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1705, 12
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Eur. 5112
1705,42
Mercure
<36624505050010
<36624505050010
Bayer . Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
DECEMBRE , 1705.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant,
Omme il eft impoffible dans la con-
Cjoncture
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
-Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC V.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
Münche
AU LECTEUR.
ILy a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour efire employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE
1705 .
R
IEN
n'eftant plus
agreable que la varieté
en toutes
chofes
, je commence ma Lettre
d'une maniere affez nouvelle ,
& dont je ne me fuis encore
fervi qu'une fois ; c'eſt- à- dire ,
A iij
6 MERCURE
y
par la chanfon fuivante, quidoit
fervir de Prélude. Elle regarde
le Roy , dont j'ay accoûtu
mé de vous parler au commencement
de toutes mes Lettres .
AIR NOUVEAU.
Dieu de la Paix , Dieu de victoi
re ,
Exauce de Louis les plus ardens
fouhaits;
Il ne veut vaincre , & ne cherche
la gloire
,
Quepourfaire la Paix.
C'est pour tes droits facrez qu'il
entreprit la guerre ;
GALANT
7
SEIGNEUR , benis tous fes exploits,
Etpermets que fon bras puiffe cal
mer la terre ,
Pouryfaire regner tes loix.
Vous devinez bien que cet
Air eft de M de Mez , de la
Fléche en Anjou ; puifque tous
ceux qu'il m'envoye regardent
le Roy.
Je vous ay parlé fort imparfaitement
de la découverte d'une
Statuë Equeftre érigée à
Naples ; ce qui m'oblige à vous
en envoyer la Relation fuivante
, que je viens de recevoir , &
A iiij
8 MERCURE
de la même maniere qu'elle m'a
efté renduë .
que
RELATION
De ce qui s'eft paffé à la découverte
de la Statue Equeftre
la Ville de Naples
, a
élevée au Roy Philippe V.
en marque de fa fidelité , &
en memoire de la venue de
Sa Majefté dans ladite Ville
de Naples l'année 1702 .
faite par les foins de M ' le
Duc de Popoli & du Tribunal
de la Fortification de ladite
Ville. Ecrite par Antoine
Bulifon.
Le 16. du mois de Septembre
GALANT 9
i
a
dernier. Aprés midy,toutes les chofes
neceſſaires eftantpreftes pour découvrir
la Statue Equeftre , dreffée
par la Ville de Naples à S. M.
C. à la place du Jeſus - neuf.
Cette place qui a 1600. Palmes
de circonference , eftoit toute ornée
de parements & de loges , qui
eftoient remplies d'un grand nombre
de Dames & du plus beau
monde de la Ville. On avoit élevé
au milieu de la place une fuperbe
machine de 150. palmes de hauteur
, dans un quarré diamentral
de 80. palmes , forméfur les bafes
de trois colonnes, qui reprefentoient
les quatre parties du monde , aux
10 MERCURE
bafes defquelles eftoient les armes
de tous les Royaumes & de tous
les Eftats que S. M. C. poffede
par toute la terre. Au fommet de
la machine quife ferroit en fleurs
de lis , eftoit un Soleil de 20.palmes
de diametre , avec trois fleurs
de Lis , qui forment les armes de
S. M. Il y avoit au deffous une
Couronne Imperiale de 30. palmes
de circonference , au deſſous de laquelle
pendoit un pavillon de Damas
cramoifi, de 100. palmes de
hauteur , qui couvroit le Royjuſ
ques à terre. Les colonnes eftoient
ornées de Statues , de feftons , de
trophées de cartouches , avec des
GALANT II
infcriptions à la louange du Roy.
Le tout difpofé par les foins du
Meftre de Camp & Ingenieur.
Dom Dominique Dentici , Noble
du fiege de Nido , qui avoit
auffi eu l'ordre de faire la Statue
Equeftre du Roy.
Au milieu de cette machine eftoit
cette Statue, qui a eftéfaite en trois
années de tems par le fameux
Statuaire Nicolas Vacaro . La Staque
avec le Cheval peſe environ
deux cens quintaux , poids de
France , elle a dix-fept palmes
de haut , fur une baſe de
marbre bien travaillé, de la même
bauteur. Le tout entourré d'une
12 MERCURE
belle grille de fer , & de 16. petites
colonnes de marbre. On lit
fur la face du devant de la baſe,
Pinfcription
fuivante , compofée
par le fçavant
Matthieu
Egizi.
PHILIPPO V.
HIS. NEAP . SICIL. ET INDIARUM
REGI
POTENTISSIMO
CATHOL. PIO FELICI.
QVOD ADVENTU SUO PRÆSEN
TIQ NUMINE CIVES BENEFICIIS
ITALIAM
MAGNITUDINE RER
GESTARUM
COMPLEVERIT
ORD . POP. Q.
NEAPOLITANUS
OPT. MAXIMOQ PRINCIPL
P. P.
ANN. DOM. MDCCIL.
A quatre heures aprés midi Mr
GALANT
13
3
le Marquis de Villena , Viceroy
de Naples fortit de fon Paleis en
cavalcade précedé de toute la
principale Nobleffe montée fur
de beaux chevaux , au milieu
des Gardes Suiffes , il paffa par la
belle ruë de Tolede , & fe rendit
à la place du Jefus, où étant devant
la Statue du Roy , on tira adroitement
8. cordons du rideau & du
grand pavillon , dont il fe forma
un grand dais , garni de galons,
franges , & fleurs de lis d'or,
Alors le Viceroy levant fon chapeau
, falua le Roy , criant viva
el Rey ; ce qui fut pareillement
prononcépar tous ceux qui eſtoient
14 MERCURE
prefens . Auffi- toft cent Muficiens
qui eftoient fur les bafes des pyramides
, chanterent les louanges de
S. M. Dans le mefme tems Mrs
les deputez du Tribunal de la
Fortification ( qui avoient eu le
foin de faire la Statuë ) jettoient
de deux balcons qui estoientfur les
avenues de la place , au peuple
quantité de medailles d'argent &
de cuivre , qui reprefentoient d'un
côté, la figure de la Statuë , autour
de laquelle eftoit le nom du Roy
de l'autre côté unefemme affife
qui reprefentoit Partenope armée
d'une cuiraffe , & tenant d'une
main une pique , & de l'autre
GALANT IS
une corne d'abondance ; les paroles
fuivantes eftoient autour, Adventui
Principis Feliciffimo . Aprés
que cette Statue cut efté découverte ,
Mr leViceroy alla à l'Eglife Roya
le des Dames de Sainte Claire , uo
il entendit le Te Deum , quifut
chanté en Mufique pendant une
triple falve de l'Infanterie qui
eftoit dans la cour de la mefme
Eglife , & des falves du canon
des quatre Châteauxde la Ville
de Naples .
La nuit eftant venuë , toute la
place fut éclairée par une grande
quantité de lumieres , & la machine
& le tour de la Statuë par -
16 MERCURE
un grand nombre de flambeauxe
de cire de Venife , & cent Muficiens
chanterent une belle ferenade
à la louange de Sa Majeſté Catholique.
La Relation fuivante vient
de Pologne , je ne fçais fi elle a
efté faite par un François ou
par quelque Suedois , la langue
Françoife eftant fort familiere
aux Suedois. Je n'ay pas crû en
devoir reformer le ſtyle , afin
que les chofes y paruffent plus
naturellement comme elles fe
font paffées.
GALANT 17
RELATION
Du Couronnement de Stanislas
I. Roy de Pologne , & de
la Reine Catherine fa Femme
, qui s'eft fait à Warfovie
le 4. Octobre dernier.
Les Senateurs & les Nonces
des Palatinats de Pologne ayant
dreffé les Pacta Conventa , le
Roy Stanislas alla la veille de
fon Couronnement à l'Eglife de
Saint Jean pour jurer de les
obferver religieufement. S. M.
partit du Palais de Belinsky où
Decembre 1705. B
18 MERCURE
Elle logeoit. Les Caroffes des
Palatins & des Nonces commençoient
la marche , & ceux des
Evêques des Senateurs les
fuivoient ; Le Caroffe du Roy ,
dans lequel S. M. fe trouvoit
feule , étoit précedé par quantité
de nobleffe à cheval & Suivi
par fes Gardes du Corps pareillement
à cheval. Le Roy traversa
l'Eglife éclairée par un double
rang de flambeaux jusqu'au
Grand Autel , où il trouva l'Archevêque
de Leopol revêtu de
fes habits Pontificaux , qui luy lút
les Pacta Conventa le Formulaire
du ferment. S. M. l'ayant
GALANT 19
prêté à genoux ,fut reconduite au
dit Palais dans le mefme ordre ,
avec cette difference que
difference que l'Arche
vêque de Leopol & l'Evêque de
Caminick étoient au retour dans
fon Caroffe fur le devant .
Le jour fuivant qui étoit le 4.
Octobre , Leurs Majeſtez allerent
incognito au Château , aprés
avoir jeûné trois jours de fuite
pour ſe préparer à cette folemnité
pour communier.
Sur les 10. heures du matin,
tout étant preft , on avertit les
Ambaffadeurs de Suede , qui fe
rendirent auffitôt au Château , où
ils furent reçûs d'une maniere
Bij
20 MERCURE
convenable à leur rang
.
Ils trouverent dans la premiere
Cour un Bataillon fous les Armes
tambours battants .
,
Le Maréchal de la Cour , le
Sieur Poninsky , les reçût au bas di
grand efcalier à la defcente de leurs
Caroffes. Le Comte Sapieha
Piffart ou Grand Commiffaire de
Lithuanie , les attendoit quelques
degrésplus haut , & les conduifit
jufques à la Salle des Gardes , où le
Colonel defdits Gardes , le Sieur
Poniatowsky , vint au devant
d'eux. Ala porte de l'antichambre
du Royfe trouva le Caftellan
de Siradie , qui eft Senateur , avec
GALANT 21
quelques Députez , qui les complimenterent
de la part du Roy & de
la Republique , & dans l'antichambre
, le Grand Treforier de
Lithuanie faifant la fonction de
grand Maréchal , s'avança vers
les mena dans les Cabinets eux
de leurs
Majeftez.
Voicy de quelle maniere tout
étoit difpofé dans l'Eglife.
Dans le Choeur , vis-à- vis le
grand Autel , fur une eftrade de
niueau avec ledit Autel , étoient
élevez deux Thrânes fous deux
Dais > entourez de Gardes die
Corps ; un cofté du Choeur étoit
deftiné pour les Generaux & les
2
22 MERCURE
Officiers Suedois , l'autre pour les
Grands & pour les Nonces Polonois.
A l'égard des Ambassadeurs
de Suede , il y avoit entre le premier
banc
teüils ; au deffus de cet endroit ily
à une feneftre & une chambre qui
communique au Château , de laquelle
les Rois de Pologne ont
coutume d'entendre la Meffe.
Elle étoit deftinée pour le Roy de
Suede , qui voulut eftre ſpectateur
de cette Ceremonie avec le Comte
de Piper , le Duc de Wirtemberg
&quelques autres Seigneurs Suedois
. Del' autre cofté vis-à- vis, il
l'Autel trois fauGALANT
23
y
avoit
un petit Balcon pour la
Mere du Roy & les Dames les
plus qualificés.
La Marche commença par les
Gentilshommes des Ambassadeurs
de Suede ; enfuite venoient les
Nonces Polonois & une grande
partie de la nobleffe.
Aprés eux marcherent defuite
le Porte- épeé de Pofnanie avec l'Epee;
le Caftellan de Radziec avec
la Pomme ; les. Caftellans deJuny,
Wladiftam de Leure , avec les
Sceptres ; le grand General de
Lithuaniele Caftellan de Siradie
avec les Couronnes.
Ces marques de la Royauté
24 MERCURE
(
eftoientfuivies par le Treforier
Sapieha , faifant la fonction de
grand Maréchal de la Couronne.
Au devant du Roy marchoient
les Ambaffadeurs Wachflager &
Palmberg.
Le Roy , armé de toutes pieces
ayant un Manteau rouge doublé
de Martres Zibelinies fur les
épaules , étoit conduit par le Piffart
ou Grand Commiffaire de Pologne
Potocky, & par le Starofte Sapieha
. La Reine , quiparut enfuite en
habit de drap d'argent & les che-
"veux épars , étoit menée par le Baron
Horn , premier Ambaſſadeur
de Suede, lesDames lesprincipanx
GALANT 25
paux Officiers de la Cour étoient
les derniers. Dez que les premiers
furent àl'Eglife , on commença la
Mufique fur les trois Tribunes.
Les marques de la Royautéfurent
mifes entre les mains des Ecclefiaftiques
, qui les mirent fur le
grand Autel , la Couronne du
Roy un peu plus haut que le reſte.
Deux Evêques & deux Prélats
le reçûrent & le complimenterent
au bas duThrône,dont les deux
premiers menerent S. M. à l'Autel
; & la Reine cependant paſſa
dans la Sacriftie
.
L'Archevêque étoit affis devant
l'Autel , reveſtu des fes habits
Decembre
1705 . C
26 MERCURE
Pontificaux , auquel l'Evêque de
Caminiek dit lesparolesfuivantes.
Nôtre Mere Sainte Eglife
defire que ce vaillant Chevalier
, éleu Roy , foit couronné.
L'Archevêque demanda s'il en étoit
digne s'il étoit dans le deffein
de remplirfes devoirs . L'Evêque
répondit : Ouy, il en eſt digne
& il remplira fes devoirs. Aprés
"quoy , on ôta au Roy fon Cafque ,
Il se mit à genoux & promit encoreparferment
beaucoup de chofes
conformes aux Pacta Conventa .
S. M. baifa l'anneau de l'Archevêque
, fit fa confeffion de foy &
fon ferment , en mettant les deux
mains fur l'Evangile. L'ArcheGALANT
27
les
véque ayant la tefte nie se mit à
genoux avec les autres Ecclefiaftiques
; & le Royfe profterna les
bras étendus. On chanta les Litanies
& plufieurs autres Prieres
lefquelles finies , l'Archevêque
saffit fur fachaire Epifcopale ; &
le Roy feleva fur fesgenoux. On
luy ôta le Manteau Royal
braffarts. L'Archevêque, avec le
pouce de la main droite , luy oignit
le dedans de la main droite , le
coude & le haut des vertebres
entre les épaules , prononçant ces
mots : Je t'oins pour
eftre Roy ;
au nom du Pere, du Fils, & du S.
Efprit . Amen. Il s'effuya enfuite
Cij
28 MERCURE
un
lepouce avec du pain , &felava ;
pendant qu'un Evêque effuya le
Roy avec du pain frais é avec
du coton. Enfuite de quoy on conduifit
S. M. dans la Sacriftie , où
elle changea l'habit militaire en
habit Epifcopal tout blanc , qui
doitêtregardépourfon enterrement.
On trouve que le Roy Jean a de
mefme efté enterré dans l'habit
qu'il avoit porté à fon Couronnement.
On reconduifit S.M. à l'Autel;
l'Archevêque luy donna l'épeé
nie . Le Roy la mit entre les
mains du Porte- épeé , qui la remit
dans lefoureau & la mir enfui-
•
GALANT 29
te au côté du Roy ; &aprés l'avoir
tirée de nouveau , il la brandit
plufieurs fois dans l'air , pour
marquer l'ufage qui en doit eftre
fait, & la remit enfuite dans le
foureau. La Couronne fut mife
fur la teftedu Roypar l'Archevefque
& les autres Evefques ; le
Sceptre , dans la main droite ; & la
Pomme , dans la gauche. Toutes
ces ceremonies fe faifoient avec
des prieres & des exhortations
convenables à chaque fujet. S. M.
fe leva ; & portant les fufdites
marques de Royauté, donna l'Epeé
au Porte- épeé. Elle monta fur le
Thrône, conduite par les Evefques
C iij
30 MERCURE
lesprincipaux des Seculiers , où
;
les derniers demeurérent. Peu de
temps aprés , leRoy fut reconduit
pardeux Evêques deuxPrelats,
"“à l'Autel , où Sa Majesté demanda
à l'Archevêque de couronner la
Reine. L'Archevêque ayant promis
de le vouloir faire les deux
Evêques la menerent de la Sacriftie
devant l'Autel , où les Ceremonies
des deux Couronnements furent
prefque pareilles. La Reine fe prof
terna , pendant qu'on luy donna la
Benediction ; on luy oignit la
main le dos entre les épaules ,
' on l'effuya. On la reconduifit
dans la Sacriftie ; & on la revêtit,
GALANT
ZL
la
L'un manteau de drap d'argent ,
doublé d'hermines . Les Evêques
ramenerent devant l'Autel , on
Luy mit la Couronne fur la tefte ,
le Sceptre dans la main droite ;
&l'onfit des prieres & des exhortations
, comme auparavant. Elle
fut conduite enfuite à fon Throne.
Sept Dames de la premiere qualité
porterent fa queüe , & toutes les
plus diftingueés fe rangerent autour
de Sa Majesté.
Cela fini , on chanta le Te
Deum , pendant qu'on faifoit trois
falves du canon du Château , &
de la moufqueterie. Un des Evef
ques porta l'Evangile aux Throf-
C iiij
32 MERCURE
nes pour eftre baisé par leurs Majeftez
; aprés quoy deux Evêques
les ramenerent
à
l'Autel
poury
faire leurs offrandes. Elles baiferent
derechef l'anneau de l'Evefque
& quelques Saintes Reliques
fe mirent enfuite fur
leurs Thrones
pendant la grande
Meffe , à lafin de laquelle leurs
Majeftez communierentpour cette
fois fous les deux efpeces . L'Archevefque
donna la benediction à
leurs Majeftez e aupeuple ; &
le grand Maréchal de la Couronproclama
vive le Roy & la
Reine ce qui fut repeté par
toute l'Eglife .
ne
GALANT
33
On retourna au Château , dans
le mefme ordre qu'on avoit obfervé
en allant. Dans la grandefalle ,
l'Evêque de Caminiekfit une belle
barangue au nom des Senateurs
& de la Nobleffe.
Le Treforier Sapieha luy répondit
de la part de leurs Majeftez
; aprés quoy les deux Etats
les Grands & la Nobleſſe furent
admis à leur baifer les mains.
Dans la Salle où leurs Majeftez
mangerent , il y avoit trois
tables , dont celle du milieu eftoit
quarrée & élevée de quelques degrez
au deffus des autres. C'étoit
celle de leurs Majeftez , qui fu34
MERCURE
rentfervies par les principaux
Officiers du Royaume ; les Ambaffadeurs
de Suedey estoient.
Celle de la droite eftoit pour les
Senateurs & pour les Nonces ; &
l'autre pour les Dames & pour
plufieurs Officiers & Seigneurs ,
tant Suedois que Polonois.
Le Prince Alexandre pendant
cette folemnité s'eftoit retiré à ſa
terre de Villanova , moins
·par
crainte d'irriter le Roy Auguste
contre fes freres prifonniers , que
pour éviter toute difpute avec les
Ambaffadeurs de Suede , qui luy
avoient fait dire
dans une
telle ceremonie, à la table du
que
GALANT
35
Roy ils ne pouvoient luy donner
la préféance. Ce fut pour la
même raison que la Princeffe
mere du Roy s'en abfenta auſſi ;
d'autant qu'on avoit un exemple,
qu'au Couronnement du Roy Michel
,fa mere avoit esté affife à
table au deffous des Ambaffadeurs
de Suede.
Le Roy & la Reine s'eftant
levez de table , furent reconduits
dans leur Palais par tout ce qu'il
I avoit de gens de qualité.
Le lendemain leurs Majeftezfurent
felicitées de nouveau parplufeurs
Seigneurs & Dames.
Elles dinerent chez M le Comte
36
MERCURE
Horn ,
Ambaffadeur de suede
où il y eut un bal &
mafquarade
bien avant dans la nuit .
Le 6. elles dînerent toutes feules
. Le foir on celebra les noces du
Caftellary de Mezeriz & d'une
Dame de la Cour . La
ceremonie
Pa
des
fut faite par l'Archevêque dans
appartement dela Princeffe Mere
du Roy ,parce qu'elle eftoit unpeu indifpofee.
LeRoyfoupa dans la grandegallerie
enpublic , à la maniere
Rois Polonois nouvellement couronnez
; la Reine & les nouveaux
mariez eftoient à la même table.
On en avoit placé une autre bien
grande , unpeu au deffous ,pour les
GALANT 37
Senateurs , les Dames , les Nonces
, les Generaux , Seigneurs &
Officiers Suedois. Ily avoit auffi
quelques tables dans l'appartement
du Maréchal.
Le foupé fini , leurs Majeſtez
pafferent dans un autre appartement,
où ily eut bal ; il n'y avoit
pour toutes chaifes que
·
deux fauteuils
pour Le Roy & pour la
Reine.
Le Roy danfa le premier avec
la nouvelle mariée,précedé de douze
Senateurs & Seigneurs , danfans
deux à deux.
La Reine prit enfuite la mariée
,précedée des mêmes Seigneurs,
38 MERCURE
&fuivie de quelques Dames , fe
tenans auffi deux à deux. Aprés
cela , le Roy danfa avec la Reine
de la même maniere . Cela fini , le
Roy donna la liberté de danfer à
tout le monde. La Reine fe retira
à onze heures , & le Roy environ
à minuit.
6
Et le lendemain,les affairesprirent
la place des divertiffemens ;
cela contiua les jours fuivants.
Il eft à remarquer que toutes les
ceremonies circonstances ont efté
obfervées à ce Couronnement ; on
n'a negligé que celles qui n'étoient
de confequence. On compte di
nombre de ces dernieres , la coûtume
pas
GALANT
39
dejetter des medailles au peuple par
le Treforier. Il en eft de même du
Jieu du Couronnement, qui eft ordinairement
à Cracovie ; mais cela
n'a pas toûjours eſté observé.
Cette Ville a envoyé des Dépu
tez, qui ont donné au Roy les clefs
pour marque de fa foumiffion . Le
Primat fait ordinairement le Sacre
du Couronnement ; mais on a
des exemples que d'autres Evêques
l'ont auffi fait , en cas de befoin.
le Car-
Pour ce cas- ci , outre que
dinal ne pouvoit pas fe rendre à
Warfovie , il a declaré , qu'il approuvoit
tout ce qu'on auroit fait
enfon abfence , & qu'il le tien40
MERCURE
droit comme fait par luy mefme.
Plufieurs Deputezfont arrivez à
Warfovie , aprés leCouronnement,
qui n'avoient pas crú , qu'il dûtfe
fefairefi toft. Il eft trés remarquable
, qu'il n'y a pas un Palatinat,
ny dans la Pruffe , ny dans la
grande Pologne , ny dans lapetite,
mefme dans la Lithuanie &
dans la Samogitie, où font les troupes
ennemies , qui n'ait envoyé
quelques Deputez. Les Cofaques
ont empefché ceux de la Ruffie de
de s'y rendre nonobftant cela
les principaux d'entr'eux ont pourtant
témoigné leur obeiffance . Les
hautes vertus, &particulierement
;
GALANT
41
l'éloquence du Roy , jointes à fon
pouvoir de diftribuer les premieres
charges du Royaume , auffi bien
que le peu de tems qu'il a donné à
ceux qui veulent avoirpart à l'amniftie
, font efperer que tout fe
rangera bien-tôt àfon devoir.
Dame Marie - Hector de
Marle , veuve de Mr Thomas
de Bragelonne , premier Prefident
du Parlement de Metz ,
mourut dans le mois d'Octobre
dernier. Elle defcendoit de
Henry le Corgne de Marle ,
S' de Vertigny , premier Prefident
du Parlement de Paris en
1404. & Chancelier de France
Decembre 1705. D
42 MERCURE
en 1413. Ce grand Magiftrat
dont la memoire eft en benedi-
Єtion dans ce Royaume , perit à
caufe defongrand attachement
pour les interefts du Roy Charles
VI . & pour ceux de la Maifon
d'Orleans . Les Partifans.
du Duc de Bourgogne ne s'accommodant
pas de
de fa fidelité
& de fon zele, & s'eftant rendus
les maiftres de Paris ' , ils.
l'arrefterent , ainfi que le Conneftable
, & quelques autres.
perfonnes de confideration
qu'ils firent affaffiner en prifon
le 29 May 1418. Jean de Marle,
fils aîné du Chancelier, Con
GALANT
43
fciller du Roy , Maiſtre des
Requeſtes , & Evêque de
Couftances , perit avec luy.
Arnoul de Marle , ſecond fils
de ce grand Magiſtrat , fut
dans la fuite un des quatre Prefidens
à Mortier du Parlement
de Paris , où il fut fort confideré
, & il mourut en 1456.
On trouve leur poſterité dans
du Bouchet, pag. 396. de l' Hiftoire
genealogique de la Maifon
de Courtenay , au ſujet de
Madeleine de Marle , qui eftoir
veuve de Claude de Faulx , S' de
Poüailly , & qui épouſa en 1599
Jean de Courtenay II. du nom ,
Dij
44 MERCURE
S de Chevillon . Feu M' le pre
mier Preſident de Metz , eftoit
d'une des meilleures Maifons
de la Robe ; il joignoit à une
naiſſance diftinguée , un merite
generalement reconnu , & une
probité qui l'ont rendu cher au
Pays Meffin , où l'on fe fouvient
encore de luy avec plaifir.
Dame Marie - Gabrielle -
Charlotte du Chastelet , Comteffe
de Lomont , eft morte à
Dunkerque de la petite verole ,
âgée feulement de 27. ans . Elle
avoit époufé M Florent du
Chastelet , Comte de Lomont ,
GALANT
45
fon
parent , Lieutenant general
des Armées du Roy , &
Commandant de la Ville & Citadelle
de Dunkerque . Cette
Maiſon eft tres - ancienne , &
même alliée à celle de Lorraine,
avec laquelle Matthieu du Châ
telet , furnommé le Roux , eut
autrefois de grands differends ,
au fujet de trois Alerions qu'il
portoit dans fes armes , qui font
des attributs de celle de Lorraine.
Philippes le Bel , Roy de
France , voulant terminer ce
differend , & y trouvant de
grandes oppofitions de la part
des Princes de Lorraine , qui
46 MERCURE
difputoient cès marques d'honncur
à la Maifon du Chaſtelct ,
luy donna trois Fleurs de lys
qu'il mit en la place des trois
Alerions ; on les voit encore
aujourd'huy dans les Armes de
cette Maiſon , avec le Manteau
Ducal. Me la Comteffe de Lomont
eftoit une tres - belle perfonne
, & fort aimée à Dunkerque.
Ses manieres polies &
engageantes n'attiroient pas
moins chez elle tous les Etrangers
qui paffoient à Dunkerque,
que le rang qu'elle y tenoit.
Le merite de M le Comte de
Lomont eft connu ; il fert deGALANT
47
puis fort long- temps , & il a
donné en beaucoup d'occafions
, des marques de fa conduite
& de fa valeur.
Dom Agostino Chigi , neveu
du Pape Alexandre VII.
mourut le 22. Octobre , aprés.
une longue maladie , âgé de
73. ans ; & le jour fuivant fon
corps fut tranfporté à l'Eglife
de Sancta Maria del Popolo ,pour
y eſtre inhumé dans la Chapelle
de fes Anceftres , qui eſt une
des plus magnifiques de cette
Ville . La Maifon Chigi eftune
des plus anciennes de la Ville
de Rome ; elle y eft alliée à tout
48 MERCURE
ce qu'il y a de plus confiderable.
Cette illuftre Maifon eft
fortic de Sienne , d'où eftoit
le Pape Alexandre VII . Il fut
mis fur la Chaire de S. Pierre
l'an 1655. qui fut celuy de la
mort d'Innocent X. Les emplois
qu'il avoit cus à Malthe
à Ferrare, à Cologne & à Munf
ter , furent les degrez par lefquels
il parvint à la premiere
dignité du monde Chreftien ;
aprés avoir cfté fait Evefqued'Imola
dans la Romagne
Cardinal , & Secretaire de fon
Predeceffeur. Aprés fon élevation
au Pontificat , il n'oublia
3
rien
GALANT 49
rien de tout ce qui pouvoit fervir
à la propagation & à l'affermiffement
du Chriftianif
me ; il donna des fecours de
troupes & d'argent aux Puiffances
qui eftoient en guerre
contre les Otthomans : & il fit
de grandes largeffes au Peuple
de Rome , qui avoit efté defolé
par la pefte & par les inondations
. Enfin ce Pontife s'appli
qua avec des foins veritablement
paternels à tout ce qui
pouvoit faire conclure la Paix
entre la France & l'Espagne ,
qu'il voulut rendre folide &
durable . Il canonifa S. Fran-
Decembre 1705 . E
fo MERCURE
çois de Sales , & il eut la confolation
de ramener au giron
de l'Eglife , la Reine de Suede ,
le Duc de Meckelbourg & la
Princeffe Palatine , fille du Roy
de Boheme ; de faire baptifer
le Roy de Maroc , & d'appren
dre que la Reine de Cingala ,
dans le Royaume de Congo ,
avoit abjuré l'idolâtrie . Enfin
il termina le cours de fa vie par
une Bulle qui eft le monument
de fa pieté pour la Mere de
Dieu . Il y deffendoit de rien
dire , de rien prêcher , & de
rien écrire contre l'Immaculée
Conception de la Sainte VierGALANT
ge. Ce Pontife mourut lan
1667. âgé de plus de 68. ans.
Il s'eftoit donné beaucoup de
foins, pour l'éducation de Dom
Agoſtino Chigi fon neveu . Il
l'avoit fait inftruire de tout ce
qui convenoit à un Seigneur
de fon rang , & c'eftoit celuy
de fes neveux pour qui il
avoit toûjours marqué le plus
de tendreffe . Dom Agoftino
Chigi avoit toûjours beaucoup
aimé les belles Lettres , & tant
qu'il a vêcu fon Palais a eſté
ouvert à ceux qui s'y attachoient
. Il avoit eu des relations
fort étroites avec les plus
Eij
52 MERCURE
fçavans
hommes
du dernier
fiecle.
Il avoit efté lié d'une tresforte
amitié avec feu M. le Cardinal
Noris. Ce Cardinal
ne
faifoit rien fans le luy communiquer
, & il n'hefitoit
plus fur
la publication
d'un ouvrage
quand
Dom Agostino
Chigi
l'avoit
approuvé
. Feu M Bochart
, M Voffius
, Chanoine
de Windfor
en Angleterre
, &
M' Grotius
, eftoient
auffi en
commerce
de Lettres
avec
Dom Agoftino
Chigi qui joignoit
à plufieurs
grandes
qua
firez , beaucoup
de gouft pour
les Medailles
. Il en avoit affemGALANT
53
blé un Cabinet , qui eſt un des
plus beaux de Rome , & que les
étrangers vont voir ordinairement.
f
Le Pere Thyrfo Gonzalés
General des Jefuites , eft mort
à Rome , dans un âge fort avancé.
Il eftoit recommandable
par fa pieté & par fa doctrine ,
dont il a donné de grands témoignages
dans les ouvrages
qui font fortis de fa plume , &
dans les differentes fonctions
de la dignité qu'il a exercée .
Ce Pere a cfté le 17 General
de fa Compagnie , & il avoit
fuccedé au Pere Jean Paul Oli-
E iij
54 MERCURE
ན་
va. Les dix premiers ont eſté
S. Ignace Fondateur de cette
celebre Societé ; Jacques Lainez
, qui affiíta au Concile de
Trente en qualité de Theologien
; Saint François de Borgia,
auparavant Duc de Gandie , &
neveu du Pape Alexandre V I.
Everard Mercurieu , mort en
odeur de Sainteté ; Claude Aquaviva
, de la Maifon des
Ducs d'Atri du Royaume de
Naples ; Mutio Witelefchi ,
d'une Maiſon tres- confiderable
de la Ville de Rome ; Vincent
Caraffe , de Naples , forti
d'une illuftre Maifon, qui a don
GALANT 55
né à l'Eglife le Pape Paul I V.
François Picolomini, d'une tresancienne
Maifon de la Ville de
Sienne, & qui appartient à celle
de Chigi ; Alexandre Gothofredi
: & GofwinNicker, Allemand
Le Pere Thyrfo Gonzalés a été
un zelé deffenfeur de la faine
doctrine , tous fes ouvrages
ferviront de beaux monumens
à la pofterité de la pureté de la
Foy fur tout , ceux qu'il a faits
fur la grace &fur la probabilité.
Le Pere le Maffon , dernier
General des Chartreux , luy
ayant envoyé un exemplaire de
fon Enchiridion falutis operanda,
E iiij
56 MERCURE
qu'il avoit fait imprimer pour
l'ufage de fon Ordre ; ce General
luy écrivit une Lettre de
remerciement , datrée de Rome
du 12. May 1699. dans laquelle
il luy marque la joye où il
eſt qu'il ait puifé la doctrine de la
grace qu'il a répandue dans fon
ouvrage , qu'il l'ait , dis-je , puifé
dans le livre tout d'or de l'Imitation
deFefus- Chrift , & que rien
luy pouvoit arriverdefi agréable,
que d'apprendre qu'il eftoit fur
cette matiere dans les mêmes fentimens
que luy ; qu'il loüoit le
Ciel de ceque
dans
ces temps difficiles
, il l'avoit fufcité pour defGALANT
57
fendre la pureté de la Foy contre
les entreprises des Novateurs. Le
Pere le Maffon fit inferer cetté
Lettre à la tefte de la troifiéme
édition , qu'il donna en 1700 .
de fon Enchiridion , & c . Il y infera
auffi la réponſe qu'il avoit
faite à ce digne General . Aprés
les premiers complimens , il luy
marqué qu'eftant alors âgé de
72. ans il avoit vû naître & fe
former l'herefie Janfenienne ,
qu'il fe fouvient que dans fes
premieres années il avoit trouvé
parmy fes amis & fes plus
proches parens , les plus zelez
deffenfeurs de ces opinions dan58
MERCURE
gercufes ; & qu'eftant entré
dans la folitude à l'âge de 18 .
ans , il avoit eu le temps d'ylire
l'Ecriture Sainte acties & vige
fies : que ne fe contentant pas
des explications naturelles que
tout homme de bon fens eft en
eftat de donner , fur ce que le
Saint Eſprit dit touchant la
grace , il avoit encore voulu
pour fe convaincre parfaitement
, lire tous les Saints Peres ;
que c'eftoit dans ces grandes
fources où il avoit puifé les
principes qu'il avoit répandu
dans fon Enchiridion .
M le Chevalier Pietro VcGALANT
59
nier , Procurateur
de S. Marc
cy - devant Ambaffadeur
en
France , eft mort au mois de
Novembre
dernier à Venife.
Il avoit rendu de grands fervices
à la Republique
; il y a
eu un Doge de cette Maiſon .
Sebaſtien Vinier ou Venieri
( car ces deux noms font arbitraires
) eftoit un Noble Venitien
qui commandoit
dans
l'Ile de Corfou avec une autorité
Souveraine , lorſqu'il fut
nommé General de la Flotte
Venitienne
en 1571. eftant
alors âgé de 70 ans ; & Auguftin
Barbarigo luy fut donné
60 MERCURE
pour Collegue. Son courage
fut remarqué à la Bataille de
Lépante , & aucun des Generaux
ne témoigna dans le fort
de la meflée , plus de vigueur
& d'intrepidité que ce courageux
vicillard. Aprés avoir
remporté la Victoire fur les
Turcs , il voulut fe rendre maître
de l'Ile de Sainte Maure ou
Leucade , proche la Côte Occidentale
de l'Epire ; mais fon
deffein ne réuffit pas. Jacques
Sorancio , un des Provediteurs
de l'Armée Navale , qui n'eftoit
pas bien porté pour Venieri ,
écrivit des Lettres au Senat , où
GALANT 61
il blâmoit la conduite de ce
General , qui avoit , difoit- il ,
obfcurci l'éclat de la derniere
Victoire , par fa lenteur & fon
imprudence. Le Senat qui connut
l'intention de Sorancio ,
qui afpiroit à la Charge de
Provediteur general & de General
de l'Armée , punit fon
ambition
, par le choix qu'il fit
de Jacques Fofcarini ; & afin
qu'il ne fuft pas dit que
Venieri
cuft efté dépofé , on luy confirma
le titre de Provediteur
general, & on luy donna le foin
des . Côtes du Golfe de Venife,
avec ordre à Foscarini de luy
62 MERCURE
obeïr lorfqu'ils fe trouveroient
enfemble. Vinieri s'acquit enfuite
un fi grand credit , qu'il fur
élû Doge aprés la mort de Mocenigo
, du confentement de
ceux qui avoient droit de l'élire
, & dés le premier jour de
l'Affemblée . Cette Maifona eu
auffi des hommes de Lettres.
François Venieri , Noble Venitien
, a cfté l'un des plus grands
Philofophes & des plus grands
Politiques de la Ville de Venife,
eftant encore jeune , il écrivit
dans fa Langue divers Traitez
de la volonté de l'Ame & du
Deftin. Il exerça depuis avec
GALANT 63
beaucoup de prudence & d'integrité
plufieurs Emplois qui
luy furent confiez . Il parvint à
une grande vieilleffe , & il mourut
dans le temps qu'il travailloit
à rétablir l'Univerfité de
Padoue , & aprés avoir fait imprimer
fon Livre de la Generation.
On peut lire fur ce fujet
Chilini , qui a écrit des Hommes
Illuftres de Venife . La Maifon
de Venieri eft des plus anciennes
de la Republique ; elle
a produit de grands Sujets : &
outre les deux dont je viens de
parler , elle a donné d'autres
grands Hommes, dont le détail
64 MERCURE
feroit trop long. Le 23. du
même mois , M Nicolo Delphino
, fut élû pour remplir la
place que M' le Chevalier Venier
occupoit au Grand Confeil
. Je vous ay fouvent parlé
de la Maiſon Delphino ; elle eft
des plus nobles & des premieres
de la Republique. Elle a
donné des Cardinaux au Sacré
College , & divers Prelats
l'Eglife . Mle Chevalier Delphino
a fervi longtemps dans
les Armées de la Republique.
On a fait à Nancy , à Bar- le-
Duc , & dans les autres Villes
de la dépendance de Monfieur
I
GALANT 65
le Duc de Lorraine , des Pompes
Funebres pour la mort du
Prince Jofeph , qui mourut en
Lombardie le 25. Aouft , des
bleffures qu'il avoit reçuës le 16
à la bataille deCaffano . Quoique
les Auguftins de Nancy ayent
efté des derniers dans cette occafion
à donner des marques
de leur zele ; ils n'ont pas laiffé
d'égaler ceux quiles avoient devancez
: & ils choifirent le 12
d'Octobre pour cette ceremonie
, dans laquelle on vit également
regner l'ordre & la magnificence
. On lifoit en gros caracteres
une Epitaphe Latine ,
Decembre 1705. F
66 MERCURE
:
a
faite à l'honneur de cet Illuftre
Défunt , qui occupoit fept
pieds de haut , & qui eftoit attachée
fur un tapis de deüil ; elle
avoit pour titre Epitaphium
Hiftorico-laudatorium Joſephi
Lotharingia Principis , &c....
Cette Epitaphe eftoit de la
compofition du Pere Jean
Hommey , Auguftin . Ce Pere
va faire imprimer en Latin les
Faſtes de Charles V. Duc de
Lorraine.
La Lettre qui fuit ne vous.
caufera pas moins d'étonnement
que d'horreur.
GALANT 67
A Cadix , ce 2 5. Octobre.
9.
Pour vous fairepart des dernieres
Lettres quej'ay reçuës de Salé;
je vous diray que le Roy de Maroc
vient d'exercer une terrible cruauté:
Voicy ce qu'on m'en écrit du
du prefent mois. On fait que lc
Roy de Maroc a unfils revolté ,
nommé Muley Mehemet. , qui
depuis 3. à 4. ans fait la guerre
fon Pere,& qui s'estfaitproclamer
Roy de Sus le premier Septembre
dernier. Ce Mehemet donna bataille
, à 15. lienës de Maroc , à
l'Armée de fon Pere , commandée
Fij
68 MERCURE
par un autre defes Freres nommé
Muley Zidan. Celuy- cy gagna la
Bataille , tua 15000. hommes à
fon frere Mehemet rebelle , fit un
fort grand nombre de prifonniers
entre lefquels fe trouva l'Alcaide
Meleck: (qui avoit embraffé leparty
de Mehemet & luy avoit livré
Mara) avec 20. autres desprincipaux,
300.de moindre confideration.
Muley Zidan victorieux
a envoyé ces 21. infortunez à
Miquenés au Royfon Pere , qui
les a auffi-toft fait mourir de la
maniere fuivante
.
4
L'Alcaide Meleck a esté fcie
vif, depuis le fommet de la tefte
GALANT 469
7
jufqu'au nombril. Les 20. principaux
ont eu les mains & les pieds
fciez & ont efté enfuite jettez
dans le Bafar ou Marché , poury
languir & mourir fans fecours.
Les autres 300. ont efté empallez
par le milieu du corps , avec une
grande barrede fer , dont un bout
eftoit planté en terre. On mande
que plufieurs de ces miferables ont
vécu 3. jours ainfi embrochez
que les fupplices ne font pas finis.
Car il vient tous les jours une
grande quantité depauvres maîtres
enchainez , qui n'auront pas un
meilleurfort
70 MERCURE
Monfieur le Duc de Vendofme
s'eftant acquis beaucoup
de gloire par le gain du Combat
de Caffano , les Chevaliers
de la Compagnic Royale de
l'Arquebufe d'Eftampes , qui
font fous la protection de ce
Prince , voulant luy donner
des marques particulieres de
leur reconnoiffance , s'affemblerent
dans l'Hoftel de Ven--
dofme , pour refoudre tous les
préparatifs de cette Feſte , &
ils chargerent de l'execution
Mr Rivet , leur Commandant ,
dont ils connoiffent le zele &
l'affection . Mr Rivet , écrivit
GALANY
71
auffitoft à Mr
l'Archevefque
de Sens , pour obtenir la permiffion
de faire chanter un
Te Deum ; ce qu'il parut accorder
avec beaucoup de joye.
Mr Crozat , Intendant du Confeil
de Son Alteffe ,
marqua
auffi fon zele , en
permettant
aux Chevaliers , la Chaffe fur
les plaifirs du Prince , la veille
de cette réjouiffance.
On commença à trois heu
res aprés midy , par la publication
de l'Ordonnance des Officiers
; & le foir l'on fit battre
les Tambours & fonner toutes
les Cloches de la Ville . L'on
72 MERCURE
dreffa un Feu à quatre faces
devant la porte de l'Hoſtel , ou
d'un cofté Mr de Vendofme
cftoit reprefenté pourfuivant
l'Armée des Alliez , avec ces
mots : Fiat Angelus perfequens
coarctans cos . Pf. 34. On
voyoit ,d'un autre côté, ce Prince
qui mettoit le feu dans les
Montagnes du Piémont ,
en
les touchant feulement avec
une baguette ; & tous les peuples
qui , pour éviter l'embrafement
, montoient au fommet
, & fembloient le précipitet
, avec ces mots : Tange montes
, & fumigabunt , Pf. 144.
Quis
WGALANT
73
avec ces
Quis fe abfconder à calore ejus.
PL 18. On voyoit dans une autre
face Monfieur de Vendofme
prefentant au Roy divers
peuples enchaînez
mots : Non timebo millia populi
circumdantis me . Pl. 3. Omnia
fubjecifti fub pedibus ejus , Pf. 8.
Et la quatrième face reprefentoit
la Victoire , montrant au
Roy les quatre Saiſons , avec
ces mots : Regnum tuum regnum
omnium fæculorum
144. Ce Feu eftoit terminé par
une Pyramide , auffi à quatre
faces , où eftoient repreſentées
toutes les Conqueftes de Son
Decembre
1705. G
Pf.
74 MERCURE
Alteffe en Italie , avec une Re
nommée au deffus .
Tout l'Edifice du Feu eftant
ainfi en état , la Compagnie
s'affembla à trois heures aprés
midy à la porte de leur Commandant
, au nombre de cinquante
Chevaliers
tous fous les
armes , proprement
vêtus, tous
leurs chapeaux eftant ornez de
plumes blanches ; ils fe rendirent
à la porte de Mr. Hochereau
, Roy de l'Oifeau , qui ſe
mit à leur tefte , & qui les conduifit
à la Butte , où il fut tiré
pour Prix trois Eguierres. Ces
Prix eftant tirez , la Compa
GALANT 75
gnic revint à l'Hoftel pour difpofer
la marche . Mrs les Maire
perpetuel & Lieutenant General
de Police marchoient à la
tefte , fuivis de tous les Officiers
de Ville en robes noires ,
précedez de leurs Hallebardiers
& de leurs Bedeaux en robes
rouges. Enfuite dequoy ,
le Roy de la Compagnie richement
vêtu , avec fes Officiers,
l'Eſponton à la main , le Drapeau
déployé & fuivi de tous
les Chevaliers , chacun felon
fon rang , entra dans l'Eglife
de Noftre- Dame , au bruit de
toute l'Artillerie , qui avoit
Gij
76 MERCURE
efté conduite à la place de l'Eglife
, & de trois décharges de
Moufqueterie. Le tour du
Choeur eftoit illuminé d'un
tres- grand nombre de lamperons
; & le Te Deum fut chanté
en Mufique par le Chapitre .
Ce Cantique fini , les Tambours
qui eftoient au milieu du
Choeur , donnerent le fignal ,
& l'Artillerie fit encore une décharge
. La Compagnie ſortit
dans le mefme ordre, & trouva
les feneftres des Chevaliers &
la porte de l'Hoſtel toutes remplies
de lumieres , que la nuit
faifoit briller. Mr Hochereau ,
GALANT
77
Roy , à la tefte de fes Officiers ,
alluma le feu , pendant que la
Compagnie en faifoit le tour
au fon des Tambours , & au
bruit des acclamations de Vive
le Roy & Son Alteffe , du Canon
& des Fauconneaux qui
eftoient dans les tours de l'Hôtel
, des Boëtes , & de toute la
Moufqueterie. Cette décharge
eftant finie , on tira le Feu ,
dont l'artifice qui eftoit nombreufe
, fit tout l'effet qu'on
enpouvoit attendre , & remplit
toute la place où ce Feu
eftoit dreffé. Aprés quoy , la
Compagnie fit encore une dé-
G iij
78 MERCURE
charge & entra dans l'Hoſtel ,
où un fouper magnifique étoit
préparé &où les fantez du Roy,
des Princes de fa Maiſon & de
Son Alteffe furent fouvent réiterées
, au fon des Tambours .
Le fouper fini , on commença
le Bal , où quantité de Dames
parurent avec beaucoup d'éclat
; & ce Bal fut fuivi d'une
fuperbe collation : & l'on peut
dire que cette réjoüiffance a efté
des mieux ordonnées & des
mieux executées . Ces Chevaliers
, en attendant quelques
nouvelles actions de leur Prince
, pour donner des marques
GALANT 79
plus éclatantes de leur zele ,
font faire des prieres continuelles
pour la profperité des
Armes de Sa Majesté.
La Lettre fuivante eft remplie
de beaucoup d'articles d'érudition.
A...... ceis . Novembre.
Voicy , mon Reverend Pere ,
les ouvrages nouveaux qui paroiffent
depuis quelque temps dans
les Pays étrangers , & dont j'ay
reçu des Lettres de plufieurs de
mes Amis.
Deſcription de l'Ifle Formo-
G iiij
00 MERCURE
fa en Afie ; du Gouvernement,
des Loix , des Moeurs , & de la
Religion des Habitans : dreffée
fur les Memoires du Sr George
Pfalmanaazaar , natif de cette
Ille ; avec une ample & exacte
Relation de fes Voyages dans
plufieurs endroits de l'Europe ,
de la perfecution qu'il y a ſoufferte,
& c. par le Sr N.F.D.B.R.
à Amſterdam.
Celuy fur les Memoires duquel
cette Relation a eſté dreßée ,
eft Payen de naiffance ; il eutpour
Précepteur, un Jefuite , qui paffoit
pourFaponois comme luy , & par
confequent pour Payen. Cette
GALANT SI
6
pieufefraudene luyfervit de rien,
& quoy qu'il euft engagé le Dif
ciple àpaffer en Europe , il ne put
l'attirer à fa Communion. Un
Miniftre Anglican fut plus heureux
; il gagna le jeune Japonois,
dans un voyage qu'ilfit en Angle
terre.
4
La Relation eft bien écrite. On
trouve dans le 33 Chapitre un 33°
détail bien circonftancié de laperfecution
faite dans le Japon aux
Miffionnaires de noftre Societé,
dans laquelle il a peri depuis
1549. jusqu'en 1616. plus de
sooooo, Chrétiens . On trouve
dans le 37 Chapitre , les raifons
qui engagerent le jeuneJaponois à
82 MERCURE
préferer la Communion de l'Eglife
Anglicane à celle de la Prefbyterienne.
Phil. Reinh. vitriari , Jurifconfulti
& Antecefforis ordinarii
inftitutiones Juris naturæ
& gentium , in uſum Sereniffimi
Principis Chriftiani
Ludovici , Marchionis , Brandeburgici
, &c . & ad Methodum
Hugonis Grotii confcriptx.
C'est un ouvrage que Jean-
Jacques Vitriarius , Docteur en
Droit, & qui y a fait desNotes,
publié depuis peu à Leyde ; ily
a mis dans un bel ordre tout ce que
le fçavant Grotius , Puffendorf
plufieurs autres celebres Ecri
a
GALANT 83
vains ont raffembléfur cette importante
matiere. Mr Vitriarius
qui nous donne cette édition , eft
fils de Phil. Reinh . Vitriarius ,
Auteur de ce Livre . La premiere
édition de cet excellent Ouvrage ,
parut en 1692. il en parut , peu
de temps aprés, une feconde en Allemagne
; & voicy la troifiéme ,
qui a esté augmentée d'une ample
Table des Matieres.
Voyage de Guinée , contenant
une Deſcription nouvelle
& tres-exacte de cette Côte ,
Guil-
&c. C'est un Ouvrage que
laume Bofman , Confeiller e premier
Marchand dans le Chafteau
84 MERCURE
S. George d'Elmina , &fous-
·Commandant de la Côte , a compoſe
, & qui a esté imprimé
Utrecht. L'Auteur a demeuré 1 3
ans en Guinée ; ainfi il a eu le tems
de s'inftruire pleinement de tout ce
qui regarde le Pays. Cette Relation
contient vingt - deux Lettres .
On trouve dans la quinziéme des
chofes étonnantes des Fourmis de
ce pays-là. On remarque dans la
dix-neuvième , que la Polygamie
eft le principal obftacle que
Miffionnaires trouvent à la converfion
de ces peuples. Dans la derniere
, l'Auteur dit , qu'ayant demandé
aux Habitans de Cabales
GALANT 885
,
monte de quelle Religion ils
étoient ; ils répondirent
, qu'elle
confiftoit
à bien obeïr au Roy
& à leurs Gouverneurs
&
qu'ils ne fe mettoient pas en
peine d'autre choſe.
,
dans ces
Voicy un autre Voyageur qui
nous donne la Defcription des Ifles
Septentrionales de l'Afrique ; c'eft
une Defcription des Royaumes de
Barbarie , Tripoli , Tunis ,
Alger , &c. deforte que
deux Ouvrages on a la defcription
de toute l'Afrique puifque dans
le premier , c'est-à -dire , dans le
Voyage de Guinée , on trouve
une defcription d'une partie des
86 MERCURE
Coftes Meridionales de l'Afrique.
Le Voyage de Tripoli eft compofe
Lettres ; la quatrieme de
ح و م
quatre
eft une espece de Differtation fur
la Tradition de l'Eglife , pour le
rachat & lefoulagement des Captifs.
L'Auteur la fait remonter ,
cette Tradition,jufqu'à Abraham,
quidélivra Lothfon neveu , qui
avoit efté fait prifonnier. C'est
prendre la chofe d'unpeu loin .
Un Philofophe Anonyme a publiédans
le monde, des Reflexions
fur la tranfmutation des Metaux
. Il dit fur ce fujet des
chofes fort curieufes ; & il démontre
l'impoffibilitéde cette tranf
GALANT 87.
mutation , par l'impoffibilité qu'il
ya , par exemple , defaire meurir
le Plomb comme quelques
Philofophes prétendent qu'il meuriroit
dans les entrailles de la terre,
fi on l'y laiffoit un certain temps.
Noftre Philofophe s'infcrit en
faux contre l'experience de Van-
Helmont , qui prétendit autrefois
avoir changé le Mercure
en eau ; & il affure que ce
celebre Chimifte ne prit pas
affez garde à toutes les circonftances
de fon operation . Il m'a parû
que cet Auteur eft partifan de
l'ancienne doctrine des atomes:
Qui ofcroit , dit-il , fe promet
88 MERCURE
tre que parmi
une infinité
de
corps que la terre nous fournit
, il feroit affez heureux
pour
en trouver
, en tâtonnant
& à
l'aveugle
, qui feroient
propres
pour en faire de l'or, & en fçavoir
la jufte doze ? Ce qui feroit
un hazard
plus grand
que fi en
jettant
un million
de dez à la
fois , tous venoient
à marquer
le même
nombre
: car
peut- eftre cela n'arriveroit
- il
pas , quand
on commenceroit
de les jetter depuis
le commencement
du monde
jufqu'à
la
fin ? On juge par ce trait que notre
Philofophe
ne fait pas beanGALANT
89
coup defondsfur les operations de
la Chimie.
Atlas hiftorique ou nouvelle
Introduction à l'Hiſtoire, à la
Chronologie , & à la Geographie
ancienne & moderne : reprefentée
dans de nouvelles
Cartes, où l'on remarque l'établiffement
des Rois & Empires
du monde , leur durée , leur
chûte & leurs differens
gouvernemens
; la Chronologie des
Confuls Romains , des Papes,
des Empereurs , des Rois & des
Princes , & qui ont été depuis
le commencement du monde
juſqu'à preſent ; & la Genealo-
H
90 MERCURE
"
gie des Maifons Souveraines de
Europe, par M' C... avec des
Differtations fur l'hiftoire de
chaque Etat ; par M' Gueudeville.
A Amfterdam 1705 .
On trouve dans cet Ouvrage
des Cartes de Geographie , tant
-pour l'ancienne hiftoire que pour la
nouvelle on y trouve auffi des
tables chronologiques , qui contiennent
par ordre les évenemens les
plus confiderables de l'Hiftoire , tant
Sacrée que Profane. L'Auteur a
joint au portrait des Empereurs ,
une marque qui apprend ce qu'il
a été; à peu prés felon la methode
de Mr Martel dans fes TabletGALANT
gr
.
tes
Chronologiques. L'opinion
de l'Auteur fur le Pontificat de
S. Pierre , eft qu'il a gouverné
Eglife 24. ans , cinq mois
jours, & qu'il fut crucifié la tête
en bas, environ le 29. Juin.
dix
Difcours touchant la felicité
des gens de bien & la punition
des méchans dans l'autre mon
de. Premiere partie , qui contient
les preuves de l'immortalité
de l'ame & de la vie éternelle.
Par M' Sherlock, Doyen
de S. Paul à Londres , &c . Cet
ouvrage eft traduit de l'Anglois..
Si on pouvoit , dit l'Auteur,
prouver par la raifon , qu'il eft
H
ij
92
MERCURE
impoffible
que l'ame puiffe vivre
feparée du corps , ce feroit
un fort argument contre la verité
de la revelation , qui nous
dit pofitivement
le contraire.
Mais jamais homme ne prouvera
l'impoffibilité
de la vie
aprés la mort , & jamais perfonne
n'a entrepris de la prouver.
Tout homme raifonnable
doit avouer que cette vie eft
trés poffible. S'il y a donc une
revelation
Divine , & c'eft le
feul article qu'il faut prouver ,
& ce que la droite raiſon nous
montre fenfiblement
n'eftre
pas impoffible
, doit devenir
GALANT
93
l'objet propre de nôtre foy ,
dés que nous fommes affurez
par la revelation que cela eft
veritable. Voilà un des raifonnemens
de Mr Sherlock.
Il court trois Lettres dans le
monde quifont beaucoup de bruit :
La premiere , eft une Lettre en
Profe & en Vers fur l'incertitude
du Roy Augufte en matiere de Religion
; elle est bien écrite & elle
finit par ces deux Vers.
Il verra ce qu'il en coure ,
Quand on ofe tromper Dieu .
La feconde, regarde une Thefe
de Philofophie qui a été foûtenë
en Lorraine , où leurs AR
94 MERCURE
ont affifté. Le Pere Auguſtin de
S.Paul,Profeffeur de Philofophie
des Peres Cordeliers de Nancy
l'avoit dédiée à Monfieur le Duc
deLorraine; le portrait de ce Prince
étoit dans une medaille de quatre
pouces de diametre foutenue par
deux Renommées,& c. Le compliment
de celuy qui ouvrit la Thefe
fut admiré; le fçavant Religieux
qui le fit , argumenta en François
fur la pefanteur de l'air. Mr Petitdider
fut auffi écouté avec
plaiſir.
La troifiéme Lettre eft fur les
qualitez d'un bonfuge. L'Auteur
remarque qu'il ne faut pasfuivre
GALANT 95
l'opinion de Monfieur ....fans
approfondir fi Monfieur....fuit
la regle de la Justice & de l'équité.
Je fuis, &c.
L'Eglife Collegiale de Saint
Denis , dite de Saint Symphorien
, prés Saint Denis de la
Chartre, dans la Cité , l'une des
plus anciennes de Paris , ainſi
-qu'il eft prouvé par le Teftament
d'Ermentrude, qui vivoit
fous la premiere Race de nos
Rois , écrit fur du papier d'Egypte
, & gardé aux Archives
de Saint Denis en France ; &
comme il ſe voit encore par la
Fondation qu'y fit Matthieu ,
96 MERCURE
Comte de Beaumont, l'an 1206
en confideration du lieu qui
avoit fervy de Chartre auBienheureux
Saint Denis , avec le
confentement d'Odo ou Ude
foixante- onzième Evêque de
Paris , pour trois Chanoines
Prébendez ; a efté deffervie fort
long- temps par ces Chanoines .
On ignore quand elle fut érigée
en Paroiffe ; on ſçait ſeule
ment que Robert de la Chambre
& Jeanne fa femme y ont
fait quelques legs en 1214. &
qu'en 1225 Raoul Chevenacier
legua 125. livres parifis
pour la fondation d'un Chapelain
GALANT 97
fain ; qu'elle a efté dediée à S.
Denis & à Sainte Catherine , &
depuis à S. Symphorien & à S.
Blaife.
e
Cette Eglife qui a efté enfuite
Paroiffe , ayant fubfifté jufqu'au
30. Decembre 1698 .
que par Decret de Monfieur le
Cardinal de Noailles , elle fut
fupprimée , éteinte & réünie à
Sainte Marie- Madeleine de la
même Cité. Elle a efté venduë
Contrat du 3. May 1704.
à la Communauté des Arts dè
Peinture & de Sculpture de cette
Ville , qui l'ayant ornée , embellic
, & décorée ; & aprés qu'
Decembre 1705.
par
I
98 MERCURE
elle a cfté vifitée par M' l'Abbé
Chapellier , Doyen de S. Germain
l'Auxerrois , & Grand-
Vicaire de Son Eminence , il a
efté en confequence permis d'y
celebrer le fervice divin , fous
l'invocation de Saint Luc & de
Saint Jean l'Evangelifte , leurs
Patrons. Cette permiſſion aïant
efté obtenue , cette Communauté
, aprés s'eftre empreffée
d'en rendre de tres- humbles
graces à Dieu , alla fupplier fon
Alteffe Sereniffime Madame la
Ducheffe de Nemours , Souveraine
de Neufchaftel & de Val-
Engin , en Suiffe , & M le Duc
GALANT 99
de Chaftillon , de leur faire
l'honneur de vouloir bien donner
le nom à la Cloche de leur
Chapelle , lorfqu'elle feroit benite
, & de leur marquer le jour
qu'il leur plairoit choifir pour
Gette ceremonie , qu'ils fixerent
au Samedy 17° . d'Octobre der
nier. Et cette Communauté s'étant
affemblée dés le matin du
même jour dans fon Bureau,les
Gardes-Jurez , les Anciens , les
Modernes & les Jeunes chargerent
M' l'Abbé le Maiftre du
foin des ceremonies Ecclefiaftiques
, & M' Pezey , des Lai
ques. L'Affemblée convint que
I ij
foo MERCURE
lorfque la Princeffe Maraine
& le Duc Parain paroiftroient ,
toute la Communauté fortiroit
& ſe tiendroit en haye des
deux coftez de la rue , depuis
leur Eglife jufques au bout du
Pont Noftre - Dame , que les
fieurs Elies , Martin , Beſançon
& Slodze , leurs Gardes -Jurez
en Charge, & les fieurs le Chantre
, Triftan & Goupille , Anciens
, précedez du Maiſtre des
Ceremonies , avanceroient juſques
à la vûë de la Princeffe &
du Duc , qu'ils faluëroient d'une
profonde reverence ; qu'ils
feroient en habit uniformę
GALANT IOI
noir , en manteau & en épée, &
qu'ils les conduiroient jufques
en leur Eglife , où M' l'Abbé
Chatelain , Chanoine de l'Eglife
de Paris , qu'ils avoient
choifi pour en faire les benedictions
, accompagné de M
l'Abbé Balin , eur Aumofnier ,
de M' l'Abbé le Maiftre , & de
tout le Clergé affiſtant , viendroient
à la porte leur prefenter
de l'eau - benîtc. Madame
de Nemours arriva à trois heures
& demie , accompagnée de
M' le Duc de Chaſtillon , de
Mela Ducheffe fon épouſe , de
M' le Comte de Luz leur fils ,
I
iij
102 MERCURE
de Mlle de Neuf- chaftel , & de
M' de Maulondin , & c . Cette
Princeffe alla fe placer fur un
fauteuil qui luy avoit cfté préparé
, qui eftoit élevé fur une
eftrade vis-à- vis la Credence
fur laquelle eftoient pofées toutes
les chofes neceffaires pour
cette benediction . M le Duc
de
Chaftillon fe plaça à fa gauche,
ainfi que Mla Ducheffe de
Chaftillon ,fur des fauteuils plus
bas que l'eftrade.Les
Gardes-Jurez
de la Communauté
& les
Anciens étoient debout prés de
la Cloche , pfalmodiant
avec le
Clergé . Aprés que la Maraine
GALANT 103
& le Parain eurent fonné avec.
le battant de la Cloche jufques
à trois fois , & les Gardes une
feule , fon Alteffe & M ' le Duc
de Chaſtillon l'ayant nommée
Marie-Jeanne-Lucafe - Sigifmon
de , ils furent reconduits dans
le même ordre jufques à leurs
Caroffes.
La Fefte de Saint Luc , leur
premier Patron , ſe rencontra
le lendemain , on la celebra
pour la premiere fois dans cette
Chapelle , & la Fefte fut folennifée
avec autant de joye que
d'éclat les Gardes , tous les
Anciens , les Modernes & les
;
I iiij
104 MERCURE
Jeunes s'y eftant trouvez , l'AC
femblée fut fort nombreuſe .
Toute cette Communauté alla
à l'Offrande , felon ſon rang ,
& tous les Anciens voulurent
avoir l'honneur d'y rendre le
Pain-benit ce jour- là .
Trois jours aprés, cette Communauté
députa les ſieurs Befançon
, Slodze , Dumefnil &
Chauveau , ( ces deux derniers
élûs nouvellement Gardes ) les
ficurs Triſtan , Bonnard , le
Goupille , Elies & Martin , qui
allerent tous enfemble, avec M
l'Abbé Balin leur Aumônier ,
prier M' l'Abbé Chaſtelain de
GALANT 105
vouloir bien les
accompagner
chez Madame
la Ducheffe
de
Nemours
& chez M' le Duc
de Châtillon
, pour les remercier,
& les prier de figner l'Acte
de Baptême
fur leur Regiſtre ,
qui leur fut prefenté
avec la
plume par le fieur François
,
Greffier
, accompagné
de M
Pezey , Maître des Ceremonies
.
Ils remercierent
tous enfemble
cette Princeffe
& ce Duc , au
nom de toute leur Communauté
, de l'honneur
qu'ils
avoient bien voulu leur faire.
106 MERCURE
EXTRAIT
D'une Lettre d'un Ecclefiaftique
demeurant chez M's de
la Miffion de Rome , à un
de fes amis en Languedoc ,
écrite au fujet de la celebre
Colonne de marbre Granic
Oriental , nouvellement découverte
en une des Maifons
des Miffionnaires de la
même Ville.
Rome , dont les antiquitez ont
de tout temps fait l'attention de
tout l'Univers , vient de faire la
nôtre en ce même genre, dans cette
Maifon. Le mefme jour que je
GALANT 107
vous envoyay la Bulle du Pape
que je ne pûs accompagner d'un
mot de Lettre , on a fait dans le
Jardin de cette Maifon , une des
plus belles fonctions en matiere de
Statique , qu'on ait fait en Europe
depuis l'érection de l'Obelifque
de faint Pierre. On éleva &
on coueha une Colonne de marbre
Granit , rouge , Oriental , toute
d'une piece , haute de foixante-
Sept Palmes , groffe de vingtfix
demi. Il y a prés de 16 cens
ans qu'elle étoit plantée en cette
Ville de Rome, ayant efté élevée en
l'honneur d'Antonin , lorsqu'on fir
fon Apotheofe. Le pié-destal eft
1
108 MERCURE
tout d'une piece , de la hauteur de
dix- huit Palmes ; on y lit d'un
cofté l'Infcription fuivante , en
gros caracteres , non -feulement
gravezfort avant dans le marbre,
mais encore fur un airain qui y
eftfort avant enfoncé :
DIVO ANTONINO
AUGUSTO PIO
ANTONINUS AUGUSTUS,
ET VERUS AUGUSTUS FILII.
Le cofté oppofe eft orné de tresbeaux
Bas- reliefs, qui repreſentent
autant de Symboles de l'Apotheofe.
On voit au milieu un jeune
GALANT 109
3
les Sçavans di-
Comme aîlé
que
fent eftre le Genie. Il a les ailes
déployées comme en poſture volante
; il a fous fes pieds quantité ·
d'inftrumens de Guerre , comme
Carquois , Flécbes , Boucliers ,
Ecus , &c. Il tient avec la main
droite une Draperie volante , qui
luyfert de Manteau , & avec la
gauche ilprefente un Globe celefte
étoilé , où l'on voit la Lune , &
une partie du zodiaque,fur laquelle
font repréfentez les Signes des
Poiffons & du Belier , qui font
les Symboles de Fevrier
Mars , temps auquel les Auteurs
anciens difent que fe fit l'Apode
110 MERCURE
theofe. Ce jeune homme porte fur
fes épaules Antonin , d'un coſté ,
Fauftine de l'autre. Le premier
tenant en main un Sceptre
au bout duquel est une Aigle ;
Fauftine eft couverte d'un voile ,
Lymbole de la déification. On voit
en haut deux Aigles volantes .
qui reprefentent les Ames de cés
deux Princes qui s'envolent aux
Cieux. On voit au deffus , du
cofte droit , Rome avec un Cafque
en tefte , montrant avec le
doit ledit jeune homme aîlé. Son
bras gauche eft appuyé fur un
Ecu, où eftrepréfenté la Louve qui
alaite Remus & Romulus. Du
GALANT 111
coftégauche eft repréſenté un jeune
homme nud qui embraffe avec la
main gauche un Obelifque ; la
main droite luy manque. On remarque
auffi un Serpent & un
Coq , Symboles de la prudence &
de la vigilance d'Antonin.
Le Château qui devoit porter
le poids de la Colonne eft compofe
de fix groffes Antennes ou Colonnes
, faites chacune avec douze
groffes poutres ; elles font hautes
de cent dix Palmes , & groffes de
feize. Les poutres font attachées
enfemble avec de groffes machines
de fer, des cordes pour fuppléer,
en cas que le fer fe caffaft . On
112 MERCURE
au
avoit fait fur ces Colonnes un
beau Čhâteau , tres- bien fortifié
qui portoit dix- huit des plus grof-
Les poutres qu'on ait pú trouver ,
ufquelles devoient eftre attachées
toutes les poulies & les roües.
Ily avoit douze Cabeftans , deux
leviers de vingt-cing Palmes
chacun , &c. & cinq cens hommes
travailloient , & c. Le tout
réuffitfort bien.
Des que la Colonnefut abaiffée
, cinquante Mortiers , les Canons
du Château Saint- Ange ,
quantité deTambours de Trompettes
, la Cloche de la Curia, & c .
en annoncerent la nouvelle à la.
Ville. Je fuis , &c.
GALANT
113
La Lettre qui fuit , donnera
beaucoup d'exercice à l'efprit
de ceux qui voudront raifonner
fur les faits qu'elle contient
, & en rendre raiſon.
Les nouveaux Phificiens ont
dévelopé les merveilles des Phofphores
, des Miroirs ardens , des
Diamans lumineux; & quelquesuns
mefme ont tenté d'expliquer
ce qui arrivoit à un Empereur
Romain, qui à l'inftant de fon reveil
diftinguoit les objets qui l'environnoient
en fa Chambre. Mais
il n'est pas venu à ma connoiffance
, ny de plufieurs Sçavans
Decembre 1705. K
114 MERCURE
avec qui j'en ay conferé , qu'on
ait oui parler , ny donné d'explicasion
de ce qui fuit. Plufieurs
perfonnes d'une famille diftinguée
en Languedoc , dont il y a un
Confeiller en la Cour des Aides
de Montpellier , éprouvent les
Hyvers feulement , dans les plus
grands froids , qu'enfe déshabillant
pour se coucher , & qu'en ſe
faifant fur tout tirer leurs bas &
leurs veftes , il en fort plufieurs
étincelles , femblables à celles qui
fortent du charbon qui s'allume
(aupetillementprés.)Ce quipourroit
paroiftre un paradoxe , fi l'évenement
n'avoit efté verifié , &
GALANT 115
confirmé plufieurs fois par differentes
perfonnes de cette famille ,
même en preſence d'autresper
fonnes.
Le fait eftant inconteftable
nous efperons que le Public recherchera
la veritable cause de ces
parties lumineufes & ignées , &
qu'il voudra bien rendre publi
ques les découvertes qu'il fera.
Je fuis , &c.
Le Roy d'Eſpagne a donné
un titre de Marquis , dans le
Royaume de Navarre , à Dom
Jofeph d'Armendariz , Maréchal
de Camp , en confidera-
Kij
H6 MERCURE
tion de fes fervices . Ce Sei →
gneur fert depuis fa plus grande
jeuneffe , il a donné dans
toutes les occafions où il s'eft
trouvé des marques de fa valeur
& de fa fermeté. Son pere
avoit acquis beaucoup de repu
tation' dans les armes ; & il
femble que l'amour de cette
profeffion foit hereditaire dans
cette famille , puifque l'ayeul.
de celui dont je parle , ſe diſtingua
fort dans les guerres qui
agitoient l'Europe de fon tems.
Il porta long- temps les armes
pour l'Empereur Ferdinand III .
ayeul de celui qui regne auGALANT
117
jourd'hui. Un de fes
ayeux fe
trouva à la
bataille de
Lepantes
& ce fut lui que D.
Juan dépeſcha
au Roy
d'Efpagne pour
lui porter
cette
grande
nouvelle.
Il eut de ce
Prince une recompenfe
proportionnée
à la
nouvelle qu'il lui
annonça . Depuis
ce temps - là il reſta à la
Cour
d'Efpagne, où fa
pofterité
a
toûjours été
regardée
avec
diftinction.
Celui à qui le
Roy
d'Eſpagne
vient de
donner le
titre de
Marquis , a reçû, outre
cette
marque
de
diftinction
,
plufieurs
témoignages
de l'eftime
que S. M.
Catholique
a
118 MERCURE
pour lui. Ce Prince lui dit en lui
donnant ce titre qu'il ne s'en tiendroitpas
là, que la m :fure defes
bien-faits égaleroit celle de fes fervices.
La Reine lui dit auffi des
chofes fort obligeantes . Enfin
toutes les diftinctions qu'on a
cupour lui à la Cour d'Espagne,
l'ont encore plus flatté que
l'honneur qu'il a reçû.
Sa Majesté Catholique a
gratifié d'un titre de Caftille ,
& declaré Brigadier de fes
armées Dom Alonfo de Madariaga
, en confideration de fa
qualité & de la valeur qu'il a
fait paroître dans la défenſe de
GALANT 119
Valencia d'Alcantara. Ce Mo
narque a auffi fait Brigadier
Dom Juan de Marquina, Gouverneur
de Peceguiton , en con
fideration de fes longs & figna
lez fervices. On doit remarquer
qu'en Eſpagne les Gouvernemens
& les Charges de
Milice ne fe vendent points
Ainfi ceux qui montent aux
dignítez Militaires en font plus
confiderez . Le Marquis de Madariaga
eft d'une très ancienne
nobleffe, & de celle où l'on trouve
des titres de Comtes , de
Marquis ou de Ducs. J'ay remarqué
ailleurs que ceux qui
120 MERCURE
poff dent ces titres , étoient autrefois
appellez Ricos homes &
Tiuffados , qui font des noms
Gottiques . Dom Juan de Marquina
eft forti d'une Maiſon
qui a donné plufieurs Chevaliers
aux Ordres Militaires d'Ef
pagne , & fur tout à celui de
Monteza dans le Royaume de
Valence. En parlant de cet Ordre,
je ne dois pas oublier de dire
qu'il a treize Commanderies ,
& que celui de la Toifon n'en
a aucune & n'eft qu'un titre
d'honneur
. L'Ordre de S. Jacques
a trois grandes Commanderies,
& 85. autres d'un moin
dre revenu
.
Mr
GALANT 12r
Mr le Comte de Harac , Evê
que & Prince de Vienne , fut
élû Coadjuteur de Saltzbourg
le 19. du mois d'Octobre . Ce
Prélat eſt d'une des plus grandes
Maiſons de l'Empire , connuë
pour avoir donné plufieurs
Generaux aux armées Imperiales
, & pour avoir produit des
Seigneurs qui ont poffedé les
premieres Charges & les plus
grandes dignitez de la Cour des
Empereurs . Mr l'Evêque de
Vienne a beaucoup de merite
perfonnel ; il eft fort eſtimé
dans le Clergé d'Allemagne
, &
le feu Empereur
avoit beau-
Decembre
1705
. L
122 MERCURE
coup de confiance pour luy. La
Cathedrale de Vienne eft fous
le vocable de S. Eftienne. Il y a
dans cette ville une Univerfité
fondée par Frederic II . en 1237.
& rétablie par Albert Archiduc,
d'Autriche en 1365. Guy, Cardinal
Legat du S. Siege, y cele
bra en 1267. un Concile, dont
nous avons les Actes en 19 .
Canons. Saltzbourg eſt une
ville d'Allemagne, dans le Duché
de Baviere, avec titre d'Archevêché.
S. Maxime en fut le
premier Evêque fous l'Empire
de Leon I. dit le Grand, Empereur
de Conftantinople
, vers
GALANT 123
T'an 474. mais les Gots ayant
faccagé la ville & fait mourir
les Chrétiens , il n'y eut point
d'Evêque pendant deux fiécles ,
&jufqu'au temps queS.Robert,
de la famille Royale de France,
y fut envoyé pour en eftre Evéque
, aprés avoir baptiſé à Ratifbonne
Diethe III. Duc de
Baviere , qui y fit rebâtir la
ville où le S. Evéque mourut
vers l'an 623. Cette Egl fe fut
érigée en Archevêché vers l'an
798. fous le regne de Charlemagne
, qui y fit transferer le
titre de Metropolitaine qu'avoit
l'Eglife de Paffaw , alors
Lij
124 MERCURE
Metropolitaine de toute la Ba
viere. L'Archevêque de Salzbourg
a voix & féance dans
les Dietes de l'Empire
, au premier
banc des Princes Ecclefiaftiques
, aprés les Electeurs ;
& il eft Legat né du faint Siege
Apoftolique en Allemagne .
Le Senat de Venife a nommé
Mr Girolamo Duodo, Ambaffadeur
de la Republique
auprés
du Roy d'Eſpagne , pour
venir en France en cette même
qualité. Mr Duodo eft d'une
des plus anciennes Nobleſſes
de Venifc . Son nom eft connu
dans cet Etat depuis les preGALANT
125
de la Republique.
miers
temps
Ses Ayeux fe font toujours
diftinguez pour le ſervice de
leur Patric ; & ils ont eû l'avantage
de donner des preuves de
leur fidelité dans les temps les
plus orageux . Mr Duodo a déja
efté employé en pluſieurs occafions
importantes pour le
fervice de l'Etat ; & dans le fejour
qu'il a fait à la Cour d'Efpagne
, il s'y eft acquis beaucoup
d'eftime & de confideration.
Quand on apprit ce
changement à Madrid, le Roy
eut la bonté de luy témoigner,
qu'il eftoit fâché de fon départ ,
Liij
126 MERCURE
& que perfonne ne pouvoit luy
eftreplus agreable. Les manieres
douces & graticufes de ce Miniftre
ont contribué à luy attirer
le coeur de tous les Efpagnols
; & on peut dire qu'il n'y
a pas eû d'Ambaffadeurs à la
Cour d'Espagne plus confiderez
que luy. Il reçut des vifites
de tous les Grands & de
tous les Seigneurs de cette
Cour , auffitoft qu'on cut appris
qu'il eftoit rappellé ; &
chacun luy alla témoigner le
chagrin qu'il avoit de fon départ
.
La cure que Mr Raiſin ,
GALANT 127
Chirurgien
du Roy à Touloufe
, y vient de faire , eft fi finguliere
, & peut devenir
fi utile
au public , que je ne dois pas
oublier de vous en parler. Mr
l'Abbé Frefquet , homme de
qualité & de merite , fentoit
depuis fon enfance des douleurs
extrêmes , & des retentions
d'urine dont on ne pouvoir
deviner la caufe . Il fit confulter
fon mal à Paris ; & les
plus habiles Medecins & Chirurgiens
crurent qu'il avoit la
pierre. Ils furent d'avis qu'il fe
fift fonder ; il le fit , & Mr Raifin
fentit bien que cette pierre
Liiij
128 MERCURE
eftoit tres- groffe. L'operation
eftoit dangereuſe , mais le mal
eftoit extrême. Mr Freſquet la
demanda ; il ſe prépara ſagement
à la mort , & fe livra courageufement
entre les mains
de cet homme, déja fameux par
plufieurs belles cures . Il fit
cette Operation au mois d'Avril
dernier, en préſence de tout
ce qu'il y a d'habiles gens à
Touloufe. Elle fut violente ,
mais heureuſe ; & il arracha
une pierre noire , rameuſe
plus groffe qu'un gros oeuf , &
pefant environ une livre. Cette
pierre eſtant enracinée dans la
GALANT 129
Veffie , le Malade fouffrit beaucoup
, & le Chirurgien s'acquit
beaucoup de gloire . Toute la
Ville voulut voir cette pierre;
ce qui obligea de la faire graver
, afin que les Curieux en
puffent avoir des Eftampes . Les
fuites de cette operation one
cfté heureuſes , puifque Mr
Frefques jouit d'une parfaite
fanté. Le Pere D. L. fameux
Predicateur de l'Ordre des Freres
Preſcheurs , voulant rendre
cette guerifon celebre , a coinpofé
l'Ode fuivante , adreffée à
Mr Frefquet , Curé de Revel ,
que j'ay crû vous devoir en-
*
130 MERCURE
voyer ; parcequ'on ne peut rendre
trop public une fi belle
cure , ni donner trop de loüanges
à ceux , dont le profond
fçavoir eft fi utile au genre hu
main.
ODE.
Nfin mes juftes allarmes
Se changent en doux tranf
Es
ports ;
Enfin , amy plein de charmes ,
Tu reviens de mille morts.
Une pierre meurtriere
De ton corps fit fa carriere ,
Et t'aprocha du tombeau :
Mais une main Souveraine
A de ta vie incertaine
Ralumé l'heureux flambeau .
GALANT IZI
S
Puis- je contenir ma joye ?
Puis - je taire ton bonheur ?
Que ma Mufe icy déploye
Mille chants en ton honneur !
Je fais tréve avec mes veilles ,
Et des celeftes merveilles
Je fufpens les faints Portraits
Pour chanter d'un ton d'Oracle,
Le falutaire Miracle
Dont tu conferve les traits.
S
Grand Dieu , dont la Provi
dence .
Bleffe & guerit les mortels ,
Afin que leur main encenfe
Toujours tes facrez Autels &
Permets que ma gratitude
Me dérobe à mon étude
Pour annoncer tes faveurs
Ranime ma foible Lyre ,
Et fur ce qu'elle va dire a
132 MERCURE
Répans de vives ardeurs .
S
Aprés l'équitable hommage
Que j'ay fait au Tout- Puiffant
C'est à toy que mon langage
S'adreffe , amy renaiffant .
O quelles douleurs mortelles
O quelles langueurs cruelles ,
Ont fouffert tes triftes jours !
Helas , tu formas toy - même ,
Malgré toy , le mal extrême
Dont tu nourriffois le cours,
2
Tel qu'un nuage paisible ,
Qui brille au milieu des airs ,
Paîtrit dans fon fein terrible ,
La fource de mille éclairs ;
Une exhalaifon brûlante
S'y condenfe , s'y fomente ,
Et forme un ardent carreau
Qui choquant fes flancs hue
mides ,
GALANT 133
Komp fes barrieres liquides
D'où pleut la pierre avec l'eau
$
Telle fut ta deſtinée
Modeſte & brillant Freſquet ;
Ton fein , comme une nuée ,
Forma fon pierreux bouquet ;
Il nâquit dans ton enfance ,
Il crût avec ta fouffrance
Que caufoient fes mouvemens ,
Qui déchirant tes entrailles ,
Preparoient tes funerailles
Avec nos gemiffemens.
2
Combien de triftes complaintes
Forma ton troupeau cheri !
Combien de cuifantes craintes .
Sentit mon coeur attendri !
Déja tout un Peuple en larmes
* Cette pierre a plufieurs branches ,
comme un bouquet,
134 MERCURE
Pleuroit tes vertus , tes charmes
,
Et je fecondois fes pleurs s
Il perdoit un beau modele ,
Je perdois un coeur fidele :
Tes maux caufoient nos malę
heurs.
Mais l'intrepide Science ,
Du fage & fçavant Raiſin
Ranima noftre efperance ,
Et rétablit ton deftin .
Cet Efculape celebre,
Foüillant dans ton corps func
bre ,
En fçût arracher la mort ;
Et par un rare prodige ,
Cherchant tes maux dans leur
tige ,
Il te fit un nouveau fort.
GALANT
135
2
Alors parut fur la terre
A ton oeil épouvanté ,
Un monftre formé de pierre ;
Par ta douleur enfanté ;
i
Dur , heriflé , noir , énorme :
Il fit connoiftre à la forme
Quel fut l'excés de tes maux.
Non , les climats les plus fombres
Ne cachent pas
bres
fous leurs om-
De fi hideux mineraux .
S
A peine fur répanduë
Ta fameuse guerifon ,
Qu'une affluence éperduë
Vint affieger ta maiſon .
La mere des beaux Genies ,
La fource des harmonies ,
Toulouſe enfin s'atroupa .
136 MERCURE
Elle doutoit du miracle ;
Mais ce monftrueux fpectacle
La ravit , la détrompa.
S
O toy, dont la main fçavante
A fait cet effort divin ,
A ta Cité qui te vante ,
Sois utile , heureux Raifin ;
Sauve mille illuftres teftes ,
Caufe mille douces Festes
Par ton art , par ta vertu ,
Ta pieufe & docte vie
Defarme la noire envie ,
Dont tout autre eft combattu.
2
Pour toy , que le Ciel rapelle
Des approches du trépas
Benis l'en , ami fidele ,
Et ne t'en exempte pas ,
Tantoft fervent fans relâche
Offres -luy l'Agneau fans tache
GALANT 137
Devant ton Troupeau joyeux ;
Tantoft rempli d'éloquence ,
Préſche ta reconnoiffance
Sur des Theatres fameux .
Mr René Charles du Vergier
de la Roche - Jacquelin ,
Docteur de la Maifon & Societé
de Sorbonne , Aumônier de
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, Abbé de Saint Martin
d'Huiron & de Sainte Polycarpe
, Doyen & Chanoine de
Langres , mourut dans le mois
dernier; & il a efté enterré dans
L'Eglife de Sorbonne. Celui qui
prefenta fon corps au Senieur
de cette Maiſon , fit l'éloge du
Decembre
1705.. M
138 MERCURE!
deffunt , & marqua , en peu de
mots , le bon uſage qu'il avoit
fait des lumieres de fon efprit ;
& celuy qu'il avoit fait des revenus
Ecclefiaftiques
. Cet Abbé
eft fort eftimé. La Scholaftique
n'eftoit pas la feule étude
à laquelle il fe fufſt attaché ; il
avoit auffi étudié avec une
grande application la Jurifprudence.
M François de Maiffat , Seigneur
de Leveville , Malvoifine
, &c. Confeiller au Parle
ment , eft mort dans le même
mois.
re
Mr André Antoine Rouil
GALANT 139
fet , Seigneur de Beauchamp-
Laffe , Saint Michel , & Centigny
, Confeiller au Parlement ,
eft auffi decedé dans le même
mois . Ce Magiftrat eſtoit fort
eftimé dans fon Corps , & rempliffoit
fort exactement les fontions
de fa Charge , & il apportoit
beaucoup de foin dans
l'inftruction des affaires . Cette
famille donna un grand fujet
à l'Ordre de S. François dans
le quinziéme fiecle ; il fe diſtingua
par l'amour qu'il eut pour
la doctrine de Saint Thomas ,
dont il foûtint les interefts en
pluſieurs occaſions , avec un
Mij
140 MERCURE
zele qui luy fit beaucoup d'hor
neur.
Dame Marie - Charlotte de
Hangeft , veuve de M™ Charles
de Gauville , Chevalier , Seigneur
de Javerty , eft morte
fur la fin du même mois. Cette
Dame a terminé par une fainte
mort , une vie pleine de bonnes
oeuvres. L'exercice des vertus
Chreftiennes & la pratique des
oeuvres de pieté rempliffoient
tout fon temps. C'eſt un té◄
moignage que toutes les perfonnes
qui l'ont connuë luy
rendent , M de Gauville eftoit
d'une ancienne Maiſon , qui a
GALANT 141
produit de grands fujets dans
la Robe & dans l'épée. L'ayeul
de cette Dame avoit longtemps
porté les armes pour le fervice
du Roy Henry IV. contre les
Chefs de la Ligue , qui exciterent
de fi grands troubles dans
le Royaume au commencement
du 16° fiecle & au commencement
du dernier. Cette
famille eft originaire de Normandie
, où elle eftoit connuë
dés le commencement du feiziéme
fiecle ; elle a fait de grands
biens à l'Abbaye du Bec , qui
eft à huit lieuës de Rouen , &
dont l'Egliſe eſt une des plus
142 MERCURE
belles du Royaume . La Chartreufe
du Val Dieu , dans le Perche
, fe reffent auffi de fes liberalitez
, & compte au nombre
de fes Bien- faiteurs , ceux de
cette Maiſon.
Mylord Ramfey,Lieutenant
general , & Mr le Comte de
Mark ,frere du Duc de Quenf
bury , moururent l'un & l'autre
à Edimbourg au mois de Septembre
dernier . Ces deux Seigneurs
eftoient des meilleures
Maifons du Royaume d'Ecoffe,
& du nombre des plus affectionnnez
pour leur patrie . On
prétend qu'ils ont eu le plus de
GALANT 143
part aux réponſes vigoureuſes
que le dernier Parlement ; affemblé
à Edimbourg , a fait
en plufieurs occafions à celuy
d'Angleterre , & qu'ils ont témoigné
diverfes fois leur mécontentement
d'une maniere
affez haute. Mylord Ramſey
avoit porté les armes dans fa
jeuneffe,fous le feuRoyJacques
II. alors Duc d'Yorck ; je crois
même qu'il fe trouva à la cele
bre Bataille que ce Prince gagna
conrre les Hollandois , &
où il s'acquit tant de gloire.
M le Comte de Mark eftoit
allié, du cofté des femmes , àla
144 MERCURE
Maifon Stuart , & fes ayeux
avoient poffedé les principales .
Charges du Royaume d'Ecoffe ,
fous les Rois Jacques III , IV ,
& V. & même fous la Reine
Marie leur heritiere , qui avoit
époufé en premieres noces
François II . Roy de France .
L'Article qui fuit , que vous
trouverez fort curieux , & qui
vient de tomber entre mes
mains , fervira d'addition à
l'Article que je viens de vous
donner fur le même fujet.
La Maiſon Chigi faifoit
une grande figure depuis longtemps
à Sienne fa Patric , lorf
qu'elle
GALANT 145
qu'elle commença à s'élever à
la Cour de Rome fous le Pontificat
de Jules II Ce Pape donna
l'Intendance des Finances à
Auguſtin Chigi , & il eut lieu
d'eftre content de ce choix ;
quoyque l'on ait dit , que ce
Miniftre traittant un jour le
Pape & tout le Sacré College ,
il outra tellement la magnificence
, qu'on cuft dit , qu'il
avoit deffein d'encherir fur
l'exorbitante profufion de Vitellius
. L'abondance , la delica
teffe , & le choix des Mets , auroient
fuffi pour faire admirer
ce repas ; mais ce ne fut point
Decembre
1705 . N
146 MERCURE
a
par là qu'on dit qu'Auguftin
Chigi ſe diſtingua le plus . Il fit
jetter dans le Tibre , à chaque
fervice , tout ce qui ſe levoit
de deffus la table, quoique toute
la vaiffelle fuft d'argent ; &
l'on fervit en dernier lieu un
fort grand nombre de Langues
de Perroquets , apprêtées en
cent manieres . Jules II . fut fi
content des fervices d'Auguftin
Chigi , qu'il l'honora d'une efpece
d'Adoption , & il voulut
que luy & fes Defcendans fuffent
cenfez de la famille de la
Roüere . Sous le Pontificat de
Paul III . la Maiſon Chigi éGALANT
147
prouva une grande révolution .
Elle avoit à Rome un beau Jardin
fur le Tibre , proche le Pa
lais Farneſe , & dont on prétend
que le voisinage luy fut
fatal; ce qui l'obligea de retourner
à Sienne. Depuis ce regne
jufqu'à celuy d'Urbain VIII.
les Chigi demeurerent tranquilles
à Sienne ; mais fous ce
dernier Pontificat , Fabio Chigivint
à Rome , & s'y gouverna
de maniere qu'en 1655. il
fut élevé au Pontificat fous le
nom d'Alexandre VII. ainfi
que j'ay déja dit. Dom Mario
Chigi , fon frere aîné , fut
Nij
148 MERCURE
Gouverneur de Rome ; & on
dit à fa loüange, qu'il ne ſe mêlarprefque
point des affaires politiques
. Donna Berenice , fon
Epoufe , Siennoife & de la famille
della Ciaia , fe fit fort cftimer
à la Cour de Rome ; & elle
profita habilement des reproches
qu'on avoit faits à une
Dame,qui eftoit dans la meſme
fituation fous le Pontificat précedent.
Flavio Chigi , fils de
Dom Mario , fut fait Cardinal
Patron ; il eftoit le feul des enfans
de Mario Chigi . Il vint en
France en 1664. Aprés la mort
de fon Oncle, il fut Chefd'une
GALANT 149
fi grande Faction dans le Sacré
College , qu'il donna luy-feul
un Pape à l'Eglife & un Succeffeur
à fon Oncle ; ce fut
Clement I X. On dit en effet
alors dans le monde , que fans
le credit de Chigi , la Creation
d'Altieri n'auroit jamais réuſſi.
Auguftin Chigi , frere de Don
Mario , oit laiffe deux fils ,
dont le Pape Alexandre V II .
cut grand foin. L'aîné , Auguftin
Chigi , dont la mort donne
lieu à cet article , fut dés lors
deſtiné pour eftre le Chef de la
famille ; & il époufa en 16 56 .
la niece du Prince Marc-An-
N`iij
150 MERCURE
toine Borgheſe , qui cftoit alors
un des plus grands partis de
Rome, Sa beauté répondoit à
fon bien ; & elle avoit efté élevée
par fa grand' mere , qui
eftoit une Dame d'une grande
vertu. Le fils du Connêtable
Colonne qui recherchoit cette
Demoiselle , le mefme qui époufa
enfuite la Nice de Mr
le Cardinal Mazarin , fit retarder
quelque temps ce mariage,
& peut eftre que malgré l'autorité
du Pape , il cuſt eſté préferé
, fi dans cette conjoncture
.
le Prince Marc- Antoine Borghefe
ne fuft decedé . L'affaire
GALANT (151
fut alors conclue avec beaucoup
de rapidité par les bons
offices de Donna Olympia Aldobrandina
, petite- niece du
Pape Clement VIII . mere de
la Demoifelle . Cette Dame
avoit épousé en premieres noces
le Prince Borghefe , & étant
reftée veuve dans une affez.
grande jeuneffe , elle époufa
Dom Camille Pamphile , Prince
de Roffane , neveu d'Innocent
X. qu'elle n'avoit préferé
à d'autres grands partis ,
que dans la vue d'avoir un
grand rôlle à jouer à la Cour
de Rome , fous le Pontificat
N iiij
152 MERCURE
d'Innocent X. mais elle fut
fort trompée ; car non ſeulement
Donna Olympia , ſa belle-
four , l'emporta , mais elle
fut auffi obligée de fuivre fon
mary en exil. Alexandre VII .
quelque temps aprés le mariage
de Dom Auguftin Chigi ,
luy acheta la Principauté de
Farnele, qui eftun Fief de l'Empire,
dans la Province du Patrimoine
, & qui luy coûtab170
mille écus . Sigifmond Chigi ,
frere de Dom Auguftin , fut
gratifié de plufieurs groffes
penfions par fon Oncle , & élevé
au Cardinalat par le Pape
GALANT 153
Clement IX. en 1667 .
Monfieur
l'Evêque de Strasbourg,
affifté de l'Evêque fuffra
gant de ce Siege, & de M' l'Evê
que de Bâle , qui fait fa refidence
à Polentru , facra , fur la fn du
du mois dernier , Mr. l'Abbé de
Camilly , Grand - Vicaire de
Strafbourg
, Evefque de Toul .
Cette ceremonie
, qui eft déja
confiderable
par elle même , fut
renduë éclatante par le nombre
d'Officiers
Generaux qui s'y
trouverent
, & qui avoient à
leur refte Mr & Mc la Maréchale
de Villars . Monfieur
de
Strafbourg
donna enfuite à cet
"
154 MERCURE
te illuftre affemblée un magnifique
repas . Mr l'Evefque de
Toul a été nommé Evefque il
y a prés de deux ans ; le mauvais
état de fa fanté l'a empef
ché jufqu'icy de fe charger des
foins de l'Epifcopat , & il étoit
même dans le deffein de fe demettre
abfolument de cette
Dignité , fi fa fanté ne s'étoit
un peu rétablie , & s'il n'avoit
été en quelque maniere obligé
de l'accepter par des ordres fuperieurs.
Il s'eft formé pour
I Epifcopat pendant le temps
qu'il a gouverné l'Eglife de
Strafbourg , ou en chef, avant
GALANT 155
qu'il y eût un Coadjuteur , ou
fous les ordres de l'Evêque qui
la gouverne aujourd'huy . Je
vous ay parlé au long de fa famille
, lors qu'il a été nommé
par le Roy à l'Evêché de
Toul.
Mr l'Abbé de Quiqueran de
Beaujeu, Affocié de l'Academie
des Infcriptions , ayant été
nommé Evefque de Caftres , a
donné lieu à un changement
dans cette Academie, où le Roy
luy a conferé le titre de Veteran.
Sa place d'Affocié fut remplie
le 1 1. de ce mois , par Mr
Baudelor , dont le choix, enfui156
MERCURE
te d'une élection faite à l'ordinaire
, a efté confirmé par fa
Majefté. Mr Baudelot eft trés
connu dans la Republique des
Lettres par plufieurs ouvrages.
Il eft d'une profonde litteratu
re & trés verfé dans la connoiffance
de l'Antiquité, &fur tout
des Medailles.
Mr Tyrel vient de publier
le troifiéme volume de fon
Hiftoire d'Angleterre in folio
The general history, &c. c'est à
dire , Hiftoire generale d'Angleterre,
tant Ecclefiaftique que Civile
; contenant les Regnes d'Edouard
I. Edouard II. Edouard
GALANT 157
III. & Richard II.Tirée des plus
anciens Regiftres , & des Hiftoriens
, tant manufcrits qu'imprimez
: Avecun Appendix ou Differtation
des-intereffée fur la queftion
, fcavoir, files Communes
d'Angleterre envoyoient pour
des repreſenter en Parlement,
d'autres perfonnes que les tenants
in Capite , avant la 49 .
année du regne de Henry III.
où l'on rapporte toutes les difficultez
qui ont été publiées fur ce fu
jet , & les réponses qu'on y a
faites.
Le Docteur Mead, qui a écrit
fur les Poiffons, a fait imprimer
158 MERCURE
un petit Livre , de imperio Solis
ac Luna in corpora humana , &
morbis inde oriundis ,
Mr Bladen vient de faire une
une nouvelle traduction des
Memoires de Cefar. Le Docteur
Drake travaille à une traduction
de l'Hiftoire d'Herodote ,
avec des Notes , & c.
On mande de Berlin , qu'on
doit imprimer en Latin à Allendorf,
les Difcours que Mr
Regis a mis au commencement
de fa Philofophie . C'eſt Mr
Favin Auteur des Converfations
pienfes , qui parurent à Berlin
1
au commencement de 1699 .
GALANT 159
qui a fait cette traduction ; &
on dit qu'elle eft plus exacte
que l'original .
On a imprimé à Leyde un
Livre intitulé : Thefaurus antiquitatum
& hiftoriarum Italiæ ,
cc'est- à- dire, Trefordes Antiquitez
des Hiftoires de la
partic d'Italie qui eft prés de la
Mer de Genes & des Alpes , &c.
Les Opufcules de Hubert Folieta
paffent pour une des meil
leures pieces de ce Recueil. Elles
contiennent les éloges des
Hommes illuftres que la Ligurie
a produits. Folieta commence
par l'éloge des Illuftres
160 MERCURE
Génois , que leur pieté & leurs
miracles ont fait placer dans le
Ciel.
Il y a une grande difpute en
Angleterre
entre Mr Gagnier
& Mr Relond , au fujet des
Medailles Samaritaines
; ce qui
a donné lieu au dernier de publier,
une docte Differtation
,
qui a été infèrée dans la nouvelle
edition que Mr Spanheim
donne de fon Livre de ufu &
præftantia numifmatum
.
On a réimprimé
à Lubeck
le Diarium biftorico - litterarium
du Pere Homey
.
On a donné cette année à
GALANT 161
Amfterdam une nouvelle édi-.
tion de l'Hiftoire des Yncas
Rois du Perou , contenant leur
origine , depuis le premier Ynca.
Manco Capao ; leur établiffement
, leur idolatrie , leurs facrifices
, leurs conquêtes ; les
merveilles du Temple du Soleil ,
& tout l'état de ce grand Empire
, avant que les Espagnols
s'en rendiffent maîtres : Avec
une deſcription 'des animaux ,
des fruits , des mineraux , des
plantes, &c. Traduite de l'Efpagnol
de l'’Ynca Garcillaſſo de
la Vega , par J. Baudoüin .
On a imprimé à Bruxelles,
Q Decembre
1705.
162 MERCURE
chez François Foppens 1704.
un Livre intitulé Religion on
Theologie des Turcs par Echiale
Mufti , avec la profeffion de foy
de Mahomet , fils de Pir Ali.
Thomas Lombrail , Imprimeur
à Amfterdam , va faire
paroître en François le premier
tome des Sermons de feu Mr
Tillotson , Archevêque de Cantorbery
.
Jean Walter , Libraire de la
même Ville , a achevé l'impreffion
de l'ouvrage de Mr Vandale
fur l'hiftoire d'Ariftée ou
des feptante Interpretes : Vandale
fuper hiftoria Ariftea de Lxx .
Interpretibus .
GALANT 163
Mr Crenius a rendu public
à Leyde fon Livre fur les Vols
qui fe font commis en matiere
de Livres , de furibus Librariis.
Cet ouvrage commence déja
à exciter de grands murmures
dans la Republique des Lettres.
En effet, il y a bien des Auteurs
qui n'aimeront pas à eſtre démafquez.
La Lettre qui fuit m'a efté
envoyée par M' de Voolhouse,
Oculifte & Gentilhomme fervant
de Sa Majefté Britannique.
Elle doit faire beaucoup de
plaifir à ceux qui cherchent à
s'inftruire à fonds de toutes
O ij
164 MERCURE
les maladies des yeux.
A S. Germain en Laye , cc 14 .
Decembre.
vous en
Fay eu l'honneur, Monfieur ,
de vous écrire autrefois ,
avez fait part au Public ( tant
dans le Mercure du mois de May
1699. que dans celuy de Mars
1703. )que lesyeuxfont attaquez
d'environ 170 maladies. Maisfije
vous en avoisfait alors un dénom
brement que j'euffe crû juste,j'aurois
oublié une maladie fort con
fiderable , qui ne m'a efté connue
que depuis la fin du mois d'OcGALANT
165
tobre dernier. Je puis veritablement
affirmer que j'ay vú &pra
tiqué, tant chez mon Pere à Lon
dres , dans ma jeuneffe , que chez
moy ( depuis la mort ) tant en
France qu'ailleurs , beaucoup plus
de maladies oculaires , que les Auteurs
(foit anciens foit modernes )
ne font mention dans leurs écrits ,
ayant toujours fait ma plus grande
occupation & mon plus grand
plaifir de me perfectionner dans
cette fcience : mais aucun de tous
ces Auteurs n'a parlé de la maladie
extraordinaire dont George
Orbant , Caporal de la Compagnie
de Mr Derlach, dans le Ree
166 MERCURE
giment des Gardes Suiffes , a efté
attaqué à l'oeil gauche . Cet oeil
Saigna pour la premiere fois.
Fontainebleau , le 28. de Septembre
dernier, pendant que ledit Caporal
eftoit de garde, dans le dernier
voyage du Roy à Fontainebleau.
Cet homme n'a point de
memoire qu'il luy foit jamais arrivé
aucun accident , excepté un
picquottement à l'oeil , ny
d'autre maladie , ou Symptome
qui ait précedé cet écoulement da
fang de fon oeil ; ledit oeil n'eftoit
ny enflé , ny rouge , ny douloureux
mais feulement dans une
Timple épiphore , ou larmoyemens
petit
GALANT 167
involontaire des yeux . On luy fit.
fur le champ tous les remedes ordinaires
extraordinaires pour
étancher cette effufion de fang , a
quoy on ne pût réuffir qu'aprés
une heure de temps. Il s'en fentit
fort affoibli , il devint blefme , il
Je trouva tout ébloui & fe fentit
la tefte legere. Depuis le retour du
Roy de Fontainebleau , la mefme
hemorrhagie ophthalmique a pris
deux fois à ce Suiffe , dans fon
quartier à Nanterre, pendant l'ef
pace de trois quarts d'heure de
temps chaque fois . Son oeil diſtila
encore du fang en abondance
la quatrième fois à Versailles ,
pour
168 MERCURE
pendant qu'il eftoit de garde , où
on l'a fecouru beureufement par
des remedes qui luy font inconnus,
Depuis ce temps- là il n'a prefque
plus vû de cet oeil là , & on remarqua
qu'il avoit une boſſe où
éminence fous la paupiere inferieure
, qui augmentoit de jour à
autre. Il me vint trouver à Saint
Germain en Laye au commencement
de Novembre ,
accompagné
d'un de fes Camarades . Je n'eus
pas pluftoft renversé la paupiere
d'en bas , que j'apperçus une carnofité
, de la forme & de la grof-
Leur d'une échalotte ordinaire ,
de la couleur & politeffe de la
Tunique
GALANT 169
Tunique adnate de l'oeil , placée
dans la cavité qu'on appelle hyporoilon
, entre le Globe de l'oeil
& la paupiere inferieure vers le
petit cauthus. Je la pris d'abord
pour une defcente ou déplacement
de la glande innominée ( ce que
jay vû unefeule fois de ma vie
à Bruxelles , & dont j'empefchay
heureusement l'extirpation qu'on
alloit faire. ) Mais prenant ce
corps étranger avec mes tenailles
oculaires , il fortit facilement de
l'oeil , & ne fe trouva attaché
qu'au milieu de la paupiere inferieure
, par un gros vaiffeau fanguin
dont il luy refte une cicatrice)
Decembre 1705. P
170 MERCURE
éloigné d'une demie ligne d'une
branche des vaisseaux de l'oeil que
affez souvent , ( entre pluouvre
je
fieurs autres vaiffeaux , ) quand
fais mon operation de la phlebophthalmoromic
de l'oeil , dont il
eft fait mention dans le Mercure
du mois de Mars 1703. page 133 .
Ce qui me donna lieu de croire que la
nature l'avoit foulagé par où l'art
auroit pu le faire , en luyfaifant
cette operation Specifique
fouvent remarqué aux gens qui
avoient les yeux attaquez du mal
Galien appelle Ophthalmopônie
, Diofcoride Periodûnic
, co Hippocrate Odunoph-
( que
jay
GALANT
171
thalmic )
que
leurs
vaiffeaux
fanguins eftoient turgides & gonflez.
Cependant le temps me pref
fant je luy coupay ce corps eftran
ger, ayant premierement
fait ligature
audit vaiffeau de fang quile
nourriffoit
; mais par malheur la
foye ayant gliffe , le fang coula en
telle
abondance , que
j'apprehendois
qu'il ne tombaft en défail
lance , & me trouvant obligé
d'abord d'avoir recours à une eau
cauftique , que j'avois dans ma
Chambre , je l'appliquay avec une
araignée , le fang s'arrefta dans
l'i iftant. Je luy mis des compreffes
trempées dans un collyre aftrin-
1
Pij
172 MERCURE
gent , & je luy banday l'oeil , luy
confeillant d'aller fe repofer , en
attendant le retour d'un voyage
que j'étois obligé de faire. Mais
malade eftant auffi-toft retourné
à Nanterre, il s'eft trouvé depuis
parfaitement gueri , tant de fa
diftilation ou fluxion furprenante,
de l'operation . Cette carnofité
eftoit comme une glande con
globée , & ne tenoit point de
La nature des loupes ordinaires
ou ryſtées ; eftant par tout d'une
chair blanche ( parfemée de petits
vaiffeaux capillaires , femblables.
aux tefticules d'un agneau ) contenue
dans une tunique qu'on
que
GALANT 173
peut auffi proprement nommer albuginée.
Le Malade foubaitade
l'emporter avec luy, & ill'a mon
trée depuis ( à ce qu'il m'a dit ) à
Mrs de Sainte Genevieve de
Nanterre. Il m'eft venu depuis
remercier d'une guerifon fi parfaite.
Il peut bien avoir cinquantedeux
ans ; il eſt aſſez maigre , &
c'est un hommeſobre & fage, qui
ne fait pasde débauche.
Ce cas m'a paru fi fingulier ,
que je l'ay crû digne de vous
eftre communiqué hiftoriquement ,
fans entrer en raisonnement làdeffus.
Mais je fuis par là plus
confirmé que je n'ay jamais efté
Piij
174 MERCURE
juſqu'icy , de la bonté & de la
neceffite merveilleuse qu'il peuty
avoir (en de certaines occafions )
pour l'operation de la faignée de
l'oeil. Au refte , je nefuis pas ignorant
de ce qu'Hippocrate dit des
femmes aufquelles leurs Rataménia
remontées ,fortent quelquesfois
par les yeux ; ny de ce qui arrive
quelquesfois à des enfans , à qui ,
en pleurant , quelques gouttes de
fang tombent des yeux par lescan
tons , principalement par le
&
grand coin ; ce que quelques Auteurs
appellent lacrymæ fanguinex
. Tout cela n'approche point du
faignement oculaire , dont je viens
GALANT 175
de parler , où le fang affurément
ne fortoit paspar la glande lachrymale
d'en haut , ny par la caruncule
nafalle , ou points lacry--
maux. Jefçayfort bien , avec Mr
Stenon , que la glande conglome
rée de la paupiere fuperieure
peut naturellement laiffer échaper
du fang par les vaiffeaux cou-
Fateirs excretoirs (foit rompus ,
foit dilatez ) dans la filtration de
la lymphe lacrymale ; ce que j'ay
vú moy - même à un Dragon du
Roy , mon Maistre , en Irlande ;
mais cet homme avoit une ophthalmic
inveterée , avec ectropion
, & d'autres mauvais accii
Pij
176 MERCURE
dens , defquels noftre Suiffe ex
question , eftoit net & libre tout
fait. 61 in commulov zion.
Le fieur Langlois , Libraire-
Graveur , & Marchand d'Eftampes
, vient d'augmenter le
Recueil des Vûës & des Perfpectives,
des Palais , des Places,
des Eglifes , & des plus beaux
Bâtimens de Paris ; & des Châ
teaux de France , fçavoir : de
Verfailles , de Saint- Cloud , de
Meudon , & d'autres Châteaux
& Maifons de Plaisance . Le
tout Original , gravé par Perelle
, & par d'autres excellens
GALANT : 177
Graveurs ; en un volume infolio
en travers , ou qui fe relie en
trois volumes in folio en hau
teur.
Le même Libraire vient auffi
de remettre au jour la belle
paire d'Heures , écrite par Du
val Ecrivain de la Chambre du
Roy , & gravée au burin par
Senault , & par plufieurs autres
bons Graveurs. Elle eft corri→
gée d'un grand nombre de fau
tes , & remplie de vignettes ,
lettres grifes , culs- de-lampes
& autres ornemens ; elle eft
d'une grandeur commode &
propre pour les deux fexes.
178 MERCURE
Le même vient auffi de donner
au Public un Recueil de
Defleins d'Architecture à la
-
mode ,
propres pour les perfonnes
qui font bâtir , & pour
les ouvriers
; fçavoir
des deffeins
de portes
cocheres
d'appartements
, de lambris
, de
fallons , de galleries
, de buffets
, de croifées
, d'alcoves
, de
cheminées
, de plafonds
, de
tables , de gueridons
, de vaſes,
&
d'autres
ornemens ; de grottes
, de fontaines
, de cafcades
,
de berceaux
, & de cabinets
de
treillage , de parterres ,
de bof
quets , de boulingrains
, & de
GALANT 179
la
tout ce qui peut fervir pour
décoration des bâtimens & des
jardins . Le tout en un volume
infolio.
Le même fuit l'exemple de
Nicolas Langlois , fon pere ,
qui a donné tous les ans , dans
Ics Almanachs qu'il a fait graver
, une fuite de l'hiftoire du
Roy ; & c'eft le feul qui ne les
a mêlez d'aucunes des chofes
remarquables , arrivées les plus
en France , & qui ne regardoient
point S. M. Les Almanachs
doivent eftre regardez
en deux manieres ; fçavoir , en
petits Livres , & en grandes.
180 MERCUR Z
Eftampes. Tout ce qui a porté
ce nom a prefque toûjours efté
regardé comme des ouvrages
peu confiderables , & dont le
travail donnoit une gloire fort
bornée aux Auteurs ; mais les
moindres chofes du ficcle paffé
ayant cfté augmentées , travaillées
avec foin , & embellics
plufieurs Almanachs en livres
font devenus autant de Journaux
hiftoriques; & l'on en voit
aujourd'huy , qui font des efpepeces
de recücils , dont le public
tire de grandes utilitez ,
tant pour ce qui concerne l'Agriculture
, que les affaires du
GALANT 181
,
monde. Quant aux Almanachs
en Taille - douce , la plufpart
n'ont aujourd'huy que des
noms d'Almanachs qui les
font encore paffer auprés de
quelques-uns pour moins confiderables
qu'ils ne font . En
effet , la plus grande partie des
Marchands qui donnent ces
ouvrages au public , n'épargnent
rien pour la gravure , &
choififfent les meilleurs Ouvriers
de maniere que ces ouvrages
paffent pour de belles
Eftampes , & fur tout dans les
pays étrangers , où le débit en
eft tres-grand . On y voit fou182
MERCURE
vent des prifes de Villes , & des
Batailles fi bien reprefentées &
fi bien gravées , qu'il fe trouve
de belles Eftampes où elles ne
font pas mieux. Le fieur Lan
glois a continué ces ouvrages
cette année , & il eft aifé de
voir , par le grand nombre de
bons Graveurs qu'il employe ,
qu'il doit avoir auffi bien réüffi
que feu fon pere , qui fe donnoit
des foins extraordinaires
ne faifant jamais graver de vifages
qu'aprés des portraits originaux
des meilleurs Maîtres .
Celuy dont je vous parle , demeure
rue Saint Jacques , au
GALANT 183
13
coin dela rue de la Parcheminerie
, à l'Enſeigne de la Victoire,
nì big way ibid
Entre les livres dont le
public tire de grandes utilitez ,
il y en a peu qui foient plus à
la mode , & qui faffent plus de
plaifir , que ceux du S Barreme
, à caufe du temps infini
qu'ils épargnent à ceux qui
ont de grands comptes à faire,
Il vient de mettre au jour une
nouvelle edition de fon livre
intitulé :
L Arithmetique de Barreme ,
Ou le livre facile pour apprendre
l'Arithmetique de foy
184 MERCURE
mefme & fans maistre.
Augmenté en cette nouvelle
édition de plus de 190. pages on
Regles differentes , appliquéesfur
toutes les affaires de la vie , avec
leurs preuves & inftructions de
M
chacune en particulier.
Ouvrage tres-neceffaire à toute
forte de perfonnes , aux unes pour
apprendre l' Arithmetique ; à
ceux qui lafçavent, pour leur aider
à rappeller leur memoire de
quantité de Regles , qui s'oublient
facilement faute d'une pratique
journaliere
Ilfe vend 45.f. à Paris , chez
la veuve Macé , qui demeure dans
la maifon du fieur Barreme , au
HGALANT 185
bout du Pont-neuf, à l'entrée de
la rueDauphine ,
teur
Seul endroit du Royaume
Oùfe vend auffi du même Au-
La nouvelle édition du livre
des Comptes faits , ou Tarif general
des Monnoyes ; perfectionné
&augmenté de plus de 170 .
Tarifs
&
Le nouveau Livre , neceffaire
à touteforte de conditions pour les
Changes & Efcomptes des Billets ,
& des interefts à toutes fortes de
deniers, pourplufieurs années, mois
jours , en une feule page ; per-
Decembre 1705. Q
186 MERCURE
fectionné augmenté de plus de
300. Tarifs.
Il paroift depuis peu un Livre
intitulé : Difcours de Mr de
Meffange , fur trois Articles du
Journal de Trévoux ; l'un du mois
d'Avril 1704. marqué 58 ; l'autre
du mois d' Avril 1705. marqué
65 ; le dernier , du mois de
Fuillet 1705. marqué 115. Pour
la deffenfe defon nouveau Systême
du monde. Cet ouvrage eftant
auffi peu étendu , qu'il eft vif ,
& pouvant eſtre lû en tres peu
tems ; je n'en pourrois dire da
vantage , fans rapporter la plus:
grande partie de ce qu'il con
GALANT 187
tient c'est pourquoi j'ay crû
que fi je m'étendois plus au
long , j'empefcherois que ceux
qui le vendent n'en fiffent
tout le débit qu'ils ont lieu
d'en efperer. Ainfi je croy qu'il
me fuffit de vous dire
que+M²
de Meffange donne dans ce
difcours des preuves auffi
éclatantees que convaincantes,
de tout ce qu'il avance ; &
qu'on ne peut lire cet ouvrage ,
fans eftre perfuadé qu'il eft le
veritable auteur du Nouveau
Systême du Monde , qu'il a fait
imprimer il y a prés de 30. ans .
Son dernier ouvrage fe vendà
Qij
188 MERCURE
Paris , chez la veuve Jacques
Grou , rue de la Huchette , au
Soleil d'or , & chez Pierre Bienfait
, Quay des Auguſtins , à
l'image S. Pierre.
Les Vers fuivans ont efté faits.
par un Maître des Comptes, qui
n'a pas moins de gouft pour la
Poëfie , que pour les Sciences
& dont l'efprit a fouvent brillé
dans l'une des Academies établies
par Sa Majeſté .
GALANT M189
RENCONTRE
DE L'HYMEN
MENote
ET DE L'AMOUR ,
Le jour du Mariage de deux perfonnes
de la premiere diftinction
dans la Robe.
10
L'AMOUR,
Qu court le Dieu de l'Hy
menée ?
Et quel eft le fujet de fon em
preffement ?
L'HY MEN.
Je vais pour accomplir l'heu
reuſe deſtinée
D'un Magiſtrat illuſtre , en qui
190 MERCURE
rien ne dément
L'éclat de tant d'Ayeux , done
il fait l'ornement ;
Et d'une Epoufe fortunée ,
Que Themis vit un jour naiftre
dans fon Palais ,
Et qui dés ce moment par le
Ciel fut ornée ,
D'efprit & de vertu , de graces
& d'attraits.
Aujourd'huy, par mes foins , un
doux noeud les affemble ; -
Au Temple , où l'on m'attend,
on doit trouver enfemble
La Foy , la Pudeur, l'Equité,
La Sageffe , la Probité ,
Et les autres Vertus que tu në
connois gueres ,
Lorfque feul & fans moy tu for
ges tes mysteres.
Adieu , ne me retarde pasa
GALANT 191
L'AMOUR .
Et moy je vôle ſur tes pas ,
Je veux eftre de la parties
Cette union fans moy feroit mal
affortie :
Quoy peut-on fans l'Amour
former de fi beaux noeuds ?
Et crois - tu qu'ils n'ont pas déja
fenty mes feux ?
GOODS L'HY MEN
Sidrolo
Non , ton fecours ne m'eſt pas
neceffaire , Po
Ton air badin, folaſtre , indif
cret , temeraire ,
Sieroit mal aux grands coeurs
que je vais rendre heureux ,
192 MERCURE
L'AMOUR .
Hymen , ignores - tu que je
prends , quand je veux ;
Mais avec toy , fur tout ) un
autre caractere .
Tu me verras diſcret , tendres
fage & fincerest
J'auray pour armes ces traic's
d'or ,
* 454
Qui cauſent fous mes loix les fe
crettes bleffures ,
Dont fe fentent picquer les
ames les plus pures :
Du flambeau que je tiens , tu
verras naiftre encor ,
D'innocentes, ardeurs , & des
feux legitimes ,
Pour enflamer & l'Epoufe
& l'Epoux.
L'HYMEN.
GALANT 193
L'HY MEN.
A ces conditions l'accord eft
entre nous ; :
Que d'Hymen & d'Amour leurs
coeurs foient les victimes ,
Mêlons de nos flambeaux , & la
flâme & l'ardeur ,
Unifons-nous , allons confommer
leur bon- heur.
Je croy devoir faire préceder
la Lettre que vous allez
lire , à l'article du mariage de
Mlle de Lamoignon . Cette
Lettre a efté écrite à M de
Bâville , Intendant de Languedoc
, fur la mort de M de
Decembre 1705. R
194 MERCURE
"
Lamoignon , fa mere, & grandmere
de Mlle de Lambignon,
fille du Prefident à Mortier de
ce nom , & qui vient d'époufer
M le premier Preſident
Nicolaï, dont je vous parleray
enfuite de cette Lettre.
Fayefté tres-fenfible à lagranperte
que vous venez de faire
de feuë Me voftre illuftre Mere ;
je ne doute point , que dans cette
trifte occafion , vous n'ayez eu befoin
, de toute la fermeté que vous
avez fait éclater en tant d'autres
. En effet , cette Dame eftoit
également refpectable par fes vertus
& parfon rang; & fa mort
de
GALANT
195
4
à
a efté auffi glorieuse que fa vie.
Trop heureux , fi je pouvois
cette heure reprefenter à vos yeux
fins & delicats , la grandeur de
fon ame , la pureté de fes intenrions
, la folidité de fa picté , la
vigueur defa foy , l'ardeur de
fon zele , l'exactitude de fa justice,
La profondeurdefon humilité , l'é
•tendue de fa charité , l'innocence
de fa conduitte , lafainteté de fes
moeurs , l'aufterité de fa penitence,
Les douceurs de fa patience & de
fa parfaite obéiffance. Mais il
faudroit entrer dans votre coeur
affligé , pour fe former leportrait
naif & fidele que vous y gardez
Rij
196 MERCURE
prétieuſement
, & que les traits
animez de voſtre ſeule éloquence
pourroient égaler. Pour moy
à qui il feroir difficile d'exprimer
affez bien ces diverfes & excellentes
qualitez , je me contentede
les admirer , & de prier
Le Seigneur qu'il vous confole
luy-même dans voftre accablante
affliction. C'eft le fouhait de celuy
qui eft avec autant de refſentiment
que de respect , & c.
ray
"
Cette Lettre eftoit fuivie
des Epitaphes que vous allez
lire.
Mong01
GALANT 197
EPITAPHES
STAUSIN
DE MADAME DE LAMOIGNON.
Aprés avoir fervi ton Dieu
Rempli de bonne odeur ce lieu ,
Par des bienfaits d'éternelle memoire
,
Admirable Potier , tu defcends
Tombeau ;
Et de tant de beaux jours , que conronna
la gloire ,
Ton dernier jour eft le plus beau
Side
Autre
.
Mufe , tesfoibles fons ne sçaus
roient affezdire ;
Sa rare Charité , que l'Orphelin
admire ;
Riij
198 MERCURE
Sa pieté , quifert aufiecle deflambeau
La fuit , fans la quitter , jufque
dans le Tombeau.
Autre.
<
Potier a prisfa place , au celefte
A
250
Sejour
Elle eft parmi les Saints récla
tante de Gloire ;
Ses illuftres Vertus , l'exemple de
la Cour
Des ombres de la mort ont fauve
fa memoire.
0
simonq
Mre N... Nicolaï, Marquis
de Gouffainville, Confeiller du
Roy en fes Confeils, & premier
Prefident de la Chambre des
Comptes de Paris , a époufé
GALANT 199
Mlle de Lamoignon. Ce Magiftrat
eft le feptiéme premier
Prefident , de pere en fils , de
cette Cour Superieure .Jean Nicolaï,
S de S. Victor , Maître .
des Requeſtes , & puis premier
Prefident de la Chambre des
Comptes , a vécu fous les regnes
de Charles VIII. & de Louis
XII. il a été le premier de fa
famille qui a exercé cette importante
Charge . Il fut premicrement
Confeiller au Parlement
de Toulouſe ; & le Roy
Charles VIII. informé de fon
merite , voulut qu'il l'accom-t
pagnaft au voyage de Naples
Riiij
200 MERCURE
Il l'employa en diverfes negotiations
importantes auprés des
Princes d'Italic ; & aprés la con
quête du Royaume de Naples
il l'y laiffa en qualité de Chancelier.
Aprés la perte de cet Etat
il continua en France fes fervi
ces au Roy Louis XII , qui luy
donna une Charge de Maître
des Requeftes le 3. Juin 1504
L'année ſuivante il eut celle de
premier Prefident de la Chambre
des Comptes , dont il fit
les fonctions jufqu'en 1518.-
qu'il la remit à un de fes fils :
& fes defcendans l'ont confer
vec jufqu'à prefent dans leur
GALANT 201
2.
reçu
Famille. Car Jean laiſſa Aimar
Nicolai , pere d'Antoine 1 .
premier Prefident de la Chambre
des Comptes, à la place de
fon pere l'an 15 53. Celui - cy
cut Jean fecond de ce nom
pere d'Antoine fecond du nom
qui a laiffé Nicolas Nicolaï
Chevalier , Marquis de Gouffainville
, Confeiller du Roy en
tous fes Confeils, premier Prefident
de la Chambre des Comptes
, où il fut reçû le 20. Mars
1656. & duquel eft iffu Mr le
premier Prefident Nicolaï , qui
vient d'époufer Madile de Lamoignon.
Ce Preſident a au202
MERCURE
tant de fageffe & de modeftie
que d'efprit ; & il n'a jamais
eu occafion de parler en public ,
qu'il ne fe foit attiré des applaudiffemens
de tous ceux qui ont
eu le plaifir de l'entendre. Mlle
de Lamoignon
eft fille de
Mr de Lamoignon
, Prefident
à Mortier au Parlement, & de
Dame N... Voifin . Vous ayant
parlé amplement
de cette illuf
tre Famille , au fujet de la mort
de Mad . la premiere Prefidente
de Lamoignon
, je vous diray
feulement
que la nouvelle ma÷
riée eft petite fille de cette Dame
& de feu Mr le premier PrefiGALANT
203
dent de Lamoignon ; elle eft
trés - bien faite , & elle a beau
coup de merite . bolno ,
Mre Na le Goux- de la Berchere-
de la Rochepor , Maître
des Requeſtes , époufe Mlle
Voyfin Mr de la Rochepot
eft fils de Mre Jean- Baptiste le
Goux- de la Berchere, Marquis
d'Inteville, Comte de la Rochepot,
Baron de Toify , Maître des
Requeftes , qui a été Intendant
pendant plufieurs années en
Bourbonnois , en Auvergne, &
dans les Generalitez de Montauban
& de Rouen , où il a été
toûjours regretté; & de Dame
204 MERCURE
Antoinette le Fevre d'Eaubons
ne. Il eft Neveu de Mr l'Archevefque
de Narbonne ; de
M la Marquife de Boury,Veuve
de Mr le Marquis de Boury,
tué au paffage du Rhin ; & de
Mr d'Eaubonne, Confeiller au
Parlement & Doyen de la Troi
fiéme Chambre des Enqueftes ;
Coufm germain de Mr le Com
te d'Eftain , Lieutenant General
des Armées du Roy , de Mr de
Blaify , Prefident au Grand-
Confeil ; & de Mr le Coq, Mai.
tre des Requeftes . Le nom propre
de cette Maifon eft le Goux
J'ay parlé en differentes occa
GALANT 205
fions de la naiffance illuftre de
ceux de ce nom , qui ont été
en grande reputation dés - le
temps des Ducs de Bourgogne,
& entr'autres , Pierre le Goux,
Chancelier de Philippe ſecond
DucdeBourgogne,comme il ſe
voit dans Olivier de la Marche
Hiftorien de ces temps- là . Mr
de Rochepot , eft parent & allié
à un degré de parenté fort proche
, de Mr le Duc d'Harcour
& de M' le Marquis de Charoft,
de Mr le Prefident de Lamoignon;
de M' Nicolaï , premier
Prefident de la Chambre des
Comptes ; de Mr. le Maréchal
206 MERCURE
r's
IS
de Chamilly, & de M les Ducs
d'Etrées & de la Feüillade ; de
Mle Prefident de Meſmes , de
Verthamon , premier Prefident
du Grand- Confeil ; de M les
Comtes d'Amanzé , de Tavannes
, & de Montperroux ; & d'un
trés grand nombre de perfonnes
de diftinction , de la Robe
& de l'Epée.
M de la Berchere, fa Mere,
eft de la trés-ancienne Famille
de Mrs le Fevre d'Eaubonne,
dont font fortis pluſieurs perfonnes
de grande diſtinction ,
& entr'autres , Mrs d'Ormeffon
& de Lezeau, Confeillers d'Etat,
GALANT 207
qui ont été Doyens du Con
feilhabo
ob Mlle Voyfin eft fille de Mr
Voyfin, Confeiller d'Etat, dont
la naiffance & les alliances font
auffi trés- grandes , du nombre
defquelles font celles de Mrle
Duc d'Etrées , de Mr Nicolaï,
premier Prefident de la Chambre
des Comptes ; & de plu
fieurs autres perfonnes de qualité
de la Robe & de l'Epée.
Le nom de fa mere , dont le
merite eft connu, eft Trudaine ;
& ello eft Soeur de Mr Trudaiine,
Maître des Requeftes & Intendant
de la Generalité de
208 MERCURE
Lyon. Mlle Voyfin eft auff
Niece de Mr de Vaubourg
,
Maître des Requeftes, qui a été
Intendant en differentes Provinces
, où il s'eft fait eftimer
par fon integrité ,& par fa grande
intelligence . Mr de Vaubourg
eft Frere de Mr Definarefts,
Directeur general des Finances
. M la Comteffe d'Angennes
, fille de Mr de Vau-
Bourg , eft Coufine germaine
de Mlle Voyfin. à
J'ay mis dans ma Lettre du
mois de Septembre dernier , en
parlant fur un faux memoire,
du mariage de Mr le Marquis
GALANT 2091
=
6
ه ب ا ش
de Torrecufa, avec la fille deM
le Marquis deVillatorcas,qu'elle
eft d'une illuftre Famille de Caftille
;cependant voici ce que l'on
m'aécrit d'Efpagne fur ce fujet.
Me Laura de Caftelvi eftfille
de Mr le Marquis deVillatorcas,
dont le nom est Caftelvi , d'une
Famille originaire de France , gui
alla en Catalogne , où elle s'éta
où elle s'eft maintenuë avec
beaucoup de fplendeur ; s'étant
alliée par les mariages avec les
Moncades & les Comtes de Baxcelone
. Des Seigneurs de ce nom
ont eu part à la conquête de Valence
, où ils prirent alliance dans
Decembre 1705 .
blit
S
210 MERCURE
plufieurs Familles illuftres , ainfi
qu'en Catalogne , dont il eft forti
de grands perfonnages , fignalez
par les Lettres & par les Armes ,
& leurfidelitéfut caufe queDom
Pedro IV. Roy d'Arragon , fit
Dom Gonzalo de Caftelvi ( huitiéme
ayeul de Me Laura ) Gentilhomme
de fa Chambre
Ugier d'armes pour garde de fa
perfonne aux Etats d' Arragon
Pan 1347⋅
27noë
fon
Dom Louis de Caftelvi fon
fixieme ayeul , fervit Dom Jean
d'Arragon dans les guerres de Perpignan
: & du quatriémefils de ce
Dom Louis, defcendent les MarGALANT
210
quis de Laconi en Cerdaigne.
• Dom Pedro , aîné de Dom
Louis , fon cinquiéme ayeul,fervit
dans la même guerrera
!
Dom Jean de Caftelvi , fon
bifayeul , fervit plufieurs années
en Flandres.
Dom Bafile , fon ayeul ſuivit
la même profeffion , & fut Gouverneur
de Valence , & Viceroy
per interim .
Son frere eut le même employ,
fut Viceroy de Maillorque :
prefentement il eft Confeiller
de fa Majefté Catholique, l'Heroïque
Philippe V. au Confeilfu
prême & Arragon.
Sij
212 MERCURE
Et le frere de la même Marquife
eft prefentement Gouverneur
de Valence . abst
Son ayeule , Feue Me Laura
de Alagon , de l'illuftre Famille
d'Arragon , & Camarera , ou
Dame de la Chambre des Reines,
Feue Madame Marie - Loüife)
d'Orleans ( de glorieufe memoire )
& de Madame Marianne de
Neubourg.
སྭཱ པཱན །
La Differtation que je vous a
envoye vient de m' l'Abbé Def
landes , Grand Archidiacre &
Chanoine de Treguier, dont je
vous ai fouvent envoyé des ou
vrages, qui ont reçus de grands
applaudiffemens
.
GALANT 213
Lorfque le Comte de Schomberg
, le Marquis de la Vieuville ,
du depuis Evêque de Rennes , &
le Comte de Luzignan
, eftoient
au fervice de la Hollande , où l'on
alloit de tous coftez pour apprendre
le métier de la guerre ; le grand
Guſtave , Olivier Cromwel , le
Vicomte de Turenne & le Maréchal
de Gaffion, y ont fait leur apprentiffage
. Guillaume de Naſſau
pere du feu Prince d'Orange mourut
de chagrin à la Haye ; il avoit
formé le deffein d'aller infulter
Amfterdam , qui fe difoit la Reine
de la Mer. Chacun fçait fa honteufe
déroute. Le Comte de Luzi214
MERCURE
gnan , dont tout le monde connoist
la Maiſon , qui a donné des Rois
à l'Europe & des Empereurs à
l'Afie , voyant que la guerre ne
luydonnoitplus d'occupation, entreprit
de voir les Cours du Nord,où
il fut confideré autant par fon rare
merite, que parfon éclatante naiffance.
Eftant en Dannemarck , où
les Dames ont beaucoup de delicateffe
, ilparut fort trifte dans un
jour de réjouiffances l'ony propofa
le jeu des dévifes. Le Comte de
Luzignan prit pour lafienne , une
biche courante & bleſſeé par une
fléche avec ces paroles , hæret lateri
lethalis arundo . C'eftoit le
GALANT 215
Lymbole defon amour pour l'aimable
niece de Sylvius , qu'il avoit
connue à Rotterdam , lorfque Guillaume
de Naffau l'avoit envoyé
pour ménagerles Magiftrats en fa
faveur. Il s'agiffoit de retourner
voirfa Maistreffe ; fon amour ingenieux
luy infpira d'aller à la ceremonie
qque les Etats Generaux
faifoient au Baptefme dufeu Prin
ce d'Orange. Son deffein eftoit d'y
propofer la ſtructure d'une furprenante
Machine maritime ; il avoit
auprés de luy un Ingenieur , nommé
Deffons , Breton, pour enfaire
Lafabrique. Lapropofition fut ac
ceptée,
216 MERCURE
On y fit un grand atelier, fur
le bord de la Meufe , cent Mancuvres
y travaillerent ; tous les Prin
ces envoyerent voir cette Machine
, & l'on en dreffa une Manifefte
, où elle eftoit reprefentée . Ce
Vaiffeau avoit cent - dix pieds de
long , fur trente de haut & vingt
de large ; & fa figure eftoit juftement
celle d'une navette de Tifferan.
Car au lieu qu'il fe voit
dans les Vaiffeaux une diftinction
deprouë de poupe , il ne paroiffoitaucune
difference entre les deux
bouts de celuy - cy , qui avoient également
l'un & l'autre la groffeur
d'un tonneau ,& eftoient renforcez
de
GALANT
217
de longues bandes defer, épaiffes de
trois doigts , par où fe devoit faire
tout l'effort qu'on attendoit de ce
Baftiment ; deforte qu'il n'y avoit
point de devant ny de derriere ,
il devoit aller en avançant & en
reculant , avec la même facilité ,
fans qu'il falluft le revirer. Ce
que l'on y obferva de plus fingu
lier , eft qu'il eftoit entierement
fermépar en haut, & qu'il n'avoit
"qu'une ouverture de chaque coſté.
Ces deux feneftres reffemblorent,
aux portieres d'un vieux caroffe
& Fufage de cette double ouverture
eftoit non -
feulement de
fervir d'entrée , mais auffi de
Decembre 1705 .
2
T
218 MERCURE
के
donner du jour à une espece dè
chambre quarrée, qui eftoit tout
l'espace du Bastiment qui pouvoit
tenir quelques perfonnes , & qui
eftoit deftiné à mettre un rouage ,
auquel tout le fin du fecret confiftoit
. Voicy les effets de cette Machine
, qui alloit fans voiles , fans
rames , fans cordages , d'une ineroyable
viteße. Ce Baftimentfai
foit trente lieues en fix heures ;
buit hommesfeulement le conduifoient
; & il brifoit tous lesVaiffeauxqu'ilrencontroit.
Ily aplus ,
c'est que le Comte de Luzignan ,
pourperfectionnerfon ouvrage , fit
travailler à deux Talismans , l'un
GALANT
219
l'autre con- pour empêcher le feu,
tre cet infecte des rats. Ilfçavoir que
la Ville de Paris avoit esté préfervée
du feu de ces infectes , penles
deux
Talifmans pladant
que
cez
fous
des
arches
avaient
efte
confertez
.
Vous voilà content , Monfieur ;
je vous ay obéi un peu trop facile
ment. Aprés tout , je me plains de
vous avez - vous oublié roftre
temerité d'ofer me foûtenir que
vous eftes l'homme du Royaume
le plus zelé pour noftre incompa
rable Monarque ? Croyez - moy ,
tout deftinéquejefois aux Autels";
je ne fuis pas praticable , lorfque
Tij
220 MERCURE
de
l'on me difpute le premier rang
Zele & d'amour refpectueux pour
mon Empereur. Mais enfin, reconcilions
- nous ; demandons au Seigneur
la confervation de noftre
Souverain . qui soms tjîjîprécieuſe.
Seigneur , daigne appaifer tant
d'horribles tempeftess
•
Prens foin d'un Roy fameux par
mille exploits divers ;
Il eft preft à borner le cours de fes
Conquestes
Pour le repos de l'Univers.
Je vous ay amplement parlé
dans ma derniere lettre de
l'affaire arrivée prés d'Annoné,
GALANT 221
lorfque M le Comte de Montecuculi
, Commandant du
Regiment de Visconti , & qui
cftoit à la tefte d'un gros Corps
avec lequel on avoit refolu de
furprendre l'Artillerie que l'on
conduifoit vers Afti , & qui
eftoit fortie d'Annoné pour
l'execution de l'entrepriſe , qui
n'a efté differée qu'à cauſe da
grand débordement des eaux
de plufieurs rivieres , dont je
vous ay déja parlé ; lorſque M
de Montecuculi , dis - je , fut
obligé de fe retirer voyant fon
deffein échoué , il eft conftant,
& tout le monde en convient ,"
Tij
222 MERCURE
qu'auffi-toft que les troupes
qui conduifoient l'Artillerie ,
curent receu du fecours , les
Ennemis ne pouvant plus faire
tefte , & craignant de le voir
entierement défaits & que
toute l'Armée de M' le Duc de
la Feuillade ne tombaft fur eux,
prirent la fuite avec beaucoup
de précipitation , & que perdant
tout l'avantage qu'ils
avoient cu d'abord , ils regagnerent
Afti , toûjours pourfuivis
& toûjours battus
dans leur retraite . Il eft certain
que nous ne perdîmes pas
plus de deux cens hommes ,
ང་
GALANT 223
19
pendant le peu de temps que
les ennemis furent fuperieurs ;
mais quand nous en aurionis
perdu davantage , ce qui paroift
prefque impoffible , nous ne
pouvions perdre deux mille
hommes , comme les Ennemis
Font fait imprimer dans leurs
nouvelles publiques , puiſque
l'efcorte de l'Artillerie ne montoit
à peu prés, qu'à ce nombre ,
& que le Corps des Enncinis
n'eftoit compoſe , de leur propre
avcu , que d'environ trois
mille cinq cens hommes : De
maniere qu'il auroit fallu que ce
Corps cuft tuéjufqu'au dernier
R
Tiiij
224 MERCURE
homme de l'efcorte ; & ficela
étoit arrivé,tout le canon feroit
demeuré aux ennemis, pu'ifqu'il
ne feroit pas refté une feule per
fonne pour le deffendre . Il eſt
vray qu'ils ont dit, dans leurs relations
, qu'ils en avoient enlevé
quelques pieces : ce qui eſt ab
folument faux , & dont on ne
parle point en Italie , mais feulement
dans les nouvelles im-,
primées dans les autres Etats
des Alliez. Et ce qui prouve
encore mieux cette faufleté ,
eft que les mêmes nouvelles
ajoûtent que tout le bagage
a cité enlevé ; & cependant
GALANT 225
iln'y avoit point du tout de ba
gages. C'eft de cette maniere
que les Alliez amufent leurs
peuples , & qu'en leur déguifant
toutes les veritez qui ne
font pas à leur avantage , & en
les faiſant même triompher
lorfqu'ils ont fait de groffes
pertes ; ils les engagent à s'épui
fer pour la continuation d'une
guerre , dont ils leur font efperer
une fin glorieufe. Et cepen
dant s'ils ouvroient les yeux fur
les chofes effectives , & fur lef
quelles on ne les peut tromper,
ils remarqueroient , que lorfqu'on
s'efforce à leur faire croi226
MERCURE
re que l'on nous tue beaucoup
de monde , on leur enleve un
grand nombre de Places . M' le
Comte de Montecuculi , qui
a efté tuédans l'action , dont les
Alliez n'ont pas moins cherché
à déguifer la verité , qu'ils ont
fait pour fe donner tout l'avantage
du Combat de Caffano ,
eft neveu de feu M' le Prince
de Montecuculi , qui commandoit
l'Armée de l'Empereur ,
lorfque Monfieur le Maréchal
de Turenne fut tué. Ce Comté
eftoit proche parent , du colté
de fa mere , de la Maifon de
Normanville du Bofc, illuftrée
GALANT 227
en France & en Angleterre.
Son pere a efté marié deux fois.
Il a eu plufieurs filles de ſes deux
mariages , dont l'une a époufé
M' le Comte de Ragi ; & une
autre a efté mariée à M' le General
Palfi. Une troifiéme a efté
Chanoineffe en Flandres .
Les fonctions de Secretaire
des Commandemens que faifoit
M Noblet , l'un des premiers
Commis de M' le Marquis
de Torcy , auprés de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne,
m'obligent à vous parler de fa
mort. Il avoit efté en plufieurs
Cours de l'Europe , où il avoit
228 MERCURE
commencé àprendre la peinture
des affaires étrangeres , Meffeigneurs
les Princes , aprés avoir
conduit le Roy d'Espagne jufque
fur la frontiere , vifite .
rent enfuite plufieurs Provinces
du Royaume;& il leur fervit
de Secretaire des Commandemens
pendant ce voyage. Il
s'acquitta fi bien de cet employ,
qu'il fut nommé pour fervir,
en la méme qualité auprés de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, dans la derniere Campagne
où ce Prince a comman
de en Allemagne , & il avoit
fait auprés du même Prince les
mêmes fonctions depuis fon
GALANT
229
retour. Il falloit qu'il euft.commencé
eftant encore fort jeune
, à fuivre les confeils de la
Sageffe & de la Prudence , puifqu'il
eft mort âgé feulement
de quarante- deux ans . Le bruit
s'eftant répandu , aprés fon decés
, que le Roy devoit donner
un Secretaire des Commandemens
à Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & ce Prince
eftant
diftingué par un grand
nombre de vertus & de qualitcz
éclatantes , qui donnent licu
de croire qu'il fera un jour
un des plus grands Princes du
monde ; le plaifir qu'il y a de
230 MERCURE
fervir un Prince , que l'on peut
dire qui n'ignore rien de toutes
les qualitez neceffaires à un
parfait Monarque , & à un parfaitement
Honnefte - homme ,
la Charge que le Roy devoit
remplir a efté recherchée avec
un tres- grand empreffement
par quantité de perfonnes diftinguées
par leur merite , par
les emplois qu'elles poffedent ;
& par les emplois eclarans &
du premier ordre , qui ont efté
remplis par quelques uns de ces
prétendans . Ce qui fait beaucoup
d'honneur à M' Hennequin-
de Charmont , Secretaire
GALANT
231
du Cabinet , & ci- devant Ambaffadeur
à Venife , que le Roy
a nommé Secretaire des Commandemens
de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne. On ne peut
foûtenir avec plus d'éclat &
avec plus de dignité , la qualité
d'Ambaffadeur , que M' de
Charmonta fait à Venife . Vous
fçavez que ſon eſprit répond à
fes belles qualitez , & qu'avant
qu'il fuft pourvû de la Charge
de Secretaire du Cabinet , il en
exerçoit une , que
l'on ne
peut
poffeder fans avoir autant de
grands talens que d'efprit.
Quoique ce ne foit pas icy le
232 MERCURE
lieu de parler de fa Maiſon ,
m'eftant fait un ufage de ne
vous parler des Maifons , que
dans des Articles de Mariages
& de Morts ; je vous diray
néanmoins que celle de M
Hennequin eft des plus anciennes
, des plus illuftrées , & des
mieux alliées. Elle a donné des
Preſidens à Mortier , des premiers
Officiers dans prefque
toutes les Cours Superieures ,
& quatre Evêques à l'Eglife .
En vous parlant de la derniere
promotion des Benefices ,
je ne vous dis rien des penſions
données par le Roy fur l'AbGALANT
233
re
baye de S. Bertin , dans le Diocefe
de S. Omer , dont le Roy .
a laiffé l'élection aux Religieux
de la Maiſon. Cette Abbaye
vacquoit par la mort de M
N.... de Bethune , qui en avoit
efté long - temps Titulaire. Je
vous ay fouvent parlé de la
Maifon de Bethune ; perfonne
n'ignore qu'elle eft une des plus
illuftres du Royaume. Elle def
cend de Robert I. dit Faiffeux ,
S de Bethune & de Richebourg
, Avoüé d'Arras , qui vivoit
en 1001. Cette Maifon
doit une partie de fon élevation
àMaximilien de Bethune I.
Decembre 1705. V
234 MERCURE
de ce nom , Duc de Sully , Pair
& Maréchal de France , Prince
Souveraind Enrichemont & de
Boifbelle , Marquis de Rofni ,
& c. Il nâquit à Rofny en 1559 .
& dés fa plus grande jeuneſſe il
s'attacha à Henry de Bourbon ,
alors Roy de Navarre . Ce Prin
ce le fit d'abord fon Chambel
lan ; & il reconnut fon zele à
la bataille de Coutras , & en
d'autres occafions importantes.
L'Abbaye de S. Bertin a
produits de grands fujets . Sur
la fin du neuviéme fiecle , c'eftà-
dire , en 880. Fouques , Abbé
de S. Bertin , commença d'en
GALANT 235
tourer de murailles la Ville de
S. Omer ; & S. Omer , Evêque
de Theroüenne , avoit déja fait
bâtir cette Ville , vers l'an 660 .
L'Abbé de S. Bertin , qui vient
de mourir , a eſté generalement
regretté dans les Paysbasy
& fur tout dans l'Artois ,
où fon Abbaye eft fituée ; fon
merite & fa vertu ont rendu
cette perte encore plus fenfible.
"
M' du Vivier , Chapellain
de la Chapelle du Château de
S. Germain en Laye , & par
confequent Chapelain de Sa
Majefté , a eu une penfion de
Vij
236 MERCURE
trois mille livres fur l'Abbaye
de S. Bertin . M' du Vivier eft
un ancien Officier de la Cha
pelle du Roy , & il y a long
temps qu'il donne dans cet employ
des marques de fon zele
pour le fervice de Sa Majefté.
Le feu Roy d'Angleterre avoit
beaucoup de confiance en luy ;
& ce Monarque le demanda
plufieurs fois pendant fa derniere
maladie. Mr du Vivier répondoit
par fon affiduité auprés
de ce Prince , aux marques
de confiance dont il l'hono
roit. La Reine d'Angleterre a
fouvent parlé de Mr du Vivier,
GALANT 237
d'une maniere qui luy fait honneur
; il eft tres - verfé dans des
fciences humaines. ions mu
Mr l'Abbé Bontemps a cu
auffi une penfion fur l'Abbaye
de S. Bertin. Cet Abbé eft de
Franche- Comté , & forti d'une
Maifon
confiderable par le
rang qu'elle y tient . Feu Mr
Bontemps , premier Vallet de
Chambre du Roy , fon parent,
qui vouloit travailler à fon éta
bliffement , l'avoit fait venir à
Paris. Mr Bontemps mourut
dans le temps qu'il y arrivas
M fes fils ayant herité de fon
bon coeur , ont ont fait
rs
pour
cer
228 MERCURE
Abbé ce qu'il euft fait luy- même
, s'il cuft vêcu . Il avoit efté
pourvû , ily a quelques années,
d'un Canonicat de Bezançon.
Il eft fort appliqué à fes devoirs,
& d'une grande pieté ; c'eſt une
juſtice que tous ceux qui le
connoiffent luy rendent : & il
eft peu de perfonnes dans l'Eglife
fur qui l'on puiffe fonder
de plus folides efperances que
fur luy. Il est fort modeſter, &
a beaucoup de goût pour
les
fciences , aufquelles il s'efttou
jours fort appliqué ; & fes études
ont efté fuivies de tout le
fuccés que l'on en pouvoit at→
tendre .
GALANT 239
Mr de Pallierés a pareillement
eu une penfion fur la mê
me Abbaye . Cet Abbé eft Directeur
des Filles de laVifitation
du Fauxbourg S. Germain , il
a donné dans cet Employ &
dans tous ceux qui luy ont eſté
confiez jufqu'à prefent , des
marques de fon zele pour la
fanctification des ames , & des
preuves de fa prudence. Il eft
fort éclairé , & il a fait toute fa
vic une étude particuliere de la
Morale. Il eft forti d'une famille
qui a donné plufieurs .
perfonnes de Lettres . Mr l'Abbé
de Pallieres dont je vous
•
240 MERCURE
.
parle , a fait de grands progrés
dans les belles Lettres ; & il s'y
eft attaché dés fes premieres
années avec beaucoup de fuccés.
Il a de plus beaucoup de
connoiffance du Droit Canon,
étude fort neceffaire aux Eccle
fiaftiques .
Les nouvelles de l'Armée
de Monfieur de Vendofme
s'étendent dans ma derniere
lettre jufqu'au 22. de Novembre.
Elle paffa le 23 , la Chieſe
à Afola , & vint camper à Cafal
Moro . Elle continua fa
marche le 24. & vint camper à
Medoli , où elle fejourna le
25:
GALANT 241
25. Monfieur le Duc de Vendofme
alla le mefme jour à
Caftiglione delle Stivere , pour
obferver l'Armée des ennemis ;
& il reconnut qu'elle eftoit poftée
entre Montechiaro , & Carpenedolé
, ayant un canal devant
elle, & la Chiefe derriere .
La relation fuivante vous
apprendra la fuite de ces nouvelles.
Au Camp de Lunato , le r
Decembre.
L'Armée décampa le 26. pour
venir à Caftiglione
. La marche
Decembre 1705.
X
242 MERCURE
fe fit fur trois colonnes ; celle de la
gauche estoit compofée de toute
l'Infanterie , celle du centre
de toute la Cavalerie : elles couvroient
la troifiéme , qui eftoit
des bagages , & qui faifoit celle
de la droite. En partant du Camp ,
on traverfa la plaine , quipeut en
endroit là avoir environ deux
milles de large ; & on marcha
droit à la hauteur de Solferino , où
à mesure que l'Infanterie arrivoit,
elle replioit tout court à gauche.
pour gagner Caftiglione par le
long de la montagne . La Cavalerie
fe tint pendant ce temps-là en
bataille , barrant toute la plaine ,
cet
"
GALANT 243
couvrant nos bagages ; & dés
que l'arrieregarde fut arrivée
a la montagne , elle fe mit en marche
& prit fon quartier à Solferino
. Les Dragons furent poftez
dans un petit Village , le long des
hauteurs , entre Solferino &
"Caftiglione , où s'établit le quartier
general , avec quatre où cinq
Brigades d'Infanterie ; on en poſta
quatre autres à un Village , nommé
Exenta qui en eftà deux milles
, & deux dans des Caffines
répandues entre ces quartiers &
Caftiglione . Le 27. les ennemis
ni nous , ne fifmes aucuns mouvemens.
Le 28 on les vit diftincte-
X ij
244 MERCURE
ment marcher toute la matinée
repliant le quartier de Carpenedo
lefur Montechiaro ; & ilspofterent
leur gauchejufqu'au de là de
Calcinato , qu'ils laifferent derriere,
s'approcherent du chemin eux ,
de Lunato. Monfieur de Vendof
me alla les reconnoiftre, & ordonna
àfon retour , que Les quatre Brigades
, qui estoient au quartier d'Exenta
, où il envoya fix pieces de
canon, s'avançaffent fur leur droite
dans les Caffines où nous fommes
prefentement; & que deux des Brigades
qui estoient au quartiergeneral
, les deux qui estoient dans
les Caffines,qui fervoient de comGALANT
245
munication , s'avanceroient à Exenta.
Mrle Prince Pio , Maréchal
de Camp des troupes d'Efpagne
, & homme de merite , marcha
à la tefte de ces quatre Brigades
d'Infanterie dont la
tefte n'eut pas plutoft paru fur
les hauteurs de Lunato , qu'ils découvrirent
toute l'Armée des Ennemis
"quiy marchoit tres - diligemment,
& vint porter fa gauche à
cette petite Ville , dont ils pofterent
dans le foffé un gros Corps d'Infanterie.
Monfieur de Vendofme
fit auffi marcher noftre Armée , qui
occupe actuellement les hauteurs
vis-à- vis Lunato , depuis Exen-
3
Xiij
246 MERCURE
ta , où eft noftre gauche ,jusqu'à
celles qui fontprefque furle Lac de
Garde Noftre Cavalerie eft à Rivoltella
& dans un autre Village
voifin , à la referve de deux Brigades
,quifont à Exenta . Les Ennemis
ont leur droite à Montechiaro
, & leur gauche àLunato ,
ayant un petit Naville devant
eux , dont la Chauffée leur fert
comme de retranchement
naturel ,
&qu'ils ont accommodée
dans des
endroits qu'ils ont jugé le demander.
Nous les avons vú prés de
deux fois vingt-quatre heures en
bataille ; les Cavaliers
tenans leurs
la bride ,fans qu'ils
chevaux
par
GALANT 247
dans
euffent aucune tente tendue. Ils
commencerent feulement hier aprés
midy à fe mettre à couvert dans les
Villages & dans les Caffines du
terrain qu'ils occupent ; mais tenant
toûjours un grand Corps le
long du Naville. Pour nous, dés le
lendemain que nous avons efté icy ,
nous nous fommes cantonnez
toutes les Caffines qui font fur ces
hauteurs , qui fe trouvent fi heureufement
placées , que nous fommes
prefque de même que fi nous
eftions campez regulierement. Depuis
les deux jours que nous fommes
fi voisins , vous croyez bien
qu'il s'eft tiré quelques coups de
2.
X iiij
248 MERCURE
canon avec grand avantage de
nôtrepart ; parce qu'ayant les haueurs,
les Ennemis eftant dans &
la Plaine , nous les voyons , & ils
ne nous voyent pas , & nousfommes
couverts de rideaux ,
qui
empêchent l'effet de leur canon.
Avanthier Monfieur de Vendofme
alla aux batteries qu'ilfit beaucoup
tirer ; & des Deferteurs qui
vinrent le foir, nous dirent qu'on
leur avoit tué plus de 200 .
hommes.
Nous avons , je croy , quinze
ou feize pieces de canon en batterie
, les ennemis en ont à peu
prés autant , qui , depuis hier aprés
midy , font affez de bruit & peu
GALANT 249
de mal. Monfieur de Vendofme a
faitjoindre Mrde Médanypar les
Troupes qui venoient de Piemont ,
dont l'Infanterie qui s'est embarquée
dés Alexandrie , eft arrivée,
la Cavalerie fuit inceffamment
aprés. Ce Corps joint à celuy
qui eftoitfur l'Oglio , en compofera
un de dix-fept ou dix-huit Bataillons
, d'environ autant
d'Efcadrons , avec lequel Mr de
Médavy s'avancera fur les derrieres
des Ennemis , pour tâcher de
les refferrer, & pour troubler leur
communication avec Brefcia. Voità
noftre fituation & celle des Ennemis.
250 MERCUR
E
Comme vous aimez les pic
ces originales , & que
celles que
Vous avez trouvé dans mes
lettres depuis quatre ou cinq
mois vous ont fait d'autant
plus de plaifir , qu'elles fervent
à faire découvrir la veritable
fituation des affaires , je
vous en envoye une , qui ne
vient que de tomber entre mes
mains ; mais quoiqu'elle ne foit
pas nouvelle , elle ne laiffera
pas que de vous apprendre des
chofes , dont les nouvelles publiques
n'ont point encore parlé.
Vous y verrez à quoy s'eft
monté le fecours d'argent que,
GALANT 251
les Anglois & les Hollandois
ont fourni pour la conquefte
de la Catalogne , & de quelle
maniere la plufpart de ces fommes
ont cité diffipées , avant
que de fervir à l'ulage pour
lequel elles avoient eſté deſtinées
; ce qui oblige l'Archiduc ,
à demander des fecours d'argent
à la Reine d'Angleterre,
d'une maniere baffe & rempante.
Ce Prince fait voir , dans
la mefme lettre , que les deux
mille hommes qui l'ont joint
aprés fon débarquement en
Catalogne , ne font que des
gueux , qu'il a cſté obligé de
252 MERCURE
revêtir parce qu'ils eftoient
tout nuds ; ce qui fait connoître
que ce n'eftoit que de la
canaille. Et l'on n'en doutera
pas , lorfque l'on fera reflexion
que tous les peuples de
Catalogne font fort à leur aife ,
Sa Majefté Catholique n'en tirant
prefque point de ſubſides ;
ce qui eft caufe que les
gens
raifonnables
n'on point pris le
parti de l'Archiduc . Ce Prince
dit une chofe dans fa lettre
par laquelle il fe contredit luymefme
; car , aprés avoir marqué
que ceux qui s'eſtoient
rendus auprés de lui , ne l'aGALANT
253
que pour le ranger
voient fait
à leur devoir , il demande de
l'argent à la Reine ; parce que ,
dit-il , il en a befoin pour gagner
les efprits de certaines gens , qui
ne fe remuent que par intereft.
Rien ne fait mieux voir que
le parti que l'Archiduc avoit
en Catalogne lorſqu'il y eft
arrivé , n'étoit que de gens
corrompus par argent , & de
fcelerats , qui cherchent à profiter
du defordre , pendant
lequel tous les crimes font foufferts
impunément , foit parce
qu'ils font d'une grande utilité
aux ufurpateurs , foit parce
254 MERCURE
qu'ils n'ofent les púnir. Voici
la piece qui vous prouvera tout
ce que je viens de vous dire.
LET TRE
DE
L'ARCHIDUC ,
A la Reine d'Angleterre .
Au Camp devant Barcelone ,
le 8. Serpembre.
MADAME,
Nous croirions
manquer à la
reconnoiffance
que nous devons aux
bontez Royales , que Voftre Majefté
nous a données dans tant d'ocGALANT
255
cafions , finous differions plus longtemps
de lui fairepart de noftre heureafe
arrivée dans cette Province.
de nos Etats. Nous vous réiterons,
Madame , les marques que nous
vous avons déja données , de nôtre
fatisfaction pour le zele er l'atta
chement que font paroiftre tous les
jours pour noftre fervice le Chevalier
Showel , voftre Amiral , le
Comte de Peterboroug , General de
vos troupes , & tous vos autres
Officiers de terre & de mer.
Le
27. du mois dernier , on
commença le débarquement des
troupes que V. M. & Mef
fieurs les Etats Generaux nous ont
256 MERCURE
prétées , pourfeconder le deffein de
nos Sujets bien intentionnez , afin
de ranger les autres à leur devoir.
Le 29. du même mois , nous mî→
mes pied à terre , & nous fúmes
édifiez de voir plus de 2000. de
nos Sujets de Catalogne , qui préferant
leur devoir à tout autre intereft
, avoient abandonné leurs
maiſons & leursfamilles, pour ve
nir nous offrir leurs fervices :
ils doivent inceffamment eſtrefuivis
d'un plusgrand nombre.
Nous fulmes , Madame
veritablement touchez du zele
& de la mifere de ce peuple
voyant que la plupart étoient
GALANT 257
demi nuds. On diftribua des ha
bits àquelques-uns , & des armes
à tous ceux qui en avoient befoin.
On en forma quatre Bataillons
à la tefte defquels nousfilmes mettre
quelques Officiers Espagnols
experimentez dans l'Art militaire,
bien intentionnez , que nous
avions amenez de Lisbonne & de
Gibraltar. Nous fifmes avertir de
noftre arrivée , la Nobleffe de la
Province , afin qu'elle vinſt ſejoindre
à nous ; on nous a affuré qu'il
en viendroit bien- toft une grande
partie , mais que certains ménage
mens la retenoient encore dans l'inaction.
Cependant les Vaffaux de
Decembre 1705. Y
258 MERCURE
ceux quifont dans le voisinage ;
envoyent au Camp, les vivres &
les rafraichiffemens , dont ils peu
vent difpofer, fans affamer leurs
Paroiffes.
Il fut réfolu dans un Confeil de
Guerre , qu'on tint avant-hier (où
les Officiers de la Flotte furent appellez
) defaire le fiege de Barcelonne
quelques Rendus nous
ayant affuré , que nous avions un
Parti confiderable dans la Place.
Sinous pouvions venir à bout de
cette entreprife , il nefaut pas douter
que ce ne foit un grand &
puiffant acheminement pour enlever
cette Province à noftré Ennemi
commun. Mais , Madame ,
GALANT 259
les apquelque
belles qu'en foient
parences , il nefautpas vous faire
un myftere , de ce que nos bonnes.
intentions pour le bien& l'avantage
de la caufe commune , échoüeront
infailliblement ,fiVoſtre Majefté
& nos autres Alliez ne redoublent
leur attention à nous envoyer
de plus puiffans fecours ,
que ceux qu'ils nous ont donné
jufqu'à prefent.
Il ne faut que refléchir fur la
puiffance de la France , qui eftant
à portée de faire paffer beaucoup de
Troupes en Espagne , nous ne
pourrons luy refifter avec une armée
auffi foible que
la
noftre s
Yij
260 MERCURE
.
d'autant plus que les Portugais
font pas une diverfion auffi confiderable
qu'ils nous avoient fait
efperer
1207 SPF
Nous avons befoin principalement
de quelque argent , non-feu
lement pour payer les Troupes ;
mais auffi pour gagner les efprits de
certaines gens qu'on ne remuë que
par intereft. V. M. a trop depene
tration pour ne pas juger qu'une
entreprise auffi confiderable que
celle où nous fommes engagez ,
nepeut s'executer avec quaran
te milles livres sterling, que le
Comte de Peterboroug a apporté
d'Angleterre , & foixante mille
GALANT 261
Rifdales que Meffieurs le Etats
Generaux , firent remettre à Lif
bonne , au moisde May dernier
Prefque tout cet argent eft resté en
Portugal , les Payeurs des
Troupes , qui font icy , nous ont
affurez que la caiſſe militaire eftoit
absolument épuifee.
C'est avec une extrême douleur
Madame , que nous nous voyons
forcez d'expofer de pareilles chofes
aux yeux de V. M. Nous ferons
peut- eftre un jour affez heureux
pour pouvoir rembourfer toutes les
avances que V. M. nous fera. I
y va de fa gloire & de l'intereft de
toute l'Europe , de parachever le
262 MERCURE
grand ouvrage que nos Hauts &
Puiffans Alliez ont fi genereusement
commencé
de ne pas laif
fer (par un deffaut de fecours ) refroidir
le zele de nos Sujets fidel
les bien intentionnez. C'eſt auffi
ce que nous attendon's particuliere
ment de la grandeur d'ame de V.
M. pour la gloire & laconfervation
de laquelle nous ferons des
voeux,qui ne feront pas moins ar
dens que noftre reconnoiffance
fera
éternelle & fincere ; ce font les affurances
que vous donne , Madame
, voſtre tres-affectionné Frere
Amy , Allié & Confederé.
Signé , CHARLES
, Rey.
GALANT 263
Le Roy a donné l'Abbaye
de S. Martin d'Aurion de l'Ordre
de S. Benoiſt , Dioceſe :
de Châlons en
Champagne
vacante par la mort de M
l'Abbé de la Roche Jaquelin
Aumonier de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , à M
l'Abbé Tamifier , Secretaire de
M' le Nonce de Sa Sainteté
en France. Get Abbé eft de
la Ville d'Avignon , où fa famille
eſt connuë il y a tres longtemps.
Le choix que M' le
Nonce a fait de luy pour eftre
fon Secretaire , ce qui répond
264 MERCURE
à l'employ de Secretaire d'Ambaffade
, eft une preuve de fon
merite & de fou intelligence
dans les affaires les plus delicates
du Miniftere. D'ailleurs on fçait
que fon gouft répond à celuy
de M' le Nonce , c'eft à - dire ,
qu'il en a un très- fûr pour les
belles Lettres & pour la connoiffance
des Livres . M le
Nonce ayant formé une tresbelle
Bibliotheque des feuls
livres qu'il a acheté depuis qu'il
eft en France , M' l'Abbé Tamifier
a eu grande part au choix
de la piufpart des livres qui
compofent cette Bibliotheque.
II
GALANT 265
a
Il faut que fon merite & toutes
les qualitez qui le rendent recommandable
foient bien
connues du Roy , puifque Sa
Majefté l'a nommé à l'Abbaye ,
dont je viens de vous parler,
fans en avoir efté follicitée ,
ny même que perfonne luy ait
parlé en fa faveur. M' le Nonce
ayant efté remercier le Roy du
choix
que
Sa Majefté a bien
voulu faire de cet Abbé , pour
répandre fur luy des graces
qu'il n'auroit ofé fouhaiter , ce
Monarque
luy a parlé du choix
qu'il avoit fait , d'une maniere
qui luy a fait encore plus de plai
Decembre 1705 . Z
1
266 MERCURE
fir que le choix même . Il a efté
applaudi de tous ceux qui en ont
oüi parler , & toute la Cour en a
fait compliment à M' leNonce ;
& M' l'Abbé Tamifier en a été
felicité par une infinité de gens
qu'il ne connoift pas , & à qui
fon merite eft connu . Je vous
en parle , fur la foy de pluſieurs
perfonnes de diftinction & de
probité , qui m'ont aſſuré que je
n'en pouvois dire trop de
bien . Et en effet, il n'occuperoit
pas la place qu'il tient auprés de
M' le Nonce , s'il n'avoit autant
d'érudition que de merite ;
puiſqu'il eſt difficile d'avoir un
GALANT 267
fçavoir plus profond , & de
s'appliquer plus à l'étude , que
fait M le Nonce , qui y employe
prefque toutes les journées
entieres , & qu'il eft diffi
cile de tirer de fon Cabinet , à
moins que
font fortir
, ne foient
effenticlles
& de
confequence
.
les affaires qui l'en
Je dois faire une troifiéme
réponse aux Nouvelles publiques
imprimées chez les Alliez,
puifque je viens d'apprendre
qu'elles parlent encore de l'affaire
arrivée dans la Plaine proche
d'Anonné , qu'elles nom-,
ment toûjours l'affaire d' Afti.
Zij
268 MERCURE
Elles n'ont pas tout-à - fait tort
& elles difent mieux qu'elles no
penfent , fans
y avoir fans
doute fait de reflexion , puifque
les Alliez ont efté pouffez
l'épée dans les reins , aprés le
premier choc , jufque dans les
Fauxbourgs d'Afti . Comme ils
ont vû qu'il paroiftroit impoffible
que l'on cruft nôtre perte
auffi grande qu'ils la fuppofent
, fans marquer que de leur
cofté ils euffent fait aucune
perte ; ils ont commencé d'avouer
que cette action leur
coûte deux cens hommes , &
dix-fept Officiers de marque,
GALANT 269
S'ils diminuent leur perte , à
proportion qu'ils groffiffent la
nôtre ; il faut qu'elle ait efté
fort confiderable , puifqu'ils
continuent à faire monter la
nôtre à deux mille hommes
& qu'ils difent toûjours qu'ils
ont enlevé une partie de nôtre
Artillerie , aprés avoir pourtant
affuré d'abord qu'ils s'étoient
rendus maiftres de toute
celle que nous conduifions , &
des Bagages que nous n'avions
point. Ils croyent qu'en repetant
jufques à trois fois , dans
le grand nombre d'imprimez
qu'ils font toutes les femaines,
Z
iij
270 MERCURE
3
& qu'ils trouvent moyen de
répandre preſque par toute la
terre , on croira ce qu'ils avan
cent , en le repetant ſi ſouvent ,
que les Lecteurs en font fatigucz.
C'eft pourquoy j'ay crû
devoir m'attacher , du moins
pour ce qui concerne cet Article
, à leur répondre autant de
fois qu'ils enparleront. Je pour
rois faire la même chofe à l'égard
de ce qui s'eft paffé , dans
dans toutes les actions où ils
ont efté battus , & defquelles
ils fe font toûjours attribué l'avantage
avec beaucoup d'opiniâtreté
; comme on voit qu'ils
GALANT 271
font encore tous les jours , du
Combat de Caffano , dont ils
continuent de parler comme
d'une victoire fignalée qu'ils
ont remportée , fans vouloir
ouvrir les yeux fur les fuites de
ce Combat , qui leur ont eſté
& qui leur font encore fi deſavantageufes
, que la perte qu'ils
ont faite en cette occafion n'a
pû eftre rétablie , quelques fecours
qu'ils ayent reçûs à diverfes
fois : ce que l'état où ils
fe trouvent à preſent prouve
évidemment. Je ne réponds
de temps en temps aux Articles
de cette nature , qui grofque
Z iiij
272 MERCURE
fiffent toutes leurs nouvelles
parce que les fauffetez qu'ils
avancent font fi évidentes & fi
connues , & d'une notorieté fi
publique , qu'il n'eſt
pas toûjours
neceffaire que je vous en
parle , puifque mes Lettres fe
trouveroient prefque toutes
remplies de contredits :
qui pourroit devenir fort ennuyeux
. On doit remarquer ,
& je vous prie d'y faire refle
xion , que pendant tout le cours
de l'année leurs Nouvelles font
groffies des avantages continucls
qu'ils s'attribuent , &
dont ils font des relations ima
ce
GALANT 273
ginaires , & qu'il fe trouve à
la fin de chaque Campagne qu'
ils ont perdu une infinité de
poftes confiderables , pour ne
pas dire de Villes . Enfin , depuis
que Monfieur de Vendofme
commande en Italie , ce
Prince leur a fait plus de trentecinq
mille prifonniers ; c'eſt un
fait dont perfonne ne diſconvient
, & qui ne peut eftre difputé
, puifque ceux qui le contefteroient
ne pourroient s'empêcher
d'avouer qu'ils auroient
tort , dés qu'on leur nommeroit
feulement les lieux où tous
ces prifonniers ont efté faits.
274 MERCURE
En vous parlant de la mort
de M de Goas & de M' le Chevalier
d'Imecourt , qui ont
efté tuez à l'affaire arrivée dans
la Plaine d'Annoné , je ne vous
áy rien dit de ces deux braves
Officiers.
-
M' le Comte de Goas , Maréchal
de Camp , eftoit d'une
tres ancienne maifon fortie
d'Alface , d'où elle s'eft répanduë
en pluſieurs autres Provin
ces . Ceux de ce nom eftoient
déja fort connus dans le quinziéme
fiecle en Allemagne , &
en France . En Allemagne
fous l'Empereur Maximilien
>
GALANT 275
I. & en France , fous le Roy
Louis XII. On a veu dans les
armées de ces deux Princes des
Officiers de ce nom qui s'y font
diftinguez par de beaux faits
d'armes. Feu M' le Maréchal
de Luxembourg eftimoit beaucoup
feuM' de Goas , & il en parloit
fouvent d'une maniere à
faire croire qu'il feroit un jour
un bon General. Ses actions
ont répondu à tout ce qu'en
a dit M de Luxembourg.
M' le Chevalier d'Imecourt
,Maréchal de Camp , qui
commandoit les Carabiniers
en Italic. Je vous ay parlé de
ce Chevalier , il y a quelques
276 MERCURE
rs
mois , en vous apprenant la
mort d'un de fes freres . Je vous
ay dit que M le Comte d'I
mecourt , pere de ces M s'e
toit veu à la tefte d'un Regiment
, dont fept de fes fils
rempliffoient les premiers poftes
; & comme je me fuis déja
étendu fort au long fur tout
ce qui les regarde , je ne vous
en diray pas aujourd'huy davantage
. M' le Chevalier d'Imecourt
qui vient de mourir ,
s'eft montré en plufieurs occa
fions digne du nom qu'il porroit.
La derniere , fur tout , ou
il aa receu les bleffures dont il
GALANT 277
eſt mort , luy a fait beaucoup
d'honneur. Ce que M' le Duc
de la Feuillade a dit de luy en
cette occafion , & le regret qu'il
a marqué de fa mort , font un
éloge parfait de cet Officier,
Le Roy d'Eſpagne a donné
la Viceroyauté de Valence à M²
le Duc d'Arcos . Ce Seigneur ,
qui eft frere de Madame la
Ducheffe d'Albe , Ambaffadrice
d'Efpagne en France , eſt
d'une des plus grandes Maifons
d'Espagne , & qui a toûjours
efté tres- affectionnée
pour la France ; on n'en dou
tera pas , quand on fçaura que
278 MERCURE
l'ayeul du nouveau Viceroy
procura l'édition du Livre du
Docteur Carlo Garfia , où l'on
trouve de grands éloges de la
Nation Françoiſe , & où l'Auteur
prouve que les deux Nations
n'avoient point efté ennemies
autrefois , & qu'il s'étoit
même formé entr'elles une
tres -grande liaiſon . Ce Livre.
a donné lieu à deux autres , qui
font celuy des Droits de la Rei
ne Marie - Thereſe , & celuy.
qu'un Preftre François a fait
imprimer à Lion en 1660. fous
le titre : De antiquâ Gallias inter
atque Hifpanias indivinis hu
GALANT 276
manis rebus communione . Ces
deux ouvrages , auffi bien que
le premier , font remplis de
preuves qui établiſſent l'ancienne
union de ces deux Nations
. C'eſt le même Duc d'Arcos
, Protecteur du Docteur
Carlo Garfia , qui le fut auffi
de Dom Francifco Ramos del
Manzano , qui fut Profeffeur en
Droit dans 1 Univerfité de Salamanque
à l'âge de dix - huit
ans , & qui fut fucceffivement
Prefident du Confeil de Milan
& Confeiller au Confeil Souve
rain d'Italie , & qui eftoit enfin
Confeiller au Confeil de Caf280
MERCURE
tille , lorfqu'il accompagna
Dom Louis de Haro aux Conferences
de la Paix des Pyrenées
, dans le temps du mariage
du Roy. Toutes ces chofes
font voir les foins que l'illuftre
Maifon d'Arcos a tou- '
jours pris d'élever les gens de
merite. Quant à l'origine de
cette Maiſon , on a peine à la
trouver dans les fiecles les plus
reculez . Il eft vray qu'on en
trouve quelque trace fous le regne
de Dom Pelage ; mais en
même temps les Hiftoriens en
parlent comme d'une Maifon
déja fort connue fous les regnes
GALANT 281
précedens. A l'égard des alliances
, il feroit mal- aifé d'en
avoir de plus illuftres puifqu'elle
eft alliée aux Maiſons
de Medina del Campo , de Bragance
, de Velafco , de Tolede
, de Medina Celi , & à une
infinité d'autres , dont le détail
feroit trop long.
Mr le Duc d'Arcos a toutes
les qualitez neceffaires pour
: bien remplir le pofte auquel Sa
Majefté Catholique le vient
d'élever. Il cft venu des premiers
en France , aprés l'élevation
de Philippe V. fur le Trône
d'Efpagne ; & il y a donné
Decembre 1705. A a
282 MERCURE
des marques de fon efprit , de
fa conduite , & de fon zele
pour fon legitime fouverain :
mais quand toutes ces chofes
ne feroient pas auffi connuës
qu'elles font , il fuffiroit de fçavoir
qu'il eft frere de Madame
la Ducheffe d'Albe pour en
eftre perfuadé. Cette Ducheffe
donne tous les jours des
marques de la grandeur de fon
ame , ainfi que de la folidité &
de la nobleffe de fon efprit ,
qui eft des plus brillans ; ce qui
eft remarqué par ceux qui ont
Phonneur d'approcher d'elle ,
dans toutes les reparties qu'elle
GALANT 28 %
fait fur le champ , qui la font
tous les jours admirer : & l'on
peut affurer qu'elle ne dit prefque
rien qui ne foit digne d'ê
tre remarqué.
Sa Majefté Catholique a auffi
donné la Viceroyauté d'Aragon
à M' le Comte de Sant Iftevan
-de Gormaz , en confideration
des fervices qu'il a ren
dus à la Couronne d'Eſpagne ,
en mettant à couvert plufieurs
Places de la Frontiere d'Aragon
, des infultes des ennemis ,
& en confideration de ceux
que rend tous les jours à la
même Couronne Mr le Duc
Aaij
284 MERCURE
d'Efcalona fon pere , Viceroy
de Naples , & cy- devant Viceroy
de Sicile. Ceux de cetre
Maifon fe font également diftinguez
dans l'adminiſtration
des affaires , & dans les armes.
En effet , Mr le Duc d'Efcalona
eft un des plus beaux & des
plus grands genies de la Monarchie
Efpagnole . Les Napolitains
luy doivent le repos dont
ils jouiffent , par le foin qu'il a
pris d'empêcher que plufieurs
ne donnaffent dans les panneaux
qu'on leur tendoit , en
leur promettant une liberté
chimerique. On trouve un éloGALANT
285
gemagnifique de ce Seigneur,
dans l Epître Dédicatoire que
Mr de Saint- Sauveur luy adreffa,
au commencement d'un ouvrage
qui parut l'année derniere
chez Pierre Cot.
La Maifon d'Eſcalona eft
tres-ancienne ; elle eftoit déjà
connue en Eſpagne avant l'in
vafion des Maures. Elle contribua
même beaucoup à la deftruction
de cette Nation ; Les
Chefs de cette Maifon s'étoient
retirez dans le fond des
montagnes des Afturies avec
les anciens Goths. Sous le regne
d'Henry IV. Roy de Caf
289 MERCURE
dans
tille , un Seigneur de cette Maifon
fe diftingua beaucoup par
plufieurs actions de valeur
qu'il fit contre les ennemis de
fon Prince. On croit que
le feiziéme ficcle le trifayeul de
Mr le Duc d'Escalona eut beaucoup
de part au celebre ouvragequi
parut fous le nom de Leonaht
Waramond , pour deffendre
les droits de Gebhard Truchees
, Archevefque de Cologne
, dans lequel la Maiſon de
Caraffe n'eftoit pas bien traitée.
Ce Livre qui paffoit pour
un chef d'oeuvre
, fut pourtant
attribué à un autre Seigneur
GALANT 287
Efpagnol , par un Auteur de
Seville , nommé Dom Gonzalez
Ponce de Leon. Le nouveau
Viceroy d'Aragon eft venu
en France en qualité d'Envoyé
Extraordinaire, pour faire compliment
fur la naiffance de feu
Monfeigneur le Duc de Breta
gne ; & ce voyage luy a procuré
l'eftime du Roy & de tou
te la Cour.
Les Napolitains étoient tellement
perfuadez de toutes les
grandes qualitez de M' le Duc
d'Efcalona, & du bonheur dont
ils joüiroient fous fon gouvernement
qu'ayant appris que
288 MERCURE
le Roy d'Eſpagne l'avoit nom
mé Viceroy de Naples , &
fçachant qu'il s'appelloit Jean ',
on trouva dans plufieurs places
publiques , les paroles fuivantes
affichées : Fuit homo
miffus à Deo , cui nomen erat
Joannes.La fuite a fait voir qu'ils
ne s'eftoient pas trompez ; &
ils remercient tous les jours le
Ciel d'avoir infpiré à Sa Majefté
Catholique la pénfée de
leur donner un fi grand homme
& fi fage pour les gouver
ner. :
Le S Giffard , Libraire &
Graveur du Roy , rüe S. Jacques
GALANT 289
ques,à l'Image de fainte There
fe , vend depuis quelques jours,
un Livre nouveau qui a pour
titre : Hiftoire de la derniere Conjuration
de Naples en 1701. Cet
ouvrage eft traduit du Latin ,
imprimé à Anvers en 1704.Cette
traduction
a toute la pureté
& toute la delicate ffe de noftre
Langue ; & elle a eu l'approbation
de plufieurs perfonnes
,
dont le bon gouft eſt generalement
reconnu . L'Approbateur
même de l'ouvrage
, qui
au fentiment de tout le monde
connoift parfaitement
la
Langue , a declaré plufieurs fois
Decembre
1705
. Bb
290 MERCURE
qu'il avoit peu examiné
de livres
mieux
écrits que celuy - là.
Le texte latin a efté composé
par un des plus grands
Seigneurs
du Royaume
de Naples
, qui a eu beaucoup
de
part à la deffaite
des conjurez
de ce Royaume
. Sa maniere
d'écrire
eft fort belle & fleurie
;
l'enchaînement
& la liaifon
des
évenemens
s'y trouvent
d'une
maniere
tres- naturelle
. La fituation
fur tout où eftoit l'Europe
à la mort
du feu Roy
d'Eſpagne
, eſt détaillée
d'une
manicre
tres - exacte
& tres- intereflante
. Ce morceau
d'Hif
GALANT 291
toire fournira un jour de
grands éclairciffemens pour
PHiftoire generale d'Efpagne.
L'Auteur s'eft attaché à exprimer
le plus fenfiblement qu'il
a pû , le dépit où eftoient la
plufpart des Princes de l'Europe
, qui eftoient liez d'intereſt
avec la Maifon d'Auftriche ,
de voir entrer une des plus
grandes fucceffions du monde
dans la Maifon de France . Si
l'Auteur Latin a bien exprimé
la difpofition de ces Princes ,
le Traducteur n'a pas moins
bien réüffi à rendre en rôtre
langue tous les faits dif-
Bb ij
292 MERCURE
ferens qui font contenus dans
le texte original. Le tour qu'il
a donné aux penſécs de l'Auteur
qu'il a traduit , a quelque
chofe de fineuf, que l'on peut
dire qu'il luy appartient.
Mr Bulifon , Auteur de la
Relation de ce qui s'eſt paſſé à
Naples à la découverte de la
Statue Equeftre , érigée à la gloire
de Philippe V. & qui a paffe
de France à Naples dés l'année
1670.où il a toûjours demeu
ré depuis ce temps -là , a compofé
plufieurs Ouvrages , qui
regardent tous le Royaume de
Naples. En voici la lifte.
GALANT 293
Lepremier Tome de l'hiſtoire
de Naples , concernant tout
ce qui s'eft paffé dans ce Royaume-
là , depuis la naiffance de
Nôtre-Seigneur juſqu'en l'année
1284
.
Il a fait auffi plufieurs Ouvrages
détachez , qui ont pour
titre , Les Vies des Rois de Naples
; les Curiofitez de Naples &
de Pouzol ; l'hiftoire du Mont-
Vefuve ; les defcriptions de l'acclamation
faite à Naples pour le
poffeffe du nouveau Roy Philippe
V. La folennelle entrée faite
parfa Majesté Catholique àNaples
; & celle du Legar à Latere,
Bb iij
294 MERCURE
que le Pape Clement XI. lut
envoya.
Le même Auteur a fait auffr
une hiſtoire exacte des éveneimens
de la conjuration de Naples
du 23. Septembre 1701 .
dont il a prefenté une copie à
fa Majefté Catholique pendant
le féjour qu'elle a fait à Naples.
Il travaille prefentement aux
Vics des hommes illuftres du
même Royaume
.
Dom Diego de Aguirre , premier
Profeffeur du Droit Civil
dans le College de la Sapience,
a fait imprimer une pecite dif
fertation Italienne , intitulée ,
GALANT 295
Breviffima Epitome della Giurif
dittione épodefta degli Eminentiffi
mie Reverendiffimi Cardinali & c.
dans laquelle , aprés avoir parlé
de ce qui regarde les prérogatives
& la Jurifdiction du Cardinal
Camerlingue ; il traite auffi
de la dignité du grand Chancelier
du College de la Sai
pience.
On a auffi imprimé à Rome,
chez François Gonzague , un
in 4° . latin de prés de 400.pages.
C'eft une differtation hif
torique fur les Bafiliques des
Saints Martyrs Marcellin , Prê
tre , & Pierre , Exorcifte, com-
B b iiij
296 MERCURE
pofée par un Prêtre de l'Ora
toire.
Le Livre qui a pour titre
Sacro Arfenali ou Vera practica
del fancto Officio ; c'est - à - dire ,
l'Arfenal facré , ou la pratique
du Saint Office , eft de l'Imprimerie
de la Chambre Apoftolique.
Le fonds de l'Ouvrage a
été composé par le Pere Thomas
Merghini , Dominicain ;
mais les Notes font de Mr Jean
Pafcaloni .
La Chambre Apoftolique a
fait faire auffi une nouvelle édi- :
tion de l'Indice , dans laquelle
on a ajoûté tous les Livres dé
*
GALANT 297
iendus juſqu'au mois de Juin
1704 .
Le Livre defuribus Librariis ,
fait un fort grand bruit en
Hollande ; Mr Crenius qui en
eft l'Auteur , s'eft attiré une in
finité d'ennemis.
Le Docteur Coward vient
de donner un Livre intitulé :
Remediorum medicinalium tabula
generalis , tam compofitorum , que
in variis pharmacopais paffim occurrunt,
quàmfimplicium , quæ in
animali , vegetabili , aut minerali
regno , ut plurimùm reperiuntur ;
quâ Medicinam facientes, brevi
ter edifcant quanam in affectu
298 MERCURE
pæne quolibet curando generaliter
indicantur remedia ,
qua
efiam
particularibus morbis abigendisſolent
ufitatiùs applicari , ut facili
negotio materia medica , velut uno
intuitu innotefcat. Medicis , Chirurgis
& Pharmacopais omnibus
utilis & neceffaria. Authore Guilbelmo
Coward M.D.C.M.LC.
Plufieurs perfonnes de qualité
de Londres y ont fait imprimer
à leurs dépens le Livre
de l'ancien Parafite Apicius ,fur
les Ragoûts : Apicu Calii de opfo
niis & condimentis five de arte co
quinaria, lib. decem in 8. Ce
Livre étoit devenu fort rare.
GALANT 299
La nouvelle édition des Ocuvres
de S. Gregoire paroît depuis
quelque temps ; c'eft un
Ouvrage qui fait beaucoup
d'honneur aux Peres Benedictins
de la Congregation de S..
Maur.
re
M N.... de Bertier , Evêque
de Rieux , eft mort dans
fon Dioceſe , dans un âge fort
avancé. Il avoit deux Abbayes:
& la principale dignité de l'Eglife
Cathedrale de Toulouſe
dont il joüiffoit par une difpenfe
de fa Sainteté . Il étoit
fils de feu Meffire N .... de
Bertier , Premier Prefident du
9
300 MERCURE
Parlement de Toulouſe , & un
des plus grands Magiftrats qu'il
y ait eu dans cette Compagnie.
Ce Prelat eftoit oncle , à la
mode de Bretagne , de M
N....de Bertier, aujourd'huy
Evefque de Blois & fils d'un
Prefident à Mortier du même
Parlement de Toulouſe
& frere d'un Avocat General
du même Parlement. La
Maifon de Bertier eft tresancienne
dans le Languedoc ,
& elle a donné au Parlement
de Toulouſe plufieurs Officiers
d'un grand merite. L'E
vefque qui vient de mourir
GALANT 301
eftoit fort aimé & eftimé dans
fon Diocefe . Il eftoit un des
vingt- deux qui ont droit de
Séance aux Etats de Languedoc
; il y avoit fouvent efté
écouté avec beaucoup de fatisfaction
, car il parloit avec
toute la nobleffe & toute la
pureté que noftre langue peut
demander. M' de Rieux étoit
frere de M° de la Reynie , femme
du Confeiller d'État .
M' Boucot , Secretaire du
Roy & Treforier de la Mai
fon & des Finances de S. A. S.
Monfieur le Comte de Touloufe
, eft mort au commen
302 MERCURE
cement de ce mois. On ne peut
exercer avec plus d'exactitude
& plus de probité , un employ
auffi important & auffi delicat,
qu'a fait feu M ' Boucot celuy
qui luy avoit efté confié . Il recevoit
avec beaucoup d'honnefteté
tous ceux qui avoient
affaire à luy. Il n'a jamais don
né de parole fans la tenir , &
perfonne n'eft jamais forti mécontent
d'auprés de luy. M
de Broffard , Avocat au Confeil
, Treforier de France au
Bureau des Finances de Caën ,
& fils de M ' de Broffard , Confeiller
du Parlement de BorGALANT
303
deaux , a efté honoré de l'employ
qu'avoit feu M* Boucot.
Il n'y a point de doute qu'il
n'ait toutes les qualitez neceffaires
pour le bien remplir , &
qu'il ne marche fur les traces
du défunt, puifqu'il a eſté choiſi
par Monfieur le Comte de
Toulouſe , aprés que ce Prince
a efté bien informé de toutes
les qualitez qui ont fait meriter
à Mr de Broflard la reputation
d'un auffi habile , que parfaitement
honnefte homme.
Mr Leonard de Lamet
Preftre , Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , & de
304 MERCURE
varre ,
la Maiſon & Societé de Naancien
Chanoine &
Doyen de S. Thomas du Louvre
, Chanoine honoraire de
l'Eglife Metropolitaine de
Nôtre Dame de Paris , ancien
Archidiacre de Brie , qui eft
une des premieres Dignitez de
cette Eglife , & ancien Curé
de S. Euftache , eft mort en
cette Ville , âgé de prés de
quatre- vingt ans. Il avoit fuccedé
à feu Mr Merlin , Docteur
de Sorbonne , auquel il
avoit donné le Canonicat de
Noftre -Dame & l'Archidiaconé
de Brie pour avoir la
GALANT 305
Cure de S. Euftache. Mr Merlin
en jouit peu ; car il remit
auffi - toft ces Benefices à fes
neveux. L'adminiftration de
feu Mr de Lamet a efté univerfellement
applaudic ; il joignoit
à un grand zele une picté
fincere & folide. L'édification
avec laquelle il a gouverné une
des plus grandes Paroiffes du
Royaume , &les biens qu'il y a
faits font une preuve de ce que
j'avance. Feu Mr le Curé de S.
Euftache avoit plufieurs foeurs
mariées , de l'une defquelles
eft forti Mr l'Abbé Secouffe ,
Docteur de Sorbonne , & au-
Cc
Decembre
1705 .
306 MERCURE
jourd'huy Curé de S. Euſtache
par la refignation de fon oncle.
Feu Mr de Lamet étoit d'une
des anciennes familles de Paris,
& feu fon pere étoit Avocat
au Parlement.
Le 17. de ce mois la feſte
de S. Lazare fut celebrée avec
la magnificence & les ceremonies
ordinaires dans l'Eglife.de
l'Abbaye de S. Germain des
Prez . Je ne vous feray point
ici le détail des ceremonies qui
s'y obfervent , & fur tout lorfqu'on
y reçoit quelques Chevaliers
de l'Ordre de S. Lazare ,
vous en ayant déja envoyé ſept
GALANT 307
,
IS
-
ou huit grandes relations depuis
29. ans que j'ay commencé
à vous écrire des lettres
remplies de nouvelles . Le jour
de la derniere fefte de S. Lazare
, MS les Chevaliers de ce
nom & de Noftre Dame de
Mont - Carmel eftant affemblez
receurent Chevaliers
deux de leurs Eleves , dont
l'un eft de la maifon de Conflans
, & l'autre de la maiſon
de Chabannes . Monfieur le
Cardinal d'Eftrées fe trouva
incognito à cette ceremonie
dans une tribune fermée , dreffée
dans le Choeur prés de l'Au
Cc ij
308 MERCURE
tel. M' le Comte d'Aguilar ↑
Grand d'Eſpagne , & l'un des
Capitaines des Gardes du Corps
de Sa Majefté Catholique , depuis
quelque tems à la Cour ,
où quelques affaires de la plus
haute importance & de confiance
l'ont fait venir , fut auffi
prefent à cette ceremonie , où
affifterent quelques étrangers.
de diftinction & plufieurs perfonnes
qualifiées des deux ſexes .
Les affaires de Catalogne
faifant aujourd'huy l'attention
de tout le monde , & le point
de vûë auquel tous les yeux de
2
GALANT 309
' Europe font attachez , je fuis
perfuadé que je vous ferois
beaucoup de plaifir , fi je pou
vois vous en parler à fonds ;
puifque l'évenement de cette
affaire pourra faire decider de
celles de la plus grande partie
des Princes de l'Europe. Mais
il est bien difficile , dans l'état
où se trouvent les chofes de
vous parler de leur jufte fitua
tion ; & la confufion , le defordre
& le repentir de la plufpart
des foûlevez font qu'ils
ne favent pas bien eux mêmes
en quel état ils font , ce qu'ils
veulent , ni ce qu'ils doivent
3TO MERCURE
vouloir mais il eft conftant
qu'ils ne jouiront pas fitoft du
repos qu'ils ont perdu , & qu'a
vant qu'ils puiffent reſpirer un
air auffi tranquille que celuy
dont ils joüiffoient avant leur
revolte , ils verront . fur leurs
terres de nombreuſes armées ,
& ces mêmes terres arrofées
de fang , à moins qu'ils ne
fecouent promtement
le joug
qu'ils ont bien voulu fe donner
fans avoir refléchi fur
l'avenir. Cette fituation & les
grands mouvemens qui fe font.
en Catalogne & dans les Etats
circonvoifins
, fait que tous
GALANT ZIE
311
ceux qui font fur la frontiere
voyant qu'ils feront bientoft
de la partie , font fort attentifs
à tout ce que l'on fait & à
tout ce que l'on dit . De maniere
que les nouvelles des frontieres
de ce pays là viennent en
abondance ; mais comme la
plus grande partie eſt fondée
fur des oüi dire , & fur des rapports
des deferteurs , je ne puis
eftre garant des nouvelles que
je vais vous envoyer : & comme
il eft fort difficile d'en faire
un choix , jeprends le parti de
vous envoyer toutes celles qui
font tombées entre mes mains
312 MERCURE
Elles vous feront du moins voir
la fituation des efprits ; & fitout
ce qu'elles difent n'eſt pas veritable
, elles vous apprendront
du moins tout ce que l'on écrit .
Les nouvelles d'Efpagne &
de Catalogne finiffoient dans
na derniere Lettre , par la reprife
de plufieurs poftes emportez
par Mr le Prince de
ferclas , par plufieurs partis
battus , & par les Barques dont
il s'eftoit emparé fur l'Ebro ,
la Segre , & la Cinca , tant afin
d'empefcher les ennemis de s'en
fervir pour faire des courfes ,
que pour s'en fervir luy-mefme
pour
GALANT 313
pour faire des Ponts , felon
Toccafion qu'il auroit de les
employer. Pendant que tout fe
difpofoit en Aragon à l'ouverture
d'une Campagne glorieuſe
, & que toutes les Troupes
marchoient de tous coftez afin
de s'y rendre pour entrer en Catalogne
, on faifoit à Madrid
tous les préparatifs poffibles
pour envoyer toutes les chofes
neceffaires aux Troupes ; mais
comme la prife de Barcelone
avoit cfté imprévûë , ou du
moins l'on n'avoit pas crû
que les ennemis puffent faire
fitoft cette conquefte , tous les
Dd
que
Decembre
1705 .
314 MERCURE
fonds neceffaires pour la repri
fe de cette Place , & de la plus
grande partie de la Principauté
de Catalogne n'eftant pas
prêts , on eftoit occupé à en
chercher pour la Campagne
d'hiver qu'on eftoit refolu de
faire. Ce qui obligea plufieurs
perfonnes d'offrir quelques
fommes au Roy d'Espagne , &
d'y joindre leur vaiffelle d'argent
& les Pierreries de leurs
femmes ; ainfi que vous avez
fçu qu'avoit fait Mr le Duc
d'Offone. Sa Majeſté Catholique
les remercia , fans pourtant
les refufer abfolument ,
GALANT 315
en leur difant , qu'elle s'en fer-
E viroit , fi Elle en avoit befoin.
Mr Aquaviva , Nonce ordinaireen
Efpagne , qui avoit deffein
de faire les mêmes offres , & qui
craignoit la même réponſe ,
cherchant les moyens de mettre
le Roy d'Efpagne hors d'état
de luy en faire une femblable ,
ne fit aucunes offres ; mais il envoya
à la Tréforerie toute fa
vaiffelle d'argent , montant à
plus de mille marcs . Cette
action attira de grands applaudiffemens
à ce Nonce. Il eft à
5.
ན
remarquer
que fa Maiſon eſt
attachée depuis long - temps à
Dd ij
316 MERCURE
La Couronne d'Efpagne , & que
fes Anceftres fe font diftinguez
en plufieurs occaſions pour
fervice des Rois prédeceffeurs
de Sa Majesté .
lc
Ce qui fuit eft tiré d'une
Lettre de Madrid , du 20. Novembre.
Phi-
Les Aragonois augmentent de
plus enplus leur zele pour
lippe V. depuis qu'ils ont appris
que l'Archiduc a fait défarmer les
Habitans de Barcelone , & fait
demander aux particuliers leur
vaiffelle d'argent pour en faire de
la monnoye ; qu'ils euffent à entretenirfa
Maifon , payer la GarniGALANT
317
fon , & à lever 6000 hommes de
Troupes étrangeres , ne voulant
point de Catalans.
Le General Anglois a mis deux
Bataillons de fes Troupes dans le
College des Jefuites , & autant
dans la maison de l'Inquifition ,
nonobftant toutes les remontrances
du Recteur.
Mr de Velasco a débarqué ,
fuivant la Capitulation , à Malaga
, avec 16 pieces de Canon
3. Mortiers › & 1500 hommes
de fa Garnison , qui marchent actuellement
pour joindre Mr le
Prince de Tferclas.
Le Roy d'Espagne a ordonné de
Dd iij
318 MERCURE
tenir fes équipages prêts pour lafirt
dece mois ; mais le jour de fon dé
part n'eft point encore fixe. Plu
fieurs Grands du Royaume d'voient
demandé à le fuivre ; ce qu'illeur
a refufé ;parce qu'il feroit difficile
de fournir à la fubfiftance des équipages.
Pendant que les efprits étoient
ainſi unis en Eſpagne , &
que chacun s'empreffoit à demander
à contribuer de fes
biens. & de fon fang au recouvrement
de la Catalogne , on
y apprenoit tous les jours que
tout eftoit en combuftion dans
cette Principauté ; qu'il y avoit
GALANT 319
dans Barcelone & dans toute
La Catalogne une fi grande divifion
parmi les peuples , qu'on
n'y pouvoit marcher en fureté ,
& qu'il s'y commettoit plu
fieurs affaffinats .
La Ville de Rofe étant de
meurée fidele au Roy d'Efpagne
, ainfi qu'auroient fait plufieurs
autres , fi elles n'avoient
point efté obligées de ceder au
torrent , en fe rendant , afin de
rentrer un jour , fans avoir été
détruites , & fans avoir vû perir
leurs Habitans , fous la puiffance
du Roy d'Eſpagne ; la
Ville de Rofe , dis- je , étant de-
Dd j
320 MERCURE
meurée fidéle à ce Monarque ,
nous cherchions à y faire entrer
du fecours & des vivres ,
pendant que les ennemis n'oublioient
rien de tout ce qui pouvoit
leur fervir pour la ſurpren
dre par intelligence. On envoya
deux Tartanes chargées
de munitions de guerre & de
bouche. Elles furent attaquées
par celles que les ennemis avoient
en Mer , elles fe deffendirent
vigourcufement ; &
aprés un Combat fort opiniâtré
, une de ces Tartanes eut
le bonheur d'entrer dans la
Baye de Rofe , & l'autre ſe reGALANT
321
"
tirá fous le Canon d'un de nos
Forts.
La Lettre fuivante vous fera
beaucoup de plaifir , vous la
trouverez fort curieufe. Je n'ay
Tien changé au ſtyle , pour n'en
point alterer le fens . Elle ne parle
pas feulement de nouvelles
préfentes ; mais elle en contient
de vieilles qui n'ont point efté
fçues , & qui font du temps de
la Capitulation de Barcelone.
Vous remarquérez qu'elles ont
efté rapportées à Perpignan ,
par le fils du Conful de France
à Barcelone , qu'il a eſté luymême
témoin de tout ce qu'il
322 MERCURE
rapporte
; & que cette Lettre
a cité écrite par celuy même
qui a fçu de luy une partie des
chofes qu'elle contient.
A Perpignan le 29. Novem
bre.
·Je vous donne pour nouvelles
que Mr le Prince de Tferclas de
Tilly apris une Place fur les frontieres
de Valence , où il a paſſé au
fil de l'épée 700. Rebelles . Son
Armée a groffi jufqu'au nombre
de vingt mille hommes . Il a avec
luy quelque artillerie , & eſtentré
en action . On nous donne auffipour
GALANT 323
certain , qu'ily aplus de deux mille
rebelles qui demandent l'Amnif
tie , qui promettent de fervir
Philippes V. dans nos quartiers.
Il ne s'eft paffé rien de nouveau ,
il n'y a qu'un détachement de la
Garnifon de Montlouis qui a donnéfur
quelques Rebelles ; mais la
partie a efté égale. Ily a cinq prifonniers
de part & d'autre , &
deux bleffez. Je viens d'appren
dre par le fils du Conful de la Nation
, qui eftoit dans Barcelone
lorfqu'elle fut prife , quelques circonftances
de ce qui fe paſſa pour
lors , & qui le regardent. Il m'a
ditquefa maisonfutpillée d'abord,
324 MERCURE
qu'il y entra un Hieronymite
qu'on avoit tiré des priſons,à la tête
de:200feditieux , tenant un Crucifix
à la main , & criant auxfeditieux
qu'il accordoit quarante
jours d'indulgences à quiconque
pilleroit cette maiſon. La
maifonfut bien-tâtpillée; & comme
le Confulfon pere tenoit un Crucifix
à la main , on le luy arracha ,
on le foula vingt fois aux
pieds. Il fut dépouillé , luy , fa
femme & fes enfans . Non content
de cela , ayant apperçu dans
ladite maifon , une image de Saint
Louis , ils la percérent de cinquante
coups de bayonnette. Après cela
GALANT
325
le
le Hieronymite fe doutant qu'on
auroit caché de l'argent , il fut à
la cave une Etole au col , un livre
une chandelle à la main ; & il
découvrit deux mille piftoles que
ledit Conful y avoit enterrez. Ēnfin
lepillage de cette maiſon monta
à plus de cinquante mille écus. Le
fils de ce Conful fut fauvé par
Comte de Peterborough , dans la
maifon duquel il fe refugia, &
qui luy fit traduire de Catalan en
François les Articles de la Capitulation
. Il eftLyonnois , il n'a pas
plus de 21. an. Sonpere eſt reſté à
Barcelone. Il arrive icy tous les
jours des gens qui s'eftoient cachez
326 MERCURE
ily
dans la Ville , & qu'on chaffe à
mefure qu'on les découvre. Il en
arriva 58. ily a trois jours , qui
avoient eftéchaffez à coups depierres
& à coups de bâtons &il eft
fûr qu'il ne s'en fauveroit pas un
fans les ordres
Peterborough a donnéà la Garnifon
de les fecourir. Ils viennent icy
par mer , & les femmes de ceux
qui effoient mariez ont voulu les
fuivre; quoy qu'elles foient Cata-
Tannes , elles difent qu'elles aiment
mieux refter en France , quand elles
ne devroient manger que du pain,
de demeurer dans un pays où
l'on court tous les jours rifque de
que le Comte de
que
GALANT 327
la vie. En effet , nousfçavons cer
tainement , que dans Barcelone les
Rebelles fe coupent tous les jours
la gorge , ils ont auffi affaffinéplus
de deux cent Anglois , & en der
nier lieu trois Gentilshommes de
l'Archiduc dans un Caroffe. Le
frere du Prince Darmstadt n'apas
voulu eftre Viceroy de cette Ville ,
s'eft retiré , difant , qué s'il
avoit connu le genie de la Na
tion , il auroit bien empêché
fon frere d'y venir. L'Archi
duc n'a paru que deux fois enpus
blic, on n'a point du tout d'efti
me pour luy. Enfin on nous affu
re qu'ils fe mordent les doigts de
328 MERCURE
la folie qu'ils ontfaite. Foubliois
de vous dire
que
le Prince de
Tferclas a mis la tefte de chaque
Rebelle à cinqpiftoles . On croit que
Larmée du Rouffillonfera de vingtcing
mille hommes de troupes reglées
, puis qu'outre les Milices ,
25. Compagnies de Miquelets &
trois Regimens d'Infanterie & un
de Cavalerie qu'on leve, ily a des
Commiffions pour en lever trois
autres , un d'Infanterie , un de Cavalerie
& un de Dragons. Ces
troupes arrivent icy tous les jours
on va relever dans cette Ville
la garde Bourgeoife. Je crois que
vousfçavez qu'il n'eft resté dans
GALANT 329
a's mers que fix Fregates de la
Flotte Angloife , les gros Vaiffeaux
ont paffé en Angleterre , &
Les petits à Lifbonne . Il n'y apas
plus de trois mille Anglois , Hollandois
, Allemans , dans Barcelóne.
les
Voici ce que portent d'autres
lettres de Perpignan.
On mande de Perpignan du 29.
du paffé , qu'ily avoit une grande
divifion entre les Anglois
Catalans , dont la pluſpart refufent
de payer les fommes que l'Archiduc
leur demande , difant hantement
que s'il continuë , les affaires
changeront de face. Que
Decembre 1705. Ec
A
330 MERCURE
le convoy chargé de munitions de
guerre & de bouche qu'on envoyoit
à Rofe ,y étoit enfin entré, aprés
avoir combattu trois jours contre
les barques des Rebelles. Que la
Ville de Barcelone avoit envoyé
des Deputez à la Reine d'Angleterre
, pour la prier de faire paffer
promptement du fecours en Catalogne
pour la confervation
de cette
Province à l'Archiduc. Que la
bréche de Barcelone étoit encore
dans le même état qu'elle étoit ,
lors qu'elle avoit demandé à capituler
, à la referve de quelques paliffades
avec de petites pointes de
fer , qui ont été miſes au haut &
GALANT 331
que MilordPeterborough , qui
donnoit fouvent à manger, em
pruntoit de tous coftez pour fournir
à cette dépense , n'ayant pas
beaucoup d'argent ; & qu'il de voit
déja de groffes fommes à quelques.
particuliers de Barcelone.
On mande auffi de Perpignan
du 2. de ce mois , que le 22. du
paffé , lorsque l'on faifoit à Barce
ne des réjouiffances
pour l'avenement
de l'Archiduc à la Couronne
, on y avoit trouvé dans le Palais
,
, quatre
hommes armez, dont
un fut fur le champ executé ; que
tout le monde fe fauvoit dans les
Eglifes & dans les maiſons ,
Ee ij
332 MERCURE
qu'il y avoit plus de vingtperfon
nes tuées : Qu'on avoitfait enfuite
courir le bruit , que les partifans
du Roy avoient voulu affaffiner
l'Archiduc , & qu'on avoit mis
plufieurs perfonnes en prifon.
Mylord Peterborough ayant
formé le deffein defurprendre Rofe,
avoit fait gagner le Major du Regiment
de Caffel - d Ayrold , pour
appuyer ce projet , & avoit fait
marcher à Gironne 300. bommes
de troupes reglées , pour fe joindre
aux Miquelets , lorfqu'on leur ou
vriroit la
porte
de la
Ville ,
pour
égorger le Gouverneur & les Offi
ciersfideles. Mais cette con
conſpira
GALANT 333
tion ayant été découverte , on a
conduit ce Major , avec plufieurs
Soldats Napolitains, qui ont été
défarmez , à Collioure ; & on a
fait entrerdans leurplace des Fran
Trois cens hommes des Regiçois.
mens de Saragoffe de Montenegro,
ont tué aux environs dia
Monaftere de Sancta Suzanna,
prés de Muella, so , des Rebelles,
fait 25. prifonniers, parmi lefquels
étoit leur Chef.
que
les
Je vous ay déja dit
ennemis n'oublioient
rien pour
s'emparer de Roſe par intelligence.
Ils avoient pour cet effer
334 MERCURE
gagné le Major d'un Regi
ment qui devoit livrer la
place. Voici ce que difent les
lettres de Perpignan , dattées
du 4. de ce mois,touchant cette
confpiration .
Ces lettres portent , que le
Major du Regiment qui devoit
liorer Rofe aux Ennemis ,
y avoit esté amené & mis en prifon.
Qu'il avoit declaré tous les
Officiers qui trempoient dans cette
confpiration , de laquelle Mr de
Quinfon , Gouverneur
de Perpignan
, ayant eu aris , avoit expedié
deux Lettres au Gouverneur
de Rofe , l'une par mer l'autre
GALANT 335
par terre , afin que fi l'une fe perdoit
, ilpuft recevoir l'autre , eftant
fort difficile d'entrer dans Rofe par
terre , à caufe des Rebelles . Mais
·le
Gouverneur de Rofe avoit déja
appris cette confpirationpar un Of
ficier & un Grenadier François
qui feignoient eftre des conjurez.
Que ce Majorpour executerfon entreprife
, avoit marqué le jour au-
•quel il devoitfaire affembler le Regiment
dontje viens de parler,fous
pretexte de luyfairefaire l'exerci
"ce qu'il avoit engagé dansfonparti
quatre Officiers & trois cent Soldats
, qui devoient égorger tous
ceux qui refuferoient de les fuig
336. MERCURE
vre , auffi bien que le Gouverneur
quife renditau lieu de l'affemblée ,
Jans s'oppofer à leur deſſein ; mais
d'abord qu'il vit qu'on alloit
faire l'exercice , ilcommanda qu'on
"mift les armes bas , qu'on les
laiffaft & qu'on fe retiraft pour
que
quelque temps. Ce qu'ayant efté
fait , il les fit enlever par cent
hommes fideles , du Regiment de
Labour , qu'il avoit fait entrer
avec des viures dans laVille , &
qui emprisonnerent ces coupables.
Les quatre Officiers qu'on amenoit
auffi à Perpignan , dans une
Tartane differente de celle où eftoit
le Major , ne font nefontpas encore arrivezi
GALANT 337
vez ; ce qui fait craindre qu'elle
ne foit tombée entre les mains des.
ennemis. Mr le Duc de Caftel-
Ayrold, n'a aucune part à la con-
Spiration defon Regiment.
Il paroift de l'efprit , de la
prudence , de la conduite , &
même de l'intrepidité dans
le projet que le Gouverneur
de Rofe a fi bien imaginé ,
& fi bien fait executer ; & on
ne peut luy donner trop de
loüanges , pour avoir fi bien &
futilement fervi le Roy fon
Maiftre.
La Lettre fuivante vous apprendra
la fuite des nouvelles
de Catalogne .
Decembre 1705. Ff
338 MERCURE
&
A Perpignan ce 8. Decembre.
Les avis qu'on a reçûs ici de
Catalogne, portent que les Soldats
les Rebelles y font de grands
defordres , menaçant de tuerles habitans
qui refufent de leur donner
de l'argent. Ce qui a obligé Milord
Peterboroug d'employer tous
Les foins imaginables pour calmer
Les efprits ; ce qui n'a pas empêché
qu'on n'ait tiré un coup de fufil
dans les feneftres de la chambre où
étoit l' Archiduc
, & qu'il nesefoit
même fait une fedition dans un
village où celui qui levoit un certain
impoft au nom de ce Prince , a
été tué.
GALANTI 339
Le bled eftdans Barcelone d'une
cherté extraordinaire.
On confirme que les Rebelles
ont été battus en Aragon.
Milord Peterboroug a renvoyé
Barcelone les neuf cens hommes
qu'il avoit amenez pour executer.
fon deffein fur Rofecitot, a mul
La lettre fuivante eft de Sa
ragoffe , & elle ne vous paroîtra
pas moins curicufe que les
autres , contenant beaucoup
de faits , quifont voir que les
Rebelles commencent à reculer
prefque autant qu'ils
sont avancés, og den tjugates sesat
Ff ij
340 MERCURE
A Saragoffe, le 30.Novembre.
Les Rebelles , aprés avoir été
chaffez du pont de Medianoz ,
avoient étéfommer le Gouverneur
d'Anifa & de Perverta defe rendre
; mais les habitans ayant fait
affembler tous les hommes capables
deporter les armes, s'étoientjoints
aux troupes qui étoient dans le
Château , & avoient chargé ces
Rebelles , qu'ils avoient obligez de
prendre lafuite , aprés en avoir tué
un grand nombre , & fait plufieurs
prifonniers , parmy lefquels on a
trouvé deux freres Capitaines
nommezJofeph & Hiacinthe de
Meurs , quelques autres Chefs:
e
pod N
DAM OM
GALANT 341
On a appris que les revoltez
avoient abandonné , à l'approche
des troupes du Roy d'Espagne, Eabra
, Mafalcon, & quelques au
tres places , où ils avoient laiffé les
habitans , tout le bétail qu'ils
avoient enlevé de Maffilla ; &
que l'on avoit impofé à la ville de
Fabra, une contribution de 150.
piftoles & d'une grande quantité
"de blé pour n'avoir pas montré
dans cette occafion toutes les mar
ques de fidelité qu'elle devoir.
On mande d'Alcanifa , que le
Gouverneur étant forti de cette place
avec 200. hommes de fa garni--
Lon ,pourpoursuivre les Rebelles,
Ff iij
342 MERCURE
étoit tombé fur leur garde avancée,
au nombre de 40. hommes qu'il
avoit taillez enpieces ,fans avoir
voulu leur donner aucun quartiers
& qu'il n'y avoit perdu de fon
cofté que deux hommes .
Ces mêmes lettres ajoûtent,que
cent Soldats du Regiment de Navarre
, qui gardoient le pont de
Medianoz fur la Cinca , ayant
été attaquez par 600. des Rebelles
, dont une partie avoit paffé
cette Riviere à gué pour les mettre
entre deux feux , ils s'étoient dévigoureufement
; mais
fendus
qu'ayant été obligez de ceder au
nombre, ils avoient demandé quar
GALANT 343
tier. Ce que ces Rebelles leur ayant
refufe , ils avoient mis la bayonnette
au bout dufufil , s'étoient
faitjour au travers au travers des ennemis ,
dont ils avoient fait ungrand carnage
, & qu'ils s'étoient enfuite
retirez au Château d' Anisa,avec
perte feulement defept hommes.
On a eu avis qu'il étoit arrivé
à Port Mahone 400 , hommes
que le Viceroy de Naples envoyoit
en Catalogne , & qu'un particulier
de Madrid avoit prêté au Roy
d'Espagne fix cens mille écus.
L'Archiduc eft fort inquiet
& fort embarraflé de ce que les
Rebelles qui commencent à
s'enregimenter, refutent de re344
MERCURE
cevoir les Colonels qu'il leur
veut donner , & de ce que ce
refusa paffé jufqu'à l'effet ; ces
Rebelles ayant nommé deux de³
leurs camarades pour Colonels,
qui n'ont jamais manié les armes
, & qui font tirez du plus bas
peuple. Deux raifons l'empê
cheront d'avoir confianceen ces
troupes lune, à caufe de leurs
peu d'experience , & de l'igno
rance de leurs Chefs dans le
mêtier de la guerre, Pautrein
que finces troupes viennent à fe
répentir elles ne feront poings!
retenues par leurs Chefs , qui'
feront peut - être les premiers à
les engager à rentrer fous Po
beiffance de leur legitime Sou
verain. L'Archiduc irrité con
tre ces Rebelles , ordonna à deux
GALANIM 345
mille Anglois de fortir de Bar
celone pour les obliger par la
force à executer fes ordres ; mais
ces troupes refuferent adesluiЯ
obeïr , difant qu'il leur étoit ordon
né de ne point fortir de la Placer
De maniere qu'il fe vir obligé
de confirmer le choix des Officiers
qu'ils avoient ofé nommer
pour les commander. Il a d'auers
tant plus lieu de douter de leurfidelité
, que ces Rebelles étant
informez qu'il n'a pas tenu à
l'Archiduc qu'ils ne faffent atp
taquez par zoon. Anglois , işbi
pourront s'en venger à la pre- s
miere occafion . Ce confeil que
l'on avoit donné à l'Archiduc,
étant des plus violens , il y as
lieu de croire qu'il gouverneroitav
avec la même dureté que l'Em- "{
346 MERCURE
pereur fon frere ; ce qui lui a
aliené la plus grande partie des
peuples de Catalogne . La pluf
part de ceux qui lai paroiffent
les plus foûmis , ne le font pas
dans le coeur , & ils ont feulement
cedé au temps & à la
force, ask
Mr l'Evêque de Tortofe s'eft
retiré avec fa maifon , & il éft.
arrivé dans le Royaume de Va.
lence .
On a enlevé fix cents pieces.
de bétail , & une barque char
gée de farine qu'on envoyoit
pour le fecours des Rebelles
de Denia.
Les Anglois & les Hollandois
ont fait des écuries en plufieurs
Eglifes de Catalogne ; n'ayant
aucun égard à ce qui a efté ftis
GALANT 347
pulé par la capitulation pour la
Confervation des lieux facrez ;
ceuqui a donné de l'averfion
pour eux à ceux qui avoient le
plus fortement embraffé leur
parti .
Les Generaux Anglois vou
lant faire éclater dans toute
L'Europe la conqueste de la Catalogne
& cherchant à faire
croire que les peuples étoient
charmez d'eftre fous la domina.
tion de l'Archiduc & qu'ils en
avoient toute l'obligation à la
Reine d'Angleterre ,. ils ont
engagé les principaux de tous
les lieux où ils ont des troupes,.
à faire des Adreffes à cette Reine,
dans la pensée que ceux qui
ont fait ces Adrelles , dont la
plufpart font forcées ou faites
348
MERCURE
par ceux qui avoient été gagnez
pour ouvrir leurs portes à l'Ar
chiduc , dont ils.fe repentent de
plus en plus , font contens, de
leur fort .
& noit
J'efpere ne point finir ma letere
, fans y ajouter encore quel
ques nouvelles de Catalogne.99
Le Prieuré de Lerat vacant
par la mort de Mr l'Evêque de
Rieux , aefté donné par Sa Majefté
à Mr l'Evêque de Com-L
minges , frere de Mr
le Marquis
d'Enonville , l'un des Sous Gou
verneurs, de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne, Mr d'Enonville
, dont le nom eft de Brifé
eft originaire du pays de Blois
où il poffede la Terre d'Enond
ville , depuis que la maifon de
ce nom ( qui a produit le Cardig
4
GALANT
349
ħal Aimar d'Enonville , dans le
feizième fiècle , eft éteinte . Mr
PEvêque de Comminges eft fort
appliqué à fes devoirs A poftoliques
, & it a beaucoup d'érudition
& beaucoup de pieté. Mr.
l'Abbé de Rutie , fon Grand-
Vicaire , & Grand - Archidiaere
de fon Eglife Cathedrale ,
a efte Deputé à la derniere Affemblée
du Clergé , dans laquel
le il a efté fort confideré ; il eft
de même nom que Mr le Marquis
de Sommery , auffi Sous-
Gouverneur de
Melleigneurs
les Princes . "
Y
: Monfieur le Duc de Bouillon
a nommé , comme Duc d'Albret , )
Mr.l'Abbé de Lentillac au
Doyenné de l'Eglife Collegiale
de Nôtre Dame de Caftel - Ja350
MERCURE
Joux , Ville de ce Duché. On
ne peut exprimer l'attention
qu'à en Monfieur le Duc de
Bouillon à donner ce Benefice à
un bon Sujet , & le choix qu'il
a fait ,ne peut eftre que tres - applaudi
; Mr l'Abbé de Lentillac
ayant les qualitez qu'on doit
defirer dans un bon Ecclefiaftique
, & dans un homme prepofé
au gouvernement
d'une Eglife
& la prudence égale fa pieré,
+
La maifonide de Lentillac
eft originaire du haur Quercy
, oùfont fituez l'ancien Chateau
& Fort de ce nom , que la
tradition du pays rapportcavoir
efté bâtis par le nommé Lentulus
, General des Romains dans
les Gaules. Quoy qu'il ch foir,
to calla úceler
GALANT ! 352
les Seigneurs de cette noble race
prouvent une filiation bien fuivie
depuis cinq cens ans. Ils
fonderent vers le milieu du quatórziéme
fiecle le Monaſtero
de Vicq. Dans l'étendue de
leurs Seigneurie de Lentillac , &
fe referverent la nomination de
Abbeffe . La branche aînée de
dette Maiſon eft prefentement
établie en Limofin , où elle pol.
fede la Baronnie de Gimel & le
Vicomté de Sedieres, par les alliances
qu'elle a fait dans le der
nier fiecle avec les heritieres de
des deux Maifons . Il y en a une :
qui eft restée en Quercy , où elle
eft en poffeffion du nom & de la
Terre de Lentillac . Il y en a encore
deux qui fubfiftent en Limofin
, où elles ont des établiffe352
MERCURE
&
mens auprés del Tulles & de
Beaulieu Mr le Doych de Caf-
Tel -Jaloux qui donne lieu à cet
Article eft de la Branche de
Lentillac- Mier , qui a autrefois
poffedé en Rouergué les grandes
Seigneuries d'Afprieres &
de Veuzac . La Branche de Lentillac-
Godoü eft éteinte depuis
longtemps , & elle finit par une
fille , qui fut mariée dans la Maifon
de Corn - Sonac en Quercy.
Je dois ajoûter icy que Mr le
Chevalier de Gimel , qui eft de la
Branche de Lentillac- Gimel , a
perdu un oeil au fervice du Roy,
& qu'il eft Meſtre de Camp &
Lieutenant Colonel du Regimet
du Prince Charles de Lorraine.
Monfieur le Duc de Vendorme
eſt venu à bout de ce qu'il
GADANM £ 353
s'eftoit propofé ; il a obligé Monfieur
le Prince Eugene de reculor
sjufqu'au lieu où il vouloit
qu'il ſe retiraft.Ce Duc a ch → -
›fuite marquez des quartiersd'hyver
, dansles lieux où il avoit.
refolu d'en prendre . Vous trou »
verez toutes ces chofes dans la
Lettre que je vous envoye ; elle
eft écrite à un Seigneur du pré--
miér ordre.
Au Camp prés de Lunato , ce 103 .
5.1.50 11/21 ecembre
2. Ismid alims
Les deux Armées n'ont point
changédefituation , depuis la derque
j'ay eu l'honneur niere Lettre
d'écrire à Voftre Alteffe . Nous
avons occupé Dezinzano , où il
Decembre 1705. Gg
354 MERCURE
&
y a actuellement fix Bataillons
commandez par Mr d'Estrades.
Les Ennemis ont voulu en faire
de même à Lunate ; mais le fuccés
en a efté bien different. Ils fe font
prefentez auxportes de cette Ville ,
avec un Corps de Grenadiers ,
neuf pieces de Canon , & ont
formé le Gouverneur de leur remettre
la Place. Le Brigadier des
Troupes de la Republique , qui
commandoir en l'abfence du Provediteur
, a répondu que Mr le
Provediteur luy avoit confié le
foin de cette Place, qu'il avoit des
troupes refolues à fe deffendre ,
avec du Canon ; & que s'il ne fe
GALANT 355
retiroient , on alloit tirer fur eux."
Cela fit prendre à Mrs les Allemans
le party de s'en retourner
dans leur Camp.
Les deux Armées fe fepareront
dans peu de jours.
~Mr le Comte de Médavy eſt à
Torbole avec quatre mille hommes
de pied & deux mille chevaux..
La Brigade du Commißaire Ge- nere
l'avair joint hier ; ce
neral ,compofée defept Éfcadrons ,
doit
encore
qui augmente confiderablement le
Corps de troupes qui eft à fes ordres.
Monfieur de Vendome luy
a mandé de confommer leplusqu'il
pourra de fourrages dans le Bref
Ggij
35% MERCURE
fan ; afin d'ofter la fubfiftance à la
Cavalerie ennemie ,
repaffer les montagnes pour aller
chercher dequoy vivre dans le Ve
ronnois.
E' TAT
l'obliger
des Quartiers d'hiver de
l'Armée de Lombardie
Sçavoir :
Toode I
alomil
A DEZINZANO
Bataillons.
'Auvergne ,
9.157
La Fere, 7901DZITZAY
Vexin ,
Bervvick ,
24
GALANTM 357
CASTIGLIONE
Bataillons polish
Quercy ,
Vivarais
, zayntwowy
zal vinegara
.
I
Miromenil , I
Bigorre ,
I
4
Efcadrons
Renepont
>
CARPENEDOLE
Bataillons,
Dauphiné , prod
Labour ,
Vauges ,
I
Efcadrons!
Limofin
Soucariere ,
Ponthieu
CASTELGIOFFRETE
Bataillons,
358 MERCURE
Efcadrons.
MAE DOLIKO M
Bataillons &
Capi ,
Maulevrier
Foreft ,
Efcadrons
Melun , YTZ04
CAVOIANA.
Bataillons.
Premier de Solre ,
Efcadrons .
Coulanges , GVAJ
SOLFERINO.
Bataillons
90 s
Τ
2
Second de Solre , 1
Efiadrons.
Huffars ,
TZA
POTZOHNGO .
Bataillons & Coaching?
Trouy ,
I
GALANT 359
Efcadrons
Bofelli ,
MONZAMBANO.
Bataillons
Bretagne ,
Efcadrons.
Moiria ,
PONTY.
Bataillons. A3
Baffigny ,
Efcadrons.
Magnieres , patte
2
LAVOLTA.amaluc
Bataillons. JO ?
Filtz Gerald ,
Grammont
Efcadrons
CASTELARO .
Bataillons, TOL
Soiffonnois ,
360 MERCURE
Efcadrons.
Forbin
RIVOLE' DI FORI ,
Bataillons.
Perche ,
GASOLDO
Galmorgond
RIVOLTELLA
La Reine ,
Bataillons.
Efeadrons , or
GASOLO .
Bataillons, og a
MADONE
13
La Sarre ,
Cottentin ,
f
Constru
GOITO .
Bataillons.
L'Ile de France , ang is
Efcadrons.
Commiffaire General , 3
Valaife
GALANT 36£
VALAISE .
Bataillons .
Premier d'Anjou .
Du Heron ,
Efcadrons.
BOURGUETTO .
Bataillons.
Second d'Anjou ,
Efcadrons.
Fe l'Ifle ,
LASISE ET BORDELIN .
Bataillons.
Tierarche ,
Ffcadrons.
Chartres ,
REVERE' & OSTIGLIA.
Bataillons,
Royal-Montferrat .
LA MIRANDOLE.
Bataillons.
Durfort ,
Decembre
1705. Hh
I
3
[
362 MERCURE
Dragons.
Verac.
MODENE .
Bataillons.
Gâtinois ,
Efcadrons.
Verac ,
MARMIROLE
Bataillons.
Dillon ,
Efcadrons:
Du Tron ,
MANTOUE.
Bataillons,
La Marine ,
Leuville ,
Vendofme
Bourgogne ,
Mcdoc
2
3
2
I
2
GALANT 363
Efcadrons
Colonel general , 3
Fiffy ,
Simianes ,
Efclainvilliers ,
VOLANGUE,
2
Bervvick , I
Premier Grançay ,
Dragons.
Dauphin ,
USTIANO ,
Second Grançay ,
Audichampt ,
Bataillons
Efcadrons.
AQUANEGRA .
Premier de Mirabeau ,
Efcadrons .
Defclos ,
Hhij
364 MERCURE
CAVE T.
Bataillons.
Second de Mirabeau >
Efcadrons.
Delabre ,
Bartillat ,
REBECO.
Bataillons .
Premier d'Albigeois ,
BARDOLANO.
Bataillons .
Second.d'Albigeois ,
SONCINO .
Bataillons .
Beaujolois ,
BARSOLO .
Piémont ,
Bataillons.
S. MARTIN
DE BOSOLO
Bataillons .
Louvignies ,
MN
3
2
GALANT 365
CREMONE .
Bataillons.
D'Efgrigny ,
Lautrec ;
Efcadrons.
REGIO .
Efcadrons.
Saint - Germain ,
S'il m'eft permis de commencer
l'article que vous allez lire ,
par trois mots latins ; je vous
diray qu'il eft conftant que Fu-
Tor arma miniftrat. Cette langue
vous eft affez connuë , pour que
vous fachiez qu'elles veulent dire,
que le defefpoirfournit des armess
C'est ce que nous voyons arriver
aujourd'hui en Baviere . Il n'y
a point d'exemple que des peu
ples ayent jamais été fi maltrai
Hh
iij
366 MERCURE
tez , non feulement fans aucun
fujet legitime , mais même fans
aucune apparence de raifon .
L'Empereur par une violence
inouie, qui fera deteftée dans tous
les fiècles , ne s'eft pas contenté
de contrevenir à tous les artieles
d'un Traité qu'il a lui mê
me conclu & figné n'étant encore
que Roy des Romains >>
mais il s'eft emparé de tous les
effets du Souverain , des Grands
de l'Etat , & du Peuple . Il a fait
démeubler tous les Palais , il en
a enlevé toutes les richeffes ; il
n'a pas épargné les maiſons des
particuliers ; & il a fait foüiller
jufques dans les entrailles de la
terre , pour y chercher ce qu'on
auroit pû y cacher, qui ne luiap
partenoit pas , & furquoy il n'a
GALANT 367
voit aucun droit. Il a fait démanteler
les Villes , enlever tout le
canon , & tout ce qui étoit dans
les Magafins . Il a cherché à rendre
la Baviere deferte , en vou
lant forcer prefque tous les Ba
varois , & même ceux qui n'é➡
toient
ter les armes , & ceux qui n'étoient
plus en état de les porter,
d'aller dans fes Armées les plus
éloignées , afin de les faire tous
perir , & il a voulu obliger des
peres à reprefenter leurs enfans,
comme fi c'étoit une chofe toùjours
poffible , & comme fi ceux
qui ont fecoüé le joug de leurs
ennemis , venoient toujours fe
rendre au lieu où ils ont été enlevez
, pour eftre enfuite atta
chez à ce joug. Il n'eft pas diffi
pas encore en état de por
368 MERCURE
cile de croire aprés cela tout ce
que l'on voit aujourd'hui en Baviere
; mais il faloit que tous les
Bavarois en general euffent été
auffi maltraitez & auffi pouffez
qu'ils ont efté , pour faire ce
qu'ils font aujourd'hui , qui tient
du miracle , puis qu'il eft inoui
que des peuples ,à qui l'on a ofté
avec toutes leurs armes , les
moyens de fubfifter , fe foient
trouvez armez au nombre de
vingt mille hommes , qu'ils aïent
trouvé les moyens de fubfifter,
qu'ils ayent pris plufieurs places
fans être difciplinez , fans avoir
de munitions & fans canon . Enfin
le Ciel a permis , qu'aprés
avoir pris Braunau par efcalade,
ils fe foient emparez de Scharding
, où ils ont trouvé trente
GALANT 369
·
pieces de canon ; de maniere
que la Ville de Ratifbone n'eft
pas aujourd'hui fans inquietude ,
& qu'elle n'ofe tenir que deux
de les portes ouvertes , & que
l'on tremble même aux environs
de Paffau. Les grands avantages
que ces peuples , auffi genereux
que fideles , viennent de remporter,
fous le nom de Protecteurs de
la Baviere , doivent fervir d'un
bel exemple aux Mécontens
d'Hongrie , qui auroient plus de
lieu de craindre de pareils trai
temens aprés un accommodement
; puifque les Bavarois en
ont éprouvé de fi cruels , fans
eftre nez fujets de l'Empereur ,
& fans avoir rien fait qui eût
dû leur attirer la moindre difgrace
de fa Majefté Imp . Les
370 MERCURE
Electeurs & les Princes de l'Empire
, qui ne font pas affez puiffans
pour le défendre contre les
attentats du Confeil Imperial ,
doivent auffi ouvrir les yeux fur
l'injustice du traitement faitaux
Bavarois.
Les Lettres que vous allez
lire , vous apprendront la fuite
du fiege de Nice,
Au Camp devant Nice, le 2 3 .
Novembre.
On travailla la nuit du zo, au
21. à un retranchement pour couper
la communication du Château avec
la Ville , par le cofté des baftions
dela Prouilliere ; ce qui engagea
hier les ennemis à faire une fortie
fur les deux heures après midy , au
nombre de cent. hommes , avec des
GALANT 371
travailleurs pour tacher de combler
ce retranchement , qui eft trop expofe
pour y laiffer du monde pendant le
jour, jufqu'à ce qu'il foit achevé :
mais la premiere Compagnie des
Grenadiers de Haynault les reponf
fa , leur tua dix hommes , & obligea
le reste de fe retirer & d'abandonner
leurs outils, dont nous avons
profité.
Les ennemisont demandé une fuf
penfion d'armes pour retirer leurs
morts & leurs bleſſez ; ce qui leur a
efté accordé.
Au Camp devant Nice , le z
Decembre.
Zes batteries de la hauteur de S.
Charles font achevées, & les autres
le feront dans peu.
Le Bataillon de la Marine , qui
372 MERCURE
eft arrivé ici aujourd'huy , fera les
fonctions du Royal Artillerie .
Mr le Comte de Laval, Colonel
du Regiment de Bourbon , a receu au
cofté une contufion d'un bouletde
Canon.
Mr de Valliere a marché avec
quatre Regimens , pour chafferqua
tre cents hommes des ennemis , qui
s'eftoient jettez dans Ivoire , & dans
deux autres Chasteaux qui font fur
le borddu Lac; Pon a feu depuis,
qu'ils s'eftoient retirez à fon appro
che.
Il nous eft déja venu vingt-deux
Deferteurs , parmi lesquels il y a
plufieurs Piémontois .
Au
GALANT 373
Au Camp devant Nice , ce 9!
Décembre.
3
Toutes nos batteries de Canon
de Mortiers commencerent hier à
airer à dix heures du matin , fans
difcontinner jufqu'à l'entrée de la
nuit ; & l'on a appris par un Deferteur
, que la premiere Bombe de 500 .
qui a efté tirée , a tué dans le Château
quatorze hommes , fans compter
plus de cent hommes qui ont efté tuez
ou bleffez.
Celuy du Chateau nous a auli
tué Mr Filée , Maréchal de Camp
Chefdes Ingenieurs , & Mr de
Charmont, Brigadier des Ingenieurs,
quifont fort regrettez Le Crane &
la Cervelle de Mr Filée ont efté portex
fur le vifage de Mr de Bervvick
Décembre 1705. Li
374 MERCURE
&fur fon habit , dont il a efté oblige
de changer. Nous avons auſſi perdu
un Lieutenant du Regiment de
Bourbon ; & Mr de Longchamp
Capitaine , a auli esté bleffe au
bras.
On a recommencé ce matin , à la
pointe du jour , à faire fur le Chateau
un grandfeu , qui a démonte
aux ennemis quatre pieces de Canon ,
Voici une Relation plus exa-
&e & plus étenduë de ce qui
s'eft paffé pendant les deux
jours marquez cy- deflus .
Au Camp devant Nice le 9.
Décembre.
Hier à onze heures du matin , toutes
nos batteries commencerent à tirer
fur le Chasteau , au nombre de 70.
GALANT 375
pieces de Canon, & de 13 Mortiers,
qui doivent eftre augmentez jusqu'à
22. Lajourneefe paffa a tafcher de
ruiner les Parapets & à démonter
l'Artillerie des Affiegez , qui de leur
coflé nous firent un tres - gros feu de
Canon , qui parut neanmoins fe rallentir
vers le foir. Un de leurs Canoniers
qui a deferté cette nuit , nous
affure qu'on leur en a démonté quatre
pieces tué cinquante hommes
Nous en avons eu vingt tez ou
bleffer , tant Soldats que Canonniers.
Mr Filée Maréchal de
Camp, & Chefdes Ingenieurs , fut
tuè hier matin d'un coup de canon
aux batteries , de l'autre cofté du
Pallion , en montrant à un Officier
Les end oits où il falloit pointer le
canon ; Mr de Charmont , Brigadier
des Ingenieurs , fut auffi tuédu
Ti ij
376 MERCURE
1
mefme comp. Mr de Long- champ 3
Capitaine dans le Regiment de
Froullay , a eu un bras maltraites
mais ce mfera rien . Ily a eu un
Lieutenant de Bourbon tue. Mr le
Comte de Laval eft fans fievre , &
L'on a bonné esperance de fa bleffure.
Aujourd'huy nous commençons à ba
tre par le pied le Redant , la face
du Baftion neuf & la Courtine , à
gauche de la troifiéme Tour du coffe
de Montalban, Plufieurs de nos pic
ees ont ordre de tirer aux batteries
dos ennemis , & quatre doivent
warner la Redoute qu'ils ont au bord
de la mer , près de la porté du fecours
, moyennant quoy il ne pourra
plas entrer perfonne dans le Chatean
nous y poufferons un boyau
pour mettre un pofte derriere le tocherfur
lequel eft la Redoute . Nos
1
GALANT 377
batteries de mortiers font fi bien
placées , que nos bombes tombent
toutes dans le Château. La bréche
fe fait déja à la face du Bastion
neuf & le Redant eft fort endommagé,
aufi- bien que la groffe Tour
du dedans du Baftion neuf. La
"Courtine n'eft point endommagée ,
parceque la batterie qui devoit y
tirer , a voulu faire taire le feu des
ennemis , lequel est devenu tresmediocre
; l'ony battra demain en
breche. La Redoutefur le bord de la
mer eft criblée de coups de part &
d'autre , de maniere que les ennemis
l'ont abandonnée. Ainfi par le
moyen d'un pofte de Grenadiers que
Mr le Duc de Bervvik a mis fort
prés de là , on ne peut defcendre du
Chateau par la porte du fecours >
qu'en effuyant noftre feu à la demi-
I i iij
378 MERCUR
E
portée. La Tour de la Marine në
peat plus tirer ; car noftre canon en
a rafele Parapet , & démonte ,felon
toutes les apparences , les pieces que
les ennemis y avoient.
Je dois à l'occafion de la reddition
de Montmelian , vous envoyer
ce qu'en ont dit quelques
Auteurs . Le voicy :
Montmelian, en Latin Mons
melianus , petite Ville de Savoye
avec Fortereffe , eft fituée fur la
rive droite de l'Ifere au midy ,
à deux lieues de Chamberry . La
Fortereffe eft bâtie fur la pointe
d'un Rocher efcarpé , & comman
de le paffage qui eft fort étroit
GALANT
379
entre les montagnes. Ony voit
ungrand Puits taillé dans le Roc
qui fournit de l'eau à tous ceux
de la Fortereffe. Le Roy Henry
le Grand la prit en 1600. & le
Roy Louis leGrand en 1691. elle
a efté rendue au Duc de Savoye
avec le refte du Pays , en 1696 .
Je viens d'apprendre que S.
A. S. Monfieur le Prince a trai
té Monfieur le Comte d'Aguil
lard , & comm c
Prince ne
fait rien qu'avecune ingenieufe
magnificence , & que l'efprit ,
l'invention , la galanterie , & le
bon gouft , égalent l'abondance
dans tous les repas qu'il donne ,
il n'y a pas lieu de douter que
380 MERCURE
celuy où il a convié Monfieue
le Comte d'Aguillard n'ait efte
une Fefte dans toutes les formes
; mais n'ayant pas le temps
d'en ramaffer toutes les circonftances
, parce que je me trouve
obligé de finir ma Lettre dans
le temps que j'apprends que
cette Fefte s'eft donnée , je vais
vous dire tres imparfairement
ce qui en eft venu à ma connoiffance.
Il ne fe trouva que des
conviez à cette Fefte , du nombre
defquels eftoit Monfieur le
Duc , Mr de Luxembourg , Mrs
les Comtes de Fimarcon , de
Fiefque , & de Luffant , Mr le
Marquis de Langeron , & plufieurs
autres , d'un âge auffi
mûr. Les Dames eftoient , Madame
la Princeffe de Conty
GALANT 381
Mefdemoiselles d'Enguien &
de Conty , Mes de Barbefieux
& de Ris , & Mlle de Langeron .
Le divertiffement fut ouvert
par un tres- beat concert de
Haut-bois , enfuite de quoy il y
eur une efpece de petit Balet ,
compofé de plufieurs entrées &
danfé par les meilleurs Danfeurs
& par les meilleures Danfeufes
de l'Opera ; ce qui dura juf
qu'au foupé , qui fut fervi fur
une table de vingt - cinq couverts
, avec toute la propreté ,
la delicateffe , & la magnificence
poffibles . La Symphonie fe fit
entendre pendant tout le repas ,
qui dura long temps , & cette
Symphonie , qui fut fort variée
fut trouvée fort belle , & fit
beaucoup de plaifir . A peine
282 MERCURE
fut- on forty de , table que qua
tre Danfeurs & quatre Danfeu
fes donnerent un nouveau di
vertiffement . L'ouverture du
Bal fe fit enfuite par Monfieur
Le Duc , & par Mademoiſelle de
Conty , & qui eftoit Reine du
Bal . Le Bal fut long , parce qu'il
fut plufieurs fois agreablement,
interrompu par de nouvelles
Entrées de Balet .
Aprés quoy on paffa dans un
licu feparé ou l'on trouva une
collation des plus magnifiques ,
& les liqueurs les plus exquiles y
furent prodiguées ; cette colation
fut fuivie de nouvelles entrées
de balet , aprés lefquelles le bal
recommença de nouveau . Ces
plaifirs durerent jufqu'à pres de
quatre heures du matin , que la
SGALANT 383
Felte finit . Je n'oze vous parler
davantage de la magnificencebde
Monfieur le Prince , de
crainte de bleffer fa modeftie ,
ce Prince traitant de bagatelles
les chofes les plus magnifiques
lorfqu'elles viennent de fa part.
On doit remarquer qu'il donne
toûjours de fi bons ordres & qui
font toujours fi bien executez
qu'iln'y a jamais eu de confufion
dans les Feftes qu'il a données ,
quoyqu'elles ayent été fouvent fi
grandes qu'elles pouvoient meriter
le nom de Royale,
Vous trouverez la fuite du
Siege de Nice , dans les deux
Lettres que vous allez lire
quoy que l'ouverture de la tranchée
fe trouve dans toutes les
deux ; je ne laiffe pas de vous
384 MERCURE
les envoyer , parce que la fecon
de eft plus étendue , & que chacune
apprend quelque chofe de
particulier.
Au Camp devant Nice ce 14 .
Décembre.
Le mauvais tems nous retarde
fort , nous ouvrifmes la Tranchée
la nuit du 11. au 12. les
pluyes ont tellement inondé la parallelle
que nous pouffions au pied
de la Rampe du Chateau de Mon
talban , que nous n'avons pú la
continuer. Dés que le beau temps
reviendra , nous tâcherons d'achever
cette Parallelle , &puis par
ziguezague nous monterons la
Rampe. Comme les Ennemis ont
grand
GALANT 385
grand nombre de mines dans le
chemin couvert & fous leurs ouúrages
, il nous faudra auſſi aller
à euxpar deffous terre . Lefeu des
Affiegez diminuë fort, les Deferteurs
affurent qu'ils ont perdu .
beaucoup de monde , & que les
Bombes , les Ricochets les de- .
folent.
Au Camp devant Nice le 16 .
La Tranchée fut ouverte la
ruitdu 11. au 12. en débouchant
par le mur de communication de la
Ville au Château de Nice , à gauche
de la porte de la Pernillier ,
Decembre 1705. Kk
386 MERCURE
pouſſant une Parallelle , qui prend
depuis le Château ,&fe coule tout
le long de la Rampe , tirant vers
ta Redoute de la Mer. Mrd'Herouville
monta la Franchée avec
le premier Bataillon du Dauphin,
trois Compagnies de Grenadiers.
Malgré lapluye , noftre Ca
non ne laiffa pas que de bien tirer
leu. & le 12. & nos Bombes dé
monterent la plus grande partie de
l'Artillerie des Ennemis.
La nuit du 12. au 13. Mr de
Grimaldi monta la Tranchée, avec
trois Compagnies de Grenadiers ,
le fecond Bataillon Dauphin,
trois cens Travailleurs. Le
GALANT
387
Château fit feu de Moufqueterie ·
toute la nuit , & l'on y répondit
du Baftion de la Perouillier. Mal
gré la pluye l'on pouffa la Tranchée
jufque vis-à- vis la Tour du
grand front de la Citadelle.
Mr du Boulay monta hier la
Tranchée avec le fecond Bataillon
de Bourbon . Comme la veille le
tems eftoit mauvais , & qu'il s'eft
remis au beau , l'on travaille à
agrandir la Tranchée , & à relever
ce que lap luye a fait ébouler.
L'on a auffi travaillé à perfectionner
la Parallelle au pié de la Ram→
pe jufqu'à la Redoute , & nous
ferons un boyau de communication
Kk ij
388 MERCURE
du pofte du Colonel jufqu'à cette
Redoute. L'on efpere cette nuit
d'attacher le Mineur fous la demie
Lune , & dans le Glacis couvert
du Baftion neuf, afin d'éventer
les Mines que les Ennemis y
ont : toute la face depuis le Baftion
qui couvre la Tour jufqit'à l'angle
flanqué du Bastion de la Citadelle
, eft entierement ruiné, & il
y aura bien-toft trois breches àpouvoir
y monter à l'affaut.
Il nous vient tous les jours des
Deferteurs , qui difent tous , que
noftreCanon nos Bombes ,font
un grand ravage dins le Château .
Une feule a tué les dix hommes
GALAN I
389
qui estoient de garde au Puit , dont
trois tomberent dedans . Il deferta
hier à midy un Sergent , qui apportales
Clefs des Barieres du chemin
couvert qui regarde la Ville ;
mais on ne veut pas fe fervir de
ce moyen là pour y entrer.
Les affaires de Catalogne fe
broüillent de plus en plus , & depuis
que l'Archiduc a voulu
toucher au privilege de la Ville ,
les habitans ont donné de nouvelles
marque du chagrin qu'ils
ont de fe voir fous la domination
de ce Prince . Ce chagrin eft
peut- eftre caufe de ce qui fe
trouve dans une lettre de Barcelone
qui vient de tomber entre
mes mains ; voici ce qu'elle.
porte. On a voulu tuer le nom
Kk j
390 MERCURE
mé Preuk , & fon fils Chef des
Rebelles de Wick , avec Dom
Antonio Pacherra ; mais le
coup
a eſté confié à des gens qui l'ont
mal executé , cependant cette
action cauſe beaucoup de défiance
parmi les habitans de la Ville.
On connoît par là que la
plupart des habitans haïffent
les Auteurs d'une revolte quileur
coûte fi chere , puis qu'ils
veulent s'en defaire . Cette derniere
affaire , qui a augmenté la
défiance & la confufion qui regnent
parmy eux, eft cauſe que
croyant avoir befoin de troupes
pour eux -même, la Ville ne lève
que mil hommes , & la Deputation
que cinq cens , au lieu des
fix mil hommes que l'Archiduc
leur demande, Mais il ne paroî
GALANT 391
pas même poflible qu'ils levent
ces quinze cent hommes , puis
qu'il manquent d'argent . L'Archiduc
ayant fçû que tous les
Gentilshommes de Catalogne
s'étoient retirez chez eux , a fait
publier que fi dans quatre jours
ils ne venoient fe rendre au prés
de fa perfonne , il feroit démolir
toutes leurs maifons & confifquer
le refte de leurs biens ; ces
Gentilshommes fe trouvant obligez
d'obéïr pour éviter leur ruine
entiere, fe font rendus à Barcelone
, mais fans aucun équipage,
& chacun avec fon plus
méchant habit , & les plus puiffant
avec un feul valet, pour fai
re connoître à ce Prince qu'ils
font hors d'état de payer les taxes
qu'il vouloit leur impofer
392 MERCURE
On voit par là que peu de cette
nobleffe a trempé dans la revolte
, & que la plufpart de ceux
qui ont pris le party de l'Archiduc
, y ont efté forcez : cependant
les progrés continuels que
fait la Cavalerie de l'Armée de
Mr de Tferclas , inquiete fort
l'Archiduc & fes adherans .
Pendant que toute la Cata
logne eft dans une cruelle agitation
, tout fe prepare en Efpagne
& en France , pour accabler
ces Rebelles. Les Troupes de .
France eftant arrivées à la hauteur
de Madrid furla fin du mois
dernier . Le Roy & la Reine
d'Espagne accompagnez de la
plus haute Nobleſſe & des principales
Dames de la Cour ont
té trois ou quatre fois vifiter
GALANT 393
ees Troupes, qui ont paffé autant
de fois en revûë devant leurs
Majeftez , & fait l'exercice en
lear prefence. Elles en ont eſté
tres-fatisfaites , & ont efté furprifes
de les trouver en fi bon
état , aprés avoir fait la Campagne
d'Eftramadure & aprés
une fi longue marche . Mr le
Maréchal de Teffé qui les commande
a reçu de grandes louanges
de leurs Majeftez Catholiques
& de toute la Cour. Ces
Troupes qui font au nombre de
neuf à dix mille hommes doivent
avoir joint Mr le Prince
de Tferclas. Le Roy d'Espagne
doit partir de Madrid le 12 de
Janvier , pour fe rendre en Aragon
. On fait des Prieres publiques
dans toute l'Espagne pour
394 MFRCURE
le fuccés de fon voyage , & pour
la confervation de fa perſon
ne.
Mr le Duc de Noailles , que le
Roy a fait Maréchal de Camp ›
a dû arriver le 28. de ce mois )
dans fon Gouvernement de
Rouffillon , pour recevoir les
Troupes qui y qui y viennent de
plufieurs endroits . Vous fçavez
que tant que la fanté de ce Duc
luy a permis de fervir , il a cherché
à connoiftre par experience
le meftier de la guerre , avec
autant d'ardeur qu'il s'eft appli
qué avec un travail affidu a approfondir
les Sciences qu'il a
voulu fçavoir de maniere qu'il,
eft devenu un des plus fçavans
hommes du monde , quoy qu'il
ne foit
pas des plus âgez.
GALANT 395*
A peine ay-je eu le temps de
jetter les yeux fur la Lettre que
je vous envoye : vous la trouverez
fort curieufe . Elle eft remplie
de faits nouveaux , & ceux
dont je vous ay déja parlé y font
rapportez avec de nouvelles cir
conftances .
A Perpignan ce 6. Decembre,
Ce qu'ily a de nouveau àprefent
eft que MrlePrince Tferclas
Tilly vient de faire an dégât de
vingt lieues de païs , pour arrêter
la rapidité des Rebelles Catalans,
pour leur ôters le moyen defubfifterfur
les frontieres de Valence,
d'Aragon. Je viens auſſi d'ap396
MERCURE
a
prendre que le Roy d'Espagne doit
lejoindre avec un corps de dix-huit
mil hommes , & qu'il a declaré à
fa Cour & àfonpeuple, qu'ilfacrifieroitplutoftfa
vie que defouffrir
, que l'Archiduc poffedât un
pouce de terre dansfonpaïs . Nous
aprenons encore, que l'Archiduc
vient de courir rifque d'eftre af
faffiné dans Barcelone ; voicy comme
la chofe s'eft paffée. Les Catalans
chagrins , les uns de ce qu'on
ne les payoit pas , les autres de ce
qu'on leur demandoit de groffes
Contributions , & les troifiémes, de
voirqu'on faifoit librement l'exercice
de la Religion Proteftante dans
ن و م
une
་
GALANT 397
>
une Ville capitale , auffi Catholique
que la leur : Chagrins , dis je,
de tout cela , commencerent à murmurer,
&s'étant attroupez à la
Lollicitation particuliere des
qui faifoient valoir beaucoup
le dernier motif , refolurent de
ce défaire de l'Archiduc. Pour
cet effet ils firent paffer deux hommes
& deux.
complot dans l'Eglife des grands-
Carmes , où ce Prince devoit aller
entendre la Meffe ce jour- là , &
ils devoientfairefeufurluy; mais
comme le tumultefut un peu trop
grand , l'Archiduc prit des mefu
ves , ayantfait vifiter l'Egli
Decembre 1705. LI
qui étoient
du
398 MERCURE
fe , les aſſaſſins y furent décou
verts. Ce Prince ne fe croyant
pas en feureté dans la Ville , fe
retira dans le Château de Montjoiy
, où il a refté trois jours , pendant
lefquels les boutiques, & les
portes de la Ville ont eſté fermées.
Les Partifans de l'Archiduc y ont
exercé une terrible justice , ily a
eu plus de cent perfonnes décapitées
, e quelques uns des moins
coupables ont efté depoffedez de
leurs Charges , ou bannis de leur
Patrie. Cette execution faite ,
l'Archiduc revint à la Ville ;
mais il n'y est pas plus en fureté
, parce qu'il est autant con-
"
GALANT 399
vaincu de la perfidie de la Nation,
que de la verité dont il eftinftruit,
fçavoir, que le Party du Roy grof
fit tous lesjours. Les Intelligens difent
, qu'il ne peut pas manquer
d'y avoir bien-tôt une Guerre Ci
vile entr'eux , & cela d'autant
plus furement , que la faim la faim commence
à les preffer; car nous fçavons
bien certainement , que le
bled ſe vend déja chez eux quafe
rante livres la charge. Pour ce qui ,
eft de nos quartiers , nous avons
efté fur lepoint de voirun cas bien
étrange. On a découvert dans Rofes
une Confpiration. Le Major de
Regiment Napolitain qui y eft en
L1 ij
400 MERCURE
Garnifon , quelques Officiers , &
La plus part des Soldats , dans un
jour de Revie , qui estoit le 28.
Novembre devoient chacun ,
pendant qu'ils défileroient , décharger
un coup de fufil à balle , fur
cent Soldats François du Bataillon
de Labourre qui s'y trouvent ,
&fur quelques Caftillans & Ca
talans refugiez qui y font auffi ,
enfuite fe rendre maistre de la
Place , & la livrer à l'Archiduc ;
mais s'eſtant trouvé heureuſement
un Soldat Provençal , Deferteur
de France depuis vingt ans ,
Regiment Napolitain , lequel
Soldatfçavoit le fecret , parce que
dans
GALANT 401
Pon le croyoit Italien , & qu'il
parloit parfaitement bien cette
Langue. Il alla trouver le Major
de la Place , illuy déclara tout
ce qu'il fçavoit ; il fut mené au
Gouverneur , qui eftant inftruit
trouva le moyen
de
tout de fe
faifir du Major & des Officiers
coupables. Il fit armer tout ce qu'il
y avoit de gens fideles dans la Garnifon
, & fe rendit Maistre des
Magafins , & des Corps de Garde
3 enfuite ayant defarmé les Soldats
du complot , il les fit enfermer
dans l'Eglife , où ils font gardé
par les François , en attendant
le fecours qu'il demande , & qu'on
L1
iij
402 MERCURE
doit luy envoyer inceffamment.
Pour ce qui eft du Major & des
fix Officiers infideles , ils ont efté
misfur deux Barques , avecbonne
efcorte ; lapremière est arrivée à
Collioure avec vingt Soldats , qui
ont conduit icy depuis trois jours
ledit Major , qui a dit bien des
chofes ; entr'autres ila chargéplu
fieurs perfonnes de cette Ville , il
Les a nommées , il aſſure qu'elles
donnoient des avis , & que
c'eftoit fur ces avis qu'on avoit
formé le deffein , de venir aprés
laprife de Rofe , dans le Rouffillon
, er d'aller au plûtoft prendre
par Efcalade la Citadelle de Sal
GALANT
403
fes , ce qu'ils croyoient devoir leur
réuffer infailliblement ; parce qu'il
fçavoient qu'il n'y avoit dedans
qu'uunne foible garnifon ;&peu de
munitions : d'ailleurs ils jugeoient .
que ce coup leur eftoit neceffaire
pour couper le chemin à nos Trou
pes , croyant encore que le Pays fe
revolteroit , que Perpignan tom
beroit de luy - même , & qu'enfira
il fe joindroient aux Fanatiques
du Languedoc. Pour ce qui eft de
Pautre Barque , elle a esté plus heu→
reuse pour les coupables. Comme
ellepartit un jour aprés la première,
& avec un mauvais temps , elle
acouru deux jours ces mers , &à
404
MERCURE
la fin elle est tombée entre les mains
d'un Brigantin Anglois , qui amis
en liberté les deux Officiers Napolitains,
a dépouillé les deux Of-
~ficiers François , trente Soldats
de Labour , qui les conduifoient :
ils ont efté menez à Barcelone .
Les Catalans de Majorque &
Minorque fe font tres-bien comportez,
ils ont demandé des Froupes
Françoifes pour leur deffenſe ,
la Nobleffe ayant fçu qu'ily
avoit deux Gentilshommes ,
n'estoient pas trop bien intentionnez
, les ont chaffez de leur pays :
Jefuis , &c.
qui
GALANT 405
Mr le Comte d Uzés , fils de.
feu Mr le Duc d'Uzés , & de N..
de Montaufier , & frere de Mr
le Duc d'Uzés , a épouſé Me
Amelin , fille de Mr des Bergeries
, ancien Officier de diftinction
, Lieutenant de Roy de
Condé , & veuve de Mr Amelin ,
Intereffé dans les affaires de Sa
Majefté. Me la Comteſſe d'Uzés
a infiniment d'efprit , & de
cet efprit liant & ailé , qui fait
plaifir , & qui luy attire l'eftime
& l'amitié de tous ceux qui la
connoiffent .
La Lettre que vous allez lire
eftant la cinquième que je vous
envoye , qui regarde le Siege
de Nice ; vous devez eftre bien
contente de moy , touchant les
nouvelles de ce Siege.
406 MERCURE
Au Camp devant Nice ce 19 .
Decembre.
a
Les Batteries que nous avons
fous Montalban , ont fait breche,
tant à l'ouvrage à corne , qu'à la
face du Baftion neuf, qui couvre
la Tour qui regarde Montalban.
On va prefentement
tourner les
Batteries , pour ouvrir la grande
courti e à lagauche , à l'égard du
Baflion neuf. La rampe qui conduit
au Chaftean eft entierement
achevée ; elle prend depuis la Ville
jufqu'à la mer. On a fait auffi
plufieurs boyaux de communicaa
GALANT
407
tion , avec une feconde paralelle
que l'on a tirée le long de la Limpia,
on monte tous les jours un Bataillon
, & cinq Compagnies de Gre
nadiers.
Les
ennemis n'ont point fait
mine de fortir , & jufqu'à prefent
ils n'ont fait que deux forties , qui
ne leur ont pas efte
favorables ,
quoy que Mr le Marquis de Senantes
, fils du Gouverneur
du
Chasteau de Nice , fuft à la teſte
de la premiere. Ils n'ofent
hafarder
plufieurs forties parce qu'ils ap-.
prehendent que
les Troupes
de la
Garnifon ne defertent , dont il nous
vient
toujours
quelqu'un , il fe
4.08
MERCURE
des grenades
.
*
contente
de nous envoyer
des bom
bes , des pierres
,
La grande
Courtine
à gauche
de
La Tour quiregarde
Montalban
commence
à s'ébouler
. L'Artillerie
des ennemis
eft prefque
demontée
du côté que la Marine
les attaque.
La noftre fait merveille
&.
nos Marins
la fervent
avec
une
adreffe
admirable
, ils ne mettent
pas plus de tems
à charger
un Canon
, qu'un
fufil. Il nous eſt
encore
arrivé
dix nouvelles
pieces
de canon
, & nous en attendons
encore
d'autres
. On ditque les ennemis
n'ont
pas plus
de quinze
Canonniers
, parce
que tous les
1
autres
GALANT 409
autres nous font venus , où ont
efté tuez.
Je ne puis m'empêcher d'ajoûter
icy l'Extrait d'une Lettre
, qui , quoy qu'anterieure à
celle que vous venez de lire ,
ne laiffera pas de vous apprendre
des chofes nouvelles.
Il y a 87. pieces de Canon ,
& 21. Mortiers , dont le vingtuniéme
eft de cinq cent , que
l'on appelle Mr Comminge , qui
pele deux cens quatre - vingt
milliers . Il ne tire qu'une Bombe
par heure ; parce qu'il faut
mettre la Bombe dans le Mortier
avec une grue ; aufli fait il trembler
la terre à une demi - lieuë
à l'entour , quand il tire , & tout
ce que l'on peut fe figurer de
Decembre 1705. Mm
410 MERCURE
plus terrible , n'approche pass
avec tout le bruit des Enfers
de celuy - cy , qui eft fans diſcontinuër.
Il y a cinquante pieces , de
puis le
pont de l'Olimpie du
Jardin de Lafcaris , jufques à la
mer , & toutes de 36. qui ont
déja rafé toutes les nouvelles
Fortifications , & l'on ne doute
point que la bréche ne foit faite
bien -toft . Les Deferteurs diễ
fent que les Bombes les defolent
, & qu'ils ne fçavent où fe
fourer , & qu'une grande partie
de la Garnifon defertera , dés
qu'il y aura une brèche.
La Lettre que vous allez voir
eft d'un lieu dont je ne vous en
ay point encore envoyé.
GALANT 411
A Pampelune, ce 18. Decembre .
Les troupes Françoifes qui étoient
dans l'Eftramadure, font arrivées
depuis deux jours fur cette
frontiere de Navarre , & traver
Sent tout l'Aragon pour se rendre
en Catalogne.
Mr le Maréchal de Teffe eft.
arrivé à Sarragoffe , où le Roy
d'Espagne fera auffi- toft aprés le
dix du mois prochain.
Les dernieres nouvelles de
Rofe, portent qu'il y étoit arrivé
cinq Tartanes , avec deux Efcortes
, qu'elles étoient chargées
devivres & de munitions , & qu'il
Mm ij
412 MERCURE
Y avoit fur ces bâtimens , deu
cens hommes du Regiment de la
Bourre. Le Gouverneur en a eu
tant de joye , que pour la bien
marquer, il a fait faire une falve
de toute fon artillerie , lorfque
ces deux cent hommes font entrez
dans la place.
Je viens d'apprendre que Mr
Duquefne Guiton , eft party de
Toulon avec neuf gros Vaiffeaux
pour venir croiler devant
Barcelone , où les Ennemis n'onc
laiffé que cinq ou fix Fregates ,
& pour empêcher que les convois
ne paffent de Lisbonne en
Catalogne . Quov- que les Ennemis
ayent laiffez vingt- cinq
Vaiffeaux à Lisbonne ; l'Efcadre
de Mr Duquesne n'en doit rien
apprehender , puifque les EnGALANT
413
nemis n'ont laiffez en Portugal
que leurs plus petits Vaiffeaux .
Si Mr Duquesne a befoin de
quelques Vaiffeaux pour groffir
fon Efcadre , il y en a de tous .
prets à Toulon qui ont ordre de
le joindre . L'arrivée de fon Efcadre
devant Barcelone , où dans
les lieux où il pourra couper les
convois venant de Lisbonne, eſt
un coup
de partie prudemment
imaginé , & il n'y a point de
doute que les Ennemis ne foient
bien dérangez par là..
Comme on a trouvé à Dezinzano
, depuis que nous y fommes
rentrez , aucunes des barques
dont nous nous fervions fur le
Lac de Garde ; Monfieur de Vendofine
ayant fçu qu'il y en avoit
deux grandes, & deux moyennes
Mm iij
414 MERCURE
à la Ciza , ce Prince a fait mon
ter trente Grenadiers dans des
petits bateaux , qui ont été prendre
ces Barques , & les ont ramenées
; il a fait auffi affembler
cinquante Mariniers pour fervir
fur ces Barques. Il fait fortifier
Dezinzano . Mrle Comte
de Médavy eft à Torbolé prés
de Breffia avec quatre mil Fantaffins
& deux mil Chevaux ;
Mr de Vendofme veut voir ceque
produira ce
avant que de mettre fes troupes
dans les quartiers d'hiver, dont
Vous venez de voir l'état .
mouvement
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit la Pipe ; ceux qui
l'ont trouvé font , Mrs l'Abbé
du Coudray Geniez Bertin
du Rocheret : Lavocat , Pro-
:
GALANT 415
cureur au coin de la ruë Oignard
Canelle , ruë d'Enfer :
Loyau va de bon coeur C ....
Beurreleau Champenois : Fortin
de Caën : la petite Manon Benjamine
: l'Amant conftant , &
fon aimable Maiftreffe de la rue
Aubry - boucher l'Agreable
dans les Compagnies : le troifiéme
Roy de Pologne couronné
: l'Aimable David , & fon
amy Met le Compere des
Champs , rue de la Verrerie :
les Amans de la ruë S. Germain
, au coin de la rue Thibault
: le Genereux Nirar , &
fa charmante voifine : l'Echo
fidele : Tamirifte : la charmante
Pillon , proche le Roy des Laboureurs
la charmante Catin
de chez Mr Bretaucourt , ruë
416 MERCURE
S. Martin: l'aimable Madelaine
de la rue des Tapifleries de
Reims , & le chafte Jofeph fon
fidel affocié : l'ainable Catho
Cailles de la mefme Ville , &
fon amant inconnu : L... Deputé
, des D. d . I.: la Dame du
Champ de l'Alouette : la com.
mere de Fanchon de Lauz : la
Viffe begayante depuis deux
ans la Bergere Climene & fon
Berger Tircis de la Place Roya
le ; le Docteur du bois commun.
L'Enigme que je vous envoye
eft de Mr d'Aubicourt.
:
1
ENIGM E.
Celuy qui nous créa me rendfo
neceffaire ,
Que je n'ignore rien de ce qui fe
! peutfaire,
Et l'on ne peut jamais inventer
d'inftrument
GALANT 417
Qui fcache comme moy tout faire
adroitement.
Si de tant de fujets je fuis le plus
•habile ,
Je dois , faifant du bien , à tous me
rendre utile ,
Mais me laiffant conduire à l'esprit
animal
Je pratique toujours moins le bien
que le mal.
S
C'est ainsi que l'on voit mes ta
lans pour écrire
S'employer à grosir un injuste procés
,
茶油
Et que multipliant la chicane à
l'excés ,>
Souvent j'impofe aufaze , &je ne
Say pas lire.
S
418 MERCURE
Car je ne fuis qu'un tronc d'ou
fortent cinq rameaux
Quife raffemblent tous , quoiqu'ils
foient inegaux s
Devenus grands & forts , chacun
comme ſa mere
Me nourrit , me deffend, &feconde
fonfrere.
La Chanfon que vous allez
voir vous paroiftra divertif
fante.
AIR NOUVEAU.
Que j'étois fat , quand j'étois amoureux
!
Souvent je répandois des larmes ;
Mes plus beauxjours , mesjours les
plus heureux ,
Ne fepiffoientpasfans allarmes.
Mais depuis que Bachus m'a muni
de fes armes ,
Doux effet de ce jus divin
719
coeur
x de
10mbes
,
ils
oftes
oyer
Les
Pris
le le
qui
can-
1
de
:
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A
Que
Soi
Mes
N
Mar
Do
GALANT
419
Za joye a fçeu bannir de mon coeur
le chagrin ;
Je resiste à l'Amour , je mépriſeſes
charmes.
Ah ! qu'un homme est heureux de
n'aimer que le vin !
Les Mécontens d'Hongrie , au nombre
de plus de vingt mille hommes ,
marchent du cofté de Vienne , & ils
ont ordre de fe faifir de tous les poftes
par où l'Empereur pourroit envoyer
des fecours d'hommes & d'argent à fes
troupes les plus avancées . Ils ont pris
cette refolution depuis qu'ils ont fçû
ce qui fe paffoit en Baviere , &, que le
Ciel favorife le party de tous ceux qui
ne prennent les armes que pour la confervation
de leur liberté . Le Confeil de
Vienne fe trouve fort embaraff : les
affaires d'Hongrie , & de Bavière dé
concertant tous ces projets pour la
Campagne prochaine , & ces revolu
420 MERCURE
tions pouvant à tout moment en faire
naitre d'autres dans les Pays Heredi
taires , où l'on fouffre impatiemment
la domination prefente , & où l'on eſt
fi furchargé qu'il eft impoffible que les
Peuples fatisfallent à tout ce qu'on
exige d'eux . D'ailleurs , fi les troupes
de l'Empereur , & celles de plufieurs
Princes de l'Empire agiffent pendant
tout l'Hyver en Baviere ; elles ne feront
point en eftat de fervir au commencement
de la Campagne . C'eft ce
que Mr le Prince de Bade a fait repré
fenter au Confeil de Vienne , pour
s'empefcher d'envoyer en Baviere les
troupes qui luy ont efté demandées par
l'Empereur. Les Cercles fe font auffi
fervis des mefmes raisons pour s'excufer
de faire marcher leurs troupes 5
mais on a fçu qu'ils ne fe deffendent
de les envoyer , que parce qu'ils ont
trouvez qu'il y a de l'injuftice dans les
traittemens que l'on fait aux Bavarrois ,
& qu'il étoit d'une dangereufe confequence
pour les Membres de l'Empire
de
GALANT
421
de les laiffer accabler : de maniere qu'il
n'y aque ceux qui font dans une étroite
liaison avec l'Empereur , ou de fa
Famille , qui font marchet leurs troupes
, & ceux qui agiffent par un principe
de jaloufie contre Monfieur l'Electeur
de Baviere qui poffe de toutes
les qualitez que l'on peut fouhaiter
dans un Heros parfait cependant le
Ciel continue toujours de favorifer les
Frotecteurs de la Baviere , je dis les
Protecteurs parce que je vous ay déja
marqué qu'on ne donnoit plus d'autres
noms à ces braves , ils le font en
effet , non -feulement par l'intrepidité
de leur valeur ; mais auffi parce qu'ils
ont toute la gencrofité des voritables
gens de Guerte , qui ne doivent avoir
que l'honneur en recommandation , &
qui doivent toujours obferver les Loix
de leur meftier, c'eft ce qu'ils ont fait en
ne maltraittant point les Imperiaux qui
étoient dans les Places dont ils le font
rendus maiftres , & en leur impofant
feulement de ne point fervir contre
Decembre 1705.
Nn
422 MERCURE
>
eux pendant un temps fixé. Les Im
periaux n'en ont pas fait de mefme ,
lorfqu'ils ont emporté quelques Places ,
& ils ontauffi-toft paflé les Garniſons au
fil de l'épée ; ce qui a fur tout efté remarqué
& detefté aprés la prife de
Berghocen : cette maniere cruelle des
Imperiaux , & le procedé honneſte des
Protecteurs de la Baviere , font tous les
jours groffir leurs Troupes , & la pluf
part des fix mille hommes levez pour
I'Empereur, avec une violence extraordinaire
, ayant trouvé moyen de s'échaper
,font venus les joindre , & ce qu'il
y a de furprenant , eft , que ces Protecreurs
protegez du Ciel , donnent tous
les jours cinq fols à chaque homme qui
vient prendre parti avec eux. Les dernieres
Lettres de Cologne portent ce
qui fuit.
Les Payfans Bavarois fe font rendus
maistres de Munich , ils y ont préfentement
trois mille chevaux , & tous ceux de
cette Nation qui avoient efté reformez à
La derniere Paix , & qui fervoient dans
GALANT
423
les Troupes de Saxe , & des autres Princes
de l'Empire , defertent en grand nombre
auffi - bien que plufieurs Imperiaux , qui fe
plaignent de n'eftre pas payez , pour se ve -
nirjetter parmi les Bavarois mécontens
qui ont préfentement beaucoup de bons
Officiers.
>
Voicy ce qu'on écrit de Ratifbone &
de Francfort , touchant la même affaire.
De Ratisbone ce 15. Décembre.
Les Princes voifins ont refufé à la Dié
te , fous differens prétextes , l'affistance
qu'elle leur avoit demandé, à l'exception
du Ducde VVirtemberg , qui a promis de
nous envoyerfix cens Dragons , & douze
cens Fantaffins, Les Miniftres de la Diete
ont déja fait prendre les devants à ce
qu'ils avoient de plus precieux. Le nombre
des Mecontens de Baviere augmente de
jour enjour.
A Francfort le 15. Décembre .
Un Parti Bavarois de trois cens hommes
, fous la conduite d'un fils de Bour
geois & d'un Boucher de Kelheim , s'em
paraleis dece mois dudit Kelheim , &
Na ij
424 MERCURE
envoya des ordres à tous les Bavarois de fe
joindre à luy . Deux Regimens Palatins
partiront aujourd'huy quinze pour la Baviere.
On avoit parlé d'une fufpenfion'd'armes
, pendant laquelle Mr I'Evefque de
Salfbourg devoit travailler à un accommodement
; mais il ne paroift pas
que cette nouvelle aye eu de fuite , depuis
qu'on a fçu que les Bavarois devoient
demander , entr'autres chofes :
que les Imperiaux fortiffent des Places ;
que la Regence fut administrée au nom du
Prince Electorals qu'on fe contentaft d'un
mediocre fubfide & que les Sujets ne
fuffent plus moleſtez.
Les Venitiens ont ouvert les portes
de Launato aux Troupes du Prince Eu
gene , aprés avoir refufé quelque temps
de les y laiffer entrer. J'aurois beaucoup
de chofes à vous dire là- deffus ; mais il
n'y a perfonne qui ne devine ce que je
penfe ; la politique qui agit toujours
fur le même principe , fe découvre aifément.
GALANT
425
Les Alliez continuent de publier , que
le General Herbeville , a barru le Prince
Ragofki en Tranfilvanie ; mais comme
ils difent qu'il n'a perdu que trois mille
hommes ; & les Imperiaux mille , il n'y
a pas licú de croire qu'une perte qui n'eſt
que de deux mille hommes de plus que
celle des Imperiaux , ait obligé ce Prince
à prendre la fuite , & à s'éloigner auffi
loin , porte que les Relations qu'on affecte
de publier , quoiqu'l n'y ait point
encore à Vienne de nouvelles de cette
action,qui, fuppofé qu'elle foit veritable,
ne laiffe pas d'eftre groffis. On vient de
faire un échange de 3600 hommes des
prifonniers que nous avions enFlandres,
contre un pareil nombre de ceux de la
Bataille d'Hochftet ; ce qui fait voir que
nous avons fait cette année un grand
nombre de prifonniers en Flandres. Je
fuis , Madame voftre & c.
›
A Paris ce 29. Decembre 1705 .
AVIS.
On donnera le Mercure prochain , le
4 de Fevrier.
TABLE.
1:
Relude .
PRe
Relation curieufe de tout ce qui
s'eft paffe à Naples , à la découverte
de la Statue Equestre de
Sa Majesté Catholique , 7
Relation du Couronnement de Staniflus
1. Roy de Pologne , & de
la Reine Catherine fa femme , 16.
Premier Article de morts , tant
Etrangers que François ,
Pompes funebres faites en plufieurs
Villes de Lorraine , ...
41
64
Lettre qui furprendra le Lecteur, 66-
Réjouifances faite par la Compagnie
des Arquebufiers d'Etampes
,
70
Lettre remplie de plufieurs Articles
d'érudition , 79
Ceremonie faite dans la Chapelle
de S. Symphorien , prefentement
appellée S. Luc 95
TABLE.
Extrait d'une Lettre dun Ecclefiaftique
demeurant chez Mrs de
la Million de Rome , à un de
Jes amis en Languedoc , écrite
au fujet de la celebre Colonne de
marire Granit Oriental , nouvellement
découverte en une des
Maifons des Milionnaires de la
mefme Ville, 106
113
Lettres fur des faits extraordinai.
res ,
Titres donnez par le Roy d'Ef-
115
pagne,
Mrle Comte de Harac eft élu Coadjuteur
de Saltzbourg ›
12F
Mr Girolamo Duodo , eft nommé
Ambaffadeur de Venise en Fran-
се ,
Ode fur une tres- belle cure ,
124
126
Second article de morts Etrangers
& François, 137
TABLE.
Addition à l'article de la mort de
Dom Auguftin Chigi ,
144
Sacre de Mr l'Evefque de Toul ,
153
Changement fait à l'Accademie des
Infcriptions ,
Second Article d'érudition ,
155
156
Lettre de Mrde Voolhouse ,fameux
163 Oculiste ,
Augmentation par le fiear Nicolas
Langlois , du Recueil des Vuës
& des Perfpectives des Palais ,
des Places , des Eglifes & des
plus beaux Batimens de Paris ,
& Chafteaux de France , &c. 176
Nouvelle édition du Livre intitulé
l'Arithmetique de Barreme , ou
Le Livre facile pour apprendre
l'Arithmetique de foy- mefme ,
&c. 183
Lettre de Mr de Meffange fur la
TABLE.
deffenfe de fon nouveau Systeme
du mande 186
Rencontre de l'Himen & de l'Amour
189
Lettte écrite à Mr de Baville, 193
198
208
Mariages ,
Faute corrigée faite dans l'Article
d'un mariage Efpagnol ,
-Differtation tres - curieufe de Mr
Deflande , Chanoine & Grand
Archidiacre de Treguier , 212
Difcours furl'affaire arrivée proche
220 d'Annoné ,
Mr de Charmont eft nommé pour
remplir la Charge de Secretaire
des Commandemens
de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , 227
Penfions données Par le Roy , Sur
Abbaye de faint Beitin , 23 %
Premier Article des nouvelles de
Armée de Monfieur de Ven-
1
TABLE.
dofme, 240
Letire de l'Archiduc écrite à la
Reine d'Angleterre, 250
Abbaye donnée par le Roy à Mr
Abbé Tamifier , Secretaire de
Mile Nance, 263
Troisiéme Reponse aux Nouvelles
publiques imprimées chezles Alliez
267
Troifiéme Article de morts , 274
Viceroyauté de Valence , donnée à
Mr le Duc d'Arcos , 277
Viceroyauté d'Aragon, donnée à Mr
le Comte de Santiftevan de Gormas
283
288
299
'Livres nouveaux ,
Quatrieme Article de morts ,
Mr de Broffard eft nommé Treforier
de la Maifon & Finance de
Monfieur le Comte de Toulouſe,
302
TABLE.
308
Fefte de S. Lazare célebrée à l'Abbaye
de S. Germain des Prez, 306
Plufieurs Relations fat les affaires
de Catalogne ,
Benefice donné par le Roy, & par
Mrle Duc de Bou llon , 348
Second Article des nouvelles de
l'armée de Monfieur de Vendofme
, avec l'état des quartiers
d'Hyver,
Nouvelles de Baviere ,
337
365
Nouvelles du Siege de Nice , 370 ..
Suite des nouvelles dufiege de Nice,
373
Article touchant Montmelian , 378
Fefte donnée par S. A. S. Monfieur
le
Prince , 379
Secondefuite des nouvelles dufiege de
Nice ,
Dernieres nouvelles de Catalogne ,
383
389
TABLE.
Mariage de Mr le Comte d'Uzés Z
405
Troifiéme fuite du Siege de
Nice ,
405
Nouvelles de Pampelune & de
411
Rofe ,
Dernieres nouvelles de l'Armée de
Monfieur de Vendofme . 413
Artile des Enigmes , 415
Article concernant les Mecontens
d'Hongrie & de Baviere , 419
Nouvelles de divers endroits, 424
Avis pour placer les Figures .
L'Air , Dieu de paix , &c. 6
L'Air , Que j'étois fot qu'en j'étois
amoureux ,
418
1705,42
Mercure
<36624505050010
<36624505050010
Bayer . Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
DECEMBRE , 1705.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant,
Omme il eft impoffible dans la con-
Cjoncture
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
-Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. D CC V.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
Münche
AU LECTEUR.
ILy a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour efire employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE
1705 .
R
IEN
n'eftant plus
agreable que la varieté
en toutes
chofes
, je commence ma Lettre
d'une maniere affez nouvelle ,
& dont je ne me fuis encore
fervi qu'une fois ; c'eſt- à- dire ,
A iij
6 MERCURE
y
par la chanfon fuivante, quidoit
fervir de Prélude. Elle regarde
le Roy , dont j'ay accoûtu
mé de vous parler au commencement
de toutes mes Lettres .
AIR NOUVEAU.
Dieu de la Paix , Dieu de victoi
re ,
Exauce de Louis les plus ardens
fouhaits;
Il ne veut vaincre , & ne cherche
la gloire
,
Quepourfaire la Paix.
C'est pour tes droits facrez qu'il
entreprit la guerre ;
GALANT
7
SEIGNEUR , benis tous fes exploits,
Etpermets que fon bras puiffe cal
mer la terre ,
Pouryfaire regner tes loix.
Vous devinez bien que cet
Air eft de M de Mez , de la
Fléche en Anjou ; puifque tous
ceux qu'il m'envoye regardent
le Roy.
Je vous ay parlé fort imparfaitement
de la découverte d'une
Statuë Equeftre érigée à
Naples ; ce qui m'oblige à vous
en envoyer la Relation fuivante
, que je viens de recevoir , &
A iiij
8 MERCURE
de la même maniere qu'elle m'a
efté renduë .
que
RELATION
De ce qui s'eft paffé à la découverte
de la Statue Equeftre
la Ville de Naples
, a
élevée au Roy Philippe V.
en marque de fa fidelité , &
en memoire de la venue de
Sa Majefté dans ladite Ville
de Naples l'année 1702 .
faite par les foins de M ' le
Duc de Popoli & du Tribunal
de la Fortification de ladite
Ville. Ecrite par Antoine
Bulifon.
Le 16. du mois de Septembre
GALANT 9
i
a
dernier. Aprés midy,toutes les chofes
neceſſaires eftantpreftes pour découvrir
la Statue Equeftre , dreffée
par la Ville de Naples à S. M.
C. à la place du Jeſus - neuf.
Cette place qui a 1600. Palmes
de circonference , eftoit toute ornée
de parements & de loges , qui
eftoient remplies d'un grand nombre
de Dames & du plus beau
monde de la Ville. On avoit élevé
au milieu de la place une fuperbe
machine de 150. palmes de hauteur
, dans un quarré diamentral
de 80. palmes , forméfur les bafes
de trois colonnes, qui reprefentoient
les quatre parties du monde , aux
10 MERCURE
bafes defquelles eftoient les armes
de tous les Royaumes & de tous
les Eftats que S. M. C. poffede
par toute la terre. Au fommet de
la machine quife ferroit en fleurs
de lis , eftoit un Soleil de 20.palmes
de diametre , avec trois fleurs
de Lis , qui forment les armes de
S. M. Il y avoit au deffous une
Couronne Imperiale de 30. palmes
de circonference , au deſſous de laquelle
pendoit un pavillon de Damas
cramoifi, de 100. palmes de
hauteur , qui couvroit le Royjuſ
ques à terre. Les colonnes eftoient
ornées de Statues , de feftons , de
trophées de cartouches , avec des
GALANT II
infcriptions à la louange du Roy.
Le tout difpofé par les foins du
Meftre de Camp & Ingenieur.
Dom Dominique Dentici , Noble
du fiege de Nido , qui avoit
auffi eu l'ordre de faire la Statue
Equeftre du Roy.
Au milieu de cette machine eftoit
cette Statue, qui a eftéfaite en trois
années de tems par le fameux
Statuaire Nicolas Vacaro . La Staque
avec le Cheval peſe environ
deux cens quintaux , poids de
France , elle a dix-fept palmes
de haut , fur une baſe de
marbre bien travaillé, de la même
bauteur. Le tout entourré d'une
12 MERCURE
belle grille de fer , & de 16. petites
colonnes de marbre. On lit
fur la face du devant de la baſe,
Pinfcription
fuivante , compofée
par le fçavant
Matthieu
Egizi.
PHILIPPO V.
HIS. NEAP . SICIL. ET INDIARUM
REGI
POTENTISSIMO
CATHOL. PIO FELICI.
QVOD ADVENTU SUO PRÆSEN
TIQ NUMINE CIVES BENEFICIIS
ITALIAM
MAGNITUDINE RER
GESTARUM
COMPLEVERIT
ORD . POP. Q.
NEAPOLITANUS
OPT. MAXIMOQ PRINCIPL
P. P.
ANN. DOM. MDCCIL.
A quatre heures aprés midi Mr
GALANT
13
3
le Marquis de Villena , Viceroy
de Naples fortit de fon Paleis en
cavalcade précedé de toute la
principale Nobleffe montée fur
de beaux chevaux , au milieu
des Gardes Suiffes , il paffa par la
belle ruë de Tolede , & fe rendit
à la place du Jefus, où étant devant
la Statue du Roy , on tira adroitement
8. cordons du rideau & du
grand pavillon , dont il fe forma
un grand dais , garni de galons,
franges , & fleurs de lis d'or,
Alors le Viceroy levant fon chapeau
, falua le Roy , criant viva
el Rey ; ce qui fut pareillement
prononcépar tous ceux qui eſtoient
14 MERCURE
prefens . Auffi- toft cent Muficiens
qui eftoient fur les bafes des pyramides
, chanterent les louanges de
S. M. Dans le mefme tems Mrs
les deputez du Tribunal de la
Fortification ( qui avoient eu le
foin de faire la Statuë ) jettoient
de deux balcons qui estoientfur les
avenues de la place , au peuple
quantité de medailles d'argent &
de cuivre , qui reprefentoient d'un
côté, la figure de la Statuë , autour
de laquelle eftoit le nom du Roy
de l'autre côté unefemme affife
qui reprefentoit Partenope armée
d'une cuiraffe , & tenant d'une
main une pique , & de l'autre
GALANT IS
une corne d'abondance ; les paroles
fuivantes eftoient autour, Adventui
Principis Feliciffimo . Aprés
que cette Statue cut efté découverte ,
Mr leViceroy alla à l'Eglife Roya
le des Dames de Sainte Claire , uo
il entendit le Te Deum , quifut
chanté en Mufique pendant une
triple falve de l'Infanterie qui
eftoit dans la cour de la mefme
Eglife , & des falves du canon
des quatre Châteauxde la Ville
de Naples .
La nuit eftant venuë , toute la
place fut éclairée par une grande
quantité de lumieres , & la machine
& le tour de la Statuë par -
16 MERCURE
un grand nombre de flambeauxe
de cire de Venife , & cent Muficiens
chanterent une belle ferenade
à la louange de Sa Majeſté Catholique.
La Relation fuivante vient
de Pologne , je ne fçais fi elle a
efté faite par un François ou
par quelque Suedois , la langue
Françoife eftant fort familiere
aux Suedois. Je n'ay pas crû en
devoir reformer le ſtyle , afin
que les chofes y paruffent plus
naturellement comme elles fe
font paffées.
GALANT 17
RELATION
Du Couronnement de Stanislas
I. Roy de Pologne , & de
la Reine Catherine fa Femme
, qui s'eft fait à Warfovie
le 4. Octobre dernier.
Les Senateurs & les Nonces
des Palatinats de Pologne ayant
dreffé les Pacta Conventa , le
Roy Stanislas alla la veille de
fon Couronnement à l'Eglife de
Saint Jean pour jurer de les
obferver religieufement. S. M.
partit du Palais de Belinsky où
Decembre 1705. B
18 MERCURE
Elle logeoit. Les Caroffes des
Palatins & des Nonces commençoient
la marche , & ceux des
Evêques des Senateurs les
fuivoient ; Le Caroffe du Roy ,
dans lequel S. M. fe trouvoit
feule , étoit précedé par quantité
de nobleffe à cheval & Suivi
par fes Gardes du Corps pareillement
à cheval. Le Roy traversa
l'Eglife éclairée par un double
rang de flambeaux jusqu'au
Grand Autel , où il trouva l'Archevêque
de Leopol revêtu de
fes habits Pontificaux , qui luy lút
les Pacta Conventa le Formulaire
du ferment. S. M. l'ayant
GALANT 19
prêté à genoux ,fut reconduite au
dit Palais dans le mefme ordre ,
avec cette difference que
difference que l'Arche
vêque de Leopol & l'Evêque de
Caminick étoient au retour dans
fon Caroffe fur le devant .
Le jour fuivant qui étoit le 4.
Octobre , Leurs Majeſtez allerent
incognito au Château , aprés
avoir jeûné trois jours de fuite
pour ſe préparer à cette folemnité
pour communier.
Sur les 10. heures du matin,
tout étant preft , on avertit les
Ambaffadeurs de Suede , qui fe
rendirent auffitôt au Château , où
ils furent reçûs d'une maniere
Bij
20 MERCURE
convenable à leur rang
.
Ils trouverent dans la premiere
Cour un Bataillon fous les Armes
tambours battants .
,
Le Maréchal de la Cour , le
Sieur Poninsky , les reçût au bas di
grand efcalier à la defcente de leurs
Caroffes. Le Comte Sapieha
Piffart ou Grand Commiffaire de
Lithuanie , les attendoit quelques
degrésplus haut , & les conduifit
jufques à la Salle des Gardes , où le
Colonel defdits Gardes , le Sieur
Poniatowsky , vint au devant
d'eux. Ala porte de l'antichambre
du Royfe trouva le Caftellan
de Siradie , qui eft Senateur , avec
GALANT 21
quelques Députez , qui les complimenterent
de la part du Roy & de
la Republique , & dans l'antichambre
, le Grand Treforier de
Lithuanie faifant la fonction de
grand Maréchal , s'avança vers
les mena dans les Cabinets eux
de leurs
Majeftez.
Voicy de quelle maniere tout
étoit difpofé dans l'Eglife.
Dans le Choeur , vis-à- vis le
grand Autel , fur une eftrade de
niueau avec ledit Autel , étoient
élevez deux Thrânes fous deux
Dais > entourez de Gardes die
Corps ; un cofté du Choeur étoit
deftiné pour les Generaux & les
2
22 MERCURE
Officiers Suedois , l'autre pour les
Grands & pour les Nonces Polonois.
A l'égard des Ambassadeurs
de Suede , il y avoit entre le premier
banc
teüils ; au deffus de cet endroit ily
à une feneftre & une chambre qui
communique au Château , de laquelle
les Rois de Pologne ont
coutume d'entendre la Meffe.
Elle étoit deftinée pour le Roy de
Suede , qui voulut eftre ſpectateur
de cette Ceremonie avec le Comte
de Piper , le Duc de Wirtemberg
&quelques autres Seigneurs Suedois
. Del' autre cofté vis-à- vis, il
l'Autel trois fauGALANT
23
y
avoit
un petit Balcon pour la
Mere du Roy & les Dames les
plus qualificés.
La Marche commença par les
Gentilshommes des Ambassadeurs
de Suede ; enfuite venoient les
Nonces Polonois & une grande
partie de la nobleffe.
Aprés eux marcherent defuite
le Porte- épeé de Pofnanie avec l'Epee;
le Caftellan de Radziec avec
la Pomme ; les. Caftellans deJuny,
Wladiftam de Leure , avec les
Sceptres ; le grand General de
Lithuaniele Caftellan de Siradie
avec les Couronnes.
Ces marques de la Royauté
24 MERCURE
(
eftoientfuivies par le Treforier
Sapieha , faifant la fonction de
grand Maréchal de la Couronne.
Au devant du Roy marchoient
les Ambaffadeurs Wachflager &
Palmberg.
Le Roy , armé de toutes pieces
ayant un Manteau rouge doublé
de Martres Zibelinies fur les
épaules , étoit conduit par le Piffart
ou Grand Commiffaire de Pologne
Potocky, & par le Starofte Sapieha
. La Reine , quiparut enfuite en
habit de drap d'argent & les che-
"veux épars , étoit menée par le Baron
Horn , premier Ambaſſadeur
de Suede, lesDames lesprincipanx
GALANT 25
paux Officiers de la Cour étoient
les derniers. Dez que les premiers
furent àl'Eglife , on commença la
Mufique fur les trois Tribunes.
Les marques de la Royautéfurent
mifes entre les mains des Ecclefiaftiques
, qui les mirent fur le
grand Autel , la Couronne du
Roy un peu plus haut que le reſte.
Deux Evêques & deux Prélats
le reçûrent & le complimenterent
au bas duThrône,dont les deux
premiers menerent S. M. à l'Autel
; & la Reine cependant paſſa
dans la Sacriftie
.
L'Archevêque étoit affis devant
l'Autel , reveſtu des fes habits
Decembre
1705 . C
26 MERCURE
Pontificaux , auquel l'Evêque de
Caminiek dit lesparolesfuivantes.
Nôtre Mere Sainte Eglife
defire que ce vaillant Chevalier
, éleu Roy , foit couronné.
L'Archevêque demanda s'il en étoit
digne s'il étoit dans le deffein
de remplirfes devoirs . L'Evêque
répondit : Ouy, il en eſt digne
& il remplira fes devoirs. Aprés
"quoy , on ôta au Roy fon Cafque ,
Il se mit à genoux & promit encoreparferment
beaucoup de chofes
conformes aux Pacta Conventa .
S. M. baifa l'anneau de l'Archevêque
, fit fa confeffion de foy &
fon ferment , en mettant les deux
mains fur l'Evangile. L'ArcheGALANT
27
les
véque ayant la tefte nie se mit à
genoux avec les autres Ecclefiaftiques
; & le Royfe profterna les
bras étendus. On chanta les Litanies
& plufieurs autres Prieres
lefquelles finies , l'Archevêque
saffit fur fachaire Epifcopale ; &
le Roy feleva fur fesgenoux. On
luy ôta le Manteau Royal
braffarts. L'Archevêque, avec le
pouce de la main droite , luy oignit
le dedans de la main droite , le
coude & le haut des vertebres
entre les épaules , prononçant ces
mots : Je t'oins pour
eftre Roy ;
au nom du Pere, du Fils, & du S.
Efprit . Amen. Il s'effuya enfuite
Cij
28 MERCURE
un
lepouce avec du pain , &felava ;
pendant qu'un Evêque effuya le
Roy avec du pain frais é avec
du coton. Enfuite de quoy on conduifit
S. M. dans la Sacriftie , où
elle changea l'habit militaire en
habit Epifcopal tout blanc , qui
doitêtregardépourfon enterrement.
On trouve que le Roy Jean a de
mefme efté enterré dans l'habit
qu'il avoit porté à fon Couronnement.
On reconduifit S.M. à l'Autel;
l'Archevêque luy donna l'épeé
nie . Le Roy la mit entre les
mains du Porte- épeé , qui la remit
dans lefoureau & la mir enfui-
•
GALANT 29
te au côté du Roy ; &aprés l'avoir
tirée de nouveau , il la brandit
plufieurs fois dans l'air , pour
marquer l'ufage qui en doit eftre
fait, & la remit enfuite dans le
foureau. La Couronne fut mife
fur la teftedu Roypar l'Archevefque
& les autres Evefques ; le
Sceptre , dans la main droite ; & la
Pomme , dans la gauche. Toutes
ces ceremonies fe faifoient avec
des prieres & des exhortations
convenables à chaque fujet. S. M.
fe leva ; & portant les fufdites
marques de Royauté, donna l'Epeé
au Porte- épeé. Elle monta fur le
Thrône, conduite par les Evefques
C iij
30 MERCURE
lesprincipaux des Seculiers , où
;
les derniers demeurérent. Peu de
temps aprés , leRoy fut reconduit
pardeux Evêques deuxPrelats,
"“à l'Autel , où Sa Majesté demanda
à l'Archevêque de couronner la
Reine. L'Archevêque ayant promis
de le vouloir faire les deux
Evêques la menerent de la Sacriftie
devant l'Autel , où les Ceremonies
des deux Couronnements furent
prefque pareilles. La Reine fe prof
terna , pendant qu'on luy donna la
Benediction ; on luy oignit la
main le dos entre les épaules ,
' on l'effuya. On la reconduifit
dans la Sacriftie ; & on la revêtit,
GALANT
ZL
la
L'un manteau de drap d'argent ,
doublé d'hermines . Les Evêques
ramenerent devant l'Autel , on
Luy mit la Couronne fur la tefte ,
le Sceptre dans la main droite ;
&l'onfit des prieres & des exhortations
, comme auparavant. Elle
fut conduite enfuite à fon Throne.
Sept Dames de la premiere qualité
porterent fa queüe , & toutes les
plus diftingueés fe rangerent autour
de Sa Majesté.
Cela fini , on chanta le Te
Deum , pendant qu'on faifoit trois
falves du canon du Château , &
de la moufqueterie. Un des Evef
ques porta l'Evangile aux Throf-
C iiij
32 MERCURE
nes pour eftre baisé par leurs Majeftez
; aprés quoy deux Evêques
les ramenerent
à
l'Autel
poury
faire leurs offrandes. Elles baiferent
derechef l'anneau de l'Evefque
& quelques Saintes Reliques
fe mirent enfuite fur
leurs Thrones
pendant la grande
Meffe , à lafin de laquelle leurs
Majeftez communierentpour cette
fois fous les deux efpeces . L'Archevefque
donna la benediction à
leurs Majeftez e aupeuple ; &
le grand Maréchal de la Couronproclama
vive le Roy & la
Reine ce qui fut repeté par
toute l'Eglife .
ne
GALANT
33
On retourna au Château , dans
le mefme ordre qu'on avoit obfervé
en allant. Dans la grandefalle ,
l'Evêque de Caminiekfit une belle
barangue au nom des Senateurs
& de la Nobleffe.
Le Treforier Sapieha luy répondit
de la part de leurs Majeftez
; aprés quoy les deux Etats
les Grands & la Nobleſſe furent
admis à leur baifer les mains.
Dans la Salle où leurs Majeftez
mangerent , il y avoit trois
tables , dont celle du milieu eftoit
quarrée & élevée de quelques degrez
au deffus des autres. C'étoit
celle de leurs Majeftez , qui fu34
MERCURE
rentfervies par les principaux
Officiers du Royaume ; les Ambaffadeurs
de Suedey estoient.
Celle de la droite eftoit pour les
Senateurs & pour les Nonces ; &
l'autre pour les Dames & pour
plufieurs Officiers & Seigneurs ,
tant Suedois que Polonois.
Le Prince Alexandre pendant
cette folemnité s'eftoit retiré à ſa
terre de Villanova , moins
·par
crainte d'irriter le Roy Auguste
contre fes freres prifonniers , que
pour éviter toute difpute avec les
Ambaffadeurs de Suede , qui luy
avoient fait dire
dans une
telle ceremonie, à la table du
que
GALANT
35
Roy ils ne pouvoient luy donner
la préféance. Ce fut pour la
même raison que la Princeffe
mere du Roy s'en abfenta auſſi ;
d'autant qu'on avoit un exemple,
qu'au Couronnement du Roy Michel
,fa mere avoit esté affife à
table au deffous des Ambaffadeurs
de Suede.
Le Roy & la Reine s'eftant
levez de table , furent reconduits
dans leur Palais par tout ce qu'il
I avoit de gens de qualité.
Le lendemain leurs Majeftezfurent
felicitées de nouveau parplufeurs
Seigneurs & Dames.
Elles dinerent chez M le Comte
36
MERCURE
Horn ,
Ambaffadeur de suede
où il y eut un bal &
mafquarade
bien avant dans la nuit .
Le 6. elles dînerent toutes feules
. Le foir on celebra les noces du
Caftellary de Mezeriz & d'une
Dame de la Cour . La
ceremonie
Pa
des
fut faite par l'Archevêque dans
appartement dela Princeffe Mere
du Roy ,parce qu'elle eftoit unpeu indifpofee.
LeRoyfoupa dans la grandegallerie
enpublic , à la maniere
Rois Polonois nouvellement couronnez
; la Reine & les nouveaux
mariez eftoient à la même table.
On en avoit placé une autre bien
grande , unpeu au deffous ,pour les
GALANT 37
Senateurs , les Dames , les Nonces
, les Generaux , Seigneurs &
Officiers Suedois. Ily avoit auffi
quelques tables dans l'appartement
du Maréchal.
Le foupé fini , leurs Majeſtez
pafferent dans un autre appartement,
où ily eut bal ; il n'y avoit
pour toutes chaifes que
·
deux fauteuils
pour Le Roy & pour la
Reine.
Le Roy danfa le premier avec
la nouvelle mariée,précedé de douze
Senateurs & Seigneurs , danfans
deux à deux.
La Reine prit enfuite la mariée
,précedée des mêmes Seigneurs,
38 MERCURE
&fuivie de quelques Dames , fe
tenans auffi deux à deux. Aprés
cela , le Roy danfa avec la Reine
de la même maniere . Cela fini , le
Roy donna la liberté de danfer à
tout le monde. La Reine fe retira
à onze heures , & le Roy environ
à minuit.
6
Et le lendemain,les affairesprirent
la place des divertiffemens ;
cela contiua les jours fuivants.
Il eft à remarquer que toutes les
ceremonies circonstances ont efté
obfervées à ce Couronnement ; on
n'a negligé que celles qui n'étoient
de confequence. On compte di
nombre de ces dernieres , la coûtume
pas
GALANT
39
dejetter des medailles au peuple par
le Treforier. Il en eft de même du
Jieu du Couronnement, qui eft ordinairement
à Cracovie ; mais cela
n'a pas toûjours eſté observé.
Cette Ville a envoyé des Dépu
tez, qui ont donné au Roy les clefs
pour marque de fa foumiffion . Le
Primat fait ordinairement le Sacre
du Couronnement ; mais on a
des exemples que d'autres Evêques
l'ont auffi fait , en cas de befoin.
le Car-
Pour ce cas- ci , outre que
dinal ne pouvoit pas fe rendre à
Warfovie , il a declaré , qu'il approuvoit
tout ce qu'on auroit fait
enfon abfence , & qu'il le tien40
MERCURE
droit comme fait par luy mefme.
Plufieurs Deputezfont arrivez à
Warfovie , aprés leCouronnement,
qui n'avoient pas crú , qu'il dûtfe
fefairefi toft. Il eft trés remarquable
, qu'il n'y a pas un Palatinat,
ny dans la Pruffe , ny dans la
grande Pologne , ny dans lapetite,
mefme dans la Lithuanie &
dans la Samogitie, où font les troupes
ennemies , qui n'ait envoyé
quelques Deputez. Les Cofaques
ont empefché ceux de la Ruffie de
de s'y rendre nonobftant cela
les principaux d'entr'eux ont pourtant
témoigné leur obeiffance . Les
hautes vertus, &particulierement
;
GALANT
41
l'éloquence du Roy , jointes à fon
pouvoir de diftribuer les premieres
charges du Royaume , auffi bien
que le peu de tems qu'il a donné à
ceux qui veulent avoirpart à l'amniftie
, font efperer que tout fe
rangera bien-tôt àfon devoir.
Dame Marie - Hector de
Marle , veuve de Mr Thomas
de Bragelonne , premier Prefident
du Parlement de Metz ,
mourut dans le mois d'Octobre
dernier. Elle defcendoit de
Henry le Corgne de Marle ,
S' de Vertigny , premier Prefident
du Parlement de Paris en
1404. & Chancelier de France
Decembre 1705. D
42 MERCURE
en 1413. Ce grand Magiftrat
dont la memoire eft en benedi-
Єtion dans ce Royaume , perit à
caufe defongrand attachement
pour les interefts du Roy Charles
VI . & pour ceux de la Maifon
d'Orleans . Les Partifans.
du Duc de Bourgogne ne s'accommodant
pas de
de fa fidelité
& de fon zele, & s'eftant rendus
les maiftres de Paris ' , ils.
l'arrefterent , ainfi que le Conneftable
, & quelques autres.
perfonnes de confideration
qu'ils firent affaffiner en prifon
le 29 May 1418. Jean de Marle,
fils aîné du Chancelier, Con
GALANT
43
fciller du Roy , Maiſtre des
Requeſtes , & Evêque de
Couftances , perit avec luy.
Arnoul de Marle , ſecond fils
de ce grand Magiſtrat , fut
dans la fuite un des quatre Prefidens
à Mortier du Parlement
de Paris , où il fut fort confideré
, & il mourut en 1456.
On trouve leur poſterité dans
du Bouchet, pag. 396. de l' Hiftoire
genealogique de la Maifon
de Courtenay , au ſujet de
Madeleine de Marle , qui eftoir
veuve de Claude de Faulx , S' de
Poüailly , & qui épouſa en 1599
Jean de Courtenay II. du nom ,
Dij
44 MERCURE
S de Chevillon . Feu M' le pre
mier Preſident de Metz , eftoit
d'une des meilleures Maifons
de la Robe ; il joignoit à une
naiſſance diftinguée , un merite
generalement reconnu , & une
probité qui l'ont rendu cher au
Pays Meffin , où l'on fe fouvient
encore de luy avec plaifir.
Dame Marie - Gabrielle -
Charlotte du Chastelet , Comteffe
de Lomont , eft morte à
Dunkerque de la petite verole ,
âgée feulement de 27. ans . Elle
avoit époufé M Florent du
Chastelet , Comte de Lomont ,
GALANT
45
fon
parent , Lieutenant general
des Armées du Roy , &
Commandant de la Ville & Citadelle
de Dunkerque . Cette
Maiſon eft tres - ancienne , &
même alliée à celle de Lorraine,
avec laquelle Matthieu du Châ
telet , furnommé le Roux , eut
autrefois de grands differends ,
au fujet de trois Alerions qu'il
portoit dans fes armes , qui font
des attributs de celle de Lorraine.
Philippes le Bel , Roy de
France , voulant terminer ce
differend , & y trouvant de
grandes oppofitions de la part
des Princes de Lorraine , qui
46 MERCURE
difputoient cès marques d'honncur
à la Maifon du Chaſtelct ,
luy donna trois Fleurs de lys
qu'il mit en la place des trois
Alerions ; on les voit encore
aujourd'huy dans les Armes de
cette Maiſon , avec le Manteau
Ducal. Me la Comteffe de Lomont
eftoit une tres - belle perfonne
, & fort aimée à Dunkerque.
Ses manieres polies &
engageantes n'attiroient pas
moins chez elle tous les Etrangers
qui paffoient à Dunkerque,
que le rang qu'elle y tenoit.
Le merite de M le Comte de
Lomont eft connu ; il fert deGALANT
47
puis fort long- temps , & il a
donné en beaucoup d'occafions
, des marques de fa conduite
& de fa valeur.
Dom Agostino Chigi , neveu
du Pape Alexandre VII.
mourut le 22. Octobre , aprés.
une longue maladie , âgé de
73. ans ; & le jour fuivant fon
corps fut tranfporté à l'Eglife
de Sancta Maria del Popolo ,pour
y eſtre inhumé dans la Chapelle
de fes Anceftres , qui eſt une
des plus magnifiques de cette
Ville . La Maifon Chigi eftune
des plus anciennes de la Ville
de Rome ; elle y eft alliée à tout
48 MERCURE
ce qu'il y a de plus confiderable.
Cette illuftre Maifon eft
fortic de Sienne , d'où eftoit
le Pape Alexandre VII . Il fut
mis fur la Chaire de S. Pierre
l'an 1655. qui fut celuy de la
mort d'Innocent X. Les emplois
qu'il avoit cus à Malthe
à Ferrare, à Cologne & à Munf
ter , furent les degrez par lefquels
il parvint à la premiere
dignité du monde Chreftien ;
aprés avoir cfté fait Evefqued'Imola
dans la Romagne
Cardinal , & Secretaire de fon
Predeceffeur. Aprés fon élevation
au Pontificat , il n'oublia
3
rien
GALANT 49
rien de tout ce qui pouvoit fervir
à la propagation & à l'affermiffement
du Chriftianif
me ; il donna des fecours de
troupes & d'argent aux Puiffances
qui eftoient en guerre
contre les Otthomans : & il fit
de grandes largeffes au Peuple
de Rome , qui avoit efté defolé
par la pefte & par les inondations
. Enfin ce Pontife s'appli
qua avec des foins veritablement
paternels à tout ce qui
pouvoit faire conclure la Paix
entre la France & l'Espagne ,
qu'il voulut rendre folide &
durable . Il canonifa S. Fran-
Decembre 1705 . E
fo MERCURE
çois de Sales , & il eut la confolation
de ramener au giron
de l'Eglife , la Reine de Suede ,
le Duc de Meckelbourg & la
Princeffe Palatine , fille du Roy
de Boheme ; de faire baptifer
le Roy de Maroc , & d'appren
dre que la Reine de Cingala ,
dans le Royaume de Congo ,
avoit abjuré l'idolâtrie . Enfin
il termina le cours de fa vie par
une Bulle qui eft le monument
de fa pieté pour la Mere de
Dieu . Il y deffendoit de rien
dire , de rien prêcher , & de
rien écrire contre l'Immaculée
Conception de la Sainte VierGALANT
ge. Ce Pontife mourut lan
1667. âgé de plus de 68. ans.
Il s'eftoit donné beaucoup de
foins, pour l'éducation de Dom
Agoſtino Chigi fon neveu . Il
l'avoit fait inftruire de tout ce
qui convenoit à un Seigneur
de fon rang , & c'eftoit celuy
de fes neveux pour qui il
avoit toûjours marqué le plus
de tendreffe . Dom Agoftino
Chigi avoit toûjours beaucoup
aimé les belles Lettres , & tant
qu'il a vêcu fon Palais a eſté
ouvert à ceux qui s'y attachoient
. Il avoit eu des relations
fort étroites avec les plus
Eij
52 MERCURE
fçavans
hommes
du dernier
fiecle.
Il avoit efté lié d'une tresforte
amitié avec feu M. le Cardinal
Noris. Ce Cardinal
ne
faifoit rien fans le luy communiquer
, & il n'hefitoit
plus fur
la publication
d'un ouvrage
quand
Dom Agostino
Chigi
l'avoit
approuvé
. Feu M Bochart
, M Voffius
, Chanoine
de Windfor
en Angleterre
, &
M' Grotius
, eftoient
auffi en
commerce
de Lettres
avec
Dom Agoftino
Chigi qui joignoit
à plufieurs
grandes
qua
firez , beaucoup
de gouft pour
les Medailles
. Il en avoit affemGALANT
53
blé un Cabinet , qui eſt un des
plus beaux de Rome , & que les
étrangers vont voir ordinairement.
f
Le Pere Thyrfo Gonzalés
General des Jefuites , eft mort
à Rome , dans un âge fort avancé.
Il eftoit recommandable
par fa pieté & par fa doctrine ,
dont il a donné de grands témoignages
dans les ouvrages
qui font fortis de fa plume , &
dans les differentes fonctions
de la dignité qu'il a exercée .
Ce Pere a cfté le 17 General
de fa Compagnie , & il avoit
fuccedé au Pere Jean Paul Oli-
E iij
54 MERCURE
ན་
va. Les dix premiers ont eſté
S. Ignace Fondateur de cette
celebre Societé ; Jacques Lainez
, qui affiíta au Concile de
Trente en qualité de Theologien
; Saint François de Borgia,
auparavant Duc de Gandie , &
neveu du Pape Alexandre V I.
Everard Mercurieu , mort en
odeur de Sainteté ; Claude Aquaviva
, de la Maifon des
Ducs d'Atri du Royaume de
Naples ; Mutio Witelefchi ,
d'une Maiſon tres- confiderable
de la Ville de Rome ; Vincent
Caraffe , de Naples , forti
d'une illuftre Maifon, qui a don
GALANT 55
né à l'Eglife le Pape Paul I V.
François Picolomini, d'une tresancienne
Maifon de la Ville de
Sienne, & qui appartient à celle
de Chigi ; Alexandre Gothofredi
: & GofwinNicker, Allemand
Le Pere Thyrfo Gonzalés a été
un zelé deffenfeur de la faine
doctrine , tous fes ouvrages
ferviront de beaux monumens
à la pofterité de la pureté de la
Foy fur tout , ceux qu'il a faits
fur la grace &fur la probabilité.
Le Pere le Maffon , dernier
General des Chartreux , luy
ayant envoyé un exemplaire de
fon Enchiridion falutis operanda,
E iiij
56 MERCURE
qu'il avoit fait imprimer pour
l'ufage de fon Ordre ; ce General
luy écrivit une Lettre de
remerciement , datrée de Rome
du 12. May 1699. dans laquelle
il luy marque la joye où il
eſt qu'il ait puifé la doctrine de la
grace qu'il a répandue dans fon
ouvrage , qu'il l'ait , dis-je , puifé
dans le livre tout d'or de l'Imitation
deFefus- Chrift , & que rien
luy pouvoit arriverdefi agréable,
que d'apprendre qu'il eftoit fur
cette matiere dans les mêmes fentimens
que luy ; qu'il loüoit le
Ciel de ceque
dans
ces temps difficiles
, il l'avoit fufcité pour defGALANT
57
fendre la pureté de la Foy contre
les entreprises des Novateurs. Le
Pere le Maffon fit inferer cetté
Lettre à la tefte de la troifiéme
édition , qu'il donna en 1700 .
de fon Enchiridion , & c . Il y infera
auffi la réponſe qu'il avoit
faite à ce digne General . Aprés
les premiers complimens , il luy
marqué qu'eftant alors âgé de
72. ans il avoit vû naître & fe
former l'herefie Janfenienne ,
qu'il fe fouvient que dans fes
premieres années il avoit trouvé
parmy fes amis & fes plus
proches parens , les plus zelez
deffenfeurs de ces opinions dan58
MERCURE
gercufes ; & qu'eftant entré
dans la folitude à l'âge de 18 .
ans , il avoit eu le temps d'ylire
l'Ecriture Sainte acties & vige
fies : que ne fe contentant pas
des explications naturelles que
tout homme de bon fens eft en
eftat de donner , fur ce que le
Saint Eſprit dit touchant la
grace , il avoit encore voulu
pour fe convaincre parfaitement
, lire tous les Saints Peres ;
que c'eftoit dans ces grandes
fources où il avoit puifé les
principes qu'il avoit répandu
dans fon Enchiridion .
M le Chevalier Pietro VcGALANT
59
nier , Procurateur
de S. Marc
cy - devant Ambaffadeur
en
France , eft mort au mois de
Novembre
dernier à Venife.
Il avoit rendu de grands fervices
à la Republique
; il y a
eu un Doge de cette Maiſon .
Sebaſtien Vinier ou Venieri
( car ces deux noms font arbitraires
) eftoit un Noble Venitien
qui commandoit
dans
l'Ile de Corfou avec une autorité
Souveraine , lorſqu'il fut
nommé General de la Flotte
Venitienne
en 1571. eftant
alors âgé de 70 ans ; & Auguftin
Barbarigo luy fut donné
60 MERCURE
pour Collegue. Son courage
fut remarqué à la Bataille de
Lépante , & aucun des Generaux
ne témoigna dans le fort
de la meflée , plus de vigueur
& d'intrepidité que ce courageux
vicillard. Aprés avoir
remporté la Victoire fur les
Turcs , il voulut fe rendre maître
de l'Ile de Sainte Maure ou
Leucade , proche la Côte Occidentale
de l'Epire ; mais fon
deffein ne réuffit pas. Jacques
Sorancio , un des Provediteurs
de l'Armée Navale , qui n'eftoit
pas bien porté pour Venieri ,
écrivit des Lettres au Senat , où
GALANT 61
il blâmoit la conduite de ce
General , qui avoit , difoit- il ,
obfcurci l'éclat de la derniere
Victoire , par fa lenteur & fon
imprudence. Le Senat qui connut
l'intention de Sorancio ,
qui afpiroit à la Charge de
Provediteur general & de General
de l'Armée , punit fon
ambition
, par le choix qu'il fit
de Jacques Fofcarini ; & afin
qu'il ne fuft pas dit que
Venieri
cuft efté dépofé , on luy confirma
le titre de Provediteur
general, & on luy donna le foin
des . Côtes du Golfe de Venife,
avec ordre à Foscarini de luy
62 MERCURE
obeïr lorfqu'ils fe trouveroient
enfemble. Vinieri s'acquit enfuite
un fi grand credit , qu'il fur
élû Doge aprés la mort de Mocenigo
, du confentement de
ceux qui avoient droit de l'élire
, & dés le premier jour de
l'Affemblée . Cette Maifona eu
auffi des hommes de Lettres.
François Venieri , Noble Venitien
, a cfté l'un des plus grands
Philofophes & des plus grands
Politiques de la Ville de Venife,
eftant encore jeune , il écrivit
dans fa Langue divers Traitez
de la volonté de l'Ame & du
Deftin. Il exerça depuis avec
GALANT 63
beaucoup de prudence & d'integrité
plufieurs Emplois qui
luy furent confiez . Il parvint à
une grande vieilleffe , & il mourut
dans le temps qu'il travailloit
à rétablir l'Univerfité de
Padoue , & aprés avoir fait imprimer
fon Livre de la Generation.
On peut lire fur ce fujet
Chilini , qui a écrit des Hommes
Illuftres de Venife . La Maifon
de Venieri eft des plus anciennes
de la Republique ; elle
a produit de grands Sujets : &
outre les deux dont je viens de
parler , elle a donné d'autres
grands Hommes, dont le détail
64 MERCURE
feroit trop long. Le 23. du
même mois , M Nicolo Delphino
, fut élû pour remplir la
place que M' le Chevalier Venier
occupoit au Grand Confeil
. Je vous ay fouvent parlé
de la Maiſon Delphino ; elle eft
des plus nobles & des premieres
de la Republique. Elle a
donné des Cardinaux au Sacré
College , & divers Prelats
l'Eglife . Mle Chevalier Delphino
a fervi longtemps dans
les Armées de la Republique.
On a fait à Nancy , à Bar- le-
Duc , & dans les autres Villes
de la dépendance de Monfieur
I
GALANT 65
le Duc de Lorraine , des Pompes
Funebres pour la mort du
Prince Jofeph , qui mourut en
Lombardie le 25. Aouft , des
bleffures qu'il avoit reçuës le 16
à la bataille deCaffano . Quoique
les Auguftins de Nancy ayent
efté des derniers dans cette occafion
à donner des marques
de leur zele ; ils n'ont pas laiffé
d'égaler ceux quiles avoient devancez
: & ils choifirent le 12
d'Octobre pour cette ceremonie
, dans laquelle on vit également
regner l'ordre & la magnificence
. On lifoit en gros caracteres
une Epitaphe Latine ,
Decembre 1705. F
66 MERCURE
:
a
faite à l'honneur de cet Illuftre
Défunt , qui occupoit fept
pieds de haut , & qui eftoit attachée
fur un tapis de deüil ; elle
avoit pour titre Epitaphium
Hiftorico-laudatorium Joſephi
Lotharingia Principis , &c....
Cette Epitaphe eftoit de la
compofition du Pere Jean
Hommey , Auguftin . Ce Pere
va faire imprimer en Latin les
Faſtes de Charles V. Duc de
Lorraine.
La Lettre qui fuit ne vous.
caufera pas moins d'étonnement
que d'horreur.
GALANT 67
A Cadix , ce 2 5. Octobre.
9.
Pour vous fairepart des dernieres
Lettres quej'ay reçuës de Salé;
je vous diray que le Roy de Maroc
vient d'exercer une terrible cruauté:
Voicy ce qu'on m'en écrit du
du prefent mois. On fait que lc
Roy de Maroc a unfils revolté ,
nommé Muley Mehemet. , qui
depuis 3. à 4. ans fait la guerre
fon Pere,& qui s'estfaitproclamer
Roy de Sus le premier Septembre
dernier. Ce Mehemet donna bataille
, à 15. lienës de Maroc , à
l'Armée de fon Pere , commandée
Fij
68 MERCURE
par un autre defes Freres nommé
Muley Zidan. Celuy- cy gagna la
Bataille , tua 15000. hommes à
fon frere Mehemet rebelle , fit un
fort grand nombre de prifonniers
entre lefquels fe trouva l'Alcaide
Meleck: (qui avoit embraffé leparty
de Mehemet & luy avoit livré
Mara) avec 20. autres desprincipaux,
300.de moindre confideration.
Muley Zidan victorieux
a envoyé ces 21. infortunez à
Miquenés au Royfon Pere , qui
les a auffi-toft fait mourir de la
maniere fuivante
.
4
L'Alcaide Meleck a esté fcie
vif, depuis le fommet de la tefte
GALANT 469
7
jufqu'au nombril. Les 20. principaux
ont eu les mains & les pieds
fciez & ont efté enfuite jettez
dans le Bafar ou Marché , poury
languir & mourir fans fecours.
Les autres 300. ont efté empallez
par le milieu du corps , avec une
grande barrede fer , dont un bout
eftoit planté en terre. On mande
que plufieurs de ces miferables ont
vécu 3. jours ainfi embrochez
que les fupplices ne font pas finis.
Car il vient tous les jours une
grande quantité depauvres maîtres
enchainez , qui n'auront pas un
meilleurfort
70 MERCURE
Monfieur le Duc de Vendofme
s'eftant acquis beaucoup
de gloire par le gain du Combat
de Caffano , les Chevaliers
de la Compagnic Royale de
l'Arquebufe d'Eftampes , qui
font fous la protection de ce
Prince , voulant luy donner
des marques particulieres de
leur reconnoiffance , s'affemblerent
dans l'Hoftel de Ven--
dofme , pour refoudre tous les
préparatifs de cette Feſte , &
ils chargerent de l'execution
Mr Rivet , leur Commandant ,
dont ils connoiffent le zele &
l'affection . Mr Rivet , écrivit
GALANY
71
auffitoft à Mr
l'Archevefque
de Sens , pour obtenir la permiffion
de faire chanter un
Te Deum ; ce qu'il parut accorder
avec beaucoup de joye.
Mr Crozat , Intendant du Confeil
de Son Alteffe ,
marqua
auffi fon zele , en
permettant
aux Chevaliers , la Chaffe fur
les plaifirs du Prince , la veille
de cette réjouiffance.
On commença à trois heu
res aprés midy , par la publication
de l'Ordonnance des Officiers
; & le foir l'on fit battre
les Tambours & fonner toutes
les Cloches de la Ville . L'on
72 MERCURE
dreffa un Feu à quatre faces
devant la porte de l'Hoſtel , ou
d'un cofté Mr de Vendofme
cftoit reprefenté pourfuivant
l'Armée des Alliez , avec ces
mots : Fiat Angelus perfequens
coarctans cos . Pf. 34. On
voyoit ,d'un autre côté, ce Prince
qui mettoit le feu dans les
Montagnes du Piémont ,
en
les touchant feulement avec
une baguette ; & tous les peuples
qui , pour éviter l'embrafement
, montoient au fommet
, & fembloient le précipitet
, avec ces mots : Tange montes
, & fumigabunt , Pf. 144.
Quis
WGALANT
73
avec ces
Quis fe abfconder à calore ejus.
PL 18. On voyoit dans une autre
face Monfieur de Vendofme
prefentant au Roy divers
peuples enchaînez
mots : Non timebo millia populi
circumdantis me . Pl. 3. Omnia
fubjecifti fub pedibus ejus , Pf. 8.
Et la quatrième face reprefentoit
la Victoire , montrant au
Roy les quatre Saiſons , avec
ces mots : Regnum tuum regnum
omnium fæculorum
144. Ce Feu eftoit terminé par
une Pyramide , auffi à quatre
faces , où eftoient repreſentées
toutes les Conqueftes de Son
Decembre
1705. G
Pf.
74 MERCURE
Alteffe en Italie , avec une Re
nommée au deffus .
Tout l'Edifice du Feu eftant
ainfi en état , la Compagnie
s'affembla à trois heures aprés
midy à la porte de leur Commandant
, au nombre de cinquante
Chevaliers
tous fous les
armes , proprement
vêtus, tous
leurs chapeaux eftant ornez de
plumes blanches ; ils fe rendirent
à la porte de Mr. Hochereau
, Roy de l'Oifeau , qui ſe
mit à leur tefte , & qui les conduifit
à la Butte , où il fut tiré
pour Prix trois Eguierres. Ces
Prix eftant tirez , la Compa
GALANT 75
gnic revint à l'Hoftel pour difpofer
la marche . Mrs les Maire
perpetuel & Lieutenant General
de Police marchoient à la
tefte , fuivis de tous les Officiers
de Ville en robes noires ,
précedez de leurs Hallebardiers
& de leurs Bedeaux en robes
rouges. Enfuite dequoy ,
le Roy de la Compagnie richement
vêtu , avec fes Officiers,
l'Eſponton à la main , le Drapeau
déployé & fuivi de tous
les Chevaliers , chacun felon
fon rang , entra dans l'Eglife
de Noftre- Dame , au bruit de
toute l'Artillerie , qui avoit
Gij
76 MERCURE
efté conduite à la place de l'Eglife
, & de trois décharges de
Moufqueterie. Le tour du
Choeur eftoit illuminé d'un
tres- grand nombre de lamperons
; & le Te Deum fut chanté
en Mufique par le Chapitre .
Ce Cantique fini , les Tambours
qui eftoient au milieu du
Choeur , donnerent le fignal ,
& l'Artillerie fit encore une décharge
. La Compagnie ſortit
dans le mefme ordre, & trouva
les feneftres des Chevaliers &
la porte de l'Hoſtel toutes remplies
de lumieres , que la nuit
faifoit briller. Mr Hochereau ,
GALANT
77
Roy , à la tefte de fes Officiers ,
alluma le feu , pendant que la
Compagnie en faifoit le tour
au fon des Tambours , & au
bruit des acclamations de Vive
le Roy & Son Alteffe , du Canon
& des Fauconneaux qui
eftoient dans les tours de l'Hôtel
, des Boëtes , & de toute la
Moufqueterie. Cette décharge
eftant finie , on tira le Feu ,
dont l'artifice qui eftoit nombreufe
, fit tout l'effet qu'on
enpouvoit attendre , & remplit
toute la place où ce Feu
eftoit dreffé. Aprés quoy , la
Compagnie fit encore une dé-
G iij
78 MERCURE
charge & entra dans l'Hoſtel ,
où un fouper magnifique étoit
préparé &où les fantez du Roy,
des Princes de fa Maiſon & de
Son Alteffe furent fouvent réiterées
, au fon des Tambours .
Le fouper fini , on commença
le Bal , où quantité de Dames
parurent avec beaucoup d'éclat
; & ce Bal fut fuivi d'une
fuperbe collation : & l'on peut
dire que cette réjoüiffance a efté
des mieux ordonnées & des
mieux executées . Ces Chevaliers
, en attendant quelques
nouvelles actions de leur Prince
, pour donner des marques
GALANT 79
plus éclatantes de leur zele ,
font faire des prieres continuelles
pour la profperité des
Armes de Sa Majesté.
La Lettre fuivante eft remplie
de beaucoup d'articles d'érudition.
A...... ceis . Novembre.
Voicy , mon Reverend Pere ,
les ouvrages nouveaux qui paroiffent
depuis quelque temps dans
les Pays étrangers , & dont j'ay
reçu des Lettres de plufieurs de
mes Amis.
Deſcription de l'Ifle Formo-
G iiij
00 MERCURE
fa en Afie ; du Gouvernement,
des Loix , des Moeurs , & de la
Religion des Habitans : dreffée
fur les Memoires du Sr George
Pfalmanaazaar , natif de cette
Ille ; avec une ample & exacte
Relation de fes Voyages dans
plufieurs endroits de l'Europe ,
de la perfecution qu'il y a ſoufferte,
& c. par le Sr N.F.D.B.R.
à Amſterdam.
Celuy fur les Memoires duquel
cette Relation a eſté dreßée ,
eft Payen de naiffance ; il eutpour
Précepteur, un Jefuite , qui paffoit
pourFaponois comme luy , & par
confequent pour Payen. Cette
GALANT SI
6
pieufefraudene luyfervit de rien,
& quoy qu'il euft engagé le Dif
ciple àpaffer en Europe , il ne put
l'attirer à fa Communion. Un
Miniftre Anglican fut plus heureux
; il gagna le jeune Japonois,
dans un voyage qu'ilfit en Angle
terre.
4
La Relation eft bien écrite. On
trouve dans le 33 Chapitre un 33°
détail bien circonftancié de laperfecution
faite dans le Japon aux
Miffionnaires de noftre Societé,
dans laquelle il a peri depuis
1549. jusqu'en 1616. plus de
sooooo, Chrétiens . On trouve
dans le 37 Chapitre , les raifons
qui engagerent le jeuneJaponois à
82 MERCURE
préferer la Communion de l'Eglife
Anglicane à celle de la Prefbyterienne.
Phil. Reinh. vitriari , Jurifconfulti
& Antecefforis ordinarii
inftitutiones Juris naturæ
& gentium , in uſum Sereniffimi
Principis Chriftiani
Ludovici , Marchionis , Brandeburgici
, &c . & ad Methodum
Hugonis Grotii confcriptx.
C'est un ouvrage que Jean-
Jacques Vitriarius , Docteur en
Droit, & qui y a fait desNotes,
publié depuis peu à Leyde ; ily
a mis dans un bel ordre tout ce que
le fçavant Grotius , Puffendorf
plufieurs autres celebres Ecri
a
GALANT 83
vains ont raffembléfur cette importante
matiere. Mr Vitriarius
qui nous donne cette édition , eft
fils de Phil. Reinh . Vitriarius ,
Auteur de ce Livre . La premiere
édition de cet excellent Ouvrage ,
parut en 1692. il en parut , peu
de temps aprés, une feconde en Allemagne
; & voicy la troifiéme ,
qui a esté augmentée d'une ample
Table des Matieres.
Voyage de Guinée , contenant
une Deſcription nouvelle
& tres-exacte de cette Côte ,
Guil-
&c. C'est un Ouvrage que
laume Bofman , Confeiller e premier
Marchand dans le Chafteau
84 MERCURE
S. George d'Elmina , &fous-
·Commandant de la Côte , a compoſe
, & qui a esté imprimé
Utrecht. L'Auteur a demeuré 1 3
ans en Guinée ; ainfi il a eu le tems
de s'inftruire pleinement de tout ce
qui regarde le Pays. Cette Relation
contient vingt - deux Lettres .
On trouve dans la quinziéme des
chofes étonnantes des Fourmis de
ce pays-là. On remarque dans la
dix-neuvième , que la Polygamie
eft le principal obftacle que
Miffionnaires trouvent à la converfion
de ces peuples. Dans la derniere
, l'Auteur dit , qu'ayant demandé
aux Habitans de Cabales
GALANT 885
,
monte de quelle Religion ils
étoient ; ils répondirent
, qu'elle
confiftoit
à bien obeïr au Roy
& à leurs Gouverneurs
&
qu'ils ne fe mettoient pas en
peine d'autre choſe.
,
dans ces
Voicy un autre Voyageur qui
nous donne la Defcription des Ifles
Septentrionales de l'Afrique ; c'eft
une Defcription des Royaumes de
Barbarie , Tripoli , Tunis ,
Alger , &c. deforte que
deux Ouvrages on a la defcription
de toute l'Afrique puifque dans
le premier , c'est-à -dire , dans le
Voyage de Guinée , on trouve
une defcription d'une partie des
86 MERCURE
Coftes Meridionales de l'Afrique.
Le Voyage de Tripoli eft compofe
Lettres ; la quatrieme de
ح و م
quatre
eft une espece de Differtation fur
la Tradition de l'Eglife , pour le
rachat & lefoulagement des Captifs.
L'Auteur la fait remonter ,
cette Tradition,jufqu'à Abraham,
quidélivra Lothfon neveu , qui
avoit efté fait prifonnier. C'est
prendre la chofe d'unpeu loin .
Un Philofophe Anonyme a publiédans
le monde, des Reflexions
fur la tranfmutation des Metaux
. Il dit fur ce fujet des
chofes fort curieufes ; & il démontre
l'impoffibilitéde cette tranf
GALANT 87.
mutation , par l'impoffibilité qu'il
ya , par exemple , defaire meurir
le Plomb comme quelques
Philofophes prétendent qu'il meuriroit
dans les entrailles de la terre,
fi on l'y laiffoit un certain temps.
Noftre Philofophe s'infcrit en
faux contre l'experience de Van-
Helmont , qui prétendit autrefois
avoir changé le Mercure
en eau ; & il affure que ce
celebre Chimifte ne prit pas
affez garde à toutes les circonftances
de fon operation . Il m'a parû
que cet Auteur eft partifan de
l'ancienne doctrine des atomes:
Qui ofcroit , dit-il , fe promet
88 MERCURE
tre que parmi
une infinité
de
corps que la terre nous fournit
, il feroit affez heureux
pour
en trouver
, en tâtonnant
& à
l'aveugle
, qui feroient
propres
pour en faire de l'or, & en fçavoir
la jufte doze ? Ce qui feroit
un hazard
plus grand
que fi en
jettant
un million
de dez à la
fois , tous venoient
à marquer
le même
nombre
: car
peut- eftre cela n'arriveroit
- il
pas , quand
on commenceroit
de les jetter depuis
le commencement
du monde
jufqu'à
la
fin ? On juge par ce trait que notre
Philofophe
ne fait pas beanGALANT
89
coup defondsfur les operations de
la Chimie.
Atlas hiftorique ou nouvelle
Introduction à l'Hiſtoire, à la
Chronologie , & à la Geographie
ancienne & moderne : reprefentée
dans de nouvelles
Cartes, où l'on remarque l'établiffement
des Rois & Empires
du monde , leur durée , leur
chûte & leurs differens
gouvernemens
; la Chronologie des
Confuls Romains , des Papes,
des Empereurs , des Rois & des
Princes , & qui ont été depuis
le commencement du monde
juſqu'à preſent ; & la Genealo-
H
90 MERCURE
"
gie des Maifons Souveraines de
Europe, par M' C... avec des
Differtations fur l'hiftoire de
chaque Etat ; par M' Gueudeville.
A Amfterdam 1705 .
On trouve dans cet Ouvrage
des Cartes de Geographie , tant
-pour l'ancienne hiftoire que pour la
nouvelle on y trouve auffi des
tables chronologiques , qui contiennent
par ordre les évenemens les
plus confiderables de l'Hiftoire , tant
Sacrée que Profane. L'Auteur a
joint au portrait des Empereurs ,
une marque qui apprend ce qu'il
a été; à peu prés felon la methode
de Mr Martel dans fes TabletGALANT
gr
.
tes
Chronologiques. L'opinion
de l'Auteur fur le Pontificat de
S. Pierre , eft qu'il a gouverné
Eglife 24. ans , cinq mois
jours, & qu'il fut crucifié la tête
en bas, environ le 29. Juin.
dix
Difcours touchant la felicité
des gens de bien & la punition
des méchans dans l'autre mon
de. Premiere partie , qui contient
les preuves de l'immortalité
de l'ame & de la vie éternelle.
Par M' Sherlock, Doyen
de S. Paul à Londres , &c . Cet
ouvrage eft traduit de l'Anglois..
Si on pouvoit , dit l'Auteur,
prouver par la raifon , qu'il eft
H
ij
92
MERCURE
impoffible
que l'ame puiffe vivre
feparée du corps , ce feroit
un fort argument contre la verité
de la revelation , qui nous
dit pofitivement
le contraire.
Mais jamais homme ne prouvera
l'impoffibilité
de la vie
aprés la mort , & jamais perfonne
n'a entrepris de la prouver.
Tout homme raifonnable
doit avouer que cette vie eft
trés poffible. S'il y a donc une
revelation
Divine , & c'eft le
feul article qu'il faut prouver ,
& ce que la droite raiſon nous
montre fenfiblement
n'eftre
pas impoffible
, doit devenir
GALANT
93
l'objet propre de nôtre foy ,
dés que nous fommes affurez
par la revelation que cela eft
veritable. Voilà un des raifonnemens
de Mr Sherlock.
Il court trois Lettres dans le
monde quifont beaucoup de bruit :
La premiere , eft une Lettre en
Profe & en Vers fur l'incertitude
du Roy Augufte en matiere de Religion
; elle est bien écrite & elle
finit par ces deux Vers.
Il verra ce qu'il en coure ,
Quand on ofe tromper Dieu .
La feconde, regarde une Thefe
de Philofophie qui a été foûtenë
en Lorraine , où leurs AR
94 MERCURE
ont affifté. Le Pere Auguſtin de
S.Paul,Profeffeur de Philofophie
des Peres Cordeliers de Nancy
l'avoit dédiée à Monfieur le Duc
deLorraine; le portrait de ce Prince
étoit dans une medaille de quatre
pouces de diametre foutenue par
deux Renommées,& c. Le compliment
de celuy qui ouvrit la Thefe
fut admiré; le fçavant Religieux
qui le fit , argumenta en François
fur la pefanteur de l'air. Mr Petitdider
fut auffi écouté avec
plaiſir.
La troifiéme Lettre eft fur les
qualitez d'un bonfuge. L'Auteur
remarque qu'il ne faut pasfuivre
GALANT 95
l'opinion de Monfieur ....fans
approfondir fi Monfieur....fuit
la regle de la Justice & de l'équité.
Je fuis, &c.
L'Eglife Collegiale de Saint
Denis , dite de Saint Symphorien
, prés Saint Denis de la
Chartre, dans la Cité , l'une des
plus anciennes de Paris , ainſi
-qu'il eft prouvé par le Teftament
d'Ermentrude, qui vivoit
fous la premiere Race de nos
Rois , écrit fur du papier d'Egypte
, & gardé aux Archives
de Saint Denis en France ; &
comme il ſe voit encore par la
Fondation qu'y fit Matthieu ,
96 MERCURE
Comte de Beaumont, l'an 1206
en confideration du lieu qui
avoit fervy de Chartre auBienheureux
Saint Denis , avec le
confentement d'Odo ou Ude
foixante- onzième Evêque de
Paris , pour trois Chanoines
Prébendez ; a efté deffervie fort
long- temps par ces Chanoines .
On ignore quand elle fut érigée
en Paroiffe ; on ſçait ſeule
ment que Robert de la Chambre
& Jeanne fa femme y ont
fait quelques legs en 1214. &
qu'en 1225 Raoul Chevenacier
legua 125. livres parifis
pour la fondation d'un Chapelain
GALANT 97
fain ; qu'elle a efté dediée à S.
Denis & à Sainte Catherine , &
depuis à S. Symphorien & à S.
Blaife.
e
Cette Eglife qui a efté enfuite
Paroiffe , ayant fubfifté jufqu'au
30. Decembre 1698 .
que par Decret de Monfieur le
Cardinal de Noailles , elle fut
fupprimée , éteinte & réünie à
Sainte Marie- Madeleine de la
même Cité. Elle a efté venduë
Contrat du 3. May 1704.
à la Communauté des Arts dè
Peinture & de Sculpture de cette
Ville , qui l'ayant ornée , embellic
, & décorée ; & aprés qu'
Decembre 1705.
par
I
98 MERCURE
elle a cfté vifitée par M' l'Abbé
Chapellier , Doyen de S. Germain
l'Auxerrois , & Grand-
Vicaire de Son Eminence , il a
efté en confequence permis d'y
celebrer le fervice divin , fous
l'invocation de Saint Luc & de
Saint Jean l'Evangelifte , leurs
Patrons. Cette permiſſion aïant
efté obtenue , cette Communauté
, aprés s'eftre empreffée
d'en rendre de tres- humbles
graces à Dieu , alla fupplier fon
Alteffe Sereniffime Madame la
Ducheffe de Nemours , Souveraine
de Neufchaftel & de Val-
Engin , en Suiffe , & M le Duc
GALANT 99
de Chaftillon , de leur faire
l'honneur de vouloir bien donner
le nom à la Cloche de leur
Chapelle , lorfqu'elle feroit benite
, & de leur marquer le jour
qu'il leur plairoit choifir pour
Gette ceremonie , qu'ils fixerent
au Samedy 17° . d'Octobre der
nier. Et cette Communauté s'étant
affemblée dés le matin du
même jour dans fon Bureau,les
Gardes-Jurez , les Anciens , les
Modernes & les Jeunes chargerent
M' l'Abbé le Maiftre du
foin des ceremonies Ecclefiaftiques
, & M' Pezey , des Lai
ques. L'Affemblée convint que
I ij
foo MERCURE
lorfque la Princeffe Maraine
& le Duc Parain paroiftroient ,
toute la Communauté fortiroit
& ſe tiendroit en haye des
deux coftez de la rue , depuis
leur Eglife jufques au bout du
Pont Noftre - Dame , que les
fieurs Elies , Martin , Beſançon
& Slodze , leurs Gardes -Jurez
en Charge, & les fieurs le Chantre
, Triftan & Goupille , Anciens
, précedez du Maiſtre des
Ceremonies , avanceroient juſques
à la vûë de la Princeffe &
du Duc , qu'ils faluëroient d'une
profonde reverence ; qu'ils
feroient en habit uniformę
GALANT IOI
noir , en manteau & en épée, &
qu'ils les conduiroient jufques
en leur Eglife , où M' l'Abbé
Chatelain , Chanoine de l'Eglife
de Paris , qu'ils avoient
choifi pour en faire les benedictions
, accompagné de M
l'Abbé Balin , eur Aumofnier ,
de M' l'Abbé le Maiftre , & de
tout le Clergé affiſtant , viendroient
à la porte leur prefenter
de l'eau - benîtc. Madame
de Nemours arriva à trois heures
& demie , accompagnée de
M' le Duc de Chaſtillon , de
Mela Ducheffe fon épouſe , de
M' le Comte de Luz leur fils ,
I
iij
102 MERCURE
de Mlle de Neuf- chaftel , & de
M' de Maulondin , & c . Cette
Princeffe alla fe placer fur un
fauteuil qui luy avoit cfté préparé
, qui eftoit élevé fur une
eftrade vis-à- vis la Credence
fur laquelle eftoient pofées toutes
les chofes neceffaires pour
cette benediction . M le Duc
de
Chaftillon fe plaça à fa gauche,
ainfi que Mla Ducheffe de
Chaftillon ,fur des fauteuils plus
bas que l'eftrade.Les
Gardes-Jurez
de la Communauté
& les
Anciens étoient debout prés de
la Cloche , pfalmodiant
avec le
Clergé . Aprés que la Maraine
GALANT 103
& le Parain eurent fonné avec.
le battant de la Cloche jufques
à trois fois , & les Gardes une
feule , fon Alteffe & M ' le Duc
de Chaſtillon l'ayant nommée
Marie-Jeanne-Lucafe - Sigifmon
de , ils furent reconduits dans
le même ordre jufques à leurs
Caroffes.
La Fefte de Saint Luc , leur
premier Patron , ſe rencontra
le lendemain , on la celebra
pour la premiere fois dans cette
Chapelle , & la Fefte fut folennifée
avec autant de joye que
d'éclat les Gardes , tous les
Anciens , les Modernes & les
;
I iiij
104 MERCURE
Jeunes s'y eftant trouvez , l'AC
femblée fut fort nombreuſe .
Toute cette Communauté alla
à l'Offrande , felon ſon rang ,
& tous les Anciens voulurent
avoir l'honneur d'y rendre le
Pain-benit ce jour- là .
Trois jours aprés, cette Communauté
députa les ſieurs Befançon
, Slodze , Dumefnil &
Chauveau , ( ces deux derniers
élûs nouvellement Gardes ) les
ficurs Triſtan , Bonnard , le
Goupille , Elies & Martin , qui
allerent tous enfemble, avec M
l'Abbé Balin leur Aumônier ,
prier M' l'Abbé Chaſtelain de
GALANT 105
vouloir bien les
accompagner
chez Madame
la Ducheffe
de
Nemours
& chez M' le Duc
de Châtillon
, pour les remercier,
& les prier de figner l'Acte
de Baptême
fur leur Regiſtre ,
qui leur fut prefenté
avec la
plume par le fieur François
,
Greffier
, accompagné
de M
Pezey , Maître des Ceremonies
.
Ils remercierent
tous enfemble
cette Princeffe
& ce Duc , au
nom de toute leur Communauté
, de l'honneur
qu'ils
avoient bien voulu leur faire.
106 MERCURE
EXTRAIT
D'une Lettre d'un Ecclefiaftique
demeurant chez M's de
la Miffion de Rome , à un
de fes amis en Languedoc ,
écrite au fujet de la celebre
Colonne de marbre Granic
Oriental , nouvellement découverte
en une des Maifons
des Miffionnaires de la
même Ville.
Rome , dont les antiquitez ont
de tout temps fait l'attention de
tout l'Univers , vient de faire la
nôtre en ce même genre, dans cette
Maifon. Le mefme jour que je
GALANT 107
vous envoyay la Bulle du Pape
que je ne pûs accompagner d'un
mot de Lettre , on a fait dans le
Jardin de cette Maifon , une des
plus belles fonctions en matiere de
Statique , qu'on ait fait en Europe
depuis l'érection de l'Obelifque
de faint Pierre. On éleva &
on coueha une Colonne de marbre
Granit , rouge , Oriental , toute
d'une piece , haute de foixante-
Sept Palmes , groffe de vingtfix
demi. Il y a prés de 16 cens
ans qu'elle étoit plantée en cette
Ville de Rome, ayant efté élevée en
l'honneur d'Antonin , lorsqu'on fir
fon Apotheofe. Le pié-destal eft
1
108 MERCURE
tout d'une piece , de la hauteur de
dix- huit Palmes ; on y lit d'un
cofté l'Infcription fuivante , en
gros caracteres , non -feulement
gravezfort avant dans le marbre,
mais encore fur un airain qui y
eftfort avant enfoncé :
DIVO ANTONINO
AUGUSTO PIO
ANTONINUS AUGUSTUS,
ET VERUS AUGUSTUS FILII.
Le cofté oppofe eft orné de tresbeaux
Bas- reliefs, qui repreſentent
autant de Symboles de l'Apotheofe.
On voit au milieu un jeune
GALANT 109
3
les Sçavans di-
Comme aîlé
que
fent eftre le Genie. Il a les ailes
déployées comme en poſture volante
; il a fous fes pieds quantité ·
d'inftrumens de Guerre , comme
Carquois , Flécbes , Boucliers ,
Ecus , &c. Il tient avec la main
droite une Draperie volante , qui
luyfert de Manteau , & avec la
gauche ilprefente un Globe celefte
étoilé , où l'on voit la Lune , &
une partie du zodiaque,fur laquelle
font repréfentez les Signes des
Poiffons & du Belier , qui font
les Symboles de Fevrier
Mars , temps auquel les Auteurs
anciens difent que fe fit l'Apode
110 MERCURE
theofe. Ce jeune homme porte fur
fes épaules Antonin , d'un coſté ,
Fauftine de l'autre. Le premier
tenant en main un Sceptre
au bout duquel est une Aigle ;
Fauftine eft couverte d'un voile ,
Lymbole de la déification. On voit
en haut deux Aigles volantes .
qui reprefentent les Ames de cés
deux Princes qui s'envolent aux
Cieux. On voit au deffus , du
cofte droit , Rome avec un Cafque
en tefte , montrant avec le
doit ledit jeune homme aîlé. Son
bras gauche eft appuyé fur un
Ecu, où eftrepréfenté la Louve qui
alaite Remus & Romulus. Du
GALANT 111
coftégauche eft repréſenté un jeune
homme nud qui embraffe avec la
main gauche un Obelifque ; la
main droite luy manque. On remarque
auffi un Serpent & un
Coq , Symboles de la prudence &
de la vigilance d'Antonin.
Le Château qui devoit porter
le poids de la Colonne eft compofe
de fix groffes Antennes ou Colonnes
, faites chacune avec douze
groffes poutres ; elles font hautes
de cent dix Palmes , & groffes de
feize. Les poutres font attachées
enfemble avec de groffes machines
de fer, des cordes pour fuppléer,
en cas que le fer fe caffaft . On
112 MERCURE
au
avoit fait fur ces Colonnes un
beau Čhâteau , tres- bien fortifié
qui portoit dix- huit des plus grof-
Les poutres qu'on ait pú trouver ,
ufquelles devoient eftre attachées
toutes les poulies & les roües.
Ily avoit douze Cabeftans , deux
leviers de vingt-cing Palmes
chacun , &c. & cinq cens hommes
travailloient , & c. Le tout
réuffitfort bien.
Des que la Colonnefut abaiffée
, cinquante Mortiers , les Canons
du Château Saint- Ange ,
quantité deTambours de Trompettes
, la Cloche de la Curia, & c .
en annoncerent la nouvelle à la.
Ville. Je fuis , &c.
GALANT
113
La Lettre qui fuit , donnera
beaucoup d'exercice à l'efprit
de ceux qui voudront raifonner
fur les faits qu'elle contient
, & en rendre raiſon.
Les nouveaux Phificiens ont
dévelopé les merveilles des Phofphores
, des Miroirs ardens , des
Diamans lumineux; & quelquesuns
mefme ont tenté d'expliquer
ce qui arrivoit à un Empereur
Romain, qui à l'inftant de fon reveil
diftinguoit les objets qui l'environnoient
en fa Chambre. Mais
il n'est pas venu à ma connoiffance
, ny de plufieurs Sçavans
Decembre 1705. K
114 MERCURE
avec qui j'en ay conferé , qu'on
ait oui parler , ny donné d'explicasion
de ce qui fuit. Plufieurs
perfonnes d'une famille diftinguée
en Languedoc , dont il y a un
Confeiller en la Cour des Aides
de Montpellier , éprouvent les
Hyvers feulement , dans les plus
grands froids , qu'enfe déshabillant
pour se coucher , & qu'en ſe
faifant fur tout tirer leurs bas &
leurs veftes , il en fort plufieurs
étincelles , femblables à celles qui
fortent du charbon qui s'allume
(aupetillementprés.)Ce quipourroit
paroiftre un paradoxe , fi l'évenement
n'avoit efté verifié , &
GALANT 115
confirmé plufieurs fois par differentes
perfonnes de cette famille ,
même en preſence d'autresper
fonnes.
Le fait eftant inconteftable
nous efperons que le Public recherchera
la veritable cause de ces
parties lumineufes & ignées , &
qu'il voudra bien rendre publi
ques les découvertes qu'il fera.
Je fuis , &c.
Le Roy d'Eſpagne a donné
un titre de Marquis , dans le
Royaume de Navarre , à Dom
Jofeph d'Armendariz , Maréchal
de Camp , en confidera-
Kij
H6 MERCURE
tion de fes fervices . Ce Sei →
gneur fert depuis fa plus grande
jeuneffe , il a donné dans
toutes les occafions où il s'eft
trouvé des marques de fa valeur
& de fa fermeté. Son pere
avoit acquis beaucoup de repu
tation' dans les armes ; & il
femble que l'amour de cette
profeffion foit hereditaire dans
cette famille , puifque l'ayeul.
de celui dont je parle , ſe diſtingua
fort dans les guerres qui
agitoient l'Europe de fon tems.
Il porta long- temps les armes
pour l'Empereur Ferdinand III .
ayeul de celui qui regne auGALANT
117
jourd'hui. Un de fes
ayeux fe
trouva à la
bataille de
Lepantes
& ce fut lui que D.
Juan dépeſcha
au Roy
d'Efpagne pour
lui porter
cette
grande
nouvelle.
Il eut de ce
Prince une recompenfe
proportionnée
à la
nouvelle qu'il lui
annonça . Depuis
ce temps - là il reſta à la
Cour
d'Efpagne, où fa
pofterité
a
toûjours été
regardée
avec
diftinction.
Celui à qui le
Roy
d'Eſpagne
vient de
donner le
titre de
Marquis , a reçû, outre
cette
marque
de
diftinction
,
plufieurs
témoignages
de l'eftime
que S. M.
Catholique
a
118 MERCURE
pour lui. Ce Prince lui dit en lui
donnant ce titre qu'il ne s'en tiendroitpas
là, que la m :fure defes
bien-faits égaleroit celle de fes fervices.
La Reine lui dit auffi des
chofes fort obligeantes . Enfin
toutes les diftinctions qu'on a
cupour lui à la Cour d'Espagne,
l'ont encore plus flatté que
l'honneur qu'il a reçû.
Sa Majesté Catholique a
gratifié d'un titre de Caftille ,
& declaré Brigadier de fes
armées Dom Alonfo de Madariaga
, en confideration de fa
qualité & de la valeur qu'il a
fait paroître dans la défenſe de
GALANT 119
Valencia d'Alcantara. Ce Mo
narque a auffi fait Brigadier
Dom Juan de Marquina, Gouverneur
de Peceguiton , en con
fideration de fes longs & figna
lez fervices. On doit remarquer
qu'en Eſpagne les Gouvernemens
& les Charges de
Milice ne fe vendent points
Ainfi ceux qui montent aux
dignítez Militaires en font plus
confiderez . Le Marquis de Madariaga
eft d'une très ancienne
nobleffe, & de celle où l'on trouve
des titres de Comtes , de
Marquis ou de Ducs. J'ay remarqué
ailleurs que ceux qui
120 MERCURE
poff dent ces titres , étoient autrefois
appellez Ricos homes &
Tiuffados , qui font des noms
Gottiques . Dom Juan de Marquina
eft forti d'une Maiſon
qui a donné plufieurs Chevaliers
aux Ordres Militaires d'Ef
pagne , & fur tout à celui de
Monteza dans le Royaume de
Valence. En parlant de cet Ordre,
je ne dois pas oublier de dire
qu'il a treize Commanderies ,
& que celui de la Toifon n'en
a aucune & n'eft qu'un titre
d'honneur
. L'Ordre de S. Jacques
a trois grandes Commanderies,
& 85. autres d'un moin
dre revenu
.
Mr
GALANT 12r
Mr le Comte de Harac , Evê
que & Prince de Vienne , fut
élû Coadjuteur de Saltzbourg
le 19. du mois d'Octobre . Ce
Prélat eſt d'une des plus grandes
Maiſons de l'Empire , connuë
pour avoir donné plufieurs
Generaux aux armées Imperiales
, & pour avoir produit des
Seigneurs qui ont poffedé les
premieres Charges & les plus
grandes dignitez de la Cour des
Empereurs . Mr l'Evêque de
Vienne a beaucoup de merite
perfonnel ; il eft fort eſtimé
dans le Clergé d'Allemagne
, &
le feu Empereur
avoit beau-
Decembre
1705
. L
122 MERCURE
coup de confiance pour luy. La
Cathedrale de Vienne eft fous
le vocable de S. Eftienne. Il y a
dans cette ville une Univerfité
fondée par Frederic II . en 1237.
& rétablie par Albert Archiduc,
d'Autriche en 1365. Guy, Cardinal
Legat du S. Siege, y cele
bra en 1267. un Concile, dont
nous avons les Actes en 19 .
Canons. Saltzbourg eſt une
ville d'Allemagne, dans le Duché
de Baviere, avec titre d'Archevêché.
S. Maxime en fut le
premier Evêque fous l'Empire
de Leon I. dit le Grand, Empereur
de Conftantinople
, vers
GALANT 123
T'an 474. mais les Gots ayant
faccagé la ville & fait mourir
les Chrétiens , il n'y eut point
d'Evêque pendant deux fiécles ,
&jufqu'au temps queS.Robert,
de la famille Royale de France,
y fut envoyé pour en eftre Evéque
, aprés avoir baptiſé à Ratifbonne
Diethe III. Duc de
Baviere , qui y fit rebâtir la
ville où le S. Evéque mourut
vers l'an 623. Cette Egl fe fut
érigée en Archevêché vers l'an
798. fous le regne de Charlemagne
, qui y fit transferer le
titre de Metropolitaine qu'avoit
l'Eglife de Paffaw , alors
Lij
124 MERCURE
Metropolitaine de toute la Ba
viere. L'Archevêque de Salzbourg
a voix & féance dans
les Dietes de l'Empire
, au premier
banc des Princes Ecclefiaftiques
, aprés les Electeurs ;
& il eft Legat né du faint Siege
Apoftolique en Allemagne .
Le Senat de Venife a nommé
Mr Girolamo Duodo, Ambaffadeur
de la Republique
auprés
du Roy d'Eſpagne , pour
venir en France en cette même
qualité. Mr Duodo eft d'une
des plus anciennes Nobleſſes
de Venifc . Son nom eft connu
dans cet Etat depuis les preGALANT
125
de la Republique.
miers
temps
Ses Ayeux fe font toujours
diftinguez pour le ſervice de
leur Patric ; & ils ont eû l'avantage
de donner des preuves de
leur fidelité dans les temps les
plus orageux . Mr Duodo a déja
efté employé en pluſieurs occafions
importantes pour le
fervice de l'Etat ; & dans le fejour
qu'il a fait à la Cour d'Efpagne
, il s'y eft acquis beaucoup
d'eftime & de confideration.
Quand on apprit ce
changement à Madrid, le Roy
eut la bonté de luy témoigner,
qu'il eftoit fâché de fon départ ,
Liij
126 MERCURE
& que perfonne ne pouvoit luy
eftreplus agreable. Les manieres
douces & graticufes de ce Miniftre
ont contribué à luy attirer
le coeur de tous les Efpagnols
; & on peut dire qu'il n'y
a pas eû d'Ambaffadeurs à la
Cour d'Espagne plus confiderez
que luy. Il reçut des vifites
de tous les Grands & de
tous les Seigneurs de cette
Cour , auffitoft qu'on cut appris
qu'il eftoit rappellé ; &
chacun luy alla témoigner le
chagrin qu'il avoit de fon départ
.
La cure que Mr Raiſin ,
GALANT 127
Chirurgien
du Roy à Touloufe
, y vient de faire , eft fi finguliere
, & peut devenir
fi utile
au public , que je ne dois pas
oublier de vous en parler. Mr
l'Abbé Frefquet , homme de
qualité & de merite , fentoit
depuis fon enfance des douleurs
extrêmes , & des retentions
d'urine dont on ne pouvoir
deviner la caufe . Il fit confulter
fon mal à Paris ; & les
plus habiles Medecins & Chirurgiens
crurent qu'il avoit la
pierre. Ils furent d'avis qu'il fe
fift fonder ; il le fit , & Mr Raifin
fentit bien que cette pierre
Liiij
128 MERCURE
eftoit tres- groffe. L'operation
eftoit dangereuſe , mais le mal
eftoit extrême. Mr Freſquet la
demanda ; il ſe prépara ſagement
à la mort , & fe livra courageufement
entre les mains
de cet homme, déja fameux par
plufieurs belles cures . Il fit
cette Operation au mois d'Avril
dernier, en préſence de tout
ce qu'il y a d'habiles gens à
Touloufe. Elle fut violente ,
mais heureuſe ; & il arracha
une pierre noire , rameuſe
plus groffe qu'un gros oeuf , &
pefant environ une livre. Cette
pierre eſtant enracinée dans la
GALANT 129
Veffie , le Malade fouffrit beaucoup
, & le Chirurgien s'acquit
beaucoup de gloire . Toute la
Ville voulut voir cette pierre;
ce qui obligea de la faire graver
, afin que les Curieux en
puffent avoir des Eftampes . Les
fuites de cette operation one
cfté heureuſes , puifque Mr
Frefques jouit d'une parfaite
fanté. Le Pere D. L. fameux
Predicateur de l'Ordre des Freres
Preſcheurs , voulant rendre
cette guerifon celebre , a coinpofé
l'Ode fuivante , adreffée à
Mr Frefquet , Curé de Revel ,
que j'ay crû vous devoir en-
*
130 MERCURE
voyer ; parcequ'on ne peut rendre
trop public une fi belle
cure , ni donner trop de loüanges
à ceux , dont le profond
fçavoir eft fi utile au genre hu
main.
ODE.
Nfin mes juftes allarmes
Se changent en doux tranf
Es
ports ;
Enfin , amy plein de charmes ,
Tu reviens de mille morts.
Une pierre meurtriere
De ton corps fit fa carriere ,
Et t'aprocha du tombeau :
Mais une main Souveraine
A de ta vie incertaine
Ralumé l'heureux flambeau .
GALANT IZI
S
Puis- je contenir ma joye ?
Puis - je taire ton bonheur ?
Que ma Mufe icy déploye
Mille chants en ton honneur !
Je fais tréve avec mes veilles ,
Et des celeftes merveilles
Je fufpens les faints Portraits
Pour chanter d'un ton d'Oracle,
Le falutaire Miracle
Dont tu conferve les traits.
S
Grand Dieu , dont la Provi
dence .
Bleffe & guerit les mortels ,
Afin que leur main encenfe
Toujours tes facrez Autels &
Permets que ma gratitude
Me dérobe à mon étude
Pour annoncer tes faveurs
Ranime ma foible Lyre ,
Et fur ce qu'elle va dire a
132 MERCURE
Répans de vives ardeurs .
S
Aprés l'équitable hommage
Que j'ay fait au Tout- Puiffant
C'est à toy que mon langage
S'adreffe , amy renaiffant .
O quelles douleurs mortelles
O quelles langueurs cruelles ,
Ont fouffert tes triftes jours !
Helas , tu formas toy - même ,
Malgré toy , le mal extrême
Dont tu nourriffois le cours,
2
Tel qu'un nuage paisible ,
Qui brille au milieu des airs ,
Paîtrit dans fon fein terrible ,
La fource de mille éclairs ;
Une exhalaifon brûlante
S'y condenfe , s'y fomente ,
Et forme un ardent carreau
Qui choquant fes flancs hue
mides ,
GALANT 133
Komp fes barrieres liquides
D'où pleut la pierre avec l'eau
$
Telle fut ta deſtinée
Modeſte & brillant Freſquet ;
Ton fein , comme une nuée ,
Forma fon pierreux bouquet ;
Il nâquit dans ton enfance ,
Il crût avec ta fouffrance
Que caufoient fes mouvemens ,
Qui déchirant tes entrailles ,
Preparoient tes funerailles
Avec nos gemiffemens.
2
Combien de triftes complaintes
Forma ton troupeau cheri !
Combien de cuifantes craintes .
Sentit mon coeur attendri !
Déja tout un Peuple en larmes
* Cette pierre a plufieurs branches ,
comme un bouquet,
134 MERCURE
Pleuroit tes vertus , tes charmes
,
Et je fecondois fes pleurs s
Il perdoit un beau modele ,
Je perdois un coeur fidele :
Tes maux caufoient nos malę
heurs.
Mais l'intrepide Science ,
Du fage & fçavant Raiſin
Ranima noftre efperance ,
Et rétablit ton deftin .
Cet Efculape celebre,
Foüillant dans ton corps func
bre ,
En fçût arracher la mort ;
Et par un rare prodige ,
Cherchant tes maux dans leur
tige ,
Il te fit un nouveau fort.
GALANT
135
2
Alors parut fur la terre
A ton oeil épouvanté ,
Un monftre formé de pierre ;
Par ta douleur enfanté ;
i
Dur , heriflé , noir , énorme :
Il fit connoiftre à la forme
Quel fut l'excés de tes maux.
Non , les climats les plus fombres
Ne cachent pas
bres
fous leurs om-
De fi hideux mineraux .
S
A peine fur répanduë
Ta fameuse guerifon ,
Qu'une affluence éperduë
Vint affieger ta maiſon .
La mere des beaux Genies ,
La fource des harmonies ,
Toulouſe enfin s'atroupa .
136 MERCURE
Elle doutoit du miracle ;
Mais ce monftrueux fpectacle
La ravit , la détrompa.
S
O toy, dont la main fçavante
A fait cet effort divin ,
A ta Cité qui te vante ,
Sois utile , heureux Raifin ;
Sauve mille illuftres teftes ,
Caufe mille douces Festes
Par ton art , par ta vertu ,
Ta pieufe & docte vie
Defarme la noire envie ,
Dont tout autre eft combattu.
2
Pour toy , que le Ciel rapelle
Des approches du trépas
Benis l'en , ami fidele ,
Et ne t'en exempte pas ,
Tantoft fervent fans relâche
Offres -luy l'Agneau fans tache
GALANT 137
Devant ton Troupeau joyeux ;
Tantoft rempli d'éloquence ,
Préſche ta reconnoiffance
Sur des Theatres fameux .
Mr René Charles du Vergier
de la Roche - Jacquelin ,
Docteur de la Maifon & Societé
de Sorbonne , Aumônier de
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, Abbé de Saint Martin
d'Huiron & de Sainte Polycarpe
, Doyen & Chanoine de
Langres , mourut dans le mois
dernier; & il a efté enterré dans
L'Eglife de Sorbonne. Celui qui
prefenta fon corps au Senieur
de cette Maiſon , fit l'éloge du
Decembre
1705.. M
138 MERCURE!
deffunt , & marqua , en peu de
mots , le bon uſage qu'il avoit
fait des lumieres de fon efprit ;
& celuy qu'il avoit fait des revenus
Ecclefiaftiques
. Cet Abbé
eft fort eftimé. La Scholaftique
n'eftoit pas la feule étude
à laquelle il fe fufſt attaché ; il
avoit auffi étudié avec une
grande application la Jurifprudence.
M François de Maiffat , Seigneur
de Leveville , Malvoifine
, &c. Confeiller au Parle
ment , eft mort dans le même
mois.
re
Mr André Antoine Rouil
GALANT 139
fet , Seigneur de Beauchamp-
Laffe , Saint Michel , & Centigny
, Confeiller au Parlement ,
eft auffi decedé dans le même
mois . Ce Magiftrat eſtoit fort
eftimé dans fon Corps , & rempliffoit
fort exactement les fontions
de fa Charge , & il apportoit
beaucoup de foin dans
l'inftruction des affaires . Cette
famille donna un grand fujet
à l'Ordre de S. François dans
le quinziéme fiecle ; il fe diſtingua
par l'amour qu'il eut pour
la doctrine de Saint Thomas ,
dont il foûtint les interefts en
pluſieurs occaſions , avec un
Mij
140 MERCURE
zele qui luy fit beaucoup d'hor
neur.
Dame Marie - Charlotte de
Hangeft , veuve de M™ Charles
de Gauville , Chevalier , Seigneur
de Javerty , eft morte
fur la fin du même mois. Cette
Dame a terminé par une fainte
mort , une vie pleine de bonnes
oeuvres. L'exercice des vertus
Chreftiennes & la pratique des
oeuvres de pieté rempliffoient
tout fon temps. C'eſt un té◄
moignage que toutes les perfonnes
qui l'ont connuë luy
rendent , M de Gauville eftoit
d'une ancienne Maiſon , qui a
GALANT 141
produit de grands fujets dans
la Robe & dans l'épée. L'ayeul
de cette Dame avoit longtemps
porté les armes pour le fervice
du Roy Henry IV. contre les
Chefs de la Ligue , qui exciterent
de fi grands troubles dans
le Royaume au commencement
du 16° fiecle & au commencement
du dernier. Cette
famille eft originaire de Normandie
, où elle eftoit connuë
dés le commencement du feiziéme
fiecle ; elle a fait de grands
biens à l'Abbaye du Bec , qui
eft à huit lieuës de Rouen , &
dont l'Egliſe eſt une des plus
142 MERCURE
belles du Royaume . La Chartreufe
du Val Dieu , dans le Perche
, fe reffent auffi de fes liberalitez
, & compte au nombre
de fes Bien- faiteurs , ceux de
cette Maiſon.
Mylord Ramfey,Lieutenant
general , & Mr le Comte de
Mark ,frere du Duc de Quenf
bury , moururent l'un & l'autre
à Edimbourg au mois de Septembre
dernier . Ces deux Seigneurs
eftoient des meilleures
Maifons du Royaume d'Ecoffe,
& du nombre des plus affectionnnez
pour leur patrie . On
prétend qu'ils ont eu le plus de
GALANT 143
part aux réponſes vigoureuſes
que le dernier Parlement ; affemblé
à Edimbourg , a fait
en plufieurs occafions à celuy
d'Angleterre , & qu'ils ont témoigné
diverfes fois leur mécontentement
d'une maniere
affez haute. Mylord Ramſey
avoit porté les armes dans fa
jeuneffe,fous le feuRoyJacques
II. alors Duc d'Yorck ; je crois
même qu'il fe trouva à la cele
bre Bataille que ce Prince gagna
conrre les Hollandois , &
où il s'acquit tant de gloire.
M le Comte de Mark eftoit
allié, du cofté des femmes , àla
144 MERCURE
Maifon Stuart , & fes ayeux
avoient poffedé les principales .
Charges du Royaume d'Ecoffe ,
fous les Rois Jacques III , IV ,
& V. & même fous la Reine
Marie leur heritiere , qui avoit
époufé en premieres noces
François II . Roy de France .
L'Article qui fuit , que vous
trouverez fort curieux , & qui
vient de tomber entre mes
mains , fervira d'addition à
l'Article que je viens de vous
donner fur le même fujet.
La Maiſon Chigi faifoit
une grande figure depuis longtemps
à Sienne fa Patric , lorf
qu'elle
GALANT 145
qu'elle commença à s'élever à
la Cour de Rome fous le Pontificat
de Jules II Ce Pape donna
l'Intendance des Finances à
Auguſtin Chigi , & il eut lieu
d'eftre content de ce choix ;
quoyque l'on ait dit , que ce
Miniftre traittant un jour le
Pape & tout le Sacré College ,
il outra tellement la magnificence
, qu'on cuft dit , qu'il
avoit deffein d'encherir fur
l'exorbitante profufion de Vitellius
. L'abondance , la delica
teffe , & le choix des Mets , auroient
fuffi pour faire admirer
ce repas ; mais ce ne fut point
Decembre
1705 . N
146 MERCURE
a
par là qu'on dit qu'Auguftin
Chigi ſe diſtingua le plus . Il fit
jetter dans le Tibre , à chaque
fervice , tout ce qui ſe levoit
de deffus la table, quoique toute
la vaiffelle fuft d'argent ; &
l'on fervit en dernier lieu un
fort grand nombre de Langues
de Perroquets , apprêtées en
cent manieres . Jules II . fut fi
content des fervices d'Auguftin
Chigi , qu'il l'honora d'une efpece
d'Adoption , & il voulut
que luy & fes Defcendans fuffent
cenfez de la famille de la
Roüere . Sous le Pontificat de
Paul III . la Maiſon Chigi éGALANT
147
prouva une grande révolution .
Elle avoit à Rome un beau Jardin
fur le Tibre , proche le Pa
lais Farneſe , & dont on prétend
que le voisinage luy fut
fatal; ce qui l'obligea de retourner
à Sienne. Depuis ce regne
jufqu'à celuy d'Urbain VIII.
les Chigi demeurerent tranquilles
à Sienne ; mais fous ce
dernier Pontificat , Fabio Chigivint
à Rome , & s'y gouverna
de maniere qu'en 1655. il
fut élevé au Pontificat fous le
nom d'Alexandre VII. ainfi
que j'ay déja dit. Dom Mario
Chigi , fon frere aîné , fut
Nij
148 MERCURE
Gouverneur de Rome ; & on
dit à fa loüange, qu'il ne ſe mêlarprefque
point des affaires politiques
. Donna Berenice , fon
Epoufe , Siennoife & de la famille
della Ciaia , fe fit fort cftimer
à la Cour de Rome ; & elle
profita habilement des reproches
qu'on avoit faits à une
Dame,qui eftoit dans la meſme
fituation fous le Pontificat précedent.
Flavio Chigi , fils de
Dom Mario , fut fait Cardinal
Patron ; il eftoit le feul des enfans
de Mario Chigi . Il vint en
France en 1664. Aprés la mort
de fon Oncle, il fut Chefd'une
GALANT 149
fi grande Faction dans le Sacré
College , qu'il donna luy-feul
un Pape à l'Eglife & un Succeffeur
à fon Oncle ; ce fut
Clement I X. On dit en effet
alors dans le monde , que fans
le credit de Chigi , la Creation
d'Altieri n'auroit jamais réuſſi.
Auguftin Chigi , frere de Don
Mario , oit laiffe deux fils ,
dont le Pape Alexandre V II .
cut grand foin. L'aîné , Auguftin
Chigi , dont la mort donne
lieu à cet article , fut dés lors
deſtiné pour eftre le Chef de la
famille ; & il époufa en 16 56 .
la niece du Prince Marc-An-
N`iij
150 MERCURE
toine Borgheſe , qui cftoit alors
un des plus grands partis de
Rome, Sa beauté répondoit à
fon bien ; & elle avoit efté élevée
par fa grand' mere , qui
eftoit une Dame d'une grande
vertu. Le fils du Connêtable
Colonne qui recherchoit cette
Demoiselle , le mefme qui époufa
enfuite la Nice de Mr
le Cardinal Mazarin , fit retarder
quelque temps ce mariage,
& peut eftre que malgré l'autorité
du Pape , il cuſt eſté préferé
, fi dans cette conjoncture
.
le Prince Marc- Antoine Borghefe
ne fuft decedé . L'affaire
GALANT (151
fut alors conclue avec beaucoup
de rapidité par les bons
offices de Donna Olympia Aldobrandina
, petite- niece du
Pape Clement VIII . mere de
la Demoifelle . Cette Dame
avoit épousé en premieres noces
le Prince Borghefe , & étant
reftée veuve dans une affez.
grande jeuneffe , elle époufa
Dom Camille Pamphile , Prince
de Roffane , neveu d'Innocent
X. qu'elle n'avoit préferé
à d'autres grands partis ,
que dans la vue d'avoir un
grand rôlle à jouer à la Cour
de Rome , fous le Pontificat
N iiij
152 MERCURE
d'Innocent X. mais elle fut
fort trompée ; car non ſeulement
Donna Olympia , ſa belle-
four , l'emporta , mais elle
fut auffi obligée de fuivre fon
mary en exil. Alexandre VII .
quelque temps aprés le mariage
de Dom Auguftin Chigi ,
luy acheta la Principauté de
Farnele, qui eftun Fief de l'Empire,
dans la Province du Patrimoine
, & qui luy coûtab170
mille écus . Sigifmond Chigi ,
frere de Dom Auguftin , fut
gratifié de plufieurs groffes
penfions par fon Oncle , & élevé
au Cardinalat par le Pape
GALANT 153
Clement IX. en 1667 .
Monfieur
l'Evêque de Strasbourg,
affifté de l'Evêque fuffra
gant de ce Siege, & de M' l'Evê
que de Bâle , qui fait fa refidence
à Polentru , facra , fur la fn du
du mois dernier , Mr. l'Abbé de
Camilly , Grand - Vicaire de
Strafbourg
, Evefque de Toul .
Cette ceremonie
, qui eft déja
confiderable
par elle même , fut
renduë éclatante par le nombre
d'Officiers
Generaux qui s'y
trouverent
, & qui avoient à
leur refte Mr & Mc la Maréchale
de Villars . Monfieur
de
Strafbourg
donna enfuite à cet
"
154 MERCURE
te illuftre affemblée un magnifique
repas . Mr l'Evefque de
Toul a été nommé Evefque il
y a prés de deux ans ; le mauvais
état de fa fanté l'a empef
ché jufqu'icy de fe charger des
foins de l'Epifcopat , & il étoit
même dans le deffein de fe demettre
abfolument de cette
Dignité , fi fa fanté ne s'étoit
un peu rétablie , & s'il n'avoit
été en quelque maniere obligé
de l'accepter par des ordres fuperieurs.
Il s'eft formé pour
I Epifcopat pendant le temps
qu'il a gouverné l'Eglife de
Strafbourg , ou en chef, avant
GALANT 155
qu'il y eût un Coadjuteur , ou
fous les ordres de l'Evêque qui
la gouverne aujourd'huy . Je
vous ay parlé au long de fa famille
, lors qu'il a été nommé
par le Roy à l'Evêché de
Toul.
Mr l'Abbé de Quiqueran de
Beaujeu, Affocié de l'Academie
des Infcriptions , ayant été
nommé Evefque de Caftres , a
donné lieu à un changement
dans cette Academie, où le Roy
luy a conferé le titre de Veteran.
Sa place d'Affocié fut remplie
le 1 1. de ce mois , par Mr
Baudelor , dont le choix, enfui156
MERCURE
te d'une élection faite à l'ordinaire
, a efté confirmé par fa
Majefté. Mr Baudelot eft trés
connu dans la Republique des
Lettres par plufieurs ouvrages.
Il eft d'une profonde litteratu
re & trés verfé dans la connoiffance
de l'Antiquité, &fur tout
des Medailles.
Mr Tyrel vient de publier
le troifiéme volume de fon
Hiftoire d'Angleterre in folio
The general history, &c. c'est à
dire , Hiftoire generale d'Angleterre,
tant Ecclefiaftique que Civile
; contenant les Regnes d'Edouard
I. Edouard II. Edouard
GALANT 157
III. & Richard II.Tirée des plus
anciens Regiftres , & des Hiftoriens
, tant manufcrits qu'imprimez
: Avecun Appendix ou Differtation
des-intereffée fur la queftion
, fcavoir, files Communes
d'Angleterre envoyoient pour
des repreſenter en Parlement,
d'autres perfonnes que les tenants
in Capite , avant la 49 .
année du regne de Henry III.
où l'on rapporte toutes les difficultez
qui ont été publiées fur ce fu
jet , & les réponses qu'on y a
faites.
Le Docteur Mead, qui a écrit
fur les Poiffons, a fait imprimer
158 MERCURE
un petit Livre , de imperio Solis
ac Luna in corpora humana , &
morbis inde oriundis ,
Mr Bladen vient de faire une
une nouvelle traduction des
Memoires de Cefar. Le Docteur
Drake travaille à une traduction
de l'Hiftoire d'Herodote ,
avec des Notes , & c.
On mande de Berlin , qu'on
doit imprimer en Latin à Allendorf,
les Difcours que Mr
Regis a mis au commencement
de fa Philofophie . C'eſt Mr
Favin Auteur des Converfations
pienfes , qui parurent à Berlin
1
au commencement de 1699 .
GALANT 159
qui a fait cette traduction ; &
on dit qu'elle eft plus exacte
que l'original .
On a imprimé à Leyde un
Livre intitulé : Thefaurus antiquitatum
& hiftoriarum Italiæ ,
cc'est- à- dire, Trefordes Antiquitez
des Hiftoires de la
partic d'Italie qui eft prés de la
Mer de Genes & des Alpes , &c.
Les Opufcules de Hubert Folieta
paffent pour une des meil
leures pieces de ce Recueil. Elles
contiennent les éloges des
Hommes illuftres que la Ligurie
a produits. Folieta commence
par l'éloge des Illuftres
160 MERCURE
Génois , que leur pieté & leurs
miracles ont fait placer dans le
Ciel.
Il y a une grande difpute en
Angleterre
entre Mr Gagnier
& Mr Relond , au fujet des
Medailles Samaritaines
; ce qui
a donné lieu au dernier de publier,
une docte Differtation
,
qui a été infèrée dans la nouvelle
edition que Mr Spanheim
donne de fon Livre de ufu &
præftantia numifmatum
.
On a réimprimé
à Lubeck
le Diarium biftorico - litterarium
du Pere Homey
.
On a donné cette année à
GALANT 161
Amfterdam une nouvelle édi-.
tion de l'Hiftoire des Yncas
Rois du Perou , contenant leur
origine , depuis le premier Ynca.
Manco Capao ; leur établiffement
, leur idolatrie , leurs facrifices
, leurs conquêtes ; les
merveilles du Temple du Soleil ,
& tout l'état de ce grand Empire
, avant que les Espagnols
s'en rendiffent maîtres : Avec
une deſcription 'des animaux ,
des fruits , des mineraux , des
plantes, &c. Traduite de l'Efpagnol
de l'’Ynca Garcillaſſo de
la Vega , par J. Baudoüin .
On a imprimé à Bruxelles,
Q Decembre
1705.
162 MERCURE
chez François Foppens 1704.
un Livre intitulé Religion on
Theologie des Turcs par Echiale
Mufti , avec la profeffion de foy
de Mahomet , fils de Pir Ali.
Thomas Lombrail , Imprimeur
à Amfterdam , va faire
paroître en François le premier
tome des Sermons de feu Mr
Tillotson , Archevêque de Cantorbery
.
Jean Walter , Libraire de la
même Ville , a achevé l'impreffion
de l'ouvrage de Mr Vandale
fur l'hiftoire d'Ariftée ou
des feptante Interpretes : Vandale
fuper hiftoria Ariftea de Lxx .
Interpretibus .
GALANT 163
Mr Crenius a rendu public
à Leyde fon Livre fur les Vols
qui fe font commis en matiere
de Livres , de furibus Librariis.
Cet ouvrage commence déja
à exciter de grands murmures
dans la Republique des Lettres.
En effet, il y a bien des Auteurs
qui n'aimeront pas à eſtre démafquez.
La Lettre qui fuit m'a efté
envoyée par M' de Voolhouse,
Oculifte & Gentilhomme fervant
de Sa Majefté Britannique.
Elle doit faire beaucoup de
plaifir à ceux qui cherchent à
s'inftruire à fonds de toutes
O ij
164 MERCURE
les maladies des yeux.
A S. Germain en Laye , cc 14 .
Decembre.
vous en
Fay eu l'honneur, Monfieur ,
de vous écrire autrefois ,
avez fait part au Public ( tant
dans le Mercure du mois de May
1699. que dans celuy de Mars
1703. )que lesyeuxfont attaquez
d'environ 170 maladies. Maisfije
vous en avoisfait alors un dénom
brement que j'euffe crû juste,j'aurois
oublié une maladie fort con
fiderable , qui ne m'a efté connue
que depuis la fin du mois d'OcGALANT
165
tobre dernier. Je puis veritablement
affirmer que j'ay vú &pra
tiqué, tant chez mon Pere à Lon
dres , dans ma jeuneffe , que chez
moy ( depuis la mort ) tant en
France qu'ailleurs , beaucoup plus
de maladies oculaires , que les Auteurs
(foit anciens foit modernes )
ne font mention dans leurs écrits ,
ayant toujours fait ma plus grande
occupation & mon plus grand
plaifir de me perfectionner dans
cette fcience : mais aucun de tous
ces Auteurs n'a parlé de la maladie
extraordinaire dont George
Orbant , Caporal de la Compagnie
de Mr Derlach, dans le Ree
166 MERCURE
giment des Gardes Suiffes , a efté
attaqué à l'oeil gauche . Cet oeil
Saigna pour la premiere fois.
Fontainebleau , le 28. de Septembre
dernier, pendant que ledit Caporal
eftoit de garde, dans le dernier
voyage du Roy à Fontainebleau.
Cet homme n'a point de
memoire qu'il luy foit jamais arrivé
aucun accident , excepté un
picquottement à l'oeil , ny
d'autre maladie , ou Symptome
qui ait précedé cet écoulement da
fang de fon oeil ; ledit oeil n'eftoit
ny enflé , ny rouge , ny douloureux
mais feulement dans une
Timple épiphore , ou larmoyemens
petit
GALANT 167
involontaire des yeux . On luy fit.
fur le champ tous les remedes ordinaires
extraordinaires pour
étancher cette effufion de fang , a
quoy on ne pût réuffir qu'aprés
une heure de temps. Il s'en fentit
fort affoibli , il devint blefme , il
Je trouva tout ébloui & fe fentit
la tefte legere. Depuis le retour du
Roy de Fontainebleau , la mefme
hemorrhagie ophthalmique a pris
deux fois à ce Suiffe , dans fon
quartier à Nanterre, pendant l'ef
pace de trois quarts d'heure de
temps chaque fois . Son oeil diſtila
encore du fang en abondance
la quatrième fois à Versailles ,
pour
168 MERCURE
pendant qu'il eftoit de garde , où
on l'a fecouru beureufement par
des remedes qui luy font inconnus,
Depuis ce temps- là il n'a prefque
plus vû de cet oeil là , & on remarqua
qu'il avoit une boſſe où
éminence fous la paupiere inferieure
, qui augmentoit de jour à
autre. Il me vint trouver à Saint
Germain en Laye au commencement
de Novembre ,
accompagné
d'un de fes Camarades . Je n'eus
pas pluftoft renversé la paupiere
d'en bas , que j'apperçus une carnofité
, de la forme & de la grof-
Leur d'une échalotte ordinaire ,
de la couleur & politeffe de la
Tunique
GALANT 169
Tunique adnate de l'oeil , placée
dans la cavité qu'on appelle hyporoilon
, entre le Globe de l'oeil
& la paupiere inferieure vers le
petit cauthus. Je la pris d'abord
pour une defcente ou déplacement
de la glande innominée ( ce que
jay vû unefeule fois de ma vie
à Bruxelles , & dont j'empefchay
heureusement l'extirpation qu'on
alloit faire. ) Mais prenant ce
corps étranger avec mes tenailles
oculaires , il fortit facilement de
l'oeil , & ne fe trouva attaché
qu'au milieu de la paupiere inferieure
, par un gros vaiffeau fanguin
dont il luy refte une cicatrice)
Decembre 1705. P
170 MERCURE
éloigné d'une demie ligne d'une
branche des vaisseaux de l'oeil que
affez souvent , ( entre pluouvre
je
fieurs autres vaiffeaux , ) quand
fais mon operation de la phlebophthalmoromic
de l'oeil , dont il
eft fait mention dans le Mercure
du mois de Mars 1703. page 133 .
Ce qui me donna lieu de croire que la
nature l'avoit foulagé par où l'art
auroit pu le faire , en luyfaifant
cette operation Specifique
fouvent remarqué aux gens qui
avoient les yeux attaquez du mal
Galien appelle Ophthalmopônie
, Diofcoride Periodûnic
, co Hippocrate Odunoph-
( que
jay
GALANT
171
thalmic )
que
leurs
vaiffeaux
fanguins eftoient turgides & gonflez.
Cependant le temps me pref
fant je luy coupay ce corps eftran
ger, ayant premierement
fait ligature
audit vaiffeau de fang quile
nourriffoit
; mais par malheur la
foye ayant gliffe , le fang coula en
telle
abondance , que
j'apprehendois
qu'il ne tombaft en défail
lance , & me trouvant obligé
d'abord d'avoir recours à une eau
cauftique , que j'avois dans ma
Chambre , je l'appliquay avec une
araignée , le fang s'arrefta dans
l'i iftant. Je luy mis des compreffes
trempées dans un collyre aftrin-
1
Pij
172 MERCURE
gent , & je luy banday l'oeil , luy
confeillant d'aller fe repofer , en
attendant le retour d'un voyage
que j'étois obligé de faire. Mais
malade eftant auffi-toft retourné
à Nanterre, il s'eft trouvé depuis
parfaitement gueri , tant de fa
diftilation ou fluxion furprenante,
de l'operation . Cette carnofité
eftoit comme une glande con
globée , & ne tenoit point de
La nature des loupes ordinaires
ou ryſtées ; eftant par tout d'une
chair blanche ( parfemée de petits
vaiffeaux capillaires , femblables.
aux tefticules d'un agneau ) contenue
dans une tunique qu'on
que
GALANT 173
peut auffi proprement nommer albuginée.
Le Malade foubaitade
l'emporter avec luy, & ill'a mon
trée depuis ( à ce qu'il m'a dit ) à
Mrs de Sainte Genevieve de
Nanterre. Il m'eft venu depuis
remercier d'une guerifon fi parfaite.
Il peut bien avoir cinquantedeux
ans ; il eſt aſſez maigre , &
c'est un hommeſobre & fage, qui
ne fait pasde débauche.
Ce cas m'a paru fi fingulier ,
que je l'ay crû digne de vous
eftre communiqué hiftoriquement ,
fans entrer en raisonnement làdeffus.
Mais je fuis par là plus
confirmé que je n'ay jamais efté
Piij
174 MERCURE
juſqu'icy , de la bonté & de la
neceffite merveilleuse qu'il peuty
avoir (en de certaines occafions )
pour l'operation de la faignée de
l'oeil. Au refte , je nefuis pas ignorant
de ce qu'Hippocrate dit des
femmes aufquelles leurs Rataménia
remontées ,fortent quelquesfois
par les yeux ; ny de ce qui arrive
quelquesfois à des enfans , à qui ,
en pleurant , quelques gouttes de
fang tombent des yeux par lescan
tons , principalement par le
&
grand coin ; ce que quelques Auteurs
appellent lacrymæ fanguinex
. Tout cela n'approche point du
faignement oculaire , dont je viens
GALANT 175
de parler , où le fang affurément
ne fortoit paspar la glande lachrymale
d'en haut , ny par la caruncule
nafalle , ou points lacry--
maux. Jefçayfort bien , avec Mr
Stenon , que la glande conglome
rée de la paupiere fuperieure
peut naturellement laiffer échaper
du fang par les vaiffeaux cou-
Fateirs excretoirs (foit rompus ,
foit dilatez ) dans la filtration de
la lymphe lacrymale ; ce que j'ay
vú moy - même à un Dragon du
Roy , mon Maistre , en Irlande ;
mais cet homme avoit une ophthalmic
inveterée , avec ectropion
, & d'autres mauvais accii
Pij
176 MERCURE
dens , defquels noftre Suiffe ex
question , eftoit net & libre tout
fait. 61 in commulov zion.
Le fieur Langlois , Libraire-
Graveur , & Marchand d'Eftampes
, vient d'augmenter le
Recueil des Vûës & des Perfpectives,
des Palais , des Places,
des Eglifes , & des plus beaux
Bâtimens de Paris ; & des Châ
teaux de France , fçavoir : de
Verfailles , de Saint- Cloud , de
Meudon , & d'autres Châteaux
& Maifons de Plaisance . Le
tout Original , gravé par Perelle
, & par d'autres excellens
GALANT : 177
Graveurs ; en un volume infolio
en travers , ou qui fe relie en
trois volumes in folio en hau
teur.
Le même Libraire vient auffi
de remettre au jour la belle
paire d'Heures , écrite par Du
val Ecrivain de la Chambre du
Roy , & gravée au burin par
Senault , & par plufieurs autres
bons Graveurs. Elle eft corri→
gée d'un grand nombre de fau
tes , & remplie de vignettes ,
lettres grifes , culs- de-lampes
& autres ornemens ; elle eft
d'une grandeur commode &
propre pour les deux fexes.
178 MERCURE
Le même vient auffi de donner
au Public un Recueil de
Defleins d'Architecture à la
-
mode ,
propres pour les perfonnes
qui font bâtir , & pour
les ouvriers
; fçavoir
des deffeins
de portes
cocheres
d'appartements
, de lambris
, de
fallons , de galleries
, de buffets
, de croifées
, d'alcoves
, de
cheminées
, de plafonds
, de
tables , de gueridons
, de vaſes,
&
d'autres
ornemens ; de grottes
, de fontaines
, de cafcades
,
de berceaux
, & de cabinets
de
treillage , de parterres ,
de bof
quets , de boulingrains
, & de
GALANT 179
la
tout ce qui peut fervir pour
décoration des bâtimens & des
jardins . Le tout en un volume
infolio.
Le même fuit l'exemple de
Nicolas Langlois , fon pere ,
qui a donné tous les ans , dans
Ics Almanachs qu'il a fait graver
, une fuite de l'hiftoire du
Roy ; & c'eft le feul qui ne les
a mêlez d'aucunes des chofes
remarquables , arrivées les plus
en France , & qui ne regardoient
point S. M. Les Almanachs
doivent eftre regardez
en deux manieres ; fçavoir , en
petits Livres , & en grandes.
180 MERCUR Z
Eftampes. Tout ce qui a porté
ce nom a prefque toûjours efté
regardé comme des ouvrages
peu confiderables , & dont le
travail donnoit une gloire fort
bornée aux Auteurs ; mais les
moindres chofes du ficcle paffé
ayant cfté augmentées , travaillées
avec foin , & embellics
plufieurs Almanachs en livres
font devenus autant de Journaux
hiftoriques; & l'on en voit
aujourd'huy , qui font des efpepeces
de recücils , dont le public
tire de grandes utilitez ,
tant pour ce qui concerne l'Agriculture
, que les affaires du
GALANT 181
,
monde. Quant aux Almanachs
en Taille - douce , la plufpart
n'ont aujourd'huy que des
noms d'Almanachs qui les
font encore paffer auprés de
quelques-uns pour moins confiderables
qu'ils ne font . En
effet , la plus grande partie des
Marchands qui donnent ces
ouvrages au public , n'épargnent
rien pour la gravure , &
choififfent les meilleurs Ouvriers
de maniere que ces ouvrages
paffent pour de belles
Eftampes , & fur tout dans les
pays étrangers , où le débit en
eft tres-grand . On y voit fou182
MERCURE
vent des prifes de Villes , & des
Batailles fi bien reprefentées &
fi bien gravées , qu'il fe trouve
de belles Eftampes où elles ne
font pas mieux. Le fieur Lan
glois a continué ces ouvrages
cette année , & il eft aifé de
voir , par le grand nombre de
bons Graveurs qu'il employe ,
qu'il doit avoir auffi bien réüffi
que feu fon pere , qui fe donnoit
des foins extraordinaires
ne faifant jamais graver de vifages
qu'aprés des portraits originaux
des meilleurs Maîtres .
Celuy dont je vous parle , demeure
rue Saint Jacques , au
GALANT 183
13
coin dela rue de la Parcheminerie
, à l'Enſeigne de la Victoire,
nì big way ibid
Entre les livres dont le
public tire de grandes utilitez ,
il y en a peu qui foient plus à
la mode , & qui faffent plus de
plaifir , que ceux du S Barreme
, à caufe du temps infini
qu'ils épargnent à ceux qui
ont de grands comptes à faire,
Il vient de mettre au jour une
nouvelle edition de fon livre
intitulé :
L Arithmetique de Barreme ,
Ou le livre facile pour apprendre
l'Arithmetique de foy
184 MERCURE
mefme & fans maistre.
Augmenté en cette nouvelle
édition de plus de 190. pages on
Regles differentes , appliquéesfur
toutes les affaires de la vie , avec
leurs preuves & inftructions de
M
chacune en particulier.
Ouvrage tres-neceffaire à toute
forte de perfonnes , aux unes pour
apprendre l' Arithmetique ; à
ceux qui lafçavent, pour leur aider
à rappeller leur memoire de
quantité de Regles , qui s'oublient
facilement faute d'une pratique
journaliere
Ilfe vend 45.f. à Paris , chez
la veuve Macé , qui demeure dans
la maifon du fieur Barreme , au
HGALANT 185
bout du Pont-neuf, à l'entrée de
la rueDauphine ,
teur
Seul endroit du Royaume
Oùfe vend auffi du même Au-
La nouvelle édition du livre
des Comptes faits , ou Tarif general
des Monnoyes ; perfectionné
&augmenté de plus de 170 .
Tarifs
&
Le nouveau Livre , neceffaire
à touteforte de conditions pour les
Changes & Efcomptes des Billets ,
& des interefts à toutes fortes de
deniers, pourplufieurs années, mois
jours , en une feule page ; per-
Decembre 1705. Q
186 MERCURE
fectionné augmenté de plus de
300. Tarifs.
Il paroift depuis peu un Livre
intitulé : Difcours de Mr de
Meffange , fur trois Articles du
Journal de Trévoux ; l'un du mois
d'Avril 1704. marqué 58 ; l'autre
du mois d' Avril 1705. marqué
65 ; le dernier , du mois de
Fuillet 1705. marqué 115. Pour
la deffenfe defon nouveau Systême
du monde. Cet ouvrage eftant
auffi peu étendu , qu'il eft vif ,
& pouvant eſtre lû en tres peu
tems ; je n'en pourrois dire da
vantage , fans rapporter la plus:
grande partie de ce qu'il con
GALANT 187
tient c'est pourquoi j'ay crû
que fi je m'étendois plus au
long , j'empefcherois que ceux
qui le vendent n'en fiffent
tout le débit qu'ils ont lieu
d'en efperer. Ainfi je croy qu'il
me fuffit de vous dire
que+M²
de Meffange donne dans ce
difcours des preuves auffi
éclatantees que convaincantes,
de tout ce qu'il avance ; &
qu'on ne peut lire cet ouvrage ,
fans eftre perfuadé qu'il eft le
veritable auteur du Nouveau
Systême du Monde , qu'il a fait
imprimer il y a prés de 30. ans .
Son dernier ouvrage fe vendà
Qij
188 MERCURE
Paris , chez la veuve Jacques
Grou , rue de la Huchette , au
Soleil d'or , & chez Pierre Bienfait
, Quay des Auguſtins , à
l'image S. Pierre.
Les Vers fuivans ont efté faits.
par un Maître des Comptes, qui
n'a pas moins de gouft pour la
Poëfie , que pour les Sciences
& dont l'efprit a fouvent brillé
dans l'une des Academies établies
par Sa Majeſté .
GALANT M189
RENCONTRE
DE L'HYMEN
MENote
ET DE L'AMOUR ,
Le jour du Mariage de deux perfonnes
de la premiere diftinction
dans la Robe.
10
L'AMOUR,
Qu court le Dieu de l'Hy
menée ?
Et quel eft le fujet de fon em
preffement ?
L'HY MEN.
Je vais pour accomplir l'heu
reuſe deſtinée
D'un Magiſtrat illuſtre , en qui
190 MERCURE
rien ne dément
L'éclat de tant d'Ayeux , done
il fait l'ornement ;
Et d'une Epoufe fortunée ,
Que Themis vit un jour naiftre
dans fon Palais ,
Et qui dés ce moment par le
Ciel fut ornée ,
D'efprit & de vertu , de graces
& d'attraits.
Aujourd'huy, par mes foins , un
doux noeud les affemble ; -
Au Temple , où l'on m'attend,
on doit trouver enfemble
La Foy , la Pudeur, l'Equité,
La Sageffe , la Probité ,
Et les autres Vertus que tu në
connois gueres ,
Lorfque feul & fans moy tu for
ges tes mysteres.
Adieu , ne me retarde pasa
GALANT 191
L'AMOUR .
Et moy je vôle ſur tes pas ,
Je veux eftre de la parties
Cette union fans moy feroit mal
affortie :
Quoy peut-on fans l'Amour
former de fi beaux noeuds ?
Et crois - tu qu'ils n'ont pas déja
fenty mes feux ?
GOODS L'HY MEN
Sidrolo
Non , ton fecours ne m'eſt pas
neceffaire , Po
Ton air badin, folaſtre , indif
cret , temeraire ,
Sieroit mal aux grands coeurs
que je vais rendre heureux ,
192 MERCURE
L'AMOUR .
Hymen , ignores - tu que je
prends , quand je veux ;
Mais avec toy , fur tout ) un
autre caractere .
Tu me verras diſcret , tendres
fage & fincerest
J'auray pour armes ces traic's
d'or ,
* 454
Qui cauſent fous mes loix les fe
crettes bleffures ,
Dont fe fentent picquer les
ames les plus pures :
Du flambeau que je tiens , tu
verras naiftre encor ,
D'innocentes, ardeurs , & des
feux legitimes ,
Pour enflamer & l'Epoufe
& l'Epoux.
L'HYMEN.
GALANT 193
L'HY MEN.
A ces conditions l'accord eft
entre nous ; :
Que d'Hymen & d'Amour leurs
coeurs foient les victimes ,
Mêlons de nos flambeaux , & la
flâme & l'ardeur ,
Unifons-nous , allons confommer
leur bon- heur.
Je croy devoir faire préceder
la Lettre que vous allez
lire , à l'article du mariage de
Mlle de Lamoignon . Cette
Lettre a efté écrite à M de
Bâville , Intendant de Languedoc
, fur la mort de M de
Decembre 1705. R
194 MERCURE
"
Lamoignon , fa mere, & grandmere
de Mlle de Lambignon,
fille du Prefident à Mortier de
ce nom , & qui vient d'époufer
M le premier Preſident
Nicolaï, dont je vous parleray
enfuite de cette Lettre.
Fayefté tres-fenfible à lagranperte
que vous venez de faire
de feuë Me voftre illuftre Mere ;
je ne doute point , que dans cette
trifte occafion , vous n'ayez eu befoin
, de toute la fermeté que vous
avez fait éclater en tant d'autres
. En effet , cette Dame eftoit
également refpectable par fes vertus
& parfon rang; & fa mort
de
GALANT
195
4
à
a efté auffi glorieuse que fa vie.
Trop heureux , fi je pouvois
cette heure reprefenter à vos yeux
fins & delicats , la grandeur de
fon ame , la pureté de fes intenrions
, la folidité de fa picté , la
vigueur defa foy , l'ardeur de
fon zele , l'exactitude de fa justice,
La profondeurdefon humilité , l'é
•tendue de fa charité , l'innocence
de fa conduitte , lafainteté de fes
moeurs , l'aufterité de fa penitence,
Les douceurs de fa patience & de
fa parfaite obéiffance. Mais il
faudroit entrer dans votre coeur
affligé , pour fe former leportrait
naif & fidele que vous y gardez
Rij
196 MERCURE
prétieuſement
, & que les traits
animez de voſtre ſeule éloquence
pourroient égaler. Pour moy
à qui il feroir difficile d'exprimer
affez bien ces diverfes & excellentes
qualitez , je me contentede
les admirer , & de prier
Le Seigneur qu'il vous confole
luy-même dans voftre accablante
affliction. C'eft le fouhait de celuy
qui eft avec autant de refſentiment
que de respect , & c.
ray
"
Cette Lettre eftoit fuivie
des Epitaphes que vous allez
lire.
Mong01
GALANT 197
EPITAPHES
STAUSIN
DE MADAME DE LAMOIGNON.
Aprés avoir fervi ton Dieu
Rempli de bonne odeur ce lieu ,
Par des bienfaits d'éternelle memoire
,
Admirable Potier , tu defcends
Tombeau ;
Et de tant de beaux jours , que conronna
la gloire ,
Ton dernier jour eft le plus beau
Side
Autre
.
Mufe , tesfoibles fons ne sçaus
roient affezdire ;
Sa rare Charité , que l'Orphelin
admire ;
Riij
198 MERCURE
Sa pieté , quifert aufiecle deflambeau
La fuit , fans la quitter , jufque
dans le Tombeau.
Autre.
<
Potier a prisfa place , au celefte
A
250
Sejour
Elle eft parmi les Saints récla
tante de Gloire ;
Ses illuftres Vertus , l'exemple de
la Cour
Des ombres de la mort ont fauve
fa memoire.
0
simonq
Mre N... Nicolaï, Marquis
de Gouffainville, Confeiller du
Roy en fes Confeils, & premier
Prefident de la Chambre des
Comptes de Paris , a époufé
GALANT 199
Mlle de Lamoignon. Ce Magiftrat
eft le feptiéme premier
Prefident , de pere en fils , de
cette Cour Superieure .Jean Nicolaï,
S de S. Victor , Maître .
des Requeſtes , & puis premier
Prefident de la Chambre des
Comptes , a vécu fous les regnes
de Charles VIII. & de Louis
XII. il a été le premier de fa
famille qui a exercé cette importante
Charge . Il fut premicrement
Confeiller au Parlement
de Toulouſe ; & le Roy
Charles VIII. informé de fon
merite , voulut qu'il l'accom-t
pagnaft au voyage de Naples
Riiij
200 MERCURE
Il l'employa en diverfes negotiations
importantes auprés des
Princes d'Italic ; & aprés la con
quête du Royaume de Naples
il l'y laiffa en qualité de Chancelier.
Aprés la perte de cet Etat
il continua en France fes fervi
ces au Roy Louis XII , qui luy
donna une Charge de Maître
des Requeftes le 3. Juin 1504
L'année ſuivante il eut celle de
premier Prefident de la Chambre
des Comptes , dont il fit
les fonctions jufqu'en 1518.-
qu'il la remit à un de fes fils :
& fes defcendans l'ont confer
vec jufqu'à prefent dans leur
GALANT 201
2.
reçu
Famille. Car Jean laiſſa Aimar
Nicolai , pere d'Antoine 1 .
premier Prefident de la Chambre
des Comptes, à la place de
fon pere l'an 15 53. Celui - cy
cut Jean fecond de ce nom
pere d'Antoine fecond du nom
qui a laiffé Nicolas Nicolaï
Chevalier , Marquis de Gouffainville
, Confeiller du Roy en
tous fes Confeils, premier Prefident
de la Chambre des Comptes
, où il fut reçû le 20. Mars
1656. & duquel eft iffu Mr le
premier Prefident Nicolaï , qui
vient d'époufer Madile de Lamoignon.
Ce Preſident a au202
MERCURE
tant de fageffe & de modeftie
que d'efprit ; & il n'a jamais
eu occafion de parler en public ,
qu'il ne fe foit attiré des applaudiffemens
de tous ceux qui ont
eu le plaifir de l'entendre. Mlle
de Lamoignon
eft fille de
Mr de Lamoignon
, Prefident
à Mortier au Parlement, & de
Dame N... Voifin . Vous ayant
parlé amplement
de cette illuf
tre Famille , au fujet de la mort
de Mad . la premiere Prefidente
de Lamoignon
, je vous diray
feulement
que la nouvelle ma÷
riée eft petite fille de cette Dame
& de feu Mr le premier PrefiGALANT
203
dent de Lamoignon ; elle eft
trés - bien faite , & elle a beau
coup de merite . bolno ,
Mre Na le Goux- de la Berchere-
de la Rochepor , Maître
des Requeſtes , époufe Mlle
Voyfin Mr de la Rochepot
eft fils de Mre Jean- Baptiste le
Goux- de la Berchere, Marquis
d'Inteville, Comte de la Rochepot,
Baron de Toify , Maître des
Requeftes , qui a été Intendant
pendant plufieurs années en
Bourbonnois , en Auvergne, &
dans les Generalitez de Montauban
& de Rouen , où il a été
toûjours regretté; & de Dame
204 MERCURE
Antoinette le Fevre d'Eaubons
ne. Il eft Neveu de Mr l'Archevefque
de Narbonne ; de
M la Marquife de Boury,Veuve
de Mr le Marquis de Boury,
tué au paffage du Rhin ; & de
Mr d'Eaubonne, Confeiller au
Parlement & Doyen de la Troi
fiéme Chambre des Enqueftes ;
Coufm germain de Mr le Com
te d'Eftain , Lieutenant General
des Armées du Roy , de Mr de
Blaify , Prefident au Grand-
Confeil ; & de Mr le Coq, Mai.
tre des Requeftes . Le nom propre
de cette Maifon eft le Goux
J'ay parlé en differentes occa
GALANT 205
fions de la naiffance illuftre de
ceux de ce nom , qui ont été
en grande reputation dés - le
temps des Ducs de Bourgogne,
& entr'autres , Pierre le Goux,
Chancelier de Philippe ſecond
DucdeBourgogne,comme il ſe
voit dans Olivier de la Marche
Hiftorien de ces temps- là . Mr
de Rochepot , eft parent & allié
à un degré de parenté fort proche
, de Mr le Duc d'Harcour
& de M' le Marquis de Charoft,
de Mr le Prefident de Lamoignon;
de M' Nicolaï , premier
Prefident de la Chambre des
Comptes ; de Mr. le Maréchal
206 MERCURE
r's
IS
de Chamilly, & de M les Ducs
d'Etrées & de la Feüillade ; de
Mle Prefident de Meſmes , de
Verthamon , premier Prefident
du Grand- Confeil ; de M les
Comtes d'Amanzé , de Tavannes
, & de Montperroux ; & d'un
trés grand nombre de perfonnes
de diftinction , de la Robe
& de l'Epée.
M de la Berchere, fa Mere,
eft de la trés-ancienne Famille
de Mrs le Fevre d'Eaubonne,
dont font fortis pluſieurs perfonnes
de grande diſtinction ,
& entr'autres , Mrs d'Ormeffon
& de Lezeau, Confeillers d'Etat,
GALANT 207
qui ont été Doyens du Con
feilhabo
ob Mlle Voyfin eft fille de Mr
Voyfin, Confeiller d'Etat, dont
la naiffance & les alliances font
auffi trés- grandes , du nombre
defquelles font celles de Mrle
Duc d'Etrées , de Mr Nicolaï,
premier Prefident de la Chambre
des Comptes ; & de plu
fieurs autres perfonnes de qualité
de la Robe & de l'Epée.
Le nom de fa mere , dont le
merite eft connu, eft Trudaine ;
& ello eft Soeur de Mr Trudaiine,
Maître des Requeftes & Intendant
de la Generalité de
208 MERCURE
Lyon. Mlle Voyfin eft auff
Niece de Mr de Vaubourg
,
Maître des Requeftes, qui a été
Intendant en differentes Provinces
, où il s'eft fait eftimer
par fon integrité ,& par fa grande
intelligence . Mr de Vaubourg
eft Frere de Mr Definarefts,
Directeur general des Finances
. M la Comteffe d'Angennes
, fille de Mr de Vau-
Bourg , eft Coufine germaine
de Mlle Voyfin. à
J'ay mis dans ma Lettre du
mois de Septembre dernier , en
parlant fur un faux memoire,
du mariage de Mr le Marquis
GALANT 2091
=
6
ه ب ا ش
de Torrecufa, avec la fille deM
le Marquis deVillatorcas,qu'elle
eft d'une illuftre Famille de Caftille
;cependant voici ce que l'on
m'aécrit d'Efpagne fur ce fujet.
Me Laura de Caftelvi eftfille
de Mr le Marquis deVillatorcas,
dont le nom est Caftelvi , d'une
Famille originaire de France , gui
alla en Catalogne , où elle s'éta
où elle s'eft maintenuë avec
beaucoup de fplendeur ; s'étant
alliée par les mariages avec les
Moncades & les Comtes de Baxcelone
. Des Seigneurs de ce nom
ont eu part à la conquête de Valence
, où ils prirent alliance dans
Decembre 1705 .
blit
S
210 MERCURE
plufieurs Familles illuftres , ainfi
qu'en Catalogne , dont il eft forti
de grands perfonnages , fignalez
par les Lettres & par les Armes ,
& leurfidelitéfut caufe queDom
Pedro IV. Roy d'Arragon , fit
Dom Gonzalo de Caftelvi ( huitiéme
ayeul de Me Laura ) Gentilhomme
de fa Chambre
Ugier d'armes pour garde de fa
perfonne aux Etats d' Arragon
Pan 1347⋅
27noë
fon
Dom Louis de Caftelvi fon
fixieme ayeul , fervit Dom Jean
d'Arragon dans les guerres de Perpignan
: & du quatriémefils de ce
Dom Louis, defcendent les MarGALANT
210
quis de Laconi en Cerdaigne.
• Dom Pedro , aîné de Dom
Louis , fon cinquiéme ayeul,fervit
dans la même guerrera
!
Dom Jean de Caftelvi , fon
bifayeul , fervit plufieurs années
en Flandres.
Dom Bafile , fon ayeul ſuivit
la même profeffion , & fut Gouverneur
de Valence , & Viceroy
per interim .
Son frere eut le même employ,
fut Viceroy de Maillorque :
prefentement il eft Confeiller
de fa Majefté Catholique, l'Heroïque
Philippe V. au Confeilfu
prême & Arragon.
Sij
212 MERCURE
Et le frere de la même Marquife
eft prefentement Gouverneur
de Valence . abst
Son ayeule , Feue Me Laura
de Alagon , de l'illuftre Famille
d'Arragon , & Camarera , ou
Dame de la Chambre des Reines,
Feue Madame Marie - Loüife)
d'Orleans ( de glorieufe memoire )
& de Madame Marianne de
Neubourg.
སྭཱ པཱན །
La Differtation que je vous a
envoye vient de m' l'Abbé Def
landes , Grand Archidiacre &
Chanoine de Treguier, dont je
vous ai fouvent envoyé des ou
vrages, qui ont reçus de grands
applaudiffemens
.
GALANT 213
Lorfque le Comte de Schomberg
, le Marquis de la Vieuville ,
du depuis Evêque de Rennes , &
le Comte de Luzignan
, eftoient
au fervice de la Hollande , où l'on
alloit de tous coftez pour apprendre
le métier de la guerre ; le grand
Guſtave , Olivier Cromwel , le
Vicomte de Turenne & le Maréchal
de Gaffion, y ont fait leur apprentiffage
. Guillaume de Naſſau
pere du feu Prince d'Orange mourut
de chagrin à la Haye ; il avoit
formé le deffein d'aller infulter
Amfterdam , qui fe difoit la Reine
de la Mer. Chacun fçait fa honteufe
déroute. Le Comte de Luzi214
MERCURE
gnan , dont tout le monde connoist
la Maiſon , qui a donné des Rois
à l'Europe & des Empereurs à
l'Afie , voyant que la guerre ne
luydonnoitplus d'occupation, entreprit
de voir les Cours du Nord,où
il fut confideré autant par fon rare
merite, que parfon éclatante naiffance.
Eftant en Dannemarck , où
les Dames ont beaucoup de delicateffe
, ilparut fort trifte dans un
jour de réjouiffances l'ony propofa
le jeu des dévifes. Le Comte de
Luzignan prit pour lafienne , une
biche courante & bleſſeé par une
fléche avec ces paroles , hæret lateri
lethalis arundo . C'eftoit le
GALANT 215
Lymbole defon amour pour l'aimable
niece de Sylvius , qu'il avoit
connue à Rotterdam , lorfque Guillaume
de Naffau l'avoit envoyé
pour ménagerles Magiftrats en fa
faveur. Il s'agiffoit de retourner
voirfa Maistreffe ; fon amour ingenieux
luy infpira d'aller à la ceremonie
qque les Etats Generaux
faifoient au Baptefme dufeu Prin
ce d'Orange. Son deffein eftoit d'y
propofer la ſtructure d'une furprenante
Machine maritime ; il avoit
auprés de luy un Ingenieur , nommé
Deffons , Breton, pour enfaire
Lafabrique. Lapropofition fut ac
ceptée,
216 MERCURE
On y fit un grand atelier, fur
le bord de la Meufe , cent Mancuvres
y travaillerent ; tous les Prin
ces envoyerent voir cette Machine
, & l'on en dreffa une Manifefte
, où elle eftoit reprefentée . Ce
Vaiffeau avoit cent - dix pieds de
long , fur trente de haut & vingt
de large ; & fa figure eftoit juftement
celle d'une navette de Tifferan.
Car au lieu qu'il fe voit
dans les Vaiffeaux une diftinction
deprouë de poupe , il ne paroiffoitaucune
difference entre les deux
bouts de celuy - cy , qui avoient également
l'un & l'autre la groffeur
d'un tonneau ,& eftoient renforcez
de
GALANT
217
de longues bandes defer, épaiffes de
trois doigts , par où fe devoit faire
tout l'effort qu'on attendoit de ce
Baftiment ; deforte qu'il n'y avoit
point de devant ny de derriere ,
il devoit aller en avançant & en
reculant , avec la même facilité ,
fans qu'il falluft le revirer. Ce
que l'on y obferva de plus fingu
lier , eft qu'il eftoit entierement
fermépar en haut, & qu'il n'avoit
"qu'une ouverture de chaque coſté.
Ces deux feneftres reffemblorent,
aux portieres d'un vieux caroffe
& Fufage de cette double ouverture
eftoit non -
feulement de
fervir d'entrée , mais auffi de
Decembre 1705 .
2
T
218 MERCURE
के
donner du jour à une espece dè
chambre quarrée, qui eftoit tout
l'espace du Bastiment qui pouvoit
tenir quelques perfonnes , & qui
eftoit deftiné à mettre un rouage ,
auquel tout le fin du fecret confiftoit
. Voicy les effets de cette Machine
, qui alloit fans voiles , fans
rames , fans cordages , d'une ineroyable
viteße. Ce Baftimentfai
foit trente lieues en fix heures ;
buit hommesfeulement le conduifoient
; & il brifoit tous lesVaiffeauxqu'ilrencontroit.
Ily aplus ,
c'est que le Comte de Luzignan ,
pourperfectionnerfon ouvrage , fit
travailler à deux Talismans , l'un
GALANT
219
l'autre con- pour empêcher le feu,
tre cet infecte des rats. Ilfçavoir que
la Ville de Paris avoit esté préfervée
du feu de ces infectes , penles
deux
Talifmans pladant
que
cez
fous
des
arches
avaient
efte
confertez
.
Vous voilà content , Monfieur ;
je vous ay obéi un peu trop facile
ment. Aprés tout , je me plains de
vous avez - vous oublié roftre
temerité d'ofer me foûtenir que
vous eftes l'homme du Royaume
le plus zelé pour noftre incompa
rable Monarque ? Croyez - moy ,
tout deftinéquejefois aux Autels";
je ne fuis pas praticable , lorfque
Tij
220 MERCURE
de
l'on me difpute le premier rang
Zele & d'amour refpectueux pour
mon Empereur. Mais enfin, reconcilions
- nous ; demandons au Seigneur
la confervation de noftre
Souverain . qui soms tjîjîprécieuſe.
Seigneur , daigne appaifer tant
d'horribles tempeftess
•
Prens foin d'un Roy fameux par
mille exploits divers ;
Il eft preft à borner le cours de fes
Conquestes
Pour le repos de l'Univers.
Je vous ay amplement parlé
dans ma derniere lettre de
l'affaire arrivée prés d'Annoné,
GALANT 221
lorfque M le Comte de Montecuculi
, Commandant du
Regiment de Visconti , & qui
cftoit à la tefte d'un gros Corps
avec lequel on avoit refolu de
furprendre l'Artillerie que l'on
conduifoit vers Afti , & qui
eftoit fortie d'Annoné pour
l'execution de l'entrepriſe , qui
n'a efté differée qu'à cauſe da
grand débordement des eaux
de plufieurs rivieres , dont je
vous ay déja parlé ; lorſque M
de Montecuculi , dis - je , fut
obligé de fe retirer voyant fon
deffein échoué , il eft conftant,
& tout le monde en convient ,"
Tij
222 MERCURE
qu'auffi-toft que les troupes
qui conduifoient l'Artillerie ,
curent receu du fecours , les
Ennemis ne pouvant plus faire
tefte , & craignant de le voir
entierement défaits & que
toute l'Armée de M' le Duc de
la Feuillade ne tombaft fur eux,
prirent la fuite avec beaucoup
de précipitation , & que perdant
tout l'avantage qu'ils
avoient cu d'abord , ils regagnerent
Afti , toûjours pourfuivis
& toûjours battus
dans leur retraite . Il eft certain
que nous ne perdîmes pas
plus de deux cens hommes ,
ང་
GALANT 223
19
pendant le peu de temps que
les ennemis furent fuperieurs ;
mais quand nous en aurionis
perdu davantage , ce qui paroift
prefque impoffible , nous ne
pouvions perdre deux mille
hommes , comme les Ennemis
Font fait imprimer dans leurs
nouvelles publiques , puiſque
l'efcorte de l'Artillerie ne montoit
à peu prés, qu'à ce nombre ,
& que le Corps des Enncinis
n'eftoit compoſe , de leur propre
avcu , que d'environ trois
mille cinq cens hommes : De
maniere qu'il auroit fallu que ce
Corps cuft tuéjufqu'au dernier
R
Tiiij
224 MERCURE
homme de l'efcorte ; & ficela
étoit arrivé,tout le canon feroit
demeuré aux ennemis, pu'ifqu'il
ne feroit pas refté une feule per
fonne pour le deffendre . Il eſt
vray qu'ils ont dit, dans leurs relations
, qu'ils en avoient enlevé
quelques pieces : ce qui eſt ab
folument faux , & dont on ne
parle point en Italie , mais feulement
dans les nouvelles im-,
primées dans les autres Etats
des Alliez. Et ce qui prouve
encore mieux cette faufleté ,
eft que les mêmes nouvelles
ajoûtent que tout le bagage
a cité enlevé ; & cependant
GALANT 225
iln'y avoit point du tout de ba
gages. C'eft de cette maniere
que les Alliez amufent leurs
peuples , & qu'en leur déguifant
toutes les veritez qui ne
font pas à leur avantage , & en
les faiſant même triompher
lorfqu'ils ont fait de groffes
pertes ; ils les engagent à s'épui
fer pour la continuation d'une
guerre , dont ils leur font efperer
une fin glorieufe. Et cepen
dant s'ils ouvroient les yeux fur
les chofes effectives , & fur lef
quelles on ne les peut tromper,
ils remarqueroient , que lorfqu'on
s'efforce à leur faire croi226
MERCURE
re que l'on nous tue beaucoup
de monde , on leur enleve un
grand nombre de Places . M' le
Comte de Montecuculi , qui
a efté tuédans l'action , dont les
Alliez n'ont pas moins cherché
à déguifer la verité , qu'ils ont
fait pour fe donner tout l'avantage
du Combat de Caffano ,
eft neveu de feu M' le Prince
de Montecuculi , qui commandoit
l'Armée de l'Empereur ,
lorfque Monfieur le Maréchal
de Turenne fut tué. Ce Comté
eftoit proche parent , du colté
de fa mere , de la Maifon de
Normanville du Bofc, illuftrée
GALANT 227
en France & en Angleterre.
Son pere a efté marié deux fois.
Il a eu plufieurs filles de ſes deux
mariages , dont l'une a époufé
M' le Comte de Ragi ; & une
autre a efté mariée à M' le General
Palfi. Une troifiéme a efté
Chanoineffe en Flandres .
Les fonctions de Secretaire
des Commandemens que faifoit
M Noblet , l'un des premiers
Commis de M' le Marquis
de Torcy , auprés de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne,
m'obligent à vous parler de fa
mort. Il avoit efté en plufieurs
Cours de l'Europe , où il avoit
228 MERCURE
commencé àprendre la peinture
des affaires étrangeres , Meffeigneurs
les Princes , aprés avoir
conduit le Roy d'Espagne jufque
fur la frontiere , vifite .
rent enfuite plufieurs Provinces
du Royaume;& il leur fervit
de Secretaire des Commandemens
pendant ce voyage. Il
s'acquitta fi bien de cet employ,
qu'il fut nommé pour fervir,
en la méme qualité auprés de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, dans la derniere Campagne
où ce Prince a comman
de en Allemagne , & il avoit
fait auprés du même Prince les
mêmes fonctions depuis fon
GALANT
229
retour. Il falloit qu'il euft.commencé
eftant encore fort jeune
, à fuivre les confeils de la
Sageffe & de la Prudence , puifqu'il
eft mort âgé feulement
de quarante- deux ans . Le bruit
s'eftant répandu , aprés fon decés
, que le Roy devoit donner
un Secretaire des Commandemens
à Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & ce Prince
eftant
diftingué par un grand
nombre de vertus & de qualitcz
éclatantes , qui donnent licu
de croire qu'il fera un jour
un des plus grands Princes du
monde ; le plaifir qu'il y a de
230 MERCURE
fervir un Prince , que l'on peut
dire qui n'ignore rien de toutes
les qualitez neceffaires à un
parfait Monarque , & à un parfaitement
Honnefte - homme ,
la Charge que le Roy devoit
remplir a efté recherchée avec
un tres- grand empreffement
par quantité de perfonnes diftinguées
par leur merite , par
les emplois qu'elles poffedent ;
& par les emplois eclarans &
du premier ordre , qui ont efté
remplis par quelques uns de ces
prétendans . Ce qui fait beaucoup
d'honneur à M' Hennequin-
de Charmont , Secretaire
GALANT
231
du Cabinet , & ci- devant Ambaffadeur
à Venife , que le Roy
a nommé Secretaire des Commandemens
de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne. On ne peut
foûtenir avec plus d'éclat &
avec plus de dignité , la qualité
d'Ambaffadeur , que M' de
Charmonta fait à Venife . Vous
fçavez que ſon eſprit répond à
fes belles qualitez , & qu'avant
qu'il fuft pourvû de la Charge
de Secretaire du Cabinet , il en
exerçoit une , que
l'on ne
peut
poffeder fans avoir autant de
grands talens que d'efprit.
Quoique ce ne foit pas icy le
232 MERCURE
lieu de parler de fa Maiſon ,
m'eftant fait un ufage de ne
vous parler des Maifons , que
dans des Articles de Mariages
& de Morts ; je vous diray
néanmoins que celle de M
Hennequin eft des plus anciennes
, des plus illuftrées , & des
mieux alliées. Elle a donné des
Preſidens à Mortier , des premiers
Officiers dans prefque
toutes les Cours Superieures ,
& quatre Evêques à l'Eglife .
En vous parlant de la derniere
promotion des Benefices ,
je ne vous dis rien des penſions
données par le Roy fur l'AbGALANT
233
re
baye de S. Bertin , dans le Diocefe
de S. Omer , dont le Roy .
a laiffé l'élection aux Religieux
de la Maiſon. Cette Abbaye
vacquoit par la mort de M
N.... de Bethune , qui en avoit
efté long - temps Titulaire. Je
vous ay fouvent parlé de la
Maifon de Bethune ; perfonne
n'ignore qu'elle eft une des plus
illuftres du Royaume. Elle def
cend de Robert I. dit Faiffeux ,
S de Bethune & de Richebourg
, Avoüé d'Arras , qui vivoit
en 1001. Cette Maifon
doit une partie de fon élevation
àMaximilien de Bethune I.
Decembre 1705. V
234 MERCURE
de ce nom , Duc de Sully , Pair
& Maréchal de France , Prince
Souveraind Enrichemont & de
Boifbelle , Marquis de Rofni ,
& c. Il nâquit à Rofny en 1559 .
& dés fa plus grande jeuneſſe il
s'attacha à Henry de Bourbon ,
alors Roy de Navarre . Ce Prin
ce le fit d'abord fon Chambel
lan ; & il reconnut fon zele à
la bataille de Coutras , & en
d'autres occafions importantes.
L'Abbaye de S. Bertin a
produits de grands fujets . Sur
la fin du neuviéme fiecle , c'eftà-
dire , en 880. Fouques , Abbé
de S. Bertin , commença d'en
GALANT 235
tourer de murailles la Ville de
S. Omer ; & S. Omer , Evêque
de Theroüenne , avoit déja fait
bâtir cette Ville , vers l'an 660 .
L'Abbé de S. Bertin , qui vient
de mourir , a eſté generalement
regretté dans les Paysbasy
& fur tout dans l'Artois ,
où fon Abbaye eft fituée ; fon
merite & fa vertu ont rendu
cette perte encore plus fenfible.
"
M' du Vivier , Chapellain
de la Chapelle du Château de
S. Germain en Laye , & par
confequent Chapelain de Sa
Majefté , a eu une penfion de
Vij
236 MERCURE
trois mille livres fur l'Abbaye
de S. Bertin . M' du Vivier eft
un ancien Officier de la Cha
pelle du Roy , & il y a long
temps qu'il donne dans cet employ
des marques de fon zele
pour le fervice de Sa Majefté.
Le feu Roy d'Angleterre avoit
beaucoup de confiance en luy ;
& ce Monarque le demanda
plufieurs fois pendant fa derniere
maladie. Mr du Vivier répondoit
par fon affiduité auprés
de ce Prince , aux marques
de confiance dont il l'hono
roit. La Reine d'Angleterre a
fouvent parlé de Mr du Vivier,
GALANT 237
d'une maniere qui luy fait honneur
; il eft tres - verfé dans des
fciences humaines. ions mu
Mr l'Abbé Bontemps a cu
auffi une penfion fur l'Abbaye
de S. Bertin. Cet Abbé eft de
Franche- Comté , & forti d'une
Maifon
confiderable par le
rang qu'elle y tient . Feu Mr
Bontemps , premier Vallet de
Chambre du Roy , fon parent,
qui vouloit travailler à fon éta
bliffement , l'avoit fait venir à
Paris. Mr Bontemps mourut
dans le temps qu'il y arrivas
M fes fils ayant herité de fon
bon coeur , ont ont fait
rs
pour
cer
228 MERCURE
Abbé ce qu'il euft fait luy- même
, s'il cuft vêcu . Il avoit efté
pourvû , ily a quelques années,
d'un Canonicat de Bezançon.
Il eft fort appliqué à fes devoirs,
& d'une grande pieté ; c'eſt une
juſtice que tous ceux qui le
connoiffent luy rendent : & il
eft peu de perfonnes dans l'Eglife
fur qui l'on puiffe fonder
de plus folides efperances que
fur luy. Il est fort modeſter, &
a beaucoup de goût pour
les
fciences , aufquelles il s'efttou
jours fort appliqué ; & fes études
ont efté fuivies de tout le
fuccés que l'on en pouvoit at→
tendre .
GALANT 239
Mr de Pallierés a pareillement
eu une penfion fur la mê
me Abbaye . Cet Abbé eft Directeur
des Filles de laVifitation
du Fauxbourg S. Germain , il
a donné dans cet Employ &
dans tous ceux qui luy ont eſté
confiez jufqu'à prefent , des
marques de fon zele pour la
fanctification des ames , & des
preuves de fa prudence. Il eft
fort éclairé , & il a fait toute fa
vic une étude particuliere de la
Morale. Il eft forti d'une famille
qui a donné plufieurs .
perfonnes de Lettres . Mr l'Abbé
de Pallieres dont je vous
•
240 MERCURE
.
parle , a fait de grands progrés
dans les belles Lettres ; & il s'y
eft attaché dés fes premieres
années avec beaucoup de fuccés.
Il a de plus beaucoup de
connoiffance du Droit Canon,
étude fort neceffaire aux Eccle
fiaftiques .
Les nouvelles de l'Armée
de Monfieur de Vendofme
s'étendent dans ma derniere
lettre jufqu'au 22. de Novembre.
Elle paffa le 23 , la Chieſe
à Afola , & vint camper à Cafal
Moro . Elle continua fa
marche le 24. & vint camper à
Medoli , où elle fejourna le
25:
GALANT 241
25. Monfieur le Duc de Vendofme
alla le mefme jour à
Caftiglione delle Stivere , pour
obferver l'Armée des ennemis ;
& il reconnut qu'elle eftoit poftée
entre Montechiaro , & Carpenedolé
, ayant un canal devant
elle, & la Chiefe derriere .
La relation fuivante vous
apprendra la fuite de ces nouvelles.
Au Camp de Lunato , le r
Decembre.
L'Armée décampa le 26. pour
venir à Caftiglione
. La marche
Decembre 1705.
X
242 MERCURE
fe fit fur trois colonnes ; celle de la
gauche estoit compofée de toute
l'Infanterie , celle du centre
de toute la Cavalerie : elles couvroient
la troifiéme , qui eftoit
des bagages , & qui faifoit celle
de la droite. En partant du Camp ,
on traverfa la plaine , quipeut en
endroit là avoir environ deux
milles de large ; & on marcha
droit à la hauteur de Solferino , où
à mesure que l'Infanterie arrivoit,
elle replioit tout court à gauche.
pour gagner Caftiglione par le
long de la montagne . La Cavalerie
fe tint pendant ce temps-là en
bataille , barrant toute la plaine ,
cet
"
GALANT 243
couvrant nos bagages ; & dés
que l'arrieregarde fut arrivée
a la montagne , elle fe mit en marche
& prit fon quartier à Solferino
. Les Dragons furent poftez
dans un petit Village , le long des
hauteurs , entre Solferino &
"Caftiglione , où s'établit le quartier
general , avec quatre où cinq
Brigades d'Infanterie ; on en poſta
quatre autres à un Village , nommé
Exenta qui en eftà deux milles
, & deux dans des Caffines
répandues entre ces quartiers &
Caftiglione . Le 27. les ennemis
ni nous , ne fifmes aucuns mouvemens.
Le 28 on les vit diftincte-
X ij
244 MERCURE
ment marcher toute la matinée
repliant le quartier de Carpenedo
lefur Montechiaro ; & ilspofterent
leur gauchejufqu'au de là de
Calcinato , qu'ils laifferent derriere,
s'approcherent du chemin eux ,
de Lunato. Monfieur de Vendof
me alla les reconnoiftre, & ordonna
àfon retour , que Les quatre Brigades
, qui estoient au quartier d'Exenta
, où il envoya fix pieces de
canon, s'avançaffent fur leur droite
dans les Caffines où nous fommes
prefentement; & que deux des Brigades
qui estoient au quartiergeneral
, les deux qui estoient dans
les Caffines,qui fervoient de comGALANT
245
munication , s'avanceroient à Exenta.
Mrle Prince Pio , Maréchal
de Camp des troupes d'Efpagne
, & homme de merite , marcha
à la tefte de ces quatre Brigades
d'Infanterie dont la
tefte n'eut pas plutoft paru fur
les hauteurs de Lunato , qu'ils découvrirent
toute l'Armée des Ennemis
"quiy marchoit tres - diligemment,
& vint porter fa gauche à
cette petite Ville , dont ils pofterent
dans le foffé un gros Corps d'Infanterie.
Monfieur de Vendofme
fit auffi marcher noftre Armée , qui
occupe actuellement les hauteurs
vis-à- vis Lunato , depuis Exen-
3
Xiij
246 MERCURE
ta , où eft noftre gauche ,jusqu'à
celles qui fontprefque furle Lac de
Garde Noftre Cavalerie eft à Rivoltella
& dans un autre Village
voifin , à la referve de deux Brigades
,quifont à Exenta . Les Ennemis
ont leur droite à Montechiaro
, & leur gauche àLunato ,
ayant un petit Naville devant
eux , dont la Chauffée leur fert
comme de retranchement
naturel ,
&qu'ils ont accommodée
dans des
endroits qu'ils ont jugé le demander.
Nous les avons vú prés de
deux fois vingt-quatre heures en
bataille ; les Cavaliers
tenans leurs
la bride ,fans qu'ils
chevaux
par
GALANT 247
dans
euffent aucune tente tendue. Ils
commencerent feulement hier aprés
midy à fe mettre à couvert dans les
Villages & dans les Caffines du
terrain qu'ils occupent ; mais tenant
toûjours un grand Corps le
long du Naville. Pour nous, dés le
lendemain que nous avons efté icy ,
nous nous fommes cantonnez
toutes les Caffines qui font fur ces
hauteurs , qui fe trouvent fi heureufement
placées , que nous fommes
prefque de même que fi nous
eftions campez regulierement. Depuis
les deux jours que nous fommes
fi voisins , vous croyez bien
qu'il s'eft tiré quelques coups de
2.
X iiij
248 MERCURE
canon avec grand avantage de
nôtrepart ; parce qu'ayant les haueurs,
les Ennemis eftant dans &
la Plaine , nous les voyons , & ils
ne nous voyent pas , & nousfommes
couverts de rideaux ,
qui
empêchent l'effet de leur canon.
Avanthier Monfieur de Vendofme
alla aux batteries qu'ilfit beaucoup
tirer ; & des Deferteurs qui
vinrent le foir, nous dirent qu'on
leur avoit tué plus de 200 .
hommes.
Nous avons , je croy , quinze
ou feize pieces de canon en batterie
, les ennemis en ont à peu
prés autant , qui , depuis hier aprés
midy , font affez de bruit & peu
GALANT 249
de mal. Monfieur de Vendofme a
faitjoindre Mrde Médanypar les
Troupes qui venoient de Piemont ,
dont l'Infanterie qui s'est embarquée
dés Alexandrie , eft arrivée,
la Cavalerie fuit inceffamment
aprés. Ce Corps joint à celuy
qui eftoitfur l'Oglio , en compofera
un de dix-fept ou dix-huit Bataillons
, d'environ autant
d'Efcadrons , avec lequel Mr de
Médavy s'avancera fur les derrieres
des Ennemis , pour tâcher de
les refferrer, & pour troubler leur
communication avec Brefcia. Voità
noftre fituation & celle des Ennemis.
250 MERCUR
E
Comme vous aimez les pic
ces originales , & que
celles que
Vous avez trouvé dans mes
lettres depuis quatre ou cinq
mois vous ont fait d'autant
plus de plaifir , qu'elles fervent
à faire découvrir la veritable
fituation des affaires , je
vous en envoye une , qui ne
vient que de tomber entre mes
mains ; mais quoiqu'elle ne foit
pas nouvelle , elle ne laiffera
pas que de vous apprendre des
chofes , dont les nouvelles publiques
n'ont point encore parlé.
Vous y verrez à quoy s'eft
monté le fecours d'argent que,
GALANT 251
les Anglois & les Hollandois
ont fourni pour la conquefte
de la Catalogne , & de quelle
maniere la plufpart de ces fommes
ont cité diffipées , avant
que de fervir à l'ulage pour
lequel elles avoient eſté deſtinées
; ce qui oblige l'Archiduc ,
à demander des fecours d'argent
à la Reine d'Angleterre,
d'une maniere baffe & rempante.
Ce Prince fait voir , dans
la mefme lettre , que les deux
mille hommes qui l'ont joint
aprés fon débarquement en
Catalogne , ne font que des
gueux , qu'il a cſté obligé de
252 MERCURE
revêtir parce qu'ils eftoient
tout nuds ; ce qui fait connoître
que ce n'eftoit que de la
canaille. Et l'on n'en doutera
pas , lorfque l'on fera reflexion
que tous les peuples de
Catalogne font fort à leur aife ,
Sa Majefté Catholique n'en tirant
prefque point de ſubſides ;
ce qui eft caufe que les
gens
raifonnables
n'on point pris le
parti de l'Archiduc . Ce Prince
dit une chofe dans fa lettre
par laquelle il fe contredit luymefme
; car , aprés avoir marqué
que ceux qui s'eſtoient
rendus auprés de lui , ne l'aGALANT
253
que pour le ranger
voient fait
à leur devoir , il demande de
l'argent à la Reine ; parce que ,
dit-il , il en a befoin pour gagner
les efprits de certaines gens , qui
ne fe remuent que par intereft.
Rien ne fait mieux voir que
le parti que l'Archiduc avoit
en Catalogne lorſqu'il y eft
arrivé , n'étoit que de gens
corrompus par argent , & de
fcelerats , qui cherchent à profiter
du defordre , pendant
lequel tous les crimes font foufferts
impunément , foit parce
qu'ils font d'une grande utilité
aux ufurpateurs , foit parce
254 MERCURE
qu'ils n'ofent les púnir. Voici
la piece qui vous prouvera tout
ce que je viens de vous dire.
LET TRE
DE
L'ARCHIDUC ,
A la Reine d'Angleterre .
Au Camp devant Barcelone ,
le 8. Serpembre.
MADAME,
Nous croirions
manquer à la
reconnoiffance
que nous devons aux
bontez Royales , que Voftre Majefté
nous a données dans tant d'ocGALANT
255
cafions , finous differions plus longtemps
de lui fairepart de noftre heureafe
arrivée dans cette Province.
de nos Etats. Nous vous réiterons,
Madame , les marques que nous
vous avons déja données , de nôtre
fatisfaction pour le zele er l'atta
chement que font paroiftre tous les
jours pour noftre fervice le Chevalier
Showel , voftre Amiral , le
Comte de Peterboroug , General de
vos troupes , & tous vos autres
Officiers de terre & de mer.
Le
27. du mois dernier , on
commença le débarquement des
troupes que V. M. & Mef
fieurs les Etats Generaux nous ont
256 MERCURE
prétées , pourfeconder le deffein de
nos Sujets bien intentionnez , afin
de ranger les autres à leur devoir.
Le 29. du même mois , nous mî→
mes pied à terre , & nous fúmes
édifiez de voir plus de 2000. de
nos Sujets de Catalogne , qui préferant
leur devoir à tout autre intereft
, avoient abandonné leurs
maiſons & leursfamilles, pour ve
nir nous offrir leurs fervices :
ils doivent inceffamment eſtrefuivis
d'un plusgrand nombre.
Nous fulmes , Madame
veritablement touchez du zele
& de la mifere de ce peuple
voyant que la plupart étoient
GALANT 257
demi nuds. On diftribua des ha
bits àquelques-uns , & des armes
à tous ceux qui en avoient befoin.
On en forma quatre Bataillons
à la tefte defquels nousfilmes mettre
quelques Officiers Espagnols
experimentez dans l'Art militaire,
bien intentionnez , que nous
avions amenez de Lisbonne & de
Gibraltar. Nous fifmes avertir de
noftre arrivée , la Nobleffe de la
Province , afin qu'elle vinſt ſejoindre
à nous ; on nous a affuré qu'il
en viendroit bien- toft une grande
partie , mais que certains ménage
mens la retenoient encore dans l'inaction.
Cependant les Vaffaux de
Decembre 1705. Y
258 MERCURE
ceux quifont dans le voisinage ;
envoyent au Camp, les vivres &
les rafraichiffemens , dont ils peu
vent difpofer, fans affamer leurs
Paroiffes.
Il fut réfolu dans un Confeil de
Guerre , qu'on tint avant-hier (où
les Officiers de la Flotte furent appellez
) defaire le fiege de Barcelonne
quelques Rendus nous
ayant affuré , que nous avions un
Parti confiderable dans la Place.
Sinous pouvions venir à bout de
cette entreprife , il nefaut pas douter
que ce ne foit un grand &
puiffant acheminement pour enlever
cette Province à noftré Ennemi
commun. Mais , Madame ,
GALANT 259
les apquelque
belles qu'en foient
parences , il nefautpas vous faire
un myftere , de ce que nos bonnes.
intentions pour le bien& l'avantage
de la caufe commune , échoüeront
infailliblement ,fiVoſtre Majefté
& nos autres Alliez ne redoublent
leur attention à nous envoyer
de plus puiffans fecours ,
que ceux qu'ils nous ont donné
jufqu'à prefent.
Il ne faut que refléchir fur la
puiffance de la France , qui eftant
à portée de faire paffer beaucoup de
Troupes en Espagne , nous ne
pourrons luy refifter avec une armée
auffi foible que
la
noftre s
Yij
260 MERCURE
.
d'autant plus que les Portugais
font pas une diverfion auffi confiderable
qu'ils nous avoient fait
efperer
1207 SPF
Nous avons befoin principalement
de quelque argent , non-feu
lement pour payer les Troupes ;
mais auffi pour gagner les efprits de
certaines gens qu'on ne remuë que
par intereft. V. M. a trop depene
tration pour ne pas juger qu'une
entreprise auffi confiderable que
celle où nous fommes engagez ,
nepeut s'executer avec quaran
te milles livres sterling, que le
Comte de Peterboroug a apporté
d'Angleterre , & foixante mille
GALANT 261
Rifdales que Meffieurs le Etats
Generaux , firent remettre à Lif
bonne , au moisde May dernier
Prefque tout cet argent eft resté en
Portugal , les Payeurs des
Troupes , qui font icy , nous ont
affurez que la caiſſe militaire eftoit
absolument épuifee.
C'est avec une extrême douleur
Madame , que nous nous voyons
forcez d'expofer de pareilles chofes
aux yeux de V. M. Nous ferons
peut- eftre un jour affez heureux
pour pouvoir rembourfer toutes les
avances que V. M. nous fera. I
y va de fa gloire & de l'intereft de
toute l'Europe , de parachever le
262 MERCURE
grand ouvrage que nos Hauts &
Puiffans Alliez ont fi genereusement
commencé
de ne pas laif
fer (par un deffaut de fecours ) refroidir
le zele de nos Sujets fidel
les bien intentionnez. C'eſt auffi
ce que nous attendon's particuliere
ment de la grandeur d'ame de V.
M. pour la gloire & laconfervation
de laquelle nous ferons des
voeux,qui ne feront pas moins ar
dens que noftre reconnoiffance
fera
éternelle & fincere ; ce font les affurances
que vous donne , Madame
, voſtre tres-affectionné Frere
Amy , Allié & Confederé.
Signé , CHARLES
, Rey.
GALANT 263
Le Roy a donné l'Abbaye
de S. Martin d'Aurion de l'Ordre
de S. Benoiſt , Dioceſe :
de Châlons en
Champagne
vacante par la mort de M
l'Abbé de la Roche Jaquelin
Aumonier de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , à M
l'Abbé Tamifier , Secretaire de
M' le Nonce de Sa Sainteté
en France. Get Abbé eft de
la Ville d'Avignon , où fa famille
eſt connuë il y a tres longtemps.
Le choix que M' le
Nonce a fait de luy pour eftre
fon Secretaire , ce qui répond
264 MERCURE
à l'employ de Secretaire d'Ambaffade
, eft une preuve de fon
merite & de fou intelligence
dans les affaires les plus delicates
du Miniftere. D'ailleurs on fçait
que fon gouft répond à celuy
de M' le Nonce , c'eft à - dire ,
qu'il en a un très- fûr pour les
belles Lettres & pour la connoiffance
des Livres . M le
Nonce ayant formé une tresbelle
Bibliotheque des feuls
livres qu'il a acheté depuis qu'il
eft en France , M' l'Abbé Tamifier
a eu grande part au choix
de la piufpart des livres qui
compofent cette Bibliotheque.
II
GALANT 265
a
Il faut que fon merite & toutes
les qualitez qui le rendent recommandable
foient bien
connues du Roy , puifque Sa
Majefté l'a nommé à l'Abbaye ,
dont je viens de vous parler,
fans en avoir efté follicitée ,
ny même que perfonne luy ait
parlé en fa faveur. M' le Nonce
ayant efté remercier le Roy du
choix
que
Sa Majefté a bien
voulu faire de cet Abbé , pour
répandre fur luy des graces
qu'il n'auroit ofé fouhaiter , ce
Monarque
luy a parlé du choix
qu'il avoit fait , d'une maniere
qui luy a fait encore plus de plai
Decembre 1705 . Z
1
266 MERCURE
fir que le choix même . Il a efté
applaudi de tous ceux qui en ont
oüi parler , & toute la Cour en a
fait compliment à M' leNonce ;
& M' l'Abbé Tamifier en a été
felicité par une infinité de gens
qu'il ne connoift pas , & à qui
fon merite eft connu . Je vous
en parle , fur la foy de pluſieurs
perfonnes de diftinction & de
probité , qui m'ont aſſuré que je
n'en pouvois dire trop de
bien . Et en effet, il n'occuperoit
pas la place qu'il tient auprés de
M' le Nonce , s'il n'avoit autant
d'érudition que de merite ;
puiſqu'il eſt difficile d'avoir un
GALANT 267
fçavoir plus profond , & de
s'appliquer plus à l'étude , que
fait M le Nonce , qui y employe
prefque toutes les journées
entieres , & qu'il eft diffi
cile de tirer de fon Cabinet , à
moins que
font fortir
, ne foient
effenticlles
& de
confequence
.
les affaires qui l'en
Je dois faire une troifiéme
réponse aux Nouvelles publiques
imprimées chez les Alliez,
puifque je viens d'apprendre
qu'elles parlent encore de l'affaire
arrivée dans la Plaine proche
d'Anonné , qu'elles nom-,
ment toûjours l'affaire d' Afti.
Zij
268 MERCURE
Elles n'ont pas tout-à - fait tort
& elles difent mieux qu'elles no
penfent , fans
y avoir fans
doute fait de reflexion , puifque
les Alliez ont efté pouffez
l'épée dans les reins , aprés le
premier choc , jufque dans les
Fauxbourgs d'Afti . Comme ils
ont vû qu'il paroiftroit impoffible
que l'on cruft nôtre perte
auffi grande qu'ils la fuppofent
, fans marquer que de leur
cofté ils euffent fait aucune
perte ; ils ont commencé d'avouer
que cette action leur
coûte deux cens hommes , &
dix-fept Officiers de marque,
GALANT 269
S'ils diminuent leur perte , à
proportion qu'ils groffiffent la
nôtre ; il faut qu'elle ait efté
fort confiderable , puifqu'ils
continuent à faire monter la
nôtre à deux mille hommes
& qu'ils difent toûjours qu'ils
ont enlevé une partie de nôtre
Artillerie , aprés avoir pourtant
affuré d'abord qu'ils s'étoient
rendus maiftres de toute
celle que nous conduifions , &
des Bagages que nous n'avions
point. Ils croyent qu'en repetant
jufques à trois fois , dans
le grand nombre d'imprimez
qu'ils font toutes les femaines,
Z
iij
270 MERCURE
3
& qu'ils trouvent moyen de
répandre preſque par toute la
terre , on croira ce qu'ils avan
cent , en le repetant ſi ſouvent ,
que les Lecteurs en font fatigucz.
C'eft pourquoy j'ay crû
devoir m'attacher , du moins
pour ce qui concerne cet Article
, à leur répondre autant de
fois qu'ils enparleront. Je pour
rois faire la même chofe à l'égard
de ce qui s'eft paffé , dans
dans toutes les actions où ils
ont efté battus , & defquelles
ils fe font toûjours attribué l'avantage
avec beaucoup d'opiniâtreté
; comme on voit qu'ils
GALANT 271
font encore tous les jours , du
Combat de Caffano , dont ils
continuent de parler comme
d'une victoire fignalée qu'ils
ont remportée , fans vouloir
ouvrir les yeux fur les fuites de
ce Combat , qui leur ont eſté
& qui leur font encore fi deſavantageufes
, que la perte qu'ils
ont faite en cette occafion n'a
pû eftre rétablie , quelques fecours
qu'ils ayent reçûs à diverfes
fois : ce que l'état où ils
fe trouvent à preſent prouve
évidemment. Je ne réponds
de temps en temps aux Articles
de cette nature , qui grofque
Z iiij
272 MERCURE
fiffent toutes leurs nouvelles
parce que les fauffetez qu'ils
avancent font fi évidentes & fi
connues , & d'une notorieté fi
publique , qu'il n'eſt
pas toûjours
neceffaire que je vous en
parle , puifque mes Lettres fe
trouveroient prefque toutes
remplies de contredits :
qui pourroit devenir fort ennuyeux
. On doit remarquer ,
& je vous prie d'y faire refle
xion , que pendant tout le cours
de l'année leurs Nouvelles font
groffies des avantages continucls
qu'ils s'attribuent , &
dont ils font des relations ima
ce
GALANT 273
ginaires , & qu'il fe trouve à
la fin de chaque Campagne qu'
ils ont perdu une infinité de
poftes confiderables , pour ne
pas dire de Villes . Enfin , depuis
que Monfieur de Vendofme
commande en Italie , ce
Prince leur a fait plus de trentecinq
mille prifonniers ; c'eſt un
fait dont perfonne ne diſconvient
, & qui ne peut eftre difputé
, puifque ceux qui le contefteroient
ne pourroient s'empêcher
d'avouer qu'ils auroient
tort , dés qu'on leur nommeroit
feulement les lieux où tous
ces prifonniers ont efté faits.
274 MERCURE
En vous parlant de la mort
de M de Goas & de M' le Chevalier
d'Imecourt , qui ont
efté tuez à l'affaire arrivée dans
la Plaine d'Annoné , je ne vous
áy rien dit de ces deux braves
Officiers.
-
M' le Comte de Goas , Maréchal
de Camp , eftoit d'une
tres ancienne maifon fortie
d'Alface , d'où elle s'eft répanduë
en pluſieurs autres Provin
ces . Ceux de ce nom eftoient
déja fort connus dans le quinziéme
fiecle en Allemagne , &
en France . En Allemagne
fous l'Empereur Maximilien
>
GALANT 275
I. & en France , fous le Roy
Louis XII. On a veu dans les
armées de ces deux Princes des
Officiers de ce nom qui s'y font
diftinguez par de beaux faits
d'armes. Feu M' le Maréchal
de Luxembourg eftimoit beaucoup
feuM' de Goas , & il en parloit
fouvent d'une maniere à
faire croire qu'il feroit un jour
un bon General. Ses actions
ont répondu à tout ce qu'en
a dit M de Luxembourg.
M' le Chevalier d'Imecourt
,Maréchal de Camp , qui
commandoit les Carabiniers
en Italic. Je vous ay parlé de
ce Chevalier , il y a quelques
276 MERCURE
rs
mois , en vous apprenant la
mort d'un de fes freres . Je vous
ay dit que M le Comte d'I
mecourt , pere de ces M s'e
toit veu à la tefte d'un Regiment
, dont fept de fes fils
rempliffoient les premiers poftes
; & comme je me fuis déja
étendu fort au long fur tout
ce qui les regarde , je ne vous
en diray pas aujourd'huy davantage
. M' le Chevalier d'Imecourt
qui vient de mourir ,
s'eft montré en plufieurs occa
fions digne du nom qu'il porroit.
La derniere , fur tout , ou
il aa receu les bleffures dont il
GALANT 277
eſt mort , luy a fait beaucoup
d'honneur. Ce que M' le Duc
de la Feuillade a dit de luy en
cette occafion , & le regret qu'il
a marqué de fa mort , font un
éloge parfait de cet Officier,
Le Roy d'Eſpagne a donné
la Viceroyauté de Valence à M²
le Duc d'Arcos . Ce Seigneur ,
qui eft frere de Madame la
Ducheffe d'Albe , Ambaffadrice
d'Efpagne en France , eſt
d'une des plus grandes Maifons
d'Espagne , & qui a toûjours
efté tres- affectionnée
pour la France ; on n'en dou
tera pas , quand on fçaura que
278 MERCURE
l'ayeul du nouveau Viceroy
procura l'édition du Livre du
Docteur Carlo Garfia , où l'on
trouve de grands éloges de la
Nation Françoiſe , & où l'Auteur
prouve que les deux Nations
n'avoient point efté ennemies
autrefois , & qu'il s'étoit
même formé entr'elles une
tres -grande liaiſon . Ce Livre.
a donné lieu à deux autres , qui
font celuy des Droits de la Rei
ne Marie - Thereſe , & celuy.
qu'un Preftre François a fait
imprimer à Lion en 1660. fous
le titre : De antiquâ Gallias inter
atque Hifpanias indivinis hu
GALANT 276
manis rebus communione . Ces
deux ouvrages , auffi bien que
le premier , font remplis de
preuves qui établiſſent l'ancienne
union de ces deux Nations
. C'eſt le même Duc d'Arcos
, Protecteur du Docteur
Carlo Garfia , qui le fut auffi
de Dom Francifco Ramos del
Manzano , qui fut Profeffeur en
Droit dans 1 Univerfité de Salamanque
à l'âge de dix - huit
ans , & qui fut fucceffivement
Prefident du Confeil de Milan
& Confeiller au Confeil Souve
rain d'Italie , & qui eftoit enfin
Confeiller au Confeil de Caf280
MERCURE
tille , lorfqu'il accompagna
Dom Louis de Haro aux Conferences
de la Paix des Pyrenées
, dans le temps du mariage
du Roy. Toutes ces chofes
font voir les foins que l'illuftre
Maifon d'Arcos a tou- '
jours pris d'élever les gens de
merite. Quant à l'origine de
cette Maiſon , on a peine à la
trouver dans les fiecles les plus
reculez . Il eft vray qu'on en
trouve quelque trace fous le regne
de Dom Pelage ; mais en
même temps les Hiftoriens en
parlent comme d'une Maifon
déja fort connue fous les regnes
GALANT 281
précedens. A l'égard des alliances
, il feroit mal- aifé d'en
avoir de plus illuftres puifqu'elle
eft alliée aux Maiſons
de Medina del Campo , de Bragance
, de Velafco , de Tolede
, de Medina Celi , & à une
infinité d'autres , dont le détail
feroit trop long.
Mr le Duc d'Arcos a toutes
les qualitez neceffaires pour
: bien remplir le pofte auquel Sa
Majefté Catholique le vient
d'élever. Il cft venu des premiers
en France , aprés l'élevation
de Philippe V. fur le Trône
d'Efpagne ; & il y a donné
Decembre 1705. A a
282 MERCURE
des marques de fon efprit , de
fa conduite , & de fon zele
pour fon legitime fouverain :
mais quand toutes ces chofes
ne feroient pas auffi connuës
qu'elles font , il fuffiroit de fçavoir
qu'il eft frere de Madame
la Ducheffe d'Albe pour en
eftre perfuadé. Cette Ducheffe
donne tous les jours des
marques de la grandeur de fon
ame , ainfi que de la folidité &
de la nobleffe de fon efprit ,
qui eft des plus brillans ; ce qui
eft remarqué par ceux qui ont
Phonneur d'approcher d'elle ,
dans toutes les reparties qu'elle
GALANT 28 %
fait fur le champ , qui la font
tous les jours admirer : & l'on
peut affurer qu'elle ne dit prefque
rien qui ne foit digne d'ê
tre remarqué.
Sa Majefté Catholique a auffi
donné la Viceroyauté d'Aragon
à M' le Comte de Sant Iftevan
-de Gormaz , en confideration
des fervices qu'il a ren
dus à la Couronne d'Eſpagne ,
en mettant à couvert plufieurs
Places de la Frontiere d'Aragon
, des infultes des ennemis ,
& en confideration de ceux
que rend tous les jours à la
même Couronne Mr le Duc
Aaij
284 MERCURE
d'Efcalona fon pere , Viceroy
de Naples , & cy- devant Viceroy
de Sicile. Ceux de cetre
Maifon fe font également diftinguez
dans l'adminiſtration
des affaires , & dans les armes.
En effet , Mr le Duc d'Efcalona
eft un des plus beaux & des
plus grands genies de la Monarchie
Efpagnole . Les Napolitains
luy doivent le repos dont
ils jouiffent , par le foin qu'il a
pris d'empêcher que plufieurs
ne donnaffent dans les panneaux
qu'on leur tendoit , en
leur promettant une liberté
chimerique. On trouve un éloGALANT
285
gemagnifique de ce Seigneur,
dans l Epître Dédicatoire que
Mr de Saint- Sauveur luy adreffa,
au commencement d'un ouvrage
qui parut l'année derniere
chez Pierre Cot.
La Maifon d'Eſcalona eft
tres-ancienne ; elle eftoit déjà
connue en Eſpagne avant l'in
vafion des Maures. Elle contribua
même beaucoup à la deftruction
de cette Nation ; Les
Chefs de cette Maifon s'étoient
retirez dans le fond des
montagnes des Afturies avec
les anciens Goths. Sous le regne
d'Henry IV. Roy de Caf
289 MERCURE
dans
tille , un Seigneur de cette Maifon
fe diftingua beaucoup par
plufieurs actions de valeur
qu'il fit contre les ennemis de
fon Prince. On croit que
le feiziéme ficcle le trifayeul de
Mr le Duc d'Escalona eut beaucoup
de part au celebre ouvragequi
parut fous le nom de Leonaht
Waramond , pour deffendre
les droits de Gebhard Truchees
, Archevefque de Cologne
, dans lequel la Maiſon de
Caraffe n'eftoit pas bien traitée.
Ce Livre qui paffoit pour
un chef d'oeuvre
, fut pourtant
attribué à un autre Seigneur
GALANT 287
Efpagnol , par un Auteur de
Seville , nommé Dom Gonzalez
Ponce de Leon. Le nouveau
Viceroy d'Aragon eft venu
en France en qualité d'Envoyé
Extraordinaire, pour faire compliment
fur la naiffance de feu
Monfeigneur le Duc de Breta
gne ; & ce voyage luy a procuré
l'eftime du Roy & de tou
te la Cour.
Les Napolitains étoient tellement
perfuadez de toutes les
grandes qualitez de M' le Duc
d'Efcalona, & du bonheur dont
ils joüiroient fous fon gouvernement
qu'ayant appris que
288 MERCURE
le Roy d'Eſpagne l'avoit nom
mé Viceroy de Naples , &
fçachant qu'il s'appelloit Jean ',
on trouva dans plufieurs places
publiques , les paroles fuivantes
affichées : Fuit homo
miffus à Deo , cui nomen erat
Joannes.La fuite a fait voir qu'ils
ne s'eftoient pas trompez ; &
ils remercient tous les jours le
Ciel d'avoir infpiré à Sa Majefté
Catholique la pénfée de
leur donner un fi grand homme
& fi fage pour les gouver
ner. :
Le S Giffard , Libraire &
Graveur du Roy , rüe S. Jacques
GALANT 289
ques,à l'Image de fainte There
fe , vend depuis quelques jours,
un Livre nouveau qui a pour
titre : Hiftoire de la derniere Conjuration
de Naples en 1701. Cet
ouvrage eft traduit du Latin ,
imprimé à Anvers en 1704.Cette
traduction
a toute la pureté
& toute la delicate ffe de noftre
Langue ; & elle a eu l'approbation
de plufieurs perfonnes
,
dont le bon gouft eſt generalement
reconnu . L'Approbateur
même de l'ouvrage
, qui
au fentiment de tout le monde
connoift parfaitement
la
Langue , a declaré plufieurs fois
Decembre
1705
. Bb
290 MERCURE
qu'il avoit peu examiné
de livres
mieux
écrits que celuy - là.
Le texte latin a efté composé
par un des plus grands
Seigneurs
du Royaume
de Naples
, qui a eu beaucoup
de
part à la deffaite
des conjurez
de ce Royaume
. Sa maniere
d'écrire
eft fort belle & fleurie
;
l'enchaînement
& la liaifon
des
évenemens
s'y trouvent
d'une
maniere
tres- naturelle
. La fituation
fur tout où eftoit l'Europe
à la mort
du feu Roy
d'Eſpagne
, eſt détaillée
d'une
manicre
tres - exacte
& tres- intereflante
. Ce morceau
d'Hif
GALANT 291
toire fournira un jour de
grands éclairciffemens pour
PHiftoire generale d'Efpagne.
L'Auteur s'eft attaché à exprimer
le plus fenfiblement qu'il
a pû , le dépit où eftoient la
plufpart des Princes de l'Europe
, qui eftoient liez d'intereſt
avec la Maifon d'Auftriche ,
de voir entrer une des plus
grandes fucceffions du monde
dans la Maifon de France . Si
l'Auteur Latin a bien exprimé
la difpofition de ces Princes ,
le Traducteur n'a pas moins
bien réüffi à rendre en rôtre
langue tous les faits dif-
Bb ij
292 MERCURE
ferens qui font contenus dans
le texte original. Le tour qu'il
a donné aux penſécs de l'Auteur
qu'il a traduit , a quelque
chofe de fineuf, que l'on peut
dire qu'il luy appartient.
Mr Bulifon , Auteur de la
Relation de ce qui s'eſt paſſé à
Naples à la découverte de la
Statue Equeftre , érigée à la gloire
de Philippe V. & qui a paffe
de France à Naples dés l'année
1670.où il a toûjours demeu
ré depuis ce temps -là , a compofé
plufieurs Ouvrages , qui
regardent tous le Royaume de
Naples. En voici la lifte.
GALANT 293
Lepremier Tome de l'hiſtoire
de Naples , concernant tout
ce qui s'eft paffé dans ce Royaume-
là , depuis la naiffance de
Nôtre-Seigneur juſqu'en l'année
1284
.
Il a fait auffi plufieurs Ouvrages
détachez , qui ont pour
titre , Les Vies des Rois de Naples
; les Curiofitez de Naples &
de Pouzol ; l'hiftoire du Mont-
Vefuve ; les defcriptions de l'acclamation
faite à Naples pour le
poffeffe du nouveau Roy Philippe
V. La folennelle entrée faite
parfa Majesté Catholique àNaples
; & celle du Legar à Latere,
Bb iij
294 MERCURE
que le Pape Clement XI. lut
envoya.
Le même Auteur a fait auffr
une hiſtoire exacte des éveneimens
de la conjuration de Naples
du 23. Septembre 1701 .
dont il a prefenté une copie à
fa Majefté Catholique pendant
le féjour qu'elle a fait à Naples.
Il travaille prefentement aux
Vics des hommes illuftres du
même Royaume
.
Dom Diego de Aguirre , premier
Profeffeur du Droit Civil
dans le College de la Sapience,
a fait imprimer une pecite dif
fertation Italienne , intitulée ,
GALANT 295
Breviffima Epitome della Giurif
dittione épodefta degli Eminentiffi
mie Reverendiffimi Cardinali & c.
dans laquelle , aprés avoir parlé
de ce qui regarde les prérogatives
& la Jurifdiction du Cardinal
Camerlingue ; il traite auffi
de la dignité du grand Chancelier
du College de la Sai
pience.
On a auffi imprimé à Rome,
chez François Gonzague , un
in 4° . latin de prés de 400.pages.
C'eft une differtation hif
torique fur les Bafiliques des
Saints Martyrs Marcellin , Prê
tre , & Pierre , Exorcifte, com-
B b iiij
296 MERCURE
pofée par un Prêtre de l'Ora
toire.
Le Livre qui a pour titre
Sacro Arfenali ou Vera practica
del fancto Officio ; c'est - à - dire ,
l'Arfenal facré , ou la pratique
du Saint Office , eft de l'Imprimerie
de la Chambre Apoftolique.
Le fonds de l'Ouvrage a
été composé par le Pere Thomas
Merghini , Dominicain ;
mais les Notes font de Mr Jean
Pafcaloni .
La Chambre Apoftolique a
fait faire auffi une nouvelle édi- :
tion de l'Indice , dans laquelle
on a ajoûté tous les Livres dé
*
GALANT 297
iendus juſqu'au mois de Juin
1704 .
Le Livre defuribus Librariis ,
fait un fort grand bruit en
Hollande ; Mr Crenius qui en
eft l'Auteur , s'eft attiré une in
finité d'ennemis.
Le Docteur Coward vient
de donner un Livre intitulé :
Remediorum medicinalium tabula
generalis , tam compofitorum , que
in variis pharmacopais paffim occurrunt,
quàmfimplicium , quæ in
animali , vegetabili , aut minerali
regno , ut plurimùm reperiuntur ;
quâ Medicinam facientes, brevi
ter edifcant quanam in affectu
298 MERCURE
pæne quolibet curando generaliter
indicantur remedia ,
qua
efiam
particularibus morbis abigendisſolent
ufitatiùs applicari , ut facili
negotio materia medica , velut uno
intuitu innotefcat. Medicis , Chirurgis
& Pharmacopais omnibus
utilis & neceffaria. Authore Guilbelmo
Coward M.D.C.M.LC.
Plufieurs perfonnes de qualité
de Londres y ont fait imprimer
à leurs dépens le Livre
de l'ancien Parafite Apicius ,fur
les Ragoûts : Apicu Calii de opfo
niis & condimentis five de arte co
quinaria, lib. decem in 8. Ce
Livre étoit devenu fort rare.
GALANT 299
La nouvelle édition des Ocuvres
de S. Gregoire paroît depuis
quelque temps ; c'eft un
Ouvrage qui fait beaucoup
d'honneur aux Peres Benedictins
de la Congregation de S..
Maur.
re
M N.... de Bertier , Evêque
de Rieux , eft mort dans
fon Dioceſe , dans un âge fort
avancé. Il avoit deux Abbayes:
& la principale dignité de l'Eglife
Cathedrale de Toulouſe
dont il joüiffoit par une difpenfe
de fa Sainteté . Il étoit
fils de feu Meffire N .... de
Bertier , Premier Prefident du
9
300 MERCURE
Parlement de Toulouſe , & un
des plus grands Magiftrats qu'il
y ait eu dans cette Compagnie.
Ce Prelat eftoit oncle , à la
mode de Bretagne , de M
N....de Bertier, aujourd'huy
Evefque de Blois & fils d'un
Prefident à Mortier du même
Parlement de Toulouſe
& frere d'un Avocat General
du même Parlement. La
Maifon de Bertier eft tresancienne
dans le Languedoc ,
& elle a donné au Parlement
de Toulouſe plufieurs Officiers
d'un grand merite. L'E
vefque qui vient de mourir
GALANT 301
eftoit fort aimé & eftimé dans
fon Diocefe . Il eftoit un des
vingt- deux qui ont droit de
Séance aux Etats de Languedoc
; il y avoit fouvent efté
écouté avec beaucoup de fatisfaction
, car il parloit avec
toute la nobleffe & toute la
pureté que noftre langue peut
demander. M' de Rieux étoit
frere de M° de la Reynie , femme
du Confeiller d'État .
M' Boucot , Secretaire du
Roy & Treforier de la Mai
fon & des Finances de S. A. S.
Monfieur le Comte de Touloufe
, eft mort au commen
302 MERCURE
cement de ce mois. On ne peut
exercer avec plus d'exactitude
& plus de probité , un employ
auffi important & auffi delicat,
qu'a fait feu M ' Boucot celuy
qui luy avoit efté confié . Il recevoit
avec beaucoup d'honnefteté
tous ceux qui avoient
affaire à luy. Il n'a jamais don
né de parole fans la tenir , &
perfonne n'eft jamais forti mécontent
d'auprés de luy. M
de Broffard , Avocat au Confeil
, Treforier de France au
Bureau des Finances de Caën ,
& fils de M ' de Broffard , Confeiller
du Parlement de BorGALANT
303
deaux , a efté honoré de l'employ
qu'avoit feu M* Boucot.
Il n'y a point de doute qu'il
n'ait toutes les qualitez neceffaires
pour le bien remplir , &
qu'il ne marche fur les traces
du défunt, puifqu'il a eſté choiſi
par Monfieur le Comte de
Toulouſe , aprés que ce Prince
a efté bien informé de toutes
les qualitez qui ont fait meriter
à Mr de Broflard la reputation
d'un auffi habile , que parfaitement
honnefte homme.
Mr Leonard de Lamet
Preftre , Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , & de
304 MERCURE
varre ,
la Maiſon & Societé de Naancien
Chanoine &
Doyen de S. Thomas du Louvre
, Chanoine honoraire de
l'Eglife Metropolitaine de
Nôtre Dame de Paris , ancien
Archidiacre de Brie , qui eft
une des premieres Dignitez de
cette Eglife , & ancien Curé
de S. Euftache , eft mort en
cette Ville , âgé de prés de
quatre- vingt ans. Il avoit fuccedé
à feu Mr Merlin , Docteur
de Sorbonne , auquel il
avoit donné le Canonicat de
Noftre -Dame & l'Archidiaconé
de Brie pour avoir la
GALANT 305
Cure de S. Euftache. Mr Merlin
en jouit peu ; car il remit
auffi - toft ces Benefices à fes
neveux. L'adminiftration de
feu Mr de Lamet a efté univerfellement
applaudic ; il joignoit
à un grand zele une picté
fincere & folide. L'édification
avec laquelle il a gouverné une
des plus grandes Paroiffes du
Royaume , &les biens qu'il y a
faits font une preuve de ce que
j'avance. Feu Mr le Curé de S.
Euftache avoit plufieurs foeurs
mariées , de l'une defquelles
eft forti Mr l'Abbé Secouffe ,
Docteur de Sorbonne , & au-
Cc
Decembre
1705 .
306 MERCURE
jourd'huy Curé de S. Euſtache
par la refignation de fon oncle.
Feu Mr de Lamet étoit d'une
des anciennes familles de Paris,
& feu fon pere étoit Avocat
au Parlement.
Le 17. de ce mois la feſte
de S. Lazare fut celebrée avec
la magnificence & les ceremonies
ordinaires dans l'Eglife.de
l'Abbaye de S. Germain des
Prez . Je ne vous feray point
ici le détail des ceremonies qui
s'y obfervent , & fur tout lorfqu'on
y reçoit quelques Chevaliers
de l'Ordre de S. Lazare ,
vous en ayant déja envoyé ſept
GALANT 307
,
IS
-
ou huit grandes relations depuis
29. ans que j'ay commencé
à vous écrire des lettres
remplies de nouvelles . Le jour
de la derniere fefte de S. Lazare
, MS les Chevaliers de ce
nom & de Noftre Dame de
Mont - Carmel eftant affemblez
receurent Chevaliers
deux de leurs Eleves , dont
l'un eft de la maifon de Conflans
, & l'autre de la maiſon
de Chabannes . Monfieur le
Cardinal d'Eftrées fe trouva
incognito à cette ceremonie
dans une tribune fermée , dreffée
dans le Choeur prés de l'Au
Cc ij
308 MERCURE
tel. M' le Comte d'Aguilar ↑
Grand d'Eſpagne , & l'un des
Capitaines des Gardes du Corps
de Sa Majefté Catholique , depuis
quelque tems à la Cour ,
où quelques affaires de la plus
haute importance & de confiance
l'ont fait venir , fut auffi
prefent à cette ceremonie , où
affifterent quelques étrangers.
de diftinction & plufieurs perfonnes
qualifiées des deux ſexes .
Les affaires de Catalogne
faifant aujourd'huy l'attention
de tout le monde , & le point
de vûë auquel tous les yeux de
2
GALANT 309
' Europe font attachez , je fuis
perfuadé que je vous ferois
beaucoup de plaifir , fi je pou
vois vous en parler à fonds ;
puifque l'évenement de cette
affaire pourra faire decider de
celles de la plus grande partie
des Princes de l'Europe. Mais
il est bien difficile , dans l'état
où se trouvent les chofes de
vous parler de leur jufte fitua
tion ; & la confufion , le defordre
& le repentir de la plufpart
des foûlevez font qu'ils
ne favent pas bien eux mêmes
en quel état ils font , ce qu'ils
veulent , ni ce qu'ils doivent
3TO MERCURE
vouloir mais il eft conftant
qu'ils ne jouiront pas fitoft du
repos qu'ils ont perdu , & qu'a
vant qu'ils puiffent reſpirer un
air auffi tranquille que celuy
dont ils joüiffoient avant leur
revolte , ils verront . fur leurs
terres de nombreuſes armées ,
& ces mêmes terres arrofées
de fang , à moins qu'ils ne
fecouent promtement
le joug
qu'ils ont bien voulu fe donner
fans avoir refléchi fur
l'avenir. Cette fituation & les
grands mouvemens qui fe font.
en Catalogne & dans les Etats
circonvoifins
, fait que tous
GALANT ZIE
311
ceux qui font fur la frontiere
voyant qu'ils feront bientoft
de la partie , font fort attentifs
à tout ce que l'on fait & à
tout ce que l'on dit . De maniere
que les nouvelles des frontieres
de ce pays là viennent en
abondance ; mais comme la
plus grande partie eſt fondée
fur des oüi dire , & fur des rapports
des deferteurs , je ne puis
eftre garant des nouvelles que
je vais vous envoyer : & comme
il eft fort difficile d'en faire
un choix , jeprends le parti de
vous envoyer toutes celles qui
font tombées entre mes mains
312 MERCURE
Elles vous feront du moins voir
la fituation des efprits ; & fitout
ce qu'elles difent n'eſt pas veritable
, elles vous apprendront
du moins tout ce que l'on écrit .
Les nouvelles d'Efpagne &
de Catalogne finiffoient dans
na derniere Lettre , par la reprife
de plufieurs poftes emportez
par Mr le Prince de
ferclas , par plufieurs partis
battus , & par les Barques dont
il s'eftoit emparé fur l'Ebro ,
la Segre , & la Cinca , tant afin
d'empefcher les ennemis de s'en
fervir pour faire des courfes ,
que pour s'en fervir luy-mefme
pour
GALANT 313
pour faire des Ponts , felon
Toccafion qu'il auroit de les
employer. Pendant que tout fe
difpofoit en Aragon à l'ouverture
d'une Campagne glorieuſe
, & que toutes les Troupes
marchoient de tous coftez afin
de s'y rendre pour entrer en Catalogne
, on faifoit à Madrid
tous les préparatifs poffibles
pour envoyer toutes les chofes
neceffaires aux Troupes ; mais
comme la prife de Barcelone
avoit cfté imprévûë , ou du
moins l'on n'avoit pas crû
que les ennemis puffent faire
fitoft cette conquefte , tous les
Dd
que
Decembre
1705 .
314 MERCURE
fonds neceffaires pour la repri
fe de cette Place , & de la plus
grande partie de la Principauté
de Catalogne n'eftant pas
prêts , on eftoit occupé à en
chercher pour la Campagne
d'hiver qu'on eftoit refolu de
faire. Ce qui obligea plufieurs
perfonnes d'offrir quelques
fommes au Roy d'Espagne , &
d'y joindre leur vaiffelle d'argent
& les Pierreries de leurs
femmes ; ainfi que vous avez
fçu qu'avoit fait Mr le Duc
d'Offone. Sa Majeſté Catholique
les remercia , fans pourtant
les refufer abfolument ,
GALANT 315
en leur difant , qu'elle s'en fer-
E viroit , fi Elle en avoit befoin.
Mr Aquaviva , Nonce ordinaireen
Efpagne , qui avoit deffein
de faire les mêmes offres , & qui
craignoit la même réponſe ,
cherchant les moyens de mettre
le Roy d'Efpagne hors d'état
de luy en faire une femblable ,
ne fit aucunes offres ; mais il envoya
à la Tréforerie toute fa
vaiffelle d'argent , montant à
plus de mille marcs . Cette
action attira de grands applaudiffemens
à ce Nonce. Il eft à
5.
ན
remarquer
que fa Maiſon eſt
attachée depuis long - temps à
Dd ij
316 MERCURE
La Couronne d'Efpagne , & que
fes Anceftres fe font diftinguez
en plufieurs occaſions pour
fervice des Rois prédeceffeurs
de Sa Majesté .
lc
Ce qui fuit eft tiré d'une
Lettre de Madrid , du 20. Novembre.
Phi-
Les Aragonois augmentent de
plus enplus leur zele pour
lippe V. depuis qu'ils ont appris
que l'Archiduc a fait défarmer les
Habitans de Barcelone , & fait
demander aux particuliers leur
vaiffelle d'argent pour en faire de
la monnoye ; qu'ils euffent à entretenirfa
Maifon , payer la GarniGALANT
317
fon , & à lever 6000 hommes de
Troupes étrangeres , ne voulant
point de Catalans.
Le General Anglois a mis deux
Bataillons de fes Troupes dans le
College des Jefuites , & autant
dans la maison de l'Inquifition ,
nonobftant toutes les remontrances
du Recteur.
Mr de Velasco a débarqué ,
fuivant la Capitulation , à Malaga
, avec 16 pieces de Canon
3. Mortiers › & 1500 hommes
de fa Garnison , qui marchent actuellement
pour joindre Mr le
Prince de Tferclas.
Le Roy d'Espagne a ordonné de
Dd iij
318 MERCURE
tenir fes équipages prêts pour lafirt
dece mois ; mais le jour de fon dé
part n'eft point encore fixe. Plu
fieurs Grands du Royaume d'voient
demandé à le fuivre ; ce qu'illeur
a refufé ;parce qu'il feroit difficile
de fournir à la fubfiftance des équipages.
Pendant que les efprits étoient
ainſi unis en Eſpagne , &
que chacun s'empreffoit à demander
à contribuer de fes
biens. & de fon fang au recouvrement
de la Catalogne , on
y apprenoit tous les jours que
tout eftoit en combuftion dans
cette Principauté ; qu'il y avoit
GALANT 319
dans Barcelone & dans toute
La Catalogne une fi grande divifion
parmi les peuples , qu'on
n'y pouvoit marcher en fureté ,
& qu'il s'y commettoit plu
fieurs affaffinats .
La Ville de Rofe étant de
meurée fidele au Roy d'Efpagne
, ainfi qu'auroient fait plufieurs
autres , fi elles n'avoient
point efté obligées de ceder au
torrent , en fe rendant , afin de
rentrer un jour , fans avoir été
détruites , & fans avoir vû perir
leurs Habitans , fous la puiffance
du Roy d'Eſpagne ; la
Ville de Rofe , dis- je , étant de-
Dd j
320 MERCURE
meurée fidéle à ce Monarque ,
nous cherchions à y faire entrer
du fecours & des vivres ,
pendant que les ennemis n'oublioient
rien de tout ce qui pouvoit
leur fervir pour la ſurpren
dre par intelligence. On envoya
deux Tartanes chargées
de munitions de guerre & de
bouche. Elles furent attaquées
par celles que les ennemis avoient
en Mer , elles fe deffendirent
vigourcufement ; &
aprés un Combat fort opiniâtré
, une de ces Tartanes eut
le bonheur d'entrer dans la
Baye de Rofe , & l'autre ſe reGALANT
321
"
tirá fous le Canon d'un de nos
Forts.
La Lettre fuivante vous fera
beaucoup de plaifir , vous la
trouverez fort curieufe. Je n'ay
Tien changé au ſtyle , pour n'en
point alterer le fens . Elle ne parle
pas feulement de nouvelles
préfentes ; mais elle en contient
de vieilles qui n'ont point efté
fçues , & qui font du temps de
la Capitulation de Barcelone.
Vous remarquérez qu'elles ont
efté rapportées à Perpignan ,
par le fils du Conful de France
à Barcelone , qu'il a eſté luymême
témoin de tout ce qu'il
322 MERCURE
rapporte
; & que cette Lettre
a cité écrite par celuy même
qui a fçu de luy une partie des
chofes qu'elle contient.
A Perpignan le 29. Novem
bre.
·Je vous donne pour nouvelles
que Mr le Prince de Tferclas de
Tilly apris une Place fur les frontieres
de Valence , où il a paſſé au
fil de l'épée 700. Rebelles . Son
Armée a groffi jufqu'au nombre
de vingt mille hommes . Il a avec
luy quelque artillerie , & eſtentré
en action . On nous donne auffipour
GALANT 323
certain , qu'ily aplus de deux mille
rebelles qui demandent l'Amnif
tie , qui promettent de fervir
Philippes V. dans nos quartiers.
Il ne s'eft paffé rien de nouveau ,
il n'y a qu'un détachement de la
Garnifon de Montlouis qui a donnéfur
quelques Rebelles ; mais la
partie a efté égale. Ily a cinq prifonniers
de part & d'autre , &
deux bleffez. Je viens d'appren
dre par le fils du Conful de la Nation
, qui eftoit dans Barcelone
lorfqu'elle fut prife , quelques circonftances
de ce qui fe paſſa pour
lors , & qui le regardent. Il m'a
ditquefa maisonfutpillée d'abord,
324 MERCURE
qu'il y entra un Hieronymite
qu'on avoit tiré des priſons,à la tête
de:200feditieux , tenant un Crucifix
à la main , & criant auxfeditieux
qu'il accordoit quarante
jours d'indulgences à quiconque
pilleroit cette maiſon. La
maifonfut bien-tâtpillée; & comme
le Confulfon pere tenoit un Crucifix
à la main , on le luy arracha ,
on le foula vingt fois aux
pieds. Il fut dépouillé , luy , fa
femme & fes enfans . Non content
de cela , ayant apperçu dans
ladite maifon , une image de Saint
Louis , ils la percérent de cinquante
coups de bayonnette. Après cela
GALANT
325
le
le Hieronymite fe doutant qu'on
auroit caché de l'argent , il fut à
la cave une Etole au col , un livre
une chandelle à la main ; & il
découvrit deux mille piftoles que
ledit Conful y avoit enterrez. Ēnfin
lepillage de cette maiſon monta
à plus de cinquante mille écus. Le
fils de ce Conful fut fauvé par
Comte de Peterborough , dans la
maifon duquel il fe refugia, &
qui luy fit traduire de Catalan en
François les Articles de la Capitulation
. Il eftLyonnois , il n'a pas
plus de 21. an. Sonpere eſt reſté à
Barcelone. Il arrive icy tous les
jours des gens qui s'eftoient cachez
326 MERCURE
ily
dans la Ville , & qu'on chaffe à
mefure qu'on les découvre. Il en
arriva 58. ily a trois jours , qui
avoient eftéchaffez à coups depierres
& à coups de bâtons &il eft
fûr qu'il ne s'en fauveroit pas un
fans les ordres
Peterborough a donnéà la Garnifon
de les fecourir. Ils viennent icy
par mer , & les femmes de ceux
qui effoient mariez ont voulu les
fuivre; quoy qu'elles foient Cata-
Tannes , elles difent qu'elles aiment
mieux refter en France , quand elles
ne devroient manger que du pain,
de demeurer dans un pays où
l'on court tous les jours rifque de
que le Comte de
que
GALANT 327
la vie. En effet , nousfçavons cer
tainement , que dans Barcelone les
Rebelles fe coupent tous les jours
la gorge , ils ont auffi affaffinéplus
de deux cent Anglois , & en der
nier lieu trois Gentilshommes de
l'Archiduc dans un Caroffe. Le
frere du Prince Darmstadt n'apas
voulu eftre Viceroy de cette Ville ,
s'eft retiré , difant , qué s'il
avoit connu le genie de la Na
tion , il auroit bien empêché
fon frere d'y venir. L'Archi
duc n'a paru que deux fois enpus
blic, on n'a point du tout d'efti
me pour luy. Enfin on nous affu
re qu'ils fe mordent les doigts de
328 MERCURE
la folie qu'ils ontfaite. Foubliois
de vous dire
que
le Prince de
Tferclas a mis la tefte de chaque
Rebelle à cinqpiftoles . On croit que
Larmée du Rouffillonfera de vingtcing
mille hommes de troupes reglées
, puis qu'outre les Milices ,
25. Compagnies de Miquelets &
trois Regimens d'Infanterie & un
de Cavalerie qu'on leve, ily a des
Commiffions pour en lever trois
autres , un d'Infanterie , un de Cavalerie
& un de Dragons. Ces
troupes arrivent icy tous les jours
on va relever dans cette Ville
la garde Bourgeoife. Je crois que
vousfçavez qu'il n'eft resté dans
GALANT 329
a's mers que fix Fregates de la
Flotte Angloife , les gros Vaiffeaux
ont paffé en Angleterre , &
Les petits à Lifbonne . Il n'y apas
plus de trois mille Anglois , Hollandois
, Allemans , dans Barcelóne.
les
Voici ce que portent d'autres
lettres de Perpignan.
On mande de Perpignan du 29.
du paffé , qu'ily avoit une grande
divifion entre les Anglois
Catalans , dont la pluſpart refufent
de payer les fommes que l'Archiduc
leur demande , difant hantement
que s'il continuë , les affaires
changeront de face. Que
Decembre 1705. Ec
A
330 MERCURE
le convoy chargé de munitions de
guerre & de bouche qu'on envoyoit
à Rofe ,y étoit enfin entré, aprés
avoir combattu trois jours contre
les barques des Rebelles. Que la
Ville de Barcelone avoit envoyé
des Deputez à la Reine d'Angleterre
, pour la prier de faire paffer
promptement du fecours en Catalogne
pour la confervation
de cette
Province à l'Archiduc. Que la
bréche de Barcelone étoit encore
dans le même état qu'elle étoit ,
lors qu'elle avoit demandé à capituler
, à la referve de quelques paliffades
avec de petites pointes de
fer , qui ont été miſes au haut &
GALANT 331
que MilordPeterborough , qui
donnoit fouvent à manger, em
pruntoit de tous coftez pour fournir
à cette dépense , n'ayant pas
beaucoup d'argent ; & qu'il de voit
déja de groffes fommes à quelques.
particuliers de Barcelone.
On mande auffi de Perpignan
du 2. de ce mois , que le 22. du
paffé , lorsque l'on faifoit à Barce
ne des réjouiffances
pour l'avenement
de l'Archiduc à la Couronne
, on y avoit trouvé dans le Palais
,
, quatre
hommes armez, dont
un fut fur le champ executé ; que
tout le monde fe fauvoit dans les
Eglifes & dans les maiſons ,
Ee ij
332 MERCURE
qu'il y avoit plus de vingtperfon
nes tuées : Qu'on avoitfait enfuite
courir le bruit , que les partifans
du Roy avoient voulu affaffiner
l'Archiduc , & qu'on avoit mis
plufieurs perfonnes en prifon.
Mylord Peterborough ayant
formé le deffein defurprendre Rofe,
avoit fait gagner le Major du Regiment
de Caffel - d Ayrold , pour
appuyer ce projet , & avoit fait
marcher à Gironne 300. bommes
de troupes reglées , pour fe joindre
aux Miquelets , lorfqu'on leur ou
vriroit la
porte
de la
Ville ,
pour
égorger le Gouverneur & les Offi
ciersfideles. Mais cette con
conſpira
GALANT 333
tion ayant été découverte , on a
conduit ce Major , avec plufieurs
Soldats Napolitains, qui ont été
défarmez , à Collioure ; & on a
fait entrerdans leurplace des Fran
Trois cens hommes des Regiçois.
mens de Saragoffe de Montenegro,
ont tué aux environs dia
Monaftere de Sancta Suzanna,
prés de Muella, so , des Rebelles,
fait 25. prifonniers, parmi lefquels
étoit leur Chef.
que
les
Je vous ay déja dit
ennemis n'oublioient
rien pour
s'emparer de Roſe par intelligence.
Ils avoient pour cet effer
334 MERCURE
gagné le Major d'un Regi
ment qui devoit livrer la
place. Voici ce que difent les
lettres de Perpignan , dattées
du 4. de ce mois,touchant cette
confpiration .
Ces lettres portent , que le
Major du Regiment qui devoit
liorer Rofe aux Ennemis ,
y avoit esté amené & mis en prifon.
Qu'il avoit declaré tous les
Officiers qui trempoient dans cette
confpiration , de laquelle Mr de
Quinfon , Gouverneur
de Perpignan
, ayant eu aris , avoit expedié
deux Lettres au Gouverneur
de Rofe , l'une par mer l'autre
GALANT 335
par terre , afin que fi l'une fe perdoit
, ilpuft recevoir l'autre , eftant
fort difficile d'entrer dans Rofe par
terre , à caufe des Rebelles . Mais
·le
Gouverneur de Rofe avoit déja
appris cette confpirationpar un Of
ficier & un Grenadier François
qui feignoient eftre des conjurez.
Que ce Majorpour executerfon entreprife
, avoit marqué le jour au-
•quel il devoitfaire affembler le Regiment
dontje viens de parler,fous
pretexte de luyfairefaire l'exerci
"ce qu'il avoit engagé dansfonparti
quatre Officiers & trois cent Soldats
, qui devoient égorger tous
ceux qui refuferoient de les fuig
336. MERCURE
vre , auffi bien que le Gouverneur
quife renditau lieu de l'affemblée ,
Jans s'oppofer à leur deſſein ; mais
d'abord qu'il vit qu'on alloit
faire l'exercice , ilcommanda qu'on
"mift les armes bas , qu'on les
laiffaft & qu'on fe retiraft pour
que
quelque temps. Ce qu'ayant efté
fait , il les fit enlever par cent
hommes fideles , du Regiment de
Labour , qu'il avoit fait entrer
avec des viures dans laVille , &
qui emprisonnerent ces coupables.
Les quatre Officiers qu'on amenoit
auffi à Perpignan , dans une
Tartane differente de celle où eftoit
le Major , ne font nefontpas encore arrivezi
GALANT 337
vez ; ce qui fait craindre qu'elle
ne foit tombée entre les mains des.
ennemis. Mr le Duc de Caftel-
Ayrold, n'a aucune part à la con-
Spiration defon Regiment.
Il paroift de l'efprit , de la
prudence , de la conduite , &
même de l'intrepidité dans
le projet que le Gouverneur
de Rofe a fi bien imaginé ,
& fi bien fait executer ; & on
ne peut luy donner trop de
loüanges , pour avoir fi bien &
futilement fervi le Roy fon
Maiftre.
La Lettre fuivante vous apprendra
la fuite des nouvelles
de Catalogne .
Decembre 1705. Ff
338 MERCURE
&
A Perpignan ce 8. Decembre.
Les avis qu'on a reçûs ici de
Catalogne, portent que les Soldats
les Rebelles y font de grands
defordres , menaçant de tuerles habitans
qui refufent de leur donner
de l'argent. Ce qui a obligé Milord
Peterboroug d'employer tous
Les foins imaginables pour calmer
Les efprits ; ce qui n'a pas empêché
qu'on n'ait tiré un coup de fufil
dans les feneftres de la chambre où
étoit l' Archiduc
, & qu'il nesefoit
même fait une fedition dans un
village où celui qui levoit un certain
impoft au nom de ce Prince , a
été tué.
GALANTI 339
Le bled eftdans Barcelone d'une
cherté extraordinaire.
On confirme que les Rebelles
ont été battus en Aragon.
Milord Peterboroug a renvoyé
Barcelone les neuf cens hommes
qu'il avoit amenez pour executer.
fon deffein fur Rofecitot, a mul
La lettre fuivante eft de Sa
ragoffe , & elle ne vous paroîtra
pas moins curicufe que les
autres , contenant beaucoup
de faits , quifont voir que les
Rebelles commencent à reculer
prefque autant qu'ils
sont avancés, og den tjugates sesat
Ff ij
340 MERCURE
A Saragoffe, le 30.Novembre.
Les Rebelles , aprés avoir été
chaffez du pont de Medianoz ,
avoient étéfommer le Gouverneur
d'Anifa & de Perverta defe rendre
; mais les habitans ayant fait
affembler tous les hommes capables
deporter les armes, s'étoientjoints
aux troupes qui étoient dans le
Château , & avoient chargé ces
Rebelles , qu'ils avoient obligez de
prendre lafuite , aprés en avoir tué
un grand nombre , & fait plufieurs
prifonniers , parmy lefquels on a
trouvé deux freres Capitaines
nommezJofeph & Hiacinthe de
Meurs , quelques autres Chefs:
e
pod N
DAM OM
GALANT 341
On a appris que les revoltez
avoient abandonné , à l'approche
des troupes du Roy d'Espagne, Eabra
, Mafalcon, & quelques au
tres places , où ils avoient laiffé les
habitans , tout le bétail qu'ils
avoient enlevé de Maffilla ; &
que l'on avoit impofé à la ville de
Fabra, une contribution de 150.
piftoles & d'une grande quantité
"de blé pour n'avoir pas montré
dans cette occafion toutes les mar
ques de fidelité qu'elle devoir.
On mande d'Alcanifa , que le
Gouverneur étant forti de cette place
avec 200. hommes de fa garni--
Lon ,pourpoursuivre les Rebelles,
Ff iij
342 MERCURE
étoit tombé fur leur garde avancée,
au nombre de 40. hommes qu'il
avoit taillez enpieces ,fans avoir
voulu leur donner aucun quartiers
& qu'il n'y avoit perdu de fon
cofté que deux hommes .
Ces mêmes lettres ajoûtent,que
cent Soldats du Regiment de Navarre
, qui gardoient le pont de
Medianoz fur la Cinca , ayant
été attaquez par 600. des Rebelles
, dont une partie avoit paffé
cette Riviere à gué pour les mettre
entre deux feux , ils s'étoient dévigoureufement
; mais
fendus
qu'ayant été obligez de ceder au
nombre, ils avoient demandé quar
GALANT 343
tier. Ce que ces Rebelles leur ayant
refufe , ils avoient mis la bayonnette
au bout dufufil , s'étoient
faitjour au travers au travers des ennemis ,
dont ils avoient fait ungrand carnage
, & qu'ils s'étoient enfuite
retirez au Château d' Anisa,avec
perte feulement defept hommes.
On a eu avis qu'il étoit arrivé
à Port Mahone 400 , hommes
que le Viceroy de Naples envoyoit
en Catalogne , & qu'un particulier
de Madrid avoit prêté au Roy
d'Espagne fix cens mille écus.
L'Archiduc eft fort inquiet
& fort embarraflé de ce que les
Rebelles qui commencent à
s'enregimenter, refutent de re344
MERCURE
cevoir les Colonels qu'il leur
veut donner , & de ce que ce
refusa paffé jufqu'à l'effet ; ces
Rebelles ayant nommé deux de³
leurs camarades pour Colonels,
qui n'ont jamais manié les armes
, & qui font tirez du plus bas
peuple. Deux raifons l'empê
cheront d'avoir confianceen ces
troupes lune, à caufe de leurs
peu d'experience , & de l'igno
rance de leurs Chefs dans le
mêtier de la guerre, Pautrein
que finces troupes viennent à fe
répentir elles ne feront poings!
retenues par leurs Chefs , qui'
feront peut - être les premiers à
les engager à rentrer fous Po
beiffance de leur legitime Sou
verain. L'Archiduc irrité con
tre ces Rebelles , ordonna à deux
GALANIM 345
mille Anglois de fortir de Bar
celone pour les obliger par la
force à executer fes ordres ; mais
ces troupes refuferent adesluiЯ
obeïr , difant qu'il leur étoit ordon
né de ne point fortir de la Placer
De maniere qu'il fe vir obligé
de confirmer le choix des Officiers
qu'ils avoient ofé nommer
pour les commander. Il a d'auers
tant plus lieu de douter de leurfidelité
, que ces Rebelles étant
informez qu'il n'a pas tenu à
l'Archiduc qu'ils ne faffent atp
taquez par zoon. Anglois , işbi
pourront s'en venger à la pre- s
miere occafion . Ce confeil que
l'on avoit donné à l'Archiduc,
étant des plus violens , il y as
lieu de croire qu'il gouverneroitav
avec la même dureté que l'Em- "{
346 MERCURE
pereur fon frere ; ce qui lui a
aliené la plus grande partie des
peuples de Catalogne . La pluf
part de ceux qui lai paroiffent
les plus foûmis , ne le font pas
dans le coeur , & ils ont feulement
cedé au temps & à la
force, ask
Mr l'Evêque de Tortofe s'eft
retiré avec fa maifon , & il éft.
arrivé dans le Royaume de Va.
lence .
On a enlevé fix cents pieces.
de bétail , & une barque char
gée de farine qu'on envoyoit
pour le fecours des Rebelles
de Denia.
Les Anglois & les Hollandois
ont fait des écuries en plufieurs
Eglifes de Catalogne ; n'ayant
aucun égard à ce qui a efté ftis
GALANT 347
pulé par la capitulation pour la
Confervation des lieux facrez ;
ceuqui a donné de l'averfion
pour eux à ceux qui avoient le
plus fortement embraffé leur
parti .
Les Generaux Anglois vou
lant faire éclater dans toute
L'Europe la conqueste de la Catalogne
& cherchant à faire
croire que les peuples étoient
charmez d'eftre fous la domina.
tion de l'Archiduc & qu'ils en
avoient toute l'obligation à la
Reine d'Angleterre ,. ils ont
engagé les principaux de tous
les lieux où ils ont des troupes,.
à faire des Adreffes à cette Reine,
dans la pensée que ceux qui
ont fait ces Adrelles , dont la
plufpart font forcées ou faites
348
MERCURE
par ceux qui avoient été gagnez
pour ouvrir leurs portes à l'Ar
chiduc , dont ils.fe repentent de
plus en plus , font contens, de
leur fort .
& noit
J'efpere ne point finir ma letere
, fans y ajouter encore quel
ques nouvelles de Catalogne.99
Le Prieuré de Lerat vacant
par la mort de Mr l'Evêque de
Rieux , aefté donné par Sa Majefté
à Mr l'Evêque de Com-L
minges , frere de Mr
le Marquis
d'Enonville , l'un des Sous Gou
verneurs, de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne, Mr d'Enonville
, dont le nom eft de Brifé
eft originaire du pays de Blois
où il poffede la Terre d'Enond
ville , depuis que la maifon de
ce nom ( qui a produit le Cardig
4
GALANT
349
ħal Aimar d'Enonville , dans le
feizième fiècle , eft éteinte . Mr
PEvêque de Comminges eft fort
appliqué à fes devoirs A poftoliques
, & it a beaucoup d'érudition
& beaucoup de pieté. Mr.
l'Abbé de Rutie , fon Grand-
Vicaire , & Grand - Archidiaere
de fon Eglife Cathedrale ,
a efte Deputé à la derniere Affemblée
du Clergé , dans laquel
le il a efté fort confideré ; il eft
de même nom que Mr le Marquis
de Sommery , auffi Sous-
Gouverneur de
Melleigneurs
les Princes . "
Y
: Monfieur le Duc de Bouillon
a nommé , comme Duc d'Albret , )
Mr.l'Abbé de Lentillac au
Doyenné de l'Eglife Collegiale
de Nôtre Dame de Caftel - Ja350
MERCURE
Joux , Ville de ce Duché. On
ne peut exprimer l'attention
qu'à en Monfieur le Duc de
Bouillon à donner ce Benefice à
un bon Sujet , & le choix qu'il
a fait ,ne peut eftre que tres - applaudi
; Mr l'Abbé de Lentillac
ayant les qualitez qu'on doit
defirer dans un bon Ecclefiaftique
, & dans un homme prepofé
au gouvernement
d'une Eglife
& la prudence égale fa pieré,
+
La maifonide de Lentillac
eft originaire du haur Quercy
, oùfont fituez l'ancien Chateau
& Fort de ce nom , que la
tradition du pays rapportcavoir
efté bâtis par le nommé Lentulus
, General des Romains dans
les Gaules. Quoy qu'il ch foir,
to calla úceler
GALANT ! 352
les Seigneurs de cette noble race
prouvent une filiation bien fuivie
depuis cinq cens ans. Ils
fonderent vers le milieu du quatórziéme
fiecle le Monaſtero
de Vicq. Dans l'étendue de
leurs Seigneurie de Lentillac , &
fe referverent la nomination de
Abbeffe . La branche aînée de
dette Maiſon eft prefentement
établie en Limofin , où elle pol.
fede la Baronnie de Gimel & le
Vicomté de Sedieres, par les alliances
qu'elle a fait dans le der
nier fiecle avec les heritieres de
des deux Maifons . Il y en a une :
qui eft restée en Quercy , où elle
eft en poffeffion du nom & de la
Terre de Lentillac . Il y en a encore
deux qui fubfiftent en Limofin
, où elles ont des établiffe352
MERCURE
&
mens auprés del Tulles & de
Beaulieu Mr le Doych de Caf-
Tel -Jaloux qui donne lieu à cet
Article eft de la Branche de
Lentillac- Mier , qui a autrefois
poffedé en Rouergué les grandes
Seigneuries d'Afprieres &
de Veuzac . La Branche de Lentillac-
Godoü eft éteinte depuis
longtemps , & elle finit par une
fille , qui fut mariée dans la Maifon
de Corn - Sonac en Quercy.
Je dois ajoûter icy que Mr le
Chevalier de Gimel , qui eft de la
Branche de Lentillac- Gimel , a
perdu un oeil au fervice du Roy,
& qu'il eft Meſtre de Camp &
Lieutenant Colonel du Regimet
du Prince Charles de Lorraine.
Monfieur le Duc de Vendorme
eſt venu à bout de ce qu'il
GADANM £ 353
s'eftoit propofé ; il a obligé Monfieur
le Prince Eugene de reculor
sjufqu'au lieu où il vouloit
qu'il ſe retiraft.Ce Duc a ch → -
›fuite marquez des quartiersd'hyver
, dansles lieux où il avoit.
refolu d'en prendre . Vous trou »
verez toutes ces chofes dans la
Lettre que je vous envoye ; elle
eft écrite à un Seigneur du pré--
miér ordre.
Au Camp prés de Lunato , ce 103 .
5.1.50 11/21 ecembre
2. Ismid alims
Les deux Armées n'ont point
changédefituation , depuis la derque
j'ay eu l'honneur niere Lettre
d'écrire à Voftre Alteffe . Nous
avons occupé Dezinzano , où il
Decembre 1705. Gg
354 MERCURE
&
y a actuellement fix Bataillons
commandez par Mr d'Estrades.
Les Ennemis ont voulu en faire
de même à Lunate ; mais le fuccés
en a efté bien different. Ils fe font
prefentez auxportes de cette Ville ,
avec un Corps de Grenadiers ,
neuf pieces de Canon , & ont
formé le Gouverneur de leur remettre
la Place. Le Brigadier des
Troupes de la Republique , qui
commandoir en l'abfence du Provediteur
, a répondu que Mr le
Provediteur luy avoit confié le
foin de cette Place, qu'il avoit des
troupes refolues à fe deffendre ,
avec du Canon ; & que s'il ne fe
GALANT 355
retiroient , on alloit tirer fur eux."
Cela fit prendre à Mrs les Allemans
le party de s'en retourner
dans leur Camp.
Les deux Armées fe fepareront
dans peu de jours.
~Mr le Comte de Médavy eſt à
Torbole avec quatre mille hommes
de pied & deux mille chevaux..
La Brigade du Commißaire Ge- nere
l'avair joint hier ; ce
neral ,compofée defept Éfcadrons ,
doit
encore
qui augmente confiderablement le
Corps de troupes qui eft à fes ordres.
Monfieur de Vendome luy
a mandé de confommer leplusqu'il
pourra de fourrages dans le Bref
Ggij
35% MERCURE
fan ; afin d'ofter la fubfiftance à la
Cavalerie ennemie ,
repaffer les montagnes pour aller
chercher dequoy vivre dans le Ve
ronnois.
E' TAT
l'obliger
des Quartiers d'hiver de
l'Armée de Lombardie
Sçavoir :
Toode I
alomil
A DEZINZANO
Bataillons.
'Auvergne ,
9.157
La Fere, 7901DZITZAY
Vexin ,
Bervvick ,
24
GALANTM 357
CASTIGLIONE
Bataillons polish
Quercy ,
Vivarais
, zayntwowy
zal vinegara
.
I
Miromenil , I
Bigorre ,
I
4
Efcadrons
Renepont
>
CARPENEDOLE
Bataillons,
Dauphiné , prod
Labour ,
Vauges ,
I
Efcadrons!
Limofin
Soucariere ,
Ponthieu
CASTELGIOFFRETE
Bataillons,
358 MERCURE
Efcadrons.
MAE DOLIKO M
Bataillons &
Capi ,
Maulevrier
Foreft ,
Efcadrons
Melun , YTZ04
CAVOIANA.
Bataillons.
Premier de Solre ,
Efcadrons .
Coulanges , GVAJ
SOLFERINO.
Bataillons
90 s
Τ
2
Second de Solre , 1
Efiadrons.
Huffars ,
TZA
POTZOHNGO .
Bataillons & Coaching?
Trouy ,
I
GALANT 359
Efcadrons
Bofelli ,
MONZAMBANO.
Bataillons
Bretagne ,
Efcadrons.
Moiria ,
PONTY.
Bataillons. A3
Baffigny ,
Efcadrons.
Magnieres , patte
2
LAVOLTA.amaluc
Bataillons. JO ?
Filtz Gerald ,
Grammont
Efcadrons
CASTELARO .
Bataillons, TOL
Soiffonnois ,
360 MERCURE
Efcadrons.
Forbin
RIVOLE' DI FORI ,
Bataillons.
Perche ,
GASOLDO
Galmorgond
RIVOLTELLA
La Reine ,
Bataillons.
Efeadrons , or
GASOLO .
Bataillons, og a
MADONE
13
La Sarre ,
Cottentin ,
f
Constru
GOITO .
Bataillons.
L'Ile de France , ang is
Efcadrons.
Commiffaire General , 3
Valaife
GALANT 36£
VALAISE .
Bataillons .
Premier d'Anjou .
Du Heron ,
Efcadrons.
BOURGUETTO .
Bataillons.
Second d'Anjou ,
Efcadrons.
Fe l'Ifle ,
LASISE ET BORDELIN .
Bataillons.
Tierarche ,
Ffcadrons.
Chartres ,
REVERE' & OSTIGLIA.
Bataillons,
Royal-Montferrat .
LA MIRANDOLE.
Bataillons.
Durfort ,
Decembre
1705. Hh
I
3
[
362 MERCURE
Dragons.
Verac.
MODENE .
Bataillons.
Gâtinois ,
Efcadrons.
Verac ,
MARMIROLE
Bataillons.
Dillon ,
Efcadrons:
Du Tron ,
MANTOUE.
Bataillons,
La Marine ,
Leuville ,
Vendofme
Bourgogne ,
Mcdoc
2
3
2
I
2
GALANT 363
Efcadrons
Colonel general , 3
Fiffy ,
Simianes ,
Efclainvilliers ,
VOLANGUE,
2
Bervvick , I
Premier Grançay ,
Dragons.
Dauphin ,
USTIANO ,
Second Grançay ,
Audichampt ,
Bataillons
Efcadrons.
AQUANEGRA .
Premier de Mirabeau ,
Efcadrons .
Defclos ,
Hhij
364 MERCURE
CAVE T.
Bataillons.
Second de Mirabeau >
Efcadrons.
Delabre ,
Bartillat ,
REBECO.
Bataillons .
Premier d'Albigeois ,
BARDOLANO.
Bataillons .
Second.d'Albigeois ,
SONCINO .
Bataillons .
Beaujolois ,
BARSOLO .
Piémont ,
Bataillons.
S. MARTIN
DE BOSOLO
Bataillons .
Louvignies ,
MN
3
2
GALANT 365
CREMONE .
Bataillons.
D'Efgrigny ,
Lautrec ;
Efcadrons.
REGIO .
Efcadrons.
Saint - Germain ,
S'il m'eft permis de commencer
l'article que vous allez lire ,
par trois mots latins ; je vous
diray qu'il eft conftant que Fu-
Tor arma miniftrat. Cette langue
vous eft affez connuë , pour que
vous fachiez qu'elles veulent dire,
que le defefpoirfournit des armess
C'est ce que nous voyons arriver
aujourd'hui en Baviere . Il n'y
a point d'exemple que des peu
ples ayent jamais été fi maltrai
Hh
iij
366 MERCURE
tez , non feulement fans aucun
fujet legitime , mais même fans
aucune apparence de raifon .
L'Empereur par une violence
inouie, qui fera deteftée dans tous
les fiècles , ne s'eft pas contenté
de contrevenir à tous les artieles
d'un Traité qu'il a lui mê
me conclu & figné n'étant encore
que Roy des Romains >>
mais il s'eft emparé de tous les
effets du Souverain , des Grands
de l'Etat , & du Peuple . Il a fait
démeubler tous les Palais , il en
a enlevé toutes les richeffes ; il
n'a pas épargné les maiſons des
particuliers ; & il a fait foüiller
jufques dans les entrailles de la
terre , pour y chercher ce qu'on
auroit pû y cacher, qui ne luiap
partenoit pas , & furquoy il n'a
GALANT 367
voit aucun droit. Il a fait démanteler
les Villes , enlever tout le
canon , & tout ce qui étoit dans
les Magafins . Il a cherché à rendre
la Baviere deferte , en vou
lant forcer prefque tous les Ba
varois , & même ceux qui n'é➡
toient
ter les armes , & ceux qui n'étoient
plus en état de les porter,
d'aller dans fes Armées les plus
éloignées , afin de les faire tous
perir , & il a voulu obliger des
peres à reprefenter leurs enfans,
comme fi c'étoit une chofe toùjours
poffible , & comme fi ceux
qui ont fecoüé le joug de leurs
ennemis , venoient toujours fe
rendre au lieu où ils ont été enlevez
, pour eftre enfuite atta
chez à ce joug. Il n'eft pas diffi
pas encore en état de por
368 MERCURE
cile de croire aprés cela tout ce
que l'on voit aujourd'hui en Baviere
; mais il faloit que tous les
Bavarois en general euffent été
auffi maltraitez & auffi pouffez
qu'ils ont efté , pour faire ce
qu'ils font aujourd'hui , qui tient
du miracle , puis qu'il eft inoui
que des peuples ,à qui l'on a ofté
avec toutes leurs armes , les
moyens de fubfifter , fe foient
trouvez armez au nombre de
vingt mille hommes , qu'ils aïent
trouvé les moyens de fubfifter,
qu'ils ayent pris plufieurs places
fans être difciplinez , fans avoir
de munitions & fans canon . Enfin
le Ciel a permis , qu'aprés
avoir pris Braunau par efcalade,
ils fe foient emparez de Scharding
, où ils ont trouvé trente
GALANT 369
·
pieces de canon ; de maniere
que la Ville de Ratifbone n'eft
pas aujourd'hui fans inquietude ,
& qu'elle n'ofe tenir que deux
de les portes ouvertes , & que
l'on tremble même aux environs
de Paffau. Les grands avantages
que ces peuples , auffi genereux
que fideles , viennent de remporter,
fous le nom de Protecteurs de
la Baviere , doivent fervir d'un
bel exemple aux Mécontens
d'Hongrie , qui auroient plus de
lieu de craindre de pareils trai
temens aprés un accommodement
; puifque les Bavarois en
ont éprouvé de fi cruels , fans
eftre nez fujets de l'Empereur ,
& fans avoir rien fait qui eût
dû leur attirer la moindre difgrace
de fa Majefté Imp . Les
370 MERCURE
Electeurs & les Princes de l'Empire
, qui ne font pas affez puiffans
pour le défendre contre les
attentats du Confeil Imperial ,
doivent auffi ouvrir les yeux fur
l'injustice du traitement faitaux
Bavarois.
Les Lettres que vous allez
lire , vous apprendront la fuite
du fiege de Nice,
Au Camp devant Nice, le 2 3 .
Novembre.
On travailla la nuit du zo, au
21. à un retranchement pour couper
la communication du Château avec
la Ville , par le cofté des baftions
dela Prouilliere ; ce qui engagea
hier les ennemis à faire une fortie
fur les deux heures après midy , au
nombre de cent. hommes , avec des
GALANT 371
travailleurs pour tacher de combler
ce retranchement , qui eft trop expofe
pour y laiffer du monde pendant le
jour, jufqu'à ce qu'il foit achevé :
mais la premiere Compagnie des
Grenadiers de Haynault les reponf
fa , leur tua dix hommes , & obligea
le reste de fe retirer & d'abandonner
leurs outils, dont nous avons
profité.
Les ennemisont demandé une fuf
penfion d'armes pour retirer leurs
morts & leurs bleſſez ; ce qui leur a
efté accordé.
Au Camp devant Nice , le z
Decembre.
Zes batteries de la hauteur de S.
Charles font achevées, & les autres
le feront dans peu.
Le Bataillon de la Marine , qui
372 MERCURE
eft arrivé ici aujourd'huy , fera les
fonctions du Royal Artillerie .
Mr le Comte de Laval, Colonel
du Regiment de Bourbon , a receu au
cofté une contufion d'un bouletde
Canon.
Mr de Valliere a marché avec
quatre Regimens , pour chafferqua
tre cents hommes des ennemis , qui
s'eftoient jettez dans Ivoire , & dans
deux autres Chasteaux qui font fur
le borddu Lac; Pon a feu depuis,
qu'ils s'eftoient retirez à fon appro
che.
Il nous eft déja venu vingt-deux
Deferteurs , parmi lesquels il y a
plufieurs Piémontois .
Au
GALANT 373
Au Camp devant Nice , ce 9!
Décembre.
3
Toutes nos batteries de Canon
de Mortiers commencerent hier à
airer à dix heures du matin , fans
difcontinner jufqu'à l'entrée de la
nuit ; & l'on a appris par un Deferteur
, que la premiere Bombe de 500 .
qui a efté tirée , a tué dans le Château
quatorze hommes , fans compter
plus de cent hommes qui ont efté tuez
ou bleffez.
Celuy du Chateau nous a auli
tué Mr Filée , Maréchal de Camp
Chefdes Ingenieurs , & Mr de
Charmont, Brigadier des Ingenieurs,
quifont fort regrettez Le Crane &
la Cervelle de Mr Filée ont efté portex
fur le vifage de Mr de Bervvick
Décembre 1705. Li
374 MERCURE
&fur fon habit , dont il a efté oblige
de changer. Nous avons auſſi perdu
un Lieutenant du Regiment de
Bourbon ; & Mr de Longchamp
Capitaine , a auli esté bleffe au
bras.
On a recommencé ce matin , à la
pointe du jour , à faire fur le Chateau
un grandfeu , qui a démonte
aux ennemis quatre pieces de Canon ,
Voici une Relation plus exa-
&e & plus étenduë de ce qui
s'eft paffé pendant les deux
jours marquez cy- deflus .
Au Camp devant Nice le 9.
Décembre.
Hier à onze heures du matin , toutes
nos batteries commencerent à tirer
fur le Chasteau , au nombre de 70.
GALANT 375
pieces de Canon, & de 13 Mortiers,
qui doivent eftre augmentez jusqu'à
22. Lajourneefe paffa a tafcher de
ruiner les Parapets & à démonter
l'Artillerie des Affiegez , qui de leur
coflé nous firent un tres - gros feu de
Canon , qui parut neanmoins fe rallentir
vers le foir. Un de leurs Canoniers
qui a deferté cette nuit , nous
affure qu'on leur en a démonté quatre
pieces tué cinquante hommes
Nous en avons eu vingt tez ou
bleffer , tant Soldats que Canonniers.
Mr Filée Maréchal de
Camp, & Chefdes Ingenieurs , fut
tuè hier matin d'un coup de canon
aux batteries , de l'autre cofté du
Pallion , en montrant à un Officier
Les end oits où il falloit pointer le
canon ; Mr de Charmont , Brigadier
des Ingenieurs , fut auffi tuédu
Ti ij
376 MERCURE
1
mefme comp. Mr de Long- champ 3
Capitaine dans le Regiment de
Froullay , a eu un bras maltraites
mais ce mfera rien . Ily a eu un
Lieutenant de Bourbon tue. Mr le
Comte de Laval eft fans fievre , &
L'on a bonné esperance de fa bleffure.
Aujourd'huy nous commençons à ba
tre par le pied le Redant , la face
du Baftion neuf & la Courtine , à
gauche de la troifiéme Tour du coffe
de Montalban, Plufieurs de nos pic
ees ont ordre de tirer aux batteries
dos ennemis , & quatre doivent
warner la Redoute qu'ils ont au bord
de la mer , près de la porté du fecours
, moyennant quoy il ne pourra
plas entrer perfonne dans le Chatean
nous y poufferons un boyau
pour mettre un pofte derriere le tocherfur
lequel eft la Redoute . Nos
1
GALANT 377
batteries de mortiers font fi bien
placées , que nos bombes tombent
toutes dans le Château. La bréche
fe fait déja à la face du Bastion
neuf & le Redant eft fort endommagé,
aufi- bien que la groffe Tour
du dedans du Baftion neuf. La
"Courtine n'eft point endommagée ,
parceque la batterie qui devoit y
tirer , a voulu faire taire le feu des
ennemis , lequel est devenu tresmediocre
; l'ony battra demain en
breche. La Redoutefur le bord de la
mer eft criblée de coups de part &
d'autre , de maniere que les ennemis
l'ont abandonnée. Ainfi par le
moyen d'un pofte de Grenadiers que
Mr le Duc de Bervvik a mis fort
prés de là , on ne peut defcendre du
Chateau par la porte du fecours >
qu'en effuyant noftre feu à la demi-
I i iij
378 MERCUR
E
portée. La Tour de la Marine në
peat plus tirer ; car noftre canon en
a rafele Parapet , & démonte ,felon
toutes les apparences , les pieces que
les ennemis y avoient.
Je dois à l'occafion de la reddition
de Montmelian , vous envoyer
ce qu'en ont dit quelques
Auteurs . Le voicy :
Montmelian, en Latin Mons
melianus , petite Ville de Savoye
avec Fortereffe , eft fituée fur la
rive droite de l'Ifere au midy ,
à deux lieues de Chamberry . La
Fortereffe eft bâtie fur la pointe
d'un Rocher efcarpé , & comman
de le paffage qui eft fort étroit
GALANT
379
entre les montagnes. Ony voit
ungrand Puits taillé dans le Roc
qui fournit de l'eau à tous ceux
de la Fortereffe. Le Roy Henry
le Grand la prit en 1600. & le
Roy Louis leGrand en 1691. elle
a efté rendue au Duc de Savoye
avec le refte du Pays , en 1696 .
Je viens d'apprendre que S.
A. S. Monfieur le Prince a trai
té Monfieur le Comte d'Aguil
lard , & comm c
Prince ne
fait rien qu'avecune ingenieufe
magnificence , & que l'efprit ,
l'invention , la galanterie , & le
bon gouft , égalent l'abondance
dans tous les repas qu'il donne ,
il n'y a pas lieu de douter que
380 MERCURE
celuy où il a convié Monfieue
le Comte d'Aguillard n'ait efte
une Fefte dans toutes les formes
; mais n'ayant pas le temps
d'en ramaffer toutes les circonftances
, parce que je me trouve
obligé de finir ma Lettre dans
le temps que j'apprends que
cette Fefte s'eft donnée , je vais
vous dire tres imparfairement
ce qui en eft venu à ma connoiffance.
Il ne fe trouva que des
conviez à cette Fefte , du nombre
defquels eftoit Monfieur le
Duc , Mr de Luxembourg , Mrs
les Comtes de Fimarcon , de
Fiefque , & de Luffant , Mr le
Marquis de Langeron , & plufieurs
autres , d'un âge auffi
mûr. Les Dames eftoient , Madame
la Princeffe de Conty
GALANT 381
Mefdemoiselles d'Enguien &
de Conty , Mes de Barbefieux
& de Ris , & Mlle de Langeron .
Le divertiffement fut ouvert
par un tres- beat concert de
Haut-bois , enfuite de quoy il y
eur une efpece de petit Balet ,
compofé de plufieurs entrées &
danfé par les meilleurs Danfeurs
& par les meilleures Danfeufes
de l'Opera ; ce qui dura juf
qu'au foupé , qui fut fervi fur
une table de vingt - cinq couverts
, avec toute la propreté ,
la delicateffe , & la magnificence
poffibles . La Symphonie fe fit
entendre pendant tout le repas ,
qui dura long temps , & cette
Symphonie , qui fut fort variée
fut trouvée fort belle , & fit
beaucoup de plaifir . A peine
282 MERCURE
fut- on forty de , table que qua
tre Danfeurs & quatre Danfeu
fes donnerent un nouveau di
vertiffement . L'ouverture du
Bal fe fit enfuite par Monfieur
Le Duc , & par Mademoiſelle de
Conty , & qui eftoit Reine du
Bal . Le Bal fut long , parce qu'il
fut plufieurs fois agreablement,
interrompu par de nouvelles
Entrées de Balet .
Aprés quoy on paffa dans un
licu feparé ou l'on trouva une
collation des plus magnifiques ,
& les liqueurs les plus exquiles y
furent prodiguées ; cette colation
fut fuivie de nouvelles entrées
de balet , aprés lefquelles le bal
recommença de nouveau . Ces
plaifirs durerent jufqu'à pres de
quatre heures du matin , que la
SGALANT 383
Felte finit . Je n'oze vous parler
davantage de la magnificencebde
Monfieur le Prince , de
crainte de bleffer fa modeftie ,
ce Prince traitant de bagatelles
les chofes les plus magnifiques
lorfqu'elles viennent de fa part.
On doit remarquer qu'il donne
toûjours de fi bons ordres & qui
font toujours fi bien executez
qu'iln'y a jamais eu de confufion
dans les Feftes qu'il a données ,
quoyqu'elles ayent été fouvent fi
grandes qu'elles pouvoient meriter
le nom de Royale,
Vous trouverez la fuite du
Siege de Nice , dans les deux
Lettres que vous allez lire
quoy que l'ouverture de la tranchée
fe trouve dans toutes les
deux ; je ne laiffe pas de vous
384 MERCURE
les envoyer , parce que la fecon
de eft plus étendue , & que chacune
apprend quelque chofe de
particulier.
Au Camp devant Nice ce 14 .
Décembre.
Le mauvais tems nous retarde
fort , nous ouvrifmes la Tranchée
la nuit du 11. au 12. les
pluyes ont tellement inondé la parallelle
que nous pouffions au pied
de la Rampe du Chateau de Mon
talban , que nous n'avons pú la
continuer. Dés que le beau temps
reviendra , nous tâcherons d'achever
cette Parallelle , &puis par
ziguezague nous monterons la
Rampe. Comme les Ennemis ont
grand
GALANT 385
grand nombre de mines dans le
chemin couvert & fous leurs ouúrages
, il nous faudra auſſi aller
à euxpar deffous terre . Lefeu des
Affiegez diminuë fort, les Deferteurs
affurent qu'ils ont perdu .
beaucoup de monde , & que les
Bombes , les Ricochets les de- .
folent.
Au Camp devant Nice le 16 .
La Tranchée fut ouverte la
ruitdu 11. au 12. en débouchant
par le mur de communication de la
Ville au Château de Nice , à gauche
de la porte de la Pernillier ,
Decembre 1705. Kk
386 MERCURE
pouſſant une Parallelle , qui prend
depuis le Château ,&fe coule tout
le long de la Rampe , tirant vers
ta Redoute de la Mer. Mrd'Herouville
monta la Franchée avec
le premier Bataillon du Dauphin,
trois Compagnies de Grenadiers.
Malgré lapluye , noftre Ca
non ne laiffa pas que de bien tirer
leu. & le 12. & nos Bombes dé
monterent la plus grande partie de
l'Artillerie des Ennemis.
La nuit du 12. au 13. Mr de
Grimaldi monta la Tranchée, avec
trois Compagnies de Grenadiers ,
le fecond Bataillon Dauphin,
trois cens Travailleurs. Le
GALANT
387
Château fit feu de Moufqueterie ·
toute la nuit , & l'on y répondit
du Baftion de la Perouillier. Mal
gré la pluye l'on pouffa la Tranchée
jufque vis-à- vis la Tour du
grand front de la Citadelle.
Mr du Boulay monta hier la
Tranchée avec le fecond Bataillon
de Bourbon . Comme la veille le
tems eftoit mauvais , & qu'il s'eft
remis au beau , l'on travaille à
agrandir la Tranchée , & à relever
ce que lap luye a fait ébouler.
L'on a auffi travaillé à perfectionner
la Parallelle au pié de la Ram→
pe jufqu'à la Redoute , & nous
ferons un boyau de communication
Kk ij
388 MERCURE
du pofte du Colonel jufqu'à cette
Redoute. L'on efpere cette nuit
d'attacher le Mineur fous la demie
Lune , & dans le Glacis couvert
du Baftion neuf, afin d'éventer
les Mines que les Ennemis y
ont : toute la face depuis le Baftion
qui couvre la Tour jufqit'à l'angle
flanqué du Bastion de la Citadelle
, eft entierement ruiné, & il
y aura bien-toft trois breches àpouvoir
y monter à l'affaut.
Il nous vient tous les jours des
Deferteurs , qui difent tous , que
noftreCanon nos Bombes ,font
un grand ravage dins le Château .
Une feule a tué les dix hommes
GALAN I
389
qui estoient de garde au Puit , dont
trois tomberent dedans . Il deferta
hier à midy un Sergent , qui apportales
Clefs des Barieres du chemin
couvert qui regarde la Ville ;
mais on ne veut pas fe fervir de
ce moyen là pour y entrer.
Les affaires de Catalogne fe
broüillent de plus en plus , & depuis
que l'Archiduc a voulu
toucher au privilege de la Ville ,
les habitans ont donné de nouvelles
marque du chagrin qu'ils
ont de fe voir fous la domination
de ce Prince . Ce chagrin eft
peut- eftre caufe de ce qui fe
trouve dans une lettre de Barcelone
qui vient de tomber entre
mes mains ; voici ce qu'elle.
porte. On a voulu tuer le nom
Kk j
390 MERCURE
mé Preuk , & fon fils Chef des
Rebelles de Wick , avec Dom
Antonio Pacherra ; mais le
coup
a eſté confié à des gens qui l'ont
mal executé , cependant cette
action cauſe beaucoup de défiance
parmi les habitans de la Ville.
On connoît par là que la
plupart des habitans haïffent
les Auteurs d'une revolte quileur
coûte fi chere , puis qu'ils
veulent s'en defaire . Cette derniere
affaire , qui a augmenté la
défiance & la confufion qui regnent
parmy eux, eft cauſe que
croyant avoir befoin de troupes
pour eux -même, la Ville ne lève
que mil hommes , & la Deputation
que cinq cens , au lieu des
fix mil hommes que l'Archiduc
leur demande, Mais il ne paroî
GALANT 391
pas même poflible qu'ils levent
ces quinze cent hommes , puis
qu'il manquent d'argent . L'Archiduc
ayant fçû que tous les
Gentilshommes de Catalogne
s'étoient retirez chez eux , a fait
publier que fi dans quatre jours
ils ne venoient fe rendre au prés
de fa perfonne , il feroit démolir
toutes leurs maifons & confifquer
le refte de leurs biens ; ces
Gentilshommes fe trouvant obligez
d'obéïr pour éviter leur ruine
entiere, fe font rendus à Barcelone
, mais fans aucun équipage,
& chacun avec fon plus
méchant habit , & les plus puiffant
avec un feul valet, pour fai
re connoître à ce Prince qu'ils
font hors d'état de payer les taxes
qu'il vouloit leur impofer
392 MERCURE
On voit par là que peu de cette
nobleffe a trempé dans la revolte
, & que la plufpart de ceux
qui ont pris le party de l'Archiduc
, y ont efté forcez : cependant
les progrés continuels que
fait la Cavalerie de l'Armée de
Mr de Tferclas , inquiete fort
l'Archiduc & fes adherans .
Pendant que toute la Cata
logne eft dans une cruelle agitation
, tout fe prepare en Efpagne
& en France , pour accabler
ces Rebelles. Les Troupes de .
France eftant arrivées à la hauteur
de Madrid furla fin du mois
dernier . Le Roy & la Reine
d'Espagne accompagnez de la
plus haute Nobleſſe & des principales
Dames de la Cour ont
té trois ou quatre fois vifiter
GALANT 393
ees Troupes, qui ont paffé autant
de fois en revûë devant leurs
Majeftez , & fait l'exercice en
lear prefence. Elles en ont eſté
tres-fatisfaites , & ont efté furprifes
de les trouver en fi bon
état , aprés avoir fait la Campagne
d'Eftramadure & aprés
une fi longue marche . Mr le
Maréchal de Teffé qui les commande
a reçu de grandes louanges
de leurs Majeftez Catholiques
& de toute la Cour. Ces
Troupes qui font au nombre de
neuf à dix mille hommes doivent
avoir joint Mr le Prince
de Tferclas. Le Roy d'Espagne
doit partir de Madrid le 12 de
Janvier , pour fe rendre en Aragon
. On fait des Prieres publiques
dans toute l'Espagne pour
394 MFRCURE
le fuccés de fon voyage , & pour
la confervation de fa perſon
ne.
Mr le Duc de Noailles , que le
Roy a fait Maréchal de Camp ›
a dû arriver le 28. de ce mois )
dans fon Gouvernement de
Rouffillon , pour recevoir les
Troupes qui y qui y viennent de
plufieurs endroits . Vous fçavez
que tant que la fanté de ce Duc
luy a permis de fervir , il a cherché
à connoiftre par experience
le meftier de la guerre , avec
autant d'ardeur qu'il s'eft appli
qué avec un travail affidu a approfondir
les Sciences qu'il a
voulu fçavoir de maniere qu'il,
eft devenu un des plus fçavans
hommes du monde , quoy qu'il
ne foit
pas des plus âgez.
GALANT 395*
A peine ay-je eu le temps de
jetter les yeux fur la Lettre que
je vous envoye : vous la trouverez
fort curieufe . Elle eft remplie
de faits nouveaux , & ceux
dont je vous ay déja parlé y font
rapportez avec de nouvelles cir
conftances .
A Perpignan ce 6. Decembre,
Ce qu'ily a de nouveau àprefent
eft que MrlePrince Tferclas
Tilly vient de faire an dégât de
vingt lieues de païs , pour arrêter
la rapidité des Rebelles Catalans,
pour leur ôters le moyen defubfifterfur
les frontieres de Valence,
d'Aragon. Je viens auſſi d'ap396
MERCURE
a
prendre que le Roy d'Espagne doit
lejoindre avec un corps de dix-huit
mil hommes , & qu'il a declaré à
fa Cour & àfonpeuple, qu'ilfacrifieroitplutoftfa
vie que defouffrir
, que l'Archiduc poffedât un
pouce de terre dansfonpaïs . Nous
aprenons encore, que l'Archiduc
vient de courir rifque d'eftre af
faffiné dans Barcelone ; voicy comme
la chofe s'eft paffée. Les Catalans
chagrins , les uns de ce qu'on
ne les payoit pas , les autres de ce
qu'on leur demandoit de groffes
Contributions , & les troifiémes, de
voirqu'on faifoit librement l'exercice
de la Religion Proteftante dans
ن و م
une
་
GALANT 397
>
une Ville capitale , auffi Catholique
que la leur : Chagrins , dis je,
de tout cela , commencerent à murmurer,
&s'étant attroupez à la
Lollicitation particuliere des
qui faifoient valoir beaucoup
le dernier motif , refolurent de
ce défaire de l'Archiduc. Pour
cet effet ils firent paffer deux hommes
& deux.
complot dans l'Eglife des grands-
Carmes , où ce Prince devoit aller
entendre la Meffe ce jour- là , &
ils devoientfairefeufurluy; mais
comme le tumultefut un peu trop
grand , l'Archiduc prit des mefu
ves , ayantfait vifiter l'Egli
Decembre 1705. LI
qui étoient
du
398 MERCURE
fe , les aſſaſſins y furent décou
verts. Ce Prince ne fe croyant
pas en feureté dans la Ville , fe
retira dans le Château de Montjoiy
, où il a refté trois jours , pendant
lefquels les boutiques, & les
portes de la Ville ont eſté fermées.
Les Partifans de l'Archiduc y ont
exercé une terrible justice , ily a
eu plus de cent perfonnes décapitées
, e quelques uns des moins
coupables ont efté depoffedez de
leurs Charges , ou bannis de leur
Patrie. Cette execution faite ,
l'Archiduc revint à la Ville ;
mais il n'y est pas plus en fureté
, parce qu'il est autant con-
"
GALANT 399
vaincu de la perfidie de la Nation,
que de la verité dont il eftinftruit,
fçavoir, que le Party du Roy grof
fit tous lesjours. Les Intelligens difent
, qu'il ne peut pas manquer
d'y avoir bien-tôt une Guerre Ci
vile entr'eux , & cela d'autant
plus furement , que la faim la faim commence
à les preffer; car nous fçavons
bien certainement , que le
bled ſe vend déja chez eux quafe
rante livres la charge. Pour ce qui ,
eft de nos quartiers , nous avons
efté fur lepoint de voirun cas bien
étrange. On a découvert dans Rofes
une Confpiration. Le Major de
Regiment Napolitain qui y eft en
L1 ij
400 MERCURE
Garnifon , quelques Officiers , &
La plus part des Soldats , dans un
jour de Revie , qui estoit le 28.
Novembre devoient chacun ,
pendant qu'ils défileroient , décharger
un coup de fufil à balle , fur
cent Soldats François du Bataillon
de Labourre qui s'y trouvent ,
&fur quelques Caftillans & Ca
talans refugiez qui y font auffi ,
enfuite fe rendre maistre de la
Place , & la livrer à l'Archiduc ;
mais s'eſtant trouvé heureuſement
un Soldat Provençal , Deferteur
de France depuis vingt ans ,
Regiment Napolitain , lequel
Soldatfçavoit le fecret , parce que
dans
GALANT 401
Pon le croyoit Italien , & qu'il
parloit parfaitement bien cette
Langue. Il alla trouver le Major
de la Place , illuy déclara tout
ce qu'il fçavoit ; il fut mené au
Gouverneur , qui eftant inftruit
trouva le moyen
de
tout de fe
faifir du Major & des Officiers
coupables. Il fit armer tout ce qu'il
y avoit de gens fideles dans la Garnifon
, & fe rendit Maistre des
Magafins , & des Corps de Garde
3 enfuite ayant defarmé les Soldats
du complot , il les fit enfermer
dans l'Eglife , où ils font gardé
par les François , en attendant
le fecours qu'il demande , & qu'on
L1
iij
402 MERCURE
doit luy envoyer inceffamment.
Pour ce qui eft du Major & des
fix Officiers infideles , ils ont efté
misfur deux Barques , avecbonne
efcorte ; lapremière est arrivée à
Collioure avec vingt Soldats , qui
ont conduit icy depuis trois jours
ledit Major , qui a dit bien des
chofes ; entr'autres ila chargéplu
fieurs perfonnes de cette Ville , il
Les a nommées , il aſſure qu'elles
donnoient des avis , & que
c'eftoit fur ces avis qu'on avoit
formé le deffein , de venir aprés
laprife de Rofe , dans le Rouffillon
, er d'aller au plûtoft prendre
par Efcalade la Citadelle de Sal
GALANT
403
fes , ce qu'ils croyoient devoir leur
réuffer infailliblement ; parce qu'il
fçavoient qu'il n'y avoit dedans
qu'uunne foible garnifon ;&peu de
munitions : d'ailleurs ils jugeoient .
que ce coup leur eftoit neceffaire
pour couper le chemin à nos Trou
pes , croyant encore que le Pays fe
revolteroit , que Perpignan tom
beroit de luy - même , & qu'enfira
il fe joindroient aux Fanatiques
du Languedoc. Pour ce qui eft de
Pautre Barque , elle a esté plus heu→
reuse pour les coupables. Comme
ellepartit un jour aprés la première,
& avec un mauvais temps , elle
acouru deux jours ces mers , &à
404
MERCURE
la fin elle est tombée entre les mains
d'un Brigantin Anglois , qui amis
en liberté les deux Officiers Napolitains,
a dépouillé les deux Of-
~ficiers François , trente Soldats
de Labour , qui les conduifoient :
ils ont efté menez à Barcelone .
Les Catalans de Majorque &
Minorque fe font tres-bien comportez,
ils ont demandé des Froupes
Françoifes pour leur deffenſe ,
la Nobleffe ayant fçu qu'ily
avoit deux Gentilshommes ,
n'estoient pas trop bien intentionnez
, les ont chaffez de leur pays :
Jefuis , &c.
qui
GALANT 405
Mr le Comte d Uzés , fils de.
feu Mr le Duc d'Uzés , & de N..
de Montaufier , & frere de Mr
le Duc d'Uzés , a épouſé Me
Amelin , fille de Mr des Bergeries
, ancien Officier de diftinction
, Lieutenant de Roy de
Condé , & veuve de Mr Amelin ,
Intereffé dans les affaires de Sa
Majefté. Me la Comteſſe d'Uzés
a infiniment d'efprit , & de
cet efprit liant & ailé , qui fait
plaifir , & qui luy attire l'eftime
& l'amitié de tous ceux qui la
connoiffent .
La Lettre que vous allez lire
eftant la cinquième que je vous
envoye , qui regarde le Siege
de Nice ; vous devez eftre bien
contente de moy , touchant les
nouvelles de ce Siege.
406 MERCURE
Au Camp devant Nice ce 19 .
Decembre.
a
Les Batteries que nous avons
fous Montalban , ont fait breche,
tant à l'ouvrage à corne , qu'à la
face du Baftion neuf, qui couvre
la Tour qui regarde Montalban.
On va prefentement
tourner les
Batteries , pour ouvrir la grande
courti e à lagauche , à l'égard du
Baflion neuf. La rampe qui conduit
au Chaftean eft entierement
achevée ; elle prend depuis la Ville
jufqu'à la mer. On a fait auffi
plufieurs boyaux de communicaa
GALANT
407
tion , avec une feconde paralelle
que l'on a tirée le long de la Limpia,
on monte tous les jours un Bataillon
, & cinq Compagnies de Gre
nadiers.
Les
ennemis n'ont point fait
mine de fortir , & jufqu'à prefent
ils n'ont fait que deux forties , qui
ne leur ont pas efte
favorables ,
quoy que Mr le Marquis de Senantes
, fils du Gouverneur
du
Chasteau de Nice , fuft à la teſte
de la premiere. Ils n'ofent
hafarder
plufieurs forties parce qu'ils ap-.
prehendent que
les Troupes
de la
Garnifon ne defertent , dont il nous
vient
toujours
quelqu'un , il fe
4.08
MERCURE
des grenades
.
*
contente
de nous envoyer
des bom
bes , des pierres
,
La grande
Courtine
à gauche
de
La Tour quiregarde
Montalban
commence
à s'ébouler
. L'Artillerie
des ennemis
eft prefque
demontée
du côté que la Marine
les attaque.
La noftre fait merveille
&.
nos Marins
la fervent
avec
une
adreffe
admirable
, ils ne mettent
pas plus de tems
à charger
un Canon
, qu'un
fufil. Il nous eſt
encore
arrivé
dix nouvelles
pieces
de canon
, & nous en attendons
encore
d'autres
. On ditque les ennemis
n'ont
pas plus
de quinze
Canonniers
, parce
que tous les
1
autres
GALANT 409
autres nous font venus , où ont
efté tuez.
Je ne puis m'empêcher d'ajoûter
icy l'Extrait d'une Lettre
, qui , quoy qu'anterieure à
celle que vous venez de lire ,
ne laiffera pas de vous apprendre
des chofes nouvelles.
Il y a 87. pieces de Canon ,
& 21. Mortiers , dont le vingtuniéme
eft de cinq cent , que
l'on appelle Mr Comminge , qui
pele deux cens quatre - vingt
milliers . Il ne tire qu'une Bombe
par heure ; parce qu'il faut
mettre la Bombe dans le Mortier
avec une grue ; aufli fait il trembler
la terre à une demi - lieuë
à l'entour , quand il tire , & tout
ce que l'on peut fe figurer de
Decembre 1705. Mm
410 MERCURE
plus terrible , n'approche pass
avec tout le bruit des Enfers
de celuy - cy , qui eft fans diſcontinuër.
Il y a cinquante pieces , de
puis le
pont de l'Olimpie du
Jardin de Lafcaris , jufques à la
mer , & toutes de 36. qui ont
déja rafé toutes les nouvelles
Fortifications , & l'on ne doute
point que la bréche ne foit faite
bien -toft . Les Deferteurs diễ
fent que les Bombes les defolent
, & qu'ils ne fçavent où fe
fourer , & qu'une grande partie
de la Garnifon defertera , dés
qu'il y aura une brèche.
La Lettre que vous allez voir
eft d'un lieu dont je ne vous en
ay point encore envoyé.
GALANT 411
A Pampelune, ce 18. Decembre .
Les troupes Françoifes qui étoient
dans l'Eftramadure, font arrivées
depuis deux jours fur cette
frontiere de Navarre , & traver
Sent tout l'Aragon pour se rendre
en Catalogne.
Mr le Maréchal de Teffe eft.
arrivé à Sarragoffe , où le Roy
d'Espagne fera auffi- toft aprés le
dix du mois prochain.
Les dernieres nouvelles de
Rofe, portent qu'il y étoit arrivé
cinq Tartanes , avec deux Efcortes
, qu'elles étoient chargées
devivres & de munitions , & qu'il
Mm ij
412 MERCURE
Y avoit fur ces bâtimens , deu
cens hommes du Regiment de la
Bourre. Le Gouverneur en a eu
tant de joye , que pour la bien
marquer, il a fait faire une falve
de toute fon artillerie , lorfque
ces deux cent hommes font entrez
dans la place.
Je viens d'apprendre que Mr
Duquefne Guiton , eft party de
Toulon avec neuf gros Vaiffeaux
pour venir croiler devant
Barcelone , où les Ennemis n'onc
laiffé que cinq ou fix Fregates ,
& pour empêcher que les convois
ne paffent de Lisbonne en
Catalogne . Quov- que les Ennemis
ayent laiffez vingt- cinq
Vaiffeaux à Lisbonne ; l'Efcadre
de Mr Duquesne n'en doit rien
apprehender , puifque les EnGALANT
413
nemis n'ont laiffez en Portugal
que leurs plus petits Vaiffeaux .
Si Mr Duquesne a befoin de
quelques Vaiffeaux pour groffir
fon Efcadre , il y en a de tous .
prets à Toulon qui ont ordre de
le joindre . L'arrivée de fon Efcadre
devant Barcelone , où dans
les lieux où il pourra couper les
convois venant de Lisbonne, eſt
un coup
de partie prudemment
imaginé , & il n'y a point de
doute que les Ennemis ne foient
bien dérangez par là..
Comme on a trouvé à Dezinzano
, depuis que nous y fommes
rentrez , aucunes des barques
dont nous nous fervions fur le
Lac de Garde ; Monfieur de Vendofine
ayant fçu qu'il y en avoit
deux grandes, & deux moyennes
Mm iij
414 MERCURE
à la Ciza , ce Prince a fait mon
ter trente Grenadiers dans des
petits bateaux , qui ont été prendre
ces Barques , & les ont ramenées
; il a fait auffi affembler
cinquante Mariniers pour fervir
fur ces Barques. Il fait fortifier
Dezinzano . Mrle Comte
de Médavy eft à Torbolé prés
de Breffia avec quatre mil Fantaffins
& deux mil Chevaux ;
Mr de Vendofme veut voir ceque
produira ce
avant que de mettre fes troupes
dans les quartiers d'hiver, dont
Vous venez de voir l'état .
mouvement
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit la Pipe ; ceux qui
l'ont trouvé font , Mrs l'Abbé
du Coudray Geniez Bertin
du Rocheret : Lavocat , Pro-
:
GALANT 415
cureur au coin de la ruë Oignard
Canelle , ruë d'Enfer :
Loyau va de bon coeur C ....
Beurreleau Champenois : Fortin
de Caën : la petite Manon Benjamine
: l'Amant conftant , &
fon aimable Maiftreffe de la rue
Aubry - boucher l'Agreable
dans les Compagnies : le troifiéme
Roy de Pologne couronné
: l'Aimable David , & fon
amy Met le Compere des
Champs , rue de la Verrerie :
les Amans de la ruë S. Germain
, au coin de la rue Thibault
: le Genereux Nirar , &
fa charmante voifine : l'Echo
fidele : Tamirifte : la charmante
Pillon , proche le Roy des Laboureurs
la charmante Catin
de chez Mr Bretaucourt , ruë
416 MERCURE
S. Martin: l'aimable Madelaine
de la rue des Tapifleries de
Reims , & le chafte Jofeph fon
fidel affocié : l'ainable Catho
Cailles de la mefme Ville , &
fon amant inconnu : L... Deputé
, des D. d . I.: la Dame du
Champ de l'Alouette : la com.
mere de Fanchon de Lauz : la
Viffe begayante depuis deux
ans la Bergere Climene & fon
Berger Tircis de la Place Roya
le ; le Docteur du bois commun.
L'Enigme que je vous envoye
eft de Mr d'Aubicourt.
:
1
ENIGM E.
Celuy qui nous créa me rendfo
neceffaire ,
Que je n'ignore rien de ce qui fe
! peutfaire,
Et l'on ne peut jamais inventer
d'inftrument
GALANT 417
Qui fcache comme moy tout faire
adroitement.
Si de tant de fujets je fuis le plus
•habile ,
Je dois , faifant du bien , à tous me
rendre utile ,
Mais me laiffant conduire à l'esprit
animal
Je pratique toujours moins le bien
que le mal.
S
C'est ainsi que l'on voit mes ta
lans pour écrire
S'employer à grosir un injuste procés
,
茶油
Et que multipliant la chicane à
l'excés ,>
Souvent j'impofe aufaze , &je ne
Say pas lire.
S
418 MERCURE
Car je ne fuis qu'un tronc d'ou
fortent cinq rameaux
Quife raffemblent tous , quoiqu'ils
foient inegaux s
Devenus grands & forts , chacun
comme ſa mere
Me nourrit , me deffend, &feconde
fonfrere.
La Chanfon que vous allez
voir vous paroiftra divertif
fante.
AIR NOUVEAU.
Que j'étois fat , quand j'étois amoureux
!
Souvent je répandois des larmes ;
Mes plus beauxjours , mesjours les
plus heureux ,
Ne fepiffoientpasfans allarmes.
Mais depuis que Bachus m'a muni
de fes armes ,
Doux effet de ce jus divin
719
coeur
x de
10mbes
,
ils
oftes
oyer
Les
Pris
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qui
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N
Mar
Do
GALANT
419
Za joye a fçeu bannir de mon coeur
le chagrin ;
Je resiste à l'Amour , je mépriſeſes
charmes.
Ah ! qu'un homme est heureux de
n'aimer que le vin !
Les Mécontens d'Hongrie , au nombre
de plus de vingt mille hommes ,
marchent du cofté de Vienne , & ils
ont ordre de fe faifir de tous les poftes
par où l'Empereur pourroit envoyer
des fecours d'hommes & d'argent à fes
troupes les plus avancées . Ils ont pris
cette refolution depuis qu'ils ont fçû
ce qui fe paffoit en Baviere , &, que le
Ciel favorife le party de tous ceux qui
ne prennent les armes que pour la confervation
de leur liberté . Le Confeil de
Vienne fe trouve fort embaraff : les
affaires d'Hongrie , & de Bavière dé
concertant tous ces projets pour la
Campagne prochaine , & ces revolu
420 MERCURE
tions pouvant à tout moment en faire
naitre d'autres dans les Pays Heredi
taires , où l'on fouffre impatiemment
la domination prefente , & où l'on eſt
fi furchargé qu'il eft impoffible que les
Peuples fatisfallent à tout ce qu'on
exige d'eux . D'ailleurs , fi les troupes
de l'Empereur , & celles de plufieurs
Princes de l'Empire agiffent pendant
tout l'Hyver en Baviere ; elles ne feront
point en eftat de fervir au commencement
de la Campagne . C'eft ce
que Mr le Prince de Bade a fait repré
fenter au Confeil de Vienne , pour
s'empefcher d'envoyer en Baviere les
troupes qui luy ont efté demandées par
l'Empereur. Les Cercles fe font auffi
fervis des mefmes raisons pour s'excufer
de faire marcher leurs troupes 5
mais on a fçu qu'ils ne fe deffendent
de les envoyer , que parce qu'ils ont
trouvez qu'il y a de l'injuftice dans les
traittemens que l'on fait aux Bavarrois ,
& qu'il étoit d'une dangereufe confequence
pour les Membres de l'Empire
de
GALANT
421
de les laiffer accabler : de maniere qu'il
n'y aque ceux qui font dans une étroite
liaison avec l'Empereur , ou de fa
Famille , qui font marchet leurs troupes
, & ceux qui agiffent par un principe
de jaloufie contre Monfieur l'Electeur
de Baviere qui poffe de toutes
les qualitez que l'on peut fouhaiter
dans un Heros parfait cependant le
Ciel continue toujours de favorifer les
Frotecteurs de la Baviere , je dis les
Protecteurs parce que je vous ay déja
marqué qu'on ne donnoit plus d'autres
noms à ces braves , ils le font en
effet , non -feulement par l'intrepidité
de leur valeur ; mais auffi parce qu'ils
ont toute la gencrofité des voritables
gens de Guerte , qui ne doivent avoir
que l'honneur en recommandation , &
qui doivent toujours obferver les Loix
de leur meftier, c'eft ce qu'ils ont fait en
ne maltraittant point les Imperiaux qui
étoient dans les Places dont ils le font
rendus maiftres , & en leur impofant
feulement de ne point fervir contre
Decembre 1705.
Nn
422 MERCURE
>
eux pendant un temps fixé. Les Im
periaux n'en ont pas fait de mefme ,
lorfqu'ils ont emporté quelques Places ,
& ils ontauffi-toft paflé les Garniſons au
fil de l'épée ; ce qui a fur tout efté remarqué
& detefté aprés la prife de
Berghocen : cette maniere cruelle des
Imperiaux , & le procedé honneſte des
Protecteurs de la Baviere , font tous les
jours groffir leurs Troupes , & la pluf
part des fix mille hommes levez pour
I'Empereur, avec une violence extraordinaire
, ayant trouvé moyen de s'échaper
,font venus les joindre , & ce qu'il
y a de furprenant , eft , que ces Protecreurs
protegez du Ciel , donnent tous
les jours cinq fols à chaque homme qui
vient prendre parti avec eux. Les dernieres
Lettres de Cologne portent ce
qui fuit.
Les Payfans Bavarois fe font rendus
maistres de Munich , ils y ont préfentement
trois mille chevaux , & tous ceux de
cette Nation qui avoient efté reformez à
La derniere Paix , & qui fervoient dans
GALANT
423
les Troupes de Saxe , & des autres Princes
de l'Empire , defertent en grand nombre
auffi - bien que plufieurs Imperiaux , qui fe
plaignent de n'eftre pas payez , pour se ve -
nirjetter parmi les Bavarois mécontens
qui ont préfentement beaucoup de bons
Officiers.
>
Voicy ce qu'on écrit de Ratifbone &
de Francfort , touchant la même affaire.
De Ratisbone ce 15. Décembre.
Les Princes voifins ont refufé à la Dié
te , fous differens prétextes , l'affistance
qu'elle leur avoit demandé, à l'exception
du Ducde VVirtemberg , qui a promis de
nous envoyerfix cens Dragons , & douze
cens Fantaffins, Les Miniftres de la Diete
ont déja fait prendre les devants à ce
qu'ils avoient de plus precieux. Le nombre
des Mecontens de Baviere augmente de
jour enjour.
A Francfort le 15. Décembre .
Un Parti Bavarois de trois cens hommes
, fous la conduite d'un fils de Bour
geois & d'un Boucher de Kelheim , s'em
paraleis dece mois dudit Kelheim , &
Na ij
424 MERCURE
envoya des ordres à tous les Bavarois de fe
joindre à luy . Deux Regimens Palatins
partiront aujourd'huy quinze pour la Baviere.
On avoit parlé d'une fufpenfion'd'armes
, pendant laquelle Mr I'Evefque de
Salfbourg devoit travailler à un accommodement
; mais il ne paroift pas
que cette nouvelle aye eu de fuite , depuis
qu'on a fçu que les Bavarois devoient
demander , entr'autres chofes :
que les Imperiaux fortiffent des Places ;
que la Regence fut administrée au nom du
Prince Electorals qu'on fe contentaft d'un
mediocre fubfide & que les Sujets ne
fuffent plus moleſtez.
Les Venitiens ont ouvert les portes
de Launato aux Troupes du Prince Eu
gene , aprés avoir refufé quelque temps
de les y laiffer entrer. J'aurois beaucoup
de chofes à vous dire là- deffus ; mais il
n'y a perfonne qui ne devine ce que je
penfe ; la politique qui agit toujours
fur le même principe , fe découvre aifément.
GALANT
425
Les Alliez continuent de publier , que
le General Herbeville , a barru le Prince
Ragofki en Tranfilvanie ; mais comme
ils difent qu'il n'a perdu que trois mille
hommes ; & les Imperiaux mille , il n'y
a pas licú de croire qu'une perte qui n'eſt
que de deux mille hommes de plus que
celle des Imperiaux , ait obligé ce Prince
à prendre la fuite , & à s'éloigner auffi
loin , porte que les Relations qu'on affecte
de publier , quoiqu'l n'y ait point
encore à Vienne de nouvelles de cette
action,qui, fuppofé qu'elle foit veritable,
ne laiffe pas d'eftre groffis. On vient de
faire un échange de 3600 hommes des
prifonniers que nous avions enFlandres,
contre un pareil nombre de ceux de la
Bataille d'Hochftet ; ce qui fait voir que
nous avons fait cette année un grand
nombre de prifonniers en Flandres. Je
fuis , Madame voftre & c.
›
A Paris ce 29. Decembre 1705 .
AVIS.
On donnera le Mercure prochain , le
4 de Fevrier.
TABLE.
1:
Relude .
PRe
Relation curieufe de tout ce qui
s'eft paffe à Naples , à la découverte
de la Statue Equestre de
Sa Majesté Catholique , 7
Relation du Couronnement de Staniflus
1. Roy de Pologne , & de
la Reine Catherine fa femme , 16.
Premier Article de morts , tant
Etrangers que François ,
Pompes funebres faites en plufieurs
Villes de Lorraine , ...
41
64
Lettre qui furprendra le Lecteur, 66-
Réjouifances faite par la Compagnie
des Arquebufiers d'Etampes
,
70
Lettre remplie de plufieurs Articles
d'érudition , 79
Ceremonie faite dans la Chapelle
de S. Symphorien , prefentement
appellée S. Luc 95
TABLE.
Extrait d'une Lettre dun Ecclefiaftique
demeurant chez Mrs de
la Million de Rome , à un de
Jes amis en Languedoc , écrite
au fujet de la celebre Colonne de
marire Granit Oriental , nouvellement
découverte en une des
Maifons des Milionnaires de la
mefme Ville, 106
113
Lettres fur des faits extraordinai.
res ,
Titres donnez par le Roy d'Ef-
115
pagne,
Mrle Comte de Harac eft élu Coadjuteur
de Saltzbourg ›
12F
Mr Girolamo Duodo , eft nommé
Ambaffadeur de Venise en Fran-
се ,
Ode fur une tres- belle cure ,
124
126
Second article de morts Etrangers
& François, 137
TABLE.
Addition à l'article de la mort de
Dom Auguftin Chigi ,
144
Sacre de Mr l'Evefque de Toul ,
153
Changement fait à l'Accademie des
Infcriptions ,
Second Article d'érudition ,
155
156
Lettre de Mrde Voolhouse ,fameux
163 Oculiste ,
Augmentation par le fiear Nicolas
Langlois , du Recueil des Vuës
& des Perfpectives des Palais ,
des Places , des Eglifes & des
plus beaux Batimens de Paris ,
& Chafteaux de France , &c. 176
Nouvelle édition du Livre intitulé
l'Arithmetique de Barreme , ou
Le Livre facile pour apprendre
l'Arithmetique de foy- mefme ,
&c. 183
Lettre de Mr de Meffange fur la
TABLE.
deffenfe de fon nouveau Systeme
du mande 186
Rencontre de l'Himen & de l'Amour
189
Lettte écrite à Mr de Baville, 193
198
208
Mariages ,
Faute corrigée faite dans l'Article
d'un mariage Efpagnol ,
-Differtation tres - curieufe de Mr
Deflande , Chanoine & Grand
Archidiacre de Treguier , 212
Difcours furl'affaire arrivée proche
220 d'Annoné ,
Mr de Charmont eft nommé pour
remplir la Charge de Secretaire
des Commandemens
de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , 227
Penfions données Par le Roy , Sur
Abbaye de faint Beitin , 23 %
Premier Article des nouvelles de
Armée de Monfieur de Ven-
1
TABLE.
dofme, 240
Letire de l'Archiduc écrite à la
Reine d'Angleterre, 250
Abbaye donnée par le Roy à Mr
Abbé Tamifier , Secretaire de
Mile Nance, 263
Troisiéme Reponse aux Nouvelles
publiques imprimées chezles Alliez
267
Troifiéme Article de morts , 274
Viceroyauté de Valence , donnée à
Mr le Duc d'Arcos , 277
Viceroyauté d'Aragon, donnée à Mr
le Comte de Santiftevan de Gormas
283
288
299
'Livres nouveaux ,
Quatrieme Article de morts ,
Mr de Broffard eft nommé Treforier
de la Maifon & Finance de
Monfieur le Comte de Toulouſe,
302
TABLE.
308
Fefte de S. Lazare célebrée à l'Abbaye
de S. Germain des Prez, 306
Plufieurs Relations fat les affaires
de Catalogne ,
Benefice donné par le Roy, & par
Mrle Duc de Bou llon , 348
Second Article des nouvelles de
l'armée de Monfieur de Vendofme
, avec l'état des quartiers
d'Hyver,
Nouvelles de Baviere ,
337
365
Nouvelles du Siege de Nice , 370 ..
Suite des nouvelles dufiege de Nice,
373
Article touchant Montmelian , 378
Fefte donnée par S. A. S. Monfieur
le
Prince , 379
Secondefuite des nouvelles dufiege de
Nice ,
Dernieres nouvelles de Catalogne ,
383
389
TABLE.
Mariage de Mr le Comte d'Uzés Z
405
Troifiéme fuite du Siege de
Nice ,
405
Nouvelles de Pampelune & de
411
Rofe ,
Dernieres nouvelles de l'Armée de
Monfieur de Vendofme . 413
Artile des Enigmes , 415
Article concernant les Mecontens
d'Hongrie & de Baviere , 419
Nouvelles de divers endroits, 424
Avis pour placer les Figures .
L'Air , Dieu de paix , &c. 6
L'Air , Que j'étois fot qu'en j'étois
amoureux ,
418
Qualité de la reconnaissance optique de caractères