→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fichier
Nom du fichier
1706, 01
Taille
16.90 Mo
Format
Nombre de pages
439
Source
Année de téléchargement
Texte
Zugua
BIBLIOTHÈQUE
" Las is
SJ
50 = СНANTILLY



MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER , 1706.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle da
Palais , au Mercure galant
Com
Omme il eft impoffible dans la con
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix , Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau le vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC VI .
Avec Privilege du Roy`
AU LECTEUR .
ILy a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres reiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en en-
2
voyent d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encorequ'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
A
tous les bonsOuvrages à leur
tour., pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERGVRE
I
GALANT
JANVIER. 1706.
AMAIS Souverain n'a
efté penetré d'un zele
plus ardent & plus faint
que celuy qu'a fait voir le Roy ,
pour la gloire , l'accroiffement,
& le maintien , de la veritable
A iij
6 MERCURE
Religion . Ce Monarque a bien
connu l'immenfité des foins
qu'il feroit obligé de fe donner
toute la vie, en fuprimant l'Edit
de Nantes , il a provû le
gouffre de travaux où il alloit
fe jetter , ce qu'il en coûteroit
à fon repos
, & les pertes aufquelles
il alloit s'expofer ; mais
rien n'a cfté capable d'ébranler
feulement une fi ferme & fi
fainte refolution . Ce Prince a
voulu agir & fouffrir feul pendant
le refte de fon Regne,pour
faire goûter à tous les Rois
qu'il luy fuccederont un jour ,
le bonheur & la tranquillité
,
>
GALANT 7
bles ,
dont jouiffent les Etats qui ne
font point agitez par des troucaufez
par la difference
des Religions ; ce qui donne
fouvent occafion à des fujers
ambitieux de prendre les armes
& de fe mettre à la tefte des partis
formez par les differentes
fectes , afin de couvrir leurs revoltes
& leur ambition , fous
un voile fpecieux de religion, &
de fe faire donner
des charges , & des emplois
qu'une conduite reglée & un
veritable merite ne leur feroit
jamais obtenir. Il yà plus encore,
& les Ennemis d'unEtat où
par la force,
A iiij
8
MERCURE
les jaloux de la gloire de fon
Souverain, qui ne font pas affez
puiffans pour luy faire la guerre,
trouvent fouvent moyen de
metre dans leur parti , ceux
qui ne profeffent pas la Religion
du Souverain , & excitent
par là des revoltes , juſque dans
le coeur de fes Etats : ce qui feroit
fans doute arrivé pendant
les dernieres guerres & dans
celle qui agite aujourd'huy la
France en plufieurs de fes Provinces
, fil'uniformité des Religions
n'y regnoit pas . On ena
vû depuis peu un exemple ,
dans les Cevenes, où les revoltez
GALANT 9
eftoient animez & payez , par la
plus grande partie des Souve
rains qui font aujourd'huy liguez
contre le Roy, mais cette
revolte fe trouve amortie , tant
par la prudence & la fageffe de
S. M. que par la diminution
des forces de ces Revoltez
qui ont prefque tous pery
pendant le cours de leur revolte.
Ainfi la France fe peut dire
prefentement en repos de ce
cofté-là , & jamais les ennemis
de fa Religion ne luy pourront
faire de mal, tant que fon coeur
( j'entens le milieu de la France )
ne fera point infecté des er10
MERCURE
la
reurs , dont le Roy a purgé tous
fes Etats . La derniere guerre
en fait foy , & elle n'avoit cfté
entrepriſe par le Prince d'Orange
, que dans la penſée que
religionferoitrevolter une partie
de la France ; mais il a vû le
contraire , & que les converfions
qui s'y font faites depuis la
revocation de l'Edit de Nantes
, font plus finceres qu'il ne
fe l'eftoit imaginé. Ainfi j'ay
cûraifon de dire que les fucceffeurs
du Roy joüront du repos
que ce Monarque a procuré à
ſes ſujets pour tous les ficcles à
venir, en faifant regner pour la
GALANT II
gloire de Dieu , pour l'intereft
de fon Eglife , & pour le bien
de fes Etats , la feule & veritable
Religion enFrance . Ce Monarque
a bien voulu acheter
par tout ce que l'on fcait
que
luy a coûté cette grande affaire
, & par les foins qu'il fe donne
encore tous les jours , pour
l'affermiffement d'une chofe
à laquelle le Ciel a permis qu'il
ait fi heureufement reüffi . Ce
Prince ne s'attache pas à faire
fleurir la Religion Catholique.
feulement dans fes Etats à
caufe de la tranquillité que l'u
niformité de religion y pro
,
12 MERCURE
duit , il n'oublie rien de tout
ce qui peut fervir à maintenir
la Religion Catholique
dans les Pays les plus reculez ,
& l'on fçait ce qu'il a fait à
Siam pour cet effet , & de quelle
maniere il s'emploie , pour
tous les Miffionaires qui travaillent
à planter la Foy dans la
pluſpart des Pays où Dieu eft
inconnu. Ses Ambaffadeurs
auprés du grand Seigneur , ont
Boujours été chargez d'emploïer
tous leurs foins pour que lesCatholiques
ne foient point inquietez
dans les vaftes Etats du
Sultan; & fes Ambaffadeurs ont
GALANT
13
toûjours fi bien réüffi , que le
Paperemercie M' de Feriol prefentement
Ambaffadeur de
France à
Conftantinople , de
tout ce qu'il fait en faveur de la
Religion
Catholique.
Je vous envoye ce Bref,dont
il eft parlé dans des Extraits de
Lettre de
Conftantinople , affcz
curieux , & que vous devez
lire
auparavant
.
EXTRAIT
D'une Lettre de
Conftantinople
du 14.
Novembre 1705 .
Je vous enjoye ,
Monfieur ,
14 MERCURE
une copie du dernier Brefque Mr
Ambaffadeur
a reçû du Pape,
avec la traduction
qui en a esté
faite.
Voicy l'epitaphe
du Prince Tekely
, vous verrez
qu'il n'avoit
que 47. ans quand il eſt mort.
Le Sophy de Perfe envoye
une
fameufe
Ambaffade
au Grand
Seigneur
L'Ambaffadeur
a fept
cens chevaux
à fa fuite. Le
Grand Seigneur
a envoyéfes Officiers
pour
le recevoir.

La pefte fait de grands ravages
dans la Capitale de cette
Empire , il y a déja des quartiers
abfolument deferts , les habitans
GALANT 15
s'eftant retirez à la Campagne ,
c'eft proprement une maladie populaire
, l'air n'eftant pas infecté.
Voicy le Bref dont je viens
de vous parler.
A noftre cher Fils ,
LE MARQUIS DE FERIOL ,
Ambaffadeur du Roy tres -
Chreftien , à Conftantinople.
CLEMENT XI. PAPE.
Noftre cher fils , Salut : c'est
pour nous un grand fujet de joye
de nous trouverfi fouvent dans
16 MERCURE
l'obligation de vous feliciter fur
le zele ardent , avec lequel vous
foutenez les interefts de la Religion
Catholique dans un pays infidele.
La tendreffe paternelle
que nous confervons pour les Fideles
, quiyfont exposez de toutes
parts , mefme aux dangers de leurs
ames , nous donne autant d'inquietude
pour leur falut , que
nous reffentons de douleur de nous
voir ordinairement privé des
moyensdepouvoir leurprocurer des
fecours tels que leur eftat le demanderoit.
C'est ce qui nous doit
erfuader , qu'on ne peut cftre
plus fenfiblement touché que nous
GALANY 17
le fommes,des foins , de la vigueur
de l'habileté avec laquelle
vous fçavez garentir les Catholiques
de cet Empire , de tant de
pieges , de tant d'avanies
aufquelles ilsfont continuellement
expofez , nous ne pouvons cepen
dant nous difpenfer , par l'intereſt
particulier que nous devons prendre
en cette caufe,d'exciter de plus en
plus les mouvemens vifs
mez de ce zele , & de vous exhorter
à
continuer à ces pavures
fideles la mefme protection &
les mefmes fecours que vous leur
avez fi genereufement accordé
jufqu'a prefent ; ce fera pour vous
Janvier 1706. B
ani
18 MERCURE
une occafion d'acquerir de nouveaux
merites auprés de Dieu
& d'ajouter de plus grandes obligations
à celles dont nous fommes
déja chargez envers vous. Nous
vous affurons de noftre part du
defir fincere & de l'inclination
que nous avons de vous donner
des marques réelles de noftre affection
, lorsque les moyens s'en prefenteront.
Cependant , noftre cher
Fils, nous vous accordons de toute
l'étendue de noftre coeur , noftre
Benediction Apoftolique. Donné
à Rome le premier Aouſt 1705.
J'ajoute icy l'Epitaphe dont
GALANT 19
il eft parlé dans les Extraits de
Lettre , par où j'ay commencé
l'article de Conftantinople
.
Hic requiefcit ab Heroicis laboribus
Celfillimus Dominus
EMERICUS THOKOLY
DE KESMARK ,
Hungariæ & Transilvania
Princeps.
Vir à rebus pro afferenda patria
libertate fortiter geftis.
Tota Europa celebris
Pof varios fortuna cafus tandem
extogris
Inter ipfam renafcentis Hungarica
libertatis fpem.
Exiliifimal&vitæ finem fecit.
A ij
20 MERCURE
In Afia ad Nicomedienfem Bithynia
finum.
In fuoflorum Campo .
Obiit anno falutis 1705. ætat . 47.
13. Septembris.
Les articles fvivans regardent
la mort de pluſieurs perfonnes
decedées depuis quelques
mois. Ces articles ne
purent trouver place dans ma
lettre du mois dernier.
Mr François Gillot , Con
feiller honoraire au Parlement
de Paris , eft mort aprés avoir
exercépendant plufieurs années
la Magiftrature avec beaucoup
d'honneur & de probité. Ila
GALANT 21
en durant fon adminiftra
le rapport
de plufieurs
affaires
importantes
, où il a donné des
marques
de fon habileté
& de
fon exactitude
. M ' Gillot
s'étoit
ataché
toute
fa vie à la
Jurifprudence
, & il avoit fait
de grands
progrés
dans cette
étude
. La famille
de ce Magiftrat
a produit
plufieurs
hommes
de lettres , & a donné
de
grands
perfonnages
au Bareau
.
Il femble
mefme
que l'amour
des fciences
ait été hereditaire
à
tous ceux qui ont porté ce nom.
Il en eft peu , en effet , qui ne fe
foient
diftinguez
dans la cul22
MERCURE
ture des belles lettres. Le pere
& l'ayeul de celuy qui vient de
mourir fe font autant diftinguez
dans le monde par la profeffion
qu'ils en ont faite , que
par leurs propres vertus &
leur eftat .

Dame de Hodic , veuve de
M François Dargouges Confeiller
d'Etat ordinaire & au
Confeil Royal des Finances ,
& cy- devant premier Prefident
du Parlement de Rennes . Elle
laiffe de Feu M Dargouges
deux fils , dont l'aîné eft Maiſtre
des Requeſtes & a eſté cy devant
Intendant en Bourgogne , & le
GALANT
23
e
fecond eft Evêque de Vannes
en Bretagne. M Dargouges
qui vient de mourir eftoit fille,
de Feu MN... de Hodic
Prefident de la 5º . Chambre
des Enqueftes, & de Dame N...
de Phelipeaux, Tante de M' le
Chancelier , & par confequent
Coufin Germain de M° Dargouges.
Feu M' le Prefident
de Hodic,pere de cette Dame,
aprés s'eftre deffait de faCharge
de Prefident & avoir acquis la
veterance , fe retira à la grande
Chambre.Ainfi font ordinairement
les Prefidens des Chambres
, lors qu'ils font Veterans
24 MERCURE
mais en même temps il pria
M' le premier Preſident de ne
point luy donner d'affaires ;
ce Magiftrat mourut quelque
temps aprés en opinion de
Sainteté. Feu M' Jau ,Auditeur
des Comptes, avoit époufé Mlle
de Hodic, coufine de celle qui
vient de mourir.
M' de la Motte ; Capitaine
d'Infanterie , a été tué au Siege
de Nice , le jour de l'ouverture
de la tranchée. Cet Officier
étoit de la Province de Champagne
; il s'eftoit diftingué en
plufieurs occafions & il avoit
donné de frequentes marques
de
GALANT 25
de fon courage & de ſa valeur¸
& il s'eftoit fignalé dans l'action
où il a efté tué ; & il avoit
l'honneur d'eftre fort connu de
M' le Duc de Berwick , qui l'a
fort regretté , & qui a parlé de
luy dans les termes du monde
les plus avantageux. M ' de la
Motte avoit porté les armes
dés fa plus grande jeuneffe , &depuis
qu'il eftoit dans le fervice ,
il n'avoit jamais manqué une
Campagne . Huit Soldats de fa
Compagnie ontété ruez autour
de luy dans la même action . M
de la Motte avoit efté bleffé à la
Bataille de Luzzarra.
Fanvier 1706.
C
26 MERCURE
M Jean-Armand Charpen
tier , Confeiller du Roy , &
Maiſtre ordinaire en fa Chambre
des Comptes , eft mort
dans un âge peu avancé ; il a
laiffé des enfans de Dame N...
Antiffier , fon épouſe , qui a
beaucoup d'agrémens . Feu M*
Charpentier eftoit fort confideré
dans la Chambre des
Comptes & M le premier Prefident
Nicolaï en faifoit beaucoup
de cas. Ce Magiftrat eftoit
allié à plufieurs bonnes Maifons
de Paris : fçavoir , à celles
de le Jau , Maranville , &c.
Cette famille a donné plufieurs
GALANT 27
Officiers d'un grand merite aux
Cours Superieures de Paris , &
fur tout en la Chambre des
Comptes.
MJacques le Gendre, Chanoine
Honoraire de l'Eglife
Cathedrale de Nôtre - Dame
de Paris , Licentié en Theologie
de la Maifon de Navarre ,
eft mort âgé de 82. ans . I
avoit refigné fon Canonicat
il y a déja quelque temps
à M'l'Abbé Nolet , qui le poffede
aujourd'huy. M' l'Abbé
le Gendre eftoit frere de M' la
Gendre , ci - devant Maiſtre des
Requeſtes & Secretaire du Ca-
Cij
28 MERCURE
rs
binet , pere de M' le Gendre
Intendant à Montauban , qui a
époufé Mlle Pajot , & de M
l'Abbé le Gendre , Docteur de
Sorbonne . La Famille de M ,
le Gendre eft ancienne à Paris .
Elle a donné divers Officiers
au Parlement de Paris ; & elle
a produit des perfonnes d'un
merite diftingué. Mª l'Abbé le
Gendre , qui vient de mourir ,
eftoit fort confideré dans le
Chapitre de Nôtre- Dame . Ses
vertus & fon merite particulier
luy avoit attiré une eſtime
generale. Il eft mort dans de
grands fentimens de pieté,
GALANT 29

"
Ainfi il a foutenu en mourant
le caractere dans lequel il a
toûjours veçû . Il s'eftoit fort
attaché aux Sciences , & fur
tout à celle de fon état. Il
eftoit bon Theologien , & excellent
Canonifte. Il avoit même
donné à cette derniere étude
un temps confiderable , &
une tres - fericufe application .
M l'Abbé le Gendre menoit
une vie fort retirée , & fe communiquoit
peu , perfuadé que
la retraite entretenoit l'exercice
des autres vertus chreftiennes:
MArmand- Louis - Jofeph
Foucaut , Comte de Saint Ger-
C iij
30 MERCURE
main-Beaupré, Colonel dans les
Troupes du Roy d'Espagne ,
fils de M Louis Foucaut , Marquis
de Saint Germain Beaupré,
Gouverneur des Provinces de
la haute & baffe Marche , eft
mort dans un âge peu avancé ,
& aprés avoir déja donné en
plufieurs occafions des preuves
de fon courage. Il eftoit né
du mariage de M' le Marquis
de Saint Germain Beaupré , &
de Dame N .... le Bailleul fon
époufe , fille de M' N ... le
Bailleul , Prefident à Mortier
au Parlement de Paris , & qui
aprés s'eftre demis de fa CharGALANT
ZI
ge , s'eftoit retiréà l'Abbaye de
Saint Victor ; & foeur de M
le Bailleul , aujourd'huy Prefident
à Mortier au Parlement
de Paris . M' le Marquis de
Saint Germain Beaupré , pere
de celuy qui vient de mourir ,
a porté les armes une partie de
fa vie , & fes enfans fe font
tous diftinguez dans cette noble
profeffion. C'eft d'eux que
le Regiment de Cavalerie de S.
Germain Beaupré , qui s'eft fignalé
en tant de differentes occafions
pendant la derniere
guerre & dans celle- cy , a pris le
nom. La maifon de Foucaut
C iiij .
32 MERCURE
cft ancienne & alliée a tout ce
qu'il y a de plus illuftre & de
plus qualifié dans les Provin
ces de la haute & baffe Marche ,
de l'Anjou , du Maine , du
Perche , & de la Normandie
Ceux qui font fortis de cette
maifon fe font toûjours attachez
à la profeffion des armes
& s'y font diftinguez d'une ma
niere particuliere.
Je vous envoye le Memoire
fuivant , de la maniere qu'il m'a
efté donné ; il eft certifié par le
Commiffaire départi en la Gencralité
de Caën , & tiré des
Regiftres de la Paroiffe de
Lion .
GALANT 33
Le douzieme jour de Decem
bre en l'année 1705. déceda
dans la Paroiffe de Lion fur la
Mer , prés la Ville de Caën en
Normandie , Ifabelle Helouin ,
âgée de cent - huit ans fept
mois & vingt fix jours , elle
êtoit natif de la même Paroiffe.
Elle y fut baptifée le 18°.
May en l'an 1597. par M
Eftienne Fouquet , Curé dudit
lieu , & elle a efté inhumée
dans le Cimetiere de la même
Paroiffe le 13. Decembre 1705.
MⓇ Martin Baziere , Curé
de ladite Paroiffe.
par
M' le Marquis de Saint- Al34
MERCURE
vaire - Loftanges , Gouverneur
& Seneschal de Quercy , s'eft
noyé en paffant la Dordogne,
M'de Saint-Alvaire , fon pere ,
avoit acheté cette Charge de
feu M' le Duc d'Eftrées , Am
baffadeur à Rome ; qui eftoit
Gouverneur & Senefchal de
Quercy. Cette Charge eftant
dans la Maifon de Lozieres-
Themines , dont feuë Madame
la Ducheffe d'Eftrées fa femme ,
petite - fille du Maréchal de
Themines , eftoit heritiere.
M la Marquife d'Haraucourt
, premiere Dame d'Honneur
de Madame la Ducheffe
GALANT
35
&
y a de Lorraine , eft morte il
environ deux mois . Mila Marquife
de Vianges a cfté jugée
digne de remplir fa place . M
d'Haraucourt eftoit de la Maifonde
Beauveau , & de la Branche
qui eft établie en Lorraine,
qui a produit le Marquis
de Beauveau , fi celebre fous
feu Charles IV. & duquel il
nous refte d'excellens Memoiregne
de ce Prince. La
Dame dont je vous apprens
mort , eftoit fa proche parente.
Elle eſt morte dans une grande
reputation de vertu , & elle a
mené jufqu'à une extréme vieilres
du
la
1
36 MERCURE
leffe une vie tres- fainte. Elle
avoit travaillé à l'éducation de
Monfieur le Duc de Lorraine ,
& des Princes fes freres, & elle
avoit toûjours confervé un
grand afcendant fur cux. Monfieur
le Duc de Lorraine qui
avoit toûjours écouté fes avis
avec beaucoup de docilité ,
l'appelloit ordinairement fa
bonne mere. M la Marquife
d'Haraucourt eft morte fans
enfans , & elle ne laiffe que des
nieces , dont l'une a épousé M
de Pillement , Avocat General
de la Cour Souveraine de Nancy.
Feu M' le Marquis d'Ha
GALANT 37
raucourt fon époux , eftoit le
Chef d'une des premieres Maifons
de Lorraine. Il avoit efté
fucceffivement Gouverneur de
Monfieur le Duc de Baviere
d'aujourd'huy , & il l'avoit auffi
efté de l'Archiducheffe , qui fut
enfuite mariée à ce Prince ; &
ce fut même luy qui contribua
à ce mariage. Perfonne n'igno
re la grandeur de la Maifon
d'Haraucourt ; le Marquis qui
porte ce nom , qui eſt établi
dans le Bugey , & qui a épouſé
Mlle de la Blache , a fait autrefois
une groffe figure à la Cour
de Savoye. Feu M' le Marquis
38 MERCURE
d'Haraucourt , fon fils naturel ,
qui a été tué en Hongrie , a
beaucoup fait parler de luy
dans le monde. M' la Marquife
de Vianges , qui remplit la place
de M la Marquife d'Haraucourt
, eft d'une naiſſance diftinguée
& d'un merite fuperieur
. Feu M' le Marquis de
Vianges fon époux , a cfté
grand- Maréchal de Lorraine.
Il a porté les armes la plus
grande partie de fa vie , & il å
beaucoup fervi ſous le feu Duc
de Lorraine, qui en faifoit beaude
cas , & qui l'honoroit coup
d'une confiance tres - particuliere.
GALANT
39
M' Balme , Seigneur de Sainte
Julie , Lieutenant General au
Bailliage de Belley . Il avoit un
efprit fin & delicat dans un
corps d'une groffeur énorme .
Il avoit eſté durant un grand
nombre d'années Procureur
Syndic de la Province de Bugey
, & il avoit eu occafion
pendant qu'il eftoit dans cet
employ , de fe faire de grands
protecteurs . Monfieur le Prince
, Gouverneur de cette Province
, en faifoit beaucoup de
cas . Mr Balme avoit commencé
à paroiftre dans le monde
par une Charge de Secretaire
40 MERCURE
du Parlement de Mets , qu'il
avoit exercé pendant quelques
années. Il laiffe de grands biens,
& il auroit efté fort difficile de
n'en pas amaffer beaucoup &
même juftement , dans tous les
emplois par où il a paffe . Il laiffe
un fils unique de N... Trocu
fon époufe , Dame d'un efprit
fuperieur & d'un merite
diftingué. C'eft M' de Sainte-
Julie fon fils unique , qui brilla
beaucoup , dans un Carroufel
dont je vous ay parlé il y a
quelques années ; & il a toûjours
fait une belle figure dans
le monde. Ila d'abord efté Con
1
GALANT
41
feiller au Bailliage de Belley
enfuite Lieutenant Criminel .
Il acheta cette Charge en 1701 .
des heritiers de feu Mr Fabri ,
qui en eftoit Titulaire , & il l'a
réuni à prefent avec celle de
Lieutenant general , comme
elle eftoit il y a 14. ou 15.ans.
Mr de Sainte- Julie a des enfans
de Dame N.... de Reydeller
de la Veliere fon époufe , fille
de Mr N... Reydellet , Baron
de la Veliere , l'un des Syndics
de la Nobleſſe de Bugey , & de
Dame N... de Moyria la Vehere
; ainfila maifon de Mr Balme
eft alliée à l'illuftre Maifon
Janvier 1706.
D
42 MERCURE
de Moyria , dont je vous ay
parlé plufieurs fois . Mr Balme
laiffe auffi quatre filles , une Religieufe
dans l'Abbaye de la
Deferte à Lyon ; une mariéc à
Mr le Clerc , Juge - Mage du
Marquifat de S. Rambert , qui
appartient à Madame Royale
Douairiere de Savoye ; c'eft un
Juge d'un merite reconnu. Les
deux autres filles font mariées ,
l'une à M' de Sainte - Croix ,
Gentilhomme de Breffe , d'une
famille diftinguée , & qui cft
établi à Montluel ; & l'autre ,
à M' Jancelot , Confeiller du
Roy , & Elû en l'Election de
GALANT
43
Bugey. Ces Dames ont efté élevées
avec beaucoup de foin , &
elles ont parfaitement répondu
à leur éducation .

M François Deftiene , Seigneur
de Barlemont , eft mort
en Provence. C'eftoit un Gentilhomme
de beaucoup d'efprit
, qui faifoit de tres - beaux
Vers , & qui , à l'imitation de
Voiture , avoit tâché à reffufciter
le vieux langage . Il a fait
un Poëme de la Chaffe de la
Perdrix , en quatre Chants , qui
a efté traduit en Latin ; il a fait
auffi plufieurs Sonnets & Madrigaux
Italiens & François , &
Dij
44 MERCURE
quelques Lettres dans le ftife
Gaulois , qui luy eftoit fort famlier
. C'eftoit un veritable
Troubadour , & le Parnaffe de
& fa me-
#
Provence perd en luy un de fes
principaux ornemens. Il eſt
mort âgé de 72. ans ,
moire merite d'eftre confervéc
dans la Republique des Lettres.
Il eftoit oncle de M' l'Abbé !
Gibert , qui demeure au Colle
de Bayeux , & qui eft un
des plus habiles Canoniſtes de
France. Il eftoit auffi proche
parent de M' Gibert , Profef
feur de Rethorique au College
des Quatres-Nations.
ge
3
GALANT 45
Le 29. du mois d'Octobre
dernier , on fit dans l'Eglife de
Saint Jean de Varfovie les ob
feques de M le Cardinal Ra
diowefcki Primat de Pologne ,
le Roy Stanillas & la Reine Catherine
fon Epoufe y affifterent ⠀
accompagnée d'un grand nom
bre de Seigneurs & de Dames . * »
L'Archevêque de Leopold
nommé à l'Archevêché de
Gnefne , par le Roy Stanillas ,
officia , & le Pere Szerma , Jefuite
, prononça l'Oraiſon Funebre
; elle fut tres- applaudie.
Ce Pere fit voir le feu Cardia
nal Primat fous deux faces dif
46 MERCURE
ferentes ; comme un grand
Evêquc chargé d'un vaſte Dioceſe
; & en qualité de Primat
de Pologne , à la tefte de toutes
les affaires Ecclefiaftiques de ce
Royaume ; & comme un grand
Miniftre , qui auffi en qualité
de Primat avoit efté chargé des
plus importantes affaires de la
Couronne . Sçavoir , de la Regence
de l'Etat , aprés la mort
du feu Roy Jean III. Sobieski,
& de plufieurs autres . L'Orateur
releva fa fermeté dans les
conjonctures difficiles & dans
les temps orageux , qui ne font
pas encore finis en Pologne , à
C
GALANT 47
caufe des violemens que le Roy
Auguſte a fait des Pacta conventa.
Le Pere Szerma fit un
détail genealogique de la Maifon
Radiowefcki , & en parlant
du Pere du feu Cardinal
Primat , qui eftoit Chancelier
de Pologne , il loua beaucoup
le Roy tres Chreftien , au fujer
de la retraite qu'il donna dans
fes Etats , à ce premier Miniftre
de Pologne , qui avoit encouru
la difgrace de fon Roy ,
au fujet du Rokofc.
Souvenez-vous en lifant la
Lettre qui fuit , que je ne fais
que rapporter les Pieces d'un
48 MERCURE
Procés , qui eft entre des Sçavans
, & que ce rapport n'a
rien de contraire , à ce que je
me fuis propofé il y à trente
ans , en commençant à vous
envoyer des Lettres remplies
de nouvelles , & que j'ay toûjours
obfervé depuis ce tempslà
; fçavoir , de n'y mettre jamais
rien qui puft bleffer la réputation
de perfonne . Ce qui
s'obferve dans l'Empire des
Lettres , n'a aucun rapport à la
loy , que j'ay bien voulu m'impofer
, & felon les loix de cet
Empire , il eft permis d'y mettre
au jour tous les ouvrages
qui
GALANT 49
#4
*
qui font compofez par fes Sujets
, pourvû qu'ils ne regardent
que l'efprit ; & quelques vifs
qu'il foient , ils n'attaquent jamais
l'honneur , & ne déchirent
point la reputation du
prochain , lors qu'ils font de
cette nature , & que les coups
ne font portez qu'à l'efprit
des Autheurs , & non à leur
conduitte , & à leurs moeurs.
ને
Le venin qu'il femble que l'on
répand fur leurs Ouvrages , eft
regardé par les Sçavans , comme
des fleurs de Rethorique ,
dont ils fe fervent entr'eux ,
pour mettre dans un plus beau
Janvier 1709.
E
50 MERCURE
ཟླཝོ jour , les fautes qu'ils trou
vent , où qu'ils croyent trouver
dans les Ouvrages , qu'ils
critiquent. Ces Cenfures font
d'une tres grande utilité
-
à
ceux qui n'ont pas embraffé la
profeffion
des lettres , & dont
le nombre eft infiniment
plus
grand , ( ainfi qu'il le doit eftre,
pour le bien & le gouverne
ment des Etats . ) Quoy que
cette forte de public ne faffe
pas fon principal employ de
Erude , il eft bon qu'il foit
inftruit d'une infinité de choſes
, qui peuvent luy eſtre quel
quesfois neceffaires , pour s'acGALANT
15
quitter mieux , & même pour
ne point faire de fautes dans
les emplois qu'il a crû devoir
choifir , & à quoy il ne pourroit,
employer le travail d'une lon
gue études, fans dérober au
public une partie du temps
qu'il eft obligé de luy donner :
ainfi , ce n'eft que par ces combats
de gens de Lettres , qu'il
peut apprendre , en tres peu de
temps , ce qu'il ne pourroit fçavoir
, fans une longue fuite de
travail & de veilles ; ce qu'il ne
pourroit faire , fans que le public
en fouffrift beaucoup .
Je crois que le Pere Hugo
E ij
$2 MERCURE
ne trouvera pas mauvais que je
vous aye envoyé ce que M
l'Abbé de la Luzerne a écrit
contre luy , puifque le Champ
de Bataille eft ouvert , & qu'il
y peut entrer toutes les fois
qu'il luy plaira . Je ne me ſuis
pas plaint , quand il a inferé
dans fes Ouvrages , une Lettre
de M' l'Abbé Richard contre
moy ; au contraire , j'aurois dû
luy en fçavoir gré , puiſque cela
medennoit lieu de me juftifier
& de faire voir la bonté de
la caufe que j'avois entrepris
de deffendre , & il me donnoit
lieu de rapporter tout ce qui
GALANT 53
fe trouve imprimé dans les
Ouvrages des Sçavans , où l'on
voit de fanglantes
& vives
peintures, du procedé qu'a tenu
cet Abbé , en faifant alternativement
des Ouvrages
, pour
& contre la memoire du Cardinal
de Richelieu ; & cela
dans des vûes honteufes &
intereffées , que je crois devoir
taire. Je ne veux point rouvrir
ces playes , & je declare que s
m'attaque encor je me contenteray
( pour toutes réponſes ) de
vous envoyer les articles des
Journaux des Sçavans , qui regardent
cet Abbé . On fçait que
s'il
E iij
54 MERCURE
ces Journaux font compofez
par des perfonnes d'un merite
fingulier , & d'une érudition
profonde , & qui n'écrivent
rien fans eftre bien informées
de la verité de ce qu'ils donnent
au public.
Voici l'ouvrage dont je viens
de vous parler.
LETTRE
De M' l'Abbé de la Luzerne à
M' de la Moutonniere.
On ne met point parmi les Fables
, qu'on reproche au P. Hugo ,
d'avoir femées dans fon Hiftoire
GALANT 55
de Saint Norbert , l'habit blanc
de ce Saint , defigné par la tres-
Sainte Vierge , pour eftre celuy
de Prémontré. Il eft fi conftant
qu'elle apparut au Saint Fondateur
,& qu'elle luy défigna dans
une vifion miraculeufe , cette couleur
& laforme de cet habit : Cette
Tradition eft établie fur tant de
monumens , & fuivie fi univer
fellement de tous ceux qui ont
écrit de ce Saint Patriarche , qu'on
ne sçauroit trop s'étonner que
Pere Hugo Norbertin , ait ofé le
premier dire le contraire , & trai
té de fiction cette apparition miraculenfe.
C'est ainsi qu'il en parle
E j
le
36 MERCURE
dans la page 101. defon Hiftoire
ce qui , fans doute , luy à attiré
de la part de fes Superieurs , le
refus de leur Approbation , qui
manque à fon livre & qui devroit
yeftre ,felon les Regles du S. Concile
de Trente..
Le Pere Hugo n'eft
pourtant
pasfiennemi des Apparitions , qu'il
n'en admette dans cette Hiftoire.
même à l'égard de Saint Norbert.
Il
reconnoift dans la page 99. que
le Saint Patriarche , dans l'ardeur
de fes Oraifons , vit en efprit, Saint
Auguftin , qui le fortifia fur les
choix de la regle de la vie Canonique
. Il dit page 109. que Je
audio13
GALANT 57
fus-Chriftdefigna le lieu où eſtbâtel
Eglife de Prémontré par une
vifion miraculeuse ,fefaisant voir
au deffus d'une Croix rayonnante
ue des Pelerins venoient adorer,
que
qui aprés avoir baife les pieds
du Sauveur, retournoientporter la
gloire defon nom , dans les quatre
parties du monde. Sur cela on
demande au Pere Hugo , pourquoy
il admet ces deux dernieres
Apparitions ; l'une pour la gloire
; l'autre pour l'Eglife de Prémontré,
& nonpas celle de la fainte
Vierge , à l'égardde l'Habit blanc ?
Les Hiftoriens , tant anciens que
modernes , qui ont écrit de Saint
Norbert & defon Ordre ,ont tous
58 MERCURE
parlé de ces trois Apparitions, &
les ont connues veritables : ce n'eft
même qu'aprés eux qu'il admet les
deux dernieres , pourquoy donc rejette-
t-il la premiere , & veut-il
lafaire paſſerpour une fiction &
pour unefable ? C'eft , dit- il , que
les Ecrivains l'ont avancé fans
preuves . Mais en ont-ils pluspour
'les deux autres que pour celle- cy ?
nullement,
Si faute de preuves , cette premiere
Apparition eſt une fable ,
quoy que rapportée par tous les
Ecrivains de la vie de Saint Norbert
, le Pere Hugo trouvera-t-il
mauvais qu'on mette au nombre
GALANT 59
de fespienfes Fables , ce qu'il dit
luy-même fans preuves en tant
d'endroits de fon Hiftoire, & trésfouvent
même fans eftre authoriſe
deperfonne ? Quelles preuves a-t- il,
par exemple , de ce qu'il avance ,
(page 4. s . ) difant que l'EmpereurHenry
honora S.Norbert de
la Charge d' Aumônier ou de Chapelain
de fon Palais ? que cet employ
luy ouvrit l'entrée dans le
Gouvernement de l'Etat ; qu'il
eftoit de tous les Confeils du Prince
& qu'il l'accompagnoit dans fes
Diettes ; qu'il affifta à celle de Ra-
~tiſbonne , où l'on reſolut que
pereur iroit à Rome , pour s'y faire
l'Em60
MERCURE
couronner, & que Norbert ferait
nommé pour le fuicore dans ce
voyage ; Un tel difcoursfanspreuves
, paffera-til point pour fiction
& pour hiſtoire fabuleufe ?
Ce qu'il avance dans les pages
7. & 8. tient plus du Declama-
•teur , que de l'Hiftorien . Il doit
donner des preuves de fon dire , ou
trouver bon dans fes principes ,
qu'on le prenne pour
de fables . Voicy ce qu'il raconte
Conteur
du Pape Pafchal 11. La violence
ayant prévalu fur toutes les regles
du devoir de la religion , Hen-
&
ry le fit defcendre defon Trône , le
dépouilla defa Chappe , luy arracha
GALANT 61
la Mitre de la tefte , enleva aux
Cardinaux, les marques de leur dignité,
les ayant livrez à l'infulte
de fes Soldats , il lesfit enfermer
dans une maifon ,fous unegarde milisaire
, qu'il commit à la vigilance
d'Ulric , Patriarche d'Aquilée.
S. Norbert qui futfpectateur de
cetté execution barbare , vint trouver
fecrettement le Pape ,
larmes aux yeux , il le plaignit de
fa difgrace puis ajoutant des marques
fenfibles de fon chagrin , aux
fentimens interieurs dont il eftoit
penetré , il tomba aux pieds du
Souverain Pontife , condamna les
violences de l'Empereur, & luy deles
1
62 MERCURE
mnada pardon pour un defes Sujets
& de fes Domestiques,qui n'avoit
concouru aux crimes defon Prince
que par le malheur qu'il avoit eu
d'eftre prefent àfes facrileges......
Oùfont les preuves du P. Hugo
qui autborifent ce qu'il vient de
dire ? Où trouve- t- il tout ce détail
de mauvauvais traitemens fait au
Pape ? Qui a jamais penſé avant
luy au compliment qu'ilfaut faire
au même Pape , par Norbert
grand Aumônier de l'Empereur,
&fon Miniftre d'Etat ? Quel est
l'homme de bon fens , qui n'eftime
plus convenable au Miniftre de
fe taire dans une telle conjecture, que
GALANT 63
de parler pour condamner fon Prin
ce?Ce ferafairegrace au P. Hugo,
que de mettre ces lieux communs de
Rhetorique parmy fes fables & les
fictions defon Hiftoire.
Il en faut dire autant de la fondation
du Monaftere d'Urftemberg
, Ordre de Saint Benoist , qu'il
attribue à Saint Norbert , page
14. vú que , felon luy , ce qu'on
avance
tion. ΟΙ
preuve , eft une ficcomme
il en parle.
4
Norbert incontinent aprés fa
converfion , & au fortir du
Monaftere de Sibourg , où il
paffa quelques femaines , fous
la direction de Conon , qui en
64 MERCURE
Str.
eftoit Abbé , penetré de reconnoiffance
envers fon Directeur
; il ne tarda point d'en
donner des preuves effentielles ,
en fondant le Monaftere d'Urf
temberg , qu'il dota d'une partie
de fes biens , & qu'il mit fous
la conduite de ce Saint Abbé.
Ce recit non prouvé n'eſt - il pas
une pieufe fable dans les principes
du P. Hugo.
Mais voici des prodis qu'il rapporte
auxpages 33. & 44. il veut
même qu'on le croyefurfa parole .
car il n'a nypreuves ny témoigna
ge de ce qu'il avance.
Il dit que S. Norbert, prêchant
GALANT 65
à Valenciennes , en langue Teutonique
,fes Auditeurs aufquels elle
eftoit étrangere , l'entendirent auffi
parfaitement que fi elle leur ent
efté naturelle. Il ajoûte page 44 .
que le Saint eftant à Montier , à
deux lieues de Namur , dit deux
Meffes en unjour ; lapremiere en
l'honneur de la Sainte Vierge , la
feconde , pour le repos de l'ame de
ceux dont la mort avoit allumé
la guerre ans la Province , aprés
quoy it prêcha , & fa voix que
le jeufne avoit rendue fi languiffante
,qu'on pouvoit à peine l'entendre
dans l'Auditoire retentit
avec tant d'éclat ,jusques dans les
Janvier 1706 .
F
66 MERCURE
maiſons lesplus éloignées , que cha
cun
étonné
de c prodige , abandonna
le foin du corps ,pourferaffafier
du pain de laparole.
On demande au Pere Hugo, des
preuves de tout cela , fans quoy
tous ces prodiges ne doivent paffer
chez luy, que pour des fables.
La plus jolie eft celle qu'il ra
coute dans la page 84. en ces termes.
Norbert entra un jour
dans cette fçavante Academie
à Laon , fit une exhortation
aux jeunes Difciples de Raoul,
& toucha le coeur à feptjeunes
Lorrains , enfans de qualité
qui le ſuivirent à Prémontré
GALANT 67
& y apporterent de grands
biens.... Ce malheureux à qui
Norbert avoit confié l'argent
de ces fept Lorrains , l'emporta
la nuit,1
L蕊a plaisante fiction du Pere
Hugo , pour faire honneur à fon
pays : Sept Ecoliers Lorrains .
enfans de qualité , dit-il , ayant
de grands biens , faifant leurs
études à Laon , portérent ces
grands biens à Prémontré
mais ces grands biens difparurent
la nuit par la perfidie d'un
Anglois , à qui S. Norbert les
avoit confiez. C'est ce que nous
dis le Pere Hugo,fans en rappor
:
Fij
68 MERCURE
2 ter ny preuve ny témoignage ; c'eſt
une fablefelon lui ? ans als in
C'en est une autre plus grof
fiere que de dire comme il fait
page 176. que depuis que des Abbez
Commendataires ont fuccedé
aux Abbez Reguliers , les Prieurs
des Abbayes en commende, ont prétendu
devoir fucceder aux droits ,
auſſi bien qu'à la jurifdiction des
Abbez Religieux : Car puifqu'ils
font devenus , dit-il , les Ordinai
res , puifqu'ils reçoivent la Profeffion
des Novices , & que
Novices leur promettent obéiffan
ce ; qu'ils exercent la Justice contentieuse
qu'ils établiffent des
les
GALANT 69
Confeffeurs ne femble - tils
pas
qu'ils ont par dévolution , toute
l'autorité des Abbez reguliers , &
auffi le droit d'affifter au Chapitre
.... Icy le Pere Hugofait voir
qu'il n'eſt pas inftruit de la difcipline
de fon Ordre , & qu'il n'a
jamais vu de Lettres d'Inftitution,
des Prieurs en Commende.
Il en peut voir un exemplaire,
dans le Recueil imprimé des Actes
du Chapitre general , tenu à Prémontré
en 1686. là , il verra que
les Prieurs des Abbayes en Commende
, ne fuccedent pas plus au
droit à lafurifdiction des Abbez
Reguliers , qu'à leur place
70 MERCURE
qu'ils n'ont point leur autorité par
devolution ; qu'ils nefont pas Or
dinaires , mais feulement Commis
Députez, & que les fonctions
qu'ils exercent , nefe font que par
commiffion émanée du Pere General
, ou du Pere Abbé. Ce qui
n'empêche pas , qu'ils n'ayent droit
d'affifteraux Chapitres Generaux,
où ils font obligez de fe trouver
& où on les appelle par Lettres
d'Indication,qui leurfont adreffées .
C'est donc une méprife au Pere
Hugo , pour ne pas dire une de fes.
fables , d'avoir parlé , comme il a
fait , dans ce lieu- cy , des Prieurs
des Abbayes en Commende.
GALANT 71
A
Il s'eft encore égaré , page 384.
& 387.fur le sujet de la Fonda
tion de l'Abbaye d'Ardenne , &
fur le Breviaire de l'Ordre de Prémontré
: Il dit dans la page 387
que l'Ordre de Prémontré , a toujours
fuivi le Calendrier & le
Breviaire Romain ; en quoy il eft
contraire à luy- même , page 103 .
à la Tradition de tout l'Ordre ,
établie ſur une poffeffion de temps
immemorial , d'avoir un Breviaire
particulier & different du Romain
. Ce fut, fans doute , ce qui
attira à Saint Norbert , le reproche,
de Gautier , Evêque de Maguelo
ne , rapporté par le Pere Hugo ,
72 MERCURE
de ce
que le Saint Fondateur avoit
alteré le Breviaire Romain ,
introduit des changemens dans celuy
de Prémontré : c'est donc une
fable de dire dans l'Hiftoire de S.
Norbert , que l'Ordre de Prémon
tré, a toûjoursfuivi le Breviaire
Romain.
C'est unepareille fuppofition , d'avancer
, comme fait le Pere Hugo,
fur la fin de la page 184. que
Norbert jetta les fondemens de
l'Abbaye d'Ardenne en 1121.
fuppofition d'autant plus fabuleufe
,que l'Abbaye de Prémontré ,
ayant efté fondée dans la même
Année 1121. fuivant la Charte
S.
de
GALANT
73
de Barthelemy , Evêque de Laon ,
rapportée dans la page 81. 1 Abbaye
d'Ardene fe trouveroit auffi
ancienne dans l'Ordre , que que
l'Ab- baye
de Prémontré
, & plus
ancienne
que
celle
celles
qui font
les pre- mieres
, aprés
l' Abbaye
de Prémon- tré. Ardene
,fur
ce pied
- là , devroit
eftre
la feconde
Maifon
de
L'Ordre
, &
la premiere
Pairie aprés
Prémontré
ce qui
n'eſt pourtant
pas
, &
ce qu'elle
n'a ja mais
prétendu
: Sa Fondation
n'eft donc
pas
de l'année
1121
. Dire
avec
le Pere
Hugo
, que la Primauté
des Fondations
ne fait dans
l'Ordre
de Prémontré
la
Janver
1706
.
pas
i
G
74 MERCURE
contre
Primatie des quatre Abbayes ;
dont les Abbez font qualifiez Pe
res de l'Ordre ; c'eſtparler , nonfealement
contre l'efprite l'usage
de l'Ordre de Premontré
celuy de Cifteaux ; mais encore, contre
ce qu'il a dit luy-mêmefur la
fin de la page 146. defon Hiftoire
touchant l'Abbaye de Florefte ; il
reconnoift que cette Abbaye eft une
des premieres de l'Ordre , felon l'origine
, il ajoûte que l'Abbé en
eft le quatrieme Pere ; celuy de
Prémontré eftant le premier ; celuy
de S. Martin de Laon , le fecond ;
celuy de Cuiffy , le troifiéme
à caufe que ces quatre Abbayes ont
GALANT
75
efté fondées les
premieres, & qu'el
les font les plus
anciennes dans
Ordre de
Prémontré felon l'ori
gine, Ardene n'eftantpas de ce nombre
; c'est donc une preuve inconteſtable
qu'elle n'a pas efté fondée
en 1121 avec
Prémontré, & la
Fondation eft encore
pofterieure à
celle des trois autres
fuivantes ;
fçavoir, Saint Martin de Laon ,
Cuiffy , & Florefte.
Quoy qu'on dife de Cappemberg,
fa fondation eft
pareillement
pofterieure à celle de ces quatre premieres
Abbayes ; & quandil feroit
vray qu'elle fuft anterieure à celles
de
Florefter de Cuiffy , ce qui
Gij
76 MERCURE
n'eft pas , elle ne pourroit rienprétendre
à leur Primatie , attendu
que Cappemberg eft une Prevosté
non pas une Abbaye , à qui feulement
peut appartenir le droit de
Pairie dans l'Ordre de Prémontré.
Il s'enfuit de là qu'Ardene eftant
une Abbaye , elle feroit une Pairie
dudit Ordre , fi elle avoit estéfondée
en 1121. & que n'ayant point
ce privilege , c'est une confequence.
neceffaire que fa fondation ne ſoit
pas fi reculée.
La Charte de cette Abbaye que
le P. Hugo rapporte , page 437.
de fon Hiftoire n'eft bonne qu'à l'égarer
davantage
à le jetter
GALANT 77
dans de nouveaux anacronismes ,
qu'il eut évité, s'il eut fait reflexion
que cette prétendue Charte , loin
d'établir la fondation d'Ardene
en 1121. elle elle la détruit abfolument
; & quant à l'époque &
quant à l'origine, Elle contient entre-
autres chofes ( cette Charte faite
exprés ) qu'un Religieux Norbertin
, nommé Gilbert , Profés du
Monaftere de S. Joffe- aux- Bois ,
dit maintenant Dommartin , s'étant
trouvé à Caen par un coup
de la Providence , il y fut reçu par
Aiulphe du Marché, & par Affeline
fa femme , comme un homme
envoyéde Dieu , pour l'execu
Gij
18 MERCURE

tion du deffein qu'ils avoient de
fonder une Chapelle à Ardene , à
Phonneur de la tres -fainte Vierge,
qui leur avoit apparu en fonge
pourleur declarer furcelafa volon
te. Ces bonnes gens , Bourgeois de
Caen , font Fondateurs de l'Abbaye
d' Ardene , ilsfefervirent d'un
Religieux de Dommartin , dit cette
Charte , pour commencer leurfondation
: l'Abbaye d'Ardene nefut
donc pasfondée 1121. comme lefuppoſe
le P. Hugo , vú que celle de
Dommartin n'eftant pas encore an
monde en 1121. le Pere Gilbert ne
pouvoit pas en eftre Profés , ny en
eftre forti pour aller à Caen , s'emGALANT
79

$
ployer a la Fondation d'Ardene ,
en 1121. l'Abbaye de Cuiffi , qui eft
anterieure à celle de Dommartin ,
na efté à l'Ordre de Premontré
qu'en l'année 1126. Selon le Pere
Hugo , page 95. de fon Hiftoire
, celle de Dommartin qui luy eſt
pofterieure , n'eftoitdonc pas établie
en 1121. pour établir celle d'Ardene
?
D'ailleurs , fi ca efté un Reli
gieuxde Dommartinqui,felon cette
Charte a commencé la fondation
d'Ardene , cette Abbaye ne tirera
pas fon origine immediatement de
Prémontrény de S. Norbert , comme
le P. Hugo l'infinue à l'entrée
G
80 MERCURE
la
S.
de lapage 385. il doit donc fouf
frir que cette Charte qu'il a adop
tée , foit mife au nombre de fes
picufes fables , & qu'en outre on
regarde comme une piece
infuffifante , pour prouver que S.
Norbert fut bonoré comme Saint ,
avant fa Canonifation , puiſque
cette Charte quifemble lefuppofer,
& qu'il croit tres-ancienne , eft
•fort pofterieure à la Canonifation
de Saint Norbert , par Gregoire
XIII. & qu'elle ne parle qu'aprés
ce Pape , quand elle appelle
Saint Norbert , tres- Saint Pere ,
predeftiné.... il ne fautque voir
cette prétendue Charte pour eftres
GALANT 81
convaincu qu'elle n'eſt pas ancienfa
forme , fa figure , fon
caractere le démontrent à vite
d'oeil
Mais pourquoy fuppofer cette
Charte & lapréconifer comme une
piece tres- ancienne , ne l'eftantpas,
&fe trouvantfaite de nosjours ?
C'estpeut- eftrepour effayer de tirer
Ardene de la Filiation de l'Abbaye
de la Luzerne fa Mere , & luy
procurer une origine plusilluftre &
plus reculée , en la faifant fortir
immediatement, ou de l'Abbaye de
Prémontré par S. Norbert , ou de
Dommartin,par ceReligieux ,nom
mé Gilbert , que l'on dit eftre vent
82 MERCURE
il
eftoit
en
de ce Monaftere , dont il
Profés , pour fonder Ardene
1121. C'eft cette Epoque & cette
Hiftoire compofee , qu'on a fait
mettre aux Sieurs de Bras dans
fes Antiquitez de Caen ; de Sain
te-Marthe , dans leur
dans leur France
Chreftienne ; Arture de Mouf
tier , dans fa pienfe Neuftrie ; &
au Pere Hugo , dans fon Hiftoire
de S. Norbert. Ils ont tous fuivi
les Memoires qu'on leur afourni ,
fans examinerfi ces Memoires
cette Epoque de 1121. s'accordent,
ou non , avec la verité. Cette negligence
eft moins pardonnable au
PereHugo , qu'aux autres EcriGALANT
83
vaïns , luy qui a dû voir dans
Optique du R. P. de Cajouels,
dans la Bibliotheque du Pere le
Paige, qu'il a entre les mains , que
l'Abbaye d'Ardene n'eftpas fortie
de Prémontré, ny de celle de Dom
martinimais de celle de la Luzerne,
qui a dú faire attention qu'en
l'année 1121. il n'y avoit point
dans l'Ordre de S. Norbert, de S.
Foffe-aux- Bois , ny de Dommartin
; d'où l'on puft envoyer à Caën
ce Religieux,nommé Gilbert ,pour
fonder Ardene qu'une telle
fondation faite en 1121. auroit
rendu l'Abbaye d' Ardene auffiancienne
que celle de Prémontré
84 MERCURE
&
une des premieres Pairies de l'Ordre
, ce qu'elle n'eft pas ces reflexions
font naturelles . Ily aplus ,
c'eſtque Prémontrémême Dommartin
ne mettent point l'Abbaye
d' Ardene parmi celles de leur filiation
, mais dans la filiation de la
Luzerne en voicy la preuve :
Dans la Bibliotheque de Prémontré
, où l'on voit la Matricule des
Abbayes de tout l'Ordre , felon
leur circarie & leur filiation , on
trouve dans la circarie de Nor
mandie , page 333. ce qui fuit :
Ecclefia Belli Portu , in Britan
nia minori , Filia Lucerna.
Ecclefia Bella Stella , Bajocen
GALANT 85
S.
fis Dioecefis , Filia Lucerne.
Ecclefia de Ardena , Bajocenfis
Dioecefis , Filia Lucerne .
Ecclefia Montis Dei , Lexovienfis
Dioecefis , Filia Lucerne.
Il n'eft doncpas vray , que
Norbert jetta les fondements
de
l'Abbaye d'Ardene en 1121 .
puifque l'Abbaye de Premontré ,
d'où elle feroit fortie ne la recon
noit pas pour fa fille , & la met
parmy celle de la Luzerne , qui n'a
eftéfondée qu'en 1143 .

L'Abbaye de Dommartin , d'où
l'on fuppofe qu'un Religieux nommé
Gilbert, fut envoyé à Caën ,
pour l'établiſſement d'Ardene en
86 MERCURE
1121. rejette pareillement cette
Abbaye d'Ardene de fafiliation&
me la metpas au nombredefesfilles
En
voicy le Catalogue extrait du
Liure rouge de Dommartin , en ces
termes.
L'Eglife de Cheens a & pof
fede de droit & d'ancienneté
en noſtre Ordre , neuf Egliſes ,
fur lefquelles le Prelat a le Patronage
& vifitation ; Sçavoir,
1. L'Eglife deMarcheroult . 2 S.
Damien . 3. S. Pierre lez Selincour.
4. L'Eglife de S. Andrieu
au Bois. 5.L Eglife de Sery. 6.
L'Eglife de la Luzerne. 7.LEglife
de S. Juft. 8. L'Eglife de
GALANT 87
11
de Blanchelande . 9. L'Eglife de
Falaize. Erplus bas eft écrit : L'Eglife
de laLuzerne a quatre filles
c'eft à fçavoir,Beauport,Arden,
Mont Auxilii , & Bella Stella.
S. Jean Amiens , une ; fçavoir ,
Reffon. Marcheroult , une ;
fçavoir , Abbecourt.
25
Cela doit fuffire pour l'inftruction
du e luy ap- Pere H
prendre à ne point debiter a
a
des fictions
& des fables pour des veritez
, comme il a
• dansles
endroits
de fon Hiftoire , cy - diffus
rapportez , & en beaucoup d'antres,
qu'on luy pardonne ny faire
paſſer une Tradition conſtante &
88 MERCURE
veritablepourune pieuſe Fable ; ce
qu'ila prétendu dans la p. 101. de
cette même Hiftoire .Jefuis , &c.
Le Roy a donné l'Evêché
de Rieux à Me Pierre de Charrite
de Rutie , Grand Archidiacre
, Vicaire General & Official
de Cominge , & l'un des
Deputez à la derniere Affemblée
du Clergé . L'attention de
Sa Majeſté , à confier ces premieres
places de l'Eglife , à de
bons ſujets , a parû dans tout
fon éclat , dans le choix de ce
nouveau Prelat , qui poffede
toutes les qualitez que l'on peut
defirer dans un bon Evêque ,
GALANT 89
& qui luy attireront l'eftime
& la confiance de fes Diocefains
. Son grand - pere , qui
eftoit cadet de Charritte , ancienne
race de Chevalerie , du
pays de Soule au Dioceſe d'OTéron
, époufa l'heritiere de
Johanne- Rutie , ancienne maifon
de la mefme Province , de
laquelle , celle de Johanne- Saumery
, eft une Branche. Feu M
l'Abbé de Rutie , fon oncle
luy réfigna en mourant , le
Grand Archidiaconé de Cominge
; M Brifay de Denonville
, ayant efté quelque temps
aprés fait Evêque de ce vaſte
Fanvier 1706.
H
go MERCURE
Diocefe , ( ce fut en 1693 ) &
ayant bien-tôt connû le merite
du grand-Archidiacre de fon
Eglife Cathedrale , le fit fon:
Grand- Vicaire & fon Official..
Il a donné dans ces poftes importants
, des preuves de fa
pieté , de fa fageffe , de fa pru
dence , de fa juftice , de fa capacité
, de fa charité , de fa ferme
té , de fa douceur , & de fon
fincere devouement au fervice
de l'Eglife. La Province
d'Auch , depuis long- temps.
penetrée des fentiments d'eftimepour
le Vicaire general de
Cominge,le députa l'année der
GALANT
91
niere dans fon Affemblée Provinciale
› par infpiration &
unanimement , à l'Affemblée
generale du Clergé , où l'on
peur dire qu'il a rempli tous
les devoirs d'un excellent De--
puté ; s'y cftant mefme acquis
l'approbation de tous ceux qui
la compofoient & particulierement
de S. E. Monfieur le
Cardinal de Noailles , qui connoît
le vray merite & qui ne
fe laiffe jamais ébloüir
faux.
par le:
M'I'Abbé de Rutie eft d'une
tres bonne maifon de baffe:
Navarre , & fous les regnes de
Hij
92 MERCURE
François premier , & de Henry
fecond , Bernard de Rutie eftoit
grand Aumônier de France .
Pierre de Rutie,fon frere, eftoit
·Capitaine de Saint Germain en
Laye & Gouverneur , de
Bayonne le pere Anfelme en
parle dans fon hiſtoire des
Grands Officiers de France..
Rieux eft une Ville du haut
Languedoc , prés de la Garonne
& de Rize , avec Evêché
fuffragant de Toulouſe . Cette
Ville eftoit dans le Diocefe de
Toulouſe , & le Pape Jean
XXII . y mit un Siege Epifcopal
, en 1318. & le Cardinal Pa
GALANT 193
2
lefort de Rabafteins , en fut le
premier Evêque. L'Eglife Ca
thedrale de Rieux , eft dediée à
la Sainte Vierge. L'Abbaye des
Feillans , devenue Chef- d'Or
dre , eft dans ce Dioceſe , où il
ya auffi celles de Lezat , de Ca.
lers , & de Salanque , dite l'Abondance
de Dieu . V. Catel
Hiftoire & Memoire de Languedoc
, & Sainte- Marthe
Gall .
Chrif.
Le Roy a nommé M ' l'Ab.
bé de Cruffol d'Uzés , Chanoine
de Strasbourg , à l'Abbaye
de Lezat, Diocefe de Rieux, va
cante par la mort de M ° An
re
94 MERCURE
que
roine François de Bertier Eve
de Rieux . M l'Abbé de
Cruffol d'Uzés eft frere de M' le
Duc, & de Mr le Comte d'Uzés.
Je vous ay fifouvent parlé de la
grandeur de leur Maiſon , &
elle eft fi connue , que je ne
vous en pourrois rien dire de
nouveau. Mr l'Abbé d'Uzés a
demeuré au Seminaire de S.Ma
gloire , il eft dans le cours des études
deSorbonne, & il fe diftingue
par fon affiduité & fa picté.
L'Abbaye de la Capelle , au
Diocefe de Touloufe , a efte
donnée à l'Abbé de Montle
zun . Il eft fils de Mr le Marquis
Les a
• GALANT
95
de Saint - Lary , & d'une foeur
de Mr le Comte de Gaffion ,.
Lieutenant general des Armées
du Roy , & frere de Mr le Marquis
de Montlezun , Exempt
des Gardes du Corps , avec
Brevet de Meftre de Camp ;
Les anciens Seigneurs de Montlezun
, dont ceux de Saint- Lary
-
on
font
Cadets
ont efté Comtes de Pardeac ,,
vers l'an 1200. felon le témoi
gnage de Hoyenart , qui l'a remarqué
dans fa Notice de Gafcogne
, & les premiers Comtes
de Pardeac , cftoient puifnez
des Ducs de Gafcogne. Mr le
96 MERCURE
Baron de Bufca , Lieutenant
general des Armées du Roy ,
& Lieutenant des Gardes du
Corps , eft de la Maifon de
Montlezun , de la Branche de
Saint- Lary . On a auffi prétendu
, que feu Mr de Befinaus ;
Gouverneur de la Baftille
eftoit auffi de l'ancienne Maifon
de Montlezun . Mr l'Abbé
de Montlezuna efté élevé dans
le Seminaire de S. Magloire , &
il demeure à prefent aux Peres
de la Doctrine Chreftienne.
Je dois ajoûter icy que Mr
l'Abbé de Monlezun eft Chanoine
de la Cathedrale de Lefcar
>
GALANT 97
car , & que Mr l'Abbé de Gaffion
fon coufin , luy refigna ce
Benefice , lorfqu'il quitta l'état
Ecclefiaftique , pour entrer
dans les Moufquetaires
, où il
fut tué une année aprés dans
une Bataille donnée en Allemagne.
Mr l'Abbé de la Bretonniere
a efté pourvû de l'Abbaye
de Beaulieu en Bretagne , fur la
démiffion de Mr l'Abbé Bargedé
, nommé Evêque de Nevers.
Ce jeune Abbé eft dans
les études de Sorbonne , où il a
donné des marques de fon
plication & de fon intelligence
Fanvier 1706.
ap98
MERCURE
dans les Sciences. Il eft d'une
pieté connue , & qui n'a pas
peu contribué au choix quele
Roy a fait en fa faveur. Il eft
d'une bonne Maifon de Bretagne.
Mr de la Bretonniere fon
pere , qui fert depuis trentedeux
ans, eft Brigadier des Armées
du Roy. Mr l'Abbé de la
Bretonniere eft par
1
?
de Mr
de la Bretonniere , qui commande
la Cavalerie en Italie .
S. M. a donné l'Abbaye
de Saint Polycarpe , Dioceſe
de Narbonne , à Mr l' Abbé de
Maria , qui eft d'une Maifon
diftinguée dans la Province de
"
GALANT 99
7
a
Bearn , & qui aprés avoir efté
dans le monde jufqu'à l'âge de
vingt-fix ans , s'eft retiré à Paris
dans le Seminaire des bons
Enfans , & a embraffé l'état Ecclefiaftique
, dans lequel il donne
de grands exemples de vertu.
Mr l'Evêque d'Agen parla
de luy au Roy avant que de
partir , comme d'un excellent
fujet qui fe formoit pour 1 E-
20 glife.
suedS.A M. an donné un Canonicat
de Tournay , qui luy ap
partient , aprés le ferment de
fidelité prêté , à Mr l'Abbé de
Champlais , qui n'eft pas moins
I ij
100 MERCURE
diftingué par fes vertus morales
, & chreftiennes
, que par
fon efprit , & par fa naiflance.
Il eft allié aux meilleures Maifons
de Champagne
& de
Bourgogne.
Mr l'Abbé de la Bozardiere
a efté nommé à l'Archidiaconat
de Tournay. Ce Benefice
eft tres- confiderable , à cauſe
du rang qu'il donne dans une
des plus celebres Eglifes du
Pays- bas , & des avantages particuliers
qui luy font attachez .
Cette dignité a efté poffedée
par plufieurs perfonnes d'une
tres illuftre naiffance & d'un
-
GALANT TOI

fçavoir éminent , qui ont fait
en même temps l'ornement
des Uniuerfitez de Louvain &
de Douay. Perfonne n'ignore
que l'Eglife de Tournay eft
tres - ancienne & que l'étendue
de ce Dioceſe eft tres- confiderable
, & comme un Archidiacre,
par le titre de cette dignité
, cft chargé d'une portion du
Diocefe , & qu'il en doit rendre
compte à l'Evêque , ce n'eſt
jamais que fur des perfonnes
d'unc vertu folide & d'une
doctrine tres-reconnue , qu'on
doit jetter les yeux pour les revêtir
de cette dignité , qui cft
#
I iij
102 MERCURE

un refte du Corepiſcopat , qui
fut détruit dans le 10 fiecle.
En effet , les Doyens Ruraux
& les Archidiacres fuccederent
aux droits & aux fonctions de
Corevêque , lorfqu'on abolir
cet Ordre dans l'Eglife . Ce dé
tail doit faire juger que cette
dignité eft d'autant plus confiderable
, que le Diocefe eft tresvalte
. Toutes ces chofes font
l'éloge du Roy , & de Mr l'Abbé
de la Bozardiere. Il eft d'u
ne naiffance confiderable &
les talens de fon efprit le diftinguent
beaucoup. julłód si
Je dois vous aprendre la
9
D.
>
GALANT 103
mort de Dame Jaqueline Marguerite
de Saint Simon Sandricourt
troifiéme Prieure du
Prieuré perpetuel de Nôtre-
Dame de Bon- fecours , fitué au
fauxbourg Saint- Antoine , ruë
de charone. Elle eftoir iffuë de
lilluftre Maifon de Saint- Simon
, & proche parente de
M'de Saint-Simon Duc & Pair
de France. M' de Saint- Simon
fon Pere , Chevalier , Marquis
de Sandricours , Saigneur
d'Amblainville , Agnicourt , &
autres lieux , époufa Damoiselle
le Boffu , dont il demeura veuve
avec onze enfans qu'elle luy
I iiij
104 MERCURE
laiffa , fix garçons & cinq filles.
Plufieurs des garçons fe font
fignalez , & font morts au
fervice de fa Majefté ; entre
autres M' le Chevalier de San+
dricourt , qui fut tué à la Bataille
de Sénef , & dont la valeur
eftoit
generalement reconuë.
Monfieur le Comte de Sandricourt
fon frere, à prefent Gou
verneur de Nifines , a cû ce
Gouvernement pour récompenfe
de fes longs & fignalez
fervices , & du fang qu'il a ré
pandu pour Sa Majesté . Il ne
refte plus de cette illuftre Maifon
que ce Comte & M leMarGALANT
105
quis de Sandricourt fon frere
ainé , qui a épouſe Damoiſelle
de Montaumere , dont il n'a
qu'un fils qui doit eſtre l'unique
heritier de fa Maifon : il commande
depuis plufieurs anncés
le Regiment de Berry , & le
Roy d'Efpagne le vient de faire
Brigadier. Si le fuccés répond
aux efperances que fes belles
qualitez , & fa valeur font concevoir
, on a lieu de croire qu'il
ſoutiendra dignement la gloire
de fon illuftre Maiſon. Elle
n'eft pas feulement grande aux
yeux des hommes mais beaucoup
plus aux yeux de Dieu .
+
106 MERCURE
Les cinq filles qui en font for
ties ont toutes efté de Saintes
Religieufes ; l'ainée , qui fut
Laurence de Saint-Simon Sandricourt
, premiere Religieufe
de Notre Dame de Bon fecours
en fut feconde Prieure &
gouverna ce Monaftere durant
vingt-huit ans, avec toute
l'édification poffible , & laiffa
aprés elle Madame fa foeur, qui
eft celle que l'on vient dede per
dre : elle eftoit Religieufe de
l'Abbaye du Parc aux - Dames
à Crépi en Vallois. Madame
Bouchu , Abbeffe de Voifins
proche d'Orleans, ayant entenGALANT
107
ce
du parler de fon merite, & de fa
pieté la demanda pour foutenir
elle venoit de faire en faveur
de fa Maifon , ( croiant
ne pouvoir faire un meilleur
choix. ) Ainfi elle fortit de
celle du Parc-aux - Dames pour
fatisfaire le defir de cette digne
Abbeffe , au mois de Mars
1685. Elle y a rempli les charges
de Prieure & de Maitreffe
des Novices,avec tout le zele ,
la régularité , & l'édification
qu'on peut fouhaiter ; elle y a
demeuré huit ans aprés lefquels
elle en eft fortie pour venir à
Nôtre Dame de Bon- fecours
108 MERCURE
auprés de Madame fa foeur ,
afin de gouverner
avec elle
cette Maifon ( qui cft redevable
à ces deux illuftres foeurs de
tout le bien qui s'y pratique )
elle y fût nommé Coadjutrice
& Maitreffe de Novices, & elle
Occupa ces Charges pendant
aprés lefquels elle trois ans
>
fa
perdit Madame fa foeur. Elle
luy fucceda dans celle de Prieu
re. Sa vertu , & fa pieté reprirent
un nouveau luftre ;
modeftie & fon humilité parurent
plus que jamais , s'étoient
fes vertus favorites . Remplie
d'excellentes
qualitez pour le
(
GALANT 109
gouvernement
, elle eftoit fi
fort perfuadée de fon infuffifance
, que de neuf ans qu'elle
a gouverné ; il y en avoit cinq
qu'elle demandoit
à eſtre déchargée
& qu'elle follicitoit fa
démiffion
avec tant d'inftán
ce , que Monfieur le Cardinal
de Noailles
, qu'elle preffoit
fans ceffe de luy acorder fa
demande
, eftoit fur le point
de fe rendre à fes defirs , lors
qu'elle tomba malade d'une
fievre double tierce , dont elle
eft morte en moins de quinze
jours . Sa mort édifiante
a parfaitement
répondu à la fainteté
110 MERCURE
dans
de fa vie , elle la fouhaitoit autant
qu'on l'apprchende ordinairement
; elle reçut les Sacremens
avec une préſence d'efprit
& une pieté exemplaire,au
milieu de fes cheres Filles , &
mourut entre leurs bras ,
la cinquante-uniéme année de
fon âge. Elles font inconfolables
de cette perte . Elle a laiffé
plufieurs ouvrages de fa compofition
, & entr'autres une
Traduction du Breviaire de
fon Ordre en François , des
Meditations fur les Epitres &
les Evangiles pour tous les
jours de l'année ; & quelques
3
GALANT HI
fa modeautres
ouvrages que
ftie luy a fait fuppr mer . Son
Eminence M le Cardinal de
Noailles , a donné fon Prieuré,
en qualité d'Archevêque de
PPaarrisisàà M de Longueval ,
grande Prieure de Noftre Dame
de Soiffons , qui eft fa parente
, par la Maifon de Vignacourt.
Elle eft foeur de feu M²
le Comte de Longueval , Lieutenant
General des Armées du
Roy , & quia efté tué au fervice
de Sa Majefté en Catalogne,
& de M la Marquife de Sencterre
, Belle - mere de M le
Marquis de Florenffac - Cruffol
112 MERCURE
J
Tout le monde connoift la
grandeur de la Maiſon de Longueval
, dont nos Hiftoriens
font une mention tres honorable
Guillaume de Nangis ,
qui écrivoit fous S. Louis , raporte
qu'Aubert , Sire de Longueval
, eftoit un des plus excellens
Capitaines de ce temps,
Miles , dit-il , in armis ftrenuiffimus.
Le merite de ce grand
homme s'eft toûjours foutenu
dans les Seigneurs qui ont
continué fa pofterité ; il a
paru avec élat dans la branche
des Comtes de Bucquoy
, qui
ont commandé les Armées Im-
1
GALANT TIZ
periales : Le Prince de Longueval
, Chambellan de l'Empereur
qui eft prefentement
chef de cette Maifon ) fut envoyé
au - devant de l'Imperatrice
Douairiere , lorfqu'elle
vint prendre poffeffion du Trône
Imperial. La branche de
-Longueval , dont eſt M° la
Pricure de Bon fecours, ne s'eft
pas moins fignalée , ayant produit
dans tous les temps des
Seigneurs d'une rare valeur ,
:& dont la memoire fera toujours
chere à la France ; cellecy
eft fondue en la perfonne
de Me la Marquife de Sene-
Fanvier 1706 .
K
114 MERCURE
terre , qui avoit une fille de
fon mariage avec feu & Mible
Marquis de Seneterre de Letrange
, qui mourut l'année
derniere à la fleur de fon âge ,
& il n'en reste plus que le trifte
fouvenir dont le Ciel l'avoit
comblée. Elle avoit époufé
M' le Marquis de Florenfface
Cruffol , Maréchal des Camps
& Armées du Roy, & l'un des
Seigneurs choifis par fa Majef
té pour eftre affidus auprés de
Monfeigneur. C'eſt par cette
alliance que les illuftres Maifons
de Cruffol , de Seneterre
& de Longueval , ſe ſont joinGALANT
115
tés , les deux dernieres s'eftant
éteintes dans la premiere. Le
jeune Marquis de Cruffol , qui
eft un Seigneur de la plus belle
efperance du monde , & qui
eftrélevé avec un grand foin
au College de Louis le Grand ,
eft le fruit de ce mariage ; il a
une foeur qui eft heritiere des
belles qualitez & des graces de
feüe Mi fa mere . Mla Pricure
de Bonfecours fut mife en poffeffion
le przede Janvier par
l'un des Grands Vicaires de
fon Eminence. My le Duc
d'Uzés , M la Ducheffe d'Uzés
fa grand- mere , M & M la
K ij
116 MERCURE
Comteffe d'Uzés , M' le Marquis
de Florenffac , & M le
Marquis de Cruffol fon fils .
M la Marquife d'Antin , &
deux de Mrs fes enfans M
T'Abbé & le Chevalier de Gondrin
, & M de Barbefieux ,
niece de M le Duc d'Uzés ,
affifterent à la ceremonie &
en firent les honneurs avecM
la Marquife de Seneterre.
L'attention de M le Cardinal
de Noailles , dans la diftribution
qu'il fait de fes
dans tout fon jour , dans
choix qu'il a fait de Me de
Longueval , puifque l'on peut
Paru
graces
a
GALANT 117
dire que fa naiffance & fa parenté
avec la Maifon de Noail
les , ne font pas ce qui a porté
fon Eminence à la nommer
au gouvernement de ce Monaftere.
Sa pieté , ſa vertu , &
les talens que Dieu luy a donné
pour eftre à la tête d'une
Communauté Religieufe , luy
ont fait mériter le choix qui
eft tombé fur elle, limpe
Mrs du Chapitre de la Cathedrale
de Notre-Dame de
Langres , ont élu pour Doyen
de leur Eglife aprés la mort de
M' l'Abbé de la Roche- Jaquelin
, M' l'Abbé de Dreux , Ba
118 MERCURE
chelier de Licence , & de la
Maiſon Royale de Navarre
CetAbbé eft fils deM'de Dreux
Confeiller à la Grand
bre, & frere deMr leMarquis de
Dreux, Maréchal de Camp , &
Grand Maître des Ceremonies
de France . Ce choix fait bien
l'éloge de Mr l'Abbé de Dreux,
puifque Mrs du Chapitre de
Langres l'ont fait fans en avoir
efté follicitez ; & dés le moment
qu'ils apprirent la inort
de leur Doyen. Ils ne l'ont
fait que parce que la renom->
mée leur a appris des vertus &
des talens de ce jeune Abbé
GALANT 19
qui a efté élevé dans le Seminaire
de Saint Magloire , &
qui demeure à preſent au College
de Navarre . is afg
55 La Lettre que je vous envoye
, doit vous faire plaifir ,
puifque les articles qu'elle contient
font de la nature de ceux
que vous fouhaittez de trouver
dans mes Lettres.
slova prema tak joon 20a dres
Om LETTRE
der M Rigaldi , au Perem
sol en Cracouille.
Pour obéir à vos ordres , mon
R.Perey voicy les noms des Li120
MERCURE
vres nouveaux qui s'impriment
dans les Pays Etrangers . Mr
Guillaume Wotton , un des plus
fçavans hommes dans l'Hiſtoire
Ecclefiaftique qui foit à prefent
Angleterre , àpublié à Londres e
dans fa Langue , l'Histoire de
Rome , depuis la mort d'Antonin
le Pieux , jufqu'à la mort
de Severe - Alexandre. Dans le
cours de cet ouvrage , il loüe beaucoup
Mrde Tillemont , qui a donné
la vie des Empereurs , & Mr
Dacier, qui nous a donné feulement
la vie de Marc-Aurele Antonin.
Mr.Wotton n'avoit d'abord
refolu que d'écrire la vie de Marc-
Aurele
GALANT 121
Aurele Antonin , & de fon fils
Commode, d'Heliogabale & d'Alexandre
, c'est - à - dire , la vie
d'un tres - méchant Prince , qui
fucceda à un tres- bon Empereur ,
celle du plus fcelerat de tous les
hommes , qui eut pour Succeffeur
un Prince tout-à-fait extraordinaire
: mais il a jugé enfuite , que
pour rendre l'ouvrage plus parfait,
il estoit neceſſaire de donner la vie
des Empereurs qui ont régné entre
Commode & Heliogabale; en parlant
de Commode , noftre Auteur
conclut defes actions de folie &
de méchanceté, que c'estoit un mé-
Janvier 1706. L
122 MERCURE
que
qu'il
chant fou . Ce qu'il dit de pertinent
, fait que le Lecteur eftfâché
que ce
ce Prince n'ait pas regné plus
long-temps , il ne jouit du Sceptre
quatre - vingt -fept jours. A
peine fut-il fur le Trône ,
vouloit reformer tous les defordres
qui avoient regné fous Commode,
cet amour de la reforme luy
coûta la vie. Aprés fa mort , Fu
lien acheta l'Empire que les Soldats
mirent à l'enchere . En par
lant de Servere , e du mur celebre
qu'ilfit en Angleterre , d'un
des coftezde l'Ocean à l'autre ,
affurer fes Conqueftes en ce pays
la; Mr Wotton aẞare contre Mr
, pour
GALANT
123
de
Tillemont, que ce mur eftoit entre
les Golfes
d'Edimbourg & de
Dambriton. Ce Prince
mourut à
You
man
Angleterre
, c'eftoit
, dit
le
même Auteur , plûtoftun Prince
neceffaire à
l'Empire , qu'un
bon Prince. Il fut tresfavorable
aux Chrétiens pendant fon Regne
Procule Toporcion qui l'avoit
gueri avec de l'huile , enfit l'exper
quand ce Prince eut efté
rience
élevé à l'Empire. En parlant de
Caracalla , ilprouve que la même
Fulie avec laquelle Spartien ,
Aurele- Victor &
Eutrope , accu
fent ce Prince d'avoir commis un
inceste , eftoit fa propre mere e
L ij
124 MERCURE
non fa belle-mere . Mr Wotton ne
croit pas ainfi que beaucoup d'autres
, que Marc- Aurele- Severe-
Alexandre , qui avoit efté adopté
par Heliogabale , fut Chrétien ;
il dir feulement que ce Prince regarda
Fefus-Chrift comme un fage
Legislateur , dont toutes les inftru-
Etions eftoient preferables à celles
des Philofophes Payens .
On a imprimé à Leyde le Thefaurus
antiquitatum & hiftoriarum
Italici , &c . en plufieurs
Tomes. L'hiftoire de Guillelmine,
qu'on trouve dans le fecond Tome
eft finguliere. C'est à ce sujet que
l'Auteur dit avec Euripide , qu'il
SGALANT 125
euft efté à fouhaitter pour le Genre
humain , que la nature cuftfourni
aux hommes un autre moyen de
perpetuer leur efpece que celuy de
la Femme , afin , dit-il , qu'on
ne fut pas obligé d'entrer en
focieté avec un animal fi infidelle
, & qui a un ſigrand penchant
à la débauche. Les Paraphrafes
& Notes fur l'Epitre de
S. Paul aux Galates. A Londres ,
chez les Churchill 1705. in 4 .
Ces Paraphrafes font un ouvra
ge pofthume du celebre Mr Locke,
qui n'eftant pas Theologien de
profeffion , n'avoit pas laiẞsé d'étu
dier la Religion avec foin. A l'é-
Lij
126 MERCURE
gard de cette Epitre , noftre Auteur
embraffe l'opinion de ceux qui prétendent
, que le but de cette Epitre,
eft le même que celuy de l'Epitre
aux Romains , mais qu'il eft traité
d'une maniere differente. L'Eglife
de Galatie , avoit eftéfondée
en l'année 51. de Jefus- Chrift ,
jusqu'à l'année $ 7 . qui eft la datte
de cette Epitre ; ily eftoit arrivé
quelque defordre ; quelques Juifs
Zelez les avoient en quelque maniere
perfuadé , de fe foumettre à
la Circoncifion , & aux autres
Loix de Moyfe. Cela avoit produit
des difputes & des divifions
parmi eux : c'est pour remedier à ce
GALANT 127
mal que S. Paul leur écrit. Peuteſtre
neſera-t-on pasfâché de fçavoir
comme Mr Locke explique ce
Paffage du troifiéme Chap . Verf
20. qui ajufqu'àprefent tourmenté
les Interpretes ; or le Mediateur
n'eft pas d'un feul , mais
Chrift eft un feul . Voicy la Paraphrafe
de Mr Locke : Or un
Mediateur , eft un Mediateur
entre deux parties intereſſées ;
mais Dieu n'eſt qu'une de ces
deux parties intereffées dans la
promeffe. Il eft neceffaire de recourir
à la Note qui fuit cette periphrafe
, pour la comprendre parfaitement.
Voicy une autre diffi-
Liiij
1287 MERCURE
culté ,fur laquelle ceux qui liront
l'ouvrage de Mr Locke , doivent
s arrefter. Les Galates avant d'a-·
voir embraffé le Chriftianifme ,
eftoient Payens ; il femble cepen-
·dant , que l'Apôtre leur parle ,
comme s'ils euffent eftéfous la fervitude
de la Loy ; il faut entendre
fur cela Mr Locke luy-même.
Mr.Adouard Lhwyd A. M.
Garde du Cabinet ammolée , a
publié en Angleterre les Antiquitez
Britanniques , &c. Le pre-
-mier Tome traite des Langues &
des differens Dialectes Hermanni
Von der hardt , ad clariffi-
-mum virum Paulum Marti
GALANT 129
num Neftorium ,
reatum Cæfare, oëtam lau
Philologum
-infignem , in moſis Sereniflimi
morum Cenforis Hiftoriam ,
Genef. 11. 18. 19. 20. de vocatis
ab Adamo animalibus in
Bochartum Epiftola
.
Cette Lettre eft dattée de Helm
Stadt le 24. Janvier 1705. &
elle combat le fentiment commun
que cefut Adam qui donna le nom
particulier aux animaux. Aprés
que
Dieu cut conduit Adam dans
le Paradis terreftre , il penfa à luy
trouver une aide femblable à luy,
propre à le foulager , & à ne jamais
fefeparerde luy. C'est dans
130 MERCURE
cette vue , dit M. Von der hardt
qu'Adam pouffe parfonpropredefir
, & inftruit par la volonté de
Dieu , chercha parmi toutes les
bêtes , quelles qu'elles foient ,
& de quelque nom qu'elles fe
nomment , s'il n'en trouvera aucune
qui puiffe eftre cette compagne
perpetuelle dont il a beſoin.
Aprés avoirparcouru tous les ani
maux , Adam n'en trouva aucun
qui luy convint. Et c'eftoit donc,
felon le même Auteur , une femme
qu'Adam cherchoit , lorsqu'il fit
paffer en revue tous les animaux;
& il n'étoit pas alors dans le fentiment
qu'il femble que Moyfe
GALANT 130
luy impute de vouloir donner le
nom aux animaux. Cette interpretation
des paroles de la Genefe
commence à faire du bruit dans
1Univerfité de Helmftadt ; &
l'hiftoire du nom que le même Auteurnomme
prétendu imposé aux
animaux , paroît felon luy comme
enchaffée dans celle du deffein
que Dien eut de luy donner
une aide femblable à luy , quoique
plufieurs Interpretes prétendent
"qu'Adam n'impofa le nom aux
animaux qu'aprés qu'Eve cút efté
formée.
Il court dans le monde une Lettre
du P. Louvard Benedictin
132 MERCURE
au Pere *** du 13 Mars ,
contenant quelques remarques
fur les oeuvres de S. Gregoire
de Nazianze. Ce fçavant Religieux
annonce à fon ami dans cet
te Lettre ,que l'Ouvrage dont il eft
parlé dans le titre,ne peut effre en
état deparoître de quelques années.
Il luy parle du Scholiafte Bafile
dont Lamberius avoit fait une bo
norable mention dans fon catalo
gue de la Bibliotheque Imperiales
&remarque que ce Commentaire
eft Critique,quelquefois Theologi
que, & aveccela tres-connu. En
parlant de l'AbbéDebilli ; le Pere
Louvard découvre la mauvaise
GALANT 133
foy des Libraires qui imprimerent
le Concile Grec de S. Gregoire ,
que cet Abbé témoigne ailleurs
n'avoir jamais eu intention de
donner au Public : En effet , il ne
fit imprimer de fon vivant quefon
S. Gregoire Latin , dont il donna
même deux Editions .
Animadverfiones in Tractatum
D. Georgii Cheynai de
Auxionum methodo inversâ ,
per Abrahamum de Moyvre.
Mr de Moyure a publié ces remarques
fur la Methode inverſe
des Fluxions de Mr Cheynei.
Cette Methode eftce qu'on appelle
en France en Allemagne le
134 MERCURE
RS
calcul integral . Mr le Marquis
de l'Hopital avoit eu deſſein
de donner au Public ce qu'il en
fçavoit , il s'abftint de le faire,
&
retenu par la jufte déference qu'il
avoit pour Mr Leibnitz , quipromettoit
alors un Traité fur cefujet.
Comme Mr de Leibnitz tardoit
de s'acquitter de fa promeffe
Mr Carré le prévint , & donna
un Traité du calcul integral , Mr
Carré s'étant renfermé dans des
"bornes trop étroites , & allant à
peine auffi loin qu'avoit efté le
Docteur Wallis à l'aide de la fimple
arithmetique des Infinis , Mr
Cheynei mit la main à la plume,
GALANT 135.
AND YAM
LJ
donna fon Traité de Fluxionum
Methodo inversâ. Mrde
Moyvre preffe quelque temps
après par fes amis , & par d'autres
confiderations , de dire ce qu'il
penfoit du Livre de Mr Cheynei,
publié ces remarques critiques
Londres. Dans ce même Ouvra
ge Mr de Moyvre deffend Mr
Newtton dont Mr Cheynei avoit
jugé la methode pour trouver les
racines des Equations differentielles
, trop limitée; & ilfait voir
que cette regle a toute l'univerfa
lité qu'on peut fouhaiter. En un
mot Mr Cheynei eft un peu maltraité
dans cet oeuvre.
136 MERCURE
Il court une Lettre de Mr de la
Croze à un fçavant d'Hollande,
fur diverfes matieres de litteratu
re : Cet Auteur redreffe d'abord
Mr Ruchat fur deuxfautes qu'il
prétendu trouver dans la 43e
Homelie de S. Jean Chryfoftome
.
Mr Ruchat croit que ce Pere s'eft
trompé , lorsqu'il a dit que le Sermon
de S. Paul fe fit pendant la
Pentecôte , & unjourde Dimanche.
Mr de la Croze répondaux
objections de Mr Ruchat , enfaifant
voir que les anciens Chré
tiens donnoient le nom de Pentecôte
aux cinquante jours qui fuivoient
immédiatement aprés PâGALANT
137
que, & qui eftoit un temps de réjouiffance
fpirituelle dans les Eglifes
de ce temps - là. Sur ce que Mr
de la Croze croit qu'il n'y a per-
Jonne qui penfe que tout ce que les
Peres ont dis d'excellent : Il eftoit
aife de le convaincre que l'Auteur
de l'Art de penfer & Mr de Sacy
ont efté dans ce fentiment. Jefuis,
ſtre &c.
On debite depuis peu une
troifiéme édition du livre intitulé
: Lesplus belles Lettres Francoifes
fur toutes fortes de fujets s
Tirées des meilleures Autheurs
avec des Notes. Par P. Richelet
Troifiéme édition , revûë & corri-
Janvier 1706. M
138 MERCURE
gée & augmentée confiderablement.
TRAY JUD JOG
Ce livre ſe vend chez Michel
Brunet , grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Rien ne fait mieux connoltre
la bonté d'un livre , que le
nombre des éditions . A peine
a- t- on vendu les premiers.
exemplaires d'un livre , qui n'a
pas le bonheur de plaire , que le
public eft informé du fort que
ce livre nouveau doit avoir ; de
maniere que le Libraire eft con
damné aux dépens , ne pouvant
vendre que quelques exemplaires
d'un mauvais livre , & fi ce
GALANT 139
peu de debit fait connnoître le
peu qu'il vaut , le nombre d'éditions
d'un livre fait toûjours
connoiftre combien il eft eftimé
, & fa réputation s'augmente
& fe répand dans les lieux
le
éloignez à mesure qu'il fe r'imprime.
Il y à lieu de croire que
les Lettres de M Richelet vivront
long-temps , puifque les
autres ouvrages de cet Autheur
luy ont acquis une réputation
qui doit eftre immortelle . D'ailleurs
les Lettres de cet Autheur
ont donné lieu à des Remarques
, & à des Annotations fi
curieufes & fi utiles au Public ,
Mij
140 MERCURE
qu'il n'y a pas lieu de douter de
la durée d'un ouvrage , d'où
l'utile fe trouve joints à l'agréable.
livat
qb syntv00
Il paroift un livre nouveau
chez RaymondMazieres
, ruë S.
Jacques, à la Providence , intitulé
Remarques critiquesfurla nouvelle
édition du Dictionaire
Hiftorique
de Morery , donnée en
1704. Ces Remarques font de
deux fortes , les unes regardent
les fautes qu'on pretend qui
ont échapées , tant à M' Morery
qu'à ceux qui l'ont continué
; les autres font plutôt des
additions
à quelques articles.
dece Dictionaire
qu'une verita
NGALANT TAT
ble critique . Je n'ay rien à dire
des premieres , remarques, perfonne
n'ignore que dans un
Ouvrage d'un travail auffi immenfe
que l'eft un pareil Dictionaire,
il cft bien difficile qu'il
-ne fe gliffe quelques fautes , &
en ce cas là il eft bien plus facile
de les remarquer , que de les
éviter . Al'égard des remarques
de la feconde efpece , j'avoüc
qu'elles font belles & remplies
d'une grande & profonde éru
dition . Entre celles-là , il y en
à plufieurs qui feront beaucoup
de plaifir au lecteur ; du
nombre defquelles font les
142 MERCURE
de Barthius
de Strozzy
articles des Adamites des
Adrichomites
de
Prifcillien
d'Urceus & de Xenophanes.
Ces deux derniers fur tout
font écrits d'une maniere , tresagréable
. Dans celuy d'Urceus
on trouve des circonftances
tres -intercffantes
ple , la retraite de cet Auteur
dans le fond des forefts aprés
l'incendie de fa Bibliotheque ,
& la priere qu'il fit à Dieu à
l'heure de la mort , & qui eft
unepreuve qu'il n'eft point de
pécheur , du Salut duquel on
doive defefperer.
, par exem-
.
GALANT
143
Enfin l'Ateur de ces remarques
a écrit d'une maniere treshonnefte.
Sa critique n'eft ny
amere ny mordante , il donne non
même de grandes louanges à
M' Vaultier qui en merite auffi
beaucoup & fon ftile eft beau
& fleuri
Le Roy a donné à M' du
Gouvernement de Repair
Philippeville , qui vaquoit par
la mort de M de Viollaine.
Philippeville eft une Ville du
Pays-Bas dans le Hainaut . La
Reine Marie de Hongrie la fit
bâtir en 1555. & luy donna le
nom du Roy Philippe I I. ou
144 MERCURE
tre fa fituation naturellement
très forte , on la fortifia encore
extraordinairement pour en
faire une barriere contre les
François qui enfont neanmoins
demeuré maitres de puis la paix
des Pyrenées qui fut conclüe
en l'année 1660. M' de Viollaine
parla mort duquel ce gouvernement
vaque avoit longtemps
fervi dans les Gardes &
il a encore dans ce Corps beaucoup
de Parens il avoit donné
en plufieurs occions des marques
de fa valeur qui lui avoient
fait meriter ce gouvernement
.
Sa naiffance répondoit à fon
courage
GALANT 145
"
courage. M' Durepair qui luy
a fuccedé dans le Gouvernement
de Philippeville , a porté
les Armes toute fa , vie ; il s'eft
peu paffe d'actions importantes
où il ne fe foit trouvé , &
où il n'ait donné des preuves
de fon courage. Feu Mle Maréchal
de Luxembourg l'eftimoit
beaucoup , & il avoit
beaucoup de confiance en luy.
Mr Durepair eft d'une famille
confiderable , qui eftoit déja
connue dans le feiziéme fiecle,
& qui a produit des Officiers
d'une grande valeur . Elle eſt
·Janvier 1706. N
146 MERCURE
originaire de la Province de
Normandie.
Le Roy a gratifié d'une
penfion Me de Scudery . Gette
Dame eft belle- foeur de la celebre
Mle de Scudery , morte
il y a 4 ans , & dont les Ouvrages
rendront fa memoire precieufe
à la pofterité. Cette famille
eftoit toute confacrée à
l'amour des belles Lettres : Feu
Mr de Scudery , Gouverneur
de Nôtre - Dame de la Garde ,
époux de la Dame que le Roy
vient de gratifier d'une penfion
, a fait plufieurs Ouvrages
avec fa foeur , & d'autres fans
GALANT 147
fon fecours , qui luy ont fait
beaucoup d'honneur dans le
monde Me de Scudery qui
donne lieu à cet article a fait
voir dés fa jeuneſſe un goût
naturel pour les fciences ; &
l'âge n'a fait que fortifier cette
inclination . La famille de Scudery
eft noble & ancienne :
Elle eft originaire de Provence
, & elle doit tenir un rang
confiderable dans 1Hiftoire
des Poëtes Provençaux , qui
doit bien- tôt paroître. Elle
eftoit déja fort connue dans
cette Province dans le quinziéme
& le feiziéme fiecle , fi
Nij
148 MERCURE
on s'en rapporte à l'ancienne
tradition de Provence , fous
les anciens Comtes qui ont
·long- temps gouverné cette
Province en toute Souveraineté.
Le Roy qui accompagne
toûjours les graces qu'il
accorde d'une maniere tresobligeante
, ce qui eft une efpece
de fecond bienfait , parla
tres - avantageuſement de Me
de Scudery , en luy donnant la
penfion dont je vous viens de
parler ; & cette Dame eut autant
de lieu d'eftre fatisfaite
des termes
obligeans qui accompagnerent
le don , que du
don même.
GALANT 149
Mr le Comte de Banos eft
mort âgé de 78 ans. C'eftoit
un Seigneur Efpagnol confiderable
par
par fa naiffance & par
les emplois qu'il avoit en la
Cour d'Efpagne. Il laiſſe deux
Commanderies vacantes qui
luy avoient efté données par
le feu Roy. Mr le Comte de
Banos eftoit allié de Mr le Duc
de Medina Coeli & de la Maifon
de Spinola. Il avoit por
té les armes une bonne par
tie de fa vie , & il y
avoit acquis
beaucoup d'honneur. Il
les avoit même porté pour
fervice du feu Empereur , & il
le
Niij
150 MERCURE
avoit fait quelques campagnes
en Hongrie. M' le Comte de
Banos avoit efté dans la confiance
de Dom Juan d'Auftriche
, fils naturel du Roy Philippe
IV . qui a eû beaucoup de
part au Gouvernement dans la
minorité du feu Roy.
La Princeffe N ... de Brandebourg
, Epoufe du Prince fils
aîné du Landgrave de Heffe-
Caffel , mourut à Caffel le 19 .
du mois de Décembre dernier.
Elle eftoit fille d'Amelie- Charlotte
d'Hanover
, fille-unique
du Duc d'Hanover. Les Auteurs
parlent diverfement de
J
GALANT 151
l'Illuftre Maifon de Brandebourg
: Quelques- uns difent
qu'elle a pour tige Pierre Colomne
, que le Pape Paſchal II.
dépouilla de fes Terres , & qu'il
contraignit à fe retirer en Allemagne
, où l'Empereur Henry
V. l'établit en Suabe , & luy
donna de grands biens ; d'autres
la font venir des anciens
Guelphes , & luy donnent la
même Tige qu'à celle de Brunf
wich , & d'autres croyent que
les Marquis de Bade , les Archiducs
d'Auftriche & les
Marquis de Brandebourg, font
de l'ancienne Maifon d'Alface.
>
}
Niiij
152 MERCURE
Pour ne pas tomber dans le
fabuleux des temps obfcurs
& pour parler avec plus de fureté
, il vaut mieux commencer
cette fucceffion généalogique
depuis Dancho, Comte de
Zollern , ou Hohenzolleren,
foit qu'il fut fils de Toffillon ,
Comte d'Echingen ou de quelques
autres. Les Defcendans de
pere en fils furent Rodolphe I.
Othon , Wolfang , Frederic I.
Frederic II. Frederic III. Bouchard
qui épouſaAnaſtaſie ſoeur
de Rodolphe Duc de Souabe
, élû Empereur en 1077.
dans le temps qu'un parti op
GALANT | 153
pofemelut Henry IV. dit le
Vicil , & il eut de cette alliance
Frederic IV. pere de Rodolfe
II. fuivi de Frederic V. dont
le fils Frederic V I. époufa Elifabeth
four de Rodolphe I.
élu Empereur en 1573. & il
7
en eut Frederic VII . Comte de
Zollern , & premier de ce nom .
Burgrave de Nuremberg ou
Duc de Franconie . Ce Burgraviat
luy fut donné par fon oncle
en l'an 1189. c'eft de luy
que defcend toute la Maiſon
de Brandebourg. La Princeffe
qui donne lieu à cet article , a
efté également regrettée dans
154 MERCURE
les Eftats de Brandebourg , &
dans ceux du Landgrave de
Heffe Caffel , pere de fon
Epoux. Les agréemens de fa
perfonne , joint à un merite
prévenant , & à des manieres
tres -gracieufes , luy avoient attiré
les coeurs de tous les Sujets
de fon Pere & de fon Epoux.
La Maiſon de Heffe , dont ce
dernier eft le Chef, eft une des
plus illuftres d'Allemagne , par
fa Nobleffe , par fonancienneté
, & par les Grands hommes
qu'elle a produits. Elle tire fon
origine de la Maiſon de Brabant.
Henry le Magnanime
GALANT 155
Duc de Brabant , ayant eu deux
fils de deux femmes , Henry
le Clement de Marie de Souabe
, & un autre Henry , dit
l'Enfant , de Sophie de Turinge
. Cette Sophie eftoit fille de
Saint Louis fixiéme du nom ,
Landgrave de Heffc & de Turinge
, & de Sainte Elifabeth
de Hongrie. On prétend que
ces Landgraves defcendoient
de Louis II. fils de Charles de
France , Duc de Lorraine , &
de fa feconde femme Agnés de
Vermandois. Voilà la fource
de la Maifon de Heffe.
Le Prince Guillaume II . fre
156 MERCURE
re du Roy de Dannemarck ,
elt mort à Coppenhague aprés
quelques jours de maladie. L'illuftre
Maifon d'Oldenbourg
,
qui eſt à preſent ſur le Trône
de Dannemarck , defcend de
Theodore le Fortuné , Comte
d'Oldenbourg , qui cut trois
fils . Gerard, furnommé le Courageux
, eftoit le troifiéme , &
il mourut en exil en 1499. Il
avoit époufé en 1453 .
en 1453. Adelaïde
Comteffe de Tecklenbourg
,
qui mourut en 1477. Il en eut
cinq fils. Jean l'un d'eux , fut le
quatorziéme Comte d'Oldenbourg
, il mourut en 1576. il
GALANT
157
avoit époufe en 1498. Anne ,
de la Maifon des Comtes d'Anhalt,
qui
ut en
1531. Antoine
, qui fut Comte d'Oldenbourg
, du confentement de
Les freres, fortit de ce mariage ;
il époufa en 1537. Sophie
Ducheffe de Lawembourg
dont il eut Jean XVI. Comte
d'Oldenbourg , qui époufa en
1576. Elifabeth , fille du Comte
de Schwartzburg , dont il
cut Antoine Gontier, qui époufa
en 16 34. Sophie- Catherine,
fille d'Alexandre , Duc d'Holface-
Sunderburg. Voilà l'origine
del'illuftre Maifon d'Ol158
MERCURE
dembourg. Je ne la pouffe pás
plus loin , tant parce qu'elle eft
affez connue , qu'à cauſe qu'un
plus grand détail rendroit cer
Article trop long. Il fuffit de
dire , que la Famille Royale de
Dannemarck a fait deux branches
Ducales ; fçavoir de Sinder-
burg & de Gottorp Hol
ftein , & que les Gentilshommes
Danois , par reſpect pour
leurs Souverains & pour les
Princes qui fortent de la Tige
Royale , ne prennent jamais les
Titres de Marquis , de Comtes,
& de Barons. Le Prince Guillaume
qui vient de mourir ,
GALANT 159 .

donnoit de grandes efperances ;
il avoit efté élevé avec beaucoup
de foin , & il avoit voyaen
diverfes Cours de l'Europe
, & il fut reçu avec beaucoup
de diftinction à celle de France
, lors qu'il y paffa , Il eftoit fils
du feu Roy Chriftierne V. ou
VI. felon d'autres , & de Charlotte
de Helle - Caffel. Chriftierne
V. eftoit fils de Frederic
III. qui fut élu Roy aprés la
mort de Chriftierne V. fon frere
aîné , qui ayant efté élû Roy
de Dannemarck du vivant de
Chriftierne IV . fon pere , mourut
une année avant luy ; ce fût
1460 MERCURE
en 1647. en allant prendre des
caux minerales en Saxe. Chriftierne
IV. eftoit Bifaycul du
Roy qui regne aujourd'huy ,
& du Prince qui vient de mourir
, & il eftoit Arriere- petit - fils
de Frederic I. qui ufurpa le
Trône de Dannemarck fur
Chriftierne II . fon neveu.x
Il y a quelque temps que le
Comte Ferdinand- Charles de
Wels Confeiller d'Etat de
1 Empereur préta Serment entres
les mains de ce Prince, pour
la Charge de Lieutenant Général
de la baffe Autriche. La
baffe Autriche eft au de là du
GALANT 161
Danube. Vienne eft dans la
baffe Autriche , ce pays eſt le
• feul Archiduché qu'il y ait au
monde. L'Empereur Frederic
Barberouffel'erigea d'abord en
Duché par Lettres données à
Ratifbonne le 17.Septembre de
Pan 1156. on peut juger par la
fituation de la baffe Autriche
& par l'avantage qu'elle a d'avoir
dans fon enceinte la Villc
où l'Empereur fait fa Cour ,
dans qu'elle eftime doiteftre celuy
qui eft revêtu de la Charge
de Lieutenant Général de tout
le pays. M' le Comte Charles-
Ferdinand de Wels avoit déja
Fanvier 1706.
162 MERCURE
donné des preuves de fon merite
& de fa capacité dans l'excerce
de la Charge de Conſeiller
d'Etat , & l'Empereur en luy
envoyant celle de Lieutenant
general de la baffe Autriche , a
accompagné ce don des éloges
les plus magnifiques . Ce Comte
eft forti d'une ancienne famille
établie à prefent dans l'Autriche
, nés originaire de Silefio.
Plufieurs perfonnes d'une haute
réputation font forties de
cette Maifon , & ont rendu
dans ces derniers ficcles cenom
fort celebre en Allemagne
.
Le Docteur Georges - Fre
GALANT 163
deric Schik prêta le même jour
ferment pour la Charge de
delier
du même Pays . Cette
dignité donne une grande
autorité à celuy qui en eft rcvêtu
; fes droits s'étendent fur
la Ville de Vienne , & fur celles
de Lintz , d'Ems , de Neustadt ,
& de Crems . Les Hiftoriens remarquent
que
Leopold V. du nom , Marquis
d'Autriche , ce Pays avoit déja
fes
Chanceliers. Ce Marquis
dont la Sainteté a efté confir
mée par un grand nombre de
miracles , deceda l'an 1136. II
avoit fuccedé à Leopol IV.
du
temps de
S.
O ij
164 MERCURE
Li
mort en 1996 , & il eut pour
fucceffeur fon fils aîné Henry
II. qui fut le premier Duc
d'Autriche. Le Docteur Geor
ges - Frederic Schik paffe pour
un des plus grands Magiftrats
d'Allemagne. Il a donné dans
les divers emplois qu'il a exercez
, de fortes preuves de fa
capacité & de fon integrité ;
quelques droits qu'il euft de
prétendre d'ailleurs à cette dignité
, on peut dire que c'eft
à fon feul merite & à fa feule
reputation qu'il en eft redeva→
ble. Le choix de l'Empereur a
efté applaudi dans cette occaGALANT
165
fion , & le nouveau Chancelier
a reçû des complimens de tous
les differens Ordres de l'Autriche
plufieurs Princes même
de l'Empire luy ont fait témoi
gner la joye qu'ils avoient de
fon élevation , & de la juftice
qui a cité rendue à fon merite ..
Le Roy d'Eſpagne a nommé
à l'Evêché d'Ofma , Dom
André de Soto , Inquifiteur du
Confeil Suprême.Perfonne n'ignore
de quelle importance eft
ence pays la dignité d'Inquifiteur
du Confeil Suprême , &
quel relief elle donne à celuy
qui en eft revêtu . Dom André
166 MERCURE
de Soto eft un des plus fçavans
Ecclefiaftiques d'Espagne , il
s'eft appliqué toute la vie à tout
ce qui regarde le Droit Canon,
& il a fait de grands progrés
dans cette étude. Le nom de
Soto eft celebre en Espagne ,
où un celebre Jacobin de ce
nom brilla fort dans les matieres
de la Grace , & il eut de
grandes difputes fur cette matiere
, avec Catharin un de fes
Confreres , & avec Medina ;
Soto & Catharin curent des
Evêchez à la fin du Concile.
Le nouvel Evêque d'Olma def
cend de la famille de ce celebre
&
GALANT 167
Jacobin. Il joint à une parfaite
intelligence des Sciences humaines
une grande pureté de
mours , & une exactitude dans
fa conduite qui luy à attiré
une eftime generale dans toute
l'Espagne. Il a reçu dans cette
occafion des complimens de
tous les Miniftres , & de tous
les Confeillers d'Etat.
Dom Jorges de Cardenas ,
Evêque d'Olma , eft mort depuis
quelques mois. Ofma ou
Ofmo eft une Ville d'Efpagne
dans la vieille Caftille , avec
Evêché fuffragant de Burgos.
Cette Ville eft prefque entiere
168 MERCURE
ment ruinée . Les Latins la nomment
Oxama , Oxoma , & Uxuma.
On voit auprés de les murs
un Bourg , que les Espagnols
nomment Borgo d'Ofma. Dom
Jorges de Cardenas a fait de
grands biens à cette Eglife , &
y a laiffé de grands exemples
de vertu. C'eftoit un Prelat
fort attaché à fes devoirs , &
que rien n'eftoit capable d'en
détourner. Il refidoit continuellement
dans fon Evêché ,
& il n'en eftoit jamais forti que
pour des affaires indifpenfables
ou qui regardoient le bien de
fon Eglife. Il avoit pris pour
modéle
GALANT 189
modéle dans l'adminiftration
Epifcopale , Saint Charles Borromée
, Archevêque de Milan ,
qui eft en effet un veritable modele
d'un parfait Evêque.
A
Sa Majefté Catholique a far
M' ic Marquis de Villagarcia ,
Surintendant general des Rentes
Royales. Cette Charge eft
tres- belle & d'un tres - grand
détail. On ne la donne ordinairement
qu'à des perfonnes
de confiance & d'une fidelité
éprouvée. M' le Marquis
de Villagarcia cft d'une
naiffance diftinguée , & il
eft allié aux plus grandes mai-
Fanvier 1706. P
190 MERCURE
fons d'Espagne. Ceux qui le
connoiffent fçavent que c'eft
une des meilleures teftes du
Confeil d'Espagne , il a donné
en plufieurs occafions des preu
ves de fon intelligence & de fa
capacité. Il a efté élevé dans
les affaires eftant encore fort
jeune. Gafpard Villapandes ,
Docteur en Theologie de l'Univerfité
d'Alcala , qui fut envoyé
à Trente , où il écrivit
la deffenſe de la Foy Ca
pour
tholiquecontre les Heretiques,
defcendoit d'unefille de la Mai
fon du Marquis de Villagarcia ,
de même que Louis VillapanGALANT
191
des , Religieux Eſpagnol , de
l'Ordre de Saint François , qui
vivoit dans le même temps
qui a reduit la Langue Indienne
en Methode, & qui a donné
des regles certaines pour l'apprendre
facilement. On peut
voir le livre intitulé : Bibliotheca
Hifpanica , fur ce fujet.
Le Royd Efpagne aauffi donné
à Dom Thomas de Pomar
du Confeil Suprême d'Aragon ,
le titre de Marquis de Mianas
dans le même Royaume . Ce
Prince a auffi difpofé du Regi
ment , dit le Jaune , en faveur
de M' le Marquis de Torrecil
Pij
192 MERCURE
la , & elle a donné à Dom Miguel
Ladron de Guevara la
place vacante d'Alcalde de la
Cour de Navarre. Dom Thomas
de Pomar eſt d'une tresancienne
Maiſon du Royaume
d'Arragon , déja fort connue
fous le regne du Roy Ferdinand.
On ne donne ces titres
de Marquis qu'à des perfonnes
tres - qualifiées. D'ailleurs la
Charge qu'il a exercé dans le
Confeil Suprême , eft une preu
ve fans replique de fon merite
& de fa capacité. Le Regiment
Jaune eft un tres-ancien Corps ,
& on n'en donne jamais le comGALANT
193
cité
les
mandement qu'à des Officiers
d'une valeur éprouvée , & d'un
merite reconnu. Le Seigneur à
qui S. M. Catholique vient de
le donner , diftingué
par fa naiffance & par
fervices qu'il a déja rendus depuis
qu'il porte les armes. Il eft
d'une des meilleures Maifons
du Royaume de Caſtille , difstinguée
par les emplois qu'elle
á eu, & par les perfonnes de merite
qui en font fortis . Dom
Miguel Ladron de Guevara , à
qui le Roy d'Espagne a donné
la place vacante d'Alcalde de la
Cour de Navarre , eft genera-
Piij
194 MERCURE
lement eftimé en Eſpagne. II
s'eft fait une folide reputation
dans tous les emplois qu'il a
exercez jufqu'à preſent .
Je ne vous ay pas parlé fouvent
de M' le Marquis de Caftel
- dos Rius , depuis fon départ.
J'attendois d'un mois à
l'autre , fon embarquement
,
pour la Viceroyauté du Perou ;
mais des contre - remps continuels
ont fait differer fon départ.
Il eft toûjours dans la
Ville de Cherez en Andaloufie ,
à cinq lieues de Cadix , où il
attend toûjours des ordres
pour s'embarquer. Son inteGALANT
195
reft particulier, quelque grand
qu'il foit , n'a pas tant de part
à l'impatience où il eft de remplir
cet important employ ,
que le zele , que le monde luy
connoift , pour le fervice du
Roy fon Maiftre. Il vient de
faire briller avec éclat ce même
zele , dans la Ville de Cherez ,
à l'occafion de la Fefte du Roy
Catholique. On n'a pas moins
admiré en France fon gouft
que fon efprit , fes manieres
& fes grandes qualitez . Il n'eſt
pas neceffaire qu'il fe trouve
dans l'abondance pour eftre
magnifique , & au milieu des
Piiij
196 MERCURE
Arts pour donner de la pompe,
& de l'éclat à tout ce qu'il vous
produire. On n'avoit pas encore
yû dans l'Andaloufic und
Feſte de la magnificence & du
gouft de celle que Son Excellence
a imaginée & fait execucuter
, pour ce celebre jour de
la naiffance de Philippe V. qui
fe trouve le 20. du mois de
Decembre. Cette Feſte commença
dés le foir du 19. par
de grandes illuminations , &
par des feux d'artifices d'une
nouveauté finguliere . Tout
l'Hoſtel de Son Excellence parut
brillant de lumieres , & le
GALANT 197
feu d'artifice qui fe tira devant
fon Hoſtel , fut admirée par la
varieté , l'abondance , & la
beauté de l'artifice , qui furprirent
également. Le nombre
desxfpectateurs , y fut tresgrand
, & tout les fideles habitans
de Cherez donnerent
avec empreffement des témoignages
publics de leur amour
& de leur zele leur legipour
time Souverain , par des cris de
joye redoublez qu'ils faifoient
fucceder au bruit des Trompertes.
Les acclamations du
peuple répondoient aux fanfares
, & en faifoient comme
198 MERCURE
Fécho ; & même ce grand fpectacle
eftant fini , le peuple fembla
redoubler fes cris de joye ,
en criant d'une maniere qui
marquoit fon amour & fon
zele , Victor Phelipe Quinto . Ce
grand fpectacle fut fuivi d'une
belle Mufique & d'un magni,
fique repas que donna Son Excellence
à un grand nombre de
perfonnes de diftinction de la
Ville & des environs . Le len→
demain S. E. fit chanter une
grande Meffe dans l'Eglife des
·Peres Carmes par une nom
breufe & excellente Mufique
mellée de tres - belles voix &
GALANT 199
de quantité d'excellens inftru
mens. Le concours de la Nobleffe
y f tres- grand ; & un
des plus habiles Predicateurs y
prononça à la gloire de Philippe
V. un difcours des plus
beaux & des plus éloquens en
langue Caftillane. Cette Ceremonie
fut encore fuivie d'un
grand repas , & pluſieurs divertiffemens
differens fe fuccederent
les uns aux autres . Son
Excellence ne put contenir fa
joye pendant le refte de la
journée , en voyant celle de ce
fidelle peuple , qui ne fe laffoit
pas de témoigner fon affection
200 MERCURE

& fon refpect pour Philippe
V. & qui recommençoit à tous
momens fes acclamations &
fes éloges . Je ne puis vous rien
dire qui vous furprenne , en
vous parlant avantageufement
de S. E. l'idée qu'il a donnée
icy pendant
ne longue & fameuſe Ambaffade
, parle toûjours en fa faveur
. Le temps ny fon éloignemy
effament
ne la peuvent ny
cer ny affoiblir , & le nom de
Caftel- dos- Rius fera todiof
etle temps d'utoujours
en veneration dans toute la
France.
Le Dimanche 3. Janvier ,
GALANT 201
4
M'Molagne Irlandois , & Profeffeur
de Mathematique dans
la Chaire fondée au College de
Guyenne de Bordeaux , par
feu François de Candalle , Evêque
d'Aire , fit prononcer par
deux Ecoliers , l'Eloge de la Famille
de Foix de Candalle ; M*
de Guyonnet , fecond fils de
M' de Guyonnet , Confeiller
au Parlement de Bordeaux fit
l'ouverture , & s'étendit avec
beaucoup d'éloquence & de
grace fur l'alliance de la Famille
de Candalle avec l'Augufte
Maifon de Bourbon , d'où il
prit occafion de faire le Pane-

202 MERCURE
gyrique du Roy , & il loüa fur
tout la fage prévoyance
de Sal
Majefté, qui a fait échoüer dans
la Campagne
derniere , les orgueilleux
projets de Milord
Marlbourough
. Ce jeune Ora
teur ayant achevéfon difcours,
fon frere aîné qui foutint un
Acte de Mathematique
en préfence
du Parlement
de Bor->
deaux le 1 o . Aouſt 1704. propofa
plufieurs difficultées
fur
les proprietez
des Lignes per
pendiculaires
contre Mr de
Prefle , fils de Mr de Prefle ,
Confeiller du Roy , Receveur
des Epices , Vacations &
GALANT 203
Amandes du Parlement , qui
luy répondit avec beaucoup de
folidité & de jufteffe . Aprés
quoy Mr Cardoze , Docteur
en Medecine , propofa à Mr de
Guyonner
Cadet , plufieurs
Arguments
contre quelques
Axiomes d'Euclide , & contre
la Methode de Sintheze , dont
ce Soutenant fe fervoit pour
démontrer les proprietez admirables
des Lignes droites &
perpendiculaires
, fans avoir recours
aux Triangles , comme
font d'ordinaire les Commen
tateurs d'Euclide.
Mr de Prefle fit la clofture
204 MERCURE
de cette action par un beau difcours
à la louange du Fondateur
de ladite Chaire de Mathematique
; il fit valoir avec
beaucoup d'efprit , l'utilité de
cette Science , & n'oublia pas
les obligations qu'elle a au genie
fuprême de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , dont la
Methode pour abreger & faciliter
l'étude de cette Science ,
paroift dans un Livre que fon
Profeffeur de Mathematique
a
donné au Public. Il dit que de
même qu'il faut neceffairement
le Soleil pour diffiper entierement
les tenebres de la nuit , il
GALANT 205
falloit cet Aftre du fang de Bourbon
, pour ofter l'obscurité , qui
jusqu'icy a paru infurmontable
dans la Geometrie. Mr de Prefle
continua par l'éloge du Duc de
Foix , & de Sufanne- Henriette
de Foix , Princeffe de la Tefte
de Buch. Elle eft fille , & quoy
qu'âgée de quatre-vingt ans ,
elle a plus de penetration d'efprit
& de difcernement dans les
affaires que fon âge & fon fexe
he permettent ordinairement..
Cette Princeffe , joint à la pe
netrationde fon efprit une pic
té exemplaire , ayant fait plu
fieurs Fondations dans la Pro-
•Janvier 1706. Q
}
206 MERCURE
vince de Guyenne , d'Hôpitaux
& de Monalteres . Mr de Prefle
finit par les louanges qu'il donna
aux Maire & Jurats de Bordeaux
, qui s'attachent avec
beaucoup d'attention , à faire
fleurir toutes fortes de Sciences
dans le College de Guyenne,
dont ils font les Patrons .
Ce qui fuit eft tiré d'une
Lettre de Bordeaux.
Une Demoiselle Angloife de
la famille de Jayenfonhagée
d'environ dix - neuf ans , fortit
d'Angleterre , par un coup de Providence,
en l'année 1700. fei
GALANT 207
Co
5.
@gnant d'eftre malade ,& que le
changement d'air eftoit neceffaire
au recouvrement de fa fanté.
Elle vint à Bordeaux , où elle
demanda d'eftre élevée comme
alliée de Milord , felon noftre
fainte Religion. On prit foin de
cultiver fes bonnes difpofitions.
Elle abjura la Religion Protef
tante le 8. Septembre 1701 , Ses
Parens s'en offencerent , & la
renoncerent pour toujours . Elle en
fit de mefme à leur égard.
Elle a demandé l'Habit defainte
Thereſe au Grand Convent des
Dames Carmelites de cette Ville ,
qu'elle prit le 27. Decembre der-
Qij
208 MERCURE
en
nier , avec tant d'édification
préſence d'une fi nombreuſe
Affemblée , qu'on n'ajamais rien
vú de pareil & de fi édifiant.
Les nouveaux Convertis quifont
icy , affifterent à cette Ceremonie,
de l'un de l'autre fexe , dont
&
ils furent tres-édifiez. Mr l'Ab
bé de Champoffin , Vicaire Ge
neral des Eglifes de l'Ordre de
Malte au grand Prieuré de Tou
loufe , prêcha à cette Vesture . Son
Texte fut , Veni de Libano
fponfa mea , de cubilibus Leonum
, de montibus pardorum
veni Coronaberis
. Cant, 4. cap.
Ce deffein fut trouvé juſte
GALANT 209
bien rempli pour la gloire de nôtre
fainte Religion , & de l'invinci
"ble Monarque qui la foutiens
avec tant de gloire e tant d'heu
reux fuccés, Turnout 25.1
Cette Converfion cft d'auz
tant plus fincere que cette Demoifelle
eft entrée dans un
Convent d'un Ordre fi fevere,
qu'il faut eftre veritablement
penetrée de l'amour de Dieu
pour prendre le party qu'elle
a choifi. choifik
Le S' Jollet , demeurant fur
le Pont S. Michel , vis - à- vis la
rue de l'Hirondelle , au Livre
Royal vient de mettre en
210 MERCURE
vente un Livre intitulé Nour
velle Merbode de Geografienpour
apprendre facilement retenir
longtemps la Geografie moderne
l'ancienne , l'Hiftoire moderne
& l'ancienne , le Gouvernement
des Etats , les interefts des
Princes , leurs Genealogies ere
Ce Livre eft d'un deffein tour
nouveau , rempli de tant de
chofes differentes
, que pour
vous bien faire entendre de
quoy il s'agit , j'ay orû vous
devoir envoyer l'Avertiffement
qui eft à la tête de cet Ouvrage,
La Modeftie de l'Auteur eft fa
grande , que je n'ofe vous en
*
UGALANT 211
dire davantage. Je n'ay rien
changé à cet Avertiffement
dont l'ortografe pourra vous
faire connoiftre l'Auteur.
-rebom uriofjildo
Mon Ouvrage intitulé , Nou
velle Metode de Géografie Hiftorique
, eft destiné à anfeigner
la Geografie moderne & l'anciène,
les Interêts des Princes , leurs Généalogies
, le Gouvernemant des
Etas , & c.
Il contient des Cartes Géogra
fiques , des Tables Généalogiques,
des Plans de Viles, des Plans de
des Reprefentations
[ d Affemblées du Clergé , de tenues
Batailles
212 MERCURE
de Dietes , de Parlemans , d'Etars
Généraus on Provinciaus & de
tout ce que j'ai cru le plus propre à
faire aprandre facilemant & à
faire retenir lontems.
par
Chacune de ces Cartes , de ces
Tables , c. cft accompagnée d'une
ou de deus Marges , qui contie
nent des difcours inftructifs pour
faire entandre ce qui eft repréſanté
la Carte , par la Table , &c.
Mes Cartes , mes Tables , c.
font de la grandeur ordinaire des
Cartes Geografiques qu'on nome
des Cartes d'une feuille , telle
font celles des Livres, qu'on nome
ordinairement des Atlas , los
Marges
que
GALANT 213
4.
Marges qui font deftinées à les
acompagner font imprimées de la
mêmegrandeur : je les ai auffifait
imprimer en petit , féparées des
Cartes , enforte qu'elles compofent
des Livres du volume qu'on apelle
in octavo: Ainfi on poura avoir
les Cartes jointes aus Marges , les
Cartes fans Marges , & les Liures
qui ne contiendront que
Marges. Ceus qui voudront tirer
decet Ouvrage l'utilité à laquelle
il eftdeftiné , feront bien en lifant
les Livres des Marges , d'avoir
devant eus les Cartes qu'ils expliquent
, & dejeter de tems en tems
les yeus deffus.
Janvier 1706. R
les
214 MERCURE
que
7.
Fe comencepar les Cartes Géografiques
, parce qu'on peut aifemant
les comprendre fans avoir
d'autre conoiffance , au lieu
l'Hiftoire , la Cronologie , la Généalogie
, c. ne fe comprènentpas
fi bien , & ne fe retienent pasfi
lontems , quand on ne conoit pas
les Pays les Viles dont il eft
parlé , foit dans l'Hiftoire , fait
dans les difcours qui enfeignent le
Gouvernement
des Etas , & c.
Dans les Marges qui acompa
gnent ces Cartes Geografiques ,j'ai
mis en lettre Italique & en peu de
mots , des chofes curieufes , qui ne
font pas puremant Géografiques ,
GALANT
215
12
qui ont raport à l'Hiftoire on
au Gouvernemant des Etas ,
que j'ai cru propres à faire retenir
ce qui eft puremant Géografique.
Mon Ouvrage de la Géografie
Hiftorique contient pluſieurs parties
, qui peuvent être jointes on
féparées , come l'on veut. Il y en
a pour la conoiffance du Globe de
la Terre en général , pour chacune
desgrandes quatreparties de la Terre
, Europe , Afre , Afrique , &
Amerique , pour chacun des grands
Etats de l'Europe , come la France
, l'Espagne , l'Alemagne , l'Ita
lie, &c. Ily en a même pour
chacunedes Provinces de France.
Rij
216 MERCURE
Fai fait un Avertiffemantgé
néral qui fait voir
vée.
1. Le deffein de tout l'ouvrage.
2. La Metode qui y eft obfer-
23. Les parties dont il eft compofé.
4. L'usage qu'on enpeutfaire,
foit pour s'inftruire foi - même ,
foitpour inftruire les autres.
Je me contenterai de mettre ici
ce que j'ai cru abfolumant néceffaire
pour faire entendre ce qu'il
yadenouveau dans la metode dont
mefers.
je me
Faiconu conu par mon expériance &
par celle des autres , que ce qui emGALANT
217
pêche qu'on ne profite autant qu'on
le voudroit des Cartes & des Livres
qui ont étéfaits jufqu'icipour
anfeigner la Ceografie , l'Histoire,
& tout ce quiy a quelque raport ,
eft la multitude des objets qu'on
voit en même tems , le mau
vais ordre dans lequel ilsfont prefentez
à l'imagination . Pour y remedier,
j'ai difpofe mon Ouvrage
de manière que l'on y voitparpar
ties dans plufieurs Cartes diferen
tes d'un même Pays , tout ce qu'on
voit enſemble dans une feule des
Cartes ordinaires : de forte qu'un
home qui comance à étudier, peut
aprandre d'abord les chofes généra-
Riij
218 MERCURE
que
les , comefont les noms & lafitua
tion des Provinces , avant que
ſe charger du détail des Rivières ,
des Viles & desautres chofes parti
culières , dont laconoiffance fupofe
celle des chofes générales. Au lieu
dans les Cartes ordinaires , celui
qui étudie , par example la
France , &quipour alerpar ordre,
veut s'atacher d'abordpour en conoître
les Confins ou les Provinces,
voit en même tems , fans pouvoir
sen empêcher , le nom des Rivières,
des Montagnes , & des moindres
petites Viles , ce qui confond fes
idées , & l'empêche de rien retenir.
GALANT 219
Chacune de mes Cartes ne con
tient qu'autant d'objets qu'on en
peut aprandre à la fois , je les
regarde come autant de leffons feparées
pour ceus qui veulent etudier
tout feuls , ou pour ceus qui
veulent anfeigner les autres : Et
afin qu'elles leur faientplus utiles,
je les ai difpofees de maniére
qu'aprés avoir apris quelque chofe
dans une Carte , on trouve enfuite
une Carte toute femblable pour
l'enluminure , pour la divifion des
Pays , pour le cours des Riviéres,
pour la pofition des Viles , &c.
mais on n'y trouve plus de noms
cela afin que celui qui a apris
Riiij
220 MERCURE
quelque chofe dans une Carte où
ily avoitdes noms puiſſe le tépéter
dans celle où il n'y a rien d'écrit
, & reconoître s'il le fait bien,
ou fe l'imprimer mieus dans l'imagination
,s'il ne le fait que me→
diocremant. Et ces Cartes où il
n'y a rien d'écrit , & que je no
me des Cartes de répétition
,
l'expériance m'a fait voir qu'elles
font d'un fort grand usage . C'est
par cette même raifon que j'ai fait
mes Cartes , de manière que
celles qui fuivent , on voit tout
ce qui est néceffaire pourfe fouve
nir de tout ce qu'on a apris par
les précédantes. Par example dans
·
dans
GALANT 22F
la Carte des Riviéres de France ,
on voit les ponctuations qui marquent
les Confins du Royaume &
la figure des Provinces , avec les
pofitions des Viles Capitales qu'on
a vues dans les Cartes précédantes,
ainfi de fuite dans toutes les
autres , où l'on trouvera toujours
tout ce qui fera néceffaire pour fe
fouvenir de ce qu'on aura apris
dans les premieres.
F'ai fait pour les Tables ,foit
Cronologiques , foit Généalogiques
, la même chose que pour les
Cartes Géografiques , comanfant
par des chofesfimples & générales,
avant que de venir de venir à de plus
222 MERCURE
grands détails : Car tout de même
que dans les Cartes , je fais voir
d'abord les Confins , & que je
viens enfuite aus Provinces
avant que de montrer les Viles &
les Riviéres , tout de même dans
les Tables Généalogiques de la
troifiéme Race des Rois de France ,
par example , j'en done d'abord
une idée générale , j'en fais voir
l'origine , le comancemant de fa
grandeur , les Chefs des principales
Branches qui ont poffedé la
Courone : Je fais conoître enfuite
tous les Princes qui ont regné ,
ceus qui ont fait des Conquêtes
puis les Princes cadets qui ont
GALANT 223
comancé des Branches , qui n'ont
pas regné : Et je tâche aprés cela
à faire conoître plus en détail tous
les Princes qui font forti de la
Maison Royalle , & même ceus
qui vivent préfentement.
Er dans les Tables Cronologiques
, je fais voir les comancemans
& les principales Révolutions
des Etas , avant que de venir à
un détail plus curieus
événemans .
pour
des
Meffire Charles de Reynier ,
Commandeur de l'Ordre de
S. Louis , Lieutenant de Roy ,
& Commandant dans la Ville
224 MERCURE
& Gouvernement de Broüage ,
mourut dans fon Gouvernement
fur la fin du mois de De
cembre dernier. Il avoit fervi
le Roy avec beaucoup de diftinction
, & il eftoit encore plus
diftingué par fon merite que
par fes emplois : il eftoit de la
Maiſon de Reynier de Touloufe
, tres noble & tres- ancienne
dans la Province de Languedoc
.
M' Pouchard , de l'Academie
Royale de Sciences , Profeffeur
en Langue Grecque au
College Royal , & qui tenoit la
plume dans la Compagnie de
GALANT 225
ceux qui ont cfté choifis pourtravailler
au Journal des Sçavans
, a laiffe par fa mort ces
trois places vaccantes . C'eftoit
un Juge fevere , qui condamnoit
prefque tous les ouvrages
d'efprit , & qui trouvoit toûjours
des deffauts , dans tous
les Livres que fes Affociez
prouvoient . Je veux croire
que cela provenoit d'une trop
grande delicateffe d'efprit , cependant
on doit toûjours encourager
ceux qui courent une
carriere où l'on ne cuëille que
des lauriers fteriles , pendant
que plufieurs de ceux qui prenap226
MERCURE
21
nent des partis oppoſez , font
plus de fortunes en un jour ,
que tous ceux qui s'attachent à
l'étude des Lettres , ne peu
vent faire enfemble en un fiecle
entier. Si l'on avoit cenfuré
autrefois les ouvrages d'efprit ,
de la même maniere que l'on
fait aujourd'huy , l'Empire des
Lettres fe trouveroit defert , &
plufieurs de ceux dont les premiers
ouvrages n'ont pas réüffi,
auroient ceffé d'écrire , & ne
feroient point devenus l'ornement
de la France , & l'admiration
de toute l'Europe , où
leurs écrits fe font répandus.
"
GALANT 227
On en voit encore aujourd'huy
qui n'ont commencé à paroître
dans le monde , que par de fimples
Elegies , & qui font devenus
des lumieres de l'Eglife.
Enfin, l'Eglife, le Bareau, & pluficurs
Compagnies du Royaume
, font remplies de Sçavans ,
dont les premiers ouvrages
n'ont pas brillez .
" M' Boivin , Sous - Bibliothecaire
de la Bibliotheque du
Roy , qui a donné une traduction
Latine de Gregorias , a
efté pourvû de la Chaire de
Profeffeur , qu'avoit feu M
Pouchard , & M ' l'Abbé Fra228
MERCURE
guier de l'Academie des Sciences
, travaille au Journal des
Sçavans , à la place du deffunt.
Comme je vous parle de la
mort de tous les Docteurs de
Sorbonne , à moins qu'il n'en
échape quelqu'une à ma connoiffance
, je dois vous dire ,
que la petite verole qui a emporté
cette année des perſonnes
de tout fexe & de tout âge ,
a auffi enlevé M l'Abbé du
Meynel , dans un âge tres-peu
avancé. Il eftoit Docteur en
Theologie de la Faculté de Paris
, & de la Maifon Royale de
GALANT 229
Navarre , Chapelain du Roy ,
& haut- Vicaire de Notre- Dame.
Il s'eftoit fait eftimer beaucoup
en Sorbonne , pendant
fa Licence , ainſi que dans le
Seminaire de S. Magloire , où
il avoit demeuré long- temps .
M ' le Marquis de Tourouvre
, Colonel du Regiment de
Vermandois , & Brigadier
eftant mort ; le Roy a donné
fon Regiment à fon frere , qui
en eftoit Capitaine depuis longtemps
. M' le Marquis de Tourouvre
eftoit Chef de la Maifon
de Vauve , qui defcend des
anciens Comtes de Poitiers , &
S
Janvier 1706.
230 MERCURE
qui eft alliée aux plus illuſtres
de la Province de Normandic
& du Perche. Il laiffe des enfans
de Dame N... de Xime→
nes , fille de M le Comte de
Ximenes , Lieutenant general
des Armées du Roy , & Gou
verneur de Maubeuge . M le
Marquis de Tourouvre a un
frere Docteur de Sorbonne ,
grand Archidiacre & grand
Vicaire de Rouen ; cet Eccle-
•fiaftique , qui a efté élevé dans
le Seminaire de S. Magloire
,
eft dans une haute eftime. Tourouvre
qui eft une des principales
terres de la Maifon de
GALANT 231
Vauve , eft à l'entrée de la fo
reft du Perche , qui eft une des
plus grandes du Royaume , &
à une lieuë de l'Abbaye de la
Trape. M' le Marquis de Tou
Louvre avoit porté les armes
dés fa plus grande jeuneffe , &
il a donné en diverfes occafions
des marques de fa valeur .
Son frere qui luy vient de fucceder
, s'eft acquis beaucoup
de réputation dans les Trou
pes , par fon courage & par
fes manieres honneftes & poles.
*
M de S. Germain de Gorges,
qui vient de mourir , laiffe des
Sij
232 MERCURE
enfans de Dame N.... Barjot
de Mouffy , foeur de Mile Marquis
de Mouffy , de MileComte
de Roncée , & de M' le Commandeur
de Mouffy. Il cftoir
fils de feu M' le Marquis de S.
Germain de Gorges , d'une des
meilleures Maifons des Provinces
d'Anjou & du Maine , & il
cft allié à tout ce qu'il y a de
plus confiderable dans la Normandie
& dans le Perche. Ccluy
qui vient de mourir avoit
donné des marques de la valeur
qui femble naturelle à tous.
ceux qui portent l'illuftre nom
de S. Germain de Gorges.

GALANT 233
1
Mila Marquife de S. Germain
veuve de celuy dont je vous
apprens la mort , eft fille de feu
M le Marquis de Mouffy , &
de feue Dame N.... de Maillé
fon époufe , qui avoit l'hon
neur d'appartenir à Madame la
Princeffe , puifqu'elle portoit
le même nom & les mêmes ar- >>
mes. M de S. Germain eft auffi
proche parente de M's de Beauveau
du Riveau , & de M' d'Argenfon
, M la Marquiſe de
Mouffy fa grand mere eftant de
la Maifon de Voyer d'Argenfon
, & foeur de feu M' d'Argenfon
, Evefque de Rhodés,
234 MERCURE
Ces deux alliances luy en don
nent plufieurs autres tres - confr
derables, tant dans la Robe que
dans l'Epée.
re
Dans l'un des Articles des
morts du mois de Novembre
dernier , où je vous ay appris
la mort deMⓇ Marguerite Du
rand , veuve de M Nicolas
Camus , Chevalier, Seigneur de
Pontcarré , Confeiller d'honneur
en tous les Parlemens , en
parlant des enfans qu'ils ont
kaiffe , je n'ay fait mention que
de M' de Pontcarré l'aîné , premier
Prefident du Parlement
de Rouen, & je n'ay rien dit du
GALANT 235
fecond fils , qui porte le nom
de Durand- Camus de Pontcar
ré , Confeiller en la feconde
Chambre des Enqueftes , qui
n'eft pas de moindre efperance
que l'aîné , & qui remplit les
devoirs de fa Charge depuis
fept à huit ans , avec toute la
capacité , la fageffe , la vivacité
d'efprit , & la diftinction qu'on
peut attendre des enfans, d'une
famille auffi illuftre que la fiens
no. Feu M Urfin Durand
Confeiller de la Cour , fon
aycul maternel , & fon parrain,
l'ayant avantagé par le Con
trat de mariage des feu S &
236 MERCURE
De de Pontcarré , d'une Charge
de Confeiller au Parlement , &
lui aïant laiffe par fon teftament
auffi plus de bien qu'aux autres
enfans , l'a obligé de porter le
nom & les armes de Durand.
Il y a lieu de croire queceux
qui font le fujet des Articles
que vous allez lire , repareront
une partie du tort que la mort
vient de faire au genre humain ,
en enlevant ceux qui ont donné
lieu aux Articles precedens.
M' du Metz de Rance , Con- feiller au Parlement , fonde
M
du Metz, Prefident en la Chambre
GALANT 237
bre des Comptes , époufa , le
29. du mois de Decembre dernier
, Mlle Ragain , fille unique
de M' Ragain , Confeiller - Secretaire
du Roy. Sa Majefté ,
& tous les Princes & Princeffes
de la Maifon Royale , leur ont
fait l'honneur de figner à leur
Contrat de mariage.
Le 5. de Janvier M Henry-
Louis le Maître , Seigneur
de Bellejamme , du Qenel , &c .
Confeiller au Parlement de Paris
, fils de M Jerôme le Maître
, Preſident aux Enqueftes ,
époufa Dlle Marie - Madelaine
de Bullion , & la ceremoniefut
Janvier 1706.
T
1
238 MERCURE
leurs
vertus ,
rs
faite par M' le Curé de Saint
Sulpice. Le nouveau Marié eft
de l'illuftre famille de M le
Maître , fi connus dans la Robe
par vertus , & leurs capa
citez. Sous Charles VIII. Jean
le Maître fut premier Avocát
general du Parlement de Paris ,
& fous François I. Gilles le
Maître fon petit-fils , qui a écrit
fur le Droit avec beaucoup d'érudition
, fut auffi Avocat general
, fous Henry II. Prefident
à Mortier , & enfuite premier
Prefident de la même
Cour : mais rien ne luy fit tant
d'honneur que le zele ardent
GALANT 239
avec lequel il foûtint la Doctrine
de l'Eglife contre l'herefie
naiffante des Calviniftes , ce
qui luy acquit le glorieux titre
de Deffenfeur de la Religion Catholique.
Je dois ajoûter icy que
Louis le Maître , Seigneur de
Bellejamme , grand'pere de celuy
qui vient de fe marier ,
eftoit Confeiller d'Etat , & qu'il
a fervy le Roy dans des affaires
tres -importantes . Je ferois
trop long fi je parlois icy de
tous ceux qui fe font diftinguez
dans cette famille , &
dont je pourrois faire l'éloge.
La merc de Mr le Maître d'au,
Tij
240 MERCURE
}
jourd'huy cft Marie-Françoife
Feydeau , fi diftinguée par fes
grandes qualitez , qu'elles la
mettent infiniment au deffus
du commun de fon fexe , &
La famille n'eft pas moins illuftre
que
celle de M's le Maître.
Il n'a prefentement qu'une
foeur , fçavoir Marie - Françoife
le Maître , digne époufe
de M Dominique Barbery de
Saint- Conreft , Maiftre des Requeftes
& Intendant à Metz ,
que fa fageffe & fa penetration
font cftimer de tout le
monde.
La famille de Bullion , qui
GALANT 24t
n'eft pas moins ancienne , s'eft
auffi tres - diftinguée dans la
Robe ; elle eft alliée à celles de
Lamoignon , de Nicolaï , le
Pelletier , de Vaffan , ainſi qu'à
d'autres fort confiderables.
Le pere de la nouvelle époufe
eft Mre Jean Louis de Bul
lion , Confeiller au Parlement
de Paris , & Commiffaire aux
Requeftes du Palais , & fa mere
eftoit Marie - Geneviève Pinette
de Charmoy . Son aycul
eftoit Mre Henry de Buillon ,
Confeiller en la grande Chambre
; fon grand oncle Mrc
Claude de Bullion , Surinten-
Tiij
248 MERCURE
dant des Finances , Garde des
Sceaux de France , Greffier des
Ordres du Roy , & Prefident
à Mortier au Parlement de Paris.
Cette Dame eft fort proche
parente de Mre Charles-
Denis de Buillon , à preſent
Prevoft de Paris , & Gouyerneur
du Maine.
M' le Duc de Duras , fils unique
de feu M' le Maréchal Duc
de Duras & de N.... de Levy , uc
de
Ventafoeur
de M' le
dour , époufa le 5. de ce mois ,
veille des Rois à minuit , minuit , dans
la Chapelle du Chateau de
Verfailles , Mlle de Bournon
GALANT 243
ville , fille de feu M le Prince
de Bournonville , Guidon des
Gendarmes , mort depuis quelques
mois , & de feue Me la
Princeffe de Bournonville , fille
de Mr le Duc de Luynes , pere
de Mr. le Duc de Chevreufe ,
& de M° la Ducheffe de Luynes
, foeur de Mr le Prince de
Soubife, M la Maréchale de
Noailles , qui eft de la Maiſon
de Bournonville , & tante de
la Mariée , luy a fervi de mere
en cette occafion , & l'on peut
dire que ce mariage eft l'ouvrage
de cette Maréchale. Elle
donna un magnifique foupé ,
Tiiij
244 MERCURE
qui fut fervi à quatre fervices
de dix-huit plats chacun ; ceux
qui furent de ce repas , font :
Mr le Duc de Chevreufe , Mrs
le Maréchal de Boufflers , Mr
le Duc de la Meilleraye , Mr
le Vidame , fils de Mr le Duc
de Chevreuſe , Mr d'Udicourt
le fils , & Mr le Duc de Durás ,
Mefdames les Ducheffes de
Chevreufe , de Ventadour , de
la Meilleraye & de Lefdiguieres
, Mefdames les Maréchales
de Noailles & de Bouflers
Mlle de Bournonville , & deux
autres Dames , dont les noms
ne font pas venus à ma conGALANT
245
noiffance. Dans le temps que
cette illuftre Compagnie
fortoit
de table , on vint dire que
Madame la Ducheffe de Bourgogne
& Monſeigneur
le Duc
de Berry , accompagnez
de plufieurs
Dames eftoient arrivez à
la Chapelle ; toute la Compagnie
y defcendit auffi - toft. Mr
le Curé de Verfailles fit la cemonie
des époufailles , enfuite
de quoy Madame la Ducheſſe
de Bourgogne
& Monfeigneur
le Duc de Berry monterent à
l'appartement
de Madame la
Maréchale
de Noailles , où les
Mariez coucherent
. Madame
246 MERCURE
la Ducheffe de Bourgogne don
na la chemiſe à Madame la
Ducheffe de Duras , & Monfei
gneur le Duc de Berry à Mr le
Duc de Duras , & ils retournerent
enfuite à Marly.
2
Je ne repeteray point icy
ce que je vous ay fouvent dit
de la Maifon de Duras , le Duc
de ce nom qui vient de fe marier
, portoit le nom de Comte
de Durfort , du vivant de Mr
le Maréchal Duc de Duras fon
pere. Ce jeune Duc a fait plus
d'une action d'éclat , & quoy
qu'il n'ait encore que vingt ou
vingt-un ans , il y a déja quel
GALANT 247
ques années qu'il eſt Brigadier
des Armées du Roy. Je vous
ay donné un ample détail de
l'action qui couvrit ce Duc de
gloire , le jour que Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
pouffa les Ennemis jufque fur
le glacis de Nimegue. Mr le
Comte de Durfort , vit atta
quer fon Regiment à la teſte
duquel il eftoit , par cinq Efca
drons des Ennemis . Monfeigneur
le Duc de Bourgogne fut
témoin de cette action , auffi
bien que toute l'Armée , qui
ne pouvoit aller à fon fecours.
Cette action fut des plus vives
248 MERCURE
& des mieux conduites , & Mr
de Durfort s'en tira en fils de
Maître. Ce Comte eut le même
bonheur , & fit voir la même
valeur ( l'année derniere en
Alface ) dans une affaire des
plus vives , & des plus delicates
; auffi jouit il de toute la ré
putation que peut donner une
veritable valeur.
Ce Duc a d'ailleurs mille
belles qualitez qui luy attire
ront l'eftime & l'affection de
tous ceux qui le connoiftront.
Il feroit difficile de porter plus
loin qué luy les fentimens
d'honneur & de probité : fen
GALANT 249
timens qui font hereditaires
dans fa famille . Vous fçavez que
Me la Ducheffe de la Meilleraye
& la jeune Ducheffe de Lefdiguieres
font fes foeurs , & que
feu Mr le Duc de Duras fon
frere aîné n'a laiffé que deux
filles. Je vous ay déja parlé en
plufieurs occafions de l'éclat &
de la genealogie de cette illuftre
Maiſon. Je ne vous ay pas
parlé moins fouvent de la Maifon
de Bournonville , & voſtre
memoire doit eftre encore remplie
de tout ceque je vous en ay
dit , envous apprenant la mort
du pere de la nouvelle Ducheffe
de Duras.
250 MERCUR I
Le lendemain qui eftoit le
jour des Rois , leurs Majeftez
Britanniques & Madame la
Princeffe d'Angleterre , fouperent
à Marly , où la Cour fe
trouvoit alors . Il y eut trois
tables fervies en même temps ,
& il y eut Bal le même jour.
Voicy les noms des Danfeurs ,
vous trouverez à la fuité de
chacun les noms des Dames
qui furent menées par ces Danfeurs.
Le Roy d'Angleterre , Madame
la Ducheffe de Bourgogne.
Monſeigneur le Duc de BerGALANT
251
ry , la Princeffe d'Angleterre.
Monfieur le Duc d'Orleans ,
Mademoiſelle de Charollois.
Monfieur le Duc d'Anguien,
Mademoiſelle de Sens .
Monfieur le Comte de Touloufe
, Mademoiſelle de Conty.
Mr le Comte de Brionne
Mlle d'Armagnac
.
Mr le Prince Charles , MⓇ de
Villeroy.
Mr le Duc de S. Simon , M
de Lauzun .
Mr de Montbazon , MⓇ de
S. Simon.
Mr de Seignelay , M˚ de la
Vrilliere .
252 MERCURE
Mr. de Nangis , Mlle de
Mailly.
Mr de Livry le fils , MⓇ de
Rupelmonde.
Mr de Sezanne, M de Souvré.
Je ne vous dis point que Sa
Majefté Britanique & la Princeffe
fa four brillerent dans ce
bal ; vous fçavez que les graces
les accompagnent toûjours. Le
Vendredy fuivant le Roy d'An
gleterre alla encore fouper à
Marly , & il y eut encore bal ce
jour- là . Quelques jours aprés ,
Monfeigneur donna un magnifique
difné à Meudon à Sa
Majeſté Britanique , Madame
GALANT
253
,
la
Ducheffe de
Bourgogne
Monfeigneur
le Duc de Berry,
& Madame
la Princeffe
de
Conty
Douairiere
eftoient
de
ce repas , à l'iffuë duquel
cette
augufte
Compagnie
, vint voir
à Paris l'Opera de Bellerophon
,
dont les vers , font de Mr de
Corneille
le jeune & la Mufique
, de feu Mr de Lully . Comme
le bruit s'eftoit
répandu
à
Paris , que le Roy d'Angleterre
devoit
venir ce jour - là , à la
repreſentation
de cet Opera ,
& que ce Prince y eft plus connu
par le bruit que ces belles
qualitez y font , que par fa per-
Fanvier
1706.
V
264 MERCURE
fonne , à caufe qu'il y vient
rarement , & qu'il n'y fejourne
jamais , il y eut un fi grand
empreffement de le voir , qu'avant
une heure aprés midy
la Salle de l'Opera eftoit pref
que remplie. Ce jeune Monarque
qui n'avoit jamais vû aucun
fpectacle , de cette nature
ſe l'eftoit fi bien reprefenté
fur les Portraits qu'il avoit enrendu
faire des Opera , qu'il ne
parut pas plus furpris que s'il
avoit fouvent vû de pareils
fpectacles , & il écouta toute
la piece avec une attention fi
fage ; que tous ceux des fpecGALANT
255

tateurs qui n'avoient point encor
vû ce Monarque , dirent
hautement que fa prefence leur
avoit confirmé tout ce que la
renommée leur en avoit apris.
Tout Paris fe promet de voir
un jour , la Princeffe d'Angle-
& terre dans le mefme lieu ; perfuadé
que fa prefence répondra
auffi , à ce que la voix publique
en aprend tous les jours.
Mrs Tourreil , Defpreaux ,
& de la Loubere Penfionnaires
de l'Accademie Royale des
Infcriptions ont efté declaré veterans.
Sa Majefté leur a continué
leurs penfions , & leurs
Vij
256 MERCURE
droit d'entrée & de fuffrage.
On a nommé pour Titu
laire à leurs places comme penfionaires
en furvivance , Mrs
Couture , l'Abbé de Victor ,
& Simon qui eftoient aſſociez .
Le Roy nomme tous les ans un
Prefident à cette Academie ,
choifi parmy les Preſidents
honoraires , & Sa Majefté a
nommé pour cette année le R.
P. de la Chaife qui fuccede à
Mr le Preſident de Lamoignon
qui avoit prefidé à l'Academie
l'année derniere , & pour Vice
Preſident , Mr l'Abbé Bignon.
Le changement arrive dans
GALANT 257
cette Academie par les trois
places de Penfionaires & furvivance
accordées à trois affors
ciez , par
la
mort
de
M
Pouchard
, &
par
la
veterance
de
M
de
Fontenelle
, l'un
&
l'autre
auffi
affociez
, a donné
lieu
d'en
nommer
cinq
nouveaux
..
Sçavoir
M
Mafficu
, de
Boze
,
Boivin
le
jeune
,
&
Prevoft
tirez
du
nombre
des
élus
&
M
de
la
Neuville
éxterne
&
pour
remplacer
les
quatre
élus
,
on
a
propofé
M
de
Villefort
,
Boindin
, Nadol
,
&
Bara
.
Les Vers que vous allez lire
258 MERCURE
font de M' Moreau de Mautour
, Auteur de la Rencontre
Ingenieufe , & qui regarde le
Mariage de M le Prefident de
Nicolaï avec Mlle de Lamoignon.
A LA JEUNE IRIS ,
le jour de fa Fefte , au mois
de Janvier.
Je vous dois , belle Iris , desfleurs
pour votre Fefte ,
Le temps s'accorde mal avec que
mon devoir;
Et quoy qu'à les offrir , ma main
foit toujours prefte ,
Flore audi - bien que moy , voit botnerfonpouvoir.
GALANT 259
S
Faites - vous à vous mefme une
vive peinture,
De l'état languifant qu'éprouve la
nature ,
Vous verrez dans fon changement,
Les Campagnes fans agrémens ,
Les Arbres fans feuillage , & les
Prez fans verdure ,
Le plus rigoureux des Hyvers ',
Par tout n'offre à nos yeux qu'une
triftefurface ,
Et l'on voit nos jardins , nos parterres
couverts ,
Defrimats , de neige & deglace;
&
Comment donc celebrer ce jour
Où mon tendre coeur fepropoſe ,
De vous marquer fon zele & fon
amour,
Sile Lys , & l'Oeillet , le Jasmin 1
&la Rofe
260 MERCURE
Sont bannis à préfent de leursplus
beauxfejours.
S
Suivant le doux penchant que ma
Muje m'infpire
Suffira-t'il , belle Iris , de vous
dire,
Pour réparer les injures du temps,
Que cet éclat qui brille avec tant
d'avantage ,
Et dans vos yeux , &fur voftre
vifage ,
Surpaffe encore en vous l'éclat des
jeunes ans ,
Qu'au milieu des rigueurs d'unefai
fon cruelle ,
Ilsfçaventconferver , pour vous rendreplus
belle
Les attraits du Primtemps :
2
Dirai -je quefans flatterie ,
Rien
GALANT 261
Rien ne peut égaler votre beauté
fleurie ,
Que la blancheur du Lys , jointe
avec le vermeil ,
De la Reine des Fleurs cet aimable
appareil ,
Vous rendplus brillante que Flore,
Et qu'à voirvotre tein , tout l'éclat
de l'Aurore
>
A nosyeux n'a rien de pareil.
S
Dirai-je enfin que tous vos charmes,
Font en fecret foupirer mille coeurs ,
Et caufent de tendres allarmes ,
Iris , je Jçay bien que des fleurs
,
Vous
fatisferoient mieux que toutes
ces douceurs.
S
Zes plus vives , les plus parfaites,
N'auroient auprés de vous que de
foibles couleurs à
Janvier 1706. X
262 MERCURE
N'exigez point de moy de bouquet
ni defleurs
Contentez- vous de mes fleurettes.
Il est temps de vous parler
du mariage de Mr le Marquis
de Liftenois & de Mlle de Mailly
; ces nouveaux époux font
confiderables
par un fi grand
nombre d'endroits éclatans ,
que leur mariage doit faire un
des principaux articles de ma
Lettre. Ils ont efté fiancez dans
dans le Cabinet de Madame la
Ducheffe de Bourgogne . Cet
honneur elt toûjours accordé
aux filles des Dames d'Atour
des Reines , & des Enfans de
GALANY 263
France . Mr l'Evêque de Senlis ,
premier
Aumônier de Madamela
Ducheffe de
Bourgogne,
fit la
ceremonie des
Fiançailles ,
& le mariage fe fit le lendemain
dans la Chapelle du Château
de Verfailles , où toute la
Cour fe trouva , Madame la
Ducheffe de
Bourgogne ,ayant
youlu faire tous les honneurs
de ce Mariage. Mr le Marquis
de la Vrilliere , qui a époufé la
four ainée de Mademoiſelle de
Mailly , donna un magnifique
repas . Mr le Marquis de Lifte
nois eft frere de Mr le Marquis
de Bauffremont. La Maifon de
X ij
264 MERCURE
Bauffremont eft une des plus
illuftres , & des plus anciennes
de Bourgogne. Elle eftoit dans
une grande reputation , dés le
14 fiecle ; puifqu'elle a eu des
alliances dans la Maifon des
Ducs de Bourgogne de la premiere
race . En effet , en 1314 .
Eftienne de Montaigu I. du
nom , S¹ de Sombernon , defcendu
d'un puifné de la Maifon
de Bourgogne , épouſa Marie
de Bauffremont , Dame de
Couches , dont il eut Etienne
II. & Philibert , tige des S de
Couches . Pierre de Bauffremont
, Chevalier de l'Ordre de
rs
GALANT 265
la Toifon d'or , S de Charny ,
&c. époufa par Contrat paffé
à Bruxelles le 30. Septembre
1448. Marie legitimée de
Bourgogne , fille de Philippes
le Bon , Duc de Bourgogne ,
dont il eut trois filles. Ce même
Pierre de Bauffremont en 1443
fit publier à l'exemple des anciens
Preux , que douze Chevaliers
garderoient à une lieuë
de la Ville de Dijon , un Pas
prés d'un arbre , que Paradin
nomme le Pas des Hermites , &
d'autres l'Arbre de Charlemagne.
Guillaume de Bauffremont ,
frere de ce Pierre , eut un fe-
X iij
266 MERCURE
cond fils auffi nommé Pierre ,
Baron de Seneſcay & de Scay,
&c. qui laiffa Nicolas de Bauffremont
, Chevalier des Ordres
du Roy , qui fut Bailly de
Chalon , Gouverneur d'Auxone
, & qui fe trouva aux Etats
de Blois en 1576. où il haranguale
Roy Henry III. & fà hấ-
rangue fut imprimée l'année
fuivante , chez Mathurin Breville
, & mife enfuite dans le
Recueil des Etats de France ,
imprimé à Paris en 1651. Il fut
bifayeul de Claude de Bauffremont
, Baron de Seneſcay qui
a efté fort celebre dans fon fiecle.
GALANT 267
La branche de Bauffremont
Senefcay a fini en la perfonne
de M la Comteffe de Flex ,
mere de M' le Duc de Foix
d'aujourd'huy . M de Senefcay
famere , quia efté Dame d'hon
neur de la Reine Anne d'Autriche,
& Gouvernante du Roy,
eftoit de la Maifon de la Rochefoucauld
, & heritiere de la
branche de Randan.
La Maifon de bauffremont
a auffi formé la branche de
Bauffremont-Bourbonne , finic
en Françoife de Bauffremont
Dame de Bourbonne , qui fut
mariée à Bertrand de Livron ,
X iiij
268
MERCURE
Seigneur de Bourbonne , duquel
font defcendus les Marquis
de Bourbonne . Elle eut aufli
trois filles : Barbe de Livron ,
mariée à Aymeri , Baron de Gimel.
Catherine de Livron femme
deJean deSouillac Chevalier
de l'Ordre du Roy dont defcend
M' le Comte de Souillac
d'aujourd'huy: & de Madeleine
de Livron, femme de François
de Choifeuil , Baron de Clermont.
On peut voir Sainte-
Marthe , Davila , Matthieu , &
Paradin.
M' le Marquis de Liſtenois
qui donne lieu à cet Article , eft
aujourd'huy le Chef de la MaiGALANT
269
fon de Bauffremont. Il eft Colonel
de Dragons & fils de feu
M ' le Marquis de Liftenois
Colonel d'un Regiment de
Dragons & d'un Regiment
d'Infanterie . Il eut ces deux
Regimens aprés la mort de fon
frere aîné. Il eftoit tres- attaché
au fervice du Roy , & il en a
donné d'éclatantes marques.
Mlle de Mailly , qui eft encore
fort jeune , peut paffer
pour une tres - belle perfonne.
Elle eft fille de feu Louis , Chevalier
, Comte de Mailly , Colonel
du Regiment de Baffigny,
& enfuite du Regiment des
270 MERCURE
Vaiffeaux,Maréchal des Camps
& Armées du Roy , & Meſtre
de Camp General des Dragons
de France , mort le 6. Avril de
l'an 1699. âgé de trente- ſept
ans , & l'un des Menin de Monfeigneur
le Dauphin . Il s'eftoit
diftingué dans toutes les Campagnes
où il avoit efté depuis
le Siege de Luxembourg , où il
eftoit en qualité de Volontaire,
où il ſe diſtingua à la teſte des
Grenadiers. Il fut nommé pour
conduire à Breft le fou Roy
d'Angleterre , qui s'y embarqua
pour l'Irlande en 1685. Cette
Commiffion luy fit beaucoup
GALANT 27%
d'honneur. Il eftoit frere de
M' l'Archevêque d'Arles , de
Mr l'Evêque de Lavaur , & de
M' le Marquis de Neſle , Maréchal
de Camp , tué au Siege
de Philifbourg , fils de Louis
de Mailly I. du nom , Baron
d'Angoulfan , d'Emery , & de
plufieurs autres Places , & de
Jeanne de Monchy,fille de Bernard-
André de Monchy , Marquis
de Montcavrel , & de Ma
delaine de Laval- aux - épaules,
Marquife de Neefle . Perfonne
n'ignore que la Maiſon de
Mailly eft une des plus illuftres.
de Picardie , & qu'elle a tiré fon
272 MERCURE
nom de la terre de Mailly , prés
d'Amiens. Anfelme de Mailly
eſt le premier , dont les Hiftoriens
parlent. Il vivoit dans le
onziéme fiécle .
Me de Mailly , Mere de la
Nouvelle épouſe , eſt du coſté
de fa grande-mere petite fille
d'Agripa d'Aubignié, qui eftoit
ayeul de Madame de Mainte
non. La famille de fon pere eft
ancienne dans le Poitou , & fes
Anceftres ont tenu un rang
confiderable en Anjou & en
Bretagne. Cette Dame a eu
cinq freres dont trois qui , étoientOfficiers
de Vaiffaux,font
GALANT
273
morts dans le fervice , les deux
qui reftent font M ' le Comte
de Sainte- Hermine , Lieutenant
General des Armées du Roy, &
M' l'Abbé de Sainte -Hermine
Prieur de Saint- Martin de l'Ille
de Rez.
Je n'ay pas crû devoir métendre
icy davantage
fur la
maifon d'Aubignié
, vous en
ayant amplement
parlé dans
l'article de la mort de feu M' le
Comte d'Aubignié
Chevalier
des Ordres du Roy , & frere de
Madame de Maintenon.
с
On fit le 12 Janvier la
Tranflation d'une Relique de
274 MERCURE
Saint Hilaire, Evefque de Poitiers
, avec autant de magnificence
que de pieté. L'honneur
que ce faint Docteur a fait à
la France , & les grands fervices
qu'il a rendu à toute l'Eglife
, ont fait garder ſes Reliques
avec un refpect particulier.
Elles furent honorées à
Poitiers dans fon Tombeau ,
incontinent aprés fa mort , qui
arriva vers l'an 364. On les leva
de terre quelque temps
aprés , & cette Tranſlation fut
accompagnée de plufieurs prodiges.
L'Eglife de Poitiers conferva
ce precieux Trefor jufGALANT
275
>
qu'en l'an 900. ( auquel temps,
pour dérober ces Saintes Reliques
à la fureur des Normands
qui ravageoient le Poitou ) on
les tranfporta dans l'Eglife de
Saint Georges , au Puy , en Vellay
, dont l'Evêque eftoit frere
du Comte de Poitou . On fit
l'ouverture du Tombeau , dans
lequel on avoit placé ces faintes
Reliques l'an 1162. & il paroift
par le procés verbal que
l'on dreffa , qu'elles furent
trouvées entieres avec un Marbre
fur lequel eftoient ces
mots , Hic requiefcunt membra
Sancti ac Gloriofiffimi Hilarii,
276 MERCURE
Pictavienfis Epifcopi, Elles furent
tirées de ce Tombeau en
1655. & mifes dans une Chaffe
que l'on plaça derriere le grand
Autel. Les Chanoines de faint
Hilaire de Poitiers, députerent
au Puy , & obtinrent quelques
Reliques de leur faint Patron ,
qu'ils apporterent avec beaucoup
de folemnité . Ils font la
Fefte de leur Sufception au
mois de Décembre.
Monfieur de la Chetardie ,
Curé de faint Sulpice , cy- devant
nommé par le Roy à l'Evêché
de Poitiers , en ayant defa
dévotion parmandé
pour
GALANT 277
>
ticuliere à Meffieurs du Puy ,
& en ayant obtenu une portion
confiderable en 1705. a
bien voulu en faire prefent à
T'Eglife Paroiffiale de S. Hilaire
du Mont de Paris . C'eft une p
petite
Eglife qui a befoin des réparations
que l'on y fait depuis
long - temps.
Monfieut Jollain , Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , Curé de cette Eglife , fe
rendit proceffionellement à S.
Sulpice , à la tête de deux cent
Ecclefiaftiques tous en Chappe
& en Tunique , & il fut reçu
par le Clergé de S. Sulpice ,
Fanvier 1706.
1
2
Y
278 MERCURE
encore plus nombreux , & qui
eftoit prefque tout en Chappes
& en Tuniques. Les deux
Proceffions fe joignirent , &
marcherent fur deux lignes ,
chacune ayant la Croix. La Relique
marcha au milieu de la
Proceffion , portée fous un riche
Dais , par des Prêtres de
diftinction de la Paroiffe de S.
Sulpice , vétus d'Ornemens
magnifiques , & environné de
Flambeaux & d'Encenfoirs .
Monfieur l'Abbé Pirot ,
Chanoine & Chancelier de
l'Eglife de Paris , & Vicaire
general de Monfieur l'Arche

GALANT 279
veque , accompagna cette Relique
jufque dans l'Eglife de S.
Hilaire , où elle fut déposée
pour y eftre confervée.
L'ordre & la modeftie du
Clergé , infpira au peuple une
dévotion extraordinaire , que
la foule ne fut pas capable de
troubler.
* Cette Relique a efté exposée
à la veneration des Fideles pendant
l'Octave , qui fut terminée
le 20. de Janvier 1706.
par un Salut en muſique.
Toutes ces Ceremonies fe
font faites avec la permiffion
de fon Eminence , qu'il n'a ac
1
Y ij
280 MERCURE
cordée qu'aprés avoir vu les
Autentiques & les procés verbaux
neceffaires.
Cette Relique a efté envoyée
à Mr le Curé de S. Sulpice
, par Mr l'Evefque du
Puy , qui a efté élevé dans le
Seminaire de cette Paroiffe , &
par M" du Chapitre de S.
George du Puy. C'est l'os du
coude de S. Hilaire.
Mr l'Abbé Thavenet , Predicateur
ordinaire du Roy
preſcha le Dimanche de l'Oc
tave dans l'Eglife de S. Hilaire
, & fon difcours fut fort
aplaudi.
GALANT 281
On debite icy un Livre nouveau
, qui a pour Titre , Traité
de la Police , où l'on trouve l'Hiftoire
de fon établiffement
fonctions
les
les prérogatives de
%
fes Magiftrats , toutes les Loix,
& tous les Reglemens qui la concerne
: On y a joint une Defcription
Hiftorique & Topografique
de Paris , & huit Plans gravez,
qui reprefentent fon ancien état ,
fes divers accroiffemens , avec
un Recueil de tous les Statuts &
Reglemens desfix Corps des Marchands
, de toutes les Communautez
des Arts & Métiers , par
Mr Delamare , Confeiller du
282 MERCURE
pu
Roy , Commiffaire au Chafteler
de Paris. Le feul Titre de ce
Livre en fait connoiftre l'utili
té , il y en a peu dont le
blic en puiffe efperer une plus
grande , puis qu'il contiene
tout ce qui peut contribuer à
fa felicité. L'Auteur cut l'honneur
de le prefenter au Roy le
7. Décembre dernier ; Sa Ma
jefté le reçut avec fa bonté ordinaire
, & témoigna que cet
Ouvrage luy faifoit plaifir . Ce
Livre fe vend à Paris , Paris , chez
Jean & Pierre Cot , rue S. Jacques
, à l'entrée de la rue du
Foin , à la Minerve.
GALANT 283
L'Article de la mort de M
d'Hangeft , qui fe trouve dans
ma Lettre du dernier mois
n'eftant pas tout- à-fait juſte ;
je vous en envoye un fecond,
dans lequel j'ay ' cru devoir
reffufciter M de Raffans , qui
fe porte bien.
i Dame Marie Charlotte
d'Hangeft de Picardie , de l'illuftre
famille d'Hangeft, ainfi que
raporte Morery , qui tenoient les
principales Charges de la Couron
ne dans les fiecles paffez , Epoufe
de Mre Charles de Gauville ,
Chevalier, Seigneur defaverey,
d'une des plus anciennes Nobleſ284
MERCURE

fesde Normandie , établie dans l'a
Beauffe depuis plus de trois cent
ans & iffu de Guillaume de
Gauville , Chevalier , qui fous le
Regne de Charle V. dit le Sage ,
fit des merveilles en la Bataille qui
fut donnée vers Cocherel l'an de
grace 1370. ainsi qu'il fe voit
en la Chambre
des Comptes
, dont
ce Memoire eft tiré ; mourut le
quatorze de Novembre der
nier , aprés avoir donné toutes
les marques d'une veritable
pieté. Cette Dame avoit épou
fée en premieres nôces Meffire
Alexandre de Raffans , Chevalier
, Seigneur Vicomte d'Ar
chelles ,
GALANT 285
chelles , Marquis de Laulne , &
Gouverneur des Villes & Château
d'Arques.
Je vous envoye encor quelques
morts , les trois premieres
ne font pas nouvelles ; mais je
n'ay pû eftre informé plutoft
de ce que j'avois à vous en dire.
Dame Julie d'Estampes de
Valençay , épouse de M Pierre
Gorge , Seigneur d'Antraigue
, Lye , la Chapelle , &c.
mourut dans le mois de Decembre
dernier. Elle eftoit foeur de
M le Marquis de Valençay.
L'illuftre Maifon d'Estampes
de Valençay , dont elle eftoit ,
Janvier 1706.
Z
286 MERCURE
eft une branche de celle d'Eftampes
qui a produit deux Ma→
réchaux de France. Cette branche
fut formée en la perfonne
de Louis d'Estampes , fieur de
Valençay , Chevalier des Ordres
du Roy , qui eftoit fecond
fils de Robert d'Eftampes III.
du nom , Maréchal & Senef
chal de Bourbonnois , & de
Dame Louife Levrauld . Le Roy
François I. créa en 1519. Louis
d'Eftampes , Bailly & Gouverneur
de Blois. Il avoit épousé
en 1512. Marie Hurault , fille
de Jacques , S ' de la Grange &
de Chiverny. Il en cut Jacques
GALANT 287
d'Eſtampes, qui afliſta en 1560 .
aux Etats d'Orleans en qualité
de Député de laNobleffe deBerry.
De Jeanne Bernard , fille de
Jean de S. Eftiau en Anjou , il en
cut Jean d'Estampes , Chevalier
de l'Ordre du Roy , Capitaine
de cinquante - Hommes
d'Armes , par Brevet de l'an
.1586 . & Confeiller d'Etat en
1594. de Sara d'Haplincourt ,
fille unique & heritiere de Jean
d'Haplincourt , & de Barbe
d'Oignies , il eut Jacques d'Eftampes,
Chevalier desordres de
S. M. grand Maréchal des logis
de la Maifon duRoi ,Lieutenant
Zij
288 MERCURE
Colonel de la Cavaleric legere
de France , & enfuite Gouverneur
de Montpellier , qui a
continué la poſterité de cette
Maifon. Leonor d'Estampes
Evêque de Chartres & enfuite
Archevêque de Reims. Louis
Marquis de Saint- Eftiau , mort
au fervice des Hollandois, fans
avoir efté marié ; Achilles d'Ef
tampes , Cardinal de Valençay,
qui fut Chevalier de Malte ,
Grand- Croix , General de l'Armée
de l'Ordre en 16 35 , & depuis
General des Troupes de
I'Eglife fous Urbain VIII. qui
le créa Cardinal en 1642. &c.
3
GALANT 289
M' d'Entraigues a des enfans
du premier lit , dont eft Mlle
d'Entraigues , Religieufe de la
Vifitation du Fauxbourg Saint
Jacques. Cette Dame a beau
coup d'érudition.
->
M' Bugnon de S. Georges
cy-devant Lieutenant de Roy
du Fort - Louis , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint
Louis , eft mort dans le même
mois. Il avoit porté les armes
la plus grande partie de fa vie ,
& il n'a difcontinué fes fervices
que lorfque fes infirmitez
l'ont entierement mis hors d'é
tat d'agir. Il s'eftoit trouvé
Z iij
290 MERCURE
à plufieurs actions , qui luy
avoient attiré beaucoup de
gloire . Feu Mr le Maréchal
de Luxembourg , fous qui il
avoit longtemps fervi , le cónfideroit
beaucoup & il en avoit
rendu de bons témoignages.
Quand Mr de Saint Georges
voulut quitter la Charge de
Lieutenant de Roy du Fort-
Louis , à caufe que fes infirmi
tez le rendoient inhabile aux
fonctions de cette Charge ; le
Royluy fit dire qu'il la pouvoit
garder , & qu'il le difpenferoit
de bien des chofes qui rendoient
cet employ un peutrop
entr
GALANT 291
penible pour luy. Mr de Saint
Georges touché d'une fi grande
generofité , ne voulut pas
en profiter , & fe contenta d'u
ne penfion que le Roy luy donnoit
. Il a paffe les dernieres années
de fa vie dans l'exercice
des vertus chreftiennes , & hors
du commerce du grand monde.
Dame Daouft, veuve de feu
M Jacques de la Garde , Confeiller
du Roy en fa Cour de
Parlement , eft auffi decedée au
mois de Decembre dernier.
Cette Dame eftoit fortie d'une
famille celebre dans la Republique
des Lettres . Jerôme
re
Z iiij
292 MERCURE
Daoust fit d'excellens Com
mentaires fur les trois Livres
d'Ariftote de Anima. Il fit un
C
autre Traité qu'il intitula Ethi
facra , hoc eft de virtutibus &
vitiis. Il avoit auffi travaillé fur
Saint Jean de Damas , que Mr
Arnauld appelloit le Saint Thomas
des Grecs , parce qu'ils regloient
plus fur luy leur fentiment
que
fur aucun
autre
Auteur.
Il faut avouer
, en effet ,
que fur la doctrine
de l'Eucha
riftic , ce Pere a toûjours
cfté
la regle de
leur Foy . M de la
Garde a efté fort regrettée
dans
fa famille , elle avoit
beaucoup
GALANT 293
A
de merite , & elle avoit toû
jours mené une vie retirée . Feu
Mr de la Garde fon époux
eftoit d'une famille de la Robe
qui avoit donné divers Magif
trats aux Cours fuperieures de
cette Ville.
M Louis de Chaumejan-
Fourille , Abbé Commanda
taire de Hautvillers , Dioceſe
de Reims , de Noftre- Dame de
Chambon, Diocefe de Viviers ,
Prieur & Seigneur de Langogne.
Il étoit frere de feu Jean-
Paul- Nicolas de Chaumejan ,
Chevalier, Marquis d'Aurigny,
& de Fourille, Meftre de Camp
D
294 MERCURE
general de la Cavalerie Legere
de France , tué à la bataille de
Senef. Ils étoient tous deux
fils de Michel de Chaumejan ,
Chevalier Seigneur de Montreuil
en Touraine , & d'Anne
de Croifilles , fille de Nicolas ,
Chevalier Seigneur de Croifilles,
Confeiller d'Etat. Michel
de Chaumejan , Marquis de
Fourille fut en 1617. Lieute
nant au Regiment des Gardes ;
il fervit en cette qualité pendant
les Guerres contre les
Religionnaires , & enfuite it
paffa en Hollande où il fe trouva
au fiege de Boifleduc ; étant
GALANT 295
de retour en France , il fut Ca
pitaine aux Gardes , & en devint
Lieutenant - Colonel en
1636. en 1649. le Roy le fit
Maréchal de Camp. En 1663 .
il fut nommé Lieutenant General
, & alla fervir dans l'Armée
du Roy en Lorraine , fous
les ordres du Maréchal de la
Ferté , & il fervit enfuite en la
même qualité en Italie fous M
le Maréchal du Pleffis- Pralin.
M' le Marquis de Fourille
étoit fils de Blaife de Chaumejan
, premier Marquis de Fourille
, & d'Hypolitte de Piovenne.
Blaife de Chaumejan
1
296 MERCURE
étoit en 1587. Capitaine au
Regiment de Picardie ; il fur
fait Meftre de Camp d'un Regiment
d'Infanterie au Camp
devant Rouen le 4. Avril15 97 .
& deux ans aprés Capitaine
aux Gardes . Ce fut en fa faveur
que le Roy Henry le
Grand érigea la Terre de Fourille
en Marquifat au mois de
May 1610. En 1617. il fut
fait Maréchal de Camp. Ce
Marquis fut tué au fiege de
Montauban en 1621. C'eft de
luy que parle le Maréchal de
Baffompierre dans fes Memoires.
Il étoit fils de Gilbert de
GALANT 297
Chaumejan , Chevalier troifiéme
Seigneur de Fourille , &
de Benoile du Pont , que
Duc d'Alençon étant au Camp
de Moulins , fit Capitaine de
cent Arquebufiers à Cheval,
Gilbert étoit fils d'Antoine
de Chaumejan , & de Catherine
du Moulin. Il fut fecond
Seigneur de Fourille , & grand
homme
de guerre
. Il étoit fils
d'Antoine & de Jaqueline
d'Anlery. Cet Antoine fut premier
Chambellan de Charles
II. Duc de Bourbon , Connetable
de France , qu'il fuivit
en Italie. Ce Prince ayant efté
298 MERCURE
tué au fiege de Rome en 1527.
le Seigneur de Fourille revint
en France chargé des dettes
qu'il avoit contractées pour
fervir & fuivre fon Maiftre
pendant fa mauvaiſe fortune ,
Il étoit fils d'Antoine de Chau
mejan , & de Marguerite de
Montjournal. Il fut bienfaicteur
de l'Eglife de faint Pierre
de Verneuil en Bourbonnois .
Il étoit fils de Jean de Chaumejan
, Ecuyer Seigneur de
Givry , & de Damoiſelle Miracle
de la Rive . Ce Jean Chaumejan
étoit iffu de Colas de
Verneuil qui vivoit au comGALANT
299
mencement du quinziéme fiecle
. Ce Colas de Verneuil acquit
conjointement avec Peronnelle
de Givry fa femme
R
la terre de Chaumejan qui eft
fituée à demi lieuë de Verneuil.
Colas defcendoit de Jean de
Verneuil qui fut tué à la bataille
de Poitiers en 1356. ainſi
c'eft de l'ancienne Maifon de
Verneuil que defcend celle de
Chaumejan , qui porte comme
la premiere d'or à la Croix ancrée
de gueules , ayant pour Cimier
un Lion iffant d'or, & pour
fupports deux Lions de même.
Verneuil eft une ville confidera1300
MERCURE
ble de la Province du Bourbonnois.
M' le Marquis de Fourille,
Brigadier des Armées du Roy,
Commandeur de l'Ordre de S.
Louis , cy-devant Capitaine
aux Gardes , eft neveu de l'Abbé
qui vient de mourir. Il a
époufé depuis quelques années
Melle de la Rianderie , née à
Lille en Flandre , & fille d'un
Gentilhomme de ce pays - là.
M' le Marquis de Fourille eft
diftingué dans le monde par
fon merite , par fon efprit , par
la connoiffance qu'il a des belles
Lettres , & par la maniere
polic & gracicufe avec laquelle
GALANT 301
A
il s'en fert dans le monde. Il
joint à ces excellentes qualitez
une valeur éprouvée en plu
fieurs occafions . M' l'Abbé de
Fourille eftoit cftimé de tous
ceux qui le connoiſſoient : Il
vivoit en homme de fa condition
, & il a donné en mourant
des marques de fon détachement
pour le monde , & mêfes
parens , puis qu'il
me
pour
a laiffé tout ce qu'il avoit
à fes
Domestiques
, & qu'en
cela , il
les a regardé
comme
les premiers
pauvres
, qui devoient
eftre
l'objet
de fa charité
. Je
dois ajouter
à ce queje viens
de
Fanvier
1706.
Aa
302 MERCURE
dire dela Maifon de Chaumeron
, qu'elle a poffedé longtemps
la Charge de Grand Ma
réchal des Logis du Roy. René
& Louis de Chaumeian l'ont
poffedé l'un aprés l'autre , c'eſt
pourquoy M" de Fourille ont
ajouté à leurs Armes , des Mar
teaux des Haches d'Armes.
L'aîné avoit efté élevé Enfant
d'honneur du feu Roy Louis
XIII. il fut Capitaine aux Gardes
, aprés avoir fervi plufieurs
années , & avoir reçu diverfes
bleffures ; il fut fait Gouver
neur de Urefol , & en 1637.
il fut pourvû de la Charge de
* GALANT 303
4
par
Grand Maréchal des Logis du
Roy , par Lettres Patentes données
à Sainte- Menchoud le 16.
Juin , & ce fut la démiffion
qu'en donna feu M' le Marquis
de Beringhen. Louis de Chaumejan
, fils de René , obtint la
furvivance de cette Charge en
1642. du feu Roy , par Brevet
donné à S. Germain le 16. Septembre
, & il en obtint enfuite
les Provifions en 1643. du Roy
Louis XIV . & de la Reine Re
gente fa mere , & il exerça cette
Charge jufqu'à l'année 1650.
qu'il fut obligé d'en donner fa
démiffion , & le Roy en ac
A a ij
304 MERCURE
,
2:
corda le Brevet à Charles de
Froulay , Comte de Monflaux.
M l'Abbé de Château - fort,
connu par fon amour pour les
Sciences & les beaux Arts , a cû
le Prieuré de Langogne , de la
nomination de M l'Abbé de
Caftre, à caufe d'un Indult qu'il
avoit fur l'Abbaye dont dépend
ce Prieuré.
Dame Adrienne de Mau
peou mourut à Versailles le 22 .
de Janvier , âgée de 84. ans
elle eftoit veuve de M Michel
de Marefcot , Chevalier , Seigneur
de Toiry, Mare, le Ménil
- Durand , & autres lieux
GALANT For
30
Confeiller du Roy en fes Confeils
d'Etat , & Maiftre des Requeftes.
Son1 ppeerree eftoit Gilles
de Maupcou , Seigneur d'Ableges
, Confeiller du Roy en fes
Confcils , & Maistre des Requeftes
; & fon ayeul Gilles de
Maupcou , auffi Seigneur d'A
bleges , Confeiller d'Etat , &
Controlleur general des Finan
ces ,fous Maximilien de Bethu
ne , Duc de Sully , quien eftoit
Surintendant ; elle avoit l'hon
neur d'eftre coufine germaine
de Madame la Chanceliere : elle
laiffe plufieurs enfans , dont l'a

re
né eft M Gilles- Michel de Ma
306 MERCURErefcot
, Seigneur de Toiry & de
Mare , & c. Colonel & Maré
chal des Logis general de la
Cavalerie, & Chevalier de Saint
Louis ; & deux autres , qui ont
embraffe l'Etat Ecclefiaftique ,
& une fille mariée à M de
Bauffan ancien Officier , & retiré
à caufe de fes bleffures . Cette
Dame avoit une profonde lecture
& poffedoit parfaitement
l'Hiftoire & les Genealo
gies.
Je fuis obligé de remettre
au mois prochain , faute de
temps & de place , l'Article de
la mort de M la Princeffe d'
GALANT 307
fenghien , & celuy du fameux
Mr Bailliet .Kandu
A
*
M' le Marquis de Bouzoles
a vendu le Regiment Royal
Piémont Cavalerie , au fils de
M de Laffe de Montaterre ;
qui fort des Moufquetaires.
J'ay fi fouvent cu occafion dé
vous parler de M' de Bouzoles ,
que je ne vous en diray rien aujourd'huy.
-M' de Montaterre qui achete
ce Regiment , eft fils de M le
Marquis de Laffé , Lieutenant
general pour le Roy desProvinces
de Breffe & de Bugey. I
eft forti du premier mariage
308 MERCURE
de Mr de Laffe, qui a épousé en
3 nocesMlle deChâteaubriant,
La Maiſon de Laffé - Montaterre
, eft tres- illuftrée . Son ancienneté
& les alliances qu'elle
à prifes dans les meilleures Maifons
du Royaume , la rendent
tres-confiderable . Elle eft connuë
en France dés le temps que
la Maifon de Valois monta fur
le Trône de nos Rois , & fous
LeRoy Philippe de Valois , elle
eftoit déja tres - confiderée,
Cette Maifon a produit des
perfonnes diftinguées dans la
profeffion des armes. à laquelle
tous ceux qui en font
fortis
,
GALANT 309
IA
forti , fe font
toujours particulierement
attachées.
Le Roya accordé la permif
fion de faire une
Lotterie , aux
Dames Religieufes
Urfulines
de
Gex , à deux lieuës de Geneve,
pour les aider à rebâtir leur
Convent , qui fut brûlé il y a
prés de trois années . M˚ d´Yvonne
, foeur de M' le Comte
d Yvonne- Rumilly ,
Superieurede
cette Maiſon , & M° de
Bognes
, Religieufe
du même
Convent
, dont elle a la feconde
Dignité , & toutes deux des
Maifons les plus
qualifiées de
Bugcy & de Gex , font venues
Fanvier 1706. Bb

3TO MERCURE
en cette Ville , pour y trouver
des reffources à leur malheur
qu'une petite Province ne pouvoit
leur fournir . Elles ont eu
T'honneur d'eftre préfentées au
Roy deux fois . La feconde fois
qu'elles le virent pour le remercier
dela bonté qu'il avoit cû de
leur accorder une Lotterie . Ce
Prince leur parla tres obligeamment
, aprés les avoir relevé
de terre où elles s'eftoient jettées
en l'abordant ; il dit à la
Superieure , en luy adreffant la
parole : Qu'il eftoit tres -fatisfait
des foins qu'elle fe donnoit pour
l'inftruction des Nouvelles Con
GALANT 31E
verties , qu'il luy recommandoit
deles continuer , & qu'il ne l'oublieroit
pas dans fes befoins . M
Le Maréchal de Noailles les preufenta
, & elles reçurent beaucoup
d'honneftetez de toute la
Cour . Madame leur fit donner
un de fes caroffes , pour aller
voir les Maifons Royales . M
le Marquis de la Vrilliere , dans
le Département duquel elles
font , & auquel elles furent
prefentées , leur fit de grandes
honneftetez ; & elles reçurent
en cette occafion tous les témoignages
qui font dûs à leur
merite & à leur vertų . M' le
Bbij
312 MERCURE
Cardinal de Noailles , à qui
elles ont efté recommandées
par M² 1Eveſque de Geneve
leur Prelat , comme des Filles
d'une grande vertu & d'une
naiffance diftinguée , leur a
rendu mille bons offices.
Le fonds de la Lotterie eft de
30000 1. les billets font de 20.
fols. Il y à des Burcaux en plufieurs
endroits , furtout à la rue
S. Antoine & à la Place Maubert;
il y en a à Dijon , à Verfailles
, à S. Germain , & en beaucoup
de Villes du Royaume. La
Lotterie fera tirée à Paris , deyant
S. A. S. M° la Princeſſe .
3
1


GALANT
313
Je vous envoye les Devifes
des Jettons nouvellement frappez
, & qui ont efté diftribuez
le premier jour de cette année;
je ne vous en dis rien davantage
, vous aurez le plaifir de les
examiner avec vos amis . Vous
fçavez que la feconde Devile
regarde toujours Madame la
Ducheffe
de Bourgogne
.
Quoyque vous croyez avoir
efté parfaitement
inftruit par
toutes les Relations publiques,
& par tout ce que je vous ay
dit moy même , de tout ce qui
s'eft paffé au Siege du Chaſteau
de Nice ; ce que je vais vous en
Bb iij
314 MERCURE
dire , ne laiffera pas de vous pa
roiftre curieux & nouveau
puifque je vais vous donner un
efpece de Journal , de tout ce
qu'a fait Artillerie à qui
vous fçavez que la prife de cette
Place eft dûe . Lorfque les François
l'affiegerent pendant la
dernière Guerre , toute l'Europe
regardoit cette Place
comme imprenable , & eftoit
perfuadée que la conquefte en
eftoit impoffible . Une Bombe,
qui fit heureufement fauter le
Magafin des poudres , obligea
le Gouverneur de cette Place à
fe rendre , & empêcha que l'on
1
GALANT 315
315
ne connût qui avoient raiſon
ou de ceux qui jugeoient cette
Place imprenable , ou de ceux
qui fe promettoient de s'en
rendre maîtres
·la
des
armes. La conquefte en eftoit
bien plus difficile cette année ,
parce que M' le Duc de Savoye
avoit fait faire des fouſterrains
qui avoient vingt pieds d'épaiffeur
, & qui mettoient les pou
dres à couverts des Bombes ,
& parce que ce Prince avoit
dépenfe deux millions , à couvrir
prefque toute la montagne
de Fortifications nouvelles à
ajouter aux anciennes , & à
Bb iiij
316 MERCURE
remplir la Place de toutes les
chofes neceffaires pour foutes
nir un long fiege . Tout celas
n'a pas efté capable d'en em
pécher le fiege ; le Roy l'avoit
refolu , & cela fuffifoit pour fai
re croire à tout le monde , que
cette Place feroit obligée de ſe
rendre . Voicy les mesures que
l'on prit pour reuffir dans ce
deffein . On réfolut de n'em- i
ployer que cinq à ſix mille hom
mes à ce fiege , & trente - deux
Compagnies de Grenadiers détachées
d'Allemagne
, & qui
ne devoient arriver que fur la t
fin du fiege , & dans le temps
-
GALANT 317
qu'on en auroit eu befoin
pour donner des affauts . Il
avoir à prendre les Fortifi
y
cations ou Retranchemens avancez
, la Citadelle , & enfuite
le Château qui eſt fort élevé:
Tout cela ne pouvoit eftre emporté
fans une nombreuſe Artillerie
, & bien fervie ; & l'on
peut dire , que c'eftoit l'Artillerie
, qui devoit faire le fiege .
M' de Vauvré , eut ordre de la
faire venir de Toulon , & l'on
avoit lieu de tout attendre de
fes foins , & de fon activité. Il
fut auffi refolu que cette Artillerie
eftant tirée de la Marine
318 MERCURE
elle feroit fervie par des Offi
ciers de Marine . M le Duc de
Barwick , fut choifi pour avoir
le Commandement general de
ce ficge ; & tous ceux qui devoient
fervir fous luy , en témoignerent
beaucoup de joye ;
ce Prince eftant dans une cftime
generale , & ayant autant
de lumieres , de conduite , de
fageffe , & d'activité , que de
valeur .
Souvenez-vous que je vous
ay dit au commencement
de
cet Article , que je ne vous
parlerois que de ce qu'a fait
'Artillerie. Toutes chofes
GALANTA 319
eftant en citat , aprés tous les
foins qu'il avoit fallu prendre,
& des travaux immenfes qu'il
avoit fallu faire pour eftablir
les Batteries , le Canon commença
à tirer le 8. de Decembre
& il y eut ce jour là
foixante-dix pieces de Canon
en batterie , & dix- fept Mortiers.
Il y avoit deux Commiffaires
Generaux d'Artillerie à
ce fiege ; fçavoir , M' de Com
ble , & M de Grand pré ; ce
dernier commandoit du cofté
des attaques , & M' de Comble
du cofté du Paillon . M
de Grand- pré avoit à ſon at
320 MERCURE
taque cinquante picces de Ca
non , quinze de trente fix
fix ; &
trente - cinq de vingt - quatre livres
de balle , avec fept Mor
tiers. Mr de Combe avoit les
vingt autres Canons qui étoient
de dix- huit & de vingt - quatre
livres de balle , & dix Mortiers
. Le Canon avoit à peine
tiré pendant deux jours , qu'il
y avoit déja une breche au
corps de la Place.
Le 18. la Citadelle eftoit
ouverte en plufieurs endroits ,
& l'on attaqua le corps du
Chafteau , & dés ce jour - là la
tranchée entouroit tout le
7
GALANT 32r
Chafteau , & n'en cftoit qu'à
la demi portée du Moufquet.
Le 21. les batteries des ennemis
fe trouverent prefque
toutes démontées , & elles ne
tirerent plus qu'environ trente
coups par jour , & la breche
qui eftoit au corps du Château
fe trouva ce jour-là fort
agrandie , la batterie qui étoit
du cofté de l'attaque fut augmentée
de dix Canons avant le
21. de maniere qu'il y en avoit
foixante de ce cofté - là , ce qui
avec la batterie de vingt Canons
que commandoit Mr de
Combe , montoit à quatre322
MERCURE
vingt Canons. Toute cetre Artillerie
tiroit pendant tout le
jour , & durant une partie de
la nuit , de forte queTe 21. on
avoit déja tiré plus de trentecinq
mille coups de Canons, &
que les Bombes avoient labou,
ré tout le Chafteau , & fort
affoiblie la Garnifon , ce qui
obligcoit les ennemis de ſe
tirer dans les fouterrains qui
ont vingt pieds d'épaiffeur , &
où les Bombes ne pouvoient
penetrer.
te,
On avoit le 20. au foir fait
une falve de toute l'Artillerie à
balles & deux autres fans balles,
GALANY 323
en criant à la Garnifon que
C'étoit en réjouiffance de la
prife de Montmelian . Dés le
21. les Canons commençoient
à avoir les lumieres fi grandes
qu'on avoit de la peine à s'en
fervir , & on commençoit à y
mettre des grains .
On fit paffer avant le 28 :
Mr de Combe & toute l'Artillerie
qu'il commandoit du
cofté de l'attaque , de maniere
que toute l'Artillerie fe trouva
réünie du mefme colté , & que
l'on ceffa de tirer du cofté du
Paillon.
Il y avoit le 28. trois b.c
324 MERCURE
ches à la Citadelle , & deux aut
corps de la Place . On fit deux
nouvelles batteries , une de huit
pieces & l'autre de fix' ; ainfi
I'Artillerie montoit alors à
HD
quatre- vingt - quatorze pieces .
Comme elles n'avoient point
ceffe de tirer depuis le commencement
du fiege , les lumieres
n'étoient pas feulement
agrandies, ainfi que je l'ay déja
marqué , mais il y avoit plufieurs
pieces de canons eventées
.
On avoit juſqu'au 28. tiré
plus de foixante mille coups
de canons, & plus de huit milles
GALANT 325
Bombes , & tout le Chateau
la Citadelle n'eftoient plus
qu'un monceau de pierres du
cofté de l'attaque . Mr de Barwick
eftant averty que Mr
le Duc de Savoye faifoit affembler
des Milices pour joindre
à quelques troupes reglées,
afin de tenter le fecours de la
Place , ce General eut foin de
faire garder les défilez , où il
envoya les plus petites picces
de canon , & il fit faire auffi
quelques petits Forts , de maniere
qu'il eut efté à ſouhaitter
que Monfieur le Duc de
Savoye fe fut mis en eftat d'exe-
Fanvier 1706.
Сс
326 MERCURE
cuter fon deffein, puiſque ſelon
toutes les aappppaarreenncceess ,, ilauroit
perdu beaucoup de monde.d
On fe rendit le premier de
Jinvier maiftre de la Citadelle
dans laquelle on fe logea , &
l'on n'eut que trente hommes.
tuez ou bleffez dans cette expedition.
On fe preparoit le 2. de Jan
vier à monter inceffamment à
l'affaut , & l'on avoit refolu de
faire auparavant un grand feu
pendant fix heures pour ruiner
les nouveaux retranchemens
que les ennemis avoient faits
pour deffendre leurs breches,
GALANT 327
Le 4.fur les quatre heures du
foir Mr de Barwick étant aux
batteries avec Mr de Grandpré
, les ennemis battirent la
Chamade, & Mr de Grand- pré
eut ordre de ne plus faire tirer.
Mr. de Barwick dépefcha auffitôt
Mr Ricouart d'Erouville
Colonel de Haynault , & qui
fervoit à ce fiege en qualité de
Brigadier , pour en porter la
nouvelle au Roy. Comme pluficurs
eftoient perfuadez à la
Cour qu'on ne feroit pas fi-toft
maiftre de cette Place , tant il
paroiffoit difficile d'emporter
en fi peu de temps une Place
Cc ij
328 MERCURE

jugée imprenable , on crut
que les Ennemis avoient eu
quelques raifons fecretes de
faire battre la Chamade ), c&
qu'après avoir gagné du temps
en parlementant , ils ne con
viendroient pas des articles
& recommenceroient tout det
nouveau à fe deffendre ; mais
cette inquietude ne dura pas
long - temps , & elle cefla par
l'arrivée de Mylord Bucley
gendre de Mr de Barwick , qui
apporta la capitulation au Roy,
& qui dit que les ennemis
n'ayant battu la chamade qu'à
l'extremité , la capitulation
GALANT 329
avoit ofté bien - toft faite. Mr
de Carail , qui commandoir
dans la Place , connoiffoit trop
Monfieur le Duc de Savoye ,
& il fçavoit que s'il cuft pû tenir
une heure davantage , ce
Prince ne luy auroit pas pardonné.
Ce fut pour cette rai
fon que ce Gouverneur fit voir
à Mr de Barwick , que tous les
Ponts eftant bouchez par les
pierres , il luy auroit eſté impoffible
de faire aucune fortie .
La Garnifon fortit par la bréche
le 6. au matin , avec armes
& bagages, fix pieces de canon,
& deux mortiers , elle n'eftoit
a
330 MERCURE
plus que d'environ cinq cens
cinquante hommes , de qua
torze cens dont elle eftoit com>
pofée avant le Siege. Il refta
dans la Pláce cent- dix pieces
de Canon , & deux cent bleflez,
qui doivent eftre entretenus
aux dépeurs du Roy, & un Com
miffaire de Mr le Duc de Sa
voye pour payer ce que ce Prince
doit à la Ville de Nice , &
dans toute la dépendance de la
Cofte. Mr de Barwick fit pu
blier une Amniftie , à la fortie
de la Garniſon , par laquelle il
promettoit qu'il ne feroit rien
fait aux Deferteurs , qui ren
GALANT 33T
treroient dans leurs Regimens ,.
& l'on affure que plus de 200.
ont accepté cet Amniſtic
Tous ceux qui fortirent de la
Place avouerent qu'ils avoient
efté furpris de la grande quan
tité de l'Artillerie , & de la
maniere dont elle avoit efté
fervie.
&
M' de Barwick , parla fort
avantageuſement de M de
Grandpré , qui n'avoit point
ceffé d'agir jour & nuit
qui avoit pris de fi grand foins
& de fi grandes precautions
que le fervice de l'Artillerie ,
n'avoit pas manqué un mo¬
332 MERCURE
ment. En effet , toutes les Relations
font remplies des louanges
qu'on a données à cette Artillerie
, en difant que les décharges
eftoient auffi promptes
& auffi fouvent réïterées
que des décharges de fufils .
Tous les autres Officiers d'At-
-tillerie ont également bien fervi
, & l'on peut dire qquuee tout
ceux qui fe font trouvez à ce
Siege , fe font diftinguez . M
de Grandpré eft demeuré pour
faire rembarquer toute cette
Artillerie . Vous avez connu par
diverfes Relations qui ont efté
rendues publiques , qu'il s'eft
diftingué
GALANT 333
diftingué en plufieurs occafions
importantes , que dans la Bataille
Navale gagnée par M le
Comtede Touloufe , fon Vaiffeau
fut le dernier qui combatit
celuy de l'Amiral Rook , &
qui tira les derniers coups
de
-canon /contre cet Amiral .
- Voicy ce qu'un celebre Au-
.theur a dit de Nice.
Doll Nice eft en Provence , elle a
titre de Comté , & fon Evêché
21cftfuffragant d' Ambrun . Son nom
-primitifqui veut dire Victoire ,
Auy fut donnépar les Marfeillois
qui en font les Fondateurs . Cette
Ville n'eft devenue confiderable,
zeg Janvier 1706. Dd
334 MERCURE

gue par les ruines de Cimelle , qui
eftoit la Capitale des Vediantiens .
Nice fut doncpremierement une
Colonie des Marfeillois , elle a en-
Suite efte foumise aux Rois de
&
aux
Comtes
de
Provence
,
&
enfin
elle
eft
paffée
fous
la
domination
des
Ducs
de
Savoye
,
Amé
VII
. ufurpa
ce
pays
fur
Jeanne
,
Comteffe
de
Provence
, durant
les
troubles
du
Royaume
de
Naples
.
Ils
n'ont

pallier
leur
ufurpation
;
mais
ils
difent
leurs
droits
fur
ce
Comté
,font
fondez
fur
une
ceffion
qu'ils
prétendent
, qu'Yoland
, Mere
&
Tu
trice
de
Louis
III
.
Comte
de
Pro
que
GALANT
335
ne p
ence leur en avoit faite. Cependant
, les Deputez de nos Rois
leur ontfait voir, que cette prétentioneftimaginaire
, &
qu'Yoland
pouvoir ceder Nice , quand
même les
prétentions du Duc de
Savoye auroient efte
raisonnables.
Certe Ville est belle
marchande,
ily a un des Souverains
Senats du
Duc de Savoye , & le Château
eft un des plus forts de l'Europe.
Auffila Ville ayant efte prife par
François
de Bourbon
Comte
Angutien fous François I. &
les Troupes conduites par Barberouſſe
le 20. Aouſt 1543. le
Chaffeaunepur eftrepris . Le Pa
par
A
Ddij
336 MERCURE
ر و ا
pe Paul III. ſe rendit à Nice l'an
1538.&fut reçu dans cette Ville,
où fe fit l'entrevue de François I.
de Charles- Quint , avec une
Tréve pour dix ans. Nice eft fituée
dans une campagne , au pied des
Alpes , &au bord de la Mer entre
la Riviere du Var & Villefranche
qui eft le Port. Les Inf
criptions , les Amphiteatres & les
autres Monumens qu'on trouve
dans cette Ville , font des veftiges
de fon antiquité. PierreJoffred en
a écrit l'Hiftoire , & François
Rafini , dit Martiningue , Saint
Sçavant Prelat , Evêque de
cetteVilley publia d'excellentes
GALANT 337
Ordonnances Synodales en l'année
1620 . 里
Je dois ajouter icy , que M
le Maréchal de Catinat , fe rendit
maître de Nice en 1691. &
que cette Place fut rendue au
Duc de Savoye en 1696 .
Ileft temps de vous parler
des affaires d'Efpagne ; mais
quoy que ce que j'ay à vous en
commence dés le 25. dire , de
Décembre ; il fera moins étendu
, mais plus veritable que се
qu'on voit tous les jours dans
le cahos des Nouvelles manuf
crites , où l'on a déja marqué
la prife de Lerida , cinq ou fix
Dd iij
338 MERCURE
fois depuis un mois , quoy que
$
l'on ait encore aucunes nou
velles dans le moment que je
vous écris , de la prife de cette
Place. Je vous en donneray des
nouvelles plus affurées avant
que ma Lettre finiffe : Cepen
dant voicy le commencement
des Nouvelles d Eſpagne que
jay à vous dire , elles font vicil
les , mais elles font fures & curieufes
; & comme elles ne fe
trouvent point ailleurs , du
moins avec toutes les mefmes
circonftances , elles ne laiffe
ront pas d'avoir encore en
beaucoup d'endroits , la grace
de la nouveauté.
GALANT 339
AND YOUR
De Madrid le 25. Décembrel
3001705
.
Vous savez que la plupart
des Troupes Françoifes qui estoient
en Eftramadoure , font déja en
Aragon , pour paffer en Catalogne.
Elles valent une Armée des
plus nombreuses par leur bon état, ·
par leur difpofition ; fi elles reffemblent
toutes à quelques Regimens
de Cavalerie , d'Infanterie
& de Dragons , qui ont paſſe par
icy , dont le Roy a fait la Reque
en differentes Plaines de ce
voisinage à mesure qu'ils arri-
Dd iiij
340 MERCURE
voient. La Reine , accompagnée
de toutes les Dames du Palais la
Cocarde : attachée au milieu du
bras gauche , felon la coutumé ,
n'a pas manqué une feule fois de
s'y trouver, il s'y est toujours &
rendu une infinité de monde. L'a
dreffe & la grace de nos Troupes,
à faire l'exercice , attachoir beau
couples Efpagnols. Elles ont Ef
cadronné formé des Bataillons
quarrez , faitplufieurs décharges
Bataillon contre Bataillon , coura
à la paille , er défilé avec un or
dre une experience qui leur a
toujours attiré un applaudiffement
-general. Auffiy eut-il un jour une
!
GALANT 34
*
·Dame de la Cour , qui s'interef
fant à tant de braves gens ; s'écria,
Quel dommage , & que je les
plains , d'aller fe faire tuer . Un
Officier Espagnol de diftinction ,
qui l'entendit , luy repliqua vi
vement . Van à matar , no à morir
. Ils ne vont pas mourir , ils
vont tuer. Je luy fçus bon gréde
cette repartie , je la crús de bon
augure , je neperfe pas m'eftre
trompé. Si l'allegreffe des Soldats,
leur bonne difpofition à combattre
,font des préfages d'une vic
toire future ; ceux- cy nous donnent
tout à efperer. Ils font faits pour
ce qu'ilsfont , & on voit qu'ils
&
342 MERCURE
ont tous le coeur au métier. Ils ont
fini toutes ces Revues par des criso
de joye de Vivele Roy , en jet
tant leurs chapeaux en l'air , al
quoy
les voeux & les acclama_ \
tions du peuple répondoient
par
mille Vivan los Reyes , Vivent
les Rois.
Mr le Maréchal de Teffé efts
parti dicy il y a quelques jours.
Il va difpofer toutes chofes pour
cette Campagne celebre , qui va
faire l'attention de toute l'Europe.
Je nefçay fi cet heureuxfuc
cés ne pourroit pas dépendre en
partie des horreurs que répandent
en Catalogne les Ennemis , des
Pilleri
ALANT
32
des
defordres
qu'ils
y
commettent. Ils ne fçavent ce que
c'est que de refpecter les Lieux
Sacrez , ils font même des Eglifes
leurs écuries. L'Archiduc a pris
toute l'argenterie qu'il a trouvée.
Il charge d'Impoft les Catalans ,
& il en exige des fubfides exceffifs.
Les divertiffemens qu'il cherche à
leur donner ne les en dédommagent
pas , & les Bals dont il cherche
à les amufer à Barcelone , n'empêchentpas
les plus fages de voir,
que coux à qui ilsfe font donnez
font devenus les premiers inftrumens
des maux qu'ils meritent.
On eft tres-content des Jefuites
344 MERCURE
de Catalogne . Ils fefont conduits
d'une maniere qui leur attire des
approbations & des éloges. Ilsfe
font oppofez de tout leur pouvoir
de tout leur zele , dés les comb
mencemens aux mauvaiſes difpo
fitions qu'ils voyoient dans l'efprit
des Catalans. Ils en ont ramené
plufieurs , ils en ont retenu d'au
tres , & inébranlables dans tous
leurs devoirs , ils fe foutiennent
avec fermeté dans toute la perfe
cution qu'ils effuyent. Ils ont me
prifé les infultes comme les pro
meffes ; on continue de les traiter
avec indignité , & leur fidelité
n'en eftpas ébranlée. Outre les Jes
GALANT 345
?
fuites , ily a encore dans cette Province
un grand nombre de gens
attachez au Roy , qui gemiffent
dans leur coeur , de l'aveuglement
de deurs Compatriotes , & qui
n'attendent que l'occaſion , pour
leur faire ouvrir les yeux.
Une partie de la Flote ennemie
eft encore dans la Mediterranée ,
n'a pas pú parvenir à paſſer
le Détroit. Elle n'alaiffé quefix à
Sept mille hommes en Catalogne.
On les a difperfez en differens endroits.
Les Anglois && les Hollandois
s'accordent mal entr'eux ;
&on affure que les Miquelets ont
pris leparti defe retirer dans leurs
346 MERCURE
"
Montagnes , ne trouvant plus rien
à piller , & craignans d'eftre rencontrez
des Troupes Royales , qui
on ont tué & fait prifonniers un
fort grand nombre.
of 18
Le Prince Tferclaes a'eu ordre
de paffer avec quelques détachemens
, dans le Royaume de Ka
lence , pour prévenir les deffeins
des mal - intentionnez. Ilfemble
que l'on n'en craint icy rien de far
cheux. La Nobleffe y eft fidele ,
& ceux qui voudroient ne l'eftre
pas , neferont ny affez appuyez
ny en affez grand nombre pour fe
faire apprehender.
Mrt Archevêquede Saragoffe
GALANT
347
བཞི།
a publié un Mandement pour raffurer
les efprits foibles , contre les
feductions des Rebelles ; & pour
exhorter dans la conjoncture prefente
les peuples defon Dioceſe à
fe conferver dans la pureté de la
Foy Catholique. Ily a dans cet
ouvrage de la fcience, & une expofition
fenfible de la verité dans
unftile fimple , & à la portée di
Peuple , à qui il est particulierement
adreffe. Ce Prelat commence
par établir le droit de Philippe V.
qu'ilfondefurfa naiffance ,furfa
defcendance de la branche aînée.
d'Autriche , fur le Teftament du
feu Roy , qui annulle toute difpo
348 MERCURE
Jution contraire , fur la regle de
Droit qui détruit l'effet de la renonciation
, fur le confentemente
l'acception des Espagnols , fur
Hiftoire Univerfelle d'Espagne ,
où l'on voit que la preference .
efté donnée au plusproche heritier ,
en ligne directe , tel que l'eft Philippe
V. fans avoir égard au fexe
de fon Auteur ; Enfin fur le fentiment
& fur la décision des
Juristes de la Nation dans tous les
temps.
a
Il paffe enfuite aux raifons
qu'ont les Espagnols de preferer
Philippe V. quand même il y auvoit
parité de droits entre le Roy
GALANT 349
L
Archiduc. Il remarque que
l'Espagne n'a jamais efté plusfloriffante
, que lorsqu'elle a esté en
paix avec la France , & que cette
Couronne la fecourue en plufieurs
occafions , & qu'elle la même aidée
à chal
chaffer les Maures.
Il finit par l'intereft qu'a la Religion
Catholique de conferver un
religieux , qui Prince fage ,
femble choift du Ciel , & donné
aux Espagnols pour maintenir la
pureté de la Religion , qui leur a
efté fi chere , eftant petit -fils d'un
Roy Deftructeur de l'Herefte ,
Protecteur de la vraye Reli
gion.
Janvier 1706 .
E e
350 MERCURE
SYN
vient de
Mr le Marquis de Ribas , qui
eftoit Secretaire d'Etat ,
mettre au jour un gros in folio,
contenant en langue Espagnole.
une relation exacte & circonftanciée
, en forme de Journal de tout
ce qui s'eftpaffeparrapport à Phi
lippes V. jufqu'à fon retour d'Italie
, depuis la mort de Charles II
On n'a rien épargnépour l'embelliffement
de ce Livre. Le caractere
en eft tres--beau : il y a plu
fieurs Planches de bon gouſt ,
fort bien gravées , qui reprel'Embarquement
du Roy
Jentent
&
fes Campemens ,le Plan de quelques
Places , & d'autres chofes de
GALANT
351
cette nature. Je l'ay parcouru d'un
bout à l'autre , & fy ay trouvé
des chofes tres-curieuſes , particulierement
fur le Ceremonial. On
feair que les deux premieres années
de ce nouveau Regne en fourniffent
plus d'exemples que certains
fiecles entiers . Si le détail
que je vous fais icy eft de vostre
gouft , je vous en feray fouvent
de pareils.
૨ Ce que vous allez lire eft
tiré d'une autre Lettre
de Madrid
, & peut fervir
de fuite à
la Lettre
precedente
.
Le Roy d'Espagne a fait la
revue de toutes fes Troupes au de-
Eeij
352 MERCURE
6
hors de Madrid ; à mesure qu'elles
paffoient , mais l'on a fait une diftinction
au Regiment de Parabere ,
que l'on n'a pas fait à d'autres ;
car quoy que jamais , Troupes
étrangeres n'ayent mis le pied
dans Madrid , le Roy la Rei
ne ont voulu paffer ce Regiment
en revue dans la Place de Madrid;
fi bien que ce Regiment eſt entré
Timballes
tes , jufque devant le Palais , où
le Roy , en prefence de la Reine
de toute la Cour , l'a paffé en revue's
ce qui n'eftoit encore arrivé
à aucunes Troupes , & enfuite il
eft forty de Madrid pour aller en
Arragon.
Trompettes fonnanGALANT
355
Comme dans la Lettre du
25. Decembre que vous venez
de lire il eft parlé avantageufement
de l'Archevêque de Saragoffe
, je dois ajouter icy une
chofe tres- curieufe qui regarde
ce Prelat , & qui doit faire connoftre
que Charle IL n'a
hommé dans fon Teftament,
Monfeigneur le Duc d'Ajou ,
fon fucceffeur à la Couronne
« d'Eſpagne , qu'aprés avoir bien
examiné , & fait examiner
par les Docteurs les plus fçavants
, & les plus feveres , ce
Sequ'il eftoit obligé de faire , pour
remplir les devoirs de fa con354
MERCURE
cience , ainfi les intrigues de
Cabinet n'ont point devpart
à ce Teftament ; Charle
eftoit dans un cftat , qui ne
pouvoit luy permettre d'efperer
de vivre long- temps &
preft de rendre compte à Dieu ,
il le prioit tous les jours de luy
infpirer tout ce qu'il avoitta
faire touchant la fucceffion de
la Couronne d'Espagne , & ne
prit fa refolution que fur l'avis
des plus habiles Cafuites ; il cur
long- temps commerce de lets
tre fur ce fujet , avec M' l'Ar
chevêque de Saragoffey càa qui
il écrivoit fouvent de fa pro
GALANT 355
pre main , & ce fut enfin fur ,
les avis de ce Prelat qu'il fe de
termina aprés avoir bien pefé ,
toutes les raifons des Jurifconfultes
, & des Cafuites , à nommer
Monfeigneur le Duc
d'Anjou , pour fucceffeur. Il eſt
important que ce fait hiſtori
que , qui eft tres -veritable , &
dont les lettres de Charles II.
font entre les mains de l'Archevêque
de Saragoffe , doivent
empefcher de douter. Il eft
important dis - je que ce
connu de toute la terre pour
faire voir la juftice des armes
des deux Couronnes , dans la
ce fait foit
856 MERCURE
conjoncture prefente. Jugez
aprés ce que je vous viens de
diré de l'Archevêque de Saragoffe
, fi les Hollandois ont
cu raifon de faire imprimer
dans toutes leurs nouvelles publiques
, que le Roy d'Espagne
eft mal content de l'Archevêque
de Saragoffe , qu'il craint
d'en eftre trahy , & qu'il a démandé
au Pape , la permiffion
de le faire arrefter . Voila de
quelle nature font toutes leurs
nouvelles , c'eft à dire entierement
contraires à la verité.
Ils publiérent dans le temps de
la prife de Nice , que les Fran-
*
çois
GALANT 357
< %
çois en avoient levé le fiege ,
& ils n'ont point ceffe pendant
fix femaines de repeter dans
toutes leurs nouvelles , qu'il y
avoit cu trois actions en Tranf
filvanie , & toutes trois avantageufes
aux Imperiaux ; cependant
les dernieres nouvelles
portent , qu'il n'y en a cu
qu'une , dont les Mécontens
ont cu tout l'avantage , les
Imperiaux ayant perdu fix
mille hommes dans ce Combat,
où fix de leurs Officiers Generaux
ont efté tuez . Cependant
il eft vray que les Hongrois
ont perdu une partie de leurs
1 Janvier 1706.
Ff
358 MERCURE

Canons ; mais ce n'eſt pas icy
le lieu de vous faire le détailde
cette affaire , dont je n'ay parlé
que par occafion ; ainfi je
reprens la fuite des nouvelles
d'Eſpagne. Les Recrues qui
vienent de France y font prefentement
arrivées , & Mrle
Comte de Parabere , dont je
vous viens de parler , & dont le
Regiment eft en Arragon , a
efte par ordre de Sa Majeſté
Catholique , à Bayonne , pour
choifir les Recruës qui doivent
entrer dans la Cavalerie &
pour les faire diftribuer par
tous les chemins qu'elles doiyent
tenir.
GALANT 359
volLa yo La Lettre que vous allez voir
Vous apprendra la fuite des
nouvelles de ce Pays- là .
3 dais
ASTIG 91000 .
noroso try sup of
De Madrid le 1. Janvier
1706 .
Jup Amos 4
n'eftoit
1dl y a eu à Saragoffe quelque
defordre au sujet du paffage des
troupes Françoifes , ce n
qu'un mal- entendu , & tout eft
sentierement appaife. Mr le Ma
réchal de Teffé a marché avec fes
troupes vers la Catalogne. On a
mandé icy ily a deux jours , que
Les troupes étrangeres qui étoient
dans Lerida , avoient ordre d'en
fortir le bruit court qu'on les
F f ij
360 MERCURE
rapelle à Barcelone, au sujet d'une
nouvelle revolte des Catalans
contre les étrangers . Cette circòn-
Stance merite d'eftre confirmée
mais il est bien certain que les
Anglois les Hollandois fe font
hair dans la Ville
pays.
dans tout le
Les dernieres nouvelles qu'on a
de Mr le Comte de Las- Torres ,
difent qu'il eftoit avec quatre mille
hommes de bonnes troupes a cinq
lieues de la Ville de Valence. Il
parle de cette expedition en homme
d'experience qui étantfurles lieux,
voit jufques où peut aller cette
affaire , & aprés en avoirfait le
CHOT 9135
GALANT 361
SON
INO3
detail avec une pleine connoiſſance
; il fait entendre qu'il compte
de la terminer bientoft avec honneur
, fans beaucoup de perte.
Mr Connok , Officier Irlandois ,
qui a eſté envoyé en poſte à Riquena
qui eft la derniere Frontiere
de Caftille du cofté de Valence
pour voir en quel état étoient les
affaires de ce cofté- là , & pour en
avertir la Cour , mande qu'il
trouvé tous les gens
NO
de cette Frontiere
de la meilleure volonté du
monde , qu'un grand nombre de
Gentilshommes
, de Bourgeois
& 91120 121
de Payfans armez le venoientjoindre
tous les jours , qu'ily en
Ffiij
362 MERCURE
mille
qui
90091
avoit déja jufqu'à trois mille
ne fe contentoient
pas de s'offrir
deffendre leurs Frontieres , mais
qui demandoient
avec inftance
qu'on les laissat entrer dans le
Royaume de Valence pour chatier
les Rebelles. Le détachement
de
fix cens Gardes qu'on avoit envoyé
d'icy à Riquena , y arriva
Lundy passé , & on croit qu'il
fera déja entré dans le Royaume
de Valence avec les trois mille
Caftillans.
Le Royaume de Murcie eft en
fort bonne difpofition , il a envoyé
icy des Députez pour affurer Sa
Majefté Catholique de leur fide-
2016
GALANT 363
lité , & pour
czers
qu'on
du
demander des Offi
capables
de commander
&
de
mener
les
troupes
&
les
Milices
on
leve
pour la
fureté
Royaume
.
Mr
l'Evefque
de
Murcie
ne peut
eftre
affez
loué
de
fon
attention
de fon
zele
pour
la
Religion
, &
pour
le fervice
du Roy
. Il n'y
a rien
de nouveau
fur
les
Frontieres
de Portugal
. On
affure
qu'une
bonne
partie
de la
flote
des
ennemis
eft encore
dans
la
Mediterranée
, &
qu'elle
n'a
pas
trouvé
praticable
le
paffage
du
Detroit
. Il fait
icy
des
vents
des
plus
violents
. Fefpere
de
vous
écrire
bien
-toft
un
détail
curieux
Ff
iiij
364 MERCURE
de quelque grand fuccés, Jefuis,
& co Stub & noiibs}
On voit dés le commence
ment de cette Lettre que l'af
faire de Saragoffe
dont plusp
fieurs ont parlé avec exageras
tion , n'a eſté qu'une émeute )
populaire arrivée par hazard ,
& qu'il n'y avoit rien de pré-ì
medité : en effet il n'a paru au !
cun complot , les Seditieux )
n'avoient aucun Chef , & les
pierres ont eu plus de part ab
cette affaire que les armes , dont
ceux qui auroient cité du com- b
plot n'auroient
pas manqué
s'il y en avoit eu un. On doit s
"GALANT 365
remarquer que tant que cette
fedition a duré , il n'eft échapésà
qui que ce foit aucune
plainte contre Philippes V. &
que loin de proclammer l'Archiduc
, comme il feroit arrivé
fice foulevement avoit efter
premedité , fon nom n'a pas
feulement efté prononcé. Ainfi
l'on ne doit pas s'étonner fi ce
foulevement n'a eu aucune
8
fuite , puifqu'il n'a efté l'effet
d'aucune mauvaiſe fatisfaction
contre le Gouvernement , ny
d'aucun manque d'amour pour
un Roy auffi aimable & auffi
cftimable que celuy qui oc
366 MERCURH
cupe aujourd'huy de Trône
d'Efpagnie . Les Magiftrats ne
fe font pas feulement conten
tez de faire chercher des Au
teurs de la fedition , pour les
faires punir , ils ont auffi envoyé
des Députez à Madrid ,
pour faire connoiftre au Roy
l'entiere foûmiffion de la Ville,
fon obéïffance & fa fidelité, &
pour demander pardon pour
les coupables , en affurant Sa
Majefté qu'on en feroit toute
la juftice qu'elle fouhaiteroit,
Cependant les Alliez n'ont pas
laiffé de fe faifir de cette avanture
, & d'en faire un phantô-
2
GADANT 367
me , en groffiffant les objets
dans toutes leurs nouvelles publiques
, & en rapportant la cho,
feautrement qu'elle n'a cité ; ils
ont voulu faire croire tout ce
qui n'eft pas , en tournant en fayeur
de l'Archiduc , les mouve
mens aufquels il n'a eu aucune
part. C'eft ainfi qu'ils font de
tous les évenemens, pour tromper
& pour éblouir leurs peuples
, afin de les faire fouffrir
moins impatiemment
Guerre qui les ruine , & dont
ceux qui les gouvernent font
les Auteurs.
unc
-OuOn voit dans la même Let
MERCURE
268 maniere
&
tre de quelle Mr de
Las Torres parle des affaires
du Royaume de Valence
je dois ajoûter icy , que pref
que auffi- toft aprés fon arrivéc
avec quatre à cinq mille hommes
feulement de troupes reg'ées
, il s'eft vû une Armée de
préss de vingt mille hommes
ayant cfté joint par plus de
quatre mille Gentilhommes
& par un gros corps de Milices.
Jay lû dans une autre Lettre ,
qui confirme cet Article , que
tout faifoit jour à ce General
qu'il avoit d'abord deffait un
grand nombre de Rebelles
JOSYS
216V
tion:
GALANT 369
dont il avoit brûlé les giftes ;
ce font les propres termes de
la Lettre , & qu'il y avoit apparence
que fon armée pour
roit feule fuffire pour étouffer
la rebellion , & pour punir les
Rebelles . Dom Antonio deCardona,
Archevefque de Valence
a fait en mefme temps des merveilles
de fon cofté , fa fermeté
ayant fervi d'exemple à ceux
dont la fidelité chancelante pou
voit leur faire prendre un mauvais
party. Cet Archevefque a
non - feulement fait voir par le
Mandement qu'il a fait publier,
la fidelité que les peuples de ce
2011
370 MERCURE
Royaume devoient à Philippes
V. aprés l'avoir reconnu &
qu'il ne pouvoient , fans eſtre
parjures , manquer au ferment
de fidelité qu'ils luy avoient
juré , & en foûtenant toûjours
fon caractere d'honnefte hommes
, de veritable Prelat que
rien ne peut dêtourner de fon
devoir , & de fidele fujet. Illa
fçû empefcher que l'Archiduc
ne fut proclamépar les rebelles.
On voit par la meſme Lettre
du 1. Janvier le bon état
de la derniere Frontiere de
Caftille du cofté de Valence, &
il n'y a point de doute que la
=
GALANT 371
Nobleffe & les troupes qui
étoient en armes de ce coftédal
, & qui brûloient d'imparience
d'entrer dans le Royaume
de Valence , n'y foit enstrée
auffi-toſt aprés M' de Las-
Torres , & ce font peut- eftre
Docs troupes qui ont contribué
à rendre fon armée fi nomsbreufe
auffi toft aprés fon arorivée.
Je ne vous dis rien
de l'inébranlable fidelité du
Royaume de Murcie , où il n'y
aa pas feulement cu la moindre
apparence ( ainfi que vous vemez
de voir ) qu'un ſeul homme
de ce Royaume ait balan
372 MERCURE
ce un moment s'il garderoit la
fidelité qu'il a juré à Philippes
V. Tant de Relations ont déja
parlé des troupes que l'Evefque
de Murcie & le Clergé de ce
Royaume levent à leurs dépens
, pour arrefter le cours
d'une rebellion qui n'a point
penetré dans le Royaume de
Murcie , & fi je m'étendois
d'avantage fur cet article, je ne
ferois que repeter ce que vous
fçavez déja. J'ajoûteray feulement
que Mr l'Evêque de Murcie
n'a pas fait voir moins de
fidelité & de zele pour Philippes
V. que les Archevêques de
3 73'
HILD
Fant
GALANT 373
Saragoffe & de Valence , & que
tous ces Prelats , qui font gens
diftinguez par leur naiffance ,
par leur profond fçavoir , par
leur merite & par leur probité,
n'imitent pas ceux qui ayant
peut- être été enfermez dans des
Convens malgré eux, &fans aucune
vocation , où , qui par jaloufie
contre des Ordres differens
de ceux où ils font entrez, cherchent
à foûtenir la revolte ,pour
avoir occafion de mener une vie
licentieufe,le tumulte donnant
lieu à tous les libertins de fuivre
leur penchant , en
fe

perdant
dans la foule , & les au-
G g
Fanvier 1706 .
374 MERCURE
tres , pour debufquer ceux qu'ils
plus favorifez qu'eux ont
cru
du Souverain , à qui ils ceffent
deftre fidelles. Jaurois beaucoup
de chofes à dire là - def
fus ; mais je refpecte les Ordres
de ceux qui en obfervent fi mal
XCO JOLY

les
Regles.
Je ne vous dis rien de la prife
de la Ville & du Chateau
de
Montroy
, par les premiers
détachemens
des Troupes
, qui
font entrez dans le Royaume
de Valence
: vous avez vû pa
par
les Nouvelles
publiques
qu'ils
ont efté pillez
& brulez
, &
qu'on
y a pris quelques
Chefs
GALANT 375
d
des Rebelles ; vous pouvez juger
par là ce que feront des armées
entieres , lorfqu'elles feront
en eftat d'agir , puifque
de fimples détachemens remaportent
d'abord de fi grands
Lavantages , & que tout fuit deyant
eux.
Je croy que je ne fermeray
point ma Lettre , fans vous envoyer
encore d'autres nouvelles
d'Eſpagne. Je ne puis mieux
Nous faire connoiftre la fituation
des affaires d'Italie du cofté
où Monfieur de Vendofme &
Mr le Prince Eugene , ont commandé
cette année , que par la
Ggij
376 MERCURE
Lettre de Monfieur de Vens
dofme , que je vous envoyes I
WIND 3902
A Mantouěle 10 Janvier 1706
1 1 2 0 0 A
.
30
L'Armée s'eftfeparée le 26. du
mois dernier jefuis demeuré
Castiglion juſqu'au 3. de ce mois h
pour attendre que les Ennemis en
fiffent de même. Ils fe mirent en
mouvement le premier Janvier
aprés avoir abandonné tous
leurs poftes prés de Lonato. Ils ont
mis toute leur Infanterie depuis
Gavardo jufqu'à Garignan. Ils
occupent encore Montechiaro ,
Calfinato avec de l'Infanterie
Leur Cavalerie eftoit entre Gaz
+

GALANT 377
vardo Breffe ; mais depuis peu
Paté à marché dans le Veranois
avec quinze cens chevaux MA
L. DE VENDOS ME.
Je détachay le huit de ce mois
dix Compagnies de Grenadiers
deux cent hommes de pied ,
trois cens chevaux , aux ordres de
Mr le Guerchois , pour aller occu
per l'Ile de Villabuona , vis-à- vis
de Caftelbaldo; & je viens d'ap
prendre tont prefentement qu'il s'en
eft rendu le maistre. Nous interrompons
entierementpar ce moyen ,
le commerce des ennemis par l'Adige
, depuis Carpyjufqu'à la Mer,
& nous les obligerons peut- eftre à
378 MERCURE
C.
faire paffer une partie de leur Infanterie
dans le Veronois. ǝb
Rien n'eftoplus sconcise que
cette Lettre , & rien ne fait entendre
plus de chofes . Monfieur
de Vendofine parle en
Prince , & n'entre point dans
des détails qu'il ne pouroit faire
, fans fe donner des douanges
, parce qu'il faudroit qu'il
parlaft de fa prévoyance , dedes
lumieres , & de fa conduite , en
faifant connoiftre qu'il ne fait
rien , où toutes ces chofes qui
luy font naturelles , n'ayent
quelque part mais enfin pour
peu que l'on faffe de reflexions
GALANT 379
fur tout ce que ce Prince a fait
de ce cofté là pendant cette
Campagnez, laprés avoir fait
plufieurs Conqueftes en Piémont
, on verra qu'il a tenuen
refpect le Prince Eugene , &
& que pendant toute la Campagne
, il l'a empêché de marcher
au fecours de M le Duc
de Savoye , pendant qu'on faifoir
tous les jours des Conqueftes
dans fes Etats. Cepensdant
il eftoit plus aifé au Prince
Eugene de traverser les rivicres
, qu'il avoit à paffer pour
joindre M'de Savoye , que de s'y
oppofer, Celuy qui veut paffer ,
380 MERCURE
peut fouvent choifir un paffage ,
dans 20 ou 30 lieuës de pays,
que celuy qui le veut garder
peut difficilement empêcher ,
à moins qu'il n'ait une armée
dix fois auffi nombreufe . Il eft
conſtant qu'il ne peut garder
tout le long d'une riviere , &
que celuy qui veut tenter le
paffage , peut tous les jours le
fatiguer par de fauffes marches,
& paffer enfin à quelque endroit
éloigné , fans y trouver
d'obftacle , puifque celuy qui
deffend le paffage ne peut pas
eftre par tout. Voila l'avantage
que le Prince Eugene avoit fur
M
GALANT 381
M de Vendofine , & dont il
n'avoit pû profiter, malgré tou
te fon habileté , fon experience
, fa valeur , & les bonnes
Troupes qu'il avoit dans ſon
armée ; car il eft conftant qu'il
en avoit de bonnes , & que lc
Corps de Troupes de Brandebourg
, qui en faifoit partic
eft composé de Troupes auffi
intrepides qu'aguerries ; ce qui
fait voir que Monfieur le Duc
de Vendofme eft beaucoup
plus grand Capitaine , que Mr
le Prince Eugene , & qu'il pour
roit donner des leçons de guerre
à ce Prince. Le Combat de
Hh
Fanvier 1706.
382 MERCURE
Caffano en eft une preuve évi
dente , & à laquelle il n'y a
point de replique . On crur d'abord
que l'avantage tourneroit
du cofté de Mr le Prince
Eugene , parce que tous les or
dres de Monfieur de Vendof
me n'avoient pas efté executez :
cependant ce Duc rétablit fi
bien toutes chofes , que le Prin
ce Eugene fut vivement re
pouffé & bien battu, Il n'a pas
fait depuis ce temps - là , un
pas en avant ; au contraire ,
ila toûjours reculé jufqu'à l'endroit
où il eft prefentement ,
& il feroit difficile qu'il allaſt
GALANT 383
plus loin , à moins de s'en retourner
tout à fait. S'il avoit
gagné la Bataille , comme il
voulut le faire croire , il luy
feroit honteux d'en avoir fi mal
profité , & il vaut mieux pour
luy , qu'il avouë aujourd'huy
pour fa gloire qu'il l'avoit ve
ritablement perduë , puifque
dans la fituation où il fe trouve
prefentement ; il ne pouroit
l'avoir gagnée qu'a fa honte.
Voicy le fait , & ce qui l'engagea
d'écrire que le gain du
Combat luy cftoit demeuré
& de fe faifir auffi- toft de l'oc
cafion , fa raifon paroiffant
Hh ij
384 MERCURE
fpecicufe . Le Combat fut fort
fanglant , & l'on a peu vâ de
Bataille où y'il ait eu plus de
morts fur la place . La chaleur
étoit tres - grande , & fi M
de Vendofme n'avoit eu la
prudence de s'arreſter & de retenir
fes Troupes , toute fon
Armée auroit efté empeſtée
par la puanteur des cadavres ,
augmentée par la vivacité des
rayons du Soleil qui font fort
brûlants
en Italie . M' de Vendofme
juga donc à propos de
ne pourſuivre le Prince Eugene
qu'aprés que tous les cadavres
auroient efté jettez dans la Ri
prang ebonat
s
101
GALAN
GALANT 385
viere , & que l'air feroit purge
des mauvaiſes exhalaifons dont
ils l'avoient remplis . Ce Prince
fit voir dans la fuite qu'il fçavoit
profiter de fa victoire &
il a depuis ce temps -là toûjours
pouffe le Prince Eugene ,
ainfi que je viens de vous le ainfnque
marquer. Le bruit de fa victoire
imaginaire
ne dura
long-temps que dans les nouvelles
imprimées chez les Alliez
, car le Duc de Malbourough
ayant receu une Lettre
de ce Prince , par laquelle il le
prioit de faire faire des réjouiffances
publiques , il affecta de
Hh ij
386 MERCURE
dire tout haut devant beaucoup
de monde & en fouriant , pour
faire voir qu'il ne donnoit pas
dans le panneau , qu'il croyoit
eftre obligé de faire faire des ré
jouiffances dans toute fon Armée.
puifque le Prince Eugene l'en
prioit. Ces réjouiffances furent
caufe que l'on en fit dans les
Etats de tous les Alliez , & que
l'on fit fonner haut le gain
fupofé de cette Bataille , pour
micux tromper tous les peuples.
& les engager à fournir aux
dépenfes de la guerre avec
moins de chagrin . Ce que je
viens de dire ne peut tout à
GALANT 387
fait paffer pour digreffion
puifqu'à la fin d'une campagne
on en peut faire une espece de
recapitulation , afin de remettre
devant les yeux tout ce
qui s'eft paffe pendant cette
campagne , & de faire voir la
fituation où fe trouvent les
la campagne
chofes aprés que
eft finie ; leur fituation
eft fi
mauvaiſe
pour le Prince
Eugene
, que lorfqu'il
fera
temps
de reprendre
les armes
il ne
pourra
joindre
M' de Savoye
,
en cas qu'il
luy refte
encore
quelques
Places
à perdre
, en
ce temps
-là , fans eftre obligé
Hh iiij
388 MERCURE
traverfer plufieurs Rivieres
paffer plufieurs Navilles &
ferendre maiftre de plufieurs
poftes , & quand il feroit affez
heureux pour venir à bout de
tout cela , il ne pourroit avoir
achevé tant de chofes qu'à la
fin de la campagne , & lorfqu'il
ne feroit plus temps d'agir
utilement pour les Alliez . Joignez
à tout cela qu'il feroit
alors en grand danger d'eſtre
batu , puifque l'Armée qui luy
auroit toûjours fait face pourroit
avancer en même temps
que luy , & que fe joignant à
celle de Piémont , elle fe trou
GALANT I
388
veroit beaucoup plus forte que
la fienne , & le faire repentir de
s'eftre trtrop avancé , & il eft
prefque indubitable que cela
arriveroit.
20 Je vous ay déja amplement
parlé dans quatre ou cinq de
mes Lettres des
genereux
Bavarois
qui ont pris les armes
pour
la deffenfe
de leur liberté
, & même
de leur vie ; mais
je ne vous ay pas encore
dit
que le Miniftere
de Vienne
s'eft
fervy
de tous les moyens
violens
qu'il a pû imaginer
, pour
les aigrir
de forte qu'il leur fut
impoffible
de s'empêcher
d'en
390 MERCURE
ufer de la maniere qu'ils ont
fait -pour arrefter le cours des
maux & des perfecutions , qui
augmentoit tous les jours. Ce
Confeil de Vienne qui les trai
tent injuftement del Soulevez
a fes raiſons pour les forcer de
fe deffendre par la
voye des des
armes , afin de fuppofer , que
Son A. E. de Baviere a part à
tout ce que ces malheureux
faifoient , & de faire entendre
à la Diette de Ratisbonne , que
cet Electeur fait la guerre à
1 Empereur & à l'Empire , &
qu'ainfi il doit eftre mis au Ban
de l'Empire . Ce que je dis eft
fi veritable , qu'il fera impoffiGALANY
39x
ble d'en douter , quand on
fçaura que ce même Confeil
de Vienne , a fait faire fecrettetement
une Lettre , qu'il a trouvé
moyen de rendre publique ,
par laquelle S. A. E. tâche de
perfuader aux Bavarois , qu'ils ne
doivent point mettre bas les
armes , & qu'il ne manquera
pas de les fecourir . Il femble
que ce Prince auroit pû écrire
cette Lettre , fans en devoir
cftre blâme ; cependant il n'a
pas voulu donner cette fatisfaction
à fes Ennemis , afin de
leur ofter toute forte de prétexte
de luy faire des affaires à
392 MERCURE
la Diete de Ratisbonne , & il
laiffe au Ciel le foin de vanger
ſes Sujets , fçachant bien , que
s'il les vouloit deffendre.
les opprimeroit encore davantage
. L'Empereur a commencé
en n'executant rien du Traité
qu'il a figné avec Madame l'Electrice
de Baviere ; je ne repe
te point icy tout ce qu'il a fait
de violent , d'injufte , & de
cruel , depuis cette inexecution,
vous en ayant fait un ample
détail , il y a déja quelques mois,
il me fuffit d'ajoûter icy , que fi
les Bavarrois avoient pris les
armes pour faire la guerre à
5 2h013
GALANT 393
SUP
C
l'Empereur , ils auroient cherché
à s'emparer de fes Places ;
mais , helas ! ils n'eſtoient guéres
en cet eftat , & ils n'ont
cherché qu'à deffendre , ou a
reprendre celles de l'Electorat ,
afin de tâcher par là de fe gafentir
de toutes les impofitions
qu'on faifoit fur eux
aprés leur avoit tout vollé , &
pour s'empêcher d'eftre enlevez
pour aller fervir dans les
lieux les plus éloignez où l'Em-,
pereur a des Troupes . Le but
de S M. I. eft bien moins pour
en tirer du fervice , fçachant
bien qu'il n'en feroit pas fervi

394 MERCURE
J
avec ardeur , que pour dépeupler
la Baviere , par haine &
par vengeance , afin d'achever
de la ruiner entierement aprés
l'avoir pillée , comme il a déja
fait. Toutes les grandes qua
litez de Monfieur l'Electeur de
Baviere luy donnent de l'in
quiétude , & les ambitieux ne
fçauroient fouffrir ceux qui
ont une réputation beaucoup
mieux établie que la leur Je
vous ay déja parlé de la maniere
cruelle dont le Confeil de Vienne
avoit ordonné qu'on uferoit
, contre les peres des enfans
qui deferteroient , com
HGALANT 395
me files peres , qui ont fouvent
bien de la peine à fe faire obéir
de leurs enfans lorsqu'ils font
dans leur propre maifon , pouvoient
les obliger à ne point
deferter , lorfqu'ils font éloignez
, qu'ils font mal- traitez
qu'ils ne font point propres au
meftier des armes , & que l'amour
qu'ils ont pour leur pays,
& pour leur famille , les obligent
de revenir dans leur patrie.
Le Confeil de Vienne a
donné des ordres encore plus
cruels depuis ce temps – là ,
Comte de Lewefteim ayant fait
publier fuivant les Decrets de co
lo
396 MERCURE
Confeil , que les maifons de
ceux qui ne voudront pas fervir
dans les Troupes de l'Empereur
, feront pillées & brûlées
, fans avoir égard à ce que
la rigueur de cette Ordonnance
feroit fouffrir aux femmes
& aux enfans de ceux qui en
ont , voulant même qu'elles
foient refponfables de la conduite
de leurs maris & de leurs
peres ; & pour pouffer Finjuf
tice & la cruauté au de là de
tout ce qu'elle a jamais eſté
chez les plus barbares , il a eſté
refolu qu'en confequence de
ccs Ordonnances , enfantées
GALANT 397
dans le fein du démon , plutolt .
que dans un Confeil tenu par
des hommes , qu'on donneroit
des flambeaux à tous les Soldats
, pour brûler les maiſons
& même les Villages , où l'on
contreviendroit
à ces deteftables
Ordonnances . Il faut garder
le filence aprés cela , puif-,
qu'il feroit difficile de rien dire
qui en puft affez bien exprimer
l'horreur ; ainfi je n'ay rien à
dire davantage là deffus , finon
que les Princes de l'Empire
qui par la condefcendance
qu'-
ils ont aujourd'huy pour l'Empereur
, font caufe de ces
Fanvier 1706.
Li
398 MERCURE
cruautez , puis qu'ils les fouffrent
, doivent craindre ququ'un
jour l'Empereur ne les traitent
de même , & qu'il n'ufe du trop
grand pouvoir qu'ils lay lai
fent , lors qu'il croira un jour
avoir lieu de fe plaindre d'eux ,
ou avoir d'autres raiſons qui Fo
bligeront à les perdre.sh
Le bruit vient de ſe répandre,
que les Bavarois ont remporté
prés de Munick, un grand avand
tage fur les Imperiaux , je vous
en apprendray les particularitez
à la fin de ma Lettre , en cas
que cette Nouvelle fe trouve
veritable.
Vous me demandez des nouvelles
de la Queſtion , qui fait
rant de bruit en Angleterre ,
fçavoir ,fila Religion Anglicane
GALANT 399
eft en danger, Ileft conftant
que quay que cette Religion ,
foit la feule dominante en Angleterre
, & la feule établie par
Tes Loix , elle n'y domine en aucune
maniere , & que les Presbyteriens
ont tout l'avantage ,
eftant favorifez par la Princeffe
de Dannemarck , & par confequent
par tout le Party de là
Cour : Je dis Prineeffe de Dannemarck
,, parce que , bien
qu'elle ait le nom , & le pouvoir
de Reine , le Trône d'Angleterre
ne luy appartient pas,
qu'elle ne le doit qu'aux Presbyteriens
, & que s'ils eftoient
les moins puiffans , ceux qui profeffent
la Religion Anglicane
reconnoiftroient auffi - toft leur
legitime Souverain . Ainfi vous
I i ij
400 MERCURE
-
devez connoiſtre par là , que la
Princeffe de Dannemarck, dess
vant toujours favorifer les Pref
byteriens , la Religion Angli
cane fera toujours en dangera
D'ailleurs , le Corps des Pref
byteriens eft le plus puiffant en
Angleterre , il eft compofé den
non -Conformistes , c'est- à - dirib
re , des Calviniftes Angloiss
qui n'ont pas reconnu la Relis
gion Anglicane , lors qu'elle a
efté établie par les Loix , d'un
grand nombre de Calviniftesb
François Refugiez , qui ont efte
Naturalifez , & de plufieurs autres
de diverſes Nations . Gal
Party eft puiffant , tant par leb
grand credit qu'il a en Angletov
terre , & par les relations qu'ibm
a avec tous les Proteftans de
GALANT 481
Y
l'Europe , & qu'il a beaucoup
contribué au Soulevement des
Fanatiques. Enfin , c'eft avec
une Armée de Proteftans , que
le Prince d'Orange eft entré en
Angleterre , qu'il s'y eft fait
proclamer Roy , & qu'il y a efté
maintenu fur le Trône , On peut
dire , que toute cette Armée y
a pris racine , & qu'elle y a toute
efte transformée en Anglois
Prefbyteriens. La Princeffe de
Dannemarck leur auroit déja
donné tout l'avantage aprés lequel
ils afpirent fur la Religion
Anglicane , fi le conflit qui
eft entre ceux qui profeffent ces
deux Religions , ne luy fervoient
à obtenir toutes les fommes
dont elle a befoin , pour
perpetuer la Guerre , fans las
402 MERCURE
quelle elle auroit peu de pou
voir , en cas qu'elle ne fur point
obligée de defcendre du Trône,
qu'il eft prefque hors de doute,
qu'elle ne pourroit conferver .
Cette Princeffe a fi bien pris
fes mefures dans les élections
qui ont efté faites pour compo
fer le Parlement prefent , & clle
a tant donné & tant promis ,
qu'il y a beaucoup plus de Pref
byteriens, que d'Anglicans ; ainfi
on ne doit pas s'étonner fi les
Prefbyteriens
étant en plus
grand nombre dans le Parle
ils ont prononcé lorfqu'on
a mis fur le tapis , fla
Religion Anglicane étoit en danger
ou non , que cette Religion
n'étoit point en danger. Cependant
la fuperiorité des Prefbyment
>
GALANT
403
teriens , leur union avec la Rerne
, le befoin qu'elle a d'eux
our ſe maintenir fur le Thrôpour
ne , l'argent qu'ils luy font
donner , le grand nombre d'Of
ficiers & de Soldats Prefbyteriens
, & plufieurs autres raifons
qui me meneroient trop loin fi
je voulois en parler icy ,font des
preuves évidentes que la Religion
Anglicane eft dans un
tres - grand danger , & que la
Reine ne l'abandonne pas tout
à fait , parce qu'en fe joüans
de ces deux Religions , elle les
engage , à l'envi , à luy donner
(pour avoir fa protection )
tous les fubfides qu'elle demande
, ce qui achevera bien- toft
de ruïner l'Angleterre , en faifant
perir tant de troupes , &
404 MERCURE
confommer tant d'argent , qu'il
fe trouvera tout d'un coup
que cette Nation en manquera;
mais il n'importe à la Princeſſe
de Dannemarck que cela arrive
, pourveu qu'elle y en trouve
aflez pour la maintenir fur le
Trône tant qu'elle vivrà .
Il y a encore une chofe qui
fait que la Religion Anglicane
eft en danger , & cela provient
de ce que la fortune eft prefque
l'unique divinité de tous les
hommes , vous l'allez remarquer
dans ce que je vais vous dire .
Pendant la tenue des Parle
mens d'Angleterre , le Clergé
de cette Nation tient auffi unc
Affemblée compofée de Chambre
haute & de Chambre baffe;
on y a mis en déliberation fi
tovati la
IGALANT 405
fa Religion Anglicane eft en
danger , & la Chambre baffe a
jugé , à la pluralité de quatre
voix , qu'elle eft en danger , elle
a envoyé fa refolution à la Chambre
haute, & celle - cy n'a voulu
recevoir ny la réfolution , ny la
proteftation que l'autre a fait à
ce fujet. On connoift par là ,
que les Membres de la Chambre
haute n'ont point d'autre
Divinité que la Fortune , airfi
que je viens de vous marquer ,
j'entens ceux de cette Chambre
qui n'ont pas efté du fentiment
de la Chambre baffe , puifque
c'eft à la pluralité des voix que
toutes les affaires (e décident.
Ainfi tous ceux qui compoſent
la haute peuvent n'avoir pas
efté d'un mefme fentiment; mais
Kk
Janvier 1706.
406 MERCURE
ileft conftant que ceux de cette
Chambre qui ont rejetté l'opinion
de la Chambre baffe , lacrifient
à la Fortune , & qu'ils
ont efté gagnez par la Cour
dont ils attendent des récompenfes.
Je n'ay vû aucuns des
Volumes imprimez en Angle
terre , pour , & contre la queftion
; fçavoir ,fi la Religion Anglicane
eft en danger , ou non ,
je ne fçay de quelles raifons les
deux Partis fe font fervis ; mais
je fuis affuré que celles que je
Vous viens de dire , font naturelles
, vraisemblables & veritables.
att
&
Je dois ajoûter icy que
felon
les Loix , les Prefbyteriens ne
doivent point eftre élûs Membres
du Parlement , fans avoir
GALANT 407
efté auparavant
à la Commu
nion Anglicane
; mais les Pref
byteriens qui fe font en Angleterre
un jeu de la Religion , &
un objet pour leur fortune , vont
feulement à la Communion
A.
glicane pour eftre élûs Membres
du Parlement
, & comme
ils n'y retournent
plus après cet
Acte de Religion que l'on ap
pelle Conformité occafionelle. Il ne
ne s'eft peut-eftre jamais vu un vû
peut
fi grand abus , & l'on dire
que ce qu'ils font en cette occafion
font des jeux d'enfans .
Il eft furprenant
qu'un Peuple
qui fçait parfaitement
les Loix,
& qui en a fait de tres - belles ,
foit fr relâché dans des chofes
fi importantes
, & qui regardent
le falut , & donne par là à rire
Kk ij
408 MERCURE
aux autres. Nations. En effet ,
rien n'eft fi plaisant que de voir
les Prefbyteriens qui font élûs
plufieurs fois Membres du Parlement
, aller autant de fois à
la Communion Anglicane
n'y retournent jamais, que lors
qu'il eft queftion d'une nouvelle
élection .
&
A l'égard des affaires de la
Guerre , elles vont tres - lentement
en Angleterre , on y a
beaucoup de peine à rendre
complets les Equipages de l'Ef
cadre qui doit paffer à Liſbonne
avec un Convoy de munitions
. On n'y eft pas moins embaraffé
à lever les cinq mille
hommes de recrues pour les
troupes Angloifes qui font en
Flandres , & on a refolu de leGALANT
409
ver feulement fept nouveaux
Regimens dont les Commiffions
ne feront délivrées qu'aprés
que les recruës feront complettes
. On doit embarquer à
Kinfal un Regiment , & cinq
Bataillons qui doivent paffer en
Catalogne , Cent Officiers Fran
çois à qui la Reine avance fix
mois de paye pour faire leur
équipages , & qui font en Irlande
, ont aufli ordre de fe
préparer à s'embarquer pour ce
pays - là . Les Capitaines de Vaiffeaux
qui doivent conduire fes
troupes , ont ordre d'eftre prefts
aurs. de Fevrier , mais quand ils
feroient en état en ce temps - là
le voyage eft fi long , & il peutarriver
tant d'incidens , qu'il y a
licu de croire que l'affaire de
Kk iij
410 MERCURE
Catalogne fera finie avant que
ce fecours, y puiffe arriver.
Je ne vous parle point des
Partis qu'il y a en Angleterre.
contre le Duc de Marlborough,
où l'on n'a pas oublié la mauvaife
manoeuvre qu'il fit au commencement
de la Campagne
ayant pris de fi mauvailes mefures
pour l'execution de fes.
projets , que Monfieur le Maré
chal de Villars l'obligea de
prendre la fuite , avec tant de
précipitation , qu'il fut obligé
d'abandonner toutes fes provifions
& toutes ſes munitions.Nuri
Vous trouverez la fuite des
Nouvelles d'Espagne , dans la
Lettre que vous allez lire .
GALANT 410
De Madrid le 15. Janvier
1706 .
1g
Le Voyage de Sa Majesté Ca
tholique eft encore differé de quelques
jours. L'Aragon eft tranquil
tous les differens qui y font ar
rivez font entierement terminez
Mr le Comte de Sant- Estevany
fait merveilles,
Un Lieutenant Colonel des
Troupes d'Espagne , qui estoit à
Barcelone pendant le Siege , quiy
eftoit refté malade , & qui en revint
fur la fin du mois paffe , dit.
que Archiduc manquoit entiere
412 MERCURE
ment d'argent ; qu'il n'avoit pas
unfol'; qu'il nefçavoit plus ou en
prendres qu'il trouvoit des difficul
tez infurmontables à faire réüffir
les impofts, dont il avoit voulu accabler
les peuples ; qu'il n'y avoit
pas dans la Ville deux mille hom
mes complets de Troupes étrangeres
; qu'il y avoit une espece de
mortalité parmy les Anglois , que
l'airdu Pays leur eftoit contraire
qu'il n'y eftoit resté que deux Vaiffeaux
des Ennemis , avec quelques
Fregates ; que
les Revoltez
de la Plaine de Vic murmuroient
de la maniere dont on en uſoit , &
de ce qu'on ne faifoit rien de ce
GALANT
413
qu'on avoit promis , & qu'ils fe
plaignoient ouvertement du Gou
vernement prefent. Ce Lieute
nant Colonel affure quefiles Troupes
de France entroient par le
Rouffillon , avant l'arrivée du fe
cours que l'Archiduc attend d'Angleterre
de Hollande , il nefe- e
roit pas trop en fureté parmi les
Catalans , & qu'il ne compte gueres
fur eux ; il est bien perfuadé
qu'ils fe repentent la plupart de
s'eftre declarez pour luy.
Le Royaume de Murcie & toute
la Frontiere ,font dans une bon
ne difpofition. Mr le Comte de
Las-Torrez n'ayant pas encore des
414 MERCUR
K
Canon pour fe rendre maistre de
Saint Matthieu , a marché droit
à Valence , où on le croit à prefent.
détachement defix cens Gardes
qui eft à Chia , àà
quatre
Le
lienes
deValence , fait merveilles Mrle
Prince de Popoli devoit les avoir
joints hier. On eft fort en repos
de ce cofté-là , & l'on n'en craint
aucunefuitefâcheufe. LD
De Cadix le 3. Janvier 1706 .
Tout fe prepare icy au départ
des Gallions. On compte fur un
prompt embarquement , on efpere
que tout fera bien-toft en estat de
GALANT 415
Me
pouvoir mettre à la voile. Mr le
Marquis de Caftel dos Rius eft
toujours à Cherez , où il s'embarquera
pour aller à fa Viceroyauté
du Perou.
Quoy que vous ayez déja vû
dans une Relation publique ,
un détail de la belle action de
cent Gardes du Roy d'Espagne,
commandez par Dom Antonio
Delvalle , contre 200 Chevaux
du Regiment de Neboth , l'un
des Chefs des Revoltez , 450
autres , & un gros Corps de Milices
, le tout commandé par
Balfete , autre Chef des Rebelles
; je ne puis m'empêcher
de vous parler encore de cette
action , qui peut paſſer pour une
des plus furprenantes & des
416 MERCURE
"
plus vigoureufes de ce fiècle , fi
l'on en excepte l'affaire de Leu ,
ze , où la feule Cavalérie de la
Maiſon du Roy combattit contre
12 mille hommes , qui furent
foutenus du refte de l'Armée
ennemie , & qui cependant ſe
retira fans avoir perdu que trespeu
de monde , & l'on pourroit
même dire preſque perfonne , fi
l'on compare cette petite troupe
au grand nombre d'Ennemis
dont elle avoit les efforts à foutenir.
Je reviens à l'àffaire des
cent Chevaux commandez par
- Mr Delvalle ; les Ennemis
dont le nombre égaloit celuy
'd'une petite Armée , les regarderent
d'abord comme des gens
dont aucun ne pouvoit leur
échaper , & il y avoit d'autant
plus
GALANT 417
plus lieu de le croire , que quarante
chevaux feulement , foutinrent
d'abord tout l'effort des
Ennemis , qu'ils ne furent que
quelque temps aprés foutenus
par vingt autres , & enfuite
par
quarante , qui acheverent le
nombre de cent , que l'on peut
dire avoir défait , & mis en fuite
un Corps d'Armée qui marchoit
avec du Canon Aprés
avoir fait plufieurs prifonniers ,
du nombre defquels eft le Neveu
du Commandant , & pris
plufieurs chevaux , fans avoir
eû qu'un Soldat tué & trois
bleffez , fans que les Ennemis
leur euffent pris qu'un feul Cavalier
Ceux qui s'enfuirent
avec plus de vireffe que les autres
, prirent d'abord la route
LI
Fanvier 1706 .
4-8 MERCURE
7
de Valence , & ils y jetterent
une fi grande épouvante , que
s'il y avoit eu un feul Regiment
à portée d'entrer dans la Ville,
elle auroit auffi - toft ouvert
fes portes , croyant qu'une Armée
Royale n'en eftoit pas éloignée.
Vous pouvez croire que
cette action eft veritable , puis
que je vous en parle , & que je
ne vous dis rien des Fables touchant
ce qui fe paffe dans Barcelone
, qui rempliffent les
Nouvelles à la main , qui ont
déja fait prendre quatre ou cinq
fois Valence. Il eft cependant
conftant , qu'on ne peut trop
parler de la maniere dont les
Anglois en ufent dans toutes les
Eglifes & même ailleurs , & des
irreverences qu'ils y commet,
GALANT 419
tent , en tournant en dérifion
tous les Myſteres de la Religion
de forte qu'une Proceffion
ne peut paroître dans tout
le Pays , fans eftre tournez en
ridicule & infultez , & l'on peuc
dire que la Principauté de Catalogne
eftant obligée de défrayer
la Maifon de l'Archiduc ,
& toutes les Troupes qu'il a
dans le Pays , ce Prince commence
par les vexations , à punir
toute la Catalogne , de l'avoir
reçu , & de luy avoir donné
un Titre qui ne luy appartient
pas. Pendant tous ceux
que
qui commandent
des Troupes,
pour le Roy d'Espagne , agiffent
utilement , chacun de leur cô
té , Mr le Maréchal de Teffé
qui a beaucoup d'attention à
Llij
420 MERCURE
tout ce qui fe paſſe , afin de prévenir
le mal , & de faire avancer
les affaires du Roy d'Eſpa
gne , fçachant que Mylord Peterbouroug
marchoit du côté
de Valence , pour faire teſte à
Mr le Comte de Las Torres ,
dont l'Armée eft remplie de
Milice , & qui par confequent
eft plus nombreuſe qu'aguerie,
a fait en cette occafion tout ce
que devoit faire un General
clair - voyant , intelligent &
actif. Voicy l'extrait d'une Lettre
écrite fur ce fujet , que je
vous garantis jufte & veritable.
On écrit de Cafpé, Ville d' Arra
gon fur le bord de l'Ebre , du 20.
Fanvier , que fur les avis que Mr
le Maréchal de Teflé avoir reçû
que Peterborough marchoir avec
GALANT 421
fes meilleurs troupes pour aller foùtenir
les Revoltez de Valence , &
que Mr de Las - Torres n'étant pas
affez fort pour s'y oppofer , Mr le
Maréchal de Teffe marchait avec
dix Bataillons & neuf Efcadrons
pour aller joindre ce Corps , & les
troupes Espagnoles que Mr de Las-
Torres commande , & qu'on efpere.
que fi Peterborough ne fe retire
pas , on luy rendra le paffage en
Catalogne fi difficile , qu'il fera impoffible
qu'il s'en retourne , parce
qu'on fera beaucoup fuperieur , &
s'ilregagne Barcelone avant l'arrivée
de Mrle Maréchal de Teffé,
le Royaume de Valence fe voyant
abandonné , il rentrera fous l'obéif
fance du Roy.
Mr le Chevalier d' Asfeld a
paffé la Cinca , & a pillé & brûlé
L1 iij
422 MERCURE
an gros bourg où ily avoit ungros
Corps de Miquelets , dont il eft pert
un grand nombre.
Vous fçavez la joye que l'ona
fait voir à Perpignan de l'arri-£
vée de Mr le Duc de Noailles ,
& combien fa Maiſon eft aimée
en ce pays- là . Ce Duc n'a point
ceffé d'agir depuis fon arrivée,
& il a travaillé à faire mettre
en état toutes les chofes neceffaires
pour l'ouverture de la
Campagne. 11 a commencé a
faire voir qu'il n'étoit pas demeuré
oifif depuis fon arrivée,
par le Convoy qu'il vient de
faire entrer dans Rofe malgré
toutes les difficultez qui s'oppofoient
à ce deffein. Voicy de
quelle maniere les chofes fefont
paffées. Ce Duc fit fortir un dé
GALANT 423
tachement de la Garnifon de
Perpignan , auquel il joignit
deux Compagnies de Dragons
un bon nombre de Miquelets ,
& la plus grande partie de la
Milice du pays , le tout montant
à cinq mille hommes ; il pric
avec luy la moitié de toutes ces
troupes , il paffa du cofté de
Collioure & par le col de Bagnolle.
Il ordonna à Mr de
Quinfon d'aller avec le refte des
troupes du cofté de Bellegarde,
où l'on trouva les ennemis qui
ayant fçû que ce Convoy devoit
paffer , attendoient pour luy
difputer le paffage ; mais à peine
nos troupes curent - elles paru
devant eux , qu'ils en furent
intimidez , & qu'ils ne fonge
rent plus qu'à prendre la fuite
424 MERCURE
nosMiquelets ne leur en laiffans
pas le temps , attaquerent leur
arrieregarde qui fe batit en retraite
, & le combat dura pendant
plus de deux heures , ils
perdirent beaucoup de monde ,
& eurent un grand nombre de
bleffez . Pendant ce combat, Mr
le Duc de Noailles fit charger
plufieurs Barques à Collioure ,
de toutes les chofes qui compo
foient ce Convoy , & le fit paffer
parmer à Rofe , où il arriva
fans aucune oppofition des ennemis
, qui ne croyoient pas
qu'il dût paffer par mer.
Vous fçavez que Monfieur le
Duc de Vendofme doit arriver
au premier jour , ce Prince
ayant fervy avec tant d'affiduité
, que depuis qu'il commande
GALANT 425
Σ
en Italie il a toujours esté en
mouvement tant l'Hyver que
l'Efté ; de maniere que n'ayant
point quitté l'Italie tant que fa
préſence y a efté neceffaire , it.
n'eft pas venu , depuis qu'il y a
pris le commandement des trou--
pes du Roy , une feule fois en
France , & l'on affure melme
que ce Prince ne restera pas icy
plus d'un mois . Il a fi bien établi
toutes chofes , & donné de
fi bons ordres, avant fon départ,
que s'il y a à craindre du cofté
où il a commandé , ce font les
ennemis qui doivent apprehender.
D'ailleurs , Mr de Lapara
qui vient d'arriver , a rendu
compte au Roy de tous les Pof
tes qu'il vient de vifiter , & il a
affuré Sa Majeſté qu'il les avois
426 MERCURE
tous laiffez en tres-bon état,
Ces Poltes font ceux de l'Adige ,
du Mincio , de la Chiefa , des
Lacs de Garde , d'Ifeo & adeo
l'Oglio . Il a paffé à fon retour
à Monaco , où il a trouvé Mrle
Duc de Barwick qui l'a afforé
que tout le Comté de Nice étoit
fous l'obéïffance du Roy , ronny
M'de la Villemeneuc a eu l'agrément
du Roy pour acheter
le Regiment d'Orleans . Com
me il y avoit beaucoup de prétendans,
cette préference luy a
fait honneur. D'ailleurs les fervices
que l'on rend dans les
Gardes font confiderables , &
l'on peut dire que ceux qui y
ont fervy , fçavent bien leur
meſtier , & qu'ils ont fouvent
expofé leur vie , puifqu'à tous
GALANT 427
les fieges où le Regiment des
Gardes fe trouve , il a l'honneur
de monter le premier la tranchée
, & fi la Place affiegée tient
peu de jours , & qu'aprés la prife
de cette Place on paffe à d'autres
fieges , ce Regiment continue
toujours d'y monter la
tranchée le premier , quoi que
les autres Regimens n'ayent pas
encore commencé leur tour, &
cela luy arrivoit fouvent lorfque
le Roy commandoit fes Armées
en perfonne , Sa Majesté
prenant toujours alors un grand
nombre de Places dans une feule
Campagne.
Mr de Bellegarde , ancien
Colonel de Cavalerie , étant
mort , & ayant laiſſé un Cordon
rouge vacant , le Roy l'a
428 MERCURE
4
accordé à Mr de Monroux , Maréchal
de Camp. Il eft Italien,
& fert depuis longtemps dans
les troupes du Roy avec beaucoup
de diftinction.
Ce Prince a donné le Gonvernement
de Villefranche , &
de tout le Comté à Mr de Para,
qui s'eft diftingué dans le temps
feu Mr Duffon commanque
doit dans ce Comté , cet Offcier
eft monté par degrez dans
le fervice , & Sa Majefté , en le
gratifiant du Gouvernement
qu'elle vient de luy donner , n'a
eu égard qu'à fon feul merite ,
& à fa feule valeur.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé , étoit la Main ; ceux qui
l'ont deviné, font , Mrs le Maire
d'Orbais :
GALANT 429
& fon amy Mr d'Orbais
:
: Trapaux Boudin de l'Hoftel
d'Hocquincourt : l'Avocat de
la Salle Mit & fon amy David
: Canelle , ruë d'Enfer: Au
diot de chez Mr le Maiftre , ruë
S. Martin Loyau Parrot :
Lambert de la rue de Guenegaud
: Gamard de la Lane : La
petite Manon : Perrin de la ruë
de la Harpe la Prefidente de
l'Election de Chaumont &
Magný Babet Beultancourt ,
de la rue S André la petite
Manon Benjamine Mlle Fortin
: Anne Candide de Lauge :
Catin Toffier Babet Perrin :
Maric - Madelaine , de la rue des
Tapifliers de Reims : Cato Caillet
de la mefme Ville , & fon
amant inconnu : Tatan Mavoi
Mm
:
:
Janvier 1706 ,
430 MERCUR
·
:
fin: l'Amant fecret des Pilliers
d'or de la ruë faint Jacques :
l'Amant Procureur de la rue
de la Harpe : l'Amant tranfi ,
de Jouy l'Amant Soyer de la
ruë S. Louis , au Marais : le bel
Elprit : Tamirifte : le Borroque
de la Lame , & fon Compere
Nicolas l'immortelle cruelle :
Felice de Fonquillere , de la ruë
du Loup : l'Agreable dans les
Compagnies : le troifiéme Roy
de Pologne couronné: le Clerc
du Procureur le Compere des
Champs le Mestre de la Gailliarde
duChamp de l'Alouette :
le frere du Docteur Maindaxte:
les trois Bequijots de S. Jacques
: le Chevalier du Soleil :
le chafte Jofeph , fidel afſocié :
la charmante Javotte des Ma
:
GALANT 431
rais du Pont au choux : la blonde
Catin de chez Mr Bretancourt,
ruë S. Martin : la Commere &
époufe Anne Chabas : la charmante
Lindabride : la commune
amie : Mlle Javotte de la ruë G.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle .
ENIGM E.
On trouve peu d'honneftes gens ,
S'ils ne font accablez fous le poids
de leurs ans ,
A quije ne rendefervice:
Je nefçay par quelle raifon ,
Ils ont cependant Pinjuftice ,
De mefaire fouffrir une étroite pri
fon :
Quoyque mon corps fait foible &
mince
Jefuis utile au plas grand Prince,
Soir & matin de fon Palais ,
Mm ij.
432 MERCURE
Je nettoye les avenuës
Que mille chofes fuperfluës ,
Pourroient faire fentir mauvais §
Lorfque fait pour un double ufage ,
Mes deuxbouts ont chacun leur dif
ferent employ ,
J'ay fouvent l'oreille du Roy ,
Sans que fes Favoris en prennent
de l'ombrage
.
Il y eut encore Bal à Marly le Mercredy
27. Janvier. Voicy les noms de ceux qui
ont dansé à ce Bal , & à celuy du Vendredy
fuivant.
Danfeurs.
Le Roy d'Angleterre
.
Danfeufes.
Madame la Ducheffe
de Bourgogne.
Me le D. de Berry. Mela Prin. d' Ang.
MrleD.d'Orleans, Mlle de Charolois .
MrleD.d'Enguien . Mlle de Sens .
Mr le Comte de Mademoiselle de
Conty Toulouſe.
GALANT
433
Le Prince Charles . Mlle d'Armagnac.
Mr leD.deS.Simon Me de Lauzun.
Mr de Montbazon . Me de S. Simon.
Mr de Seignelay.
Mr de Nangis.
Me de la Vrilliere.
Me de Liftenay.
Mr de Liviy le fils. Me de Souvré-
Mr deRupelmonde . Me de Rupelmonde.
Mr de Liftenay.
Le Roy & Me la Princeffe d'Angleterre
ne vinrent point le Vendredy à Marly.
Il y eut ce foir là plufieurs Mafcarades
outre le Bal, & les divertiffemens durerent
jufqu'à quatre heures aprés minuit.
Je croy que vous ferez ravie d'apprendre
, que le Roy a nommé Monfieur le
Comte de Touloufe , Generaliffime de
fes Armées de Mer & de Terre , & que
ce Prince doit commander les Troupes
qui ferviront en Catalogne. Il doit partir
inceffamment pour fe rendre à Toulon
, où il s'embarquera fur la Flotte
que l'on y équipe , pour aller joindre
enfuite les treize Vaiffeaux commandez
par Mr du Quefne - Guitton , qui font
auprés de Rofes. On affure que cette
434 MERCURE
Flotte fera compofée de trente - cinq
Vaiffeaux du premier & du fecond rang
Cependant , comme il pourroit arriver
qu'il en manqueroit quelques- uns , vous
ne devez pas tout - à - fait compter furce
que je vous dis . On affure auffi qu'on
équipe plufieurs autres Vaiffeaux dans
tous les Ports du Royaume. Il y a longtemps
que Monfieur le Comte de Tou
loufe fouhaittoit avec beaucoup d'im
patience , de retourner en Mer , & coinme
il a eu l'avantage de gagner le premier
Combat Naval qu'il a donné , il Y
a lieu de croire , que la fortune accompagnera
toujours fa valeur , & l'imparience
qu'il a d'agir en Catalogne , en
eft un bon augure . Tous les Officiers
fe font un plaifir de fervir fous ce Prince
, fon intrepidité & fa valeur les anime.
Son fang froid au milieu des
plus grands perils , les charment , ils
ne regardent point les dangers lorf
qu'il s'agit de combattre fous fes
yeux , perfuadez de la juftice qu'il
rend à tous ceux qui fe diftinguent, il eft

GALANY 435
J
liberal , bien-faifant & ne dement en
rien le fang qui coule dans ſes veines.
Je viens d'apprendre une nouvelle
que je ne vous garanti pas , & j'ay lû
dans une Lettre de Perpignan qu'il y
avoit une espece de maladie dans Barcelone
, qui tenoit fort de la nature de
la pefte , puifqu'elle avoit emporté trois
cens perfonnes en deux jours , ce qui
avoit obligé l'Archiduc de s'éloigner de
la Ville pour ne point refpirer un air f
peftilentieux.
La nouvelle de la mort de la Reine
Douairiere d'Angleterre , cy-devant Infante
de Portugal , & qui avoit choifi
le lieu de fa naiffance pour y finir fes
jours , n'ayant efté fçue que par un Paquebot
quia efté amené dans nos Ports,
je ne puis encore vous garentir cette
nouvelle , dont la verité pourra eftre
connue dans le temps que vous recevrez
ma Lettre. Je ne voudrois pas
non plus eftre garand de la nouvelle
fuivante , mais comme je fuis preffé de
fermer ma Lettre , je la rifque fans cr
attendre la confirmation .
436 MERCURE
On écrit de Vienne , que les Mécontens
d'Hongrie fçachant que le General
Palfy s'approchoit pour leur faire lever
le fieged Edimbourg, ils avoient marché
au devant de lay , & avoient attaqué
fi vivement les Imperiaux , qu'ils
les avoient mis en déroute, & que marchant
aprés cette deffaite , pour ferendre
de nouveau devant Édimbourg ,.
afin d'en continuer le fiege , ce que les
Magiftrats ayant appris , ils avoient envoyé
au devant du Comte Bereziny ,
pour luy marquer qu'ils fe foumettoient
à la Contribution . Selon les Lettres de
Vienne , ce dernier article paroift plus
douteux que le premier.
Si les Peuples de Baviere ont accepté,
l'Amnistie ainfi que le bruit s'en eft ré
pandu leur valeur leur aura au moins
procuré l'avantage de n'être plus enlevez
de force, pour fervir dans les troupes de
Empereur. Je fuis, Madame voftre, & c .
AVIS.
On vendra le Mercure de Fevrier
le 4. de Mars.
TABLE.
P
Relude.
Extrait d'une Lettre de Conftantinople.
Bref du Pape.
Epitaphe du Prince Thekely.
Premier Article de morts.
13
15
19
20
Service du Cardinal Primat de Po-
·logne, avec un extrait defon Orai
fonfunebre.
Prelude touchant une Lettre de Mr
PAbbé de la Luzerne.
45
47
Lettre de Mr l'Abbé de la Luzer
ne.
Benefices donnez par le Roy
54
88
Lettre de Mr Rigaldi au Pere Cra-
119 couille.
Remarques fur la nouvelle Edition
140
Gouvernemens & Penfion donnée par
de
Morery.
Le
Roy.
143
TABLE.
Second Article de morts , ne contenant que
des morts étrengeres.
Sermens prêtez.
Dons fait par le Roy d'Espagne
149
160
165
Réjouiffancefait à Cherez par Mrle Marquis
de Caftel-das- Rius le jour de la
naissance de S. M. C. 195
201
Eloge de la famille de Foix de Candale,
prononcé à Bordeaux.
Profeffiom d'une Demoiselle Angloife , conte
nue dans une lettre de la même ville 206
Nouvelle Methode de Geographie. 209
Troifieme Article des Morts.
Mariages.
Bals donnez à Marly.
223
236
250
Magnifique repas donné à Meudon par
Monfeigneur au Roy d'Angleterre , enfuite
de quoy S. M. B. vient à Paris à
l'Opera , où ce Prince n'avoit jamais
efte
Changemens faits & Places remplies dans
L'Academie Royale des Infcriptions 255
Bouquet,
Second Article des Mariages.
252
258
262
I
Tranflar, d'une Relique de S.Hilaire. 273
TABLE .
Traité de la Police.
Quatrième Article de Morts.
Regiment Royal Piémont acheté
Le Marquis de Laffe.
281
283
par
Mr
307
otterie accordée par le Roy aux Dames
LReligieufes Urfulines de Gex, proche Geneve.
309
Nouvelle Relation contenant unJournal de
tout ce que l' Artillerie afait au Siege de
Nice.
Affaires d' Espagne.
318
337
Affaires d'Italie.
376
Affaires de Baviere. 389
Affaires d'Angleterre. 398
Suite des Affaires d'Italie. 424
Regimens vendus. 426
Dons faits par le Roy.
427
Article des Enigmes. 428
Derniers Divertiffemens de Marly. 432
Article concernant l'Armement Naval
& Mr le Comte de Toulouse . 433
Nouvelles de divers endroits ,
435
Les Jettons doivent regarder la p. 313 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le