des raifons Metaphyfiques. 2
Il n'examina pas cette matiere
, d'une maniere historique
& critique , mais en fuivant feulement
l'idée de S. Auguftin ,
qui dans fes Livres de l'Ordre ,
s'entretient fur la mefme matiere
, avec deux ou trois de les
amis , donnant un libre effor à
Ecij
332 MERCURE
fon imagination , & ne s'attachant
qu'à des preuves d'une
Metaphifique agréable & trese
peu abftraite Tour fon Siſtême
roule , ajoûta-t-il , fur ce principe
, que la raiſon a fucceffivement
inventé toutes les fciences
, lorfque les hommes ont
fenti le befoin qu'ils avoient de
ces fortes de fecours ; c'eſt ainſi
qu elles paroiffent s'introduire
Fune aprés l'autre , & qu'elle
font formées pour l'utilité commune
.
› Hrapporta des Paffagesentiers
de ce Saint , qui estoient tres
longs , & qui ne laifferent pas de
plaire à quelques perfonnes . Il
en rapporta auffi de S. Bernard ,
dont il nous a donné la Vie depuis
peu.
GALANT 333
• Mr de Villefort , aprés avoir
affez fuccintement developé ce
principe , touchant l'origine des
fciences , dans la premiere Partie
de fon difcours , s'étendit beaucoup
fur leurs progrés , dans
la feconde, qu'il remplit de plufieurs
paffages de Ciceron & de
divers endroits , tirez des Auteurs
, qui ont le mieux écrit
fur le mérite & fur l'utilité des
des ſciences. Cette feconde Par
tie eft ornée , & mefme autant
recherchée qu'il eft poffible ,
ayant efté obligé de fe renfermer
dans les bornes qui luy
eftoient prefcrites pour le tems.
Quand Mr l'Abbé Bignony
auroit fait loy- même , tous les
Difcours qu'il reſuma , il n'en
auroit pas parlé, d'une manieres
>
334 MERCURE
qui eûr pu faire croire davan
qu'il les poffedoit entierement ,
Le Méeredy 14 Avril Acadenie
des Sciences , fit auffi l'ouverture
de fon Affemblée , prefidée
par Mr l'Abbé Bignon . Mr
Homberg en fit l'ouverture par
un difcours fur un nouveau diffolvant
de l'argent ; ce qui fut
un Paradoxe chimique curieux
& fingulier.
Il parla de la difference que
les Chimiftes apportent dans la
diffolution de l'argent & des autres
metaux , & cet endroit fue
écouté avec beaucoup de plaifir
11 propofa un exemple de
Ja diffolution qu'il avoit faite, de
Pargent avec le flegme de l'eau
segales nouvellement extrait.
GALANT 335
l'ayant laillé auparavant quel
ques heures en digeſtion , avec
une certaine quantité d'or. Mr.
Homberg avoua, que c'eſtoit le
halard , & même une méprifes
qui luy avoit fait connoiftre cette
proprieté du flegme d'eau regale
, & il ajoûta qu'ayant enfuite
reperé plufieurs fois , & de
propos deliberé , ce qu'il n'avoit
d'abord fait que par bafard,
le fuccés fut toûjours le même ;
il rendit railon de cette experience
, qui paroiſt contraire
aux principes ordinaires des
Chymiftes.
Mr. l'Abbé Bignon refuma
tont ce qu'avoit dit Mr Homberg
, avec beaucoup de folidité,
& donna de fçavans éclairciffe
mens qui mirent ces matieres
336 MERCURE
à la portée de tout le monde.
Mr.Dodart donna enfuite la
continuation d'un Siftême qu'il
avoit propofé , il y a quelques
années fur la maniere dont fe
forme la voix , fur les differens
tons, &c. Il fe propofa & refoluc
par fes principes , plufieurs
questions , qui roulent fur des
choſes tres - connues , par une
experience centinuelle , & qui
p'en font pas moins difficiles !
par exemple , pourquoy il y à
des voix fauffes ,, cleft à dire ,
qui n'entonnent jufte , aucun
ton , pourquoy certaines perfon
nes ont la voix defagreable , en
parlant , & agreable en chan
tant', ou , au contraire , en quoy.
confifte la voix de fauffer , & en
quoy elle differe phifiquement,
de la voix naturelle . II
GALANT 337
Il donna une fçavante Mechanique
de l'organe & du tuyau de la
voix , & expliqua phifiquement,
les differens effets de la voix .
Le Memoire qu'il donna, en
1700. eft imprimé dans 1 Hiftoire
de cette Academie de la même
année ; de forte que ce qu'il
en a dit en dernier lieu , n'eft
qu'une Addition au Memoire de
1700. qui en fuppofe l'intelligence.
Elle le reduit à marquer
La difference des tenfions & des
re réciffemens dont la glotte &
l'epiglotte font capables pour
former la voix pleine , la voix
aiguë , & la fauffe voix , & c .
Mr l'Abbé Bignon donna de
grandes louanges au difcours
de Mr. Dodart &
remarqua
fort agreablement qu'avec
Avril 1706.. Ff
"
338 MERCURE
une voix tres- foible , il avoit
parlé avec beaucoup de force
fur la voix ; mais que pour dédommager
le public , qui peut
eftre ne l'avoit pas bien entendu
, il alloit reprendre une partie
des chofes qu'il avoit dites ;
c'est ce qu'il fit avec cette jufteffe
qui accompagne tous fes
difcours.
Mr de la Hire parla aprés luy ,
fur les differentes apparences
de la Lune , vûë avec des Lunettes
. On fçait quelle prodigieufe
quantité d'inégalitez
d'endroits plus lumineux , ou
plus obfcurs , fe découvrent fur
fon difque , & il s'agit d'imaginer
quelle peuteftre la difpofition
réelle , qui produit ces ap
arences à nos yeux ,
GALANT 339
P
Il parla des montagnes , que
quelques Aftronomes ont dé-
Couvert , dans cette Planette.
Cet endroit fut tres - bien touché.
Il expliqua enfuite fort nettement
le Siftême des Anciens
& des Modernes , fur ce fujet ,
a& pour reduire celuy des uns &
des autres à des idées naturelles
, il parla d'un globe lunaire
qu'il avoit commencé depuis
long - temps , & fur lequel il
avoit marqué en creux & en relief
, les hauteurs & les cavitez
qu'il trouvoit dans le vrav globe
de la Lune. Ce globe artificiel
, expofé à une grande lumiere
, produit , ajouta Mr de la
Hire , par fes inégalitez , les
mêmes phafes , & les mêmes ap-
F f ij
328 MERCURE
Valois, fur la Gymnastique des
Grecs & des Romains ; c'eſt - àdire
, fur l'Art qui prefide aux
divers exercices du Corps. 11 fit
voir d'abord, que cette matiere
qui conduit à la recherche des
plus curieuſes Antiquitez , eftoit
également du Reffort de l'Aca -
demic , où il eft nouvellement
receu , & du Reffort de la Medecine
, dont il fait profeffion.
Il remarqua enfuite , que la
Gymnastique , avoit trois fins
principales La Défenſe du
corps: l'Entretien de noſtre Machine
, dans l'état qui luy cons
vient le mieux , pour le jeu res
gulier de fes Refforts ; l'Amu
fement & le plaifir . C'eſt pour
cela , ajoûta-t- il, qu'on diftingue
trois fortes de Gymnaſti
3
1.
34E
eflé
ì un
bient
.cnême
bion
ter
pcrpor
.
partme
vent
Coun
ment
ALUla
v
felius ,
e de
{ur
Parer
202 L
aruc
Fra à
- ces
toute
340 MERCURE
*
parences que la Lune produit
noſtre égard.cat
Mr Maraldi traita auffi un
fujer aftronomique ; il donna
les obfervations qu'il a faites ,
fur une Etoile fixe de la conſtellation
de l'Hydre , qui paroift &
difparoift de temps en temps
comme la fameufe Etoile du col
de la Baleine.
Cette étoile fixe a efté décou
verte, depuis peu, à - l'Obfervatoire
, & Mr Maraldi fit l'hiftoire
de cette découverte. Elle
fut faite en l'année 1704. cette
Etoile eft de la quatrième grandeur
; elle paroift & difparoift,
aprés quelque temps , dans la
conftellation de l'Hydre . Elle
n'eft point marquée dans les
Tables ordinaires , mais Mr MaGALANT
341
નીટ
Faldy croit qu'elle n'a pas efté
inconnue à Kevelius , & à , un
autre Aftronome , qui femblent
l'avoir voulu defigner. Il ren-.
dit enfuite, raifon de ce Phenomene,
conformement au Siftême
des Anciens , & felon l'opinion
particuliere de Mr Caflini,
Enfin Mr Lemery le fils , ter
mina la Séance par des expcriences
nouvelles , qu'il rappor
ta fur l'Aiman , & qui fervent
a connoiftre plus exactement
qu'on ne faifoit encore la nature
de ces deux Mineraux.
Ce qu'il dit fur la nature de
l'Aiman , fur les effets , & fur
la maniere de s'en tenir , parut
tres recherché . Il rapporta
ce fujet , diverfes experiences ,
qui furent écoutées de toute
Ef iij
342 MERCURE
1.Affemblée avec beaucoup de
plaifir.
Il ajoûta quelques obfervations
fur l'Aiman . Il fit enfuite
une Analyſe exacte de toutes
les parties dont le fer eft compofé
. Il marqua leurs qualités ,
leurs principes , & les ufages
que l'on en pouvoit faire dans
la Medecine , pour la cure de
plufieurs maladies . 11 expliqua
enfuite , comment le fer , qui a
demeuré long - temps à l'air ,
acqueroit la vertu de l'Aiman ,
comme on l'a remarqué fur une
barre de fer du Clocher de Nôtre
- Dame de Chartres , & il en
rendit des raifons tres - fenfibles ,
du moins à ceux à qui les termes
de l'Art , & les regles de la
Chimie ne font pas tout à fait
étrangeres.
GALANT 343
Mr l'Abbé Bignon qui a prefidé
auffi , à cette Academie , en
refuma tous les difcours , avec
la facilité & la politeffe qui luy
font naturelles , & il y joignit , à
fon ordinaire , fes fçavans &
agreables éclairciffemens
.
Les neuf Articles fuivans contiennent
les morts , d'autant de
Perfonnes de diftinction , decedées
à la fin du mois de Mars
dernier , & pendant tout le
mois d'Avril .
Mre Antoine Seglineau , Curé
de Saint Sauveur. C'eftoit
un Paſteur , zelé pour fon troupeau
, & qui s'y attachoit uniquement
, il ne le perdoit jamais
de veuë , & on doit dire à
fa louange , qu'il a laiffé un par-
Ff iiij
344 MERCURE
fait modele pour la conduite
des ames. Son zele eftoit fou->
tenu d'une parfaite connoiffan
ce de l'Ecriture , fur laquelle
il fe regloit , & dont tous ceux
qui font dans l'étenduë de ſa
Paroiffe , profitoient . Il s'étoit
fait une étude toute particulie
de l'Ecriture Sainte , & illa
1 foit tous les jours avec une
grande attention , & il s'en
eltoit fait un exercice particulier.
Il avoit le talent de la pa
role , & il la diftribuoit au peuple
avec beaucoup d'onction .
On ne fortoit jamais des prieres
publiques , qu'il faifoit pendant
une bonne partie de l'année ,
faus eftre touché , & il avoit
l'art de convaincre tous ceux à
qui il parloit. La Cure de S.
臭
GALANT 345
Sauveur dépend du Chanoine.
de S. Germain de l'Auxerois ,
qui fe trouve en femaine , lors:
qu'elle vient à vaquer,
vaquer , elle eſt
fort étendue
, & l'Eglife
eft
une des plus anciennes
de Paris.
Meffire N ... Mathieu , Curé
de S André des Arcs eft
mort , dans la foixante -cinquiéme
année. Il a efté fort regretté
dans fa Parroiffe , Ses
manieres douces & paisibles.
l'y avo ent fait generalement
aimer ; d'ailleurs fa conduite à
toujours etté irreprochable , &
il avoit une grande exactitude ,
dans toutes les fonctions qui
regardoient fon miniftere . It
eftoit fils de feu Mr Matthieu
celebre Medecin de la Faculté
de Paris , & c'eft par cette has
346 MERCURE
culté, qu'il fut nomméà la Cure
de S. André , qui eſt une des
trois Cures qui dépendent de
l'Univerfité , & où les quatre
Facultez nomment,tour à tour;
& quoy que la Faculté de Me
decine ait nommé Mr Matthieu ,
elle a encore nommé cette fois
cy , parceque les autres Facul
tez ont nommé , à leur tour , aux
autres Benefices . Mr. le Curé
de S. André avoit beaucoup
de gout pour les beaux arts ;
il aimoit la Mufique , & il s'y
connoiToit parfaitement . Les
Concerts qu'il donnoit tous les
Mercredis chez luy , estoient
tres bien executez , & toûjours
bien fournisson n'y chantoit que
des Motets . Il avoit deux fours
aufquelles il a furvêcu quelque
GALANT 347
*
temps. Feuë Me Pajot époufe
d'un celebre Avocat qui a fait
beaucoup de bruit au Palais , &
Me Matthieu morte il y a quelque
mois , Superieure des Urfulines
du Faux bourg S. Jacques,
dans une grande opinion de
fainteté fa mort fut predite quel
ques , jours auparavant qu'elle
arrivaft , par un Ecclefiaftique
étranger , qui la dirigeoit depuis
quelque temps : cette prediction
fit beaucoup de bruit
dans le monde. Me Pajot a laiffé
deux filles mariées , dont l'une
qui eft une tres belle perfonne
, a epoufé Mr de Coteron
, Capitaine des Gardes des
Mr le Duc de Vendôme . Feu
Mr le Curé de S. André avoit
l'art de fe faire beaucoup d'a348
MERCUREA
mis , & celuy de les conferver .
Il avoit toure la confiance de
feu Mr Colbert General de
Premontré , & celle de Mr.
l'Abbé de Lorraine, il a declaré
Mr l'Abbé D'agueffeau fon executeur
Teftamentairenda
Dame Marie Fleuriau , veuve
de Mr de Paris , Confeiller
au Parlement , & enfuite Prefident
en la Chambre des Comp
tes , Seigneur de Couftes , de
Gafville , & autres lieux. Feu
Mr de Paris eftoit l'aifné de
cette famille qui eſt ancienne
& dont il y a encore aujour
d'huy un Prefident à la Cham
bre des Comptes , & un Con-;
feiller de la cinquième Chambre
des Enquetes, la défunte eftoit
foeur de Mr d'Armenonville ,
de Mr l'Evêque d'Aire , & de
GALANT, 349
Me Pelletier , femme du Miniftre
d'Etat , laquelle avoit en
premieres noces , epoufé Mr de
Fourcy. Elle eut de ce premier
mariage une fille mariée à Mr
de Château - neuf , Miniftre &
-Secretaire d'Etat , Pere de Mr
le Marquis de la Vrilliere .
Madame de Paris qui vient
de mourir , laiffe plufieurs enfans
, du nombre defquels font
un Capitaine aux Gardes , un
Abbé & une fille mariée à Mr
de Graville , Confeiller au
Parlement.
Dame Magdelaine d'Elbene,
veuve de Me Jean Jacques du
Bouchet , Chevalier Seigneur
de Ville Flix les Arches. Elle eſt
morte âgée de 94. ans , ce grand
âge n'avoit point affoibli fon
efprit .Elle ne laifle d'enfans que
350 MERCURE
Madame la Marechale de Chamilly.
Feu Mr de Ville- Flix
avoit long- tems porté les Armes,
& ilavoit donné en plufieurs
occafions des marques de
fon courage. Il eftoit d'une anciene
Maiſon originaire de Notmandie
, mais qui en eftoit for.
tie il y a déja long - temps. Le
nom du Bouchet eft fort connu
dans le Royaume ; il l'étoit
à la Cour de S. Louis , & à
celle du Roy Philippes le Har-
.dy fon fils . Me de Ville- Flix
qui vient de mourir s'étoit acquis
une folide reputation par
ſa pieté ; ſa charité n'avoit point
de bornes , & elle fe repandoit
fur tous ceux qui eſtoient dans
l'indigence , on en voit de grandes
preuves dans fon teftament .
GALANY 351
5
1
Mr le Marquis de Maulevrier,
Colonel du Regiment de Navarre
& Brigadier des Armées du
Roy. I laiffe des enfans de
Dame N ... Froulay de Teffé
fille de Mr le Maréchal de Teffé
Ce Marquis qui avoit choifi
le parti de l'Eglife. , le quitta
lors que fon frere aifné , Colodu
Regiment de Maulevrier ,
-fut tué à la tefte de ce Corps ,
pendant la derniere guerre . Ce
Marquis eftoit frere de Mr le
Chevalier de Maulevrier Inf
pecteur General de l'Infanterie
en Italie , & de Mr l'Abbé de
Maulevrier Bachelier de Sorbonne
; tous fils de feu Mr le
-Comte de Maulevrier , Chevalier
des Ordres du Roy ,
Capitaine Lieutenant ' des
352 MERCURE
Moufquetaires , & Lieutenant
General des Armées de Sa Majefté.
Ce Comte eftoit frere de
Mr Colbert Miniftre d'Etat , &
til eut tous les enfans de Dame
N... de Bautru de Saillant.
i. On ne peut donner trop d'éloge
à la veuve de feu Mr le
Marquis de Maulevrier : elle eſt
belle : elle a tout le mérite imaginable
, & tous ceux qui la con .
noiffent, difent qu'il feroit difficile
de trouver une perfonne qui
cuft l'efprit mieux fait .
Mre Claude de l'Aubeſpine ,
Chevalier , Marquis de Verderonne
, Seigneur d'Eftors , Ca.
pitaine des chiens Ecoffois
chaffans le liévre , pour les plaifirs
du Roy. De fon mariage
avec Helene d'Aligre , fille &
GALANT 353
petite fille des deux Chanceliers
de ce nom , il a eu deux fils ;
le puifné , Charles de l'Aubefpine
, eft mort fans alliance ,
Capitaine dans le Regiment du
Roy. L'aîné , Claude Eftienne
de l'Aubefpine, Comte de Verderonne
, Lieutenant des Gendarmes
Dauphins , fut tué à la
bataille de Fleurus ; il a eu de
fon mariage , avec Marianne
de Fetard , heritiere de la maifon
de Beaucourt , en Picardie,
trois enfans , Claude- Maric
Marquis de Verderonne , à qui
le Roy vient de donner la Charge
de Capitaine de la meute
des chiens Ecoffois , entretenus
pour le plaifir de Sa Majefté ,
quia efté poffedée par fon ayeul
& par fon pere & fon oncle ,
Avril 1706
. G
S
354 MERCUR
A
Eftienne- Loüis , Marquis de
Beaucourt ; & une fille nommée
Helene Rofalie - Angelique de
l'Aubefpine . Feu Me la Marquile
de Verderonne , eftoit foeur
de Me la Marefchale d'Eftrades ,
qui avoit époufé en premieres
noces , feu Mr de Verthamont ,
pere du Premier Prefident du
Grand Confeil . Mr. le Marquis
de Verderonne , eft mort âgé
de quatre-vingt - quatre ans , il
avoit long- temps porté les armes
, & il avoit donné dans
plufieurs occafions , des marques
de fon courage : il a efté generalement
regretté ; fes manieres
polies & genereufes le faifoient
eftimer de tout le monde .
La noble maifon de l'Aubefpine
a donné de grands homGALANT
355
1
mes à l'Eglife & à l'Etat on
croit qu'elle eft fortie de la maifon
de l'Aubefpine en Bourgogne
, & qu'un Cadet de cette
maifon , s'établit dans le Païs
Chartrain , aprés avoir épousé
une foeur de Pierre de Fitigny
Evêque de Chartres , que Člément
VII. fit Cardinal en 1383 .
c'eſt de ce Cadet que defcendoit
Claude de l'Aubefpine I.
du nom Sieur de la Corbilliere
, & qui époufa en 1507.
Marguerite , fille unique de
Pierre le Berruier , Sr de la Corbilliere
, dont il eut Claude II .
Sebaftien Evefque de Limoges ,
& auparavant Abbé de S. Martial
& de S. Eloy de Noyon ,
Maistre des Requestes , puis
Evefque de Vannes , celebre par
Gg ij
356 MERCURE
ſes Ambaſſades , & qui mourue
en 1982. François Sieur de la
Corbilliere & de Bois- le- Vicomte,
Maistre des Requettes de
l'Hotel , mort en 1569. Gilles
Sieur de Verderonne , tige des
Marquis de ce nom , & duquel
celuy, dont je vous apprens fa
mort , defcendoit. Claude de
l'Aubefpine II . du nom , époufa
Jeanne , fille de Guillaume Bocheter
& de Marie de Morvil
liers , dont il eut Claude de
PAube pine , Secretaire d'Etat ,
qui mourut en 1570 , fans laiffer
d'enfans de Marie Clutin , fille
unique d'Henry , Sieur d'Oifel
Ambaſſadeur à Rome; Guillaumefon
frere Sieur de Chasteauneuf
& d'Hauterive, Chancelier
des Ordres du Roy & Doyen du
GALANT 357 ,
Confeil , fut Ambaffadeur en
Angleterre, & ikeut deMarie de
la Chaſtre , Claude de l'Aubefpine,
Marquis de Chasteauneuf,
époux de Gafparde de Miolans,
veuve de Timoleon de Beaufort
, Marquis de Canillac , Gabriel
, Evefque d'Orleans , qui
fut tres- celebre par les ouvra
ges , & qui mourut en 1630. à
Grenoble, où il avoit efté exilé.
Charles , Garde des Sceaux de
France, & François de l'Aubefpine
, Marquis d'Hauterive &
de Chasteauneuf, premier Colonel
des troupes Françoiſes , en
Hollande, pere de Mr le Marquis
de Chateauneuf , & de M
la Ducheffe Doüairiere de S.
Simon.
Mre Emanuel de Guenegaud
358 MERCURE
evalier, non Profés , de l'Or
dre de S. Jean de Jerufalem , Ca-.
pitaine Lieutenant de la Com .
pagnie des Chevaux . Legers, de
Monfeigneur le Duc de Bour
gogue , & Maréchal de Camp ,
eftoit fils de Henry de Guenegaud,
Marquis de Plancy , Comte
de Montbrifon , Vicomte de
Semoine, Baron de S. Juft, Sieur
du Pleffis & de Frefne , Secre
taire d'Etat, & Garde des Sceaux
des Ordres du Roy , & d'Iſabelle
de Choifeüil , fille puifnée de
Charles , Marquis de Praflin ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
& Maréchal de France , & de
Claudine de Canillac . Mr de-
Plancy avoit eu trois freres aîmorts
avant luy . Gabriel ,
Comte de Montbrifon , bleffé le
GALANT 359
14. Novembre 1668. au fiege de
Candie , d'une grenade dont il
mourut le 9. Decembre fuivant;
Roger , Marquis de Plancy
Meſtre de Camp du Regiment
Royal de Cavalerie , mort à
Frêne , le 7. Septembre 1672. *
& Cefar , Vicomte de Semoine,
mort en 1668. âgé de 18. ans.
Mrle Chevalier de Planey avoit
eu deux foeurs ; Claire - Benedicte
, née en 1646. & mariée en
1665 à Juft-Jofeph- François de
Tournon de Cadar- d'Ancezane
, Duc de Caderouffe , morte
depuis quelques années ; & Angelique
veuve de François ,
Comte de Boufflers , Lieutenant
General au Gouvernement de
l'Ile de France , mort en 1672.
& qui eftoit frere aîné de Mr le
360 MERCURE
*
Maréchal de Boufflers. Henry
de Guenegaud , Secretaire
d'Etat , eftoit fils de Gabriel de
Guenegaud , Treforier de l'Epargne
, & de Marie de la Croix ,
fille unique & heritiere de Claude
, Vicomte de Semoine . Ilfervit
dans fa jeuneffe , & fur tout
dans le voyage que la Cour fit
en 1632 en Languedoc , avec
tant d'efprit & de fidelité , que
le Cardinal de Richelieu conçur
une estime particuliere pour
lay, & luy procura la furvivance
de la Charge de fon pere , qui
mourut le 6. Fevrier 1638. le
Roy agréa en 1643 la demiffion
que Mr le Comte de Brienne? fit
en fa faveur , de la Charge de
Secretaire d'Etat. Le Roy luy
donna le Collier de fes Ordres,
cn
SGALANT
201
ch 1656. aprés qu'il luy eût peri
mis
detraiter de la Charge de
Gardez des Sceaux de fes . Or
dres. Il fe demit dans la fuite ,
de celle de Secretaire d'Etat ,
& il mourut le 16. Mars de l'an
1676. âgé de foixante fept ans ;
ileur plufieurs freres : Claude
de Guenegaud, Sicur du Pleffis ,
cy- devant Treforier de l'Epar
gneis quila cu des enfans de
Claude
Alfonfines de Martel
François de Guenegaud , Sieur
de Lonzac , Confeiller au Parle
ment de Paris , & Prefident d'une
Chambre des
Enqueftes , mort
fans pofterité ; Renée époufe de
Claude Loup, Sieur de loftard ;
Marie , femme de Claude Loup ,
Sieur de
Bellenave ; Jeanne ,
Prieure de l'Hôtel Dieu de
Avril 1706.
Hh
362 MERCURE
Pontoife , & Madeleine , mariée
en 1645. à Cefar Phoebus d'Albret
, Comte de Mioffens , Maréchal
de France. Mrle Cheyalier
de Plancy, qui vient de mou
rir , a efté regretté de tous les
Officiers de la Gendarmerie. Il
s'eftoit fait generalement aimer
dans ce Corps , par fes manieres
douces & honneftes ; il avoit
donné des preuves de fa valeur,
en tant d'occafions , qu'on ne
pouvoit douter qu'il ne fut un
des plus braves Cavaliers du
Royaume.
Mre Jean Teftu , Abbé de
Fontainejean , & de S. Cheron
de Chartres , Prieur de S. Jean
de Dampmartin , l'un des quarante
de l'Academie Francoife
, & cy-devant Aumônier
GALANT 363
ordinaire de Madame , mourut à
Dampmartin le premier de ce
mois , en fa foixante - dix - neuviéme
année , avec des fentimens
d'une tres -grande pieté .
Sa charité finguliere envers
les pauvres , & l'accès libre &
facile qu'ils trouvoient auprés
de luy ,lorfqu'ils avoient befoin,
ou de fes lumieres pour leur
inſtruction dans la Religion , ou
de les confolations , & de fes
afflictions
& dans leurs neceffitez , luy
avoient attiré l'amour des Habitans
de Dampmartin & des
environs , dont il eft fort regretté
, ainfi que de tous ceux
dont il eftoit connu .
affiftances , dans leur
f
I
Entre les grandes qualitez de
fon efprit, on admiroit, fur tout,
Hh ij
364 MERCURE
une penetration vive & facilez
dans toutes fortes de matieres ,
un jugement fain & ſolide zune
éloquence aifée & naturelle , &
une memoire des plus heureus
fes, dont il a donné des marques
jufqu'aux derniers momens de
fa vie.
Tant de rares qualitez , joinres
à des moeurs dont la bonté
s'est toujours fait remarquer, &
relevées par une connoiffande
parfaite de plufieurs langues &
des fciences les plus fublimes ,
Juy avoient procuré avec l'eftime
& les applaudiffemens de
tous les Sçavants & de plufieurs
perfonnes illuftres , l'honneur
d'être choifi , par feu Son Alteffe
Royale, Monfieur , pour donner
l'éducation à Mefdames les DuGALANT
365
chefles de Savoye & de Lorrai
ne , fes filles , & cultiver en ces
deux grandes Princeffes , qui
font admirées de tous ceux qui
ont l'honneur de les approcher;
les heureufes difpofitions & les
grands talens qui font infeparables
de l'augufte fang dont elles
font forties . Quoique Mr. l'Abbé
Teftu fur pourvû des Benefices
dont j'ay parlé cy- deffus ; Son
Alteffe Royale , Monfieur le
Duc d'Orleans
, qui protege
aujourd'huy les Sciences & les
Arts , voulant que cet Abbé
tint auffi quelque chofe de luy,
F'avoit honoré d'une penfion de
cinq cens écus , ce qui eft une
preuve inconteſtable de fon merite
, puifqu'un Prince auffi
éclairés que Son Alteffe Royale
the
Hhij
366 MERCURE
ne répand jamais fes graces que
fur des fujets qui en font dignes.
Il eftoit frere ainé de feu Mr
Teftu, qui aprés avoir efté Cons
trôleur General de la Maifon
de feu Monfieur , eft mort Maître
d'Hôtel ordinaire de ce
Prince , & il a laiffé deux filles
qui font Mefdames de la Bretef
che & Tubeuf, Leur nom , leur
merite & leur vertu , les font
affez connoiftre , Fen Mrl'Abbé
Teftu avoit auffi pour freres
feu Mr Teftu , Treforier des
Parties Cafuelles , & Mr Tefta
de la Chefnaye.
Cette famille eſt ancienne , à
Paris , & elle y a toujours efte
confiderée , tant par elle - même
que par fes alliances , avec plufieurs
perfonnes diftinguées dans
GALANT 367
la Robe & dans l'épée
Mr l'Abbé Teftu avoit ajouté
à fon nom de famille , celuy de
Mauroy , qui eftoit le nom de fa
meres elle eftoit foeur de Mr
de Mauroy , Confeiller d'Etat
ordinaire & Intendant des Finances
; il avoit crû devoir porter
ces deux noms pour eftre
diftingué des autres Abbez qui
portent le nom de Teftu .
A Mr de Joyeux , Gouverneur du
Château de Meudon , mourut le
22. Avril âgé d'environ 963 ans.
Il avoit été long- tems premier
Valet de Chambre de la feuë
Reine mere du Roy . Il avoit
fervi cette Princeffe avec aut
tant de zele que de fidelité, dans
un temps où tous ceux qui faifoient
bien leur Cour ; ne fai-
Hh iiij
368 MERCURE
锣
C
foient pas toûjours bien leur
affaires. Quoyque le Roy fuc
dans un âge tres - peu avancé
ce Prince , ne laifoit pas de re
marquer tout ce qui fe paffoits
fans laiffer voir qu'ily faifoit ata
tention . Ce Monarque s'étant
marié quelques années aprés ,
& le Ciel luy ayant donné un
Prince anffi - tôt aprés fon mariage
, il fut mis entre les mains
des femmes , fuivant l'ufage or
dinaire , & lorfque ce Prince ens
fut retiré , pour paffer en celles
des hommes ; le Roy nomma Mr
de Joyeux pour le fervir en qualité
de premier Valet de Chambre
, & pour demeurer toûjours
auprés de fa perfonne. Monfeit
gneur le Dauphin fut fr content:
de fes fervices , defon zele: &id =
GALANT 369
fon affiduités que ce Prince le
fit Gouverneur du Château de
Choify , lorfqu'il en eût herité
par le teftament de feuë Made
moifelle,fille de Gafton de France,
oncle du Roy , & ayant en
fuite aequis le Château de Meu
don, par un échange , il en don
na à Mr de Joyeux le gouvernement
, comme il avoit fait auparavant
, celuy du Château de
Choify. Ily a quelques années
que Mr de Joyeux avançant en
âge , & n'eftant plus en eftat de
coucher dans la Chambre de
Monfeigneur le Dauphin , &
fur tout , parce que ce Prince fe
levoit fouvent à cinq heures du
matin pour aller à la chaffe ,
quoiqu'il fe fût couché fort tard,
Je Roy difpenfa Mr de Joyeux370
MERCURE
de faire les fonctions de lacharge
de premier Valet de Chambre
& ordonna que fes quacre premiers
Valets de Chambre fervi .
roient alternativement , auprés
de Monfeigneur le Dauphin ,
aprés être forti de quartier ,
comme font les autres Officiers
de Sa Majefté auprés de ce Prince.
Mr de Joyeux demeura Gouverneur
de Meudon , & continua
d'en faire les fonctions. Son
grand-pere eftoit Confeiller de
la Cour des Aydes. Il n'eût
qu'une fille qui époufa Mr Tho
maffin , Secretaire du Roy, dont
eft forti Mr de Joyeux . Il prit
d'abord le nom de Thomaffin-
Joyeux , & dans la faite des
temps, il n'a plus porté que celuy
de Joyeux , je n'en fçay pas
la raifon.
GALANT 371
A peine Mr de Joyeux fut- il
decedé , que Monfeigneur le
Dauphin , donna le gouverne
ment de Meudon à Mr Dumont,
Efcuyer du Roy , dont ce Prin
ce a eu le temps de connoiftre
les bonnes qualitez , puifqu'il eft
depuis tres- longtemps auprés
de fa perfonne . J'ay fouvent cu
occafion de vous parler de fes
manieres douces & honneftes ,
& de fa naiffance , qui peut al
ler de pair , avec celle de plufieurs
perfonnes d'une groffe
diftinction . Le feu Roy Louis
XIII. nomma peu de tems avant
fa mort deux fous - Gouverneurs
du Prince qui eftoit fur le point
de luy fucceder , & Mr Dumont
pere de celuy dont je vous par
le, en fut un. Le choix de Mon
372 MERCURE
feigneur a efté generalement
applaudi , & ce Prince en l'ho
norant du gouvernement qu'il
Juy vient de donner , a fait plai
fir à tous ceux qui fouhaitoient
que ce gouvernement tombâr
entre fes mains, Chapleadof
Madame la Ducheffe de Bour
gogne devant aller fe promener
à Puteau , à la maifon de Mr la
Duc de Guiche , les Habitans
de Surenne & de Pateau en
ayant efté avertis , fe prepare
rent à recevoir cette Princefle ,
le mieux qu'il leur feroit poffible.
Ils choifirent pour cet ef
fer , cent cinquante hommes des
mieux faits de ces deux Villages .
Ils fe trouverent dés le matin
au rendez - vous avec leurs ar
mes , & ayans leurs Officiers à
leur tête .
GALANT 373
Madame la Marefchale de
Coeuvres & Madame laMarquife
de Villacerf eftoient venuës
difner chez Madame la Duchef
de Guiches, & s'estoient difpo
fées à faire une galanterie à l'ar
rivée de Madame la Ducheffe
de Bourgogne. Elles monterent
environ fur les trois heures aprés
midy , dans une des litieres de
cette Princeffe , & elles allerent
avec les Habitans qui avoient
pris les armes au bruit des tambours,
des violons & de plufieurs
autres inflrumens , fur le cher
min , par où cette Princeffe devoit
arriver. Elle fut fort fure
priſe detrouver ces deux Dames
rà la tête d'une troupe fi defte ,
elles la faluerent de la meilleure
grace du mondes & leur bon
374 MERCURE
air fut remarqué de toute fa
Cour. Lorfque Madame la Ducheffe
de Bourgogne approcha
de la maifon de Mr le Duc de
Guiche , elle fut faluée de toute
la moufqueterie. La littiere des
Dames , qui avoient efté au devant
de cette Princeffe , arriva
peu de temps aprés elle, avec le
même accompagnement , & fuivie
des plus jolies Payfannes
des environs : elles avoient des
Corbeilles remplies de raifins &
de gateaux pour prefenter à cette
Princeffe , elles les reçût d'une
maniere gratieufe , & leur donna
des marques de fa liberalité ,
& elles crierent toutes à plu
fieurs repriſes , auffi - bien que
les Habitans qui avoient eſté
au devant de cette Princeffe ,
1.
GALANT 375
Kive Madame la Ducheffe de
Bourgogne.
Je vous envoye un air nouyeau
, qui convient également
au Printems , & à l'ouverture
de la Campagne . Les paroles
font d'une Dame diftinguée par
fon efprit , & dont les ouvrages
font tous les jours admirez ; &
l'air eft de Mr Charles, difciple
de Mr Broffant.
AIR NOUVEAU.
Nos trèſtés coeurs néforment plus de
Voeux
Pour revoir la faifon nouvelle .
Une guerre crueller
Afait mourir nos plaifirs & nos
jeux.
Amour tu peut calmer l'ennuy
qui nous devore
376 MERCURE
Du redoutable Mars defarme te
couroux.
Pour nous vanger , fais qu'ilsoit
pris encore
Dans lesfilets d'unjaloux.
290
Vous voulez bien que je chan
ge l'ordre ordinaire qui fe trou
ve dans mes Lettres , & que je
n'attende pas à la fin d'y placer
l'Enigme , parce que pluftoft on
la lit , plutoft on s'attache à la
deviner . Les noms des Devineurs
de l'Enigme du mois dernier
ne fe trouveront qu'à la
fin de ma Lettre,
ENIGME.
Depuis le matin jusqu'aufoir ,
Je vais , je viens par tout , & je
Courrefans voir
GALANT 377
Mon mouvement lent ou rapide,
Eft toujours tel qu'il plait à celuy
qui me guide :
S
He ! commentpourrois - je voir clair,
Je n'ay pas un feulcil, & je crains
d'eftre à l'air ;
Ma pean trop delicate , eft triplement
veuëio det s
Et rarement chacun peut la voir
toute nuë.
$
Tous les jours on m'enferme en
certaine maison ,
Que l'ouvrier exprés a faite ,
i :
Pour me fervir d'une retraite
Quipourroitfe nommer l'ambulante
prifon.
Mr de Fer , Geographe de St
M. C. & dont je vous ay fou-
Avril 1706.
Ii
378 MERCURE
vent parlé , vient de mettre au
jour , un Plan de Gibraltar , &
un Plan fort exact de la Ville
de Barcelonne & de fes environs
, levé cette année . On ne
le pouvoit donner plus à propos
dans la conjoncture prefente ,
& l'on peut dire que Mr de Fer
a , à fon ordinaire , prevenu
agréablement les voeux du puz
blic . Il y a déja prés d'un mois
qu'il a mis en vente ces deux
Plans ; ainfi à peine le public a
t- il oüi parler du fiege de Barcelonne
, qu'il a trouvé dequoy
fatisfaire fa curiofité . Ces deux
Plans fe vendent dans l'Ifle da
Palais, à la Sphere Royale.
Le Journal que vous allez
lire , fait connoistre que les Efpagnols
réuffiffent toujours dans
GALANT 379
toutes les chofes qu'ils entreprennent
, lorsqu'ils ont volontairement
pris un parti ; & qu'ils
ne fe fervent pas moins bien de
la plume , que de l'épée , lorfqu'ils
veulent s'en fervir , Ce
feroit icy le lieu de vous citer
un grand nombre d'exemples
de ce que j'avance ; mais comme
ma Lettre eft déja affez
étenduë , & qu'il me reste beaucoup
de chofes à vous dire, touchant
les affaires de la Guerre,
je dois d'abord entrer en matiere
fans faire aucun Prelude
fur un fiege , qui me fourniroit
dequoy en faire un beau , à la
gloire de ceux qui l'ont entrepris.
Ji ij
38 MERCURE
TRADUCTION
D'un Journal écrit en Efpagnol,
de tout ce qui s'eſt paſſé au
Siege de Barcelone , depuis
le trois jufqu'au quinze d'Avril
, 1706,
Le Samedy; 3. Avril le Roy
noftre Maistre , arriva à la vûëde
Barcelonne, avec l' Armée que commande
Mrle Maréchal de Teffé ,
dans le même temps a la
même distance , l'autre Armée
qui venoit de Rouffillon , fous les
ordres de Mr de Legal ; Lieutenant
general , arriva auffi , & dés le
foir da même jour , cette Armée
GALANT 381
s'incorpora à celle de Mr le Ma--
réchal de Teffé . Le tout enſemble
compofe , outre les troupes Elpagnoles
, une Armée de trente-huit
Bataillons & de trente Efcadrons.
On en détacha cent cinquante hommes
, qui , avec quelques Miquelets
du Rouffillon , & les Grenadiers
Suißes , attaquerent le Couvent
des Capucins , & quelques
autres maisons quifontfur les hauteurs
du Montjouy. Ils s'en
rendirent maiftres , nonobftant le
grand feu du Chasteau & celuy
de la Ville. On alla fi avant de
noftre cofté, qu'on aurivajuſqu'au
bord dufoffe on s'yferoit logé ,
382 MERCURE
*
juffi
on avoit eu des fafcines , &
qu'on euft púy estre fontenu.
Dés le mêmefoir l'Armée établit
fonCamp,quiforme une ligne
depuis le voisinage d'Orta ,
qu'à Bendroit de la mer, où eft
t'embouchure de la riviere appeltée
Lobregat. Le quartier du
Roy eft dans le Village de Harria.
On envoya pendant la nuit trois
mille hommes commandez par Mr
de Fontboifard pourrelever cease
qui occnpoient le pofte des Capucins
, & fix- vingts Chevaux ou
Dragonspour relever la Cavalerie
quiy eftoit.
T.
Le Dimanche 4. du mois fe
GALANT 383
paffa de noftre cofté, à nous retrancher
, à nous fortifier dans les
Capucins , & de la part des Ennemis
à faire un grand feu de l'a
Ville & du Chasteau de Montjouy
,maisfans aucun effet.La nuit
on attaqua la Tour, qu'on appelle
de la Riviere , où ily avoit quatre
pieces de Canon , & trente
hommes commandez par un Capitaine
Italien , qui fe rendit à difcretion
, aprés avoir fait quelque
refiftance, aprés avoir tiré quel
ques coups de Canon, qui nous tuérent
quatre Soldats & un Sergent.
La prife de cette Tour , nous laiſſa
libre & franche la communication
384 MERCURE
de nôtre Armée avec la Flote que
commande Mr le Comte de Tou-
Touſe , qui estoit déja devant Barcelone
, ily avoit fix jours , avec
trente Vaiffeaux de ligne , quelques
Fregates , & beaucoup de Navia
res de transport..
Le Lundy s . à la faveur du
beau temps d'un bon & d'un bon vent , on
commença à la Tour de la Riviere ,
ledébarquement des vivres & des
munitions . On le continua tout le
jour, & on transportafans delay
ny intervalle , tout ce qu'on débarquoit
, aux lieux deftinez aux
Magafins on mit donc à terre
beaucoup de canons , de moctiers , de
bombes
GALANT 385.
bombes , de grenades , de poudre,
d'autres munitions , & en méme
temps , de lafarine & d'autres
vivres , pour l'entretien de trente
mille hommes pendant deux mois.
La nuit du 5. on envoya deux mille
hommes , pour relever ceux qui
eftoient aux Capucins , avec mille
Travailleurs, & au point du jour ,
on releva ces
Travailleurs, par autres
mille qu'ony envoya . Pendant
toute cette nuit on repara les bréches
qu'avoit fait le canon de Barcelone
de
Montjouy , tout
Penclos des
Capucins , & on accommoda
les chemins pour la conduite
de l'Artillerie.
Avril
1706.
Kk
386 MERCURE
Le G. la Cavalerie & l'Infan
terie travaillerent àfaire proviſion
de faſcines , &à quatre heures du
foir on commença de les porter à la
tefte de la tranchée qu'on avoit ou
verts. Les Officiers Generaux de
jour eftoient Mrle Marquis d'Aïtonne
Lieutenant general , & Mr
de Fimarcon Maréchal de Camp ;
avec fix Bataillons , dont chaque
Soldat portoit unefafcine , mille
Travailleurs à l'arrieregarde ,&
autres mille pour le point du jour.
Pendant toute la journée on contidebarquement
, &dés le nua le
matin Monfieur le Comte de Tour
Loufe & Mr le Maréchal de Con
GALANT 387
ores , avec un grand nombre d'Officiers
de la Flote , eftoient venus à
terre pour baifer la main au Roy,
au quartier de Sa Majefté ; aprés
quoy its s'en retournerent à leurs
Bords . Sur lefoir le Roy alla fur
le bord de la mer , pour voir tout
ce qu'on avoit débarqué , & dés
que , des Vaiffeaux , on eut découvert
le Roy , on luy fit une falve
Royale . On monta cette nuit-là la
tranchée avecfix Bataillons , mille
Travailleurs , & une Compagnie
d'Ingenieurs. On avança cent foixante
toifes en ligne droite , &
plus de cinq cent toifes à mesurer
Les traverfes, qu'il eft indifpenfable
a
Kkij
388 MERCURE
de faire pour que la tranchée ne
foit pas enfilee en ligne droite . Les
ennemis ne fe donnerent aucun
mouvement pendant la nuit , ils
ne troublerent en rien nos Travailleurs
; & on occupa une grange
le Convent
qui eft plus haut que
des Capucins fur la droise.
Le 7. les ennemisfirent ungrand
feu d'artillerie de moufqueterie
, dés qu'ils eurent découvert le
travail
que
లో
nous avions faitpendant
la nuit. Ils ne nous tuerent
ils en
bleffe- que fix Soldats , & ils en
rent fept. Entre trois & quatre
heures du foir, ils firent une fortie
de Montjouy , avec beaucoup de
GALANT 389
Troupes , on ne pût en fçavoir le
nombre , car n'eftant pas Troupes
reglées , elles alloient fans aucun
ordre. Il y en eut feulement deux
cent, qui monterent à la grange que
nous occupions , pour l'infulter en
flanc ; mais une Compagnie de grenadiers
en eftant fortie pour leur
faire tefte , ils fe retirerent avec
precipitation . Cette Compagnie &
quelques autres , qui estoient dans
d'autrespoftes differens ,fouffrirent
un peu du feu du Chateau ; un
Capitaine & un Lieutenant y fu
rent bleffez , & en tout nous y
eumes trente hommes , morts ou
bleffez. Cettefortie interrompit le
Kk`iij
390 MERCURE
travail qu'onfaifoitde jour, pour
mettre dans fa perfection celuy
qu'on avoit fait la nuit ; & lors
que nos Travailleurs curent quitté
leurbefogne , nos Soldats laprirent,
les ennemis n'oferenty rien rui
ner , ny en approcher même. A la
droite de cette même tranchée des
Capucins , on en commença une
autre , que les ennemis voulurent
auffi venir troubler ; mais ils furent
repouffez avec la même vigueur.
Ce même jour 7. on ne put continuer
de débarquer, mais on continua
de porter aux lieux deftinez
la Flote avoit mis à
tout ce
que
GALANT 391
terre , avant que le vent eut chan
gé & qu'il fuft devenu
fi violent
.
Les ennemis
firent un fort grand
feu depuis
la pointe
du jour, &
nous n'enfilmes pas un moindre
de
la tefte de noftre attaque
.
La nuit du 7. Mr de Legal &
Mr de Fontboifard
monterent
la
tranchée
; & Mr le Marquis
de
Anza
& Mr du Bordet
, Brigadier,
la monterent
avec eux , on
renforça
de trois mille hommes
, tous
tes postes de la tranchée
, & on
continua
les travaux
malgré
le
feu de la Place
du Chaſtean
.
&
On prolongea
la tranchée
de
166. toifes , & on mit à la
+Kk iiij
gau392
MERCURE
che une batterie de mortiers.
Le 8. onfir grandfeu de part
d'autre , & on le continua , juf
qu'à 2 heures aprés midy,mais cela
ne nous empêcha pas de perfectionner
nos travaux. A cette même
heure on vitfortir de la Place 4.
Efcadrons quelques Bataillons
ils fe mirent en bataille ilsfirent
halte au pied de la montagne du
cofté des Capucins , où eftoit notre
Cavalerie de tranchée. Mr de
Legal envoya ordre à Mr de Fontboifard
de renforcer ce Pofte avec
Le premier Bataillon du Maine.
On vit de là
que
cette Cavalerie
avoit mis pied à terre . Dans le mêGALANT
393
me temps ilfortit du Chasteau,juf=
qu'à trois mille hommes , Anglois ,
Hollandois , Italiens , ou Catalans,
divifez en trois Corps , & ils marcherent
à la Cavalerie de l'attaque
, que commandoit Mr du Bordet
, au milieu de la tranchée ,
où eftoit Mr de Legal , & aux
Capucins , où commandoit Mr de
Fontboifard , foûtenus des quatre
Efcadrons qui fe mirent en bataille.
Les Ennemis tâcherent de
nous faire abandonner ces trois
Poftes . Nos gens eftoient au travail
fans armes , & le feu eftoit
fi grand & fi continuel de la Place
& du Chasteau , que les nostres
394 MERCURE
furent obligez de fe retirer. Les
ennemis prirent cette retraite , pour
unefuite , ilsredoublerent leurs
efforts ; mais Mr de Legal raffem
bla les Soldats qui travailloient
qui avoient déja repris leurs ar
mes. Ilfoûtint le milieu de la tran
chée , & il en chaffa les ennemis.
Il envoya les Dragons & les Gre
nadiers à noftre Cavalerie des Ca
pucins , où on avoit déja pouffé les
ennemis , auffi bien qu'aux atta
ques, où nous avions auffide la Ca
valerie. Ils furent touspouffez par
Mr du Bordet , qui eftoitforti a vec
fa troupe , & le fecond Bataillon
du Maine , la bayonnette au bout
2
GALANT 395
du fufil , & il les mit en fuite.
Ainfi on n'eut pas befoin pour ce
fuccés des Dragons & des Grenadiers.
Le feu de la Place & celuy
`du Chasteau continuerent avec la
même violence , jufqu'à fix heu
res du foir. Les ennemis yperdirent
plus de deux cens hommes &
quelques Officiers, & il n'y eut que
trente des noftres tuez ou bleffez.
Le Roy voyant defon quartier
cette fortie , & les mouvemens qui
s'y faifoient , ordonna au Sergent
Major defa Garde , de faire monter
à cheval fes Gardes du Corps
&tous les piquets de la gauche
pour aller s'opposer aux quatre Ef
396 MERCURE
cadrons qui estoient fortis de la
Place ; ce quifut executéſur l'heure.
Ils les approcherent , mais un
grand ravin & un chemin trop
profond , les empêcherent de les
joindre. Ils fe tinrent quelque
temps , à leur vue, malgré le feu
continuel de la Place , qu'il effuyerentfans
aucune perte ; & voyant
que le deffein des ennemis s'eftoit
évanoui , & qu'ils fe tenoientfous
le canon le Roy ordonna
ordonna que fes
Gardes du Corps fe retiraffent , ce
qu'ils firent , dans les formes ac
coûtumées.
La nuit du 8. lefeu de la mouſqueterie
du Chateaufut continuel
GALANT 397
jufqu'au jour; mais l'obscuritéfut
fi grande , que nous n'y fifmes aucune
perte , & que rien ne nous
empêcha de continuer la tranchée
qu'on avança à la gauche deſoixante
toifes , vers la communica
tion de la Place. On y fit monter
de la poudre & d'autres munitions,
on difpofa le terrein , & tout
ce qu'il falloit pour une Batterie.
Le 9. dés le matin , il vint un
Deferteur de la Place , qui eftoit
un des Gardes à cheval de l'Archi-
·duc. Il confirma la grande confternation
où l'on fçavoit déja quefe
trouvoit ce Prince. On fut auffi
398 MERCURE
par ce Deferteur , que le 3. & le
4. il eftoit entré dans Barcelone ,
une partie de la Garnifon de Gi
ronne ; que toutes les Troupes de la
Place confiftoient , en fept ou buit
cens chevaux , & èn neuf Bataillons
; fçavoir, trois Catalans , un
d'Espagnols
d'Italiens , & cinq
d'Anglois Hollandois , qui attendent
avec beaucoup de confiance,
lefecours qu'on leur a promis; qu'on
fçavoir l'amnistie que Sa Majesté
a accordée à tous les rebelles de Ca
talogne ; mais les Officiers affurent
aux Habitans de Barcelone , pour
les intimider , que ceux de cette
Place , ceux de la Ville
GALANT 399
de Vicq , en font exceptez.
Pendant tout ce jour on continua
fort heureusement,de mettre à
terre les vivres & les munitions
de la Flote.
me
ils
Sur le foir les ennemis firent le
mêmefeu qu'ils avoient accoûtumé.
Ilsjetterent avec leurs Mor
tiers , beaucoup de pierres ,
abandonnerent une redoute qu'ils
avoient faite , un peu au- delà de
la gauche du Chateau , & qui en
eftoit feparée. Ils en ôterent une
feule piece de Campagne qu'ilsy
avoient. Ils firent en même temps
un boyau de tranchée,pour s'oppofer
à celle que nous continuons vers
400 MERCURE
leur communication . Ils s'y forti
fierent ils y employerent tout le
foir.
a
Le Samedy 10. on travailla à
la tranchée de l'attaque de Montjouy
. On fit à l'extrémité de lafeconde
ligne , un logement pour eftre
à couvert de la Place de Barcelone.
On fit une communication à la premiere
parallele , un boyau de
la feconde, où l'on commença une
batterie de fix pieces de Canon ,
qui battra en face , & un peu de
cofté le Boulevart de la premiere
parallelle, faite le jour precedent ,
on prolongea une communication
jufqu'à la gauche , d'où on tire un
GALANT 401
grand avantage. On continua la
premiere batterier
on en traça
une autre. D'où l'on battra l'autre
cofté du Boulevart
. Pendant la
nuit, on avança la tranchée defoixante
toifes , à la droite , & de
foixante pas à la gauche . Et l'on
continua de débarquer
par un bon
temps.
Le Dimanche 1. on perfectionna
les travaux de la nuit , er
on établit deux Batteries ; l'une à
la droite , l'autre à la gauche , de
fix pieces de canon , chacune. On
s'attacha àperfectionner davantage,
cellede la gauche . Lefeu quife
Avril 1706.
a
LI
402 MERCURE
continua dans la Place , nous tua
quatre hommes nous en bleſſa
Sept.
356
Pendant la nuit on fit cent toifes
de tranchées , on perfectionna
les travaux des jours précedens ,
e on plaça les douze pieces de
Canon , dans les deux bateries.
On travailla auffi toute la nuit
à placer les gabions tout ce
qui eftoit neceffaire pour l'Artillerie
; mais le temps de la nuit ne
futpas fuffifant , ce qui fit qu'il
n'y eut que trois pieces de Canon
qui commencerent à tirer fur le
midy & cinq à quatre heures du
foir , & deux mortiers qui furent
en eftat.
GALANT 403
Le jour & la nuit on fit de la
Place un feu continuel
d'Artillerie
, de mortiers
avec des pierres
de moufqueterie
, & nous cú,
mes cependant
que deux hommes
tuez & quinze bleffez.
Sur lefoir il fortit de la Place ,
pour quelque
deffein , cent chevaux.
Le picquet
de la Carvalerie
de la gauche
tomba fur eux ,
en tua 30 en fir quelques
-uns
prifonniers
. On arrefta
dans le
mefme temps , un Capitaine
des
Miquelets
, on luy trouva des
Lettres
de quelque
conſequence
.
Le Lundy
12. on fir à la gauche
uneplace d' Armieser
quoy
Lij
404 MERCURE
y
qu'elle ne fe trouvast pas achevée
le matin , ce qu'on y avoit fait
la nuit ,fut fuffifant pour couvrir
& pour affurer la tranchée é la
baterie de nos mortiers . On acheva
les deux bateries de l'attaque du
Lieutenant General , & le Canon
tira le matin du Mardy 13. au
nombre de fix dans chacune
comme auffi les bateries des mor
tiers , dont fept commencerent a
jouer. On fit une autre baterie de
fix pieces à l'attaque de la droite ,
commencerent à tirer fur les
dix heures du matin. Les ennemis
firent grand feu , mais le nombre
des morts & des bleſſez ne
qui
ن و م
r
GALANT 405
fut pas confiderable,
Ce jour-là on mit en eftat trois
bateries, de douze pieces de Canon
chacune , une de huit mortiers.
Sur les dix heures du foir il vint
un deferteur Irlandois, qui déclara
que les ennemis craignant que
nous ne forçaffions les ouvrages
nouveaux de Montjoy
avoient ofté les Miquelets , &
avoient fait monter des vieilles
troupes & les Gardes du Corps de
l'Archiduc.
en
Le Mardy 13. Sa Majefté alla
en perfonne à la tranchée , & vi
fita Elle-mefme , les poftes , les
attaques & les bateries. Ce Prin
406 MERCURE
C
ce s'arrefta long- temps aux bateries
voulut voir tirer nos Canons
¿ voir jetter nos Bombes.
En s'en retournant , on luy fit une
falve generale de toutes les batteries
, & confecutivement, de toutes
tes troupes qui garniffoient la
tranchée.
2
Ce même jour 13. depuis une
beure aprés midy , jufqu'au lendemain
14. à pareille heure ,
perfectionna la demi-lune qui eſt
prés de la baterie de mortiers ,
on continua de là une tranchée de
de 50. toifes en forme d'hameçon,
pour découvrir tout ce cofté , jufqu'à
la Place. On a fait auffi
L
GALANT 407
une tranchée parallele , pour établir
la communication avec les
attaques de la droite , elle a 150.
toifes de long, & elle n'eft éloide
30. toifes du foffé de
gnée que
Montjoüy
.
Mr d'Avaray , Lieutenant
General , étoit de jour. Il envoya
sing Grenadiers pour reconnoiftre
le foffé , ils revinrent luy dire
qu'ils n'y avoient vú perfonne.
Le feu de noftre Canon & de
nos Bombes empefchent fans doute
les affiegezdy poſter quelque
troupe.
Comme j'attens à tous mommens
la fuite de cette relations
408 MERCURE
j'efpere que vous la trouverez
à la fin de ma lettre Cependant
comme la matiere continuë
de m'accabler , quoyque
ma lettre foit déja plus que
remplie , & que je deüffe la fermer
, je dois vous dire icy , devant
encore la continuer , &
craignant d'eftre fi preffé , que
je n'auray peut- eftre pas , en la
finiffant , le temps , ny la place
de la datte , que l'abondance de
la matiere ma obligé de remettre
au mois prochain plufieurs
mariages , du nombre defquels
font ceux de Mrs les Marquis
de Clairmont , & de Teffé , &
de quelques autres perfonnes
de diftinction ; ainfi que la mort
d'un homme âgé de cens dix
ans , dont j'ay plufieurs chofes
curieufes
GALANT 409
eurieufes à vous dire. Je referve
auffi un nombre confiderable
d'autres articles hiftoriques,fans
compter un grand nombre d'autres
articles d'erudition , & des
pieces galantes , qui ne pourront
avoir leur tour de quelques
mois ; ceux qui regardent la
Guerre , devant eftre preferez,
tant qu'elle durera , & felon
toutes les apparences , elle
doit m'en fournir de beaux ;
& qui ne doivent pas eftre d'une
mediocre étenduë . Vous
eſtes trop éclairé pour n'avoir
pas remarqué que dans ma derniere
lettre , on s'eft mépris
en parlant de la mort de Mr
le Marquis de Noailles , &
qu'au lieu du nom de Marquis
on a mis celuy de Maréchal
Avril 1706. M m
410 MERCURE
je ne dis rien des autres fautes
qui le gliffent fouvent en écrivant
, vous avez dû les remarquer.
Il eft temps de vous parler
de l'avantage remporté, par
Monfieur le Duc de Vendôme,
& je dois vous dire à cette occafion
, que bien que les troupes
gagnent les Batailles , il eft
conftant que laplus grande partie
du fuccez des grandes actions
, eſt dû au General , que
fa Tefte doit agir plus que fon
Bras que lorfquelle n'agit pas
on perd fouvent des Battailles
qu'on auroit dû gagner , & que
lorfquelle agit on en gagne fouvent
que l'on pourroit perdre.
Il n'eft pas feulement queſtion
de la valeur des troupes , & on
GALANT 40
en mene ſouvent à la Boucherie
, que l'on conduiroit dans
le Champ de la Gloire , fi l'on
avoit pris toutes les précautions
neceffaires pour faire réüffir les
1 affaires que l'on veut entreprendre
, & pour furprendre
les Ennemis . Monfieur de Vendôme
n'eſt jamais tombé dans
ces fortes de fautes, & l'on peut
dire lorfque l'on voit ce Prince
marcher, pour donner une Battaille
, ou pour commencer un
Siege , qu'il court , à la Victoire.
Cela fe vient de voir de nouveau
dans la Bataille de Calcinato.
Ce Prince ayant commencé
à preparer , tout ce qui
luy en devoit affûrer le fuccez,
Mefme avant que de partir pour
la Cour , il donna avant fon
Mmij
412 MERCURE
départ tous les ordres necef
faires pour faire réüffir fon deffein
, fans que fes ordres puffent
le faire deviner à ceux qui les
reçeurent . Il confia neanmoins
fon fecret à Mr de Medavy ,
& il luy dit de tirer infenfiblement
& à loifir , ce qu'il y
avoit de troupes foibles , dans
les lieux les plus proches de celuy
où il devoit entammer l'action
qui vient de réüffir fi heureufement
, & de faire paffer de
meilleures troupes à leurs places.
Enfin après avoir pris toutes
les précautions neceffaires,
pour fe couvrir de Lauriers à
fon retour, ce Prince quitta
l'Italie , & parut abandonner
pour un peu de temps tout cequi
la regardoit, pendant neanGALANT
413
,
moins que tous fes foins , &
toutes les pensées eftoient tournées
de ce coté là , & qu'il
travailloit le plus , pour y faire
parler de luy dans le temps
qu'il paroiffoit y fonger le
moins , il continua d'y penſer
au milieu de la foule qui ne la
point quitté depuis le jour de
fon arrivée à la Cour juf
qu'à celuy de fon départ , & au
milieu des plaifirs que chacun
s'eft efforcé de luy donner.
Enfin il communiqua fon deffein
au Roy , & il en fit tout le
Plan à Sa Majesté . Elle eft fi
éclairée qu'il n'y a pas lieu de
douter , qu'elle n'ait communiqué
de grandes lumieres à ce
General , pour rendre le fuccez
de fon projet infaillible , &
Mm inj
414 MERCURE
il fut tellement perfuadé qu'il
réüffiroit, dés qu'il eût oüy parler
Sa Majefté , qu'il l'affûra dans
le même moment, qu'il attaqueroit
les Ennemis le 19. d'Avril
Ce Prince a tenu fa parole
, il les a attaquez dans le
temps qu'il avoit dit , & illes
a battu de la maniere qu'il en
avoit affùré le Roy.
•
Paffons à la fuite de ce que ce
Prince a fait pour ofter aux
Ennemis la penfée qu'il les attaqueroit
aufli toft aprés fon retour.
La chofe eftoit difficile ,
& ils eftoient perfuadez qu'ils
feroient attaquez , parcequ'il
eftoit important de le faire mef
me avant l'ouverture de la Campagne
, pour donner lieu à nos
Troupes de venir à bout de
GALANT 415
quelque grande entrepriſe en
Piemont , & parceque Monfieur
de Vendôme fait toûjours à
point nommé , tout ce qu'il eft
à propos de faire.
a
Ce Prince dînant à Milan ,
devant deux cens perfonnes qui
s'empreffoient
de le voir , il
feignit qu'un grand projet qu'il
avoit imaginé , eftoit échoué ,
& dit tout haut , que Mr de Medaviy
ayant manqué de beaucoup
de chofes dont il avoit befoin
pour executer les ordres
il n'avoit pu faire les choſes
dont il l'avoit chargé , qu'il
falloit s'en confoller , & qu'il
pe laifferoit pas de trouver les
moyens d'empêcher les Ennemis
d'avancer. Pendant qu'il
parloit ainsi , Mr de Medavy
Mm iiij
416 MERCURE
faifoit merveilles , en execu
tant fes ordres , & il faifoit
avancer les quartiers éloignez ,
fans que les Ennemis s'en apperçeuffent
. Monfieur de Vendôme
partit de Milan , en continuant
de donner des marques
du chagrin qu'il avoit de ne pouvoir
faire aucune entreprife ,
& à mefure le Prince approcha
de fon Armée , il dit affez haut,
& affez fouvent , pour que fes
paroles fuffent rapportez à fes
Ennemis , & il l'écrivit mefme
afin que ceux à qui il écrivoit
en repandiffent le bruit , que
quandtoutes chofes feroient bien
Concertées pour une entrepriſe ,
dont on ne fçavoit que trop
le
contraire , les biens de la Terre
eftoient fi peu avancez , & lę
GALANT 417
Fourrage fi court , qu'il eftoit
impoffible de mettre une Armée
en Campagne , & qu'ainfi
il falloit attendre que la faifon
fut plus avancée . Cependant
-il donna publiquement des ordres
pour faire vifiter tous les
Magafins , & on luy rapporta
de concert qu'ils eftoient en fort
mauvais eftat , il feignit de le
croire , & le dit affez haut pour
eſtre entendu ; afin que ce qu'il
avoit dit fe repandît dans le
Camp , & paffaſt de là dans ce-
Juy des Ennemis . Il ne fe contenta
pas de cela , & pour les
mieux tromper , il fit arreſter
ceux qui s'étoient chargez du
foin de faire remplir les Maga
fins : enfuite de quoy ce Prince
feignit d'être fort indifpofé, il ſe
418 MERCURE
fit ordonner de prendre du laict,
& on choifit pour commencer
le 19. du mois, qui eftoit le jour
où il devoit attaquer les Ennemis
qui ont donné dans tous les
panneaux qui leur ont efté tendus.
Tout cela joint au guain de
la Battaille de Calanato , fait
connoiftre d'une maniere à n'en
pouvoir douter , que le fuccez
des grandes actions dépend entierement
du fçavoir de l'efprit,
& de la conduite des Generaux.
Il est aisé de juger , qu'aprés
les grandes pertes , que l'armée
commandée par le Prince Eugene
, vient de faire , il luy fera
difficile , pour ne pas dire im-,
poffible , de tenter cette année
de paffer en Piémont. Son armée
eftoit tellement diminuée
GALANT 419
à la fin de la Campagne dernie
re, qu'elle ne fe trouvoit plus en
état d'agir , ni mefme de paroïtre.
Elle avoit , non feulement
fait de continuelles pertes , pendant
le cours de la Campagne :
Mais la perte de la Bataille de
Caffano , luy avoit enlevé fes
meilleures troupes . On a remarqué
, par les Etats , qui en
ont efté envoyez à l'Empereur,
que depuis le départ du Prince
Eugene pour Vienne , & depuis
fon départ de Vienne, pour retourner
en Italie , fon armée a
perdu quatre mille hommes ,
par la mort & par la defertion
de quantité de troupes , & même
de plufieurs Officiers , qui ,
n'ayant pas huit ou dix hommes
de refte dans leurs Compagnies ,
420 MERCURE
<
& manquant de toutes chofes ,
ont jugé à propos de deferter
auffi . Depuis ce temps - là , on
à fait marcher un renfort de
quatre mille hommes , la plus
part Bavarois ; & comme ils avoient
efté enrollez par force, il
en a deferté plus de deux mille,
pendant leur route , dont on a
auffi eu foin d'informer l'Empereur.
Cependant tout le renfort
deſtiné pour l'armée du
Prince Eugene , ne confifte qu'-
en douze mille hommes , tant
des troupes de Brandebourg
que des Palatines , & de celles de
Saxe- Gotha , qui , felon toutes
les apparences , fuivront l'exemple
des Bavarois , & dont
il arrivera peu en Italic. On fçait
que les quatre Regimens de
GALANT 421
Saxe - Gotha , fe font déja mutinez
plus d'une fois ; plufieurs
de leurs Officiers , qui ont efté
caffez , ayant dit qu'on les menoit
à la boucherie . Les troupes
de Brandebourg ne doivent
pas eftre mieux intentionneés ;
legros corps de troupes , de leur
Nation , qui cftoit en Italie ,
l'année derniere, ayant preſque
entierement peri à la Bataille
de Caffano . Quand je dis , que
tout le renfort que le Prince
Eugene doit avoir , confifte en
douze mille hommes , je parle
comme toutes les lettres d'Allemagne
, & je n'en raba rient
Toutes les nouvelles publiques,
imprimées en Hollande , ne par
lent pas fi
fincerement que moy,
& leurs éxagerations tiennent
422 MERCURE
de la Fable. J'oubliois de vous
dire , que le manque d'argent ,
de vivres , & d'habits , a beau.
coup contribué à la deſertion
des quatre mille hommes , qui
ont abandonné l'armée , pen .
dant l'abfence du Prince Euge
ne. On en a vu une preuve ,
auffitoft , aprés l'avantage que
vient de remporter Monfieur
de Vendofme , puifque l'on a
trouvé les prifonniers , qui y
ont cfté faits , prefque nuds ,
& fans fouliers , & leur camp
fans vivres , & fans fourrage ;
ce qui a cauſé un grand étonnement.
Je vous envoye la Lettre
écrite au Roy , par Monfieur -
de Vendofme. Elle eft remplie
d'un fi grand nombre de Noms
GALANT 423
propres , & cette Lettre a efté
copiée par tant de perfonnes ,
qu'il eft impoffible , que tous les
Nom's propres le trouvent juftes
; mais la plufpart eftant
connus , à caufe de la valeur
& du merite de ceux qui les
portent
il fera facile de
reconnoiftre les fautes faites
par les Copiſtes .
>
SIRE ,
L'Armée de Voftre Majeftéfe
trouva aſſemblée le 18. à Caftiglione
, ainſi quej'avois eu l'honneur
de luy marquer, par mon dernier
Courier , & nous nous mifmes
en marche en arrivant , pour
424 MARCURE
gagner le Naville, qui va de Caneto
à Calcinato , nous y arrivâment
à la petite pointe du jour &
fifmes repaffer le Naville à une
garde de foixante Maiftres , que
les ennemis avoient en deça . En
les pouffant on prit un Dragon ,
qui m'aſſura que les ennemis
étoient toujours dans leur même
Camp , la droite à Montechiaro ,
la gauche à Calcinato , &
qu'ils n'avoient aucune nouvelle
de Mr le Prince Eugene. Comme
leur pofte étoitinattaquable
par la
quantité de foffez & de navilles
dont il eft couvert , je pris le parti
de les tourner & de gagner le
GALANT 425
gau
Pont de S.Marc,pour leur coupper
le chemin de Gavardo , & les
obliger , par ce mouvement , àfe
déplacer , tâcher de les combattre
dans un pofte moins avantageux,
que celuy où ils étoient.
Je poftay pour cet effet cent hom
mes de pied affez prés de la
che des ennemis , pour les amufer,
& pendant ce temps -là , je fis
paffer le Naville à nos troupes .
fis faire en diligence, plufieurs
paffagesfur un foffe plein d'eau ,
qu'il falloit encore paſſer › pour
entrer dans la plaine. Les ennemis,
croyans que nous voulions les at
taquer par leur front , firent u
Avril 1706.
Na
>
426 MERCURE
affez gros corps d'Infanterie , qui
efcarmoucha pendant plus d'une
heure & demi, avec les cent hom
mes de pieds que j'avois poftez
mais lorsque le Soleil fut levé , il
fut impoffible de couvrirplus longtemps
noftre marche , l'ennemy
voyant que
s'avançoit vers ce Pont ce
Marais , que je faifois paffer
le ruiffeau à deux cent chevaux ,
pour gagner une grande hauteur
qui tient au Village de Calcinato ,
&le domine entierement , firent
marcher en diligence toute leur cavalerie
, & fe mirent en bataille
fur ladite hauteur ; pendant ce
la tefte de l'Armée
GALANT 427
temps-là , la plus grande partie de
noftre Infanterie , avec deux brigades
de Cavalerie , & nos cinq
Regiment de Dragons , avoient eu
le temps non -feulement de paſſer
le Naville de Montechiaro , mais
mefmes , prefque tous les paffages
étoient faits fur le petit ruiffeaus
ce qui me fit changer mon
quer
mon deffein
d'aller au Pont & au Marais ,
&me fit prendre le parti d'attala
hauteur , voyant bien que
l'Infanterie ennemie , que je fçavois
eftre campée prés de Montechiaro
, & qui avoit prés de trois
milles à faire pour gagner.
bauteur , nepourroit pas arriver
ladite
Nnij
428 MERCURE
affez- toft pour la deffendre contre
nos troupes , qui n'avoient qu'un
demi mille à faire. Je donnay donc
ordre à toutes les troupes de paffer
ce petit ruiffeau , & de fe mettre
en batailles celafut executé avec
tant de diligence , que nous nous
trouvâmes en moins d'une heure,
formez au pied de la hauteurfur
deux lignes de Cavalerie es deux
d'Infanterie , à la demi-portée de
fufil des ennemis , & j'avois refolu
d'attendre le reste de l'armée
qui venoit en colonne , &feformoit
à mesure ; mais en un moment,
je vis arriver trois batailtons
des ennemis fur la bauteurs,
GALANT 429
à cofté de leur Cavalerie , cela me
fit prendre le parti de les attaquer
avec ce que j'avois , fans attendre
le reste de l'armée , pour ne pas
donner le temps au reste de leur
Infanterie d'arriver , ce qui
auroit rendu l'affaire bien plus
difficile , par la bonté du poſte , ¿
caufe de plufieurs petits foffez
qui nous obligeoient en montant
de nous rompre, & enfuite de nous
reformer , ce qu'il nous falut
faire trois fois avant que de char
ger ; cependant les troupes frent
cette manoeuvre à la portée du
piftolet des ennemis , comme s'ils
Favoientfaite unjour de reveuë.
430 MERCURE
Les ennemis nous attendirent à la
demi portée du pistolet , & firent
leur décharge , que noftre Infan
terie effuya , fans tirer un coup ;
elle entra dedans la bayonnette
au bout du fufil , ainsi que je
l'avois ordonné, & elle renverfa
en meſme temps toute l'Infanterie
des ennemis & une partie de leur
Cavalerie. La Brigade du Colonel
General, compofée du Regi
ment Colonel , & de ceux de S.
Germain-Beaupré & de Capy ;
quoy qu'elle n'eut point d'Infan
terie devant elle , monta la montagne
par un endroit tres-rude
& emporta toute la droite de Ca
GALANT 431
valerie des ennemis ; c'eftfans con
tredit la plus belle charge de Cavalerie
qui fe foit jamais faite,
& on ne peut donner trop de
louanges à Monfieur de Capy,
Brigadier de cette Brigade , &
Monfieur le Comte de Chasteaumorant
, commandant de la Cavalerie
, qui fe mit à la tefte du
Colonel General , & mena cette
affaire avec une conduite & une
audace , que je ne puis affez exa
gerer. On ne peut auffi louer trop
la valeur de nos Dragons , qui
foutenoient nos bataillons , & qui
furent toûjours fur les talons des
derniers rangs . Ils eftoient comman432
MERCURE
dez par Meffieurs des Rofeaux
du Heron, qui ont donnépendant
cette journée , toutes les
preuves imaginables de conduite
de valeur. Le pauvre. Marquis
du Heron , en chargeant l'Infanterie
qui fe retiroit à la fin de
l'affaire , receut un coup au travers
du corps, dont je crains bien
qu'il ne meure ; ce feroit enverité
unegrande perte. Le Marquis de
S. Germain Beaupré, aprés avoir
tres-bien fait fon devoir, a efté
bleffé d'un coup à la tefte, mais
on efpere qu'il en reviendra. Mrs
de Bellifle , de Belabre & Scipion
Bofelly,y ontfait des merveilles,
ainfi
GALANT 433
qui ainfi que le Sieur de Cocole ,
commandoit le Regiment de Verac.
Mr de Belabre a receu une contufion
, qui ne l'a pas empefché de
demeurer jufqu'à la fin , avec
fon Regiment. Enfin tous les Dragons
pendant toute l'action , ont
donné des preuves furprenantes de
valeur, & de bonne volonté. A
l'égard de l'Infanterie qui a chargé,
je n'en dis rien à Voſtre Majefté
, car ce qu'elle a fait , eftfort
au- deffus de tout ce que je pourrois
dire , je me contenteray feu
lement de luy envoyer l'état
joint , de tous les Bataillons qui
ont combattus , & de ceux qui
Avril 1706.
Oo
cy434
MERCURE
les commandoient , & d'aflurer en
meme-temps Voftre Majefté , qu'ils
meritent, chacun enparticulier, que
Voftre Majefté,leur donne des marques
de fa fatisfaction : Quant
à Meffieurs les Officiers Generaux,
je ne puis leur donner affez
de louanges, La premier ligne
eftoit conduite par Meffieurs de
Medavy, d'Albergotti , de Montgon
, de Maulevrier , & de
Dillon , qui y ont fait des mer.
veilles , & Mr de Médavy , qui
commandoit la droite , a fait pren
dre en flanc , la gauche des ennemis
, par la Brigade de Limofin,
commandée par Mr Deftouches ,
GALANT 435
ce qui n'a pas peu contribué au
gain de la bataille, ce qui a coûté
bien du monde aux ennemis. Mrs
de Murfay, & de Broglio , à qui
j'avois donné ordre de prendre
les ennemis par les derrieres de
leurgauche , avec quelques Efca
drons de la feconde ligne , furent
chargez par cinq cent chevauxe
des Ennemis , lefquels mirent nô
tre Cavalerie
un peu en defordre,
quoique ces deux Mrs, fiffent tout
leur poffible pour y remedier ; mais
cela fut bien- toft réparé par quelques
. Escadrons, quej'y envoyay ,
par la Brigade de Perche
commandée
par lefieur du Cotron,
Ooij
436 MERCURE
D
à
lequel ;; de la meilleure grace du
monde , marcha en plaine, à cette
Cavalerie
, laquelle commença
s'ébranler , voyant l'Infanterie
venir à elle. Je fis en même temps
avancerfur eux , noſtre Cavalerie
, qui les pouffa vigoureusement,
jufqu'au Pont S, Marc; de
forte que de toute cette Cavalerie,
il ne s'eft pas fauvé foixante
Maiftres , & Mrs de Murfay.
de Broglio prirent bien- toft leur
revanche . Le General Falkeftein
y fut pris ; je dépêchay à Vostre,
Majefté , dans ce moment , Mr
Chevalier de Maulevrier , les
ennemis tenoient encore Calcinato,
GALANT 437
àla faveur des retranchemens,
qui deffendent le Pont , la Garnifon
de Montechiaro, & toutes les
troupes, qui n'avoient pas pú arri.
ver affez- toftpour garnir la hauteur
, paffoient la Chiefe , & fe
retiroient vers Refato . Cela mefir
prendre le party , d'envoyer Mr
d'Albergotty avec toute nôtre Ca
valerie , plufieurs de nos Ba
taillons , pour joindre Mrs de
Murfay & de Broglio , paffer ave
Pont S. Marc, & tâcher d'entamerles
ennemis dans leur retraite.
Dans le même temps je donnay
ordre au Baron Dertric , de tâcher,
avec la Brigade de Grancey , de
Oo iij
438 MERCURE
fe rendre Maistre de quelque maifons
de Calcinato ; ce qu'il executa
avec toute la valeur & la
capacité poffible ; & ilfut fi bien
Secondé par
feulement les premieres Caffines
mais même tout le Village , & le
Chafteau , furentemportez, en un
moment, par lesdeux Bataillons de
Grancey ; de forte qu'eftant maistre
du Pont de Calcinato , j'y fis paffer
les troupes, dans le temps que
le refte de l'armée paffoit au Pont
S. Marc. La Brigade de Vendofme
,commandée parMr de Cebret,
ayant paßé au Pont S. Marc , la
premiere, avant que nous fuffions
les troupes, que nonGALANT
439
C
}
maiftres du Pont de Calcinato ,
marchapour fe rendre maistre des
•Caffines , qui font au delà de ce
dernier Pont. Mr de Cebret , à la
"tefte du Regiment de Vendofme
en chaffa les ennemis ; mais il fe
trouva enveloppé, par le reste de
l'armée qui paffoit la Chiefe fur
le Pont de Calcinato
de forte
"qu'il fut obligé de fe retirer , &
avec affez de peine , ily eu
même un Capitaine, & cinquant
hommes de mon Regiment, qui fu
rentfi bien enveloppez , qu'ils fu
rent obligez de capituler ; mais
deux mille de là , ils furent tou
repris , dans le temps que Mi
Oo iiij
440 MERCURE
d'Albergotty , de Murfay & de
Broglio , défirent prefque tout ce
qui reftoit de l'Infanterie ennemie.
Cette derniere action a coûté plus
de 2500 hommes aux ennemis
, cela est dû à la perfeverance
de Mr d'Albergotty , qui
lès a fuivis jufqu'à Refato , malgré
la difficulté du pays. Je ne luy
donneray d'autres louanges,que
dire,qu'il y a fait à fon ordinaire,
Mr de Murfay ; mais
je
de
ainft
que
dois
à Mrle
Chevalier
de Broglio
lajustice
de dire à Voftre
Majefte
, qu'il
s'eft
conduit
, pendant
toute
l'action
, non-feulement
valeur
, mais
avec
tout
l'entenavec
GALANT 44!
dement, toute la bonne volonté
poffible.
ن م
Tout noftre Etat Major s'y eft
tres- diftingué ; Mrs de S. André
de Monfeil , avec la Cavalerie;
& Mrs de Ralifeaux, de la
Javeliere , de Rambion er de Sequeville
, avec l'Infanterie , ainfi
que Mrs de Tourneuf, de Ro
chardiere . Le pauvre S. André
dans la pourfuite des ennemis , a
reçu un coup dans le col , qu'on ef
pere qui nefera pas dangereux.
Voilà , SIRE, au juste , ce
qui s'eft passé à la bataille de Calcinato
, où il a paru , viſiblement,
que Dieu a protegé la juftice des
י
442 MERCURE
Armes de Voftre Majesté : car il
n'eſtpas poſſible d'imaginer defor
cer une armée , dans un pofte auffi
avantageux , de luy tuer fur la
place trois mille hommes , d'en
prendre autant deprifonniers, avec
fix pieces de Canon , beaucoup de
bagages , plus de mille chevaux ,
vingt- quatre Drapeaux
douze Etendarts , & qu'il ne nous
en coûte que cinq cens hommes ,
au plus , hors decombat. Je marche
demain pour m'approcher de Salo,
e j'efperey arriver aprés demain.
nefçay le parti que prendront
les ennemis mais je puis affurer
Voftre Majefté , que je feray tour
Je
&
GALANT 443
mon poffible, pour m'en rendre
maistre , & pour chaffer , fi je
puis , les ennemis du Breffan ,
leur faire repaffer les Montagnes,
que je feray faire de mon
Imieux, pour profiter de la confternation
des ennemis , & de l'ardeur
qu'inſpire un auffi grand
avantage, à une armée victorieuse.
Mrs de Biffy , de Forfat , de
Galmoy , & d'Eftrades , quelques
diligence qu'ils ayent pu faire ,
n'ont pút arriver affez- toft ; mais
ils fe font trouvez à la pourſuite
des ennemis.
Foubliois de marquer à Voftre
Majefté , que noftre Artillerie a
444 MERCURE
fort incommodé les ennemis , &
qu'elle n'a pas peu contribué à
leur faire abandonner Calcinato.
L'Armée ennemie étoit compo
fée de trois mille chevaux & de
onze mille hommes de pied ; mais
nous avons attaqué la hauteurfi
brusquement
; que
armée n'a pas eu
ver, & que les ennemis n'ont
eu le temps de fe fervir de leur
Canon.
le
le tiers de leur
temps d'arripas
Etat des Brigades d'Infanterie
qui ont combatu .
La Brigade de Piemont , comGALANT
445
-)
pofée de trois bataillons de Piémont
, la Fere , Angoumois &
Firezaft. Mrde Figeraft comman
doit ; elle a chargé à la droite.
La Brigade d'Auvergne,com →
pofée des deux bataillons d'Auvergne
, de Medoc , Foreft, l'Ifle
de France & Dillon , à chargé
au centre.
La Brigade de Grancey, compofé
des deux Bataillons de Grancey
, des deux de Maulevrier, de
Soiffonnois de Galmoy , commandée
par Mrde Bruës , Lieutenant-
Colonel de Maulevrier ,
a chargé à la gauche.
La Brigade d'Anjou , composée
446 MERCURE
des deux bataillons d'Anjou , des
deux de Mirabeau , de Bigorre
& de Vivarais , commandée par
Mrle Marquis de Maulevrier,
a attaqué les Caffines de Calcinato.
La Brigade de la Marine ,
compofée des trois bataillons de la
Marine , des deux de Bourgogne
de Bearn , commandéepar Mr
Bourk & Mr de Soyaucourt , a
chargé avec la Brigade d'Anjou
dans les Caffines du Fauxbourg.
de Calcinato.
La Brigade de Limofin , com
pofée des deux Bataillons de Limofin
, de Quercy , de Vauge &
GALANT 447
r
de Miromeſnil , a chargé les ennemis
par leur flanc gauche...
Au Camp de Calcinato , le 21 .
Avril.
Il eft conftant que les enner
mis ne s'attendoient plus à eftre
attaquez . Tout ce que Monfieur
de Vendofme avoit dit & fait ,
pour leur faire , croire que fon
projet eftoit manqué , ayant eu
fon effet ; mais ce qui les perfuadoit
davantage , eftoit l'impoffibilité
où ils trouvoient ce
Prince, de faire affembler fa Cavalerie
, n'ayant pas une botte
de foin , & la terre ne luy fourniffant
encore rien , qui pût, faire
fubfifter fes chevaux . Cependant,
ce Prince avoit cu la pré
3
448 MERCURE
caution de faire venir du foin
de Parme , qui luy avoit esté
amené par des boeufs ; & il
avoit pris de fi juftes mefures,
pour empêcher que les ennemis
ne le fçuffent, qu'ils n'en avoient
aucune connoiffance .
Les Eloges que Monfieur de
Vendôme donne dans falettre , à
tous ceux qui fe font diftinguez ,
en doivent faire meriter beaucoup
à ce Prince , les éloges
eftant appuyez , fur des faits rapportez
, font voir , combien ce
Prince a efté attentif à tout ce
qui s'eft paffé dans le combat ;
qu'il a toujours agi , & qu'il
n'a point ceffé de donner luymefme
ſes ordres : En voicy une
preuve qui luy eft bien glorieale.
Mr de Falkeftain ayant efte
GALANT 449
?
pris,long- temps avant la fin du
combat , & Mr de Vendoſme,
s'en trouvant embaraſſé , ne voulant
pas donner une eſcorte pour
le conduire , parce que cette
efcorte , n'auroit pû eftre tirée
que des troupes qui l'environnoient,
& qui cftoient attachées
au combat dont il l'auroit
tirée . Mr de Vendoſme , dis je ,
voyant que ces troupes pouvoient
fervir plus utilement , en
ne ceffant point de combattre ,
demanda à Mr de Falkeſtein fa
parole d'honneur de faire tout
ce qu'il luy diroit ; & aprés qu'il
l'eut receu , il luy dit de le fuivre
, & de ne le point quitter ,
ce que Mr de Falkeftain luy
promit. Mr de Vendofme continua
de combattre , & de s'ex-
Avril 1607
.
PP
·
450 MERCURE
pofer par tout où le peril eftoit
le plus éminent . Mr de Falkeftain
, qui par fa prife, croyoit fe
trouver hors de tous les perils ,
où il eftoit expoſe peu auparavant
, fe trouva de nouveau reduit
à craindre pour fa vie : Cependant
, il fuivit Mr de Vendofme
de bonne grace , quoyqu'il
eut le chagrin , de le voir
expofé au feu des troupes , qu'il
venoit de commander , & de les
revoir fuir , aprés en avoir vû
faire un affez grand carnage .
Ce General dit enfuite à Mr
de Vendofme , qu'il avoit beaucoup
fouffert , voyant la maniere ,
dont il s'eftoit expofe , & qu'il luy
avoit obligation , de luy avoir donné
un exemple , qui pourroit luy
fervir , pour vaincre un jour , lorfGALANT
451
qu'il n'auroit pas des Vendofmes
en tefte . Ce Prince , voyant la vive
ardeur avec laquelle fon Infanterie
combattoit, difoit de temps
en temps , pendant le combat ,
Ah! quelle infanterie , quelle Infanterie
, ce qui l'anima tellement
, qu'elle auroit défait un
plus grand nombre de troupes,
fi elle en avoit eu davantage à
combatre . On affure que quelque
temps aprés le combat ,
cette Infanterie victorieufe demanda
à voir fon General , &
à le feliciter fur fa Victoire ;
que Mr de Vendofme , en embrala
plus de douze cent , qu'il
fit diftribuer de l'argent , à ceux
qui luy parurent mal - vétus , &
que peu de temps aprés , il en
parut devant ce Prince , plus de
Ppj
452 MERCURE
mille , avec des habits bleus , qui
yenoient des ennemis.
avoient dépouillez .
• qu'ils
On attend la lifte des prifonniers.
Cependant on affure.
que l'on avoit compté parmi
ceux qui furent faits d'abord ,.
deux Majors Generaux , deux
Colonels , dont l'un eft Allemand
, & l'autre Pruffien . Ileft
à remarquer , que les Troupes.
Pruffiennes , font celles qui fe
font le mieux deffendues : one
avoit déja trouvé trente Capitaines
des Ennemis parmy les
morts , & cinquante Lieutenans.
Ce que je vous mande
eſtant du 21. au foir , vous devez
croire qu'on aura découvert de
puis ce temps-là , en quoy confifte
la perte des ennemis, dont
GALANT 453
je ne viens de vous dire que โล
moindre partie , lorfque Mr de
Conches Ayde de Camp de
Mr de Vendofme partit le 22 au
matin , ce Prince eftoit déja à
Cheval , & en vifitant les Troupes
, il trouva un grand nombre
d'ennemis, qui s'eltoient meflez
avec nos foldats ; de maniere
qu'ils augmenterent confiderablement
le nombre des prifonniers
, qu'on avoit fait d'abord.
Vous venez de voir dans ma
Lettre , une Traduction d'un
Journal Espagnol , faite par un
Officier de cette Nation, du fiege
de Barcelone, dont je ne vous ai
envoyé qu'une partic ; & com
me je n'ay pas encore le refte ,
que je vous ai promis , & que
je ne laifferay pas, de vous en
454 MERCURE
voyer , lorfqu'il tombera entre
mes mains , je croy vous devoir
faire part,de ce qui fuit ce Journal
, & qui a efté envoyé par
un des Ingenieurs , qui font au
fiege de Montjouy ; vous devez
eftre perfuadé, que le détail des
travaux eft jufte , puifque la petfonne,
dont il vient , a eu beaucoup
de part à ces travaux.
Le 12 on perfectionna les ouvra
ges de la droite & de la gauche ,
aux endroits qui effoient en eftat de
recevoir les Travailleurs , & on continua
de jour à travailler àlafappe.
On refolut de faire une batterie , à
P'endroit le plus pierreux, defix pieces
de douze , qui bartra à revers & à
ricoché les ouvrages du Montjouy.
elle commença à tirer de
Le
13.
trois pieces , & on fit la partie de
GALANT 455
1
la deuxième paralelle à la gauche.
On perfectionna la place d'Armes,
Les ennemis firent un grand feu de
moufqueterie , mais fans effet. Nous
eumes deux hommes de tuez, & un
de bleffé, des pierres qu'ilsjettent en
grande quantité. Le Roy alla voir
Les tranchées à cinq heures du foir
après les avoir vifitées , par la
droite & par la gauche , il resta
prés d'un heure à la tefte, d'où il vit
commencer à tirer les douze pieces de
vingt - quatre qui battent en breche .
On fit enfuite de toutes les tranchées,
une décharge de moufqueterie , dont
les affiegez & tout le peuple de Bar
celone furent étonnez Ils firent un
grandfeu de canon de la Ville fur
la queue de la tranchée'; mais fanseffer.
Nos mortiers à bombes tirerent
A force , avec beaucoup d'effet , pen456
MERCURE
dant toute la journée , & les enne--
mis ne parurent prefque pas.
La nuit du 13 au 14. on perfectionna
tous les ouvrages de latefte
qui eftoient en mauvais eftat , & on
perfectionna la ligne gauche .
Le 14. on perfectionna la tranchée
par toute la gauche , & on fit
des banqueties, dans tous les endroits
qui fervent de place d'Armes.
Le canon & les bombes tirerent,
fans relache,pendant toute la journée,
avecfucces , puifque les breche's
commencerent à paroifre à la droite
& à la gauche du front de l'attaque.
Le mefme jour on reconnut l'endroit
à la droite de l'attaque, pour
faire une batterie de douze pieces de
vingt-quatre , afin de découvrir la
muraille jufqu'au pied , & toute la
Longueur dufront. Nous eûmes pendant
GALANT 457
dant la journée deuxfoldats bleffez,
& Mr Soiffon Ingenieur , eut le
bras caffé d'un coup de bifcayen,
La nuit du 14. au 15 on ache.
va la communication de la droite
à la gauche.
W
La nouvelle batterie , a commencé
à tirer le 15. & on a reconnu un
endroit proche les Capucins , propre à -
faire une batterie de kuit pieces de
vingt quatre pour tirer à toute vollée
à boulets rouges dans la Ville.
Cette batterie commencera à tirer
demain. On perfectionna tous les
Quvrages imparfaits , & on fit des
petits logemens , qui ont refferré de
fort prés les ennemis , dans Pouvrage
avancé.
pas
Le feu des ennemis ne fut
grind pendant cette nuit , mais
ils jetterent quantité de pierres
Avril 1706. 29
·
458 MERCURE
à la gauche, qui nous blefferent;
8. Soldats , & en tuerent 5 .
Le 15. on continua la tranchée
à la droite , & à la fape , en
s'infinuant dans les rochers , &
au fond des ravins, pour fe mettre
à portée, de donner l'affaut
à cet ouvrage , qui eſt de grande
importance pour en ouvrir l'attaque.
Mr de Lapara, & tous les
Brigadiers Ingenieurs , fe porterent
fur les lieux , deux heures
avant la nuit , pour prendre
connoiffance du deffein du General
, où il fut bleffé d'un coup
de moufquet à travers du corps,
en allant au petit logement , &
il mourut de fa bleffure, quatre
heures aprés . Cette mort , quoy
que tres confiderable , & qui
auroit dû fufpendre , ce projet
-
GALANT 459
n'en empêcha, ny l'execution ,
ny la réüffite , aprés que les Ingenieurs
curent montré aux huit-
Compagnies de Grenadiers qui
donnerent l'affaut, les endroits,
où chacune en fon particulier,
devoit attaquer , & les poftes
des trois Batteries qui les foûtenoient
. Ils travaillerent à leur
difpofitif , & à l'amas de leurs
materiaux . A une heure de nuit ,
on tira deux coups de petit canon,
pour le fignal , & les Grenadiers
, qui eftoient à portée ,
débufquerent, avec filence , de .
de leurs poftes , & fe pofterent
jufqu'au pied de la paliffade du
chemin couvert , avant que
Ennemis s'en apperçuflent , l'action
ne fut pas vigoureuſe, dans
le commencement, car les Ennc
les
Qq ij
460 MERCURE
mis s'éloignerent aprés une le
gere refiftance ; mais lorsqu'ils
furent retirez derriere les travers
, & dans le Baftion , ils fi
rent un feu d'enfer de moufqueterie
, grenades , bombes , & de
pierres , pendant toute la nuit :
Cependant cela n'empêcha pas
qu'on ne fit le logement , tout
a travers du Plateau ; mais comme
il manqua des matereaux , on
ne fit point de communication ;
ce qui obligea nos Grenadiers
de s'éloigner jufqu'au 16 , à une
heure de nuit , qui furent relevez
. Nous eûmes en cette occafion
fix Capitaines de Grenadiers
, huit Lieutenans , neuf
Sergens , fix Ingenieurs bleffez
& quarante- cinq Grenadiers de
bleffez ; & le nombre des tucz
GALANT 461
fut d'un Capitaine , de trois
Officiers fubalternes , de quatre
s Sergens , & de trente- cinq
Grenadiers . A la gauche , on
commença la Place d'Armes , &
la communication.
Le 16. on continua les ouvra
ges commencez à la fape , & on
perfectionna ceux qui estoient
imparfaits .
La nuit du 16. au 17 on fit la
communication de la tranchée
au logement & à la Place d'armes
. Les Ennemis ne firent pas
grand feu pendant cette nuit - là ,
mais ils jetterent des pierres en
grande quantité. Ils nous tuérent
huit Soldats , & en blefferent
neuf.
Le 17. on continua les ouvra
ges de la droite , & de la gauche
Qq iij
462 MERCURE
à la fape , & on perfectionna les
ouvrages imparfaits .
On ne peut donner trop de
louanges aux troupes qui font
ce Siege , rien n'eft comparable
à la vive ardeur du Bataillon
du Maine , lors qu'il reprit le
Drapeau, que les ennemis trouverent
moyen d'enlever dans la
fortie, où ils avoient esté battus.
Is fe repentirent bien de s'en
eftre faifis , & il auroit efté à
fouhaiter pour eux , qu'ils ne
l'euffent point pris .
Un petit nombre de Grenadiers
de ce Bataillon , & de celuy
de Charolois , fit une action
de la plus intrepide valeur ,
aprés la prife de l'envelope du
Château ces Grenadiers enrerent
dans la Place . Ils y deGALANT
463
meurerent affez de temps , pour
l'examiner , & s'ils avoient pû
eftre fuivis, le Montjoüy auroit
efté pris auffi - toft aprés fon envelope.
"
La viande eftant ce qui manequoit
le plus dans noftre Ca P
-au commencement du Siege
celuy qui eftoit chargé du foin
de faire paiftre les boeufs , qui
cftoient dans Barcelonne , pric
le foin , d'en envoyer à Sa Majefté
Catholique , fur ce qu'il avoit
ouy dire, qu'il y en avoit peu
dans fon Camp , il en amena
un nombre confiderable fur les
ramparts , & trouva le moyen
" d'en chaffer infenfiblement plus
de foixante vers noftre Camp ,
& lors qu'il jugea qu'ils eftoient
affez avancez, pour y entrer, il
Qq iiij
464 MERCURE
leur fit precipiter leur pas , &
il y entra avec eux .
Je fuis perfuadé que je ne fermeray
point ma lettre fans vous
mander la prife de Montjoüy .
Il femble que le Siege de cette
Place n'ait efté entrepris , que
pour faire admirer le Roy d'Efpagne.
A peine fut - il´arrivé
qu'il fe donna tous les mouvemens
neceffaires pour faire
avancer cette grande entrepri
fe. I alla voir débarquer les
provifions , & les munitions , &
donna trois cens louis d'or aux
Matelots qui travailloient à ce
débarquement . Ce Monarque
envoya enfuite chercher tous.
ceux qui pouvoient contribuer
à l'avancement du Siege , & il
leur recommanda d'apporter
GALANT 465
une extrême diligence dans
tout ce qui les regardoit chacun
en particulier ; mais , neanmoins
, fans rien precipiter ;
de crainte que cette precipitation
ne fuft plus dommageable,
qu'utile. Ce Prince croyant
que fon exemple animeroit
toutes les Troupes , & qu'il les
engageroit à s'expofer comme
luy , dans les temps où l'on
ne fe doit point ménager , fi
l'on veut acquerir de la gloire
& remporter une prompte victoire.
Ce Prince , dis- je , confiderant
toutes ces chofes , alla
plufieurs fois à la tranchée ,
avec un fang froid qui "faifort
trembler les plus braves , ce
Monarque ne s'étonnant point
de voir que les coups ne refpec466
MERCURE
..
toient perfonne à quelques pas
de luy. Il fit une action au commencement
du Siege , qui fic
connoistre qu'il eft plus digne
de regner, que le Prince , qui luy
difpute la Couronne , & qu'il
eft plus naturellement bon , &
plus clement. L'Archiduc luy
envoya demander un Miquelet
- Efpion , qui venoit d'eftre condamné
à eſtre pendu ; ce Monarque
, le luy envoya, quoy que
peu de jours auparavant , on
euft coupé un Miquelet à Gironne
, par morceaux , qui faifoit
auffi la fonction d'Efpion.
Ce procedé rempli de bonté ,
de clemence , & de confideration
pour l'Archiduc , fit retentir
les loüanges de ceMonarque ,
dans tout le Camp , & dans BarGALANT
467
celonne même . Il fit encore dans
le même temps une action plus
remarquable. Le poite des Capucins
ayant efté pris on crut
qu'il marqueroit fon reffentiment
contre les Moines qui font
dans le Convent , fitué en ce
lieu- là , dautant qu'ils avoient
porté les armes contre luy ,
& que l'on voyoit tous les
jours des Religieux de cet Ordre,
les armes à la main dans des
forties cependant , il donna ,
non feulement de nouvelles
marques de fa bonté , & de fa
clemence , en leur pardonnant.
Ce Prince, fit plus encore , & il
eut foin de leur envoyer tous
les jours dequoy vivre ; ce qui
acheva de luy attirer tous les
les coeurs. Il donna enfin , en
·
468 MERCURE
peu de jours de grandes mar
ques de fon application à tout
ce qui regarde la gloire de fon
Etat , & le bien de fes Sujets ,
de fa liberalité , de fa valeur intrepide
, de fa genereufe bonté,
& de fa clemence.
Je ne puis m'empêcher de parler
icy de Monfieur le Comte de
Touloufe , qui , dans cette occafion
a fervi les deux Couronnes
avec le zele le plus ardent , &
la plus vive application . A peine
ce Prince fut - il arrivé à
Toulon , qu'il fit travailler jour
& nuit pour achever de mettre
la Flote , qu'il devoit commander
, en eftat de partir . Il partit
enfin , aprés que le vent l'eut
refufé plufieurs fois , & le vent
F'obligea même de reculer , &
GALANT 469
de s'arrefter , aprés avoir fait
quelques lieues en mer . Enfin
le vent devint meilleur ;
mais il ne fut pas long- temps
favorable à ce Prince , qui elfuya
pendant plufieurs jours les
bourrafques d'une horrible tempefte
, qui fepara un de fes Vaif.
feaux, & qui en mal - traita fort
un autre cependant la tranquillité
de ce Prince fuft furprenante
, & l'on en rapporte
des chofes admirables . Le calme
fut à peine revenu , qu'il prit les
plus grands foins pour faire arriver
les Barques qui apportoient
des provifions & des munitions ..
& tout fut fi bien concerté , que
l'Armée commandée par le Roy
d'Espagne , celle de Mr de Legal
, & la Flotte , fe trouverent
470 MERCURE
prefque en même temps devant
Barcelonne . Monfieur le Comte
de Toulouse , fit débarquer
cinquante pieces de gros canon
& quelques Canonniers , & ce
Prince , tout occupé du Siege
de Barcelone , & craignant qu'il
ne fuft long , & que dans la fuite
on n'cuft befoin de Troupes
nouvelles pour le faire avancer,
fe fit donner un estat au vray
de toutes les Troupes qui font
fur fes Vaiffeaux ; parce qu'il
eft impoffible que la mort ne
faffe diminuer de gros Corps ,
& que les maladies ne mettent
auffi beaucoup de monde hors
d'eftat de fervir. Monfieur le
Comte de Touloufe , voulut en
même temps eftre informé, combien
il y avoit de Matelots fur fa
GALANT 471
Flotte en eftat de porter les armes
, & ce Prince , ayant fait fes
reflexions fur tout cela , dit au
Roy d'Espagne , qu'il pourroit
en cas de befoin , faire débar
quer un renfort de huit mille
hommes . C'eſt- là ce qui s'ap
pelle fervir avec attention , &
utilement .
En attendant de grandes nouvelles
de la fuite de ce ſiege , &
de la continuation des progrés
de Monfieur de Vendofme, pour
finir ma Lettre, je dois vous parler
de ce qui s'eic paffé au ſujet
des affaires d'Eſpagne & de Portugal
. L'armée d'Espagne , qui
devoit agir de ce cofté- là eftant
beaucoup diminuée, par le départ
des Troupes de France, commandez
par M³ le Maréchal de
472 MERCURE
Teffé, les Portugais fe vantoient
d'ouvrir la Campagne par la prife
de Badajoz , mais Mr le Maréchal
de Barvik, qui fçavoit leur
deffein , & qui eftoit averti de
leur marche , ne fe contenta pas
d'avoir fait mettre la place en
état de défenſe , & d'y avoir fait
jetter beaucoup de Troupes , il
prevint la marche des ennemis ,
& femit avec les troupes , au- devant
de la Place , du côté par où
les ennemis pouvoient l'affieger.
Les Portugais l'ayant appris ,
tinrent un grand Confeil de
guerre , où aprés de longues déliberations
; & fur l'avis de Milord
Gallouay, il fut refolu d'abandonner
l'entrepriſe projetée
depuis fi long- temps, ®ardée
comme infaillible , par les Por
GALANT 473
tugais . Ils refolurent enfuite de
marcher vers Alcantara , pour
fe faifir de cette Place , qui n'a
aucunes Fortifications , & dont
celuy qui en approche le premier
, fe rend toûjours maiftre .
"Les deux armées fe rencontrerent
dans la marche , & celle
des Portugais & des Alliez , beaucoup
fuperieure à celle des deux
Couronnes , efcarmoucherent
pendant la marche contre cette
derniere. Les Portugais perdi
rent quelques hommes , & quel
ques chevaux , & Mr le Comte
de S. Vincent, Portugais , & Of
ficier General , fut tué en cett
occafion . Les Portugais ayan
enfuite précipité leur march
devant Alcantara , Mr de Barvik
s'étant douté de leur deffein
Avril 1706
. Rr
474 MERCURE
avoit envoyé ordre à quelques
bataillons, qui estoient à portée
de s'y jetter , d'entrer dans la
Place . Il y en avoit déja trois ›
& la garnifon fe trouva compo
fée de neuf bataillons. Mr de
Barvik apprenant enfuite , que
la Place eftoit inveftie , envoya
un homme de confiance au Gouverneur,
pour luy dire, que lorfqu'il
fe trouveroit preffé , il n'avoit
qu'à faire les fignaux , que
l'homme , qu'il luy envoyoit luy
diroit , & à fortir. par l'endroit
qu'il luy marqueroit . Cet homme
devoit ajoûter à tout cela ,
que lorfque le Gouverneur fortiroit
de la Place, avec fa garnifon,
Mr deBarvik attaqueroit,
en même - temps , leCamp des ennemis
du même côté, & qu'il n'y
GALANT 475
avoit point de doute , qu'en les
mettant ainfi , entre deux feux
ils en feroient un grand carnage
. Ce projet n'auroit pas manqué
de réuffir, fi celuy qui eftoit
chargé de le communiquer au
Gouverneur d'Alcantara , n'eût
point efté pris , lorſqu'il vouloit
entrer dans la Place. Voilà la
verité d'une affaire, qui a fait
d'abord beaucoup de bruit , &
qui a fait faire une infinité de
faux raiſonnemens . Je dois ajoûter
ici , que les bataillons qui
ont efté pris dans Alcantara
eftoient fort foibles , & qu'ils
n'avoient pas encore reçu leurs
recruës. On affure que les troupes
qui compofent ces fept Ba
taillons, ne montent pas à trois
mille hommes.
Rrij
476 MERCURE
Je reviens aux affaires d'Ita
lie . Il y a des Lettres qui afflurent
que l'on a trouvé dans Calcinato
douze cens moufquets ,
& autant d'habits , avec huit
cens paires de fouliers , & huic
cens paires de bas. On dit que
tout cela eftoit deſtiné pour les
recruës que l'on attendoit .
Monfieur de Vendofme ayant
fait dire dans l'armée , aprés la
bataille de Calcinato, qu'il donneroit
un écu de chaque moufquet
des ennemis , qu'on luy apporteroit
, on affure que plus de
fix mille lui ont efté apportez , &
que les foldats difoient hautement
qu'ils luy en fourniroient.
encore d'autres . Ce Prince continuant
tous les jours de remporter
quelque avantage nouGALANT
477
veau , a écrit au Roy une troifiéme
fois depuis la Bataille de
Calcinato, & Sa Majesté fut réveillée
le premier jour de May ,
par les agréables nouvelles qui
font contenues dans cette Lertre
, dont je vous envoye une
copie.
Du Camp de . Polponaffo
le 24 Avril .
Les debris de l'Armée des ennemis,
fe retirerent après leur défaite,
du cofté de Mofcolino , & occuperent
le mefme Camp , où nous eftions an
commencement de l'année derniere:
Je partis avant hier de Calcinato,
oùje vins appuyer la droite de l'Armée
à Manerbe , qui n'est qu'à trois
milles de Salo. Ce mouvement a
478 MERCURE
déterminé les ennemis àfe jetter dans
les montagnes , de peur que je ne
coupaffe leur communication avec le
Trentin. Ils marcherent bier toute
la nuit avec tant de precipitation ,
qu'ils ont abandonné un nombre infini
de chariots, & d'équipages . On
les a pourfuivis pendant plus de
quatre mille dans les montagnes ;
mais ayant trouvé un ravin , ou une
Tourfort groffe , qui gardoit le defilé
, il a efté impoſſible de les fuivre
plus long temps.
Nous occupons Gavardo , Saint
Offer, & Salo & nous allons nous
y 'établir , de maniere à ofter aux
ennemis l'efperance de pouvoir jau
mais revenir dans le Breffan . Je
m'en vais encore envoyer un corps de
troupes à la Ferrare , pour garder
ce pallage , & un autre à la Roche
GALANY 479
Amfo, pour rejetter entierement
les ennemis de l'autre cofté de la
Dige. Je viens d'apprendre par un
Officier que m'a envoyé le Cheva-
Lier de Laubefpin , qu'il a canoné
hier l'Armée ennemie avec nos Galiottes
,pendant trois heures que l'Armée
a marché toute la nuit , pour
entrer dans le Val de Nofa ; qu'il
tient actuellement plufieurs de leurs
Barques, dans le Port de Garvignano.
Tous les Paifans affurent, qu'à
Maderne , les ennemis out jetté
beaucoup de poudres , & trois pieces
de canon dans le Lac. Il y a un
canot de nos Galiotes , qui taſche de
Les repefcher. Je viens demander à
Salo qu'on leur envoye encore dus
monde , pour les ayder.
Ceux qui connoiffent les lieux
dont il eft parlé dans cette Let
480 MERCURE
tre , ou qui auront recours aux
Cartes du Pays devineront
mieux que les autres , les fuites
que peut avoir tout ce que cette
Lettre contient. On écrit qu'il
y a lieu de croire que Monfieur
de Vendofme fe trouvera dans
peu dans un grand embarras ,
puifque manquant d'ennemis , il
trouvera peu d'occafions de fe
couvrir de Lauriers , & de fervir
le Roy en continuant tous
les jours de s'expofer , ce qui a
toujours fait fa plus forte paffion
. On étoit bien perfuadé ,
que rempli de cette paffion , de
reconnoiffance , du favorable
accueil que le Roy luy a fait cet
Hyver , & des emportemens de
joye que toute la Cour , & tout
Paris ont fait voir à fon arrivée.
GALANT 481
il feroit quelque chofe de
grand , auffi- tôt aprés fon retour
, pour répondre à toutes
tes chofes, & à l'attente de toute
la France. Il feroit dangereux
aprés tout ce qu'il vient de faire ,
qu'il paruft fi - toft à Paris , & il
y auroit à craindre qu'il ne fut
accablé par les trop vives careffes
du peuple. Je dois ajouter
icy que la troifiéme Lettre de
Monfieur de Vendofme a efte
apportée au Roy par Mr Coteron
, c'est un jeune Colonel
qui n'a pas encore vingt -ans.
Il eft fils de Mr Coteron , Capitaine
des Gardes de Monfieur
de Vendofme , & il s'eft déja
fignalé en plufieurs occafions,
L'exemple de fon pere qui fut
dangereufement bleffé à la ba
Avril
1706.
Sf
482 MERCURE
>
l'ont
taille de Caffano , & ce qu'it
voit faire tous les jours , fous
un General invincible
rendu de bonne heure , brave
& experimenté Capitaine. Il
eut l'honneur d'entretenir le
Roy pendant un quart d'heure,
aprés luy avoir rendu la Lettre
de Monfieur de Vendofme .
Il previent toutes les queftions
que Sa Majesté auroit pu luy
faire , & ce Prince en fuſt ſi
fatisfait , qu'il le témoigna en
fuite publiquement.
On affure que Mr le Comte
de Toralba a entierement défait
au delà de l'Adige , un Corps
de mille hommes , qu'il a fait
trois cent prifonniers , & que
le refte de ce Corps a efté tué,
bleffé , & entierement diffipé,
GALANT 483
Quoique je n'aye pas encore
de Relation en forme des avantages
nouveaux , que l'on vient
de remporter en Catalogue , ils
font trop éclatans pour differer
à vous les mander ; ainfi je vous
envoye ce que je viens de tirer
de plufieurs Lettres .
Le vingt-un à sept heures du
foir , on prit en une heure de
temps toure l'envelope exterieure
du Montjoüy , les Affiégez
firent une grande fortie du
Montjouy , d'environ fept cens
Anglois , ayant à leur tefte , Milord
Donneghal , qui commande
en Catalogue , fous Milord
Peterborough , toutes les troupes
auxiliaires ; il y fut fait prifonnier
, auffibien que Milord
Rouffel, fils du Duc de Betford,
sfij
484 MERCURE
qui eſt mort depuis de fes bleffures.
On prit auffi trente-fix Officiers
& fix cens Anglois qui
ont efté envoyez fur les vaif
feaux , ainfi que plufieurs autres
prifonniers . Le même jour
vingt - un , on fit une grande fortie
de la Ville, pour foûtenir uu
Bataillon Allemand , qui donna
par mégarde dans un de nos
Corps de Garde , ces Allemands
mirent d'abord les armes
bas ; mais ayant reconnu qu'ils
eftoient plus forts que nous , ils
mirent l'épée à la main , & nous
attaquerent vivement ; de forte
que fans le Piquet le plus voisin ,
qui furvint , ce Corps de Garde
auroit eu peine à refifter ; mais
ayant efté promptement fecouru
, tous ces Allemands, furent
GALANT 485
non feulement tuez , mais auffi
deux ou trois mille Miquelets ,
& Habitans , dont une partie fut
paffée au fil de l'épée , & le refte
fut pouffé jufques dans les barrieres
de la Ville.
Les habitans en armes & les
Miquelets de Barcelone , avoient
refufé le mefme jour à l'Archiduc
, d'aller fecourir le Montjouy
, & ils luy avoient témoigné
qu'ils fe refervoient uniquement
pour fa confervation , &
pour la défenfe de Barcelonne ;
ce qu'ils luy feroient connoiftre
le lendemain par une fortie ge
nerale , fe promettant de nettoyer
& de combler la tranchée
devant le Montjouy , & de nous
reduire à recommencer nos trayaux
; mais ils ne tinreut
pas
Sfiij
486 MERCURE
parole à l'égard de ce qu'ils devoient
executer dans leur fortie,
car eftant venus au nombre de
quatre à cinq mille Miquelets ,
& d'autant d'habitans arméz ,
mêlez de quantité de Moines ,
on leur tua fix à fept cens hommes
; on fit environ trois cens
prifonniers , & on reconduifit le
refte, jufques dans les paliffades..
On devoit ouvrir le lendemain
23. une tranchée vers la ville ,
ou du cofté de fa communication
, avec le Montjouy , fui
vant la réfolution , qu'auroit
pris de l'un ou de l'autre le
Confeil , qui devoit fe tenir pour
cela , & pour déterminer le jour
qu'on donneroit un affaut general
au Montjouy , dont les deux
baftions attaquez , font entierement
rafez.
GALANT 487
Je viens d'apprendre que le
22. avant la grande fortie , dont
je viens de vous parler , les Af
fiegez firent fonner toutes les
cloches de la Ville , afin que
chacun fe preparast pour une
Proceffion , où fut porté l'étendard
ou banniere de Sainte Eu
lalie leur Patrone ; mais leurs
prieres furent fans effet , leur
fortie ayant eu un effet tour
contraire à celuy qu'ils en at
tendoient.
Il y avoit le 24. cinquante
pieces de canon en batterie , &
quarante mortiers , fans les fix
des Galliates qui tiroient jour
& nuit , & qui avoient mis une
partie de la Ville en feu. On
a mis fur les vaiffeaux trois cens
Catalans prifonniers, qui fe font
488 MERCURE
que
les
trouvez des plus obftinez & des
plus coupables , & ils doivent
cftre envoyez aux Galeres.
On doit remarquer que lorfles
troupes des Alliez , ont
débarqué en Catalogne , elles
eftoient commandées par trois
Generaux , qui font , le Comte
de Peterborough , Milord Dunécant
, & Milord Donnéghal .
Le premier devoit commander
dans Barcelonne , & il a trouvé
le moyen de s'exempter de
ce commandement . Les troupes
qui eftoient destinées pour refter
en campagne, devoient eftre
commandées par le fecond , &
il a efté tué , & le troifiéme qui
devoit commander dans les
places qui feroient menacées de
Gege, vient d'eftre fait prifonnier,
GALANT 499
Je viens d'apprendre que l'on
doit une grande partie de l'avantage
remporté fur Milord
Donnéghal , à Mr le Maréchal
de Teffé , qui ayant jugé par
les fignaux des ennemis , qu'ils
fe preparoient à faire une fortie
, fit mettre l'armée en bataille.
Milord Donnéghal ne
s'attendoit à rien moins qu'à
eftre fait prifonnier , il eftoit
forti avec beaucoup de fierté ,
& au fon du tambour , pour
marquer qu'il n'apprehendoit
rien . Mr de Teffé donne de fi
bons ordres pour repouffer les
Miquelets , qui viennent attaquer
nos derrieres , pendant les
forties , qu'il en a merité des
louanges de toute l'armée.
Je vous envoye une Lettre
490 MERCURE
touchant la derniere affaire d'I
talie, plus détaillée que celle de
Mr de Vendofme , ce Prince
n'ayant pû l'étendre davantage,
parce qu'il vouloit la faire partir
auffitoft aprés la derniere
action , & eftant d'ailleurs bien
aife que celuy qu'il avoit jugé
digne de la porter au Roy, eur
l'avantage de dire quelque chote
de nouveau à Sa Majesté.
Au Camp de Polponaffo le 24 .
Avril 1706.
Nous marchames le 22. de
Calcinato avec l'Infanterie qui
formoit la Colonne de la gauche,
conduite par Mr de Medavy, qui
tenoit les ailes des Montagnes
GALANT 461
qui aboutiffent à Mofcolino ,
à Gavardo , & avec celle de la
droite , compofée de toute la Cavalerie.
Mr de Murfay à la
• tefte marchoit dans la pente affez
prés du Lac de Garde La tefte de
ces deux colonnes arriva à Sept
heures du matin , à une portée de
Canon des hauteurs de Mofcolino,
que nous vifmes occupées par les
Gardes des ennemis . Monfieur de
Vendofme , aprés avoir reconnu
le terrein , ordonna l'on campaft
. La droite compofée de toutes
la Cavalerie
, avec quatre
gades d'Infanterie à Manerbe
la gauche à Polponaffo , qui
que
Bri-
1
462 MERCURE
eft le quartier general , dont ilfit
occuper les hauteurs , par la meilleur
partie de fon Infanterie , &
dans un terrein prefque inacceffible:
il fe faifit auffi de divers poftes
qui avoifinoient Salo , dans le
deffein d'y marcher , fi-toft qu'il
auroit reconnu le Pays par où il
pourroit diriger fa marche ; mais
les ennemis que vous jugez bien
n'eftre pas en état de foutenir prefentement
une feconde action ,
ayant affurement perdu , & fans
exagerer , cinq ou fix mille hommes
, à celle de Calcinato , prirent
leparty de decamper à la fourdine ,
une heure avant la nuit. La Cavalerie
GALANT 493
valerie paffa par la valée de la
Roque-d'Enfau , & leur Infanterie
par Salo. Monfieur de Vendofme
, qui ne pouvoit avoir de
partis fur eux leur Camp , &
leur marche étant couverte des
Montagnes qu'ils occupoient ,
& qu'il étoit impoffible de tourner
fans employer beaucoup de temps.
Il ne fuft averti de leurs mouvemens
, que fur les neuf à dix
heures. Il fit auffi-toft commander
mille Chevaux , & tous les Grenadiers
de l'armée , avec lesquels il
marcha àSalo , qu'il trouva abanoù
il apprit du Prove- donné,
diteur , qui y commandoit , &
Avril 1706 . Tt
494 MERCURE
qui vint au devant de luy , que
Mr le Prince Eugene y avoit
paßé ,fur lesfix à fept heures du
matin , & que trois cens hommes
& cent chevaux d'arriere-garde,
n'en étoient partis que lorsqu'ils
nous avoient vú arriver. Mr de
Vendofme ordonna à Mrs d'Albergotty
& Dillon , de marcher
avec les Grenadiers , afin qu'aprés
s'eftre rendus maistre de Salo , ils
puffent avancer fur Maderne,
tâcher de prendre les trois cens
hommes & les cent chevaux , que
l'on difoit n'eftre resté que pour
donner le temps de racommoder un
affuft de Canon qui étoit rompu.
GALANT 495
Nos
م ی ر ب
gens firent peu de chemin,
fans tomber fur eux ; mais dans
un terrein fi avantageux
pour les
ennemis , qu'il ne fut pas poffible
de les enfoncer
. Il s'y tira quelques
coups de fufil , la nuit eftant
venue , on
on fe retira , avec perte
d'un petit nombre de Grenadiers .
Comme les ennemis
vont apparamment
paffer l'Adige , & s'étendre
de l'autre cofte ; voicy la
difpofition que Mr de Vandofme
donne à fon arrivée.
Il laiffa Mr de Medavy avec
› pour garder
douze Bataillons
Salo , la Roque-d'enfan , & le
Volbia .
Trij
496 MERCURE
Mr Albergotty va avec dix-
Bataillons à la Ferrare.
Mr de Saint Fremont avec une
partie de Cavalerie , au bas de
l'Adige,il fera, cependant quelque
féjour entre le Mincio , & la cofte
de
Veronne.
Le reste de l'armée, avec Monfieur
de Vendofme, fe tiendra dans
le centre , entre le Mincio &
Adige,pour fe porter dans les endroits
où fa prefence pourroit eftre
neceffaire..
Ốn a envoyé aujourd'huy les
Regimens de Belabre, de Verac,
aux ordres de Mr du Guerchois ,
dans l'Ifle de Rovigo , & le ReGALANT
497
giment de la Marine y marchera
demain. Le Corps qui marche ,
aux ordres de Mr d'Albergotty ,
à la Ferrare , vient d'eftre augmenté
de douze Bataillons , &
d'un Regiment de Dragons. On
vient de dire auffi à Mr de Vendofme
, que les ennemis avoient.
jette dans le Lac de Garde , trois
pieces de Canon , dont les affuts.
s'eftoient rompus , & que nos Galliores
les pechent actuellement..
Ce qui fuit eft tiré de la Lettre
d'un Officier General , de la
même datte que la Lettre que
yous venez de lire.
Je fus hier commandé , pour
Tt iij
498 MERCURE
· attaquer Salo , avec les Grenadiers
de la feconde ligne. En arri-..
vant à portée, nous apprifmes que
les ennemis fortoient de l'autre
côté. Je les fuivis long- temps :
enfin Monfieur de Vendofme
ayant appris qu'ils avoient du
Canon à leur arriere-garde , qui
ne marchoit que difficilement. Il
nous envoya ordre de tâcher de les.
joindre. Nous les attrapâmes .
à prés de deux lieues en avant
où nous les trouvâmes poſtez avantageufement
, occupant un Châ
teau dans la Montagne, & ayant
devant eux un Ravin impraticable.
Mr d'Albergotty
qui com
GALANT 499
mandoit tous les Grenadiers de
l'armée , ne laiffa pas que de tenter
de les chaffer , & pour cet
effet , il ordonna à Mr de Fits-
Gerard, avec les Grenadiers de la
premiere ligne , de gagner les hauteurs
, il m'ordonna , avec les
Grenadiers de la feconde , de prenpar
en bas. Nous nous y opiniatrâmes
jufques à huit heures
dufoir ,fanspouvoir paſſer le Ravin
; le feu fut grand de part
d'autre , & dura fix bonnes heu
res. Berthelon , Colonel du Regi
ment de Bretagne,a eftéfort bleſſe.
Nous avons perdus quelques Gre
dre
nadiers.
Foo MERCURE
L'Officier qui a écrit cette
Lettre , entra le premier dans
Salo ..
Vous fouhaitez de fçavoir
combien il eft party de Gallions
d'Espagne , pour le Perou , toutes
les Nouvelles publiques n'en
ayant point parlé. Vous me demandez
, comment ils ont pû
échaper à l'Amiral Leake ; puifqu'ils
n'avoient pour eſcorte
que cinq Armateurs de S. Malo ,
& enfin vous me priez de vous
raffurer fur la erainte que vous
avez que le Siege de Barcelonne
, ne foit interrompu par la
Flotte des Alliez , dont nous
fommes menacez depuis fi longtemps.
Je vais vous fatisfaire
fur tout ce que vous fouhaitez
GALANT 301
de fçavoir. On m'a affuré que
les Gallions d'Efpagne qui font
partis forment une Flotte de
plus de quarante voilles , fans
compter les Baftimens qui leur
fervent d'eſcorte . Il eftoit fi important
auxAnglois & auxHol
landois , ou de les furprendre
ou d'empêcher leur départ s
qu'il paroift que c'eſt la raiſon
la plus forte qui les ont obligez
à faire hiverner à Lisbonne ,
prefque tous leurs Vaiffeaux du
troifiéme rang ; parce que de
plus gros Vaiffeaux auroient
pourfuivi cette Flotte avec
moins de vîteffe. En la prenant
ils ruinoient tout le commerce
d'Efpagne , & en empêchant
fon départ , ce qui leur auroit
fté prefqu'auffi avantageux ,
502 MERCURE
ils faifoient murmurer toute
I'Efpagne ; & ils avoient déja
fait dire aux Efpagnols , que fi
ils prenoient le party de l'Archiduc
, ils auroient le plaifir de
voir partir leur Flotte , fans rien
craindre en partant, & fans rien
apprehender à fon retour.
Cela avoit fait quelque impref
Lion fur les plus Intereffez , & fur
tout , dans Seville , mais à peine
eut -on appris le départ des Gal-
Lions , dans cette Ville là , qu'el
Le parut la plus zelée de toutes
les Villes d'Efpagne , pour le
maintien de Philippes V. fur le
Trône : Elle en donna auffi toft
des preuves par les fonds qu'elle
fit pour eftre diftribuez à tous
ceux de la Nobleffe qui prendroient
les armes , & qui mars
GALANT S03
heroient pour fervir Philippes
V. où Sa Majesté voudroit les
employer. L'Amiral Leake a
manqué les Gallions par fa faute
, ou du moins , il auroit pu
empêcher leur départ ; mais la
hauteur dont les Anglois en
ufent avec le Roy de Portugal ,
eft caufe qu'il ne l'a pas fait. Il
eft deffendu tres - expreffement
par les Loix de Portugal , de
laiffer fortir , fans un ordre exprés
du Roy , donné par écrit ,
aucun Vaiffeaux , de quelque
Nation qu'ils puiffent eftre .
L'Amiral Leake crut que cette
Loy n'eftoit pas
faite pour les
Anglois , & traitant le Roy de
Portugal avec mépris , il ne voulut
pas luy demander d'ordre
pour fortir , afin de ne fe pas
504 MERCURE
trouver obligé de luy declarer
le fujet qui l'engageoit à fe mettre
en mer. On luy demanda
l'ordre du Roy ; il répondit qu'il
n'en avoit point , & que la Loy
qui affujettit les autres , n'eftoit
pas
faite pour
les Anglois , & il
voulut paffer outre ; mais voyant
que l'on s'obſtinoit à ne le point
laiffer paffer , & qu'on le menaçoit
vivement de faire tirer
de tous les Forts , fur fes Vaiffeaux
, il fe vit obligé de faire
fçavoir au Roy de Portugal ,
pour en obtenir un ordre , les
raifons qu'il avoit de fe mettre
en mer avec tant de précipitation.
Le temps que cet Amiral
perdit , pour avoir marqué trop
de mépris pour les ordres du
Roy de Portugal , a eſté cauſe
que
GALANT 505
que les Gallions luy ont échapé
, ou du moins , qu'il eft arrivé
trop tard pour empêcher leur
départ . Ce n'eft pas tout ce que
ce retardement luy a coûté , il
a voulu poursuivre les Gallions,
& dans cette pourſuite , il a effuyé
plufieurs coups de vent
qui ont beaucoup fait fouffrir
fes équipages , & qui luy one
même fait perdre quelques
Vaiffeaux , & beaucou pde monde
: Cependant les Vaiffeaux de
cette Flotte battus de plufieurs
tempeftes , & errants au gé des
vents, ont fait croire à ceux qui
les ont apperçus , que c'étoit la
Flotte des Alliez , qui venoit
furprendre celle de Monfieur le
Comte de Touloufe ; & ils ont
répandu ce bruit , par tout où
Avril 1706 . V u
506 MERCURE
ils ont pu ; mais il ne doit point
faire d'impreffioa fur ceux qui
fçavent un peu les affaires , &
qui font capables , du moindre
raifonnement . Ils doivent fçavoir
, que quand Leake auroit
beaucoup plus de vaiffeaux , que
Monfieur le Comte de Toulouse,
ce qui n'eſt pas , & que la fa Flotte
feroit en meilleur état qu'elle
n'eft , & munie de toute chofe,
cette Flotte n'oferoit approcher
des Vaiffeaux du premier rang,
dont la Flotte de Monfieur le
Comte de Touloufe , eft prefque
compofée ; ainfi ce Comte n'a
pas lieu d'apprehender celle
de l'Amiral Leake , que lorfqu'elle
aura efté jointe par celle
que doit commander l'Amiral
Schovel , que l'on appelle la
GALANT 507.
grande Flotte, & qui n'eft compofée
que de gros vaiffeaux
d'Angleterre , & de Hollande ;
mais comme elle n'eft pas encore
en état de partir, parce qu '
elle manque de matelots , on
pourroit recommencer encore
une fois, le fiege de Barcelonne,
& le finir avant que cette Flotte
ait joint celle de l'Amiral Leake.
Ileft vray , que Leake a pâ
eftre renforcé de quelques vaiffeaux
, qui ont accompagné les
convois qui font venus à Lifbonne;
mais tous ces renforts ne le
mettent pas en état de paroiſtre
devant Monfieur le Comte de
Touloufe : ainfi , ceux qui s'inquiétent
depuis long - temps ,
n'ont que des inquiétudes malfondées,
& qu'ils n'auroient pas
Vuij
508 MERCUR
s'ils fçavoient au vray l'état des
chofes pond a
Ayant déja mis uns Enigme
nouvelle dans ma Lettre joyous
envove les noms de ceux qui
ont deviné la derniere , dont le
Non eft la Barbe. Ceux qui
l'on trouvé font , Ms Labadie:
de Larchat : Maillet : Derny :
Bouldy : le Directeur des Mines
de oitiers : Courbon & les deux
Filles : le Pere Marihoire de la
ruë de la Mortellerie : Grelle
Organite de S. Cloud Millet:
Jacquet & Colin de Provins :
l'Exempt Moranlieu , & inflexible
Babet des Enclos : la Belle ,
proche la rue des Prouvaires :
le Brave Montour , de la même
ruë , & fon amy Larcher: Lambert
de Guenegault : l'Avocat
GALANT 509
aux Gardes , de l'Ifle Notre-
Dame : le Directeur des Lanaimable
Babet :
gues , & fon
Mlle Aubry, foeur du Lieutenant
General de Tours : Mlle
Gautier & Mayrande , de Touloufe:
Mc la Prefidente de l'Election
de Chaumont en Magny :
Anne Candide de Lauge : Mile
Germain & Neptune fon mari :
l'Agréable dans les Compagnies:
T'Amant ſecret des deux Pilliers :
d'or de la ruë S. Jacques : l'Amant
de la rue Quinquempoix
::
la belle Brune , & l'Agreable Libraire:
la Nymphe de la rue des
Lombards : la groffe Femme de
La Boule d'or : & les deux Ma
nettes de la rue du Four.
Vu.iij.
3TO MERCUR E
Je vous envoye une copie de la
Lettre écrite au Roy , par
Mrle Maréchal de Teffé , du
Camp devant Barcelonne
le 22 Avril 1706.
Fay cru , Sire , devoir diminuer
l'inquiétude , que Voftre Majesté
pourroit avoir, fi Elle apprenoit par
d'autres que par moy , l'heureafe
allion qui fe paffa bier.
L'on crût pouvoir gagner, par un
coup de main , ce que nous appellons
le Nouveau Montjoüy , & que les
brèches fe trouvant confiderables ,
l'on pourroit au moins refraindre les
ennemis dans le Vieil Montjouy,
lequel eft tres- petit : de maniere ,
Sire , que par les preparatifs de l'at
taque & de l'avis de Mrs les Ingenieurs,
qui furent affez partagez
GALANY SIE
le Roy voftre Petit- Fils, voulut bien
croire que l'affaire , quoique difficile,
eftoit en état d'ètre entreprise.
Le fignal fe fift fur les fix beures,
par la décharge des bombes ; &
pour ne point trop tomber dans les
redittes , j'ay crû plus à propos d'envoyer
à Voftre Majesté , la difpofition
de l'attaque , qui fut bien entendue
, des Officiers , & bien executé
.
L'on entra donc par la droite &
par la gauche, dont les ennemis s'apperçurent
aulitoft, & fe porteient aux
breches. Nous avons fçû qu'ils avoient
neuf cens hommes de garde ,
qui furent pouffez l'épée à la main .
Le Camp, qui eft entre la Ville &
le Montjouy, monta avec les drapeaux,
fe prefenta de bonne grace,
Laction fui vive, & dura plus de
512 MERCURE
trois grandes heures . Les ennemis
avoient preparé quelques fongaffes
qui brûlerent buit ou dix Grenadiers.
•·Enfin , Sire, on fe logea dans la
gorge des d'ux Baftions attaquez ,
dans lesquelles on entra par les bréches;
& l'on s'y établit. L'onfit plus,
car on fe rendit maistre d'une muraille
affezforte, & qui eft parallele
aw front de l'attaque . Les ennemis
qui avoient fourni leurs courtines ›
la faveur de quelques traverses ,
perdirent tout ce qui s'y trouva ; &
comme ily avoir un cavalier fur le
Baftion de la gauche , l'on s'y établit
fi bien, avec fuperiorité, que
les ennemis
firent des efforts inutiles. Les.
Anglois & Hollandois , tenterent
plufieurs fois de nous en chaffer: ils
porterent leurs drapeaux , juſqu'an
pied, prefqu'au haut du cavalier,
GALANT 513
&des ouvrages où Mr Joblot, Inge
nieur de (a droite , & de freville ,
Ingenieur de la gauche , faifoient
travailler avec beaucoup de vivAS
cité, & beaucoup d'ordre. C'était Vi
Lars Eugen , qui avoit eu la princi.
pale part an Difpofitif. Ily eut bien
des coups de bayonnettes & d'epées
donnez de part & d'autre : le feu
des grenades fe croifoit prefque toujours
Enfin , Sire , outre que l'on fe
logen , & que l'on s'eftablit , où
l'on avoit entrepris , il nous eft resté
au moins 500. prisonniers Anglois
ou Hollandois entre les mains , prés
40. Officiers , parmy lefquels on
de
compre Je Colonel Kour qui commande
les Gardes de la Reine Anne,
le General Donneghal tué , trois
Drapeaux du mefme Regiment de
la Reine Anne pris , & que l'on a
$14 MERCURE
porté ce matin au Roy voftre petit
fis , & certainement les Ennemis
ont laiffe fur la place plus de 300.
mores ou bliffez. A parler modeftes
ment , les Ennemis ont perdu plus
de 800. hommes de leurs meilleures
troupes & parmy les prifonniers it
ne fe trouve que 12. Catalans,
dont je vais faire un prefent aux
Galeres , afin qu'on en entende ja
mais parler, C'eftoit Mr de Dey ffon
Lieutenant General , Mr de Seguieres
Maréchal de Camp , & ME
du Gourdet. Brigadier , qui eftoient
de tranchées.
4T
Une circonftance , Sire , qui me
donna pendant toute l'action d'étranges
inquietudes , c'est le defordre
qui arriva par un Bataillon
Ennemy qui fe jetta dans un de
wos troupes qu'il crût Hollandois 3
GALANT SIS
& Payant reconnu François , ils
crierent qu'ils eftoient deferieurs , &
qu'ils ferendoient. Quelques- uns
mefme tumultuerent & jetterent les
armes 3 mais cette Troape des notres
, eftant reconnuë par eux pour
eftre de nos Travailleurs fans armes
, ils voulurent changer d'avis,
&ſejetterent avec leurs bayonnettes
& les armes qui leur reftoient fur
nos Travailleurs . Cette avanture
imprévûë qui arriva dans le temps
de l'effet de quelques fougaffes , penfa
perdre tout noftre arrangements &
venverfer , fans fçavoir pourquoy,
toute l'attaque de la droite. Fen
fût averty par Mouchaud Major
general , dont on ne peut trop louer
la valeur , & la maniere de fervir
Cela nous obligea defaire mar
cher , tambour battant, & àgrand
A
516 MERCUR E
bruit les Bataillons de la tranchée
de la droite. Ce mouvement de la
marche des Bataillons reftabit la
tranquillité parmy nos Travail-
Leurs. Il est bien difficile qu'une
action aufli vive ne nous coûtent
quelque choſe. Nous perdimes
deux Capitaines de Grenadiers ,
l'un nommé S. Vincent de la Cou
ronne , & un de Labour , à moins
"qu'ils ne foient prifonniers ; carje
ne (çay ce que les ennemis en firent.
Nous en perdimes auffi quatre ou
cinq autres , & nous eumes une quarantaine
de foldats tuez ou beffez
Je ne dois pas finir cet article fans
nommer le Sieur de Befnac , Capitaine
des Grenadiers du Mayne,
qui entra le premier par la brèche,
&qui s'ý maintint, auſſi bien qu'un
Officier de Sillery,nommé Deportes,
ن م
GALANT 517
le fieur de Belivieux Lientenant
Colonel du Mayne,
Dés qu'on eût bien rencogné les
Ennemis , dans le petit Fort de
Montjoy , le reste de la nuit für
tranquille , & l'on ne fongea qu'à
travailler, & àfortifier nos ouvrages
conquis.
Pendant le temps de cette action,
bien nous en prit , que les troupes
faffent fous les armes , à la tefte de
leur Camp , car la ligne fût attaquée
en trois ou quatre endroits, par
les Miquelets ,engrand nombres , qui
ne firent rien que tirer & fe faire
tirer. Mrs les Officers generaux,
chacun de leur cofté , pourvûrent à
la fareté du Camp.
Voilà , SIRE , ce qui ſe paſſa
hier au foir vingt- un à l'entrée de
la nuit , & voicy ce qui s'eft piffé
Avril 1706 .
Xx
$18
MERCURE
le matin du vingt- deux .
1
L'on entendit un tres -grand bruit.
dans la Ville , & le tocxin fonné.
On çût par un deferteur, que c'étoit
laffemblée generale des Bourgeois,
qui fortirent avec l'étendari de Saint
Eulalie. En effet, nous vifmes fortir
du Fort iedit étendart , qui eft rouge,
& dans le mesme temps , il fortit du
Montjouy, de la communication , &
des rochers les P us voifins de nos trancb
es un nombre infinis de Miquelets ,
Preftres, Moines , ou Bourgeois , &
des troupes reglées La tranchée, aut
bien que les ouvrages que nous avons
pris , furent attaquez de tous coftez.
Par ces gens-là.
·Lefcoupeterie a duré plus de trois
heures ; nous nous fommes maintenus,
fans perdre un pouce de terre. La cal
valerie de la Ville en fortit pareilGALANT
519
lement . Nos piquets y ont marché s
L'on a culbuté une de leurs troupes ,
que Mrs Dasfeld & de Celly, Officiers
de jour, ont fait charger. On
Leur tua , & on fit prifonniers douze
on quinze cavaliers.
Les Miquelets de la montagne
recommencoret leur attaque ; & le
sous le puffu en efiærmouche , & dans
Le temps que j'ay l'honneur d'écrire à
Koftre Majefté , tout eft tranquille
par tout & l'étendart de S. Eulalie,
reporté dans la Ville . A l'attaque
de nos tranchées , Mr de Bourdet, re.
gut un coup àà llaa tteessttee,,que l'on né croit
pas mortel , & Mr de Villeneuve,
Colonel d'Orleans, a pareillement
efté bleffé à la tefte : l'on ne croitpas
Ja playe dangereuse . Le Marquis
de Saudricourt a esté bleſſé au col :
L'on a tiré la balle, & l'on efpere
1
X x ij
520 MERCURE
qu'ilenfera quitte pour le mal. Cette
affaire de ce matin n'a pas laiffe de
nous conter une cinquantaine d'hom
mes turz on bleffez. La tranchée
vient d'être relevée par Mrs de Legal,
de Fomboiffard& de Beauvais
On travaille aux nouvelles batteries
neceffaires pour attaquer ce petit
Fort , où les ennemis ont placéfur le
petitfront 12. piecès de canon . Ilfaut
donc les battre, & effayer de les écrafer
pour y entrer. Ce feta encore une
affaire de quelques jours. Si l'on y
pouvoit faire plus aiſément des batteries
, cela feroit bientoft expedie ,
ou que l'on pût attaquer le Camp
d'entre Barcelonne, le Montjoy
mais cela eft impoffible.
L'Archiduc eft furement dans la
Ville, & on peut compter , qu'il a
perdu ce qu'il a de meilleures arouGALANT
521
#
ide
1
1
pes ; mais le nombre de gens qui porte
les armes , & qui paroift avoir lå
rage dans le coeur, eft inconcevable.
Tous les prifonniers que nous avons ,
font prefque tous grenadiers. Ce qui
ne prendra point parti , dans les Re
giments de Bervik , de Curten & de
Reden , paffera fur la Flotte , pour
eftre envoyé à Coulioure.
F'oubliois, Sire, de rendre compte
Voftre Majefté, que la Cavallerie
qui rode tout au tour , ayant
voula
vray - femblablement entrer dans
Barcelonne, s'eft prefentée aujourd'buy,
fur les quatre heures aprés
midy, a la partie de la ligne , où
commande Mr de Firmarcon . Ils
eftoient foutenus de plufieurs Mique
lets , qui couloient le long des ravines
& des chemins creux. Me de Firm.
rcon , averti , lés a fait charger
Xx iij
522 MERCURE
fi à propos par les piquets , du Re
giment de la Fléché, qu'il les a culbutez,
& leur a tué une vingtaine
de cavaliers.
Vous avez déja trouvé dans
ma lettre un Article qui parle
des mefmes actions ; mais ce que
vous venez de lire , eft plus
digne de foy, puifque l'on doit
croire tout ce que les Generaux
écrivent . Vous y trouverez beaucoup
de noms propres eftropiez ,
& peut-eftre beaucoup d'autres
fautes ; mais c'eft le fort des Relations
, dont on fait copie fur
copie , & long- temps après avoir
perdu l'Original de vue .
Je paffe de Catalogne en Italie
, c'est- à- dire de victoire en
victoire. Les pertes que les enpenis
ont faites à la bataille de
GALANT 523
Calcinato , & aux actions qui
ont fuivy cette bataille , paroiffent
tous les jours de plus
grandes , en plus grandes. Le
nombre des prifonniers fe trouve
plus confiderable , que l'on avoit
dit d'abord , & ce qu'il y a de
plus fâcheux pour les ennemis,
cft qu'il en retournera peu à
leur fervice. Il eft mort une infinité
de bleffez , & les Hôpitaux
font remplis d'une tresgrande
quantité d'autres dont
la guerifon eft defefperée . On a
aufli appris qu'il rechape peu
des bleffez qui font demeurez
parmis les ennemis.
Les Païfans du Breffan , juf
tement outrez , du mauvais traitement
qu'ils en ont receu , ont
affommez tous ceux qui ont efte
524 MERCURE
lents à fe retirer , ainfi que la
plus grande partie des Valets
& ils ont pillé prefque tout
leurs équipages . Ce n'eft pas
aux Venitiens qu'ils s'en doivent
prendre , ils ne peuvent empeſcher
que leurs fujets ne fe
fervent du droit de reprefailles i
de maniere , que fi les Allemands
ont fouffert en cette occafion
, ils ne doivent s'er prendre
qu'à eux- mefmes. Je ne dis
rien des prifonniers qui ont pris
parti dans nos troupes , dont le
nombre eft affez grand , ny de
ceux qui demandent des Paffeports
, pour retourner en leur
pais . Tout cela fait voir que
tous les prifonniers , qui ont efte
faits , font entierement perdus
pour les ennemis , & qu'ils ng
+
GALANT 525.
pourront , fans de grands mi ,
racles , ofer feulement efperer,
de pouvoir tenter de paffer en
Piémont , où l'on dit que depuis
la nouvelle des avantages rem
portez par Mr de Vendofme
non feulement perfonne ne veut
plus s'enroller dans les troupes
de Mr de Savoye ; mais mefme
que la défertion y eft beaucoup
augmentée . Si avant la bataille
de Calcinato , la Reine d'Angleterre
commençoit à douter
Lelle continueroit d'envoyer
des fubfides à Mr le Duc de
Savoye , parce qu'elle croyoit
que ce Prince ne pourroit deffendre
Turin , & qu'ainfi ce feroit
un argent perdu pour les
Alliez ; elle ne doit plus douter
prefentement que tout ce
526 MERCURE
que les Alliez luy pourroient
donner , ne pouvant rétablir fes
affaires , & empefcher la perte
du reſte de fes Etats ; il eft touc
C.
à fait inutile de fecourir ce
Prince , ce qui ne ferviroit qu'à
faire perdre de l'argent & des
hommes aux Alliez . Mr de Savoye
en doit eftre , convaincu
luy mefme , & les avantages
nouvellement remportez en
Italie , en Catalogne , & en Allemagne
, luy doivent faire voir
qu'il eft moins en estat avec
une poignée de monde , de refifter
à la France , que toutes.
les Puiffances , dont elle vient
de triompher. Ce Prince a vû
par experience que les troupes
étrangeres ne veulent point fervir
en Piémont ; & fur tout con
GALANT 527
1
tre les François , qui ont fait
périr l'armée entiere qui y avoit
efté amenée par le Comte de
Staremberg. Il y avoit il n'y a
pas longtemps un Regiment appellé
le Regiment de la Reine
d'Angleterre. Tous les Officiers
eftoient venus de Londres pour
le lever , & fur- tout pour enrôler
des Proteftants. Ce Regiment
n'a efté que tres peu de
L temps fur pied. La plupart de
ceux qui le compofoient , ont
efté tuez ou ont defertez ; de
forté que ttoouuss les Officiers s'en
font retournez en Angleterre ,
& que ce Regiment n'est plus
que dans les efpaces imaginaires.
Je paffe à un article qui vous
fera plaifir.
•
Les preparatifs que les Fran-
་
$28 MERCUR E
çois ont fait pour ouvrir la campagne
du cofté du Rhin , ont
efté fi grands , qu'il a efté impoffible
d'en cacher les aprêts,
& far tout à caufe de la quantité
immenfe de fourages qu'il
a efté neceffaire d'y faire voiturer
, parce que la terre en
avoir peu produit l'année derniere
. Les ennemis ont non
feulement fait beaucoup d'attention
aux preparatifs dont
je viens de parler , mais ils ont
auffi pris foin de les faire publier
pendant trois ou quatre mois de
fuite dans toutes leurs nouvelles
imprimées , de forte qu'il
paroiffoit hors de doute ; que
dans le mefme temps qu'ils exageroient
ces prepartifs : ils fongeoient
à s'en garantir, s'ils
nc
GALANT 529
ne l'ont pas fait , la faute n'en
doir pas eftre imputée à Mr le
Prince de Bade, puifqu'il a pris
foin d'envoyer Courier , fur Courier
à Ratisbonne & à Vienne
pour avertir de tout ce qui fe
palloit , & ce Prince faifoit-mefme
le mal, plus grand qu'il ne
le croyoit , afin que l'on prepa
raft des fecours pour y mettre
ordre, & que fi l'on ne preve
poit pas les François , on fift
tout ce qu'il feroit poffible pour
n'en eftre pas prevenu , mais
Empereur tout occupé de la
paffion , & du defir d'une vengeance
infatiable , contre M
Electeur de Baviere ne fongeoit
qu'au moyen d'abaiffer ce
Prince de faire piller , & détruire
fes Palais , s'apauvrir fes
Avril 1706.
Yy
50 MERCURE
fujets à force de fubfides , &
de faire abattre toutes les fortifications
de fes places , & comme
il n'en avoit aucun pretexte ,
& que tout cela eftoit contraire.
au traité qu'il avoit luy- même
figné du vivant du feu Empereur
fon pere , il falloit trouver
les moyens de faire foûles
ver fes Peuples , & de les obliger
à prendre les armes , afin
d'avoir occafion de les châtier ,
& de détruire en meſme temps
tout les états d'un Prince , dont
la trop grande valeur , & le trop
grand merite luy avoient depuis
long temps attiré la jalousie, & la
haine de la Maifon d'Autriche.
La Baviere s'eft donc foûlevée,
felon l'intention de l'Empereur,
de maniere qu'il a efté beſoin
GALANT -531
d'employer, non - feulement des
troupes Imperiales , mais auffi
celles de quelques Puiffances
de l'Empire & aprés les avoir
fait marcher , & reduit , injuftement
la Baviere , fous un
joug qu'elle ne meritoit pas ,
il a fallu y laiffer fix mille hom
mes de troupes reglées , pour
empêcher qu'elle ne fecoualt
le Joug. Tous les mouvemens
que les troupes dont je viens
de parler , ont efté obligez de
faire pendant tout l'hyver , les
fatigues qu'elle ont effuyez , &
les pertes qu'elles ont faites ,font
caufes que l'Empereur & l'Empire
nefe font pas trouvez affez
toft en eftat pour parer le coup
que l'on devoit porter aux Al-
Jemans , du cofté du Rhein,
Yyij
532 MERCURE
Ainfi on peut dire que l'Empe
reur eft caufe du mal qui vient
d'arriver à l'Empire. Voicy en
quoy il confifte."
Les Armées commandées par
Meffieurs les Marefchaux ´de
Villars & de Marcin , eftant
nombreuſes , puifqu'elles font
enfemble quatre - vingt- dix Bataillons
, & cent foixante Eſcadrons
ou environ , n'ont pas
laiffez d'eftre affemblez en fi
peu de temps , qu'on auroit pu
croire qu'elles eftoient forties
de terre , & prefque tous les
Officiers qui fe font trouvez à
leur tefte , eftoient à Paris quelques
jours auparavant , ce qui
a fervi à tromper les ennemis
qui eftoient perfuadez qu'ils ne
devoient fe tenir fur leurs gara
GALANT
533
des , que lorsqu'ils auroient ap-,
pris leur départ de France ; &
comme on l'avoit prevû , on fit
répandre le bruit peu de temps
avant leur départ , qu'ils pouvoient
demeurer encore quinze
jours pour faire leur Cour à
Verfailles & leurs affaires à
Paris, & prefque auffi - toft , pendant
qu'ils le publioient euxmefmes
, & qu'ils le croyoient
de bonne foy , ils receurent des
ordres fecrets & preffants , de
partir au jour nommé , & defe
trouver au rendez - vous , qu'on
leur marqua , dans un jour precis.
On avoit de mefme caché
les mouvemens que devoient
faire toutes les troupes ; en
forte qu'elles fe trouverent à
leur rendez- vous quelques jours
1
Yy iij
534 MERCURE
++
platoft qu'il ne paroiffoit aux
ennemis , qu'il eftoit poffible
qu'elles y arrivaffent , & c'eft
pourquoy Mr le Comte Dubourg
battit d'abord une arriere
garde des ennemis , compoſée
de fix cens chevaux . Il y eur
plus de cent Mailtres tuez , &
plus de cent faits prifonniersy
& les autres jetterent l'épou
vante parmi les ennemis ; ce
qui en obligea beaucoup à fe
débander & à s'écarter . Voicy
les premieres nouvelles qui font
venues de la fuite de cette action
.
Les Lignes de la Motern ont
efte paffées. Mr le Maréchal de
Marcin a marché à Haguenau ,
où il à inveſti fix Bataillons.
GALANT 535
Monfieur le Comte de Frife
fa famille, en eftoient fortis deux
heures auparavant. Mr de Villars
à marché à Statmatt , vis-àvis
de l'fle du Lande. Les Ennemisfont
dans unegrande confterna
tion , & beaucoup ont passé le
Rhin en defordre.
Mr de Bade eft malade.
Les Ennemis ont abandonné toutes
les Lignes deBifchweiler ,plei
nes de munitions.
Nous n'y avons perdu perfonne.
Voicy le contenu des nouvelles
qui ont fuccedé à celles,
que vous venez de lire.
Mr le Maréchal de Marcin
536 MERCURE
eft campé fous Fleuhein , fur le
bord des innondations, vis- à - vis
le Fort Louis du Rhin . Mrle Maréchal
de Villars , devant Drufnehein.
Mrde Pery , Lieutenant general
, fait le Siege d'Haguenau.
Les Ennemis ont abandonné les
Poftes , qui formoient le blocus
du Fort- Louis du Rhin , même les
défilez de Statmatt, ils ont repaffé
le Rhin , avec beaucoup de
précipitation , fur le Pont qu'ils
avoient à Dalem , qu'ils ont en-
Suiterompu. Ils ontfeulement laiffe
fix cens hommes dans Haguenau ,
trois ou quatre cens hommes
Aans Drunfhein. Mrle Maréchal
GALANT 587
de Villars va à Lauterbourg. Mr
3.avec
de Marcin doit marcher le
dix-huit Bataillons & vingt Ef
cadrons ,pourretournerfur la Mofelle
. On a changé la Garniſon du
Fort- Louis , & il eft muny de
Troupes , des vivres necessai
res.
Un troifiéme Courrier a rapporté
, que Mr de Villars faifoit
le fiege de Lauterbourg ;
Mr de Peri celuy d'Haguenau
& Mr de Viuxpont celuy de
Drusheim ; qu'ils avoient laiffé
un gros Corps fous Landau , &
que l'épouvante eftoit grande
dans tout le Païs .
Mr le Chevalier de Teffé, fils
338 MERCURE
du Maréchal de ce nom , a apporté
au Roy, l'abandonnement
du Donjon du Montjouy , & de
la communication de ce Donjon
à la Ville ; ainfi elle va eftre
foudroyée de ce cofté là , & les
canons de Montjouy ne l'épargneront
pas que le Roy d'ECpagne
a fait dire à la Députation
& aux Habitans de Barcelonne
, que s'ils ne luy livroient
l'Archiduc fain & fauve , ils feroient
tous paffez au fil de l'épée.
Outre les Articles que je
vous ai déja marquez , que je
refervois pour le mois prochain,
il m'eft refté une Traduction de
la Lettre Paftorale de Mr FArchevêque
de Tolede , & une autre
de l'Amniſtie accordée par
le Roy d'Espagne, aux Catalans
GALANT 539
qui fe remettront fous fon obéïffance.
Je fuis , Madame, voftre,
: & c.
A Paris ce 5. May 1706.
AVIS IMPORTANT.
Les heureuſes Nouvelles que
huit ou neuf Courriers ont apportées
, coup fur coup , font
caufe , que pour ſe rembourfer
des frais que l'on a efté obligé
de faire , en groffiffant le Mercure
, on vendra 50 fols ce Volume
, feulement . On diftribuera
celuy de May le 4. de Juin .
La longueur du temps qu'il a
fallu employer pour imprimer
celuy d'Avril , cft caufe qu'on
540 MERCURE
n'a pû le donner au jour mar➜
qué.
ས ཀྱི| ང ས མ ནམ
TABLE.
PRelu Relude.
7
Difcour prononcé par Mr l'Ambaffadeur
d'Espagne , à la Diete
de Cantons Catholiques ,
Reflexion curicufe fur ce difcours , &
qui font connoistre jusqu'où s'étendle
pouvoirde l'Empereur , 32
'Lettre de Rome , où l'Empereur a
beaucoup de part,
Premier article des morts ,
Services ,
43
{ 。
66
Lettre du Pere Hugo , à Mr l'Abbé
de la Luzerne , avec un Prelude
touchant cette Lettre
Morts Etrangers ,
77
106
Lestre concernant le Tonnere , accompagnéd'Eclairs
, qui s'estfait
entendre à Reims , au milieu du
plus fort de l'hyver ,
128
Recompenfes donné par le Roy d' Ef
May 1706.
Zz
TABLE.
133
pagne , à plufieurs perfonnes de
diffinition ,
Hiftoire de la Poëfie Françoise 136
Fragments d'Hiftoire & de Lit.
tetature , $14.9
Benefices donnez par le Roy , dans
la derniere promotion , 155
Lettre fur les affaires de Baviere,
avec un Prelude touchant cette
Lettre , 190
Morts des Gouverneurs de l' Acadie,
de S. Domingue , & des Ifles de
Cayenne ,
217
'Mr d'Orvilliers eft nommé Gouverneur
des Ifle de Cayenne , 226
Lettre d'un Membre du dernier
Parlement d'Angleterre 品
227
Articles touchant les affaires d'Angleterre
,
Mercuriales ,
235
245
Academie établie à Nancy , par
TABLE.
•
149
Mrle Duc de Loraine à l'Inftar
de l'Academie Françoife ,
Enfans trouvé flottant fur l'eau ,
élevée par l'ordre de la Reine
d'Espagne
, 2521
Extrait d'une Lettre de Genes contenant
la receptionfaite par cette
Republique, à Monfieur de Vendofme
,
Vendofmes
Troifiim : A ticle des Morts ,
253
253
256
Defcription de la boëtte , qui afervi
pour tirer les Lotteries de S. Roch
& de Versailles , 371
Dons faits par le Roy , agrements
donnez & Regiments vendus &
achetez
Mariages ,
277
303
Nouvelles de l'Armée du Roy de
Détail de tout ce qui s'eſt paſſé à
Suede , 317
passe ?
Z z ij
TABLE.
Pouverture d'aprés Paques
Academie des
Infcriptions &
des Médailles , & à celle des
Sciences , avec des Extraits de
tous les difcours , qui y ont efte
prononcez
Quatrième article des Morts , 343
323
Gouvernement de Meudon donné
par Monfeigneur le Dauphin, 371-
Reception faite à Madame la Ducheffe
de Bourgogne , au Village
de Puteau ,
Enigme nouvelle ,
372
376
Plans de Barcelonne & de Gibral
tar ,
377
Traduction d'un Journal écrit en
Efpagnol , de tout ce qui s'eſt paſſe
au Siege de Barcelonne depuit le
trois , jufqu'au quinze d'Avril ,
avec un prelude touchant ce Jour
nal ,
378
TABLE.
407
Mariages & autres articles remis
au mois prochain ,
Difcours rempli de faits curieux
fervant de prelude à la lettre de
Monfieur de Ven lome . 410
Lettre de Monfieur de Vendofme
au Roy par laquelle ce Prince
rend justice à tous ceux qui ſe
font diftingué à la Bataille de
Calcinato
་
422
Article concernant la relation precedente
,
447
Suite du Journal du Siege de Barcelonne
, par un des Ingenieurs
qui fervent à ce fiege ,
Eloge du Roy d'Espagne,
453
464
Soins de Monfieur le Comte de Touloufe
, pour avancer la priſe de
Barcelonne ,
Affaires d'Alcantara , éclaircies ,
468
47L
TABLE.
Suite des Affaires d'Italie , 476
Traifiéme Lettre de Monfieur de
Vendofine , au Roy , fuivie de
quelqu'autres nouvelles , 477
Extrait de plufieurs Lettres de Ca-
483
talogne ,
Lettre curieufe , touchant les dernie–
res Expeditions d'Italie , 499
Extrait d'une autre Lettre fur le
mefme fujet ,
Eclairciffement fur plufieurs Fails
Hiftoriques ,
Noms de ceux qui ont deviné l'Enigme
du dernier mois ,
497
500
508
Lettre de Mr le Maréchal de Teffe
500 au Roy ,
Derniere fuite de nouvelles d'Italie ,
522
Avantages remportez par Mrs les
Mare/chaux de Pillars & de
Marfin , 527
TABLE.
Bastion de Montjoży , abandonné
" par les ennemis
Autres articles refervez
Avis important ,
537
$39
idem
ligua
идуа
BIBLIOTHÈQUE
60
" Les Foy diner "
S J
CHANTILLY
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
AVRIL , 1706 .
APARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VI.
Avec Privilege du Royà
AU LECTEUR
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les pricres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez,, on néglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR .
de défigurez , étantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& quel'on employera
tousles bons Ouvrages à leur
tour , pourvu
qu'ils
ne def
obligent perfonne, & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MEREVRE
GALANT
L
AVRIL ;
ES paroles qui fuivent ,
regardant un Monarque,
dont je n'ay point ceffé de vous
parler , depuis trente ans , à la
tefte de toutes mes lettres hiftoriques
; elles peuvent
ſervir
A iij
6 MERCURE
de Prelude à celle que je vous
envoye aujourd'huy.
Ennemis , que l'envie , unit tous à
la fois
>
Contre Louis le Grand , feul defenfeur
des Rois
Voyez s'évanouir,parfes armes heureuſes
,
De vos vaftes defeins , les chimeres
pompeufes ,
Qu'a produitjufqu'icy ce redoutable
amas ,
De guerriers affemblés , de cent divers
climats.
Sinon qu'à rehauffer le luftre defa
gloire ,
Et qu'à rendre fon nom immortel
dans l'hiftoire , bis.
GALANT 7
Vous devinez bien que ces
paroles font de M' de Mets,
de la Fleche en Anjou ; puiſque
toutes les paroles de cette nature
que je vous envoye , font
de fa compofition .
Le difcours que vous allez
lire merite vôtre attention .
Vous trouverez enfuite de ce
difcours les reflexions , que
toute l'Europe doit faire touchant
les plaintes de l'Empereur
, contre les Cantons Catholiques.
A iiij
8 MERCURE
DISCOURS
Prononcé par M' le Marquis
Berreti Landi , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roy d'Ef
pagne , auprés des Cantons
Suiffes , le 13. Decembre
1705. dans la Diéte des
Cantons Catholiques affemblez
à Lucerne.
ILLUSTRES ET PUISSANS
SEIGNEURS ,
E parois aujourd'huy dans vôtre
louable Affemblée
, pour y
traiter en même temps trois chofes .
GALANT 9
qui font d'unefi grande importance
, qu'elles meriteroient chacune en
particulier, un difcours & an Orateur.
Je dois vous donner des loüanges
; je dois vous feliciter , &je
dois vous faire des remerciemens :
donner des louanges à la juſtice de
voftre difcernement, & aux refolutions
, que la liberté dont
vous joüiffez, vous a fait prendre:
vous feliciter par les avantages
qu'en retire voftre Patrie :
vous remercier de la joye que
vous faites paroiftre icy ,
que vous m'avez mis en eftat d'achever
avec vous , un grand ouvrage.
de
ce
10 MERCURE
Voicy le jour fouhaité ; voicy
le jour folemnel auquel vos invincibles
Republiques ont conclu
le Traité d'Alliance avec Philippe
V. Roy des Efpagnes , mon
tres- benin Seigneur , les fauffes
maximes des Politiques , les menaces
, les violences , les artifices ,
que l'on a mis en ufage pour vous
Séduire n'ont pú empêcher des
Amis tels vous , de donner les
que
mains à ma negociation , & de
conclurre une affaire utile , neceffaire
, glorieufe , e autorisée par
l'exemple de vos Anceftres , qui
parmy toutes les Nations ,font toujours
les Maiftres qui guident les
GALANT II
que
:
, que
bien
defcendans ces veritez font fi
claires & fi évidentes ,
l'on faffe à l'Espagne & àla
France,une guerre injufte & cruelle
, cette negotiation a esté conduite
heureusement à fa fin ; & fans
le bruit
que
la Cour de Vienne a
fait à ce fujet , j'estoisprefqueporté
à croire,que ces Miniftres n'ofoient
sy oppofer , & que chez vous au
moins , ils respectoient la raison
pourlaquelle ils n'ont aucun égard
dans tous les autres endroits du
monde.
Mais attendre de pareils égards
de la Cour de Vienne , &croirequ'il
ait un lieu affez facré pour
12
MERCURE
eftre un azile contrefes intrigues &
contrefon impetuofité; c'eſt aſſuré
ment attendre l'impoffible . On voit
icy une Lettre écritepar le Roy des
Romains ; elle vous à d'abord efté adreffée,
enfuite on l'a fait imprimer
pour la répandre dans tous les lonables
Cantons ; je vous prie de confi
derer que vous eftes libres , & que
vous avez des forces fuffifantes
pourfoûtenir vos refolutions . Cette
Lettre eft conçue en des termes qui
ne conviennent qu'à un Maistre; en
termes menaçans, commefi la volon
té duRoy desRomains eftoit une loy,
comme fi cette loy eftoitfainte , &
la même que Dieu donna fur l'OGALANT
13
1
reb , parmyles horreurs des tonnerres
& des éclairs.
Aprés que cette Lettre a estépu
bliée , il est arrivé icy un Minif
tre de ce Prince pour vous faire
une exacte differtation fur lafignification
des mots , d'étonnement&
de reffentiment , de vil intereft ,
d'entrepriſe perilleuse , de vouloir
vous joindre avec ces ennemis declarez
, pour desfommes dûës longtemps
auparavant , & des autres
termes femblables dont eft composé
cette Lettre , pour ne rien dire de
plus ; car je nefçay fi nous devons
l'appeller une Lettre ou un Arreſt.
Je vais répondre dans ce mo14
MERCURE
ment même à l'article de cette Lettre
, où le Roy des Romains appelle
le Roy Tres - Chreftien & le Roy
Catholique ,fes ennemis declarez:
je n'auray pas beaucoup de peine à
montrer que c'eft , au contraire , la
Maifon d'Autrichequi eft ennemie
deLeurs Majeftez : cefut elle qui
jaloufe de voir le Roy mon Maiftre
monter par le droit dufang, & en
vertu d'unTeftament ,furfor Trône
legitime , voulut entreprendre
laguerre, porta l'Empire à faire la
même chose, fe fitfuivre parles
autres Puiffances qui luy font alliées
aujourd'huy . Tous ces mou-
Demens eurentpour objet d'usurper
L
GALANT 15
la Couronne d'Espagne ; ce font
deux chofes différentes , Illuftres
Puiffans Seigneurs , de faire
la guerre , ou de fe deffendre contre
ceux quifont la guerre ; il estfaux
que les deux Rois foient ennemis
du Roy des Romains , qui eft l'agreffeur
: donc le Roy des Romains
eft l'ennemy , & de cette maniere
Les deux Royaumes ne fontpas proprement
ennemis de ces ennemis
mais la feule neceffité veut qu'ils
fe deffendent contre ces ennemis.
Le Roy mon maistre n'a - t - il pas
demandé l'inveftiture du Duché de
Milan aufeu Empereur ? N'a-t-il
pas fait toutes les demarches que
16
MERCURE
la bien féance
permettoit
par
د
&
qui pourvoient entretenir la Paix?
demarches recommandées
par leRoy
Charles II. de glorieufe memoire
&mifes effectivveement en usage
le R. T. C. pour preferver
l'Europe des malheurs dontelle eft
accablée prefentement
; mais cette
conduite ne convenoit point à la
Maifon d'Autriche , elle tire de
rop grands avantages de la
Guerre qui luy donne lieu d'entreprendre
fur l'authorité des
Princes , & fur les privileges de
fes fujets : les Princes d'Allemagnefont
entrainez & non invitez
la Diette de Ratisbonne
, afin d'y
1
GALANT 17
traiter des affaires de l'Empire.
Ils y vont pour obéir , & non
pour déliberer, & leur obéiſſance
n'eft cachée que fous le terme.
fpecieux & inutile de fuffrages.
Le Roy des Romains ajoûte.
dans la Lettre dont nous avons
parlé , qu'il apprend avec ſurprife
que vous cftes fur le point
de confentir au Capitulat d'Efpagne
, pour un vil intereſt ,
pour des fommes dues longtemps
auparavant. Je m'abſtiendray
de parler de l'injure que ce
reproche renferme en luy mefme.
Mon but n'eft pas de vous irriter ,
je ne veuxpoint que vous puiſſiez
Avril 1706 .
B
18 MERCURE
penfer que lorsque vous eftes neutres
, nous vous voyons avec peine
dans une pareille fituation ; Sa
Majefté qui auroit pú efperer que
la justice de fa caufe auroit foulevé
le monde entier contre les
violences de la Maifon d'Autriche
n'a rien ſouhaité de vous ,
Puiffants Seigneurs,
équitable neutra-
Illuftres
qu'une bonne
lité. C'est ce qu'elle vous demande
aujourd'huy par ma bouche . Mais
le Roy mon Maistre eſtant Seigneur
du Duché de Milan
n'avez vous pas des motifs évidens
, fondez fur l'experience que
vous avezfait des alliances conGALANT
19
clues de temps en temps , des motifs
incontestables , & convaincans
pour renouveller avec luy le mêmetraité.
Dieu a conftruit le monde
de maniere , qu'il a pretendu
qu'une nation eut befoin de l'autre,
& que les voisins fe fourniffent
entre eux ce qui leur eft neceffaire
pourfe maintenir. La Loy bumaine
a depuis ajouté à ce que je
viens de dire , que pour s'affurer
contre fes ennemis dans fa propre
fituation , il eftoit permis de fe
deffendre reciproquement par les
armes. Quiconque penſe autrement
(dit un grand Docteur ) veut priver
les hommes du commerce de
Bij
20 MERCURE
interdire leur mere commune
l'ufage des fruits qu'elle tire defon
fein pour le monde , & aneantir
entierement tous les moyens qui
entretiennent la vie.
Fe ne veux point faire icy une
enumeration des avantages reciproques
du Capitulat , le commerce
de foye , de grains , de fils , de
beftiaux , de toute forte de vivres
pour les Louables Cantons ,
&pour lesfujets de vos Baillages
commnns en eſt un temoignage
bien authentique ce traité paroitra
au jours tous les Princes
toutes les perfonnes judicieu
fès , decideront fi vous l'avez.
GALANT 21
conclu pour un vil intereſt .
Il est vray que le Roy , fans:
attendre vos inftances , qu'il écou
te toujours tres -favorablement
auroit voulu pouvoir vons fournir
des fommes plus confiderables ,
tant pour les penfions que pour
l'acquit des autres detres que l'on
a contractées avec vous ; mais à
confiderer les chofes felon les conjonctures
prefentes , on trouvera
que veritablement il a donné
beaucoup plus pour ainfidire,
qu'il ne luy eftoit poffible. Les
deuxCouronnes ne font pas laguerre
avec la meſme facilité , que
ue la
Cour de Vienne , celle- cy donne
"
22 MERCURE
àfesarmées d'Italie une tres - haute
paye , mais qui eft affignée fur ce
qu'ellespourront enlever deforce
tout le monde ,fans aucune diftinction
lespaïs qui obfervent la neutralité;
font les premiers en proye aux
troupes Allemandes , toujours deftituées
d'argent fouvent fans
pain , & n'ayant d'autre folde
celle de n'obferver aucune
difcipline. Aprés cela , il n'eft pas
étonnant que le Roy mon maistre,
qui fait payer fes Armées de fes
propres fonds , & qui prodigue
pour ainfi dire , fes trefors pour
repouffer fes ennemis, n'aitpú vous.
fournir de plus grandes fommes
que
GALANT
23
,
vous
dans les conjonctures prefentes ;
mais Sa Majefté a donné de folides
affurances pour ce qu'elle ne
peut payer prefentement; & mais
du moins ce qu'elle vous donne
ce qu'elle vous promet
eft offert avec un front ferein
avec un coeur rempli d'affection
avec toute la fincerité poffible
dans des termes propres
Roy qui veutfe faire aimer à un
Alliée magnanime.
à un
la
Ce que l'on doit obferver ici
plus particulierement , eft que
Cour de Vienne , qui ne s'aquitte
jamais de ce quelle doit , veuts'é
riger ou en Solliciteur ou en Juge,
24 MERCURE
s'empreffe de faire payer les
dettes d'autrui . Elle pouffe fon
ardeur plus avant , & inspirée ,
parje ne fçai quel motifde charité,
elle parle de la fomme que nous
vous payons , comme d'un argent
qui vous eft dû depuis longtems.
Graces au Ciel , la haine luyfait
dire une fois la verité. Il eſt vray
qu'en conformité des alliances , &
pourlesfervices qui ont efté rendus
dans le Duché de Milan , nous.
jous devons l'argent . qui vous a
efté remis ; mais puifque la Cour
de Vienne s'écrie que nous fommes
les Debiteurs , par
conſequent la
HoCour
GALANT 25
Cour de Vienne avoue que nous
fommesles heritiers.
Qu'est cecy ? Cette reflexion
n'eft- elle pas jufte ? Vous vous regardez
les uns les autres ; vous uns les
vous interrogez
des yeux , &puis
tous ensemble, vous les jettez fur
moy : A vous voir , il paroift que
mon interpretation
vous agrée.
Ceffez , je vous prie d'attacher
agréablement
vos efprits à cette
découverte
, il faut penser à une
chofe plus ferieufe; c'est- à-dire au
terme injurieux de reffentiment
qui eft dans la Lettre écrite par
le Roy des Romains ; mais vous
ne voulez pas que je m'explique
Avril 1706
.
C
26 MERCURE
là- deſſus ; vous fouhaitez que je
garde lefilence ; je le veux bien,
fans m'étendre davantage. Je vous
diray donc que vous eftes informez,
qque j'ay ordre de vous dire,
que fi la Cour de Vienne vous
menace, les deux Rois ne veu
lent au contraire , que vous faire
des offres avantageufes ; que ce
que la Cour de Vienne voudra
vous ofter , les deux Rois vous
le reftitueront ; que fi la Cour de
Vienne veut vous infulter , les
deux Rois accourront à votre
fecours : Vous avez raison que je
ne dife rien fur les termes de la
Lettre, dont il eft question , nous
GALANT 27
fçavons déja , Illuftres & Ruiffans
Seigneurs , que les menaces
font le ftile de la Cour de Vienne,
Ony écrit avec ces fortes de phra
fes , foit en Orient , foit en Occident;
on y écrit de la mefme maniere,
quand on demande un plaifir,
& de la mefme forte quand
on l'a receu. Le Confeil Aulique
veut eftre le Tribunal de toute la
terre; il voudra peut- eftre commander
dans les Cieux , parce
qu'un Grec les a appellez autrefois
les murailles du monde ;
mais il viendra un jour, où ce bruit
continuel fera , comme celuy des
chutes du Nil auprés defquelles
Cij
28 MERCURE
des peuples dorment tranquillement
, parce que trop accoûtumez
à entendre ce bruit , à la fin ils
ne l'entendent plus : Si cela eft
ainfi , Illuftres & Puiffans Seigneurs
, je me conforme à ce que
voftre prudence vous fait defirer,
je finiray mon difcours , en
vous faisant tous les remercimens
que je puis , & tous ceux que je
dois , de ce que nous avions conclu
& fignéfi heureuſement cette
glorieufe alliance. Je dois vous
affurer par avance , de la reconnoiffance
du Roy , parce que je
fçay dés à prefent que Sa Majesté
eft difpofée à recevoir favorableGALANT
29
ment cet avis : Elle donnera toute
forte d'aplaudiffement à l'affection
que vous joignez à votre
conftance , à voftre defintereffement;
& elle cherchera en ellemefme
les moyens de ne fe pas
laiffer vaincre d'honnefteté.
Souhaitons une longue vie au
Ròy mon Maifire , & qu'unefois
fes ennemis fe retirent chez eux ;
fouhaitons au Monarque voftre
Confederé, mon Roy un In- &
fant, qui fuccede à l'Alliance qui
vient d'eftre conclue , & à l'affection
que Sa Majesté vousporte ;
jay lieu d'efperer que ce grand
bien fera l'effet de vos voeux ,
C iij
30 MERCURE
puifqu'il eft effentiel à l'intereft de
vos Estats.
Illuftres & Puiffans Seigneurs ,
j'ay déja trop parlé ; je fçai que
ce n'eft pas la premiere fois que
je vous ay fait entendre mes fentimens
ayant l'honneur d'eftre
auprés de vous en qualité d'Ambaffadeur
, il me reste assez de
temps pour efperer que mes offices,
auront le bonheur de produire des
effets avantageux pour vous , &
que par ce moyen , je pourray reconnoiftre
les obligations que je
vous ay . Soyez perfuadez que
j'auray toute l'attention poffible à
vous donner des marques de mon
GALANT
31
affection , e à vous rendre des
fervices utiles, C'est la fin que je
me propofe ce fera auffi le fceau
de mes louanges , de mes congratulations
de mes remercimens ,
fur la conclufion d'un Traité defiré
par le Roy, important à voftre
Patrie, & tres -glorieux pour mon
Miniftere.
C
}
L'Ambaffadeur d'Efpagne ,
avant de prononcer la harangue
, fit avertir les Cantons
qu'il ne traiteroit l'Empereur
que de Roy des Romains Į parce
que ce Prince ne donne au
Roy d'Espagne que la qualité
de Duc d'Anjou , & ils ne firent
Cij
32 MERCURE
aucune difficulté d'entendre la
harangue de cette maniere.
Je dois ajoûter à ce que M
l'Ambaffadeur d'Eſpagne
, a
dit dans fon difcours , contre la
violence du procedé de l'Empereur
,, & les plaintes injuftes ,
touchant le renouvellement
des anciennes Capitulations
des Cantons Catholiques
pour la deffence du Duché de
Milan , que ces Cantons font
libres , & qu'ils joüiffent de
tous les droits de la fouveraineté
la plus eftendue , & la plus
reconnue , & j'ofe même dire
que les Rois d'Angleterre , &
,
GALANT 33
les Rois de Pologne , font
moins fouverains , puifqu'ils
ne peuvent gouverner arbitrairement
, & qu'ils doivent un
compte à leurs fujets , des traitez
qu'ils ont faits , & qu'ils
ne font pas toujours aprouvez.
L'Empereur même , qui
tranche du fouverain avec
tant de hauteur , n'a qu'un
pouvoir tres -limité , & fort
au deffous de celuy de tous les
autres fouverains . On pourroit
même dire , qu'il n'eft que le
premier entre les égaux , c'eſt
à dire , entre les puiffances de
L'Empire , qui l'éliſent , & qui
34 MERCURE
luy impofent des loix qu'il eft
obligé d'obferver , par un ferment
folemnel , & fans lef
quelles il ne peut faire la Paix ,
ny déclarer laguerre , qu'il ne
peut foutenir qu'avec leurs
forces ; c'eft à dire, avec le contingent
de toutes les Puiffances
de l'Empereur ; ainfi jamais
Prince, n'a efté plus dépendant,
& jamais Souverain n'a eu
moins de pouvoir d'agir fouverainement
: de maniere que
le nom d'Empereur , n'est
qu'un vain titre , contre lequel
aucun Souverain de l'Europe
, ne voudroir changer fa
GALANT
35
Souveraineté ; & fi l'Empe
reur ne poffedoit quelques
Eftats qui paffent pour hereditaires,
quoy qu'ils ne le foient
pas , puiſqu'il faut eſtre élût
pour les poffeder, à peine trouveroit-
il une Ville pour établir
le Siege de l'Empire , & jour .
roit- il de revenus affez grands
pour faire figure de Souverain,
puifqu'il eft conftant qu'un
Empereur , cft un Souverain
fans Souveraineté
; qu'il n'a
ny Etats ny Sujets , & c'eft
pourquoy on a fouvent veu
des Electeurs refufer l'Empire
, quoy qu'on les preffaſt
36 MERCURE
fort de l'accepter : Cependant
celuy qui fe voit aujourd huy
revétu de ce vain titre d'Emtous
les Sou-
•pereur
, croit que
verains
du monde
, doivent
luy
obeïr
, quoy
qu'il
foit beaucoup
moins puiffant que fes
Predeceffeurs , qui ne l'eftoient
gueres , puifqu'il ne poffede
prefque rien de fes Païs hereditaires
, & qu'il n'y a point
d'Etats attaché au Prince qui
jouit du titre d'Empereur. Il
ne faut
pas s'étonner fi celuy
qui regne prefentement , ne
peut de luy-mefme donner aucuns
fecours à fcs Allicz ; il n'a
GALANT
37
pas feulement de quoy entretenir
le peu de troupes qu'il a
dans l'Armée commandeé par
le Prince Eugene , & ce Prince
ne recevroit pas un fol fans
l'emprunt que S. M. I. a fait
aux Anglois . Ainfi ceux qui
prennent fon party, pour faire
fortune , fe trompent grofficrement
, & depuis le temps que,
le Prince Eugene eſt dans ſon
fervice , tout fon bien ne confifte
qu'en vingt & un mille livres
de rente. Il cft vray que
les Regimens que donne l'Empereur,
rapportent beaucoup ;
mais ce n'eft que parce qu'il
38 MERCURE
eft permis aux Allemans de
piller & d'emporter tout ce
qu'ils trouvent à leur bien ſéance
, dans tous les lieux où ils
paffent ; mais comme la guerre
ne dure pas toujours , la fortune
de ces Colonels devient
tout d'un coup fi médiocre
qu'elle leur fournit à peine de
fubfifter.
quoy
Je reviens à ce qui regarde
les Cantons Catholiques , dont
l'Empereur fe plaint avec autant
de vivacité , que d'injuftice
. Il peut avoir ſujet de ſe
chagriner du Traité que ces
Cantons ont renouvellez avec
,
GALANT
39
re-
Efpagne ; mais il n'a aucun
droit de s'en plaindre , & encore
moins d'y trouver à
dire , les Souverains n'eftans
obligez de rendre compte à
perfonne , de ce qu'ils font
pour le bien des affaires de leur
Etat . Quand la France & l'E
pagne étoient en guerre , la
France ne s'eft point gendar
mée contre le Traité des Suiffes
avec l'Eſpagne , pour
la confervation
du Duché de Milan,
& elle n'en a pas moins regardé
les Suiffes comme fes
bons & anciens Alliez , fçachant
qu'ils fe trouvent obli40
MERCUR
E
1
gez
›
de faire plufieurs Traitez
de cette nature , pour le bien ,
de leur Republique. Leur territoire
contient plus d'hom-,
mes qu'il n'en peut nourrir
l'argent n'y eft pas abondant ,
& les vivres y manquent , &
par le moyen de ces Traitez ,
ils en font fortir des hommes ,
qui en étant dehors , fervent
plus utilement leur Patric , & y
font entrer des vivres , & de
l'argent ; ainfi en envoyant fa
gement ailleurs, ce qu'ils ont de
trop , ils font venir chez eux , ce
trop peu.
D'ailqu'ils
ont de
leurs les Suiffes
font braves
,
+
GALANT 41
laborieux , honneftes gens &
fervent avec autant de valeur
que de fidelité , toutes les Puif.
fances avec lesquelles ils fe font
alliez . Enfin cette belliqueufe
Nation eft eftimée par tout, &
n'a jamais été mal- traitée que
par l'Empereur qui regne aujourd'huy
; mais il ne faut pas
s'en étonner ; ce Prince fuit les
emportemens du caractere violent
, qu'il a apporté au monde
en naiffant . Il n'écoute que fa
ipaffion , il veut être obéi de
tous ceux qui ne luy doivent
aucune obéiffance , & n'a d'égards
pour perfonne , ce qui
Avril 1
1706 .
D
42 MERCURE
n'acoommde pas fes affaires, &
ne luy fait pas d'amis , & peutêtre
même, que par cette raiſon
il ne reverra jamais tous fes
Etats hereditaires , fous fon
obéïffance. La maniere dont il
a voulu , que la Diette de Ratifbonne
en ufaft avec les Suiffes
, eft inouie , & il fe feroit
attiré de méchantes affaires fi
cette Diette n'avoit été plus
moderée que luy. Il cft dangereux
de s'attirer un Corps auffi
grand , auffi brave & auffi uni
enfemble que celuy des Suiffes .
Je dis uni , puifque malgré la
difference des Religions , ce
GALANT 43
Corps ne fe défunit jamais ,
malgré la diverſité des fentimens
, qui le partage quelquefois
, & qu'il conclut toujours
à ce qui regarde le bien commun
, fçachant bien que la
défunion feule pourroit le perdre.
C'est ce que l'Empereura
I voulu tenter , & celfage Corps:
s'en étant apparçû , yil a lieu de
croire qu'il ne fe fiera jamais à
l'Empereur, & qu'il ne fera ja
mais fonamy
-
p 1
L'Article que vous venez de
lire regardant l'Empereur , je
Je dois faire fuivre d'une Lettre
Dij
44 MERCURE
1
venue depuis peu de Rome ,
qui regarde le même Prince .
MONSIEUR;
• Nonobftant les démarches du
Pape, pour terminer, à l'amiable,
Les differends avec la Cour Imperiale
, e les offres que le Grand
Duc de Tofcane avoit fait , à la
même Cour de moyenner cet ac-
-commodement
l'Empereur
a rejetté
toutes ces propofitions & l'on
voit aifément que ce Prince fe
Laiffe perfuader par les Puiffances
Proteftantes , avec lesquelles il eft
allié , qui depuis plus d'un
# C
GALANT 45
encore ,
fiecle machinent le renversement
de l'Etat Ecclefiaftique, dans l'Europe
; la puiſſance du Pape leur
fait ombrage ne fe contentant
pas de s'en eftre fouftrait, en ce qui
regarde la Foy , elles voudroient
s'il leur étoit poffible ,
anéantir fa puissance temporelle.
On n'ignore pas , à Rome , les démarches
des Anglois & des Hollandois
, ny celle du nouveau Roy
-de Pruffe & de la Maifon d'Hannover
; ils offrent à l'Empereur
de luy envoyer quarante mille Soldats
Proteftans
nir, fi Sa Majesté Imperiale veut
Sconclure la Paix avec les Hon
de les entrete46
MERCURE
grois déclarer la guerre au
que
Saint Siege ; ils ne luy demandent
les contributions
qu'ils pourront
exiger dans l'Etat de l'Eglife,
des Ecclefiaftiques d'Italie.
Fugez , Monfieur , fans prévention
, ce que le Sanctuaire doit
attendre de pareils Alliez de
l'Empereur , fi ce Prince accepte
ledit offre ; ceux même qui connoiſſent
l'ancieneté de la Maiſon
d'Autriche, ne peuvent fe perfua-
•der, que celuy qui occupe aujour
d'huy le Trône Imperials oublie
non -feulement les obligations qu'a
-fa Maiſon au Saint Siege mais
auffifon nom & le dévoir d'un
GALANT 47
Empereur Chrétien, qui ne doit tirer
l'épée , que pour deffendre la
Maifon du Seigneur.Si les Empereurs
de la Maifon d'Autriche,
avoient toujours fuivy l'exemple
des anciens Empereurs Chrétiens
ils nefe feroient pasfi fouvent alliez
avec les Ennemis de l'Eglife,
qui à la faveur de leur alliance ,
• l'ont déchirée & fe font emparé de
leurs biens , non-feulement en Angleterre
, aux Pays-Bas , dans les
Etats du Nord , mais même dans
le coeur de l'Empire d'Allemagne ;
ne font-ce pas les Princes de la
Maifon d'Autriche qui font la
caufe de cette infinité d' Archevê48
MERCURE
€
C. que
l'Em-
-chez d'Evêchez qu'on afecülarifez
en Allemagne ? Combien
-voit- on d'Eglifes dans l'Empire ,
où tour à tour, onfert Jefus Chrift
Belial ? Mais ces reflexions ,
que la douleur arrache à ma plume,
ne sçauroient garantir l'Eglife
Catholique des maux
pereur luy prépare ; il femble que
ce n'estpas affez pour luy d'avoir
la guerre contre la France &
l'Espagne , d'avoir à repouffer les
efforts des Mécontens de Hongrie,
qui le font trembler jufque
fon Palais. Il cherche encore à
s'attirer d'autres ennemis, & croit
apparamment qu'ilfera commeces
Machabés >
dans
}
GALANT 49
Machabées, fecouru par des Ar
mées invifibles e invulnerables;
qui le rendront victorieux de tant
d'ennemis car fon Confeil n'eft
pas affez aveuglepourne pas s'ap
percevoir , qu'à mesure que les
Puiffances Proteftantes , qui luy
offrent aujourd'huy leurs fecours ,
auront abaißé le pouvoir des
Princes Catholiques , elles tourneront
leurs Armes contre luy
pour envahirfes Etats hereditaires
, & qu'elles tâcheront de mettre
fur le Trône Imperial , un
Prince de leur Communion. Si ce
n'eft point encore là le point de
vue des Proteftans , la profperité
- Avril 1706 . E
50 MERCURE
de leurs armes, ne manquera pas un
jour de leur enfaire naistre l'envie.
Dieu veuille que ma Profetie fe
trouve fauffe , & que l'Empereur,
réfléchiffant fur fes interefts.
&fur ceux de fa Maiſon , cher
che dans la Paix , l'avantage
qu'il ne pourroit trouver dans la
Guerre. Je fuis , &c.
Rien n'étant fi commun que
la mort , on ne doit pas s'étonner
files Articles de la nature
de ceux que vous allez lire, font
frequens dans mes Lettres.
Mre N... de Berlize , Docteur
de la Maifon , & Societé
GALANT
51
de Sorbonne , eft mort dans la
Maifon de Sorbonne, dans un
âge affez avancé. Il étoit fils de
feu Mr de Berlize , celebre
Avocat du Parlement de Paris,
& frere de Mr de Berlize, auffi
Avocat , qui foutient dignement
la réputation de feu Mr
fon pere. Cette famille eſt tresbien
alliée, & cft fort ancienne
à Paris . Mr de Berlize avoit été
Curé d'Iffy prés de Paris , & il
y a prés de trente ans qu'il fe
defit de ce Benefice . Depuis ce
temps - là il a rempli ſon miniftere
avec beaucoup d'honneur,
& il a toûjours foutenu
E ij
32 MERCURE
dans la Faculté de Theologie ,
la bonne & faine doctrine , &
jamais homme n'a apporté plus
d'attention, pour être en garde
contre les nouveautez dange
reufes. Et il étoit à cét égard ,
felon le rapport d'un habile
homme , tanquam fcapula , &t.
cet Abbé a eu quelquefois des
ennemis , mais il en a toûjours
furmonté la malice & les mauvaiſes
intentions . Il partit fur
la fin de l'année 1699. pour
aller gagner à Rome le Jubilé
de l'Année fainte ; ceux qui
cherchoient à luy faire des affaires,
fe fervirent de ce voyage
f
GALANT 53
pour rendre fa conduite ſufpecte
; ils prétendirent , qu'il
n'étoit allé à Rome , que pour
préſenter au Pape le Livre d'un
Docteur de Paris , qui avoit
avancé dans un ouvrage , qu'il
avoit donné au Public , des
maximes un peu fingulieres , &
pour foutenir les interefts d'un
Prelat , dont on y examinoit
alors la doctrine . Mr de Ber
lize fe juftifia parfaitement fur
çes deux chefs , & il convainquit
fibien feu Mr le Prince de
Monaco , alors Ambafladeur à
Rome , de fon innocence , que
ce fage Miniftre luy permit
E iij
54 MERCURE
d'achever fes devotions à
Rome , & luy donna pluſieurs
marques de la confideration
qu'il avoit pour luy. Ce Docteur
eft mort , de la mort des
Juftes , aprés avoir reçû fes derniers
Sacremens, avec beaucoup
de pieté & de prefence d'efprit .
Il y avoit , il n'y a pas longtemps
, un Introducteur des
Arnbaffadeurs qui portoit le
nom de Berlize .
Mr Honoré Maria Lauthier,
premier Profeffeur de l'ancienne
inftitution , & Doyen de la
Faculté de Medecine en l'Univerſité
d'Aix , y eft mort âgé
GALANT 55
de quatre- vingt - deux ans Il
étoit excellent Phificien , & il
écrivoit , dans le ftile de fon
temps avec beaucoup de facilité.
On eftimoit plus fes compofitions
Latines , que les Françoifes
. Il avoit donné au Public
, dans les derniers mois de
l'année derniere , l'Hiftoire naturelle
des eaux chaudes d'Aix en
Provence , avec les avis & la
methode neceffaire pour s'en fervir
utilement. Les Journalistes de
Trevoux, ont fait une mention
honorable de cet ouvrage . Il
eft rempli de recherches curieufes.
En parlant des anciens
E iiij
56 MERCURE
Bains de cette Ville, que Neron
avoit fait conftruire , cet Auteur
dit que ce Prince fit mêler
dans ces Bains , des huiles de
fenteur & des baumes précieux,
pour les rendre plus agréables
& plus utiles aux malades : ce
qui fit dire à Martial .
Quid Nerone pejus !
Quid thermis melius Neronianis
!
Mr Lauthier fait voir dans
fon Traité , que l'ufage des
Eaux d'Aix , eft auffi tres -falutaire
à ceux qui en boivent , &
que leur utilité ne fe borne pas
GALANT 57
aux bains , parce que, difoit-il ,
les remedes internes prevalent
toûjours aux externes, pour les
maladies du dedans , comme l'a
remarqué un Poëte Latin.
Externis interna folent preftare
medendo.
Les habiles Phyficiens conviennent
, qu'il fe fait continuellement
de nos corps , une
évacuation douce & impercep
tible , qu'on appelle l'infenfible
tranfpiration par les porcs
invifibles , dont l'habitude &
les entrailles font tous percez 3
58 MERCURE
mais peu de gens croyent, que
cette évacuation foit auffi confiderable
, qu'elle l'eft en effet ,
& qu'elle aille jufqu'à quatre à
cinq livres par jour . C'eſt une
découverte que Mr Lauthier a
puifée dans le Docte Sanctorius
de Padoue , qui a donné
fur ce fujet un Traité intitulé ,
Statica Medicina , imprimé à
Meffine en 1646. & remply.
de 5 19. Aphorifmes . Mr Lauthier
fait voir les pernicieuſes
fuites que l'on doit craindre ,
lorfque cette diminution eft diminuée
, ou entierement interceptée
, & il en fait voir en même
I
GALANT
59
tems les bons effets , lorfqu'elle
eft continuée & entretenue felon
la nature.Cet habile Medecin
étoit parent de Mr Lauthier
, Avocat au Confeil , &
connu de tous les gens de Lettres
dont il eft beaucoupeftimé.
Mre N.... de Mornieu , Seigneur
de Grammont , eſt aufſi
decedé
. Il avoit été long- temps
premier Capitaine du Regiment
de Champagne , & il
donna il y a quelques années ,
cetteCompagnie
à ſon fils aîné.
Mr de Grammont n'a laiffé
que ce fils de Dame N.... de
Saillans , ſon épouſe. Le cader
60 MERCURE
nommé le Chevalier de Mornieu
, mourut il y a quelques
années , Officier d'Infanterie.
Mr de Grammont avoit plufieurs
foeurs , dont l'aînée avoit
époufée feu Mr de Bognes .
Baron de Sillans , & la feconde,
Mr de Rochefort , d'une des
meilleures Maifons de Lyon :
ces deux Dames ont laiffé beaucoup
d'enfans. Il avoit auffi
d'autres foeurs Religieufes à
Lyon. Feu Mr de Mornicu fon
frere , mourut il y a quelques
années , Capitaine de la Compagnie
du Guet de Lyon. La
Maifon de Mornicu eft tresGALANT
6r
>
ancienne & tres- bien allié ; fes
Armes marquent bien fon illuftre
origine : elle font d'azur
à trois fautoirs d'or 2. & I
Mr de Grammont , fils de celuy
qui vient de mourir a épou
fé Dame N.... Duplatre , fille
de Mr d'Ambleon , & proche
parent de Mr le Marquis de
Thoy.
Le Pere Antonin Maffoulié,
de l'Ordre de S. Dominique, de
la Congregation de Toulouſe ,
ci- devant Affiftant & Vicaire
General de fon Ordre, eft mort
à Rome , au Monaſtere de la
Minerve , aprés quelques jours
62 MERCURE
de maladie. Il a efté fort re
gretté à caufe de fa pieté exemplaire,
& de fa doctrine . Il avoit
déja efté une fois Vicaire Gene
ral de fon Ordre, & il joignoit à
la qualité de Docteur en Theo-.
logie , celles de Qualificateur du
S. Office , à Rome , & d'Exprovincial
de la Province , de Touloufe
. Il publia à Paris en 1703 .
un Traité de l'Amour de Dieu ,
où il expliquoit la nature , la
pureté , & la perfection de la
charité, felon les meilleurs principes
des Peres , & fur tout de S.
Thomas . Ce fçavant Religieux
avoit combattu les erreurs des
GALANT 63
Prétendus Illuminez , dans un
Livre qu'il avoit fait quelque
temps auparavant , & où il
combattoit leurs pernicieuſes
maximes , touchant l'Oraifon ;
Et il combattit dans le dernier,
la fauffe idée qu'ils s'étoient
formées du veritable Amour
de Dieu . Ce Livre eft divifé en
trois Parties , dont la premiere
traite de la nature de l'Amour
de Dieu ; la feconde, de la Pureté
; la troifiéme , de fa perfection.
C'est dans celle- ci qu'il
prouve , d'une maniere inconteftable
, que la perfection de
la charité confifte dans la vûë
64 MERCURI
H
dans
de la recompenſe ; & il fait
voir, par l'exemple de JESUSCHRIST
& des Saints , que
l'on ne doit jamais abandonner
ce motif. Il rapporte
cet Ouvrage un écrit qu'il a
tiré de Saint Vincent Ferrier ,
qui dit dans un de ſes Ouvrages
, qu'un grand Serviteur de
Dieu parût aprés fa mort en
touré de flammes , & qu'il dit
à un de fes amis : Je brußle maintenant
dans les flammes, parce que
je n'ay pas defiré ardemment leParadis.
Ce fait détruit & combat
d'une maniere victorieufe , les
principes des Quiétiftes. Le PeGALANT
65
re Maffoulié employe dans cet
Ouvrage , tout ce que la Theologie
myltique, a de plus folide
pour foûtenir les veritez qu'il
a avancées. Je ne fçaurois finir
cet Article fans rapporter les
termes dont les Peres Claver &
Lhermite , fe font fervis
pour
approuver fon Ouvrage , on jugera
par là de l'efprit de cet excellent
Homme: L'Auteur, difent-
ils, auffi humble que fçavant,
veut bien
que nous fçachions , que
nous fommes redevables au grand
S. Thomas , des raiſonnemens
des principesfur lefquels il établit,
dans ce Traité la refolution des
Avril 1706, F
66 MERCURE
principales difficultez . Ce témoignage
marque, que le Jacobin
dont je parle , eft bien éloigné
de fe parer des Ouvrages d'autruy
, & de fe rendre propres
les Découvertes du Docteur
Angelique ; mais cette humilité
eft foutenue par une fi
profonde érudition , que cet
aveu ne diminuë rien de l'eftime,
que ceux, qui le connoiſ
fent, ont conçue pour luy, par
la lecture de fes excellens Ouvrages
.
Le 23. de Mars , les Chanoines
Reguliers de l'Abbaye
de Baugency , firent un Servi
GALANT 67
ce folemnel dans leur Eglife ,
pour feu Monfieur le Cardinal
de Coiflin , Evefque d'Orleans.
L'Oraifon Funebre fut prononcée
par un Chanoine Regulier
.
M' l'Abbé de Grave , & les
Chanoines Reguliers de l'Abbaye
Royale de Saint Euverbe
d'Orleans , en firent auffi un le
26. du mefme mois, L'Oraifon
Funebre fut prononcée par
:
Με
du Chemin , Chanoine Regulier
de Sainte Genevieve ,
& Prieur d'Huiffeau , proche
Chambort.
L'Empereur a fait faire un
Fij
68 MERCURE
Service magnifique , dans la
Cathedrale de Vienne , pour
feu M le Comte de Montecuculi
, tué en Piémont , fur la
fin de la Campagne derniere..
L'Evefque & Comte de Vienne,
officia dans cette Ceremonie,
où l'Empereur, fuivi de fa
Cour, & de toute la Nobleffe
de Vienne , affifta . Sa Majefté
Imperiale , parla de feu M
le Comte de Montecuculi ,
dans les termes les plus avantageux.
Il en avoit déja parlé
avantageuſement , ainfi que
peut voir lorſque l'on ap²
l'on
prit la mort de ce Comte , &
GALANT 69
comme on le peut voir auffi ,
par la lettre qui fuit . Elle eſt
d'une Soeur de ce Comte , Religieuſe
à Bruxelles , elle l'écrivit
auffitoft aprés la mort , à
Mr le Marquis de Normanville
du Bofc fon coufin , & neveu
de feue M la Comteffe de
Montecuculi fa mere , & qui
eftoit de la même Maifon de
Normanville du Bofc..
Il n'est que trop vray, mon
cher coufin, que mon pauvrefrere
a efté tué. Il a esté univerfellement
regretté , à la Courde l'Em
pereur, & fi quelque chofe pour
70 MERCURE
voit me con
confoler
, ce feroit la maniere,
dont ce Prince
s'eft expliqué,
en parlant
de luy. Il a dit hautement,
& àplufieurs
fois, qu'il aimeroit
mieux
avoir
perdu
une
Armée
entiere , que cet Offcier
, qu'il
regardoit
comme
fon bras droit. Il éroit fur le
point
de le nommer
à un employ
de grande
diftinction
. C'étoit
à la
Charge
de grand
Chambellan
de
fa Maifon
. Enfin , mon cher coufin,
tous les Officiers
Generaux
qui
ont écrit à Vienne
fur la mort de
mon frere , luy donnent
toutes
les
louanges
qui luy font deuës
, &
difent
tous , qu'il foutenoit
digneGALANT
71
ment la réputation du grand Montecuculi
, noftre oncle , c. Je
fuis , &c.
On voit par cette Lettre que
le Comte qui a été tué , étoit
neveu du Comte de Montecuculi
, qui commandoit l'armée
de l'Empereur lorfque Mr le
Vicomte de Turenne fut tué.
Il ne laiffa point d'enfans , & le
dernier Comte de Montecuculi
étoit fils d'un de fes freres,
qui avoit auffi des commandemens
principaux dans l'Armée
du feu Empereur . Il étoit frere
de M° la Marquife de Ragi . Je
me fers de cette occafion pour
72 MERCURE
vous apprendre une chofe, qui
regarde en partie cette Maiſon,
puifqu'elle concerne un de
leurs proches parens ; c'eft
Monfieur le Marquis de Normanville
du Bofc. Le Pape
ayant promis fa protection à
fon fils aîné , parent du feu
Cardinal de Norcfolk, ce jeune
Seigneur entra le deux Fevrier
dernier , au Seminaire Romain
des Jefuites . La réputation
d'efprit qu'il s'eft acquis, depuis
prés d'un an qu'il eft à la Cour
de Rome , luy a attiré l'eftime
de ces Peres , qui font plus
éclairez que d'autres fur les difpofitions
GALANT
73
pofitions avantageufes de la
jeuneffe. Ce jeune Seigneur eft
proche parent de M ' l'Abbé
Howard qui eft à prefent à
la Cour de Rome , & qui eft
frere de feu M' le Duc de Nortfolk
, & par confequent neveu
du feu Cardinal de Nortfolk ,
qui fut tiré de l'Ordre de Saint
Dominique , pour eſtre élevé à
la Pourpre Romaine . Ce Cardinal
eftoit Anglois & d'une tresancienne
maifon dont une partic
fuivit la fortune du Prin
ce d'Orange , lors de l'invaſion
que ce Prince fit en Angleterre
; la memoire de ce Prelat
Avril 1706 .
G
74 MERCURE
eft dans une tres- grande vene
ration à la Cour de Rome , &
c'eſt à fa confideration que Sa
Sainteté prend foin du jeune
Marquis de Normanville , dont
ce Cardinal fit recommander
le pere , en mourant , au Pape ,
comme un Seigneur qui luy
appartenoit de fort prés & pour
lequel il avoit de tres grandes
confiderations .
On a fait un fervice magnifique
dans l'Eglife Cathedrale
de Tolede, pour M' le Marquis
de Villa- Franca , Chef de la
maifon de Tolede ,dont je vous
apris la mort , il y à quelque
GALANT 75.
temps. La plus grande partie
de la principale Nobleffe de ,
Caftille y fut invitée & plufi
eus Grands s'y trouverent.La
ceremonie fut magnifique &
on n'oublia rien de tout ce qui
pouvoit la rendre plus éclatante.
Chacun fut bien aife de rendre
dans cette occafion les derniers
devoirs à la memoire d'un Seigneur
qui avoit acquis l'eſtime
univerfelle de tous les Ordres
de l'Efpagne. M' le Marquis
de Villa - Franca , defcend de ce
celebre Marquis de Villa-Francą
, Gouverneur de Milan ,
qui affiegea & prit Verceil au-
Gij
76 MERCURE
commencement du dernier ficcle
, & qui ayant joint fes armes
, à celles du Duc d'Offone
Gouverneur & Viceroy de Naples,
allarma fi fort les Venitiens
; quoy que leur deffein ne
fut que d'humilier le Duc de
Savoye Charles Emanuel , que
la foy d'aucun traité ne pouvoit
retenir ; de reprimer les
Corfaires d'Afrique , & d'arrefter
les entrepriſes des Turcs. Don
Pedro de Tolede Marquis de
Villa- Franca , réuffit parfaitement
dans le projet qu'il avoit
formé . Il mit le Duc de Savoye
à la raiſon , & il obligea ce
GALANT
77
Prince fier & opiniâtre , d'obferver
les traitez qu'il avoit fait
plufieurs fois , avec la Couronne
d'Espagne .
Quoyque la reponfe du Pere
Hugo , à M' l'Abbé de la Luzerne
, foit parfaitement belle ,
je ne vous l'envoyerois neanmoins
pas , fi je ne vous avois
fait part de ce que cet Abbé a
écrit contre ce Pere ; mais il
ne feroit pås jufte de refuſer à
l'un , ce que j'ay accordé
à
l'autre , & de ne pas parler de
la deffence , aprés avoir parlé
de l'attaque
. Cependant
la reponfe
du Pere Hugo , étant fort
G iij
78 MERCURE
longue, & trop remplie de Latin
ne convient point à mes Lettres
, & c'eft le dernier ouvrage
de cette nature , que j'y mêlleray
: l'abondance de Latin dans
un ouvrage eftant entierement
contre les regles que je me
fuis preferites. Je ne laifferay pas
de vous envoyer tous les mois ,
plufieurs articles d'erudition ,
pour continuer à vous donner
des nouvelles de l'Etat de l'Empire
des Lettres .
Je vous ay déja dit que je
dans les
ne prens aucune part ,
querelles des Sçavants , que je
fuis perfuadé , que les manieres
GALANT 79
un peu trop vives que l'on trou
ve quelquefois dans leurs écrits,
ne font que pour apuier leurs
fentimens avec plus de force ,
& que les demélez de leur ef
prit ne paffent point juſqu'à
leur coeur.
LETTRE
DU PERE HUGO ;
A Monfieur l'Abbé
DE LA LUZERNE.
Enfin , Monfieur , vous voilà
démafqué , vous voilà reconnu &
pour l'Auteurdes Pieuſes Fables ,
G iiij.
80 MERCURE
des
gens
-
cet écrit plein de delicateffe, où l'on
trouvepar toutunefolide erudition,
foutenuepar des traits vifs & brillans
; de cet écrit dis -je , qui afait
pendant quelques mois , les delices
de Lettres. Auoüez - le,
Monfieur , la qualité d'Auteur
anonyme, ous a paru trop obfcure,
voftre amourpropre eftoit bleffé,
en ce que vous ne pouviez adopter
les louanges qu'on donnoit de toutes
parts à ce petit ouvrage ; il eft
bien dédommagé à prefent , puifque
vous voila en pleine poffeffion
de la gloire acquife à l'Auteur de
cet ingenieux écrit. Je n'entreprens
point de vous la difputer , je fens,
ན་
GALANT 81
comme un autre , le prix des bonnes
chofes ; maisje veuxfeulement
examiner quelques points d'Hiftoire
, fur lefquels je crains fort que
vos lumieres , ne vous ayent trahi.
Je le feray avec la moderation
dont vous m'avez donné l'exemple,
dans la Lettre adreffée à Mr de
la Moutonniere , ou dans les Pieufes
Fables ; car c'est la mêmepiece
Ø l'on ne trouve rien de nouveau
L'envie
que
dans la
premiere , que
vous avez eu de vous faire connoiftre.
Vous trouverez
donc bon ,
Monfieur
, quepuifque
vous avez
levé le maſque
, je le leve auſſi ;
que puifque
vous vous eftes
82 MERCURE
les
fait connoiftre pour l'Auteur des
Pieufes Fables , je me faſſe connoiftre
pour celuy de laLettre, adref
fée à Mr l'Abbé de Lorcot. Je ne
prendray de cette derniere, que
faits ,j'en abandonneray leſtile qui
convenoit à unEcrivain Anonyme,
qui s'envelopoit dans fes tenebres
, pour en prendre un autre qui
convienne àun Confrere dont j'ai
toujours honoré la vertu & le merite.
F'entre en matiere.
Vous vous élevez d'abord contre
moy , Monfieur , en m'accufant
d'avoir ofé le premier combattre
l'apparition de la Sainte Vierge à
Saint Norbert : ce qui fans douGALANT
83
te , dites - vous , m'a attiré de la
part de mes Superieurs , le refus
de leur approbation
qui
manque à mon livre , & fans
quoy il ne devoit pas eftre imprimé
, felon les regles du Concile
de Trente. Voftre zele vous
a emporté en cette occafion , & je
"crains fort que vostre efprit n'en
ait efté la dupe ; car fans cela ,
ignoreriez vous que longtemps
avant moy , Erafme a condamné
cette vifion , & que les Jefuites
Continuateurs de Bollandus , l'ont
traité d'apocrife. Ces auteurs vous
font peut- eftre inconnus , ou bien
vous n'avez pas cru que le def
84 MERCURE
fein decritiquer l'Hiftoire de Saint
Norbert , vous mit dans l'obligation
de les lire . Cela ſuppoſe, je
ne dois pas vous imputer l'ignorance
où vous paroiſſez paroiffez de ces
auteurs , prefque nos Contemporains
. A l'égard du refus que
vous affurez , avec beaucoup de
fermeté , qu'on m'a fait de la permiffion
d'imprimer mon Hiftoire ,
je vous repondray , en deux mots ,
que je l'ay euë verbalement dans
le Chapitrefeant à Verdun , où je
prefentay le manuscrit de mon
ouvrage , & que je l'ay euë.
à condition que je le ferois approuver
par des Docteurs ; j'ay
GALANT 85
*
fatisfait à la condition , & jy
ayfatisfait abondament , puifque
non -feulement des Docteurs * de
l'Ordre des Etrangers , mais
auffi un Evefque autant recommandable
par fa Doctrine , que par
fa pieté , ont approuvé mon Livre
avec éloge. Peut- eftre , Monfieur,
que fi voftre écrit avoir paſſefous
les yeux de ces Examin steurs fages
éclairez , il n'auroit pas eu le
mefmeforti , & qu'il enferoitfort
chargé de flétriffures . Que ft je
* Denay du Plateau Protonotaire Apoftolique
; Payen Docteur de Sorbonne
Bourgeois, Docteur en Theologie .
* Monſeigneur l'Evefque d'Albe , Sufragant
de Treves.
86 MERCURE
n'ay pas fait imprimer la permiffion
des Superieurs , c'est qu'ils ne
my ont pas obligez , n'ayant pas
cru eux-mefmes eftre obligez, par
le devoir de
leurminiftere
, &pour
obéir aux regles duConcile deTrente
, de me la donnerpar écrit ; firegulares
fuerint,dit leConcilefeff.
4. ultra examinationem & probationem
hujufmodi , licentiam
quoque à fuis Superioribus
impetrare teneantur .
Le Pere Hugo , continuezvous
, n'est pourtant pas fi ennemi
des Apparitions , qu'il n'en
admette dans cette Hiftoire , mef
me à l'endroit de Saint Norbert
: 87
GALANT
telles font l'Apparition de Saint
Augustin & de Jesus- Chriſt ; il
auroit pú encore ajoûter celle de
Saint Gereon à Cologne . Or, ditesvous,›
pourquoy plutoft admettre
ces deux Apparitions , que celles
de la Sainte Vierge , puifque tous
les Hiftoriens , tant anciens que
modernes , ont également parlé des
unes comme des autres.
Qui ne croiroit , Monfieur ,
à vous entendre , que vous m'allez
accabler d'une foule de paſſages
tirez des Manuferits & des
Autographes de l'Hiftoire de Saint
Norbert ; cependant toute cette
fiereconfiance,fe refout en vapeurs,
88 MERCURE
puifquefil'on vous demande quel
ques Exemplaires anciens , qui dépofent
cette vifion , vous nepourrez
en produire un feul , non pas
mefme aucune Hiftoire imprimée,
fur des originaux avouez. Lifez,
Monfieur, la vie de Saint Norbert,
compoféepar Hertoge ,furplus
de vingt Manufcrits tirez de
differentes Abbaïes ; je paſſe condamnation,
s'ily en a un où l'Apparition
de la Sainte Vierge foit
rapportée. Il n'en est pas de même
des deux autres vifions ; elles font
inferées ou dans la Chronique de
Capenberg , ou dans l'Hiftoire de
Saint Norbert , ou dans l'HifGALANT
89
toire de Herman de Tournay ; trois
pieces d'une autorité reconnuë ,&
l'Ouvrage des Difciples , ou des
Contemporains de Saint Norbert.
N'est - il pas, aprés cela, furprenant
de voir le paralelle que vous
faites de faits fi differens ? Ne
l'eft- il pas encore bien' davantage
de vous entendre revoquer en
doute le don qu'Henry V. fit à
Saint Norbert de la Charge d' Aumônier,
& traiter de Fable , le
·voyage qu'il fit avec cet Empereur
en Italie, au commencement
du douzième fiécle.
Oferai-je vous le dire,Monfieur,
il faut eftre dans une longue ha-
Avril 1706. H
90 MERCURE
bitude d'en impofer, pour le faire
fi publiquement à mon égard. Lifez
Herman de Tournay ( T. 12 .
·Spicil. pag. 448. ) vous y apprendrez,
que Saint Norbert accompagnoit
Henry V. en qualité d'Aumônier
dans le voyage que ce
l'Em-
"Prince fit à Rome ; jettez lesyeux
Sur la Chronique de l'Abbé d'Urfperg,
vous y verrez que
pereur fe fit fuivre par les Aumôniers
, qui estoient alors les
plus fçavans hommes qu'il y eut
en Allemagne, parce que ce Prince
fçavoit que lafageffe , plateft que
la force des armes , déterminoit les
Romains . Non tam armis quam
A
GALANT 91
fapientiâ gubernari. Lifez enfin
la Chronique d'Obern- cel, vous
y verrez, que Norbert & David,
Ecoffois d'origine , tous deux Aumôniers
du Roy Henry , affifterent
à la Diette de Ratifbone ; & que,
comme perfonnes capables de fou
tenir les interefts de leur Prince
ils furent choifis pour le fui-sre à
Rome. Ad crant , dit la Chronique
, in Ratifbonenfi congreffu
Norbertus & David
Scorigena, Ambo Henrici Regis
capellani , Ambo fcientia
famofi , qui ad comitatum Regis
verfus Romam delecti funt .
Si les avantages que la qualité
Hij
92 MERCURE
des prerod'Aumônier
donnoit à Saint Nor
bert , vous font quelque peine ,
vous pouvez , Monfieur , vous
inftruire des droits
gatives attachées à cette dignité,
dans le Gloffaire de Monfieur
Ducange , dans la Diplomatique
du Pere Mabillon , & dans le
Traité Hiftorique des Aumôniers.
de France.
comme vous
Aprés avoir étalé cette vaine
critique & que
voyez , je n'ay pas eu beaucoup
de peine à détruire , vous m'attaquez
,fur ce que j'ay dit , aux
pages 7. & 8. de mon Hiftoire
que l'Empereur Henry fit defGALANT
93
cendre le Pape de fon Trône,
* qu'il luy arracha la Mitre de
deffus la tête ; & que l'ayant
livré aux infultes des Soldats ,
il le fit renfermer dans une
maifon , fous une garde militaire
dont il commit le foim
à Ulric Patriarche d'Aquilée .
Ce n'est là , dites- vous , qu'un
conte , n'en feroit- ce point plûtoft
un, d'avancer , comme vous faites,
que les Romains pouffez à la
vengeance , par les Cardinaux
de Frefcati & d'Oftie , tuerent
tous les Allemans , qu'ils trouverent
dans Rome. Enfin , d'eft
* en III .
94 MERCURE
Selon vous, un conte, que le compliment
que je mets à la bouche
de Norbert, grand Aumônier
de l'Empereur. Quel est l'homme
de bon fens , dites - vous , qui n'eftimat
plus convenable au Miniftre
de fe taire dans une telle conjoncture
, que de parler pour condamnerfon
Prince ? Ce fera faire
grace au Pere Hugo, de mettre
ces licux communs de Rhetorique
parmi les fables & les
fictions de fon Hiftoire . Il en
faut dire autant de la fondation
duMonaftere de Vvrltembergs
, Ordre de Saint Benoift ,
qu'il attribue à Saint Norbert
GALANT
95
page 14. Non , Monfieur , je
ne vous demande aucune grace ,
mais auſſi permettez
-moy de rire,
en parcourant les divers chefs que
vous m'imputez dans voftre lettres
c'est le feul parti que j'ay à prendre
, car vous ne me confeilleriez
pas de m'en fâcher. Si j'ofois , je
vous comparerois en cette occafion
à ce conteur Radoteux , qui blafphemoit
contre tout ce qu'il ignoroit
, quod ea quæ ignorant ,
blafphernant
; mais je m’abſtiendray
avec foin de tout terme &
de toute comparaifon fâcheuse , &
je vous diray le plus modeftement
queje pourray , que vous ne pou96
MERCURE
&
vez pas ignorer les faits que vous
traitez de Fables ; j'avois cotté
aux marges de monHiftoire,des garans
de tout ce quej'avançois, il ne
tenoit qu'à vous de les confulter,
ne le deviez- vouspasfaire, avant
de crier à la fuppofition. Eft- ce
donc fimplement pour écrire que
vous m'attaquez ? Vous aviez
affez d'autres fujets à traiter.
Eft- ce pour amufer le public par
vos ingenieux écrits ? Je n'oferois
le prefumer de vous , vous
avez trop de lumierespour vous
expofer vous même par une telle
conduite , à la cenfure de ce public.
Mais ce qu'il y a de für
c'est
GALANT 97
c'est qu'il n'y eut jamais de faits
plus conftans , que ceux que j'ay
avancez.
Les paroles de l'Abbé Suger *
dans la Vie de Louis le Gros, en
font foy : Præfatus autem , dit
cet Abbé , Imperator peffimus
confcientiæ ... Dominum videlicet
Papam , & cunctos quos
pofuit , Cardinales & Epifcopos
adducens .
les ipfos turpiter exulens , in
honeftè tractavit , & quod dictu
nefas eft , ipfum etiam Dominuín
Papaitam pluviali
quam Mitrâ , cum quæcunque
• • · Cardina
* Il fleuriffoit dans le douziéme fiécle.
Avril
1706. I
1
98 MERCURE
defert infignia Apoftolatus ...
fuperbè fpoliavit. T. 4. Hift.
Franc. fcript. 290.Voilà comme
l'Empereur arracha la Mitre es la
Chape à Pafcal. Pierre * Diacre
du Mont Caffin , raconte comment
ce Prince , aprés avoir entendu
la Meffe , obligea le Souverain
Pontif de defcendre defon
Trône: Poft Miffam ex Cathedra
defcendere compulfus Pon
tifex , deorfum ante confeffionem
6. Petri cum fratribus.
fedit , ibique ufque ad noctis
tencbras fub rmatis militibus
* Son ouvrage eft une continuation
de la Chronique de Leon d'Oftie.
GALANT 99
eft cuftoditus. Chronic. 1. C.
40. A l'égard de la commiffion
d'Ulric Patriarche d'Aquilée ,
Othon * Evefque de Frifinguen
larapporte en ces termes. Ipfe autem
(Henricus ) præfatum
Pontificem Concilio quorumdam
fceleratorum, cum magna
tamen reverentia captivavit
ac Ulrico Aquileenfium Patriarchæ
cuftodiendum commifit.
L. 7. C. 14. Sur la nouvelle
de l'emprisonnement de Pafcal,
les Cardinaux d'Oflie e de Frefcati
, animerent peuple à la
* Fils de Leopold Duc d'Autriche, &
d'Agnés , fille d'Henry IV. Empereur
I ij
100 MERCURE
vengeance de leurs Paſteurs, dit
Pierre Diacre, qui eft ici mon garant.
Ad-veniente nocte, Joannes
Epifcopus Tufculanus , (a”-
quel il joint dans le Chap. 40.
Leon d'Oftie ) omnem Romanu
populum advocans , ita loqui
coepit ... quo circa rogamus affetuquo
poffumus, pereclitanti
fuccurratis , & ad ulciſcendam
matris injuriam , jam toto animo,
totis viribus incumbatis ...
hac oratione Romani vehementer
animati - . . . tantus
corum animos tumultus &
dolor indignatioque
pervafit ,
ut protinus Allemannos
om-
·
GALANT TOI
nes qui vel orationis caufâ ,
vel alterius cujufcumque negotii
, urbem fuerant ingreffi,
necarent. Chronic . L. 4. C. 41 .
Si tous ces Hiftoriens font des
conteurs de fables : j'avonë de
bonne foy que le détail du mauvais
traitement fait au Pape ,
eft une pure fiction : c'est à vous,
Monfieur , à faire le procés à
ces auteurs; quand vous les aurez
convaincu d'impofture , vous ferez
en droit de fupprimer cet évenement
, mais vous aurez toujours
eu tort d'avancer , comme
vous avezfait , que le détail de
l'emprisonnement du Pontife Paf-
Iiij
102 MERCURE
chal, eft une n'arration fanspreuve.
Le compliment que S. Norbert
fit à ce Souverain Pontife , n'eft
pas plus une fiction que les autres
circonstances , qu'il vous a plû de
qualifier de Fables . Herman ,
-Abbé de faint Martin de Tournay
, quifleuriffoit au commencement
du douzième fiecle , & qui
pendant le fejour qu'il avoit fait
à Laon , avoit appris des Difciples
de S. Norbert , les circonstances
de la vie de ce Saint , merite d'être
crúfurfax trale : Quidam Clericus
, dit cet Abbé , nomine
Norbertus , qui in cadem captione
capellanus Imperatoris
GALANT 103
fuerat , videns tantam nequitiam
Domini fui Regis , poni
tentiâ ductus, pedibus Domini
Papæ fe proftravit
, & abfolu
tione ab ea fufceptâ
fæcularem
vitam relinquens, &c. Spicileg.
T. 12. p. 448. Ce compliment
, Monfieur , vous incommode
, vous dites qu'il étoit
plus convenable à un Miniftre de
fe taire , que
damnerfon Prince. Un Critique
moins politique , ou d'une morale
plus fevere , aurois admiré la
force de la grace dans la conduite
de noftre Courtifan ; il auroit
loué cette liberté Evangelique
de parler pour con-
"
I iiij
104
MERCURE
en parlant
qu'ilfe donnoit ; mais vous, Monfieur
, qui reglez dans cette occafion,
les opperations du S. Efprit,
(permettez moy de le dire ) fur
les
fentimens de la nature corrompuë
, vous accuſez noftre faint
Patriarche d'avoir peché contre
le fens
commun ,
contre la dureté la barbarie de
fon Prince. Vous
n'aviez , pour
confommer l'idolatrie , qu'à foutenir
que S. Norbert devoit , parfes
flateries ,
canonifer
l'injurieufe
entreprise de fon Souverain ; &
n'est- il pas fâcheux que ce Saint,
Conrad , Evêque de Saltzbourg
n'ayent pas efté inftruits
GALANT 105
la
dans votre école , & que vous
n'ayez pú leur donner des leçons
de Politique ! le premier n'auroit
pas peché contre le bon fens ; &
le fecond n'auroit pas , comme un
infenfe , couru plufieurs fois le
hazard de perdre la vie , par
liberté Chreftienne , qu'il fe donnoit.
Conradus Epifcopus , juvanienfis
, dit Othon de Frinfinguen
, qui cum rege venerat
zelo æquitatis vicem Dei dolens
, factum hoc improbavit :
cuidum quidam
Regis Henricus cognomento
caput , evaginato gladio mortem
interminaretur, tanquam
Miniftris
>
106 MERCURE
pro juſtitia mori optans , jugulam
præbuit. L. 7. C. 14 .
Il me refte tant de matiere
& cet ouvrage cft fi long , que
je fuis obligé d'en remettre la
fuite au mois prochain , fans
quoy je ferois obligé de recu
ler plufieurs Articles , & fur
tout de ceux qui regardent les
affaires du temps , & qui per
droient beaucoup , en perdant
la grace de la nouveauté.
Les huit Articles qui fuivent
regardes les morts de plufieurs
Etrangers.
Don Martin de Solis , Confeiller
au Confeil des Indes. II
GALANT 107
avoit long- temps exercé cette
Charge , & il s'y eftoit acquis
une reputation folide . Le Confeil
des Indes eft un des plus
confiderables d'Efpagne; ainfi,
ceux qu'on choifit pour en
eftre membres , font toûjours
diftinguez par leur naiffance &
par les autres Emplois , où il
faut neceffairement paffer avant
que d'arriver à ce Confeil.
Don Martin de Solis,avoit donné,
dans tous ceux qu'il avoit éxercé,
des preuves de l'étendue
de fon genie , & de fon exacte
probité. Il eſt d'une grande
naiffance & d'une maiſon ori
108 MERCURE
ginaire de Tolede , d'où elle
fortit dans le quinziéme fiécle
. Cette maiſon eftoit alliée
à celle de Sandoval de Lerme ,
qui donna un Cardinal en 1618 .
en la perfonne du Duc de Lerme
, que le Pape Paul V. honora
de la Pourpre Romaine ,
fans qu'il l'eût recherché , &
fans que le Roy d'Eſpagne l'eût
demandé pour luy . Le Duc de
Lerme eftoit alors âgé de foixante-
dix ans , & il reçût une
marque de diftinction dans cette
occafion , que les Papes ne
font àperfonne, puifqu'on luy
donna à Madrit, le Chapeau de
GALANT 109
Cardinal, & l'Anneau . Les Papes
les envoyoient , autrefois,
aux Princes du Sang Royal de
France , aux Archiducs de la
Maifon d'Autriche , ou à des
Prelats d'une grande diſtinction
. Sixte Quint crût que le
Chapeau rouge meritoit bien
que les Princes de Maiſon Souveraine,
fe donnaffent la peine
de le venir recevoir eux mêmes,
du Pape mais Paul V. voulût
bien déroger à cet ufage, pour
cette fois là, en faveur du Duc
de Lerme .
:
LeComte deToreion , Aſſiſtant
de Seville, s'étoit acquis beau110
MERCURE
coup d'eftime dans l'exercice
de cette Charge ; & il joignoit
à une grande probité, une grande
étendue de lumieres. Il eftoit
d'une maiſon fort ancienne, &
tres - illuftrée. Son Aycul fût
chargé par Philippes III. de
traiter en 1617. avec M' Griti,
Ambaſſadeur
de Venife , pour
la Paix d'Italie , où l'on travailloit
alors à Madrit . Il s'agiffoit,
d'y terminer deux fortes de differens
: celuy de la Republique
de Venife , avec l'Archiduc de
Gratz , quit depuis Empereur,
fous le nom de Ferdinand
II. bifayeul de l'Empereur JoGALANT
III
feph ; & celuy du Roy d'Efpa
gne , avec Charles Emanuel ,
Duc de Savoye .Mr de Senecey,
époux de MⓇ de Senecey, Gouvernante
du Roy, cftoit alors
Ainbaffadeur de France à Madrit
; & il cût quelque part à ce
Traité.
Le General Bibra avoit fervi
dans les troupes de l'Empereur,
& de plufieurs autres Princes
d'Allemagne , depuis l'âge où
il avoit pu porter les armes . Il
avoit paffé par tous les Emplois
militaires : & c'efpar fon affiduité
& par fa conſtance , autant
que par les marques de
112 MERCURE
prudence & de courage qu'il a
donnée en plufieurs occafions,
qu'il eftoit enfin parvenu en
differens temps, au commandement
des Armées de l'Empereur,
de quelques Princes d'Allemagne,
& des Couronnes du
Nord. Il s'eft acquis dans tous
les lieux où il a fervi , & dans
toutes les troupes qu'il a commandées
, une eſtime generale:
elle eftoit fondée fur la connoiſſance
qu'on avoit des qualitez
de ce General : il eftoit
doux , affabi , bienfaiſant, &
aimoit extrémement le foldat.
Avec de femblables qualitez ,
"
GALANT 113
!
il éft difficile de ne pas gagner
les coeurs ; c'est pourquoy ce
General a cfté regretté de
tous ceux qui le connoiffoient
.
L'Empereur
& le Roy de Dannemark,
ont marqué un regret
tres- fenfible de fa mort , & ils
ont fait faire compliment
aux
heritiers de cet illuftre deffunt .
Don Gio Baptifta de Palma,
Duc de Sainte Élie, Napolitain,
qui avoit fuivi , au commencement
de la guerre, les interefts
de la Maifon d'Autriche
, eft
Imort à Vienne, il n'étoit pas
vû de bon oeil dans cette Cour,
depuis que les deffeins de l'Em-
Avril 1706 .
K
114 MERCURE
pereur , fur les Etats du Roy
d'Espagne , en Italie , avoient
échoücz ; & il avoit effuyé même
beaucoup de paroles défobligeantes,
fur l'affaire de Naples
, qui ne réuffit pas , ainfi
que leMarquisDelvaſto & luy,
l'avoient fait efperer à Sa Majefté
Imperiale. Mr le Duc de
Palma , aycul de celuy qui vient
de mourir, fe diftingua dans le
Milanois , lorfque les troupes
du Duc de Savoye , Charles.
Emanuel , & celles de France ,
commanders
par le Maréchal
Duc de Lefdiguieres, entrerent
dans le Milanois
en 1617. pour
GALANT try
&
faire faire diverfion , aux troupes
que le Marquis de Villafranca,
de la Maifon de Tolede,
Gouverneur de Milan , avoit
envoyées dans les Etats du Duc
de Savoye. Les troupes de ce
Marquis , jointes à celles du
Duc d'Offone- Giron , Viceroy
de Naples , faifoient trembler
le Duc de Savoye, & plufieurs
autres Princes d'Italie. Le Duc
de Palma avóit le comman
dement d'une partie de celles
du Gouverneur de Milan ; &
il brilla beaucoup dans cette
guerre.
Mr Baffan, General des trou
Kij
116 MERCURE
pes Danoiſes, ayant eſté bleſſe
à la priſe du Château d'Eutin ,
& s'étant fait couper la jambe,
eft mort depuis quelque temps
de fa bleffure. Le Roy de Dannemark
a marqué une douleur
fenfible de la perte de ce General
; & il a donné à fes heritiers,
des preuves de la confideration
qu'il avoit pour luy, par le bien
qu'il leur a fait . Mr Baſſan avoit
fervi fous le feu Roy de Danne
mark, & il avoit donné diverfes
marques de fa valeur, dans les
guerres que ce Monarque , a cu
dans le cours de fa vie , contre
differens Princes du Nord. II
GALANY 117
avoit même eu beaucoup de
part, en la confiance de ce Prince.
Il fut appellé auprés de luy,
dans le temps de fa derniere maladie.
Ce Monarque mourant,
luy recommanda & le pria même
de ne jamais abandonner
le fervice du Prince fon fils ,
qui eftoit fur le point de luy
fucceder . Mr Baffan a obéï à fes
ordres , jufqu'au dernier moment
de fa vie . L'affaire où il
a cfté tué, eft une marque de
fon exacte docilité pour les
derniers ordres
fervice duquel il s'étoit engagé.
Ce General tres - perfuadé,
Prince , au
118 MERCURE
que le Frere du Roy de Dannemark
, n'a aucun droit à l'Evefché
de Lubek, & tres- convaincu
d'ailleurs , de la juſtice
des prétentions du Prince ,
Adminiſtrateur de Holftein-
Gottorp , avoit une extréme
répugnance , pour aller commander
les troupes deſtinées
pour cette expedition, & il n'y
cftoit allé que par un commandement
exprés du Roy de
Dannemark. Il a efté en cette
occafion la victime de fon
obéiffance , Ruifque peu aprés
fon arrivée devint Eutin , il a
cité bleflé morteliement.
GALANT 119
Mr le Comte Paulucci , frere
du Cardinal de ce nom , & qui
étoit General des troupes du
Pape , eft mort à Peruge , en
Italie. L'Empereur avoit voulu
faire un crime à ce Seigneur ,
de ce qu'il avoit fouffert que
les François chaffafent les Im
periaux du Ferrarois , & de ce
qu'il avoit marqué , dans cette
occafion , plus d'inclination à
favorifer les premiers que la
Maifon d'Autriche, mais com
me il n'étoit pas Sujet de l'Empereur
, il ne s'enioaraffa pas
beaucoup , des plaintes de ce
Prince. Mrt Comte Paulucci
120 MERCURE
avoit porté les armes, pendant
la plus grande partie de la vie.
Il alla exercer fon courage contre
les Ottomans , dans fes premieres
années , & il donna en
plufieurs occafions, des preuves
qu'il étoit digne du nom qu'il
portoit. Il fortoit d'une Maifon
tres - ancienne en Italie, qui
a produit des Sujets illuftres
dans l'Eglife & dans l'épée: elle
a donnée plufieurs Generaux
aux Armées des Souverains
Pontifes, & plufieurs Prelats à
la Cour deRome . Mr le Cardinal
Paulucci rere du Comte
qui vient de mourir , fait aujourd'huy
GALANT 121
jourd'huy un des ornemens du
Sacré College , par fa vertu &
par fon intelligence , dans les
affaires Ecclefiaftiques, à la tête
defquelles, il fe trouve fous le
Pontificat préfent . Il exerce aujourd'huy
à Rome la Charge de
Secretaire d'Etat . Cet Employ
donne à celuy qui en eſt revêtu ,
toute la confiance du Pape ;
ainfi l'on peut juger qu'il n'y a
que des perfonnes d'un merite
diftingué , revêtues de cette
dignité .
Mr Angliomby , qui avoit
efté Envoyé Extraordinaire du
Roy Guillaume , prés de Mrle
Avril 1706 . L
122 MERCURE
Duc de Savoye ; & enfuite de la
Princeffe de Dannemark , prés
des Cantons Suiffes Proteftans ,
eft mort àChelſey, en Angleter-
-re.LeRoy Guillaume avoit mar- .
qué en plufieurs occafions , la
confiance qu'il avoit en luy ; il
l'avoit employé pour des affaires
fecrettes , dont le fuccés
étoit fort delicat . La Princeffe
de Dannemark avoit herité de
ce Prince , la confiance qu'il
avoit en ce Seigneur Anglois ;
elle luy en avoit oùy dire tant
de biens , & elle luy en avoit
oüy parler, ave tant d'eftime ,
que dés qu'elle cût pris les rênes
GALANT 123
du Gouvernement , elle l'employa
, dans des affaires d'une
difcution affez delicate ; puifque
l'employ d'Envoyé Extraordinaire
, prés des Cantons
Proteftans , n'étoit pas fort aifé
dans la conjoncture prefente.
Cette Princeffe prefera en cetté
occafion Mr Angliomby , à
pluficurs autres, qui fe preſentoient
pour cette Commiffion;
& fi ce Miniftre n'a pas réuffi,
dans tous les points de fa negotiation
on ne le doit imputer,
à fon manque d'habileté ,
ny à aucun défaut de prudence;
mais on doit avoüer , que les
ny
Lij
124 MERCURE
Cantons Proteftans font redevables
à leurs feules lumieres ,
de n'avoir pas pris des engagemens,
contraires à leurs veritables
interefts , & dans lef
quels, le Miniftre Anglois agiffoit
avec beaucoup d'Art,pour
les faire entrer.
Mre Philippes Bardin , Confeiller
au Confeil Souverain de
Nancy , eft mort regretté de
tous ceux qui le connoiffoient.
Il étoit allié aux meilleuresMaifons
de Nancy. Mr Bardin
étoit l'un des plus grandsJurifconfultes
de Lorraine; & ayant
paffé les premieres années de fa
GALANT 125
vie dans l'étude de la Jurifprudence
, il avoit fait des Recueils
& des Notes , fur les principales
difficultez du Droit Civil ;
& il a donné pendant le cours
de fa vie , de frequentes marques
de fon intelligence dans
des affaires épineuſes , qui avoient
paffé par fes mains . Ce
Magiftrat ne s'étoit pas borné
à l'étude du Droit , il s'étoit
auffi fort attaché à celle des
belles Lettres , où il avoit fait
des progrés furprenans: Il fçavoit
parfaitement l'Hiftoire , &
tout ce qu'il
ché dans antiquité . Il avoit
V
de plus recher-
Liij
126 MERCURE
,
fait plufieurs Memoires fur
l'ancienne Hiftoire deLorraine,
& fur la moderne , & principalement
fur le Regne de Charles
V. pere de Mr le Duc de
Lorraine d'aujourd'huy . On a
imprimé la plus grande partic
de fes Memoires & il
eft à fouhaitter qu'on donne
inceffamment le refte au Public
. Mr Bardin avoit refolu
de donner les Faſtes du Regne
de Mr le Duc de Lorraine d'aujourd
huy, il avoit même raffemblé,
pour &fujet , quantité
de Materraux ont il alloit
faire part au Public , torfqu'il
GALANT 127
•
eft mort. Ce Magiſtrat s'étoit
attaché à la Poëfic , dans fes
>
heures de loifir & il avoit fait
de tres - bonnes pieces , dans ce
genre ; il avoit décrit en Vers,
l'Entrée de Mr le Duc de Lorraine
dans fes Etats,& une partie
des Victoires du feu Duc
Charles V. & on peut juger
par les pieces qui ont paru , de
fa façon , qu'il avoit un genie
fort naturel pour la Poëfie.
Le Pere Hommey , Auguſtin
de Nancy , ami de feu Mr Bar--
ce que je viens
・din , juftifie ton de ce Made
dire, à la lange
giftrat dans l'Epitaphe enVers,
Liiij
128 MERCURE
qu'il a fait de ce fçavant Juriſconfulte.
Je vous envoye une Lettre
venuë de Reims , & adreffée icy
à un Abbé fort attaché à l'étude
des Sciences.
Souffrez Mr , que je m'adreſſe
à vous, pour demander au Public,
par voftre moyen, s'il eft poffible de
fçavoir la caufe qui a pû produire ,
les éclairs & les tonnerres qu'on a
veu entendu dans les provinle
deux & le trois du mois
ces ,
de Decembre dernier.
Je fçay que plufieurs Sçavans
Geometres, & ologues nous
ont dit , que l'éclair et une lueitjane
GALANT 129
miere lancée & répandue dans
l'air, par la flame du foudre; que
fa matiere n'eft autrechofe
que certaines exhalaiſons graffes
, fulfurcufes , bitumineufes
& nitreufes , que la chaleur
fouterraine & celle du Soleil
détachent & élevent en l'air .
Ces mefmes Sçavans nous ont enfeigné
& ont voulu perfuader ,
que le bruit du tonnerre , eft
produit par le choc de deux
nuées , qui fe brifent l'une
contre l'autre que fouvent
ces nuées fontélevées, les unes
fur les autre ; que fe trouvant
confpofées de vapeurs &
130 MERCURE
d'exhalaifons , que la chaleur a
enlevées des entrailles de la
terre , l'air qui fe trouve de
mefme échauffé, dans le voifinage
de la terre , s'éleve vers
les plus hautes nuées , s'y applique
& en condenfe les parties ,
ce qui oblige cette nuée de
defcendre avec viteffe , fur la
plus baffe . Alors , dit - on , l'air
fe trouvant preffé , entre les
deux nuées , fort par les extremitez
& par un paffage fiétroit,
qu'il produit en s'échapant
le bruit que l'on appelle Tonnerre.
Sur ce principe , Monfieur
GALANT 131
ح و ن
c'est donc la chaleur des exhalai-
・fons de la terre , qui eftant élevées
par la chaleur du Soleil forme
ces nuées , & produit les
éclairs & les tonnerres ; comme ce
n'eft ordinairement,que pendant les
grandes chaleurs de l'Efté , qu'on
entend gronder le tonnerre , qui eft
prefque toujoursprecedé des éclairs .
Je conviendrois aifement, des fentimens
de ces Meffieurs ,principalement
,fi l'onfait attention, que plus
les chaleursfont exceffives & plus
les tonnerres & les éclairs fontfrequens
& violers ; mais fi l'on confidere
le tem qui a precedé &
fuivi , ceux du commencement de
132 MERCURE
de
Decembre , ilfaudra convenir que
ces Meteores , ont efté produits par
une autre caufe, que la chaleur
l'air ; car plus de fix femaines auparavant,
lespluyes, la neige
gelée , avoient efté fi generales &
fi continuelles, la
د
que
la
terre èftoit
inondée ou couverte de neige & de
frimats en plufieurs endroits , qui
parconfequent avoient fort refroidi
l'air. Ce tonnerre fut fuivi par
une violente tempefte & d'ouragans
fi impetueux , que pendant
trois jours , il fembloit menacer la
nature d'un boulverfement , &
depuis ce temps- le mauvais
temps à toujours continué.
GALANT 133
par
Sima question meritoit quelque
réponſe , utile au public , & qu'on
vous la communiquât ; j'efpere ,
Monfieur, que vous voudrez bien
la joindre à vos Memoires . Si
les fuites, il me tomboit fous la
main , quelque matiere digne de
voftre curiofité, j'aurois l'honneur
de vous en faire part , & de vous
marquer dans l'occafion que je
fuis , &c.
Le Roy d'Eſpagne a donné
un Titre de Caftille , à Don
Alonfo de Saavedra Narvaez,
Colonel du Regiment de Gre--
nade , qui fer depuis plufieurs
années, avec beaucoup de dif
134 MERCURE
tinction. Il a fait plufieurs campagnes
, dans l'armée de Lombardie
, & il reçût de grandes
louanges des Generaux , à la
journée de Luzzara . Ce Colonel
cft d'une tres -ancienne maifon
, originaire d'Andalouſie ,
& établie depuis long - temps
dans le Royaume de Caftille.
Don Fernando de Saavedra ,
eût beaucoup de part au Gouvernement,
fous les regnes de
Ferdinand , & de l'Archiduc
Philippes. Aprés la mort de ce
dernier Prince , il fe retira dans
fes terres en Andaloufie , d'où
il revint enfuite,pa l'ordre du
GALANT 135
Cardinal Ximenés , qui l'employa
en plufieurs occafions
importantes , fur tout dans la
guerre que ce Miniſtre fit aux
Maures , en Afrique. Ce Scigneur
Efpagnol , fe diftingua
fort au fiege d'Oran : il contribua
beaucoup à la priſe de
cette Place , & il trouva un
moyen d'y penetrer , dont le
Cardinal Ximenés , qui eftoit
en perfonne à ce fiege , fe faifit
avec joye. Le nom de Saavedra,
n'eft pas moins confiderable
, dans l'Eglife , que dans
l'épée. L'Orde de S. François,
fur tout , produit un Reli136
MERCURE
1
gieux de ce nom, qui fut un
des plus grands Theologiens
de fon Ordre. Il fit de grandes
découvertes , dans les Sciences
abftraites , fur tout dans les
Mathematiques.
Sa Majesté Catholique a donné
une place de Confeiller dans
le Confeil de Caftille , à Don
Juan Chryfoftomo de la Pradilla
: une place dans le Confeil
des Ordres , à Don Pedro
Antonio de Medrano, & la Regence
de Navarre,àDonJofeph
Hualte , Inquifiteur de Barcelonne.
Sa Majefé a auffi donné,
àDonFeliciano de Bracamonte,
GALANT 137
le Regiment de Cavalerie du
Marquis de Val- de - Fuentes ;
& celuy de Brabant , à Don
Diego de Cardenas , qu'il
a fait Brigadier. Le Maréchal
de Camp, Don Joſeph de Armendariz,
qui commandoit au
blocus de Gibraltar , a efté fait
Major des Gardes . Don Juan
Chryfoftomo de la Pradilla , cft
d'unemaiſon fortdiftinguée
, par
fa Nobleffe & par fes fervices.
Un Seigneur de cette Maiſon ſe
diftingua beaucoup dans les
guerres deGrenade , fous les Rois
Ferdinand , & Iſabelle , & pendant
le Miniftere du Cardinal
Avril 1706.
M
138 MERCURE
Ximenés . Don Pedro Antonio
de Medrano, a donné, dans tous
les Emplois où il a paffé , des
preuves d'une haute capacité ;
& fous le Regne precedent , il
fut employé en d'importantes
affaires. Don Jofeph Hualte
s'eft acquis beaucoup d'eftime
dans l'exercice de la Charge
d'Inquifiteur de Barcelonne ; &
c'est ce qui a déterminé Sa Majefté
Catholique, à luy confier
la Regence de Navarre . Le nouveau
Colonel,Don Feliciano de
Bracamonte, eft connu en Ef
pagne, par le nem qu'il porte ,
qui eft tres-confiderable , & le
GALANT 136
Regiment qu'il vient de recevoir
eft une recompenſe de ſes
longs fervices. Don Diego de
Cardenas , qui eft auffi d'une
naiſſance diſtinguée, a cfté doublement
recompenfé de fes fervices
: Il fe fignala à la bataille
de Luzzara , & le Roy d'Efpagne
s'en eft fouvenu . Don Jofeph
de Armendariz eft dans le
fervice , il y a plus de vingt ans;
Il a fait fes premieres Campa→
gnes, en Hongrie.
M' l'Abbé Mervefin , déja
connu par pluſieurs Ouvrages
fortis fa
és
lume
,
vient
d'en donner un au Public , qui
Mij
140 MERCURE
eſt eſtimé de tous les Gens de
bon goût. C'est l'Hiftoire de la
Poëfie Françoife , qui fe vend
chez le fieur Giffart, ruë S. Jacques.
L'Auteur, aprés avoir décrit
les commencemens de cet
Art divin, ( felon le langage de
ceux qui s'y attachent, ) en place
l'origine en France , fous les
Rois de la premiere race. On
vit à leur Cour , les Fatiftes, qui
faifoient chanter leurs petits
Ouvrages, à des Choeurs , ac
compagnez de danfes . Les Fatiftes
furent dans la fuite les
4
feuls Poëtes qui oiffoient en
France, fous le Regne de Char
GALANT 141
lemagne, & dans une Cour qui
commençoit à fe défaire de cet
air de Barbarie , qu'on y avoit
remarqué fous la race Merovingienne.
Les Troubadours ,
parurent deux cens ans aprés ,
fous Remond Beranger, Comte
de Barcelonne , & qui le devint
de Provence , en époufant
la fille du dernier Roy d'Arles .
Mr Mervefin les reconnoift ,
non pas tout à fait , comme les
Auteurs de la Rime , mais comme
ceux , qui en ont reglé l'ufage,
& qui l'ontfixé . Ce furent les
Troubadours , qui reveillerent
en France,le goût des Mufes, ou
142 MERCURE
plûtoft, qui exciterent les beaux
efprits à les cultiver . On vit
fous Philippes Auguſte
, quantité
de Vers rimez: Sous Louis
VIII . fon fils, Elinand de Beau
voifis , fe diftingua par ſon ala
Poëfie , & par la mour pour
faveur qu'il procura aux Poëtes
auprés de ce Monarque. Les
Picards furent les premiers,qui
profiterent du commerce des
Troubadours ; on auroit peine
à le croire, fi Mr Meryefin ne
nous l'affuroit. Ils apprirent
d'eux , à faire des Chanfons, &
des Siruantes . ne fçay files
Neveux de ces premiers Pi
GALANT 143
cards , ont efté affez heureux
pour heriter de ce talent . C'eſt
dans ce temps -là, que Thibaut,
Comte de Champagne, foupiroit
pour Blanche de Caftille:
Les Chanfons & les Vers , voltigeoient
de la Cour de Champagne,
à celle de France ; car ,
ainfi que plufieurs autres , l'Amour
avoit fait devenir Poëte ,
leComte deChampagne . On vit
en France, fous Philippe le Hardy,
des Maiftres de Rime & de
Verfification
. Ils n'apprenoient
pas à penfer, dit nôtre Auteur ,
mais à bien exprimer une penfée.
Cela donne lieu à une ex
144 MERCURE
clamation ingenieuſe, qu'il faut
voir dans le Livre même. Heliodore
d'Emeffe , paroiſt fur
les rangs , avec fon Roman de
Theagene,& de Chaticlée, qu'il
prefera à l'Epifcopat . C'eft le
premier Ouvrage de cette efpece
, qui a efté fait avec quelque
ordre , & il eſt devenu le
modele de tous les Faifeurs de
Romans , qui ont parus, aprés
la fin du quatorziéme fiecle.
Le Sonnet , doit l'état où il fe
trouve à prefent , au Poëte du
Bellay, qui luy donna de juftes
regles ; & on dhit remarquer,
que , quoique le nom de Sonfous
GALANT 145
net ne fut pas inconnu fous les
Regnes precedens ; & même ,
fous celui de S. Louis, ce n'étoit
pourtant alorsqu'uneChanſon.
On reprocha å Ronſard , qui
parut en même temps que du
Bellay, que
fa Mufe eftoit trop
faltueufe : il s'étoit impofé une
Loy, d'imiter Pindare ; & c'eft.
de là , que noftre Auteur nous
aprendqu'on dit que quelqu'un
Pindarife, quand il fe fert d'un
ftyle trop recherché . Je viens
enfin à ce que dit l'Auteurde feu
Mr Corneille , & de la perfecution
que faTragedie du Cid,
luy attira . Il ſe ſepara, pour la
Avril 1706. N
146 MERCURE
compofer, de les quatre Confreres,
avec qui il travailloit en
commun , par ordre de Mr le
Cardinal de Richelieu . Ce Mi
niftre , foir qu'il fut fâché de
n'avoir aucune part à cette Picce,
foit qu'il fut mortifié de ce
qu'elle effaçoit toutes celles , qui
avoient efté compofées par fes
ordres , l'abandonna à la Critique
de ceux , qui cherchoient
à luy plaire, comme de ceux qui
étoicnt jaloux de la reputation
de Mr de Corneille . Mr de Scudery
fe diftingua, dans la foule
des Critiques , & malgré les efforts
qu'il fit, pour trouver des
GALANT 147
défauts à cette excellente Pic- .
ce ; le Public , dit fort fpirituellement
, noftre Auteur ,
s'obftina de croire, que ce qui plaift,
eft dans les regles. On trouve enfuite,
l'Hiftoire de la Comedie
du Tartuffe Cet endroit n'eſt
pas le moins intereſſant du Livre.
Il eft fuivi de celuy des
Chanfons, qui eft fort détaillé.
Defportes , à qui l'Amiral de
Joyeufe , donna une Abbaye
de trois mille livres de rente ,
pour un Sonnet , & Bertaud ,
Evefque de Séez , excellerent
des premiers , dans l'Art de faire
des Chanfons . Lingendes ,
Nij
148 MERCURE
Chauvigny, de Blot , & plufieurs
autres , les imiterent ; &
cette maniere de Poëfie , eft
fi fort devenuë du goût des
François , que dés qu'il leur
arrive quelque chofe d'éclatant
, foit en bien , foit en
mal, que la Renommée prend
foin de publier , ils ne manquent
jamais de faires des chanfons
, fur ces évenemens , ce
qui eft caufe , que lorſque l'on
apprend quelque chofe de
cette nature à Monfieur le
Grand Duc , il demande auffitoft
la Canzone. Le grand fuccés
que le Poëme Epique a eu
GALANY 149
en France , eft un des endroits
de cet Ouvrage , qui intereffe le
plus . On y voit paffer feu Mr
Chapelain en reveuë , & l'on y
rouvre toutes les playes.
Je dois ajouter icy , que Mr
l'Abbé Maffieux , dont on anonça
il y a quelques mois un
Ouvrage pareil , fe voyant prevenu
par la diligence de Mr
Mervefin , a changé de plan ,
& qu'il va donner l'origine de
la Poëfie Françoife . Il doit fe
hâter afin de n'être pas prévenu
, une feconde fois ..
Il paroift depuis peu un livre
qui commence à faire du bruit.
N iij
150 MERCURE
Il a
a pour
toire
titre Fragmens d'Hif
de Litterature, & le titre
porte à la Haye , chez Adrien
Moetiens. 1706. p. 244. Il eſt
dans le gouft des livres dont
les titres in ana ont fait beaucoup
de bruit ; mais les pieces
qu'il contient, y font plusétendues.
Il y en a de plufieurs caracteres
: L'Auteur commence
par un Article de la Reine Elifabeth
d'Autriche , épouse de
Charles IX . de laquelle il nous
apprend diverfes particularitez
affez peu connues , & fait voir
que cette Princeſſe, a fait plufieurs
livres ; ce qui avoit cfté
GALANT
15:
ignoré jufqu'à prefent. Une
longue differtation
fur le Syfteme
des Atomes fuit cet Article.
Cette feconde piece eft
tres belle , & remplie de faits
bien recherchés
. L'Auteur
ne croit pas que Leucippe ait
efté l'inventeur
, de ce Syfteme
, il l'attribuë
à Moſchus ,
Philofophe
Phenicien . On
trouve à la 14. page un détail
fortintereffant
de la procedure
,
qui fut faite contre Abeilard ,
au Concile de Sens , à la pourfuite
de faint Bernard . L'Auteur
paroift affez favorable
à
Abeilard. Ce qu'il dit de Beren-
Niiij
152 MERCURE
ger de Poitiers , Apologiſte de
ce fameux Dialecticien eft
tres curieux. On trouve dans
le cours de l'ouvrage, une belle
Differtation fur les fortileges ,
au fujet de la poffeffion des
Religieufes de Loudun , &une
autre qui n'eft pas moins belle,
fur les Miracles . L'Auteur fait
voir,que le Sauveur prend pour
un motif certain de la Foy de
fes Difciples , la verité de fes
Miracles. Ce que l'on trouve
fur l'Atheiſme, fur la Religion
& fur l'examen particulier , qui
eft le fondement du Proteftantifme
, eft tres-fçavant. L'AuGALANT
153
teur fait voir , que c'eſt une
grande illufion , que cet exade
même que ce jugemen
,
ment prétendu des Réformez ,
fur l'infaillibilité du Tribunal
de l'Eglife , & en general fur
tout autre point de Foy.
On trouve à la fin un jugement
fur Tacite , qui eft bien
digne de la curiofité du Lecteur.
En voicy un trait qui fera
juger des autres. L'Hiftoire de
Tacite , eft l'image de la conduite
de toutes les Cours , &fon Owvrage
contient de certaines maximes
, qui font prefque devenues
un mal neceffaire , puifque ceux
154 MERCURE
n'étant
qui les condamnent hautement ,
que fimples particuliers
font toujours rigides obfervateurs,
quand ils font élevez au
Miniftere. Tous les fiecles , conen
tinuë noftre Auteur , ne nous
fourniffent que trop ,
de cette verité.
de
preuves
Le Jugement de Tacite eft
precedé d'unebelle Differtation
fur l'ancienne coûtume de tirer
au fort , un Roy de la fêve,
la veille de l'Epiphanie. On
voit d'abord l'extrait de l'Ouvrage
que Mr Deflyons ,Doyen
de Senlis, compofa, pour condamner
cet uſage ; enſuite l'exGALANT
155
trait de la réponſe que fit Mr
Barthelemy, Avocat de Senlis ,
pour défendre cet uſage, & enfin
un jugement qui eft de main
de Mailtre , fur l'écrit que Mr
de Bourges publia , contre cet
ufage qu'il condamnoit hautement.
Le Roy a donné à MˇN……
le Pelletier , Evêque d'Angers ,
l'Evêché d'Orleans. Ce Prelat,
également recommandable
par fon érudition , & par fa
vertu , eft fils aîné de Mr le
Pelletier , Miniftre d'Etat , &
cy- devant Contrôleur General
des Finances , & de Dame N ....
•
156 MERCURE
Fleuriau d'Armenonville , foeur
d'un premier lit , de Mr d'Armenonville
, & de Mr l'Evêque
d'Aire. Il eft frere de Mr le Peltier
, Preſident à Mortier au
Parlement de Paris , de Mr
l'Abbé de Saint Aubin , qui
auroit été un des plus grands
Sujets de l'Eglife , s'il avoit
voulu confentir à fon élevation.
Il a été durant pluſieurs
années Superieur du Seminaire
d'Angers. Le nouvel Evêque
d'Orleans a pour foeurs , M
d'Argouges , feue Mª la Prefidente
d'Aligre , & deux Religieufes
aux Benedictines de la
GALANT 157
Ville- Leveque . Mr le Pelletier
fon pere , a auffi deux foeurs
Religieufes qui font des filles
d'une grande doctrine . La
fcience eft en quelque maniere
hereditaire dans cette Maiſon ,
puifque ceMiniftre eft fils d'une
foeur du Sçavant Mr Pithou ,
dont il a eu la Bibliotheque, &
tous les Memoires. L'Eglife
d'Orleans , eft une des plus anciennes
du Royaume. Saint
Aignan en étoitEvêque en 450.
il la délivra , par fes prieres , du
fiege, qu'Atila, Roy des Huns,
y avoit mis. Il a eu d'illuftres
Succeffeurs , parmi lefquels on
158 MERCURE
fa
compte Bertaud de S. Denis
qui fit de belles Ordonnances
Synodales en 1300. Jean de
Conflans, qui en fit auffi, en
1333. Jean d'Orleans , Cardinal
de Longueville , plus illuftre
encore par la vertu, que par
fa naiffance , qui publia un Recueil
d'Ordonnances
Synodales
en 1525. & tout récem- .
ment, Mr de l'Aubeſpine , dont
la profonde érudition eft connuë
de tout le monde , & qui a
laiffé des Ouvrages qui affurent
l'immortalité
à fa memoire :
fes Obfervations
fur tout , &
fon Optat de Mileve , font des
GALANT 159
trefors de doctrine, & de fcience
. Ce Prelat étoit oncle de Mr
le Marquis de Châteauneuf, qui
vit aujourd'huy , & qui eft encore
plus eftimable , par fon
efprit & par fon merite , que
par fa naiſſance , quoiqu'elle
foit tres-diftinguée . Ce feroit
icy le licu , de vous parler de Mr
le Cardinal de Coiflin ; mais je
me tais, fur ce qui le regarde ,
vous en ayant amplement parlé
en vous apprenant fa mort .
Gregoire VII . Saint Bernard , &
Pierre le Vencrable , donnent
de grands éloges à la Cathedrale
d'Orleans. Ils en parlent dans
160 MERCURE
leurs Ouvrages fans la nommer.
Il y a eu plufieurs Conciles
à Orleans , le premier, qui y
a été affemblé, a été celebre par
le nombre des Prelats qui s'y
font trouvez. Clovis , Roy de
France , en permit la celebration
en 5 1 1. On yfit trente- un
Canons, pour le reglement de
la Difcipline Ecclefiaftique. Le
fecond Concile fut célébré en
533. felon le Pere Sirmond ,
ou en 536. felon Baronius . On
fit vingt- un Canons , & l'on
y regla l'élection des Metropolitains
. En 538. on y aſſembla
encore un Concile , où on
y
GALANT 161
regla l'Office divin , ce qui regardoit
la vie des Clercs , le
mariage & la penitence des
Laïques .
lef-
L'Evêché d'Orleans eftant`
d'un moindre revenu que celuy
d'Angers, & la dépense y eftant
plus confiderable , à cauſe du
paffage continuel des Etrangers
de diftinction , pour
quels l'Evêque tient ordinairement
une table ; le Roy a donné
au nouvel Evêque l'Abbaïe
de Saint Jean d'Amiens qui
vaquoit par la mort de M
le Cardinal de Coiflin. Cette
Abbaïc eft fort ancienne ; c'eft
Avril 1706.
O
162 MERCURE
à la priere d'un Religieux de
cette Abbaie , en qui la Reine
Ifabeau de Baviere avoit beaucoup
de confiance , que cette
Princeffe établit un Parlement
à Amiens. Saint Silvius ancien
Evêque d'Amiens avoit efté
felon quelques auteurs , Religieux
de cette Abbaye , avant
qu'il fut élevé fur le Siege de
l'Eglife d'Amiens. Cette Abbaie
a produit plufieurs autres
excellens fujets , entre lefquels
on ne doit oublier Firmin
pas
qui vivoit il y a un peu plus
de deux Siecles , & qui effuya
quelques difgraces pour avoir
GALANT 163
voulu deffendre la memoire du
Moine Gotheſcalc. La Morliere
en parle dans les antiquitez
d'Amiens .
M' l'Abbé Poncet Grand
Vicaire de M' l'Evêque d'Uzés
, a eu l'Evêché d'Angers . Il
eft Fils de M' Poncet, Prefident
d'une des Chambres des Enqueftes,
& petit Fils du celebre
M' Poncet Confeiller d'Etat,
que l'on a regardé long- temps
comme un homme qui pou
voit cftre Chancelier , & qui
fit dans un âge fort avancé un
Livre fous le nom du Baron de
Prêle , qui avoit pour titre les
Oij
164 MERCURE
Avantages de la Vieilleffe. Le
nouvel Evêque d'Angers , eft
Frere de M la Comteffe de
Chamilly , épouse de M' le
Comte de Chamilly Mareſchal
des Camps & Armées du Roy,
& cy-devant Ambaſſadeur en
Dannemark , & Neveu de M
Evêque d'Uzés , avec lequel
il a partagé il y a déja plufieurs
années la folicitude Paftorale. Il
eftoit de la derniere Affemblée
du Clergé , & il eſt le quatriéme
Deputé du fecond Ördre
de cette Affemblée , qui a
cité élevé à l'Epifcopat . Perfonne
n'ignore les talens de
GALANT 165
M l'Evêque d'Angers , pour
les fonctions de fon miniftere,
Celuy qu'il a pour la Predication
, luy fait honneur il y a
long- temps , il a prefché des
Avents & des Carêmes , dans
les meilleures Chaires de Paris
& dans plufieurs autres trésconfiderables
du Royaume . Il
fut choifi par les Etats de Languedoc,
il y a environ deux ans
pour faire l'Oraiſon Funebre
de M' le Cardinal de Bonzy ,
& s'en acquita avec le fuccés
dont tous les difcours qu'il prononce
font fuivis. Il fuccede
à de Grands Evêques. Mª Pel
166 MERCURE
la
letier a gouverné l'Eglife d'Angers,
pendant pluſieurs années
avec beaucoup de prudence &
de fageffe. Il avoit un grand
modele à fuivre dans le Saint
Prélat , auquel il avoit ſuccedé .
Le Roy a nommé à l'Evêché
de Limoges vacant par
demiffion de Mr N ... de
Canify , M N ... Charpin
de Genetines Abbé de Mauffac,
Comte de Lyon & Grand
Vicaire de Saint Flour. Ce
nouvel Evêque , eft allié au
au Reverend Pere de la Chaife,
& il a un Frere auffi Comte de
Lyon & grand Cuſtode de
GALANT 167
I'Eglife Cathedrale , dignité qui
avoit déja cfté poffedée par feu
M ' le Comte de Genetines leur
Oncle. Il a un frere Religieux
de l'Abbaïe de Savigny , qui a
eu depuis peu un Prieuré affez
confiderable de M' l'Abbé du
But Frere du Pere de la Chaife.
M' l'Evêque de Limoges fuccede
à de grands & Saints
Evefques . La memoire de M'
de la Fayette & d'Urfé eſt dans
une grande veneration dans
cette Eglife. Leur refidence n'a
jamais efté interrompuë, & leur
Epifcopat eft marqué par un
nombre confiderable d'actions
IS
168 MERCURE
d'une ardente charité. Ils ont
paffé leur vie , dans le Seminaire
de Limoges , vivant avec
leursPrêtres d'une vie trés commune,
& toûjours attachez au
devoir Epifcopal ; ils n'ont
quitté le foin de leur troupeau
qu'avecla vie ; une fainte mort
enfin a confommé les facrifices
de ces Evêques, qui avoient
tous les caracteres de predeftination
. M¹ de Canifi , qui leur
fucceda , a foutenu dignement
leur reputation , durant un
Epifcopat affez court ; mais
voyant diminuer tous les jours
fes forces, & ne croyant pas en
$
avoir
GALANT 169
avoir affez , pour fournir aux
foins que demande un Dioceſe,
de plus de dix - huit cens Paroiffes
; il a enfin , fait conſentir
le Roy, à accepter ſa demiffion
, & il a laiffe au nouveau
Prélat , un vafte champ , pour
exercer fon zele & fa charité ;
il faut efperer qu'il répondra
parfaitement, à ce que l'on
attend de luy.
L'Evefché de Gap , vacante
par la demiffion de M N ...
Hervé , a efté donné à Mr
l'Abbé de Maliffole, Doyen,
& Grand Vicaire de Die ; il
cftoit Deputé de la Province
Avril 1706
, P
:C
170 MERCURE
de Vienne, à la derniere Af
femblée du Clergé , il eft de la
Ville de Vienne , & fon nom
de famille eft Berger. Sa vic a
toûjours cfté édifiante , & pens
dant le cours de l'Affemblée
dont il eftoit Membre , il demeuroit
dans la Communauté
de Mr le Curé de S. Sulpice ,
où il faifoit tous les exercices
de fon miniftere , comme les
autres Preftres de la Paroiffe ,
preſchant , confeſſant , & affiftant
à tous les Offices de
l'Eglife . Le nouvel Evêque de
Gap, a mis toute fon applica
tion , depuis qu'il a pû faire
GALANT 171
quelque ufage de fa raifon , à
chercher la verité . Il a étudié
pendant plufieurs années , le
Texte de S. Auguſtin , & il a
long- temps travaillé à décou
vrir la veritable Doctrine de ce
Pere , perfuadé que de la parfaite
intelligence du Siflème de
ce S. Docteur , fur la Grace
dépendoient uniquement les
bon principes qu'on peut pren
dre fur les matieres de Theologie
. Ce Prélat a demeuré
quelques années à S. Magloire ,
& pendant qu'il y a cfté , il
s'eft fort attaché à M" Couer ,
Rufin , &c. & à quelques au
Pij
172 MERCURE
tres perſonnes de merite de ce
Seminaire , dont l'érudition cft
connue . Il paſſa de là , à S. Sulpice
, & il a de mefme demeuré
quelques années dans le Scminaire
de cette Paroiffe, toûjours
occupé des meſmes ſoins,
& n'ayant en vûë que de s'inf
truire & de chercher cette verité
, dont perfonne n'ignore
la découverte
fe fait quelquefois
dans un lieu plûtoſt que
dans un autre, puifque le S. Efprit
répand fouvent plûtoft fes
lumieres , dans une fituation ,
que dans une autre. On ne doit
pas douter que Mr l'Evefque
que
GALANT 173
de Gap n'ait oùy la voix inte
rieure de l'Efprit de Dieu, puif
qu'il y a peu de Théologiens
dans le Royaume , plus verfez
dans les matieres les plus épineufes
de la Théologie. Ses
lumieres luy feront d'un grand
ufage dans le Païs où il va
puifqu'il eft rempli de Nouyeaux
Convertis. Il eft fils de
Mr le Vibaillif de Vienne.p
Sit L'Abbaye d'Haut - Villiers
Diocefe de Rheims , vacante
par la mort de Mr l'Abbé de
Fourille , a efté donnée à M
N... de Noailles Evefque &
Comte de Châlon fur Marne,
te
P
iij
174 MERCURE
Pair de France. Ce Prélat eft ge
neralement eftimé à caufe de
l'étendue de fes lumieres & de
la régularité de fa conduite,
Il cft Frere de Mr le Cardinal ,
& de Mile Maréchal de Noailles
. Il a remis àS.M. laDomme
rie d'Aubrac qui eftoit depuis
fort long - temps dans la Maifon
de Noailles. L'Abbate
d'Haut- Villiers eft encore plus
confiderable par les Privileges
qui luy font attachez , que par
fon revenu , & elle a produit
de grands fujets.
M' l'Abbé de Brancas , a eu
l'Abbaïc de S. Gildas , Dioceſe
GALANT 175
de Vannes. Ce jeune Abbé eft
depuis peu Bachelier de Sorbonne
, & il brilla beaucoup
dans fa Tentative . Il eft du Diocefe
de Carpentras , où la branche
de Brancas- Cerelte eft établie
depuis pluſieurs fiécles . M **
deBrancas Cerefte font les aincz
des Ducs de Brancas . Ce jeune
Abbé cft Frere de M'le Marquis
de Brancas , Marefchal des
Camps & Armées du Roy, qui
a époufé Mlle de Brancas , Sour
de Mr le Duc & de Mr l'Abbé
de Brancas , & Fille de feu Mr le
Duc de Villars & de fa premiere
femme MadelaineClaire de Le-
P iiij
176 MERCURE
A
noncourt ; ainfi Mr & Me la
Marquife de Brancas font de
la mefme Maiſon , & par con-
Lequent parens , mais dans un
degré affez éloigné . La Mai
fon de Brancas cft ancienne & '
illuftre ; je vous en ay parlé fi
fouvent , que je ne vous en
diray rien aujourd'huy . Quelques
branches de cette Maifon
font établies dans le Royaume
de Naples & dans d'autres
Etats du Roy Catholique.
M ' l'Abbé de Belſunce grand
Vicaire d'Agen , a efté pourvû
de l'Abbaïe de Champbon
,
Dioceſe de Viviers . Cet Abbé
GALANT 177
eft Neveu de Mr le Duc de
Lauzun , & Fils d'une de fes
Soeurs, & Coufm Germain de
Mr le Marquis de Nogent, Il
eft d'une tres - ancienne Maifon
de Languedoc, qui a donné de
tres bons fujetsà l'Eglife , & qui
eft connue dans le Royaume,
depuis plufieurs fiécles . Mr.le
Marquis de Belfunce Frerende
cet Abbé , commande un Regiment
d'Infanterielen & fert
depuis plufieurs années avec
beaucoup de diftinction . Le
nouvel Abbé de Champbon
a donné des marques de fon
zele dans le Dioceſe d'Agen ,
178 MERCURE
où il fuivit Mr l'Evefque d'A
gen , lorfqu'il alla prendre pof
feffion de fon Eglife . Il ne
l'a point quitté depuis ce tempslà,
& il y a efté dans une aplication
continuelle, à fes devoirs ,
ne fongeant qu'à y remplir dignement
les fonctions de fon
miniftere. Il a un talent particulier
pour la conduite des ames .
L'Abbate de S. Jagut , en
Bretagne , a efté donnée à Mr
l'Abbé Rouffeau , qui porte
le nom de Laubanie, il eft Pricur
& Chef de l'Eglife Collegiale
de Brive la Gaillarde, en Limofin.
Il eft Frere aifné d'un
GALANT 179
qui
autre Abbé Rouffeau
porte auffi le nom de Laubanie,
Prieur Commendataire de
S. Cofme lez Tours . Ils font
l'un & l'autre Neveux de Mr
de Laubanie , à caufe de leur
Mere , qui eftoit Soeur de ce
Lieutenant Gencral , qui leur
a permis de porter fon nom
qui fera memorable à la poſterité.
Ces deux Freres ont
beaucoup de vertu & font
dignes des égards que leur Oncle
a pour eux Celuy qui
vient d'eftre nommé à l'Ab
baïe de S. Jagut, eft tres- fçayant
, il a paffe la plus grande
,
180 MERCURE
partie de fa vie dans l'étude,
& Mr de Laubanie , qui a pris
foin de fon éducation , n'a
rien oublié pour le faire bien
élever. L'Abbaïc de S. Jigut
eft tres-ancienne , & elle eft
connue en Bretagne, & dans
les Provinces voifines , comme
un lieu fecond en Saints perfonnages
elle en a produit
beaucoup dont les Reliques
font aujourd'huy , l'objet de
la veneration des Bretons. I
y a auffi de fçavans Religieux
dans cette Abbaïc , un defquels
travaille à l'Hiftoire de Bretagne.
:
GALANT: 181
Mr l'Abbé Fleury, Abbé du
Locdieu, a eu le Prieuré d'Argentcüil
Diocefe de Paris , va
cant par la mort de Mr le
Cardinal de Coiflin. Cet Abbé
a efté Sous - Precepteur de
Meffeigneurs les Princes . Il a
remis entre les mains du Roy
l'Abbaïe du Locdieu. Le nom
de Locdien , fera à l'avenir celebre
, puifqu'il fe trouvera
dans un grand nombre d'excellens
Ouvrages , que M ' l'Abbé
Fleury a donné au public , &
où il prend la qualité d'Abbé
du Locdicu . L'Hiftoire Ecclefiaftique
, eft l'Ouvrage de ce
182 MERCURE
fçavant Abbé, qui doit le plus,
rendre fon nom confiderable
à la poſterité : C'eft un des meilleurs
Livres que l'on puiffe trouver
en ce genre. Cet Abbé a
auffi donné au public plufieurs
autres Ouvrages, qui luy one
fait beaucoup d'honneur. Ses
livres de pieté qui ont été fi bien
reçûs , font découvrir en luy un
grand fond de probité, & font
voir qu'il a toûjours exercé tou
tes les vertus Chrétiennes , &
qu'il merite l'avantage qu'il a
eu d'avoir travaillé àl'éducation
des Enfans de France . Mr l'Ab
bé Fleury vit à preſent dans
GALANT 183
une grande retraite , afin d'étudier
avec plus de tranquillité.
Le Prieuré du Pleffis Dio .
cefe de Bayeux , a eſté donné
à Mr l'Abbé de Gaffé - Matignon.
Cet Abbé auffi diftingué
par fon merite & par
fa vertu , que par fa naiffance
, avoit poffedé il y a quel
ques années l'Abbaye de Cherbourg,
en Normandie, qui eft
au milieu des terres de la mai
fon de Matignon ; mais comme
il y avoit de grandes reparations
à faire dans cette
Abbaie & de gros procés à
foûtenir , Mr l'Abbé de Gaffé
184 MERCURE
la remit au Roy , qui en pour
veut Mr l'Abbé de Villemareuil
Chanoine de Noftre-
Dame , dont je vous parlay
amplement, il y a quelque mois
en vous apprenant la mort.
Sa Majefté dont la juftice couronne
toutes les actions , fe
fouvenant que Mr. l'Abbé de
Gaffé , luy avoit remis l'Ab
baïe de Cherbourg , luy a
donné le Prieuré du Pleffis , qui
eſt d'un revenu confiderable
& qui vaquoit par la demif
fion de Mr l'Abbé de Tallard ,
qui reftant feul de fa Maiſon .
a cité obligé par des ordres
GALANT 185
réiterez de Mr le Marefchal
fon Pere , d'entrer dans les
Mouſquetaires . Mr l'Abbé de
Gaffé eft neveu de l'ancien
Evefque de Condom , & Coufin
de Mrs de Seignelay , &
des fils de Mr le Comte de
Marfan.
Mc de Rothelin a efté nommée
à l'Abbaye de Nôtre Dame
de Protection . Perfonne
n'ignore , que la maiſon de
Rothelin , vient d'une grande
fource , & qu'étant fortie de
la maifon de Longueville , elle
a l'honneur d'appartenir à la
Maiſon Royale. La Dame , à
Avril 1606.
186 MERCURE
qui le Roy vient de donner
cette Abbaye , s'eft toûjours
diftinguée , par la pratique
exacte des vertus religieufes
& le choix de Sa Majelté , a efté
generalement applaudi . L'Abbaye
de Nôtre - Dame de Protection
, eft dans le Diocefe de
Coûtance : Elle eft remplie de
Filles de merite & de condition,
qui y menent une vie tres- réguliere,
& tres- édifiante , luur
Le Roy a donné l'Abbaye
du Locdicu , vacante par la dés
miffion de Mr. l'Abbé Fleury
à l'ancien Evefque de Limoges
Ce Prelat , qui eft de la maiſon
GALANT 187
de Canifi , établie en Normandie
, depuis plufieurs ficcles ,
s'eft diftingué dans fon Diocefe
, pendant peu d'années ,
qu'il y a demeuré, par ſon zele
, par fa charité , & par une
application continuelle à fes devoirs.
Il a fait plufieurs fois la
vifite de ce vafte Diocefe. Il eft
entré dans le détail de toutes
les affaires qui regardent le Spi
rituel , fans vouloir s'en repofer
fur fes Grands Vicaires , qui
ont eu peu de travail, fous fon
Epifcopat. De figrands travaux
ont épuifé les forces de ce
pieux Prelat ; & comme il s'eft
Qij
188 MERCURE
vû hors d'état de fervir fon Eglife
, avec la même vigueur , il
en a voulu abandonner la conduite
, à quelque autre qui cût.
plus de forces . Le Roy qui connoift
le merite de Mr deCanify,
a refufé long- temps fa démiffion
; mais ce Prince s'eft enfin
rendu aux ardentes prieres de
ce Prelat.
L'ancien Evefque de Gap , a
reu la Dommeric d'Aubrac , vacante
par la démiffion de Mr
l'Evefque de Châlons fur Marne
. Cette Dommerie , eft une
efpece d'Hôpital , dont la Regic
, qui cft d'un revenu affez
•
IGALANT 189
confiderable , eft depuis long
temps dans la maifon de Noailles.
Le Cardinal de ce nom
n'étant encore qu'Evefque de
Châlons , l'avoit poffedée. Ses
Anceftres ont fait de grands
biens à l'Eglife d'Aubrac : On
en voit les Armes en plufieurs
sendroits de ce lieu ; & ce font
des Monumens de la pieté , &
de la liberalité des anciens Seigneurs
de Noailles. L'ancien
Evefque de Gap, eft fils de feu
Mr Hervé, Doyen de la Granade
Chambre, & un des plus cefebres
Magiftrats de cet Augufte
Corps. Il eft frere de Me
190 MERCURE
Hervé , Confeiller au Grand
Confeil , & de M la Marquife
de Riantz , qui a deux fils & une
fille . L'aîné eft Docteur de Sor
bonne , & d'un grand merite
Le fecond eft Officier, dans la
Gendarmerie. Il a efté fort
bleſſe en Allemagne. Mlle de
Riantz, eft connue par fon ef
prit , & par fes agrémens: Mr
Hervé avoit fuccedé en l'Evef
ché de Gap, à Mr Meliand , &
celuy- ci , à Mr de Mechatin ,"
Comte de Lyon , & qui avoit
efté Official de la Primace.
Avant que l'Empereur traitaft
l'Electorat deBaviere, d'une
a
GALANT 19t
de
la Guer
maniere qui a fait horreur à
toute la terre , & qui luy en a
attiré l'indignation
, on regar
doit l'Europe, comme la feule
partie du monde, exempte
Barbaric
, & quoy que
reyregnât
fouvent ainſi que
dans les autres , on remarquoit
qu'elle s'y faifoit avec des regles
qui faifoient conferver une efpece
d'honnefteté
, éloignée de
la tirannic , & des manieres barbares
, auquelles la plus grande
partie des autres peuples, eft accoûtumée
; mais on eft non
feulement
furpris , de voir aujourd'huy
le contraire ; mais
192 MERCURE
que l'on y rencherit fur la
cruauté des peuples , les plus
barbares
, qui font en quelque
façon excufables, puiſqu'ils fuivent
leurs loix & leurs ufages ,
dont on fe peut garantir en
ne tombant pas dans les fau
tes, par lefquelles on s'attire ces
traitemens barbares , mais les
peuples de Baviere n'ont point
eu de moyens de fe mettre à
couvert du cruel traitement
qui leur a efté fait , & qu'on
feur fait encore tous les jours
puifqu'il eft contre les regles ,
& contre tous les ufages qui
Sobfervent
en Europe
, & qui
ne
GALANT 193
ne les pouvoient prevoir. On
les a attaquez fans fujet , on
les a mis dans la cruelle neceffité
de fe deffendre , fans
qu'ils puffent faire autrement ,
afin d'avoir lieu de les traiter
de rebelles , & de les accabler
fous ce faux pretexte : en effet
que peuvent faire des peuples,
dont on exige des fommes
qu'ils ne peuvent donner : cependant
on leur fait un crime
de leur impoffibilité, on détruit
tous leurs biens , on enleve
ce qui ne pourroit qu'à
peine fuffire à une partie de
leur fubfittance , on détruit
Avril 1706. R
194 MERCURE
toutes les places fortifiées qui
peuvent mettre leurs Souve
rains à couvert des infultes ,
& l'on travaille à la ruine en-
:1
tiere de leurs Etats , & pouren
venir à bout, fous quelque prétexte
, on a cherché a faire nat
tre de faux fujets de plaintes ,
& de rebellions , & tout cela
pour accabler
un Prince dont
-on cft ébloui de l'éclat de la
gloire, & dont onne pourroit
allez
reconnoiftre
les fervices,
non plus que ceux qui ont efté
rendu par fes Anceftres ; mais
on ne fait pas attention
que
loriqu'on
en ufe de la forte ;
GALANT 195
on fe met en cftat de faire re
volter fes propresfujets contre
foy mefme , tant ils doivent
aprehender la fuite de la domination
d'un Prince, qui commence
à regner , en traitant
les Princes aufquels, on pourroit
dire , qu'il doit tout ce qu'il eft,
avec une barbarie , inouye en
Europe jufqu'à fon ficcle , &
qui n'a pour loix , que la vo-
·lonté , & une paffion demefurée
, à laquelle fon emportement
naturel ne luy permet pas
de mettre de bornes . Je fouhaite
d'avoir peu d'occafion, de
-vous en parler , puifque je ne
Rij
196 MERCUR
Vous pourrois rien dire que
d'affligeant , pour les peuples
d'Allemagne , qui doivent apprehender
les effets d'une colere
, dont rien ne peut arrêter
l'impetuofité. Je vous envoye
une lettre qui regardeles affaires
de Baviere , & qui merite
beaucoup d'attention . Ellen'eft
pas nouvelle ; mais je n'ay peu
vous l'envoyer plûcoſt , puiſqu'il
n'y a pas long - temps qu'elelt
tombée entre mes mains,
vous y verrez combien la maifon
d'Autriche , doit à celle de
Baviere , ce que cette derniere
-a fait pour elle , & la manicGALANT
197
re dont elle en eſt recompenfée
; mais il eft ordinaire aux
Princes ambitieux ,de chercher
à affoiblir, le pouvoir de ceux à
qui ils doivent beaucoup , parce
que leur préfence , & leur
merite perfonnel , ſemblent le
leur reprocher , & que l'eclat
qui accompagne
toutes leurs
actions les éblouit , & leur fait
de la
peine.
A Munich ce premier Mars.
Vous me demandez , Monfieur,
des nouvelles de noftre infortunée
patrie ; je nepuis vous en appren-
R iij
198 MERCURE
dre que de triftes d'affligeantes :
les violences des Miniftres de
l'Empereur yfont portées aux
plus grands excés ; les gens de
guerre y vivent , non pas comme.
dans un pays libre & independant,
on dans un pays foumis à la domination
de l'Empereur ; Mais
comme dans un païs de conquête, que
L'on à refolu de détruire , & dont
on veut abfolument éteindre le
fouvenir, & empefcher qu'il n'en
refte aucun veftige à la pofterité,
Sice n'eftpas là tout àfait l'intention
des Miniftres de l'Empereur,
c'est du moins , ce que l'on doit inferer
de la conduite qu'ils tiennent
GALANT 199
à l'égard des Bavarois. Celle
qu'ils ont pour noftre Sereniffime.
Maiftre,n'eft gueres plus moderée.
Ils en parlent comme d'un rebelle ,
que la Maifon d'Autriche à èlevé,
& qu'elle fçaura bien detruire
quand elle voudra. Ce font les
termes qu'ils employent dans plufieurs
petits écrits , injurieux àla
perfonne de ce valeureux Prince ,
qu'ilsfont courir dansle monde . Ce
nom de rebelle convient-il bien à
un Electeur de l'Empire ? à un
Prince Chef d'une Maifon Souveraine
, & connue en Allemagne,
plus de 600. ans avant celle
d'Autriche , d'une Maifon enfin !
Riiij
200 MERCURE
qui poffedoit des Etats en toute
fouveraineté, plus deux cens ans
avant que celle d'Hapfbourg , fuſt
fortie du rang de la fimple Nobleffe
; & qui accordoit fa protection
aux Empereurs d' Allemagne ,
dans un temps , où ceux , dont les
Princes d'Autriche font iffus
n'eftoient qu'Officiers de la Maifon
des Rois de Boheme. Je ne m'atta
chepas à prouver une chose qui eft
connue de toute l'Europe , & qui
n'eft ignorée de perfonne , il
fuffit de dire , que les termes dont
Les Miniftres Imperiaux ,fe fervent
à l'égard de Mr l'Electeur de
Baviere, attaquent en fa perfonne
GALANT 201
tous les Princes de l'Empire ,
que l'Empereur laiffe assez voir
par cette conduite , le peu d'égard
qu'il a pour ceux qui compofent le
Cercle de l'Empire. Si le nom de
Rebelle ne convient point à Son
Alteffe Electorale ; celuy d'Ingrat
luy convient encore moins . Ilfaudroit
estrepeu inftruit dans l'hiſtoire
de l'Empire , & furtout ignorer
entierement,ce quife paffa dans
le commencement du dernier fiecle,
poureftrefufceptible des impreffions,
que l'Auteur deces petis écrits veut
donner. Favoue que c'est de la
maifon d'Autriche , que les Ducs
de Baviere , tiennent l'Electorat ;
202 MERCURE
que
a
mais c'eſt un prefent , qu'elle ne
pouvoit faire à aucun autre Prince,
& ce prefent n'eft pas à beaucoup
prés fi confiderable , que celuy
que
la maifon de Baviere a
fait à celle d'Autriche. La dignité
d'Empereur, eft plus importante
celle d'Electeur , fi les Ducs
de Baviere tiennent celle - cy de la
liberalité des Empereurs de la maifon
d'Autriche , ces mefmes Empereurs
, ils ne peuvent le defavouër,
tiennent de la generofité
des Ducs de Baviere la dignité
Imperiale.Ferdinand ſecond , Archiduc
de Gratz , bifayeul de
l'Empereur,qui regne aujourd'huy
GALANT 203
auroit-il jamais pú parvenir à cette
haute dignité , fans les bons of
fices de Maximilien Duc de Baviere
! que dis-je , fans la generofité
de ce Prince , qui ceda l'Empire
, dont il eftoit affûré , à Ferdinand.
Frederic Electeur Palatin,
& gendre de Jacques premier Roy
d'Angleterre, avoit d'abord enquelques
veuës qu'il nefuivit pas enfuite,
voyantbien que la religion
proteftante qu'ilprofeffoit , étoit un
obftacle invincible ; il renonça à
la verité, à fes prétentions , mais
d'une maniere qui devoit ôter infailliblement
l'Empire¸à la maiſon
d'Autriche ; aprés la mort de l'Em204
MERCURE
Roy
des
pereur Matthias; ilfejoignità Maximilien,
Duc de Baviere ,fon coufin
, à qui il procuroit les voix
deux autres Electeurs proteftans ,
s'il en eût voulu profiter, comme le
d'Angleterre , & tous les
Princes d'Allemagne , qui estoient
las du joug de la maifon d'Autriché
; l'en preffoient. Maximilien
avoit encore la voixde Ferdinand,
Electeur de Cologne , fon frere :
toutes ces voix fuffifoient pour élever
Maximilien àl'Empire, malgré
toutes les intrigues de la maifon
d'Autriche ; d'ailleurs les autres
Princes d'Allemagne auroient
efté ravis de donner une entiere
GALANT 205
exclufion à Ferdinand , Archiduc
de Gratz , nouvellement élû Roy
de Bohême , & que l'Empereur
Matthias , qui n'avoit pas encore
long- temps à vivre , defignoit pour
Jon fucceffeur. Ce Prince avoit
des manieres de hauteur , qui ne
leur plaifoient point ; la conduite
qu'il avoit tenue à l'égard du Cardinal
de Clefel , Evêque de Vienne
, premier Miniftre de Matthias
les avoit entierement aigris contre
luy. Ce Prélat nefongeoit qu'àramener
parla douceur , les Peuples
de Bohême, qui s'étoientfoûle-vez
& à leur faire accorder de nouveauxprivileges
, au cas que la ne206
MERCURE
ceffité des affaires, le demandât ; ib
n'inſpiroit à fon maistre que des
penfées de paix & de moderation
& luy infinuoit, en même temps
que fion en venoit à uneguerre ou
verte
, le Roy Ferdinand deman
deroit le commandement de l'ar
mée, & qu'il fe rendroit par là
• le maître des affaires. La conjonctu
re cependant , où se trouva l'Empereur
l'obligea de lever des trou
pes , à quoy ilfut déterminé par
le Roy de Bohême
duc d'Infprukfon frere, es par le
Conte d'Ognate , Ambaffadeur
d'Espagne ; Ferdinand ne manqua
pas d'en demander le com
par
l'Archi-
1
GALANT 207
mandement ainsi que l'avoit predic
le Cardinal de Clefel , & comme
l'Empereur ne pût le luy refu
fer, fon fage Miniftre luy infinua
de limiter fon pouvoir & de nommer
un Confeil de guerre , compofe
defesplusfideles Officiers , dont Ferdinand
feroit le chef, maisfans lequel
, ce Prince ne pourroit rien
faire. Le Roy de Boheme connut la
main qui luy portoit le coup , & il
refolut defe vanger. Ses emiffaires
fes creatures commencerent
crier hautementcontre le Cardinal,
à l'accufer de femer la divifion
duns la famille Imperiale , d'eftre
un ennemy fecret & dangereux
208. MERCURE
de la maifon d'Autriche , d'avoir
d'étroites intelligences avecles béretiques
, & de plufieurs autres
chefs. Ces rapports ne firent aucune
impreffionfur l'efprit de Mathias
qui connoiffoit affez la pro
bité & les intentions droites de
fon Miniftre,c'eftpourquoy le Roy
de Boheme, l'Archiduc Maximilien,
& le Comte d'Ognate defefperant
d'obliger l'Empereur
chaßer luy même ce Cardinal
prirent la réfolution de s'en def
faire : onpropofa d'abord de l'affa
finer , mais comme le meurtre
l'Empereur Ferdinand I.leur ayent
avoit faitfaire du Cardinal Mar-
د
que
GALANT 209:
nutius en Hongrie , avoit autrefois
mis ce Prince à deux doigts
de fa perte , & que d'ailleurs.
le Cardinal Clefel , étoit dans fa
Ville Epifcopale , circonſtance qui
rendroit ce crime encore plus atroce,
ilsjugerentplus à propos defefaifir
de fa perfonne , & de le renfermer
dans quelque prifon , àl'infçu
de l'Empereur ; on appella donc cét
infortuné Prélat au Confeil , qu'on
luy dit , qui fe tenoit dans l'appartement
de l'Archiduc Maximilien
; à peine fut-il dans l'antichambre
, qu'il fut arrêté , jetté
dans un Carroffe , & conduit fous.
une groffe eſcorte , au Château
Avril 1706. S
1
210 MERCURE
d'Infpruck. l'Empereur enfut au
defefpoir , mais la colere de ce Prince
infirme :fut impuiJante ; il menaçoit
d'aller demander du fecours
aux Evangeliques de Bohéme, fi
on ne luy rendoit fon Miniftre.
Le Cardinal de Dicthriftein , qui
étoit d'intelligence avec Ferdinand,
appaifa un peu ce Prince, & l'obligea
de recevoir le Roy de Bohéme,
l'Archiduc,qui luy demanderent
pardon , les deux Princes luy promirent,
qu'ils ne fe mêleroient plus
du gouvernement , & le pauvre
Matthias,que la mort talonnoitfut
contraint, de fe contenter de leurpa
role. C'eftpeu aprés cette action vio
GALANT 211
lente la mort de cet Empereur
que
arriva . Ce Prince mourut, accablé
de chagrins de difgraces , an
mois de Mars de l'an 1619. &
il ne fautpas douter, que l'Archiduc
de Grats fon coufin , & qu'il
avoit adopté, n'euft avancé fes
jours. Dans la mauvaise difpofition
où tout l'Empire eftoit contre
cet Archiduc, qui n'était pas même
encore bien affeuré defucceder
Couronnes de Hongrie er de Bo
héme , on n'euft jamais une plus
belle occafion d'arracher l'Empire
d'une maison , qui le regarde depuis
plufieurs Siecles , comme une
partie de fon patrimoine ; &fi
Sij
212 MERCURE
on ne le luy ofta pas , alors ce fut
uniquement à Maximilien , Ďuc
de Baviere,que cette maison enfust
redevable. Favoue qu'on jetta
les yeux fur plufieurs Princes :
Charles Emanuel,Duc de Savoye
fe flattafort ferieusement, pendant
quelque temps , d'eftre préferé. Ce
fuft dans cette veuë ,
"Amedée ,fon fils qui devoit époufer
Madame Chriftine de France,
fille de Henry le Grand , vint
luy-mefme à Paris , pour achever
ce mariage; e pour fonder fur
ce fujet , l'efprit de la Cour. Ilfe
que
Victor
mêla de l'accommodement de Loüis.
XIII, avec la Reynefa mere , qui
GALANT 213
eftoit à Angoulême , & il crut
engager, parcette negociation, cette
babile Princeffe , dansfes interefts.
On croit même, que Dupleffis Mornay,
avoitparlé,le premier, decette
affaire. Je conviens encore que.
Frederic, Electeur Palatin,quifûtenfuite
couronné Roy de Bohême,
prétendoit hautement à l'Empi
re ; mais enfin il ne reftoit que
feul Duc de Baviere, qui pûtfaire
tefte à Ferdinand : l'Electeur
Palatin , convaincu que la religion
proteftante , commeje l'ay
desja dit , luy donnoit une exclufion
infurmontable , s'eftoit réüni
avecfon confin , ilfollicitoit
214 MERCURE
ouvertement pour luy ; quant .
au Duc de Savoye il n'y fongeoit
plus , au temps de l'élection ;fon
party eftoit tropfoible, s'il eft même
vray qu'il y en eût eu un de
formé en fa faveur. Le fuccez
étoit donc infaillible , fi le Duc
Maximilien eût perfifté à demander
l'Empire ; mais bien loin de
foutenirdefilegitimes prétentions ,
il fe donna tout entier, avec le parti
qui luy étoit attaché, à un Prince,
dont il ne prévoyoit pas , fans
doute , que le petitfils & l'arriere
petit fils, feroien les plus irreconci
liables ennemis defa pofterité; que
dis-je , les deftructeurs & les tirans
de la Baviere.
GALANT 215
Jugez à prefent, Monfieur,fic'eſt
la Maifonde Baviere , ou celle
d'Autriche , qui doit eftre taxée
d'ingratitude ; s'ilfied bien à l'Empereur,
de dire qu'il a élevé la Maifon
de Baviere ; & laquelle enfin
de ces deux Maifons , eft laplus redevable
, à l'autre , de fon éleva
tion. Les commencemens de la
Maiſon d'Autriche, ont estéfi obfcurs
quefes Partifans ne devroient
jamais toucher cette corde ; fa fortune
d'ailleurs, de tems à autre , a
eftéfi chancellante , qu'elle devroit
tirer une grande leçon de moderation
, de cette varieté de difgraces
humiliantes & d'evenemens glo216
MERCURE
rieux. Mais non ! rien ne corrigera
jamais les Princes de cette
Maifon ; unefierté orgueilleufe ,
eft le caractere dominant de tous
ceux qui enfortent. Je quitte cette
trifte matiere , Monfieur , elle eft
trop affligeante , & je ne trouve
plus rien au bout de ma plume ,
tant j'ay le coeurferré, d'eftre , tous
les momens de lajournée , le triſte
témoin des calamitez de ma Patrie;
Je Suis voftre , &c.
Je crois que les malheurs
des Bavarois, ne font a encore
finis , & que je n'auray que
trop dequoy vous en entretenir
dans la fuite , mais plus je vous
en
GALANT 217
en parleray, plus le Prince, qui
les fait fouffrir éloignera de lui,
l'amour de fes peuples mêmes,
qui le craindront plus qu'ils ne
laimeront ; mais l'obéiffance,
qui n'eft fondée que fur la
crainte , n'eft pas fouvent de
longue durée. C
Les trois articles que vous
allez lire regardent la mort des
Gouverneurs de l'Acadie , de
S. Domingue , & des Ifles de
Cayennes,
Mellire Jacques François du
Bourouillan, Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , Gou
verneur de la Province de l'AAvril
1706 .
I
218 MERCURE
2
cadie , dans la nouvelle France,
cy-devant Gouverneut de Plaifance,
dans l'Ile de Terre neuve
& Terres adjacentes , mourut
le 23. Septembre de l'année
derniere âgé de 51. an , en arrivant
à fon gouvernement de
l'Acadie ; il a fi bien fait for
tifier le Fort Louis de Plaifance
qu'il peut paffer pour impre
nable. Il y fut attaqué deux
fois dans la derniere guerre par
deux Efcadres Angloifes qu'il
repoufla vigoureulement ; &
s'étant rendu maistre en 1696:
de toutes les Colonies , que les
Anglois occupoient dans l'Ifle
GALANT 219
deTerre neuve , il y prit environ
40.Vaiffeaux chargez de Mouruë.
En 1704. il fut attaqué au
Port Royal de l'Acadie, par les
Anglois , avec 30. Vaiffeaux ,
qui furent obligez de fe retirer
fans faire de defcente . Il avoit
fix freres , cinq defquels font
morts dans la derniere guerre,
en fe diftinguant au Service de
Sa Majefté ; ils étoient fils de
Meffire Jacques du Bouroüillan
, & petit fils d'Arnaud du
Bouroüillan , Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roy
Louis XIII. d'heureufe memoire
, & Colonel du Regi
I ij
220 MERCURE
ment de Guienne ; Jacques
François de Bouroüillan,a laiffé
en mourant deux neveux , qui
fuivent fes traces , dans le Service
de Sa Majesté , l'un eft
Commandant des Troupes de
l'Acadie , & l'autre Major, des
Dragons du Regiment de la
Vrilliere.
Mr Auger , Gouverneur de
S. Domingue , y mourut le 8 .
Octobre dernier , fort regreté
des Colonies . Il avoit eſté longtemps
Gouverneur de la Guadeloupe
, où il fe faifoit tellement
aimer des Officiers &
des Habitans , par fes manieres
GALANY 221
honneftes , qu'ils ne l'ont vû
mourir , qu'avec un extréme
regret , & toute la Colonie de
S. Domingue , aufli-bien que
les Officiers & les troupes generalement
, ont efté fi fenfibles
à la perte , qu'ils en ont
faite , qu'ils n'ofent fe promettre
de la voir reparée , de
long-temps , tant ils trouvoient
de douceur à fon Gouvernement
.
Meffire Pierre Eleonor de
dé Ferrolles , Marquis dudit
licu , Chevalier de l'Ordre de
S. Louis , Gouverneur dés
Ifles de Cayenne & Terres-
Tiij
222 MERCURE
Fermes de la Cayenne ; Licu
tenant General des Iles de
l'Amerique Meridionale , eft
mort dans fon Gouvernement,
âgé de 56. ans. On doit remarquer
que ce Gouvernement
s'étendoit , depuis la riviere
des Amazones , jufqu'à
celle de Suriname , où il y a
- un établiſſement d'Hollandois,
qui en 1666. en firent la Conquefte
fur les Anglois , fous
le Commendement du Contre-
Amiral Kreizen , à qui feu Mr
le Chevalier de Lezy de la
Barre , alors Gouverneur de
Cayene,fournit deux Vaiſſeaux
GALANT 223
& deux cens hommes de fa
Garniſon , pour cetre expedition
à quarante licues ou cnviron
à l'Ouest de Cayene . Mr
de Ferroles avoit fuccedé à ce
Gouvernement , il y a environ
vingt ans , à Mr de la Barre ,
Capitaine de Vaiffeau & Frere
de Me la Prefidente de Quincy
, & de Me d'Ormeffon .
Il alla comme Garde de Marine,
à Cayene en 1677. lorfque
Mr le Maréchal d'Eltrées
en alla chaffer les Hollandois.
Ce Marefchal le laiffa Ayde-
Major à Cayene , dont il fut
Major quelque temps aprés ;
I iij
224 MERCUR I
*
& enfuite Lieutenant de Roy ,
jufqu'à ce qu'il eut fuccedévà
Mr de laBarre.Quelques années
aprés , il executa avec beau
coup de valeur & peu de troupès
, les ordres qu'il reçut de
la Cour , d'aller chaffer les Portugais
, des trois Forts qu'ils
eftoient venus conftruire fur la
rive Septentrionale de la riviere
, des Amazones vers fon
embouchure. Il n'avoit que
quatre -vingt-dix hommes ; ilen
chaffa deux cens Portugais,fou
tenu de fix cens Indiens , rafa
deux de leurs Forts , laiffa garnifon
dans le troifiéme, nommé
GALANT 225
Makapa , & revint à Cayene
avec les cinq ou fix Canaux ,
ou Pyragues , qui avoient fervi
à cette expedition , & avec
lefquels,ilauroit pû chaffer tous
les Portugais , ainfi que de Para
leur Capitale & des autres
poftes , qu'ils ont fur la rive
droite de cette riviere ; mais les
ordres de la Cour , portoient
de les chaffer feulement de ces
Forts qu'ils avoient bâtis fur
les Terres dépendantes du Roy.
Monfieur de Ferroles avoit à
Cayenne, & dans la Terre Ferme,
voifine , des établiſſemens
confiderables de fucrerie , de
226 MERCURE
de la Co-
Rafineric , & de Manufactures
d'Indigo ; il a laiffé le Païs tran
quille, & dans une intelligence
parfaite avec diverſes Nations,
fauvages de l'Ile de Cayene
& du Continent , defquelles il
tiroit auffi bien que
lonie , une infinité de commoditez
, ce qui la rend tres - floriffante
, fur tout à cauſe du paffage
, aux Iles de l'Amerique ,
des Vaiffeaux qui viennent des
Coftes d'Afrique, chargez d'Efclaves
Negres
.
Mr d'Orvilliers a efté nommé,
par SaMajefté , pour aller
remplir la place de feu Mr de
GALANT 227
Ferolles , fous lequel il a efté
long- temps Lieutenant de Roy.
Il eft à Rochefort preft à s'embarquer,
ſur une fregate, que Sa
Majefté luy donne pour le
porter à Cayenne , & pour en
rapporter la veuve de Mr de
Ferolles , fille cadette de feu
Mr del- Rieux , cy - devant
Maistre d'Hoftel Ordinaire du
Roy.
La Lettre qui fuit , eft
d'un Membre du Parlement
d'Angleterre, j'aurois pû vous
l'envoyer , dés le mois paffé ;
mais l'abondance de la matiere
, dont j'étois accablé , fut
228 MERCURE
caufe qu'elle ne pût trouver
place dans ma Lettre .
Je crois que je puis , Mr ›
vous parler avec quelque certitude
, des bruits de Paix , qui fe
font répandus au-delà de la Mer.
Il eft certain , que quelques Cantons
Suiffes , ont fait fonder fi
·leur médiation feroit agreable aux
Puiffances qui font en guerre . Il
n'eft pas moins vray , que ni ceux
qui nous gouvernent , ni les Zelateurs
de noftre Cour, n'y paroif-
·fent point du tout difpofez. Ce n'est
-pas, que les Peuples ne la fouhaitent
autant que nous. On ne juge
GALANT 229
pas que laNation Angloife , foit encore
affes abbaiffée par le payement
des gros fubfides , que nous
donnons pour le foutien des dépenfes
importantes de la guerre ; on
veut , s'il m'eft permis de m'expliquer
ainfi , la reduire dans une
fi grande mifere , qu'elle ne foit
pas en état de donner,dans la Paix,
aucun ombrage , à ceux qui ont
l'Adminiſtration des Affaires. On
eft fi fort perfuadé , que le calme
eft incompatible avec le Regne
d'aujourd' buy , qu'on croit fe fla
ter, mal à propos , de pretendre
voir fi-toft la guerre terminée . Il
fuffit de parler de Paix, en ce Païs
230 MERCURE
ici, pour eftre regardé, comme enne
mi du Gouvernement. Je nesçaurois
mieux vous perfuader de cette
verité, qu'en vous envoyant l'Extrait
de la Lettre, queMilord Har
lay, Secretaire d'État, a écrit, par
ordre de la Reine , dans toutes les
Cours de l'Europe.
Ce Milord expofe , d'abord,
que les bruits qui fe font répandus
, d'une prochaine Paix,
font des effets de l'artifice de la
France ; que la Reine luy avoit
ordonné d'écrire à fes Miniftres,
dans les Cours étrangeres,
pour
les exhorter, à détruire ces
bruits , qui fe trouvent oppoGALANT
231
fez aux intereſts de la Couronnc
, & au ſervice de fa Majeftés
leur ordonnant , en mefmetemps
, autant qu'il fera en leur
pouvoir , d'empêcher que les
Princes , prés defquels ils refident
, ne fe laiffent point furprendre
par de parcils bruits ,
& n'écoutent aucune propofition
de Paix.
Que nous fommes à plaindre ,
Mr, de voir dans de pareils fentimens
, ceux qui gouvernent la
Nation ; autrefois, on fe plaignoit
que la France ne refpiroit que
trouble, & la confufion , afin qu'à
la faveur de la
la guerre , elle pût
·le
1
232 MERCURE
parvenir à la Monarchie univerfelle
mais les reftitutions
qu'elle fift par le Traité de Rif
wich ayant paru , aux yeux
de l'Europe , fort opposées à cette
ambition , on veut prefentement
,
que ce foit dans la Paix, que la
France cherche ces avantages
.
Ouy, Mr, il n'y a point de
bon Anglois, qui pour faire fa
Cour, ne doive rejetter toutes les
propofitions
de Paix , qui pourront
eftre faites, quelques raisonnables
qu'elles foient , parce que la Reine
les défaprouve
; vous en concevez
affez la raison , fans que je m'explique
d'avantage. Il me paroift
GALANT 233.
nous
cependant , qu'il feroit plus avantageux
e plus glorieux à la Nation
Angloife , de chercher des tem-
•perammens , pour terminer à l'amiable,
les differens des deux Maifons
concurrentes , que de facrifier
fes richeffes, & de répandre lefang
des Sujets, dans une guerre ,où n
avons fi peu d'intereft . Mais enfin
, l'objet principal , de ceux qui
-gouvernent l'Angleterre, eft comme
je vous l'ay déja fait obferver,
de reduire les Anglois , au trifte
état où font tant d'autres Nations,
que leur mifere retiennent dans
Fefclavage. Noftre Commerce , qui
-qui enrichiffoit nos Peuples , &
Avril 1706 . V
234 MERCURE
rendoit la Nation Angloife refpec
table dans le Vieux, & dans le
-nouveau Monde, eft prefque entie-
-rement ruinée ; & à moins que le
-Parlement ne prenne de juftes mefures,
pour relever ce Royaume, il
va tomber dans la derniere mifere.
F'efpere qu'au premier jour , je
vous donneray
l'éclairciffement
que vous me demandez , afin de
-vous prouver, avec combien d'attachement
, Je fuis , &c.
Cette Lettre auroit un grand
relief, s'il m'étoit permis de
nommer , non pas celuy qui
l'a écrite , qui eſt un bon Anglois
, que je n'ay pas l'honGALANT
235
1
neur de connoiftre , mais celuy
qui l'a requë , dont le nom
& le merite font connus en
beaucoup d'endroits , & qui
remplit , avec beaucoup de reputation
un Employ de diftinction
, dans une Cour voifine.
Quoique l'Article fuivant
ne foit pas nouveau , il ne laiffera
pas de faire connoiftre
l'esclavage
, où le trouve pre-
·fentement
le Parlement
d'Angleterre.
Dans le tems que le Parlement
deliberoit
fur l'acte qui a pour
stitre : Acte pour la plus grande
Vij
236 MERCURE
fureté du gouvernement deSaMajefté,
& de la fucceffion de la Cou
ronne. Mr Cefard , membre de
la Chambre haute, s'étant levé ,
de fa place dit d'une voix fer-
-me , & d'un ton mécontent.
Milords, inutilement travaillerons-
nous à la feureté du gou
vernement tant que la Reine
employera,dans les affaires lesplus
fecrettes, des gens peu affectionnez
à l'Etat , il y a actuellement un
noble Pair fans l'avis duquel Sa
Majefté ne fait rien , qui ,fous le
regne precedent , entretenoit une
étroite correfpondance avec les ennemis
de l'Etat je doute méme
GALANT 237
qu'il n'ait encore avec eux, de fortes
intelligences.
Mr Cefard cût à peine achevé
de parler, que tous les Milors
fe regardans les uns les autres
, Milord Chancelier, com-
-meOrateur né de la Chambre,
prit la parole & dit , que ce dif
cours étoit injurieux à la Reine
au gouvernement ; & il fut
ordonné à Mr Cefard de fortir
de la Chambre, & enfuite il fut
conduit prifonnier à la Tour.
-On voit par là que les membres,
du Parlement d'Angleter
re n'ont plus la liberté de par
ler , comme autrefois , pour la
238 MERCURE
bien de la nation , lorfque ce
qu'ils ont à reprefenter , eft
contraire aux interêts de la
Cour.
Quoyque ce qui fuit ne foit
pas arrivé nouvellement , il ne
laiffera pas d'être nouveau pour
ceux qui ne l'ont appris qu'imparfaitement
, & il y a peu de
gens qui ne foient de ce nombre.
AY
Quelques rigoureufes que
foient les deffenfes de la Cour
d'Angleterre , d'y mettre aucun
ouvrage ,fous la preffe , fans
permiffion ; on voit tous les
jours éclore à Londres quelques
*
GALANT · 239
libelles injurieux, contre la Cour
& le gouvernemét .A peine Milord
Malbouroug fut- il arrivé
à Londres , qu'on trouva ſemé
dans les ruës , plus de deux cens
exemplaires d'un petit écrit où
ce Milord eft repreſenté, ennemi
de laPaix & du repos de l'Europe
, comme un homme qui
n'a que fon propre
recommandation , & dont l'ambition
démefurée , doit caufer
la ruine du Royaume. Il en a paru
un autre intitulé , La revue
des membres de la Chambre haute,
où Milord Haversham & pluheurs
autres Seigneurs font
interêt en
240 MERCURE
fort maltraitez , & quoyque le
Parlement ait déclaré , que l'Eglife
Anglicane étoit floriffante , &
en feureté , fous le regne de cette
Princeffe , & que ceux qui foutiendroient
le contraire ,feroient ré-
•putez ennemi de la Reine, de l'Eglife
& du Royaume ; on n'a pas
laiffe de diftribuer une infinité
d'exemplaires , d'un écrit qui a
pour titre Memoire de l'Eglife
Anglicane , humblement offert à la
confideration de ceux qui aiment
noftre Eglife & noftre conftitution .
L'Auteur de cet Ouvrage , s'ef-
-force de perfuader à fes Leccurs,
que la Reine met cette Egli-
:
fe
1:
GALANT 241
Je dans un tres -grand danger , par
la
continuation d'une guerre , où,
felon luy,
l'Angleterre n'a aucun
interêt , parce que la paix de
l'Eglife dépend de celle de l'Etat,
&que l'une & l'autre , ne peuvent
fefoutenir, quepar la richeffe
des Peuples , la liberté du
commerce ; ce qui eft incompatible
avec une guerre ruineufe , telle
qu'eft celle qui afflige aujourd'huy
l'Europe. David Edwards étant
accufe d'avoir mis cet
Ouvrage
fous la preffe , la Cour a fait
publier une Ordonnance , qui
promet so.livres fterling à celui
qui fe faifira de fa perfonne
Avril 1706. X
242 MERCURE
& 200. livres sterling à ceux qui
découvriront l'Auteur de l'Ou
vragé , quieft encore inconnut
on a appris depuis ce tems -là,
que Mr Harlay premier Secre
taire d'Etat , s'étant rendu à la
Chambre des Communes , de
la part de la Reine , avoit déclaré
, que dans la recherche que
Sa Majefté avoit fait faire de cet
Auteur , on avoit trouvé que
quelques Membres de cette Cham
bre ,y avoient beaucoup depart
mais que par la confideration que
Sa Majesté avoit pour leurs Privileges(
ou plûtoft par la crainte
qu'elle avoit que leurs mecon
GALANT 243
a
cette
des Communes
tentemens fecrets n'éclataffent)
elle avoit empêché la pourfuite de
cette affaire , jusqu'à ce qu'elle eur
frú files Communes le trouveroient
àpropos. Cette honnêteté
condefcendance , ont attiré à cette
Princeffe uneAdreſſe des remerciemens
de la part
qui la prient en même tems defai-
-re poursuivre cette affaire , afin
que les indifcrets foient punis.
Je ne repete point icy, ce que
je vous ay déja dit , pour vous
faire connoiltre que l'Eglife
Anglicane, eft dans un extrême
danger : elle eft la dominante ,
felon les Loix du Pays ; mais
Xij
244 MERCURE
elle n'eft pas la favorite de la
Cour , qui feroit mal dans fes
affaires, fans l'intelligence qu'el
le conferve avec tous les Proteftans
: cependant, pour parler
plus jufte, la politique eft aujourd'huy
, la feule divinité de
la Cour d'Angleterre. On y
ménage tous ceux qui profeffent
des Religions differentes ,
& on les fait agir les uns contre
les autres , felon que l'on
en a befoin , en leur diftribuant,
tour à tour , des graces ,
& en leur faifant entre - voir
adroitement que la Religion de
ceux qui feront les moins zelez
GALANT 245
pour la Cour , fera celle qui fe
trouvera dans un plus grand
danger .
1
Le premier Mécredy aprés
la quinzaine de Pâques on fit
au Parlement , les Me curiales
, qui s'y font ordinairement
en ce tems- là . Mr Portail
premier Avocat General
parla. Le difcours qu'il fit fut
applaudi , & ce difcours ne reçût
pas moins d'éloges , que
celuy qu'il prononça aprés la
S. Martin de l'année derniere,
dans une pareille occafion . Il
fit un détail tres-circonftantié ,
de tous les devoirs d'un Ma-
X iij
246 MERCURE
giftrat ; il doit être , dit - il , éclai
ré, fage , difcret , prudent , fans
paffions , ou du moins , il doit continuellement
s'attacher à les affujettir
, non pas en devenir efclave
; il doit être acceffible , écouter
tout le monde , & ouvrir la porte
au pauvre , comme au riche , au
malheureux, comme à celuy qui
jouit d'unefloriffante fortune ; il
doitgarder un fecret & on ne le
garde , ajoûta cet éloquent Magiftrat
, qu'en parlant peu , qu'en
Je communiquant peu , qu'en's'ouurant
peu , même à fes meilleurs
amis : Il doit être définter ffé, &
regarder plus les richeſſes comme
GALANT 247
une tentation tres-feduifante & à
laquelle on refifte peu , que comme
des
moyens
de vivre contens &
tranquilles
. Ce qu'il addreffa
aux Avocats
, aux Procureurs
,
& aux autres gens de Juſtice ,
fut tres- delicatement
touché.
Mr le premier
Préfident
prit la
parole , lorfque
Mr l'Avocat
General, cût ceffé de parler , Son
difcours
fut court , mais tresfort
; & l'on peut dire qu'il
étoit plus rempli , de chofes que
de mots. Les devoirs
des premiers
Officiers
de la Magiſtraturc
, y furent décrits avec de
vives couleurs
; & quoy qu'on
248 MERCURE
vit bien que ce grand Ma
giftrat ne cherchoit point à
plaire , on remarqua dans fon
difcours une éloquence noble ,
qui ne fatisfaifoit pas moins
l'efprit, qu'elle flâtoit l'oreille ,
Les louanges du Roy furent
trouvées tres- delicates, & données
avec une grande juſteffe.
Ce grand Monarque y fut peint
avec des couleurs tres naturelles
; & les efforts du grand
nombre de Princes conjurez ,
contre luy, yfurent peints avec
beaucoup de force. Mr le premier
Preſident ayant fini ; l'un
des Greffiers lût les Reglemens
GALANT 249
du Parlement , fuivant l'ancienne
maxime de les lire , à
toutes les Mercuriales , & cette
lecture fait une partie du fond
de la Mercuriale. Le nombre
de ces Reglemens eft grand ,
& on s'inftruit, en les entendant
lire, des anciens uſages des Officiers
du premier Tribunal du
Royaume.
Monfieur le Duc deLorraine
vient d'établir une Academic
de beaux efprits, à Nancy . Les
Reglemens en ont été faits à
l'inftar de ceux des Academies
Françoifes & des Inſcriptions.
Le Pere Hommey , Auguftin
250 MERCURE
quidemeure à prefent à Nancy
& qui eft fort connu dans la Republique
des lettres, a adreffé
un Poëme à Mr le Marquis de
Lenoncourt , grand Chambel
lan de Mr le Duc de Lorraine,
fur ce que ce Marquis vient
d'eftre fait Protecteur, de cette
nouvelle Academie. Il le compare
à Mecene , & fait remarquer
, que du temps d'Augufte
les gens de lettres à Rome fe
rejoüiffoient d'avoir à leur tête
Mecene, de même que les gens
de lettres, fe rejouiffent aujour
d'uy en Lorraine d'avoir pour
Protecteur , Mr le Marquis de
GALANT 251
:
Lenoncourt , qui n'eft pas
d'une naiffance moins diftinguée
, que l'ancien Mecene, &
qui n'aime pas moins que luy ,
Ics gens de lettres le Pere
Hommey fait voir, pour prouver
la grandeur de la naiffance
de Mr de Lenoncourt , qu'il
y a eu trois Cardinaux de cette
maifon ; Olderic , Robert &
Philippes de Lenoncourt . Il
loue enfuite ce nouveau Protecteur
, fur la fageffe dont il a
donné des marques dans deux
Ambaffades, & fur tout dans
celle de Rome . En le loüant
fur fon inclination pour les
252 MERCURE
gens de lettres , il fait un détail
du bien que ce Seigneur
leur a fait en plufieurs occafions
, & il parle de la Bibliotheque
qu'on va faire à Nancy
pour les nouveaux Academitiens
. Cette nouvelle Academie
s'ouvrira fous le nom d'A
cademie Leopoldine . Le Pere
Hommey eft membre de cette
Academic.
On a parlé dans les nouvel
les publiques d'un enfant,qu'on
a trouvé dans fon berceau ,
flottant fur les eaux qui ont
inondé une partie de l'Italie :
Ja Reine d'Efpagne voulant
GALANT 253
imiter, en cette occafion , la fille
de Pharaon , a refolu de prendre
foin de faire élever cet innocent,
& elle l'a obtenu du
Roy fon Epoux, & Mr le Prince
deVaudemont, Gouverneur de
Milanois, a eu ordre d'envoyer
cet enfant en Eſpagne , avec
les precautions neceffaires pour
qu'il ne fouffre point des fatigues
du trajet cette charité
eft digne de la grandeur d'ame
d'une puiffante Reine , & elle
a attiré de grandes louanges,
à cette Princeffe .
L'Extrait qui fuit est tirée
d'une Lettre de Genes .
254
MERCURE
A Genes , le 30. Mars 1706.
Mr le Duc de Vendôme arriva
hier en cette Ville, e il alla loger
chezMrle Marquis deMontele
on,Envoyé extraordinaire d'Efpagne,
au Fauxbourg de fan Pier
d'Arena. Ce Prince avoit eftéreçu
en débarquant , au bruit du Ca
non , des mortalets & de la moufqueterie
, & il fut complimenté
par fix Gentilhommes , Ambaſſa
deurs , au bord de la mer. La Republique
vouloit luy envoyer
fon logis huit Gentilshommes Ambaſſadeurs
, pour luy faire de nouà
GALANT 255
jeaux complimens , & pour le
prier de loger dans la Villee
mais Mr le Duc de Vendôme fit
prier la Republique , de le difpenfer
de recevoir ces honneurs , parce
qu'il vouloir eftre incognito.
Cette reception avoit efté réglée
de concert avec Mr le Marquis
de Monteleon, & elle eft pareille
à celle que la Republique à accoй-
tumé de pratiquer envers les Princes
Souverains , & à celle qu'elle
a pratiqué à l'égard de Mrle Duc
de Savoye, Mrle Duc de Vendô
me alla néanmoius fe promener
dans la Ville : mais quoyqu'il fut
incognito ,fon carroffe étoitfaivi
256 MERCURE
par ceux des principaux de la Re
publique : les Dames étoient aux
feneftres , & le peuple , qui rempliffoit
les rues , le fuivoit. Il est
parti aujourd'huy,pour aller à Voghera
, ilira demain à Milan
L'on a fçu depuis que l'empreffement
de voir ce Prince, à
eſté auffi grand à Milan , qu'à
Genes , & que l'on a crié, vive
Vendôme, dans toutes les ruës
où il a paffé.
Monfieur l'Abbé de Chalmazel-
Talaru, Chanoine de l'Eglife
de S. Pierre de Macon eft
decedé pcu aprés Mr de Chalmazel
, Comte de S. Jean de
GALANT 1 257
Lyon,fon frere,dont je vous ay
appris la mort , il y a quelques
mois, & je vous parlay alors de
fa maifon avec affez d'étenduë.
Celuyqui vient de mourir , étoit
eftimé dans fon Chapitre , il s'y
eftoit toûjours appliqué aux
fonctions de fon miniftere
avec beaucoup d'affiduité .
>
Monfieur le Prevolt de S.
Pierre de Macon, dans un des
mois duquel ce benefice a vaqué
, l'a conferé à Monfieur
F'Abbé de Dortans, Chanoine
de l'Eglife de Belley, qui joint
à une naiſſance diftinguée , un
merite generalement reconnu .
Avril 1706. Y
258 MERCURE
re
Il eft fils de feu M' Claude
François de Dortans , Seigneur
de Bona , d'Uftelle , Elmondaux
, & Chatonas , & de Daine
N... de Villars- Laféc
d'une des meilleures maifons
de Bourgogne. Feu Mr de
Bona mourut à Soleure , ily a
quelques années ; il en avoit
paffe plufieurs parmi les Suiffes,
où il s'étoit acquis une eftime
generale. Il avoit efté Enfei
gne Colonelle du Regiment de
la Mothe Houdancour, à l'âge
17. ans . Il fe fignała au fiege
de Turin l'an 1640. ayant
forcé une redoute dont les
-4
GALANT 259
ennemis s'eftoient emparez , ce
qui contribua beaucoup , à la
prife de la Ville. Il fut depuis
Capitaine dans le mefine Regiment
, il étoit fils aîné de François-
Antoine de Dortans , Scigneur
de Bona, qui fut Capitaine
de Carabins en Piemont,
& enfuite Colonel d'un Regiment
d'infanterie, dans Veruë,
où il mourut pendant le fiege
que les Espagnols mirent
devant la Place , & de Dame
Philiberte de Grolée , fille de
Claude Comte de Grolée , &
de Claire de Montluel : outre,
feu Monfieur de Bona ; Fran-
Y ij
260 MERCURE
çois Antoine eût encore deux
enfans , Jean François de Dor
tans Chatonas, qui a laiffé des
enfans de Dame N ... de Falletans
Saint Mauris , d'une ancienne
maifon de Franche-
Comté , & Dame Loüife de
Dortans alliée en premieres noces
avec François Deleas , Seigneur
de la Batie , & en feconde,
avec François de Tricaud
Lieutenant General du
Bailliage de Bellay. François
Antoine de Dortans, étoit troi
fiéme fils de Pierre Antide de
Dortans , & de Catherine de
la Baulme , fille de Louis de la
GALANT 261
Baulme Comte de S. Amour,
Chevalier de la Toifon d'or.
François Antoine de Dortáns,
a formé la branche de Dor
tans Bona, qui ſubſiſte aujourd'huy
en la perfonne de Mr
de Chevigni , établi en Bourgogne
, & qui a épouſé Dame
N... Pafcal & qui eft
frere aifné de Mr l'Abbé de
Dortans , Chanoine de Saint
Pierre de Macon. Ces Mrs ont
un frere Jefuite , Recteur du
College de Chambery, qui paffe
pour un des meilleurs fujets de
la Société , il a un grand talent
pour la Chaire. Ils ont auffi
262 MERCURE
une four qui aprés avoir efté
Chanoineffe
de Remiremont
,
époufa
Monfieur
De pra, frere
de Monfieur
le Comte
de Balezeau,
dont elle eſt veuve , &
dont elle a eu des enfans ; l'aifné
eft Capitaine
de Dragons
.
Jean François
de Dortans
, frere
du dernier
Comte
de Bona ,
fit la branche
de Chatonas
, qui
fubfifte
en la perfonne
de Mr
deDortans
Chatonas
, quiaprés
avoir eſté long- temps Capitai
ne dans le Regiment
du Mayne
fut bleffe dangereufement
à
la bataille
d'Eckeren
; il a épou
fé depuis
Mademoiſelle
de
GALANT 263
Haute- Pierre, fille du Major de
Saint Omer , & le Roy en confideration
de fes fervices , &
des bleffures dont il eft refté
eftropié , luy a accordé une
penfion & les mefmes appointemens
, qu'il avoit loffqu'il
eftoit dans le fervice ,
& la furvivance de la Majorité
de Saint Omer. Il a un frere
aîné religieux de l'Abbaye
de faint Claude , où l'on fait
de rigoureufes preuves de nobleffe
, & un Cadet Capitaine
dans le Royal Comtois , il
a deux foeurs , dont l'une a
époufé un gentilhomme de
264 MERCURE
Grey , d'une des meilleures maifons
de Franche- Comté , & l'autre
eft Religieufe de la Viſitation
de Grey. Il y a encore deux
branches de la maifon de Dortans
: Monfieur le Comte de
Dortans, Capitaine de Cavalerie,
qui a époufé Mademoiſelle
D'yvours , il y a déja quelques
années, eft chef de la premiere
branche , & par confequent de
toute la maifon . Il a une foeur
mariée à Mr de Chapelle,qui eft
d'une ancienne nobleffe , & une
foeur Chanoineffe de Neuville
en Breffe. Mr du Marterey
eft chef de la feconde Branche .
On
GALANT 265
On fait preuve de nobleffe ,
faint Pierre de Mâcon , comme
à Saint Jean de Lyon.
Je devois vous avoir parlé, il
ya deux mois , de la mort d'un
homme , dont la naiffance ,
fait moins de bruit dans le
monde , que fes grands talens ;
& dont toute fa pofterité tiendra
fa nobleffe , puifqu'il a plû
au Roy de l'ennoblir , pour les
fervices qu'il a rendus à l'Etat ;
c'eft de Monfieur le Gendre de
Rouen , dont je veux parler , qui
eftoit un des plus fameux ne
gocians de ce fiecte , c'étoit
un des plus forts, il avoit amaf
Avril 1706. Z
266 MERCURE
fé de grandes richeſſes , & il
s'étoit acquis une eftime univerſelle
: il avoit toûjours pris
foin de fe faire des amis , & perfonne
ne fcavoit mieux les conferver
que luy. Le Roy, en confideration
de fon exacte probité
, & des avances qu'il avoit
faites , en plufieurs occafions ,
l'avoit ennobli . Ses Lettres de
nobleffe font conceues en.termes
tres - honorables . Mr le
Gendre a été fort heureux dans
ſa famille, il laiſſe trois fils qui
fe font avancez dans le fervice.
Mr de Colandre eft l'aifné ,
on a peu veu d'hommes mieux
い。
GALANT 267
gemieux
fait, & de meilleur air. Il
a efté Capitaine aux Gardes ,
& enfuite Colonel de Flandre,
il commande prefentement celuy
des Vaiffeaux. Mr de Barville
qui eft le ſecond , eft Colonel
du regiment Colonel
neral des Dragons , & Mr de
Negremont qui eft le cadet, eft
officier aux Gardes . Mr. le Gendie
laiffe auffi deux filles mariées,
l'une à Mr de Fumechon
Prefident à Mortier à Rouen ,
dont elle eft veuve , &l'autreà
M'Pecoil de la Ville-Dieu , Maître
desRequêtes; cette Dame eft
recommandable par fa beauté.
Zij
268 MERCURE
Dame Anne de Raoulz Raouf
fet , véuve de feu M' N... de
Gallaup, Seigneur de Chafteüil,
Avocat General au Parlement
d'Aix , y eft morte âgée de
foixante & douze ans. Cette
Danie a efté generalement regrettée
, dans cette Province ,
fa vertu & fa pieté luy avoient
acquis l'eftime de tout le monde
, la conftance & la force
d'efprit avec laquelle elle avoit
fupporté la longue abfence
& les difgraces de fon époux ,
l'avoient fait regarder, comme
une perfonne , au deſſus de ſon
fexe. Feu Mrl'Avocat General
GALANT 269
du Parlement d'Aix , étoit un
des plus honneftes hommes du
Royaume , les rares qualités de
fon efprit , & l'exacte probité
dont il avoitdonné des marques
dans l'exercice de fa charge,
n'avoient pas empeché des ennemis
fecrets de luy faire des
affaires , à la Cour. Il eft vray
qu'il fe juftifia parfaitement.
Mais il fut obligé d'eftre longtemps
à Paris , où il parvint
enfin à faire connoiftre l'artifice
de fes accufateurs aux Juges
on rendit juſtice à fon
merite , & il mourut honoré
& regretté de toutes les per
Z iij
270 MERCURE
fonnes les plus qualifiées de
Provence. Il eftoit fils de feu
Mr de Chafteüil Procureur General
au Parlement d'Aix , qui
eftoit frere du fameux Solitaire
du Montliban, qui y eft mort en
odeur de fainteté. Mr de Chaf
teüil connu autrefois fous le
nom de Chevalier de Chafteüil,
frere de feu Mr l'Avocat Ge
neral du Parlement d'Aix, fait
aujourd'huy les delices des gens
de Lettres de Provence , & de
plufieurs autres , avec lesquels
il eft en commerce. M de
Chafteuil , qui vient de mourir,
eftoit d'une tres -ancienne maiGALANT
271
fon de Tarafcon , Mr leComte
de Boulber Prefident au Mor
tier, au Parlement d'Aix , en eft
le chef. Cette maiſon a formé
plufieurs autres branches, toutes
tres - qualifiées , & alliées
aux meilleures maifons des
Provinces circonvoifines . Cette
Dame laiffe un fils, qui eft Lieutenant
de Galeres , & qui fert
depuis plufieurs années avec
beaucoup de diftinction . La
maifon de Gallaup eſt tres illuftre
, ce qui fe voit dans laplufpart
de nos hiftoriens .
On veut faire , dites -vous
une Loterie dans voftre Pro-
Z
iiij
272 MERCURE
vince , & vous me priez de
vous mander comment les Loreries
fe tirent ici. Je vous envoye
un memoire , qui vient de
tomber entre mes mains , &
dont
je croy que voftre curiofité
fera fatisfaite.
DESCRIPTION
De la Boëte , qui a fervi pour
tirer les Lotteries de S. Roch
& de Verfailles .
Mr Moitrel, Mathematicien,
qui a inventé cette Boëte , s'eft
propofé trois chofes.
La premiere , de foulager le
#
GALANT 273
!
poids de la maffe des Numero ,
pour qu'ils ne fuffent point endommagez
, afin d'éviter par là,
l'inconvenient qui eftoit déja arrivé.
La feconde , de faire un grand
mélange.
La troifiéme , que ce mélange
contentaft également l'esprit
les yeux des Spectateurs.
Pour cet effet , on s'eft fervi
d'une Boëte platte , defigure ronde,
dont une des deux faces eftant fermée
de quatre glaces, donne au Public
le plaifir de voir ce qui fe
paffe au dedans. On la tourne verticalement
furfon axe, à peu prés
274 MERCURE
le
comme la roue d'un Coutelter, &
comme l'on a remarqué, par differentes
experiences , qu'il eftoit neceffaire,
pourfaire un parfait mélange
, qu'une pareille Boete fut du
moins une fois plus grande que
volume des Numero, on luy a don
néfix pieds huit pouces de diametre,
fur vingt-un pouces d'épaiffeur.
Le contour de cette Boere, eft
garni en dedans, de dix augets, qui
ont à peu prés la figure & la capacité
d'une hotte. Ces augets por
tent les Numero du fonds , jufqu'a
'au haut de la Boëte , d'où ils
tombent enfuite fur un globe , qui
les écartent de toutes parts. Ce glo
GALANT 275
be , qui eft placé au milieu de la
Boete , a un pied de diamette. Les
augets , qui fe fuccedent les uns
aux autres , & qui verfent continuellement
les Numero fur ce globe,
font unfigrand mélange, qu'en
un inftant , le fond , le milieu &
la fuperficie, jont entierement confondus.
Ces augets ont efté faits ,
nonfeulement, pour bien mêler les
Numero, mais auffipour empêcher
que le poids de la maffe , ne comprime
ceux de deffous ; car chaque auget,
qui porte une partie de cette
maffe, enfoulage beaucoup le poids,
& empêche, par confequent , que
les Numero ne foient froiffez
276 MERCURE
déchirez les uns, contre les autres..
L'Auteur
qu'il·
en
ayant connu que cette
conftruction de Boëte, avoit donné
quelque contentement au Public,
a cru devoir l'avertir ,
a depuis imaginé une plus parti
culiere, dans laquelle le mélange fe
fera encore mieux, & même d'un
million de Numeros, s'il eftoit neceffaire
, fans qu'on foit obligé de
donner un plus grand diametre
la Boëte
Il a fait un modelle pour la conftruction
de la Boëte, quil propofe,
il a confervé celuy qui afervi,
pour conftruire celle de la Loterie
de S. Roch, afin que l'on en puiffe
voir la difference.
!
GALANT 277
Il a trouvé auffi un moyen fort
fimple, pour ne point cacheter, coller,
ni lier les Numero.
Il demeure auJeu de Paulme ,
de l'Oyfon , proche la Porte de
S. Jacques, du côté de l'Eſtrapade.
Il continue à faire les Experiences,
de Phyfique , fur la pefanteur
le reffort de l'Air, l'équilibre des
Liqueurs, c. tant dans les Colleges
, que chez les Particuliers.
&
Je devois vous dire , il y a
déja quelques mois , en vous
parlant de la mort de Mr de
Polaftron , que fon Cordon
rouge , de l'Ordre de S. Louis ,
278 MERCURE
a efté donné à Mr de Caraman.
Il eſt frere de Mr Riquet , Prefident
à Mortier du Parlement
deToulouſe. Le nom de Riquet
eft fi connu , la France eft fi
redevable à ceux qui le portent,
& je vous en ai ſi ſouvent parlé,
fur tout, en vous entretenant du
fameux Canal de Languedoc ,
qui peut paffer pour une des
merveilles du Monde , que je
ne vous en diray pas davantage
aujourd'huy: J'ajoûteray feulement
, que Mr de Caraman,
qui vient d'avoir le grand Cordon
de l'Ordre de S. Loüis , eft
celuy qui ſe diſtingua la CamGALANT
279
pagne derniere, lorfque les ennemis
entrerent dans nos Lignes,
par une action, auffi prudente
, qu'intrepide
; & auffibien
imaginée
qu'elle eftoit neceffaire
, & faite à propos
. Il
forma
un Bataillon
quarré
, qui
arrêta feul l'impetuofité
de la
plus grande
partie de l'armée
ennemic
, & qui donna le temps
à la noftre
de fe retirer
, & cette
action , auffi utile à l'Etat , qu '
elle eſt éclatante
, luy attira autant
de louanges
, qu'auroit
fait
le gain d'une Bataille
.
M' le Chevalier de Maulevrier
Colbert, a vendu fon Re280
MERCURE
giment d'Infanterie, à Mr Du
fort, fils de M' Norman, Greffier
du Parlement
. Quoique
ce
Chevalier foit encore fort jeuné,
il a efté nommé Infpecteur
General de l'Infanterie d'Italie;
fa valeur, & fa conduite, ayant
efté trouvez infiniment au- deffus
de fon âge. On ne doit pas
en eftre furpris , la valeur eftant
hereditaire dans la maifon de
Colbert
; & tous ceux qui portent
ce Nom , ayant brillé dans
l'Etat, qu'ils ont embraffé , pref
que auffitoft qu'ils y font entrez
. On en trouve des preuves
éclatantes, dans l'Eglife, dans le
GALANY 281
Miniftere , & dans l'épée ; & la
pieté , l'efprit & la valeur , ont
toûjours fait diftinguer tous
ceux de cette Famille , même
dans un âge , où l'on ne doit
point attendre tout ce qu'ils
ont fait de diftingué , & qui
rendra leur Nom recommandable
à la poſterité .
M' Dufort , qui a acheté le
Regiment de M' le Chevalier
Colbert, eft dans le fervice , depuis
plufieurs années ; ce qui
luy a fait meriter l'agrément
du Roy pour ce Regiment ,
qui eft un des plus beaux de
l'armée . Ce nouveau Colonel,
Avril 1706
.
A a
282 MERCURE
a la réputation d'eftre bon Offi
cier, & il eft fort eftimé des Generaux
.
Le Regiment de Navarre a
cfté donné à Mr de Pionffac ,
Lieutenant Colonel de ce Regiment
, & Brigadier des Armées
de Sa Majesté . C'eſt un
des plus dignes & des plus braves
Officiers de l'Infanterie
Françoife . Il a commencé à
porter les armes dans ce Corps,
en qualité de Sous Lieutenant,
& il eft enfuite monté par degrcz
, à celle de Colonel . La
vive, & glorieufe obſtination
qu'il fit paroiftre , à n'entrer
GALANT 283
૨
.
dans aucune capitulation, avec
les ennemis, au village d'Hochftet
, & à les repouffer , avec
toute la valeur poffible ; mais
qui fut traverfée par la fatalité
de cette journée, luy attira des
louanges de toute l'armée , &
de toute la Cour : & le Roy,
qui ne manque jamais de couronner
les grandes actions , le
fit Brigadier , dés qu'il eur appris
celle de cet intrepide Officier.
Il eft de la maifon de
Chabannes en Auvergne , qui
cſt une desmeilleures duRoyaume.
M le Chevalier de Mont-
A a ij
284 MERCURE
main , a vendu fon Regiment
d'Infanterie , à M' de Luffan ,
de la maifon d'Efparbézs &
qui s'eft déja diftingué en plufieurs
occafions , quoyque dans
un âge tres- peu avancé . Ce
nouveau Colonel , eft allié aux
meilleures maifons du Poitou
& de la Xaintonge . M' le Che
valier de Montmain eft de celle
de Ternan , connue dans le
Royaume depuis plufieurs fiecles
, & qui y a toûjours fr
gnalé fon zele, pour le fervice
de nos Rois.Le & pere l'aycul de
ce Chevalier ont paffe toute
leur vie dans le fervice & ont
GALANT 285
*
donné dans toutes les actions ,
ou il fe font trouvez , des marques
de la plus grande valeur .
La maifon de Ternan, eftoit déja
fort connue dans le Royaume
, fous le regne de Saint
Louis , & fous celuy de Philipes
le Hardy , fon fils & ſon
fucceffeur . M le Chevalier de
Monamain a acheté la Charge
de Capitaine , Lieutenant des
Gendarmes d'Orleans , de M
de Valfemé , qui a quitté la
Gendarmerie . Il avoit efté Soulieutenant
, & Enſeigne dans
ce Corps , & il s'eft trouvé à
la tefte de fa Compagnie , dans
286 MERCURE
toutes les actions d'éclat , où
la Gendarmerie a été employée,
& il y a donné de grandes
marques de fa valeur & de fa
fermeté à la Bataille d'Hochftet .
Tous les Officiers de ce Corps
luy ont rendu ce temoignage .
M ' Argotte Lieutenant aux
Gardes , a acheté de M' le
Comte des Mareft , le Regiment
de Beauvoifis . Il s'eft dif
tingué dans plufieurs occafions
pendant qu'il a eſté Officier
dans le Regiment des Gardes ,
il s'eft attire l'eftime & la confideration
de tous ceux qui le
rempliffent , & qui ont mar
GALANT 287
qué beaucoup de regret de le
perdre. M' le Comte des Mareft
, eft Maréchal de Camp.
Sa Maiſon eft fort connue &
je vous en ay parlé plufieurs
fois. Il a donné de frequentes
marques de fon courage , à la
teftede fon Regiment , & dans
les principales actions qui fe
font paffées pendant les dernieres
années ; ce Comte joint
à une naiffance & à une valeur
diftinguées , un merite generalement
reconnu , fes manieres
douces & honneftes , l'ont fait
aimer de tous ceux qui ont
-fervi avec luy.
288 MERCURE
M ' Rigolet , fils du Threfo
rier des Etats de Bourgogne
;
a acheté le Regiment de Bourgogne
, de M le Marquis de
Dreux. Ce Regiment eft un
vieux Corps . M de Chamilli ,
a cfté longtemps à la tefte de
ce Corps , qui a toûjours eſté
commandé par des Officiers
de diftiction . M' Rigolet , nouveau
Colonel de ce Regiment ,
fert depuis plufieurs années ;
i eft d'une famille qui a donné
plufieurs Officiers au Parlement
de Dijon . M' Rigolet Confeiller
au mefme Parlement , proche
Parent du nouveau Colanel
GALANT 289
2
nel , & mort depuis quelque
temps ; il avoit acquis une
grande reputation, dans l'exercice
de fa Charge , & il joignoit
à une grande étendue de lumieres
, une exacte probité , & un
defintereffement . Ces
qualitez, fi neceffaires à un bon
Magiftrat , l'avoient rendu cher
à toute la Province de Bourgo
gne , & luy avoient acquis une
grande confideration , dans le
Parlement de Dijon M'Rigolet
grand
Treforier des Etats de Bourgogne,
qui eftune Charge tres- importante,
paffe pour un des plus
honneftes hommes de la Pro-
Avril 1706 . Bb
290 MERCURE
vince,il eft fort confideré de M
le Prince , Gouverneur de cette
Province. Il à pluſieurs parens
dans le Parlement de Dijon, & il
cft allié aux meilleures familles
dece Corps , fçavoir à celles de
Berbizy , de Mongey , de Migieu
, de la Mare , & Guillaume.
Le Roy a donné une commiffion
de Colonel , à Mr. le
Comtede Mainville qui a acheté
la Soulieutenance des Gendarmes
du Roy. Ce Comte eft
d'une tres-ancienne maifon, originaire
de Champagne , & akliée
aux meilleures maifons de
certe Province , & del cellcode
GALANT 291
Bourgogne. Il porte les armes
depuis la plus grande jeuneffe ,
&ila fignalé fon courage, dans
toutes les occafions où il s'eft
trouvé. Il joint à une valeur
connue de tout ce qu'il y a
d'Officiers en France , & à une
naiffance diftinguée , un merite
perfonnel , qui le fait aimer &
eftimer de tous ceux qui le connoiffent
: quoyqu'il foit encore
affez jeune, il a déja fait plu
fieurs Campagnes , avec beaucoup
de diftinction . Sa maifon
eft connue en France depuis
plufieurs ficcles . Elle y
étoit déja dans un grand luftre
Bb ij
292 MERCURE
fous les Rois Philippe de Valois
& Jean fon fils. Un Scigneur
de cette maiſon fuivit
le dernier de ces
Princes
en Angleterre
, lorfqu'il fut fait prifonnier
à la Bataille de Poitiers
par le Prince de Galles qu'on,
appelloit le Prince noir , & qui
eftoit fils du Roy Edouard III.
Il y fuivit encore le Roy Jean,
au fecond voyage que ce Prince
fit . Il en fortit, aprés la mort
de ce Monarque, & il en porta
le premier la nouvelle au Roy
Charles V. dit le Sage , fon fils,
Cette mailon fut auffi, dans une.
grande conſideration
, ſous les
Y
GALANT 293
Rois François I. & Henry II.
fon fils , & elle a toûjours paru
avec beaucoup d'éclat .
M' de Cainfy a acheté le
Guidon des Gendarmes de
Bourgogne. Il eftoit Colonel
de Cavalerie ; & il avoit paffé
par les emplois de Lieutenant
& de Capitaine , avant d'arriver
à celuy de Colonel ; il a donné
dans tous les emplois , des
marques de fa prudence & de
fa valeur. Il a fervi à la tefte
de fon Regiment, en Flandres ,
& enfuite en Italie , depuis le
commencement
de cette guerre.
M' de Cainfy eft d'une tres-
Bb iij
294 MERCURE
ancienne maiſon , connue depuis
plufieurs ficcles , dans le
Royaume Son pere & fon
ayeul , avoient porté les armes
pendant une bonne partie de
leur vie , & ils fe font diftinguez
en plufieurs occaſions .
Le Roia donné à M' de Coet
anfau l'agrément; pour acheter
le Regiment de Mr de Cainfy.
Le premier eft frere de M' l'Evêd'Avranches
; il a un autre
frere qui fert depuis longtemps
dans la Marine avec beaucoup
de diftinction . Ce nouveau Colonel
s'eftauffi beaucoup diſtingué,
dans toutes les actions où il
que
GALANT 295
s'eft trouvé pendant les 2. dernieres
guerres. Il est d'une bonne
maifon de Bretagne , alliée
aux plus confiderables de cette
Province & de celle de Normandie.
Mi de Coctanfau font auffi
alliées à plufieurs bonnes maifons
de Paris ; fçavoir, à celles de
Pidou deS. Olon, decourguiens,
& Bochart de Champigny.
M' le Chevalier de Plancy
de Guenegaud , dont je vous
parleray cy-aprés de la mort ,
eftant decedé , le Roy a donné
fa Charge , de Capitaine- Licutenant
des Gendarmes de Bourgogne
, à M' de Beauvau , qui
Bb iiij
296 MERCURE
AX
fert depuis plufieurs années,
dans cc Corps . Il eft fils de feu
Mr le Marquis du Rivau , qui
avoit efté Capitaine des Suiffes
de feu Son Alteffe Royale
Monfieur Gafton de France ;
& frere de Mr du Rivau , qui
avoit eu dans la Gendarmerie,
la Sous lieutenance que celuy
dont je parle , vient de quitter.
Mr de Beauveau eft auffi frere
de Mr le Marquis du Rivau ,
qui a long temps porté les armes
; de Mr l'Evêque de Bayonne
, & de Me la Marquiſe de
Barville , veuve en premieres
noces, de Mr le Marquis d'AGALANT
297
a
tilly , de la Maifon de Bullion
de Long- chefne. Perfonne n'ignore
que la Maiſon de Beauveau
a l'honneur d'appartenir
à l'augufte Maiſon de Bourbon
, & que la trifayeule du
Roy eftoit de cette Maifon . Je
parle d'Ifabeau de Beauveau .
Mr de Beauveau eft tres eftimé.
Il a beaucoup de valeur , & il
joint à une connoiffance exacte
de la difcipline militaire, des manieres
douces & honneſtes qui
le font generalement aimer,
Mr Trudenne a monté à la
Sous -lieutenance , que Mr de
Beauveau laiffe vacante. Il eft
298 MERCURE
parent de MrTrudenneMaiftre
des Requeftes & Intendant de
la Generalité de Lyon. Il fert
depuis fa plus grande jeuneffe ,
& il s'eft trouvé à toutes les
Campagnes qui fe font faites
depuis qu'il eft entré dans le
Service. Il a donné des preuves
de fa valeur dans toutes les actions
où il s'eft trouvé depuis
qu'il porte les armes. Il eft
d'une famille qui a produit
plufieurs perfonnes de merite
. Mr de Trudenne , fon
parent , eft fort cftimé à Lyon .
Le Roy a donné vingt mille
livres , à Mr le Marquis de Ro
1
GALANT 299
quelauré, à prendre fur la vente
de la Charge de Guidon ,
avec l'agrément
pour acheter la
premiere Charge , qui luy con
viendroit dans la Gendarmeric
.
Mr de Monteffon
, fils du
Lieutenant
general de ce nom ,
& Mr Soyé , ont eu chacun un
Regiment nouveau .
Le Roy a accordé l'union
de la Manfe Priorale , de S.
Louis de Royal-lieu , Ordre de
S. Auguſtin , à Dame Loüife-
Ifabelle de la Chauffée - d'Eu
d'Arreſt , Abbeſſe de l'Abbaye
Royale de S. Jean aux bois
Ordre de S. Benoiſt, de l'étroj300
MERCURE
fe Obfervance , transferée au
dit Royal-lieu, parceque le revenu
de ladite Abbaye , n'etoit
pas fuffilant pour la fubfiftance
& l'entretien de la communauté,
qui eft nombreuſe .
Sa Majefté eft parfaitement
informée de la fage conduite ,
de la vertu exemplaire , & du
vray merite de cette Dame
Abbeffe , qui defcend de l'Illuftre
maifon des anciens Com
tes d'Eu , fi connus dans l'Hif
toire , & dés le commences
ment de la troifiéme race de
nos Rois , puifqu'en l'année !
1040. fous Henry premier
GALANT 301
Roy de France , il y avoit déja
un Robert d'Eu Comte d'Eu
qui eût deux enfans , l'aîné y
nommé Robert , qui a conti
nué la branche, des Comtes
d'Eu , & le cadet nommé Hugcs
d'Eu , qui eût en partage
la Terre & Seigneurie de la
Chauffée d'Eu , avec titre de
Vicomté perpetuel , & hereditaire
du Comté d'Eu , & qui
a commencé la branche des Vicomtes
de la Chauffée , qui
dans la fuite des tems ; ont
ajoûté le nom de la Chauffée ,
leur fief principal , à celui de
leur extraction , qui est d'Eu ,
302 MERCURE
ainfi qu'il fe pratique encore
aujourd'huy. Cette branche
cadette des anciens Comtes
d'Eu , cft alliée aux illuftres
maifons de Lorraine , de Ponthieu
, de Luxembourg , de la
Rochefoucault , de Crequy ,
de Choifeul , de Pecquigny
de Gamaches , de Mailly , de
Lannoy , de Dixmude , de Flavacourt
, de Villarfeaux , &
autres tres qualifiées , ainſi
qu'il fe juftifie , par les anciens
Titres & Contracts de cette
illuftre Maifon , qui eft en pof
feffion de la Terre d'Arreft
avec titre de Comté , depuis
-
GALANT 303
+
plus de cent cinquante ans.
Mr le Leu , Procureur du
Bureau des Treforiers deFrance,
& qui s'eſt acquis une folide
reputation , dans l'exercice de
fa charge , a époufé Mlle de
Boni,qui paffe dans fa Province,
pour une tres-aimable perſonne.
Tous ceux qui la connoiffent
en difent beaucoup de bien
& parlent avantageufement de
L'efprit de M Boni , fa Mere.
Mr de Chapponcy Major du
Regiment , Commiffaire , &
d'une des plus illuftres Maiſons
des Provinces de Dauphiné &
de Lionnois , a époufé Mile
d'Yvours de Bouin , foeur de
304 MERCURE
Mr de Camus d'Yvours, Seigneur
de Bouin , d'une des plus
anciennes Maifons de Lyon ,
dont il y a deux branches en
ce païs. Mr Camus de Pontcarré
, Premier Prefident du
Parlement de Rouen , eft Chef
de l'une , & Mr de Camus Ba
gnols, eft Chef de l'autre ; Mr
Camus des Touches qui en a
formé une branche, eft forti de
celle de Bagnols. Les branches.
de Pontcarré & deBagnols ,font
alliées aux meilleurs Maifons
de la Robe & de l'Epée . La Maifon
de Chappony eft une des
plus qualifiées du Dauphiné ;
GALANT 305
r
elle eft alliée à celles de Tallard,
Labaume, Hoftung, Saffenage-
Grolée & Tancin. Mr de Chapponey
qui vient d'époufer Mlle
d'Yvours , fert depuis plufieurs
années , il eft generalement
eftimé dans les troupes , & il
a donné en plufieurs occafions
des marques de fon courage .
Il fe trouva à la bataille Luzafa
en 1702 , où il recut de
grandes louanges des Generaux
François & Eſpagnols. II
s'eſt auffi trouvé, en plufieurs
autres actions , où il a dondes
preuves de fa valeur.
Mr le Comte d'Arquian
Avril 1607. Cc
306 MERCURE
Capitaine de Vaiffeau , Neveu
de la Reine de Pologne , il
époufa au commencement
de
ce mois N ... de Jouffelin de
Marigny , parente de Mala
Chanceliere ; fa naiffance , fon
efprit & les agrémens de fa
perfonne , luy ont faite meriter
, pour époux , un homme
qui compofe dans fa famille
des Reines , des Cardinaux , des
Marefchaux de France , & des
Chevaliers des Ordres du Roy ;
& qui a dans fon alliance des
Souverains , des Princes , des
Electeurs & des Ducs & Pairs .
Tous ceux qui affifterent à ce
GALANT 307
Mariage fe trouverent à l'Hôtel
dePontchartrain , aprés la Benediction
Nuptiale , & toute la
compagnie y fut fplendidement
traitée.
Mr le Prince de Tarente , a
époufé Mlle de la Fayette . Ce
jeune Seigneur eft Colonel de
Cavalerie , il y a plus de trois
ans , quoyqu'il n'en ait que
vingt- trois. Il fe diſtingua à la
bataille de Freddlingue, en combattant
à la tefte de fa compagnie
, fon cheval s'eftant abbatu
, il trouva moyen par fa
valeur & par celle de quelques
Officiers , de fe fauver quoy
Cc ij
308 MERCURE
qu'environné d'un nombre
confiderable de Cavalerierennemie
, qui le regardoit déjan
comme prifonnier . Il eft fils de
Charles Duc de la Tremouille
Pair de France , premier Gentilhomme
de la Chambre , &
Chevalier des Ordres du Roy,
& deDame Magdelaine de Crequi
, fille unique de Charles
de Crequi Prince de Poix , s
Pair de France , Gouverneur
de Paris,Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy, &
Chevalier des Ordres de Sa Majefté,
& d'Armande de Lufignan
. Perfonne n'ignore la
4
GALANT 309
&
grandeur de la Maifon de la
Trimouille , & que c'eſt une
des plus illuftres de l'Europe :
en effet on n'en trouvera pas
quatre, fi on en excepte celles
qui font fur le Trône , qui
raffemblent autant d'honneurs,
de dignitez , d'alliances ,
d'anciennetez
. Cette grande
Maiſon a l'honneur d'apparte
nir à toutes les Maifons Souveraines
, & fur tout à celle de
France par plufieurs endroits.
Claude Duc de la Trimouille,
Trifayeul de Mr le Prince de
Tarente, époufa Charlotte Bra
bantine de Naffau , fille de
1
310 MERCURE
Guillaume de Naflau Prince
d'Orange , & de Charlotte de
Bourbon - Montpenfier , Princeffe
du fang , & la Soeur de ce
Duc ( Charlotte de la Tri
moüille ) époufa Mr le Prince
de Condé , Bifayeul de celuy
d'aujourd'huy. Louis Duc de
da Trimonille , Pere de celuy,
cy, épousa Jeanne de Montmorency
, fille d'Anne Connetable
de France , & de Madelaine
de Savoye. François
Pere de Louis , épouſa Anne
de Laval , fille de Gui XVI,
Comte de Laval & de Chardotte
d'Arragon , Princeffe de
GALANT
311
Tarente , Fille ainée de Fre
deric Roy de Naples , & d'Anne
de Savoye . François étoit fils
de Charles de la Trimouille &
de Louife de Coëtivi , fille du
Comte de Taillebourg & de
Jeanne d'Orleans , tante de
François I. Ce François avoit
pour Mere Gabrielle de Bourbon
, fille de Louis de Bourbon
Comte de Montpenſier , Dauphin
d'Auvergne , & de Gabrielle
de la Tour de Boulogne,
& pour Pere Louis de la Trimouille
, qui fut Amiral de
France , qui gagna la bataille
d'Aignadel & celle de Mari312
MERCURE
gnan , & qui fut tué à celle de
Pavie. Il eftoit petit fils de
Georges de la Trimouille
&
de Jeanne, Comteffe
d'Auvergne,
veuve en premieres
noces
de Jean , fils de France, Duc de
Berry. Georges cut de Catherine
deLifle, fa premiere femme,
Louiſe qui fut Ayeule de Catherine
de Médicis
, époufe de
Henry II.Ce Seigneur eftoit fils
de Gui & de Marie de Sully,fille
unique de Louis , Sire de Sully
& d'Ifabelle
de Craon , veuve
de Charles
de Berry Comte
de Montpenfier
, & petite fille
de la Princeffe Marguerite
de
Bourbon
-GALANT 313
Bourbon , iffue du Roy Saint
Louis. Cette Dame époufa en
troifiémes noces le Connetable
d'Albret. Gui de la Trimouille
fut Chambellan de Charles VI.
& il eftoit fils de Gui V.que fes
actions de valeur rendirent trescelebre.
Mr le Prince de Tarente
defcend de ce Gui aprés
onze generations . Il faudroit
un volume entier, pour donner
feulement une idée de la Maifon
de la Trimouille : il fuffit
de rapporter un Titre , qui fel
ra voir qu'elle eftoit tres- puiffante
dans le onzième ficcle ,
puifque Gui de la Trimouille
Avril 1706. Dd
#
314 MERCURE
alla au fecours du Roy Godes
froy de Bouillon.
V5
EXTRAIT
Du
Chartulaire de l'Abbaye de
Saint Remy de Reims , en
Champagne
.
L'An de F. C. M.C.VIII.
la plus grande partie de noftre Mo
naftere , ayant efté reduit en cendres
, par un grandincendie ; Haut
Puiffant Seigneur , Gui , Duc
de la Trimouille , Abbé de ce Monaftere
, de l'Ordre de S. Benoist ,
qu'il a fait rebâtir à fes dépens
dont il s'eft déclaré le Protecteur,
eftant de retour de l'expedition de
GALANT 315
lå Terre Sainte, où il´eftoitallé au
fiege de Jerufalem , & au fecours
du Roy Godefroy , a fait ériger
ce Portrait de la Mere de Dien
dans la Chapelle des Novices , où
il l'a placé l'An M. C. & a
fondé dans cette Chapelle un Salut
qui doit eftre dit tous les Samedis
de l'année , pour rendre graces
à Dieu d'avoirgaranti desflâmes,
l'Eglife qui avoit esté bâtie depuis
peu , confacrée par le Pape
Leon.
24
Marie Madelaine de la Fayette
, Princeffe de Tarente ,
eft fille de feu Mre Armand
Comte de la Fayette , Colonel
Ddij
316 MERCURE
(.
du Regiment de la Eera ; &
Brigadier des Armées du Roy's
& de Jeanne Magdelaine de Ma
rillac , fille de René de Marilfac,
Confeiller d'Etat Ordinaire
& d'honneur dans tous les Par
lemens du Royaume , d'une des
plus anciennes Maifons d'Auvergne.
Mr de la Fayette comp
toit parmi fes Ayeux , Gilbert
de la Fayette , Maréchal de
France , fous le Regne de Charles
VI . fous lequel ce Seigneur
fe fignala au fecours de Baugé ,
afficgé par le Duc de Gloceftre,
frere du Roy d'Angleterre , qui
fut tué dans la bataille que
ce Maréchal gagna contre luy.
Antoine de la Fayette fon fils,
fut Grand Maistre de Artil
lerie.
GALANT 317
Me la Princeffe de Tarente
eft petite niece du faint Evêque
de Limoges , dont je viens de
vous parler , & de Mile de la
Fayette , qui parue à la Cour ,
fous le Regne precedent elle
quitta une brillante fortune ,
qui s'offroit à elle , pour entrer
dans un Cloiftre ; & rien ne pût
luy faire changer de réfolu.
tion.
Les deux Lettres que vous
allez lire , vous apprendront des
nouvelles de l'Armée comman
dée par le Roy de Suede ; je
Yous les envoye de la mefine
maniere qu'elles font tombées
entre mes mains , & qu'elles
ont apparemment efté écrites
par les Officiers Suedois , qui
les ont envoyez.
Dd iij
318 MERCURE
EXTRAIT
D'une Lettre de M' Cedchile ,
du Camp de Camjunka , dų
18. Fevrier 1706 .
Ma derniere eftoit du 30. Fan
vier. Je vous y rapportayfuccinctement
,
les
avantages que le Roy
avoit remporté fur les Ennemis
pendant noftre marche , & aupaffage
de Niemen , mais je doute
fort que cette Lettre vous ait efté
rendue , l'ayant envoyée par la
route de Varfovie. L'Ennemy
eu du pire , enplufieurs rencontres
& Sa Majestéfe trouvant àl'heu
GALANT 319
re qu'il eft, entre Grodno, & Vilna,
elle a coupé leurs forces , qui ne
fçauroient fe rejoindre fans en venir
aux mains avec nous . Nous
avons fait plufieurs courſes heureufes
. Un petit parti de Valaques
a efté jufques fous Tifcokzin ,
en a ramené des prifonniers . Le
Maréchal de Camp Mejerfels a
penfe furprendre un Regiment de
Dragons Mofcorites à Indaca ,
dont il en a tué plus de cent ,
ramené foixante- dix prifonniers ,
entre lefquels il y a quelques Officiers
d'affez bonne mine. Le Palatin
Potocki a fait une courfejufqu'à
Olita , où il afurpris le Ge-
&
Ddij
320 MERCURI
neral Sinitsky , qui a eu de lapeine
à fe fauver luy même ; l'on y a
pris 15. Drapeaux , quelques paires
de Timbales , tout le Bagage ,
où l'on a trouvé 20000. écus d'argent
comptant , & la vaisselle
d'argent du General. On a tué
des Ennemis , plus de mille , &
fait quantité de prifonniers.
Le Pifars Potocki a ramené le
butin au Camp , pendant que
Palatin avec le Starofte Sapieha
font allez faire une autre tentative.
le
GALANT
321
EXTRAIT
D'une Lettre de 'M' Hyltéen ,
dattée au Camp de Saludec ,
à lieuës de Grodno , fur
le chemin de Vilna , du 25
Fevrier 1706 .
S
Le Roy a détaché les Troupes
Polonoifes de Potocki , Sapicha ,
& autres en les envoyant en
quartier, aux environs de Korono ,
Sa Majestéy a joint un détachement
de Troupes Suedoifes fous
le commandement du Colonel Duker
,pour les foutenir. Le Colonel
Kruſe a esté enparti vers Grodno,
322 MERCURE
& a paſſe même au - delà. Il a
emporté la petite Fortereffe & Auguftordafur
la Frontiere de Pruffe ,
deffendue par cent Dragons Mofcovites
, qui ont tous eftépaff zau
fil de l'épée. Il a encore furpris
tuéplus defix cens des Ennemis, en
plufieurs endroits , ramené une
centaine de prifonniers. Son expedition
a infpiré une telle terreur
aux Ennemis , qu'ils n'ofent plus
mettre le pied hors de leurs retranchemens.
Le Roy ne s'occupe qu'aux
expeditions militaires , & Dien
benit tellement les armes de Sa
Majefté , que tous les partis qui
ont eſté envoyez battre la CamGALANT
323
pagne , ontremporté des avantages
fur les Ennemis , & font revenus
victorieux . 2 ali ne skryne
L'Academie
Rovale des Infcriptions
, tint fa premiere Séance
publique , d'aprés Pâques , le
Mardy treize Avril . Eile fur ouverte
par Mr Abbé Tallemant ,
qui fit 1 Eloge de deux Academiciens
, depuis peu décedez ,
qu'elle a fujet de regreter ; L'un
pour les lecours qu'elle en recevoit
continuellement
, l'autre
pour ceux qu'elle avoit lieu d'en
attendre Le premier eft Mr Pouchard
, ancien Affocié ; qui avoit
travaillé à l'éducation du jeune
Marquis de Coet quin, & de Mr
de Saint- Ange , fils de Mr de
Caumartin
. Le ſecond , eft Mr
324 MERCURE
Barat , nouvel Eleve ; qui avoit
efté long- temps auprés du fçavant
Pere Thomaffin , duquel il
avoit appris les Langues Orien
rales , M 1'Abbé Tallemant par-
Ja avec l'éloquence & la facilité
qui luy font ordinaires .
Après avoir rendu ces tristes.
devoirs à fes Confreres , Mil'Ab
bé Boutard , lût une Piece de
Poësie Latine , où il introduir le
Pô,qui ayant raffemblé, dans fon
antre , les Divinitez des autres
Fleuves voisins , leur fait un recit
touchant & pathétique, des
horreurs de la guerre , dont ils
font témoins , des malacres con,
tinuels , qui enfanglantent leurs
bords , & du peu d'efperance
qu'ils ont de voir finir tant de
malheurs,s'ils n'agiffentde con
1
GALANT 325.
cert , & s'ils ne s'empreffent &
l'envi , de favoriler le parti de
la France & de l'Espagne , & de
foutenir leurs juftes droits, par
tous les efforts , dont ils font ca4
pables.oney mɔ nje bi ta
Mr Boutard, finit par une pré
diction , fur laquelle Mr l'Abbé
Bignon , luy dit fort agréablement,
qu'il ne fe contentoit pas
de décrire la fituation prefente
des Affaires , mais qu'il anticipoit
encore fur l'avenir , en pré
difant le bon fuccés de nos Ari
mes, & qu'il fouhaitoit qu'il fut
un bon Propheteve
La lecture de bette Piece) fut
fuivies d'on Difcours de Mr de
Valois fur les Confécrations des
Empereurs Romains , & des Im
peratrices leurs femmes, & fur
326 MERCURE
celles de leurs Enfans , & de leurs
Parens , dont il nous refle quelque
preuve par les Médailles. Il
commença le détail qu'il en fit,
par Romulus , & ille finit au
au temps du grand Conftantin,
fousle Regne de qui il prétend,
que la Ceremonic Payenne , des
Apothéofes,fut abolie pour toujours
. Il fit un Abregé fort éxact
, des douze ou quinze premiers:
Empereurs Romains , de
Suetone & deCoiffeteau, auquel
il ajoûte les Reflexions de Mr
Vaillant , fur les Médailles de
ces Empereurs.
}
Il remarqua que Romulus , fils
de l'Empereur Maxence , eftoit le
dernier Prince , à qui on avoit accordé
l'Apothéofe , & que Conftantin
le grand , après avoir embraſſe
GALANT 327
*
la Religion Chrétienne , avoit abrogé
cet ufage du Paganisme. Il finit
fa Differtation cn failant
voir que Onuphre , fçavant
Religieux de l'Ordre des Hermites
de S. Auguftin , s'eftoit
fort trompé , lorfqu'il avoie
pouffé les confecrations jufqu'à
Placide Valentinien ; & il prouya
fort judicieulement , que de
puis le grand Conftantin , inclufi
vement le terme de DIVUS, n'avoit
plus efté donné par les Em
pereurs regnans à Leurs Predecef
feurs , que comme un terme d'hon
neur & de refpect , pour leur mé
moire , & fimplement pour defigner
qu'ils eftoient morts : ce que perfonne
n'avoit encore remarqué, avant luy,
Mr Burette parla , aprés Mr de
Onuphrius Panvinius.
328 MERCURE
Valois , fur la Gymnastique des
Grecs & des Romains ; c'est - àdire
, fur l'Art qui prefide aux
divers exercices du Corps . 11 fit
voir d'abord, que cette matière
qui conduit à la recherche des
plus curieufes Antiquitez , eftoit
également du Reffort de l'Aca
demic , où il eft nouvellement
receu , & du Reffort de la Medecine
, dont il fait profeffion .
Il remarqua enfuite , que là
Gymnastique , avoit trois fins
principales : La Défenſe du
corps: l'Entretien de noftre Machine
, dans l'état qui luy cons
vient le mieux , pour le jeu res
gulier de fes Refforts ; l'Amufement
& le plaifir. C'est pour
cela , ajoûta-t - il , qu'on diftingue
trois fortes de Gymnaſtie
}
GALANT 329
2
ques , la Militaire , la Medecinale
, & celle des Athletes . Il
en donna des notions generales;
& il promit de traiter en particulier
chacune de leurs efpeces.
Il entra dans un détail fort curieux
, en foufdivifant toutes ces
efpeces de Gymnaſtiques.
Il dit comment , & en quel
temps, les Medecins fe mirent en
poffeffion de la Gymnaftique ,
pour en faire une des principales
parties de leur Diététique , &
comment ils négligerent , dans
la fuite, de conferver à leur Profeffion
, un bien qui eftoit naturellement
de fon reffort ,
Jayant laiffé, ufurper , fur eux
aux differens Maitres d'exercices
, enfin , aprés avoir décrie
les lieux & les édifices publics,
Avril 1706 . Ec
the
1
330 MERCURE
où l'on s'exerçoit , fans oublier
les fonctions des Officiers qui y
eftoient employez ; il termina
fon difcours par un dérail abregé
de diverfes fortes d'exercices.
connus des Grecs & des Romains
refervant ce qu'on en
peut dire de plus circonftancié,
pour d'autres differtations , dans
lefquelles it promited approfondir
cette matiere.OLOR
Mr de Villefort , termina la
Séance, par un Difcours fur l'arigine
des Sciences. En traitanc
cette matiere, il n'a pas prétent
dudonner une Hiftoire Chrono
logique de ces Hommes fameux,
qui , les premiers , ont annoncé
les Principes de chaque Scien
ce , qui en ont poffedé quelqu '
une , ou plufieurs, à fond, & qui
GALANT 330
ont rendu leurs Noms celebres ,
par les differens Traitez qu'ils
nous ont laiffez . Mr de Villefort
a feulement , voulu expofer fur
cela , la pensée de S. Auguftin ,
qui croit que la ſeule raiſon a
fuffi aux hommes , pour acquerir
fuffifamment toutes les Sciences
quils poffedent.
Mr de Villefort ', developa
fort bien le Systéme du Saint
Docteur , & il l'e prouva par
des raifons Metaphyfiques. 2
Il n'examina pas cette matiere
, d'une maniere historique
& critique , mais en fuivant feulement
l'idée de S. Auguftin ,
qui dans fes Livres de l'Ordre ,
s'entretient fur la mefme matiere
, avec deux ou trois de les
amis , donnant un libre effor à
Ecij
332 MERCURE
fon imagination , & ne s'attachant
qu'à des preuves d'une
Metaphifique agréable & trese
peu abftraite Tour fon Siſtême
roule , ajoûta-t-il , fur ce principe
, que la raiſon a fucceffivement
inventé toutes les fciences
, lorfque les hommes ont
fenti le befoin qu'ils avoient de
ces fortes de fecours ; c'eſt ainſi
qu elles paroiffent s'introduire
Fune aprés l'autre , & qu'elle
font formées pour l'utilité commune
.
› Hrapporta des Paffagesentiers
de ce Saint , qui estoient tres
longs , & qui ne laifferent pas de
plaire à quelques perfonnes . Il
en rapporta auffi de S. Bernard ,
dont il nous a donné la Vie depuis
peu.
GALANT 333
• Mr de Villefort , aprés avoir
affez fuccintement developé ce
principe , touchant l'origine des
fciences , dans la premiere Partie
de fon difcours , s'étendit beaucoup
fur leurs progrés , dans
la feconde, qu'il remplit de plufieurs
paffages de Ciceron & de
divers endroits , tirez des Auteurs
, qui ont le mieux écrit
fur le mérite & fur l'utilité des
des ſciences. Cette feconde Par
tie eft ornée , & mefme autant
recherchée qu'il eft poffible ,
ayant efté obligé de fe renfermer
dans les bornes qui luy
eftoient prefcrites pour le tems.
Quand Mr l'Abbé Bignony
auroit fait loy- même , tous les
Difcours qu'il reſuma , il n'en
auroit pas parlé, d'une manieres
>
334 MERCURE
qui eûr pu faire croire davan
qu'il les poffedoit entierement ,
Le Méeredy 14 Avril Acadenie
des Sciences , fit auffi l'ouverture
de fon Affemblée , prefidée
par Mr l'Abbé Bignon . Mr
Homberg en fit l'ouverture par
un difcours fur un nouveau diffolvant
de l'argent ; ce qui fut
un Paradoxe chimique curieux
& fingulier.
Il parla de la difference que
les Chimiftes apportent dans la
diffolution de l'argent & des autres
metaux , & cet endroit fue
écouté avec beaucoup de plaifir
11 propofa un exemple de
Ja diffolution qu'il avoit faite, de
Pargent avec le flegme de l'eau
segales nouvellement extrait.
GALANT 335
l'ayant laillé auparavant quel
ques heures en digeſtion , avec
une certaine quantité d'or. Mr.
Homberg avoua, que c'eſtoit le
halard , & même une méprifes
qui luy avoit fait connoiftre cette
proprieté du flegme d'eau regale
, & il ajoûta qu'ayant enfuite
reperé plufieurs fois , & de
propos deliberé , ce qu'il n'avoit
d'abord fait que par bafard,
le fuccés fut toûjours le même ;
il rendit railon de cette experience
, qui paroiſt contraire
aux principes ordinaires des
Chymiftes.
Mr. l'Abbé Bignon refuma
tont ce qu'avoit dit Mr Homberg
, avec beaucoup de folidité,
& donna de fçavans éclairciffe
mens qui mirent ces matieres
336 MERCURE
à la portée de tout le monde.
Mr.Dodart donna enfuite la
continuation d'un Siftême qu'il
avoit propofé , il y a quelques
années fur la maniere dont fe
forme la voix , fur les differens
tons, &c. Il fe propofa & refoluc
par fes principes , plufieurs
questions , qui roulent fur des
choſes tres - connues , par une
experience centinuelle , & qui
p'en font pas moins difficiles !
par exemple , pourquoy il y à
des voix fauffes ,, cleft à dire ,
qui n'entonnent jufte , aucun
ton , pourquoy certaines perfon
nes ont la voix defagreable , en
parlant , & agreable en chan
tant', ou , au contraire , en quoy.
confifte la voix de fauffer , & en
quoy elle differe phifiquement,
de la voix naturelle . II
GALANT 337
Il donna une fçavante Mechanique
de l'organe & du tuyau de la
voix , & expliqua phifiquement,
les differens effets de la voix .
Le Memoire qu'il donna, en
1700. eft imprimé dans 1 Hiftoire
de cette Academie de la même
année ; de forte que ce qu'il
en a dit en dernier lieu , n'eft
qu'une Addition au Memoire de
1700. qui en fuppofe l'intelligence.
Elle le reduit à marquer
La difference des tenfions & des
re réciffemens dont la glotte &
l'epiglotte font capables pour
former la voix pleine , la voix
aiguë , & la fauffe voix , & c .
Mr l'Abbé Bignon donna de
grandes louanges au difcours
de Mr. Dodart &
remarqua
fort agreablement qu'avec
Avril 1706.. Ff
"
338 MERCURE
une voix tres- foible , il avoit
parlé avec beaucoup de force
fur la voix ; mais que pour dédommager
le public , qui peut
eftre ne l'avoit pas bien entendu
, il alloit reprendre une partie
des chofes qu'il avoit dites ;
c'est ce qu'il fit avec cette jufteffe
qui accompagne tous fes
difcours.
Mr de la Hire parla aprés luy ,
fur les differentes apparences
de la Lune , vûë avec des Lunettes
. On fçait quelle prodigieufe
quantité d'inégalitez
d'endroits plus lumineux , ou
plus obfcurs , fe découvrent fur
fon difque , & il s'agit d'imaginer
quelle peuteftre la difpofition
réelle , qui produit ces ap
arences à nos yeux ,
GALANT 339
P
Il parla des montagnes , que
quelques Aftronomes ont dé-
Couvert , dans cette Planette.
Cet endroit fut tres - bien touché.
Il expliqua enfuite fort nettement
le Siftême des Anciens
& des Modernes , fur ce fujet ,
a& pour reduire celuy des uns &
des autres à des idées naturelles
, il parla d'un globe lunaire
qu'il avoit commencé depuis
long - temps , & fur lequel il
avoit marqué en creux & en relief
, les hauteurs & les cavitez
qu'il trouvoit dans le vrav globe
de la Lune. Ce globe artificiel
, expofé à une grande lumiere
, produit , ajouta Mr de la
Hire , par fes inégalitez , les
mêmes phafes , & les mêmes ap-
F f ij
328 MERCURE
Valois, fur la Gymnastique des
Grecs & des Romains ; c'eſt - àdire
, fur l'Art qui prefide aux
divers exercices du Corps. 11 fit
voir d'abord, que cette matiere
qui conduit à la recherche des
plus curieuſes Antiquitez , eftoit
également du Reffort de l'Aca -
demic , où il eft nouvellement
receu , & du Reffort de la Medecine
, dont il fait profeffion.
Il remarqua enfuite , que la
Gymnastique , avoit trois fins
principales La Défenſe du
corps: l'Entretien de noſtre Machine
, dans l'état qui luy cons
vient le mieux , pour le jeu res
gulier de fes Refforts ; l'Amu
fement & le plaifir . C'eſt pour
cela , ajoûta-t- il, qu'on diftingue
trois fortes de Gymnaſti
3
1.
34E
eflé
ì un
bient
.cnême
bion
ter
pcrpor
.
partme
vent
Coun
ment
ALUla
v
felius ,
e de
{ur
Parer
202 L
aruc
Fra à
- ces
toute
340 MERCURE
*
parences que la Lune produit
noſtre égard.cat
Mr Maraldi traita auffi un
fujer aftronomique ; il donna
les obfervations qu'il a faites ,
fur une Etoile fixe de la conſtellation
de l'Hydre , qui paroift &
difparoift de temps en temps
comme la fameufe Etoile du col
de la Baleine.
Cette étoile fixe a efté décou
verte, depuis peu, à - l'Obfervatoire
, & Mr Maraldi fit l'hiftoire
de cette découverte. Elle
fut faite en l'année 1704. cette
Etoile eft de la quatrième grandeur
; elle paroift & difparoift,
aprés quelque temps , dans la
conftellation de l'Hydre . Elle
n'eft point marquée dans les
Tables ordinaires , mais Mr MaGALANT
341
નીટ
Faldy croit qu'elle n'a pas efté
inconnue à Kevelius , & à , un
autre Aftronome , qui femblent
l'avoir voulu defigner. Il ren-.
dit enfuite, raifon de ce Phenomene,
conformement au Siftême
des Anciens , & felon l'opinion
particuliere de Mr Caflini,
Enfin Mr Lemery le fils , ter
mina la Séance par des expcriences
nouvelles , qu'il rappor
ta fur l'Aiman , & qui fervent
a connoiftre plus exactement
qu'on ne faifoit encore la nature
de ces deux Mineraux.
Ce qu'il dit fur la nature de
l'Aiman , fur les effets , & fur
la maniere de s'en tenir , parut
tres recherché . Il rapporta
ce fujet , diverfes experiences ,
qui furent écoutées de toute
Ef iij
342 MERCURE
1.Affemblée avec beaucoup de
plaifir.
Il ajoûta quelques obfervations
fur l'Aiman . Il fit enfuite
une Analyſe exacte de toutes
les parties dont le fer eft compofé
. Il marqua leurs qualités ,
leurs principes , & les ufages
que l'on en pouvoit faire dans
la Medecine , pour la cure de
plufieurs maladies . 11 expliqua
enfuite , comment le fer , qui a
demeuré long - temps à l'air ,
acqueroit la vertu de l'Aiman ,
comme on l'a remarqué fur une
barre de fer du Clocher de Nôtre
- Dame de Chartres , & il en
rendit des raifons tres - fenfibles ,
du moins à ceux à qui les termes
de l'Art , & les regles de la
Chimie ne font pas tout à fait
étrangeres.
GALANT 343
Mr l'Abbé Bignon qui a prefidé
auffi , à cette Academie , en
refuma tous les difcours , avec
la facilité & la politeffe qui luy
font naturelles , & il y joignit , à
fon ordinaire , fes fçavans &
agreables éclairciffemens
.
Les neuf Articles fuivans contiennent
les morts , d'autant de
Perfonnes de diftinction , decedées
à la fin du mois de Mars
dernier , & pendant tout le
mois d'Avril .
Mre Antoine Seglineau , Curé
de Saint Sauveur. C'eftoit
un Paſteur , zelé pour fon troupeau
, & qui s'y attachoit uniquement
, il ne le perdoit jamais
de veuë , & on doit dire à
fa louange , qu'il a laiffé un par-
Ff iiij
344 MERCURE
fait modele pour la conduite
des ames. Son zele eftoit fou->
tenu d'une parfaite connoiffan
ce de l'Ecriture , fur laquelle
il fe regloit , & dont tous ceux
qui font dans l'étenduë de ſa
Paroiffe , profitoient . Il s'étoit
fait une étude toute particulie
de l'Ecriture Sainte , & illa
1 foit tous les jours avec une
grande attention , & il s'en
eltoit fait un exercice particulier.
Il avoit le talent de la pa
role , & il la diftribuoit au peuple
avec beaucoup d'onction .
On ne fortoit jamais des prieres
publiques , qu'il faifoit pendant
une bonne partie de l'année ,
faus eftre touché , & il avoit
l'art de convaincre tous ceux à
qui il parloit. La Cure de S.
臭
GALANT 345
Sauveur dépend du Chanoine.
de S. Germain de l'Auxerois ,
qui fe trouve en femaine , lors:
qu'elle vient à vaquer,
vaquer , elle eſt
fort étendue
, & l'Eglife
eft
une des plus anciennes
de Paris.
Meffire N ... Mathieu , Curé
de S André des Arcs eft
mort , dans la foixante -cinquiéme
année. Il a efté fort regretté
dans fa Parroiffe , Ses
manieres douces & paisibles.
l'y avo ent fait generalement
aimer ; d'ailleurs fa conduite à
toujours etté irreprochable , &
il avoit une grande exactitude ,
dans toutes les fonctions qui
regardoient fon miniftere . It
eftoit fils de feu Mr Matthieu
celebre Medecin de la Faculté
de Paris , & c'eft par cette has
346 MERCURE
culté, qu'il fut nomméà la Cure
de S. André , qui eſt une des
trois Cures qui dépendent de
l'Univerfité , & où les quatre
Facultez nomment,tour à tour;
& quoy que la Faculté de Me
decine ait nommé Mr Matthieu ,
elle a encore nommé cette fois
cy , parceque les autres Facul
tez ont nommé , à leur tour , aux
autres Benefices . Mr. le Curé
de S. André avoit beaucoup
de gout pour les beaux arts ;
il aimoit la Mufique , & il s'y
connoiToit parfaitement . Les
Concerts qu'il donnoit tous les
Mercredis chez luy , estoient
tres bien executez , & toûjours
bien fournisson n'y chantoit que
des Motets . Il avoit deux fours
aufquelles il a furvêcu quelque
GALANT 347
*
temps. Feuë Me Pajot époufe
d'un celebre Avocat qui a fait
beaucoup de bruit au Palais , &
Me Matthieu morte il y a quelque
mois , Superieure des Urfulines
du Faux bourg S. Jacques,
dans une grande opinion de
fainteté fa mort fut predite quel
ques , jours auparavant qu'elle
arrivaft , par un Ecclefiaftique
étranger , qui la dirigeoit depuis
quelque temps : cette prediction
fit beaucoup de bruit
dans le monde. Me Pajot a laiffé
deux filles mariées , dont l'une
qui eft une tres belle perfonne
, a epoufé Mr de Coteron
, Capitaine des Gardes des
Mr le Duc de Vendôme . Feu
Mr le Curé de S. André avoit
l'art de fe faire beaucoup d'a348
MERCUREA
mis , & celuy de les conferver .
Il avoit toure la confiance de
feu Mr Colbert General de
Premontré , & celle de Mr.
l'Abbé de Lorraine, il a declaré
Mr l'Abbé D'agueffeau fon executeur
Teftamentairenda
Dame Marie Fleuriau , veuve
de Mr de Paris , Confeiller
au Parlement , & enfuite Prefident
en la Chambre des Comp
tes , Seigneur de Couftes , de
Gafville , & autres lieux. Feu
Mr de Paris eftoit l'aifné de
cette famille qui eſt ancienne
& dont il y a encore aujour
d'huy un Prefident à la Cham
bre des Comptes , & un Con-;
feiller de la cinquième Chambre
des Enquetes, la défunte eftoit
foeur de Mr d'Armenonville ,
de Mr l'Evêque d'Aire , & de
GALANT, 349
Me Pelletier , femme du Miniftre
d'Etat , laquelle avoit en
premieres noces , epoufé Mr de
Fourcy. Elle eut de ce premier
mariage une fille mariée à Mr
de Château - neuf , Miniftre &
-Secretaire d'Etat , Pere de Mr
le Marquis de la Vrilliere .
Madame de Paris qui vient
de mourir , laiffe plufieurs enfans
, du nombre defquels font
un Capitaine aux Gardes , un
Abbé & une fille mariée à Mr
de Graville , Confeiller au
Parlement.
Dame Magdelaine d'Elbene,
veuve de Me Jean Jacques du
Bouchet , Chevalier Seigneur
de Ville Flix les Arches. Elle eſt
morte âgée de 94. ans , ce grand
âge n'avoit point affoibli fon
efprit .Elle ne laifle d'enfans que
350 MERCURE
Madame la Marechale de Chamilly.
Feu Mr de Ville- Flix
avoit long- tems porté les Armes,
& ilavoit donné en plufieurs
occafions des marques de
fon courage. Il eftoit d'une anciene
Maiſon originaire de Notmandie
, mais qui en eftoit for.
tie il y a déja long - temps. Le
nom du Bouchet eft fort connu
dans le Royaume ; il l'étoit
à la Cour de S. Louis , & à
celle du Roy Philippes le Har-
.dy fon fils . Me de Ville- Flix
qui vient de mourir s'étoit acquis
une folide reputation par
ſa pieté ; ſa charité n'avoit point
de bornes , & elle fe repandoit
fur tous ceux qui eſtoient dans
l'indigence , on en voit de grandes
preuves dans fon teftament .
GALANY 351
5
1
Mr le Marquis de Maulevrier,
Colonel du Regiment de Navarre
& Brigadier des Armées du
Roy. I laiffe des enfans de
Dame N ... Froulay de Teffé
fille de Mr le Maréchal de Teffé
Ce Marquis qui avoit choifi
le parti de l'Eglife. , le quitta
lors que fon frere aifné , Colodu
Regiment de Maulevrier ,
-fut tué à la tefte de ce Corps ,
pendant la derniere guerre . Ce
Marquis eftoit frere de Mr le
Chevalier de Maulevrier Inf
pecteur General de l'Infanterie
en Italie , & de Mr l'Abbé de
Maulevrier Bachelier de Sorbonne
; tous fils de feu Mr le
-Comte de Maulevrier , Chevalier
des Ordres du Roy ,
Capitaine Lieutenant ' des
352 MERCURE
Moufquetaires , & Lieutenant
General des Armées de Sa Majefté.
Ce Comte eftoit frere de
Mr Colbert Miniftre d'Etat , &
til eut tous les enfans de Dame
N... de Bautru de Saillant.
i. On ne peut donner trop d'éloge
à la veuve de feu Mr le
Marquis de Maulevrier : elle eſt
belle : elle a tout le mérite imaginable
, & tous ceux qui la con .
noiffent, difent qu'il feroit difficile
de trouver une perfonne qui
cuft l'efprit mieux fait .
Mre Claude de l'Aubeſpine ,
Chevalier , Marquis de Verderonne
, Seigneur d'Eftors , Ca.
pitaine des chiens Ecoffois
chaffans le liévre , pour les plaifirs
du Roy. De fon mariage
avec Helene d'Aligre , fille &
GALANT 353
petite fille des deux Chanceliers
de ce nom , il a eu deux fils ;
le puifné , Charles de l'Aubefpine
, eft mort fans alliance ,
Capitaine dans le Regiment du
Roy. L'aîné , Claude Eftienne
de l'Aubefpine, Comte de Verderonne
, Lieutenant des Gendarmes
Dauphins , fut tué à la
bataille de Fleurus ; il a eu de
fon mariage , avec Marianne
de Fetard , heritiere de la maifon
de Beaucourt , en Picardie,
trois enfans , Claude- Maric
Marquis de Verderonne , à qui
le Roy vient de donner la Charge
de Capitaine de la meute
des chiens Ecoffois , entretenus
pour le plaifir de Sa Majefté ,
quia efté poffedée par fon ayeul
& par fon pere & fon oncle ,
Avril 1706
. G
S
354 MERCUR
A
Eftienne- Loüis , Marquis de
Beaucourt ; & une fille nommée
Helene Rofalie - Angelique de
l'Aubefpine . Feu Me la Marquile
de Verderonne , eftoit foeur
de Me la Marefchale d'Eftrades ,
qui avoit époufé en premieres
noces , feu Mr de Verthamont ,
pere du Premier Prefident du
Grand Confeil . Mr. le Marquis
de Verderonne , eft mort âgé
de quatre-vingt - quatre ans , il
avoit long- temps porté les armes
, & il avoit donné dans
plufieurs occafions , des marques
de fon courage : il a efté generalement
regretté ; fes manieres
polies & genereufes le faifoient
eftimer de tout le monde .
La noble maifon de l'Aubefpine
a donné de grands homGALANT
355
1
mes à l'Eglife & à l'Etat on
croit qu'elle eft fortie de la maifon
de l'Aubefpine en Bourgogne
, & qu'un Cadet de cette
maifon , s'établit dans le Païs
Chartrain , aprés avoir épousé
une foeur de Pierre de Fitigny
Evêque de Chartres , que Člément
VII. fit Cardinal en 1383 .
c'eſt de ce Cadet que defcendoit
Claude de l'Aubefpine I.
du nom Sieur de la Corbilliere
, & qui époufa en 1507.
Marguerite , fille unique de
Pierre le Berruier , Sr de la Corbilliere
, dont il eut Claude II .
Sebaftien Evefque de Limoges ,
& auparavant Abbé de S. Martial
& de S. Eloy de Noyon ,
Maistre des Requestes , puis
Evefque de Vannes , celebre par
Gg ij
356 MERCURE
ſes Ambaſſades , & qui mourue
en 1982. François Sieur de la
Corbilliere & de Bois- le- Vicomte,
Maistre des Requettes de
l'Hotel , mort en 1569. Gilles
Sieur de Verderonne , tige des
Marquis de ce nom , & duquel
celuy, dont je vous apprens fa
mort , defcendoit. Claude de
l'Aubefpine II . du nom , époufa
Jeanne , fille de Guillaume Bocheter
& de Marie de Morvil
liers , dont il eut Claude de
PAube pine , Secretaire d'Etat ,
qui mourut en 1570 , fans laiffer
d'enfans de Marie Clutin , fille
unique d'Henry , Sieur d'Oifel
Ambaſſadeur à Rome; Guillaumefon
frere Sieur de Chasteauneuf
& d'Hauterive, Chancelier
des Ordres du Roy & Doyen du
GALANT 357 ,
Confeil , fut Ambaffadeur en
Angleterre, & ikeut deMarie de
la Chaſtre , Claude de l'Aubefpine,
Marquis de Chasteauneuf,
époux de Gafparde de Miolans,
veuve de Timoleon de Beaufort
, Marquis de Canillac , Gabriel
, Evefque d'Orleans , qui
fut tres- celebre par les ouvra
ges , & qui mourut en 1630. à
Grenoble, où il avoit efté exilé.
Charles , Garde des Sceaux de
France, & François de l'Aubefpine
, Marquis d'Hauterive &
de Chasteauneuf, premier Colonel
des troupes Françoiſes , en
Hollande, pere de Mr le Marquis
de Chateauneuf , & de M
la Ducheffe Doüairiere de S.
Simon.
Mre Emanuel de Guenegaud
358 MERCURE
evalier, non Profés , de l'Or
dre de S. Jean de Jerufalem , Ca-.
pitaine Lieutenant de la Com .
pagnie des Chevaux . Legers, de
Monfeigneur le Duc de Bour
gogue , & Maréchal de Camp ,
eftoit fils de Henry de Guenegaud,
Marquis de Plancy , Comte
de Montbrifon , Vicomte de
Semoine, Baron de S. Juft, Sieur
du Pleffis & de Frefne , Secre
taire d'Etat, & Garde des Sceaux
des Ordres du Roy , & d'Iſabelle
de Choifeüil , fille puifnée de
Charles , Marquis de Praflin ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
& Maréchal de France , & de
Claudine de Canillac . Mr de-
Plancy avoit eu trois freres aîmorts
avant luy . Gabriel ,
Comte de Montbrifon , bleffé le
GALANT 359
14. Novembre 1668. au fiege de
Candie , d'une grenade dont il
mourut le 9. Decembre fuivant;
Roger , Marquis de Plancy
Meſtre de Camp du Regiment
Royal de Cavalerie , mort à
Frêne , le 7. Septembre 1672. *
& Cefar , Vicomte de Semoine,
mort en 1668. âgé de 18. ans.
Mrle Chevalier de Planey avoit
eu deux foeurs ; Claire - Benedicte
, née en 1646. & mariée en
1665 à Juft-Jofeph- François de
Tournon de Cadar- d'Ancezane
, Duc de Caderouffe , morte
depuis quelques années ; & Angelique
veuve de François ,
Comte de Boufflers , Lieutenant
General au Gouvernement de
l'Ile de France , mort en 1672.
& qui eftoit frere aîné de Mr le
360 MERCURE
*
Maréchal de Boufflers. Henry
de Guenegaud , Secretaire
d'Etat , eftoit fils de Gabriel de
Guenegaud , Treforier de l'Epargne
, & de Marie de la Croix ,
fille unique & heritiere de Claude
, Vicomte de Semoine . Ilfervit
dans fa jeuneffe , & fur tout
dans le voyage que la Cour fit
en 1632 en Languedoc , avec
tant d'efprit & de fidelité , que
le Cardinal de Richelieu conçur
une estime particuliere pour
lay, & luy procura la furvivance
de la Charge de fon pere , qui
mourut le 6. Fevrier 1638. le
Roy agréa en 1643 la demiffion
que Mr le Comte de Brienne? fit
en fa faveur , de la Charge de
Secretaire d'Etat. Le Roy luy
donna le Collier de fes Ordres,
cn
SGALANT
201
ch 1656. aprés qu'il luy eût peri
mis
detraiter de la Charge de
Gardez des Sceaux de fes . Or
dres. Il fe demit dans la fuite ,
de celle de Secretaire d'Etat ,
& il mourut le 16. Mars de l'an
1676. âgé de foixante fept ans ;
ileur plufieurs freres : Claude
de Guenegaud, Sicur du Pleffis ,
cy- devant Treforier de l'Epar
gneis quila cu des enfans de
Claude
Alfonfines de Martel
François de Guenegaud , Sieur
de Lonzac , Confeiller au Parle
ment de Paris , & Prefident d'une
Chambre des
Enqueftes , mort
fans pofterité ; Renée époufe de
Claude Loup, Sieur de loftard ;
Marie , femme de Claude Loup ,
Sieur de
Bellenave ; Jeanne ,
Prieure de l'Hôtel Dieu de
Avril 1706.
Hh
362 MERCURE
Pontoife , & Madeleine , mariée
en 1645. à Cefar Phoebus d'Albret
, Comte de Mioffens , Maréchal
de France. Mrle Cheyalier
de Plancy, qui vient de mou
rir , a efté regretté de tous les
Officiers de la Gendarmerie. Il
s'eftoit fait generalement aimer
dans ce Corps , par fes manieres
douces & honneftes ; il avoit
donné des preuves de fa valeur,
en tant d'occafions , qu'on ne
pouvoit douter qu'il ne fut un
des plus braves Cavaliers du
Royaume.
Mre Jean Teftu , Abbé de
Fontainejean , & de S. Cheron
de Chartres , Prieur de S. Jean
de Dampmartin , l'un des quarante
de l'Academie Francoife
, & cy-devant Aumônier
GALANT 363
ordinaire de Madame , mourut à
Dampmartin le premier de ce
mois , en fa foixante - dix - neuviéme
année , avec des fentimens
d'une tres -grande pieté .
Sa charité finguliere envers
les pauvres , & l'accès libre &
facile qu'ils trouvoient auprés
de luy ,lorfqu'ils avoient befoin,
ou de fes lumieres pour leur
inſtruction dans la Religion , ou
de les confolations , & de fes
afflictions
& dans leurs neceffitez , luy
avoient attiré l'amour des Habitans
de Dampmartin & des
environs , dont il eft fort regretté
, ainfi que de tous ceux
dont il eftoit connu .
affiftances , dans leur
f
I
Entre les grandes qualitez de
fon efprit, on admiroit, fur tout,
Hh ij
364 MERCURE
une penetration vive & facilez
dans toutes fortes de matieres ,
un jugement fain & ſolide zune
éloquence aifée & naturelle , &
une memoire des plus heureus
fes, dont il a donné des marques
jufqu'aux derniers momens de
fa vie.
Tant de rares qualitez , joinres
à des moeurs dont la bonté
s'est toujours fait remarquer, &
relevées par une connoiffande
parfaite de plufieurs langues &
des fciences les plus fublimes ,
Juy avoient procuré avec l'eftime
& les applaudiffemens de
tous les Sçavants & de plufieurs
perfonnes illuftres , l'honneur
d'être choifi , par feu Son Alteffe
Royale, Monfieur , pour donner
l'éducation à Mefdames les DuGALANT
365
chefles de Savoye & de Lorrai
ne , fes filles , & cultiver en ces
deux grandes Princeffes , qui
font admirées de tous ceux qui
ont l'honneur de les approcher;
les heureufes difpofitions & les
grands talens qui font infeparables
de l'augufte fang dont elles
font forties . Quoique Mr. l'Abbé
Teftu fur pourvû des Benefices
dont j'ay parlé cy- deffus ; Son
Alteffe Royale , Monfieur le
Duc d'Orleans
, qui protege
aujourd'huy les Sciences & les
Arts , voulant que cet Abbé
tint auffi quelque chofe de luy,
F'avoit honoré d'une penfion de
cinq cens écus , ce qui eft une
preuve inconteſtable de fon merite
, puifqu'un Prince auffi
éclairés que Son Alteffe Royale
the
Hhij
366 MERCURE
ne répand jamais fes graces que
fur des fujets qui en font dignes.
Il eftoit frere ainé de feu Mr
Teftu, qui aprés avoir efté Cons
trôleur General de la Maifon
de feu Monfieur , eft mort Maître
d'Hôtel ordinaire de ce
Prince , & il a laiffé deux filles
qui font Mefdames de la Bretef
che & Tubeuf, Leur nom , leur
merite & leur vertu , les font
affez connoiftre , Fen Mrl'Abbé
Teftu avoit auffi pour freres
feu Mr Teftu , Treforier des
Parties Cafuelles , & Mr Tefta
de la Chefnaye.
Cette famille eſt ancienne , à
Paris , & elle y a toujours efte
confiderée , tant par elle - même
que par fes alliances , avec plufieurs
perfonnes diftinguées dans
GALANT 367
la Robe & dans l'épée
Mr l'Abbé Teftu avoit ajouté
à fon nom de famille , celuy de
Mauroy , qui eftoit le nom de fa
meres elle eftoit foeur de Mr
de Mauroy , Confeiller d'Etat
ordinaire & Intendant des Finances
; il avoit crû devoir porter
ces deux noms pour eftre
diftingué des autres Abbez qui
portent le nom de Teftu .
A Mr de Joyeux , Gouverneur du
Château de Meudon , mourut le
22. Avril âgé d'environ 963 ans.
Il avoit été long- tems premier
Valet de Chambre de la feuë
Reine mere du Roy . Il avoit
fervi cette Princeffe avec aut
tant de zele que de fidelité, dans
un temps où tous ceux qui faifoient
bien leur Cour ; ne fai-
Hh iiij
368 MERCURE
锣
C
foient pas toûjours bien leur
affaires. Quoyque le Roy fuc
dans un âge tres - peu avancé
ce Prince , ne laifoit pas de re
marquer tout ce qui fe paffoits
fans laiffer voir qu'ily faifoit ata
tention . Ce Monarque s'étant
marié quelques années aprés ,
& le Ciel luy ayant donné un
Prince anffi - tôt aprés fon mariage
, il fut mis entre les mains
des femmes , fuivant l'ufage or
dinaire , & lorfque ce Prince ens
fut retiré , pour paffer en celles
des hommes ; le Roy nomma Mr
de Joyeux pour le fervir en qualité
de premier Valet de Chambre
, & pour demeurer toûjours
auprés de fa perfonne. Monfeit
gneur le Dauphin fut fr content:
de fes fervices , defon zele: &id =
GALANT 369
fon affiduités que ce Prince le
fit Gouverneur du Château de
Choify , lorfqu'il en eût herité
par le teftament de feuë Made
moifelle,fille de Gafton de France,
oncle du Roy , & ayant en
fuite aequis le Château de Meu
don, par un échange , il en don
na à Mr de Joyeux le gouvernement
, comme il avoit fait auparavant
, celuy du Château de
Choify. Ily a quelques années
que Mr de Joyeux avançant en
âge , & n'eftant plus en eftat de
coucher dans la Chambre de
Monfeigneur le Dauphin , &
fur tout , parce que ce Prince fe
levoit fouvent à cinq heures du
matin pour aller à la chaffe ,
quoiqu'il fe fût couché fort tard,
Je Roy difpenfa Mr de Joyeux370
MERCURE
de faire les fonctions de lacharge
de premier Valet de Chambre
& ordonna que fes quacre premiers
Valets de Chambre fervi .
roient alternativement , auprés
de Monfeigneur le Dauphin ,
aprés être forti de quartier ,
comme font les autres Officiers
de Sa Majefté auprés de ce Prince.
Mr de Joyeux demeura Gouverneur
de Meudon , & continua
d'en faire les fonctions. Son
grand-pere eftoit Confeiller de
la Cour des Aydes. Il n'eût
qu'une fille qui époufa Mr Tho
maffin , Secretaire du Roy, dont
eft forti Mr de Joyeux . Il prit
d'abord le nom de Thomaffin-
Joyeux , & dans la faite des
temps, il n'a plus porté que celuy
de Joyeux , je n'en fçay pas
la raifon.
GALANT 371
A peine Mr de Joyeux fut- il
decedé , que Monfeigneur le
Dauphin , donna le gouverne
ment de Meudon à Mr Dumont,
Efcuyer du Roy , dont ce Prin
ce a eu le temps de connoiftre
les bonnes qualitez , puifqu'il eft
depuis tres- longtemps auprés
de fa perfonne . J'ay fouvent cu
occafion de vous parler de fes
manieres douces & honneftes ,
& de fa naiffance , qui peut al
ler de pair , avec celle de plufieurs
perfonnes d'une groffe
diftinction . Le feu Roy Louis
XIII. nomma peu de tems avant
fa mort deux fous - Gouverneurs
du Prince qui eftoit fur le point
de luy fucceder , & Mr Dumont
pere de celuy dont je vous par
le, en fut un. Le choix de Mon
372 MERCURE
feigneur a efté generalement
applaudi , & ce Prince en l'ho
norant du gouvernement qu'il
Juy vient de donner , a fait plai
fir à tous ceux qui fouhaitoient
que ce gouvernement tombâr
entre fes mains, Chapleadof
Madame la Ducheffe de Bour
gogne devant aller fe promener
à Puteau , à la maifon de Mr la
Duc de Guiche , les Habitans
de Surenne & de Pateau en
ayant efté avertis , fe prepare
rent à recevoir cette Princefle ,
le mieux qu'il leur feroit poffible.
Ils choifirent pour cet ef
fer , cent cinquante hommes des
mieux faits de ces deux Villages .
Ils fe trouverent dés le matin
au rendez - vous avec leurs ar
mes , & ayans leurs Officiers à
leur tête .
GALANT 373
Madame la Marefchale de
Coeuvres & Madame laMarquife
de Villacerf eftoient venuës
difner chez Madame la Duchef
de Guiches, & s'estoient difpo
fées à faire une galanterie à l'ar
rivée de Madame la Ducheffe
de Bourgogne. Elles monterent
environ fur les trois heures aprés
midy , dans une des litieres de
cette Princeffe , & elles allerent
avec les Habitans qui avoient
pris les armes au bruit des tambours,
des violons & de plufieurs
autres inflrumens , fur le cher
min , par où cette Princeffe devoit
arriver. Elle fut fort fure
priſe detrouver ces deux Dames
rà la tête d'une troupe fi defte ,
elles la faluerent de la meilleure
grace du mondes & leur bon
374 MERCURE
air fut remarqué de toute fa
Cour. Lorfque Madame la Ducheffe
de Bourgogne approcha
de la maifon de Mr le Duc de
Guiche , elle fut faluée de toute
la moufqueterie. La littiere des
Dames , qui avoient efté au devant
de cette Princeffe , arriva
peu de temps aprés elle, avec le
même accompagnement , & fuivie
des plus jolies Payfannes
des environs : elles avoient des
Corbeilles remplies de raifins &
de gateaux pour prefenter à cette
Princeffe , elles les reçût d'une
maniere gratieufe , & leur donna
des marques de fa liberalité ,
& elles crierent toutes à plu
fieurs repriſes , auffi - bien que
les Habitans qui avoient eſté
au devant de cette Princeffe ,
1.
GALANT 375
Kive Madame la Ducheffe de
Bourgogne.
Je vous envoye un air nouyeau
, qui convient également
au Printems , & à l'ouverture
de la Campagne . Les paroles
font d'une Dame diftinguée par
fon efprit , & dont les ouvrages
font tous les jours admirez ; &
l'air eft de Mr Charles, difciple
de Mr Broffant.
AIR NOUVEAU.
Nos trèſtés coeurs néforment plus de
Voeux
Pour revoir la faifon nouvelle .
Une guerre crueller
Afait mourir nos plaifirs & nos
jeux.
Amour tu peut calmer l'ennuy
qui nous devore
376 MERCURE
Du redoutable Mars defarme te
couroux.
Pour nous vanger , fais qu'ilsoit
pris encore
Dans lesfilets d'unjaloux.
290
Vous voulez bien que je chan
ge l'ordre ordinaire qui fe trou
ve dans mes Lettres , & que je
n'attende pas à la fin d'y placer
l'Enigme , parce que pluftoft on
la lit , plutoft on s'attache à la
deviner . Les noms des Devineurs
de l'Enigme du mois dernier
ne fe trouveront qu'à la
fin de ma Lettre,
ENIGME.
Depuis le matin jusqu'aufoir ,
Je vais , je viens par tout , & je
Courrefans voir
GALANT 377
Mon mouvement lent ou rapide,
Eft toujours tel qu'il plait à celuy
qui me guide :
S
He ! commentpourrois - je voir clair,
Je n'ay pas un feulcil, & je crains
d'eftre à l'air ;
Ma pean trop delicate , eft triplement
veuëio det s
Et rarement chacun peut la voir
toute nuë.
$
Tous les jours on m'enferme en
certaine maison ,
Que l'ouvrier exprés a faite ,
i :
Pour me fervir d'une retraite
Quipourroitfe nommer l'ambulante
prifon.
Mr de Fer , Geographe de St
M. C. & dont je vous ay fou-
Avril 1706.
Ii
378 MERCURE
vent parlé , vient de mettre au
jour , un Plan de Gibraltar , &
un Plan fort exact de la Ville
de Barcelonne & de fes environs
, levé cette année . On ne
le pouvoit donner plus à propos
dans la conjoncture prefente ,
& l'on peut dire que Mr de Fer
a , à fon ordinaire , prevenu
agréablement les voeux du puz
blic . Il y a déja prés d'un mois
qu'il a mis en vente ces deux
Plans ; ainfi à peine le public a
t- il oüi parler du fiege de Barcelonne
, qu'il a trouvé dequoy
fatisfaire fa curiofité . Ces deux
Plans fe vendent dans l'Ifle da
Palais, à la Sphere Royale.
Le Journal que vous allez
lire , fait connoistre que les Efpagnols
réuffiffent toujours dans
GALANT 379
toutes les chofes qu'ils entreprennent
, lorsqu'ils ont volontairement
pris un parti ; & qu'ils
ne fe fervent pas moins bien de
la plume , que de l'épée , lorfqu'ils
veulent s'en fervir , Ce
feroit icy le lieu de vous citer
un grand nombre d'exemples
de ce que j'avance ; mais comme
ma Lettre eft déja affez
étenduë , & qu'il me reste beaucoup
de chofes à vous dire, touchant
les affaires de la Guerre,
je dois d'abord entrer en matiere
fans faire aucun Prelude
fur un fiege , qui me fourniroit
dequoy en faire un beau , à la
gloire de ceux qui l'ont entrepris.
Ji ij
38 MERCURE
TRADUCTION
D'un Journal écrit en Efpagnol,
de tout ce qui s'eſt paſſé au
Siege de Barcelone , depuis
le trois jufqu'au quinze d'Avril
, 1706,
Le Samedy; 3. Avril le Roy
noftre Maistre , arriva à la vûëde
Barcelonne, avec l' Armée que commande
Mrle Maréchal de Teffé ,
dans le même temps a la
même distance , l'autre Armée
qui venoit de Rouffillon , fous les
ordres de Mr de Legal ; Lieutenant
general , arriva auffi , & dés le
foir da même jour , cette Armée
GALANT 381
s'incorpora à celle de Mr le Ma--
réchal de Teffé . Le tout enſemble
compofe , outre les troupes Elpagnoles
, une Armée de trente-huit
Bataillons & de trente Efcadrons.
On en détacha cent cinquante hommes
, qui , avec quelques Miquelets
du Rouffillon , & les Grenadiers
Suißes , attaquerent le Couvent
des Capucins , & quelques
autres maisons quifontfur les hauteurs
du Montjouy. Ils s'en
rendirent maiftres , nonobftant le
grand feu du Chasteau & celuy
de la Ville. On alla fi avant de
noftre cofté, qu'on aurivajuſqu'au
bord dufoffe on s'yferoit logé ,
382 MERCURE
*
juffi
on avoit eu des fafcines , &
qu'on euft púy estre fontenu.
Dés le mêmefoir l'Armée établit
fonCamp,quiforme une ligne
depuis le voisinage d'Orta ,
qu'à Bendroit de la mer, où eft
t'embouchure de la riviere appeltée
Lobregat. Le quartier du
Roy eft dans le Village de Harria.
On envoya pendant la nuit trois
mille hommes commandez par Mr
de Fontboifard pourrelever cease
qui occnpoient le pofte des Capucins
, & fix- vingts Chevaux ou
Dragonspour relever la Cavalerie
quiy eftoit.
T.
Le Dimanche 4. du mois fe
GALANT 383
paffa de noftre cofté, à nous retrancher
, à nous fortifier dans les
Capucins , & de la part des Ennemis
à faire un grand feu de l'a
Ville & du Chasteau de Montjouy
,maisfans aucun effet.La nuit
on attaqua la Tour, qu'on appelle
de la Riviere , où ily avoit quatre
pieces de Canon , & trente
hommes commandez par un Capitaine
Italien , qui fe rendit à difcretion
, aprés avoir fait quelque
refiftance, aprés avoir tiré quel
ques coups de Canon, qui nous tuérent
quatre Soldats & un Sergent.
La prife de cette Tour , nous laiſſa
libre & franche la communication
384 MERCURE
de nôtre Armée avec la Flote que
commande Mr le Comte de Tou-
Touſe , qui estoit déja devant Barcelone
, ily avoit fix jours , avec
trente Vaiffeaux de ligne , quelques
Fregates , & beaucoup de Navia
res de transport..
Le Lundy s . à la faveur du
beau temps d'un bon & d'un bon vent , on
commença à la Tour de la Riviere ,
ledébarquement des vivres & des
munitions . On le continua tout le
jour, & on transportafans delay
ny intervalle , tout ce qu'on débarquoit
, aux lieux deftinez aux
Magafins on mit donc à terre
beaucoup de canons , de moctiers , de
bombes
GALANT 385.
bombes , de grenades , de poudre,
d'autres munitions , & en méme
temps , de lafarine & d'autres
vivres , pour l'entretien de trente
mille hommes pendant deux mois.
La nuit du 5. on envoya deux mille
hommes , pour relever ceux qui
eftoient aux Capucins , avec mille
Travailleurs, & au point du jour ,
on releva ces
Travailleurs, par autres
mille qu'ony envoya . Pendant
toute cette nuit on repara les bréches
qu'avoit fait le canon de Barcelone
de
Montjouy , tout
Penclos des
Capucins , & on accommoda
les chemins pour la conduite
de l'Artillerie.
Avril
1706.
Kk
386 MERCURE
Le G. la Cavalerie & l'Infan
terie travaillerent àfaire proviſion
de faſcines , &à quatre heures du
foir on commença de les porter à la
tefte de la tranchée qu'on avoit ou
verts. Les Officiers Generaux de
jour eftoient Mrle Marquis d'Aïtonne
Lieutenant general , & Mr
de Fimarcon Maréchal de Camp ;
avec fix Bataillons , dont chaque
Soldat portoit unefafcine , mille
Travailleurs à l'arrieregarde ,&
autres mille pour le point du jour.
Pendant toute la journée on contidebarquement
, &dés le nua le
matin Monfieur le Comte de Tour
Loufe & Mr le Maréchal de Con
GALANT 387
ores , avec un grand nombre d'Officiers
de la Flote , eftoient venus à
terre pour baifer la main au Roy,
au quartier de Sa Majefté ; aprés
quoy its s'en retournerent à leurs
Bords . Sur lefoir le Roy alla fur
le bord de la mer , pour voir tout
ce qu'on avoit débarqué , & dés
que , des Vaiffeaux , on eut découvert
le Roy , on luy fit une falve
Royale . On monta cette nuit-là la
tranchée avecfix Bataillons , mille
Travailleurs , & une Compagnie
d'Ingenieurs. On avança cent foixante
toifes en ligne droite , &
plus de cinq cent toifes à mesurer
Les traverfes, qu'il eft indifpenfable
a
Kkij
388 MERCURE
de faire pour que la tranchée ne
foit pas enfilee en ligne droite . Les
ennemis ne fe donnerent aucun
mouvement pendant la nuit , ils
ne troublerent en rien nos Travailleurs
; & on occupa une grange
le Convent
qui eft plus haut que
des Capucins fur la droise.
Le 7. les ennemisfirent ungrand
feu d'artillerie de moufqueterie
, dés qu'ils eurent découvert le
travail
que
లో
nous avions faitpendant
la nuit. Ils ne nous tuerent
ils en
bleffe- que fix Soldats , & ils en
rent fept. Entre trois & quatre
heures du foir, ils firent une fortie
de Montjouy , avec beaucoup de
GALANT 389
Troupes , on ne pût en fçavoir le
nombre , car n'eftant pas Troupes
reglées , elles alloient fans aucun
ordre. Il y en eut feulement deux
cent, qui monterent à la grange que
nous occupions , pour l'infulter en
flanc ; mais une Compagnie de grenadiers
en eftant fortie pour leur
faire tefte , ils fe retirerent avec
precipitation . Cette Compagnie &
quelques autres , qui estoient dans
d'autrespoftes differens ,fouffrirent
un peu du feu du Chateau ; un
Capitaine & un Lieutenant y fu
rent bleffez , & en tout nous y
eumes trente hommes , morts ou
bleffez. Cettefortie interrompit le
Kk`iij
390 MERCURE
travail qu'onfaifoitde jour, pour
mettre dans fa perfection celuy
qu'on avoit fait la nuit ; & lors
que nos Travailleurs curent quitté
leurbefogne , nos Soldats laprirent,
les ennemis n'oferenty rien rui
ner , ny en approcher même. A la
droite de cette même tranchée des
Capucins , on en commença une
autre , que les ennemis voulurent
auffi venir troubler ; mais ils furent
repouffez avec la même vigueur.
Ce même jour 7. on ne put continuer
de débarquer, mais on continua
de porter aux lieux deftinez
la Flote avoit mis à
tout ce
que
GALANT 391
terre , avant que le vent eut chan
gé & qu'il fuft devenu
fi violent
.
Les ennemis
firent un fort grand
feu depuis
la pointe
du jour, &
nous n'enfilmes pas un moindre
de
la tefte de noftre attaque
.
La nuit du 7. Mr de Legal &
Mr de Fontboifard
monterent
la
tranchée
; & Mr le Marquis
de
Anza
& Mr du Bordet
, Brigadier,
la monterent
avec eux , on
renforça
de trois mille hommes
, tous
tes postes de la tranchée
, & on
continua
les travaux
malgré
le
feu de la Place
du Chaſtean
.
&
On prolongea
la tranchée
de
166. toifes , & on mit à la
+Kk iiij
gau392
MERCURE
che une batterie de mortiers.
Le 8. onfir grandfeu de part
d'autre , & on le continua , juf
qu'à 2 heures aprés midy,mais cela
ne nous empêcha pas de perfectionner
nos travaux. A cette même
heure on vitfortir de la Place 4.
Efcadrons quelques Bataillons
ils fe mirent en bataille ilsfirent
halte au pied de la montagne du
cofté des Capucins , où eftoit notre
Cavalerie de tranchée. Mr de
Legal envoya ordre à Mr de Fontboifard
de renforcer ce Pofte avec
Le premier Bataillon du Maine.
On vit de là
que
cette Cavalerie
avoit mis pied à terre . Dans le mêGALANT
393
me temps ilfortit du Chasteau,juf=
qu'à trois mille hommes , Anglois ,
Hollandois , Italiens , ou Catalans,
divifez en trois Corps , & ils marcherent
à la Cavalerie de l'attaque
, que commandoit Mr du Bordet
, au milieu de la tranchée ,
où eftoit Mr de Legal , & aux
Capucins , où commandoit Mr de
Fontboifard , foûtenus des quatre
Efcadrons qui fe mirent en bataille.
Les Ennemis tâcherent de
nous faire abandonner ces trois
Poftes . Nos gens eftoient au travail
fans armes , & le feu eftoit
fi grand & fi continuel de la Place
& du Chasteau , que les nostres
394 MERCURE
furent obligez de fe retirer. Les
ennemis prirent cette retraite , pour
unefuite , ilsredoublerent leurs
efforts ; mais Mr de Legal raffem
bla les Soldats qui travailloient
qui avoient déja repris leurs ar
mes. Ilfoûtint le milieu de la tran
chée , & il en chaffa les ennemis.
Il envoya les Dragons & les Gre
nadiers à noftre Cavalerie des Ca
pucins , où on avoit déja pouffé les
ennemis , auffi bien qu'aux atta
ques, où nous avions auffide la Ca
valerie. Ils furent touspouffez par
Mr du Bordet , qui eftoitforti a vec
fa troupe , & le fecond Bataillon
du Maine , la bayonnette au bout
2
GALANT 395
du fufil , & il les mit en fuite.
Ainfi on n'eut pas befoin pour ce
fuccés des Dragons & des Grenadiers.
Le feu de la Place & celuy
`du Chasteau continuerent avec la
même violence , jufqu'à fix heu
res du foir. Les ennemis yperdirent
plus de deux cens hommes &
quelques Officiers, & il n'y eut que
trente des noftres tuez ou bleffez.
Le Roy voyant defon quartier
cette fortie , & les mouvemens qui
s'y faifoient , ordonna au Sergent
Major defa Garde , de faire monter
à cheval fes Gardes du Corps
&tous les piquets de la gauche
pour aller s'opposer aux quatre Ef
396 MERCURE
cadrons qui estoient fortis de la
Place ; ce quifut executéſur l'heure.
Ils les approcherent , mais un
grand ravin & un chemin trop
profond , les empêcherent de les
joindre. Ils fe tinrent quelque
temps , à leur vue, malgré le feu
continuel de la Place , qu'il effuyerentfans
aucune perte ; & voyant
que le deffein des ennemis s'eftoit
évanoui , & qu'ils fe tenoientfous
le canon le Roy ordonna
ordonna que fes
Gardes du Corps fe retiraffent , ce
qu'ils firent , dans les formes ac
coûtumées.
La nuit du 8. lefeu de la mouſqueterie
du Chateaufut continuel
GALANT 397
jufqu'au jour; mais l'obscuritéfut
fi grande , que nous n'y fifmes aucune
perte , & que rien ne nous
empêcha de continuer la tranchée
qu'on avança à la gauche deſoixante
toifes , vers la communica
tion de la Place. On y fit monter
de la poudre & d'autres munitions,
on difpofa le terrein , & tout
ce qu'il falloit pour une Batterie.
Le 9. dés le matin , il vint un
Deferteur de la Place , qui eftoit
un des Gardes à cheval de l'Archi-
·duc. Il confirma la grande confternation
où l'on fçavoit déja quefe
trouvoit ce Prince. On fut auffi
398 MERCURE
par ce Deferteur , que le 3. & le
4. il eftoit entré dans Barcelone ,
une partie de la Garnifon de Gi
ronne ; que toutes les Troupes de la
Place confiftoient , en fept ou buit
cens chevaux , & èn neuf Bataillons
; fçavoir, trois Catalans , un
d'Espagnols
d'Italiens , & cinq
d'Anglois Hollandois , qui attendent
avec beaucoup de confiance,
lefecours qu'on leur a promis; qu'on
fçavoir l'amnistie que Sa Majesté
a accordée à tous les rebelles de Ca
talogne ; mais les Officiers affurent
aux Habitans de Barcelone , pour
les intimider , que ceux de cette
Place , ceux de la Ville
GALANT 399
de Vicq , en font exceptez.
Pendant tout ce jour on continua
fort heureusement,de mettre à
terre les vivres & les munitions
de la Flote.
me
ils
Sur le foir les ennemis firent le
mêmefeu qu'ils avoient accoûtumé.
Ilsjetterent avec leurs Mor
tiers , beaucoup de pierres ,
abandonnerent une redoute qu'ils
avoient faite , un peu au- delà de
la gauche du Chateau , & qui en
eftoit feparée. Ils en ôterent une
feule piece de Campagne qu'ilsy
avoient. Ils firent en même temps
un boyau de tranchée,pour s'oppofer
à celle que nous continuons vers
400 MERCURE
leur communication . Ils s'y forti
fierent ils y employerent tout le
foir.
a
Le Samedy 10. on travailla à
la tranchée de l'attaque de Montjouy
. On fit à l'extrémité de lafeconde
ligne , un logement pour eftre
à couvert de la Place de Barcelone.
On fit une communication à la premiere
parallele , un boyau de
la feconde, où l'on commença une
batterie de fix pieces de Canon ,
qui battra en face , & un peu de
cofté le Boulevart de la premiere
parallelle, faite le jour precedent ,
on prolongea une communication
jufqu'à la gauche , d'où on tire un
GALANT 401
grand avantage. On continua la
premiere batterier
on en traça
une autre. D'où l'on battra l'autre
cofté du Boulevart
. Pendant la
nuit, on avança la tranchée defoixante
toifes , à la droite , & de
foixante pas à la gauche . Et l'on
continua de débarquer
par un bon
temps.
Le Dimanche 1. on perfectionna
les travaux de la nuit , er
on établit deux Batteries ; l'une à
la droite , l'autre à la gauche , de
fix pieces de canon , chacune. On
s'attacha àperfectionner davantage,
cellede la gauche . Lefeu quife
Avril 1706.
a
LI
402 MERCURE
continua dans la Place , nous tua
quatre hommes nous en bleſſa
Sept.
356
Pendant la nuit on fit cent toifes
de tranchées , on perfectionna
les travaux des jours précedens ,
e on plaça les douze pieces de
Canon , dans les deux bateries.
On travailla auffi toute la nuit
à placer les gabions tout ce
qui eftoit neceffaire pour l'Artillerie
; mais le temps de la nuit ne
futpas fuffifant , ce qui fit qu'il
n'y eut que trois pieces de Canon
qui commencerent à tirer fur le
midy & cinq à quatre heures du
foir , & deux mortiers qui furent
en eftat.
GALANT 403
Le jour & la nuit on fit de la
Place un feu continuel
d'Artillerie
, de mortiers
avec des pierres
de moufqueterie
, & nous cú,
mes cependant
que deux hommes
tuez & quinze bleffez.
Sur lefoir il fortit de la Place ,
pour quelque
deffein , cent chevaux.
Le picquet
de la Carvalerie
de la gauche
tomba fur eux ,
en tua 30 en fir quelques
-uns
prifonniers
. On arrefta
dans le
mefme temps , un Capitaine
des
Miquelets
, on luy trouva des
Lettres
de quelque
conſequence
.
Le Lundy
12. on fir à la gauche
uneplace d' Armieser
quoy
Lij
404 MERCURE
y
qu'elle ne fe trouvast pas achevée
le matin , ce qu'on y avoit fait
la nuit ,fut fuffifant pour couvrir
& pour affurer la tranchée é la
baterie de nos mortiers . On acheva
les deux bateries de l'attaque du
Lieutenant General , & le Canon
tira le matin du Mardy 13. au
nombre de fix dans chacune
comme auffi les bateries des mor
tiers , dont fept commencerent a
jouer. On fit une autre baterie de
fix pieces à l'attaque de la droite ,
commencerent à tirer fur les
dix heures du matin. Les ennemis
firent grand feu , mais le nombre
des morts & des bleſſez ne
qui
ن و م
r
GALANT 405
fut pas confiderable,
Ce jour-là on mit en eftat trois
bateries, de douze pieces de Canon
chacune , une de huit mortiers.
Sur les dix heures du foir il vint
un deferteur Irlandois, qui déclara
que les ennemis craignant que
nous ne forçaffions les ouvrages
nouveaux de Montjoy
avoient ofté les Miquelets , &
avoient fait monter des vieilles
troupes & les Gardes du Corps de
l'Archiduc.
en
Le Mardy 13. Sa Majefté alla
en perfonne à la tranchée , & vi
fita Elle-mefme , les poftes , les
attaques & les bateries. Ce Prin
406 MERCURE
C
ce s'arrefta long- temps aux bateries
voulut voir tirer nos Canons
¿ voir jetter nos Bombes.
En s'en retournant , on luy fit une
falve generale de toutes les batteries
, & confecutivement, de toutes
tes troupes qui garniffoient la
tranchée.
2
Ce même jour 13. depuis une
beure aprés midy , jufqu'au lendemain
14. à pareille heure ,
perfectionna la demi-lune qui eſt
prés de la baterie de mortiers ,
on continua de là une tranchée de
de 50. toifes en forme d'hameçon,
pour découvrir tout ce cofté , jufqu'à
la Place. On a fait auffi
L
GALANT 407
une tranchée parallele , pour établir
la communication avec les
attaques de la droite , elle a 150.
toifes de long, & elle n'eft éloide
30. toifes du foffé de
gnée que
Montjoüy
.
Mr d'Avaray , Lieutenant
General , étoit de jour. Il envoya
sing Grenadiers pour reconnoiftre
le foffé , ils revinrent luy dire
qu'ils n'y avoient vú perfonne.
Le feu de noftre Canon & de
nos Bombes empefchent fans doute
les affiegezdy poſter quelque
troupe.
Comme j'attens à tous mommens
la fuite de cette relations
408 MERCURE
j'efpere que vous la trouverez
à la fin de ma lettre Cependant
comme la matiere continuë
de m'accabler , quoyque
ma lettre foit déja plus que
remplie , & que je deüffe la fermer
, je dois vous dire icy , devant
encore la continuer , &
craignant d'eftre fi preffé , que
je n'auray peut- eftre pas , en la
finiffant , le temps , ny la place
de la datte , que l'abondance de
la matiere ma obligé de remettre
au mois prochain plufieurs
mariages , du nombre defquels
font ceux de Mrs les Marquis
de Clairmont , & de Teffé , &
de quelques autres perfonnes
de diftinction ; ainfi que la mort
d'un homme âgé de cens dix
ans , dont j'ay plufieurs chofes
curieufes
GALANT 409
eurieufes à vous dire. Je referve
auffi un nombre confiderable
d'autres articles hiftoriques,fans
compter un grand nombre d'autres
articles d'erudition , & des
pieces galantes , qui ne pourront
avoir leur tour de quelques
mois ; ceux qui regardent la
Guerre , devant eftre preferez,
tant qu'elle durera , & felon
toutes les apparences , elle
doit m'en fournir de beaux ;
& qui ne doivent pas eftre d'une
mediocre étenduë . Vous
eſtes trop éclairé pour n'avoir
pas remarqué que dans ma derniere
lettre , on s'eft mépris
en parlant de la mort de Mr
le Marquis de Noailles , &
qu'au lieu du nom de Marquis
on a mis celuy de Maréchal
Avril 1706. M m
410 MERCURE
je ne dis rien des autres fautes
qui le gliffent fouvent en écrivant
, vous avez dû les remarquer.
Il eft temps de vous parler
de l'avantage remporté, par
Monfieur le Duc de Vendôme,
& je dois vous dire à cette occafion
, que bien que les troupes
gagnent les Batailles , il eft
conftant que laplus grande partie
du fuccez des grandes actions
, eſt dû au General , que
fa Tefte doit agir plus que fon
Bras que lorfquelle n'agit pas
on perd fouvent des Battailles
qu'on auroit dû gagner , & que
lorfquelle agit on en gagne fouvent
que l'on pourroit perdre.
Il n'eft pas feulement queſtion
de la valeur des troupes , & on
GALANT 40
en mene ſouvent à la Boucherie
, que l'on conduiroit dans
le Champ de la Gloire , fi l'on
avoit pris toutes les précautions
neceffaires pour faire réüffir les
1 affaires que l'on veut entreprendre
, & pour furprendre
les Ennemis . Monfieur de Vendôme
n'eſt jamais tombé dans
ces fortes de fautes, & l'on peut
dire lorfque l'on voit ce Prince
marcher, pour donner une Battaille
, ou pour commencer un
Siege , qu'il court , à la Victoire.
Cela fe vient de voir de nouveau
dans la Bataille de Calcinato.
Ce Prince ayant commencé
à preparer , tout ce qui
luy en devoit affûrer le fuccez,
Mefme avant que de partir pour
la Cour , il donna avant fon
Mmij
412 MERCURE
départ tous les ordres necef
faires pour faire réüffir fon deffein
, fans que fes ordres puffent
le faire deviner à ceux qui les
reçeurent . Il confia neanmoins
fon fecret à Mr de Medavy ,
& il luy dit de tirer infenfiblement
& à loifir , ce qu'il y
avoit de troupes foibles , dans
les lieux les plus proches de celuy
où il devoit entammer l'action
qui vient de réüffir fi heureufement
, & de faire paffer de
meilleures troupes à leurs places.
Enfin après avoir pris toutes
les précautions neceffaires,
pour fe couvrir de Lauriers à
fon retour, ce Prince quitta
l'Italie , & parut abandonner
pour un peu de temps tout cequi
la regardoit, pendant neanGALANT
413
,
moins que tous fes foins , &
toutes les pensées eftoient tournées
de ce coté là , & qu'il
travailloit le plus , pour y faire
parler de luy dans le temps
qu'il paroiffoit y fonger le
moins , il continua d'y penſer
au milieu de la foule qui ne la
point quitté depuis le jour de
fon arrivée à la Cour juf
qu'à celuy de fon départ , & au
milieu des plaifirs que chacun
s'eft efforcé de luy donner.
Enfin il communiqua fon deffein
au Roy , & il en fit tout le
Plan à Sa Majesté . Elle eft fi
éclairée qu'il n'y a pas lieu de
douter , qu'elle n'ait communiqué
de grandes lumieres à ce
General , pour rendre le fuccez
de fon projet infaillible , &
Mm inj
414 MERCURE
il fut tellement perfuadé qu'il
réüffiroit, dés qu'il eût oüy parler
Sa Majefté , qu'il l'affûra dans
le même moment, qu'il attaqueroit
les Ennemis le 19. d'Avril
Ce Prince a tenu fa parole
, il les a attaquez dans le
temps qu'il avoit dit , & illes
a battu de la maniere qu'il en
avoit affùré le Roy.
•
Paffons à la fuite de ce que ce
Prince a fait pour ofter aux
Ennemis la penfée qu'il les attaqueroit
aufli toft aprés fon retour.
La chofe eftoit difficile ,
& ils eftoient perfuadez qu'ils
feroient attaquez , parcequ'il
eftoit important de le faire mef
me avant l'ouverture de la Campagne
, pour donner lieu à nos
Troupes de venir à bout de
GALANT 415
quelque grande entrepriſe en
Piemont , & parceque Monfieur
de Vendôme fait toûjours à
point nommé , tout ce qu'il eft
à propos de faire.
a
Ce Prince dînant à Milan ,
devant deux cens perfonnes qui
s'empreffoient
de le voir , il
feignit qu'un grand projet qu'il
avoit imaginé , eftoit échoué ,
& dit tout haut , que Mr de Medaviy
ayant manqué de beaucoup
de chofes dont il avoit befoin
pour executer les ordres
il n'avoit pu faire les choſes
dont il l'avoit chargé , qu'il
falloit s'en confoller , & qu'il
pe laifferoit pas de trouver les
moyens d'empêcher les Ennemis
d'avancer. Pendant qu'il
parloit ainsi , Mr de Medavy
Mm iiij
416 MERCURE
faifoit merveilles , en execu
tant fes ordres , & il faifoit
avancer les quartiers éloignez ,
fans que les Ennemis s'en apperçeuffent
. Monfieur de Vendôme
partit de Milan , en continuant
de donner des marques
du chagrin qu'il avoit de ne pouvoir
faire aucune entreprife ,
& à mefure le Prince approcha
de fon Armée , il dit affez haut,
& affez fouvent , pour que fes
paroles fuffent rapportez à fes
Ennemis , & il l'écrivit mefme
afin que ceux à qui il écrivoit
en repandiffent le bruit , que
quandtoutes chofes feroient bien
Concertées pour une entrepriſe ,
dont on ne fçavoit que trop
le
contraire , les biens de la Terre
eftoient fi peu avancez , & lę
GALANT 417
Fourrage fi court , qu'il eftoit
impoffible de mettre une Armée
en Campagne , & qu'ainfi
il falloit attendre que la faifon
fut plus avancée . Cependant
-il donna publiquement des ordres
pour faire vifiter tous les
Magafins , & on luy rapporta
de concert qu'ils eftoient en fort
mauvais eftat , il feignit de le
croire , & le dit affez haut pour
eſtre entendu ; afin que ce qu'il
avoit dit fe repandît dans le
Camp , & paffaſt de là dans ce-
Juy des Ennemis . Il ne fe contenta
pas de cela , & pour les
mieux tromper , il fit arreſter
ceux qui s'étoient chargez du
foin de faire remplir les Maga
fins : enfuite de quoy ce Prince
feignit d'être fort indifpofé, il ſe
418 MERCURE
fit ordonner de prendre du laict,
& on choifit pour commencer
le 19. du mois, qui eftoit le jour
où il devoit attaquer les Ennemis
qui ont donné dans tous les
panneaux qui leur ont efté tendus.
Tout cela joint au guain de
la Battaille de Calanato , fait
connoiftre d'une maniere à n'en
pouvoir douter , que le fuccez
des grandes actions dépend entierement
du fçavoir de l'efprit,
& de la conduite des Generaux.
Il est aisé de juger , qu'aprés
les grandes pertes , que l'armée
commandée par le Prince Eugene
, vient de faire , il luy fera
difficile , pour ne pas dire im-,
poffible , de tenter cette année
de paffer en Piémont. Son armée
eftoit tellement diminuée
GALANT 419
à la fin de la Campagne dernie
re, qu'elle ne fe trouvoit plus en
état d'agir , ni mefme de paroïtre.
Elle avoit , non feulement
fait de continuelles pertes , pendant
le cours de la Campagne :
Mais la perte de la Bataille de
Caffano , luy avoit enlevé fes
meilleures troupes . On a remarqué
, par les Etats , qui en
ont efté envoyez à l'Empereur,
que depuis le départ du Prince
Eugene pour Vienne , & depuis
fon départ de Vienne, pour retourner
en Italie , fon armée a
perdu quatre mille hommes ,
par la mort & par la defertion
de quantité de troupes , & même
de plufieurs Officiers , qui ,
n'ayant pas huit ou dix hommes
de refte dans leurs Compagnies ,
420 MERCURE
<
& manquant de toutes chofes ,
ont jugé à propos de deferter
auffi . Depuis ce temps - là , on
à fait marcher un renfort de
quatre mille hommes , la plus
part Bavarois ; & comme ils avoient
efté enrollez par force, il
en a deferté plus de deux mille,
pendant leur route , dont on a
auffi eu foin d'informer l'Empereur.
Cependant tout le renfort
deſtiné pour l'armée du
Prince Eugene , ne confifte qu'-
en douze mille hommes , tant
des troupes de Brandebourg
que des Palatines , & de celles de
Saxe- Gotha , qui , felon toutes
les apparences , fuivront l'exemple
des Bavarois , & dont
il arrivera peu en Italic. On fçait
que les quatre Regimens de
GALANT 421
Saxe - Gotha , fe font déja mutinez
plus d'une fois ; plufieurs
de leurs Officiers , qui ont efté
caffez , ayant dit qu'on les menoit
à la boucherie . Les troupes
de Brandebourg ne doivent
pas eftre mieux intentionneés ;
legros corps de troupes , de leur
Nation , qui cftoit en Italie ,
l'année derniere, ayant preſque
entierement peri à la Bataille
de Caffano . Quand je dis , que
tout le renfort que le Prince
Eugene doit avoir , confifte en
douze mille hommes , je parle
comme toutes les lettres d'Allemagne
, & je n'en raba rient
Toutes les nouvelles publiques,
imprimées en Hollande , ne par
lent pas fi
fincerement que moy,
& leurs éxagerations tiennent
422 MERCURE
de la Fable. J'oubliois de vous
dire , que le manque d'argent ,
de vivres , & d'habits , a beau.
coup contribué à la deſertion
des quatre mille hommes , qui
ont abandonné l'armée , pen .
dant l'abfence du Prince Euge
ne. On en a vu une preuve ,
auffitoft , aprés l'avantage que
vient de remporter Monfieur
de Vendofme , puifque l'on a
trouvé les prifonniers , qui y
ont cfté faits , prefque nuds ,
& fans fouliers , & leur camp
fans vivres , & fans fourrage ;
ce qui a cauſé un grand étonnement.
Je vous envoye la Lettre
écrite au Roy , par Monfieur -
de Vendofme. Elle eft remplie
d'un fi grand nombre de Noms
GALANT 423
propres , & cette Lettre a efté
copiée par tant de perfonnes ,
qu'il eft impoffible , que tous les
Nom's propres le trouvent juftes
; mais la plufpart eftant
connus , à caufe de la valeur
& du merite de ceux qui les
portent
il fera facile de
reconnoiftre les fautes faites
par les Copiſtes .
>
SIRE ,
L'Armée de Voftre Majeftéfe
trouva aſſemblée le 18. à Caftiglione
, ainſi quej'avois eu l'honneur
de luy marquer, par mon dernier
Courier , & nous nous mifmes
en marche en arrivant , pour
424 MARCURE
gagner le Naville, qui va de Caneto
à Calcinato , nous y arrivâment
à la petite pointe du jour &
fifmes repaffer le Naville à une
garde de foixante Maiftres , que
les ennemis avoient en deça . En
les pouffant on prit un Dragon ,
qui m'aſſura que les ennemis
étoient toujours dans leur même
Camp , la droite à Montechiaro ,
la gauche à Calcinato , &
qu'ils n'avoient aucune nouvelle
de Mr le Prince Eugene. Comme
leur pofte étoitinattaquable
par la
quantité de foffez & de navilles
dont il eft couvert , je pris le parti
de les tourner & de gagner le
GALANT 425
gau
Pont de S.Marc,pour leur coupper
le chemin de Gavardo , & les
obliger , par ce mouvement , àfe
déplacer , tâcher de les combattre
dans un pofte moins avantageux,
que celuy où ils étoient.
Je poftay pour cet effet cent hom
mes de pied affez prés de la
che des ennemis , pour les amufer,
& pendant ce temps -là , je fis
paffer le Naville à nos troupes .
fis faire en diligence, plufieurs
paffagesfur un foffe plein d'eau ,
qu'il falloit encore paſſer › pour
entrer dans la plaine. Les ennemis,
croyans que nous voulions les at
taquer par leur front , firent u
Avril 1706.
Na
>
426 MERCURE
affez gros corps d'Infanterie , qui
efcarmoucha pendant plus d'une
heure & demi, avec les cent hom
mes de pieds que j'avois poftez
mais lorsque le Soleil fut levé , il
fut impoffible de couvrirplus longtemps
noftre marche , l'ennemy
voyant que
s'avançoit vers ce Pont ce
Marais , que je faifois paffer
le ruiffeau à deux cent chevaux ,
pour gagner une grande hauteur
qui tient au Village de Calcinato ,
&le domine entierement , firent
marcher en diligence toute leur cavalerie
, & fe mirent en bataille
fur ladite hauteur ; pendant ce
la tefte de l'Armée
GALANT 427
temps-là , la plus grande partie de
noftre Infanterie , avec deux brigades
de Cavalerie , & nos cinq
Regiment de Dragons , avoient eu
le temps non -feulement de paſſer
le Naville de Montechiaro , mais
mefmes , prefque tous les paffages
étoient faits fur le petit ruiffeaus
ce qui me fit changer mon
quer
mon deffein
d'aller au Pont & au Marais ,
&me fit prendre le parti d'attala
hauteur , voyant bien que
l'Infanterie ennemie , que je fçavois
eftre campée prés de Montechiaro
, & qui avoit prés de trois
milles à faire pour gagner.
bauteur , nepourroit pas arriver
ladite
Nnij
428 MERCURE
affez- toft pour la deffendre contre
nos troupes , qui n'avoient qu'un
demi mille à faire. Je donnay donc
ordre à toutes les troupes de paffer
ce petit ruiffeau , & de fe mettre
en batailles celafut executé avec
tant de diligence , que nous nous
trouvâmes en moins d'une heure,
formez au pied de la hauteurfur
deux lignes de Cavalerie es deux
d'Infanterie , à la demi-portée de
fufil des ennemis , & j'avois refolu
d'attendre le reste de l'armée
qui venoit en colonne , &feformoit
à mesure ; mais en un moment,
je vis arriver trois batailtons
des ennemis fur la bauteurs,
GALANT 429
à cofté de leur Cavalerie , cela me
fit prendre le parti de les attaquer
avec ce que j'avois , fans attendre
le reste de l'armée , pour ne pas
donner le temps au reste de leur
Infanterie d'arriver , ce qui
auroit rendu l'affaire bien plus
difficile , par la bonté du poſte , ¿
caufe de plufieurs petits foffez
qui nous obligeoient en montant
de nous rompre, & enfuite de nous
reformer , ce qu'il nous falut
faire trois fois avant que de char
ger ; cependant les troupes frent
cette manoeuvre à la portée du
piftolet des ennemis , comme s'ils
Favoientfaite unjour de reveuë.
430 MERCURE
Les ennemis nous attendirent à la
demi portée du pistolet , & firent
leur décharge , que noftre Infan
terie effuya , fans tirer un coup ;
elle entra dedans la bayonnette
au bout du fufil , ainsi que je
l'avois ordonné, & elle renverfa
en meſme temps toute l'Infanterie
des ennemis & une partie de leur
Cavalerie. La Brigade du Colonel
General, compofée du Regi
ment Colonel , & de ceux de S.
Germain-Beaupré & de Capy ;
quoy qu'elle n'eut point d'Infan
terie devant elle , monta la montagne
par un endroit tres-rude
& emporta toute la droite de Ca
GALANT 431
valerie des ennemis ; c'eftfans con
tredit la plus belle charge de Cavalerie
qui fe foit jamais faite,
& on ne peut donner trop de
louanges à Monfieur de Capy,
Brigadier de cette Brigade , &
Monfieur le Comte de Chasteaumorant
, commandant de la Cavalerie
, qui fe mit à la tefte du
Colonel General , & mena cette
affaire avec une conduite & une
audace , que je ne puis affez exa
gerer. On ne peut auffi louer trop
la valeur de nos Dragons , qui
foutenoient nos bataillons , & qui
furent toûjours fur les talons des
derniers rangs . Ils eftoient comman432
MERCURE
dez par Meffieurs des Rofeaux
du Heron, qui ont donnépendant
cette journée , toutes les
preuves imaginables de conduite
de valeur. Le pauvre. Marquis
du Heron , en chargeant l'Infanterie
qui fe retiroit à la fin de
l'affaire , receut un coup au travers
du corps, dont je crains bien
qu'il ne meure ; ce feroit enverité
unegrande perte. Le Marquis de
S. Germain Beaupré, aprés avoir
tres-bien fait fon devoir, a efté
bleffé d'un coup à la tefte, mais
on efpere qu'il en reviendra. Mrs
de Bellifle , de Belabre & Scipion
Bofelly,y ontfait des merveilles,
ainfi
GALANT 433
qui ainfi que le Sieur de Cocole ,
commandoit le Regiment de Verac.
Mr de Belabre a receu une contufion
, qui ne l'a pas empefché de
demeurer jufqu'à la fin , avec
fon Regiment. Enfin tous les Dragons
pendant toute l'action , ont
donné des preuves furprenantes de
valeur, & de bonne volonté. A
l'égard de l'Infanterie qui a chargé,
je n'en dis rien à Voſtre Majefté
, car ce qu'elle a fait , eftfort
au- deffus de tout ce que je pourrois
dire , je me contenteray feu
lement de luy envoyer l'état
joint , de tous les Bataillons qui
ont combattus , & de ceux qui
Avril 1706.
Oo
cy434
MERCURE
les commandoient , & d'aflurer en
meme-temps Voftre Majefté , qu'ils
meritent, chacun enparticulier, que
Voftre Majefté,leur donne des marques
de fa fatisfaction : Quant
à Meffieurs les Officiers Generaux,
je ne puis leur donner affez
de louanges, La premier ligne
eftoit conduite par Meffieurs de
Medavy, d'Albergotti , de Montgon
, de Maulevrier , & de
Dillon , qui y ont fait des mer.
veilles , & Mr de Médavy , qui
commandoit la droite , a fait pren
dre en flanc , la gauche des ennemis
, par la Brigade de Limofin,
commandée par Mr Deftouches ,
GALANT 435
ce qui n'a pas peu contribué au
gain de la bataille, ce qui a coûté
bien du monde aux ennemis. Mrs
de Murfay, & de Broglio , à qui
j'avois donné ordre de prendre
les ennemis par les derrieres de
leurgauche , avec quelques Efca
drons de la feconde ligne , furent
chargez par cinq cent chevauxe
des Ennemis , lefquels mirent nô
tre Cavalerie
un peu en defordre,
quoique ces deux Mrs, fiffent tout
leur poffible pour y remedier ; mais
cela fut bien- toft réparé par quelques
. Escadrons, quej'y envoyay ,
par la Brigade de Perche
commandée
par lefieur du Cotron,
Ooij
436 MERCURE
D
à
lequel ;; de la meilleure grace du
monde , marcha en plaine, à cette
Cavalerie
, laquelle commença
s'ébranler , voyant l'Infanterie
venir à elle. Je fis en même temps
avancerfur eux , noſtre Cavalerie
, qui les pouffa vigoureusement,
jufqu'au Pont S, Marc; de
forte que de toute cette Cavalerie,
il ne s'eft pas fauvé foixante
Maiftres , & Mrs de Murfay.
de Broglio prirent bien- toft leur
revanche . Le General Falkeftein
y fut pris ; je dépêchay à Vostre,
Majefté , dans ce moment , Mr
Chevalier de Maulevrier , les
ennemis tenoient encore Calcinato,
GALANT 437
àla faveur des retranchemens,
qui deffendent le Pont , la Garnifon
de Montechiaro, & toutes les
troupes, qui n'avoient pas pú arri.
ver affez- toftpour garnir la hauteur
, paffoient la Chiefe , & fe
retiroient vers Refato . Cela mefir
prendre le party , d'envoyer Mr
d'Albergotty avec toute nôtre Ca
valerie , plufieurs de nos Ba
taillons , pour joindre Mrs de
Murfay & de Broglio , paffer ave
Pont S. Marc, & tâcher d'entamerles
ennemis dans leur retraite.
Dans le même temps je donnay
ordre au Baron Dertric , de tâcher,
avec la Brigade de Grancey , de
Oo iij
438 MERCURE
fe rendre Maistre de quelque maifons
de Calcinato ; ce qu'il executa
avec toute la valeur & la
capacité poffible ; & ilfut fi bien
Secondé par
feulement les premieres Caffines
mais même tout le Village , & le
Chafteau , furentemportez, en un
moment, par lesdeux Bataillons de
Grancey ; de forte qu'eftant maistre
du Pont de Calcinato , j'y fis paffer
les troupes, dans le temps que
le refte de l'armée paffoit au Pont
S. Marc. La Brigade de Vendofme
,commandée parMr de Cebret,
ayant paßé au Pont S. Marc , la
premiere, avant que nous fuffions
les troupes, que nonGALANT
439
C
}
maiftres du Pont de Calcinato ,
marchapour fe rendre maistre des
•Caffines , qui font au delà de ce
dernier Pont. Mr de Cebret , à la
"tefte du Regiment de Vendofme
en chaffa les ennemis ; mais il fe
trouva enveloppé, par le reste de
l'armée qui paffoit la Chiefe fur
le Pont de Calcinato
de forte
"qu'il fut obligé de fe retirer , &
avec affez de peine , ily eu
même un Capitaine, & cinquant
hommes de mon Regiment, qui fu
rentfi bien enveloppez , qu'ils fu
rent obligez de capituler ; mais
deux mille de là , ils furent tou
repris , dans le temps que Mi
Oo iiij
440 MERCURE
d'Albergotty , de Murfay & de
Broglio , défirent prefque tout ce
qui reftoit de l'Infanterie ennemie.
Cette derniere action a coûté plus
de 2500 hommes aux ennemis
, cela est dû à la perfeverance
de Mr d'Albergotty , qui
lès a fuivis jufqu'à Refato , malgré
la difficulté du pays. Je ne luy
donneray d'autres louanges,que
dire,qu'il y a fait à fon ordinaire,
Mr de Murfay ; mais
je
de
ainft
que
dois
à Mrle
Chevalier
de Broglio
lajustice
de dire à Voftre
Majefte
, qu'il
s'eft
conduit
, pendant
toute
l'action
, non-feulement
valeur
, mais
avec
tout
l'entenavec
GALANT 44!
dement, toute la bonne volonté
poffible.
ن م
Tout noftre Etat Major s'y eft
tres- diftingué ; Mrs de S. André
de Monfeil , avec la Cavalerie;
& Mrs de Ralifeaux, de la
Javeliere , de Rambion er de Sequeville
, avec l'Infanterie , ainfi
que Mrs de Tourneuf, de Ro
chardiere . Le pauvre S. André
dans la pourfuite des ennemis , a
reçu un coup dans le col , qu'on ef
pere qui nefera pas dangereux.
Voilà , SIRE, au juste , ce
qui s'eft passé à la bataille de Calcinato
, où il a paru , viſiblement,
que Dieu a protegé la juftice des
י
442 MERCURE
Armes de Voftre Majesté : car il
n'eſtpas poſſible d'imaginer defor
cer une armée , dans un pofte auffi
avantageux , de luy tuer fur la
place trois mille hommes , d'en
prendre autant deprifonniers, avec
fix pieces de Canon , beaucoup de
bagages , plus de mille chevaux ,
vingt- quatre Drapeaux
douze Etendarts , & qu'il ne nous
en coûte que cinq cens hommes ,
au plus , hors decombat. Je marche
demain pour m'approcher de Salo,
e j'efperey arriver aprés demain.
nefçay le parti que prendront
les ennemis mais je puis affurer
Voftre Majefté , que je feray tour
Je
&
GALANT 443
mon poffible, pour m'en rendre
maistre , & pour chaffer , fi je
puis , les ennemis du Breffan ,
leur faire repaffer les Montagnes,
que je feray faire de mon
Imieux, pour profiter de la confternation
des ennemis , & de l'ardeur
qu'inſpire un auffi grand
avantage, à une armée victorieuse.
Mrs de Biffy , de Forfat , de
Galmoy , & d'Eftrades , quelques
diligence qu'ils ayent pu faire ,
n'ont pút arriver affez- toft ; mais
ils fe font trouvez à la pourſuite
des ennemis.
Foubliois de marquer à Voftre
Majefté , que noftre Artillerie a
444 MERCURE
fort incommodé les ennemis , &
qu'elle n'a pas peu contribué à
leur faire abandonner Calcinato.
L'Armée ennemie étoit compo
fée de trois mille chevaux & de
onze mille hommes de pied ; mais
nous avons attaqué la hauteurfi
brusquement
; que
armée n'a pas eu
ver, & que les ennemis n'ont
eu le temps de fe fervir de leur
Canon.
le
le tiers de leur
temps d'arripas
Etat des Brigades d'Infanterie
qui ont combatu .
La Brigade de Piemont , comGALANT
445
-)
pofée de trois bataillons de Piémont
, la Fere , Angoumois &
Firezaft. Mrde Figeraft comman
doit ; elle a chargé à la droite.
La Brigade d'Auvergne,com →
pofée des deux bataillons d'Auvergne
, de Medoc , Foreft, l'Ifle
de France & Dillon , à chargé
au centre.
La Brigade de Grancey, compofé
des deux Bataillons de Grancey
, des deux de Maulevrier, de
Soiffonnois de Galmoy , commandée
par Mrde Bruës , Lieutenant-
Colonel de Maulevrier ,
a chargé à la gauche.
La Brigade d'Anjou , composée
446 MERCURE
des deux bataillons d'Anjou , des
deux de Mirabeau , de Bigorre
& de Vivarais , commandée par
Mrle Marquis de Maulevrier,
a attaqué les Caffines de Calcinato.
La Brigade de la Marine ,
compofée des trois bataillons de la
Marine , des deux de Bourgogne
de Bearn , commandéepar Mr
Bourk & Mr de Soyaucourt , a
chargé avec la Brigade d'Anjou
dans les Caffines du Fauxbourg.
de Calcinato.
La Brigade de Limofin , com
pofée des deux Bataillons de Limofin
, de Quercy , de Vauge &
GALANT 447
r
de Miromeſnil , a chargé les ennemis
par leur flanc gauche...
Au Camp de Calcinato , le 21 .
Avril.
Il eft conftant que les enner
mis ne s'attendoient plus à eftre
attaquez . Tout ce que Monfieur
de Vendofme avoit dit & fait ,
pour leur faire , croire que fon
projet eftoit manqué , ayant eu
fon effet ; mais ce qui les perfuadoit
davantage , eftoit l'impoffibilité
où ils trouvoient ce
Prince, de faire affembler fa Cavalerie
, n'ayant pas une botte
de foin , & la terre ne luy fourniffant
encore rien , qui pût, faire
fubfifter fes chevaux . Cependant,
ce Prince avoit cu la pré
3
448 MERCURE
caution de faire venir du foin
de Parme , qui luy avoit esté
amené par des boeufs ; & il
avoit pris de fi juftes mefures,
pour empêcher que les ennemis
ne le fçuffent, qu'ils n'en avoient
aucune connoiffance .
Les Eloges que Monfieur de
Vendôme donne dans falettre , à
tous ceux qui fe font diftinguez ,
en doivent faire meriter beaucoup
à ce Prince , les éloges
eftant appuyez , fur des faits rapportez
, font voir , combien ce
Prince a efté attentif à tout ce
qui s'eft paffé dans le combat ;
qu'il a toujours agi , & qu'il
n'a point ceffé de donner luymefme
ſes ordres : En voicy une
preuve qui luy eft bien glorieale.
Mr de Falkeftain ayant efte
GALANT 449
?
pris,long- temps avant la fin du
combat , & Mr de Vendoſme,
s'en trouvant embaraſſé , ne voulant
pas donner une eſcorte pour
le conduire , parce que cette
efcorte , n'auroit pû eftre tirée
que des troupes qui l'environnoient,
& qui cftoient attachées
au combat dont il l'auroit
tirée . Mr de Vendoſme , dis je ,
voyant que ces troupes pouvoient
fervir plus utilement , en
ne ceffant point de combattre ,
demanda à Mr de Falkeſtein fa
parole d'honneur de faire tout
ce qu'il luy diroit ; & aprés qu'il
l'eut receu , il luy dit de le fuivre
, & de ne le point quitter ,
ce que Mr de Falkeftain luy
promit. Mr de Vendofme continua
de combattre , & de s'ex-
Avril 1607
.
PP
·
450 MERCURE
pofer par tout où le peril eftoit
le plus éminent . Mr de Falkeftain
, qui par fa prife, croyoit fe
trouver hors de tous les perils ,
où il eftoit expoſe peu auparavant
, fe trouva de nouveau reduit
à craindre pour fa vie : Cependant
, il fuivit Mr de Vendofme
de bonne grace , quoyqu'il
eut le chagrin , de le voir
expofé au feu des troupes , qu'il
venoit de commander , & de les
revoir fuir , aprés en avoir vû
faire un affez grand carnage .
Ce General dit enfuite à Mr
de Vendofme , qu'il avoit beaucoup
fouffert , voyant la maniere ,
dont il s'eftoit expofe , & qu'il luy
avoit obligation , de luy avoir donné
un exemple , qui pourroit luy
fervir , pour vaincre un jour , lorfGALANT
451
qu'il n'auroit pas des Vendofmes
en tefte . Ce Prince , voyant la vive
ardeur avec laquelle fon Infanterie
combattoit, difoit de temps
en temps , pendant le combat ,
Ah! quelle infanterie , quelle Infanterie
, ce qui l'anima tellement
, qu'elle auroit défait un
plus grand nombre de troupes,
fi elle en avoit eu davantage à
combatre . On affure que quelque
temps aprés le combat ,
cette Infanterie victorieufe demanda
à voir fon General , &
à le feliciter fur fa Victoire ;
que Mr de Vendofme , en embrala
plus de douze cent , qu'il
fit diftribuer de l'argent , à ceux
qui luy parurent mal - vétus , &
que peu de temps aprés , il en
parut devant ce Prince , plus de
Ppj
452 MERCURE
mille , avec des habits bleus , qui
yenoient des ennemis.
avoient dépouillez .
• qu'ils
On attend la lifte des prifonniers.
Cependant on affure.
que l'on avoit compté parmi
ceux qui furent faits d'abord ,.
deux Majors Generaux , deux
Colonels , dont l'un eft Allemand
, & l'autre Pruffien . Ileft
à remarquer , que les Troupes.
Pruffiennes , font celles qui fe
font le mieux deffendues : one
avoit déja trouvé trente Capitaines
des Ennemis parmy les
morts , & cinquante Lieutenans.
Ce que je vous mande
eſtant du 21. au foir , vous devez
croire qu'on aura découvert de
puis ce temps-là , en quoy confifte
la perte des ennemis, dont
GALANT 453
je ne viens de vous dire que โล
moindre partie , lorfque Mr de
Conches Ayde de Camp de
Mr de Vendofme partit le 22 au
matin , ce Prince eftoit déja à
Cheval , & en vifitant les Troupes
, il trouva un grand nombre
d'ennemis, qui s'eltoient meflez
avec nos foldats ; de maniere
qu'ils augmenterent confiderablement
le nombre des prifonniers
, qu'on avoit fait d'abord.
Vous venez de voir dans ma
Lettre , une Traduction d'un
Journal Espagnol , faite par un
Officier de cette Nation, du fiege
de Barcelone, dont je ne vous ai
envoyé qu'une partic ; & com
me je n'ay pas encore le refte ,
que je vous ai promis , & que
je ne laifferay pas, de vous en
454 MERCURE
voyer , lorfqu'il tombera entre
mes mains , je croy vous devoir
faire part,de ce qui fuit ce Journal
, & qui a efté envoyé par
un des Ingenieurs , qui font au
fiege de Montjouy ; vous devez
eftre perfuadé, que le détail des
travaux eft jufte , puifque la petfonne,
dont il vient , a eu beaucoup
de part à ces travaux.
Le 12 on perfectionna les ouvra
ges de la droite & de la gauche ,
aux endroits qui effoient en eftat de
recevoir les Travailleurs , & on continua
de jour à travailler àlafappe.
On refolut de faire une batterie , à
P'endroit le plus pierreux, defix pieces
de douze , qui bartra à revers & à
ricoché les ouvrages du Montjouy.
elle commença à tirer de
Le
13.
trois pieces , & on fit la partie de
GALANT 455
1
la deuxième paralelle à la gauche.
On perfectionna la place d'Armes,
Les ennemis firent un grand feu de
moufqueterie , mais fans effet. Nous
eumes deux hommes de tuez, & un
de bleffé, des pierres qu'ilsjettent en
grande quantité. Le Roy alla voir
Les tranchées à cinq heures du foir
après les avoir vifitées , par la
droite & par la gauche , il resta
prés d'un heure à la tefte, d'où il vit
commencer à tirer les douze pieces de
vingt - quatre qui battent en breche .
On fit enfuite de toutes les tranchées,
une décharge de moufqueterie , dont
les affiegez & tout le peuple de Bar
celone furent étonnez Ils firent un
grandfeu de canon de la Ville fur
la queue de la tranchée'; mais fanseffer.
Nos mortiers à bombes tirerent
A force , avec beaucoup d'effet , pen456
MERCURE
dant toute la journée , & les enne--
mis ne parurent prefque pas.
La nuit du 13 au 14. on perfectionna
tous les ouvrages de latefte
qui eftoient en mauvais eftat , & on
perfectionna la ligne gauche .
Le 14. on perfectionna la tranchée
par toute la gauche , & on fit
des banqueties, dans tous les endroits
qui fervent de place d'Armes.
Le canon & les bombes tirerent,
fans relache,pendant toute la journée,
avecfucces , puifque les breche's
commencerent à paroifre à la droite
& à la gauche du front de l'attaque.
Le mefme jour on reconnut l'endroit
à la droite de l'attaque, pour
faire une batterie de douze pieces de
vingt-quatre , afin de découvrir la
muraille jufqu'au pied , & toute la
Longueur dufront. Nous eûmes pendant
GALANT 457
dant la journée deuxfoldats bleffez,
& Mr Soiffon Ingenieur , eut le
bras caffé d'un coup de bifcayen,
La nuit du 14. au 15 on ache.
va la communication de la droite
à la gauche.
W
La nouvelle batterie , a commencé
à tirer le 15. & on a reconnu un
endroit proche les Capucins , propre à -
faire une batterie de kuit pieces de
vingt quatre pour tirer à toute vollée
à boulets rouges dans la Ville.
Cette batterie commencera à tirer
demain. On perfectionna tous les
Quvrages imparfaits , & on fit des
petits logemens , qui ont refferré de
fort prés les ennemis , dans Pouvrage
avancé.
pas
Le feu des ennemis ne fut
grind pendant cette nuit , mais
ils jetterent quantité de pierres
Avril 1706. 29
·
458 MERCURE
à la gauche, qui nous blefferent;
8. Soldats , & en tuerent 5 .
Le 15. on continua la tranchée
à la droite , & à la fape , en
s'infinuant dans les rochers , &
au fond des ravins, pour fe mettre
à portée, de donner l'affaut
à cet ouvrage , qui eſt de grande
importance pour en ouvrir l'attaque.
Mr de Lapara, & tous les
Brigadiers Ingenieurs , fe porterent
fur les lieux , deux heures
avant la nuit , pour prendre
connoiffance du deffein du General
, où il fut bleffé d'un coup
de moufquet à travers du corps,
en allant au petit logement , &
il mourut de fa bleffure, quatre
heures aprés . Cette mort , quoy
que tres confiderable , & qui
auroit dû fufpendre , ce projet
-
GALANT 459
n'en empêcha, ny l'execution ,
ny la réüffite , aprés que les Ingenieurs
curent montré aux huit-
Compagnies de Grenadiers qui
donnerent l'affaut, les endroits,
où chacune en fon particulier,
devoit attaquer , & les poftes
des trois Batteries qui les foûtenoient
. Ils travaillerent à leur
difpofitif , & à l'amas de leurs
materiaux . A une heure de nuit ,
on tira deux coups de petit canon,
pour le fignal , & les Grenadiers
, qui eftoient à portée ,
débufquerent, avec filence , de .
de leurs poftes , & fe pofterent
jufqu'au pied de la paliffade du
chemin couvert , avant que
Ennemis s'en apperçuflent , l'action
ne fut pas vigoureuſe, dans
le commencement, car les Ennc
les
Qq ij
460 MERCURE
mis s'éloignerent aprés une le
gere refiftance ; mais lorsqu'ils
furent retirez derriere les travers
, & dans le Baftion , ils fi
rent un feu d'enfer de moufqueterie
, grenades , bombes , & de
pierres , pendant toute la nuit :
Cependant cela n'empêcha pas
qu'on ne fit le logement , tout
a travers du Plateau ; mais comme
il manqua des matereaux , on
ne fit point de communication ;
ce qui obligea nos Grenadiers
de s'éloigner jufqu'au 16 , à une
heure de nuit , qui furent relevez
. Nous eûmes en cette occafion
fix Capitaines de Grenadiers
, huit Lieutenans , neuf
Sergens , fix Ingenieurs bleffez
& quarante- cinq Grenadiers de
bleffez ; & le nombre des tucz
GALANT 461
fut d'un Capitaine , de trois
Officiers fubalternes , de quatre
s Sergens , & de trente- cinq
Grenadiers . A la gauche , on
commença la Place d'Armes , &
la communication.
Le 16. on continua les ouvra
ges commencez à la fape , & on
perfectionna ceux qui estoient
imparfaits .
La nuit du 16. au 17 on fit la
communication de la tranchée
au logement & à la Place d'armes
. Les Ennemis ne firent pas
grand feu pendant cette nuit - là ,
mais ils jetterent des pierres en
grande quantité. Ils nous tuérent
huit Soldats , & en blefferent
neuf.
Le 17. on continua les ouvra
ges de la droite , & de la gauche
Qq iij
462 MERCURE
à la fape , & on perfectionna les
ouvrages imparfaits .
On ne peut donner trop de
louanges aux troupes qui font
ce Siege , rien n'eft comparable
à la vive ardeur du Bataillon
du Maine , lors qu'il reprit le
Drapeau, que les ennemis trouverent
moyen d'enlever dans la
fortie, où ils avoient esté battus.
Is fe repentirent bien de s'en
eftre faifis , & il auroit efté à
fouhaiter pour eux , qu'ils ne
l'euffent point pris .
Un petit nombre de Grenadiers
de ce Bataillon , & de celuy
de Charolois , fit une action
de la plus intrepide valeur ,
aprés la prife de l'envelope du
Château ces Grenadiers enrerent
dans la Place . Ils y deGALANT
463
meurerent affez de temps , pour
l'examiner , & s'ils avoient pû
eftre fuivis, le Montjoüy auroit
efté pris auffi - toft aprés fon envelope.
"
La viande eftant ce qui manequoit
le plus dans noftre Ca P
-au commencement du Siege
celuy qui eftoit chargé du foin
de faire paiftre les boeufs , qui
cftoient dans Barcelonne , pric
le foin , d'en envoyer à Sa Majefté
Catholique , fur ce qu'il avoit
ouy dire, qu'il y en avoit peu
dans fon Camp , il en amena
un nombre confiderable fur les
ramparts , & trouva le moyen
" d'en chaffer infenfiblement plus
de foixante vers noftre Camp ,
& lors qu'il jugea qu'ils eftoient
affez avancez, pour y entrer, il
Qq iiij
464 MERCURE
leur fit precipiter leur pas , &
il y entra avec eux .
Je fuis perfuadé que je ne fermeray
point ma lettre fans vous
mander la prife de Montjoüy .
Il femble que le Siege de cette
Place n'ait efté entrepris , que
pour faire admirer le Roy d'Efpagne.
A peine fut - il´arrivé
qu'il fe donna tous les mouvemens
neceffaires pour faire
avancer cette grande entrepri
fe. I alla voir débarquer les
provifions , & les munitions , &
donna trois cens louis d'or aux
Matelots qui travailloient à ce
débarquement . Ce Monarque
envoya enfuite chercher tous.
ceux qui pouvoient contribuer
à l'avancement du Siege , & il
leur recommanda d'apporter
GALANT 465
une extrême diligence dans
tout ce qui les regardoit chacun
en particulier ; mais , neanmoins
, fans rien precipiter ;
de crainte que cette precipitation
ne fuft plus dommageable,
qu'utile. Ce Prince croyant
que fon exemple animeroit
toutes les Troupes , & qu'il les
engageroit à s'expofer comme
luy , dans les temps où l'on
ne fe doit point ménager , fi
l'on veut acquerir de la gloire
& remporter une prompte victoire.
Ce Prince , dis- je , confiderant
toutes ces chofes , alla
plufieurs fois à la tranchée ,
avec un fang froid qui "faifort
trembler les plus braves , ce
Monarque ne s'étonnant point
de voir que les coups ne refpec466
MERCURE
..
toient perfonne à quelques pas
de luy. Il fit une action au commencement
du Siege , qui fic
connoistre qu'il eft plus digne
de regner, que le Prince , qui luy
difpute la Couronne , & qu'il
eft plus naturellement bon , &
plus clement. L'Archiduc luy
envoya demander un Miquelet
- Efpion , qui venoit d'eftre condamné
à eſtre pendu ; ce Monarque
, le luy envoya, quoy que
peu de jours auparavant , on
euft coupé un Miquelet à Gironne
, par morceaux , qui faifoit
auffi la fonction d'Efpion.
Ce procedé rempli de bonté ,
de clemence , & de confideration
pour l'Archiduc , fit retentir
les loüanges de ceMonarque ,
dans tout le Camp , & dans BarGALANT
467
celonne même . Il fit encore dans
le même temps une action plus
remarquable. Le poite des Capucins
ayant efté pris on crut
qu'il marqueroit fon reffentiment
contre les Moines qui font
dans le Convent , fitué en ce
lieu- là , dautant qu'ils avoient
porté les armes contre luy ,
& que l'on voyoit tous les
jours des Religieux de cet Ordre,
les armes à la main dans des
forties cependant , il donna ,
non feulement de nouvelles
marques de fa bonté , & de fa
clemence , en leur pardonnant.
Ce Prince, fit plus encore , & il
eut foin de leur envoyer tous
les jours dequoy vivre ; ce qui
acheva de luy attirer tous les
les coeurs. Il donna enfin , en
·
468 MERCURE
peu de jours de grandes mar
ques de fon application à tout
ce qui regarde la gloire de fon
Etat , & le bien de fes Sujets ,
de fa liberalité , de fa valeur intrepide
, de fa genereufe bonté,
& de fa clemence.
Je ne puis m'empêcher de parler
icy de Monfieur le Comte de
Touloufe , qui , dans cette occafion
a fervi les deux Couronnes
avec le zele le plus ardent , &
la plus vive application . A peine
ce Prince fut - il arrivé à
Toulon , qu'il fit travailler jour
& nuit pour achever de mettre
la Flote , qu'il devoit commander
, en eftat de partir . Il partit
enfin , aprés que le vent l'eut
refufé plufieurs fois , & le vent
F'obligea même de reculer , &
GALANT 469
de s'arrefter , aprés avoir fait
quelques lieues en mer . Enfin
le vent devint meilleur ;
mais il ne fut pas long- temps
favorable à ce Prince , qui elfuya
pendant plufieurs jours les
bourrafques d'une horrible tempefte
, qui fepara un de fes Vaif.
feaux, & qui en mal - traita fort
un autre cependant la tranquillité
de ce Prince fuft furprenante
, & l'on en rapporte
des chofes admirables . Le calme
fut à peine revenu , qu'il prit les
plus grands foins pour faire arriver
les Barques qui apportoient
des provifions & des munitions ..
& tout fut fi bien concerté , que
l'Armée commandée par le Roy
d'Espagne , celle de Mr de Legal
, & la Flotte , fe trouverent
470 MERCURE
prefque en même temps devant
Barcelonne . Monfieur le Comte
de Toulouse , fit débarquer
cinquante pieces de gros canon
& quelques Canonniers , & ce
Prince , tout occupé du Siege
de Barcelone , & craignant qu'il
ne fuft long , & que dans la fuite
on n'cuft befoin de Troupes
nouvelles pour le faire avancer,
fe fit donner un estat au vray
de toutes les Troupes qui font
fur fes Vaiffeaux ; parce qu'il
eft impoffible que la mort ne
faffe diminuer de gros Corps ,
& que les maladies ne mettent
auffi beaucoup de monde hors
d'eftat de fervir. Monfieur le
Comte de Touloufe , voulut en
même temps eftre informé, combien
il y avoit de Matelots fur fa
GALANT 471
Flotte en eftat de porter les armes
, & ce Prince , ayant fait fes
reflexions fur tout cela , dit au
Roy d'Espagne , qu'il pourroit
en cas de befoin , faire débar
quer un renfort de huit mille
hommes . C'eſt- là ce qui s'ap
pelle fervir avec attention , &
utilement .
En attendant de grandes nouvelles
de la fuite de ce ſiege , &
de la continuation des progrés
de Monfieur de Vendofme, pour
finir ma Lettre, je dois vous parler
de ce qui s'eic paffé au ſujet
des affaires d'Eſpagne & de Portugal
. L'armée d'Espagne , qui
devoit agir de ce cofté- là eftant
beaucoup diminuée, par le départ
des Troupes de France, commandez
par M³ le Maréchal de
472 MERCURE
Teffé, les Portugais fe vantoient
d'ouvrir la Campagne par la prife
de Badajoz , mais Mr le Maréchal
de Barvik, qui fçavoit leur
deffein , & qui eftoit averti de
leur marche , ne fe contenta pas
d'avoir fait mettre la place en
état de défenſe , & d'y avoir fait
jetter beaucoup de Troupes , il
prevint la marche des ennemis ,
& femit avec les troupes , au- devant
de la Place , du côté par où
les ennemis pouvoient l'affieger.
Les Portugais l'ayant appris ,
tinrent un grand Confeil de
guerre , où aprés de longues déliberations
; & fur l'avis de Milord
Gallouay, il fut refolu d'abandonner
l'entrepriſe projetée
depuis fi long- temps, ®ardée
comme infaillible , par les Por
GALANT 473
tugais . Ils refolurent enfuite de
marcher vers Alcantara , pour
fe faifir de cette Place , qui n'a
aucunes Fortifications , & dont
celuy qui en approche le premier
, fe rend toûjours maiftre .
"Les deux armées fe rencontrerent
dans la marche , & celle
des Portugais & des Alliez , beaucoup
fuperieure à celle des deux
Couronnes , efcarmoucherent
pendant la marche contre cette
derniere. Les Portugais perdi
rent quelques hommes , & quel
ques chevaux , & Mr le Comte
de S. Vincent, Portugais , & Of
ficier General , fut tué en cett
occafion . Les Portugais ayan
enfuite précipité leur march
devant Alcantara , Mr de Barvik
s'étant douté de leur deffein
Avril 1706
. Rr
474 MERCURE
avoit envoyé ordre à quelques
bataillons, qui estoient à portée
de s'y jetter , d'entrer dans la
Place . Il y en avoit déja trois ›
& la garnifon fe trouva compo
fée de neuf bataillons. Mr de
Barvik apprenant enfuite , que
la Place eftoit inveftie , envoya
un homme de confiance au Gouverneur,
pour luy dire, que lorfqu'il
fe trouveroit preffé , il n'avoit
qu'à faire les fignaux , que
l'homme , qu'il luy envoyoit luy
diroit , & à fortir. par l'endroit
qu'il luy marqueroit . Cet homme
devoit ajoûter à tout cela ,
que lorfque le Gouverneur fortiroit
de la Place, avec fa garnifon,
Mr deBarvik attaqueroit,
en même - temps , leCamp des ennemis
du même côté, & qu'il n'y
GALANT 475
avoit point de doute , qu'en les
mettant ainfi , entre deux feux
ils en feroient un grand carnage
. Ce projet n'auroit pas manqué
de réuffir, fi celuy qui eftoit
chargé de le communiquer au
Gouverneur d'Alcantara , n'eût
point efté pris , lorſqu'il vouloit
entrer dans la Place. Voilà la
verité d'une affaire, qui a fait
d'abord beaucoup de bruit , &
qui a fait faire une infinité de
faux raiſonnemens . Je dois ajoûter
ici , que les bataillons qui
ont efté pris dans Alcantara
eftoient fort foibles , & qu'ils
n'avoient pas encore reçu leurs
recruës. On affure que les troupes
qui compofent ces fept Ba
taillons, ne montent pas à trois
mille hommes.
Rrij
476 MERCURE
Je reviens aux affaires d'Ita
lie . Il y a des Lettres qui afflurent
que l'on a trouvé dans Calcinato
douze cens moufquets ,
& autant d'habits , avec huit
cens paires de fouliers , & huic
cens paires de bas. On dit que
tout cela eftoit deſtiné pour les
recruës que l'on attendoit .
Monfieur de Vendofme ayant
fait dire dans l'armée , aprés la
bataille de Calcinato, qu'il donneroit
un écu de chaque moufquet
des ennemis , qu'on luy apporteroit
, on affure que plus de
fix mille lui ont efté apportez , &
que les foldats difoient hautement
qu'ils luy en fourniroient.
encore d'autres . Ce Prince continuant
tous les jours de remporter
quelque avantage nouGALANT
477
veau , a écrit au Roy une troifiéme
fois depuis la Bataille de
Calcinato, & Sa Majesté fut réveillée
le premier jour de May ,
par les agréables nouvelles qui
font contenues dans cette Lertre
, dont je vous envoye une
copie.
Du Camp de . Polponaffo
le 24 Avril .
Les debris de l'Armée des ennemis,
fe retirerent après leur défaite,
du cofté de Mofcolino , & occuperent
le mefme Camp , où nous eftions an
commencement de l'année derniere:
Je partis avant hier de Calcinato,
oùje vins appuyer la droite de l'Armée
à Manerbe , qui n'est qu'à trois
milles de Salo. Ce mouvement a
478 MERCURE
déterminé les ennemis àfe jetter dans
les montagnes , de peur que je ne
coupaffe leur communication avec le
Trentin. Ils marcherent bier toute
la nuit avec tant de precipitation ,
qu'ils ont abandonné un nombre infini
de chariots, & d'équipages . On
les a pourfuivis pendant plus de
quatre mille dans les montagnes ;
mais ayant trouvé un ravin , ou une
Tourfort groffe , qui gardoit le defilé
, il a efté impoſſible de les fuivre
plus long temps.
Nous occupons Gavardo , Saint
Offer, & Salo & nous allons nous
y 'établir , de maniere à ofter aux
ennemis l'efperance de pouvoir jau
mais revenir dans le Breffan . Je
m'en vais encore envoyer un corps de
troupes à la Ferrare , pour garder
ce pallage , & un autre à la Roche
GALANY 479
Amfo, pour rejetter entierement
les ennemis de l'autre cofté de la
Dige. Je viens d'apprendre par un
Officier que m'a envoyé le Cheva-
Lier de Laubefpin , qu'il a canoné
hier l'Armée ennemie avec nos Galiottes
,pendant trois heures que l'Armée
a marché toute la nuit , pour
entrer dans le Val de Nofa ; qu'il
tient actuellement plufieurs de leurs
Barques, dans le Port de Garvignano.
Tous les Paifans affurent, qu'à
Maderne , les ennemis out jetté
beaucoup de poudres , & trois pieces
de canon dans le Lac. Il y a un
canot de nos Galiotes , qui taſche de
Les repefcher. Je viens demander à
Salo qu'on leur envoye encore dus
monde , pour les ayder.
Ceux qui connoiffent les lieux
dont il eft parlé dans cette Let
480 MERCURE
tre , ou qui auront recours aux
Cartes du Pays devineront
mieux que les autres , les fuites
que peut avoir tout ce que cette
Lettre contient. On écrit qu'il
y a lieu de croire que Monfieur
de Vendofme fe trouvera dans
peu dans un grand embarras ,
puifque manquant d'ennemis , il
trouvera peu d'occafions de fe
couvrir de Lauriers , & de fervir
le Roy en continuant tous
les jours de s'expofer , ce qui a
toujours fait fa plus forte paffion
. On étoit bien perfuadé ,
que rempli de cette paffion , de
reconnoiffance , du favorable
accueil que le Roy luy a fait cet
Hyver , & des emportemens de
joye que toute la Cour , & tout
Paris ont fait voir à fon arrivée.
GALANT 481
il feroit quelque chofe de
grand , auffi- tôt aprés fon retour
, pour répondre à toutes
tes chofes, & à l'attente de toute
la France. Il feroit dangereux
aprés tout ce qu'il vient de faire ,
qu'il paruft fi - toft à Paris , & il
y auroit à craindre qu'il ne fut
accablé par les trop vives careffes
du peuple. Je dois ajouter
icy que la troifiéme Lettre de
Monfieur de Vendofme a efte
apportée au Roy par Mr Coteron
, c'est un jeune Colonel
qui n'a pas encore vingt -ans.
Il eft fils de Mr Coteron , Capitaine
des Gardes de Monfieur
de Vendofme , & il s'eft déja
fignalé en plufieurs occafions,
L'exemple de fon pere qui fut
dangereufement bleffé à la ba
Avril
1706.
Sf
482 MERCURE
>
l'ont
taille de Caffano , & ce qu'it
voit faire tous les jours , fous
un General invincible
rendu de bonne heure , brave
& experimenté Capitaine. Il
eut l'honneur d'entretenir le
Roy pendant un quart d'heure,
aprés luy avoir rendu la Lettre
de Monfieur de Vendofme .
Il previent toutes les queftions
que Sa Majesté auroit pu luy
faire , & ce Prince en fuſt ſi
fatisfait , qu'il le témoigna en
fuite publiquement.
On affure que Mr le Comte
de Toralba a entierement défait
au delà de l'Adige , un Corps
de mille hommes , qu'il a fait
trois cent prifonniers , & que
le refte de ce Corps a efté tué,
bleffé , & entierement diffipé,
GALANT 483
Quoique je n'aye pas encore
de Relation en forme des avantages
nouveaux , que l'on vient
de remporter en Catalogue , ils
font trop éclatans pour differer
à vous les mander ; ainfi je vous
envoye ce que je viens de tirer
de plufieurs Lettres .
Le vingt-un à sept heures du
foir , on prit en une heure de
temps toure l'envelope exterieure
du Montjoüy , les Affiégez
firent une grande fortie du
Montjouy , d'environ fept cens
Anglois , ayant à leur tefte , Milord
Donneghal , qui commande
en Catalogue , fous Milord
Peterborough , toutes les troupes
auxiliaires ; il y fut fait prifonnier
, auffibien que Milord
Rouffel, fils du Duc de Betford,
sfij
484 MERCURE
qui eſt mort depuis de fes bleffures.
On prit auffi trente-fix Officiers
& fix cens Anglois qui
ont efté envoyez fur les vaif
feaux , ainfi que plufieurs autres
prifonniers . Le même jour
vingt - un , on fit une grande fortie
de la Ville, pour foûtenir uu
Bataillon Allemand , qui donna
par mégarde dans un de nos
Corps de Garde , ces Allemands
mirent d'abord les armes
bas ; mais ayant reconnu qu'ils
eftoient plus forts que nous , ils
mirent l'épée à la main , & nous
attaquerent vivement ; de forte
que fans le Piquet le plus voisin ,
qui furvint , ce Corps de Garde
auroit eu peine à refifter ; mais
ayant efté promptement fecouru
, tous ces Allemands, furent
GALANT 485
non feulement tuez , mais auffi
deux ou trois mille Miquelets ,
& Habitans , dont une partie fut
paffée au fil de l'épée , & le refte
fut pouffé jufques dans les barrieres
de la Ville.
Les habitans en armes & les
Miquelets de Barcelone , avoient
refufé le mefme jour à l'Archiduc
, d'aller fecourir le Montjouy
, & ils luy avoient témoigné
qu'ils fe refervoient uniquement
pour fa confervation , &
pour la défenfe de Barcelonne ;
ce qu'ils luy feroient connoiftre
le lendemain par une fortie ge
nerale , fe promettant de nettoyer
& de combler la tranchée
devant le Montjouy , & de nous
reduire à recommencer nos trayaux
; mais ils ne tinreut
pas
Sfiij
486 MERCURE
parole à l'égard de ce qu'ils devoient
executer dans leur fortie,
car eftant venus au nombre de
quatre à cinq mille Miquelets ,
& d'autant d'habitans arméz ,
mêlez de quantité de Moines ,
on leur tua fix à fept cens hommes
; on fit environ trois cens
prifonniers , & on reconduifit le
refte, jufques dans les paliffades..
On devoit ouvrir le lendemain
23. une tranchée vers la ville ,
ou du cofté de fa communication
, avec le Montjouy , fui
vant la réfolution , qu'auroit
pris de l'un ou de l'autre le
Confeil , qui devoit fe tenir pour
cela , & pour déterminer le jour
qu'on donneroit un affaut general
au Montjouy , dont les deux
baftions attaquez , font entierement
rafez.
GALANT 487
Je viens d'apprendre que le
22. avant la grande fortie , dont
je viens de vous parler , les Af
fiegez firent fonner toutes les
cloches de la Ville , afin que
chacun fe preparast pour une
Proceffion , où fut porté l'étendard
ou banniere de Sainte Eu
lalie leur Patrone ; mais leurs
prieres furent fans effet , leur
fortie ayant eu un effet tour
contraire à celuy qu'ils en at
tendoient.
Il y avoit le 24. cinquante
pieces de canon en batterie , &
quarante mortiers , fans les fix
des Galliates qui tiroient jour
& nuit , & qui avoient mis une
partie de la Ville en feu. On
a mis fur les vaiffeaux trois cens
Catalans prifonniers, qui fe font
488 MERCURE
que
les
trouvez des plus obftinez & des
plus coupables , & ils doivent
cftre envoyez aux Galeres.
On doit remarquer que lorfles
troupes des Alliez , ont
débarqué en Catalogne , elles
eftoient commandées par trois
Generaux , qui font , le Comte
de Peterborough , Milord Dunécant
, & Milord Donnéghal .
Le premier devoit commander
dans Barcelonne , & il a trouvé
le moyen de s'exempter de
ce commandement . Les troupes
qui eftoient destinées pour refter
en campagne, devoient eftre
commandées par le fecond , &
il a efté tué , & le troifiéme qui
devoit commander dans les
places qui feroient menacées de
Gege, vient d'eftre fait prifonnier,
GALANT 499
Je viens d'apprendre que l'on
doit une grande partie de l'avantage
remporté fur Milord
Donnéghal , à Mr le Maréchal
de Teffé , qui ayant jugé par
les fignaux des ennemis , qu'ils
fe preparoient à faire une fortie
, fit mettre l'armée en bataille.
Milord Donnéghal ne
s'attendoit à rien moins qu'à
eftre fait prifonnier , il eftoit
forti avec beaucoup de fierté ,
& au fon du tambour , pour
marquer qu'il n'apprehendoit
rien . Mr de Teffé donne de fi
bons ordres pour repouffer les
Miquelets , qui viennent attaquer
nos derrieres , pendant les
forties , qu'il en a merité des
louanges de toute l'armée.
Je vous envoye une Lettre
490 MERCURE
touchant la derniere affaire d'I
talie, plus détaillée que celle de
Mr de Vendofme , ce Prince
n'ayant pû l'étendre davantage,
parce qu'il vouloit la faire partir
auffitoft aprés la derniere
action , & eftant d'ailleurs bien
aife que celuy qu'il avoit jugé
digne de la porter au Roy, eur
l'avantage de dire quelque chote
de nouveau à Sa Majesté.
Au Camp de Polponaffo le 24 .
Avril 1706.
Nous marchames le 22. de
Calcinato avec l'Infanterie qui
formoit la Colonne de la gauche,
conduite par Mr de Medavy, qui
tenoit les ailes des Montagnes
GALANT 461
qui aboutiffent à Mofcolino ,
à Gavardo , & avec celle de la
droite , compofée de toute la Cavalerie.
Mr de Murfay à la
• tefte marchoit dans la pente affez
prés du Lac de Garde La tefte de
ces deux colonnes arriva à Sept
heures du matin , à une portée de
Canon des hauteurs de Mofcolino,
que nous vifmes occupées par les
Gardes des ennemis . Monfieur de
Vendofme , aprés avoir reconnu
le terrein , ordonna l'on campaft
. La droite compofée de toutes
la Cavalerie
, avec quatre
gades d'Infanterie à Manerbe
la gauche à Polponaffo , qui
que
Bri-
1
462 MERCURE
eft le quartier general , dont ilfit
occuper les hauteurs , par la meilleur
partie de fon Infanterie , &
dans un terrein prefque inacceffible:
il fe faifit auffi de divers poftes
qui avoifinoient Salo , dans le
deffein d'y marcher , fi-toft qu'il
auroit reconnu le Pays par où il
pourroit diriger fa marche ; mais
les ennemis que vous jugez bien
n'eftre pas en état de foutenir prefentement
une feconde action ,
ayant affurement perdu , & fans
exagerer , cinq ou fix mille hommes
, à celle de Calcinato , prirent
leparty de decamper à la fourdine ,
une heure avant la nuit. La Cavalerie
GALANT 493
valerie paffa par la valée de la
Roque-d'Enfau , & leur Infanterie
par Salo. Monfieur de Vendofme
, qui ne pouvoit avoir de
partis fur eux leur Camp , &
leur marche étant couverte des
Montagnes qu'ils occupoient ,
& qu'il étoit impoffible de tourner
fans employer beaucoup de temps.
Il ne fuft averti de leurs mouvemens
, que fur les neuf à dix
heures. Il fit auffi-toft commander
mille Chevaux , & tous les Grenadiers
de l'armée , avec lesquels il
marcha àSalo , qu'il trouva abanoù
il apprit du Prove- donné,
diteur , qui y commandoit , &
Avril 1706 . Tt
494 MERCURE
qui vint au devant de luy , que
Mr le Prince Eugene y avoit
paßé ,fur lesfix à fept heures du
matin , & que trois cens hommes
& cent chevaux d'arriere-garde,
n'en étoient partis que lorsqu'ils
nous avoient vú arriver. Mr de
Vendofme ordonna à Mrs d'Albergotty
& Dillon , de marcher
avec les Grenadiers , afin qu'aprés
s'eftre rendus maistre de Salo , ils
puffent avancer fur Maderne,
tâcher de prendre les trois cens
hommes & les cent chevaux , que
l'on difoit n'eftre resté que pour
donner le temps de racommoder un
affuft de Canon qui étoit rompu.
GALANT 495
Nos
م ی ر ب
gens firent peu de chemin,
fans tomber fur eux ; mais dans
un terrein fi avantageux
pour les
ennemis , qu'il ne fut pas poffible
de les enfoncer
. Il s'y tira quelques
coups de fufil , la nuit eftant
venue , on
on fe retira , avec perte
d'un petit nombre de Grenadiers .
Comme les ennemis
vont apparamment
paffer l'Adige , & s'étendre
de l'autre cofte ; voicy la
difpofition que Mr de Vandofme
donne à fon arrivée.
Il laiffa Mr de Medavy avec
› pour garder
douze Bataillons
Salo , la Roque-d'enfan , & le
Volbia .
Trij
496 MERCURE
Mr Albergotty va avec dix-
Bataillons à la Ferrare.
Mr de Saint Fremont avec une
partie de Cavalerie , au bas de
l'Adige,il fera, cependant quelque
féjour entre le Mincio , & la cofte
de
Veronne.
Le reste de l'armée, avec Monfieur
de Vendofme, fe tiendra dans
le centre , entre le Mincio &
Adige,pour fe porter dans les endroits
où fa prefence pourroit eftre
neceffaire..
Ốn a envoyé aujourd'huy les
Regimens de Belabre, de Verac,
aux ordres de Mr du Guerchois ,
dans l'Ifle de Rovigo , & le ReGALANT
497
giment de la Marine y marchera
demain. Le Corps qui marche ,
aux ordres de Mr d'Albergotty ,
à la Ferrare , vient d'eftre augmenté
de douze Bataillons , &
d'un Regiment de Dragons. On
vient de dire auffi à Mr de Vendofme
, que les ennemis avoient.
jette dans le Lac de Garde , trois
pieces de Canon , dont les affuts.
s'eftoient rompus , & que nos Galliores
les pechent actuellement..
Ce qui fuit eft tiré de la Lettre
d'un Officier General , de la
même datte que la Lettre que
yous venez de lire.
Je fus hier commandé , pour
Tt iij
498 MERCURE
· attaquer Salo , avec les Grenadiers
de la feconde ligne. En arri-..
vant à portée, nous apprifmes que
les ennemis fortoient de l'autre
côté. Je les fuivis long- temps :
enfin Monfieur de Vendofme
ayant appris qu'ils avoient du
Canon à leur arriere-garde , qui
ne marchoit que difficilement. Il
nous envoya ordre de tâcher de les.
joindre. Nous les attrapâmes .
à prés de deux lieues en avant
où nous les trouvâmes poſtez avantageufement
, occupant un Châ
teau dans la Montagne, & ayant
devant eux un Ravin impraticable.
Mr d'Albergotty
qui com
GALANT 499
mandoit tous les Grenadiers de
l'armée , ne laiffa pas que de tenter
de les chaffer , & pour cet
effet , il ordonna à Mr de Fits-
Gerard, avec les Grenadiers de la
premiere ligne , de gagner les hauteurs
, il m'ordonna , avec les
Grenadiers de la feconde , de prenpar
en bas. Nous nous y opiniatrâmes
jufques à huit heures
dufoir ,fanspouvoir paſſer le Ravin
; le feu fut grand de part
d'autre , & dura fix bonnes heu
res. Berthelon , Colonel du Regi
ment de Bretagne,a eftéfort bleſſe.
Nous avons perdus quelques Gre
dre
nadiers.
Foo MERCURE
L'Officier qui a écrit cette
Lettre , entra le premier dans
Salo ..
Vous fouhaitez de fçavoir
combien il eft party de Gallions
d'Espagne , pour le Perou , toutes
les Nouvelles publiques n'en
ayant point parlé. Vous me demandez
, comment ils ont pû
échaper à l'Amiral Leake ; puifqu'ils
n'avoient pour eſcorte
que cinq Armateurs de S. Malo ,
& enfin vous me priez de vous
raffurer fur la erainte que vous
avez que le Siege de Barcelonne
, ne foit interrompu par la
Flotte des Alliez , dont nous
fommes menacez depuis fi longtemps.
Je vais vous fatisfaire
fur tout ce que vous fouhaitez
GALANT 301
de fçavoir. On m'a affuré que
les Gallions d'Efpagne qui font
partis forment une Flotte de
plus de quarante voilles , fans
compter les Baftimens qui leur
fervent d'eſcorte . Il eftoit fi important
auxAnglois & auxHol
landois , ou de les furprendre
ou d'empêcher leur départ s
qu'il paroift que c'eſt la raiſon
la plus forte qui les ont obligez
à faire hiverner à Lisbonne ,
prefque tous leurs Vaiffeaux du
troifiéme rang ; parce que de
plus gros Vaiffeaux auroient
pourfuivi cette Flotte avec
moins de vîteffe. En la prenant
ils ruinoient tout le commerce
d'Efpagne , & en empêchant
fon départ , ce qui leur auroit
fté prefqu'auffi avantageux ,
502 MERCURE
ils faifoient murmurer toute
I'Efpagne ; & ils avoient déja
fait dire aux Efpagnols , que fi
ils prenoient le party de l'Archiduc
, ils auroient le plaifir de
voir partir leur Flotte , fans rien
craindre en partant, & fans rien
apprehender à fon retour.
Cela avoit fait quelque impref
Lion fur les plus Intereffez , & fur
tout , dans Seville , mais à peine
eut -on appris le départ des Gal-
Lions , dans cette Ville là , qu'el
Le parut la plus zelée de toutes
les Villes d'Efpagne , pour le
maintien de Philippes V. fur le
Trône : Elle en donna auffi toft
des preuves par les fonds qu'elle
fit pour eftre diftribuez à tous
ceux de la Nobleffe qui prendroient
les armes , & qui mars
GALANT S03
heroient pour fervir Philippes
V. où Sa Majesté voudroit les
employer. L'Amiral Leake a
manqué les Gallions par fa faute
, ou du moins , il auroit pu
empêcher leur départ ; mais la
hauteur dont les Anglois en
ufent avec le Roy de Portugal ,
eft caufe qu'il ne l'a pas fait. Il
eft deffendu tres - expreffement
par les Loix de Portugal , de
laiffer fortir , fans un ordre exprés
du Roy , donné par écrit ,
aucun Vaiffeaux , de quelque
Nation qu'ils puiffent eftre .
L'Amiral Leake crut que cette
Loy n'eftoit pas
faite pour les
Anglois , & traitant le Roy de
Portugal avec mépris , il ne voulut
pas luy demander d'ordre
pour fortir , afin de ne fe pas
504 MERCURE
trouver obligé de luy declarer
le fujet qui l'engageoit à fe mettre
en mer. On luy demanda
l'ordre du Roy ; il répondit qu'il
n'en avoit point , & que la Loy
qui affujettit les autres , n'eftoit
pas
faite pour
les Anglois , & il
voulut paffer outre ; mais voyant
que l'on s'obſtinoit à ne le point
laiffer paffer , & qu'on le menaçoit
vivement de faire tirer
de tous les Forts , fur fes Vaiffeaux
, il fe vit obligé de faire
fçavoir au Roy de Portugal ,
pour en obtenir un ordre , les
raifons qu'il avoit de fe mettre
en mer avec tant de précipitation.
Le temps que cet Amiral
perdit , pour avoir marqué trop
de mépris pour les ordres du
Roy de Portugal , a eſté cauſe
que
GALANT 505
que les Gallions luy ont échapé
, ou du moins , qu'il eft arrivé
trop tard pour empêcher leur
départ . Ce n'eft pas tout ce que
ce retardement luy a coûté , il
a voulu poursuivre les Gallions,
& dans cette pourſuite , il a effuyé
plufieurs coups de vent
qui ont beaucoup fait fouffrir
fes équipages , & qui luy one
même fait perdre quelques
Vaiffeaux , & beaucou pde monde
: Cependant les Vaiffeaux de
cette Flotte battus de plufieurs
tempeftes , & errants au gé des
vents, ont fait croire à ceux qui
les ont apperçus , que c'étoit la
Flotte des Alliez , qui venoit
furprendre celle de Monfieur le
Comte de Touloufe ; & ils ont
répandu ce bruit , par tout où
Avril 1706 . V u
506 MERCURE
ils ont pu ; mais il ne doit point
faire d'impreffioa fur ceux qui
fçavent un peu les affaires , &
qui font capables , du moindre
raifonnement . Ils doivent fçavoir
, que quand Leake auroit
beaucoup plus de vaiffeaux , que
Monfieur le Comte de Toulouse,
ce qui n'eſt pas , & que la fa Flotte
feroit en meilleur état qu'elle
n'eft , & munie de toute chofe,
cette Flotte n'oferoit approcher
des Vaiffeaux du premier rang,
dont la Flotte de Monfieur le
Comte de Touloufe , eft prefque
compofée ; ainfi ce Comte n'a
pas lieu d'apprehender celle
de l'Amiral Leake , que lorfqu'elle
aura efté jointe par celle
que doit commander l'Amiral
Schovel , que l'on appelle la
GALANT 507.
grande Flotte, & qui n'eft compofée
que de gros vaiffeaux
d'Angleterre , & de Hollande ;
mais comme elle n'eft pas encore
en état de partir, parce qu '
elle manque de matelots , on
pourroit recommencer encore
une fois, le fiege de Barcelonne,
& le finir avant que cette Flotte
ait joint celle de l'Amiral Leake.
Ileft vray , que Leake a pâ
eftre renforcé de quelques vaiffeaux
, qui ont accompagné les
convois qui font venus à Lifbonne;
mais tous ces renforts ne le
mettent pas en état de paroiſtre
devant Monfieur le Comte de
Touloufe : ainfi , ceux qui s'inquiétent
depuis long - temps ,
n'ont que des inquiétudes malfondées,
& qu'ils n'auroient pas
Vuij
508 MERCUR
s'ils fçavoient au vray l'état des
chofes pond a
Ayant déja mis uns Enigme
nouvelle dans ma Lettre joyous
envove les noms de ceux qui
ont deviné la derniere , dont le
Non eft la Barbe. Ceux qui
l'on trouvé font , Ms Labadie:
de Larchat : Maillet : Derny :
Bouldy : le Directeur des Mines
de oitiers : Courbon & les deux
Filles : le Pere Marihoire de la
ruë de la Mortellerie : Grelle
Organite de S. Cloud Millet:
Jacquet & Colin de Provins :
l'Exempt Moranlieu , & inflexible
Babet des Enclos : la Belle ,
proche la rue des Prouvaires :
le Brave Montour , de la même
ruë , & fon amy Larcher: Lambert
de Guenegault : l'Avocat
GALANT 509
aux Gardes , de l'Ifle Notre-
Dame : le Directeur des Lanaimable
Babet :
gues , & fon
Mlle Aubry, foeur du Lieutenant
General de Tours : Mlle
Gautier & Mayrande , de Touloufe:
Mc la Prefidente de l'Election
de Chaumont en Magny :
Anne Candide de Lauge : Mile
Germain & Neptune fon mari :
l'Agréable dans les Compagnies:
T'Amant ſecret des deux Pilliers :
d'or de la ruë S. Jacques : l'Amant
de la rue Quinquempoix
::
la belle Brune , & l'Agreable Libraire:
la Nymphe de la rue des
Lombards : la groffe Femme de
La Boule d'or : & les deux Ma
nettes de la rue du Four.
Vu.iij.
3TO MERCUR E
Je vous envoye une copie de la
Lettre écrite au Roy , par
Mrle Maréchal de Teffé , du
Camp devant Barcelonne
le 22 Avril 1706.
Fay cru , Sire , devoir diminuer
l'inquiétude , que Voftre Majesté
pourroit avoir, fi Elle apprenoit par
d'autres que par moy , l'heureafe
allion qui fe paffa bier.
L'on crût pouvoir gagner, par un
coup de main , ce que nous appellons
le Nouveau Montjoüy , & que les
brèches fe trouvant confiderables ,
l'on pourroit au moins refraindre les
ennemis dans le Vieil Montjouy,
lequel eft tres- petit : de maniere ,
Sire , que par les preparatifs de l'at
taque & de l'avis de Mrs les Ingenieurs,
qui furent affez partagez
GALANY SIE
le Roy voftre Petit- Fils, voulut bien
croire que l'affaire , quoique difficile,
eftoit en état d'ètre entreprise.
Le fignal fe fift fur les fix beures,
par la décharge des bombes ; &
pour ne point trop tomber dans les
redittes , j'ay crû plus à propos d'envoyer
à Voftre Majesté , la difpofition
de l'attaque , qui fut bien entendue
, des Officiers , & bien executé
.
L'on entra donc par la droite &
par la gauche, dont les ennemis s'apperçurent
aulitoft, & fe porteient aux
breches. Nous avons fçû qu'ils avoient
neuf cens hommes de garde ,
qui furent pouffez l'épée à la main .
Le Camp, qui eft entre la Ville &
le Montjouy, monta avec les drapeaux,
fe prefenta de bonne grace,
Laction fui vive, & dura plus de
512 MERCURE
trois grandes heures . Les ennemis
avoient preparé quelques fongaffes
qui brûlerent buit ou dix Grenadiers.
•·Enfin , Sire, on fe logea dans la
gorge des d'ux Baftions attaquez ,
dans lesquelles on entra par les bréches;
& l'on s'y établit. L'onfit plus,
car on fe rendit maistre d'une muraille
affezforte, & qui eft parallele
aw front de l'attaque . Les ennemis
qui avoient fourni leurs courtines ›
la faveur de quelques traverses ,
perdirent tout ce qui s'y trouva ; &
comme ily avoir un cavalier fur le
Baftion de la gauche , l'on s'y établit
fi bien, avec fuperiorité, que
les ennemis
firent des efforts inutiles. Les.
Anglois & Hollandois , tenterent
plufieurs fois de nous en chaffer: ils
porterent leurs drapeaux , juſqu'an
pied, prefqu'au haut du cavalier,
GALANT 513
&des ouvrages où Mr Joblot, Inge
nieur de (a droite , & de freville ,
Ingenieur de la gauche , faifoient
travailler avec beaucoup de vivAS
cité, & beaucoup d'ordre. C'était Vi
Lars Eugen , qui avoit eu la princi.
pale part an Difpofitif. Ily eut bien
des coups de bayonnettes & d'epées
donnez de part & d'autre : le feu
des grenades fe croifoit prefque toujours
Enfin , Sire , outre que l'on fe
logen , & que l'on s'eftablit , où
l'on avoit entrepris , il nous eft resté
au moins 500. prisonniers Anglois
ou Hollandois entre les mains , prés
40. Officiers , parmy lefquels on
de
compre Je Colonel Kour qui commande
les Gardes de la Reine Anne,
le General Donneghal tué , trois
Drapeaux du mefme Regiment de
la Reine Anne pris , & que l'on a
$14 MERCURE
porté ce matin au Roy voftre petit
fis , & certainement les Ennemis
ont laiffe fur la place plus de 300.
mores ou bliffez. A parler modeftes
ment , les Ennemis ont perdu plus
de 800. hommes de leurs meilleures
troupes & parmy les prifonniers it
ne fe trouve que 12. Catalans,
dont je vais faire un prefent aux
Galeres , afin qu'on en entende ja
mais parler, C'eftoit Mr de Dey ffon
Lieutenant General , Mr de Seguieres
Maréchal de Camp , & ME
du Gourdet. Brigadier , qui eftoient
de tranchées.
4T
Une circonftance , Sire , qui me
donna pendant toute l'action d'étranges
inquietudes , c'est le defordre
qui arriva par un Bataillon
Ennemy qui fe jetta dans un de
wos troupes qu'il crût Hollandois 3
GALANT SIS
& Payant reconnu François , ils
crierent qu'ils eftoient deferieurs , &
qu'ils ferendoient. Quelques- uns
mefme tumultuerent & jetterent les
armes 3 mais cette Troape des notres
, eftant reconnuë par eux pour
eftre de nos Travailleurs fans armes
, ils voulurent changer d'avis,
&ſejetterent avec leurs bayonnettes
& les armes qui leur reftoient fur
nos Travailleurs . Cette avanture
imprévûë qui arriva dans le temps
de l'effet de quelques fougaffes , penfa
perdre tout noftre arrangements &
venverfer , fans fçavoir pourquoy,
toute l'attaque de la droite. Fen
fût averty par Mouchaud Major
general , dont on ne peut trop louer
la valeur , & la maniere de fervir
Cela nous obligea defaire mar
cher , tambour battant, & àgrand
A
516 MERCUR E
bruit les Bataillons de la tranchée
de la droite. Ce mouvement de la
marche des Bataillons reftabit la
tranquillité parmy nos Travail-
Leurs. Il est bien difficile qu'une
action aufli vive ne nous coûtent
quelque choſe. Nous perdimes
deux Capitaines de Grenadiers ,
l'un nommé S. Vincent de la Cou
ronne , & un de Labour , à moins
"qu'ils ne foient prifonniers ; carje
ne (çay ce que les ennemis en firent.
Nous en perdimes auffi quatre ou
cinq autres , & nous eumes une quarantaine
de foldats tuez ou beffez
Je ne dois pas finir cet article fans
nommer le Sieur de Befnac , Capitaine
des Grenadiers du Mayne,
qui entra le premier par la brèche,
&qui s'ý maintint, auſſi bien qu'un
Officier de Sillery,nommé Deportes,
ن م
GALANT 517
le fieur de Belivieux Lientenant
Colonel du Mayne,
Dés qu'on eût bien rencogné les
Ennemis , dans le petit Fort de
Montjoy , le reste de la nuit für
tranquille , & l'on ne fongea qu'à
travailler, & àfortifier nos ouvrages
conquis.
Pendant le temps de cette action,
bien nous en prit , que les troupes
faffent fous les armes , à la tefte de
leur Camp , car la ligne fût attaquée
en trois ou quatre endroits, par
les Miquelets ,engrand nombres , qui
ne firent rien que tirer & fe faire
tirer. Mrs les Officers generaux,
chacun de leur cofté , pourvûrent à
la fareté du Camp.
Voilà , SIRE , ce qui ſe paſſa
hier au foir vingt- un à l'entrée de
la nuit , & voicy ce qui s'eft piffé
Avril 1706 .
Xx
$18
MERCURE
le matin du vingt- deux .
1
L'on entendit un tres -grand bruit.
dans la Ville , & le tocxin fonné.
On çût par un deferteur, que c'étoit
laffemblée generale des Bourgeois,
qui fortirent avec l'étendari de Saint
Eulalie. En effet, nous vifmes fortir
du Fort iedit étendart , qui eft rouge,
& dans le mesme temps , il fortit du
Montjouy, de la communication , &
des rochers les P us voifins de nos trancb
es un nombre infinis de Miquelets ,
Preftres, Moines , ou Bourgeois , &
des troupes reglées La tranchée, aut
bien que les ouvrages que nous avons
pris , furent attaquez de tous coftez.
Par ces gens-là.
·Lefcoupeterie a duré plus de trois
heures ; nous nous fommes maintenus,
fans perdre un pouce de terre. La cal
valerie de la Ville en fortit pareilGALANT
519
lement . Nos piquets y ont marché s
L'on a culbuté une de leurs troupes ,
que Mrs Dasfeld & de Celly, Officiers
de jour, ont fait charger. On
Leur tua , & on fit prifonniers douze
on quinze cavaliers.
Les Miquelets de la montagne
recommencoret leur attaque ; & le
sous le puffu en efiærmouche , & dans
Le temps que j'ay l'honneur d'écrire à
Koftre Majefté , tout eft tranquille
par tout & l'étendart de S. Eulalie,
reporté dans la Ville . A l'attaque
de nos tranchées , Mr de Bourdet, re.
gut un coup àà llaa tteessttee,,que l'on né croit
pas mortel , & Mr de Villeneuve,
Colonel d'Orleans, a pareillement
efté bleffé à la tefte : l'on ne croitpas
Ja playe dangereuse . Le Marquis
de Saudricourt a esté bleſſé au col :
L'on a tiré la balle, & l'on efpere
1
X x ij
520 MERCURE
qu'ilenfera quitte pour le mal. Cette
affaire de ce matin n'a pas laiffe de
nous conter une cinquantaine d'hom
mes turz on bleffez. La tranchée
vient d'être relevée par Mrs de Legal,
de Fomboiffard& de Beauvais
On travaille aux nouvelles batteries
neceffaires pour attaquer ce petit
Fort , où les ennemis ont placéfur le
petitfront 12. piecès de canon . Ilfaut
donc les battre, & effayer de les écrafer
pour y entrer. Ce feta encore une
affaire de quelques jours. Si l'on y
pouvoit faire plus aiſément des batteries
, cela feroit bientoft expedie ,
ou que l'on pût attaquer le Camp
d'entre Barcelonne, le Montjoy
mais cela eft impoffible.
L'Archiduc eft furement dans la
Ville, & on peut compter , qu'il a
perdu ce qu'il a de meilleures arouGALANT
521
#
ide
1
1
pes ; mais le nombre de gens qui porte
les armes , & qui paroift avoir lå
rage dans le coeur, eft inconcevable.
Tous les prifonniers que nous avons ,
font prefque tous grenadiers. Ce qui
ne prendra point parti , dans les Re
giments de Bervik , de Curten & de
Reden , paffera fur la Flotte , pour
eftre envoyé à Coulioure.
F'oubliois, Sire, de rendre compte
Voftre Majefté, que la Cavallerie
qui rode tout au tour , ayant
voula
vray - femblablement entrer dans
Barcelonne, s'eft prefentée aujourd'buy,
fur les quatre heures aprés
midy, a la partie de la ligne , où
commande Mr de Firmarcon . Ils
eftoient foutenus de plufieurs Mique
lets , qui couloient le long des ravines
& des chemins creux. Me de Firm.
rcon , averti , lés a fait charger
Xx iij
522 MERCURE
fi à propos par les piquets , du Re
giment de la Fléché, qu'il les a culbutez,
& leur a tué une vingtaine
de cavaliers.
Vous avez déja trouvé dans
ma lettre un Article qui parle
des mefmes actions ; mais ce que
vous venez de lire , eft plus
digne de foy, puifque l'on doit
croire tout ce que les Generaux
écrivent . Vous y trouverez beaucoup
de noms propres eftropiez ,
& peut-eftre beaucoup d'autres
fautes ; mais c'eft le fort des Relations
, dont on fait copie fur
copie , & long- temps après avoir
perdu l'Original de vue .
Je paffe de Catalogne en Italie
, c'est- à- dire de victoire en
victoire. Les pertes que les enpenis
ont faites à la bataille de
GALANT 523
Calcinato , & aux actions qui
ont fuivy cette bataille , paroiffent
tous les jours de plus
grandes , en plus grandes. Le
nombre des prifonniers fe trouve
plus confiderable , que l'on avoit
dit d'abord , & ce qu'il y a de
plus fâcheux pour les ennemis,
cft qu'il en retournera peu à
leur fervice. Il eft mort une infinité
de bleffez , & les Hôpitaux
font remplis d'une tresgrande
quantité d'autres dont
la guerifon eft defefperée . On a
aufli appris qu'il rechape peu
des bleffez qui font demeurez
parmis les ennemis.
Les Païfans du Breffan , juf
tement outrez , du mauvais traitement
qu'ils en ont receu , ont
affommez tous ceux qui ont efte
524 MERCURE
lents à fe retirer , ainfi que la
plus grande partie des Valets
& ils ont pillé prefque tout
leurs équipages . Ce n'eft pas
aux Venitiens qu'ils s'en doivent
prendre , ils ne peuvent empeſcher
que leurs fujets ne fe
fervent du droit de reprefailles i
de maniere , que fi les Allemands
ont fouffert en cette occafion
, ils ne doivent s'er prendre
qu'à eux- mefmes. Je ne dis
rien des prifonniers qui ont pris
parti dans nos troupes , dont le
nombre eft affez grand , ny de
ceux qui demandent des Paffeports
, pour retourner en leur
pais . Tout cela fait voir que
tous les prifonniers , qui ont efte
faits , font entierement perdus
pour les ennemis , & qu'ils ng
+
GALANT 525.
pourront , fans de grands mi ,
racles , ofer feulement efperer,
de pouvoir tenter de paffer en
Piémont , où l'on dit que depuis
la nouvelle des avantages rem
portez par Mr de Vendofme
non feulement perfonne ne veut
plus s'enroller dans les troupes
de Mr de Savoye ; mais mefme
que la défertion y eft beaucoup
augmentée . Si avant la bataille
de Calcinato , la Reine d'Angleterre
commençoit à douter
Lelle continueroit d'envoyer
des fubfides à Mr le Duc de
Savoye , parce qu'elle croyoit
que ce Prince ne pourroit deffendre
Turin , & qu'ainfi ce feroit
un argent perdu pour les
Alliez ; elle ne doit plus douter
prefentement que tout ce
526 MERCURE
que les Alliez luy pourroient
donner , ne pouvant rétablir fes
affaires , & empefcher la perte
du reſte de fes Etats ; il eft touc
C.
à fait inutile de fecourir ce
Prince , ce qui ne ferviroit qu'à
faire perdre de l'argent & des
hommes aux Alliez . Mr de Savoye
en doit eftre , convaincu
luy mefme , & les avantages
nouvellement remportez en
Italie , en Catalogne , & en Allemagne
, luy doivent faire voir
qu'il eft moins en estat avec
une poignée de monde , de refifter
à la France , que toutes.
les Puiffances , dont elle vient
de triompher. Ce Prince a vû
par experience que les troupes
étrangeres ne veulent point fervir
en Piémont ; & fur tout con
GALANT 527
1
tre les François , qui ont fait
périr l'armée entiere qui y avoit
efté amenée par le Comte de
Staremberg. Il y avoit il n'y a
pas longtemps un Regiment appellé
le Regiment de la Reine
d'Angleterre. Tous les Officiers
eftoient venus de Londres pour
le lever , & fur- tout pour enrôler
des Proteftants. Ce Regiment
n'a efté que tres peu de
L temps fur pied. La plupart de
ceux qui le compofoient , ont
efté tuez ou ont defertez ; de
forté que ttoouuss les Officiers s'en
font retournez en Angleterre ,
& que ce Regiment n'est plus
que dans les efpaces imaginaires.
Je paffe à un article qui vous
fera plaifir.
•
Les preparatifs que les Fran-
་
$28 MERCUR E
çois ont fait pour ouvrir la campagne
du cofté du Rhin , ont
efté fi grands , qu'il a efté impoffible
d'en cacher les aprêts,
& far tout à caufe de la quantité
immenfe de fourages qu'il
a efté neceffaire d'y faire voiturer
, parce que la terre en
avoir peu produit l'année derniere
. Les ennemis ont non
feulement fait beaucoup d'attention
aux preparatifs dont
je viens de parler , mais ils ont
auffi pris foin de les faire publier
pendant trois ou quatre mois de
fuite dans toutes leurs nouvelles
imprimées , de forte qu'il
paroiffoit hors de doute ; que
dans le mefme temps qu'ils exageroient
ces prepartifs : ils fongeoient
à s'en garantir, s'ils
nc
GALANT 529
ne l'ont pas fait , la faute n'en
doir pas eftre imputée à Mr le
Prince de Bade, puifqu'il a pris
foin d'envoyer Courier , fur Courier
à Ratisbonne & à Vienne
pour avertir de tout ce qui fe
palloit , & ce Prince faifoit-mefme
le mal, plus grand qu'il ne
le croyoit , afin que l'on prepa
raft des fecours pour y mettre
ordre, & que fi l'on ne preve
poit pas les François , on fift
tout ce qu'il feroit poffible pour
n'en eftre pas prevenu , mais
Empereur tout occupé de la
paffion , & du defir d'une vengeance
infatiable , contre M
Electeur de Baviere ne fongeoit
qu'au moyen d'abaiffer ce
Prince de faire piller , & détruire
fes Palais , s'apauvrir fes
Avril 1706.
Yy
50 MERCURE
fujets à force de fubfides , &
de faire abattre toutes les fortifications
de fes places , & comme
il n'en avoit aucun pretexte ,
& que tout cela eftoit contraire.
au traité qu'il avoit luy- même
figné du vivant du feu Empereur
fon pere , il falloit trouver
les moyens de faire foûles
ver fes Peuples , & de les obliger
à prendre les armes , afin
d'avoir occafion de les châtier ,
& de détruire en meſme temps
tout les états d'un Prince , dont
la trop grande valeur , & le trop
grand merite luy avoient depuis
long temps attiré la jalousie, & la
haine de la Maifon d'Autriche.
La Baviere s'eft donc foûlevée,
felon l'intention de l'Empereur,
de maniere qu'il a efté beſoin
GALANT -531
d'employer, non - feulement des
troupes Imperiales , mais auffi
celles de quelques Puiffances
de l'Empire & aprés les avoir
fait marcher , & reduit , injuftement
la Baviere , fous un
joug qu'elle ne meritoit pas ,
il a fallu y laiffer fix mille hom
mes de troupes reglées , pour
empêcher qu'elle ne fecoualt
le Joug. Tous les mouvemens
que les troupes dont je viens
de parler , ont efté obligez de
faire pendant tout l'hyver , les
fatigues qu'elle ont effuyez , &
les pertes qu'elles ont faites ,font
caufes que l'Empereur & l'Empire
nefe font pas trouvez affez
toft en eftat pour parer le coup
que l'on devoit porter aux Al-
Jemans , du cofté du Rhein,
Yyij
532 MERCURE
Ainfi on peut dire que l'Empe
reur eft caufe du mal qui vient
d'arriver à l'Empire. Voicy en
quoy il confifte."
Les Armées commandées par
Meffieurs les Marefchaux ´de
Villars & de Marcin , eftant
nombreuſes , puifqu'elles font
enfemble quatre - vingt- dix Bataillons
, & cent foixante Eſcadrons
ou environ , n'ont pas
laiffez d'eftre affemblez en fi
peu de temps , qu'on auroit pu
croire qu'elles eftoient forties
de terre , & prefque tous les
Officiers qui fe font trouvez à
leur tefte , eftoient à Paris quelques
jours auparavant , ce qui
a fervi à tromper les ennemis
qui eftoient perfuadez qu'ils ne
devoient fe tenir fur leurs gara
GALANT
533
des , que lorsqu'ils auroient ap-,
pris leur départ de France ; &
comme on l'avoit prevû , on fit
répandre le bruit peu de temps
avant leur départ , qu'ils pouvoient
demeurer encore quinze
jours pour faire leur Cour à
Verfailles & leurs affaires à
Paris, & prefque auffi - toft , pendant
qu'ils le publioient euxmefmes
, & qu'ils le croyoient
de bonne foy , ils receurent des
ordres fecrets & preffants , de
partir au jour nommé , & defe
trouver au rendez - vous , qu'on
leur marqua , dans un jour precis.
On avoit de mefme caché
les mouvemens que devoient
faire toutes les troupes ; en
forte qu'elles fe trouverent à
leur rendez- vous quelques jours
1
Yy iij
534 MERCURE
++
platoft qu'il ne paroiffoit aux
ennemis , qu'il eftoit poffible
qu'elles y arrivaffent , & c'eft
pourquoy Mr le Comte Dubourg
battit d'abord une arriere
garde des ennemis , compoſée
de fix cens chevaux . Il y eur
plus de cent Mailtres tuez , &
plus de cent faits prifonniersy
& les autres jetterent l'épou
vante parmi les ennemis ; ce
qui en obligea beaucoup à fe
débander & à s'écarter . Voicy
les premieres nouvelles qui font
venues de la fuite de cette action
.
Les Lignes de la Motern ont
efte paffées. Mr le Maréchal de
Marcin a marché à Haguenau ,
où il à inveſti fix Bataillons.
GALANT 535
Monfieur le Comte de Frife
fa famille, en eftoient fortis deux
heures auparavant. Mr de Villars
à marché à Statmatt , vis-àvis
de l'fle du Lande. Les Ennemisfont
dans unegrande confterna
tion , & beaucoup ont passé le
Rhin en defordre.
Mr de Bade eft malade.
Les Ennemis ont abandonné toutes
les Lignes deBifchweiler ,plei
nes de munitions.
Nous n'y avons perdu perfonne.
Voicy le contenu des nouvelles
qui ont fuccedé à celles,
que vous venez de lire.
Mr le Maréchal de Marcin
536 MERCURE
eft campé fous Fleuhein , fur le
bord des innondations, vis- à - vis
le Fort Louis du Rhin . Mrle Maréchal
de Villars , devant Drufnehein.
Mrde Pery , Lieutenant general
, fait le Siege d'Haguenau.
Les Ennemis ont abandonné les
Poftes , qui formoient le blocus
du Fort- Louis du Rhin , même les
défilez de Statmatt, ils ont repaffé
le Rhin , avec beaucoup de
précipitation , fur le Pont qu'ils
avoient à Dalem , qu'ils ont en-
Suiterompu. Ils ontfeulement laiffe
fix cens hommes dans Haguenau ,
trois ou quatre cens hommes
Aans Drunfhein. Mrle Maréchal
GALANT 587
de Villars va à Lauterbourg. Mr
3.avec
de Marcin doit marcher le
dix-huit Bataillons & vingt Ef
cadrons ,pourretournerfur la Mofelle
. On a changé la Garniſon du
Fort- Louis , & il eft muny de
Troupes , des vivres necessai
res.
Un troifiéme Courrier a rapporté
, que Mr de Villars faifoit
le fiege de Lauterbourg ;
Mr de Peri celuy d'Haguenau
& Mr de Viuxpont celuy de
Drusheim ; qu'ils avoient laiffé
un gros Corps fous Landau , &
que l'épouvante eftoit grande
dans tout le Païs .
Mr le Chevalier de Teffé, fils
338 MERCURE
du Maréchal de ce nom , a apporté
au Roy, l'abandonnement
du Donjon du Montjouy , & de
la communication de ce Donjon
à la Ville ; ainfi elle va eftre
foudroyée de ce cofté là , & les
canons de Montjouy ne l'épargneront
pas que le Roy d'ECpagne
a fait dire à la Députation
& aux Habitans de Barcelonne
, que s'ils ne luy livroient
l'Archiduc fain & fauve , ils feroient
tous paffez au fil de l'épée.
Outre les Articles que je
vous ai déja marquez , que je
refervois pour le mois prochain,
il m'eft refté une Traduction de
la Lettre Paftorale de Mr FArchevêque
de Tolede , & une autre
de l'Amniſtie accordée par
le Roy d'Espagne, aux Catalans
GALANT 539
qui fe remettront fous fon obéïffance.
Je fuis , Madame, voftre,
: & c.
A Paris ce 5. May 1706.
AVIS IMPORTANT.
Les heureuſes Nouvelles que
huit ou neuf Courriers ont apportées
, coup fur coup , font
caufe , que pour ſe rembourfer
des frais que l'on a efté obligé
de faire , en groffiffant le Mercure
, on vendra 50 fols ce Volume
, feulement . On diftribuera
celuy de May le 4. de Juin .
La longueur du temps qu'il a
fallu employer pour imprimer
celuy d'Avril , cft caufe qu'on
540 MERCURE
n'a pû le donner au jour mar➜
qué.
ས ཀྱི| ང ས མ ནམ
TABLE.
PRelu Relude.
7
Difcour prononcé par Mr l'Ambaffadeur
d'Espagne , à la Diete
de Cantons Catholiques ,
Reflexion curicufe fur ce difcours , &
qui font connoistre jusqu'où s'étendle
pouvoirde l'Empereur , 32
'Lettre de Rome , où l'Empereur a
beaucoup de part,
Premier article des morts ,
Services ,
43
{ 。
66
Lettre du Pere Hugo , à Mr l'Abbé
de la Luzerne , avec un Prelude
touchant cette Lettre
Morts Etrangers ,
77
106
Lestre concernant le Tonnere , accompagnéd'Eclairs
, qui s'estfait
entendre à Reims , au milieu du
plus fort de l'hyver ,
128
Recompenfes donné par le Roy d' Ef
May 1706.
Zz
TABLE.
133
pagne , à plufieurs perfonnes de
diffinition ,
Hiftoire de la Poëfie Françoise 136
Fragments d'Hiftoire & de Lit.
tetature , $14.9
Benefices donnez par le Roy , dans
la derniere promotion , 155
Lettre fur les affaires de Baviere,
avec un Prelude touchant cette
Lettre , 190
Morts des Gouverneurs de l' Acadie,
de S. Domingue , & des Ifles de
Cayenne ,
217
'Mr d'Orvilliers eft nommé Gouverneur
des Ifle de Cayenne , 226
Lettre d'un Membre du dernier
Parlement d'Angleterre 品
227
Articles touchant les affaires d'Angleterre
,
Mercuriales ,
235
245
Academie établie à Nancy , par
TABLE.
•
149
Mrle Duc de Loraine à l'Inftar
de l'Academie Françoife ,
Enfans trouvé flottant fur l'eau ,
élevée par l'ordre de la Reine
d'Espagne
, 2521
Extrait d'une Lettre de Genes contenant
la receptionfaite par cette
Republique, à Monfieur de Vendofme
,
Vendofmes
Troifiim : A ticle des Morts ,
253
253
256
Defcription de la boëtte , qui afervi
pour tirer les Lotteries de S. Roch
& de Versailles , 371
Dons faits par le Roy , agrements
donnez & Regiments vendus &
achetez
Mariages ,
277
303
Nouvelles de l'Armée du Roy de
Détail de tout ce qui s'eſt paſſé à
Suede , 317
passe ?
Z z ij
TABLE.
Pouverture d'aprés Paques
Academie des
Infcriptions &
des Médailles , & à celle des
Sciences , avec des Extraits de
tous les difcours , qui y ont efte
prononcez
Quatrième article des Morts , 343
323
Gouvernement de Meudon donné
par Monfeigneur le Dauphin, 371-
Reception faite à Madame la Ducheffe
de Bourgogne , au Village
de Puteau ,
Enigme nouvelle ,
372
376
Plans de Barcelonne & de Gibral
tar ,
377
Traduction d'un Journal écrit en
Efpagnol , de tout ce qui s'eſt paſſe
au Siege de Barcelonne depuit le
trois , jufqu'au quinze d'Avril ,
avec un prelude touchant ce Jour
nal ,
378
TABLE.
407
Mariages & autres articles remis
au mois prochain ,
Difcours rempli de faits curieux
fervant de prelude à la lettre de
Monfieur de Ven lome . 410
Lettre de Monfieur de Vendofme
au Roy par laquelle ce Prince
rend justice à tous ceux qui ſe
font diftingué à la Bataille de
Calcinato
་
422
Article concernant la relation precedente
,
447
Suite du Journal du Siege de Barcelonne
, par un des Ingenieurs
qui fervent à ce fiege ,
Eloge du Roy d'Espagne,
453
464
Soins de Monfieur le Comte de Touloufe
, pour avancer la priſe de
Barcelonne ,
Affaires d'Alcantara , éclaircies ,
468
47L
TABLE.
Suite des Affaires d'Italie , 476
Traifiéme Lettre de Monfieur de
Vendofine , au Roy , fuivie de
quelqu'autres nouvelles , 477
Extrait de plufieurs Lettres de Ca-
483
talogne ,
Lettre curieufe , touchant les dernie–
res Expeditions d'Italie , 499
Extrait d'une autre Lettre fur le
mefme fujet ,
Eclairciffement fur plufieurs Fails
Hiftoriques ,
Noms de ceux qui ont deviné l'Enigme
du dernier mois ,
497
500
508
Lettre de Mr le Maréchal de Teffe
500 au Roy ,
Derniere fuite de nouvelles d'Italie ,
522
Avantages remportez par Mrs les
Mare/chaux de Pillars & de
Marfin , 527
TABLE.
Bastion de Montjoży , abandonné
" par les ennemis
Autres articles refervez
Avis important ,
537
$39
idem
Qualité de la reconnaissance optique de caractères