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Eur
. 511m
1706,3
Mercure
<36624505160013
<36624505160013 .
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MARS , 1706 .
APARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant .
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut ſe diſpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VI.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR
ILy a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis
qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement
de chaque
Volume
au Mercure
, puis
que malgré les prieres rèiterées
qu'on a faites d'écrire en
caracteres
liftbles les Noms
propres quife trouvent
dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez
, on neglige
de le faire , ce qui est
canfe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port,
5
MERCVRE
GALANT
MARS , 1706.
OUS me mandez
que les Preludes de
mes deux dernieres
Lettres ont efté fort applaudis ;
je n'en fuis pas furpris , puifque
ces applaudiffemens ne font
A iij
6 MERCURE
4
dûs qu'à la beauté de la matiere
, & que les Portraits les plus
fimples des actions du Roy
n'ont befoin ny des fecours de
de ceux de l'Eloquenl'Art
, ny
ce pour eftre embellis & admirez
: En effet , ces fecours fontils
neceffaires
, lorfqu'il paroift
impoffible
de donner feulement
une idée qui puiffe bien
répondre
aux choſes dont on
doit parler . Qui pourroit
, par
exemple , entrer dans les détails
immenfes
du travail où le
Roy s'cft plongé pendant tout
l'hiver , pour avoir au Printemps
huit ou neuf Armées
GALANT
7
tirées de fes propres Sujets
payées de leurs deniers , & prêtes
à agir fur les plans que ce
Monarque s'eft formé pour les
operations de chacune , pendant
tout le cours de la Campagne
, à moins
que des évenemens
imprévus ne l'obligent
d'en faire de nouveaux. Tout
cela eft fi beau & fi grand , qu'il
eſt difficile de fe l'imaginer ;
c'eſt pourquoy je ne m'éten
dray pas davantage fur cet Article
, qui me fournira abondaminent
dequoy vous entre
tenir pendant toute la Campagne
. Je paffe de ce qui touche
A iiij
8 MERCURE
un puiffant Monarque , à ce
qui regarde un grand Pape.
Le P. Jofeph - Ignace Chiaberge
, Jefuite , a prononcé
dans le College Romain , le
Panegyrique de Clement XI.
La divifion de fon difcours fut
que Clement XI . a réüni en ſa
perfonne l'office d'un tres -bon
Prince , & celuy d'un excellent
Pafteur ; l'office d'un bon Prin
ce , pour affurer le bonheur
temporel de fes Sujets ; celuy
du Paſteur , pour procurer le
falut éternel de fon Troupeau :
Deux devoirs que Clement
XI. a rempli auffi exactement
GALANT 9
que la loüange juſte & veritable
, que luy donne ailleurs fon
Panegyrifte
, dans un ouvrage
de Poëfte.
Nec melior Dominus , nec Pater
effe poteft.
Celuy - là eft bon Prince , dit
l'Orateur , & bon Maiſtre , qui
a fçu conferver la tranquillité
& la paix à fon Peuple ; lorfque
la guerre l'environne &
l'affiege de tous coſtez , qui l'a
fait jouir d'une pleine & gratuite
abondance , dans des temps
où tout coûtoit infiniment , &
oùtout manquoit à ſes voisins.
Ce Panegyrique qui eft rempli
10 MERCURE
de beaucoup d'autres endroits
fort délicats , reçut de grands
applaudiffemens . Le Pere Chiaberge
a beaucoup d'éloquence ;
il a donné des preuves de fon habileté
en plufieurs occafions d'éclat.
Sa réputation eft connue
dans toute l'Italie ; & il fait l'un
des principaux ornemens du
College Romain qui eft rempli
de beaucoup de perfonnes
d'une profonde erudition .
L'Affemblée fut auffi illuftre
que nombreuſe lorsque ce Pa
negyrique fut prononcé . Pref
que tous les Cardinaux qui font
à Rome s'y trouverent accom
GALANT II
pagnez d'un grand nombre
de Seigneurs Romains. On y
vit aufli beaucoup de Dames
de la plus haute diſtinction . M
le Cardinal Paulucci donna à la
fin de l'Affemblée
de grandes
louanges au Pere Chiaberge.
L'Epitaphe qui fuit eft de
M' Bailliet , dont je vous appris
la mort le mois dernier .
EPITAPHE.
BAILLIET , dont nous pleurons
la
perte ,
Fut docte , modefte &pieux ,
21 MERCURE
Les ouvrages fortis de fa plume difcrete
,
Sont tous édifians, inftructifs , curieux .
Les Sçavansfoûmirent leur gloire
Auxjugemens qu'il en traça ,
Et c'est ainsi qu'il commença
A s'acquerit un nom d'immortelle
memoire
Quefes derniers écrits pouvoient feuls
couronner ,
Sa conduit fut fi chretienne
Qu'à l'Histoire des Saints qu'il
vient de nous donner
On doit bien- toft joindre la fienne.
On trouve rarement des occafions
de faire des Feftes femblables
à celle dont je vous
envoye la defcription , ceux
qui pourroient fe donner cette
GALANT
13
fatisfaction n'en faiſant prefque
jamais. Vous trouverez
dans la Relation de celle que
je vous envoye , un Difcours
rempli d'érudition , & de remarques
curieufes fur ce ſujet ,
dont la lecture vous fera plaiſir.
Le vingt - deuxième Février
Mr Titon , Directeur General
des Fabriques & Magafins d'Armes
de Sa Majesté , finissant
par une grace du Ciel ,
du Ciel , parti
culiere , la cinquantiéme année
de fon mariage avec fa même
& unique Femme , crut devoir
en rendre à Dieu des actions de
14 MERCURE
graces folemnelles , & pour ce
Sujet , il affembla dans fa belle
Maifon du Fauxbourg Saint
Antoine , tous fes enfans & fes
petis - enfans , & en prefence de
Monfieur le Sourd , Čuré de
Saint Paul , de Mrl'Abbé Anfelme
, & de plufieurs perfonnes
de diftinction ; on dreffa un Acte
de ce renouvellement
de Mariage,
qui fut fait & paſſé pardevant
Pierre Savalette , Notaire
au Chafteler.
L'Acte ayant efté figné par
toute l'Affemblée , on mena folemnellement
le Marié la
Mariée , de la Salle à la ChaGALANT
IS
pelle domestique ; où s'eftant mis
genoux au pied de l'Autel ,
& s'eftant relevez aprés quelques
courtes Prieres , pour ſe preparer
à la Ceremonie. Le Pere
Titon , leur fecond fils , Chanoine
Regulier de Saint Auguftin
de la Congregation de Sainte Génevieve
, Prieur de Saint
Germain de Dourdan , Diocefe
de Chartres , leur fit debout le
Difcours qui fuit.
Heureux les yeux qui voyent
ce que vous voyez; car en verité
je vous dis que plufieurs ont
defiré voir ce que vous voyez ,
16 MERCURE
& ils ne l'ont pas vû, en S. Matthiều
ch . Is .
Leſquels dois-je le plus feliciter
dans cette fainte & joyeufe
ceremonie , ou de vous ,
Monfieur & Madame , ou de
cette nombreuſe poſterité qui
vous environnent
; ils voyent
un Pere & une Mere de qui ils
ont reçu la vie , renouveller enfemble
ce beau & facré lien ,
par lequel ils font & le font
honneur d'eftre vos enfans :
ils voyent ce que peut la
force d'un temperament
fage
& bien reglé , qui vous a conduit
tous deux jufqu'à l'âge de
ce precieux renouvellement
,
GALANT 17
avec toute la vigueur d'efprit ,
& toute la fante des corps les
plus robuſtes : ils voyent enfin
la tendreffe de l'union conjugale
, fi rate aujourd huy entre
les perfonnes mariées , perfeverer
neanmoins dans vos deux
coeurs , malgré le nombre des
années , avec toutes les graces
des premiers jours de voſtre
Foy , & venir prendre encor
de nouvelles forces aux pieds
des Autels. Beati oculi qui vident
quæ vos videtis ?
N'eft - on pas heureux d'avoir
de fi beaux exemples domeſuques
, &ce bonheur eſt-il
Mars 1706. B
18 MERCURE
accordé à toutes les familles?
Combien y en at - il qui ont
defiré de voir ce que nous
voyons icy , qui ne l'ont jamais
vû & qui ne le verront
jamais ? Le Ciel vous a fait cette
grace , Monfieur & Mada
me , & vous finiffez aujour
d'huy l'année cinquantiéme de
voftre mariage : Année jubilai
re fi facrée dans l'Ecriture fain
te , fi folemnelle dans les faftes
des Romains , fi privilegiée
dans nos ufages , & fi digne de
reconnoiffance devant Dieu.
C'eftoit cette année qu'on
annonçoit par ordre exprés du
GALANT 19
Seigneur au fon des trompet,
tes , comme pour réveiller la
joye des peuples , & pour leur
faire oublier les maux , les perres
, les querelles , les inimiciez,
en un mot toutes les miferes
par où ils avoient paffe jufqu'à
ce temps. Il n'eftoit permis à
perfonne d'eftre trifte à l'ou
verture de cette Année fainte.
Seroit-il libre icy , Monfieur
& Madame , à quelqu'un des
Conviez de l'eftre à l'ouver
ture de vos nôces jubilaires ?
le nom feul eninfpire de la joye
& nous promet un veritable
& innocent plaifir par le bon
a
Bij
20 MERCURE
ordre que vous y avez donné
goûtez- le donc , cet innocent
plaifir , puifque vous eſtes les
principaux fujets de la Feſte ,
& réjouiffez- vous dans le Seigneur
de ce que tous les ennuis,
les embaras , & les traverfes
du mariage font paffez pour
ne jamais revenir.
Quelque joye qu'il y ait eu
dans vos premieres nôces , elle
n'a pû aprés tout cftre entiere
cette joye , & plufieurs idées
de trifteffe pouvoient la troubler
en même temps. Il fuffifoit
alors de penfer aux douleurs
mortelles de l'enfanteGALANT
21
ment , aux rifques du Baptême,
& au peril du falut des ames
qui pouvoient perir en venant
au monde. Il fuffifoit de penfer
aux peines de l'éducation
d'une famille , à l'incertitude
des routes bonnes ou mauvaifes
qu'elles pouvoient prendre
: Il fuffifoit enfin pour troubler
la joye de vos premieres
nôces de fentir un grand coeur
pour la gloire des Armes de
fon Roy, & de craindre que
ce beau & noble projet ne puſt
jamais réüffir.
Mais aujourd'huy dans vos
nôces jubilaires , toutes les ap22
MERCURE
prehenfions font diffipées , &
toute idée de trifteffe ceffées ,
faire place à la joye pure pour
& univerfelle de voir tous vos
voeux accomplis ; des enfans
vraiment Cheftiens & tournez
au bien ; une famille bien
élevée & bien établie ; une fortune
folide & bien appuyée ,
enfin la gloire d'avoir fervi
l'Etat pendant quarante ans ,
& d'avoir merité l'eftime du
Monarque & de fes Miniftres.
Rejoüiffez - vous donc dans
le Seigneur , qui a efté vôtre
force durant ces cinquante annécs.
Exultate Déo adjutóri
GALANT 23
noftro. Pouffez des cris d'alle
greffe vers le Dieu Jacob. Ju
bilate Deo Jacob. Vous avez le
même bonheur que ce Patriar
che ; & vous voyez comme
luy les peines & les travaux de
voſtre mariage recompenfez de
la joye la plus parfaite qui puiffe
eftre accordée à des hommes fur
la terre. N'eft- elle pas auffi
pour nous cette joye , Meffieurs
& Mefdames
& n'avons
nous pas quelque part à cette
Fefte joyeuſe
Voicy l'ordre
que nous donne le Seigneur
d'Ifraël ; Buccinate
in Meomenia
tuba. Sonnez de la Trom
24 MERCURE
->
pette dans ce jour du renouvelİment
de mariage , joignez la
douceur des fluttes & des hautsbois
à l'harmonic de l'orgue ,
la majefté des trompettes au
bruit guerrier des tymbales
&t que l'air retentiffe icy des
plus beaux chants de Muſique
dans ce jour fi remarquable
de noftre folemnité , in inftgnis
die folemnitatis veftræ.
C'eftoit dans ce grand jour
que les Romains affembloicnt
chez eux tous les defcendans.
de leur mariage. Le pere & la
mere diftribuoient à chacun
de leurs enfans une Medaille
pour
GALANT 25
pour les engager de fe reffouvenir
à jamais de cette Fefte :
il fe faifoit enfuite un grand
repas , durant lequel le Marié
& la Mariée portoient chacun
fur leur tefte une Couronne
de fleurs : & cette annnée s'appelloit
par excellence , l'An
née de la Couronne , à caufe du
triomphe glorieux , qu'en recevoit
leur mariage
. C
N'avons - nous rien de ferel
blable à ces innocentes cenmonies
dans nos divines Ecritures
; & il n'y a- t- il pas encore
une année digne de Cou-
Tonne pour les perfonnes ma-
Mars
1706 . C
26 MERCURE
riées ? Ouy , Seigneur , vous en
avez preparé une à ceux que
vous aimez fur la terre , &
voſtre Prophete Royal m'apprend
que c'est vous- même
qui beniffez la Couronne de
cette Année de faveur . Benedices
Corona Anni benignitatis
tua. En effet , n'eft- ce
une belle Couronne, Monfieur
Madame, que ce grand nom
qre d'enfans qui eft autour
che vous , entre les Benedictions
e l'Ecriture Sainte promet
- celuy qui craint le Seigneur.
a principale eft qu'il n'aura
qu'une feule femme dans toute
pas
GALANT 27
fa vie, qui vivra avec luy autant
que luy , & qui le fera pere
de tant d'enfans & de petits
enfans ; qu'il pourra en former
le cercle d'une Couronne
-autour de fa Table ; uxor tua
fut vitis abundans : filii tui ficut
novella olivarum in circuitu
menfæ tuæ. Vous n'en voyez icy
qu'une partie,Monfieur & Madame
, le plus grand nombre
de vos enfans eft dans le Ciel
autour du Thrône de l'Agneau
; il acheveroit icy l'au
tre moitié de voftre Couronne ,
& il pourroit s'il eût vêcu vous
faire voir la quatriéme gene-
Cij
28 MERCURE
ration de voſtre ſang , mais il
vaut encor mieux qu'il demande
pour vous dans le Ciel une
Couronne de gloire immor
telle : auffi bien celle dont nous
voudrions icy vous couronner,
ne feroit qu'une Couronne
de fleurs fujette à fe fletrir .
Achevez plûtoft vous- mefme
le refte de la ceremonie des
Romains en donnant une Mcdaille
à chacun de vos enfans,
& nous la mettrons cette Medaille
, ou comme un cachet
fur nôtre coeur , ut fignaculum
fuper cor ; pour aimer à
jamais celuy dont elle repreGALANT
29
fente l'image ; ou comme
un braffeller au tour de noftre
bras ut fignaculum füper brachium
, pour nous reffouvenir
toute noftre vie de la joye que
le Ciel vous a preparée dans ce
beau
jour.
*
C'eſt par ces cinquante années
de mariage que vous
acquererez droit fur tousles pri
vileges fi fouvent accordez par
L'Eglife & par nos Rois , en
faveur des veterans , & des jubilaires
: car ils font exempts
de toutes les peines & de tous
les exercices de leur état fans
Cijj
30 MERCURE
en perdre les honneurs & les
droits.Les droits de vôtre mariage
, Monfieur & Madame , c'eſt
le refpect , la tendreſſe, la complaifance
, & la reconnoiffance
de vos enfans , c'eſt à eux de
yous débaraffer de tous les
foins de la vie , & à fe charger
de tous les poids de vos
affaires , afin que vous n'ayez
plus qu'à jouir du fruit de
vos travaux , à remercier Dieu
des graces qu'il vous a faites
& à le prier fans ceffe pour
la confervation
du Roy qui
yous a comblé de tant de biens ,
& qui vous a fait aujoura
GALANT 31
d'huy tant d'honneur .
Voſtre remariage ne fera
pas mefme privé du fruit ordinaire
de ce Sacrement : car
fi vous avez donné à l'Egliſe
des enfans dans vos premieres
noces ; l'Eglife dans vos noces
jubilaires vous en promet un
bien plus excellent , & plus
miraculeux que l'enfant qui
fut promis par ces trois Anges
à Sara , & à Abraham , dans
l'extremité de leur vieilleffe ;
puifque c'eft l'enfant Jefus
qui doit eftre le fruit de voftre
mariage:vous l'enfanterez fans
douleur , Madame : vous l'éle-
C
iiij
32 MERCURE
verez fans peine , Monfieur ;
mais vous l'aimerez , s'il vous
plaiſt, comme voftre cher Ifaac,
Il vous demande que vous le
partagiez comme un de vos
enfans , & que vous achevicz
de donner aux pauvres la part
de fa légitime
le re-
C'eft la plus belle reconnoiffance
que je puiffe vous infpirer
pour Dieu dans ce grand jour.
N'eft-il pas jufte auffi, Meffieurs
& Mefdames
mercions icy de tout noftre
coeur , pour cet agreable &
rare fpectacle qu'il nous accorde.
Beati oculi qui vident que
que nous
GALANT 33
vos videtis . Quand on a obtenu
du Ciel une guerifon ou quelque
faveur miraculeufe , on a
coûtume d'en faire un Tableau
qui reprefente le miracle : on
Fattache par forme de voeux
dans quelque Egliſe à côté d'un
Autel , ou bien on le fufpend
dans le lieu le plus noble & le
plus apparent de la maifon ,
pour fervir de memorial à toute
la famille.
.
Y eut - il jamais grace plus
finguliere que celle que vous
recevez aujourd'huy , Monfieur
& Madame , & y cut- il
faveur dont la memoire me34
MERCURE
rite plus d'eftre laiffée à la pof
terité. Gravez la donc , s'il vous
plaiſt , ou ſur le marbre ou fur
la toile , mais n'en laiffez pas
perdre la memoire. Pour moy ,
je me charge d'en remercier
Dieu à l'Autel toute ma vie ;
& puifque j'ay eu l'honneur
quoy que tres -indigne , d'avoir
efté choifi feul entre tous vos
enfans pour eftre Miniftre du
grand facrifice de noftre Religion
, je vais l'offrir au Seigneur
pour vous , Monfieur & Madame
, pour la fanté du Roy
noftre bon Maiftre , pour la
profperité de fes Armes , &
>
GALANT 35
pour toute cette illuftre Affemblée
, afin que nous meritions"
tous d'eftre affis un jour aux
Noces de l'Agneau qui font
preparées dans le Ciel , & qui
dureront dans toute l'éternité
des ficcles. Ainfi foit - il .
Ce Difcours eftant fini , Mr
Titon , Prieur , benit fur l'Autel
une grande Medaille d'or reprefentant
d'un cofté le Portrait de
Mr Titon , avec ces paroles latines.
Maximilianus Titon , armis
cudendis Præfect. qui fignifient
l'Office & le Titre que le Roy
luy a donné; & dans le revers de
36 MERCURE
la Medaille , eft une Pyramide or
"née de Trophées d'armes , de toute
forte d'inftrumens de guerre , avec
Mars & Bellonne aux deux côtez,
au bas de la Pyramide , l'écuffon
aux Armes de Mr Titon ,
avec cette Devife latine . Jovis
parat arma triumphis. C'est-àdire
:
3
Il prepare à fon Roy , des
armes pour fa gloire.
Cette Benediction eftant finie ,
on commença la Meffe , pendant
laquelle on chanta un excellent
Motet , fur ces paroles du Pfeaume
80. Exultate Deo adjutori
noftro . Jubilate Deo Jacob.
GALANT 37
Sumite pfalmum & date tympanús
pfalterium jucundum
cum cithara ; buccinnate in
Neomenia tuba in infigni die
Solemnitatis veftræ quia præceptum
in Ifraël eſt. Ĉes paroles
avoient efté mifes en Muſique par
le celebre Mr Marchand , Organifte
; & ellesfurent chantées par
des Muficiens de la Chapelle de
Sa Majefté, accompagnez deMrs
Philidor freres par leurs enfants
, Hautsbois de Sa Majefté,
& par des Trompettes & des
Tymbales de la Chambre.
Al'Offertoire Mr Titon, Prieur
38 MERCURE
Celebrant , donna la Paix à baifer
au Marié à la Mariée, dans la
main de laquelle Mr Titon mit la
piece d'or qui venoit d'eftre benite.
La Meffe finie on chanta en
·Mufique & au fon des Inftrumens
, Domine falvum fac Regem.
Puis le Celebrant dit à
Autel le Verfet & l'Oraison ;
enfuite de quoy on rentra folemnellement
dans la Salle , où Mr
Morel , fils de Mr Morel Confeiller
au Parlement ,&petit-fils
de Monfieur& de Madame Titon,
leur prefenta les Versfuivans.
GALANT 39
EPITHALAME.
Aprés dix luftres écoulez ,
Dans lesparfaitsplaifirs d'un Heureux
Hymenée ;
Aux Autels vos fermens vos voeux
renouvellez ,
Vont encorde vos coeurs unir la defti
nées
Déja , pour éclairer un fpectable fi
beau
L'Hymen rallume fonflambeau,
L'Amour le fuit , non tel que dans
voftre jeuneſſe
Ilparut entouré des plus ardens defirs
:
·Mais il vient , loin de vous banniffant
lesfoupirs
Ajouter à vostre tendreße
>
40 MERCURE
Ce qu'il retranche à vos plaifirs.
Si de fes flammes amoureuſes
Vous ne reffentez plus tous les emportemen's
Vous aurez des nuits moins heureuſes
Mais vos jours feront plus charmans.
Puiffe la Parque qui lesfilo
En prolonger le cours
tranquile !
le rendre
Fadis par des nauds glorieux.
Tithon s'uniffant à l'Aurore ,
Ceffa deftre Mortel , joüift dufort des
Dieux :
Ce que l'Hymen a fait, il le daït,
faire encore,
Pour un nouveau Titon, digne d'un
fidouxfort ;
Hymen , daigne montrer sonpouvoir
& ton zele !
Fais que ces deux Epoux dont taformes
l'accord,
GALANT 41
puiffent revoir encor une Fefte f
belle.
· Ces Vers ayant efté lúsplufieurs
fois & admirez par la Compa
gnie , Mr Titon diftribua fa Medaille
d'argent à chacun des fept
enfans , qui furent tous appellez
dans leur rangpar Mr Savalette
Notaire; il endiftribua de bronze
au reste de la Compagnie : & Madame
Titon donna à chacun de fes
douze petits - enfans , une bourfe
remplie de quarante Demy - louis
d'or.
a
Dans le même temps on fervit
trois tables avec la même magni-
Mars 1706 .
D
42 MERCURE
·le
repas ficence , & pendant tout
ily eut un grand concert de Trompettes
& deTambours.
Lerefte de la journée fe paffa en
réjouiffance , où se trouverent plus
de trois cent perfonnes de diftinction
venues de tous les quartiers
de Paris , & fur les huit heures
du foir , on tira un feu d'artifice
dans le Jardin de cette belle Maifon
, dont le dedans , & les dehors
eftoient illuminez avec des lampes
tout autour des allées du parterre
du grand baffin d'eau ; vis-àvis
duquel eftoit placé le feu , qui
réuffit beaucoup. Pendant ce tempslà
les Trompettes les Tymbales,
"
GALANT
43
formerent un bruit de guerre qui
répondoit à celuy des boëttes , dont
on tira un grand nombre.
Le feu eftant tiré , on fervitaux
Dames une Collation magnifique ,
aprés laquelle toute l'Affemblée
but la fanté du Roy à diverfes reprifes
, & au fon des Hautbois ,
des Flutes , de Trompettes , & des
Tymbales , qui formoient des échos
merveilleufement bien concertez s
ce qui dura jusqu'à onze heures
dufoir ; aprés quoy chacun fefepara
, en portant envie au bonheur
de Monfieur Madame Titon ;
plufiems faifant des voeux au
Cielpour qu'il leur en arrivaſt un
pareil.
ن م
D ij
44 MERCURI
Je continue à vous envoyer
quelques articles d'érudition
ainfi que vous l'avez „ fou
haité .
Le Pere Catrou Jefuite ,
donné au public l'Hiftoire
qu'il a traduite du Portugais
des Empereurs Mogols depuis
Tamerlan jufqu'à celui qui
regne à prefent , nommé Oranzeb
, âgé de plus de 104. ans.
Le mefme Pere travaille à une
-Hiftoire de tous les Fanatiques
qui ont paru jufqu'icy . Celle
que nous avons de M' l'Abbé
Brucis de Montpellier, eft treseftimée.
Elle peut fervir à
GALANT 45
ceux qui travaillent fur cette
maticre.
j
M' Nuguet vient de donner
une grande Diſſertation fur les
viteffes des Liqueurs & leurs
forties des vaiffeaux . Cette Dif
fertation regarde le Pere de la
Maugerie , qui avoit démontré
dans les Memoires de Trevoux
du mois de Fevrier 1705. que
les viteffes des Liqueurs , font
toûjours à leur fortie des Vaiffeaux
, comme les racines de
leurs hauteurs .
M Nuguet confirme cette
demonftration par une experience,
pour l'explication de la
46 MERCURE
quelle , il a fait graver une pe
tite Planche.
Un Auteur Anonime a rendu
publique une Critique de la
nouvelle Grammaire Françoife
, dont on a donné l'extrait
dans les Memoires de Trevoux
, du mois de May 1705.
Cette Critique eft remplie de
traits finguliers , il critique l'Alphabeth
de la nouvelle Gram
maire Françoiſe , ainſi
maniere de s'en fervir.
que
la
On va donner une nouvelle
édition en Flandre , des Lettres
de M. le Comte de Buffi : Voicy
de quelle maniere cette édi
GALANT
74
tion fera difpofée.
Outre les Lettres qui font
dans celle de Paris , & dans les
autres éditions , elle contiendra
unc Hiftoire abregée de la vie.
de M' le Comte de Buffi , faite
non-feulement fur fes ouvra
ges , imprimez depuis la mort ,
mais tirée auffi des Memoires.
manufcrits qui ont efté donnez
par plufieurs perfonnes de
confideration , à la fin de fa vie .
On y verra le caractere de ce
Comte dans toutes les con
jonctures confiderables , où il
a paru , & l'on donnera auffi
des jugemens fur les ouvrages
48 MERCURE
qu'on a imprimez de luy. Ily
aura des Notes fur la plus grande
partie de fes Lettres , pour
expliquer plufieurs faits qui n'y
font defignez qu'obfcurement .
On y ajoûtera plufieurs Lettres
qui ne font point dans l'édition
de Paris , ny dans celles
qui ont paru jufqu'à prefent .
M' l'Abbé du Frefnoy qui a
fait la vie de M' de Buffi , & qui
travaille actuellement aux No,
tes , s'eft chargé du foin de cet
te édition. Il prie ceux qui ont
quelques Lettres nouvelles de
cet Auteur , ou qui fçavent
quelque particularité de fa vie,
de
GALANT 49
de les luy envoyer à Lille en
Flandres,
M' Vitringa , Profeſſeur à
Frankere
, vient de publier en
latin , l'examen de l'Apocalypfe
de Saint Jean , dans lequel il recherche
les vrayes Hypothefes
pour
l'expliquer , & où il examine ce
que Mr Boffuet , Evêque de
Meaux afuppofe dans fon Commentaire
fur cette Prophetie.
Ce Commentaire
qui eft un
mélange de critique , de myftique
, d'hiftoire , & de controverfe
fert en quelque maniere
à l'Apologie de M Jaricu , accable
fous les coups de feu M
Mars 1706
. E
50 MERCURE
l'Evêque de Meaux , qui a fait
voir la fauffeté de fes prédictions
. Cette Apologie n'eſt pas
meilleure que l'ouvrage auquel
elle fert de deffenfe . On y trouve
par tout de fauffes comparaifons
, des fimilitudes forcées ,
ou outrées. La Befte de l'Apocalypfe
, dit-il , vint an monde fous
le Pontificat de Gregoire VII....
L'une des fept teftes de cette Befte
orgueilleufe fut frappée d'une
playe , lorsque l'Empereur Frede
ric Barberouffe refifta aux prétentions
immenfes d'Alexandre I II.
Le Commentateur applique
aux Cardinaux , aux Docteurs ,
GALANT 51
& aux Predicateurs de l'Eglife
Romaine , mais particulierement
aux Dominicains & aux
Religieux de Saint François les
proprietez de la feconde Beſte
dont il eft parlé au chap . 13 .
V. 11. il eft glorieux à ces deux
Ordres d'eftre privilegiées dans
l'efprit du Miniftre & diftinguez
entre les vengeurs de la
Primauté du Saint Siege : mais
il ne fiéra jamais à noſtre Auteur
de donner place à Jean
Hus , à Jerôme de Prague , &
à leurs difciples , parmy les
Joueurs de Harpe , qui chantoient
un Cantique nouveau 2
E ij
52 MERCURE
& qui ne s'eftoient pas foüillez
avec les femmes . Un homme
de bon fens n'auroit. pas affocié
à des Joueurs Vierges une
multitude de gens maricz , ou
corrompus ; & un Calvinifte
ennemi de la Tranfubftantiation
, ne devoit pas recevoir une
leçon du Tranfubftantiateur
Jean Hus . Cet Auteur tres - vifionnaire
abandonne en plufieurs
chofes Grotius & les
meilleurs Interpretes même de
fon party
.
Il paroift un nouveau Voyage
en deux Tomes , qu'on dit
eftre imprimé à Cologne, chez
GALANT 53
Jacques le Sincere , en 1705 .
En voici le titre : Remarques.
historiques & critiquesfaites dans
un Voyage d'Italie en Hollande
dans l'année 1704. contenant les
moeurs , interefts & religion de la
Carniole , Carinthie , Baviere ,
Autriche , Boheme , Saxe , & des
Electorats du Rhin , avec une relation
des differens qui partagent
aujourd'huy les Catholiques Romains
dans les Pays- bas .
L'Auteur qui ne fe nomme
pas , a divifé fon ouvrage en
treize Lettres adreffées à un de
fes amis , à qui il rend compte
des chofes qu'il croit dignes
E iij
54 MERCURE
de fon attention dans le progrés
de fes voyages . Il commence
fa relation à fon embarquement
à Venife , qui eft ,
dit -il , une belle Ville , mais où
l'on n'a pas beaucoup d'affaires¸à
moins que
l'on ne foit Marchand
on Voluptueux. Dans fa navigation
il apperçut Aquilée
Ville autrefois dépofitaire des
forces navales de l'Empire Romain
, & aujourd'huy l'ombre
de fa premiere grandeur.
Il dit que la Maiſon Delphino
eft depuis longtemps en
poffeffion du Patriarchat , &
que le foin qu'elle a de fe le
GALANT 55
perpetuer par les Coadjutoreries
exclud l'Empereur
du
droit alternatifqu'il a d'y nom
mer avec la Republique de
Venife. En parlant de Mayence
, cet Auteur dit que c'eft une
Ville ancienne , & bâtie fur le
confluent du Mein & du Rhin.
L'Electeur moderne eft le Baron
de Schonborn , d'un âge
frais , bon Allemand , attaché à
"l'Empereurjufqu'à fe bannir de fa
refidence , plutoft que d'y voir des
François .
Les douzième & treifiéme
Lettres , qui font les deux dernieres
pieces de l'ouvrage
E iiij
56 MERCURE
paroiffent travaillées d'une autre
main : la force du raifonnement
& la jufteffe du ftile fe
font mieux fentir que dans les
precedentes. L'Auteur quitte
icy le langage d'un voyageur
precipité dans fa courſe , pour
faire l'Apologie de M' Codde ,
Archevêque de Sebaſte . Les
démêlez des Miffionnaires Reguliers
avec les Seculiers , y
font traitez amplement ; mais
toûjours avec un efprit de partialité
, qui fe découvre trop
pour pouvoir perfuader.
Les Theologiens de Berne
ont examiné le Cathechifme
GALANT
57
de M' Oftervald. Ils y ont trouvé
certaines chofes à reprendre,
& fe font adreffez au Magiftrat
, pour en deffendre le debit
dans le Canton . Sur cela l'Auteur
a fait l'Apologie
de fon
Ouvrage , le Magiftrat
a cru
devoir confulter
les Academies
de Zurich & de Bâle , qui ont
répondu que quoy que M'Oftervald
ne s'exprimaft
pas par
tout comme les Theologiens
reformez
; cependant
fes expreffions
pouvant recevoir un
bon fens , & ayant donné luy
mefine des explications
fur
certains endroits
, on ne croyoit
58 MERCURE
pas qu'il fallut faire de bruit
de forte que l'affaire en demeurera
là , le Livre continuant de
fe vendre .
M' Rodolphe premier Profeffeur
en Theologie dans l'Academie
de Berne , a fait imprimer
un Dialogue latin , fur la
queftion , s'ileft nec effaire qu'un
Miniftrefoit regenere. Ce livre eft
divifé en fix parties . 1. L'Hif
toire ou les faits de la Religion.
2. Les Veritez ou les Dogmes .
3. La Morale. 4. Le Culte , ou
le Service divin. 5. Les motifs
de la Religion , tirez de diverfes
confiderations . Et la 6 , les
с
GALANT 59%
mouvemens qu'infpire la Religion.
re-
Je vous envoye un ouvrage
qui convient fort au temps de.
Pafques. Il eft rempli de beaucoup
d'érudition. Jay cru ne
devoir rien changer au ftile ,
& j'ay eu des raiſons pour cela .
Comme je ne met rien aux
marges de mes Lettres , j'ay
tranché ce qui eſtoit à celles de
la Lettre que je vous envoye.
Ce que j'ay ofté regarde les
lieux d'où l'Autheur a tirez les
citations quifont dans fon ouvrage
, & dont plufieurs font
déja marquées dans le corps du
même ouvrage
.
30 MERCURE
REPONSE
De Monfieur Deyfſac à la Let.
tredu Reverend Pere Lamy
Prêtre de l'Oratoire.
F
E ferois fans doute , mon Reverend
Pere, de ceux qui fe laif-
Sent eblouir par une fauffe lueur ,
fi j'avois cru que vous m'euficz
cedé la partie lors que vous refufates
de répondre aux objections que
je vous fis par ma lettre du 20.
May 1704. & je ferois voir par
là qu'ayant peu là votre Traité
de la Pàque , je n'aurois pas pris
garde que vous affûrez dans la même
page , que vous craignez
moins à prefent que vous n'avez
fait autrefois , & que yous
avez experimenté que l'on peut
GALANT 61
répondre F'oublireis auffi l'endroit
de voftre avertiſſement que j'ay
ranferit mot à mot dans ma précedente
, où témoignant que vous
garderez abfolument le filence
fur le fait en queſtion , fi l'on
-ne propofe quelques difficultez de
confequence qui n'ayent point encore
efté affez éclaircies ; vous faites
comprendre que vous ne negligerez
pas de répondre aux nouvelles qu'on
vous fera. Cet endroit donc me prouve
que vous mettrez au jour une défenfe,
& celuy de vôtre lettre où vous
me dites en propres termes : fi quelqu'un.
croit pouvoir deffendre
mon opinion , il pourra répondre
à ceux qui la voudront
combattre , me fait juger que ce·
fera par une réponse anonyme , comme
vous avez déja fait au R. P.
62 MERCURE
Hardouin , & que fi vous vous
excufez dans votre lettrefur vôtre
âge avancé & fur un grand ouvrage
qui vous occupe , dites- vous,
depuis un grand nombre d'années,
ce n'eft pas , comme vous
voulez me le faire entendre , que
vous ne puiffiez plus penſer à´la
difpute de la Pâque , & que vous
ayez dit tout ce que vous fçaviez
fur cette matiere- là ; non , mon
Reverend Pere , ce n'eft rien moins
que cela , d'eft feulement que vous
mépriſez l'Aggreſſeur, quoyque vous
n'en méprifiezpas l'attaque . Comme
je prévois donc que vous répondrez,
je veux vous faire ici les objections
que je voulois ajoûter aux premie
res que je vous fis , pour donner lieu
de répondre par uu feul ouvrage , &
vous épargner un temps qui mepaGALANT
63
voiſt plus précieux qu'à vous- même;
objections que j'ay differé jufqu'à
prefent , fur ce qu'ayant vu lefort
de ma premiere Lettre qui ne pa
rût que dix mois aprés dans le Mer.
cure du mois de Mars de l'an 1705.
j'ai jugé que celle- cy ne pouvant y
eftre mife qu'a pareil temps en 1706.
j'en devois differer l'envoy pour que
la datte en fût moins ancienne.
Je commence. La premiere objection
que je vous fais eft un renouvellement
de chicanne du R. P.
Mauduit , & du Docteur Anonyme
qui font que les Juifs commencent
le jour à minuit ; le premier penfe
bien , mais il le prouve mal ; le fe
cond le foutient à merveilles dans
ce feul endroit où il cite la Fefte de
l'expiation , & bien que vous ayez
crù ruiner fon fentiment par celuy
64 MERCURE
des Mainonydes fur ce qui en regar
de le jeufne , jay mes raifons pour
ne pas differer à l'autorité de ce Rabin.
Je va donc vous prouver par
l'Evangile ; mais d'une maniere fi
claire & fi affûrée , que le jour
commence à minuit chez les Juifs
que je me flatte que vous conviendrez
avec moy que les Rabins pour
qui vous juréz , vous ont abfolulumenttrompé.
Prenez donc s'il vous
plaif l'Evangile , vous y lirez ,
ficut enim fuit Jonas in ventre
Ceti diebus , & tribus noctibus ,
fic erit Filius hominis in corde
Terræ tribus diebus , & tribus
noctibus. Comme Jonas fut
trois jours & trois nuits dansle
ventre de la Baleine , de même le
Fils de l'homme fera trois jours
& trois nuits dans le coeur de la
P
GALANT 65
.
Terre. Voyezmaintenant comment
on peut conter ces trois nuits ,
dont l'Evangile nousfait foy ; quant
moy je le trouve imposible dans
voftre Système , & je vois qu'il n'y
a que vous feul qui puiße applanir
cette difficulté , fans prendre le minuit
pour le commencement de chaque
jour commun ou politique . Pline
ne femble- t- il pas vouloir nous
infinier ce que j'avance , lorsqu'il
écrit, Sacerdotes Romani , & qui
diem définiere civitem , item Egyptii
& Hipparchus , à mediâ
nocte in mediam & c. Ne trouvezvouspas
, mon Reverend Pere , qu'il
femble que cet Auteur comprend les
Juifs fous ce nom Ægyptii , puifqu'il
n'eft pas difficile de prouver
par Strabon , que les Auteurs profanes
ont cri que les Ifraëlites
Mars 1706.
F
66 MERCURE
eftoient Egiptiens ,&que d'autres qui
ont été mieux infiruits n'ont pasfait
difficulté d'avancer que Moyfe leur
avoit donné les loix, & qu'il étoit un
des Preftres d'Egipte , à quoy , fans
doute,donna lieu le mariage de Jofeph
avec la fille de Putiphar , Preftre
d'Heliopolis. Je dis donc que le
jour fe divifoit chez les Juifs comme
chez toutes les nations , en civil &
en naturel. Le naturel eftoit de douze
heures , à lesprendre depuis le Soleil
Levant jufqu'au Soleil couchant , &
le civil de vingt-quatre , parceque la
nuity étoit comprife , avec cette difference
pourtant qu'il commençoit &.
finiffoit differemment chez certains
Peaples , comme on le voit chez Varron,
Pline , Gallius , Macrobe, Cenforin,
Cefar , &plufieurs autres . Les
Juifs divifoient ce jour civil en unjour
GALANT 67
politique ou commun , &en Legalou
Ecclefiaftique. Le commun ou politi
`que commencoit à minuit , comme je
Paydit cy-deffus, & le Legal ou Eccle
fiaftique commencoit à chaque coucher
du Soleil , comme le Levitique nous
l'apprend. Voilà par quel endroit on
trouve aifement pourquoy ! Ecriture
appelle le 14. de Nifan , le premier
des Azymes quoi qu'ils ne commen
caffent que le 15. & pourquoy Iofeph
dit que cette Fefte duroit huit jours ,
´quoy qu'il n'y en eut que fept, comme
on le voit clairement dans l'Exode.
Je n'étends pas cette matiere depeur
de vous ennuyer , je le feray pour_
tant dans la fuite , &je verray cependant
la maniere dont vous vousy
prendrez pour renverser le peu que
j'en écris.
Je paffe maintenant à votre Ben
Fij
68. MERCURE
comme vous >
haarbaim , ou inter duas Vefpe
ras , entre deux foirs , qui eft ce
temps du quatorze où s'immoloit
l'Agneau Pafchal. Vous prenez ce
temps - là pour les trois heures de l'a
prés-midy , comme a fait Scaliger ;
il cite les mefmes Paffages qu'on lit
dans votre ouvrage , il cite Jofeph.
il vous fait entendre
que le Ben - haarbaim que vous citez
du XXIX. Chapitre de l'Exode
, verf. 14. ne luy eft pas nouveau;
il est enfin de voftre opinion fur ce mot
en toutes chofes , excepté pour la manducation
de l'Agneau ; vous fçavez
qu'il le fait manger trop toft , mais
vous n'avez pas pris garde que vous
le faites manger trop tard avec
Maimonides & le Targum Joüathan
que j'ay trouvé de votre fenti
ment , fur le 41. verfet du XII
GALANT 69
Chapitre de l'Exode je dis cecy en
paffant , ne voulant pas.
le
prouver
que dans mon Ouvrage . Je me contente
de vousfaire voir icy clairement
par l'Ecriture , que Ben- haarbaim
ou inter duas Vefperas , fe prend
abfolument depuis que le Soleil fe
couche , jufqu'aux tenebres , comme le.
croyent les Juifs modernes & ceux
qui éirivoient quatre cens ans avant
, Scaliger. Cet Auteur leur fait
leur procès , & dans des termes affez
durs ; mais ce n'eft pas la premiere
fois qu'il s'eft trompé ; je feray voir
un jour qu'il a dormi , & les endroits
où il parle des heures &de Nabuchodonofor
qu'il prétend eftre Chaldéen ;
voas le prouveront par avance , fe
vous confultez Tobie & Judith dans
noftre Vulgate;& Daniel qu'il nous
cite , l'auroit convaincu qu'il erroin
70 MERCURE
Sil l'avoit bien étudié . Il n'a pas
moins erré lorsqu'il a écrit que Nabuchodonofor
n'eftoit pasfils d'un autre
Nabuchodonofor , mais fur tout.
quand il a prétendu que Nabonaf
far eft Baladan , ou fils de Baladan,
dans le temps que l'Ecriture nous
convainc que Nabonaſſar & Nabuchodonoforfont
les memes.
Revenons à noftre Ben- haarbaim
je lis dans nos Livres facrez Benhaarbaim
dans l'Hebreu ; Benfchimfchaia
dans la Paraphrafe
Chaldaique , ou inter duas Vefperas
, ad Vefperam felon les Septante
; & Vefperè , felon la Val
gate , comedetis carnes. Voyez
maintenant après vous eftre remis en
memoire que les Ifraëlites dinoient
à Midi , s'ilsfoupoient à trois heures.
de là , on s'ils fonpaient après le
•
GALANT 7F
toucher de cet Aftre. David dans le
fecond Livre des Rois , chapitre III.
verfet 35. femble ne point s'éloigner
de ce que je dis , &faint Matthieu
m'enfournit lapreuve la plus conftante
quife puiſſe . Examinons cependant
la chofe de plus prés. Vous
fçavez , Mon Reverend Pete , que
le XVI. chapitre de l'Exode que je
viens de citer , nous parle du murmure
des Ifraëlites , des premieres
Cailles qui tomberent dans le Defert
, de la Manne & dujour du Sa.
bath; ily eft dit que le foirdu mefme
iour de leur murmure ils mangeraient
de la viande , & que le lendemain
au matin ils fe fouleroient de pain.
Ils devoient amaffer la Manne qui
eftoit ce Pain , fix iours de fuite ,
compter du premier iour qu'elle tomberoit
, ils avoient ordre d'en amaf72
MERCURE
fer le double le fixième , parce qu'il
ne devoitpas en tomber le lendemain
à cause que c'eftoit le Sabath. Ils'enfuit
donc de la que le iour que les Ifraclites
murmurerent eftoit un Sabath;
que vous preniez ce iour- là ou pour
un iourlegal , ou pour un iour politique
, c'est à dire , foit que vous le
faliez commencer ou au Soleil couchant
ou à minuit , vous n'éviterez
iamais que les Ifraëlites n'amaßent
les Cailles pendant le Sabath , fi
Ben- haarbaim ſe prend pour les
trois heures de l'aprés midi
comme
vous le voulez aprés Scaliger, de qui
vous le tenezfans doute , & Dien
qui faifoit un Miracle chaque feptiéme
iour , pour que les Ifraëlites ne
violaßent pas le Sabath en amaffant
la Manne , fera luy mefme le
premier à le leur faire violer dans le
temps
GALANT
temps qu'il l'ordonne avec tant de
rigueur. Peut- on croire , mon Reverend
Pere , que Dieu foit ainfi contraire
à lui-mefme , comme il eftfans
conteste , fi vous avez raifon ?
t
Vous répondrez fans doute avec
Scaliger , que j'oublie que Dieu n'avoit
pas encore donné fa Loy aux
Ifraëlites ; mais pour corriger cet
Auteur & pour vous prevenir , ie
vous diray qu'il avoit lui- mefme
oublié que Dieu leur avoit donné
Loy quand ils eftoient à Mara ;
Loy, dont le quatrième verfet du
XVI. chapitre devoit le faire fouvenir
, & qui fans doute n'eftoit pas
differente de celle que Moyfe reçut
dans la fuite fur la Montagne de
Sinaï.
J'admire cependant le Pere Manduit
qui croyant que la Pâque s'im-
Mars 1706 . G
74 MERCURE
›
moloit à trois heures de l'aprés midy,
dit pour raifon , & je ne me trompe
pas , que c'étoit afin que la prépara
tion ne s'enfit pas dans le Sabath
lorfque des Azymes commençoient
avec le feptième jour ; mais qui ne
voit pas la foibleffe de ce raifonnement
? Je le détruis fans peine , difant
qu'immolant la Paque à trois heures
de l'aprés midy , l'on l'auroit fans
doute immolée dans le Sabath quand
le XIV.de Nifan en eftoit un, comme
il arriva l'an du monde 3757:
qui concouroit encore avec la fixiéme
année du Regne de Darius Hyftafpis,
queValere-Maxime appelle Darius«
Ochus.
Revenons encore à noftre Benhaarbaim
que j'ay prouvé devoir
commencer avec le coucher du Soleil;
revenons-y , dis-je ,parce quejefçay
GALANT
75
que vous ne pouvez pas facilement
confentir que le Sacrifice de l'aprés
midyfe falfe après le coucher de cet
Aftre. Vous en conviendrez néanmoins,
quoique vous ayez écrit, fondé
fur l'autorité de Jofeph , qu'il fe faifoit
à nos trois heures de l'aprés midy,
& que vous ayez ajouté cette petite
glofe ; Sans doute que ce Sacrifice
ne fe faifoit pas la nuit aprés que
le Soleil étoit couché , & le Temple
fermé : Favouë que ce raifonnement
paroift fondé , mais pourtant je
me flatte de vous lever ce petit fcrupule
par le mefme Jofeph que vous
citez. Si vous prenez donc la peine de
lire le Chapitre où il parle des prodiges
étonans qui précederent la deftruction
de Jerufalem , vous y trouverez
qu'à la Fefte de Pentecôte ,
les Preftres , felon leur couftume,
Gij
76 MERCURE
étant entrez la nuit dans le Temple
pour facrifier , fentit d'abord
quelque mouvement , qu'ils enrendirent
quelque bruit,& enfuite
une voix , qui dit tout à coup ,
fortons d'icy. Fefto autem die , quem
Pentecoften vocant , nocte Sacerdotes
intimum Templum more
fuo ad divinas res celebrandas
ingreffi , primùm quidam motam,
quemdamque ftoepitam fenferunt
, pofteà verò fubitam vocem
audiere , qua diceret , Migremus
hinc. Fe fçay bien que vous pourrez
répondre que ce more fuo , fe rapporte
à la Fefte de Pentecofte , &
que cette Phrafe doit s'entendre du
Sacrifice particulier à ce jour & non
du perpetuel ; mais le mal eft qu'il
faut prouver que ce Sacrifice particulier
avoit aufli une heure particu
GALANY
77
,
licre , jufques-là , je dis hardiment
que Jofeph s'eft trompé comme il a
fait fans contefte dans fon cinquième
Chapitre du fecond Livre de fes Antiquitez,
où il met , decima tertiâ ,
pour decimâ , & quartâ decimâ
pour quintâ decimâ , qu'il faut ou
que quelque demi- Sçavant ait corrigé
l'endroit de ces mefmes Antiquitez
fur lequel vous vous appuyez après
Scaliger ; ce que je foutient avec
d'autant plus de confiance que l'endroit
de l'Exode que j'ay rapporté ,
m'eft abfolument favorable. D'ail
leurs il me femble que Dieu eftant le
Principe & la Fin de toutes chofes ,
& devant l'eftre par confequent de
toutes nos actions , le Sacrifice fe faifant
le matin un peu avant le Soleil
levant , & la nuit aprés que cet Af
tre s'étoit couché , comme on le voit
G iij
78 MERCURE
chezJofeph , ilfe trouvoit là une certaine
Analogie qui ne me paroift pas
ridicule. Il me paroift encore que ces
deux Sacrifices vous montrent affez
voftre devoir en vous faifant comprendre
qu'il faut prier Dieu bon matin
& fort tard , c'est à dire , qu'il
faut luy offrir ce qu'on doit entreprendre
, & le remercier après que la journée
afini , dufoin & de la bonté qu'il
a eu de nous conferver. Vous fçavez
mieux que moy que la journée duroit
douze heures qui estoient tantoft plus
longues & tantoft plus courtes , parce
que le temps que Le Soleil refte fur
Thorifon en eftoit la regle , ce quifait
que je puis fupprimer ce que j'en devrois
dire , fi vous l'ignoriez. Si vous
voulez voir un autre Ben- haarbaim
vous le trouverez , outre les endroits
où il eft parlé du Sacrifice dufoir ,
GALANT 79
vous le trouverez, dis -je , dans le
Chapitre XXX. de l'Exode, verfet
S. où il eft dit que les lampes s'allumoient
Ben - haarbaim ou inter
duas Vefperas , c'eſt à dire , entre
deux foirs.
don-
Je dois dire icy , pour ne pas
ner une haute idée de ma capacité
que je n'entens ni Grec , ni Hebreu ,
quoique je vous parle de ce Benhaarbaim
, je ne fçay pas mefme lire
ce dernier , & je n'aurois pas fçis
qu'ily eut Ben haarbaim à tous les
endroits que je cite , fi je ne l'avois
ainfilu dans votre Ouvrage, & fans
la traduction interlineale de ma Po.
liglotte de Londres.
Que dirai-je maintenant de Jofeph
que vous voudrez fins doute foûtenir,
je vous diray , fans craindre , la reconciliation
que vous reprochez au
Giiij
80 MERCURE
R. P. Hardouin , que tout Sçavant
& tout grave qu'il eft , je trouve
qu'il ignore fa Loy , & qu'il eft un
courtifanfieffe . Il ignore fa Loy,parce
qu'il fait allumer quatre lampes
pendant la nuit , & les trois autres
pendant le jour , preferant fans doute
le fentiment de Hecataus & de
Diodore de Sicile à la doctrine infaillible
de l'Ecriture qui lui auroit
appris que les fept lampes brûloient
pendant toute la nuit feulement
c'est à dire , depuis Ben- haarbaim ,
où le Soleil couchant , jufqu'à fon
lever , ou dés qu'il eftoit jour. Il
ignore fa Loi , parce qu'il fait offrir
Homer le xvj. de Nifan contre
Pautorité de l'Ecriture , & comme
l'Evangile en convainc , fi la
Paque fut immolée le Jeudy , comme
il eft defoy , bien que vous fouteniez
GALANT 8F
le contraire. Le tertiâ decimâ que
vous corrigez & le quartâ decimâ
dont je vous ay déja fait prendre
garde , prouvant encore mieux ce que
j'écris contre cet Auteur , eftant feur
que vous luy faites grace avec l'édition
d'Oxfort , quand vous voulez
excufer une faute qu'il a bien voulu
faire , difant que ce Paffage eftoit
Corrompu.
Je le trouve un Courtisan , &par
confequent de mauvaise foy , parce
qu'il ne dit rien du Veau d'or , ni des
fecondes Tables , ayant eu foin de
paffer cette Idolatrie groffiere fous filence
, & de taire la jufte punition
qui la fuivit , pour faire fa cour à
Vefpafien &à Tite , qui permettoient
le culte du Dieu Apis en Egypte . &
qu'ils avoient peut - efire adoré ; Dien
qui n'efloit qu'unjeune Veau vivant
>
82 MERCURE
& que Aaron avoitpris pour modele
lorfqu'il fit ce Veau d'or au Peuple
d'Ifraël.
Quant à l'impieté de Jofeph , vous
la fçavezfans doute , mon Reverend
Pere , il ne faut que lire un peu le
beau raifonnement qu'il fait fur le
paffage de la Mer rouge , pour en eftre
pleinement convaincu . Il fait bien
que c'est un miracle des plus éclatans
que Dieu ait jamais fait , & neanmoins
il a l'infolence de nous infinuer
que cette feparation des eaux s'y fit .
naturellement , en voulant nous per
fuader que la Mer de Pamphilie fe
retira de mefme , ou par permiſſion
divine , ou naturellement en faveur
du grand Alexandre , & laiſſa enfuite
à un chacun la liberté d'en
croire ce que bon luy femblera ;
Sed de his , dit-il , ut cuique liber
GALANT 83
ita fentiat. En verité , cette Sentence®
n'eft -elle pas merveilleufe & digne de
cet Ecrivain ?
Je le laiffe là maintenant pour ve
nir à un Paffage de l'Ecriture dont
voftre traduction ne me paroift pas
fidelle. Saint Luc nous dit que fefus
envoya Pierre & Fean , difant ,
Euntes parate nobis Pafcha , ut
manducamus : Allez , prepareznous
la Pâque , afin que nous
mangions. Cette traduction qui me
paroift ares- naturelle ne vous a pas
plu , c'est pourquoy vous avez cri
devoir faire dire à l'Evangelifte :
Allez nous apréter ce qu'il faut
pour manger la Pâque. Je vous
avouë , mon Reverend Pere, que cette
traduction ne me paroiftpas conforme
au Texte , qui difant : Allez , preparez-
nous la Pâque , afin que
84 MERCURE
nous mangions , nous prouve de la
maniere la plusforte & la plus autentique
que les Apoftres vont preparer
effectivement l'Agneau Pafchal
, puifque c'eft pour manger qu'ils
s'en vont preparer la Paque ; car
autrement ils n'auroient eu rien à
manger , felon que ce Verfet bien
examiné & bien pefé , le fait comprendre.
Vousjugerez vous - mefme de
ce que j'écris , & Les Sçavans qui
liront cette Lettre , prononceront en
faveur de celuy qu'ils jugeront eftre
le mieux fondé.
Oferai je àprefent vous dire qu'il
me femble que vous vous coupez? Je
ne veuxpoint prononcer , mais je veux
que vous enfoyez encore le Juge avec
ceux qui liront cette Lettre. Vous
écrivez en parlant de la Pàque memorative
; qu'elle n'étoit point
GALANT 85
en uſage , au moins à Jerufalem,
du temps de Jefus Chrift . Il me
femble qu'on peut facilement tirer la
confequence qu'elle eftoit donc permife
ailleurs; fi elle eftoit permife ailleurs ,
elle tenoit fans doute lieu de la veritable
Paque ; fi elle tenoit lieu de
la veritable Pâque , il n'eftcit donc
pas befoin d'aller àJerufalem pour
fatisfaire au precepte de la manger
le quinzième de la Lune de Ňifan
, fous peine de la vie . Je ne
veux pas pouffer la chofe plus loin ,
le Public jugera de ce que j'avance,
& de l'atteinte que ce petit raisonnement
peut porter à veftre opinion ,
quand ilfera inftruit que vous foùsenez
à cor & à cry , que tout le
monde devoit fe rendre à Jerufalem
pour manger la Pâque , &
qu'elle ne pouvoit pas fe faire
ailleurs
86 MERCURE
Je trouve encore que vous vous
coupez plus ouvertement par ce Paffage
, qui femble fait exprés , pour
foutenir la premiere ; Je me tâte
moy-mefme , dites - vous ; mais enfin
aprés plufieurs réflexions ,
je ne mefens point porté à prendre
d'autres fentimens , fi ce n'eft
que je pourrois croire que la
coûtume s'eftoit introduite parmi
les Juifs qui ne pouvoient
pas aller à Jerufalem , de manger
un Agneau , comme le font
aujourd'huy les Juifs ; & que
Philon pouvoit avoir relevé
avec des termes trop magnifiques,
cet Agneau Pafcal , n'ayant
point prétendu , dans le fond ,
que ce fut un veritable Sacrifice ,
& par confequent une veritable
Pâque , &c. Voyez ce que c'eft ,
GALANT 87
tantoft il faut abfolument aller à
Jerufalem , felon vous , pour manger
la Pâque , tantoft on peut differer le
voyage au ſecond mois , & tantoft
vous permettez aux Juifs , de votre
propre autorité , de n'y point aller du
tout , & de faire ailleurs une espece
de Pâque.
Il meparoift enfin que la page qui
fuit , où vous fouffrez que Jeſus-
Chrift puiffe avoir mangé cette
Pâque commemorative , prouve
que vous vous etes abfolument oublié
, puifqu'aprés avoir écrit qu'elle
n'étoit point en uſage, au moins
à Jerufalem du temps de Jefus-
Chrift , vous fouffrez que Jelus-
Chrift puiffe avoir mangé dans
Jerufalem cette Pâque memorative.
D'ailleurs , où eft cette Loy
qui oblige ou qui permet de manger
88 MERCURE
deux Paques , l'une au commencement
du quatorziéme de Nifan , &
l'autre au commencement du quinfiéme
du mefme mois ? Quant à moy,
je n'y vois goute , ny n'y verray jamais
, fi vous ne faites un petit
Traité pour concilier toutes ces opinions
diametralement oppofées.
Ce feroit un coup bien hardi , &
une action d'une temerité fans
exemple de vouloir taxer de faufleté
le calcul de Monfieur le Fevre , &
de luy difputerque J. C. étant mort
la trente- troifiéme année de notre
Ere , il ne fçauroit eftte mort un
Vendredy, s'il eft mort le lendemain
de Pâque , c'est à dire , le quinze
de Nifan , comme l'écriture le dit
ou le quatorze du même mois comme
vous foutenez; ou que s'il eft mort ce
fixièmejour de lafemaine judaïque
GALANT 89
tomme il eft de foy de le croire , il
ne sçauroit eftre mort le quatorze ,
ou le quinze du premier mois des
Juifs. C'eft cependant ce que je veux
faire voir par fon propre calcul , &
voyons fi je me tireray d'affaires .
3.
Il eft incontestable que le quatre
Avril , jour de Pâque de cette année
1706 nefoit un Dimanche . Cela
pofe vous trouverez que depuis le
Avril exclufivement de l'An trentetrois
, jufqu'au quatre Avril inclufivement
de l'année courante 1706. il
y a préciſement 611051. jours , qui
produifent 87293. Semaines . Le 3
Avril , ou le 14. de Nifan étoit
donc an Dimanche ou le premier de
la femaine des Juifs , ainfi voilà fa
je ne me trompe vôtre calcul & celuy
de Monfieur le Fevre fi fort en defordre
qu'il eft impoffible de le faire
Mars 1706,
H
90 MERCURE
convenir avec le caractère que doit
avoir l'année de la mort de J. C.
puifque le quatorze de Nifan doit y
concourir avec le Jeudy on avec le
Vendredy , felon voftre Siftème , &.
non avec le Dimanche . Je conte ainfi
ces 611051. jours. Ily a 1672. ans
8. mois 27. jours depuis le 3. Avril.
de l'An 33. juſqu'au 1. Janvier
1706 exclufivement , qui multipliez
par 365. produisent 610552.
jours , ajoutez-y 405. jours Bif-
Sextilles , & vous aurez 610957 .
jours ; ajoutez y encore les 94. jours.
qu'ily a depuis le premier Janvier
1706. juſqu'au 4. d'Avril de la même
année inclufivement ; vous trou
verezles 6.11051 . jours en queſtion.
L'An 31. dont le 28. de Mars
fut un Jeudy, de même que le iz .
Avril de l'An 35. font les feuls
GALANT 91
qui conviendroient avec l'Evangile
& fi la Paque s'immola le Vendredy
comme vous le voulez , ce fut
L'an 34. dont le 24. de Mars fut
un Vendredy ; ou un Samedy , le
16 de Nifanfut le 22. d'Avril
Vous dites aurefte que les 8. Calendes
& Avril répondent au 23. de
Mars , mais
quele
vous ne marquez
point
quel eft le Calendrier qui l'enfeignez
vous en avez fans doute un particu
lier, carfans cele vous auriezfait
#épondre ce hurtiéme des Calendės
d'Avril au 25. de Mars , comme font
tous les Calendriers , & non avecle
23.
.1
Si le malheur d'autrui peut querir
Le vostre , je va vous faire voir
que vous n'eftès pas le feul qui vous
eftes trompé , puifque le Pere Bonjour
tout habile & fçavant qu'il
Hij
92 MERCURE
et voulant faire mourir Jefus Chrift
l'an vings neuf de noftre Eve , pretend
que le quinze de Nifan tomba
le feudy quatorziéme Mars de l'an
vingt neuviéme jufqu'à l'an 1706.
exclufivement , il y a precifemens
1676. ans , 9. mois , &14. jours ,
qui multipliez par 365. produisent
612029. jours & qui joint à 406.
jours biffectiles vous donneront
612435. jours , ajoutez y encore 29.
jours qu'ily a depuis le 1. de Fanvier
1706. jufqu'au 4. Avril inclu .
fivement qui eft un Dimanche
vous trouverez 6·12529. jours , ou
87504. femaines & 1. jour qui eft
an Dimanche. Ce Dimanche eftant
donc le 18. de Mars de l'an 29. de
noftreEre, il s'enfuit de toute neceffité
que le 17. qui concouroit avec le
16. de Nifan eftoit un Samedi , &
•
GALANT
93
-
qu'on ´auroit par confequent immole
la Paque dans le temps que leprétieux
Corps de Jefus Chrift eftoit
dans le fepulcre , chofe abfolument
fauffe . Je crois que la fortie des
Ifraelites que ce Religieux nous a
fixé , n'eft pas moins fauffe , mais je
nel'examine pas voulant la referver
pour une autre occafion ; je me contenteray
de vousfaire remarquer que
vous &luy n'eftes pas d'accord pour
le 14. de la Lune Pafcale , puifqu'il
le fait concourir avec le Jeudy 23 .
Mars , &vous, mon Reverend Pere
avec le Lundy 18. Avril; le méconte,
comme vous voyez. n'est que de 33-
jours , c'eſt , fans doute , très -peu de
shafe.
Je veux icyprier le R. P. Tournemine
de m'indiquer le verfet de lEEriture
qui luy fait avancer dans la
94 MERCURI
Lettre qu'il vous écrivit que le 14
de Nifan eftoit le jour qu'on ob
tenoit du Gouverneur Romain
la liberté d'un Prifonnier , pour
le faire fortir de prifon la nuit
fuivante , à la même heure que
les Ifraëlites eftoient fortis d'Egypte
; car j'avouë que cet endroit
m'embaraffefort,&que s'il me refuſe
fes lumieres , je croiray toûjoursfondé
fur l'Evangile , que ce Prisonnier
eftoit délivré à 6. heures où à midy ;
c'est à dire , à nos douze du 15.
Nifan.
de
Quant aujour du Sabath dont il
parle , je foutiens qu'il ne fignifie
paint autre chofe dans S. Jean , que
le feptième jour de la femaine , as
moins dans l'endroit en queſtion , &
je veux bien , comme il dit , eltre
apelé fur les bancs , pour punis
1
GALANT
95 mon audace ,parce que j'enfortiray,
s'ilplait au Seigneur , en triomphe ,
quand mon Opinion paroîtra.
Je reviens à vous , mon Reverend
Pere , parcequ'il eft temps que je ré
ponde à la Lettre que vous m'écri
vites le 6. Juin 1704. Souffrez- done
que je vous dife qu'il me femble
que vous vous y écartez & que vONS
ne répondrezpas préciſement à l'objection
que vous avez voulu rui➡
5 ner. Objection que je vous faifois
par ma Lettre & qui precedée &
fuivie de
30. nouvelles ou environ .
Je n'ai jamais dit ni pense que
certaines oeuvres ne fuffent pas
permifes pendant le temps des Azimes
, je fçai mefme que vous avouëz
à Mr Tilmont que les 5. jours
quifont entre ler & le 7.étoient
regardez comme prophanes &
96 MERCURE
vous l'avouez, mon Reverend Pere ;
jele fçay, mais d'une manieré doutenſe
& ambiguë; & commejeparle,
comme on dit , François , je foûtiens
qu'il ny avoit que le 1. & le 7. qu'on
dutchommer , que les 5. qui estoient
entre - deux ne devoient point l'eftre
du tout, & qu'on pouvoit par confequentfaire
touteforte d'oeuvresferviles
, excepté le jour du Sabath qui fe
rencontroit tres-fouvent dans l'undes
5. jours , comme il arriva le lendemain
de la mort de Jesus - Chrift , &
voila ce que vous devez abfolument
accorder on nier.
Remarquez que je ne dis rien en
Pair, car outre le Paffage de l'Ecriture
que vous prenez de la traduction
de Mr de Sacy, & que vous rappor
tez à deux divers endroits , vous dites
ailleurs ; il eftoit fefte pendant
les
GALANT 97
les 7. jours d'Azymes depuis le
15. juſqu'au 21. voila cependant ce
queje vous ay formellement nié par
ma premiere Lettre , & à quoy je me
tiens toûjours .
Quantaujour des Azymes, je fçay
que vous vous obftinez à le regler par
Aftronomie , & vous auriez raison
fi l'on la connoiffoit ; mais n'avoüez
vouspas vous -même que les mou
vemens de la Lune ne font pas
encore connus ? Et voudriez- vous
faire dépendre la certitude de l'Evangile
, de cet Aftre , égal à la vevité
dans fon cours , mais dont le
temps limité nous eft inconnue ? Je
craindrois fi c'eftoit mon fentiment
que Dieu me fit ce mefme repr che
qu'il fit autrefois à Job Numquid
dit-il , irritum facies judicium
& condemnabis meum , me ut
Mars 1756.
I
98 MERCURE
7
juftificeris ? Reproche qu'il luy fit
aprés l'avoir aigrement repris dans
les chapitres 28. & 29. Vous verrez
là , que Dien parle ainfi en la perfonne
de cefaint homme à tous ceux
quiprétendent connoistrefes ouvrages :
Quis eft ifte involvens fententias
fermonibus imperitis ? Les
Aftronomes y ont leur part d'une maniere
auffi claire que forte , & fi ces
Meffieursfont quelque reflexion aux
deux Paffages ainfi conçus : Numquid
nofti ordinem Coeli ; & pones
rationem in terræ ... Quis
enarrabit Coelorum rationem ,
& concentum coeli quis dormire
faciet Ils cefferont bien- toft de fe
flater de la vanité de leur fcience ,
ils penfent ferieufement que c'eft
Dieu luy même qui parle ainfi.
Je n'ignore point le nombre de
?
GALANT
99
نم
fçavants que ce que j'ecris & mon
ouvrage attireront aprés moy
comme je veux me mettre à l'abri
de toute atteinte , j'ai choifi fur vôtre
confeil , & felón que vous le
fouhaiter un Tribunal que vous
aprouveroz fans doute ; je veux dedier
mon Livre au Pape quoyqu'il
foit en François , & le faire approuver
à ce fupreme & infaillible Sanbedrin
; voftre nom y paritra , j'en
fuis feur , & vostre ouvrage au
poury eftre examině. Je fuis , &c.
Vous auriez dû recevoir
l'Article fuivant dés le mois
dernier ; mais fi je vous l'avois
envoyé , il n'auroit pas cfté fi
étendu , & voftre curiofité n'au
I ij
100 MERCURE
roit pas efté entierement fatisfaite
.
Dona Catilina , Infante de
Portugal , veuve du feu Roy
d'Angleterre Charles II . qui
l'avoit épousée en 1661.mourut
à Lifbonne le 3 1. Decembre
dernier. Cette Princeffe eftoit
née le 15. Novembre 1638 .
Elle eftoit fille de Jean IV.
dit le Fortuné , qui monta fur
le Trône de Portugal en 1640 .
& de la Reine Louife , fille aînée
de Jean- Emanuel Perez de Gufman
, Duc de Medina Sidonią ;
Perfonne n'ignore que c'eſt en
partie à cette fage Heroïne
GALANT 101
que le fuccés de la revolution
de Portugal eſt dû. Ce grand
évenement luy a fait beaucoup
d'honneur & luy a affuré unc
place honorable dans l'Hiftoire.
Elle eut du Roy fon époux ,
outre la Reine d'Angleterre qui
vient de mourir , le Prince
Theodofe mort jeune, Alfonfe
VI. Roy de Portugal fon fucceffeur
, dont le mariage avec
Marie - Elifabeth - Françoife de
Savoye de Nemours , fut declaré
nul en 1668. & ce Prince
ayant elté arreſté à Liſbonne
l'année fuivante , fut conduit
dans l'Ifle Tercere , où il mou
I iij
102 MERCURE
ruten 1683. Elle cut auffi Dom
Pedro Prince de Portugal , Regent
du Royaume pendant la
vie de fon frere , & qui a pris
le titre de Roy depuis l'an 1683 .
Jean IV . fut couronné le premier
Decembre de l'an 1640 .
& il gouverna fes Etats jufqu'au
6. Novembre 1656. jour
de ſa mort , avec beaucoup de
prudence & de conduite. H
remporta de grands avantages
fur les Hollandois dans le Brefil
en 1649. & en 1654.
qu'il leur prit le Refcif le 27 .
Janvier de cette année-là . Ce
Prince eftoit fils de Theodofe
lorf
GALANT 103
II. Duc de Bragance , & d'Anne
fille de Jean Fernandez de Ve
lafco , Conneftable d'Espagne ,
Duc de Frias , & Gouverneur
de Milan , & de Marie Giron.
Ce Prince qui porta la qualité
de Conneftable de Portugal ,
mourut à Villa-Viciofa le 29,
Novembre 1630. Il eftoit fils
aîné de Jean I. du nom Duc de
Bragance , &c. Conneftable de
Portugal , qui traita de ſes prétentions
à la Couronne de Portugal
avec Philippes II . Roy
d'Espagne , qui le fit Chancelier
de la Toifon d'or en 1581.
& qui mourut l'année fuivan-
I iiij
104 MERCURE
te , & de Catherine , fille puifnée
d'Edouard de Portugal ,
Duc de Guimanarez . Outre le
Prince Theodofe, dont je viens
de parler , Jean eut Edoüard ,
tige des Ducs d'Oropeza , &
Alexandre , Evefque d'Evora.
Jean eftoit fils de Theodofe I.
& d'Ifabelle fille de Denis de
Bragance , Comte de Lemos ;
Theodore eftoit fils du celebre
Jacques de Portugal qui eut
beaucoup de part à l'amitié du
Roy Emanuel , qui le defigna
Roy de Portugal en 1498. s'il
mouroit fans enfans , & il luy
donna en 1513. le conmanGALANT
105
dement d'une Armée navale ,
qu'il envoya en Afrique. Ce
Duc époufa Eleonor de Guzman
, fille de Jean Duc de Medina
Sidonia , & d'Ifabelle de
Velafco . Ainfi la Maiſon Royale
de Portugal eft doublement
alliée à celle de Gufman . Jacques
eftoit fils du malheureux
Ferdinand fecond , auquel le
Roy Jean II . fit couper la tefte
en 1487. & de fa feconde femme
Ifabelle , fille de Ferdinand
de Portugal , Duc de Vifeo.
Ferdinand fecond eftoit fils de
Ferdinand premier Duc de Bragance
, Marquis de Villa - vicio106
MERCURE
fa & Gouverneur de Ceuta ,
qui mourut en 1474. & de
Jeanne de Caftro . Ferdinand
premier eftoit forti du mariage
d'Alfonfe de Portugal premier
de ce nom , Duc de Bragance
, Comte de Barcellos , &
Sieur de Guimananez , fils naturel
de Jean premier de ce
nom , Roy de Portugal , qui
l'avoit eu d'Agnés Pirez , fa
Maîtreffe & de Beatrix
de Pereira , fa feconde femme
, Alfonfe Comte d'Ourem
, qui fit la branche dés
Comtes de Vimiofo , eftoit l'a
né des Ducs de Bragance
GALANT 107
avant d'eftre montez fur le
Trône de Portugal , faifoient
leur fejour à Villa-viciofa . Ils
avoient la prerogative , à l'exclufion
des Grands d'Espagne ,
de fe pouvoir affeoir en public
fous le Dais des Rois d'Elpagne
.
La deffunte Reine a fouffert
de cruelles traverſes en Angleterre
; il s'y eftoit formé un
parti qui fit mouvoir , pour la
perdre , tous les refforts d'une
politique auffi cruelle qu'injufte
; mais le Roy fon époux ,
qui connoiffoit fon innocence ,
ne donna point dans tous les
108 MERCURE
pieges qu'on luy tendit pour
faire perir cette Princeffe , & la
brigue de ceux qui n'en vouloient
pas moins qu'à fa vie ,
s'évanouit. Tant qu'elle a demeuré
en Portugal elle a reçû
tous les ans la moitié de fon
doüaire , qu'elle auroit dû recevoir
entier , & dans ces derniers
temps
les Miniftres d'Angleterre
, luy ont fouvent dit
que fi elle n'engageoit le Roy
de Portugal à demeurer ferme
dans le parti des Alliez , elle ne
recevróit plus rien .
Les
Articles
fuivans regardent
des perfonnes
decedées
GALANT 109
dés le mois de Fevrier.
re
Mr Nicolas Bochart de
Champigny , cy - devant Capitaine
aux Gardes Françoifes , &
Gouverneur des Ville & Chafteau
de Bethune . Il eftoit frere
de M' Bochart.de Saron , Confeiller
au Parlement , & de M
l'Evêque de Clermont . La Maifon
de Bochart a donné unpremier
Prefident au Parlement
de Paris en la perfonne de Jean
Bochart cinquième du nom
qui mourut en 1630. Il eftoit
de la branche de Champigny ,
de laquelle feu M ' l'Evefque de
Valence , dont je vous appris
110 MERCURE
la mort il y a quelques mois ,
eftoit auffi . Cette maifon eft
fortie de Bourgogne. Guillau
me Bochart S de Noray , Gentilhomme
Servant du Roy
Charles VII . eftoit de Vezelay
en Bourgogne. Il épouſa
Catherine Famier , dont il eut
Jean , qui fut Confeiller au Parlement
de Paris , & qui a continué
la poſterité ; Pierre Official
de Beauvais : Loüife femme de
Beze, Bailly de Vezelay , & Madelaine
, femme de Guillaume
Arbalefte. Etienne Bochart
qui a fait la branche de Menillet
, eftoit fils de Jean Boehart
GALANT I
fecond du nom , qui fe contenta
de la fimple qualité d'Avocat
au Parlement de Paris ,
mais qu'il rendit illuftre par
fon éloquence , & par le hardi
Plaidoyé qu'il prononça en
prefence du Roy François I.
touchant la Pragmatique-Sanction
, contre le Concordat.
Ce fut en ce temps - là & en
confequence de ce Plaidoyé
qu'on infera dans les Rituels
de Vannes & de Clermont
des Prieres pour le rétablifle
ment de la Pragmatique &
pour l'abolition du Concor
dat. Ces Rituels fubfiftent en-
1
112 MERCURE
core. La hardieffe de M' Bochart
luy fit des affaires , dont
quelques Hiftoriens font le détail
. La branche de Menillet
qu' Etienne fon quatriéme fils
forma , a produit dans le dernier
fiecle le celebre Samuel
Bochart , Miniftre de la Religion
prétendue reformée à
Caen. Il eftoit petit - fils de cet
Eftienne , fils de René Bochart
Miniftre de la même Religion
à Rouen , & d'Eſther Dumoulin
, & neveu de Marc Bochart
Prefident aux Enquestes du Parlement
de Paris . Ce grand homme
, à qui M' Huet ancien EvêGALANT
113
que d'Avranches , avouë devoir
une partie de ce qu'il fçait ,
mourut à Caen en 1667. Le
Prelat dont je viens de parler
l'accompagna en fon voyage
d'Angleterre.
Bethune fur la riviere de Brette
, dont M Bochart eftoit
Gouverneur , eft dans l'Artois.
C'eſt une place affez fartifiéc ,
à cinq lieues d'Aire , & à fix de
Lille. Nous la prîmes en 1645.
& elle nous eft reftée par le 35
Article de la Paix des Pyrenées
de 1659. Cette Ville a eu
des Seigneurs particuliers qui
eftoicnt Avoüez d'Arras . Ro-
Mars 1706 .
K
e
114 MERCURE
bert premier de ce nom fonda
vers l'an 999. l'Eglife de Saint
Barthelemy. Il a eu fix fuccef
feurs du même nom . Robert 6.
laiffa Guillaume , furnommé le
Roux , pere de Daniel qui le
fut de Robert 7. Celuy- cy qui
prit la qualité de S. de Bethune
& de Terremonde , & d'Avoüé
d'Arras , cut une fille unique
nommée Mahaud , qui époufa
Gui de Dampierre , Comte de
Flandres. Elle en eut divets
enfans , entr'autres , Robert de
Bethune Comte de . Flandres.
André Hoius de Bruges , a fait
une Defcription latine de la
GALANT IS
Ville de Bethune , qui eft treseftimée.
Le Mire , Meger &
Guichardin en font auffi un
affez grand détail,
M Louis d'Amanzé , Seiz
gneur dudit lieu , Confeiller du
Roy en fes Confeils , Gouver
neur des Ville & Chafteau de
Bourbon - Lancy , & premier
Lieutenant general pour Sa
Majefté au Gouvernement de
Bourgogne , eft mort en cette
Ville , regretté de tous ceux
qui le connoiffoient . Il avoit
porté les armes pendant une
grande partie de la vie. Mle
Marquis d'Amanzé fon fils at
Kij
116 MERCURE
né fut tué au Siege d'Embrun ,
que M' le Duc de Savoye fit au
commencement de la derniere
guerre, à la tefte du Regiment
de Quercy , dont il eftoit Colonel.
Il laiffe encore d'autres
enfans.La maifon d'Amanzé eft
une des plus illuftres du Duché
de Bourgogne , & elle a l'honneur
d'appartenir à la Royale
Maifon de Bourbon , parce que
labranche deBourbon Carency
eftant tombée dans la Maifon
d'Eſcars , celle d'Efcars finit en
deux filles , dont l'aînée époufa
un Seigneur de la Maiſon
d'Eftuer de Cauffade ; & la feGALANT
117
conde entra par mariage dans
la Maifon d'Amanzé , qui pour
dans fes arcette
raiſon
porte
mes de Bourbon & d'Efcars. La
Lieutenance generale de Bourgogne
, qui eftoit poffedée par
M le Comte d'Amanzé eft la
premiere des trois qui font
dans le département des Etats
de Bourgogne , celle de Breffe
& de Bugey n'y eftant pas comprife.
Les autres deux Lieutenances
generales font poffedées
par M' le Maréchal d'Uxelles
, & par M' le Comte de
Tavanes.
Le Roy a donné la Lieute
118 MERCURE
nance generale & le Gouver,
nement de Bourbon - Lancy ,
vacans par la mort de Mr d'Amanzé
, à Mr de Chateaugués
,
qui doit époufer Mlle d'Amanzé.
Mr de Chasteaugués
a déja
fait plufieurs Campagnes
, quoi
que dans un âge peu avancé ;
il a auffi deux freres dans le Service.
Il eft de l'illuftre Maifon
de la Cücille , de la Province
d'Auvergne , qui a produit de
-grands fujets. Elle eft connuë
en France dés le douzième &
treifiéme fiécles , où elle eftoit
déja fort illuftrée . Cette Maifon
cft alliée à la Nobleffe la
GALANT 119
plus
us confiderable des Provinces
voifines , & elle eftoit fort
a connue à la Cour des Ducs de
Bourgogne de la feconde race ;
elle avoit même avec eux quel
que alliance.Mr le Marquisd'Amanzé
parent de celui qui vient
de mourir , époufa il y a quelque
temps Mile de Falconi , fille
de feuMN... de Falconi, & de
DameN... de Montholon.
M Louis de la Grange-
Trianon , Chevalier , Seigneur
de Nandy , Villantrois , & autres
lieux , ancien Prefident aux
Requeftes du Palais eft mort
dans un âge fort avancé . Il laif120
MERCURE
fe de Dame N... Martinot ,
foeur de feu Mr Martinot, Confeiller
au Parlement , & Doyen
des Confeillers des Requeſtes
du Palais , plufieurs enfans ,
dont l'aîné eft Confeiller au
Parlement ; le fecond Confeiller
au grand Confeil ; Mr l'Abbé
de Trianon ; & Mr l'Abbé
de la Grange , Chanoine de
Nôtre-Dame . Mr le Prefident
de la Grange laiffe auffi deux
filles , dont l'aînée a époufé Mr
de Graville Prefident à la Cour
des Aides ; & la feconde Me la
Ducheffe de Noirmoutier , qui
avoit épouſé en premieres nô-
CCS
GALANT 121
ces Mr de Bermond , d'une tresancienne
Maiſon de Langucdoc
, Confeiller au Parlement
de Paris. Mr de la Grange qui
vient de mourir eftoit fils de
feu Mr de la Grange- Trianon ,
Confeiller au Parlement , qui
eftoit auffi fils d'un Officier
dans le même Corps . Mr de la
Grange Maiftre des Comptes ,
qui avoit époufé la veuve de
feu Mr de Maupeou , eftoit
proche parent du Preſident qui
vient de mourir . Cette Maifon
eft tres-ancienne dans le Parlement,
&alliée aux perfonnes les
plus diftinguées de ce Corps .
Mars 1706. L
122 MERCURE
par
&
Mr le Preſident de la Grange y
eltoit tres eftimé par fa probité,
par fon defintereffement
,
l'étendue de fes lumieres .
Mre Robert Hoüet , Chevalier
, Marquis de Sainte - Marie ,
Gouverneur & Lieutenant general
pour
Sa Majesté dans les
Iles de l'Amerique , & Proprietaire
de l'Ile de la Guadeloupe ,
eft mort en cette Ville ,fort regretté
de tous ceux qui le connoiffaient
. Il avoit porté les armęs
la plus grande partie de fa
vie , & il avoit long temps fervi
fous feu Mr le Maréchal de Luxembourg
qui l'eftimoit beauGALANT
123
coup , & qui luy avoit donné
en plufieurs occafions des marques
de la confideration qu'il avoit
pour luy.LeRoy donna il y
a quelque années àMr le Chevalier
Hoüet, le gouvernement des
Ifles de l'Amerique , en conſideration
de fes longs fervices.
Le Brevet qui luy en fut expedié
eftoit fort glorieux pour cet
Officier , & contenoit un détail
tres honorable de fes fervices.
Ce Gentilhomme s'eft fait
beaucoup aimer en ce Pays là .
Ses manieres douces & engageantes
, luy avoient gagné le
coeur des Sauvages . Ils ne le re-
Lij
124
MERCURE
gardoient
pas tant comme
leur
Gouverneur
que comme
leur
pere , leur protecteur
, & leur
ami , ils recouroient
à luy dans
tous leurs befoins
, le conful
toient
dans leurs affaires
, & le
prenoient
pour arbitre
de leurs
differends
. Mr le Marquis
de
Sainte
Marie
( c'eft le nom qu'il
prit lorfque
le Roy cut érigé
fous le nom de Marquifat
de
Ste Marie
, l'Ifle de la Guadeloupe
, & une autre Ifle qui luy appartenoient
, & qui luy étoient
echuës
aprés
la mort
de fon
frere aîné , qui avoit
aufli eſté
Gouverneur
& Lieutenant
geGALANT
125
neral des Illes de l'Amerique )
ce Marquis , dis - je , eft mort
fans avoir efté marié . Il eftoit
oncle de Mr Hoüet, Capitaine
aux Gardes , qui a épouſé depuis
quelque temps Mlle de
Langey , & de Mr l'Abbé
Houet , qui demeure dépuis
quelques années au College de
Bourgogne , où il a une tresbelle
Bibliotheque , qui attire
tous les curieux . La Maifon de
M's Hoüet eft ancienne à Pars
ris , elle y eft alliée au meilleures
familles de la Robe , & à
plufieurs autres de la Province
de Normandie. Elle eft con-
L iij
126 MERCURE
nuë en France dés le quinziéme
fiecle , où plufieurs perfonnes
de ce nom furent fort diftingucés
dans la Robe , dans l'Epée
& dans l'Eglife,
La Maiſon de Mr Hoüet eft
alliée à celle de Mrs le Jau , qui
eft une des plus anciennes de
Paris. La foeur de Mr le Marquis
de Sainte - Marie , avoit
époufé en fecondes nôces feu
Mr de Champigny Bochart ,
pere de feu Mr l'Evêque de Valence
& de Mr le Treforier de
la Sainte- Chapelle.
Mre Charles- Paul Hurault
de l'Hofpital, Chevalier, Com.
GALANT 127
te de Bay, Seigneur de Belefbat .
Il defcendoit de Michel de
I Hoſpital , S' de Belefbat , &
Aigueperfe en Auvergne , cn
1503. & que fon merite éleva
enfuite à la Charge de Chancelier
de France . En 1624. il
fut Confeiller au Parlement de
Paris , puis Prefident en la
Chambre des Comptes , enfui
te Maistre des Requeſtes , &
enfin élevé à la premiere dignité
de la Magiftrature , par Catherine
de Medicis , qui luy ôta
dans la fuite les Sceaux qu'elle
donna à Jean de Morvilliers ,
Evêque d'Orleans. On a impri-
Liiij
128 MERCURE
mé un volume de Poëfies latines
de ce grand Magiſtrat , &
on trouve fon Teftament dans
la Bibliotheque choifie de Mr Colomicz
; fa vertu & fa moderation
y paroiffent dans tout leur
éclat . Ce Chancelier ne laiffa
qu'une fille de Marie Morin ,
qui époufa Robert Hurault ,
Confeiller au grand Confeil ,
Maistre des Requeftes , & enfuite
Chancelier de Marguerite
de France , Ducheffe de Savoye .
Leurs enfans qui prirent le nom
& les armes de l'Hoſpital furent
Charles Hurault de l'Hofpital
tué au Siege de Chartres
GALANT 129
en 1591. Michel qui a continué
la pofterité , Robert Hurault
de l'Hôpital , Baron d'Auneux
qui laiffa des enfans d'Efperance
Porret fa femme : Paul
Hurault de l'Hofpital , Archevêque
d'Aix , & auparavant
Maiftre des Requeftes , grand
Predicateur , mort à Paris en
1624. Jean S de Gomerville
mort fans laiffer d'enfans de
Louiſe d'Allonville fon épouſe .
François S de Vignay , mort
fans avoir efté marié : Marguerite
femme de Jean de Gontaut
de Biron , Baron de Sali
gnac & Marie femme de Louis
130 MERCURE
de la Riviere , Sieur de Cheny .
Michel Hurault de l'Hofpital ,
Sieur de Belefbat , avoit beaucoup
d'efprit & de merite, Le
Chancelier de l'Hoſpital fon
aycul,luy laiffa fa Bibliotheque,
& eut foin de le faire élever
dans le Sciences . Ce qui ne
luy fut pas inutile il fut
Chancelier de Henry Roy de
Navarre , qui l'envoya Ambaffadeur
en Hollande & en
Allemagne . On l'y confidera
comme un fage Miniſtre & un
grand Orateur. C'estoit l'aycul
de Mr de l'Hofpital qui vient
de mourir , & qui eftoit auffi
GALANT
131
tres-eftimable. Mr de Belefbat
cftoit fils de feu Mr le Marquis
de Belcbat , & de Dame N....
de Choify , qui vit encore.
Cette Dame étoit foeur de feu
Mr de Choify , Chancelier de
feu Monfieur Gafton de France
, & tante de Mr l'Abbé de
Choify de l'Academie Françoiſe
, cy-devant Ambaſſadeur
à Siam.
M' de Chauviré. Il eftoit
d'une des plus anciennes maifons
de la Franche-Comté ; &
il eftoit allié à M' de Vaudreüil
tué au fervice du Roy
cu qualité de Lieutenant Ge132
MERCURE
rs
neral , à M le Marquis de
Liftenois,à M de Grammont,
de Courcelles & de S. Mauris ,
qui font tous des premieres
maifons de cette Province . M
de Chauviré avoit fait quelques
campagnes & il avoit
donné en plufieurs occafions
des marques de fon courage
.
Il avoit époufé depuis 4. ou 5.
ans , en cette Ville Mlle de la
Roche , connue par fon efprit
& par les liaiſons qu'elle a eu
avec M la Comteffe de Murat
dont nous avons tant d'ingenieux
ouvrages . M˚ de Chauviré
eft de la province d'Anjoù
GALANT 133
& elle appartient à plufieurs
perfonnes de confideration de
ce Pays- là , elle eſt encore dans
une affez grande jeuneſſe.
Mre N...de Lefcot , Docteur
de la Maiſon & Societé de
Sorbonne . Il eftoit allé dans le
College de Navarre le jour d'u
ne Felte particuliere de cette
Maifon , & aprés y avoir celebré
les faints Mifteres . Il y eft
mort d'un accident d'apoplexie
, dans un âge fort avancé .
Ce Docteur eftoit habile Thcologien
. Il avoit donné des preuves
de fa capacité dans plufieurs
affaires où il avoit efté conful134
MERCURE
té & fur lefquelles il avoit deliberé
. Il eftoit neveu du fameux
Mr de Lefcot , auffi Docteur
de Sorbonne , qui fut pendant
plufieurs années Confeffeur du
Cardinal de Richelieu , & qui
mourut Evêque de Chartres .
Ce Docteur eut grande part
aux affaires qui fe pafferent fous
le Miniftere de ce Cardinal , &
pendant tout le temps qu'il
demeura auprés de ce premier
Miniftre , il fut Chef de fon
Confeil de confcience . Ce Cardinal
s'eftant adreffé au Pape
Urbain VIII. pour eftre dif
penfé de dire fon Office ,
GALANT
135
dans l'accablement d'affaires
dont il eftoit furchargé. Ce
Pontife fe repofa de la décifion
de cette affaire fur Mr de
Lefcot , Confeffeur de ce Cardinal
, comme Mr le Cardinal
luy - même fe repofa fur fon
Confeffeur , de l'accompliffement
de ce devoir particulier ,
dont la pratique le détournoit
du foin des affaires les plus importantes
de l Etat & de celuy
de combattre par fa plume les
Heretiques de fon temps . Mr
de Lefcot fut nommé quelque
temps aprés à l'Evêché de Chardurant
quelgouverna
tres. Il
136 MERCURE
1
ques années ce Dioceſe , avec
beaucoup de prudence & de fageffe
, & on le regarde comme
un des plus grands Evêques qui
ayent efté fur le Siege de l'Eglife
de Chartres. Il eut beaucoup
d'attachement pour Mr l'Abbé
de Lefcot fon nevçu ; il prit
auffi foin de fon éducation &
luy procura de bonne heure
des Benefices , dont ce dernier
a toûjours fait un tres bon ufage.
Il a efté enterré dans l'Eglife
de Sorbonne. Il laiffe beau-
Coup de parens
de fon nom .
& des neveux
Marie - Elifabeth de SainteGALANT
137
Therefe , foeur de Monfieur le
Premier Prefident de Harlay.
Elle eft morte âgée de cinquante-
trois ans , il y avoit trentehuit
ans qu'elle avoit fait Profeffion
. Elle eftoit Superieure
du Monaftere de Sainte- Elifabeth
devant le Temple. L'u
fage de ce Monaftere eft d'élire
tous les ans la Superieure , & la
liberté qui regne dans cette
élection , eft caufe que les Religieufes
ne choififfent lordinai
rement que les fujets qui ont le
vlus de merite , & qui leur conpiennent
le mieux . Ces Superieures
peuvent eftre conti-
M
Mars
1706 ..
138 MERCURE
nuées pendant fix ans , aprés
lefquels la Regle veut que l'on
en élife une autre , & l'année de
cette élection eftant finie , les
Religieufes peuvent proceder
à une nouvelle élection , &
choifir encore pour Superieure
celle qui l'a déja efté pendant
fix ans ; & comme il faut avoir
un merite fingulier & generalement
reconnu , pour que cela
arrive ; on doit conclure que la
Mere Marie- Elifabeth de Sain
te- Therefe avoittoutes les qua
litez neceffaires pour remplir
cette dignité , puifqu'elle y a
été élevée pendant douze ans, &
GALANT
139
qu'elle poffedoit les coeurs de
toute fa Communauté.
Je vous envoye Epitaphe
qui fe trouve fur la Tombe de
la grande Mere de la deffunte
dont je viens de vous parler.
EPITAPHE.
Cy gift Venerable Mere ',
Soeur Anne de la Paffion , nommée
au fiecle Dame Anne de
Rabot d'Iflins , fille unique de
feu Meffire Ennemond de Rabot
, Seigneur d'Iflins , premier
Prefident au Parlement de Grenoble
, & épouſe de feu Meffire
2
Mij
140 'MERCURE
Chriſtophe de Harlay , Comte
de Beaumont , Confeiller du
Roy en fes Confeils d'Etat
& Privé , Lieutenant pour Sa
Majefté au Gouvernement &
Duché d'Orleans , Bailly dudit
Orleans , & du Palais à Paris
, & depuis Religieufe Profeffe
Bien- faitrice de ce Royal
Monaftere du Tiers Ordre du
Seraphique Pere Saint François,
auquel aprés avoir vêcu en tresgrande
humilité , ferveur , paix
& confolation
de fon ame , &
l'édification des autres Meres &
Soeurs dudit Monaftere , treize
ans & demi ; elle mourut fainGALANT
141
tement âgée de cinquante- trois
ans , le 29. Aquft 1639 .
le
Mile Comte de Polaftron
Lieutenant General des Armées
du Roy , Gouverneur
de Mont- Dauphin & de Caftilonet
, Commandant pour
Roy à S. Malo ; eft mort âgé
વે
de 68. ans. M° de Polaftron
eft heritiere de la maifon de
Lafcon Damies. M' le Comte
de Polaftron leur fils qui avoit
la furvivance du Gouvernement
de Caftillonet , cft Colonel
d'un vieux Regiment d'Infanterie
, & fert avec beaucoup
d'application. M le Marquis
1
142 MERCURE
de Polaftron , Colonel du Regiment
de la Couronne , Brigadier
d'Infanterie , & Mr l'Evêque
de Leitoure , fon frere ,
font de même nom & de même
maiſon que feu Mr le Comte
de Polaftron , ainGi que feu
Mr de la Hiliere , Gouverneur
de Rocroy . Sa niece, qui eft fon
heritiere , a époufé Mr le Marquis
de Fimarcon ; & elle eft
mere de Mr le Marquis de Tilladet
- Fimarcon , & de Mr le
Comte de Eftaford Fimarcon.
Ils font tous deux dignes freres
de Mr le Comte de Fimarcon
, qui a donné de frequenGALANT
143
tes marques de fa valeur .
Quoy que toutes les nouvelles
publiques ayent parlé de
la fameufe Bataille gagnée par
le General Renfchild. La relation
que je vous envoye contient
des faits & des circonftances
qui ne fe trouvant point
ailleurs , feront caufe que vous
la lirez avec autant de plaifir
fi elle avoit toute la grace
que
de la nouveauté .
A Liffa ce 15. Fevrier.
Ma derniere , que j'écrivis àla
hâte , vous aura appris l'eftat où
144 MERCURE
nous nous trouvions alors , & les
mouvemens que le General Renf
child avoit fait jufqu'à cejour-là.
Ilfe retira fubitement le 11 vers
Frauenftadt& cachafes troupes le
12. derriere cette Ville & fous
Liffa. Nous enfumes furpris ; &
ce Generalfit courir le bruit qu'il
continueroit de faire fa retraite
jufqu'à Pofnanie , fous pretexte
que n'ayant pas trouvé les Saxons.
affemblez, par de là Fravenſtadt,
il aimoit mieux leur livrer bataille
, derriere Gratz , Bentſchen ou
Mezeritz. Il avoit bien prévu
que le Lieutenant General de
Schulenbourg apprenant cette feinte
GALANT 145
te retraite , la croiroit d'autant plus
veritable , que les Suedois eftoient
beaucoup inferieurs en nombre. Ils
navoient que cinq Regimens d'Infanterie
, trois de Cavalerie , &
cinq de Dragons , qui ne faifoient
tous ensemble que
dix mille hommes
, au lieu que l'Armée Saxone
eftoit de quinze mille hommes d'Infanterie
, & de fept mille hommes
de Cavalerie ou Dragons.
Ce qui acheva de rendre ce fait
vrai-femblable eft que fi le General
Renfchild euft voulu en venir
aux mains avec les Saxons , il
l'auroit pu faire le 11° & même
fort avantageufement pour luy
Mars 1706.
N
146 MERCURE
en coupant aux Mofcovites
la
jonction avec les Saxons . Ce Ge
neral a dit depuis , qu'il avoit regardé
l'avantage de ruiner feulement
quelques Regimens Mofcovites
, comme trop peu des chofe ,
furtoutparce que cela auroit aprés
fervi pour la défaite des Saxons.
Il mit donc en pratique lestratageme
de tirer l'Ennemi hors de fes
avantages , par cette feinte il
rendit les Saxons plus hardis ; de
forte qu'ils quitterent entièrement.
la frontiere de Silefie , & quifor
tirent des bois , & des marais
dont ils eftoient couverts , & fortificz
. Ce deffein de vouloir combaGALANT
147
jour
tre en Plaine un ennemi beaucoup
plus fort , marque la confiance
extraordinaire du General en la
bonté defes troupes , Tout luy réüffit
, comme il l'avoit projetté, & il
attira les Saxons au champ de
Bataille où il avoit fouhaité le
d'auparavant de les combattre .
Il en vint le Vendredy plufieurs
gros Corps à Travenſtadt. Le General
Renfchild , pour les confirmer .
encore dans l'opinion , qu'il avoit
peur , donna auffi-toft ordre àfes
Troupes , qui s'eftoient étendues
juſqu'à cette Ville , de fe retirer
de nouveau, & de ne s'arrefterqu'à
une demi-lieuëde Niffa en un lieu
Nij
148 MERCURE
nommé Swetske. Elle s'y rangea
d'abord en Bataille , & retourna
vers l'Ennemi , qu'elle y trouva
auffi. Il s'eftoit poftéfort avantageufement
, ayant le Village de
Reyersdorffà droite , Rohrsdorffà
gauche , & la Ville de Frandſtadt
derriere. Les deux aîles s'étendoient
jufques aufdits Villages
derriere lefquels le General Schulembourg
avoit deffein de faire
paffer quelques Troupes pour tom
ber fur l'arriere-garde des Suedois.
Il croyoit ainfi les environner , en
cas qu'ils vouluffent fe retirer de
nouveau , & quepas un d'eux n'en
échaperoit. Les Suedois marcherent
GALANT 149
au petit pas vers les Saxons ; ce
que ceux- cy ayant remarqué, ilsfe
pofterent derriere un chemin creux ,
ayant devant eux leur canon, &
des chevaux de frife . Les Suedois
vinrent jufqu'à la portée du
canon , avec lequel feul on croyoit
les pouvoir arreſter , & le canon
tira continuellement , mais toujours
trop haut. Les Suedois s'avancerent
vers les chevaux de frife ,
qu'ils enleverent en effuyant toújours
le feu de la Moufqueterie
Saxone ; mais à peine celuy des
Suedois eut - il commencé , qu'une
partie des Saxons prit lafuite. La
Cavalerie Suedoife enfonça d'a-
Niij
150 MERCURE
bord celle de l'aile droite ennemie.
La gauche fut auffi bien- toft mife
en déroute. Il y avoit par tout un
horrible. L'Infanterie ſe
carnage
voyant abandonnée par la Cava
lerie,fe forma en Bataillon quarré
, & foûtint pendant quelque
temps les charges des Suedois ; mais
fut elle enfin enveloppée
, faiteprifonniere
, ou taillée en pieces : de
maniere qu'il ne s'en estpassauvé
cinq cens. Jamais on n'a vu un tel on unt
fpectacle. Les Regimens entiers jetterent
les armes , fe mirent à genoux
criant mifericorde , demandant
la vie. Iln'y eut point de
quartierpour les Mofcovites, l'on
GALANT 15t
les
paffa
On
paffa tous au fil de l'épée.
en fit aux Saxons , & il y en eut
buit mille treize prifonniers , par
mylefquelsfe trouverent trois Bataillons
François Suiffes , qui
s'eftoient deffendus opiniâtrement ;
deux Generaux , le Lieutenant general
Waftromirsky , & le Major
general Lutzelbourg , quatre Colonels,
le Comte deJoyeuse , Droft,
Laek, Bofe, & centfoixante hauts
Officiers , & de bas Officiers à proportion.
Ils font tous traitez fort
bonneftement. Je comptay hier fur
le Champ de bataille jufqu'à fept
mille de tuez. Le chemin eft couvert
de corps morts jusqu'à une
Niiij
152 MERCURE
lieue loin. Il n'eft reftéfur la place
que trois cent foixante-treize Suedois
, parmy lefquels on compte le
Colonel Liliehock, ci - devant Com
mandant à Pofnanie , le Lieutenant
Colonel Cronhielm , & quelques
Capitaines de Cavalerie e
d'Infanterie. On cherche encore le
Major Ornſtedt. Les Colonels
Lieutenans Buckwald , Patkul ,
&Creutz le Major ; Wrangel ,
& Snloffey, & le Capitaine Lod,
font dangereufement bleßez. Le
premier a eu neuf coups de balles
&quatre d'épées . Aurefte le nomdre
des Suedois bleffez se monte à
cinq censfix .J'ay vú la Lifte chez
GALANT 153
le Commiffaire general de Guerre.
En un mot , c'est une victoire com
plette , & tout-à -fait miraculeufe
, dont Dieu a derechefcouronné
les armes Suedoifes. On ne sçauroit
comprendre comment les Saxons
qui eftoient plus de la moitié
plus forts , ont pu eſtre ſi generalement
deffaits , avec une fi petite
perte de Suedois, enfipeu de temps ;
car cette action , fi remarquables
s'eft paffée en moins de trois heures.
Elle commença à midy , & le plus
fort eftoit fait à une heure . Tout
le Canon au nombre de trente-deux
pieces de fonte , quatre Mortiers ,
onze mille quatre- vingt quatorze
154 MERCURE
Moufquets , onze mille huit épées ,
tous les Drapeaux , & plufieurs
Etendarts , montant enſemble au
nombre de cent-fix , font demeurez
aux Vainqueurs . Le Bagage des
Saxons eftoit à deux lieuës de Fravenſtadt
, ce qui fit que pas un
Suedois ne fongeoit au pillage ;
mais tous au maffacre . Les Saxons
avoient demandé fix mille écus de
contribution à Travenftadt ,
menacé Liffa , & les autres Villes
du patrimoine du Roy Stanislas
de les faccager & de les brûler ,
ils avoient declaré qu'aucune
rançon ne feroit capable de
les racheter. Laprudence & la va
1
GALANT 155
leur du General
Renfchild , pour
engager l'Ennemi
à une actionfi
confiderable , & pour le vaincre ,
eft admirée de tout le monde.
Le Roy d'Eſpagne
a donné
au Marquis
del Palacio la charge
de Protonotaire
du Royaume
d'Aragon
. Cette Charge
tres-importante
& elle donne
à celuy qui en cft revêtu
l'Inſpection
fur toutes les affaires
de ce Royaume . Le Marquis
del Palacio eft tres- capable de
la remplir , & a donné des marques
de fon efprit & de fon
habileté
dans la conduite
des
affaires les plus épineuſes , en
eft
156 MERCURE
que
pluſieurs occafions . Il eſt d'une
tres grande Maifon établis
àprefent dans l'Arragon , mais
fortie originairement de l'Andaloufie
, où elle a tenu un
rang tres- confiderable lors
cette Province avoit fes Souverains
particuliers. Un Ferdi
nand del Palacio fe diftingua
fort dans la guerre des Maures
qui ébranla autrefois la Mo
narchie d'Efpagne jufques dans
fes fondemens. Lors qu'il vit
que toute la Nation avoit prefques
fubi le joug des Mahometans
il fe retira dans les
montagnes des Afturies , où il
>
GALANT
157
garda toujours la fidelité à fes
veritables Souverains
. Il mourut
dans ces fentimens & les
infpira a fes fucceſſeurs.
Sa Majefté Catholique a auffi
donné la Secretairerie de Catalogne
à Dom Baltazar de Ordovas
qui a déja excrcé pluficurs
autres emplois où il a
fait voir qu'il eftoit capable
d'exercer les plus difficiles. La
Famille de laquelle Dom Baltazar
de Ordovas eft forti a
fourni à l'Espagne des perfonnes
d'un grand merite . George
de Ordovas un des Ayeux de
celuy qui donne lieu a cet arti158
MERCURE
cle , eftoit dans une grande
confideration fous les regnes de
Ferdinand & d'Ifabelle. Il eut
fur tout une grande part à la
confiance de cette Princeſſe, qui
luy donna fouvent des emplois
où il falloit marquer beaucoup
de ménagement & une grande
délicateffe. Le Pere & l'Ayeul
de Dom Baltazar de Ordovas
ont efté employez dans le minif
tere, Philipes IV . & Charles II.
ont eu pour eux de grands
égards & les ont toujours regardez
comme des perfonnes
d'un genie fuperieur . C'eft le té
moignage qu'en porta le feu
GALANT
159
Roy d'Eſpagne dans une Lettre
qu'il écrivoit à ſon Ambaſ
fadeurs à Rome , il y a
quelques
années , & en y
envoyant le
Pere de Dom Baltazar de Or
dovas.
Sa
Majefté
Catholique a gra
tifiée Don Joſeph de Salazar-
Carrilo d'un des deux
Regimens
de la Province de Soria , en con
fidcration de fes fervices . Le
nom de Salazar eft celebre en
Efpagne, plufieurs grands homl'ont
porté. Don
Georges de
Salazar fut dans une grande
confideration
fous le Minif
tere du Cardinal
Ximenés qui
160 MERCURE
gouverna en qualité de Prémier
Miniftre fous Ferdinand
& Ifabelle ; & qui aprés la mort
de cette Princeffe
, gouverna
la Caftille fous les ordres de
l'Archiduc
Philippe , fils de
l'Empereur
Maximilien
, & pere
de Charles- Quint. L'Ordre
de S. François a eu auffi de
grands fujets qui ont porté le
nom de Salazar. Le Pere Jacques
de Salazar , travailla avec
fuccés dans le feiziéme Siecle
à éclaircir la Somme de Saint
Thomas
. Les nottes qu'il fit
fur ce Livre furent tres- eftimées,
& curent un grand cours
GALANT 161
dans les Ecoles de Theologie
d'Efpagne.DonJofeph
de Salazar
- Carrillo que le Roy d'Efpagne
vient de gratifier d'nu Regiment,
fert depuis plufiuers années
, & il s'eft acquis beaucoup
de reputation dans toutes les
actions où il s'eft trouvé pour
le fervice de fon Maiftre. Il a
d'ailleurs une grande experience
dans la difcipline Militaire.
L'Empereur a donné lc
Regiment de Gorkelſberg au
au Baron de Weftel. Ce Baron
eft d'une des plus anciennes
Maiſons d'Allemagne , elle eft
fortie de l'Autriche où elle ef
O
Mars
1706,
162 MERCURE
a
toit déja connue du temps de
S. Leopold , Archiduc d'Au
triche. Le Baron de Weftel a
mérité par fes longs fervices , la
grace que l'Empereur vient de
luy accorder. Le feu Empe
reur l'avoit employé en plu
fieurs occafions , où il avoit fait
voir qu'il eftoit auffi habile
dans l'Art des Negotiations ,
que dans la connoiffance de la
difcipline Militaire. Il eut beaucoup
de part à la conclufion
du fameux Traité de Carlos
wits ; il eft vray que ce n'eft pas
là le plus bel endroit de fa vie :
mais enfin , il falloit obéir aux
GALANT 163
ordres de fon Maiftre qui eftoit
preffe de conclure ce Traité .
Ce Barón eft fils d'un homme
qui a beaucoup fait parler de
luy du temps de Monſieur le
le Maréchal de Turenne.
L'Empereur a donné au Ge
neral Glockelfberg le Regi
ment du feu Prince de Darm
ftat, tué au fiege de Barcelonné.
Ce General a paffé par tous les
emplois de la guerre , & il doit
fon élevation à fon feul merite
& à fa feule valeur . Il a don
né diverfes preuves de fon coudans
les guerres de Hon
gric. Le feu Prince Charles de
rage
O ij
164 MERCURE
Lorraine , fous lequel il a fervi
longtemps , l'eftimoit beaucoup
; & il luy a donné en plufieurs
occafions des marques
d'une confiance particuliere.
Le General Glockelfberg eft
d'une famille originaire du Tirol
, qui a produit un grand
nombre de perfonnes de
valeur & de mérite. On a vû
dans les Armées de Ferdinand
III & de Leopold L. derniers
Emperereurs de la Maifon
d'Autriche des Officiers d'une
grande reputation , qui portoient
ce nom .
Monfieur le Marquis del
GALANT 165
Valto Seigneur Napolitain qui
a pris qualitée d'Ambaffadeur
de l'Archiduc auprés de l'Empereur
, a fait en cette qualité
les complimens de condoleance
à Sa Majefté fur la mort de
1Empereur , Ce Marquis qui
eft un des principaux , autheur
de la derniere confpitation de
Naples, & dont le mauvais fuccés
l'a obligé de quitter ce
Royaume , avoit engagé le feu
Empereur d'envoyer des trou
pes en Italie , aprés l'avoir affuré
plufieurs fois que l'amour
des Napolitains pour la Maiſon
d'Autriche , cftoit conftante &
166 MERCURE
fincere , & que la conjuration
de Naples citoit arrivé à fon
point de maturité ; mais quel→
ques paroles qui luy échaperent
dans la chaleur de la converfa
tion , firent éclater ce mauvais
deffein , & donnerent lieu à
Monfieur le Duc de Medina→
Celi , a lors Viceroy de Naples,
& à Monfieur le Duc de Po
poli d'en empeſcher l'effet. >
Dans le partage que les Con
jurez avoient fait du Royaume
de Naples & de toutes les terres
qui en dépendent , le Marquis
del-Vafto devoit avoir le Montferat
; mais la Providence en
GALANT 167
decida autrement , & conferva
ce beau Païs à fon legitime Maître.
Le Marquis del- Vafto eft
d'une bonne maifon de Naples;
on trouve une circonſtance qui
la regarde dans un dés trois premier
Eßais de Literature. Il eſt
dit dans cet Effai que Renaud
de Pol , qui fut brûlé à Naples,
parce qu'il enfeignoit les erreurs
déteftables de Paul Vanini
, qui fut aufſi brûlé à Touloufe
, eftoit parent de la Maifon
del- Vafto.
Ce que vous allez lire eftant
tombé entre mes mains , auffi
168 MERCURE
bien que la Medaille dont il eft
parlé dans le même écrit , j'ay
crû la devoir faire graver , &
qu'une Eftampe de cette Medaille
accompagneroit bien cer
écrit .
EXPLI
GALANT 169
EXPLICATION
D'UNE MEDAILLE
FRAPPE'E EN LORRAINE
à l'honneur de S. A. R.
LEOPOLD I.
Au fujet du chemin Royal de
Nancy à Toul , que ce Prince
a fait reparer , avec une
magnificence digne d'eſtre
confacrée par des monumens
éternels .
La Medaille reprefente Leopold
1. avec cette Legende autour :
Leopoldus
Primus Lotharingiæ
& Barri Dux , Jerofolymo-
Mars 1706. Р
170 MERCURE
rum Rex , Pater Patriæ & Delicium
. Leopold I.Duc de Lorraine
& de Bar, Roy de Jerufalem ,
le Pere & les delices de la Patrie.
Au revers on voit une Vallée
tres-profonde , enfermée entre deux
hautes Montagnes , dont l'une déja
abbatue comble unepartie de l'abîme
.Hercule tourné contre la Montagne
oppofite paroift dans l'attitu
de d'un homme preft à décharger
contr'elle fa Maffue. Mercure armé
de fon Caducée , attend fur le
~grand chemin qu'Hercule ait fini
Jes travaux pour continuer plus
aif mentfa route. Autour du revers
on lit cette Infcription latine.
GALANT 171
Vitæ confulit atque viæ. Iltravaille
pour la fûreté de la vic &
la facilité des chemins. Dans
l'Exergue , MDCCV.
Pour bien entendre l'esprit de
cette Medaille , ilfaut vous faire
obferver que cette Vallée affreuse
que Son Alteße Royale a fait combler
, eft fituée dans fes Etats au
milieu d'une épaiffe Foreft , appel
lée vulgairement le Bois de Haye,
fur le chemin Royal & Militaire
de l'Alface en France . Cette Vallée
dominée par des Rochers , eftoit
devenue fameuse par les ´meurtres
, par les vols , & par
la rez
traite des Brigands.
Pij
172 MERCURE
Hic fpelunca fuit , vafto fubmota rece
fu ,
Semihominis Caci , facies quam dira
Stegebat ,
Salis inacceffam radiis femperque récenti
Cade repebat humus. Virgil. Æneid.
1.8.
De forte que ce Creux profond
produifoit deux grands maux . Les
Paffansy rifquoient ordinairement
leur vie , ou s'ils échapoient de ce
peril , ils ne pouvoient fe garentir
des
incommoditez que deux rapides
montagnes ont coûtume de caufer
aux Voyageurs .
Son Alteffe Royale , Pere de la
Patrie , dont il fait les delices ,
pour raffurer le Voyageur tremGALANT
173
blant , & faciliter le commerce à
fes Sujets & aux Etrangers , a
fait rafer ces deux hautes Montagnes
, applanir cet impraticable ,
chemin , & comme une autre.
Hercule , il a chaẞé de cet antre
affreux le Voleur Cacus , qui
y jouiffoit depuis tant de fiecles du
fruit de fes brigandages.
Mercure que
l'on découvre un
peu éloigné de la croupe de la montagne
, paroît dans l'équipage que
Virgile décrit , lorfque ce Poëte
le reprefente dans l'exercice de
Poftillon des Dieux.
Saint Jerome nous apprend que
Mercure eftoit parmy les Gentils
Piij
174 MERCURE
le
confideré non feulement comme
Meffager des Dieux ; mais encore
comme le Dieu des Voyageurs
& que pour cela ils dreffoientfur
les chemins des Statues de cette
fauffe Divinité. Les pierres qu'ils
rencontroient dans leur route , ils
les portoient aux pieds de cette
Idole pour luy rendre honneur.
C'est en fuivant cette pensée que
l'on a placé Mercure dans la Medaille
, foit comme le Dieu qui
favorife les Voyageurs , & qui
applaudit parfa prefence à l'entre
prife d'Hercule , fait comme un
Voyageur luy - mefme , qui va
porter les nouvelles de la Cour de
S. A. R. de Lorraine à la Cour
GALANT 175
du Roy tres Chrétien.
Le Pere Hugo a donné le def
l'infcription de cette Me- fein
daille , que Mr de Saint Urbain
Graveur de S. A. R. a éxécutez
avec cette délicateffe & cette pro-·
preté qui brille dans fes autres ouvrages
. L'Hiftoire Métallique
des Papes depuis Jean 22. juf
qu'à Celeftin V. dont il a enrichi
les Cabinets des Antiquaires ,
fait fouhaiter avec impacience
la fuite d'un ouvrage fi curieux.
MrdeS. Urbain la fait efperer les
Sçavans ont lieu de compter fur
cette efperance , puifque Mr de
S. Urbain a l'avantage de tra-
#
P iiij
176 MERCURE
vaillerfous le regne d'un Prince
qui aime également les belles Lettres
& les beaux Arts.
Le S Giffart , Libraire à l'Image
Sainte Therefe, rue Saint
Jacques , vend un Livre in quar
to , imprimé à Anvers , qui a
pour titre : Conjuratio inita &
extincta Neapoli , anno 1701 .
Ce Livre eft une Traduction
Françoife d'un livre , imprimée
depuis peu , dont je vous ay par
lé dans une de mes dernieres
Lettres . Celuy dont je vous entretiens
aujourd'huy , eft en
tres-beau latin , & on y trouve
un détail curieux & intereffant
GALANT 177
de la conjuration qui a fait
meriter à M ' le Duc de Popoli ,
le nom de fidele Sujet . C'eft en
partie aux foins de ce Duc & à
fa bonne conduite , que l'on
doit le fuccés de cette grande
Journée. Cet ouvrage eft compofé
fur des Memoires fournis
par unSeigneur Efpagnol, & on
trouve à la fin une Lifte de ceux
qui ont travaillé avec le plus
de chaleur pour conferver la
Ville de Napls fous l'obéïffance:
du Roi d'Efpagne.Le ftilede cette
relation eft tres- pur & il approche
fort du ftile de ceuxqui
fe piquerent dans le 16 fiece
de la qualité de Ciceroniens.
178 MERCURE
M' l'Abbé de Mailly , du
Dioceſe de Reims , foûtint far
Thefe de Tentative en Sorbonne
, à la fin du mois dernier.
Elle eftoit dediée à M' l'Archevêque
de Reims , dont le Portrait
eftoit à la tefte . M' Roulland
, qui demeure au College
de Reims , prefida. L'Affemblée
eftoit compofée de tous
les Prelats qui fe trouverent
alors à Paris , & d'un grand
nombre de perfonnes de diftinction.
Le Soûtenant , qui répondit
parfaitement bien , fut
admiré de toute l'Affemblée.
M l'Abbé Moulins difputa
2
GALANT 179
aprés le Prefident. Il propoſa
un Argument fur la Vilion beatifique
, qui fut trouvé tresfubtil.
Il foûtint fa difficulté
par un paſſage de S. Jean Chrifoftome
; M'T'Abbé de Michel,
Prieur de la Licence , fut auffi
écouté avec le plaifir que tout
le monde prend à l'entendre
parler. Il eft difficile en effet de
parler avec plus de force &
avec plus de dignité . Toute
l'Affemblée fortit tres - fatisfaite
du Soûtenant & de ceux
qui difputerent. M'Roulland ,
fur tout , fut fort applaudi . Il
parla avec la force & la folidi180
MERCURE
té qui accompagnent tout ce
qu'il dit. Il paffe pour un des
plus habiles Docteurs de la Faculté
de Paris .
Quoy que dans le titre de
l'ouvrage que vous allez lire ,
on ait mis le nom d'Evêque de
Cartagenç , le Prelat à qui cet
ouvrage
doit le jour , eft auffi
Evêque de Murcie ; c'eft le même
qui , pour agir contre les
Rebelles du Royaume de Valence
, s'eft mis à la tefte d'un
Corps compofe de Milice , de
quelques Gentilshommes
, & de
quelques troupes reglees . L'ef
prit , l'éloquence , & l'érudition
GALANT 181
& brillent dans cet
ouvrage ,
les
citations
hiſtoriques , y font
placées
fi à propos
& conviennent
fi bien au fujer , que la
lecture
en fait
beaucoup
de
plaifir. Enfin ce Prelat
ne pamoins
habile
Jurif
roift
pas
&
,
confulte , & grand homnie d`Etat
, que zelé & fidele Sujet ,
l'on ne peut lire cet ouvrage
fans eftre touché , & penetré
de la force de fes raifonnemens.
Ce que je vous envoye
a cfté tiré de l'Imprimé Eſpagnol
; & comme cette Traduction
n'eft pas de inoy , mais
d'un Gentilhommé François ,
1
I
182 MERCURE
qui entend parfaitement cette
langue , & qui la parle comme
les Efpagnols mêmes ; je vous
l'envoye de la même maniere
qu'elle a cfté faite.
EXTRAIT
D'une Lettre Paſtorale de M
l'Evêque de Cartagne ; aux
Fideles de fon Diocèfc .
Il leur fait remarquer d'abord ,
quelle eft l'attention du demon àfur-
Prendre les fideles. Il leur déclare ;
qu'ileft averti que certain faux Directeurs
s'avifent de femer dans les
converfations , & jufques dans le
tribunal de la Penitence ; les prinGALANT
183
tipes pernitieax d'erreur & de fedition
, pour écarter les meilleurs fajets
de Philippe V. leur veritable
legitime Roy, de l'obéiſſancequ'ils
buy doivent ; & pour les porter à fe
foumettre à Archiduc. Il decide
que ce font deux propofitions des plus
hardies , des plus erronées , des plus
feditienfes , & des plus facrileges ,
qu'ait pù inventer , ny la malice dès
hommes , nyla rage des enfers . Il le
prouve , en habile Theologien , &
en bon politique .
Ce Prélat dit enfuite , qu'il ne
croit pas que des erreurs anffi grof
fieres , & auffi pernicieuses puiffent
s'affurer une foy dans le public; mais
de crainte, que quelques particuliers
plus faibles ne s'en laiffent furprendre
, il leurfait voir quels malheurs
enfouffriroit le ſpirituelˇ, & quels
184 MERCURE
ravages en reviendroit au tempore!
& en Pasteur zelé & attentif, il
met à couvert le Troupeau fur lequel
il veille ; & il donne à fes fideles
des lumieres & desprécautions,
contre les tenebres dont on cherche à
Les enveloper. & contre les pieges
qu'on s'étudie à leur tendre.
Vous fçavez , dit - il , mes
enfans , que ce qu'on tâche de
vous infinuer eft non feulement
faux & pernicieux : mais encore
feditieux , & facrilege ; & que
c'eſt un crime des plus abominables
qui fe puiffe commettre
aux yeux de Dieu & des hommes.
Vous ne fçauriez manquer à la fidelité
que vous devez à ce digne
Roy , fans manquer à la foy que
vous devez à Dieu , ny vous
fouftraire à fon obéïffance fans
GALANT 185
vous dérober à vôtre Religion .
Il n'y va que de la perte de vô .'
tre ame, & de celle de vos biens."
Ces pernicieufes Maximes attaquent
à la fois vôtre vie & vôtre
honneur , vôtre confervation
, & la tranquillité univerfelle
du Royaume . Vous eftes
foûmis par les loix & par vos
fermens à un Roy legitime ; Et
vous eſtes obligez fur peine de
peché mortel de luy eftre fideles
& obéïffans , & de repouffer
de toutes les manieres poffibles
tous ceux qui attaquent fes
droits. Une conduite contraire
vous attirera l'indignation , &
lés châtimens du Ciel . C'eft ce
que je vais vous faire voir bienclairement
.
Nous fommes tenus d'obéir à
Mars 1706 .
е
?
186 MERCURB
nôtre Roy , de l'aimer & de luy ,
eftre fideles , par la foy que nous
devons à Dieu , par le ferment
que nous avons fait à fon couronnement
, ainfi continuëcegrand
Prelat , vous direz que vous
pouvez vous difpenfer de vôtre
fidelité & de vôtre obéiffance,
c'est vous permettre d'eftre impunement
parjure , rebelles &
lacrileges . Sans rapporter icy
continue- tik tant d'exemples que.
nous fournit l'Ecriture fainte
, des châtimens terribles dont
Dieu punit les parjures , &
ceux qui violent leurs fermens
de fidélité , il fuffit de vous citer -
un point d'hiftore qui dans un
Empereur des Turcs fere d'inf
truction à tous les Chrêtiens.
Uladiflas Roy de Hongrie s'ef
GALANT 187
toit obligé par ferment & à foy
de Chrétien de ne point faire
la guerre au Sultan Amurat.
Il violat ce ferment & cette foy
& au premier avis qu'en eût cer
Empereur Ture il leva les yeux
au Ciel & il s'adreffa à Jefus-
Christ voicy les termes dont
il fe feruit. Sont- ce la Seigneur
les conventions que les Chrétiens
ont fait avec moy ? Eftce
la l'execution du ferment
qu'ils m'ont fait , par ton faint
Nom , de me garder la foy qu'ils
m'ont jurée Tu vois Seigneura
qu'au mépris de ton Nom facré,
ils me la refufent , la violent ,
& par là ils renient leur Dieu
en perfides . C'est donc à toy
Seigneur , fi tu es Dieo comme
ils le difent , de venger ton in-
Qij
188 MERCURE
jure & la mienne ; & de nous,
faire voir à nous qui ne te connoiffons
pas encore , de quels
châtimens tu punis ceux qui
violent la foy de leurs fermens.
Dieu permit , à la priere de ce
Barbare , & à fa jufte plainte,
que ce malheureux Roy de Hongrie
en punition de ce qu'il ne
gardoit pas la foy qu'il avoit ju
rée à un Prince Mahometan ,
perit dans cette même guerre
qu'il luy faifoit . Son Armée prit
la tuite , Amurat fut victorieux
& Uladiflas perdit , & la Victoire
, & la vie.
Nous voyons dans cet exemple
fameux , ajoûte ce digne Prelat
, quelle idée eût un Infidele
d'un ferment violé par un Chré
temps
, queltien
, & en même temps ,
GALANT 189
le vengeance exerce le Ciel fur
celuy qui le viole ; Et fi Dieu
punit fi rigoureuſement un Prin
ce Chrétien , pour un ferment
violé pour la deffence de la Religion
, quelles punitions ne
doivent pas craindre du Ciel
des fujets qui pretendent le violer
contre un Roy Catholique
en faveur des ennemis de la foy,
tels que le font ceux qui nous
font actuellement
la guerre
quand nous jurons nous prenons
Dieu à temoin & pour caution
de ce que nous promettons , il
concluë de la & it le prouve
par les facrés Canons , & la plus
fainte Theologie , que quand.co.
feroit à un Tyran qu'on n'auroit
fut ferment de fidelité , on
feroit obligé d'y repondre avec
la même exactitude.
A
a
190 MERCURE
Ne regardez pas comme une
raifon plaufible ; la Chimere
qu'on vous propofe ; fur le pretendu
Droit de l'Archiduc à la
Couronne , par preference à
Philippe V. par la reconciation
de l'Infante Marie Therefe
d'Auftriche . C'eſt une renonciation
que cette Princeffe n'a
pas pu faire au préjudice de les
enfans , dans une matiere auffi
grave & d'une auffi grande confequence
, que l'eft le Royaume
d'Epagne ; cette renonciation
eft nulle & de nule valeur , dés
que cette Princeffe n'a pu la
faire. Dailleurs quand il feroit
probable ou douteux qu'elle eut
pû y renoncer , pouvons - nous
nier que
nôtre Rov Philippe V.
ne foit petit fils d'une fille de
•
GALANT 19 !
Philippel V. Soeur de notre der
nier Roy Charles II . Pouvonsnous
nier auffi que par les Loix
du Royaume , & par la fucceffion
naturelle , & reguliere Phi
lippe V ne doive plutôt fucce
der à la couronne par les droits
du Sang que l'Archiduc
Char
les , qui ny peut pretendre que
par une parenté des plus recu
fées. La nature & les loix don
ment le Scepre à Philippe V.
l'Archiduc
a -t'il un Droit plus
certain pour y pretendre..
Mais fuppofons que cette re
nonciation fut jufte , certaine &
indubitable , elle ne tiendroit ,
pourtant fa validité , que de ce
que Philippe IV . comme Momarque
abfolu , & fouverain Les
giflateur croyant qu'elle conve
192 MERCURE
noit à l'utilité publique de fon
Royaume,voulut qu'elle fut reçûë
& enregistrée dans tous les
Tribunaux , & approuvée des
Etats Generaux , & Particuliers ,
qui compofent cette grande Monarchie
, comme une Loi qui
ferviroit de regle . Philippe IV.
eut le pouvoir & l'autorité de
faire cette Loy , ou ne l'eut pas
& on doit l'entendre de même
du Roytume entier qui l'accep
ta . Si ce Monarque n'en eut pas
le pouvoir , l'acceptation en eft
nulle. S'il l'eut , qui eft tout ce
qui peut favorifer le plus l'Archiduc
, qui font les gens fenfez
qui refuferont à Charles II le
pouvoir & l'autorité qu'ils accorderont
à Philippe IV . lors
que celui-cy , ne s'en eft fervi ,
que
GALANY
193
que pour renverfer les Loix de
la nature & celles de tout le
Royaume , & que l'autre n'a
fait que les rétablir , & leur rendre
leur force , & leur execution
. On ne peut difconvenir
qu'il ne faille moins de pouvoir
pour reduire les ufages à leurs
principes , & à leur origine naturelle
, que pour les en déracher
, par des difpofitions forcées
& contraires à leur état
naturel. Ainfi Philippe IV .
pour la plus grande utilité de
fon Royaume , fait une Loy.
Charles II . pour le plus grand
bien de fes Etats , en fait unc
contraire , l'une & l'autre ont efté
reçûs , & la derniere avec plus
d'éclat , & de folemnité , & avec
des fermens & des publications
Mars 1706 . R
461 MERCURE
d'une plus grande force à laquelle
de ces deux Loix les fujers
liez de nouveau par leurs
ferments , font-ils plus obligez
de deferer l'une de ces Loix
exclud du Trone le fang de nos
Rois , l'autre l'y rapelle , felon
nos Loix les plus établies , qui
n'otent le Droit de fucceffion
ny aux filles de nos Rois , ny
à ceux qui vienent d'elles ; par
où eft venue à cette Monarchie
la Maifon d'Auftriche . L'à t'elle
acquis à meilleur titre , &
fes Droits pouvoient - ils eftre
comparés à ceux d'un petit fils
de noftre Infante Marie Therefe
fille & foeur de nos deux
derniers Rois .
Mais quel fut la fin principa
le de Philippe IV. dans l'atGALANT
195
tention qu'il eût à exiger cette
renonciation & à luy donner
toute la force par une nouvelle
Loy . Ce fut d'empêcher que
le Royaume d'Espagne ne fut
incorporé à celuy de France.
Cette fin fubfifte toûjours & le
RoyCharles II ne l'a point perduë
de vûë . C'est ainsi qu'il en a
difpofé par fon Teftament. Il
n'apelle pas à la fucceffion de
fa Couronne le Dauphin , ny le
Duc de Bourgogne , mais Philippe
V. fecond fils du Dauphin
. Il n'ote qu'une exclufion
injufte & contraire à nos Loix
de tous les defcendants de la
Princeffe fa foeur ; mais il n'ôte
pas l'incompatibilité de l'union
des deux Royaumes. Il n'y
altere rien & le Royaume ne s'y
Rij
196 MERCURE
·
feroit pas foûmis . Quand & comment
Charles II . a - t'il fait cette
Loy , qui paroift contraire à
celle du Roy fon Pere ; aprés
J'avoir long temps examiné
aprés avoir confulté au dedans,
& au dehors de la Monarchie,
& les meilleurs Theologiens &
les meilleurs Juristes , aprés avoir
confulté mefme le faint
Siege Apoftolique ; & en quel
temps fes fujets , ou pour mieux
dire quelques feditieux , difputent
- ils fon droit legitime à
Philippe V , aprés l'avoir demandé
, aprés l'avoir reçû avec
des acclamations generales , aprés
l'avoir couronné dans toutes
les formes , & par des ceremonies
publiques , & du plus
grand éclat , & aprés luy avoir
GALANT 197
prefté fans aucune reftriction.
un ferment de fidelité general
& fans aucune oppofition connuë.
D'ailleurs n'eft- il pas en pleine
poffeffion de fes Etats & le
droit n'est- il pas toûjours fuppofé
en ces matieres , eftre du
còfté du Poffeffeur ? Le doute
fubfifte - il icy L'Eglife ne conferve
t'elle pas à Philippe V.
tous les Droits de fa couronne ?
Rome ne reçoit elle pas , comme
par le paífé , toutes les prefentations
aux Evêchés & auxautres
Benefices ? Nos Ambaffadeurs
ny font ils pas traitér
fans aucune innovation ? Et le
faint Siege n'a t'il pas accordé
de nouveau à notre Roy Philippe
V. un Bref particulier
Ruj
198 MERCURE
afin qu'on puiffe proceder contre
les Ecclefiaftiques & les Religieux
de quelques Ordres &
quelque Dignité qu'ils foient ,
jufqu'à les degrader & leur impofer
des peines capitales fans
encourir aucune irregularité.
C'est ce que le faint Pere n'eut
jamais accordé s'il ne reconnoiffoit
que Philippe V. eft le legitime
Roy d'Efpagne , que tous
fes fujets luy doivent obéïffance
& fidelité , & que ceux qui luy
font rebelles font autant de criminels
de leze Majelté , dignes
des fupplices .
Ce grand Prélat prouve enfuite
en habile Theologien , que quand
bien mefme ilpourroity avoir quelque
chofe de douteux dans le ferment de
fidelité qu'a fait à Philippe V.
GALANT 199
toute la Monarchie , les particuliers,
pendant que le Pape le reconnoist ,
ne peuvent violer ce ferment , fans
peché mortel & fans comettre des
crimes énormes.
Il paffe de la aux exemples fi
memorables & fi frequents dans
l'Ecriture & dans l'Hiftoire de
ceux qui ont éprouvé les derniers
malheurs , pour avoir été infideles
à leur Rois.
Il s'attache enfuitte a faire
voir clairement que fi toute la nation
Epagnole s'eft rendae recommandable
dans tous les temps par
une fidelité inviolable , le Royaume
de Murcie a foutenu ce caractere
avec plus d'éclat encore que le
refte de la nation . Il ajoute a tous
ces motifs de fidelité le merite perfonnel
de Philipe V. & il s'en explique
en ces termes.
200 MERCURE
C'est un Roy que Dieu nous
a donné > pour qui il nous infpiré
de la veneration , des qu'il
là accordé
, & pour qui nos
coeurs fe font rouvez penetrez
d'amour dés que nous avons
pû le connoiftre
. Un Roy qui
ne nous eft pas étranger , mais
petit- fils de noftre Philipe quatre
. Un Roy aimable , un Roy
benin , un Roy fi tendre & fi
julte pour tous les fujets ; un
Roy qui nous a donné les plus
fortes preuves du plus veritable
amour,méprifant
fon repos pour
nôtre noître tranquillité
, abandonnant
les delices de fa Cour
pour courirà noltre deffenfe , qui
compte pour rien , quand il faut
qu'il agiffe pour nous , nyles inclemences
du temps , ny les fatiGALANT
201
gues des campagnes , ny les dangers
de la guerre . Toûjours à
la tefte de fes troupes pour nôtre
confervation , & qui va de nouveau
combatre pour nous rendre
heureux . Un Roy qui nous
a efté annoncé par des Oracles
que l'Eglife a écoutez ; un Roy
vifiblement protegé de la main
de Dieu , qui le declare un vafe
de fon Election par les rifques
& les trahifons dont il le
delivre Un Roy Catholique,
un Roy qui nous donne par fa
conduite des efperances des
mieux fondées de voir dans fa
vie & dans fes Actions & dans
un portrait vif & reflemblant
de Saint Fernand , & de Saint
Louis , qu'il compte parmi fes
glorieux ancestres. Un Roy ne
-
202 MERCURE
vice ny
en qui on ne fçauroit trouver ny
deffaut dans les premieres
années d'un pouvoir abfolu
& d'une vigoureufe jeueffe
, un Roy qui frequente les
Sacremens , comme nous le fçavons
tous , deux & trois fois la
femaine , un Roy qui fe couche
raremenr, fans fe reconcilier
un Roy enfin , qui dans la
plus belle fleur de fon âge reçoit
avec tant de fermeté & de
refignation les coups les plus
rudes dont le Seigneur éprouve
fes élus . Si à l'age de 22. ans
un Roy nous montre tant de
vertus & tant de qualités diftinguées
, que pretendent vous
perfuader contre luy , ces perfides
ces ingrats , ces femeurs.
de fauffes & de pernitieufes
GALANT 203
maximes. Ne les regardez done
ces denaturez qu'avec plus d'ins
dignation que de pitié . Nous
ne meritons pas le Roy que
Dieu nous a donné , & il ne merite
ny nos infidelitez ny nôtre
indifference . Il nous regarde
comme ſes enfans & il nous
aime comme fi nous l'eftions .
Il pardonne avec benignité &
le tort qu'on luy a fait & les
infultes qu'on continue de luy
faire >
quelque avis qu'il en
reçoive , Il fe contente de lever
les yeux au ciel & de s'adreffer
à Dieu . Seigneur , dit il , vous
eftes le Roy des Rois le Royaume
vous appartient , la Couronne
eft à vous c'est vous qui
m'avez mené icy , & fi c'eft
voftre volonté que j'y regne.
204 MERCURE
Veillez fur moy & fur mes fujets
.
Aprés quoy ce grand Prelat s'é
tend avec force fur l'obligation de
faire paroifre le zele de la vraye
Religion contre ceux qui vienent la
combattre. Ne fçavez - vous pas ,
leur dit- il, mes enfans , que ce qui
nous fait la guerre c'est l'infidelité
& l'herefie . Croyez - vous
que ce foit l'Empire qui entretient
ces grandes & nombreufes
flotes dans nos Mers ? Sontce
les Imperiaux qui nous infultent
fur nos coftes ? On voit que
non. C'est l'Anglois & quel eft
fon but ? Eft - ce de donner du
fecours à l'Archiduc Charles ?
C'eft ce qu'il luy dira mais c'est
ce que ne prouve pas la guerre
qu'il nous fait , avec des de
>
GALANT 205
penfes immenfes ; nous avons
efté en alliance en d'auires
temps avec les Anglois , qu'ont
ils fait alors pour nous , le font
ils mis en pareille depenfe . C'eft
donc un intereft particulier &
qui leur eft propre qui les determine
à la cruelle guerre
qu'ils nous font . En voulez-
Vous fçavoir le vray motif? C'eſt
celuy de l'herefie . Il n'en eſt
point d'autre . Ils veulent la
conferver & l'étendre , & ils ne
veulent pas rentrer dans le fein
de l'Eglife , dont ils fe font arrachez
. Ils craignent & ils voyent
que fi une fois Philippe V. eft
tranquile fur fon Trâne , l'Efpagne
unie avec la France , les
doit forcer à remettre fur le leur
le Roy Jacques , dont le pere
206 MERCURE
n'a efté détrôné par leur infidelité
, que par la feule raifon qu'il
eftoit Catholique , Voilà leur
fin , ils ne peuvent en avoir d'autre
.
Il conclud de là , que ceux qui
parlent enfaveur de l'Archiduc contre
Philippe V. ne font pas moins
que de fe déclarer pour l'Herefie contre
la veritable Religion . Il leur
fait une narration touchante , & un
sableau affreux des indignitez éga
des facrileges que ces infideles ont
commis au Port Sainte Marie &
a. Gibraltar , & qu'ils continuent
de commettre à Barcelone , & dans
tous les lieux ae Catalogne où ils
tronvent des Eglifes , des Autels , des
Vafes facrés & des Images venerables
; ce qui luy donne lieu de conclure
que fe déclarer pourfes hereti-
.
ALANT
207
ques & les favorifer , c'est encourir
l'excommunication portée par la
Bulle in coena Domini ; & il
prouve conftamment que dans cette
guerre , il s'agit moins des interefts
de la Couronne , que de ceux de la
Religion .
Il leurfait voir enfuite qu'ils ne
peuvent devenir infideles & traitres
à leur Roy Philippe V. fans pef
cher griévement &, fur quatre points
effentiels. Premierement contre la
·Religionpar le violement duferment.
En fecond lieu contre la justice , en
renversant le droit naturel , divin &
pofitif qui exige des fujets la files
lité & Pobéiffance à leur Roy. En
troifiéme lieu contre l'Eglife ,
favorifant fes ennemis & ceux
qui s'attachent à la déchirer &
& à la détruite : & en dernier
en
208 MERCURE
lieu contre la charité , par les
prejudices & les malheurs qui en reviendroient
au pays &au prochain,
Etil conclud que les indignes Ecclefiaftiques
qui ont la hardieffe & la
temerité d'avancer des maximes oppofees
, & ceux qui ont la foibleffe
& la malice de leur prefter attention
, meritent d'eftre citez au Saint
Tribunal de l'Inquifition , & d'y
eftre jugez facrileges &puniffables.
Il pafle de là au crime de leze
Majeflé. Il en fait voir let fuites
terribles les confequences affreufes.
Il leur déclare à
ils exquoy
ils
pofent leurs vies , leurs biens & leur
honneur. Il prouve par les Loix &
par les furifconfultes quelles font
Les fuites inevitablés de la fedition
& de infidelité. Ilfait une peinture
naive & touchante de la feliGALANT
209
cité dont on jouiroit en Espagne fous
un fi digne Roy , fans les troubles
que la fedition y oppofe . Il prouve
clairement que Archiduc avec tou
tes les Flotes & toutes les forces de
fes Alliez , n'obtiendroit pas un
pouce de terre en Espagne , & qu'il
n'y auroit jamais mis le pied s'il
'y avoit point d'infideles & de traitres
à leur Roy. Il conclud de la
qu'évidemment l'infidelité des fujets
eft la plus grande refource de
Archiduc , que c'est là le principe
de la perfeverance & de fon obftination
à conquerir le Royaume , &
qu'il s'en éloigneroit bientoft s'il ne
comptoit pas d'y trouver des traitres.
Ilfinit toutes ces inductions par cette
reflexion judicieuse & fage que
Luets de Philippes V.fon Maistre,
de finir la guerre par leur fidelité
Mars 1706.
S
les
1
210 MERCURE
& déloigner l'Archiduc par leurper
Severance.
Il leur ai voir fur la fin de fa
lettre tous les malheurs que s'eft attirée
la Catalogne par fon infide
lité , & il leur prouve clairement.
qu'ils partageront leur oppreſſion s'ils
les fuivent dans leur revolte. Il met
dans un grand jour l'état pitoyable
où font déja reduits les Catalans . Il
fait voirque le meurtre , carnage,
te larcin , le facrilege & l'impunité
regnent dans leurpays .
le
Il demande auxfideles de fon Dio
cefe & à ceux qui font affez foibles
pour écouter des difcours feditieux
quel prix de leurinfidelité , leurprometent
ceux qui cherchent à les cor
rompre.Ne voyez vous pas , leur dit
ce digne Prelat , qu'après avoir
éprouvé tous ces malheurs vous
GALANT ΖΗ
ے ھ چ
+
partagerez la honte & le repentir
de ceux dont vous imiterez
la revolte ? Philippe V. regnera
& vous vous trouverez trompez ,
ruinez & deshonorez ? Philippe
V. eft noftre Roy , Dieu nous l'a
donné pour l'eftre , c'eftfon intereft
de le maintenir , de le conferver
, & de perdre ceux qui
s'y oppofent ne regardez donc
que volte perte dans les confeils
pernitieux qu'on s'avife de vous
donner ? Dequoy vous embarraſfez
- vous , continue- t- il que l'Archiduc
foit maistre de Gibraltar
& de Barcelone ; le croyez - vous
maiſtre de toute l'Espagne pour
cela ? Un Royaume comme celuy-
cy n'est pas une conquefte:
fi aifée à faire ? Quand l'Angle
terre fe depeupleroit pour ve
Sij
212 MERCURE
nir occuper à main armée tous
ces Eftas , elle ne sçauroit avoir
affez de troupes pour les gagner
ny pour les défendre ; & des
ennemis de la Religion ne fe
maintiendroient pas long- temps
dans un païs auffi Catholique.
On vous promet , continuët- il
enfuite ,, que l'Archiduc regnera
& qu'il vous donnera tout ce
qu'on peut vous promettre . Ne
Voyez - vous pas qu'on vous jouë
comme des enfans ? Et qu'elt ce
que vous donnera l'Archiduc ?
Soyez furs qu'il ne vous donnera
rien . Premierement
, parce
que les ufurpateurs fe fervent
des traîtres & ne les recompenfent
pas ; & dés qu'ils parvienent
au Trône , ceux à quiils
fe fient le moins , font precifeGALANT
213
ment ceux qui les ont aidez à
détroner celuy qui y regnoit En
fecond lieu , ceux qui vous font
ces promeffes , ne fçauroient
vous faire voir dans l'Archiduc
aucun pouvoir de les accomplir.
Enfin quand l'Archiduc
mefme vous le promettroit ,
eft- il en eftat de vous tenir parolle
, & quels fonds a t - il pour
vous dédomager.
Il expofe icy les engagemens im
menfes où ce Prince eft avec (es Alliez,
par les avances prodigieufes
qu'ils font pour luy , & dons ils voudroient
eftre recompenfez s'il parvenoit
à la Couronne .
Tout ce que vous apporteroit
l'Archiduc , leur dit - il , ce feroit
une neceffité inévitable d'entre
Lenir une guerre & bien plus ter
214 MERCURE
rible & bien plus longue que
celle-cy. La France n'abandonneroit
pas Philippes V. & par les
forces qu'elle a & par le voifinage
dont elle eft , nos maux &
nos pertes feroient plus infaillibles
. Voilà qu'elle exemptions
de tributs vous apporteroit l'Archiduc.
S'il vous en délivroit ,
comment fourniroit - il aux frais
d'une fi terrible guerre , & d'où
tireroit-il les trefors que confument
les Flotes & les dépenfes
prodigieufes où il fe trouveroitengagé
?
Il leur donne enfuite les avis les
plusfages & les plus falutaires contre
le danger des impreffions qu'on
tache defaite dans leure fprit. Il
Lear cite pour modele . Toute la
Noblefe de ce Royaume qui figuale
GALANT 215
fa fidelité en prenant les armes pour
fon vray Roy, & en prodiguant fes
revenus & fet biens pour unfi digne
maiftre. Illes exhorte à redoubler
leur ferveur & leur picté pour
implorer le fecours du Ciel dans ce
temps de malheur & de defordre . Il
Leur reprefente les interefts de la Foy
& des Eglifes , des Temples & des
Images , des Sacremens & des Autels
, dont le mépris & la ruine ſe
roient une fuite inevitable de leur
infidelité.
Ilfinit par une priere qu'il adreſſe
au Ciel pleine d'une onction des
plus fpirituelles , & d'un zele des
plus apoftoliques .
Les Jefuites
affemblez
à
Rome , pour l'élection
d'un
General
, ont élû le Pere
216 MERCURE
Tamburini , Modenois , qui
a efté Vicaire general fous le
dernier Chef de cet Ordre ,
& qui a paffé par les emplois les
plus diftinguez de la Compa
gnie. Il eft neveu du fameux
Tamburini , qui a beaucoup
écrit , & qui paffe pour un des
plus fameux Autheurs de cette
Societé. Quelques jours avant
l'élection , le Pape fit reprefenter
aux Percs qui eftoient affemblez
, le merite du Pere
Tamburini , afin qu'ils y cuffent
égard , ce qui contribua
peut - eftre beaucoup à cette
élection ; puifque le merite de
ce.
GALANT 217
ce Pere fut longtemps balancé
dans l'Affemblée , avec celuy
du Pere d'Aubanton , François ,
& cy - devant Confeffeur du
Roy d'Eſpagne de maniere
que le Pere Tamburini ne l'emporta
que d'un tres -petit nombre
de voix. Les Affiftans furent
faits enfuite . Le Pere d'Aubanton
fut élû Affiftant de
France . Le Pere Imperiali , d'Italic
. Le Pere Montcfdoca ,
Provincial d'Andaloufie , d'Efpagne.
Le Pere Michel Vaill ,
Recteur du College de Munik ,
d'Allemagne. Et le Pere Michel
Diaz , de Portugal. Tous
Mars 1706.
T
218 MERCURE
ces Affiftans font diftinguez
par un merite fingulier , & par
les ouvrages qu'ils ont donnez
au public.
+
gar-
Le Gouvernement de Charleroy
a cfté donné à M. de Peralta.
Cet Officier fert depuis
plufieurs années en Flandres ,
où il commandoit une des
Compagnies deftinées à la
de du Gouverneur des Pays-bas.
Il eſt d'une naiſſance diſtinguée
& il eft allié à plufieurs Maifons
qualifiées d'Espagne. Le
pere de cet Officier , ainfi que
fon ayeul , ont fignalé leur fidelité
pour les Rois d'Eſpagne ,
GALANT 219
;
leurs Souverains dans les
temps les plus orageux & les
plus difficiles. Feu M' de Peralta
, pere du nouveau Gouverneur
de Charleroy , fe diftinfort
dans le Confeil pengua
dant la minorité du feu Roy
Charles II . & dans le temps que
les mécontentemens de Dom
Juan , fils naturel de Philippes
IV. caufoient de grands mouvemens
en Efpagne.
Charleroy eft une Ville des
Pays - bas dans le Comté de
Namur , fur les frontieres de
Hainaut , avec une Fortereffe
tres- confiderable. Cette Ville
Tij
220 MERCURE
eft fur une montagne , prés de
la Sambre , environ à cinq lieues
de Namur & à fix de Mons.
C'eftoit autrefois un Bourg
nommé le Charnoy , que les Efpagnols
fortifierent en 1666 .
& ils luy donnerent le nom de
Charleroy , du nom de Charles
II . Roy d'Eſpagne ; les François
prirent cette Place en
1667. & elle leur a cfté cedée
par la Paix d'Aix - la - Chapelle ,
conclue le 2. du mois de May
de l'an 1668. Le Prince d'Orange
effaya inutilement de la
furprendre fur la fin de l'année
1672. elle fut renduë à l'EſpaGALANT
221
gne par la Paix de Nimegue
qui fut conclue en l'année 1678
Les François la reprirent en
1693. & on la rendit enfin au
feu Roy d'Eſpagne , par le
Traité de Rifwick .
M' de Peralta en recevant le
Gouvernement de Charleroy ,
remit à Son Alteffe Electorale
de Baviere , l'une des deux Compagnies
des Gardes deſtinées
pour la perſonne du Gouverncur
des Pays - bas . Ces Compagnies
font de cent cinquante
hommes chacune , & elles forment
un eſcadron particulier.
Il y à une troifiéme Compa-
T iij
222 MERCURE
gnie qui eft fur le même pied ,
& qui eft deftiné pour la garde
du Commandant de l'Armée.
Monfieur l'Electeur de Baviere
a donné à M' le Comte d'Albert
celle dont M de Peralta
s'eft démis. Je ne vous dis rien
de ce Comte ; vous fçavez fa
naillance , & qu'on ne peut
avoir plus d'efprit & plus de
valeur .
L'ouvrage que vous allez lire
eft auffi moderé que judicieux
, quoy qu'il foit fait au
nom d'un peuple traité fi cruellement
, qu'il ne pourroit juftement
eftre blâme de perfonne ,
GALANT 223
quand il ne garderoit aucunes
mefures . Aucun ficcle n'a fournis
d'exemple d'un traitement
parcil à celuy qu'on luy fait
encore tous les jours , même
envers ceux qui auroient merité
les plus cruels châtimens. Si
ceux qui en ont ufé ainſi ; n'ouvrent
pas
les yeux pour s'en
repentir, c'eft une marque qu'ils
font abandonnéz
du Ciel , dont
ils ne doivent attendre
que des
châtimens
qui peuvent
éclater
à tous momens
, & la violente,
fituation
où ils fe trouvent
,
fait bien voir cet abandonnement
du Ciel .
T iiij
224 MERCURI
REQUESTE
Prefentée
à l'Empereur
par
M' l'Evêque de Farnbach ,
& par M' le Comte Torring
, Deputez des Etats de
Baviere.
SACRE'E
MAJESTE'.
En qualité de Deputez des Etats
de Baviere , nous prenons la liberté
de prefenter à Voftre Majefté Imperiale
, les larmes & les foupirs
d'un Peuple accablé de miferes ,
qui fe jettant au pied du Trône
Imperial , ( Trône qui doit eftre
GALANT 225
acceffible à tous les Peuples de l'Allemagne
, pour y obtenir juftice
contre ceux qui voudroient opprimer
leur liberté , ) attendent de la
clemence & de l'équité de V. M.
I. la fin de leurs malbeurs.
Nous n'examineronspoint quelles
furent les caufes qui allumerent
la guerre entre les fujets de
V.M.I. & les peuples de Baviere
; ce font des droits de Souverailes
peuples ne doivent que
la
neté ,
ny
approuver
ny
condamner
, Dieu
ne
leur
a
laiffé
en
partage
que
gloire
d'obéir
fidellement
aux
Princes
, fous
la
puiffance
defquels
il
ajugé
à propos
de
les
foû
mettre
...
226 MERCURE
Les Bavarois fe font toûjours .
acquittez de cette obligation. Its
ont donné des marques d'une fidelité
fans bornes à Son Alteffe Electorale
leur Souverain , ils n'ont
jamais refufé le facrifice de leurs
biens de leurs vies ,
లో de leurs vies , lors qu'il
s'eft agi de l'intereft de l'Empire ,
d'affermir le Trône Imperial ,
que la derniere guerre contre lesInfidelles
avoit mis en danger. Voftre
Majefté Imperiale n'ignore pas
combien de fang la Nobleffe &le
Peuple de Baviere ont répandu.
devant Vienne & en Hongrie ,
pour deffendre vos Etats contre
l'Ennemi commun du nom Chrêtien.
GALANT 227
Nous ne reprefentons pas icy les
Services fignalez de nos Compatriotes
, pour leur en faire , ou à
nous , un merite auprés de Voftre
Sacrée Majefté, puifque nous n'avons
fait que noftre devoir dans
cette occafion , en obéiſſant & en
executant la volonté de Son Alteffe
Electorale , qui partageoit
avecfes Soldats les dangers de cette
cruelle & fanglante guerre ; nous
avons feulement en vue de perfuader
à Voftre Majesté que
Bavarois n'ayant jamais fçu ce
que c'eftoit que
voir, ne font pas indignes de la
bien- veillance de la protection
• du Chef de l'Empire.
les
de trahir leur de228
MERCURE
Nous fommes perfuadez que
jufqu'à prefent on a caché à V. M.
I. nos veritables fentimens , &
peut- eſtre une partie des mauvais
traitemens qu'on nous a faitfouffrir.
On ne peut qu'avec la derniere
injuftice , nous imputer les
maux que quelques Provinces
d'Allemagne , ont fouffert les années
dernieres : on a voulu que les
Bavarois euffent formé quelque
complot contre les Troupes Imperiales
, qui à la faveur d'un Traité
folemnel , ont efté introduites dans
nos Places nous ne pouvons nous
plaindre de cette accufation contre
Les Commiffaires - Gouverneurs
::
GALANT 226
de
que V. M. a envoyé en Baviere ,
puifqu'ils n'ont fait faire ny informations
, ny procedures qui tendent
à prouver ce complot ; cependant
quelques mal - fondez que
foient les bruits répandus , on n'a
pas laiffé ,fur ce faux principe ;
defarmer la Nobleffe & le peuple
depiller & de confifquerles maifons
& les biens des principaux Seigneurs
,fur tout de ceux que le devoir
de leurs emplois ou le zele de
bon fujet ont obligé de fuivre Son
Alteffe Electorale , en fon Gosvernement
des Pays - bas , nos
Marchands & nos Bourgeois ont
efté pillez par la multitude des
230 MERCURE
Troupes dont on a rempli leurs
maiſons , nous en avons porté des
plaintes inutiles , aux Commiſſaires
aux Generaux de Voftre
Majefté Imperiale , qui bien loin
d'y remedier ont une conduite capable
de jetter dans le defefpoir ce
malheureux peuple ; car ne s'étant
pas contenté d'obliger plus de dix
mille hommes , reduits à la mandicité
, d'abandonner noftrepatrie ,
dont la plupart ont pris parti
dans les Troupes de V. M. I. ou
de fes Alliez , fans comprendre le
contingent que nous avons fourni
& que nous
nous fourniſſons actuellement
, veulent encore forcer ce qui
GALANT 231
refte de gens capables de cultiver la
terre à s'enrôler malgré eux , & de
faire de la Baviere un affreux de
fert.
Voftre Maajefté Impereale eft
trop éclairée , fon Confeil trop
fage & trop penetrant , pour n'appercevoir
pas le danger qu'ily auroit
d'en agir de laforte, les con-
Sequences qu'en tireroient les Puiffances
voifines de la Baviere , &
celles de toute l'Allemagne. Nous
pourrions alleguer plufieurs autres
raifons , & entrer dans un détail
de nos miferes , fi nous les croyions
neceffairespourperfuaderV. M. I,
du déplorable eftat où la Baviere
232 MERCURE
de la tranfe
trouve reduite , par le miniftere
de certaines gens qui abufent de
l'Autorité Imperiale ; mais comme
nous ne voulons eftre redevables
de noftre repos
quillité de nosfamilles, qu'à la feule
bonté & à la justice de Voftre Majefté
, nous la fupplions tres- refpectueufement
de nous faire rendre la
juftice qu'elle croira nous eftre duë ,
fous l'offre que nous faifons , de
mettre entre les mains de la Juftice
la plusfevere , pour eftre châtiez ,
tous ceux qu'on pourra connoiftre
avoir fauffé fon ferment & fes
obligations , d'avoir même manqué
au respect que nous devons à V.
GALANT 233
M. & à la fidelité que comme
Membre du Corps Germaniqne ,
nous avons juré au Chefde l'Empire
, fans bleffer la foûmiſſion que
nous devons à S. A. E. noftre
Souverain , dont Dieu feul peut
nous difpenfer.
En attendant que nous puissions
avoir l'honneur d'eftre écoutez de
Voftre Majefté Imperiale pour l'in
former de vive voix de toutes
les affaires dont nos Superieurs
nous ont chargé , nous ofons
La fupplier tres respectueusement
que nous laifant jouir pendant
la guerre de la tranquillitéque
nous a fait efperer le Traité que
Mars 1076 .
-
V
234 MERCURE
celles
Voftre Majefté figna l'année
derniere avec Madame noftre Seneriffime
Electrice , il luy plaira
d'ordonner
que ces Troupes qui
au préjudice de ce Traité fe font
emparez de Munick , évacuëront
inceffament cette Ville ; que
qui font dans les Places de l'Electorat
, s'y comporteront
comme
Amy , Allié , & Protecteurs , &
non pas en ennemy declaré , comme
elles ont faites jufqu'à prefent ;
qu'onreftituera
lespapiers, meubles,
marchandifes
, qui ont efté pillez
& enlevez , contre la foy du
Traité les droit des gens , à ceux
àqui ces chofes appartiennent
; que
GALANT 235
tes prifons feront ouvertes à cette
multitude de peuple d'un & d'autre
fexe , qu'on y retient injuftement
, à qui vos Commiffaires refufent
même defaire inſtruire leur
procés pour eftre jugez , qu'au
moyen du contingent en hommes
& en argent que la Baviere a
fourni offre de fournir à l'Armée
Imperiale , l'Electorat fera
délivré des contributions & autres
exactions exceffives & extraordinaires
que demandent journellement
les Commiffaires de V. M.
les Officiers de fes Troupes ;
qu'elle fera deffendre de faire dans
nos Provinces aucunes levées de
V ij
236 MERCURE
gens de guerreparforce , mais feu
lement
que
feront obligez d'entretenir complet
ce nombre d'hommes qu'ils doi
ventfournir , laiffant neantmoins
la liberté à la Nobleſſe & aux
Peuples de s'enroller , fi bon leur
femble , dans les Regimens de V..
M. Imperiale ; enfin qu'il fera
permis à la Nobleffe , aux Bour
geois , & aux peuples d'un &
d'autrefexe (que les duretez qu'on
aexcerrées fur eux , ont contraint
de s'abfenter) de revenir dans leurs
maifons , poury vivre en liberté,,
& en bons Citoyens , & qu'on
leur reftituera en entiers & fans
les Etats de Baviere
GALANT 237
fraude les biens , qui fous pretexte
d'abfence , leuront eftépris & con
fifquez.
Cet effet que nous attendons
de la justice de Voftre Majefté
loin depréjudicier au bien defonfervice
, donnera un nouvel éclat àfa
gloire , luy attirera la veneration
de toute l'Europe, & nous engagera
tous à prier Dieu pour la confervation
de fa Perfonne.
Signé, L'Evefque de Farnbach ,
& le Comte de Toring.
Quoi qu'il foit difficile de
garder de la moderation dans
238 MERCURE
3
>
un eftat auffi cruel , que cekuy
ou fe trouvent les Bavarois,'
ils ont neanmoins fait voir
toute la fageffe , & toute la
retenue imaginable dans certe
Requeſte , & cependant
ce qui eft difficile à croire
ces Peuples déja accablez
ruinez , pillez , & vollez , ont
efté condamnez depuis cette
Requeſte , à payer des taxes
dont les Peuples les plus flotiffans
ne pouroient qu'à pcine
donner une partie. Il y à
plus , & ce qui n'a jamais efté
prononcé , ny écrit , lorsqu'il
s'eft agit de lever fur un PeuGALANT
239
ple libre , fupofé qu'il s'en
foit jamais fait de cette nature
, car on n'en trouve point
d'exemples . On les condamne
à eftre pillez , s'ils ne fourniffent
pas ce qu'ils n'ont plus
puifqu'on a pris foinde ne leur
rien laiffer , & pour peu qu'ils
fe plaignent , on les regarde
comme des rebelles qui ont
merité la mort , & ce qui n'eft
pas moins furprenant , eft
que l'on veut faire trouver de
l'argent à des familles dont on
a enlevé le chef, qui feul pou-
Voit gagner pour fournir à
leur fubfiftance. Ainfi il eſt in
40 MERCURE
jufte & cruel de vouloir que
des gens à qui on a ofté les
moyens de fubfifter,fourniffent
de l'argent pour payer des taxes
qui feroient au deffus de
leurs forces , quand même
ces peuples feroient dans un
eftat floriffant ; mais le but eft
de ruiner le pays d'une maniere
à ne s'en pouvoir jamais rclever
. Rien n'eft plus honteux
aux Princes d'Allernagne qui
le fouffrent , & le Ciel permettra
qu'ils en foient punis un
jour , par ceux - même dont ils
n'arreftent pas aujourd'huy les
violences qu'ils font en droit
d'emGALANT
(239
d'empêcher , & la politique
qu'ils fuivent aujourd'huy, caufera
un jour leur ruine.
Monfieur le Marquis de
Bellefont a épouſé Mademoi +
felle d'Eguilly . Il eft fils de
feu Monfieur le Marquis de
Bellefont tué à la bataille de
Steinkerque , neuveu de Madame
la Marquife de Vergetot
, petit fils de feu Monfieur
Bernardin de Gigaut Marquis
de Bellefont , Gouverneur de
Vincennes , fait Maréchal de
France en l'année 1668. &
mort en 1694. La maifon de
Gigaut-Bellefont cft illuſtre &
Mars 1706. X
240 MERCURE
ancienne ; elle a donné de
grands Officiers
à la couronne
& d'habiles
Generaux
à nos
Armées. Monfieur le Marquis
de Bellefont qui vient d'épou
fer
Mademoiſelle
d'Eguilly eft
le troifiéme
Gouverneur
du
Chafteau de Vincennes
de
Pere en Fils. Feu Monfieur
le
Marquis
de Bellefont
fon Pere
a cfté tué aprés avoir donné
de grandes preuves de fa valeur
& de fa fermeté , il a efté
regretté de tous les Officiers ,
dont il s'eftoit fait aimer par
fes
manieres polies & genereuſes.
Madame la Marquile
GALANT 241
de Bellefont eft fille de Monfieur
le Comte d'Eguilly Capitaine
du Martroy , c'est - à- dire
Capitaine de la Chaffe du Sanglier.
Cette charge eft tres
ancienne. Monfieur le Comte
d'Eguilly eft d'une tres bonne
Maiſon , & tres confiderable
par fes alliances Monfieur l'Abbé
d'Eguilly fon fils eft dans le
cours des eftudes de Sorbone,
où il ſe diſtingue par fon efprit
& par fa fagefle. Monfieur d'Eguilly
a long- temps porté les
les armes avec diſtinction ; &
il est d'une famille qui a produit
plufieurs perfonnes d'une
A4
Xij
242 MERCURE
valeur éprouvée , & qui a donnée
à l'Eglife de grands fujets.
Elle eft alliée à la Maifon du
Fay- Vergetot , à celle de Syllery
, la Motte , Houdancourt
& à pluſieurs autres Maiſons
confiderables .
Vous avez déja fçû le Mariage
de Mlle de Bel , avec Mr de
Bertillat qui commande un Regiment
de cavalerie , & vous
fçavez qu'il eft fils de Monfieur
de Bertillat , Lieutenant General
des Armées du Roy & Gouverneur
de Rocroy. Ce dernier
eft fils de feu Monfieur
de Bertillat , mort depuis peu,
GALANT 243
âgé de prés de quatre - vingtdix
ans . Il eftoit Treforier General
de la Maifon , & Finan
ce de la feue Reiné Mere du
Roy. Il étoit fi generalement
cftimé à cauſe de fa grande probité
, que le Roy luy donna
l'une des deux Commiffions de
Gardes du Trefor Royal , lors
que peu de temps aprés fon
Mariage fe Prince fit plufieurs
reformes dans fa Maiſon , &
fupprima les quatre Charges de
Treforiers de
l'Epargne , pour
retablir fes affaires , & foulager
fes finances ; mais ce Monarque
eſtant rentré dans de
X iij
244 MERCURE
1
nouvelles guerres , & ayant befoin
d'argent pour les foûtenir,
créa en charges , les Commifions
de Gardes du Trefor , &
Mr de Bertillat qui n'avoit
point Teforifez , & qui d'ailleurs
eftoit déja dans un âge
fort avancée , fut ravy de trou
ver cette occafion de fortir
d'employ , pour ne plus fonger
qu'à fon falut . Monfieur
de Bertillat qui vient d'entrer
dans les liens du Mariage , eft
fortit du cofté de fa mere , de
la famille de Montmort , dont
eftoit Meffire Haber de Montmort
, l'un des quarantes de
GALANT 245
l'Accademie Françoife , & qui
eft mort Doyen des Confeil
liers d'Etat. Il joignoit aux
connoiffances que doit avoir un
grand Magiftrat , toutes les
qualités d'un bon Accademicien.
Le grand Pere de Mlle le
Bel avoit cfté Page du Roy ,
ce qui eft une preuve inconteftable
de fa Nobleffe ; mais le
dérangement de fes affaires , &
La diffipation de fon bien , par
ceux qui avoient été commis
pour en avoir le foin , l'empêcherent
de prendre le partis
de l'epée , & il s'occupa a travailler
au recouvrement de fon
Liij
246 MERCURE
bien. Son fils s'en étant trouvé
affé pour entrer dans les
Fermes generales de Sa Majeſté,
s'y eft acquis la reputation d'un
parfait honnefte homine. C'eſt
la fille de ce dernier qui par fes
manieres toutes fpirituelles s'eft
attiré le coeur de Monfieur de
Bertillat , qu'elle vient d'époufer.
Elle eft coufine germaine
de Mr l'Evêque de Betheléem
& niece du colté de fa mere ,
que l'on ne peut trop eſtimer,
de Mr. de Saint - Difant Contrôleur
general de l'argenterie ,
menus plaiſirs , & affaires de la
chambre du Roy, & du coſté
GALANT 247
de la mere de fon époux elle
eftoit niece de feu Mr. de
Montmort Evêque de Perpignan.
Cette nouvelle épouse
a une foeur aînée que Mr le Bel
avoit réfolu de pourvoir avant
elle ; mais elle a fçû engager
fon
pere par fes prieres
inftantes,
& par
celles
qu'elle
luy a
fait faire
par
toute
fa famille
,
à marier
fa foeur
avant
elle , ce
qui
a efté
trouvé
d'un
fi bon
efprit
, & luy a acquis
tant
d'eftime
que Mr le Bel fera
bientôt
embaraffé
dans
le choix
d'un
gendre
.
M' le Duc d'Uzés , Duc &
248 MERCURE
Pair de France , Gouverneur
& Lieutenant general pour le
Roy des Provinces de Saintonge
& d'Angoûmois , a épouſe
Mlle de Bonnelles . Cette Ducheffe
eft fille de Mr le Marquis
de Bullion , Gouverneur &
Lieutenant general pour Sa
Majefté des Provinces du Maine
, du Perche , & du Comté
de Laval , & Prevoft de la Ville
& Vicomté de Paris ; & de Dame
Marie - Anne Rouillé , fille
de Jean Rouille , Comte de
Meflay , Confeiller d'Etat ordinaire
, & de Dame Marie de
Comans ..
GALANT
249
Jay eu fi fouvent occafion
de vous parler de la Maiſon
d'Uzés ; &je vous en ay parlé
fi amplement , qu'il ne me
refte plus rien à vous en dire
Je vous ay fait auffi remarquer
que la Maifon de Bullion a produit
de grands hommes , qui
fe font fignalez dans la robe
& dans l'épée ; on y compre
un Surintendant des Finances ,
deux Greffiers des Ordres du
Roy , deux Prefidens à Mortier
au Parlement de Paris
deux Confeillers d'Etat ordinaires
, deux Mailtres des Requeftes
de l'Hôtel , & plufieurs
250 MERCURE
•
Confeillers aux Parlemens de
Paris , de Dijon , de Mets & de
Grenoble , un Abbé de la celebre
Abbaye de Saint Pharon
de Meaux , deux premiers
Ecuyers de la grande écurie
du Roy , deux Gouverneurs
des Provinces du Maine , Perche
, & Laval , & un premier
Chambellan de feu Son A. R.
Monfieur.
M la Ducheffe d'Uzés eft alliée
à plufieurs Maiſons illuftres
, elle eft coufine germaine
par Madame la Ducheffe de
Richelieu , cy- devant Marquife
de Noailles , & par M BouGALANT
251
chu fes tantes materneles de
Mllede Noailles accordée avec
M' le Duc de Fronflac , fils
unique de Monfieur le Duc de
Richelieu , & de Mlle Bouchu
accordée avec M' le Comte
de Teffé Grand d'Eſpagne
fils de M le Marefchal de
Teffe ; mais je dois vous dire
pour vous faire mieux connoiftre
cette Maiſon , que Me
la Marquife de Bullion mere
de Me la Ducheffe d'Uzés eft
fille de feu M Rouillé qui
fut Confeiller d'Etat aprés
avoir efté longtemps Maiſtre
des Requeftes & Intendant en
252 MERCURE
Provance ; cette Dame a pour
frere M Rouillé Comte de
Mellay cy devant Confeiller au
Parlement , que fes incommoditez
ont empeſché de paffer
à d'autres emplois , & qui n'a
qu'un fils unique de fon épouſe,
fille de feu Mr de la Briffe Proreur
General du Parlement ,
qui cft morte depuis quelques
années ; elle a pour foeur Me
la Ducheffe de Richelieu, veuve
en premieres noces de Mr
le Maréchal de Noailles , dont
il refte une fille unique & Me
Bouchu , époufe de Mr Bouchu
Confeiller d'Etat , cy- deGALANT
253
vant Maiftre des Requeftes &
Intendant de Dauphiné & des
armées du Roy en Italic . Mr
Rouillé Confeiller d'Etat, avoit
pour frere MrRouillé Seigneur
du Coudray , qui cft mort
long- temps avant luy , aprés
avoir efté Mailtre des Requeſtes
& Intendant en differentes
Provinces , a laiffé deux
fils , qui font Mr Rouillé du
Coudray à preſent Conſeiller
d'Etat aprés avoir efté Procureur
General de la Chambre
des Comptes & Directeur General
des Finances &Mr Rouillé
Préſident au grand Confeil,
254 MERCURE
qui a efté Ambaffadeur en Portugal
, & qui eft preſentement
pour le fervice du Roy auprés
de Meffieurs les Electeurs de
Baviere & de Cologne. Jay
eu occafion de vous parler il
y a quelques mois de la diftinction
& de l'étendue de
cette famille & de fes aliances
au fujet de la mort de Me
la Ducheffe de Coiflin qui en
defcendoit .
Feu M la Marquife de Bonnelles
, mere de M' le Marquis
de Bullion eftoit foeur de Me la
Maréchal de la Mothe Ducheffe
de Cardone , & coufine
GALANT 255
germaine de Me la Ducheffe
de Crequy ; c'eft pourquoy
Mela Ducheffe d'Uzés eft niece
à la mode de Bretagne de
Mefdames les Ducheffes de
Ventadour , d'Aumont de la
Ferté & de la Trimoülle , coufine
de Me la Princeffe de
Rohan- Soubife , de Mr le Duc
de Humiers , de Mefdames de
Mirepoix , de la Carte & de
Madame la Ducheffe d'Albret.
...La Maifon de Bullion , eft
auffi alliée aux Maifons de Lamoignon-
Baville , de Faure, de
Bruflard, de Robault , de Tirumberne
, de Rohault - Ge-
Mars 1706. Y
•
256 MERCURE
marche , de Bauveau - le- Rivau
de la Ferté Seneterre , de la
Tour Choifinet , de Vaffan , de:
Bellievre Grignon & de Roche
chouard-Montpipau
.
Me la Ducheffe d'Uzés a
deux freres dans le fervice..
Mr le Marquis de Bonnelles ,
eft Lieutenant de Royau Gouvernement
d'Orleans & Colo-.
nel du Royal- Rouffillon , &
Mr le Chevalier de Bonnelles ;
eft Colonel de Royal Piedmont.
Ils fe font diſtinguez .
en plufieurs occafions.. Je ne
dis , rien de Mademoiſelle de
Bonnelles, à prefent Ducheffe
GALANT 257
d'Uzés , puifque le nom de Me
La mere fuffit pour faire connoiftre
qu'elle a cu toute l'éduque
l'on peut
1 cation fouhaiter
à une perfonne de fa naiffance.
Comme on parle fouvent
de Commedie en parlant de
Mariage , l'Artice qui fuit fe
trouvera naturellement placée.
Je vous ay déja parlé des
divertiffemens de Clagny ; mais
il s'en faut bien que je n'aye
épuifé la matiere. Madame la
Ducheffe du Maine y a donné
encore deux reprefentations de
Jofeph.. Monfeigneur le Duc
de Bourgogne, Madame la Du
Yiji
258 MERCURE
cheffe de Bourgogne , Monfeile
Duc de Berry , Madame
, Monfieur le Prince ,
Madame la Princeffe , & Madegneur
moiſelle d'Anguyen , ſe ſont
trouvez à la premiere de ces
deux reprefentations, & Monfeigneur
honora la derniere de
fa prefence. Jamais aucun fpectacle
n'a tiré plus de larmes, ny
reçû plus d'applaudiffemens .
La beauté de la piece fut dignement
foutenuë par l'excellence
du Jeu. Madame la Ducheffe
du Maine continua à ſc
faire admirer dans le rôlle d'Azane
th. L'imagination ne fau
GALANT 259
roit aller au delà de toute la
Nobleffe , de la fineffe & du
naturel dont cette Princeffe
anime & foûtient ce caractere .
M' le Baron , pere , fit encore
fentir de nouvelles beautez
dans le rôle de Jofeph , & M
de Malczieu joua celuy de Juda
, fi exellemment , que les
connoiffeurs avoüerent , tout
d'une voix , que jamais l'action
Theatrale, n'avoit cfté poufféc
plus loin. Aprés avoir fait verfer
tant de larmes , Madame la
Ducheffe du Maine jugea à
propos de donner à Madame
la Ducheffe de Bourgogne , un
260 MERCURE
divertiffement bien different..
Elle fut invitée de fe trouver à
Clagny le 8. de ce mois ; cette
Princeffe s'y rendit fur les fept
heures du foir ,
accompagnée
de Son Alteffe Royale Madame
, & fuivie de tout ce qu'il
ya de plus diftingué à la Cour.
Madame la Ducheffe du Maine:
luy donna une Comedic -Ballet
, intitulée , la Tarentole , de:
la compofition de Mr de Ma--
lezieu . Il m'eft impoffible de
vous faire icy le détail de tous
les agrémens de ce fpectacle :
ce que je puis vous dire , c'eft
qu'il n'y a pas deux avis fur le
GALANT 261
merite de cetre piece. Toute
la Cour s'eft récrié fur la con
duite , fur l'invention & fur la
nouveauté du fujet, qui ameine
naturellement la Danfe & la
Mufique : l'efprit y brille par
tout . Les regles de l'Arty font
obfervées dans la derniere ri
gueur , & au lieu que dans la
plupart des Comedies- Ballets ,
on voit des gens qui danfent ,
& qui chantent fans qu'on
fcache pourquoy. Dans cette
piece le chant & la danſe
naiffent tellement de l'intrigue
qu'elle ne pourroit fubfifter
Lans ces accompagnemens .
262 MERCURE
Mr Matho , ordinaire de la
Mufique du Roy , a fait voir ,
en cette occafion , de quoy il
eft capable. Pour répondre à
l'intention de l'Auteur , il falloit
des Airs de differents mouvemens
; il en falloit dans le
gouft Italien , enfin il en falloit
de tous les caracteres , & c'eft
ce qu'il a merveilleufement
executé. Mr Balon ne s'eft pas
moins diftingué par la beauté
des Ballets , dont il a entremêlé
ce fpectacle , & où il s'eft
fait admirer encore par
cution , avec Mrs du Moulins.
Madame la Ducheffe du Maine
joüa
l'exeGALANT
263
joua le rôle d'une Suivante ,
qui a grand part à toute l'intrigue.
Cette Princeffe fit voir
qu'elle n'eftoit pas moins excellente
Actrice dans le Com-
>
mique que dans le Serieux.
Mlle de Morafe qui repréfenroit
fa Maiftreffe
, & qui pour
tromper fon pere contrefaiſoit
la muette
& paroiffoit avoir
des mouvemens convulfifs , fit
des merveilles dans fon rôle ,
qui eft d'une execution fort
difficile . Mr le Baron le
pere ,
fous le nom de Mr de Pincepere
maille , joüoit le rôle du
de la Malade . C'eft un vieil
Mars
1706.
Z
J
264 MERCURE
›
lard fort timide , fort avare &
begue. Il eft impoffible de rien
dire d'affez fort , pour donner
une idée parfaite de l'excellence
de fon jeu , & peut- cftre n'a
t-on jamais rien vû de comparable
à la maniere dont il
joüa. Mr de Malezieu qui traittoit
la Malade en qualité de
Medecin Empyrique , s'en acquitta
dans la derniere perfection.
Mrs fes fils , Mr de Caramont
& Mr de Dampierre ,
Gentilshommes de Monfieur
le Duc du Maine , qui avoient
des rôles de carracteres fort
differens, & qui avoient grande
GALANT 265
part à l'intrigue , recurent
auffi de grands applaudiffemens
& l'on rit autant à la
Tarentole , qu'on avoit pleuré à
Jofeph ; & les vieux Courtiſans
s'écrierent plus d'une fois ,
qu'on avoit rien vú de pareil depuis
Moliere , & que Madame
la Ducheffe du Maine , fansfortir
de fa maison , avoir trouvé le
moyen de rappeller la memoire de
divertiffemens , où l'on voyoit
toujours reigner le bon gouft, l'ef
prit & la magnificenc .
La varieté ne plaiſant pas
moins à l'efprit qu'aux yeux ,
je puis faire fuivre l'Article
Zij
266 MERCURE
que vous venez de lire , d'un
Article bien different , & qui
ne dois pas moins infpirer de
charité que le precedent
à
caufé de plaifir & de joye . Il
fera voir l'attention de Mr le
Cardinal de Noailles pour ce
qui regarde le culte Divin. Je
vous envoye , pour cet effet ,
l'extrait d'un Mandement de
Son Eminence
. Je ne vous en
dis point le fujet , ce que vous
allez lire vous le fera connoître.
L'Eglife de S. Marcel de Paris
eft une des plus illuftres de nôtre.
GALANT 267
diocefe tant par fon antiquité que
par le merite du S. dont elle porte le
Nom , dont elle renferme le tombeau
; c'est le Partron de cette grande
Ville enfaveur de laquelle il afignalé
par tant de Miraclesfa Protection
fpeciale auprés deDieu nous
fommes donc particulierement obligés
deprocurer à cette Eglife les fe
cours neceffaires pour en prévenir
la chút. La nuit du 15. au 16 .
Decembre dernier des mains facrileges
en volerent generalement toute
l'argenterie , avec la meilleur
partie des ornements ; les reparations
qu'il afallufaire depuis quel
ques années l'ont épuiffée ; un de
Z iij
268 MERCURE
fes principaux Domaines vient
d'être ruinépar incendie ; Elle eſt
fans Vafes facrez ; il ne luy refte
que quelques Ornemens fort ufez,
encore moins de linges ; de fept
Cloches quifont dans le Clocher
il n'y en a que deux en estat de
fonner;fes revenus fontfi medioeres
qu'ils ne fuffifent pas à beaucoup
prés pour le fimple neceffaire
des Chanoines
qui la deffervent
.
Toutes cesConfiderations
marquent
affez les beffoins preffans de cette
Eglife l'obligation indifpenfable
dy pourvoir. A ces caufes, Nous
la recommandons
inftamment
aux
charitez des Fideles. Mandons
GALANT 269
aux Curez Prédicateurs de cette
Ville d'exhorter dans leurs Prônes,
Prédications, les Perfonnes qui
font en état de faire l'aumône , à
donner en cette occafion des marques
de leur zele pour la maison
de Dieu ; fans quoy ilferoit impoffible
d'y continuer le Culte divin
: afin d'exciter davantage à
une fi bonne oeuvre , Nous accordons
, pendant le reste de ce faint
temps de Carême jusqu'au jour
de Quafimodo inclufivement
quarante jours d'Indulgences à
Ceux & Celles qui étant purifiez
de leurs pechez par le Sacrement
de Penitence ou du moins par la
Z iiij
20 MERCURE
Contrition , vifiteront devotement
ladite Eglife , & yferont quelque
aumône. Donné à Paris le
quatrième jour de Mars , milfept
cens:fix.
Les Aumônes feront mifes
dans le Tronc qui fera pofé à
cet effet en ladite Eglife , ou
entre les mains de Madame la
Maréchale de Lorge , de Madame
la Premiere Prefidente
du Grand Confeil , de Mefdames
les Prefidentes de Nefmond
, & de Lamoignon , de
Madame Roulier la Confeillere
d'Eftat , Ifle Nôtre- Dame ,
de Madame de la Hoguette
,
GALANT 271
4
ruë de l'Univerfité, de Madame
Voifin Confeillere d'Eftat , rue
du Chaffenidy , de Madame
Dagueffeau la Confeillere d'Etat
, de Madame Trudenne
prés les Enfans rouges , & de
Madame de Richebourg S.
Ange , rue de Touraine au
Marais .
Je vous ay fouvent parlé
du Roy d'Angleterre , & vous
avez dû connoiftre , par tout
ce que je vous ay dit de ce Monarque
, que fes lumieres , fur
toutes chofes , font infiniment
au deffus de ſon âge , & que
ce Prince cherche tous les jours
272 MERCURE
à s'inftruire , afin de ne rienignorer
, de tous ce qui peut
rendre un homme parfait.
Comme il y avoit long- tempsqu'il
entendoit parler de Mr.
le Nonce , comme d'un hom
profond , en toutes fortes de
fciences , qui eftoit uniquement
appliqué à l'eftude , & chez
qui on faifoit tous les jours
quantités d'experiences , digne
de la curiofité des plus grands
hommes , ce Monarque qui n'a
en vûë que des chofes relevées,
& qui ne fait fes plaifirs , que
de ce qui peut eftre utile , foûthaita
d'aller chez Mr le Nonce,
GALANT 273
pour fatisfaire fa curiofité : de
maniere qu'il choifit un jour
pour venir chez ce Prelat , &
pendant qu'il fe formoit par
avance l'idée du plaifir qu'il
devoit avoir ce jour là , Mr le
Nonce , de fon côté , n'oublioit,
rien de tout ce qui croyoit ne
ceffaire , pour repondre à l'at
tente qu'on avoit de luy & à
l'honneur qu'un Grand Mo
narque luy devoit faire , en
venant chez luy. Il envoya à
la Porte de S. Honoré , deux
de fes plus beaux caroffes atte
lez de huit chevaux chacuna
S. M. B. fe mit dans l'un de
274 MERCURE
de
fes caroffes avec les perfonnes
les plus diftinguées de fa fuite .
Mr le Nonce reçût ce Monarque
à la defcente de fon caroffe.
Le dîné fut fervi peu
temps aprés fon arrivée , la
table n'eftoit que de fix ou fept
couverts. Il y eut cinq fervices
de vingt - cinq plats chacun. Il
eft aifé de s'imaginer que la
profuſion regnoit dans ce repas
, avec la delicatelle , & que
tout ce que la faifon peut produire
d'exquis n'y fut pas oublié.
Il y cut un fixiéme fervice
de fruits fins ; mais qui parurent
fi naturels qu'ils tromGALANT
275
la
perent toute l'Affemblée . S. M.
B. vifita tous les appartemens
à l'iffue du dîné. On paffa dans
Bibliotheque de Mr. le Nonce
, qui eft remplie d'un fort
grand nombre de Livres curieux
, & dont plufieurs fe trouvent
difficilement , parce qu'ils
font fort rares . S. M. B. en
ouvrit plufieurs , & fit connoiftre
de la maniere qu'elle
en parlà , que non , feulement
ces Livres ne luy eſtoient pas
inconnus ; mais qu'elle fçavoit
tout ce qu'ils contenoient
& que le jugement qu'elle en
portoit , étoit juste .
276 MERCURE
Monfieur le Nonce luy fit voir
plufieurs inftrumens de Matematique
dont l'on fe fervit fur
le champ pour diverfes experiences
: on en fit fur tout une
fur le vuide qui attira l'attention
de ce Monarque , & on
fe fervit pour cet effet d'une
'nouvelle machine d'une grande
utilité s'affurer au jufte
des experiences qu'on fait en
Phifique avec la machine du
vuide, au défaut de laquelle on
a éprouvé qu'il arrive fouvent
que ces experiences n'eſtant repetées
qu'au hazard , faute de
s'appercevoir des inftances
pour
GALANT 277
qu'on obmet ; on ne retrouve
point ce que d'habiles Phificiens
affurent qu'ils ont trouvé
, ce quifait qu'on les accufe
de foux : affez legerement , ceux
qui fe fervirent de cette machine
en prefence duRoy d'Angleterre
, luy firent remarquer
que dans les experiences ordinaires
de la machine du vuide ,
on ne pompoit qu'au hazard &
fans autre regle que celle de fes
forces ; qu'on ne faifoit attention
, ny au nombre des coups
de pompe , ny à la capacité de
la pompe & du bâton , ny à
l'efpace que le pifton parcourt
278 MERCURE
dans la pompe , & que par
confequent on ne pouvoit répondre
en aucune maniere à
quel point de rarefaction on
avoit porté l'air de la machine
pneumatique par rapport à l'air
exterieur , d'où il arrivoit que
les experiences paffees perdoient
beaucoup de leur utilité
, au lieu qu'au moyen de
la nouvelle machine , on a trouvé
une methode facile & generale
pour découvrir au jufte le
rapport de l'air naturel à l'air
rarefié , dans la nouvelle machine
du vuide , le rapport du
recipient ou balon de cette
GALANT 279
machine à fa pompe, & le nombre
des coups de Pompe ou
de piſton neceffaires dans toutes
les ſuppoſitions poffibles de
ces rapports. On fit voir enfuite
au Roy d'Angleterre
quelques medailles anciennes
dont il y en avoit de la famille
Furia . On luy en fit voir une
fort belle de Sence Pompée .
Sa Majefté Britanique aprés
avoir examiné avec attention
tout ce qu'elle avoit vû , &
avoir fait paroiftre beaucoup
d'efprit dans tout ce qu'elle dit
& dans toutes les demandes
qu'elle fit pour eftre inftruite
Mars 1706 .
Aa
280 MERCURE -
de beaucoup de chofes , remercia
Mr le Nonce avec la
maniere toute gracicufe , qui
luy cft naturelle : & fi ce Prélat
fut charmée de l'efprit de ce
Monarque & de fes manieres
honeftes & obligeantes , tous
ceux qui avoient efté preſents
à tout ce qui s'eftoit paſſé , parurent
extrémement furpris de
tout ce qu'ils avoient entendus
& de la vivacité fpirituelle de
ce jeune Monarque , qui ne
cherche point ce qu'il veut dire,
& qui répond fur le champ.
aux chofes qu'on luy dit , avec
autant de prefence d'efprit ,
GALANT 281
que s'il avoit eu le temps de
fe preparer aux réponfes qu'il
fait , & aux chofes obligeantes
qu'il dit à ceux à qui il croit
devoir faire quelques honnêtetez
.
Ce Prince, en fortant de chez
Mr le Nonce , alla à la Foire de
S. Germain: & comme il avoit
faire conrefolu
de ne s'y pas
noiftre
, il avoit caché
fon Ordre
; mais fa Perfonne
en découvrit
plus que fon Ordre
n'auroit
fait. Il fut d'abord
reconnu
, & dés que le bruit fe
fût répandu
qu'il eftoit
dans la
Foire , fon air & fes manieres
Aa ij
282 MERCURE
le firent d'abor remarquer . Ce
Prince fe retira auffitoft qu'il
ſe fuſt apperçu que la foule
commençoit à fe former autour
de luy, & l'empreſſement
qu'on avoit à le voir alloit devenir
trop grand : & comme
un Prince ne doit pas ignorer
tout ce qui fe fait dans
un Païs étranger , fur - tout
lorfqu'il eft fur les lieux, & qu'il
doit , autant qu'il le peut, connoiſtre
par luy-même fes ufages
& fes manieres. Ce Monarque
entra , fortant de la Foire,
dans un des lieux , où les fpectacles
que l'on y donne , atti
GALANT 283
rent une grande foule de monde.
Il y demeura pendant quelque
temps , fans avoir efté reconnu
; mais s'étant
apperçu ,
que les Acteurs commençoient
à luy faire un compliment , ce
Prince fortit , & s'en retourna
fort fatisfait de l'employ de fa
journée .
Il faut ajoûter ce qui fuit à
fa Lifte des Vaiffeaux, commandez
par Monfieur le Comte de
Toulouſe, que je vous envoyaj
le mois paffé.
La. Balcine .
C
Ze Sr Mofnier la Fiquiere,
284 MERCURE
Le Pinque la Sainte Anne,
Mr.
Parent.
Le Portefaix .
Mr Lequefne.
( L'Espion.
Mr Benoift.
L'Eclaire .
Mr Chaftrier.
Le Violent.
Mr Canniere.
Le Lyon .
Mr de Lefpineau.
La Fulminante , Galliote
à bombarder.
Mr de Saint Melair.
La Parfaite.
Mr de Ligondés.
La Princeffe .
Mi la Motte- Louvart.
Lupthon , Gallere
Mr de Bareil
GALANT 285
La Gallatée .
Mr Dumont la Brie.
L'Eclatante , Galliote
à bombarder .
Mr Duquesnel.
Il y aura d'augmentation ,
deux Vaiffeaux du premier
rang , & une Fregate, qui font
le Triomphant , l'Amirable
& la Silvie . Les deux Vaiffeaux
font de quatre-vingt-dix & de
cent pieces de canons. Le nombre
des hommes qui font fur
cette Flotte, n'étant point marqué
dans la Lifte que vous avez.
Je dois ajoûter icy , que felon,
le calcul que j'en ai fait ſur une
286 MERCURE
Lifte où ce nombre eft marqué,
ils montent à neuf mille neuf
cent vingt- huit hommes .
Il y a long- temps que vous
entendez parler d'un fameux
Partifan , fous le nom du ficur
Jacob Pafteur . Il s'eft trouvé
dans un fi grand nombre d'actions
perilleuſes , qu'il a reçu
cent neuf bleſſures , & qu'il a eu
trente- cinq chevaux tuez fous
luy, fans compter ceux qui ont
efté bleffez . Je ne vous dis rien
du nombre infini de prifonniers
qui ont efté faits par ce fameux
Partiſan , qui enlevoit fouvent
des Corps entiers . Ceux
qui
GALANT 287
qui prétendent fçavoir bien le
nombre de fes prifonniers
, les
font monter à plufieurs milliers
d'hommes . Je n'oferois vous en
marquer le nombre , de crainte
que l'on ne m'accufe d'eftre
tombé dans l'exageration
Cet
intrepide Officier , & qui connoift
jufqu'aux moindres fentiers
de Flandre , eftant venu
faluer le Roy. Sa Majesté luy
a fait tout l'accueil qui eſt dû
à la valeur , & ne pouvant le
faire Chevalier de Saint Louis,
parce qu'il eſt étranger , Elle a
ordonné à M' le Marquis de
Dangeau , grand Maire de
Bb
Mars 1706 .
288 MERCURE
l'Ordre de S. Lazare , de le recevoir
dans cet Ordre ; & Elle
vient de luy donner une Chaîne
d'or , avec une Médaille ,
dont la face droite repreſente
Sa Majefté les portraits de
Monfeigneur le Dauphin , &
des Princes fes Enfans , font
dans le revers de cette Médaille
.
:
On doit avouer que le Roy
place bien fes graces : elles font
non feulement plaifir à ceux
qui les reçoivent , mais auſſi à
ceux qui apprennent fur qui
elles font tombées. Je vous ai
appris , que Sa Majeſté avoit
GALANT 289
donné àM' le Marquis de Sourches
, un Brevet de retenuë fur
fa Charge de Grand Prevoſt de
l'Hoſtel , dont vous connoiffez
l'efprit , la fageffe & la picté.
Sa Majesté vient d'en donner
un autre de quatre cens
mille livres , à M' le Marquis
de Beringhen , fur fa Charge
de Premier Ecuyer de la Petite
Ecurie . Toute la Cour trouve
dans le Fils, la fageffe du Pere .
Il n'en faut pas davantage pour
vous donner une haute idée de
ce Marquis ; & il ſeroit difficile
d'en faire un éloge plus beau .
Le Gouvernement de Mont
2
Bb ij
290 MERCURE
Dauphin, ayant vacqué par la
mort de M' de Polaftron , dont
je vous ai parlé dans le dernier
Article des morts . Cc Gouvernement
a efté donné à Mr de
Lapara , & Mr de Vilaine a eſté
pourvû de celuy de Niort , fur
la démiffion de Mr de Lapara .
J'aurois beaucoup de chofes à
vous dire de cet habile Ingenieur
, s'il me reftoit affez de
place & affez de temps . Il s'attacha
dés fa plus grande jeuneffe
à l'étude des Mathematiques
, & fe rendit en peu de
temps fçavant dans l'Art d'at -´
taquer & de défendre les Places.
GALANT 29t
Feu Mr de Louvois , l'employa
en Italie, où il réuffit au gré de
ce Miniftre . Il n'en faut pas davantage
pour faire connoiſtre
qu'il eft fort fçavant dans l'Art
dont il fe mefle . Les deux dernieres
Places, dont il a contribué
à la priſe, ſont Barcelonne
& Veruë . On fçait que ces deux
fameux fieges ont fait redoubler
la gloire de ceux qui ont
emporté ces Places . Le Gouvernement
de Niort, qui a eſté
donné à Mr le Marquis de Vilaine,
Lieutenant des Gardes du
Corps , & Maréchal de Camp ,
eft confiderable à caufe de fa
Bb iij
292 MERCUR
E
fituation, & qu'il eft fur le bord
de la Mer, dans un Païs rempli
de Nouveaux convertis. Mr de
Vilaine s'eft fort diftingué dans
tous les lieux où il a fervi. Il
joint beaucoup de fçavoir à
beaucoup de valeur , & s'eft
toûjours attaché à l'étude des
Sciences dans fes heures de loifir.
Il a époufé Mlle le Preftre,
fille de Mr le Prefident le Preftre,
& de Dame Anne Bailly.
Feu Mr de Vilaine , fon pere ,
faifoit une tres - belle figure à
la Cour de la ReineMere du
Roy, dont il eftoit fort confideré.
GALANT 293
Mr le Marquis d'Auxy, Capitaine
aux Gardes Françoiſes,
a acheté le Regiment Royal
Comtois , de M le Marquis de
Vergetot , Maréchal de Camp,
& Chevalier de l'Ordre de S.
Louis. M' le Marquis de Vergetot,
eft de la maiſon Dufay,
qui eft des plus anciennes de
Normandie, & qui porte prefque
les mêmes : Armės , que la
Maiſon de Savoye ; fçavoir, un
Ecu de gueules à la Croix d'argent,
couronnée de quatre molettes
d'éperons, avec cette Deviſe
, qui eft affez finguliere :
Faites bien & laiffez dire. Mr
Bb iiij
294 MERCURE
le Marquis de Vergetot , a efté
élevé Page du Roy, il leva enfuite
deux Compagnies de Cavalerie
en differens teinps , &
en 1691. il époufa Mlle de Bellefond
, fille de Mr le Maréchal
de Bellefond , Gouverneur du
Château de Vincennes , & Chevalier
des Ordres du Roy. Mr
le Marquis de Bellefond , fon
fils , ayant eſté tué à la Bataille
de Steinkerque , à la teſte du
Royal Comtois , dont il eſtoit
Colonel , Sa Majeſté donna ce
Regiment à Mr le Maquis de
Vergetot , qui depuis ce temps
là a toûjours fervi avec beau
GALANT
295
2
coup de diftinction , à la tefte
de ce Corps. Il cft fils de M
Gilles Dufay, Marquis de Vergetöt
, Maréchal de Camp , &
Maréchal deBataille de l'Armée
de Malte, à qui la Reine , Mere
du Roy, permit en 1644. d'aller
à Malte , que les Turcs menaçoient
d'affieger. Ce Marquis
mena avec luy un nombre confiderable
de Gentilshommes ,
qu'il défraya : & quoi- que les
Infideles euffent changé de deffein
, l'Ordre de Malte , fut fi
fenfible à la generofité de ce
Seigneur François , que le Grand
Maître , Paul Lafcaris , luy en
296 MERCUER
marqua une reconnoiffance
éclatante,
en accordant
à l'un de
fes Enfans de pouvoir eftre fait
Chevalier
, feul de fon Chapitre
: de forte que Mr le Marquis
de Vergetot
, dont je vous
parle, auroit pû eftre Chevalier
de Malte, en naiffant , fans eftre
obligé
de faire les preuves
que
font les autres Chevaliers
, s'il
eu befoin de fe fervir de la grace
que le Grand Maître avoit fait
à feu Mr le Marquis
de Vergetot
. Sa mere eft de la maifon
de Foüilleufe
deFlavacourt
.
Mr Dufay , cft coufin de Mr
le Marquis
de Vergetot
. Il a
GALANT 297
époufe Dame N.……. d'Auxy
d'Hanvoille , Tante de celuy
qui a acheté le Royal Comtois
. C'eft ce qui allie la.maifon
Dufay, à celle de Boufflers
.
Quant à M le Marquis
d'Auxi , à préfent Colonel du
Royal Comtois , je vous ay
parlé amplement de ce qui regarde
fa Maiſon , lorfqu'il fut
reçû Capitaine aux Gardes. Il
eft proche parent de Mr le Maréchal
de Boufflers , & defcend
des anciens Sires d'Auxi, fortis
anciennement de Flandres . Je
me fert de cette occafion pour
298 MERCURE
vous parler d'une de festrantes
qui eft morte depuis quelque
temps dans une grande opinion
de fainteté , dans l'Abbaye
Royale des Dames de Saint
Paul, prés la Ville de Beauvais ,
dont elle eftoit Religieufe &
Doyenne , non par l'ancienneté
de fon âge , puifqu'elle n'avoit
que trente- huit ans lorfqu'elle
eft décedée, & feulement
14. ans de profeffion , mais
par une qualité qu'on donne
à celle des Religieufes
que l'on
trouve la plus capable de gouverner
le Monaftere fous les
ordres de l'Abbeffe
. Je ne puis
GALANT 299
ノ
vous donner une jufte idée dé
la vertu de cette Religieufe ,
qu'en employant les termes
dont s'eft fervie Madame M...
de Clermont - de- Tonnere ,
foeur de Mr l'Evefque , Duc de
Langres , dans une Lettre qu'-
elle écrivit peu aprés cette mort
à un des Freres de cette vertucufe
Religieufe : Elle eft morte,
difoit-elle , comme elle a vécu;
c'est- à-dire dans les difpofitions du
monde les plus faintes , & elle
nous a laiffé eenn nnoouuss quittant le
regret fenfible d'avoir perdu en fa
perfonne un exemple de regularité
e un modele achevé de toutes les
300 MERCURE
vertus de noftre eftat. Ce fruit
s'eft trouvé meur dans un âge encore
peu avancé ; & la terre s'en
trouve privée , parce qu'il eftoit
preparé pour le Ciel. Ce font ces
reflexions qui adouciffent en quel
queforte ma douleurfur cette perte,
qui m'eft fi rude par toute autre
confideration : mais nous avons
tout lieu de croire qu'elle aura trouvé
grace devant Dieu , & qu'elle
jouit dans le Ciel de la recompenfe
qu'il donne à fesElús , puifqu'elle
avoit tous les caracteres d'une heureuse
predeftination.
Cette Dame eftoit parente
de Monfieur le Maréchal Duc
GALANT
301
de Boufflers au troifiéme degré.
Mr le Marquis de Courtebonne
a eu l'agrément du Roy
pour achetter le Regiment de
Dragons de Mr le Comte de
Montmain , qui a achetté une
charge de Capitaine Lieutenant
dans la Gendarmerie. Mr le
Marquis de Courtebonne eft
fils de feu M N .. de Calone
Marquis de Courtebonne
Gouverneur de Hefdin & Lieu
tenant General des Armées du
Roy, & d'une Dame de qualité
de Montpellier. La four
de feu M' de Courtebonne &
veuve de M' de Breteuil Con-
IC
302 MERCURE
y
feiller d'Etat & Intendant des
Finances. La Maifon de Calonne
eft une bonne & ancienne
Maifon de Picardie . Elle
eft alliée à tout ce qu'il y a
de plus confiderable dans cette
Province. M' le Comte de
Montmain Seigneur deMontenon
qui a vendu ce Regiment
& qui a achetté une Charge de
Capitaine Lieutenant dans la
Gendarmerie , eft d'une ancienne
Maifon alliée à tout ce qu'il
ya de plus illuftre dans la Normandie,
dans le Perche, dans le
Mayne, dans le Poitou & dans
la Xaintonge. Il joint aux
1
GALANT 303
avantages
d'une illuftre naiffance
un merite perfonnel
generalement
reconnu de tous les
Officiers de l'Armée . Il s'eft fi
gnalé dans plufieurs occafions
où il s'eft montré digne du nom
qu'il porte & du rang qu'il tenoit
à l'Armée . Mr de Montmain
, quoyque dans un âgé
affez peu avancé , fert depuis
long- temps.
M N... de Cordebouf
Bauverger Comte de Montgon
eft mort dans fes terres
en Auvergne. Il eſt chef d'une
ancienne maiſon de cette Province
, & il laiffe heritier de
Mars 1706. Cc
304 MERCURE
• fon nom & de fes biens M
le Marquis de Montgon Lieutenant
General des Armées du
Roy & Directeur general de
la Cavalerie en Italie , qui a
époufé Mlle de Hendicourt
fille de M' le Comte de Hendicourt
grand Louvetier de
France , & de Dame N ... de
Pons foeur de Me la Marquife
de Mioffens veuve de M' le
Marquis de Mioffens frere de
feu M le Maréchal d'Albret .
M' le Comte de Montgon qui
vient de mourir , laiffe encore
Mr Philippe de Montgon Ca
pitaine aux Gardes , auffi conre
GALANT 305
nu par fon efprit que par fa
valeur dont il a donné des marques
en plufieurs occafions ;
de mefme que M' le
Marquis
de Montgon fon frere aîné.
La maifon de Montgon eft alliée
à celles de Pons , d'Albret ,
de Chabannes- Eurton , & à
plufieurs autres maiſons auffi
confiderables . M' le Comte de
Montgon dont je vous apprens
la mort , eftoit generalement
aimé dans fa Province ; il s'y
eftoit fait eftimer par fes manieres
honneftes & bienfaifantes
; il y eftoit le pere des pauvres
& le protecteur de la No-
Ccij
306 MERCURE
bleffe, pour laquelle ſa boutfe
eftoit toûjours ouverte & fon
credit fouvent employé.
Il y a quelque chofe à reformer
& quelques circonftances
à ajoûter dans l'article que
vous venez de lire dans ma
lettre qui regarde le Roy d'Angleterre
& Mr Gualtieri Nonce
de Sa Sainteté. L'un des deux
caroffes envoyez par ce Prélat .
au devant de Sa Majeſté Britanique
, n'eftoit attelé que de
fix chevaux , mais ils eſtoient
tous deux accompagnez
de
quatorze Valets de pieds du
mefme Prélat , dont la livrée
GALANT 307
eftoit neuve. Ce fut avant le
difné que ce Monarque vifita
fa Biblioteque , fon Cabinet
des Medailles , & qu'il exami
na fes inftrumens de Mathematique.
Il y avoit déja plus
d'une heure que ce Prince y
prenoit plaifir, lorfque l'on vint
dire que le difné eftoit ſervi .
Il auroit voulu continuer encore
quelques temps à prendre
le mefme plaifir ; mais il ne
voulut pas fe faire attendre . Sa
Majefté n'avoit refolu que
prendre quelques rafraichiffements
incognito. Elle fut fort
furpriſe de trouver un repas
de
308 MERCURE
d'une magnificence toute
Royale ; elle fit un compliment
là -deffus fort obligeant à Mr
le Nonce. Ce Prince voulut
qu'il fe mit à table auprés de
luy.. Mr le Duc de Perth fon
Gouverneur & trois Milords
qui eftoient avec luy eurent le
mefme honneur , il y eut quatre
fervices de vingt - cinq plats
chacun. Je vous ay déja parlé
de la magnificence de fes fervices
; il y en eut un d'abricots ,
de pefches , de cerifes & d'autres
fruits tous glacez , & faits
avec tant d'art , qu'ils parurent
naturels. Le Roy retour
"
GALANT 309
na à l'iffuë du difné dans la
Bibliotheque, où Mr le Nonce
fit faire plufieurs experiences
Phyfiques ; & particulierement
de l'effet de l'air par le moyen
d'un inftrument pneumatique
.
Sa Majefté fit connoiftre qu'elle
prenoit un fort grand plaifir à
ces experiences pour lesquelles
elle a beaucoup de goût. Ce
Prince eut enfuite le divertif
fement de la lanterne Magique,
dont les effets réjouirent beaucoup
toute la compagnie . Sa
Majefté fortit de chez Mr le
Nonce fur les quatre heures
aprés l'avoir remercié d'une
310 MERCURE
maniere auffi fpirituelle que
gracieuſe.
LETTRE
D'un François , homme d'efprit
& de merite , fur le Départ
du Roy d'Espagne , écrite
à Madrid le 26. Fevrier ,
7 , 1706 .
Vous aurez fçû , Monfieur
que par moy que Sa
par d'autres
Majefté Catholique partit d'icy
Mardy paffe ; mais voicy des circonftances
qui auront pú échaper ,
à ceux qui vous auront écrit.
Dimanche au foir 21 , le Roy
fit
GALANTA371
fit avertir les Grands de fe trouver
au Palais le lendemain matin.
Ilsy vinrent au nombre de vingtcing
à trente , & ils attendirent
Sa Majefté dans une longue galerie
qui leur eft deftinée , & qu'on
apelle par cette raifon la galerie
des Grands . Le Roy s'y rendit à
neuf heures & demie , & S. M.
leur fit un Difcours en Espagnol
plein d'éloquence , de force & de
tendreffe , qui remplit de respect
d'admiration tous ceux qui l'entendirent.
En voicy la fubflance.
Meffieurs , je vous ay fait
venir , pour vous déclarer que
je fuis réfolu d'aller me met-
Mars 1706. Dd
312 MERCURE
tre à la tefte de mon Armée ,
afin de vous défendre & de
conferver l'Etat . Je pars demain.
Je vous laiffe la Reyne :
quelque repugnance qu'elle cût
à fe charger du Gouvernement
je l'y ay fait confentir à la fin .
C'eſt à vous que je confie ce
precicux dépôt. Jefpere que
vous fecondrez de tout vostre
pouvoir fes bonnes intentions ,
& que vous l'aiderez de vos
confeils dans les occafions . Mes
ennemis ne manqueront pas
de profiter de mon abſence
pour corrompre mes fideles
Lujets , & pour augmenter le
GALANT
313
nombre des malintentionez..
Je me perfuade que vostre prudence
& voftre zele raffureront
les uns, & diffiperont les autres.
Ce difcours dont ce n'eft icy
qu'un foible précis ; ce Difcours ,
dis-je , prononcé par un Roy le
plus honnefte homme defon Royaume,
fit verfer des larmes à toute
l'Affemblée , & renouvella les
impreffions de refpect & d'amour
que a perfonne & fa conduite
Paiffent dans tous les coeurs. Sa
douceur , fa bonté , fa fageffe ,fa
pieté , fon efprit , fon jugement
Ja penetration , & fes lumieres
font dans un degré qui ne souffre
Ddij
314 MERCURE
4
guere de comparaison : & quand
Philippe V. n'auroit de Droit à
la Couronne qu'il poffede que celuy
de fa vertu , il mefemble qu'il
faut eftre frapé du dernier aveuglement
pour vouloir fe donner à
un autre Maiftre. Perfonne en
Efpagne ne penfe , ne parle , &
n'écrit mieux que le Roy. Il aime
extremement la Reine, & la Reine
l'aime de mefme. Leur feparation
quife fit à deux lieües de Madrid
fut un fpectacle bien touchant..
Sa Majesté partit à midy avec
deux Brigades formées des deux
Compagnies des Gardes du Corps
Espagnols , tous habillez de neuf,
GALANT 315
accompagnée des Grands qui font
Officiers de fa maifon , & deplufieurs
autres Seigneurs. La place
du Palais étoit remplie d'un monde
infini qui faifoit des voeux pour
fa perfonne & pour le fuccez de
fesArmes ;fur la fin de la matinée
on luy baifa la main , felon l'ufage
d'Espagne, dans ces occafions.
Madame la Princeffe des Urfins
nous procura cet honneur , hors de
lafoule , en particulier. Je
vous avoue que dans cette action
de refpect , j'estois plein d'unfaififfement
de veneration & de tendreffe
que je n'avois jamais fenti.
On quitta ce jour-là le deuil qu'on
Dd iij
316 MERCURE
"
portoit depuis quinze jours pour
la mort du dernier fils de Mr le
Duc de Savoye .
Dés que Sa Majestéparut hors
du Palais , les acclamations d'une
foule prodigieufe recommencerent ;
Tes gens de confideration qui occupoient
les balcons , & toutes les
feneftres qui donnent fur les Places
, &fur les ruës par où S.M.
paſſa , joignoient leurs voeux &
leurs voix aux cris reboublez du
peuple. Le Roy trouva la même
affluence de monde au dehors de la
Ville , & affez loingfur fon chemin.
On luy donnoit mille benedictions
oncrioit à haute voix,
GALANT
317
periffe l'Archiduc , periffe celuy
qui trouble noftre repos , &
qui nous prive pour quelque
temps de la prefence d'un Roi
& d'un Maiftre qui nous eft fi
précieux. Le Roy alla coucher à
Valdemoro qui n'eft qu'à trois ou
quatre lieues de Madrid. Il en
partit le lendemain pour
lendemain pour aller cou
cher à Ocana. Fufques-là c'eftoi
la route de Valence : mais un Courier
exprés qui joignit Sa Majesté
dans cet agreable lieu , fit prendre
au Roy la réfolution de changer
fa marche, & d'aller vers l' Ara
gon. Sa Majefté alla donc cou
cher le Feudy à Chinchon , pour
Dd iiij
318 MERCURE
prendre le grand chemin de Saragoffe
, & pour aller delà en Catalogne
. Le Vendredy Sa Majesté
coucha à Luechez qui n'est qu'à
quatre lieues de Madrid. Le Samedy
de grand matin la Reyne
monta en caroffe pour s'y rendre.
Le Roy l'attendoit, leursMajeftez
dinerent ensemble ; & à uneheure
aprés midy , aprés une feparation
des plus tendres , & des plus touchante
, le Roy partit pour aller
coucher à Alcala , e la Reyne
revint à Madrid , où Elle fut encore
reçûë avec de grandes acclamations.
Elle n'avoit
pas
voulu
une grandefuite ; Sa Majesté
GALANT 319
ne demeura pas long-temps en
chemin.
Je vous envoye une ſeconde
Lettre de Madrid du 3 ° de
ce mois , vous y apprendrez
des nouvelles
de Catalogne
,
& de Valence. Vous trouverez
cette Lettre d'autant plus
curieufe qu'elle ne contient
que des nouvelles veritables .
On en public tant de differentes
qu'on a de la peine a démêler
la verité parmi tout ce que
l'on écrit.
Vous avez fçû que
le 25. du
mois paffé , le Roy vint coucher à
Laechez que le lendemain &
320 MERCURE
26. la Reine partit d'icy pour
aller encore voir le Roy dans ce
lieu là. Elle ne mena avec elle
que Madame la Princeffe , &
dans un fecond caroffe étoient feulement
deux Dames du Palais &
de fa maifon. Les Seigneurs qui
fuivirent la Reine furent fon
Majordome , fon grand Efcuyer
Monfieur le Duc de Popoli
Capitaine des Gardes . La Reine
paffa l'eau à Mejorada dans un
grand bateau , dont le fond eftoit
couvert d'un Tapis de Turquie ,
& les Bateliers & les Rameurs.
eftoient habillez fort proprement
en matclots . Monfieur le CorreGALANT
321
gidor , ou Lieutenant de Police de
Madrid , avoit pourvû à tout
il avoit donné des ordres qui .
furentfortbienfuivis pour rendre
ce passage commode & agréable à
la Reine. Sa Majesté au retour
defcendit de Caroffe à Mejorada,
pour y voir la magnifique & fameufe
Chapelle de S. Faufte, que
Mr le Marquis de Mejorada a
dans cet agreable lieu : pendant
la Reine eftoit encore à Loechez
, on y receut des lettres de
Mr le Duc de Noailles , avec
les nouvelles de fes fuccés en Catalogne
. Il donnoit avis au Roy,
qu'il fe trouvoit fort prés de
que
322 MERCUR
E
Gironne , que depuis le Rouffillon
jufques là , tout eftoit
rentré fous fon obéiffance ;
qu'il avoit fait un grand nombre
de prifonniers , tant des
Miquelets
, que de troupes reglées
; qu'il avoit trouvé quelque
refiftance à Figuieres & en
d'autres lieux , & que les habitans
qui s'eftoient obftinez
à fe deffendre , luy avoient tous
déclaré que leur obftination ne
provenoit que de ce que les
ennemis leur avoient perfuadé
qu'en fe rendant on fe livroit
à la potence & à l'incendie
; mais qu'on leur avoit reGALANT
323
mis l'efprit en leur déclarant
qu'on n'en uferoit qu'avec
beaucoup de benignité , pourvû
qu'il n'y cut point de recidive
, ce qui avoit fait que
des peuples entiers s'eſtoient
venus foumettre. Les troupes
de France qui font entrez en Catalognepar
l'Aragon , s'approchent
auffi de Barcelone ; & par les avis
qui font venus en mefme temps
de Valence , on a feeu que Peterboroug
en eftoitforti avec
avec deux
cens chevaux ; mais qu'il ne trouveroit
pas autant de facilité à
rentrer dans la Catalogne , qu'il
en avoit eu à en fortir, & que
324 MERCURE
Nebot un des principaux Chefs
des Catalans revoltez , eftoit for
tis auffi de Valence avec deux
cens chevaux & trois cens hommes
depied. Mr le Comte de Las-
Torrés qui donnoit fes derniers
arvis ,
croyoit que le deffein de
Nebot eftoit d'aller fe faifir du
Pont d'Alzira , pour empefcher
que l'Evêque de Murcie ne le
joignit avecfes troupes . Quelques
deferteurs de Barcelone ont déclaré
que les Sentinelles de Montjouy
avoit crié qu'on découvroit
le fecours qu'on attendoit de Portugal
avec tant d'impatience.
Qu'on avoit envoyé für l'heure
GALANT 325
à la découverte , un des deux
Vaiffeaux garde coftes qu'ils ont
à leur rade, & qu'on avoit appris
par là que c'eftoit une Efcadre de
Vaiffeaux François , ce qui produifit
une confternation generale
dans l'efprit des revoltez , qui ne
s'attendent plus qu'aux châtimens
qu'ils ont meritez.
Les Portugais font de mauvais
politiques de vouloir anticiper
fi fort le Siege de Badajoz.
Il n'y a pas jusqu'aux femmes
& aux enfans qui ne s'en moquent.
Nous avons fur ces Frontieres
une bonne Cavalerie &
affez d'Infanterie pour nous op→
326 MERCURE
pofer à leurs deffeins ; & file
nouveau fecours qu'on y attend
de France arrive dans quelque
temps , comme on l'efpere , nous
pourront fous la conduite d'un
General auffi eftimé, auffi habile
auffi aimé que l'eſt le nouveau
Maréchal de Barwik , faire
quelque chofe de plus , que de
nous tenir fur la défenfive.
Depuis le départ du Roy , il
n'eft pas concevable quelle attention
donne la Reine à ne
laiſſer
rien defirer à fon Gouvernement.
Elle dément fon Sexe & fon
âge, par fa conduite par fes
lumieres. Elles eft d'une extréme
GALANT 327
affiduité à fon Confeil du Čabinet
; elle s'attire l'admiration
de ceux qui le compofent. Vous
aurez pú fçavoir, que le Roy ,
avant fon départ , avoit fait certaines
graces , qui éxigeoient de
nouveaux éclairciffemens. La Reine
a ordonné qu'on luy lut tous ces
Decrets , avant de les enreque
giftrer; & on eft furpris à tous
momens de fon efprit & de fa
juftice dans les reflexionsjudicieu-
Jes & équitables qu'elle y fait.
Son attention la plus grande , va
à faire en forte , que le Roy &
les Armées ne puiffent manquer de
vien. Les troupes qui ont refté à
Mars 1076.
Ec
2
328 MERCURE
Madrid , font les rondes tour à
tour, bien regulierement toutes
les nuits ; & tout le monde de
concert s'applique à faire éclater
l'amour & le respect qu'on a pour
leurs Majesté. On apprit hier qu'il
eftoit arrivé à la Corogne, un vaif
feau richement chargé , au profit
du Roy. Il vient de Buenos- Ayres,
il doit eftre fuivi de trois autres
dont deux font François ,
Le troifiéme Espagnol , appellé le
Rofaire , qui apporte une fort
grande quantité d'or. Ce qui nous
inquiéte beaucoup à l'heure qu'il
eft , c'est le départ des Galions, &
de la Flotte, qui eft à Cadix, prefte
GALANT 329
à mettre à la voile. Mr le Marquis
de Caftel-dos-Rios , cy- devant
nôtre Ambassadeur en France, n'attend
que cette occafion de paſſer à
fa Viceroyauté du Perou , où fa
grande reputation le fait defirer
avec beaucoup d'impatience ; mais
les ennemis n'ignorent pas qu'elle
eft nôtre fuperiorité dans la Mediterranée;
ils aime mieux rifquer
la perte de Barcelonne, que de
fe hazarder à l'aller fecourir. Ns
font par là en état de faire des
courfes , & de fe faire craindre
fur l'Ocean , ce qui empêche uniquement
notreFlotte de Cadix , de
mettre à la voile. Nous fçaurons
Ecij
330 MERCURE
dans
peu de jours , à quoy on fe
fera refolu. Je vous en feray part,
&je continueray de vous faire
fçavoir, ce qui fe fera paffé fur la
route du Roy, & ce qui fe fera à
Barcelonne. Je fuis, &c.
Ce n'eft pas à moy à vous
rien dire d'avantageux de ce
que vous allez lire : cependant
jofe vous affurer qu'il merite
quelque attention.
SITUATION
Des Affaires prefentes de la
Guerre.
que de répondre à ce
Avant
que vous me demandez , touGALANT
331
chant l'Etat prefent des Affaires
de la Guerre , jedois vous dire ,
que ces fortes d'affaires ont
toûjours reffemblé à l'Arc- enciel
, qui , pendant qu'on le
regarde pour en compter les
couleurs , en prend tant de
nouvelles , qu'à peine a - t- on
achevé le compte de celles qui
s'y font d'abord fait remarquer ,
qu'il paroift tout different de
ce qu'il eftoit un inftant auparavant.
Il en pourroit arriver
de même à l'égard de ce que
vous me demandez , & pendant
que je vous écriray icy , les chofes
pourront changer de face
dans les lieux dont je vous parleray
; c'est à quoy je vous prie
de faire attention , afin de me
rendre juftice là - deffus . Je ne
332 MERCURE
puis vous affurer que d'une verité
, qui eft que dés la fin de
la Campagne derniere . Le Roy
a luy-même fait le plan de celle
qui va commencer , que ce Prince
s'eft donné la peine d'y tra
vailler avec des foins infinis , &
qu'il a mis les armes en eftat de
triompher par tout où il a des
ennemis ; & que toutes les cho,
fes neceffaires pour l'ouverture
de la Campagne, font difpofées
de maniere, qu'il peut prevenir
par tout les ennemis , s'il le juge à
propos.Voilà tout ce que ce Moparque
pouvoit faire . Le refte ng
dépend point de luy. Il ne peut
rien contre ce qu'il plaira à la
Providence d'ordonner : & fi le
malheur veut que les Generaux
faffent quelques fautes, elles ne
GALANT 333
pourront luy eftre imputées.
Je vais commencer à fatisfaire
vôtre curiofité , par la fituation
des affaire d'Italie , & je finirai
par ce qui regarde celles de la
Catalogne , à caufe qu'il peut à
tous momens, arriver de grandes
nou-velles de ce cofté- là .
Il doit paroistre conſtant à
tout le monde , que les Armées
du Roy en Italie , feront preftes
d'y ouvrir la Campagne , avant
que celles des ennemis y puiffent
paroiftre. Tout ce qui eft
neceffaire pour la Conquefte du
refte des Etats de Monfieur de
Savoye , fe trouve fur les lieux
il y a déja long- temps , & il n'y
a point de fiege qu'on ne foit en
état d'y entreprendre, & de Pla
ce qu'on y puiffe emporter avang
334 MERCURE
qu'elle foit en état d'eftre fecou
ruë, comme je vous le feray voir
vant que de finir cet Article.
Il ne s'agit plus que de fçavoir
par quel fiege les Troupes du
Roy entreront en action . Si l'on
afficge d'abord Coni , il ne pourra
refifter long temps à des forces
auffi nombreuſes que celes
du Roy ; & fi l'on en remet le
fiege aprés la Conquefte de Tu
rin, cette Place ouvrira peutcftre
fes portes fans fe défendre,
l'ufage n'étant pas, que les dernieres
Places d'un Etat faffent
de refiftance , fur tout lorfqu'elles
voyent des Places infiniment
plus confiderables , foumiles , &
qu'elles n'ont aucun fecours à
efperer. Quant à ce qui regarde
le fiege de Turin, toutes les
chofes
GALANT 335
5
S
chofes neceffaires , pour emporter
cette Place en peu de temps
font tellement preparées , & tou
tes les mefures bien prifes , que
le fuccés n'en paroift pas douteux.
D'ailleurs , la Ville eft fi
ferrée en plufieurs endroits , &
les rues font fi étroites en ces
endroits là , qu'il ne fera pas ne、
ceffaire de beaucoup de bombes
pour y mettre le feu ; & comme
cet embrafement le porteroit
dans le refte de la Ville, la prus.
dence ne veut pas que l'on s'y
expofe à laiffer perir les Sujets
les plus diftinguez de Monfieur
le Duc de Savoye , retirez dans
cette Ville, & que l'on y laiffe
confumer , tout ce que le Pićmont
& la Savoye ont de plus
pretieux , & qui y a efté tranf
Mars 1706. Ff
336 MERCURE
porté comme dans un lieu que
l'on ne croyoit pas devoir eftre
jamais aliegé . Ainfi fi Monfieur
le Duc de Savoye , fouffre que
l'on mette le fiege devant cette
Place , ce qu'il ne peut empê
cher par la force des armes ,
il
faudra des ficcles à tous fes Sujets
pour reparer leurs pertes.
Voyons prefentement s'il eft
poffible que Turin puiffe eftre
Iccouru. On n'a pu prometire
que quinze mille hommes de
renfort à Monfieur le Prince
Eugene. Ceux qui fçavent la fi
tuation des affaires d'Allema→
gne, affurent qu'il eft impoffi
ble que l'on puiffe envoyer un fi
grand renfort enoItalie : mais
je compte que ces quinze mille
hommes marcheront , & je veux
GALANT _337
Ce
bich les donner au Prince Euge
ne. Quefera t il avec ces quinzelqmille
hommes , puifque
les troupes que nous avons de
de cofté- là , feront beaucoup
fuperieuses and fiennes
n'efte pasaout; voyons où fond
les fonds pour les payer , auffi
bien que celles qui font déja en
Italieup & dont il deferie tous
les jours un grand nombre
parce qu'elles manquenul da
toutes choſes. Og acompré for
les vivres & far les munitions ,
fur les habits3x8 ! fur les che
vaux de remonte que le fils du
Juif Opeheim, a promis de four
nir en Italies mais comme il n'a
pas encore reçu un fol , pour
cette fourniture , & que les Ea
tats fur qui on luy avoir affigné
Ff ij
338 MERCURE
des fonds , ont dit qu'ils ne les
pouvoient payer. Il n'a pas encore
fait commencer à remplir
aucun magafin. L'Empereur atrend
pour payer les fommes qu'il
s'eft engagé de donner à ceJuif,
& pour payer les troupes du
Prince Eugene , l'argent qu'il
a demandé à emprunter en Hol .
lande & en Italie , & que les
particuliers de ces deux Nations
ne luy veulent point donner ,
ne trouvant pas leurs furetez
affez fortes , & ne voulant pas
fe regler fur l'exemple de Mylord
Marlborough , qui a foufcrit
pour une affez groffe fom
me, & qui a fait faire la même
chofe , par quelques uns de fes
amis ; mais on ne fçait pas que
ces foufcriptions , ne font que
GALANT 339
Pour tromper les particuliers ,
en les engageans à faire la mê
me chofe , & que ces Seigneurs
ne donnent jamais l'argent pour
lequel ils ont fait leurs foufcriptions.
On pourroit me dire que l'Angleterre
a déja fait remettre de
grandes fommes en Italie . Il
eft vray, mais elles ne regardoient
pas l'armée du Prince
Eugene , & Monfieur de Savoye
a touché tout cet argent , dont
il dit avoir befoin , & de beaucoup
plus encore pour la deffenfe
durefte de les Etats qui luy
font prefentement infiniment
plus à charge qu'ils ne luy rapportent
. On compte qu'il aura
outre les troupes neceffaires
pour deffendre Turin , une ar-
Ffiij
34° MERCURE
2
mée de 8 , ou 9. milhommes en
campagnes mais cela paroît affez
difficile , puifque loin de trouver
des gens qui veulent s'enga-
-ger pour fervirdans une armée fi
peu confiderable , la plufpart de
ceux qui s'y trouvent ne laiffent
échaper aucune occafion de
deferter. Je reviens au Prince
Eugene , dont je vous parlois ,
avant cette digreffion. Je veux
'qu'il ait au commencement de
la Campagne , toutes les troupes
qui luyont efté promifes ; que
tous les magafins foient remplis
de vivres & de munitions , &
qu'il foit en eftat de marcher
auffi toft que les François feront
preft d'agir en Piemont . Il n'au
ra que deux partis à prendre :
examinons fes partis , & voyons
GALANT 348
fi l'un ou l'autre pourra luy réuffit
. Celuy qui donneroit lieu
d'avancer plus vifte & d'abreger
du chemin , feroit de tenter le
paffage de plufieurs rivieres bien
deffendues , & de forcer des retranchemens
de plufieurs fortes .
S'il n'eft pas affez heureux pour
réuffir dans cette entrepriſe , il
trouvera fon deffein fort reculé,
à caufe des ralfons que je diray
en examinant le fecond parti
qu'il a à prendre : achevon's ce
qui regarde le premier , s'il eft
affez heureux ou plutoft affez
malheureux pour réaffir ; car je
ne fçay lequel luy feroit le plus
avantageux , il faudra qu'il li
vre autant de combats qu'il y a
de rivieres à paffer , & qu'il
donne beaucoup d'affauts pour
F f iij
342 MERCURE
emporter un grand nombre
de retranchemens
, & pour forcer
des lignes. Je veux qu'il
vienne à bout de tout cela ; dans
quel état fera- t- il réduit j de
combien fes forces feront elles
diminuées & l'élite de ſes troupes
affoiblies , puifqu'on employe
ordinairement
, pour ces
coups de mains, tout ce que l'on
a de meilleur . Ce ne feroit rien
que ces pertes fi elles eſtoient
faites en emportant une Ville ;
la place demeure, & les troupes
n'ayant plus rien à faire ; auffitoft
qu'elles y font entrées , elles
fe repofent , & attendent à loifir
que leurs pertes foient reparées
; mais il n'en fera pas de
mefme dans l'affaire dont il s'agit.
Il n'y aura pas un moment
a perdre , il faudra que le Prince
&
GALANT 343
Eugene continue fa marche
prefque dans le mefme temps
qu'il aura perdu une partie de
fes meilleures troupes . Quelle
marche aura til à faire , une
marche de foixante lieuës pour
arriver en Piémont . Qu'aura
t-il à effuyer pendant cette
marche , une armée beaucoup
plus nombreufe que la fienne ,
qu'il trouvera toûjours en teſte
ou en flanc , qui l'harcelera fans
ceffe, & qui aura ravagé les lieux
où il devra paffer , afin de ne luy
point laiffer dequoy fubfifter.
Et fi cette armée ne juge point
à propos de luy livrer bataille
pendant la marche , elle ſe joindra
à celle que nous auront en
Piémont , & ces deux arméc
unies defferont vrai -femblable
ment celle du Prince Eugene
•
*
344 MERCUR
E
ou l'obligeront à s'en retourner
plus vite qu'il ne fera venu.
Voions prefentement
s'il y alicu
de croire que l'autre parti qu'il
reftera à choisir au Prince Eugeneluy
fera plus avantageux . Ce
parti feroit de faire un tour plus
grand pour éviter tous les obftaeles
dont je viens de vous par-
Jer ; mais outre que pendant le
temps qu'il perdroit , les François
acheveroient
l'expedition
du refte des Etats de Monfieur
de Savoye , qu'il ne pourroit
avancer fans livrer bataille à
Monfieur de Vendofme
qui ne
la refuferoit
pas , & qu'il gagneroit
felon toutes les apparences
, quand il ne feroit pas
fuperieur, puifqu'il y a lieu de
croire qu'an Prince rempli de
GALANT 345
60
reconnoiffance , de toutes les
bontez du Roy , charmé des
manieres dont il a efté. receu
de la Cour & de la Ville , &
que les Soldats n'abandonnent
jamais dans les plus grands perils
,
parce qu'ils le regardent
comme leur pere . Il y a lieu ,
disje , de croire qu'un Prince
naturellement vaillant , & animé
par tant d'endroits qui luy
font glorieux , doit eftre toujours
invincible : de maniere
que le Prince Eugene n'avanceroit
pas plus fes affaires de ce cô
té là que de l'autre ; & fi l'on jugeoit
à propos de le combatre
d'abord , on agiroit pendant fa
marche de la maniere que je
viens de décrire , & cette marche
auroit les mefmes fuites.
346 MERCURE
On peut ajoûter à tout cela que
les places du Milanez le fatigueront
auffi beaucoup , & il y
a lieu de croire que les Cantons
Catholiques qui ont renouvellez
leurs capitulations pour la
deffenſe de l'Etat de Milan , &
qui doivent fournir jufqu'à
quinze mil hommes , fe mettroient
de la partie . Ainfi felon
toutes les apparences , il ne reftera
aucune place à Monfieur le
Duc de Savoye , peu de temps
aprés l'ouverture de la Campagne
ou ce Prince aura einpefché
fa chute entiere par un
accommodement , & jouira
d'une paix tranquille pendant
que le feu fera dans la plus
grande partie des Etats de l'Europe
, & lorfque leurs Souve
GALANT 347
rains àcheveront de fe ruiner ,
ce Prince commencera à fe reta
blir .
&
Je paffe à ce qui regarde la
Flandre. Milord Marlboroug
avoit propofé aux Hollandois
à la fin de la Campagne derniere
de lever dix mil hommes d'augmentation
, pour celle où nous
allons entrer , & que les Anglois
en auroient feuls quarante
mille,moyennant quoy il luy fe
roit permis de faire toutes les
entreprifes qu'il luy plairoit
pendant la Campagne , fans que
les Deputez des Etats puffent
s'y oppofer ; mais tout ce projet
s'eft évanoui & les Angloss &
les Hollandois , loin d'augmen
ter le nombre de leurs troupes ,
paroiffent avoir bien de la peine
348 MERCURE
faire les recrues qui leur font
neceffaires demaniere qu'il n'y
a encore rien de concerté en
Flandres pour l'ouverture de la
Campagne prochaine , & que
l'on en parlera que lorfque
Marlboroug que Pon attend à
la Haye y fera arrivé. Quant à
ce qui regarde le nombre des
troupes que la France peut avoir
en Flandres , il eft impoffible de
le pouvoir regler , & il fuffit
que Sa Majefté en ait pour
faire tefte par tout à fes ennemis
& mefme pour les prevenir
en plufieurs endroits, S'ils font
marcherune groffe armée fua la
Mofelle en affoibliant celle de
Flandres, le Roy fera la mefme
chofe, comme il fit l'année derniere
; & s'ils groffiffent d'a
GALANT 349
: i
bord celle de Flandres , Sa Majeftéfera
marcher moins:
de troupes du coſté de la Mofelle.
Les Anglois publient
qu'ils y auront une fort groffe
Armée , pour attaquer la Fran
de cé cófté lã , & c'eft une fortel
raifon pour faire croire qu'ils
n'en feront rien. Ainfi perfonne
ne peut parler au jufte.de
ce que feront d'abord des Ar-!
mées de France & de la Mofelles
puifque des parties ne peuvent
fçavoir encore ce qu'elles fest
ront de ce cofté - là , & que cha
cune cherche à deviner ce quel
L'autre fera pour prendre do
jultes mesures . Quancàccel que
regarde l'Alface , ce que la Frannя
ce a fait tient du prodige , puif
qu'ony a voituré cinquante mile
350 MERCURE
chariots de fourage. On peut dire
que les Romains n'ont jamais
rien fait de plus grand , que ce
quele Roi a fait en cettcocafion,
& qu'il a cette anuée rempli ce
Pays des chofes dont la nature
luy a cfté avare. Il feroit difficile
d'exprimer la perte des chevaux
que les ennemis font de ce
cofté- là , & combien les maladies
leur emportent tous les jours de
monde à Haguenau , & aux environs
de maniere que plufieurs
font perfuadez qu'il ne nous feroit
pas avantageux d'eftre prefentement
maiftres de cette Place.
A l'égard du Fort- louis , il
eft furprenant que toutes les
nouvelles publiques imprimées
dans les Pays étrangers pendant
plufieurs mois , & celles qui
GALANT 251
Courent icy à la main , n'ayent
point ceffé de dire que le Fortlouis
manquoit de toutes chofes ,
& qu'il feroit bientoft obligé de
fe rendre. Il ne s'eft peut- eftre
jamais rien debité fi affirmative
ment , & qui ait efté fi faux. Je
fçay de certitude , & j'ay vu plu
fieurs Lettres qui affurent non-
Leulement que rien n'y manque ,
mais qui en donnent même les
raifons . Ces Lettres ajoûtent
que l'on n'y ouvrira point les
Magafins du Roy jufqu'à la fin
d'Avril , & l'on peut juger que
ces Magafins eftant tous remplis
, fourniront dequoy foûtenir
un Siege de plufieurs mois. Du
refte , je ne puis rien vous dire
touchant cette Place , deux
grands Generaux , fçavoir Mon-
Mars 1706 .
Gg
352 MERCURE
heur le Prince de Bade , & M
le Maréchal de Villars , ont rêvé
tout l'hyver l'un au moyen de
s'en rendre maiſtre à l'ouvertu
re de la Campagne , & l'autre à
ceux de la deffendre de maniere
que perfonne ne peut dire
quelle fera fa deſtinée . Il femble
qu'à ne regarder que la fituation
des chofes , l'avantage doi
ve eftre du cofté de Monfieur
le Prince de Bade ; mais Mr le
Maréchal de Villars eft un General
bien vif, & bien vigilant
& d'ailleurs les Troupes que
nous avons à Strasbourg , & aux
environs groffi fent tous les
jours , & font prefque en eſtar
d'agir . Je ne vous en parleray
pas de crainte de donner licu
aux ennemis de s'en apperces
3
GALANT 353
voir ; mais comme ils le publient
eux- mêmes depuis longtemps ,
je n'ay rien à ménager là - deffus .
Nous en fçaurons dans peu da
vantage fur cet article , qui done
ne de l'attention aux Curieux .
Ce feroit icy le lieu de vous
parler de l'Armée de l'Empire
qui doit eftre commandée par
Monfieur le Prince de Bade
mais il eft d'autant plus impoffible
de pouvoir dire de com
bien de Troupes elle fera come
pofée que les Cercles , les Prin
ces , & les Villes , qui doivent
donner ces Troupes , ne le fça
vent pas , & qu'ils fe deffendent
d'en donner autant que l'Empereur
en exige d'eux , & fur
tout les Villes d'Aufbourg ,
d'Ulm, & de Francfort, & quel
Gg ij
354 MERCUR
F
ques autres , qui ont prefenté
desMemoires, pour eftre déchar
gées de la moitié de ce qu'on
leur demande . Il eft conftant
que l'Empereur a déclaré , que
non feulement , il ne fourniroit
point de troupes pour groffir
cette Armée ; mais auffi qu'il ne
contribuëroit en rien à fon paye
ment , la guerre d'Italie , & celle
qu'il a contre les Mécontens
épuifant toutes fes finances . Cela
eft caufe que plufieurs Lettres
d'Allemagne affurent que
1 Armée de 1 Empire fera mal
payée,ce qui fait que l'on trouve
peu d'hommes qui veulent pren
dre parti dans cette Armée : cependant
Monheur l'Electeur
Palatin , tout devoüé à l'Empereur
fon beau - frere , jufqu'à
GALANT 355
facrifier , à fa priere , les inte
reft de la Religion , fe donne de
grands mouvemens pour faire
groffir l'armée de l'Empire , &
fon travaille à des Magafins à
Philifbourg & à Mayence ; du
moins les Allemands s'atachentils
fort à le faire croire ; mais
il y a à douter qu'ils foient auffi
bien remplis que ceux de Straf
bourg Monfieur le Prince de
Bade qui évite toûjours de fe
mettre en campagne , tant qu'il
n'a point toutes les chofes neceffaires
pour s'ytenir glorieufement.
& pour vaincre furement,
fait grand bruit , & affure qu'il
ne marchera point, s'il n'eſt à la
tefte d'une bonne armée. On
verra filorfque Mr le Maréchal
de Villars fera en campagne ,
356 MERCURE
cette marche ne le reveillerà
pas , en le faifant fortir de fon
Chateau de Raftat . Pendant
que l'on agit fi lentement pour
mettre en campagne les trou
pes de l'Empire , & que l'on eft
pas encore d'accord du nombrė
de celles qui agiront , à cauſe
de la difficulté de trouver des
hommes & de l'argent , le Miniftere
de Vienne chagrine tout
le monde , & agift avec une hauteur
dont tout l'Empire eft mé
content. Il a fait présenter à la
Diette de Ratisbonne , des Me
moires pour l'engager à inter
dire tous commerce avec les
Cantons Catholiques , à cauſe
qu'ils ont renouvellé avec Philippes
V. les Capitulations ,
pour la deffence du Milannois,
GALANY
357
& on a fait voir à
l'Empereur ,
que cette
interdiction de Com.
merce feroit d'une tres- dangereufe
confequence . Ce mefme
Miniftere
voudroit que l'on em
pefchaft Mr d'Avia , Nonce du
Pape , de retourner à Rome ,
jufqu'à ce que Sa Sainteté ait
fatisfait
l'Empereur , für les fu
jets qu'il prétend avoir de s'en
plaindre . Enfin ce meſme Miniftere
ne ceffe point de faire
des plaintes
injuftes ,à tous ceux
qui ont quelques
affaires avec
Empereur , & prétendant
que
les particuliers
qui en Hollande
& en Angleterre
, ne veulent
pas luy prefter de l'argent
, ont
grand tortil
en parle avec
beaucoup
de mépris . Il n'éparẻ
gue pas les Sujets de l'Empe
V
358 MERCURE
reur , & ils font fi mal traitez
qu'ils continuent de ſe plaindre
doucement, & en attendant qu'-
ils le faffent avec plus d'éclat . Il
continuë de faire executer en
Baviere , & affure que les exccutions
dureront encore longtemps
, des malheureux & des
innocens , dont la fidelité meriteroit
pluftoft des récompenſes
que des fupplices , & il y a lieu
de croire que fi quelque bons
fuccés enfloit fon orgueil , fon
Regne , feroit un Regne de feu ,
& de fang. Les Mécontens de
Hongrie qui en font perfuadez,
& qui font épouvantez des
cruautez que l'on exerce en Ba
viere , où l'on dit , que l'on executera
tous ceux dont les prifons
font remplies , ont raiſon de ne
vouloir
GALANT 359
Vouloir point traiter avec l'Empereur
, avant la Paix generale,
afin qu'étant compris dans l'accommodement
qui fera fait
alors , les mêmes Souverains qui
en feront garans , le foient auffi
de leurs Traitez . C'est tout ce
qu'ils peuvent faire de mieux ;
mais ce n'eft pas encore affez ,
puifque le Traité de Rifvvyk à
efté rompu , fans que l'on ait cu
aucun égard pour les Rois qui
en étoient garands , & il eft à
craindre que le Roy de Suede
qui eft un Monarque jufte , brave
, heureux & puiffant , ne fe
reffente un jour de ce mépris ,
lorfqu'il aura achevé de punir
ceux qui enfreignent les Traitez
qu'ils ont fignez , & qui font
d'injuftes Guerres , comme le
Mars 1706. Hh
360 MERCURE
Roy Augufte , qui aprés avoir
enfraint le Palta conventa , avoit
injustement fait la guerre à la
Suede. Ce feroit icy le lieu de
vous parler de la fituation où eft
préfentement la guerre de l'Empereur
& des Mécontens ; mais
outre que les nouvelles font
toûjours fort variables , & que
les Alliez , chez qui elles paffent
, avant que de venir à nous ,
les déguiſent toujours. Les
Hongrois ont leur politique
dans leur maniere de faire la
guerre , & ils ruïnent toujours
un grand efpace de pays entre
eux & leurs ennemis . Ils bloquent
plufieurs Places à la fois ,
non pas dans le deffein de faire
les fieges de toutes ces Places ,
mais pour avoir lieu de les afGALANT
361
famer en en ruïnant tous les
environs , & en vivant aux dé
pens de tout le pays , & comme
ils embaraffent l'Empereur , en
envoyant en mefme temps plu .
fieurs Corps de troupes en divers
endroits , il ne le peut qu'il
n'arrive fouvent quelques affaires
, tantoft à l'avantage d'un
party , & tantoft à l'avantage
de l'autre ; mais l'on a foin de
groffir les moindres avantages
remportez par l'Empereur , &
melme d'en fuppofer fouvent
afin d'encourager les peuples
des Puiffances alliées à fournir
toujours , de bonne grace aux
frais de la guerre dont ils font
accablez . Il y a un fait conftant
qui chagrine fort l'Empereur ,
qui eft que l'armée qu'il a en
Hhij
362 • MERCURE
Tranfilvanic demeure dans
l'inaction , & que n'ayant rien à
faire où elle eft , il ne peut la
faire revenir pour agir utilement
aillicurs ; puifque dés
qu'elle fera quelques pas pour
revenir , les Tranfilvains en
feront autant pour rentrer fous
l'obéiffance du Prince Ragosky,
& comme on en a déja cu plufieurs
preuves , on n'ofe faire
faire aucun mouvemement à ces
troupes pour les faire marcher
en deça : cependant l'Empereur
aura toujours lieu de craindre
les Mécontens , dans Vienne
mefme , tant qu'ils auront des
Poftes qui ne font pas éloignez
de cette Capitale .
11 eft temps de paffer d'Allemagne
en Angleterre. Ce
GALANT 363
Royaume eft d'autant plus malade
que fon mal ne paroift pas,
& que ceux qui pourroient y
apporter du remede , ne le veulent
pas voir. Il paroift opulant
, mais plus on cherche à
faire voir le bon eftat où on le
fuppofe, par les grandes fommes
accordées par les derniers Par-
Femens , plus il court à fa ruïne,
puifque ces fommes font tou
tès dépensées hors de l'Etat , &
au delà des Mers , & cela fans
que l'Angleterre en puiffe eftre
agrandie d'un pouce de terre
feulement . Ainfi non feulement
la Guerre préfente ne luy fera
d'aucune utilité , elle ne luy
procurera aucune Place , &
elle ne fert qu'à faire paffer
tout fon argent dans les Pays
Hhiij
364 MERCURE
étrangers , & l'Eftat eſtant au
jourd'huy redevable de pluhieurs
centaines de millions
c'eſt une preuve qu'il y en a
paffé beaucoup. On aura peine
à croire un fait conftant que je
vous vais dire ; c'eft que tous
les Matelots qui ont fervi pendant
la Campagne dernière ,
ne font pas encore payez , &
c'est pourquoy l'on a tant de
peine à en trouver cette année .
Tout cela fait voir , malgré les
grands fonds accordez par le
Parlement
, que que l'Angleterre
manque d'argent , puifque le
fecours destiné pour la Catalogne
n'a encore pû eftre preft,
& qu'il n'eft encore parti qu'un
Convoy , efcorté feulement de
cinq Vaiffeaux de Guerre, pour
GALANT 365
aller en Portugal . On n'a point
fait toutes les augmentations de
troupes dont on parloit l'année
derniere , & qui devoit groffir
l'Armée de Flandre . Tout cela
convient fort à la Princeffe de
Dannemarck , & à ceux de fon
party. Ils veulent perpetuer la
Guerre , & non pas la finir , de
'crainte ou de ne pas regner
toujours , ou d'eftre chagrinez
dopar
un Peuple qui n'eſt pas
cile , & pour cet effet ils font
ravis la Nation foit épuiſée
que
afin qu'elle ne foit pas plus en
eftat d'agir , qu'un malade dont
on a épuilé les forces , & que
l'on a abbatu à force de feignées.
Je pourrois m'étendre
icy plus au long , fur la fituation
de ce Royaume ; mais com-
Hh iiij
366 MERCURE
me je n'ay entrepris de parler
que de celle qui regarde la
Guerre , & qu'on l'a peut connoiftre
par ce que je viens de
dire , je ne m'étendray pas davantage
fur ce qui regarde cette
Situation , j'ajouteray feulement
que le Marquis de Miremont
ne devant plus lever le gros
Corps qu'il devoit mettre fur
pied , le nombre de Troupes qui
devoit paffer en Catalogne , le
trouvera diminué : cependant
le parti de la Cour , pour encourager
les peuples , à payer
les fubfides accordez par
Parlement , a fait répandre plufieurs
copies d'une Lifte , par
laquelle les Armées que les Alliez
auront cette Campagne en
differens endroits , doivent mon-
श
GALANT 367
ter à trois cent mille hommes .
Il faut que les Anglois foient
bien changés s'ils donnent dans
ces panneaux . Rien n'eft plus
capable de tout gâter que des
chofes fi outrées , & fouvent ;
au lieu de produire l'effet que
l'on en attend , elles donnent
dieu d'approfondir la verité,
Quant à la Hollande , elle a
fi fouvent fait payer le deuxcentiéme
denier , qu'elle avoue
de bonne foy , depuis deux ans ,
qu'elle eft épuifée, & quand elle
ne l'avoueroit pas , il eft de notorieté
publique , qu'une partie
de ces Provinces déclara l'année
derniere qu'elles ne pouvoient
plus contribuer aux frais de la
guerre , & propofa de vendre
fes domaines ; mais ceux qui les
368 MERCURE
•
દિ
ont affermez,voyant qu'ils man❤
queroient par là à gagner , opt
détourné ce coup ; mais ces Provinces
n'en cftant pas plus à leur
aife, la fuite de la guerre , ne
peut fervir qu'à achever leurs
ruines . Cette Republique ne fe
vante point comme l'Angleterre
, d'avoir fait de nouvelles levées
, aufquelles elle n'a pas
penfé , & elle demeure d'ac
cord qu'elle a bien de la peine
à faite fes recrues s & que fi
elle fait quelques augmentations
de Troupes , elle ne fera
pas de plus de quatre Regimens
pour en remplacer quatre de Sa.
xe- Gotha , qui font à ſa ſolde, &
qu'elle envoye en Italie . A l'é ,
gard des Troupes qu'elle fournit
pour la Catalogne , on fçait
GALANT 369
que ce fecours ne monte qu'à
treize cens hommes , tirez de
tous les Regimens de l'Etat .
Ainfi ces Troupes qui ne font
point de nouvelles levées
ne laifferont pas d'affoiblir de
treize cens hommes l'Armée
de Flandres. Voilà qu'elle eft
la veritable fituation des affaires
de la guerre en Hollande
dans le moment que je vous
écrit . Je ne fçay pas fi elle changera
avant l'ouverture de la
Campagne ; mais le tems eft
court .
Il ne me reste plus à vous
parler que de la Catalogne . Je
puis vous affeurer que les Catalans
y ont reconnu de bonne foy
Philippe V. pour leur legitime
Souverain , & que ces peuples
370 MERCURE
ayant veu ce Monarque de
prés ; parce qu'ils ont eu le
bon heur de le poffeder chez
eux pendant quelque tems , one
ávoüé que fifa naiffance ne luy
donnoit pas les Couronnes qu'il
porte , il les meriteroit par fes
vertus , & par toutes les grandes
qualités qu'ils ont admiré en fa
perfonne ; mais une politique
qui doit les rendre méprifables
à tous les honnêtes gens , & dont
ils ont toujours fuivi les regless
ne leur permet pas d'en ufer autrement
qu'ils font aujourd'hui,
& s'ils n'en ont pas fait éclater
dabord les maximes , ce n'eft
qu'à caufe qu'ils attendoient un
temps favorable pour le faire.
Selon cette politique , ils ont
toûjours cherchez à donner de
GALANT
371
la jaloufie aux Roys d'Efpagne,
afin de ne payer aucunes des
charges de l'Etat , à quoy tous
les Sujets font obligez , & c'eſt
par cette raison qu'ils ont prefque
toûjours eu de l'intelligen-.
ce avec la France pendant qu'elle
étoit en guerre avec l'Efpagne.
Les Catalans feroient encore
la même chofe aujourd'hui ,
file Thrône d'Efpagne étoit
poffedé par un ennemi de la
France ; mais par l'élevation
de Philippe V. fur le Trône ,
ils fe trouvent enfermez entre
deux Puiffances qui peuvent les
mettre à la raifon , lorfqu'ils
s'écarteront de leurs devoirs .
Ils ont une délicateffe là - deffus
qui n'eft pás concevable , & les
moindres chofes leurs font om
372 MERCUR
E
brage. Je dois ajoûter icy une
chofe difficile à croire , & qui
n'entrera pas aifément dans l'ef
prit de ceux qui en entendront
parler ; c'est que voyant que
Philippe V. les traitoit trop
doucement , & n'éxigeoit rien
d'eux , ils ont crû que cela n'étoit
pas naturel , & que ce Monarque
attendoit qu'il fut affermi
fur le Trône pour leur impofer
de gros fubfides , puifqu'ils
étoient plus en état de
les payer , que beaucoup d'autres
de fes Sujets , & voyant que
fi cela arrivoit, ils ne pourroient
plus avoir recours à la France à
cauſe de l'union qui eft entre
les deux Couronnes, ils ont cru
qu'ils devoient ſe donner un
Souverain ; mais un Souverain
GALANT 373
dont ils feroient les maîtres abfolus
, & qu ils menaceroient de
fe donner à la France ou à l'Ef
pagne ,felon que ces deux puiffances
feroient bien ou mal enfemble
, en cas que ce phantome
de Souverain voulut les gouverner
arbitrairement , leur impofer
des taxes , & qu'il ne voulut
pas les gouverner felon leur
volonté , c'est - à - dire prendre
des loix de fes propres Sujets ;
mais ils n'ont pas fait reflexion
qu'ils ne peuvent réüffir dans
leurs deffeins avec le Prince
qu'ils ont choifi. Il eſt vray qu'il
étoit neceffaire que celuy qu'ils
choifiroient eût des Alliés affez .
puiffans pour s'opposer aux forces
des deux Couronnes., afin
de les maintenir ; mais ils de374
MERCUR
E
voient confiderer que ces mêmes
Alliées peuvent un jour le
deffendre contre eux- mêmes
& les mettre à la raison , en les
obligeant de fuivre les loix de
leur Souverain. Ce n'eft pas
tout encore , ils devoient être
perfuadé qu'en fe donnant , le
Souverain dont ils ont fait choix
ils prenoient un maître qui n'avoit
aucun bien , & que ce qu'ils
feroient obligé de luy donner
pour entretenir fa mailon , &
l'éclat de fa dignité monteroit à
dix fois autant que ce qu'ils don
nent au Roy d'Espagne ; car ils
ne pouvoient s'affurer en le
choififfant que tous les Royaumes
qui compofent la Couronne
d'Efpagne fillent le même choix,
& cela n'arrivant pas , ils fe
GALANT 375
trouvent obligez d'entretenir
leur Souverain , felon le rang
qu'ils luy ont donné. On fe récriera
peut - être fur ce que je
dis que l'Archiduc n'a point de
bien , & l'éclat de fa naiffance
qui éblouira ceux qui parleront
de la forte , teur fera tenir cè
langage : mais il eft conftant que
l'Archiduc n'a point de bien ,
les revenus de l'Empire ne le
regardent en aucune maniere ,
& les revenus particuliers de
I'Empereur ne fuffifant pas pour
la dépense qu'il fait ordinairement
, & d'ailleurs fes Pays he .
reditaires font tellement ruinez ,
& il en tire fi peu de chofe qu'il
eft prefque impoffible qu'il puiffe
jamais s'acquiter de tout ce
ce que l'Empereur fon pere a
Mars 1706. Ii
376 MERCURE
emprunté , & de ce qu'à fon
exemple il emprunte tous les
jours Prefque toutes fes pierreries
font engagées , & fes Do.
maines vendus ou engagez . On
n'en doutera pas , lors qu'on
fera reflexion que l'Archiduc
n'a pas touché un fol depuis
qu'il a quitté la Cour de Vienne,
fil'on en excepte 20000.écus
que l'Empereur luy vient d'envoyer.
Cette fomme eft fi mo .
dique qu'elle ne merite pas d'être
nommée , & cependant elle
n'eft envoyé qu'aprés plufieurs
années : de maniere que le Prince
qui l'a reçûë , auroit efté
fort mal dans les affaires fi les
Alliés n'avoient pris le foin
d'entretenir la Maiſon , & fi
T'argent que les Catalans ont
GALANT 377
efté forcez de preſter , pour ne
leur eftre jamais rendu , n'avoit
fervi au même ufage ; de maniere
que ce Prince fe trouveroit
fort embaraffé
s'il eftoit
obligé de le rendre : cependant
ceux dont on l'a arraché pre
tendent bien qu'il leur fera rendu
, & la crainte qu'ils ontde
le perdre fi ce Prince eftoit
obligé de quitter la Catalogne,
eft caufe que la plûpar de ceux
qui ont donné cet argent , font
encore dans fon party ; mais
cette reffource eft foible , &
felon toutes les
apparences ,
elle ne fuffira pas pour empêcher
la perte de Barcelonne,
Les ennemis n'avoient
qu'un
moyen pour y parvenir , qui
eftoit de tâcher d'en faire recue
I i j
378 MERCURE
ler le Siege , afin que leur Flotte
pût avoir affez de tems pour
apporter le fecours que l'Archiduc
attend avec autant d'inquietude
, que d'impatience.
Milord Peterborough avoit i
maginé tout ce qui fe pouvoit
faire de mieux pour donner le
temps dont ce fecours pourroit
avoir befoin pour le rendre devant
Barcelonne & la chofe
eftoit bien concertée , & le Roy
de France avoit efté capable
de donner dans ce panneau. Ce
Milord s'eftoit jetté dans Valence
avec un nombre confiderable
de Troupes , afin d'attirer
pour faire ce Siege , la
plus grande partie des Troupes
de France & d'Espagne,
Il l'auroit fait durer le plus
"
GALANT 379
qu'il lui auroit efté poffible , &
peuteftre même affez de temps
pour donner à la Flotte des
Alliés celuy d'arriver devant
Barcelonne & la perte de Valence
l'auroit alors mis peu en
peine , puifque la Catalogne
lauvée , ils fe tenoient affûrés
de reprendre aifément Valence,
& tout ce qu'ils auroient
perdu dans ce Royaume , mais
ies ordres du Roy ont empêché
fort à propos que l'on ne fit
le Siege de cette Place , qui
n'avoit efté refolu , que parce
que l'on n'eftoit pas perfuadé
que toutes les chofes neceffaires
pour le Siege de Valence ,
feroient auffitôt prêtes qu'elles
l'ont efté .
L'Archiduc a peu de trou
380 MERCURE
pes pour deffendre fa Conquete.
Vous en jugerez par ce qu'il
dit aux Eftats dernier de Catalogne
affemblés à Barcelonne.
Il leur reprefenta , avec combien
de dangers pour fa Perfonne & de
depenfe pour les Alliés , il eftoit venu
dans leur Province , pour affùrerleursperfonnes
& leurs biens consre
leur Ennemy commun ; qu'il avoit
eu un extreme plaifir de voir les peuplesfeconderparleurzéle
fes bons def
feins ; mais que comme les premiers
rayons du Soleil ne fuffisent paspour
diffiper de gros brouillards , la Province
eftoit menacée d'un orage plus
acraindre que tout ce qui l'avoitprecedé
, qu'il eftoit àpropos pour leprevenir
, que les Eftats miffentfur pi ed
quinze mille bammes , & qu'il s'affignaffent
les fonds neceffaires pour
GALANT 381
les entretenir qu'il fe chargeoit de
leurfournir leurs armes & les munitions
deguerre , qu'il méttroit des
Officiers experimentés à la tête defes
Troupes , quifecondées des Anglois
& des Hollandois qu'il avoita.
menés , deffendroient leur Païs con =
tre leur Ennemy , leur reprefentant
quefans ce fecours , ilfe verroit
obligédefe rembarquer pour repaſſer
en Portugal.
Le Préfident luy répondit au
nom des Etats , qu'il connoiffoit
affés la mifere de la Province, poar
ne pas imputer à un zéle refroidi
l'impuiffance où ils eftoient de lay
accorder ce qu'il demandoit : On le
pria de fe contenter de fix mil
hommes , dont la Députation
en fourniroit mil , Barcelonne
mil, & les autres Valles & Com
382 MERCURE
munautés de la Province , les
quatre mille reſtans . Ce Préfident
finit ce difcours en faifant
remarquer à l'Archiduc
que la preuve la plus propre à
le convaincre de la bonne volonté
des peuples de Catalogne pour luy,
toit la reflexion qu'il le fupplioit
de fai e qu'en 5, ans de tems le Roy
Philip eV n'avoitpas exigède cette
province , ce qu'elle donne à l'Archiduc
dans unfeul jour. Ce trait
parut hardy , & fut regardé
comme un préjugé de la mauya
fe difpofition où l'on eft , en
ce pays - là pour ce Prince , &
fa levée des troupes qu'on luy
avoit promis par ce refultat , a
efté tres- médiocre , les Miquelets
, & les Habitans de la Plaine
de Vick , refufant de s'y enga
ger ,
GALANT 383
ger , & difant qu'ils ne veulent
fervir que dans les Regimens de
leur Milices . Ils n'en difent
point la raifon ; mais on fçait
que ce refus ne vient que de ce
qu'ils veulent piller avec liberté
, ce que ne peuvent faire des
troupes foumiſes à la diſcipline
Militaire ,
Ce que le Prefident des Etats
dit à l'Archiduc , en luy faifant
remarquer qu'ils luy donnoient
plus en un feul jour , qu'ils n'avoient
donné à Philippes V.
pendant cinq années , confirme
ce que je vous ay dit , touchant
la faute que les Etats ont fait
en choififfant pour Souverain
un Prince auffi gueux que l'Archiduc
.
La Lettre que vous allez lire
Mars 1706. Kk
384 MERCURE
& ce que vous trouverez enfuite
, vous feront connoiftre ce que
l'onfçait icy au vray, de l'état des
affaires de Catalogne dans le
moment que je vous écris.
A Alcanis le 11. Mars 1706.
Mr le Maréchal de Teffé arriva
hier de Darocka , où il avoit
efté au devant du Roy. Il en eft
revenú tres -joyeux , ce qui nous
fait connoiftre que les affaires
d'Espagne vont affez bien. Le
Roy arrive aujourd'huy à Hicard,
où il fejournera , de là il ira à
Cafpé. Nous comptons de partir
d'icy pour aller à Barcelone pour le
plus tard le 17. du courant , &
GALANT 385
nous partirions plutoft fi le Courier
qu'on a dépeché à Mr de Legal
, eftoit de retour ; car il n'y a
rien qui nous retienne que cela ,
puifque les trois mille mulets de
charge font tous prefts , de même
que les chariotspour apporter nôtre
Pont de Bateaux , pour paffer la
Segre entre Frague & Miquenende
même que la Riviere qui
cia ,
eft à trois ou quatre lieuës de Barcelone
, où nos armées fe doivent
joindre..
Nos frontieres font fort tranquilles
, & nous n'entendons par
ler en aucune maniere des Mique
bets.Je ne say où ils font allez
Kkij
386 MERCURE
ןי
Monfieur le Chevalier de
Montmain arriva le 24. de ce
Mois à Versailles : Il rapporta
Que le Roy d'Espagne eftoit arrive
le quatorze de ce Mois à Cafpé ,
qu'ily devoit féjourner le quinze ,
que le feize toute l'Armée devoir
fe mettre en marche pour aller à
Barcelonne , que l'on comptoit que
Pon arriveroit le vingt - troisième
devant cette Place , que l'Armée
avoit pour quinze jours de vivres ,
que toutes les troupes marquoient
une grande impatience de marcher ,
& un grand defir de combattre ; &
que felon les dernieres Nouvelles
reçûës de Barcelonne l'Archiduc
eftoit toujours dans cette Place
avec une Garnison peu nombreuſe .
Je viens d'apprendre que le
blé manque dans Barcelonne ,
>
GALANY 387
મ
que l'on y enleve avec grand
empreffement tout le pain que
l'on y cuit , & qu'on le mange
encor tout brûlant. Les mêmes
Lettres ajoûtent que dans un
Confeil qu'on y a tenu , l'on a
propofé à l'Archiduc d'aller
dans le Royaume de Valence ;
mais qu'il n'avoit pas encor pris
fon parti là- deffus . On leve aux
environs de Torreil de Mongris
quarante Compagnies de
Miquelets pour le fervice de
Philippe V. Hy en a déja
vingt - quatre en estat de fervir,
& tous les Miquelets qui s'enrollent
, paroiffent de la meilleure
volonté du monde . han
Vous fçavez que les fecours
d'Angleterre deſtinez pour la
Catalogne doivent partir en 3-
Kkuj
388 MERCURE
temps differens ,dont il n'y a que
le premier Convoy de parti , cfcortédes
Vaiffeaux de guerre ,
les Troupes ne font pas nombreuſes
, & perfonne n'ayant
voulu s'enroller pour aller k
loin , on a eſté obligé de faire
des détachemens des Troupes
qui font en Angleterre Ledernier
fecours qui eft le plus confiderable
, ne partira qu'au mois
de May , ainfi il y a lieu de croire
que l'expedition de Barcelone
fera finie avant que ce lecours
arrive. Il eft vray que
l'Amiral Lake , qui eft à Lif
bonne , prepare une affez groffe
Flotte , qui pourra arriver plû
toft , mais la plupart de ces
Vaiffeaux n'eftant que du 2.
& 3. rang, & ceux de ce derGALANT
389
I
nier rang eftant les plus nombreux
, cette Flotte n'eft
fort à craindre .
pas
Les Portugais fe croyant fuperieurs
fur les frontieres de
Caftille , font tous leurs efforts
pour entrer les premiers en
campagne ; mais Mr le Duc de
Barvick qui eft arrivé depuis
quelque temps à Madrid , doit
cftre prefentement à la tefte des
Troupes d'Espagne , qui doivent
cftre renforcées de plufieurs
Bataillons François , &
comme les Espagnols ont beau
coup de confiance en ce Duc ,
& que d'ailleurs Mr le Marquis
de Riſbourg vient d'accepter le
Gouvernement de Badajos , il
paroift que les Efpagnols ne
font pas fort inquietez des me-
"
390 MERCURE
naces des Portugais.
Le bruit fe repand fortement
que l'on doit faire un fort gros
détachement d'Allemans pour
TArmée de Mr le Prince Eugene
; cela pourroit déranger ce
que je viens de vous dire des
atraires d'Italie ; mais en tout
cas , fi ce détachement , fuppofé
qu'il fe faffe , nous empêche de
finir cette année la guerre en
Italie ; il fera caufe que nous
pourrons nous recompenfer fur
Je Rhins des conqueftes que
nous aurions faites en Piémont.
Je crois qu'après vous avoir
parlede la guerre , je puis vous en
entretenir de Poëfie. Les Poëtes
chantent fouvent les plus
belles actions des Guerriers , &
GALANT 391
les font connoiſtre à la poſterité.
La piece que je vous envoye
eft intitulée Queſte de
Poiffon. Je m'imagine déja vous
entendre dire , que tout Paris
eft rempli de cette piece , &
qu'il ya déja long - temps qu'elle
eft tombée entre vos mains . J'en
demeure d'accord ; mais toutes
les copies qui en ont efté faites
n'ayant pas efté tirées de l'original
, il s'en trouve tant de défigurez
, que j'ay cru devoir
vous en envoyer une copie correcte.
D'ailleurs ,, des raifons
d'une grande importance , m'obligent
de faire counoistre que
l'original de cette piece , n'a
jamais efté plus long que la copie
que je vous envoye. Il eſt
rare de trouver un ouvrage qui
392 MERCURE
fe faififfe de l'eftime de tout Pais
auffi.toft qu'il commence à
paroiftre , ainfi qu'il est arrivé à
celuy que je vous envoye . Je
n'en fçay point d'autres raifons ,
finon que s'il eft aifé de faire de
beaux ouvrages quand on employe
une riche matiere , &
qu'on la traite avec éloquence
il est difficile de badiner fans
tomber dans la baſſeſſe , & fans
que le badinage devienne fade .
Nous avons des milliers de vo-
Jumes de Lettres ; mais il ne fe
trouve parmi tant de volumes
que les feules Lettres de feu
Mr de Voiture >
qui ayent
eſté admirées , à caufe de l'efprit
que cet Autheury a fait paroîen
badinant agreable
tre ,
ment
.
18
GALANT
393
QUESTE DE POISSON.
Quatre filles ? comment ay -je fait tout
cela ?
Et maintenant qu'en puis-je faire ,.
-Si quand l'ouvrage eft fait on en demeu
roit là ?
Ce feroit une bonne affaire ,
Mais il faut les pourvoir , & c'eft où mo
voilà.
S
Les marier ! fans dot n'eft plus d'ufage ,
Je trouverois ce mot auffi beau qu'Harpagon
,
On l'a profcrit ; c'eft grand dommage,
Que n'est- il encore de faifon.
2
Les mettray-je au theatre , non.
Quand elles le voudroient pourrois-je
le permettre,
Je fuis trop fage , & trop
difcret ma
foy ,
394 MERCURE
Ouy trop fage pour les y mettre ,
Trop difcrer pour dire pourquoy.
2
Voyons donc ce que j'en dois faire ?
Guimpons les ; c'eft le mieux , elles le
veulent bien ,
Mais on ne fait pas voeu de pauvreté
pour rien ,
Eh bien , Queftons , la Cour me tirera
d'affaire.
S
Commençons par le Roy,l'honneur des
Acurs de lys ,
Luy que pour l'imiter toute faCour contemple,
Et ne luy demandons que cinquante
Louis ,
Seulement pour fervir d'exemple.
2
Monfeigneur fi je l'ay diverty quelque
fois ,
Aux cinquante loüis, en ajoutera trente,
Et je luy garentis fur mon gefte , & ma
voix ,
Pour
GALANT 395
Pour le moins mille ris de rente.
$
L'Epaux d'Adelaïde , eft-il moins géné
reux
Non , je fçais à donner combien fa pente
eft grande ,
Mais il trouvera bon que je ne luy demande
,
Que trente louis pour eux deux.
S
J'en auray bien dix de fon frere
Tous biens font communs entre amis,
Il eft des miens , il me l'a bien promis ,
Dix louis l'epreuve eft légére.
S
Voyons ce que Madame
donnera ,
a fon tour
Les foeurs de fon filleul meritent bien
par là ,
Que dans leur bon deffein , fes dons les
favorifent ,
,
Tenons nous en a ce qu'il luy plaira
Máis non , ce feroit trop , dix louis me
fuffifent.
Mars 1706.
LI
+
396 MERCURE
S
Pour l'illuftre Duc d'Orleans ,
Sous peine d'un Eloge il donnera cent
francs ,
Prenons de fa moitié qui pour luyfeuf
Loupire
Dix louis Dieu luy rende en ce qu'elle
défire.
S
Le digne fils du Grand Condé ,
Scait doner des feftes fuperbes ,
Il fcait faire fortir dés qu'il la comman
dé
pe
Des feftins de deffous les herbes :
Quoy qu'il n'ait point encor fair de
tits prefens ,
Pour fon apprentiffage il va donner cent
francs
S
L'Intrepide Bourbon , & fon aimable
Epoufe ,
Vontjoindre leur prefent au fien ,
Pour dix Louis je les quitterois bien
Si la rime n'en vouloit douze.
GALANT 397
Par la belle Conti mes voeux font pré
venus .
Une des Graces qui pour elle
On quitté la Cour de Venus.
M'apporte dix Louis , c'eft une bagatelle,
Mais des mains d'une Grace , ils valent
mil écus.
Se
Conti , le grand Conti , qu'en vain l'affreüfe
mort ..!!
Eh , pourquoy m'embarquer dans ces
grandes paroles ,
Quel befoin de m'enfler fifort
Pour luy demander dix piftoles.
L'Aigle de Jupiter , du Maine, à qui
Louis ,
A confié le foin de fon Tonnerre....
Tout beau , de ces Objets mes yeux font
ébloitis
Moderons noftre effor , & rimons terre
à terre,
Que fon Epoufe & luy m'aident dans
Llij
398 MERCURE
-mes befoins ,
De vingt Louis pour eux , ce n'eft pas
une affaire ,
Et ce fera fur l'état moins
De tous les biens que j'en efpere.
Pour le grand Amiral , favory de Thetis
Qu'il mette dix Louis à la groffe avanture
,
C'eft moy qui les luy garentis
La Mer même n'eft pas plus füre.
Sp
Des Ducs , des Maréchaux , e reglons
point les rangs ,
Ils donneront chacun cinquante franes.
S
Paffons au Chefdes Loix l'appuy de l'in
nocence
Ce fage à qui Themis a remis fa balance,
Qu'il mette d'un côté cent francs ,
De l'autre , ma reconnoiffance
Les cent francs , j'en fuis feur , feront les
moins pefans.
GALANT 399
2
Jufqu'icy les effets ont fuivi mes paroles
Des Miniftres , j'attens un fupplément
nouveau ,
Ils ne pourront entr'eux refufer vingt
piftoles ,
Ou la Seine pourra me refuſer de l'eau.
2
Ma foy , voicy ma fomme faite ;
Non , je croy qu'il y manque encor
Apeuprés un demi-marc d'or.
Eh bien , c'eft aux Prelats à la rendre
complete.
la Charité qui n'aime qu'a
Mais que
donner
.
Neprenne point pour un outrage
De ce qu'en la taxant je femble la bornar
?
Se que j'ay demandé ne la doit point gêner
,
Elle peut donner davantage
Je le prendray fans chicaner .
Ll ij
400 MERCURE
ܪ܂
Le mot de l'Enigme du mois
paffe , eftoit le Limaçon ; ceux
qui l'ont trouvé , font Mrs :
l'Abbé Coffinier : Gaignat , le
Senateur Latin : Dubourg: Bequet
du Pont Noftre Dame , &
fa charmante voifine le bon
pere du Hamel & fon neveu
Nion : Poifac , Chappelier du
Roy : Luc , ruë faint Honoré :
Hulay , Sieur de Garabella
Louis dugrand éclaire : le Prieur
d'Anglefort , Coadjuteur de Mr
Jarcellat : le Contrôleur Gencral
de la premiere Caffetric du
monde : l'Agréable dans les
compagnies le pere Jacob du
Pant de Notre - Dame , & le
Roy Jorand , du mefme endroits
le Mouton de l'Hoftel des Urfins,
& fa charmante Belle- four
LX
:
GALANT 401
Amant fecret des deux pilliers
d'or de la ruë S. Jacques : l'Amant
du 31. Aouft . 1705. l'enjouée
Madame Vernier , & l'agréable
Me Mirebaule de l'Hô
tel des Urfins : Cattin Toffiers,
& fon Compere Odiots : la belle
Bourfins de l'Hoftel des Urfins,
& l'aimable Bourelet: la voisine
Mlle Rouffeau de la ruë des
Blanes - manteaux : la Prefidente
de l'Election de Chaumont &
Magny Barbe de Bantville :
l'Aimable & fpirituelle Louife,
de la ruë neuve des Petits-
Champs : la Groffe & fon cher
Marquis la Maiftreffe de la
jolie babiolle la petite Brune
de la rue des Lombards : Manon
Ouvré : la Gouvernante joviale
de l'aimable & toute fpirituelle
402 MERCUR
E
1
petite poulette de la ruë de
Clery la belle à l'Anagrame,
fes manieres fines, au delà de la
Porte faint Honoré la belle
blonde , de la rue des Anglois :
la Bergere Climene & fon Berger
Tircis : le prétendant à Marie-
Anne de l'Aigle Mile
Courbon : la Prude amoureuſe
& fa petite foeur l'Intrigante ,
rue des Noyers : la brillante des
enclos de la rue des Prouvaires :
la perire devant le Palais , à l'Anagramé
le fils du fieur Maindeletes
, Drapier d'Orleans : Son
Compere de la Lance : Legros
tout rond de la Barbe d'or , le
Maitrea la Gaillardes fa belle
belle-mère , rue Jean - painmoler
, & Fépoux de la Princoffe
: la belle Origy du petie
GALANT 403
Hoftel d'Harcour : Mr de S.
Bigor , & le beau - frere da
l'Abbé.
F
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIGME.
Faltere la délicateffe ,
Du lieu dont jefuis l'ornement :
Je viens toujours tout doucement
Et l'on me chaffe avec viteffe.
L'on feroit bienfachè de ne me point
avoir ;
Souvent on me defire avec impa
tience ,
Et fi-ioft queje veux , prendre un
peu ma croiffance ,
On me traite avec violence ;
Et dans le lieu de ma naiſſance
Onnesçauroitfe refoudre àme voir
}
404 MERCURE
Jembelis , j'enlaidis , l'on maiuı
Von me bait sa
Et l'on me fait , lorsque l'on me
défait! Love SELAY
Des gens de pieté profonde
Pour me garder fortent du monde ,
Tout le reste du genre humain ,
Me traite tour à tour d'une façon
fevere ,
Mais malgré tout ce qu'on peus
faire
On me chaffe aujourd'huy, je revien
dray demain.
SUITE
Des Affaires préfente de la
Guerre.
Il y a trois Partys dans Barcolonne
; celuy de Philippe V.
celuy de l'Archiduc , & celuy
GALANT
405
des Independans. Ce troifiéme
Party ck regardé comme l'Efcadron
volant qui fe fait craindre
à Rome pendant les Conclaves
, & qui fortifiant le par
ty des Cardinaux auquel il fe
joint , fait toûjours un Pape.
Les Allies , craignent qu'il
n'arrive la même chofe à Barcolonne
, & que ce party ne ſe
fe joigne à celuy de Philippe V.
& ce qui leur fait apprehender
davantage que cela n'arrive ,
eft que les Bourgeois s'obftinent
à vouloir fe garder feuls.
Il n'y a prefque point de doute
que lors qu'ils le trouveront
les maîtres d'agir felon leur
volonté , ils ne livrent leur Ville
à Philippe V. pour obtenir
le pardon de leur crime.
.
406 MERCURE
On croit que l'Archiduc prendra
le party de fe retirer dans
les Montagnes , parce qu'il y a
moins de rifque pour luy , que
de s'enfermer dans une Ville ,
dont les Habitans pourroient
le livrer pour faire leur paix
mois d'un autre cofté il craint
que Barcelonne pris , les Miquelets
qui luy font le plus affidės
ne l'abandonnent de
maniere qu'il fe trouve fort embaraffé.
Les vents qui ont reculé
l'arrivée de Monfieur le
Comte de Toulouze devant
Barcelonne , ne nous ont heureufement
fait aucun tort, puifque
s'il y eftoit arrivé plutoft ,
il n'y auroit pas trouvé l'Armée
que commande le Roy
d'Espagne, & celle de Monfieur
ز
dc
GALANT 407
de Legal , le mauvais temps
ayant empêché que toutes les
chofes neceffaires pour leur
marche , ne fe foient trouvées
prêtes pour le temps où on
avoit refolu que ces armées
marcheroient.
A l'égard du Royaume de
Valence , tout y eft en combuftioni
depuis que l'on y a cub
des nouvelles affurées que Bare
celonne alloit eftre affliegée
Monfieur le Comte de las
Torres a pris de nouveau plus
fieurs poftes aux environs de:
la Place , & la ferre de fort
prés. Il attend les Troupes
des deux Heros de la Foy , c'est
lenom que l'on donne aux deux
Evêques qui ont pris les armes
pour la maintenir Monfieur
M
408 MERCURE
de Las Torres attend auffi de
plufieurs endroits des renforts
de troupes reglées ; mais tous
ces fecours feront peu neceffai.
res, & il n'y a point à douter
que dés que Barcelonne fera
pris , tout le Royaume de Valence
ne fecoue le joug des Infidéles
, fous lequel il fe repent
de s'eſtre mis . La difpofition à
ce changement eft déja grande
parmi les Habitans de Valence,
qui font-outrés des mauvais
traitemens qu'ils reçoivent des`
troupes qui les pillent , qui les
maltraitent , & qui fe font emparés
de toutes leurs maiſons.
La difette d'argent rompt toutes
les mesures des Hollandois.
Le Peuple ne veut point abfolu
ment que l'on impofc . de nous
GALANT 409
"
veau le deux- centiéme denier , &
s'obtine encor plus fortement
à l'impofition d'une taxe fur
quelques denrées , ce qui est
entierement contraire à l'uſage
d'Hollande Cependant le
temps preffe & largent manque
.
Je ne vous dis rien faute de
temps & de place , de la derniere
action de Monfieur le
Chevalier de l'Aubepin fur le
Lac de Garde , où vous fçavez
qu'il s'eft fouvent diftingué
. Il y a pris une Barque ,
où il y avoit un petit Corps
de troupes avec fept Capitaines
, dont trois ont efté tués ,
& huit cens habits neufs qui
eftoient deftinez pour un Régiment
dont les Soldats en ont
grand befoin. Mij
410 MERCURE
Je vous prie de faire reflexion
que je finis ma Lettre ce moiscy
dés le Samedy vingt feptiéme
du mois , & comme vous ne la
recevrez que cinq jours aprés ,
Vousne devez pas eftre furpriſe,
fi vous n'y trouvez point les
nouvelles qui feront arrivées depuis
le vingt - feptiéme. Je fuis ,
Madame , voftre , & c .
A Paris , ce 27. Mars 1706.
AVIS IMPORTANT.
On vendra les de May , le
Mercure d'Avril . Le Lecteur
cft prié de pardonner les fautes.
d'impreffion qui s'y trouvent
depuis quelque temps , & d'y
fupléer , par fon efprit . A mefure
que l'Auteur a perdu la
GALANT 411
vûë, ces fautes ont augmentées ,
& toute fon attention à écouter
la lecture de ce qu'il dicte ,
n'empêche pas qu'il n'échape
à fon oreille , ce qui n'échaperoit
pas à fes yeux , s'il voyoit
clair . On fe flatte de trouver
dans la fuite , des moyens d'y
mettre ordre.
TABLE..
P
Relude.
Panegyrique de Clement XI. prononcé
à Rome,
Fpitaphe ,
- 8:
II
Fete auftrare que curieufe , avec
un tres beau difcours remply
& erudition fur le fujet de cette
fefte,
Plufieurs Articles d'érudition , 44
211
Lettre touchant le Traité de la
Pâque ,
59
99
Premier Article des morts ,
Relation remplis de faits nouveaux
de la Bataille gagnée par le General
Ren/ hild, 143
Dons faits par le Roy d'Espagne ,
155
Regimens donnez par l'Empereur ,
161
Compliment fait à l'Empereur, par
TABLE.
167™
176
Mr le Marquis Del- Vafto, 164
Explication d'une Medaille , frappée
à la gloire de Monfieur le
Duc de Lorraine ,
Conjuratio initas, & extincta
Neapoli ,
Traduction d'une Lettre Paftorale de
Mrs les Evefques de Cartagene ,
& de Murcie , touchant la conjuncture
des affaires préfentes , &
le droit de Philippes V. àla Cou
ronne d'Espagne ,
1800
Election d'un General des Jefuites ,
215
Gouvernement de Charleroy , donné,
£ 218
Compagnie donnée à Mr le Comte
d'Albert , 222
9
Requeßte préſentée à l'Empereur
par Mr l'Evefque de Farnback,
&par Mr le Comte de Torring,
TABLE.
Deputez des Etats de Bavierre,
222
Reflexion fur cette Requefte , 237
Mariages , 239
Suite des divertiffemens de Clagny,
265
257
Extrait d'an Mandement de Mi
le Cardinal de Noailles ,
Vifite rendue par S. M. B. à Mr
le Nonce , pour voir fa Bibliotheque
, & plufieurs Inftrumens
regardant diverfes Sciences , 271
Addition à la Lifte des Va Jeanx
commandez par M le Comte de
Toulouż , qui eft dans le dernier
Mercure , (
283
Article curieux touchant le Capi-
Sustaine Jacob Pasteur ,
Brevets de retenuë , dɔnnez ,
Gouvernemens donnez
Regimens achetez.,
286
288
289
291
TABLE.
Second Article des morts ,
3039
Addition à l'Article du Roy d'Angleterre
, & de Mr le Nonce ,
3:06
Lettre de Madrid,
3:10
Seconde Lettre de Madrid , 319
Situation préfente des affaires de la
Guerre dans tous les lieux où les
deux Couronnes , & les Alliez
ont des troupes ; cet Article en
contient huit ou dix fort curieux,
339
Queste de Poiffon.
390
400
Suit, de lafituation des affaires de
Article des Enigmes .
laguerre. 404.
Avantage remporté par Mr le Chevalier
de l'Aubefpin ..
Avis important.
409
4.10
Avis pour placer la Figure.
La Medaille doit regarder la
page 168.
. 511m
1706,3
Mercure
<36624505160013
<36624505160013 .
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MARS , 1706 .
APARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant .
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut ſe diſpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VI.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR
ILy a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis
qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement
de chaque
Volume
au Mercure
, puis
que malgré les prieres rèiterées
qu'on a faites d'écrire en
caracteres
liftbles les Noms
propres quife trouvent
dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez
, on neglige
de le faire , ce qui est
canfe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port,
5
MERCVRE
GALANT
MARS , 1706.
OUS me mandez
que les Preludes de
mes deux dernieres
Lettres ont efté fort applaudis ;
je n'en fuis pas furpris , puifque
ces applaudiffemens ne font
A iij
6 MERCURE
4
dûs qu'à la beauté de la matiere
, & que les Portraits les plus
fimples des actions du Roy
n'ont befoin ny des fecours de
de ceux de l'Eloquenl'Art
, ny
ce pour eftre embellis & admirez
: En effet , ces fecours fontils
neceffaires
, lorfqu'il paroift
impoffible
de donner feulement
une idée qui puiffe bien
répondre
aux choſes dont on
doit parler . Qui pourroit
, par
exemple , entrer dans les détails
immenfes
du travail où le
Roy s'cft plongé pendant tout
l'hiver , pour avoir au Printemps
huit ou neuf Armées
GALANT
7
tirées de fes propres Sujets
payées de leurs deniers , & prêtes
à agir fur les plans que ce
Monarque s'eft formé pour les
operations de chacune , pendant
tout le cours de la Campagne
, à moins
que des évenemens
imprévus ne l'obligent
d'en faire de nouveaux. Tout
cela eft fi beau & fi grand , qu'il
eſt difficile de fe l'imaginer ;
c'eſt pourquoy je ne m'éten
dray pas davantage fur cet Article
, qui me fournira abondaminent
dequoy vous entre
tenir pendant toute la Campagne
. Je paffe de ce qui touche
A iiij
8 MERCURE
un puiffant Monarque , à ce
qui regarde un grand Pape.
Le P. Jofeph - Ignace Chiaberge
, Jefuite , a prononcé
dans le College Romain , le
Panegyrique de Clement XI.
La divifion de fon difcours fut
que Clement XI . a réüni en ſa
perfonne l'office d'un tres -bon
Prince , & celuy d'un excellent
Pafteur ; l'office d'un bon Prin
ce , pour affurer le bonheur
temporel de fes Sujets ; celuy
du Paſteur , pour procurer le
falut éternel de fon Troupeau :
Deux devoirs que Clement
XI. a rempli auffi exactement
GALANT 9
que la loüange juſte & veritable
, que luy donne ailleurs fon
Panegyrifte
, dans un ouvrage
de Poëfte.
Nec melior Dominus , nec Pater
effe poteft.
Celuy - là eft bon Prince , dit
l'Orateur , & bon Maiſtre , qui
a fçu conferver la tranquillité
& la paix à fon Peuple ; lorfque
la guerre l'environne &
l'affiege de tous coſtez , qui l'a
fait jouir d'une pleine & gratuite
abondance , dans des temps
où tout coûtoit infiniment , &
oùtout manquoit à ſes voisins.
Ce Panegyrique qui eft rempli
10 MERCURE
de beaucoup d'autres endroits
fort délicats , reçut de grands
applaudiffemens . Le Pere Chiaberge
a beaucoup d'éloquence ;
il a donné des preuves de fon habileté
en plufieurs occafions d'éclat.
Sa réputation eft connue
dans toute l'Italie ; & il fait l'un
des principaux ornemens du
College Romain qui eft rempli
de beaucoup de perfonnes
d'une profonde erudition .
L'Affemblée fut auffi illuftre
que nombreuſe lorsque ce Pa
negyrique fut prononcé . Pref
que tous les Cardinaux qui font
à Rome s'y trouverent accom
GALANT II
pagnez d'un grand nombre
de Seigneurs Romains. On y
vit aufli beaucoup de Dames
de la plus haute diſtinction . M
le Cardinal Paulucci donna à la
fin de l'Affemblée
de grandes
louanges au Pere Chiaberge.
L'Epitaphe qui fuit eft de
M' Bailliet , dont je vous appris
la mort le mois dernier .
EPITAPHE.
BAILLIET , dont nous pleurons
la
perte ,
Fut docte , modefte &pieux ,
21 MERCURE
Les ouvrages fortis de fa plume difcrete
,
Sont tous édifians, inftructifs , curieux .
Les Sçavansfoûmirent leur gloire
Auxjugemens qu'il en traça ,
Et c'est ainsi qu'il commença
A s'acquerit un nom d'immortelle
memoire
Quefes derniers écrits pouvoient feuls
couronner ,
Sa conduit fut fi chretienne
Qu'à l'Histoire des Saints qu'il
vient de nous donner
On doit bien- toft joindre la fienne.
On trouve rarement des occafions
de faire des Feftes femblables
à celle dont je vous
envoye la defcription , ceux
qui pourroient fe donner cette
GALANT
13
fatisfaction n'en faiſant prefque
jamais. Vous trouverez
dans la Relation de celle que
je vous envoye , un Difcours
rempli d'érudition , & de remarques
curieufes fur ce ſujet ,
dont la lecture vous fera plaiſir.
Le vingt - deuxième Février
Mr Titon , Directeur General
des Fabriques & Magafins d'Armes
de Sa Majesté , finissant
par une grace du Ciel ,
du Ciel , parti
culiere , la cinquantiéme année
de fon mariage avec fa même
& unique Femme , crut devoir
en rendre à Dieu des actions de
14 MERCURE
graces folemnelles , & pour ce
Sujet , il affembla dans fa belle
Maifon du Fauxbourg Saint
Antoine , tous fes enfans & fes
petis - enfans , & en prefence de
Monfieur le Sourd , Čuré de
Saint Paul , de Mrl'Abbé Anfelme
, & de plufieurs perfonnes
de diftinction ; on dreffa un Acte
de ce renouvellement
de Mariage,
qui fut fait & paſſé pardevant
Pierre Savalette , Notaire
au Chafteler.
L'Acte ayant efté figné par
toute l'Affemblée , on mena folemnellement
le Marié la
Mariée , de la Salle à la ChaGALANT
IS
pelle domestique ; où s'eftant mis
genoux au pied de l'Autel ,
& s'eftant relevez aprés quelques
courtes Prieres , pour ſe preparer
à la Ceremonie. Le Pere
Titon , leur fecond fils , Chanoine
Regulier de Saint Auguftin
de la Congregation de Sainte Génevieve
, Prieur de Saint
Germain de Dourdan , Diocefe
de Chartres , leur fit debout le
Difcours qui fuit.
Heureux les yeux qui voyent
ce que vous voyez; car en verité
je vous dis que plufieurs ont
defiré voir ce que vous voyez ,
16 MERCURE
& ils ne l'ont pas vû, en S. Matthiều
ch . Is .
Leſquels dois-je le plus feliciter
dans cette fainte & joyeufe
ceremonie , ou de vous ,
Monfieur & Madame , ou de
cette nombreuſe poſterité qui
vous environnent
; ils voyent
un Pere & une Mere de qui ils
ont reçu la vie , renouveller enfemble
ce beau & facré lien ,
par lequel ils font & le font
honneur d'eftre vos enfans :
ils voyent ce que peut la
force d'un temperament
fage
& bien reglé , qui vous a conduit
tous deux jufqu'à l'âge de
ce precieux renouvellement
,
GALANT 17
avec toute la vigueur d'efprit ,
& toute la fante des corps les
plus robuſtes : ils voyent enfin
la tendreffe de l'union conjugale
, fi rate aujourd huy entre
les perfonnes mariées , perfeverer
neanmoins dans vos deux
coeurs , malgré le nombre des
années , avec toutes les graces
des premiers jours de voſtre
Foy , & venir prendre encor
de nouvelles forces aux pieds
des Autels. Beati oculi qui vident
quæ vos videtis ?
N'eft - on pas heureux d'avoir
de fi beaux exemples domeſuques
, &ce bonheur eſt-il
Mars 1706. B
18 MERCURE
accordé à toutes les familles?
Combien y en at - il qui ont
defiré de voir ce que nous
voyons icy , qui ne l'ont jamais
vû & qui ne le verront
jamais ? Le Ciel vous a fait cette
grace , Monfieur & Mada
me , & vous finiffez aujour
d'huy l'année cinquantiéme de
voftre mariage : Année jubilai
re fi facrée dans l'Ecriture fain
te , fi folemnelle dans les faftes
des Romains , fi privilegiée
dans nos ufages , & fi digne de
reconnoiffance devant Dieu.
C'eftoit cette année qu'on
annonçoit par ordre exprés du
GALANT 19
Seigneur au fon des trompet,
tes , comme pour réveiller la
joye des peuples , & pour leur
faire oublier les maux , les perres
, les querelles , les inimiciez,
en un mot toutes les miferes
par où ils avoient paffe jufqu'à
ce temps. Il n'eftoit permis à
perfonne d'eftre trifte à l'ou
verture de cette Année fainte.
Seroit-il libre icy , Monfieur
& Madame , à quelqu'un des
Conviez de l'eftre à l'ouver
ture de vos nôces jubilaires ?
le nom feul eninfpire de la joye
& nous promet un veritable
& innocent plaifir par le bon
a
Bij
20 MERCURE
ordre que vous y avez donné
goûtez- le donc , cet innocent
plaifir , puifque vous eſtes les
principaux fujets de la Feſte ,
& réjouiffez- vous dans le Seigneur
de ce que tous les ennuis,
les embaras , & les traverfes
du mariage font paffez pour
ne jamais revenir.
Quelque joye qu'il y ait eu
dans vos premieres nôces , elle
n'a pû aprés tout cftre entiere
cette joye , & plufieurs idées
de trifteffe pouvoient la troubler
en même temps. Il fuffifoit
alors de penfer aux douleurs
mortelles de l'enfanteGALANT
21
ment , aux rifques du Baptême,
& au peril du falut des ames
qui pouvoient perir en venant
au monde. Il fuffifoit de penfer
aux peines de l'éducation
d'une famille , à l'incertitude
des routes bonnes ou mauvaifes
qu'elles pouvoient prendre
: Il fuffifoit enfin pour troubler
la joye de vos premieres
nôces de fentir un grand coeur
pour la gloire des Armes de
fon Roy, & de craindre que
ce beau & noble projet ne puſt
jamais réüffir.
Mais aujourd'huy dans vos
nôces jubilaires , toutes les ap22
MERCURE
prehenfions font diffipées , &
toute idée de trifteffe ceffées ,
faire place à la joye pure pour
& univerfelle de voir tous vos
voeux accomplis ; des enfans
vraiment Cheftiens & tournez
au bien ; une famille bien
élevée & bien établie ; une fortune
folide & bien appuyée ,
enfin la gloire d'avoir fervi
l'Etat pendant quarante ans ,
& d'avoir merité l'eftime du
Monarque & de fes Miniftres.
Rejoüiffez - vous donc dans
le Seigneur , qui a efté vôtre
force durant ces cinquante annécs.
Exultate Déo adjutóri
GALANT 23
noftro. Pouffez des cris d'alle
greffe vers le Dieu Jacob. Ju
bilate Deo Jacob. Vous avez le
même bonheur que ce Patriar
che ; & vous voyez comme
luy les peines & les travaux de
voſtre mariage recompenfez de
la joye la plus parfaite qui puiffe
eftre accordée à des hommes fur
la terre. N'eft- elle pas auffi
pour nous cette joye , Meffieurs
& Mefdames
& n'avons
nous pas quelque part à cette
Fefte joyeuſe
Voicy l'ordre
que nous donne le Seigneur
d'Ifraël ; Buccinate
in Meomenia
tuba. Sonnez de la Trom
24 MERCURE
->
pette dans ce jour du renouvelİment
de mariage , joignez la
douceur des fluttes & des hautsbois
à l'harmonic de l'orgue ,
la majefté des trompettes au
bruit guerrier des tymbales
&t que l'air retentiffe icy des
plus beaux chants de Muſique
dans ce jour fi remarquable
de noftre folemnité , in inftgnis
die folemnitatis veftræ.
C'eftoit dans ce grand jour
que les Romains affembloicnt
chez eux tous les defcendans.
de leur mariage. Le pere & la
mere diftribuoient à chacun
de leurs enfans une Medaille
pour
GALANT 25
pour les engager de fe reffouvenir
à jamais de cette Fefte :
il fe faifoit enfuite un grand
repas , durant lequel le Marié
& la Mariée portoient chacun
fur leur tefte une Couronne
de fleurs : & cette annnée s'appelloit
par excellence , l'An
née de la Couronne , à caufe du
triomphe glorieux , qu'en recevoit
leur mariage
. C
N'avons - nous rien de ferel
blable à ces innocentes cenmonies
dans nos divines Ecritures
; & il n'y a- t- il pas encore
une année digne de Cou-
Tonne pour les perfonnes ma-
Mars
1706 . C
26 MERCURE
riées ? Ouy , Seigneur , vous en
avez preparé une à ceux que
vous aimez fur la terre , &
voſtre Prophete Royal m'apprend
que c'est vous- même
qui beniffez la Couronne de
cette Année de faveur . Benedices
Corona Anni benignitatis
tua. En effet , n'eft- ce
une belle Couronne, Monfieur
Madame, que ce grand nom
qre d'enfans qui eft autour
che vous , entre les Benedictions
e l'Ecriture Sainte promet
- celuy qui craint le Seigneur.
a principale eft qu'il n'aura
qu'une feule femme dans toute
pas
GALANT 27
fa vie, qui vivra avec luy autant
que luy , & qui le fera pere
de tant d'enfans & de petits
enfans ; qu'il pourra en former
le cercle d'une Couronne
-autour de fa Table ; uxor tua
fut vitis abundans : filii tui ficut
novella olivarum in circuitu
menfæ tuæ. Vous n'en voyez icy
qu'une partie,Monfieur & Madame
, le plus grand nombre
de vos enfans eft dans le Ciel
autour du Thrône de l'Agneau
; il acheveroit icy l'au
tre moitié de voftre Couronne ,
& il pourroit s'il eût vêcu vous
faire voir la quatriéme gene-
Cij
28 MERCURE
ration de voſtre ſang , mais il
vaut encor mieux qu'il demande
pour vous dans le Ciel une
Couronne de gloire immor
telle : auffi bien celle dont nous
voudrions icy vous couronner,
ne feroit qu'une Couronne
de fleurs fujette à fe fletrir .
Achevez plûtoft vous- mefme
le refte de la ceremonie des
Romains en donnant une Mcdaille
à chacun de vos enfans,
& nous la mettrons cette Medaille
, ou comme un cachet
fur nôtre coeur , ut fignaculum
fuper cor ; pour aimer à
jamais celuy dont elle repreGALANT
29
fente l'image ; ou comme
un braffeller au tour de noftre
bras ut fignaculum füper brachium
, pour nous reffouvenir
toute noftre vie de la joye que
le Ciel vous a preparée dans ce
beau
jour.
*
C'eſt par ces cinquante années
de mariage que vous
acquererez droit fur tousles pri
vileges fi fouvent accordez par
L'Eglife & par nos Rois , en
faveur des veterans , & des jubilaires
: car ils font exempts
de toutes les peines & de tous
les exercices de leur état fans
Cijj
30 MERCURE
en perdre les honneurs & les
droits.Les droits de vôtre mariage
, Monfieur & Madame , c'eſt
le refpect , la tendreſſe, la complaifance
, & la reconnoiffance
de vos enfans , c'eſt à eux de
yous débaraffer de tous les
foins de la vie , & à fe charger
de tous les poids de vos
affaires , afin que vous n'ayez
plus qu'à jouir du fruit de
vos travaux , à remercier Dieu
des graces qu'il vous a faites
& à le prier fans ceffe pour
la confervation
du Roy qui
yous a comblé de tant de biens ,
& qui vous a fait aujoura
GALANT 31
d'huy tant d'honneur .
Voſtre remariage ne fera
pas mefme privé du fruit ordinaire
de ce Sacrement : car
fi vous avez donné à l'Egliſe
des enfans dans vos premieres
noces ; l'Eglife dans vos noces
jubilaires vous en promet un
bien plus excellent , & plus
miraculeux que l'enfant qui
fut promis par ces trois Anges
à Sara , & à Abraham , dans
l'extremité de leur vieilleffe ;
puifque c'eft l'enfant Jefus
qui doit eftre le fruit de voftre
mariage:vous l'enfanterez fans
douleur , Madame : vous l'éle-
C
iiij
32 MERCURE
verez fans peine , Monfieur ;
mais vous l'aimerez , s'il vous
plaiſt, comme voftre cher Ifaac,
Il vous demande que vous le
partagiez comme un de vos
enfans , & que vous achevicz
de donner aux pauvres la part
de fa légitime
le re-
C'eft la plus belle reconnoiffance
que je puiffe vous infpirer
pour Dieu dans ce grand jour.
N'eft-il pas jufte auffi, Meffieurs
& Mefdames
mercions icy de tout noftre
coeur , pour cet agreable &
rare fpectacle qu'il nous accorde.
Beati oculi qui vident que
que nous
GALANT 33
vos videtis . Quand on a obtenu
du Ciel une guerifon ou quelque
faveur miraculeufe , on a
coûtume d'en faire un Tableau
qui reprefente le miracle : on
Fattache par forme de voeux
dans quelque Egliſe à côté d'un
Autel , ou bien on le fufpend
dans le lieu le plus noble & le
plus apparent de la maifon ,
pour fervir de memorial à toute
la famille.
.
Y eut - il jamais grace plus
finguliere que celle que vous
recevez aujourd'huy , Monfieur
& Madame , & y cut- il
faveur dont la memoire me34
MERCURE
rite plus d'eftre laiffée à la pof
terité. Gravez la donc , s'il vous
plaiſt , ou ſur le marbre ou fur
la toile , mais n'en laiffez pas
perdre la memoire. Pour moy ,
je me charge d'en remercier
Dieu à l'Autel toute ma vie ;
& puifque j'ay eu l'honneur
quoy que tres -indigne , d'avoir
efté choifi feul entre tous vos
enfans pour eftre Miniftre du
grand facrifice de noftre Religion
, je vais l'offrir au Seigneur
pour vous , Monfieur & Madame
, pour la fanté du Roy
noftre bon Maiftre , pour la
profperité de fes Armes , &
>
GALANT 35
pour toute cette illuftre Affemblée
, afin que nous meritions"
tous d'eftre affis un jour aux
Noces de l'Agneau qui font
preparées dans le Ciel , & qui
dureront dans toute l'éternité
des ficcles. Ainfi foit - il .
Ce Difcours eftant fini , Mr
Titon , Prieur , benit fur l'Autel
une grande Medaille d'or reprefentant
d'un cofté le Portrait de
Mr Titon , avec ces paroles latines.
Maximilianus Titon , armis
cudendis Præfect. qui fignifient
l'Office & le Titre que le Roy
luy a donné; & dans le revers de
36 MERCURE
la Medaille , eft une Pyramide or
"née de Trophées d'armes , de toute
forte d'inftrumens de guerre , avec
Mars & Bellonne aux deux côtez,
au bas de la Pyramide , l'écuffon
aux Armes de Mr Titon ,
avec cette Devife latine . Jovis
parat arma triumphis. C'est-àdire
:
3
Il prepare à fon Roy , des
armes pour fa gloire.
Cette Benediction eftant finie ,
on commença la Meffe , pendant
laquelle on chanta un excellent
Motet , fur ces paroles du Pfeaume
80. Exultate Deo adjutori
noftro . Jubilate Deo Jacob.
GALANT 37
Sumite pfalmum & date tympanús
pfalterium jucundum
cum cithara ; buccinnate in
Neomenia tuba in infigni die
Solemnitatis veftræ quia præceptum
in Ifraël eſt. Ĉes paroles
avoient efté mifes en Muſique par
le celebre Mr Marchand , Organifte
; & ellesfurent chantées par
des Muficiens de la Chapelle de
Sa Majefté, accompagnez deMrs
Philidor freres par leurs enfants
, Hautsbois de Sa Majefté,
& par des Trompettes & des
Tymbales de la Chambre.
Al'Offertoire Mr Titon, Prieur
38 MERCURE
Celebrant , donna la Paix à baifer
au Marié à la Mariée, dans la
main de laquelle Mr Titon mit la
piece d'or qui venoit d'eftre benite.
La Meffe finie on chanta en
·Mufique & au fon des Inftrumens
, Domine falvum fac Regem.
Puis le Celebrant dit à
Autel le Verfet & l'Oraison ;
enfuite de quoy on rentra folemnellement
dans la Salle , où Mr
Morel , fils de Mr Morel Confeiller
au Parlement ,&petit-fils
de Monfieur& de Madame Titon,
leur prefenta les Versfuivans.
GALANT 39
EPITHALAME.
Aprés dix luftres écoulez ,
Dans lesparfaitsplaifirs d'un Heureux
Hymenée ;
Aux Autels vos fermens vos voeux
renouvellez ,
Vont encorde vos coeurs unir la defti
nées
Déja , pour éclairer un fpectable fi
beau
L'Hymen rallume fonflambeau,
L'Amour le fuit , non tel que dans
voftre jeuneſſe
Ilparut entouré des plus ardens defirs
:
·Mais il vient , loin de vous banniffant
lesfoupirs
Ajouter à vostre tendreße
>
40 MERCURE
Ce qu'il retranche à vos plaifirs.
Si de fes flammes amoureuſes
Vous ne reffentez plus tous les emportemen's
Vous aurez des nuits moins heureuſes
Mais vos jours feront plus charmans.
Puiffe la Parque qui lesfilo
En prolonger le cours
tranquile !
le rendre
Fadis par des nauds glorieux.
Tithon s'uniffant à l'Aurore ,
Ceffa deftre Mortel , joüift dufort des
Dieux :
Ce que l'Hymen a fait, il le daït,
faire encore,
Pour un nouveau Titon, digne d'un
fidouxfort ;
Hymen , daigne montrer sonpouvoir
& ton zele !
Fais que ces deux Epoux dont taformes
l'accord,
GALANT 41
puiffent revoir encor une Fefte f
belle.
· Ces Vers ayant efté lúsplufieurs
fois & admirez par la Compa
gnie , Mr Titon diftribua fa Medaille
d'argent à chacun des fept
enfans , qui furent tous appellez
dans leur rangpar Mr Savalette
Notaire; il endiftribua de bronze
au reste de la Compagnie : & Madame
Titon donna à chacun de fes
douze petits - enfans , une bourfe
remplie de quarante Demy - louis
d'or.
a
Dans le même temps on fervit
trois tables avec la même magni-
Mars 1706 .
D
42 MERCURE
·le
repas ficence , & pendant tout
ily eut un grand concert de Trompettes
& deTambours.
Lerefte de la journée fe paffa en
réjouiffance , où se trouverent plus
de trois cent perfonnes de diftinction
venues de tous les quartiers
de Paris , & fur les huit heures
du foir , on tira un feu d'artifice
dans le Jardin de cette belle Maifon
, dont le dedans , & les dehors
eftoient illuminez avec des lampes
tout autour des allées du parterre
du grand baffin d'eau ; vis-àvis
duquel eftoit placé le feu , qui
réuffit beaucoup. Pendant ce tempslà
les Trompettes les Tymbales,
"
GALANT
43
formerent un bruit de guerre qui
répondoit à celuy des boëttes , dont
on tira un grand nombre.
Le feu eftant tiré , on fervitaux
Dames une Collation magnifique ,
aprés laquelle toute l'Affemblée
but la fanté du Roy à diverfes reprifes
, & au fon des Hautbois ,
des Flutes , de Trompettes , & des
Tymbales , qui formoient des échos
merveilleufement bien concertez s
ce qui dura jusqu'à onze heures
dufoir ; aprés quoy chacun fefepara
, en portant envie au bonheur
de Monfieur Madame Titon ;
plufiems faifant des voeux au
Cielpour qu'il leur en arrivaſt un
pareil.
ن م
D ij
44 MERCURI
Je continue à vous envoyer
quelques articles d'érudition
ainfi que vous l'avez „ fou
haité .
Le Pere Catrou Jefuite ,
donné au public l'Hiftoire
qu'il a traduite du Portugais
des Empereurs Mogols depuis
Tamerlan jufqu'à celui qui
regne à prefent , nommé Oranzeb
, âgé de plus de 104. ans.
Le mefme Pere travaille à une
-Hiftoire de tous les Fanatiques
qui ont paru jufqu'icy . Celle
que nous avons de M' l'Abbé
Brucis de Montpellier, eft treseftimée.
Elle peut fervir à
GALANT 45
ceux qui travaillent fur cette
maticre.
j
M' Nuguet vient de donner
une grande Diſſertation fur les
viteffes des Liqueurs & leurs
forties des vaiffeaux . Cette Dif
fertation regarde le Pere de la
Maugerie , qui avoit démontré
dans les Memoires de Trevoux
du mois de Fevrier 1705. que
les viteffes des Liqueurs , font
toûjours à leur fortie des Vaiffeaux
, comme les racines de
leurs hauteurs .
M Nuguet confirme cette
demonftration par une experience,
pour l'explication de la
46 MERCURE
quelle , il a fait graver une pe
tite Planche.
Un Auteur Anonime a rendu
publique une Critique de la
nouvelle Grammaire Françoife
, dont on a donné l'extrait
dans les Memoires de Trevoux
, du mois de May 1705.
Cette Critique eft remplie de
traits finguliers , il critique l'Alphabeth
de la nouvelle Gram
maire Françoiſe , ainſi
maniere de s'en fervir.
que
la
On va donner une nouvelle
édition en Flandre , des Lettres
de M. le Comte de Buffi : Voicy
de quelle maniere cette édi
GALANT
74
tion fera difpofée.
Outre les Lettres qui font
dans celle de Paris , & dans les
autres éditions , elle contiendra
unc Hiftoire abregée de la vie.
de M' le Comte de Buffi , faite
non-feulement fur fes ouvra
ges , imprimez depuis la mort ,
mais tirée auffi des Memoires.
manufcrits qui ont efté donnez
par plufieurs perfonnes de
confideration , à la fin de fa vie .
On y verra le caractere de ce
Comte dans toutes les con
jonctures confiderables , où il
a paru , & l'on donnera auffi
des jugemens fur les ouvrages
48 MERCURE
qu'on a imprimez de luy. Ily
aura des Notes fur la plus grande
partie de fes Lettres , pour
expliquer plufieurs faits qui n'y
font defignez qu'obfcurement .
On y ajoûtera plufieurs Lettres
qui ne font point dans l'édition
de Paris , ny dans celles
qui ont paru jufqu'à prefent .
M' l'Abbé du Frefnoy qui a
fait la vie de M' de Buffi , & qui
travaille actuellement aux No,
tes , s'eft chargé du foin de cet
te édition. Il prie ceux qui ont
quelques Lettres nouvelles de
cet Auteur , ou qui fçavent
quelque particularité de fa vie,
de
GALANT 49
de les luy envoyer à Lille en
Flandres,
M' Vitringa , Profeſſeur à
Frankere
, vient de publier en
latin , l'examen de l'Apocalypfe
de Saint Jean , dans lequel il recherche
les vrayes Hypothefes
pour
l'expliquer , & où il examine ce
que Mr Boffuet , Evêque de
Meaux afuppofe dans fon Commentaire
fur cette Prophetie.
Ce Commentaire
qui eft un
mélange de critique , de myftique
, d'hiftoire , & de controverfe
fert en quelque maniere
à l'Apologie de M Jaricu , accable
fous les coups de feu M
Mars 1706
. E
50 MERCURE
l'Evêque de Meaux , qui a fait
voir la fauffeté de fes prédictions
. Cette Apologie n'eſt pas
meilleure que l'ouvrage auquel
elle fert de deffenfe . On y trouve
par tout de fauffes comparaifons
, des fimilitudes forcées ,
ou outrées. La Befte de l'Apocalypfe
, dit-il , vint an monde fous
le Pontificat de Gregoire VII....
L'une des fept teftes de cette Befte
orgueilleufe fut frappée d'une
playe , lorsque l'Empereur Frede
ric Barberouffe refifta aux prétentions
immenfes d'Alexandre I II.
Le Commentateur applique
aux Cardinaux , aux Docteurs ,
GALANT 51
& aux Predicateurs de l'Eglife
Romaine , mais particulierement
aux Dominicains & aux
Religieux de Saint François les
proprietez de la feconde Beſte
dont il eft parlé au chap . 13 .
V. 11. il eft glorieux à ces deux
Ordres d'eftre privilegiées dans
l'efprit du Miniftre & diftinguez
entre les vengeurs de la
Primauté du Saint Siege : mais
il ne fiéra jamais à noſtre Auteur
de donner place à Jean
Hus , à Jerôme de Prague , &
à leurs difciples , parmy les
Joueurs de Harpe , qui chantoient
un Cantique nouveau 2
E ij
52 MERCURE
& qui ne s'eftoient pas foüillez
avec les femmes . Un homme
de bon fens n'auroit. pas affocié
à des Joueurs Vierges une
multitude de gens maricz , ou
corrompus ; & un Calvinifte
ennemi de la Tranfubftantiation
, ne devoit pas recevoir une
leçon du Tranfubftantiateur
Jean Hus . Cet Auteur tres - vifionnaire
abandonne en plufieurs
chofes Grotius & les
meilleurs Interpretes même de
fon party
.
Il paroift un nouveau Voyage
en deux Tomes , qu'on dit
eftre imprimé à Cologne, chez
GALANT 53
Jacques le Sincere , en 1705 .
En voici le titre : Remarques.
historiques & critiquesfaites dans
un Voyage d'Italie en Hollande
dans l'année 1704. contenant les
moeurs , interefts & religion de la
Carniole , Carinthie , Baviere ,
Autriche , Boheme , Saxe , & des
Electorats du Rhin , avec une relation
des differens qui partagent
aujourd'huy les Catholiques Romains
dans les Pays- bas .
L'Auteur qui ne fe nomme
pas , a divifé fon ouvrage en
treize Lettres adreffées à un de
fes amis , à qui il rend compte
des chofes qu'il croit dignes
E iij
54 MERCURE
de fon attention dans le progrés
de fes voyages . Il commence
fa relation à fon embarquement
à Venife , qui eft ,
dit -il , une belle Ville , mais où
l'on n'a pas beaucoup d'affaires¸à
moins que
l'on ne foit Marchand
on Voluptueux. Dans fa navigation
il apperçut Aquilée
Ville autrefois dépofitaire des
forces navales de l'Empire Romain
, & aujourd'huy l'ombre
de fa premiere grandeur.
Il dit que la Maiſon Delphino
eft depuis longtemps en
poffeffion du Patriarchat , &
que le foin qu'elle a de fe le
GALANT 55
perpetuer par les Coadjutoreries
exclud l'Empereur
du
droit alternatifqu'il a d'y nom
mer avec la Republique de
Venife. En parlant de Mayence
, cet Auteur dit que c'eft une
Ville ancienne , & bâtie fur le
confluent du Mein & du Rhin.
L'Electeur moderne eft le Baron
de Schonborn , d'un âge
frais , bon Allemand , attaché à
"l'Empereurjufqu'à fe bannir de fa
refidence , plutoft que d'y voir des
François .
Les douzième & treifiéme
Lettres , qui font les deux dernieres
pieces de l'ouvrage
E iiij
56 MERCURE
paroiffent travaillées d'une autre
main : la force du raifonnement
& la jufteffe du ftile fe
font mieux fentir que dans les
precedentes. L'Auteur quitte
icy le langage d'un voyageur
precipité dans fa courſe , pour
faire l'Apologie de M' Codde ,
Archevêque de Sebaſte . Les
démêlez des Miffionnaires Reguliers
avec les Seculiers , y
font traitez amplement ; mais
toûjours avec un efprit de partialité
, qui fe découvre trop
pour pouvoir perfuader.
Les Theologiens de Berne
ont examiné le Cathechifme
GALANT
57
de M' Oftervald. Ils y ont trouvé
certaines chofes à reprendre,
& fe font adreffez au Magiftrat
, pour en deffendre le debit
dans le Canton . Sur cela l'Auteur
a fait l'Apologie
de fon
Ouvrage , le Magiftrat
a cru
devoir confulter
les Academies
de Zurich & de Bâle , qui ont
répondu que quoy que M'Oftervald
ne s'exprimaft
pas par
tout comme les Theologiens
reformez
; cependant
fes expreffions
pouvant recevoir un
bon fens , & ayant donné luy
mefine des explications
fur
certains endroits
, on ne croyoit
58 MERCURE
pas qu'il fallut faire de bruit
de forte que l'affaire en demeurera
là , le Livre continuant de
fe vendre .
M' Rodolphe premier Profeffeur
en Theologie dans l'Academie
de Berne , a fait imprimer
un Dialogue latin , fur la
queftion , s'ileft nec effaire qu'un
Miniftrefoit regenere. Ce livre eft
divifé en fix parties . 1. L'Hif
toire ou les faits de la Religion.
2. Les Veritez ou les Dogmes .
3. La Morale. 4. Le Culte , ou
le Service divin. 5. Les motifs
de la Religion , tirez de diverfes
confiderations . Et la 6 , les
с
GALANT 59%
mouvemens qu'infpire la Religion.
re-
Je vous envoye un ouvrage
qui convient fort au temps de.
Pafques. Il eft rempli de beaucoup
d'érudition. Jay cru ne
devoir rien changer au ftile ,
& j'ay eu des raiſons pour cela .
Comme je ne met rien aux
marges de mes Lettres , j'ay
tranché ce qui eſtoit à celles de
la Lettre que je vous envoye.
Ce que j'ay ofté regarde les
lieux d'où l'Autheur a tirez les
citations quifont dans fon ouvrage
, & dont plufieurs font
déja marquées dans le corps du
même ouvrage
.
30 MERCURE
REPONSE
De Monfieur Deyfſac à la Let.
tredu Reverend Pere Lamy
Prêtre de l'Oratoire.
F
E ferois fans doute , mon Reverend
Pere, de ceux qui fe laif-
Sent eblouir par une fauffe lueur ,
fi j'avois cru que vous m'euficz
cedé la partie lors que vous refufates
de répondre aux objections que
je vous fis par ma lettre du 20.
May 1704. & je ferois voir par
là qu'ayant peu là votre Traité
de la Pàque , je n'aurois pas pris
garde que vous affûrez dans la même
page , que vous craignez
moins à prefent que vous n'avez
fait autrefois , & que yous
avez experimenté que l'on peut
GALANT 61
répondre F'oublireis auffi l'endroit
de voftre avertiſſement que j'ay
ranferit mot à mot dans ma précedente
, où témoignant que vous
garderez abfolument le filence
fur le fait en queſtion , fi l'on
-ne propofe quelques difficultez de
confequence qui n'ayent point encore
efté affez éclaircies ; vous faites
comprendre que vous ne negligerez
pas de répondre aux nouvelles qu'on
vous fera. Cet endroit donc me prouve
que vous mettrez au jour une défenfe,
& celuy de vôtre lettre où vous
me dites en propres termes : fi quelqu'un.
croit pouvoir deffendre
mon opinion , il pourra répondre
à ceux qui la voudront
combattre , me fait juger que ce·
fera par une réponse anonyme , comme
vous avez déja fait au R. P.
62 MERCURE
Hardouin , & que fi vous vous
excufez dans votre lettrefur vôtre
âge avancé & fur un grand ouvrage
qui vous occupe , dites- vous,
depuis un grand nombre d'années,
ce n'eft pas , comme vous
voulez me le faire entendre , que
vous ne puiffiez plus penſer à´la
difpute de la Pâque , & que vous
ayez dit tout ce que vous fçaviez
fur cette matiere- là ; non , mon
Reverend Pere , ce n'eft rien moins
que cela , d'eft feulement que vous
mépriſez l'Aggreſſeur, quoyque vous
n'en méprifiezpas l'attaque . Comme
je prévois donc que vous répondrez,
je veux vous faire ici les objections
que je voulois ajoûter aux premie
res que je vous fis , pour donner lieu
de répondre par uu feul ouvrage , &
vous épargner un temps qui mepaGALANT
63
voiſt plus précieux qu'à vous- même;
objections que j'ay differé jufqu'à
prefent , fur ce qu'ayant vu lefort
de ma premiere Lettre qui ne pa
rût que dix mois aprés dans le Mer.
cure du mois de Mars de l'an 1705.
j'ai jugé que celle- cy ne pouvant y
eftre mife qu'a pareil temps en 1706.
j'en devois differer l'envoy pour que
la datte en fût moins ancienne.
Je commence. La premiere objection
que je vous fais eft un renouvellement
de chicanne du R. P.
Mauduit , & du Docteur Anonyme
qui font que les Juifs commencent
le jour à minuit ; le premier penfe
bien , mais il le prouve mal ; le fe
cond le foutient à merveilles dans
ce feul endroit où il cite la Fefte de
l'expiation , & bien que vous ayez
crù ruiner fon fentiment par celuy
64 MERCURE
des Mainonydes fur ce qui en regar
de le jeufne , jay mes raifons pour
ne pas differer à l'autorité de ce Rabin.
Je va donc vous prouver par
l'Evangile ; mais d'une maniere fi
claire & fi affûrée , que le jour
commence à minuit chez les Juifs
que je me flatte que vous conviendrez
avec moy que les Rabins pour
qui vous juréz , vous ont abfolulumenttrompé.
Prenez donc s'il vous
plaif l'Evangile , vous y lirez ,
ficut enim fuit Jonas in ventre
Ceti diebus , & tribus noctibus ,
fic erit Filius hominis in corde
Terræ tribus diebus , & tribus
noctibus. Comme Jonas fut
trois jours & trois nuits dansle
ventre de la Baleine , de même le
Fils de l'homme fera trois jours
& trois nuits dans le coeur de la
P
GALANT 65
.
Terre. Voyezmaintenant comment
on peut conter ces trois nuits ,
dont l'Evangile nousfait foy ; quant
moy je le trouve imposible dans
voftre Système , & je vois qu'il n'y
a que vous feul qui puiße applanir
cette difficulté , fans prendre le minuit
pour le commencement de chaque
jour commun ou politique . Pline
ne femble- t- il pas vouloir nous
infinier ce que j'avance , lorsqu'il
écrit, Sacerdotes Romani , & qui
diem définiere civitem , item Egyptii
& Hipparchus , à mediâ
nocte in mediam & c. Ne trouvezvouspas
, mon Reverend Pere , qu'il
femble que cet Auteur comprend les
Juifs fous ce nom Ægyptii , puifqu'il
n'eft pas difficile de prouver
par Strabon , que les Auteurs profanes
ont cri que les Ifraëlites
Mars 1706.
F
66 MERCURE
eftoient Egiptiens ,&que d'autres qui
ont été mieux infiruits n'ont pasfait
difficulté d'avancer que Moyfe leur
avoit donné les loix, & qu'il étoit un
des Preftres d'Egipte , à quoy , fans
doute,donna lieu le mariage de Jofeph
avec la fille de Putiphar , Preftre
d'Heliopolis. Je dis donc que le
jour fe divifoit chez les Juifs comme
chez toutes les nations , en civil &
en naturel. Le naturel eftoit de douze
heures , à lesprendre depuis le Soleil
Levant jufqu'au Soleil couchant , &
le civil de vingt-quatre , parceque la
nuity étoit comprife , avec cette difference
pourtant qu'il commençoit &.
finiffoit differemment chez certains
Peaples , comme on le voit chez Varron,
Pline , Gallius , Macrobe, Cenforin,
Cefar , &plufieurs autres . Les
Juifs divifoient ce jour civil en unjour
GALANT 67
politique ou commun , &en Legalou
Ecclefiaftique. Le commun ou politi
`que commencoit à minuit , comme je
Paydit cy-deffus, & le Legal ou Eccle
fiaftique commencoit à chaque coucher
du Soleil , comme le Levitique nous
l'apprend. Voilà par quel endroit on
trouve aifement pourquoy ! Ecriture
appelle le 14. de Nifan , le premier
des Azymes quoi qu'ils ne commen
caffent que le 15. & pourquoy Iofeph
dit que cette Fefte duroit huit jours ,
´quoy qu'il n'y en eut que fept, comme
on le voit clairement dans l'Exode.
Je n'étends pas cette matiere depeur
de vous ennuyer , je le feray pour_
tant dans la fuite , &je verray cependant
la maniere dont vous vousy
prendrez pour renverser le peu que
j'en écris.
Je paffe maintenant à votre Ben
Fij
68. MERCURE
comme vous >
haarbaim , ou inter duas Vefpe
ras , entre deux foirs , qui eft ce
temps du quatorze où s'immoloit
l'Agneau Pafchal. Vous prenez ce
temps - là pour les trois heures de l'a
prés-midy , comme a fait Scaliger ;
il cite les mefmes Paffages qu'on lit
dans votre ouvrage , il cite Jofeph.
il vous fait entendre
que le Ben - haarbaim que vous citez
du XXIX. Chapitre de l'Exode
, verf. 14. ne luy eft pas nouveau;
il est enfin de voftre opinion fur ce mot
en toutes chofes , excepté pour la manducation
de l'Agneau ; vous fçavez
qu'il le fait manger trop toft , mais
vous n'avez pas pris garde que vous
le faites manger trop tard avec
Maimonides & le Targum Joüathan
que j'ay trouvé de votre fenti
ment , fur le 41. verfet du XII
GALANT 69
Chapitre de l'Exode je dis cecy en
paffant , ne voulant pas.
le
prouver
que dans mon Ouvrage . Je me contente
de vousfaire voir icy clairement
par l'Ecriture , que Ben- haarbaim
ou inter duas Vefperas , fe prend
abfolument depuis que le Soleil fe
couche , jufqu'aux tenebres , comme le.
croyent les Juifs modernes & ceux
qui éirivoient quatre cens ans avant
, Scaliger. Cet Auteur leur fait
leur procès , & dans des termes affez
durs ; mais ce n'eft pas la premiere
fois qu'il s'eft trompé ; je feray voir
un jour qu'il a dormi , & les endroits
où il parle des heures &de Nabuchodonofor
qu'il prétend eftre Chaldéen ;
voas le prouveront par avance , fe
vous confultez Tobie & Judith dans
noftre Vulgate;& Daniel qu'il nous
cite , l'auroit convaincu qu'il erroin
70 MERCURE
Sil l'avoit bien étudié . Il n'a pas
moins erré lorsqu'il a écrit que Nabuchodonofor
n'eftoit pasfils d'un autre
Nabuchodonofor , mais fur tout.
quand il a prétendu que Nabonaf
far eft Baladan , ou fils de Baladan,
dans le temps que l'Ecriture nous
convainc que Nabonaſſar & Nabuchodonoforfont
les memes.
Revenons à noftre Ben- haarbaim
je lis dans nos Livres facrez Benhaarbaim
dans l'Hebreu ; Benfchimfchaia
dans la Paraphrafe
Chaldaique , ou inter duas Vefperas
, ad Vefperam felon les Septante
; & Vefperè , felon la Val
gate , comedetis carnes. Voyez
maintenant après vous eftre remis en
memoire que les Ifraëlites dinoient
à Midi , s'ilsfoupoient à trois heures.
de là , on s'ils fonpaient après le
•
GALANT 7F
toucher de cet Aftre. David dans le
fecond Livre des Rois , chapitre III.
verfet 35. femble ne point s'éloigner
de ce que je dis , &faint Matthieu
m'enfournit lapreuve la plus conftante
quife puiſſe . Examinons cependant
la chofe de plus prés. Vous
fçavez , Mon Reverend Pete , que
le XVI. chapitre de l'Exode que je
viens de citer , nous parle du murmure
des Ifraëlites , des premieres
Cailles qui tomberent dans le Defert
, de la Manne & dujour du Sa.
bath; ily eft dit que le foirdu mefme
iour de leur murmure ils mangeraient
de la viande , & que le lendemain
au matin ils fe fouleroient de pain.
Ils devoient amaffer la Manne qui
eftoit ce Pain , fix iours de fuite ,
compter du premier iour qu'elle tomberoit
, ils avoient ordre d'en amaf72
MERCURE
fer le double le fixième , parce qu'il
ne devoitpas en tomber le lendemain
à cause que c'eftoit le Sabath. Ils'enfuit
donc de la que le iour que les Ifraclites
murmurerent eftoit un Sabath;
que vous preniez ce iour- là ou pour
un iourlegal , ou pour un iour politique
, c'est à dire , foit que vous le
faliez commencer ou au Soleil couchant
ou à minuit , vous n'éviterez
iamais que les Ifraëlites n'amaßent
les Cailles pendant le Sabath , fi
Ben- haarbaim ſe prend pour les
trois heures de l'aprés midi
comme
vous le voulez aprés Scaliger, de qui
vous le tenezfans doute , & Dien
qui faifoit un Miracle chaque feptiéme
iour , pour que les Ifraëlites ne
violaßent pas le Sabath en amaffant
la Manne , fera luy mefme le
premier à le leur faire violer dans le
temps
GALANT
temps qu'il l'ordonne avec tant de
rigueur. Peut- on croire , mon Reverend
Pere , que Dieu foit ainfi contraire
à lui-mefme , comme il eftfans
conteste , fi vous avez raifon ?
t
Vous répondrez fans doute avec
Scaliger , que j'oublie que Dieu n'avoit
pas encore donné fa Loy aux
Ifraëlites ; mais pour corriger cet
Auteur & pour vous prevenir , ie
vous diray qu'il avoit lui- mefme
oublié que Dieu leur avoit donné
Loy quand ils eftoient à Mara ;
Loy, dont le quatrième verfet du
XVI. chapitre devoit le faire fouvenir
, & qui fans doute n'eftoit pas
differente de celle que Moyfe reçut
dans la fuite fur la Montagne de
Sinaï.
J'admire cependant le Pere Manduit
qui croyant que la Pâque s'im-
Mars 1706 . G
74 MERCURE
›
moloit à trois heures de l'aprés midy,
dit pour raifon , & je ne me trompe
pas , que c'étoit afin que la prépara
tion ne s'enfit pas dans le Sabath
lorfque des Azymes commençoient
avec le feptième jour ; mais qui ne
voit pas la foibleffe de ce raifonnement
? Je le détruis fans peine , difant
qu'immolant la Paque à trois heures
de l'aprés midy , l'on l'auroit fans
doute immolée dans le Sabath quand
le XIV.de Nifan en eftoit un, comme
il arriva l'an du monde 3757:
qui concouroit encore avec la fixiéme
année du Regne de Darius Hyftafpis,
queValere-Maxime appelle Darius«
Ochus.
Revenons encore à noftre Benhaarbaim
que j'ay prouvé devoir
commencer avec le coucher du Soleil;
revenons-y , dis-je ,parce quejefçay
GALANT
75
que vous ne pouvez pas facilement
confentir que le Sacrifice de l'aprés
midyfe falfe après le coucher de cet
Aftre. Vous en conviendrez néanmoins,
quoique vous ayez écrit, fondé
fur l'autorité de Jofeph , qu'il fe faifoit
à nos trois heures de l'aprés midy,
& que vous ayez ajouté cette petite
glofe ; Sans doute que ce Sacrifice
ne fe faifoit pas la nuit aprés que
le Soleil étoit couché , & le Temple
fermé : Favouë que ce raifonnement
paroift fondé , mais pourtant je
me flatte de vous lever ce petit fcrupule
par le mefme Jofeph que vous
citez. Si vous prenez donc la peine de
lire le Chapitre où il parle des prodiges
étonans qui précederent la deftruction
de Jerufalem , vous y trouverez
qu'à la Fefte de Pentecôte ,
les Preftres , felon leur couftume,
Gij
76 MERCURE
étant entrez la nuit dans le Temple
pour facrifier , fentit d'abord
quelque mouvement , qu'ils enrendirent
quelque bruit,& enfuite
une voix , qui dit tout à coup ,
fortons d'icy. Fefto autem die , quem
Pentecoften vocant , nocte Sacerdotes
intimum Templum more
fuo ad divinas res celebrandas
ingreffi , primùm quidam motam,
quemdamque ftoepitam fenferunt
, pofteà verò fubitam vocem
audiere , qua diceret , Migremus
hinc. Fe fçay bien que vous pourrez
répondre que ce more fuo , fe rapporte
à la Fefte de Pentecofte , &
que cette Phrafe doit s'entendre du
Sacrifice particulier à ce jour & non
du perpetuel ; mais le mal eft qu'il
faut prouver que ce Sacrifice particulier
avoit aufli une heure particu
GALANY
77
,
licre , jufques-là , je dis hardiment
que Jofeph s'eft trompé comme il a
fait fans contefte dans fon cinquième
Chapitre du fecond Livre de fes Antiquitez,
où il met , decima tertiâ ,
pour decimâ , & quartâ decimâ
pour quintâ decimâ , qu'il faut ou
que quelque demi- Sçavant ait corrigé
l'endroit de ces mefmes Antiquitez
fur lequel vous vous appuyez après
Scaliger ; ce que je foutient avec
d'autant plus de confiance que l'endroit
de l'Exode que j'ay rapporté ,
m'eft abfolument favorable. D'ail
leurs il me femble que Dieu eftant le
Principe & la Fin de toutes chofes ,
& devant l'eftre par confequent de
toutes nos actions , le Sacrifice fe faifant
le matin un peu avant le Soleil
levant , & la nuit aprés que cet Af
tre s'étoit couché , comme on le voit
G iij
78 MERCURE
chezJofeph , ilfe trouvoit là une certaine
Analogie qui ne me paroift pas
ridicule. Il me paroift encore que ces
deux Sacrifices vous montrent affez
voftre devoir en vous faifant comprendre
qu'il faut prier Dieu bon matin
& fort tard , c'est à dire , qu'il
faut luy offrir ce qu'on doit entreprendre
, & le remercier après que la journée
afini , dufoin & de la bonté qu'il
a eu de nous conferver. Vous fçavez
mieux que moy que la journée duroit
douze heures qui estoient tantoft plus
longues & tantoft plus courtes , parce
que le temps que Le Soleil refte fur
Thorifon en eftoit la regle , ce quifait
que je puis fupprimer ce que j'en devrois
dire , fi vous l'ignoriez. Si vous
voulez voir un autre Ben- haarbaim
vous le trouverez , outre les endroits
où il eft parlé du Sacrifice dufoir ,
GALANT 79
vous le trouverez, dis -je , dans le
Chapitre XXX. de l'Exode, verfet
S. où il eft dit que les lampes s'allumoient
Ben - haarbaim ou inter
duas Vefperas , c'eſt à dire , entre
deux foirs.
don-
Je dois dire icy , pour ne pas
ner une haute idée de ma capacité
que je n'entens ni Grec , ni Hebreu ,
quoique je vous parle de ce Benhaarbaim
, je ne fçay pas mefme lire
ce dernier , & je n'aurois pas fçis
qu'ily eut Ben haarbaim à tous les
endroits que je cite , fi je ne l'avois
ainfilu dans votre Ouvrage, & fans
la traduction interlineale de ma Po.
liglotte de Londres.
Que dirai-je maintenant de Jofeph
que vous voudrez fins doute foûtenir,
je vous diray , fans craindre , la reconciliation
que vous reprochez au
Giiij
80 MERCURE
R. P. Hardouin , que tout Sçavant
& tout grave qu'il eft , je trouve
qu'il ignore fa Loy , & qu'il eft un
courtifanfieffe . Il ignore fa Loy,parce
qu'il fait allumer quatre lampes
pendant la nuit , & les trois autres
pendant le jour , preferant fans doute
le fentiment de Hecataus & de
Diodore de Sicile à la doctrine infaillible
de l'Ecriture qui lui auroit
appris que les fept lampes brûloient
pendant toute la nuit feulement
c'est à dire , depuis Ben- haarbaim ,
où le Soleil couchant , jufqu'à fon
lever , ou dés qu'il eftoit jour. Il
ignore fa Loi , parce qu'il fait offrir
Homer le xvj. de Nifan contre
Pautorité de l'Ecriture , & comme
l'Evangile en convainc , fi la
Paque fut immolée le Jeudy , comme
il eft defoy , bien que vous fouteniez
GALANT 8F
le contraire. Le tertiâ decimâ que
vous corrigez & le quartâ decimâ
dont je vous ay déja fait prendre
garde , prouvant encore mieux ce que
j'écris contre cet Auteur , eftant feur
que vous luy faites grace avec l'édition
d'Oxfort , quand vous voulez
excufer une faute qu'il a bien voulu
faire , difant que ce Paffage eftoit
Corrompu.
Je le trouve un Courtisan , &par
confequent de mauvaise foy , parce
qu'il ne dit rien du Veau d'or , ni des
fecondes Tables , ayant eu foin de
paffer cette Idolatrie groffiere fous filence
, & de taire la jufte punition
qui la fuivit , pour faire fa cour à
Vefpafien &à Tite , qui permettoient
le culte du Dieu Apis en Egypte . &
qu'ils avoient peut - efire adoré ; Dien
qui n'efloit qu'unjeune Veau vivant
>
82 MERCURE
& que Aaron avoitpris pour modele
lorfqu'il fit ce Veau d'or au Peuple
d'Ifraël.
Quant à l'impieté de Jofeph , vous
la fçavezfans doute , mon Reverend
Pere , il ne faut que lire un peu le
beau raifonnement qu'il fait fur le
paffage de la Mer rouge , pour en eftre
pleinement convaincu . Il fait bien
que c'est un miracle des plus éclatans
que Dieu ait jamais fait , & neanmoins
il a l'infolence de nous infinuer
que cette feparation des eaux s'y fit .
naturellement , en voulant nous per
fuader que la Mer de Pamphilie fe
retira de mefme , ou par permiſſion
divine , ou naturellement en faveur
du grand Alexandre , & laiſſa enfuite
à un chacun la liberté d'en
croire ce que bon luy femblera ;
Sed de his , dit-il , ut cuique liber
GALANT 83
ita fentiat. En verité , cette Sentence®
n'eft -elle pas merveilleufe & digne de
cet Ecrivain ?
Je le laiffe là maintenant pour ve
nir à un Paffage de l'Ecriture dont
voftre traduction ne me paroift pas
fidelle. Saint Luc nous dit que fefus
envoya Pierre & Fean , difant ,
Euntes parate nobis Pafcha , ut
manducamus : Allez , prepareznous
la Pâque , afin que nous
mangions. Cette traduction qui me
paroift ares- naturelle ne vous a pas
plu , c'est pourquoy vous avez cri
devoir faire dire à l'Evangelifte :
Allez nous apréter ce qu'il faut
pour manger la Pâque. Je vous
avouë , mon Reverend Pere, que cette
traduction ne me paroiftpas conforme
au Texte , qui difant : Allez , preparez-
nous la Pâque , afin que
84 MERCURE
nous mangions , nous prouve de la
maniere la plusforte & la plus autentique
que les Apoftres vont preparer
effectivement l'Agneau Pafchal
, puifque c'eft pour manger qu'ils
s'en vont preparer la Paque ; car
autrement ils n'auroient eu rien à
manger , felon que ce Verfet bien
examiné & bien pefé , le fait comprendre.
Vousjugerez vous - mefme de
ce que j'écris , & Les Sçavans qui
liront cette Lettre , prononceront en
faveur de celuy qu'ils jugeront eftre
le mieux fondé.
Oferai je àprefent vous dire qu'il
me femble que vous vous coupez? Je
ne veuxpoint prononcer , mais je veux
que vous enfoyez encore le Juge avec
ceux qui liront cette Lettre. Vous
écrivez en parlant de la Pàque memorative
; qu'elle n'étoit point
GALANT 85
en uſage , au moins à Jerufalem,
du temps de Jefus Chrift . Il me
femble qu'on peut facilement tirer la
confequence qu'elle eftoit donc permife
ailleurs; fi elle eftoit permife ailleurs ,
elle tenoit fans doute lieu de la veritable
Paque ; fi elle tenoit lieu de
la veritable Pâque , il n'eftcit donc
pas befoin d'aller àJerufalem pour
fatisfaire au precepte de la manger
le quinzième de la Lune de Ňifan
, fous peine de la vie . Je ne
veux pas pouffer la chofe plus loin ,
le Public jugera de ce que j'avance,
& de l'atteinte que ce petit raisonnement
peut porter à veftre opinion ,
quand ilfera inftruit que vous foùsenez
à cor & à cry , que tout le
monde devoit fe rendre à Jerufalem
pour manger la Pâque , &
qu'elle ne pouvoit pas fe faire
ailleurs
86 MERCURE
Je trouve encore que vous vous
coupez plus ouvertement par ce Paffage
, qui femble fait exprés , pour
foutenir la premiere ; Je me tâte
moy-mefme , dites - vous ; mais enfin
aprés plufieurs réflexions ,
je ne mefens point porté à prendre
d'autres fentimens , fi ce n'eft
que je pourrois croire que la
coûtume s'eftoit introduite parmi
les Juifs qui ne pouvoient
pas aller à Jerufalem , de manger
un Agneau , comme le font
aujourd'huy les Juifs ; & que
Philon pouvoit avoir relevé
avec des termes trop magnifiques,
cet Agneau Pafcal , n'ayant
point prétendu , dans le fond ,
que ce fut un veritable Sacrifice ,
& par confequent une veritable
Pâque , &c. Voyez ce que c'eft ,
GALANT 87
tantoft il faut abfolument aller à
Jerufalem , felon vous , pour manger
la Pâque , tantoft on peut differer le
voyage au ſecond mois , & tantoft
vous permettez aux Juifs , de votre
propre autorité , de n'y point aller du
tout , & de faire ailleurs une espece
de Pâque.
Il meparoift enfin que la page qui
fuit , où vous fouffrez que Jeſus-
Chrift puiffe avoir mangé cette
Pâque commemorative , prouve
que vous vous etes abfolument oublié
, puifqu'aprés avoir écrit qu'elle
n'étoit point en uſage, au moins
à Jerufalem du temps de Jefus-
Chrift , vous fouffrez que Jelus-
Chrift puiffe avoir mangé dans
Jerufalem cette Pâque memorative.
D'ailleurs , où eft cette Loy
qui oblige ou qui permet de manger
88 MERCURE
deux Paques , l'une au commencement
du quatorziéme de Nifan , &
l'autre au commencement du quinfiéme
du mefme mois ? Quant à moy,
je n'y vois goute , ny n'y verray jamais
, fi vous ne faites un petit
Traité pour concilier toutes ces opinions
diametralement oppofées.
Ce feroit un coup bien hardi , &
une action d'une temerité fans
exemple de vouloir taxer de faufleté
le calcul de Monfieur le Fevre , &
de luy difputerque J. C. étant mort
la trente- troifiéme année de notre
Ere , il ne fçauroit eftte mort un
Vendredy, s'il eft mort le lendemain
de Pâque , c'est à dire , le quinze
de Nifan , comme l'écriture le dit
ou le quatorze du même mois comme
vous foutenez; ou que s'il eft mort ce
fixièmejour de lafemaine judaïque
GALANT 89
tomme il eft de foy de le croire , il
ne sçauroit eftre mort le quatorze ,
ou le quinze du premier mois des
Juifs. C'eft cependant ce que je veux
faire voir par fon propre calcul , &
voyons fi je me tireray d'affaires .
3.
Il eft incontestable que le quatre
Avril , jour de Pâque de cette année
1706 nefoit un Dimanche . Cela
pofe vous trouverez que depuis le
Avril exclufivement de l'An trentetrois
, jufqu'au quatre Avril inclufivement
de l'année courante 1706. il
y a préciſement 611051. jours , qui
produifent 87293. Semaines . Le 3
Avril , ou le 14. de Nifan étoit
donc an Dimanche ou le premier de
la femaine des Juifs , ainfi voilà fa
je ne me trompe vôtre calcul & celuy
de Monfieur le Fevre fi fort en defordre
qu'il eft impoffible de le faire
Mars 1706,
H
90 MERCURE
convenir avec le caractère que doit
avoir l'année de la mort de J. C.
puifque le quatorze de Nifan doit y
concourir avec le Jeudy on avec le
Vendredy , felon voftre Siftème , &.
non avec le Dimanche . Je conte ainfi
ces 611051. jours. Ily a 1672. ans
8. mois 27. jours depuis le 3. Avril.
de l'An 33. juſqu'au 1. Janvier
1706 exclufivement , qui multipliez
par 365. produisent 610552.
jours , ajoutez-y 405. jours Bif-
Sextilles , & vous aurez 610957 .
jours ; ajoutez y encore les 94. jours.
qu'ily a depuis le premier Janvier
1706. juſqu'au 4. d'Avril de la même
année inclufivement ; vous trou
verezles 6.11051 . jours en queſtion.
L'An 31. dont le 28. de Mars
fut un Jeudy, de même que le iz .
Avril de l'An 35. font les feuls
GALANT 91
qui conviendroient avec l'Evangile
& fi la Paque s'immola le Vendredy
comme vous le voulez , ce fut
L'an 34. dont le 24. de Mars fut
un Vendredy ; ou un Samedy , le
16 de Nifanfut le 22. d'Avril
Vous dites aurefte que les 8. Calendes
& Avril répondent au 23. de
Mars , mais
quele
vous ne marquez
point
quel eft le Calendrier qui l'enfeignez
vous en avez fans doute un particu
lier, carfans cele vous auriezfait
#épondre ce hurtiéme des Calendės
d'Avril au 25. de Mars , comme font
tous les Calendriers , & non avecle
23.
.1
Si le malheur d'autrui peut querir
Le vostre , je va vous faire voir
que vous n'eftès pas le feul qui vous
eftes trompé , puifque le Pere Bonjour
tout habile & fçavant qu'il
Hij
92 MERCURE
et voulant faire mourir Jefus Chrift
l'an vings neuf de noftre Eve , pretend
que le quinze de Nifan tomba
le feudy quatorziéme Mars de l'an
vingt neuviéme jufqu'à l'an 1706.
exclufivement , il y a precifemens
1676. ans , 9. mois , &14. jours ,
qui multipliez par 365. produisent
612029. jours & qui joint à 406.
jours biffectiles vous donneront
612435. jours , ajoutez y encore 29.
jours qu'ily a depuis le 1. de Fanvier
1706. jufqu'au 4. Avril inclu .
fivement qui eft un Dimanche
vous trouverez 6·12529. jours , ou
87504. femaines & 1. jour qui eft
an Dimanche. Ce Dimanche eftant
donc le 18. de Mars de l'an 29. de
noftreEre, il s'enfuit de toute neceffité
que le 17. qui concouroit avec le
16. de Nifan eftoit un Samedi , &
•
GALANT
93
-
qu'on ´auroit par confequent immole
la Paque dans le temps que leprétieux
Corps de Jefus Chrift eftoit
dans le fepulcre , chofe abfolument
fauffe . Je crois que la fortie des
Ifraelites que ce Religieux nous a
fixé , n'eft pas moins fauffe , mais je
nel'examine pas voulant la referver
pour une autre occafion ; je me contenteray
de vousfaire remarquer que
vous &luy n'eftes pas d'accord pour
le 14. de la Lune Pafcale , puifqu'il
le fait concourir avec le Jeudy 23 .
Mars , &vous, mon Reverend Pere
avec le Lundy 18. Avril; le méconte,
comme vous voyez. n'est que de 33-
jours , c'eſt , fans doute , très -peu de
shafe.
Je veux icyprier le R. P. Tournemine
de m'indiquer le verfet de lEEriture
qui luy fait avancer dans la
94 MERCURI
Lettre qu'il vous écrivit que le 14
de Nifan eftoit le jour qu'on ob
tenoit du Gouverneur Romain
la liberté d'un Prifonnier , pour
le faire fortir de prifon la nuit
fuivante , à la même heure que
les Ifraëlites eftoient fortis d'Egypte
; car j'avouë que cet endroit
m'embaraffefort,&que s'il me refuſe
fes lumieres , je croiray toûjoursfondé
fur l'Evangile , que ce Prisonnier
eftoit délivré à 6. heures où à midy ;
c'est à dire , à nos douze du 15.
Nifan.
de
Quant aujour du Sabath dont il
parle , je foutiens qu'il ne fignifie
paint autre chofe dans S. Jean , que
le feptième jour de la femaine , as
moins dans l'endroit en queſtion , &
je veux bien , comme il dit , eltre
apelé fur les bancs , pour punis
1
GALANT
95 mon audace ,parce que j'enfortiray,
s'ilplait au Seigneur , en triomphe ,
quand mon Opinion paroîtra.
Je reviens à vous , mon Reverend
Pere , parcequ'il eft temps que je ré
ponde à la Lettre que vous m'écri
vites le 6. Juin 1704. Souffrez- done
que je vous dife qu'il me femble
que vous vous y écartez & que vONS
ne répondrezpas préciſement à l'objection
que vous avez voulu rui➡
5 ner. Objection que je vous faifois
par ma Lettre & qui precedée &
fuivie de
30. nouvelles ou environ .
Je n'ai jamais dit ni pense que
certaines oeuvres ne fuffent pas
permifes pendant le temps des Azimes
, je fçai mefme que vous avouëz
à Mr Tilmont que les 5. jours
quifont entre ler & le 7.étoient
regardez comme prophanes &
96 MERCURE
vous l'avouez, mon Reverend Pere ;
jele fçay, mais d'une manieré doutenſe
& ambiguë; & commejeparle,
comme on dit , François , je foûtiens
qu'il ny avoit que le 1. & le 7. qu'on
dutchommer , que les 5. qui estoient
entre - deux ne devoient point l'eftre
du tout, & qu'on pouvoit par confequentfaire
touteforte d'oeuvresferviles
, excepté le jour du Sabath qui fe
rencontroit tres-fouvent dans l'undes
5. jours , comme il arriva le lendemain
de la mort de Jesus - Chrift , &
voila ce que vous devez abfolument
accorder on nier.
Remarquez que je ne dis rien en
Pair, car outre le Paffage de l'Ecriture
que vous prenez de la traduction
de Mr de Sacy, & que vous rappor
tez à deux divers endroits , vous dites
ailleurs ; il eftoit fefte pendant
les
GALANT 97
les 7. jours d'Azymes depuis le
15. juſqu'au 21. voila cependant ce
queje vous ay formellement nié par
ma premiere Lettre , & à quoy je me
tiens toûjours .
Quantaujour des Azymes, je fçay
que vous vous obftinez à le regler par
Aftronomie , & vous auriez raison
fi l'on la connoiffoit ; mais n'avoüez
vouspas vous -même que les mou
vemens de la Lune ne font pas
encore connus ? Et voudriez- vous
faire dépendre la certitude de l'Evangile
, de cet Aftre , égal à la vevité
dans fon cours , mais dont le
temps limité nous eft inconnue ? Je
craindrois fi c'eftoit mon fentiment
que Dieu me fit ce mefme repr che
qu'il fit autrefois à Job Numquid
dit-il , irritum facies judicium
& condemnabis meum , me ut
Mars 1756.
I
98 MERCURE
7
juftificeris ? Reproche qu'il luy fit
aprés l'avoir aigrement repris dans
les chapitres 28. & 29. Vous verrez
là , que Dien parle ainfi en la perfonne
de cefaint homme à tous ceux
quiprétendent connoistrefes ouvrages :
Quis eft ifte involvens fententias
fermonibus imperitis ? Les
Aftronomes y ont leur part d'une maniere
auffi claire que forte , & fi ces
Meffieursfont quelque reflexion aux
deux Paffages ainfi conçus : Numquid
nofti ordinem Coeli ; & pones
rationem in terræ ... Quis
enarrabit Coelorum rationem ,
& concentum coeli quis dormire
faciet Ils cefferont bien- toft de fe
flater de la vanité de leur fcience ,
ils penfent ferieufement que c'eft
Dieu luy même qui parle ainfi.
Je n'ignore point le nombre de
?
GALANT
99
نم
fçavants que ce que j'ecris & mon
ouvrage attireront aprés moy
comme je veux me mettre à l'abri
de toute atteinte , j'ai choifi fur vôtre
confeil , & felón que vous le
fouhaiter un Tribunal que vous
aprouveroz fans doute ; je veux dedier
mon Livre au Pape quoyqu'il
foit en François , & le faire approuver
à ce fupreme & infaillible Sanbedrin
; voftre nom y paritra , j'en
fuis feur , & vostre ouvrage au
poury eftre examině. Je fuis , &c.
Vous auriez dû recevoir
l'Article fuivant dés le mois
dernier ; mais fi je vous l'avois
envoyé , il n'auroit pas cfté fi
étendu , & voftre curiofité n'au
I ij
100 MERCURE
roit pas efté entierement fatisfaite
.
Dona Catilina , Infante de
Portugal , veuve du feu Roy
d'Angleterre Charles II . qui
l'avoit épousée en 1661.mourut
à Lifbonne le 3 1. Decembre
dernier. Cette Princeffe eftoit
née le 15. Novembre 1638 .
Elle eftoit fille de Jean IV.
dit le Fortuné , qui monta fur
le Trône de Portugal en 1640 .
& de la Reine Louife , fille aînée
de Jean- Emanuel Perez de Gufman
, Duc de Medina Sidonią ;
Perfonne n'ignore que c'eſt en
partie à cette fage Heroïne
GALANT 101
que le fuccés de la revolution
de Portugal eſt dû. Ce grand
évenement luy a fait beaucoup
d'honneur & luy a affuré unc
place honorable dans l'Hiftoire.
Elle eut du Roy fon époux ,
outre la Reine d'Angleterre qui
vient de mourir , le Prince
Theodofe mort jeune, Alfonfe
VI. Roy de Portugal fon fucceffeur
, dont le mariage avec
Marie - Elifabeth - Françoife de
Savoye de Nemours , fut declaré
nul en 1668. & ce Prince
ayant elté arreſté à Liſbonne
l'année fuivante , fut conduit
dans l'Ifle Tercere , où il mou
I iij
102 MERCURE
ruten 1683. Elle cut auffi Dom
Pedro Prince de Portugal , Regent
du Royaume pendant la
vie de fon frere , & qui a pris
le titre de Roy depuis l'an 1683 .
Jean IV . fut couronné le premier
Decembre de l'an 1640 .
& il gouverna fes Etats jufqu'au
6. Novembre 1656. jour
de ſa mort , avec beaucoup de
prudence & de conduite. H
remporta de grands avantages
fur les Hollandois dans le Brefil
en 1649. & en 1654.
qu'il leur prit le Refcif le 27 .
Janvier de cette année-là . Ce
Prince eftoit fils de Theodofe
lorf
GALANT 103
II. Duc de Bragance , & d'Anne
fille de Jean Fernandez de Ve
lafco , Conneftable d'Espagne ,
Duc de Frias , & Gouverneur
de Milan , & de Marie Giron.
Ce Prince qui porta la qualité
de Conneftable de Portugal ,
mourut à Villa-Viciofa le 29,
Novembre 1630. Il eftoit fils
aîné de Jean I. du nom Duc de
Bragance , &c. Conneftable de
Portugal , qui traita de ſes prétentions
à la Couronne de Portugal
avec Philippes II . Roy
d'Espagne , qui le fit Chancelier
de la Toifon d'or en 1581.
& qui mourut l'année fuivan-
I iiij
104 MERCURE
te , & de Catherine , fille puifnée
d'Edouard de Portugal ,
Duc de Guimanarez . Outre le
Prince Theodofe, dont je viens
de parler , Jean eut Edoüard ,
tige des Ducs d'Oropeza , &
Alexandre , Evefque d'Evora.
Jean eftoit fils de Theodofe I.
& d'Ifabelle fille de Denis de
Bragance , Comte de Lemos ;
Theodore eftoit fils du celebre
Jacques de Portugal qui eut
beaucoup de part à l'amitié du
Roy Emanuel , qui le defigna
Roy de Portugal en 1498. s'il
mouroit fans enfans , & il luy
donna en 1513. le conmanGALANT
105
dement d'une Armée navale ,
qu'il envoya en Afrique. Ce
Duc époufa Eleonor de Guzman
, fille de Jean Duc de Medina
Sidonia , & d'Ifabelle de
Velafco . Ainfi la Maiſon Royale
de Portugal eft doublement
alliée à celle de Gufman . Jacques
eftoit fils du malheureux
Ferdinand fecond , auquel le
Roy Jean II . fit couper la tefte
en 1487. & de fa feconde femme
Ifabelle , fille de Ferdinand
de Portugal , Duc de Vifeo.
Ferdinand fecond eftoit fils de
Ferdinand premier Duc de Bragance
, Marquis de Villa - vicio106
MERCURE
fa & Gouverneur de Ceuta ,
qui mourut en 1474. & de
Jeanne de Caftro . Ferdinand
premier eftoit forti du mariage
d'Alfonfe de Portugal premier
de ce nom , Duc de Bragance
, Comte de Barcellos , &
Sieur de Guimananez , fils naturel
de Jean premier de ce
nom , Roy de Portugal , qui
l'avoit eu d'Agnés Pirez , fa
Maîtreffe & de Beatrix
de Pereira , fa feconde femme
, Alfonfe Comte d'Ourem
, qui fit la branche dés
Comtes de Vimiofo , eftoit l'a
né des Ducs de Bragance
GALANT 107
avant d'eftre montez fur le
Trône de Portugal , faifoient
leur fejour à Villa-viciofa . Ils
avoient la prerogative , à l'exclufion
des Grands d'Espagne ,
de fe pouvoir affeoir en public
fous le Dais des Rois d'Elpagne
.
La deffunte Reine a fouffert
de cruelles traverſes en Angleterre
; il s'y eftoit formé un
parti qui fit mouvoir , pour la
perdre , tous les refforts d'une
politique auffi cruelle qu'injufte
; mais le Roy fon époux ,
qui connoiffoit fon innocence ,
ne donna point dans tous les
108 MERCURE
pieges qu'on luy tendit pour
faire perir cette Princeffe , & la
brigue de ceux qui n'en vouloient
pas moins qu'à fa vie ,
s'évanouit. Tant qu'elle a demeuré
en Portugal elle a reçû
tous les ans la moitié de fon
doüaire , qu'elle auroit dû recevoir
entier , & dans ces derniers
temps
les Miniftres d'Angleterre
, luy ont fouvent dit
que fi elle n'engageoit le Roy
de Portugal à demeurer ferme
dans le parti des Alliez , elle ne
recevróit plus rien .
Les
Articles
fuivans regardent
des perfonnes
decedées
GALANT 109
dés le mois de Fevrier.
re
Mr Nicolas Bochart de
Champigny , cy - devant Capitaine
aux Gardes Françoifes , &
Gouverneur des Ville & Chafteau
de Bethune . Il eftoit frere
de M' Bochart.de Saron , Confeiller
au Parlement , & de M
l'Evêque de Clermont . La Maifon
de Bochart a donné unpremier
Prefident au Parlement
de Paris en la perfonne de Jean
Bochart cinquième du nom
qui mourut en 1630. Il eftoit
de la branche de Champigny ,
de laquelle feu M ' l'Evefque de
Valence , dont je vous appris
110 MERCURE
la mort il y a quelques mois ,
eftoit auffi . Cette maifon eft
fortie de Bourgogne. Guillau
me Bochart S de Noray , Gentilhomme
Servant du Roy
Charles VII . eftoit de Vezelay
en Bourgogne. Il épouſa
Catherine Famier , dont il eut
Jean , qui fut Confeiller au Parlement
de Paris , & qui a continué
la poſterité ; Pierre Official
de Beauvais : Loüife femme de
Beze, Bailly de Vezelay , & Madelaine
, femme de Guillaume
Arbalefte. Etienne Bochart
qui a fait la branche de Menillet
, eftoit fils de Jean Boehart
GALANT I
fecond du nom , qui fe contenta
de la fimple qualité d'Avocat
au Parlement de Paris ,
mais qu'il rendit illuftre par
fon éloquence , & par le hardi
Plaidoyé qu'il prononça en
prefence du Roy François I.
touchant la Pragmatique-Sanction
, contre le Concordat.
Ce fut en ce temps - là & en
confequence de ce Plaidoyé
qu'on infera dans les Rituels
de Vannes & de Clermont
des Prieres pour le rétablifle
ment de la Pragmatique &
pour l'abolition du Concor
dat. Ces Rituels fubfiftent en-
1
112 MERCURE
core. La hardieffe de M' Bochart
luy fit des affaires , dont
quelques Hiftoriens font le détail
. La branche de Menillet
qu' Etienne fon quatriéme fils
forma , a produit dans le dernier
fiecle le celebre Samuel
Bochart , Miniftre de la Religion
prétendue reformée à
Caen. Il eftoit petit - fils de cet
Eftienne , fils de René Bochart
Miniftre de la même Religion
à Rouen , & d'Eſther Dumoulin
, & neveu de Marc Bochart
Prefident aux Enquestes du Parlement
de Paris . Ce grand homme
, à qui M' Huet ancien EvêGALANT
113
que d'Avranches , avouë devoir
une partie de ce qu'il fçait ,
mourut à Caen en 1667. Le
Prelat dont je viens de parler
l'accompagna en fon voyage
d'Angleterre.
Bethune fur la riviere de Brette
, dont M Bochart eftoit
Gouverneur , eft dans l'Artois.
C'eſt une place affez fartifiéc ,
à cinq lieues d'Aire , & à fix de
Lille. Nous la prîmes en 1645.
& elle nous eft reftée par le 35
Article de la Paix des Pyrenées
de 1659. Cette Ville a eu
des Seigneurs particuliers qui
eftoicnt Avoüez d'Arras . Ro-
Mars 1706 .
K
e
114 MERCURE
bert premier de ce nom fonda
vers l'an 999. l'Eglife de Saint
Barthelemy. Il a eu fix fuccef
feurs du même nom . Robert 6.
laiffa Guillaume , furnommé le
Roux , pere de Daniel qui le
fut de Robert 7. Celuy- cy qui
prit la qualité de S. de Bethune
& de Terremonde , & d'Avoüé
d'Arras , cut une fille unique
nommée Mahaud , qui époufa
Gui de Dampierre , Comte de
Flandres. Elle en eut divets
enfans , entr'autres , Robert de
Bethune Comte de . Flandres.
André Hoius de Bruges , a fait
une Defcription latine de la
GALANT IS
Ville de Bethune , qui eft treseftimée.
Le Mire , Meger &
Guichardin en font auffi un
affez grand détail,
M Louis d'Amanzé , Seiz
gneur dudit lieu , Confeiller du
Roy en fes Confeils , Gouver
neur des Ville & Chafteau de
Bourbon - Lancy , & premier
Lieutenant general pour Sa
Majefté au Gouvernement de
Bourgogne , eft mort en cette
Ville , regretté de tous ceux
qui le connoiffoient . Il avoit
porté les armes pendant une
grande partie de la vie. Mle
Marquis d'Amanzé fon fils at
Kij
116 MERCURE
né fut tué au Siege d'Embrun ,
que M' le Duc de Savoye fit au
commencement de la derniere
guerre, à la tefte du Regiment
de Quercy , dont il eftoit Colonel.
Il laiffe encore d'autres
enfans.La maifon d'Amanzé eft
une des plus illuftres du Duché
de Bourgogne , & elle a l'honneur
d'appartenir à la Royale
Maifon de Bourbon , parce que
labranche deBourbon Carency
eftant tombée dans la Maifon
d'Eſcars , celle d'Efcars finit en
deux filles , dont l'aînée époufa
un Seigneur de la Maiſon
d'Eftuer de Cauffade ; & la feGALANT
117
conde entra par mariage dans
la Maifon d'Amanzé , qui pour
dans fes arcette
raiſon
porte
mes de Bourbon & d'Efcars. La
Lieutenance generale de Bourgogne
, qui eftoit poffedée par
M le Comte d'Amanzé eft la
premiere des trois qui font
dans le département des Etats
de Bourgogne , celle de Breffe
& de Bugey n'y eftant pas comprife.
Les autres deux Lieutenances
generales font poffedées
par M' le Maréchal d'Uxelles
, & par M' le Comte de
Tavanes.
Le Roy a donné la Lieute
118 MERCURE
nance generale & le Gouver,
nement de Bourbon - Lancy ,
vacans par la mort de Mr d'Amanzé
, à Mr de Chateaugués
,
qui doit époufer Mlle d'Amanzé.
Mr de Chasteaugués
a déja
fait plufieurs Campagnes
, quoi
que dans un âge peu avancé ;
il a auffi deux freres dans le Service.
Il eft de l'illuftre Maifon
de la Cücille , de la Province
d'Auvergne , qui a produit de
-grands fujets. Elle eft connuë
en France dés le douzième &
treifiéme fiécles , où elle eftoit
déja fort illuftrée . Cette Maifon
cft alliée à la Nobleffe la
GALANT 119
plus
us confiderable des Provinces
voifines , & elle eftoit fort
a connue à la Cour des Ducs de
Bourgogne de la feconde race ;
elle avoit même avec eux quel
que alliance.Mr le Marquisd'Amanzé
parent de celui qui vient
de mourir , époufa il y a quelque
temps Mile de Falconi , fille
de feuMN... de Falconi, & de
DameN... de Montholon.
M Louis de la Grange-
Trianon , Chevalier , Seigneur
de Nandy , Villantrois , & autres
lieux , ancien Prefident aux
Requeftes du Palais eft mort
dans un âge fort avancé . Il laif120
MERCURE
fe de Dame N... Martinot ,
foeur de feu Mr Martinot, Confeiller
au Parlement , & Doyen
des Confeillers des Requeſtes
du Palais , plufieurs enfans ,
dont l'aîné eft Confeiller au
Parlement ; le fecond Confeiller
au grand Confeil ; Mr l'Abbé
de Trianon ; & Mr l'Abbé
de la Grange , Chanoine de
Nôtre-Dame . Mr le Prefident
de la Grange laiffe auffi deux
filles , dont l'aînée a époufé Mr
de Graville Prefident à la Cour
des Aides ; & la feconde Me la
Ducheffe de Noirmoutier , qui
avoit épouſé en premieres nô-
CCS
GALANT 121
ces Mr de Bermond , d'une tresancienne
Maiſon de Langucdoc
, Confeiller au Parlement
de Paris. Mr de la Grange qui
vient de mourir eftoit fils de
feu Mr de la Grange- Trianon ,
Confeiller au Parlement , qui
eftoit auffi fils d'un Officier
dans le même Corps . Mr de la
Grange Maiftre des Comptes ,
qui avoit époufé la veuve de
feu Mr de Maupeou , eftoit
proche parent du Preſident qui
vient de mourir . Cette Maifon
eft tres-ancienne dans le Parlement,
&alliée aux perfonnes les
plus diftinguées de ce Corps .
Mars 1706. L
122 MERCURE
par
&
Mr le Preſident de la Grange y
eltoit tres eftimé par fa probité,
par fon defintereffement
,
l'étendue de fes lumieres .
Mre Robert Hoüet , Chevalier
, Marquis de Sainte - Marie ,
Gouverneur & Lieutenant general
pour
Sa Majesté dans les
Iles de l'Amerique , & Proprietaire
de l'Ile de la Guadeloupe ,
eft mort en cette Ville ,fort regretté
de tous ceux qui le connoiffaient
. Il avoit porté les armęs
la plus grande partie de fa
vie , & il avoit long temps fervi
fous feu Mr le Maréchal de Luxembourg
qui l'eftimoit beauGALANT
123
coup , & qui luy avoit donné
en plufieurs occafions des marques
de la confideration qu'il avoit
pour luy.LeRoy donna il y
a quelque années àMr le Chevalier
Hoüet, le gouvernement des
Ifles de l'Amerique , en conſideration
de fes longs fervices.
Le Brevet qui luy en fut expedié
eftoit fort glorieux pour cet
Officier , & contenoit un détail
tres honorable de fes fervices.
Ce Gentilhomme s'eft fait
beaucoup aimer en ce Pays là .
Ses manieres douces & engageantes
, luy avoient gagné le
coeur des Sauvages . Ils ne le re-
Lij
124
MERCURE
gardoient
pas tant comme
leur
Gouverneur
que comme
leur
pere , leur protecteur
, & leur
ami , ils recouroient
à luy dans
tous leurs befoins
, le conful
toient
dans leurs affaires
, & le
prenoient
pour arbitre
de leurs
differends
. Mr le Marquis
de
Sainte
Marie
( c'eft le nom qu'il
prit lorfque
le Roy cut érigé
fous le nom de Marquifat
de
Ste Marie
, l'Ifle de la Guadeloupe
, & une autre Ifle qui luy appartenoient
, & qui luy étoient
echuës
aprés
la mort
de fon
frere aîné , qui avoit
aufli eſté
Gouverneur
& Lieutenant
geGALANT
125
neral des Illes de l'Amerique )
ce Marquis , dis - je , eft mort
fans avoir efté marié . Il eftoit
oncle de Mr Hoüet, Capitaine
aux Gardes , qui a épouſé depuis
quelque temps Mlle de
Langey , & de Mr l'Abbé
Houet , qui demeure dépuis
quelques années au College de
Bourgogne , où il a une tresbelle
Bibliotheque , qui attire
tous les curieux . La Maifon de
M's Hoüet eft ancienne à Pars
ris , elle y eft alliée au meilleures
familles de la Robe , & à
plufieurs autres de la Province
de Normandie. Elle eft con-
L iij
126 MERCURE
nuë en France dés le quinziéme
fiecle , où plufieurs perfonnes
de ce nom furent fort diftingucés
dans la Robe , dans l'Epée
& dans l'Eglife,
La Maiſon de Mr Hoüet eft
alliée à celle de Mrs le Jau , qui
eft une des plus anciennes de
Paris. La foeur de Mr le Marquis
de Sainte - Marie , avoit
époufé en fecondes nôces feu
Mr de Champigny Bochart ,
pere de feu Mr l'Evêque de Valence
& de Mr le Treforier de
la Sainte- Chapelle.
Mre Charles- Paul Hurault
de l'Hofpital, Chevalier, Com.
GALANT 127
te de Bay, Seigneur de Belefbat .
Il defcendoit de Michel de
I Hoſpital , S' de Belefbat , &
Aigueperfe en Auvergne , cn
1503. & que fon merite éleva
enfuite à la Charge de Chancelier
de France . En 1624. il
fut Confeiller au Parlement de
Paris , puis Prefident en la
Chambre des Comptes , enfui
te Maistre des Requeſtes , &
enfin élevé à la premiere dignité
de la Magiftrature , par Catherine
de Medicis , qui luy ôta
dans la fuite les Sceaux qu'elle
donna à Jean de Morvilliers ,
Evêque d'Orleans. On a impri-
Liiij
128 MERCURE
mé un volume de Poëfies latines
de ce grand Magiſtrat , &
on trouve fon Teftament dans
la Bibliotheque choifie de Mr Colomicz
; fa vertu & fa moderation
y paroiffent dans tout leur
éclat . Ce Chancelier ne laiffa
qu'une fille de Marie Morin ,
qui époufa Robert Hurault ,
Confeiller au grand Confeil ,
Maistre des Requeftes , & enfuite
Chancelier de Marguerite
de France , Ducheffe de Savoye .
Leurs enfans qui prirent le nom
& les armes de l'Hoſpital furent
Charles Hurault de l'Hofpital
tué au Siege de Chartres
GALANT 129
en 1591. Michel qui a continué
la pofterité , Robert Hurault
de l'Hôpital , Baron d'Auneux
qui laiffa des enfans d'Efperance
Porret fa femme : Paul
Hurault de l'Hofpital , Archevêque
d'Aix , & auparavant
Maiftre des Requeftes , grand
Predicateur , mort à Paris en
1624. Jean S de Gomerville
mort fans laiffer d'enfans de
Louiſe d'Allonville fon épouſe .
François S de Vignay , mort
fans avoir efté marié : Marguerite
femme de Jean de Gontaut
de Biron , Baron de Sali
gnac & Marie femme de Louis
130 MERCURE
de la Riviere , Sieur de Cheny .
Michel Hurault de l'Hofpital ,
Sieur de Belefbat , avoit beaucoup
d'efprit & de merite, Le
Chancelier de l'Hoſpital fon
aycul,luy laiffa fa Bibliotheque,
& eut foin de le faire élever
dans le Sciences . Ce qui ne
luy fut pas inutile il fut
Chancelier de Henry Roy de
Navarre , qui l'envoya Ambaffadeur
en Hollande & en
Allemagne . On l'y confidera
comme un fage Miniſtre & un
grand Orateur. C'estoit l'aycul
de Mr de l'Hofpital qui vient
de mourir , & qui eftoit auffi
GALANT
131
tres-eftimable. Mr de Belefbat
cftoit fils de feu Mr le Marquis
de Belcbat , & de Dame N....
de Choify , qui vit encore.
Cette Dame étoit foeur de feu
Mr de Choify , Chancelier de
feu Monfieur Gafton de France
, & tante de Mr l'Abbé de
Choify de l'Academie Françoiſe
, cy-devant Ambaſſadeur
à Siam.
M' de Chauviré. Il eftoit
d'une des plus anciennes maifons
de la Franche-Comté ; &
il eftoit allié à M' de Vaudreüil
tué au fervice du Roy
cu qualité de Lieutenant Ge132
MERCURE
rs
neral , à M le Marquis de
Liftenois,à M de Grammont,
de Courcelles & de S. Mauris ,
qui font tous des premieres
maifons de cette Province . M
de Chauviré avoit fait quelques
campagnes & il avoit
donné en plufieurs occafions
des marques de fon courage
.
Il avoit époufé depuis 4. ou 5.
ans , en cette Ville Mlle de la
Roche , connue par fon efprit
& par les liaiſons qu'elle a eu
avec M la Comteffe de Murat
dont nous avons tant d'ingenieux
ouvrages . M˚ de Chauviré
eft de la province d'Anjoù
GALANT 133
& elle appartient à plufieurs
perfonnes de confideration de
ce Pays- là , elle eſt encore dans
une affez grande jeuneſſe.
Mre N...de Lefcot , Docteur
de la Maiſon & Societé de
Sorbonne . Il eftoit allé dans le
College de Navarre le jour d'u
ne Felte particuliere de cette
Maifon , & aprés y avoir celebré
les faints Mifteres . Il y eft
mort d'un accident d'apoplexie
, dans un âge fort avancé .
Ce Docteur eftoit habile Thcologien
. Il avoit donné des preuves
de fa capacité dans plufieurs
affaires où il avoit efté conful134
MERCURE
té & fur lefquelles il avoit deliberé
. Il eftoit neveu du fameux
Mr de Lefcot , auffi Docteur
de Sorbonne , qui fut pendant
plufieurs années Confeffeur du
Cardinal de Richelieu , & qui
mourut Evêque de Chartres .
Ce Docteur eut grande part
aux affaires qui fe pafferent fous
le Miniftere de ce Cardinal , &
pendant tout le temps qu'il
demeura auprés de ce premier
Miniftre , il fut Chef de fon
Confeil de confcience . Ce Cardinal
s'eftant adreffé au Pape
Urbain VIII. pour eftre dif
penfé de dire fon Office ,
GALANT
135
dans l'accablement d'affaires
dont il eftoit furchargé. Ce
Pontife fe repofa de la décifion
de cette affaire fur Mr de
Lefcot , Confeffeur de ce Cardinal
, comme Mr le Cardinal
luy - même fe repofa fur fon
Confeffeur , de l'accompliffement
de ce devoir particulier ,
dont la pratique le détournoit
du foin des affaires les plus importantes
de l Etat & de celuy
de combattre par fa plume les
Heretiques de fon temps . Mr
de Lefcot fut nommé quelque
temps aprés à l'Evêché de Chardurant
quelgouverna
tres. Il
136 MERCURE
1
ques années ce Dioceſe , avec
beaucoup de prudence & de fageffe
, & on le regarde comme
un des plus grands Evêques qui
ayent efté fur le Siege de l'Eglife
de Chartres. Il eut beaucoup
d'attachement pour Mr l'Abbé
de Lefcot fon nevçu ; il prit
auffi foin de fon éducation &
luy procura de bonne heure
des Benefices , dont ce dernier
a toûjours fait un tres bon ufage.
Il a efté enterré dans l'Eglife
de Sorbonne. Il laiffe beau-
Coup de parens
de fon nom .
& des neveux
Marie - Elifabeth de SainteGALANT
137
Therefe , foeur de Monfieur le
Premier Prefident de Harlay.
Elle eft morte âgée de cinquante-
trois ans , il y avoit trentehuit
ans qu'elle avoit fait Profeffion
. Elle eftoit Superieure
du Monaftere de Sainte- Elifabeth
devant le Temple. L'u
fage de ce Monaftere eft d'élire
tous les ans la Superieure , & la
liberté qui regne dans cette
élection , eft caufe que les Religieufes
ne choififfent lordinai
rement que les fujets qui ont le
vlus de merite , & qui leur conpiennent
le mieux . Ces Superieures
peuvent eftre conti-
M
Mars
1706 ..
138 MERCURE
nuées pendant fix ans , aprés
lefquels la Regle veut que l'on
en élife une autre , & l'année de
cette élection eftant finie , les
Religieufes peuvent proceder
à une nouvelle élection , &
choifir encore pour Superieure
celle qui l'a déja efté pendant
fix ans ; & comme il faut avoir
un merite fingulier & generalement
reconnu , pour que cela
arrive ; on doit conclure que la
Mere Marie- Elifabeth de Sain
te- Therefe avoittoutes les qua
litez neceffaires pour remplir
cette dignité , puifqu'elle y a
été élevée pendant douze ans, &
GALANT
139
qu'elle poffedoit les coeurs de
toute fa Communauté.
Je vous envoye Epitaphe
qui fe trouve fur la Tombe de
la grande Mere de la deffunte
dont je viens de vous parler.
EPITAPHE.
Cy gift Venerable Mere ',
Soeur Anne de la Paffion , nommée
au fiecle Dame Anne de
Rabot d'Iflins , fille unique de
feu Meffire Ennemond de Rabot
, Seigneur d'Iflins , premier
Prefident au Parlement de Grenoble
, & épouſe de feu Meffire
2
Mij
140 'MERCURE
Chriſtophe de Harlay , Comte
de Beaumont , Confeiller du
Roy en fes Confeils d'Etat
& Privé , Lieutenant pour Sa
Majefté au Gouvernement &
Duché d'Orleans , Bailly dudit
Orleans , & du Palais à Paris
, & depuis Religieufe Profeffe
Bien- faitrice de ce Royal
Monaftere du Tiers Ordre du
Seraphique Pere Saint François,
auquel aprés avoir vêcu en tresgrande
humilité , ferveur , paix
& confolation
de fon ame , &
l'édification des autres Meres &
Soeurs dudit Monaftere , treize
ans & demi ; elle mourut fainGALANT
141
tement âgée de cinquante- trois
ans , le 29. Aquft 1639 .
le
Mile Comte de Polaftron
Lieutenant General des Armées
du Roy , Gouverneur
de Mont- Dauphin & de Caftilonet
, Commandant pour
Roy à S. Malo ; eft mort âgé
વે
de 68. ans. M° de Polaftron
eft heritiere de la maifon de
Lafcon Damies. M' le Comte
de Polaftron leur fils qui avoit
la furvivance du Gouvernement
de Caftillonet , cft Colonel
d'un vieux Regiment d'Infanterie
, & fert avec beaucoup
d'application. M le Marquis
1
142 MERCURE
de Polaftron , Colonel du Regiment
de la Couronne , Brigadier
d'Infanterie , & Mr l'Evêque
de Leitoure , fon frere ,
font de même nom & de même
maiſon que feu Mr le Comte
de Polaftron , ainGi que feu
Mr de la Hiliere , Gouverneur
de Rocroy . Sa niece, qui eft fon
heritiere , a époufé Mr le Marquis
de Fimarcon ; & elle eft
mere de Mr le Marquis de Tilladet
- Fimarcon , & de Mr le
Comte de Eftaford Fimarcon.
Ils font tous deux dignes freres
de Mr le Comte de Fimarcon
, qui a donné de frequenGALANT
143
tes marques de fa valeur .
Quoy que toutes les nouvelles
publiques ayent parlé de
la fameufe Bataille gagnée par
le General Renfchild. La relation
que je vous envoye contient
des faits & des circonftances
qui ne fe trouvant point
ailleurs , feront caufe que vous
la lirez avec autant de plaifir
fi elle avoit toute la grace
que
de la nouveauté .
A Liffa ce 15. Fevrier.
Ma derniere , que j'écrivis àla
hâte , vous aura appris l'eftat où
144 MERCURE
nous nous trouvions alors , & les
mouvemens que le General Renf
child avoit fait jufqu'à cejour-là.
Ilfe retira fubitement le 11 vers
Frauenftadt& cachafes troupes le
12. derriere cette Ville & fous
Liffa. Nous enfumes furpris ; &
ce Generalfit courir le bruit qu'il
continueroit de faire fa retraite
jufqu'à Pofnanie , fous pretexte
que n'ayant pas trouvé les Saxons.
affemblez, par de là Fravenſtadt,
il aimoit mieux leur livrer bataille
, derriere Gratz , Bentſchen ou
Mezeritz. Il avoit bien prévu
que le Lieutenant General de
Schulenbourg apprenant cette feinte
GALANT 145
te retraite , la croiroit d'autant plus
veritable , que les Suedois eftoient
beaucoup inferieurs en nombre. Ils
navoient que cinq Regimens d'Infanterie
, trois de Cavalerie , &
cinq de Dragons , qui ne faifoient
tous ensemble que
dix mille hommes
, au lieu que l'Armée Saxone
eftoit de quinze mille hommes d'Infanterie
, & de fept mille hommes
de Cavalerie ou Dragons.
Ce qui acheva de rendre ce fait
vrai-femblable eft que fi le General
Renfchild euft voulu en venir
aux mains avec les Saxons , il
l'auroit pu faire le 11° & même
fort avantageufement pour luy
Mars 1706.
N
146 MERCURE
en coupant aux Mofcovites
la
jonction avec les Saxons . Ce Ge
neral a dit depuis , qu'il avoit regardé
l'avantage de ruiner feulement
quelques Regimens Mofcovites
, comme trop peu des chofe ,
furtoutparce que cela auroit aprés
fervi pour la défaite des Saxons.
Il mit donc en pratique lestratageme
de tirer l'Ennemi hors de fes
avantages , par cette feinte il
rendit les Saxons plus hardis ; de
forte qu'ils quitterent entièrement.
la frontiere de Silefie , & quifor
tirent des bois , & des marais
dont ils eftoient couverts , & fortificz
. Ce deffein de vouloir combaGALANT
147
jour
tre en Plaine un ennemi beaucoup
plus fort , marque la confiance
extraordinaire du General en la
bonté defes troupes , Tout luy réüffit
, comme il l'avoit projetté, & il
attira les Saxons au champ de
Bataille où il avoit fouhaité le
d'auparavant de les combattre .
Il en vint le Vendredy plufieurs
gros Corps à Travenſtadt. Le General
Renfchild , pour les confirmer .
encore dans l'opinion , qu'il avoit
peur , donna auffi-toft ordre àfes
Troupes , qui s'eftoient étendues
juſqu'à cette Ville , de fe retirer
de nouveau, & de ne s'arrefterqu'à
une demi-lieuëde Niffa en un lieu
Nij
148 MERCURE
nommé Swetske. Elle s'y rangea
d'abord en Bataille , & retourna
vers l'Ennemi , qu'elle y trouva
auffi. Il s'eftoit poftéfort avantageufement
, ayant le Village de
Reyersdorffà droite , Rohrsdorffà
gauche , & la Ville de Frandſtadt
derriere. Les deux aîles s'étendoient
jufques aufdits Villages
derriere lefquels le General Schulembourg
avoit deffein de faire
paffer quelques Troupes pour tom
ber fur l'arriere-garde des Suedois.
Il croyoit ainfi les environner , en
cas qu'ils vouluffent fe retirer de
nouveau , & quepas un d'eux n'en
échaperoit. Les Suedois marcherent
GALANT 149
au petit pas vers les Saxons ; ce
que ceux- cy ayant remarqué, ilsfe
pofterent derriere un chemin creux ,
ayant devant eux leur canon, &
des chevaux de frife . Les Suedois
vinrent jufqu'à la portée du
canon , avec lequel feul on croyoit
les pouvoir arreſter , & le canon
tira continuellement , mais toujours
trop haut. Les Suedois s'avancerent
vers les chevaux de frife ,
qu'ils enleverent en effuyant toújours
le feu de la Moufqueterie
Saxone ; mais à peine celuy des
Suedois eut - il commencé , qu'une
partie des Saxons prit lafuite. La
Cavalerie Suedoife enfonça d'a-
Niij
150 MERCURE
bord celle de l'aile droite ennemie.
La gauche fut auffi bien- toft mife
en déroute. Il y avoit par tout un
horrible. L'Infanterie ſe
carnage
voyant abandonnée par la Cava
lerie,fe forma en Bataillon quarré
, & foûtint pendant quelque
temps les charges des Suedois ; mais
fut elle enfin enveloppée
, faiteprifonniere
, ou taillée en pieces : de
maniere qu'il ne s'en estpassauvé
cinq cens. Jamais on n'a vu un tel on unt
fpectacle. Les Regimens entiers jetterent
les armes , fe mirent à genoux
criant mifericorde , demandant
la vie. Iln'y eut point de
quartierpour les Mofcovites, l'on
GALANT 15t
les
paffa
On
paffa tous au fil de l'épée.
en fit aux Saxons , & il y en eut
buit mille treize prifonniers , par
mylefquelsfe trouverent trois Bataillons
François Suiffes , qui
s'eftoient deffendus opiniâtrement ;
deux Generaux , le Lieutenant general
Waftromirsky , & le Major
general Lutzelbourg , quatre Colonels,
le Comte deJoyeuse , Droft,
Laek, Bofe, & centfoixante hauts
Officiers , & de bas Officiers à proportion.
Ils font tous traitez fort
bonneftement. Je comptay hier fur
le Champ de bataille jufqu'à fept
mille de tuez. Le chemin eft couvert
de corps morts jusqu'à une
Niiij
152 MERCURE
lieue loin. Il n'eft reftéfur la place
que trois cent foixante-treize Suedois
, parmy lefquels on compte le
Colonel Liliehock, ci - devant Com
mandant à Pofnanie , le Lieutenant
Colonel Cronhielm , & quelques
Capitaines de Cavalerie e
d'Infanterie. On cherche encore le
Major Ornſtedt. Les Colonels
Lieutenans Buckwald , Patkul ,
&Creutz le Major ; Wrangel ,
& Snloffey, & le Capitaine Lod,
font dangereufement bleßez. Le
premier a eu neuf coups de balles
&quatre d'épées . Aurefte le nomdre
des Suedois bleffez se monte à
cinq censfix .J'ay vú la Lifte chez
GALANT 153
le Commiffaire general de Guerre.
En un mot , c'est une victoire com
plette , & tout-à -fait miraculeufe
, dont Dieu a derechefcouronné
les armes Suedoifes. On ne sçauroit
comprendre comment les Saxons
qui eftoient plus de la moitié
plus forts , ont pu eſtre ſi generalement
deffaits , avec une fi petite
perte de Suedois, enfipeu de temps ;
car cette action , fi remarquables
s'eft paffée en moins de trois heures.
Elle commença à midy , & le plus
fort eftoit fait à une heure . Tout
le Canon au nombre de trente-deux
pieces de fonte , quatre Mortiers ,
onze mille quatre- vingt quatorze
154 MERCURE
Moufquets , onze mille huit épées ,
tous les Drapeaux , & plufieurs
Etendarts , montant enſemble au
nombre de cent-fix , font demeurez
aux Vainqueurs . Le Bagage des
Saxons eftoit à deux lieuës de Fravenſtadt
, ce qui fit que pas un
Suedois ne fongeoit au pillage ;
mais tous au maffacre . Les Saxons
avoient demandé fix mille écus de
contribution à Travenftadt ,
menacé Liffa , & les autres Villes
du patrimoine du Roy Stanislas
de les faccager & de les brûler ,
ils avoient declaré qu'aucune
rançon ne feroit capable de
les racheter. Laprudence & la va
1
GALANT 155
leur du General
Renfchild , pour
engager l'Ennemi
à une actionfi
confiderable , & pour le vaincre ,
eft admirée de tout le monde.
Le Roy d'Eſpagne
a donné
au Marquis
del Palacio la charge
de Protonotaire
du Royaume
d'Aragon
. Cette Charge
tres-importante
& elle donne
à celuy qui en cft revêtu
l'Inſpection
fur toutes les affaires
de ce Royaume . Le Marquis
del Palacio eft tres- capable de
la remplir , & a donné des marques
de fon efprit & de fon
habileté
dans la conduite
des
affaires les plus épineuſes , en
eft
156 MERCURE
que
pluſieurs occafions . Il eſt d'une
tres grande Maifon établis
àprefent dans l'Arragon , mais
fortie originairement de l'Andaloufie
, où elle a tenu un
rang tres- confiderable lors
cette Province avoit fes Souverains
particuliers. Un Ferdi
nand del Palacio fe diftingua
fort dans la guerre des Maures
qui ébranla autrefois la Mo
narchie d'Efpagne jufques dans
fes fondemens. Lors qu'il vit
que toute la Nation avoit prefques
fubi le joug des Mahometans
il fe retira dans les
montagnes des Afturies , où il
>
GALANT
157
garda toujours la fidelité à fes
veritables Souverains
. Il mourut
dans ces fentimens & les
infpira a fes fucceſſeurs.
Sa Majefté Catholique a auffi
donné la Secretairerie de Catalogne
à Dom Baltazar de Ordovas
qui a déja excrcé pluficurs
autres emplois où il a
fait voir qu'il eftoit capable
d'exercer les plus difficiles. La
Famille de laquelle Dom Baltazar
de Ordovas eft forti a
fourni à l'Espagne des perfonnes
d'un grand merite . George
de Ordovas un des Ayeux de
celuy qui donne lieu a cet arti158
MERCURE
cle , eftoit dans une grande
confideration fous les regnes de
Ferdinand & d'Ifabelle. Il eut
fur tout une grande part à la
confiance de cette Princeſſe, qui
luy donna fouvent des emplois
où il falloit marquer beaucoup
de ménagement & une grande
délicateffe. Le Pere & l'Ayeul
de Dom Baltazar de Ordovas
ont efté employez dans le minif
tere, Philipes IV . & Charles II.
ont eu pour eux de grands
égards & les ont toujours regardez
comme des perfonnes
d'un genie fuperieur . C'eft le té
moignage qu'en porta le feu
GALANT
159
Roy d'Eſpagne dans une Lettre
qu'il écrivoit à ſon Ambaſ
fadeurs à Rome , il y a
quelques
années , & en y
envoyant le
Pere de Dom Baltazar de Or
dovas.
Sa
Majefté
Catholique a gra
tifiée Don Joſeph de Salazar-
Carrilo d'un des deux
Regimens
de la Province de Soria , en con
fidcration de fes fervices . Le
nom de Salazar eft celebre en
Efpagne, plufieurs grands homl'ont
porté. Don
Georges de
Salazar fut dans une grande
confideration
fous le Minif
tere du Cardinal
Ximenés qui
160 MERCURE
gouverna en qualité de Prémier
Miniftre fous Ferdinand
& Ifabelle ; & qui aprés la mort
de cette Princeffe
, gouverna
la Caftille fous les ordres de
l'Archiduc
Philippe , fils de
l'Empereur
Maximilien
, & pere
de Charles- Quint. L'Ordre
de S. François a eu auffi de
grands fujets qui ont porté le
nom de Salazar. Le Pere Jacques
de Salazar , travailla avec
fuccés dans le feiziéme Siecle
à éclaircir la Somme de Saint
Thomas
. Les nottes qu'il fit
fur ce Livre furent tres- eftimées,
& curent un grand cours
GALANT 161
dans les Ecoles de Theologie
d'Efpagne.DonJofeph
de Salazar
- Carrillo que le Roy d'Efpagne
vient de gratifier d'nu Regiment,
fert depuis plufiuers années
, & il s'eft acquis beaucoup
de reputation dans toutes les
actions où il s'eft trouvé pour
le fervice de fon Maiftre. Il a
d'ailleurs une grande experience
dans la difcipline Militaire.
L'Empereur a donné lc
Regiment de Gorkelſberg au
au Baron de Weftel. Ce Baron
eft d'une des plus anciennes
Maiſons d'Allemagne , elle eft
fortie de l'Autriche où elle ef
O
Mars
1706,
162 MERCURE
a
toit déja connue du temps de
S. Leopold , Archiduc d'Au
triche. Le Baron de Weftel a
mérité par fes longs fervices , la
grace que l'Empereur vient de
luy accorder. Le feu Empe
reur l'avoit employé en plu
fieurs occafions , où il avoit fait
voir qu'il eftoit auffi habile
dans l'Art des Negotiations ,
que dans la connoiffance de la
difcipline Militaire. Il eut beaucoup
de part à la conclufion
du fameux Traité de Carlos
wits ; il eft vray que ce n'eft pas
là le plus bel endroit de fa vie :
mais enfin , il falloit obéir aux
GALANT 163
ordres de fon Maiftre qui eftoit
preffe de conclure ce Traité .
Ce Barón eft fils d'un homme
qui a beaucoup fait parler de
luy du temps de Monſieur le
le Maréchal de Turenne.
L'Empereur a donné au Ge
neral Glockelfberg le Regi
ment du feu Prince de Darm
ftat, tué au fiege de Barcelonné.
Ce General a paffé par tous les
emplois de la guerre , & il doit
fon élevation à fon feul merite
& à fa feule valeur . Il a don
né diverfes preuves de fon coudans
les guerres de Hon
gric. Le feu Prince Charles de
rage
O ij
164 MERCURE
Lorraine , fous lequel il a fervi
longtemps , l'eftimoit beaucoup
; & il luy a donné en plufieurs
occafions des marques
d'une confiance particuliere.
Le General Glockelfberg eft
d'une famille originaire du Tirol
, qui a produit un grand
nombre de perfonnes de
valeur & de mérite. On a vû
dans les Armées de Ferdinand
III & de Leopold L. derniers
Emperereurs de la Maifon
d'Autriche des Officiers d'une
grande reputation , qui portoient
ce nom .
Monfieur le Marquis del
GALANT 165
Valto Seigneur Napolitain qui
a pris qualitée d'Ambaffadeur
de l'Archiduc auprés de l'Empereur
, a fait en cette qualité
les complimens de condoleance
à Sa Majefté fur la mort de
1Empereur , Ce Marquis qui
eft un des principaux , autheur
de la derniere confpitation de
Naples, & dont le mauvais fuccés
l'a obligé de quitter ce
Royaume , avoit engagé le feu
Empereur d'envoyer des trou
pes en Italie , aprés l'avoir affuré
plufieurs fois que l'amour
des Napolitains pour la Maiſon
d'Autriche , cftoit conftante &
166 MERCURE
fincere , & que la conjuration
de Naples citoit arrivé à fon
point de maturité ; mais quel→
ques paroles qui luy échaperent
dans la chaleur de la converfa
tion , firent éclater ce mauvais
deffein , & donnerent lieu à
Monfieur le Duc de Medina→
Celi , a lors Viceroy de Naples,
& à Monfieur le Duc de Po
poli d'en empeſcher l'effet. >
Dans le partage que les Con
jurez avoient fait du Royaume
de Naples & de toutes les terres
qui en dépendent , le Marquis
del-Vafto devoit avoir le Montferat
; mais la Providence en
GALANT 167
decida autrement , & conferva
ce beau Païs à fon legitime Maître.
Le Marquis del- Vafto eft
d'une bonne maifon de Naples;
on trouve une circonſtance qui
la regarde dans un dés trois premier
Eßais de Literature. Il eſt
dit dans cet Effai que Renaud
de Pol , qui fut brûlé à Naples,
parce qu'il enfeignoit les erreurs
déteftables de Paul Vanini
, qui fut aufſi brûlé à Touloufe
, eftoit parent de la Maifon
del- Vafto.
Ce que vous allez lire eftant
tombé entre mes mains , auffi
168 MERCURE
bien que la Medaille dont il eft
parlé dans le même écrit , j'ay
crû la devoir faire graver , &
qu'une Eftampe de cette Medaille
accompagneroit bien cer
écrit .
EXPLI
GALANT 169
EXPLICATION
D'UNE MEDAILLE
FRAPPE'E EN LORRAINE
à l'honneur de S. A. R.
LEOPOLD I.
Au fujet du chemin Royal de
Nancy à Toul , que ce Prince
a fait reparer , avec une
magnificence digne d'eſtre
confacrée par des monumens
éternels .
La Medaille reprefente Leopold
1. avec cette Legende autour :
Leopoldus
Primus Lotharingiæ
& Barri Dux , Jerofolymo-
Mars 1706. Р
170 MERCURE
rum Rex , Pater Patriæ & Delicium
. Leopold I.Duc de Lorraine
& de Bar, Roy de Jerufalem ,
le Pere & les delices de la Patrie.
Au revers on voit une Vallée
tres-profonde , enfermée entre deux
hautes Montagnes , dont l'une déja
abbatue comble unepartie de l'abîme
.Hercule tourné contre la Montagne
oppofite paroift dans l'attitu
de d'un homme preft à décharger
contr'elle fa Maffue. Mercure armé
de fon Caducée , attend fur le
~grand chemin qu'Hercule ait fini
Jes travaux pour continuer plus
aif mentfa route. Autour du revers
on lit cette Infcription latine.
GALANT 171
Vitæ confulit atque viæ. Iltravaille
pour la fûreté de la vic &
la facilité des chemins. Dans
l'Exergue , MDCCV.
Pour bien entendre l'esprit de
cette Medaille , ilfaut vous faire
obferver que cette Vallée affreuse
que Son Alteße Royale a fait combler
, eft fituée dans fes Etats au
milieu d'une épaiffe Foreft , appel
lée vulgairement le Bois de Haye,
fur le chemin Royal & Militaire
de l'Alface en France . Cette Vallée
dominée par des Rochers , eftoit
devenue fameuse par les ´meurtres
, par les vols , & par
la rez
traite des Brigands.
Pij
172 MERCURE
Hic fpelunca fuit , vafto fubmota rece
fu ,
Semihominis Caci , facies quam dira
Stegebat ,
Salis inacceffam radiis femperque récenti
Cade repebat humus. Virgil. Æneid.
1.8.
De forte que ce Creux profond
produifoit deux grands maux . Les
Paffansy rifquoient ordinairement
leur vie , ou s'ils échapoient de ce
peril , ils ne pouvoient fe garentir
des
incommoditez que deux rapides
montagnes ont coûtume de caufer
aux Voyageurs .
Son Alteffe Royale , Pere de la
Patrie , dont il fait les delices ,
pour raffurer le Voyageur tremGALANT
173
blant , & faciliter le commerce à
fes Sujets & aux Etrangers , a
fait rafer ces deux hautes Montagnes
, applanir cet impraticable ,
chemin , & comme une autre.
Hercule , il a chaẞé de cet antre
affreux le Voleur Cacus , qui
y jouiffoit depuis tant de fiecles du
fruit de fes brigandages.
Mercure que
l'on découvre un
peu éloigné de la croupe de la montagne
, paroît dans l'équipage que
Virgile décrit , lorfque ce Poëte
le reprefente dans l'exercice de
Poftillon des Dieux.
Saint Jerome nous apprend que
Mercure eftoit parmy les Gentils
Piij
174 MERCURE
le
confideré non feulement comme
Meffager des Dieux ; mais encore
comme le Dieu des Voyageurs
& que pour cela ils dreffoientfur
les chemins des Statues de cette
fauffe Divinité. Les pierres qu'ils
rencontroient dans leur route , ils
les portoient aux pieds de cette
Idole pour luy rendre honneur.
C'est en fuivant cette pensée que
l'on a placé Mercure dans la Medaille
, foit comme le Dieu qui
favorife les Voyageurs , & qui
applaudit parfa prefence à l'entre
prife d'Hercule , fait comme un
Voyageur luy - mefme , qui va
porter les nouvelles de la Cour de
S. A. R. de Lorraine à la Cour
GALANT 175
du Roy tres Chrétien.
Le Pere Hugo a donné le def
l'infcription de cette Me- fein
daille , que Mr de Saint Urbain
Graveur de S. A. R. a éxécutez
avec cette délicateffe & cette pro-·
preté qui brille dans fes autres ouvrages
. L'Hiftoire Métallique
des Papes depuis Jean 22. juf
qu'à Celeftin V. dont il a enrichi
les Cabinets des Antiquaires ,
fait fouhaiter avec impacience
la fuite d'un ouvrage fi curieux.
MrdeS. Urbain la fait efperer les
Sçavans ont lieu de compter fur
cette efperance , puifque Mr de
S. Urbain a l'avantage de tra-
#
P iiij
176 MERCURE
vaillerfous le regne d'un Prince
qui aime également les belles Lettres
& les beaux Arts.
Le S Giffart , Libraire à l'Image
Sainte Therefe, rue Saint
Jacques , vend un Livre in quar
to , imprimé à Anvers , qui a
pour titre : Conjuratio inita &
extincta Neapoli , anno 1701 .
Ce Livre eft une Traduction
Françoife d'un livre , imprimée
depuis peu , dont je vous ay par
lé dans une de mes dernieres
Lettres . Celuy dont je vous entretiens
aujourd'huy , eft en
tres-beau latin , & on y trouve
un détail curieux & intereffant
GALANT 177
de la conjuration qui a fait
meriter à M ' le Duc de Popoli ,
le nom de fidele Sujet . C'eft en
partie aux foins de ce Duc & à
fa bonne conduite , que l'on
doit le fuccés de cette grande
Journée. Cet ouvrage eft compofé
fur des Memoires fournis
par unSeigneur Efpagnol, & on
trouve à la fin une Lifte de ceux
qui ont travaillé avec le plus
de chaleur pour conferver la
Ville de Napls fous l'obéïffance:
du Roi d'Efpagne.Le ftilede cette
relation eft tres- pur & il approche
fort du ftile de ceuxqui
fe piquerent dans le 16 fiece
de la qualité de Ciceroniens.
178 MERCURE
M' l'Abbé de Mailly , du
Dioceſe de Reims , foûtint far
Thefe de Tentative en Sorbonne
, à la fin du mois dernier.
Elle eftoit dediée à M' l'Archevêque
de Reims , dont le Portrait
eftoit à la tefte . M' Roulland
, qui demeure au College
de Reims , prefida. L'Affemblée
eftoit compofée de tous
les Prelats qui fe trouverent
alors à Paris , & d'un grand
nombre de perfonnes de diftinction.
Le Soûtenant , qui répondit
parfaitement bien , fut
admiré de toute l'Affemblée.
M l'Abbé Moulins difputa
2
GALANT 179
aprés le Prefident. Il propoſa
un Argument fur la Vilion beatifique
, qui fut trouvé tresfubtil.
Il foûtint fa difficulté
par un paſſage de S. Jean Chrifoftome
; M'T'Abbé de Michel,
Prieur de la Licence , fut auffi
écouté avec le plaifir que tout
le monde prend à l'entendre
parler. Il eft difficile en effet de
parler avec plus de force &
avec plus de dignité . Toute
l'Affemblée fortit tres - fatisfaite
du Soûtenant & de ceux
qui difputerent. M'Roulland ,
fur tout , fut fort applaudi . Il
parla avec la force & la folidi180
MERCURE
té qui accompagnent tout ce
qu'il dit. Il paffe pour un des
plus habiles Docteurs de la Faculté
de Paris .
Quoy que dans le titre de
l'ouvrage que vous allez lire ,
on ait mis le nom d'Evêque de
Cartagenç , le Prelat à qui cet
ouvrage
doit le jour , eft auffi
Evêque de Murcie ; c'eft le même
qui , pour agir contre les
Rebelles du Royaume de Valence
, s'eft mis à la tefte d'un
Corps compofe de Milice , de
quelques Gentilshommes
, & de
quelques troupes reglees . L'ef
prit , l'éloquence , & l'érudition
GALANT 181
& brillent dans cet
ouvrage ,
les
citations
hiſtoriques , y font
placées
fi à propos
& conviennent
fi bien au fujer , que la
lecture
en fait
beaucoup
de
plaifir. Enfin ce Prelat
ne pamoins
habile
Jurif
roift
pas
&
,
confulte , & grand homnie d`Etat
, que zelé & fidele Sujet ,
l'on ne peut lire cet ouvrage
fans eftre touché , & penetré
de la force de fes raifonnemens.
Ce que je vous envoye
a cfté tiré de l'Imprimé Eſpagnol
; & comme cette Traduction
n'eft pas de inoy , mais
d'un Gentilhommé François ,
1
I
182 MERCURE
qui entend parfaitement cette
langue , & qui la parle comme
les Efpagnols mêmes ; je vous
l'envoye de la même maniere
qu'elle a cfté faite.
EXTRAIT
D'une Lettre Paſtorale de M
l'Evêque de Cartagne ; aux
Fideles de fon Diocèfc .
Il leur fait remarquer d'abord ,
quelle eft l'attention du demon àfur-
Prendre les fideles. Il leur déclare ;
qu'ileft averti que certain faux Directeurs
s'avifent de femer dans les
converfations , & jufques dans le
tribunal de la Penitence ; les prinGALANT
183
tipes pernitieax d'erreur & de fedition
, pour écarter les meilleurs fajets
de Philippe V. leur veritable
legitime Roy, de l'obéiſſancequ'ils
buy doivent ; & pour les porter à fe
foumettre à Archiduc. Il decide
que ce font deux propofitions des plus
hardies , des plus erronées , des plus
feditienfes , & des plus facrileges ,
qu'ait pù inventer , ny la malice dès
hommes , nyla rage des enfers . Il le
prouve , en habile Theologien , &
en bon politique .
Ce Prélat dit enfuite , qu'il ne
croit pas que des erreurs anffi grof
fieres , & auffi pernicieuses puiffent
s'affurer une foy dans le public; mais
de crainte, que quelques particuliers
plus faibles ne s'en laiffent furprendre
, il leurfait voir quels malheurs
enfouffriroit le ſpirituelˇ, & quels
184 MERCURE
ravages en reviendroit au tempore!
& en Pasteur zelé & attentif, il
met à couvert le Troupeau fur lequel
il veille ; & il donne à fes fideles
des lumieres & desprécautions,
contre les tenebres dont on cherche à
Les enveloper. & contre les pieges
qu'on s'étudie à leur tendre.
Vous fçavez , dit - il , mes
enfans , que ce qu'on tâche de
vous infinuer eft non feulement
faux & pernicieux : mais encore
feditieux , & facrilege ; & que
c'eſt un crime des plus abominables
qui fe puiffe commettre
aux yeux de Dieu & des hommes.
Vous ne fçauriez manquer à la fidelité
que vous devez à ce digne
Roy , fans manquer à la foy que
vous devez à Dieu , ny vous
fouftraire à fon obéïffance fans
GALANT 185
vous dérober à vôtre Religion .
Il n'y va que de la perte de vô .'
tre ame, & de celle de vos biens."
Ces pernicieufes Maximes attaquent
à la fois vôtre vie & vôtre
honneur , vôtre confervation
, & la tranquillité univerfelle
du Royaume . Vous eftes
foûmis par les loix & par vos
fermens à un Roy legitime ; Et
vous eſtes obligez fur peine de
peché mortel de luy eftre fideles
& obéïffans , & de repouffer
de toutes les manieres poffibles
tous ceux qui attaquent fes
droits. Une conduite contraire
vous attirera l'indignation , &
lés châtimens du Ciel . C'eft ce
que je vais vous faire voir bienclairement
.
Nous fommes tenus d'obéir à
Mars 1706 .
е
?
186 MERCURB
nôtre Roy , de l'aimer & de luy ,
eftre fideles , par la foy que nous
devons à Dieu , par le ferment
que nous avons fait à fon couronnement
, ainfi continuëcegrand
Prelat , vous direz que vous
pouvez vous difpenfer de vôtre
fidelité & de vôtre obéiffance,
c'est vous permettre d'eftre impunement
parjure , rebelles &
lacrileges . Sans rapporter icy
continue- tik tant d'exemples que.
nous fournit l'Ecriture fainte
, des châtimens terribles dont
Dieu punit les parjures , &
ceux qui violent leurs fermens
de fidélité , il fuffit de vous citer -
un point d'hiftore qui dans un
Empereur des Turcs fere d'inf
truction à tous les Chrêtiens.
Uladiflas Roy de Hongrie s'ef
GALANT 187
toit obligé par ferment & à foy
de Chrétien de ne point faire
la guerre au Sultan Amurat.
Il violat ce ferment & cette foy
& au premier avis qu'en eût cer
Empereur Ture il leva les yeux
au Ciel & il s'adreffa à Jefus-
Christ voicy les termes dont
il fe feruit. Sont- ce la Seigneur
les conventions que les Chrétiens
ont fait avec moy ? Eftce
la l'execution du ferment
qu'ils m'ont fait , par ton faint
Nom , de me garder la foy qu'ils
m'ont jurée Tu vois Seigneura
qu'au mépris de ton Nom facré,
ils me la refufent , la violent ,
& par là ils renient leur Dieu
en perfides . C'est donc à toy
Seigneur , fi tu es Dieo comme
ils le difent , de venger ton in-
Qij
188 MERCURE
jure & la mienne ; & de nous,
faire voir à nous qui ne te connoiffons
pas encore , de quels
châtimens tu punis ceux qui
violent la foy de leurs fermens.
Dieu permit , à la priere de ce
Barbare , & à fa jufte plainte,
que ce malheureux Roy de Hongrie
en punition de ce qu'il ne
gardoit pas la foy qu'il avoit ju
rée à un Prince Mahometan ,
perit dans cette même guerre
qu'il luy faifoit . Son Armée prit
la tuite , Amurat fut victorieux
& Uladiflas perdit , & la Victoire
, & la vie.
Nous voyons dans cet exemple
fameux , ajoûte ce digne Prelat
, quelle idée eût un Infidele
d'un ferment violé par un Chré
temps
, queltien
, & en même temps ,
GALANT 189
le vengeance exerce le Ciel fur
celuy qui le viole ; Et fi Dieu
punit fi rigoureuſement un Prin
ce Chrétien , pour un ferment
violé pour la deffence de la Religion
, quelles punitions ne
doivent pas craindre du Ciel
des fujets qui pretendent le violer
contre un Roy Catholique
en faveur des ennemis de la foy,
tels que le font ceux qui nous
font actuellement
la guerre
quand nous jurons nous prenons
Dieu à temoin & pour caution
de ce que nous promettons , il
concluë de la & it le prouve
par les facrés Canons , & la plus
fainte Theologie , que quand.co.
feroit à un Tyran qu'on n'auroit
fut ferment de fidelité , on
feroit obligé d'y repondre avec
la même exactitude.
A
a
190 MERCURE
Ne regardez pas comme une
raifon plaufible ; la Chimere
qu'on vous propofe ; fur le pretendu
Droit de l'Archiduc à la
Couronne , par preference à
Philippe V. par la reconciation
de l'Infante Marie Therefe
d'Auftriche . C'eſt une renonciation
que cette Princeffe n'a
pas pu faire au préjudice de les
enfans , dans une matiere auffi
grave & d'une auffi grande confequence
, que l'eft le Royaume
d'Epagne ; cette renonciation
eft nulle & de nule valeur , dés
que cette Princeffe n'a pu la
faire. Dailleurs quand il feroit
probable ou douteux qu'elle eut
pû y renoncer , pouvons - nous
nier que
nôtre Rov Philippe V.
ne foit petit fils d'une fille de
•
GALANT 19 !
Philippel V. Soeur de notre der
nier Roy Charles II . Pouvonsnous
nier auffi que par les Loix
du Royaume , & par la fucceffion
naturelle , & reguliere Phi
lippe V ne doive plutôt fucce
der à la couronne par les droits
du Sang que l'Archiduc
Char
les , qui ny peut pretendre que
par une parenté des plus recu
fées. La nature & les loix don
ment le Scepre à Philippe V.
l'Archiduc
a -t'il un Droit plus
certain pour y pretendre..
Mais fuppofons que cette re
nonciation fut jufte , certaine &
indubitable , elle ne tiendroit ,
pourtant fa validité , que de ce
que Philippe IV . comme Momarque
abfolu , & fouverain Les
giflateur croyant qu'elle conve
192 MERCURE
noit à l'utilité publique de fon
Royaume,voulut qu'elle fut reçûë
& enregistrée dans tous les
Tribunaux , & approuvée des
Etats Generaux , & Particuliers ,
qui compofent cette grande Monarchie
, comme une Loi qui
ferviroit de regle . Philippe IV.
eut le pouvoir & l'autorité de
faire cette Loy , ou ne l'eut pas
& on doit l'entendre de même
du Roytume entier qui l'accep
ta . Si ce Monarque n'en eut pas
le pouvoir , l'acceptation en eft
nulle. S'il l'eut , qui eft tout ce
qui peut favorifer le plus l'Archiduc
, qui font les gens fenfez
qui refuferont à Charles II le
pouvoir & l'autorité qu'ils accorderont
à Philippe IV . lors
que celui-cy , ne s'en eft fervi ,
que
GALANY
193
que pour renverfer les Loix de
la nature & celles de tout le
Royaume , & que l'autre n'a
fait que les rétablir , & leur rendre
leur force , & leur execution
. On ne peut difconvenir
qu'il ne faille moins de pouvoir
pour reduire les ufages à leurs
principes , & à leur origine naturelle
, que pour les en déracher
, par des difpofitions forcées
& contraires à leur état
naturel. Ainfi Philippe IV .
pour la plus grande utilité de
fon Royaume , fait une Loy.
Charles II . pour le plus grand
bien de fes Etats , en fait unc
contraire , l'une & l'autre ont efté
reçûs , & la derniere avec plus
d'éclat , & de folemnité , & avec
des fermens & des publications
Mars 1706 . R
461 MERCURE
d'une plus grande force à laquelle
de ces deux Loix les fujers
liez de nouveau par leurs
ferments , font-ils plus obligez
de deferer l'une de ces Loix
exclud du Trone le fang de nos
Rois , l'autre l'y rapelle , felon
nos Loix les plus établies , qui
n'otent le Droit de fucceffion
ny aux filles de nos Rois , ny
à ceux qui vienent d'elles ; par
où eft venue à cette Monarchie
la Maifon d'Auftriche . L'à t'elle
acquis à meilleur titre , &
fes Droits pouvoient - ils eftre
comparés à ceux d'un petit fils
de noftre Infante Marie Therefe
fille & foeur de nos deux
derniers Rois .
Mais quel fut la fin principa
le de Philippe IV. dans l'atGALANT
195
tention qu'il eût à exiger cette
renonciation & à luy donner
toute la force par une nouvelle
Loy . Ce fut d'empêcher que
le Royaume d'Espagne ne fut
incorporé à celuy de France.
Cette fin fubfifte toûjours & le
RoyCharles II ne l'a point perduë
de vûë . C'est ainsi qu'il en a
difpofé par fon Teftament. Il
n'apelle pas à la fucceffion de
fa Couronne le Dauphin , ny le
Duc de Bourgogne , mais Philippe
V. fecond fils du Dauphin
. Il n'ote qu'une exclufion
injufte & contraire à nos Loix
de tous les defcendants de la
Princeffe fa foeur ; mais il n'ôte
pas l'incompatibilité de l'union
des deux Royaumes. Il n'y
altere rien & le Royaume ne s'y
Rij
196 MERCURE
·
feroit pas foûmis . Quand & comment
Charles II . a - t'il fait cette
Loy , qui paroift contraire à
celle du Roy fon Pere ; aprés
J'avoir long temps examiné
aprés avoir confulté au dedans,
& au dehors de la Monarchie,
& les meilleurs Theologiens &
les meilleurs Juristes , aprés avoir
confulté mefme le faint
Siege Apoftolique ; & en quel
temps fes fujets , ou pour mieux
dire quelques feditieux , difputent
- ils fon droit legitime à
Philippe V , aprés l'avoir demandé
, aprés l'avoir reçû avec
des acclamations generales , aprés
l'avoir couronné dans toutes
les formes , & par des ceremonies
publiques , & du plus
grand éclat , & aprés luy avoir
GALANT 197
prefté fans aucune reftriction.
un ferment de fidelité general
& fans aucune oppofition connuë.
D'ailleurs n'eft- il pas en pleine
poffeffion de fes Etats & le
droit n'est- il pas toûjours fuppofé
en ces matieres , eftre du
còfté du Poffeffeur ? Le doute
fubfifte - il icy L'Eglife ne conferve
t'elle pas à Philippe V.
tous les Droits de fa couronne ?
Rome ne reçoit elle pas , comme
par le paífé , toutes les prefentations
aux Evêchés & auxautres
Benefices ? Nos Ambaffadeurs
ny font ils pas traitér
fans aucune innovation ? Et le
faint Siege n'a t'il pas accordé
de nouveau à notre Roy Philippe
V. un Bref particulier
Ruj
198 MERCURE
afin qu'on puiffe proceder contre
les Ecclefiaftiques & les Religieux
de quelques Ordres &
quelque Dignité qu'ils foient ,
jufqu'à les degrader & leur impofer
des peines capitales fans
encourir aucune irregularité.
C'est ce que le faint Pere n'eut
jamais accordé s'il ne reconnoiffoit
que Philippe V. eft le legitime
Roy d'Efpagne , que tous
fes fujets luy doivent obéïffance
& fidelité , & que ceux qui luy
font rebelles font autant de criminels
de leze Majelté , dignes
des fupplices .
Ce grand Prélat prouve enfuite
en habile Theologien , que quand
bien mefme ilpourroity avoir quelque
chofe de douteux dans le ferment de
fidelité qu'a fait à Philippe V.
GALANT 199
toute la Monarchie , les particuliers,
pendant que le Pape le reconnoist ,
ne peuvent violer ce ferment , fans
peché mortel & fans comettre des
crimes énormes.
Il paffe de la aux exemples fi
memorables & fi frequents dans
l'Ecriture & dans l'Hiftoire de
ceux qui ont éprouvé les derniers
malheurs , pour avoir été infideles
à leur Rois.
Il s'attache enfuitte a faire
voir clairement que fi toute la nation
Epagnole s'eft rendae recommandable
dans tous les temps par
une fidelité inviolable , le Royaume
de Murcie a foutenu ce caractere
avec plus d'éclat encore que le
refte de la nation . Il ajoute a tous
ces motifs de fidelité le merite perfonnel
de Philipe V. & il s'en explique
en ces termes.
200 MERCURE
C'est un Roy que Dieu nous
a donné > pour qui il nous infpiré
de la veneration , des qu'il
là accordé
, & pour qui nos
coeurs fe font rouvez penetrez
d'amour dés que nous avons
pû le connoiftre
. Un Roy qui
ne nous eft pas étranger , mais
petit- fils de noftre Philipe quatre
. Un Roy aimable , un Roy
benin , un Roy fi tendre & fi
julte pour tous les fujets ; un
Roy qui nous a donné les plus
fortes preuves du plus veritable
amour,méprifant
fon repos pour
nôtre noître tranquillité
, abandonnant
les delices de fa Cour
pour courirà noltre deffenfe , qui
compte pour rien , quand il faut
qu'il agiffe pour nous , nyles inclemences
du temps , ny les fatiGALANT
201
gues des campagnes , ny les dangers
de la guerre . Toûjours à
la tefte de fes troupes pour nôtre
confervation , & qui va de nouveau
combatre pour nous rendre
heureux . Un Roy qui nous
a efté annoncé par des Oracles
que l'Eglife a écoutez ; un Roy
vifiblement protegé de la main
de Dieu , qui le declare un vafe
de fon Election par les rifques
& les trahifons dont il le
delivre Un Roy Catholique,
un Roy qui nous donne par fa
conduite des efperances des
mieux fondées de voir dans fa
vie & dans fes Actions & dans
un portrait vif & reflemblant
de Saint Fernand , & de Saint
Louis , qu'il compte parmi fes
glorieux ancestres. Un Roy ne
-
202 MERCURE
vice ny
en qui on ne fçauroit trouver ny
deffaut dans les premieres
années d'un pouvoir abfolu
& d'une vigoureufe jeueffe
, un Roy qui frequente les
Sacremens , comme nous le fçavons
tous , deux & trois fois la
femaine , un Roy qui fe couche
raremenr, fans fe reconcilier
un Roy enfin , qui dans la
plus belle fleur de fon âge reçoit
avec tant de fermeté & de
refignation les coups les plus
rudes dont le Seigneur éprouve
fes élus . Si à l'age de 22. ans
un Roy nous montre tant de
vertus & tant de qualités diftinguées
, que pretendent vous
perfuader contre luy , ces perfides
ces ingrats , ces femeurs.
de fauffes & de pernitieufes
GALANT 203
maximes. Ne les regardez done
ces denaturez qu'avec plus d'ins
dignation que de pitié . Nous
ne meritons pas le Roy que
Dieu nous a donné , & il ne merite
ny nos infidelitez ny nôtre
indifference . Il nous regarde
comme ſes enfans & il nous
aime comme fi nous l'eftions .
Il pardonne avec benignité &
le tort qu'on luy a fait & les
infultes qu'on continue de luy
faire >
quelque avis qu'il en
reçoive , Il fe contente de lever
les yeux au ciel & de s'adreffer
à Dieu . Seigneur , dit il , vous
eftes le Roy des Rois le Royaume
vous appartient , la Couronne
eft à vous c'est vous qui
m'avez mené icy , & fi c'eft
voftre volonté que j'y regne.
204 MERCURE
Veillez fur moy & fur mes fujets
.
Aprés quoy ce grand Prelat s'é
tend avec force fur l'obligation de
faire paroifre le zele de la vraye
Religion contre ceux qui vienent la
combattre. Ne fçavez - vous pas ,
leur dit- il, mes enfans , que ce qui
nous fait la guerre c'est l'infidelité
& l'herefie . Croyez - vous
que ce foit l'Empire qui entretient
ces grandes & nombreufes
flotes dans nos Mers ? Sontce
les Imperiaux qui nous infultent
fur nos coftes ? On voit que
non. C'est l'Anglois & quel eft
fon but ? Eft - ce de donner du
fecours à l'Archiduc Charles ?
C'eft ce qu'il luy dira mais c'est
ce que ne prouve pas la guerre
qu'il nous fait , avec des de
>
GALANT 205
penfes immenfes ; nous avons
efté en alliance en d'auires
temps avec les Anglois , qu'ont
ils fait alors pour nous , le font
ils mis en pareille depenfe . C'eft
donc un intereft particulier &
qui leur eft propre qui les determine
à la cruelle guerre
qu'ils nous font . En voulez-
Vous fçavoir le vray motif? C'eſt
celuy de l'herefie . Il n'en eſt
point d'autre . Ils veulent la
conferver & l'étendre , & ils ne
veulent pas rentrer dans le fein
de l'Eglife , dont ils fe font arrachez
. Ils craignent & ils voyent
que fi une fois Philippe V. eft
tranquile fur fon Trâne , l'Efpagne
unie avec la France , les
doit forcer à remettre fur le leur
le Roy Jacques , dont le pere
206 MERCURE
n'a efté détrôné par leur infidelité
, que par la feule raifon qu'il
eftoit Catholique , Voilà leur
fin , ils ne peuvent en avoir d'autre
.
Il conclud de là , que ceux qui
parlent enfaveur de l'Archiduc contre
Philippe V. ne font pas moins
que de fe déclarer pour l'Herefie contre
la veritable Religion . Il leur
fait une narration touchante , & un
sableau affreux des indignitez éga
des facrileges que ces infideles ont
commis au Port Sainte Marie &
a. Gibraltar , & qu'ils continuent
de commettre à Barcelone , & dans
tous les lieux ae Catalogne où ils
tronvent des Eglifes , des Autels , des
Vafes facrés & des Images venerables
; ce qui luy donne lieu de conclure
que fe déclarer pourfes hereti-
.
ALANT
207
ques & les favorifer , c'est encourir
l'excommunication portée par la
Bulle in coena Domini ; & il
prouve conftamment que dans cette
guerre , il s'agit moins des interefts
de la Couronne , que de ceux de la
Religion .
Il leurfait voir enfuite qu'ils ne
peuvent devenir infideles & traitres
à leur Roy Philippe V. fans pef
cher griévement &, fur quatre points
effentiels. Premierement contre la
·Religionpar le violement duferment.
En fecond lieu contre la justice , en
renversant le droit naturel , divin &
pofitif qui exige des fujets la files
lité & Pobéiffance à leur Roy. En
troifiéme lieu contre l'Eglife ,
favorifant fes ennemis & ceux
qui s'attachent à la déchirer &
& à la détruite : & en dernier
en
208 MERCURE
lieu contre la charité , par les
prejudices & les malheurs qui en reviendroient
au pays &au prochain,
Etil conclud que les indignes Ecclefiaftiques
qui ont la hardieffe & la
temerité d'avancer des maximes oppofees
, & ceux qui ont la foibleffe
& la malice de leur prefter attention
, meritent d'eftre citez au Saint
Tribunal de l'Inquifition , & d'y
eftre jugez facrileges &puniffables.
Il pafle de là au crime de leze
Majeflé. Il en fait voir let fuites
terribles les confequences affreufes.
Il leur déclare à
ils exquoy
ils
pofent leurs vies , leurs biens & leur
honneur. Il prouve par les Loix &
par les furifconfultes quelles font
Les fuites inevitablés de la fedition
& de infidelité. Ilfait une peinture
naive & touchante de la feliGALANT
209
cité dont on jouiroit en Espagne fous
un fi digne Roy , fans les troubles
que la fedition y oppofe . Il prouve
clairement que Archiduc avec tou
tes les Flotes & toutes les forces de
fes Alliez , n'obtiendroit pas un
pouce de terre en Espagne , & qu'il
n'y auroit jamais mis le pied s'il
'y avoit point d'infideles & de traitres
à leur Roy. Il conclud de la
qu'évidemment l'infidelité des fujets
eft la plus grande refource de
Archiduc , que c'est là le principe
de la perfeverance & de fon obftination
à conquerir le Royaume , &
qu'il s'en éloigneroit bientoft s'il ne
comptoit pas d'y trouver des traitres.
Ilfinit toutes ces inductions par cette
reflexion judicieuse & fage que
Luets de Philippes V.fon Maistre,
de finir la guerre par leur fidelité
Mars 1706.
S
les
1
210 MERCURE
& déloigner l'Archiduc par leurper
Severance.
Il leur ai voir fur la fin de fa
lettre tous les malheurs que s'eft attirée
la Catalogne par fon infide
lité , & il leur prouve clairement.
qu'ils partageront leur oppreſſion s'ils
les fuivent dans leur revolte. Il met
dans un grand jour l'état pitoyable
où font déja reduits les Catalans . Il
fait voirque le meurtre , carnage,
te larcin , le facrilege & l'impunité
regnent dans leurpays .
le
Il demande auxfideles de fon Dio
cefe & à ceux qui font affez foibles
pour écouter des difcours feditieux
quel prix de leurinfidelité , leurprometent
ceux qui cherchent à les cor
rompre.Ne voyez vous pas , leur dit
ce digne Prelat , qu'après avoir
éprouvé tous ces malheurs vous
GALANT ΖΗ
ے ھ چ
+
partagerez la honte & le repentir
de ceux dont vous imiterez
la revolte ? Philippe V. regnera
& vous vous trouverez trompez ,
ruinez & deshonorez ? Philippe
V. eft noftre Roy , Dieu nous l'a
donné pour l'eftre , c'eftfon intereft
de le maintenir , de le conferver
, & de perdre ceux qui
s'y oppofent ne regardez donc
que volte perte dans les confeils
pernitieux qu'on s'avife de vous
donner ? Dequoy vous embarraſfez
- vous , continue- t- il que l'Archiduc
foit maistre de Gibraltar
& de Barcelone ; le croyez - vous
maiſtre de toute l'Espagne pour
cela ? Un Royaume comme celuy-
cy n'est pas une conquefte:
fi aifée à faire ? Quand l'Angle
terre fe depeupleroit pour ve
Sij
212 MERCURE
nir occuper à main armée tous
ces Eftas , elle ne sçauroit avoir
affez de troupes pour les gagner
ny pour les défendre ; & des
ennemis de la Religion ne fe
maintiendroient pas long- temps
dans un païs auffi Catholique.
On vous promet , continuët- il
enfuite ,, que l'Archiduc regnera
& qu'il vous donnera tout ce
qu'on peut vous promettre . Ne
Voyez - vous pas qu'on vous jouë
comme des enfans ? Et qu'elt ce
que vous donnera l'Archiduc ?
Soyez furs qu'il ne vous donnera
rien . Premierement
, parce
que les ufurpateurs fe fervent
des traîtres & ne les recompenfent
pas ; & dés qu'ils parvienent
au Trône , ceux à quiils
fe fient le moins , font precifeGALANT
213
ment ceux qui les ont aidez à
détroner celuy qui y regnoit En
fecond lieu , ceux qui vous font
ces promeffes , ne fçauroient
vous faire voir dans l'Archiduc
aucun pouvoir de les accomplir.
Enfin quand l'Archiduc
mefme vous le promettroit ,
eft- il en eftat de vous tenir parolle
, & quels fonds a t - il pour
vous dédomager.
Il expofe icy les engagemens im
menfes où ce Prince eft avec (es Alliez,
par les avances prodigieufes
qu'ils font pour luy , & dons ils voudroient
eftre recompenfez s'il parvenoit
à la Couronne .
Tout ce que vous apporteroit
l'Archiduc , leur dit - il , ce feroit
une neceffité inévitable d'entre
Lenir une guerre & bien plus ter
214 MERCURE
rible & bien plus longue que
celle-cy. La France n'abandonneroit
pas Philippes V. & par les
forces qu'elle a & par le voifinage
dont elle eft , nos maux &
nos pertes feroient plus infaillibles
. Voilà qu'elle exemptions
de tributs vous apporteroit l'Archiduc.
S'il vous en délivroit ,
comment fourniroit - il aux frais
d'une fi terrible guerre , & d'où
tireroit-il les trefors que confument
les Flotes & les dépenfes
prodigieufes où il fe trouveroitengagé
?
Il leur donne enfuite les avis les
plusfages & les plus falutaires contre
le danger des impreffions qu'on
tache defaite dans leure fprit. Il
Lear cite pour modele . Toute la
Noblefe de ce Royaume qui figuale
GALANT 215
fa fidelité en prenant les armes pour
fon vray Roy, & en prodiguant fes
revenus & fet biens pour unfi digne
maiftre. Illes exhorte à redoubler
leur ferveur & leur picté pour
implorer le fecours du Ciel dans ce
temps de malheur & de defordre . Il
Leur reprefente les interefts de la Foy
& des Eglifes , des Temples & des
Images , des Sacremens & des Autels
, dont le mépris & la ruine ſe
roient une fuite inevitable de leur
infidelité.
Ilfinit par une priere qu'il adreſſe
au Ciel pleine d'une onction des
plus fpirituelles , & d'un zele des
plus apoftoliques .
Les Jefuites
affemblez
à
Rome , pour l'élection
d'un
General
, ont élû le Pere
216 MERCURE
Tamburini , Modenois , qui
a efté Vicaire general fous le
dernier Chef de cet Ordre ,
& qui a paffé par les emplois les
plus diftinguez de la Compa
gnie. Il eft neveu du fameux
Tamburini , qui a beaucoup
écrit , & qui paffe pour un des
plus fameux Autheurs de cette
Societé. Quelques jours avant
l'élection , le Pape fit reprefenter
aux Percs qui eftoient affemblez
, le merite du Pere
Tamburini , afin qu'ils y cuffent
égard , ce qui contribua
peut - eftre beaucoup à cette
élection ; puifque le merite de
ce.
GALANT 217
ce Pere fut longtemps balancé
dans l'Affemblée , avec celuy
du Pere d'Aubanton , François ,
& cy - devant Confeffeur du
Roy d'Eſpagne de maniere
que le Pere Tamburini ne l'emporta
que d'un tres -petit nombre
de voix. Les Affiftans furent
faits enfuite . Le Pere d'Aubanton
fut élû Affiftant de
France . Le Pere Imperiali , d'Italic
. Le Pere Montcfdoca ,
Provincial d'Andaloufie , d'Efpagne.
Le Pere Michel Vaill ,
Recteur du College de Munik ,
d'Allemagne. Et le Pere Michel
Diaz , de Portugal. Tous
Mars 1706.
T
218 MERCURE
ces Affiftans font diftinguez
par un merite fingulier , & par
les ouvrages qu'ils ont donnez
au public.
+
gar-
Le Gouvernement de Charleroy
a cfté donné à M. de Peralta.
Cet Officier fert depuis
plufieurs années en Flandres ,
où il commandoit une des
Compagnies deftinées à la
de du Gouverneur des Pays-bas.
Il eſt d'une naiſſance diſtinguée
& il eft allié à plufieurs Maifons
qualifiées d'Espagne. Le
pere de cet Officier , ainfi que
fon ayeul , ont fignalé leur fidelité
pour les Rois d'Eſpagne ,
GALANT 219
;
leurs Souverains dans les
temps les plus orageux & les
plus difficiles. Feu M' de Peralta
, pere du nouveau Gouverneur
de Charleroy , fe diftinfort
dans le Confeil pengua
dant la minorité du feu Roy
Charles II . & dans le temps que
les mécontentemens de Dom
Juan , fils naturel de Philippes
IV. caufoient de grands mouvemens
en Efpagne.
Charleroy eft une Ville des
Pays - bas dans le Comté de
Namur , fur les frontieres de
Hainaut , avec une Fortereffe
tres- confiderable. Cette Ville
Tij
220 MERCURE
eft fur une montagne , prés de
la Sambre , environ à cinq lieues
de Namur & à fix de Mons.
C'eftoit autrefois un Bourg
nommé le Charnoy , que les Efpagnols
fortifierent en 1666 .
& ils luy donnerent le nom de
Charleroy , du nom de Charles
II . Roy d'Eſpagne ; les François
prirent cette Place en
1667. & elle leur a cfté cedée
par la Paix d'Aix - la - Chapelle ,
conclue le 2. du mois de May
de l'an 1668. Le Prince d'Orange
effaya inutilement de la
furprendre fur la fin de l'année
1672. elle fut renduë à l'EſpaGALANT
221
gne par la Paix de Nimegue
qui fut conclue en l'année 1678
Les François la reprirent en
1693. & on la rendit enfin au
feu Roy d'Eſpagne , par le
Traité de Rifwick .
M' de Peralta en recevant le
Gouvernement de Charleroy ,
remit à Son Alteffe Electorale
de Baviere , l'une des deux Compagnies
des Gardes deſtinées
pour la perſonne du Gouverncur
des Pays - bas . Ces Compagnies
font de cent cinquante
hommes chacune , & elles forment
un eſcadron particulier.
Il y à une troifiéme Compa-
T iij
222 MERCURE
gnie qui eft fur le même pied ,
& qui eft deftiné pour la garde
du Commandant de l'Armée.
Monfieur l'Electeur de Baviere
a donné à M' le Comte d'Albert
celle dont M de Peralta
s'eft démis. Je ne vous dis rien
de ce Comte ; vous fçavez fa
naillance , & qu'on ne peut
avoir plus d'efprit & plus de
valeur .
L'ouvrage que vous allez lire
eft auffi moderé que judicieux
, quoy qu'il foit fait au
nom d'un peuple traité fi cruellement
, qu'il ne pourroit juftement
eftre blâme de perfonne ,
GALANT 223
quand il ne garderoit aucunes
mefures . Aucun ficcle n'a fournis
d'exemple d'un traitement
parcil à celuy qu'on luy fait
encore tous les jours , même
envers ceux qui auroient merité
les plus cruels châtimens. Si
ceux qui en ont ufé ainſi ; n'ouvrent
pas
les yeux pour s'en
repentir, c'eft une marque qu'ils
font abandonnéz
du Ciel , dont
ils ne doivent attendre
que des
châtimens
qui peuvent
éclater
à tous momens
, & la violente,
fituation
où ils fe trouvent
,
fait bien voir cet abandonnement
du Ciel .
T iiij
224 MERCURI
REQUESTE
Prefentée
à l'Empereur
par
M' l'Evêque de Farnbach ,
& par M' le Comte Torring
, Deputez des Etats de
Baviere.
SACRE'E
MAJESTE'.
En qualité de Deputez des Etats
de Baviere , nous prenons la liberté
de prefenter à Voftre Majefté Imperiale
, les larmes & les foupirs
d'un Peuple accablé de miferes ,
qui fe jettant au pied du Trône
Imperial , ( Trône qui doit eftre
GALANT 225
acceffible à tous les Peuples de l'Allemagne
, pour y obtenir juftice
contre ceux qui voudroient opprimer
leur liberté , ) attendent de la
clemence & de l'équité de V. M.
I. la fin de leurs malbeurs.
Nous n'examineronspoint quelles
furent les caufes qui allumerent
la guerre entre les fujets de
V.M.I. & les peuples de Baviere
; ce font des droits de Souverailes
peuples ne doivent que
la
neté ,
ny
approuver
ny
condamner
, Dieu
ne
leur
a
laiffé
en
partage
que
gloire
d'obéir
fidellement
aux
Princes
, fous
la
puiffance
defquels
il
ajugé
à propos
de
les
foû
mettre
...
226 MERCURE
Les Bavarois fe font toûjours .
acquittez de cette obligation. Its
ont donné des marques d'une fidelité
fans bornes à Son Alteffe Electorale
leur Souverain , ils n'ont
jamais refufé le facrifice de leurs
biens de leurs vies ,
లో de leurs vies , lors qu'il
s'eft agi de l'intereft de l'Empire ,
d'affermir le Trône Imperial ,
que la derniere guerre contre lesInfidelles
avoit mis en danger. Voftre
Majefté Imperiale n'ignore pas
combien de fang la Nobleffe &le
Peuple de Baviere ont répandu.
devant Vienne & en Hongrie ,
pour deffendre vos Etats contre
l'Ennemi commun du nom Chrêtien.
GALANT 227
Nous ne reprefentons pas icy les
Services fignalez de nos Compatriotes
, pour leur en faire , ou à
nous , un merite auprés de Voftre
Sacrée Majefté, puifque nous n'avons
fait que noftre devoir dans
cette occafion , en obéiſſant & en
executant la volonté de Son Alteffe
Electorale , qui partageoit
avecfes Soldats les dangers de cette
cruelle & fanglante guerre ; nous
avons feulement en vue de perfuader
à Voftre Majesté que
Bavarois n'ayant jamais fçu ce
que c'eftoit que
voir, ne font pas indignes de la
bien- veillance de la protection
• du Chef de l'Empire.
les
de trahir leur de228
MERCURE
Nous fommes perfuadez que
jufqu'à prefent on a caché à V. M.
I. nos veritables fentimens , &
peut- eſtre une partie des mauvais
traitemens qu'on nous a faitfouffrir.
On ne peut qu'avec la derniere
injuftice , nous imputer les
maux que quelques Provinces
d'Allemagne , ont fouffert les années
dernieres : on a voulu que les
Bavarois euffent formé quelque
complot contre les Troupes Imperiales
, qui à la faveur d'un Traité
folemnel , ont efté introduites dans
nos Places nous ne pouvons nous
plaindre de cette accufation contre
Les Commiffaires - Gouverneurs
::
GALANT 226
de
que V. M. a envoyé en Baviere ,
puifqu'ils n'ont fait faire ny informations
, ny procedures qui tendent
à prouver ce complot ; cependant
quelques mal - fondez que
foient les bruits répandus , on n'a
pas laiffé ,fur ce faux principe ;
defarmer la Nobleffe & le peuple
depiller & de confifquerles maifons
& les biens des principaux Seigneurs
,fur tout de ceux que le devoir
de leurs emplois ou le zele de
bon fujet ont obligé de fuivre Son
Alteffe Electorale , en fon Gosvernement
des Pays - bas , nos
Marchands & nos Bourgeois ont
efté pillez par la multitude des
230 MERCURE
Troupes dont on a rempli leurs
maiſons , nous en avons porté des
plaintes inutiles , aux Commiſſaires
aux Generaux de Voftre
Majefté Imperiale , qui bien loin
d'y remedier ont une conduite capable
de jetter dans le defefpoir ce
malheureux peuple ; car ne s'étant
pas contenté d'obliger plus de dix
mille hommes , reduits à la mandicité
, d'abandonner noftrepatrie ,
dont la plupart ont pris parti
dans les Troupes de V. M. I. ou
de fes Alliez , fans comprendre le
contingent que nous avons fourni
& que nous
nous fourniſſons actuellement
, veulent encore forcer ce qui
GALANT 231
refte de gens capables de cultiver la
terre à s'enrôler malgré eux , & de
faire de la Baviere un affreux de
fert.
Voftre Maajefté Impereale eft
trop éclairée , fon Confeil trop
fage & trop penetrant , pour n'appercevoir
pas le danger qu'ily auroit
d'en agir de laforte, les con-
Sequences qu'en tireroient les Puiffances
voifines de la Baviere , &
celles de toute l'Allemagne. Nous
pourrions alleguer plufieurs autres
raifons , & entrer dans un détail
de nos miferes , fi nous les croyions
neceffairespourperfuaderV. M. I,
du déplorable eftat où la Baviere
232 MERCURE
de la tranfe
trouve reduite , par le miniftere
de certaines gens qui abufent de
l'Autorité Imperiale ; mais comme
nous ne voulons eftre redevables
de noftre repos
quillité de nosfamilles, qu'à la feule
bonté & à la justice de Voftre Majefté
, nous la fupplions tres- refpectueufement
de nous faire rendre la
juftice qu'elle croira nous eftre duë ,
fous l'offre que nous faifons , de
mettre entre les mains de la Juftice
la plusfevere , pour eftre châtiez ,
tous ceux qu'on pourra connoiftre
avoir fauffé fon ferment & fes
obligations , d'avoir même manqué
au respect que nous devons à V.
GALANT 233
M. & à la fidelité que comme
Membre du Corps Germaniqne ,
nous avons juré au Chefde l'Empire
, fans bleffer la foûmiſſion que
nous devons à S. A. E. noftre
Souverain , dont Dieu feul peut
nous difpenfer.
En attendant que nous puissions
avoir l'honneur d'eftre écoutez de
Voftre Majefté Imperiale pour l'in
former de vive voix de toutes
les affaires dont nos Superieurs
nous ont chargé , nous ofons
La fupplier tres respectueusement
que nous laifant jouir pendant
la guerre de la tranquillitéque
nous a fait efperer le Traité que
Mars 1076 .
-
V
234 MERCURE
celles
Voftre Majefté figna l'année
derniere avec Madame noftre Seneriffime
Electrice , il luy plaira
d'ordonner
que ces Troupes qui
au préjudice de ce Traité fe font
emparez de Munick , évacuëront
inceffament cette Ville ; que
qui font dans les Places de l'Electorat
, s'y comporteront
comme
Amy , Allié , & Protecteurs , &
non pas en ennemy declaré , comme
elles ont faites jufqu'à prefent ;
qu'onreftituera
lespapiers, meubles,
marchandifes
, qui ont efté pillez
& enlevez , contre la foy du
Traité les droit des gens , à ceux
àqui ces chofes appartiennent
; que
GALANT 235
tes prifons feront ouvertes à cette
multitude de peuple d'un & d'autre
fexe , qu'on y retient injuftement
, à qui vos Commiffaires refufent
même defaire inſtruire leur
procés pour eftre jugez , qu'au
moyen du contingent en hommes
& en argent que la Baviere a
fourni offre de fournir à l'Armée
Imperiale , l'Electorat fera
délivré des contributions & autres
exactions exceffives & extraordinaires
que demandent journellement
les Commiffaires de V. M.
les Officiers de fes Troupes ;
qu'elle fera deffendre de faire dans
nos Provinces aucunes levées de
V ij
236 MERCURE
gens de guerreparforce , mais feu
lement
que
feront obligez d'entretenir complet
ce nombre d'hommes qu'ils doi
ventfournir , laiffant neantmoins
la liberté à la Nobleſſe & aux
Peuples de s'enroller , fi bon leur
femble , dans les Regimens de V..
M. Imperiale ; enfin qu'il fera
permis à la Nobleffe , aux Bour
geois , & aux peuples d'un &
d'autrefexe (que les duretez qu'on
aexcerrées fur eux , ont contraint
de s'abfenter) de revenir dans leurs
maifons , poury vivre en liberté,,
& en bons Citoyens , & qu'on
leur reftituera en entiers & fans
les Etats de Baviere
GALANT 237
fraude les biens , qui fous pretexte
d'abfence , leuront eftépris & con
fifquez.
Cet effet que nous attendons
de la justice de Voftre Majefté
loin depréjudicier au bien defonfervice
, donnera un nouvel éclat àfa
gloire , luy attirera la veneration
de toute l'Europe, & nous engagera
tous à prier Dieu pour la confervation
de fa Perfonne.
Signé, L'Evefque de Farnbach ,
& le Comte de Toring.
Quoi qu'il foit difficile de
garder de la moderation dans
238 MERCURE
3
>
un eftat auffi cruel , que cekuy
ou fe trouvent les Bavarois,'
ils ont neanmoins fait voir
toute la fageffe , & toute la
retenue imaginable dans certe
Requeſte , & cependant
ce qui eft difficile à croire
ces Peuples déja accablez
ruinez , pillez , & vollez , ont
efté condamnez depuis cette
Requeſte , à payer des taxes
dont les Peuples les plus flotiffans
ne pouroient qu'à pcine
donner une partie. Il y à
plus , & ce qui n'a jamais efté
prononcé , ny écrit , lorsqu'il
s'eft agit de lever fur un PeuGALANT
239
ple libre , fupofé qu'il s'en
foit jamais fait de cette nature
, car on n'en trouve point
d'exemples . On les condamne
à eftre pillez , s'ils ne fourniffent
pas ce qu'ils n'ont plus
puifqu'on a pris foinde ne leur
rien laiffer , & pour peu qu'ils
fe plaignent , on les regarde
comme des rebelles qui ont
merité la mort , & ce qui n'eft
pas moins furprenant , eft
que l'on veut faire trouver de
l'argent à des familles dont on
a enlevé le chef, qui feul pou-
Voit gagner pour fournir à
leur fubfiftance. Ainfi il eſt in
40 MERCURE
jufte & cruel de vouloir que
des gens à qui on a ofté les
moyens de fubfifter,fourniffent
de l'argent pour payer des taxes
qui feroient au deffus de
leurs forces , quand même
ces peuples feroient dans un
eftat floriffant ; mais le but eft
de ruiner le pays d'une maniere
à ne s'en pouvoir jamais rclever
. Rien n'eft plus honteux
aux Princes d'Allernagne qui
le fouffrent , & le Ciel permettra
qu'ils en foient punis un
jour , par ceux - même dont ils
n'arreftent pas aujourd'huy les
violences qu'ils font en droit
d'emGALANT
(239
d'empêcher , & la politique
qu'ils fuivent aujourd'huy, caufera
un jour leur ruine.
Monfieur le Marquis de
Bellefont a épouſé Mademoi +
felle d'Eguilly . Il eft fils de
feu Monfieur le Marquis de
Bellefont tué à la bataille de
Steinkerque , neuveu de Madame
la Marquife de Vergetot
, petit fils de feu Monfieur
Bernardin de Gigaut Marquis
de Bellefont , Gouverneur de
Vincennes , fait Maréchal de
France en l'année 1668. &
mort en 1694. La maifon de
Gigaut-Bellefont cft illuſtre &
Mars 1706. X
240 MERCURE
ancienne ; elle a donné de
grands Officiers
à la couronne
& d'habiles
Generaux
à nos
Armées. Monfieur le Marquis
de Bellefont qui vient d'épou
fer
Mademoiſelle
d'Eguilly eft
le troifiéme
Gouverneur
du
Chafteau de Vincennes
de
Pere en Fils. Feu Monfieur
le
Marquis
de Bellefont
fon Pere
a cfté tué aprés avoir donné
de grandes preuves de fa valeur
& de fa fermeté , il a efté
regretté de tous les Officiers ,
dont il s'eftoit fait aimer par
fes
manieres polies & genereuſes.
Madame la Marquile
GALANT 241
de Bellefont eft fille de Monfieur
le Comte d'Eguilly Capitaine
du Martroy , c'est - à- dire
Capitaine de la Chaffe du Sanglier.
Cette charge eft tres
ancienne. Monfieur le Comte
d'Eguilly eft d'une tres bonne
Maiſon , & tres confiderable
par fes alliances Monfieur l'Abbé
d'Eguilly fon fils eft dans le
cours des eftudes de Sorbone,
où il ſe diſtingue par fon efprit
& par fa fagefle. Monfieur d'Eguilly
a long- temps porté les
les armes avec diſtinction ; &
il est d'une famille qui a produit
plufieurs perfonnes d'une
A4
Xij
242 MERCURE
valeur éprouvée , & qui a donnée
à l'Eglife de grands fujets.
Elle eft alliée à la Maifon du
Fay- Vergetot , à celle de Syllery
, la Motte , Houdancourt
& à pluſieurs autres Maiſons
confiderables .
Vous avez déja fçû le Mariage
de Mlle de Bel , avec Mr de
Bertillat qui commande un Regiment
de cavalerie , & vous
fçavez qu'il eft fils de Monfieur
de Bertillat , Lieutenant General
des Armées du Roy & Gouverneur
de Rocroy. Ce dernier
eft fils de feu Monfieur
de Bertillat , mort depuis peu,
GALANT 243
âgé de prés de quatre - vingtdix
ans . Il eftoit Treforier General
de la Maifon , & Finan
ce de la feue Reiné Mere du
Roy. Il étoit fi generalement
cftimé à cauſe de fa grande probité
, que le Roy luy donna
l'une des deux Commiffions de
Gardes du Trefor Royal , lors
que peu de temps aprés fon
Mariage fe Prince fit plufieurs
reformes dans fa Maiſon , &
fupprima les quatre Charges de
Treforiers de
l'Epargne , pour
retablir fes affaires , & foulager
fes finances ; mais ce Monarque
eſtant rentré dans de
X iij
244 MERCURE
1
nouvelles guerres , & ayant befoin
d'argent pour les foûtenir,
créa en charges , les Commifions
de Gardes du Trefor , &
Mr de Bertillat qui n'avoit
point Teforifez , & qui d'ailleurs
eftoit déja dans un âge
fort avancée , fut ravy de trou
ver cette occafion de fortir
d'employ , pour ne plus fonger
qu'à fon falut . Monfieur
de Bertillat qui vient d'entrer
dans les liens du Mariage , eft
fortit du cofté de fa mere , de
la famille de Montmort , dont
eftoit Meffire Haber de Montmort
, l'un des quarantes de
GALANT 245
l'Accademie Françoife , & qui
eft mort Doyen des Confeil
liers d'Etat. Il joignoit aux
connoiffances que doit avoir un
grand Magiftrat , toutes les
qualités d'un bon Accademicien.
Le grand Pere de Mlle le
Bel avoit cfté Page du Roy ,
ce qui eft une preuve inconteftable
de fa Nobleffe ; mais le
dérangement de fes affaires , &
La diffipation de fon bien , par
ceux qui avoient été commis
pour en avoir le foin , l'empêcherent
de prendre le partis
de l'epée , & il s'occupa a travailler
au recouvrement de fon
Liij
246 MERCURE
bien. Son fils s'en étant trouvé
affé pour entrer dans les
Fermes generales de Sa Majeſté,
s'y eft acquis la reputation d'un
parfait honnefte homine. C'eſt
la fille de ce dernier qui par fes
manieres toutes fpirituelles s'eft
attiré le coeur de Monfieur de
Bertillat , qu'elle vient d'époufer.
Elle eft coufine germaine
de Mr l'Evêque de Betheléem
& niece du colté de fa mere ,
que l'on ne peut trop eſtimer,
de Mr. de Saint - Difant Contrôleur
general de l'argenterie ,
menus plaiſirs , & affaires de la
chambre du Roy, & du coſté
GALANT 247
de la mere de fon époux elle
eftoit niece de feu Mr. de
Montmort Evêque de Perpignan.
Cette nouvelle épouse
a une foeur aînée que Mr le Bel
avoit réfolu de pourvoir avant
elle ; mais elle a fçû engager
fon
pere par fes prieres
inftantes,
& par
celles
qu'elle
luy a
fait faire
par
toute
fa famille
,
à marier
fa foeur
avant
elle , ce
qui
a efté
trouvé
d'un
fi bon
efprit
, & luy a acquis
tant
d'eftime
que Mr le Bel fera
bientôt
embaraffé
dans
le choix
d'un
gendre
.
M' le Duc d'Uzés , Duc &
248 MERCURE
Pair de France , Gouverneur
& Lieutenant general pour le
Roy des Provinces de Saintonge
& d'Angoûmois , a épouſe
Mlle de Bonnelles . Cette Ducheffe
eft fille de Mr le Marquis
de Bullion , Gouverneur &
Lieutenant general pour Sa
Majefté des Provinces du Maine
, du Perche , & du Comté
de Laval , & Prevoft de la Ville
& Vicomté de Paris ; & de Dame
Marie - Anne Rouillé , fille
de Jean Rouille , Comte de
Meflay , Confeiller d'Etat ordinaire
, & de Dame Marie de
Comans ..
GALANT
249
Jay eu fi fouvent occafion
de vous parler de la Maiſon
d'Uzés ; &je vous en ay parlé
fi amplement , qu'il ne me
refte plus rien à vous en dire
Je vous ay fait auffi remarquer
que la Maifon de Bullion a produit
de grands hommes , qui
fe font fignalez dans la robe
& dans l'épée ; on y compre
un Surintendant des Finances ,
deux Greffiers des Ordres du
Roy , deux Prefidens à Mortier
au Parlement de Paris
deux Confeillers d'Etat ordinaires
, deux Mailtres des Requeftes
de l'Hôtel , & plufieurs
250 MERCURE
•
Confeillers aux Parlemens de
Paris , de Dijon , de Mets & de
Grenoble , un Abbé de la celebre
Abbaye de Saint Pharon
de Meaux , deux premiers
Ecuyers de la grande écurie
du Roy , deux Gouverneurs
des Provinces du Maine , Perche
, & Laval , & un premier
Chambellan de feu Son A. R.
Monfieur.
M la Ducheffe d'Uzés eft alliée
à plufieurs Maiſons illuftres
, elle eft coufine germaine
par Madame la Ducheffe de
Richelieu , cy- devant Marquife
de Noailles , & par M BouGALANT
251
chu fes tantes materneles de
Mllede Noailles accordée avec
M' le Duc de Fronflac , fils
unique de Monfieur le Duc de
Richelieu , & de Mlle Bouchu
accordée avec M' le Comte
de Teffé Grand d'Eſpagne
fils de M le Marefchal de
Teffe ; mais je dois vous dire
pour vous faire mieux connoiftre
cette Maiſon , que Me
la Marquife de Bullion mere
de Me la Ducheffe d'Uzés eft
fille de feu M Rouillé qui
fut Confeiller d'Etat aprés
avoir efté longtemps Maiſtre
des Requeftes & Intendant en
252 MERCURE
Provance ; cette Dame a pour
frere M Rouillé Comte de
Mellay cy devant Confeiller au
Parlement , que fes incommoditez
ont empeſché de paffer
à d'autres emplois , & qui n'a
qu'un fils unique de fon épouſe,
fille de feu Mr de la Briffe Proreur
General du Parlement ,
qui cft morte depuis quelques
années ; elle a pour foeur Me
la Ducheffe de Richelieu, veuve
en premieres noces de Mr
le Maréchal de Noailles , dont
il refte une fille unique & Me
Bouchu , époufe de Mr Bouchu
Confeiller d'Etat , cy- deGALANT
253
vant Maiftre des Requeftes &
Intendant de Dauphiné & des
armées du Roy en Italic . Mr
Rouillé Confeiller d'Etat, avoit
pour frere MrRouillé Seigneur
du Coudray , qui cft mort
long- temps avant luy , aprés
avoir efté Mailtre des Requeſtes
& Intendant en differentes
Provinces , a laiffé deux
fils , qui font Mr Rouillé du
Coudray à preſent Conſeiller
d'Etat aprés avoir efté Procureur
General de la Chambre
des Comptes & Directeur General
des Finances &Mr Rouillé
Préſident au grand Confeil,
254 MERCURE
qui a efté Ambaffadeur en Portugal
, & qui eft preſentement
pour le fervice du Roy auprés
de Meffieurs les Electeurs de
Baviere & de Cologne. Jay
eu occafion de vous parler il
y a quelques mois de la diftinction
& de l'étendue de
cette famille & de fes aliances
au fujet de la mort de Me
la Ducheffe de Coiflin qui en
defcendoit .
Feu M la Marquife de Bonnelles
, mere de M' le Marquis
de Bullion eftoit foeur de Me la
Maréchal de la Mothe Ducheffe
de Cardone , & coufine
GALANT 255
germaine de Me la Ducheffe
de Crequy ; c'eft pourquoy
Mela Ducheffe d'Uzés eft niece
à la mode de Bretagne de
Mefdames les Ducheffes de
Ventadour , d'Aumont de la
Ferté & de la Trimoülle , coufine
de Me la Princeffe de
Rohan- Soubife , de Mr le Duc
de Humiers , de Mefdames de
Mirepoix , de la Carte & de
Madame la Ducheffe d'Albret.
...La Maifon de Bullion , eft
auffi alliée aux Maifons de Lamoignon-
Baville , de Faure, de
Bruflard, de Robault , de Tirumberne
, de Rohault - Ge-
Mars 1706. Y
•
256 MERCURE
marche , de Bauveau - le- Rivau
de la Ferté Seneterre , de la
Tour Choifinet , de Vaffan , de:
Bellievre Grignon & de Roche
chouard-Montpipau
.
Me la Ducheffe d'Uzés a
deux freres dans le fervice..
Mr le Marquis de Bonnelles ,
eft Lieutenant de Royau Gouvernement
d'Orleans & Colo-.
nel du Royal- Rouffillon , &
Mr le Chevalier de Bonnelles ;
eft Colonel de Royal Piedmont.
Ils fe font diſtinguez .
en plufieurs occafions.. Je ne
dis , rien de Mademoiſelle de
Bonnelles, à prefent Ducheffe
GALANT 257
d'Uzés , puifque le nom de Me
La mere fuffit pour faire connoiftre
qu'elle a cu toute l'éduque
l'on peut
1 cation fouhaiter
à une perfonne de fa naiffance.
Comme on parle fouvent
de Commedie en parlant de
Mariage , l'Artice qui fuit fe
trouvera naturellement placée.
Je vous ay déja parlé des
divertiffemens de Clagny ; mais
il s'en faut bien que je n'aye
épuifé la matiere. Madame la
Ducheffe du Maine y a donné
encore deux reprefentations de
Jofeph.. Monfeigneur le Duc
de Bourgogne, Madame la Du
Yiji
258 MERCURE
cheffe de Bourgogne , Monfeile
Duc de Berry , Madame
, Monfieur le Prince ,
Madame la Princeffe , & Madegneur
moiſelle d'Anguyen , ſe ſont
trouvez à la premiere de ces
deux reprefentations, & Monfeigneur
honora la derniere de
fa prefence. Jamais aucun fpectacle
n'a tiré plus de larmes, ny
reçû plus d'applaudiffemens .
La beauté de la piece fut dignement
foutenuë par l'excellence
du Jeu. Madame la Ducheffe
du Maine continua à ſc
faire admirer dans le rôlle d'Azane
th. L'imagination ne fau
GALANT 259
roit aller au delà de toute la
Nobleffe , de la fineffe & du
naturel dont cette Princeffe
anime & foûtient ce caractere .
M' le Baron , pere , fit encore
fentir de nouvelles beautez
dans le rôle de Jofeph , & M
de Malczieu joua celuy de Juda
, fi exellemment , que les
connoiffeurs avoüerent , tout
d'une voix , que jamais l'action
Theatrale, n'avoit cfté poufféc
plus loin. Aprés avoir fait verfer
tant de larmes , Madame la
Ducheffe du Maine jugea à
propos de donner à Madame
la Ducheffe de Bourgogne , un
260 MERCURE
divertiffement bien different..
Elle fut invitée de fe trouver à
Clagny le 8. de ce mois ; cette
Princeffe s'y rendit fur les fept
heures du foir ,
accompagnée
de Son Alteffe Royale Madame
, & fuivie de tout ce qu'il
ya de plus diftingué à la Cour.
Madame la Ducheffe du Maine:
luy donna une Comedic -Ballet
, intitulée , la Tarentole , de:
la compofition de Mr de Ma--
lezieu . Il m'eft impoffible de
vous faire icy le détail de tous
les agrémens de ce fpectacle :
ce que je puis vous dire , c'eft
qu'il n'y a pas deux avis fur le
GALANT 261
merite de cetre piece. Toute
la Cour s'eft récrié fur la con
duite , fur l'invention & fur la
nouveauté du fujet, qui ameine
naturellement la Danfe & la
Mufique : l'efprit y brille par
tout . Les regles de l'Arty font
obfervées dans la derniere ri
gueur , & au lieu que dans la
plupart des Comedies- Ballets ,
on voit des gens qui danfent ,
& qui chantent fans qu'on
fcache pourquoy. Dans cette
piece le chant & la danſe
naiffent tellement de l'intrigue
qu'elle ne pourroit fubfifter
Lans ces accompagnemens .
262 MERCURE
Mr Matho , ordinaire de la
Mufique du Roy , a fait voir ,
en cette occafion , de quoy il
eft capable. Pour répondre à
l'intention de l'Auteur , il falloit
des Airs de differents mouvemens
; il en falloit dans le
gouft Italien , enfin il en falloit
de tous les caracteres , & c'eft
ce qu'il a merveilleufement
executé. Mr Balon ne s'eft pas
moins diftingué par la beauté
des Ballets , dont il a entremêlé
ce fpectacle , & où il s'eft
fait admirer encore par
cution , avec Mrs du Moulins.
Madame la Ducheffe du Maine
joüa
l'exeGALANT
263
joua le rôle d'une Suivante ,
qui a grand part à toute l'intrigue.
Cette Princeffe fit voir
qu'elle n'eftoit pas moins excellente
Actrice dans le Com-
>
mique que dans le Serieux.
Mlle de Morafe qui repréfenroit
fa Maiftreffe
, & qui pour
tromper fon pere contrefaiſoit
la muette
& paroiffoit avoir
des mouvemens convulfifs , fit
des merveilles dans fon rôle ,
qui eft d'une execution fort
difficile . Mr le Baron le
pere ,
fous le nom de Mr de Pincepere
maille , joüoit le rôle du
de la Malade . C'eft un vieil
Mars
1706.
Z
J
264 MERCURE
›
lard fort timide , fort avare &
begue. Il eft impoffible de rien
dire d'affez fort , pour donner
une idée parfaite de l'excellence
de fon jeu , & peut- cftre n'a
t-on jamais rien vû de comparable
à la maniere dont il
joüa. Mr de Malezieu qui traittoit
la Malade en qualité de
Medecin Empyrique , s'en acquitta
dans la derniere perfection.
Mrs fes fils , Mr de Caramont
& Mr de Dampierre ,
Gentilshommes de Monfieur
le Duc du Maine , qui avoient
des rôles de carracteres fort
differens, & qui avoient grande
GALANT 265
part à l'intrigue , recurent
auffi de grands applaudiffemens
& l'on rit autant à la
Tarentole , qu'on avoit pleuré à
Jofeph ; & les vieux Courtiſans
s'écrierent plus d'une fois ,
qu'on avoit rien vú de pareil depuis
Moliere , & que Madame
la Ducheffe du Maine , fansfortir
de fa maison , avoir trouvé le
moyen de rappeller la memoire de
divertiffemens , où l'on voyoit
toujours reigner le bon gouft, l'ef
prit & la magnificenc .
La varieté ne plaiſant pas
moins à l'efprit qu'aux yeux ,
je puis faire fuivre l'Article
Zij
266 MERCURE
que vous venez de lire , d'un
Article bien different , & qui
ne dois pas moins infpirer de
charité que le precedent
à
caufé de plaifir & de joye . Il
fera voir l'attention de Mr le
Cardinal de Noailles pour ce
qui regarde le culte Divin. Je
vous envoye , pour cet effet ,
l'extrait d'un Mandement de
Son Eminence
. Je ne vous en
dis point le fujet , ce que vous
allez lire vous le fera connoître.
L'Eglife de S. Marcel de Paris
eft une des plus illuftres de nôtre.
GALANT 267
diocefe tant par fon antiquité que
par le merite du S. dont elle porte le
Nom , dont elle renferme le tombeau
; c'est le Partron de cette grande
Ville enfaveur de laquelle il afignalé
par tant de Miraclesfa Protection
fpeciale auprés deDieu nous
fommes donc particulierement obligés
deprocurer à cette Eglife les fe
cours neceffaires pour en prévenir
la chút. La nuit du 15. au 16 .
Decembre dernier des mains facrileges
en volerent generalement toute
l'argenterie , avec la meilleur
partie des ornements ; les reparations
qu'il afallufaire depuis quel
ques années l'ont épuiffée ; un de
Z iij
268 MERCURE
fes principaux Domaines vient
d'être ruinépar incendie ; Elle eſt
fans Vafes facrez ; il ne luy refte
que quelques Ornemens fort ufez,
encore moins de linges ; de fept
Cloches quifont dans le Clocher
il n'y en a que deux en estat de
fonner;fes revenus fontfi medioeres
qu'ils ne fuffifent pas à beaucoup
prés pour le fimple neceffaire
des Chanoines
qui la deffervent
.
Toutes cesConfiderations
marquent
affez les beffoins preffans de cette
Eglife l'obligation indifpenfable
dy pourvoir. A ces caufes, Nous
la recommandons
inftamment
aux
charitez des Fideles. Mandons
GALANT 269
aux Curez Prédicateurs de cette
Ville d'exhorter dans leurs Prônes,
Prédications, les Perfonnes qui
font en état de faire l'aumône , à
donner en cette occafion des marques
de leur zele pour la maison
de Dieu ; fans quoy ilferoit impoffible
d'y continuer le Culte divin
: afin d'exciter davantage à
une fi bonne oeuvre , Nous accordons
, pendant le reste de ce faint
temps de Carême jusqu'au jour
de Quafimodo inclufivement
quarante jours d'Indulgences à
Ceux & Celles qui étant purifiez
de leurs pechez par le Sacrement
de Penitence ou du moins par la
Z iiij
20 MERCURE
Contrition , vifiteront devotement
ladite Eglife , & yferont quelque
aumône. Donné à Paris le
quatrième jour de Mars , milfept
cens:fix.
Les Aumônes feront mifes
dans le Tronc qui fera pofé à
cet effet en ladite Eglife , ou
entre les mains de Madame la
Maréchale de Lorge , de Madame
la Premiere Prefidente
du Grand Confeil , de Mefdames
les Prefidentes de Nefmond
, & de Lamoignon , de
Madame Roulier la Confeillere
d'Eftat , Ifle Nôtre- Dame ,
de Madame de la Hoguette
,
GALANT 271
4
ruë de l'Univerfité, de Madame
Voifin Confeillere d'Eftat , rue
du Chaffenidy , de Madame
Dagueffeau la Confeillere d'Etat
, de Madame Trudenne
prés les Enfans rouges , & de
Madame de Richebourg S.
Ange , rue de Touraine au
Marais .
Je vous ay fouvent parlé
du Roy d'Angleterre , & vous
avez dû connoiftre , par tout
ce que je vous ay dit de ce Monarque
, que fes lumieres , fur
toutes chofes , font infiniment
au deffus de ſon âge , & que
ce Prince cherche tous les jours
272 MERCURE
à s'inftruire , afin de ne rienignorer
, de tous ce qui peut
rendre un homme parfait.
Comme il y avoit long- tempsqu'il
entendoit parler de Mr.
le Nonce , comme d'un hom
profond , en toutes fortes de
fciences , qui eftoit uniquement
appliqué à l'eftude , & chez
qui on faifoit tous les jours
quantités d'experiences , digne
de la curiofité des plus grands
hommes , ce Monarque qui n'a
en vûë que des chofes relevées,
& qui ne fait fes plaifirs , que
de ce qui peut eftre utile , foûthaita
d'aller chez Mr le Nonce,
GALANT 273
pour fatisfaire fa curiofité : de
maniere qu'il choifit un jour
pour venir chez ce Prelat , &
pendant qu'il fe formoit par
avance l'idée du plaifir qu'il
devoit avoir ce jour là , Mr le
Nonce , de fon côté , n'oublioit,
rien de tout ce qui croyoit ne
ceffaire , pour repondre à l'at
tente qu'on avoit de luy & à
l'honneur qu'un Grand Mo
narque luy devoit faire , en
venant chez luy. Il envoya à
la Porte de S. Honoré , deux
de fes plus beaux caroffes atte
lez de huit chevaux chacuna
S. M. B. fe mit dans l'un de
274 MERCURE
de
fes caroffes avec les perfonnes
les plus diftinguées de fa fuite .
Mr le Nonce reçût ce Monarque
à la defcente de fon caroffe.
Le dîné fut fervi peu
temps aprés fon arrivée , la
table n'eftoit que de fix ou fept
couverts. Il y eut cinq fervices
de vingt - cinq plats chacun. Il
eft aifé de s'imaginer que la
profuſion regnoit dans ce repas
, avec la delicatelle , & que
tout ce que la faifon peut produire
d'exquis n'y fut pas oublié.
Il y cut un fixiéme fervice
de fruits fins ; mais qui parurent
fi naturels qu'ils tromGALANT
275
la
perent toute l'Affemblée . S. M.
B. vifita tous les appartemens
à l'iffue du dîné. On paffa dans
Bibliotheque de Mr. le Nonce
, qui eft remplie d'un fort
grand nombre de Livres curieux
, & dont plufieurs fe trouvent
difficilement , parce qu'ils
font fort rares . S. M. B. en
ouvrit plufieurs , & fit connoiftre
de la maniere qu'elle
en parlà , que non , feulement
ces Livres ne luy eſtoient pas
inconnus ; mais qu'elle fçavoit
tout ce qu'ils contenoient
& que le jugement qu'elle en
portoit , étoit juste .
276 MERCURE
Monfieur le Nonce luy fit voir
plufieurs inftrumens de Matematique
dont l'on fe fervit fur
le champ pour diverfes experiences
: on en fit fur tout une
fur le vuide qui attira l'attention
de ce Monarque , & on
fe fervit pour cet effet d'une
'nouvelle machine d'une grande
utilité s'affurer au jufte
des experiences qu'on fait en
Phifique avec la machine du
vuide, au défaut de laquelle on
a éprouvé qu'il arrive fouvent
que ces experiences n'eſtant repetées
qu'au hazard , faute de
s'appercevoir des inftances
pour
GALANT 277
qu'on obmet ; on ne retrouve
point ce que d'habiles Phificiens
affurent qu'ils ont trouvé
, ce quifait qu'on les accufe
de foux : affez legerement , ceux
qui fe fervirent de cette machine
en prefence duRoy d'Angleterre
, luy firent remarquer
que dans les experiences ordinaires
de la machine du vuide ,
on ne pompoit qu'au hazard &
fans autre regle que celle de fes
forces ; qu'on ne faifoit attention
, ny au nombre des coups
de pompe , ny à la capacité de
la pompe & du bâton , ny à
l'efpace que le pifton parcourt
278 MERCURE
dans la pompe , & que par
confequent on ne pouvoit répondre
en aucune maniere à
quel point de rarefaction on
avoit porté l'air de la machine
pneumatique par rapport à l'air
exterieur , d'où il arrivoit que
les experiences paffees perdoient
beaucoup de leur utilité
, au lieu qu'au moyen de
la nouvelle machine , on a trouvé
une methode facile & generale
pour découvrir au jufte le
rapport de l'air naturel à l'air
rarefié , dans la nouvelle machine
du vuide , le rapport du
recipient ou balon de cette
GALANT 279
machine à fa pompe, & le nombre
des coups de Pompe ou
de piſton neceffaires dans toutes
les ſuppoſitions poffibles de
ces rapports. On fit voir enfuite
au Roy d'Angleterre
quelques medailles anciennes
dont il y en avoit de la famille
Furia . On luy en fit voir une
fort belle de Sence Pompée .
Sa Majefté Britanique aprés
avoir examiné avec attention
tout ce qu'elle avoit vû , &
avoir fait paroiftre beaucoup
d'efprit dans tout ce qu'elle dit
& dans toutes les demandes
qu'elle fit pour eftre inftruite
Mars 1706 .
Aa
280 MERCURE -
de beaucoup de chofes , remercia
Mr le Nonce avec la
maniere toute gracicufe , qui
luy cft naturelle : & fi ce Prélat
fut charmée de l'efprit de ce
Monarque & de fes manieres
honeftes & obligeantes , tous
ceux qui avoient efté preſents
à tout ce qui s'eftoit paſſé , parurent
extrémement furpris de
tout ce qu'ils avoient entendus
& de la vivacité fpirituelle de
ce jeune Monarque , qui ne
cherche point ce qu'il veut dire,
& qui répond fur le champ.
aux chofes qu'on luy dit , avec
autant de prefence d'efprit ,
GALANT 281
que s'il avoit eu le temps de
fe preparer aux réponfes qu'il
fait , & aux chofes obligeantes
qu'il dit à ceux à qui il croit
devoir faire quelques honnêtetez
.
Ce Prince, en fortant de chez
Mr le Nonce , alla à la Foire de
S. Germain: & comme il avoit
faire conrefolu
de ne s'y pas
noiftre
, il avoit caché
fon Ordre
; mais fa Perfonne
en découvrit
plus que fon Ordre
n'auroit
fait. Il fut d'abord
reconnu
, & dés que le bruit fe
fût répandu
qu'il eftoit
dans la
Foire , fon air & fes manieres
Aa ij
282 MERCURE
le firent d'abor remarquer . Ce
Prince fe retira auffitoft qu'il
ſe fuſt apperçu que la foule
commençoit à fe former autour
de luy, & l'empreſſement
qu'on avoit à le voir alloit devenir
trop grand : & comme
un Prince ne doit pas ignorer
tout ce qui fe fait dans
un Païs étranger , fur - tout
lorfqu'il eft fur les lieux, & qu'il
doit , autant qu'il le peut, connoiſtre
par luy-même fes ufages
& fes manieres. Ce Monarque
entra , fortant de la Foire,
dans un des lieux , où les fpectacles
que l'on y donne , atti
GALANT 283
rent une grande foule de monde.
Il y demeura pendant quelque
temps , fans avoir efté reconnu
; mais s'étant
apperçu ,
que les Acteurs commençoient
à luy faire un compliment , ce
Prince fortit , & s'en retourna
fort fatisfait de l'employ de fa
journée .
Il faut ajoûter ce qui fuit à
fa Lifte des Vaiffeaux, commandez
par Monfieur le Comte de
Toulouſe, que je vous envoyaj
le mois paffé.
La. Balcine .
C
Ze Sr Mofnier la Fiquiere,
284 MERCURE
Le Pinque la Sainte Anne,
Mr.
Parent.
Le Portefaix .
Mr Lequefne.
( L'Espion.
Mr Benoift.
L'Eclaire .
Mr Chaftrier.
Le Violent.
Mr Canniere.
Le Lyon .
Mr de Lefpineau.
La Fulminante , Galliote
à bombarder.
Mr de Saint Melair.
La Parfaite.
Mr de Ligondés.
La Princeffe .
Mi la Motte- Louvart.
Lupthon , Gallere
Mr de Bareil
GALANT 285
La Gallatée .
Mr Dumont la Brie.
L'Eclatante , Galliote
à bombarder .
Mr Duquesnel.
Il y aura d'augmentation ,
deux Vaiffeaux du premier
rang , & une Fregate, qui font
le Triomphant , l'Amirable
& la Silvie . Les deux Vaiffeaux
font de quatre-vingt-dix & de
cent pieces de canons. Le nombre
des hommes qui font fur
cette Flotte, n'étant point marqué
dans la Lifte que vous avez.
Je dois ajoûter icy , que felon,
le calcul que j'en ai fait ſur une
286 MERCURE
Lifte où ce nombre eft marqué,
ils montent à neuf mille neuf
cent vingt- huit hommes .
Il y a long- temps que vous
entendez parler d'un fameux
Partifan , fous le nom du ficur
Jacob Pafteur . Il s'eft trouvé
dans un fi grand nombre d'actions
perilleuſes , qu'il a reçu
cent neuf bleſſures , & qu'il a eu
trente- cinq chevaux tuez fous
luy, fans compter ceux qui ont
efté bleffez . Je ne vous dis rien
du nombre infini de prifonniers
qui ont efté faits par ce fameux
Partiſan , qui enlevoit fouvent
des Corps entiers . Ceux
qui
GALANT 287
qui prétendent fçavoir bien le
nombre de fes prifonniers
, les
font monter à plufieurs milliers
d'hommes . Je n'oferois vous en
marquer le nombre , de crainte
que l'on ne m'accufe d'eftre
tombé dans l'exageration
Cet
intrepide Officier , & qui connoift
jufqu'aux moindres fentiers
de Flandre , eftant venu
faluer le Roy. Sa Majesté luy
a fait tout l'accueil qui eſt dû
à la valeur , & ne pouvant le
faire Chevalier de Saint Louis,
parce qu'il eſt étranger , Elle a
ordonné à M' le Marquis de
Dangeau , grand Maire de
Bb
Mars 1706 .
288 MERCURE
l'Ordre de S. Lazare , de le recevoir
dans cet Ordre ; & Elle
vient de luy donner une Chaîne
d'or , avec une Médaille ,
dont la face droite repreſente
Sa Majefté les portraits de
Monfeigneur le Dauphin , &
des Princes fes Enfans , font
dans le revers de cette Médaille
.
:
On doit avouer que le Roy
place bien fes graces : elles font
non feulement plaifir à ceux
qui les reçoivent , mais auſſi à
ceux qui apprennent fur qui
elles font tombées. Je vous ai
appris , que Sa Majeſté avoit
GALANT 289
donné àM' le Marquis de Sourches
, un Brevet de retenuë fur
fa Charge de Grand Prevoſt de
l'Hoſtel , dont vous connoiffez
l'efprit , la fageffe & la picté.
Sa Majesté vient d'en donner
un autre de quatre cens
mille livres , à M' le Marquis
de Beringhen , fur fa Charge
de Premier Ecuyer de la Petite
Ecurie . Toute la Cour trouve
dans le Fils, la fageffe du Pere .
Il n'en faut pas davantage pour
vous donner une haute idée de
ce Marquis ; & il ſeroit difficile
d'en faire un éloge plus beau .
Le Gouvernement de Mont
2
Bb ij
290 MERCURE
Dauphin, ayant vacqué par la
mort de M' de Polaftron , dont
je vous ai parlé dans le dernier
Article des morts . Cc Gouvernement
a efté donné à Mr de
Lapara , & Mr de Vilaine a eſté
pourvû de celuy de Niort , fur
la démiffion de Mr de Lapara .
J'aurois beaucoup de chofes à
vous dire de cet habile Ingenieur
, s'il me reftoit affez de
place & affez de temps . Il s'attacha
dés fa plus grande jeuneffe
à l'étude des Mathematiques
, & fe rendit en peu de
temps fçavant dans l'Art d'at -´
taquer & de défendre les Places.
GALANT 29t
Feu Mr de Louvois , l'employa
en Italie, où il réuffit au gré de
ce Miniftre . Il n'en faut pas davantage
pour faire connoiſtre
qu'il eft fort fçavant dans l'Art
dont il fe mefle . Les deux dernieres
Places, dont il a contribué
à la priſe, ſont Barcelonne
& Veruë . On fçait que ces deux
fameux fieges ont fait redoubler
la gloire de ceux qui ont
emporté ces Places . Le Gouvernement
de Niort, qui a eſté
donné à Mr le Marquis de Vilaine,
Lieutenant des Gardes du
Corps , & Maréchal de Camp ,
eft confiderable à caufe de fa
Bb iij
292 MERCUR
E
fituation, & qu'il eft fur le bord
de la Mer, dans un Païs rempli
de Nouveaux convertis. Mr de
Vilaine s'eft fort diftingué dans
tous les lieux où il a fervi. Il
joint beaucoup de fçavoir à
beaucoup de valeur , & s'eft
toûjours attaché à l'étude des
Sciences dans fes heures de loifir.
Il a époufé Mlle le Preftre,
fille de Mr le Prefident le Preftre,
& de Dame Anne Bailly.
Feu Mr de Vilaine , fon pere ,
faifoit une tres - belle figure à
la Cour de la ReineMere du
Roy, dont il eftoit fort confideré.
GALANT 293
Mr le Marquis d'Auxy, Capitaine
aux Gardes Françoiſes,
a acheté le Regiment Royal
Comtois , de M le Marquis de
Vergetot , Maréchal de Camp,
& Chevalier de l'Ordre de S.
Louis. M' le Marquis de Vergetot,
eft de la maiſon Dufay,
qui eft des plus anciennes de
Normandie, & qui porte prefque
les mêmes : Armės , que la
Maiſon de Savoye ; fçavoir, un
Ecu de gueules à la Croix d'argent,
couronnée de quatre molettes
d'éperons, avec cette Deviſe
, qui eft affez finguliere :
Faites bien & laiffez dire. Mr
Bb iiij
294 MERCURE
le Marquis de Vergetot , a efté
élevé Page du Roy, il leva enfuite
deux Compagnies de Cavalerie
en differens teinps , &
en 1691. il époufa Mlle de Bellefond
, fille de Mr le Maréchal
de Bellefond , Gouverneur du
Château de Vincennes , & Chevalier
des Ordres du Roy. Mr
le Marquis de Bellefond , fon
fils , ayant eſté tué à la Bataille
de Steinkerque , à la teſte du
Royal Comtois , dont il eſtoit
Colonel , Sa Majeſté donna ce
Regiment à Mr le Maquis de
Vergetot , qui depuis ce temps
là a toûjours fervi avec beau
GALANT
295
2
coup de diftinction , à la tefte
de ce Corps. Il cft fils de M
Gilles Dufay, Marquis de Vergetöt
, Maréchal de Camp , &
Maréchal deBataille de l'Armée
de Malte, à qui la Reine , Mere
du Roy, permit en 1644. d'aller
à Malte , que les Turcs menaçoient
d'affieger. Ce Marquis
mena avec luy un nombre confiderable
de Gentilshommes ,
qu'il défraya : & quoi- que les
Infideles euffent changé de deffein
, l'Ordre de Malte , fut fi
fenfible à la generofité de ce
Seigneur François , que le Grand
Maître , Paul Lafcaris , luy en
296 MERCUER
marqua une reconnoiffance
éclatante,
en accordant
à l'un de
fes Enfans de pouvoir eftre fait
Chevalier
, feul de fon Chapitre
: de forte que Mr le Marquis
de Vergetot
, dont je vous
parle, auroit pû eftre Chevalier
de Malte, en naiffant , fans eftre
obligé
de faire les preuves
que
font les autres Chevaliers
, s'il
eu befoin de fe fervir de la grace
que le Grand Maître avoit fait
à feu Mr le Marquis
de Vergetot
. Sa mere eft de la maifon
de Foüilleufe
deFlavacourt
.
Mr Dufay , cft coufin de Mr
le Marquis
de Vergetot
. Il a
GALANT 297
époufe Dame N.……. d'Auxy
d'Hanvoille , Tante de celuy
qui a acheté le Royal Comtois
. C'eft ce qui allie la.maifon
Dufay, à celle de Boufflers
.
Quant à M le Marquis
d'Auxi , à préfent Colonel du
Royal Comtois , je vous ay
parlé amplement de ce qui regarde
fa Maiſon , lorfqu'il fut
reçû Capitaine aux Gardes. Il
eft proche parent de Mr le Maréchal
de Boufflers , & defcend
des anciens Sires d'Auxi, fortis
anciennement de Flandres . Je
me fert de cette occafion pour
298 MERCURE
vous parler d'une de festrantes
qui eft morte depuis quelque
temps dans une grande opinion
de fainteté , dans l'Abbaye
Royale des Dames de Saint
Paul, prés la Ville de Beauvais ,
dont elle eftoit Religieufe &
Doyenne , non par l'ancienneté
de fon âge , puifqu'elle n'avoit
que trente- huit ans lorfqu'elle
eft décedée, & feulement
14. ans de profeffion , mais
par une qualité qu'on donne
à celle des Religieufes
que l'on
trouve la plus capable de gouverner
le Monaftere fous les
ordres de l'Abbeffe
. Je ne puis
GALANT 299
ノ
vous donner une jufte idée dé
la vertu de cette Religieufe ,
qu'en employant les termes
dont s'eft fervie Madame M...
de Clermont - de- Tonnere ,
foeur de Mr l'Evefque , Duc de
Langres , dans une Lettre qu'-
elle écrivit peu aprés cette mort
à un des Freres de cette vertucufe
Religieufe : Elle eft morte,
difoit-elle , comme elle a vécu;
c'est- à-dire dans les difpofitions du
monde les plus faintes , & elle
nous a laiffé eenn nnoouuss quittant le
regret fenfible d'avoir perdu en fa
perfonne un exemple de regularité
e un modele achevé de toutes les
300 MERCURE
vertus de noftre eftat. Ce fruit
s'eft trouvé meur dans un âge encore
peu avancé ; & la terre s'en
trouve privée , parce qu'il eftoit
preparé pour le Ciel. Ce font ces
reflexions qui adouciffent en quel
queforte ma douleurfur cette perte,
qui m'eft fi rude par toute autre
confideration : mais nous avons
tout lieu de croire qu'elle aura trouvé
grace devant Dieu , & qu'elle
jouit dans le Ciel de la recompenfe
qu'il donne à fesElús , puifqu'elle
avoit tous les caracteres d'une heureuse
predeftination.
Cette Dame eftoit parente
de Monfieur le Maréchal Duc
GALANT
301
de Boufflers au troifiéme degré.
Mr le Marquis de Courtebonne
a eu l'agrément du Roy
pour achetter le Regiment de
Dragons de Mr le Comte de
Montmain , qui a achetté une
charge de Capitaine Lieutenant
dans la Gendarmerie. Mr le
Marquis de Courtebonne eft
fils de feu M N .. de Calone
Marquis de Courtebonne
Gouverneur de Hefdin & Lieu
tenant General des Armées du
Roy, & d'une Dame de qualité
de Montpellier. La four
de feu M' de Courtebonne &
veuve de M' de Breteuil Con-
IC
302 MERCURE
y
feiller d'Etat & Intendant des
Finances. La Maifon de Calonne
eft une bonne & ancienne
Maifon de Picardie . Elle
eft alliée à tout ce qu'il y a
de plus confiderable dans cette
Province. M' le Comte de
Montmain Seigneur deMontenon
qui a vendu ce Regiment
& qui a achetté une Charge de
Capitaine Lieutenant dans la
Gendarmerie , eft d'une ancienne
Maifon alliée à tout ce qu'il
ya de plus illuftre dans la Normandie,
dans le Perche, dans le
Mayne, dans le Poitou & dans
la Xaintonge. Il joint aux
1
GALANT 303
avantages
d'une illuftre naiffance
un merite perfonnel
generalement
reconnu de tous les
Officiers de l'Armée . Il s'eft fi
gnalé dans plufieurs occafions
où il s'eft montré digne du nom
qu'il porte & du rang qu'il tenoit
à l'Armée . Mr de Montmain
, quoyque dans un âgé
affez peu avancé , fert depuis
long- temps.
M N... de Cordebouf
Bauverger Comte de Montgon
eft mort dans fes terres
en Auvergne. Il eſt chef d'une
ancienne maiſon de cette Province
, & il laiffe heritier de
Mars 1706. Cc
304 MERCURE
• fon nom & de fes biens M
le Marquis de Montgon Lieutenant
General des Armées du
Roy & Directeur general de
la Cavalerie en Italie , qui a
époufé Mlle de Hendicourt
fille de M' le Comte de Hendicourt
grand Louvetier de
France , & de Dame N ... de
Pons foeur de Me la Marquife
de Mioffens veuve de M' le
Marquis de Mioffens frere de
feu M le Maréchal d'Albret .
M' le Comte de Montgon qui
vient de mourir , laiffe encore
Mr Philippe de Montgon Ca
pitaine aux Gardes , auffi conre
GALANT 305
nu par fon efprit que par fa
valeur dont il a donné des marques
en plufieurs occafions ;
de mefme que M' le
Marquis
de Montgon fon frere aîné.
La maifon de Montgon eft alliée
à celles de Pons , d'Albret ,
de Chabannes- Eurton , & à
plufieurs autres maiſons auffi
confiderables . M' le Comte de
Montgon dont je vous apprens
la mort , eftoit generalement
aimé dans fa Province ; il s'y
eftoit fait eftimer par fes manieres
honneftes & bienfaifantes
; il y eftoit le pere des pauvres
& le protecteur de la No-
Ccij
306 MERCURE
bleffe, pour laquelle ſa boutfe
eftoit toûjours ouverte & fon
credit fouvent employé.
Il y a quelque chofe à reformer
& quelques circonftances
à ajoûter dans l'article que
vous venez de lire dans ma
lettre qui regarde le Roy d'Angleterre
& Mr Gualtieri Nonce
de Sa Sainteté. L'un des deux
caroffes envoyez par ce Prélat .
au devant de Sa Majeſté Britanique
, n'eftoit attelé que de
fix chevaux , mais ils eſtoient
tous deux accompagnez
de
quatorze Valets de pieds du
mefme Prélat , dont la livrée
GALANT 307
eftoit neuve. Ce fut avant le
difné que ce Monarque vifita
fa Biblioteque , fon Cabinet
des Medailles , & qu'il exami
na fes inftrumens de Mathematique.
Il y avoit déja plus
d'une heure que ce Prince y
prenoit plaifir, lorfque l'on vint
dire que le difné eftoit ſervi .
Il auroit voulu continuer encore
quelques temps à prendre
le mefme plaifir ; mais il ne
voulut pas fe faire attendre . Sa
Majefté n'avoit refolu que
prendre quelques rafraichiffements
incognito. Elle fut fort
furpriſe de trouver un repas
de
308 MERCURE
d'une magnificence toute
Royale ; elle fit un compliment
là -deffus fort obligeant à Mr
le Nonce. Ce Prince voulut
qu'il fe mit à table auprés de
luy.. Mr le Duc de Perth fon
Gouverneur & trois Milords
qui eftoient avec luy eurent le
mefme honneur , il y eut quatre
fervices de vingt - cinq plats
chacun. Je vous ay déja parlé
de la magnificence de fes fervices
; il y en eut un d'abricots ,
de pefches , de cerifes & d'autres
fruits tous glacez , & faits
avec tant d'art , qu'ils parurent
naturels. Le Roy retour
"
GALANT 309
na à l'iffuë du difné dans la
Bibliotheque, où Mr le Nonce
fit faire plufieurs experiences
Phyfiques ; & particulierement
de l'effet de l'air par le moyen
d'un inftrument pneumatique
.
Sa Majefté fit connoiftre qu'elle
prenoit un fort grand plaifir à
ces experiences pour lesquelles
elle a beaucoup de goût. Ce
Prince eut enfuite le divertif
fement de la lanterne Magique,
dont les effets réjouirent beaucoup
toute la compagnie . Sa
Majefté fortit de chez Mr le
Nonce fur les quatre heures
aprés l'avoir remercié d'une
310 MERCURE
maniere auffi fpirituelle que
gracieuſe.
LETTRE
D'un François , homme d'efprit
& de merite , fur le Départ
du Roy d'Espagne , écrite
à Madrid le 26. Fevrier ,
7 , 1706 .
Vous aurez fçû , Monfieur
que par moy que Sa
par d'autres
Majefté Catholique partit d'icy
Mardy paffe ; mais voicy des circonftances
qui auront pú échaper ,
à ceux qui vous auront écrit.
Dimanche au foir 21 , le Roy
fit
GALANTA371
fit avertir les Grands de fe trouver
au Palais le lendemain matin.
Ilsy vinrent au nombre de vingtcing
à trente , & ils attendirent
Sa Majefté dans une longue galerie
qui leur eft deftinée , & qu'on
apelle par cette raifon la galerie
des Grands . Le Roy s'y rendit à
neuf heures & demie , & S. M.
leur fit un Difcours en Espagnol
plein d'éloquence , de force & de
tendreffe , qui remplit de respect
d'admiration tous ceux qui l'entendirent.
En voicy la fubflance.
Meffieurs , je vous ay fait
venir , pour vous déclarer que
je fuis réfolu d'aller me met-
Mars 1706. Dd
312 MERCURE
tre à la tefte de mon Armée ,
afin de vous défendre & de
conferver l'Etat . Je pars demain.
Je vous laiffe la Reyne :
quelque repugnance qu'elle cût
à fe charger du Gouvernement
je l'y ay fait confentir à la fin .
C'eſt à vous que je confie ce
precicux dépôt. Jefpere que
vous fecondrez de tout vostre
pouvoir fes bonnes intentions ,
& que vous l'aiderez de vos
confeils dans les occafions . Mes
ennemis ne manqueront pas
de profiter de mon abſence
pour corrompre mes fideles
Lujets , & pour augmenter le
GALANT
313
nombre des malintentionez..
Je me perfuade que vostre prudence
& voftre zele raffureront
les uns, & diffiperont les autres.
Ce difcours dont ce n'eft icy
qu'un foible précis ; ce Difcours ,
dis-je , prononcé par un Roy le
plus honnefte homme defon Royaume,
fit verfer des larmes à toute
l'Affemblée , & renouvella les
impreffions de refpect & d'amour
que a perfonne & fa conduite
Paiffent dans tous les coeurs. Sa
douceur , fa bonté , fa fageffe ,fa
pieté , fon efprit , fon jugement
Ja penetration , & fes lumieres
font dans un degré qui ne souffre
Ddij
314 MERCURE
4
guere de comparaison : & quand
Philippe V. n'auroit de Droit à
la Couronne qu'il poffede que celuy
de fa vertu , il mefemble qu'il
faut eftre frapé du dernier aveuglement
pour vouloir fe donner à
un autre Maiftre. Perfonne en
Efpagne ne penfe , ne parle , &
n'écrit mieux que le Roy. Il aime
extremement la Reine, & la Reine
l'aime de mefme. Leur feparation
quife fit à deux lieües de Madrid
fut un fpectacle bien touchant..
Sa Majesté partit à midy avec
deux Brigades formées des deux
Compagnies des Gardes du Corps
Espagnols , tous habillez de neuf,
GALANT 315
accompagnée des Grands qui font
Officiers de fa maifon , & deplufieurs
autres Seigneurs. La place
du Palais étoit remplie d'un monde
infini qui faifoit des voeux pour
fa perfonne & pour le fuccez de
fesArmes ;fur la fin de la matinée
on luy baifa la main , felon l'ufage
d'Espagne, dans ces occafions.
Madame la Princeffe des Urfins
nous procura cet honneur , hors de
lafoule , en particulier. Je
vous avoue que dans cette action
de refpect , j'estois plein d'unfaififfement
de veneration & de tendreffe
que je n'avois jamais fenti.
On quitta ce jour-là le deuil qu'on
Dd iij
316 MERCURE
"
portoit depuis quinze jours pour
la mort du dernier fils de Mr le
Duc de Savoye .
Dés que Sa Majestéparut hors
du Palais , les acclamations d'une
foule prodigieufe recommencerent ;
Tes gens de confideration qui occupoient
les balcons , & toutes les
feneftres qui donnent fur les Places
, &fur les ruës par où S.M.
paſſa , joignoient leurs voeux &
leurs voix aux cris reboublez du
peuple. Le Roy trouva la même
affluence de monde au dehors de la
Ville , & affez loingfur fon chemin.
On luy donnoit mille benedictions
oncrioit à haute voix,
GALANT
317
periffe l'Archiduc , periffe celuy
qui trouble noftre repos , &
qui nous prive pour quelque
temps de la prefence d'un Roi
& d'un Maiftre qui nous eft fi
précieux. Le Roy alla coucher à
Valdemoro qui n'eft qu'à trois ou
quatre lieues de Madrid. Il en
partit le lendemain pour
lendemain pour aller cou
cher à Ocana. Fufques-là c'eftoi
la route de Valence : mais un Courier
exprés qui joignit Sa Majesté
dans cet agreable lieu , fit prendre
au Roy la réfolution de changer
fa marche, & d'aller vers l' Ara
gon. Sa Majefté alla donc cou
cher le Feudy à Chinchon , pour
Dd iiij
318 MERCURE
prendre le grand chemin de Saragoffe
, & pour aller delà en Catalogne
. Le Vendredy Sa Majesté
coucha à Luechez qui n'est qu'à
quatre lieues de Madrid. Le Samedy
de grand matin la Reyne
monta en caroffe pour s'y rendre.
Le Roy l'attendoit, leursMajeftez
dinerent ensemble ; & à uneheure
aprés midy , aprés une feparation
des plus tendres , & des plus touchante
, le Roy partit pour aller
coucher à Alcala , e la Reyne
revint à Madrid , où Elle fut encore
reçûë avec de grandes acclamations.
Elle n'avoit
pas
voulu
une grandefuite ; Sa Majesté
GALANT 319
ne demeura pas long-temps en
chemin.
Je vous envoye une ſeconde
Lettre de Madrid du 3 ° de
ce mois , vous y apprendrez
des nouvelles
de Catalogne
,
& de Valence. Vous trouverez
cette Lettre d'autant plus
curieufe qu'elle ne contient
que des nouvelles veritables .
On en public tant de differentes
qu'on a de la peine a démêler
la verité parmi tout ce que
l'on écrit.
Vous avez fçû que
le 25. du
mois paffé , le Roy vint coucher à
Laechez que le lendemain &
320 MERCURE
26. la Reine partit d'icy pour
aller encore voir le Roy dans ce
lieu là. Elle ne mena avec elle
que Madame la Princeffe , &
dans un fecond caroffe étoient feulement
deux Dames du Palais &
de fa maifon. Les Seigneurs qui
fuivirent la Reine furent fon
Majordome , fon grand Efcuyer
Monfieur le Duc de Popoli
Capitaine des Gardes . La Reine
paffa l'eau à Mejorada dans un
grand bateau , dont le fond eftoit
couvert d'un Tapis de Turquie ,
& les Bateliers & les Rameurs.
eftoient habillez fort proprement
en matclots . Monfieur le CorreGALANT
321
gidor , ou Lieutenant de Police de
Madrid , avoit pourvû à tout
il avoit donné des ordres qui .
furentfortbienfuivis pour rendre
ce passage commode & agréable à
la Reine. Sa Majesté au retour
defcendit de Caroffe à Mejorada,
pour y voir la magnifique & fameufe
Chapelle de S. Faufte, que
Mr le Marquis de Mejorada a
dans cet agreable lieu : pendant
la Reine eftoit encore à Loechez
, on y receut des lettres de
Mr le Duc de Noailles , avec
les nouvelles de fes fuccés en Catalogne
. Il donnoit avis au Roy,
qu'il fe trouvoit fort prés de
que
322 MERCUR
E
Gironne , que depuis le Rouffillon
jufques là , tout eftoit
rentré fous fon obéiffance ;
qu'il avoit fait un grand nombre
de prifonniers , tant des
Miquelets
, que de troupes reglées
; qu'il avoit trouvé quelque
refiftance à Figuieres & en
d'autres lieux , & que les habitans
qui s'eftoient obftinez
à fe deffendre , luy avoient tous
déclaré que leur obftination ne
provenoit que de ce que les
ennemis leur avoient perfuadé
qu'en fe rendant on fe livroit
à la potence & à l'incendie
; mais qu'on leur avoit reGALANT
323
mis l'efprit en leur déclarant
qu'on n'en uferoit qu'avec
beaucoup de benignité , pourvû
qu'il n'y cut point de recidive
, ce qui avoit fait que
des peuples entiers s'eſtoient
venus foumettre. Les troupes
de France qui font entrez en Catalognepar
l'Aragon , s'approchent
auffi de Barcelone ; & par les avis
qui font venus en mefme temps
de Valence , on a feeu que Peterboroug
en eftoitforti avec
avec deux
cens chevaux ; mais qu'il ne trouveroit
pas autant de facilité à
rentrer dans la Catalogne , qu'il
en avoit eu à en fortir, & que
324 MERCURE
Nebot un des principaux Chefs
des Catalans revoltez , eftoit for
tis auffi de Valence avec deux
cens chevaux & trois cens hommes
depied. Mr le Comte de Las-
Torrés qui donnoit fes derniers
arvis ,
croyoit que le deffein de
Nebot eftoit d'aller fe faifir du
Pont d'Alzira , pour empefcher
que l'Evêque de Murcie ne le
joignit avecfes troupes . Quelques
deferteurs de Barcelone ont déclaré
que les Sentinelles de Montjouy
avoit crié qu'on découvroit
le fecours qu'on attendoit de Portugal
avec tant d'impatience.
Qu'on avoit envoyé für l'heure
GALANT 325
à la découverte , un des deux
Vaiffeaux garde coftes qu'ils ont
à leur rade, & qu'on avoit appris
par là que c'eftoit une Efcadre de
Vaiffeaux François , ce qui produifit
une confternation generale
dans l'efprit des revoltez , qui ne
s'attendent plus qu'aux châtimens
qu'ils ont meritez.
Les Portugais font de mauvais
politiques de vouloir anticiper
fi fort le Siege de Badajoz.
Il n'y a pas jusqu'aux femmes
& aux enfans qui ne s'en moquent.
Nous avons fur ces Frontieres
une bonne Cavalerie &
affez d'Infanterie pour nous op→
326 MERCURE
pofer à leurs deffeins ; & file
nouveau fecours qu'on y attend
de France arrive dans quelque
temps , comme on l'efpere , nous
pourront fous la conduite d'un
General auffi eftimé, auffi habile
auffi aimé que l'eſt le nouveau
Maréchal de Barwik , faire
quelque chofe de plus , que de
nous tenir fur la défenfive.
Depuis le départ du Roy , il
n'eft pas concevable quelle attention
donne la Reine à ne
laiſſer
rien defirer à fon Gouvernement.
Elle dément fon Sexe & fon
âge, par fa conduite par fes
lumieres. Elles eft d'une extréme
GALANT 327
affiduité à fon Confeil du Čabinet
; elle s'attire l'admiration
de ceux qui le compofent. Vous
aurez pú fçavoir, que le Roy ,
avant fon départ , avoit fait certaines
graces , qui éxigeoient de
nouveaux éclairciffemens. La Reine
a ordonné qu'on luy lut tous ces
Decrets , avant de les enreque
giftrer; & on eft furpris à tous
momens de fon efprit & de fa
juftice dans les reflexionsjudicieu-
Jes & équitables qu'elle y fait.
Son attention la plus grande , va
à faire en forte , que le Roy &
les Armées ne puiffent manquer de
vien. Les troupes qui ont refté à
Mars 1076.
Ec
2
328 MERCURE
Madrid , font les rondes tour à
tour, bien regulierement toutes
les nuits ; & tout le monde de
concert s'applique à faire éclater
l'amour & le respect qu'on a pour
leurs Majesté. On apprit hier qu'il
eftoit arrivé à la Corogne, un vaif
feau richement chargé , au profit
du Roy. Il vient de Buenos- Ayres,
il doit eftre fuivi de trois autres
dont deux font François ,
Le troifiéme Espagnol , appellé le
Rofaire , qui apporte une fort
grande quantité d'or. Ce qui nous
inquiéte beaucoup à l'heure qu'il
eft , c'est le départ des Galions, &
de la Flotte, qui eft à Cadix, prefte
GALANT 329
à mettre à la voile. Mr le Marquis
de Caftel-dos-Rios , cy- devant
nôtre Ambassadeur en France, n'attend
que cette occafion de paſſer à
fa Viceroyauté du Perou , où fa
grande reputation le fait defirer
avec beaucoup d'impatience ; mais
les ennemis n'ignorent pas qu'elle
eft nôtre fuperiorité dans la Mediterranée;
ils aime mieux rifquer
la perte de Barcelonne, que de
fe hazarder à l'aller fecourir. Ns
font par là en état de faire des
courfes , & de fe faire craindre
fur l'Ocean , ce qui empêche uniquement
notreFlotte de Cadix , de
mettre à la voile. Nous fçaurons
Ecij
330 MERCURE
dans
peu de jours , à quoy on fe
fera refolu. Je vous en feray part,
&je continueray de vous faire
fçavoir, ce qui fe fera paffé fur la
route du Roy, & ce qui fe fera à
Barcelonne. Je fuis, &c.
Ce n'eft pas à moy à vous
rien dire d'avantageux de ce
que vous allez lire : cependant
jofe vous affurer qu'il merite
quelque attention.
SITUATION
Des Affaires prefentes de la
Guerre.
que de répondre à ce
Avant
que vous me demandez , touGALANT
331
chant l'Etat prefent des Affaires
de la Guerre , jedois vous dire ,
que ces fortes d'affaires ont
toûjours reffemblé à l'Arc- enciel
, qui , pendant qu'on le
regarde pour en compter les
couleurs , en prend tant de
nouvelles , qu'à peine a - t- on
achevé le compte de celles qui
s'y font d'abord fait remarquer ,
qu'il paroift tout different de
ce qu'il eftoit un inftant auparavant.
Il en pourroit arriver
de même à l'égard de ce que
vous me demandez , & pendant
que je vous écriray icy , les chofes
pourront changer de face
dans les lieux dont je vous parleray
; c'est à quoy je vous prie
de faire attention , afin de me
rendre juftice là - deffus . Je ne
332 MERCURE
puis vous affurer que d'une verité
, qui eft que dés la fin de
la Campagne derniere . Le Roy
a luy-même fait le plan de celle
qui va commencer , que ce Prince
s'eft donné la peine d'y tra
vailler avec des foins infinis , &
qu'il a mis les armes en eftat de
triompher par tout où il a des
ennemis ; & que toutes les cho,
fes neceffaires pour l'ouverture
de la Campagne, font difpofées
de maniere, qu'il peut prevenir
par tout les ennemis , s'il le juge à
propos.Voilà tout ce que ce Moparque
pouvoit faire . Le refte ng
dépend point de luy. Il ne peut
rien contre ce qu'il plaira à la
Providence d'ordonner : & fi le
malheur veut que les Generaux
faffent quelques fautes, elles ne
GALANT 333
pourront luy eftre imputées.
Je vais commencer à fatisfaire
vôtre curiofité , par la fituation
des affaire d'Italie , & je finirai
par ce qui regarde celles de la
Catalogne , à caufe qu'il peut à
tous momens, arriver de grandes
nou-velles de ce cofté- là .
Il doit paroistre conſtant à
tout le monde , que les Armées
du Roy en Italie , feront preftes
d'y ouvrir la Campagne , avant
que celles des ennemis y puiffent
paroiftre. Tout ce qui eft
neceffaire pour la Conquefte du
refte des Etats de Monfieur de
Savoye , fe trouve fur les lieux
il y a déja long- temps , & il n'y
a point de fiege qu'on ne foit en
état d'y entreprendre, & de Pla
ce qu'on y puiffe emporter avang
334 MERCURE
qu'elle foit en état d'eftre fecou
ruë, comme je vous le feray voir
vant que de finir cet Article.
Il ne s'agit plus que de fçavoir
par quel fiege les Troupes du
Roy entreront en action . Si l'on
afficge d'abord Coni , il ne pourra
refifter long temps à des forces
auffi nombreuſes que celes
du Roy ; & fi l'on en remet le
fiege aprés la Conquefte de Tu
rin, cette Place ouvrira peutcftre
fes portes fans fe défendre,
l'ufage n'étant pas, que les dernieres
Places d'un Etat faffent
de refiftance , fur tout lorfqu'elles
voyent des Places infiniment
plus confiderables , foumiles , &
qu'elles n'ont aucun fecours à
efperer. Quant à ce qui regarde
le fiege de Turin, toutes les
chofes
GALANT 335
5
S
chofes neceffaires , pour emporter
cette Place en peu de temps
font tellement preparées , & tou
tes les mefures bien prifes , que
le fuccés n'en paroift pas douteux.
D'ailleurs , la Ville eft fi
ferrée en plufieurs endroits , &
les rues font fi étroites en ces
endroits là , qu'il ne fera pas ne、
ceffaire de beaucoup de bombes
pour y mettre le feu ; & comme
cet embrafement le porteroit
dans le refte de la Ville, la prus.
dence ne veut pas que l'on s'y
expofe à laiffer perir les Sujets
les plus diftinguez de Monfieur
le Duc de Savoye , retirez dans
cette Ville, & que l'on y laiffe
confumer , tout ce que le Pićmont
& la Savoye ont de plus
pretieux , & qui y a efté tranf
Mars 1706. Ff
336 MERCURE
porté comme dans un lieu que
l'on ne croyoit pas devoir eftre
jamais aliegé . Ainfi fi Monfieur
le Duc de Savoye , fouffre que
l'on mette le fiege devant cette
Place , ce qu'il ne peut empê
cher par la force des armes ,
il
faudra des ficcles à tous fes Sujets
pour reparer leurs pertes.
Voyons prefentement s'il eft
poffible que Turin puiffe eftre
Iccouru. On n'a pu prometire
que quinze mille hommes de
renfort à Monfieur le Prince
Eugene. Ceux qui fçavent la fi
tuation des affaires d'Allema→
gne, affurent qu'il eft impoffi
ble que l'on puiffe envoyer un fi
grand renfort enoItalie : mais
je compte que ces quinze mille
hommes marcheront , & je veux
GALANT _337
Ce
bich les donner au Prince Euge
ne. Quefera t il avec ces quinzelqmille
hommes , puifque
les troupes que nous avons de
de cofté- là , feront beaucoup
fuperieuses and fiennes
n'efte pasaout; voyons où fond
les fonds pour les payer , auffi
bien que celles qui font déja en
Italieup & dont il deferie tous
les jours un grand nombre
parce qu'elles manquenul da
toutes choſes. Og acompré for
les vivres & far les munitions ,
fur les habits3x8 ! fur les che
vaux de remonte que le fils du
Juif Opeheim, a promis de four
nir en Italies mais comme il n'a
pas encore reçu un fol , pour
cette fourniture , & que les Ea
tats fur qui on luy avoir affigné
Ff ij
338 MERCURE
des fonds , ont dit qu'ils ne les
pouvoient payer. Il n'a pas encore
fait commencer à remplir
aucun magafin. L'Empereur atrend
pour payer les fommes qu'il
s'eft engagé de donner à ceJuif,
& pour payer les troupes du
Prince Eugene , l'argent qu'il
a demandé à emprunter en Hol .
lande & en Italie , & que les
particuliers de ces deux Nations
ne luy veulent point donner ,
ne trouvant pas leurs furetez
affez fortes , & ne voulant pas
fe regler fur l'exemple de Mylord
Marlborough , qui a foufcrit
pour une affez groffe fom
me, & qui a fait faire la même
chofe , par quelques uns de fes
amis ; mais on ne fçait pas que
ces foufcriptions , ne font que
GALANT 339
Pour tromper les particuliers ,
en les engageans à faire la mê
me chofe , & que ces Seigneurs
ne donnent jamais l'argent pour
lequel ils ont fait leurs foufcriptions.
On pourroit me dire que l'Angleterre
a déja fait remettre de
grandes fommes en Italie . Il
eft vray, mais elles ne regardoient
pas l'armée du Prince
Eugene , & Monfieur de Savoye
a touché tout cet argent , dont
il dit avoir befoin , & de beaucoup
plus encore pour la deffenfe
durefte de les Etats qui luy
font prefentement infiniment
plus à charge qu'ils ne luy rapportent
. On compte qu'il aura
outre les troupes neceffaires
pour deffendre Turin , une ar-
Ffiij
34° MERCURE
2
mée de 8 , ou 9. milhommes en
campagnes mais cela paroît affez
difficile , puifque loin de trouver
des gens qui veulent s'enga-
-ger pour fervirdans une armée fi
peu confiderable , la plufpart de
ceux qui s'y trouvent ne laiffent
échaper aucune occafion de
deferter. Je reviens au Prince
Eugene , dont je vous parlois ,
avant cette digreffion. Je veux
'qu'il ait au commencement de
la Campagne , toutes les troupes
qui luyont efté promifes ; que
tous les magafins foient remplis
de vivres & de munitions , &
qu'il foit en eftat de marcher
auffi toft que les François feront
preft d'agir en Piemont . Il n'au
ra que deux partis à prendre :
examinons fes partis , & voyons
GALANT 348
fi l'un ou l'autre pourra luy réuffit
. Celuy qui donneroit lieu
d'avancer plus vifte & d'abreger
du chemin , feroit de tenter le
paffage de plufieurs rivieres bien
deffendues , & de forcer des retranchemens
de plufieurs fortes .
S'il n'eft pas affez heureux pour
réuffir dans cette entrepriſe , il
trouvera fon deffein fort reculé,
à caufe des ralfons que je diray
en examinant le fecond parti
qu'il a à prendre : achevon's ce
qui regarde le premier , s'il eft
affez heureux ou plutoft affez
malheureux pour réaffir ; car je
ne fçay lequel luy feroit le plus
avantageux , il faudra qu'il li
vre autant de combats qu'il y a
de rivieres à paffer , & qu'il
donne beaucoup d'affauts pour
F f iij
342 MERCURE
emporter un grand nombre
de retranchemens
, & pour forcer
des lignes. Je veux qu'il
vienne à bout de tout cela ; dans
quel état fera- t- il réduit j de
combien fes forces feront elles
diminuées & l'élite de ſes troupes
affoiblies , puifqu'on employe
ordinairement
, pour ces
coups de mains, tout ce que l'on
a de meilleur . Ce ne feroit rien
que ces pertes fi elles eſtoient
faites en emportant une Ville ;
la place demeure, & les troupes
n'ayant plus rien à faire ; auffitoft
qu'elles y font entrées , elles
fe repofent , & attendent à loifir
que leurs pertes foient reparées
; mais il n'en fera pas de
mefme dans l'affaire dont il s'agit.
Il n'y aura pas un moment
a perdre , il faudra que le Prince
&
GALANT 343
Eugene continue fa marche
prefque dans le mefme temps
qu'il aura perdu une partie de
fes meilleures troupes . Quelle
marche aura til à faire , une
marche de foixante lieuës pour
arriver en Piémont . Qu'aura
t-il à effuyer pendant cette
marche , une armée beaucoup
plus nombreufe que la fienne ,
qu'il trouvera toûjours en teſte
ou en flanc , qui l'harcelera fans
ceffe, & qui aura ravagé les lieux
où il devra paffer , afin de ne luy
point laiffer dequoy fubfifter.
Et fi cette armée ne juge point
à propos de luy livrer bataille
pendant la marche , elle ſe joindra
à celle que nous auront en
Piémont , & ces deux arméc
unies defferont vrai -femblable
ment celle du Prince Eugene
•
*
344 MERCUR
E
ou l'obligeront à s'en retourner
plus vite qu'il ne fera venu.
Voions prefentement
s'il y alicu
de croire que l'autre parti qu'il
reftera à choisir au Prince Eugeneluy
fera plus avantageux . Ce
parti feroit de faire un tour plus
grand pour éviter tous les obftaeles
dont je viens de vous par-
Jer ; mais outre que pendant le
temps qu'il perdroit , les François
acheveroient
l'expedition
du refte des Etats de Monfieur
de Savoye , qu'il ne pourroit
avancer fans livrer bataille à
Monfieur de Vendofme
qui ne
la refuferoit
pas , & qu'il gagneroit
felon toutes les apparences
, quand il ne feroit pas
fuperieur, puifqu'il y a lieu de
croire qu'an Prince rempli de
GALANT 345
60
reconnoiffance , de toutes les
bontez du Roy , charmé des
manieres dont il a efté. receu
de la Cour & de la Ville , &
que les Soldats n'abandonnent
jamais dans les plus grands perils
,
parce qu'ils le regardent
comme leur pere . Il y a lieu ,
disje , de croire qu'un Prince
naturellement vaillant , & animé
par tant d'endroits qui luy
font glorieux , doit eftre toujours
invincible : de maniere
que le Prince Eugene n'avanceroit
pas plus fes affaires de ce cô
té là que de l'autre ; & fi l'on jugeoit
à propos de le combatre
d'abord , on agiroit pendant fa
marche de la maniere que je
viens de décrire , & cette marche
auroit les mefmes fuites.
346 MERCURE
On peut ajoûter à tout cela que
les places du Milanez le fatigueront
auffi beaucoup , & il y
a lieu de croire que les Cantons
Catholiques qui ont renouvellez
leurs capitulations pour la
deffenſe de l'Etat de Milan , &
qui doivent fournir jufqu'à
quinze mil hommes , fe mettroient
de la partie . Ainfi felon
toutes les apparences , il ne reftera
aucune place à Monfieur le
Duc de Savoye , peu de temps
aprés l'ouverture de la Campagne
ou ce Prince aura einpefché
fa chute entiere par un
accommodement , & jouira
d'une paix tranquille pendant
que le feu fera dans la plus
grande partie des Etats de l'Europe
, & lorfque leurs Souve
GALANT 347
rains àcheveront de fe ruiner ,
ce Prince commencera à fe reta
blir .
&
Je paffe à ce qui regarde la
Flandre. Milord Marlboroug
avoit propofé aux Hollandois
à la fin de la Campagne derniere
de lever dix mil hommes d'augmentation
, pour celle où nous
allons entrer , & que les Anglois
en auroient feuls quarante
mille,moyennant quoy il luy fe
roit permis de faire toutes les
entreprifes qu'il luy plairoit
pendant la Campagne , fans que
les Deputez des Etats puffent
s'y oppofer ; mais tout ce projet
s'eft évanoui & les Angloss &
les Hollandois , loin d'augmen
ter le nombre de leurs troupes ,
paroiffent avoir bien de la peine
348 MERCURE
faire les recrues qui leur font
neceffaires demaniere qu'il n'y
a encore rien de concerté en
Flandres pour l'ouverture de la
Campagne prochaine , & que
l'on en parlera que lorfque
Marlboroug que Pon attend à
la Haye y fera arrivé. Quant à
ce qui regarde le nombre des
troupes que la France peut avoir
en Flandres , il eft impoffible de
le pouvoir regler , & il fuffit
que Sa Majefté en ait pour
faire tefte par tout à fes ennemis
& mefme pour les prevenir
en plufieurs endroits, S'ils font
marcherune groffe armée fua la
Mofelle en affoibliant celle de
Flandres, le Roy fera la mefme
chofe, comme il fit l'année derniere
; & s'ils groffiffent d'a
GALANT 349
: i
bord celle de Flandres , Sa Majeftéfera
marcher moins:
de troupes du coſté de la Mofelle.
Les Anglois publient
qu'ils y auront une fort groffe
Armée , pour attaquer la Fran
de cé cófté lã , & c'eft une fortel
raifon pour faire croire qu'ils
n'en feront rien. Ainfi perfonne
ne peut parler au jufte.de
ce que feront d'abord des Ar-!
mées de France & de la Mofelles
puifque des parties ne peuvent
fçavoir encore ce qu'elles fest
ront de ce cofté - là , & que cha
cune cherche à deviner ce quel
L'autre fera pour prendre do
jultes mesures . Quancàccel que
regarde l'Alface , ce que la Frannя
ce a fait tient du prodige , puif
qu'ony a voituré cinquante mile
350 MERCURE
chariots de fourage. On peut dire
que les Romains n'ont jamais
rien fait de plus grand , que ce
quele Roi a fait en cettcocafion,
& qu'il a cette anuée rempli ce
Pays des chofes dont la nature
luy a cfté avare. Il feroit difficile
d'exprimer la perte des chevaux
que les ennemis font de ce
cofté- là , & combien les maladies
leur emportent tous les jours de
monde à Haguenau , & aux environs
de maniere que plufieurs
font perfuadez qu'il ne nous feroit
pas avantageux d'eftre prefentement
maiftres de cette Place.
A l'égard du Fort- louis , il
eft furprenant que toutes les
nouvelles publiques imprimées
dans les Pays étrangers pendant
plufieurs mois , & celles qui
GALANT 251
Courent icy à la main , n'ayent
point ceffé de dire que le Fortlouis
manquoit de toutes chofes ,
& qu'il feroit bientoft obligé de
fe rendre. Il ne s'eft peut- eftre
jamais rien debité fi affirmative
ment , & qui ait efté fi faux. Je
fçay de certitude , & j'ay vu plu
fieurs Lettres qui affurent non-
Leulement que rien n'y manque ,
mais qui en donnent même les
raifons . Ces Lettres ajoûtent
que l'on n'y ouvrira point les
Magafins du Roy jufqu'à la fin
d'Avril , & l'on peut juger que
ces Magafins eftant tous remplis
, fourniront dequoy foûtenir
un Siege de plufieurs mois. Du
refte , je ne puis rien vous dire
touchant cette Place , deux
grands Generaux , fçavoir Mon-
Mars 1706 .
Gg
352 MERCURE
heur le Prince de Bade , & M
le Maréchal de Villars , ont rêvé
tout l'hyver l'un au moyen de
s'en rendre maiſtre à l'ouvertu
re de la Campagne , & l'autre à
ceux de la deffendre de maniere
que perfonne ne peut dire
quelle fera fa deſtinée . Il femble
qu'à ne regarder que la fituation
des chofes , l'avantage doi
ve eftre du cofté de Monfieur
le Prince de Bade ; mais Mr le
Maréchal de Villars eft un General
bien vif, & bien vigilant
& d'ailleurs les Troupes que
nous avons à Strasbourg , & aux
environs groffi fent tous les
jours , & font prefque en eſtar
d'agir . Je ne vous en parleray
pas de crainte de donner licu
aux ennemis de s'en apperces
3
GALANT 353
voir ; mais comme ils le publient
eux- mêmes depuis longtemps ,
je n'ay rien à ménager là - deffus .
Nous en fçaurons dans peu da
vantage fur cet article , qui done
ne de l'attention aux Curieux .
Ce feroit icy le lieu de vous
parler de l'Armée de l'Empire
qui doit eftre commandée par
Monfieur le Prince de Bade
mais il eft d'autant plus impoffible
de pouvoir dire de com
bien de Troupes elle fera come
pofée que les Cercles , les Prin
ces , & les Villes , qui doivent
donner ces Troupes , ne le fça
vent pas , & qu'ils fe deffendent
d'en donner autant que l'Empereur
en exige d'eux , & fur
tout les Villes d'Aufbourg ,
d'Ulm, & de Francfort, & quel
Gg ij
354 MERCUR
F
ques autres , qui ont prefenté
desMemoires, pour eftre déchar
gées de la moitié de ce qu'on
leur demande . Il eft conftant
que l'Empereur a déclaré , que
non feulement , il ne fourniroit
point de troupes pour groffir
cette Armée ; mais auffi qu'il ne
contribuëroit en rien à fon paye
ment , la guerre d'Italie , & celle
qu'il a contre les Mécontens
épuifant toutes fes finances . Cela
eft caufe que plufieurs Lettres
d'Allemagne affurent que
1 Armée de 1 Empire fera mal
payée,ce qui fait que l'on trouve
peu d'hommes qui veulent pren
dre parti dans cette Armée : cependant
Monheur l'Electeur
Palatin , tout devoüé à l'Empereur
fon beau - frere , jufqu'à
GALANT 355
facrifier , à fa priere , les inte
reft de la Religion , fe donne de
grands mouvemens pour faire
groffir l'armée de l'Empire , &
fon travaille à des Magafins à
Philifbourg & à Mayence ; du
moins les Allemands s'atachentils
fort à le faire croire ; mais
il y a à douter qu'ils foient auffi
bien remplis que ceux de Straf
bourg Monfieur le Prince de
Bade qui évite toûjours de fe
mettre en campagne , tant qu'il
n'a point toutes les chofes neceffaires
pour s'ytenir glorieufement.
& pour vaincre furement,
fait grand bruit , & affure qu'il
ne marchera point, s'il n'eſt à la
tefte d'une bonne armée. On
verra filorfque Mr le Maréchal
de Villars fera en campagne ,
356 MERCURE
cette marche ne le reveillerà
pas , en le faifant fortir de fon
Chateau de Raftat . Pendant
que l'on agit fi lentement pour
mettre en campagne les trou
pes de l'Empire , & que l'on eft
pas encore d'accord du nombrė
de celles qui agiront , à cauſe
de la difficulté de trouver des
hommes & de l'argent , le Miniftere
de Vienne chagrine tout
le monde , & agift avec une hauteur
dont tout l'Empire eft mé
content. Il a fait présenter à la
Diette de Ratisbonne , des Me
moires pour l'engager à inter
dire tous commerce avec les
Cantons Catholiques , à cauſe
qu'ils ont renouvellé avec Philippes
V. les Capitulations ,
pour la deffence du Milannois,
GALANY
357
& on a fait voir à
l'Empereur ,
que cette
interdiction de Com.
merce feroit d'une tres- dangereufe
confequence . Ce mefme
Miniftere
voudroit que l'on em
pefchaft Mr d'Avia , Nonce du
Pape , de retourner à Rome ,
jufqu'à ce que Sa Sainteté ait
fatisfait
l'Empereur , für les fu
jets qu'il prétend avoir de s'en
plaindre . Enfin ce meſme Miniftere
ne ceffe point de faire
des plaintes
injuftes ,à tous ceux
qui ont quelques
affaires avec
Empereur , & prétendant
que
les particuliers
qui en Hollande
& en Angleterre
, ne veulent
pas luy prefter de l'argent
, ont
grand tortil
en parle avec
beaucoup
de mépris . Il n'éparẻ
gue pas les Sujets de l'Empe
V
358 MERCURE
reur , & ils font fi mal traitez
qu'ils continuent de ſe plaindre
doucement, & en attendant qu'-
ils le faffent avec plus d'éclat . Il
continuë de faire executer en
Baviere , & affure que les exccutions
dureront encore longtemps
, des malheureux & des
innocens , dont la fidelité meriteroit
pluftoft des récompenſes
que des fupplices , & il y a lieu
de croire que fi quelque bons
fuccés enfloit fon orgueil , fon
Regne , feroit un Regne de feu ,
& de fang. Les Mécontens de
Hongrie qui en font perfuadez,
& qui font épouvantez des
cruautez que l'on exerce en Ba
viere , où l'on dit , que l'on executera
tous ceux dont les prifons
font remplies , ont raiſon de ne
vouloir
GALANT 359
Vouloir point traiter avec l'Empereur
, avant la Paix generale,
afin qu'étant compris dans l'accommodement
qui fera fait
alors , les mêmes Souverains qui
en feront garans , le foient auffi
de leurs Traitez . C'est tout ce
qu'ils peuvent faire de mieux ;
mais ce n'eft pas encore affez ,
puifque le Traité de Rifvvyk à
efté rompu , fans que l'on ait cu
aucun égard pour les Rois qui
en étoient garands , & il eft à
craindre que le Roy de Suede
qui eft un Monarque jufte , brave
, heureux & puiffant , ne fe
reffente un jour de ce mépris ,
lorfqu'il aura achevé de punir
ceux qui enfreignent les Traitez
qu'ils ont fignez , & qui font
d'injuftes Guerres , comme le
Mars 1706. Hh
360 MERCURE
Roy Augufte , qui aprés avoir
enfraint le Palta conventa , avoit
injustement fait la guerre à la
Suede. Ce feroit icy le lieu de
vous parler de la fituation où eft
préfentement la guerre de l'Empereur
& des Mécontens ; mais
outre que les nouvelles font
toûjours fort variables , & que
les Alliez , chez qui elles paffent
, avant que de venir à nous ,
les déguiſent toujours. Les
Hongrois ont leur politique
dans leur maniere de faire la
guerre , & ils ruïnent toujours
un grand efpace de pays entre
eux & leurs ennemis . Ils bloquent
plufieurs Places à la fois ,
non pas dans le deffein de faire
les fieges de toutes ces Places ,
mais pour avoir lieu de les afGALANT
361
famer en en ruïnant tous les
environs , & en vivant aux dé
pens de tout le pays , & comme
ils embaraffent l'Empereur , en
envoyant en mefme temps plu .
fieurs Corps de troupes en divers
endroits , il ne le peut qu'il
n'arrive fouvent quelques affaires
, tantoft à l'avantage d'un
party , & tantoft à l'avantage
de l'autre ; mais l'on a foin de
groffir les moindres avantages
remportez par l'Empereur , &
melme d'en fuppofer fouvent
afin d'encourager les peuples
des Puiffances alliées à fournir
toujours , de bonne grace aux
frais de la guerre dont ils font
accablez . Il y a un fait conftant
qui chagrine fort l'Empereur ,
qui eft que l'armée qu'il a en
Hhij
362 • MERCURE
Tranfilvanic demeure dans
l'inaction , & que n'ayant rien à
faire où elle eft , il ne peut la
faire revenir pour agir utilement
aillicurs ; puifque dés
qu'elle fera quelques pas pour
revenir , les Tranfilvains en
feront autant pour rentrer fous
l'obéiffance du Prince Ragosky,
& comme on en a déja cu plufieurs
preuves , on n'ofe faire
faire aucun mouvemement à ces
troupes pour les faire marcher
en deça : cependant l'Empereur
aura toujours lieu de craindre
les Mécontens , dans Vienne
mefme , tant qu'ils auront des
Poftes qui ne font pas éloignez
de cette Capitale .
11 eft temps de paffer d'Allemagne
en Angleterre. Ce
GALANT 363
Royaume eft d'autant plus malade
que fon mal ne paroift pas,
& que ceux qui pourroient y
apporter du remede , ne le veulent
pas voir. Il paroift opulant
, mais plus on cherche à
faire voir le bon eftat où on le
fuppofe, par les grandes fommes
accordées par les derniers Par-
Femens , plus il court à fa ruïne,
puifque ces fommes font tou
tès dépensées hors de l'Etat , &
au delà des Mers , & cela fans
que l'Angleterre en puiffe eftre
agrandie d'un pouce de terre
feulement . Ainfi non feulement
la Guerre préfente ne luy fera
d'aucune utilité , elle ne luy
procurera aucune Place , &
elle ne fert qu'à faire paffer
tout fon argent dans les Pays
Hhiij
364 MERCURE
étrangers , & l'Eftat eſtant au
jourd'huy redevable de pluhieurs
centaines de millions
c'eſt une preuve qu'il y en a
paffé beaucoup. On aura peine
à croire un fait conftant que je
vous vais dire ; c'eft que tous
les Matelots qui ont fervi pendant
la Campagne dernière ,
ne font pas encore payez , &
c'est pourquoy l'on a tant de
peine à en trouver cette année .
Tout cela fait voir , malgré les
grands fonds accordez par le
Parlement
, que que l'Angleterre
manque d'argent , puifque le
fecours destiné pour la Catalogne
n'a encore pû eftre preft,
& qu'il n'eft encore parti qu'un
Convoy , efcorté feulement de
cinq Vaiffeaux de Guerre, pour
GALANT 365
aller en Portugal . On n'a point
fait toutes les augmentations de
troupes dont on parloit l'année
derniere , & qui devoit groffir
l'Armée de Flandre . Tout cela
convient fort à la Princeffe de
Dannemarck , & à ceux de fon
party. Ils veulent perpetuer la
Guerre , & non pas la finir , de
'crainte ou de ne pas regner
toujours , ou d'eftre chagrinez
dopar
un Peuple qui n'eſt pas
cile , & pour cet effet ils font
ravis la Nation foit épuiſée
que
afin qu'elle ne foit pas plus en
eftat d'agir , qu'un malade dont
on a épuilé les forces , & que
l'on a abbatu à force de feignées.
Je pourrois m'étendre
icy plus au long , fur la fituation
de ce Royaume ; mais com-
Hh iiij
366 MERCURE
me je n'ay entrepris de parler
que de celle qui regarde la
Guerre , & qu'on l'a peut connoiftre
par ce que je viens de
dire , je ne m'étendray pas davantage
fur ce qui regarde cette
Situation , j'ajouteray feulement
que le Marquis de Miremont
ne devant plus lever le gros
Corps qu'il devoit mettre fur
pied , le nombre de Troupes qui
devoit paffer en Catalogne , le
trouvera diminué : cependant
le parti de la Cour , pour encourager
les peuples , à payer
les fubfides accordez par
Parlement , a fait répandre plufieurs
copies d'une Lifte , par
laquelle les Armées que les Alliez
auront cette Campagne en
differens endroits , doivent mon-
श
GALANT 367
ter à trois cent mille hommes .
Il faut que les Anglois foient
bien changés s'ils donnent dans
ces panneaux . Rien n'eft plus
capable de tout gâter que des
chofes fi outrées , & fouvent ;
au lieu de produire l'effet que
l'on en attend , elles donnent
dieu d'approfondir la verité,
Quant à la Hollande , elle a
fi fouvent fait payer le deuxcentiéme
denier , qu'elle avoue
de bonne foy , depuis deux ans ,
qu'elle eft épuifée, & quand elle
ne l'avoueroit pas , il eft de notorieté
publique , qu'une partie
de ces Provinces déclara l'année
derniere qu'elles ne pouvoient
plus contribuer aux frais de la
guerre , & propofa de vendre
fes domaines ; mais ceux qui les
368 MERCURE
•
દિ
ont affermez,voyant qu'ils man❤
queroient par là à gagner , opt
détourné ce coup ; mais ces Provinces
n'en cftant pas plus à leur
aife, la fuite de la guerre , ne
peut fervir qu'à achever leurs
ruines . Cette Republique ne fe
vante point comme l'Angleterre
, d'avoir fait de nouvelles levées
, aufquelles elle n'a pas
penfé , & elle demeure d'ac
cord qu'elle a bien de la peine
à faite fes recrues s & que fi
elle fait quelques augmentations
de Troupes , elle ne fera
pas de plus de quatre Regimens
pour en remplacer quatre de Sa.
xe- Gotha , qui font à ſa ſolde, &
qu'elle envoye en Italie . A l'é ,
gard des Troupes qu'elle fournit
pour la Catalogne , on fçait
GALANT 369
que ce fecours ne monte qu'à
treize cens hommes , tirez de
tous les Regimens de l'Etat .
Ainfi ces Troupes qui ne font
point de nouvelles levées
ne laifferont pas d'affoiblir de
treize cens hommes l'Armée
de Flandres. Voilà qu'elle eft
la veritable fituation des affaires
de la guerre en Hollande
dans le moment que je vous
écrit . Je ne fçay pas fi elle changera
avant l'ouverture de la
Campagne ; mais le tems eft
court .
Il ne me reste plus à vous
parler que de la Catalogne . Je
puis vous affeurer que les Catalans
y ont reconnu de bonne foy
Philippe V. pour leur legitime
Souverain , & que ces peuples
370 MERCURE
ayant veu ce Monarque de
prés ; parce qu'ils ont eu le
bon heur de le poffeder chez
eux pendant quelque tems , one
ávoüé que fifa naiffance ne luy
donnoit pas les Couronnes qu'il
porte , il les meriteroit par fes
vertus , & par toutes les grandes
qualités qu'ils ont admiré en fa
perfonne ; mais une politique
qui doit les rendre méprifables
à tous les honnêtes gens , & dont
ils ont toujours fuivi les regless
ne leur permet pas d'en ufer autrement
qu'ils font aujourd'hui,
& s'ils n'en ont pas fait éclater
dabord les maximes , ce n'eft
qu'à caufe qu'ils attendoient un
temps favorable pour le faire.
Selon cette politique , ils ont
toûjours cherchez à donner de
GALANT
371
la jaloufie aux Roys d'Efpagne,
afin de ne payer aucunes des
charges de l'Etat , à quoy tous
les Sujets font obligez , & c'eſt
par cette raison qu'ils ont prefque
toûjours eu de l'intelligen-.
ce avec la France pendant qu'elle
étoit en guerre avec l'Efpagne.
Les Catalans feroient encore
la même chofe aujourd'hui ,
file Thrône d'Efpagne étoit
poffedé par un ennemi de la
France ; mais par l'élevation
de Philippe V. fur le Trône ,
ils fe trouvent enfermez entre
deux Puiffances qui peuvent les
mettre à la raifon , lorfqu'ils
s'écarteront de leurs devoirs .
Ils ont une délicateffe là - deffus
qui n'eft pás concevable , & les
moindres chofes leurs font om
372 MERCUR
E
brage. Je dois ajoûter icy une
chofe difficile à croire , & qui
n'entrera pas aifément dans l'ef
prit de ceux qui en entendront
parler ; c'est que voyant que
Philippe V. les traitoit trop
doucement , & n'éxigeoit rien
d'eux , ils ont crû que cela n'étoit
pas naturel , & que ce Monarque
attendoit qu'il fut affermi
fur le Trône pour leur impofer
de gros fubfides , puifqu'ils
étoient plus en état de
les payer , que beaucoup d'autres
de fes Sujets , & voyant que
fi cela arrivoit, ils ne pourroient
plus avoir recours à la France à
cauſe de l'union qui eft entre
les deux Couronnes, ils ont cru
qu'ils devoient ſe donner un
Souverain ; mais un Souverain
GALANT 373
dont ils feroient les maîtres abfolus
, & qu ils menaceroient de
fe donner à la France ou à l'Ef
pagne ,felon que ces deux puiffances
feroient bien ou mal enfemble
, en cas que ce phantome
de Souverain voulut les gouverner
arbitrairement , leur impofer
des taxes , & qu'il ne voulut
pas les gouverner felon leur
volonté , c'est - à - dire prendre
des loix de fes propres Sujets ;
mais ils n'ont pas fait reflexion
qu'ils ne peuvent réüffir dans
leurs deffeins avec le Prince
qu'ils ont choifi. Il eſt vray qu'il
étoit neceffaire que celuy qu'ils
choifiroient eût des Alliés affez .
puiffans pour s'opposer aux forces
des deux Couronnes., afin
de les maintenir ; mais ils de374
MERCUR
E
voient confiderer que ces mêmes
Alliées peuvent un jour le
deffendre contre eux- mêmes
& les mettre à la raison , en les
obligeant de fuivre les loix de
leur Souverain. Ce n'eft pas
tout encore , ils devoient être
perfuadé qu'en fe donnant , le
Souverain dont ils ont fait choix
ils prenoient un maître qui n'avoit
aucun bien , & que ce qu'ils
feroient obligé de luy donner
pour entretenir fa mailon , &
l'éclat de fa dignité monteroit à
dix fois autant que ce qu'ils don
nent au Roy d'Espagne ; car ils
ne pouvoient s'affurer en le
choififfant que tous les Royaumes
qui compofent la Couronne
d'Efpagne fillent le même choix,
& cela n'arrivant pas , ils fe
GALANT 375
trouvent obligez d'entretenir
leur Souverain , felon le rang
qu'ils luy ont donné. On fe récriera
peut - être fur ce que je
dis que l'Archiduc n'a point de
bien , & l'éclat de fa naiffance
qui éblouira ceux qui parleront
de la forte , teur fera tenir cè
langage : mais il eft conftant que
l'Archiduc n'a point de bien ,
les revenus de l'Empire ne le
regardent en aucune maniere ,
& les revenus particuliers de
I'Empereur ne fuffifant pas pour
la dépense qu'il fait ordinairement
, & d'ailleurs fes Pays he .
reditaires font tellement ruinez ,
& il en tire fi peu de chofe qu'il
eft prefque impoffible qu'il puiffe
jamais s'acquiter de tout ce
ce que l'Empereur fon pere a
Mars 1706. Ii
376 MERCURE
emprunté , & de ce qu'à fon
exemple il emprunte tous les
jours Prefque toutes fes pierreries
font engagées , & fes Do.
maines vendus ou engagez . On
n'en doutera pas , lors qu'on
fera reflexion que l'Archiduc
n'a pas touché un fol depuis
qu'il a quitté la Cour de Vienne,
fil'on en excepte 20000.écus
que l'Empereur luy vient d'envoyer.
Cette fomme eft fi mo .
dique qu'elle ne merite pas d'être
nommée , & cependant elle
n'eft envoyé qu'aprés plufieurs
années : de maniere que le Prince
qui l'a reçûë , auroit efté
fort mal dans les affaires fi les
Alliés n'avoient pris le foin
d'entretenir la Maiſon , & fi
T'argent que les Catalans ont
GALANT 377
efté forcez de preſter , pour ne
leur eftre jamais rendu , n'avoit
fervi au même ufage ; de maniere
que ce Prince fe trouveroit
fort embaraffé
s'il eftoit
obligé de le rendre : cependant
ceux dont on l'a arraché pre
tendent bien qu'il leur fera rendu
, & la crainte qu'ils ontde
le perdre fi ce Prince eftoit
obligé de quitter la Catalogne,
eft caufe que la plûpar de ceux
qui ont donné cet argent , font
encore dans fon party ; mais
cette reffource eft foible , &
felon toutes les
apparences ,
elle ne fuffira pas pour empêcher
la perte de Barcelonne,
Les ennemis n'avoient
qu'un
moyen pour y parvenir , qui
eftoit de tâcher d'en faire recue
I i j
378 MERCURE
ler le Siege , afin que leur Flotte
pût avoir affez de tems pour
apporter le fecours que l'Archiduc
attend avec autant d'inquietude
, que d'impatience.
Milord Peterborough avoit i
maginé tout ce qui fe pouvoit
faire de mieux pour donner le
temps dont ce fecours pourroit
avoir befoin pour le rendre devant
Barcelonne & la chofe
eftoit bien concertée , & le Roy
de France avoit efté capable
de donner dans ce panneau. Ce
Milord s'eftoit jetté dans Valence
avec un nombre confiderable
de Troupes , afin d'attirer
pour faire ce Siege , la
plus grande partie des Troupes
de France & d'Espagne,
Il l'auroit fait durer le plus
"
GALANT 379
qu'il lui auroit efté poffible , &
peuteftre même affez de temps
pour donner à la Flotte des
Alliés celuy d'arriver devant
Barcelonne & la perte de Valence
l'auroit alors mis peu en
peine , puifque la Catalogne
lauvée , ils fe tenoient affûrés
de reprendre aifément Valence,
& tout ce qu'ils auroient
perdu dans ce Royaume , mais
ies ordres du Roy ont empêché
fort à propos que l'on ne fit
le Siege de cette Place , qui
n'avoit efté refolu , que parce
que l'on n'eftoit pas perfuadé
que toutes les chofes neceffaires
pour le Siege de Valence ,
feroient auffitôt prêtes qu'elles
l'ont efté .
L'Archiduc a peu de trou
380 MERCURE
pes pour deffendre fa Conquete.
Vous en jugerez par ce qu'il
dit aux Eftats dernier de Catalogne
affemblés à Barcelonne.
Il leur reprefenta , avec combien
de dangers pour fa Perfonne & de
depenfe pour les Alliés , il eftoit venu
dans leur Province , pour affùrerleursperfonnes
& leurs biens consre
leur Ennemy commun ; qu'il avoit
eu un extreme plaifir de voir les peuplesfeconderparleurzéle
fes bons def
feins ; mais que comme les premiers
rayons du Soleil ne fuffisent paspour
diffiper de gros brouillards , la Province
eftoit menacée d'un orage plus
acraindre que tout ce qui l'avoitprecedé
, qu'il eftoit àpropos pour leprevenir
, que les Eftats miffentfur pi ed
quinze mille bammes , & qu'il s'affignaffent
les fonds neceffaires pour
GALANT 381
les entretenir qu'il fe chargeoit de
leurfournir leurs armes & les munitions
deguerre , qu'il méttroit des
Officiers experimentés à la tête defes
Troupes , quifecondées des Anglois
& des Hollandois qu'il avoita.
menés , deffendroient leur Païs con =
tre leur Ennemy , leur reprefentant
quefans ce fecours , ilfe verroit
obligédefe rembarquer pour repaſſer
en Portugal.
Le Préfident luy répondit au
nom des Etats , qu'il connoiffoit
affés la mifere de la Province, poar
ne pas imputer à un zéle refroidi
l'impuiffance où ils eftoient de lay
accorder ce qu'il demandoit : On le
pria de fe contenter de fix mil
hommes , dont la Députation
en fourniroit mil , Barcelonne
mil, & les autres Valles & Com
382 MERCURE
munautés de la Province , les
quatre mille reſtans . Ce Préfident
finit ce difcours en faifant
remarquer à l'Archiduc
que la preuve la plus propre à
le convaincre de la bonne volonté
des peuples de Catalogne pour luy,
toit la reflexion qu'il le fupplioit
de fai e qu'en 5, ans de tems le Roy
Philip eV n'avoitpas exigède cette
province , ce qu'elle donne à l'Archiduc
dans unfeul jour. Ce trait
parut hardy , & fut regardé
comme un préjugé de la mauya
fe difpofition où l'on eft , en
ce pays - là pour ce Prince , &
fa levée des troupes qu'on luy
avoit promis par ce refultat , a
efté tres- médiocre , les Miquelets
, & les Habitans de la Plaine
de Vick , refufant de s'y enga
ger ,
GALANT 383
ger , & difant qu'ils ne veulent
fervir que dans les Regimens de
leur Milices . Ils n'en difent
point la raifon ; mais on fçait
que ce refus ne vient que de ce
qu'ils veulent piller avec liberté
, ce que ne peuvent faire des
troupes foumiſes à la diſcipline
Militaire ,
Ce que le Prefident des Etats
dit à l'Archiduc , en luy faifant
remarquer qu'ils luy donnoient
plus en un feul jour , qu'ils n'avoient
donné à Philippes V.
pendant cinq années , confirme
ce que je vous ay dit , touchant
la faute que les Etats ont fait
en choififfant pour Souverain
un Prince auffi gueux que l'Archiduc
.
La Lettre que vous allez lire
Mars 1706. Kk
384 MERCURE
& ce que vous trouverez enfuite
, vous feront connoiftre ce que
l'onfçait icy au vray, de l'état des
affaires de Catalogne dans le
moment que je vous écris.
A Alcanis le 11. Mars 1706.
Mr le Maréchal de Teffé arriva
hier de Darocka , où il avoit
efté au devant du Roy. Il en eft
revenú tres -joyeux , ce qui nous
fait connoiftre que les affaires
d'Espagne vont affez bien. Le
Roy arrive aujourd'huy à Hicard,
où il fejournera , de là il ira à
Cafpé. Nous comptons de partir
d'icy pour aller à Barcelone pour le
plus tard le 17. du courant , &
GALANT 385
nous partirions plutoft fi le Courier
qu'on a dépeché à Mr de Legal
, eftoit de retour ; car il n'y a
rien qui nous retienne que cela ,
puifque les trois mille mulets de
charge font tous prefts , de même
que les chariotspour apporter nôtre
Pont de Bateaux , pour paffer la
Segre entre Frague & Miquenende
même que la Riviere qui
cia ,
eft à trois ou quatre lieuës de Barcelone
, où nos armées fe doivent
joindre..
Nos frontieres font fort tranquilles
, & nous n'entendons par
ler en aucune maniere des Mique
bets.Je ne say où ils font allez
Kkij
386 MERCURE
ןי
Monfieur le Chevalier de
Montmain arriva le 24. de ce
Mois à Versailles : Il rapporta
Que le Roy d'Espagne eftoit arrive
le quatorze de ce Mois à Cafpé ,
qu'ily devoit féjourner le quinze ,
que le feize toute l'Armée devoir
fe mettre en marche pour aller à
Barcelonne , que l'on comptoit que
Pon arriveroit le vingt - troisième
devant cette Place , que l'Armée
avoit pour quinze jours de vivres ,
que toutes les troupes marquoient
une grande impatience de marcher ,
& un grand defir de combattre ; &
que felon les dernieres Nouvelles
reçûës de Barcelonne l'Archiduc
eftoit toujours dans cette Place
avec une Garnison peu nombreuſe .
Je viens d'apprendre que le
blé manque dans Barcelonne ,
>
GALANY 387
મ
que l'on y enleve avec grand
empreffement tout le pain que
l'on y cuit , & qu'on le mange
encor tout brûlant. Les mêmes
Lettres ajoûtent que dans un
Confeil qu'on y a tenu , l'on a
propofé à l'Archiduc d'aller
dans le Royaume de Valence ;
mais qu'il n'avoit pas encor pris
fon parti là- deffus . On leve aux
environs de Torreil de Mongris
quarante Compagnies de
Miquelets pour le fervice de
Philippe V. Hy en a déja
vingt - quatre en estat de fervir,
& tous les Miquelets qui s'enrollent
, paroiffent de la meilleure
volonté du monde . han
Vous fçavez que les fecours
d'Angleterre deſtinez pour la
Catalogne doivent partir en 3-
Kkuj
388 MERCURE
temps differens ,dont il n'y a que
le premier Convoy de parti , cfcortédes
Vaiffeaux de guerre ,
les Troupes ne font pas nombreuſes
, & perfonne n'ayant
voulu s'enroller pour aller k
loin , on a eſté obligé de faire
des détachemens des Troupes
qui font en Angleterre Ledernier
fecours qui eft le plus confiderable
, ne partira qu'au mois
de May , ainfi il y a lieu de croire
que l'expedition de Barcelone
fera finie avant que ce lecours
arrive. Il eft vray que
l'Amiral Lake , qui eft à Lif
bonne , prepare une affez groffe
Flotte , qui pourra arriver plû
toft , mais la plupart de ces
Vaiffeaux n'eftant que du 2.
& 3. rang, & ceux de ce derGALANT
389
I
nier rang eftant les plus nombreux
, cette Flotte n'eft
fort à craindre .
pas
Les Portugais fe croyant fuperieurs
fur les frontieres de
Caftille , font tous leurs efforts
pour entrer les premiers en
campagne ; mais Mr le Duc de
Barvick qui eft arrivé depuis
quelque temps à Madrid , doit
cftre prefentement à la tefte des
Troupes d'Espagne , qui doivent
cftre renforcées de plufieurs
Bataillons François , &
comme les Espagnols ont beau
coup de confiance en ce Duc ,
& que d'ailleurs Mr le Marquis
de Riſbourg vient d'accepter le
Gouvernement de Badajos , il
paroift que les Efpagnols ne
font pas fort inquietez des me-
"
390 MERCURE
naces des Portugais.
Le bruit fe repand fortement
que l'on doit faire un fort gros
détachement d'Allemans pour
TArmée de Mr le Prince Eugene
; cela pourroit déranger ce
que je viens de vous dire des
atraires d'Italie ; mais en tout
cas , fi ce détachement , fuppofé
qu'il fe faffe , nous empêche de
finir cette année la guerre en
Italie ; il fera caufe que nous
pourrons nous recompenfer fur
Je Rhins des conqueftes que
nous aurions faites en Piémont.
Je crois qu'après vous avoir
parlede la guerre , je puis vous en
entretenir de Poëfie. Les Poëtes
chantent fouvent les plus
belles actions des Guerriers , &
GALANT 391
les font connoiſtre à la poſterité.
La piece que je vous envoye
eft intitulée Queſte de
Poiffon. Je m'imagine déja vous
entendre dire , que tout Paris
eft rempli de cette piece , &
qu'il ya déja long - temps qu'elle
eft tombée entre vos mains . J'en
demeure d'accord ; mais toutes
les copies qui en ont efté faites
n'ayant pas efté tirées de l'original
, il s'en trouve tant de défigurez
, que j'ay cru devoir
vous en envoyer une copie correcte.
D'ailleurs ,, des raifons
d'une grande importance , m'obligent
de faire counoistre que
l'original de cette piece , n'a
jamais efté plus long que la copie
que je vous envoye. Il eſt
rare de trouver un ouvrage qui
392 MERCURE
fe faififfe de l'eftime de tout Pais
auffi.toft qu'il commence à
paroiftre , ainfi qu'il est arrivé à
celuy que je vous envoye . Je
n'en fçay point d'autres raifons ,
finon que s'il eft aifé de faire de
beaux ouvrages quand on employe
une riche matiere , &
qu'on la traite avec éloquence
il est difficile de badiner fans
tomber dans la baſſeſſe , & fans
que le badinage devienne fade .
Nous avons des milliers de vo-
Jumes de Lettres ; mais il ne fe
trouve parmi tant de volumes
que les feules Lettres de feu
Mr de Voiture >
qui ayent
eſté admirées , à caufe de l'efprit
que cet Autheury a fait paroîen
badinant agreable
tre ,
ment
.
18
GALANT
393
QUESTE DE POISSON.
Quatre filles ? comment ay -je fait tout
cela ?
Et maintenant qu'en puis-je faire ,.
-Si quand l'ouvrage eft fait on en demeu
roit là ?
Ce feroit une bonne affaire ,
Mais il faut les pourvoir , & c'eft où mo
voilà.
S
Les marier ! fans dot n'eft plus d'ufage ,
Je trouverois ce mot auffi beau qu'Harpagon
,
On l'a profcrit ; c'eft grand dommage,
Que n'est- il encore de faifon.
2
Les mettray-je au theatre , non.
Quand elles le voudroient pourrois-je
le permettre,
Je fuis trop fage , & trop
difcret ma
foy ,
394 MERCURE
Ouy trop fage pour les y mettre ,
Trop difcrer pour dire pourquoy.
2
Voyons donc ce que j'en dois faire ?
Guimpons les ; c'eft le mieux , elles le
veulent bien ,
Mais on ne fait pas voeu de pauvreté
pour rien ,
Eh bien , Queftons , la Cour me tirera
d'affaire.
S
Commençons par le Roy,l'honneur des
Acurs de lys ,
Luy que pour l'imiter toute faCour contemple,
Et ne luy demandons que cinquante
Louis ,
Seulement pour fervir d'exemple.
2
Monfeigneur fi je l'ay diverty quelque
fois ,
Aux cinquante loüis, en ajoutera trente,
Et je luy garentis fur mon gefte , & ma
voix ,
Pour
GALANT 395
Pour le moins mille ris de rente.
$
L'Epaux d'Adelaïde , eft-il moins géné
reux
Non , je fçais à donner combien fa pente
eft grande ,
Mais il trouvera bon que je ne luy demande
,
Que trente louis pour eux deux.
S
J'en auray bien dix de fon frere
Tous biens font communs entre amis,
Il eft des miens , il me l'a bien promis ,
Dix louis l'epreuve eft légére.
S
Voyons ce que Madame
donnera ,
a fon tour
Les foeurs de fon filleul meritent bien
par là ,
Que dans leur bon deffein , fes dons les
favorifent ,
,
Tenons nous en a ce qu'il luy plaira
Máis non , ce feroit trop , dix louis me
fuffifent.
Mars 1706.
LI
+
396 MERCURE
S
Pour l'illuftre Duc d'Orleans ,
Sous peine d'un Eloge il donnera cent
francs ,
Prenons de fa moitié qui pour luyfeuf
Loupire
Dix louis Dieu luy rende en ce qu'elle
défire.
S
Le digne fils du Grand Condé ,
Scait doner des feftes fuperbes ,
Il fcait faire fortir dés qu'il la comman
dé
pe
Des feftins de deffous les herbes :
Quoy qu'il n'ait point encor fair de
tits prefens ,
Pour fon apprentiffage il va donner cent
francs
S
L'Intrepide Bourbon , & fon aimable
Epoufe ,
Vontjoindre leur prefent au fien ,
Pour dix Louis je les quitterois bien
Si la rime n'en vouloit douze.
GALANT 397
Par la belle Conti mes voeux font pré
venus .
Une des Graces qui pour elle
On quitté la Cour de Venus.
M'apporte dix Louis , c'eft une bagatelle,
Mais des mains d'une Grace , ils valent
mil écus.
Se
Conti , le grand Conti , qu'en vain l'affreüfe
mort ..!!
Eh , pourquoy m'embarquer dans ces
grandes paroles ,
Quel befoin de m'enfler fifort
Pour luy demander dix piftoles.
L'Aigle de Jupiter , du Maine, à qui
Louis ,
A confié le foin de fon Tonnerre....
Tout beau , de ces Objets mes yeux font
ébloitis
Moderons noftre effor , & rimons terre
à terre,
Que fon Epoufe & luy m'aident dans
Llij
398 MERCURE
-mes befoins ,
De vingt Louis pour eux , ce n'eft pas
une affaire ,
Et ce fera fur l'état moins
De tous les biens que j'en efpere.
Pour le grand Amiral , favory de Thetis
Qu'il mette dix Louis à la groffe avanture
,
C'eft moy qui les luy garentis
La Mer même n'eft pas plus füre.
Sp
Des Ducs , des Maréchaux , e reglons
point les rangs ,
Ils donneront chacun cinquante franes.
S
Paffons au Chefdes Loix l'appuy de l'in
nocence
Ce fage à qui Themis a remis fa balance,
Qu'il mette d'un côté cent francs ,
De l'autre , ma reconnoiffance
Les cent francs , j'en fuis feur , feront les
moins pefans.
GALANT 399
2
Jufqu'icy les effets ont fuivi mes paroles
Des Miniftres , j'attens un fupplément
nouveau ,
Ils ne pourront entr'eux refufer vingt
piftoles ,
Ou la Seine pourra me refuſer de l'eau.
2
Ma foy , voicy ma fomme faite ;
Non , je croy qu'il y manque encor
Apeuprés un demi-marc d'or.
Eh bien , c'eft aux Prelats à la rendre
complete.
la Charité qui n'aime qu'a
Mais que
donner
.
Neprenne point pour un outrage
De ce qu'en la taxant je femble la bornar
?
Se que j'ay demandé ne la doit point gêner
,
Elle peut donner davantage
Je le prendray fans chicaner .
Ll ij
400 MERCURE
ܪ܂
Le mot de l'Enigme du mois
paffe , eftoit le Limaçon ; ceux
qui l'ont trouvé , font Mrs :
l'Abbé Coffinier : Gaignat , le
Senateur Latin : Dubourg: Bequet
du Pont Noftre Dame , &
fa charmante voifine le bon
pere du Hamel & fon neveu
Nion : Poifac , Chappelier du
Roy : Luc , ruë faint Honoré :
Hulay , Sieur de Garabella
Louis dugrand éclaire : le Prieur
d'Anglefort , Coadjuteur de Mr
Jarcellat : le Contrôleur Gencral
de la premiere Caffetric du
monde : l'Agréable dans les
compagnies le pere Jacob du
Pant de Notre - Dame , & le
Roy Jorand , du mefme endroits
le Mouton de l'Hoftel des Urfins,
& fa charmante Belle- four
LX
:
GALANT 401
Amant fecret des deux pilliers
d'or de la ruë S. Jacques : l'Amant
du 31. Aouft . 1705. l'enjouée
Madame Vernier , & l'agréable
Me Mirebaule de l'Hô
tel des Urfins : Cattin Toffiers,
& fon Compere Odiots : la belle
Bourfins de l'Hoftel des Urfins,
& l'aimable Bourelet: la voisine
Mlle Rouffeau de la ruë des
Blanes - manteaux : la Prefidente
de l'Election de Chaumont &
Magny Barbe de Bantville :
l'Aimable & fpirituelle Louife,
de la ruë neuve des Petits-
Champs : la Groffe & fon cher
Marquis la Maiftreffe de la
jolie babiolle la petite Brune
de la rue des Lombards : Manon
Ouvré : la Gouvernante joviale
de l'aimable & toute fpirituelle
402 MERCUR
E
1
petite poulette de la ruë de
Clery la belle à l'Anagrame,
fes manieres fines, au delà de la
Porte faint Honoré la belle
blonde , de la rue des Anglois :
la Bergere Climene & fon Berger
Tircis : le prétendant à Marie-
Anne de l'Aigle Mile
Courbon : la Prude amoureuſe
& fa petite foeur l'Intrigante ,
rue des Noyers : la brillante des
enclos de la rue des Prouvaires :
la perire devant le Palais , à l'Anagramé
le fils du fieur Maindeletes
, Drapier d'Orleans : Son
Compere de la Lance : Legros
tout rond de la Barbe d'or , le
Maitrea la Gaillardes fa belle
belle-mère , rue Jean - painmoler
, & Fépoux de la Princoffe
: la belle Origy du petie
GALANT 403
Hoftel d'Harcour : Mr de S.
Bigor , & le beau - frere da
l'Abbé.
F
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIGME.
Faltere la délicateffe ,
Du lieu dont jefuis l'ornement :
Je viens toujours tout doucement
Et l'on me chaffe avec viteffe.
L'on feroit bienfachè de ne me point
avoir ;
Souvent on me defire avec impa
tience ,
Et fi-ioft queje veux , prendre un
peu ma croiffance ,
On me traite avec violence ;
Et dans le lieu de ma naiſſance
Onnesçauroitfe refoudre àme voir
}
404 MERCURE
Jembelis , j'enlaidis , l'on maiuı
Von me bait sa
Et l'on me fait , lorsque l'on me
défait! Love SELAY
Des gens de pieté profonde
Pour me garder fortent du monde ,
Tout le reste du genre humain ,
Me traite tour à tour d'une façon
fevere ,
Mais malgré tout ce qu'on peus
faire
On me chaffe aujourd'huy, je revien
dray demain.
SUITE
Des Affaires préfente de la
Guerre.
Il y a trois Partys dans Barcolonne
; celuy de Philippe V.
celuy de l'Archiduc , & celuy
GALANT
405
des Independans. Ce troifiéme
Party ck regardé comme l'Efcadron
volant qui fe fait craindre
à Rome pendant les Conclaves
, & qui fortifiant le par
ty des Cardinaux auquel il fe
joint , fait toûjours un Pape.
Les Allies , craignent qu'il
n'arrive la même chofe à Barcolonne
, & que ce party ne ſe
fe joigne à celuy de Philippe V.
& ce qui leur fait apprehender
davantage que cela n'arrive ,
eft que les Bourgeois s'obftinent
à vouloir fe garder feuls.
Il n'y a prefque point de doute
que lors qu'ils le trouveront
les maîtres d'agir felon leur
volonté , ils ne livrent leur Ville
à Philippe V. pour obtenir
le pardon de leur crime.
.
406 MERCURE
On croit que l'Archiduc prendra
le party de fe retirer dans
les Montagnes , parce qu'il y a
moins de rifque pour luy , que
de s'enfermer dans une Ville ,
dont les Habitans pourroient
le livrer pour faire leur paix
mois d'un autre cofté il craint
que Barcelonne pris , les Miquelets
qui luy font le plus affidės
ne l'abandonnent de
maniere qu'il fe trouve fort embaraffé.
Les vents qui ont reculé
l'arrivée de Monfieur le
Comte de Toulouze devant
Barcelonne , ne nous ont heureufement
fait aucun tort, puifque
s'il y eftoit arrivé plutoft ,
il n'y auroit pas trouvé l'Armée
que commande le Roy
d'Espagne, & celle de Monfieur
ز
dc
GALANT 407
de Legal , le mauvais temps
ayant empêché que toutes les
chofes neceffaires pour leur
marche , ne fe foient trouvées
prêtes pour le temps où on
avoit refolu que ces armées
marcheroient.
A l'égard du Royaume de
Valence , tout y eft en combuftioni
depuis que l'on y a cub
des nouvelles affurées que Bare
celonne alloit eftre affliegée
Monfieur le Comte de las
Torres a pris de nouveau plus
fieurs poftes aux environs de:
la Place , & la ferre de fort
prés. Il attend les Troupes
des deux Heros de la Foy , c'est
lenom que l'on donne aux deux
Evêques qui ont pris les armes
pour la maintenir Monfieur
M
408 MERCURE
de Las Torres attend auffi de
plufieurs endroits des renforts
de troupes reglées ; mais tous
ces fecours feront peu neceffai.
res, & il n'y a point à douter
que dés que Barcelonne fera
pris , tout le Royaume de Valence
ne fecoue le joug des Infidéles
, fous lequel il fe repent
de s'eſtre mis . La difpofition à
ce changement eft déja grande
parmi les Habitans de Valence,
qui font-outrés des mauvais
traitemens qu'ils reçoivent des`
troupes qui les pillent , qui les
maltraitent , & qui fe font emparés
de toutes leurs maiſons.
La difette d'argent rompt toutes
les mesures des Hollandois.
Le Peuple ne veut point abfolu
ment que l'on impofc . de nous
GALANT 409
"
veau le deux- centiéme denier , &
s'obtine encor plus fortement
à l'impofition d'une taxe fur
quelques denrées , ce qui est
entierement contraire à l'uſage
d'Hollande Cependant le
temps preffe & largent manque
.
Je ne vous dis rien faute de
temps & de place , de la derniere
action de Monfieur le
Chevalier de l'Aubepin fur le
Lac de Garde , où vous fçavez
qu'il s'eft fouvent diftingué
. Il y a pris une Barque ,
où il y avoit un petit Corps
de troupes avec fept Capitaines
, dont trois ont efté tués ,
& huit cens habits neufs qui
eftoient deftinez pour un Régiment
dont les Soldats en ont
grand befoin. Mij
410 MERCURE
Je vous prie de faire reflexion
que je finis ma Lettre ce moiscy
dés le Samedy vingt feptiéme
du mois , & comme vous ne la
recevrez que cinq jours aprés ,
Vousne devez pas eftre furpriſe,
fi vous n'y trouvez point les
nouvelles qui feront arrivées depuis
le vingt - feptiéme. Je fuis ,
Madame , voftre , & c .
A Paris , ce 27. Mars 1706.
AVIS IMPORTANT.
On vendra les de May , le
Mercure d'Avril . Le Lecteur
cft prié de pardonner les fautes.
d'impreffion qui s'y trouvent
depuis quelque temps , & d'y
fupléer , par fon efprit . A mefure
que l'Auteur a perdu la
GALANT 411
vûë, ces fautes ont augmentées ,
& toute fon attention à écouter
la lecture de ce qu'il dicte ,
n'empêche pas qu'il n'échape
à fon oreille , ce qui n'échaperoit
pas à fes yeux , s'il voyoit
clair . On fe flatte de trouver
dans la fuite , des moyens d'y
mettre ordre.
TABLE..
P
Relude.
Panegyrique de Clement XI. prononcé
à Rome,
Fpitaphe ,
- 8:
II
Fete auftrare que curieufe , avec
un tres beau difcours remply
& erudition fur le fujet de cette
fefte,
Plufieurs Articles d'érudition , 44
211
Lettre touchant le Traité de la
Pâque ,
59
99
Premier Article des morts ,
Relation remplis de faits nouveaux
de la Bataille gagnée par le General
Ren/ hild, 143
Dons faits par le Roy d'Espagne ,
155
Regimens donnez par l'Empereur ,
161
Compliment fait à l'Empereur, par
TABLE.
167™
176
Mr le Marquis Del- Vafto, 164
Explication d'une Medaille , frappée
à la gloire de Monfieur le
Duc de Lorraine ,
Conjuratio initas, & extincta
Neapoli ,
Traduction d'une Lettre Paftorale de
Mrs les Evefques de Cartagene ,
& de Murcie , touchant la conjuncture
des affaires préfentes , &
le droit de Philippes V. àla Cou
ronne d'Espagne ,
1800
Election d'un General des Jefuites ,
215
Gouvernement de Charleroy , donné,
£ 218
Compagnie donnée à Mr le Comte
d'Albert , 222
9
Requeßte préſentée à l'Empereur
par Mr l'Evefque de Farnback,
&par Mr le Comte de Torring,
TABLE.
Deputez des Etats de Bavierre,
222
Reflexion fur cette Requefte , 237
Mariages , 239
Suite des divertiffemens de Clagny,
265
257
Extrait d'an Mandement de Mi
le Cardinal de Noailles ,
Vifite rendue par S. M. B. à Mr
le Nonce , pour voir fa Bibliotheque
, & plufieurs Inftrumens
regardant diverfes Sciences , 271
Addition à la Lifte des Va Jeanx
commandez par M le Comte de
Toulouż , qui eft dans le dernier
Mercure , (
283
Article curieux touchant le Capi-
Sustaine Jacob Pasteur ,
Brevets de retenuë , dɔnnez ,
Gouvernemens donnez
Regimens achetez.,
286
288
289
291
TABLE.
Second Article des morts ,
3039
Addition à l'Article du Roy d'Angleterre
, & de Mr le Nonce ,
3:06
Lettre de Madrid,
3:10
Seconde Lettre de Madrid , 319
Situation préfente des affaires de la
Guerre dans tous les lieux où les
deux Couronnes , & les Alliez
ont des troupes ; cet Article en
contient huit ou dix fort curieux,
339
Queste de Poiffon.
390
400
Suit, de lafituation des affaires de
Article des Enigmes .
laguerre. 404.
Avantage remporté par Mr le Chevalier
de l'Aubefpin ..
Avis important.
409
4.10
Avis pour placer la Figure.
La Medaille doit regarder la
page 168.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères