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Eur 511m
17062
Mercure
<36624505190019
<36624505190019
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIER , 1706.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la con
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe diſpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qurferont reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , en n'en payera que trente - cinq.
Les Relations, fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VI.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
CluBibliothek
München
AU LECTEUR.
TLy alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume au Mercure , puis
que malgré les prieres reiteréesqu'on
a faites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoje
pour eflre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
'de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, 5 que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
CALANT
FEVRIER 1706 .
Ly a prefentement trentè
ans , que j'ay commencé
vous adreffer des lettres
remplies de nouvelles , qui ont
cfté rendues publiques , & malgré
ce grand nombre d'années,
A iij.
6 MERCURE
2
& l'inconftance , fi naturelle
à tous les hommes , & fur
tout aux François ; ce que l'on
peut voir par leurs changements
continuels de modes
non - feulement , en ce qui regarde
leurs habits , mais generalement
en toutes chofes, ainfi
que par quantité d'autres endroits
; mes Lettres n'ont pas
laiffe d'avoir toûjours le bonheur
de plaire. Jen devine la
caufe, & je n'y ay aucune part ;
mais cela vient , fans doute , de
ce que j'ay l'avantage d'écrire ,
fous le regne d'un Monarque
qui par fes conqueftes , par
GALANT 7
fait pour le
tout ce qu'il a fait pour faire
fleurir la Religion , la Juſtice ,
& les beaux Arts , & par les
Reglemens qu'il a
bien , la commodité , lle repos
de fes fujets , & la gloire de
la France , s'eft plus acquis de
reputation & à plus fait feul ,
& paru plus grand , que tous
les Rois fes Predeceffeurs enfemble
. Je ne dis rien du paffé
, il eft connu de toutes les
nations , dont il fait l'admiration
, & mefme de celles qui
font jaloufes de fa gloire. Je
ne veux, pour faire connoiftre
tout ce qui fait admirer ce
A iiij
8 MERCURE
grand Prince ( fuppofé qu'il
y ait quelqu'un qui l'ignore
dans les Climats les plus reculez
) que faire voir la fituation
où il fe trouve aujourd'huy . Il
a feul , les forces de prefque
toute l'Europe à combattre , &
les plus puiffans Etats , voyant
qu'aprés la fatalité de l'affaire
d'Hochftet , aprés laquelle ils
croyoient penetrer en France
l'année fuivante , il avoit rendu
tous leurs projets inutiles,
& que le Duc Marlborough.
avoit fini la campagne,fans executer
aucune des chofes dont
il s'eftoit vanté , ſe perſuadant
GALANT 9
à
qu'il eftoit impoffible de l'en
empefcher , & que mefme ,
bien examiner tout ce qui s'eft
paffé pendant la campagne ,
elle eftoit plus avantageufe aux
François , qu'aux Allicz ; ayant
commencé par la fuite de Marlborough
, avec la perte de tout
ce qu'il avoit preparé pour
l'execution de fes grands deffeins
, continué par le gain
d'une Bataille en Italie , & fini
par la priſe d'une partie du
Piémont , & de tout le Comté
de Nice , fans avoir perdu que
quelques poftes en Flandres , où
l'on eft rentré depuis que la
10 MERCURE
Campagne eft finie , à l'exception
de Lewe , & que les
avantages avoient efté partagez
en Allemagne ; M' le Maréchal
de Villars & M' le Prince
de Bade , ayant triomphé
tour à tour , & pris chacun de
leur cofté des Chafteaux >
pris & rafé des Lignes , & que
inême M' de Villars avoit fait
d'abord un grand nombre de
Prifonniers , & que M' de Bade
n'avoit pas eu l'avantage d'en
faire. Enfin les Alliez voyant
que nous avions rompu leurs
mcfures pendant une Campagne
, fur laquelle ils avoient fait
GALANT II
de grands fondemens , & que
nous avions même fait plufieurs
Conqueftes , & jugeant
bien qu'elles augmenteroient
toûjours , s'ils ne fe mettoient
en eftat de s'y oppoſer , & même
de remporter de grands
avantages , c'eft pourquoy le
Parlement d'Angleterre a accordé
de grandes fommes, pour
la Campagne prochaine , pour
laquelle les Etats Generaux ont
réfolu de lever deux fois le
deux - centiéme denier , ce qui
doit monter à vingt- deux millions
de florins , qui font prés
de trente millions , & les Prin12
MERCURE
ces de l'Empire d'augmenter
le nombre de leurs Troupes ;
mais nonobftant tout cela , ils
font justement perfuadez , que
les forces de la France feront
fuperieures , & qu'elles feroient
même déja en eſtat d'agir , fi on
vouloit les mettre en campagne
. Les Etats Generaux l'ont
fait connoltre par la Lettre
qu'ils ont adreffée à l'Affemblée
de Ratisbonne
, dans laquelle
ils difent , que fi les Membres
de l'Empire ne fe mettent de
bonne heure en eftat , ils feront
prévenus par les François , dont
les Recruës font déja faites , &
GALANT 13
་
fe
la Cavalerie remontée. Ils ne
trompent pas , & c'est ce qui
doit aujourd'huy faire redoubler
l'admiration-qu'a toujours
donné la prévoyance , & la fage
conduite du Roy. Ce Prince a
huit Armées en eftat d'entrer
en Campagne , puifqu'il luy en
faut deux en Italic , une en
Catalogne , une en Portugal ,
une en Flandres , une fur la
Mofelle , & une fur le Rhin ; &
comme une Armée navale eft
neceffaire pour remettre la Catalogne
fous l'obéiffance du
Roy d'Efpagne , la faifon qui
ne permet pas ordinairement
14 MERCURE
d'en avoir une de prête en ce
temps-cy , n'empêche pas qu'il
n'en ait une , en eſtat d'agir , &
c'eft la huitiéme Armée qui fe
trouve fur le point d'entrer en
Campagne , fans qu'il ait paru
que le Roy ait eu plus d'affaires
qu'à l'ordinaire , & fans qu'il
paroiffe prefentement qu'il foit
plus occupé , qu'il fe donne
plus de foins , & que rien luy
faffe la moindre peine & le
moindre embarras ; & pendant
que ce Prince travaille feul
imaginer tout ce que ce grand
nombre d'armées doivent faire
pendant la Campagne , & qu'il
GALANT 15
invente tous les refforts qui les
feront agir , toutes les affaires
marchent d'un pas égal , rien
n'eft dérangé , les plaifirs régnent
dans leur faiſon , & l'on
ne croiroit pas à voir la tranquillité
du Souverain , qu'il ait
à combattre prefque toutes les
forces de l'Europe , & fi quelque
Etranger , fe trouvoit tout
d'un coup au milieu de la Cour
en fortant d'un autre monde ,
fans rien fçavoir de ce qui fe
paffe en celuy - cy , il croiroit
que la France eft dans une paix
profonde ; & qu'elle n'eft occupée
, qu'à jouir de ſes dou16
MERCURE
ceurs ; cependant les travaux
de fon Prince font immenfes ,
il imagine tout , il refout tout,
fa prudence prévoit à tout , &
pendant que plufieurs de fes
ennemis tremblent au milieu
de leurs Villes Capitales , on
ne craint pas feulement fur fes
Frontieres , tant on ſe repoſe
fur les mesures qu'il prend
pour les affurer ; de maniere
que lorsque tout eft tranquille,
dans fes Etats , & que l'on n'y
penfe aux Ennemis , que pour
aller au devant d'eux , l'efprit
de ce Monarque travaille feul
pour maintenir toutes chofes ,
GALANT 17
& eft dans une continuelle
ر
pour
occupation interieure
procurer à fes fujets le repos
qu'il ne fe donne pas.
Comme je commence ma
Lettre dés les premiers jours
du mois , pour ne vous l'envoyer
qu'à la fin , il y aura
peut-eftre bien des troupes en
campagne , lorfque vous la re-
- cevrez. Il n'eſt pas neceffaire
que l'on attende pour agir, que
tous les nouveaux Regimens
foient levez , au contraire on
les doit regarder comme des
troupes de referve , qui peuvent
fervir à faire de grands coups ,
Fevrier 1706 . B
18 MERCURE
lorfque celles des ennemis ſeront
affoiblies.
Ce que le Roy d'Espagne ,
vient de faire en recompenfant
tous ceux qui ont mieux aimé
abandonner la Catalogne que
de refter fous la domination
de l'Archiduc en leur donnant
des récompenfes proportionnées
à l'état prefent de
fes affaires , merite bien l'amour
& l'attention de fes Peuples
, & que , luy gardant la
fidelité qu'ils luy ont jurée ,
ils demeurent inviolablement
attachez à leur devoir & à fon
ſervice. Voicy l'état des récomGALANT
19
penfes données par ce Monarque.
Je vous l'envoye avec le
titre qui s'y touve joint .
LISTE
DES MINISTRES ,
ET GENTILS HOMMES
CATALANS ,
Dont le Roy a recompenfé ,par
des Penfions & de bons Emplois
, la fidelité , l'amour
& le zele à fon fervice ,
dans les Troubles prefens
de Catalogne .
J'
A Don Baltazar Montomer
Bij
20 MERCURE
Evêque de Vicq , deux mille Ducats
de rente ,fituez fur les biens
confifquez de Caftille ; avec recommandation
,aux Confeils de la
Chambre & au Confeil d'Italie ,
de luy donner la premiere Abbaye ,
ou le meilleur Benefice fimple qui
vacquera à la nomination de Sa
Majefté , jufqu'à concurrence du
même revenu , de deux mille Ducats.
Aux Inquifiteurs Don Pedro
de Soto , & Don Antonio Romero,
& au Secretaire Don Jofeph de
Alva , des Emplois répondans
leur rang & à leur merite , &
cela dés -à - prefent , fans avoir
GALANT 20
égard à d'autres ordres anterieurs.
On a donné à Don Felix & à
Don Jofeph Taberner , dont le premier
a une dignité e un Canonicat
de Barcelone , & qui y eftoit
Juge pour Sa Majesté, du Bref
Apoftolique ; & au fecond qui y
eftoit Chanoine ;fçavoir , au premier
, douze cens Ducats de rente ,
à l'autre huit cens ,fur les mêmes
biens confifquez de Caftille ,
en attendant qu'il vacque quelques
Benefices de la nomination du Roy,
proportionnez aux pertes qu'ils ont
faites.
A Don Olaguer Taberner 3
·Chevalier de S. Fean , un Brevet
22 MERCURE
pour une des premieres Compagnies
de Cavalerie , qui vaquera
en attendant , qu'ily en air de
vacante ilfera Cadet dans les
Gardes du Roy , où on luy fournira
dequoy fubfifter.
Au Pere Don Francifco Pafto
Defcallar , au Pere Placide
Claver , au Pere Antoine Mauri,
au Pere Jofeph de Rocoberti , au
Pere Ignace March , au Pere
Antoine Sampfo , cent écus derente
à chacun , fur les deniers du Roy
dans chaque lieu où ils feront , &
ordre à leurs Superieurs , de les mettre
dans les Convens qu'ils choi_
front eux - mêmes , avec difpenfe
GALANT 23
des occupations qui gênent le plus
dans leurs Ordres.
Au Marquis de Gironella , la
Clefde Gentilhomme de la Chambre
, avec le rang & les appointemens
de Colonelde Cavalerie,jufqu'à
ce qu'il vacque un Regiment.
Au Marquis de Argenfola , la
Clefde Gentilhomme de la Chambre
, &une place dans le Confeil
d'Italie , dés-à-prefent , avec la liberté
du choix de celles qui viendront
à vacquer.
Au Comte d Arnins une
Clefde Gentilhomme de la Chambre
, & un employ de Brigadier
en exercice , les appointemens
24 MERCURE
dans l'Armée qu'il voudra choifir.
A Don Antonio de Oms , une
place dans le Confeildes Indes ,prefentement
, avec liberté de choisir
dans celles qui vacqueront
.
ADonJoan deJofa er Agullo
, les biens dont jouiffoit en Aragon
Don Jofeph de Eril , qui eft
demeuré à Barcelone.
ADon Raphaël Cortada , deux
mille Ducats d'argentpour luy, &
mille autres pour eftre diftribuez à
fon choix, àfes enfans , ce revenu
affignéfur celuy qu'avoit à Saragoffe
, Bastero , qui eft reſté à Barcelone
, & fi ce revenu ne montoit
pas
GALANT 25
pas à ces deux fommes , le furplus
fera pris fur les Confifcations
Caftille.
On a affigné au Marquis de
Sardeñola du Confeil d'Aragon
le même revenu dont il joüiffoit en
Catalogne.
A DonJofeph de Marimon &
Corvera ,fils aîné du Marquis de
Sardeñola , lafurvivance de Confeiller
d'Epée de Manteau du
Confeil d'Aragon ; & en attendant
qu'il en tire les émolumens ,
il les recevra fur les confifcations
de l'Ile de Maillorque.
A DonMichel de Marimon ,
Fevrier
1706 . C
26 MERCURE
Archipreftre de Ager dans Barcelo
ne , fils du Marquis de Sardeñola ,
un Canonicat vacant dans l'Eglife
de Malaga
.
A Don Raymond de Marimon
, Archidiacre & Chanoine de
Tarragone , & à Don Antoine de
Marimon , Doyen de Gironne
auffi tous deuxfils du Marquis de
Sardeñola , fix cens Ducats de
Vellon , qui valent quarante-deux
fols chacun , & cela à chacun
d'eux , en attendant qu'on leur
donne de bons Benefices.
A Don Jean Copons , un Brevet
de Brigadier , avec exercice
dans une des Armées du Roy.
GALANT 27
ADon Francifco Grimau &
Corvera , cinq cens Ducats de rente
fur lesconfifcations de Caftille.
Au Meftre de Camp Don Tomas
Marti , un Brevet de Colonel,
en attendant qu'il vacque un Regiment.
ADon Baltazar Arenty & au
fils de François Muxal , Viguier
de Catalogne , des Brevets de Capitaines
de Chevaux , en attendant
qu'il vacque quelque Compa
gnie.
A Francifco Muxal , fix cens
Ducats de rente , à Antonio Manegat
& Ruy , & à Nicola Efquirro
, trois cens Ducats à chacun,
C ij
28 MERCURE
le toutfur les mêmes confifcations
de Caftille.
On a accordé à Don Honorato
Pallexa Erura , qui s'eft retiré
en Rouffillon , une recommandation
au Roy tres- Chreftien , afin qu'il
plaife à Sa Majesté de luy faire
toucher fur le bien confifqué des-
Catalans , le revenu dont il joüiffoit.
Au Comte de Llar , mille Ducats
, avec un ordre de luy donner
un pofte convenable.
ADon Jofeph Paftory Mora ,
une entrée au Confeil d'Aragon
avec un revenu proportionné, en
attendant qu'on luy donne une
GALANT 29
place qui luy convienne .
Au Docteur Don Jofeph Guell
Efoler , une place de grand Audiencierdu
Confeil des Finances .
Au Docteur Don Melchior
Prous , une place de Fuge de la
Cour de la Maifon du Roy.
Au Marquis de Floreſta , une
place du Confeil des Finances dans
da Chambre du Gouvernement.
Au Docteur DonJerôme Mar
ti , une place de fuge de la Cour
dans la Chancellerie de Valladolid,
avec dix- fept cens livres une fois
payez pourfon voyage.
A Don Auguftin Copons , huit
cens Ducats , fur les confifcations
C iij
30 MERCURE
de Caftille , en attendant qu'on luy
donné une place convenable .
Au Meftre de Camp Don Baltazar
Bru , les appointemens de
Colonel reformé , avec l'augmentation
de foixante écus par mois
de plus , pour qu'il ait les mêmes
émolumens des Colonels en pied.
Cette Lifte eft traduite d'un
imprimé Espagnol qui fe debite
à Madrid , avec Permiffion de
S. M. C.
Le Roy a donné l'Abbaye
de S. Bertin à Don Chommelin
le Richer , Grand Prieur
de cette Abbaye . Ce ReliGALANT
30
gieux a efté élevé à cauſe de
fon feul merite & des grands
exemples de vertu qu'il a donné
depuis qu'il a efté emploié dans
les Charges de fon Ordre ; il y a
toûjours fait voir une fi grande
conduite & une fageffe fi folique
le Roy qui a voulu eftre
nftruit des fujets de cette Abbaye
qui eftoient les plus eftimez
& dont la vertu eftoit
plus connue , fe détermina en
faveur de Don le Richer auffitoft
qu'on luy en cut fait le
portrait. Ce pofte demandoit
une perfonne de ce merite.
L'Abbaye de Saint Bertin eſt
C iiij
32 MERCURE
une des premieres dignitez Ecclefiaftiques
des Pays- Bas . Elle
a produit de grands fujets . Fouques
Abbé de Saint Bertin y
eft dans une grande veneration.
il a fait de grands biens à cette
Eglife ; & la Ville de S. Omer
dans le territoire de laquelle
eft fituée l'Abbaye de Saint
Bertin conferve un tendre
fouvenir de cet Abbé. En
effet il luy fit de grands biens
& il entoura cette Ville de
muraille vers la fin du neuvième.
ficcle , & Saint Omer Evêque
de Theroüenne avoit fait la
meſme choſe deux fiecles aupa- ,
GALANT
33
ravant. Baudoin dit le Chauve
Comte de Flandre acheva en
902. ce que cet Evêque avoit
commencé.
On ajugé à Toulouſe un procés
fur une fort belle queſtion.Il
s'agiffoit de fçavoir fi un Confeiller
Clerc du Parlement, Chanoine
dans une Eglife, eftoit difpenfé
de la refidence ; le Sindic
du Chapitre de Saint Sernin de
Toulouſe, & M' de Saget Confeiller
Clerc au Parlement , &
Chanoine de S. Sernin, eftoient
les parties. Cette queſtion avoit
paru fi délicate , que le fçavant
Pere de Thomaflin & le Pere
34 MERCURE
Alexandre n'ont ofé la decider
. L'Arelt rendu le 17 .
Juin 1705. porte que Mr de
Saget fera regardé comme prefent
pendant la tenue du Parlement ,
toutes les fois qu'il fera abſent de
fon Chapitre , à caufe de fa Charge
de Confeiller , & qu'il fera
payé par les Sindic & le Celerier
dudit Chapitre , de touse un
chacun des fruits , comme les
autres Chanoines , à l'exception
néanmoins des Diftributions
qui
fe font manuellement dans ledit
Chapitre.
Vos amis fé plaignent ditesvous
de ce que depuis longGALANT
35
temps on trouve peu de Vers
& de pieces galantes dans mes
Lettres ; ils ont raiſon , mais
il eſt difficile dans un temps de
guerre de trouver beaucoup
de place pour ces fortes d'ouvrages
, les autres articles hif
toriques devant avoir la
préference ; cependant je tâcherayà
l'avenir de me conformer
le plus qu'il me fera poffible au
gouft de tous ceux qui lifent
mes Lettres , & pour commencer,
je vous envoye un ouvrage
de l'Auteur du beau
Sonnet qui rempotra l'année
derniere le prix des Lanternif36
MERCURE
J'ajoute au Sonnet que je
vous envoye une Epitaphe de
M' de Launay-le- Sec , fort
connu dans le monde. Je ne
doute point que cette Epitaphe
ne vous divertiffe beaucoup
, fi j'en juge par le plaifir
qu'ont pris ceux qui en ont
entendu la lecture .
EMBARRAS.
SONNET.
MEs Amis , mes Parens
veulent
queje ceſſe
tous
D'aimer l'aimable Iris ful objet de
mes voeux.
'
GALANT 37
Tris veut qu'à jamais nous nous aimions
tous deux :
Jufte Ciel ! qui croiray-je , ou Parens,
ou Maiftreffe.
S
Definir mes amours , un Pere , helas !
me preſſe ,
Il veut que je confente à me voir
malheureux.
De nos tendres liens , Iris ferre les
noeuds ,
Jefens à chaque inftant redoubler ma
tendreffe.
S
Periray-je , accablé fous le poids de
mon fort.
Pour plaire à mes Parens , dois-je
vouloir ma mort ?
Pour contenier Iris , dois-je commet≈
tre un crime?
38 MERCURE
Immoleray - je Amour , ou reſpect
Paternel.
Je meurs , fi le Refpect a l'Amour
pour victime ,
Si l'Amour est plus fort , je deviens
criminel.
EPITAPHE
Repofe , dort , & gift illec ,
Deffunt Thomas Launay- le - Sec
Gentilhomme
Corbin à Bec ,
Iffu des Sieurs de Pont- au - Sec ,
Petit Fils de Janne Dorbec ,
Les Mornay alliez au Sec ,
Et neveu d'un Abbé Dubec ,
Parent de loin d'Abimelec
,
Et de rien à Melchifedec
,
Il fçavoit jouer du Rebec ,
Et d'autres inftrumens
avec,
GALANT 39
>
Sçavoit auffi le Romeſtec,
Pas trop mal fon Salamalec
Peu de Latin & point de Grec,
Portoit Caftor non Caudebec
Aimoit bien mieux Vin que Sorbec
,
Virgouleuze que Martin- Sec ,
Voicy le hic & non le hac ,
C'est que par maint & maint
echec ,
Il vit prefque fa bourfe à fec ;
Dans ce plomb ileft pis que Sec ,
Où Mort l'a mis à coups de Bec.
Ce futur mort vuidant carafe ,
A fait ainfi fon Epitafe ,
La premiere Lettre du Pere
Cracoüille à efté fi bien recue
que je vous envoye une fcconde.
40 MERCURE
Seconde Lettre du Pere Cracoüille
, du 12. Decembre
1705 .
Je veux bien , mon Reverend
Pere continuer à vous informer des
nouvelles de Litterature
qui fe
paffent, dans lesPays Etrangers &
pour entrer tout d'un coup en matiere
je vous diray , qu'on a publié
en Hollande les Lettres de M
Cupere à M ' Jurieu , & de quelques
autres Sçavans. Dans une
réponse que le premier fait au fcond
en datte du 7. Juin 1704. Il
luy témoigne qu'il eft bien aife de
GALANT 4.I
voir que fon explication Litterale
furJupiter Mad - Bacus , n'eft pas
fort differente de celle de Mr Huet
ancien Evêque d'Avranches , &
du Pere Guillaume Bonjour Augustin,
natifde Toulouse & établi
à Rome, MrCuper avoit confulté
ces deux fçavans hommes fur les
Infcriptions venues d'Alep , & il
en voye à Mr Jurieu les reponfes
qu'il en a receuës . Le Pere Bonjour
eft un des plus fcavans hommes.
que nous ayons dans la connoiffance
des , Langues Orientales des Peres
de l'Eglife , & de tout ce qui
concerne les belles Lettres. Il a
demeuré long - temps avec feu
Fevrier 1706. D
42 MERCURE
que
Mrle Cardinal de Noris , & c'eft
dans le commerce de ce fçavant
Prélat , dont il avoit été long- temps
confrere , qu'il s'eft perfectionné
dans les fciences. Mr Cuper croit
le mot DII , eft tout àfait neceffaire
dans les infcriptions dont
il est question & que Mad - Bacus ,
Lelamanes ,font des epitheles
données àJupiter dans les lieux où
l'on a trouvé ces infcriptions ; où
qu'il y eft parlé de Jupiter Mad-
Bacus , & d'une autre divinité
appellée Lelamanes . De quelque
maniere que foit la chofe , il ne croit
pas qu'il y ait lieu d'enfaire deux
Preftres , bienfaicteur de la Déeſſe
GALANT 43
Syrienne , & mis ,pour cette raifon
au nombre des Heros où des
Dieux aprés leur mort , il eft vray
qu'Enée a été appellé Jupiter Indiges
: il n'y apour en eftre affuré
qu'à jetter les yeuxfur le troifiéme
hapitre. du 1.Livre de Titelive : cependant
l' Auteur de l'Origine du
peuple Romain le nomme
mentPatremIndigetem & Deuis
d'Halicarnaffe luy donne un autre
nom Grec.
feule
On a publié à Hall en Saxe le
quatriéme Volume du Livre intitulé
: Obfervationum felectarum
ad rem litterariam pertinentium
. Tom. 4. Ce Volume
Dij
44 MERCURE
ontient vingt- une Obfervations.
Je ne les parcoureray pas toutes ,
cela me mencroit trop loin . Je parleray
feulement de quelques- unes ,
dont la matiere m'a paru plus inereßante
; telles quefont lafeptiéme
, qui contient un échantillon
de l'indice expurgatoire dont il a
eftéparlé dans le troifiéme Volume ,
dont Mr Bernard a donné un extrait
assez étendu dansfes Nouvelles
, c. du mois d' Aouſt 1704 .
On y peut recourir; mais quant à
l'Indice, c'est une piece tres - curieufe,
qu'on ne doit pas manquer de voir.
Le livre qui a pour titre , Epiftolæ
obfcurorum virorum ,fait le
GALANT 45
fujetde la neuviéme Obfervation .
Onfait que ces Lettresfurent compofées
au fujet du differend qu'e
Reuchlin avec les Moines de Cologne
, qui avoient condamné au
feu tous les Livres des Juifs fans.
exception , quelques- uns ont attribué
ces Lettres à Reuchlin luy- même
, mais on fait voir qu'ilsfefont
trompez , & l'onfoûtient qu' Ulric
Hutten en a compofé une bonne
partie & qu'il a aprouvél'édition
des autres. La plupart des Epitres
dont il s'agit font adreffées à Ortuinus
Gratius , parce que cet
Auteur avoit compofe l'Apologie
des Moines de Cologne contre Ren
46 MERCURE
chlin, une autrefois Mr ,je vous
parleray plus amplement des autres
obfervations qui compofent ce Volume.
J'avois déja commencé dans
une autre Lettre à vous parler de
la Lettre qui court fous le nom de
Mrde la Croix & il avoit remarqué
ou dû remarquer queMrBernard
quiy a ajoutéfes reflexions ,
obferve qu'il est étonnant
de la Croix ignore qu'il y ait des
gens qui croyent que les Peres n'ont
rien dit
que
que
Mr
d'excellent , aprés
avoir cité Aauteur de l'Art de
penfer.Il cite auffi Mr de Sacy
qui eftoit de la mefme focieté. Ces
deux Auteursparoiffent dans tous
GALANT 47
leurs
dans ce
cc préjugé
ouvrages
fur tout , le dernier , dans ce qu'il
dit du 201. fermon de Saint Auguftin
de tempore. Mr de la
Croix deffend enfuite Votius fur
le P. des Hebreux fur lequel Mr
Ruchal l'avoit attaqué , en faifant
voir que Saint Jerôme &
plufieurs grands hommes qui l'ont
Suivi ont efté du mefme fentiment.
Onpeut voir Saint Jerôme fur le .
2. chapitre d'Ifaye , il remarque
pourtant fur l'onziéme chapitre
de Daniel , que de fon temps les
Juifs prononcoient le P. dans un
feul mot Hebreu . Les Arabes
dont la langue a du raport avec
48 MERCURE
celle des Hebreux & dont lancien
alphabeth ebraique eft le mefme
que l'alphabeth Hebraïque ,
n'ont jamais eu de P. & n'en ont
point encore aujourd'huy . Il n'y
qu'à voir le vingtiéme chapitre du
premier livre du Chanaan de l'iluftre
Mr Bochart. Mr de la
Croixattaque enfuite un Auteur
qui ne s'est fait connoistre que par
la lettre initiale defon nom B.fur
l'explication d'unpaffage d'Euripi
de e il foutient en mesme temps
l'explication qu'il avoit d'un vers
d'Ariftophane. Mr de la Croix
finit fa Lettre qui eft dattée de
Berlin, par un poft fcriptum
dans
GALANT 49
dans lequel il dit , qu'ayant lû depuis
peu l'Ariftarque de Voffius ,
ily a trouvé les Paffages de Saint
Jerôme , fortifiez de quelques reflexions.
Onpeut confulter les Quef
tiones Hieronymitana de Mr
·le Clerc, & on trouvera dequoy
répondre à ceux qui objectent aux
Septante , qu'il faut dire Jemia-
Jefchahiahou , au lieu hou
de Jeremias , & d'Efayas .
On a publié à la Haye le troifiéme
tome de l'Hiftoire de Guil
laume III. Roy d'Angleterre , &c.
Par P. A Samfon . Ce volume ne
contient l'Hiftoire que de trois an
-nées : fçavoir, 1673. 1674. Ø
Fevrier 1706 . E
50 MERCURE
1675. le coup d'autorité du feu
Prince d'Orange , en rétabliſſant
en 1673. le General Tromp dans
fa Charge de Lieutenant- Amiral ,
dont les Etats l'avoient dépoüillé ,
les démarches du Roy de Suede
pour procurer cette année- là la
Paix entre les Princes qui eftoient .
en guerre ; la neceffité oùse trouva
l'Electeur de Brandebourg de faire
fon Traitéparticulier avec la Fran
ce , le fameux Siege de Maftrick ,
Roy fit en perfonne. La
conquefte de Narden & de Bonn ,
par le Prince d'Orange ; les Batailles
qui furent données fur la
mer, l'entervement du Prince Guilque
GALANT 51
•
laume de Furftemberg ,fait à Cologne
par l'ordre de l'Empereur ;
la celebre Bataille de Seneff, donnée
en 1674. les reflexions de
Auteur fur le gain de cette Bataille
& fur l'eftat où eftoient les
deux Armées , quand elle finit.
La prife de Grave le Prince
par
d'Orange , qui finit la Campagne
de 1674. Le refus que ce Prince
fit de la Souveraineté du Duché
de Gueldres & du Comtéde Zutphen
en 1675. Enfin , les foins
genereux que le feu Electeur de
Brandebourg employa pour le rétabliſſement
de la fanté du Prince
d'Orange fon neveu , qui eut cette
E ij
J2 MERCURE
année-là la petite verole , font les
évenemens & les faits qui compofent
ce volume.
Idée d'un regne doux & heureux
, ou Relation du voyage du
Prince de Monberaud , dans
l'Ile de Naudely , premiere
Partic. Enrichy de Figures en
Taille- douce . A Cazeres , capitale
de l'Ile de Naudely , 1703 .
fe trouve à Amfterdam , chez
Henry Defbordes.
Cet ouvrage , qui eſt dedié à
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, eft un ouvrage femblable à
Telemaque , on du moins dans le
même gouft ; c'est pourquoy on
GALANT 53
!
L'appelle à Paris le Telemaque
Bourgeois ; c'est encore un ouvrage
femblable à la Republique de
Platon , à l'Utopie de Mony , à
Hiftoire des Severambes , & à
quelques autres livres de cette nature
: ordinairement cesfortes d'ouvrages
font lús avec plaifir , mais
il n'y en a pas dont le plane l'execution
coûtent moins à l'Auteur.
D'un cofté il faut remarquer que
dans les Etats les mieux policez ,
& qui font gouvernez par les
meilleurs Magiftrats & par les
Loix les plus judicieufes , il ne
laiße pas d'y avoir pluſieurs deffauts
dont on fouhaiteroit la re
E iij
54 MERCURE
formation. D'un autre cofté, quand
il y auroit des Etats où l'on ne
trouveroit rien du tout à reformer,
l'esprit de l'homme eſt ſi bi-
Zarre , qu'il y en auroit toûjours
quelqu'un
un qui y trouveroit à redi
re : En un mot , on voit bien les
inconveniens des Loix établies
mais on ne voit pas ceux des nouvelles
Loix qu'on voudroit établir.
Je fuis , &c.
M de Varax , Comte de
Chaſtel , eft mort en Savoye ,
dans une de fes terres. Il eftoit
de l'illuftre Maiſon de Varax
dont la branche aînée eft finie
GALANT 55
en celle de la Palu Varembon,
Il comptoit parmi fes anceſtres
plufieurs Chevaliers & Commandeurs
de l'Ordre de Malthe
qui ont ſignalé leur zele ,
& leur courage pour le fervice
de cet Ordre militaire. Le Commandeur
de Blandeux , qui en
cftoit Chevalier , & qui eftoit
un des grands oncles de M' le
Comte de Chaftel , merita le
Comté de Bouleine , pour avoir
enlevé le Guidon des ennemis
dans un Combat important.
Un Comte de Varax eut l'honneur
d'eftre nommé cinquiéne
Chevalier de l'Ordre de l'An-
•
E iiij
56 MERCURE
nonciade à la creation de cet
Ordre. Willelme de Varax
Evêque de Laufane , merita le
titre de Bien- faiteur de fon
Eglife ,, ppaarr les grands biens
qu'il luy fit. Jean de Varax ,
Evêque de Bellay , donna des
marques de fa pieté , en faiſant
reparer fon Eglife Cathedrale ,
& fon Palais Epifcopal . M' le
Comte de Chaftel dont je
aprés vous aprens la mort
avoir receu les premiers principes
de l'éducation de fes parens
, fut envoyé à la Cour de
Madame Chriftine de France ,
Ducheffe de Savoye , & grand'-
A
GALANT 57
mere de Monfieur le Duc de
Savoye qui regne aujourd'huy.
Cette Princeffe ayant trouvé
en ce jeune Gentilhomme d'excellentes
difpofitions , voulut
bien fe donner le foin de les
faire cultiver. Le progrés qu'il
fit en peu de temps dans les
Lettres & dans les beaux Arts ,
dans l'exercice des armes &
dans l'étude des ufages du monde
, furpafférent bien- toft l'attente
de fa genereuſe bien-faitrice.
Il fut fait Page de feu
Monfieur le Duc de Savoye. Il
entra enfuite dans l'efcadron
de Savoye , qui paffe pour le
>
58 MERCURE
Corps le plus confiderable des
Troupes de cet Etat ; il a remply
cet employ important
pendant
quelque temps , aprés lequel
fes infirmitez l'obligerent
à l'abandonner. Ce Comte a
fanctifiéfa vie par l'exercice des
vertus chreftiennes ; toute la
Savoye affure cette verité , &
fon teftament
eſt une preuve
de ce que j'avance ; le bien qu'il
y fait aux Membres de Jefus-
Chrift , les legs confiderables
qu'il a fait aux Eglifes de fes
Terres , feront des marques
immortelles de fa pieté . Il laiffe
des enfans de Dame N.... de
GALANT 59
Baillaud de Verboz ; cette Da
me eft d'une des plus anciennes
Maifons de Savoye. Jacques
de Baillaud s'établit en
1440. en ce pays-là , fous le
regne & par les bien- faits de
Louis Duc de Savoye . Cette
Maiſon a fourni aux Ducs de
Savoye des Grands Maiftres de
leur Maifon , des Miniftres dans
leur Confeil , & de grands Generaux
dans leurs Armées.
Cette Maiſon a produit plufieurs
autres branches qui fub
fiftent encore aujourd'huy en
Italie , & elles ont donné des
Generaux d'Armées à la Repu
60 MERCURE
blique de Venife , trois Doges
à celle de Genes , des Ambaffadeurs
au Duc de Mantouë
1
& un grand nombre d hommes
illuftres , dont les noms
& les actions
font marquez
avec éclat dans l'Hiftoire
de ces
Etats , & dans celle des Croifades
. Mr de Chaſtel a laiſſe plufieurs
enfans , du nombre defquels
font deux filles Religieufes
. Dame N... de Varax , veuve
de feu M N... de . Malyvert
, Seigneur de Reous en Bugey
, touchoit
de prés à ce
Comte. M' Aymé Plantez ,
Docteur
en Theologie
, Doyen
ге
GALANT 61
de Rumilly , & c. a fait l'Oraifon
funebre de M' le Comte
de Chaftel , qu'il a dedié à la
Nobleffe. Il fait voir dans cet
éloge funebre, que M' de Chaftel
a honoré l'état de la Nobleffe
, par toutes les vertus
morales qui peuvent la rendre
aimable & glorieufe aux
grands hommes , & qu'il a fan-
Etifié l'eftat de la Nobleffe par
toutes les vertus chreftiennes
qui peuvent la rendre preticu
fe aux yeux de Dieu.
M N..de Talaru Chalmazel
Comte de Lion & Chantre
del'Eglife Cathedrale, eft more
62 MERCURE
à Lion depuis quelque temps
Il eftoit oncle de feu M' l'Abbé
de Chalmazel & Docteur
de Sorbonne de la Maifon de
Navarre & Abbé d'Estampes ,
mort de la petite verole à Lion
il y a quelques années , & de M
le Marquis de Chalmazel qui a
épouſé Melle de Chamarante
foeur de M' le Marquis de
Chamarante , Lieutenant General
des Armées du Roy . La
maiſon de Talaru a donné 2 .
Cardinaux au Sacré College
& 3. Archevêques à l'Eglife de
Lyon. Jean de Talaru , fils de
Matthieu de Talaru , & frere
GALANT 63
de Philippe Baron de Talaru
s'ouvrit le chemin à une brillante
fortune , par une grande
piété & par une profonde doctrine.
Il fut d'abord Chanoine
& Obeancier de l'Eglife de S.
Juft de Lyon , & enfuite Cuftode
de la Cathedrale
, & peu
aprés Doyen de la mefme
Eglife , où il s'aquit une fi grande
confideration
, que la mort
de Charle d'Alençon ayant fait
vaquer le Siege de Lyon , il fut
élevé à cette dignité en 1375 .
Il affembla l'année fuivante un
Synode , où il donna des mar¬
ques de fon zele pour le bien
64 MERCURE
de l'Eglife & pour les fonctions
de fon miniftere . Le Pape Boniface
neuvième , qui fut le fecond
Pape aprés le rétabliſſement
du Saint Siege à Rome
par Gregoire XI . luy donna
le Chapeau de Cardinal en
1389. Charles VI. Roy de
France , le demanda pour luy.
L'Archevêché de Lyon demeura
vacante par cette promotion,
& Philippe de Thurey fut
élû en ſa place la meſme année.
Le Cardinal de Talaru mourur
à Lyon en 1393. Amcdée
de TalaruCardinal Archevêque
de Lyon , eftoit fils de Matthieu
GALANT 65
fecond , Seigneur & Baron de
Talaru , & de Beatrix de Marcelli
, il fut premierement Chanoine
& Comte de Lyon. Il
fut nommé par le Chapitre
pour affifter au Concile de
Conftance en 1414. & l'année
fuivante il y reçût la nouuelle
de fon Election à l'Archevêché
de Lyon , vacant par la mort
du Cardinal de Thurey. Ce
dernier avoit fuccedé à Jean de
Talaru ,auffi Cardinal & Oncle
d'Amedée. Le Concile approu
va cette Election , fon merite
& fa capacité luy eſtant connuës.
Il en donna des marques .
Fevrier 1706.
F
66 MERCURE
en plufieurs occafions , en
1436. il fe trouva au Concile
de Bâle , mais en qualité d'Evêque.
Les Prelats qui s'affemblerent
à Bourges en 1432 .
l'avoient engagé de fe joindre
avec les Ambaffadeurs du Roy
Charles VII. pour demander
à Eugene I V. qu'en continuation
du mefme Concile pour
le bien de la religion . On y
parla d'une affaire qui regardoit
l'Eglife de Lyon. Charles
V. Duc de Bourbon , retenoit
quelques Châteaux qui en de
pendoient ; le Concile luy écri
vit pour le prier d'en faire raiGALANT
67
fon à Amedée de Talaru. La
Lettre des Peres eft du 16 .
Mars 1436. Ce Prelat judicieux
prévoyant que la més- intelligence
du Pape & du Concile
auroit des fuites fâcheufes
pour le bien de l'Eglife , s'en
expliqua en diverſes occafions.
Sponde & l'Evêque de Pamiers
parlent de quelques lettres qu'il
écrivit fur ce fujet , dans lef
quelles il marquoit la peine què
ce Schifme qu'il prévoyoit devoir
bien- toft arriver , luy faifoit
. Cependant il fut fait Car
dinal par l'Antipape Felix V.
(autrefois Amé Duc de Savoye)
Fij
68 MERCURE
le 12. Novembre 1440. & il
mourut le 12. Février 1443 .
Hugues de Talaru fucceda à
Charles , Cardinal de Bourbon ,
en 1488. & il mourut en 1517.
c'cft le troifiéme Prelat que la
maifon de Talaru a donné a
l'Eglife de Lyon. M' le Comte
de Chalmazel , qui vient de
mourir , eftoit generalement
eftimé , il s'eft démis avant fa
mort de fa dignité de Chantre ,
entre les mains du Chapitre , &
l'a fait prier d'y nommer Mr le
Comte de Rochebonne , fon
parent , & Grand - Vicaire de
Poitiers. Le Chapitre a eu égard
GALANT 69
àla recommandation du Mourant.
eft morte
Dame Anne de Harlay ;
Abbeffe de Noftre - Dame de
Sens , foeur de feu M' l'Archevêque
de Paris , & d'Elizabeth
Marguerite , Abbeffe du Port-
Royal à Paris
dans de grands fentimens de
pieté ; & après avoir gouverné
avec beaucoup de fageffe & de
prudence fa Communauté durant
pluſieurs années . Elle eſtoit
fille d'Achilles de Harlay
Marquis de Breval & de Chanvalon
, & de Odette de Vaudetar
, Dame de Nerville , & fille
70 MERCURE
de LouisBaron de Perfan . Achil
les de Harlay eftoit frere aîné
de François de Harlay Archevêque
de Rouen , & Abbé de
Saint Victor lez Paris . Ce Prelat
avoit efté Coadjuteur du
Cardinal de Joyeuse en 1613 .
& il luy fucceda deux années
aprés . Il affembla une nombreufe
Bibliotheque à Rouen ,
qu'il rendit publique . Il prefi
da plufieurs fois aux Aſſemblées
du Clergé de France , où il fe
diftingua par fon éloquence .
Il fe démit en 1651. de fon
Archevêché en faveur de fon
neveu , qui a efté enfuite Ar
GALANT 70
chevêque de Paris . La memoire
de ce Prelat eft celebre par le
grand nombre d'excellens ouvrages
qu'il a laiffé. Ce Prelat
& M' le Marquis de Breval ,
eftoient fils de Jacques de Harlay
, Marquis de Chanvallon ,
premier Ecuyer du Roy , &
Meftre de Camp du Regiment
des Gardes de François de France
Duc d'Anjou & d'Alençon ,
& de Catherine de la Mark ,
Dame de Breval , fille de Robert
IV. Prince de Bouillon ,
& Souverain de Sedan , & Maréchal
de France , & de Françoi
fede Brezé. La branche de Har
72 MERCURE
lay- Chanvalon s'eftoit formée
en la perfonne de Louis de
Harlay 4 fils de Louis de Harlay
, Seigneur de Monglas , &
de Germaine-Coeur . Quelques
Auteurs croyent que cette illuftre
Maifon eft venue d'Angleterre
, & d'autres foûtiennent
que la Ville de Harlay en
Franche - Comté , luy a donné
fon nom , & que cette Terre ,
qui eft la premiere Baronnie de
la Province , paffa de leur Maifon
dans celle de Chalon , & de
celle - cy dans celle de Naffau .
François de Harlay , fils de Phi
libert , fut le premier qui s'établit
GALANT 73
blit en France. Il vivoit fous
le regne de Charles V I. & de
Charles VII . Il épouſa Louiſe
de Berbizy , & c'eſt de luy que
defcend toute la Maifon de
Harlay.
rc
Dame Catherine Pepin ,
époufe de M François Pingré,
S de Farinvilliers , Confeiller
au Grand Confeil , eft auffi decedée.
Cette Dame joignoit à
un merite diftingué qui la faifoit
eftimer dans le monde
une folide vertu , & une pieté
fincere . Elle fortoit d'une famille
qui a produit des perfonde
merite , & des gens
Fevrier 1706. G
nes
de
74 MERCURE
Lettres. C'eft à un Jean Pepin
de cette même famille, qu'Ambroife
Paré, Chirurgien d'Hen
ry III. dédia fon Livre d'Anatomie
, où il rapportoit qu'un
Serrurier nommé le petit Lor+
rain , avoit trouvé le fecret de
faire des demi bras artificiels ,
pareils à ceux du Pere Sebaftien.
L'Epitre Dedicatoire de
ce Livre , renferme de grandes
louanges de celuy à qui elle cft
adreffée , & fait voir qu'il étoit
fort attaché aux belles Lettres .
M' de Farinvilliers , époux de
la Dame qui vient de mourir ,
eft d'une famille tres.connue,
GALANT 75
& qui a produit plufieurs perfonnes
de merite dans l'épée &
dans la robbe.
Je vous envoyay il y a un
anune Relation de Canada
qui fut trouvée auffi curieuſe.
que divertiffante , & attachan .
te. Je vous en envoye la fuite.
Vous trouverez fans doute d'a
bord , que le temps eft long ,
& vous direz , avant que d'y
avoir fait reflexion , que c'eſt
faire languir long- temps la curiofité
, que de faire attendre
une année la fuite d'une Relation
; mais il y a de la difference,
entre une Relation d'une
Gij
76 MERCURE
chofe confommée , & la fuite
d'une Relation d'une chofe qui
ne l'eft pas , lors qu'elle part
des lieux d'où on l'envoye.
Celuy qui a écrit la Relation
que vous allez lire , s'eſt propofé
de donner tous les ans
feulement une Relation de
tout ce qui fe paffera d'Hiſtorique
en Canada , pendant le
cours de chaque année. Il envoya
, il y a un an , une Relation
de ce qui s'eftoit paffé ,
pendant toute l'année precedente
, & il vient d'envoyer
tout ce qui s'eft fait depuis un
an dans le mefme pays. Vous
GALANT 77
le trouverez dans la Relation
qui fuit.
$
A Quebec le 19. Octobre
1705 .
Vous voyez , Monfieur , que
je m'applique à vous apprendre
chaque année , ce qui fe paffe de
plus curieux dans ces Regions
froides & éloignées. La neige
couvre la terre depuis le commenelle
y de
meurera jusqu'à la fin d'Avril de
cement de ce mois ,
l'an prochain .
Tout eft icy plein d'Anglois
pris ( comme j'ay eu l'honneur de
Giij
78 MERCURE
vous le marquer dans mes prece
dentes) en Acadie , dans la Nouvelle
Angleterre, & dans la NouvelleYorck,
Le Miniftre de Dierfield
eft icy parmy les prifonniers.
On l'a pris avec toute fa famille.
Je vous ay affez fait connoiftre
fon caractere dans ma Lettre de
L'année paffée , il eft des plus enteftez
, il n'a jamais ouïparler des
Peres de l'Eglife. Deux Ecclefiafiques
de Saint Sulpice à Mont-
Real , luy ont voulu ouvrir la
Carriere, mais il n'a jamais voulu
entrer en lice ,foit qu'ils l'y invitent
de vive voix ou par Lettres
, moyen cependant facile ; car
GALANT 79
a
vousfçavez quefouvent on écrit
-mieux qu'on ne parle. Le Cabinet
le public font des lieux differens
; il n'eftpas facile de briller
dans les deux on a prefenté le
Combat au Miniftre , mais il
refufé de mettre l'épée à la main,
il évite toujours & ne répond
point. Mr le Marquis de Vaudreuil
, Gouverneur general de ce
pays-cy , a toujours eu pour luy
toutes les confiderations poffibles ,
il l'a logé dans fa Maiſon pendant
quelque temps , & depuis ,
on l'a mis à la Cofte de Beaupré
proche Quebec. Cette année s'eft
paffeprefque toute entiere en pour-
G
iiij
80 MERCURE
parler touchant l'échange des An
glois , avec quelques François Ca
nadiens pris en Acadie . Le Gouverneur
& Confeil de Bafton,
dépêché icy un Envoyé appellé
M. Levingston ( il eft fils du
Treforier d'Orange ) pour traiter
avecMr le Gouverneur General
de la Nouvelle France ; qui ne
pouvant s'accommoder des Articles
propofez par ce Milord Gouver
a renvoyé (mais aprés luy
neur
,
avoir fait toutes fortes d'honneftetez
) Mr Levingfton , avec le fils
du Gouverneur Anglois qui
eftoient venus de la Capitale de
La Nouvelle Angleterre , accomGALANT
81
pagnez de Mr d'Arpentigny - de
Courte - Manche , Gentilhomme
Canadien & Capitaine , que Mr
le Marquis de Vaudreuil avoit
choisi pour negocier cette affaire à
Bafton ; lefuccés n'apas répondu
à l'attente. Dudley , Gouverneur
de Bafton , demande abfolument
tous les Prifonniers quels qu'ils
foient , fans rançon , non homme
pour homme ( cette prétention eft
un peu fiere ) quoyque nous en
ayons des lears plus de deux cent ,
au deffus de ce qu'ils ont
à nous.
Depuis lafin de 1703. juſqu'à
lafin de 1705. il s'eft converti
cinq femmes Angloifes priſonnie82
MERCURE
res , dont une vient de fe marier
Montreal. On a baptifé huit ou
neuf enfans qui ne l'avoient point
encore efté dans leurs pays , plufieurs
ontdix à douze ans ; peutcftre
viennent-ils de parens Anabaptiftes
, Secte , comme vous fçavez
, affez regnante en Angle
terre. Trois autres enfans ont regu
feulement les ceremonies du
Baptême. Plufieurs perfonnés de
cette Nation d'entre les prifonniers
, fe preparent àfe faire Catholiques
; tout cela , par les
foins d'un des Meffieurs de Saint
Sulpice , qui eft à Montreal , &
qui s'applique infatigablement à
GALANT 83
la Converfion des Anglois , qu'il
aime ( pour leur falut ) de toute
l'étendue de fon coeur. Cet Ecclefiaftique
ne s'épargne en rien en
leur faveur , jufque là même
qu'il fouhaitteroit , comme Moyfe
ou comme S. Paul , eſtre Anathêmepour
eux , les mettre tous
en Paradis . Sa douceur les gagne,
les Anglois qui font à Montreal
, avoient qu'ils ne peuvent ſe
deffendre de fes charmes pour
moy je croy que fa methode , qui
eft tout-à -fait jufte & aifee, fera
prendre le bon chemin à ces Anglois
, que la Providence n'a permis
d'eftre pris par les Canadiens
84 MERCURE
quepour les convertir à Dieu , &
les faire rentrer dans la Religion
Catholique.
L'an paffé, Monfieur , je vous
marquois , que nous avions quelque
deffein fur le Fort S. Jean ,
qui est à l'Est de l'Ile de Terre-
Neuve ; c'est la plus confiderable
, & la meilleure Place que les
Anglois poffedent dans cette Ifle.
A cet effetMr de Beaucour , Capitaine
dans les Troupes de Canada
, alla joindre Mr de Soubercas,
Gouverneur de Plaifance , qui eft
au Sud de l'Ifle de Terre-Neuve.
Mrde Beaucour arrivé là ,
fejourne avecfes gens. Revuefai
il
y
GALANT 85
te à Plaiſance , on trouve trois
cens a Bafques capables de porter
les armes , ils furent équipez à la
Canadienne , c'est- à - dire , le Tapabord
en tefte , le Fufil , la Cor- ·
ne àpoudre , lefac à plomb en
bandoliere
, la b
pieds. Les Canadiens , & les
Sauvages , nos Alliez , groffirent
la troupe. Un Brigantin armé en
Guerre , devoit les foutenir , &
fe trouver au rendez- vous. Mr
raquette aux
a Les Bafques viennent regulierement
tous les ans pefcher fur le grand
Banc , & aux Attertages de Tene-
Neuve.
b Mes Lettres yous ont appris ce que
c'eftoit que les Raquettes.
86 MERCURE
de Soubercas ayant donné l'ordre
& le mot , on partit de Plaifance
le 15. Décembre 1704. marchant
toujours fur la Neige , ou
fur des Lacs glacez. Les vivres
munitions de bouche estoient
portées fur ce qu'on appelle icy ,
Traines ( cefont des Traineaux )
Ce petit Baftiment eftoit chargé
de plufieurs milliers de poudre , de
quelques Mortiers , & de fept
ou buit pieces de campagne. La
marche , nonobftant le froid la
neige , a efté vigoureuſe , & à la
diftance d'une lieuë du Fort Saint
Jean ; on commença à découvrir
plufieurs Maifons on Habitations
GALANT
87
affez apparentes , & fur tout le
Prefche.
Mr le Gouverneur de Plai
;
fance qui conduifoit les Troupes ,
croyoit que tous les détachemens
qu'il avoit fait au
commencement .
de la marche , Je
réuniroient felon
fon ordre , proche le Fort , pour
l'emporter d'affaut dans cette
penfée il marchoit toujours , mais
dans des chemins fi étroits & fi
difficiles ( il vouloit cacher fa
marche ) qu'il ne s'eft trouvéfuide
dix hommes , lors qu'il
s'eft vú à laporte du Fort S.Jean .
Ses mesures d'ailleurs eftoient
juftes , fa marche tres - fecrete ,
vi
que
88 MERCURE
comme on va le voir , & il eftoit
parfaitement informé de tout ce
qui fe paffoit à S. Jean , où tous
les Officiers de la Place eftoient
dans lajoye , dans la bonne chere,
&dans le vin.
Leschofes en eftoient à cepoint
là , lors qu'undes dix qui lefuivoit
, alla imprudemment tirer
un coup de Fufil à un Anglois ,
qui parut à une feneftre du Chateau.
Les Canons de la Place
eftoient couverts de neige , & les
batteries n'eftoientpas en état ; on
avoit tout l'avantage , lorfque
l'Anglois , par ordre du Gouverneur
du Fort , a fait battre la GeGALANT
89
nerale , on a couru partout aux
armes ; les portes qui estoient d'abord
toutes ouvertes ont efté fermées
, les Canadiens décou-
ع و ب
verts fe font vus contraints de fe
rabbattre fur les environs de ce
Fort , & fur les Habitations voi-
Lines.
Pendant ce temps là , on s'eft
canonné de part d'autre ; mais
la Batterie de Mr de Soubercas
où
futfi bien conduite , qu'elle ruina
celle des Ennemis de telle manicre
qu'on s'eft rendu maistre de tous
les environs du Fort S. Jean ,
l'on s'eft fi bien retranché , que
malgré les forties vigoureuſes de
Fevrier 1706.
H
90 MERCURE
la Garnison Angloife , on a défolé
toute la Côte voifine . La Chaîne
qui eft un ouvrage infini , qui a
coûté des fommes immenfes , &
qui eft à l'entrée du Port , a efté
emportée ; les Anglois fe font vus
obligez de jetter cinquante mille
Barriques defel en Mer. On leur
a renversé tout ce qu'ils avoient
d'échafaux dreffez pour les Pef
cheurs , ce qui eft une perte confi
derable pour les Anglois , parce
que tout commerce de cette Ifle
nepeut venir que
de la pefche
.
L'année a efte tres- bonne icy
en toutesfortes de grains , & jamais
on n'a tant vu de blé. La
le
GALANT 91
I
cherté dufel , le prix extraordinaire
des marchandifes , avoient
porté quelques efprits brouillons
des environs de l'Ile de Montreal,
à en venir à des extremitez fâcheufes
, mais la prudence des Mrs
de S. Sulpice , & fur tout l'éloquence
du a Superieur du Seminaire
de cetteVille , Mr le Baron
de Longuëil , Capitaine , frere
de Mr le Chevalier d'Yberville,
ont arrefté les deffeins audacieux
de ces Mécontens.
L'Hoftel- Dieu de Montreal
vient d'eftre achevé , le Portail de
l'Eglife eft d'affez bon goût , il eft
a Monfieur de Belmont.
Hij
92 MERCURE
じ
tout de pierre de taille , ce qui eft
rare icy , àcaufe des Carrieres ,&
des bons Ouvriers qui la fçachent
tailler , qui y manquent. Ce Bâtiment
eft du deffein de Mr de
Beaucour , Capitaine ; c'eſt celuy
qui a efté au Fort S. Jean.
Les Recolets ont fait élever à
Montreal une
belle Eglife de
pierre & un Cloitre. On trouve
que ce Convent égale en grandeur,
& en beauté , celuy qu'ils ont à
Quebec , &peut- eftre qu'il lefur
paſſe.
Chofe nouvelle , Monfieur ;
trois Intendans en Canada en méme
temps. Mr de Beauharnois
GALANT 93
a
dont je vous parlois l'année paſſée
dans mes Lettres , que le Roy
fait Intendant de Marines &
Mrs Raudotpere fils. Le premierrepaffe
en France cette année,
Meffieurs Raudot demeurent.
Monfieur le Comte d'Arquien
a commandé cette année la Flotte
du Canada , fon Vaiſſeau eft de
cinquante-deux pieces de Canons ;
il fait beau voir ce Bâtiment dans
la Rade de Quebec , qui eft une:
desplus belles & des plus commodes
de l'Univers . Le Fleuve de
S. Laurent prendfur les bords ;
froid nous faifit , mais nous nous
en débarafferons en faisant grand
le
94 MERCURE
feu ; le Canada n'est qu'une Forest.
Nous avons vécu cette année
dans unegrande paix avec les Anglois
nos voisins ; nous les arvons ,
les années dernieres , toujours battus
, auffi-bien que les Sauvages
de leur parti. Nos Villes e nos
Côtes font pleines de prifonniers.
La guerre a amené la paix. Je
vous affure , Monfieur qu'il ne
tiendra pas à Mr le Marquis de
Vaudreuil Gouverneur General ,
que Milord Dudley à prefent
Gouverneur de Bafton , & en
mefme temps de la nouvelle Angleterre
, ne foitfatisfait touchant
GALANT 95
lesprifonniers que nous luy avons
fait , mais les conditions qu'ils
metfont trop déraisonnables; quoyqu'il
aitdemandéle premierparfon
envoyé àMr Levingston à Québec
à traiter l'échange, contre quelques
Canadiens qu'ils nous ont
pris en Acadie , dont le nombre eft
fort inferieur aux Anglois que
nous avons.
Le Seminaire de Quebec de
Meffieurs les Miffions Etrangeres
, a efté brûlé pour la feconde
fois , le premier Octobre 1705 .
par l'imprudence d'un Compagnon
Charpentier , qui fumoit fur le
faite de la maison ; une étincelle
96 MERCURE
de feu tomba fur des copeaux qui
prirent d'abordfeu , & le communiquerent
à des Madriers voifins.
Ce vafte édifice a esté brulé
deux fois en quatre ans fçavoir en
1701 au mois de Novembre ,
1705. en Octobre. Les ornemens
de l'Eglife Cathedrale, la Bibliotheque
les meubles , tout a efté
confumé par les flames . Monfeigneur
de Laval , l'ancien Evêque,
âgé de 83 ou 84 ans a été tranfporté
aux Jefuites. Un miracle.
Un Ecclefiaftique de ce Seminaire
s'eft jetté d'un quatriéme eftage en
bas , preffé qu'il étoit par lafumée,
il ne s'eſt point bleſſe.
GALANT 97
A Montreal le 9. Octobre
1705.
Les Iroquois demeuroient paifiblement
fur leurs a nattes à b
Kataracoui avec les Outraouacs ,
depuis le Traitécelebre dontje vous
ay parlé dans ma Lettre de 1703 .
que feu Mr le Chevalier de Caillieres
, Gouverneur General de
Canada , avoitfait entre toutes les
Nations , lorfque les Outraouacs
s'eftantjettez brusquement fur les
a C'eft à dire , demeuroient en paix .
b .C'eft le Fort de Frontenac , à environ
80.lieues de l'Ifle de Montreal.
Fevrier
1706 I
98 MERCURE
Iroquois , en tuérent quelques - uns,
&firent trente prifonniers. Incident
fâcheux , embaraffant , &
d'autant plus difficile , qu'il eft arrivé
chez Onnuntio. Les Outraoüacs
, cependant , emmenérent
leurs prifonniers aud Détroit. Mr
Tonti qui y commandoit alors , va
au devant , parle à l'Outraouac ,
le reçoit dans le Fort , & luyfait
entendre là , qu'il ne fortira point ,
c C'eſt à dire dans un lieu appartenant
au Gouverneur general des François
, dans un lieu qui eft aux François.
d Lieu d'un Fort & d'un Magaſin
dépendant des François , fitué entre
le Lac des Hurons & le Lac
Erié.
GALANT 99
e
qu'il ne rende l'Iroquois . On trai
te , on negotie , quelques couver
tures données font la paix , au
moins pour un temps , & l'Iroquais
pris eft renvoyé libre chez
luy. Le bonfuccés de cette negocia
tion eft du au jufte choix qu'a fait
Mr. le Marquis de Vaudreuil,
Gouverneur general , de Mr de
Louvigny , Major de Quebec ,
On eft fi accoûtumé icy de voir des
Sauvages , qu'on en prend le ftiles
on auroit pû dire les Outraouiacs ,
les Iroquois ; mais le Sauvage fe
fert ordinairement du fingulier.
4
f Semblables à celles dont on fe fert
pour les lits Les Sauvages que
nous voyons icy , en font prefque
1
toutcouverts.
I ij
100 MERCURE
ی ر ب
de Mr de Vincennes Officier ;
car les Sauvages , par les bonnes
raifons de ces Meffieurs , font
defcendus icy pour demander la
paix ; ce qui eft un coup d'Etat
pour le Pays
Les Sauvages
fontfort à ménager en Canada.
Voicy le détail de l'affaire. Entrés
bien ,Monfieur , dans le ftile,
vous allés devenir Sauvage en
lifant cecy. Leftile Sauvage eft
འ ।
On dit icy defcendre , parce que les
grands lacs font beaucoup plus
hauts que l'Ile de Montreal , &
que Quebec. Le lac Otatio au Sud
duquel font les cinq Nations Iroquoifes
, eft quatre fois plus élevé
que laMontagne de Montreal.
GALANT IOI
figure , concis , coupé , ftile qui
Laiffe unpeu à deviner.
Accommodement fait entre
les Iroquois & les Outraoüacs
en 1705 .
na- Les Sauvages des deux ↳
tions , Iroquois , & Outraoiacs ,
h Nations tout-à -fait differentes , car
les Iroquois font cinq Nations , &
une même langue , à quelques dia
lectes prés , mais les Outraouacs
parlent Algonkin , laugue diftinguée
de l'Iroquoife : la langue Algonkine
eft la plus étenduë , & celle
qui eft la plus en ufage parmi les
Sauvages de l'Amerique Septentrionale.
I iij
102 MERCURE
с
fe font aſſemblez chez Mr le
Marquis de Vaudreuil , Gouver
neur General. C'est le meilleur
homme du monde , on voyoit pa
roiftre là des vifages de toutes couleurs.
Les uns portoient au I
4 de gueule, au 2° 3° d'azur.
Les autres avoient feulement le
nez teint en rouge , mais du plus
beau rouge , lesyeux noircis , avec
de la mine de plomb , les cheveux
coupés ſur la teſte jusqu'à la hauteurs
d'un pouce , frotés & imbibés
de Matachas
de rouge ) &
degraiffe de Loup- Marin ; le tout
(les cheveux )femé d'un duvet
d'Qutarde ou de Canard. Pour
GALANT 103
pendans d'oreille , de petites peaux
blanches de Lievre.
pens
de Mrs les Sauvages
de
Le
corps
eftoit
prefque
nud
, & marqué
cent
Feroglifes
differens
, de
Serd'Ours
, de Cochons
, de
Rats
, de Corbeaux
, de Poux
,
c. Des
cornes
de Chevreuil
en
tefte
, chacun
un Collier
, fait
de
dents
& d'ongles
de Loups
- Cervier
...
Cela
auroit
esté
fort
joli
à voir
en Carnaval
à Verfailles.
Entre les chef des Sauvages
Outracüacs
, & Iroquois les plus
i Les Lievres icy font blancs en his
ver.
I iij
104 MERCURE
K
confiderables eftoient Agoïander
du Saut au Recolet , la grande
Cadenete , la Queüc de Cochon
.
Du cofté des Iroquois , parut
avec éclat celuy qui a relevé le
le nom de la Grangula la grande
Gueule ; la Chaudiere noire
& c.
Vous fçavez que la grande
Gueule eftoit fort connue , il y a
plus de vingt ans , dans le temps
Mr de la Barre avoit le Gouvernement
de la Nouvelle France.
que
x Ce lieu s'appelle à prefent Lorete ;
c'eft une Miffion fauvage , gouver-
Meffieurs de S. Sulpice,
née
par
A
GALANTA 105
Premiere parole des Iroquois.
Les Iroquois font entrez les
premiers dans la Salle de l'Audience
, & ontpleuré en chantant : An
Hi , An Hi , O Manes de ma
grande Mere ! O Eſprit des
Chefs , venez pleurer .... An
Hi , mon oncle le Soleil ... tu és
tout rouge ... & tu és tour
An Hi , An Hi. J'ay
le gofier bouché de doulcur ,
les yeux fermez de larmes , de
la bile amere dans l'eftomac
les bras falis de ſang .. An Hi
An Hi ... Ce Chef des Iroquois ,
noir
....
106 MERCURE
aprés avoir ainfi pleuré , falüa
Onnontio , & dit : Mon Pere!
tu és bleffé à mort. J'eftois dans
ton coeur , & on m'a percé dans
ton coeur. Tu es donc bleffé à
mort. Icy l'Iroquois fe tut tout
à
coup , on interpreta faparole
on l'ecrivit.
Seconde Parole.
Mon Pere je demeurois fur
ta 1 natte à Kataracoüi , mais
on à fali ta natte de mon fang
& gâté m ta maiſon. L'Inter-
1 Natte pour maifon , le ftile Sauvage
eft figuré.
m Kataracoui & le Fort Frontenaceft
la même chofe ; c'eft un Fort des
François à la rive droite du Lac
Antario. Antario fignifie, beau Lac.
GALANT 107
prette expliqua , & tout fut
écrit.
Trofiéme parole.
Icy le Sauvage s'avança &
"garda un profond filence pendant
quelques momens. Enfuite il nou
vrit la bouche , & dit : Mon
Pere ,fouviens toy que o Fenn
Vous voyez que je me fers du ftile
Sauvage , ouvrir la bouche , pour
dire , parler. S'il eftoit permis de
mêler le facré avec le prophane , je
dirois que les Evangeliftes fe font:
fervis de cette expreffion dans le
Nouveau Teſtament.
Fed Mr le Chevalier de Callieres ,
frere du Secretaire du Cabinet ,
Plenipotentiaire à Riſwicks.
108 MERCURE
$
onnontio , dont tu releve le
nom , planta l'arbre de la paix
fi haut qu'on le voyoit de tout
côté. En cet endroit un grand
filence.... Toutes les nations
mirent la main à cet arbre pour
l'apuyer ...Le Chef des Iroquois
Se tut ici Onnontio fit
croiftre fes racines jufque chez
toutes les nations .. Profond filence
ici ..... Onnontio prit
toutes les haches , & les enterra
dans un creux afin qu'on ne
coupa pas fes racines . Il fit
paffer une Riviere fur ce creux ..
P Plufieurs Nations fauvages , Iro
quois & autres.
GALANT TOg
Le Sauvage s'aresta tout court en
r
cet endroit.
Onnontio , 9 une
nation a retiré fa Hache
coupé fa racine , retiré ſa main,
l'arbre fletrit de ce côté la.C'eft
l'Outraoüiacs • tu a dit que
tu fraperois celuy qui gâteroit
l'arbre.
Premiere parole des Outraoüacs...
"
Les
Outraoüacs eftant arrivez ·
fort beureufement
avec leurs
Chefs . Lepefant Sauvage Outraoüacs,
gros grand, & bien taillé,
La Nation des Outraouacs .
Retirer ou déterrer la Hache ; cleft
declarer la guerre.
110 MERCURE
avec Copaniẞé , autrement dit le
Brochet , commencerent
la feconde
fceance , c'étoient les accufez
Ces Cheffumerent d'abord ,
la fumée eftoit ſi épaiſſe , qué lès
tenebres d'Egipte ne l'estoient gueres
davantage. On d'eux parla
anfi.
f
Je pleure mon efprit que
j'ay perdu ... Ce Chef fe tut
icy tout d'un coup . Je pleure
mes anciens Chef qui le
gouvernoient ... En cet endroit
Outraouac demeura enfilence ...
Je pleure mes Neveux , qui ont
Les Sauvages difent communément
qu'ilsn'ont point d'efprit, lorsqu'ils
tont mal.
GALANT III
de
manqué aux ordres d'Onnontio
, & manqué contre mes freres
les Iroquois. Des paroles ,
Copaniffé vint aux effets , il roula
au milieu de la falle des Ambalar
deurs, bon nombre de paquets
Caftors , de Robes , pour refaire
l'efprit d'Onnontio, le pria de * redreffer
les affaires courbées , &
d'eftre fon Mediateur envers l'Iroquois.
Onnontio prit , ou interpreta
, & le Secretaire mit tout
fur le papier.
t
t C'est ce qu'on appelle Caftor gras ,
c'eft le meilleur , les Sauvages s'en
fervent comme d'habits , & auffi de
couvertures pour ſe coucher.
* Figurefauvage.
12 MERCURE
Icy fe fit une pauſe.
Onnontio dit à l'Outraoüac
qu'il luy parleroit , lors qu'il auroit
fait entendrefa voix à l'Iroquois
, puis il dit à l'Iroquois :
Monfils u le Midy , c'eſt le Sononthoüan
, mon fils le grand
Calumet , c'eft Goïogoüen ,
mon fils le porte-nom ou Enfeigne
, c'eft Onnonthagué :
voilà l'Outraouac qui pleure
fa faute. Il me prie de te porter
u Onnuntio , qui eft M' le Marquis de
Vaudreuil , fe fert du ftile fauvage ,
pour le faire entendre , & agréer,
x Aux Chefs & aux autres Iroquois qui
etoient là .
* Calumet fignific pipe .
GALANT 13
par fa voix , je l'ay fait venir
mon authorité , je l'obligeray
à te fatisfaire
, je le corrigeray
;
écoute & parle paifiblement.
L'Interprete Iroquo. redit les
paroles d'Onnontio aux Deputez
des Iroquois. Onnontio dit à l'Outraouac
, parle à l'Iroquois , il
écoute Alors l'Outraoйac
·jetta Y à l'Iroquois trois paquets
de Caftor , pour les trois z Cabanes
ou Nations , & un autre fur le
• •
y Maniere efficace d'appaifer les gens
& de les perfuader .
z C'est à dire pour les trois Nations
Iroquoifes alliées des François ; les
Sononthouans , les Goïogcüins , &
les Ononthagues
.
Février 1706 .
K
14 MERCURE
corps des morts ; c'eft fur le corps
des Iroquois tuez par les Ou--
traoùacs. Ce diſcours fut interpreté,
on écrivit.
I
.
Seconde parole des Outraoüacs.
L'Outraouac reprit enfuite la parole
, dit : Mon frere l'Iroquois
, tu as le gofier bouché,
voilà un Julep pour le déboucher
... Là deffus il jetta & un:
Collier de Porcelaine …..on expliqua&
on écrivit ... Le Sauvage
pourfuivit: Mon Pere , tu as
les yeux bouché de larmes , voiles
effuyer ; fur cela il
là
pour
& Je vous ay marqué l'an paffé ce que
c'eftoit que ces Colliers.
GALANT ITS
jetta un fecond Collier : l'Interprete
tourna en François , & la
chofe fut écrite.
L'Outraouac continua : Mon
frere , tu as de la bile amere ,
voilà une douce medecine pour
faire vomir ta bile , & t'adoucir
le coeur. A ces mots le Sauvage
jetta au milieu de la Salle
un troifiéme Collier , & parla
ainfi à l'Iroquois.
י
Tu es fali , voilà pour te la
ver... Autre Collier jetté.
pourcouvrir le a mort ... & afin
I
a Stile fauvage , le fingulier pour le
plurier , car il y en avoir eu plufieurs
de tuez par les Outraouacs...
Kij
116 MERCURE
b c voilà
qu'il ne paroiffe plus ,
un Collier pourles parens du mort.
Troifiéme parole des Sauvages,
Iroquois , & Outraoüacs , & derniere
Seance.
,
"... L'Iroquois dit à l'Outraouac :
Tu es menteur , tu es un fourbe
, & tu recommenceras tes
trahifons au fortir d'icy . Cela
fut auffi- toft écrit ... Pour finir
l'affaire , Onnontio demanda aux
Chefs des Nations Iroquoifes , les
réparations qu'ils fouhaittoient.
b Afin qu'il n'en fuft plus parlé.
c Les Sauvages appaiſent ainſi les Ma
nes des deffunts.
GALANT 117
Premiere Demande des
Iroquois.
d Je veux des Efclaves pour
les morts , & que l'Outraouac
aille à la guerre chez les e Sioux .
Le Secretaire d'Onnontio écrivit ,
aprés que l'Interprete eut expliqué.
Seconde Demande..
Je demande à Onnontio ,
qu'il châtie l'Outraouac , &
qu'il le contraigne de répondre
, qu'il obéira à ſa voix.
Enfin le ChefIroquois dit avec
d C'eft à dire , des Efclaves Outra
ouacs , en place des Iroquois tuez .
e Sauvages aux environs de la fource
du Miliffipi. Il y a leffioux de l'Eft
& ceuxdel'Oueſt..
118 MERCURE
4
fermeté au milieu de l' Aſſemblée :
Je ne réponds pas de moy , Iroquois
, je porteray le Colliers
& les Prefens aux f Anciens ,
& on en déliberera chez les
Chefdes g Nations.
Onnontio conclut, & dità l'Iroquois..
Premierement.
Tu vois que je fuis preſt de
-châtier l'Outraouac .
Secondement.
Que
l'Outraouac ayant peur
s'eft humilié .
f Les Anciens font fort refpectez chez
les Sauvages.
g Ce font les trois Nations Iroquoifes
alliées des François ,
GALANT ng
Troifiémement.
Tu vois que j'ay fait rendre
les prifonniers que l'Outraouac
avoit fait.
Quatrièmement.
Que l'Outraouac devoit eftre
imité par l'Iroquois , & qu'il
falloit pardonner
.
Cinquièmement..
Que j'ay pris le parti de
toy , Iroquois.
Sixièmement.
Que c'eftoit la premiere
faute.
Sepriémement.
Qu'on ne tue pas les enfans
( Qnnontio
eft le pere comw
120 MERCURE
mun de tous les Sauvages nos
Alliez ) mais qu'on les corrige,
& qu'enfuite on leur pardonne.
Onnontio aprés cela , fe tournant
du cofté de l'Outraouac , luy
dit , tu eftois hyvre , tu n'avois
pas d'efprit quand tu as fait
cela à Kataracoui. L'Arbre de
la paix ayant eſté touché & appuyé
par la main , l'ayant vû
planter , ayant vû enterrer la
Hache ... Iroquois devroit
avoir ravagé ta i Cabane , &
h C'eft à dire , infenfé , chez les Sau
vages, felon le genie de leur langue .
i Onnontio fe fert du ftile fauvage , &
cela eft prudent . Cabane , eft pris là
pour Nation ou Village. Un Village
mangé
GALANT 121
mangé ton Village ...Il ..&c.
Mais Onnontio s'appaifa , &
comme il eft clement , il leur pardonna
, deffendant cependant à
l'Outraouac , de retomber defor
mais en ſemblable faute , & le
chargeant de remplacer les Iroquois
tuez , par des Efclaves.
Allons , ajouta Onnontio , que
l'Iroquois & l'Outraouac , fument
également au même Cafait
affez fouvent une Nation , comme
il paroift chez le Iroquois.
Calumet ou Pife , figne de paix.
C'eft le Calumet de paix. J'ay mar
quédans quelques - unes de m Lettres
, ce que c'eftoit que Calumet
de paix .
Fevrier 1706 . L
"
122 MERCURE
lumet , buvez dans le même
Gobelet ... A ces ordres on apporte
des feaux de Bierre , on fume
dans le grand Calumet depaix.
Onnontio l'alluma de fa bouche
1
Royale
Deuxpuiffans Boeufs furent mis
dans la Chaudiere ( je ne fçay fi
on vuida ces animaux ) le Feftin
fut long, & les adieux fe firent
en chantant. He , He , vive les
hommes de la Guerre. C'est le
Hé , Hé, des Fendeurs de bois ,
dont je vous ay tant parlé dans
mes Lettres des années dernieres.
& tous fumerent
1 Je vous ay dit autrefois ce que c'étoit
que faire chaudiere , chez les
Sauvages.
GALANT
123
Tous les
Canadiens qui eftoient
depuis plufieurs années aux Outraouacs
, Miamis , Ilinois , &c.
defcendirent à Montreal en Septembre.
Ils eftoient quatre en chaque
Canot , tous chargé de Pelleerie
de toutes fortes . Les Sauva
ges ont retenu chez eux ( on l'a
bien voulu ) comme pour affurance
ou Oftages quatre de ces Canadiens
: ce fera un
témoignage que
les François n n'abandonnent pas
ces Sauvages.
m Sont les François nés en Canada ,
ou les François qui y font depuis plu
fieurs années .
n Mr Junquieres Capitaine des Gardes
de feu Mr de Callieres cft toûjours
chez les Iroquois pour negocier
avec eux & les tenir en paix.
124 MERCURE
Miffili makina n'eftplus ,
ceft - à - dire , la Miffion , les
Forts , & Magafin. Les Sauva
ges qui s'eftoient habitué là depuis
long - temps , ont quitté ce
lieu avec deux Jefuites , dont le
plus renommé eft le Pere Carbeil,
Miffionaire , habile homme.
Il eftoit la depuis vingt ans . Les
bons Peresfont defcendus icy . C'eft .
la proximitédu P Détroit ,
demeure des Canadiens , coureurs
de bois , dont plufieurs fe débau- ,
Saint
la
o Eft à 30. lieues d'icy. C'eft une Inle
qui eft a l'endroit où le Lac des Hurons
fejette dans le Lac des Ilinois.
p Entre le Lac Erié & le Lac Huron.
Lieu d'un Fort & d'un Magafin .
GALANT 125
choient avec les Sauvages de
cette Habitation , qui font caufe
de cette deftruction.
Mr de la Mothe - Cadillac ,
Capitaine , a le Détroit dont on
vient de parler , à fa poffeffion.
On luy a donné permiffion d'y mener
deux cens hommes , Soldats
on Canadiens ; il eft à prefent le
Gouverneur , & Seigneur de ce
poſte.
Un Parti de Sauvages , nos
Alliez , vient de fe mettre en
marche pour aller aux Anglois.
Ces gens - cy font alertes ,
comme les Anglois font de vrais
q Expreffin Canadienne .
نب
Liij
126 MERCURE
ventres de Biere , ils ont bien de
la peine à s'échaper de leurs mains,
tant pis pour les Anglois.
Des Sauvages de la Nation
des Nepiffiriniens , font defcendus
des Lacs pour s'habituer dans
l'Ile , ou proche l'Ile de Montreal.
Mr le Gouverneur General,
le Marquis de Vaudreuil , leur a
offert la Terre , & Mr.de Bref
Tay , Saint Preftre de S. Sulpice,
qui eft dans cette Ifle , à la pointe
qui eft voifine du Lac des deux
T
r
Ils font actuellement auprés du Lac
des deux Montagnes , proche le
bout de cer Ifle.
Terre dans l'Ile de Montreal.
GALANT 127
a
Montagnes , s'eft offert à estre
leur Miffionaire. Je ne sçay fi
vous n'avez point connu ce Mr
de Breslay à la Cour , il eftoit
Gentilhomme chez le Roy ; il
quitté le monde , s'eft fait Ecclefiaftique
, s'eft confacré entierement
au Canada , mais particulierement
à la Miffion des Algonkins
, Nation Sauvage la plus
connue dans ce pays - cy par
Langue.
la
On écrit de Mififfipi , qu'on y
attend Mr le Baron de Longueuil
qui eft icy ; il eft frere de Mr le
Chevalier d'Yberville , que
l'on
peut appeller un fecond Jean
Barth. Je fuis , M voftre , &c.
128 MERCURE
pa-
Je vous envoye une Chanfon
de M ' de Metz , de la Fléche
en Anjou . Le fujet des
roles vous feroit connoiftre
qu'elles font de luy , quand
même je ne vous le nommerois,
pas.
AIR NOUVEAU.
O Paix ! charmante Paix ,
Exauce nos fouhaits
Defcend , Fille du Ciel , delice de la
Terre ,
Aux accents de ta voix , fait laire
le Tonnerre >
Viens , Louis s'eft laffé de fes propres
Exploits :
Tout l'Univers t'appelle , & même
les François.
GALANT 129
Zeplusgranddes humains teprefere à
elle
brey
nované siad unrenes
HTV)JOI
de
:S
les acccautio. ·
tre
y
a
inel
128
MERCURE
Je vous envoye une Chanfon
de M ' de Merz de la Elé
che
roles
qu'el
mêm
pas,
AΑΠ
H
01
Ex
Defcer
Aux a
le
Viens
E
Tout
3000 TA
GALANT 129
Ze plus granddes humains teprefere à
Bellonne ;
En vain , toûjours conftante , elle
agranditfon Trône ,
Il veut fe délivrer de la neceffite
De vaincre l'Univers , contre luy
revolté.
Les Articles qui fuivent regardent
plufieurs perfonnes
mortes dans le mois de Janvier.
Je fuis fouvent obligé de
reculer ces fortes d'Articles
parce qu'il eft difficile d'eftre
inftruit à fond de ce qu'il y a
à dire des perfonnes de diftinction,
dans le même mois qu'el
les decedent.
130 MERCURE
Dame Marguerite- Françoife
de Rohan , époufe de M
Louis - Piere Comte de la Marck.
Cette Dame eftoit fille de M
le Duc de Rohan Chabot Pair
de France , & de Dame Marie-
Elifabeth Dubec - Crefpin , fille
unique de François René , Marquis
de Vardes , Comte de Mo
ret , Chevalier des Ordres du
Roy, & Gouverneur d'Aiguesmortes
, cy- devant Capitaine
des cent Suiffes de la garde ordinaire
du Corps du Roy , &
de Catherine Nicolaï. Loüis
Chabot Duc de Rohan Prince
de Leon Comte de Parrhoël
GALANT 131
1
Pere de M la Comteffe de la
Marck , eft fils de feu Henry
Chabot S de Saint Aulaire ,
Duc de Rohan , Pair de Fran-
Gouverneur d'Anjou , &
de Marguerite Ducheffe de
Rohan , Princeffe de Leon ,
Comteffe de Porrhoët . Cette
Dame étoit fille unique & heritiere
du fameux Duc de Rohan,
ce ,
Henry deux du nom Duc de
Rohan , Pair de France & c.
qui fut Chef des Huguenots
en France & qui fut tué a la
premiere Bataille de Rhinfeld
en 1638. & de Dame Margue
rite de Bethune fille de Maxi-
1
132 MERCURE
+
milien I. de Bethune , Duc de
Sully , Pair, Marefchal & grand
Maistre de l'Artillerie de France.
On voit un magnifique
Maufolée de ce Duc dans l'Eglife
de Saint Pierre de Geneve.
Quant à la maifon de Chabot,
elle eſt des plus illuſtres du
Royaume , où elle eſt connuë
il y a prés de 700. ans , en effet
Guillaume Chabot qui fut un
grand Capitaine vivoit en
1040. & Ictier Chabot qui fut
Evêque de Limoges & l'honneur
du Clergé de France
fleuriffoit en 1052. & mourut
en 1073. un ficcle aprés , c'eſt
GALANT 133
à dire en 1177. Saibrand de
Chabot fut auffi élu Evêque
de la mefme Eglife : ce Prelat
affifta au troifiéme Concile de
Latran, qui fut l'onziéme Concile
general en 1 179. Thibaud
Chabot 6. du nom Seigneur de
la Greve , vivoit en 1380. il
époufa Amicie fille de Jean Seigneur
de Maure , dont il eut
Louis Chabot 1. du nom qui
laiffa de Marie de Craon Dame
de Moncontour , Thibaud
pere de Louis 2. qui ne laiſſa
qu'une fille , & Renaut 1 Seigneur
de Jarnac , qui épouſa
Françoiſe de la Rochefoucauld.
134 MERCURE
C'est de luy que defcendit le
celebre Gui de Chabot Chevalier
de l'Ordre du Roy &
Gouverneur de la Rochelle qui
foutint en 1547. ce fameux
Combat en Champ clos contre
François de Vivonne Seigneur
de la Chafteneraye . Philippe
Chabot , Comte de Charny ,
Amiral deFrance , Chevalier des
Ordres de Saint Michel & de
la Jarretiere , Gouverneur de
Bourgogne , fils puiné de Jacques
Chabot & de Madelaine
de Luxembourg. Cet Amiral
moururen 1453. & fut enterré
aux Celeftins de Paris où l'on
GALANT 135
voit fa ftatue en marbre blanc
dans la Chapelle d'Orleans .
La Maiſon de la Marck dans
laquelle eftoit entré la Dame
qui donne lieu à cet article , eft
une des plus illuftres du Royaume,
elle a formé trois grandes
branches ; celle des Ducs de
Bouillon , qquuii a fini en la
perfonne de Charlotte de la
Marck , Ducheffe de Bouillon,
Princeffe de Sedan , épouſe de
Henri de la Tour , Vicomte
de Turenne, Maréchal de France
, en 1591. celle des Ducs de
de Cléves , qui commença
à
Adolphe qui épouſa Margueri136
MERCURE
te de Cleves en 1332. & celle
de la Marck Maulevrier.
La Branche des Ducs de
Bouillon Princes de Sedan de
la Maifon de la Marck
a poffedé d'aîné en aîné la Char
ge de Capitaine - Colonel des
Cent - Suiffes de la garde ordinaire
du Corps du Roy , dans
fon établiffement , jufqu'au decés
de Robert fecond du nom ,
Comte de la Mark. Il eut pour
fucceffeur en cette Charge Jean
de Souillac Seigneur de Montmege
, Lieutenant General des
Armées du Roy , & nommé
à l'Ordre du Saint Efprit , aprés
GALANT 137
la mort duquel cette Charge
fut donné à René Dubec, Marquis
de Vardes , Chevalier des
Ordres du Roy , pere de M° la
Ducheffe de Rohan , mere de
M la Comteffe de la Mark.
La Maiſon de la Marck a tiré
fon origine du Comté de la
Marck. Engilbert I. du nom ,
Comte de la Marck , mourut
en prifon en 1417. Il avoit
époufé Cunegonde , fille du
Comte de
Schaffembourg
dont il eut Everard ( nom fort
commun aux Seigneurs de la
Marck ) & enfuite mariée à
Henry de Mons , Seigneur de
Fevrier 1706 . M
138 MERCURE
Vindck. Everard de la Marck ,
Cardinal , Evêque de Liege ,
eftoit fils de Robert I. Duc de
Bouillon , Price de Sedan , & de
Jeanne de Marlay. Il fut élû
Evêque de Liege en 1505. Cc
Prelat qui s'eftoit mis fous la
protection de la France , avoit
efté pourvû de l'Evêché de
Chartres , & avoit reçu plufieurs
bienfaits des Rois Louis
XII. & François I. Robert de
la Marck , Duc de Sedan & de
Floranger , Maréchal de Fran-
Chevalier de l'Ordre du ce
Roy , eftoit fils de Robert de
la Marck 3 ° du nom , & deCa
с
GALANT 139
therine de Croy. Il fut bleſſé
en 1513. à la Bataille de Novarre
, & fut pris à celle de Pavic
en 1525. On le conduifit
à l'Eclufe en Flandres. Il fut
pere du Maréchal de Bouillon
Robert de la Marck 4° du
nom ) qui fut pris par les Efpagnols
, à la prife du Chateau
de Heldin en 1553 .
Mr Adrien Baillet, Prêtre , &
un des plus fçavans hommes
de ce fiècle. Il eftoit âgé de´s 5 .
ans. Il s'appliqua dés fon bas
âge à l'étude des belles Lettres .
Il enfeigna les Humanitez à
Beauvais avec beaucoup de fuc
Mij
140 MERCURE
cés pendant quelques anneés ;
mais ſa réputation eſtant devenuë
confiderable , & fon merite
l'ayant fait connoître , M' le
Prefident de Lamoignon l'attira
chez luy & luy confia la conduite
de Ms fes Enfans , & lors
qu'ils furent entrez dans le
monde , & qu'ils n'eurent plus
befoin des foins de M' Baillet ,
M' le Prefident de Lamoignon
le retint chez luy en qualité de
Bibliothecaire
, & il a exercé
cet employ jufqu'à fa mort .
Perfonne n'ignore les augmen
tations qu'ils à faites à cette célebre
Bibliotheque , & le bon
GALANT 141
ordre qu'il y a mis. M' l'Abbé
Baillet a toujours efté un parfait
modele de vertu & de pénitence
; il ne beuvoit point de
vin , il couchoit fur la dure ,
& il s'eft toûjours conftament
refufé toutes fortes de plaiſirs ,
& de commoditez. Il eftoit
plein de charité pour le prochain
; quand quelqu'un
de
l'Hôtel de Lamoignon
eftoit
malade , il ne l'abandonnoit
point & il quittoit tout pour
luy fournir tous les fecours qui
dépendoient
de fon miniſtere.
Il travailloit regulierement
fei--
ze heures par jour , il fe cou142
MERCURE
choit à minuit & fe levoit à fix
heures du matin. Mais ce qu'on
ne doit pas oublier dans l'éloge
de
de M' Baillet , eft qu'il a toujours
refufé avec beaucoup de
fermeté , tous les Benefices qui
luy ont efté offerts , & peu
perfonnes ont porté le defintereffement
auffi loin que luy.
Le grand nombre d'excellens
ouvrages qui font fortis de fa
plume , rendront fon nom immortel.
Il a compofé treize
volumes des Jugemens des Sçavans
; ce livre eft connu de tous
les Sçavans , & il n'en eft point
qui ignore l'honneur que cet
.
GALANT 143
ouvrage a fait à 'fon Auteur.
M'.Baillet nous a auffi donné
la vie de Defcartes ; elle eft tresbien
écrite & contient des chofes
tres - intereffantes . Il feroit
à fouhaiter que quelque Sçavant
prift le même foin à l'égard
de M Baillet , que celuy
cy a pris à l'égard de ce Philofophe
moderne . L'Hiftoire de
la Republique de Hollande , cft un
ouvrage que M' Baillet_compofa
à la priere d'une perfon
ne de confideration , à laquelle
il ne pouvoit rien refufer . Ce
livre eft fort eftimé. Ce celebre
Auteur a donné des mar
144 MERCURE
ques de fa devotion pour la
Vierge , dans fon livre intitulé :
La devotion à la Vierge ; mais fa
Vie desSS.cn4 . Volumes infolio
rendra fa memoire precieuſe à
la pofterité. Il laiffe plus de
cent volumes Manufcrits , tant
fur l'Hiftoire Ecclefiaftique
que fur d'autres matieres , dont
il a deffendu l'impreffion en
mourant.
re
M François Pingré , Seigneur
de Farinvilliers,Confeilfer
Honoraire au Grand Confeil.
Je vous ay déja appris la
mort de Dame N ... Pepin fon
épouſe , à laquelle il n'a furvécu
GALANT 145
cu que de quelques jour . Depuis
la mort de cette Dame ,
avec laquelle il avoit toujours
vécu dans une grande union ,
fa fanté avoit efté fort languiffante
. M ' de Farinvilliers ,
avoit quitté depuis quelque
temps , fa Charge de Confeiller
au Grand Confeil , il l'avoit
exercé pendant plus de vingt
années avec beaucoup d'honneur
& de probité ; & tous
ceux qui ont eû affaire à luy
pendant ce temps là , conviennent
que c'eftoit un des Juges le
plus éclairé du Grand Confeil,
Il s'eftoit attaché depuis la jeu
Fevrier 1706 . N.
146 MERCURE
neffe à la connoiffance des af
faires Ecclefiaftiques , & il en
avoit un ufage tres parfait . La
Famille de M' de Farinvilliers
a produit d'autres Magiſtrats,
dont la memoire eft encore en
veneration dans les Cours fuperieures
de cette Ville ; elle a
auffi donné à l'Eglife , & fur
tout à l'Ordre Monaftique de
grands Sujets , du nombre defquels
a efté un Joachim Pingré
, Religieux du Tiers - Ordre
de S. François , duquel il nous
refte d'excellens ouvrages
, qui
n'ont à la verité paru fous pas ,
fon nom , mais qu'aucun SçaGALANT
147
vant n'ignore eftre de luy.
C'eftoit un des plus grands
Theologiens de l'Ordre de S.
François.
Mr Leonor Aubry , Confeiller
du Roy , & Maiſtre ordinaire
en fa Chambre des
Comptes. Il avoit appris la Jurifprudence
fous d'excellens
Maîtres , & il avoit profité des
leçons qu'il en avoit reçu d'u
ne maniere , qui luy a fait hon
neur toute fa vie . Il eftoit fort
confideré dans la Chambre des
Comptes , il eftoit fort eſtimé
dans fonCorps.Une exacte pro
bité & unc feverité rigoureuſe ,
Nij
148 MERCURE
luy avoient fait meriter cette
eftime. Il aimoit les Lettres , &
ceux qui s'y attachoient . Sa
Maiſon a toujours efté ouverte
à ceux , qui font profeffion
' de cultiver les Sciences . Il avoit
une Bibliotheque confiderable
dans laquelle on faifoit de tems
en tems de fçavantes Conferences
; M Aubry y brilloit
beaucoup , & il eftoit écouté
avec plaifir. Ce Magiftrat.eftoit
fils d'un homme, qui avoit auſſi
beaucoup cultivé les Lettres , &
fa famille a produit diverfes
perfonnes qui fe font diftinguées
en plufieurs genres de
GALANT 149
Litterature , & fur tout dans
la Geometrie , & dans l'étude
des Sciences naturelles .
ic
M Alexandre- Jean Sevin,
Seigneur de Menil - montant ,
Prefident de la Cinquiéme
Chambre des Enquettes . Il
eftoit beau- frere de M' le Marquis
de Laval , dont le fils a
époufé une foeur de M' le Marquis
de Hautefort , parce qu'ils
avoient épousé les deux foeurs.
M le Prefident Sevin eftoit
d'une famille , qui avoit produit
des hommes doctes & celebres
en plufieurs genres de
Litterature. Le Pere & l'Aycul
Niij
150 MERCURE
de ce Prefident , fe font diftinguez
dans la Robbe , & ils ont
donné des marques de l'amour
qu'ils avoient pour les Sciences
& pour les belles Lettres . M' le
Prefident Sevin , avoit efté élevé
avec de grands fgins , &
avoit parfaitement profité des
Leçons qu'il avoit reçus , il s'attachoit
fort aux Sciences , & il
les avoit cultivées avec beaucoup
de fuccés. Il avoit brillé
dans plufieurs occaſions d'éclat
, & donné des preuves de
fon éloquence & de la delicateffe
de fon efprit .
Dame N... de Furftemberg ,
GALANY 151
fille de M le Prince de Furf
temberg , Gouverneur de l'Electorat
de Saxe , & petite niece
du Cardinal de ce nom . Elle
avoit époufé M' le Prince d'Ifenghien
, fils de feu M' le Prince
d'Ifenghien , & de Dame N..
de Crevant , fille de feu M
le Maréchal d'Humieres . Les
Prince d'Ifenghien font fortis
de l'illuftre Maiſon de Guines.
Cette Maiſon a eu pour tige
Sifrid , Seigneur Danois , qui
paffa en France avec les Normans
, & qui occupa fur l'Abbaye
de Saint Bertin , la contrée
où eft le Comté de Guines,
N iiij
152 MERCURE
fe où il fit
bâtir un Fort
pour
deffendre
contre fes
ennemis .
Quelques
Auteurs
difent que
Guillaume
Comte
de
Ponthieu
, ayant
foûmis
le Boulonnois
& les Pays de Guines
&
de S. Pol , fur
Arnoul , Comte
de
Flandres , ce
dernier
appella
les
Normands
à fon
fecours ,
&
alors
Sifrid qui eftoit
parent
du Roy de
Dannemarck
, reconquit
la Terre de Guines ,
que
Arnoul
luy donnà
en fief,
en luy
faifant
épouſer
une de
fes filles , qui avoit nom
Elftru-
⚫de ; c'eft de ce
mariage
qu'eft
ſorti
Adolphe , qui fut
premier
GALANT 153
Comte de Guines , & qui vivoit
en 996. Ce Seigneur eft celebre
dans l'Hiftoire par de
beaux faits d'Armes . Il époufa
Mahaud ,fille d'Hercule , Comte
de Boulogne , d'où vint Ragul-
Marc de Rofelle de S. Pol ,
& pere du celebre Comte de
Guines ( Euſtache ) qui a tant
fait parler de luy dans fon
temps. Il fut pere de Baudouin
I. Comte de Guines. Ce dernier
eut Manaffés , dit Robert ,
ce nom luy ayant cité donné
par Robert le Friſon , Comte
de Flandres , fon Parrain . Il vivoit
en 1120. & il ne laiffa qu'u
154 MERCURE
ne fille nommée Sibylle , qui
époufa Henry , Chaſtelain de
Bourbourg , qui laiffa auffi une
fille unique nommée Beatrix ,
qui mourut fans alliance. Gifle
de Guines , foeur de Manaffés ,
fut appellée à la fucceffion , &
elle herita du Comté de Guines
: c'eft par fon mariage avec
Wenemar , Chatelain de Gand
que la Maiſon de Guines tomba
en quenoüille. Elle fut mere
d'Arnoul I. de ce nom , Comte
de Guines , qui mourut en Angleterre
en 1196. & qui fut
pere de Baudouin II . marié avec
Chriftine heritiere d'Ardres &
GALANT 155
pere d'Arnoul II - Comte de
Guines , Seigneur d'Ardres &
Chaftelain de Bourbourg par
fon mariage avec Beatrix de
Bourbourg. Ce fut en ce tempslà
que Philippe Augufte ayant
époufé Ifabelle de Haynault ,
qui luy apporta la partie occidentale
de Flandres , où eftoient
les terres du Comté de Guines
ce Comte devint Vaffal des
Rois de France . Arnoul fut
pere de Baudouin III . Comte
de Guines, qui époufa en 1220 .
Mahaut de Finnes , dont il eut
Arnoul 3. qui épousa Alix de
Coucy , fille d'Enguerrand 3 .
156 MERCURE
Sire de Coucy , furnommé le
Grand. Madame la Princeffe
d'Ifenghien qui vient de mourir,
eftoit fille d'Antoine- Egon ,
Prince Landgrave de Furftem
berg & de Bar , Gouverneur de
l'Electorat de Saxe , & de Dame
Marie de Ligny. Je vous ay
fi fouvent parlé de la Maiſon
de Furftemberg
, que je ne vous
en diray rien aujourd'huy , finon
que plufieurs branches de
cette Marfon poffedent des
Etats en toute Souveraineté.
M' le Marquis de la Grange
a épousé à Lyon.Mlle Ferrus..
Ce Gentilhomme eft de l'illufGALANT
157
tre Maifon de Cremeaux , qui
a produit la branche d'Entragues
- Cremcaux , dont il y a eu
des Comtes de Lyon , & dont
M' l'Abbé d'Entragues, connu
par fon efprit poli & agréable ,
& M' le Comte d'Entragues ,
fon neveu Gouverneur de
Mâcon , font defcendus . M'le
Marquis de la Grange eft Seigneur
de Thifi en Beaujollois &
de Chafey en Bugey . Cette der .
niere terre eftoit des anciennes
dépendances de laSeigneurie de
Revermont , & elle eftoit fortie
de la Maiſon de Coligni par
le mariage de Beatrix de Coli158
MERCURE
gni , épouſe d'Albert , Sire de
la Tour- du - Pin , duquel eſt iſſu
la derniere branche des Dauphins
de Viennois . C'eſt parlà
qu'aprés les Sires de la Tourdu
-Pin , les Dauphins de Viennois
ont efté Seigneurs de Chafey
, & comme le Dauphin
Humbert
dernier du nom , remit
le Dauphiné avec toutes
Les dépendances
, au Roy Philippes
de Valois . Chaſey échut
à Pierre , Evêque de Clermont ,
par la ceffion de Guillaume
Flotte , Chancelier
de France.
Chafey paffa enfuite entre les
mains du Comte Verd de SaGALANT
159
voye , qui le remit à Jean de
Grangeac , du fils duquel il
paffa dans l'illuftre Maiſon de
Thoire. Philiberte de Savoye , "
époufe de Julien de Medicis ,
Duc de Nemours , l'eut enfuite
de Philippes Comte de Baugé
, & enfuite Duc de Savoye
fon pere enfin le Duc Emanuel-
Philibert la donna à Jacques
de Savoye , Duc de Nemours
qui l'engagea quelques
temps aprés au fieur de Pafley
& c'eft des mains de ce dernier
, qu'elle paffa entre les .
mains de feu Mr de la Grange-
Cremeaux , Colonel d'Infan160
MERCURE
terie , ayeul de celuy qui donne
lieu à cet Article. La Maiſon
de la Grange cft tres - illuftre, elle
a donné un Cardinal au Sacré
College en la perfonne de Jean
de la Grange , Evêque d'Amiens
, Miniftre d'Etat & Sur-
Intendant des Finances , fous
Charles V. Il prit l'Habit de
Religieux dans l'Ordre de Saint
Benoift , où il fit un grand progrés
dans la Jurifprudence Civile
& Canonique , il fut depuis
Abbé de Feſcamp , & le
Pape Innocent VI. l'envoya
en Eſpagne , & l'employa dans
d'autres affaires. Le Roy CharGALANT
161
Les V. connoiffant fa capacité ,
le fit Confeiller d'Etat & enfuite
Miniftre , & luy donna
la Charge de Surintendant des
Finances . Il le nomma enfuite
Evêque d'Amiens , & luy procura
la Chapeau de Cardinal
du Pape Gregoire XI . qui le
luy accorda le 20. Decembre
1375. Le Roy l'ayant fait Prefident
de la Cour des Aides , &
puis Confeiller au Parlement ,
il jugea plufieurs Procés dans
cette Cour , même après avoir
efté reveftu de la Pourpre Romaine.
La mort du Roy Charles
V. aporta un grand chan-
Février 1706 . O
162 MERCURE
gement à fa fortune , les Auteurs
en parlent d'une maniere
un peu defavantageufe
, par
rapport à l'adminiſtration
des
Finances . Charles VI. le haïffoit
fort. Etienne de la Grangefon
pere
,fut élevé à la Charge
:
de premier Prefident
du Parle- .
ment de Paris en 1373. Le Roy
Charles V. qui le confideroit
fort , le donna pour
Confeiller
à la Reine fa femme
, lorfqu'il
la laiffa Tutrice des Princes fes
enfans , & il le fit Executeur
de
fon Teftament
. Charles VI .
eut auffi beaucoup
de confiance
en luy. Il mourut en 1388 .
GALANT 163
& ne laiffa qu'une fille mariée
au fameux Jean de Montaigu ,
Seigneur de Marcouffy. C'eft
de la pofterité de ces deux Freres
qui fubfifte aujourd'huy en
Baujollois que Mr le Marquis
de la Grange eft le chef. Mlle
Ferus eft fille de Mr Ferrus
Confeiller au Prefidial de Lyon,
& niece de Mr l'Abbé Ferrus,
Chanoine d'honneur de l'Eglife
d'Efnay de Lyon . C'eſt
un Ecclefiaftique d'un merite
fingulier. Mlle Ferrus eft genefalement
eftimée. Son grand
pere a efté Officier dans le Confulat
de Lyon.
O ij
164 MERCURE
M' IA'bbé Tamifier Secre
taire de M' le Nonce , ayant
eu une Abbaye du Roy depuis
quelque temps , a demandé à
S. M. en faveur de qui elle fouhaitoit
qu'il fit la reſignation
de fa dignité de grand Chantre
de l'Eglife Cathedrale de Tréguier
en baffe Bretagne. Le
Roy luy a nommé M Ruffi ,
& c'eft en faveur de ce dernier
que M Tamifier s'eft démis
entre les mains de Sa Sainteté
de fa dignité,qui eft la premiere
de ce Chapitre & qui eft d'un
revenu tres confiderable . M
l'Abbé Ruffi eft de la Ville
-
GALANT 165
4
d'Avignon où il a un frere Chanoine
, qui a efté long temps
attaché a M. l'Archevêque
de
Genes cy - devant Nonce extraordinaire
en France . Leur famille
eft tres confiderabe à
Avignon , où les Ruffi ont
exercé les Charges les plus
importantes de la Ville & de
l'Univerfité. Ce nouveau grand
Chantre de Treguier eft depuis
quelques années à Paris où
il s'eft diftingué par le talent
qu'il a pour les belles Lettres ;
c'eft un Difciple zelé de M' des
Cartes & du Pere Mallebranche
, & comme tel , c'eft un
166 MERCURE
des meilleurs fujets de la conference
qui fe tient deux
jours de chaque femaine chez
M' l'Abbé de Cordemoy, avec
qui il eft lié d'une tendre amitié.
On doit remarquer deux
chofes dans cet Article qui
font honneur à M l'Abbé
Tamifier , l'une eft la delicateffe
de confcience qu'il a fait
voir en remettant un Benefice
qu'il ne peut deffervir , parce
qu'il demande refidence ,
peut-être même auffi , parce
qu'ayant une Abbaye , il n'eſt
pas du fentiment de ceux qui
&
GALANT 167
s'accommodent de la pluralité
des Benefices . L'autre chofe à
laquelle on doit auffi faire attention
, eft que la grand-Chantrerie
de Treguier dependant
de fa Sainteté, il pouvoit la refigner
fans en parler au Roy ;
cependant il a cru qu'en reconnoiffance
des bontés que
S. M. venoit d'avoir pour luy
en luy donnant l'Abbaye dont
elle vient de le gratifier , il ne
devoit pas refigner une des
premieres dignités d'une Eglife
Cathedrale fans que Sa Majeſté
luy indiquât un fujet .
Le Pape a donné un Cano
168
MERCURE
nicat de Saint Pierre à M.
Orighi. L'Eglife de S. Pierre
eft une de fept principales de
Rome. C'eft un des plus fuperbes
Edifices qui ait jamais
été , cette Eglife cft toute revêtuë
de marbre , tant en dedans
qu'en dehors . Sa couverture
eft de plomb & de cuivre doré ,
& tout y eft fi magnifique , foit
au dedans foit dehors , qu'elle
furpaffe toute la magnificence
qu'il eft poffible de s'imaginer
: Les uns y admirent
les Peintures excellentes , les
autres des colomnes de marbre,
& tous enfinfes richeffes . Le
PorGALANT
169
Portail de cette Eglife a vingtquatre
toifes de haut . Sa
ftructure d'Ordre Yonique ,
il contient un fuperbe portique
dont la voûte eft dorée ,
& qui regne tout le long du
Portail. On y voit une magnifique
Galerie où le Pape
paroît chaque jour de Judy
Saint & de Pâques ,pour donner
la benediction au Peuple
qui eft à genoux dans la Place.
On y lit une infcription latine
, qui apprend que Paul V.
fit bâtir ce Portique en 1612 .
Monfieur Orighi qui vient d'avoir
un Canonicat dans cette
Fevrier 1706.
P
-
170 MERCURE
Eglife, eft un Ecclefiaftique fort
eftimé,& qui a donné beaucoup
de preuves de ſon ſçavoir &
de fon merite .
La Charge de Clerc deChambre
, vacante par le decés de
M' Marciani , a efté donnée à
M'Priuli, Venitien , Couſin du
Cardinal Ottoboni. Les Charges
de Clerc de Chambre font
la voye qui conduit à la Prelature
, aux Nonciatures , &
aux autres dignités de la Cour
de Rome : M' Martiani dont
la mort en a fait vaquer une ,
eftoit d'une ancienne Famille
de Rome qui a donné divers
GALANT 171
Prélats à cette Cour , & qui a
produit beaucoup de gens
de
lettres . Ce même Martiani
eſtoit d'un merite generalement
reconnu , il a donné en
plufieurs occafions des marques
de fon intelligence & de
fa prudence. Le Pape l'eftimoit
beaucoup & la fort regreté.
M' Priuli , qui a fuccedé à M
Martiani , eft forti d'une Maifon
Venitienne qui a donné
des Senateurs à la Republique
de Venife , & quia efte dans un
grand luftre en Italie . Monfieur
Priuli qui a écrit une
Hiftoire de France , & qui a
Pij
172
MERCURE
laiffé des enfans qui font dans
ce Royaume où ils font
tres- confiderez , eft de cette
Maifon. Ce nouveau Clerc de
Chambre eft tres- eftimé à la
Cour de Rome.
M'le Comte Ercolani a efté
nommé Ambaffadeur de l'Empereur
à Venife , à la place de
M' le Comte de Berka . Ce pofte
a toujours efté rempli par
des Miniftres d'une grande habileté
, & rien ne peut mieux
faire l'éloge de M le Comte
Ercolani , que la preference que
l'Empereur luy a donné fur
plufieurs autres Perfonnes de
GALANT 173
confideration de la Cour de
Vienne , qui cfperoient d'eftre
nommez pour fucceder à M
le Comte de Berka . M' le Comte
Ercolani , eft d'une tres - ancienne
Maiſon , originaire de
Moravie. C'eft à la priere & à
la follicitation d'un des Agens
de ce Comte, qu'Antoine Maria
Gratiani , Evêque d'Amelia ,
compofa la Vie du Cardinal
Commendon , au ſervice duquel
il avoit eſté long- temps .
Ce Comte Ercolani fçavoit
que ce Prelat avoit confervé des
Memoires tres- curieux de diverfes
Legations & Nonciatu174
MERCURE
res , que le Cardinal Commendon
avoit exercées , il fe fervit
de l'amitié qu'ils avoient contractée
en Allemagne
, pour
l'obliger à les donner au public
.
Le Roy d'Eſpagne
a donné la
Prefidence
du Confeil des Finances
à Don Lorenzo Armenguol
, Evêque Suffragant
de
Sarragoffe
. Ce pofte eſt une
preuve du merite de ce Prelat.
On ne le confie ordinairement
qu'à des perfonnes
dont la capacité
eft reconnuë
. Jerôme
Gratiani , Comte de Sarzana ,
natifde Pergola , dans le DuGALANT
175
ché d'Urbin, & qui fortoit d'une
Famille originaire de Peroufe
, eftoit lié d'une tendre amitié
avec le pere de ce Prelat ; &
un fçavant Eſpagnol avoit même
cu deffein il y a quelques années
, de donner au public le
Recueil qu'il a raffemblé , des
Lettres de ces deux illuftres
Amis . Si ce deffein avoit eſté
executé , on y auroit vû des
chofes fort intereffantes fut le
Gouvernement d'Eſpagne. Le
Comte de Sarzana , fut Secrctaire
d'Etat du Duc de Modene
, & c'eft de la liberalité de
ce Prince qu'il cût le Comté de
Piiij
176 MERCURE
7
Sars ; ainfi la Lettre que le pere
du Prelat , dont je viens de
vous parler , luy écrivit fur ce
fujet , a efté imprimée en plufieurs
Langues , & a cfté regardée
comme un Chef- d'oeuvre.
S. M. Catholique , a auffi
donné une place dans le Confeil
de Caftille , à Don Miguel
Francefco Guerra , qui s'eft déja
diftingué dans plufieurs au
tres Emplois. Theodore Grafwincket
, qui eftoit un fort fçavant
Jurifconfulte
de Delft ,
dédia à un Oncle de Don Miguel
Francefco Guerra , un de
Les Ouvrages . On trouve dans
GALANT 177
l'Epitre plufieurs faits confiderables
qui regardent la Maiſon
de Guerra. On en parle auffi
dans un des Ouvrages de Guillaume
Gracarole , Medecin celebre
, qui eftoit de Bergame ,
& qui vivoit dans le feiziéme
ficcle. On peut voir dans le
quarante - troifiéme Livre de
l'Hiftoire de M de Thou , ce
qu'il dit de ce Medecin , le fujet
pour lequel Gracarole parle
de la Maifon du Miniftre Ef
pagnol , eft curicux & interef
fant ; & il a fervi à faire découvrir
plufieurs autres faits , qui
avoient efté jufqu'alors enfeve
lis dans l'oubli .
178 MERCURE
Le même Monarque a donné
la Charge de premier Ecuïer
à M' le Comte de Montenuevo.
Ce Seigneur fort d'une ancienne
Maiſon originaire de
Caftille ; le trifayeul du Comte
de Montenuevo fut dans une
grande confideration fous le
regne de Philippe II . Il fit plufieurs
voyages en Angleterre ,
auprés de la Reine Marie
époufe du Roy ; & il cut beaucoup
de part à la confiance de
cette Princeffe . François Martius
Grapaldus , Deputé de la
Ville de Parme , vers le Pape
Jules II. adreffa à ce Seigneur
GALANT 179
Efpagnol une Relation fur le
fujet de fa députation ; elle
eftoit écrite en Italien , & ce
Seigneur Eſpagnol la traduiſit
en fa langue , & écrivit à Grapaldus
fur la Couronne Poëtique
qu'il avoit reçuë publiquement
à Rome des mains du
même Pape Jules II . Cette piece
qui eft tres -belle , eft le fort
de diverfes traductions.
L'Abbé Dom Auguſtin de
Palafox , neveu du feu Archevêque
de Seville , de la Maiſon
d'Ariza , & l'Abbé Dom Emmanuel
Orofco , de la Maiſon
de Mortara , ont efté nommez
180 MERCURE
par Sa Majefté Catholique ,
Sommeliers de Courtine. Sa
Majefté a nommé M' le Marquis
de Canales , Directeur General
de la Guerre , qui eft une
nouvelle Charge établie en cette
Cour. On luy a donné pour
Secretaire de fes Depefches ,
Dom Jofeph Grimaldo , qui
eftoit le troifiéme Official de la
Secretairie d'Etat , & du Département
du Nord , avec
cinq Officiaux , le Confeil du
Cabinet dépêche toutes les affaires
de la Monarchie . Le nom
de Palafox eft dans une grande
confideration dans toute l'EL
2
GALANT 181
pagne . L'Evêque qui l'a porté
& qui a donné de fi grandes
marques de fa vertu & de fa
patience , a rendu ce nom cher
aux Efpagnols. L'Abbé qui
vient d'eftre nommé Somme_
lier de Courtine eft remply de
merite & univerfellement eftimé
en Eſpagne . Dom Orofco
de Mortara eft d'une des meilleures
Maifons de toute l'Efpagne
, où il y a des Grands de ce
nom , & plufieurs Generaux
des Armées des Rois d'Efpagne.
Dom Emmanuel a fait de
grands progrés dans l'étude de
la Theologie , il en a donné des
182 MERCURE
preuves dans les Actes publics
qu'il a foûtenus. M' le Marquis
de Canales qui vient d'être)
fait le premier Directeur general
de la guerre qu'il y ait eû
en Efpagne, eft confideré dans
ce Royaume comme un des
meilleurs Officiers de guerre . Il
joint à la connoiffance de la difcipline
militaire une naiſſance
illuftre & tres - ancienne. Le
Roy d'Espagne ne pouvoit
donner une preuve plus certaine
de l'eftime qu'il fait de
ce Seigneur , qu'en luy donnant
une Charge de cette conféquence
, & dont les fonctions
GALANT 183
font d'une fi grande étenduë.
Dom Jofeph Grimaldo qu'on
luy a donné pour Secretaire
des dépêches , entend parfaitement
ces fortes d'affaires . Il
en a acquis un grand ufage &
une parfaite connoiffance dans
la fonction d'Official de la Secretairie
d'Etat qu'il a exercé.
Je vous ay déja parlé de luy ,
mais je ne fçaurois trop vous
repeter que c'est un Officier.
tres eftimé & plein de merite.
Je vous envoye un Etat
des gratifications que le Roy
vient de faire à quelques Offciers
des Troupes de ſa Mai184
MERCURE
fon. On ne peut trop admirer
l'attention de Sa Majeſté à récompenfer
ceux qui fe diftinguent
dans le fervice , de quelque
maniere que ce foit , &
l'application avec laquelle ce
Prince s'attache à fçavoir , & à
placer dans fa memoire les actions
de tous ceux qui en ont
fait de brillantes , afin que dans
la fuite des temps tout ceux qui
en ont fait reçoivent des récompenfes
proportionnécs à
leurs fervices. On ne doit pas
s'imaginer que ceux qui font
fur l'Etat des gratifications que
je vous envoye , foient les feuls
GALANT 185
3
fur qui les graces de Sa Majefte
foient tombées , & fur qui elles
doivent tomber . Plufieurs Officiers
de ces Corps ont des
penfions. Ceux qui n'en ont
pas , en auront à leur tour , &
ceux qui ne font pas fur l'Etat
des gratifications queje vous envoye,
ypeuvent eftre les années
fuivantes , un fi grand nombre
d'Officiers ne pouvant trouver
en même temps fur le même
Etat. Ces gratifications font
tirées du fond qu'a produit la
nouvelle impofition du liard
par livre l'on retient fur
Tous les payemens qui font
е
que
Fevrier 1706 .
186 MERCURE
faits aux Troupes
; & elles
voyent avec d'autant
plus de
joye retenir cette petite fomme
, que ceux qui échaperont
aux dangers
frequens
dans le
meftier de la guerre , font affurez
d'en eftre récompenfez
au
centuple
. Ces gratifications
font d'autant
mieux imaginées
qu'elles
produifent
un effet
merveilleux
pour
le fervice du
Roy & de l'Etat , puiſqu'elles
font autant d'éguillons
qui
donnent
une nouvelle
ardeur
au courage
de ceux qui fe font
une gloire d'eftre des premiers
ſur un Etat , où il eft glorieux
GALANT 187
& avantageux en même temps
de fe trouver.
Regiment des Gardes
Françoifes
.
Mr Daffy , Capitaine,
Mr Brilhac , Capitaine
Mr Chardon , Capitaine,
Mr de S. Paul Lieutenant
M' Cliffon , Lieutenant
2000. I.
1500.
1.
1500.
1.
1 500. 1.
M ' Miſtral , idem ,
1500. I.
1000. 1.
Mr Briçonnet , idem 1000. 1.
Mr d'Audiffret , idem , 1000. 1.
M' le Feron , idem , 1000. I.
12000. I
Regiment des Gardes Suiffes.
Mr Gaudentz de Mont Capitaine, 800. I.
188 MERCURE
Mr Machet , idem
Mr Daffry , idem ,
,
Mr Jean Salis , idem ,
800. 1
800. I.
800. 1.
Mr Gabriel Reynold de Bevier , id 800.1.
Mr Charles Jacques Bezenuald' , Major
,
Mr Jofeph Fiva , Lieutenant
800.1.
600.1 .
soo. I.
5oo. I.
400.
I.
Mr Rodolphe , Planta idem
Mr Raget Baniere , idem ,
Mr Jean Rodolphe Krevel , id ,
Mr Sigifinondus Tícharner , idem
400. I.
>
Mr Nicolas Jofeph Bourquy , idem ,
', 400.
I.
Mr Victor
Antoine
Gloutz
, id, 400.
1.
8000. 1.
GARDES DU CORPS
Compagnie de Noailles.
Mr Deffeville , Lieutenant ,
1500. 1.
Mr d'Imecourt , Lieutenant , 1000,
Mr de Chapifeaux , Enfeigne , too. 1
GALANT 189
Mr de Druy , Exempt , 900. It
Mr Fauvel , idem ,
900.
1:
Mr de Segonzac , idem ,
1 Mr. le Chevalier Fauvel, idem ,
900.
1.
Mr. de Vachieres , idem ,
900. l.
600.1.
Mr la Vefque , Sous-Brigadier. 8oo.l.
Compagnie de Villeroy.
Mr de Monteffon , Lieutenant , 1500. I.
Mr de Vilennes , Lieutenant ,
Mr de Briffac , Lieutenant ,
1500.1.
Mr de la Croix , Exempt ,
1550.1.
900.
k
Mr Grillet , idem ,
900.
I
Mr de la Fage , idem , 900.I
Compagnie d'Harcoüert.
Mr de Monlezun , Enfeigne ,
Mr de S. Avy , Exempt ,
1500.
900.
I
Mr de Vareilles , idem ,
-Mr de Lyannes , idem ,
9.20.1
.
900.L
Mrle Chev . Dauger , idem , 900. I
190 MERCURE
Mr de Crezolle , idem , 900 I
Mr de Maiſon- neuve , idem , 900.
1. Mr de Langeay, idem ,
Mr Puiel, Brigadier ,
900. I.
800.1.
Compagnie de Boufflers .
Mr de Vernaffal , Enfeigne ,
Mr de Marnay , Lieutenant , 1500. I.
Mr de Montauban , Exempt ,
1500.
1.
Mr Danjouy , idem ,
900.
1.
Mr de la Pleffe , idem ,
900
, I.
Mr de Boifandré , Brigadier ,
900.
I.
800. 1.
31300.1
.
Compagnie des Gendarmes de la
Garde du Roy.
Mr le Marquis de Gouffier , Enfeigne.
2000 I.
Mr de Grebonval , Maréchal des Lo-
Aegis, A 900. La
GALANT 191
Mr Mazille , idem >
Mr Dupleffis , idem ,
900. 1;
Mr Derforges , Brigadier.
900. I.
Mr de Richemont , idem .
soo. 1.
Mr de Trouffeauville , Brigadier, soo . 1.
soo. 1.
5oo. 1.
9700. I.
Mr de Villers Franfure , idem ,
Compagnie des Chevaux-Legers
Mr le Marquis de Poulpry, Corn . 1500.!..
Mr le Marquis de Saumery , id. 1500. 1 .
Mr Daleſme, Maréchal des Logis, 900.l .
Mr de la Ravillais , idem ,
Mr de Preval , idem ,
Mr du Chaftenet , idem .
Mr Durepaire , Brigadier ,
900.1
.
soo. 1.
soo
. 1.
Mr de Gioncour , idem ,
soo
. 1.
500.
1.
6800. I
1. Compagnie des Moufquetaires
de la Garde du Roy.
Mr de S. Georges , Cornette , 1500.
192 MERCURE
Mr Darifat , idem ,
Mr Dufort , Brigadier ,
1500. f.
Mr Dubofc , Sous - Brigadier & Aidesoo.
i.
Major , Soo.l.
Mr de Senneville, idem , 500.
1.
Mr Thiercy , idem ,
Mr de S. Martin , idem ,
5oo
. 1.
Mr de Villabé , Moufquetaire ,
500.1
.
400. 1 .
216700.1
.
II. Compagnie.
Mr. le Comte d'Hautefort , Sous-lieu-
1 tenant. 2000.I.
Mr de la Surriere , Cornette , 1500.1 .
Mr de Combes , idem ,
Mr Baron , Maréchal des Logis ,
1500.1
.
soo !
Mr Doucet , idem ,
Mr de Montholon , idem ,
500.
1.
Mr Keringart , Brigadier ,
5oo
. 1.
300.
I
Mr de Vignaux , idem , 300. I.
Mr de Beauxhottes , idem , 300.1.
Mr de Branbuan , Sous- Brigad. 300 ; I.
Mr de Borie , idem , 200.1.
Mr Viart , idem , idem ,2
Mr de Menibus , idem ,
20p. 1.
200. 1.
Mr
GALANT 193
Mr Dalon , idem , 200. 1 .
Mr Defort , Sous - Brigadier ,
Mr Doazac , Sous-Brigadier ,
Mr du Reneft , Moufquetaire
200.1
.
200.1.
Mr du Saulon , Moufquetaire ,
Iso. 1.
150 I.
1.
9700.1.
*
Dame Anne le Vacher de
Beaulieu , veuve de M Thomas
Navarre Confeiller du
Roy , Premier Prefident des
Treforiers de France au Bureau
des Finances de la Generalité
de Mets , eft decede
à Mets , âgé de plus de foixante
& dix ans , aprés onze
jours d'une maladie violente ,
qu'elle a foutenue avec autant
de refignation que de fermeté ;
Fevrier 1706.
R
194 MERCURE
1
& elle a terminé par une fainte
mort une vie remplie de bon-
ге
nes oeuvres. Elle étoit Coufine
germaine de M Charles le Vacher,
Chevalier Seigneur de S.
Victor , Marechal de Bataille
des Camps & Armées du Roy,
Premier Capitaine & Major du
Regiment de Cavalerie de feu
Monfieur le Maréchal de la
Meilleraye , Grand Maiſtre de
l'Artillerie.
Elle étoit Soeur de Gabriel
le Vacher de Larchat , Treforier
& Intendant des Troupes,
qui avoit épousé une Coufine
de M ' d'Argouges Premier PreGALANT
195
fident du Parlemenr de Bretagne,
& mort enfuite Confeiller
d'Etat. Elle étoit auffi Soeur de
François le Vacher de Beaulieu
Officier de diftinction , qui fervoit
dans les Troupes du Roy
de Pologne Jean Cafimir, & de
M ' Fleury le Vacher de Beaulieu
, tué en Candie en fervant
dans les troupes commandées
par M' le Marquis de Villy , &
de feu Dame Marguerite le
Vacher de Beaulieu fon aînée ,
époufe de M François Guyet
Chevalier Seigneur de la Sourdiere,
Ecuyer ordinaire de Max
dame la Dauphine .
Rij
196 MERCURE
Ces deux Soeurs ont fort
brillé à la Cour de Marie-
Loüife de Gonzagues , Reine
de Pologne , par leur fage conduite
, par leur efprit & par
leur credit , dont elles ne fe
font fervies que pour appuyer
les interefts de la France ; ainfi
que pour faire tomber les bienfaits
du Roy Cafimir , & de la
Reine fon Epoufe leur Maitreffe
, fur ceux de la Nation
qui leur paroiffoient les plus
affectionnez au bien de leur
Patrie & de leur Souverain ,
fur les fujets les plus dignes
des bontez de leurs Majeftez
GALANT 197
Polonoifes. Auffi le nom &
la memoire de Mefdemoi
felles de Beaulieu , qui eft celuy
qu'elles ont porté en
Pologne , font - ils encore en
grande confideration parmi
ce qui refte en ce Païs - là ,
de perfonnes qui ont vû la
Cour du Roy Jean Cafimir ,
pendant le Regne duquel elles
font entrées en beaucoup
d'affaires qui ont réüſſi avantageufement
. Madame Navarre
n'avoit pas encore dix-huit
ans lorfqu'elle fut envoyée en
Pologne . Elle y apprift la langue
du Pais , & elle la fçût en
•
R iij
198 MERCURE
de temps , avec tant
tres-peu
de perfection & de delicateffe,
la Reine Loüife- Marie en
que
fit fon Interpréte .
Madame Navarre eft Merc
de M™ .. Navarre
Seigneur des Granges , Prefident
à Mortier au Parlement
de Mets , illuftre par fa pieté ,
par fon integrité , par ſa cafa
pacité
, par fon éloquence
, par
fon zele pour le fervice de Sa
Majefté , & pour le bien de fa
Province , & par mille autres
belles qualitez
.
Elle eft auffi Mere de N
Navarre , Epoufe de M' NoGALANT
199
blet de Mauregard Secretaire
du Roy , frere de M de Nogent,
qui vient de deceder dans
Fexercice de la Charge de Secretaire
des Commandemens de
Monſeigneur le Duc de Bourgogne.
Je vais vous parler d'une
mort que vous fçavez déja
puifque la Renommée a pris
foin de la publier; c'eft de celle
de M' le Cardinal de Coiflin
Grand Aumônier de France.
Il eft mort auffi toft aprés
avoir fait fon Teftament , &
lors qu'aprés luy en avoir fair
la lecture on le foulevoit pour
=
R iiij
200
MERCURE
le mettre en état de le figner.
Le Roy en a fait un grand élo
ge en peu de paroles, ce Prince
ayant dit , que depuis
cinquante
ans qu'il étoit de fes amis , il ne
luy avoitjamais oui dire de mal
de
perfonne , & que
perfonne ne
luy en avoit jamais dit de luy.
Cet éloge eft auffi beau, & auffi
remarquable qu'il eft court , &
remplit d'abord l'idée du parfait
caractere d'un
veritable
honnefte homme , &
comme
toutes les
vertus fe
trouvent
dans un
homme de ce carac
tere on ne peut rien ajouter à
l'éloge que le Roy a fait de ce
GALANT 201
Cardinal ; cependant je vous
diray qu'on a remarqué , aprés
fa mort , une chofe dont les
exemples font rares parmy les
grands Seigneurs; c'eſt qu'il eft
mort fans aucunes dettes . 11
étoit Evêque d'Orleans, & Abbé
de faint Victor , & il poffedoit
auffi quelques autres Benefices
; mais il en avoit befoin
pour foutenir dignement le
poids de l'Evêché d'Orleans
dont le revenu eft auffi mediocre
que cet Evêché eſt confiderable.
Tout le peuple de ce
Dioceſe le regrete , & il ne
pourra eftre confolé que par
202 MERCURE
le choix d'un Evêque qui luy
reffemble . Les grandes Maifons
comme celle de ce Cardinal
, font fi connuës , & je
vous ay fi fouvent parlé de
celle de cet illuftre défunt, que
ce que je vous en diray aujour
d'huy ne fervira qu'à vous faire
reffouvenir de ce que vous fça
vez déja de cette grande Maifon.
La Maifon du Cambour
de Coiflin eft une des plus illuf
tres de Bretagne ; elle eft alliée
à la Maifon de Rohan , à celle
des anciens Cointes de Dreux,
& defcend , par les femmes
des anciens Ducs de Bretagne.
GALANT 203
M'le Cardinal de Coiflin étoit
petits- fils de Charles, Marquis
de Coiflin , proche parent du
Cardinal de Richelieu , qui a
beaucoup fait parler de luy
dans la guerre des Religionnaires
fous le Miniftere de ce
Cardinal. Ce Marquis de Coiflin
fut pere de N.... du Cambout
premier Duc de Coiflin ,
de feu M' le Duc de Coif
pere
lin, & du Cardinal qui vient de
mourir , & de Dame Marguerite-
Philippe du Cambout , qui
époufa d'abord le Marquis de
Lage , Duc de Puylaurens, avec
lequel elle ne demeura que peu
204 MERCURE
de jours, puifque peu aprés fon
mariage ce Duc fut enfermé
dans le Donjon de Vincennes,
où il mourut quelques jours
aprés.Cette jeune veuve époufa
enfuite Henry de Lorraine, ſe
cond fils de Charles I. Duc
d'Elbeuf , qui s'eft rendu fort
celebre fous le nom de Comte
d'Harcourt. Elle en a eu M' le
Comte d'Armagnac , Grand
Ecuyer de France , & plufieurs
autres Princes. La Maifon du
Cambout a formé une autre
Branche qui fubfifte encore, &
dont eft fortic MⓇ la Marquiſe
de Merinville , tante dujeune
GALANT 205
Marquis du Cambout , & de
M'P'Abbé du Cambout , jeune
Ecclefiaftique de grande efperance.
M' le Cardinal de Coiflin avoit
pour neveu M le Duc de
Coiflin , M' l'Evêque de Mets ,
premier Aumônier de Sa Majefté
, & M° la Ducheſſe de Sully.
La Charge de grand Aumônier
de France , qui vient de
vacquer par la mort de M' le
Cardinal de Coiflin , eft un
Office de la Couronne ; celuy
qui en eft revêtu difpofe du
fonds des aumônes du Roy ,
,
-
206 MERCURE
celebre le fervice divin dans la
Chapelle de S. M. quand elle le
juge à propos. Il eft Evêque
de la Cour , & fait toutes les
fonctions de cette dignité dans
quelque Dioceſe qu'il fe trouve
, fans en demander permiffion
aux Evêques des lieux . Il
donnoit autrefois les Provifions
des Maladrerics de France.
Il a l'Intendance de l'Hôpital
des Quinze - vingts de
Paris. On compte quarante
grands Aumôniers de France
jufqu'à M' le Cardinal de Janffon
inclufivement
. Le premier
dont on a connoiffance eft EuGALANT
207
ftache , Chapelain & Aumônier
du Roy Philippe I. Il le
trouva à la Dedicace de l'Eglife
de S. Martin des Champs , &
autorifa de fon feing la Lettre
Patente du Roy de l'an
1067. Roger Evêque de Seez ,
eft le fecond , dont le nom foit
venu jufqu'à nous ; il eſt nommé
Aumônier du Roy Louis
VII. en 1160. En 1351. Michel
de Breiche , Docteur en
Theologie , fut revêtu de cette
dignité , il fut Evêque du Mans,
& il fit bâtir l'Eglife de Quinzevingt
, qui depuis ce temps - là
a cfté fous la direction des
208 MERCURE
grands Aumôniers de France .
M' le Cardinal de Janffon eft
l'onziéme Cardinal qui a efté
reveſtu de cette Dignité ; & depuis
le Cardinal du Perron , à
qui le Roy Henry IV. la donna
en 1592. aprés la mort de
Renaud de Beaune , Archevêquede
Bourges , elle a toûjours
efté poffedée par des Cardinaux
: En effet , François de la
Rochefoucauld, Cardinal , Evêque
de Senlis , Alphonſe Louis
du Pleffis de Richelieu , Cardinal
, Archevêque de Lyon ; Antoine
Barberin , Cardinal Archevêque
de Reims ; EmanuelGALANT
209
Theodofe de la Tour , Cardinal
de Bouillon ; & Pierre du
Cambout , Cardinal de Coiflin ,
qui vient de mourir , ont tous
poffedé cette Charge fucceffivement.
Les quatre autres Cardinaux
qui eſtoient auparavant
revêtus de cette dignité , font :
Jean de la Paluë , Aumônier
du Roy Louis XI . Evêque d'Evreux
, & enfuite d'Angers , &
enfin Cardinal en 1516. Adrien
Gouffier , Evêque de Coutances
& Cardinal ; il eftoit pere
de l'Amiral Bonnivet ; Jean le
Veneur , Cardinal , Evêque de
Lizieux , qui fut élevé à cette
Fevrier 1706 . S
210 MERCURE
dignité en 1528. Antoine Sanguin
, dit le Cardinal de Meudon
, Archevêque de Touloufe
, qui fut élevé à cette dignité
en 1543. Bernard de Ruthie
, Abbé de Pontlevoy , fuc
honoré de cet Office en 1552.
Ce nouvel Evêque de Rieux ,
dont je vous ay parlé depuis.
peu , defcend d'une fille de la
même Maifon dont eftoit ce
grand Aumônier ; mais on doit
remarquer que ce dernier eftoit
Ruthic , & que M' l'Evêque de
Rieux eft Charitte de Ruthie.
Jacques Amyot , Evêque d'Auxerre
, que fon feul merite éle
GALANT 211
va & à qui nous devons cette
belle traduction de Plutarque ,
fut grand Aumônier de France
en 1560. Ange de Caſtro
de Benevent , Archevêque de
Vienne , que l'on accufa de magie
, fut grand Aumônier du
Roy Louis XI.. en 1476. C'eſt
e Prelat qui , difant la Meffe
devant le Roy , fe tourna tout
à coup , & luy dit : Sire , le plus
grand de vos ennemis ( il parloit
du Duc de Bourgogne ) vient
d'eftre tué dans ce moment. En
effet , ce Prince fut tué devant
Nancy , dans le même
inftant.
Sij
212 MERCURE
A peine le Roy eut- il appris
la mort de M' le Cardinal de
Coiflin
, que Sa Majeſté nomma
M le Cardinal de Janſon ,
pour remplir la place de grand
Aumônier de France ; ce qui
eft une marque que ce Prince
n'a point balancé à faire ce
choix , & que dés qu'il a jetté ,
les yeux fur luy , il luy a trouvé
toutes les qualitez neceffaires
pour exercer dignement la
Charge dont il l'a revêtu . M
le Cardinal de Janfon a rendu
de grands fervices à l'Etat , pondant
qu'il eftoit Ambaffadeur
en Pologne , & Sa Majesté PoGALANT
213
lonoife , n'en a pas efté moins
fatisfaite que le Roy , puifque
c'cft fur fa Nomination qu'il a
efté fait Cardinal. Il fut nommé
pour aller prendre foin des
affaires de France à Rome , aprés
la mort de M' le Duc d'Eftrées
qui y eftoit Ambaffadeur , &
Son Eminence y a retourné une
feconde fois , pour prendre
foin des mêmes affaires , dont
M' le Cardinal d'Eftrées qu'elle
a relevé eftoit chargé. M
le Cardinal de Janfon , qui
avoit eu la permiffion de reve
nir en France , doit avoir reçu
, par le même Courier , la
214 MERCURE
nouvelle de la mort de M le
Cardinal de Coiflin , & celle de
fa Nomination à la Charge de
grand Aumônier , que le Roy
ne luy a pas feulement laiſſe le
temps de fouhaitter. C'eſt ce
qui s'appelle faire des dons d'une
maniere fi obligeante , que
F'on eft fouvent plus charmé de
la maniere dont le prefent eft
fait , que du prefent même.
M le Comte de Ximenes ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & Gouverneur de
Maubeuge , doit avoir place
dans l'Article des Morts que je
n'ay pas encore fini. Son feul
GALANT 215
merite & fa feule valeur , l'avoient
élevé aux Emplois les
plus diftinguez. Il eftoit d'une
bonne Nobleffe de Catalogne,
aprés avoir paffé les premieres
années de fa vie dans l'étude des
Humanitez ; il entra dans le
Service , il fut Officier de Cavalerie
, & aprés avoir monté aux
premiers poftes de fon Regiment
, qui eftoit un des plus anciens
Corps du Royaume , le
Roy le divifa en fa faveur , &
luy en donna la moitié fous le
Titre de Regiment Royal Rouf
fillon , qu'il a confervé , juſqu'à
ce qu'il s'en foit deffait en fa
216 MERCURE
"
veur de fon fils aîné , qui en cft
aujourd'huy Colonel. M le
Comte de Ximenes , laiſſe encore
unfils qui eft auffi dans le
Service , & une fille qui avoit
époufé feu Mr le Comte de
Tourouvre , Brigadier des Armées
du Roy , dont je vous appris
la mort dans ma derniere
Lettre. Mr de Ximenes avoit
efté bleffé en plufieurs occafions
, & il s'en est peu paffé de
fon temps , où il n'ait donné
des preuves de fon courage. Il
fe trouva à la Bataille de Senef
& l'année fuivante 1675. il
fervoit dans l'Armée où Mr le
Maréchal
GALANT 217
Maréchal de Turenne fut tué .
Mr le Marquis de S. Fremont,
a eu le Gouvernement
de Maubeuge , vacant par la
mort de Mr le Comte de Ximenes
. Mr de S. Fremont a commencé
à fervir dans les Mouf
quetaires , dont il devint enfuite
Brigadier. Il quirta ce Corps
pour entrer dans le Regiment
de la Reine , que le Roy créa il
ya quelques années . Durant le
cours de la derniere guerre , il
vint à la tête de ce Regiment,
& fut peu de temps aprés Brigadier
des Armées du Roy , &
enfuite Maréchal de Camp. Il
Fevrier 1706. T
218 MERCURE
fut fait Lieutenant General au
commencement de cette guerrë
, & c'eſt par les frequentes
preuves de fa valeur & de fon
intelligence dans la difcipline
militaire , qu'il eft parvenu à
tous ces honneurs. Maubeuge
cft une Ville des Pays- Bas dans
le Hainaut. Son nom Latin eft
Malbodium ou Malobodium ;
elle eft fituée fur l'Efcaut chtre
Mons & Avennes , à quatre
lieuës de diftance de l'une & de
l'autre de ces Villes . Elle n'eft
pas moins confiderable par les
Fortifications dont elle cft revêtuë
, depuis qu'elle cſtfous la
GALANT 219
domination de la France , que
par fon Chapitre
de Chanoineffes
, qui fuivent le même Inftitut
que celles de Mons , &
qui doivent , comme elles , faire
preuve de Nobleffe , pour .
eftre reçues dans ce Corps.
Meffire Gabriel de S. Etienne ,
Chevalier , Marquis de Carmain
, Baron de la Pomarede ,
Meftre de Camp de Cavalerie,
Souflieutenant
des Gendarmes
de Monfeigneur
le Dauphin, &
Chevalier de l'Ordre Militaire
2 de S. Louis , mourut le 3. de
Février âgé de trente huit ans.
C'étoit un Cavalier des plus
I ij
220 MERCURE
accomplis. Il avoit beaucoup
d'efprit, & une grande droiture
de coeur , & fous cet exterieur
des plus avantageux , une ame
capable des plus grands fentimens
. Tout cela étoit foutenu
d'une bravoure fans oftentation
& d'un fang froid, qui le
rendoit auffi maiftre de luy
dans les occafions les plus perilleuses
, qu'il l'étoit dans les
Compagnies les plus agréables.
Aufli avoit-il merité l'eftime de
toute la Gendarmerie qui le regardoient
comme un Officier
qui foutenoit dignement l'honneur
du Corps , & qui pouvoit
GALANT 221
efperer de monter au plus haut
degré de la Profeffion .
Ayant fervi long temps en
: qualité de Capitaine d'Infante-
-rie , & n'étant que Cadet d'une
ancienne Maifon où il y avoit
plus d'honneur que de bien , il
crut faire fon chemin plus vifte
par une autre route . Il paffa en
Irlande en 1689. pour y fervir
d'Aide de Camp à M le
Duc de Lauzun. Mais aprés la
bataille de la Boyne , où il avoit
commencé à faire connoiftre
fon intrepidité. Il revint en
France, & fe rendit en Piémont
pour y faire les mefmes fonc
T iij
222 MERCURE
tions auprés de M' le Maréchal
de Catinat. Il fe trouva, en cette
qualité , en 1691. aux fieges de
Villefranche , de Nice , de Car
magnole , de Suze & de Montmellian.
Cette derniere Fortereffe
s'étant renduë , Mr le
Maréchal de Catinat , plein
d'eftime pour le Chevalier de
Carmain , c'eſt le nom qu'il
portoit alors , ( eftime qu'il luy
a continuée juſqu'à la mort )
le préfera à beaucoup d'autres
pour en porter la nouvelle au
Roy. Sa Majefté fut fi fatisfaite
du compte exact que luy rendit
ce jeune Officier , qu'elle
GALANT 223
voulut dés ce jour- là , le placer
dans fon Regiment des
Gardes ; mais il ne s'y trouva
aucune Charge vacante.
Le Roy fe reffouvint de luy
aprés la Bataille de la Marſaille.
Ce vigilant Aide- de-Camp y
avoit brillé par unc activité
merveilleufe em portant les ordres
de fon General , & payant
d'une préfence d'efprit , au
deffus de fon âge . Il fut recompenſé
d'un Guidon dans la
Gendarmerie , & il s'eft depuis
fignalé dans toutes les occafions
ource Corps s'eft trouvé , &
fur tout à la derniere bataille
224 MERCURE
d'Hochftet. Il avoit commandé
le Piquet cette nuit là , & dés
quatre heures du matin ayant
jugé fur les
mouvemens des
ennemis , qu'il y auroit une
action , il s'y prepara. Mr le
Marquis d'Eltaing , Capitaine-
Lieutenant des
Gendarmes
Dauphins , ſervant en Italie en
qualité de Lieutenant- General.
Mr le Marquis de Carmain fe
trouva chargé de la conduite
de tout l'Escadron,il cut befoin
de tout fon fang froid , ayant
cſté expoſé pendant deux heurès
au canon des ennemis , qui
mit trente Maiftres hors de
GALANT 225
combat. Il alla enfuite à la
charge à cinq differentes repri
fes & dés midy il
reçut
un
coup de fabre fur la tefte , qui
l'auroit mis hors de combat , fi
le fer qui eftoit fous fon chapeau
, n'eût amorti le coup . Il
reçut enfuite cinq coups d'épée
peu dangereux à la verité. Mais
fur la fin du combat , il reçut
deux coups de piftolet dans le
ventre, prefqu'à bout portant,
ce qui l'obligea , étant abbatu
par la quantité de fang qu'il
perdoit , & les mouchoirs qu'il
avoit mis dans fes playes , ne
pouvant étancher le fang, de fe
226 MERCURE
rendre prifonnier fur les fix
heures & demie du foir. Dés
que fes playes luy permirent de
fe mettre en marche , Milord
Marlborough luy donna la
permiffion de venir en France,
fur fa parole , & il luy proro
d'une maniere fort gratieu
fe , la permiffion d'y refter du
gea
rant quatorze mois.
Mª de Carmain avoit époufé
en 1702. Paule de Bidauld ,
Dame des Bugodieres , veuve
de M' de Lagny, Secretaire du
Roy , & Directeur general du
Commerce de France , & par
fa politeffe , fon efprit de paix,
GALANT 227
2
gafa
probité & fur tout par fon
bon coeur , il avoit fi bien
gné celuy des enfans de cette
Dame qu'ils le regrettent auffi
vivement que s'il eut efté leur
propre pere . Le grand nombre
d'amis qu'il s'étoit fait à la
Cour , à la Ville, dans l'Armée
& jufques dans les Cloiftres ,
ne font pas moins touchez de
fa
mort
.
On croit la Famille de S.
Eftienne , dont étoit forti M
le Marquis de Carmain , originaire
d'Espagne . Il fe trouve
même à Touloufe chez un
Confeiller du Parlement , un
228 MERCURE
ancien manufcrit qui fait def
cendre la Maifon de S. Eftienne
d'un nommé Aftal, homme de
confideration chez les Maures,
qui fur la fin du huitiéme fiecle
receût au Batême le nom do
S. Eftienne , premier Martyr ,
nom que fa pofterité s'appropria
. Toutes les filiations font
fuivies dans ce manufcrit depuis
cet Aftal jufqu'à Dominique
de S. Eftienne, qui vint s'établir
à Touloufe en 1336. & a
dont les Lettres de naturalité
font dans les Archives de cette
Ville.Son petit-fils Hugues de S.
Eftienne, Seigneur de Linidres,
GALANT 229
époufa en 1424. Anne d'Arpajou
de Severac , dont le fils
Antoine de S. Eftienne Seigneur
de Linidres , Capitaine de cinq
cens Arbaleſtriers , s'allia avec
Marie de la Palu . Le petit - fils
de ce Jean de S. Eftienne , fut
marié en 1552. avec Marguerite
de Carmain fille de Henry
de Carmain Chevalier Seigneur ,
de la Pomarede, & elle fut trif
ayeule de celuy qui a donné
lieu à cet article. Marguerite de
Carmain étoit petite fille d'Antoine
de Carmain Seigneur de
la Pomarede , que M de Sainte
Marthe ont dit dans leur
rs
230 MERCURE
Hiftoire de France Livre 30 .
Chap. 1. être petits -fils de Jean
Vicomte de Carmain & d'Ifabelle
de Foix , petite fille d'Ifabelle
heritiere du Comté de
Foix & d'Archambaut de Grailly,
laquelle defcendoit par
bifayeule Jeanne d'Artois , de
Robert de France Comte d'Artois
,l'un des Freres du Roy S.
Louis : & par là , M' de Carmain
auroit eu l'honneur de
defcendre de ce Fils de France
,
fa
& d'être allié de la Maifon
Royale de Bourbon , qui eſt iſfuë
par les femmes de cette Ifabelle
de Foix . Mais on croit que
GALANT 231
M's de Sainte Marthe fe font
で
trompez. Ifabelle de Foix femme
d'Archambaut
de Grailly ,
cût un troifiéme fils Archambaut
de Foix Seigneur de Noalers,
qui fut tué en 1419. fur le
pont de Montercau, où il avoit
accompagné le Duc de Bourgogne
Jean Sans peur. Il ne laiffa
qu'une fille Ifabeau de Foix
mariée à Jean I. Vicomte de
Carmain , petit Neveu fon
par
pere du Pape Jean XII . Ce Vicomte
de Carmain fe remaria
à Catherine de Coarafe, veuve
de Mathieu de Foix , Comte de
Comminge , l'un des fils d'Ifa.
232 MERCURE
belle de Foix & d'Archambaut
de Grailly du premier lit. Il eut
Jean Comte de Carmain , qui
époufa, 1° .par difpenfe Jeanne
de Foix fille du fufdit Mathieu
Comte de Comminge , & de la
fufdite Catherine de Coarafe
fa belle-mere; &, 2 ° . Jeanne de
Bologne. De ces deux femmes
font fortis les Comtes de Carmain
& les Vicomtes de Lautrec
: M's de Sainte Marthe difoient
que les Seigneurs de la
Pomarede étoient auffi iffus de
cette Jeanne de Pologne, Cependant
on a verifié qu'Antoine
de Carmain Seigneur de la
1
GALANT 233
Pomarede, étoit fils du fecond,
lit de Jean I. Vicomte de Garmain.
Il époufa en 1492. Antoinette
de Saint Eftienne, dont
il cut Henry de Carmain, Chevalier
Seigneur de la Pomarede,
qui fut
pere de Marguerite de
Carmain , mariée en 1552. à
Jean de Saint Etienne , auquel
elle porta le nom de Carmain,
& la terre de la Pomarede. Il
fut pere de Henry de S. Eftienne
de Carmain, Baron de la Pomarede
, dont le fils Henry II.
de S. Eftienne de Carmain , fut
pere de Guillaume de S. Eftienne
de Carmain, Baron de la Po-
Février 1706. V
234 MERCURE
marede , qui époufa en 1658.
Marche de Fabry de Roquairel,
dont eft iffu feu M' le Marquis.
de Carmain.
ab quos
Il avoit perdu deux freres
dans la Marine , Alexandre ,
Chevalier de la Pomarede ; &
Pierre, dit le Chevalier de S. Ef
tienne, moururent à la Havane,
des maladies qui fe mirent dans.
la Flotte de France en 1702 .
& un Abbé Guillaume de S.
Eftienne decedé en 1704. Il
refte encore Jean de S. Eftienne
dit le Comte de Carmain , qui
aprés avoir fervi long - temps
s'eft retiré chez luy, à caufe de
" GALANY 235
fes incommoditez, Guillaume,
Chevalier de Carmain , & Jofoph
, dit Laval , qui fervent
tous deux fur Mer
Carmain eft une petite ville
du Lauragois à quatre lieuës de
Touloufe. Elle a efté poffedée
long - temps par les premiers
Seigneurs de ce nom , qui étoient
des Barons puiffans ,
dont il eft fait mention dans
les Archives de S. Sernin. Le
Roy Philippe le Bel , étant maître
de cette petite Ville , l'échangea
en 1305. avec Bortrand
de Lautrec , & l'érigea
een Vicomté. Ce dernier la ven-
Vij
236 MERCURE
rs
dit en 1325. à Arnaud de Veze
frere du Pape Jean XXII . Elle
fut érigée en Comté par Louis
XI . felon M de Sainte Marthe
, ou par Charles VIII . Selon
Ducatel , Memoires de Languedoc,
cette Terre a efté portée
par les filles dans la maifon de
Monluc , & de là dans celle de
Sourdis .
La Pomarede eft un Château
ancien , fitué dans le Dioceſe
de S. Papoul. Simon Comte de
Montfort en fit le fiege, au rapport
de Pierre Moine des Vaux
de Cernous , Chap . 59. de fon
Hiftoire.
GALANT 237
la
Il eft conftant , & c'eft un
fait toûjours paru hors
de doute , que tous les livres ou
l'on trouve un grand nombre
de morceaux qui regardent
l'Hiſtoire , & qui s'étendent ſur
les Genealogies , ont toûjours
cfté remplis de quantité de
fautes. Il eft mal de parler juf
te fur les rapports d'autruy
puiſqu'il eſt même difficile de le
faire des chofes dont on peut
dire que l'on a cfté témoin , &
que lors qu'on demande à des
gens qui ont efté témoins de
quelques mouvemens qui fe
font pallez avec quelque forte
238 MERCURE
de confufion , chacun fait des
rapports differens , & que le publica
beaucoup de peine à dé
mêler la verité des chofes même
qui fe paffent fous les yeux . De
maniere qu'il eft bien difficile
d'écrire jufte fur des Memoires
qui font donnez , ainſi que fur
des Manufcrits , & fur des Imprimez
. Parmy ceux qui les ont
faits il fe trouve fouvent des
gens qui fe font trompez de
bonne foy , & d'autres qui ont
eu des raifons pour cacher la
verité , en groffiffant les actions,
& en élevant trop les familles .
Il s'en trouve même qu'une
GALANT 239
bile noire a fait agir , & qui de
deffein formé ont parlé contre
la verité Tous ces faits eftant
conftant , on ne doit pas s'étonner
fi l'on trouve une infinité
des fautes dans les livres
de la nature de ceux dont je
viens de vous parler. Un hom
me de merite & de bonne foy ,
dont les lumieres eftoient grandes
; mais qui ne fe mêloit point
d'écrire , dit un jour au fçavant
Pere Perau , qu'il luy demandoit
pardon s'il prenoit la liberté
de luy dire qu'il avoit trouvé
plus de foixante fautes dans les
Livres de Chronologie qu'il ve
240 MERCURE
noit de mettre au jour .Ce Pere
luy répondit avec un air modefte
: qu'il luy eftoit fort obligé;
mais qu'il en avoit déja trouvé
plus de trois cens , & qu'il eftoit
perfuadé qu'il en découvriroit encore
beaucoup d'autres . On ne doit
pas s'étonner ( lorfque l'on fera
reflexion à toutes ces chofes )
s'il s'en trouve beaucoup dans
mes Lettres ; & fur tout lors
que l'on confiderera qu'un
inois eft fi court qu'il fuffit à
peine pour lire feulement ce
qui doit fervir de matiere à une
demes Lettres ; mais malgré
toutes les fautes qui s'y trouvent
,
GALANT 241
vent , je puis dire que ceux qui
les auront toutes pourront fe
vanter d'avoir l'ouvrage le plus
correct que l'on puiffe faire en
ce genre, à caufe de la facilité
que j'ay feul de reparer les fautes
qui fe gliffent quelquefois
dans mes Lettres , ( dans les Lettres
qui les fuivent ) & même
dans celles qui ne paroiffent
que long- temps aprés . C'eſt ce
qui m'oblige de vous dire
jay efté trompé il y a un an
dans le Memoire que l'on me
donna de la mort de feu M' le
Marquis du Hamel , mort Capitaine
General des Venitiens.
Fevrier 1706. X
que
242 MERCURE
Ce Memoire portoit que ce-
Marquis eftoit iffu d'une ancienne
famille de Proteftant,
Il n'y a jamais eu de Proteftans
dans cette illuftre famille , qui
eft originaire de Picardie , &
qui depuis deux cens ans eft établie
en Champagne . Il fuffit de
dire pour prouver l'ancienneté
de fa Nobleffe , qu'un frere de
ce General , eft mort Grand-
Croix & Treforier de l'Ordre
de Malthe . Il n'auroit pû eftre
reçu Chevalier fi fes peres , meres
, ayeuls , bifayculs , premiers
& feconds paternels & maternels
, n'avoient pas efté CaGALANT
243
tholiques Romains . Il avoit
deux neveux , l'un Commandeur
, & l'autre Chevalier du
mefme Ordre ; & deux de
fes nieces font , l'une Abbeffe
de S. Pierre de Mcts , & cela
du choix du Roy , qui la nomma
en 1700. par preference à
plufieurs autres Dames , à cauſe
de fa pieté éclatante & de fon
merite diſtingué , ſans aucune
follicitation de fa part ; l'autre
niece eft Dame de Remiremont.
Perfonne n'ignore que
pour entrer dans ces deux Colleges
de Dames Chanoineffes ,
il faut faire preuve , fur tout
Xij
244 MERCURE
dans ce dernier , de feize quar
tiers de pere & de mere . Quant
à M du Hamel General des
Venitiens , il eftoit fils de M
N.... du Hamel , mort Gouverneur
des Ville & Chafteau
de S. Difier fous Louis XIII
fous le regne duquel il avoit
efté Ambaffadeut en Suede , &
en plufieurs Cours d'Allemagne
. Ce General leva en 1667 .
une Compagnie de Cavalerie
pour le fervice de M' le Duc
de Lorraine , qui luy donna le
Commandement de fes Chevaux-
legers en 1673. En1675 .
il paffa au fervice de S. A. E.
GALANT 245
de Brandebourg , qui luy donna
un Regiment de Cavalerie .
En 1678. il le fit General Major.
Et en 1680. elle l'envoya
affaires impor
au Roy pour
tantes , Sa Majefté
luy fit don
ner en 1682 fon Portrait
enrichi
de diamans
, par Mr le
Mraquis
de Rebenac
. Son A.
Electorale
fut fi contente
de fa
conduite & de fa valeur , qu'en
1687. elle le fit General
de fa
Cavalerie
, en 1690. Lieute
nant general , & en 1702.
Chevalier
de la Generofité.
Cette mefme année la Republique
de Veniſe le demanda
X iiij
246 MERCURE
pour la feconde fois , à Son
Alteffe Electorale
, pour remplir
la place de Capitaine general de
fes Armes , & avec tant d'inftance
que S. A. E. ne pût le
refufer.
M' le Marquis du Hamel
avoit un frere Abbé des Moncets
& il a laiffé un neveu
Abbé de cette mefme Abbaye;
mais comme ces preuves ne
font pas voir que ces ayeux
n'ont pas efté Proteftans
voicy qui font inconteftables .
Quatre Gentilshommes les plus
qualificz , & les plus anciens de
Champagne entendus pour
en
GALANT 247
>
témoins publics , fur la Coinmiffion
du grand Maistre de
Malthe , pour faire enquefte de.
la naiffance , vie , moeurs & Religion
de M du Hamel de
Bourfeville poftulant pour
eftre reçû Chevalier ; dépofent
tous unanimement , que fon
pere , fa mere , fon grand pere ,
Gouverneur de Saint Difier, &
Ambaffadeur pour le Roy , &
tous fes Anceftres , font & ont
efté de la Religion Catholique,
Apoftolique & Romaine.
Quatre témoins fecrets entendus
par les Commiffaires
"du orand Maiftre , choifis fe-
X iiij
248 MERCURE
cretement par eux dans tout ce
qu'il y avoit de plus ancien dans
la Robe en Champagne, & dont
l'un étoit âgé de 85. ans, dépofent
la mefme chofe . Ainfi l'ancienneté
de la Religion Catho
lique Apoftolique & Romaine,
prouvée comme l'ancienneté de
la Nobleffe dans la famille de
M'leMarquis du Hamel, on voit
que ce n'eft point à caufe de la
Religion Proteftante , dont il
ne faifoit pas profeffion , qu'il
eft forti de France ; en effet il
n'en eft forti que pour une af
faire d'honneur qu'il le fit aller
en Brandebourg , où ſa valeur
GALANT 249
& fa prudence le firent choifir
pour le grand employ où il
fut nommé par la Republique
de Venife.
· On s'eft mépris dans le memoire
que l'on me donna pour
le mois de Janvier , quand on
a dit que M' de Bouzols avoit
vendu le Regiment Royal Pićmont
, Cavalerie , au fils de
M' de Laffay ; ce Regiment a
efté vendu à M' le Comte de
Manicamp , frere de M' de
Laffay , & fils de M ' de Montataire
, de fon fecond mariage
avec Mlle de Buffy , fille de feu
M le Comte de Buffy Rabu
250 MERCURE
tin. Le nom de leur Maifon
eft Madaillan de Lefparre , &
leurs anceſtres font connus
dans Froiffart, & dans les autres
Hiftoriens de ce temps - là , fous
le nom des Sires de Lefparre.
On s'eft trompé lorſqu'on a
mis, en parlant le mois paflé, du
Benefice donné par le Roy , à
M' l'Abbé de Maria
, que
l'Evêque d'Agen en avoit parlé
avantageufement à Sa Majefté,
ce Prelat ne le connoift point,
& c'eft par d'autres endroits
que le Roy a efté informé du
merite de cet Abbé.
M
S. M. a donné la SouflicuGALANT
25T
tenance des Gendarmes , vacante
par la mort de Mr le
Marquis de Carmain , à Mr de
la Serre , Aide- Major de ce
Corps ; ce Gentilhomme eft
connu par Les fervices , par fon
merite particulier , & par une
naiffance confiderable. Sa famille
a produit plufieurs perfonnes
qui fe font diftinguées
en portant les armes pour
fervice de nos Rois . Le pere &
Payeul de celui qui fait le fujet
de cet Article , les ont portez
toute leur vie , & s'y font acquis
beaucoup de reputation.
Feu Mr de la Serre , bifaycul
lc
252 MERCURE
de celuy d'aujourd'huy,fut fort
confideré de Mr le Cardinal de
Richelieu , qui luy donna des
marques d'une confiance tresparticuliere
, & qui l'employa
en des occafions qui marquoient
bien le cas qu'il en faifoit.
L'eftime de ce grand Miniftre
étoit un éloge parfait
pour ceux à qui il l'accordoit ;
ainfi on doit fe former une
idée bien avantageufe de celuy
dont je parle , puifque nonfeulement
il eut part à la bienveillance
de ce Cardinal , mais
qu'il en cut auffi dans les affaires
les plus fecretes . Celuy qui
1
GALANT 253
По
vient d'être nommé Sous - Lieutenant
des Gendarmes , s'eft
acquis beaucoup de reputation
par la belle Relation qu'il fit
aprés la bataille d'Hochftet ,
pour juſtifier la Gendarmerie .
Le Roy a donné l'Enfeigne
de Gendarmerie , que M' de la
Serre avoit , avec fon Aide-
Majorité , à M' le Chevalier de
Baufremont, & S.M. luy a auffi
donné un Brevet de Mestre de
Camp.CeChevalier qui ſert depuis
plufieurs années , eft frere
de M' le Marquis de Liftenois ,
dont je vous appris le mariage
avec Mlle de Mailly , dans ma
J
254 MERCURE
Lettre . Je n'ay rien de nouveau
à vous dire fur la maifon de
Baufremont , dont je vous av
donné un grand article , en
Vous apprenant ce mariage.
M' le Chevalier de Baufremont
eft fils de M' le Marquis de.
Meximieux , qui s'eft diſtingué
tant qu'il a vécu par
chement aux interefts du Roy,
& petit-fils du Marquis de Baufremont
, qui donna de frequentes
marques de fon courage
dans les guerres que l'Efpagne
eut à foutenir contre les
ennemis , au commencement
& vers le milieu du fiecle derfon
attaGALANT
255
nier. M' le Chevalier de Baufremont
, joint à une naiſſance
tres illuftre , un merite genera-
& une valeur lement
reconnu ,
déja
éprouvée
en plufieurs
occafions
.
M' le Marquis de Saché a
époufé Mile de la Frezeliere ;
& M' le Marquis de la Frezeliere
pere de cette Demoiselle ,
s'eft démis en fa faveur de la
Charge de Lieutenant General
de l'Artillerie. M le Marquis
de Saché eft fils de feu M le.
Comte de la Mothe & de Dame
N... Morin. M' le Comte.
de la Mothe étoit frere de M
256 MERCURE
de Saché , qui eft mort fans laiffer
d'enfans de Dame N... de
la Rongere fon épouſe. Mlle de
la Frezeliere eft de la maiſon
de Frezeau , fort ancienne dans
l'Anjou , & déja connue dans
les treize & quatorziéme fiécles
. Feu M'l'Evêque de la Rochelle
, qui avoit long- temps
porté les armes avant que de
s'engager dans l'état Ecclefiaftique,
étoit oncle de cette Demoifelle,
qui eft tres aimable, &
qui a efté élevée avec beaucoup
de foin M' le Marquis de Sache
eft encore fort jeune ; il joint à
une naiffance diftinguée toutes
GALANT 257
les qualitez qui peuvent rendre
unCavalier tres acompli. Il a déja
fait une campagne ou deux,
où il se ft acquis beaucoup d'eftime.
Sa maiſon cft originaire
de Normandie , quoy - qu'elle
foit à prefent établie ailleurs .
Mr l'Abbé Rolle foutint
une Thefe de Tentative dans
la Salle de Sorbone le premier
de ce mois ; il eut pour Prefident
un des plus grands hommes
de ce fiecle : c'eft le Pere
Alexandre qui a enrichi l'Eglife
d'une quantité de beaux ouvrages
, du nombre defquels eft
fa belle Hiftoire Ecclefiaftique.
Fevrier 1706. Y
•
2,8 MERCURE
•
L'affemblée fut tres belle & tres
nombreuſe : prefque tous M
de l'Academic des Sciences , &
de celle des Infcriptions y affifterent.
Il y eut quantité de perfonnes
de diftinction , ainfi que
plufieurs Prelats . Mr. l'Abbé
Rolle fut admiré de tous ceux
qui l'entendirent par la vivacité
& folidité de ſes réponſes ;
il répondit fur-tout à fon Prefident
qui luy propofa de tres
fubtiles difficultez , avec beaucoup
d'habileté & une grande
prefence d'efprit , & toute l'affemblée
avoua qu'on ne pouvoit
mieux répondre. Le Sou
GALANT 259
tenant brilla encore beaucoup
dans l'Argument que luy fit M³
l'Abbé Goubier Bachelier de la
maifon de Navarre. La difficulté
regardoit la Viſion beatifique
, on ne peut la pouffer avec
plus de feu que le fit Mr Goubier,
il rapporta des Paffages de
S. Chryfoftome , puiſez dans la
fource même. Le Répondant
donna à ces difficultez propofées
, avec la plus fine dialectique
, de bonnes folutions ; &
rien ne l'embarraffa . C'eſt dans
cette occafion qu'il reçut encore
de grands éloges ; & le Pere
Alexandre avoua qu'il y avoit
Y
ij
260 MERCURE
long- temps qu'il n'avoit preſidé
à une Theſe dont il fut plus
a
content.
Mr l'Abbé Rolle eft fils de
Mr Rolle de l'Academie des
Sciences , fameux Geometre ,
& dont le démeflé avec Mr Saurin
pour l'infuffifance de la Me
thode des Infiniments petits de
feu M' le Marquis de l'Hôpital, -
fait un fort grand bruit.
M' l'Abbé du Champ- du-
Mont , Chanoine de l'Eglife
Collegiale de S. Martin de
Tours, foutint fa Mineure dans
la Salle de la Maifon de Navarre
dont il eft Bachelier.
GALANT 261
Quoyque cet Abbé ſoit de la
derniere Licence , & qu'ainfi
cette Thefe eut dû eftre foutenuë
l'année paffée ou la precedente
, cependant , à la confideration
de M' le Duc du Maine
à qui elle eftoit dediée , la
Faculté de Theologie a bien
voulu paffer fur les regles
& accorder à M' l'Abbé du
Champ un delay de quelques
mois , à caufe de quelques perfonnes
qu'il fouhaittoit qui s'y
trouvaffent , & qui n'y auroient
pû affifter plûtoft. M ' l'Evêque
de Toul prefida à cette Thefe ;
& il propofa trois difficultez
262 MERCURE
La premiere fut fur la Confir
mation ; ce fçavant Prelat pretendoit
que
le Rite avec lequel
on reconcilioit autrefois les Heretiques
avec l'Eglife , eftoit le
Sacrement de Confirmation
proprement
dit , & qu'ainfi ce
Sacrement
fe renouvelloit
,puifque
lesHeretiques
l'avoien idéja
reçu . La feconde difficulté fut ,
fur la deft uction de la matiere
dans l'Euchariftie
, & la troifiéme
fur la Communion
fous les
deux efpeces
. On ne peut parler
avec plus de grace & de folidité
que le fit ce Prelat ; le Répondant
ſe ſurpaſſa auſſi dans
V
GALANT 263
cette occafion. Les Bacheliers
de l'ancienne Licence argumen-
Iterent tous , il n'y eut que M
en
Michel
Prieur
de
la
nouvelle
Licence
,
qui
difputa
,
il
parla
avec
force
&
avec
un
feu
extraordinaire
.
Plufieurs
Officiers
de
la
Maifon
de
Mr
le
Duc
du
Maine
fe
trouverent
à
cet
Acte
,
dont
Mr
le
Comte
du
Rozel
,
parent
du
Répondant
,
faifoit
les
honneurs
.
Ily
eut
beaucoup
de
Vers
François
&
Latins
diftribuez
à
la
gloire
de
Mr
le
Duc
du
Maine
,
dont
on
voyoit
le
portrait
tres
-reffemblant
dans
la
Thefe
,
avec
264 MERCURE
tous les ornemens qui convien
nent aux differentes dignitéz
dont ce Prince eft revêtu. On
vit à cet Acte un grand nombre
de Prelats , entr'autres M' les
Archevêques de Bordeaux ,
d'Auch , les Evêques d'Aire , de
Carcaffonne , d'Oleron , &c.
avec un grand nombre de perfonnes
de la premiere qualité.
La plus part de ceux qui difpu
terent , preluderent par des
Eloges de Mr le Duc du Maine.
On y loüa beaucoup ce Prince
fur fon amour pour les Sciences
, & fur fon goût pour tout
ce qui regarde les beaux Arts.
Vous
GALANT 265
1
Vous fçavez que Monfieur &
Madame la Ducheffe du Maine ,
donnent tous les ans pendant
le Carnaval , des divertiffemens ,
où la magnificence , quelque
grande qu'elle foit , brille fou
vent beaucoup moins que l'efsprit
la galanterie & le bon
goût . Ils ont ouvert cette année
ces divertiffemens par une
piece de Theatre de la
compofition
de M' l'Abbé Geneft de
Academie Françoiſe , & qui a
donné au public , la Tragedie
intitulée , Penelope dont lc
grand fuccés a répondu à la
beauté de ce Poëme.
Fevrier 1706 .
>
Ꮓ
266 MERCURE
clagny
Celuy qui a efté reprefenté à
fous le nom de Jofeph.
n'a pas moins tiré de larmes .
qu'il s'eft attiré d'applaudiffemens
des Auditeurs , & quoy
qu'il ait efté repreſenté trois
fois , la foule y a toujours efté
grande , les applaudiffemens
toujours égaux , & les larmes
qu'il a fait répandre , ont toujours
caufé beaucoup de plaifir ,
puifqu'il n'en eft point qui touche
davantage , & auquel on
foit plus fenfible , qu'à celuy
qui eft caufé par des larmes de
joye. M' l'Abbé Geneſt a confervé
dans cet ouvrage la fide-
4
A
GALANT 267
"
lité de l'Ecriture , & la fimplicité
majeſtueuſe de l'Ecrit Sacré
qu'il a imité dans l'expref-
Gion , paroift auffi dans la conduite
du fujet. Madame la Ducheffe
du Maine reprefentoit
Azanesh , femme de Jofeph , &.
quoyque M l'Abbé Geneft
n'en ait trouvé que le nom dans
le lieu où il a puifé fon Sujet ; le
caractere qu'il luy a donné , a
paru tout - à - fait convenable,
Madame la Ducheffe du Maine
joüa ce Rôle avec une Nobl ffe
delicate , & un agrément qui
l'a fait admirer . Mlle de Merus
reprefenta Thermafis , Dame
Z ij
268 MERCURE
Egyptienne , Confidente d'Aazaneth
& M le Baron le
Pere , qui reprefentoit Joſeph ,
joua ce Rôle d'une maniere
qui ne peut eftre imité, & toute
l'Affemblée trouva qu'il n'a-'
voit jamais mieux joué. Monfieur
de Malezieu fit le perfonnage
deJuda , & la force de fon
jeu luy attira de grandes loüanges.
Il fut imité par fon fils aîné
dans le Rôlle de Ruben . Un
de fes plus jeunes reprefenta
Benjamin , & fon air d'innocence
, & fa beauté , toucherent
extrêmement
. M de Vernonfelles
, Gentilhomme
de MonGALANT
269
د
fieur le Duc du Maine , repre-
Lentoit Simeon & ce Gentil
homme ayant cfté obligé de
partir pour s'embarquer
avec
Monfieur le Comte de Toulouze
, M le Marquis de Roquelaure
joua fon Rôle dans la
troifiéme
Repreſentation , quoy
qu'il n'eut eu que trestemps
pour l'apprendre . Ce
Marquis qui eft Lieutenant
de
Gendarmerie , n'eft
tres - peu
de
pas
moins
diftingué par fa
valeur que par
fon efprit. Le Jeu de M' le Marquis
de Gondrin , fut admiré
dans le Rôle de Pharaon . Ce
Marquis a tres bonne mine , il
Z iij
270 MERCURE
eft admiré de toute la Cour , &
fa prefence ne peut manquer de
luy attirer des
applaudiffemens.
M' d'Erlac , Capitaine aux Gardes
Suiffes , s'acquita tres- bien
du Rôle de l'Intendant , ou
Major dome de Jofeph , & il
entra parfaitement dans le Rôle
qu'il reprefentoit . M' de Rozeli
fit celuy d'un vieil Hebreu ,
que Jofeph venoit de tirer d'ef
clavage , & qu'il arrêtoit auprés
de luy dans la Maifon de Jacob.
Tous ces Meffieurs animez du
defir de plaire à Monfieur & à
Madame la Ducheffe du Maine,
& par l'exemple d'une fi granGALANT
271
de Princeffe , ne negligerent
rien pour l'execution de leur
Rôle , & l'on peut dire , qu'il
feroit difficile de trouver ailleurs
des Spectacles de cette nature
mieux executez .
La curiofité ont marqué de tous ceux qui
de
de empreffemens
de voir cette Piece , n'a
pú eftre fatisfaite , parce que
fon n'en a donné que trois Reprefentations
, les divertiffemens
de Marly & de Seaux , ayant
occupé le refte du Carnaval .
Le dernier Samedy du Carnaval
, il y eut un grand Bal ferieux
à Marly. Le Roy , la Rei
Z iiij
272 MERCURE
;
ne , & Madame la Princeffe
d'Angleterre s'y trouverent.
Ce Bal fut des plus brillans ,
toutes les Dames eftant parées.
d'un grand nombre de pierreries
il fut fuivi d'un grand
foupé , aprés lequel leur Ma
jeftez Britanniques , & Madame
la Princeffe d'Angleterre
, retournerent
à S. Germain. Il y
eut encore Bal le Lundy fuivant
, où le Roy d'Angleterre ,
& la Princeffe fa foeur , vinrent
fuperbement maſquez , & d'une
maniere toute extraordinaire
; il fe trouva beaucoup d'autres
Mafques à ce Bal. La Reine
GALANT 273
d'Angleterre demeura à S. Ger
main , où le Roy fon fils & la
Princeffe fa fille retournerent
aprés avoir foupé . Le lendemain
, Mardy , il y eut encore
grand Bal , avec cette difference
, que ce dernier Bal ne commença
qu'aprés le foupé , &
qu'il ne fut permis d'y entrer
que mafqué ; ce Bal fut ouvert
par Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & par M ' le Duc
d'Enguien ; il dura jufqu'à quatre
heures du matin , ce qui fut
cauſe qu'on ne fervit que
caux . Le Roy d'Angleterre ne
vint point ce jour là à Marly ,
parce que ce Prince donna un
des
274 MERCURE
grand Bal à S. Germain , qui
fut accompagné d'un foupé
magnifique . Je ne vous dis rien
de la magnificence qui a paru
dans tous les divertiffemens de
Marly , puifqu'elle eft infeparable
de la Cour de France ,
même dans les temps où elle
n'a pas deffein de fe diftinguer
par une parure extraordinaire.
Comme toute la Cour ne
pouvoit prendre , à Marly , les
divertiffemens du Carnaval ,
Monfieur le Duc du Maine
permit l'entrée de Sceaux pendant
ces trois jours , à tous
ceux qui voulurent venir dans
ce lieu delicieux , & comme la
GALANY 275
magnificence , le bon gouſt &
les manieres obligeantes du
Prince & de la Princeffe qui
font les honneurs de ce lieu ,
ne font inconues à perfonne ,
on ne doit pas s'étonner fi malgré
la longueur du chemin
qu'il faut faire pour s'y rendre,
l'affluence du plus beau monde
ya efté grande outre les perfonnes
de diftinction qui forment
ordinairement la Cour de
Monfieur le Duc & Madame
la Ducheffe du Maine , Mlle
d'Enguien , Mlle de Charolois,
Mefdames les Ducheffes de la
Ferté & d'Albemarle , M &
*
276 MERCURE
Mlle de Langeron & pluſieurs
autres perfonnes d'un rang
diftingué y ont demeuré pendant
fes divertiffemens , qui ont
duré trois jours , & qui ont eu
chaque jour la grace de la nouveauté
à caufe de la varieté des
plaifirs & des Mafques qui y
ont paru fous toutes fortes
de figures ; & Monfieur &
Madame la Ducheffey ont
auffi pris part , & ont menagé
leur temps pour s'y trouver
, quoi qu'ils ayent efté des
divertiffemens de Marly. Il y a
eu deux tables ouvertes pendant
ces trois jours , l'une de
ย
T
GALANT
277
vingt , & l'autre de douze couverts
, toutes deux fervics avec
la même délicateffe , & la même
profuſion . Les plaiſirs ont fuccedé
les uns aux autres , & ils
ont efté mêlez des jeux d'ef
prit où excelle Madame la Ducheffe
du Maine , qui par le
brillant de fon efprit divertit fi
agréablement ceux qui ont
l'honneur d'avoir part à ces
jeux , Le premier Bal commença
lc
Dimanche à l'iffuë du ſoupé
& il dura jufqu'à quatre heu-'
res du matin ; on danfa dans
plufieurs pieces des grands appartemens
du Château . On eut
278 MERCURE
la curiofité de faire compter
les Caroffes qui étoient venus
de Paris , & il s'y en trouva
460 outre les Chaifes de pofte,
& les autres Chaiſes . On peut
juger par ce grand nombre de
Caroffes , de l'affluence
du ,
monde dont les lieux deftinez
pour la danfe devoient eftre
remplis , & il eft mal aiſé de s´imaginer
que tout s'y foit paffe
fans confufion . On doit juger
par le grand nombre de Mafques
qui fe trouverent
au Bal
de l'agreable varieté que devoit
produire aux yeux tant de Mafques
differens , les uns fuperdesiGALANT
279
bement vêtus , & les autres de
quantitez de manieres differentes
, & dont les habits bizarres
, crotefques & de nouvelle
invention attachoient
les regards , de forte que les
yeux n'eurent pas moins de
part à cette Fefte , que les oreil
les & le gouft. Les fruits , les liqueurs
& les confitures feches,
Y furent prodiguez , & ce qui
doit paroiftre hors de vray femblance
à caufe du prodigieux
nombre de Maſques ; perfonne
ne fe plaignit d'avoir manqué
de quelque chofe. Le bon ordre
ne fut pas feulement obfer,
280 MERCURE
vé dans les lieux où on danfoit;
il s'étendit plus loin. Les avenuës
, les entrées, les cours & les
iffues étoient éclaireés par un
grand nombre de falots . Les
Caroffes dont je vous ay déja
marqué le grand nombre , arrivant
prefque à la meſme heure
, ne laiffoient pas d'entrer
avec facilité. Ils entroient par
un coſté , & fortoient par un
autre , & ainfi le chemin & l'accés
étoient toujours libres &
dégagez. On ne peut exprimer
jufqu'où alla la prévoyance de
Monfieur le Duc du Maine
pour empefcher que dans une
GALANT 281
fi grande foule, quelque chofe
puft approcher du defordre &
de la confufion . L'attention de
Madame la Ducheffe du Maine
ne fut pas moindre pour faire
danfer tous les Maſques à leur
tour , & afin que toute l'Af
femblée fut également fatisfaite
, ce qui réuffit parfaitement
à ce Prince & à cette
Princeffe .
Le Lundy , aprés quelques
divertiffemens où l'efprit cut
beaucoup de part , la Comedie
des Fâcheux fut repreſentée ;
Madame la Ducheffe du Mainc
qui joua un Rôle Comique
Février 1706 . A a
282 MERCURE
dans cette Piece , ne ſe fit pas
moins admirer qu'elle avoit fait
dans le Rôle ferieux qu'elle
avoit joué à Clagny , quelques
jours auparavant , & dont je
vous ay déja parlé. Cette Princeffe
y fit jouer Mlle de Beauval
, Mr le Baron le pere & Mr
de Rofely , qui ont quitté le
Theatre , aprés s'y eftre fait admirer.
Le foupé fut fervi aprés
la Comedic & il fut fuivi
d'un Bal particulier , où les
perfonnes de cette Cour danferent
feulement .
Tous les Mafques furent
encore reçus le lendemain dans
GALANT 283
ce lieu enchanté, & le bruit du
bon ordre qu'oy y avoit trou
vé le Dimanche précedent , du
plaifir qui avoient cu tous ceux
qui avoient efté de la magnificence
de la nombreuſe Affemblée
qui s'y étoit trouvée ,
& de l'accueil qui luy avoit efté
fait par Monfieur &
par Madame
la Ducheffe du Maine ,
fut caufe que tout Paris fe mit
en mouvement pour ſe rendre à
Sceaux ce jour- là . En effet , le
concours de Mafques y fut
beaucoup plus grand qu'il ne
l'avoit efté le Dimanche , &
l'on en doutera pas , lorſqu'on
A a ij
284 MERCURE
fçaura que l'on y compta prés
de fept cent Caroffes , & comme
le temps ne permettoit pas
d'y venir fans flambeaux , &
que quantitez de ces Caroffes.
eftoient éclairez par deux ou
trois chacun ; toute la Campagne
depuis la fortie du Fauxbourg
, jufqu'à Sceaux , eftoit
brillante de lumiere . Ce fpectacle
fut d'autant plus beau ,
que toutes ces lumieres firent
briller les habits des Mafques
qui rempliffoient les Caroffes
, & que ces Caroffes formerent
une espece de Cours
éclairé par plufieurs rangs de
GALANT 285
lumieres. On peut juger par la
magnificence
de ce grand
nombre de Mafque , de la
beauté dont l'Affemblée devoit
cftre compofée , le brillant
de tant de riches habits
cftant redoublé par les lumieres
dont tous les appartemens
de Sceaux eftoient éclairez
, & qui paroiffoient
doublées
dans un grand nombre
de glaces , auffi bien que l'Af
femblée . Enfin il eftoit impoffible
de voir ailleurs un plus
grand amas de riches étoffes ,
de pierreries & de lumières , &
peut dire l'on
que
c'eftoit un
286 MERCURE
enchantement. Cependant l'ordre
qui fut obfervé ce jour - là
en eftoit encore un plus grand,
-puifque l'Affemblée étoit beaucoup
plus nombreuſe que le
Dimanche precedent. On peut
juger par le grand nombre de
perfonnes qui la compofoient,
& à qui la chaleur inévitable
dans ces fortes d'occafions ' ,
caufoient une grande alteration
, combien il falut d'Eaux
pour rafraichir tant de perfonnes
échauffées , par la foule,
par la pefanteur de leurs riches
habits & par la quantité
de lumieres. Cependant la
GALANT 287
grande abondance de toutes
chofes , & le bon ordre avec
lequel les Eaux ,les Liqueurs , les
Fruits & les Confitures féches
furent diftribuées dans tous
Ics lieux où l'on danſoit , dans
tous les lieux où l'on paffoit ,
& meſme en beaucoup d'autres
deftinez pour faire cette
diftribution , furent caufe que
l'on eut pas feulement le temps
de fouhaitter les chofes dont
on avoit befoin , & que
cun s'en retourna comblé de
fatisfaction & de plaifir , & en
donnant mille foüanges au
Prince & à la Princeffe qui leur
cha288
MARCURE
avoit procuré tant de fi grands
plaifirs , & dont ils avoient
jouy fans aucune incommodité.
Ces divertiffemens étoient
la fuite de ceux que l'on avoit
pris à Paris pendant les fix femaines
du carnaval , & furtout
pendant la derniere quinzaine ,
durant laquelle il y a eu pluplufieurs
bals magnifiques ;
ceux dont on a le plus parle,
& qui ont fait le plus de plaifir
, ont été donnez par M' le
Marquis d'Etampes dans le Pa-
Jais Royal, par M les Envoyez
de Mantouë & de Genes , & par
M
GALANT 289
M' Manfart. On en a auffi don ,
nez plufieurs qui ont été nommez
Bals de jours, parce que l'on
n'y a danfé que l'apreldinée.
Celuy de ces bals qui a le plus
brillé a été donné à l Hôtel de
Conty. Je n'entre dans aucun
détail de tous ces divertiffemens
, & je ne nomme pas
même tous les lieux où ils ort
eſté donnez , parce que cela me
meneroit trop loin . Pendant
que le Peuple prenoit les divertiffemens
de la faifon , il vit arriver
Monfieur de Vendofme ,
qui traverfoit Paris ,pour fe rendre
à Marly. A peine cût - on
Fevrier 1706.
Bb
290 MERCURE
apperçu ce Prince à l'entrée du
Fauxbourg
, par lequel il arri
voit , que le Peuple fe fouvenant
de fa longue abfence , &
que ce Prince luy avoit fouvent
donné occafion d'allumer
des
feux de joye, & de rendre graces
à Dieu de fes Victoires
,
qu'il fit éclater des marques du
plaifir qu'il recevoit . Ces fignes
d'allegreffes
furent non feulement
continuez
dans toutes les
rues de la Ville où ce Prince
paſſa , mais auffi dans tout le
chemin jufqu'à fon arrivée dans
le Château
de Marly. Le Roy
ayant fçu qu'il entroit dans
a
GALANT 291
"
Appartement où Sa Majesté
étoit , fe leva pour l'embraffer,
& luy dit qu'Elle étoit bien aife
de le revoir dans le même
lieu où il avoit pris congé d'Elle
il y avoit quatre ans , & qu'
Elle fentoit autant de plaifir de
le voir , que toute la Cour en
avoit témoigné d'impatience
.
Le bruit de fon arrivée fe répandit
auffitoft dans les Sallons
de Marly, où la Cour prenoit
le diveriffement de la Mufique :
elle fut interrompuë, Monfeigneur
le Dauphin s'étant levé
pour lembraffer ce Prince , &
l'ayant entretenu pendant quel
Bb ij
292 MERCURE
que temps. Je ne vous dis rien
des complimens
qu'il reçût de
toute la Cour, vous pouvez aifément
vous les imaginer
. I
fut vifité le lendemain
dans
fon Appartement
, par toutes
les perfonnes
de la plus haute
diftinction
qui fe trouvoient
alors à Marly
.
Plufieurs s'offrirent à le regaler
, il accepta les offres de
quelques-uns , & il fit l'honneur
à M de Chamillart , d'aller le
dernier jour du carnaval fouà
fa maifon de Leftang. Jude
la fatisfaction du Roy,
de voir que tout fe prepare
per
gcz
GALANT 293
pour achever de ruiner fon
plus irreconciliable ennemi , &
que ceux qui doivent le plus
contribuer à fà ruine font fi
bien d'accord. Monfieur de
Vendofme n'a point quitté
Marly , tant que le Roy y a
demeuré , & quand Sa Majesté
eft partie pour Verſailles >
ce
Prince eft allé à fa maifon d'Anet
, où il a eſté vifité par un
grand nombre de Seigneurs
qui n'étoient pas du dernier
Marly , par tous les Officiers
Generaux d'Italie qui font icy ;.
& par tout ce qu'il y a
de perfonnes
de diftinction dans la
Bb iij
294
MERCURE
Province où le Château d'Anet
eft fitué. Il a enfuite été
paffer quelques jours à Meudon
, & il doit refter à Verfailles
pendant les 5 ou 6 jours , qui
precederont fon départ , qui
doit être dans peu. Il y a lieu
d'efperer de grandes chofes aprés
fon retour en Italie, puifque
ce Prince aura pris des leçons
du Roy , qu'il a toujours
parfaitement bien exécutez les
ordres , qu'il eft infatigable ,
qu'il fçait à fond le mêtier dont
il fe mêle, qu'il connoift le pays
où il doit agir, & qu'il eſtaimé
des troupes qui feront touGALANT
295
jours preftes
à luy obéir , à le
fuivre par tout , & à expofer
leur vies fous fes ordres pour le
fervice
d'un Roy , qui fait plus
pour elles qu'aucun
Monarque
n'a jamais
fait , & qui voyent
des retraites
affurées
pour ceux
qui deviendront
invalides
. Mr
de Vendofme
, en quittant
l'Italie
, avoit laiſſé une grande
confternation
dans le Mantouan
, & dans la Lombardie
,
& l'on peut même
dire que
tous les fujets que le Roy d'Efpagne
a en Italie , étoient
fâchez
de fon départ
; mais fa
préfence
va dans peu redonner
Bb iiij
296 MERCURE
le calme à tous ceux qui la fou
haitoient avec tant d'ardeur .
Depuis la prife de Barce
lonne , on a parlé fous le nom
d'Affaires de Catalogne,de tout
ce qui s'eft paffe dans cette Principauté,
dans le Royaume d'Arti
ragon , dans celuy de Valence, r
fur les Frontieres de celuy dep
Murcie , fur celles de Caftille
qui regardent le Royaume de
Valence , & dans le Rouffillon , p
& la grande union qui fe trou- 1
ve entre tout ce qui regarde ces
differens Etats , dans la conjoncture
prefente , obligent d'ens
ufer de la forte : En effet , tout
GALANT 297
ce qui fe paffe dans tous ces
lieux là , ont le même objet
pour but , il ne s'agit que d'une
même affaire ; cependant les Relations
que l'on fait de tout ce
qui s'y paffe chaque jour , ne
laiffent pas d'eftre fort embaraffantes
, & il eft même prefque
impoffible de les faire fans
quelque forte de confufion ,
puifque lorfque l'on parle de ce
qui s'eft paffé dans l'un de ces
Etats , celuy dont on vient de
parler fournit une maticre nouvelle
; & comme il en eft de
mêmede tous les autres , on ne
peut faire un corps hiſtorique
298 MERCURE
་
qui foit fuivi , de tout ce qui fe
paffe dans ces differens Etats
qui foit fuivi , puifqu'on eft
quelque fois obligé de parler
du même Etat à plufieurs reprifes
dans la même Relation ;
mais quoy qu'il paroiffe par là,
que ceux qui écrivent , fortent
fouvent de leur matiere pour
en reprendre d'autres , on ne
doit pas condamner ceux qui
en ufent ainfi , lors que l'on
confiderera l'impoffibilité qu'il
y a de faire autrement . Je vais
me tirer d'affaire là- deffus le
micux qu'il me fera poffible,
& quoy que vous ne trouviez
GALANT 299
pas
la grace de la nouveauté
dans tout ce que je vais vous
dire , à caufe de la grande quan
tité de Nouvelles que l'on debite
tous les jours , tant imprimées
que manufcrites ; vous
aurez l'avantage de les trouver
enfemble ; c'est-à- dire , en un
fans
quoy
dans la
feul
corps ,
fuite
des
temps
, beaucoup
de
chofes
qui
y font
renfermées
,
échaperoient
à la poſterité
puis
qu'il
eft
difficile
, pour
ne
pas
dire
impoffible
de , ramaffer
& de
conferver
tous
les
écrits
qui
parlent
de
Nouvelles
, &
qui
ne font
que
voltiger
dans
le
300 MERCURE
monde . J'ofe dire de plus , que
ce que je vous envoycray cha
que mois , fur ce que l'on ap
pelle les Affaires de Catalogne,
quoy qu'il embraffe un objet
tres- valte, fera purgé d'un nombre
infini de faufferez , que l'on
met tous les jours dans les Manufcrits
qui paroiffent , & que
l'on avance fur des oui dire , qui
ne font point confirmez dans
la fuite. Ce n'eft pas que je fois
perfuadé que mes Relations
foient toujours exemptes de
fautes ; mais il y a bien de la
difference entre les fautes qui fe
gliffent dans quelques RelaGALANT
gor
tions , dans lefquelles l'homme
le plus exact peut tomber , &
des Relations entierement fabuleufes
, comme l'on en voit
tous les jours . Je puis auffi vous
affurer , que bien que je fois
obligé de repeter beaucoup de
choles qui ont déja efté dites ,
Vous ne laifferez pas de trouver
quelque chofe de nouveau dans
toutes les Relations que je vous
envoyeray , ce qui , avec ce que
jee vous ay déja marqué , doit
cftre compté pour quelque .
chofe.
Je rempliray , autant qu'il
me fera poffible , mes Relations
de Lettres originales.
302 MERCURE
Je vous envoye un extrait
d'une Lettre de Perpignan du
31 de Janvier , dans lequel vous
trouverez des faits dont aucunes
Relations n'ont encore
parlé.
A l'égard de Barcelone , je vous
diray quej'ayparlé à deux Deferteurs
Anglois , qui font icy depuis
trois jours ; & qu'ils m'ont dit ,
comme ils avoient déja fait aux
Puiffances de cette Ville , que dans
Barcelone les Bourgeois avoient
refufé de payer les contributions ,
& qu'ils avoient excité un tumulte,
qu'ils difent devoir eftre
fuivi de quelque plus grand deforGALANT
303
dre. L'Archiduc poury mettre remede
a fait venir auprés de luy
le plus de Troupes Angloifes qu'il
a pú , mais cela n'a fait qu'augmenter
le mal , puifqu'il faut plus
d'argent pour vivre à fes Troupes,
quefi elles eftoient dans Barcelone
; on ne leur donne que fix
liards par jour , ce qu'ils affurent
ne leur fuffire que pour acheter du
painpourdéjeuner ; & qu'ils deferteroient
tousfiles paffages n'estoient
pas auffi bien gardez qu'ils le font
par les Payfans. Ils m'ont dit auffi
qu'il y avoit beaucoup de diffen
terie dans Barcelone , & une espece
de maladie contagieufe , qui a esté
304 MERCURE
caufée par la mauvaiſe nourriture
les remuëmens de terre ,
& par
a
qui ont gâté les eaux , & infecté
Pair , en forte qu'ils jurent qu'ily
a eu des jours où ils ont vu enterrer
jusques à deux cent & deux
cens cinquante hommes . Il y atrois
jours qu'il nous eft arrivé deux ou
trois Bataillons par jour ; il y
encore dans Barcelone trois partis :
celuy de l'Archiduc , celuy des
Brutiflers ou de Philippe V.
luy des neutres. Ils vont la nuit
dans les maifons les uns des autres
; & au qui vive , ils ne manquent
pas defaire le coup de pisto
let , de s'égorger, fans qu'on y
& ceGALANT
305
puiffe mettre remede. A la Campagne
ils font la même chofe
fe cachent derriere les Buif-
م و ن
Jons.
་
La Lettre qui fuit vous aprendra
plus au long , & plus
clairement que l'on a fait jufqu'icy
, ce qui regarde les Evêques
de Murcie & d'Orihuella ,
& qu'ils avoient fait des fonds
pour payer les Troupes , aucune
Relation n'ayant parlé de
cette précaution . Je dois ajoûter
icy que l'Evêque d'Orihuella
cft demeuré à Alicante aprés
fa conquefte,eftant âgé de quatre-
vingt- dix ans , & que les
Fevrier 1706. Cc
306 MERCURE
Troupes de ces deux Evêques
ont efté jontes par plufieurs
Compagnies de Milices du
Royaume de Murcie , avec un
grand nombre de Volontaires ,
du nombre defquels il y a quel
quesCurez qui conduifent leurs
Paroiffiens.
dubad r
De Madrid le 29. Janvier
1706 .
Vn Courier depeché d'Alicante
appris que
les Rebelles s'eftoient
entierement diffipez ,&que Dom
Francifoo Davila leur Chef ,
avoitpris la fuite : ils fe font retirez
de la Ville de Saint-Jean ,
où ils ont laiffé quatre Canons
GALANT 307
quantité de pain ; les Evêques de
Marcie d'Orihuella fe font
joints es ils ont deux cens hommes
deTroupes reglées &environ trois
mille hommes de Milices bien armez
, commandez par des Officiers
qui ont fervi dans Barcelone , &
par beaucoup de Nobleffe. Ces
Prelats qui ont donné le commandement
de leur petite Armée au
Duc de Serna , à la charge qu'il
nagira que par leurs confeils , la
conduisent à Denia , dont ils venlentfaire
le Siege , ayant du Canon,
pris toutes les mesures neceffaires
pour la fubfiftance , &
pourlafolde de leurs Troupes , ils
Ccij
308 MERCURE
ont même du fond pour les payer
regulierement ; & aprés cette expedition
, afin que les Troupes
les Milices ne defertent pas
qu'ils fervent de meilleur coeur.
Ces fonds proviennent de leurpro
pre revenu , & des contributions
volontaires anfquelles ils sont ent
gagés par leur exemple , la Nobleffe
& les Bourgeois de leurs
Evêchez. Ces dignes Prelatsfont
des exhortations continuelles aux
Peuplespour les engager à garder
fidelité qu'ils doivent au Roy ,
ils en donnent des marques convainquantes
à Sa Majesté Catholique.
Ces Exhortations & les
GALANT 309
Imprimez de la Lettre Paftorale
de Mr. l'Evêque de Murcie , ont
produit tout le bon effet que l'on
devoit efperer , puifque plufieurs
Villes , Bourgs & Villages qui
avoientfuivy le mauvais party ,
font rentrez dans l'obeiffance, Enfin
le calme eft entier à Alicante ,
Nobleffey a fait des merveilles ,
le Corps de la Ville qui s'eftfurpaffé
a dépensé plus de vingt mille écus ,
pour fe preparer à une vigoureuſe
deffenfe le Sieur Sciard & fon
Equipage ont efté d'un grand fecours
en cette occafion . Cette Ville
s'en loue infmiment , & leur auroit
donné des marques de fa fatisfac
la
310 MERCURE
tion fi elle avoit efte en eftat de le
faire.
Mrl'Evêquede Pampelune don
ne au Roy fix mille charges de
Bled ; cette quantité quifera fuffifante
pour la nouriture des Gen...
tilshommes pendantfix mois pourra
eftre transportéefacilement enAragon
, où les terres ne produisent que
pour lafubfiftance du Pays.
Par un Courier que Mr de
las-Torres a dépêché , & qui arriva
icy le 22. au foir , on a appris
que le 17. au matin il envoyafommer
la Ville de Villareal de rentrer
dans l'obéiffance , elle le promit ;
d'abord il y envoya deux déta
"
GALANT 311
enl
chemens des Regimens des Gardes
Espagnoles & Vallones , pourfe
faifir des Fauxbourgs , avec ordre
de ne rien entreprendre qu'à fon
arrivée ; mais les Habitans dudit
lieu ayant manqué de parole ,
faitgrand ces détachemens,
les Soldats irritez , que leurs Officiers
ne purent retenir , rompirent
lesportes à coups de haches , nonobftant
le grandfeu que les Rebelles
firent fur eux. Ces Officiers
irritezfe crurent obligez de foûtenir
leurs Soldats. La Ville fut
forcée , touty fut paſſé au fil de
' épée , le carnage y fut extrême ;
enfuite onfit fortir les femmes
312 MERCURE
les enfans , au nombre de quinze
cens ou environ , on mit le feu
à la Ville , quifutreduite en cendres.
Ily a eu dans cette occafion
cent quatre - vingts hommes tuez
ou blessez , dont onze Officiers Efpagnols
on Wallons. Ce Comte
marcha le 17. aufoir ,
il fit attaquer & brûler quatre
Bourgs ou Villages armez , àdeux
lieues de Valence , qui s'eftoient revoltez
le 18.
Lemême jourBazet & Nebot
fortirent de cette Ville à la tefte de
200 chevaux de 3000 hom
mes de Milices , pourſefaifir d'un
paffage ; mais quatre ou cinq cent
chevaux ;
GALANT
313
effecchevaux
de Mr de las -Torres s'étant
avancez , & feignant de fe
retirer , ils couperent ces Revoltez
qu'ils
attaquérent fi vivement
qu'ils en tuérent quatre cens
tifs , le furplus avec leurs Chefs
senfuit à Valence. On a trouvé
Farmy les morts trois Officiers Anglois
. On a eu que buit hommes
tuez ou bleffez en cette action .
*** Le 23. on eut avis par un Courier
que toutes les Troupes eftoient
arrivées aux environs de Valence,
que cette Ville eftoit
étroitement
bloquée. On
travaille à couper la
petite Riviere quiy paffe , & les
Fevrier 1706. Ꭰ d .
314 MERCURE
S
forte
conduits des Fontaines en
3
qu'on efperoit luy after les eaux
empêcher qu'il n'y entraft des
vivres ; il n'y a point d'apparence
qu'on puiffe l'attaquer jusqu'à ce
que le Canon , qu'avoit Mr le
Prince de Serclaes , foit arrivé.
Mr de las-Torres n'en ayant pas
une piece.
Le 24. on fut informéque Mr
de las-Torres avoitfait publier une
Ordonnance , pour enjoindre aux
Habitans aux Payfans du
Royaume de Valence , de luy apporter
leurs armes , à peine de la
vie , & que ceux qui s'en trouveroient
faifisferoientpendus fur le
તે
GALANT 315
champ ; qu'ils s'empreffoient d'obéir
, & que l'exemple de Villareal
avoit obligé quantité de Killes ,
Bourgs & Villages , à rentrer dans
l'obéiſſance , qu'il n'y a plus que
Denia , Saint- Mattheo , Vivarez,
la Capitale , quiperfiftent
dans la Rebellion : il fera facile de
les réduire auffi - toft que les fixe
pieces de canon , & deux mortier's
l'on attend , feront arrivez ,
les travaux pour couper laRiviere
les Fontaines fe continuënt
avec fuccés , qu'ils feront
finis inceffamment, & que Valence
eft fi étroitement bloqué , qu'il
n'y peut entrer de vivres.
sque
que
Dd ij
316 MERCURE
de
Parun Courier arrivé de Cadix
la nuit derniere , on me mande par
plufieurs lettres du 23. que les dou
ze Vaiffeaux qui estoient dans la
Baye de Gibraltar , ont paſſé le
17 ; que le 19. aprés midy il y en
entra d'autres venus du Levant
au nombre de vingt - trois, dont neuf
de guerre, deux Galiottes à Bombes
, deux Flûtes, & de dix Na
vires Marchands, que de ces neuf
Vaiffeaux quifont Hollandois , il
I en a un qui porte Pavillon de
Vice- Amiral, que le 23 .
les vents
eftoient Eft, & qu'on efperoit le
lendemain apprendre leur forme de
la Meditreranée
, que parplufieurs
GALANT 317
Deferteurs de Gibraltar , on a fçû
que la Garnifonfouffroit terriblement
par une extrême difette de
vivres , que quatre onces de bifcuit
par jour, & un real de platte
par ſemaine à chaque Soldat , ce
qui ne monte qu'à environ trois
liards parjour monnoye de France ,
& qu'on s'en rendroit maistre facilement
fi on avoit à portée un
petit Corps de Troupes.
On n'a aucunes nouvelles de Mr
le Maréchal de Teffé , depuis le 18
à cause qu'il aprodigieufement nege
depuis dixjours ; cependant on croit
qu'il se ft mis en marche pour afficger
le Chasteau de Monent , &
Dd iij
318 MERCURE
1.
de là aller fe rendre maiſtre du pont
fur l'Ebre , entre Tortofe & Vi
naros.
Je dois ajouter à l'affaire de
Villareal , qui fait un des Articles
de cette Lettre , quelques
particularitez qui font affez effentielles
pour n'eftre pas ou
bliées, & qui font voir que Mr
de Las Torres n'a pû ni dût
s'empêcher de faire verfer le
fang quia efté répandu ; que ce
n'eftoit pas fon deffein , comme
il paroift au commencement de
la Relation que vous venez de
voir ; mais qu'il y acfté obligé ,
non feulement pour donner un
exemple qui a efté fi utile dans
la faite , mais aufli pour fauver
la vie à quantité d'Officiers &
GALANT 319
de braves Soldats qui auroient
peris , s'il n'en eut ufé de la fortes
vous en demeurerez d'accord
en lifant ce qui fuit .
20YAJY
Lors que Mr le Comte de
Las- Torres entra dans la Ville ,
le Clergé vint au devant de luy
avec le Saint Sacrement. Ce
Comte fit garder à les Troupes
tout le reſpect qu'elles devoient
avoir en femblable occafion ;
mais les Rebelles qui marchoient
aux deux côtez de la Proceffion
& qui eftoient en grand nombre
derriere , ayant tiré plufieurs
coups fans avoir aucuns égards,
& tué quantité de Soldats &
d'Officiers pendant que les
Troupes de Mr de Las - Torres,
qui avoient ordre de ne pas ti
rer , gardoient le refpect auquel
Dd iiij
320 MERCURE
५ Leur Religion , & les ordres qu'ils
avoient reçu , les obligeoient . Cea
Comte fe vit forcé de faire rea
tirer le Clergé , & dés qu'il leur I
vuen fureté, & hors d'eftat d'efas)
fuyer aucun coups , les Troupes
curent ordre d'agir felon les loixe
de la Guerre , & de faire un exemo
ple qui a fait épargner , & quiq
épargnera beaucoup de fang s
dans la fuite de cette Guerre .
Je viens d'apprendre que l'Ar
chevêque de Grenade , à l'eaT
xemple de l'Evêque de Murcie 2
& d'Orihuela , sa déclaré que o
la Guerre prefente eftoit une
Guerre de Religion , & qu'il a
envoyé des Lettres Circulaires
à tous les Ecclefiaftiques de fon
Diocele, pour les exhorter à une
contribution volontaire, Lan
GALANT 321
3 plufpart des Chanoines ont donné
cent piftolles chacun , les autres
Beneficiers ainfi queles Cu
rez & même les Clercs des Eglia
fes , ont contribué chacun à pro
portion de leurs revenus , & cer
Archevêque a nommé un Chanoine
pour venir à Madrid ,
prefenter au Roy. l'argent qu'ilg
a amaffé par cette quefte , pour
eftre employé à la deffenfe de
la Religion ; ainfi voilà cinq
Prelats , en comptant ceux de
Saragoffe , & de Valence , qui
ont donné l'exemple aux autres,
qui , avec lear Clergé , leurs
Diocefains , & leurs revenus ,
doivent exciter toute l'Efpagne
à les imiter. Ce grand Etat
qui contient dix-fept Royau
mes , ne leur fera pas feulement
%
322 MERCURE
D
obligé de tout ce qu'ils font aus
jourd'huy en faveur de leur legitime
Souverain ; mais comme
la veritable Religion ne leur
fera pas moins redevable. Le
Souverain Pontife de cette même
Religion , peut faire tomber
fur eux des récompenfes , qu'il
feul droit de donner , & qui leur
fourniront des occafions de faireencore
plus pour la Religion,
qu'ils ne font aujourd'huy , &
de briller dans des Confiftoires
quand il s'agira de fa deffenſe .
& de fon agrandiffement. M
L'affaire de Mr de Polaftron
a fait affez de bruit , pour n'eftre
ignorée de perfonne ; eftarr
forti la nuit du 14. de Janvier
avec quinze cent hommes , il attaqua
la Ville de Graus , qu'il
GALANT 323
emporta , & qu'il brûla aprés
l'avoir fait piller . Il fit conferver
les Eglifes & les Maifons de
quelques Habitans, dont il eftoit
für de la fidelité , & dans lef
quelles il avoit mis des Sauvegardes
; on en avoit fait fortik
auparavant trois cent Mulets
chargez de butin . La rigueur
donton en ufa fut jugée neceffaire
dans la conjoncture prefente
, & d'ailleurs cette Ville
s'eftoit attirée ce traitement felon
les loix de la Guerre .
Mr le Maréchal de Teffé
après avoir pris Calazeite , &
quelques Poftes des environs , a
efté attaquer Batea qu'il a emporté
d'affaut. Cette Place qui
eft à l'entrée de la Catalogne
couvre le pays jufqu'à l'Ebro ,
L
324 MERCURE
του
& jufqu'à Tortofe . Cependant
plus de trois cens Villes
Bourgs & Vilages de la vallée
de Venos , & du Comté de Ri
bagorea , ont envoyé des Depu
putez auChevalier d'Asfeld , qui
eft à la tête de sooo hommes à
Balbaftro .
Depuis l'invafion de l'Archi
la ville de
Rofe avoit toujours efté dansusun
extréme danger jufqu'au der
nier fecours que Mr le Duc de
Noailles y vient de jetter
Vous avez fçû que les François
empêchoient il y a déja plufieurs
mois l'effet de la confpiration
qui avoit cfté formée
pour la furprendre , & que de
puis ce tems là Mr le Duc de
Noailles s'eftoit donné de
duc en
Catalogne , Arch
L
"
GALANT
325
grands mouvemens pour y faire
paffer des vivres , & une partie
des autres chofes dont cette
Ville avoit befoin , & que les
projets de ce Duc avoient réuf
fi. Cependant , tout cela n'étant
pas fuffifant pour fauver cette
Place; & Mr le Duc de Noailles
ayant formé le deffein de la ra
vitailler entierement dés qu'il
auroit affez de force pour agir
en perfonne , & pour ouvrir la
Campagne , vient d'executer le
projet qu'il avoit formé , & Role
n'eft plus en état de fouffrir,
& de
craindre ; mais pour vous
faire bien connoître le merite de
l'action que fon liberateur vient
de faire , je vous envoye l'extrain
lettre de Rofe du 24
de Janvier .
326 MERCURE
On a reçû ici deux Tartannes
envoyées par Mr le Duc de Noail
les chargées de provifions. On fait
trois ou quatres forties par femaines ,
pour ravitailler, & pour changerla
Garnifen du Château de la Trinité
qui eft à un quart de lieuë de laplace
It y a toujours trois ou quatre mille
coups de Moufquets tirez de part &
d'antre , à cesforties . Il s'eft fauve
plufieurs Officiers par - deffus les murailles
, & ily a beaucoup de maladies
parmi lagarnison, qui nefont
milogez, nourris , ni medicamentez,
& quifont reduits pour tous alimens,
au pain de mnnition , & à an once
de viande par jour. Le Gouverneur
a répondu au Meffager du Commandant
de Figuier , qui efloit un
tambour Anglois , que s'il lui en
failoit faire encore de pareils
GALANT
327
દુ
il feroit pendre à la porte celui
qui viendroit de fa part.
Beaucoup d'Officrers Espagnols &
Napolitains qui ont deferté , & qui
font près de l'Archiduc , ont écrit à
leurs camarades pour les corrompre.
Le Gouverneur eft très - zelé pour
le
5fervice du Roi .
La Lettre du Commandant
de Figuieres , & la réponſe du
Gouverneur de Rofes , viennet
de tomber entre mes mains , je
yous les envoye , parce que ces
deux lettres avec celle qui les
précede, joins à la lettre , & aux
deux relations que vous allez liferont
un affez bon morceau
re ,
d'hiftoire,
"
328 MERCURE
&
LETTRE
014
Du General Anglois Donegal
au Gouverneur de Rofes ,
dattée de figuieres le 20. Janvier
1706.
MONSIEUR.
Fay pris de tellesmefures pour
empêcher que vous ne foyez (ecours ,
qu'il n'eft point au pouvoir des Franfois
de vousfecourir à prefent ny par
mer, nypar terre , &fçachant l'Etat
de vostre garnison , cela fait
que je vous envoye offrir toutes les
conditions qu'un homme d'honneur
peut accepter en toute feureté ; c'eft
pourquoy je vous confeille de les accepter
à prefent , car ce font les der
GALANT
329
nieres offres que je vous feray ;
Je fuis
MONSIEUR
Voftre tres - humble & tresobéïffant
Serviteur , Do-
NEGAL , General des
Troupes de la Reyne
d'Angleterre
.
RE'PONSE
Du Gouverneur de Rofes au
General d'Angleterre, dattée
du même jour.
MONSIEUR ,
F'ay recen voftre Lettre d'aujour
d'huy. Je reconnois , parvos menaces,
combien l'on vous trompe dansles
Avis que l'on vous donne : Tous
vos offres ne pourront jamais cor-
Fevrier 1706 . E e
330 MERCURE
rompre ma fidelité , ny ébranler la
valeur d'un grand nombre de braves
Soldats , dont ma garnifon eft com
Pofée. Nous sommes refolus de de
meurerfideles à noftre Roy Philippe
V. & à deffendre , & conferver cette
Place , fous fa juste , & douce Domination
; & ainfi vos idées ima
ginaires , & celles des rebelles , ne
fauroient nous infpirer que du mépris.
J'ay affez de vivres , & de
munitions pour rendre inutiles tous
les efforts de l'Archiduc. Je vous
remercie cependant des offres que
vous me faites , & que je méprise.
Je ferai tres content fi je puis m'a-.
quiter de mon devoir , enfidele fujet
de mon Roy. F'efpere dans pen
de le voir maistre de fes
Ennemis
avec le fecours de la France , de pardonner
avec clemence à ceux qui ren➡
GALANT 335
treront en leur devoir , & de punir
feverement les plus obftinez , cela
fuffit pour réponse à votre Lettre
DON ANTONIO GONDOLFO
La Réponse du Gouverneur
fait voir fon grand coeur , fa fidelité
inébranlable pour le Roy
fon Maître , & fon intrepidité;
puifqu'il eft conftant qu'il manquoit
de toute chofe , lors qu'il
a écrit cette Lettre , & qu'il auroit
pû fe rendre fans trahir fon
honneur. Car outre l'état où
il fe trouvoit , & qui eft marqué
dans la Lettre du 24.de Janvier,
il a pour toute troupe que deux
Bataillons , fçavoir un Bataillon
François , & un Italien ; & quoy
que l'Italien fuft fidele dans le
caur , comme il eftoit compofé
Ecij
332 MERCURE
d
de Soldats moins aguerris , &
moins endurcis au mêcier de la
guerre , il eftoit tous les jours
fur le point de fe rendre ; de maniere
qu'outre tout ce que les
troupes fouffroient , le Bataillon
François eftoit jour & nuit en
mouvement , parce qu'il eftoit
obligé de veiller fur l'Italien , de
crainte qu'il ne fe rendit .,
Je vous envoye l'extrait d'une
Lettre de Figuieres datté du 12.
de Fevrier , & qui doit fervir de
prélude aux deux Relations
que vous lirez enfuitte . Vous
verrez dans cet Extrait les
moyens dont Mr le Duc de
Noailles s'eft fervi
pour s'atti
rer l'amour , & l'eftime de tout
le Pais avant que d'entrer en
action , quoy que tous ceux qui
GALANT 333
"
portent le nom de Noailles ,
n'aient befoin que de leur nom
pour être aimé en Rouffillon,
Monfieur de Noailles a forcé en
quatre jours les paffages, fecouru
Rafes par terre ; batu lestroupes de
Archiduc par trois fois , & obligé
tout le Lampourlan à venir à l'obéif
fance , & tout ce fans avoirperdu
que quatre hommes : Cela vous
furprendra peut- eftre , fçachant le
peu de monde que nous avions , que
le pays eftoit generalement fous les
armes , foutenus pas trois mille Mi
quelets , par autant de Sommetans,
& parfix cens Anglois , ily avoit
outre cela plufieurs autres difficultez
jugées infurmontables : Mais que
ne dott- on pas efperer d'un General
quifefait aimer depuis le plus grand
334 MERCURE
jufqu'au plus petits , & qui agit
avec toute la prudence , & toute la
bonté imaginable .
On admire les manieres dont il
s'eft fervi pour faire prendre les Ar
mes à tout le Rouillon , & le fuivre
toujours par tout comme des troupes
reglées , & bien difciplinées
Ilal
loit chez les Gentilshommes il beuvoit
& mangoit avec eux, & il les
priait de venirchez luy tous les jours§
enfin rien de tout ce qui pouvoit les
engager au fervice n'eftoit omis : IL
eft fur que tout le monde convient,
que fa prefence , & le nom de Noail
les n'ont pas moins fait dans notre
expedition que les troupes que nous
avions.
1
Monfieur le Duc de Noailles a
conduit cette affaire , depuis le comGALANT
335
mencement
, d'une maniere à faire
plaifir à ceux qui l'aiment. On ne
peut faire voir en même temps plus
dapplication
, plus de fageffe , ny
plus de bravoure. Sa Santé eft devenue
fi forte qu'il n'y a pas un de
nous qui puiffe foutenir autant defatigue
que luy. Toutes les troupes ne
demandent
qu'à le fuivre à luyfaire
plaifir, & à contribuer
à fa gloire ,
& il foutient parfaitement
Pamitié
des peuples & des troupes . Son genie
&fon zele promettent
tout , & ilpa
roit qu'il auroit efte difficile de
mieux faire que lay.
La Relation qui fuit eſt plus
dans les formes que ce que vous
venez de lire.
Mr le Duc de Noailles ayant
336 MERCURE
jugé à propos d'éloigner les ennemis
de lafrontiere , & de dégager Rofes,
qui eftoit bloquédefi prés depuis deux
mois qu'on eftoit dans de continuelles
inquietudespourcette Place , à cau-
Se du peu de troupes , & de munitions
qu'il y avoit ,fe fervit des premieres
troupes qui efloient arrivées
au Rouffillon Sçavoir d'un Regiment
de Dragons , douze Bataillons , les
Miquelets & des Milices du Pays ;
& is ayant fait affembler le 8 à
Bellegarde, il marcha en avantpour
entrer en Lampourdan par la Jonquiere
, & à Agullane qui estoient
occupez par les ennemis Ils vou-
Jurent tenir d'abord contre les premieres
troupes qui fe presenterent ,
mais Mr le Duc de Noailles les
chargea fi vivement >
avec deux
Escadrons du fecond Regiment de
Dragons
GALANT 337
Dragons de Languedoc & la Compagnie
des Gardes de la Province ,
qu'ily eneut plufieurs de pris , & de
tuez, & que le reftefut mis enfuite , we༢ .
de-là , Mr le Duc de Noailles mar-·
cha à Figuieres , où il y avoit des :
troupes Angloifes , & Hollandoifes
; mais fur la premiere nouvelle.
de fa marche , elles s'eftoient retirées
. Ily établit des troupes , & jugeant
neceffaire de faire occuper des
poftes avancez , il marcha ju ques in
fur la riviere de Flavia , & ayant
trouvé les ennemis , il les fit charger.
unefecondefois fi vivement jufqu'an.
de- là de la riviere , que fans deux
ravins quifavoriferent leurretraite,
il ne s'enfroiifauvé aucun ; on ne
fit point deprifonniers ; l'on tua tout
ce que
l'on put joindre , & ilen refta
beaucoup fur la place . Mrie Duc de
Fevrier. 1706. Ff
338 MERCURE
Noailles alla enfuite vifter Rofes
& il établit des troupes dans plus
fieurs quartiers ; Ilva jufques dans
Bafcara , qui n'est qu'à trois lieuës -
de Gironne . Cette expedition est d'au.
tant plus avantageuse , qu'outre
qu'elle delivre Rofes en éloignant les
ennemis elle ouvre un paffage
aux troupes que le Roi a destinés pour
la Catalogne , & il doit faire une
diverfion du côté de Valence , &
& Aragon , en obligeant l'Archiduc
de faire revenir auprés de lui , les
troupes qu'il avoit envoyées pourfoutenir
les Revoltez
>
La Relation qui fuit eftant
beaucoup plus remplie de cir-.
conftances que celles que vous
venez de lire , je crois la devoir
adjouter ici , je vous l'envoye
GALANT 339
dans le même ftile qu'elle eft
tombée entre mes mains .
A Figuieres ce 12 Fevrier 1706.
Dimanche feptiéme de ce mois
Mr le Duc de Noailles partit de
Perpignan & alla coucher à Bellegarde
, où il avoit donné ordre
aux Troupes de fe rendre ce jour- là
& le lendemain au point du jour,
les chofes eftant difpofées , nous
entrâmes dans le Lampourda par
deux cols. Celuy par où nous paffames
nousfut difputépar les Miquelets
de l'Archiduc. L'affairefut
bientoft décidée. Mr le Duc les fit
charger par nos Miquelets,par des
Ff ij
340 MERCURE
la
camper
Troupes de la Province , par
Compagnie des Gardes de Monfieur
le Maréchal de Noailles ,par
feize Carabiniers , & par les
Dragons qui profiterent d'une efpece
de petite Plaine ( à la verité
tres-remplie de roches . ) Ce paßage
fut donc libre , & on alla
à la Fonquiere , à une lieuë fous
Bellegarde , & lefoir à dix heures
Mr de Mailly partit avec un détachement
de huit Compagnies de
Grenadiers , buit cens Fufiliers ,
douze Compagnies de Miquelets ,
les deux Efcadrons de Dragons
de Languedoc , avec ordre d'aller
fe pofter fur le chemin de Figuie
GALANT 341
3
res à Gironne , pour tâcher de couper
Milord Donnegall , avec fa
Garnifon de fix cens hommesqu'il
avoit auffi. La chofe auroit pu
reüffir fi les Soldats n'avoient efté
obligez de paffer cinq fois une riviere
ayant l'eau jufques au genou
. Ce retardement fit que Mr
de Mailly fe trouva au jour à
une lieuë demie de Figuieres
qu'il s'agiffoit de furprendre. Mr
le Duc , qui le fuivoit de prés
voyant le coup manqué , marcha
droit à Figuieres , qu'il trouva
abandonné. Il entra avec la Brigade
de Mailly , & mit le refte
dans les lieux des environs , tout
Ff iij
342 MERCURE
devint calme , & nous allâmes le
lendemain à Rofes , avec autant
de facilité qu'on va de Paris à S.
Denis. Ce jour- là Mr le Duc
envoya fix cens hommes de la
Province de Rouffillon ,fix Compagnies
de Miquelets , & douze
Dragons ,pourfefaifir de Bafcara ,
petit lieu fermé fur le chemin de
"Gironne ; ils trouverent à une lieuë
d'icy les Miquelets de l'Archiduc ,
dont ils tuérent laplus grande partie.
Ce Pays qui eft affez plat fit
que les douze Dragons en hache
rent beaucoup à coups de fabres. Le
refte fe joignità un Corps confide
rable de Revoltez qui eft à Bafca
GALANT 343
ra , au devant de laquelle Ville
ily a une Riviere , ce qui fitprendre
au Commandant du détache
ment le parti de fepofter, & d'en
donner avis à Mr le Duc , qui
marcha hier au matin avec buit
Compagnies de Grenadiers , quelques
Miquelets , les deux Efca
drons de Dragons , la Compagnie
des Gardes , & il fe fit fuivre
trois Bataillons , dont deux eftoient
deftinez pour Bafcara. Lorfque
nous fûmes à la vuë”, nous vîmes
"grand nombre de ces Meffieurs qui
couroient aux poftes qu'ils avoient
fur la riviere qu'il nous falloit
paffer, & qui tenoient une conte,
de
344 MERCURE
nance affez aſſurée ; elle ſe démentit
bientoft en nous voyant avancer,
ayant pris le parti de fe
retirer. Mr le Duc envoya aprés
eux fes Gardes & les Dragons..
fans un ravin impraticable , l'on
en eut écharpé un grand nombre.
Ily a cependant aſſez de cadavres
pourfaire voir que nos épées coupoient
affez bien ; un Officier de
Dragon's fit fauter la teſte à un
auffi dextrement , & avec autant
d'adreffe que de vigueur ; nous
fimes prifonniers ceux qui fe trouverent
au delà de la riviere , &
ils furent renvoyez aprés qu'on
leur eut bien aſſuré que nous ne
!
GALANY 345
venions
que poury mettre la paix
entr'eux. On n'auroit ofe fe promettre
un fuccés fi heureux & fi
prompt. La prife de Gironne qui
ne paroît pas difficile , pourroit ramener
les efprits qui commencent
à eftre fatiguez du gouvernement
de l'Archiduc.
Rien ne peut mieux fuivre la
Relation que vous venez lire ,
que le Madrigal que vous allez
lirc .
MADRIGAL
Roze , reconnois tu celui qui te délivre
?
Tu le vis , quandfon pere ardent
te poursuivre
346 MERCURE
Soumit ton fier orgueil à l'éclat de
nos lys,
3
Aujourd'huy cet illuftrefils ,
Que par un beau fentier la valeur
Içait conduire ,
T'arrache aux Leopards venus pour
te détruire.
&
Sonjeune bras, armé d'un redoutable
fer,
Enexterminera le refte fur la terre :
Et fi l'Onde en vomit de nouveaux
pour la guerre ,
Zefils du plus Grand Roy les noira
dans la mer.
Mr le Comte Malfai Envoyé
de Savoye , délivra le 19. aux
Etats Generaux un Memoire ,
dont vous trouverez les
propres
GALANT
347
termes dans ceque vous allez
life ; il
contenoit qu'il y a longtemps
que le Duc fon Maistre eft
agonifant , fans que les remedes
aportez par les Alliez à fon mal
Payent en aucune maniere foulage ;
que bien loin de là il empire tous
les jours , & qu'il fe voit à la veille
de perdre fa capitale , (feul refte de
fes Fftats ) qu'ainfi S. A. R. veut
voir ce qu'on peut , & ce qu'on veut
faire pour la tirer de la facheufe fituation
où elle fe trouve , parce que
les fecours qu'on a offert au Prince
Eugene , ne fçauroient délivrer le
Ducfon Maistre de la perte entiere.
de les eftats , & que dans cette facheufe
fituation il luy faut des remedes
fpecifiques. Ou bien qu'ellefera
enfin obligé d'en prendre d'un Medecin
qu'il luy en offre
d'immanqua
348 MERCURE
ble pour le prompt recouvrement de
Sa fante : Mr le Comte de Malfai
partit le lendemain 20. pour
fe rendre en Angleterre , où il
devoit tenir le même langage.
Il n'y a point d'Alliez plus
preffans que Monfieur le Duc
de Savoye , & quand il ne feroit
pas dans la mauvaiſe fituation où
il fe trouve , ce Prince a tant
fait pour les Alliez , qu'il eft en
droit de fe plaindre , & de les
preffer vivement ; mais s'il examine
l'état où les Alliez fe trouvent
, il verra qu'il leur eft impoffible
de luy donner davantage
, que lefecours qu'ils luy promettent
, & que même ils feront
plus qu'ils ne peuvent , s'ils
luy tiennent parole . Trois Puiffances
feulement fourniffent aux
frais
GALANT 349
Frais de la Guerre que les Alliez
ont déclaré à la France & à l'Efpagne
. L'Empereur & l'Empire
doivent eftre regardez comme
l'une de ces trois Puiffances .
L'Angleterre eft la feconde , &
la Hollande la troifiéme , & s'il
fe trouve dans leurs Armées des
Troupes d'un grand nombre
d'autres Puiffances , ce font des
Troupes qu'ils ont acheté ,
fourniffant leuls aux frais de la
Guerre. Ainfi l'on ne doit pas
s'étonner , fi ayant un fi grand
fardeau à foutenir , & fi ayant
fait des dépenses immenfes , depuis
que cette Guerre eft commencée
, ils s'en trouvent accablez.
Il eft prefque impoffible
de s'imaginer , combien Monfieur
de Savoye leur
Février
1706.
Gg
coute
350 MERCURE
d'hommes & d'argent . On fait
que le gros Corps de Danois ,
qui paffa au fervice de ce Prince,
aprés qu'il eut quitté le bon par
ty , a peri entierement à ſon fervice
, & l'on ne peut s'empêcher
de demeurer d'accord ,
que
Mr le Comte de Staremberg paffa
il y a deux ans en Piémont ,
avec une Armée tres - nombreufe:
Cependant il ne reste pas aujourd'huy
2000 hommes de cette
Armée , qui a peri dans une infinicé
d'actions , & dont les maladies
ont emporté une partie ,
ceux qui font nez dans des pays
froids , ayant de la peine à vivre
dans des pays chauds , fur tout,
lors que
que leurs emplois les obligent
à effuyer tous les jours la
vivacité des rayons du Soleil .
GALANT
351
Si les Alliez ont perdu tant de
Troupes en Piémont , ils n'en
ont pas moins perdu dans tous
les endroits , où l'Armée commandée
par Mr le Prince Euge
ne s'est trouvée , puis qu'il eft
certain que ce Prince s'eft prefque
vu fans Troupes à la fin
de chaque campagne , ayant ,
malgré la valeur qui luy eft naturelle
, toujours efté battu , &
pouté fort avant , & fouvent
jufque dans les Montagnes .
J'aurois tort fije foutenois , que
les Efpagnols & les François
n'ont pas auffi perdu beaucoup
de monde ; mais en récompenfe
ils ont acquis beaucoup de gloire
, gagné des Batailles , conquis
un puiffant Etat , à la referve de
quelques Places , & fait jufqu'à
Gg ij
352 MERCUR
E
trente - deux mille prifonniers.
On peut juger par là de l'état où
Monfieur le Duc de Savoye eſt
reduit. Voyons files Alliez font
en pouvoir de luy donner d'aufli
grands fecours , qu'ils ont fait
jufqu'à prefent. L'Empereur est
un Prince honoré d'un grand
Titre ; il eft Chef de l'Empire,
mais il n'en a pas les revenus , &
quand il s'agit d'une Guerre ,
chaque Membre de l'Empire
fournit fon contingent , & commeces
Membres de l'Empire ont
efté épuiſez par les dernieres
Guerres , ainfi que par la Guer
re prefente , & qu'ils avoüent
qu'ils auront bien de la peine à
faire leurs Recruës cette année ,
pour mettre leurs Troupes fur
le pied qu'elles eftoient l'année
GALANT 353
precedente. Il paroift impofible
qu'ils puiffent donner aucun
fecours à Monfieur de Savoye ,
& l'Empereur , comme Empereur
, ne luy en peut donner aucun.
Heft vray qu'il poffede
quelque pays , fous le nom de
Pays Hereditaires , mais comme
tous fes Etats enfemble ne luy
rapportent que dix - neuf millions
, & qu'il en tire peu de
choſes aujourd'huy, parce qu'ils
font prefque tous foulevez contrelay
& que d'ailleurs il eft
obligé à de groffes dépenfes ,
pour réduire les Mécontens ,
qui le font trembler jufque dans
Vienne , dont il n'ofe fouvent
>fortir , & que d'ailleurs la dureté
de fes manieres , tant envers
les Sujets , qu'envers ceux
Ggüij
354 MERCURE
des Puiffances qui ne font pas
fous fa domination , l'obligent à
prendre de grandes mefurés
pour la fûreté de fa perfonne ,
ce qui eft caufe qu'il a retenu
dans Vienne trois Regimens
qui devoient marcher en Italie .
Ce Prince ne peut faire autre
chofe , que de recommander
Monfieur le Duc de Savoye , à
ceux qui tiennent aujourd'huy
la bourfe des Alliez , & qui font
prefque feuls les frais de la Guerre
, c'eft - à- dire aux Anglois ;
mais ils ont déja fait tenir tant
d'argent à Monfieur de Savoye ,
& ils font obligez à de fi groffes
dépenfes pour l'affaire de Catalogne
, qui leur couta environ
foixante millions l'année dernicre,
& qui ne leur coutera peurGALANT
355
eftre pas moins celle - cy , qu'il
eft impoffible qu'ils faffent pour
Mr le Duc de Savoye , de plus
grands efforts que ceux qu'ils
ont déja fait. Quant à la Hollande
, ileft manifefte , & les déliberations
des Etats, & les Nou
velles publiques en font foy,
qu'une partie des Provinces ne
peut plus contribuer aux frais de
la guerre , & qu'elle a propofé
de vendre les Domaines pour y
fubvenir ; ce qui fe feroit fait fi
ceux qui ont le maniment des
deniers qui en proviennent ne
l'avoient empêché. Ainfi Monfieur
de Savoye ne doit pas at
tendre beaucoup des Hollan-
'dois , qui ne peuvent envoyer
qu'un fecours tres - mediocre en
Catalogne , & dont les recrues
356 MERCURE
pour la campagne prochaine ne
font pas encore faites. Je veus
neanmoins que toutes ces Puiffances
faffent de nouveaux efforts
pour Monfieur de Savoyé .
Il eft conftant qu'ils ne fe
ront pas grands , & que s'ils les
font,ils s'affoibliront de ce côtécy
. Ainfi de quelque maniere
que les chofes tournent les deux
Couronnes en tireront toûjours
quelques avantages .
Je reviens au Memoire prefenté
aux Etats par Mr le Comte de
Malfy. Vous avez dù vous appercevoir
que c'eft une Enigme,
mais elle n'eft pas plus mal - aifée
à developer, qu'il eft facile de
s'imaginer pourquoy on a voulu
parler enigmatiquement .
Mr le Duc d'Albe ayant eu
GALANT 357
une audience particuliere da
Roy , le 16, du mois de Fevrier ,
demanda à Sa Majefté , de la
part du Roy d'Efpagne , Mr le
Duc de Barwik pour commander
les troupes qui doivent agir
contre le Portugal , & il parut
le lendemain que le fuccés de
l'audience de cet Ambaffadeur
avoit été auffi heureux que
prompt , puifque le Roy nomma
Mr le Duc de Barvik pour
aller commander fur les frontieres
d'Efpagne , qui regardent
le Portugal . Sa Majeſté declara
en même temps qu'elle donnoit
à ce Duc le Bâton de Maréchal
de France . Toute la Cour en témoigna
beaucoup de joye , & il
y a lieu de croire que toute celle
d'Espagne n'en fera pas moins
358 MERCURE
éclater , puifque la valeur, la fageffe,
l'activité , & l'intelligen
ce deMr le Duc de Barwik , dans
le métier de la guerre luy font
connues , & que les troupes de
Sa Majefté Catholique en ont
eu des preuves.
Le 23 du même mois , le même
Ambaffadeur eut encore audience
du Roy , à laquelle il fut
conduit par Mrle Baron de Breteüil
Introducteur des Ambaf
fadeurs , & il affura Sa Majeſté ,
que le Roy d'Eipagne avoit du
partir le 20 pour le mette à la
tête de l'une des armées qui font
à la pourfuite de fes fujets Re
belles , & qu'une partie de la
Maifon de ce Monarque avoit
déja pris les devants .
Les deux Liftes que je vous
1
GALANT
359
envoye , vous feront beaucoup
de plaifir.
VAISSEAUX ARMEZ ,
Et partis pour la Cofte
de Catalogne .
COMMANDANTS .
Le
Henry .
Mr de belle Fontaine.
Le St.
Efprit.
Mr le
Chevallier de Norry.
Le Bizarre.
Mr de
Cerquigny .
L'heureux .
Mr du Quefne Monier.
Le Vermandois .
Canons..
66
62
70
68
60 Mr Le Comte de Bethune,
360 MERCURE
L'Efceüil.
Mr de Pontac.
ร
Le Fleuron .
64.
Mr de Mons.
Le Diamant.
56
'Mr Lotié.
56
58
32
L'Entreprenant,
Mr Cafarro.
Le Mercure.
'Mr de Bauquoine .
LISTE DES VAISSEAUX,
Qui ont eftés armés enſuite , &
qui doivent prefentement
avoir joint les autres .
Le Parfait.
Monfieur l'Amiral.
Le Neptune,
Canons.
76
Mr le Maréchal de Coeuvre. 78
Le
GALANT 3610
C
Le Septre.
Mr le Marquis de Langeron. 90
L'Intrepide.
Mr le Comte de Sepville.
Le Vainqueur.
Mrde Vilars.
L'Eclatant.
80
86
Mr du Palais .
66.
Le Furieux .
Mr D'ailly . 60
Le Toulouze .
Mr Chabort.
Le Serieux .
Mr de Champigny.
60
Le Trident .
Mr de Chafteaumorant.
56
Le Content .
Mr de la Roche Halart. 60
Le Fondant .
Mr de Modene. 60
Fevrier 1706, Hh
362 MERCURE
Le Saint Louis .
Mr le Comte d'Hautefort.
Le Ruby.
60
T
Mr le Chevalier de Grancey, 54
L'Invincible
.
Mr de Boulinviller .
Le Sage .
64
154
Mr le Chevalier de la Roche-Ha.
lart.
Monfieur l'Amiral , étant parti
le 13 de Fevrier pour aller commander
cette Elotte , & non en
qualité de Generaliffime des
troupes de terre , ainfi que l'on
avoit publié , doit être prefentement
en Mer ; & je fuis perfuadé
qu'avant de fermer ma .
lettre , je vous apprendray le
départ de ce Prince , de Toulon ,r
& même quelque chofe de plus.
GALANT 363
A peine ai - je ceffé de vous
parler des exploits de Mr le
Duc de Noailles , que je me
trouve obligé de vous entretenir
des avantages remportez de
nouveau par ce vigilant General
Le Gouverneur de Giron-
-ne fçachant qu'il avoit mis quatre
bataillons dans Bafcara &
ces troupes l'inquiétant , parce
qu'elles étoient trop prés de fa
place, il refolut de les faire enlever,
& pour cet effet il fit af
fembler tous fes Miquelets , aufquels
il joignit quelques troupes
reglées . Mr le Duc de Noail .
les , ayant été averti des mouvement
que les ennemis faifoient ,
& jugeant bien que leur deffein
ne pouvoit être que fur Bafcara ,
ce General fit affembler, dans le
Hhij
364 MERCURE
peu de temps qu'il eut pour fe
preparer le plus de Miquelets
qu'il luy fut poffible . Cependant
la place ayant été inveffie
fut prefque auffitôt dégagée . Les
ennemis ne s'attendoient pas
que le fecours feroit fitôt preft,
ils furent attaquez ; & leur refiftance
ne dura pas longtemps ,
puifqu'ils furent prefque auftôt
mis en déroute. On leur tua
prés de fix cens hommes , & l'on
fit cent cinquante prifonniers ,
du nombre defquels eft leur
Commandant, il avoit plufieurs
coups à tirer, puis qu'outre une
carabine , dont il étoit armé ,
il avoit une ceinture de piltolets
. Le Gouverneur de Gironne
voulant appuyer les troupes
qu'il avoit devant Bafcara , &
GALANT 365
croyant que fa prefence , & un
gros renfort obligeroit bientôt
la place inveſtie à ſe rendre ,
sforinde Gironne avec une partie
de fa garnifon , & deux pieces
de canon ; mais ayant apa
pris la déroute des troupes qui
étoient devant Bafcara , il rentra
auffitôt dans fa place , ne jugeant
pas devoir rien rifquer
La frayeur des Fuyars luy ayant
fait croire qu'il auroit eu à com.
batre un plus gros corps de troupes.
On doit juger par cette action
que la diligence eft toûjours
neceffaire, puifque fi le fe
cours destiné pour Baſcara avoit
marché plus tard , & que le Gouverneur
de Gironne fût arrivé le
premier avec les troupes , l'affaire
feroit devenue fort douteufe ,
Hh iiij
366 MERCURE
& fort difficile , & les ennemis
ne fe feroient peut - être pas retireż
. On mande que fi Mr de
Noailles avoit pu avoir de la
Cavalerie , il n'en feroit resté
aucun ; mais il n'avoit que fes
Gardes .
Je ne vous entretiendray plus
des mouvemens de Baviere , ils
font cellez à la honte du vainqueur
, dont ils flétriront à jamais
la memoire , & il vaudroit
mieux pour la gloire , & pour le
repos de fa confcience , qu'ils
duraffent encore , que d'avoir
fint de la maniere dont ils ont
ceffez. On a égorgé en violant
des capitulations , & toutes les
loix de la guerre , des Garnifons
qui estoient forties ſous la
bonne foy des traitez , & on a
#GALANT 367
affommé dans des places des
Payfans qui s'y eftoient retirez
sfans armes , qui avoient refufé
sdebleso porter , qui n'avoient
abandonné leurs Villages , que
pour éviter la fureur des Soldats
qui avoient ordre de les enlever
de force , ou de les mafacrer
, & qui crioient mifericorde
à genoux , quoy qui n'euffent fait
aucune faute qui meritaft punition.
Cependant ils ont efté
affommez à coups de bâtons . On
a fait executer dans Munich ,
& dans quelques autres Villes
de l'Electorat de Baviere , des
perfonnes de diftinction , parce
qu'ils avoient de grands biens
qu'on vouloit s'aproprier ; de
maniere que l'on peut dire que
leurs biens a fait leur crime. J'a
.
368 MERCURE
lû ces mefmes paroles dans une
lettre qui venoit d'une Cour
affectionée à l'Empereur. Efin
on a pillésvollé po&senlevé
de force , des peuples qui n'etoient
point fous la domination,
-de ceux qui en ont ufé de cette
maniere , & qui ont cruelleament
, & injuftement fait répandre
leur fang. Il y a apparence
que le Ciel commence à
les punir, par l'inquietude qu'ils
Lont pour leurs perfonnes même,
qu'ils ne croyent pas en feureté,
cftant menacées par leurs propres
fujets qui ont fait afficher
des Billers , & les ont fait femer
jufque dans les appartemens de
leurs Palais , par lesquels on voit
sce qu'ils doivent apprehender.
Un Souverain eft bien malheu➡
GALANT 369
teux , lorfqu'il n'a pas les coeurs
de les Sujets pour Gardes , l
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit le Curredent , ceux
qui l'ont deviné font ,
*
Mrs Favercau , de l'Extraordi
enaire des Guerres : Barrot : Telleim
Cormio : Sivray - Defiltz :
-Jarlan , Sindic des Religieufes
de la Magdelaine de Touloufe ,
l'Avocat aux Gardes de l'Ifle
Noftre- Dame : Maillard , grand
Expeditionnaire de Nottes ?
Ganyat , Chevalier du Parnaffe :
Miles Dabillon de la ruë du Plâtre
: Goubert la Cadette : Fortin
: Feloix & Moizet : la petite
Manette de Chartres : l'agreable
Janneton & fon petit Poulot
la blonde Catin de chez Mr
de Bretaucourt : la Melancoli
370 MERCURE
que Teria - d'Orbais : l'Agrea
ble dans les Compagnies : l'Amant
fecret des deux Pilliers
d'or de la rue S. Jacques Ta
mirifte le foupirant malheureux
la famille des vigilans de
la rue Saint Severin : la jeune
Mufe renaiffante : l'amoureufe
du Claveffin : la bergere Climene
& fon berger Tircis : la grande
Soeur & la Picarde de la rue
des vieilles Etuves : la belle Fileufe
de la rue de Moufy : la
brillante Defenclos de la ruc
des Prouvaires : le Rofier Clerc
& la charmante Olive de la rue
Guilarde l'aimable aux cheveux
dorez & teint blanç
de la rue de Gefvres : la jolie
Fanatique la jeune & belle
Agnés.
:
GALANTI 371
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , elle eft d'un homme
qui n'a jamais fait de Vers , &
qui trouvant toutes les Enigmes
trop faciles , s'eft hafardé de rimer
pour faire une Enigme qu'il
croit beaucoup plus obfcure que
toutes celles qui ont paru juf
qu'à prefent. Vous en jugerez,
ENIGME
Tortu , vilain cornu >
quandje
furt lentement.
Dage innocent souvent je fais
amufement .
7 nefuis nypoiffon , chair , nyfruit,
mais fur table.
Z'on me fert quelques fois comme an
mets fouhaitables
S
372 MERCURE
Dans la belle faifon je porte mon
château.
Dont pendant les frimats j'avois
fait mon tombeau. ~ ) si A
Marchantfans pieds , grimpant ,
fans mains & fans échelle .
Pour à Pomone faire une guerie
cruelle.
S
Ie defole Bacchus , mais pour mon
châtiment .
Sous les ruines enfin de mon propre
édifice.
Je me vois accablé malencontreufes
4 ment.
Par hazard , ou caprice , ou ven
geance , où juftice.
La Chanfon que je vous
Envoye eft de faifon , puiſque
nous verrons bientoft paroître
le
GALANT 373
le Printemps. Elle eft de la compofition
de Mr Diereville .
AIR NOUVEAU.
Depuis que le Printemps rameine
aux champs Lizette ,
Pour faire paitre fes Agneaux,
Sesyeux me paroiffent fi beaux
Qu'ils caufens dans mon coeur une
flame fecrette
Elle fait tout mon entretien ";
A mes pauvres Moutons je deviens
Infidele ,
Ze quitte mon troupeau pour prendre
garde au fien
Et je ne fay d'où vient ce zele .
Ah ! qu'a lafin je pouvois bien
M'oublier moy même pour elle,
Vous fçavez que le Roy a pris
Fevrier 1706. Ii
374 MERCUR
E
,
le deuil en violet ; pour la mort
de la Reyne Douairiere d'Angleterre
veuve de Charles
fecond , decedée en Portugal dans
les Etats du Roy fon frere. Ce
feroit icy le lieu de vous parler
de cette Princefle ; mais il me
refte fi peu de place , & j'ay
un fi grand nombre d'articles
que je fuis obligé de les remettes
tous au mois prochain , ayant
refolu de ne vous parler que des
affaires de la guerre , dans le
refte de cette Lettre,
Quoique les troupes foient
partout en quartier d'hiver , &
qu'elles duffent être en repos ,
fur tout en Italie , où la campagne
eft à peine fermée , les
François ne laiffent pas d'être
zoûjours en action , d'harceler
GALANT 375
.
fans ceffe les ennemis , d'en tuer
beaucoup , de leur enlever des
gardes enticres , & de faire un
grand nombre de prifonniers .
De forte que fi on joignoit tous
ces avantages enfemble , on trou
veroit que la perte des ennemis
eft confiderable en Italie , depuis
que les troupes y font entrées
en quartier d'Hiver. Mais
comme il eft difficile de ramafe
fer un grand nombre de petites
actions , faites en differens endrois
, je vous diray ſeulement
ce que Mr de Cappy, qui commande
à Carpenedolé , Mr de
de Sauve Lieutenant Colonel
da Regiment de Soucarriere , &
Mr de Pauljack , qui commande
nos Houffards à Chivas , ont caufé
des pertes aux ennemis , foig
Ii ij
376 MERCURE
par la mort de ceux qu'ils ont
tuez ou par les prifonniers qu'ils
ont faits fur eux . Mr de Cappy
leur a tué dix - huit hommes prés
deMontechiaro , où il a fait cent
prifoniers, il leur a enfuite enlevé
une garde de douze chevaux,
& fait foixante prilonniers dans .
une autre occafion . Mr de Sauve
dont je viens de vous parler ,
ayant attaqué une garde prés
de Montechiaro , en a tué fix
hommes, & fait huit prifonniers,
On a auffi enlevé à Piacenza
plus de deux mille facs de blé ,
que les Allemans y avoient affemblez
, Mr de Pauliak a été à
Cete fur la route de Chivas à
Turin , qui étoit occupé par un
bataillon de Mr de Savoye. Iby
avoit auffi dans ce pofte un affez
"
GALANT 377
grand nombre de Païfans , qui
ont prefque tous été enlevez ,
ainfi que foixante Houffards ,
qui étoient dans le même lieu ,
& qui ont pris parti avec ceux
qui font commandez par Mr de
Pauliak . Les autres prifonniers
ont été conduits à Pavie . , Le
même détachement prit auſſi
deux cens bêtes à cornes , qui
ont été conduites à Chivas & à
Creffentin .
MrleMaréchal de Teffé contimuant
à remporter tous les jours
de grands avantages fur les Rebelles
, foit par luy, même , auffitoft
qu'il paroift , ou par les détachemens
qu'il fait, je dois continuer
auffi de vous parler de ce
Maréchal . A prés qu'il eut feparé
les troupes en deux Corps ,
Ii
iij
378 MERCURE
pour occuper les deux coſtez de
PEbro , il arriva le 14. à Calazeyte
, qui eſt à la droite de cette
Riviere , il y avoit dans cette
place quinze cens Sommerans,
qui parurent d'abord refolus à
fe bien défendre. Je ne fçay fi
vous fçavez que les Sommetans
font ceux qui habitent au lieux
les plus élevez des montagnes
,
& que le nom de Sommetans ,
viens de celuy de Sommet , la
partie la plus élevée des montagnes
étant appellée Sommet des
montagnes. Les Sommetans dont
je vient de vous parler , firent
d'abord grand feu fur les troupes
; mais dés qu'ils fe furent apperçus
qu'on preparoit toutes
chofes pour monter à l'affaut ,
ils fe retirerent dans les montagnes;
ce qui leur fût difficile d'eGALANT
379
xecuter fans avoir plus de cent
cinquante des leurs tuez , parmi
lefquels le trouverent leurs deux
Commandans. A peine avoientils
achevé de fe retirer que la
Ville fut pillée & brûlée .
Les Habitans de Val de Roblés
, intimidez par cet exemple,
fe rendirent enfuite fans aucune
refiftance, quoiqu'ils euffent fait
plufieurs bons retranchemens
dans un Fort qu'ils avoient mis
en état de faire une affez longue
défenfe. Horta fe rendit auffitoft
aprés , & on y trouva une
grande quantité de grains , &
Batea ayant auffi ouvert fes portes
, & Mr le Maréchal de Teffé
aprés avoir affuré tous les Habi
tans de ces lieux , & ceux de
quelqu'autres poftes qui les imi
380 MERCURE
terent, de la clemence de fa Ma
jefté Catholique, defcendit vers
Tortofe , & attaqua la Ville &
le Château appellez de Miravet,
qu'ils occupoient au bord de l'Ebre.
Il y avoit de l'artillerie , &
cent cinquante Païfans Arragonois
, tant dans ce Château que
dans la Ville . Ils étoient commandez
par un Notaire, fujet du
Roy d'Efpagne . Mr de Teffé fi
battre ces deux poftes avec le
canon & les mortiers , & fit dire
en même temps au Notaire qui
commandoit les Arragonois , que
s'il ne fe rendoit dans un temps
qu'il luy marqua , il le feroit pendre.
La place fe rendit le troifiéme
jour, & tout le Païs , jufqu'à
Tortofe , fe foumit à l'obeïffance
de fa Majefté Catholique,
GALANT 38r
Mais comme le Notaire avoit attendu
trop tard, Mr le Maréchal
de Teffé luy tint parole , & le
fit pendre avec cinq ou fix perfonnes
, dont il avoit compofé
an Confeil . Il fit pendre auffi le
Gouverneur du Château , qui ,
aprés avoir occupé long - temps
ce pofte , qui luy avoit été don .
né par Charles II. avoit pris le
parti de l'Archiduc .
+
9
Pendant que Mr le Maréchal
de Teffé faifoit toutes ces expe
ditions , les Troupes qui estoient
de l'autre cofté de l'Ebro , fous
les ordres de Mr le Chevalier
d'Asfeld , s'emparoit des Villes
de Grans , de Fons , & de Banavarri
, les habitans témoignerent
la joye qu'ils reffetoient de
fe voir délivrez du joug que les
382 MERCURE
Seditieux vouloient leur impo
fer , & des demandes qu'on leur
faifoit tous les jours . Le même
Chevalier d'Asfeld ayant fçu
que 3.Compagnies Angloifes , &
environ huit cens Payians are
mez , s'eftoient retranchez à
Sant Itevan de Litera , lieu fitué
entre Monçon & Lerida , ce
Chevalier les y alla attaquer
& aprés un combat fort opiniâ
tré , il s'en rendit maître . Tous
les Anglois furent taillez en piest
ces ; mais le Comm indant cutal
le bonheur de le fauver , quoy
qu'il fuſt fort bleffé , & les Pay · 4
fans qui reftoient gagnerent les
montagnes .
-Les Troupes qui agiffent pour
le Roy d Efpagne triomphent des
tous coftez , celles qui font.com !
GALANT 383
mandées dans le Royaume de
Valence par les Evêques de
Murcie & d'Origuella , ayant
attaqué Ontiniente , prés de
Valence , l'Evêque de Mura
cie fit battre la muraille avec
du Canon , & la bréche ayant
efté faite en peu de temps , la
Ville fut emportée d'affaut , &
aprés avoir efté exposée au pillage
pendant quelque temps ,
des Habitans fe rachetérent en
donnant fix mille piftoles , &
le Chef de la rebellion . Cet
Evêque fic diftribuer cinq mille
piftoles aux Troupes , & ayant
fait enfuite venir ceChef devant
luy,il luy fit connoître que meritant
la mort il auroit du le faire
executer ; & il luy dit qu'il l'enyoyoit
à Madrid , afin qu'il puſt
384 MERCURE
implorer la clemence du Roy.
Il le fit auffi toft partir avec une
efcorte de cinquante chevaux.
Mr Mahony , Colonel de Dragons
& Brigadier , a efté attaqué
dans Marivedro , par quatorze
efcadrons , du nombre
defquels eftoit le Regiment de
Nebot , & par trois bataillons
& cinq mille Miquelets , commandez
par Milord Peterbourough
, & quoy que fa Garnifon
ne fuft que de quatre cens Dragons
, & de quelques Gardes du
Corps , & que le pofte ne fuft pas
en eftat de deffenſe , il a neanmoins
obtenu la Capitulation
la plus honorable qui ait jamais
efté accordée, puifqu'il eſt ſorti
avec toute la Garniſon , & deux
cens hommes qui avoient eſté
faits
GALANT 285
faits prifonniers à Villareal . Mr
le Comte de las - Torres , ayant
appris cette action , l'a trouva
fi belle qu'il luy ordonna d'en
aller lay- même rendre compte.
au Roy d'Espagne à Madrid.
S'il eft vray, comme le public
fe le perfuade , que les Vainqueurs
groffiffent toûjours leurs
avantages dans les Relations des
-Batailles qu'ils ont gagnées , &
que les vaincus s'efforcent
toûjours d'en diminuer la perte,
vous devez croire , en lifant la
Lettre que je vous envove , que
la perte des Saxons a été encore
plus grande , dans la Bataille
dont il s'agit , qu'il n'eft marqué
dans cette Lettre , puifqu '
elle a été écrite par un Officier
Saxon cependant il ne paroît
Fevrier 1706 . Kk
F
386 MERCURE
pas qu'il déguife la perte de fon
parti, puifque felon fa Lettré, if
feroit difficile que l'on puft ga
gner une Bataille plus complet
te que celle qui vient d'êtregagnée
par les Suedois .
Nous eufmes hier fur les dix heu
res avec les Suedois , une Bataille
plus funefte qu'aucune de celles qui
fe foit données dans toute la guerre.
Notre Infanterie eft entièrement
ruinée, & il faut plus de vingt ans
pour la rétablir. Nos Generaux ne
croyoient les ennemis fort que de buit
à dix mille hommes , mais nous apprifmes
parun Paffager qu'ils étoient
pour le moins dix- huit à vingt mille
hommes, Les noftres étans fatiguez
de leur marche, & da grand froid, il
eneft resté dix mille fur le Champ de
GALANT 387
•
bataille. Je plaint fur tout mon General,
qui tomba de fon cheval prés
de moy; mais comme nos gens , & les
Mofcovitesfurent pouffez par laCavalerie
Suedoife, je ne pas lefecourir.
Je m'étois un peu refait cette année
dans les troupes , mais me voilà ren
verfe tout d'un coup . Tous nos meilleurs
Officiers , tant Generaux que
Colonels , font peris generalement .
Les Movviski, Mofionit , Froghen ,
Lac- Bofc, &autres braves Officiers,
font regrettez beaucoup , à cause de
leur merite. Depuis que je fais la
guerre je ne me fouviens pas d'avoir
vi un feu fi violent . La Victoire fe
declara pour les Suedois , au bout d'une
heure : mais le feu de la monfqueterie
dura davantage . Notre Infanterie
s'étant formée en quarré, & ayant
foutenu encore quelque temps le com
Kk įj
388 MERCURE
bat. On ne sçauroit attribuer nôtr
perte à perfonne. La plus grande
faute femble venir de notre fierté, &
du peu de cas que nous faifions de
l'ennemi. L'ordre fut donné à l'entrée
de l'action, d'aller lentement du
côté où l'ennemi avoitgagné le vent,
les hauteurs, & un bois qui luy couvroit
le dos ; & notre terroir étant
trop ferre , il a eu plus de facilite
d'emporter ce grand avantage,
Je ne vous envoye pas cette
Lettre comme une Relation de
la Bataille que les Suedois viennent
de gagner ; mais comme un
aveu fait par les Saxons même,
de ce que cette Bataille leur
coufte , & de la grande perte
qu'ils viennent de faire . Si il
tombe entre mes mains quelGALANT
389
ques - unes de ces Relations , qui
font trop étendues pour être
inferées dans des feuilles vo
lantes , je ne manqueray pas de
vous l'envoyer.
Je viens de voir encore une
Lettre d'un autre Officier Saxon
, qui affure que la Victoi
re remportée par les Suedois eft
encore plus grande que ne porte
la premiere Lettre , puifque
cet Officier avoue qu'il eft demeuré
dix mille Saxons fur la.
place ; que tous les Officiers Generaux
de leur Armée ont efté
tuez dans ce combat , avec une
infinité d'autres Officiers , &
que les Saxons ont perdu tout
leurs Bagages , & toute leur Arsillerie
.
Je vous envoye une Lettre
Kk ij
390 MERCURE
d'Efpagne , qui vous paroîtra
affez nouvelle .
A Madrid le 17. Fevrier 1706 .
Le Roy doit partir le 20. Il n'eft
pas encore decidé s'il ira en Arragon ,
ou à Valence cela dépend de ce que
Mr le Maréchal de Teffé , qui déterminera
s'il convient mieux d'alieger
Lerida que Valence , & Sa Ma
jefté n'attend que le retour d'un Courier
pour prendre fa route. Milord
Peterborough efentré dans Valence
avec trois Bataillons Anglois , &
Efpagnols, & huit cens chevaux.
Sa Cavalerie & fes Dragons font
en mauvaiseftat. On doit faire entrer
par Sala dix des Bataillons
François qui viennent en Rouillon.
#Le nommé Campredon , qui eft dans
GALANT 391
Tortofe , ayant fait dire à Mr le
Maréchal de Telle qu'il feroitfaché
d'avoir des procedez avec les Prifonniers
qu'il feroit , parce qu'il avoit
appris qu'on avoit pendu le Gouver
neur de Miravet , avec quatre autres.
Il a eu pourréponſe , qu'ilprift
garde de n'eftre pas pris , parce que
fi cela arrivoit , il feroit pendu fur
le champ , comme traitre & comme
voleur.
Lorfque je vous ay parlé des
feconds avantages remportez
par Mr le Duc de Noailles , depuis
l'ouverture de fa Campagne
; je n'avois pas encore la Relation
que je vous envoye , qui
eft remplie de plus de faits , &
de plus de circonſtances : cependant
vous avez dû trouveg
392 MERCURE
dans ce premier article beaucoup
de chofes qui marquent
Fextrême vigilance de ce General
, & l'attention qu'il a à tout
ce qui peut contribuer à la gloire
des armes du Roy.
A Figuieres le 16. Fevrier 1706 .
Depuis le 11 ..de ce mois que
nous avons chaffé les Ennemis du
pofte de Bafcara , nous avons efté
fort tranquilles jufqu'à la nuit
d'avanthier à bier au matin ,
-qu'on vint avertir Mr le Duc de
Noailles , que le Gouverneur de
Gironne avoit fait affembler tous
Les Payfans du Pays depuis quatre
lieues au deçà de Barcelonne
GALANT 393
de
jufqu'icy ,fepropofant de venir en
lever le pofte de Baſcara , & celuy
de Navatte. Quelques troupes
Grenadiers eurent ordre de fe tenir
prêtes à marcher, & l'on envoya
avertir dans tous les quartiers
qu'on fe tinftfous les armes. Hier
matin fur la nouvelle que les Ennemis
avoient invefti Baſcara , &
que même il y avoit prés de quatre
mille hommes qui avoient paffé la
riviere , on y marcha avec un
gros détachement de cette Garnifon
, le Regiment de Languedoc ,
les Dragons , & la Cavalerie de
la Province , & les deux Bataillons
de Blaifois & de Fournon ,
394 MERCURE
C
C
a
qui eftoient dans Bourceffa , à une
lieuë de Bafcara , on pofta ce détachement
dans un endroit avantageux
, aprés avoir envoyé dans
tous les quartiers ordre de joindre
promptement. Dés que les Troupes
furent arrivées fur une hauteur où
-elles furent mifes en Bataille , il
fut facile de reconnoiftre par Ea
manoeuvre de ces gens - là , qu'ils
vouloient occuper des maisons , &
des bois entre-coupez , où il eut efte
-difficile de les joindre : C'est pourquoy
on ne balança point à les
charger fur le champ ; ce qui fe fit
fi heureusement , qu'ils furent tous
culbutez, & nous les poursuivi
GALANT 395
cara . Dés
nes à plus de deux lieues de Baf
que le Gouverneur de
Gironne qui marchoit avec quatre
ou cinq cens hommes de fa Garnifon
, co deux pieces de canon , &
qui eftoit encore à plus de deux
lieues de Bafcara , vit arriver les
fuyards , il s'en retourna . On n'a
pu prendre qu'un feul Hollandois .
On a tué quatre à cinq cen's hommes
, & fait cent prifonniers , parmy
lefquels eft un Chanoine d'un
lieu nommé Vilberton , qui eft un
de nos quartiers . Ce Chanoine
marchoitordinairement à la tefte de
cette canaille , avec quatre piftolets
à la ceinture , & une carabine. Il
" a 1
396 MERCURE
eftoit un des plusfeditieux & des
plus mutins de ce Pays- cy. Dans
le même temps que leurs Troupes
faifoient attaquer Navatte , d'où
ils ont efté repouffez avec perte
d'environ cent hommes , nous n'avions
point de Cavalerie de ce
cofté- là. Ils fe font retirez fans
qu'on ait pu les pourſuivre. Plufieurs
Confuls des lieux au de- là
du Ter , font venus aujourd'huy
prêter obeffance. Ils disent tous
la terreur eft grande , &, ce
que l'on a peine à croire , eftqu'ils
ont affuré qu'il y avoit hier plus
de douze mille hommes autour de
Bafcara , & fix mille à Navatte,
que
PluGALANT
397
Plufieurs de ces gens - là font
venus aujourd'huy demander fi
l'on vouloit accorder le pardon
tous les peuples de par delà Giron
ne,en affurant qu'ils neprendroient
plus les armes.
Les Charges d'Avocats Generaux
, étans tres - conſiderables
non feulement par elles - mê nes ;
mais à caufe des differens talens
que doivent avoir ceux qui les
poffedent ; je vous parle ordinairement
de ceux qui font reçus
dans ces fortes de Charges!
ils doivent non feulement fçavoir
à fond les Loix , comme tous
les autres Magiftrats , mais ils
doivent auffi avoir le talent dè
Fevrier 1706. LI
398 MERCURE
la parole , beaucoup d'éloquence,
& beaucoup d'érudition . Le
fils de Mr Goujon Confeilier du
Roy en fes Confeils , Secretaire
du Confeil d'Etat des Finances,
fut reçu au commencement du
mois de Fevrier à laCharge d'.4 .
vocat General aux Requeſtes de
l'Hôtel , qu'exerçoit ci - devant
Mr de l'Etoile de Graville , fils
de Mr de Graville , Prefident à
la Cour des Aydes. Il fut reçu
avec beaucoup d'applaudiffemens
par les quatres Quartiers
affemblez , par Mr Turgot de ,
Saint Clair , qui prefida à la
place de Mr de la Cour des Bois,
qui ne pût s'y trouver. Le Difcours
que Mr Goujon fit à la
Compagnie, fut trouvé fort éloquent
. Il répondit ſur la Loy,
GALANT 399
1
fur la Coûtume , & fur les Ordonnnances
, d'une maniere dont
toute l'Affemblée, qui luy donna
beaucoup de loüanges , fut tresfatisfaite
. Les quatre Secretaires
du Confeil fe trouverent à cette
Reception , ainsi que plufieurs
perfonnes de diftinction .
Le Pere Hugo a pris congé du
Public dans leJournal de Soleure
du mois de Décembre dernier.Il
dit , que n'ayant entrepris fan Iour
nal que pour irriter l'amour des bela
les Lettres, il l'abandonne pour cal
mer la colere des Ecrivains , GENUS
IRRITABILE VATUM , & que
puifqu'il n'a pas encore appris à dif
fimuler; il va fe condamner à fe tairez
il dit que fon filence le rendra tout
entier à des occupations plus ferieufes
L1 ij
400 MERCURE
& qu'il rendra peut-eſtre le calme à
fa retraite . Je fuis , Madame y
voftre , & c.
A Paris ce 2. Mars 1706.
APOSTILLE..
Comme j'apprens , en fermant
ma Lettre , les nouvelles fuivantes
, je ne puis encore vous
affurer felles font veritables.
Toutes les Troupes de France
qui doivent ſervir en Catalogne
, ont dû joindre Mr le Duc
de Noailles , le premier de ce
mois , & Mr de Lapara eft parti
en mefme temps de Paris pour fe
rendre en Catalogne. Le Siege
de Barcelonne ayant efté reſolu
fuivant l'ancien projet. On alGALANT
401
fure qu'avant le 20. de Fevrier
il y avoit dix - neuf de nos Vaif
feaux devant Barcelone .
Je viens de voir une Lettre qui
porte que Milord Donnegal ,
Gouverneur de Gironne › en
s'en retournant après avoir appris
l'arrivée de Mr le Duc de
Noailles devant Baſcara , ayant
refolu de ne pas avancer , effuya
en s'en retournant , des injures
& des maledictions de tous
les Payfans qu'il rencontra fur
fa route ; ce qui a produit un fi
mauvais effet qu'il s'en fallus
peu qu'on ne luy fermaft les por
res de Gironne.
Pendant que ce Milord s'eft
acquis l'indignation & la haine
des peuples , Mr le Duc de
Noailles en a merité l'admira-
Lij
402 MERCURE
tion & l'amour , en renvoyant
chez eux 85. prifonniers qu'ilfit
en revenant de fon expedition ,
& qu'il trouva cachez dans des
broffailles. Toutes ces chofes
font juger que fi toft que l'Armée
entiere fera en marche , &
que Barcelone ſera inveſti , tous
les Catalans rentreront fous l'obéiffance
de leur legitime Souverain
, & particulierement ceux
qui n'ont reconnu l'Archiduc ,
que parce qu'ils y ont efté forcez
, dont le nombre eft tresgrand
. Rien ne manquera pour
fe Siege de Barcelone ; car outré
les bombes qui devoient venir
avec leConvoy de Toulon , il y a
une Forge auprés de Pampelune
où l'on travaille nuit & jour &
qui en doit fournir un grand
GALANT
4.03
nombre .Je viens de voird'autres
Lettres qui portent que l'on ne
voit aux environs de tous les
lieux où marchent les Troupes
de France , que des Drapeaux
blancs à tous les Clochers ; ce
qui fait connoiftre que les Habitans
de tous les Villages our
l'on voit ces Drapeaux , font rentrez
fous l'obéïffance du Roy
d'Espagne ,
A VI S.
On avancera la diftribution
du premier Mercure , à caufe
des Feftes, & de la Sainteté du
temps ; & on le donnera le Mer
credy de la Semaine Sainte,
TABLE .
P
>
Relude dans lequel on voit la
fituation où le Roy fe trouve aujourd'huy
Lifte des Miniftres. & Gentilshommes
Catalans , dont le Roy
a recompenfe , par des Penfions
& de bons emplois , la fidelité ,
l'amour , & le zele à fon fervice,
dans les troubles prefens de Catalogne.
19
Abbaye de S. Bertin donnée par le
Roy.
Belle Queflion jugée au Parlement
de Toulouse.
Sonnet.
Epitaphe.
30
33
36
38
Seconde Lettre du Pere Cracoüille,
remplie de beaucoup d'érudition.40
Premier Article des Moris . 54
Journal de ce qui s'eftpafféen CanaTABLE.
-4
da pendant la derniere annie 75
Second Article de Morts.
129
156
Mariage.
Articles étrangers , & Dons faitpar
le Roy
d'Espagne.
164
Etat des gratifications faites aux
Troupes de la Maison du Roy. 183
Troifiéme Article des Morts , dans
lequel fe trouve la mort de Mrle
Cardinal de Coiflin , la nomination
de Mrle Cardinal de fanfon
à la Charge de grand Aumônier
&plufieurs faits remplis d'érudi-
*tion touchant cette Charge. 193
Quelques fautes reparées , avec un
Prelude qui regarde cet Article.
237
Charge donnée dans la Gendarme-
253
tie.
Second Article des Mariages . 255
Deux Thefes foutenues , dont la fe
TABLE.
conde est dédiée à Monfieurle Đue
du Maine, 257
265
Divertiffement de Clagny.
Divertiffemens de Marly , pendant
les quatre derniers jours du Car-
271 naval.
Divertiffemens de Seaux , pendant
les trois derniers jours du Carnaval.
2.74
Divertiffemens de Paris pendant le
Carnaval. 288
Arrivée de Monfieur de Vendofme ,
reception faite à ce Prince à la
Cour, & àla Ville.
Affaires de Catalogne
289
» & des
Royaumes d'Arragon & de Valence
; cet Article eft rempli de
beaucoup de Lettres curieuſes. 296
Madrigal. 345
Affaires de Savoye : 346
Audiences données par le Roy à Mr
TABLE.
le Duc d'Albe.
356
Armée Navale commandée par
Mrle Comte de Toulouſe.
Suite des mouvemens de Baviere,
358
369
Article des Enigmes. 362
Deüil pris par le Roy. 373
Suite des Affaires d'Italie. 374
Suite des avantages remportezpar
Mrle Maréchal de Teffe . 377
Lettre touchant la Victoire remportée
par les Suedois fur les Saxons .
Lettre de Madrià ,
385
389
Second Article des derniers avantis.
ges remportez par Mr le Duc de
de Noailles.
391
Reception de Mr Goujon à la Charge
d'Avocat General aux Requeftes
de l'Hostel , 397 .
Article tiré dufournal de Soleure ,
399
TABLE.
pofile contenant plufieurs Nox-
> velles
Avis
important ,
400
403
Avis pourplacer les Figures.
L'Air qui commence par
Paix! charmante Paix , doit
regarder la page 128 .
L'Air qui commence par , Depuis
que le Printemps raméne
aux Champs Lifette , doit regarder
la page 373 .
17062
Mercure
<36624505190019
<36624505190019
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIER , 1706.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la con
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe diſpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qurferont reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , en n'en payera que trente - cinq.
Les Relations, fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VI.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
CluBibliothek
München
AU LECTEUR.
TLy alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume au Mercure , puis
que malgré les prieres reiteréesqu'on
a faites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoje
pour eflre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
'de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, 5 que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
CALANT
FEVRIER 1706 .
Ly a prefentement trentè
ans , que j'ay commencé
vous adreffer des lettres
remplies de nouvelles , qui ont
cfté rendues publiques , & malgré
ce grand nombre d'années,
A iij.
6 MERCURE
2
& l'inconftance , fi naturelle
à tous les hommes , & fur
tout aux François ; ce que l'on
peut voir par leurs changements
continuels de modes
non - feulement , en ce qui regarde
leurs habits , mais generalement
en toutes chofes, ainfi
que par quantité d'autres endroits
; mes Lettres n'ont pas
laiffe d'avoir toûjours le bonheur
de plaire. Jen devine la
caufe, & je n'y ay aucune part ;
mais cela vient , fans doute , de
ce que j'ay l'avantage d'écrire ,
fous le regne d'un Monarque
qui par fes conqueftes , par
GALANT 7
fait pour le
tout ce qu'il a fait pour faire
fleurir la Religion , la Juſtice ,
& les beaux Arts , & par les
Reglemens qu'il a
bien , la commodité , lle repos
de fes fujets , & la gloire de
la France , s'eft plus acquis de
reputation & à plus fait feul ,
& paru plus grand , que tous
les Rois fes Predeceffeurs enfemble
. Je ne dis rien du paffé
, il eft connu de toutes les
nations , dont il fait l'admiration
, & mefme de celles qui
font jaloufes de fa gloire. Je
ne veux, pour faire connoiftre
tout ce qui fait admirer ce
A iiij
8 MERCURE
grand Prince ( fuppofé qu'il
y ait quelqu'un qui l'ignore
dans les Climats les plus reculez
) que faire voir la fituation
où il fe trouve aujourd'huy . Il
a feul , les forces de prefque
toute l'Europe à combattre , &
les plus puiffans Etats , voyant
qu'aprés la fatalité de l'affaire
d'Hochftet , aprés laquelle ils
croyoient penetrer en France
l'année fuivante , il avoit rendu
tous leurs projets inutiles,
& que le Duc Marlborough.
avoit fini la campagne,fans executer
aucune des chofes dont
il s'eftoit vanté , ſe perſuadant
GALANT 9
à
qu'il eftoit impoffible de l'en
empefcher , & que mefme ,
bien examiner tout ce qui s'eft
paffé pendant la campagne ,
elle eftoit plus avantageufe aux
François , qu'aux Allicz ; ayant
commencé par la fuite de Marlborough
, avec la perte de tout
ce qu'il avoit preparé pour
l'execution de fes grands deffeins
, continué par le gain
d'une Bataille en Italie , & fini
par la priſe d'une partie du
Piémont , & de tout le Comté
de Nice , fans avoir perdu que
quelques poftes en Flandres , où
l'on eft rentré depuis que la
10 MERCURE
Campagne eft finie , à l'exception
de Lewe , & que les
avantages avoient efté partagez
en Allemagne ; M' le Maréchal
de Villars & M' le Prince
de Bade , ayant triomphé
tour à tour , & pris chacun de
leur cofté des Chafteaux >
pris & rafé des Lignes , & que
inême M' de Villars avoit fait
d'abord un grand nombre de
Prifonniers , & que M' de Bade
n'avoit pas eu l'avantage d'en
faire. Enfin les Alliez voyant
que nous avions rompu leurs
mcfures pendant une Campagne
, fur laquelle ils avoient fait
GALANT II
de grands fondemens , & que
nous avions même fait plufieurs
Conqueftes , & jugeant
bien qu'elles augmenteroient
toûjours , s'ils ne fe mettoient
en eftat de s'y oppoſer , & même
de remporter de grands
avantages , c'eft pourquoy le
Parlement d'Angleterre a accordé
de grandes fommes, pour
la Campagne prochaine , pour
laquelle les Etats Generaux ont
réfolu de lever deux fois le
deux - centiéme denier , ce qui
doit monter à vingt- deux millions
de florins , qui font prés
de trente millions , & les Prin12
MERCURE
ces de l'Empire d'augmenter
le nombre de leurs Troupes ;
mais nonobftant tout cela , ils
font justement perfuadez , que
les forces de la France feront
fuperieures , & qu'elles feroient
même déja en eſtat d'agir , fi on
vouloit les mettre en campagne
. Les Etats Generaux l'ont
fait connoltre par la Lettre
qu'ils ont adreffée à l'Affemblée
de Ratisbonne
, dans laquelle
ils difent , que fi les Membres
de l'Empire ne fe mettent de
bonne heure en eftat , ils feront
prévenus par les François , dont
les Recruës font déja faites , &
GALANT 13
་
fe
la Cavalerie remontée. Ils ne
trompent pas , & c'est ce qui
doit aujourd'huy faire redoubler
l'admiration-qu'a toujours
donné la prévoyance , & la fage
conduite du Roy. Ce Prince a
huit Armées en eftat d'entrer
en Campagne , puifqu'il luy en
faut deux en Italic , une en
Catalogne , une en Portugal ,
une en Flandres , une fur la
Mofelle , & une fur le Rhin ; &
comme une Armée navale eft
neceffaire pour remettre la Catalogne
fous l'obéiffance du
Roy d'Efpagne , la faifon qui
ne permet pas ordinairement
14 MERCURE
d'en avoir une de prête en ce
temps-cy , n'empêche pas qu'il
n'en ait une , en eſtat d'agir , &
c'eft la huitiéme Armée qui fe
trouve fur le point d'entrer en
Campagne , fans qu'il ait paru
que le Roy ait eu plus d'affaires
qu'à l'ordinaire , & fans qu'il
paroiffe prefentement qu'il foit
plus occupé , qu'il fe donne
plus de foins , & que rien luy
faffe la moindre peine & le
moindre embarras ; & pendant
que ce Prince travaille feul
imaginer tout ce que ce grand
nombre d'armées doivent faire
pendant la Campagne , & qu'il
GALANT 15
invente tous les refforts qui les
feront agir , toutes les affaires
marchent d'un pas égal , rien
n'eft dérangé , les plaifirs régnent
dans leur faiſon , & l'on
ne croiroit pas à voir la tranquillité
du Souverain , qu'il ait
à combattre prefque toutes les
forces de l'Europe , & fi quelque
Etranger , fe trouvoit tout
d'un coup au milieu de la Cour
en fortant d'un autre monde ,
fans rien fçavoir de ce qui fe
paffe en celuy - cy , il croiroit
que la France eft dans une paix
profonde ; & qu'elle n'eft occupée
, qu'à jouir de ſes dou16
MERCURE
ceurs ; cependant les travaux
de fon Prince font immenfes ,
il imagine tout , il refout tout,
fa prudence prévoit à tout , &
pendant que plufieurs de fes
ennemis tremblent au milieu
de leurs Villes Capitales , on
ne craint pas feulement fur fes
Frontieres , tant on ſe repoſe
fur les mesures qu'il prend
pour les affurer ; de maniere
que lorsque tout eft tranquille,
dans fes Etats , & que l'on n'y
penfe aux Ennemis , que pour
aller au devant d'eux , l'efprit
de ce Monarque travaille feul
pour maintenir toutes chofes ,
GALANT 17
& eft dans une continuelle
ر
pour
occupation interieure
procurer à fes fujets le repos
qu'il ne fe donne pas.
Comme je commence ma
Lettre dés les premiers jours
du mois , pour ne vous l'envoyer
qu'à la fin , il y aura
peut-eftre bien des troupes en
campagne , lorfque vous la re-
- cevrez. Il n'eſt pas neceffaire
que l'on attende pour agir, que
tous les nouveaux Regimens
foient levez , au contraire on
les doit regarder comme des
troupes de referve , qui peuvent
fervir à faire de grands coups ,
Fevrier 1706 . B
18 MERCURE
lorfque celles des ennemis ſeront
affoiblies.
Ce que le Roy d'Espagne ,
vient de faire en recompenfant
tous ceux qui ont mieux aimé
abandonner la Catalogne que
de refter fous la domination
de l'Archiduc en leur donnant
des récompenfes proportionnées
à l'état prefent de
fes affaires , merite bien l'amour
& l'attention de fes Peuples
, & que , luy gardant la
fidelité qu'ils luy ont jurée ,
ils demeurent inviolablement
attachez à leur devoir & à fon
ſervice. Voicy l'état des récomGALANT
19
penfes données par ce Monarque.
Je vous l'envoye avec le
titre qui s'y touve joint .
LISTE
DES MINISTRES ,
ET GENTILS HOMMES
CATALANS ,
Dont le Roy a recompenfé ,par
des Penfions & de bons Emplois
, la fidelité , l'amour
& le zele à fon fervice ,
dans les Troubles prefens
de Catalogne .
J'
A Don Baltazar Montomer
Bij
20 MERCURE
Evêque de Vicq , deux mille Ducats
de rente ,fituez fur les biens
confifquez de Caftille ; avec recommandation
,aux Confeils de la
Chambre & au Confeil d'Italie ,
de luy donner la premiere Abbaye ,
ou le meilleur Benefice fimple qui
vacquera à la nomination de Sa
Majefté , jufqu'à concurrence du
même revenu , de deux mille Ducats.
Aux Inquifiteurs Don Pedro
de Soto , & Don Antonio Romero,
& au Secretaire Don Jofeph de
Alva , des Emplois répondans
leur rang & à leur merite , &
cela dés -à - prefent , fans avoir
GALANT 20
égard à d'autres ordres anterieurs.
On a donné à Don Felix & à
Don Jofeph Taberner , dont le premier
a une dignité e un Canonicat
de Barcelone , & qui y eftoit
Juge pour Sa Majesté, du Bref
Apoftolique ; & au fecond qui y
eftoit Chanoine ;fçavoir , au premier
, douze cens Ducats de rente ,
à l'autre huit cens ,fur les mêmes
biens confifquez de Caftille ,
en attendant qu'il vacque quelques
Benefices de la nomination du Roy,
proportionnez aux pertes qu'ils ont
faites.
A Don Olaguer Taberner 3
·Chevalier de S. Fean , un Brevet
22 MERCURE
pour une des premieres Compagnies
de Cavalerie , qui vaquera
en attendant , qu'ily en air de
vacante ilfera Cadet dans les
Gardes du Roy , où on luy fournira
dequoy fubfifter.
Au Pere Don Francifco Pafto
Defcallar , au Pere Placide
Claver , au Pere Antoine Mauri,
au Pere Jofeph de Rocoberti , au
Pere Ignace March , au Pere
Antoine Sampfo , cent écus derente
à chacun , fur les deniers du Roy
dans chaque lieu où ils feront , &
ordre à leurs Superieurs , de les mettre
dans les Convens qu'ils choi_
front eux - mêmes , avec difpenfe
GALANT 23
des occupations qui gênent le plus
dans leurs Ordres.
Au Marquis de Gironella , la
Clefde Gentilhomme de la Chambre
, avec le rang & les appointemens
de Colonelde Cavalerie,jufqu'à
ce qu'il vacque un Regiment.
Au Marquis de Argenfola , la
Clefde Gentilhomme de la Chambre
, &une place dans le Confeil
d'Italie , dés-à-prefent , avec la liberté
du choix de celles qui viendront
à vacquer.
Au Comte d Arnins une
Clefde Gentilhomme de la Chambre
, & un employ de Brigadier
en exercice , les appointemens
24 MERCURE
dans l'Armée qu'il voudra choifir.
A Don Antonio de Oms , une
place dans le Confeildes Indes ,prefentement
, avec liberté de choisir
dans celles qui vacqueront
.
ADonJoan deJofa er Agullo
, les biens dont jouiffoit en Aragon
Don Jofeph de Eril , qui eft
demeuré à Barcelone.
ADon Raphaël Cortada , deux
mille Ducats d'argentpour luy, &
mille autres pour eftre diftribuez à
fon choix, àfes enfans , ce revenu
affignéfur celuy qu'avoit à Saragoffe
, Bastero , qui eft reſté à Barcelone
, & fi ce revenu ne montoit
pas
GALANT 25
pas à ces deux fommes , le furplus
fera pris fur les Confifcations
Caftille.
On a affigné au Marquis de
Sardeñola du Confeil d'Aragon
le même revenu dont il joüiffoit en
Catalogne.
A DonJofeph de Marimon &
Corvera ,fils aîné du Marquis de
Sardeñola , lafurvivance de Confeiller
d'Epée de Manteau du
Confeil d'Aragon ; & en attendant
qu'il en tire les émolumens ,
il les recevra fur les confifcations
de l'Ile de Maillorque.
A DonMichel de Marimon ,
Fevrier
1706 . C
26 MERCURE
Archipreftre de Ager dans Barcelo
ne , fils du Marquis de Sardeñola ,
un Canonicat vacant dans l'Eglife
de Malaga
.
A Don Raymond de Marimon
, Archidiacre & Chanoine de
Tarragone , & à Don Antoine de
Marimon , Doyen de Gironne
auffi tous deuxfils du Marquis de
Sardeñola , fix cens Ducats de
Vellon , qui valent quarante-deux
fols chacun , & cela à chacun
d'eux , en attendant qu'on leur
donne de bons Benefices.
A Don Jean Copons , un Brevet
de Brigadier , avec exercice
dans une des Armées du Roy.
GALANT 27
ADon Francifco Grimau &
Corvera , cinq cens Ducats de rente
fur lesconfifcations de Caftille.
Au Meftre de Camp Don Tomas
Marti , un Brevet de Colonel,
en attendant qu'il vacque un Regiment.
ADon Baltazar Arenty & au
fils de François Muxal , Viguier
de Catalogne , des Brevets de Capitaines
de Chevaux , en attendant
qu'il vacque quelque Compa
gnie.
A Francifco Muxal , fix cens
Ducats de rente , à Antonio Manegat
& Ruy , & à Nicola Efquirro
, trois cens Ducats à chacun,
C ij
28 MERCURE
le toutfur les mêmes confifcations
de Caftille.
On a accordé à Don Honorato
Pallexa Erura , qui s'eft retiré
en Rouffillon , une recommandation
au Roy tres- Chreftien , afin qu'il
plaife à Sa Majesté de luy faire
toucher fur le bien confifqué des-
Catalans , le revenu dont il joüiffoit.
Au Comte de Llar , mille Ducats
, avec un ordre de luy donner
un pofte convenable.
ADon Jofeph Paftory Mora ,
une entrée au Confeil d'Aragon
avec un revenu proportionné, en
attendant qu'on luy donne une
GALANT 29
place qui luy convienne .
Au Docteur Don Jofeph Guell
Efoler , une place de grand Audiencierdu
Confeil des Finances .
Au Docteur Don Melchior
Prous , une place de Fuge de la
Cour de la Maifon du Roy.
Au Marquis de Floreſta , une
place du Confeil des Finances dans
da Chambre du Gouvernement.
Au Docteur DonJerôme Mar
ti , une place de fuge de la Cour
dans la Chancellerie de Valladolid,
avec dix- fept cens livres une fois
payez pourfon voyage.
A Don Auguftin Copons , huit
cens Ducats , fur les confifcations
C iij
30 MERCURE
de Caftille , en attendant qu'on luy
donné une place convenable .
Au Meftre de Camp Don Baltazar
Bru , les appointemens de
Colonel reformé , avec l'augmentation
de foixante écus par mois
de plus , pour qu'il ait les mêmes
émolumens des Colonels en pied.
Cette Lifte eft traduite d'un
imprimé Espagnol qui fe debite
à Madrid , avec Permiffion de
S. M. C.
Le Roy a donné l'Abbaye
de S. Bertin à Don Chommelin
le Richer , Grand Prieur
de cette Abbaye . Ce ReliGALANT
30
gieux a efté élevé à cauſe de
fon feul merite & des grands
exemples de vertu qu'il a donné
depuis qu'il a efté emploié dans
les Charges de fon Ordre ; il y a
toûjours fait voir une fi grande
conduite & une fageffe fi folique
le Roy qui a voulu eftre
nftruit des fujets de cette Abbaye
qui eftoient les plus eftimez
& dont la vertu eftoit
plus connue , fe détermina en
faveur de Don le Richer auffitoft
qu'on luy en cut fait le
portrait. Ce pofte demandoit
une perfonne de ce merite.
L'Abbaye de Saint Bertin eſt
C iiij
32 MERCURE
une des premieres dignitez Ecclefiaftiques
des Pays- Bas . Elle
a produit de grands fujets . Fouques
Abbé de Saint Bertin y
eft dans une grande veneration.
il a fait de grands biens à cette
Eglife ; & la Ville de S. Omer
dans le territoire de laquelle
eft fituée l'Abbaye de Saint
Bertin conferve un tendre
fouvenir de cet Abbé. En
effet il luy fit de grands biens
& il entoura cette Ville de
muraille vers la fin du neuvième.
ficcle , & Saint Omer Evêque
de Theroüenne avoit fait la
meſme choſe deux fiecles aupa- ,
GALANT
33
ravant. Baudoin dit le Chauve
Comte de Flandre acheva en
902. ce que cet Evêque avoit
commencé.
On ajugé à Toulouſe un procés
fur une fort belle queſtion.Il
s'agiffoit de fçavoir fi un Confeiller
Clerc du Parlement, Chanoine
dans une Eglife, eftoit difpenfé
de la refidence ; le Sindic
du Chapitre de Saint Sernin de
Toulouſe, & M' de Saget Confeiller
Clerc au Parlement , &
Chanoine de S. Sernin, eftoient
les parties. Cette queſtion avoit
paru fi délicate , que le fçavant
Pere de Thomaflin & le Pere
34 MERCURE
Alexandre n'ont ofé la decider
. L'Arelt rendu le 17 .
Juin 1705. porte que Mr de
Saget fera regardé comme prefent
pendant la tenue du Parlement ,
toutes les fois qu'il fera abſent de
fon Chapitre , à caufe de fa Charge
de Confeiller , & qu'il fera
payé par les Sindic & le Celerier
dudit Chapitre , de touse un
chacun des fruits , comme les
autres Chanoines , à l'exception
néanmoins des Diftributions
qui
fe font manuellement dans ledit
Chapitre.
Vos amis fé plaignent ditesvous
de ce que depuis longGALANT
35
temps on trouve peu de Vers
& de pieces galantes dans mes
Lettres ; ils ont raiſon , mais
il eſt difficile dans un temps de
guerre de trouver beaucoup
de place pour ces fortes d'ouvrages
, les autres articles hif
toriques devant avoir la
préference ; cependant je tâcherayà
l'avenir de me conformer
le plus qu'il me fera poffible au
gouft de tous ceux qui lifent
mes Lettres , & pour commencer,
je vous envoye un ouvrage
de l'Auteur du beau
Sonnet qui rempotra l'année
derniere le prix des Lanternif36
MERCURE
J'ajoute au Sonnet que je
vous envoye une Epitaphe de
M' de Launay-le- Sec , fort
connu dans le monde. Je ne
doute point que cette Epitaphe
ne vous divertiffe beaucoup
, fi j'en juge par le plaifir
qu'ont pris ceux qui en ont
entendu la lecture .
EMBARRAS.
SONNET.
MEs Amis , mes Parens
veulent
queje ceſſe
tous
D'aimer l'aimable Iris ful objet de
mes voeux.
'
GALANT 37
Tris veut qu'à jamais nous nous aimions
tous deux :
Jufte Ciel ! qui croiray-je , ou Parens,
ou Maiftreffe.
S
Definir mes amours , un Pere , helas !
me preſſe ,
Il veut que je confente à me voir
malheureux.
De nos tendres liens , Iris ferre les
noeuds ,
Jefens à chaque inftant redoubler ma
tendreffe.
S
Periray-je , accablé fous le poids de
mon fort.
Pour plaire à mes Parens , dois-je
vouloir ma mort ?
Pour contenier Iris , dois-je commet≈
tre un crime?
38 MERCURE
Immoleray - je Amour , ou reſpect
Paternel.
Je meurs , fi le Refpect a l'Amour
pour victime ,
Si l'Amour est plus fort , je deviens
criminel.
EPITAPHE
Repofe , dort , & gift illec ,
Deffunt Thomas Launay- le - Sec
Gentilhomme
Corbin à Bec ,
Iffu des Sieurs de Pont- au - Sec ,
Petit Fils de Janne Dorbec ,
Les Mornay alliez au Sec ,
Et neveu d'un Abbé Dubec ,
Parent de loin d'Abimelec
,
Et de rien à Melchifedec
,
Il fçavoit jouer du Rebec ,
Et d'autres inftrumens
avec,
GALANT 39
>
Sçavoit auffi le Romeſtec,
Pas trop mal fon Salamalec
Peu de Latin & point de Grec,
Portoit Caftor non Caudebec
Aimoit bien mieux Vin que Sorbec
,
Virgouleuze que Martin- Sec ,
Voicy le hic & non le hac ,
C'est que par maint & maint
echec ,
Il vit prefque fa bourfe à fec ;
Dans ce plomb ileft pis que Sec ,
Où Mort l'a mis à coups de Bec.
Ce futur mort vuidant carafe ,
A fait ainfi fon Epitafe ,
La premiere Lettre du Pere
Cracoüille à efté fi bien recue
que je vous envoye une fcconde.
40 MERCURE
Seconde Lettre du Pere Cracoüille
, du 12. Decembre
1705 .
Je veux bien , mon Reverend
Pere continuer à vous informer des
nouvelles de Litterature
qui fe
paffent, dans lesPays Etrangers &
pour entrer tout d'un coup en matiere
je vous diray , qu'on a publié
en Hollande les Lettres de M
Cupere à M ' Jurieu , & de quelques
autres Sçavans. Dans une
réponse que le premier fait au fcond
en datte du 7. Juin 1704. Il
luy témoigne qu'il eft bien aife de
GALANT 4.I
voir que fon explication Litterale
furJupiter Mad - Bacus , n'eft pas
fort differente de celle de Mr Huet
ancien Evêque d'Avranches , &
du Pere Guillaume Bonjour Augustin,
natifde Toulouse & établi
à Rome, MrCuper avoit confulté
ces deux fçavans hommes fur les
Infcriptions venues d'Alep , & il
en voye à Mr Jurieu les reponfes
qu'il en a receuës . Le Pere Bonjour
eft un des plus fcavans hommes.
que nous ayons dans la connoiffance
des , Langues Orientales des Peres
de l'Eglife , & de tout ce qui
concerne les belles Lettres. Il a
demeuré long - temps avec feu
Fevrier 1706. D
42 MERCURE
que
Mrle Cardinal de Noris , & c'eft
dans le commerce de ce fçavant
Prélat , dont il avoit été long- temps
confrere , qu'il s'eft perfectionné
dans les fciences. Mr Cuper croit
le mot DII , eft tout àfait neceffaire
dans les infcriptions dont
il est question & que Mad - Bacus ,
Lelamanes ,font des epitheles
données àJupiter dans les lieux où
l'on a trouvé ces infcriptions ; où
qu'il y eft parlé de Jupiter Mad-
Bacus , & d'une autre divinité
appellée Lelamanes . De quelque
maniere que foit la chofe , il ne croit
pas qu'il y ait lieu d'enfaire deux
Preftres , bienfaicteur de la Déeſſe
GALANT 43
Syrienne , & mis ,pour cette raifon
au nombre des Heros où des
Dieux aprés leur mort , il eft vray
qu'Enée a été appellé Jupiter Indiges
: il n'y apour en eftre affuré
qu'à jetter les yeuxfur le troifiéme
hapitre. du 1.Livre de Titelive : cependant
l' Auteur de l'Origine du
peuple Romain le nomme
mentPatremIndigetem & Deuis
d'Halicarnaffe luy donne un autre
nom Grec.
feule
On a publié à Hall en Saxe le
quatriéme Volume du Livre intitulé
: Obfervationum felectarum
ad rem litterariam pertinentium
. Tom. 4. Ce Volume
Dij
44 MERCURE
ontient vingt- une Obfervations.
Je ne les parcoureray pas toutes ,
cela me mencroit trop loin . Je parleray
feulement de quelques- unes ,
dont la matiere m'a paru plus inereßante
; telles quefont lafeptiéme
, qui contient un échantillon
de l'indice expurgatoire dont il a
eftéparlé dans le troifiéme Volume ,
dont Mr Bernard a donné un extrait
assez étendu dansfes Nouvelles
, c. du mois d' Aouſt 1704 .
On y peut recourir; mais quant à
l'Indice, c'est une piece tres - curieufe,
qu'on ne doit pas manquer de voir.
Le livre qui a pour titre , Epiftolæ
obfcurorum virorum ,fait le
GALANT 45
fujetde la neuviéme Obfervation .
Onfait que ces Lettresfurent compofées
au fujet du differend qu'e
Reuchlin avec les Moines de Cologne
, qui avoient condamné au
feu tous les Livres des Juifs fans.
exception , quelques- uns ont attribué
ces Lettres à Reuchlin luy- même
, mais on fait voir qu'ilsfefont
trompez , & l'onfoûtient qu' Ulric
Hutten en a compofé une bonne
partie & qu'il a aprouvél'édition
des autres. La plupart des Epitres
dont il s'agit font adreffées à Ortuinus
Gratius , parce que cet
Auteur avoit compofe l'Apologie
des Moines de Cologne contre Ren
46 MERCURE
chlin, une autrefois Mr ,je vous
parleray plus amplement des autres
obfervations qui compofent ce Volume.
J'avois déja commencé dans
une autre Lettre à vous parler de
la Lettre qui court fous le nom de
Mrde la Croix & il avoit remarqué
ou dû remarquer queMrBernard
quiy a ajoutéfes reflexions ,
obferve qu'il est étonnant
de la Croix ignore qu'il y ait des
gens qui croyent que les Peres n'ont
rien dit
que
que
Mr
d'excellent , aprés
avoir cité Aauteur de l'Art de
penfer.Il cite auffi Mr de Sacy
qui eftoit de la mefme focieté. Ces
deux Auteursparoiffent dans tous
GALANT 47
leurs
dans ce
cc préjugé
ouvrages
fur tout , le dernier , dans ce qu'il
dit du 201. fermon de Saint Auguftin
de tempore. Mr de la
Croix deffend enfuite Votius fur
le P. des Hebreux fur lequel Mr
Ruchal l'avoit attaqué , en faifant
voir que Saint Jerôme &
plufieurs grands hommes qui l'ont
Suivi ont efté du mefme fentiment.
Onpeut voir Saint Jerôme fur le .
2. chapitre d'Ifaye , il remarque
pourtant fur l'onziéme chapitre
de Daniel , que de fon temps les
Juifs prononcoient le P. dans un
feul mot Hebreu . Les Arabes
dont la langue a du raport avec
48 MERCURE
celle des Hebreux & dont lancien
alphabeth ebraique eft le mefme
que l'alphabeth Hebraïque ,
n'ont jamais eu de P. & n'en ont
point encore aujourd'huy . Il n'y
qu'à voir le vingtiéme chapitre du
premier livre du Chanaan de l'iluftre
Mr Bochart. Mr de la
Croixattaque enfuite un Auteur
qui ne s'est fait connoistre que par
la lettre initiale defon nom B.fur
l'explication d'unpaffage d'Euripi
de e il foutient en mesme temps
l'explication qu'il avoit d'un vers
d'Ariftophane. Mr de la Croix
finit fa Lettre qui eft dattée de
Berlin, par un poft fcriptum
dans
GALANT 49
dans lequel il dit , qu'ayant lû depuis
peu l'Ariftarque de Voffius ,
ily a trouvé les Paffages de Saint
Jerôme , fortifiez de quelques reflexions.
Onpeut confulter les Quef
tiones Hieronymitana de Mr
·le Clerc, & on trouvera dequoy
répondre à ceux qui objectent aux
Septante , qu'il faut dire Jemia-
Jefchahiahou , au lieu hou
de Jeremias , & d'Efayas .
On a publié à la Haye le troifiéme
tome de l'Hiftoire de Guil
laume III. Roy d'Angleterre , &c.
Par P. A Samfon . Ce volume ne
contient l'Hiftoire que de trois an
-nées : fçavoir, 1673. 1674. Ø
Fevrier 1706 . E
50 MERCURE
1675. le coup d'autorité du feu
Prince d'Orange , en rétabliſſant
en 1673. le General Tromp dans
fa Charge de Lieutenant- Amiral ,
dont les Etats l'avoient dépoüillé ,
les démarches du Roy de Suede
pour procurer cette année- là la
Paix entre les Princes qui eftoient .
en guerre ; la neceffité oùse trouva
l'Electeur de Brandebourg de faire
fon Traitéparticulier avec la Fran
ce , le fameux Siege de Maftrick ,
Roy fit en perfonne. La
conquefte de Narden & de Bonn ,
par le Prince d'Orange ; les Batailles
qui furent données fur la
mer, l'entervement du Prince Guilque
GALANT 51
•
laume de Furftemberg ,fait à Cologne
par l'ordre de l'Empereur ;
la celebre Bataille de Seneff, donnée
en 1674. les reflexions de
Auteur fur le gain de cette Bataille
& fur l'eftat où eftoient les
deux Armées , quand elle finit.
La prife de Grave le Prince
par
d'Orange , qui finit la Campagne
de 1674. Le refus que ce Prince
fit de la Souveraineté du Duché
de Gueldres & du Comtéde Zutphen
en 1675. Enfin , les foins
genereux que le feu Electeur de
Brandebourg employa pour le rétabliſſement
de la fanté du Prince
d'Orange fon neveu , qui eut cette
E ij
J2 MERCURE
année-là la petite verole , font les
évenemens & les faits qui compofent
ce volume.
Idée d'un regne doux & heureux
, ou Relation du voyage du
Prince de Monberaud , dans
l'Ile de Naudely , premiere
Partic. Enrichy de Figures en
Taille- douce . A Cazeres , capitale
de l'Ile de Naudely , 1703 .
fe trouve à Amfterdam , chez
Henry Defbordes.
Cet ouvrage , qui eſt dedié à
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, eft un ouvrage femblable à
Telemaque , on du moins dans le
même gouft ; c'est pourquoy on
GALANT 53
!
L'appelle à Paris le Telemaque
Bourgeois ; c'est encore un ouvrage
femblable à la Republique de
Platon , à l'Utopie de Mony , à
Hiftoire des Severambes , & à
quelques autres livres de cette nature
: ordinairement cesfortes d'ouvrages
font lús avec plaifir , mais
il n'y en a pas dont le plane l'execution
coûtent moins à l'Auteur.
D'un cofté il faut remarquer que
dans les Etats les mieux policez ,
& qui font gouvernez par les
meilleurs Magiftrats & par les
Loix les plus judicieufes , il ne
laiße pas d'y avoir pluſieurs deffauts
dont on fouhaiteroit la re
E iij
54 MERCURE
formation. D'un autre cofté, quand
il y auroit des Etats où l'on ne
trouveroit rien du tout à reformer,
l'esprit de l'homme eſt ſi bi-
Zarre , qu'il y en auroit toûjours
quelqu'un
un qui y trouveroit à redi
re : En un mot , on voit bien les
inconveniens des Loix établies
mais on ne voit pas ceux des nouvelles
Loix qu'on voudroit établir.
Je fuis , &c.
M de Varax , Comte de
Chaſtel , eft mort en Savoye ,
dans une de fes terres. Il eftoit
de l'illuftre Maiſon de Varax
dont la branche aînée eft finie
GALANT 55
en celle de la Palu Varembon,
Il comptoit parmi fes anceſtres
plufieurs Chevaliers & Commandeurs
de l'Ordre de Malthe
qui ont ſignalé leur zele ,
& leur courage pour le fervice
de cet Ordre militaire. Le Commandeur
de Blandeux , qui en
cftoit Chevalier , & qui eftoit
un des grands oncles de M' le
Comte de Chaftel , merita le
Comté de Bouleine , pour avoir
enlevé le Guidon des ennemis
dans un Combat important.
Un Comte de Varax eut l'honneur
d'eftre nommé cinquiéne
Chevalier de l'Ordre de l'An-
•
E iiij
56 MERCURE
nonciade à la creation de cet
Ordre. Willelme de Varax
Evêque de Laufane , merita le
titre de Bien- faiteur de fon
Eglife ,, ppaarr les grands biens
qu'il luy fit. Jean de Varax ,
Evêque de Bellay , donna des
marques de fa pieté , en faiſant
reparer fon Eglife Cathedrale ,
& fon Palais Epifcopal . M' le
Comte de Chaftel dont je
aprés vous aprens la mort
avoir receu les premiers principes
de l'éducation de fes parens
, fut envoyé à la Cour de
Madame Chriftine de France ,
Ducheffe de Savoye , & grand'-
A
GALANT 57
mere de Monfieur le Duc de
Savoye qui regne aujourd'huy.
Cette Princeffe ayant trouvé
en ce jeune Gentilhomme d'excellentes
difpofitions , voulut
bien fe donner le foin de les
faire cultiver. Le progrés qu'il
fit en peu de temps dans les
Lettres & dans les beaux Arts ,
dans l'exercice des armes &
dans l'étude des ufages du monde
, furpafférent bien- toft l'attente
de fa genereuſe bien-faitrice.
Il fut fait Page de feu
Monfieur le Duc de Savoye. Il
entra enfuite dans l'efcadron
de Savoye , qui paffe pour le
>
58 MERCURE
Corps le plus confiderable des
Troupes de cet Etat ; il a remply
cet employ important
pendant
quelque temps , aprés lequel
fes infirmitez l'obligerent
à l'abandonner. Ce Comte a
fanctifiéfa vie par l'exercice des
vertus chreftiennes ; toute la
Savoye affure cette verité , &
fon teftament
eſt une preuve
de ce que j'avance ; le bien qu'il
y fait aux Membres de Jefus-
Chrift , les legs confiderables
qu'il a fait aux Eglifes de fes
Terres , feront des marques
immortelles de fa pieté . Il laiffe
des enfans de Dame N.... de
GALANT 59
Baillaud de Verboz ; cette Da
me eft d'une des plus anciennes
Maifons de Savoye. Jacques
de Baillaud s'établit en
1440. en ce pays-là , fous le
regne & par les bien- faits de
Louis Duc de Savoye . Cette
Maiſon a fourni aux Ducs de
Savoye des Grands Maiftres de
leur Maifon , des Miniftres dans
leur Confeil , & de grands Generaux
dans leurs Armées.
Cette Maiſon a produit plufieurs
autres branches qui fub
fiftent encore aujourd'huy en
Italie , & elles ont donné des
Generaux d'Armées à la Repu
60 MERCURE
blique de Venife , trois Doges
à celle de Genes , des Ambaffadeurs
au Duc de Mantouë
1
& un grand nombre d hommes
illuftres , dont les noms
& les actions
font marquez
avec éclat dans l'Hiftoire
de ces
Etats , & dans celle des Croifades
. Mr de Chaſtel a laiſſe plufieurs
enfans , du nombre defquels
font deux filles Religieufes
. Dame N... de Varax , veuve
de feu M N... de . Malyvert
, Seigneur de Reous en Bugey
, touchoit
de prés à ce
Comte. M' Aymé Plantez ,
Docteur
en Theologie
, Doyen
ге
GALANT 61
de Rumilly , & c. a fait l'Oraifon
funebre de M' le Comte
de Chaftel , qu'il a dedié à la
Nobleffe. Il fait voir dans cet
éloge funebre, que M' de Chaftel
a honoré l'état de la Nobleffe
, par toutes les vertus
morales qui peuvent la rendre
aimable & glorieufe aux
grands hommes , & qu'il a fan-
Etifié l'eftat de la Nobleffe par
toutes les vertus chreftiennes
qui peuvent la rendre preticu
fe aux yeux de Dieu.
M N..de Talaru Chalmazel
Comte de Lion & Chantre
del'Eglife Cathedrale, eft more
62 MERCURE
à Lion depuis quelque temps
Il eftoit oncle de feu M' l'Abbé
de Chalmazel & Docteur
de Sorbonne de la Maifon de
Navarre & Abbé d'Estampes ,
mort de la petite verole à Lion
il y a quelques années , & de M
le Marquis de Chalmazel qui a
épouſé Melle de Chamarante
foeur de M' le Marquis de
Chamarante , Lieutenant General
des Armées du Roy . La
maiſon de Talaru a donné 2 .
Cardinaux au Sacré College
& 3. Archevêques à l'Eglife de
Lyon. Jean de Talaru , fils de
Matthieu de Talaru , & frere
GALANT 63
de Philippe Baron de Talaru
s'ouvrit le chemin à une brillante
fortune , par une grande
piété & par une profonde doctrine.
Il fut d'abord Chanoine
& Obeancier de l'Eglife de S.
Juft de Lyon , & enfuite Cuftode
de la Cathedrale
, & peu
aprés Doyen de la mefme
Eglife , où il s'aquit une fi grande
confideration
, que la mort
de Charle d'Alençon ayant fait
vaquer le Siege de Lyon , il fut
élevé à cette dignité en 1375 .
Il affembla l'année fuivante un
Synode , où il donna des mar¬
ques de fon zele pour le bien
64 MERCURE
de l'Eglife & pour les fonctions
de fon miniftere . Le Pape Boniface
neuvième , qui fut le fecond
Pape aprés le rétabliſſement
du Saint Siege à Rome
par Gregoire XI . luy donna
le Chapeau de Cardinal en
1389. Charles VI. Roy de
France , le demanda pour luy.
L'Archevêché de Lyon demeura
vacante par cette promotion,
& Philippe de Thurey fut
élû en ſa place la meſme année.
Le Cardinal de Talaru mourur
à Lyon en 1393. Amcdée
de TalaruCardinal Archevêque
de Lyon , eftoit fils de Matthieu
GALANT 65
fecond , Seigneur & Baron de
Talaru , & de Beatrix de Marcelli
, il fut premierement Chanoine
& Comte de Lyon. Il
fut nommé par le Chapitre
pour affifter au Concile de
Conftance en 1414. & l'année
fuivante il y reçût la nouuelle
de fon Election à l'Archevêché
de Lyon , vacant par la mort
du Cardinal de Thurey. Ce
dernier avoit fuccedé à Jean de
Talaru ,auffi Cardinal & Oncle
d'Amedée. Le Concile approu
va cette Election , fon merite
& fa capacité luy eſtant connuës.
Il en donna des marques .
Fevrier 1706.
F
66 MERCURE
en plufieurs occafions , en
1436. il fe trouva au Concile
de Bâle , mais en qualité d'Evêque.
Les Prelats qui s'affemblerent
à Bourges en 1432 .
l'avoient engagé de fe joindre
avec les Ambaffadeurs du Roy
Charles VII. pour demander
à Eugene I V. qu'en continuation
du mefme Concile pour
le bien de la religion . On y
parla d'une affaire qui regardoit
l'Eglife de Lyon. Charles
V. Duc de Bourbon , retenoit
quelques Châteaux qui en de
pendoient ; le Concile luy écri
vit pour le prier d'en faire raiGALANT
67
fon à Amedée de Talaru. La
Lettre des Peres eft du 16 .
Mars 1436. Ce Prelat judicieux
prévoyant que la més- intelligence
du Pape & du Concile
auroit des fuites fâcheufes
pour le bien de l'Eglife , s'en
expliqua en diverſes occafions.
Sponde & l'Evêque de Pamiers
parlent de quelques lettres qu'il
écrivit fur ce fujet , dans lef
quelles il marquoit la peine què
ce Schifme qu'il prévoyoit devoir
bien- toft arriver , luy faifoit
. Cependant il fut fait Car
dinal par l'Antipape Felix V.
(autrefois Amé Duc de Savoye)
Fij
68 MERCURE
le 12. Novembre 1440. & il
mourut le 12. Février 1443 .
Hugues de Talaru fucceda à
Charles , Cardinal de Bourbon ,
en 1488. & il mourut en 1517.
c'cft le troifiéme Prelat que la
maifon de Talaru a donné a
l'Eglife de Lyon. M' le Comte
de Chalmazel , qui vient de
mourir , eftoit generalement
eftimé , il s'eft démis avant fa
mort de fa dignité de Chantre ,
entre les mains du Chapitre , &
l'a fait prier d'y nommer Mr le
Comte de Rochebonne , fon
parent , & Grand - Vicaire de
Poitiers. Le Chapitre a eu égard
GALANT 69
àla recommandation du Mourant.
eft morte
Dame Anne de Harlay ;
Abbeffe de Noftre - Dame de
Sens , foeur de feu M' l'Archevêque
de Paris , & d'Elizabeth
Marguerite , Abbeffe du Port-
Royal à Paris
dans de grands fentimens de
pieté ; & après avoir gouverné
avec beaucoup de fageffe & de
prudence fa Communauté durant
pluſieurs années . Elle eſtoit
fille d'Achilles de Harlay
Marquis de Breval & de Chanvalon
, & de Odette de Vaudetar
, Dame de Nerville , & fille
70 MERCURE
de LouisBaron de Perfan . Achil
les de Harlay eftoit frere aîné
de François de Harlay Archevêque
de Rouen , & Abbé de
Saint Victor lez Paris . Ce Prelat
avoit efté Coadjuteur du
Cardinal de Joyeuse en 1613 .
& il luy fucceda deux années
aprés . Il affembla une nombreufe
Bibliotheque à Rouen ,
qu'il rendit publique . Il prefi
da plufieurs fois aux Aſſemblées
du Clergé de France , où il fe
diftingua par fon éloquence .
Il fe démit en 1651. de fon
Archevêché en faveur de fon
neveu , qui a efté enfuite Ar
GALANT 70
chevêque de Paris . La memoire
de ce Prelat eft celebre par le
grand nombre d'excellens ouvrages
qu'il a laiffé. Ce Prelat
& M' le Marquis de Breval ,
eftoient fils de Jacques de Harlay
, Marquis de Chanvallon ,
premier Ecuyer du Roy , &
Meftre de Camp du Regiment
des Gardes de François de France
Duc d'Anjou & d'Alençon ,
& de Catherine de la Mark ,
Dame de Breval , fille de Robert
IV. Prince de Bouillon ,
& Souverain de Sedan , & Maréchal
de France , & de Françoi
fede Brezé. La branche de Har
72 MERCURE
lay- Chanvalon s'eftoit formée
en la perfonne de Louis de
Harlay 4 fils de Louis de Harlay
, Seigneur de Monglas , &
de Germaine-Coeur . Quelques
Auteurs croyent que cette illuftre
Maifon eft venue d'Angleterre
, & d'autres foûtiennent
que la Ville de Harlay en
Franche - Comté , luy a donné
fon nom , & que cette Terre ,
qui eft la premiere Baronnie de
la Province , paffa de leur Maifon
dans celle de Chalon , & de
celle - cy dans celle de Naffau .
François de Harlay , fils de Phi
libert , fut le premier qui s'établit
GALANT 73
blit en France. Il vivoit fous
le regne de Charles V I. & de
Charles VII . Il épouſa Louiſe
de Berbizy , & c'eſt de luy que
defcend toute la Maifon de
Harlay.
rc
Dame Catherine Pepin ,
époufe de M François Pingré,
S de Farinvilliers , Confeiller
au Grand Confeil , eft auffi decedée.
Cette Dame joignoit à
un merite diftingué qui la faifoit
eftimer dans le monde
une folide vertu , & une pieté
fincere . Elle fortoit d'une famille
qui a produit des perfonde
merite , & des gens
Fevrier 1706. G
nes
de
74 MERCURE
Lettres. C'eft à un Jean Pepin
de cette même famille, qu'Ambroife
Paré, Chirurgien d'Hen
ry III. dédia fon Livre d'Anatomie
, où il rapportoit qu'un
Serrurier nommé le petit Lor+
rain , avoit trouvé le fecret de
faire des demi bras artificiels ,
pareils à ceux du Pere Sebaftien.
L'Epitre Dedicatoire de
ce Livre , renferme de grandes
louanges de celuy à qui elle cft
adreffée , & fait voir qu'il étoit
fort attaché aux belles Lettres .
M' de Farinvilliers , époux de
la Dame qui vient de mourir ,
eft d'une famille tres.connue,
GALANT 75
& qui a produit plufieurs perfonnes
de merite dans l'épée &
dans la robbe.
Je vous envoyay il y a un
anune Relation de Canada
qui fut trouvée auffi curieuſe.
que divertiffante , & attachan .
te. Je vous en envoye la fuite.
Vous trouverez fans doute d'a
bord , que le temps eft long ,
& vous direz , avant que d'y
avoir fait reflexion , que c'eſt
faire languir long- temps la curiofité
, que de faire attendre
une année la fuite d'une Relation
; mais il y a de la difference,
entre une Relation d'une
Gij
76 MERCURE
chofe confommée , & la fuite
d'une Relation d'une chofe qui
ne l'eft pas , lors qu'elle part
des lieux d'où on l'envoye.
Celuy qui a écrit la Relation
que vous allez lire , s'eſt propofé
de donner tous les ans
feulement une Relation de
tout ce qui fe paffera d'Hiſtorique
en Canada , pendant le
cours de chaque année. Il envoya
, il y a un an , une Relation
de ce qui s'eftoit paffé ,
pendant toute l'année precedente
, & il vient d'envoyer
tout ce qui s'eft fait depuis un
an dans le mefme pays. Vous
GALANT 77
le trouverez dans la Relation
qui fuit.
$
A Quebec le 19. Octobre
1705 .
Vous voyez , Monfieur , que
je m'applique à vous apprendre
chaque année , ce qui fe paffe de
plus curieux dans ces Regions
froides & éloignées. La neige
couvre la terre depuis le commenelle
y de
meurera jusqu'à la fin d'Avril de
cement de ce mois ,
l'an prochain .
Tout eft icy plein d'Anglois
pris ( comme j'ay eu l'honneur de
Giij
78 MERCURE
vous le marquer dans mes prece
dentes) en Acadie , dans la Nouvelle
Angleterre, & dans la NouvelleYorck,
Le Miniftre de Dierfield
eft icy parmy les prifonniers.
On l'a pris avec toute fa famille.
Je vous ay affez fait connoiftre
fon caractere dans ma Lettre de
L'année paffée , il eft des plus enteftez
, il n'a jamais ouïparler des
Peres de l'Eglife. Deux Ecclefiafiques
de Saint Sulpice à Mont-
Real , luy ont voulu ouvrir la
Carriere, mais il n'a jamais voulu
entrer en lice ,foit qu'ils l'y invitent
de vive voix ou par Lettres
, moyen cependant facile ; car
GALANT 79
a
vousfçavez quefouvent on écrit
-mieux qu'on ne parle. Le Cabinet
le public font des lieux differens
; il n'eftpas facile de briller
dans les deux on a prefenté le
Combat au Miniftre , mais il
refufé de mettre l'épée à la main,
il évite toujours & ne répond
point. Mr le Marquis de Vaudreuil
, Gouverneur general de ce
pays-cy , a toujours eu pour luy
toutes les confiderations poffibles ,
il l'a logé dans fa Maiſon pendant
quelque temps , & depuis ,
on l'a mis à la Cofte de Beaupré
proche Quebec. Cette année s'eft
paffeprefque toute entiere en pour-
G
iiij
80 MERCURE
parler touchant l'échange des An
glois , avec quelques François Ca
nadiens pris en Acadie . Le Gouverneur
& Confeil de Bafton,
dépêché icy un Envoyé appellé
M. Levingston ( il eft fils du
Treforier d'Orange ) pour traiter
avecMr le Gouverneur General
de la Nouvelle France ; qui ne
pouvant s'accommoder des Articles
propofez par ce Milord Gouver
a renvoyé (mais aprés luy
neur
,
avoir fait toutes fortes d'honneftetez
) Mr Levingfton , avec le fils
du Gouverneur Anglois qui
eftoient venus de la Capitale de
La Nouvelle Angleterre , accomGALANT
81
pagnez de Mr d'Arpentigny - de
Courte - Manche , Gentilhomme
Canadien & Capitaine , que Mr
le Marquis de Vaudreuil avoit
choisi pour negocier cette affaire à
Bafton ; lefuccés n'apas répondu
à l'attente. Dudley , Gouverneur
de Bafton , demande abfolument
tous les Prifonniers quels qu'ils
foient , fans rançon , non homme
pour homme ( cette prétention eft
un peu fiere ) quoyque nous en
ayons des lears plus de deux cent ,
au deffus de ce qu'ils ont
à nous.
Depuis lafin de 1703. juſqu'à
lafin de 1705. il s'eft converti
cinq femmes Angloifes priſonnie82
MERCURE
res , dont une vient de fe marier
Montreal. On a baptifé huit ou
neuf enfans qui ne l'avoient point
encore efté dans leurs pays , plufieurs
ontdix à douze ans ; peutcftre
viennent-ils de parens Anabaptiftes
, Secte , comme vous fçavez
, affez regnante en Angle
terre. Trois autres enfans ont regu
feulement les ceremonies du
Baptême. Plufieurs perfonnés de
cette Nation d'entre les prifonniers
, fe preparent àfe faire Catholiques
; tout cela , par les
foins d'un des Meffieurs de Saint
Sulpice , qui eft à Montreal , &
qui s'applique infatigablement à
GALANT 83
la Converfion des Anglois , qu'il
aime ( pour leur falut ) de toute
l'étendue de fon coeur. Cet Ecclefiaftique
ne s'épargne en rien en
leur faveur , jufque là même
qu'il fouhaitteroit , comme Moyfe
ou comme S. Paul , eſtre Anathêmepour
eux , les mettre tous
en Paradis . Sa douceur les gagne,
les Anglois qui font à Montreal
, avoient qu'ils ne peuvent ſe
deffendre de fes charmes pour
moy je croy que fa methode , qui
eft tout-à -fait jufte & aifee, fera
prendre le bon chemin à ces Anglois
, que la Providence n'a permis
d'eftre pris par les Canadiens
84 MERCURE
quepour les convertir à Dieu , &
les faire rentrer dans la Religion
Catholique.
L'an paffé, Monfieur , je vous
marquois , que nous avions quelque
deffein fur le Fort S. Jean ,
qui est à l'Est de l'Ile de Terre-
Neuve ; c'est la plus confiderable
, & la meilleure Place que les
Anglois poffedent dans cette Ifle.
A cet effetMr de Beaucour , Capitaine
dans les Troupes de Canada
, alla joindre Mr de Soubercas,
Gouverneur de Plaifance , qui eft
au Sud de l'Ifle de Terre-Neuve.
Mrde Beaucour arrivé là ,
fejourne avecfes gens. Revuefai
il
y
GALANT 85
te à Plaiſance , on trouve trois
cens a Bafques capables de porter
les armes , ils furent équipez à la
Canadienne , c'est- à - dire , le Tapabord
en tefte , le Fufil , la Cor- ·
ne àpoudre , lefac à plomb en
bandoliere
, la b
pieds. Les Canadiens , & les
Sauvages , nos Alliez , groffirent
la troupe. Un Brigantin armé en
Guerre , devoit les foutenir , &
fe trouver au rendez- vous. Mr
raquette aux
a Les Bafques viennent regulierement
tous les ans pefcher fur le grand
Banc , & aux Attertages de Tene-
Neuve.
b Mes Lettres yous ont appris ce que
c'eftoit que les Raquettes.
86 MERCURE
de Soubercas ayant donné l'ordre
& le mot , on partit de Plaifance
le 15. Décembre 1704. marchant
toujours fur la Neige , ou
fur des Lacs glacez. Les vivres
munitions de bouche estoient
portées fur ce qu'on appelle icy ,
Traines ( cefont des Traineaux )
Ce petit Baftiment eftoit chargé
de plufieurs milliers de poudre , de
quelques Mortiers , & de fept
ou buit pieces de campagne. La
marche , nonobftant le froid la
neige , a efté vigoureuſe , & à la
diftance d'une lieuë du Fort Saint
Jean ; on commença à découvrir
plufieurs Maifons on Habitations
GALANT
87
affez apparentes , & fur tout le
Prefche.
Mr le Gouverneur de Plai
;
fance qui conduifoit les Troupes ,
croyoit que tous les détachemens
qu'il avoit fait au
commencement .
de la marche , Je
réuniroient felon
fon ordre , proche le Fort , pour
l'emporter d'affaut dans cette
penfée il marchoit toujours , mais
dans des chemins fi étroits & fi
difficiles ( il vouloit cacher fa
marche ) qu'il ne s'eft trouvéfuide
dix hommes , lors qu'il
s'eft vú à laporte du Fort S.Jean .
Ses mesures d'ailleurs eftoient
juftes , fa marche tres - fecrete ,
vi
que
88 MERCURE
comme on va le voir , & il eftoit
parfaitement informé de tout ce
qui fe paffoit à S. Jean , où tous
les Officiers de la Place eftoient
dans lajoye , dans la bonne chere,
&dans le vin.
Leschofes en eftoient à cepoint
là , lors qu'undes dix qui lefuivoit
, alla imprudemment tirer
un coup de Fufil à un Anglois ,
qui parut à une feneftre du Chateau.
Les Canons de la Place
eftoient couverts de neige , & les
batteries n'eftoientpas en état ; on
avoit tout l'avantage , lorfque
l'Anglois , par ordre du Gouverneur
du Fort , a fait battre la GeGALANT
89
nerale , on a couru partout aux
armes ; les portes qui estoient d'abord
toutes ouvertes ont efté fermées
, les Canadiens décou-
ع و ب
verts fe font vus contraints de fe
rabbattre fur les environs de ce
Fort , & fur les Habitations voi-
Lines.
Pendant ce temps là , on s'eft
canonné de part d'autre ; mais
la Batterie de Mr de Soubercas
où
futfi bien conduite , qu'elle ruina
celle des Ennemis de telle manicre
qu'on s'eft rendu maistre de tous
les environs du Fort S. Jean ,
l'on s'eft fi bien retranché , que
malgré les forties vigoureuſes de
Fevrier 1706.
H
90 MERCURE
la Garnison Angloife , on a défolé
toute la Côte voifine . La Chaîne
qui eft un ouvrage infini , qui a
coûté des fommes immenfes , &
qui eft à l'entrée du Port , a efté
emportée ; les Anglois fe font vus
obligez de jetter cinquante mille
Barriques defel en Mer. On leur
a renversé tout ce qu'ils avoient
d'échafaux dreffez pour les Pef
cheurs , ce qui eft une perte confi
derable pour les Anglois , parce
que tout commerce de cette Ifle
nepeut venir que
de la pefche
.
L'année a efte tres- bonne icy
en toutesfortes de grains , & jamais
on n'a tant vu de blé. La
le
GALANT 91
I
cherté dufel , le prix extraordinaire
des marchandifes , avoient
porté quelques efprits brouillons
des environs de l'Ile de Montreal,
à en venir à des extremitez fâcheufes
, mais la prudence des Mrs
de S. Sulpice , & fur tout l'éloquence
du a Superieur du Seminaire
de cetteVille , Mr le Baron
de Longuëil , Capitaine , frere
de Mr le Chevalier d'Yberville,
ont arrefté les deffeins audacieux
de ces Mécontens.
L'Hoftel- Dieu de Montreal
vient d'eftre achevé , le Portail de
l'Eglife eft d'affez bon goût , il eft
a Monfieur de Belmont.
Hij
92 MERCURE
じ
tout de pierre de taille , ce qui eft
rare icy , àcaufe des Carrieres ,&
des bons Ouvriers qui la fçachent
tailler , qui y manquent. Ce Bâtiment
eft du deffein de Mr de
Beaucour , Capitaine ; c'eſt celuy
qui a efté au Fort S. Jean.
Les Recolets ont fait élever à
Montreal une
belle Eglife de
pierre & un Cloitre. On trouve
que ce Convent égale en grandeur,
& en beauté , celuy qu'ils ont à
Quebec , &peut- eftre qu'il lefur
paſſe.
Chofe nouvelle , Monfieur ;
trois Intendans en Canada en méme
temps. Mr de Beauharnois
GALANT 93
a
dont je vous parlois l'année paſſée
dans mes Lettres , que le Roy
fait Intendant de Marines &
Mrs Raudotpere fils. Le premierrepaffe
en France cette année,
Meffieurs Raudot demeurent.
Monfieur le Comte d'Arquien
a commandé cette année la Flotte
du Canada , fon Vaiſſeau eft de
cinquante-deux pieces de Canons ;
il fait beau voir ce Bâtiment dans
la Rade de Quebec , qui eft une:
desplus belles & des plus commodes
de l'Univers . Le Fleuve de
S. Laurent prendfur les bords ;
froid nous faifit , mais nous nous
en débarafferons en faisant grand
le
94 MERCURE
feu ; le Canada n'est qu'une Forest.
Nous avons vécu cette année
dans unegrande paix avec les Anglois
nos voisins ; nous les arvons ,
les années dernieres , toujours battus
, auffi-bien que les Sauvages
de leur parti. Nos Villes e nos
Côtes font pleines de prifonniers.
La guerre a amené la paix. Je
vous affure , Monfieur qu'il ne
tiendra pas à Mr le Marquis de
Vaudreuil Gouverneur General ,
que Milord Dudley à prefent
Gouverneur de Bafton , & en
mefme temps de la nouvelle Angleterre
, ne foitfatisfait touchant
GALANT 95
lesprifonniers que nous luy avons
fait , mais les conditions qu'ils
metfont trop déraisonnables; quoyqu'il
aitdemandéle premierparfon
envoyé àMr Levingston à Québec
à traiter l'échange, contre quelques
Canadiens qu'ils nous ont
pris en Acadie , dont le nombre eft
fort inferieur aux Anglois que
nous avons.
Le Seminaire de Quebec de
Meffieurs les Miffions Etrangeres
, a efté brûlé pour la feconde
fois , le premier Octobre 1705 .
par l'imprudence d'un Compagnon
Charpentier , qui fumoit fur le
faite de la maison ; une étincelle
96 MERCURE
de feu tomba fur des copeaux qui
prirent d'abordfeu , & le communiquerent
à des Madriers voifins.
Ce vafte édifice a esté brulé
deux fois en quatre ans fçavoir en
1701 au mois de Novembre ,
1705. en Octobre. Les ornemens
de l'Eglife Cathedrale, la Bibliotheque
les meubles , tout a efté
confumé par les flames . Monfeigneur
de Laval , l'ancien Evêque,
âgé de 83 ou 84 ans a été tranfporté
aux Jefuites. Un miracle.
Un Ecclefiaftique de ce Seminaire
s'eft jetté d'un quatriéme eftage en
bas , preffé qu'il étoit par lafumée,
il ne s'eſt point bleſſe.
GALANT 97
A Montreal le 9. Octobre
1705.
Les Iroquois demeuroient paifiblement
fur leurs a nattes à b
Kataracoui avec les Outraouacs ,
depuis le Traitécelebre dontje vous
ay parlé dans ma Lettre de 1703 .
que feu Mr le Chevalier de Caillieres
, Gouverneur General de
Canada , avoitfait entre toutes les
Nations , lorfque les Outraouacs
s'eftantjettez brusquement fur les
a C'eft à dire , demeuroient en paix .
b .C'eft le Fort de Frontenac , à environ
80.lieues de l'Ifle de Montreal.
Fevrier
1706 I
98 MERCURE
Iroquois , en tuérent quelques - uns,
&firent trente prifonniers. Incident
fâcheux , embaraffant , &
d'autant plus difficile , qu'il eft arrivé
chez Onnuntio. Les Outraoüacs
, cependant , emmenérent
leurs prifonniers aud Détroit. Mr
Tonti qui y commandoit alors , va
au devant , parle à l'Outraouac ,
le reçoit dans le Fort , & luyfait
entendre là , qu'il ne fortira point ,
c C'eſt à dire dans un lieu appartenant
au Gouverneur general des François
, dans un lieu qui eft aux François.
d Lieu d'un Fort & d'un Magaſin
dépendant des François , fitué entre
le Lac des Hurons & le Lac
Erié.
GALANT 99
e
qu'il ne rende l'Iroquois . On trai
te , on negotie , quelques couver
tures données font la paix , au
moins pour un temps , & l'Iroquais
pris eft renvoyé libre chez
luy. Le bonfuccés de cette negocia
tion eft du au jufte choix qu'a fait
Mr. le Marquis de Vaudreuil,
Gouverneur general , de Mr de
Louvigny , Major de Quebec ,
On eft fi accoûtumé icy de voir des
Sauvages , qu'on en prend le ftiles
on auroit pû dire les Outraouiacs ,
les Iroquois ; mais le Sauvage fe
fert ordinairement du fingulier.
4
f Semblables à celles dont on fe fert
pour les lits Les Sauvages que
nous voyons icy , en font prefque
1
toutcouverts.
I ij
100 MERCURE
ی ر ب
de Mr de Vincennes Officier ;
car les Sauvages , par les bonnes
raifons de ces Meffieurs , font
defcendus icy pour demander la
paix ; ce qui eft un coup d'Etat
pour le Pays
Les Sauvages
fontfort à ménager en Canada.
Voicy le détail de l'affaire. Entrés
bien ,Monfieur , dans le ftile,
vous allés devenir Sauvage en
lifant cecy. Leftile Sauvage eft
འ ।
On dit icy defcendre , parce que les
grands lacs font beaucoup plus
hauts que l'Ile de Montreal , &
que Quebec. Le lac Otatio au Sud
duquel font les cinq Nations Iroquoifes
, eft quatre fois plus élevé
que laMontagne de Montreal.
GALANT IOI
figure , concis , coupé , ftile qui
Laiffe unpeu à deviner.
Accommodement fait entre
les Iroquois & les Outraoüacs
en 1705 .
na- Les Sauvages des deux ↳
tions , Iroquois , & Outraoiacs ,
h Nations tout-à -fait differentes , car
les Iroquois font cinq Nations , &
une même langue , à quelques dia
lectes prés , mais les Outraouacs
parlent Algonkin , laugue diftinguée
de l'Iroquoife : la langue Algonkine
eft la plus étenduë , & celle
qui eft la plus en ufage parmi les
Sauvages de l'Amerique Septentrionale.
I iij
102 MERCURE
с
fe font aſſemblez chez Mr le
Marquis de Vaudreuil , Gouver
neur General. C'est le meilleur
homme du monde , on voyoit pa
roiftre là des vifages de toutes couleurs.
Les uns portoient au I
4 de gueule, au 2° 3° d'azur.
Les autres avoient feulement le
nez teint en rouge , mais du plus
beau rouge , lesyeux noircis , avec
de la mine de plomb , les cheveux
coupés ſur la teſte jusqu'à la hauteurs
d'un pouce , frotés & imbibés
de Matachas
de rouge ) &
degraiffe de Loup- Marin ; le tout
(les cheveux )femé d'un duvet
d'Qutarde ou de Canard. Pour
GALANT 103
pendans d'oreille , de petites peaux
blanches de Lievre.
pens
de Mrs les Sauvages
de
Le
corps
eftoit
prefque
nud
, & marqué
cent
Feroglifes
differens
, de
Serd'Ours
, de Cochons
, de
Rats
, de Corbeaux
, de Poux
,
c. Des
cornes
de Chevreuil
en
tefte
, chacun
un Collier
, fait
de
dents
& d'ongles
de Loups
- Cervier
...
Cela
auroit
esté
fort
joli
à voir
en Carnaval
à Verfailles.
Entre les chef des Sauvages
Outracüacs
, & Iroquois les plus
i Les Lievres icy font blancs en his
ver.
I iij
104 MERCURE
K
confiderables eftoient Agoïander
du Saut au Recolet , la grande
Cadenete , la Queüc de Cochon
.
Du cofté des Iroquois , parut
avec éclat celuy qui a relevé le
le nom de la Grangula la grande
Gueule ; la Chaudiere noire
& c.
Vous fçavez que la grande
Gueule eftoit fort connue , il y a
plus de vingt ans , dans le temps
Mr de la Barre avoit le Gouvernement
de la Nouvelle France.
que
x Ce lieu s'appelle à prefent Lorete ;
c'eft une Miffion fauvage , gouver-
Meffieurs de S. Sulpice,
née
par
A
GALANTA 105
Premiere parole des Iroquois.
Les Iroquois font entrez les
premiers dans la Salle de l'Audience
, & ontpleuré en chantant : An
Hi , An Hi , O Manes de ma
grande Mere ! O Eſprit des
Chefs , venez pleurer .... An
Hi , mon oncle le Soleil ... tu és
tout rouge ... & tu és tour
An Hi , An Hi. J'ay
le gofier bouché de doulcur ,
les yeux fermez de larmes , de
la bile amere dans l'eftomac
les bras falis de ſang .. An Hi
An Hi ... Ce Chef des Iroquois ,
noir
....
106 MERCURE
aprés avoir ainfi pleuré , falüa
Onnontio , & dit : Mon Pere!
tu és bleffé à mort. J'eftois dans
ton coeur , & on m'a percé dans
ton coeur. Tu es donc bleffé à
mort. Icy l'Iroquois fe tut tout
à
coup , on interpreta faparole
on l'ecrivit.
Seconde Parole.
Mon Pere je demeurois fur
ta 1 natte à Kataracoüi , mais
on à fali ta natte de mon fang
& gâté m ta maiſon. L'Inter-
1 Natte pour maifon , le ftile Sauvage
eft figuré.
m Kataracoui & le Fort Frontenaceft
la même chofe ; c'eft un Fort des
François à la rive droite du Lac
Antario. Antario fignifie, beau Lac.
GALANT 107
prette expliqua , & tout fut
écrit.
Trofiéme parole.
Icy le Sauvage s'avança &
"garda un profond filence pendant
quelques momens. Enfuite il nou
vrit la bouche , & dit : Mon
Pere ,fouviens toy que o Fenn
Vous voyez que je me fers du ftile
Sauvage , ouvrir la bouche , pour
dire , parler. S'il eftoit permis de
mêler le facré avec le prophane , je
dirois que les Evangeliftes fe font:
fervis de cette expreffion dans le
Nouveau Teſtament.
Fed Mr le Chevalier de Callieres ,
frere du Secretaire du Cabinet ,
Plenipotentiaire à Riſwicks.
108 MERCURE
$
onnontio , dont tu releve le
nom , planta l'arbre de la paix
fi haut qu'on le voyoit de tout
côté. En cet endroit un grand
filence.... Toutes les nations
mirent la main à cet arbre pour
l'apuyer ...Le Chef des Iroquois
Se tut ici Onnontio fit
croiftre fes racines jufque chez
toutes les nations .. Profond filence
ici ..... Onnontio prit
toutes les haches , & les enterra
dans un creux afin qu'on ne
coupa pas fes racines . Il fit
paffer une Riviere fur ce creux ..
P Plufieurs Nations fauvages , Iro
quois & autres.
GALANT TOg
Le Sauvage s'aresta tout court en
r
cet endroit.
Onnontio , 9 une
nation a retiré fa Hache
coupé fa racine , retiré ſa main,
l'arbre fletrit de ce côté la.C'eft
l'Outraoüiacs • tu a dit que
tu fraperois celuy qui gâteroit
l'arbre.
Premiere parole des Outraoüacs...
"
Les
Outraoüacs eftant arrivez ·
fort beureufement
avec leurs
Chefs . Lepefant Sauvage Outraoüacs,
gros grand, & bien taillé,
La Nation des Outraouacs .
Retirer ou déterrer la Hache ; cleft
declarer la guerre.
110 MERCURE
avec Copaniẞé , autrement dit le
Brochet , commencerent
la feconde
fceance , c'étoient les accufez
Ces Cheffumerent d'abord ,
la fumée eftoit ſi épaiſſe , qué lès
tenebres d'Egipte ne l'estoient gueres
davantage. On d'eux parla
anfi.
f
Je pleure mon efprit que
j'ay perdu ... Ce Chef fe tut
icy tout d'un coup . Je pleure
mes anciens Chef qui le
gouvernoient ... En cet endroit
Outraouac demeura enfilence ...
Je pleure mes Neveux , qui ont
Les Sauvages difent communément
qu'ilsn'ont point d'efprit, lorsqu'ils
tont mal.
GALANT III
de
manqué aux ordres d'Onnontio
, & manqué contre mes freres
les Iroquois. Des paroles ,
Copaniffé vint aux effets , il roula
au milieu de la falle des Ambalar
deurs, bon nombre de paquets
Caftors , de Robes , pour refaire
l'efprit d'Onnontio, le pria de * redreffer
les affaires courbées , &
d'eftre fon Mediateur envers l'Iroquois.
Onnontio prit , ou interpreta
, & le Secretaire mit tout
fur le papier.
t
t C'est ce qu'on appelle Caftor gras ,
c'eft le meilleur , les Sauvages s'en
fervent comme d'habits , & auffi de
couvertures pour ſe coucher.
* Figurefauvage.
12 MERCURE
Icy fe fit une pauſe.
Onnontio dit à l'Outraoüac
qu'il luy parleroit , lors qu'il auroit
fait entendrefa voix à l'Iroquois
, puis il dit à l'Iroquois :
Monfils u le Midy , c'eſt le Sononthoüan
, mon fils le grand
Calumet , c'eft Goïogoüen ,
mon fils le porte-nom ou Enfeigne
, c'eft Onnonthagué :
voilà l'Outraouac qui pleure
fa faute. Il me prie de te porter
u Onnuntio , qui eft M' le Marquis de
Vaudreuil , fe fert du ftile fauvage ,
pour le faire entendre , & agréer,
x Aux Chefs & aux autres Iroquois qui
etoient là .
* Calumet fignific pipe .
GALANT 13
par fa voix , je l'ay fait venir
mon authorité , je l'obligeray
à te fatisfaire
, je le corrigeray
;
écoute & parle paifiblement.
L'Interprete Iroquo. redit les
paroles d'Onnontio aux Deputez
des Iroquois. Onnontio dit à l'Outraouac
, parle à l'Iroquois , il
écoute Alors l'Outraoйac
·jetta Y à l'Iroquois trois paquets
de Caftor , pour les trois z Cabanes
ou Nations , & un autre fur le
• •
y Maniere efficace d'appaifer les gens
& de les perfuader .
z C'est à dire pour les trois Nations
Iroquoifes alliées des François ; les
Sononthouans , les Goïogcüins , &
les Ononthagues
.
Février 1706 .
K
14 MERCURE
corps des morts ; c'eft fur le corps
des Iroquois tuez par les Ou--
traoùacs. Ce diſcours fut interpreté,
on écrivit.
I
.
Seconde parole des Outraoüacs.
L'Outraouac reprit enfuite la parole
, dit : Mon frere l'Iroquois
, tu as le gofier bouché,
voilà un Julep pour le déboucher
... Là deffus il jetta & un:
Collier de Porcelaine …..on expliqua&
on écrivit ... Le Sauvage
pourfuivit: Mon Pere , tu as
les yeux bouché de larmes , voiles
effuyer ; fur cela il
là
pour
& Je vous ay marqué l'an paffé ce que
c'eftoit que ces Colliers.
GALANT ITS
jetta un fecond Collier : l'Interprete
tourna en François , & la
chofe fut écrite.
L'Outraouac continua : Mon
frere , tu as de la bile amere ,
voilà une douce medecine pour
faire vomir ta bile , & t'adoucir
le coeur. A ces mots le Sauvage
jetta au milieu de la Salle
un troifiéme Collier , & parla
ainfi à l'Iroquois.
י
Tu es fali , voilà pour te la
ver... Autre Collier jetté.
pourcouvrir le a mort ... & afin
I
a Stile fauvage , le fingulier pour le
plurier , car il y en avoir eu plufieurs
de tuez par les Outraouacs...
Kij
116 MERCURE
b c voilà
qu'il ne paroiffe plus ,
un Collier pourles parens du mort.
Troifiéme parole des Sauvages,
Iroquois , & Outraoüacs , & derniere
Seance.
,
"... L'Iroquois dit à l'Outraouac :
Tu es menteur , tu es un fourbe
, & tu recommenceras tes
trahifons au fortir d'icy . Cela
fut auffi- toft écrit ... Pour finir
l'affaire , Onnontio demanda aux
Chefs des Nations Iroquoifes , les
réparations qu'ils fouhaittoient.
b Afin qu'il n'en fuft plus parlé.
c Les Sauvages appaiſent ainſi les Ma
nes des deffunts.
GALANT 117
Premiere Demande des
Iroquois.
d Je veux des Efclaves pour
les morts , & que l'Outraouac
aille à la guerre chez les e Sioux .
Le Secretaire d'Onnontio écrivit ,
aprés que l'Interprete eut expliqué.
Seconde Demande..
Je demande à Onnontio ,
qu'il châtie l'Outraouac , &
qu'il le contraigne de répondre
, qu'il obéira à ſa voix.
Enfin le ChefIroquois dit avec
d C'eft à dire , des Efclaves Outra
ouacs , en place des Iroquois tuez .
e Sauvages aux environs de la fource
du Miliffipi. Il y a leffioux de l'Eft
& ceuxdel'Oueſt..
118 MERCURE
4
fermeté au milieu de l' Aſſemblée :
Je ne réponds pas de moy , Iroquois
, je porteray le Colliers
& les Prefens aux f Anciens ,
& on en déliberera chez les
Chefdes g Nations.
Onnontio conclut, & dità l'Iroquois..
Premierement.
Tu vois que je fuis preſt de
-châtier l'Outraouac .
Secondement.
Que
l'Outraouac ayant peur
s'eft humilié .
f Les Anciens font fort refpectez chez
les Sauvages.
g Ce font les trois Nations Iroquoifes
alliées des François ,
GALANT ng
Troifiémement.
Tu vois que j'ay fait rendre
les prifonniers que l'Outraouac
avoit fait.
Quatrièmement.
Que l'Outraouac devoit eftre
imité par l'Iroquois , & qu'il
falloit pardonner
.
Cinquièmement..
Que j'ay pris le parti de
toy , Iroquois.
Sixièmement.
Que c'eftoit la premiere
faute.
Sepriémement.
Qu'on ne tue pas les enfans
( Qnnontio
eft le pere comw
120 MERCURE
mun de tous les Sauvages nos
Alliez ) mais qu'on les corrige,
& qu'enfuite on leur pardonne.
Onnontio aprés cela , fe tournant
du cofté de l'Outraouac , luy
dit , tu eftois hyvre , tu n'avois
pas d'efprit quand tu as fait
cela à Kataracoui. L'Arbre de
la paix ayant eſté touché & appuyé
par la main , l'ayant vû
planter , ayant vû enterrer la
Hache ... Iroquois devroit
avoir ravagé ta i Cabane , &
h C'eft à dire , infenfé , chez les Sau
vages, felon le genie de leur langue .
i Onnontio fe fert du ftile fauvage , &
cela eft prudent . Cabane , eft pris là
pour Nation ou Village. Un Village
mangé
GALANT 121
mangé ton Village ...Il ..&c.
Mais Onnontio s'appaifa , &
comme il eft clement , il leur pardonna
, deffendant cependant à
l'Outraouac , de retomber defor
mais en ſemblable faute , & le
chargeant de remplacer les Iroquois
tuez , par des Efclaves.
Allons , ajouta Onnontio , que
l'Iroquois & l'Outraouac , fument
également au même Cafait
affez fouvent une Nation , comme
il paroift chez le Iroquois.
Calumet ou Pife , figne de paix.
C'eft le Calumet de paix. J'ay mar
quédans quelques - unes de m Lettres
, ce que c'eftoit que Calumet
de paix .
Fevrier 1706 . L
"
122 MERCURE
lumet , buvez dans le même
Gobelet ... A ces ordres on apporte
des feaux de Bierre , on fume
dans le grand Calumet depaix.
Onnontio l'alluma de fa bouche
1
Royale
Deuxpuiffans Boeufs furent mis
dans la Chaudiere ( je ne fçay fi
on vuida ces animaux ) le Feftin
fut long, & les adieux fe firent
en chantant. He , He , vive les
hommes de la Guerre. C'est le
Hé , Hé, des Fendeurs de bois ,
dont je vous ay tant parlé dans
mes Lettres des années dernieres.
& tous fumerent
1 Je vous ay dit autrefois ce que c'étoit
que faire chaudiere , chez les
Sauvages.
GALANT
123
Tous les
Canadiens qui eftoient
depuis plufieurs années aux Outraouacs
, Miamis , Ilinois , &c.
defcendirent à Montreal en Septembre.
Ils eftoient quatre en chaque
Canot , tous chargé de Pelleerie
de toutes fortes . Les Sauva
ges ont retenu chez eux ( on l'a
bien voulu ) comme pour affurance
ou Oftages quatre de ces Canadiens
: ce fera un
témoignage que
les François n n'abandonnent pas
ces Sauvages.
m Sont les François nés en Canada ,
ou les François qui y font depuis plu
fieurs années .
n Mr Junquieres Capitaine des Gardes
de feu Mr de Callieres cft toûjours
chez les Iroquois pour negocier
avec eux & les tenir en paix.
124 MERCURE
Miffili makina n'eftplus ,
ceft - à - dire , la Miffion , les
Forts , & Magafin. Les Sauva
ges qui s'eftoient habitué là depuis
long - temps , ont quitté ce
lieu avec deux Jefuites , dont le
plus renommé eft le Pere Carbeil,
Miffionaire , habile homme.
Il eftoit la depuis vingt ans . Les
bons Peresfont defcendus icy . C'eft .
la proximitédu P Détroit ,
demeure des Canadiens , coureurs
de bois , dont plufieurs fe débau- ,
Saint
la
o Eft à 30. lieues d'icy. C'eft une Inle
qui eft a l'endroit où le Lac des Hurons
fejette dans le Lac des Ilinois.
p Entre le Lac Erié & le Lac Huron.
Lieu d'un Fort & d'un Magafin .
GALANT 125
choient avec les Sauvages de
cette Habitation , qui font caufe
de cette deftruction.
Mr de la Mothe - Cadillac ,
Capitaine , a le Détroit dont on
vient de parler , à fa poffeffion.
On luy a donné permiffion d'y mener
deux cens hommes , Soldats
on Canadiens ; il eft à prefent le
Gouverneur , & Seigneur de ce
poſte.
Un Parti de Sauvages , nos
Alliez , vient de fe mettre en
marche pour aller aux Anglois.
Ces gens - cy font alertes ,
comme les Anglois font de vrais
q Expreffin Canadienne .
نب
Liij
126 MERCURE
ventres de Biere , ils ont bien de
la peine à s'échaper de leurs mains,
tant pis pour les Anglois.
Des Sauvages de la Nation
des Nepiffiriniens , font defcendus
des Lacs pour s'habituer dans
l'Ile , ou proche l'Ile de Montreal.
Mr le Gouverneur General,
le Marquis de Vaudreuil , leur a
offert la Terre , & Mr.de Bref
Tay , Saint Preftre de S. Sulpice,
qui eft dans cette Ifle , à la pointe
qui eft voifine du Lac des deux
T
r
Ils font actuellement auprés du Lac
des deux Montagnes , proche le
bout de cer Ifle.
Terre dans l'Ile de Montreal.
GALANT 127
a
Montagnes , s'eft offert à estre
leur Miffionaire. Je ne sçay fi
vous n'avez point connu ce Mr
de Breslay à la Cour , il eftoit
Gentilhomme chez le Roy ; il
quitté le monde , s'eft fait Ecclefiaftique
, s'eft confacré entierement
au Canada , mais particulierement
à la Miffion des Algonkins
, Nation Sauvage la plus
connue dans ce pays - cy par
Langue.
la
On écrit de Mififfipi , qu'on y
attend Mr le Baron de Longueuil
qui eft icy ; il eft frere de Mr le
Chevalier d'Yberville , que
l'on
peut appeller un fecond Jean
Barth. Je fuis , M voftre , &c.
128 MERCURE
pa-
Je vous envoye une Chanfon
de M ' de Metz , de la Fléche
en Anjou . Le fujet des
roles vous feroit connoiftre
qu'elles font de luy , quand
même je ne vous le nommerois,
pas.
AIR NOUVEAU.
O Paix ! charmante Paix ,
Exauce nos fouhaits
Defcend , Fille du Ciel , delice de la
Terre ,
Aux accents de ta voix , fait laire
le Tonnerre >
Viens , Louis s'eft laffé de fes propres
Exploits :
Tout l'Univers t'appelle , & même
les François.
GALANT 129
Zeplusgranddes humains teprefere à
elle
brey
nované siad unrenes
HTV)JOI
de
:S
les acccautio. ·
tre
y
a
inel
128
MERCURE
Je vous envoye une Chanfon
de M ' de Merz de la Elé
che
roles
qu'el
mêm
pas,
AΑΠ
H
01
Ex
Defcer
Aux a
le
Viens
E
Tout
3000 TA
GALANT 129
Ze plus granddes humains teprefere à
Bellonne ;
En vain , toûjours conftante , elle
agranditfon Trône ,
Il veut fe délivrer de la neceffite
De vaincre l'Univers , contre luy
revolté.
Les Articles qui fuivent regardent
plufieurs perfonnes
mortes dans le mois de Janvier.
Je fuis fouvent obligé de
reculer ces fortes d'Articles
parce qu'il eft difficile d'eftre
inftruit à fond de ce qu'il y a
à dire des perfonnes de diftinction,
dans le même mois qu'el
les decedent.
130 MERCURE
Dame Marguerite- Françoife
de Rohan , époufe de M
Louis - Piere Comte de la Marck.
Cette Dame eftoit fille de M
le Duc de Rohan Chabot Pair
de France , & de Dame Marie-
Elifabeth Dubec - Crefpin , fille
unique de François René , Marquis
de Vardes , Comte de Mo
ret , Chevalier des Ordres du
Roy, & Gouverneur d'Aiguesmortes
, cy- devant Capitaine
des cent Suiffes de la garde ordinaire
du Corps du Roy , &
de Catherine Nicolaï. Loüis
Chabot Duc de Rohan Prince
de Leon Comte de Parrhoël
GALANT 131
1
Pere de M la Comteffe de la
Marck , eft fils de feu Henry
Chabot S de Saint Aulaire ,
Duc de Rohan , Pair de Fran-
Gouverneur d'Anjou , &
de Marguerite Ducheffe de
Rohan , Princeffe de Leon ,
Comteffe de Porrhoët . Cette
Dame étoit fille unique & heritiere
du fameux Duc de Rohan,
ce ,
Henry deux du nom Duc de
Rohan , Pair de France & c.
qui fut Chef des Huguenots
en France & qui fut tué a la
premiere Bataille de Rhinfeld
en 1638. & de Dame Margue
rite de Bethune fille de Maxi-
1
132 MERCURE
+
milien I. de Bethune , Duc de
Sully , Pair, Marefchal & grand
Maistre de l'Artillerie de France.
On voit un magnifique
Maufolée de ce Duc dans l'Eglife
de Saint Pierre de Geneve.
Quant à la maifon de Chabot,
elle eſt des plus illuſtres du
Royaume , où elle eſt connuë
il y a prés de 700. ans , en effet
Guillaume Chabot qui fut un
grand Capitaine vivoit en
1040. & Ictier Chabot qui fut
Evêque de Limoges & l'honneur
du Clergé de France
fleuriffoit en 1052. & mourut
en 1073. un ficcle aprés , c'eſt
GALANT 133
à dire en 1177. Saibrand de
Chabot fut auffi élu Evêque
de la mefme Eglife : ce Prelat
affifta au troifiéme Concile de
Latran, qui fut l'onziéme Concile
general en 1 179. Thibaud
Chabot 6. du nom Seigneur de
la Greve , vivoit en 1380. il
époufa Amicie fille de Jean Seigneur
de Maure , dont il eut
Louis Chabot 1. du nom qui
laiffa de Marie de Craon Dame
de Moncontour , Thibaud
pere de Louis 2. qui ne laiſſa
qu'une fille , & Renaut 1 Seigneur
de Jarnac , qui épouſa
Françoiſe de la Rochefoucauld.
134 MERCURE
C'est de luy que defcendit le
celebre Gui de Chabot Chevalier
de l'Ordre du Roy &
Gouverneur de la Rochelle qui
foutint en 1547. ce fameux
Combat en Champ clos contre
François de Vivonne Seigneur
de la Chafteneraye . Philippe
Chabot , Comte de Charny ,
Amiral deFrance , Chevalier des
Ordres de Saint Michel & de
la Jarretiere , Gouverneur de
Bourgogne , fils puiné de Jacques
Chabot & de Madelaine
de Luxembourg. Cet Amiral
moururen 1453. & fut enterré
aux Celeftins de Paris où l'on
GALANT 135
voit fa ftatue en marbre blanc
dans la Chapelle d'Orleans .
La Maiſon de la Marck dans
laquelle eftoit entré la Dame
qui donne lieu à cet article , eft
une des plus illuftres du Royaume,
elle a formé trois grandes
branches ; celle des Ducs de
Bouillon , qquuii a fini en la
perfonne de Charlotte de la
Marck , Ducheffe de Bouillon,
Princeffe de Sedan , épouſe de
Henri de la Tour , Vicomte
de Turenne, Maréchal de France
, en 1591. celle des Ducs de
de Cléves , qui commença
à
Adolphe qui épouſa Margueri136
MERCURE
te de Cleves en 1332. & celle
de la Marck Maulevrier.
La Branche des Ducs de
Bouillon Princes de Sedan de
la Maifon de la Marck
a poffedé d'aîné en aîné la Char
ge de Capitaine - Colonel des
Cent - Suiffes de la garde ordinaire
du Corps du Roy , dans
fon établiffement , jufqu'au decés
de Robert fecond du nom ,
Comte de la Mark. Il eut pour
fucceffeur en cette Charge Jean
de Souillac Seigneur de Montmege
, Lieutenant General des
Armées du Roy , & nommé
à l'Ordre du Saint Efprit , aprés
GALANT 137
la mort duquel cette Charge
fut donné à René Dubec, Marquis
de Vardes , Chevalier des
Ordres du Roy , pere de M° la
Ducheffe de Rohan , mere de
M la Comteffe de la Mark.
La Maiſon de la Marck a tiré
fon origine du Comté de la
Marck. Engilbert I. du nom ,
Comte de la Marck , mourut
en prifon en 1417. Il avoit
époufé Cunegonde , fille du
Comte de
Schaffembourg
dont il eut Everard ( nom fort
commun aux Seigneurs de la
Marck ) & enfuite mariée à
Henry de Mons , Seigneur de
Fevrier 1706 . M
138 MERCURE
Vindck. Everard de la Marck ,
Cardinal , Evêque de Liege ,
eftoit fils de Robert I. Duc de
Bouillon , Price de Sedan , & de
Jeanne de Marlay. Il fut élû
Evêque de Liege en 1505. Cc
Prelat qui s'eftoit mis fous la
protection de la France , avoit
efté pourvû de l'Evêché de
Chartres , & avoit reçu plufieurs
bienfaits des Rois Louis
XII. & François I. Robert de
la Marck , Duc de Sedan & de
Floranger , Maréchal de Fran-
Chevalier de l'Ordre du ce
Roy , eftoit fils de Robert de
la Marck 3 ° du nom , & deCa
с
GALANT 139
therine de Croy. Il fut bleſſé
en 1513. à la Bataille de Novarre
, & fut pris à celle de Pavic
en 1525. On le conduifit
à l'Eclufe en Flandres. Il fut
pere du Maréchal de Bouillon
Robert de la Marck 4° du
nom ) qui fut pris par les Efpagnols
, à la prife du Chateau
de Heldin en 1553 .
Mr Adrien Baillet, Prêtre , &
un des plus fçavans hommes
de ce fiècle. Il eftoit âgé de´s 5 .
ans. Il s'appliqua dés fon bas
âge à l'étude des belles Lettres .
Il enfeigna les Humanitez à
Beauvais avec beaucoup de fuc
Mij
140 MERCURE
cés pendant quelques anneés ;
mais ſa réputation eſtant devenuë
confiderable , & fon merite
l'ayant fait connoître , M' le
Prefident de Lamoignon l'attira
chez luy & luy confia la conduite
de Ms fes Enfans , & lors
qu'ils furent entrez dans le
monde , & qu'ils n'eurent plus
befoin des foins de M' Baillet ,
M' le Prefident de Lamoignon
le retint chez luy en qualité de
Bibliothecaire
, & il a exercé
cet employ jufqu'à fa mort .
Perfonne n'ignore les augmen
tations qu'ils à faites à cette célebre
Bibliotheque , & le bon
GALANT 141
ordre qu'il y a mis. M' l'Abbé
Baillet a toujours efté un parfait
modele de vertu & de pénitence
; il ne beuvoit point de
vin , il couchoit fur la dure ,
& il s'eft toûjours conftament
refufé toutes fortes de plaiſirs ,
& de commoditez. Il eftoit
plein de charité pour le prochain
; quand quelqu'un
de
l'Hôtel de Lamoignon
eftoit
malade , il ne l'abandonnoit
point & il quittoit tout pour
luy fournir tous les fecours qui
dépendoient
de fon miniſtere.
Il travailloit regulierement
fei--
ze heures par jour , il fe cou142
MERCURE
choit à minuit & fe levoit à fix
heures du matin. Mais ce qu'on
ne doit pas oublier dans l'éloge
de
de M' Baillet , eft qu'il a toujours
refufé avec beaucoup de
fermeté , tous les Benefices qui
luy ont efté offerts , & peu
perfonnes ont porté le defintereffement
auffi loin que luy.
Le grand nombre d'excellens
ouvrages qui font fortis de fa
plume , rendront fon nom immortel.
Il a compofé treize
volumes des Jugemens des Sçavans
; ce livre eft connu de tous
les Sçavans , & il n'en eft point
qui ignore l'honneur que cet
.
GALANT 143
ouvrage a fait à 'fon Auteur.
M'.Baillet nous a auffi donné
la vie de Defcartes ; elle eft tresbien
écrite & contient des chofes
tres - intereffantes . Il feroit
à fouhaiter que quelque Sçavant
prift le même foin à l'égard
de M Baillet , que celuy
cy a pris à l'égard de ce Philofophe
moderne . L'Hiftoire de
la Republique de Hollande , cft un
ouvrage que M' Baillet_compofa
à la priere d'une perfon
ne de confideration , à laquelle
il ne pouvoit rien refufer . Ce
livre eft fort eftimé. Ce celebre
Auteur a donné des mar
144 MERCURE
ques de fa devotion pour la
Vierge , dans fon livre intitulé :
La devotion à la Vierge ; mais fa
Vie desSS.cn4 . Volumes infolio
rendra fa memoire precieuſe à
la pofterité. Il laiffe plus de
cent volumes Manufcrits , tant
fur l'Hiftoire Ecclefiaftique
que fur d'autres matieres , dont
il a deffendu l'impreffion en
mourant.
re
M François Pingré , Seigneur
de Farinvilliers,Confeilfer
Honoraire au Grand Confeil.
Je vous ay déja appris la
mort de Dame N ... Pepin fon
épouſe , à laquelle il n'a furvécu
GALANT 145
cu que de quelques jour . Depuis
la mort de cette Dame ,
avec laquelle il avoit toujours
vécu dans une grande union ,
fa fanté avoit efté fort languiffante
. M ' de Farinvilliers ,
avoit quitté depuis quelque
temps , fa Charge de Confeiller
au Grand Confeil , il l'avoit
exercé pendant plus de vingt
années avec beaucoup d'honneur
& de probité ; & tous
ceux qui ont eû affaire à luy
pendant ce temps là , conviennent
que c'eftoit un des Juges le
plus éclairé du Grand Confeil,
Il s'eftoit attaché depuis la jeu
Fevrier 1706 . N.
146 MERCURE
neffe à la connoiffance des af
faires Ecclefiaftiques , & il en
avoit un ufage tres parfait . La
Famille de M' de Farinvilliers
a produit d'autres Magiſtrats,
dont la memoire eft encore en
veneration dans les Cours fuperieures
de cette Ville ; elle a
auffi donné à l'Eglife , & fur
tout à l'Ordre Monaftique de
grands Sujets , du nombre defquels
a efté un Joachim Pingré
, Religieux du Tiers - Ordre
de S. François , duquel il nous
refte d'excellens ouvrages
, qui
n'ont à la verité paru fous pas ,
fon nom , mais qu'aucun SçaGALANT
147
vant n'ignore eftre de luy.
C'eftoit un des plus grands
Theologiens de l'Ordre de S.
François.
Mr Leonor Aubry , Confeiller
du Roy , & Maiſtre ordinaire
en fa Chambre des
Comptes. Il avoit appris la Jurifprudence
fous d'excellens
Maîtres , & il avoit profité des
leçons qu'il en avoit reçu d'u
ne maniere , qui luy a fait hon
neur toute fa vie . Il eftoit fort
confideré dans la Chambre des
Comptes , il eftoit fort eſtimé
dans fonCorps.Une exacte pro
bité & unc feverité rigoureuſe ,
Nij
148 MERCURE
luy avoient fait meriter cette
eftime. Il aimoit les Lettres , &
ceux qui s'y attachoient . Sa
Maiſon a toujours efté ouverte
à ceux , qui font profeffion
' de cultiver les Sciences . Il avoit
une Bibliotheque confiderable
dans laquelle on faifoit de tems
en tems de fçavantes Conferences
; M Aubry y brilloit
beaucoup , & il eftoit écouté
avec plaifir. Ce Magiftrat.eftoit
fils d'un homme, qui avoit auſſi
beaucoup cultivé les Lettres , &
fa famille a produit diverfes
perfonnes qui fe font diftinguées
en plufieurs genres de
GALANT 149
Litterature , & fur tout dans
la Geometrie , & dans l'étude
des Sciences naturelles .
ic
M Alexandre- Jean Sevin,
Seigneur de Menil - montant ,
Prefident de la Cinquiéme
Chambre des Enquettes . Il
eftoit beau- frere de M' le Marquis
de Laval , dont le fils a
époufé une foeur de M' le Marquis
de Hautefort , parce qu'ils
avoient épousé les deux foeurs.
M le Prefident Sevin eftoit
d'une famille , qui avoit produit
des hommes doctes & celebres
en plufieurs genres de
Litterature. Le Pere & l'Aycul
Niij
150 MERCURE
de ce Prefident , fe font diftinguez
dans la Robbe , & ils ont
donné des marques de l'amour
qu'ils avoient pour les Sciences
& pour les belles Lettres . M' le
Prefident Sevin , avoit efté élevé
avec de grands fgins , &
avoit parfaitement profité des
Leçons qu'il avoit reçus , il s'attachoit
fort aux Sciences , & il
les avoit cultivées avec beaucoup
de fuccés. Il avoit brillé
dans plufieurs occaſions d'éclat
, & donné des preuves de
fon éloquence & de la delicateffe
de fon efprit .
Dame N... de Furftemberg ,
GALANY 151
fille de M le Prince de Furf
temberg , Gouverneur de l'Electorat
de Saxe , & petite niece
du Cardinal de ce nom . Elle
avoit époufé M' le Prince d'Ifenghien
, fils de feu M' le Prince
d'Ifenghien , & de Dame N..
de Crevant , fille de feu M
le Maréchal d'Humieres . Les
Prince d'Ifenghien font fortis
de l'illuftre Maiſon de Guines.
Cette Maiſon a eu pour tige
Sifrid , Seigneur Danois , qui
paffa en France avec les Normans
, & qui occupa fur l'Abbaye
de Saint Bertin , la contrée
où eft le Comté de Guines,
N iiij
152 MERCURE
fe où il fit
bâtir un Fort
pour
deffendre
contre fes
ennemis .
Quelques
Auteurs
difent que
Guillaume
Comte
de
Ponthieu
, ayant
foûmis
le Boulonnois
& les Pays de Guines
&
de S. Pol , fur
Arnoul , Comte
de
Flandres , ce
dernier
appella
les
Normands
à fon
fecours ,
&
alors
Sifrid qui eftoit
parent
du Roy de
Dannemarck
, reconquit
la Terre de Guines ,
que
Arnoul
luy donnà
en fief,
en luy
faifant
épouſer
une de
fes filles , qui avoit nom
Elftru-
⚫de ; c'eft de ce
mariage
qu'eft
ſorti
Adolphe , qui fut
premier
GALANT 153
Comte de Guines , & qui vivoit
en 996. Ce Seigneur eft celebre
dans l'Hiftoire par de
beaux faits d'Armes . Il époufa
Mahaud ,fille d'Hercule , Comte
de Boulogne , d'où vint Ragul-
Marc de Rofelle de S. Pol ,
& pere du celebre Comte de
Guines ( Euſtache ) qui a tant
fait parler de luy dans fon
temps. Il fut pere de Baudouin
I. Comte de Guines. Ce dernier
eut Manaffés , dit Robert ,
ce nom luy ayant cité donné
par Robert le Friſon , Comte
de Flandres , fon Parrain . Il vivoit
en 1120. & il ne laiffa qu'u
154 MERCURE
ne fille nommée Sibylle , qui
époufa Henry , Chaſtelain de
Bourbourg , qui laiffa auffi une
fille unique nommée Beatrix ,
qui mourut fans alliance. Gifle
de Guines , foeur de Manaffés ,
fut appellée à la fucceffion , &
elle herita du Comté de Guines
: c'eft par fon mariage avec
Wenemar , Chatelain de Gand
que la Maiſon de Guines tomba
en quenoüille. Elle fut mere
d'Arnoul I. de ce nom , Comte
de Guines , qui mourut en Angleterre
en 1196. & qui fut
pere de Baudouin II . marié avec
Chriftine heritiere d'Ardres &
GALANT 155
pere d'Arnoul II - Comte de
Guines , Seigneur d'Ardres &
Chaftelain de Bourbourg par
fon mariage avec Beatrix de
Bourbourg. Ce fut en ce tempslà
que Philippe Augufte ayant
époufé Ifabelle de Haynault ,
qui luy apporta la partie occidentale
de Flandres , où eftoient
les terres du Comté de Guines
ce Comte devint Vaffal des
Rois de France . Arnoul fut
pere de Baudouin III . Comte
de Guines, qui époufa en 1220 .
Mahaut de Finnes , dont il eut
Arnoul 3. qui épousa Alix de
Coucy , fille d'Enguerrand 3 .
156 MERCURE
Sire de Coucy , furnommé le
Grand. Madame la Princeffe
d'Ifenghien qui vient de mourir,
eftoit fille d'Antoine- Egon ,
Prince Landgrave de Furftem
berg & de Bar , Gouverneur de
l'Electorat de Saxe , & de Dame
Marie de Ligny. Je vous ay
fi fouvent parlé de la Maiſon
de Furftemberg
, que je ne vous
en diray rien aujourd'huy , finon
que plufieurs branches de
cette Marfon poffedent des
Etats en toute Souveraineté.
M' le Marquis de la Grange
a épousé à Lyon.Mlle Ferrus..
Ce Gentilhomme eft de l'illufGALANT
157
tre Maifon de Cremeaux , qui
a produit la branche d'Entragues
- Cremcaux , dont il y a eu
des Comtes de Lyon , & dont
M' l'Abbé d'Entragues, connu
par fon efprit poli & agréable ,
& M' le Comte d'Entragues ,
fon neveu Gouverneur de
Mâcon , font defcendus . M'le
Marquis de la Grange eft Seigneur
de Thifi en Beaujollois &
de Chafey en Bugey . Cette der .
niere terre eftoit des anciennes
dépendances de laSeigneurie de
Revermont , & elle eftoit fortie
de la Maiſon de Coligni par
le mariage de Beatrix de Coli158
MERCURE
gni , épouſe d'Albert , Sire de
la Tour- du - Pin , duquel eſt iſſu
la derniere branche des Dauphins
de Viennois . C'eſt parlà
qu'aprés les Sires de la Tourdu
-Pin , les Dauphins de Viennois
ont efté Seigneurs de Chafey
, & comme le Dauphin
Humbert
dernier du nom , remit
le Dauphiné avec toutes
Les dépendances
, au Roy Philippes
de Valois . Chaſey échut
à Pierre , Evêque de Clermont ,
par la ceffion de Guillaume
Flotte , Chancelier
de France.
Chafey paffa enfuite entre les
mains du Comte Verd de SaGALANT
159
voye , qui le remit à Jean de
Grangeac , du fils duquel il
paffa dans l'illuftre Maiſon de
Thoire. Philiberte de Savoye , "
époufe de Julien de Medicis ,
Duc de Nemours , l'eut enfuite
de Philippes Comte de Baugé
, & enfuite Duc de Savoye
fon pere enfin le Duc Emanuel-
Philibert la donna à Jacques
de Savoye , Duc de Nemours
qui l'engagea quelques
temps aprés au fieur de Pafley
& c'eft des mains de ce dernier
, qu'elle paffa entre les .
mains de feu Mr de la Grange-
Cremeaux , Colonel d'Infan160
MERCURE
terie , ayeul de celuy qui donne
lieu à cet Article. La Maiſon
de la Grange cft tres - illuftre, elle
a donné un Cardinal au Sacré
College en la perfonne de Jean
de la Grange , Evêque d'Amiens
, Miniftre d'Etat & Sur-
Intendant des Finances , fous
Charles V. Il prit l'Habit de
Religieux dans l'Ordre de Saint
Benoift , où il fit un grand progrés
dans la Jurifprudence Civile
& Canonique , il fut depuis
Abbé de Feſcamp , & le
Pape Innocent VI. l'envoya
en Eſpagne , & l'employa dans
d'autres affaires. Le Roy CharGALANT
161
Les V. connoiffant fa capacité ,
le fit Confeiller d'Etat & enfuite
Miniftre , & luy donna
la Charge de Surintendant des
Finances . Il le nomma enfuite
Evêque d'Amiens , & luy procura
la Chapeau de Cardinal
du Pape Gregoire XI . qui le
luy accorda le 20. Decembre
1375. Le Roy l'ayant fait Prefident
de la Cour des Aides , &
puis Confeiller au Parlement ,
il jugea plufieurs Procés dans
cette Cour , même après avoir
efté reveftu de la Pourpre Romaine.
La mort du Roy Charles
V. aporta un grand chan-
Février 1706 . O
162 MERCURE
gement à fa fortune , les Auteurs
en parlent d'une maniere
un peu defavantageufe
, par
rapport à l'adminiſtration
des
Finances . Charles VI. le haïffoit
fort. Etienne de la Grangefon
pere
,fut élevé à la Charge
:
de premier Prefident
du Parle- .
ment de Paris en 1373. Le Roy
Charles V. qui le confideroit
fort , le donna pour
Confeiller
à la Reine fa femme
, lorfqu'il
la laiffa Tutrice des Princes fes
enfans , & il le fit Executeur
de
fon Teftament
. Charles VI .
eut auffi beaucoup
de confiance
en luy. Il mourut en 1388 .
GALANT 163
& ne laiffa qu'une fille mariée
au fameux Jean de Montaigu ,
Seigneur de Marcouffy. C'eft
de la pofterité de ces deux Freres
qui fubfifte aujourd'huy en
Baujollois que Mr le Marquis
de la Grange eft le chef. Mlle
Ferus eft fille de Mr Ferrus
Confeiller au Prefidial de Lyon,
& niece de Mr l'Abbé Ferrus,
Chanoine d'honneur de l'Eglife
d'Efnay de Lyon . C'eſt
un Ecclefiaftique d'un merite
fingulier. Mlle Ferrus eft genefalement
eftimée. Son grand
pere a efté Officier dans le Confulat
de Lyon.
O ij
164 MERCURE
M' IA'bbé Tamifier Secre
taire de M' le Nonce , ayant
eu une Abbaye du Roy depuis
quelque temps , a demandé à
S. M. en faveur de qui elle fouhaitoit
qu'il fit la reſignation
de fa dignité de grand Chantre
de l'Eglife Cathedrale de Tréguier
en baffe Bretagne. Le
Roy luy a nommé M Ruffi ,
& c'eft en faveur de ce dernier
que M Tamifier s'eft démis
entre les mains de Sa Sainteté
de fa dignité,qui eft la premiere
de ce Chapitre & qui eft d'un
revenu tres confiderable . M
l'Abbé Ruffi eft de la Ville
-
GALANT 165
4
d'Avignon où il a un frere Chanoine
, qui a efté long temps
attaché a M. l'Archevêque
de
Genes cy - devant Nonce extraordinaire
en France . Leur famille
eft tres confiderabe à
Avignon , où les Ruffi ont
exercé les Charges les plus
importantes de la Ville & de
l'Univerfité. Ce nouveau grand
Chantre de Treguier eft depuis
quelques années à Paris où
il s'eft diftingué par le talent
qu'il a pour les belles Lettres ;
c'eft un Difciple zelé de M' des
Cartes & du Pere Mallebranche
, & comme tel , c'eft un
166 MERCURE
des meilleurs fujets de la conference
qui fe tient deux
jours de chaque femaine chez
M' l'Abbé de Cordemoy, avec
qui il eft lié d'une tendre amitié.
On doit remarquer deux
chofes dans cet Article qui
font honneur à M l'Abbé
Tamifier , l'une eft la delicateffe
de confcience qu'il a fait
voir en remettant un Benefice
qu'il ne peut deffervir , parce
qu'il demande refidence ,
peut-être même auffi , parce
qu'ayant une Abbaye , il n'eſt
pas du fentiment de ceux qui
&
GALANT 167
s'accommodent de la pluralité
des Benefices . L'autre chofe à
laquelle on doit auffi faire attention
, eft que la grand-Chantrerie
de Treguier dependant
de fa Sainteté, il pouvoit la refigner
fans en parler au Roy ;
cependant il a cru qu'en reconnoiffance
des bontés que
S. M. venoit d'avoir pour luy
en luy donnant l'Abbaye dont
elle vient de le gratifier , il ne
devoit pas refigner une des
premieres dignités d'une Eglife
Cathedrale fans que Sa Majeſté
luy indiquât un fujet .
Le Pape a donné un Cano
168
MERCURE
nicat de Saint Pierre à M.
Orighi. L'Eglife de S. Pierre
eft une de fept principales de
Rome. C'eft un des plus fuperbes
Edifices qui ait jamais
été , cette Eglife cft toute revêtuë
de marbre , tant en dedans
qu'en dehors . Sa couverture
eft de plomb & de cuivre doré ,
& tout y eft fi magnifique , foit
au dedans foit dehors , qu'elle
furpaffe toute la magnificence
qu'il eft poffible de s'imaginer
: Les uns y admirent
les Peintures excellentes , les
autres des colomnes de marbre,
& tous enfinfes richeffes . Le
PorGALANT
169
Portail de cette Eglife a vingtquatre
toifes de haut . Sa
ftructure d'Ordre Yonique ,
il contient un fuperbe portique
dont la voûte eft dorée ,
& qui regne tout le long du
Portail. On y voit une magnifique
Galerie où le Pape
paroît chaque jour de Judy
Saint & de Pâques ,pour donner
la benediction au Peuple
qui eft à genoux dans la Place.
On y lit une infcription latine
, qui apprend que Paul V.
fit bâtir ce Portique en 1612 .
Monfieur Orighi qui vient d'avoir
un Canonicat dans cette
Fevrier 1706.
P
-
170 MERCURE
Eglife, eft un Ecclefiaftique fort
eftimé,& qui a donné beaucoup
de preuves de ſon ſçavoir &
de fon merite .
La Charge de Clerc deChambre
, vacante par le decés de
M' Marciani , a efté donnée à
M'Priuli, Venitien , Couſin du
Cardinal Ottoboni. Les Charges
de Clerc de Chambre font
la voye qui conduit à la Prelature
, aux Nonciatures , &
aux autres dignités de la Cour
de Rome : M' Martiani dont
la mort en a fait vaquer une ,
eftoit d'une ancienne Famille
de Rome qui a donné divers
GALANT 171
Prélats à cette Cour , & qui a
produit beaucoup de gens
de
lettres . Ce même Martiani
eſtoit d'un merite generalement
reconnu , il a donné en
plufieurs occafions des marques
de fon intelligence & de
fa prudence. Le Pape l'eftimoit
beaucoup & la fort regreté.
M' Priuli , qui a fuccedé à M
Martiani , eft forti d'une Maifon
Venitienne qui a donné
des Senateurs à la Republique
de Venife , & quia efte dans un
grand luftre en Italie . Monfieur
Priuli qui a écrit une
Hiftoire de France , & qui a
Pij
172
MERCURE
laiffé des enfans qui font dans
ce Royaume où ils font
tres- confiderez , eft de cette
Maifon. Ce nouveau Clerc de
Chambre eft tres- eftimé à la
Cour de Rome.
M'le Comte Ercolani a efté
nommé Ambaffadeur de l'Empereur
à Venife , à la place de
M' le Comte de Berka . Ce pofte
a toujours efté rempli par
des Miniftres d'une grande habileté
, & rien ne peut mieux
faire l'éloge de M le Comte
Ercolani , que la preference que
l'Empereur luy a donné fur
plufieurs autres Perfonnes de
GALANT 173
confideration de la Cour de
Vienne , qui cfperoient d'eftre
nommez pour fucceder à M
le Comte de Berka . M' le Comte
Ercolani , eft d'une tres - ancienne
Maiſon , originaire de
Moravie. C'eft à la priere & à
la follicitation d'un des Agens
de ce Comte, qu'Antoine Maria
Gratiani , Evêque d'Amelia ,
compofa la Vie du Cardinal
Commendon , au ſervice duquel
il avoit eſté long- temps .
Ce Comte Ercolani fçavoit
que ce Prelat avoit confervé des
Memoires tres- curieux de diverfes
Legations & Nonciatu174
MERCURE
res , que le Cardinal Commendon
avoit exercées , il fe fervit
de l'amitié qu'ils avoient contractée
en Allemagne
, pour
l'obliger à les donner au public
.
Le Roy d'Eſpagne
a donné la
Prefidence
du Confeil des Finances
à Don Lorenzo Armenguol
, Evêque Suffragant
de
Sarragoffe
. Ce pofte eſt une
preuve du merite de ce Prelat.
On ne le confie ordinairement
qu'à des perfonnes
dont la capacité
eft reconnuë
. Jerôme
Gratiani , Comte de Sarzana ,
natifde Pergola , dans le DuGALANT
175
ché d'Urbin, & qui fortoit d'une
Famille originaire de Peroufe
, eftoit lié d'une tendre amitié
avec le pere de ce Prelat ; &
un fçavant Eſpagnol avoit même
cu deffein il y a quelques années
, de donner au public le
Recueil qu'il a raffemblé , des
Lettres de ces deux illuftres
Amis . Si ce deffein avoit eſté
executé , on y auroit vû des
chofes fort intereffantes fut le
Gouvernement d'Eſpagne. Le
Comte de Sarzana , fut Secrctaire
d'Etat du Duc de Modene
, & c'eft de la liberalité de
ce Prince qu'il cût le Comté de
Piiij
176 MERCURE
7
Sars ; ainfi la Lettre que le pere
du Prelat , dont je viens de
vous parler , luy écrivit fur ce
fujet , a efté imprimée en plufieurs
Langues , & a cfté regardée
comme un Chef- d'oeuvre.
S. M. Catholique , a auffi
donné une place dans le Confeil
de Caftille , à Don Miguel
Francefco Guerra , qui s'eft déja
diftingué dans plufieurs au
tres Emplois. Theodore Grafwincket
, qui eftoit un fort fçavant
Jurifconfulte
de Delft ,
dédia à un Oncle de Don Miguel
Francefco Guerra , un de
Les Ouvrages . On trouve dans
GALANT 177
l'Epitre plufieurs faits confiderables
qui regardent la Maiſon
de Guerra. On en parle auffi
dans un des Ouvrages de Guillaume
Gracarole , Medecin celebre
, qui eftoit de Bergame ,
& qui vivoit dans le feiziéme
ficcle. On peut voir dans le
quarante - troifiéme Livre de
l'Hiftoire de M de Thou , ce
qu'il dit de ce Medecin , le fujet
pour lequel Gracarole parle
de la Maifon du Miniftre Ef
pagnol , eft curicux & interef
fant ; & il a fervi à faire découvrir
plufieurs autres faits , qui
avoient efté jufqu'alors enfeve
lis dans l'oubli .
178 MERCURE
Le même Monarque a donné
la Charge de premier Ecuïer
à M' le Comte de Montenuevo.
Ce Seigneur fort d'une ancienne
Maiſon originaire de
Caftille ; le trifayeul du Comte
de Montenuevo fut dans une
grande confideration fous le
regne de Philippe II . Il fit plufieurs
voyages en Angleterre ,
auprés de la Reine Marie
époufe du Roy ; & il cut beaucoup
de part à la confiance de
cette Princeffe . François Martius
Grapaldus , Deputé de la
Ville de Parme , vers le Pape
Jules II. adreffa à ce Seigneur
GALANT 179
Efpagnol une Relation fur le
fujet de fa députation ; elle
eftoit écrite en Italien , & ce
Seigneur Eſpagnol la traduiſit
en fa langue , & écrivit à Grapaldus
fur la Couronne Poëtique
qu'il avoit reçuë publiquement
à Rome des mains du
même Pape Jules II . Cette piece
qui eft tres -belle , eft le fort
de diverfes traductions.
L'Abbé Dom Auguſtin de
Palafox , neveu du feu Archevêque
de Seville , de la Maiſon
d'Ariza , & l'Abbé Dom Emmanuel
Orofco , de la Maiſon
de Mortara , ont efté nommez
180 MERCURE
par Sa Majefté Catholique ,
Sommeliers de Courtine. Sa
Majefté a nommé M' le Marquis
de Canales , Directeur General
de la Guerre , qui eft une
nouvelle Charge établie en cette
Cour. On luy a donné pour
Secretaire de fes Depefches ,
Dom Jofeph Grimaldo , qui
eftoit le troifiéme Official de la
Secretairie d'Etat , & du Département
du Nord , avec
cinq Officiaux , le Confeil du
Cabinet dépêche toutes les affaires
de la Monarchie . Le nom
de Palafox eft dans une grande
confideration dans toute l'EL
2
GALANT 181
pagne . L'Evêque qui l'a porté
& qui a donné de fi grandes
marques de fa vertu & de fa
patience , a rendu ce nom cher
aux Efpagnols. L'Abbé qui
vient d'eftre nommé Somme_
lier de Courtine eft remply de
merite & univerfellement eftimé
en Eſpagne . Dom Orofco
de Mortara eft d'une des meilleures
Maifons de toute l'Efpagne
, où il y a des Grands de ce
nom , & plufieurs Generaux
des Armées des Rois d'Efpagne.
Dom Emmanuel a fait de
grands progrés dans l'étude de
la Theologie , il en a donné des
182 MERCURE
preuves dans les Actes publics
qu'il a foûtenus. M' le Marquis
de Canales qui vient d'être)
fait le premier Directeur general
de la guerre qu'il y ait eû
en Efpagne, eft confideré dans
ce Royaume comme un des
meilleurs Officiers de guerre . Il
joint à la connoiffance de la difcipline
militaire une naiſſance
illuftre & tres - ancienne. Le
Roy d'Espagne ne pouvoit
donner une preuve plus certaine
de l'eftime qu'il fait de
ce Seigneur , qu'en luy donnant
une Charge de cette conféquence
, & dont les fonctions
GALANT 183
font d'une fi grande étenduë.
Dom Jofeph Grimaldo qu'on
luy a donné pour Secretaire
des dépêches , entend parfaitement
ces fortes d'affaires . Il
en a acquis un grand ufage &
une parfaite connoiffance dans
la fonction d'Official de la Secretairie
d'Etat qu'il a exercé.
Je vous ay déja parlé de luy ,
mais je ne fçaurois trop vous
repeter que c'est un Officier.
tres eftimé & plein de merite.
Je vous envoye un Etat
des gratifications que le Roy
vient de faire à quelques Offciers
des Troupes de ſa Mai184
MERCURE
fon. On ne peut trop admirer
l'attention de Sa Majeſté à récompenfer
ceux qui fe diftinguent
dans le fervice , de quelque
maniere que ce foit , &
l'application avec laquelle ce
Prince s'attache à fçavoir , & à
placer dans fa memoire les actions
de tous ceux qui en ont
fait de brillantes , afin que dans
la fuite des temps tout ceux qui
en ont fait reçoivent des récompenfes
proportionnécs à
leurs fervices. On ne doit pas
s'imaginer que ceux qui font
fur l'Etat des gratifications que
je vous envoye , foient les feuls
GALANT 185
3
fur qui les graces de Sa Majefte
foient tombées , & fur qui elles
doivent tomber . Plufieurs Officiers
de ces Corps ont des
penfions. Ceux qui n'en ont
pas , en auront à leur tour , &
ceux qui ne font pas fur l'Etat
des gratifications queje vous envoye,
ypeuvent eftre les années
fuivantes , un fi grand nombre
d'Officiers ne pouvant trouver
en même temps fur le même
Etat. Ces gratifications font
tirées du fond qu'a produit la
nouvelle impofition du liard
par livre l'on retient fur
Tous les payemens qui font
е
que
Fevrier 1706 .
186 MERCURE
faits aux Troupes
; & elles
voyent avec d'autant
plus de
joye retenir cette petite fomme
, que ceux qui échaperont
aux dangers
frequens
dans le
meftier de la guerre , font affurez
d'en eftre récompenfez
au
centuple
. Ces gratifications
font d'autant
mieux imaginées
qu'elles
produifent
un effet
merveilleux
pour
le fervice du
Roy & de l'Etat , puiſqu'elles
font autant d'éguillons
qui
donnent
une nouvelle
ardeur
au courage
de ceux qui fe font
une gloire d'eftre des premiers
ſur un Etat , où il eft glorieux
GALANT 187
& avantageux en même temps
de fe trouver.
Regiment des Gardes
Françoifes
.
Mr Daffy , Capitaine,
Mr Brilhac , Capitaine
Mr Chardon , Capitaine,
Mr de S. Paul Lieutenant
M' Cliffon , Lieutenant
2000. I.
1500.
1.
1500.
1.
1 500. 1.
M ' Miſtral , idem ,
1500. I.
1000. 1.
Mr Briçonnet , idem 1000. 1.
Mr d'Audiffret , idem , 1000. 1.
M' le Feron , idem , 1000. I.
12000. I
Regiment des Gardes Suiffes.
Mr Gaudentz de Mont Capitaine, 800. I.
188 MERCURE
Mr Machet , idem
Mr Daffry , idem ,
,
Mr Jean Salis , idem ,
800. 1
800. I.
800. 1.
Mr Gabriel Reynold de Bevier , id 800.1.
Mr Charles Jacques Bezenuald' , Major
,
Mr Jofeph Fiva , Lieutenant
800.1.
600.1 .
soo. I.
5oo. I.
400.
I.
Mr Rodolphe , Planta idem
Mr Raget Baniere , idem ,
Mr Jean Rodolphe Krevel , id ,
Mr Sigifinondus Tícharner , idem
400. I.
>
Mr Nicolas Jofeph Bourquy , idem ,
', 400.
I.
Mr Victor
Antoine
Gloutz
, id, 400.
1.
8000. 1.
GARDES DU CORPS
Compagnie de Noailles.
Mr Deffeville , Lieutenant ,
1500. 1.
Mr d'Imecourt , Lieutenant , 1000,
Mr de Chapifeaux , Enfeigne , too. 1
GALANT 189
Mr de Druy , Exempt , 900. It
Mr Fauvel , idem ,
900.
1:
Mr de Segonzac , idem ,
1 Mr. le Chevalier Fauvel, idem ,
900.
1.
Mr. de Vachieres , idem ,
900. l.
600.1.
Mr la Vefque , Sous-Brigadier. 8oo.l.
Compagnie de Villeroy.
Mr de Monteffon , Lieutenant , 1500. I.
Mr de Vilennes , Lieutenant ,
Mr de Briffac , Lieutenant ,
1500.1.
Mr de la Croix , Exempt ,
1550.1.
900.
k
Mr Grillet , idem ,
900.
I
Mr de la Fage , idem , 900.I
Compagnie d'Harcoüert.
Mr de Monlezun , Enfeigne ,
Mr de S. Avy , Exempt ,
1500.
900.
I
Mr de Vareilles , idem ,
-Mr de Lyannes , idem ,
9.20.1
.
900.L
Mrle Chev . Dauger , idem , 900. I
190 MERCURE
Mr de Crezolle , idem , 900 I
Mr de Maiſon- neuve , idem , 900.
1. Mr de Langeay, idem ,
Mr Puiel, Brigadier ,
900. I.
800.1.
Compagnie de Boufflers .
Mr de Vernaffal , Enfeigne ,
Mr de Marnay , Lieutenant , 1500. I.
Mr de Montauban , Exempt ,
1500.
1.
Mr Danjouy , idem ,
900.
1.
Mr de la Pleffe , idem ,
900
, I.
Mr de Boifandré , Brigadier ,
900.
I.
800. 1.
31300.1
.
Compagnie des Gendarmes de la
Garde du Roy.
Mr le Marquis de Gouffier , Enfeigne.
2000 I.
Mr de Grebonval , Maréchal des Lo-
Aegis, A 900. La
GALANT 191
Mr Mazille , idem >
Mr Dupleffis , idem ,
900. 1;
Mr Derforges , Brigadier.
900. I.
Mr de Richemont , idem .
soo. 1.
Mr de Trouffeauville , Brigadier, soo . 1.
soo. 1.
5oo. 1.
9700. I.
Mr de Villers Franfure , idem ,
Compagnie des Chevaux-Legers
Mr le Marquis de Poulpry, Corn . 1500.!..
Mr le Marquis de Saumery , id. 1500. 1 .
Mr Daleſme, Maréchal des Logis, 900.l .
Mr de la Ravillais , idem ,
Mr de Preval , idem ,
Mr du Chaftenet , idem .
Mr Durepaire , Brigadier ,
900.1
.
soo. 1.
soo
. 1.
Mr de Gioncour , idem ,
soo
. 1.
500.
1.
6800. I
1. Compagnie des Moufquetaires
de la Garde du Roy.
Mr de S. Georges , Cornette , 1500.
192 MERCURE
Mr Darifat , idem ,
Mr Dufort , Brigadier ,
1500. f.
Mr Dubofc , Sous - Brigadier & Aidesoo.
i.
Major , Soo.l.
Mr de Senneville, idem , 500.
1.
Mr Thiercy , idem ,
Mr de S. Martin , idem ,
5oo
. 1.
Mr de Villabé , Moufquetaire ,
500.1
.
400. 1 .
216700.1
.
II. Compagnie.
Mr. le Comte d'Hautefort , Sous-lieu-
1 tenant. 2000.I.
Mr de la Surriere , Cornette , 1500.1 .
Mr de Combes , idem ,
Mr Baron , Maréchal des Logis ,
1500.1
.
soo !
Mr Doucet , idem ,
Mr de Montholon , idem ,
500.
1.
Mr Keringart , Brigadier ,
5oo
. 1.
300.
I
Mr de Vignaux , idem , 300. I.
Mr de Beauxhottes , idem , 300.1.
Mr de Branbuan , Sous- Brigad. 300 ; I.
Mr de Borie , idem , 200.1.
Mr Viart , idem , idem ,2
Mr de Menibus , idem ,
20p. 1.
200. 1.
Mr
GALANT 193
Mr Dalon , idem , 200. 1 .
Mr Defort , Sous - Brigadier ,
Mr Doazac , Sous-Brigadier ,
Mr du Reneft , Moufquetaire
200.1
.
200.1.
Mr du Saulon , Moufquetaire ,
Iso. 1.
150 I.
1.
9700.1.
*
Dame Anne le Vacher de
Beaulieu , veuve de M Thomas
Navarre Confeiller du
Roy , Premier Prefident des
Treforiers de France au Bureau
des Finances de la Generalité
de Mets , eft decede
à Mets , âgé de plus de foixante
& dix ans , aprés onze
jours d'une maladie violente ,
qu'elle a foutenue avec autant
de refignation que de fermeté ;
Fevrier 1706.
R
194 MERCURE
1
& elle a terminé par une fainte
mort une vie remplie de bon-
ге
nes oeuvres. Elle étoit Coufine
germaine de M Charles le Vacher,
Chevalier Seigneur de S.
Victor , Marechal de Bataille
des Camps & Armées du Roy,
Premier Capitaine & Major du
Regiment de Cavalerie de feu
Monfieur le Maréchal de la
Meilleraye , Grand Maiſtre de
l'Artillerie.
Elle étoit Soeur de Gabriel
le Vacher de Larchat , Treforier
& Intendant des Troupes,
qui avoit épousé une Coufine
de M ' d'Argouges Premier PreGALANT
195
fident du Parlemenr de Bretagne,
& mort enfuite Confeiller
d'Etat. Elle étoit auffi Soeur de
François le Vacher de Beaulieu
Officier de diftinction , qui fervoit
dans les Troupes du Roy
de Pologne Jean Cafimir, & de
M ' Fleury le Vacher de Beaulieu
, tué en Candie en fervant
dans les troupes commandées
par M' le Marquis de Villy , &
de feu Dame Marguerite le
Vacher de Beaulieu fon aînée ,
époufe de M François Guyet
Chevalier Seigneur de la Sourdiere,
Ecuyer ordinaire de Max
dame la Dauphine .
Rij
196 MERCURE
Ces deux Soeurs ont fort
brillé à la Cour de Marie-
Loüife de Gonzagues , Reine
de Pologne , par leur fage conduite
, par leur efprit & par
leur credit , dont elles ne fe
font fervies que pour appuyer
les interefts de la France ; ainfi
que pour faire tomber les bienfaits
du Roy Cafimir , & de la
Reine fon Epoufe leur Maitreffe
, fur ceux de la Nation
qui leur paroiffoient les plus
affectionnez au bien de leur
Patrie & de leur Souverain ,
fur les fujets les plus dignes
des bontez de leurs Majeftez
GALANT 197
Polonoifes. Auffi le nom &
la memoire de Mefdemoi
felles de Beaulieu , qui eft celuy
qu'elles ont porté en
Pologne , font - ils encore en
grande confideration parmi
ce qui refte en ce Païs - là ,
de perfonnes qui ont vû la
Cour du Roy Jean Cafimir ,
pendant le Regne duquel elles
font entrées en beaucoup
d'affaires qui ont réüſſi avantageufement
. Madame Navarre
n'avoit pas encore dix-huit
ans lorfqu'elle fut envoyée en
Pologne . Elle y apprift la langue
du Pais , & elle la fçût en
•
R iij
198 MERCURE
de temps , avec tant
tres-peu
de perfection & de delicateffe,
la Reine Loüife- Marie en
que
fit fon Interpréte .
Madame Navarre eft Merc
de M™ .. Navarre
Seigneur des Granges , Prefident
à Mortier au Parlement
de Mets , illuftre par fa pieté ,
par fon integrité , par ſa cafa
pacité
, par fon éloquence
, par
fon zele pour le fervice de Sa
Majefté , & pour le bien de fa
Province , & par mille autres
belles qualitez
.
Elle eft auffi Mere de N
Navarre , Epoufe de M' NoGALANT
199
blet de Mauregard Secretaire
du Roy , frere de M de Nogent,
qui vient de deceder dans
Fexercice de la Charge de Secretaire
des Commandemens de
Monſeigneur le Duc de Bourgogne.
Je vais vous parler d'une
mort que vous fçavez déja
puifque la Renommée a pris
foin de la publier; c'eft de celle
de M' le Cardinal de Coiflin
Grand Aumônier de France.
Il eft mort auffi toft aprés
avoir fait fon Teftament , &
lors qu'aprés luy en avoir fair
la lecture on le foulevoit pour
=
R iiij
200
MERCURE
le mettre en état de le figner.
Le Roy en a fait un grand élo
ge en peu de paroles, ce Prince
ayant dit , que depuis
cinquante
ans qu'il étoit de fes amis , il ne
luy avoitjamais oui dire de mal
de
perfonne , & que
perfonne ne
luy en avoit jamais dit de luy.
Cet éloge eft auffi beau, & auffi
remarquable qu'il eft court , &
remplit d'abord l'idée du parfait
caractere d'un
veritable
honnefte homme , &
comme
toutes les
vertus fe
trouvent
dans un
homme de ce carac
tere on ne peut rien ajouter à
l'éloge que le Roy a fait de ce
GALANT 201
Cardinal ; cependant je vous
diray qu'on a remarqué , aprés
fa mort , une chofe dont les
exemples font rares parmy les
grands Seigneurs; c'eſt qu'il eft
mort fans aucunes dettes . 11
étoit Evêque d'Orleans, & Abbé
de faint Victor , & il poffedoit
auffi quelques autres Benefices
; mais il en avoit befoin
pour foutenir dignement le
poids de l'Evêché d'Orleans
dont le revenu eft auffi mediocre
que cet Evêché eſt confiderable.
Tout le peuple de ce
Dioceſe le regrete , & il ne
pourra eftre confolé que par
202 MERCURE
le choix d'un Evêque qui luy
reffemble . Les grandes Maifons
comme celle de ce Cardinal
, font fi connuës , & je
vous ay fi fouvent parlé de
celle de cet illuftre défunt, que
ce que je vous en diray aujour
d'huy ne fervira qu'à vous faire
reffouvenir de ce que vous fça
vez déja de cette grande Maifon.
La Maifon du Cambour
de Coiflin eft une des plus illuf
tres de Bretagne ; elle eft alliée
à la Maifon de Rohan , à celle
des anciens Cointes de Dreux,
& defcend , par les femmes
des anciens Ducs de Bretagne.
GALANT 203
M'le Cardinal de Coiflin étoit
petits- fils de Charles, Marquis
de Coiflin , proche parent du
Cardinal de Richelieu , qui a
beaucoup fait parler de luy
dans la guerre des Religionnaires
fous le Miniftere de ce
Cardinal. Ce Marquis de Coiflin
fut pere de N.... du Cambout
premier Duc de Coiflin ,
de feu M' le Duc de Coif
pere
lin, & du Cardinal qui vient de
mourir , & de Dame Marguerite-
Philippe du Cambout , qui
époufa d'abord le Marquis de
Lage , Duc de Puylaurens, avec
lequel elle ne demeura que peu
204 MERCURE
de jours, puifque peu aprés fon
mariage ce Duc fut enfermé
dans le Donjon de Vincennes,
où il mourut quelques jours
aprés.Cette jeune veuve époufa
enfuite Henry de Lorraine, ſe
cond fils de Charles I. Duc
d'Elbeuf , qui s'eft rendu fort
celebre fous le nom de Comte
d'Harcourt. Elle en a eu M' le
Comte d'Armagnac , Grand
Ecuyer de France , & plufieurs
autres Princes. La Maifon du
Cambout a formé une autre
Branche qui fubfifte encore, &
dont eft fortic MⓇ la Marquiſe
de Merinville , tante dujeune
GALANT 205
Marquis du Cambout , & de
M'P'Abbé du Cambout , jeune
Ecclefiaftique de grande efperance.
M' le Cardinal de Coiflin avoit
pour neveu M le Duc de
Coiflin , M' l'Evêque de Mets ,
premier Aumônier de Sa Majefté
, & M° la Ducheſſe de Sully.
La Charge de grand Aumônier
de France , qui vient de
vacquer par la mort de M' le
Cardinal de Coiflin , eft un
Office de la Couronne ; celuy
qui en eft revêtu difpofe du
fonds des aumônes du Roy ,
,
-
206 MERCURE
celebre le fervice divin dans la
Chapelle de S. M. quand elle le
juge à propos. Il eft Evêque
de la Cour , & fait toutes les
fonctions de cette dignité dans
quelque Dioceſe qu'il fe trouve
, fans en demander permiffion
aux Evêques des lieux . Il
donnoit autrefois les Provifions
des Maladrerics de France.
Il a l'Intendance de l'Hôpital
des Quinze - vingts de
Paris. On compte quarante
grands Aumôniers de France
jufqu'à M' le Cardinal de Janffon
inclufivement
. Le premier
dont on a connoiffance eft EuGALANT
207
ftache , Chapelain & Aumônier
du Roy Philippe I. Il le
trouva à la Dedicace de l'Eglife
de S. Martin des Champs , &
autorifa de fon feing la Lettre
Patente du Roy de l'an
1067. Roger Evêque de Seez ,
eft le fecond , dont le nom foit
venu jufqu'à nous ; il eſt nommé
Aumônier du Roy Louis
VII. en 1160. En 1351. Michel
de Breiche , Docteur en
Theologie , fut revêtu de cette
dignité , il fut Evêque du Mans,
& il fit bâtir l'Eglife de Quinzevingt
, qui depuis ce temps - là
a cfté fous la direction des
208 MERCURE
grands Aumôniers de France .
M' le Cardinal de Janffon eft
l'onziéme Cardinal qui a efté
reveſtu de cette Dignité ; & depuis
le Cardinal du Perron , à
qui le Roy Henry IV. la donna
en 1592. aprés la mort de
Renaud de Beaune , Archevêquede
Bourges , elle a toûjours
efté poffedée par des Cardinaux
: En effet , François de la
Rochefoucauld, Cardinal , Evêque
de Senlis , Alphonſe Louis
du Pleffis de Richelieu , Cardinal
, Archevêque de Lyon ; Antoine
Barberin , Cardinal Archevêque
de Reims ; EmanuelGALANT
209
Theodofe de la Tour , Cardinal
de Bouillon ; & Pierre du
Cambout , Cardinal de Coiflin ,
qui vient de mourir , ont tous
poffedé cette Charge fucceffivement.
Les quatre autres Cardinaux
qui eſtoient auparavant
revêtus de cette dignité , font :
Jean de la Paluë , Aumônier
du Roy Louis XI . Evêque d'Evreux
, & enfuite d'Angers , &
enfin Cardinal en 1516. Adrien
Gouffier , Evêque de Coutances
& Cardinal ; il eftoit pere
de l'Amiral Bonnivet ; Jean le
Veneur , Cardinal , Evêque de
Lizieux , qui fut élevé à cette
Fevrier 1706 . S
210 MERCURE
dignité en 1528. Antoine Sanguin
, dit le Cardinal de Meudon
, Archevêque de Touloufe
, qui fut élevé à cette dignité
en 1543. Bernard de Ruthie
, Abbé de Pontlevoy , fuc
honoré de cet Office en 1552.
Ce nouvel Evêque de Rieux ,
dont je vous ay parlé depuis.
peu , defcend d'une fille de la
même Maifon dont eftoit ce
grand Aumônier ; mais on doit
remarquer que ce dernier eftoit
Ruthic , & que M' l'Evêque de
Rieux eft Charitte de Ruthie.
Jacques Amyot , Evêque d'Auxerre
, que fon feul merite éle
GALANT 211
va & à qui nous devons cette
belle traduction de Plutarque ,
fut grand Aumônier de France
en 1560. Ange de Caſtro
de Benevent , Archevêque de
Vienne , que l'on accufa de magie
, fut grand Aumônier du
Roy Louis XI.. en 1476. C'eſt
e Prelat qui , difant la Meffe
devant le Roy , fe tourna tout
à coup , & luy dit : Sire , le plus
grand de vos ennemis ( il parloit
du Duc de Bourgogne ) vient
d'eftre tué dans ce moment. En
effet , ce Prince fut tué devant
Nancy , dans le même
inftant.
Sij
212 MERCURE
A peine le Roy eut- il appris
la mort de M' le Cardinal de
Coiflin
, que Sa Majeſté nomma
M le Cardinal de Janſon ,
pour remplir la place de grand
Aumônier de France ; ce qui
eft une marque que ce Prince
n'a point balancé à faire ce
choix , & que dés qu'il a jetté ,
les yeux fur luy , il luy a trouvé
toutes les qualitez neceffaires
pour exercer dignement la
Charge dont il l'a revêtu . M
le Cardinal de Janfon a rendu
de grands fervices à l'Etat , pondant
qu'il eftoit Ambaffadeur
en Pologne , & Sa Majesté PoGALANT
213
lonoife , n'en a pas efté moins
fatisfaite que le Roy , puifque
c'cft fur fa Nomination qu'il a
efté fait Cardinal. Il fut nommé
pour aller prendre foin des
affaires de France à Rome , aprés
la mort de M' le Duc d'Eftrées
qui y eftoit Ambaffadeur , &
Son Eminence y a retourné une
feconde fois , pour prendre
foin des mêmes affaires , dont
M' le Cardinal d'Eftrées qu'elle
a relevé eftoit chargé. M
le Cardinal de Janfon , qui
avoit eu la permiffion de reve
nir en France , doit avoir reçu
, par le même Courier , la
214 MERCURE
nouvelle de la mort de M le
Cardinal de Coiflin , & celle de
fa Nomination à la Charge de
grand Aumônier , que le Roy
ne luy a pas feulement laiſſe le
temps de fouhaitter. C'eſt ce
qui s'appelle faire des dons d'une
maniere fi obligeante , que
F'on eft fouvent plus charmé de
la maniere dont le prefent eft
fait , que du prefent même.
M le Comte de Ximenes ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & Gouverneur de
Maubeuge , doit avoir place
dans l'Article des Morts que je
n'ay pas encore fini. Son feul
GALANT 215
merite & fa feule valeur , l'avoient
élevé aux Emplois les
plus diftinguez. Il eftoit d'une
bonne Nobleffe de Catalogne,
aprés avoir paffé les premieres
années de fa vie dans l'étude des
Humanitez ; il entra dans le
Service , il fut Officier de Cavalerie
, & aprés avoir monté aux
premiers poftes de fon Regiment
, qui eftoit un des plus anciens
Corps du Royaume , le
Roy le divifa en fa faveur , &
luy en donna la moitié fous le
Titre de Regiment Royal Rouf
fillon , qu'il a confervé , juſqu'à
ce qu'il s'en foit deffait en fa
216 MERCURE
"
veur de fon fils aîné , qui en cft
aujourd'huy Colonel. M le
Comte de Ximenes , laiſſe encore
unfils qui eft auffi dans le
Service , & une fille qui avoit
époufé feu Mr le Comte de
Tourouvre , Brigadier des Armées
du Roy , dont je vous appris
la mort dans ma derniere
Lettre. Mr de Ximenes avoit
efté bleffé en plufieurs occafions
, & il s'en est peu paffé de
fon temps , où il n'ait donné
des preuves de fon courage. Il
fe trouva à la Bataille de Senef
& l'année fuivante 1675. il
fervoit dans l'Armée où Mr le
Maréchal
GALANT 217
Maréchal de Turenne fut tué .
Mr le Marquis de S. Fremont,
a eu le Gouvernement
de Maubeuge , vacant par la
mort de Mr le Comte de Ximenes
. Mr de S. Fremont a commencé
à fervir dans les Mouf
quetaires , dont il devint enfuite
Brigadier. Il quirta ce Corps
pour entrer dans le Regiment
de la Reine , que le Roy créa il
ya quelques années . Durant le
cours de la derniere guerre , il
vint à la tête de ce Regiment,
& fut peu de temps aprés Brigadier
des Armées du Roy , &
enfuite Maréchal de Camp. Il
Fevrier 1706. T
218 MERCURE
fut fait Lieutenant General au
commencement de cette guerrë
, & c'eſt par les frequentes
preuves de fa valeur & de fon
intelligence dans la difcipline
militaire , qu'il eft parvenu à
tous ces honneurs. Maubeuge
cft une Ville des Pays- Bas dans
le Hainaut. Son nom Latin eft
Malbodium ou Malobodium ;
elle eft fituée fur l'Efcaut chtre
Mons & Avennes , à quatre
lieuës de diftance de l'une & de
l'autre de ces Villes . Elle n'eft
pas moins confiderable par les
Fortifications dont elle cft revêtuë
, depuis qu'elle cſtfous la
GALANT 219
domination de la France , que
par fon Chapitre
de Chanoineffes
, qui fuivent le même Inftitut
que celles de Mons , &
qui doivent , comme elles , faire
preuve de Nobleffe , pour .
eftre reçues dans ce Corps.
Meffire Gabriel de S. Etienne ,
Chevalier , Marquis de Carmain
, Baron de la Pomarede ,
Meftre de Camp de Cavalerie,
Souflieutenant
des Gendarmes
de Monfeigneur
le Dauphin, &
Chevalier de l'Ordre Militaire
2 de S. Louis , mourut le 3. de
Février âgé de trente huit ans.
C'étoit un Cavalier des plus
I ij
220 MERCURE
accomplis. Il avoit beaucoup
d'efprit, & une grande droiture
de coeur , & fous cet exterieur
des plus avantageux , une ame
capable des plus grands fentimens
. Tout cela étoit foutenu
d'une bravoure fans oftentation
& d'un fang froid, qui le
rendoit auffi maiftre de luy
dans les occafions les plus perilleuses
, qu'il l'étoit dans les
Compagnies les plus agréables.
Aufli avoit-il merité l'eftime de
toute la Gendarmerie qui le regardoient
comme un Officier
qui foutenoit dignement l'honneur
du Corps , & qui pouvoit
GALANT 221
efperer de monter au plus haut
degré de la Profeffion .
Ayant fervi long temps en
: qualité de Capitaine d'Infante-
-rie , & n'étant que Cadet d'une
ancienne Maifon où il y avoit
plus d'honneur que de bien , il
crut faire fon chemin plus vifte
par une autre route . Il paffa en
Irlande en 1689. pour y fervir
d'Aide de Camp à M le
Duc de Lauzun. Mais aprés la
bataille de la Boyne , où il avoit
commencé à faire connoiftre
fon intrepidité. Il revint en
France, & fe rendit en Piémont
pour y faire les mefmes fonc
T iij
222 MERCURE
tions auprés de M' le Maréchal
de Catinat. Il fe trouva, en cette
qualité , en 1691. aux fieges de
Villefranche , de Nice , de Car
magnole , de Suze & de Montmellian.
Cette derniere Fortereffe
s'étant renduë , Mr le
Maréchal de Catinat , plein
d'eftime pour le Chevalier de
Carmain , c'eſt le nom qu'il
portoit alors , ( eftime qu'il luy
a continuée juſqu'à la mort )
le préfera à beaucoup d'autres
pour en porter la nouvelle au
Roy. Sa Majefté fut fi fatisfaite
du compte exact que luy rendit
ce jeune Officier , qu'elle
GALANT 223
voulut dés ce jour- là , le placer
dans fon Regiment des
Gardes ; mais il ne s'y trouva
aucune Charge vacante.
Le Roy fe reffouvint de luy
aprés la Bataille de la Marſaille.
Ce vigilant Aide- de-Camp y
avoit brillé par unc activité
merveilleufe em portant les ordres
de fon General , & payant
d'une préfence d'efprit , au
deffus de fon âge . Il fut recompenſé
d'un Guidon dans la
Gendarmerie , & il s'eft depuis
fignalé dans toutes les occafions
ource Corps s'eft trouvé , &
fur tout à la derniere bataille
224 MERCURE
d'Hochftet. Il avoit commandé
le Piquet cette nuit là , & dés
quatre heures du matin ayant
jugé fur les
mouvemens des
ennemis , qu'il y auroit une
action , il s'y prepara. Mr le
Marquis d'Eltaing , Capitaine-
Lieutenant des
Gendarmes
Dauphins , ſervant en Italie en
qualité de Lieutenant- General.
Mr le Marquis de Carmain fe
trouva chargé de la conduite
de tout l'Escadron,il cut befoin
de tout fon fang froid , ayant
cſté expoſé pendant deux heurès
au canon des ennemis , qui
mit trente Maiftres hors de
GALANT 225
combat. Il alla enfuite à la
charge à cinq differentes repri
fes & dés midy il
reçut
un
coup de fabre fur la tefte , qui
l'auroit mis hors de combat , fi
le fer qui eftoit fous fon chapeau
, n'eût amorti le coup . Il
reçut enfuite cinq coups d'épée
peu dangereux à la verité. Mais
fur la fin du combat , il reçut
deux coups de piftolet dans le
ventre, prefqu'à bout portant,
ce qui l'obligea , étant abbatu
par la quantité de fang qu'il
perdoit , & les mouchoirs qu'il
avoit mis dans fes playes , ne
pouvant étancher le fang, de fe
226 MERCURE
rendre prifonnier fur les fix
heures & demie du foir. Dés
que fes playes luy permirent de
fe mettre en marche , Milord
Marlborough luy donna la
permiffion de venir en France,
fur fa parole , & il luy proro
d'une maniere fort gratieu
fe , la permiffion d'y refter du
gea
rant quatorze mois.
Mª de Carmain avoit époufé
en 1702. Paule de Bidauld ,
Dame des Bugodieres , veuve
de M' de Lagny, Secretaire du
Roy , & Directeur general du
Commerce de France , & par
fa politeffe , fon efprit de paix,
GALANT 227
2
gafa
probité & fur tout par fon
bon coeur , il avoit fi bien
gné celuy des enfans de cette
Dame qu'ils le regrettent auffi
vivement que s'il eut efté leur
propre pere . Le grand nombre
d'amis qu'il s'étoit fait à la
Cour , à la Ville, dans l'Armée
& jufques dans les Cloiftres ,
ne font pas moins touchez de
fa
mort
.
On croit la Famille de S.
Eftienne , dont étoit forti M
le Marquis de Carmain , originaire
d'Espagne . Il fe trouve
même à Touloufe chez un
Confeiller du Parlement , un
228 MERCURE
ancien manufcrit qui fait def
cendre la Maifon de S. Eftienne
d'un nommé Aftal, homme de
confideration chez les Maures,
qui fur la fin du huitiéme fiecle
receût au Batême le nom do
S. Eftienne , premier Martyr ,
nom que fa pofterité s'appropria
. Toutes les filiations font
fuivies dans ce manufcrit depuis
cet Aftal jufqu'à Dominique
de S. Eftienne, qui vint s'établir
à Touloufe en 1336. & a
dont les Lettres de naturalité
font dans les Archives de cette
Ville.Son petit-fils Hugues de S.
Eftienne, Seigneur de Linidres,
GALANT 229
époufa en 1424. Anne d'Arpajou
de Severac , dont le fils
Antoine de S. Eftienne Seigneur
de Linidres , Capitaine de cinq
cens Arbaleſtriers , s'allia avec
Marie de la Palu . Le petit - fils
de ce Jean de S. Eftienne , fut
marié en 1552. avec Marguerite
de Carmain fille de Henry
de Carmain Chevalier Seigneur ,
de la Pomarede, & elle fut trif
ayeule de celuy qui a donné
lieu à cet article. Marguerite de
Carmain étoit petite fille d'Antoine
de Carmain Seigneur de
la Pomarede , que M de Sainte
Marthe ont dit dans leur
rs
230 MERCURE
Hiftoire de France Livre 30 .
Chap. 1. être petits -fils de Jean
Vicomte de Carmain & d'Ifabelle
de Foix , petite fille d'Ifabelle
heritiere du Comté de
Foix & d'Archambaut de Grailly,
laquelle defcendoit par
bifayeule Jeanne d'Artois , de
Robert de France Comte d'Artois
,l'un des Freres du Roy S.
Louis : & par là , M' de Carmain
auroit eu l'honneur de
defcendre de ce Fils de France
,
fa
& d'être allié de la Maifon
Royale de Bourbon , qui eſt iſfuë
par les femmes de cette Ifabelle
de Foix . Mais on croit que
GALANT 231
M's de Sainte Marthe fe font
で
trompez. Ifabelle de Foix femme
d'Archambaut
de Grailly ,
cût un troifiéme fils Archambaut
de Foix Seigneur de Noalers,
qui fut tué en 1419. fur le
pont de Montercau, où il avoit
accompagné le Duc de Bourgogne
Jean Sans peur. Il ne laiffa
qu'une fille Ifabeau de Foix
mariée à Jean I. Vicomte de
Carmain , petit Neveu fon
par
pere du Pape Jean XII . Ce Vicomte
de Carmain fe remaria
à Catherine de Coarafe, veuve
de Mathieu de Foix , Comte de
Comminge , l'un des fils d'Ifa.
232 MERCURE
belle de Foix & d'Archambaut
de Grailly du premier lit. Il eut
Jean Comte de Carmain , qui
époufa, 1° .par difpenfe Jeanne
de Foix fille du fufdit Mathieu
Comte de Comminge , & de la
fufdite Catherine de Coarafe
fa belle-mere; &, 2 ° . Jeanne de
Bologne. De ces deux femmes
font fortis les Comtes de Carmain
& les Vicomtes de Lautrec
: M's de Sainte Marthe difoient
que les Seigneurs de la
Pomarede étoient auffi iffus de
cette Jeanne de Pologne, Cependant
on a verifié qu'Antoine
de Carmain Seigneur de la
1
GALANT 233
Pomarede, étoit fils du fecond,
lit de Jean I. Vicomte de Garmain.
Il époufa en 1492. Antoinette
de Saint Eftienne, dont
il cut Henry de Carmain, Chevalier
Seigneur de la Pomarede,
qui fut
pere de Marguerite de
Carmain , mariée en 1552. à
Jean de Saint Etienne , auquel
elle porta le nom de Carmain,
& la terre de la Pomarede. Il
fut pere de Henry de S. Eftienne
de Carmain, Baron de la Pomarede
, dont le fils Henry II.
de S. Eftienne de Carmain , fut
pere de Guillaume de S. Eftienne
de Carmain, Baron de la Po-
Février 1706. V
234 MERCURE
marede , qui époufa en 1658.
Marche de Fabry de Roquairel,
dont eft iffu feu M' le Marquis.
de Carmain.
ab quos
Il avoit perdu deux freres
dans la Marine , Alexandre ,
Chevalier de la Pomarede ; &
Pierre, dit le Chevalier de S. Ef
tienne, moururent à la Havane,
des maladies qui fe mirent dans.
la Flotte de France en 1702 .
& un Abbé Guillaume de S.
Eftienne decedé en 1704. Il
refte encore Jean de S. Eftienne
dit le Comte de Carmain , qui
aprés avoir fervi long - temps
s'eft retiré chez luy, à caufe de
" GALANY 235
fes incommoditez, Guillaume,
Chevalier de Carmain , & Jofoph
, dit Laval , qui fervent
tous deux fur Mer
Carmain eft une petite ville
du Lauragois à quatre lieuës de
Touloufe. Elle a efté poffedée
long - temps par les premiers
Seigneurs de ce nom , qui étoient
des Barons puiffans ,
dont il eft fait mention dans
les Archives de S. Sernin. Le
Roy Philippe le Bel , étant maître
de cette petite Ville , l'échangea
en 1305. avec Bortrand
de Lautrec , & l'érigea
een Vicomté. Ce dernier la ven-
Vij
236 MERCURE
rs
dit en 1325. à Arnaud de Veze
frere du Pape Jean XXII . Elle
fut érigée en Comté par Louis
XI . felon M de Sainte Marthe
, ou par Charles VIII . Selon
Ducatel , Memoires de Languedoc,
cette Terre a efté portée
par les filles dans la maifon de
Monluc , & de là dans celle de
Sourdis .
La Pomarede eft un Château
ancien , fitué dans le Dioceſe
de S. Papoul. Simon Comte de
Montfort en fit le fiege, au rapport
de Pierre Moine des Vaux
de Cernous , Chap . 59. de fon
Hiftoire.
GALANT 237
la
Il eft conftant , & c'eft un
fait toûjours paru hors
de doute , que tous les livres ou
l'on trouve un grand nombre
de morceaux qui regardent
l'Hiſtoire , & qui s'étendent ſur
les Genealogies , ont toûjours
cfté remplis de quantité de
fautes. Il eft mal de parler juf
te fur les rapports d'autruy
puiſqu'il eſt même difficile de le
faire des chofes dont on peut
dire que l'on a cfté témoin , &
que lors qu'on demande à des
gens qui ont efté témoins de
quelques mouvemens qui fe
font pallez avec quelque forte
238 MERCURE
de confufion , chacun fait des
rapports differens , & que le publica
beaucoup de peine à dé
mêler la verité des chofes même
qui fe paffent fous les yeux . De
maniere qu'il eft bien difficile
d'écrire jufte fur des Memoires
qui font donnez , ainſi que fur
des Manufcrits , & fur des Imprimez
. Parmy ceux qui les ont
faits il fe trouve fouvent des
gens qui fe font trompez de
bonne foy , & d'autres qui ont
eu des raifons pour cacher la
verité , en groffiffant les actions,
& en élevant trop les familles .
Il s'en trouve même qu'une
GALANT 239
bile noire a fait agir , & qui de
deffein formé ont parlé contre
la verité Tous ces faits eftant
conftant , on ne doit pas s'étonner
fi l'on trouve une infinité
des fautes dans les livres
de la nature de ceux dont je
viens de vous parler. Un hom
me de merite & de bonne foy ,
dont les lumieres eftoient grandes
; mais qui ne fe mêloit point
d'écrire , dit un jour au fçavant
Pere Perau , qu'il luy demandoit
pardon s'il prenoit la liberté
de luy dire qu'il avoit trouvé
plus de foixante fautes dans les
Livres de Chronologie qu'il ve
240 MERCURE
noit de mettre au jour .Ce Pere
luy répondit avec un air modefte
: qu'il luy eftoit fort obligé;
mais qu'il en avoit déja trouvé
plus de trois cens , & qu'il eftoit
perfuadé qu'il en découvriroit encore
beaucoup d'autres . On ne doit
pas s'étonner ( lorfque l'on fera
reflexion à toutes ces chofes )
s'il s'en trouve beaucoup dans
mes Lettres ; & fur tout lors
que l'on confiderera qu'un
inois eft fi court qu'il fuffit à
peine pour lire feulement ce
qui doit fervir de matiere à une
demes Lettres ; mais malgré
toutes les fautes qui s'y trouvent
,
GALANT 241
vent , je puis dire que ceux qui
les auront toutes pourront fe
vanter d'avoir l'ouvrage le plus
correct que l'on puiffe faire en
ce genre, à caufe de la facilité
que j'ay feul de reparer les fautes
qui fe gliffent quelquefois
dans mes Lettres , ( dans les Lettres
qui les fuivent ) & même
dans celles qui ne paroiffent
que long- temps aprés . C'eſt ce
qui m'oblige de vous dire
jay efté trompé il y a un an
dans le Memoire que l'on me
donna de la mort de feu M' le
Marquis du Hamel , mort Capitaine
General des Venitiens.
Fevrier 1706. X
que
242 MERCURE
Ce Memoire portoit que ce-
Marquis eftoit iffu d'une ancienne
famille de Proteftant,
Il n'y a jamais eu de Proteftans
dans cette illuftre famille , qui
eft originaire de Picardie , &
qui depuis deux cens ans eft établie
en Champagne . Il fuffit de
dire pour prouver l'ancienneté
de fa Nobleffe , qu'un frere de
ce General , eft mort Grand-
Croix & Treforier de l'Ordre
de Malthe . Il n'auroit pû eftre
reçu Chevalier fi fes peres , meres
, ayeuls , bifayculs , premiers
& feconds paternels & maternels
, n'avoient pas efté CaGALANT
243
tholiques Romains . Il avoit
deux neveux , l'un Commandeur
, & l'autre Chevalier du
mefme Ordre ; & deux de
fes nieces font , l'une Abbeffe
de S. Pierre de Mcts , & cela
du choix du Roy , qui la nomma
en 1700. par preference à
plufieurs autres Dames , à cauſe
de fa pieté éclatante & de fon
merite diſtingué , ſans aucune
follicitation de fa part ; l'autre
niece eft Dame de Remiremont.
Perfonne n'ignore que
pour entrer dans ces deux Colleges
de Dames Chanoineffes ,
il faut faire preuve , fur tout
Xij
244 MERCURE
dans ce dernier , de feize quar
tiers de pere & de mere . Quant
à M du Hamel General des
Venitiens , il eftoit fils de M
N.... du Hamel , mort Gouverneur
des Ville & Chafteau
de S. Difier fous Louis XIII
fous le regne duquel il avoit
efté Ambaffadeut en Suede , &
en plufieurs Cours d'Allemagne
. Ce General leva en 1667 .
une Compagnie de Cavalerie
pour le fervice de M' le Duc
de Lorraine , qui luy donna le
Commandement de fes Chevaux-
legers en 1673. En1675 .
il paffa au fervice de S. A. E.
GALANT 245
de Brandebourg , qui luy donna
un Regiment de Cavalerie .
En 1678. il le fit General Major.
Et en 1680. elle l'envoya
affaires impor
au Roy pour
tantes , Sa Majefté
luy fit don
ner en 1682 fon Portrait
enrichi
de diamans
, par Mr le
Mraquis
de Rebenac
. Son A.
Electorale
fut fi contente
de fa
conduite & de fa valeur , qu'en
1687. elle le fit General
de fa
Cavalerie
, en 1690. Lieute
nant general , & en 1702.
Chevalier
de la Generofité.
Cette mefme année la Republique
de Veniſe le demanda
X iiij
246 MERCURE
pour la feconde fois , à Son
Alteffe Electorale
, pour remplir
la place de Capitaine general de
fes Armes , & avec tant d'inftance
que S. A. E. ne pût le
refufer.
M' le Marquis du Hamel
avoit un frere Abbé des Moncets
& il a laiffé un neveu
Abbé de cette mefme Abbaye;
mais comme ces preuves ne
font pas voir que ces ayeux
n'ont pas efté Proteftans
voicy qui font inconteftables .
Quatre Gentilshommes les plus
qualificz , & les plus anciens de
Champagne entendus pour
en
GALANT 247
>
témoins publics , fur la Coinmiffion
du grand Maistre de
Malthe , pour faire enquefte de.
la naiffance , vie , moeurs & Religion
de M du Hamel de
Bourfeville poftulant pour
eftre reçû Chevalier ; dépofent
tous unanimement , que fon
pere , fa mere , fon grand pere ,
Gouverneur de Saint Difier, &
Ambaffadeur pour le Roy , &
tous fes Anceftres , font & ont
efté de la Religion Catholique,
Apoftolique & Romaine.
Quatre témoins fecrets entendus
par les Commiffaires
"du orand Maiftre , choifis fe-
X iiij
248 MERCURE
cretement par eux dans tout ce
qu'il y avoit de plus ancien dans
la Robe en Champagne, & dont
l'un étoit âgé de 85. ans, dépofent
la mefme chofe . Ainfi l'ancienneté
de la Religion Catho
lique Apoftolique & Romaine,
prouvée comme l'ancienneté de
la Nobleffe dans la famille de
M'leMarquis du Hamel, on voit
que ce n'eft point à caufe de la
Religion Proteftante , dont il
ne faifoit pas profeffion , qu'il
eft forti de France ; en effet il
n'en eft forti que pour une af
faire d'honneur qu'il le fit aller
en Brandebourg , où ſa valeur
GALANT 249
& fa prudence le firent choifir
pour le grand employ où il
fut nommé par la Republique
de Venife.
· On s'eft mépris dans le memoire
que l'on me donna pour
le mois de Janvier , quand on
a dit que M' de Bouzols avoit
vendu le Regiment Royal Pićmont
, Cavalerie , au fils de
M' de Laffay ; ce Regiment a
efté vendu à M' le Comte de
Manicamp , frere de M' de
Laffay , & fils de M ' de Montataire
, de fon fecond mariage
avec Mlle de Buffy , fille de feu
M le Comte de Buffy Rabu
250 MERCURE
tin. Le nom de leur Maifon
eft Madaillan de Lefparre , &
leurs anceſtres font connus
dans Froiffart, & dans les autres
Hiftoriens de ce temps - là , fous
le nom des Sires de Lefparre.
On s'eft trompé lorſqu'on a
mis, en parlant le mois paflé, du
Benefice donné par le Roy , à
M' l'Abbé de Maria
, que
l'Evêque d'Agen en avoit parlé
avantageufement à Sa Majefté,
ce Prelat ne le connoift point,
& c'eft par d'autres endroits
que le Roy a efté informé du
merite de cet Abbé.
M
S. M. a donné la SouflicuGALANT
25T
tenance des Gendarmes , vacante
par la mort de Mr le
Marquis de Carmain , à Mr de
la Serre , Aide- Major de ce
Corps ; ce Gentilhomme eft
connu par Les fervices , par fon
merite particulier , & par une
naiffance confiderable. Sa famille
a produit plufieurs perfonnes
qui fe font diftinguées
en portant les armes pour
fervice de nos Rois . Le pere &
Payeul de celui qui fait le fujet
de cet Article , les ont portez
toute leur vie , & s'y font acquis
beaucoup de reputation.
Feu Mr de la Serre , bifaycul
lc
252 MERCURE
de celuy d'aujourd'huy,fut fort
confideré de Mr le Cardinal de
Richelieu , qui luy donna des
marques d'une confiance tresparticuliere
, & qui l'employa
en des occafions qui marquoient
bien le cas qu'il en faifoit.
L'eftime de ce grand Miniftre
étoit un éloge parfait
pour ceux à qui il l'accordoit ;
ainfi on doit fe former une
idée bien avantageufe de celuy
dont je parle , puifque nonfeulement
il eut part à la bienveillance
de ce Cardinal , mais
qu'il en cut auffi dans les affaires
les plus fecretes . Celuy qui
1
GALANT 253
По
vient d'être nommé Sous - Lieutenant
des Gendarmes , s'eft
acquis beaucoup de reputation
par la belle Relation qu'il fit
aprés la bataille d'Hochftet ,
pour juſtifier la Gendarmerie .
Le Roy a donné l'Enfeigne
de Gendarmerie , que M' de la
Serre avoit , avec fon Aide-
Majorité , à M' le Chevalier de
Baufremont, & S.M. luy a auffi
donné un Brevet de Mestre de
Camp.CeChevalier qui ſert depuis
plufieurs années , eft frere
de M' le Marquis de Liftenois ,
dont je vous appris le mariage
avec Mlle de Mailly , dans ma
J
254 MERCURE
Lettre . Je n'ay rien de nouveau
à vous dire fur la maifon de
Baufremont , dont je vous av
donné un grand article , en
Vous apprenant ce mariage.
M' le Chevalier de Baufremont
eft fils de M' le Marquis de.
Meximieux , qui s'eft diſtingué
tant qu'il a vécu par
chement aux interefts du Roy,
& petit-fils du Marquis de Baufremont
, qui donna de frequentes
marques de fon courage
dans les guerres que l'Efpagne
eut à foutenir contre les
ennemis , au commencement
& vers le milieu du fiecle derfon
attaGALANT
255
nier. M' le Chevalier de Baufremont
, joint à une naiſſance
tres illuftre , un merite genera-
& une valeur lement
reconnu ,
déja
éprouvée
en plufieurs
occafions
.
M' le Marquis de Saché a
époufé Mile de la Frezeliere ;
& M' le Marquis de la Frezeliere
pere de cette Demoiselle ,
s'eft démis en fa faveur de la
Charge de Lieutenant General
de l'Artillerie. M le Marquis
de Saché eft fils de feu M le.
Comte de la Mothe & de Dame
N... Morin. M' le Comte.
de la Mothe étoit frere de M
256 MERCURE
de Saché , qui eft mort fans laiffer
d'enfans de Dame N... de
la Rongere fon épouſe. Mlle de
la Frezeliere eft de la maiſon
de Frezeau , fort ancienne dans
l'Anjou , & déja connue dans
les treize & quatorziéme fiécles
. Feu M'l'Evêque de la Rochelle
, qui avoit long- temps
porté les armes avant que de
s'engager dans l'état Ecclefiaftique,
étoit oncle de cette Demoifelle,
qui eft tres aimable, &
qui a efté élevée avec beaucoup
de foin M' le Marquis de Sache
eft encore fort jeune ; il joint à
une naiffance diftinguée toutes
GALANT 257
les qualitez qui peuvent rendre
unCavalier tres acompli. Il a déja
fait une campagne ou deux,
où il se ft acquis beaucoup d'eftime.
Sa maiſon cft originaire
de Normandie , quoy - qu'elle
foit à prefent établie ailleurs .
Mr l'Abbé Rolle foutint
une Thefe de Tentative dans
la Salle de Sorbone le premier
de ce mois ; il eut pour Prefident
un des plus grands hommes
de ce fiecle : c'eft le Pere
Alexandre qui a enrichi l'Eglife
d'une quantité de beaux ouvrages
, du nombre defquels eft
fa belle Hiftoire Ecclefiaftique.
Fevrier 1706. Y
•
2,8 MERCURE
•
L'affemblée fut tres belle & tres
nombreuſe : prefque tous M
de l'Academic des Sciences , &
de celle des Infcriptions y affifterent.
Il y eut quantité de perfonnes
de diftinction , ainfi que
plufieurs Prelats . Mr. l'Abbé
Rolle fut admiré de tous ceux
qui l'entendirent par la vivacité
& folidité de ſes réponſes ;
il répondit fur-tout à fon Prefident
qui luy propofa de tres
fubtiles difficultez , avec beaucoup
d'habileté & une grande
prefence d'efprit , & toute l'affemblée
avoua qu'on ne pouvoit
mieux répondre. Le Sou
GALANT 259
tenant brilla encore beaucoup
dans l'Argument que luy fit M³
l'Abbé Goubier Bachelier de la
maifon de Navarre. La difficulté
regardoit la Viſion beatifique
, on ne peut la pouffer avec
plus de feu que le fit Mr Goubier,
il rapporta des Paffages de
S. Chryfoftome , puiſez dans la
fource même. Le Répondant
donna à ces difficultez propofées
, avec la plus fine dialectique
, de bonnes folutions ; &
rien ne l'embarraffa . C'eſt dans
cette occafion qu'il reçut encore
de grands éloges ; & le Pere
Alexandre avoua qu'il y avoit
Y
ij
260 MERCURE
long- temps qu'il n'avoit preſidé
à une Theſe dont il fut plus
a
content.
Mr l'Abbé Rolle eft fils de
Mr Rolle de l'Academie des
Sciences , fameux Geometre ,
& dont le démeflé avec Mr Saurin
pour l'infuffifance de la Me
thode des Infiniments petits de
feu M' le Marquis de l'Hôpital, -
fait un fort grand bruit.
M' l'Abbé du Champ- du-
Mont , Chanoine de l'Eglife
Collegiale de S. Martin de
Tours, foutint fa Mineure dans
la Salle de la Maifon de Navarre
dont il eft Bachelier.
GALANT 261
Quoyque cet Abbé ſoit de la
derniere Licence , & qu'ainfi
cette Thefe eut dû eftre foutenuë
l'année paffée ou la precedente
, cependant , à la confideration
de M' le Duc du Maine
à qui elle eftoit dediée , la
Faculté de Theologie a bien
voulu paffer fur les regles
& accorder à M' l'Abbé du
Champ un delay de quelques
mois , à caufe de quelques perfonnes
qu'il fouhaittoit qui s'y
trouvaffent , & qui n'y auroient
pû affifter plûtoft. M ' l'Evêque
de Toul prefida à cette Thefe ;
& il propofa trois difficultez
262 MERCURE
La premiere fut fur la Confir
mation ; ce fçavant Prelat pretendoit
que
le Rite avec lequel
on reconcilioit autrefois les Heretiques
avec l'Eglife , eftoit le
Sacrement de Confirmation
proprement
dit , & qu'ainfi ce
Sacrement
fe renouvelloit
,puifque
lesHeretiques
l'avoien idéja
reçu . La feconde difficulté fut ,
fur la deft uction de la matiere
dans l'Euchariftie
, & la troifiéme
fur la Communion
fous les
deux efpeces
. On ne peut parler
avec plus de grace & de folidité
que le fit ce Prelat ; le Répondant
ſe ſurpaſſa auſſi dans
V
GALANT 263
cette occafion. Les Bacheliers
de l'ancienne Licence argumen-
Iterent tous , il n'y eut que M
en
Michel
Prieur
de
la
nouvelle
Licence
,
qui
difputa
,
il
parla
avec
force
&
avec
un
feu
extraordinaire
.
Plufieurs
Officiers
de
la
Maifon
de
Mr
le
Duc
du
Maine
fe
trouverent
à
cet
Acte
,
dont
Mr
le
Comte
du
Rozel
,
parent
du
Répondant
,
faifoit
les
honneurs
.
Ily
eut
beaucoup
de
Vers
François
&
Latins
diftribuez
à
la
gloire
de
Mr
le
Duc
du
Maine
,
dont
on
voyoit
le
portrait
tres
-reffemblant
dans
la
Thefe
,
avec
264 MERCURE
tous les ornemens qui convien
nent aux differentes dignitéz
dont ce Prince eft revêtu. On
vit à cet Acte un grand nombre
de Prelats , entr'autres M' les
Archevêques de Bordeaux ,
d'Auch , les Evêques d'Aire , de
Carcaffonne , d'Oleron , &c.
avec un grand nombre de perfonnes
de la premiere qualité.
La plus part de ceux qui difpu
terent , preluderent par des
Eloges de Mr le Duc du Maine.
On y loüa beaucoup ce Prince
fur fon amour pour les Sciences
, & fur fon goût pour tout
ce qui regarde les beaux Arts.
Vous
GALANT 265
1
Vous fçavez que Monfieur &
Madame la Ducheffe du Maine ,
donnent tous les ans pendant
le Carnaval , des divertiffemens ,
où la magnificence , quelque
grande qu'elle foit , brille fou
vent beaucoup moins que l'efsprit
la galanterie & le bon
goût . Ils ont ouvert cette année
ces divertiffemens par une
piece de Theatre de la
compofition
de M' l'Abbé Geneft de
Academie Françoiſe , & qui a
donné au public , la Tragedie
intitulée , Penelope dont lc
grand fuccés a répondu à la
beauté de ce Poëme.
Fevrier 1706 .
>
Ꮓ
266 MERCURE
clagny
Celuy qui a efté reprefenté à
fous le nom de Jofeph.
n'a pas moins tiré de larmes .
qu'il s'eft attiré d'applaudiffemens
des Auditeurs , & quoy
qu'il ait efté repreſenté trois
fois , la foule y a toujours efté
grande , les applaudiffemens
toujours égaux , & les larmes
qu'il a fait répandre , ont toujours
caufé beaucoup de plaifir ,
puifqu'il n'en eft point qui touche
davantage , & auquel on
foit plus fenfible , qu'à celuy
qui eft caufé par des larmes de
joye. M' l'Abbé Geneſt a confervé
dans cet ouvrage la fide-
4
A
GALANT 267
"
lité de l'Ecriture , & la fimplicité
majeſtueuſe de l'Ecrit Sacré
qu'il a imité dans l'expref-
Gion , paroift auffi dans la conduite
du fujet. Madame la Ducheffe
du Maine reprefentoit
Azanesh , femme de Jofeph , &.
quoyque M l'Abbé Geneft
n'en ait trouvé que le nom dans
le lieu où il a puifé fon Sujet ; le
caractere qu'il luy a donné , a
paru tout - à - fait convenable,
Madame la Ducheffe du Maine
joüa ce Rôle avec une Nobl ffe
delicate , & un agrément qui
l'a fait admirer . Mlle de Merus
reprefenta Thermafis , Dame
Z ij
268 MERCURE
Egyptienne , Confidente d'Aazaneth
& M le Baron le
Pere , qui reprefentoit Joſeph ,
joua ce Rôle d'une maniere
qui ne peut eftre imité, & toute
l'Affemblée trouva qu'il n'a-'
voit jamais mieux joué. Monfieur
de Malezieu fit le perfonnage
deJuda , & la force de fon
jeu luy attira de grandes loüanges.
Il fut imité par fon fils aîné
dans le Rôlle de Ruben . Un
de fes plus jeunes reprefenta
Benjamin , & fon air d'innocence
, & fa beauté , toucherent
extrêmement
. M de Vernonfelles
, Gentilhomme
de MonGALANT
269
د
fieur le Duc du Maine , repre-
Lentoit Simeon & ce Gentil
homme ayant cfté obligé de
partir pour s'embarquer
avec
Monfieur le Comte de Toulouze
, M le Marquis de Roquelaure
joua fon Rôle dans la
troifiéme
Repreſentation , quoy
qu'il n'eut eu que trestemps
pour l'apprendre . Ce
Marquis qui eft Lieutenant
de
Gendarmerie , n'eft
tres - peu
de
pas
moins
diftingué par fa
valeur que par
fon efprit. Le Jeu de M' le Marquis
de Gondrin , fut admiré
dans le Rôle de Pharaon . Ce
Marquis a tres bonne mine , il
Z iij
270 MERCURE
eft admiré de toute la Cour , &
fa prefence ne peut manquer de
luy attirer des
applaudiffemens.
M' d'Erlac , Capitaine aux Gardes
Suiffes , s'acquita tres- bien
du Rôle de l'Intendant , ou
Major dome de Jofeph , & il
entra parfaitement dans le Rôle
qu'il reprefentoit . M' de Rozeli
fit celuy d'un vieil Hebreu ,
que Jofeph venoit de tirer d'ef
clavage , & qu'il arrêtoit auprés
de luy dans la Maifon de Jacob.
Tous ces Meffieurs animez du
defir de plaire à Monfieur & à
Madame la Ducheffe du Maine,
& par l'exemple d'une fi granGALANT
271
de Princeffe , ne negligerent
rien pour l'execution de leur
Rôle , & l'on peut dire , qu'il
feroit difficile de trouver ailleurs
des Spectacles de cette nature
mieux executez .
La curiofité ont marqué de tous ceux qui
de
de empreffemens
de voir cette Piece , n'a
pú eftre fatisfaite , parce que
fon n'en a donné que trois Reprefentations
, les divertiffemens
de Marly & de Seaux , ayant
occupé le refte du Carnaval .
Le dernier Samedy du Carnaval
, il y eut un grand Bal ferieux
à Marly. Le Roy , la Rei
Z iiij
272 MERCURE
;
ne , & Madame la Princeffe
d'Angleterre s'y trouverent.
Ce Bal fut des plus brillans ,
toutes les Dames eftant parées.
d'un grand nombre de pierreries
il fut fuivi d'un grand
foupé , aprés lequel leur Ma
jeftez Britanniques , & Madame
la Princeffe d'Angleterre
, retournerent
à S. Germain. Il y
eut encore Bal le Lundy fuivant
, où le Roy d'Angleterre ,
& la Princeffe fa foeur , vinrent
fuperbement maſquez , & d'une
maniere toute extraordinaire
; il fe trouva beaucoup d'autres
Mafques à ce Bal. La Reine
GALANT 273
d'Angleterre demeura à S. Ger
main , où le Roy fon fils & la
Princeffe fa fille retournerent
aprés avoir foupé . Le lendemain
, Mardy , il y eut encore
grand Bal , avec cette difference
, que ce dernier Bal ne commença
qu'aprés le foupé , &
qu'il ne fut permis d'y entrer
que mafqué ; ce Bal fut ouvert
par Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & par M ' le Duc
d'Enguien ; il dura jufqu'à quatre
heures du matin , ce qui fut
cauſe qu'on ne fervit que
caux . Le Roy d'Angleterre ne
vint point ce jour là à Marly ,
parce que ce Prince donna un
des
274 MERCURE
grand Bal à S. Germain , qui
fut accompagné d'un foupé
magnifique . Je ne vous dis rien
de la magnificence qui a paru
dans tous les divertiffemens de
Marly , puifqu'elle eft infeparable
de la Cour de France ,
même dans les temps où elle
n'a pas deffein de fe diftinguer
par une parure extraordinaire.
Comme toute la Cour ne
pouvoit prendre , à Marly , les
divertiffemens du Carnaval ,
Monfieur le Duc du Maine
permit l'entrée de Sceaux pendant
ces trois jours , à tous
ceux qui voulurent venir dans
ce lieu delicieux , & comme la
GALANY 275
magnificence , le bon gouſt &
les manieres obligeantes du
Prince & de la Princeffe qui
font les honneurs de ce lieu ,
ne font inconues à perfonne ,
on ne doit pas s'étonner fi malgré
la longueur du chemin
qu'il faut faire pour s'y rendre,
l'affluence du plus beau monde
ya efté grande outre les perfonnes
de diftinction qui forment
ordinairement la Cour de
Monfieur le Duc & Madame
la Ducheffe du Maine , Mlle
d'Enguien , Mlle de Charolois,
Mefdames les Ducheffes de la
Ferté & d'Albemarle , M &
*
276 MERCURE
Mlle de Langeron & pluſieurs
autres perfonnes d'un rang
diftingué y ont demeuré pendant
fes divertiffemens , qui ont
duré trois jours , & qui ont eu
chaque jour la grace de la nouveauté
à caufe de la varieté des
plaifirs & des Mafques qui y
ont paru fous toutes fortes
de figures ; & Monfieur &
Madame la Ducheffey ont
auffi pris part , & ont menagé
leur temps pour s'y trouver
, quoi qu'ils ayent efté des
divertiffemens de Marly. Il y a
eu deux tables ouvertes pendant
ces trois jours , l'une de
ย
T
GALANT
277
vingt , & l'autre de douze couverts
, toutes deux fervics avec
la même délicateffe , & la même
profuſion . Les plaiſirs ont fuccedé
les uns aux autres , & ils
ont efté mêlez des jeux d'ef
prit où excelle Madame la Ducheffe
du Maine , qui par le
brillant de fon efprit divertit fi
agréablement ceux qui ont
l'honneur d'avoir part à ces
jeux , Le premier Bal commença
lc
Dimanche à l'iffuë du ſoupé
& il dura jufqu'à quatre heu-'
res du matin ; on danfa dans
plufieurs pieces des grands appartemens
du Château . On eut
278 MERCURE
la curiofité de faire compter
les Caroffes qui étoient venus
de Paris , & il s'y en trouva
460 outre les Chaifes de pofte,
& les autres Chaiſes . On peut
juger par ce grand nombre de
Caroffes , de l'affluence
du ,
monde dont les lieux deftinez
pour la danfe devoient eftre
remplis , & il eft mal aiſé de s´imaginer
que tout s'y foit paffe
fans confufion . On doit juger
par le grand nombre de Mafques
qui fe trouverent
au Bal
de l'agreable varieté que devoit
produire aux yeux tant de Mafques
differens , les uns fuperdesiGALANT
279
bement vêtus , & les autres de
quantitez de manieres differentes
, & dont les habits bizarres
, crotefques & de nouvelle
invention attachoient
les regards , de forte que les
yeux n'eurent pas moins de
part à cette Fefte , que les oreil
les & le gouft. Les fruits , les liqueurs
& les confitures feches,
Y furent prodiguez , & ce qui
doit paroiftre hors de vray femblance
à caufe du prodigieux
nombre de Maſques ; perfonne
ne fe plaignit d'avoir manqué
de quelque chofe. Le bon ordre
ne fut pas feulement obfer,
280 MERCURE
vé dans les lieux où on danfoit;
il s'étendit plus loin. Les avenuës
, les entrées, les cours & les
iffues étoient éclaireés par un
grand nombre de falots . Les
Caroffes dont je vous ay déja
marqué le grand nombre , arrivant
prefque à la meſme heure
, ne laiffoient pas d'entrer
avec facilité. Ils entroient par
un coſté , & fortoient par un
autre , & ainfi le chemin & l'accés
étoient toujours libres &
dégagez. On ne peut exprimer
jufqu'où alla la prévoyance de
Monfieur le Duc du Maine
pour empefcher que dans une
GALANT 281
fi grande foule, quelque chofe
puft approcher du defordre &
de la confufion . L'attention de
Madame la Ducheffe du Maine
ne fut pas moindre pour faire
danfer tous les Maſques à leur
tour , & afin que toute l'Af
femblée fut également fatisfaite
, ce qui réuffit parfaitement
à ce Prince & à cette
Princeffe .
Le Lundy , aprés quelques
divertiffemens où l'efprit cut
beaucoup de part , la Comedie
des Fâcheux fut repreſentée ;
Madame la Ducheffe du Mainc
qui joua un Rôle Comique
Février 1706 . A a
282 MERCURE
dans cette Piece , ne ſe fit pas
moins admirer qu'elle avoit fait
dans le Rôle ferieux qu'elle
avoit joué à Clagny , quelques
jours auparavant , & dont je
vous ay déja parlé. Cette Princeffe
y fit jouer Mlle de Beauval
, Mr le Baron le pere & Mr
de Rofely , qui ont quitté le
Theatre , aprés s'y eftre fait admirer.
Le foupé fut fervi aprés
la Comedic & il fut fuivi
d'un Bal particulier , où les
perfonnes de cette Cour danferent
feulement .
Tous les Mafques furent
encore reçus le lendemain dans
GALANT 283
ce lieu enchanté, & le bruit du
bon ordre qu'oy y avoit trou
vé le Dimanche précedent , du
plaifir qui avoient cu tous ceux
qui avoient efté de la magnificence
de la nombreuſe Affemblée
qui s'y étoit trouvée ,
& de l'accueil qui luy avoit efté
fait par Monfieur &
par Madame
la Ducheffe du Maine ,
fut caufe que tout Paris fe mit
en mouvement pour ſe rendre à
Sceaux ce jour- là . En effet , le
concours de Mafques y fut
beaucoup plus grand qu'il ne
l'avoit efté le Dimanche , &
l'on en doutera pas , lorſqu'on
A a ij
284 MERCURE
fçaura que l'on y compta prés
de fept cent Caroffes , & comme
le temps ne permettoit pas
d'y venir fans flambeaux , &
que quantitez de ces Caroffes.
eftoient éclairez par deux ou
trois chacun ; toute la Campagne
depuis la fortie du Fauxbourg
, jufqu'à Sceaux , eftoit
brillante de lumiere . Ce fpectacle
fut d'autant plus beau ,
que toutes ces lumieres firent
briller les habits des Mafques
qui rempliffoient les Caroffes
, & que ces Caroffes formerent
une espece de Cours
éclairé par plufieurs rangs de
GALANT 285
lumieres. On peut juger par la
magnificence
de ce grand
nombre de Mafque , de la
beauté dont l'Affemblée devoit
cftre compofée , le brillant
de tant de riches habits
cftant redoublé par les lumieres
dont tous les appartemens
de Sceaux eftoient éclairez
, & qui paroiffoient
doublées
dans un grand nombre
de glaces , auffi bien que l'Af
femblée . Enfin il eftoit impoffible
de voir ailleurs un plus
grand amas de riches étoffes ,
de pierreries & de lumières , &
peut dire l'on
que
c'eftoit un
286 MERCURE
enchantement. Cependant l'ordre
qui fut obfervé ce jour - là
en eftoit encore un plus grand,
-puifque l'Affemblée étoit beaucoup
plus nombreuſe que le
Dimanche precedent. On peut
juger par le grand nombre de
perfonnes qui la compofoient,
& à qui la chaleur inévitable
dans ces fortes d'occafions ' ,
caufoient une grande alteration
, combien il falut d'Eaux
pour rafraichir tant de perfonnes
échauffées , par la foule,
par la pefanteur de leurs riches
habits & par la quantité
de lumieres. Cependant la
GALANT 287
grande abondance de toutes
chofes , & le bon ordre avec
lequel les Eaux ,les Liqueurs , les
Fruits & les Confitures féches
furent diftribuées dans tous
Ics lieux où l'on danſoit , dans
tous les lieux où l'on paffoit ,
& meſme en beaucoup d'autres
deftinez pour faire cette
diftribution , furent caufe que
l'on eut pas feulement le temps
de fouhaitter les chofes dont
on avoit befoin , & que
cun s'en retourna comblé de
fatisfaction & de plaifir , & en
donnant mille foüanges au
Prince & à la Princeffe qui leur
cha288
MARCURE
avoit procuré tant de fi grands
plaifirs , & dont ils avoient
jouy fans aucune incommodité.
Ces divertiffemens étoient
la fuite de ceux que l'on avoit
pris à Paris pendant les fix femaines
du carnaval , & furtout
pendant la derniere quinzaine ,
durant laquelle il y a eu pluplufieurs
bals magnifiques ;
ceux dont on a le plus parle,
& qui ont fait le plus de plaifir
, ont été donnez par M' le
Marquis d'Etampes dans le Pa-
Jais Royal, par M les Envoyez
de Mantouë & de Genes , & par
M
GALANT 289
M' Manfart. On en a auffi don ,
nez plufieurs qui ont été nommez
Bals de jours, parce que l'on
n'y a danfé que l'apreldinée.
Celuy de ces bals qui a le plus
brillé a été donné à l Hôtel de
Conty. Je n'entre dans aucun
détail de tous ces divertiffemens
, & je ne nomme pas
même tous les lieux où ils ort
eſté donnez , parce que cela me
meneroit trop loin . Pendant
que le Peuple prenoit les divertiffemens
de la faifon , il vit arriver
Monfieur de Vendofme ,
qui traverfoit Paris ,pour fe rendre
à Marly. A peine cût - on
Fevrier 1706.
Bb
290 MERCURE
apperçu ce Prince à l'entrée du
Fauxbourg
, par lequel il arri
voit , que le Peuple fe fouvenant
de fa longue abfence , &
que ce Prince luy avoit fouvent
donné occafion d'allumer
des
feux de joye, & de rendre graces
à Dieu de fes Victoires
,
qu'il fit éclater des marques du
plaifir qu'il recevoit . Ces fignes
d'allegreffes
furent non feulement
continuez
dans toutes les
rues de la Ville où ce Prince
paſſa , mais auffi dans tout le
chemin jufqu'à fon arrivée dans
le Château
de Marly. Le Roy
ayant fçu qu'il entroit dans
a
GALANT 291
"
Appartement où Sa Majesté
étoit , fe leva pour l'embraffer,
& luy dit qu'Elle étoit bien aife
de le revoir dans le même
lieu où il avoit pris congé d'Elle
il y avoit quatre ans , & qu'
Elle fentoit autant de plaifir de
le voir , que toute la Cour en
avoit témoigné d'impatience
.
Le bruit de fon arrivée fe répandit
auffitoft dans les Sallons
de Marly, où la Cour prenoit
le diveriffement de la Mufique :
elle fut interrompuë, Monfeigneur
le Dauphin s'étant levé
pour lembraffer ce Prince , &
l'ayant entretenu pendant quel
Bb ij
292 MERCURE
que temps. Je ne vous dis rien
des complimens
qu'il reçût de
toute la Cour, vous pouvez aifément
vous les imaginer
. I
fut vifité le lendemain
dans
fon Appartement
, par toutes
les perfonnes
de la plus haute
diftinction
qui fe trouvoient
alors à Marly
.
Plufieurs s'offrirent à le regaler
, il accepta les offres de
quelques-uns , & il fit l'honneur
à M de Chamillart , d'aller le
dernier jour du carnaval fouà
fa maifon de Leftang. Jude
la fatisfaction du Roy,
de voir que tout fe prepare
per
gcz
GALANT 293
pour achever de ruiner fon
plus irreconciliable ennemi , &
que ceux qui doivent le plus
contribuer à fà ruine font fi
bien d'accord. Monfieur de
Vendofme n'a point quitté
Marly , tant que le Roy y a
demeuré , & quand Sa Majesté
eft partie pour Verſailles >
ce
Prince eft allé à fa maifon d'Anet
, où il a eſté vifité par un
grand nombre de Seigneurs
qui n'étoient pas du dernier
Marly , par tous les Officiers
Generaux d'Italie qui font icy ;.
& par tout ce qu'il y a
de perfonnes
de diftinction dans la
Bb iij
294
MERCURE
Province où le Château d'Anet
eft fitué. Il a enfuite été
paffer quelques jours à Meudon
, & il doit refter à Verfailles
pendant les 5 ou 6 jours , qui
precederont fon départ , qui
doit être dans peu. Il y a lieu
d'efperer de grandes chofes aprés
fon retour en Italie, puifque
ce Prince aura pris des leçons
du Roy , qu'il a toujours
parfaitement bien exécutez les
ordres , qu'il eft infatigable ,
qu'il fçait à fond le mêtier dont
il fe mêle, qu'il connoift le pays
où il doit agir, & qu'il eſtaimé
des troupes qui feront touGALANT
295
jours preftes
à luy obéir , à le
fuivre par tout , & à expofer
leur vies fous fes ordres pour le
fervice
d'un Roy , qui fait plus
pour elles qu'aucun
Monarque
n'a jamais
fait , & qui voyent
des retraites
affurées
pour ceux
qui deviendront
invalides
. Mr
de Vendofme
, en quittant
l'Italie
, avoit laiſſé une grande
confternation
dans le Mantouan
, & dans la Lombardie
,
& l'on peut même
dire que
tous les fujets que le Roy d'Efpagne
a en Italie , étoient
fâchez
de fon départ
; mais fa
préfence
va dans peu redonner
Bb iiij
296 MERCURE
le calme à tous ceux qui la fou
haitoient avec tant d'ardeur .
Depuis la prife de Barce
lonne , on a parlé fous le nom
d'Affaires de Catalogne,de tout
ce qui s'eft paffe dans cette Principauté,
dans le Royaume d'Arti
ragon , dans celuy de Valence, r
fur les Frontieres de celuy dep
Murcie , fur celles de Caftille
qui regardent le Royaume de
Valence , & dans le Rouffillon , p
& la grande union qui fe trou- 1
ve entre tout ce qui regarde ces
differens Etats , dans la conjoncture
prefente , obligent d'ens
ufer de la forte : En effet , tout
GALANT 297
ce qui fe paffe dans tous ces
lieux là , ont le même objet
pour but , il ne s'agit que d'une
même affaire ; cependant les Relations
que l'on fait de tout ce
qui s'y paffe chaque jour , ne
laiffent pas d'eftre fort embaraffantes
, & il eft même prefque
impoffible de les faire fans
quelque forte de confufion ,
puifque lorfque l'on parle de ce
qui s'eft paffé dans l'un de ces
Etats , celuy dont on vient de
parler fournit une maticre nouvelle
; & comme il en eft de
mêmede tous les autres , on ne
peut faire un corps hiſtorique
298 MERCURE
་
qui foit fuivi , de tout ce qui fe
paffe dans ces differens Etats
qui foit fuivi , puifqu'on eft
quelque fois obligé de parler
du même Etat à plufieurs reprifes
dans la même Relation ;
mais quoy qu'il paroiffe par là,
que ceux qui écrivent , fortent
fouvent de leur matiere pour
en reprendre d'autres , on ne
doit pas condamner ceux qui
en ufent ainfi , lors que l'on
confiderera l'impoffibilité qu'il
y a de faire autrement . Je vais
me tirer d'affaire là- deffus le
micux qu'il me fera poffible,
& quoy que vous ne trouviez
GALANT 299
pas
la grace de la nouveauté
dans tout ce que je vais vous
dire , à caufe de la grande quan
tité de Nouvelles que l'on debite
tous les jours , tant imprimées
que manufcrites ; vous
aurez l'avantage de les trouver
enfemble ; c'est-à- dire , en un
fans
quoy
dans la
feul
corps ,
fuite
des
temps
, beaucoup
de
chofes
qui
y font
renfermées
,
échaperoient
à la poſterité
puis
qu'il
eft
difficile
, pour
ne
pas
dire
impoffible
de , ramaffer
& de
conferver
tous
les
écrits
qui
parlent
de
Nouvelles
, &
qui
ne font
que
voltiger
dans
le
300 MERCURE
monde . J'ofe dire de plus , que
ce que je vous envoycray cha
que mois , fur ce que l'on ap
pelle les Affaires de Catalogne,
quoy qu'il embraffe un objet
tres- valte, fera purgé d'un nombre
infini de faufferez , que l'on
met tous les jours dans les Manufcrits
qui paroiffent , & que
l'on avance fur des oui dire , qui
ne font point confirmez dans
la fuite. Ce n'eft pas que je fois
perfuadé que mes Relations
foient toujours exemptes de
fautes ; mais il y a bien de la
difference entre les fautes qui fe
gliffent dans quelques RelaGALANT
gor
tions , dans lefquelles l'homme
le plus exact peut tomber , &
des Relations entierement fabuleufes
, comme l'on en voit
tous les jours . Je puis auffi vous
affurer , que bien que je fois
obligé de repeter beaucoup de
choles qui ont déja efté dites ,
Vous ne laifferez pas de trouver
quelque chofe de nouveau dans
toutes les Relations que je vous
envoyeray , ce qui , avec ce que
jee vous ay déja marqué , doit
cftre compté pour quelque .
chofe.
Je rempliray , autant qu'il
me fera poffible , mes Relations
de Lettres originales.
302 MERCURE
Je vous envoye un extrait
d'une Lettre de Perpignan du
31 de Janvier , dans lequel vous
trouverez des faits dont aucunes
Relations n'ont encore
parlé.
A l'égard de Barcelone , je vous
diray quej'ayparlé à deux Deferteurs
Anglois , qui font icy depuis
trois jours ; & qu'ils m'ont dit ,
comme ils avoient déja fait aux
Puiffances de cette Ville , que dans
Barcelone les Bourgeois avoient
refufé de payer les contributions ,
& qu'ils avoient excité un tumulte,
qu'ils difent devoir eftre
fuivi de quelque plus grand deforGALANT
303
dre. L'Archiduc poury mettre remede
a fait venir auprés de luy
le plus de Troupes Angloifes qu'il
a pú , mais cela n'a fait qu'augmenter
le mal , puifqu'il faut plus
d'argent pour vivre à fes Troupes,
quefi elles eftoient dans Barcelone
; on ne leur donne que fix
liards par jour , ce qu'ils affurent
ne leur fuffire que pour acheter du
painpourdéjeuner ; & qu'ils deferteroient
tousfiles paffages n'estoient
pas auffi bien gardez qu'ils le font
par les Payfans. Ils m'ont dit auffi
qu'il y avoit beaucoup de diffen
terie dans Barcelone , & une espece
de maladie contagieufe , qui a esté
304 MERCURE
caufée par la mauvaiſe nourriture
les remuëmens de terre ,
& par
a
qui ont gâté les eaux , & infecté
Pair , en forte qu'ils jurent qu'ily
a eu des jours où ils ont vu enterrer
jusques à deux cent & deux
cens cinquante hommes . Il y atrois
jours qu'il nous eft arrivé deux ou
trois Bataillons par jour ; il y
encore dans Barcelone trois partis :
celuy de l'Archiduc , celuy des
Brutiflers ou de Philippe V.
luy des neutres. Ils vont la nuit
dans les maifons les uns des autres
; & au qui vive , ils ne manquent
pas defaire le coup de pisto
let , de s'égorger, fans qu'on y
& ceGALANT
305
puiffe mettre remede. A la Campagne
ils font la même chofe
fe cachent derriere les Buif-
م و ن
Jons.
་
La Lettre qui fuit vous aprendra
plus au long , & plus
clairement que l'on a fait jufqu'icy
, ce qui regarde les Evêques
de Murcie & d'Orihuella ,
& qu'ils avoient fait des fonds
pour payer les Troupes , aucune
Relation n'ayant parlé de
cette précaution . Je dois ajoûter
icy que l'Evêque d'Orihuella
cft demeuré à Alicante aprés
fa conquefte,eftant âgé de quatre-
vingt- dix ans , & que les
Fevrier 1706. Cc
306 MERCURE
Troupes de ces deux Evêques
ont efté jontes par plufieurs
Compagnies de Milices du
Royaume de Murcie , avec un
grand nombre de Volontaires ,
du nombre defquels il y a quel
quesCurez qui conduifent leurs
Paroiffiens.
dubad r
De Madrid le 29. Janvier
1706 .
Vn Courier depeché d'Alicante
appris que
les Rebelles s'eftoient
entierement diffipez ,&que Dom
Francifoo Davila leur Chef ,
avoitpris la fuite : ils fe font retirez
de la Ville de Saint-Jean ,
où ils ont laiffé quatre Canons
GALANT 307
quantité de pain ; les Evêques de
Marcie d'Orihuella fe font
joints es ils ont deux cens hommes
deTroupes reglées &environ trois
mille hommes de Milices bien armez
, commandez par des Officiers
qui ont fervi dans Barcelone , &
par beaucoup de Nobleffe. Ces
Prelats qui ont donné le commandement
de leur petite Armée au
Duc de Serna , à la charge qu'il
nagira que par leurs confeils , la
conduisent à Denia , dont ils venlentfaire
le Siege , ayant du Canon,
pris toutes les mesures neceffaires
pour la fubfiftance , &
pourlafolde de leurs Troupes , ils
Ccij
308 MERCURE
ont même du fond pour les payer
regulierement ; & aprés cette expedition
, afin que les Troupes
les Milices ne defertent pas
qu'ils fervent de meilleur coeur.
Ces fonds proviennent de leurpro
pre revenu , & des contributions
volontaires anfquelles ils sont ent
gagés par leur exemple , la Nobleffe
& les Bourgeois de leurs
Evêchez. Ces dignes Prelatsfont
des exhortations continuelles aux
Peuplespour les engager à garder
fidelité qu'ils doivent au Roy ,
ils en donnent des marques convainquantes
à Sa Majesté Catholique.
Ces Exhortations & les
GALANT 309
Imprimez de la Lettre Paftorale
de Mr. l'Evêque de Murcie , ont
produit tout le bon effet que l'on
devoit efperer , puifque plufieurs
Villes , Bourgs & Villages qui
avoientfuivy le mauvais party ,
font rentrez dans l'obeiffance, Enfin
le calme eft entier à Alicante ,
Nobleffey a fait des merveilles ,
le Corps de la Ville qui s'eftfurpaffé
a dépensé plus de vingt mille écus ,
pour fe preparer à une vigoureuſe
deffenfe le Sieur Sciard & fon
Equipage ont efté d'un grand fecours
en cette occafion . Cette Ville
s'en loue infmiment , & leur auroit
donné des marques de fa fatisfac
la
310 MERCURE
tion fi elle avoit efte en eftat de le
faire.
Mrl'Evêquede Pampelune don
ne au Roy fix mille charges de
Bled ; cette quantité quifera fuffifante
pour la nouriture des Gen...
tilshommes pendantfix mois pourra
eftre transportéefacilement enAragon
, où les terres ne produisent que
pour lafubfiftance du Pays.
Par un Courier que Mr de
las-Torres a dépêché , & qui arriva
icy le 22. au foir , on a appris
que le 17. au matin il envoyafommer
la Ville de Villareal de rentrer
dans l'obéiffance , elle le promit ;
d'abord il y envoya deux déta
"
GALANT 311
enl
chemens des Regimens des Gardes
Espagnoles & Vallones , pourfe
faifir des Fauxbourgs , avec ordre
de ne rien entreprendre qu'à fon
arrivée ; mais les Habitans dudit
lieu ayant manqué de parole ,
faitgrand ces détachemens,
les Soldats irritez , que leurs Officiers
ne purent retenir , rompirent
lesportes à coups de haches , nonobftant
le grandfeu que les Rebelles
firent fur eux. Ces Officiers
irritezfe crurent obligez de foûtenir
leurs Soldats. La Ville fut
forcée , touty fut paſſé au fil de
' épée , le carnage y fut extrême ;
enfuite onfit fortir les femmes
312 MERCURE
les enfans , au nombre de quinze
cens ou environ , on mit le feu
à la Ville , quifutreduite en cendres.
Ily a eu dans cette occafion
cent quatre - vingts hommes tuez
ou blessez , dont onze Officiers Efpagnols
on Wallons. Ce Comte
marcha le 17. aufoir ,
il fit attaquer & brûler quatre
Bourgs ou Villages armez , àdeux
lieues de Valence , qui s'eftoient revoltez
le 18.
Lemême jourBazet & Nebot
fortirent de cette Ville à la tefte de
200 chevaux de 3000 hom
mes de Milices , pourſefaifir d'un
paffage ; mais quatre ou cinq cent
chevaux ;
GALANT
313
effecchevaux
de Mr de las -Torres s'étant
avancez , & feignant de fe
retirer , ils couperent ces Revoltez
qu'ils
attaquérent fi vivement
qu'ils en tuérent quatre cens
tifs , le furplus avec leurs Chefs
senfuit à Valence. On a trouvé
Farmy les morts trois Officiers Anglois
. On a eu que buit hommes
tuez ou bleffez en cette action .
*** Le 23. on eut avis par un Courier
que toutes les Troupes eftoient
arrivées aux environs de Valence,
que cette Ville eftoit
étroitement
bloquée. On
travaille à couper la
petite Riviere quiy paffe , & les
Fevrier 1706. Ꭰ d .
314 MERCURE
S
forte
conduits des Fontaines en
3
qu'on efperoit luy after les eaux
empêcher qu'il n'y entraft des
vivres ; il n'y a point d'apparence
qu'on puiffe l'attaquer jusqu'à ce
que le Canon , qu'avoit Mr le
Prince de Serclaes , foit arrivé.
Mr de las-Torres n'en ayant pas
une piece.
Le 24. on fut informéque Mr
de las-Torres avoitfait publier une
Ordonnance , pour enjoindre aux
Habitans aux Payfans du
Royaume de Valence , de luy apporter
leurs armes , à peine de la
vie , & que ceux qui s'en trouveroient
faifisferoientpendus fur le
તે
GALANT 315
champ ; qu'ils s'empreffoient d'obéir
, & que l'exemple de Villareal
avoit obligé quantité de Killes ,
Bourgs & Villages , à rentrer dans
l'obéiſſance , qu'il n'y a plus que
Denia , Saint- Mattheo , Vivarez,
la Capitale , quiperfiftent
dans la Rebellion : il fera facile de
les réduire auffi - toft que les fixe
pieces de canon , & deux mortier's
l'on attend , feront arrivez ,
les travaux pour couper laRiviere
les Fontaines fe continuënt
avec fuccés , qu'ils feront
finis inceffamment, & que Valence
eft fi étroitement bloqué , qu'il
n'y peut entrer de vivres.
sque
que
Dd ij
316 MERCURE
de
Parun Courier arrivé de Cadix
la nuit derniere , on me mande par
plufieurs lettres du 23. que les dou
ze Vaiffeaux qui estoient dans la
Baye de Gibraltar , ont paſſé le
17 ; que le 19. aprés midy il y en
entra d'autres venus du Levant
au nombre de vingt - trois, dont neuf
de guerre, deux Galiottes à Bombes
, deux Flûtes, & de dix Na
vires Marchands, que de ces neuf
Vaiffeaux quifont Hollandois , il
I en a un qui porte Pavillon de
Vice- Amiral, que le 23 .
les vents
eftoient Eft, & qu'on efperoit le
lendemain apprendre leur forme de
la Meditreranée
, que parplufieurs
GALANT 317
Deferteurs de Gibraltar , on a fçû
que la Garnifonfouffroit terriblement
par une extrême difette de
vivres , que quatre onces de bifcuit
par jour, & un real de platte
par ſemaine à chaque Soldat , ce
qui ne monte qu'à environ trois
liards parjour monnoye de France ,
& qu'on s'en rendroit maistre facilement
fi on avoit à portée un
petit Corps de Troupes.
On n'a aucunes nouvelles de Mr
le Maréchal de Teffé , depuis le 18
à cause qu'il aprodigieufement nege
depuis dixjours ; cependant on croit
qu'il se ft mis en marche pour afficger
le Chasteau de Monent , &
Dd iij
318 MERCURE
1.
de là aller fe rendre maiſtre du pont
fur l'Ebre , entre Tortofe & Vi
naros.
Je dois ajouter à l'affaire de
Villareal , qui fait un des Articles
de cette Lettre , quelques
particularitez qui font affez effentielles
pour n'eftre pas ou
bliées, & qui font voir que Mr
de Las Torres n'a pû ni dût
s'empêcher de faire verfer le
fang quia efté répandu ; que ce
n'eftoit pas fon deffein , comme
il paroift au commencement de
la Relation que vous venez de
voir ; mais qu'il y acfté obligé ,
non feulement pour donner un
exemple qui a efté fi utile dans
la faite , mais aufli pour fauver
la vie à quantité d'Officiers &
GALANT 319
de braves Soldats qui auroient
peris , s'il n'en eut ufé de la fortes
vous en demeurerez d'accord
en lifant ce qui fuit .
20YAJY
Lors que Mr le Comte de
Las- Torres entra dans la Ville ,
le Clergé vint au devant de luy
avec le Saint Sacrement. Ce
Comte fit garder à les Troupes
tout le reſpect qu'elles devoient
avoir en femblable occafion ;
mais les Rebelles qui marchoient
aux deux côtez de la Proceffion
& qui eftoient en grand nombre
derriere , ayant tiré plufieurs
coups fans avoir aucuns égards,
& tué quantité de Soldats &
d'Officiers pendant que les
Troupes de Mr de Las - Torres,
qui avoient ordre de ne pas ti
rer , gardoient le refpect auquel
Dd iiij
320 MERCURE
५ Leur Religion , & les ordres qu'ils
avoient reçu , les obligeoient . Cea
Comte fe vit forcé de faire rea
tirer le Clergé , & dés qu'il leur I
vuen fureté, & hors d'eftat d'efas)
fuyer aucun coups , les Troupes
curent ordre d'agir felon les loixe
de la Guerre , & de faire un exemo
ple qui a fait épargner , & quiq
épargnera beaucoup de fang s
dans la fuite de cette Guerre .
Je viens d'apprendre que l'Ar
chevêque de Grenade , à l'eaT
xemple de l'Evêque de Murcie 2
& d'Orihuela , sa déclaré que o
la Guerre prefente eftoit une
Guerre de Religion , & qu'il a
envoyé des Lettres Circulaires
à tous les Ecclefiaftiques de fon
Diocele, pour les exhorter à une
contribution volontaire, Lan
GALANT 321
3 plufpart des Chanoines ont donné
cent piftolles chacun , les autres
Beneficiers ainfi queles Cu
rez & même les Clercs des Eglia
fes , ont contribué chacun à pro
portion de leurs revenus , & cer
Archevêque a nommé un Chanoine
pour venir à Madrid ,
prefenter au Roy. l'argent qu'ilg
a amaffé par cette quefte , pour
eftre employé à la deffenfe de
la Religion ; ainfi voilà cinq
Prelats , en comptant ceux de
Saragoffe , & de Valence , qui
ont donné l'exemple aux autres,
qui , avec lear Clergé , leurs
Diocefains , & leurs revenus ,
doivent exciter toute l'Efpagne
à les imiter. Ce grand Etat
qui contient dix-fept Royau
mes , ne leur fera pas feulement
%
322 MERCURE
D
obligé de tout ce qu'ils font aus
jourd'huy en faveur de leur legitime
Souverain ; mais comme
la veritable Religion ne leur
fera pas moins redevable. Le
Souverain Pontife de cette même
Religion , peut faire tomber
fur eux des récompenfes , qu'il
feul droit de donner , & qui leur
fourniront des occafions de faireencore
plus pour la Religion,
qu'ils ne font aujourd'huy , &
de briller dans des Confiftoires
quand il s'agira de fa deffenſe .
& de fon agrandiffement. M
L'affaire de Mr de Polaftron
a fait affez de bruit , pour n'eftre
ignorée de perfonne ; eftarr
forti la nuit du 14. de Janvier
avec quinze cent hommes , il attaqua
la Ville de Graus , qu'il
GALANT 323
emporta , & qu'il brûla aprés
l'avoir fait piller . Il fit conferver
les Eglifes & les Maifons de
quelques Habitans, dont il eftoit
für de la fidelité , & dans lef
quelles il avoit mis des Sauvegardes
; on en avoit fait fortik
auparavant trois cent Mulets
chargez de butin . La rigueur
donton en ufa fut jugée neceffaire
dans la conjoncture prefente
, & d'ailleurs cette Ville
s'eftoit attirée ce traitement felon
les loix de la Guerre .
Mr le Maréchal de Teffé
après avoir pris Calazeite , &
quelques Poftes des environs , a
efté attaquer Batea qu'il a emporté
d'affaut. Cette Place qui
eft à l'entrée de la Catalogne
couvre le pays jufqu'à l'Ebro ,
L
324 MERCURE
του
& jufqu'à Tortofe . Cependant
plus de trois cens Villes
Bourgs & Vilages de la vallée
de Venos , & du Comté de Ri
bagorea , ont envoyé des Depu
putez auChevalier d'Asfeld , qui
eft à la tête de sooo hommes à
Balbaftro .
Depuis l'invafion de l'Archi
la ville de
Rofe avoit toujours efté dansusun
extréme danger jufqu'au der
nier fecours que Mr le Duc de
Noailles y vient de jetter
Vous avez fçû que les François
empêchoient il y a déja plufieurs
mois l'effet de la confpiration
qui avoit cfté formée
pour la furprendre , & que de
puis ce tems là Mr le Duc de
Noailles s'eftoit donné de
duc en
Catalogne , Arch
L
"
GALANT
325
grands mouvemens pour y faire
paffer des vivres , & une partie
des autres chofes dont cette
Ville avoit befoin , & que les
projets de ce Duc avoient réuf
fi. Cependant , tout cela n'étant
pas fuffifant pour fauver cette
Place; & Mr le Duc de Noailles
ayant formé le deffein de la ra
vitailler entierement dés qu'il
auroit affez de force pour agir
en perfonne , & pour ouvrir la
Campagne , vient d'executer le
projet qu'il avoit formé , & Role
n'eft plus en état de fouffrir,
& de
craindre ; mais pour vous
faire bien connoître le merite de
l'action que fon liberateur vient
de faire , je vous envoye l'extrain
lettre de Rofe du 24
de Janvier .
326 MERCURE
On a reçû ici deux Tartannes
envoyées par Mr le Duc de Noail
les chargées de provifions. On fait
trois ou quatres forties par femaines ,
pour ravitailler, & pour changerla
Garnifen du Château de la Trinité
qui eft à un quart de lieuë de laplace
It y a toujours trois ou quatre mille
coups de Moufquets tirez de part &
d'antre , à cesforties . Il s'eft fauve
plufieurs Officiers par - deffus les murailles
, & ily a beaucoup de maladies
parmi lagarnison, qui nefont
milogez, nourris , ni medicamentez,
& quifont reduits pour tous alimens,
au pain de mnnition , & à an once
de viande par jour. Le Gouverneur
a répondu au Meffager du Commandant
de Figuier , qui efloit un
tambour Anglois , que s'il lui en
failoit faire encore de pareils
GALANT
327
દુ
il feroit pendre à la porte celui
qui viendroit de fa part.
Beaucoup d'Officrers Espagnols &
Napolitains qui ont deferté , & qui
font près de l'Archiduc , ont écrit à
leurs camarades pour les corrompre.
Le Gouverneur eft très - zelé pour
le
5fervice du Roi .
La Lettre du Commandant
de Figuieres , & la réponſe du
Gouverneur de Rofes , viennet
de tomber entre mes mains , je
yous les envoye , parce que ces
deux lettres avec celle qui les
précede, joins à la lettre , & aux
deux relations que vous allez liferont
un affez bon morceau
re ,
d'hiftoire,
"
328 MERCURE
&
LETTRE
014
Du General Anglois Donegal
au Gouverneur de Rofes ,
dattée de figuieres le 20. Janvier
1706.
MONSIEUR.
Fay pris de tellesmefures pour
empêcher que vous ne foyez (ecours ,
qu'il n'eft point au pouvoir des Franfois
de vousfecourir à prefent ny par
mer, nypar terre , &fçachant l'Etat
de vostre garnison , cela fait
que je vous envoye offrir toutes les
conditions qu'un homme d'honneur
peut accepter en toute feureté ; c'eft
pourquoy je vous confeille de les accepter
à prefent , car ce font les der
GALANT
329
nieres offres que je vous feray ;
Je fuis
MONSIEUR
Voftre tres - humble & tresobéïffant
Serviteur , Do-
NEGAL , General des
Troupes de la Reyne
d'Angleterre
.
RE'PONSE
Du Gouverneur de Rofes au
General d'Angleterre, dattée
du même jour.
MONSIEUR ,
F'ay recen voftre Lettre d'aujour
d'huy. Je reconnois , parvos menaces,
combien l'on vous trompe dansles
Avis que l'on vous donne : Tous
vos offres ne pourront jamais cor-
Fevrier 1706 . E e
330 MERCURE
rompre ma fidelité , ny ébranler la
valeur d'un grand nombre de braves
Soldats , dont ma garnifon eft com
Pofée. Nous sommes refolus de de
meurerfideles à noftre Roy Philippe
V. & à deffendre , & conferver cette
Place , fous fa juste , & douce Domination
; & ainfi vos idées ima
ginaires , & celles des rebelles , ne
fauroient nous infpirer que du mépris.
J'ay affez de vivres , & de
munitions pour rendre inutiles tous
les efforts de l'Archiduc. Je vous
remercie cependant des offres que
vous me faites , & que je méprise.
Je ferai tres content fi je puis m'a-.
quiter de mon devoir , enfidele fujet
de mon Roy. F'efpere dans pen
de le voir maistre de fes
Ennemis
avec le fecours de la France , de pardonner
avec clemence à ceux qui ren➡
GALANT 335
treront en leur devoir , & de punir
feverement les plus obftinez , cela
fuffit pour réponse à votre Lettre
DON ANTONIO GONDOLFO
La Réponse du Gouverneur
fait voir fon grand coeur , fa fidelité
inébranlable pour le Roy
fon Maître , & fon intrepidité;
puifqu'il eft conftant qu'il manquoit
de toute chofe , lors qu'il
a écrit cette Lettre , & qu'il auroit
pû fe rendre fans trahir fon
honneur. Car outre l'état où
il fe trouvoit , & qui eft marqué
dans la Lettre du 24.de Janvier,
il a pour toute troupe que deux
Bataillons , fçavoir un Bataillon
François , & un Italien ; & quoy
que l'Italien fuft fidele dans le
caur , comme il eftoit compofé
Ecij
332 MERCURE
d
de Soldats moins aguerris , &
moins endurcis au mêcier de la
guerre , il eftoit tous les jours
fur le point de fe rendre ; de maniere
qu'outre tout ce que les
troupes fouffroient , le Bataillon
François eftoit jour & nuit en
mouvement , parce qu'il eftoit
obligé de veiller fur l'Italien , de
crainte qu'il ne fe rendit .,
Je vous envoye l'extrait d'une
Lettre de Figuieres datté du 12.
de Fevrier , & qui doit fervir de
prélude aux deux Relations
que vous lirez enfuitte . Vous
verrez dans cet Extrait les
moyens dont Mr le Duc de
Noailles s'eft fervi
pour s'atti
rer l'amour , & l'eftime de tout
le Pais avant que d'entrer en
action , quoy que tous ceux qui
GALANT 333
"
portent le nom de Noailles ,
n'aient befoin que de leur nom
pour être aimé en Rouffillon,
Monfieur de Noailles a forcé en
quatre jours les paffages, fecouru
Rafes par terre ; batu lestroupes de
Archiduc par trois fois , & obligé
tout le Lampourlan à venir à l'obéif
fance , & tout ce fans avoirperdu
que quatre hommes : Cela vous
furprendra peut- eftre , fçachant le
peu de monde que nous avions , que
le pays eftoit generalement fous les
armes , foutenus pas trois mille Mi
quelets , par autant de Sommetans,
& parfix cens Anglois , ily avoit
outre cela plufieurs autres difficultez
jugées infurmontables : Mais que
ne dott- on pas efperer d'un General
quifefait aimer depuis le plus grand
334 MERCURE
jufqu'au plus petits , & qui agit
avec toute la prudence , & toute la
bonté imaginable .
On admire les manieres dont il
s'eft fervi pour faire prendre les Ar
mes à tout le Rouillon , & le fuivre
toujours par tout comme des troupes
reglées , & bien difciplinées
Ilal
loit chez les Gentilshommes il beuvoit
& mangoit avec eux, & il les
priait de venirchez luy tous les jours§
enfin rien de tout ce qui pouvoit les
engager au fervice n'eftoit omis : IL
eft fur que tout le monde convient,
que fa prefence , & le nom de Noail
les n'ont pas moins fait dans notre
expedition que les troupes que nous
avions.
1
Monfieur le Duc de Noailles a
conduit cette affaire , depuis le comGALANT
335
mencement
, d'une maniere à faire
plaifir à ceux qui l'aiment. On ne
peut faire voir en même temps plus
dapplication
, plus de fageffe , ny
plus de bravoure. Sa Santé eft devenue
fi forte qu'il n'y a pas un de
nous qui puiffe foutenir autant defatigue
que luy. Toutes les troupes ne
demandent
qu'à le fuivre à luyfaire
plaifir, & à contribuer
à fa gloire ,
& il foutient parfaitement
Pamitié
des peuples & des troupes . Son genie
&fon zele promettent
tout , & ilpa
roit qu'il auroit efte difficile de
mieux faire que lay.
La Relation qui fuit eſt plus
dans les formes que ce que vous
venez de lire.
Mr le Duc de Noailles ayant
336 MERCURE
jugé à propos d'éloigner les ennemis
de lafrontiere , & de dégager Rofes,
qui eftoit bloquédefi prés depuis deux
mois qu'on eftoit dans de continuelles
inquietudespourcette Place , à cau-
Se du peu de troupes , & de munitions
qu'il y avoit ,fe fervit des premieres
troupes qui efloient arrivées
au Rouffillon Sçavoir d'un Regiment
de Dragons , douze Bataillons , les
Miquelets & des Milices du Pays ;
& is ayant fait affembler le 8 à
Bellegarde, il marcha en avantpour
entrer en Lampourdan par la Jonquiere
, & à Agullane qui estoient
occupez par les ennemis Ils vou-
Jurent tenir d'abord contre les premieres
troupes qui fe presenterent ,
mais Mr le Duc de Noailles les
chargea fi vivement >
avec deux
Escadrons du fecond Regiment de
Dragons
GALANT 337
Dragons de Languedoc & la Compagnie
des Gardes de la Province ,
qu'ily eneut plufieurs de pris , & de
tuez, & que le reftefut mis enfuite , we༢ .
de-là , Mr le Duc de Noailles mar-·
cha à Figuieres , où il y avoit des :
troupes Angloifes , & Hollandoifes
; mais fur la premiere nouvelle.
de fa marche , elles s'eftoient retirées
. Ily établit des troupes , & jugeant
neceffaire de faire occuper des
poftes avancez , il marcha ju ques in
fur la riviere de Flavia , & ayant
trouvé les ennemis , il les fit charger.
unefecondefois fi vivement jufqu'an.
de- là de la riviere , que fans deux
ravins quifavoriferent leurretraite,
il ne s'enfroiifauvé aucun ; on ne
fit point deprifonniers ; l'on tua tout
ce que
l'on put joindre , & ilen refta
beaucoup fur la place . Mrie Duc de
Fevrier. 1706. Ff
338 MERCURE
Noailles alla enfuite vifter Rofes
& il établit des troupes dans plus
fieurs quartiers ; Ilva jufques dans
Bafcara , qui n'est qu'à trois lieuës -
de Gironne . Cette expedition est d'au.
tant plus avantageuse , qu'outre
qu'elle delivre Rofes en éloignant les
ennemis elle ouvre un paffage
aux troupes que le Roi a destinés pour
la Catalogne , & il doit faire une
diverfion du côté de Valence , &
& Aragon , en obligeant l'Archiduc
de faire revenir auprés de lui , les
troupes qu'il avoit envoyées pourfoutenir
les Revoltez
>
La Relation qui fuit eftant
beaucoup plus remplie de cir-.
conftances que celles que vous
venez de lire , je crois la devoir
adjouter ici , je vous l'envoye
GALANT 339
dans le même ftile qu'elle eft
tombée entre mes mains .
A Figuieres ce 12 Fevrier 1706.
Dimanche feptiéme de ce mois
Mr le Duc de Noailles partit de
Perpignan & alla coucher à Bellegarde
, où il avoit donné ordre
aux Troupes de fe rendre ce jour- là
& le lendemain au point du jour,
les chofes eftant difpofées , nous
entrâmes dans le Lampourda par
deux cols. Celuy par où nous paffames
nousfut difputépar les Miquelets
de l'Archiduc. L'affairefut
bientoft décidée. Mr le Duc les fit
charger par nos Miquelets,par des
Ff ij
340 MERCURE
la
camper
Troupes de la Province , par
Compagnie des Gardes de Monfieur
le Maréchal de Noailles ,par
feize Carabiniers , & par les
Dragons qui profiterent d'une efpece
de petite Plaine ( à la verité
tres-remplie de roches . ) Ce paßage
fut donc libre , & on alla
à la Fonquiere , à une lieuë fous
Bellegarde , & lefoir à dix heures
Mr de Mailly partit avec un détachement
de huit Compagnies de
Grenadiers , buit cens Fufiliers ,
douze Compagnies de Miquelets ,
les deux Efcadrons de Dragons
de Languedoc , avec ordre d'aller
fe pofter fur le chemin de Figuie
GALANT 341
3
res à Gironne , pour tâcher de couper
Milord Donnegall , avec fa
Garnifon de fix cens hommesqu'il
avoit auffi. La chofe auroit pu
reüffir fi les Soldats n'avoient efté
obligez de paffer cinq fois une riviere
ayant l'eau jufques au genou
. Ce retardement fit que Mr
de Mailly fe trouva au jour à
une lieuë demie de Figuieres
qu'il s'agiffoit de furprendre. Mr
le Duc , qui le fuivoit de prés
voyant le coup manqué , marcha
droit à Figuieres , qu'il trouva
abandonné. Il entra avec la Brigade
de Mailly , & mit le refte
dans les lieux des environs , tout
Ff iij
342 MERCURE
devint calme , & nous allâmes le
lendemain à Rofes , avec autant
de facilité qu'on va de Paris à S.
Denis. Ce jour- là Mr le Duc
envoya fix cens hommes de la
Province de Rouffillon ,fix Compagnies
de Miquelets , & douze
Dragons ,pourfefaifir de Bafcara ,
petit lieu fermé fur le chemin de
"Gironne ; ils trouverent à une lieuë
d'icy les Miquelets de l'Archiduc ,
dont ils tuérent laplus grande partie.
Ce Pays qui eft affez plat fit
que les douze Dragons en hache
rent beaucoup à coups de fabres. Le
refte fe joignità un Corps confide
rable de Revoltez qui eft à Bafca
GALANT 343
ra , au devant de laquelle Ville
ily a une Riviere , ce qui fitprendre
au Commandant du détache
ment le parti de fepofter, & d'en
donner avis à Mr le Duc , qui
marcha hier au matin avec buit
Compagnies de Grenadiers , quelques
Miquelets , les deux Efca
drons de Dragons , la Compagnie
des Gardes , & il fe fit fuivre
trois Bataillons , dont deux eftoient
deftinez pour Bafcara. Lorfque
nous fûmes à la vuë”, nous vîmes
"grand nombre de ces Meffieurs qui
couroient aux poftes qu'ils avoient
fur la riviere qu'il nous falloit
paffer, & qui tenoient une conte,
de
344 MERCURE
nance affez aſſurée ; elle ſe démentit
bientoft en nous voyant avancer,
ayant pris le parti de fe
retirer. Mr le Duc envoya aprés
eux fes Gardes & les Dragons..
fans un ravin impraticable , l'on
en eut écharpé un grand nombre.
Ily a cependant aſſez de cadavres
pourfaire voir que nos épées coupoient
affez bien ; un Officier de
Dragon's fit fauter la teſte à un
auffi dextrement , & avec autant
d'adreffe que de vigueur ; nous
fimes prifonniers ceux qui fe trouverent
au delà de la riviere , &
ils furent renvoyez aprés qu'on
leur eut bien aſſuré que nous ne
!
GALANY 345
venions
que poury mettre la paix
entr'eux. On n'auroit ofe fe promettre
un fuccés fi heureux & fi
prompt. La prife de Gironne qui
ne paroît pas difficile , pourroit ramener
les efprits qui commencent
à eftre fatiguez du gouvernement
de l'Archiduc.
Rien ne peut mieux fuivre la
Relation que vous venez lire ,
que le Madrigal que vous allez
lirc .
MADRIGAL
Roze , reconnois tu celui qui te délivre
?
Tu le vis , quandfon pere ardent
te poursuivre
346 MERCURE
Soumit ton fier orgueil à l'éclat de
nos lys,
3
Aujourd'huy cet illuftrefils ,
Que par un beau fentier la valeur
Içait conduire ,
T'arrache aux Leopards venus pour
te détruire.
&
Sonjeune bras, armé d'un redoutable
fer,
Enexterminera le refte fur la terre :
Et fi l'Onde en vomit de nouveaux
pour la guerre ,
Zefils du plus Grand Roy les noira
dans la mer.
Mr le Comte Malfai Envoyé
de Savoye , délivra le 19. aux
Etats Generaux un Memoire ,
dont vous trouverez les
propres
GALANT
347
termes dans ceque vous allez
life ; il
contenoit qu'il y a longtemps
que le Duc fon Maistre eft
agonifant , fans que les remedes
aportez par les Alliez à fon mal
Payent en aucune maniere foulage ;
que bien loin de là il empire tous
les jours , & qu'il fe voit à la veille
de perdre fa capitale , (feul refte de
fes Fftats ) qu'ainfi S. A. R. veut
voir ce qu'on peut , & ce qu'on veut
faire pour la tirer de la facheufe fituation
où elle fe trouve , parce que
les fecours qu'on a offert au Prince
Eugene , ne fçauroient délivrer le
Ducfon Maistre de la perte entiere.
de les eftats , & que dans cette facheufe
fituation il luy faut des remedes
fpecifiques. Ou bien qu'ellefera
enfin obligé d'en prendre d'un Medecin
qu'il luy en offre
d'immanqua
348 MERCURE
ble pour le prompt recouvrement de
Sa fante : Mr le Comte de Malfai
partit le lendemain 20. pour
fe rendre en Angleterre , où il
devoit tenir le même langage.
Il n'y a point d'Alliez plus
preffans que Monfieur le Duc
de Savoye , & quand il ne feroit
pas dans la mauvaiſe fituation où
il fe trouve , ce Prince a tant
fait pour les Alliez , qu'il eft en
droit de fe plaindre , & de les
preffer vivement ; mais s'il examine
l'état où les Alliez fe trouvent
, il verra qu'il leur eft impoffible
de luy donner davantage
, que lefecours qu'ils luy promettent
, & que même ils feront
plus qu'ils ne peuvent , s'ils
luy tiennent parole . Trois Puiffances
feulement fourniffent aux
frais
GALANT 349
Frais de la Guerre que les Alliez
ont déclaré à la France & à l'Efpagne
. L'Empereur & l'Empire
doivent eftre regardez comme
l'une de ces trois Puiffances .
L'Angleterre eft la feconde , &
la Hollande la troifiéme , & s'il
fe trouve dans leurs Armées des
Troupes d'un grand nombre
d'autres Puiffances , ce font des
Troupes qu'ils ont acheté ,
fourniffant leuls aux frais de la
Guerre. Ainfi l'on ne doit pas
s'étonner , fi ayant un fi grand
fardeau à foutenir , & fi ayant
fait des dépenses immenfes , depuis
que cette Guerre eft commencée
, ils s'en trouvent accablez.
Il eft prefque impoffible
de s'imaginer , combien Monfieur
de Savoye leur
Février
1706.
Gg
coute
350 MERCURE
d'hommes & d'argent . On fait
que le gros Corps de Danois ,
qui paffa au fervice de ce Prince,
aprés qu'il eut quitté le bon par
ty , a peri entierement à ſon fervice
, & l'on ne peut s'empêcher
de demeurer d'accord ,
que
Mr le Comte de Staremberg paffa
il y a deux ans en Piémont ,
avec une Armée tres - nombreufe:
Cependant il ne reste pas aujourd'huy
2000 hommes de cette
Armée , qui a peri dans une infinicé
d'actions , & dont les maladies
ont emporté une partie ,
ceux qui font nez dans des pays
froids , ayant de la peine à vivre
dans des pays chauds , fur tout,
lors que
que leurs emplois les obligent
à effuyer tous les jours la
vivacité des rayons du Soleil .
GALANT
351
Si les Alliez ont perdu tant de
Troupes en Piémont , ils n'en
ont pas moins perdu dans tous
les endroits , où l'Armée commandée
par Mr le Prince Euge
ne s'est trouvée , puis qu'il eft
certain que ce Prince s'eft prefque
vu fans Troupes à la fin
de chaque campagne , ayant ,
malgré la valeur qui luy eft naturelle
, toujours efté battu , &
pouté fort avant , & fouvent
jufque dans les Montagnes .
J'aurois tort fije foutenois , que
les Efpagnols & les François
n'ont pas auffi perdu beaucoup
de monde ; mais en récompenfe
ils ont acquis beaucoup de gloire
, gagné des Batailles , conquis
un puiffant Etat , à la referve de
quelques Places , & fait jufqu'à
Gg ij
352 MERCUR
E
trente - deux mille prifonniers.
On peut juger par là de l'état où
Monfieur le Duc de Savoye eſt
reduit. Voyons files Alliez font
en pouvoir de luy donner d'aufli
grands fecours , qu'ils ont fait
jufqu'à prefent. L'Empereur est
un Prince honoré d'un grand
Titre ; il eft Chef de l'Empire,
mais il n'en a pas les revenus , &
quand il s'agit d'une Guerre ,
chaque Membre de l'Empire
fournit fon contingent , & commeces
Membres de l'Empire ont
efté épuiſez par les dernieres
Guerres , ainfi que par la Guer
re prefente , & qu'ils avoüent
qu'ils auront bien de la peine à
faire leurs Recruës cette année ,
pour mettre leurs Troupes fur
le pied qu'elles eftoient l'année
GALANT 353
precedente. Il paroift impofible
qu'ils puiffent donner aucun
fecours à Monfieur de Savoye ,
& l'Empereur , comme Empereur
, ne luy en peut donner aucun.
Heft vray qu'il poffede
quelque pays , fous le nom de
Pays Hereditaires , mais comme
tous fes Etats enfemble ne luy
rapportent que dix - neuf millions
, & qu'il en tire peu de
choſes aujourd'huy, parce qu'ils
font prefque tous foulevez contrelay
& que d'ailleurs il eft
obligé à de groffes dépenfes ,
pour réduire les Mécontens ,
qui le font trembler jufque dans
Vienne , dont il n'ofe fouvent
>fortir , & que d'ailleurs la dureté
de fes manieres , tant envers
les Sujets , qu'envers ceux
Ggüij
354 MERCURE
des Puiffances qui ne font pas
fous fa domination , l'obligent à
prendre de grandes mefurés
pour la fûreté de fa perfonne ,
ce qui eft caufe qu'il a retenu
dans Vienne trois Regimens
qui devoient marcher en Italie .
Ce Prince ne peut faire autre
chofe , que de recommander
Monfieur le Duc de Savoye , à
ceux qui tiennent aujourd'huy
la bourfe des Alliez , & qui font
prefque feuls les frais de la Guerre
, c'eft - à- dire aux Anglois ;
mais ils ont déja fait tenir tant
d'argent à Monfieur de Savoye ,
& ils font obligez à de fi groffes
dépenfes pour l'affaire de Catalogne
, qui leur couta environ
foixante millions l'année dernicre,
& qui ne leur coutera peurGALANT
355
eftre pas moins celle - cy , qu'il
eft impoffible qu'ils faffent pour
Mr le Duc de Savoye , de plus
grands efforts que ceux qu'ils
ont déja fait. Quant à la Hollande
, ileft manifefte , & les déliberations
des Etats, & les Nou
velles publiques en font foy,
qu'une partie des Provinces ne
peut plus contribuer aux frais de
la guerre , & qu'elle a propofé
de vendre les Domaines pour y
fubvenir ; ce qui fe feroit fait fi
ceux qui ont le maniment des
deniers qui en proviennent ne
l'avoient empêché. Ainfi Monfieur
de Savoye ne doit pas at
tendre beaucoup des Hollan-
'dois , qui ne peuvent envoyer
qu'un fecours tres - mediocre en
Catalogne , & dont les recrues
356 MERCURE
pour la campagne prochaine ne
font pas encore faites. Je veus
neanmoins que toutes ces Puiffances
faffent de nouveaux efforts
pour Monfieur de Savoyé .
Il eft conftant qu'ils ne fe
ront pas grands , & que s'ils les
font,ils s'affoibliront de ce côtécy
. Ainfi de quelque maniere
que les chofes tournent les deux
Couronnes en tireront toûjours
quelques avantages .
Je reviens au Memoire prefenté
aux Etats par Mr le Comte de
Malfy. Vous avez dù vous appercevoir
que c'eft une Enigme,
mais elle n'eft pas plus mal - aifée
à developer, qu'il eft facile de
s'imaginer pourquoy on a voulu
parler enigmatiquement .
Mr le Duc d'Albe ayant eu
GALANT 357
une audience particuliere da
Roy , le 16, du mois de Fevrier ,
demanda à Sa Majefté , de la
part du Roy d'Efpagne , Mr le
Duc de Barwik pour commander
les troupes qui doivent agir
contre le Portugal , & il parut
le lendemain que le fuccés de
l'audience de cet Ambaffadeur
avoit été auffi heureux que
prompt , puifque le Roy nomma
Mr le Duc de Barvik pour
aller commander fur les frontieres
d'Efpagne , qui regardent
le Portugal . Sa Majeſté declara
en même temps qu'elle donnoit
à ce Duc le Bâton de Maréchal
de France . Toute la Cour en témoigna
beaucoup de joye , & il
y a lieu de croire que toute celle
d'Espagne n'en fera pas moins
358 MERCURE
éclater , puifque la valeur, la fageffe,
l'activité , & l'intelligen
ce deMr le Duc de Barwik , dans
le métier de la guerre luy font
connues , & que les troupes de
Sa Majefté Catholique en ont
eu des preuves.
Le 23 du même mois , le même
Ambaffadeur eut encore audience
du Roy , à laquelle il fut
conduit par Mrle Baron de Breteüil
Introducteur des Ambaf
fadeurs , & il affura Sa Majeſté ,
que le Roy d'Eipagne avoit du
partir le 20 pour le mette à la
tête de l'une des armées qui font
à la pourfuite de fes fujets Re
belles , & qu'une partie de la
Maifon de ce Monarque avoit
déja pris les devants .
Les deux Liftes que je vous
1
GALANT
359
envoye , vous feront beaucoup
de plaifir.
VAISSEAUX ARMEZ ,
Et partis pour la Cofte
de Catalogne .
COMMANDANTS .
Le
Henry .
Mr de belle Fontaine.
Le St.
Efprit.
Mr le
Chevallier de Norry.
Le Bizarre.
Mr de
Cerquigny .
L'heureux .
Mr du Quefne Monier.
Le Vermandois .
Canons..
66
62
70
68
60 Mr Le Comte de Bethune,
360 MERCURE
L'Efceüil.
Mr de Pontac.
ร
Le Fleuron .
64.
Mr de Mons.
Le Diamant.
56
'Mr Lotié.
56
58
32
L'Entreprenant,
Mr Cafarro.
Le Mercure.
'Mr de Bauquoine .
LISTE DES VAISSEAUX,
Qui ont eftés armés enſuite , &
qui doivent prefentement
avoir joint les autres .
Le Parfait.
Monfieur l'Amiral.
Le Neptune,
Canons.
76
Mr le Maréchal de Coeuvre. 78
Le
GALANT 3610
C
Le Septre.
Mr le Marquis de Langeron. 90
L'Intrepide.
Mr le Comte de Sepville.
Le Vainqueur.
Mrde Vilars.
L'Eclatant.
80
86
Mr du Palais .
66.
Le Furieux .
Mr D'ailly . 60
Le Toulouze .
Mr Chabort.
Le Serieux .
Mr de Champigny.
60
Le Trident .
Mr de Chafteaumorant.
56
Le Content .
Mr de la Roche Halart. 60
Le Fondant .
Mr de Modene. 60
Fevrier 1706, Hh
362 MERCURE
Le Saint Louis .
Mr le Comte d'Hautefort.
Le Ruby.
60
T
Mr le Chevalier de Grancey, 54
L'Invincible
.
Mr de Boulinviller .
Le Sage .
64
154
Mr le Chevalier de la Roche-Ha.
lart.
Monfieur l'Amiral , étant parti
le 13 de Fevrier pour aller commander
cette Elotte , & non en
qualité de Generaliffime des
troupes de terre , ainfi que l'on
avoit publié , doit être prefentement
en Mer ; & je fuis perfuadé
qu'avant de fermer ma .
lettre , je vous apprendray le
départ de ce Prince , de Toulon ,r
& même quelque chofe de plus.
GALANT 363
A peine ai - je ceffé de vous
parler des exploits de Mr le
Duc de Noailles , que je me
trouve obligé de vous entretenir
des avantages remportez de
nouveau par ce vigilant General
Le Gouverneur de Giron-
-ne fçachant qu'il avoit mis quatre
bataillons dans Bafcara &
ces troupes l'inquiétant , parce
qu'elles étoient trop prés de fa
place, il refolut de les faire enlever,
& pour cet effet il fit af
fembler tous fes Miquelets , aufquels
il joignit quelques troupes
reglées . Mr le Duc de Noail .
les , ayant été averti des mouvement
que les ennemis faifoient ,
& jugeant bien que leur deffein
ne pouvoit être que fur Bafcara ,
ce General fit affembler, dans le
Hhij
364 MERCURE
peu de temps qu'il eut pour fe
preparer le plus de Miquelets
qu'il luy fut poffible . Cependant
la place ayant été inveffie
fut prefque auffitôt dégagée . Les
ennemis ne s'attendoient pas
que le fecours feroit fitôt preft,
ils furent attaquez ; & leur refiftance
ne dura pas longtemps ,
puifqu'ils furent prefque auftôt
mis en déroute. On leur tua
prés de fix cens hommes , & l'on
fit cent cinquante prifonniers ,
du nombre defquels eft leur
Commandant, il avoit plufieurs
coups à tirer, puis qu'outre une
carabine , dont il étoit armé ,
il avoit une ceinture de piltolets
. Le Gouverneur de Gironne
voulant appuyer les troupes
qu'il avoit devant Bafcara , &
GALANT 365
croyant que fa prefence , & un
gros renfort obligeroit bientôt
la place inveſtie à ſe rendre ,
sforinde Gironne avec une partie
de fa garnifon , & deux pieces
de canon ; mais ayant apa
pris la déroute des troupes qui
étoient devant Bafcara , il rentra
auffitôt dans fa place , ne jugeant
pas devoir rien rifquer
La frayeur des Fuyars luy ayant
fait croire qu'il auroit eu à com.
batre un plus gros corps de troupes.
On doit juger par cette action
que la diligence eft toûjours
neceffaire, puifque fi le fe
cours destiné pour Baſcara avoit
marché plus tard , & que le Gouverneur
de Gironne fût arrivé le
premier avec les troupes , l'affaire
feroit devenue fort douteufe ,
Hh iiij
366 MERCURE
& fort difficile , & les ennemis
ne fe feroient peut - être pas retireż
. On mande que fi Mr de
Noailles avoit pu avoir de la
Cavalerie , il n'en feroit resté
aucun ; mais il n'avoit que fes
Gardes .
Je ne vous entretiendray plus
des mouvemens de Baviere , ils
font cellez à la honte du vainqueur
, dont ils flétriront à jamais
la memoire , & il vaudroit
mieux pour la gloire , & pour le
repos de fa confcience , qu'ils
duraffent encore , que d'avoir
fint de la maniere dont ils ont
ceffez. On a égorgé en violant
des capitulations , & toutes les
loix de la guerre , des Garnifons
qui estoient forties ſous la
bonne foy des traitez , & on a
#GALANT 367
affommé dans des places des
Payfans qui s'y eftoient retirez
sfans armes , qui avoient refufé
sdebleso porter , qui n'avoient
abandonné leurs Villages , que
pour éviter la fureur des Soldats
qui avoient ordre de les enlever
de force , ou de les mafacrer
, & qui crioient mifericorde
à genoux , quoy qui n'euffent fait
aucune faute qui meritaft punition.
Cependant ils ont efté
affommez à coups de bâtons . On
a fait executer dans Munich ,
& dans quelques autres Villes
de l'Electorat de Baviere , des
perfonnes de diftinction , parce
qu'ils avoient de grands biens
qu'on vouloit s'aproprier ; de
maniere que l'on peut dire que
leurs biens a fait leur crime. J'a
.
368 MERCURE
lû ces mefmes paroles dans une
lettre qui venoit d'une Cour
affectionée à l'Empereur. Efin
on a pillésvollé po&senlevé
de force , des peuples qui n'etoient
point fous la domination,
-de ceux qui en ont ufé de cette
maniere , & qui ont cruelleament
, & injuftement fait répandre
leur fang. Il y a apparence
que le Ciel commence à
les punir, par l'inquietude qu'ils
Lont pour leurs perfonnes même,
qu'ils ne croyent pas en feureté,
cftant menacées par leurs propres
fujets qui ont fait afficher
des Billers , & les ont fait femer
jufque dans les appartemens de
leurs Palais , par lesquels on voit
sce qu'ils doivent apprehender.
Un Souverain eft bien malheu➡
GALANT 369
teux , lorfqu'il n'a pas les coeurs
de les Sujets pour Gardes , l
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit le Curredent , ceux
qui l'ont deviné font ,
*
Mrs Favercau , de l'Extraordi
enaire des Guerres : Barrot : Telleim
Cormio : Sivray - Defiltz :
-Jarlan , Sindic des Religieufes
de la Magdelaine de Touloufe ,
l'Avocat aux Gardes de l'Ifle
Noftre- Dame : Maillard , grand
Expeditionnaire de Nottes ?
Ganyat , Chevalier du Parnaffe :
Miles Dabillon de la ruë du Plâtre
: Goubert la Cadette : Fortin
: Feloix & Moizet : la petite
Manette de Chartres : l'agreable
Janneton & fon petit Poulot
la blonde Catin de chez Mr
de Bretaucourt : la Melancoli
370 MERCURE
que Teria - d'Orbais : l'Agrea
ble dans les Compagnies : l'Amant
fecret des deux Pilliers
d'or de la rue S. Jacques Ta
mirifte le foupirant malheureux
la famille des vigilans de
la rue Saint Severin : la jeune
Mufe renaiffante : l'amoureufe
du Claveffin : la bergere Climene
& fon berger Tircis : la grande
Soeur & la Picarde de la rue
des vieilles Etuves : la belle Fileufe
de la rue de Moufy : la
brillante Defenclos de la ruc
des Prouvaires : le Rofier Clerc
& la charmante Olive de la rue
Guilarde l'aimable aux cheveux
dorez & teint blanç
de la rue de Gefvres : la jolie
Fanatique la jeune & belle
Agnés.
:
GALANTI 371
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , elle eft d'un homme
qui n'a jamais fait de Vers , &
qui trouvant toutes les Enigmes
trop faciles , s'eft hafardé de rimer
pour faire une Enigme qu'il
croit beaucoup plus obfcure que
toutes celles qui ont paru juf
qu'à prefent. Vous en jugerez,
ENIGME
Tortu , vilain cornu >
quandje
furt lentement.
Dage innocent souvent je fais
amufement .
7 nefuis nypoiffon , chair , nyfruit,
mais fur table.
Z'on me fert quelques fois comme an
mets fouhaitables
S
372 MERCURE
Dans la belle faifon je porte mon
château.
Dont pendant les frimats j'avois
fait mon tombeau. ~ ) si A
Marchantfans pieds , grimpant ,
fans mains & fans échelle .
Pour à Pomone faire une guerie
cruelle.
S
Ie defole Bacchus , mais pour mon
châtiment .
Sous les ruines enfin de mon propre
édifice.
Je me vois accablé malencontreufes
4 ment.
Par hazard , ou caprice , ou ven
geance , où juftice.
La Chanfon que je vous
Envoye eft de faifon , puiſque
nous verrons bientoft paroître
le
GALANT 373
le Printemps. Elle eft de la compofition
de Mr Diereville .
AIR NOUVEAU.
Depuis que le Printemps rameine
aux champs Lizette ,
Pour faire paitre fes Agneaux,
Sesyeux me paroiffent fi beaux
Qu'ils caufens dans mon coeur une
flame fecrette
Elle fait tout mon entretien ";
A mes pauvres Moutons je deviens
Infidele ,
Ze quitte mon troupeau pour prendre
garde au fien
Et je ne fay d'où vient ce zele .
Ah ! qu'a lafin je pouvois bien
M'oublier moy même pour elle,
Vous fçavez que le Roy a pris
Fevrier 1706. Ii
374 MERCUR
E
,
le deuil en violet ; pour la mort
de la Reyne Douairiere d'Angleterre
veuve de Charles
fecond , decedée en Portugal dans
les Etats du Roy fon frere. Ce
feroit icy le lieu de vous parler
de cette Princefle ; mais il me
refte fi peu de place , & j'ay
un fi grand nombre d'articles
que je fuis obligé de les remettes
tous au mois prochain , ayant
refolu de ne vous parler que des
affaires de la guerre , dans le
refte de cette Lettre,
Quoique les troupes foient
partout en quartier d'hiver , &
qu'elles duffent être en repos ,
fur tout en Italie , où la campagne
eft à peine fermée , les
François ne laiffent pas d'être
zoûjours en action , d'harceler
GALANT 375
.
fans ceffe les ennemis , d'en tuer
beaucoup , de leur enlever des
gardes enticres , & de faire un
grand nombre de prifonniers .
De forte que fi on joignoit tous
ces avantages enfemble , on trou
veroit que la perte des ennemis
eft confiderable en Italie , depuis
que les troupes y font entrées
en quartier d'Hiver. Mais
comme il eft difficile de ramafe
fer un grand nombre de petites
actions , faites en differens endrois
, je vous diray ſeulement
ce que Mr de Cappy, qui commande
à Carpenedolé , Mr de
de Sauve Lieutenant Colonel
da Regiment de Soucarriere , &
Mr de Pauljack , qui commande
nos Houffards à Chivas , ont caufé
des pertes aux ennemis , foig
Ii ij
376 MERCURE
par la mort de ceux qu'ils ont
tuez ou par les prifonniers qu'ils
ont faits fur eux . Mr de Cappy
leur a tué dix - huit hommes prés
deMontechiaro , où il a fait cent
prifoniers, il leur a enfuite enlevé
une garde de douze chevaux,
& fait foixante prilonniers dans .
une autre occafion . Mr de Sauve
dont je viens de vous parler ,
ayant attaqué une garde prés
de Montechiaro , en a tué fix
hommes, & fait huit prifonniers,
On a auffi enlevé à Piacenza
plus de deux mille facs de blé ,
que les Allemans y avoient affemblez
, Mr de Pauliak a été à
Cete fur la route de Chivas à
Turin , qui étoit occupé par un
bataillon de Mr de Savoye. Iby
avoit auffi dans ce pofte un affez
"
GALANT 377
grand nombre de Païfans , qui
ont prefque tous été enlevez ,
ainfi que foixante Houffards ,
qui étoient dans le même lieu ,
& qui ont pris parti avec ceux
qui font commandez par Mr de
Pauliak . Les autres prifonniers
ont été conduits à Pavie . , Le
même détachement prit auſſi
deux cens bêtes à cornes , qui
ont été conduites à Chivas & à
Creffentin .
MrleMaréchal de Teffé contimuant
à remporter tous les jours
de grands avantages fur les Rebelles
, foit par luy, même , auffitoft
qu'il paroift , ou par les détachemens
qu'il fait, je dois continuer
auffi de vous parler de ce
Maréchal . A prés qu'il eut feparé
les troupes en deux Corps ,
Ii
iij
378 MERCURE
pour occuper les deux coſtez de
PEbro , il arriva le 14. à Calazeyte
, qui eſt à la droite de cette
Riviere , il y avoit dans cette
place quinze cens Sommerans,
qui parurent d'abord refolus à
fe bien défendre. Je ne fçay fi
vous fçavez que les Sommetans
font ceux qui habitent au lieux
les plus élevez des montagnes
,
& que le nom de Sommetans ,
viens de celuy de Sommet , la
partie la plus élevée des montagnes
étant appellée Sommet des
montagnes. Les Sommetans dont
je vient de vous parler , firent
d'abord grand feu fur les troupes
; mais dés qu'ils fe furent apperçus
qu'on preparoit toutes
chofes pour monter à l'affaut ,
ils fe retirerent dans les montagnes;
ce qui leur fût difficile d'eGALANT
379
xecuter fans avoir plus de cent
cinquante des leurs tuez , parmi
lefquels le trouverent leurs deux
Commandans. A peine avoientils
achevé de fe retirer que la
Ville fut pillée & brûlée .
Les Habitans de Val de Roblés
, intimidez par cet exemple,
fe rendirent enfuite fans aucune
refiftance, quoiqu'ils euffent fait
plufieurs bons retranchemens
dans un Fort qu'ils avoient mis
en état de faire une affez longue
défenfe. Horta fe rendit auffitoft
aprés , & on y trouva une
grande quantité de grains , &
Batea ayant auffi ouvert fes portes
, & Mr le Maréchal de Teffé
aprés avoir affuré tous les Habi
tans de ces lieux , & ceux de
quelqu'autres poftes qui les imi
380 MERCURE
terent, de la clemence de fa Ma
jefté Catholique, defcendit vers
Tortofe , & attaqua la Ville &
le Château appellez de Miravet,
qu'ils occupoient au bord de l'Ebre.
Il y avoit de l'artillerie , &
cent cinquante Païfans Arragonois
, tant dans ce Château que
dans la Ville . Ils étoient commandez
par un Notaire, fujet du
Roy d'Efpagne . Mr de Teffé fi
battre ces deux poftes avec le
canon & les mortiers , & fit dire
en même temps au Notaire qui
commandoit les Arragonois , que
s'il ne fe rendoit dans un temps
qu'il luy marqua , il le feroit pendre.
La place fe rendit le troifiéme
jour, & tout le Païs , jufqu'à
Tortofe , fe foumit à l'obeïffance
de fa Majefté Catholique,
GALANT 38r
Mais comme le Notaire avoit attendu
trop tard, Mr le Maréchal
de Teffé luy tint parole , & le
fit pendre avec cinq ou fix perfonnes
, dont il avoit compofé
an Confeil . Il fit pendre auffi le
Gouverneur du Château , qui ,
aprés avoir occupé long - temps
ce pofte , qui luy avoit été don .
né par Charles II. avoit pris le
parti de l'Archiduc .
+
9
Pendant que Mr le Maréchal
de Teffé faifoit toutes ces expe
ditions , les Troupes qui estoient
de l'autre cofté de l'Ebro , fous
les ordres de Mr le Chevalier
d'Asfeld , s'emparoit des Villes
de Grans , de Fons , & de Banavarri
, les habitans témoignerent
la joye qu'ils reffetoient de
fe voir délivrez du joug que les
382 MERCURE
Seditieux vouloient leur impo
fer , & des demandes qu'on leur
faifoit tous les jours . Le même
Chevalier d'Asfeld ayant fçu
que 3.Compagnies Angloifes , &
environ huit cens Payians are
mez , s'eftoient retranchez à
Sant Itevan de Litera , lieu fitué
entre Monçon & Lerida , ce
Chevalier les y alla attaquer
& aprés un combat fort opiniâ
tré , il s'en rendit maître . Tous
les Anglois furent taillez en piest
ces ; mais le Comm indant cutal
le bonheur de le fauver , quoy
qu'il fuſt fort bleffé , & les Pay · 4
fans qui reftoient gagnerent les
montagnes .
-Les Troupes qui agiffent pour
le Roy d Efpagne triomphent des
tous coftez , celles qui font.com !
GALANT 383
mandées dans le Royaume de
Valence par les Evêques de
Murcie & d'Origuella , ayant
attaqué Ontiniente , prés de
Valence , l'Evêque de Mura
cie fit battre la muraille avec
du Canon , & la bréche ayant
efté faite en peu de temps , la
Ville fut emportée d'affaut , &
aprés avoir efté exposée au pillage
pendant quelque temps ,
des Habitans fe rachetérent en
donnant fix mille piftoles , &
le Chef de la rebellion . Cet
Evêque fic diftribuer cinq mille
piftoles aux Troupes , & ayant
fait enfuite venir ceChef devant
luy,il luy fit connoître que meritant
la mort il auroit du le faire
executer ; & il luy dit qu'il l'enyoyoit
à Madrid , afin qu'il puſt
384 MERCURE
implorer la clemence du Roy.
Il le fit auffi toft partir avec une
efcorte de cinquante chevaux.
Mr Mahony , Colonel de Dragons
& Brigadier , a efté attaqué
dans Marivedro , par quatorze
efcadrons , du nombre
defquels eftoit le Regiment de
Nebot , & par trois bataillons
& cinq mille Miquelets , commandez
par Milord Peterbourough
, & quoy que fa Garnifon
ne fuft que de quatre cens Dragons
, & de quelques Gardes du
Corps , & que le pofte ne fuft pas
en eftat de deffenſe , il a neanmoins
obtenu la Capitulation
la plus honorable qui ait jamais
efté accordée, puifqu'il eſt ſorti
avec toute la Garniſon , & deux
cens hommes qui avoient eſté
faits
GALANT 285
faits prifonniers à Villareal . Mr
le Comte de las - Torres , ayant
appris cette action , l'a trouva
fi belle qu'il luy ordonna d'en
aller lay- même rendre compte.
au Roy d'Espagne à Madrid.
S'il eft vray, comme le public
fe le perfuade , que les Vainqueurs
groffiffent toûjours leurs
avantages dans les Relations des
-Batailles qu'ils ont gagnées , &
que les vaincus s'efforcent
toûjours d'en diminuer la perte,
vous devez croire , en lifant la
Lettre que je vous envove , que
la perte des Saxons a été encore
plus grande , dans la Bataille
dont il s'agit , qu'il n'eft marqué
dans cette Lettre , puifqu '
elle a été écrite par un Officier
Saxon cependant il ne paroît
Fevrier 1706 . Kk
F
386 MERCURE
pas qu'il déguife la perte de fon
parti, puifque felon fa Lettré, if
feroit difficile que l'on puft ga
gner une Bataille plus complet
te que celle qui vient d'êtregagnée
par les Suedois .
Nous eufmes hier fur les dix heu
res avec les Suedois , une Bataille
plus funefte qu'aucune de celles qui
fe foit données dans toute la guerre.
Notre Infanterie eft entièrement
ruinée, & il faut plus de vingt ans
pour la rétablir. Nos Generaux ne
croyoient les ennemis fort que de buit
à dix mille hommes , mais nous apprifmes
parun Paffager qu'ils étoient
pour le moins dix- huit à vingt mille
hommes, Les noftres étans fatiguez
de leur marche, & da grand froid, il
eneft resté dix mille fur le Champ de
GALANT 387
•
bataille. Je plaint fur tout mon General,
qui tomba de fon cheval prés
de moy; mais comme nos gens , & les
Mofcovitesfurent pouffez par laCavalerie
Suedoife, je ne pas lefecourir.
Je m'étois un peu refait cette année
dans les troupes , mais me voilà ren
verfe tout d'un coup . Tous nos meilleurs
Officiers , tant Generaux que
Colonels , font peris generalement .
Les Movviski, Mofionit , Froghen ,
Lac- Bofc, &autres braves Officiers,
font regrettez beaucoup , à cause de
leur merite. Depuis que je fais la
guerre je ne me fouviens pas d'avoir
vi un feu fi violent . La Victoire fe
declara pour les Suedois , au bout d'une
heure : mais le feu de la monfqueterie
dura davantage . Notre Infanterie
s'étant formée en quarré, & ayant
foutenu encore quelque temps le com
Kk įj
388 MERCURE
bat. On ne sçauroit attribuer nôtr
perte à perfonne. La plus grande
faute femble venir de notre fierté, &
du peu de cas que nous faifions de
l'ennemi. L'ordre fut donné à l'entrée
de l'action, d'aller lentement du
côté où l'ennemi avoitgagné le vent,
les hauteurs, & un bois qui luy couvroit
le dos ; & notre terroir étant
trop ferre , il a eu plus de facilite
d'emporter ce grand avantage,
Je ne vous envoye pas cette
Lettre comme une Relation de
la Bataille que les Suedois viennent
de gagner ; mais comme un
aveu fait par les Saxons même,
de ce que cette Bataille leur
coufte , & de la grande perte
qu'ils viennent de faire . Si il
tombe entre mes mains quelGALANT
389
ques - unes de ces Relations , qui
font trop étendues pour être
inferées dans des feuilles vo
lantes , je ne manqueray pas de
vous l'envoyer.
Je viens de voir encore une
Lettre d'un autre Officier Saxon
, qui affure que la Victoi
re remportée par les Suedois eft
encore plus grande que ne porte
la premiere Lettre , puifque
cet Officier avoue qu'il eft demeuré
dix mille Saxons fur la.
place ; que tous les Officiers Generaux
de leur Armée ont efté
tuez dans ce combat , avec une
infinité d'autres Officiers , &
que les Saxons ont perdu tout
leurs Bagages , & toute leur Arsillerie
.
Je vous envoye une Lettre
Kk ij
390 MERCURE
d'Efpagne , qui vous paroîtra
affez nouvelle .
A Madrid le 17. Fevrier 1706 .
Le Roy doit partir le 20. Il n'eft
pas encore decidé s'il ira en Arragon ,
ou à Valence cela dépend de ce que
Mr le Maréchal de Teffé , qui déterminera
s'il convient mieux d'alieger
Lerida que Valence , & Sa Ma
jefté n'attend que le retour d'un Courier
pour prendre fa route. Milord
Peterborough efentré dans Valence
avec trois Bataillons Anglois , &
Efpagnols, & huit cens chevaux.
Sa Cavalerie & fes Dragons font
en mauvaiseftat. On doit faire entrer
par Sala dix des Bataillons
François qui viennent en Rouillon.
#Le nommé Campredon , qui eft dans
GALANT 391
Tortofe , ayant fait dire à Mr le
Maréchal de Telle qu'il feroitfaché
d'avoir des procedez avec les Prifonniers
qu'il feroit , parce qu'il avoit
appris qu'on avoit pendu le Gouver
neur de Miravet , avec quatre autres.
Il a eu pourréponſe , qu'ilprift
garde de n'eftre pas pris , parce que
fi cela arrivoit , il feroit pendu fur
le champ , comme traitre & comme
voleur.
Lorfque je vous ay parlé des
feconds avantages remportez
par Mr le Duc de Noailles , depuis
l'ouverture de fa Campagne
; je n'avois pas encore la Relation
que je vous envoye , qui
eft remplie de plus de faits , &
de plus de circonſtances : cependant
vous avez dû trouveg
392 MERCURE
dans ce premier article beaucoup
de chofes qui marquent
Fextrême vigilance de ce General
, & l'attention qu'il a à tout
ce qui peut contribuer à la gloire
des armes du Roy.
A Figuieres le 16. Fevrier 1706 .
Depuis le 11 ..de ce mois que
nous avons chaffé les Ennemis du
pofte de Bafcara , nous avons efté
fort tranquilles jufqu'à la nuit
d'avanthier à bier au matin ,
-qu'on vint avertir Mr le Duc de
Noailles , que le Gouverneur de
Gironne avoit fait affembler tous
Les Payfans du Pays depuis quatre
lieues au deçà de Barcelonne
GALANT 393
de
jufqu'icy ,fepropofant de venir en
lever le pofte de Baſcara , & celuy
de Navatte. Quelques troupes
Grenadiers eurent ordre de fe tenir
prêtes à marcher, & l'on envoya
avertir dans tous les quartiers
qu'on fe tinftfous les armes. Hier
matin fur la nouvelle que les Ennemis
avoient invefti Baſcara , &
que même il y avoit prés de quatre
mille hommes qui avoient paffé la
riviere , on y marcha avec un
gros détachement de cette Garnifon
, le Regiment de Languedoc ,
les Dragons , & la Cavalerie de
la Province , & les deux Bataillons
de Blaifois & de Fournon ,
394 MERCURE
C
C
a
qui eftoient dans Bourceffa , à une
lieuë de Bafcara , on pofta ce détachement
dans un endroit avantageux
, aprés avoir envoyé dans
tous les quartiers ordre de joindre
promptement. Dés que les Troupes
furent arrivées fur une hauteur où
-elles furent mifes en Bataille , il
fut facile de reconnoiftre par Ea
manoeuvre de ces gens - là , qu'ils
vouloient occuper des maisons , &
des bois entre-coupez , où il eut efte
-difficile de les joindre : C'est pourquoy
on ne balança point à les
charger fur le champ ; ce qui fe fit
fi heureusement , qu'ils furent tous
culbutez, & nous les poursuivi
GALANT 395
cara . Dés
nes à plus de deux lieues de Baf
que le Gouverneur de
Gironne qui marchoit avec quatre
ou cinq cens hommes de fa Garnifon
, co deux pieces de canon , &
qui eftoit encore à plus de deux
lieues de Bafcara , vit arriver les
fuyards , il s'en retourna . On n'a
pu prendre qu'un feul Hollandois .
On a tué quatre à cinq cen's hommes
, & fait cent prifonniers , parmy
lefquels eft un Chanoine d'un
lieu nommé Vilberton , qui eft un
de nos quartiers . Ce Chanoine
marchoitordinairement à la tefte de
cette canaille , avec quatre piftolets
à la ceinture , & une carabine. Il
" a 1
396 MERCURE
eftoit un des plusfeditieux & des
plus mutins de ce Pays- cy. Dans
le même temps que leurs Troupes
faifoient attaquer Navatte , d'où
ils ont efté repouffez avec perte
d'environ cent hommes , nous n'avions
point de Cavalerie de ce
cofté- là. Ils fe font retirez fans
qu'on ait pu les pourſuivre. Plufieurs
Confuls des lieux au de- là
du Ter , font venus aujourd'huy
prêter obeffance. Ils disent tous
la terreur eft grande , &, ce
que l'on a peine à croire , eftqu'ils
ont affuré qu'il y avoit hier plus
de douze mille hommes autour de
Bafcara , & fix mille à Navatte,
que
PluGALANT
397
Plufieurs de ces gens - là font
venus aujourd'huy demander fi
l'on vouloit accorder le pardon
tous les peuples de par delà Giron
ne,en affurant qu'ils neprendroient
plus les armes.
Les Charges d'Avocats Generaux
, étans tres - conſiderables
non feulement par elles - mê nes ;
mais à caufe des differens talens
que doivent avoir ceux qui les
poffedent ; je vous parle ordinairement
de ceux qui font reçus
dans ces fortes de Charges!
ils doivent non feulement fçavoir
à fond les Loix , comme tous
les autres Magiftrats , mais ils
doivent auffi avoir le talent dè
Fevrier 1706. LI
398 MERCURE
la parole , beaucoup d'éloquence,
& beaucoup d'érudition . Le
fils de Mr Goujon Confeilier du
Roy en fes Confeils , Secretaire
du Confeil d'Etat des Finances,
fut reçu au commencement du
mois de Fevrier à laCharge d'.4 .
vocat General aux Requeſtes de
l'Hôtel , qu'exerçoit ci - devant
Mr de l'Etoile de Graville , fils
de Mr de Graville , Prefident à
la Cour des Aydes. Il fut reçu
avec beaucoup d'applaudiffemens
par les quatres Quartiers
affemblez , par Mr Turgot de ,
Saint Clair , qui prefida à la
place de Mr de la Cour des Bois,
qui ne pût s'y trouver. Le Difcours
que Mr Goujon fit à la
Compagnie, fut trouvé fort éloquent
. Il répondit ſur la Loy,
GALANT 399
1
fur la Coûtume , & fur les Ordonnnances
, d'une maniere dont
toute l'Affemblée, qui luy donna
beaucoup de loüanges , fut tresfatisfaite
. Les quatre Secretaires
du Confeil fe trouverent à cette
Reception , ainsi que plufieurs
perfonnes de diftinction .
Le Pere Hugo a pris congé du
Public dans leJournal de Soleure
du mois de Décembre dernier.Il
dit , que n'ayant entrepris fan Iour
nal que pour irriter l'amour des bela
les Lettres, il l'abandonne pour cal
mer la colere des Ecrivains , GENUS
IRRITABILE VATUM , & que
puifqu'il n'a pas encore appris à dif
fimuler; il va fe condamner à fe tairez
il dit que fon filence le rendra tout
entier à des occupations plus ferieufes
L1 ij
400 MERCURE
& qu'il rendra peut-eſtre le calme à
fa retraite . Je fuis , Madame y
voftre , & c.
A Paris ce 2. Mars 1706.
APOSTILLE..
Comme j'apprens , en fermant
ma Lettre , les nouvelles fuivantes
, je ne puis encore vous
affurer felles font veritables.
Toutes les Troupes de France
qui doivent ſervir en Catalogne
, ont dû joindre Mr le Duc
de Noailles , le premier de ce
mois , & Mr de Lapara eft parti
en mefme temps de Paris pour fe
rendre en Catalogne. Le Siege
de Barcelonne ayant efté reſolu
fuivant l'ancien projet. On alGALANT
401
fure qu'avant le 20. de Fevrier
il y avoit dix - neuf de nos Vaif
feaux devant Barcelone .
Je viens de voir une Lettre qui
porte que Milord Donnegal ,
Gouverneur de Gironne › en
s'en retournant après avoir appris
l'arrivée de Mr le Duc de
Noailles devant Baſcara , ayant
refolu de ne pas avancer , effuya
en s'en retournant , des injures
& des maledictions de tous
les Payfans qu'il rencontra fur
fa route ; ce qui a produit un fi
mauvais effet qu'il s'en fallus
peu qu'on ne luy fermaft les por
res de Gironne.
Pendant que ce Milord s'eft
acquis l'indignation & la haine
des peuples , Mr le Duc de
Noailles en a merité l'admira-
Lij
402 MERCURE
tion & l'amour , en renvoyant
chez eux 85. prifonniers qu'ilfit
en revenant de fon expedition ,
& qu'il trouva cachez dans des
broffailles. Toutes ces chofes
font juger que fi toft que l'Armée
entiere fera en marche , &
que Barcelone ſera inveſti , tous
les Catalans rentreront fous l'obéiffance
de leur legitime Souverain
, & particulierement ceux
qui n'ont reconnu l'Archiduc ,
que parce qu'ils y ont efté forcez
, dont le nombre eft tresgrand
. Rien ne manquera pour
fe Siege de Barcelone ; car outré
les bombes qui devoient venir
avec leConvoy de Toulon , il y a
une Forge auprés de Pampelune
où l'on travaille nuit & jour &
qui en doit fournir un grand
GALANT
4.03
nombre .Je viens de voird'autres
Lettres qui portent que l'on ne
voit aux environs de tous les
lieux où marchent les Troupes
de France , que des Drapeaux
blancs à tous les Clochers ; ce
qui fait connoiftre que les Habitans
de tous les Villages our
l'on voit ces Drapeaux , font rentrez
fous l'obéïffance du Roy
d'Espagne ,
A VI S.
On avancera la diftribution
du premier Mercure , à caufe
des Feftes, & de la Sainteté du
temps ; & on le donnera le Mer
credy de la Semaine Sainte,
TABLE .
P
>
Relude dans lequel on voit la
fituation où le Roy fe trouve aujourd'huy
Lifte des Miniftres. & Gentilshommes
Catalans , dont le Roy
a recompenfe , par des Penfions
& de bons emplois , la fidelité ,
l'amour , & le zele à fon fervice,
dans les troubles prefens de Catalogne.
19
Abbaye de S. Bertin donnée par le
Roy.
Belle Queflion jugée au Parlement
de Toulouse.
Sonnet.
Epitaphe.
30
33
36
38
Seconde Lettre du Pere Cracoüille,
remplie de beaucoup d'érudition.40
Premier Article des Moris . 54
Journal de ce qui s'eftpafféen CanaTABLE.
-4
da pendant la derniere annie 75
Second Article de Morts.
129
156
Mariage.
Articles étrangers , & Dons faitpar
le Roy
d'Espagne.
164
Etat des gratifications faites aux
Troupes de la Maison du Roy. 183
Troifiéme Article des Morts , dans
lequel fe trouve la mort de Mrle
Cardinal de Coiflin , la nomination
de Mrle Cardinal de fanfon
à la Charge de grand Aumônier
&plufieurs faits remplis d'érudi-
*tion touchant cette Charge. 193
Quelques fautes reparées , avec un
Prelude qui regarde cet Article.
237
Charge donnée dans la Gendarme-
253
tie.
Second Article des Mariages . 255
Deux Thefes foutenues , dont la fe
TABLE.
conde est dédiée à Monfieurle Đue
du Maine, 257
265
Divertiffement de Clagny.
Divertiffemens de Marly , pendant
les quatre derniers jours du Car-
271 naval.
Divertiffemens de Seaux , pendant
les trois derniers jours du Carnaval.
2.74
Divertiffemens de Paris pendant le
Carnaval. 288
Arrivée de Monfieur de Vendofme ,
reception faite à ce Prince à la
Cour, & àla Ville.
Affaires de Catalogne
289
» & des
Royaumes d'Arragon & de Valence
; cet Article eft rempli de
beaucoup de Lettres curieuſes. 296
Madrigal. 345
Affaires de Savoye : 346
Audiences données par le Roy à Mr
TABLE.
le Duc d'Albe.
356
Armée Navale commandée par
Mrle Comte de Toulouſe.
Suite des mouvemens de Baviere,
358
369
Article des Enigmes. 362
Deüil pris par le Roy. 373
Suite des Affaires d'Italie. 374
Suite des avantages remportezpar
Mrle Maréchal de Teffe . 377
Lettre touchant la Victoire remportée
par les Suedois fur les Saxons .
Lettre de Madrià ,
385
389
Second Article des derniers avantis.
ges remportez par Mr le Duc de
de Noailles.
391
Reception de Mr Goujon à la Charge
d'Avocat General aux Requeftes
de l'Hostel , 397 .
Article tiré dufournal de Soleure ,
399
TABLE.
pofile contenant plufieurs Nox-
> velles
Avis
important ,
400
403
Avis pourplacer les Figures.
L'Air qui commence par
Paix! charmante Paix , doit
regarder la page 128 .
L'Air qui commence par , Depuis
que le Printemps raméne
aux Champs Lifette , doit regarder
la page 373 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères