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Eur. 511
m
1705,11
Mercure
<36624505080016
<36624505080016
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
NOVEMBRE , 1705 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant,
M. D CC V.
Aves Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
ILy alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
eftémis depuis tant d'années
aucommencement dechaque
Volume au Mercure , puis
que malgré les prieres rèiterées
qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui est
canfe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
de defigurez eftant impossible
de de viner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
5
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1705 .
E commence ma Lettre
par unDifcours tout plein
d'efprit , & qui fera plaiſir
àceux qui le liront avec attention.
Ila efté prononcé par
l'Abbé Grimauld , fameux Pre-
Mr
A iij
6. MERCURE
dicateur , à la Vêture d'une
Demoiſelle de Saint Cyr , à qui
le Roy a donné une place dans
l'Abbaye du Val de Grace.
Rendez graces à Dieu , qui
vous appelle , ma Soeur ; &faitesluy
des vaux , pour le Prince , qui
vous a choifie ; beniffez la main ,
qui vient de vous placer , & qui
n'eft pas moins admirable dans le
choix des brebis , qu'elle envoye
l'Autel , que dans le difcernement
des autres , qu'elle a la bonté d'établir
ailleurs . Prodige de nos jours
le plus heureux du monde.
Leplusfage des Rois demandoit
à
GALANT 7
au Ciel une femme, qui comme la
Reine de Saba , venant des extremitez
de la terre , fuft d'un
fi grand prix , que s'élevant au
deffus de fon fexepar la force de
fon genie , elle meritaft d'eftre la
dépofitaire de fes fecrets . Confidit
in câ, & qu'aprés avoir maniéfon
fceptre , manum fuam mifit ad
fortia : elle n'euft pas honte de manier
la quenouille & le fuſeau :
& digiti ejus apprehenderunt
fufum.
Ce grand Prince vouloit qu'avare
defon temps , & liberale de
fes biens , elle formaft des afiles
contre l'infortune ; palmas fuas
A j
8 MERCURE
extendit ad pauperem ; qu'elle
n'empruntaftpoint fes graces de la
magnificence de faparure ; fortitudo
& decor indumentum
ejus ; e que tirant fa principale
gloire de fa vertu , toutes fes paroles
fuffent des leçons de fageffes
os fuum aperuit fapientiæ , &
lex clementiæ in linguâ ejus .
Il vouloit enfin que la crainte de
Dieu les vertus de l'ame fuf- &
fent les qualitez effentielles , qui
la rendiffent digne d'une éternelle
memoire.
Salomon la chercha , fans la
trouver cette femme vertueuse
veritablement forte : mais
GALANT
9
n'ayant efté longtemps à paroiftre,
que parce qu'il faloit des ficcles
entiers pour la former , qu'elle
jouiffe du fruit de fes travaux ,
Date ei defructu manuum fuarum
; & loin que l'injustice
des
hommes
luy dérobe
la gloire
que
fes actions
luy ont acquiſe
, que
l'éclat de fon merite & nos loüangesfervent
à recompenſer
ſa vertu ;
& laudent
eam in portis opera
ejus .
C'est à elle , ma Soeur , & àfa
bonté que vous devez la place , où
vous avez aujourd'huy l'honneur
d'eftre reçue mais n'oubliez jamais
la charité qu'on a de vous y
:
10 MERCURE
recevoir. Je parle de charité ,fçachant
qu'on ne connoift point icy
toutes ces vûës d'intereft , qui facilitent
ailleurs , & qui hâtent les
facrifices ; où s'il fe trouvoit des
efprits à raffurer , ces murs facrez
&fidignes de la liberalité Royale
des auguftes mains , qui les ont
batis , ne s'élevent avec tant de
pompe & de majesté , qu'à condition
que vousyferez reçuë.
Suivez donc voftre vocation
& fi quelqu'un me dit qu'on a choifi
pour vous , il m'eft aifé de le confondre
; parce qu'à la difference des
autres , quipayant leurentrée dans
te Cloiftre, paroiffent plus libres de
GALANT II
choisir celuy qui leur plaift davan
tage ,fi la fenle Providence vous
ouvre les
portes de cette fainte
Maifon , celle à qui vous devez
le mépris que vous marquez pour
le monde, a efté voftre berceau pour
la Religion .
Dans cette Ecole de fageffe &
de vertus , dans cette noble &
floriffante retraite , voftre vocation
nepouvoit échaper à la vigilance
de celles dont les yeux ont
eftéfi longtemps ouverts fur vous.
Il eftoit évident que Dieu vouloit
que vousfuffiez Religieufe , puifqu'on
y a décidé que vous deviez
L'eftre ; & fun coup degrace vous
12 MERCURE
1
a jettée dans ce port plutoft que
dans un autre , on s'eft donné le
loifir de connoiftre que les loix
qu'ony obferve , eftoient les loix
que vous deviez fuivre.
L'arbre qui croift dans la pepiniere
, eft en la difpofition du Maître,
& le Maître peut le tranfplanter
où il voudra : mais l'arbre
qui de luy- même ne choifit pointfa
place , n'eſt pas moins deſtiné à la
remplir.
Heureufe , ma Soeur , de cueillir
les fruits de cette terre de benedictions
, aprés les combats qu'il afallu
foûtenir ! Il eftoit jufte d'ef
fayer ; mais comme on embraffe
GALANT 13
volontiers la Religion que l'on connoist
, on reçoit avec plaisir celle
qu'on fçait de voir eftre Religieufe.
Enfin fi les orages du monde diminuent
la liberté , Dieu n'aura
donc qu'une voye pour nous appeller
? parce qu'il commande de
l'aimer ,fon amourfera donc moins
libre ? notre patience dans les maux
imprévus ne feroit donc d'aucun
merite ? aprés tout , a- t- onpour
foy-même le fcrupule qu'on a pour
les autres ? Heureux de quelque
cofté que Dieu nous prenne , pourvú
que nous allions à luy!
Michel Radziowiski , Cardi14
MERCURE
>
nal , Archevêque de Gnefne
premier Prince & Primat du
Royaume de Pologne , eftoit
fils de Jerôme Radziowiski
Starofte de Lomzen , & depuis
Vice Chancelier du Royaume ,
& d'une fille du Comte de Tornow
, qui mourut en accouchant
de luy le 3. Decembre
1645. Il perdit auffi ſon pere
à l'âge de neuf ans ; de forte
que fe trouvant orphelin , &
le peu de biens qu'il avoit eſtant
dans un fort grand defordre ,
il n'auroit pas eu une éducation
conforme à fa naiffance
fans la generofité de la Reine
GALANT 15
Marie - Loüife de Gonzague
qui en prit foin & qui le fit
voyager à fes dépens dans les
pays étrangers , & particulierement
en France , où il étudia
au College d'Harcour. Quelque
temps aprés fon retour
Jean Sobieski , Grand Maréchal
& Grand General de Pologne
, ayant efté élevé ſur le
Trône de ce Royaume , Michel
Radziowiski
qui avoit l'honneur
de luy appartenir de fort
prés , s'attacha à fa perfonne :
& ce Prince qui luy trouvoit
un merite diftingué , refolut de
le rendre utile à fa patrie ; ce a
16 MERCURE
qu'il fit enfuite , en luy conferant
plufieurs dignitez les unes
aprés les autres. Il le nommat
d'abord à l'Evefché de Warmie
, l'an 1679. & luy donna
prefque en mefme temps la
Charge de Vice- Chancelier du
Royaume. Il obtint enfuite
pour luy un Chapeau de Cardinal
du Pape Innocent XI .
qui le luy envoya en 1683. &
aprés la mort de Wiſga , Archevêque
de Gnefne , il le fit
monter à la Primatie du Roïaume
. Aprés la mort de Jean III.
fe trouvant , par fa qualité de
Primat , Regent du Royaume ,
GALANT 17
il affembla les Etats de la Republique
pour la convocation ,
& l'année d'aprés pour l'élection.
Il n'oublia rien dans celle-
cy pour empefcher que la
divifion qui s'eftoit déja gliffée
dans les efprits , ne produifiſt
fon effet ; & par fon attachement
inébranlable au parti
qu'il avoit embraffé , il donna
un grand & nouvel exemple de
conftance à la Pologne. Malgré
fes foins , fes peines & fon
exemple , la defunion & l'inconſtance
gagnerent le deffus ;
& l'élection fut partagée. Je
ferois trop long , fi je rappor-
Novembre 1705 . B
18 MERCURE
tois en détail ce qu'il fit pour
le foûtien & l'affermiffement
de fon Candidat. Il.fuffit de
dire qu'il forma pour cet effet
une Confederation
ou Rokofe
, qui eftant compofé de la
plus grande partie de la Nobleffe
Polonoife , l'auroit mis
en eftat de contre- balancer
longtemps le party contraire ,
fi préferant enfin le repos de
fa patrie à l'honneur de ſa dignité
méprifée , il n'avoit confenti
à reconnoiftre le Roy
Augufte : ce qu'il ne crut pas
cependant devoir faire , fans
eftre libre auparavant des enGALANT
19
gagemens qu'il avoit pris . Il
quitta Lowitz , où les Confederez
avoient efté affemblez
fous fes ordres , & fe rendit
à Varſovie , accompagné d'un
grand nombre de Seigneurs &
de Nobles de fon parti. La
tranquillité rétablie par là , a
fubfité pendant quelques années
en Pologne ; & elle n'a
ceffé qu'à caufe de l'entrepriſe
des Saxons en Livonie. Le Roy
de Suede , aprés les avoir éloignez
de cette Province , s'adreffa
au Cardinal & aux autres
Grands de Pologne , & leur
ayant expofé fes griefs , ceux
Bij
20 MERCURE
de la Republique , & la vengeance
qu'il vouloit en tirer ;
il les invita à s'affocier à ſes deffeins
. La maniere dont le Cardinal
Primat reçut cette ouverture
du Roy de Suede , & les
réponſes qu'il luy fit , n'ayant
pû détourner ce Prince de ce
projet , ny mettre le Cardinal
dans le chemin de moyenner
la paix de fa patrie ; il n'en perdit
cependant pas le defir : &
s'accommodant en pluſieurs
chofes aux volontez du Roy
de Suede , il fe flattoit toûjours
de pouvoir le conduire à des
penſées de paix , tantoſt par la
J
GALANY 21
declaration de l'Interregne . ,
tantoft par fon confentement
à la nouvelle élection , & enfin
par fes Univerfaux pour la derniere
Affemblée à Varfovie.
Voilà quels ont efté les veritables
fentimens de ce Seigneur
; & il eft mort dans une
extrême douleur de n'avoir pû
les executer , & de laiffer fa
patrie
agitée de tant de troubles.
Il demande dans fon Teftament
pardon à fes ennemis , en
des termes qui font honneur
à fa modeftie , & qui donnent
une idée de ſes ſentimens , bien
differente de celle que le Public
22 MERCURE
s'en eft peut - eftre faite.
Sa maladie commença
le
Lundy 5. Octobre , elle eftoit
encore peu confiderable le
Mardi ; mais la fievre augmentant
& les Medecins jugeant
qu'elle eftoit dangereuſe , en
avertirent ce Cardinal , qui
emploia la nuit du Dimanche
au Lundi 12. à remplir les devoirs
de la Religion . Il travailla
le Lundi jufques à midi à achever
de régler fes affaires Domeftiques
: aprés quoy il ne fut
plus occupé que du foin de fa
confcience ; & il paffa en prieres
ce qui luy reſta de temps
GALANT 23
jufqu'au Mardi à onze heures
& un quart du matin qu'il expira
à Dantzic , aprés unetrescourte
& fort douce agonie.
Le nom de Rokoze eft fort
terrible aux Rois de Pologne.
C'eſt un Tribunal auquel le
Roy , les Officiers de la Couronne
, & les Senateurs doivent
fe foûmettre
, & l'on peut
ordonner de groffes peines
contre ceux qui refuſent de s'y
foûmettre . Il faut lire Alef
fandro Cilli pour eſtre bien
inftruit de l'eſpece de proce→
dure que ce Tribunal fuit.
Les Polonois écrivent Rad
24 MERCURE
ziejowiski , & les François Ratgioski.
Gnefne eft une Ville Archiepiſcopale
& Primatie de toute
la Pologne , elle eft dans le
Palatinat de Kaliſch en la baſſe
Pologne , entre Poſna & Torn .
Les Auteurs Latins l'ont nommée
Gnefna & Limofalous . Aujourd'huy
cette Ville n'eft confiderable
que par la demeure
du Primat du Royaume ; qui
a toûjours beaucoup de part
dans les affaires d'Etat . Gnefne
a efté autrefois Capitale du
Royaume. On croit que Lechus
, premier Prince du Pays ,
la
GALANT 25
la fit bâtir ; & on a une tradition
generale que ce Prince luy
donna le nom de Gnefne , a
caufe d'une Aigle qu'on trou
va dans les fondemens
, parce
qu'en langage Polonois Gneftad
fignifie un nid d'Aigle . L'Eglife
Metropole de S. Alberry effenrichie
de diverfes Reliques .
Cette Ville fut prefque toute
brûlée en
1613.
Sigifmond
Karnkowski
a
eſté un des plus grands
Prélats
qui ayent
gouverné
1 Eglife
de
Gnefne.
Quoyque les nouvelles publiques
vous ayent déja appris
Novembre
1705 . C
26 MERCURE
les expeditions faites
par L'Ef
cadre des Indes ; vous en trouverez
des détails beaucoup plus
grands dans ce que vous allez
lire. Il eft tiré d'une Lettre écrite
à M le Comte de Pontchartrain
, par un des premiers Officiers
de cette Eſcadre , commandée
par M' le Baron de
Pallieres.
Nous appareillâmes de Groüais
Įe 23. Avril 1704. plus tard d'un
mois qu'il ne convient pour paffer
le Cap de Bonne- Efperance: ce qui
futcaufe quenousy eûmes en vingt
jours cinq coups de vent , & affez,
GALANT 27
violens pour nous feparer le 25.
Juillet , rompre le Gouvernail de
l'Aurore , emporter la moitié de la
galerie de la Mutine , & pour
luy rompre fon étay-d'avant. Le
Saint Louis & mon Vaiſſeau qui
ne s'effoient point feparez , retrouverent
l'Agreable le 27. & nous
fifmes tous trois route pour reconnoistre
Madagascar , que nous découvrifmes
le 13 Aouft , & nous
mouillafmes le 2 1. à l'Ile d'Amjoüam
, où nous avions un exayant
trême befoin d'arriver.
perdu dans la Mutine feule dix
hommes du Scorbut ; tout le refte
des équipages eftant attaqué du mê-
Cij
28 MERCURE
me mal , avec quelques Officiers.
Nous mifmes les plus malades à
terre , & donnâmes generalement
à tous les Equipages de la viande
fraiche , dont ily a abondance dans
l'Ifle , & qui ne nous manqua pas
auffi par les bons foins de Mr de
Chazel .
Le 30. il parut un Navire à
la pointe d'Ouest de l'Ifle , qui fe
trouva eftre l'Aurore , & qui à
caufe des calmes & des courants ,
ne put venir moüiller auprés de
nous que le 2. Septembre. Mr
Houffaye nous affura qu'il avoit
beaucoup fouffert à la Mer,
laperte defon Gouvernail .
par
GALANT
29
Je dois dire icy que la traversée
de France à Anjouam eft trop lonque,
& que l'on rifque , ne tou
chant point au Cap-Verd , de perdre
beaucoup de monde , & de fe
trouver hors d'état , en temps de
guerre, de foûtenir une rencontre.
La feule difficulté qu'on donne des
eaux dangereufes du Cap-Verd ,
peut eſtre applanie , ne s'enfervant
que pour la chaudiere. Ayant fait
noftre eau , bois & rafraîchiffement
, nous appareillafmes le 16.
aprés avoir affemblé le Confeil,
pour voir qu'elle route nous devions
tenir. Lafaifon d'aborder à
Pondichery eftant passée , nous con-
Cij
30 MERCURE
clufmes qu'ilfalloit aller à Surate;
& nous fifmes route pour nous y
rendre.
Nos Scorbutiques eftant tous rétablis
, nous retombafmes dans une
efpece de maladieplus dangereuses
c'eftoient des fievres peftilentielles,
dont il nous mourut 35. hommes
dans la Mutine feule , avant l'aterrage
de la Cofte de Malabar ,
que nous vifmes le 28. Octobre
par les 17. degrez 20. minuttes de
latitude , & 97. degrez de longirude.
Nous connúmes que c'eftoit la
terre d'
Andaragapour , & nousfif
mes toujours route pour Surate cotoyant
toujours la terre.
GALANT
3E
Le 29. fur le foir nous apperçûmes
un Navire devant nous
qui couroit tout le long de la Cofte
au Sud ; & comme la nuitfurvint,
nous le perdifmes de vue.
Nous allions au Nord, & la nuit
eftant claire , j'apperçus ce Navire
fur les neufheures du foir ,fur lequel
je fis porter , & au premier
coup de canon que je tiray , il amena.
Il nous cria qu'il eftoit Anglois;
je fis venir le Capitaine à bord.
Le Bâtiment eftoit de huit canons ,
forti depuis trois jours de Bonbais,
alloit à Calicut; fon équipage
eftoit de deux Anglois , buit Portugais
, le refte Indien : le tout
C inj
32 MERCURE
faifant 30. hommes d'équipage.
Je ne pus joindre notre Commandant
que le lendemain, à qui ces Anglois
dirent qu'il y avoit dans la
Rade de Surate 10. Vaiffeaux de
guerre Hollandois & 4. Anglois,
quifaifant la guerre au Mogol en
défendoient l'entrée à toutes les
Nations. Ces nouvelles nous affligerent
par rapport à nos malades ,
qui eftoient en grand nombre ; Goa
nous eftant fermé par
la guerre
avec les Portugais , & n'y ayant
aucun Port dans toute la Cofte , où
nous puffions nous refugier pour
Les rétablir.
Nous monillafmes devant Andaragapour
la nuit du 31. Octobre
GALANT
33
aupremier Novembre , où le Gouverneur
nous reçut affez bien , &
nous confirma la nouvelle que les
Anglois nous avoient donnée,
Nous y fifmes quelques rafraîchiſſemens
, de l'eau , du bois , &
du Ris affez pour tenir la Mer
quelque temps , comme nous prévoyions
y eftre obligez. Le 5 .
aprés avoir coulé noftrepetite prife
à fond , qui n'avoir que moitié
charge de Ris & de Blé, & quelques
racines medicinales que nous
embarquafmes
, renvoyé les Indiens
à terre avec chacun une
fomme d'argent , prisfur mille écus
d'argent trouvez dans cet Anglois,
fuffifantepour les conduire chacun .
>
34 MERCURE
chez eux ; chofe que nous voulus
mes obferver , eftant presque tous
de Surate , de crainte que les Marchands
François ne souffriffent à
la Loge dudit Surate , fi nous en
ufions autrement avec cette Nation
: nous appareillafmes fur les
fix heures dufoir , pourfaire route
vers Paunol & Calicut , où
nous avions ordre d'aller.
Le 12. Novembre nous fifmes
rencontre , à l'entrée de la nuit , de
trois Baftimens , deux Navires
& un Houry , qui est un grand
Bateau de la Cofte. Comme la
nuit eftoit claire , nous leur donnafmes
chaffe , & l'un de ces deux
GALANT
35
Navires mit un feu en poupe . Mr
de Pallieres & moy les joignifmes
environ fur les onze heures du
foir. Je me mis àportée du Piſtolet
par le travers de celuy quej'avois
joint , & me tins dans cette fituation
pour attendre le fignal que me
feroit le Commandant , qui fut de
toutefa bordée & defa moufqueterie.
J'en ufayde même avec celuy
queje tenois fous mon écoute.
Celuy qui fe battoit contre l'–
greable ferendit à la feconde bordée
, ce que ne voulut pas faire
l'autre , quoique je luy criaffe
qu'il fe rendift , puifqu'il voyoit
que l'autre avoit amené. Il amena
36 MERCURE
enfin , aprés s'eftre beaucoup
fait preffer, il mitfa Chaloupe à
la mer , dans laquelle il m'envoya
un Officier , qui me dit que ces deux
Vaiffeaux eftoient Portugais,Vaif
feaux du Roy armez contre les
Arabes ; celuy de l'Agreable de
32 canons , 200 quelques hommes
d'équipage , celuy- cy de 24
& de 135 hommes.
Fenvoyay cet Officier à l'Agreable
avec un Officier de la Mutine,
qui me rapporta que Mr le Baron
de Pallieres ayant envoyé amariner.
fa prife , fon fils entrant dans le
Navire , I avoit esté reçu
efté reçu d'un
coup de Sabre fur la tefte , un auGALANT
37
tre fur la main , Mr de Chazel
manqué d'un coup de piftolet ,
Mr de Vieuxchamp bleſſé d'un
coup d'efponton dans le ventre. Je
fis armer la Chaloupe du Portugais
& mon Canot , quej'envoyay
amariner ma prife , qui ayant
trouvé les Portugais armez & le
pied fur le bord , avec menaces fi
l'on montoit; Mrs du Chatelet &
de la Maifonfort qui commandoient
les Chaloupes , jugerent à
propos
de venir m'avertir de ce
qui fe paffoit , plutoft que de s'expofer
à la même avanture que ceux
de l'Agreable. Comme ils revenoient,
ilfit une pluye fi abondan38
MERCURE
te
?
, que nous nous perdîmes une
demie heure de vûë; & quand le
temps fut éclairci , j'apperçus mon
Portugais qui avoit mis toutes
voiles dehors pour gagner la terre
d'entre Cannanor & Goa , d'où
nous n'eftions qu'à fix ou Sept
lieuës.
Si-toft que mes Chaloupes furent
à bord, j'abandonnay la Portugaife
, pris la mienne à la remorque
, &fis force de voiles fur
mon Navire, que je joignis au Soleil
levant , à deux lieues de terre.
Il fe deffendit encore une bonne
heure ; mais luy ayant mis le feu
dans les artifices qu'il avoit dans
GALANT 39
fes Hunes , jetté fon grand maſt
de bune bas , il fe rendit. Je fis
venir le Capitaine & fes Officiers
bord ; il eftoit bleffé à la main
&fon Lieutenant au bras. Ce Capitaine
eft homme de condition
nommé Salvador de Melo-de-Silva
; il me dit qu'il avoit trentecing
hommes de tuez ou bleſſez,
Je joignis mon Commandant , à
qui le Capitaine du Saint Louis
avoit amené le Houry qu'il avoit
pris pendant la nuit ; ceux qui
eftoient dedans , eftoient Arabes ,
avoient efté depuis quelques
jours pris par ces Vaiffeaux Portugais.
M' de Pallieres l'avoit
40 MERCURE
des
rendu aufdits Arabes , qui s'en
eftoient emparez, & eftoient déja
bien loin quand je rejoignis mondit
Sieur de Pallieres , qui refolut
de mettre le feu au plus gros
deux Navires, n'y ayant ny argent
ny marchandifes dans aucun
d'eux , de jetter à la mer les canons
de l'autre , avec des vivres
Suffifans pour se rendre à Goa
d'où ils n'eftoient qu'à vingt lieuës.
Cet ordre fut executé , & nous
pourfuivimes noftre route le 14.
Nous n'eûmes qu'un Officier de
bleffé , qui eft Mrde Bourguiffon,
qui fut bleffé dés le foir d'un éclar
à lajouë , affez confiderablement
GALANT 41
En pour avoir efté en danger de perdre
un oeil ; & quoy qu'il fuft avec
cela attaqué defievre la même nuit ,
il voulut abfolument le lendemain
reprendrefon pofte. Je prendray icy
la liberté de vous remercier du bon
choix des Officiers , dontje nesçaurois
vous dire aẞez de bien
fur tout de Mr de Bourguiffon ,
qui eft Enfeigne depuis quatorze
ans .
Le 18. au foir nous moüillafmes
à Paunol , où deux Vaiffeaux
de la Compagnie chargerent du
Comptoir François , le poivre qui
les y attendoit ; nous y fifmes de
l'eau & quelque peu de rafraichif
Novembre 1705 D
42 MERCURE
>
femens , efperans d'en trouver avec
plus de facilité à Calicut , où nous
allâmes mouiller le 26. Nous y
reftâmes jufqu'au 30. &nous appareillafmes
pourfaire route à Pondichery
, dans le deffein , fi la faifon
nous contrarioit abſolument
de tâcher de gagner Achaïn & les
Ifles de Nicobar , ou Merguy.
Le 13. Janvier , à la pointe du
jour , nous apperçusmes un Navre
, auquel , nous donnâmes chaſſe ;
& à Soleil levé nous connumes
qu'il eftoit Hollandois , portant Pavillon
à
poupe ,
poupe , à pronë & au
grand maft . L'Agreable & moy
manoeuvrâmes à le tenir entre
GALANT 43
s'il
luy
pre-
>
C nous deux , afin que
noit envie de changer de route
il en trouvaft toûjours un
dans fon chemin. Sur le midi
l'Agreable fut à bonne portée
& le Hollandois tira un coup de
canonpour affurer fon Pavillon ,
& nous faire mettre le noſtre
que nous n'eûmes pas plutoſt hiſſé,
qu'il envoya fa bordée & famousqueterie
à l 'Agreable , qui s'approcha
encore pour luy répondre ; ce
qu'il fit de maniere , qu'à la troifieme
bordée le Capitaine Hollandois
ayant efte tué, celuy qui commandoit
, voyant que nous en
eftions affez prés; ferendit à Mr
Dij
44 MERCURE
le Baron de
Pallieres , qui envoya
amariner le Navire , nommé le
Phenix doré , defoixante canons ,
n'en ayant que 54. de
montez ,
& deux cens cinquante
hommes
d'équipage
, tous Européens , à la
referve de trente Macaffars
. Ils
eftoient depuis dix-huit jours fortis
du Gange , chargez de quatre mille
caiffes de cuivre , & dedeux cens
cinquante
mille livres en or. Ce
Navire alloit à Neguepatam , &
la raifon du Pavillon au grand
maft eftoit qu'il portoit un Commiffaire
general , qui eft leur ſeconde
perfonne
dans toute l'Inde.
Laprifc amarinée , nous pourſuiGALANT
45
vifmes noftre route ; & le lendemain
à lapointe dujour nous nous
trouvâmes à trois lieues de Gondeloure
, Place appartenante aux
Anglois , à quatre lieues de Pondichery
, que nous nepûmes gágner
par la force des courants , qui dans
cette faifon portent au Sud le long
de la Cofte , que le 18 .
Mr Martin , Gouverneur de
Pondichery , voulant tirer avantage
de la prise d'un homme de la
confequence du Commiffaire Hollandois
, nous dit qu'il convenoit
à l'estat preſent des affaires de la
Colonie de luy propofer , avant de
le mettre en liberté, une Tréve
46 MERCURE
une liberté de commerce , le long
de la Cofte de Coromandel. On
affembla le Confeil; la propofition
futfaite & acceptée , fuivant le
Traité que Mr de Chazel & Mr
le Baron de Pallieres auront fans
doute l'honneur de vous envoyer.
MrMartin nous ayant aſſuré que
le Traité luy eftoit d'un grand
avantage , nous le fignamesfous le
bon plaifir du Roy.
Le 21. de Fevrier nous partifmes
de Pondichery , & moüillafmes
à l'Ile de Bourbon le huitiéme
Avril. Nous y prifmes le
plus de rafaichiffemens qu'il nous
fut poffible ; nous y laiffames
GALANT 47
quelques malades , & partifmes
le 18. pour doubler le Cap de
Bonne- Efperance , la faifon commençant
à eftre unpeu avancée.
Le 6. May ,fur ce que l'Aurore
fe plaignoit d'une voye d'eau
en avant , qui luy avoit fait
faire , pendant un jour ou deux
degroffe mer & vent frais , fix
pouces d'eau par horloge ; je m'embarquay
dans mon Canot pour
aller chez le Commandant , qui
avoit mis pavillon de Confeil :
& fachant que c'eftoit pour confulter
fi cette voye d'eau eftoit
affez confiderable pour nous obliger
arelafcher à l'Ile de Bourbon , où
48 MERCURE
nous auriens efté obligez de refter
jufqu'au commencement de Septembre
, je paffay à bord dudit
Vaiffeau pour visiter fa voye
d'eau , que je ne touvay pas allez
confiderable pour nous obliger a
une relafche fujette à de fi grands
inconveniens. F'enfis mon rapport
au Confeil ; ilfut décidé qu'on
continueroit la route pour paffer le
Cap , d'où nous eftions encore à
400. lieuës : & fi le Vaiffeau fe
trouvoit preffé de fa voye d'eau
il en feroit le fignal , relâchant ou
à l'ifle de Bourbon , ou à Mada-
·gafcar ,& que nous le fuivrions.
La voye d'eau n'augmentant pas
de
GALANT 49
د
de mauvais tems , & diminuant,
dans le beau de trois pouces , nous.
paffafmes heureusement le Cap la
nuit du 14. au 15. La nuit du
20. nous perdifmes le Saint
Louis ; & ce Vaiffeau nous manquant
nous filmes route pour
Bengala , furla Cofte d'Afrique ,
entre le 11. & le 12. degré de
latitude où le Commandant
avoit marqué le rendez-vous , en
cas defeparation en deçà du Cap;
& les . Juin nous réjoignifmes
nôtre navire perdu par le travers
du . Cap Negre. Le 11 .
mouillafmes devant la Ville de
Bengala , qui nous parut grande
Novembre 1705. E
nous
50 MERCURE
avec un Fort à quatre baſtions ,
appartenant au Roy de Portugal.
Notre Commandant envoya à terre
le Major , avec un PereTheatin
, Italien , paffager dans l'Aurore
, pour demander au Gouverneur
quelqu'un à qui il puft faire
entendre le fujet de fa venue. Le
Gouverneur envoya un Capitaine
de la Garnifon , à qui on donna une
Lettre pour ledit Gouverneur , qui
portoit qu'eftant enguerre , & venant
avec des forces fuffifantes
pour eftre le Maiftre , on le fommoit
de remettre la Place ,fi mieux
n'aimoit venir à compofition , tant
pour la Ville que pour le Fort , &
~
GALANT 51
pour les Marchandifes qui pouvoient
y estres à faute dequoy
l'on y entreroit à main armée :
qu'on luy donnoit la nuitpour af
fembler fon Confeil ; & nous luy
fifmes dire que fi le Soleilfe levoit
fans que nous euffions réponſe ,
nous nous tiendrions pour avertis
qu'ils vouloient eftre forcez. Dés
le lendemain matin , le Fort pour
réponſe ayant tiréfur les Vaiffeaux
les plus proches , noftre Commandant
envoya ordre au Saint Louis
& à moy de nous approcher en
travers, de tâcherdefaire br che
au Fort. Nous executâmes fon or
dre , & moüillâmes à moins de
Eij
52 MERCURE
quatre braffes d'eau , & eufmes en
peu de temps rallenti le feu des
Portugais. A la faveur de noftre
canon , Mr de Marolles mit pied
à terre avec deux cent cinquante
hommes , où il ne fut pas plutoft
que nous vimes ane groffe fumée
dans le milieu du Fort , & nous
entendîmes un grand bruit qui venoit
de leur Magafin à poudres ,
de celuyde leurs Marchandifes ,
où ils avoient mis le feu ; & ils
s'enfuirent enfuite tous à la montagne.
Notre Bataillon entra par
tout fans refiftance ; mais les foldats
ayant voulu s'écarter dans la
Ville des Noirs embufquez
GALANT
53
nous tuerent trois hommes.
que
dans
Lon
Nous fufmes huit jours
l'efperance que les Portugais , à qui
on écrivoit par les Noirs
prenoit , pourroient venir à compofition
, nous donnerdes rafraîchiffemens
; mais quelque affurance
que nous donnaffions à ceux qui fe
chargeoient d'apporter les réponses,
nous n'en eûmes aucune : & enfin
les Noirs nous tuant tous les jours
quelques hommes , ilfut refolu que
l'onferoit fauter le Fort , & qu'on
mettroit le feu dans toutes les maifons
: la chofe fut executée
le
17.
Un Brigantin de Loangos eftant
E
iij
54 MERCURE
venu
le 15
.
moüiller
en grande
confiance
devant
le Fort , le croyant
toûjours
Portugais
; nous
le prîmes.
Il n'eftoit
chargé
que de farines
; de Magnoc
& de Mays
;
mais
le Capitaine
nous fut d'une
grande
utilité
, pour
nous faire
trouver
, trois lieücs
au Nord
de
Bengala
, une riviere
, nommée
Quafonbella
, où nous filmes
nôtre
eau , & débarquâmes
quelques
femmes
qui estoient
dans le
Brigantin
. Nous
mêmes
le feu au
Bâtiment
, & nous appareillâmes
pour notre retour
en Europe
le 30 . Juin
. Un vieux Portugais
,quifut
trouvé
malade
dans fon lit à BenGALANT
55
gala , nous affura que ceux qui
coucheroient à terre feroient attaquez
de fièvres tres - dangereufes.
Sa prédiction fut fi vraye , que
tous nos Soldats qui avoient efté
à la garde de ce Fort , en furent
attaquez ; & nous en perdimes
fept en quinze jours dans la Mutine
feule.
Le 18. Juillet nous mouïllâmes
à l'Afcenfion ; & quoy qu'il n'y
ait dans cette Ifle pour tout rafraîchiffement
que du pourpié , du poiffon
& de la tortue , dont la faifon
eftoit paffée quand noussy arrivámes
, le fejour que nous y fifmes
de deux joursfeulement , fit grand
E j
4
56 MERCURE
bien à nos malades , quiparoiffoient
fe rétablir à vue d'oeil. Les deux
plus malades eftoient deux Gardes
de la Marine , l'un nommé Tredern
, & l'autre Maucafe , tous
deux
Gentilshommes de Bretagne ,
fortfages , qui ontfervi d'Officiers
à la prise de Bengala , où ils ont
fait , comme par tout ailleurs , tresbien
leur devoir.
Nous quittâmes l' Afcenfion le
20. avec les mêmes vents Su - Eft
qui nous y avoient mené, & qui
régnent toute l'année dans ces Parages
.
Le 28. nouspaẞâmes la Logne
d'un fort beau temps.
GALANT
57
Eftantparvenus par les 47.degrez
de latitude , felon nôtre eftime
, à cinquante lieues de la Cofte
de Bretagne , les vents d'Eft &
d'Eft-Nord-Ouest nous en refuferent
l'aterrage , & nous fumes
obligez d'arriverfur la Cofte d'Efpagne
, où nous n'avons pú gagner
que Vigo ; ayant perdu dans noftre
campagne prés de la moitié de nos
équipages , le refte eſtant accablé
du Scorbut ,fans en excepter les
Officiers . Nous allons les mettre à
terre , cherchericy , où nous ar
rivâmes le 27. Septembre , un renfort
d'équipages , & laiſſer nos
plus malades. Nous partirons au
·
58 MERCURE
premier vent , pour aller en France
, ou à la Corogne , en cas que
nous ne puiſſions l'attraper , n'étant
pas icy enfeureté.
Nous avons appris qu'il eftoit
arrivé à la Corogne trois Vaiffeaux
du Roy , commandez par
Mr de Riberette , qui nous a
envoyé 150. hommes pour nôtre
équipage ; e avec ce fecours nous
levafmes l'anchre le 2. d'Octobre
de Vigo , pour les rencontrerfur la
Cofte , en deçà de la Corogne.
Le 6. d'Octobre les ayant
joints , ayant trouvé les vents
contraires , nous fufmes obligez
de faire route tous enſemble pour
GALANT 59
entrer dans la Corogne , où nous
moüillafmes le feptiéme . Les vents
ne nous permirent d'enfortir que le
12. aufoir ; le lendemain 13 .
nous eufmes des coups de vent
Nord-Ouestfiforts , & une brume
fi épaiffe , qu'ayant efté contraints
de mettre tout àfec , nous
fufmes feparez les uns des autres ,
fanspouvoirnous réjoindre . Quelques
Vaiffeaux en furent incom
modez le mât de Mizaine de la
Mutine fut endommagé affez
confiderablement ; & ce Vaiffean
s'eftant trouvéſeul, avec l'Oriflame
le Capable , vint mouiller
le 17. à lapointe de S. Matthiew.
60 MERCUR E
Là il effuya un coup de vent à
l'anchre , & fut obligé de couper
fon cable pour gagner l'entrée de
la Rade de Breft , où enfin nous
entrafmes le 18. à dix heures du
matin ; l'aprés midy nous entrafmes
dans le port. Les autres
Vaiffeaux de l'Escadre ne font entrez
que le 19.dans le -Port- Louis.
Vous avez oui parler de la
guerre qui eft entre le Dey de
Tunis & le Dey d'Alger ; ce
dernier a remporté une fignalée
victoire fur l'autre , & le
Dey de Tunis a efté fait prifonnier.
Le vainqueur en fit auffiGALANT
61
toft part , par une Lettre de fa
main , à M' Durand , Conful
de France à Alger , & qui y foûtient
avec éclat & avec vigueur
les interefts de France & d'Efpagne.
Je vous envoye la traduction
de cette Lettre.
Le Serviteur de Dieu Muſtafa
Dey ,
A noftre bon Amy , le Conful
de l'Empereur de France.
Vou : [çaurez ce qui s'eft paffé
avec noftre ennemy Ibrahim Cherif,
Dey de Tunis. Il vint avecfon
Camp au devant de nous , Samedy
62 MERCURE
19 , de la Lune de Rabiaclub
( qui eftoit le 11. Juillet . ) comme
nous nous fumes apperçus de
fa marche , nous nous remimes à
la volonté du Seigneur , & nous
marchâmes à luy avec noftre
Camp. Dieu nous a donné une
victoire complette , nous l'avons
défait , nous luy avons tué quantité
de fes gens , & nous l'avons
pris luy-même & mis aux fers.
Le lendemain Dimanche nous
nous fommes rendus à Khef. Les
principaux en fortirent fur la parole
de bon quartieraveclagarnison
le frere duditScherif avec elle
nousy avons trouvé toute leur faGALANT
63
mille. Graces en foient rendues
Dieu mille mille fois.
Faites- nous le plaifir d'en don
ner avis à nos Amis , afin qu'ils y
prennent part , & qu'ils s'en réjouiffent
avec nous ; &à nos ennemis
pour leur faire dépit.
Noftre coeur eftant tres - net&
rempli de bonne volonté.
Alafin de ladite Lune, l'an 1117.
de l'Egire de Mahomet , ( qui revient
au 13. Juillet 1705. )
Cette Lettre a efté écrite au
Camp d'Alger , fous le Khef, le
13. Juiller , & elle a cfté reçue à
Alger le 24.
du même mois au
marin ; & l'on commença auffi64
MERCURE
toft les trois jours de réjoüiffances
publiques , ordinaires dans
les grands évenemens .
Aprés cette victoire lè Dey
-envoya offrir une bonne compofition
à Tunis ; & il y devoit
marcher quatre jours aprés. Il
paroift qu'aprés cette victoire ,
il fera mal - aifé que fes deffeins
trouvent des obftacles.
Les Articles fuivans regardent
la mort de quelques perfonnes
decedées dans le mois de Septembre
dernier.
Mr
Germain
Fromageau ,
Docteur de la Maifon & Societé
de Sorbonne . C'eftoit un
homme d'une faine doctrine ,
GALANT 65
exact dans fes moeurs & dans
tout ce qui regardoit les fonctions
de fon Miniſtere. Il eftoit
gens
Confulteur des Cas de confcience
; fes décifions eftoient
toujours nettes & claires :
c'est ce qui attiroit chez luy
une foule de de toutes
conditions & de tous pays ,
qui le venoient confulter. M
Fromageau a eſté auffi , pendant
plufieurs années , un de
ceux qui accompagnoient les
criminels au fupplice . Il avoit
pour cette fonction & pour
cet exercice de charité un talent
particulier . Il a fait un legs de
Novembre 1705.
F
66 MERCURE
600. livres à la Maifon de Sorbonne
; & l'on peut dire pour
marquer le defintereſſement
dans lequel il a vêcu , qu'il luy a
laiffé tout ce qu'il pouvoit luy
laiffer.
Mr
Alexandre Fouquelin ,
Maître des Comptes . Il eftoit
fort eftimé dans fa Chambre ,
& il eftoit d'une famille qui a
donné plufieurs Officiers à cette
Cour & au Parlement.
Alexandre Fouquelin fut fort
eftimé fur la fin du XV . fiecle
dans l'Ordre de S. Dominique.
Il fit quelques ouvrages qui
n'ont pas efté publiez ; la di
GALANT 67
I
ferte d'Imprimeurs , & la difficulté
que les Auteurs avoient
de mettre au jour leurs ouvrages
, dans un tems où le bel Art
de l'Imprimerie ne venoit que
d'eftre découvert
nous ont
privez des ouvrages de ce Religieux
,& de plufieurs autres.
Dame N.... Durand , veuve
de M Nicolas Camus
Chevalier , Seigneur de Pontcarré
, Confeiller d'honneur au
Parlement de Paris . Elle eftoit
d'une famille qui a donné plufieurs
Officiers au Parlement &
aux autres Cours Superieures
de cette Ville ; elle n'a furvécu
Fij
68 MERCURE
A
ге
que d'une année à ſon époux.
Elle eftoit mere de M' le premier
Prefident du Parlement
de Rouen , & de Dame N....
Camus de Pontcarré , époufe
de M N.... Bochart de Sarron
, Confeiller au Parlement
de Paris. Cette Dame eftoit generalement
eftimée ; elle a paffé
les dernieres années de fa vie
dans une pratique continuelle
des vertus chreftiennes ; l'exercice
des oeuvres de mifericorde
l'occupoit prefque entierement,
& ne luy laiffoit pas un
moment de refte . Elle a fait
des biens confiderables dans
GALANT 69
l'étendue de fa Paroiffe , &
les pauvres trouvoient toûjours
chez elle un azile affuré.
Elle eftoit dans un âge
affez avancé ; mais qui ne l'empeſchoit
point d'agir , dans
toutes les occafions qu'elle
avoit de fecourir fon prochain,
& de mettre en pratique à fon
égard le grand précepte de l'E
vangile qui fait tout le fondement
de la Religion.
Dame Catherine de la Boutiere,
veuve de Mr Nicolas le
Jay , Chevalier , Seigneur Baron
de la Maiſon- Rouge , Til
ly , Saint-Fargeau , &c . Con70
MERCURE
feiller au Parlement , decedé
fans enfans en l'année 1700 .
Cette Dame eftoit d'une
maifon tres-connue & tres - bien
alliée. Feu M' le Jay fon époux
eftoit frere de feu M'l'Evêque
de Cahors , & petit - neveu du
celebre Nicolas le Jay,Baron de
Tilly & de la Maiſon Rouge ,
Garde des Sceaux de France ,
& premier Prefident du Parlcment
de Paris . M' le Jay , Con-
'feiller au Parlement de Paris &
mary de la Dame dont je vous
apprens la mort , eftoit fils de
Charles le Jay , Baron de Tilly
& de la Maifon - Rouge , &
GALANT 71
Maître des Requeftes , & de
Gabrielle de Lefrat-de la Nereau
. Il avoit pour freres , outre
feu M'l'Evêque de Cahors ,
1 un Jefuite , un Chevalier de
Malthe , Capitaine aux Gardes,
qui par la mort de tous fes fre
res a herité de tous les biens de
la maiſon ; & trois freres tuez
au fervice du Roy. La maiſon
de le Jay eft tres-ancienne dans
le Parlement. Du Tillet parle
de Jean le Jay , Prefident en la
Chambre des Enqueftes du Par
lement de Paris en 1344. qui
époufa la foeur du Cardinal
Jean de Dormans , Evêque de
1
72 MERCURE
Beauvais & Chancelier de Fran
qui eft enterré dans l'Eglife
des Chartreux. Pierre le Jay
Secretaire du Roy & Prévolt
des Marchands en 13.80 . fortit
de ce mariage . Nicolas le Jay ,
Secretaire du Roy & Maiſtre
des Comptes , vivoit fous François
I. qui le choifit avec le
Conneftable de Montmorency
pour aller recevoir l'Empereur
Charlequint fur les frontieres
du Royaume. Guy- Michel le
Jay , qui fit imprimer à ſes dépens
, dans le dernier fiecle , une
belle Polyglotte , eftoit de cette
même maiſon.
Dame
GALANT 73
re
Dame N ... de Bragelonne ,
époufe de MT N ... Camus de
Pont- carré , premier Preſident
du Parlement de Rouen , eſt
morte dans une grande jeuneffe.
Elle eftoit fille de M' de
Bragelonne , Conſeiller au Parlement.
La Maiſon de Bragelonne
eft tres-qualifiée & tresancienne
dans la Robe & dans
l'épée . M ' le Commandeur de
Bragelonne
Chevalier de
l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
, & M' l'Abbé de Bragelonne
, Docteur de Sorbonne ,
cy- devant Doyen de Senlis , &
à prefent Chanoine de Noftre-
Novembre 1705 .
>
G
74 MERCURE
Dame , font proches parens de
feuë M la premiere Prefidente
de Rouen.
Ce qui fuit , regarde quelques
morts étrangeres .
M Colliers , épouse de M
Colliers, Ambaffadeur de Hollande
à la Porte , eft morte à
Conftantinople depuis quel
ques mois . Elle avoit beaucoup
d'eſprit & un grand uſage du
monde ; ce qui attiroit dans
l'Hôtel de Mr l'Ambaffadeur
d'Hollande une partie des Miniftres
étrangers qui font à la
Porte. Cette Dame parloit plufieurs
Langues , avec la meſme
GALANT 7
facilité que fa Langue naturelle.
Elle a eſté fort regrettée
en Hollande ; & Mr Colliers a
reçu fur ce fujet des Lettres de
tout ce qu'il y a de plus confiderable
dans les Provinces
Unies , & des complimens de
tous les Miniftres étrangers qui
font à la Porte. Cet Ambaffadeur
a fait faire un Service ma
gnifique pour fon Epouſe, dans
l'Eglife des Jefuites qui font
établis dans le Faubourg de
Conftantinople , où plufieurs
Ambaffadeurs fe font trouvez,
& l'Aſſemblée a efté tres- bellè
& tres-nombreuſe. Me Col-
Gij
76 MERCURE
liers avoit paffé pour une tres
belle femme.
Mr le Comte de Wurmb ,
Chevalier de la Toifon d'or,
Chambellan de l'Empereur , &
Chancelier de Boheme , mourut
fur la fin du mois d'Aouft,
âgé de 71 an. Ce Miniftre a
rendu dans le cours de fa vie ,
des fervices importans à la Maifon
d'Auftriche pendant les
troubles du Royaume de Boheme
il fignala fon zele pour
l'Empereur , dans plufieurs occafions
importantes. Je vous
ay parlé amplement de ce Miniftre
il y a quelques mois , lorfGALANT
77
que je vous appris qu'il s'eftoit
démis de la charge de Chancelier
de ce Royaume . Mr le
Comte de Wurmbeftoit d'une
ancienne Nobleffe du Royaume
de Boheme , où il
re plufieurs perfonnes qui luy
touchent de prés . On affure
qu'il eft mort peu
maniere dont l'Empereur l'a
traité en dernier lieu.
ya encofatisfait
de la
le
Mr le Commandeur Vaïni
eft mort à Rome. Il avoit longtems
porté les armes pour
fervice de fon Ordre ; & il refidoit
à Rome depuis quelques
années. Il y cftoit confideré par
Giij
78 MERCURE
tout ce qu'il y avoit de Nobleffc
& de gens de confideration
; fes manieres polies & cngageantes
attiroient chez luy
toutes les perfonnes de diſtinction
. Ce Commandeur eftoit
d'une naiffance diftinguée
; fa
Maifon a tenu dans les derniers
fiecles un rang tres- confiderable
en Italie , & elle y eft encore
aujourd'huy dans la même
confideration. Le Commandeur
Vaini avoit beaucoup de
goût pour les belles Lettres , &
fur tout pour les Auteurs anciens
; & il attiroit chez luy
tous ceux qui s'y attachoient.
GALANT
79
Il avoit raffemblé un grand
nombre de Medailles , & fon
Cabinet eftoit fort cftimé ; on y
trouvoit fur tout des Medailles
Samaritaines , qui font tres-
Fares .
Monfieur l'Evêque de Lubeck
, Lutherien , de la Maiſon
de Holftein , mourut de la diffenteric
, en fa 60° année , le z
Octobre , à Eutin , qui eft le
lieu de la refidence des Evêques
de Lubeck . Le Prince Chriftian-
Augufte , Adminiftrateur du
Duché de Holſtein - Gottorp ,
ayant cu avis le 4. de la mort eu
de cet Evefque , dont il prétend
Giiij
80 MERCURE
avoir efté élû Coadjuteur , envoya
auffitoft des Troupes dans
Eutin , où il fit prendre en fon
nom poffeffion de cet Eveſché ,
qui' luy eft difputé par le Prince
frere du Roy de Dannemark .
Les troupes Danoiſes attendent
les ordres de Sa Majesté Danoiſe
pour marcher vers Eutin ,
afin d'en chaffer celles de l'Adminiſtrateur
. Les troupes Suedoifes
du Duché de Bremen ,
marchent auffi de ce cofté-là ,
& ſe mettent en état pareillement
de difputer les intereſts
du Duc de Holſtein - Gottorp ;
de forte qu'il y a fujet de crain-
"
GALANT 81
dre que ce differend n'excite
des troubles en ces quartiers - là :
mais on croit que cet Evefché
fera mis en fequeftre entre les
mains des Directeurs du Cercle ,
jufqu'à ce que cette affaire ait
efté jugée & réglée à Vienne .
Cependant le Prince Chriſtian
fut reconnu le 6. à Lubeck , en
qualité d'Evefque , pár le Chapitre
de la Cathedrale de la
mefme Ville ; & le 8. il reçut à
Eutin le ferment de fidelité des
Officiers & des Magiftrats . Le
lendemain , ce qui eft fingulier,
la Princeffe fon époufe accoucha
d'une fille à Gottorp ; &
82 MERCURE
elle fut baptifée le mefme jour,
& nommée Hedwige- Sophie-
Augufte. Le Prince Chriftian-
Augufte eft fecond fils de Chriftierne
-Albert , Duc d'Holface-
Gottorp , & frere du Duc
d'Holface- Gottorp , pere de
celuy qui fut tué dans une des
premieres batailles gagnées par
le Roy de Suede contre le Roy
Augufte. Chriftierne- Albert
eftoit fils de Frederic , Duc
d'Holface- Gottorp , & de Marie-
Elifabeth de Saxe , fille de
l'Electeur Jean - George. La
branche d'Holface - Gottorp fe
forma cn 1926. en AdolpheGALANT
83
d'Holface - Slefwich , heritier
de Norwege , & frere de Chriftierne
III . Roy de Dannemark;
il eftoit fils de Frederic I. auffi
Roy de Dannemark . Cette
branche a produit celle d'Holface-
Ottingem ou Oytin , qui
commença en la perſonne de
Jean auffi Adminiſtrateur de
l'Evefché de Lubeck , qui nâquit
l'an 1606. & qui s'eft acquis
beaucoup de reputation
par fa doctrine , & par l'amour
qu'il avoit pour les Lettres . Le
dernier Evefque de Lubeck
proche parent de l'Adminiſtrareur
du Duché de Holftein84
MERCURE
Gottorp , & iffu de Jean dont
je viens de parler , & de Julienne-
Felicité , fille de Jules- Frederic
, Duc de Wirtemberg, eftoit
fort aimé& fort eftimé dans le
Nord. Il avoit eu part à plufieurs
grandes affaires , dont il
s'eftoit tiré avec affez de bonheur.
Lubeck eft une Ville d'Allemagne
dans la Baffe Saxe
elle eft Capitale de toutes les
Villes Anfeatiques , & elle a le
titre d'Imperiale. Ce n'eftoit
autrefois qu'un gros Bourg ,
qu'Adolphe , Comte d'Hollace
, fit bâtir du temps de l'EmGALANT
85
pereur Conrad III. & on y
transfera en 1162. , le Siege
Epiſcopal qui ‘eſtoit à Oldembourg.
Elle a efté pluſieurs fois
ruinée par le fer & le feu
par
des ennemis ; mais elle a toujours
efté rétablie avec beaucoup
de bonheur & d'avantages
. Cette Ville eftoit alors
foûmife aux Danois ; elle en
fecoüa le joug en 1209. & devint
Ville Imperiale par la conceffion
de Frederic II. En 1500 .
ceux de Lubeck fe virent obligez
de défendre leur liberté par
la voye des armes contre le Roy
de Dannemark . Lubeck fe
86 MERCURE
72
gouverne en Republique ; &
elle a fait une Alliance tresétroite
avec les Etats Generaux,
qui la comprirent dans le
article de la Paix qu'ils firent en
1648. avec les Efpagnols . L'Evefque
eft toujours Proteftant;
& il fait fa réfidence à Eutin ,
à quatre lieuës de Lubeck . Son
Eglife eft compofée de 17.
Chanoinies, qui font hereditaires.
Il y a un grand commerce
à Lubeck , où l'on trouve des
Marchands
de toutes les parties
de l'Europe ; il paffe une Rivie
re au milieu de la Ville.
GALANT 87
TRADUCTION
De l'Homelie de N. S. Pere
le Pape Clement XI. prononcée
pendant la Meſſe ſolemnelle
, le jour de la Fefte
des Apoftres S. Pierre & S.
Paul , dans la Bafilique du
Vatican le 29. du mois de
Juin dernier.
L'Eglifefondée fur la pierre ,
fouvent attaquée , & toujours
ferme , a eftéjufqu'icy , eft encore,
fera toujours inébranlable.
Que les portes de l'Enfer tâchent
de l'infulter avec toute leur furie,
88 MERCURE
que
des
tous ces efforts feront inutiles ; elles
la battrontfans la renverfer
elles luy livreront des combatsfans
remporter de victoires ; elles luy
feront une longue guerre fans en
tirer d'avantages. C'eft là l'admirable
vertu de cette pierre folide
, les plus rudes coups
Puiffances ennemies ne peuvent la
brifer , & queleursplus fortes fecouffes
ne peuvent l'ébranler ; mais
qu'affermie au contraire par lesperils
qui la menacent , & endurcie
par les tempeftes dont elle eft battue,
elle en fort toujoursplus ferme
plus impenetrable. Cette pierre ,
mes venerables Freres & mes
GALANT 89.
7
›
chers Enfans , cette pierre n'eft
autre chofe que le grand S. Pierre,
- qui le premier , nous a enſeignez
& qui conferve parmi nous la Foy
de l'admirable Divinité de Jeſus-
Chrift. C'eftce Pierre qui inftruit,
s'il eft permis de le dire , à fes propres
perils , afait enfuite de fi heureux
progrés ; que cet homme , trop
foible , belas ! pourfon malheur,
eft devenu noftre force , & nous a
appris parfon exemple , que Dieu,
nous fournit des moyens en abondance
pour pouvoir foutenir la
tentation : C'est ce Pierre , qui à
la vue de Jefus-Chrift , oublie le
Feril des tempêtes , & attiré
Novembre 1705. H
par.
90 MERCURE
fon amour , faute de fa Barque
dans la Mer , für que les eaux
vont s'affermir fous fes piedspour
le conduire jufqu'à fon Maistre
Que les vents donc & les tempetes
agitent la Mer , le chemin que
S. Pierre s'yfait jusqu'à Jeſus-
Chrift , n'en fera pas moins calme.
moins tranquille. Cette mefme
eau qui paroift toujours flottante ,
fouftient l' Apoftre dans fa marche,
ce gouffre qui ne femble créé
que pour engloutir tout ce qu'on
luy confie , est une route aſſurée
pour ce genereux Voyageur. C'eſt
ce mefme Pierre qui enfermé par
·Herode pour plaire aux Juifs , atGALANT
91
taché entre des Soldats chargez de
le garder étroitement, enchaînédans
fa prifon , femblable à Daniel ,
dormoit d'un fommeil fi tranquille
au milieu des retraites de la cruauté
, qu'il n'apperçût pas mesme ,
la lumiere qui reluifit dans cette
fombre demeure , & ne pût eftre
éveillé que par l'Ange lorsqu'il le
frappa par le côté. Cette inalterable
tranquillité parut fi merveilleufe
à S. Chryfoftome , qu'il nous
affure librement , que s'il avoit à
choifir entre la condition de l'Ange,
qui délivre Pierre de fa prifon , &
celle de Pierre enchaîné , il aimeroit
mieux , fans comparaison ,
Hij
92 MERCURE
eftre Pierre dormant dans les fers ,
que l'Ange le déliant & le tirant
de fa captivité. Le Difciple plein
d'amour avoit appris de fon Maître
à dormir fans inquietude dans
les plus grands dangers , lorfqu'il
le vit s'abandonner fans trouble
au fommeil , dans le temps d'une
tempefte fi furieufe , que la Barque
eftoit à tous momens couverte
de flots. Jamais Pierre ne dort
d'un fommeil plus tranquille que
dans les fers; jamais il ne marche
avec plus d'affurance que fur les
eaux ; jamais le Vaiffeau qui porte
Jefus - Chrift n'infulte aux tempeftes
avec plus de confiance que
GALANT
93
quand elle est couverte de flots ;
jamais l'Eglife fondéefur la pierre
n'eft plus ferme & plus à l'épreuve
, que quand elle est attaquée de
tous coftez & affaillie des plus
violens orages .
par lequel Dieu l'a affermie , la
confervera éternellement ; c'est- àdire
, que fes malheurs tourneront
toujours àfon affermiſſement & à
fa gloire. Elevez par le Seigneur
fur cette pierre , au temps même
que noftre coeur est dans la trifteffe
dans l'accablement , ne nous
effrayons point des grandes & nom
breufes calamirez qui nous environnent
; le Seigneur n'eft pas éloi
L'art merveilleux
a
94 MERCURE
gné de ceux dont le coeur eft dans
T'amertume
il affurera lugmefme
nos pieds fur la pierre
& conduira nos pas. Auffi ne
craindrons - nous rien , tandis que
la terrefera dans la confufion &
que les montagnes feront portées
-dans le fond de la mer. Les noms
qui n'expriment que crainte &
qu'épouvante, deviendront des préfages
dejoye& de confolation ,
les
marques
de nôtre défaite deviendront
les fignes honorables de
noftre victoire. Celuy qui afoûtenu
le Prince des Apoftres lorsqu'il
marchoit fur les eaux , de peur
"qu'il n'y fift naufrage , celuy qui
GALANT 95
l'a dérobé à la cruauté d'Herode
&à l'attentedu peupleJuif,ſera
noftre Protecteur dans les tribulations
qui nous accablent à l'èx-
= cés ; il éloignera la flamme de
la fournaife , & nous fera de ce
lieu terrible un fejour rempli d'un
vent frais & agreable ; il nous
cachera dans fon carquois ; il nous
confervera dans les trous de la
pierre ferme . Il faut cependant
nous fouvenir que cette admirable
tranquillité de Pierre dans les chaî
nes , &fa conftance au milieu des
flots eft l'ouvrage de cette fublime
charité , qui chaffe bien loin la
crainte. Il y a toujours un plein
96 MERCURE
repos où il y a une parfaite charité.
La charité est un feu ; les
tempeftes par leurs mouvemens impetueux
ne font qu'entretenir &
animer la flamme , bien loin de l'étoufer
ou de l'éteindre ; le feu ne
fe nourrit que par
le mouvement
& par l'agitation : Soyons donc
embrafez , mes tres-chers Enfans ,
de la flamme divine de l'éternelle
Charité , à laquelle Pierre a rendu
témoignage par fa triple confeffion;
brûlons de l'ardeur de ce feu
bien-heureux,fous la figure duquel
l'Espritfaint eft venu renouveller
le monde , pour nous apprendre
aprés avoir rechauffe pour Dieu
nos
GALANT
97
nos affections languiffantes , à dormir
en repos dans les chaifnes , &
à rendrefolides pour nous foutenir
les flots de la mer orgueilleufe. Enfeignant
ainsi , par noftre exemple ,
la charité divine a
une fois bien folidement établis
fur lapierre de la Confeffion Apof
tolique , ne peuvent eftre ébranlez
par les plus rudes & les plus vio-
"lentes fecouffes.
= que ceux que
Ce qui fuit fera plaiſir à ceux
qui aiment les Articles d'érudition
, puifqu'ils en trouveront
un grand nombre.
Il paroift une Differtation,
Novembre 1705. I
98 MERCURE
qui fert de réponſe à celles du
Pere de la Maugeraye. C'eſt
une Difficulté qu'on propoſe à
ce Pere fur la maniere dont il
explique , dans les Memoires
de Trévoux du mois d'Octoles
fons qui fe for- bre
1704 .
ment
dans
les tuyaux
. Cette
queftion
cft traitée
d'une
maniere
fort
intereffante
; il femble
même
que l'Auteur
de la
Differtation
prévienne
toutes
les
objections
qu'on
pourroit
luy
faire. Il dit fur ce fujet
des chofes
fort
curieuſes
, & il
paroiſt
un excellent
Phificien
dans
tout
ce qu'il
dit. Enfin
GALANT 99
c'eſt un adverſaire tres- digne
du Pere de la Maugeraye
dont je vous ay parlé plufieurs
- fois dans mes Lettres , & qui
eft un des plus grands Phifi-
O ciens de notre fiecle.
On a emprisonné à Londres
un nommé Brag , qui debitoit
un écrit d'une tres- dangereufe
confequence pour la tranquili
té de la grande Bretagne. L'aueur,
par des raiſons d'une mauvaife
politique , taſchoit de
perfuader aux Anglois , qu'il
eftoit de leur avantage , de leur
honneur , & de l'utilité publique,
d'attaquer à main armée le Royau-
I ij
100 MERCURE
"
me d'Ecoffe ; & que l'ayant conquis
, on en feroit une Province
dependante d'Angleterre : afin
d'ofter par les fuites aux Ecoffois,
l'occafion de murmurer du Parlement
d'Angleterre.
Rien ne prouve mieux la
crainte que
les Anglois ont des
Ecoffois , que la conduite que
le Parlement d'Angleterre a
tenu dans cette ocafion ; puifqu'aprés
en avoir uſé de la
maniere dont je viens de dire
à l'égard de l'Auteur de ce
Libelle , il a fait aſſurer le Parlement
d'Ecoffe , qu'il agiroit toujours
ainfi , toutes les fois que des
GALANT 101
4
efprits brouillons voudroient troubler
la bonne intelligence des deux
Royaumes. Il a même fait offrir
à ce Corps de luy envoyer
l'Auteur , afin d'en tirer telle
fatisfaction qu'il jugeroit à
propos. Les Ecoffois ont feulement
répondu , qu'il méprifoient
ces fortes de petits ouvrages,
enfantez dans les tenebres ; &
que lorfque la chofe le meriteroit ,
ils fçauroient bien fe faire raison.
Cette fiere réponſe marque
que les Ecoffois ne craignent
point les Anglois , & qu'ils
ne font pas mefme dans la
difpofition de rétablir avec
I iij
102 MERCURE
eux une parfaite intelligence.
M' Begerus , Auteur du traité
de Lucernis fepulchralibus
a publié à Berlin un recuëil de
pieces antiques , intitulé : Spicilegium
antiquitatis variarum elegantiarum
; & une explication
d'un ancien monument , qui
repreſente Alcefte fille de Pemourante
pour conferver
lias ,
la vie d'Admete Roy de Theffalie
fon époux , qui ne devoit
recouvrer la fanté , felon la
prédiction de l'Oracle , que par
la mort volontaire de quelque
perfonne charitable. Alcefte
s'offrit d'elle mefme , & voulut
GALANT 103
I mourir avec joye pour faire
vivre Admete.
1
Cinq Libraires de Geneve
ont travaillé à une nouvelle
édition de l'Hiftoire litteraire
des Auteurs Ecclefiaftiques depuis
Jefus Chrift jufqu'au 1s
iecle fcriptorum Ecclefiafticorum
hiftoria litteraria &c. in folio.
Cet Ouvrage eft du Docteur
Cave , Chanoine de Windfor,
un des plus habiles & des plus
moderez critiques de ce temps .
M' Juntker , Auteur Allemand
, continuë de donner
les Auteurs Claffiques , avec
de petites notes propres pour
I iiij
104 MERCURE
la jeuneſſe . L'année derniere il
fit imprimer à Cobourg les
Epîtres de Ciceron , Florus &
Aurele Victor , avec ce qu'un
Auteur anonyme a écrit de l'origine
des Romains .
On va donner une nouvelle
édition de la vie du Cardinal
Albomoz , compofée autrefois
par Mr de Lefcalle , dédiée
au Cardinal de Richelieu . La
premiere edition parut en
1629. in 12. On travaille à
Paris à une nouvelle édition
de ce Livre.
M' de Superville , Paſteur à
Rotterdam, a fait imprimer un
GALANT 105
nouveau volume de Sermons
fur divers fujets & divers textes
détachez .
Le ficur Vander- plaats , Libraire
d'Amfterdam , debite
preſentement les Livres fuivans
: Petri Francij Orationes :
Editio fecunda longe emendatior
& magnâ parte auctior , in 8 °.
Tout le monde connoît le merite
de Pierre Francius . Emble--
mataſelectiora, typis elegantiffimis
expreffa , necnonfententiis, carminibus
hiftoriis ac proverbiis , ex
fcriptoribus antiquis & recentioribus
illuftrata , in 4° . On écrit
d'Hollande que ce Livre y a été
108 MERCURE
receu avec de grands empreffemens.
Philippus de Leydis , de
curâ Reipublicæ & forte principantis.
Accedunt confilia de formis
& femitis Reipublicæ utiliùs
faciliùs gubernandæ , in 4°•
Philippe de Leyde étoit trés
eftimé en fon temps . On trou
ve chez le même Libraire, Geographia
veteris fcriptores graci
minores , cum interpretatione latiná
, differtationibus ac annotationibus
parsfecunda . Oxoniæ, in 8 °.
On écrit du même pays qu'on
y réimprime celle de M' Robbe
la dixième ou 11 fois.
pour
e
Guillaume Vande Water ,
GALANT 107
Libraire à Utrech, a imprimé
des Reflexionsfur l'humilitéChrétienne
avec deux Meditations ;
l'une fur l'amour de Dieu , &
l'autre fur la tiedeur dans le fervice
de Dieu , par Pierre Brazy
Paſteur àWefel.
*
va
Thomas Lombrail , Imprimeur
à Amfterdam
faire paroître au premier jour
le premier tome des Sermons
de feu Mr Tillotzon Archevêque
de Cantorbery ; &
Jean Woller, Libraire de la mê
me ville, a achevé l'impreffion
de l'ouvrage de Mr Vandale
fur l'hiftoire d'Ariftée ou des
108 MERCURE
Leptante Interpretes . Vandale
fuper hiftoriâ Arifteâ de lxx. interpretibus.
t
Mr Crenius a fait imprimer
à Leyde fon Livre fur les Vols
qui fe font commis en matiere
de litterature : De furibus Librariis.
Les Pelagiaires doivent
tout craindre de la publication
de cet ouvrage, où l'on dit que
Mr Crenius démafque bien des
Auteurs .
Le Commentaire que Mr Vitringa
, Profeſſeur en Theologie
à Franker , a donné fur l'Apocalypfe
, fe debite en Hol
lande avec fuccés ,
GALANT 109
On a traduit en Anglois le
Voyage de Guinée de Mr Bofman
& l'hiftoire des Cultes de
Mr Jurieu .
On a auffi traduit en cette
langue la Phifique de M ' le
Clerc , & elle paroîtra dans peu
de temps
.
Les Anglois ne donnent gueres
dans les fpeculations de la
Philofophie ; & ceux d'entr'eux
qui en ont fait leur étude, ſont
ordinairement moins cftimez
en Angleterre que dans les pays
étrangers. C'eft par cette mêmeraifon,
qu'on y eftime beaucoup
Gaffendi, & qu'on y lit
TIO MERCURE
9
à peine Deſcarte.
On a fait imprimer in folio
les Oeuvres poſtumes de Mr
Hooke ; elles contiennent
1 °. les difcours qu'il a faits devant
la focieté Royale 1 ° fur
l'imperfection de la Philoſophie
naturelle ; 2°. fur la nature,
le mouvement & les effets
de la lumiere ; 3 ° . une explication
hypothetique de la memoire
; 4. fur la pefanteur ,
la gravitation, & l'Aftronomie .
M' Sike , dont le merite eft
connu par pluſieurs ouvrages
qu'il a donnez au public , a eſté
fait Profeffeur des Langues OGALANT
Iir
rientales dans l'Univerfité de
Cambridge. On luy doit cette
juſtice d'avouer qu'il eft un des
plus habiles hommes de l'Europe
pour la connoiffance des
de
langues , & qu'il eft peu perfonnes
qui ait plus de jutteſſe
d'efprit & de difcernement que
luy.
M' Kufter vient de donner
fon Suidas en trois voll . in fol .
on eft furpris , & on abeaucoup
de lieu de l'eftre , de ce que M
Kufter a pû donner en fi
pcu
de temps un ouvrage d'une érudition
fi immenfe. Il fe retire
maintenant en Brandebourg ,
112 MERCURE
fa patrie , où il a une Chaire de
Profeffeur .
M' Samuel Clark , Chapelain
de l'Evêque de Norwich ,
vient de faire imprimer à Londres
un livre qui contient la
fubftance de huit Sermons
qu'il a prêchez en 1704. dans
l'Eglife Cathedrale de S. Paul
de cette Ville , conformément
à la fondation de M' Boyle. Il
a intitulé cet ouvrage : Demonf
tration de l'existence & des attributs
de Dieu , particulierement
pour répondre à Hobbes & Spinoza
, & à leurs fectateurs ; où l'on
établit la veritable notion de la li
GALANT 113
berté, & où l'on prouvefapoffibilité
&fa certitude ,par oppofition à la
neceffité & à la destinée, & c.C'cft
la traduction du titre Anglois,
Il a paru depuis un petit livre
contre celuy de M Clark ;
l'Auteur prétend y démontrer .
1 ° . Que l'hypotheſe ſceptique
dont M' Clark fe fert, nous ôte
entierement les moyens de
connoître la nature ou de prouver
l'existence du vray Dieu
contre Hobbes , Spinoza , &
tous les autres Athées . 2%.
Qu'en ce qui regarde Dieu où
les Efprits , il reduit l'entende-
-ment humain dans un état de
Novembre 1705. K
114 MERCURE
Pyrrhoniſme incurable. On
foûtient que ces deux chefs
font traitez & prouvez d'une
maniere geometrique . Enfin ,
l'adverfaire de M Clark fait
voir que les raifons qu'il a d'être
convaincu le livre qu'il
combat, établit plûtoft qu'il ne
détruit , & confirme plûtoft
qu'il ne refute , l'hypothefe de
Spinoza.
I.
que
d’ê-
On a fait imprimer à Oxford
R. Mofis Maimonidis tractatus
duo 1. de doctrina legis , five edu
catione puerorum . 2. De naturâ
ratione penitentia apud Hebræos
. Et c'eft M' Robert ClaGALANT
115
fort
vering qui en a fait une traduction
latine avec des notes . M
Clavering eft un Profeffeur de
l'Univerfité d'Oxford
connu par fes ouvrages .
Voicy le titre d'un petit livre
de Medecine qui fert de
fupplément à un autre : Samuelis
Dale Pharmacologia feu Manuductionis
ad materiam medicam
fupplementum , medicamenta offisinalia
fimplicia priore libro omiffa
complectens , ut notas generum
charactericas , &c. cum duplici
indice generali,altero nominum
Lynonimorum præcipuorum , alterô
Anglico - Latino in gratiam ty-
Kij
116 MERCURE
ronum. Londini , & c.
Il paroift à Londres depuis
quelques mois , un livre , dont
voicy le titre traduit : L'habitude
de la vertu & de l'obeïffance
qu'exige l'Evangile , pour mettre
l'homme en eftat de pouvoir obtenir
le falut. C'eft à l'occaſion de
certains Theologiens qui fe
font élevez en Angleterre , &
qui fous prétexte de relever le
merite de la mort de Jefus-
Chrift , & le prix de ſa foy ,
renverfent mal- heureufement
la neceffité des bonnes oeuvres ,
que ce livre a efté compofé.
On nomme ces ennemis de la
GALANT 117
ī
Morale Evangelique Antinoméens
, qui veut dire ennemis
de la Loy .
M' Vicuffens , Docteur en
Medecine de la Faculté de
Montpellier , & Membre de la
Societé Royale de Londres ,
vient de faire imprimer à Amfterdam
un Nouveau Systême des
vaiffeaux du corps humain. Ceux
qui aiment les nouvelles découvertes
en matiere de Medecine
, prendront plaifir à la lec
ture de ce livre.
On a imprimé à Leyde la
fuite du Threfor des antiquitez de
cette partie de l'Italie , qui eft prés
118 MERCURE
de la Mer de Genes & des Alpes .
Cet
mes.
ouvrage eft en trois volu-
Le fieur Kuiper , Libraire à
Amfterdam , a donné au public
l'Hiftoire des Guerres civiles
des Espagnols dans les Indes , par
Garcilaffo de la Vega , Auteur de
l'Hiftoire des Incas Rois du Perou.
Le ficur des Vois , Libraire de
la Haye , a imprimé une Hiſtoire
du Roy de Suede ; & le fieur
Huffon , Libraire de la même
Ville , a donné une feconde
édition des Memoires de la Cour
de Vienne , contenant les remarques
d'un Voyageur , fur l'estat preſent
GALANT 119
de cette Cour & fur fes intereſts.
C'eſt le même qui a réimprimé
le Poëte Courtisan , ou les intrigues
d'Horace à la Cour d'Augufte
, ouvrage compofé par M
de Sainville , connu par quantité
d'ouvrages fortis de fa
: plume.
Le S Boom , Libraire d'Amfterdam
a imprimé le Livre
fuivant . Joanni Braunii Gronin◄
gaOmlandia Profefforis Com
mentarius in Epiftolam ad He .
bræos , cum indicibus locupletiffimis
& quibufdam tabulis elegantiſſimis
, in 4° . Il a auſſi publié
Henrici Verduyn difquifitio juri120
MERCURE
dica de Teftamento , atque hæres
ditate Lazari bis mortui , aliorumque
bis mortuorum , in 8 °.
Lugdu
Le S de Hondt , Libraire à
la Haye , debite préſentement
Joannis Voet , Jurifconfulti &
Antecefforis in Academiâ
no-Batava , Commentarius ad
Pandectas , in quo præter Romani
Juris principia ac Controverfias
illuftriores , Fus etiam hodiernum
& præcipua Furis quæftiones
excutiuntur,pars hæc pofterior continet
octo & viginti Libros pofteriores.
Haga Comitum apud
Abrahamum de Hondt 1704. in
folio . Le meſme Libraire a auſſi
achevé
GALANT 121
part
achevé l'édition du premier
volume de ce livre ; il vend
prefentement tout l'ouvrage
complet , & le dernier à
pour ceux qui ont le premier.
Le Pere Jean-Marie Amati,
Jefuite, natif de Palerme , forti
d'une famille Patricienne , va
bien - toſt donner au public un
Concile Provincial de Palerme,
tenu l'an 1 388. par le Cardinal
Loüis Bonite , Archevêque de
Palerme , fa patrie , & Legat du
faint Siege vers Ladiflas Roy
de Naples . Il joindra aux Ates
de ce Concile,des Notes hiftoriques
& des éclairciffemens, par
Novembre 1705 . L
122 MERCURE
rapport au Droit Canon. Mat
thieu de Fugardo , Evêque de
Gergenti , & François de Regno
Evêque de Mazara , tous deux
Palermois , fe trouverent
à ce
Concile , & Louis de Giudice,
né dans la même ville , tint la
place d'Antoine
de Vulpone
Evêque de Malte. Le Concile
confirma d'abord fix Canons
d'un- Concile précedent
, & en
fit vingt - quatre nouveaux.
Matthieu Urfin , Archevêque
de Palerme , avoit prefidé au
Concile précedent , & le même
Fugardo Evêque de Gergenti y
avoit affifté avec Roger de
GALANT 123
1
fa
Platia, Evêque de Mazara. L’Eglife
de Malte étoit vacante
an 1372. qui fut l'année de
la celebration du Concile. Le -
Pere Amati a beaucoup éclairci
, dans les Prolegomones
l'hiftoire Ecclefiaftique de Sicile
; il y traite de dix-fept Conciles
Provinciaux ou Nationnaux
celebrez en Sicile ; des
Archevêques de Palerme qui
ont préfidé à quelques- uns de
ces Conciles , ou affifté à un
Concile general ; des Papes
Agathon & Sergius , citoiens
de Palerme , & des Conciles
qu'ils ont convoquez . Dans les
Lij
124 MERCURE
notes , il marque les differentes
leçons de trois Manufcrits ; il
y fait voir la conformité des
Canons du Concile qu'il public
avec ceux des autres Conciles ;
& il rapporte avec foin les anciens
ufages de la Sicile .
Le même Auteur travaille à
un ouvrage confiderable fur
les monnoyes de Sicile , depuis
les temps les plus reculez . Son
recueil qui eft beaucoup plus
ample que tous ceux qui ont
parû , contiendra des Medailles
Puniques , Romaines , Byzantines,
des monnoyes desSarrazins,
des Roys Normands , des EmGALANT
125
3 pereurs de la maifon de Suabe,
des Roys des maifons d'Anjou ,
d'Arragon , de Caftille , d'Autriche
& de Bourbon . Cet ouvrage
aura pour titre Sicilia
Numifmatica
с
On diftribue à Londres le 1 '.
& le 2 tomes d'un ouvrage qui
en aura plufieurs , & qui fervira
beaucoup à éclaircir l'hiſtoire
d'Angleterre & de France . C'eſt
un recueil des traitez que les
Rois d'Angleterre ont faits
avec les autres Princés , tirez des
Archives Royales : Ce volume
qui eft Latin , renferme les trairez
faits par Henri I. & les Rois
Liij
126 MERCURE
fuivans , jufqu'à la premiere
année d'Edouard I. C'eft aux
dépens de la Reine Anne que
l'ouvrage s'imprime , elle en
fait des prefens , & on ne le
vend point.
EXTRAIT
D'une Lettre de Pondichery,
cofte de Coromandel , aux
Indes Orientales ,du premier
Octobre 1704.
Le petit Vaiffeau le Marchand
des Indes , parti de France le s
Fanvier 1704. & arrivé icy le
GALANT 127
11 .
Juillet, ma apporté une de vos
lettres. Je vous en fuis infiniment
redevable, & des bonnes & grandes
nouvelles
Mr le Chevaque
lier Martin nôtre Gouverneur
m'a communiquées. Les deux
Vaiffeaux qui apporterent l'année
derniere Mr le Patriarche d'Anque
le 6. de
ils
tiocke , n'arriverent
Novembre
, mois
le plus hazardeux
de toute
l'année
; en quoy
ont été trés-heureux
, ayant
beaucoup
rifqué
. Ils eurent
alors l'Eté
S. Martin
, & ils ont continué
à
être heureux
par les richeffes
qu'ils
ontpris & emporté
; pourvû
qu'ils
foient
arrivez
à bon port & fans
128
MERCURE
mauvaife fortune , leur voyage
fera plaifir au Roy & à la Com
Je me fers de pagnie .
la voye de Dannemark pour vous
écrire.
L'Etat de
Pondichery eft affez
floriffant , la Fortereffe eft bien
avancée ; il y a trois baftions reveftus
, un Ravelin , & un ouvrage
à corne de faits , &le tout
entouré de foffez , chemins couverts
, paliffades , glacis dans les
formes : ce qui est tout nouveau
dans les Indes. Le reste de laplace
eft bien fermé & hors d'infulte ;
& le tout eft dans un état qui
empêche qu'on ne craigne les Hol
GALANT 129
landois , comme on faifoit autrefois
, outre que la Garnifon eft
bonne. La ville eft bien augmen
tée, toute autre qu'elle n'étoit
du temps des Hollandois. Fugez
en par la feule rente du tabac &
du bethel, qui ne rendoit aux Hol
landois que 600 pagodes ( c'eſt
ce qui répond à nôtre demy
louis ) à prefent on l'afferme
2400 pagudes ; & ainfi du reste.
Dans les commencemens je n'avois
pas 200 Chrétiens dans ma
Paroiffe des Malabars , & à prefent
j'en ay plus de douze cens ;
& ils augmentent tous les jours.
Mr le Patriarche a toûjours de◄
130 MERCURE
meuré chez nous avec tout fon
monde, c'est à dire ,douze à quinze
perfonnes qu'il nous a fallu loger.
Il a prefque toûjours été malade
&fon mal a degeneré en une furieufe
fluxion ou espece de paralyfie
,fur tout fur les deux bras dont
il ne pouvoit s'aider , & il a commencéfeulement
depuis Pâques
les remuerpeu à peu , & il a officié
à la Pentecofte , donné la Confirmation
& ari ; mais toujours avec
peine. Il eft party pour la Chine
fur un vaiffeau de Manille , c'eſt
à dire, un vaiffeau Armenien qui
alloit aux Philippines , & de- là
à la Chine. Il partit juſtement le
GALANT
131
le Marchand des
=
même jour que
Indes arriva à notre Rade ; on eut
le temps d'ouvrir les paquets &
de luy lire les principales nouvelles
qui étoient dans vos lettres. J'en
fis l'abregé que j'envoyay aux
Peres des Philippines, avec qui j'ay
grande correfpondance.
Le Grand Mogol vit encore
&gouverne àfon ordinaire . Il a
toujoursfes ennemis les Marattes,
ilsfont actuellement à huit ou dix
journées d'icy, vers le Cap de Comorin,
en grand nombre ; é
ils donnent de la tablature au Nababe-
Daoudkam, qui eft le General
du Mogol de l'armée de ces
132 MERCURE
quartiers- cy. On dit qu'ilsfe battent,
d'autres nouvelles difent que
ce Nababe leur a donné de l'argent
afin de paffer d'un autre cofté;
on ne fçait pas au jufte ce qui en
eft. On me dit hier que les affaires
de Suratte font plus brouillées
quejamais, & que le Mogol avoit
interdit le commerce , & ordonné
qu'on fist payer aux Anglois &
aux Hollandois , les derniers vaiffeaux
pris par leurs Corfaires ; on
croit que cela va engager les Hollandois
à faire quelqu'autre entreprise
fur Suratte pourfe dédom
mager de la grande perte qu'ils
font.
GALANT
133
L'an paffé ils bloquerent leport
de Suratte avec huit à dix vaiffeaux
; on dit qu'ils y en tiendront
davantage qu'ils feront
une deſcente.
Vous aurez fçu la nouvelle revolution
de Siam. Pitratcha eft
mort dés le commencement de 1703 .
୧୮ le Prince fon fils aîné luy
fuccedé , a fait tuer
le jeune
Prince âgé de 14 ou 15 ans, qui
étoit fils de Pitratcha & de la
fille du feu Roy nôtre bon ami ,
Pitratcha époufa aprés s'être .
emparé du Royaume . Le nouveau
Roy n'eft point aimé , il a beaud'ennemis
& une groffe guerre
que
coup
134 MERCURE
qui luy a étéfufcitée par le Gouverneur
de Ligor, qui s'eft revolté
s'estfait declarer Roy ; il a un
grand party. C'est tout ce que
m'en mande Mr de Cicé Evêde
Sabulle demeurant au Seque
minaire de Siam ; fa lettre eft
du 8.Octobre 1703. Il ajoûte que
le nouveau Roy auroit bien voulu
avoir des François àfon fecours,
luy qui ne les aimoit guére autrefors.
GALANT
135
EXTRAIT
D'une autre Lettre de Pondichery
, de cette année.
Les deux vaiffeaux du Roy,
fous le commandement de Mr de
Pallieres, pour l'Escorte des deux
vaiffeaux de la Compagnie deftinez
pour Suratte , en furent détournez,
par la raison que je vais
vous dire. Ils prirent ,fur la côte
de Malabar, un vaiſſeau Anglois
qui alloit porter des rafraîchiffemens
à ceux d'Angleterre & de
Hollande qui bloquoient le
Suratte au nombre de 7. vaiffeaux
Hollandois, deux Fregates trois
port
de
136 MERCURE
moindres Bâtimens . L'avis de cette
prife les fit revirer de bord pour
venir à Pondichery. Ils firent eau
à Andagarapour,fur la même côte
Malabar; venant à Calicut
ils rencontrerent deux Fregates de
guerre Portugaifes de Goa , dont
T'une étoit de 28 canons & de
200 hommes d'Equipage, & l'autre
de 22 canons & de 150 hommes.
Lapremierefut bien-toft prife;
la feconde étant comme renduë,profita
d'un grain de vent & de la
nuit pour s'échaper ; on la fuivit
on la fit amener pavillon, aprés
300. coups de canon. Comme on
n'étoit pas loin de Goa , on ne
GALANT 137
"
-
voulut pas fe charger de tant de
prifonniers on les renvoya
tous fur la plus petite Fregatte.
Nos Meffieurs vinrent fe rafraîchir
à Calicut , d'où nous reçûmes
des nouvelles par terre au travers
de l'Inde, en 18. jours ; aprés quoy
ils prirent leur route pour Pondichery
, où ils arriverent vers la my-
Fanvier de cette année : &par le
plus grand bonheur du monde,
la hauteur de Pondichery, à vingt
lieuës au large , nos Pilotes fe
croyant encore loin de terre , ils
rencontrerent un beau
vers
grand
Vaißeau Hollandois de 56. cahommes
d'équipa nons , de 2 jo .
Novembre 1705 M
138 MERCURE
ge , & qui portoit un Commiffaire
Hollandois , envoyé de Batavia
pour visiter la Cofte de Coroman
del. Mr le Baron de Pallieres alla
nous
le reconnoistre de prés ; le combat
ne dura pas demi- heure , & ils eurent
en très - peu de temps plus de
cinquante hommes hors de combat,
tuez ou bleſſez , entr'autres le Capitaine
& le Marchand :
neperdîmes perfonne . Le Commif
faire fit amener le Pavillon & fe
rendit. On a trouvé fur ce Vaiffeau
prés de 5000. Caiffes de
Cuivre , & deux Caiffes d'or ,
avec plufieurs autres riches Marchandifes
; on eftime cette priſe en-
}
GALANT 139
viron cing cens mille écus . Les Hollandois
ont dit qu'ils aimeroient
mieux avoir perdu deux ou trois
autres Vaiffeaux Marchands qu'-
un Commiffaire . On l'a traitéfort
honneftement , & le Gouverneur
de Negapatam , qui eft Gouverneur
general de la Cofte de Coromandel
, envoya deux Députez
traiter de la rançon des prifonniers.
Le tout s'eft accommodé,
on a fait avee eux un accord
fort avantageux pour nous ; c'est
une tréve ou fufpenfion d'armes
pour deux ans , tant par mer que
par terre a 25. lieuës au large ,
entre les François les Hollan
pour
Mij
140 MERCURE
dois depuis l'Ile de Zeilan jufqu'à
la pointe des Palmiers , vers le
Gange , qui eft le diſtrictdu Commißsaire.
Ces Vaiffeaux ont fait
revivre Pondichery. En Juillet on
avoit donné prefque tout le capital
aux Marchands du Pays pour
avoir des Marchandifes : ce qui
obligea Mr le Chevalier Martin
d'envoyer un petit Bâtiment à
l'Ifle Bourbon , afin d'en tirer tout
l'argent que la Compagnie y pouvoit
avoir ; & le Vaiffeau
Marchand des Indes fut envoyé à
Calicut pour charger du poivre.
En fon chemin, il prit unpetit bâtiment
Anglois qu'il rançonnapour
GALANT 141
gros
fix mille écus. A la hauteur de Calicut,
il fut attaqué par deux
Vaiffeaux Hollandois qui le canonerent
plus d'un jour , ces Vaiffeaux
eftoient de 30.à 50. pieces ,
&le nostre n'est que de 20. canons
, encore ne les a-t- il pas ; il
fe battit avec autant de vigueur
d'opiniâtreté, il n'eut aucun de
Jes gens de tuez , & il incommoda
fort les Hollandois qui fe retirerent.
Ce Combat a fait beaucoup
d'honneur aux François , fur tout
à Mr Bonneau , Capitaine de ce
petitVaiffeau . Mr Martin luy a
donné le commandement du Phenix
; c'est le nom de la prife
que
142 MERCURE
J
Hollandoife , percée pourfoixante
canons & qu'on équipe pour
aller à Bengala , & peut- eftre de
là en France ; c'est un beau &
grand Vaiffeau tout neuf. Je ne
vous ay pas ditpourquoy les Hollandois
ont tant de Vaiffeaux à
Suratte ; c'eft qu'ils veulent obliger
le Mogol à leur reftituer de
groffes fommes d'argent que le
Gouverneurde Suratte les a forcez
de donner avec un écrit qu'ils ont
paſſe par force. Ils veulent
avoir raifon & retirer leur monde
de Suratte , & ils menacent de le
piller; on nefçait encore ce qui en
fera.Voilà , Mr, les nouvelles de
GALANT 143
n ces quartiers. Nous avons d'autres
nouvelles de nos Miffions , que
vous me difpenferez difpenferez de vous dire
icy, puifque vous les pourrez apprendre
par le Pere Boucher qui
repaffe en France , & qui a esté
un des principaux Apoftres de cette
Miffion , ayant luy feul baptife
plus de vingt- cinq mille ames ;
vousferez ravi de l'entretenir , &
il vous dira de tres - belles chofes..
Hleft parti avec des Memoires auffi
curieux , qu'édifians ..
Le 4. du mois de Septembre
dernier M' le Comte Frederic-
Charles de Schonborn , Cha
144 MERCURE
noine de Bamberg & de Wirtzbourg
, Prévost de l'Eglife de
S. Albon de Mayence , nevcu
de Monfieur l'Electeur de ce
nom , & fils de M' le Comte
Frederic de Schonborn qui eſt
Confeiller d'Etat , & qui , quelques
jours auparavant , avoit
prefté le ferment pour cette dignité
, arriva à Vienne & il y
prit poffeffion de la dignité de
Vice-Chancelier . Il y a deux
fortes de Juftice dans l'Empire;
l'une qui s'éxerce dans les Tribunaux
generaux , & l'autre
dans les Tribunaux particuliers.
Tous les Princes , Etats,
GALANT 145
B
J
T
1.
S
& membres de l'Empire , ont
droit de Juftice Souveraine dans
l'étendue de leurs Fiefs ; mais
en certains cas on en peut appeller
à la Chambre Imperiale
de Spire , ou au Conſeil Aulique
. Dans ces Jurifdictions particulieres
on fuit les Loix de
l'Empire , qui font les Conftitutions
anciennes, la Bulle d'or,
la pacification de Paffaw , les
Traitez de Weftphalie , le droit
Saxon établi par Charlemagne
dans la Saxe , & le Droit Ro
main établi par l'Empereur Juftinien
, qui s'obferve dans tous
les lieux où le Droit Saxon n'eſt
Novembre 1705. N
146 MERCURE
point reçu. Il y a deux Tribu→
naux generaux
; le premier eft
la Chambre
Imperiale
de Spire ;
l'autre eft le Confeil Aulique
de
l'Empereur
: & ce font ces deux
Cours Superieures
qui ont une
Jurifdiction
univerfelle
& en
dernier reffort fur tous les Sujets
de l'Empire. La Chambre
Imperiale
eftoit autrefois
ambulatoire
; elle fut établie à
Augfbourg
l'an 1473. par Frederic
I V. elle a enfuite tenu fa
féance à Francfort
, à Wormes
,
à Nuremberg
, à Ratiſbone
, à
Eftingen , & enfin l'an 1527. à
Spire , où Charles-Quint la
GALANY 147
rendit fedentaire en 1530. Par
les Traitez de Weftphalie , elle
doit eftre compofée d'un Juge
Catholique , de quatre Prefidens
, deux Catholiques & deux
Proteftans , & de cinquante
Confeillers , vingt- fix Catholi-
$ ques & vingt - quatre Proteftans
. Le nouveau Vice- Chance-
10- lier eft neveu de Monfieur l'Electeur
de Mayance , qui l'a
nommé à cette dignité . M' le
Comte de Schonborn , frere de
cet Electeur , & qui a eu une
charge de Confeiller d'Etat ,
l'a meritée par de longs fervices
, & par fon attachement
Nij
148 MERCURE
aux interefts de la Maifon d'Au
ftriche. Je vous ay parlé plufieurs
fois de la Maifon de
Schonborn.
M' le Comte Gundaker
de Staremberg , préta auffi ferment
pour la Charge de Prefident
de la Chambre Imperiale .
J'ay parlé de l'origine de cette
Chambre dans l'article précedent
; & je dois ajouter icy ,
qu'il faut que le Juge foit Prince
, Comte ou Baron , & que
deux des Prefidens foient d'épée
& deux de robe . Le nombre
des Officiers de cette Cour ,
n'eft plus fi grand qu'il a efté.
GALANT 149
Elle eft feulement compofée de
Monfieur l'Electeur de Treves
qui en eft le Juge comme Evefque
de Spire ; de deux Prefidens ,
un Catholique & l'autre Proteftant
; & de quinze Confeillers
, huit Catholiques & fept
Proteftans : la fituation des affaires
d'aujourd'huy ne permettant
pas d'y entretenir un
plus grand nombre d'Officiers.
Quant au Confeil Aulique
il cft établi par l'Empereur qui
en nomme tous les Officiers.
C'eft un Tribunal qui eft devenu
redoutable en Allemagne,
depuis qu'on a voulu foumet-
Niij .
150 MERCURE
tre à ſa Jurifdiction les Princes
d'Allemagne. Le nom de Staremberg
qui eftoit déja celebre,
l'eft devenu davantage par la
belle deffenfe que fit en 1683 .
le Comte Conrad - Balthazard
de Staremberg , Chevalier de
l'Ordre de la Toifon d'or
Confeiller au Confeil d'Etat
du feu Empereur , fon Camerier
, Gouverneur & Prefident
du Confeil de la Regence de
l'Auftriche inferieure , durant
le fiege de Vienne. Ce genereux
Comte mourut fort vieux à
Vienne en 1687.
Le 5. du même mois , M'le
GALANT 151
20
1
E
Cardinal de Lamberg prefta le
ferment pour la Charge de
Confeiller d'Etat . L'Empereur
a trois fortes de Confeils pour
les affaires de l'Empire ; le premier
eft le Confeil d'Etat, compofé
d'un Prefident & de vingtquatre
Confeillers , qui font
des Princes & des Comtes de
1 Empire , & autres Seigneurs
confiderables , avec dix Secretaires
pour l'expedition des
Lettres & des Arrefts . Le fecond
Confeil eft celuy des Finances,
compofé de deux Prefidens ,
deux Directeurs , & de quatorze
Affeffeurs , avec fix Secretaires.
N iiij
152 MERCURE
Le troifiéme eft le Confeil Inperial
de Guerre ; il eſt compofé
de deux Prefidens , qui font
Generaux d'Armée , & de ſept
Confeillers qui font Maréchaux
de Camp , Majors generaux
& Colonels , avec leur
Directeur general , les Greffiers
&c. M' le Cardinal de Lamberg
eft fi connu dans 1 Europe,
que je ne vous en dis rien
davantage ; la part qu'il a cu
aux plus grandes affaires qui fe
font paffées en Allemagne depuis
quelques années , l'ont fait
juger capable de remplir les
poftes les plus confiderables .
GALANT 153
en
ma
fo
Le Duc de Wolfenbuttel a
efté
reconnu pour l'un des Directeurs
du Cercle de la baſſe-
Saxe , à la place du feu Duc de
Zell . Ce Duc defcend d'Henry
de Brunſwich , Duc de Calemleberg
& de Wolfenbutel , qui
époufa en premieres nôces Sophie
fille de Boleflas , Duc de
Pomeranie, & en fecondes Marguerite
, fille de Guillaume ,
Landgrave - de Hcffe , il mourut
en 1416. ne laiffant de
cette derniere alliance qu'Henry,
qui n'eut qu'une fille, & Guillaume
le Vieil ou le Victorieux ,
parcequ'il remporta ſept Victoi
UNI
de
154 MERCURE
res . Le Cercle de la baffe-Saxe
comprend les Duchez de Brunſwich
, de Lunebourg , de Magdebourg
, de Bremen , de Meckelbourg
, d'Holface , & de
Lawembourg; les Principautez
de Ferden , d Halberstadt , &
l'Evêché d'Hidelsheim . Les
Geographes regardent ordinai→
rement la Saxe , ou comme un
Electorat , ou comme une Region
plus étendue , & c'eft de
cette derniere maniere qu'on la
divife en Cercle de la baffe , &
en Cercle de la haute Saxe.
Le 29. de Septembre dernier
, M' le Marquis de Prié
GALANT 155
fit fon Entrée publique à Vienne
en qualité d'Ambaſſadcur
Extraordinaire de Monfieur le
Duc de Savoye. Ce Marquis
eft d'une des meilleures Maifons
des Etats de Savoye : il a
& porté les armes dans fes
premieres
années ; & il a efté enfuite
employé dans le Miniſteoù
il a donné des marques
de fon habileté . Cependant le
fuccés n'a pas toujours couronné
fes entrepriſes ; mais le zele
qu'il a marqué dans ces occafions
pour le Duc fon Maître,
n'eſt pas moins digne de loüanges
. L'entrée de ce Miniftre à
Ic ,
156 MERCURE
Vienne a efté tres-magnifique ,
& l'on y a dit hautement, qu'elle
ne répondoit pas à l'état où ſe
trouvoit fon Maître.
Il eft furprenant que plufieurs
Princes Chrêtiens fouffrent
dans leurs Etats , ces bandes
de voleurs & de vagabonds
appellez Bohemiens , qui n'ayant
ni domicile affecté , ni religion
, ni honneur , commettent
toutes fortes de crimes , & ne
vivent que de brigandages . Le
nombre de ces fainéans s'eftoit
tellement accru depuis quelquesmois
à Madrid , qu'on s'eft
vû obligé, en imitant ce qu'on
GALANT 157
1
fix
a fait en France à cet égard ,
d'y publier une Ordonnance,
où on ne leur donne . que
jours pour fe retirer ailleurs ,
fous de groffes peines afflictives.
Cette Ordonnance , que le
Roy d'Eſpagne a fait rendre
par fon Confeil , marque l'attention
de ce Prince , à entretenir
le bon ordre dans fes
Etats , & à en profcrire le vice
& l'impunité .
Sa Majefté Catholique a
nommé à l'Evêché de Cuenca
Dom Miguel del Olmo , Grand
Chancelier du Duché de Milan
, & cy-devant Auditeur de
158 MERCURE
Rote. Cuenca eft une Ville
d'Eſpagne dans la Caſtille- neuve
, avec Eveſché fuffragant de
Tolede . Cette Ville eft fituée
fur une colline , entre deux rivieres
& de hautes montagnes
;
on croit que c'cft l'ancienne
Valerie , qui ayant eſté détruite
par les Maures , fut rebâtie par
Ie Roy Alfonſe IX . & par l'autorité
du Pape Luce III . qui y
établit un Evêque , qui fut Jean
Jannery. Dom Miguel del Olmo
a cité employé pendant un
fort grand nombre d'années
dans les affaires Ecclefiaftiques.
Les dignitez de grand ChanceGALANT
159
・
L -
lier du Duché de Milan &
d'Auditeur de Rote pour l'Efpagne
, marquent la confiance
que l'on avoit en luy , & font
une preuve de fon merite . Ce
Prelat joint à fes qualitez perfonnelles
, une naiffance tresconfiderable
, & le nom qu'il
porte eft tres -connu en Eſpagne.
La dignité de grand Chancelier
eft tres - grande dans le
Duché de Milan ; elle y fut établie
il y a plufieurs fiecles . Je
ne dois pas oublier que d'environ
cent trente Prelats qui ont
gouverné l'Eglife de Milan ,
y en a trente- cinq au Catalo160
MERCURE
gue des Saints , entre lefquels
S. Ambroife & Saint Charles
Borromée font les plus connus .
Sa Majefté Catholique a auffi
donné la Prefidence du Confeil
d'Arragon, qu'avoit M' le Duc
de Montalto , à M' le Comte
d'Aguilar. Cette Preſidence eſt
le pofte le plus confiderable apres
celle de Caftille; parce que
dans le rang des Royaumes dépendans
d'Espagne, celuy d'Arragon
fuit celuy de Caftille . M
le Comte d'Aguilar eft d'une
naiſſance tres - illuftre , & il a
l'honneur d'appartenir aux plus
grandes Maifons d'Eſpagne ;
GALANT 161
18
Or
ed
fon nom eftoit déja dans une
grande confideration fous le
regne du Roy Ferdinand . Son
trifayeul alla à la
>
guerre
de Grenade
, où
il eut
un
commandement
tres
- important
:
Il fit
de beaux
faits
d'armes pour
parler
le langage
de
ce
temps
- là , au fiege
de cette
Ville
; & il merita
dans
plufieurs
occafions
de
grands
éloges
du
Roy
Ferdinand
. Ce
Prince
l'en- voya
enfuite
à Rome
pour
remercier
Alexandre
VI
. du
ti- tre de Catholique
que
ce Pape
ve
noitde
donner
à ce Monarque
, à caufe
de la guerre
de Grenade Novembre
1704
162 MERCURE
Le Roy d'Eſpagne a donné
la Charge de Major du Regiment
d'Infanterie des Gardes
Eſpagnoles , à M' le Comte de
Lançarote. Il eftoit à la Bataille
de Luzzara en 1702. & il fut
un de ceux qui ſe diſtinguerent
le plus à cette grande Journée.
Il fuivit depuis le Roy fon
Mailtre à la 1 Campagne de
Portugal. Il entra des premiers
dans le Portugal , à la teſte d'un
getit Corps qu'il commandoit.
La Maiſon de ce Seigneur eft
originaire de l'Andalouſic , où
elle a tenu un rang confiderable
dés le temps que ce Pays
IC
GALANT 163
2
avoit fes Princes particuliers
& qu'il eftoit indépendant .
La Charge d'Auditeur des
Armées de Terre & de Mer ,
a eſté donnée à Dom Eufebio
de Leon. Cet employ donne
une grande autorité à celui qui
en eft revêtu . On ne doute
pas
que Dom Eufebio de Leon ne
s'en acquitte bien , ayant déja
donné des preuves de ſa fa capacité
& de fon attention au fervice
de fon Maiſtre dans plufieurs
occafions . Il eft d'une
famille qui s'est toujours attachée
à donner des marques de
fon zele à fes Souverains . Son
•
O ij
164 MERCURE
pere & fon ayeul furent employez
dans les charges dés
qu'ils entrerent dans le monde ;
& la Cour d'Espagne eut lieu
d'eftre fatisfaite de leurs fervices.
Leur famille eft originaire
de l'Arragon , & aprés y avoir
demeuré pendant quelques fiecles
, elle paffa dans la Caftille
aprés le mariage du Roy Ferdinand
avec la Reine Ifabelle.
Cette famille a donné deux.
Saints Religieux à l'Ordre des
Hieronymites ; & c'eſtavec un
Religieux de ce nom ,que Charlequint
, lors qu'aprés avoir abdiqué
tous les Etats , il ſe fut
GALANT 165
retiré dans une maifon de cet
Ordre , fe plaifoit le plus , & il
eftoit prefque toûjours avec
luy. Ce qui n'a pas efté remarqué
par les Hiftoriens de ce
Prince , parce qu'ils ne parlent
prefque plus de luy aprés fa
retraite .
Ce qui fuit merite de vous
cftre envoyé.
EXTRAIT
D'une Lettre de Conftantinople
du dernier Septembre.
Le Prince Emeric Tekely moudu
mois paffé dans fon. rut le 13 .
166 MERCURE
Chiflick ( ou maison deplaifance )
proche de Nicomedic. Il a fait le
Secondfils du Prince Ragotzkifon
heritier de toutes les Terres & de
toutes les Principautez qu'il poſſedoit
, tanten Hongrie qu'en Tranf-
Lylvanie ; & il a donné le reste de
fes biens à fes domeftiques , & aux
Hongrois qui étoient auprés de lui .
Il a ordonné que fon corps fût porté
en Hongrie , pour être inhumé
dans le tombeau de fes anceftres.
· Le Prince Ragotzki a convoqué
une Diette generale dans la
plaine de Rakoz , prés de Peft,
pour déliberer fur les offres que
l'Empereur fait aux Hongrois de
GALANT 167
1
les conferver dans leurs privileges,
&aux Tranffylvains de s'élire un
Prince fuivant leurs coûtumes.
Comme ces peuples fe méfient extrémement
de l'Empereur , l'on eft
perfuadé que leur refolution fera
de continuer la guerre . Il est ici
arrivé un Secretaire du Prince Ragotzki
qui affure que les Armées
d'Hongrie de Transylvanie
font compofées de plus de fix- vingt
mille combatans
, bien armez &
bien difciplinez , & marchants en
bon ordre ; ce qui a été confirmé
par tous les Officiers qui font venus
d'Hongrie . Ces troupes font payées
regulierement tous les mois de la
168 MERCURE
que
monnoye du Prince ; mais à la verité
trés- mauvaiſe , n'étantpresque
de cuivre. Cependant
on ne
laiße pas avec cette monnoye de
trouver le neceßaire. On parle du
Prince Ragotzki , comme d'un
Heros , qui voit & fait tout par
lui-mefme , d'un efprit fuperieur.
aux autres , & d'une capacité diftinguée.
Les Turcsfefont contentez jufqu'à
prefent de fortifier le paffage
de Kerch , Binder , du côté du
Nieper.
Le Grand Vizir vient de rendre.
unfervice important àſon Maître,
en découvrant une confpiration
formée
GALANT 169
7,
formée pour le détrôner , &pour
mettre enfa place fon Coufin İbrabim.
Le foulevement avoit commencé
dans le temps que le Grand
Seigneur nefongeoit qu'àfe divertir
dans les bois qui font prés de
Conftantinople ; mais le Vizir a
fi bien fçû prévenir le mauvais
deffein des foulevez , qu'à peine
étoient- ils attroupez qu'ils furent
diffipez.
Mr de Ferriol, Amaſadrur de
France , a enfin terminé l'affaire
de la Mezeterie , dont les Turcs
ouloient augmenter confiderablement
le droit ; il l'a défendu avec
tant de vivacité , qu'il en eft venu
Novembre 1705.
P
170 MERCUR
E
م و س
à bout. Cette affaire intereffoit
beaucoup le commerce de France ,
de toutes les nation's Chrétiennes.
Ce droit eft destinépour l'entretien
des Mofquées & de la
Sultane- Mere ; il a été reduit
fur le pied de l'ancien Tarif.
Le Roy a donné l'Abbaye
de faint Maurin à Mr l'Abbé
Hebert, Grand-Vicaire d'Agen.
Cet Abbé eft frere de Mr l'Evêque
d'Agen ; il a beaucoup
de merite , & il a donné des
marques de fon zele pour le
fervice de Dieu dans l'Eglife de
faint Mederic fa Paroifle , où il
a fait durant quelques années
GALANT 171
les fonctions de fon miniftere .
Quand fon frere fut nommé
Evêque d'Agen , il l'attira auerprés
de luy , & il le chargea de
Îa conduite d'une partie de ſon
Dioceſe . Cet Abbé y eſt generalement
eftimé ; une grande
bb application à fes devoirs , un
grand zele fur tout pour la
fanctification de fon prochain,
l'ont rendu cher au peuple
d'Agen. L'avantage qu'il a de
travailler fous un frere auffi zelé
qu'éclairé , font pour luy de
e grands motifs d'émulation .
Ager
TE
LICOUS
é da
Our
k
ou!
ones
Celle de S. Jacques de Beziers
a été donnée à Mr l'Abbé de
Pij
172 MERCURE
Barcos , fils de Mr de Barcos
Intendant de Mr le Maréchal
de Villeroy . Cet Abbé demeure
auSeminaire des bons Enfans,
où il fe prépare pour entrer
dans la prochaine Licence ; il y
eft fi appliqué à fes devoirs,
qu'il s'y prive prefque cntierement
du commerce du monde.
En effet , on admire dans ce
jeune Abbé un goût extraordila
folitude ; il n'en
pour
fort jamais que pour des affaires
encore plus effentielles que
celles qui l'y attachent , & il a
donné ordre à la porte de ne
le laiffer parler à perfonne. De
naire
GALANT 173
DIS
ATA
5 C
ord
que
ila
ene
D
fi grandes femences de vertu
produiront fans doute un jour
leur fruit.
•
L'Abbaye de la Joye , de
l'Ordre de Ciftcaux , dans le
Docefe de Vannes en Bretagne
, a efté donnée à M° de
Blanchefort. Le choix du Roy
fait connoiftre qu'elle eft digne
du
gouvernement qui luy
eit confié. Je vous ay amplement
parlé de fa Maiſon , en
1702. dans l'article du Mariage
de M' le Marquis de Blanchefort.
Me de la Richardie a cu
l'Abbaie de Bonlieu ; & M
P iij
174 MERCURE
l'Abbé Flament a eu le ferment
de fidelité de l'Eglife de
Nevers . Cet Abbé cft un
excellent Theologien ; & le
nouvel Evêque de Nevers qui
eft parfaitement inftruit de
fon merite & qui avoit fouhaité
de l'avoir dans fon Eglife,
luy a marqué la joye qu'il ref
fentoit de la nomination du
Rov en fa faveur.
į M Gafton Jean- Baptifte de
Choifeul , Marquis de Praflin
, Lieutenant general pour
le Roy en Champagne & Brie ,
Gouverneur de Troyes , Lieutenant
general des Armcés de
GALANT 175
T
1
fa Majefté , mourut au Palais
de Milan le 23. Octobre , âgé
de 46. ans , des bleffures qu'il
avoit reçues au combat de
Caffano en Lombardie , aprés
s'eftre mis à la tefte de l'Infanterie
pour la remener à la charge.
Ce Marquis eftoit fils
petit - fils de M's de Choifeul
, Comtes d'Hoſtel , premiers
Gentilshommes de la
Chambre de Gafton Duc d'Orleans
, Gouverneurs de Bethume
, & neveu des Marefchaux
de Choifeul , du Pleffis- Praflin
& d'Eftampes . Il fit ſa
miere campagne en Allemagne
pre-
Piiij
176 MERCURE
dés l'âge de 15. ans fous M*
de Luxembourg , il ſe ſignala ,
tant à la priſe de Valenciennes ,
où il entra des premiers l'épée
à la main , qu'à la bataille de
Caffel & à la prife de S. Omer ;
il fe trouva aux Sieges de
Dixmude de Courtray &
d'Ipres , & il fut même bleſſe
dangereufement à la tefte , à ce
,
dernier. Il fervit utilement à
la bataille de Fleurus & aux
combats de Leuze & de Steinkerque
; il ne fe diftingua pas
moins à la bataille de Neerwinde
, à la tefte de fon Regiment
qui y fouffrit beaucoup .
GALANT 177
11
altaux
Pinct-
A
Il fut fait Lieutenant general
aprés l'affaire de Cremone
où il avoit également donné
des marques d'une grande valeur
& d'une grande conduite ;
il n'en a pas moins fait paroître
dans toutes les autres actions
qui fe font paffées en Italie ,
dans le cours de cette guerre.
Il a efté Gouverneur de Mantouë
& Commandant
des troudes
deux Couronnes dans
le Mantoüan . Il fe trouva aux
fieges de Verceil & de Verüe ,
& enfin au Combat de Caffano
, où aprés avoir eu la main
fracaffée d'un coup de fufil , il
pes
178 MERCURE
continua de combatre avec
avantage ; mais ayant reçu
un
coup de moufquet
au travers
du corps
, il fut
mis
hors
de
combat
, ce coup
luy
ayant
offenfé
la hanche
. Il a fouffert
des
maux
incroyables
pendant
foixante
jours
, mais
avec
une
tres -grande
fermeté
, accompagnée
d'une
veritable
pieté
&
d'une
grande
refignation
. L'illuftre
Maifon
de Praflin
finit
en fa perfonne
, n'ayant
laiffé
que
Dlle
Charlotte
- Françoiſe
de
Choiſcul
- Praſlin
, qu'il
a
eu
de fon
Mariage
avec
D
Françoife
de
Choifeul
- Praflin.
GALANT 179
:D:
Praldar
UC
Dlle Anne - Madelaine Potier
de Trefmes mourut le 26 .
Octobre dernier , aprés une
longue maladie , ayant reçu
tous fes Sacremens avec les
marques de picté qui luy étoient
ordinaires . Elle eftoit
fille de Mr René Potier , Duc
de Trefmes , Pair de France
Capitaine de la premiere
Compagnie des Gardes du
Corps , premier Gentilhomme
de la Chambre , & Gouverneur
du Maine & Perche , & de
Haute Princeffe Madame Marguerite
de Luxembourg. Elle
avoit choifi l'état de fille
*
180 MERCURE
felon le confeil de S. Paul , pour
vacquer plus facilement aux
affaires de fon falut , & fe partager
moins entre Dieu & le
monde ; elle a veçu quatrevingts
ans dans cet état avec
une pieté qui a édifié tous
ceux qui l'ont connue . Onze
ans avant famort elle devint
paralytique de la moitié de
fon corps ; elle a porté cette
infirmité avec beaucoup
de patience
& de foumiffion aux ordres
de Dieu , ainfi que les longues
& frequentes maladies ,
par lesquelles Dieu a voulu
exercer fa patience. Mlle
GALANT 181
۱۳
de Gefvres , fa Niece , à qui
elle a donné tous les biens
& qui a toujours vécu avec
elle , a beaucoup contribué
à adoucir les peines que luy
caufoient ſes infirmitez , par
fa grande attention & fes
foins affidus à la faire fervir,
& en la fervant elle - même
jour & nuit dans fes maladies
, jufqu'au denier moment
qu'elle a ceffé de vivre . Mlle de
Trefmes eftoit Marquife de
Blerencourt ,Baronne de Montjay
& de Torigny.
M Jofeph- François , Comte
de Clermont - Tonnerre ,
182 MERCURE
Duc & Pair nommé , Connétable
& premier Baron de Dauphiné
, Grand - Maiſtre hereditaire
de la Maifon de Monſeigneur
le Dauphin , mourut le
30. Octobre dernier , âgé de
50. ans. Il avoit efté premier
Gentilhomme de la Chambre
de feuë fon Alteffe Royale
Monfieur , Frere unique du
Roy , Colonel de fon Regiment
d'Infanterie , & enfuite
de celuy de Clermont . Il·laiſſe
des enfans de Dame Marie de
Hanguet , fille d'Adrien de
Hanguet , Comte de Ma nevillette
, Marquis de CreveGALANT
183
ne-
סנג
zdi-l
er
br
te
He
re
-
Coeur , Secretaire des Commandemens
de feu Monfieur , &
foeur de Mr de Crevecoeur ,
mort Prefident à Mortier au
Parlement deParis . MrleComte
de Tonnerre eftoit frere de
M François de Clermont
Tonnerre , Evêque & Duc de
Langres , Pair de France ; d'Alexandre
,Chevalier de Malthe;
de Louife , fille d'honneur de
feuë Madame la Dauphine ; de
Madelaine , Abbeffe de S. Paul
aprés fa tante en 1692. & de
deux autres Religieufes . Ils
eltoient tous enfans de feu Jacques
de Clermont , Comte de
184 MERCURE
re
Tonnerre , & de Charlotte
Virginie de Fréchard , Dame
de Prefin , morte en 1698.
Jacques , Comte de Clermont-
Tonnerre , cftoit frere de feu
M François de Clermont ,
Evêque & Comte de Noyon ,
Pair de France , Commandeur
des Ordres du Roy , l'un des
Quarante de l'Academie Françoife
, en laquelle il a fondé un
Prix de Poëfie qui fe donne
tous les deux ans , mort le 15.
Février 1701. de Louis , Chevalier
de Malthe, Capitaine de
Galere ; & de Madelaine , Abbeffe
de Saint Paul , morte en
1692. Ils eftoient tous fils de
GALANT 185
OR
Dame
598.
On
f
on.
an
un
ne
Cde
en
François de Clermont , Comte
de Tonnerre , Lieutenant general
des Armées du Roy , &
Chevalier de fes Ordres , mort
le 24. Septembre 1679. âgé de
79. ans , & de Dame Marie Vi
gner fon époufe ; & François
eftoit frere aîné de Charles-
Henry , Duc de Luxembourg,
par fon mariage avec Marguerite-
Charlotte , Ducheffe de
Luxembourg , dont il eut Madelaine-
Charlotte Bonne - The
refe de Clermont , Ducheffe
de Luxembourg , mariée le 17.
Mars de l'an 1661. à feu M
François - Henry de Montmo .
Novembre 1705 .
t
186 MERCURE
rency , Duc de Luxembourg ,
Pair & Maréchal de France.
rs
Ces Ms. eftoient fils de Charles
Henry , Comte de Clermont
, &c. Chevalier des Ordres
du Roy , mort à Ancy - le-
Franc en 1660. & de Catherine .
Marie d'Efcoubleau- de Sourdis.
Je vous ay parlé plus amplement
de cette Maiſon dans
plufieurs de mes Lettres .
Mr de Roquefeuil , Capitaine
de Vaiffeau , ayant pris,
aprés la mort de M le Chevalier
de Saint Pol , le commandement
des Vaiffeaux que
ce Chevalier commandoit
GALANT 187
je ne puis vous donner de relation
plus exacte que celle que
vous allez lire , de ce qui s'eft
paffé à la mort de ce Chevalier;
puifque cette relation a efté
faite par Mr de Roquefeüil,
Le 31. Octobre nous découvrifmes
à la pointe du jourquinze
Vaiffeaux , fur lesquels Mr de
S. Pol , croifantfur le Dogrebanc
fit auffi- toft voile ; & fur les neuf
heures nous reconnusmes
que
toit une Flotte Angloife , efcortée
par trois Vaiffeaux de Guerre ,
dont nous en jugeafmes deux de
60 Canons , & le troifiéme de 36.
Canons . Mr de S, Pol jugea
cêà
Qij
188 MERCURE
propos d'envoyer Mr Bart , qui
commandoit la Fregate l'Heroine
& cing Corfaires qui estoient avec
nous , pour fe rendre maistre des
Vaiffeaux Marchands ; ce qui fut
fort bien executé , ne s'étant échapé
qu'un petit Bâtiment. Il referva
les quatre Vaiffeaux du Roy pour
combattre les trois Vaiffeaux des
ennemis ; mais ayant longtemps attendu
le Triton commandé
par
Mr le Chevalier des Coyeux ,
qui ne pouvoit nous joindre , eftant
mauvais voilier , ilfe détermina
à les aborder fans luy. Le fignal
nous ayant eftéfait , il futfur le
Commandant , nommé le Pende
GALANT 189
nis , & moy fur le Pefcoal qui
eftoit de mefme force , & Mr
Hennequin Commandant le ferzey
, fur le Sorlingues .Jejoignis
abordé le mien lepremier, aprés
en avoir effuyé un grandfeu . Mr
de S. Pol , Mr le Comte d'Illiers
commandant le Salisbury
aprés la mort de Mr de S. Pol;
qui n'en effuyoit pas un moindre,
faifoitfon poffible pour aborder le
Commandant ; mais ce Vaiffeau
prenant le mefme foin pour l'éviter
, & le Salisbury eftant un peu
tombéfous le vent , le Comman
dant ennemiprit le parti de me venir
aborder ,me mettant entrefon
190 MERCURE
camarade & luy. Je m'étois déja
rendu maifire du premier Vaiffeau,
&le fecond futfortfurpris de me
trouver en eftat de le bien recevoir
à fon arrivée , n'ayant pas encore
tiré mon Canon de ce costé là , le
feu que je fis avec le peu de monde
qui me reftoit , me donna le temps
d'appeller à mon fecours une partie
de l'Equipage qui avoitfautédans
le premier Vaiffeau , qui animé
par l'exemple des Officiers , dont je
nesçaurois affez louer la bravoure,
allerent à l'abordage de ce fecond,
dont ils fe rendirent les maiftres.
Quelque bonne volonté que témoignaft
Mr des Coyeux,commandant
GALANT 191
le Triton pour nous joindre , il ne
puty réuffir qu'à lafin de l'action ,
n'ayant même effuyé qu'un
à
ce
coup de canon , ce qu'on m'a rapporté
, il a efté affez malheureux
pour en avoir eu le bras emporté.
Ainfile Vaiffeau le Prothée , de
46 Canons dont le plus fort eft de
douze livres de balles , a eu lebonbeur
d'enprendre deux , dont l'un
eftpercé pour 60 Canons , l'autre
pour 58. quoyqu'ils n'en ayent
que so montez chacun , dont le
calibre eft de 18 à la premiere bat
terie. Mr Hennequin aborda &
enlerva le troifiéme .
Ce qui fuit fe trouve dans
192 MERCURE ·
une Lettre de M¹ de Roquefeuil
, écrite quelques jours
aprés la Relation que vous venez
de voir.
Noftre affaire fe trouve encore
plus vive queje ne croyois , puifque
Dunkerque eft plein de "bleſ-
Sez , & qu'il se trouve deuse
Vaiffeaux Anglois,où prefque tout
a efté tué. On eftime nos prifes un
million.
J'ay vû dans une autre Lettre
, que M' de faint Pol ,
pendant le peu de temps qu'il
vécut aprés fa bleffure , fit de
tres - belles exhortations aux
gens de fon Vaiffeau , en leur
confeillant
GALANT 193
Confeillant de continuer le
combat avec la même fermeté;
& les affura qu'il remonteroit,
auffitoft qu'il feroit pancé. Ce
Chevalier ayant eu un preſſentiment
de fa mort , on a trouvé
dans fa Caffette , une Lettre
adreſſée au Roy , par laquelle il
fuplioit Sa Majefté d'avoir foin
de fes neveux , en cas qu'il
mouruft cette campagne ; & il
fouhaitoit à ce Monarque autant
de profperitez qu'il en meritoit
. Sa Majefté n'a pas laiffe
languir fes Neveux dans l'attente
des recompenfes , non
plus que les Officiers qui fc font
Novembre 1705. R
194 MERCURE
diftinguez dans ce combat ,
ainfi que vous le pouvez
voir
dans la Promotion
fuivante
.
Le Roy
nomma
le 10 du
mois
dernier
, les Officiers
fuivans
, pour
remplacer
ceux
qui cftoient
morts
. M' de Gencien
,
M' le Comte
d'Illiers
, & M
Hennequin
, ont cfté faits Capitaines
de Vaiffeau
. M' d'Ammoncour
, d'Amontot
, & de
Brefme
, ont efté faits Capitaines
de Fregate
. M' de la Roque
Saint
Sever
, de l'lfle-
Kerleau
, & de Bellifle
- l'Etendart
, ont efté nommez
Lieutenanst
de Vaiffeau
. M' de Cermont
,
GALANT 195
ད་འ
M' d'Anglars , M'le Chevalier
de Damas , & M' de Saint Pol,
Neveu de feu Mr le Chevalier
de Saint Pol , ont efté faits Enfeignes
. Sa Majefté a donné
une penfion de mille livres , &
la Croix de l'Ordre de S. Louis
à M' de Roquefeül , Capitaine
de Vaiffeau , qui commanda
& acheva le combat , ainfi
que je vous l'ay déja marqué ,
aprés la mort de M' le Chevalier
de Saint Pol , aux trois Neveux
duquel le Roy a accordé
à chacun une penfion. Le Commandement
de l'Efcadre du
Nord a cfté donné à M' le
Rij
196 MERCURE
Chevalier de Forbin , ancien
Capitaine de Vaiffeau.
ГС
Le 4. de Novembre M
Henry-François de Paule le Fevre-
d'Ormeffon - d'Amboile ,
Confeiller au Parlement , époufa
Dlle Catherine de la Bourdonnaye
- de Coëtyon ; ce mariage
a eu un applaudiffement
general . M' l'Abbé d'Ormeſfon,
oncle de l'époux & Doyen
de Beauvais , en fit la ceremonie
à S. Mederic , Paroiffe de la
nouvelle époufe.
Il y a peu de familles dans la
robe auffi anciennes & auffi
bien alliées que celle de M
GALANT 197
;
re
d'Ormeffon il eft frere de
M° Anne le Fevre - d'Ormef
fon , épouse de Mr Dagueſſeau ,
à prefent Procureur General ;
& neveu de Me Antoine François
de Paule le Fevre d'Ormeffon
, Maître des Requêtes
& Intendant en la Generalité
E. de Soiffons . Son pere qu'il perdit
en bas âge, eftoit M™ André
le Fevre - d'Ormeffon , qui cft
mort Maître des Requêtes &
Intendant en la Generalité de
Lyon. Son ayeul eſt le celebre
Olivier le Fevre- d'Ormeſſon ,
qui s'eftoit acquis par fon integrité
& fa fermeté inébranla-
Riij
198 MERCURE
ble la veneration de tout le
Royaume. André , fon bisayeul,
eft mort Doyen du Confeil:
Olivier , fon tris-ayeul ,
avoit époufé une arriere- petite
niece de S. François de Paule :
il a fait la tige de trois illuftrès
familles , fçavoir , d'Ormeſſon ,
d'Eaubonne , & de Lezeau. La
mere de M' d'Ormeffon mourut
quelques jours aprés qu'il
fut né ; elle fe nommoit Eleonor
le Maître , & eftoit fille de
M Jerofme le Maître , Prefident
en la 4° Chambre des Enqueftes
, & de Dame Marie-
Françoife Feydeau. Cette Da-
IC
e
GALANT 199
eu
me , dont tout le monde connoift
la probité & le merite fingulier
, a cu foin de l'éducation
de M' d'Ormeffon . M' le Prefident
le Maître cftoit de la famille
du fameux Gilles le Maître
, premier Prefident du Parlement
de Patis..
La nouvelle épouſe eſt auſſi
d'une famille tres confidera-
"ble ; elle eft fille de Mi Yves-
Marie de la Bourdonnaye - de
Coëtyon , Maître des Requêtes
& Intendant de Bordeaux , &
de Dame Catherine de Ribeyre.
Mr de la Bourdonnaye eſt
frere de Mr l'Evêque de S. Paul
R iiij
200 MERCURE
de Leon , & fa famille eft tresdiftinguée
en Bretagne , où elle
a rempli les premieres Charges
de ce Parlement ; mais le merite
perſonnel de Mr de la Bourdonnaye
ne fert pas peu à relever
fa famille. Le Roy vient
encore de luy donner une nouvelle
marque de fon eftime , &
de la fatisfaction qu'il a de fès
ſervices . Mª de la Bourdonnaye
eft le feul enfant qui refte maintenant
à Mr de Ribeyre , Confeiller
d'Etat , que fa capacité,
fa prudence , & fon integrité
ont toujours diftingué dans le
Confeil . MⓇ de Ribeyre eft fille
GALANT 201
de feu Mr Pottier de Novion,
premier Prefident du Parlement
de Paris . Le nom de Pottier-
de Novion eft fi generalement
connu , que je ne vous en
dis rien davantage.
On maria le 3. du mois de
Novembre , dans la Paroiffe de
faint Troüé à Nevers , un homme
âgé de cent huit ans ; l'Eglife
put à peine fuffire pour
contenir le monde qui y eftoir
venu en foule pour voir une
chofe fi extraordinaire . Les Dames
qui s'y trouverent , l'obligerent
de danfer au fortir de
l'Eglife ; ce qu'il fit fort agreas
blement.
202 MERCURE
a
M' le Marquis de Deinfe ,
Gouverneur de Bruxelles
époufé en fecondes noces Mlle
d'Oignies , fille de M' le Comte
de Coupignies , Chevalier de
la Toifon d'or. Cette Dame
eft d'une tres-ancienne maifon
& alliée aux plus confiderables
des Pays - bas ; l'Ordre de la
Toifon d'or , dont M' le Com
te de Coupignies fon pere a
T'honneur d'efire , eft une preuve
de l'éclat de fa naiffance &
durang que cette Maiſon tient
dans le monde. M° la Marquife
de Deinfe a beaucoup d'agréemens
, & les foins qu'on a pris
GALANT 203
pour fon éducation ont par
faitement réüffi , puifque c'eft,
une des perfonnes de la Cour
de Bruxelles , des plus accomplies.
M' le Marquis de Deinfe
eft d'une tres ancienne Maiſon,
& qui a produit de celebres
perfonnages ; ce nom eſt tresconnu
dans les Pays - bas . L'employ
de M de Deinfe eft
une preuve de la confiance que
l'on a en luy ; & on ne donne
de parcils poftes qu'à ceux qui
les ont merité par de longs fervices
& par une fidelité ſouvent
éprouvée. La maifon dont M²
le Marquis de Deinfe eft le
204 MERCURE
chef , eftoit connue dans les
Pays- bas dés le temps des premiers
Comtes de Flandres.
L'heritiere de Flandres qui épouſa
le premier Duc de Bourgogne
, qui eftoit fils du Roy
Jean , avoit à fon fervice , & en
qualité d'un de fes principaux
Officiers , un Seigneur de Deinfe.
Le pere de M' le Marquis
de Deinfe a fervi une grande
partie de fa vie , & il a donné
en diverſes occafions des marques
de fon courage. Celuy
qui vient de fe marier a auffi
long temps porté les armes ,
& il s'eft fait voir fouvent diGALANT
205
gne du nom qu'il porte.
La Maifon de Coupignies dont
eft Mlle d'Oignies , n'eft pas
moins illuftre ; elle a donné
plufieurs Chevaliers de l'Ordre
de la Toifon d'or. Dans
l'établiffement de cet Ordreun
Seigneur de cette Maiſon fut
des premiers à qui le Duc de
Bourgogne l'accorda . Lc Comte
de Coupignies , fils de ce
Seigneur , fut fort confideré à
la Cour de Philippes le Bon ,
Duc de Bourgogne ; il eftoit
fort avant dans la confidence
de ce Prince , qui le combla de
biens-faits. Le fils de ce Com206
MERCURE
te fut auffi tres - attaché à la
Priuceffe Marie , petite- fille de
Philippes le Bon , qui épouſa
Maximilien Roy des Romains,
qui fut enfuite Empereur &
ayeul de Charlequint . Bruxelles
, dont M le Marquis de
Deinfe eft Gouverneur , eft la
Capitale du Duché de Brabant,
le Siege de la Chancellerie &
de la Cour de Brabant , des
Confeils d'Etat , des Finances ,
& de la Guerre , & la demeure,
ordinaire du Prince ou du Gouverneur
general que le Roy
d'Espagne tient dans les Paysbas
. Elle eft fituée fur la petite
GALANT 20 %
riviere de Saine , qui fe rend
dans l'Efcaut par un canal de
cinq lieues qu'on y fit en 1561 ,
elle eft en partie bâtie dans la
plaine , & en partie fur un
cofteau fort agreable.
Le Roy d'Espagne a donné
la Charge de Mayor- Domo-
Mayor , à Mr le Coneftable de
Caftille ; & ce Seigneur époufa
peu de jours aprés , Donna Anna-
Maria Giron , l'une des Dames
de la Reinc. Cette ceremonie
fe fit avec beaucoup de magnificence
; le Roy & la Reine
firent voir beaucoup de diftinction
pour les nouveaux Mariez,
208 MERCURE
& leur firent tous les honneurs
qué des Souverains peuvent
faire à des fujets . Il y eut pendant
plufieurs jours de magnifiques
Feftes dans l'Hoſtel de ce
Conneftable , & qui fe trouverent
du gouft de toutes les Nations,
tant il avoit pris foin de
les diverfifier. La fymphonie
eftoit admirable ; & il avoit envoïé
chercher des Muficiens meme
hors du Royaume. Je ne
vous diray rien de la Maiſon de
Velafco, dont eft Mr le Connêtable
de Caſtille , vous en ayant
parlé plufieurs fois . Je vous diray
feulement que l'illuftre
Maiſon de Giron , dont eſt M
GALANT 209
la Conneſtable de Caftille , a
produit fur la fin du 16 ° fiecle ,
un Archevêque de Tolede.
Garcias de Loyafa Giron ne
jouit pas long- temps de cette
dignité , il mourut en 1599.
fix mois après avoir efté élevé
à cette dignité , & avoir fuccedé
au Cardinal Albert d'Autriche
qui l'avoit laiflé grand Vicaire
à Tolede , lorfqu'il vint prendre
le gouvernement des Paysbas
; ce Prince s'eftant marié
enfuite , Philippe II . donna cet
Archevêché à Loyafa Giron .
Ce Prelat eftoit né à Talavera ,
& fils de Pierre Giron Confeil-
Novembre 1705 . S
210 MERCURE
ler au Confeil fuprême de Caf
tille ; & de Dame Mencia.de
Caravaial . Son oncle Lopez de
Caravaial luy refigna l'Archidiaconé
de Guadalaiar , qui eſt
une des dignitez de l'Eglife de
Tolcde , où il avoit déja une.
Chanoinie. Il y demeura jufqu'en
1585. que Philippe II.
l'appella à la Cour , où il le fit
fon Aumônier & Maiftre de
La Chapelle , & peu de temps
aprés Précepteur du Prince
Philippe Infant d'Eſpagne. Ce
Prelat nous a laiffe une collection
des Conciles d'Espagne.
M la Conneftable de Caftille
GALANT 211
eft une tres - aimable perſonne
, & fort aimée de la Reine
fa Maiftreffe. La Charge de
Mayor- Domo - Mayor eſt une
des plus importantes de la Cour
d'Elpagne. On croit qu'elle fut
établie un peu aprés l'an 1010 .
qu'un Sanche de Villa Efpinofa
avertit un Comte de Caftille ,
que fa mere le vouloit empoifonner
: mais on ne doit pas
beaucoup compter fur cette
vieille tradition.
Mc la Connétable de Caftille
eft foeur de M' le Duc
d'Offonne, dont je vous ay fouvent
parlé & quand je ne
;
་
Sij
212 MERCURE
}
vous aurois rien dit de la Maifon
de Giron , vous en auriez
d'abord connu la grandeur
en vous difant que M' le Duc
d'Offonne en eft le chef.CeDuc
qui n'a jamais quité Sa Majeſté
Catholique , qui vint des premiers
en France pour luy baifer
la main & pour la reconoître
, qui l'a fuivie dans tous fes
voyages & dans toutes fes expeditions
, & qui en dernier
lieu alla en qualité de volontaire
au fiege de Gibraltar , &
qui a donné par tout des preuves
auffi éclatantes de fa valcur
que de fon zele , vient encore
GALANT 213
de fignaler fon affection & fon
attachement pour un aufſi
digne Maître. Il a offert à Sa
Majefté,les revenus , ſa Vaiffelle
d'argent & les pierreries de
M la Ducheffe d'Offonne , de
concert avec elle . S. M. l'ena
remercié avec les termes les
plus obligeans . Tout le monde
eft auffi perfuadé en Eſpagne
qu'on l'eft icy , que S. M.
n'auroit pû faire un plus grand
plaifir à ce Seigneur que d'accepter
fes offres , pour en profiter
dans la conjoncture prefente ,
& qu'il euft donné ce qu'il s'eft
empreffé d'offrir , d'auffi bon
214 MERCURE
coeur qu'il l'a offert.
M' le Comte de Saint Eeftvan
de Gormas, fils aîné de Mr
le Duc d'Escalona , Viceroy de
Naples , & qui vint icy l'année
derniere en qualité d'Envoyé
Extraordinaire de S. M. C. a
écrit à Mr Grimaldo , Secretaire
des affaires de la guerre ,
pour le prier d'offrir au Roy,
de la part du Duc fon pere & .
de la fienne , les biens , les revenus
, les chateaux & l'artillerie
qu'ils ont dans le Royaume
d'Arragon pour en faire tel ufage
qu'il plairoit à Sa Majeſté
dans le befoin prefent . Je n'aGALANT
215
joûte rien à tout ce que je vous
dis l'année paffée du pere & du
fils , dans plufieurs articles de
mes Lettres . Je vous diray feulement
, comme chofe bien
certaine , que fi Sa Majefté Catholique
vouloit accepter de
pareilles offres , toutes les perfonnes
diftinguées de fa Cour
luy en feroient bientoft de
femblables .
L'Air que je vous envoye a
Mr de Montailly ,
efté
noté par
& les paroles font tirées des
oeuvres de M des Houlieres.
216 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Agreables tranfports qu'un tendre
amour infpire ,
Defirs impatiens , qu'étes - vous devenus
?
Dans lecoeurdu Berger pour qui le
mien foûpire ,
Je vous cherche ,je vous deſire ;
Etje ne vous retrouve plus.
La relation qui fuit regarde
tout ce qui s'eft paffé , pendant
la campagne d'Autonne , entre
les troupes des deux Couronnes
, & celles des Portugais , des
Anglois
GALANT
353
pourroit faire pendant l'hyver.
Ce Prince avoit efté nommé
pour le trouver à l'Aſſembléc
qui fe doit tenir à Vienne , &
à laquelle Mylord Malboroug
doit affifter : mais foit qu'il ne
veüille pas fe trouver dans une
Affemblée où doit eftre ce Mylord
, dont le caractere eft de
vouloir briller par tout , & de
vouloir que les avis foient
préferez à tous les
foit ce Prince ne veuille pas
perdre de vue fa maiſon de
Raftat , dont il fait fes delices ,
& qu'il craigne que
de France ne fiffent quelque
Novembre 1705. Gg
autres ou
ر
les
troupes
354 MERCURE
entrepriſe cet hyver , dont les
fuites fâcheufes pourroient retomber
fur elle ; il s'eft excufé
fur fes indifpofitions , & a dit
que craignant que fes jambes ne
"oupriffent , il ne pouvoit aller
Vienne fans risquerfa vie . Cepen
dant M' le Maréchal de Villars
tient toujours fon armée cantonnée
, dont il a feulement
détaché quelques troupes , qui
doivent hyverner dans les pla
ces de la Mofelle . Quant au
fiege de Hombourg , il y a
deux mois que toutes les lettres
d'Allemagne en parlent , ainſi
que des projets formez pour
GALANT 355
te fiege , & de la marche des
troupes , qui fe font néanmoins
donné peu de mouvemens
pour cette entreprife ; ce fiege
a d'abord efté propofé & refolu
; on en a parlé pendant quelque
temps , comme d'une cho
fe affurée : & cette entrepriſe
a
efté trouvée trop difficile pour
eftre tentée. Monfieur l'Electeur
Palatin , qui a plus d'intereft
qu'aucun autre ,
à la prife
la Garde
cette place , dont il eſt beaucoup
incommodé par
nifon , s'eft donné de fi grands
mouvemens , qu'il a fait remettre
de nouveau cette entreprife
Gg ij
356 MERCURE
en deliberation ; & l'on dit
même qu'elle a cfté reſoluë à
fa priere. Mais enfin , toutes
chofes ayant efté en dernier
lieu bien confiderées , les difficultez
ayant efté trovvées fort
grandes , & les pertes que l'on
feroit à ce fiege , certaines ; les
dernieres nouvelles font , qu'on
ne le fera point ; & que pour
cet effet, les troupes qui eftoient
en marche ont efté contreman!
dées .
Je vous envoye une piece
fort curicufe , quoy qu'elle ne
foit pas nouvelle ; mais le contenu
vous fera fans doute nou
GALANT 357
veau. C'eft une lettre de Monfieur
le Duc de Savoye à la
Reine d'Angleterre , qui fait
voir tous les projets qui avoient
d'abord efté concertez pour la
derniere campagne. Je vous en
marquay quelque chofe lorf
que la Flotte des Alliez fe rendit
devant Barcelone ; & je
vous dis que Monfieur de Savoye
auroit grands fujets de
plainte contre fes Alliez , qui
faifoient toute autre chofe que
ce qu'ils luy avoient promis.
Je vous marquay auffi qu'il y
avoit eu de grandes difputes
entre les Alliez , les uns vou358
MERCURE
lant que l'on tinft parole à
Monfieur le Duc de Savoye ;
& les autres foûtenant qu'il
falloit profiter des mefures que
Monfieur le Prince d'Armſtadt
avoit pris pour exciter une re
bellion en Catalogne . L'affaire
fe développe aujourd'huy par
la Lettre de Monfieur de Savoye
, dans laquelle on voit
les premieres refolutions qui
avoient été priſes, & tout ce qui
s'eft paffé à cette occafion .Vous
y remarquerez ce que Monfieur
de Savoye dit de Mylord Marlborough,
fans le nommer ; mais
ce que ce Prince en dit , le fait
GALANT 359
yea
aifément reconnoiftre. Il
lieu de croire que voulant do
miner parmi les Alliez , & avoir
la gloire de tout ce qui fe paffera
, tant entre les Troupes, que
dans le Cabinet , l'harmonie
qui eft entre toutes ces Puiffances
fera bientoft rompuë.
Il s'eftoit brouillé en Allemagne
avec Monfieur le Prince de
Bade ; il n'eſt pas mieux prefentement
avec Monfieur de
Savoye , qu'il eftoit avec Monfieur
de Bade au commence
ment de la Campagne : & vous
avez vû de quelle maniere it
s'eft attiré les Hollandois , à
360 MERCURE
caufe du jufte & prudent refus
qu'ils ont fait de joindre leur
Armée aux Troupes Angloifes ,
pour une expedition , dont le
fuccés paroifloit impoſſible , &
qui pouvoit faire perir leurs
Troupes. On verra fi ce Mylord
fera heureux dans les négociations
qu'il prétend faire
cet hyver dans la plus grande
partie des Cours d'Allemagne
;
mais il eft à craindre pour luy ,
que la fuperiorité
qu'il veut
avoir par tout , que fes grands
projets échoüez fur la Mofelle,
& le peu d'avantage qu'il a tiré
d'avoir trouvé nos Lignes ou
vertes,
TUOTTO
1.
HTT
caldo my h
GALANT 217
Anglois & des Hollandois . Il
y a long temps qu'on n'a vû de
relation auffi fuivie , auffi exacte
& auſſi intelligible
.
Au Camp fous Badajoz , ce 20.
Octobre.
Les armées des Ennemis eftant
entrées dans leurs quartiers d'Efté
vers la fin deJuin , Mr le Maréchal
de Teffe y fit auffi entrer fes
troupes , quiy demeurerent pendant
les mois de Juillet , Aouft & Septembre.
Les ennemis ne ce
cefferent
point pendant ce temps là de faire
voiturer beaucoup de canons , de
Novembre 1705. T
1
218 MERCURE
mortiers , de bombes , de boulets
avec toutes les munitions de guerre
, & de bouche neceſſaires pour
unfiege , à Elvas & à Olivença ,
qui ne font qu'à 3. ou 4.
de Badajoz
pes ont demeurépendant ce quartier
d'efté dans les derrieres de ces deux
Places.
lieües
toutes leurs trouque
le
L'on avoit douté , malgré les
préparatifs qu'ils faifoient , qu'ils
vouluffent effectivement faire le
Siege de Badajoz , attendu
bruit avoit couru que Mylord
Galloway avec la plus grandepar
tie des Anglois &des Hollandois
s'eftoient embarquez fur la Flote
GALANT
219
pour aller en Catalogne avec l' Archiduc.
~ Mr le Maréchal ayant efté obligé
d'éloignerfes troupes des environs
de Badajoz , par le manque
de fubfiftance , commença dans les
premiers jours de Septembre à raffembler
l'Infanterie à lafaire
marcher dans des cantons , à dix ou
douze lieuës de cette Place , avec
une partie de fa Cavalerie , le
Surplus ne pouvant eftre retiré des
lieux où il l'avoit mis pour garder
la frontiere de Caftille & les
bords du Tajo , où les Places frontieres
font fans deffenſe , juſqu'à
ce que l'ennemy ait efté déterminé
Tij
220 MERCURE
au fiege de Badajoz.
Les Ennemis ayant raſſemblé
toutes leurs forces , commencérent
faire leur Camp fur la Caya ,
entre Elvas & Campo- Mayor.
le premier Octobre, & le deux ,
laiffant Badajoz à leur droite ,
vinrent paffer la riviere defebura,
au Pont qui eft fur cette riviere ,
à une demi- lieuë au deffus de Badajoz,
& à plufieurs guez qui y
font , d'où ils vinrent paffer la
Guadiana , à une demi - lieuë au
deffus de Badajoz , à plufieurs
guez , cette riviere n'eftant pas
guéable par tout , & l'ayant paf
fee , ilsy appuyerent leur gauche ,
GALANT 221
camperent fur deux lignes ;
leur droite finiffant à un Convent
appellé Saint Gabriel : ce qui ne
fait que la moitié de la circonvallation
depuis la haute Guadiana
jufqu'à la baffe , & qui par con-
Sequent ne tenoit qu'un quart de
toute la circonvallation. Il s'y
eftoient trouvez obligez , parce
que leur attaque eftoit à la queuë
de leur Camp , & qu'ils fçavoient
que la teste de nos troupes eftoit
Talavera , du mêentre
Lobon
·me cofté de la Guadiana, & qu'eux
n'avoientpas affez de troupespour
former toute cette circonvallation ,
qui eft fort grande , & que la nuis
Tiij
222 MERCURE
ن و ب
on auroit pû tomberſur un de leurs
quartiers , &le battre ; de plus ,
ilsfçavoient que lagarnifon de Badajoz
, qui eftoit de trois mille hommes
, eftoit compofée pour la pluſpart
de milices & de recruës ; que
la Place eftoit mauvaife , n'ayant
aucuns dehors , feulement un chemin
couvert un méchant foffé,
les baftions vuides & tres - peu
terre derriere : c'est pourquoy ils
croyoient en peu de jours s'en rendre
maiftres , & que Mrle Maréchal
ne pourroit pas raffembler
des troupes fuffifantes en fi peu de
temps pour tenter le fecours.
de
GALANT 223
Dans cette confiance ils ouvrirent
la tranchée le 5. & ils fe contenterent
de la pouffer jusques à
deux cens toifes du chemin couvert,
le 11. ils commencerent à battre
la face d'un bastion avec 28 .
pieces de canon de 24. &ils jetterent
des bombes avec fix mortiers
. Le 12. ils tirerent d'une
autre batterie de huitpieces au baftion
oppofé , fans neanmoins la
battre en bréche. Comme ily avoit
dans la Place peu de gens d'experience
, Mr le Maréchal y envoya
Mr de Villars Lugien , avec
deux autres Ingenieurs,& Mr le
Comte de la Puella , Lieutenant
Tiiij
224 MERCURE
general Espagnol. Ils mirent à leur
arrivée, une meilleure . difpofition
dans la Ville , & les batteries
furent bien fervies , d'autant plus
que l'Ennemi ne battoit qu'en bréche;
de forte que 28. pieces de canons
dont la Ville tiroit , faifoient
grand defordre à leur tranchée
à leurs batteries. L'ennemi n'ayant
jamais pouffé la tranchée plus prés
que de deux cens toifes du chemin
couvert,fon deffein eftoit dés qu'il
auroit fait breche à la face du
baftion , d'embrasfer tout le chemin
couvert
, de le paffer & le
foffe de même , qui n'eft point profond,
de monter à l'affaut. Mr
GALANT 225
le Maréchal ne fe confiant point à
la vigueur de cette garnison , quoy
que toutesfes troupes ne fuffentpas
arrivées , refolut de marcher au fecours
la nuit du 13. au 14. Illuy
manquoit les deux Bataillons de
Barrois qui venoient de Cadix , &
qui devoient arriver le lendemain
& le Bataillon de Bigorre , qui
venoit d'Alcantara ; deforte qu'il
n'avoit avec luy que quatorze
Bataillons François. Mr deJoffreville
avoitjoint la veille , avec 4.
Efcadrons qui venoient de Caftil
le ; Mr de Bouville , avec les 3.
Efcadrons de Dragons qui ve226
MERCURE
noient de Cadix ; Mr d'Espinola
avec 4. Efcadrons Espagnols , qui
venoient des Frontieres d'Andaloufie
; de forte que fon armée fe
trouva compofée de 14. Bataillons
François , de 19. Efcadrons François
, de 29. Efcadrons Efpagnols,
avec 14. pieces de canon . Il
eftoit campé proche Talavera
ayantfa droite à la Guadiana , &
Talavera eftant à la tefte du centre
, du même cofté qu'eftoit le
Camp des Ennemis , & à 3.lieuës
d'eux .
Ca
Leur armée eftoit composée de
trente Bataillons Portugais , dont
23. ou 24. eftoient de troupes reGALANT
227
de 5.
glées , le refte de milices ,
Bataillons Anglois , & de 4. Hol
landois ; de 40. Efcadrons Portugais
, & de 10. Anglois ou Hol
landois.
la
A l'entrée de la nuit du 1 3. au
14. nôtre arméeſe mit en marche ;
toute la Cavalerie prit la tefte ,
marchant fur deux colonnes ,
Cavalerie de chaque ligne formant
la fienne , & marchant par
fa droite , comme elle eftoit campée.
Elle futfuivie de l'Infante
ric , qui fui -voit la colonne de la
gauche , de l'artillerie , qui fuivoit
la droite ; à la queue defquelles
marchoient quelques Efcadrons.
228 MERCURE
Quant aux bagages , on les avoir
envoyez la veille par les derrieres
à Merida ; on avoit portéfeulement
ce qui eftoit neceffaire pour
vivre durant 4.ou s . jours . Dans
cette difpofition , l'armée paſſa la
Guadiana aux deux guez , qui
eftoient à la droite du Camp . La
nuit fut fort obfcure , & il plut
beaucoup ce qui en rendit la marche
plus difficile. L'armée arriva
neanmoins
à la pointe du jour à un
petit quart
de lieuë du Pont de la
Febura, unpetit quart de lieuë
de lagauche du Camp des ennemis,
qui nous apperçurent au jour , ¿
qui prirent les armes ; ils vinrent
GALANT 229
fe mettre en bataille , ayant la
"Guadiana devant eux. Ils avoient
un petit Camp en deçà de la Guadiana
, qui avoit un retranchement
devant luy , d'où ils tirerent deux
coups de canon fur nos troupes
comme ils craignirent que l'on ne
l'attaquaft avant que leur armée
fuft en bataille , ils le retirerent.
Leur armée fe forma pendant ce
temps , paffa la Guadiana à trois
guez &fur deuxponts , &fe mit
en bataille en deçà .
Mrle Maréchal jugeant que
-temps qu'il leur falloit pour paffer
pour marcher à nous , luy donneroit
celuy de paffer la Jebura,
le
230 MERCURE
il fit paffer fon Infanterie fur le
Pont , &fon Artillerie à gué , &
à mesure que le tout paſſoit , l'Infanterie
bordoit la Riviere , &
Artillerie fut placée vis- à- vis
tous les guez. La Cavalerie paffa
enfuite à 4 guez, &fe miten
bataille derriere l'Infanterie ; les
Carabiniers & les Dragons qui
avoient leur droite au Pont de la
Jebura , firent l'Arriere -garde.
Les Ennemis voyant l'Armée
qui paffoit cette Riviere , ſe prefferent
de marcher pour attaquer
Arriere-garde ; mais en s'approchant
des Carabiniers & des Dragons
, l'Artillerie fit ungrand feu
GALANT
231
fur eux; & les Grenadiers qui
eftoient à la tefte du Pont , ayant
fait avancer des pelottons dans la
plaine , leurfeu obligea l'Ennemi
à éloignerfa gauche de la Riviere,
&donna le temps aux Carabiniers
& aux Dragons de la paffer en
ordre. Aprés quoy l'Ennemi mettant
fa gauche vis-à - vis le pont
de la Febura , fit marcherfa droitte
en bataille vis-à- vis de nous , la
riviere entre deux ; & comme
avoitplus de Troupes que nous ,
étendit fa droite plus loin que
noftre gauche ; & à mesure qu'il
l'eftendoit , l'Armée s'ouvroit par
fa gauche , afin d'occuper le mefme
il
232 MERCURE
front. Dans cette fituation on fe
canonna durant deux heures , &
comme noftre canon eftoit mieux
fervi que celuy des Ennemis , &
que nous en avions davantage ,
on leur tua plus de 100 hommes;
nous en perdifmes fept ou
huit. L'ennemi voyant qu'il n'y
avoit point d'apparence de paffer
cette Riviere devant noftre Armée,
fe retira dansfon Camp, par
où ilen eftoit forti; & noftre Ar- ,
mée campa derriere le champ de
bataille que nous avions pris .
La nuit fuivante qui eftoit celle
14. au Is
l'Ennemi commença
à retirer quelques pieces de canon
du •
GALANT 233
de fes batteries , il continua àfaire
la mefme chofe la nuit du Is
au 16. acheva de tout retirer la
nuit du 16. au 17. & dés le matin
il commença à marcher par fa
droite. Il eftoit campéfur deux lignes
qui formoient deux colonnes ,
Jon canon & fes bagages en formoient
une troifiéme ; & il alla
camper à une demie lieuë en deçà
de S. Gabriel , où eftoit la droite
du Camp qu'il quittoit.
Mr le Maréchal fit paſſer la
Riviere proche la Ville à un Corps
de Cavalerie , pour tenter fi on
pourroit donner fur leur Arrieregarde
, & l'Infanterie eftoit prefte
Novembre 1705 V.
234 MERCURE
quer
àpaſſer aupremier commandements
mais comme cette Armée marchoit
en bataille , & que le pays eft ouvert,
on n'eutpas d'occafion d'attaaucune
partie fans attaquer
le tout. Le 18. les Ennemis continuerent
leur marche , & vinrent
mettre leurgauche à la Guadiana,
à une lieuë demie au deffous de
Badajoz , à un endroit
appelle Tenela. Le 19. ilspafferent
cette Riviere par plufieurs guez ,
aller ent camper à une demie
lieuë au delà ,fur le chemin d'El
vas , &le 19. noftre Armée repaffa
la Febura , & eft actuellement
campée faifant tefte à cette Ri
viere.
que
l'on
GALANT 235
que
On dit les Ennemis doi- ..
vent marcher aujourd'huy pour
aller dans leurs quartiers ; fi cela
eft , noftre Armée pourra bien marcherdemain
pour en faire de mefme.
Mr de foffreville part aujourd'huy
, avec huit Efcadrons , pour
gagner la Frontiere de Caftille ,
afin d'y arriver avant que les Ennemis
puiffent y envoyer des Troupes.
Ils ont laiffé à leurs batteries
& à leur Parc plus de 10000
boulets de 24. plus de 400 Bom
bes , 30 affuts de Batteries & de
Mortiers , plufieurs Chariots à
corps de canon & beaucoup de
Vij
236 MERCURE
Grenades . Ils ont mis le feu a
beaucoup de poudre, & ont brûlé
beaucoup d'affuts & de chariotss
ils ont laiffe dans leurs batteries
tous les Madriers & les poutrelles
, avec des chevaux de frifes.
Les Deferteurs difent qu'ils
ont enterréfur le chemin , quelques
canons , & le long de leur marche
ils ont laiffé beaucoup de bombes
& de boulets. Les Ennemis ont
beaucoup perdu de monde par
noftre canon . Mylord Galloway a
eu la main droite emportée d'un
coup de canon, dans la tranchée; il
a envoyé demander un Paffeport
à Mr le Maréchal pour fe faire.
f
GALANT 237
porter à Elvas , & pour cet effet
il a traversé noftre Armée dans
un Brancart. Les Bombes des Ennemis
ont peu endommagé la Ville,
dans laquelle il n'y a pas eu dix
hommes tuezpendant le fiege.
Cette entrepriſe a coûté beaucoup
aux Ennemis , ayant esté obligez
de voiturer tout par charrois ,
de Lifbonne à Badajoz. Il y a lieu
de croire , que les efforts que
l'on a
fait faire cette année aux Portu
guais par la grande levée de troupes
qu'ils ont fait , mettront ce
Royaume hors d'eftat de pouvoir
faire les mefmes efforts l'année prochaine.
Mr le Marquis de Las
238 MERCURE
Minas commandoit l'Armée , &
ilavoit fous luyMylordGalloway.
Mr Fagel qui eftoit allé à Lif
bonne , eftoit revenu par ordre du
·Roy de Portugal.
Il
commandoit au commencement
dufiegefous Mr le Marquis
de Las-Minas , parce que Mylord
Galloway eftoit déja blessé ; on dit
que Mr le Comte de Las- Galveas
qui commandoit pendant la premie-
`re campagne , l'Armée de Mr Fagel
, n'avoit pas efté d'avis qu'on
fift ce fiege , & que Mr le Marquis
de Las - Minas & Mylord
Galloway avoient efté d'une opinion
contraire ; de forte qu'ils fe
GALANT 239
rejettent prefentement la faute les
uns aux autres. Les Anglois difent
, qu'il ne falloit pas fe laiffer
dérober une marche , comme on
leur avoit fait , & que Mr de
Las-Minas & Mr Fagel fe devoient
leverplus matin. Ileft conftant
que nous avons fecouru cette
Place parce qu'ils n'ont jamais pú
croire que Mr le Maréchal , avec
fi peu de Troupes , cuſt voulu
hafarder une action generale.
On doit remarquer que M
le Maréchal de Teffe , dont on
ne peut trop louer le zéle &
la conduite , a efté charmé de
l'empreffement , de la valeur &
240 MERCURE
de la fidelité qu'ont témoigné
en cette occafion la nobleffe &
le peuple du pays , qui vinrent
le joindre au nombre de plus
de mille chevaux , & de plus
de fix mille hommes de pied .
Il leur témoigna d'une maniere
digne de luy & digne d'eux ,
la fatisfaction qu'il avoit en
particulierdevoir leur zele
pour un Roy fi digne de leur
amour & de leur fidelité. Et la
place eftant délivrée , ce Maréchal
remercia la nobleffe & les
troupes du Pays , avec toute la
diftinction que merite une conduite
auffi noble & auffi digne
fon
de
GALANT 241
de la nation. Il le fuplierent
avec inftance de les retenir
avec luy & de les employer
dans quelque operation où ils
puffent donner de plus grandes
preuves de leur zele & de leur
amour pour leur Roy . M' le
Maréchal de Teffé leur en marqua
beaucoup de fatisfaction ,
& leur promit de les avertir
dans le befoin. La nouvelle de
la levée de ce fiege caufa une
joye extraordinaire
à Madrid ;
& dés qu'on en eut l'avis on
fonna la cloche du Palais , qui
ne fert qu'en de pareilles occafions.
C'eftoit un affez beau
Novembre 1795 . X
242 MERCURE
fpectacle de voir arriver fur
l'heure les Grands , les gens
titrez , les Magiſtrats , les Officiers
, & une infinité de perſonnes
de tout état , qui venoient
témoigner leur fatisfaction &
leur joye . Le Roy eftoit dans
l'appartement de la Reine ; toutes
les perfonnes de la premiere
diſtinction s'adrefferent , felon
l'ufage , à Madame la Princeſſe
des Urfins Camarera
- Mayor
qui occupe fi dignement ce
pofte , qui ne fe laffoit pas de
repeter cette heureufe nouvelle
, & d'en faire le détail à tous
ceux qui s'adreffoient à elle.
>
GALANT 243
Elle introduifoit pour baifer
la main au Roy & à la Reine ,
tous ceux qui étoient d'un rang
& d'une naiffance à pouvoir
meriter cet honneur.
Le Roy a nommé M' de
Tencin à la premiere Prefidence
du Senat de Chambery ,
qui vient de vacquer par la
mort de fon pere. Il y a déja
fept ans qu'il eft Preſident à
Mortier au Parlement de Grenoble
; il avoit cité auparavant
Senateur
à Chambery
, pendant
un pareil nombre d'années
; & vous pouvez connoître
que , n'ayant que trente
X
ij
244 MERCURE
,
ans , il eft entré fort jeune dans
les Charges de la Robe. Je ne
vous dis rien de la famille de ce
nouveau premier Preſident
vous en ayant parlé plufieurs
fois dans mes Lettres ; & il me
fuffit de vous dire qu'elle eft
alliée à une partie des Officiers
du Parlement de Grenoble ,
& aux principales Maiſons du
Dauphiné , qui font , Tonnerre,
Saffenage , Simianes , & Groflée.
Il a époufé la fille de feu M
Allois , Prefident à Mortier au
Parlement de Grenoble , qui
avoit beaucoup d'efprit , & qui
a laiffé de grands biens , Mlle
GALANT 245
Allois , foeur de M˚ la premiere
Prefidente de Chambery , qui
n'a que quatorze ans , a époufé
depuis peu M' le Marquis de
Marcieu , Gouverneur de la
Ville & Arſenal de Grenoble.
M' le Comte de Cezanne ,
frere de Mr le Maréchal Duc
d'Harcour , vient d'époufer
Mlle de Nefmond. Je ne vous
dis rien de la Maifon de ce
Comte, vous en ayant amplement
parlé ,en vous apprenant
la mort de Mr le Marquis de
Beuvron fon pere ; je dois vous
dire feulement que Mr le Comte
de Cezanne eft Maréchal
X iij
246 MERCURE
des Camps & Armées du Roy
& Chevalier de la Toifon d'or.
Il a donné plufieurs marques
de valeur dans toutes les actions
où il s'eft trouvé , & de fa prudence
dans les commiffions importantes
dont il a efté chargé
en plufieurs occafions , foit en
Efpagne , foit ailleurs .
Mlle de Nefmond eft fille
de feu Mr le Marquis de Nefmond,
Chef d'Eſcadre , & qui
cft mort il n'y a pas fort long
temps. Il n'y a point à douter
que le courage & les fervices de
ce Marquis ne l'euffent conduit
à de plus hautes dignitez,s'il eût
GALANT 247
vêcu encore quelque temps.
M° la Comteffe de Cezanne eft
petite- niece à la mode de Bretagne
, de feu Mr le Prefident
de Nefmond & de Mr l'Evêque
de Bayeux , & niéce de Mr
dc
l'Archevêque d'Alby. La Maifon
de Nefmond eft des plus
confiderables de la Robe ; elle
a donné des Prefidens à Mortier
, des Confeillers , & d'autres
Officiers au Parlement de
Paris . Elle eft originaire de Normandie
, où elle eftoit connuë
il y a déja plufieurs fiecles . Cette
Maifon a donné de grands
hommes de guerre long- temps
X iiij
248 MERCURE
fa
avant qu'elle prift le party de
la. Robe ; de maniere que
nobleffe eft plus militaire que
civile. Feu Mr le Marquis de
Nefmond n'a laiffé d'enfans
que Me la Comteſſe de Cezanne
, qui eft encore fort jeune ,
& qui a parfaitement répondu
à la belle éducation qui luy a
cfté donnée par M° la Prefidente
de Nefmond , qui luy a
fait de grands avantages en la
mariant.
rs
Le lendemain de la Saint
Martin , M' de la Cour des
Aides firent l'ouverture de leurs
Séances. M' des Aguais , qui
GALANT 249
En eft Procureur General , parla
avec l'éloquence qui lui eft
ordinaire. Il fit une parfaitement
belle peinture de tous
les` devoirs des Juges , dont
l'étenduë eft infinie . Il rappella
les temps les plus proches de
l'inftitution des Loix Romaines
; il fit voir que les Magiftrats
de ces ficcles reculez les obfervoient
avec exactitude , & que
l'on en puniffoit avec feverité
les moindres infractions . Tout
ce qu'il dit fur le miniſtere des
Avocats , & fur le défintereffement
avec lequel ils font obligez
de l'exercer , fut trouvé
250
MERCUR
E
tres-beau. Perfonne n'ignore
que l'élocution de ce Magiftrat
eft tres- pure , & que nous
avons peu d'Orateurs plus accomplis
.
Le mefme jour , le Parlement
fit chanter à l'ordinaire
une Mcffe folemnelle , où tous
ceux qui compofent ce grand :
Corps , doivent fe trouver en
robes rouges. Elle fut chantée
en mufique , & celebrée par
M' de Fleury , ci- devant Aumônier
du Roy , & prefentement
Evêque de Fréjus , qui
fut fervi par M's du Seminaire
de Saint Nicolas du Chardonrs
GALANT 251
net , parmi lesquels on remarqua
M l'Abbé de Canillac &
M' l'Abbé de Colonges , tous
deux Comtes de Brioude. La
Meffe eftant finie M' du
Parlement pafferent dans la
Grand- Chambre , où le Prélat
Officiant prit place au deſſus du
plus ancien Conſeiller . Mr le
premier Prefident le remercia
au nom de la Compagnie de la
peine qu'il avoit pris de venir
à Paris , & de fortir de fon Diocefe
pour faire cette ceremonie ;
il le loua de fon application à
fes devoirs , & fur tout de l'exacte
refidence qu'il faifoit dans
252 MERCURE
fon Eglife ; il toucha quelque
chofe de la maniere dont il
avoit rempli fes devoirs pendant
le long féjour qu'il avoit
fait à la Cour en qualité d'Aumônier
de fa Majeſté : Enfin , il
finit en lui ſouhaitant un long
Epifcopat & rempli de toutes
fortes de benedictions . Le compliment
de Mr l'Evêque de
Fréjus fut trés delicat , & l'éloge
qu'il fit du Parlement de
Paris fut trouvé tres - beau . I
loüa le zele , la fidelité , & l'attention
continuelles de cette
celebre
Compagnie pour le
bien & la tranquillité de la paGALANT
253
trie ; & l'éloge particulier qu'il
fit de Mr le premier Préfident
fut fort applaudi. Il dit à ce
grand Magiftrat qu'il réuniffoit
en luy la vertu , les lumieres &
l'integrité des Achilles de Harlay
des Pompones de Belliévre fes
illuftres ayeuls ; que le public avoit
encore aujourd'huy la confolation
de voir revivre en luy ces grands
noms , autrefois fichers aux François,
& fi venerables à toute l'Europe
que le fang de ces dignes
1. Chefs de la Justice qui couloit
dans fes veines faifoit tomberfur
fa tefte avec encore plus d'abondance
les benedictions de tous les
:
254 MERCURE
peuplesde cette grande Monarchie.
Ce difcours reçût de grands applaudiffemens
.
ges ,
Le Lundy fuivant on fit l'ouverture
des Audiences . M' Lenain
, ſecond Avocat general ,
fit un tres- beau diſcours qui
reçut de grands applaudiffemens.
Il y fit voir les avantal'utilité
& la neccffité de
La Juftice: Sans la Justice , dit- il ,
toutferoit bouleverfe dans le monde
, tout feroit dans la confuſion ;
le plus fort feroit la loy au plus
foible ; l'injustice domineroit fur
le jufte enfin la terre dont Dien
reglé le partage entre les hommes,
a
GALANT 255
deviendroit fouvent celuy de la
violence le fruit de l'iniquité.
Mais , ajoûta- t- il , cette Justice ,
toute defcenduë qu'elle eft du ciel ,
toute neceffaire qu'elle eft aux hommes
, doit estre refferrée dans de
certaines bornes , puifque portée à
un certain point , elle ceffe d'eftre
Juftice ; & qu'adminiftrée avec
une trop grandefeverité , elle degenere
en une espece de cruauté :
C'est donc à la contenir dans de
juftes temperammens que le Magiftrat
doit employer fa prudence
fes lumieres. Cet Avocat general
defcendit là - deffus dans
de grands détails , qui luy don256
MERCURE
nerent lieu de faire beaucoup
de reflexions , qui furent
trouvées tres judicieuſes. En
peignant le miniſtere des Avocats
& celuy des Procureurs , il
parla vivement des détours &
des artifices dont ils envelopfi
fouvent le droit des pent
Parties : De là viennent , dit- il ,
procedures dont la troifiéme generation
ne voit quelquefois pas
la fin ; de la procedent ces haines:
hereditaires dans les familles , &
ces diffenfions que la chicane entretient
, qu'elle nourrit & qu'elle.
perpetuë. On peut dire que la
Juftice ainfi adminiftrée eft bien
GALANT 257
éloignée de la pureté de fa fource
& qu'elle n'eft plus un Fille
du Ciel ; ce n'eft plus un don
que Dieu a fait aux hommes ,
& ce n'eft plus une regle de
conduite pour eux . Toutes les
reflexions que ce Magiftrat fit
dans cet endroit , furent tresfortes
, & plurent beaucoup à
tous ceux qui les entendirent .
M' le premier Prefident parla
aprés Mr Lenain ; ce grand Magiftrat
le fit avec toute la dignité
qui caracteriſe toutes fes
actions. Il donna une idée d'um
bon Magiftrat , dont on trouve
l'original dans celuy qui la
Novembre
1705 . Y
258 MERCURE
donnoit ; cetre droiture inflexible
; cette fermeté à toute:
épreuve ; cette attention continuelle
à tous fes devoirs ;
cette exactitude dans la difcuffion
du droit des Parties , forment
à la verité le portrait du
Magiftrat , dont Mr le premier
Prefident donna:l'idée mais elles
font en même temps celuy du
chef du plus augufte Tribunal
du monde. En parlant aux
Avocats , aux Procureurs , &
aux autres Officiers de la Juftice
, il leur donna des avis conformes
aux remontrances de
Mr l'Avocat general ; il les ex-
4
GALANT 259
horta d'abreger autant qu'ils
pourroient la procedure , de
ne la point enveloper dans des
détours artificieux , de ne point
obfcurcir le droit des Parties ,
& de ne le point affoiblir par
de vains traits d'éloquence. On
ne peut rien entendre de plus
fort que tout ce que ce grand
Magiftrat dit fur ce fujer , &
on avoit la confolation de
voir que dans cette occafion
fon coeur eftoit plein de
tout ce qu'il difoit ; puifque
jamais Magiftrat n'a donné
plus de foins que luy à l'adminiftration
& au bon ordre de
Y ij
260 MERCURE
la Juftice. Ces deux difcours
furent écoutez par une nombreufe
Affemblée , dans laquel
le il fe trouva beaucoup d'étrangers.
Le Vendredy de la mefme femaine
, on fit les Mercuriales.
à huis clos , & toutes les Chambres
affemblées . Tous les Prefidens
& Confeillers eftoient
dans le Parquet , les Prefidens
des Requeftes & des Enqueftes
dans les fieges hauts , à main
gauche ; de maniere qu'ils
eftoient hors de rang , à cauſe
des difficultez qu'il y a pour le
rang entre les Prefidens & les
J
GALANT 261
Confeillers de la Grand-Chambre.
Quelques Etrangers de
confideration qui eftoient entrez
par faveur , eftoient dans
les fieges hauts qui font dans
le fonds , & fur lefquels ſe mettent
les Prefidens à Mortier &
les Confeillers Clercs ; mais ils
eftoient cachez d'un rideau . M
a
le premier Prefident parla le
premier ; il pria la Cour de fe
fervir du droit de cenfure auquel
ce jour -là eftoit confacré ,
pour luy donner des avis fur
les fautes & les negligences , où
fon grand âge , fes longues infirmitez
& les forces épuisées.
262 MERCURE
par de longs travaux , pourroient
l'avoir fait tomber. ( Ce.
font les termes dont fa mode->
ftie l'obligea de fe fervir . ) Il
dit que dans l'âge où il eftoit ,
il ne pouvoit conferver cette
même vigueur & cette même
vigilance qui font fi neceffaires
dans l'adminiſtration de la
Juſtice ; & il pria la Cour , non .
feulement dans ce jour , mais
dans tous les autres qui compoferoient
le cours de fa vie , de,
luy faire des remontrances , de
luy donner des confeils & de le
redreffer fur les negligences ,
& fur les autres défauts qu'elle
GALANT 263-
auroit remarqué dans fa conduite.
Ces exemples d'humilité
dans un auffi grand Magiftrat
doivent eftre d'un grand poids.
M' Portail , premier Avocat
General , prononça enſuite un
difcours , qui fut trouvé d'une
grande beauté & d'une grande
delicateffe. Il parla de deux fortes
de negligences ou indifferences
, & de deux fortes de
langueurs dans les Magiftrats
à l'égard de l'adminiſtration de
la Juftice ; une indifference &
unc langueur qui font caufées
le mouvement impetueux
des paffions ; une indifference
par
264 MERCURE
& une langueur , qui font produites
par les mouvemens d'une
ambition fans bornes ; &
enfin une indifference & une
langueur qui font caufées par
l'amour exceffif du repos
lorſqu'on eft ufé par les paffions
, ou lors qu'on fe trouve:
dans un état qui ne permet plus
de fuivre leurs mouvemens dé- .
reglez , & qu'elles font plus éteintes
qu'affujetties . Cet Avocat
General dépeignit avec de
vives couleurs , l'indolence où
tombent pour l'exercice de leur
miniftere ces jeunes Magiſtrats,
que le torrent des plaifirs em
porte,
GALANT 265
porte , ou qui n'ont d'autre guide
pour la conduite de leur vie
que les vues intereffées d'une
ambition fans bornes. Ils portent
, dit-il , au Palais , & dans
le fanctuaire de laJustice , un efprit
entierement diffipé par le mouvement
des plaifirs , & par l'attente
de la volupté , ou par des
projets vagues de for.une. Dans
cette difpofition ils ne fuivent dans
le cours des déliberations ou que le
gros des opinions , ou que
miere idée qu'ils ont faifie , ou que
la décifion du cheffur lequel ils
déchargent de tout le poids de l'attention
; contents de fon exactitude "
Novembre 1705 Ꮓ
la
pre266
MERCURE
de fa vigilance dans la difcuffion
des affaires & dans la découverte
de la verité , ils ne veulent
pas prendre la peine de
la chercher eux-mefmes. Il peignit
enfuite ces jeunes Magiftrats
, qui prennent pour modele
dans leurs manieres , dans
leur langage & dans leurs ufages
, les gens du monde les plus
diffipez , & ceux que le vulgaire
diftingue des autres par un
nom particulier. Ce quece Magiftrat
dit enfuite de ceux qui
n'entrent dans les Charges que
par des vues d'ambition , qui
ne s'y conduifent que par ces
GALANT 267
mêmes vuës , qui paffent leur
vie à former des projets dont
ils ne verront jamais l'execution
, & qui en les occupant de
mille chofes vaines & inutiles ,
les détournent de la feule qui
devroit faire tout le fonds de
leur attention . En parlant de la
langueur & de l'indifference
caufées par l'amour du repos
il fit voir que cette langueur &
cette indifference eftoient d'autant
plus à craindre ,
craindre , qu'on
prenoit moins de foin de s'en
garentir , que fous l'appas d'une
vaine Philofophie , qui enfeigne
que le repos eft le plus
Z ij
268 MERCURE
defirable de tous les biens , on
fe déroboit à fes devoirs effentiels
, en croyant ſeulement ſe
dérober au monde & à -fes attraits
feducteurs. Tranquilles
dit-il , en parlant de ces fortes de
Magiftrats ,fur le mal qu'ils ont
évité , ils ne tremblent point fur
le bien qu'ils ont manqué de faire.
Il fit voir que la vie du Magiftrat
cft une vie agiffante , ennedu
mie du
repos , autant
que
mouvement
des paffions
. Tout
ce qu'il dit fur cette espece
de
moleffe
, dont le commun
des
Magiftrats
travaille
d'autant
moins
à fe garentir
, qu'il l'enGALANT
269
vifage comme une vertu , &
une vertu propre à fon état ,
fut tres recherché. Ce difcours
fųt fort applaudi , non feulement
à caufe de la beauté des
penſécs , & du tour que le Magiftrat
qui le prononçoit leur
donna ; mais auffi à caufe de la
beauté de l'élocution , & de la
grace dont il fut prononcé ,
puifqu'on peut dire que jufqu'au
ton & au fon de la voix ,
tout y plaifoit . Le Greffier du
Parlement lut enfuite à haute
voix les Réglemens de la Cour.
La lecture de ces Réglemens
eftant finie , M le premier. Pre-
Z iij
270 MERCURE
fident fit un ſecond diſcours
beaucoup plus étendu que le
premier. Il reprit le même fujet
qu'avoit traitté M' l'Avocat
General ; il fit voir d'une maniere
tres-fenfible les triftes effets
de la moleffe & de la langueur
où tombe le Magiftrat
dans l'exercice de fa Charge.
Ilparla enfuite du deffein qu'il
avoit eû de fe retirer , pour
mettre un eſpace entre le tumulte
des affaires & la mort
qui eſt toujoursfubite , dit-il , à
l'égard de ceux qui n'y mettent pas
cet espace ; mais qu'il eftoit obligé
d'y refter par le commandement
GALANT 271
exprés de Sa Majefté ; qu'il obéiffoit
d'autantplus volontiers àfon
Prince , qu'il regardoit ce commandement
comme une Loy même de
Dieu. Il ajouta cependant , qu'aprés
17 ans de travail dans l'exercice
de fa Charge , & aprés plufieurs
années d'un long fervice
dans d'autres Charges de la Compagnie,
il auroit crú pouvoirjouir
de quelque repos ; mais qu'enfin
puifqu'il plaifoit à la Providence
& au Roy , parla bouche duquel
elle s'expliquoit , qu'il ſe rembarquaftfurla
mer orageufe des affaires
, il s'y rembarquoit volontiers :
mais qu'il prioit la Cour d'excufer
Z iiij
272 MERCURE
les fautes & les negligences auf
quelles fon grandage & fes forces
épuifées pouvoient donner lieu .
Cuftodi Domine , dit - il enfuite
en s'adreffant à Dieu , introitum
& exitum meum. Il cita un
beau trait de Ciceron dans fes
Offices , qui remarque qu'un
Magiftrat eft heureux qui peut
conferver la dignité de la Ma-
-giftrature dans le tumulte des affaires
! Mais plus heureux encore,
ajouta-t'il , celuy qui aprés l'avoir
confervée fe retire tranquille
au Port. Il fit auffi une belle application
d'un mot de Ciceron
dans un Dialogue de la vicilGALANT
273
1
•
leffe , où il introduit Caton .
Dans ce difcours , comme dans
le premier , ce digne Magiftrat
marqua , dans les termes les
plus forts & les plus foûmis ,
la reconnoiffance des bienfaits
dont le Roy l'a gratifié ; & il
fit dans tous les deux un éloge
de ce Prince , qui luy attira de
grandes loüanges.
Il faut que les difcours qui
ont efté prononcez dans toutes
les affemblées dont je viens
de vous parler , ayent efté
parfaitement beaux , puifque
tout ce que je viens de vous
que
en rapporter ne font des
274 MERCURE
efforts de memoire de quelques
perfonnes qui les ont
entendus ; ainfi l'on doit eftre
perfuadé que ces fragmens
qui font peut - être défectueux
en quelques endroits , joints
au corps doivent compofer des
ouvrages de la plus grande
beauté.
Je ne vous ay encore rien
dit de la priſe du Fort de
Santvlict , qui coûte aux ennemis
beaucoup plus qu'ils
n'ont crû , puifqu'elle leur
coûte la prife de la Ville de
Dieft , des dix- fept cents hom
mes qui eftoient dans cette
GALANT 275.
place & dans le pofte d'Halen ,
& d'une partie des bagages
de leur armée qui estoient
auffi dans Dieft. Ce fuccés
eft dûà Son Alteffe Electorale
de Baviere , qui prit le parti
d'abondonner un méchant
Fort , qui n'eftoit revêtu que
de quelques Baſtions de terre,
& qui ne fe pouvoit conſerver.
Ce Prince forma le deffein ,
voyant que les ennemis publioient
tous les jours qu'ils
alloient attaquer le Fort de
Santvliet , de les laiffer avancer,
& de ne les point fuivre , afin
que lors qu'ils feroient affez
276 MERCURE
les ·
avancez , il puft faire le fiege
de Dieft , fans craindre que
ennemis vinffent au fecours de
cette place , dont ils s'eftoient
trop éloignez pour eftre revenus
affez toft , outre que pour
reprendre la route de Dieft,
ils auroient efté obligez. de
lever le fiege de Santvliet .
Dans le détail que je vous
ay donné de tout ce quis eft
paffé au fiege de Dieft , on n'a
pas rendu toute la juftice qui
étoit dûë à M' le Chevalier de
Simianes ; c'eft pourquoy je
croy devoir ajoûter icy ce qui
fuit.
GALANT 277
M' le Comte
d'Artagnan
ayant trouvé à propos de faire
attaquer l'ouvrage détaché de
la porte de Montaigu , d'où
paroiffoit dépendre le fuccés
de ce Siege . M' le Chevalier de
Simianes , Colonel d'un Règiment
d'Infanterie , fe chargea
de l'emporter en une heure de
temps , à la tefte d'onze Compagnies
de Grenadiers
qu'il
commandoit
; & M' le Comte
d'Artagnan
luy laiſſa la difpofition
de cette attaque . Mª le
Chevalier de Simianes la partagea
en trois ; une à la gauche
de l'ouvrage , qui aboutifloit
278 MERCURE
directement à la gorge , la feconde
au centre ; & la troifiéme
à la droite , qui eftoit la plus
difficile , étant fort expoſeé au
feu du Rempart de la Ville: &
comme il n'y avoit point de
bréche , il fit il fit apporter
des
échelles afin d'efcalader. Le
tout étant ainfi diſpoſé , il
donna le fignal ; & au meſme
temps les Grenadiers partirent
avec tant de rapidité , & monterent
à l'affaut avec tant de
fureur , ce Chevalier à leur tefte
qui les animoit par fon exemple
, qu'ils entrerent dans l'ouvrage
l'épée à la main , & tucGALANT
279
rent tous ceux qu'ils rencontrerent.
Il feroit mal aifé de
voir un plus grand feu . L'affaire
dura cinq quarts d'heure
les ennemis s'eftant défendus
jufques à l'extrcmité . M' le
Chevalier de Simianes fit faire
auffi- toft le logement , où l'on
dreffa une batterie qui ne fut
pas plutoft achevée , que les
ennemis battirent la Chamade,
& fe rendirent prifonniers de
guerre.
On doit remarquer que Dieſt
n'a tenu qu'un jour , & que
le
Fort de Santvliet a foûtenu fix.
jours de fiege , pendant leſ280
MERCURE
quels les ennemis ont fait une
perte affez confiderable.
Monfieur l'Electeur de Baviere
jugeant que la Campagne
finiroit par la priſe de Dieſt
& celle de Santvliet ; que
par
les ennemis eftoient trop avanccz
pour revenir fur leurs pas ;
qu'ils eftoient trop affoiblis ;
que prefque toute leur Cavalerie
eftoit ruinée ; & qu'ils
eftoient perfuadez que les troupes
de deux Couronnes étoient
en eftat de s'opposer à tous
leurs deffeins , refolut avec M
le Maréchal de Villeroy de les
faire mettre en quartiers d'hyGALANT
•28£
ver : & pendant qu'elles y`ont
marché , ce Prince a efté voir
à Lille fon Alteffe Electorale.
de Cologne , fon frere , où elle
fait fon fejour. Cette Alteffe
y a demeuré incognito , & a refufé
abfolument tous les honneurs
qu'on fe préparoit à luy
rendre ; cependant on n'a pas
laiffé de tirer le canon à fon arrivée
& à fa fortie. Pendant le
fejour que fon Alteffe Electorale
a fait à Lille , Monfieur l'Electeur
de Cologne & M le
Maréchal de Boufflers n'ont
rien oublié pour la divertir ; &
Monfieur de Cologne fçachant
Novembre 1705. Aa
a
282 MERCURE
qu'elle fouhaitoit de voir une
Comedie Allemande , a trouvé
le moyen de luy donner ce divertiffement.
M' le Maréchal
de Boufflers s'eft empreffé de
fon cofté à chercher tout ce
qui pouvoit contribuer aux divertiffemens
de ce Prince . On
a donné plufieurs Bals pendant
fon fejour , il y a eu grand Jeu ;
on a pris plufieurs fois le plaifir
de la Chaffe ; & M' le Maréchal
de Boufflers a traité ce
Prince avec toute la magnificence
imaginable. Il l'a accompagné
à ſon retour juſques à
Tournay ; ils ont chaffe fur leur
GALANT 283
route : & eftant arrivez à Tournay
, ils en ont vifité les fortifications
, qui ont efté trouvées
tres- belles , & dans un tres-bon
eftat. Enfin cet Electeur , aprés
avoir efté regalé de nouveau
avec beaucoup de fomptuofité
par M le Maréchal de Bouf-
Hlers , ce Maréchal prit congé
de fon A. Electorale, qui retourna
à Bruxelles , où elle a efté
reçue avec beaucoup de joye
& de grands applaudiffemens ;
toute la Ville ne pouvant ceffer
de louer un Prince , qui par
prudence & par les grands
mouvemens qu'il n'a point ceffa
Aaij
284 MERCURE
fé de fe donner , a trouvé le
moyen d'empefcher que les
ennemis , aprés leur entrée dans
les Lignes , ne fe rendiſſent
maiftres de cette Capitale du
Brabant.
Le Vendredy 13. Novembre
, l'Academie des Infcriptions
& des Medailles , recommença
fes Séances par une Affemblée
publique , dans laquelle
M' Danché , connu par plufieurs
Tragedies en Mufique ,
qui ont eu beaucoup de fuccés
, ouvrit la Séance par la lecture
qu'il fit d'une Diſſertation
de ſa compoſition , touchant
GALANT 285
Ies repas des Anciens . Elle étoit
remplie de traits agréables d'érudition
; & tous les Paffages
qu'il cita de nos plus celebres
Auteurs , firent beaucoup de
plaifir . Il en rapporta plufieurs
tirez des ouvrages de Platon ,
fur les Feftins fympofiaques
où les anciens Philofophes
fe
trouvoient moins pour boire
& pour manger , que pour parler
avec plus de liberté & d'en .
joüement des hautes Sciences
& des plus grands fujets de la
Morale. Apulée , Athenée , Lu
cien , & tous les anciens Auteurs
qui ont écrit ſur cetto
286 MERCURE
matiere , furent amenez dans
cette Differtation ; celle du Pere
Fronteau , Chanoine Regulier
de Sainte Genevieve , fur l'ancienne
maniere de fe faluer à
table , & qui a paru depuis peu
par les foins de M ' de S. Flachard
- de- Saint Sauveur , nefut
pas oubliée.M' l'Abbé Bignon,
en refumant tout ce que M
Danché avoit dit , luy donna
de grandes louanges , fur la fecondité
de fon genie , & particulierement
fur le fuccés des
Pieces qu'il a données au public.
Aprés M' Danché , M' Gros
GALANT 257
de Boze lût un difcours fur les
recompenfes & les marques
d'honneur que les Grecs & les
Romains accordoient à ceux
qui fe diftinguoient dans les
fciences ou dans l'art militaire .
Il remarqua d'abord , que
quelque eftimable quefuftla vertu
par elle - mefme , on avoit jugé
prefque dans tous les temps , que
Jon nom
nom feul & fes charmes ne
fuffifoient pas pour engager les
hommes à la fuivre que c'est ce
premier aveu de la foibleffe bumaine
qui introduifit l'ufage des
marques
exterecompenfes
& des
rieures de gloire de diftinction &
288 MERCURE
qu'ainfi l'honneur devint le chemin
ordinaire de la vertu , contre
l'idée de ce Sage , qui bâtiſſant un
temple à chacune de ces Divinitez,
les joignit l'un à l'autre les
difpofa de maniere, que
l'on ne
pou
voit entrer dans celuy de l'honneur,
fans paffer par celuy de la vertu .
Que ce fuftpour exciter cette noble
paffion dans le coeur de leurs Citoyens
, qu'Athenes & que Rome
commencerent à tirer le marbre
le porphyre des carrieres ; qu'elles
apprirent à fondre l'or , l'argent&
le bronze , & qu'elles en drefferent
ces Monumens ingenieux ou
fuperbes , qui font encore aujour
D huy
GALANT 289
1
d'huy le fujet de noftre admiraration.
par
Il parcourut enfuite avec
ordre les differentes efpeces des
recompenfes que les Grecs &
les Romains accordoient à ceux
qui fe rendoient celebres
une fageffe profonde , par un
efprit jufte , ou par une valeur
éprouvée . Statues, Infcriptions,
Medailles , Couronnes Civiques
, Murales , Caftrenfes ,
Navales ou Claffiques , Bracelets
, Chaifnes d'or , Colliers ,
Ornemens d'hommes & de
chevaux , Javelines , Etendarts,
Acclamations
, Eloges func
Novembre
1705. Bb
290 MERCURE
bres , Apotheofes ; tout cela
entra dans ſon ſujer .
La connoiffance que M' de
Boze a de l'antique , luy fit rappeller
tres - à - propos
les plus
précieux Monumens, dans tous
les endroits où ils pouvoient
fervir de preuves , ou d'ornement
à fon difcours.
a
C'est ce que remarqua fort
bien M' l'Abbé Bignon dans
la réponſe qu'il fit à M' Grosde-
Boze. Il en rapporta , à fon
ordinaire , tous les endroits les
plus remarquables ; & ce qu'il
y ajoûta fit un extréme plaifir
à toute l'Affemblée , qui ne
$
GALANT 291
3
pouvoit fe laffer d'admirer la
preſence d'efprit & la memoire
de ce fçavant Abbé.
M' de Boze eft connu par
plufieurs Differtations fur les
Medailles , qui font forties de
fa plume depuis un an ou deux ,
La premiere qui a paru de luy ,
eft une Lettre , adreffée au Pere
de Chamillart , fur une Medaille
qui eft dans le Cabinet de
ce Sçavant Jefuite. Nous avons
obligation de la publication de
cette piece au même M' de S.
Sauveur dont je viens de parler .
M' de Boze compofa au commencement
de ce fiecle un Trai
Bbij
292 MERCURE
té historique du Fubilé des Juifs ;
& cet ouvrage fut tres- eftimé.
Une année ou deux auparavant
il avoit prononcé à Lion fa
patrie , le Difcours Confulaire
que l'on fait toutes les années,
la veille de la Fefte de Saint
Thomas , à l'élection des Echevins
de cette Ville. Cette piece
d'Eloquence fut tres- applaudie.
y
Ml'Abbé Maffieu, qui parla
en fuite , avoit choifi pour
fujet de ſon diſcours , la défende
la Poefte . Quelque temps.
auparavant
, il avoit lû à cette
illuftre Compagnie
le comfe
GALANT 293
mencement d'un ouvrage , au
quel il travaille ; c'eft l'Hiftoire
de la Poëfie Françoife . L'Apologic
dont nous parlons , y
doit fervir de Préface. Dans
cette Diſſertation il répondit à
ce qu'autrefois Platon , & à ce
que , dans ces derniers temps ,
-M' le Fevre & le Pere Lami ont
publié contre la Poëſie . Il refuta
ces fçavans hommes avec
tous les égards qui leur font
dûs ; & en combattant leurs
fentimens , il fit voir par
tout un fort grand reſpect
pour leurs perfonnes . Il remarqua
que tous les reproches
Bb iij
294 MERCURE
qu'on fait à la Poëfie , peuvent
fe reduire à deux principaux :
On prétend qu'elle cft propre
à gafter l'efprit & à corrompre
le coeur. Il juftifia fur ces deux
accufations , cette partie des
belles lettres qui a toujours
paffé pour la plus agreable ; &
montra quefi on la confidere
dans la pureté de fa premiere
inftitution elle peut étre la
plus utile.
Ce Difcours qui auroit pû
ennuyer , s'il n'avoit efté que
mediocre , puifque la lecture
que M l'Abbé Maffieu en fit,
prolongea d'un quart d'heure
GALANT 295
ges
1 le temps ordinaire des Aſſemblées
, parut encore trop court
à tous ceux qui l'entendirent ,
& luy fit donner mille loüanfur
la force de fes preuves
& fur la nobleffe de fon ftile .
On conçut de là une grande
idée de la beauté de l'ouvrage
auquel il doit fervir de Préface ,
& il ne peut eftre donné au
public affez toft pour fatisfaire
l'impatience que les Amateurs
de la Poëfic ont de le voir ; & à
qui la Poëfie ne plaift- elle pas ?
CM l'Abbé Bignon , Prefident
de l'Academie , refuma , à
fon ordinairé , tout ce qui avoit
B b iiij
296 MERCURE
efté dit par les trois Academíciens,
avec la facilité & la netteté
d'efprit qui le font admirer
toutes les fois qu'il parle
fans prémeditation dans ces
fortes d'Affemblées.
Cet Abbé declara que s'il
eftoit refté du temps , on auroit
lû une quatrième piece ,
dont l'Affemblée auroit efté
fatisfaite.
Le Samedy 14. du même¹
mois , l'Academie des Sciences
recommença fes Affemblées
& en tint une publique. La coû
tume de cette Academie eft
que lorfqu'elle a perdu unAca - i
GALANT 297
demicien , le Secretaire en fait
un éloge dans la premiere
affemblée publique d'aprés la
mort. Ces éloges font hiftoriques
, & non pas des efpeces
d'Oraifons funebres , où l'on
déploye toutes les voiles de
l'éloquence. Comme il étoit
mort depuis le mois d'Aouft
deux Academiciens , l'un , M
Bernoulli , Profeffeur en Ma-:
thematique à Bafle , Affocié
étranger , tres fameux Geometre
; & l'autre , M' Amontons ;
qui , quoyque jeune , avoit déja
grande réputation dans ↑
les Mécaniques , & qu'il y avoit
unce
298 MERCURE
fait de grandes & utiles décou
vertes: M' de Fontenelle ,felor:
le devoir de fa place , fitl Hif
toire de leur vic , & principale
ment de leur vie fçavante . M
Bernoulli avoit cfté mis au
nombre des Penfionnaires
étrangers de l'Academie en
1699. lorſque le Roy rétablit
cette Compagnie . Il étoit frere
aîné de M Bernoulli , Profef
Mathematique à Gro- feur en
ningue. Il fe fervit du premier
ufage qu'il avoit pû faire de fa
raifon , pour l'étude de la Geo.
metric,&depuis ce temps- là juf
qu'à celuy de fa mort , le cours
GALANT 299
de fa vie fut une étude continuelle
de cette Science . Il y
fit de fi grands progrés , qu'il a
toûjours paffé pour un des plus
grands Geometres de l'Europe .
Un des premiers ouvrages de
M' Bernoulli , fut une differtation
fur la fameufe Comete qui
parut en 1680. & fur laquelle
M' Bayle publia des Reflexions
dont il vient de donner tout
recemment la fuite . M' Bernoulli
faifoit voir dans fon ouvrage
, que le mouvement de
ce Phenomene , qu'on appelle
Comete , eft fi regulier , que par
une fupputation tres - exacte
300 MERCURE
qu'il a faite , il prétend que la
même Comete qui parut en
1680. doit reparoîtreen 1717.
& ainfi il conclut que ce Phenomene
n'eſt point un figne de
malheur , comme le commun
du peuple le croit ; mais pour
ne point revolter ce même public
, & ne point trop aller contre
fes préjugez , il prétend que
la mauvaiſe influence eft dans la
queue de la Comete , & non
dans le corps , & qu'ainfi la
queue n'eftant qu'accidentelle
à ces Phenomenes , ce n'eft pas
proprement du corps de ce
Phenomene dont il faut tirer
ܐ܂
GALANT 301
de mauvaiſes inductions . M
de Leibnits avoit mis dans fon
Journal de Leipfic quelques
pieces , où il montroit de loin
la Methode des Infiniment petits
, & il en faifoit fentir l'utilité
d'une maniere à faire
fouhaitter aux Geometres ,
que quelque habile homme
s'appliquait tout de bon à la découverte
de cette Methode : M
de Leibnits n'en ayant pas parlé
à fonds , & ayant feulement
fait connoître fa poffibilité.
M Bernoulli de Bâle & M
Newton Philofophe Anglois,
excitez par les premieres avan302
MERCURE
ces de M de Leibnitz , travaillerent
indépendament l'un
de l'autre & à l'infçu de M
de Leibnitz , & à force de calculer
, ils trouverent enfin cette
methode fi précieuſe & au
moyen de laquelle on rend
fenfibles les queftions les plus
épineufes de la Geometrie . M
de Leibnitz avoüa , dans la fuite,
que cette découverte eftoit
dûë à ces M" &qu'il n'en avoit
efté que l'occaſion . Ce font les
principes de ces trois excellens
Geometres que fcu M' le Mar¹¹
quis de l'Hopital a redigés enfuite
dans fon excellent traité
GALANT
303
des Infinimentpetits . M ' de Fon
tenelle fit le détail de quelques
effais que M' Bernoulli avoit
publiez fur la Geometrie , &
de
quelques autres ouvrages
qu'il a donnez au public ; il parla
fort de celuy où ce Philofophe
n'avoit fait que mettre la
derniere main avant ſa mort ,
& qu'il n'a pas eu le plaifir de
voir imprimé. M's Bernoulli
s'envoyoient fouvent des Problêmes
pour les
refoudre , &
cette petite émulation entretenoit
parmy eux une ardeur
pour l'étude , qui avoit contribué
à en faire deux grands
rs
304 MERCURE
Geometres. En dernier lieu M
Bernoulli qui vient de mourir
avoit propofé un Problême à
fon frere , en luy offrant une
groffe fomme d'argent , s'il en
donnoit la folution , M Bernoulli
de Groningue la donna
à la verité ; mais il ne la donna
pas avec toute l'étenduë que la
matiere le demandoit ; ainfi M
Bernoulli de Bâle y ajoûta une
grande Analyſe . Aprés cet éloge
, M' de Fontenelle lût celuy
de M' Amontons , Eleve de
l'Academie des Sciences , &
mort depuis deux ou trois mois
dans un âge peu avancé . Il étoit
fils d'un Avocat de Rouen ; & il
GALANT 305
eftoit né auvec un gouft naturel
pour les Mathematiques ,
qu'il avoit toûjours pris fon
de cultiver. M' de Fontenelle fit
remarquer que la fürdité de
M'Amontons avoit augmenté
l'inclination qu'il avoit pour
les Sciences abftraites . Sembla-
*· ble , dit-il , à ce Philoſophe quiſe
creva les yeux pour mediter avec
plus de loifir moins de diftraction
fur les merveilles de la nature.
M Amontons avoit fait divers
ouvrages , dont peu ont
vû le jour ; mais ceux qui ont
parû fourniffent des preuves de
fon habileté & de fon exacti-
Novembre 1705. Cc
306 MERCURE
tude dans l'étude qu'il faifoit
M' l'Abbé Bignon qui prefidoit
, refuma ce que Mr de
Fontenelle venoit de dire fur
ces deux Academiens. Il remarqua
à l'égard de M' Bernoulli
, que rien ne pouvoit eftre
plusglorieux à un Profeffeur étran
ger, & qui avoit paru mener une
vie affez obfcure , que d'eftre loué
dans le Palais d'un grandRoy , &
jufque dans fon appartement. Et
aprés avoir donné à Mr Amontons,
les louanges qu'il meritoit,
il marqua le Mardy 17. Novembre
pour le jour du Service
que l'Academic s'eft obligée de
GALANT 307
» que
faire faire aprés la mort de fes
Academiciens : Bien fâché , dit
cet Abbé , la difference de
fentimens nous empêche de rendre
ce même devoir à MrBernoulli..
Mr Varignon , Profeffeur
en Mathematique au College
des Quatre-Nations , lut enfuite
une Differtation fur la rarefaction
de l'air , & pour rendre
plus fenfible ce qu'il dit , il
avoit tracé des figures qui pou
voient donner quelques connoiffances
des veritez geometriques.
En parlant de la pefanteur
de l'air , & de la pefanteur
même du vuide , s'il eft croya-
Ccij
308 MERCURE
ble qu'on ait pouffé les décou
vertes jufqu'à la meſure du vuide
, il s'étendit beaucoup fur
les Termometres , Barometres ,
&c. & parla fort du Termometre
de Florence . Dans le
cours de cette Differtation , Mr
de Varignon rappella un ouvrage
qu'il avoit fait il y a quel
ques années , & il en promit un
fur la même matiere. Mr Varignon
dit que le Manometre
qu'il a inventé doit fervir à me
furer exactement les differens
degrez de la rarefaction ou de la
condenfation de l'air , & à com
parer non -feulement les diffe
GALANT 309
rentes conftitutions que peutavoir
à cet égard, l'air d'un mê
me Pays , mais celles que peut
avoir en même temps ou en
differens temps , l'air de deux
pays differens.
Enfin Mr de Tournefort lut
un Difcours fur les maladies.
des Plantes , & rapporta des
chofes fort curieufes , & fort
recherchées , &, entre- autres ,la
maniere dont les Grecs de l'Ar
chipel font de bonnes figues
par le moyen des figues fauvages.
Ce que Mr l'Abbé Bignon,
en refumant ce Difcours , ap
pella fort agreablement Ma
310 MERCURE
nufacture de Figues. Ces trois
Difcours qui tinrent toute la
Séance , furent , à l'ordinaire
fuivis des reflexions de cet illuftre
Abbé, qui en ces occafions
parle fur le champ avec
autant d'agrément , de politef
fe , & de profondeur , que s'il
avoit longtemps étudié ce qu'il
doit dire .
Je ne dois pas oublier que
Mr
Tournefort , en parcou
rant les diverfes maladies des
Plantes , fit voir d'où elles naiffoient
, & les remedes qu'on
pouvoit y apporter ; & on ju
gea par tout ce que dit cet haGALANT
311
:.
"
bile Medecin , que tout fes
foins & fes longs voyages ne
luy ont pas efté inutiles & qu'il
en a rapporté une parfaite connoiffance
de la nature. Ce qu'il
dit fur tout , fur la moififfure
des Plantes , & le moyen qu'il
propofa pour l'éviter , fut écou
té avec attention de toute
l'Affemblée. Il promit dans le
cours de cette Differtation un
Traité d'Agriculture
raiſonné
, & une Relation de fon
Voyage; & Mr l'Abbé Bignon ,
en refumant ce qu'il avoit dit ,
le fomma au nom du Public
de tenir fa parole. L'heure
312 MERCURE
laquelle eft fixée la fin de l'Af
femblée , ayant fonné , on ne
pût faire la lecture d'une quatriéme
Differtation .
Quoique je vous aye déja parlé
du difcours prononcé par M
Portail , le jour de la Mercuriale
, je crois vous en devoir
parler une feconde fois ; ce que
le hazard a fait tomber entre
mes mains , me paroiffant fort
jufte & fort fuivi ; le voici .
M' Portail fe propofe dans
ce difcours de combatre la
langueur & l'indifference du
Magiftrat. La premiere periode
que vous allez lire développe
nettement
GALANT 313
!
hettement fon fujet. Il dit que
s'il n'eſt point d'écoeuil de plus danla
gereux pour vertu que la mol-
Leffe e le relafchement il n'eftpoint
d'ennemi plus à craindre que l'efprit
de langueur & d'indifference
dans les fonctions de la Magiſtra-
`ture. Il fit voir enfuite que l'hom
me eftant népour agir , & formé
des mains de Dieu mesme , l'activité
de fon coeur doit le porter vers
quelque objet qui réponde à l'excellence
de fon origine ; Placé au
milieu du monde , tout ce qui l'environne
femble luy annoncerfans
ceffe que rien n'eft inutile dans la
nature c.Dans les differents états
Novembre 1705. Dd
314 MURE
qui partagent le monde , l'intereft
feul empêche qu'on ne demeure
dans la langueur & dans l'indifference.
Si , par exemple , un
Peintre , un Sculpteur & un Artifan
n'employent
pas tout leur efprit
, & toute leur adreffe , le
publicfe vange par le mépris qu'il
fait de leurs ouvrages , condamne
à l'indigence ceux qui fe font
livrez à la pareſſe. Le Magiftrat
feul n'eft pas conduitpar l'efperance
d'un gain fordide ; deflors
qu'il ouvre fon coeur à l'intereft ,
il fe rend indigne de l'eftre. Demeurera-
t- il donc feul dans cet eftat
de langueur & d'indifference
,
GALANT
315
parce que ce n'eft pas luy , mais la
Fuftice qui fouffre des fautes qu'il
commet ? L'amour feul de la fuftice
le doit foutenir , c. Mr Portail
fit enfuite les
portraits de
trois ou quatre fortes de Magiftrats
, qui demeurent indifferens
pour la Juftice . On en voit
d'abord,dit- il, quifont Magiftrats
avant que d'avoir pense à le
devenir; ils regardent leur Charge
comme un amuſement honnefte ;
ils font appliquez à toute autre
chofe qu'à ce qui regarde leur employ
, livrez à leursplaiſirs. Etpar
là fe mettant dans le rang des perfonnes
les plus viles , que
les mé-
Ddij
316 MERCURE
a
mes inclinations rendent leurs fem
blables , ils ne reclament la Magiftrature
que lorsqu'ils la déshonorent.
S'agit- il de donner leur opinion
fur une affaire difficile ? ils
s'en tiennent à celle d'un Magif
trat éclairé fans en avoirpenetré les
motifs ils penfent comme luy ,
parce qu'ils ne fe font pas donnez
la peine de penfer eux - mêmes . On
en voit d'autres , pourſuivit- il ,
qui connoiffent à la verité tous
leurs devoirs , mais qui regardent.
leur Charge comme un titre fpecieux
pour autorifer leur vanité.
Ce ne fontpas des Magiftrats qui
s'appliquent pour l'amour de la
GALANT 317
5 Justice ce font des ambitieux qui
travaillent pour leur propre gloire.
Ainfi l'amour des plaifirs dans les
uns , l'amour de la gloire dans
·les autres , les rendent également
indifferens pour la Justice . Ily en
à d'autres qui font revenus des
plaifirs , & qui ne font pas touchez
de l'ambition ; ils fe contentent
de ne point faire d'injustice
criante , & croyent avoir remply
leurs devoirs quand ils n'ontpoint
commis les prevarications les plus
marquées. Commefi le Magiftrat
n'eftoit pas obligé non -feulement
de ne pas faire le mal , mais auffi
de faire tout le bien qu'il peut ;
D'd iij
318 MERCURE
car il ne faut pas s'y tromper , te
vice à découvert n'inſpire que de
l'horreur ; & plus un précipice eft
profond , plus on a foin de l'éviter.
Un honnefte homme eft rebuté par
les feules apparences du mal ; mais
on doit fe donner plus de garde
de cet eftat de langueure d'indifference
qui n'attaque pas fi ouver
tement laJustice, & c. Enfin , on
en voit qui font les efpritsforts :
Il n'eft pas d'eftat plus heureux,
difent-ils , que celuy de l'indif
ference ; c'eft le feul où le fage
peut jouir de fa vertu ; infenfible
à tout , rien ne le trouble ,
&c. Mais n'apprendront - ils ja-
1
GALANT 319
?
1
pas
+
mais , ces faux Sages , que rien
n'est plus contraire à la raison que
Lindifference ? Que toute la nature
nous prêche l'action , & c . Et cela
fi vray , qu'ils font obligez de
chercher un prétexte dans la foibleffe
de l'homme , pour excufer
leur indifference . L'homme n'eſt
fans imperfection , ajoû
tent-t-ils , le plus parfait cft celuy
qui en a le moins ; faut- il
eftre furpris s'il commet des
fautes & peut- il même n'en
pas commettre ? L'homme n'eft
pas fans imperfection , il eft vrays
mais c'est pour cela qu'il doit s'efforcer
davantage de fe rendreplus
Dd iiij
"
320 MERCURE
parfait il fera toujours affez de
fautes fans y penfer. C'eft ainfi
que ces perfonnes du plus puiffant
motifpour réveiller leur pareſſe ,
en font un titre pour autoriſer leur
indifference . Mr Portail finit par
un beau portrait du veritable
Magiftrat Que fi fes forces dimi
nuënt , dit cet Avocat General
fon zele n'eft point rallenti ; & s'il
eft privépar un accident imprévu
de la clarté du jour , les lumieres
defon esprit ni en font queplus brillantes.
Il fit en paffant l'éloge
de Mr Maunourry , Confeiller
de la Grand Chambre , aveugle
& mort depuis peu . Qu'in
GALANT 32x
3
acceffible aux objets exterieurs qui
pourroient le diftraire , fon amefe
recueille toute en elle- même , &
elle eft entierement appliquée à la
Justice , & c. Enfin fes dernieres
paroles reprefenterent les idées
nobles qu'on doit avoir d'un
Magiftrat Qu'il doit fe fouvenir
qu'il n'eft pas né pour luy ,
mais pour Le Public ; non pour
jouir d'un repos inutile , mais
pour le procurer aux autres : Que
refponfable du mal qu'il fait , ilfe
rend coupable du bien qu'il ne fait
pass Que s'ilnepeut pas faire tout
lesbien qu'il defire , il doit defirer
tout le bien qu'il peut faire
322 MERCURE
L'Article où je vous parlois
de Monfieur le Duc de Vendofine
dans ma derniere Lettre,
finiffoit à la prife de Soncino
. Monfieur le Prince Eugene
jugeant bien que ce Priace
, qu'il eft difficile d'arrefter
lorfqu'il eſt une fois en mouvement
, n'en demeureroit pas
-là , ſe retira , auffi-toſt aprés la
prife de Soncino , à Calzo prés
d'Urago. Cependant Monficur
de Vendofme fit faire un Camp
retranché & palliffadé , depuis
Soncino jufqu'à l'Oglio , pour
couvrir les deux Ponts qu'il
avoit fait conftruire fur cette
GALANT 323
riviere , & conferver en même
temps la communication avec
Soncino. Il fe preparoit à pourfuivre
les ennemis , & toutes
chofes eftoient preparées pour
cela ; mais il fut arreſté par le
débordement de l'Oglio , dont
les eaux rompirent les Ponts
que ce Prince avoit fait conf
truire fur cette riviere. Ces
obftacles ne l'obligerent pas à
quitter fon deffein ; & il donna
auffi- toft des ordres afin de rétablir
promptement le dommage
que les eaux avoient caufé
aux Ponts fur lesquels il
devoit paffer , ayant fait venir
324 MERCURE
pour cet effet des Batteaux fur
quantité de Chariots , de Pizzighitone
& d'Uftiano . Le deffein
de Monfieur de Vendof
me eftant de forcer les ennemis
à repaffer l'Oglio , il auroit dû
eftreContent
de
leur
retraite
precipitée ; ces fortes de retraites
caufant toûjours beaucoup
de perte à ceux qui les font :
Mais ce Prince ne laiffa pas d'être
chagrin d'apprendre qu'ils
s'eftoient retirez , fon deffein
eftant de les engager dans un
combat avant leur retraite . Ils
ne laifferent pas neanmoins de
fouffrir prefque autant que s'ils
GALANT 325
avoient efté battus , puifque les
Ponts qu'ils avoient à Calzo
furent auffi rompus
& que
plufieurs de leurs Soldats furent
noyez . Ils mirent leur droitc
à Urago , & leur gauche à
Caftel de Covadi , & un Naville
devant eux croyant toûjours
fe voir pourſuivis par
Monfieur de Vendofme .
Vous trouverez la fuite de
ce qui s'eft paffe ep Lombardic ,
dans la Relation fuivante .
326 MERCURE
Au Camp de Cividato , le 11 °
Novembre.
2
Monfieur le Duc de Vendofme
partit le 8. de Ticengo , avec
40. Bataillons , 18. Efcadrons
huit pieces de gros canon ;
reste de fa Cavalerie can-
Tal
tonnée aux environs de Soncino
onze Bataillons dans la Ville ,
dans la communication de ladite
Ville à l'Oglio. Il répandit
fes troupes depuis Fumenengojuf
qu'à Palazzuolo , & mit fon
quartiergeneral à Cividato, qui eft
au centre de ces autres quartiers. Il
GALANT
327
a chaffé ce que les ennemis avoient
dans la partie de Palazzuolo , en
deçà de l'Oglio , & en a fi bien
mafqué le Pont , & celuy de Pontoglio
, que les ennemis ne peuvent
plus déboucher par là . Il fait
act element travailler à une ligne
depuis Calzo jufqu'à Fumenengo,
où les guez font le plus à craindre.
Il fait venir de l'Adda toutes les
troupes d'Espagne qui y estoient
pour les laiffer de ce cofté - cy de
l'Oglio , depuis Palazzuolo jufqu'à
Fumenengo ; aprés quoy
paffer l'Oglio à fes Ponts de Soncino
pour referrer Monfieur le
Prince Eugene , en cas que ce
a
ilira
328 MERCURE
Prince l'attende à Urago. On Je
canonna hier toute la journée , de
part & d'autre,d'Urago à Calzo ,
&de Calzo à Urago . Voilà glorieufement
finir la campagne pour
Son Alteffe , qui a mis entierement
le Milanez à couvert , &
qui empêchera certainement Monfieur
le Prince Eugene de s'établir
dans le Mantoüan , qui outre tous
les maux que la guerre luy a fait
fouffrir , en vient d'éprouver un
terrible
, par le débordement du
Pô ; tout le plat Pays , à plus de
trois milles à la ronde , tant de l'un
de l'autre cofté , a esté inondé ;
plufieurs Caffines ont eftéfubmerque
GALANT 329
gées , & quantité de gens ont efté
noyez. C'est une defolation déplorable
dans le Cremonois ; le Plaifantin
le Parmefan s'en font auffi
reffentis . Ily a encore actuellement
des payfans fur des arbres , qu'on
eft obligé d'aller chercher avec des
barques ; quelques-unsy font morts
de faim , de froid, de peur. Ce
n'estpas tant les pluyes , quoy que
grandes , qui ont caufe ces malheurs
, qu'un vent de Siroc qui a
fait regonfler les eaux du Pô
à leur décharge dans la Mer ; de
maniere que de memoire d'hommes
on n'a rien vû dans ce pays - cy de
fifurprenant : & les autres rivie
Novembre 1705. Ec
330 MERCURE
res qui fe rendent dans le Pô , ont
fait les mêmes ravages à proportion
, enfe répandant hors de leur
lit bien avant dans les Campagnes,
Du 12. Novembre.
Les ennemis ont décampé d'U
rago, on croit qu'ils ont aban
donné la partie de Palazzuolo ,
au de là de l'Oglio , qu'ils occupoient
nous ne tarderons pas à
marcher & à paſſer l'Oglio.
J'ay vû d'autres lettres , qui
portent que le débordement du
Pô a endommagé les fortificaGALANT
331
tions de Turin en quelques endroits
, qu'il y a renverfé des
maifons , emporté des magafins
, & qu'il y a fait perir plus
de fix mille perfonnes .
Monfieur le Duc de Vendofme
a fait rafer par des détachemens
de la garnifon de
Mantouë , & des poftes qu'-
occupent les troupes du Roy
fur le bas Oglio & fur le Mincio
, les retranchemens que les
Imperiaux avoient faits à Gavardo
, fur la Chiefe , & à Salo ;
& ce Prince a fait garder les
paffages de l'Oglio , par les
troupes qui gardoient ceux de
l'Adda.
Ecij
332 MERCUR
I
Pendant que Monfieur de
Vendoſme agiſſoit de ſon coſté
en Lombardie , en obligeant.
tous les jours Monfieur le Prince
Eugene à reculer , en abandonnant
fes meilleurs poftes ;
Mr le Duc de la Feüillade fe
faififfoit du Village d'Annoné ,
& du Chasteau qui eſt élevé ſur
un hauteur auprés de ce Village
, fortifié de plufieurs retranchemens
, & dans lequel il y
avoit deux cens Soldats & fept
Officiers . Mr le Comte d'EL
tain , & Mr le Marquis de Ruffec
fe faififfoient auffi par
ordres , de Coconato , du Châ
fes
GALANT 333
•
teau de Cinzana , de Rivalba
de Berfano , d'Albognana , de
Pogliano , & de Moncuco ; &
ce Duc s'approchoit par la prife
de tous ces poftes , de Quiers
& de la Colline du Pô. Vous
trouverez ce qui ſe fit enſuite
dans la relation fuivante.
4
-3
Au Camp devant Afti , le 9.
Novembre.
Nous arrivafmes le 6. devant
cette place. L'Armée campa la
droite à une hauteur où ily a une
Eglife appellée Madona Della
Viatofta , que l'on fit occuper par
K
334 MERCURE
les Bataillons de Dauphiné &
de Damas , avec trois Regimens
de Dragons &la gauche à une
autre hauteur au deffus de la Chartreufe
, où eft le quartier general ,
couvert par le Corps des Grenadiers.
Mr le Duc de la Feuillade
envoya ordre en même temps à
l'artillerie qui eftoit à Annoné, de
le venir joindre fous l'efcorte du
Bataillon du Royal - Artillerie &
de celui d'Efgrigny. Nousfommes
reftez dans cette fituation , à cauſe
des pluies continuelles , jusqu'au
buit que ce Ducfit fa difpofition
pour fe rendre maistre du fauxbourg
d'Afti par la porte de Saint
GALANT 335
Pierre , au moyen d'une breche
qu'il efperoit defaire. Il marcha
à midi avec toutes les Compagnies
de Grenadiers qui font ici au nombre
de trente › que commandoit
Mr le Marquis de Dreux , com-
-ptant qu'elles de soient eftre foûtenues
par les Carabiniers & deux
Regimens de Dragons , commandez
pour cet effet. Lorfque Mr le
Duc de la Feuillade fut à l'entrée
de la Plaine , il laiffa les troupes
pour s'y former hors de la vuedes
ennemis , & s'avança avec quelques
Officiers Generaux fur le
grand chemin d'Annoné à Afti
pour faire avancer le canon qui
336 MERCUR
E
eftoit en marche , qu'il devoit
faire mettre en batterie. Aprés
avoir donnéfes ordres , il rejoignit
les troupes où il les avoit laiſſées ;
l'on vit auffi- toft fortir environ
deux cent chevaux des ennemis ;
qui couroient à toute jambe droit
au canon , par le grand chemin . Ils
eftoient foutenus par toute leur Cavalerie
Allemande qui venoit de
leur Camp , & qui avoit defilé
entre les murailles du Fauxbourg
le Taner. Mr le Duc de la
•Feuillade s'avança dans la Plaine
avec les Grenadiers , & fit marcher
en même temps ce qui fe troua
deCarabiniers & de Dragons,
dont
GALANT 337
dont une partie ne put eftre affeztôt
en eftat.Son deffein eftoit de s'emparer
d'une petite Chapelle , qui eft
Sur le grand chemin , à une portée
de fufil du Fauxbourg ; leur Infanterie
, au nombre de 800 .
hommes , qui estoient couchez fur
le ventre pour favorifer leurprojet
, s'en faifit avant que nos troupes
y puffent arriver. Les premieres
troupes qui s'avancerent
pour attaquer noftre canon , le trouverent
gardé par le Bataillon du
Royal Artillerie , & par celuy
d'Efgrigny le premier eftant à
la tefte , attendit à faire fa déchar
ge prefque à bout touchant , ce qui
Novembre 1705
F f
;
338 MERCURE
les obligea d'abandonner leur def
fein, & de retourner pourſe mettre
en bataille avec leurs autres
troupes , vis-à- vis des noftres, qui
Se formoient à mesure qu'elles arrivoient.
La Cavalerie des ennemis
eftant pour lors fuperieure à la
noftre , la fit plier ; ce qui futcaufe
que nos Grenadiers en firent de
même , & leur Infanterie profita
de ce defordre. Ce qui fit prendre
le parti à Mr le Duc de la Feuillade
de fe mettre luy - même à la
tefte des Grenadierspour les rallier.
Il avoit laiffé fur la hauteur de la
gauche du Camp , où ily avoit
quatre pieces de canon , le RegiGALANT
339
de
ment de Dauphiné & celuy de
·D·umas , quifavoriférent le rallie
ment, par le grand feu qu'ilsfirent
fur les ennemis. Nôtre Cavale
rie , à qui Mr le Duc de la Feüillade
avoit envoyéordre de monter
à cheval , arrivoit avec beaucoup
precipitation ; illafit étendrefur
la gauche de noftre Infanterie , afin
qu'elle pût déborder les Ennemis.On
lespouſſa vivement, & on les culbuta
jufque dans le défilé, derriere
la muraille du Fauxbourg par
ils eftoient venus. Mrle Marquis
de Dreux repouffa leur Infanterie
jufque dans la paliffade de la demie-
lune , qu'ils ont à la tefte du
où
F fij
340 MERCURE
Fauxbourg ; on leur en tua un
grandnombre , on leurprit deux
Etendarts. L'acharnement de nos
troupes a esté fi grand , qu'elles
n'ontfongé qu'à battre ; ce qui eft
cauſe que nous n'avons fait que
deuxprifonniers. Nous avonsperdu
un Etendar du Regiment de
Dragons d'Hautefort. Mille chevaux,
& nos Grenadiers ontfeulement
combattu ; & ils ont eu affaire
à toutes les troupes de l'Empereur
, quifont au nombre de quinze
cens chevaux & de 2000.hommes
de pied ; dont trois cens eftoient
reflez dans les dehors du Fauxbourg
d' Afti. Mrs de Goëbriant ,
GALANT 341
de Mauroy , de Villers , de Robecq
de Guerchy , s'y font comportez
avec beaucoup de valeur &
de capacité. Mrs d'Hautefort , de
Bonneval, Saint- Micaud , Mar
cilly , Cherify , Raudot , & le
Chevalier de Mianne , s'y font
auffifort diftinguez; & les troupes
ont fort bien reparé le petit defordre
où elles ont efté d'abord . Nous
avons eu dans cette action environ
2 50.hommes de tuez ou bleſſez &
40. Officiers. Mrsde Goas & de
Ruffec , Maréchaux de Camp , y
ont efté bleſſez le premier affez
dangereufement. Mr le Chevalier
d'Imecourt eft mort defes bleffures.
Ffij
342 MERCURE
Mrs de Peyfac & de Bonnelles
ont efté bleffez, & Mr le Comte
de Teljé & Mr de Lutautont efté
auffibleffez , mais legerement. Mr
de Montecuculli , commandant le
Regiment de Visconti, a eſte tué,&
plufieurs autres , dont on eft venu
s'informer. Mr de la Feuillade &
Mr le Marquis de Dreuxfefont
toûjours trouvez au milieu du
danger.
Plufieurs Relations difent ,
que les ennemis ont perdu cinq
cens hommes dans cette affaire;
& il y a même des Relations
qui affurent que leur perte
beaucoup plus confiderable.
eft
GALANT 343
La chofe eft affez vrai - femblable.
Les ennemis ont d'abord
attaqué quelques Troupes avancées
, & leur grande fupe
riorité a efté caufe , qu'au commencement
de l'action ils ont
remporté l'avantage dont il eft
parlé dans la Relation quevous
venez de lire ; mais ces Troupes
avancées ayant efté fecourues
par plufieurs Corps , les
ennemis ont eu du défavantage
à leur tour , & ils ont efté obli
gez de plier & de prendre la
fuite : Ce que de bonnes Troupes
ne font jamais qu'aprés un
Combat opiniâtré , & aprés
Ffüij
344 MERCURE
de ;
avoir fait une perte confiderable
. Ainfi il y a lieu d'ajouter
foy aux Relations qui maxs
quent , qu'elle a efté tres- granpuifqu'outre
ce que les ennemis
ont perdu dans l'action
où ils ont cu de l'avantage , &
dans celle où ils ont efté battus, f
ils ont auffi perdu beaucoup
de monde , en fuyant jufque
dans le Fauxbourg d'Afti ; ceux
qui fuyent faifant toujours :
de grandes pertes , parce que
l'on ne fe défend pas en fuyant.
Ainfi la vrai-femblance s'accor
de avec toutes les Relations . On
ne peut donner trop de loüan-
ส
GALANT
345
"
ges à ceux , dont la conduite
l'activité & la valeur , ont em
pêché , par le prompt ſecours
qu'ils ont donné aux Troupes
qui avoient d'abord efté ébranlees
, que les ennemis ne fe
foient faifis du Canon , qu'ils
avoient deffein d'enlever ce b
deffein ayant efté le principal
motif de leur marche . Ainfi
l'on peut dire que leur entrees
prife a manqué , & qu'elle leur
a coûté cher.
;
Je viens d'apprendre que
débordement du Pô dont je
vous ay déja parlé , a obligé M
le Duc de la Feuillade d'aban
346 MERCURE
donner le fiege d'Afti , & que
la communication de fon Armée
avec Alexandrie ayant eſté
rompuë , il avoit manqué pendant
trois jours beaucoup de
chofes neceffaires à fon Armée,
Les mefmes Lettres qui m'ont
appris cette nouvelle , portent
que le débordement a cfté fi
extraordinaire à Mantouë , que
les eaux y ont monté deux pieds
par deffus les Ponts , & qu'elles
y ont formé une inondation à
deux lieues aux environs de Turin,
qui a emporté la plus grande
partie des nouveaux Ouvra
ges que Monfieur de Savoye y
GALANT 347
avoit fait faire , fubmergé des
Bourgs & des Villages , & noyé
un nombre confiderable de
perfonnes de tout ſexe & de
tout âge.
La Campagne paroift finic
en Allemagne , auffi- bien qu'en
Flandre ; & ce qu'il y a de furprenant
, eft que depuis deux
mois que Monfieur le Prince de
Bade s'eft emparé de Haguenau
, il n'a fait des Expeditions
qu'en paroles , quoyque fon
Armée fuft toute fraîche , &
beaucoup fuperieure à celle de
M' le Maréchal de Villars , qui
cftoit en campagne depuis le
348 MERCURE
•
Printemps , & dont l'Armée
cftoit affoiblie par de longues
marches
, & par toutes les expeditions
dont je vous ay deja
parlé. Il fembloit qu'aprés la
prife d'Haguenau , Monfieur
le Prince de Bade devoit
tout envahir , & qu'il n'avoit
qu'à choifir les conqueftes
qu'il vouloit faire , parmi lef
quelles ont regardoit celle du
Fort- Louis comme une conquefte
tres-affurée , & cependant
ce Prince s'eft contenté
de bloquer cette place . H
s'eftoit vanté qu'il donneroit
bataille à M' le Maréchal de
GALANT 349
Villars ; & la fuperiorité de fes
troupes fembloit l'affeurer de
la Victoire. M le Maréchal
de Villars ne s'eft point étonné
de tous ces projets ; & fouhaitant
ardamment d'en venir
aux mains il a imaginé des
moyens dont il ne paroift pas
qu'on fe foit encore fervi pour
mettre fon Armée , non feulement
en état de refifter aux
ennemis mais auffi de les
>
>
battre . Cette Armée avoit perdu
beaucoup de chevaux qui
étoit morts de maladie ; ce
Maréchal fe fervit de deux
moyens pour les remplacer,
350 MERCURE
Les Officiers Generaux avoient
beaucoup plus de chevaux
qu'il ne leur étoit neceſſaire ,
dans la fituation où l'Armée
fe trouvoit , n'ayant plus de
marche confiderable à faire ,
ainfi ce Maréchal crût que les
Officiers qui en avoient trop ,
pourroient en donner aux Cavaliers
qui en avoient beſoin.
Il jugea auffi qu'il étoit à propos
de fe fervir d'une partie
des chevaux de l'Artillerie pour
remonter un grand nombre de
Cavaliers , & d'en faire venir
d'autres de Franche - Comté
pour ſervir à l'Artillerie , qui
GALANT 351
avoit le temps d'attendre ;
n'ayant point de marches à
faire. Monfieur le Prince de
Bade , dont l'extrême prudence
eft caufe qu'il eft long- temps
à fe refoudre , & fort lent à
agir , a laiffé paffer le temps
qu'il pouvoit attaquer Mr le
Maréchal de Villars avec avan
tage ; & comme il ne rifque
jamais rien , ou du moins qu'il
ne veut rien rifquer , il a quitté
la refolution d'attaquer Mr de
Villars , perfuadé qu'il n'eftoit
pas affuré de le vaincre. Et aprés
cftre demeuré pendant deux
mois dans une inaction qui a
352 MERCURE
peut-eftre plus fait perir de fes
troupes , que fi elles avoient
combattu puifqu'il n'a ofé
quitter , qu'à l'extremité , des
Camps où elles manquoient
de toutes chofes , il n'a plus
fongé qu'à leur faire prendre
des quartiers d'hyver , aprés
avoir fait repaffer le Rhin à fa
Cavalerie, & à une partie de fon
Infanterie ; laiffant toutefois
affez de troupes en deçà pour
gardes fes conqueftes , & pour
former un Corps de dix ou
douze mille hommes
, pour
s'opposer aux entreprifes que
Mr le Maréchal de Villars
GALANT 361
vertes , fans avoir efté obligé
de les forcer , ne luy procurent
quelques chagrins , & fur tout
en Angleterre, les Anglois fçachant
que leur Armée de Flan
dre eft entierement ruinée , &
qu'il n'y refte pas cinq mille
chevaux. Je ne croyois pas don
ner tant d'étendue à cet article
lorfque je l'ai commencé ; mais
vous devez remarquer que c'eft
la verité des faits qui m'a fait
parler, tout ce que je viens de
dire ne contenant que des faits,
& non des raifonnemens.
Voici la Lettre dont je viens
devous parler , & qui a donné
Novembre 1705. Hh
362 MERCURE
Occafion à cet article.
A Turin le 26. Aouſt.
MADAME,
Les assurances que Voftre Majesté
nous donna par fa Lettre du
12. du mois dernier , que l'Armée.
Imperiale , fous le commandement
du Prince Eugene , nous joindroit
inceffamment, & délivreroit nos
peuples du trifte eftat où ils fe trouvent;
viennent de s'anéantir par
le fâcheux fuccés de la Bataille
de Lombardie. Le malheur qui
vient d'arriver à cette Armée , ne
GALANT 363
E
doit eftre attribué ni à ce Prince,
ni aux autres Generaux qui fervoient
fous luy puifque les uns
lesautresy ont donné des marques
de leur valeur : la mort de
quelques-uns , & le fang des autres
juftifient affez leur conduite.
Cependant nos Etats font les feuls
qui fouffriront des fuites de cet
evenement ; puifque l'Empereur
n'eft guére en état de faire paffer
ven Italie un fecours auffi prompt,
auffi nombreux qu'il feroit à
*fouhaiter , pour réparer la perte que
Sa Majesté Imperiale vient dy
faire.
Si les projets de la Campagne
Hh ij
364 MERCURE
que nous fifmes communiquer à
Voftre Majesté & à nos autres
Alliez dés le mois de Mars der
nier , avoient eftéfuivis , les affaires
de l'Europe auroient aujour
d'huy une toute autre face. Vous
fçavez , Madame , que nostre
fentiment eftoit , d'eftre fur la dé
fenfive en Allemagne, en Brabant,
même en Portugal ; & que
pendant que la Flotte de Veftre
Majefté celle de Meffieurs les
Etats Generaux tiendroient en
crainte er en allarme les Côtes
d'Espagne & de France , on feroit
paffer en Italie du moins
foixante mille hommes , dont vingt
GALANT 365
ac
mille auroient fait diverfion du
cofté du Milanois , pendant que le
reste ayant penetré en Piémont
auroir chaffe l'ennemi de nos Etats
favorifé en même temps les
Mécontens du Languedoc , qui fe
voyant abandonnez du côté du
Piémont , d'où ils attendoient leur
anique foutien , on lesan
cablez dans un inftant.
L'événement n'a jufqu'icy que
trop prouvé , que nous ne nous
eftions point trompez dans les con →
jectures que nous tirames , lorfque
Ambaffadeurs à Londres à
la Haye , nous donnerent avis ,
que le fort de la guerre tomberoit
nos
Hh iij
366 MERCURE
cette Campagne fur la Mofelle.
Ils en firent en noftre nom des remontrances
inutiles ; les Alliez
crurent ,fans doute , que nous n'avions
en vûë que nos propres interefts
: ce qui les engagea de préferer
les avis de quelques particuliers
aux noftres. Si cesparticuliers am
bitionnoient fi fort la gloire , ils
pouvoient venir en acquerir plus
furement en Italie que fur la
Mofelle , où leurs vues fe font
trouvées bornées.
P
a
Noftre conduitejufques à prefent
a efté fort oppofée à l'idée qu'on en
a voulu donner dans les Conferences
de la Haye , on a vú que
"GALANT 367
bien loin de fonger à nos jeritables
interefts , nous les avons facrifiz
pour ceux de la caufe commune
cefacrifice volontaire ne nous
a procuré que l'abandon de la
part de nos Alliez. Car, Ma
nous ne fçaurions nom.
dame
mer autrement la foibleffe & la
lenteur des fecours qu'on nous
envoyez jufqu'à prefent ; puiſque
V. M. n'ignore pas qu'ils nous ont
efté entierement inutiles.
Nous nous trouvons prefentement
dans deux extremitez égale
ment fâcheuses ; il faut que nous
voyions paffer le reste de nos Etats
entre les mains de l'Ennemy , ou
Hhiij
368 MERCURE
que nous faffions une paix forcée
avec luy , qui ne fera pas moins
defavantageuse pour nous , que
honteuse pour nos Alliez.
Si nous en venons à cette dure
meceffité , aucune perfonne raiſonnable
ne fçauroit nous en blâmer ;
car vous voyez , Madame , qu'il
n'eft plus temps pour nous de de→
mander du fecours aux Alliez ,
puifqu'ils ont negligé de nous en
envoyer , lorsque nous eftions en
eftat d'en favorifer le paffage .
dans le temps que l'Armée enne
mie eftoit fort affoiblie par la longueur
du fiege de Veruë.
Cependant s'il y a encore quel
GALANT
369
que milieu à prendre pour l'intereft
de la caufe commune , & que
nouspuiffions y contribuer de notre
part , nous fommes encore prefts
d'écouter là-deffus les fentimens de
V.M. & ceux de l'Empereur , &
des Etats Generaux , à qui nous
écrivons aujourd'huyfur le même
fujet ; mais comme le temps ne
Içauroit eftre plus precieux , nous
efperons que les Puiffances alliées
avec nous ne l'employeront pas
vaines deliberations. Cependant
nous fouhaitons à Voftre Majesté
un heureux regne , & toutes fortes
de profperitez , puifque nousfom
mes avec fincerité , Madame
en
3
370 MERCURE
voſtre affectionné Amy & Confe
deré.
Signé , VICTOR-AMEDE’E.
Perfonne ne doutera , aprés
que
la lecture de cette lettre ,
les Alliez n'ayent efté battus
au Combat de Caffano , puif
que Monfieur le Duc de Savoye
l'avoue luy mefme ; & quand
il n'en demeureroit d'accord ,
ce qui s'eft paffé depuis ce.combat
fait connoiftre la verité.
Toutes les Léttres d'Allemagne
& celles de l'Armée de
Monfieur le Prince Eugene
ont fait connoiftre que ce Prin
GALANT 371
3
*
ce a reçu ſept ou huit mille
hommes
de fecours depuis le
Combat de Caffano ; & quand
il n'en auroit reçeu que fix
fuivant les Lettres de ceux
qui l'étendent le moins , il
auroit dû , s'il avoit gagné la
bataille , fuivant le langage de
ceux qui en ont fait chanter le
Te Deum dans leurs Etats , faire
reculer beaucoup en de - çà
Monfieur le Duc de Vendofme
: puiſqu'une Armée victorieufe
& qui reçoit des fecours,
aprés le gain d'une bataille
doit profiter de ces deux avantages
, & pouffer vigoureuſe372
MERCURE
ment fes ennemis. Cependant
il faut , ou que le gain de cette
Bataille tant vante, foit faux
ou que Monfieur de Vendofme
foit le plus grand & le plus
habile de tous les Capitaines, &
que l'on ne puiffe rien ajoûter
à la valeur des François ; puifque
les ennemis ont prefque
toujours efté battus , & ont
toujours reculé depuis le Com
bat de Caffano, quoyque Mon
fieur de Vendofme n'ait receu
aucun fecours . C'eft un fait
conftant , & chacun fçait que
ce Prince n'a point reçeu ce
luy qui luy avoit efté deſtiné.
GALANT 373
La Reine d'Angleterre a fait
un long difcours à l'ouverture
du Parlement , qui vient de
commencer fes Séances . On a
d'abord donné des louanges à
fa memoire ; mais à peine a - t- on
commencé à faire quelques re
Alexions fur ce difcours, qu'on a
trouvé qu'il n'eftoit.compoféque
des difcours précedens de cette
Princeffe , & qu'elle n'a pas fair
un grand effort de memoire en
le prononçant & tout le verbiage
dont il eft rempli ne confifte
qu'en des demandes d'argent
pour foûtenir la guerre ,
cette Princeffe difant que les
les Anglois ne doivent pas mettre
bas les armes , que l'Archiduc
ne foit fur le Trône d'Efpagne
; parce que la France &
374 MERCURE
cette Couronne unies enſemble
font trop puiffantes . Demaniere
que , felon le difcours de cette
Princeffe , fi fouvent rebattu
par tous les Alliez , il s'en doit
fuivre que ceux à qui le Ciel a
donné une puiffance étenduë
, doivent eftre regardez
comme fi la poffeffion desheritages
qui leur appartiennens étant
un crime , il y avoit quelque
Loy qui ordonnaft que toutes
les autres Puiffances duffent
s'affembler pour leur faire la
guerre. Cependant il n'y a point
de Loy ny divine ny humaine
qui le permette ; & ces deteftables
maximes politiques fe trouvent
feulement dans Machiavel .
L'injuftice de pareilles guerres
fait que fouvent la fuite en eft
GALANT 375
fatale à ceux qui les entreprennent.
La Reine d'Angleterre
ajoûta une feconde rai
fon pour perfuader aux Anglois
qu'ils devoient continuer la
guerre jufqu'à ce que la puiffance
de la France fuſt abatuë,
parce que le Prince qui la gou.
verne eftoit accoûtumé à rompre
tous les traitez qu'il a fait.
Je vous ai envoyé des Volumes
entiers par lequels j'ai répondu
à ces fauffetez que les
Alliez rebattent toûjours dans
tous leurs difcours & dans tous
leurs écrits fans en donner
de preuves , ni citer aucun exemple,
maisfeulement pour éblouir
les peuples ; comme fi l'ufage
qui établit fouvent beaucoup
de chofes , en pouvoit établir
3
376 MERCUR
E
de cette nature. Ce ne fera pas?
à force de repeter ces fauffetez,
qu'on les fera croire ni dans
le fiecle prefent , ni dans les
fiecles futurs. Il n'y a qu'à ou
vrir les yeux pour en connoiftre
prefentement la verité , que
-toutes les hiftoires feront connoître
dans les ficcles futurs .
Ce qu'il y a de furprenant
dans ces fauffes accufations , eft
que le Roy a toujours plutoft
cherché à faire la paix , qu'à la
rompre , & que pour avoir la
fatisfaction de pacifier l'Europe,
& de faire finir tous les crimes
horribles & generalement tous
les maux qu'entraînent la guerre.
On en voit deux preuves
éclatantes dans le traité de Nimegue
, & dans celui de Rif
GALANY 377
8
wick ; & chacun fçait que lorfqu'il
a plû à ce Monarque de
les faire , il eftoit en état de continuer
fes triomphes , & qu'il
auroit fallu des fiecles à fes ennemis
pour reprendre des places
qu'il a bien voulu donner
pour avoir le plaifir de calmer
Europe , & qu'on n'auroit
jamais ofé luy demander . Quelle
apparence y a - t - il qu'il euft rendu
des Places qui luy donnoient
entrée chez fes ennemis , pour
rompre enfuite ces Traitez , afin
de recommencer la guerre , aprés
s'eftre défaifi de tous ces avantages
? Voyon's prefentement comment
ces deux Traitez ont été
rompus. Quand le Roy a étéobligé
de recommencer la guerre en
1688: tous les Etats de ce Prince.
Novembre 1705 . Ii.
378 MERCURE
étoient dans un calme profond ,
& pour les laiffer joüir des douceurs
de la paix il avoit trés peu
de troupes , & l'on peut même
dire qu'il n'y avoit point d'argent
à fon Trefor ; ce Prince ne
faifant alors aucune levée extraordinaire
fur fes peuples : &
dans le temps qu'il y penfoit le
moins , on vit tout à coup s'éle
ver un orage , fans qu'on feeût
d'abord en quel lieu il devoit
fondre , Le Prince d'Orange parut
tout d'un coup avec une
armée confiderable, qui pouvoit
beaucoup groffir , parce qu'elle
devoit eftre jointe par la plus
grande partie des Proteftans des
Etats fur lefquels il feroit tombé,
& comme il y en avoit alors
beaucoup en France , & que
"
GADANT! 379
ceux qui en étoient fortis , s'étoient
joints à ce Prince ambi ,
tieux & dénaturé , comme il parue
dans la fuite , il y avoit lieu
de croire que la nuée creveroit
en France : & ce Prince qui étoit
encore plus politique que Capi-
Xtaine , le fit croire adroitement
à plufieurs Puiffances de l'Eu-
-rope , dont quelques - unes qui
s'en font bien répenties depuis,
furent les dupes de fa fauffe confidence.
Et la chofe fut fi bien
conduite , que le Roy d'Angleterre
même , fur qui l'orage devoit
tomber , écrivit au Roy que
l'affaire le regardoit . Ce Monarque
difoit vrais mais le Prince
d'Orange ne devoit attaquer
la France , aidé de tous les Proteftans
François de fon parci ,
Ca
"
Ii ij
380 MERCURE
į
qu'aprés s'eftre rendu maiſtre
de l'Angleterre , à quoi il ne
devoit pas employer beaucoup
de temps ; puifque tous les An
glois fe devoient foûmettre à fa
puiffance , auffi toft qu'il auroit
débarqué. Toutes ces chofes
font connoître que le Roy n'a
point rompu le Traité dé Nimegue
, & ne ſe préparoit point
fe
à le rompre , puis qu'il n'avoit
encore fait aucune levée ni
d'hommes ni d'argent , lorfque
le Prince d'Orange paffa en Ans
gleterre dans le deffein de venir
enfuite en France , où on luy
avoit promis que tous les Proteftans
qui avoient feint de fe
convertir, fe foûleveroient . Voi
là ce qui a donné lieu à la guer
re qui a fuivi la paix de Nimes
GALANT 381
•
gue , & dans laquelle le Roy fut
averti que la plupart des Puiffances
, qui avoient lieu de fe
louer d'un Monarque qui leur .
avoit donné la paix , devoient
rentrer ; ce qu'ils firent , auffitoft
aprés que le Prince d'Oran
ge eut été couronné Roy d'Angleterre
, & la France auroit été
perdue , fi le Roy n'eût trouvé
moyen d'affembler affez toft des
hommes & de l'argent pour fé
garantir d'une conjuration tramée
par une partie des Princes
de l'Europe , & fur tout par les
Princes Proteftans.
Quant à la paix de Rifvvick ,
il n'y a perfonne qui ne doive
fe fouvenir que ce Traité n'a pas
été rompu par le Roy ; mais par
des declarations de guerre faites
382 MERCURE
par les Anglois & les Hollandois
, quelque temps aprés l'avenement
de Philippe V. à la
Couronne d'Espagne , & aprés
que les deux Couronnes eurent
declaré qu'elles ne pouvoient
confentir aux propofitions exor
bitantes de ces deux Puiffances.
Je ne cite ici que des faits qui
fe trouvent imprimez dans toute
l'Europe : Et la Reine d'Angleterre
fe contredit dans fon
difcours , puis qu'après avoir die
que l'on doit continuer la guerre
, tant que Philippe V. occupera
le Trône d'Efpagne , elle
dit que le Roy de France ne
tient aucun Traité de Paix. Cependant
elle fait voir le contraire
dans le même difcours ,
en faifant connoître que cette
""
GALANT 383
#
derniere
guerre a
a été commencée
par les Alliez pour abatre la
trop grande puiffance de la
France & de l'Espagne unies
enfemble . Mais il est aisé de voir
que cette guerre , qui embrafe
aujourd'huy toute l'Europe , a
pour fondement deux ou trois
raifons fecretes qui regardent
uniquement la Princeffe , qui
occupe injuftement le Trône
d'Angleterre. Cette Princeffe
ne fe feroit point de Creatures
pendant la Paix , parcequ'elle
auroit peu de quoy les élever;
qu'elle ne pourroit remplir l'avidité
des plus remuans par des
honneurs , ni par de l'argent ;
parcequ'elle ne toucheroit alors
que celuy de la Lifte civile , qui
eft pour l'entretien de fa Maiſon,
384 MERCURE
Elle craindroit auffi que les peu
ples eftant dans une oifiveté
profonde , & trop à leur aife ,
ne conçûffent du mépris pour
elle , & ne formaffent le deffeia
de rappeller leur legitime Roy;
& que la France , quife trouveroit
en paix , ne favorifaft le rétabliffement
de ce Monarque.
Ainfi cette Princeffe , pour fe
maintenir fur le Trône , entretient
toute l'Europe en guerre,
par le moyen des fubfides qu'elle
donne & qu'elle tire de toute
P'Angleterre , qu'elle ruine
pourfes feuls interefts ; les fubfides
qu'elle donne eftant d'autant
plus grands , que le: Hollandois
ne fe trouvent plus dans
l'état floriffant où ils eftoient
autrefois , & que plufieurs Provinces
•
GALANT 385
vinces ne peuvent plus payer
leur part des dépenfes de la
guerre. De maniere que les Anglois
qui ont toujours eu de la
peine à fe laiffer gouverner par
de fages , & legitimes Rois , laiffent
leur Etat en proye à une
Femme , qui ne fonge qu'à fe
maintenir au prix de leur fang,
& des grandes fommes qu'elle
tire de l'Angleterre , & à enri
chir fes Creatures .
Les Lettres que vous allez li
re , vous apprendront la fuitte
des nouvelles de l'Armée de
Monfieur de Vendofme .
Au Camp de Corte - Cortez
le 15. Novembre.
Monfieur de Vendofme de ampa
Novembre 1705. Kk
386 MERCURE
le 12.de Cividato , fur l'avis qu'il
ent que les Ennemis eftoient décampezle
mefme jour au matin d'Urago,
& avoient entierement abandonné
la partie de Palazzuolo & de Pon
zoglio , qu'ils occupoient encore an
delà de l'Oglio. Son intention eftoit
de paffer cette Riviere à Uftiano pour
n'avoir plus à paßer la Mela ,
dont Monfieur le Prince Eugene
qui avoit marché au Pont de Gastel,
auroit pu rompre les Ponts ; & Son
Alteßey avoit fait marcher Mr de
Saint. Fremont, avec deux Regi
mens de Dragons , une Brigade
de Cavalerie , qui eftoit la plus à
portée mais n'y ayant pas moyen
d'approcher du Pont à cause des
eaux , elle s'eft déterminée à paſſer
à Bardolano. Et pour le faire avec
desforcesplus nombreuſes , elle s'eft
GALANT 387
ameftée icy , afin de donner lieu à
toutes fes Troupes de la joindre
ayant efté obligée , à cauſe du mauvais
temps , de les difperfer dans les
Villages qui font depuis Soncina
jufqu'à Uftiano. Elle a fait un détachement
pour reconnoistre le pont
de Manherbe , qui n'eft pas encore
de retour ; mais au pis aller , nous
nous préparons à faire des Ponts fur
la Mela , dans l'endroit où le paßage
ferajugé le pluspraticable . Monfieur
de Vendofme a laiffe Mr le
Comte de Medavy , avec Mrs de
Toralba, & de Dillon fur le haut
Oglio, avec neuf Bataillons , dra
nombre defquelsfont cing des Troupes
d'Espagne , & quatre Escadrons des
mêmes Troupes. Les affreux débordemens
nous inquietent continuellement
pour nosfubfiftances ; car il ne
K K ij
388 MERCURE
defcend plus rien par les Rivieres
& l'on ne peut fe fervir de charrois,
les chemins eftant impraticables.
Nous n'avons cependant manquê
encore de rien ; & nous esperons
d'eftre en état , dés que nous aurons.
paffé l'Oglio , de tirer des fecours de
Mantouë.
A Uſtiano le 17. Novembre.
Mr de Saint - Fremont ayant
mandé le 14. au foir à Monfieur
de Vendofme , qu'il n'eftoit pas poffible
de paffer l'Oglio fur le Pont
d'Uftiano , parce que les eaux y
eftoient encore plus hautes & plus
étendues qu'à Soncino . Son Alteffe
luy manda le 15. de luy renGALANT
389
woyer la Brigade de Cavalerie ,
de garder feulement les deux
Regimens de Dragons ; qu'elle s'étoit
enfin déterminée àpaffer le 16.
fur les Ponts à Bardolano , & de
poufferfon avantgardejuſqu'à Verola-
Vecchia ,fur lepays Venitien ,
où elle fejourneroit
le 17. &
qu'il euft à paffer comme il pourroit
avec les Dragons fur le Pont
dUftiano , pour luy faire faire
a
deux Ponts de Batteaux vers le
bas de la Mela ; afin d'y faire paf
fer l' Armée le 18. & le 19. ce que
Mrde Saint Fremont executa. Le
16. ce Prince remonta la Mela
furfa gauche jufqu'à Manherbe,
Kk iij
390 MERCURE
..
&
pour voir en quel eftat y font les
deux Ponts de bois fur Pilotis
afin d'y pouvoir faire paffer l' Armée
, nousplacer dans desquartiers
de fourrages , entre le bas de
la Mela & de la Chiefa , en attendant
la refolution de Monfieur
le Prince Eugene pour l'établiſſe
ment defes quartiers d'hiver.
Mr de S. Fremont vient de dépêcher
un Courier àMonfieur de Ven
dômepour l'informer que les ennemis,
aprés avoir demeuré trois jours
à Roncadel aupont d'Ecadel, en
décamperent hier matin , marchant
vers le pont de la Chiefe..
GALANT
391
Au Camp de Zigoli le 18 .
Novembre.
L'Armée paffa le 16. à Bardo-
Lano , fe cantonna dans des
Villages du Breffian . Le quartier
general étoit à Verola-Vecchia ,
oùle mauvais temps d'hier obligea
Monfieur de Vendofme de féjour
ner, quoyqu'il continue ,fur l'avis
que fon Alteffe a eu que les
ennemis avoient paffé la Mela au
Pont de Gastel , & qu'ils marchoient
vers Montechiaro , où l'on
difoit qu'ils devoient établir des
Fours , s'étendant derriere la Chie
fa , elle a cru devoirfe porter du
cofté de Caftiglione. Unepartie de
392 MERCURE
que
Mr de Saint
fon Armée a déja paſſé la Mela ,
fur deux Ponts
Fremont a fait accommoder , l'un
prés d'icy , & l'autre à Pralboüin.
On croit qu'il faudragagner Azola
pour ypaffer la Chiefa , & que
Monfieur de Vendofme ne s'arrê
rapoint qu'il nefoit au delà. Com
me les eaux fe font un peu écou
lées , & que le Pont d'Uftiano eft
praticable, nous y avons fait paffer
des farines de Cremone , &
nous en tirerons demain pour quatre
jours defubfiftance.
On apprend tous les jours de
nouveaux defordres caufez par le
débordement du Pô. La garnison
GALANT 393
allon
que nous avions dans la Mefola
efté contrainte de l'abandonner,
de fe retirer prés de Ferrare ,
l'on ne fe croit pas hors de rifque
d'eſtre ſubmergé. Les cau
tions de Mrle Mar ons te Biffy
& de Mr'de Bonneval , Commif
faire à Mantoie , ont sauvé nos
Magafins , fur tout , ceux à poudre.
Les Ennemis ont reçu quel
ques Troupes de Saxe-Gottha ,
de Wolfenbutel. Il nous vient auſſi
8. Bataillons & 12. Efcadrons du
Piémont Monfieur de Vendofme
veut abfolument recogner
Monfieur le Prince Eugene dans
Les Montagnes.
394 MERCURE
Aux Caffines d'Azola , le 22
Novembre.
Les Ennemis ont 4000. hommes
dans Montechiaro ; e le refte
de loor. Armée eſt répandu jufqu'aupres
leeaalcinato.
Mrle Comte de Médavy s'eft
rendu maistre du Chateau de Ca-
Lepio ; ce qui nous aẞure entiere¬
ment des hauts de l'Oglio , depuis
Le Lac d'Ifco.
Je croy ne devoir point repe
ter icy tout ce que les nouvelles
publiques de France & de pluhieurs
autres endroits ont fait
imprimer touchant les particu
laritez de la priſe de Barcelone,
:
GALANT
395
Quoique toutes ces nouvelles fe
rapportent , il y a lieu de croire
que l'on en fçaura encore de
plus particulieres par Mr de
Velafco ainfi que par tous
les Officiers de la Garniſon qui
ont efté embarquez fur la Flotte
des Alliez pour eftre conduits
aux lieux marquez par la Capitulation
; & comme on n'en a
point eu de nouvelles depuis
leur départ , il y a lieu de croire
que ces Vaiffeaux ont eſté battus
& écartez par une rude tempefte
, ainfi que portent quelques
Lettres venues des Coftes
d'Efpagne . C'eft pourquoy je
paffe à Madrid , pour vous entretenir
de ce qui s'y eft fait ,
auffitoft aprés que l'on y eut reçu
des nouvelles affurées de la
396 MERCURE
prife de Barcelone Sa Majesté
Catholique
fic affembler fon
Confeil , aprés avoir envoyé des
ordres à tous les Confeillers
d'Etat nez , & particulierement
à Monfieur le Cardinal Portocarrero
Archevêque
de Tolede
, de s'y trouver . Sa Majefté
leur expofa , avec une netteté
& un fang froid admirable , la
fituation des affaires de Catalogne
; & comme ils eftoient fur
le point de déliberer fur les
moyens de fecourir cette Principauté
, ce Prince leur dit que
l'affaire eftoit affez importante
pour qu'ils y révaffent jufqu'au
Tendemain que le Confeil fe raffembleroit
, & que chacun pourroit
alors dire fon avis : ce qui
attira de grands applaudiffemens
GALANT
397
mens à Sa Majesté Catholique
Le même Confeil s'eftant affem .
blé le lendemain & chacun
ayant dit fon avis , ce Monarque .
déclara qu'il avoit refolu de marcher
en perfonne en Catalogne , &
qu'il vouloit vaincre ou mourir¿
plutoft que de fouffrir que l'Archiduc
y confervaft un pouce de terre . Je ne
vous dis point combien ces paroles
charmerent tout le Confeil,
puifqu'il feroit affez difficile de
le bien exprimer . Les ordres furent
auffitoft donnez pour faire
marcher le plus de Troupes
qu'il feroit poffible ; & tous les
Grands promirent de fuivre Sa
Majellé , & de faire armer leurs
Vaffaux pour augmenter le nom
bre de ces Troupes , qui , avec
les Troupes Françoifes com-
Novembre 1705 . LI
98 MERCURE
mandées par Mr le Maréchal de
Teffé , & fans compter l'Armée
de Mr le Prince de Tferclaës ,
doivent monter à dix- huit mille
hommes . Il y a auffi de divers
endroits des Troupes de France
en marche , & le Roy en donnę
aux Efpagnols preſque une fois
autant qu'ils luy en ont demandé.
A peine le Roy d'Espagne
eut-il pris la refolution de marcher
en perfonne , que les Efpa
gnols s'offrirent de garder la
Frontiere du cofté du Portugal ;
& Mr le Marquis de Bay fuc
nommé pour les commander. Mr
le Maréchal de Teffé quitta
l'Armée de l'Eftramadure le 12 .
de Novembre pour aller à Madrid
, afin de s'aboucher avec Sa
Majefté Catholique , & le mêGALANT
399
me jour toutes les Troupes de
France qui estoient dans cette
Armée , au nombre de treize
Bataillons & de dix- neuf Efcadrons
, marcherent fur trois routes
differentes pour ſe rendre en
Arragon , fçavoir , par Tolede ,
par Sigovie , & par Talavera
de la Reynna. Cette marche à
efté ainfi ordonnée , à cauſe dè
la difficulté des vivres . L'Artil
lerie partit le 16 du même mois.
Le départ du Roy d'Espagne
eftoit fixé au 28. tous fes équipages
de campagne devant eitre
prefts pour ce jour - là . Toutes
les Troupes de France ont paffe
quatre lieuës de Madrid , où
la Reine d'Efpagne les a efté
voir; & fes manieres obligeantés
ont ajoûté une nouvelle ar
1
Ll ij
400 MERCURE
deur à leur
courage .
Quant aux affaires de Cata
logne , la confufion y eft figrande,
qu'il feroit difficile d'en parler
jufte . Le Roy d'Efpagne
avoit comblé cette Principauté
de priviléges , & elle ne luy
payoit aucuns droits ; de manicre
que ceux , qui , par un aveuglement
fatal pour la nation ,
ont écouté les propofitions du
Prince d'Armſtadt , font prefentement
les premiers à s'en
repentir . L'Archiduc n'ayant
point d'argent , a commencé par
faire fondre une partie de l'argenterie
de toutes les Eglifes , &
a impofé à tous les Catalans une
Laxe du vingtiéme de tous leurs
biens , fans conter tous les fourrages,
les munitions & les proGALANT
401
vifions qu'ils font obligez dé
fournir. La politique l'engageroit
peut- eftre d'en ufer autrement
; mais manquant de toutes
chofes , & fur tout d'argent , il
y a lieu de croire que les Catalans
fouffriront beaucoup , &
qu'il leur enlevera la plus grande
partie de leurs biens . Ce
Prince manque de troupes , & fi
ceux qui font encore dans fon
parti l'abandonnent , il ne feroit
pas en état de fe défendre , je në
dis pas contre les troupes d'Efpagne
& de France , dont il paroît
qu'il doit eftre bien toft accable
; mais même contre ceux
que le répentir & le mauvais
traitement qu'on leur fait ont
obligé de quitter fon parti Il eft
Conftant que lorfqu'il a débar-
Lliij
402 MERCURE
qué en Catalogne , il n'avoit paš
plus de dix à onze mille hommes
de troupes reglées , & qu'il
ne luy en refte prefentement pas
plus de trois mille . La défertion
a été grande parmi les troupes ;
les maladies en ont emporté
beaucoup , & il n'en a pas moins
perdu dans les attaques des places
dont il s'eft emparé. De maniere
qu'il faut , ou qu'il ne
mette point de troupes réglées
en campagne , ou qu'il fe fie à la
fidelité des Habitans des places,
qui ayant déja trahi leur veritableSouverain
, pourroient bien
retourner fous fon obeïffance.
Voilà la veritable fituation où
fe trouvé la Catalogne . Quant
à ce qui s'y eft paffé depuis la
prife de Barcelone jufqu'à pres
GALANT 403
fent , les nouvelles qui en font
yenuës , fe contrarient tellement
, que ne pouvant vous en
rien dire de certain , & étant
fort affuré
que nous en appren
drons bien toft des nouvelles
par nos propres troupes ; je croy
devoir remettre à vous en parler.
L'ardeur des François eft
toûjours égale lorfqu'il s'agit de
fe fignaler , & même de contribuer
à la dépense qui peut abre
ger le chemin de leur avancement
, en leur procurant l'avan
tage d'entrer plutoft dans les
routes par lesquelles il faut paffer
pour devenir Officiers Generaux.
C'est ce qui à été cauſe,
que non feulement la premiere
Nobleffe de France & la plus
404 MERCURE
qualifiée ; mais auffi celle du fecond
ordre , ont demandé au
Roy la permiffion de lever des
Regimens pour les fommes qu'il
plairoit à fa Majefté de leur donner.
Voici ceux qu'Elle a nommez
, les dix premiers pour le
ver des Regimens de Cavalerie,
& les trois derniers , des Regimens
de Dragons .
Mr le Comte de Saint- Aignan,
fils aîné de Mr le Duc de Beauvillier.
Mr le Prince de Marcillac ,
fils aîné de Mr le Duc de la Rocheguyon
, & petit fils de Mr le
Duc de la Rochefoucault .
Mr le Comte de Roye , fils
de Mr le Marquis de Roucy.
Mr le Marquis de la Motte,
fils de Mr le Comte de la Motte,
GALANT 405
Mr.le Comte de Biron , fils de
Mr le Marquis de Biron-
Mr le Marquis de Gamache,
fils de Monfieur le Marquis de
Cayeux .
Mr le Marquis d'Harcour
Beuvron , fils de Mr le Maréchal
Duc d'Harcour .
Mr le Marquis du Luc , fils de
Mr le Comte du Luc.
Mr le Comte du Châtelet
fils de Mr le Marquis du Châ
teler .
Mr le Marquis de Mongon ,
fils de Mr le Comte de Mongon .
Mr le Marquis d'Epinay
gendre de Mr le Marquis d'O .
Mr le Marquis d'Elcorail
Colonel Reformé de Dragons.
Mr le Marquis de Grammont ,
fils de Mr le Comte de Gram-
2
406 MERCURE
mont , de Franche - Comté.
Le Roy a donné des Brevets
de Meftres de Camp à fept Officiers
de Gendarmerie , qui font
Mrs de Juffac , de Crecy , de
Miran , de Dampierre , de Chenoife
, Louvet & Dauvillars .
Sa Majesté a donné à Mr Cloche
de la Malmaison - d'Efpernay
en Champagne , le Gouvernement
de l'Ile de la Guardeloupé,
en Amerique . Sa Majesté l'avoit
peu de jours auparavant ho
noré de la Croix de faint Louis ,
en confideration de fes fervices:
ayant foûtenu deux fois le fiege
du Fort de ladite 1fle , où il
eftoit Lieutenant de Roy pendant
les années 1691. & 1703 .
contre les Anglois qui y firent
des defcentes, & qu'il a toujours
GALANT
407
obligez à lever le fiege , aprés
avoir perdu beaucoup de
monde.
Le Roy a donné à Mrdu Repair
le Gouvernement de Philippeville
, qui vaquoit par là
mort de Mr de Viollaine .
Le mot de l'Enigme du mois
dernier étoit Les Orgues de Barbarie:
Quoyque tous les vers en
foient juftes , je croyois que le
mot de cette Enigme feroit plus
difficile à trouver le fujet en
eftant peu connu . Voicy les
noms de ceux qui ont trouvé ce
mor .
s
Mrs de la Panneterie , d'Amiens
, rue Sainte Croix prés
du Palais ; Les quatre bien zelez
pour la Societé, Mrs G. Delpiet
& Poitevin , Syndics ; Commes
408 MERCURE
& Dorliat , Notaires à Borde
aux: André - François Santus ,
fils du Bailly Royal de Vincennes:
Jean Paris & Louis Regnouft
, Clercs , de la rue des
Rats : Maître Eftienne , de la
ruë Guifarde: Martel le jeune ,
de la rue Bethify & fon Affocié,
du coin de la rue des petits
Champs , avec la charmante
Bruné, de la ruë de... Tamiriſte:
Fanchon , & fa petite Poulle ,
de la rue de la Bucherie : Le
Solitaire Defangloux , & fa
chere petite Gougou : Et Miles
la plus jeune des trois Tantes
de leur Neveu , de la ruë Guifarde:
& la Nouvelle Commere,
de la porte Saint Antoine,
L'Enigme que je vous envoye,
eft de Mr L'Abbé Bechet >
Chanoine
GALANT
409
Chanoine d'Uzés .
ENIGM E.
D'étrange & bizarre attitude ;
Je n'ay qu'un ventre & qu'un
boyau,
Ze plus pur élement diſſout ma plenitude.
Ritheffe du monde nouveau ,
Delice du fiecle où nous fommes ,
Je fais refpirer en repos
L'Artifan , le Soldat , le Docteur,
le Heros.
Charmant amusement de la pluf
part des hommes
D'ufage en tous les temps , & de
guerre & de paix ,
D'ufage en tous les lieux , fur la
terre & fur l'onde
Novembre 1705.
Mm
410 MERCURE
Mais tandis que je fais le plaifir
des Palais ,
Rien ne reprefentajamais
Si naturellement les vanitez du
monde.
L'Air que je vous envoye eft
de Mr de Montaillis.
AIR NOUVEAU.
Que
l'on
m'apporte
un
muid
an
bout
de
cette
table
, Et voyons en buvant de ce bon vin
nouveau ,
Qui contiendra le plus d'un jus fi
delectable,
Ou de men ventre , ou du Tonneau.
Je referve pour le mois prochain
l'article de la mort de Mr le Comte
marup gs of pair for:
GALANT 411
de Saint Aignan que vous venez de voir
à la tefte de tous ceux qui ont demandé
à lever des Regimens . Cette mort avoit
efté précedée , de huit jours , de celle de
Mr le Marquis de Beauvillier , fon frere
puifné. Ils font morts tous deux de la
petite verole.
Il ne me refte plus à vous parler que
du fiege du Château de Nice , car vous
fçavez que la Ville , dont nous avions
retiré la Garniſon , a efté brûlée ; les
Habitans qui avoient pris les armes ,
auffitoft aprés la fortie de nos Troupes,
s'eftant retirez dés qu'ils les ont vi rapprocher
, Mr le Marquis de Carail ,
Gouverneur du Chateau , craignant
d'eftre attaqué par la Ville , en a d'abord
brûlé la plus grande partie : de forte
que nous avons achevé de brûler le
refte . Il y a lieu de croire que la conquefte
du Château , quoiqu'il foit regardé
comme imprenable , feroit faite
il a long-temps , fi les vents contraires
n'avoient empêché d'apporter
plûroft toutes les chofes neceffaires
Mmij
412 MERCURE
pour ce fiege , & fi lorfque tout
efté arrivé , les pluïes n'euffent point
commencé & n'euffent point empefché
d'établir les batteries auffi-toft
qu'il avoit efté refolu . Cependant les
pieces qui font dreffées du cofté de Montalban,&
qui voyent le Château à revers,
y font un trés-grand fracas ; & il y a lieu
de croire que lorfque toute l'artillerie ,
qui eft de 60. pieces , fera en batterie ,
ce Château ne tiendra pas long-temps.
Il y a déja feize mortiers en état , qui jettent
tous les jours des bombes dans la
place , & qui font fauter le Magafin à
Sel. Les affiegez ont fait inutilement
quelques forties ; puis qu'ils ont efté repouffez
, fans nous avoir bleffé que
deux ou trois hommes.
Voici un abregé des dernieres nouvelles
d'Efpagne .
Mr le Marquis de Rifbourg & quelques
Officiers malades , de la Garniſon
de Barcelone, ont efté débarquez à Alicante
, & Mr de Velafco à Malaga.
Les habitans de Fraga , aprés s'eftre
GALANT 413
Vigoureufement défendus contre les Rebelles
, ont offert zoo . Arquebufiers à
Mr le Prince Tferclacs .
On s'eft rendu maître de toutes les
barques qui étoient fur l'Ebro , la Legre
& la Cinca ; afin d'ofter aux Miquelets
le moyen de paffer les rivieres . T
Les troupes du Roy d'Efp gne fe font
emparées du Pont de Cinca.
La ville de Barcelone a efté taxée à
foixante mille écus , pour racheter ſes
cloches.
On demande de groffes taxes à plufieurs
places , qui fe font foûmiſes fans
faire la moindre refiftance.
Dans l'article de la mort de Madame
la Marquife de Bethomas , qui étoit dans
ma derniere lettre , on a mis le Tellier
au lieu de le Tillier ; ce qui eft caufe que
l'on a dit que le pere de cette Marquife
étoit beaufrere de Mr Pecoil , Maiſtre
des Requeſtes, l'ayant confondu , à cauſe
de la méprife du nom , avec feu Mr. le
Tellier Confeiller au Parlement , Beaufrere
de Mr Pecoil , & qui étoit de la
Mm iij
414
MERCURE
branche aînée de feu Mr le Tellier
Chancelier de France. Je fuis, Mada
me , &c.
A Paris, ce 3.
Decembre 1705.
A V IS.
Le Mercure du mois prochain fe de
bitera le 31. du mois de Decembre.
TABLE.
P
Rélude
Difcours prononcé par Mr Abbe
Grimaud , à la vêture d'une Dlle
de Saint Cyr , à qui le Roy a donné
une place dans l'Abbbaye, du
Val de Grace , 6
Mort & abregé de la vie du Cardinal
Primat de Pologne
Nouvelle Relation des expeditions
faitesparl'Efcadre des Indes , 2
Lettre du Dey & Alger touchant une
bataille gagnée par ce Dey com
tre celui de Tunis , 60
Premiere article de morts , Juivż
d'un article de morts étrangeres ,
64
Homelie prononcée parſa Sainteté ,
87
Trente Articles d'erudition >
Extraits de deux lettres de Pondi
97
TABLE.
chery , contenant plufieurs nouvelles
curieufes , & entr'autres du
Mogol & de Siam ,
Sermens de fidélité prêtez,
126
143
-Entrée de l'Ambaffadeur de Savoye
J
& Vienne , 154
174
Ordonnance du Roy d'Espagne &
dons faitspar ce Prince , 156
Extrait d'une lettre de Conftantinople,
contenant plufieursfaits hif
ratoriques ,
165
Benefices donnez par le Roy 170
Second article de morts ,
Relation du Combat donné par fen
Mr le Chevalier de Saint Pol,
faiteparMr le Chevalier de Roquefeuil
,
Officiers de Marine nommez par le
Roy & penfions données par fa
Majesté ,
Mariages du nombre defquels font
186
194
TABLE.
196
211
deux
étrangers ,
Offres faits au Roy d'Espagne par
les plus grands Seigneurs de fon
Royaume .
Relation de toutce qui s'eft paffépen
pant la campagne d'Automne , entre
les troupes des deux Couronnes,
& celles des Portugais , des Anglois
& des Hollandois , 216
Remerciement de Mr de Teffe aux
Efpagnols , qui eftoient venus lui
offrir leurs fervices pourfaire leverle
fiege de Badajoz,
Ce qui s'eft passé à Madrid , auffitoft
aprés la premiere nouuelle de
la levée de ce Siege ,
239
240
Mrde Tencin nommé premier Prefident
du Senat de Chambery, 243
Second article de Mariage , 245
Ouverture des Audiences de la Cour
des Aydes 248
TABLE..
Meffe celebrée par Mr l'Evêque de
Fréjus , à l'ouverture du Parlement
, 250
Ce qui s'eft paffe à la Grand , Chambre
à l'ouverture des Audiences` ,
Mercuriales ,
Affaires de Flandre ,
254
260
274
280
Ce qui s'eft paffé à Lille , pendant
lefejour que S. A. E de Baviere
y a fait ,
Difcours prononcez à l'ouverture de
Academie des Medailles &
Infcriptions , & à l'Academie des
Sciences > 284
Nouvel article touchant le difcours
prononcépar Mr Portail , Avocat
General , le jour des Mercuriales ,
3.12
Ce qui s'eftpaffé à l'ArméedeMonfeur
le Duc de Vendofme aprés
TABLE.
la prife de Soncino,
Affaires de Piémont ,
Affaires d'Allemagne ,
322
332
347
Lettre de Monfieur le Duc de Sa
voie à la Reine d'Angleterre
précedée d'un prélude fur la même
lettre , & fuivie de divers raifonnemens
356
Reflexions fur la harangue faite
par la Reine d'Angleterre , à
l'ouverture du Parlement , 373
Suitte des nouvelles de l'Armée de
Monfieur de Vendofme , 385
Affaires d'Espagne & de Catalo
gne , 394
Permilion donnée par le Roypoar la
Levée de plufieurs Regimens de
&
Cavalerie & de Dragons , 403
Brevets de Mestres de Camp &
Gouvernement donnez par Sa Ma-.
jesté 406
TABLE .
Articles des Enigmes ,
Troifiéme article de morts ,
Nouvelles du fiege de Nice ,
409
410
411
Abrégé des dernieres nouvelles d'Ėf-
412
pagne ,
Fante du dernier Mercure corrigée ,
413
'AVIS.
L'Air , Agreables tranfports , page
216 .
L'Air , Que l'on m'apporte un
muid , page 410
m
1705,11
Mercure
<36624505080016
<36624505080016
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
NOVEMBRE , 1705 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant,
M. D CC V.
Aves Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
ILy alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
eftémis depuis tant d'années
aucommencement dechaque
Volume au Mercure , puis
que malgré les prieres rèiterées
qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui est
canfe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
de defigurez eftant impossible
de de viner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
5
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1705 .
E commence ma Lettre
par unDifcours tout plein
d'efprit , & qui fera plaiſir
àceux qui le liront avec attention.
Ila efté prononcé par
l'Abbé Grimauld , fameux Pre-
Mr
A iij
6. MERCURE
dicateur , à la Vêture d'une
Demoiſelle de Saint Cyr , à qui
le Roy a donné une place dans
l'Abbaye du Val de Grace.
Rendez graces à Dieu , qui
vous appelle , ma Soeur ; &faitesluy
des vaux , pour le Prince , qui
vous a choifie ; beniffez la main ,
qui vient de vous placer , & qui
n'eft pas moins admirable dans le
choix des brebis , qu'elle envoye
l'Autel , que dans le difcernement
des autres , qu'elle a la bonté d'établir
ailleurs . Prodige de nos jours
le plus heureux du monde.
Leplusfage des Rois demandoit
à
GALANT 7
au Ciel une femme, qui comme la
Reine de Saba , venant des extremitez
de la terre , fuft d'un
fi grand prix , que s'élevant au
deffus de fon fexepar la force de
fon genie , elle meritaft d'eftre la
dépofitaire de fes fecrets . Confidit
in câ, & qu'aprés avoir maniéfon
fceptre , manum fuam mifit ad
fortia : elle n'euft pas honte de manier
la quenouille & le fuſeau :
& digiti ejus apprehenderunt
fufum.
Ce grand Prince vouloit qu'avare
defon temps , & liberale de
fes biens , elle formaft des afiles
contre l'infortune ; palmas fuas
A j
8 MERCURE
extendit ad pauperem ; qu'elle
n'empruntaftpoint fes graces de la
magnificence de faparure ; fortitudo
& decor indumentum
ejus ; e que tirant fa principale
gloire de fa vertu , toutes fes paroles
fuffent des leçons de fageffes
os fuum aperuit fapientiæ , &
lex clementiæ in linguâ ejus .
Il vouloit enfin que la crainte de
Dieu les vertus de l'ame fuf- &
fent les qualitez effentielles , qui
la rendiffent digne d'une éternelle
memoire.
Salomon la chercha , fans la
trouver cette femme vertueuse
veritablement forte : mais
GALANT
9
n'ayant efté longtemps à paroiftre,
que parce qu'il faloit des ficcles
entiers pour la former , qu'elle
jouiffe du fruit de fes travaux ,
Date ei defructu manuum fuarum
; & loin que l'injustice
des
hommes
luy dérobe
la gloire
que
fes actions
luy ont acquiſe
, que
l'éclat de fon merite & nos loüangesfervent
à recompenſer
ſa vertu ;
& laudent
eam in portis opera
ejus .
C'est à elle , ma Soeur , & àfa
bonté que vous devez la place , où
vous avez aujourd'huy l'honneur
d'eftre reçue mais n'oubliez jamais
la charité qu'on a de vous y
:
10 MERCURE
recevoir. Je parle de charité ,fçachant
qu'on ne connoift point icy
toutes ces vûës d'intereft , qui facilitent
ailleurs , & qui hâtent les
facrifices ; où s'il fe trouvoit des
efprits à raffurer , ces murs facrez
&fidignes de la liberalité Royale
des auguftes mains , qui les ont
batis , ne s'élevent avec tant de
pompe & de majesté , qu'à condition
que vousyferez reçuë.
Suivez donc voftre vocation
& fi quelqu'un me dit qu'on a choifi
pour vous , il m'eft aifé de le confondre
; parce qu'à la difference des
autres , quipayant leurentrée dans
te Cloiftre, paroiffent plus libres de
GALANT II
choisir celuy qui leur plaift davan
tage ,fi la fenle Providence vous
ouvre les
portes de cette fainte
Maifon , celle à qui vous devez
le mépris que vous marquez pour
le monde, a efté voftre berceau pour
la Religion .
Dans cette Ecole de fageffe &
de vertus , dans cette noble &
floriffante retraite , voftre vocation
nepouvoit échaper à la vigilance
de celles dont les yeux ont
eftéfi longtemps ouverts fur vous.
Il eftoit évident que Dieu vouloit
que vousfuffiez Religieufe , puifqu'on
y a décidé que vous deviez
L'eftre ; & fun coup degrace vous
12 MERCURE
1
a jettée dans ce port plutoft que
dans un autre , on s'eft donné le
loifir de connoiftre que les loix
qu'ony obferve , eftoient les loix
que vous deviez fuivre.
L'arbre qui croift dans la pepiniere
, eft en la difpofition du Maître,
& le Maître peut le tranfplanter
où il voudra : mais l'arbre
qui de luy- même ne choifit pointfa
place , n'eſt pas moins deſtiné à la
remplir.
Heureufe , ma Soeur , de cueillir
les fruits de cette terre de benedictions
, aprés les combats qu'il afallu
foûtenir ! Il eftoit jufte d'ef
fayer ; mais comme on embraffe
GALANT 13
volontiers la Religion que l'on connoist
, on reçoit avec plaisir celle
qu'on fçait de voir eftre Religieufe.
Enfin fi les orages du monde diminuent
la liberté , Dieu n'aura
donc qu'une voye pour nous appeller
? parce qu'il commande de
l'aimer ,fon amourfera donc moins
libre ? notre patience dans les maux
imprévus ne feroit donc d'aucun
merite ? aprés tout , a- t- onpour
foy-même le fcrupule qu'on a pour
les autres ? Heureux de quelque
cofté que Dieu nous prenne , pourvú
que nous allions à luy!
Michel Radziowiski , Cardi14
MERCURE
>
nal , Archevêque de Gnefne
premier Prince & Primat du
Royaume de Pologne , eftoit
fils de Jerôme Radziowiski
Starofte de Lomzen , & depuis
Vice Chancelier du Royaume ,
& d'une fille du Comte de Tornow
, qui mourut en accouchant
de luy le 3. Decembre
1645. Il perdit auffi ſon pere
à l'âge de neuf ans ; de forte
que fe trouvant orphelin , &
le peu de biens qu'il avoit eſtant
dans un fort grand defordre ,
il n'auroit pas eu une éducation
conforme à fa naiffance
fans la generofité de la Reine
GALANT 15
Marie - Loüife de Gonzague
qui en prit foin & qui le fit
voyager à fes dépens dans les
pays étrangers , & particulierement
en France , où il étudia
au College d'Harcour. Quelque
temps aprés fon retour
Jean Sobieski , Grand Maréchal
& Grand General de Pologne
, ayant efté élevé ſur le
Trône de ce Royaume , Michel
Radziowiski
qui avoit l'honneur
de luy appartenir de fort
prés , s'attacha à fa perfonne :
& ce Prince qui luy trouvoit
un merite diftingué , refolut de
le rendre utile à fa patrie ; ce a
16 MERCURE
qu'il fit enfuite , en luy conferant
plufieurs dignitez les unes
aprés les autres. Il le nommat
d'abord à l'Evefché de Warmie
, l'an 1679. & luy donna
prefque en mefme temps la
Charge de Vice- Chancelier du
Royaume. Il obtint enfuite
pour luy un Chapeau de Cardinal
du Pape Innocent XI .
qui le luy envoya en 1683. &
aprés la mort de Wiſga , Archevêque
de Gnefne , il le fit
monter à la Primatie du Roïaume
. Aprés la mort de Jean III.
fe trouvant , par fa qualité de
Primat , Regent du Royaume ,
GALANT 17
il affembla les Etats de la Republique
pour la convocation ,
& l'année d'aprés pour l'élection.
Il n'oublia rien dans celle-
cy pour empefcher que la
divifion qui s'eftoit déja gliffée
dans les efprits , ne produifiſt
fon effet ; & par fon attachement
inébranlable au parti
qu'il avoit embraffé , il donna
un grand & nouvel exemple de
conftance à la Pologne. Malgré
fes foins , fes peines & fon
exemple , la defunion & l'inconſtance
gagnerent le deffus ;
& l'élection fut partagée. Je
ferois trop long , fi je rappor-
Novembre 1705 . B
18 MERCURE
tois en détail ce qu'il fit pour
le foûtien & l'affermiffement
de fon Candidat. Il.fuffit de
dire qu'il forma pour cet effet
une Confederation
ou Rokofe
, qui eftant compofé de la
plus grande partie de la Nobleffe
Polonoife , l'auroit mis
en eftat de contre- balancer
longtemps le party contraire ,
fi préferant enfin le repos de
fa patrie à l'honneur de ſa dignité
méprifée , il n'avoit confenti
à reconnoiftre le Roy
Augufte : ce qu'il ne crut pas
cependant devoir faire , fans
eftre libre auparavant des enGALANT
19
gagemens qu'il avoit pris . Il
quitta Lowitz , où les Confederez
avoient efté affemblez
fous fes ordres , & fe rendit
à Varſovie , accompagné d'un
grand nombre de Seigneurs &
de Nobles de fon parti. La
tranquillité rétablie par là , a
fubfité pendant quelques années
en Pologne ; & elle n'a
ceffé qu'à caufe de l'entrepriſe
des Saxons en Livonie. Le Roy
de Suede , aprés les avoir éloignez
de cette Province , s'adreffa
au Cardinal & aux autres
Grands de Pologne , & leur
ayant expofé fes griefs , ceux
Bij
20 MERCURE
de la Republique , & la vengeance
qu'il vouloit en tirer ;
il les invita à s'affocier à ſes deffeins
. La maniere dont le Cardinal
Primat reçut cette ouverture
du Roy de Suede , & les
réponſes qu'il luy fit , n'ayant
pû détourner ce Prince de ce
projet , ny mettre le Cardinal
dans le chemin de moyenner
la paix de fa patrie ; il n'en perdit
cependant pas le defir : &
s'accommodant en pluſieurs
chofes aux volontez du Roy
de Suede , il fe flattoit toûjours
de pouvoir le conduire à des
penſées de paix , tantoſt par la
J
GALANY 21
declaration de l'Interregne . ,
tantoft par fon confentement
à la nouvelle élection , & enfin
par fes Univerfaux pour la derniere
Affemblée à Varfovie.
Voilà quels ont efté les veritables
fentimens de ce Seigneur
; & il eft mort dans une
extrême douleur de n'avoir pû
les executer , & de laiffer fa
patrie
agitée de tant de troubles.
Il demande dans fon Teftament
pardon à fes ennemis , en
des termes qui font honneur
à fa modeftie , & qui donnent
une idée de ſes ſentimens , bien
differente de celle que le Public
22 MERCURE
s'en eft peut - eftre faite.
Sa maladie commença
le
Lundy 5. Octobre , elle eftoit
encore peu confiderable le
Mardi ; mais la fievre augmentant
& les Medecins jugeant
qu'elle eftoit dangereuſe , en
avertirent ce Cardinal , qui
emploia la nuit du Dimanche
au Lundi 12. à remplir les devoirs
de la Religion . Il travailla
le Lundi jufques à midi à achever
de régler fes affaires Domeftiques
: aprés quoy il ne fut
plus occupé que du foin de fa
confcience ; & il paffa en prieres
ce qui luy reſta de temps
GALANT 23
jufqu'au Mardi à onze heures
& un quart du matin qu'il expira
à Dantzic , aprés unetrescourte
& fort douce agonie.
Le nom de Rokoze eft fort
terrible aux Rois de Pologne.
C'eſt un Tribunal auquel le
Roy , les Officiers de la Couronne
, & les Senateurs doivent
fe foûmettre
, & l'on peut
ordonner de groffes peines
contre ceux qui refuſent de s'y
foûmettre . Il faut lire Alef
fandro Cilli pour eſtre bien
inftruit de l'eſpece de proce→
dure que ce Tribunal fuit.
Les Polonois écrivent Rad
24 MERCURE
ziejowiski , & les François Ratgioski.
Gnefne eft une Ville Archiepiſcopale
& Primatie de toute
la Pologne , elle eft dans le
Palatinat de Kaliſch en la baſſe
Pologne , entre Poſna & Torn .
Les Auteurs Latins l'ont nommée
Gnefna & Limofalous . Aujourd'huy
cette Ville n'eft confiderable
que par la demeure
du Primat du Royaume ; qui
a toûjours beaucoup de part
dans les affaires d'Etat . Gnefne
a efté autrefois Capitale du
Royaume. On croit que Lechus
, premier Prince du Pays ,
la
GALANT 25
la fit bâtir ; & on a une tradition
generale que ce Prince luy
donna le nom de Gnefne , a
caufe d'une Aigle qu'on trou
va dans les fondemens
, parce
qu'en langage Polonois Gneftad
fignifie un nid d'Aigle . L'Eglife
Metropole de S. Alberry effenrichie
de diverfes Reliques .
Cette Ville fut prefque toute
brûlée en
1613.
Sigifmond
Karnkowski
a
eſté un des plus grands
Prélats
qui ayent
gouverné
1 Eglife
de
Gnefne.
Quoyque les nouvelles publiques
vous ayent déja appris
Novembre
1705 . C
26 MERCURE
les expeditions faites
par L'Ef
cadre des Indes ; vous en trouverez
des détails beaucoup plus
grands dans ce que vous allez
lire. Il eft tiré d'une Lettre écrite
à M le Comte de Pontchartrain
, par un des premiers Officiers
de cette Eſcadre , commandée
par M' le Baron de
Pallieres.
Nous appareillâmes de Groüais
Įe 23. Avril 1704. plus tard d'un
mois qu'il ne convient pour paffer
le Cap de Bonne- Efperance: ce qui
futcaufe quenousy eûmes en vingt
jours cinq coups de vent , & affez,
GALANT 27
violens pour nous feparer le 25.
Juillet , rompre le Gouvernail de
l'Aurore , emporter la moitié de la
galerie de la Mutine , & pour
luy rompre fon étay-d'avant. Le
Saint Louis & mon Vaiſſeau qui
ne s'effoient point feparez , retrouverent
l'Agreable le 27. & nous
fifmes tous trois route pour reconnoistre
Madagascar , que nous découvrifmes
le 13 Aouft , & nous
mouillafmes le 2 1. à l'Ile d'Amjoüam
, où nous avions un exayant
trême befoin d'arriver.
perdu dans la Mutine feule dix
hommes du Scorbut ; tout le refte
des équipages eftant attaqué du mê-
Cij
28 MERCURE
me mal , avec quelques Officiers.
Nous mifmes les plus malades à
terre , & donnâmes generalement
à tous les Equipages de la viande
fraiche , dont ily a abondance dans
l'Ifle , & qui ne nous manqua pas
auffi par les bons foins de Mr de
Chazel .
Le 30. il parut un Navire à
la pointe d'Ouest de l'Ifle , qui fe
trouva eftre l'Aurore , & qui à
caufe des calmes & des courants ,
ne put venir moüiller auprés de
nous que le 2. Septembre. Mr
Houffaye nous affura qu'il avoit
beaucoup fouffert à la Mer,
laperte defon Gouvernail .
par
GALANT
29
Je dois dire icy que la traversée
de France à Anjouam eft trop lonque,
& que l'on rifque , ne tou
chant point au Cap-Verd , de perdre
beaucoup de monde , & de fe
trouver hors d'état , en temps de
guerre, de foûtenir une rencontre.
La feule difficulté qu'on donne des
eaux dangereufes du Cap-Verd ,
peut eſtre applanie , ne s'enfervant
que pour la chaudiere. Ayant fait
noftre eau , bois & rafraîchiffement
, nous appareillafmes le 16.
aprés avoir affemblé le Confeil,
pour voir qu'elle route nous devions
tenir. Lafaifon d'aborder à
Pondichery eftant passée , nous con-
Cij
30 MERCURE
clufmes qu'ilfalloit aller à Surate;
& nous fifmes route pour nous y
rendre.
Nos Scorbutiques eftant tous rétablis
, nous retombafmes dans une
efpece de maladieplus dangereuses
c'eftoient des fievres peftilentielles,
dont il nous mourut 35. hommes
dans la Mutine feule , avant l'aterrage
de la Cofte de Malabar ,
que nous vifmes le 28. Octobre
par les 17. degrez 20. minuttes de
latitude , & 97. degrez de longirude.
Nous connúmes que c'eftoit la
terre d'
Andaragapour , & nousfif
mes toujours route pour Surate cotoyant
toujours la terre.
GALANT
3E
Le 29. fur le foir nous apperçûmes
un Navire devant nous
qui couroit tout le long de la Cofte
au Sud ; & comme la nuitfurvint,
nous le perdifmes de vue.
Nous allions au Nord, & la nuit
eftant claire , j'apperçus ce Navire
fur les neufheures du foir ,fur lequel
je fis porter , & au premier
coup de canon que je tiray , il amena.
Il nous cria qu'il eftoit Anglois;
je fis venir le Capitaine à bord.
Le Bâtiment eftoit de huit canons ,
forti depuis trois jours de Bonbais,
alloit à Calicut; fon équipage
eftoit de deux Anglois , buit Portugais
, le refte Indien : le tout
C inj
32 MERCURE
faifant 30. hommes d'équipage.
Je ne pus joindre notre Commandant
que le lendemain, à qui ces Anglois
dirent qu'il y avoit dans la
Rade de Surate 10. Vaiffeaux de
guerre Hollandois & 4. Anglois,
quifaifant la guerre au Mogol en
défendoient l'entrée à toutes les
Nations. Ces nouvelles nous affligerent
par rapport à nos malades ,
qui eftoient en grand nombre ; Goa
nous eftant fermé par
la guerre
avec les Portugais , & n'y ayant
aucun Port dans toute la Cofte , où
nous puffions nous refugier pour
Les rétablir.
Nous monillafmes devant Andaragapour
la nuit du 31. Octobre
GALANT
33
aupremier Novembre , où le Gouverneur
nous reçut affez bien , &
nous confirma la nouvelle que les
Anglois nous avoient donnée,
Nous y fifmes quelques rafraîchiſſemens
, de l'eau , du bois , &
du Ris affez pour tenir la Mer
quelque temps , comme nous prévoyions
y eftre obligez. Le 5 .
aprés avoir coulé noftrepetite prife
à fond , qui n'avoir que moitié
charge de Ris & de Blé, & quelques
racines medicinales que nous
embarquafmes
, renvoyé les Indiens
à terre avec chacun une
fomme d'argent , prisfur mille écus
d'argent trouvez dans cet Anglois,
fuffifantepour les conduire chacun .
>
34 MERCURE
chez eux ; chofe que nous voulus
mes obferver , eftant presque tous
de Surate , de crainte que les Marchands
François ne souffriffent à
la Loge dudit Surate , fi nous en
ufions autrement avec cette Nation
: nous appareillafmes fur les
fix heures dufoir , pourfaire route
vers Paunol & Calicut , où
nous avions ordre d'aller.
Le 12. Novembre nous fifmes
rencontre , à l'entrée de la nuit , de
trois Baftimens , deux Navires
& un Houry , qui est un grand
Bateau de la Cofte. Comme la
nuit eftoit claire , nous leur donnafmes
chaffe , & l'un de ces deux
GALANT
35
Navires mit un feu en poupe . Mr
de Pallieres & moy les joignifmes
environ fur les onze heures du
foir. Je me mis àportée du Piſtolet
par le travers de celuy quej'avois
joint , & me tins dans cette fituation
pour attendre le fignal que me
feroit le Commandant , qui fut de
toutefa bordée & defa moufqueterie.
J'en ufayde même avec celuy
queje tenois fous mon écoute.
Celuy qui fe battoit contre l'–
greable ferendit à la feconde bordée
, ce que ne voulut pas faire
l'autre , quoique je luy criaffe
qu'il fe rendift , puifqu'il voyoit
que l'autre avoit amené. Il amena
36 MERCURE
enfin , aprés s'eftre beaucoup
fait preffer, il mitfa Chaloupe à
la mer , dans laquelle il m'envoya
un Officier , qui me dit que ces deux
Vaiffeaux eftoient Portugais,Vaif
feaux du Roy armez contre les
Arabes ; celuy de l'Agreable de
32 canons , 200 quelques hommes
d'équipage , celuy- cy de 24
& de 135 hommes.
Fenvoyay cet Officier à l'Agreable
avec un Officier de la Mutine,
qui me rapporta que Mr le Baron
de Pallieres ayant envoyé amariner.
fa prife , fon fils entrant dans le
Navire , I avoit esté reçu
efté reçu d'un
coup de Sabre fur la tefte , un auGALANT
37
tre fur la main , Mr de Chazel
manqué d'un coup de piftolet ,
Mr de Vieuxchamp bleſſé d'un
coup d'efponton dans le ventre. Je
fis armer la Chaloupe du Portugais
& mon Canot , quej'envoyay
amariner ma prife , qui ayant
trouvé les Portugais armez & le
pied fur le bord , avec menaces fi
l'on montoit; Mrs du Chatelet &
de la Maifonfort qui commandoient
les Chaloupes , jugerent à
propos
de venir m'avertir de ce
qui fe paffoit , plutoft que de s'expofer
à la même avanture que ceux
de l'Agreable. Comme ils revenoient,
ilfit une pluye fi abondan38
MERCURE
te
?
, que nous nous perdîmes une
demie heure de vûë; & quand le
temps fut éclairci , j'apperçus mon
Portugais qui avoit mis toutes
voiles dehors pour gagner la terre
d'entre Cannanor & Goa , d'où
nous n'eftions qu'à fix ou Sept
lieuës.
Si-toft que mes Chaloupes furent
à bord, j'abandonnay la Portugaife
, pris la mienne à la remorque
, &fis force de voiles fur
mon Navire, que je joignis au Soleil
levant , à deux lieues de terre.
Il fe deffendit encore une bonne
heure ; mais luy ayant mis le feu
dans les artifices qu'il avoit dans
GALANT 39
fes Hunes , jetté fon grand maſt
de bune bas , il fe rendit. Je fis
venir le Capitaine & fes Officiers
bord ; il eftoit bleffé à la main
&fon Lieutenant au bras. Ce Capitaine
eft homme de condition
nommé Salvador de Melo-de-Silva
; il me dit qu'il avoit trentecing
hommes de tuez ou bleſſez,
Je joignis mon Commandant , à
qui le Capitaine du Saint Louis
avoit amené le Houry qu'il avoit
pris pendant la nuit ; ceux qui
eftoient dedans , eftoient Arabes ,
avoient efté depuis quelques
jours pris par ces Vaiffeaux Portugais.
M' de Pallieres l'avoit
40 MERCURE
des
rendu aufdits Arabes , qui s'en
eftoient emparez, & eftoient déja
bien loin quand je rejoignis mondit
Sieur de Pallieres , qui refolut
de mettre le feu au plus gros
deux Navires, n'y ayant ny argent
ny marchandifes dans aucun
d'eux , de jetter à la mer les canons
de l'autre , avec des vivres
Suffifans pour se rendre à Goa
d'où ils n'eftoient qu'à vingt lieuës.
Cet ordre fut executé , & nous
pourfuivimes noftre route le 14.
Nous n'eûmes qu'un Officier de
bleffé , qui eft Mrde Bourguiffon,
qui fut bleffé dés le foir d'un éclar
à lajouë , affez confiderablement
GALANT 41
En pour avoir efté en danger de perdre
un oeil ; & quoy qu'il fuft avec
cela attaqué defievre la même nuit ,
il voulut abfolument le lendemain
reprendrefon pofte. Je prendray icy
la liberté de vous remercier du bon
choix des Officiers , dontje nesçaurois
vous dire aẞez de bien
fur tout de Mr de Bourguiffon ,
qui eft Enfeigne depuis quatorze
ans .
Le 18. au foir nous moüillafmes
à Paunol , où deux Vaiffeaux
de la Compagnie chargerent du
Comptoir François , le poivre qui
les y attendoit ; nous y fifmes de
l'eau & quelque peu de rafraichif
Novembre 1705 D
42 MERCURE
>
femens , efperans d'en trouver avec
plus de facilité à Calicut , où nous
allâmes mouiller le 26. Nous y
reftâmes jufqu'au 30. &nous appareillafmes
pourfaire route à Pondichery
, dans le deffein , fi la faifon
nous contrarioit abſolument
de tâcher de gagner Achaïn & les
Ifles de Nicobar , ou Merguy.
Le 13. Janvier , à la pointe du
jour , nous apperçusmes un Navre
, auquel , nous donnâmes chaſſe ;
& à Soleil levé nous connumes
qu'il eftoit Hollandois , portant Pavillon
à
poupe ,
poupe , à pronë & au
grand maft . L'Agreable & moy
manoeuvrâmes à le tenir entre
GALANT 43
s'il
luy
pre-
>
C nous deux , afin que
noit envie de changer de route
il en trouvaft toûjours un
dans fon chemin. Sur le midi
l'Agreable fut à bonne portée
& le Hollandois tira un coup de
canonpour affurer fon Pavillon ,
& nous faire mettre le noſtre
que nous n'eûmes pas plutoſt hiſſé,
qu'il envoya fa bordée & famousqueterie
à l 'Agreable , qui s'approcha
encore pour luy répondre ; ce
qu'il fit de maniere , qu'à la troifieme
bordée le Capitaine Hollandois
ayant efte tué, celuy qui commandoit
, voyant que nous en
eftions affez prés; ferendit à Mr
Dij
44 MERCURE
le Baron de
Pallieres , qui envoya
amariner le Navire , nommé le
Phenix doré , defoixante canons ,
n'en ayant que 54. de
montez ,
& deux cens cinquante
hommes
d'équipage
, tous Européens , à la
referve de trente Macaffars
. Ils
eftoient depuis dix-huit jours fortis
du Gange , chargez de quatre mille
caiffes de cuivre , & dedeux cens
cinquante
mille livres en or. Ce
Navire alloit à Neguepatam , &
la raifon du Pavillon au grand
maft eftoit qu'il portoit un Commiffaire
general , qui eft leur ſeconde
perfonne
dans toute l'Inde.
Laprifc amarinée , nous pourſuiGALANT
45
vifmes noftre route ; & le lendemain
à lapointe dujour nous nous
trouvâmes à trois lieues de Gondeloure
, Place appartenante aux
Anglois , à quatre lieues de Pondichery
, que nous nepûmes gágner
par la force des courants , qui dans
cette faifon portent au Sud le long
de la Cofte , que le 18 .
Mr Martin , Gouverneur de
Pondichery , voulant tirer avantage
de la prise d'un homme de la
confequence du Commiffaire Hollandois
, nous dit qu'il convenoit
à l'estat preſent des affaires de la
Colonie de luy propofer , avant de
le mettre en liberté, une Tréve
46 MERCURE
une liberté de commerce , le long
de la Cofte de Coromandel. On
affembla le Confeil; la propofition
futfaite & acceptée , fuivant le
Traité que Mr de Chazel & Mr
le Baron de Pallieres auront fans
doute l'honneur de vous envoyer.
MrMartin nous ayant aſſuré que
le Traité luy eftoit d'un grand
avantage , nous le fignamesfous le
bon plaifir du Roy.
Le 21. de Fevrier nous partifmes
de Pondichery , & moüillafmes
à l'Ile de Bourbon le huitiéme
Avril. Nous y prifmes le
plus de rafaichiffemens qu'il nous
fut poffible ; nous y laiffames
GALANT 47
quelques malades , & partifmes
le 18. pour doubler le Cap de
Bonne- Efperance , la faifon commençant
à eftre unpeu avancée.
Le 6. May ,fur ce que l'Aurore
fe plaignoit d'une voye d'eau
en avant , qui luy avoit fait
faire , pendant un jour ou deux
degroffe mer & vent frais , fix
pouces d'eau par horloge ; je m'embarquay
dans mon Canot pour
aller chez le Commandant , qui
avoit mis pavillon de Confeil :
& fachant que c'eftoit pour confulter
fi cette voye d'eau eftoit
affez confiderable pour nous obliger
arelafcher à l'Ile de Bourbon , où
48 MERCURE
nous auriens efté obligez de refter
jufqu'au commencement de Septembre
, je paffay à bord dudit
Vaiffeau pour visiter fa voye
d'eau , que je ne touvay pas allez
confiderable pour nous obliger a
une relafche fujette à de fi grands
inconveniens. F'enfis mon rapport
au Confeil ; ilfut décidé qu'on
continueroit la route pour paffer le
Cap , d'où nous eftions encore à
400. lieuës : & fi le Vaiffeau fe
trouvoit preffé de fa voye d'eau
il en feroit le fignal , relâchant ou
à l'ifle de Bourbon , ou à Mada-
·gafcar ,& que nous le fuivrions.
La voye d'eau n'augmentant pas
de
GALANT 49
د
de mauvais tems , & diminuant,
dans le beau de trois pouces , nous.
paffafmes heureusement le Cap la
nuit du 14. au 15. La nuit du
20. nous perdifmes le Saint
Louis ; & ce Vaiffeau nous manquant
nous filmes route pour
Bengala , furla Cofte d'Afrique ,
entre le 11. & le 12. degré de
latitude où le Commandant
avoit marqué le rendez-vous , en
cas defeparation en deçà du Cap;
& les . Juin nous réjoignifmes
nôtre navire perdu par le travers
du . Cap Negre. Le 11 .
mouillafmes devant la Ville de
Bengala , qui nous parut grande
Novembre 1705. E
nous
50 MERCURE
avec un Fort à quatre baſtions ,
appartenant au Roy de Portugal.
Notre Commandant envoya à terre
le Major , avec un PereTheatin
, Italien , paffager dans l'Aurore
, pour demander au Gouverneur
quelqu'un à qui il puft faire
entendre le fujet de fa venue. Le
Gouverneur envoya un Capitaine
de la Garnifon , à qui on donna une
Lettre pour ledit Gouverneur , qui
portoit qu'eftant enguerre , & venant
avec des forces fuffifantes
pour eftre le Maiftre , on le fommoit
de remettre la Place ,fi mieux
n'aimoit venir à compofition , tant
pour la Ville que pour le Fort , &
~
GALANT 51
pour les Marchandifes qui pouvoient
y estres à faute dequoy
l'on y entreroit à main armée :
qu'on luy donnoit la nuitpour af
fembler fon Confeil ; & nous luy
fifmes dire que fi le Soleilfe levoit
fans que nous euffions réponſe ,
nous nous tiendrions pour avertis
qu'ils vouloient eftre forcez. Dés
le lendemain matin , le Fort pour
réponſe ayant tiréfur les Vaiffeaux
les plus proches , noftre Commandant
envoya ordre au Saint Louis
& à moy de nous approcher en
travers, de tâcherdefaire br che
au Fort. Nous executâmes fon or
dre , & moüillâmes à moins de
Eij
52 MERCURE
quatre braffes d'eau , & eufmes en
peu de temps rallenti le feu des
Portugais. A la faveur de noftre
canon , Mr de Marolles mit pied
à terre avec deux cent cinquante
hommes , où il ne fut pas plutoft
que nous vimes ane groffe fumée
dans le milieu du Fort , & nous
entendîmes un grand bruit qui venoit
de leur Magafin à poudres ,
de celuyde leurs Marchandifes ,
où ils avoient mis le feu ; & ils
s'enfuirent enfuite tous à la montagne.
Notre Bataillon entra par
tout fans refiftance ; mais les foldats
ayant voulu s'écarter dans la
Ville des Noirs embufquez
GALANT
53
nous tuerent trois hommes.
que
dans
Lon
Nous fufmes huit jours
l'efperance que les Portugais , à qui
on écrivoit par les Noirs
prenoit , pourroient venir à compofition
, nous donnerdes rafraîchiffemens
; mais quelque affurance
que nous donnaffions à ceux qui fe
chargeoient d'apporter les réponses,
nous n'en eûmes aucune : & enfin
les Noirs nous tuant tous les jours
quelques hommes , ilfut refolu que
l'onferoit fauter le Fort , & qu'on
mettroit le feu dans toutes les maifons
: la chofe fut executée
le
17.
Un Brigantin de Loangos eftant
E
iij
54 MERCURE
venu
le 15
.
moüiller
en grande
confiance
devant
le Fort , le croyant
toûjours
Portugais
; nous
le prîmes.
Il n'eftoit
chargé
que de farines
; de Magnoc
& de Mays
;
mais
le Capitaine
nous fut d'une
grande
utilité
, pour
nous faire
trouver
, trois lieücs
au Nord
de
Bengala
, une riviere
, nommée
Quafonbella
, où nous filmes
nôtre
eau , & débarquâmes
quelques
femmes
qui estoient
dans le
Brigantin
. Nous
mêmes
le feu au
Bâtiment
, & nous appareillâmes
pour notre retour
en Europe
le 30 . Juin
. Un vieux Portugais
,quifut
trouvé
malade
dans fon lit à BenGALANT
55
gala , nous affura que ceux qui
coucheroient à terre feroient attaquez
de fièvres tres - dangereufes.
Sa prédiction fut fi vraye , que
tous nos Soldats qui avoient efté
à la garde de ce Fort , en furent
attaquez ; & nous en perdimes
fept en quinze jours dans la Mutine
feule.
Le 18. Juillet nous mouïllâmes
à l'Afcenfion ; & quoy qu'il n'y
ait dans cette Ifle pour tout rafraîchiffement
que du pourpié , du poiffon
& de la tortue , dont la faifon
eftoit paffée quand noussy arrivámes
, le fejour que nous y fifmes
de deux joursfeulement , fit grand
E j
4
56 MERCURE
bien à nos malades , quiparoiffoient
fe rétablir à vue d'oeil. Les deux
plus malades eftoient deux Gardes
de la Marine , l'un nommé Tredern
, & l'autre Maucafe , tous
deux
Gentilshommes de Bretagne ,
fortfages , qui ontfervi d'Officiers
à la prise de Bengala , où ils ont
fait , comme par tout ailleurs , tresbien
leur devoir.
Nous quittâmes l' Afcenfion le
20. avec les mêmes vents Su - Eft
qui nous y avoient mené, & qui
régnent toute l'année dans ces Parages
.
Le 28. nouspaẞâmes la Logne
d'un fort beau temps.
GALANT
57
Eftantparvenus par les 47.degrez
de latitude , felon nôtre eftime
, à cinquante lieues de la Cofte
de Bretagne , les vents d'Eft &
d'Eft-Nord-Ouest nous en refuferent
l'aterrage , & nous fumes
obligez d'arriverfur la Cofte d'Efpagne
, où nous n'avons pú gagner
que Vigo ; ayant perdu dans noftre
campagne prés de la moitié de nos
équipages , le refte eſtant accablé
du Scorbut ,fans en excepter les
Officiers . Nous allons les mettre à
terre , cherchericy , où nous ar
rivâmes le 27. Septembre , un renfort
d'équipages , & laiſſer nos
plus malades. Nous partirons au
·
58 MERCURE
premier vent , pour aller en France
, ou à la Corogne , en cas que
nous ne puiſſions l'attraper , n'étant
pas icy enfeureté.
Nous avons appris qu'il eftoit
arrivé à la Corogne trois Vaiffeaux
du Roy , commandez par
Mr de Riberette , qui nous a
envoyé 150. hommes pour nôtre
équipage ; e avec ce fecours nous
levafmes l'anchre le 2. d'Octobre
de Vigo , pour les rencontrerfur la
Cofte , en deçà de la Corogne.
Le 6. d'Octobre les ayant
joints , ayant trouvé les vents
contraires , nous fufmes obligez
de faire route tous enſemble pour
GALANT 59
entrer dans la Corogne , où nous
moüillafmes le feptiéme . Les vents
ne nous permirent d'enfortir que le
12. aufoir ; le lendemain 13 .
nous eufmes des coups de vent
Nord-Ouestfiforts , & une brume
fi épaiffe , qu'ayant efté contraints
de mettre tout àfec , nous
fufmes feparez les uns des autres ,
fanspouvoirnous réjoindre . Quelques
Vaiffeaux en furent incom
modez le mât de Mizaine de la
Mutine fut endommagé affez
confiderablement ; & ce Vaiffean
s'eftant trouvéſeul, avec l'Oriflame
le Capable , vint mouiller
le 17. à lapointe de S. Matthiew.
60 MERCUR E
Là il effuya un coup de vent à
l'anchre , & fut obligé de couper
fon cable pour gagner l'entrée de
la Rade de Breft , où enfin nous
entrafmes le 18. à dix heures du
matin ; l'aprés midy nous entrafmes
dans le port. Les autres
Vaiffeaux de l'Escadre ne font entrez
que le 19.dans le -Port- Louis.
Vous avez oui parler de la
guerre qui eft entre le Dey de
Tunis & le Dey d'Alger ; ce
dernier a remporté une fignalée
victoire fur l'autre , & le
Dey de Tunis a efté fait prifonnier.
Le vainqueur en fit auffiGALANT
61
toft part , par une Lettre de fa
main , à M' Durand , Conful
de France à Alger , & qui y foûtient
avec éclat & avec vigueur
les interefts de France & d'Efpagne.
Je vous envoye la traduction
de cette Lettre.
Le Serviteur de Dieu Muſtafa
Dey ,
A noftre bon Amy , le Conful
de l'Empereur de France.
Vou : [çaurez ce qui s'eft paffé
avec noftre ennemy Ibrahim Cherif,
Dey de Tunis. Il vint avecfon
Camp au devant de nous , Samedy
62 MERCURE
19 , de la Lune de Rabiaclub
( qui eftoit le 11. Juillet . ) comme
nous nous fumes apperçus de
fa marche , nous nous remimes à
la volonté du Seigneur , & nous
marchâmes à luy avec noftre
Camp. Dieu nous a donné une
victoire complette , nous l'avons
défait , nous luy avons tué quantité
de fes gens , & nous l'avons
pris luy-même & mis aux fers.
Le lendemain Dimanche nous
nous fommes rendus à Khef. Les
principaux en fortirent fur la parole
de bon quartieraveclagarnison
le frere duditScherif avec elle
nousy avons trouvé toute leur faGALANT
63
mille. Graces en foient rendues
Dieu mille mille fois.
Faites- nous le plaifir d'en don
ner avis à nos Amis , afin qu'ils y
prennent part , & qu'ils s'en réjouiffent
avec nous ; &à nos ennemis
pour leur faire dépit.
Noftre coeur eftant tres - net&
rempli de bonne volonté.
Alafin de ladite Lune, l'an 1117.
de l'Egire de Mahomet , ( qui revient
au 13. Juillet 1705. )
Cette Lettre a efté écrite au
Camp d'Alger , fous le Khef, le
13. Juiller , & elle a cfté reçue à
Alger le 24.
du même mois au
marin ; & l'on commença auffi64
MERCURE
toft les trois jours de réjoüiffances
publiques , ordinaires dans
les grands évenemens .
Aprés cette victoire lè Dey
-envoya offrir une bonne compofition
à Tunis ; & il y devoit
marcher quatre jours aprés. Il
paroift qu'aprés cette victoire ,
il fera mal - aifé que fes deffeins
trouvent des obftacles.
Les Articles fuivans regardent
la mort de quelques perfonnes
decedées dans le mois de Septembre
dernier.
Mr
Germain
Fromageau ,
Docteur de la Maifon & Societé
de Sorbonne . C'eftoit un
homme d'une faine doctrine ,
GALANT 65
exact dans fes moeurs & dans
tout ce qui regardoit les fonctions
de fon Miniſtere. Il eftoit
gens
Confulteur des Cas de confcience
; fes décifions eftoient
toujours nettes & claires :
c'est ce qui attiroit chez luy
une foule de de toutes
conditions & de tous pays ,
qui le venoient confulter. M
Fromageau a eſté auffi , pendant
plufieurs années , un de
ceux qui accompagnoient les
criminels au fupplice . Il avoit
pour cette fonction & pour
cet exercice de charité un talent
particulier . Il a fait un legs de
Novembre 1705.
F
66 MERCURE
600. livres à la Maifon de Sorbonne
; & l'on peut dire pour
marquer le defintereſſement
dans lequel il a vêcu , qu'il luy a
laiffé tout ce qu'il pouvoit luy
laiffer.
Mr
Alexandre Fouquelin ,
Maître des Comptes . Il eftoit
fort eftimé dans fa Chambre ,
& il eftoit d'une famille qui a
donné plufieurs Officiers à cette
Cour & au Parlement.
Alexandre Fouquelin fut fort
eftimé fur la fin du XV . fiecle
dans l'Ordre de S. Dominique.
Il fit quelques ouvrages qui
n'ont pas efté publiez ; la di
GALANT 67
I
ferte d'Imprimeurs , & la difficulté
que les Auteurs avoient
de mettre au jour leurs ouvrages
, dans un tems où le bel Art
de l'Imprimerie ne venoit que
d'eftre découvert
nous ont
privez des ouvrages de ce Religieux
,& de plufieurs autres.
Dame N.... Durand , veuve
de M Nicolas Camus
Chevalier , Seigneur de Pontcarré
, Confeiller d'honneur au
Parlement de Paris . Elle eftoit
d'une famille qui a donné plufieurs
Officiers au Parlement &
aux autres Cours Superieures
de cette Ville ; elle n'a furvécu
Fij
68 MERCURE
A
ге
que d'une année à ſon époux.
Elle eftoit mere de M' le premier
Prefident du Parlement
de Rouen , & de Dame N....
Camus de Pontcarré , époufe
de M N.... Bochart de Sarron
, Confeiller au Parlement
de Paris. Cette Dame eftoit generalement
eftimée ; elle a paffé
les dernieres années de fa vie
dans une pratique continuelle
des vertus chreftiennes ; l'exercice
des oeuvres de mifericorde
l'occupoit prefque entierement,
& ne luy laiffoit pas un
moment de refte . Elle a fait
des biens confiderables dans
GALANT 69
l'étendue de fa Paroiffe , &
les pauvres trouvoient toûjours
chez elle un azile affuré.
Elle eftoit dans un âge
affez avancé ; mais qui ne l'empeſchoit
point d'agir , dans
toutes les occafions qu'elle
avoit de fecourir fon prochain,
& de mettre en pratique à fon
égard le grand précepte de l'E
vangile qui fait tout le fondement
de la Religion.
Dame Catherine de la Boutiere,
veuve de Mr Nicolas le
Jay , Chevalier , Seigneur Baron
de la Maiſon- Rouge , Til
ly , Saint-Fargeau , &c . Con70
MERCURE
feiller au Parlement , decedé
fans enfans en l'année 1700 .
Cette Dame eftoit d'une
maifon tres-connue & tres - bien
alliée. Feu M' le Jay fon époux
eftoit frere de feu M'l'Evêque
de Cahors , & petit - neveu du
celebre Nicolas le Jay,Baron de
Tilly & de la Maiſon Rouge ,
Garde des Sceaux de France ,
& premier Prefident du Parlcment
de Paris . M' le Jay , Con-
'feiller au Parlement de Paris &
mary de la Dame dont je vous
apprens la mort , eftoit fils de
Charles le Jay , Baron de Tilly
& de la Maifon - Rouge , &
GALANT 71
Maître des Requeftes , & de
Gabrielle de Lefrat-de la Nereau
. Il avoit pour freres , outre
feu M'l'Evêque de Cahors ,
1 un Jefuite , un Chevalier de
Malthe , Capitaine aux Gardes,
qui par la mort de tous fes fre
res a herité de tous les biens de
la maiſon ; & trois freres tuez
au fervice du Roy. La maiſon
de le Jay eft tres-ancienne dans
le Parlement. Du Tillet parle
de Jean le Jay , Prefident en la
Chambre des Enqueftes du Par
lement de Paris en 1344. qui
époufa la foeur du Cardinal
Jean de Dormans , Evêque de
1
72 MERCURE
Beauvais & Chancelier de Fran
qui eft enterré dans l'Eglife
des Chartreux. Pierre le Jay
Secretaire du Roy & Prévolt
des Marchands en 13.80 . fortit
de ce mariage . Nicolas le Jay ,
Secretaire du Roy & Maiſtre
des Comptes , vivoit fous François
I. qui le choifit avec le
Conneftable de Montmorency
pour aller recevoir l'Empereur
Charlequint fur les frontieres
du Royaume. Guy- Michel le
Jay , qui fit imprimer à ſes dépens
, dans le dernier fiecle , une
belle Polyglotte , eftoit de cette
même maiſon.
Dame
GALANT 73
re
Dame N ... de Bragelonne ,
époufe de MT N ... Camus de
Pont- carré , premier Preſident
du Parlement de Rouen , eſt
morte dans une grande jeuneffe.
Elle eftoit fille de M' de
Bragelonne , Conſeiller au Parlement.
La Maiſon de Bragelonne
eft tres-qualifiée & tresancienne
dans la Robe & dans
l'épée . M ' le Commandeur de
Bragelonne
Chevalier de
l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
, & M' l'Abbé de Bragelonne
, Docteur de Sorbonne ,
cy- devant Doyen de Senlis , &
à prefent Chanoine de Noftre-
Novembre 1705 .
>
G
74 MERCURE
Dame , font proches parens de
feuë M la premiere Prefidente
de Rouen.
Ce qui fuit , regarde quelques
morts étrangeres .
M Colliers , épouse de M
Colliers, Ambaffadeur de Hollande
à la Porte , eft morte à
Conftantinople depuis quel
ques mois . Elle avoit beaucoup
d'eſprit & un grand uſage du
monde ; ce qui attiroit dans
l'Hôtel de Mr l'Ambaffadeur
d'Hollande une partie des Miniftres
étrangers qui font à la
Porte. Cette Dame parloit plufieurs
Langues , avec la meſme
GALANT 7
facilité que fa Langue naturelle.
Elle a eſté fort regrettée
en Hollande ; & Mr Colliers a
reçu fur ce fujet des Lettres de
tout ce qu'il y a de plus confiderable
dans les Provinces
Unies , & des complimens de
tous les Miniftres étrangers qui
font à la Porte. Cet Ambaffadeur
a fait faire un Service ma
gnifique pour fon Epouſe, dans
l'Eglife des Jefuites qui font
établis dans le Faubourg de
Conftantinople , où plufieurs
Ambaffadeurs fe font trouvez,
& l'Aſſemblée a efté tres- bellè
& tres-nombreuſe. Me Col-
Gij
76 MERCURE
liers avoit paffé pour une tres
belle femme.
Mr le Comte de Wurmb ,
Chevalier de la Toifon d'or,
Chambellan de l'Empereur , &
Chancelier de Boheme , mourut
fur la fin du mois d'Aouft,
âgé de 71 an. Ce Miniftre a
rendu dans le cours de fa vie ,
des fervices importans à la Maifon
d'Auftriche pendant les
troubles du Royaume de Boheme
il fignala fon zele pour
l'Empereur , dans plufieurs occafions
importantes. Je vous
ay parlé amplement de ce Miniftre
il y a quelques mois , lorfGALANT
77
que je vous appris qu'il s'eftoit
démis de la charge de Chancelier
de ce Royaume . Mr le
Comte de Wurmbeftoit d'une
ancienne Nobleffe du Royaume
de Boheme , où il
re plufieurs perfonnes qui luy
touchent de prés . On affure
qu'il eft mort peu
maniere dont l'Empereur l'a
traité en dernier lieu.
ya encofatisfait
de la
le
Mr le Commandeur Vaïni
eft mort à Rome. Il avoit longtems
porté les armes pour
fervice de fon Ordre ; & il refidoit
à Rome depuis quelques
années. Il y cftoit confideré par
Giij
78 MERCURE
tout ce qu'il y avoit de Nobleffc
& de gens de confideration
; fes manieres polies & cngageantes
attiroient chez luy
toutes les perfonnes de diſtinction
. Ce Commandeur eftoit
d'une naiffance diftinguée
; fa
Maifon a tenu dans les derniers
fiecles un rang tres- confiderable
en Italie , & elle y eft encore
aujourd'huy dans la même
confideration. Le Commandeur
Vaini avoit beaucoup de
goût pour les belles Lettres , &
fur tout pour les Auteurs anciens
; & il attiroit chez luy
tous ceux qui s'y attachoient.
GALANT
79
Il avoit raffemblé un grand
nombre de Medailles , & fon
Cabinet eftoit fort cftimé ; on y
trouvoit fur tout des Medailles
Samaritaines , qui font tres-
Fares .
Monfieur l'Evêque de Lubeck
, Lutherien , de la Maiſon
de Holftein , mourut de la diffenteric
, en fa 60° année , le z
Octobre , à Eutin , qui eft le
lieu de la refidence des Evêques
de Lubeck . Le Prince Chriftian-
Augufte , Adminiftrateur du
Duché de Holſtein - Gottorp ,
ayant cu avis le 4. de la mort eu
de cet Evefque , dont il prétend
Giiij
80 MERCURE
avoir efté élû Coadjuteur , envoya
auffitoft des Troupes dans
Eutin , où il fit prendre en fon
nom poffeffion de cet Eveſché ,
qui' luy eft difputé par le Prince
frere du Roy de Dannemark .
Les troupes Danoiſes attendent
les ordres de Sa Majesté Danoiſe
pour marcher vers Eutin ,
afin d'en chaffer celles de l'Adminiſtrateur
. Les troupes Suedoifes
du Duché de Bremen ,
marchent auffi de ce cofté-là ,
& ſe mettent en état pareillement
de difputer les intereſts
du Duc de Holſtein - Gottorp ;
de forte qu'il y a fujet de crain-
"
GALANT 81
dre que ce differend n'excite
des troubles en ces quartiers - là :
mais on croit que cet Evefché
fera mis en fequeftre entre les
mains des Directeurs du Cercle ,
jufqu'à ce que cette affaire ait
efté jugée & réglée à Vienne .
Cependant le Prince Chriſtian
fut reconnu le 6. à Lubeck , en
qualité d'Evefque , pár le Chapitre
de la Cathedrale de la
mefme Ville ; & le 8. il reçut à
Eutin le ferment de fidelité des
Officiers & des Magiftrats . Le
lendemain , ce qui eft fingulier,
la Princeffe fon époufe accoucha
d'une fille à Gottorp ; &
82 MERCURE
elle fut baptifée le mefme jour,
& nommée Hedwige- Sophie-
Augufte. Le Prince Chriftian-
Augufte eft fecond fils de Chriftierne
-Albert , Duc d'Holface-
Gottorp , & frere du Duc
d'Holface- Gottorp , pere de
celuy qui fut tué dans une des
premieres batailles gagnées par
le Roy de Suede contre le Roy
Augufte. Chriftierne- Albert
eftoit fils de Frederic , Duc
d'Holface- Gottorp , & de Marie-
Elifabeth de Saxe , fille de
l'Electeur Jean - George. La
branche d'Holface - Gottorp fe
forma cn 1926. en AdolpheGALANT
83
d'Holface - Slefwich , heritier
de Norwege , & frere de Chriftierne
III . Roy de Dannemark;
il eftoit fils de Frederic I. auffi
Roy de Dannemark . Cette
branche a produit celle d'Holface-
Ottingem ou Oytin , qui
commença en la perſonne de
Jean auffi Adminiſtrateur de
l'Evefché de Lubeck , qui nâquit
l'an 1606. & qui s'eft acquis
beaucoup de reputation
par fa doctrine , & par l'amour
qu'il avoit pour les Lettres . Le
dernier Evefque de Lubeck
proche parent de l'Adminiſtrareur
du Duché de Holftein84
MERCURE
Gottorp , & iffu de Jean dont
je viens de parler , & de Julienne-
Felicité , fille de Jules- Frederic
, Duc de Wirtemberg, eftoit
fort aimé& fort eftimé dans le
Nord. Il avoit eu part à plufieurs
grandes affaires , dont il
s'eftoit tiré avec affez de bonheur.
Lubeck eft une Ville d'Allemagne
dans la Baffe Saxe
elle eft Capitale de toutes les
Villes Anfeatiques , & elle a le
titre d'Imperiale. Ce n'eftoit
autrefois qu'un gros Bourg ,
qu'Adolphe , Comte d'Hollace
, fit bâtir du temps de l'EmGALANT
85
pereur Conrad III. & on y
transfera en 1162. , le Siege
Epiſcopal qui ‘eſtoit à Oldembourg.
Elle a efté pluſieurs fois
ruinée par le fer & le feu
par
des ennemis ; mais elle a toujours
efté rétablie avec beaucoup
de bonheur & d'avantages
. Cette Ville eftoit alors
foûmife aux Danois ; elle en
fecoüa le joug en 1209. & devint
Ville Imperiale par la conceffion
de Frederic II. En 1500 .
ceux de Lubeck fe virent obligez
de défendre leur liberté par
la voye des armes contre le Roy
de Dannemark . Lubeck fe
86 MERCURE
72
gouverne en Republique ; &
elle a fait une Alliance tresétroite
avec les Etats Generaux,
qui la comprirent dans le
article de la Paix qu'ils firent en
1648. avec les Efpagnols . L'Evefque
eft toujours Proteftant;
& il fait fa réfidence à Eutin ,
à quatre lieuës de Lubeck . Son
Eglife eft compofée de 17.
Chanoinies, qui font hereditaires.
Il y a un grand commerce
à Lubeck , où l'on trouve des
Marchands
de toutes les parties
de l'Europe ; il paffe une Rivie
re au milieu de la Ville.
GALANT 87
TRADUCTION
De l'Homelie de N. S. Pere
le Pape Clement XI. prononcée
pendant la Meſſe ſolemnelle
, le jour de la Fefte
des Apoftres S. Pierre & S.
Paul , dans la Bafilique du
Vatican le 29. du mois de
Juin dernier.
L'Eglifefondée fur la pierre ,
fouvent attaquée , & toujours
ferme , a eftéjufqu'icy , eft encore,
fera toujours inébranlable.
Que les portes de l'Enfer tâchent
de l'infulter avec toute leur furie,
88 MERCURE
que
des
tous ces efforts feront inutiles ; elles
la battrontfans la renverfer
elles luy livreront des combatsfans
remporter de victoires ; elles luy
feront une longue guerre fans en
tirer d'avantages. C'eft là l'admirable
vertu de cette pierre folide
, les plus rudes coups
Puiffances ennemies ne peuvent la
brifer , & queleursplus fortes fecouffes
ne peuvent l'ébranler ; mais
qu'affermie au contraire par lesperils
qui la menacent , & endurcie
par les tempeftes dont elle eft battue,
elle en fort toujoursplus ferme
plus impenetrable. Cette pierre ,
mes venerables Freres & mes
GALANT 89.
7
›
chers Enfans , cette pierre n'eft
autre chofe que le grand S. Pierre,
- qui le premier , nous a enſeignez
& qui conferve parmi nous la Foy
de l'admirable Divinité de Jeſus-
Chrift. C'eftce Pierre qui inftruit,
s'il eft permis de le dire , à fes propres
perils , afait enfuite de fi heureux
progrés ; que cet homme , trop
foible , belas ! pourfon malheur,
eft devenu noftre force , & nous a
appris parfon exemple , que Dieu,
nous fournit des moyens en abondance
pour pouvoir foutenir la
tentation : C'est ce Pierre , qui à
la vue de Jefus-Chrift , oublie le
Feril des tempêtes , & attiré
Novembre 1705. H
par.
90 MERCURE
fon amour , faute de fa Barque
dans la Mer , für que les eaux
vont s'affermir fous fes piedspour
le conduire jufqu'à fon Maistre
Que les vents donc & les tempetes
agitent la Mer , le chemin que
S. Pierre s'yfait jusqu'à Jeſus-
Chrift , n'en fera pas moins calme.
moins tranquille. Cette mefme
eau qui paroift toujours flottante ,
fouftient l' Apoftre dans fa marche,
ce gouffre qui ne femble créé
que pour engloutir tout ce qu'on
luy confie , est une route aſſurée
pour ce genereux Voyageur. C'eſt
ce mefme Pierre qui enfermé par
·Herode pour plaire aux Juifs , atGALANT
91
taché entre des Soldats chargez de
le garder étroitement, enchaînédans
fa prifon , femblable à Daniel ,
dormoit d'un fommeil fi tranquille
au milieu des retraites de la cruauté
, qu'il n'apperçût pas mesme ,
la lumiere qui reluifit dans cette
fombre demeure , & ne pût eftre
éveillé que par l'Ange lorsqu'il le
frappa par le côté. Cette inalterable
tranquillité parut fi merveilleufe
à S. Chryfoftome , qu'il nous
affure librement , que s'il avoit à
choifir entre la condition de l'Ange,
qui délivre Pierre de fa prifon , &
celle de Pierre enchaîné , il aimeroit
mieux , fans comparaison ,
Hij
92 MERCURE
eftre Pierre dormant dans les fers ,
que l'Ange le déliant & le tirant
de fa captivité. Le Difciple plein
d'amour avoit appris de fon Maître
à dormir fans inquietude dans
les plus grands dangers , lorfqu'il
le vit s'abandonner fans trouble
au fommeil , dans le temps d'une
tempefte fi furieufe , que la Barque
eftoit à tous momens couverte
de flots. Jamais Pierre ne dort
d'un fommeil plus tranquille que
dans les fers; jamais il ne marche
avec plus d'affurance que fur les
eaux ; jamais le Vaiffeau qui porte
Jefus - Chrift n'infulte aux tempeftes
avec plus de confiance que
GALANT
93
quand elle est couverte de flots ;
jamais l'Eglife fondéefur la pierre
n'eft plus ferme & plus à l'épreuve
, que quand elle est attaquée de
tous coftez & affaillie des plus
violens orages .
par lequel Dieu l'a affermie , la
confervera éternellement ; c'est- àdire
, que fes malheurs tourneront
toujours àfon affermiſſement & à
fa gloire. Elevez par le Seigneur
fur cette pierre , au temps même
que noftre coeur est dans la trifteffe
dans l'accablement , ne nous
effrayons point des grandes & nom
breufes calamirez qui nous environnent
; le Seigneur n'eft pas éloi
L'art merveilleux
a
94 MERCURE
gné de ceux dont le coeur eft dans
T'amertume
il affurera lugmefme
nos pieds fur la pierre
& conduira nos pas. Auffi ne
craindrons - nous rien , tandis que
la terrefera dans la confufion &
que les montagnes feront portées
-dans le fond de la mer. Les noms
qui n'expriment que crainte &
qu'épouvante, deviendront des préfages
dejoye& de confolation ,
les
marques
de nôtre défaite deviendront
les fignes honorables de
noftre victoire. Celuy qui afoûtenu
le Prince des Apoftres lorsqu'il
marchoit fur les eaux , de peur
"qu'il n'y fift naufrage , celuy qui
GALANT 95
l'a dérobé à la cruauté d'Herode
&à l'attentedu peupleJuif,ſera
noftre Protecteur dans les tribulations
qui nous accablent à l'èx-
= cés ; il éloignera la flamme de
la fournaife , & nous fera de ce
lieu terrible un fejour rempli d'un
vent frais & agreable ; il nous
cachera dans fon carquois ; il nous
confervera dans les trous de la
pierre ferme . Il faut cependant
nous fouvenir que cette admirable
tranquillité de Pierre dans les chaî
nes , &fa conftance au milieu des
flots eft l'ouvrage de cette fublime
charité , qui chaffe bien loin la
crainte. Il y a toujours un plein
96 MERCURE
repos où il y a une parfaite charité.
La charité est un feu ; les
tempeftes par leurs mouvemens impetueux
ne font qu'entretenir &
animer la flamme , bien loin de l'étoufer
ou de l'éteindre ; le feu ne
fe nourrit que par
le mouvement
& par l'agitation : Soyons donc
embrafez , mes tres-chers Enfans ,
de la flamme divine de l'éternelle
Charité , à laquelle Pierre a rendu
témoignage par fa triple confeffion;
brûlons de l'ardeur de ce feu
bien-heureux,fous la figure duquel
l'Espritfaint eft venu renouveller
le monde , pour nous apprendre
aprés avoir rechauffe pour Dieu
nos
GALANT
97
nos affections languiffantes , à dormir
en repos dans les chaifnes , &
à rendrefolides pour nous foutenir
les flots de la mer orgueilleufe. Enfeignant
ainsi , par noftre exemple ,
la charité divine a
une fois bien folidement établis
fur lapierre de la Confeffion Apof
tolique , ne peuvent eftre ébranlez
par les plus rudes & les plus vio-
"lentes fecouffes.
= que ceux que
Ce qui fuit fera plaiſir à ceux
qui aiment les Articles d'érudition
, puifqu'ils en trouveront
un grand nombre.
Il paroift une Differtation,
Novembre 1705. I
98 MERCURE
qui fert de réponſe à celles du
Pere de la Maugeraye. C'eſt
une Difficulté qu'on propoſe à
ce Pere fur la maniere dont il
explique , dans les Memoires
de Trévoux du mois d'Octoles
fons qui fe for- bre
1704 .
ment
dans
les tuyaux
. Cette
queftion
cft traitée
d'une
maniere
fort
intereffante
; il femble
même
que l'Auteur
de la
Differtation
prévienne
toutes
les
objections
qu'on
pourroit
luy
faire. Il dit fur ce fujet
des chofes
fort
curieuſes
, & il
paroiſt
un excellent
Phificien
dans
tout
ce qu'il
dit. Enfin
GALANT 99
c'eſt un adverſaire tres- digne
du Pere de la Maugeraye
dont je vous ay parlé plufieurs
- fois dans mes Lettres , & qui
eft un des plus grands Phifi-
O ciens de notre fiecle.
On a emprisonné à Londres
un nommé Brag , qui debitoit
un écrit d'une tres- dangereufe
confequence pour la tranquili
té de la grande Bretagne. L'aueur,
par des raiſons d'une mauvaife
politique , taſchoit de
perfuader aux Anglois , qu'il
eftoit de leur avantage , de leur
honneur , & de l'utilité publique,
d'attaquer à main armée le Royau-
I ij
100 MERCURE
"
me d'Ecoffe ; & que l'ayant conquis
, on en feroit une Province
dependante d'Angleterre : afin
d'ofter par les fuites aux Ecoffois,
l'occafion de murmurer du Parlement
d'Angleterre.
Rien ne prouve mieux la
crainte que
les Anglois ont des
Ecoffois , que la conduite que
le Parlement d'Angleterre a
tenu dans cette ocafion ; puifqu'aprés
en avoir uſé de la
maniere dont je viens de dire
à l'égard de l'Auteur de ce
Libelle , il a fait aſſurer le Parlement
d'Ecoffe , qu'il agiroit toujours
ainfi , toutes les fois que des
GALANT 101
4
efprits brouillons voudroient troubler
la bonne intelligence des deux
Royaumes. Il a même fait offrir
à ce Corps de luy envoyer
l'Auteur , afin d'en tirer telle
fatisfaction qu'il jugeroit à
propos. Les Ecoffois ont feulement
répondu , qu'il méprifoient
ces fortes de petits ouvrages,
enfantez dans les tenebres ; &
que lorfque la chofe le meriteroit ,
ils fçauroient bien fe faire raison.
Cette fiere réponſe marque
que les Ecoffois ne craignent
point les Anglois , & qu'ils
ne font pas mefme dans la
difpofition de rétablir avec
I iij
102 MERCURE
eux une parfaite intelligence.
M' Begerus , Auteur du traité
de Lucernis fepulchralibus
a publié à Berlin un recuëil de
pieces antiques , intitulé : Spicilegium
antiquitatis variarum elegantiarum
; & une explication
d'un ancien monument , qui
repreſente Alcefte fille de Pemourante
pour conferver
lias ,
la vie d'Admete Roy de Theffalie
fon époux , qui ne devoit
recouvrer la fanté , felon la
prédiction de l'Oracle , que par
la mort volontaire de quelque
perfonne charitable. Alcefte
s'offrit d'elle mefme , & voulut
GALANT 103
I mourir avec joye pour faire
vivre Admete.
1
Cinq Libraires de Geneve
ont travaillé à une nouvelle
édition de l'Hiftoire litteraire
des Auteurs Ecclefiaftiques depuis
Jefus Chrift jufqu'au 1s
iecle fcriptorum Ecclefiafticorum
hiftoria litteraria &c. in folio.
Cet Ouvrage eft du Docteur
Cave , Chanoine de Windfor,
un des plus habiles & des plus
moderez critiques de ce temps .
M' Juntker , Auteur Allemand
, continuë de donner
les Auteurs Claffiques , avec
de petites notes propres pour
I iiij
104 MERCURE
la jeuneſſe . L'année derniere il
fit imprimer à Cobourg les
Epîtres de Ciceron , Florus &
Aurele Victor , avec ce qu'un
Auteur anonyme a écrit de l'origine
des Romains .
On va donner une nouvelle
édition de la vie du Cardinal
Albomoz , compofée autrefois
par Mr de Lefcalle , dédiée
au Cardinal de Richelieu . La
premiere edition parut en
1629. in 12. On travaille à
Paris à une nouvelle édition
de ce Livre.
M' de Superville , Paſteur à
Rotterdam, a fait imprimer un
GALANT 105
nouveau volume de Sermons
fur divers fujets & divers textes
détachez .
Le ficur Vander- plaats , Libraire
d'Amfterdam , debite
preſentement les Livres fuivans
: Petri Francij Orationes :
Editio fecunda longe emendatior
& magnâ parte auctior , in 8 °.
Tout le monde connoît le merite
de Pierre Francius . Emble--
mataſelectiora, typis elegantiffimis
expreffa , necnonfententiis, carminibus
hiftoriis ac proverbiis , ex
fcriptoribus antiquis & recentioribus
illuftrata , in 4° . On écrit
d'Hollande que ce Livre y a été
108 MERCURE
receu avec de grands empreffemens.
Philippus de Leydis , de
curâ Reipublicæ & forte principantis.
Accedunt confilia de formis
& femitis Reipublicæ utiliùs
faciliùs gubernandæ , in 4°•
Philippe de Leyde étoit trés
eftimé en fon temps . On trou
ve chez le même Libraire, Geographia
veteris fcriptores graci
minores , cum interpretatione latiná
, differtationibus ac annotationibus
parsfecunda . Oxoniæ, in 8 °.
On écrit du même pays qu'on
y réimprime celle de M' Robbe
la dixième ou 11 fois.
pour
e
Guillaume Vande Water ,
GALANT 107
Libraire à Utrech, a imprimé
des Reflexionsfur l'humilitéChrétienne
avec deux Meditations ;
l'une fur l'amour de Dieu , &
l'autre fur la tiedeur dans le fervice
de Dieu , par Pierre Brazy
Paſteur àWefel.
*
va
Thomas Lombrail , Imprimeur
à Amfterdam
faire paroître au premier jour
le premier tome des Sermons
de feu Mr Tillotzon Archevêque
de Cantorbery ; &
Jean Woller, Libraire de la mê
me ville, a achevé l'impreffion
de l'ouvrage de Mr Vandale
fur l'hiftoire d'Ariftée ou des
108 MERCURE
Leptante Interpretes . Vandale
fuper hiftoriâ Arifteâ de lxx. interpretibus.
t
Mr Crenius a fait imprimer
à Leyde fon Livre fur les Vols
qui fe font commis en matiere
de litterature : De furibus Librariis.
Les Pelagiaires doivent
tout craindre de la publication
de cet ouvrage, où l'on dit que
Mr Crenius démafque bien des
Auteurs .
Le Commentaire que Mr Vitringa
, Profeſſeur en Theologie
à Franker , a donné fur l'Apocalypfe
, fe debite en Hol
lande avec fuccés ,
GALANT 109
On a traduit en Anglois le
Voyage de Guinée de Mr Bofman
& l'hiftoire des Cultes de
Mr Jurieu .
On a auffi traduit en cette
langue la Phifique de M ' le
Clerc , & elle paroîtra dans peu
de temps
.
Les Anglois ne donnent gueres
dans les fpeculations de la
Philofophie ; & ceux d'entr'eux
qui en ont fait leur étude, ſont
ordinairement moins cftimez
en Angleterre que dans les pays
étrangers. C'eft par cette mêmeraifon,
qu'on y eftime beaucoup
Gaffendi, & qu'on y lit
TIO MERCURE
9
à peine Deſcarte.
On a fait imprimer in folio
les Oeuvres poſtumes de Mr
Hooke ; elles contiennent
1 °. les difcours qu'il a faits devant
la focieté Royale 1 ° fur
l'imperfection de la Philoſophie
naturelle ; 2°. fur la nature,
le mouvement & les effets
de la lumiere ; 3 ° . une explication
hypothetique de la memoire
; 4. fur la pefanteur ,
la gravitation, & l'Aftronomie .
M' Sike , dont le merite eft
connu par pluſieurs ouvrages
qu'il a donnez au public , a eſté
fait Profeffeur des Langues OGALANT
Iir
rientales dans l'Univerfité de
Cambridge. On luy doit cette
juſtice d'avouer qu'il eft un des
plus habiles hommes de l'Europe
pour la connoiffance des
de
langues , & qu'il eft peu perfonnes
qui ait plus de jutteſſe
d'efprit & de difcernement que
luy.
M' Kufter vient de donner
fon Suidas en trois voll . in fol .
on eft furpris , & on abeaucoup
de lieu de l'eftre , de ce que M
Kufter a pû donner en fi
pcu
de temps un ouvrage d'une érudition
fi immenfe. Il fe retire
maintenant en Brandebourg ,
112 MERCURE
fa patrie , où il a une Chaire de
Profeffeur .
M' Samuel Clark , Chapelain
de l'Evêque de Norwich ,
vient de faire imprimer à Londres
un livre qui contient la
fubftance de huit Sermons
qu'il a prêchez en 1704. dans
l'Eglife Cathedrale de S. Paul
de cette Ville , conformément
à la fondation de M' Boyle. Il
a intitulé cet ouvrage : Demonf
tration de l'existence & des attributs
de Dieu , particulierement
pour répondre à Hobbes & Spinoza
, & à leurs fectateurs ; où l'on
établit la veritable notion de la li
GALANT 113
berté, & où l'on prouvefapoffibilité
&fa certitude ,par oppofition à la
neceffité & à la destinée, & c.C'cft
la traduction du titre Anglois,
Il a paru depuis un petit livre
contre celuy de M Clark ;
l'Auteur prétend y démontrer .
1 ° . Que l'hypotheſe ſceptique
dont M' Clark fe fert, nous ôte
entierement les moyens de
connoître la nature ou de prouver
l'existence du vray Dieu
contre Hobbes , Spinoza , &
tous les autres Athées . 2%.
Qu'en ce qui regarde Dieu où
les Efprits , il reduit l'entende-
-ment humain dans un état de
Novembre 1705. K
114 MERCURE
Pyrrhoniſme incurable. On
foûtient que ces deux chefs
font traitez & prouvez d'une
maniere geometrique . Enfin ,
l'adverfaire de M Clark fait
voir que les raifons qu'il a d'être
convaincu le livre qu'il
combat, établit plûtoft qu'il ne
détruit , & confirme plûtoft
qu'il ne refute , l'hypothefe de
Spinoza.
I.
que
d’ê-
On a fait imprimer à Oxford
R. Mofis Maimonidis tractatus
duo 1. de doctrina legis , five edu
catione puerorum . 2. De naturâ
ratione penitentia apud Hebræos
. Et c'eft M' Robert ClaGALANT
115
fort
vering qui en a fait une traduction
latine avec des notes . M
Clavering eft un Profeffeur de
l'Univerfité d'Oxford
connu par fes ouvrages .
Voicy le titre d'un petit livre
de Medecine qui fert de
fupplément à un autre : Samuelis
Dale Pharmacologia feu Manuductionis
ad materiam medicam
fupplementum , medicamenta offisinalia
fimplicia priore libro omiffa
complectens , ut notas generum
charactericas , &c. cum duplici
indice generali,altero nominum
Lynonimorum præcipuorum , alterô
Anglico - Latino in gratiam ty-
Kij
116 MERCURE
ronum. Londini , & c.
Il paroift à Londres depuis
quelques mois , un livre , dont
voicy le titre traduit : L'habitude
de la vertu & de l'obeïffance
qu'exige l'Evangile , pour mettre
l'homme en eftat de pouvoir obtenir
le falut. C'eft à l'occaſion de
certains Theologiens qui fe
font élevez en Angleterre , &
qui fous prétexte de relever le
merite de la mort de Jefus-
Chrift , & le prix de ſa foy ,
renverfent mal- heureufement
la neceffité des bonnes oeuvres ,
que ce livre a efté compofé.
On nomme ces ennemis de la
GALANT 117
ī
Morale Evangelique Antinoméens
, qui veut dire ennemis
de la Loy .
M' Vicuffens , Docteur en
Medecine de la Faculté de
Montpellier , & Membre de la
Societé Royale de Londres ,
vient de faire imprimer à Amfterdam
un Nouveau Systême des
vaiffeaux du corps humain. Ceux
qui aiment les nouvelles découvertes
en matiere de Medecine
, prendront plaifir à la lec
ture de ce livre.
On a imprimé à Leyde la
fuite du Threfor des antiquitez de
cette partie de l'Italie , qui eft prés
118 MERCURE
de la Mer de Genes & des Alpes .
Cet
mes.
ouvrage eft en trois volu-
Le fieur Kuiper , Libraire à
Amfterdam , a donné au public
l'Hiftoire des Guerres civiles
des Espagnols dans les Indes , par
Garcilaffo de la Vega , Auteur de
l'Hiftoire des Incas Rois du Perou.
Le ficur des Vois , Libraire de
la Haye , a imprimé une Hiſtoire
du Roy de Suede ; & le fieur
Huffon , Libraire de la même
Ville , a donné une feconde
édition des Memoires de la Cour
de Vienne , contenant les remarques
d'un Voyageur , fur l'estat preſent
GALANT 119
de cette Cour & fur fes intereſts.
C'eſt le même qui a réimprimé
le Poëte Courtisan , ou les intrigues
d'Horace à la Cour d'Augufte
, ouvrage compofé par M
de Sainville , connu par quantité
d'ouvrages fortis de fa
: plume.
Le S Boom , Libraire d'Amfterdam
a imprimé le Livre
fuivant . Joanni Braunii Gronin◄
gaOmlandia Profefforis Com
mentarius in Epiftolam ad He .
bræos , cum indicibus locupletiffimis
& quibufdam tabulis elegantiſſimis
, in 4° . Il a auſſi publié
Henrici Verduyn difquifitio juri120
MERCURE
dica de Teftamento , atque hæres
ditate Lazari bis mortui , aliorumque
bis mortuorum , in 8 °.
Lugdu
Le S de Hondt , Libraire à
la Haye , debite préſentement
Joannis Voet , Jurifconfulti &
Antecefforis in Academiâ
no-Batava , Commentarius ad
Pandectas , in quo præter Romani
Juris principia ac Controverfias
illuftriores , Fus etiam hodiernum
& præcipua Furis quæftiones
excutiuntur,pars hæc pofterior continet
octo & viginti Libros pofteriores.
Haga Comitum apud
Abrahamum de Hondt 1704. in
folio . Le meſme Libraire a auſſi
achevé
GALANT 121
part
achevé l'édition du premier
volume de ce livre ; il vend
prefentement tout l'ouvrage
complet , & le dernier à
pour ceux qui ont le premier.
Le Pere Jean-Marie Amati,
Jefuite, natif de Palerme , forti
d'une famille Patricienne , va
bien - toſt donner au public un
Concile Provincial de Palerme,
tenu l'an 1 388. par le Cardinal
Loüis Bonite , Archevêque de
Palerme , fa patrie , & Legat du
faint Siege vers Ladiflas Roy
de Naples . Il joindra aux Ates
de ce Concile,des Notes hiftoriques
& des éclairciffemens, par
Novembre 1705 . L
122 MERCURE
rapport au Droit Canon. Mat
thieu de Fugardo , Evêque de
Gergenti , & François de Regno
Evêque de Mazara , tous deux
Palermois , fe trouverent
à ce
Concile , & Louis de Giudice,
né dans la même ville , tint la
place d'Antoine
de Vulpone
Evêque de Malte. Le Concile
confirma d'abord fix Canons
d'un- Concile précedent
, & en
fit vingt - quatre nouveaux.
Matthieu Urfin , Archevêque
de Palerme , avoit prefidé au
Concile précedent , & le même
Fugardo Evêque de Gergenti y
avoit affifté avec Roger de
GALANT 123
1
fa
Platia, Evêque de Mazara. L’Eglife
de Malte étoit vacante
an 1372. qui fut l'année de
la celebration du Concile. Le -
Pere Amati a beaucoup éclairci
, dans les Prolegomones
l'hiftoire Ecclefiaftique de Sicile
; il y traite de dix-fept Conciles
Provinciaux ou Nationnaux
celebrez en Sicile ; des
Archevêques de Palerme qui
ont préfidé à quelques- uns de
ces Conciles , ou affifté à un
Concile general ; des Papes
Agathon & Sergius , citoiens
de Palerme , & des Conciles
qu'ils ont convoquez . Dans les
Lij
124 MERCURE
notes , il marque les differentes
leçons de trois Manufcrits ; il
y fait voir la conformité des
Canons du Concile qu'il public
avec ceux des autres Conciles ;
& il rapporte avec foin les anciens
ufages de la Sicile .
Le même Auteur travaille à
un ouvrage confiderable fur
les monnoyes de Sicile , depuis
les temps les plus reculez . Son
recueil qui eft beaucoup plus
ample que tous ceux qui ont
parû , contiendra des Medailles
Puniques , Romaines , Byzantines,
des monnoyes desSarrazins,
des Roys Normands , des EmGALANT
125
3 pereurs de la maifon de Suabe,
des Roys des maifons d'Anjou ,
d'Arragon , de Caftille , d'Autriche
& de Bourbon . Cet ouvrage
aura pour titre Sicilia
Numifmatica
с
On diftribue à Londres le 1 '.
& le 2 tomes d'un ouvrage qui
en aura plufieurs , & qui fervira
beaucoup à éclaircir l'hiſtoire
d'Angleterre & de France . C'eſt
un recueil des traitez que les
Rois d'Angleterre ont faits
avec les autres Princés , tirez des
Archives Royales : Ce volume
qui eft Latin , renferme les trairez
faits par Henri I. & les Rois
Liij
126 MERCURE
fuivans , jufqu'à la premiere
année d'Edouard I. C'eft aux
dépens de la Reine Anne que
l'ouvrage s'imprime , elle en
fait des prefens , & on ne le
vend point.
EXTRAIT
D'une Lettre de Pondichery,
cofte de Coromandel , aux
Indes Orientales ,du premier
Octobre 1704.
Le petit Vaiffeau le Marchand
des Indes , parti de France le s
Fanvier 1704. & arrivé icy le
GALANT 127
11 .
Juillet, ma apporté une de vos
lettres. Je vous en fuis infiniment
redevable, & des bonnes & grandes
nouvelles
Mr le Chevaque
lier Martin nôtre Gouverneur
m'a communiquées. Les deux
Vaiffeaux qui apporterent l'année
derniere Mr le Patriarche d'Anque
le 6. de
ils
tiocke , n'arriverent
Novembre
, mois
le plus hazardeux
de toute
l'année
; en quoy
ont été trés-heureux
, ayant
beaucoup
rifqué
. Ils eurent
alors l'Eté
S. Martin
, & ils ont continué
à
être heureux
par les richeffes
qu'ils
ontpris & emporté
; pourvû
qu'ils
foient
arrivez
à bon port & fans
128
MERCURE
mauvaife fortune , leur voyage
fera plaifir au Roy & à la Com
Je me fers de pagnie .
la voye de Dannemark pour vous
écrire.
L'Etat de
Pondichery eft affez
floriffant , la Fortereffe eft bien
avancée ; il y a trois baftions reveftus
, un Ravelin , & un ouvrage
à corne de faits , &le tout
entouré de foffez , chemins couverts
, paliffades , glacis dans les
formes : ce qui est tout nouveau
dans les Indes. Le reste de laplace
eft bien fermé & hors d'infulte ;
& le tout eft dans un état qui
empêche qu'on ne craigne les Hol
GALANT 129
landois , comme on faifoit autrefois
, outre que la Garnifon eft
bonne. La ville eft bien augmen
tée, toute autre qu'elle n'étoit
du temps des Hollandois. Fugez
en par la feule rente du tabac &
du bethel, qui ne rendoit aux Hol
landois que 600 pagodes ( c'eſt
ce qui répond à nôtre demy
louis ) à prefent on l'afferme
2400 pagudes ; & ainfi du reste.
Dans les commencemens je n'avois
pas 200 Chrétiens dans ma
Paroiffe des Malabars , & à prefent
j'en ay plus de douze cens ;
& ils augmentent tous les jours.
Mr le Patriarche a toûjours de◄
130 MERCURE
meuré chez nous avec tout fon
monde, c'est à dire ,douze à quinze
perfonnes qu'il nous a fallu loger.
Il a prefque toûjours été malade
&fon mal a degeneré en une furieufe
fluxion ou espece de paralyfie
,fur tout fur les deux bras dont
il ne pouvoit s'aider , & il a commencéfeulement
depuis Pâques
les remuerpeu à peu , & il a officié
à la Pentecofte , donné la Confirmation
& ari ; mais toujours avec
peine. Il eft party pour la Chine
fur un vaiffeau de Manille , c'eſt
à dire, un vaiffeau Armenien qui
alloit aux Philippines , & de- là
à la Chine. Il partit juſtement le
GALANT
131
le Marchand des
=
même jour que
Indes arriva à notre Rade ; on eut
le temps d'ouvrir les paquets &
de luy lire les principales nouvelles
qui étoient dans vos lettres. J'en
fis l'abregé que j'envoyay aux
Peres des Philippines, avec qui j'ay
grande correfpondance.
Le Grand Mogol vit encore
&gouverne àfon ordinaire . Il a
toujoursfes ennemis les Marattes,
ilsfont actuellement à huit ou dix
journées d'icy, vers le Cap de Comorin,
en grand nombre ; é
ils donnent de la tablature au Nababe-
Daoudkam, qui eft le General
du Mogol de l'armée de ces
132 MERCURE
quartiers- cy. On dit qu'ilsfe battent,
d'autres nouvelles difent que
ce Nababe leur a donné de l'argent
afin de paffer d'un autre cofté;
on ne fçait pas au jufte ce qui en
eft. On me dit hier que les affaires
de Suratte font plus brouillées
quejamais, & que le Mogol avoit
interdit le commerce , & ordonné
qu'on fist payer aux Anglois &
aux Hollandois , les derniers vaiffeaux
pris par leurs Corfaires ; on
croit que cela va engager les Hollandois
à faire quelqu'autre entreprise
fur Suratte pourfe dédom
mager de la grande perte qu'ils
font.
GALANT
133
L'an paffé ils bloquerent leport
de Suratte avec huit à dix vaiffeaux
; on dit qu'ils y en tiendront
davantage qu'ils feront
une deſcente.
Vous aurez fçu la nouvelle revolution
de Siam. Pitratcha eft
mort dés le commencement de 1703 .
୧୮ le Prince fon fils aîné luy
fuccedé , a fait tuer
le jeune
Prince âgé de 14 ou 15 ans, qui
étoit fils de Pitratcha & de la
fille du feu Roy nôtre bon ami ,
Pitratcha époufa aprés s'être .
emparé du Royaume . Le nouveau
Roy n'eft point aimé , il a beaud'ennemis
& une groffe guerre
que
coup
134 MERCURE
qui luy a étéfufcitée par le Gouverneur
de Ligor, qui s'eft revolté
s'estfait declarer Roy ; il a un
grand party. C'est tout ce que
m'en mande Mr de Cicé Evêde
Sabulle demeurant au Seque
minaire de Siam ; fa lettre eft
du 8.Octobre 1703. Il ajoûte que
le nouveau Roy auroit bien voulu
avoir des François àfon fecours,
luy qui ne les aimoit guére autrefors.
GALANT
135
EXTRAIT
D'une autre Lettre de Pondichery
, de cette année.
Les deux vaiffeaux du Roy,
fous le commandement de Mr de
Pallieres, pour l'Escorte des deux
vaiffeaux de la Compagnie deftinez
pour Suratte , en furent détournez,
par la raison que je vais
vous dire. Ils prirent ,fur la côte
de Malabar, un vaiſſeau Anglois
qui alloit porter des rafraîchiffemens
à ceux d'Angleterre & de
Hollande qui bloquoient le
Suratte au nombre de 7. vaiffeaux
Hollandois, deux Fregates trois
port
de
136 MERCURE
moindres Bâtimens . L'avis de cette
prife les fit revirer de bord pour
venir à Pondichery. Ils firent eau
à Andagarapour,fur la même côte
Malabar; venant à Calicut
ils rencontrerent deux Fregates de
guerre Portugaifes de Goa , dont
T'une étoit de 28 canons & de
200 hommes d'Equipage, & l'autre
de 22 canons & de 150 hommes.
Lapremierefut bien-toft prife;
la feconde étant comme renduë,profita
d'un grain de vent & de la
nuit pour s'échaper ; on la fuivit
on la fit amener pavillon, aprés
300. coups de canon. Comme on
n'étoit pas loin de Goa , on ne
GALANT 137
"
-
voulut pas fe charger de tant de
prifonniers on les renvoya
tous fur la plus petite Fregatte.
Nos Meffieurs vinrent fe rafraîchir
à Calicut , d'où nous reçûmes
des nouvelles par terre au travers
de l'Inde, en 18. jours ; aprés quoy
ils prirent leur route pour Pondichery
, où ils arriverent vers la my-
Fanvier de cette année : &par le
plus grand bonheur du monde,
la hauteur de Pondichery, à vingt
lieuës au large , nos Pilotes fe
croyant encore loin de terre , ils
rencontrerent un beau
vers
grand
Vaißeau Hollandois de 56. cahommes
d'équipa nons , de 2 jo .
Novembre 1705 M
138 MERCURE
ge , & qui portoit un Commiffaire
Hollandois , envoyé de Batavia
pour visiter la Cofte de Coroman
del. Mr le Baron de Pallieres alla
nous
le reconnoistre de prés ; le combat
ne dura pas demi- heure , & ils eurent
en très - peu de temps plus de
cinquante hommes hors de combat,
tuez ou bleſſez , entr'autres le Capitaine
& le Marchand :
neperdîmes perfonne . Le Commif
faire fit amener le Pavillon & fe
rendit. On a trouvé fur ce Vaiffeau
prés de 5000. Caiffes de
Cuivre , & deux Caiffes d'or ,
avec plufieurs autres riches Marchandifes
; on eftime cette priſe en-
}
GALANT 139
viron cing cens mille écus . Les Hollandois
ont dit qu'ils aimeroient
mieux avoir perdu deux ou trois
autres Vaiffeaux Marchands qu'-
un Commiffaire . On l'a traitéfort
honneftement , & le Gouverneur
de Negapatam , qui eft Gouverneur
general de la Cofte de Coromandel
, envoya deux Députez
traiter de la rançon des prifonniers.
Le tout s'eft accommodé,
on a fait avee eux un accord
fort avantageux pour nous ; c'est
une tréve ou fufpenfion d'armes
pour deux ans , tant par mer que
par terre a 25. lieuës au large ,
entre les François les Hollan
pour
Mij
140 MERCURE
dois depuis l'Ile de Zeilan jufqu'à
la pointe des Palmiers , vers le
Gange , qui eft le diſtrictdu Commißsaire.
Ces Vaiffeaux ont fait
revivre Pondichery. En Juillet on
avoit donné prefque tout le capital
aux Marchands du Pays pour
avoir des Marchandifes : ce qui
obligea Mr le Chevalier Martin
d'envoyer un petit Bâtiment à
l'Ifle Bourbon , afin d'en tirer tout
l'argent que la Compagnie y pouvoit
avoir ; & le Vaiffeau
Marchand des Indes fut envoyé à
Calicut pour charger du poivre.
En fon chemin, il prit unpetit bâtiment
Anglois qu'il rançonnapour
GALANT 141
gros
fix mille écus. A la hauteur de Calicut,
il fut attaqué par deux
Vaiffeaux Hollandois qui le canonerent
plus d'un jour , ces Vaiffeaux
eftoient de 30.à 50. pieces ,
&le nostre n'est que de 20. canons
, encore ne les a-t- il pas ; il
fe battit avec autant de vigueur
d'opiniâtreté, il n'eut aucun de
Jes gens de tuez , & il incommoda
fort les Hollandois qui fe retirerent.
Ce Combat a fait beaucoup
d'honneur aux François , fur tout
à Mr Bonneau , Capitaine de ce
petitVaiffeau . Mr Martin luy a
donné le commandement du Phenix
; c'est le nom de la prife
que
142 MERCURE
J
Hollandoife , percée pourfoixante
canons & qu'on équipe pour
aller à Bengala , & peut- eftre de
là en France ; c'est un beau &
grand Vaiffeau tout neuf. Je ne
vous ay pas ditpourquoy les Hollandois
ont tant de Vaiffeaux à
Suratte ; c'eft qu'ils veulent obliger
le Mogol à leur reftituer de
groffes fommes d'argent que le
Gouverneurde Suratte les a forcez
de donner avec un écrit qu'ils ont
paſſe par force. Ils veulent
avoir raifon & retirer leur monde
de Suratte , & ils menacent de le
piller; on nefçait encore ce qui en
fera.Voilà , Mr, les nouvelles de
GALANT 143
n ces quartiers. Nous avons d'autres
nouvelles de nos Miffions , que
vous me difpenferez difpenferez de vous dire
icy, puifque vous les pourrez apprendre
par le Pere Boucher qui
repaffe en France , & qui a esté
un des principaux Apoftres de cette
Miffion , ayant luy feul baptife
plus de vingt- cinq mille ames ;
vousferez ravi de l'entretenir , &
il vous dira de tres - belles chofes..
Hleft parti avec des Memoires auffi
curieux , qu'édifians ..
Le 4. du mois de Septembre
dernier M' le Comte Frederic-
Charles de Schonborn , Cha
144 MERCURE
noine de Bamberg & de Wirtzbourg
, Prévost de l'Eglife de
S. Albon de Mayence , nevcu
de Monfieur l'Electeur de ce
nom , & fils de M' le Comte
Frederic de Schonborn qui eſt
Confeiller d'Etat , & qui , quelques
jours auparavant , avoit
prefté le ferment pour cette dignité
, arriva à Vienne & il y
prit poffeffion de la dignité de
Vice-Chancelier . Il y a deux
fortes de Juftice dans l'Empire;
l'une qui s'éxerce dans les Tribunaux
generaux , & l'autre
dans les Tribunaux particuliers.
Tous les Princes , Etats,
GALANT 145
B
J
T
1.
S
& membres de l'Empire , ont
droit de Juftice Souveraine dans
l'étendue de leurs Fiefs ; mais
en certains cas on en peut appeller
à la Chambre Imperiale
de Spire , ou au Conſeil Aulique
. Dans ces Jurifdictions particulieres
on fuit les Loix de
l'Empire , qui font les Conftitutions
anciennes, la Bulle d'or,
la pacification de Paffaw , les
Traitez de Weftphalie , le droit
Saxon établi par Charlemagne
dans la Saxe , & le Droit Ro
main établi par l'Empereur Juftinien
, qui s'obferve dans tous
les lieux où le Droit Saxon n'eſt
Novembre 1705. N
146 MERCURE
point reçu. Il y a deux Tribu→
naux generaux
; le premier eft
la Chambre
Imperiale
de Spire ;
l'autre eft le Confeil Aulique
de
l'Empereur
: & ce font ces deux
Cours Superieures
qui ont une
Jurifdiction
univerfelle
& en
dernier reffort fur tous les Sujets
de l'Empire. La Chambre
Imperiale
eftoit autrefois
ambulatoire
; elle fut établie à
Augfbourg
l'an 1473. par Frederic
I V. elle a enfuite tenu fa
féance à Francfort
, à Wormes
,
à Nuremberg
, à Ratiſbone
, à
Eftingen , & enfin l'an 1527. à
Spire , où Charles-Quint la
GALANY 147
rendit fedentaire en 1530. Par
les Traitez de Weftphalie , elle
doit eftre compofée d'un Juge
Catholique , de quatre Prefidens
, deux Catholiques & deux
Proteftans , & de cinquante
Confeillers , vingt- fix Catholi-
$ ques & vingt - quatre Proteftans
. Le nouveau Vice- Chance-
10- lier eft neveu de Monfieur l'Electeur
de Mayance , qui l'a
nommé à cette dignité . M' le
Comte de Schonborn , frere de
cet Electeur , & qui a eu une
charge de Confeiller d'Etat ,
l'a meritée par de longs fervices
, & par fon attachement
Nij
148 MERCURE
aux interefts de la Maifon d'Au
ftriche. Je vous ay parlé plufieurs
fois de la Maifon de
Schonborn.
M' le Comte Gundaker
de Staremberg , préta auffi ferment
pour la Charge de Prefident
de la Chambre Imperiale .
J'ay parlé de l'origine de cette
Chambre dans l'article précedent
; & je dois ajouter icy ,
qu'il faut que le Juge foit Prince
, Comte ou Baron , & que
deux des Prefidens foient d'épée
& deux de robe . Le nombre
des Officiers de cette Cour ,
n'eft plus fi grand qu'il a efté.
GALANT 149
Elle eft feulement compofée de
Monfieur l'Electeur de Treves
qui en eft le Juge comme Evefque
de Spire ; de deux Prefidens ,
un Catholique & l'autre Proteftant
; & de quinze Confeillers
, huit Catholiques & fept
Proteftans : la fituation des affaires
d'aujourd'huy ne permettant
pas d'y entretenir un
plus grand nombre d'Officiers.
Quant au Confeil Aulique
il cft établi par l'Empereur qui
en nomme tous les Officiers.
C'eft un Tribunal qui eft devenu
redoutable en Allemagne,
depuis qu'on a voulu foumet-
Niij .
150 MERCURE
tre à ſa Jurifdiction les Princes
d'Allemagne. Le nom de Staremberg
qui eftoit déja celebre,
l'eft devenu davantage par la
belle deffenfe que fit en 1683 .
le Comte Conrad - Balthazard
de Staremberg , Chevalier de
l'Ordre de la Toifon d'or
Confeiller au Confeil d'Etat
du feu Empereur , fon Camerier
, Gouverneur & Prefident
du Confeil de la Regence de
l'Auftriche inferieure , durant
le fiege de Vienne. Ce genereux
Comte mourut fort vieux à
Vienne en 1687.
Le 5. du même mois , M'le
GALANT 151
20
1
E
Cardinal de Lamberg prefta le
ferment pour la Charge de
Confeiller d'Etat . L'Empereur
a trois fortes de Confeils pour
les affaires de l'Empire ; le premier
eft le Confeil d'Etat, compofé
d'un Prefident & de vingtquatre
Confeillers , qui font
des Princes & des Comtes de
1 Empire , & autres Seigneurs
confiderables , avec dix Secretaires
pour l'expedition des
Lettres & des Arrefts . Le fecond
Confeil eft celuy des Finances,
compofé de deux Prefidens ,
deux Directeurs , & de quatorze
Affeffeurs , avec fix Secretaires.
N iiij
152 MERCURE
Le troifiéme eft le Confeil Inperial
de Guerre ; il eſt compofé
de deux Prefidens , qui font
Generaux d'Armée , & de ſept
Confeillers qui font Maréchaux
de Camp , Majors generaux
& Colonels , avec leur
Directeur general , les Greffiers
&c. M' le Cardinal de Lamberg
eft fi connu dans 1 Europe,
que je ne vous en dis rien
davantage ; la part qu'il a cu
aux plus grandes affaires qui fe
font paffées en Allemagne depuis
quelques années , l'ont fait
juger capable de remplir les
poftes les plus confiderables .
GALANT 153
en
ma
fo
Le Duc de Wolfenbuttel a
efté
reconnu pour l'un des Directeurs
du Cercle de la baſſe-
Saxe , à la place du feu Duc de
Zell . Ce Duc defcend d'Henry
de Brunſwich , Duc de Calemleberg
& de Wolfenbutel , qui
époufa en premieres nôces Sophie
fille de Boleflas , Duc de
Pomeranie, & en fecondes Marguerite
, fille de Guillaume ,
Landgrave - de Hcffe , il mourut
en 1416. ne laiffant de
cette derniere alliance qu'Henry,
qui n'eut qu'une fille, & Guillaume
le Vieil ou le Victorieux ,
parcequ'il remporta ſept Victoi
UNI
de
154 MERCURE
res . Le Cercle de la baffe-Saxe
comprend les Duchez de Brunſwich
, de Lunebourg , de Magdebourg
, de Bremen , de Meckelbourg
, d'Holface , & de
Lawembourg; les Principautez
de Ferden , d Halberstadt , &
l'Evêché d'Hidelsheim . Les
Geographes regardent ordinai→
rement la Saxe , ou comme un
Electorat , ou comme une Region
plus étendue , & c'eft de
cette derniere maniere qu'on la
divife en Cercle de la baffe , &
en Cercle de la haute Saxe.
Le 29. de Septembre dernier
, M' le Marquis de Prié
GALANT 155
fit fon Entrée publique à Vienne
en qualité d'Ambaſſadcur
Extraordinaire de Monfieur le
Duc de Savoye. Ce Marquis
eft d'une des meilleures Maifons
des Etats de Savoye : il a
& porté les armes dans fes
premieres
années ; & il a efté enfuite
employé dans le Miniſteoù
il a donné des marques
de fon habileté . Cependant le
fuccés n'a pas toujours couronné
fes entrepriſes ; mais le zele
qu'il a marqué dans ces occafions
pour le Duc fon Maître,
n'eſt pas moins digne de loüanges
. L'entrée de ce Miniftre à
Ic ,
156 MERCURE
Vienne a efté tres-magnifique ,
& l'on y a dit hautement, qu'elle
ne répondoit pas à l'état où ſe
trouvoit fon Maître.
Il eft furprenant que plufieurs
Princes Chrêtiens fouffrent
dans leurs Etats , ces bandes
de voleurs & de vagabonds
appellez Bohemiens , qui n'ayant
ni domicile affecté , ni religion
, ni honneur , commettent
toutes fortes de crimes , & ne
vivent que de brigandages . Le
nombre de ces fainéans s'eftoit
tellement accru depuis quelquesmois
à Madrid , qu'on s'eft
vû obligé, en imitant ce qu'on
GALANT 157
1
fix
a fait en France à cet égard ,
d'y publier une Ordonnance,
où on ne leur donne . que
jours pour fe retirer ailleurs ,
fous de groffes peines afflictives.
Cette Ordonnance , que le
Roy d'Eſpagne a fait rendre
par fon Confeil , marque l'attention
de ce Prince , à entretenir
le bon ordre dans fes
Etats , & à en profcrire le vice
& l'impunité .
Sa Majefté Catholique a
nommé à l'Evêché de Cuenca
Dom Miguel del Olmo , Grand
Chancelier du Duché de Milan
, & cy-devant Auditeur de
158 MERCURE
Rote. Cuenca eft une Ville
d'Eſpagne dans la Caſtille- neuve
, avec Eveſché fuffragant de
Tolede . Cette Ville eft fituée
fur une colline , entre deux rivieres
& de hautes montagnes
;
on croit que c'cft l'ancienne
Valerie , qui ayant eſté détruite
par les Maures , fut rebâtie par
Ie Roy Alfonſe IX . & par l'autorité
du Pape Luce III . qui y
établit un Evêque , qui fut Jean
Jannery. Dom Miguel del Olmo
a cité employé pendant un
fort grand nombre d'années
dans les affaires Ecclefiaftiques.
Les dignitez de grand ChanceGALANT
159
・
L -
lier du Duché de Milan &
d'Auditeur de Rote pour l'Efpagne
, marquent la confiance
que l'on avoit en luy , & font
une preuve de fon merite . Ce
Prelat joint à fes qualitez perfonnelles
, une naiffance tresconfiderable
, & le nom qu'il
porte eft tres -connu en Eſpagne.
La dignité de grand Chancelier
eft tres - grande dans le
Duché de Milan ; elle y fut établie
il y a plufieurs fiecles . Je
ne dois pas oublier que d'environ
cent trente Prelats qui ont
gouverné l'Eglife de Milan ,
y en a trente- cinq au Catalo160
MERCURE
gue des Saints , entre lefquels
S. Ambroife & Saint Charles
Borromée font les plus connus .
Sa Majefté Catholique a auffi
donné la Prefidence du Confeil
d'Arragon, qu'avoit M' le Duc
de Montalto , à M' le Comte
d'Aguilar. Cette Preſidence eſt
le pofte le plus confiderable apres
celle de Caftille; parce que
dans le rang des Royaumes dépendans
d'Espagne, celuy d'Arragon
fuit celuy de Caftille . M
le Comte d'Aguilar eft d'une
naiſſance tres - illuftre , & il a
l'honneur d'appartenir aux plus
grandes Maifons d'Eſpagne ;
GALANT 161
18
Or
ed
fon nom eftoit déja dans une
grande confideration fous le
regne du Roy Ferdinand . Son
trifayeul alla à la
>
guerre
de Grenade
, où
il eut
un
commandement
tres
- important
:
Il fit
de beaux
faits
d'armes pour
parler
le langage
de
ce
temps
- là , au fiege
de cette
Ville
; & il merita
dans
plufieurs
occafions
de
grands
éloges
du
Roy
Ferdinand
. Ce
Prince
l'en- voya
enfuite
à Rome
pour
remercier
Alexandre
VI
. du
ti- tre de Catholique
que
ce Pape
ve
noitde
donner
à ce Monarque
, à caufe
de la guerre
de Grenade Novembre
1704
162 MERCURE
Le Roy d'Eſpagne a donné
la Charge de Major du Regiment
d'Infanterie des Gardes
Eſpagnoles , à M' le Comte de
Lançarote. Il eftoit à la Bataille
de Luzzara en 1702. & il fut
un de ceux qui ſe diſtinguerent
le plus à cette grande Journée.
Il fuivit depuis le Roy fon
Mailtre à la 1 Campagne de
Portugal. Il entra des premiers
dans le Portugal , à la teſte d'un
getit Corps qu'il commandoit.
La Maiſon de ce Seigneur eft
originaire de l'Andalouſic , où
elle a tenu un rang confiderable
dés le temps que ce Pays
IC
GALANT 163
2
avoit fes Princes particuliers
& qu'il eftoit indépendant .
La Charge d'Auditeur des
Armées de Terre & de Mer ,
a eſté donnée à Dom Eufebio
de Leon. Cet employ donne
une grande autorité à celui qui
en eft revêtu . On ne doute
pas
que Dom Eufebio de Leon ne
s'en acquitte bien , ayant déja
donné des preuves de ſa fa capacité
& de fon attention au fervice
de fon Maiſtre dans plufieurs
occafions . Il eft d'une
famille qui s'est toujours attachée
à donner des marques de
fon zele à fes Souverains . Son
•
O ij
164 MERCURE
pere & fon ayeul furent employez
dans les charges dés
qu'ils entrerent dans le monde ;
& la Cour d'Espagne eut lieu
d'eftre fatisfaite de leurs fervices.
Leur famille eft originaire
de l'Arragon , & aprés y avoir
demeuré pendant quelques fiecles
, elle paffa dans la Caftille
aprés le mariage du Roy Ferdinand
avec la Reine Ifabelle.
Cette famille a donné deux.
Saints Religieux à l'Ordre des
Hieronymites ; & c'eſtavec un
Religieux de ce nom ,que Charlequint
, lors qu'aprés avoir abdiqué
tous les Etats , il ſe fut
GALANT 165
retiré dans une maifon de cet
Ordre , fe plaifoit le plus , & il
eftoit prefque toûjours avec
luy. Ce qui n'a pas efté remarqué
par les Hiftoriens de ce
Prince , parce qu'ils ne parlent
prefque plus de luy aprés fa
retraite .
Ce qui fuit merite de vous
cftre envoyé.
EXTRAIT
D'une Lettre de Conftantinople
du dernier Septembre.
Le Prince Emeric Tekely moudu
mois paffé dans fon. rut le 13 .
166 MERCURE
Chiflick ( ou maison deplaifance )
proche de Nicomedic. Il a fait le
Secondfils du Prince Ragotzkifon
heritier de toutes les Terres & de
toutes les Principautez qu'il poſſedoit
, tanten Hongrie qu'en Tranf-
Lylvanie ; & il a donné le reste de
fes biens à fes domeftiques , & aux
Hongrois qui étoient auprés de lui .
Il a ordonné que fon corps fût porté
en Hongrie , pour être inhumé
dans le tombeau de fes anceftres.
· Le Prince Ragotzki a convoqué
une Diette generale dans la
plaine de Rakoz , prés de Peft,
pour déliberer fur les offres que
l'Empereur fait aux Hongrois de
GALANT 167
1
les conferver dans leurs privileges,
&aux Tranffylvains de s'élire un
Prince fuivant leurs coûtumes.
Comme ces peuples fe méfient extrémement
de l'Empereur , l'on eft
perfuadé que leur refolution fera
de continuer la guerre . Il est ici
arrivé un Secretaire du Prince Ragotzki
qui affure que les Armées
d'Hongrie de Transylvanie
font compofées de plus de fix- vingt
mille combatans
, bien armez &
bien difciplinez , & marchants en
bon ordre ; ce qui a été confirmé
par tous les Officiers qui font venus
d'Hongrie . Ces troupes font payées
regulierement tous les mois de la
168 MERCURE
que
monnoye du Prince ; mais à la verité
trés- mauvaiſe , n'étantpresque
de cuivre. Cependant
on ne
laiße pas avec cette monnoye de
trouver le neceßaire. On parle du
Prince Ragotzki , comme d'un
Heros , qui voit & fait tout par
lui-mefme , d'un efprit fuperieur.
aux autres , & d'une capacité diftinguée.
Les Turcsfefont contentez jufqu'à
prefent de fortifier le paffage
de Kerch , Binder , du côté du
Nieper.
Le Grand Vizir vient de rendre.
unfervice important àſon Maître,
en découvrant une confpiration
formée
GALANT 169
7,
formée pour le détrôner , &pour
mettre enfa place fon Coufin İbrabim.
Le foulevement avoit commencé
dans le temps que le Grand
Seigneur nefongeoit qu'àfe divertir
dans les bois qui font prés de
Conftantinople ; mais le Vizir a
fi bien fçû prévenir le mauvais
deffein des foulevez , qu'à peine
étoient- ils attroupez qu'ils furent
diffipez.
Mr de Ferriol, Amaſadrur de
France , a enfin terminé l'affaire
de la Mezeterie , dont les Turcs
ouloient augmenter confiderablement
le droit ; il l'a défendu avec
tant de vivacité , qu'il en eft venu
Novembre 1705.
P
170 MERCUR
E
م و س
à bout. Cette affaire intereffoit
beaucoup le commerce de France ,
de toutes les nation's Chrétiennes.
Ce droit eft destinépour l'entretien
des Mofquées & de la
Sultane- Mere ; il a été reduit
fur le pied de l'ancien Tarif.
Le Roy a donné l'Abbaye
de faint Maurin à Mr l'Abbé
Hebert, Grand-Vicaire d'Agen.
Cet Abbé eft frere de Mr l'Evêque
d'Agen ; il a beaucoup
de merite , & il a donné des
marques de fon zele pour le
fervice de Dieu dans l'Eglife de
faint Mederic fa Paroifle , où il
a fait durant quelques années
GALANT 171
les fonctions de fon miniftere .
Quand fon frere fut nommé
Evêque d'Agen , il l'attira auerprés
de luy , & il le chargea de
Îa conduite d'une partie de ſon
Dioceſe . Cet Abbé y eſt generalement
eftimé ; une grande
bb application à fes devoirs , un
grand zele fur tout pour la
fanctification de fon prochain,
l'ont rendu cher au peuple
d'Agen. L'avantage qu'il a de
travailler fous un frere auffi zelé
qu'éclairé , font pour luy de
e grands motifs d'émulation .
Ager
TE
LICOUS
é da
Our
k
ou!
ones
Celle de S. Jacques de Beziers
a été donnée à Mr l'Abbé de
Pij
172 MERCURE
Barcos , fils de Mr de Barcos
Intendant de Mr le Maréchal
de Villeroy . Cet Abbé demeure
auSeminaire des bons Enfans,
où il fe prépare pour entrer
dans la prochaine Licence ; il y
eft fi appliqué à fes devoirs,
qu'il s'y prive prefque cntierement
du commerce du monde.
En effet , on admire dans ce
jeune Abbé un goût extraordila
folitude ; il n'en
pour
fort jamais que pour des affaires
encore plus effentielles que
celles qui l'y attachent , & il a
donné ordre à la porte de ne
le laiffer parler à perfonne. De
naire
GALANT 173
DIS
ATA
5 C
ord
que
ila
ene
D
fi grandes femences de vertu
produiront fans doute un jour
leur fruit.
•
L'Abbaye de la Joye , de
l'Ordre de Ciftcaux , dans le
Docefe de Vannes en Bretagne
, a efté donnée à M° de
Blanchefort. Le choix du Roy
fait connoiftre qu'elle eft digne
du
gouvernement qui luy
eit confié. Je vous ay amplement
parlé de fa Maiſon , en
1702. dans l'article du Mariage
de M' le Marquis de Blanchefort.
Me de la Richardie a cu
l'Abbaie de Bonlieu ; & M
P iij
174 MERCURE
l'Abbé Flament a eu le ferment
de fidelité de l'Eglife de
Nevers . Cet Abbé cft un
excellent Theologien ; & le
nouvel Evêque de Nevers qui
eft parfaitement inftruit de
fon merite & qui avoit fouhaité
de l'avoir dans fon Eglife,
luy a marqué la joye qu'il ref
fentoit de la nomination du
Rov en fa faveur.
į M Gafton Jean- Baptifte de
Choifeul , Marquis de Praflin
, Lieutenant general pour
le Roy en Champagne & Brie ,
Gouverneur de Troyes , Lieutenant
general des Armcés de
GALANT 175
T
1
fa Majefté , mourut au Palais
de Milan le 23. Octobre , âgé
de 46. ans , des bleffures qu'il
avoit reçues au combat de
Caffano en Lombardie , aprés
s'eftre mis à la tefte de l'Infanterie
pour la remener à la charge.
Ce Marquis eftoit fils
petit - fils de M's de Choifeul
, Comtes d'Hoſtel , premiers
Gentilshommes de la
Chambre de Gafton Duc d'Orleans
, Gouverneurs de Bethume
, & neveu des Marefchaux
de Choifeul , du Pleffis- Praflin
& d'Eftampes . Il fit ſa
miere campagne en Allemagne
pre-
Piiij
176 MERCURE
dés l'âge de 15. ans fous M*
de Luxembourg , il ſe ſignala ,
tant à la priſe de Valenciennes ,
où il entra des premiers l'épée
à la main , qu'à la bataille de
Caffel & à la prife de S. Omer ;
il fe trouva aux Sieges de
Dixmude de Courtray &
d'Ipres , & il fut même bleſſe
dangereufement à la tefte , à ce
,
dernier. Il fervit utilement à
la bataille de Fleurus & aux
combats de Leuze & de Steinkerque
; il ne fe diftingua pas
moins à la bataille de Neerwinde
, à la tefte de fon Regiment
qui y fouffrit beaucoup .
GALANT 177
11
altaux
Pinct-
A
Il fut fait Lieutenant general
aprés l'affaire de Cremone
où il avoit également donné
des marques d'une grande valeur
& d'une grande conduite ;
il n'en a pas moins fait paroître
dans toutes les autres actions
qui fe font paffées en Italie ,
dans le cours de cette guerre.
Il a efté Gouverneur de Mantouë
& Commandant
des troudes
deux Couronnes dans
le Mantoüan . Il fe trouva aux
fieges de Verceil & de Verüe ,
& enfin au Combat de Caffano
, où aprés avoir eu la main
fracaffée d'un coup de fufil , il
pes
178 MERCURE
continua de combatre avec
avantage ; mais ayant reçu
un
coup de moufquet
au travers
du corps
, il fut
mis
hors
de
combat
, ce coup
luy
ayant
offenfé
la hanche
. Il a fouffert
des
maux
incroyables
pendant
foixante
jours
, mais
avec
une
tres -grande
fermeté
, accompagnée
d'une
veritable
pieté
&
d'une
grande
refignation
. L'illuftre
Maifon
de Praflin
finit
en fa perfonne
, n'ayant
laiffé
que
Dlle
Charlotte
- Françoiſe
de
Choiſcul
- Praſlin
, qu'il
a
eu
de fon
Mariage
avec
D
Françoife
de
Choifeul
- Praflin.
GALANT 179
:D:
Praldar
UC
Dlle Anne - Madelaine Potier
de Trefmes mourut le 26 .
Octobre dernier , aprés une
longue maladie , ayant reçu
tous fes Sacremens avec les
marques de picté qui luy étoient
ordinaires . Elle eftoit
fille de Mr René Potier , Duc
de Trefmes , Pair de France
Capitaine de la premiere
Compagnie des Gardes du
Corps , premier Gentilhomme
de la Chambre , & Gouverneur
du Maine & Perche , & de
Haute Princeffe Madame Marguerite
de Luxembourg. Elle
avoit choifi l'état de fille
*
180 MERCURE
felon le confeil de S. Paul , pour
vacquer plus facilement aux
affaires de fon falut , & fe partager
moins entre Dieu & le
monde ; elle a veçu quatrevingts
ans dans cet état avec
une pieté qui a édifié tous
ceux qui l'ont connue . Onze
ans avant famort elle devint
paralytique de la moitié de
fon corps ; elle a porté cette
infirmité avec beaucoup
de patience
& de foumiffion aux ordres
de Dieu , ainfi que les longues
& frequentes maladies ,
par lesquelles Dieu a voulu
exercer fa patience. Mlle
GALANT 181
۱۳
de Gefvres , fa Niece , à qui
elle a donné tous les biens
& qui a toujours vécu avec
elle , a beaucoup contribué
à adoucir les peines que luy
caufoient ſes infirmitez , par
fa grande attention & fes
foins affidus à la faire fervir,
& en la fervant elle - même
jour & nuit dans fes maladies
, jufqu'au denier moment
qu'elle a ceffé de vivre . Mlle de
Trefmes eftoit Marquife de
Blerencourt ,Baronne de Montjay
& de Torigny.
M Jofeph- François , Comte
de Clermont - Tonnerre ,
182 MERCURE
Duc & Pair nommé , Connétable
& premier Baron de Dauphiné
, Grand - Maiſtre hereditaire
de la Maifon de Monſeigneur
le Dauphin , mourut le
30. Octobre dernier , âgé de
50. ans. Il avoit efté premier
Gentilhomme de la Chambre
de feuë fon Alteffe Royale
Monfieur , Frere unique du
Roy , Colonel de fon Regiment
d'Infanterie , & enfuite
de celuy de Clermont . Il·laiſſe
des enfans de Dame Marie de
Hanguet , fille d'Adrien de
Hanguet , Comte de Ma nevillette
, Marquis de CreveGALANT
183
ne-
סנג
zdi-l
er
br
te
He
re
-
Coeur , Secretaire des Commandemens
de feu Monfieur , &
foeur de Mr de Crevecoeur ,
mort Prefident à Mortier au
Parlement deParis . MrleComte
de Tonnerre eftoit frere de
M François de Clermont
Tonnerre , Evêque & Duc de
Langres , Pair de France ; d'Alexandre
,Chevalier de Malthe;
de Louife , fille d'honneur de
feuë Madame la Dauphine ; de
Madelaine , Abbeffe de S. Paul
aprés fa tante en 1692. & de
deux autres Religieufes . Ils
eltoient tous enfans de feu Jacques
de Clermont , Comte de
184 MERCURE
re
Tonnerre , & de Charlotte
Virginie de Fréchard , Dame
de Prefin , morte en 1698.
Jacques , Comte de Clermont-
Tonnerre , cftoit frere de feu
M François de Clermont ,
Evêque & Comte de Noyon ,
Pair de France , Commandeur
des Ordres du Roy , l'un des
Quarante de l'Academie Françoife
, en laquelle il a fondé un
Prix de Poëfie qui fe donne
tous les deux ans , mort le 15.
Février 1701. de Louis , Chevalier
de Malthe, Capitaine de
Galere ; & de Madelaine , Abbeffe
de Saint Paul , morte en
1692. Ils eftoient tous fils de
GALANT 185
OR
Dame
598.
On
f
on.
an
un
ne
Cde
en
François de Clermont , Comte
de Tonnerre , Lieutenant general
des Armées du Roy , &
Chevalier de fes Ordres , mort
le 24. Septembre 1679. âgé de
79. ans , & de Dame Marie Vi
gner fon époufe ; & François
eftoit frere aîné de Charles-
Henry , Duc de Luxembourg,
par fon mariage avec Marguerite-
Charlotte , Ducheffe de
Luxembourg , dont il eut Madelaine-
Charlotte Bonne - The
refe de Clermont , Ducheffe
de Luxembourg , mariée le 17.
Mars de l'an 1661. à feu M
François - Henry de Montmo .
Novembre 1705 .
t
186 MERCURE
rency , Duc de Luxembourg ,
Pair & Maréchal de France.
rs
Ces Ms. eftoient fils de Charles
Henry , Comte de Clermont
, &c. Chevalier des Ordres
du Roy , mort à Ancy - le-
Franc en 1660. & de Catherine .
Marie d'Efcoubleau- de Sourdis.
Je vous ay parlé plus amplement
de cette Maiſon dans
plufieurs de mes Lettres .
Mr de Roquefeuil , Capitaine
de Vaiffeau , ayant pris,
aprés la mort de M le Chevalier
de Saint Pol , le commandement
des Vaiffeaux que
ce Chevalier commandoit
GALANT 187
je ne puis vous donner de relation
plus exacte que celle que
vous allez lire , de ce qui s'eft
paffé à la mort de ce Chevalier;
puifque cette relation a efté
faite par Mr de Roquefeüil,
Le 31. Octobre nous découvrifmes
à la pointe du jourquinze
Vaiffeaux , fur lesquels Mr de
S. Pol , croifantfur le Dogrebanc
fit auffi- toft voile ; & fur les neuf
heures nous reconnusmes
que
toit une Flotte Angloife , efcortée
par trois Vaiffeaux de Guerre ,
dont nous en jugeafmes deux de
60 Canons , & le troifiéme de 36.
Canons . Mr de S, Pol jugea
cêà
Qij
188 MERCURE
propos d'envoyer Mr Bart , qui
commandoit la Fregate l'Heroine
& cing Corfaires qui estoient avec
nous , pour fe rendre maistre des
Vaiffeaux Marchands ; ce qui fut
fort bien executé , ne s'étant échapé
qu'un petit Bâtiment. Il referva
les quatre Vaiffeaux du Roy pour
combattre les trois Vaiffeaux des
ennemis ; mais ayant longtemps attendu
le Triton commandé
par
Mr le Chevalier des Coyeux ,
qui ne pouvoit nous joindre , eftant
mauvais voilier , ilfe détermina
à les aborder fans luy. Le fignal
nous ayant eftéfait , il futfur le
Commandant , nommé le Pende
GALANT 189
nis , & moy fur le Pefcoal qui
eftoit de mefme force , & Mr
Hennequin Commandant le ferzey
, fur le Sorlingues .Jejoignis
abordé le mien lepremier, aprés
en avoir effuyé un grandfeu . Mr
de S. Pol , Mr le Comte d'Illiers
commandant le Salisbury
aprés la mort de Mr de S. Pol;
qui n'en effuyoit pas un moindre,
faifoitfon poffible pour aborder le
Commandant ; mais ce Vaiffeau
prenant le mefme foin pour l'éviter
, & le Salisbury eftant un peu
tombéfous le vent , le Comman
dant ennemiprit le parti de me venir
aborder ,me mettant entrefon
190 MERCURE
camarade & luy. Je m'étois déja
rendu maifire du premier Vaiffeau,
&le fecond futfortfurpris de me
trouver en eftat de le bien recevoir
à fon arrivée , n'ayant pas encore
tiré mon Canon de ce costé là , le
feu que je fis avec le peu de monde
qui me reftoit , me donna le temps
d'appeller à mon fecours une partie
de l'Equipage qui avoitfautédans
le premier Vaiffeau , qui animé
par l'exemple des Officiers , dont je
nesçaurois affez louer la bravoure,
allerent à l'abordage de ce fecond,
dont ils fe rendirent les maiftres.
Quelque bonne volonté que témoignaft
Mr des Coyeux,commandant
GALANT 191
le Triton pour nous joindre , il ne
puty réuffir qu'à lafin de l'action ,
n'ayant même effuyé qu'un
à
ce
coup de canon , ce qu'on m'a rapporté
, il a efté affez malheureux
pour en avoir eu le bras emporté.
Ainfile Vaiffeau le Prothée , de
46 Canons dont le plus fort eft de
douze livres de balles , a eu lebonbeur
d'enprendre deux , dont l'un
eftpercé pour 60 Canons , l'autre
pour 58. quoyqu'ils n'en ayent
que so montez chacun , dont le
calibre eft de 18 à la premiere bat
terie. Mr Hennequin aborda &
enlerva le troifiéme .
Ce qui fuit fe trouve dans
192 MERCURE ·
une Lettre de M¹ de Roquefeuil
, écrite quelques jours
aprés la Relation que vous venez
de voir.
Noftre affaire fe trouve encore
plus vive queje ne croyois , puifque
Dunkerque eft plein de "bleſ-
Sez , & qu'il se trouve deuse
Vaiffeaux Anglois,où prefque tout
a efté tué. On eftime nos prifes un
million.
J'ay vû dans une autre Lettre
, que M' de faint Pol ,
pendant le peu de temps qu'il
vécut aprés fa bleffure , fit de
tres - belles exhortations aux
gens de fon Vaiffeau , en leur
confeillant
GALANT 193
Confeillant de continuer le
combat avec la même fermeté;
& les affura qu'il remonteroit,
auffitoft qu'il feroit pancé. Ce
Chevalier ayant eu un preſſentiment
de fa mort , on a trouvé
dans fa Caffette , une Lettre
adreſſée au Roy , par laquelle il
fuplioit Sa Majefté d'avoir foin
de fes neveux , en cas qu'il
mouruft cette campagne ; & il
fouhaitoit à ce Monarque autant
de profperitez qu'il en meritoit
. Sa Majefté n'a pas laiffe
languir fes Neveux dans l'attente
des recompenfes , non
plus que les Officiers qui fc font
Novembre 1705. R
194 MERCURE
diftinguez dans ce combat ,
ainfi que vous le pouvez
voir
dans la Promotion
fuivante
.
Le Roy
nomma
le 10 du
mois
dernier
, les Officiers
fuivans
, pour
remplacer
ceux
qui cftoient
morts
. M' de Gencien
,
M' le Comte
d'Illiers
, & M
Hennequin
, ont cfté faits Capitaines
de Vaiffeau
. M' d'Ammoncour
, d'Amontot
, & de
Brefme
, ont efté faits Capitaines
de Fregate
. M' de la Roque
Saint
Sever
, de l'lfle-
Kerleau
, & de Bellifle
- l'Etendart
, ont efté nommez
Lieutenanst
de Vaiffeau
. M' de Cermont
,
GALANT 195
ད་འ
M' d'Anglars , M'le Chevalier
de Damas , & M' de Saint Pol,
Neveu de feu Mr le Chevalier
de Saint Pol , ont efté faits Enfeignes
. Sa Majefté a donné
une penfion de mille livres , &
la Croix de l'Ordre de S. Louis
à M' de Roquefeül , Capitaine
de Vaiffeau , qui commanda
& acheva le combat , ainfi
que je vous l'ay déja marqué ,
aprés la mort de M' le Chevalier
de Saint Pol , aux trois Neveux
duquel le Roy a accordé
à chacun une penfion. Le Commandement
de l'Efcadre du
Nord a cfté donné à M' le
Rij
196 MERCURE
Chevalier de Forbin , ancien
Capitaine de Vaiffeau.
ГС
Le 4. de Novembre M
Henry-François de Paule le Fevre-
d'Ormeffon - d'Amboile ,
Confeiller au Parlement , époufa
Dlle Catherine de la Bourdonnaye
- de Coëtyon ; ce mariage
a eu un applaudiffement
general . M' l'Abbé d'Ormeſfon,
oncle de l'époux & Doyen
de Beauvais , en fit la ceremonie
à S. Mederic , Paroiffe de la
nouvelle époufe.
Il y a peu de familles dans la
robe auffi anciennes & auffi
bien alliées que celle de M
GALANT 197
;
re
d'Ormeffon il eft frere de
M° Anne le Fevre - d'Ormef
fon , épouse de Mr Dagueſſeau ,
à prefent Procureur General ;
& neveu de Me Antoine François
de Paule le Fevre d'Ormeffon
, Maître des Requêtes
& Intendant en la Generalité
E. de Soiffons . Son pere qu'il perdit
en bas âge, eftoit M™ André
le Fevre - d'Ormeffon , qui cft
mort Maître des Requêtes &
Intendant en la Generalité de
Lyon. Son ayeul eſt le celebre
Olivier le Fevre- d'Ormeſſon ,
qui s'eftoit acquis par fon integrité
& fa fermeté inébranla-
Riij
198 MERCURE
ble la veneration de tout le
Royaume. André , fon bisayeul,
eft mort Doyen du Confeil:
Olivier , fon tris-ayeul ,
avoit époufé une arriere- petite
niece de S. François de Paule :
il a fait la tige de trois illuftrès
familles , fçavoir , d'Ormeſſon ,
d'Eaubonne , & de Lezeau. La
mere de M' d'Ormeffon mourut
quelques jours aprés qu'il
fut né ; elle fe nommoit Eleonor
le Maître , & eftoit fille de
M Jerofme le Maître , Prefident
en la 4° Chambre des Enqueftes
, & de Dame Marie-
Françoife Feydeau. Cette Da-
IC
e
GALANT 199
eu
me , dont tout le monde connoift
la probité & le merite fingulier
, a cu foin de l'éducation
de M' d'Ormeffon . M' le Prefident
le Maître cftoit de la famille
du fameux Gilles le Maître
, premier Prefident du Parlement
de Patis..
La nouvelle épouſe eſt auſſi
d'une famille tres confidera-
"ble ; elle eft fille de Mi Yves-
Marie de la Bourdonnaye - de
Coëtyon , Maître des Requêtes
& Intendant de Bordeaux , &
de Dame Catherine de Ribeyre.
Mr de la Bourdonnaye eſt
frere de Mr l'Evêque de S. Paul
R iiij
200 MERCURE
de Leon , & fa famille eft tresdiftinguée
en Bretagne , où elle
a rempli les premieres Charges
de ce Parlement ; mais le merite
perſonnel de Mr de la Bourdonnaye
ne fert pas peu à relever
fa famille. Le Roy vient
encore de luy donner une nouvelle
marque de fon eftime , &
de la fatisfaction qu'il a de fès
ſervices . Mª de la Bourdonnaye
eft le feul enfant qui refte maintenant
à Mr de Ribeyre , Confeiller
d'Etat , que fa capacité,
fa prudence , & fon integrité
ont toujours diftingué dans le
Confeil . MⓇ de Ribeyre eft fille
GALANT 201
de feu Mr Pottier de Novion,
premier Prefident du Parlement
de Paris . Le nom de Pottier-
de Novion eft fi generalement
connu , que je ne vous en
dis rien davantage.
On maria le 3. du mois de
Novembre , dans la Paroiffe de
faint Troüé à Nevers , un homme
âgé de cent huit ans ; l'Eglife
put à peine fuffire pour
contenir le monde qui y eftoir
venu en foule pour voir une
chofe fi extraordinaire . Les Dames
qui s'y trouverent , l'obligerent
de danfer au fortir de
l'Eglife ; ce qu'il fit fort agreas
blement.
202 MERCURE
a
M' le Marquis de Deinfe ,
Gouverneur de Bruxelles
époufé en fecondes noces Mlle
d'Oignies , fille de M' le Comte
de Coupignies , Chevalier de
la Toifon d'or. Cette Dame
eft d'une tres-ancienne maifon
& alliée aux plus confiderables
des Pays - bas ; l'Ordre de la
Toifon d'or , dont M' le Com
te de Coupignies fon pere a
T'honneur d'efire , eft une preuve
de l'éclat de fa naiffance &
durang que cette Maiſon tient
dans le monde. M° la Marquife
de Deinfe a beaucoup d'agréemens
, & les foins qu'on a pris
GALANT 203
pour fon éducation ont par
faitement réüffi , puifque c'eft,
une des perfonnes de la Cour
de Bruxelles , des plus accomplies.
M' le Marquis de Deinfe
eft d'une tres ancienne Maiſon,
& qui a produit de celebres
perfonnages ; ce nom eſt tresconnu
dans les Pays - bas . L'employ
de M de Deinfe eft
une preuve de la confiance que
l'on a en luy ; & on ne donne
de parcils poftes qu'à ceux qui
les ont merité par de longs fervices
& par une fidelité ſouvent
éprouvée. La maifon dont M²
le Marquis de Deinfe eft le
204 MERCURE
chef , eftoit connue dans les
Pays- bas dés le temps des premiers
Comtes de Flandres.
L'heritiere de Flandres qui épouſa
le premier Duc de Bourgogne
, qui eftoit fils du Roy
Jean , avoit à fon fervice , & en
qualité d'un de fes principaux
Officiers , un Seigneur de Deinfe.
Le pere de M' le Marquis
de Deinfe a fervi une grande
partie de fa vie , & il a donné
en diverſes occafions des marques
de fon courage. Celuy
qui vient de fe marier a auffi
long temps porté les armes ,
& il s'eft fait voir fouvent diGALANT
205
gne du nom qu'il porte.
La Maifon de Coupignies dont
eft Mlle d'Oignies , n'eft pas
moins illuftre ; elle a donné
plufieurs Chevaliers de l'Ordre
de la Toifon d'or. Dans
l'établiffement de cet Ordreun
Seigneur de cette Maiſon fut
des premiers à qui le Duc de
Bourgogne l'accorda . Lc Comte
de Coupignies , fils de ce
Seigneur , fut fort confideré à
la Cour de Philippes le Bon ,
Duc de Bourgogne ; il eftoit
fort avant dans la confidence
de ce Prince , qui le combla de
biens-faits. Le fils de ce Com206
MERCURE
te fut auffi tres - attaché à la
Priuceffe Marie , petite- fille de
Philippes le Bon , qui épouſa
Maximilien Roy des Romains,
qui fut enfuite Empereur &
ayeul de Charlequint . Bruxelles
, dont M le Marquis de
Deinfe eft Gouverneur , eft la
Capitale du Duché de Brabant,
le Siege de la Chancellerie &
de la Cour de Brabant , des
Confeils d'Etat , des Finances ,
& de la Guerre , & la demeure,
ordinaire du Prince ou du Gouverneur
general que le Roy
d'Espagne tient dans les Paysbas
. Elle eft fituée fur la petite
GALANT 20 %
riviere de Saine , qui fe rend
dans l'Efcaut par un canal de
cinq lieues qu'on y fit en 1561 ,
elle eft en partie bâtie dans la
plaine , & en partie fur un
cofteau fort agreable.
Le Roy d'Espagne a donné
la Charge de Mayor- Domo-
Mayor , à Mr le Coneftable de
Caftille ; & ce Seigneur époufa
peu de jours aprés , Donna Anna-
Maria Giron , l'une des Dames
de la Reinc. Cette ceremonie
fe fit avec beaucoup de magnificence
; le Roy & la Reine
firent voir beaucoup de diftinction
pour les nouveaux Mariez,
208 MERCURE
& leur firent tous les honneurs
qué des Souverains peuvent
faire à des fujets . Il y eut pendant
plufieurs jours de magnifiques
Feftes dans l'Hoſtel de ce
Conneftable , & qui fe trouverent
du gouft de toutes les Nations,
tant il avoit pris foin de
les diverfifier. La fymphonie
eftoit admirable ; & il avoit envoïé
chercher des Muficiens meme
hors du Royaume. Je ne
vous diray rien de la Maiſon de
Velafco, dont eft Mr le Connêtable
de Caſtille , vous en ayant
parlé plufieurs fois . Je vous diray
feulement que l'illuftre
Maiſon de Giron , dont eſt M
GALANT 209
la Conneſtable de Caftille , a
produit fur la fin du 16 ° fiecle ,
un Archevêque de Tolede.
Garcias de Loyafa Giron ne
jouit pas long- temps de cette
dignité , il mourut en 1599.
fix mois après avoir efté élevé
à cette dignité , & avoir fuccedé
au Cardinal Albert d'Autriche
qui l'avoit laiflé grand Vicaire
à Tolede , lorfqu'il vint prendre
le gouvernement des Paysbas
; ce Prince s'eftant marié
enfuite , Philippe II . donna cet
Archevêché à Loyafa Giron .
Ce Prelat eftoit né à Talavera ,
& fils de Pierre Giron Confeil-
Novembre 1705 . S
210 MERCURE
ler au Confeil fuprême de Caf
tille ; & de Dame Mencia.de
Caravaial . Son oncle Lopez de
Caravaial luy refigna l'Archidiaconé
de Guadalaiar , qui eſt
une des dignitez de l'Eglife de
Tolcde , où il avoit déja une.
Chanoinie. Il y demeura jufqu'en
1585. que Philippe II.
l'appella à la Cour , où il le fit
fon Aumônier & Maiftre de
La Chapelle , & peu de temps
aprés Précepteur du Prince
Philippe Infant d'Eſpagne. Ce
Prelat nous a laiffe une collection
des Conciles d'Espagne.
M la Conneftable de Caftille
GALANT 211
eft une tres - aimable perſonne
, & fort aimée de la Reine
fa Maiftreffe. La Charge de
Mayor- Domo - Mayor eſt une
des plus importantes de la Cour
d'Elpagne. On croit qu'elle fut
établie un peu aprés l'an 1010 .
qu'un Sanche de Villa Efpinofa
avertit un Comte de Caftille ,
que fa mere le vouloit empoifonner
: mais on ne doit pas
beaucoup compter fur cette
vieille tradition.
Mc la Connétable de Caftille
eft foeur de M' le Duc
d'Offonne, dont je vous ay fouvent
parlé & quand je ne
;
་
Sij
212 MERCURE
}
vous aurois rien dit de la Maifon
de Giron , vous en auriez
d'abord connu la grandeur
en vous difant que M' le Duc
d'Offonne en eft le chef.CeDuc
qui n'a jamais quité Sa Majeſté
Catholique , qui vint des premiers
en France pour luy baifer
la main & pour la reconoître
, qui l'a fuivie dans tous fes
voyages & dans toutes fes expeditions
, & qui en dernier
lieu alla en qualité de volontaire
au fiege de Gibraltar , &
qui a donné par tout des preuves
auffi éclatantes de fa valcur
que de fon zele , vient encore
GALANT 213
de fignaler fon affection & fon
attachement pour un aufſi
digne Maître. Il a offert à Sa
Majefté,les revenus , ſa Vaiffelle
d'argent & les pierreries de
M la Ducheffe d'Offonne , de
concert avec elle . S. M. l'ena
remercié avec les termes les
plus obligeans . Tout le monde
eft auffi perfuadé en Eſpagne
qu'on l'eft icy , que S. M.
n'auroit pû faire un plus grand
plaifir à ce Seigneur que d'accepter
fes offres , pour en profiter
dans la conjoncture prefente ,
& qu'il euft donné ce qu'il s'eft
empreffé d'offrir , d'auffi bon
214 MERCURE
coeur qu'il l'a offert.
M' le Comte de Saint Eeftvan
de Gormas, fils aîné de Mr
le Duc d'Escalona , Viceroy de
Naples , & qui vint icy l'année
derniere en qualité d'Envoyé
Extraordinaire de S. M. C. a
écrit à Mr Grimaldo , Secretaire
des affaires de la guerre ,
pour le prier d'offrir au Roy,
de la part du Duc fon pere & .
de la fienne , les biens , les revenus
, les chateaux & l'artillerie
qu'ils ont dans le Royaume
d'Arragon pour en faire tel ufage
qu'il plairoit à Sa Majeſté
dans le befoin prefent . Je n'aGALANT
215
joûte rien à tout ce que je vous
dis l'année paffée du pere & du
fils , dans plufieurs articles de
mes Lettres . Je vous diray feulement
, comme chofe bien
certaine , que fi Sa Majefté Catholique
vouloit accepter de
pareilles offres , toutes les perfonnes
diftinguées de fa Cour
luy en feroient bientoft de
femblables .
L'Air que je vous envoye a
Mr de Montailly ,
efté
noté par
& les paroles font tirées des
oeuvres de M des Houlieres.
216 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Agreables tranfports qu'un tendre
amour infpire ,
Defirs impatiens , qu'étes - vous devenus
?
Dans lecoeurdu Berger pour qui le
mien foûpire ,
Je vous cherche ,je vous deſire ;
Etje ne vous retrouve plus.
La relation qui fuit regarde
tout ce qui s'eft paffé , pendant
la campagne d'Autonne , entre
les troupes des deux Couronnes
, & celles des Portugais , des
Anglois
GALANT
353
pourroit faire pendant l'hyver.
Ce Prince avoit efté nommé
pour le trouver à l'Aſſembléc
qui fe doit tenir à Vienne , &
à laquelle Mylord Malboroug
doit affifter : mais foit qu'il ne
veüille pas fe trouver dans une
Affemblée où doit eftre ce Mylord
, dont le caractere eft de
vouloir briller par tout , & de
vouloir que les avis foient
préferez à tous les
foit ce Prince ne veuille pas
perdre de vue fa maiſon de
Raftat , dont il fait fes delices ,
& qu'il craigne que
de France ne fiffent quelque
Novembre 1705. Gg
autres ou
ر
les
troupes
354 MERCURE
entrepriſe cet hyver , dont les
fuites fâcheufes pourroient retomber
fur elle ; il s'eft excufé
fur fes indifpofitions , & a dit
que craignant que fes jambes ne
"oupriffent , il ne pouvoit aller
Vienne fans risquerfa vie . Cepen
dant M' le Maréchal de Villars
tient toujours fon armée cantonnée
, dont il a feulement
détaché quelques troupes , qui
doivent hyverner dans les pla
ces de la Mofelle . Quant au
fiege de Hombourg , il y a
deux mois que toutes les lettres
d'Allemagne en parlent , ainſi
que des projets formez pour
GALANT 355
te fiege , & de la marche des
troupes , qui fe font néanmoins
donné peu de mouvemens
pour cette entreprife ; ce fiege
a d'abord efté propofé & refolu
; on en a parlé pendant quelque
temps , comme d'une cho
fe affurée : & cette entrepriſe
a
efté trouvée trop difficile pour
eftre tentée. Monfieur l'Electeur
Palatin , qui a plus d'intereft
qu'aucun autre ,
à la prife
la Garde
cette place , dont il eſt beaucoup
incommodé par
nifon , s'eft donné de fi grands
mouvemens , qu'il a fait remettre
de nouveau cette entreprife
Gg ij
356 MERCURE
en deliberation ; & l'on dit
même qu'elle a cfté reſoluë à
fa priere. Mais enfin , toutes
chofes ayant efté en dernier
lieu bien confiderées , les difficultez
ayant efté trovvées fort
grandes , & les pertes que l'on
feroit à ce fiege , certaines ; les
dernieres nouvelles font , qu'on
ne le fera point ; & que pour
cet effet, les troupes qui eftoient
en marche ont efté contreman!
dées .
Je vous envoye une piece
fort curicufe , quoy qu'elle ne
foit pas nouvelle ; mais le contenu
vous fera fans doute nou
GALANT 357
veau. C'eft une lettre de Monfieur
le Duc de Savoye à la
Reine d'Angleterre , qui fait
voir tous les projets qui avoient
d'abord efté concertez pour la
derniere campagne. Je vous en
marquay quelque chofe lorf
que la Flotte des Alliez fe rendit
devant Barcelone ; & je
vous dis que Monfieur de Savoye
auroit grands fujets de
plainte contre fes Alliez , qui
faifoient toute autre chofe que
ce qu'ils luy avoient promis.
Je vous marquay auffi qu'il y
avoit eu de grandes difputes
entre les Alliez , les uns vou358
MERCURE
lant que l'on tinft parole à
Monfieur le Duc de Savoye ;
& les autres foûtenant qu'il
falloit profiter des mefures que
Monfieur le Prince d'Armſtadt
avoit pris pour exciter une re
bellion en Catalogne . L'affaire
fe développe aujourd'huy par
la Lettre de Monfieur de Savoye
, dans laquelle on voit
les premieres refolutions qui
avoient été priſes, & tout ce qui
s'eft paffé à cette occafion .Vous
y remarquerez ce que Monfieur
de Savoye dit de Mylord Marlborough,
fans le nommer ; mais
ce que ce Prince en dit , le fait
GALANT 359
yea
aifément reconnoiftre. Il
lieu de croire que voulant do
miner parmi les Alliez , & avoir
la gloire de tout ce qui fe paffera
, tant entre les Troupes, que
dans le Cabinet , l'harmonie
qui eft entre toutes ces Puiffances
fera bientoft rompuë.
Il s'eftoit brouillé en Allemagne
avec Monfieur le Prince de
Bade ; il n'eſt pas mieux prefentement
avec Monfieur de
Savoye , qu'il eftoit avec Monfieur
de Bade au commence
ment de la Campagne : & vous
avez vû de quelle maniere it
s'eft attiré les Hollandois , à
360 MERCURE
caufe du jufte & prudent refus
qu'ils ont fait de joindre leur
Armée aux Troupes Angloifes ,
pour une expedition , dont le
fuccés paroifloit impoſſible , &
qui pouvoit faire perir leurs
Troupes. On verra fi ce Mylord
fera heureux dans les négociations
qu'il prétend faire
cet hyver dans la plus grande
partie des Cours d'Allemagne
;
mais il eft à craindre pour luy ,
que la fuperiorité
qu'il veut
avoir par tout , que fes grands
projets échoüez fur la Mofelle,
& le peu d'avantage qu'il a tiré
d'avoir trouvé nos Lignes ou
vertes,
TUOTTO
1.
HTT
caldo my h
GALANT 217
Anglois & des Hollandois . Il
y a long temps qu'on n'a vû de
relation auffi fuivie , auffi exacte
& auſſi intelligible
.
Au Camp fous Badajoz , ce 20.
Octobre.
Les armées des Ennemis eftant
entrées dans leurs quartiers d'Efté
vers la fin deJuin , Mr le Maréchal
de Teffe y fit auffi entrer fes
troupes , quiy demeurerent pendant
les mois de Juillet , Aouft & Septembre.
Les ennemis ne ce
cefferent
point pendant ce temps là de faire
voiturer beaucoup de canons , de
Novembre 1705. T
1
218 MERCURE
mortiers , de bombes , de boulets
avec toutes les munitions de guerre
, & de bouche neceſſaires pour
unfiege , à Elvas & à Olivença ,
qui ne font qu'à 3. ou 4.
de Badajoz
pes ont demeurépendant ce quartier
d'efté dans les derrieres de ces deux
Places.
lieües
toutes leurs trouque
le
L'on avoit douté , malgré les
préparatifs qu'ils faifoient , qu'ils
vouluffent effectivement faire le
Siege de Badajoz , attendu
bruit avoit couru que Mylord
Galloway avec la plus grandepar
tie des Anglois &des Hollandois
s'eftoient embarquez fur la Flote
GALANT
219
pour aller en Catalogne avec l' Archiduc.
~ Mr le Maréchal ayant efté obligé
d'éloignerfes troupes des environs
de Badajoz , par le manque
de fubfiftance , commença dans les
premiers jours de Septembre à raffembler
l'Infanterie à lafaire
marcher dans des cantons , à dix ou
douze lieuës de cette Place , avec
une partie de fa Cavalerie , le
Surplus ne pouvant eftre retiré des
lieux où il l'avoit mis pour garder
la frontiere de Caftille & les
bords du Tajo , où les Places frontieres
font fans deffenſe , juſqu'à
ce que l'ennemy ait efté déterminé
Tij
220 MERCURE
au fiege de Badajoz.
Les Ennemis ayant raſſemblé
toutes leurs forces , commencérent
faire leur Camp fur la Caya ,
entre Elvas & Campo- Mayor.
le premier Octobre, & le deux ,
laiffant Badajoz à leur droite ,
vinrent paffer la riviere defebura,
au Pont qui eft fur cette riviere ,
à une demi- lieuë au deffus de Badajoz,
& à plufieurs guez qui y
font , d'où ils vinrent paffer la
Guadiana , à une demi - lieuë au
deffus de Badajoz , à plufieurs
guez , cette riviere n'eftant pas
guéable par tout , & l'ayant paf
fee , ilsy appuyerent leur gauche ,
GALANT 221
camperent fur deux lignes ;
leur droite finiffant à un Convent
appellé Saint Gabriel : ce qui ne
fait que la moitié de la circonvallation
depuis la haute Guadiana
jufqu'à la baffe , & qui par con-
Sequent ne tenoit qu'un quart de
toute la circonvallation. Il s'y
eftoient trouvez obligez , parce
que leur attaque eftoit à la queuë
de leur Camp , & qu'ils fçavoient
que la teste de nos troupes eftoit
Talavera , du mêentre
Lobon
·me cofté de la Guadiana, & qu'eux
n'avoientpas affez de troupespour
former toute cette circonvallation ,
qui eft fort grande , & que la nuis
Tiij
222 MERCURE
ن و ب
on auroit pû tomberſur un de leurs
quartiers , &le battre ; de plus ,
ilsfçavoient que lagarnifon de Badajoz
, qui eftoit de trois mille hommes
, eftoit compofée pour la pluſpart
de milices & de recruës ; que
la Place eftoit mauvaife , n'ayant
aucuns dehors , feulement un chemin
couvert un méchant foffé,
les baftions vuides & tres - peu
terre derriere : c'est pourquoy ils
croyoient en peu de jours s'en rendre
maiftres , & que Mrle Maréchal
ne pourroit pas raffembler
des troupes fuffifantes en fi peu de
temps pour tenter le fecours.
de
GALANT 223
Dans cette confiance ils ouvrirent
la tranchée le 5. & ils fe contenterent
de la pouffer jusques à
deux cens toifes du chemin couvert,
le 11. ils commencerent à battre
la face d'un bastion avec 28 .
pieces de canon de 24. &ils jetterent
des bombes avec fix mortiers
. Le 12. ils tirerent d'une
autre batterie de huitpieces au baftion
oppofé , fans neanmoins la
battre en bréche. Comme ily avoit
dans la Place peu de gens d'experience
, Mr le Maréchal y envoya
Mr de Villars Lugien , avec
deux autres Ingenieurs,& Mr le
Comte de la Puella , Lieutenant
Tiiij
224 MERCURE
general Espagnol. Ils mirent à leur
arrivée, une meilleure . difpofition
dans la Ville , & les batteries
furent bien fervies , d'autant plus
que l'Ennemi ne battoit qu'en bréche;
de forte que 28. pieces de canons
dont la Ville tiroit , faifoient
grand defordre à leur tranchée
à leurs batteries. L'ennemi n'ayant
jamais pouffé la tranchée plus prés
que de deux cens toifes du chemin
couvert,fon deffein eftoit dés qu'il
auroit fait breche à la face du
baftion , d'embrasfer tout le chemin
couvert
, de le paffer & le
foffe de même , qui n'eft point profond,
de monter à l'affaut. Mr
GALANT 225
le Maréchal ne fe confiant point à
la vigueur de cette garnison , quoy
que toutesfes troupes ne fuffentpas
arrivées , refolut de marcher au fecours
la nuit du 13. au 14. Illuy
manquoit les deux Bataillons de
Barrois qui venoient de Cadix , &
qui devoient arriver le lendemain
& le Bataillon de Bigorre , qui
venoit d'Alcantara ; deforte qu'il
n'avoit avec luy que quatorze
Bataillons François. Mr deJoffreville
avoitjoint la veille , avec 4.
Efcadrons qui venoient de Caftil
le ; Mr de Bouville , avec les 3.
Efcadrons de Dragons qui ve226
MERCURE
noient de Cadix ; Mr d'Espinola
avec 4. Efcadrons Espagnols , qui
venoient des Frontieres d'Andaloufie
; de forte que fon armée fe
trouva compofée de 14. Bataillons
François , de 19. Efcadrons François
, de 29. Efcadrons Efpagnols,
avec 14. pieces de canon . Il
eftoit campé proche Talavera
ayantfa droite à la Guadiana , &
Talavera eftant à la tefte du centre
, du même cofté qu'eftoit le
Camp des Ennemis , & à 3.lieuës
d'eux .
Ca
Leur armée eftoit composée de
trente Bataillons Portugais , dont
23. ou 24. eftoient de troupes reGALANT
227
de 5.
glées , le refte de milices ,
Bataillons Anglois , & de 4. Hol
landois ; de 40. Efcadrons Portugais
, & de 10. Anglois ou Hol
landois.
la
A l'entrée de la nuit du 1 3. au
14. nôtre arméeſe mit en marche ;
toute la Cavalerie prit la tefte ,
marchant fur deux colonnes ,
Cavalerie de chaque ligne formant
la fienne , & marchant par
fa droite , comme elle eftoit campée.
Elle futfuivie de l'Infante
ric , qui fui -voit la colonne de la
gauche , de l'artillerie , qui fuivoit
la droite ; à la queue defquelles
marchoient quelques Efcadrons.
228 MERCURE
Quant aux bagages , on les avoir
envoyez la veille par les derrieres
à Merida ; on avoit portéfeulement
ce qui eftoit neceffaire pour
vivre durant 4.ou s . jours . Dans
cette difpofition , l'armée paſſa la
Guadiana aux deux guez , qui
eftoient à la droite du Camp . La
nuit fut fort obfcure , & il plut
beaucoup ce qui en rendit la marche
plus difficile. L'armée arriva
neanmoins
à la pointe du jour à un
petit quart
de lieuë du Pont de la
Febura, unpetit quart de lieuë
de lagauche du Camp des ennemis,
qui nous apperçurent au jour , ¿
qui prirent les armes ; ils vinrent
GALANT 229
fe mettre en bataille , ayant la
"Guadiana devant eux. Ils avoient
un petit Camp en deçà de la Guadiana
, qui avoit un retranchement
devant luy , d'où ils tirerent deux
coups de canon fur nos troupes
comme ils craignirent que l'on ne
l'attaquaft avant que leur armée
fuft en bataille , ils le retirerent.
Leur armée fe forma pendant ce
temps , paffa la Guadiana à trois
guez &fur deuxponts , &fe mit
en bataille en deçà .
Mrle Maréchal jugeant que
-temps qu'il leur falloit pour paffer
pour marcher à nous , luy donneroit
celuy de paffer la Jebura,
le
230 MERCURE
il fit paffer fon Infanterie fur le
Pont , &fon Artillerie à gué , &
à mesure que le tout paſſoit , l'Infanterie
bordoit la Riviere , &
Artillerie fut placée vis- à- vis
tous les guez. La Cavalerie paffa
enfuite à 4 guez, &fe miten
bataille derriere l'Infanterie ; les
Carabiniers & les Dragons qui
avoient leur droite au Pont de la
Jebura , firent l'Arriere -garde.
Les Ennemis voyant l'Armée
qui paffoit cette Riviere , ſe prefferent
de marcher pour attaquer
Arriere-garde ; mais en s'approchant
des Carabiniers & des Dragons
, l'Artillerie fit ungrand feu
GALANT
231
fur eux; & les Grenadiers qui
eftoient à la tefte du Pont , ayant
fait avancer des pelottons dans la
plaine , leurfeu obligea l'Ennemi
à éloignerfa gauche de la Riviere,
&donna le temps aux Carabiniers
& aux Dragons de la paffer en
ordre. Aprés quoy l'Ennemi mettant
fa gauche vis-à - vis le pont
de la Febura , fit marcherfa droitte
en bataille vis-à- vis de nous , la
riviere entre deux ; & comme
avoitplus de Troupes que nous ,
étendit fa droite plus loin que
noftre gauche ; & à mesure qu'il
l'eftendoit , l'Armée s'ouvroit par
fa gauche , afin d'occuper le mefme
il
232 MERCURE
front. Dans cette fituation on fe
canonna durant deux heures , &
comme noftre canon eftoit mieux
fervi que celuy des Ennemis , &
que nous en avions davantage ,
on leur tua plus de 100 hommes;
nous en perdifmes fept ou
huit. L'ennemi voyant qu'il n'y
avoit point d'apparence de paffer
cette Riviere devant noftre Armée,
fe retira dansfon Camp, par
où ilen eftoit forti; & noftre Ar- ,
mée campa derriere le champ de
bataille que nous avions pris .
La nuit fuivante qui eftoit celle
14. au Is
l'Ennemi commença
à retirer quelques pieces de canon
du •
GALANT 233
de fes batteries , il continua àfaire
la mefme chofe la nuit du Is
au 16. acheva de tout retirer la
nuit du 16. au 17. & dés le matin
il commença à marcher par fa
droite. Il eftoit campéfur deux lignes
qui formoient deux colonnes ,
Jon canon & fes bagages en formoient
une troifiéme ; & il alla
camper à une demie lieuë en deçà
de S. Gabriel , où eftoit la droite
du Camp qu'il quittoit.
Mr le Maréchal fit paſſer la
Riviere proche la Ville à un Corps
de Cavalerie , pour tenter fi on
pourroit donner fur leur Arrieregarde
, & l'Infanterie eftoit prefte
Novembre 1705 V.
234 MERCURE
quer
àpaſſer aupremier commandements
mais comme cette Armée marchoit
en bataille , & que le pays eft ouvert,
on n'eutpas d'occafion d'attaaucune
partie fans attaquer
le tout. Le 18. les Ennemis continuerent
leur marche , & vinrent
mettre leurgauche à la Guadiana,
à une lieuë demie au deffous de
Badajoz , à un endroit
appelle Tenela. Le 19. ilspafferent
cette Riviere par plufieurs guez ,
aller ent camper à une demie
lieuë au delà ,fur le chemin d'El
vas , &le 19. noftre Armée repaffa
la Febura , & eft actuellement
campée faifant tefte à cette Ri
viere.
que
l'on
GALANT 235
que
On dit les Ennemis doi- ..
vent marcher aujourd'huy pour
aller dans leurs quartiers ; fi cela
eft , noftre Armée pourra bien marcherdemain
pour en faire de mefme.
Mr de foffreville part aujourd'huy
, avec huit Efcadrons , pour
gagner la Frontiere de Caftille ,
afin d'y arriver avant que les Ennemis
puiffent y envoyer des Troupes.
Ils ont laiffé à leurs batteries
& à leur Parc plus de 10000
boulets de 24. plus de 400 Bom
bes , 30 affuts de Batteries & de
Mortiers , plufieurs Chariots à
corps de canon & beaucoup de
Vij
236 MERCURE
Grenades . Ils ont mis le feu a
beaucoup de poudre, & ont brûlé
beaucoup d'affuts & de chariotss
ils ont laiffe dans leurs batteries
tous les Madriers & les poutrelles
, avec des chevaux de frifes.
Les Deferteurs difent qu'ils
ont enterréfur le chemin , quelques
canons , & le long de leur marche
ils ont laiffé beaucoup de bombes
& de boulets. Les Ennemis ont
beaucoup perdu de monde par
noftre canon . Mylord Galloway a
eu la main droite emportée d'un
coup de canon, dans la tranchée; il
a envoyé demander un Paffeport
à Mr le Maréchal pour fe faire.
f
GALANT 237
porter à Elvas , & pour cet effet
il a traversé noftre Armée dans
un Brancart. Les Bombes des Ennemis
ont peu endommagé la Ville,
dans laquelle il n'y a pas eu dix
hommes tuezpendant le fiege.
Cette entrepriſe a coûté beaucoup
aux Ennemis , ayant esté obligez
de voiturer tout par charrois ,
de Lifbonne à Badajoz. Il y a lieu
de croire , que les efforts que
l'on a
fait faire cette année aux Portu
guais par la grande levée de troupes
qu'ils ont fait , mettront ce
Royaume hors d'eftat de pouvoir
faire les mefmes efforts l'année prochaine.
Mr le Marquis de Las
238 MERCURE
Minas commandoit l'Armée , &
ilavoit fous luyMylordGalloway.
Mr Fagel qui eftoit allé à Lif
bonne , eftoit revenu par ordre du
·Roy de Portugal.
Il
commandoit au commencement
dufiegefous Mr le Marquis
de Las-Minas , parce que Mylord
Galloway eftoit déja blessé ; on dit
que Mr le Comte de Las- Galveas
qui commandoit pendant la premie-
`re campagne , l'Armée de Mr Fagel
, n'avoit pas efté d'avis qu'on
fift ce fiege , & que Mr le Marquis
de Las - Minas & Mylord
Galloway avoient efté d'une opinion
contraire ; de forte qu'ils fe
GALANT 239
rejettent prefentement la faute les
uns aux autres. Les Anglois difent
, qu'il ne falloit pas fe laiffer
dérober une marche , comme on
leur avoit fait , & que Mr de
Las-Minas & Mr Fagel fe devoient
leverplus matin. Ileft conftant
que nous avons fecouru cette
Place parce qu'ils n'ont jamais pú
croire que Mr le Maréchal , avec
fi peu de Troupes , cuſt voulu
hafarder une action generale.
On doit remarquer que M
le Maréchal de Teffe , dont on
ne peut trop louer le zéle &
la conduite , a efté charmé de
l'empreffement , de la valeur &
240 MERCURE
de la fidelité qu'ont témoigné
en cette occafion la nobleffe &
le peuple du pays , qui vinrent
le joindre au nombre de plus
de mille chevaux , & de plus
de fix mille hommes de pied .
Il leur témoigna d'une maniere
digne de luy & digne d'eux ,
la fatisfaction qu'il avoit en
particulierdevoir leur zele
pour un Roy fi digne de leur
amour & de leur fidelité. Et la
place eftant délivrée , ce Maréchal
remercia la nobleffe & les
troupes du Pays , avec toute la
diftinction que merite une conduite
auffi noble & auffi digne
fon
de
GALANT 241
de la nation. Il le fuplierent
avec inftance de les retenir
avec luy & de les employer
dans quelque operation où ils
puffent donner de plus grandes
preuves de leur zele & de leur
amour pour leur Roy . M' le
Maréchal de Teffé leur en marqua
beaucoup de fatisfaction ,
& leur promit de les avertir
dans le befoin. La nouvelle de
la levée de ce fiege caufa une
joye extraordinaire
à Madrid ;
& dés qu'on en eut l'avis on
fonna la cloche du Palais , qui
ne fert qu'en de pareilles occafions.
C'eftoit un affez beau
Novembre 1795 . X
242 MERCURE
fpectacle de voir arriver fur
l'heure les Grands , les gens
titrez , les Magiſtrats , les Officiers
, & une infinité de perſonnes
de tout état , qui venoient
témoigner leur fatisfaction &
leur joye . Le Roy eftoit dans
l'appartement de la Reine ; toutes
les perfonnes de la premiere
diſtinction s'adrefferent , felon
l'ufage , à Madame la Princeſſe
des Urfins Camarera
- Mayor
qui occupe fi dignement ce
pofte , qui ne fe laffoit pas de
repeter cette heureufe nouvelle
, & d'en faire le détail à tous
ceux qui s'adreffoient à elle.
>
GALANT 243
Elle introduifoit pour baifer
la main au Roy & à la Reine ,
tous ceux qui étoient d'un rang
& d'une naiffance à pouvoir
meriter cet honneur.
Le Roy a nommé M' de
Tencin à la premiere Prefidence
du Senat de Chambery ,
qui vient de vacquer par la
mort de fon pere. Il y a déja
fept ans qu'il eft Preſident à
Mortier au Parlement de Grenoble
; il avoit cité auparavant
Senateur
à Chambery
, pendant
un pareil nombre d'années
; & vous pouvez connoître
que , n'ayant que trente
X
ij
244 MERCURE
,
ans , il eft entré fort jeune dans
les Charges de la Robe. Je ne
vous dis rien de la famille de ce
nouveau premier Preſident
vous en ayant parlé plufieurs
fois dans mes Lettres ; & il me
fuffit de vous dire qu'elle eft
alliée à une partie des Officiers
du Parlement de Grenoble ,
& aux principales Maiſons du
Dauphiné , qui font , Tonnerre,
Saffenage , Simianes , & Groflée.
Il a époufé la fille de feu M
Allois , Prefident à Mortier au
Parlement de Grenoble , qui
avoit beaucoup d'efprit , & qui
a laiffé de grands biens , Mlle
GALANT 245
Allois , foeur de M˚ la premiere
Prefidente de Chambery , qui
n'a que quatorze ans , a époufé
depuis peu M' le Marquis de
Marcieu , Gouverneur de la
Ville & Arſenal de Grenoble.
M' le Comte de Cezanne ,
frere de Mr le Maréchal Duc
d'Harcour , vient d'époufer
Mlle de Nefmond. Je ne vous
dis rien de la Maifon de ce
Comte, vous en ayant amplement
parlé ,en vous apprenant
la mort de Mr le Marquis de
Beuvron fon pere ; je dois vous
dire feulement que Mr le Comte
de Cezanne eft Maréchal
X iij
246 MERCURE
des Camps & Armées du Roy
& Chevalier de la Toifon d'or.
Il a donné plufieurs marques
de valeur dans toutes les actions
où il s'eft trouvé , & de fa prudence
dans les commiffions importantes
dont il a efté chargé
en plufieurs occafions , foit en
Efpagne , foit ailleurs .
Mlle de Nefmond eft fille
de feu Mr le Marquis de Nefmond,
Chef d'Eſcadre , & qui
cft mort il n'y a pas fort long
temps. Il n'y a point à douter
que le courage & les fervices de
ce Marquis ne l'euffent conduit
à de plus hautes dignitez,s'il eût
GALANT 247
vêcu encore quelque temps.
M° la Comteffe de Cezanne eft
petite- niece à la mode de Bretagne
, de feu Mr le Prefident
de Nefmond & de Mr l'Evêque
de Bayeux , & niéce de Mr
dc
l'Archevêque d'Alby. La Maifon
de Nefmond eft des plus
confiderables de la Robe ; elle
a donné des Prefidens à Mortier
, des Confeillers , & d'autres
Officiers au Parlement de
Paris . Elle eft originaire de Normandie
, où elle eftoit connuë
il y a déja plufieurs fiecles . Cette
Maifon a donné de grands
hommes de guerre long- temps
X iiij
248 MERCURE
fa
avant qu'elle prift le party de
la. Robe ; de maniere que
nobleffe eft plus militaire que
civile. Feu Mr le Marquis de
Nefmond n'a laiffé d'enfans
que Me la Comteſſe de Cezanne
, qui eft encore fort jeune ,
& qui a parfaitement répondu
à la belle éducation qui luy a
cfté donnée par M° la Prefidente
de Nefmond , qui luy a
fait de grands avantages en la
mariant.
rs
Le lendemain de la Saint
Martin , M' de la Cour des
Aides firent l'ouverture de leurs
Séances. M' des Aguais , qui
GALANT 249
En eft Procureur General , parla
avec l'éloquence qui lui eft
ordinaire. Il fit une parfaitement
belle peinture de tous
les` devoirs des Juges , dont
l'étenduë eft infinie . Il rappella
les temps les plus proches de
l'inftitution des Loix Romaines
; il fit voir que les Magiftrats
de ces ficcles reculez les obfervoient
avec exactitude , & que
l'on en puniffoit avec feverité
les moindres infractions . Tout
ce qu'il dit fur le miniſtere des
Avocats , & fur le défintereffement
avec lequel ils font obligez
de l'exercer , fut trouvé
250
MERCUR
E
tres-beau. Perfonne n'ignore
que l'élocution de ce Magiftrat
eft tres- pure , & que nous
avons peu d'Orateurs plus accomplis
.
Le mefme jour , le Parlement
fit chanter à l'ordinaire
une Mcffe folemnelle , où tous
ceux qui compofent ce grand :
Corps , doivent fe trouver en
robes rouges. Elle fut chantée
en mufique , & celebrée par
M' de Fleury , ci- devant Aumônier
du Roy , & prefentement
Evêque de Fréjus , qui
fut fervi par M's du Seminaire
de Saint Nicolas du Chardonrs
GALANT 251
net , parmi lesquels on remarqua
M l'Abbé de Canillac &
M' l'Abbé de Colonges , tous
deux Comtes de Brioude. La
Meffe eftant finie M' du
Parlement pafferent dans la
Grand- Chambre , où le Prélat
Officiant prit place au deſſus du
plus ancien Conſeiller . Mr le
premier Prefident le remercia
au nom de la Compagnie de la
peine qu'il avoit pris de venir
à Paris , & de fortir de fon Diocefe
pour faire cette ceremonie ;
il le loua de fon application à
fes devoirs , & fur tout de l'exacte
refidence qu'il faifoit dans
252 MERCURE
fon Eglife ; il toucha quelque
chofe de la maniere dont il
avoit rempli fes devoirs pendant
le long féjour qu'il avoit
fait à la Cour en qualité d'Aumônier
de fa Majeſté : Enfin , il
finit en lui ſouhaitant un long
Epifcopat & rempli de toutes
fortes de benedictions . Le compliment
de Mr l'Evêque de
Fréjus fut trés delicat , & l'éloge
qu'il fit du Parlement de
Paris fut trouvé tres - beau . I
loüa le zele , la fidelité , & l'attention
continuelles de cette
celebre
Compagnie pour le
bien & la tranquillité de la paGALANT
253
trie ; & l'éloge particulier qu'il
fit de Mr le premier Préfident
fut fort applaudi. Il dit à ce
grand Magiftrat qu'il réuniffoit
en luy la vertu , les lumieres &
l'integrité des Achilles de Harlay
des Pompones de Belliévre fes
illuftres ayeuls ; que le public avoit
encore aujourd'huy la confolation
de voir revivre en luy ces grands
noms , autrefois fichers aux François,
& fi venerables à toute l'Europe
que le fang de ces dignes
1. Chefs de la Justice qui couloit
dans fes veines faifoit tomberfur
fa tefte avec encore plus d'abondance
les benedictions de tous les
:
254 MERCURE
peuplesde cette grande Monarchie.
Ce difcours reçût de grands applaudiffemens
.
ges ,
Le Lundy fuivant on fit l'ouverture
des Audiences . M' Lenain
, ſecond Avocat general ,
fit un tres- beau diſcours qui
reçut de grands applaudiffemens.
Il y fit voir les avantal'utilité
& la neccffité de
La Juftice: Sans la Justice , dit- il ,
toutferoit bouleverfe dans le monde
, tout feroit dans la confuſion ;
le plus fort feroit la loy au plus
foible ; l'injustice domineroit fur
le jufte enfin la terre dont Dien
reglé le partage entre les hommes,
a
GALANT 255
deviendroit fouvent celuy de la
violence le fruit de l'iniquité.
Mais , ajoûta- t- il , cette Justice ,
toute defcenduë qu'elle eft du ciel ,
toute neceffaire qu'elle eft aux hommes
, doit estre refferrée dans de
certaines bornes , puifque portée à
un certain point , elle ceffe d'eftre
Juftice ; & qu'adminiftrée avec
une trop grandefeverité , elle degenere
en une espece de cruauté :
C'est donc à la contenir dans de
juftes temperammens que le Magiftrat
doit employer fa prudence
fes lumieres. Cet Avocat general
defcendit là - deffus dans
de grands détails , qui luy don256
MERCURE
nerent lieu de faire beaucoup
de reflexions , qui furent
trouvées tres judicieuſes. En
peignant le miniſtere des Avocats
& celuy des Procureurs , il
parla vivement des détours &
des artifices dont ils envelopfi
fouvent le droit des pent
Parties : De là viennent , dit- il ,
procedures dont la troifiéme generation
ne voit quelquefois pas
la fin ; de la procedent ces haines:
hereditaires dans les familles , &
ces diffenfions que la chicane entretient
, qu'elle nourrit & qu'elle.
perpetuë. On peut dire que la
Juftice ainfi adminiftrée eft bien
GALANT 257
éloignée de la pureté de fa fource
& qu'elle n'eft plus un Fille
du Ciel ; ce n'eft plus un don
que Dieu a fait aux hommes ,
& ce n'eft plus une regle de
conduite pour eux . Toutes les
reflexions que ce Magiftrat fit
dans cet endroit , furent tresfortes
, & plurent beaucoup à
tous ceux qui les entendirent .
M' le premier Prefident parla
aprés Mr Lenain ; ce grand Magiftrat
le fit avec toute la dignité
qui caracteriſe toutes fes
actions. Il donna une idée d'um
bon Magiftrat , dont on trouve
l'original dans celuy qui la
Novembre
1705 . Y
258 MERCURE
donnoit ; cetre droiture inflexible
; cette fermeté à toute:
épreuve ; cette attention continuelle
à tous fes devoirs ;
cette exactitude dans la difcuffion
du droit des Parties , forment
à la verité le portrait du
Magiftrat , dont Mr le premier
Prefident donna:l'idée mais elles
font en même temps celuy du
chef du plus augufte Tribunal
du monde. En parlant aux
Avocats , aux Procureurs , &
aux autres Officiers de la Juftice
, il leur donna des avis conformes
aux remontrances de
Mr l'Avocat general ; il les ex-
4
GALANT 259
horta d'abreger autant qu'ils
pourroient la procedure , de
ne la point enveloper dans des
détours artificieux , de ne point
obfcurcir le droit des Parties ,
& de ne le point affoiblir par
de vains traits d'éloquence. On
ne peut rien entendre de plus
fort que tout ce que ce grand
Magiftrat dit fur ce fujer , &
on avoit la confolation de
voir que dans cette occafion
fon coeur eftoit plein de
tout ce qu'il difoit ; puifque
jamais Magiftrat n'a donné
plus de foins que luy à l'adminiftration
& au bon ordre de
Y ij
260 MERCURE
la Juftice. Ces deux difcours
furent écoutez par une nombreufe
Affemblée , dans laquel
le il fe trouva beaucoup d'étrangers.
Le Vendredy de la mefme femaine
, on fit les Mercuriales.
à huis clos , & toutes les Chambres
affemblées . Tous les Prefidens
& Confeillers eftoient
dans le Parquet , les Prefidens
des Requeftes & des Enqueftes
dans les fieges hauts , à main
gauche ; de maniere qu'ils
eftoient hors de rang , à cauſe
des difficultez qu'il y a pour le
rang entre les Prefidens & les
J
GALANT 261
Confeillers de la Grand-Chambre.
Quelques Etrangers de
confideration qui eftoient entrez
par faveur , eftoient dans
les fieges hauts qui font dans
le fonds , & fur lefquels ſe mettent
les Prefidens à Mortier &
les Confeillers Clercs ; mais ils
eftoient cachez d'un rideau . M
a
le premier Prefident parla le
premier ; il pria la Cour de fe
fervir du droit de cenfure auquel
ce jour -là eftoit confacré ,
pour luy donner des avis fur
les fautes & les negligences , où
fon grand âge , fes longues infirmitez
& les forces épuisées.
262 MERCURE
par de longs travaux , pourroient
l'avoir fait tomber. ( Ce.
font les termes dont fa mode->
ftie l'obligea de fe fervir . ) Il
dit que dans l'âge où il eftoit ,
il ne pouvoit conferver cette
même vigueur & cette même
vigilance qui font fi neceffaires
dans l'adminiſtration de la
Juſtice ; & il pria la Cour , non .
feulement dans ce jour , mais
dans tous les autres qui compoferoient
le cours de fa vie , de,
luy faire des remontrances , de
luy donner des confeils & de le
redreffer fur les negligences ,
& fur les autres défauts qu'elle
GALANT 263-
auroit remarqué dans fa conduite.
Ces exemples d'humilité
dans un auffi grand Magiftrat
doivent eftre d'un grand poids.
M' Portail , premier Avocat
General , prononça enſuite un
difcours , qui fut trouvé d'une
grande beauté & d'une grande
delicateffe. Il parla de deux fortes
de negligences ou indifferences
, & de deux fortes de
langueurs dans les Magiftrats
à l'égard de l'adminiſtration de
la Juftice ; une indifference &
unc langueur qui font caufées
le mouvement impetueux
des paffions ; une indifference
par
264 MERCURE
& une langueur , qui font produites
par les mouvemens d'une
ambition fans bornes ; &
enfin une indifference & une
langueur qui font caufées par
l'amour exceffif du repos
lorſqu'on eft ufé par les paffions
, ou lors qu'on fe trouve:
dans un état qui ne permet plus
de fuivre leurs mouvemens dé- .
reglez , & qu'elles font plus éteintes
qu'affujetties . Cet Avocat
General dépeignit avec de
vives couleurs , l'indolence où
tombent pour l'exercice de leur
miniftere ces jeunes Magiſtrats,
que le torrent des plaifirs em
porte,
GALANT 265
porte , ou qui n'ont d'autre guide
pour la conduite de leur vie
que les vues intereffées d'une
ambition fans bornes. Ils portent
, dit-il , au Palais , & dans
le fanctuaire de laJustice , un efprit
entierement diffipé par le mouvement
des plaifirs , & par l'attente
de la volupté , ou par des
projets vagues de for.une. Dans
cette difpofition ils ne fuivent dans
le cours des déliberations ou que le
gros des opinions , ou que
miere idée qu'ils ont faifie , ou que
la décifion du cheffur lequel ils
déchargent de tout le poids de l'attention
; contents de fon exactitude "
Novembre 1705 Ꮓ
la
pre266
MERCURE
de fa vigilance dans la difcuffion
des affaires & dans la découverte
de la verité , ils ne veulent
pas prendre la peine de
la chercher eux-mefmes. Il peignit
enfuite ces jeunes Magiftrats
, qui prennent pour modele
dans leurs manieres , dans
leur langage & dans leurs ufages
, les gens du monde les plus
diffipez , & ceux que le vulgaire
diftingue des autres par un
nom particulier. Ce quece Magiftrat
dit enfuite de ceux qui
n'entrent dans les Charges que
par des vues d'ambition , qui
ne s'y conduifent que par ces
GALANT 267
mêmes vuës , qui paffent leur
vie à former des projets dont
ils ne verront jamais l'execution
, & qui en les occupant de
mille chofes vaines & inutiles ,
les détournent de la feule qui
devroit faire tout le fonds de
leur attention . En parlant de la
langueur & de l'indifference
caufées par l'amour du repos
il fit voir que cette langueur &
cette indifference eftoient d'autant
plus à craindre ,
craindre , qu'on
prenoit moins de foin de s'en
garentir , que fous l'appas d'une
vaine Philofophie , qui enfeigne
que le repos eft le plus
Z ij
268 MERCURE
defirable de tous les biens , on
fe déroboit à fes devoirs effentiels
, en croyant ſeulement ſe
dérober au monde & à -fes attraits
feducteurs. Tranquilles
dit-il , en parlant de ces fortes de
Magiftrats ,fur le mal qu'ils ont
évité , ils ne tremblent point fur
le bien qu'ils ont manqué de faire.
Il fit voir que la vie du Magiftrat
cft une vie agiffante , ennedu
mie du
repos , autant
que
mouvement
des paffions
. Tout
ce qu'il dit fur cette espece
de
moleffe
, dont le commun
des
Magiftrats
travaille
d'autant
moins
à fe garentir
, qu'il l'enGALANT
269
vifage comme une vertu , &
une vertu propre à fon état ,
fut tres recherché. Ce difcours
fųt fort applaudi , non feulement
à caufe de la beauté des
penſécs , & du tour que le Magiftrat
qui le prononçoit leur
donna ; mais auffi à caufe de la
beauté de l'élocution , & de la
grace dont il fut prononcé ,
puifqu'on peut dire que jufqu'au
ton & au fon de la voix ,
tout y plaifoit . Le Greffier du
Parlement lut enfuite à haute
voix les Réglemens de la Cour.
La lecture de ces Réglemens
eftant finie , M le premier. Pre-
Z iij
270 MERCURE
fident fit un ſecond diſcours
beaucoup plus étendu que le
premier. Il reprit le même fujet
qu'avoit traitté M' l'Avocat
General ; il fit voir d'une maniere
tres-fenfible les triftes effets
de la moleffe & de la langueur
où tombe le Magiftrat
dans l'exercice de fa Charge.
Ilparla enfuite du deffein qu'il
avoit eû de fe retirer , pour
mettre un eſpace entre le tumulte
des affaires & la mort
qui eſt toujoursfubite , dit-il , à
l'égard de ceux qui n'y mettent pas
cet espace ; mais qu'il eftoit obligé
d'y refter par le commandement
GALANT 271
exprés de Sa Majefté ; qu'il obéiffoit
d'autantplus volontiers àfon
Prince , qu'il regardoit ce commandement
comme une Loy même de
Dieu. Il ajouta cependant , qu'aprés
17 ans de travail dans l'exercice
de fa Charge , & aprés plufieurs
années d'un long fervice
dans d'autres Charges de la Compagnie,
il auroit crú pouvoirjouir
de quelque repos ; mais qu'enfin
puifqu'il plaifoit à la Providence
& au Roy , parla bouche duquel
elle s'expliquoit , qu'il ſe rembarquaftfurla
mer orageufe des affaires
, il s'y rembarquoit volontiers :
mais qu'il prioit la Cour d'excufer
Z iiij
272 MERCURE
les fautes & les negligences auf
quelles fon grandage & fes forces
épuifées pouvoient donner lieu .
Cuftodi Domine , dit - il enfuite
en s'adreffant à Dieu , introitum
& exitum meum. Il cita un
beau trait de Ciceron dans fes
Offices , qui remarque qu'un
Magiftrat eft heureux qui peut
conferver la dignité de la Ma-
-giftrature dans le tumulte des affaires
! Mais plus heureux encore,
ajouta-t'il , celuy qui aprés l'avoir
confervée fe retire tranquille
au Port. Il fit auffi une belle application
d'un mot de Ciceron
dans un Dialogue de la vicilGALANT
273
1
•
leffe , où il introduit Caton .
Dans ce difcours , comme dans
le premier , ce digne Magiftrat
marqua , dans les termes les
plus forts & les plus foûmis ,
la reconnoiffance des bienfaits
dont le Roy l'a gratifié ; & il
fit dans tous les deux un éloge
de ce Prince , qui luy attira de
grandes loüanges.
Il faut que les difcours qui
ont efté prononcez dans toutes
les affemblées dont je viens
de vous parler , ayent efté
parfaitement beaux , puifque
tout ce que je viens de vous
que
en rapporter ne font des
274 MERCURE
efforts de memoire de quelques
perfonnes qui les ont
entendus ; ainfi l'on doit eftre
perfuadé que ces fragmens
qui font peut - être défectueux
en quelques endroits , joints
au corps doivent compofer des
ouvrages de la plus grande
beauté.
Je ne vous ay encore rien
dit de la priſe du Fort de
Santvlict , qui coûte aux ennemis
beaucoup plus qu'ils
n'ont crû , puifqu'elle leur
coûte la prife de la Ville de
Dieft , des dix- fept cents hom
mes qui eftoient dans cette
GALANT 275.
place & dans le pofte d'Halen ,
& d'une partie des bagages
de leur armée qui estoient
auffi dans Dieft. Ce fuccés
eft dûà Son Alteffe Electorale
de Baviere , qui prit le parti
d'abondonner un méchant
Fort , qui n'eftoit revêtu que
de quelques Baſtions de terre,
& qui ne fe pouvoit conſerver.
Ce Prince forma le deffein ,
voyant que les ennemis publioient
tous les jours qu'ils
alloient attaquer le Fort de
Santvliet , de les laiffer avancer,
& de ne les point fuivre , afin
que lors qu'ils feroient affez
276 MERCURE
les ·
avancez , il puft faire le fiege
de Dieft , fans craindre que
ennemis vinffent au fecours de
cette place , dont ils s'eftoient
trop éloignez pour eftre revenus
affez toft , outre que pour
reprendre la route de Dieft,
ils auroient efté obligez. de
lever le fiege de Santvliet .
Dans le détail que je vous
ay donné de tout ce quis eft
paffé au fiege de Dieft , on n'a
pas rendu toute la juftice qui
étoit dûë à M' le Chevalier de
Simianes ; c'eft pourquoy je
croy devoir ajoûter icy ce qui
fuit.
GALANT 277
M' le Comte
d'Artagnan
ayant trouvé à propos de faire
attaquer l'ouvrage détaché de
la porte de Montaigu , d'où
paroiffoit dépendre le fuccés
de ce Siege . M' le Chevalier de
Simianes , Colonel d'un Règiment
d'Infanterie , fe chargea
de l'emporter en une heure de
temps , à la tefte d'onze Compagnies
de Grenadiers
qu'il
commandoit
; & M' le Comte
d'Artagnan
luy laiſſa la difpofition
de cette attaque . Mª le
Chevalier de Simianes la partagea
en trois ; une à la gauche
de l'ouvrage , qui aboutifloit
278 MERCURE
directement à la gorge , la feconde
au centre ; & la troifiéme
à la droite , qui eftoit la plus
difficile , étant fort expoſeé au
feu du Rempart de la Ville: &
comme il n'y avoit point de
bréche , il fit il fit apporter
des
échelles afin d'efcalader. Le
tout étant ainfi diſpoſé , il
donna le fignal ; & au meſme
temps les Grenadiers partirent
avec tant de rapidité , & monterent
à l'affaut avec tant de
fureur , ce Chevalier à leur tefte
qui les animoit par fon exemple
, qu'ils entrerent dans l'ouvrage
l'épée à la main , & tucGALANT
279
rent tous ceux qu'ils rencontrerent.
Il feroit mal aifé de
voir un plus grand feu . L'affaire
dura cinq quarts d'heure
les ennemis s'eftant défendus
jufques à l'extrcmité . M' le
Chevalier de Simianes fit faire
auffi- toft le logement , où l'on
dreffa une batterie qui ne fut
pas plutoft achevée , que les
ennemis battirent la Chamade,
& fe rendirent prifonniers de
guerre.
On doit remarquer que Dieſt
n'a tenu qu'un jour , & que
le
Fort de Santvliet a foûtenu fix.
jours de fiege , pendant leſ280
MERCURE
quels les ennemis ont fait une
perte affez confiderable.
Monfieur l'Electeur de Baviere
jugeant que la Campagne
finiroit par la priſe de Dieſt
& celle de Santvliet ; que
par
les ennemis eftoient trop avanccz
pour revenir fur leurs pas ;
qu'ils eftoient trop affoiblis ;
que prefque toute leur Cavalerie
eftoit ruinée ; & qu'ils
eftoient perfuadez que les troupes
de deux Couronnes étoient
en eftat de s'opposer à tous
leurs deffeins , refolut avec M
le Maréchal de Villeroy de les
faire mettre en quartiers d'hyGALANT
•28£
ver : & pendant qu'elles y`ont
marché , ce Prince a efté voir
à Lille fon Alteffe Electorale.
de Cologne , fon frere , où elle
fait fon fejour. Cette Alteffe
y a demeuré incognito , & a refufé
abfolument tous les honneurs
qu'on fe préparoit à luy
rendre ; cependant on n'a pas
laiffé de tirer le canon à fon arrivée
& à fa fortie. Pendant le
fejour que fon Alteffe Electorale
a fait à Lille , Monfieur l'Electeur
de Cologne & M le
Maréchal de Boufflers n'ont
rien oublié pour la divertir ; &
Monfieur de Cologne fçachant
Novembre 1705. Aa
a
282 MERCURE
qu'elle fouhaitoit de voir une
Comedie Allemande , a trouvé
le moyen de luy donner ce divertiffement.
M' le Maréchal
de Boufflers s'eft empreffé de
fon cofté à chercher tout ce
qui pouvoit contribuer aux divertiffemens
de ce Prince . On
a donné plufieurs Bals pendant
fon fejour , il y a eu grand Jeu ;
on a pris plufieurs fois le plaifir
de la Chaffe ; & M' le Maréchal
de Boufflers a traité ce
Prince avec toute la magnificence
imaginable. Il l'a accompagné
à ſon retour juſques à
Tournay ; ils ont chaffe fur leur
GALANT 283
route : & eftant arrivez à Tournay
, ils en ont vifité les fortifications
, qui ont efté trouvées
tres- belles , & dans un tres-bon
eftat. Enfin cet Electeur , aprés
avoir efté regalé de nouveau
avec beaucoup de fomptuofité
par M le Maréchal de Bouf-
Hlers , ce Maréchal prit congé
de fon A. Electorale, qui retourna
à Bruxelles , où elle a efté
reçue avec beaucoup de joye
& de grands applaudiffemens ;
toute la Ville ne pouvant ceffer
de louer un Prince , qui par
prudence & par les grands
mouvemens qu'il n'a point ceffa
Aaij
284 MERCURE
fé de fe donner , a trouvé le
moyen d'empefcher que les
ennemis , aprés leur entrée dans
les Lignes , ne fe rendiſſent
maiftres de cette Capitale du
Brabant.
Le Vendredy 13. Novembre
, l'Academie des Infcriptions
& des Medailles , recommença
fes Séances par une Affemblée
publique , dans laquelle
M' Danché , connu par plufieurs
Tragedies en Mufique ,
qui ont eu beaucoup de fuccés
, ouvrit la Séance par la lecture
qu'il fit d'une Diſſertation
de ſa compoſition , touchant
GALANT 285
Ies repas des Anciens . Elle étoit
remplie de traits agréables d'érudition
; & tous les Paffages
qu'il cita de nos plus celebres
Auteurs , firent beaucoup de
plaifir . Il en rapporta plufieurs
tirez des ouvrages de Platon ,
fur les Feftins fympofiaques
où les anciens Philofophes
fe
trouvoient moins pour boire
& pour manger , que pour parler
avec plus de liberté & d'en .
joüement des hautes Sciences
& des plus grands fujets de la
Morale. Apulée , Athenée , Lu
cien , & tous les anciens Auteurs
qui ont écrit ſur cetto
286 MERCURE
matiere , furent amenez dans
cette Differtation ; celle du Pere
Fronteau , Chanoine Regulier
de Sainte Genevieve , fur l'ancienne
maniere de fe faluer à
table , & qui a paru depuis peu
par les foins de M ' de S. Flachard
- de- Saint Sauveur , nefut
pas oubliée.M' l'Abbé Bignon,
en refumant tout ce que M
Danché avoit dit , luy donna
de grandes louanges , fur la fecondité
de fon genie , & particulierement
fur le fuccés des
Pieces qu'il a données au public.
Aprés M' Danché , M' Gros
GALANT 257
de Boze lût un difcours fur les
recompenfes & les marques
d'honneur que les Grecs & les
Romains accordoient à ceux
qui fe diftinguoient dans les
fciences ou dans l'art militaire .
Il remarqua d'abord , que
quelque eftimable quefuftla vertu
par elle - mefme , on avoit jugé
prefque dans tous les temps , que
Jon nom
nom feul & fes charmes ne
fuffifoient pas pour engager les
hommes à la fuivre que c'est ce
premier aveu de la foibleffe bumaine
qui introduifit l'ufage des
marques
exterecompenfes
& des
rieures de gloire de diftinction &
288 MERCURE
qu'ainfi l'honneur devint le chemin
ordinaire de la vertu , contre
l'idée de ce Sage , qui bâtiſſant un
temple à chacune de ces Divinitez,
les joignit l'un à l'autre les
difpofa de maniere, que
l'on ne
pou
voit entrer dans celuy de l'honneur,
fans paffer par celuy de la vertu .
Que ce fuftpour exciter cette noble
paffion dans le coeur de leurs Citoyens
, qu'Athenes & que Rome
commencerent à tirer le marbre
le porphyre des carrieres ; qu'elles
apprirent à fondre l'or , l'argent&
le bronze , & qu'elles en drefferent
ces Monumens ingenieux ou
fuperbes , qui font encore aujour
D huy
GALANT 289
1
d'huy le fujet de noftre admiraration.
par
Il parcourut enfuite avec
ordre les differentes efpeces des
recompenfes que les Grecs &
les Romains accordoient à ceux
qui fe rendoient celebres
une fageffe profonde , par un
efprit jufte , ou par une valeur
éprouvée . Statues, Infcriptions,
Medailles , Couronnes Civiques
, Murales , Caftrenfes ,
Navales ou Claffiques , Bracelets
, Chaifnes d'or , Colliers ,
Ornemens d'hommes & de
chevaux , Javelines , Etendarts,
Acclamations
, Eloges func
Novembre
1705. Bb
290 MERCURE
bres , Apotheofes ; tout cela
entra dans ſon ſujer .
La connoiffance que M' de
Boze a de l'antique , luy fit rappeller
tres - à - propos
les plus
précieux Monumens, dans tous
les endroits où ils pouvoient
fervir de preuves , ou d'ornement
à fon difcours.
a
C'est ce que remarqua fort
bien M' l'Abbé Bignon dans
la réponſe qu'il fit à M' Grosde-
Boze. Il en rapporta , à fon
ordinaire , tous les endroits les
plus remarquables ; & ce qu'il
y ajoûta fit un extréme plaifir
à toute l'Affemblée , qui ne
$
GALANT 291
3
pouvoit fe laffer d'admirer la
preſence d'efprit & la memoire
de ce fçavant Abbé.
M' de Boze eft connu par
plufieurs Differtations fur les
Medailles , qui font forties de
fa plume depuis un an ou deux ,
La premiere qui a paru de luy ,
eft une Lettre , adreffée au Pere
de Chamillart , fur une Medaille
qui eft dans le Cabinet de
ce Sçavant Jefuite. Nous avons
obligation de la publication de
cette piece au même M' de S.
Sauveur dont je viens de parler .
M' de Boze compofa au commencement
de ce fiecle un Trai
Bbij
292 MERCURE
té historique du Fubilé des Juifs ;
& cet ouvrage fut tres- eftimé.
Une année ou deux auparavant
il avoit prononcé à Lion fa
patrie , le Difcours Confulaire
que l'on fait toutes les années,
la veille de la Fefte de Saint
Thomas , à l'élection des Echevins
de cette Ville. Cette piece
d'Eloquence fut tres- applaudie.
y
Ml'Abbé Maffieu, qui parla
en fuite , avoit choifi pour
fujet de ſon diſcours , la défende
la Poefte . Quelque temps.
auparavant
, il avoit lû à cette
illuftre Compagnie
le comfe
GALANT 293
mencement d'un ouvrage , au
quel il travaille ; c'eft l'Hiftoire
de la Poëfie Françoife . L'Apologic
dont nous parlons , y
doit fervir de Préface. Dans
cette Diſſertation il répondit à
ce qu'autrefois Platon , & à ce
que , dans ces derniers temps ,
-M' le Fevre & le Pere Lami ont
publié contre la Poëſie . Il refuta
ces fçavans hommes avec
tous les égards qui leur font
dûs ; & en combattant leurs
fentimens , il fit voir par
tout un fort grand reſpect
pour leurs perfonnes . Il remarqua
que tous les reproches
Bb iij
294 MERCURE
qu'on fait à la Poëfie , peuvent
fe reduire à deux principaux :
On prétend qu'elle cft propre
à gafter l'efprit & à corrompre
le coeur. Il juftifia fur ces deux
accufations , cette partie des
belles lettres qui a toujours
paffé pour la plus agreable ; &
montra quefi on la confidere
dans la pureté de fa premiere
inftitution elle peut étre la
plus utile.
Ce Difcours qui auroit pû
ennuyer , s'il n'avoit efté que
mediocre , puifque la lecture
que M l'Abbé Maffieu en fit,
prolongea d'un quart d'heure
GALANT 295
ges
1 le temps ordinaire des Aſſemblées
, parut encore trop court
à tous ceux qui l'entendirent ,
& luy fit donner mille loüanfur
la force de fes preuves
& fur la nobleffe de fon ftile .
On conçut de là une grande
idée de la beauté de l'ouvrage
auquel il doit fervir de Préface ,
& il ne peut eftre donné au
public affez toft pour fatisfaire
l'impatience que les Amateurs
de la Poëfic ont de le voir ; & à
qui la Poëfie ne plaift- elle pas ?
CM l'Abbé Bignon , Prefident
de l'Academie , refuma , à
fon ordinairé , tout ce qui avoit
B b iiij
296 MERCURE
efté dit par les trois Academíciens,
avec la facilité & la netteté
d'efprit qui le font admirer
toutes les fois qu'il parle
fans prémeditation dans ces
fortes d'Affemblées.
Cet Abbé declara que s'il
eftoit refté du temps , on auroit
lû une quatrième piece ,
dont l'Affemblée auroit efté
fatisfaite.
Le Samedy 14. du même¹
mois , l'Academie des Sciences
recommença fes Affemblées
& en tint une publique. La coû
tume de cette Academie eft
que lorfqu'elle a perdu unAca - i
GALANT 297
demicien , le Secretaire en fait
un éloge dans la premiere
affemblée publique d'aprés la
mort. Ces éloges font hiftoriques
, & non pas des efpeces
d'Oraifons funebres , où l'on
déploye toutes les voiles de
l'éloquence. Comme il étoit
mort depuis le mois d'Aouft
deux Academiciens , l'un , M
Bernoulli , Profeffeur en Ma-:
thematique à Bafle , Affocié
étranger , tres fameux Geometre
; & l'autre , M' Amontons ;
qui , quoyque jeune , avoit déja
grande réputation dans ↑
les Mécaniques , & qu'il y avoit
unce
298 MERCURE
fait de grandes & utiles décou
vertes: M' de Fontenelle ,felor:
le devoir de fa place , fitl Hif
toire de leur vic , & principale
ment de leur vie fçavante . M
Bernoulli avoit cfté mis au
nombre des Penfionnaires
étrangers de l'Academie en
1699. lorſque le Roy rétablit
cette Compagnie . Il étoit frere
aîné de M Bernoulli , Profef
Mathematique à Gro- feur en
ningue. Il fe fervit du premier
ufage qu'il avoit pû faire de fa
raifon , pour l'étude de la Geo.
metric,&depuis ce temps- là juf
qu'à celuy de fa mort , le cours
GALANT 299
de fa vie fut une étude continuelle
de cette Science . Il y
fit de fi grands progrés , qu'il a
toûjours paffé pour un des plus
grands Geometres de l'Europe .
Un des premiers ouvrages de
M' Bernoulli , fut une differtation
fur la fameufe Comete qui
parut en 1680. & fur laquelle
M' Bayle publia des Reflexions
dont il vient de donner tout
recemment la fuite . M' Bernoulli
faifoit voir dans fon ouvrage
, que le mouvement de
ce Phenomene , qu'on appelle
Comete , eft fi regulier , que par
une fupputation tres - exacte
300 MERCURE
qu'il a faite , il prétend que la
même Comete qui parut en
1680. doit reparoîtreen 1717.
& ainfi il conclut que ce Phenomene
n'eſt point un figne de
malheur , comme le commun
du peuple le croit ; mais pour
ne point revolter ce même public
, & ne point trop aller contre
fes préjugez , il prétend que
la mauvaiſe influence eft dans la
queue de la Comete , & non
dans le corps , & qu'ainfi la
queue n'eftant qu'accidentelle
à ces Phenomenes , ce n'eft pas
proprement du corps de ce
Phenomene dont il faut tirer
ܐ܂
GALANT 301
de mauvaiſes inductions . M
de Leibnits avoit mis dans fon
Journal de Leipfic quelques
pieces , où il montroit de loin
la Methode des Infiniment petits
, & il en faifoit fentir l'utilité
d'une maniere à faire
fouhaitter aux Geometres ,
que quelque habile homme
s'appliquait tout de bon à la découverte
de cette Methode : M
de Leibnits n'en ayant pas parlé
à fonds , & ayant feulement
fait connoître fa poffibilité.
M Bernoulli de Bâle & M
Newton Philofophe Anglois,
excitez par les premieres avan302
MERCURE
ces de M de Leibnitz , travaillerent
indépendament l'un
de l'autre & à l'infçu de M
de Leibnitz , & à force de calculer
, ils trouverent enfin cette
methode fi précieuſe & au
moyen de laquelle on rend
fenfibles les queftions les plus
épineufes de la Geometrie . M
de Leibnitz avoüa , dans la fuite,
que cette découverte eftoit
dûë à ces M" &qu'il n'en avoit
efté que l'occaſion . Ce font les
principes de ces trois excellens
Geometres que fcu M' le Mar¹¹
quis de l'Hopital a redigés enfuite
dans fon excellent traité
GALANT
303
des Infinimentpetits . M ' de Fon
tenelle fit le détail de quelques
effais que M' Bernoulli avoit
publiez fur la Geometrie , &
de
quelques autres ouvrages
qu'il a donnez au public ; il parla
fort de celuy où ce Philofophe
n'avoit fait que mettre la
derniere main avant ſa mort ,
& qu'il n'a pas eu le plaifir de
voir imprimé. M's Bernoulli
s'envoyoient fouvent des Problêmes
pour les
refoudre , &
cette petite émulation entretenoit
parmy eux une ardeur
pour l'étude , qui avoit contribué
à en faire deux grands
rs
304 MERCURE
Geometres. En dernier lieu M
Bernoulli qui vient de mourir
avoit propofé un Problême à
fon frere , en luy offrant une
groffe fomme d'argent , s'il en
donnoit la folution , M Bernoulli
de Groningue la donna
à la verité ; mais il ne la donna
pas avec toute l'étenduë que la
matiere le demandoit ; ainfi M
Bernoulli de Bâle y ajoûta une
grande Analyſe . Aprés cet éloge
, M' de Fontenelle lût celuy
de M' Amontons , Eleve de
l'Academie des Sciences , &
mort depuis deux ou trois mois
dans un âge peu avancé . Il étoit
fils d'un Avocat de Rouen ; & il
GALANT 305
eftoit né auvec un gouft naturel
pour les Mathematiques ,
qu'il avoit toûjours pris fon
de cultiver. M' de Fontenelle fit
remarquer que la fürdité de
M'Amontons avoit augmenté
l'inclination qu'il avoit pour
les Sciences abftraites . Sembla-
*· ble , dit-il , à ce Philoſophe quiſe
creva les yeux pour mediter avec
plus de loifir moins de diftraction
fur les merveilles de la nature.
M Amontons avoit fait divers
ouvrages , dont peu ont
vû le jour ; mais ceux qui ont
parû fourniffent des preuves de
fon habileté & de fon exacti-
Novembre 1705. Cc
306 MERCURE
tude dans l'étude qu'il faifoit
M' l'Abbé Bignon qui prefidoit
, refuma ce que Mr de
Fontenelle venoit de dire fur
ces deux Academiens. Il remarqua
à l'égard de M' Bernoulli
, que rien ne pouvoit eftre
plusglorieux à un Profeffeur étran
ger, & qui avoit paru mener une
vie affez obfcure , que d'eftre loué
dans le Palais d'un grandRoy , &
jufque dans fon appartement. Et
aprés avoir donné à Mr Amontons,
les louanges qu'il meritoit,
il marqua le Mardy 17. Novembre
pour le jour du Service
que l'Academic s'eft obligée de
GALANT 307
» que
faire faire aprés la mort de fes
Academiciens : Bien fâché , dit
cet Abbé , la difference de
fentimens nous empêche de rendre
ce même devoir à MrBernoulli..
Mr Varignon , Profeffeur
en Mathematique au College
des Quatre-Nations , lut enfuite
une Differtation fur la rarefaction
de l'air , & pour rendre
plus fenfible ce qu'il dit , il
avoit tracé des figures qui pou
voient donner quelques connoiffances
des veritez geometriques.
En parlant de la pefanteur
de l'air , & de la pefanteur
même du vuide , s'il eft croya-
Ccij
308 MERCURE
ble qu'on ait pouffé les décou
vertes jufqu'à la meſure du vuide
, il s'étendit beaucoup fur
les Termometres , Barometres ,
&c. & parla fort du Termometre
de Florence . Dans le
cours de cette Differtation , Mr
de Varignon rappella un ouvrage
qu'il avoit fait il y a quel
ques années , & il en promit un
fur la même matiere. Mr Varignon
dit que le Manometre
qu'il a inventé doit fervir à me
furer exactement les differens
degrez de la rarefaction ou de la
condenfation de l'air , & à com
parer non -feulement les diffe
GALANT 309
rentes conftitutions que peutavoir
à cet égard, l'air d'un mê
me Pays , mais celles que peut
avoir en même temps ou en
differens temps , l'air de deux
pays differens.
Enfin Mr de Tournefort lut
un Difcours fur les maladies.
des Plantes , & rapporta des
chofes fort curieufes , & fort
recherchées , &, entre- autres ,la
maniere dont les Grecs de l'Ar
chipel font de bonnes figues
par le moyen des figues fauvages.
Ce que Mr l'Abbé Bignon,
en refumant ce Difcours , ap
pella fort agreablement Ma
310 MERCURE
nufacture de Figues. Ces trois
Difcours qui tinrent toute la
Séance , furent , à l'ordinaire
fuivis des reflexions de cet illuftre
Abbé, qui en ces occafions
parle fur le champ avec
autant d'agrément , de politef
fe , & de profondeur , que s'il
avoit longtemps étudié ce qu'il
doit dire .
Je ne dois pas oublier que
Mr
Tournefort , en parcou
rant les diverfes maladies des
Plantes , fit voir d'où elles naiffoient
, & les remedes qu'on
pouvoit y apporter ; & on ju
gea par tout ce que dit cet haGALANT
311
:.
"
bile Medecin , que tout fes
foins & fes longs voyages ne
luy ont pas efté inutiles & qu'il
en a rapporté une parfaite connoiffance
de la nature. Ce qu'il
dit fur tout , fur la moififfure
des Plantes , & le moyen qu'il
propofa pour l'éviter , fut écou
té avec attention de toute
l'Affemblée. Il promit dans le
cours de cette Differtation un
Traité d'Agriculture
raiſonné
, & une Relation de fon
Voyage; & Mr l'Abbé Bignon ,
en refumant ce qu'il avoit dit ,
le fomma au nom du Public
de tenir fa parole. L'heure
312 MERCURE
laquelle eft fixée la fin de l'Af
femblée , ayant fonné , on ne
pût faire la lecture d'une quatriéme
Differtation .
Quoique je vous aye déja parlé
du difcours prononcé par M
Portail , le jour de la Mercuriale
, je crois vous en devoir
parler une feconde fois ; ce que
le hazard a fait tomber entre
mes mains , me paroiffant fort
jufte & fort fuivi ; le voici .
M' Portail fe propofe dans
ce difcours de combatre la
langueur & l'indifference du
Magiftrat. La premiere periode
que vous allez lire développe
nettement
GALANT 313
!
hettement fon fujet. Il dit que
s'il n'eſt point d'écoeuil de plus danla
gereux pour vertu que la mol-
Leffe e le relafchement il n'eftpoint
d'ennemi plus à craindre que l'efprit
de langueur & d'indifference
dans les fonctions de la Magiſtra-
`ture. Il fit voir enfuite que l'hom
me eftant népour agir , & formé
des mains de Dieu mesme , l'activité
de fon coeur doit le porter vers
quelque objet qui réponde à l'excellence
de fon origine ; Placé au
milieu du monde , tout ce qui l'environne
femble luy annoncerfans
ceffe que rien n'eft inutile dans la
nature c.Dans les differents états
Novembre 1705. Dd
314 MURE
qui partagent le monde , l'intereft
feul empêche qu'on ne demeure
dans la langueur & dans l'indifference.
Si , par exemple , un
Peintre , un Sculpteur & un Artifan
n'employent
pas tout leur efprit
, & toute leur adreffe , le
publicfe vange par le mépris qu'il
fait de leurs ouvrages , condamne
à l'indigence ceux qui fe font
livrez à la pareſſe. Le Magiftrat
feul n'eft pas conduitpar l'efperance
d'un gain fordide ; deflors
qu'il ouvre fon coeur à l'intereft ,
il fe rend indigne de l'eftre. Demeurera-
t- il donc feul dans cet eftat
de langueur & d'indifference
,
GALANT
315
parce que ce n'eft pas luy , mais la
Fuftice qui fouffre des fautes qu'il
commet ? L'amour feul de la fuftice
le doit foutenir , c. Mr Portail
fit enfuite les
portraits de
trois ou quatre fortes de Magiftrats
, qui demeurent indifferens
pour la Juftice . On en voit
d'abord,dit- il, quifont Magiftrats
avant que d'avoir pense à le
devenir; ils regardent leur Charge
comme un amuſement honnefte ;
ils font appliquez à toute autre
chofe qu'à ce qui regarde leur employ
, livrez à leursplaiſirs. Etpar
là fe mettant dans le rang des perfonnes
les plus viles , que
les mé-
Ddij
316 MERCURE
a
mes inclinations rendent leurs fem
blables , ils ne reclament la Magiftrature
que lorsqu'ils la déshonorent.
S'agit- il de donner leur opinion
fur une affaire difficile ? ils
s'en tiennent à celle d'un Magif
trat éclairé fans en avoirpenetré les
motifs ils penfent comme luy ,
parce qu'ils ne fe font pas donnez
la peine de penfer eux - mêmes . On
en voit d'autres , pourſuivit- il ,
qui connoiffent à la verité tous
leurs devoirs , mais qui regardent.
leur Charge comme un titre fpecieux
pour autorifer leur vanité.
Ce ne fontpas des Magiftrats qui
s'appliquent pour l'amour de la
GALANT 317
5 Justice ce font des ambitieux qui
travaillent pour leur propre gloire.
Ainfi l'amour des plaifirs dans les
uns , l'amour de la gloire dans
·les autres , les rendent également
indifferens pour la Justice . Ily en
à d'autres qui font revenus des
plaifirs , & qui ne font pas touchez
de l'ambition ; ils fe contentent
de ne point faire d'injustice
criante , & croyent avoir remply
leurs devoirs quand ils n'ontpoint
commis les prevarications les plus
marquées. Commefi le Magiftrat
n'eftoit pas obligé non -feulement
de ne pas faire le mal , mais auffi
de faire tout le bien qu'il peut ;
D'd iij
318 MERCURE
car il ne faut pas s'y tromper , te
vice à découvert n'inſpire que de
l'horreur ; & plus un précipice eft
profond , plus on a foin de l'éviter.
Un honnefte homme eft rebuté par
les feules apparences du mal ; mais
on doit fe donner plus de garde
de cet eftat de langueure d'indifference
qui n'attaque pas fi ouver
tement laJustice, & c. Enfin , on
en voit qui font les efpritsforts :
Il n'eft pas d'eftat plus heureux,
difent-ils , que celuy de l'indif
ference ; c'eft le feul où le fage
peut jouir de fa vertu ; infenfible
à tout , rien ne le trouble ,
&c. Mais n'apprendront - ils ja-
1
GALANT 319
?
1
pas
+
mais , ces faux Sages , que rien
n'est plus contraire à la raison que
Lindifference ? Que toute la nature
nous prêche l'action , & c . Et cela
fi vray , qu'ils font obligez de
chercher un prétexte dans la foibleffe
de l'homme , pour excufer
leur indifference . L'homme n'eſt
fans imperfection , ajoû
tent-t-ils , le plus parfait cft celuy
qui en a le moins ; faut- il
eftre furpris s'il commet des
fautes & peut- il même n'en
pas commettre ? L'homme n'eft
pas fans imperfection , il eft vrays
mais c'est pour cela qu'il doit s'efforcer
davantage de fe rendreplus
Dd iiij
"
320 MERCURE
parfait il fera toujours affez de
fautes fans y penfer. C'eft ainfi
que ces perfonnes du plus puiffant
motifpour réveiller leur pareſſe ,
en font un titre pour autoriſer leur
indifference . Mr Portail finit par
un beau portrait du veritable
Magiftrat Que fi fes forces dimi
nuënt , dit cet Avocat General
fon zele n'eft point rallenti ; & s'il
eft privépar un accident imprévu
de la clarté du jour , les lumieres
defon esprit ni en font queplus brillantes.
Il fit en paffant l'éloge
de Mr Maunourry , Confeiller
de la Grand Chambre , aveugle
& mort depuis peu . Qu'in
GALANT 32x
3
acceffible aux objets exterieurs qui
pourroient le diftraire , fon amefe
recueille toute en elle- même , &
elle eft entierement appliquée à la
Justice , & c. Enfin fes dernieres
paroles reprefenterent les idées
nobles qu'on doit avoir d'un
Magiftrat Qu'il doit fe fouvenir
qu'il n'eft pas né pour luy ,
mais pour Le Public ; non pour
jouir d'un repos inutile , mais
pour le procurer aux autres : Que
refponfable du mal qu'il fait , ilfe
rend coupable du bien qu'il ne fait
pass Que s'ilnepeut pas faire tout
lesbien qu'il defire , il doit defirer
tout le bien qu'il peut faire
322 MERCURE
L'Article où je vous parlois
de Monfieur le Duc de Vendofine
dans ma derniere Lettre,
finiffoit à la prife de Soncino
. Monfieur le Prince Eugene
jugeant bien que ce Priace
, qu'il eft difficile d'arrefter
lorfqu'il eſt une fois en mouvement
, n'en demeureroit pas
-là , ſe retira , auffi-toſt aprés la
prife de Soncino , à Calzo prés
d'Urago. Cependant Monficur
de Vendofme fit faire un Camp
retranché & palliffadé , depuis
Soncino jufqu'à l'Oglio , pour
couvrir les deux Ponts qu'il
avoit fait conftruire fur cette
GALANT 323
riviere , & conferver en même
temps la communication avec
Soncino. Il fe preparoit à pourfuivre
les ennemis , & toutes
chofes eftoient preparées pour
cela ; mais il fut arreſté par le
débordement de l'Oglio , dont
les eaux rompirent les Ponts
que ce Prince avoit fait conf
truire fur cette riviere. Ces
obftacles ne l'obligerent pas à
quitter fon deffein ; & il donna
auffi- toft des ordres afin de rétablir
promptement le dommage
que les eaux avoient caufé
aux Ponts fur lesquels il
devoit paffer , ayant fait venir
324 MERCURE
pour cet effet des Batteaux fur
quantité de Chariots , de Pizzighitone
& d'Uftiano . Le deffein
de Monfieur de Vendof
me eftant de forcer les ennemis
à repaffer l'Oglio , il auroit dû
eftreContent
de
leur
retraite
precipitée ; ces fortes de retraites
caufant toûjours beaucoup
de perte à ceux qui les font :
Mais ce Prince ne laiffa pas d'être
chagrin d'apprendre qu'ils
s'eftoient retirez , fon deffein
eftant de les engager dans un
combat avant leur retraite . Ils
ne laifferent pas neanmoins de
fouffrir prefque autant que s'ils
GALANT 325
avoient efté battus , puifque les
Ponts qu'ils avoient à Calzo
furent auffi rompus
& que
plufieurs de leurs Soldats furent
noyez . Ils mirent leur droitc
à Urago , & leur gauche à
Caftel de Covadi , & un Naville
devant eux croyant toûjours
fe voir pourſuivis par
Monfieur de Vendofme .
Vous trouverez la fuite de
ce qui s'eft paffe ep Lombardic ,
dans la Relation fuivante .
326 MERCURE
Au Camp de Cividato , le 11 °
Novembre.
2
Monfieur le Duc de Vendofme
partit le 8. de Ticengo , avec
40. Bataillons , 18. Efcadrons
huit pieces de gros canon ;
reste de fa Cavalerie can-
Tal
tonnée aux environs de Soncino
onze Bataillons dans la Ville ,
dans la communication de ladite
Ville à l'Oglio. Il répandit
fes troupes depuis Fumenengojuf
qu'à Palazzuolo , & mit fon
quartiergeneral à Cividato, qui eft
au centre de ces autres quartiers. Il
GALANT
327
a chaffé ce que les ennemis avoient
dans la partie de Palazzuolo , en
deçà de l'Oglio , & en a fi bien
mafqué le Pont , & celuy de Pontoglio
, que les ennemis ne peuvent
plus déboucher par là . Il fait
act element travailler à une ligne
depuis Calzo jufqu'à Fumenengo,
où les guez font le plus à craindre.
Il fait venir de l'Adda toutes les
troupes d'Espagne qui y estoient
pour les laiffer de ce cofté - cy de
l'Oglio , depuis Palazzuolo jufqu'à
Fumenengo ; aprés quoy
paffer l'Oglio à fes Ponts de Soncino
pour referrer Monfieur le
Prince Eugene , en cas que ce
a
ilira
328 MERCURE
Prince l'attende à Urago. On Je
canonna hier toute la journée , de
part & d'autre,d'Urago à Calzo ,
&de Calzo à Urago . Voilà glorieufement
finir la campagne pour
Son Alteffe , qui a mis entierement
le Milanez à couvert , &
qui empêchera certainement Monfieur
le Prince Eugene de s'établir
dans le Mantoüan , qui outre tous
les maux que la guerre luy a fait
fouffrir , en vient d'éprouver un
terrible
, par le débordement du
Pô ; tout le plat Pays , à plus de
trois milles à la ronde , tant de l'un
de l'autre cofté , a esté inondé ;
plufieurs Caffines ont eftéfubmerque
GALANT 329
gées , & quantité de gens ont efté
noyez. C'est une defolation déplorable
dans le Cremonois ; le Plaifantin
le Parmefan s'en font auffi
reffentis . Ily a encore actuellement
des payfans fur des arbres , qu'on
eft obligé d'aller chercher avec des
barques ; quelques-unsy font morts
de faim , de froid, de peur. Ce
n'estpas tant les pluyes , quoy que
grandes , qui ont caufe ces malheurs
, qu'un vent de Siroc qui a
fait regonfler les eaux du Pô
à leur décharge dans la Mer ; de
maniere que de memoire d'hommes
on n'a rien vû dans ce pays - cy de
fifurprenant : & les autres rivie
Novembre 1705. Ec
330 MERCURE
res qui fe rendent dans le Pô , ont
fait les mêmes ravages à proportion
, enfe répandant hors de leur
lit bien avant dans les Campagnes,
Du 12. Novembre.
Les ennemis ont décampé d'U
rago, on croit qu'ils ont aban
donné la partie de Palazzuolo ,
au de là de l'Oglio , qu'ils occupoient
nous ne tarderons pas à
marcher & à paſſer l'Oglio.
J'ay vû d'autres lettres , qui
portent que le débordement du
Pô a endommagé les fortificaGALANT
331
tions de Turin en quelques endroits
, qu'il y a renverfé des
maifons , emporté des magafins
, & qu'il y a fait perir plus
de fix mille perfonnes .
Monfieur le Duc de Vendofme
a fait rafer par des détachemens
de la garnifon de
Mantouë , & des poftes qu'-
occupent les troupes du Roy
fur le bas Oglio & fur le Mincio
, les retranchemens que les
Imperiaux avoient faits à Gavardo
, fur la Chiefe , & à Salo ;
& ce Prince a fait garder les
paffages de l'Oglio , par les
troupes qui gardoient ceux de
l'Adda.
Ecij
332 MERCUR
I
Pendant que Monfieur de
Vendoſme agiſſoit de ſon coſté
en Lombardie , en obligeant.
tous les jours Monfieur le Prince
Eugene à reculer , en abandonnant
fes meilleurs poftes ;
Mr le Duc de la Feüillade fe
faififfoit du Village d'Annoné ,
& du Chasteau qui eſt élevé ſur
un hauteur auprés de ce Village
, fortifié de plufieurs retranchemens
, & dans lequel il y
avoit deux cens Soldats & fept
Officiers . Mr le Comte d'EL
tain , & Mr le Marquis de Ruffec
fe faififfoient auffi par
ordres , de Coconato , du Châ
fes
GALANT 333
•
teau de Cinzana , de Rivalba
de Berfano , d'Albognana , de
Pogliano , & de Moncuco ; &
ce Duc s'approchoit par la prife
de tous ces poftes , de Quiers
& de la Colline du Pô. Vous
trouverez ce qui ſe fit enſuite
dans la relation fuivante.
4
-3
Au Camp devant Afti , le 9.
Novembre.
Nous arrivafmes le 6. devant
cette place. L'Armée campa la
droite à une hauteur où ily a une
Eglife appellée Madona Della
Viatofta , que l'on fit occuper par
K
334 MERCURE
les Bataillons de Dauphiné &
de Damas , avec trois Regimens
de Dragons &la gauche à une
autre hauteur au deffus de la Chartreufe
, où eft le quartier general ,
couvert par le Corps des Grenadiers.
Mr le Duc de la Feuillade
envoya ordre en même temps à
l'artillerie qui eftoit à Annoné, de
le venir joindre fous l'efcorte du
Bataillon du Royal - Artillerie &
de celui d'Efgrigny. Nousfommes
reftez dans cette fituation , à cauſe
des pluies continuelles , jusqu'au
buit que ce Ducfit fa difpofition
pour fe rendre maistre du fauxbourg
d'Afti par la porte de Saint
GALANT 335
Pierre , au moyen d'une breche
qu'il efperoit defaire. Il marcha
à midi avec toutes les Compagnies
de Grenadiers qui font ici au nombre
de trente › que commandoit
Mr le Marquis de Dreux , com-
-ptant qu'elles de soient eftre foûtenues
par les Carabiniers & deux
Regimens de Dragons , commandez
pour cet effet. Lorfque Mr le
Duc de la Feuillade fut à l'entrée
de la Plaine , il laiffa les troupes
pour s'y former hors de la vuedes
ennemis , & s'avança avec quelques
Officiers Generaux fur le
grand chemin d'Annoné à Afti
pour faire avancer le canon qui
336 MERCUR
E
eftoit en marche , qu'il devoit
faire mettre en batterie. Aprés
avoir donnéfes ordres , il rejoignit
les troupes où il les avoit laiſſées ;
l'on vit auffi- toft fortir environ
deux cent chevaux des ennemis ;
qui couroient à toute jambe droit
au canon , par le grand chemin . Ils
eftoient foutenus par toute leur Cavalerie
Allemande qui venoit de
leur Camp , & qui avoit defilé
entre les murailles du Fauxbourg
le Taner. Mr le Duc de la
•Feuillade s'avança dans la Plaine
avec les Grenadiers , & fit marcher
en même temps ce qui fe troua
deCarabiniers & de Dragons,
dont
GALANT 337
dont une partie ne put eftre affeztôt
en eftat.Son deffein eftoit de s'emparer
d'une petite Chapelle , qui eft
Sur le grand chemin , à une portée
de fufil du Fauxbourg ; leur Infanterie
, au nombre de 800 .
hommes , qui estoient couchez fur
le ventre pour favorifer leurprojet
, s'en faifit avant que nos troupes
y puffent arriver. Les premieres
troupes qui s'avancerent
pour attaquer noftre canon , le trouverent
gardé par le Bataillon du
Royal Artillerie , & par celuy
d'Efgrigny le premier eftant à
la tefte , attendit à faire fa déchar
ge prefque à bout touchant , ce qui
Novembre 1705
F f
;
338 MERCURE
les obligea d'abandonner leur def
fein, & de retourner pourſe mettre
en bataille avec leurs autres
troupes , vis-à- vis des noftres, qui
Se formoient à mesure qu'elles arrivoient.
La Cavalerie des ennemis
eftant pour lors fuperieure à la
noftre , la fit plier ; ce qui futcaufe
que nos Grenadiers en firent de
même , & leur Infanterie profita
de ce defordre. Ce qui fit prendre
le parti à Mr le Duc de la Feuillade
de fe mettre luy - même à la
tefte des Grenadierspour les rallier.
Il avoit laiffé fur la hauteur de la
gauche du Camp , où ily avoit
quatre pieces de canon , le RegiGALANT
339
de
ment de Dauphiné & celuy de
·D·umas , quifavoriférent le rallie
ment, par le grand feu qu'ilsfirent
fur les ennemis. Nôtre Cavale
rie , à qui Mr le Duc de la Feüillade
avoit envoyéordre de monter
à cheval , arrivoit avec beaucoup
precipitation ; illafit étendrefur
la gauche de noftre Infanterie , afin
qu'elle pût déborder les Ennemis.On
lespouſſa vivement, & on les culbuta
jufque dans le défilé, derriere
la muraille du Fauxbourg par
ils eftoient venus. Mrle Marquis
de Dreux repouffa leur Infanterie
jufque dans la paliffade de la demie-
lune , qu'ils ont à la tefte du
où
F fij
340 MERCURE
Fauxbourg ; on leur en tua un
grandnombre , on leurprit deux
Etendarts. L'acharnement de nos
troupes a esté fi grand , qu'elles
n'ontfongé qu'à battre ; ce qui eft
cauſe que nous n'avons fait que
deuxprifonniers. Nous avonsperdu
un Etendar du Regiment de
Dragons d'Hautefort. Mille chevaux,
& nos Grenadiers ontfeulement
combattu ; & ils ont eu affaire
à toutes les troupes de l'Empereur
, quifont au nombre de quinze
cens chevaux & de 2000.hommes
de pied ; dont trois cens eftoient
reflez dans les dehors du Fauxbourg
d' Afti. Mrs de Goëbriant ,
GALANT 341
de Mauroy , de Villers , de Robecq
de Guerchy , s'y font comportez
avec beaucoup de valeur &
de capacité. Mrs d'Hautefort , de
Bonneval, Saint- Micaud , Mar
cilly , Cherify , Raudot , & le
Chevalier de Mianne , s'y font
auffifort diftinguez; & les troupes
ont fort bien reparé le petit defordre
où elles ont efté d'abord . Nous
avons eu dans cette action environ
2 50.hommes de tuez ou bleſſez &
40. Officiers. Mrsde Goas & de
Ruffec , Maréchaux de Camp , y
ont efté bleſſez le premier affez
dangereufement. Mr le Chevalier
d'Imecourt eft mort defes bleffures.
Ffij
342 MERCURE
Mrs de Peyfac & de Bonnelles
ont efté bleffez, & Mr le Comte
de Teljé & Mr de Lutautont efté
auffibleffez , mais legerement. Mr
de Montecuculli , commandant le
Regiment de Visconti, a eſte tué,&
plufieurs autres , dont on eft venu
s'informer. Mr de la Feuillade &
Mr le Marquis de Dreuxfefont
toûjours trouvez au milieu du
danger.
Plufieurs Relations difent ,
que les ennemis ont perdu cinq
cens hommes dans cette affaire;
& il y a même des Relations
qui affurent que leur perte
beaucoup plus confiderable.
eft
GALANT 343
La chofe eft affez vrai - femblable.
Les ennemis ont d'abord
attaqué quelques Troupes avancées
, & leur grande fupe
riorité a efté caufe , qu'au commencement
de l'action ils ont
remporté l'avantage dont il eft
parlé dans la Relation quevous
venez de lire ; mais ces Troupes
avancées ayant efté fecourues
par plufieurs Corps , les
ennemis ont eu du défavantage
à leur tour , & ils ont efté obli
gez de plier & de prendre la
fuite : Ce que de bonnes Troupes
ne font jamais qu'aprés un
Combat opiniâtré , & aprés
Ffüij
344 MERCURE
de ;
avoir fait une perte confiderable
. Ainfi il y a lieu d'ajouter
foy aux Relations qui maxs
quent , qu'elle a efté tres- granpuifqu'outre
ce que les ennemis
ont perdu dans l'action
où ils ont cu de l'avantage , &
dans celle où ils ont efté battus, f
ils ont auffi perdu beaucoup
de monde , en fuyant jufque
dans le Fauxbourg d'Afti ; ceux
qui fuyent faifant toujours :
de grandes pertes , parce que
l'on ne fe défend pas en fuyant.
Ainfi la vrai-femblance s'accor
de avec toutes les Relations . On
ne peut donner trop de loüan-
ส
GALANT
345
"
ges à ceux , dont la conduite
l'activité & la valeur , ont em
pêché , par le prompt ſecours
qu'ils ont donné aux Troupes
qui avoient d'abord efté ébranlees
, que les ennemis ne fe
foient faifis du Canon , qu'ils
avoient deffein d'enlever ce b
deffein ayant efté le principal
motif de leur marche . Ainfi
l'on peut dire que leur entrees
prife a manqué , & qu'elle leur
a coûté cher.
;
Je viens d'apprendre que
débordement du Pô dont je
vous ay déja parlé , a obligé M
le Duc de la Feuillade d'aban
346 MERCURE
donner le fiege d'Afti , & que
la communication de fon Armée
avec Alexandrie ayant eſté
rompuë , il avoit manqué pendant
trois jours beaucoup de
chofes neceffaires à fon Armée,
Les mefmes Lettres qui m'ont
appris cette nouvelle , portent
que le débordement a cfté fi
extraordinaire à Mantouë , que
les eaux y ont monté deux pieds
par deffus les Ponts , & qu'elles
y ont formé une inondation à
deux lieues aux environs de Turin,
qui a emporté la plus grande
partie des nouveaux Ouvra
ges que Monfieur de Savoye y
GALANT 347
avoit fait faire , fubmergé des
Bourgs & des Villages , & noyé
un nombre confiderable de
perfonnes de tout ſexe & de
tout âge.
La Campagne paroift finic
en Allemagne , auffi- bien qu'en
Flandre ; & ce qu'il y a de furprenant
, eft que depuis deux
mois que Monfieur le Prince de
Bade s'eft emparé de Haguenau
, il n'a fait des Expeditions
qu'en paroles , quoyque fon
Armée fuft toute fraîche , &
beaucoup fuperieure à celle de
M' le Maréchal de Villars , qui
cftoit en campagne depuis le
348 MERCURE
•
Printemps , & dont l'Armée
cftoit affoiblie par de longues
marches
, & par toutes les expeditions
dont je vous ay deja
parlé. Il fembloit qu'aprés la
prife d'Haguenau , Monfieur
le Prince de Bade devoit
tout envahir , & qu'il n'avoit
qu'à choifir les conqueftes
qu'il vouloit faire , parmi lef
quelles ont regardoit celle du
Fort- Louis comme une conquefte
tres-affurée , & cependant
ce Prince s'eft contenté
de bloquer cette place . H
s'eftoit vanté qu'il donneroit
bataille à M' le Maréchal de
GALANT 349
Villars ; & la fuperiorité de fes
troupes fembloit l'affeurer de
la Victoire. M le Maréchal
de Villars ne s'eft point étonné
de tous ces projets ; & fouhaitant
ardamment d'en venir
aux mains il a imaginé des
moyens dont il ne paroift pas
qu'on fe foit encore fervi pour
mettre fon Armée , non feulement
en état de refifter aux
ennemis mais auffi de les
>
>
battre . Cette Armée avoit perdu
beaucoup de chevaux qui
étoit morts de maladie ; ce
Maréchal fe fervit de deux
moyens pour les remplacer,
350 MERCURE
Les Officiers Generaux avoient
beaucoup plus de chevaux
qu'il ne leur étoit neceſſaire ,
dans la fituation où l'Armée
fe trouvoit , n'ayant plus de
marche confiderable à faire ,
ainfi ce Maréchal crût que les
Officiers qui en avoient trop ,
pourroient en donner aux Cavaliers
qui en avoient beſoin.
Il jugea auffi qu'il étoit à propos
de fe fervir d'une partie
des chevaux de l'Artillerie pour
remonter un grand nombre de
Cavaliers , & d'en faire venir
d'autres de Franche - Comté
pour ſervir à l'Artillerie , qui
GALANT 351
avoit le temps d'attendre ;
n'ayant point de marches à
faire. Monfieur le Prince de
Bade , dont l'extrême prudence
eft caufe qu'il eft long- temps
à fe refoudre , & fort lent à
agir , a laiffé paffer le temps
qu'il pouvoit attaquer Mr le
Maréchal de Villars avec avan
tage ; & comme il ne rifque
jamais rien , ou du moins qu'il
ne veut rien rifquer , il a quitté
la refolution d'attaquer Mr de
Villars , perfuadé qu'il n'eftoit
pas affuré de le vaincre. Et aprés
cftre demeuré pendant deux
mois dans une inaction qui a
352 MERCURE
peut-eftre plus fait perir de fes
troupes , que fi elles avoient
combattu puifqu'il n'a ofé
quitter , qu'à l'extremité , des
Camps où elles manquoient
de toutes chofes , il n'a plus
fongé qu'à leur faire prendre
des quartiers d'hyver , aprés
avoir fait repaffer le Rhin à fa
Cavalerie, & à une partie de fon
Infanterie ; laiffant toutefois
affez de troupes en deçà pour
gardes fes conqueftes , & pour
former un Corps de dix ou
douze mille hommes
, pour
s'opposer aux entreprifes que
Mr le Maréchal de Villars
GALANT 361
vertes , fans avoir efté obligé
de les forcer , ne luy procurent
quelques chagrins , & fur tout
en Angleterre, les Anglois fçachant
que leur Armée de Flan
dre eft entierement ruinée , &
qu'il n'y refte pas cinq mille
chevaux. Je ne croyois pas don
ner tant d'étendue à cet article
lorfque je l'ai commencé ; mais
vous devez remarquer que c'eft
la verité des faits qui m'a fait
parler, tout ce que je viens de
dire ne contenant que des faits,
& non des raifonnemens.
Voici la Lettre dont je viens
devous parler , & qui a donné
Novembre 1705. Hh
362 MERCURE
Occafion à cet article.
A Turin le 26. Aouſt.
MADAME,
Les assurances que Voftre Majesté
nous donna par fa Lettre du
12. du mois dernier , que l'Armée.
Imperiale , fous le commandement
du Prince Eugene , nous joindroit
inceffamment, & délivreroit nos
peuples du trifte eftat où ils fe trouvent;
viennent de s'anéantir par
le fâcheux fuccés de la Bataille
de Lombardie. Le malheur qui
vient d'arriver à cette Armée , ne
GALANT 363
E
doit eftre attribué ni à ce Prince,
ni aux autres Generaux qui fervoient
fous luy puifque les uns
lesautresy ont donné des marques
de leur valeur : la mort de
quelques-uns , & le fang des autres
juftifient affez leur conduite.
Cependant nos Etats font les feuls
qui fouffriront des fuites de cet
evenement ; puifque l'Empereur
n'eft guére en état de faire paffer
ven Italie un fecours auffi prompt,
auffi nombreux qu'il feroit à
*fouhaiter , pour réparer la perte que
Sa Majesté Imperiale vient dy
faire.
Si les projets de la Campagne
Hh ij
364 MERCURE
que nous fifmes communiquer à
Voftre Majesté & à nos autres
Alliez dés le mois de Mars der
nier , avoient eftéfuivis , les affaires
de l'Europe auroient aujour
d'huy une toute autre face. Vous
fçavez , Madame , que nostre
fentiment eftoit , d'eftre fur la dé
fenfive en Allemagne, en Brabant,
même en Portugal ; & que
pendant que la Flotte de Veftre
Majefté celle de Meffieurs les
Etats Generaux tiendroient en
crainte er en allarme les Côtes
d'Espagne & de France , on feroit
paffer en Italie du moins
foixante mille hommes , dont vingt
GALANT 365
ac
mille auroient fait diverfion du
cofté du Milanois , pendant que le
reste ayant penetré en Piémont
auroir chaffe l'ennemi de nos Etats
favorifé en même temps les
Mécontens du Languedoc , qui fe
voyant abandonnez du côté du
Piémont , d'où ils attendoient leur
anique foutien , on lesan
cablez dans un inftant.
L'événement n'a jufqu'icy que
trop prouvé , que nous ne nous
eftions point trompez dans les con →
jectures que nous tirames , lorfque
Ambaffadeurs à Londres à
la Haye , nous donnerent avis ,
que le fort de la guerre tomberoit
nos
Hh iij
366 MERCURE
cette Campagne fur la Mofelle.
Ils en firent en noftre nom des remontrances
inutiles ; les Alliez
crurent ,fans doute , que nous n'avions
en vûë que nos propres interefts
: ce qui les engagea de préferer
les avis de quelques particuliers
aux noftres. Si cesparticuliers am
bitionnoient fi fort la gloire , ils
pouvoient venir en acquerir plus
furement en Italie que fur la
Mofelle , où leurs vues fe font
trouvées bornées.
P
a
Noftre conduitejufques à prefent
a efté fort oppofée à l'idée qu'on en
a voulu donner dans les Conferences
de la Haye , on a vú que
"GALANT 367
bien loin de fonger à nos jeritables
interefts , nous les avons facrifiz
pour ceux de la caufe commune
cefacrifice volontaire ne nous
a procuré que l'abandon de la
part de nos Alliez. Car, Ma
nous ne fçaurions nom.
dame
mer autrement la foibleffe & la
lenteur des fecours qu'on nous
envoyez jufqu'à prefent ; puiſque
V. M. n'ignore pas qu'ils nous ont
efté entierement inutiles.
Nous nous trouvons prefentement
dans deux extremitez égale
ment fâcheuses ; il faut que nous
voyions paffer le reste de nos Etats
entre les mains de l'Ennemy , ou
Hhiij
368 MERCURE
que nous faffions une paix forcée
avec luy , qui ne fera pas moins
defavantageuse pour nous , que
honteuse pour nos Alliez.
Si nous en venons à cette dure
meceffité , aucune perfonne raiſonnable
ne fçauroit nous en blâmer ;
car vous voyez , Madame , qu'il
n'eft plus temps pour nous de de→
mander du fecours aux Alliez ,
puifqu'ils ont negligé de nous en
envoyer , lorsque nous eftions en
eftat d'en favorifer le paffage .
dans le temps que l'Armée enne
mie eftoit fort affoiblie par la longueur
du fiege de Veruë.
Cependant s'il y a encore quel
GALANT
369
que milieu à prendre pour l'intereft
de la caufe commune , & que
nouspuiffions y contribuer de notre
part , nous fommes encore prefts
d'écouter là-deffus les fentimens de
V.M. & ceux de l'Empereur , &
des Etats Generaux , à qui nous
écrivons aujourd'huyfur le même
fujet ; mais comme le temps ne
Içauroit eftre plus precieux , nous
efperons que les Puiffances alliées
avec nous ne l'employeront pas
vaines deliberations. Cependant
nous fouhaitons à Voftre Majesté
un heureux regne , & toutes fortes
de profperitez , puifque nousfom
mes avec fincerité , Madame
en
3
370 MERCURE
voſtre affectionné Amy & Confe
deré.
Signé , VICTOR-AMEDE’E.
Perfonne ne doutera , aprés
que
la lecture de cette lettre ,
les Alliez n'ayent efté battus
au Combat de Caffano , puif
que Monfieur le Duc de Savoye
l'avoue luy mefme ; & quand
il n'en demeureroit d'accord ,
ce qui s'eft paffé depuis ce.combat
fait connoiftre la verité.
Toutes les Léttres d'Allemagne
& celles de l'Armée de
Monfieur le Prince Eugene
ont fait connoiftre que ce Prin
GALANT 371
3
*
ce a reçu ſept ou huit mille
hommes
de fecours depuis le
Combat de Caffano ; & quand
il n'en auroit reçeu que fix
fuivant les Lettres de ceux
qui l'étendent le moins , il
auroit dû , s'il avoit gagné la
bataille , fuivant le langage de
ceux qui en ont fait chanter le
Te Deum dans leurs Etats , faire
reculer beaucoup en de - çà
Monfieur le Duc de Vendofme
: puiſqu'une Armée victorieufe
& qui reçoit des fecours,
aprés le gain d'une bataille
doit profiter de ces deux avantages
, & pouffer vigoureuſe372
MERCURE
ment fes ennemis. Cependant
il faut , ou que le gain de cette
Bataille tant vante, foit faux
ou que Monfieur de Vendofme
foit le plus grand & le plus
habile de tous les Capitaines, &
que l'on ne puiffe rien ajoûter
à la valeur des François ; puifque
les ennemis ont prefque
toujours efté battus , & ont
toujours reculé depuis le Com
bat de Caffano, quoyque Mon
fieur de Vendofme n'ait receu
aucun fecours . C'eft un fait
conftant , & chacun fçait que
ce Prince n'a point reçeu ce
luy qui luy avoit efté deſtiné.
GALANT 373
La Reine d'Angleterre a fait
un long difcours à l'ouverture
du Parlement , qui vient de
commencer fes Séances . On a
d'abord donné des louanges à
fa memoire ; mais à peine a - t- on
commencé à faire quelques re
Alexions fur ce difcours, qu'on a
trouvé qu'il n'eftoit.compoféque
des difcours précedens de cette
Princeffe , & qu'elle n'a pas fair
un grand effort de memoire en
le prononçant & tout le verbiage
dont il eft rempli ne confifte
qu'en des demandes d'argent
pour foûtenir la guerre ,
cette Princeffe difant que les
les Anglois ne doivent pas mettre
bas les armes , que l'Archiduc
ne foit fur le Trône d'Efpagne
; parce que la France &
374 MERCURE
cette Couronne unies enſemble
font trop puiffantes . Demaniere
que , felon le difcours de cette
Princeffe , fi fouvent rebattu
par tous les Alliez , il s'en doit
fuivre que ceux à qui le Ciel a
donné une puiffance étenduë
, doivent eftre regardez
comme fi la poffeffion desheritages
qui leur appartiennens étant
un crime , il y avoit quelque
Loy qui ordonnaft que toutes
les autres Puiffances duffent
s'affembler pour leur faire la
guerre. Cependant il n'y a point
de Loy ny divine ny humaine
qui le permette ; & ces deteftables
maximes politiques fe trouvent
feulement dans Machiavel .
L'injuftice de pareilles guerres
fait que fouvent la fuite en eft
GALANT 375
fatale à ceux qui les entreprennent.
La Reine d'Angleterre
ajoûta une feconde rai
fon pour perfuader aux Anglois
qu'ils devoient continuer la
guerre jufqu'à ce que la puiffance
de la France fuſt abatuë,
parce que le Prince qui la gou.
verne eftoit accoûtumé à rompre
tous les traitez qu'il a fait.
Je vous ai envoyé des Volumes
entiers par lequels j'ai répondu
à ces fauffetez que les
Alliez rebattent toûjours dans
tous leurs difcours & dans tous
leurs écrits fans en donner
de preuves , ni citer aucun exemple,
maisfeulement pour éblouir
les peuples ; comme fi l'ufage
qui établit fouvent beaucoup
de chofes , en pouvoit établir
3
376 MERCUR
E
de cette nature. Ce ne fera pas?
à force de repeter ces fauffetez,
qu'on les fera croire ni dans
le fiecle prefent , ni dans les
fiecles futurs. Il n'y a qu'à ou
vrir les yeux pour en connoiftre
prefentement la verité , que
-toutes les hiftoires feront connoître
dans les ficcles futurs .
Ce qu'il y a de furprenant
dans ces fauffes accufations , eft
que le Roy a toujours plutoft
cherché à faire la paix , qu'à la
rompre , & que pour avoir la
fatisfaction de pacifier l'Europe,
& de faire finir tous les crimes
horribles & generalement tous
les maux qu'entraînent la guerre.
On en voit deux preuves
éclatantes dans le traité de Nimegue
, & dans celui de Rif
GALANY 377
8
wick ; & chacun fçait que lorfqu'il
a plû à ce Monarque de
les faire , il eftoit en état de continuer
fes triomphes , & qu'il
auroit fallu des fiecles à fes ennemis
pour reprendre des places
qu'il a bien voulu donner
pour avoir le plaifir de calmer
Europe , & qu'on n'auroit
jamais ofé luy demander . Quelle
apparence y a - t - il qu'il euft rendu
des Places qui luy donnoient
entrée chez fes ennemis , pour
rompre enfuite ces Traitez , afin
de recommencer la guerre , aprés
s'eftre défaifi de tous ces avantages
? Voyon's prefentement comment
ces deux Traitez ont été
rompus. Quand le Roy a étéobligé
de recommencer la guerre en
1688: tous les Etats de ce Prince.
Novembre 1705 . Ii.
378 MERCURE
étoient dans un calme profond ,
& pour les laiffer joüir des douceurs
de la paix il avoit trés peu
de troupes , & l'on peut même
dire qu'il n'y avoit point d'argent
à fon Trefor ; ce Prince ne
faifant alors aucune levée extraordinaire
fur fes peuples : &
dans le temps qu'il y penfoit le
moins , on vit tout à coup s'éle
ver un orage , fans qu'on feeût
d'abord en quel lieu il devoit
fondre , Le Prince d'Orange parut
tout d'un coup avec une
armée confiderable, qui pouvoit
beaucoup groffir , parce qu'elle
devoit eftre jointe par la plus
grande partie des Proteftans des
Etats fur lefquels il feroit tombé,
& comme il y en avoit alors
beaucoup en France , & que
"
GADANT! 379
ceux qui en étoient fortis , s'étoient
joints à ce Prince ambi ,
tieux & dénaturé , comme il parue
dans la fuite , il y avoit lieu
de croire que la nuée creveroit
en France : & ce Prince qui étoit
encore plus politique que Capi-
Xtaine , le fit croire adroitement
à plufieurs Puiffances de l'Eu-
-rope , dont quelques - unes qui
s'en font bien répenties depuis,
furent les dupes de fa fauffe confidence.
Et la chofe fut fi bien
conduite , que le Roy d'Angleterre
même , fur qui l'orage devoit
tomber , écrivit au Roy que
l'affaire le regardoit . Ce Monarque
difoit vrais mais le Prince
d'Orange ne devoit attaquer
la France , aidé de tous les Proteftans
François de fon parci ,
Ca
"
Ii ij
380 MERCURE
į
qu'aprés s'eftre rendu maiſtre
de l'Angleterre , à quoi il ne
devoit pas employer beaucoup
de temps ; puifque tous les An
glois fe devoient foûmettre à fa
puiffance , auffi toft qu'il auroit
débarqué. Toutes ces chofes
font connoître que le Roy n'a
point rompu le Traité dé Nimegue
, & ne ſe préparoit point
fe
à le rompre , puis qu'il n'avoit
encore fait aucune levée ni
d'hommes ni d'argent , lorfque
le Prince d'Orange paffa en Ans
gleterre dans le deffein de venir
enfuite en France , où on luy
avoit promis que tous les Proteftans
qui avoient feint de fe
convertir, fe foûleveroient . Voi
là ce qui a donné lieu à la guer
re qui a fuivi la paix de Nimes
GALANT 381
•
gue , & dans laquelle le Roy fut
averti que la plupart des Puiffances
, qui avoient lieu de fe
louer d'un Monarque qui leur .
avoit donné la paix , devoient
rentrer ; ce qu'ils firent , auffitoft
aprés que le Prince d'Oran
ge eut été couronné Roy d'Angleterre
, & la France auroit été
perdue , fi le Roy n'eût trouvé
moyen d'affembler affez toft des
hommes & de l'argent pour fé
garantir d'une conjuration tramée
par une partie des Princes
de l'Europe , & fur tout par les
Princes Proteftans.
Quant à la paix de Rifvvick ,
il n'y a perfonne qui ne doive
fe fouvenir que ce Traité n'a pas
été rompu par le Roy ; mais par
des declarations de guerre faites
382 MERCURE
par les Anglois & les Hollandois
, quelque temps aprés l'avenement
de Philippe V. à la
Couronne d'Espagne , & aprés
que les deux Couronnes eurent
declaré qu'elles ne pouvoient
confentir aux propofitions exor
bitantes de ces deux Puiffances.
Je ne cite ici que des faits qui
fe trouvent imprimez dans toute
l'Europe : Et la Reine d'Angleterre
fe contredit dans fon
difcours , puis qu'après avoir die
que l'on doit continuer la guerre
, tant que Philippe V. occupera
le Trône d'Efpagne , elle
dit que le Roy de France ne
tient aucun Traité de Paix. Cependant
elle fait voir le contraire
dans le même difcours ,
en faifant connoître que cette
""
GALANT 383
#
derniere
guerre a
a été commencée
par les Alliez pour abatre la
trop grande puiffance de la
France & de l'Espagne unies
enfemble . Mais il est aisé de voir
que cette guerre , qui embrafe
aujourd'huy toute l'Europe , a
pour fondement deux ou trois
raifons fecretes qui regardent
uniquement la Princeffe , qui
occupe injuftement le Trône
d'Angleterre. Cette Princeffe
ne fe feroit point de Creatures
pendant la Paix , parcequ'elle
auroit peu de quoy les élever;
qu'elle ne pourroit remplir l'avidité
des plus remuans par des
honneurs , ni par de l'argent ;
parcequ'elle ne toucheroit alors
que celuy de la Lifte civile , qui
eft pour l'entretien de fa Maiſon,
384 MERCURE
Elle craindroit auffi que les peu
ples eftant dans une oifiveté
profonde , & trop à leur aife ,
ne conçûffent du mépris pour
elle , & ne formaffent le deffeia
de rappeller leur legitime Roy;
& que la France , quife trouveroit
en paix , ne favorifaft le rétabliffement
de ce Monarque.
Ainfi cette Princeffe , pour fe
maintenir fur le Trône , entretient
toute l'Europe en guerre,
par le moyen des fubfides qu'elle
donne & qu'elle tire de toute
P'Angleterre , qu'elle ruine
pourfes feuls interefts ; les fubfides
qu'elle donne eftant d'autant
plus grands , que le: Hollandois
ne fe trouvent plus dans
l'état floriffant où ils eftoient
autrefois , & que plufieurs Provinces
•
GALANT 385
vinces ne peuvent plus payer
leur part des dépenfes de la
guerre. De maniere que les Anglois
qui ont toujours eu de la
peine à fe laiffer gouverner par
de fages , & legitimes Rois , laiffent
leur Etat en proye à une
Femme , qui ne fonge qu'à fe
maintenir au prix de leur fang,
& des grandes fommes qu'elle
tire de l'Angleterre , & à enri
chir fes Creatures .
Les Lettres que vous allez li
re , vous apprendront la fuitte
des nouvelles de l'Armée de
Monfieur de Vendofme .
Au Camp de Corte - Cortez
le 15. Novembre.
Monfieur de Vendofme de ampa
Novembre 1705. Kk
386 MERCURE
le 12.de Cividato , fur l'avis qu'il
ent que les Ennemis eftoient décampezle
mefme jour au matin d'Urago,
& avoient entierement abandonné
la partie de Palazzuolo & de Pon
zoglio , qu'ils occupoient encore an
delà de l'Oglio. Son intention eftoit
de paffer cette Riviere à Uftiano pour
n'avoir plus à paßer la Mela ,
dont Monfieur le Prince Eugene
qui avoit marché au Pont de Gastel,
auroit pu rompre les Ponts ; & Son
Alteßey avoit fait marcher Mr de
Saint. Fremont, avec deux Regi
mens de Dragons , une Brigade
de Cavalerie , qui eftoit la plus à
portée mais n'y ayant pas moyen
d'approcher du Pont à cause des
eaux , elle s'eft déterminée à paſſer
à Bardolano. Et pour le faire avec
desforcesplus nombreuſes , elle s'eft
GALANT 387
ameftée icy , afin de donner lieu à
toutes fes Troupes de la joindre
ayant efté obligée , à cauſe du mauvais
temps , de les difperfer dans les
Villages qui font depuis Soncina
jufqu'à Uftiano. Elle a fait un détachement
pour reconnoistre le pont
de Manherbe , qui n'eft pas encore
de retour ; mais au pis aller , nous
nous préparons à faire des Ponts fur
la Mela , dans l'endroit où le paßage
ferajugé le pluspraticable . Monfieur
de Vendofme a laiffe Mr le
Comte de Medavy , avec Mrs de
Toralba, & de Dillon fur le haut
Oglio, avec neuf Bataillons , dra
nombre defquelsfont cing des Troupes
d'Espagne , & quatre Escadrons des
mêmes Troupes. Les affreux débordemens
nous inquietent continuellement
pour nosfubfiftances ; car il ne
K K ij
388 MERCURE
defcend plus rien par les Rivieres
& l'on ne peut fe fervir de charrois,
les chemins eftant impraticables.
Nous n'avons cependant manquê
encore de rien ; & nous esperons
d'eftre en état , dés que nous aurons.
paffé l'Oglio , de tirer des fecours de
Mantouë.
A Uſtiano le 17. Novembre.
Mr de Saint - Fremont ayant
mandé le 14. au foir à Monfieur
de Vendofme , qu'il n'eftoit pas poffible
de paffer l'Oglio fur le Pont
d'Uftiano , parce que les eaux y
eftoient encore plus hautes & plus
étendues qu'à Soncino . Son Alteffe
luy manda le 15. de luy renGALANT
389
woyer la Brigade de Cavalerie ,
de garder feulement les deux
Regimens de Dragons ; qu'elle s'étoit
enfin déterminée àpaffer le 16.
fur les Ponts à Bardolano , & de
poufferfon avantgardejuſqu'à Verola-
Vecchia ,fur lepays Venitien ,
où elle fejourneroit
le 17. &
qu'il euft à paffer comme il pourroit
avec les Dragons fur le Pont
dUftiano , pour luy faire faire
a
deux Ponts de Batteaux vers le
bas de la Mela ; afin d'y faire paf
fer l' Armée le 18. & le 19. ce que
Mrde Saint Fremont executa. Le
16. ce Prince remonta la Mela
furfa gauche jufqu'à Manherbe,
Kk iij
390 MERCURE
..
&
pour voir en quel eftat y font les
deux Ponts de bois fur Pilotis
afin d'y pouvoir faire paffer l' Armée
, nousplacer dans desquartiers
de fourrages , entre le bas de
la Mela & de la Chiefa , en attendant
la refolution de Monfieur
le Prince Eugene pour l'établiſſe
ment defes quartiers d'hiver.
Mr de S. Fremont vient de dépêcher
un Courier àMonfieur de Ven
dômepour l'informer que les ennemis,
aprés avoir demeuré trois jours
à Roncadel aupont d'Ecadel, en
décamperent hier matin , marchant
vers le pont de la Chiefe..
GALANT
391
Au Camp de Zigoli le 18 .
Novembre.
L'Armée paffa le 16. à Bardo-
Lano , fe cantonna dans des
Villages du Breffian . Le quartier
general étoit à Verola-Vecchia ,
oùle mauvais temps d'hier obligea
Monfieur de Vendofme de féjour
ner, quoyqu'il continue ,fur l'avis
que fon Alteffe a eu que les
ennemis avoient paffé la Mela au
Pont de Gastel , & qu'ils marchoient
vers Montechiaro , où l'on
difoit qu'ils devoient établir des
Fours , s'étendant derriere la Chie
fa , elle a cru devoirfe porter du
cofté de Caftiglione. Unepartie de
392 MERCURE
que
Mr de Saint
fon Armée a déja paſſé la Mela ,
fur deux Ponts
Fremont a fait accommoder , l'un
prés d'icy , & l'autre à Pralboüin.
On croit qu'il faudragagner Azola
pour ypaffer la Chiefa , & que
Monfieur de Vendofme ne s'arrê
rapoint qu'il nefoit au delà. Com
me les eaux fe font un peu écou
lées , & que le Pont d'Uftiano eft
praticable, nous y avons fait paffer
des farines de Cremone , &
nous en tirerons demain pour quatre
jours defubfiftance.
On apprend tous les jours de
nouveaux defordres caufez par le
débordement du Pô. La garnison
GALANT 393
allon
que nous avions dans la Mefola
efté contrainte de l'abandonner,
de fe retirer prés de Ferrare ,
l'on ne fe croit pas hors de rifque
d'eſtre ſubmergé. Les cau
tions de Mrle Mar ons te Biffy
& de Mr'de Bonneval , Commif
faire à Mantoie , ont sauvé nos
Magafins , fur tout , ceux à poudre.
Les Ennemis ont reçu quel
ques Troupes de Saxe-Gottha ,
de Wolfenbutel. Il nous vient auſſi
8. Bataillons & 12. Efcadrons du
Piémont Monfieur de Vendofme
veut abfolument recogner
Monfieur le Prince Eugene dans
Les Montagnes.
394 MERCURE
Aux Caffines d'Azola , le 22
Novembre.
Les Ennemis ont 4000. hommes
dans Montechiaro ; e le refte
de loor. Armée eſt répandu jufqu'aupres
leeaalcinato.
Mrle Comte de Médavy s'eft
rendu maistre du Chateau de Ca-
Lepio ; ce qui nous aẞure entiere¬
ment des hauts de l'Oglio , depuis
Le Lac d'Ifco.
Je croy ne devoir point repe
ter icy tout ce que les nouvelles
publiques de France & de pluhieurs
autres endroits ont fait
imprimer touchant les particu
laritez de la priſe de Barcelone,
:
GALANT
395
Quoique toutes ces nouvelles fe
rapportent , il y a lieu de croire
que l'on en fçaura encore de
plus particulieres par Mr de
Velafco ainfi que par tous
les Officiers de la Garniſon qui
ont efté embarquez fur la Flotte
des Alliez pour eftre conduits
aux lieux marquez par la Capitulation
; & comme on n'en a
point eu de nouvelles depuis
leur départ , il y a lieu de croire
que ces Vaiffeaux ont eſté battus
& écartez par une rude tempefte
, ainfi que portent quelques
Lettres venues des Coftes
d'Efpagne . C'eft pourquoy je
paffe à Madrid , pour vous entretenir
de ce qui s'y eft fait ,
auffitoft aprés que l'on y eut reçu
des nouvelles affurées de la
396 MERCURE
prife de Barcelone Sa Majesté
Catholique
fic affembler fon
Confeil , aprés avoir envoyé des
ordres à tous les Confeillers
d'Etat nez , & particulierement
à Monfieur le Cardinal Portocarrero
Archevêque
de Tolede
, de s'y trouver . Sa Majefté
leur expofa , avec une netteté
& un fang froid admirable , la
fituation des affaires de Catalogne
; & comme ils eftoient fur
le point de déliberer fur les
moyens de fecourir cette Principauté
, ce Prince leur dit que
l'affaire eftoit affez importante
pour qu'ils y révaffent jufqu'au
Tendemain que le Confeil fe raffembleroit
, & que chacun pourroit
alors dire fon avis : ce qui
attira de grands applaudiffemens
GALANT
397
mens à Sa Majesté Catholique
Le même Confeil s'eftant affem .
blé le lendemain & chacun
ayant dit fon avis , ce Monarque .
déclara qu'il avoit refolu de marcher
en perfonne en Catalogne , &
qu'il vouloit vaincre ou mourir¿
plutoft que de fouffrir que l'Archiduc
y confervaft un pouce de terre . Je ne
vous dis point combien ces paroles
charmerent tout le Confeil,
puifqu'il feroit affez difficile de
le bien exprimer . Les ordres furent
auffitoft donnez pour faire
marcher le plus de Troupes
qu'il feroit poffible ; & tous les
Grands promirent de fuivre Sa
Majellé , & de faire armer leurs
Vaffaux pour augmenter le nom
bre de ces Troupes , qui , avec
les Troupes Françoifes com-
Novembre 1705 . LI
98 MERCURE
mandées par Mr le Maréchal de
Teffé , & fans compter l'Armée
de Mr le Prince de Tferclaës ,
doivent monter à dix- huit mille
hommes . Il y a auffi de divers
endroits des Troupes de France
en marche , & le Roy en donnę
aux Efpagnols preſque une fois
autant qu'ils luy en ont demandé.
A peine le Roy d'Espagne
eut-il pris la refolution de marcher
en perfonne , que les Efpa
gnols s'offrirent de garder la
Frontiere du cofté du Portugal ;
& Mr le Marquis de Bay fuc
nommé pour les commander. Mr
le Maréchal de Teffé quitta
l'Armée de l'Eftramadure le 12 .
de Novembre pour aller à Madrid
, afin de s'aboucher avec Sa
Majefté Catholique , & le mêGALANT
399
me jour toutes les Troupes de
France qui estoient dans cette
Armée , au nombre de treize
Bataillons & de dix- neuf Efcadrons
, marcherent fur trois routes
differentes pour ſe rendre en
Arragon , fçavoir , par Tolede ,
par Sigovie , & par Talavera
de la Reynna. Cette marche à
efté ainfi ordonnée , à cauſe dè
la difficulté des vivres . L'Artil
lerie partit le 16 du même mois.
Le départ du Roy d'Espagne
eftoit fixé au 28. tous fes équipages
de campagne devant eitre
prefts pour ce jour - là . Toutes
les Troupes de France ont paffe
quatre lieuës de Madrid , où
la Reine d'Efpagne les a efté
voir; & fes manieres obligeantés
ont ajoûté une nouvelle ar
1
Ll ij
400 MERCURE
deur à leur
courage .
Quant aux affaires de Cata
logne , la confufion y eft figrande,
qu'il feroit difficile d'en parler
jufte . Le Roy d'Efpagne
avoit comblé cette Principauté
de priviléges , & elle ne luy
payoit aucuns droits ; de manicre
que ceux , qui , par un aveuglement
fatal pour la nation ,
ont écouté les propofitions du
Prince d'Armſtadt , font prefentement
les premiers à s'en
repentir . L'Archiduc n'ayant
point d'argent , a commencé par
faire fondre une partie de l'argenterie
de toutes les Eglifes , &
a impofé à tous les Catalans une
Laxe du vingtiéme de tous leurs
biens , fans conter tous les fourrages,
les munitions & les proGALANT
401
vifions qu'ils font obligez dé
fournir. La politique l'engageroit
peut- eftre d'en ufer autrement
; mais manquant de toutes
chofes , & fur tout d'argent , il
y a lieu de croire que les Catalans
fouffriront beaucoup , &
qu'il leur enlevera la plus grande
partie de leurs biens . Ce
Prince manque de troupes , & fi
ceux qui font encore dans fon
parti l'abandonnent , il ne feroit
pas en état de fe défendre , je në
dis pas contre les troupes d'Efpagne
& de France , dont il paroît
qu'il doit eftre bien toft accable
; mais même contre ceux
que le répentir & le mauvais
traitement qu'on leur fait ont
obligé de quitter fon parti Il eft
Conftant que lorfqu'il a débar-
Lliij
402 MERCURE
qué en Catalogne , il n'avoit paš
plus de dix à onze mille hommes
de troupes reglées , & qu'il
ne luy en refte prefentement pas
plus de trois mille . La défertion
a été grande parmi les troupes ;
les maladies en ont emporté
beaucoup , & il n'en a pas moins
perdu dans les attaques des places
dont il s'eft emparé. De maniere
qu'il faut , ou qu'il ne
mette point de troupes réglées
en campagne , ou qu'il fe fie à la
fidelité des Habitans des places,
qui ayant déja trahi leur veritableSouverain
, pourroient bien
retourner fous fon obeïffance.
Voilà la veritable fituation où
fe trouvé la Catalogne . Quant
à ce qui s'y eft paffé depuis la
prife de Barcelone jufqu'à pres
GALANT 403
fent , les nouvelles qui en font
yenuës , fe contrarient tellement
, que ne pouvant vous en
rien dire de certain , & étant
fort affuré
que nous en appren
drons bien toft des nouvelles
par nos propres troupes ; je croy
devoir remettre à vous en parler.
L'ardeur des François eft
toûjours égale lorfqu'il s'agit de
fe fignaler , & même de contribuer
à la dépense qui peut abre
ger le chemin de leur avancement
, en leur procurant l'avan
tage d'entrer plutoft dans les
routes par lesquelles il faut paffer
pour devenir Officiers Generaux.
C'est ce qui à été cauſe,
que non feulement la premiere
Nobleffe de France & la plus
404 MERCURE
qualifiée ; mais auffi celle du fecond
ordre , ont demandé au
Roy la permiffion de lever des
Regimens pour les fommes qu'il
plairoit à fa Majefté de leur donner.
Voici ceux qu'Elle a nommez
, les dix premiers pour le
ver des Regimens de Cavalerie,
& les trois derniers , des Regimens
de Dragons .
Mr le Comte de Saint- Aignan,
fils aîné de Mr le Duc de Beauvillier.
Mr le Prince de Marcillac ,
fils aîné de Mr le Duc de la Rocheguyon
, & petit fils de Mr le
Duc de la Rochefoucault .
Mr le Comte de Roye , fils
de Mr le Marquis de Roucy.
Mr le Marquis de la Motte,
fils de Mr le Comte de la Motte,
GALANT 405
Mr.le Comte de Biron , fils de
Mr le Marquis de Biron-
Mr le Marquis de Gamache,
fils de Monfieur le Marquis de
Cayeux .
Mr le Marquis d'Harcour
Beuvron , fils de Mr le Maréchal
Duc d'Harcour .
Mr le Marquis du Luc , fils de
Mr le Comte du Luc.
Mr le Comte du Châtelet
fils de Mr le Marquis du Châ
teler .
Mr le Marquis de Mongon ,
fils de Mr le Comte de Mongon .
Mr le Marquis d'Epinay
gendre de Mr le Marquis d'O .
Mr le Marquis d'Elcorail
Colonel Reformé de Dragons.
Mr le Marquis de Grammont ,
fils de Mr le Comte de Gram-
2
406 MERCURE
mont , de Franche - Comté.
Le Roy a donné des Brevets
de Meftres de Camp à fept Officiers
de Gendarmerie , qui font
Mrs de Juffac , de Crecy , de
Miran , de Dampierre , de Chenoife
, Louvet & Dauvillars .
Sa Majesté a donné à Mr Cloche
de la Malmaison - d'Efpernay
en Champagne , le Gouvernement
de l'Ile de la Guardeloupé,
en Amerique . Sa Majesté l'avoit
peu de jours auparavant ho
noré de la Croix de faint Louis ,
en confideration de fes fervices:
ayant foûtenu deux fois le fiege
du Fort de ladite 1fle , où il
eftoit Lieutenant de Roy pendant
les années 1691. & 1703 .
contre les Anglois qui y firent
des defcentes, & qu'il a toujours
GALANT
407
obligez à lever le fiege , aprés
avoir perdu beaucoup de
monde.
Le Roy a donné à Mrdu Repair
le Gouvernement de Philippeville
, qui vaquoit par là
mort de Mr de Viollaine .
Le mot de l'Enigme du mois
dernier étoit Les Orgues de Barbarie:
Quoyque tous les vers en
foient juftes , je croyois que le
mot de cette Enigme feroit plus
difficile à trouver le fujet en
eftant peu connu . Voicy les
noms de ceux qui ont trouvé ce
mor .
s
Mrs de la Panneterie , d'Amiens
, rue Sainte Croix prés
du Palais ; Les quatre bien zelez
pour la Societé, Mrs G. Delpiet
& Poitevin , Syndics ; Commes
408 MERCURE
& Dorliat , Notaires à Borde
aux: André - François Santus ,
fils du Bailly Royal de Vincennes:
Jean Paris & Louis Regnouft
, Clercs , de la rue des
Rats : Maître Eftienne , de la
ruë Guifarde: Martel le jeune ,
de la rue Bethify & fon Affocié,
du coin de la rue des petits
Champs , avec la charmante
Bruné, de la ruë de... Tamiriſte:
Fanchon , & fa petite Poulle ,
de la rue de la Bucherie : Le
Solitaire Defangloux , & fa
chere petite Gougou : Et Miles
la plus jeune des trois Tantes
de leur Neveu , de la ruë Guifarde:
& la Nouvelle Commere,
de la porte Saint Antoine,
L'Enigme que je vous envoye,
eft de Mr L'Abbé Bechet >
Chanoine
GALANT
409
Chanoine d'Uzés .
ENIGM E.
D'étrange & bizarre attitude ;
Je n'ay qu'un ventre & qu'un
boyau,
Ze plus pur élement diſſout ma plenitude.
Ritheffe du monde nouveau ,
Delice du fiecle où nous fommes ,
Je fais refpirer en repos
L'Artifan , le Soldat , le Docteur,
le Heros.
Charmant amusement de la pluf
part des hommes
D'ufage en tous les temps , & de
guerre & de paix ,
D'ufage en tous les lieux , fur la
terre & fur l'onde
Novembre 1705.
Mm
410 MERCURE
Mais tandis que je fais le plaifir
des Palais ,
Rien ne reprefentajamais
Si naturellement les vanitez du
monde.
L'Air que je vous envoye eft
de Mr de Montaillis.
AIR NOUVEAU.
Que
l'on
m'apporte
un
muid
an
bout
de
cette
table
, Et voyons en buvant de ce bon vin
nouveau ,
Qui contiendra le plus d'un jus fi
delectable,
Ou de men ventre , ou du Tonneau.
Je referve pour le mois prochain
l'article de la mort de Mr le Comte
marup gs of pair for:
GALANT 411
de Saint Aignan que vous venez de voir
à la tefte de tous ceux qui ont demandé
à lever des Regimens . Cette mort avoit
efté précedée , de huit jours , de celle de
Mr le Marquis de Beauvillier , fon frere
puifné. Ils font morts tous deux de la
petite verole.
Il ne me refte plus à vous parler que
du fiege du Château de Nice , car vous
fçavez que la Ville , dont nous avions
retiré la Garniſon , a efté brûlée ; les
Habitans qui avoient pris les armes ,
auffitoft aprés la fortie de nos Troupes,
s'eftant retirez dés qu'ils les ont vi rapprocher
, Mr le Marquis de Carail ,
Gouverneur du Chateau , craignant
d'eftre attaqué par la Ville , en a d'abord
brûlé la plus grande partie : de forte
que nous avons achevé de brûler le
refte . Il y a lieu de croire que la conquefte
du Château , quoiqu'il foit regardé
comme imprenable , feroit faite
il a long-temps , fi les vents contraires
n'avoient empêché d'apporter
plûroft toutes les chofes neceffaires
Mmij
412 MERCURE
pour ce fiege , & fi lorfque tout
efté arrivé , les pluïes n'euffent point
commencé & n'euffent point empefché
d'établir les batteries auffi-toft
qu'il avoit efté refolu . Cependant les
pieces qui font dreffées du cofté de Montalban,&
qui voyent le Château à revers,
y font un trés-grand fracas ; & il y a lieu
de croire que lorfque toute l'artillerie ,
qui eft de 60. pieces , fera en batterie ,
ce Château ne tiendra pas long-temps.
Il y a déja feize mortiers en état , qui jettent
tous les jours des bombes dans la
place , & qui font fauter le Magafin à
Sel. Les affiegez ont fait inutilement
quelques forties ; puis qu'ils ont efté repouffez
, fans nous avoir bleffé que
deux ou trois hommes.
Voici un abregé des dernieres nouvelles
d'Efpagne .
Mr le Marquis de Rifbourg & quelques
Officiers malades , de la Garniſon
de Barcelone, ont efté débarquez à Alicante
, & Mr de Velafco à Malaga.
Les habitans de Fraga , aprés s'eftre
GALANT 413
Vigoureufement défendus contre les Rebelles
, ont offert zoo . Arquebufiers à
Mr le Prince Tferclacs .
On s'eft rendu maître de toutes les
barques qui étoient fur l'Ebro , la Legre
& la Cinca ; afin d'ofter aux Miquelets
le moyen de paffer les rivieres . T
Les troupes du Roy d'Efp gne fe font
emparées du Pont de Cinca.
La ville de Barcelone a efté taxée à
foixante mille écus , pour racheter ſes
cloches.
On demande de groffes taxes à plufieurs
places , qui fe font foûmiſes fans
faire la moindre refiftance.
Dans l'article de la mort de Madame
la Marquife de Bethomas , qui étoit dans
ma derniere lettre , on a mis le Tellier
au lieu de le Tillier ; ce qui eft caufe que
l'on a dit que le pere de cette Marquife
étoit beaufrere de Mr Pecoil , Maiſtre
des Requeſtes, l'ayant confondu , à cauſe
de la méprife du nom , avec feu Mr. le
Tellier Confeiller au Parlement , Beaufrere
de Mr Pecoil , & qui étoit de la
Mm iij
414
MERCURE
branche aînée de feu Mr le Tellier
Chancelier de France. Je fuis, Mada
me , &c.
A Paris, ce 3.
Decembre 1705.
A V IS.
Le Mercure du mois prochain fe de
bitera le 31. du mois de Decembre.
TABLE.
P
Rélude
Difcours prononcé par Mr Abbe
Grimaud , à la vêture d'une Dlle
de Saint Cyr , à qui le Roy a donné
une place dans l'Abbbaye, du
Val de Grace , 6
Mort & abregé de la vie du Cardinal
Primat de Pologne
Nouvelle Relation des expeditions
faitesparl'Efcadre des Indes , 2
Lettre du Dey & Alger touchant une
bataille gagnée par ce Dey com
tre celui de Tunis , 60
Premiere article de morts , Juivż
d'un article de morts étrangeres ,
64
Homelie prononcée parſa Sainteté ,
87
Trente Articles d'erudition >
Extraits de deux lettres de Pondi
97
TABLE.
chery , contenant plufieurs nouvelles
curieufes , & entr'autres du
Mogol & de Siam ,
Sermens de fidélité prêtez,
126
143
-Entrée de l'Ambaffadeur de Savoye
J
& Vienne , 154
174
Ordonnance du Roy d'Espagne &
dons faitspar ce Prince , 156
Extrait d'une lettre de Conftantinople,
contenant plufieursfaits hif
ratoriques ,
165
Benefices donnez par le Roy 170
Second article de morts ,
Relation du Combat donné par fen
Mr le Chevalier de Saint Pol,
faiteparMr le Chevalier de Roquefeuil
,
Officiers de Marine nommez par le
Roy & penfions données par fa
Majesté ,
Mariages du nombre defquels font
186
194
TABLE.
196
211
deux
étrangers ,
Offres faits au Roy d'Espagne par
les plus grands Seigneurs de fon
Royaume .
Relation de toutce qui s'eft paffépen
pant la campagne d'Automne , entre
les troupes des deux Couronnes,
& celles des Portugais , des Anglois
& des Hollandois , 216
Remerciement de Mr de Teffe aux
Efpagnols , qui eftoient venus lui
offrir leurs fervices pourfaire leverle
fiege de Badajoz,
Ce qui s'eft passé à Madrid , auffitoft
aprés la premiere nouuelle de
la levée de ce Siege ,
239
240
Mrde Tencin nommé premier Prefident
du Senat de Chambery, 243
Second article de Mariage , 245
Ouverture des Audiences de la Cour
des Aydes 248
TABLE..
Meffe celebrée par Mr l'Evêque de
Fréjus , à l'ouverture du Parlement
, 250
Ce qui s'eft paffe à la Grand , Chambre
à l'ouverture des Audiences` ,
Mercuriales ,
Affaires de Flandre ,
254
260
274
280
Ce qui s'eft paffé à Lille , pendant
lefejour que S. A. E de Baviere
y a fait ,
Difcours prononcez à l'ouverture de
Academie des Medailles &
Infcriptions , & à l'Academie des
Sciences > 284
Nouvel article touchant le difcours
prononcépar Mr Portail , Avocat
General , le jour des Mercuriales ,
3.12
Ce qui s'eftpaffé à l'ArméedeMonfeur
le Duc de Vendofme aprés
TABLE.
la prife de Soncino,
Affaires de Piémont ,
Affaires d'Allemagne ,
322
332
347
Lettre de Monfieur le Duc de Sa
voie à la Reine d'Angleterre
précedée d'un prélude fur la même
lettre , & fuivie de divers raifonnemens
356
Reflexions fur la harangue faite
par la Reine d'Angleterre , à
l'ouverture du Parlement , 373
Suitte des nouvelles de l'Armée de
Monfieur de Vendofme , 385
Affaires d'Espagne & de Catalo
gne , 394
Permilion donnée par le Roypoar la
Levée de plufieurs Regimens de
&
Cavalerie & de Dragons , 403
Brevets de Mestres de Camp &
Gouvernement donnez par Sa Ma-.
jesté 406
TABLE .
Articles des Enigmes ,
Troifiéme article de morts ,
Nouvelles du fiege de Nice ,
409
410
411
Abrégé des dernieres nouvelles d'Ėf-
412
pagne ,
Fante du dernier Mercure corrigée ,
413
'AVIS.
L'Air , Agreables tranfports , page
216 .
L'Air , Que l'on m'apporte un
muid , page 410
Qualité de la reconnaissance optique de caractères