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"
Las
Fanicines "
SJ
60
-
CHANTILLY

MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LEDAUPHIN
OCTOBRE
, 1705 .
-
A PARIS
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure,ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quane
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC V.
Avec Privilege du Roy.
AU
LECTEUR.
Ly alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume au Mercure , puis
que malgré les prieres rèiterées
qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on envoje
pour efire employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a
quantité
AU LECTEUR
de défigurez, eftant impoffvie
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en en-
,
voyent d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encorequ'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
5.
MERCVRE
GALANT
OCTOBRE 1705 .
N vous parlant le
mois paffé de l'enregiftrement
fait au Parlement
& à la Faculté de Theologie
de la Conſtitution du
Pape, en forme de Bulle , fur les
A iij
6 MERCURE
affaires du Janfenifme , j'oubliai
de vous dire , que le Clergé
avoit auffi enregistré cette
Conftitution. Elle eft bien glorieufe
au Roy , puifque c'eft la
feptiéme qui ait eſté donnéc
fous fon regne; ce qui fait voir
l'attention & le zele de Sa Majefté
pour tout ce qui regarde
la Religion . La premiere a efté
donnée en 1653. la feconde ,
en 1656. la troifiéme, en 1665 .
la quatrième , en 1668. ( c'eſt
la Paix de Clement IX. qui
commence par ces mots Credito
nobis ; ) la cinquième, en 1694.
la fixième , en 1696. & la ſepGALANT
7
tiéme , en 1705. Voici ce qui
s'eft paffé dans l'Affemblée du
Clergé touchant l'enregiſtrement
de la mefme Conftitution
.
M' le Nonce ayant remis à
M™ de l'Aſſemblée du Clergé,
la Conftitution du Pape, en forme
de Bulle , fur les affaires du
Janfenifme, les Prelats qui compofent
cette Affemblée ´formerent
un Bureau , dont M
l'Archevêque de Rouen fut
nommé Prefident , & dans lequel
on devoit examiner cette
affaire. Ayant eſté enſuite miſe
en déliberation dans l'Affem-
A iiij
8 MERCURE
blée , tous les Prelats , & les
Députez du fecond ordre opinerent
les uns aprés les autres.
M' le Cardinal de Noailles , qui
parla le premier , fit voir dans
tout ce qu'il dit , une grande
foûmiffion aux décifions de l'Eglife
, & un grand defir de réünir
, s'il fe pouvoit , tous ceux
qui font partagez par une malheureufe
diverfité d'opinions.
M' l'Archevêque de Roüen lût
un memoire qu'il avoit prepare
fur cette question , & dans lequel
il avoit répandu une grande
érudition ; il eftoit rempli
d'exemples tirez de l'Hiftoire
GALANT
9
Is
Ecclefiaftique , & propres au
fujet dont il s'agiffoit . Les autres
Evêques qui parlerent aprés
luy , s'expliquerent avec beaucoup
de folidité & de doctrine.
M les Evêques de Bazas &
d'Amiens parlerent longtemps ;
le dernier, fur tout, parla d'une
maniere qui convainquit toute
l'Affemblée , qu'il n'avoit rien
préparé , & que tout ce qu'il
difoit venoit de la plenitude de
fon efprit. fa memoire luy
fournit fur le champ une infinité
de preuves & d'exemples
tirez de l'Ecriture & de la Tradition
, dont il fit une tres10
MERCURE
heureuſe application ; ce qui
attira de grandes louanges à ce
Prelat . M' les Députez du fecond
ordre parlerent aprés que
M' l'Evêque d'Auxerre , qui
eftoit le dernier Evêque de
l'Affemblée , eut fini fon difcours
. M. l'Abbé de Louvois
fut écouté avec beaucoup de
plaifir ; il parla longtemps &
fembla épuifer la matiere qu'il
traitoit. M' l'Abbé Poncet ,
neveu de M' l'Evêque d'Uzés ,
fit un difcours fort éloquent ;
il donna des loüanges au Pape
& à M' le Cardinal de Noailles
, qui furent trouvées d'une,
GALANT II
grande délicateſſe . M' l'Abbé
l'Aynac- Turenne fit un difcours
qui fut tres - court , mais
qui fut trouvé tres - jufte ; &
fans entrer dans un grand détail
, il fit remarquer que les
Ordonnances de M' le Cardinal
de Noailles , au fujet duquel
il fit une comparaiſon
fort delicate , contenoient le
fonds de la veritable doctrine :
que c'eftoit une loy vivante
qu'on devoit regarder comme
une fidele expreffion de celle
de l'Eglife ; & que c'eſtoit dans
ces fages décifions qu'on devoit
confulter la verité. M
12 MERCURE
F'Abbé de la Parifiere parut
dans cette occafion un zelé
défenfeur des droits de fon
Corps ; & paffant legerement
fur le fujer principal , il s'attacha
à défendre les prérogatives
du fecond ordre . Enfin
tous les Membres de cette illuftre
Affemblée furent écou
tez avec plaifir , & la Conftitution
du Pape fut requë d'une
voix unanime.
Je dois ajoûter icy qu'avant
la fin de cette Affemblée , elle
reçut plufieurs lettres de ceux
qu'elle honore de quelques
penfions , & même de quelques
GALANT
13
autres qui luy en demandoient
de nouvelles. M' Pontier , Protonotaire
Apoftolique , luy en
adreffa une tres- grande & remplie
des plus magnifiques élo
ges. M' le Cardinal la prefenta
au Clergé , & demanda la continuation
de la penfion qu'il fait à
Ecclefiaftique depuis plufieurs
années , & pour l'y engager
, il dit que M Pontier eftoit
Doyen des Penfionnaires .
M' l'Abbé de Bellegarde
connu par plufieurs ouvrages
fortis de fa plume & par plufieurs
traductions de S. Chryfoftome
, dont il a déja donné
cet
14 MERCURE.
plus de trente volumes , ayant
fait diftribuer une tres - belle
lettre à tous les Députez de
l'Affemblée , dans laquelle eft
l'énumeration de tous les ouvrages
qu'il a compofez pour
l'édification des ames , ou pour
l'avantage de l'Eglife & qui finit
en la fuppliant d'augmenter
la penfion qu'il a déja ; ſa
demande luy fut accordée d'un
confentement general.
On reçut auffi durant le cours
de l'Affemblée une lettre de
M' l'Abbé de Hauteferre
Chanoine de Cahors ; il fupplioit
M de l'Affemblée de
rs
>
GALANT
15
vouloit reconnoiftre les fervices
que Mr Dadin de Haute.
ferre ,fon grand- Pere & Doyen
de l'Univerfité
de Touloufe
.
avoit rendus à l'Eglife en deffendant
fes droits dans le livre
que l'on a donné au Public
depuis deux années , fous le
titre de Jurifdictionis
Ecclefiaftica
vindicia , & c. ( & dont je
vous ay parlé dans une de mes
Lettres de cette année ) contre
l'atteinte que leur avoit voulu
donner Mr Fevret dans fon
Traité de l'Abus . L'Affemblée
lui
accorda une penſion : ce qui
juftifie l'éloge que je fis de ce li16
MERCURE
vre il y a quelque mois M™ les
Prelats ayant voulu examiner
eux-mêmes ce livre , la penſion
ne fut accordée au petit- fils de
l'Auteur , qui avoit pris foin de
l'impreffion , qu'aprés un long
examen du livre qu'on envoya
chercher.
Mª l'Abbé de la Bizardiere,
auteur d'une hiftoire Ecclefiaf
tique , qui contient les troubles
arrivez dans l'Eglife pendant
le feiziéme fiecle au fujet
des nouvelles herefies , qui a
pour titre : Hiftoria memorabi
lium geftorum in Ecclefia & c. a
efté mis au nombre des furviGALANT
17
vanciers de ceux qui ont des
penfions du Clergé . Il y a un
fond de foixante dix mille livres
deftiné pour ces penfions ; &
M' le Cardinal de Noailles eft
chargé de remplir le nombre
de ces penſions , à mesure qu'il
en vaquera quelqu'une.
Je ne dois pas
oublier qu'à
chaque Affemblée on fait frapper
un jetton , afin que ce mo
nument faffe connoître dans
quel tems & en quel licu des
Affemblées ont efté tenues
plufieurs perfonnes travaillent
ordinairement à chercher la
dévife qui doit cftro male au re
Octobre
1705 .
B
18 MERCURE
vers du jetton ; & celui qui a
fait la meilleure & dont on
fait choix , a pour recompenſe
une bourfe de cent jettons.
Celle qui a efté préferée cette
année , eft de M' l'Abbé de
Valorges , Député de la Province
de Bourges.
>
La face droite du jetton reprefente
le Clergé affemblé ,
& ces mots font autour : In
auxilium Fidei Imperii ; &
on lit dans l'exergue : Clerus
Gallicanus 1705 . La face gauche
reprefente Melchifedech
qui offre du pain à Abraham ,
qui venoit de défaire cinq Rois,
a
GALANT 19
& qui le benit , avec ces paroles
autour offert & benedicit
tirées du 14. chapitre de la
Geneſe ( verfets 18 & 19. )
où il ett remarqué que Melchifedch
Roy de Salem offrant
du pain & du vin, parce qu'il
eftoit Prêtre du tres- haut , benit
Abram , en difant , beni
foit Abram , du Dieu tres- haut
qui a créé le Ciel la Terre. S.
Auguftin remarque dans cette
action finguliere de Melchifedech,
le facrifice que 1 Egliſe
de Jefus Chrift offre maintenant
à Dieu dans toute la terre,
& que c'eſt ainſi que s'eſt ac-
Bij
26 MERCURE
4-
complie cette Prophetic , que
David a prononcée de Jefus-
Chrift tant de fiecles avant fon
Incarnation : Vous eftes le Prétre
éternel felon l'ordre de Melchifedech.
L'Eglife nous enſeigne
avec tous les faints que le
facrifice de Jefus Chriſt eft en
mefme temps un Sacrifice & un
Sacrement ; c'eft à dire , qu'il eft
un facrifice d'immolation &
un facrifice de communion
& qu'aprés que Jefus Chrift
a offert à fón Pere fon Corps
& fon Sang , il fait part
de ce
mefme Corps & de ce mefme
Sang à tous ceux qui en quaGALANT
21
lité d'enfans & de membres de
Jefus Chrift font dignes de
s'affeoir à fa table . On doit re
marquer que l'hiftoire de Melchifedech
eftant la figure de ce
qui fe paffe dans l'Eglife , le
pain & le vin qui figuroient
le
Miftere de nos Autels , font
donnez à ceux qui fuivent
Abraham pere de tous les fideles
, c'eft à dire , à ceux qui
font les imitateurs
de fa foy ;
& qu'ils font donnez à ceux
qui ont beaucoup travaillé &
qui viennent d'effuyer les travaux
d'un grand com ɔat ; &
qu'enfin de pain & le vin font
*
22 MERCURE
donnez à des Soldats victorieux
, felon la parole de l'Apocalypfe
, Je donneray la Manne
cachée à celuy qui fera victorieux.
C'eft à cet endroit de l'Ecriture
que l'Auteur de cette
Medaille fait allufion dans la
face droite , où font reprefentez
les Prelats de l'Affemblée ,
par ces mots ; in auxilium Fidei
Imperii . Voulant dire par là ,
que comme dans l'ancien Teftament
on nous reprefente
Melchifedech comme un Roy
& un Pontife tout enſemble ,
comme un Roy de Juftice &
GALANT 23
un Roy de Paix , qui font les
deux noms que l'Ecriture donne
à Jefus- Chrift en plufieurs
endroits ; de même on voit
dans les auguftes Affemblées du
Clergé du Royaume un heureuxaccord
de la foy & de l'autorité
du Sacerdoce & de l'Empire
; & que comme autrefois
Melchifedech eftoit Roy de Salem
& le Pontife de fon Peuple,
puifqu'il en fit les fonctions devant
Abraham ; de même la
puiffance temporelle & la puiffance
Ecclefiaftique font tellement
unies dans ce Royaume ,
qu'on ne les diftingue plus , &
24 MERCURE
que le Prince qui gouverne cet
te Monarchie eft Pontife par
fa juftice , & par la protection
qu'il accorde à l'Eglife , commel'Eglife
eft Reine par l'autorité
qu'il luy conferve , & le refpect
qu'il luy fait rendre par fes
Sujets .
1
Je dois ajoûter ici quelques
articles dont je ne vous ay
point parlé pendant la tenuë
de l'Affemblée du Clergé , &
répondre à ce que vous me
demandez qui regarde le Cere-
-monial Je vous diray donc que
Ms les Commiffaires du Roy
cftant arrivez aux Auguftins ,
furent
GALANT 25
pour
IS
furent receus par M les Agens
du Clergé , dans un appartement
qui avoit efté préparé
les recevoir , d'où ils allerent
dans la Salle de l'Affemblée
; & ils trouverent en traverfant
le Cloître , douze Prelats
& douze Abbez , qui
avoient eſté nommez par fon
Eminence pour aller au devant
d'eux. C'citoient M' l'Archevefque
de Bordeaux ; M' les
Evêques de Coûtances , de S.
Papoul , de Marſeille , de Nantes
, d'Amiens , d'Angers , de
Senlis , de Montpellier , de
Blois , de Troyes & d'Auxerre;
Octobre 1705. C
26 MERCURE
& MS les Abbez de Pibrac
de Louvois , de Buffy- Rabutin ,
de Turenne-d'Aynac , de Tencin,
de Vauroûy , de Saffenages,
de Fourcy,de Valbelle , de Catelan
, de Vienne, & de Sarron. Ils
conduifirent M" les Commiffaires
jufque dans la Salle , de
maniere que les deux plus anciens
Prelats précedoient durant
la marche, les deux plus anciens
Commiffaires , puis venoient
deux Députez du ſecond ordre;
& ainfi des autres.
Je ne vous dis rien de ce qui
fe paffa dans l'Affemblée , vous
enayant déja parlé, & cet article.
ne regardant que leceremonial.
GALANT 27
MS les Commiffaires du
Roy enfe retirant furent accompagnez
jufques à là porte
du Cloitre par où l'on entre
dans l'Eglife , par les vingtquatre
mefmes Députez
jufques à leurs caroffes par les
Agens du Clergé.
&
Quelques jours aprés , M'
rs
les Prévoft des Marchands &
Echevins de la Ville de Paris
vinrent affurer M™ du Clergé,
des profonds refpects de la
Ville ; & ils furent reccus à la
porte de l'antichambre de la
Salle de l'Affemblée par M
les Evêques de Bazas & de
$
Cij
28 MERCURE
,
rs
Vence ,& par M de la Parifiere
& de Verthamon. M Boucher
d'Orçay , Confeiller honoraire
au Parlement , & Prévost des
Marchands , Magiftrat d'une
fageffe & d'unejuftice confommécs
parla à l'Affemblée
d'une maniere qui fatisfit extrêmement
la Compagnie
; &
M' le Cardinal de Noailles luy
répondit d'une maniere tresobligeante
pour la Ville de Paris
, dont il eft Archevêque , &
pour M ' d'Orçay luy -mefme.
Son Eminence dit dans fa réponfe
: que la charge de Prévost
des Marchands n'eftoit pas une
GALANT 29
dignité inconnuë dans la famille
d'Orçay , puifqu'un autre Mr
d'Orçay ,fon ayeul , en eftoit revêtu
lorfque le Roy Henri le
Grand fit fa premiere entrée dans
la Ville de Paris , aprés qu'il eut
fuccede à Henri III. Ces M™ furent
reconduis de la même maniere
qu'ils avoient eſté receus.
L'Affemblée ayant déterminé
qu'il convenoit à un
Corps comme le fien de don-`
ner de l'édification au public ,
pria fon Eminence de rétablir
l'ufage de la Proceffion du S.
Sacrement, que les Affemblées
du Clergé qui s'eftoient autre-
Ciij .
30 MERCURE
fois tenues à Paris pendant
l'Octave de cette Fefte, avoient
établi , & de
Sacrement
porter le Saint
fon Eminence
promit qu'elle auroit cet honneur
, & nomma M' l'Abbé
de Louvois pour Preſtre affiftant
; Ms les Abbez de Vauroüy
& d'Argentré pour Diacre
& Soûdiacre , & M's les
Abbez de Saffènages , d'Aynac-
Turenne , de Valbelle , de Valorges
, de Catelan & de Ruthie
, pour porter le Daiz.
La Proceffion fe fit le jour
de la petite Fefte- Dieu , à huit
heures du matin. Les AugufGALANTZI
IS
tins , au nombre de plus de
cent cinquante , précederent
le Daiz ; & M les Evêques
fuivoient le Saint Sacrement ,
en habit violet , fans camail
ni rochet , portant un cierge
à la main , & ne fe faifant pas,
par refpect pour le Saint Sacrement
, porter leur manteau
par leurs laquais ; leurs Aumôniers
marchoient à leurs
coftez , en furplis , & leur donnoient
la main pour les aider
à marcher lorfqu'ils en avoient
befoin. Enfuite Mrs les Abbez
fuivoient deux à deux ,
manteau long , bonnet carré
en
C iiij
30
MERCURE
& un cierge à la main .
L'Aſſemblée ayant pris congé
de Sa Majefté le 9 de Septembre
, ainfi que vous avez
vû dans ma Lettre précedente,
elle tint encore fes Séances jufques
au 23. mais fans aucune
ceremonie . La derniere Séance
fe tint à l'ordinaire à l'Archeveſché
, où tous les Prelats &
les Abbez fe trouverent . Ils
remercierent fon Eminence de
l'application qu'elle avoit euë,
durant le cours de l'Affemblée ,
de les obliger dans toutes les
occaſions qui s'eſtoient preſentées
. On peut dire que jamais
GALANT 33
Affemblée ne s'eft terminée
avec plus d'union , & que tous
ceux qui la compofoient , avoient
une fi veritable eftime
pour fon Eminence , qu'elle
n'avoit qu'à propofer les affaires
pour qu'elles fuffent terminées
à la fatisfaction de
tout le monde .
L'accommodement des démêlez
qui font entre l'Angleterre
& l'Ecoffe , paroift encore
fort éloigné ; & le bon fens &
la droite raifon regnent fi fort
dans tout ce qui eft allegué par
les Ecoffois , que tous les honneftes
gens femblent entrer
34 MERCURE
dans leur parti . Ce qui fuit vous
fera connoiftre la bonté de leur
caufe.
LETTRE
Ecrite d'Edimbourg , du 5.
Aouft , à un Mylord Anglois.
Que pensez - vous , Mylord ,
de la reſolution que prendra nôtre
Parlementfur les trois propofitions
que la Reine vient de luy faire ;
1. D'établir la fucceffion de la
Couronne ; 2° . D'unir les deux
Royaumes ; 3 ° . Et d'accorder de
nouveaux fubfides ?
Al'égard du premier , je ne
GALANT 35
trouve rien de fi injufte & de fi
abfurde , que de propoſer à des
- peuples , de renverser l'ordre naturel
de la fucceffion de la Couronne
, & de leur demander en
même temps de regler l'ordre de
cette fucceffion , en faveur de ceux
à qui le Royaume d'Angleterre def
tine lafienne. Car , ou la Cou
ronne eftfucceffive & hereditaire ,
ou elle ne l'eft pas ; fi elle l'eft , les
peuples ne font pas en droit de la
tranfmettre à d'autres qu'à ceux
qui elle appartient legitimement ;
&fi elle ne l'eft pas , par quel droit
les Anglois veulent - ils nous priver
d'un droit qui nous appartient,
36 MERCURE
du moins autant qu'à eux ? Comme
nous ne ferions pas raiſonna-
·bles fi nous difions aux Anglois :
Meffieurs , nous jugeons à propos
( fi la Reine vient à mourir
fans enfans ) de mettre fur le
Trône d'Ecoffe , une telle perfonne
, à laquelle il eft d'une
neceffité abfoluë , que vous
donniez la Couronne d'Angleterre
; & fi vous ne condefcendez
au choix que nous avons
fait , nous ne vous confidererons
plus comme nos amis &
nos allicz , & nous employerons
toutes nos forces pour
vous châtier de cette defobéïfGALANT
37
fance. De bonne foy , que diroient
les Anglois , fi nous leur tenions
un pareil langage ? C'eſt néanmoins
celuy qu'ils tiennent à nôtre
égard. Ou je fuis fort trompé , ou
les Ecoffois , s'ils changent quelque
ordre dans la fucceffion de la
Couronne , fe referveront au moins
le droit de fe donner un Maiftre
de leur choix , qui leur en fçaura
quelque gré, duquel on aura lieu
d'efperer quelque gratitude ; ce qui
n'arriveroit pas , fi ce choix eftoit ,
deferé aux Anglois. Ce qui pourroit
nous obliger , fi on nous pouffoit
trop vivement , de faire un
Royaume électif d'un Royaume.
1
38 MERCURE
hereditaire , ou une Republique indépendante.
Ily en a plufieurs en
Europe d'une moindre confideration
, qui fe maintiennent & qui
fubfiftent avec éclat : fi cela arrivoit
, les Anglois ne font pas en
droit de s'y oppofer.
Comme l'union des deux Royaumes
nepeut pas abfolument fe faire
,fans que l'un devienne dépendant
de l'autre , nous prévoyons
aifément que , quelques claufes &
quelques restrictions qu'on apporte
à cette union , la vûë des Anglois
eft de nous rendre toft ou tardProvince
de leur Royaume. Si , com-
(comme le difoit avanthier en riant
GALANT 39
le Duc d' Argille ) les Anglois
nous offroient par cette union
de devenir dépendans des Ecoffois
, & que le Trône de la Mo
narchie fuft établi dans Edimbourgàperpetuité
, je fuis perla
Reine trouveroit
profuadé
que
moins
d'oppofition
à ſa
pofition
; mais
comme
ce n'eſt
pas
là leur
fentiment
, le noftre
,
à ce que
je crois
, fera
de refter
l'indépendance
.
dans
A l'égard du fubfide , qui eft
la derniere propofition que la Reine
fait dans fa Lettre ; ce fera auffi,
fi je ne me trompe , la derniere
matiere que l'on refoudra dans ce
40 MERCURE
Parlement. Car vous n'ignorez
pas , Mylord , quefi dans la Séance
qui finit le 10. Septembre 1704.
nous avions accordé le fubfide pour
deux ans , que le Marquis de
Fewedale avoit demandé de la part
de la Reine , nous n'aurions point
aujourd'huy de Parlement affemblé
; mais comme il futjugéàprode
n'en accorder que pour fix
mois , & que
pos
ily
dés
que l'acte en eut
été figné l' Aſſemblée futſeparée ,
ily a lieu d'efperer que cette conduite
fera un avis falutaire pour
cette Séance , où l'on voudra ,
avant toutes chofes , regler les affaires
de la Nation , qui feroient
GALANT 41
abfolument fufpendues , fi l'on
attendoit d'y travailler , aprés
qu'on auroitfini celles qui font propofees
de lapart de la Cour.
Fenepuis me difpenfer de vous
faire remarquer , que dans le temps
qu'on nous demande des fubfides ,
fous prétexte de les employer àfaire
la guerre aux ennemis au de- là de
la mer , les Anglois femblent fe
préparer à vouloir infulter le
Royaume d'Ecoffe. Les grands
préparatifs qu'ils font fur noftre
Frontiere , l'amas de Troupes , de
munitions de guerre , & les Fortifications
qu'on fait à Carlile ,
Newcaftel , Berwick ne regar-
Octobre
1705. D
42 MERCURE
dent affurément pas les François
ny les Espagnols nos ennemis ; ces
Places ne font pas à leur portée
nous ne pouvons qu'en concevoir
de l'ombrage , & croire les
que
fubfides qu'on nous demande , font
des verges dont nos prétendus Regens
veulent fe fervir pour nous
maltraiter. Cette conduite merite
quelque reflexion de noftre part.
Je vous manderay au premierjour
quel effet elle aura produit dans
efprit de noftre Parlement , &
les refolutions qu'il prendra
n'ayant aujourd'huy le temps que
de vous affurer que jefuis , &c.
Je vous envoye cette Lettre
GALANY 43
de la même maniere qu'elle eſt
tombée entre mes mains , fans
y avoir changé un feul mot
de crainte d'en alterer le fens .
Il y a lieu de croire que les démeflez
de ces deux Nations
produiront fouvent des nouvelles
importantes .
Il y a déja quelque temps
que M' le Marquis de Nonan
eft mort ; il avoit perdu la vûë
depuis un an. Il avoit épousé
Dame N .... de Saintou , qui
a paffé autrefois pour une tresbelle
perfonne ; elle eftoit alliée
aux meilleures maiſons de Normandie.
La Maiſon de fon
Dij
44 MERCURE
les
Epoux n'eftoit
pas moins
qualifiée
; M' le Marquis
de Nonan
eftoit allié de fort prés à la
maifon
de Grancey
- Médavy
,
& aux plus diftinguées
de cette
Province
. La Maifon
de M' le
Marquis
de Nonan eſtoit établie
dans la Province
de Normandie
, dés le temps que
Anglois
en eftoient les Maîtres .
Un Seigneur
de cette Maifon
fuivit toûjours
la fortune
de
Henry VI . Roy d'Angleterre
;
& comme la deſtinée
de ce Monarque
fut tragique
, celle du
Gentilhomme
Normand
qui
s'eftoit attaché
à luy , ne le fut
pas moins.
GALANT
45
Mr Yves- Olivier de la Riviere
, Chevalier , Marquis du
Pleffis , Comte de Ploeuc, Gouverneur
de Saint Brieuc , mourut
le 3. d'Aouft en cette Ville,
âgé de foixante- dix ans . M'le
Marquis du Pleffis fon pere
avoit porté les armes toute fa
vie , & M' le Comte de Plocuc
les a auffi portées dés fa plus
grande jeuneffe. La valeur femble
hereditaire dans cette Maifon
; tous ceux qui ont porté
le nom de la Riviere fe font
diftinguez par de frequentes
actions de valeur. Gilles de la
Riviere , un des Ayeux de M
46 MERCURE
le Comte de Ploeuc , eftoit à la
Bataille de Montcontour , où
il acquit une grande reputation;
& le Duc d'Anjou , qui regna
dans la fuite fous le nom de
Henry III. donna de grandes
louanges à fa valeur. M' le
Comte de Ploeuc eftoit allié à
la principale nobleffe de la Province
de Bretagne.
Mr N... de Battefort , Baron
de Drameluy en Franche-
Comté , Marquis de l'Aubefpin
, & Chevalier d'honneur au
Parlement de Bezançon , eft
mort à Lion , dans un âge trespeu
avancé. Il eftoit frere de
GALANT 47
M la Marquife de Montmorency
; & il laiffe de Dame N...
de Saint- Mauris , fille de feu M
le Comte de S. Mauris , & niece
de M' de Blancheville , Baron
d'Ery en Savoye , & de feuë M
de la Moutonniere , un fils &
une fille Religieufe en Franche-
Comté , au Convent de Château-
chaton , où l'on fait preuve
de nobleffe des quatre quartiers
. Mr le Marquis de l'Aubeſpin
qui vient de mourir ,
eftoit fils de feu Mr le Comte
de l'Aubeſpin , mort il y a fix
ou fept ans , & de feuë Dame
N... d'Hauffonuille de Vaube
48 MERCURE
court ,foeur de feu MrleComte
de Vaubecourt , de Mr l'Evêque
de Montauban , de M°
de Thuifi , & de M˚ la Comteffe
d'Eftin. Je vous ay appris
la mort de cette Dame , qui
mourutil y a environ deux ans.
Mr le Comte de l'Aubefpin
fon Epoux qui avoit eſté aufſt
Chevalier d'honneur au Parlementde
Bezançon, eftoit fils de
Mr Gabriel de Battefort
, Baron
de Drameluy & d'Anne-
Catherine de Harlay , fille de
Chriſtophle de Harlay fecond
du noni, Comte de Beaumont,
Bailly du Palais de Paris & d'Orre
leans ,
GALANT 49
leans , Lieutenant general pour
le Roy au Gouvernement de la
Province d'Orleans , Capitaine
de cinquante hommes d'armes,
& Ambaffadeur Ordinaire pour
le Roy Henry IV . en Angleterre
, où il refida cinq ans , &
d'Anne Rabot , fille d'Ennemond
Rabot, Seigneur d'Illins ,
premier Prefident au Parlement
de Grenoble , & d'Anne de
Bellievre ; Anne - Catherine de
Harlay , mere de feu Mr le
Comte de l'Aubeſpin , eftoit
auffi foeur d'Achilles de Harlay
fecond du nom , Comte de
Beaumont , Maitre des Ge
Octobre 1705. E
50 MERCURE
f
queftes , puis Procureur gene
ral au Parlement de Paris , pere
de M' le premier Prefident
d'aujourd'huy ; & de Chriftophle
Augufte de Harlay- Cely,
pere du Confeiller d'Etat ,
mort il y a environ dix - huit
mois . Cette Dame cftoit auffi
foeur d'Ennemonde- Joachine ,
femme de Mr Jean Claude ,
Marquis de Nereftang , Grand-
Maiftre des Ordres de Noftre-
Dame du Mont- Garmel & de S.
Lazare , & Maréchal de Camp.
Le 24. du mois de Septembre
dernier M Jean Louis de
Murviel , Abbé Commendare
re
GALANT
51
taire de l'Abbaye de Saint Jacques
de Beziers , Ordre de Saint
Auguſtin , mourut à Murviel ,
dans le même Dioceze , agé
de 89. ans . Après avoir joüy
de l'Abbaye de Saint Jacques
pendant 71. an & d'une penfion
de 4500. fur l'Evefché
de Montauban cinquante trois
ans . L'Abbaye de Saint Jacques
luy fut remife par démiffion de
Mre Anne de Murviel , fon
oncle , Evêque de Montauban
le 28. Octobre 1632. le Brevet
du Roy eft du 30. Septembre
1633. & la Bulle de
l'Abbaye eft du 3. Septembre
É ij
52 MERCURE
re
a
1634. Le Roy n'a encore jamais
nommé à cette Abbaye.
Mic Charles de Murviel , fon
neveu , l'un des Lieutenans de
Roy de Guyenne , & l'un des
Barons des Etats de Languedoc
, qui a cfté Député cette
année à la Cour par les Etats
de cette Province , a époufé
Dame Marie-Rofe de Cruffol ,
fille cadette de feu Mr le Duc
d'Uzés , pere de celuy d'aujourd'huy.
La Maiſon de Murviel
eft une des plus anciennes &
des plus nobles de la Province
de Languedoc
MⓇ Coquet , nouvelle AbbefGALANT
53
fe de Sainte Hoïlde en Barrois ,
de 1 Ordre de S. Bernard & de
la filiation de Clairvaux , fit
faire le mois de Septembre dernier
, un magnifique Service
pour Dame Marguerite d'Alençon
, à qui elle a fuccedé en
la dignité d'Abbcffe . La principale
nobleffe du Barrois y affifta
, avec tous les Officiers de
la Chambre des Comptes de
Bar - le- Duc , dont M ' d'Alençon
, frere de la deffunte , cft
Prefident , & Confeiller d'Etat
de S. A. R. Monfieurle Duc de
Lorraine . M° d'Alençon avoit
fuccedé il y a enivron dix-
E iij
54 MERCURE
fept ans à MⓇ de Vaubecourtd'Hauffonville
, foeur de feu
M. le Comte de Vaubecourt ,
de M ' l'Evêque de Montauban,
& de M la Comteffe d'Eftin .
M° Coquet qui a fuccedé à M°
d'Alençon , eft Parifienne , &
fille de feu M' Coquet Maître
d'Hotel du Roy , & frere du
Controlleur general de la Maifon
de Sa Majefté . La mere de
cette Abbeffe qui vit encore ,
a époufé en fecondes noces
M François d'Oluc de Ville-
Evrat , qui a l'honneur d'eftre
allié à M' le Duc de Luxem
bourg.
GALANT
55
Le Service fut tres -folemnel ,
& tout ce qu'il y a de confiderable
dans la Ville de Bar- le-
Ducy affifta ; le Clergé fut tresnombreux.
La Meffe fut chantée
à deux Choeurs par les Religieufes
, parmy lefquelles il y'
a de tres - belles voix . La nouvelle
Abbeffe donna dans cette
occafion des marques du zele
& de la veneration qu'elle conferve
pour la memoire de feuë
Mª d'Alençon , à qui elle vient
de fucceder , & qui l'avoit fait
élire il y a quelques années
Prieure de cette Abbaye , connoiſſant
parfaitement ſes ta ,
E iiij
56 MERCURE
lens pour la conduite d'une
Communauté .
On a fait un Service magnifique
pour Dom Juan - Thomas
Henriquez - de - Cabrera ,
Comte de Melgard , Amirante
de Caftille , & ci- devant Gouverneur
du Milanez , dans l'Eglife
des Jeronymites à Belem
, où eft la fepulture des
Rois de Portugal , & où le
corps du deffunt repoſe , en
attendant que la paix donne
licu à fes parens de le faire
tranfporter dans le tombeau
de fes anceſtres en Eſpagne.
Le Prince du Brefil y affiſta , acGALANT
57
compagné d'une nombreuſe
Cour . On avoit refolu d'y faire
prononcer une Oraifon funebre
; & on avoit jetté les
yeux fur plufieurs perfonnes
qui s'en eftoient excufées . Enfin
un Religieux Jeronymite
s'engagea de la faire ; mais
peu de jours avant le Service ,
quelques follicitations
qu'on
lui fift pour l'engager à tenir
fa parole , il fut impoffible de
l'yobliger, & il dit pour toute
excufe
, que la memoire de l'Amirante
luy eftoit odieufe.
La Lettre qui fuit contient
une fi vive peinture de la fide58
MERCURE
lité que tous les fujets doivent
à leurs Souverains , qu'il eſt difficile
de rien voir de plus beau
& de plus rempli d'érudition
fur ce fujet ; mais la paffion
a tellement aveuglé l'Auteur ,
qu'il a oublié qu'il écrivoit en
Angleterre , & que tous les Anglois
doivent prendre pour
eux , les raifons qu'il donne
aux Mécontens de Hongrie ,
qu'il traite injuftement de Rebelles,
pour les engager de s'accommoder
avec l'Empereur
.
Les Hongrois ont une Couronne
élective , & ils la donnent
fous des conditions
GALANT
59
fans obfervation defquelles
les Rois qu'ils ont eus , font
déchus du pouvoir de les commander.
Le Manifeſte qu'ils
ont fait , & que je vous envoyay
il y a quelques mois ,
contient plus amplement ce
que je ne touche icy que legerement.
60
MERCURE
LETTRE PASTORALE
d'un Evefque d'Angleterre ,
aux Proteftans de Hongrie.
TRES - CHERS FRERES
enJesus-Chrift.
Ily along- temps que nous gemiffons
du trifte eftat auquel nous
apprenons que vous eftes réduits ;
nous faisons des voeux continuels
pour votre foulagement , demandant
au Dieu de paix & de mifericorde
qu'il luy plaife rétablir le
calme dans cette trifte Sion . Mais
fouffrez , mes tres - chers Freres ,
GALANT 61
que
nous vous reprefentions , fans
vousflatter, nyfans déguifer laverité,
que tant que vous ne changerez
pas de conduite , il eft impoffible
que le Seigneur fe laiffe toucher ,
vos miferes ; ny aux prieres
que nous faifons pour defarmer
La colere.
ny
à
Vous vous eftes tellement écartez
defa Loy & des Préceptes de
l'Evangile , qu'on ne trouve plus
en vous que le nom de Chreftien
Proteftant , dénué de toutes les
vertus qui doivent l'accompagner ;
vous fuivez , au contraire , les
maximes des Payens & des Idolâtres
, qui ne connoiſſantpoint le
62 MERCURE
vray Dieu , ne respectent pas les
Princes aufquels la Providence
nous afoûmis , & qui eftant l'ide
la divinité, nous mettent
dans la neceffité de leur rendre toute
forte de refpect, d'obéiffance &
de foumiffion.
mage
On trouve peu de difference entre
la conduite que vous tenez
prenant les armes contre vôtre Roy,
&
celle
que les Juifs tinrent
en s'armant contre le Sauveur du
monde. Ce parallele vous offense
peut- eftre , & vousprétendez que
lesfujets de mécontentement qu'on
ous a donnez ,peuvent autorifer
voftre revolte ; mais fachez que
1
GALANT
63
que
vien n'eft capable de vous justifier
devant Dieu. Nous taſcherons de
vous le prouver par des exemples
fenfibles , tirez tant de l'Ecriture
Sainte , que de l'Hiftoire profane,
Saint Auguftin nous enfeigne
c'eft un accord general de
la focieté humaine d'obeïr aux
Rois , quand mefme ils feroient
vicieux , méchans & que leur
gouvernement feroit tyrannique.
Tacite dit que le Prince eft
l'arbitre fouverain de toutes
chofes & qu'il n'eft refervé aux
fujets que la gloire d'obeir . Si
un foldat eft puni de mort pour
avoir voulu fe deffendre contre
64 MERCURE
a
Jon Officier qui l'auroit maltraité
injuftement; à plus forte raifon un
fujet meritepunition , s'ilfe roidit
contre les volontez de fon Prince,
quelles qu'elles foient.
Lorfque Jefus - Chrift ordonne
de rendre à Cefar ce qui luy appartient
, il ne faut pasfeulement entendre
de luy payer le tribut impofe
par fon autorité ; mais auffi
toute foûmiſſion & obeïſſance , en
ce qui ne va pas contre les commandemens
de Dieu. Saint Paul
nous enfeigne : Que qui s'oppofe
aux Puiffances, refifte à
T'ordre de Dieu , & s'attire une
condamnation éternelle ; & il
GALANT 65
ajoûte un peu aprés : Il eft neceffaire
de vous y foûmettre ,
non-feulement par la crainte
du chaſtiment , mais auffi par
le devoir de la confcience . Ne
dites pas , dans la vûë d'excuser
vôtre rebellion , que fous l'autorité
de vôtre Prince , on vous
maltraite injuftement. Car Saint
Pierre vous , répondra que rien ne
peut vous difpenfer d'honorer le
Roy , & de luy eftre foumis
même quand il feroit rude & fâcheux
; puifque cela vous tiendra
lieu de merite devant Dieu : Si
vous fouffrez pour vos fautes ,
Octobre
1705
F
66 MERCURE
quelle gloire en prétendezvous
? Mais fi vous ſouffrez patiemment
les maux qu'on vous
fera injuftement , vous meriterez
grace devant Dieu .
نم
Il est bien dur , dira- t- on , de fe
voir dépouiller de fes biens , de
fes charges , de fes dignitez
&de n'en
de n'en pouvoir pas tirer vengeance.
Ce langageferoitfupportable
dans la bouche des infidelles ;
mais à l'égarddes enfans deJefus-
Christ , qui doivent abandonner
les biens de la terre , &fe mettre
dans un estat de pauvreté
pour fuivre ce divin Sauveur
dans le Ciel , il n'eſt pas pardonGALANT
67
que
nable. D'ailleurs je ne vois pas
tout ce qu'on vous a faitfouffrirjufqu'à
prefent , ne foit encore
bien éloigné de l'avertiffement que
le Prophete Samuel nous a donné
de l'autorité des Rois . Il aura
droit , dit - il , de prendre vos
enfans pour les attacher à fes
chariots , de s'en fervir à porter
les armes & à cultiver fes terres ;
il prendra vos filles pour en fairefes
fervantes ; il vous dépoüillera
de vos terres & de vos vignes
, pour les donner à fes
creatures ; il vous chargera
d'impofts & de droits ; il fefaifira
de vos beftiaux , de vos va
Fij
68 MERCURE
lets & de vos fervantes pour en
faire fes efclaves. Alors vous
crierez à Dieu ; il ne vous écoutera
point. Aprés cela , que peuton
oppofer à la volonté du Toutpuiſſant
? N'eſt-il pas facile de
juger que nous devons reconnoître
en la perfonne des Princes , lafouveraineté
abfoluë de Dieu , &
nousy foumettre fans murmurer ?
Les peuples de Perfe , quoy qu'infidelles
, ont une maxime fort loiable
, & il feroit à fouhaiter que
les Chreftiens les imitaffent en
cela ; c'eft de refpecter & rendre
obéïffance à leurs Souverains
quelque cruels qu'ils foient.
GALANT 69

Tacite nous dit qu'il faut faire
des voeux & des prieres pour
obtenir de bons Princes , &
enfuite les fupporter tels qu'ils
font ; & Saint Clement, dans fes
Conftitutions, nous affure que c'eſt
eftre impie que de reſiſter à la
Puiffance Royale.
Il n'y a qu'une feule occafion
où Dieu approuve la défobéiffance
des fujets envers leurs Souverains;
c'eſt lorſque le Prince forçant nos
confciences , veut nous détourner
du culte du vray Dieu , pour nous
obliger defacrifier à l'Idole. Nous
fcavons que quelques- uns de vous
prétendent de couvrir leur rebel70
MERCURE
lion d'un faux manteau de religion
, fous prétexte qu'on vous a
dépouillez de quelques emplois publics
, & de quelques biens temporels
, qui appartenoient à vos
Confiftoires. Mais vous devez
Sçavoir que ces prétendues offenfes
nefont pas capables dejuftifier vôtre
conduite , & que fefus - Chrift
ne vous a laiffé d'autre liberté que
defuir devant vos perfecuteurs ,
(fi veritablement vos ennemispeuvent
eftre appellez de ce nom. )
Jefus - Chrift en fouffrant , quoy
qu'injustement , nous a laiffe un
exemple que nous devons fuivre.
L'Evangile nous apprend qu'il ne
rendit jamais injure pour injure ,
GALANT 71
qu'il ne menaça pas même ceux
qui le faifoient fouffrir , & qu'il
Je contenta de remettre fes interefts
à celuy qui en est le juſte Fuge,
Imitons , nos tres-chers Freres , cet
exemple incomparable , fi nous
voulons parvenir à la Ferufalem,
celefte qu'il nous a promiſe pour
récompenfe de nos fouffrances.
L'Empereur Maxime eftoit
grand perfecuteur de l'Eglife , fes
cruautez eftoient exceffives , & it
fembloit qu'un grand nombre de
Chreftiens , qui estoient fous les
armes pour fon fervice , devoient
en profiter contre ce Prince Arien
afin d'arrefter fa tyrannie ; mais
72 MERCURE
l'Hiftorien nous apprend qu'ils
n'oppoferent jamais que les larmes
contrefa violence ; & Saint Ambroife
, qui vivoit de ceté mps-là,
répondit à ceux qui vouloient qu'il
employaft fon credit pour exciter le
peuple à la vengeance : Je n'ay
pas appris à reſiſter à la violence
, j'en ay de la douleur , j'en
pleure , j'en gemis ; & mes larmes
feront les feules armes que
je veux & dois employer contre
les ennemis & les perfecuteurs
de l'Eglife.
C.
Ily avoitprés de fept mille Soldats
Chreftiens dans l'armée de ce
mefme Empereur , lorfque cet impie,
GALANT 73
pas
pie , dans le Camp d'Octodure en
Savoye , ordonna à tous ceux qui
eftoient fous fon commandement de
facrifier aux faux Dieux. Ces
Sept mille Chreftiens refuferent
à la verité d'obéir leur à Prin
ce , & même ils ne le devoient
ne ſe prévalurent pas des armes
dans cette occafion ; mais ils
qu'ils avoient à la main pour
tourner contre luy. Le parti qu'ils
prirent dans cette dure neceffité ,
fut celuy de la retraite , prenant
route d'Agaune en Suiffe ; ( depuis
ce temps - là ce Bourg fut appellé
de Saint Maurice , du nom
du Tribun qui conduifoit cet-
Octobre 1705
. G
les
la
74 MERCURE
te Legion . ) L'Empereur leur envoya
un feul de fes Officiers pour
leur ordonner de s'arrefter, de venir
facrifier , ou de fe foûmettre
à eftre decimez. Ces genereux
Chreftiens , bien loin de fe préva
loir de leur nombre , ny de leurs
armes , fe foûmirent fe foumirent à ce dernier
commandement ; ils virent executer
d'un oeil intrepide la dixiéme
partie de leurs camarades.
Maurice , qui conduifoit cette
troupe Chreftienne, aprés que l'Envoyé
de l'Empereur cut achevéfa
harangue , & que ces genereux
Soldats eurent répondu unanimement,
qu'aucun d'eux ne vou
GALANT 75
loit trahir Jefus- Chrift leur divin
Maiftre , il leur adreffa ces
paroles dignes d'un veritable Chrétien
: Que j'ay eu d'apprehenfion
, chers Camarades , que
quelqu'un de vous , fous couleur
de fe deffendre ( ce qui eft
facile à gens qui font fous les
armes ) ne fe mift en eftat de
repouffer une mort ſi heureufe!
J'étois déja fur le point de
faire , pour vous en empêcher ,
ce que fit Jefus-Chriſt noftre
maiftre , lorfqu'il commanda
de fa propre bouche à Saint
Pierre de remettre dans le fourreau
l'épée qu'il avoit à la main .
Gij
76 MERCURE
Nous apprenant par là , que la
vertu de la refignation & de
la confiance Chreftienne eft
bien plus puiffante que quelques
armes que ce foit , &
que perfonne ne doit s'oppofer
avec des mains mortelles
à une entrepriſe mortelle ; mais
plutoft remplir la fainteté de
cette action par des
témoignages
continuels de la fainte Religion
que nous profeffons.
Aprés cette execution , le reste de
cette troupe ne fut point ébranlé
au contraire , il fut fortifié à la
vue de ce carnage , eg il envoya
dire à l'Empereur: Ce n'eſt
GALANT 77
pas contre vous , Seigneur
que le defefpoir qui peut tout
dans les dangers , nous a mis
les armes à la main ; c'eftoit
pour aider à deffendre vos Etats
contre vos ennemis. Nous ne
nous prévaudrons pas de l'état
où nous nous trouvons pour
refifter à vos volontez , nous
ne ferons aucune reſiſtance ;
Acar nous aimons mieux mourir
que vaincre , & preferér ainſi
une mort innocente à une
vie criminelle. Vos Bourrcaux
n'ont qu'à venir , ils trouveront
nos mains fans deffenſe ;
mais ils trouveront nôtre coeur
G
iij
78 MERCURE
armé de la Foy chreftienne.
Peu de temps aprés , les Bourreaux
parurent pour les égorger
tous ; chacun mit bas les armes ,
fe prefentant la gorge & le corps
à découvert , fans fe prévaloir ny
du nombre , ny des armes qu'ils
avoient pour deffendre la justice de
leur caufe : aimant mieux recevoir
la couronne du martyre , que de fe
conferver la vie aux dépens de l'obéïffance
qu'ils devoient à leur
Prince , tout méchant & tout impie
qu'il efloir.
Voilà , nos tres-chers Freres , les
exemples que nous devons imiter ,
en concluantquefous quelque préGALANT
79
texte que ce foit , nous ne devons
jamais prendre les armes contre
nos Souverains , pas même fous
prétexte de conferver les droits de
Dieu , ou de deffendre noftre propre
vie.
Graces à l'Eternel vous ne
vous eftes pas encore vús dans les
dures extremitez de ces Chreftiens
dont nous venons de parler , &
Dieu n'a pas jugé àpropos d'éprouver
voftrefoydans un pareil creufet
Votre mécontentement n'eftfondé,
comme nous l'avons déja obfer
vé, que fur quelques injuftices
que vous prétendez vousavoir efté
faites à l'égard de vos biens tem-
Giiij
80 MERCURE
porels , à quelques loix ou privileges
que la viciffitude des temps
avoit procurez à cette Nation.
Mais eft-ce que ces loix fontpreferables
à celles de Dieu , qui vous
prefcrivent une entiere foûmiffion
obéiffance ? Les Privileges du
Royaume d'Hongrie peuvent- ils
eftre mis en
en parallele avec ceux du
Royaume des Cieux ? Voulezfacrifier
ceux- cy pour conferver
ceux-là ?
1
La mort de l'Empereur , fous
le regne duquel
duquel vous prétendez
que toutes les injuftices dont vous
vous plaignez , ont efté commifes
vous fournit une occafion trèsGALANT
81
favorable de rentrer dans voſtre
devoir envers Dieu & envers
voftre Roy.Vous ne devez point ,
nos tres-chers Freres , la negliger,
principalement ,fi vous confiderez
qu'une grande Reine
telle qu'eft Sa Majesté Britannique
, s'intereffe nnoonn--feulement
à vous procurer une amnistie generale
; mais auffi une fatisfac
tion raisonnablefur tous vos griefs.
Si vous negligez cette occafion
je ne doute
pas que
abandonne à votre aveuglement ,
&que vous ne receviez dans ce
monde , & principalement dans
l'éternité, les châtimens que meri-
Dieu ne vous
82 MERCURE
tent les pertubateurs de la focieté
civile ,
tez.
les rebelles à fes volon-
Nous prenons Dieu à témoin ,
comme nous ne vous expofons rien ,
dans cette Lettre , qui ne foit fondéfur
les loix divines & humaines
, & univerfellement reçûës de
tout le peuple Chreftien ; & que
nous n'avons én vûë que la gloire
de Dieu , l'avancement de fon
Eglife , voftre proprefalut , & le
repos de voftrepatrie. Que le Ciel
favorife nos intentions ,& que le
Dieu de paix & de mifericorde
touchant vos coeurs d'un fincere repentir,
vous conduife dans le veriGALANT
83
table ſentier du ſalut éternel , que
je vous fouhaite au nom de la très-
Sainte Trinité , auffibien qu'à tous
nos autres Freres .
Les raifonnemens qui fuivent
font d'un fçavant Abbé ,
dont l'érudition elt connuë.
Il n'y a pas lieu de croire que
la Lettre de M ' l'Evêque de Salifbery
( connufous le nom de Docteur,
Burnet, ) que quelques perfonnes
mal informées ont voulu
auffi attribuër à M' l'Evêque,
de Londres & à M' l'Archevêque
de Cantorbery , faffe de
grandes impreffions fur l'efprit
84 MERCURE
des Proteftans de Hongrie . J'avoue
que les principes qui y
font établis font tres -juftes , les
raifons tres-folides , & les maximes
tres- conformes aux préceptes
de l'Evangile ; mais il
faut en même temps avouer
que l'application qu'en fait le
Prelat Anglois , ne fçauroit
eftre plus fauffe , & qu'elle eft
ncore plus fauffe dans la bouche
d'un Anglois que dans celle
d'un autre. Car pour ne rien
dire du pcu de rapport qu'ont
de fi faintes regles avec la fituation
prefente des peuples de
Hongrie , aufquels on a ofté
GALANT 85
leurs veritables Souverains
leur en donner d'autres , pour
>
qui n'ayant jamais gouverné
leurs Etats patrimoniaux que
felon les maximes du Defpotiſme
, ne les ont auffi jamais
traité que comme des efclaves ;
n'est- ce pas une choſe fort finguliere
d'entendre un Anglois
donner des leçons de fidelité &
d'obéiffance aux peuples de
Hongrie , à ces peuples , dis-je,
que la fidelité
ces naturels a toûjours diftingué
parmi les autres ? S'ils en
manquent aujourd huy pour
l'Empereur ; c'est qu'ils ne le
pour leurs Prin86
MERCURE
tre
que
regardent que comme un Maîla
force & l'autorité
leur ont donné ; en un mot ,
comme un tyran qui a détruit
& violé leurs privileges
, pour
la confervation
defquels ce
peuple infortuné a aujourd'huy
les armes à la main . Mais fi ce
zelé Prelat & fes autres Confreres
, qui font de l'obéïſſance
un devoir fi effentiel , avoient
eux- mêmes reduits en pratique
les regles prefcrites dans la Lettre
Paftorale , s'ils avoient ſuivi
l'exemple du Sauveur des homdont
ils fe difent les
mcs
Vicaires ; & que comme cet
GALANT 87
tenu par
Agneau de Dieu ils euſſent ſoû.
leur conduite , les leçons
qu'ils donnent aujour
d'huy à leurs Freres , on auroit
à prefent la confolation de voir
fur le trône d'Angleterre
, les
Princes de la Maiſon de Stuart :
& alors on avoüeroit que ces
Prelats feroient en droit de
dogmatizer fur la fidelité dûë
aux Souverains . Mais aprés la
maniere dont ils en ont ufé à
l'égard du Roy Jacques II . de
fainte memoire , & aprés celle
dont ils en ufent encore à l'égard
de Jacques III . leur maître,
& frere de la Reine que nôtre
88 MERCURĘ
Auteur appelle par excellence
Grande Reine ; je crois qu'il ne
fied pas à un Evêque d'Angleterre
d'établir comme un principe
fondamental
, dans une
Lettre Paftorale , que le Prince
eft l'Arbitre fouverain de toutes
chofes , & qu'il n'eft reſervé aux
Sujets qne la gloire d'obéir. Au
refte , on peut affurer qu'ils ont
peu mis en pratique ces leçons ,
dans les derniers troubles des
Cevennes , eux qui , outre les
fecours d'argent qu'ils faifoient
répandre dans ces montagnes
,
écrivoient
de temps en temps
à ces malheureux
revoltez des
>
GALANT 89
lettres pleines de confolation
& de confiance dans la Providence
, fur les reffources de laquelle
ils les exhortoient de
compter & d'efperer . Aprés
cette courte reflexion fur le caractere
de l'Auteur de la Lettre
; faifons- en quelques unes
fur les faits hiftoriques qu'il y
a amenez , en faisant voir beaucoup
d'ignorance fur ce qui
regarde ces mêmes faits .
Il me femble que ce Prelat ,
qui a autrefois prétendu trouver
de fi grandes fautes dans
les ouvrages de M ' de Varillas ,
en a fait dans cette Lettre , dont
Octobre 1705. H
90 MERCURE

certainement l'Auteur François
euft efté incapable. Il confond
d'abord le Tyran Maxime
, qui ſe revolta fur la fin
du 4 fiecle contre Gratien ,
avec Maximien- Hercule , Collegue
de Diocletien , qui vivoit
un fiecle auparavant. Ce n'eft
pas là la principale erreur de
M' Burnet ; il en fait bien d'autres
plus groffieres. Il juge à
propos , & je ne fçais fur quelles
notions , de placer le martyre
de Saint Maurice & de fes
Compagnons , en un mot , de
ces genereux Chreftiens connus
fous le nom de Legion
GALANT 91
Thebainne , de placer, dis- je ,
cet évenement fous le Tyran
Maxime , qui vivoit fort avant
dans le 4º fiecle , puiſqu'il ſe
revolta en l'année 383.au lieu
que la troupe dont S. Maurice
eftoit le Chef, avoit fouffert
le martyre un fiecle auparavant
, c'eſt- à-dire , fous le regne
de Diocletien , & quelques
années avant que ce Prince fe
retiraft dans fa folitude de Salone.
M' Burnet nous peint le
Tyran Maxime comme un
grand Perfecuteur de l'Eglife ,
& comme un homme qui luy
Hij
92 MERCURE
>
a fait fouffrir des maux exceffifs .
Cependant il eſt juſtifié par
l'Hiftoire , que Maxime n'a jamais
perfecuté l'Eglife & que
la Religion n'a jamais efté un
prétexte dont il fe foit fervi
pour faire mourir quelqu'un
fi l'on en excepte Prifcillien &
quelques - uns de fes difciples
enfeignoient des herefies
horribles ; par exemple , que
nos ames eftoient de la mefmefub-
Stance que Dieu mefme ; que le
monde avoit eftécréé
vais principe , ( reftes de l'herefie
de Manés ; ) & plufieurs au
tres erreurs monstrueufes de
qui
par
le mauGALANT
93
cette cſpece , dont l'on trouve
un grand détail dans le livre
des herefies de Saint Auguſtin
( hærefi 70. )
Mais le plus fort préjugé de
l'ignorance de noftre Evêque ,
& le trait contre lequel le lecteur
le moins inftruit doit fe
revolter ; c'eſt lorfqu'aprés avoir
reprefenté Maxime comme
un des plus grands Perfecuteurs
de l'Eglife , & qu'aprés
avoir fait un nombreux détail
des cruautez qu'il mettoit en
ufage pour obliger les Chrêtiens
à donner de l'encens aux
Idoles , & à fléchir le genou de
94 MERCURE
propos
vant Balaal , il trouve enfuite à
de changer la décoration
, & d'habiller ce prétendu
Tyran en Arien. Il fembloit ,
dit - il , qu'un grand nombre de
Chreftiens qui eftoient fous les armes
pour fon fervice , devoient en
profiter contre ce Prince Arien .
Cette reflexion à la fuite de
la précedente eft curieufe , &
donne une haute idée du ſçavoir
du Prelat Anglois. Mais
par malheur il n'eft pas plus
heureux fur l'Arianifme de
Maxime , qu'il l'a efté fur les
violences qu'il prétend que ce
Tyran exerçoit contre les ChrêGALANT
95
tiens pour les obliger d'encenfer
les fauffes divinitez ; car Maxime
n'a jamais efté Arien , &
n'a point favorisé les Ariens.
En voicy une preuve , à laquelle
il ne meparoit pas qu'on puiffe
refifter. Maxime eftant fort
jeune , écrivit de Tréves où il
eftoit , au jeune Valentinien
( II. du nom ) pour le conjurer
de faire ceffer la violente perfecution
que Juſtine , mere de
cet Empereur & grande Protectrice
des Ariens, faifoit fouffrir
à Saint Ambroife & aux
autres Catholiques; & lors qu'il
fut preft d'entrer en Italie ( ſur
96. MERCURE
la fin du 4° fiecle ) la premiere
chofe qu'il fit fut d'écrire à
Theodofe, & de lui envoyer des
Ambaffadeurs à Conftantinople
pour l'affurer qu'il n'eftoit
point entré dans ce pays-là pour
luy difputer l'Empire , maispoury
conferver la Religion Catholique
qu'on vouloit détruire . C'eſt dans
les mêmes termes que noftre
prétendu Arien écrivit au Pape
Sirice , qui avoit fuccedé au
Pape Damaſe , & qui affembla
le fecond Concile general ( premier
de Conftantinople ) contre
Mac donius ; & il luy manda
, qu'il vouloit abſolument qu'on
confervaft
GALANT 97
à
confervaft lapureté de la Foy , &
qu'on ne fift point de quartier
ceux qui y vouloient donner atteinte.
Voilà de fortes inductions
contre l'Arianifme de
Maxime.
Voici enfin une faute , qui
en eft moins une , qu'un deffein
qu'a l'Auteur de détourner de
leur veritable fens , les paroles
d'un Docteur de l'Eglife . M
Burnet fait parler ainſi S. Ambroife
, lorfqu'on le preffoit
d'employer fon credit pour exciter
le peuple à la vengeance ,
lors de la prétendue perfecu
tion de Maxime : Je n'ay pas
Octobre 1705
. I
98 MERCURE
appris à refifter à la violence ,
j'en ay de la douleur , j'en pleure ,
j'en gemis ; & mes larmesferont
les feules armes que je veux
dois employer contre les ennemis
& les perfecuteurs de l'E₂
glife . Saint Ambroiſe n'a jamais
parlé ainfi de Maxime ,
à l'occafion de la perfecution
des Chreftiens ; & M' Burnet
auroit parlé plus juſte , s'il cuſt
mis ces paroles à la bouche de
ce Saint , au ſujet de la perfecution
que Juftine, mere du jeune
Valentinien , fit fouffrir aux
Catholiques fur la fin du quatriéme
fiecle. M' le Grand nous
GALANT 99
avoit déja appris que M' l'Evêque
de Salifbery n'eftoit pas un
redoutable adverfaire ; mais fa
Lettre Paſtorale ne nous permct
plus d'en douter.
Le fruit de la guerre que
l'Empereur
fait à la France &
à l'Efpagne
, eft la revolte de
Hongrie. Le Prince Ragotzki
,
échapé d'une longue prifon ,
dénué de toutes chofes , au milieu
d'une poignée
d'hommes
qu'il avoit ramaffez
, euſt- il jamais
conçu le deffein de tirer
toute la Hongrie de l'oppreffion
de la Maifon
d'Auttriche ,
& d'entrer en guerre avec un
I ij
100 MERCURE
auffi puiffant Prince que l'Empereur
,fans la conjoncture de la
guerre prefente ? Auffi l'Empereur
qui connoift bien l'impoffibilité
où il eft de réduire
par la force les Mécontens ,
remue ciel & terre pour effayer
de leur faire mettre les armes
bas ; mais inutilement . Dans
l'état où la valeur & la conduite
du Prince Ragotzki ont
mis les chofes il y auroit
de la lâcheté & de l'imprudence
à mettre bas les armes ; de
la lâcheté , de n'ofer achever
une entrepriſe fi jufte & fi avancée,
& de foufcrire avec balfefGALANT
101
fe à la perte des privileges &
de la liberté de la Nation ; de
l'imprudence , en ce qu'il s'expoferoit
au reffentiment & au
peu de foy d'un Miniſtere irreconciliable,
& d'un Confeil qui
ne traite jamais avec qui que ce
foit que pour le tromper &
pour le perdre , fous l'ombre
d'une fauffe reconciliation , qui
a pour maxime qu'un Souverain
n'est point obligé à tenir les
Traitez qu'il a faits avec ses fujets
, fi- toft qu'il peut les rompre
impunément. Puifqu'enfin Ragotzki
eft hors des mains de ce
Confeil , & que l'épée eſt tirée ,
I iij
102 MERCURE
il doit jetter le fourreau dans le
Danube , & ne fe pas remettre
dans les fers qu'il a brifez .
L'exemple du feu Comte de
Serin & de plufieurs autres , facrifiez
à la politique & à la vengeance
, luy doit faire comprendre
qu'il eft perdu , ſi
jamais la Maiſon d'Auſtriche
eft en pouvoir de le faire arrefter.
Les Articles fuivans vous feront
connoiftre les éditions qui
ont efté faites de plufieurs Livres
nouveaux qui n'ont pas
cfté imprimez à Paris .
On debite un livre de picté
GALANT 103
en Angleterre , fous le titre
d'Habitude
de la vertu , &
l'obéïffance requiſe par l'Evangile
pour eftre en état de falut ; & un
autre,fous le titre de Penfees par
rapport à une vie vertacuse &
chrestienne.
MToland a fait imprimer
une Relation des Cours de Pruffe
de Hannower , dédiée à un
Miniftre d'Etat en Hollande.
M' Cupperus fait imprimer
à Amfterdam des Differtations
fur les Monumens antiques ;
l'on y voit des élephans reprefentez
. On dit que ce deffein
fera bien executé.
I
iiij
104 MERCURE
pa-
M' Buddæus , connu de tous
les Sçavans , vient de faire
roiftre un Recücil de douze
Diſſertations imprimnées à Hall
en Saxe in 8°. fous le titre de-
Selecta juris naturæ & Gentium.
On a imprimé à Anvers une
Réponse à l'Hiftoire de la Congregation
de Auxiliis du Pere
Serri Dominicain , fous ce titre :
Hiftoria controverfiarum de Auxiliis
divine gratia fub Summis
Pontificibus Sixto Vº , Clemente
VIII , & Paulô V ° . quibus demonftrantur
ac refelluntur errores
& impoftura innumera qua
in Hiftoriâ Congregationum de
7
GALANT 105
Auxiliis , editâ fub nomine Auguftini
le Blanc, notatæfunt ;
refutantur acta omnia earumdem
Congregationum , quafub nomine
Fratris Thoma Lemos prodierunt.
Authore Theodorô Eleutherio
Theologo.
On a fait à Metz , chez Brice
Antoine , une édition nouvelle
des Lettres Paftorales de
M' Fléchier , Evêque de Nifmes
, aux Fidéles de fon Diocefe.
Ce Prelat y décrit d'une
maniere bien touchante &
apoftolique , les defordres des
Fanatiques des Cevennes.
L'orage avoit long-temps , dit-il ,
106 MERCURE
grondéfur les montagnes ; nous en
eftions auffi menacez dans laplaine.
La mortfunefte , mais bienheureuſe
d'un Abbé ( Mr du Cheylar)
qui s'eftoit dévoué dés fa jeuneße
aux Miffions Evangeliques , fut
le premier coup qui fervit comme
de fignal pour la revolte generale
de vos Paroißes . Vous viftes alors ,
mes tres - chers Freres , parmy ces
peuples nouvellement réunis , des
mouvemens qui nous firent craindre
pour la Religion , pour eux , pour
vous- mêmes. Ils écouterent la voix
trompeufe desfeducteurs ; le fouffle
du démon leur parut une infpiration
du Saint Efprit ; ils apprirent
GALANT 107
à leurs enfans l'art de trembler&
de dire des chofes vaines. Ilfefor
ma dans leurs affemblées des confpirations
des complots d'iniquité,
au milieu même de leurs prie-.
res. Vos Eglifes devinrent defertes
; la parole de Dieu eſtant negligée
, l'ignorance fe trouva jointe
à la malice ; les coeurs s'endurcirent
de plus en plus ; les lumieres
de la Foy s'éteignirent ; la Religion
fe perdit, la fureur enfin
prit la place de la raison.
Déja dans les Diocefes voifins
cette fecte meurtriere faifoit couler
le fang des Preftres , perçant les
uns de mille coups , brûlant les aua
108 MERCURE
ires à petit feu , égorgeant quelques-
uns presque à la vûë des Autels
où ils venoient d'offrir lefaint
facrifice ; &pourcomble d'impieté
écorchant ces teftes facrées , qui
portoient la Couronne venerable du
royal Sacerdoce , coupant ces doigts
confacrez par les onctions ou par
de
l'attouchement des faints Myfteres
, & déchirant les lévres encore
teintes du Sang de l'Agneaufans
tache pour avoir le plaifir de les
dégrader inhumainement ,
leur ofter, avec la vie , tout ce qui
pouvoit avoirfervi à exercer les
fonctions de leur Preftrife . Il anime
les Fidéles à foûtenir en pa-
نم
GALANT 109
tience les tribulations prefentes
, & àne ſe point laiſſer abade
vaines frayeurs , ou
tre
par
par
des trifteffes felon la chair.
Il leur donne pour motif de
confolation , l'exemple des premiers
Chreftiens ; & aprés les
avoir encouragez à foûtenir la
perfecution avec force , il juftifie
la prudence de leur retraite .
L'Eglife , dit- il, a crû,que comme
ily a une generofité Chreftienne
qui brave quelquefois les perils,
ily a auffi une prudence Evangelique
qui les évite:
On a joint aux Lettres de M
l'Evêque Nifmes , une Lettre de
110 MERCURE
M. Pr. Fr. elle eft adreffée aux
Religionnaires revoltez des Cevennes,
& conçûë dans les fentimens
d'une charité Chrêtienne ,
& avec les expreffions d'une éloquence
pathetique. Les Religionnaires
trouveront dans ces
deux ouvrages , dequoy fe confondre
ou fe convertir .
Mr Nicolas , Baron de Lillieroot,
Secretaired'Etat duRoy
de Suede , cy- devant fon Ambaffadeur
en France , où il a
demeuré plufieurs années, & cydevant
auffi fon Ambaſſadeur
Extraordinaire & Mediateur à
la Paix de Rifwick , mourut à
GALANT III
F
Stockolme , au mois de May
dernier . Il s'acquit beaucoup
d'eftime & de réputation dans
cette negociation épineufe. Il
avoit paffé la plus grande par
tie de fa vie dans l'exercice des
affaires politiques , & il avoit
acquis la réputation d'un grand
Miniftre. M le Baron de Lillicroot
avoit pris naiffance dans
une famille de Suede, qui fuivit
dans le 16 fiecle le cours des
nouveautez , & qui avec une
bonne partie de la Suede embraffa
la doctrine de Luther. En
cffet,leLutheranifmecht en Suede
la Religion dominante , de112
MERCURE
puis que Charles déthrôna fon
neveu Sigiſmond . Le Clergé de
ce Royaume eft compofé d'Evêques
, de Prêtres & de Diacres
mariez ; leurs Eglifes ne
font point differentes des nôtres
, & aux grandes Feſtes ils
vont au Tribunal de la Confeffion
. Et ce qu'il y a d'aſſez fingulier
dans ce Royaume , & qui
marque avec quel zele on y pratique
le précepte de la charité
eft que les logis des Preftres de
la campagne doivent eſtre des
Auberges publiques pour les
paffans ; & ce n'eft qu'à cette
condition qu'on y confere le
1
GALANT 113
Sacerdoce. Le Roy de Suede a
fort regretté M le Baron de
Lillieroot , & il a témoigné publiquement
l'estime qu'il avoit
pour luy , en difant tout haut ,
lorfqu'il reçut la nouvelle de fa
mort , qu'il falloit des ficcles pour
former un Miniftre de ce merite
de cette probité. L'Office de
Mediateur qu'il faifoit au Traité
de Rifwick, n'eftoit pas une
fonction fort aisée à remplir ; &
s'il y avoit de la gloire à s'en
tirer avec la fatisfaction commune
des parties intereffées , il
y avoit auffi beaucoup à crain
dre d'échouer dans un deffcin
Octobre 1705 .
K
114 MERCURE
L.
fi délicat , & de ne
contenter
perfonne.
M' Sandoncq , Brigadier &
Infpecteur general de la Cavalerie
qui eft au fervice du Roy
d'Espagne dans les Pays- bas ,
mourut à Bruffelles le 30. de
Juillet dernier , de dix-huit bleffures
qu'il avoit reçuës dans le
paffage des Lignes. C'eftoit un
tres - bon Officier de Cavaleric ;
il avoit porté les armes toute
fa vie , & il s'eftoit fait une
grande réputation par plufieurs
actions de valeur , & par les
fréquentes preuves qu'il avoit
données de fa conduite. Cet
GALANT 115
Officier avoit paffé par tous les
degrez militaires , & il avoit
lieu d'efperer de fe voir encore
plus élevé , fi la mort n'cuſt
terminé toutes fes efperances .
Monfieur l'Electeur de Baviere
eftoit fort content de ſes ſervices
; & ce Prince s'expliqua d'une
maniere fort avantageuſe ,
en parlant de luy le jour qu'il
fut bleffe , & il l'envoya vifiter.
De fes dix - huit bleffures , il y en
avoit huit ou dix de morrelles.
Aprés de fi gloricufes marques,
il n'eft pas permis de douter
de fon intrepidité & de fon
courage.
Kij
116 MERCURĘ
Dom Ignatio Bautiſta de Rivas
, Confeiller du Confeil des
Finances , eft auffi mort. Le
Confeil des Financés éft dans
le même rang que celuy de la
guerre ; & ils font inferieurs à
celuy du Confeil d'Etat , qui
n'eft rempli que de ceux qui
ont vieilly dans les Gouvernemens
dans les Commandemens
des Armées & dans les
Ambaffades. Dom Ignatio Bautifta
de Rivas eft mort dans une
grande réputation de probité,
Il avoit vieilly dans l'exercice
des Charges les plus confiderables
. Le Confeil des Finances
GALANT 117
dont il eftoit Membre n'eft jamais
rempli en Eſpagne que
de perfonnes d'une probité &
d'une fidelité éprouvées ; parce
que tout l'argent de la Monarchie
leur paffe par les mains.
Dom Ignatio Bautiſta de Rivas
cftoit grand Jurifconfulte , & il
avoit étudié toute fa vie la Ju
rifprudence .
M' le Comte
d'Averſberg ,
Envoyé de l'Empereur auprés
de Monfieur le Duc de Savoye ,
mourut à Turin fur la fin du
mois de Juillet dernier . Ce Miniftre
avoit fervi fi utilement
fon maiſtre dans cette Cour
118 MERCURE
dans le temps qu'il s'y tenoit
caché , que par fes negociations
il détacha Monfieur le Duc de
Savoye de l'alliance des deux
Couronnes , pour l'engager
dans les interefts des Alliez . M'
le Comte d'Averfberg avoit
efté employé toute fa vie dans
les negociations. L'Empereur
deffunt avoit beaucoup de confiance
en luy ; il l'avoit employé
en plufieurs negocia
tions fecrettes , dont il s'étoit
tiré avec beaucoup de fuccé
. Ce Comte eftoit d'une ancienne
Maifon , fortie de l'Efclavonie
du temps de l'EmpeGALANT
119
*
reur Charlequint , qui fe fervit
en plufieurs occafions du Comte
d'Averfberg , trifayeul de
celuy qui vient de mourir . On
affure que Monfieur le Duc de
Savoye luy dit des paroles affez
rudes , quelques jours avant fa
mort , fur la lenteur de l'execution
des promeffes du Confeil
de Vienne .
Un Artiſan , de la Province
de
Northumberland.en Angleterre
, nommé Jean James ,
mourut au mois d'Aouft dernier
, âgé de fix - vingts - deux
ans. Il a vécu jufqu'à cet âge
fans le fecours de la Medecine ,
120 MERCURE
dont il n'a jamais voulu fe fervir.
On écrit même d'Angleterre
, que quelques jours avant
fa mort , il fit prés d'une lieuë
à pied en fe promenant . Ce
vieillard fe fouvenoit d'avoir
vû la Reine Elifabeth . Quant
au regne de Jacque premier , il
en fçavoit les circonftances les
plus fecrettes . Il avoit fait le
voyage d'Allemagne , lorfque
la Princeffe Catherine , fille de
ce Roy , alla dans les Etats de
l'Electeur Palatin fon nouvel
Epoux ; & il y demeura même
pendant quelques années .
Titus Oates a fait trop de
bruit
GALANT 121
bruit dans l'Europe fous les
regnes de Charles II. & de Jacques
II. Rois d'Angleterre
pour que la nouvelle de fa
mort ne doive pas trouver place
icy , non pas en qualité
d'homme illuftre ; mais en celle
de fameux fcelerat , dont la
memoire fera odieufe à tous
ceux qui liront l'Hiftoire d'Angleterre
du dernier ficcle . En
1678. il fe répandit un bruit
à Londres , qu'il y avoit une
confpiration contre la famille
Royale ; Titus Oates , dont je
viens de parler, déclara au Confeil
de Charles II que les Ca-
Octobre 1795. L
122 MERCURE
tholiques Romains avoient for
mé ce complot. Cette fauffe
découverte fut fuivie d'emprifonnemens
, d'executions , de
banniffemens & d'autres mauvais
traitemens contre plufieurs .
perſonnes , qui n'eſtoient crimincls
que pour avoir profeſſé
la Religion Catholique , & qui
n'avoient jamais rien commis
contre l'Etat . Peu d'années
aprés & fous le même regne ,
L'auteur de cette découverté
fut convaincu de faux témoignage
, & comme fauffaire il
fut condamné à une priſon perpetuelle
, & à eftre mis au piloGALANT
122
ry toutes les années à certains
jours , tant pour l'accabler de
confufion
, que pour fervir d'exemple
à fes femblables . Cette
Sentence a efté executée pendant
le cours de plufieurs années
, jufqu'à ce qu'enfin le
Roy Guillaume eftant monté
fur le Trône , jugea ce malheureux
digne de fa compafſion
, & adoucit la peine de ſa
condamnation , & la changea
en celle d'un fimple banniffement
de Londres. Les ennemis
de la Religion Catholique
avoient trouvé moyen , par la
dépofition de Titus Oates , d'o-
Lij
124 MERCURE
bliger le Roy Charles II. de
faire perir fes meilleurs amis ,
& dont l'innocence luy eftoit
connuë , fans quoy toute l'Angleterre
fe feroit foûlevée contre
luy , en imputant à ce Monarque
d'eftre fi avant dans le
party des Catholiques , qu'il
vouloit même pardonner à tous
ceux qui avoient attenté à fa
perfonne.
M' de Trente , Capitaine
dans le Regiment de Dillon ,
a efté tué à la Bataille de Caffano.
Ce jeune Officier âgé de
21 an , promettoit beaucoup ;
fon efprit & fes belles incli
nations qui brilloient dans touGALANT
125
tes les actions l'ont fait regret
ter generalement de tous ceux
qui l'ont connu , Quelques Officiers
de fes amis,qui le fuivirent
lorfqu'on l'emportoit , aprés a-,
voir efté bleffé à mort , furent
furpris de voir, que quoy que fa
bleffure fuft mortelle , il eftoit
inquiet du fuccés de la Bataille .
leur en demanda des nouvelles
, & lorfqu'il eut appris que
la victoire fe déclaroit en noftre
faveur : Je meurs donc content ,
leur dit - il , adieu , Meffieurs
adieu . Retournez à vos poftes ,
vous ne mepouvez faire du bien ;
laiffez avec moy le feul qui
Liij
126 MERCURE
m'en peutfaire , ( il vouloit parler
de fon Confeffeur. ) L'on
ne fera point furpris de ces
beaux fentimens , quand on
fçaura que celuy qui les avoit ,
eftoit fils du feu Chevalier Baronnet
de Trente , mort Prifonnier
d'Etat dans la Tour de
Londres en 1696. & qui dans
le temps que le Parlement d'Angleterre
refuſa de l'argent à
Charles II. & fit deffenſe à
tout le monde de luy en donner
, ou de luy en prêter , fous
peine d'eftre accufé d'empêcher
le Parlement de s'affembler
, & d'en eſtre reſponſable
GALANT 127
audit Parlement pour forcer le
Roy, par la difette , à confentir
que le Bill ( qui excluoit le Duc
d'Yorck de la fucceffion à la
Couronne ) paffaſt ; qui , dis-je ,
fans avoir égard au danger qu'il
couroit , ne laiffa pas de faire
voir fon zele pour Charles II.
en luy prêtant quarante mille
livres fterling. Sa Majeſté Britannique
luy commit enfuite
le foin de fes Finances , & il n'a
point ceffe de donner des preuves
de fa fidelité. Depuis les
dernicres revolutions il a perdu
cent mille livres de rente que
le Prince d'Orange a données
Liiij
128 MERCURE
au Marquis de Ruvignies . Le
frere de ce Chevalier fut tué à
la Bataille de Cavin en Irlande ,
eftant Colonel d'Infanterie , &
fon fils aîné Colonel des Dragons
de la Reine , mourut dans
le même Pays , au commencement
des dernieres revolutions
d'Angleterre
.
Vous avez fans doute appris
la mort de M' le Marquis d'Uffon
; mais vous ignorez peutcftre
ce qui s'eft paffe dans les
derniers jours de fa vie , & la
manieré édifiante dont il eft
mort. Vous l'apprendrez dans
la lettre fuivante , écrite par le
.GALANT 129
"
Pere Croiſet , Jefuite , & envoyée
au Pere de la Chaiſe par
le même Pere , qui pouvoit
rendre un fidéle compte de
tout ce qui regarde la confcience
de ce Marquis , l'ayant aſſiſté
jufqu'au dernier moment de fa
vie.
A Marfeille le 28. Septembre.
Mon tres-Reverend Pere ,
Comme j'ay eu la confolation
affifter Mr le Marquis d'Uffon
à la mort , j'ay crú que je ferois
plaifir à Voftre Reverence de luy
apprendre combien ce Marquis eft
130 MERCURE
mort chreftiennement. Dés qu'il
fut arrivé en cette Ville , il mefit
prier de l'aller voir. Je trouvay
un malade qui ne fouhaitoit rien
tant que defe préparer à bien mourir.
Il commença par me déclarer
fes difpofitions interieures & fes
Sentimens. Fofe dire que je ne
croy pas avoirjamais trouvé un
coeur, un efprit plus chreftien.
Comme il me parut d'abord avoir
une confiance entiere en moy ; je luy
dis qu'il ne feroit pas extraordire
qu'un homme comme luy cust
quelque peinefur quelquepoint de
Religion , & qu'il me feroit plaifir
de mepropofer toutesfes difficultez.
GALANT 131
i
Je l'aurois déja fait , me dit - il ,
fi j'avois le moindre doute
mais je proteſte devant Dieu
que je croy tout ce que l'Eglife
Catholique, Apoftolique &
Romaine croit & m'oblige de
croire , & je fuis preft de donner
tout mon fang ; ouy , tout -
mon fang , ajoûta- t - il , pour
foûtenir cette Foy. Voilà , mon
Pere , quels font mes veritables
fentimens. Il prononça tout cela
avec tant de fermeté , & d'une
manierefi fincere , &fiperfuafive,
que je ne pus m'empêcher d'admirerfa
foy. Dés que je l'eus confeffé
, il me pria de luy faire don132
MERCURE
ner le Viatique quand je le jugerois
à propos : Je me remets entierement
entre vos mains , continua-
t-il , ne m'épargnez pas ,
& faites que je ménage bien
tous les momens pour l'Eternité
. Je l'ay confeffé trois ou quatre
fois, dans lesfix jours de fa ma
ladie , & il m'a toujoursfait voir
les plus confolantes difpofitions
qu'on puiffe fouhaiter dans un
homme mourant. L'ardeur &
l'empreffement qu'il me témoignoit
de recevoir le Viatique eftoient extrêmes
; auffi le reçut-il avec de fi
grands fentimens de contrition &
d'humilité , avec unefoyfiviGALANT
133
ά
we & fi fenfible , que toute l'affemblée
fut touchée jufques aux
larmes. Tout le mondepleuroit, &
fur tout quelques Officiers , à qui
cet exemple eftoit neceffaire. Comme
le malade ne pouvoit pas fe
foûtenir , ny même ſe remuër , je
ne voulois pas qu'il fe fift relever
pourcommunier ; mais il le voulut
dit tout haut: qu'il ne pouvoit
fe refoudre de recevoir un fi
grand Maître dans cet état . Il
falut le foutenir affis fur fon lit
pour le contenter. Ilmepria de dire
les Litanies du nom de Jefus & de
la Sainte Vierge , en prefence du
tres-faint Sacrement , avant que
134 MERCURE
de communier ; aprés quoy il reçut
le Viatique avec une fi édifiante ,
& fitendre devotion, qu'il n'y eut
perfonne qui nefufttouché. Il voulut
que tousfes domestiques accompagnaffent
le faint Sacrement , le
flambeau à la main , & il ordonna
qu'on donnaft dix louis d'or pour
les Pauvres de la Paroiffe , & une
autre fomme à la même Paroiffe
pour y faire dire des Meffes pour
luy. Il me demanda un Crucifix
qu'il puft tenir de temps en temps
dans la main ; je luy en donnay un,
qu'il n'a guére quitté jusques à la
mort. Il fe trouva affez bien le
refte du jour. Mais ce que tout le
GALANT 135
monde a remarqué , & admiré
c'est qu'eftant d'un naturel tres- ardent
, & fouffrant des douleurs exceffives,
qui jufqu'alors le faifoient
entrer dans des impatiences tresgrandes
; dés qu'ilfe fut confeffé ,
& qu'il eut reçu le Viatique , il
changea fi vifiblement, que tous fes
domestiques & tous ceux qui l'apunes
de
prochoient, avoüoient tous qu'il y
avoit là du miracle. Ses douleurs
augmentoient&fapatience auffi,
&s'il lui arrivoit quelques
cesfaillies que la douleur caufe malgrénous,
il demandoit auffi- toft tant
depardons & àDieu,& à ceux qui
eftoient prèſens , qu'on en eftoit at136
MERCURE
tendri . Comme je ne l'ay presque
point abandonné , j'ay efté témoin
de fa patience , & de fa parfaite
refignation à la Providence. Plein
de confiance en la mifericorde du
Seigneur , il avoit fans ceffe ces
paroles dans la bouche : Peccavi ;
miferere mei , Deus,fecundùm
magnam mifericordiam túam.
Il me pria de luy donner l'Extreme-
onction quand je le jugerois à
propos ; il la recent à deux heures
aprés minuit avec toute la prefence
d'efprit & toute la devotion
poffibles. Il voulut encore
voir affisfurfon lit par respect ;
comme je luy avois donné une
la
receGALANT
137
petite methodepour recevoir utilement
ce Sacrement , il s'en fervit
parfaitement , demandant pardon
à Dieu tout haut , aprés chaque
onction , conformément
à la priere
de l'Eglife. Il a vécu encore deux
jours,ayant tout fon efprit , & ne
l'occupant plus que du Seigneur
de fes grandes mifericordes
luy demandant pardon plufieurs
fois à chaque heure. Le feudy il
Je trouva à l'extremité , il nous
dit le dernier adieu à tous & à
fes Domestiques. Sur le midy je
luyfis la recommandation
de l'ame;
il avoit encore toute fa connoiffance
& baifoit fans ceffe le Cru
Octobre
1705
. M
138 MERCURE
cifix . Il paffa encore une petite
demie heure affez tranquille , &
profitant de tous les momens , &
jufques à la longueur d'un Pater
avant fa mort, qu'il perdit toute
connoiffance ; & il expira tenant
fon Crucifix en main . Cette mort
fi édifiante a fait grand bruit dans
cette Ville , & j'efpere qu'elle aura
touché beaucoup de gens. Fay crú
que V. R. ne trouveroit pas mauvais
que je luy enfiffe un détail
fi confolant. Fe fuis avec un tres
profond refpect &c.
M' le Marquis d'Ufſon eſt
mort à Marſeille le 24. Septembre
, & le lendemain il fut
GALANT 139
enterré dans l'Eglife Cathedrale
avec beaucoup de magnificence
, par les ordres de M
le Comte de Grignan . Voici
un extrait de fes actions .
M™ Jean d'Ufſon , Marquis de
Bezac, fut fait Capitaine dans le
Regiment de Turenne en 1672 .
dans le Regiment Royal de
Dragons , en 1675. Major du
mefme Regiment , en 1677.
Colonel du Regiment de Touraine
Infanterie, en 1680. Infpecteur
General des Troupes
en 1689. Brigadier d'Infanterie
& Gouverneur de Furnes en
1690. & Maréchal de Camp
Mij
140 MERCUR
E
.
en 1691. Il a commandé fucceffivement
à Limerick en Irlande
, ( dont il foûtint le fiege
avec beaucoup de fermeté , ) à
Pignerol , & dans la Vallée
de Barcelonnette
. Il fervit en
1693. à la Bataille de la Marfaille
, & en 1694. il continua
de fervir en Italie. Le 3. Janvier
1696. il fut fait Lieutenant
General , & nommé pour
fervir en Catalogne la même
année , & il fe trouva au Siege
de Barcelone. Il fut fait Commandeur
de l'Ordre de S. Louis
en 1699. Au mois d'Aouft .
1701. il épouſa Dlle Elifabeth
GALANT
141
de- Flexel - de Bregis , fille de M
Nicolas de Flexel , Confeiller
d'Etat d'épée , Lieutenant General
des Armées du Roy , &
fon Ambaffadeur en Pologne
& en Suede , & de Dame Charlotte
de Saumaife - de - Chazan ,
fille d'honneur de la feuë Reine
, Mere du Roy Louis le
Grand , veuve du Marquis d'Ecots.
Le Roy nomma M' le
Marquis d'Uffon , quelques
mois aprés fon mariage , pour
fon Envoyé Extraordinaire auprés
des Princes de la Maiſon
de Lunebourg-Wolfembutel ,
& pour commander en Chef
142 MERCURE
les Troupes de ces mêmes Prin
ces , qui eftoient alors nos Alliez
. Aprés fon retour en France
, il fut nommé en 1702 .
pour commander à Louvain
pendant l'hiver ; & le 31. Decembre
de la même année il fit
brûler cent quatre- vingt meules
de foin des ennemis , prés
de la Ville de Liege . En Février
1703. il fut nommé pour fervir
en Flandres fous Monfei
gneur le Duc de Bourgogne ;
mais il paffa en Allemagne , &
fervit comme le plus ancien
Lieutenant General, dans l'Armée
de M' le Maréchal de VilGALANT
143
lars , qui aprés avoir forcé les
retranchemens de la Vallée de
Kintzig , & penetré dans la Suabe
, joignit celle de Monfieur
l'Electeur de Baviere en May
1703. Il commandoit fous
les ordres de Monfieur l'Electeur
de Baviere à la premiere
Bataille d'Hochftet , le
20. Septembre 1703. dans laquelle
l'Armée de l'Empereur ,
commandée par M' le Comto
de Stirum , fut entierement défaite.
Le Roy luy ayant donné
le Gouvernement de la Ville &
duComté de Nice , il en prit pof
feffion au mois d'Avril dernier ;
-
144 MERCURE
& le 18. Aouft fuivant il fit fauter
les murailles & les fortifications
de Nicc.
Morery remarque que la noble
maifon d'Uffon , du pays
de Foix , eft originaire d'Arragon
, & qu'elle tire fon nom du
Chafteau & de la Baronnie de
Duffon , aujourd'huy compris
dans l'étendue du pays de Foix ,
& dépendans autrefois de la
Cerdaigne , dont les Rois d'Arragon
cftoient alors Souverains.
Dame Claude Demons
Veuve de Mr René Souchu de
Rennefort , Treforier general
des
GALANT 145
des Ponts & Chauffées de France,
& des Gardes du Corps de Sa
Majefté,mourut le 28. Septembre
dernier , âgée de 99. ans.
Elle parloit quelquesfois à fes
amies de l'état où elle avoit vû
la Cour à Tours , Ville de fa
naiffance , lorfque Louis XIII.
& la Reine Anne d'Auftriche
y féjournerent , aprés leur
mariage , en l'année 1615. ce
qui témoigne qu'elle ſe fouvenoit
de loin . La vivacité admirable
de l'efprit de cette Dame
dans un fi grand âge , ſes
heureuſes penfées & la parfaite
connoiffance qu'elle avoit du
Octobre 1705.
N
146 MERCURȚ
monde, lui attiroient beaucoup
de vifites, & fouvent de perfonnes
d'un merite fort diftingué ,
qui venoient la voir pour ap
prendre les moyens de vivre fi
long- tems,fans cnnuy pour foimême
& pour fon prochain.
Quoi qu'elle foit morte fort
âgée , elle auroit pû , felon les
apparences
, vivre encore plus
longtems ; mais s'eftant empreffée
, quatre jours avant ſa
mort; d'aller au fecours d'une de
fes amies qui eftoit tombée en
temps s'eftant apoplexie , & le
trouvé froid ce jour là pour la
faifon , elle fentit au retour un
GALANT 147
rhume , qui du cerveau defcendit
à la gorge , & de la gorge à
la poitrine. Elle fecouroit &
confoloit les pauvres & les affli
gez , autant qu'il lui eftoit poffible
; elle avoit eu beaucoup
d'occafions de fe plaindre de
la fortune , & elle ne l'avoit
jamais cherchée. Cette Dame
avoit eu plufieurs Confeillers
d'Etat dans fa famille .
Quant à la famille de Souchu
de Rennefort , celuy qui
a établi cette famille en France
, eft venu d'Ecoffe à la fuite
de Marie Stuart , femme de
François II . aprés la mort du
Nij
148 MERCURE
quel , & que la Reine Maric fut
repaffée en Ecoffe , il fut Gentilhomme
ordinaire de Charles
IX. & l'un de fes Capitaines
des Chaffes. Aprés le decés de
Charles IX. il fe retira en Touraine
, où fa femme avoit du
bien , & il y fit bâtir une maifon
qu'il appella Rennefort ,
nom qu'il avoit pris en Ecoffe .
Quant au nom de Souchu ,
qui eftoit fon veritable nom
ceux qui le portent , ont efté
& font encore fort puiffans
dans la Chine , d'où fes ancêtres
font fortis . La famille de
Souchu a commencé en EuroGALANT
149
pe par un Mandarin Chinois ,
qui fut envoyé en l'année 1517.
vers Emmanuel Roy de Portugal
, pour le remercier des honneurs
qu'il avoit fait rendre à
l'Empereur de la Chine , par fes
Ambaffadeurs efcortez d'une
puiffante Flotte. Comme cette
Flotte parut confiderable aux
Chinois , elle leur donna lieu de
croire que la puiſſance du Roy
de Portugal eftoit grande ; &
le Mandarin Chinois fut chargé
, par fes inftructions , d'examiner
files forces de ce Monarque
eftoient auffi grandes en
Portugal , que fa Flotte don-
N iij
150 MERCURE
noit lieu de le croire. Ce Mandarin
Ambaſſadeur fut recommandé
à Fernand Andrade ,
qui eftoit Amiral de la Flotte
Portugaife. Cet Amiral l'envoya
fur un de fes Navires
Malaca , qui eftoit alors le lieu
du plus fort établiſſement de
fa Nation dans les Indes Orientales
, l'établiſſement des Portugais
n'eftant pas encore bien
affermi à Goa. Le Viceroy qui
faifoit fa refidence à Malaca
reçcut le Mandarin avec
tout l'honneur qu'il crût
devoir au Miniftre d'un Monarque
fi puiffant , & l'envoya
peu de temps aprés en Portu-
,
.GALANT 151
gal fur un autre Vaiffeau. Il
navigua heureufement
jufques
à la hauteur des Ifles des Açores
, où une furieuſe tempefte
l'accueillit , le battit plufieurs
jours , & enfin le pouffa fur les
Coftes d'Efcoffe , où fon Vaiffeau
fut brifé. Il y perdit tout
cc qu'il portoit , & fut fauvé par
des Pefcheurs , avec un jeune
fils qu'il menoit avec luy.
Jacques V. du nom regnoit
alors en Ecoffe , Prince trespieux
& tres - charitable. Ce
Monarque , fur ce que luy rapporterent
des Matclots Portugais,
qui s'eftoient auffi ſauvez
Ninj
152 MERCURE
de ce naufrage , cut la curioſité
de voir le pere & le fils , & fe les
fit prefenter . Ils avoient eſté ſi
fatiguez, que le Mandarin mourut
un mois aprés , & la jeuneſſe
de fon fils ayant aidé à le conferver
, le Roy Jacques le fit baptifer
, & voulut eftre fon parain ;
il luy donna ſon nom , & le fit
élever. Il le maria enfuite avec
l'heritiere de la Maifon des
Barons de Rennefort , à condition
qu'il joindroit ce nom
au fien ; & il fut appellé Jacques
Souchu de Rennefort. Il eut deux
enfans de ce mariage , dont
l'aîné , nommé George , a fait
GALANT 153
tige en Ecoffe ; le fecond cft celuy
qui paſſa en France , ainſi
que je viens de dire . Il eut un
fils , nommé Jacques , tué Capitaine
d'Infanterie au Siege de
la Fere en 1596. Ce Capitaine .
laiſſa un fils , nommé Bernard-
Jean , qui mourut jeune, & qui
neanmoins . fut marié ; & de
cc mariage eft venu René Souchu
de Rennefort
, mary de
de Claude Demons , qui a donné
lieu à cet article, Il prit le
parti des armes , auffi toft qu'il
les put porter ; & aprés avoir
fervi fous le Roy de Suede
Guftave - Adolphe , & fous le
154 MERCURE
Duc Bernard de Weymar qui
l'aimoit , ce Prince eſtant mort ,
il revint en fa maifon de Touraine
, où fa mere qui vivoit
encore , & fes parens l'engagerent
de fe marier : & depuis,
fes parens luy perfuaderent de
fe revêtir des Charges dont je
viens de vous parler.
De ce mariage eft forti M
Urbain Souchu de Rennefort ,
qui s'embarqua pour les Indes
Orientales en 1665. & la même
année il prit poffeffion au nom
du Roy , de l'Ile de Madagaſcar
, qui n'eft pas moins grande
que le Royaume de France .
GALANT 155
On en peut voir toutes les particularitez
& celles de fon retour
, de fon naufrage , & de
fa prifon chez les Anglois
dans la relation de fon voyage
qu'il a donné au public en
1687. fous le titre de Memoires
pour fervir à l'Histoire des Indes
Orientales , où il rapporte fommairement
des chofes fort curieuſes
, & qui ont fait rechercher
ces Memoires par les étran
gers , auffi bien que par les François
de forte qu'ils ont efté
réimprimez en Hollande en
1688. Il pourroit faire paroître
une fuitté de ces memoires ,
;
156 MERCURE
qui va beaucoup plus foin , &
qu'il a foigneufement receüillie ,
&dont il a l'approbation . De ce
mariage cft auffi forti M
François Souchu , qui charmé
de l'étude de la Phyſique , y a
fait de tres grands progrez , &
qui même pour avoir des éclairciffemens
plus parfaits fur certaines
chofes , a confulté tous
les Savans de l'Europe . Eftant
à Rome , le Pape Innocent XI .
luy fit prefent d'un coffre rempli
de Reliques pour luy & pour
ceux de fa famille qu'il en jugeroit
dignes ; Il s'eft depuis
attaché à l'étude du Droit &
GALANT 157
des Loix ; ce qui luy donne
lieu de fecourir charitablement
les opprimez.
Dlle . Jeanne-Françoiſe Souchu
eft auffi fille de la Dame
dont je viens de vous apprendre
la mort.
Mc N .... de Grofléc Comte
de Viriville , ci- devant Capitaine
- Lieutenant des Gendarmes
de Monſeigneur le Duc
de Berry , & Gouverneur de
la Ville & Citadelle de Montelimar
mourut fubitement à
Lion le 26. du mois de Septembre
dernier. Il a efté enterré
dans l'Eglife Collegiale de
ر
158 MERCURE
Saint Paul de la mefme Ville ;
& fon coeur a efté porté dans
le fepulchre de fes Anceftres
en Dauphiné . Sa Majesté a
donné à M' le Comte de Viriville
fon fils , agé de 13. ans
le mefme gouvernement de
Montelimar , en confideration
des fervices que fes Pere &
grand- Pere ont rendus dans
les Armées , & de ce qu'ils
avoient auffi cú le mefme gouvernement.
M' le Comte de
Viriville avoit long- temps por-..
té les armes pour le ſervice du
Roy. Il avoit épousé la foeur
de feu M' le Marquis de Gou
GALANT 159
vernet , mort en cette Ville il
y a quelques années . Feüe M°
de Talard , époufe du Maréchal
de ce nom , cftoit foeur de M
le Comte de Viriville , & M
la Marquife de Chabrillant
femme du Lieutenant de Roy
de Dauphiné. Il eftoit de la
branche cadette de la maifon
de Groflée , dont la branche
aînée eft éteinte dans celle du
Cros : M' le Comte de Groflée.
d'aujourd'huy , qui a épouſé
depuis peu Mlle de Tencin ,
elt fils de l'heritiere de cette
branche ; & il doit porter le
nom & les armes de cette mai160
MERCURE
fon , qui a auffi produit la
branche de Breffieu en Dauphiné
. La branche de Viriville
a donné de grands fujets ; le
Pere du Comte qui vient de
mourir avoit porté les armes
toute la vie , & fon Aycul
s'eſtoit fort diſtingué dans les
guerres qui agiterent la France
pendant les tems de la Ligue.
M de Viriville laiffe auffi deux
filles .
M N... Gouffier , Marquis
de Crevecoeur , eft mort dans
la Paroiffe de S. Benoît , & il a
efté enterré dans l'Eglife de ce
nom . Il defcendoit en ligne.
GALANT 161
directe de Guillaume Gouffier,
Amiral de Bonnivet , qui eftoit
frerei.d'ArtusGouffier , Comte
d'Estampes & de Caravas , Seigneur
de Boifi , d'Oiron , & de
Maulevrier , Grand- Maître de
France , & Chevalier de l'Ordre
du Roy , dont la pofterité a fini
en la perfonne de Charlotte
Ducheffe de Roüannez , Maréchale
de la Feüillade , mere de
M' le Duc de la Fcüillade ; 2 .
d'Adrien , Gouffier , Cardinal
de Boifi , Evêque de Coûtances,
& puis d'Albi , Grand Aumônier
de France ; 3. d'Aymar ,
Evêque d'Albi aprés fon frere,
Octobre 1705 . O
162 MERCURE
Abbé de Clugni & de S.Denys.
4. deLoüis , Abbé deS.Maixant.
5. de Pierre Abbé de S. Denys
& de S. Maixant ; 6. de Charlotte
, femme de René de Coffe
Seigneur de Briffac , Grand Pannetier
& Grand Fauconnier de
France ; 7. d'Anne , mariée à
Raoul de Veron-de-Montreüil
Boüin ; 8. & de Catherine
Religieufe de fainte Claire à
faint Pierre de Moulins , morté
en odeur de fainteté . L'Amiral
de Bonnivet, favori de François
1. & qui fut tué à la malheureuſe
journée de Pavie , épou
La en premieres nôces Bona-
-
GALANT 163
venture du Puy- du - Fou , heritier
de Geoffroy , Seigneur
d'Amaillon en Poitou ; & en
fecondes nôces , Louiſe de Crevecoeur,
fille & heritiere de François
, Seigneur de Crevecoeur,
de Thois &c . & de Jeanne de
Rubempré . François fortit du
fecond mariage ; il fut Chevalier
des Ordres du Roy & Lieutenant
General au Gouvernement
de Picardie , & il époufa
Anne de Carnazet , fille d'Antoine
, Seigneur de Braffeau , &
de Marguerite de Brilhac
dont il laiſſa Henry , qui fuit;
Timoleon , tige des Seigneurs
O jj
164 MERCURE
de Thois ; Charle - Maximilien ,
tige des Seigneurs d'Eſpagny ;
Charles , Abbé de Valoire ;
Françoiſe , femme d'Adrien ,
Seigneur de Boufflers ; & plufieurs
autres . Henry fut Ayeul
du Marquis de Crevecoeur qui
vient de mourir , & qui eftoit
pere du FeuMarquis de Bonnivet
, qui a eu un fils élevé
Page du Roy. Il ne reſtoit au
feu Marquis de Crevecoeur
qu'un fterile fouvenir de tant
de grandeurs ; & c'eſt dans ſa
perfonne qu'on a pû voir , dans
ces derniers temps,l'inconftance
& la viciffitude des chofes humaines.
GALANT 165
+
"
Monfieur le Prince Henry-
Philippe de Heffe - Darmſtadt,
qui a efté tué devant Barcelone,
eftoit fils de Louis II . de ce nom ,
Landgrave de Heffe - Darmftadt
, & de fa feconde femme ,
Elizabeth - Dorothée de Saxe-
Gotha. Ce Landgrave avoit
époufé en premieres noces,Marie
Elizabeth , fille de Frederic
, Duc de Holftein - Gottorp
, & de Marie - Elizabeth
de Saxe . Il eut de celle- ci Louis
III . mort au mois de Septembre
1678. âgé de 20. ans ;
Georges , né en 1659. marié
avec Dorothée - Augufte , fille
=
166 MERCURE
&
de Jean - Chriftierne , Duc de
Holſtein -
Sunderbourg
,
mort fans pofterité en 1676 .
Madeleine Sybille , née en
1652. & Mariée à Louis
Duc de Wirtemberg ; Sophie-
Eleonore , morte peu de tems
aprés fa naiffance en 1653.
Marie- Elifabeth, née en 1656 .
époufe de Henry , Duc de
Saxe -Gotha ; Auguſte - Madeleine
, née en 1657. & morte
en 1674. Sophie - Maric , née
en 1661. femme de Chriftien ,
Duc de Saxe - Yfembourg. Le
Landgrave Louis eut du fecond
lit , Erneft - Louis , qui fuit ;
GALANT 167
Georges , né en 1669. mort
en 1678. Henry - Philippe , né
en 1671. qui s'eft fait Catholique
, qui eftoit Viceroy de
Catalogne à la mort du Feu
Roy d Efpagne , & qui donne
lieu à cet article ; Frederic
auffi Catholique , & qui abjura
le Lutheranifme en 1698 .
Erneſt - Louis , aujourd'huy
Landgrave de Heffe- Darmftadt
, nâquit en 1667. le 15 .
Novembre. Louis II . pere du
Prince qui vient de mourir ,
eftoit fils aîné de Géorges II .
Landgrave de Heffe - Darmftadt
, & de Sophie Eleonor
168 MERCURE
fille de Jean- George , Electeur
de Saxe. Il cftoit frere de
George , né en 163 2. de
Marie - Madeleine- Sybille , née
- en 1631. & morte en 1651 .
fans alliance ; de Sophie- Eleonor
, née en 16.34 . & mariée
en 1650. à Guillaume Chrif
tophle , Landgrave de Heffe-
Bingenheim; d'Elifabeth Amelie
, née en 1635 , & mariée
en 1653. à Philippe Guillaume
, Comte Palatin de Neubourg
, qui eftoit Catholique ,
(depuis mort Electeur Palatin ,
pere de l'Imperatrice & de la
Reine d'Efpagne Doüairieres ,
&
GALANT 169
& de l'Electeur Palatin qui
regne au jourd'huy ; ) de Loüife-
Chriftine , née en 1636. &
mariée avec Louis-
Chriſtophle
Comte de Stolberg ; d'Anne-
Sophie , née en 1638. & Coadjutrice
de l'Abbeſſe de Guedlimbourg
; d'Henriette- Dorothée
, née en 1643. épouſe de
Jean , Comte de Waldeck ;
d'Auguſte -Philippiné , née en
1645. & de Marie- Hedwige,
née en 1647. & mariée à Bernard
, Duc de Saxe- Gottha.
Voilà quels eftoient les oncles
les tantes , les freres & les foeurs
du Prince Darmstadt qui vient
Octobre
.
1705 P
170 MERCURÆ
d'eftre tué . La branche Darmſtadt
commença à George I.
de ce nom , dit Le Debonnaire,
fils du Landgrave Philippe, né cn
1547. & mort en 1596. Il avoit
époufé en premieres nôces
Madeleine fille de Bernard
Comte de Lippe ; & en fecon
des noces
Eleonor , fille de
Chriſtophle , Duc de Wirtemberg
, & veuve de Joachim
Erneft ; Prince d'Anhalt . La
branche de Heffe Hombourg
eftoit fortie de celle de Heffc-
Darmstadt
. Elle commença en
Frederic , Landgrave deHeffe-
Hombourg , quatriéme fils de
>
GALANT 171
George I. dont je viens de
parler,& de fa premiere femme.
Quant à la Maifon de Heffe,
elle eſt une des plus illuftres
d'Allemagne , par fa nobleffe ,
par fon ancienneté , & par les
grands hommes qu'elle a produits
. Elle tire fon origine de
celle de Brabant. Philippe I.
de ce nom , dit le Magnanime,
pere de George qui forma la
branche Darmstadt , & fucceda
à tous les biens de la Maiſon
de Heffe , fut un des plus
grands Princes de fon tems; fa
vie fut toute guerriere . Il établit
la Religion Proteftante
>
Pij
172 MERCUR
&
dans fes Etats ; Luther , Melancthon
& Bucer luy aïant
permis d'épouſer une feconde
femme , qui fut Marguerite de
Saal : afin qu'aprés avoir dompté
l'ardeur infatiable qu'il
avoit pour les plaiſirs de l'amour
, il en ufaft plus moderement
avec la Landgrave , qui
eftoit Chriftine , fille de Georgc
le Barbu , Duc de Saxe .
Le bruit s'eftoit répandu à
Rennes, au mois de Septembre
dernier , que M' l'Evêque de
Vannes eftoit mort de la petite
Verole ; ce Prelat en aïant efté
attaqué à l'âge de si , an , & ce
GALANT 173
t
pen-
J
mall'ayant mis à l'extrêmité
le Chapitre de fa Cathedrale a
fait pour fa confervation ,
dant trois jours confecutifs
des Prieres publiques & des
Proceffions , où tout le peuple
a affifté , en faiſant voir par fes
foupirs & par fes larmes combien
luy euft efté fenfible la
perte d'un Prelat fi vigilant & fi
éclairé. Son Dioceſe a fuivi
l'exemple de l'EglifeCathedrale
& toutes les maiſons Religicufes
ont fait des voeux pour
retour de fa fanté . Leurs prie
res ont efté exaucécs , & le
Ciel leur à rendu leur Paſteur ;
Piij.
174 MERCURE
&fi la trifteffe s'eftoit tout d'un
coup emparée de tous les coeurs.
de fes Diocefains , leur joie n'eſt
pas maintenant moins generale
fes domeftiques mêmes ont fait
chanter à leurs frais une Meffe
folemnelle en Muſique, avec
le Te Deum à la fin, dans l'Egliſe
Paroiffiale du Miné de Vannes,
pour rendre graces au Seigneur
de la convalefcence d'un Maitre
qui poffede leur coeur.
M' L'Archevêque de Lion fit
la ceremonie de donner les Ordres
, dans les Quatre- tems du
mois de Septembre dernier ,
dans l'Eglife des Religieufes
GALANY 175
Carmelites de Lion. Il accorda
cette grace à M˚ de Villeroy ,
fille du Maréchal de ce nom
Prieure de ce Monaftere , & qui
avoit fouvent fouhaité de voir
cette ceremonie. Elle fut belle ,
par la richeffe des ornemens
dont ces Dames parerent leur
Eglife , & par
le concours des
perfonnes de diftinction qui s'y
trouverent. Le tombeau de la
maiſon de Villeroy qui eft dans
une Chapelle de cette Eglife ,
eft un chef- d'oeuvre de Sculpture.
Les differens Maufolées
qui y font , ne font
pieces moins parfaites ; elles
pas des
P iiij
176 MERCURE
attirent dans cette Eglife , tous
les étrangers qui paffent dans
cette grande Ville . Ce Convent
a cfté fondé par la Maifon de
Villeroy , qui l'a fait bâtir en
l'état où on le voit aujourd'hui.
On peut dire que c'eft une dépenfe
Royale ; le Maître- Autel
fur tout eft d'une grande
richeffe on y admire l'adreffe
des ouvriers, & la magnificence
des differentes pieces qui le
compofent.
Monfieur le Prince N....
de Lorraine fecond fils de
feu Monfieur le Duc de Lorraine,
& frere de celui qui regne
GALANT 177
aujourd'huy , Grand Prieur
de Caftille , Evêque d'Olmutz
& d'Ofnabruck , a receu
l'Ordre de Prêtrife , & a eſté
facré Evêque , & dans le même
jour & dans le mefine temps
qu'il receut le caractere de l'Èpifcopat,
il en fit les fonctions ,
en ordonnant Prêtre fur le
champ M ' l'Abbé de Pont, fon
Envoyé auprés de Monfieur le
Duc de Lorraine fon frere.
Ófnabruk , dont ce Prince fut
élû Evêque aprés le decés du
dernier Duc d'Hanower
, eft
une Ville Epifcopale de la
Weftphalie en Allemagne . Elle
178 MERCURE
eft fituée dans un pays tresfertile
, & les habitans y font
laborieux ; ce qui fait la richeſ
fe du Prince , du Chapitre , &
de leurs Sujets . L'Evêque fait
fa refidence ordinaire à Paterf
bourg , qu'un Comte de Wartemberg
, Evêque de cette
Ville , fit bâtir durant fon adminiſtration.
Les Evêques d'Ofnabruck
refidoient auparavant
à Iberg , Château qui en eft
éloigné de quatre lieuës . Le
Chapitre de l'Egife Cathedrale
confifte en un Prévost , un
Doyen
& 24. Chanoines.
Les Lutheriens y ont trois PréGALANT
179
bendes avec voix active au
Chapitre , pour donner leurs
fuffrages avec les Chanoines
Catholiques dans l'élection de
l'Evêque & des Dignitez ; mais
ils ne doivent point eftre élus .
Les Catholiques feuls Y ont
voix active & pafſive ; éliſant
& pouvant eftre élûs . Les Jefuites
y joüiffent du revenu
de quatre Chanoinies , moyennant
quoy ils font obligez de
donner un Predicateur à la
Cathedrale
, pour les jours
ordinaires
aufquels
on a coûtume
d'y prêcher . Les Catholiques
ont de tout tems con180
MERCURE
fervi dans la vieille Ville ,
l'Eglife Cathedrale , avec l'Eglife
des Dominicains , & dans
la neuve Eglife Collegiale de S.
Jean. Les Proteftans font leurexercice
dans l'Eglife Paroiffiale
de Noftre - Dame , qui
eft dans la vieille Ville . L'Evêfché
d'Ofnabruck , qui eft
fuffragant de Cologne , fut
fondé par Charlemagne en
776. Cette Ville eft celebre
par la Paix qui s'y conclut entre
l'Empereur & le Roy de
Suede en 1648. Il y a à prefent
une alternative pour I'Evefché
d'Ofnabruck entre les
Catholiques & les Lutheriens ,
GALANT 181
T
en faveur de la maifon de Brunfwich
. Aprés la paix de Munſter
l'Evêque eftoit Catholique ; Erneſt
- Auguſte de Brunſwick ,
Prince Proteftant , lui fucceda ;
& Monfieur le Princede Lorraine,
dont je vous parle, a fuccedé
à ce dernier . Olmutz dont ce
Prince eft auffi Evêque , eftoit
autre- fois la Capitale de la
Moravie , Province d'Allemagne
qui fait partie du Royaume
de Boheme ; mais comme
cette Ville ſe rendit trop facilement
aux Suedois on a
tranſporté cet honneur àBrinn,
fur la Swarte , qui refiita cou182
MERCURE
rageufement fous le Comte
de Souche. Le Grand Prieuré
de Caftille eft une des plus .
grandes dignitez du Royaume
de Caftille . Les Hiftoriens remarquent
qu'Henri ,
Comte
de Triftemare
II. du nom , &
Henri III. dit le Valetudinaire,
Rois de Caftille , augmenterent
beaucoup les revenus de
cette dignité , que le feu Roy
Charle II. donna au jeune
Prince de Lorraine , à la recommendation
du feu Empereur
qui eftoit fon oncle.
C Le Pape a donné l'Archevêché
d'Avignon
, vacant par la proBALANT
183
7
de
>
motion de M' Fiefchi à l'Archevefché
de Genes , à Monfignor
Gontieri , Piémontois ;
& ce Prelat a efté facré peu
temps aprés fa nomination
S. S. ne voulant pas que l'Archevefché
d'Avignon demeu-
! raft long- temps fans Paſteur .
M' Gontieri eft generalement
eftimé à la Cour de Rome
où il eft depuis plufieurs anncés.
Sa naiffance répond aux
qualitez de ſon eſprit ; il eſt
grand Canonifte . Avignon eſt
une Ville de Provence fur le
Rhône. Elle n'eſt Metropole
que depuis 1475. fous le Pon184
MERCURE
tificat de Sixte IV. Avant ce
tems là c'eſtoit le ſiege d'un
Evêché fuffragant d'Arles .
Avignon , en latin Avenio Ca
varum ,
fut bâtie par les Phocéens
qui bâtirent Marſeille
environ 2 1 5. ans aprés la Fondation
de Rome. Le premier
Concile d'Avignon fut tenu
en 1080. par Hugue de Die ,
Legat du Saint Siege , fous le
Pape Gregoire VII. Ce Pontife
ne trouvant pas bon qu'Ailard
de Marſeille Archevêque
d'Arles , prift le parti de l'Empereur
Henry IV . excommunia
ce Prelat , & Gibelin , PaGALANT
185
triarche de Jerufalem , fut mis
en fa place. Hugue- Raymond
Evêque de Riez , Legat du S.
Sicge , celebra un Concile
Avignon contre les Albigeois.
Saint Hugue fut creé Evêque
de Grenoble dans le précedent.
Le Pape Clement V.
établit le Siege des Papes à
Avignon en 1 308. Jean XXII.
' Benoift XII. Clement VI.
Innocent VI . Urbain V. & Gregoire
II . ont demeuré dans la
mêmeVille . Ce dernier ,à la a per
fuafion de Sainte Catherine, rétablit
le Saint Siege à Rome.
Il cft profque impoffible de
Octobre 1705
.
е
186 MERCURE
fe trouver aujourd'huy dans
aucune maison , & dans aucune
compagnie,fans y entendre parler
de Lotteries : Les uns forment
des focietez pour y mettre
des billets ; les autres cherchent
des noms aufquels ils
croient un bonheur attaché.
On y parle du bonheur de ceux
qui ont eu des Lots cofiderables
; on difpofe des fommes
que l'on recevra , en cas que
la fortune foit favorable ; & .
chacun fe fait par avance des
plaifirs , dont l'efpoir flateur
ne laiffe pas que d'occuper
agreablement ceux même qui
GALANT 187
ne gagnent rien , jufqu'à ce
qu'ils fe foient éclaircis de leur
fort.
Il eſt conſtant que ces Lotteries
ne peuvent produire que
du bien , puifqu'elles ont cu
pour but dans ces derniers
leur
temps
ou le rétabliffement
des Eglifes , ou le foulagement
des pauvres
; & le plaifir de
procurer
ce bien eſt tout
ce qui en revient
à ceux qui
ont le pouvoir
de donner
la
permiffion
d'en faire. Les riches
y peuvent
prendre
beaucoup
de billets , fans s'appercevoir
qu'ils ayent fait cette dé-
Qij
188
MERCURE
penfe ; & ceux qui n'ont que
des revenus reglez & neceffaires
pour leur entretien
peuvent mettre aux Lotteries
fans s'incommoder , les billets
eftant d'une fomme tresmodique
; & ceux qui font
d'un degré plus bas, ne fe privent
que de peu de chofe , &
fouvent mefme de l'argent
qu'ils employeroient mal
pour avoir quelques billets de
Lotterie., & ils dérobent en
cette occafion à Bacchus , ce
qu'ils donnent à la Fortune.
Enfin on ne peut prendre de
plaifir plus innocent , & de
GALANT 189
pauvres familles ſe trouvent
enrichies par le
moyen
des
Lotteries , fans qu'aucune puiffe
eftre appauvrie. On peut ajoûter
qu'il refulte une infinité de
biens des Lotteries ; puiſque
prefque tous ceux qui ont des
Lots confiderables font ordinairement
des charitez & rendent
graces de plufieurs manicres
differentes à la Providence , à
qui ils attribuent leur bonheur .
Il y a environ cinquante
ans , que l'ufage des Lotteries
fut introduit en France par M
Tonti, Italien; ce qui fut cauſe
que plufieurs donnerent en ce
190 MERCURE
tems là , le nom de Tontines
aux Lotteries . Le fond de la
premiere qui fe fit à Paris devoit
exceder de beaucoup les
fonds des plus groffes Lotteries
qui fe font aujourd'huy ; puiſqu'il
y avoit pour Lots un grand
nombre de maiſons d'une valeur
confiderable plufieurs
bijoux d'un grand prix , quantité
de vaiffelle d'argent, de tresbelles
tapifferies , & des ameu,
blemens magnifiques. Toutes
ces chofes demeurerent expofées
pendant que la Lotterie
ferempliffoit , dans une grande
maiſon , dans la ruë de Bethify,
,
GALANT
191
qui donne dans celle de l'Arbre-
fec ; de maniere que pendant
tout le temps qu'on porta
de l'argent à la Lotterie ,
tout Paris alla en foule voir
les Lots qui eftoient expofez .
Cette Lotterie fut tireé en
prefence des Magiſtrats , &
par des Enfans bleus , au bout
du Pont de bois , dans un Jeu de
paume , où plus de dix-mille
perfonnes demeurerent aux
environs , pendant qu'on tira
la Lotterie , ce Jeu de paume
eftant tout rempli . On mit les
billets dans des boëtes , fuivant
l'ancien ufage , & on les ca192
MERCURE
cheta. Comme tous ceux qui
avoient des Lots eftoient par
cux - mefmes éclaircis de leur
fort , il n'eftoit pas neceffaire
qu'on imprimaft des Liftes
afin de leur faire favoir qu'ils
pouvoient aller chercher leurs
Lots ; cependant pour la ſatiſfaction
du Public , & pour
luy faire favoir ce qu'estoit
devenu le fond de la Lotterie,
on fit imprimer une Lifte generale
de tous les noms propres
de ceux qui avoient eu des
Lots. Cette Loterie eut à

peine efté tirée , que plufieurs
particuliers obtintent des permiflions
GALANT 193
miffions d'en faire chez eux ,
& trouverent moyen de fe défaire
, par là , de beaucoup de
meubles & de bijoux , ainfi
que de plufieurs tableaux. La
France fe trouvant , quelque
temps aprés , dans une paix profonde
, le Roy , pour divertir
la Cour , eut la bonté de
faire plufieurs de ces Lotteries,
dont les Lots eftoient en argent
, comme ils font aujour--
d'huy . Les billets de ces Lotteries
eftoient d'un Louis d'or.
Sa Majeſté y ayant gagné un
Lot de cent mille livres , clie
ne voulut point en profiter ,
Octobre 1705. R
194 MERCURE
& fit retirer la Lotteric ; mais
ceux qui n'avoient eu que des
billets blancs y eurent feulepart
, & il échut un Lot de cinquante
mille livres à M' Labeur
Chirurgien des Gardes du
Corps de feu S.A. R. Monfieur .
Comme les mefmes divertif
femens ne font pas toujours à
la mode , les Lotteries ayant
ceffe.pour quelque temps , on
en reprit l'ufage ; mais avec
cette difference , qu'au lieu
qu'auparavant on ne levoit
les frais de la Lotterie
on leva fur les Gagnans , une
fomme dont l'Hôpital geneque
IGALÁ
GALANT
195
f
ral , l'Hôtel- Dieu & l'Hôpital
des Enfans trouvez ont profité
; & depuis quelques années
on a appliqué ce profit à l'achevement
de quelques Eglifes
qui manquoient
de fonds , &
au
rétabliſſement de quelques
autres , ruinées par le temps ou
par le feu . On s'eft presque toû
jours fervi des boëttes , de la
même maniere que l'on avoit
fait dans la premiere Lotterie
tirée à Paris ; mais comme il
falloit un tems infini pour
remplir des milliers de boettes,
que cela ne fe pouvoit faire
fans quelque forte de confu-
Rij
196 MERCURE
fion , qu'on trouvoit quelques
fois
trop
boëttes
,qu'il
en manquoit
fouvent
dans
d'autres
&
que
de billets dans des
même à lafin de la diftribution
des boettes , on en trouvoit
,
quelques fois de manque ; ce
qui eft arrivé à une des Lotteries
du Roy , où Sa Majeſté
donna fes boëttes pour remplir
le nombre de celles qui
manquoient. Comme , dis -je ,
tous ces inconveniens commençoient
à embarraſſer & à
chagriner , on chercha de nouvelles
manieres de tirer les
Lotteries , qui fuffent plus
GALANT
197
promtes & plus aifées ; & la
premiere dont on s'eſt ſervi eft
de M' de Hautefeuille
. Il en
donna la premiere idée à M
Martinot
& Gribelin
, lorſqu'ils
firent en 1695. une Lotterie de
Pendules
& de Montres
, qui
fut tirée par Monſeigneur
le
Dauphin.
Il a donné occafion aux
Hôpitaux & à ceux à qui le Roy
a permis de faire des Lotteries ,
de retenir le dixiéme fur ceux
qui gagnent des Lots , en imitant
la Lotterie qu'il fit à l'Hôtel
de Bouillon , & qui fut tirée
le 20. Fevrier par S. A. S.
R iij
198
MERCURE
Monfieur le
Prince de
Conty.
M' de
Haute-
Feuille
vient
d'inventer
encore une
nouvelle
maniere de tirer les
Lotteries ,
qu'il croit plus
fimple,plus expeditive
& plus
divertiſſante. Il
affure que
dans une
Lotterie ,
compofeé
de fix- cent
mille
billets , on
évitera , par fa maniere
de la tirer
la
peine,
l'embarras & la
dépenfe de faire
fix - cent
mille
carrez de
papier ,
de les
rouler , &
d'écrire
deffus
fix - cent
mille
numeros , tout
differens ,
dont il eſt
preſque
impoffible
qu'il ne fe
perde un
grand
nombre ; ce qui fait que
د
BALANT 199
ceux qui mettent aux Lotteries
n'ont aucune affurance que leur
numeros ayent efté mis dans la
boëtte . Par cette nouvelle maniere
, Mª de Hautefeüille prétend
que chacun aura une certitude
claire & évidente que fes
numeros n'auront point efté en
danger d'eftre perdus , & qu'ils
auront pû gagner des Lots.
Mais ce qui eft de plus grande
confequence , elle remedie aux
erreurs de chiffres , qu'il eft moralement
impoffible que les Re-
1
ceveurs , les Ecrivains & les Imprimeurs
ne faffent en grand
nombre , foit fur ces petits car-
Riiij
200 MERCURE
rez de papier , qui produifent
plufieurs manieres d'empêcher
degagner des Lots , & qui font
que ceuxqui les ont gagnez n'en
profitentpoint, &qu'ils demeurent
àceux qui font les Loteries .
La tranfpofition des noms
ou des dévifes devant d'autres
numeros , qui eft fort facile à
faire , produit le mefme effet ;
parce que ceux qui lifent dans
les Liftes qui fe publient , leurs
dévifes, & qui ne trouvent point
leurs numeros , ne croyent pas
avoir gagné , & que ceux qui
trouvent leurs numeros fans
leurs déviſes , ne devinent pas
GALANT 201
7
qu'ils ont gagné.
par
M de Hautefeuille prétend
faire éviter toute forte d'erreurs
fa nouvelle maniere de tirer
les Lotteries , & par fa nouvelle
façon de faire les Liftes des numeros
qui ont gagné les Lots .
Elle eft fort fimple , & confilte
feulement à mettre ces numeros
dans leur ordre naturel , &
non dans l'ordre qu'ils ont eſté
tirez , comme il s'eſt pratiqué
jufqu'à prefent. Par ce moyen,
chacun trouvera , dans un inftant
, le lieu où peuvent eſtre
fes numeros , fans avoir la peine
de lire les Liftes entieres ,
202 MERCURE
de
comme on eft obligé de faire
pour chaque numero ; ce qui
eft tres-fatiguant lorſqu'on en
a un grand nombre d'éloignez
les uns des autres . Ceux qui en
ont peu ou plufieurs qui fe fuivent
, n'auront befoin que
la fcüille où leurs numeros peuvent
eftre ; ce qui leur épargnera
du temps & de l'argent pour
l'achat ou la lecture des Liftes.
Je vous feray part des éclairciffemens
que M' de Hautefeüille
donnera là - deffus ; cependant
je vous envoye ce
Memoire tel qu'il m'a cfté
donné.
GALANT 203
Le genie de M' de Hautefeuille
a des bornes plus étendues.
Il a prefenté au Roy
dans le mois dernier , une
Requeſte imprimée qu'il donne
à fes amis ,fur une nouvelle
maniere de ramesqu'il a trouvé,
pour fervir dans les Galeres &
fur les Vaiffeaux de haut- bord,
par le moyen defquelles on
fera le même chemin , dans le
même tems , avec la moitié
moins de Rameurs , ou , avec
un pareil nombre , le double
de chemin dans le même tems .
Il en doit faire l'experience.
fur le Canal de Verſailles
204 MERCURE
& entre le Pont- Royal & le
Pont neuf, fur un petit bateau
de paffeurs , & fur un des plus
grands bateaux de la feine. je
vous entretiendray de ces experiences
, lors qu'lles auront
efté faites.
La Lettre que je vous en
voye ne m'a pas efté adreffée ,
& elle a efté envoiée à un des
amis de l'Auteur , qui a crû
qu'elle feroit plaifir au public,
fi elle eftoit répanduë dans le
monde ; ainſi je vous l'envoye
telle qu'elle eft tombée entre
mes mains.
GALANT 205
Ce 15. Octobre.
Vous voulezbien , Monfieur,
que j'aye l'honneur de vous mander
les proprietez d'une nouvelle
maniere de tirer les Lotteries
trouvée par Mr. Willam , Précepteur
des enfans de Mr. de la
Croix Maître des Comptes
Maître d'Hoftel de Madame
la Ducheffe de Bourgogne , demeurant
rue Pavée , prés le
Quay des Auguftins. J'ai vú
l'auteurde cette nouvelle invention
, il m'en a montré plufieurs
differentes qui meriteroient
206 MERCURE
&
d'eftre mifes en ufage ; mais ily
en a une , fur tout , dont on doit
avertir le public. On ne peut
rien trouver de plus fimple , de
plus exact & de plus für ; rien
"de plus agreable pour les Directeurs
& pour les Intereffez.
Les Directeurs y gagneront le
lapeine , l'embarras
l'argent. Les intereffez , dont il
s'en est toujours trouvé d'affez
mal intentionnez pour médire des
manieres précedentes de tirer les
Lotteries , ne pouront , à moins
qu'il nefoyent ridicules & dérai-
Jonnables , trouver dans celle là
aucun fujet de critique . Tous les
tems ,
GALANT 207
numeros y ont le même fort ; le
moindre mouvement les change
& lestranfpofe d'une extremité à
l'autre. Etce qu'ily a de plus fingulier
, eft que ces numeros fortent
d'eux- mêmes de leur boëtte
qui eſt ſuſpenduë en l'air , fur
une table ,fans que qui que ce foit
approche , qu'à la distance de
trois à quatre pieds , pour remuer
la boëtte avec une corde , où avec
une verge de fer. Ce que je dis
des numeros ordinaires , fe pratique
auffi à l'egard des Lots ou
billets noirs , qui fortent pareillement
d'eux-mêmes de leur boëtte,
en même temps que les números.
en
208 MERCURE
Je fuis perfuadé , Monfieur , que
fi cette maniere paroit un jour , elle
fera reçue avec applaudiffement
de tout le monde. Fe fuis , &c.
Je ne doute point que l'endroit
de cette lettre , où il eſt
marqué , que les billets feront
tirez fans paffer par les mains de
qui que ce foit , ne faffe faire
beaucoup d'attention à ceux
qui le liront , & qu'il ne foit
capable de lever les fcrupules
des plus foupçonneux. Comme
cette lettre ne découvre
pas tout le fecret de l'auteur ,
ceux qui voudront en eftre
plus amplement éclaircis ,
GALANT 209
pourront l'aller trouver au lieu
marqué dans fa lettre .
On vient de publier une
nouvelle Lotterie , en faveur
des pauvres du Limouſin ; &
comme M d'Argenſon s'eft
chargé du foin de tout ce qui
regarde cette Lotterie , & qu'elle
fera tirée en faprefence , il
n'y a pas lieu de douter que
tout ne s'y paffe avec toute
l'exactitude & toute la fidelité
poffibles . Vous fçavez qu'il
feroit mal aifé de trouver un
Magiftrat plus vigilant , plus
exact , plus laborieux & qui
donnaft plus de tems aux fonc
Octobre 1705.
S210
MERCURE
tions de fa charge ; ne te refervant
aucun moment pour
ſe repofer.
Vous me demandez des
éclairciffemens touchant l'Oraifon
funebre de l'Empereur
le Pere Widdeffunt
, faite
par
mans , Jefuite ; voici ce que j'en
ay pû apprendre. Le zele & le
travail de ce Pere a efté mal
recompenſé ; puiſque la Chaire
lui a cfté interdite , & qu'il
a même efté exilé de la Cour
de Vienne ; les Envoyez de
Dannemarck , d'Angleterre &
de Hollande s'eftant plaints
que ce Prédicateur eftoit forti
GALANT 211
de fon fujet , pour invectiver
les Proteftans en les taxant d'heretiques.
En effet , ce Pere , dans
la premiere partie de ſon difcours
, voulut faire voir que
toute la grandeur de la Maiſon
d'Auftriche n'eftoit dûë qu'au
zele que les Princes de cette
Maifon avoient cupourle maintien
& la confervation de la Religion
Catholique , & qu'il fembloit
, que par de fecrets jugemens
de Dieu , les armes de cette
Maiſon n'avoient plus profperé,
dés qu'on avoit accordé des
Edits de pacification aux Proteftans.
Il entra, en même temps ,
Sij
212 MERCURE
dans un grand détail des maux
dont les Princes Catholiques
qui avoient protegé les heretiques,
avoient efté affligez ; & il
exhorta l'Empereur qui eftoit
prefent,à ne pas attirer fur la tête
les fleaux de la colère de Dieu ,
en marquant trop de condefcendance
pour les Proteftans,
dont il fit une vive peinture.
Le Roy d'Eſpagne a fait
Brigadier de ces Armées , M
du Puy Lieutenant - Colonel
d'un Regiment de l'Armée de
Lombardie dépefché par
Monfieur le Duc de Vendofme
pour porter à Sa Majesté CaGALANT
213
tholique , la nouvelle de la
défaite des Imperiaux à la Bataille
de Caffano . Il fert depuis
plufieurs anncés & il s'eft
trouvé dans des occafions qui
luy ont fait beaucoup d'honneur.
Il a donné des marques
de fon courage dans cette Bataille
, dont il receut des loü .
anges publiques de Monfient
le Duc de Vendofme
; & ce
n'eft que par une marque de
diftinction qu'il le choifit pour
l'envoyer porter la nouvelle de
la victoire au Roy d'Espagne
:
Ce Monarque le reçut tres - favorablement
. M' du Puy cft
214 MERCURE
François , & d'une naiffancetresconfiderable
; il joint à une
valeur reconnuë
, une grande
experience dans la difcipline
militaire . On fut fi content de
luy à la Cour d'Eſpagne
, qu'on
l'y arrefta pendant plufieurs
jours.
Sa Majefté Catholiquea don
né la direction generale de toutes
les affaires de la guerre àM
le Marquis de Canalez , qui eft
Confeiller d'Etat , & qui entrera
dans le Confeil Souverain
du Cabinet , lorfqu'on y traitera
des affaires militaires . Je
vous ay déja parlé de ce MarGALANT
215
quis ; fès lumieres & l'étendue
de fon genie le font regarder
aujourd'huy en Efpagne comme
un des plus habiles Miniftres
de cette Monarchie. On
le louë , fur tout , de l'attention
qu'il donne à l'examen des affaires
, & de la diligence qu'il
apporte à les expedier ; ces deux
qualitez dans un Miniftre contribuënt
toûjours à luy acquerir
l'eftime generale , & l'affection
de tous les ordres de l'Etat . Je
vous ay déja parlé de la naiffance
de M' le Marquis de Canalez
; elle ne fçauroit eftre plus
diftinguée. Ce Seigneur eft al216
MERCURE
lié aux meilleures Maifons d'Efpagne
; la fienne cftoit déja
connue dans ce Royaume aprés
l'expulfion des Maures , & un
de fes
ayeux Le diftingua fort
dans la guerre de Grenade , &
dans celle d'Oran en Affrique ,
où il fuivit le Cardinal Ximenés
, qui luy donna le commandement
d'un Corps confiderable
de Troupes.
La Charge de Secretaire des
Depetches Univerfelles a eſté
partagée en deux D partemens.
Celuy de la guerre &
des Finances a efté donné à
Dom Jofeph Grimaldo , Chevalier
GALANT 217

valier de S. Jacques ; l'autre
dont Sa Majefte Catholique.
n'a pas encore difpofé , comprend
le refte des affaires de la
Monarchic. Dom Jofeph Grimaldo
fert il y a longtems; & il
a donné en plufieurs occafions
des preuves de fa fidélité & de
la capacité. On n'en peut douter
, en voyant le choix que le
Roy d'Espagne fait de luy
pour deux emplois qui occupent
ordinairement deux perfonnes
differentes . Dom Grimaldo
eft d'une Maiſon fort .
connue dans le Miniftere d'Efpagne
; fes ayeux ont rendu de
Octobre
.
1705
T
218 MERCURE
grands fervices à cette Couronne
. Dom Louis Grimaldo fut
un des principaux Miniftres de
Philippe III. & ce Prince , en
mourant le recommanda à
Philippe IV, fon fils . L'Ordre
de S. Jacques, dont le nouveau
Secretaire des Dépcfches eft
Chevalier , eft compofe de la
plus ancienne nobleſſe Eſpagnole
, & ceux qui ont l'honneur
d'en eftre , font regardez
en Eſpagne comme des perfonnes
de la plus grande diftinction
.
M'le Comte de Montezuma
a cfté fait Gouverneur de la
GALANT 219
Prefidence des Indes. Le Confeil
des Indes cft composé d'un
Prefident & de douze Confeillers
; il eft un des plus confiderables
de toute ÏEſpagne ,
& il répond en quelque maniere
à l'étendue des Indes , où les
anciens Geographes témoi
gnent qu'il y a eu autrefois
neuf cent fortes de peuples.
Un employ de cette impor- .
tance & d'un auffi grand détail
eſt une preuve de la confiance
que l'on a aux lumieres
& à l'experience de M' le Comte
deMontezuma . Le zele qu'il a
pour la gloire de la Monarchie
Tij
220 MERCURE
les
& du Prince qui la gouverne ,
a éclaté dans ces derniers tems,
Il porta cent mille écus d'argent
comptant au Roy d'Ef
pagne , à la premiere nouvelle
qu'il eut des troubles que
ennemis excitoient fur la frontiere
, & il offrit en même tems
à Sa Majefté Catholique
toute
fa Vaiffelle d'or & d'argent
tous fes Bijoux & fes Terres ;
mais il luy fit encore offre de fa
Perfonne pour aller combatre
les ennemis. Ce procedé lui a
attiré de grandes louanges de
tous les Eſpagnols , & le Roy
luy en marqua fa fatisfaction
GALANT 221
dans les termes les plus obligeans
. M' le Comte de Montezuma
eft d'une des meilleures
maifons d'Eſpagne ; ce nom eft
dans fa famille depuis la Conquefte
du Mexique où un de
fes Ayeux accompagna le celebre
Fernand Cortés , & affifta à
la défaite de Montezuma
dernier Roy de ce pays.
Dom Auguſtin de Palafox
& Dom Manuel de Orofa ont
efté faits Sommeliers de Courtine
, ou Chapelains d'honneur.
Ces charges font tresconfiderables
; ceux qui en
font revêtus ont rang à la
Tiij
222 MERCURE
Cour parmi les Gentilshommes
de la Chambre
. On croit que
les Sommeliers de Courtine
ont efté établis en Eſpagne
par le Roy Roderic , puifqu'on
ne trouve point d'Officiers de
ce titre avant le regne de ce
Monarque. Ferdinand & Ifabelle
qui regnoient dans le
XV. fiecle en avoitent plufieurs
. Dom Auguftin de Palafox
eft d'une naiffance diftinguée.
Ce nom eft fort connu
en Eſpagne . Dom Manuel de
Orofa a donné des marques de
fon habileté & de fa prudence
dans plufieurs autres emplois ,
GALANT 223
qu'il a exercez avec beaucoup
d'honneur & de fuccés. Il eit
originaire de Caftille.
fes
+
M'le Marquis de Cafanata
Secretaire du Confeil d'Arragon
& Gentilhomme de la
Clef d'or , a cfté privé de tous
emplois , condamné à une
amende de dix mille écus , &
relegué pour dix ans dans
la Forterefle d'Oran en Afrique
, pour avoir eſté l'aggreſfeur
d'un duel entre luy &
M' le Marquis d'Aftorgas
Grand d'Espagne , pour un differend
furvenu au paffage de
leurs caroffes , dans une des ruës
Tij
224 MERCURE
de Madrid. On peut juger
par là , de l'attention
le
que
Roy d'Eſpagne apporte à entretenir
la paix dans fes Etats ,
& à en bannir cet efprit de fureur
, qui a defolé pendant plufieurs
fecles les Royaumes les
plus floriffans de la Chreftienté .
Saint Louis dans le XIII . fiecle
avoit déja fait des Edits rigoureux
pour profcrire les
Duelliftes de France ; mais il
eft-oit refervé à la pieté de Louis
le Grand de détruire entierement
ce fleau , & le Roy d'Efpagne
fon petit-fils , qui a pris
ce Monarque pour fon modé-
1
GALANT 225
le , purit aujourd'huy avec ſeverité
, tous ceux qui font convaincus
d'avoir contrevenu aux
anciennes Ordonnances .
Les paroles de la Chanſon
fuivante font de M ' de la Terraffe
, & l'Air eft de M' du Bouf
fct.
AIR NOUVEAU.-
Ene veuxplus qu'amour triom .
phe de mon coeur ,
Le Dieu Bacchas fur lay remporte
la Victoire .
Laquais verfe du Vipour celebrer
fa gloire.
Ab! qu'il eft doux defuivre un fi
226 MERCURE
charmant vainqueur?!
La bouteille fera deformais ma
maifreffe ;
Et mon coeur ne veut plus conferver
de tendreffe ,
Que pour cette agreable & divine
liqueur.
M N.... Monaury , Confeiller
Clerc au Parlement de
Paris , eft mort dans un âge fort
avancé. On a peu vû de Magiftrats
plus affidus que luy au
Palais ; fon grand âge , fes in--
firmitez , & , fur tout , la foibleffe
de fa vûë ne l'empê
choient point de s'y trouver
dés cinq heures du matin , quoy
L
GALANT 227
que cette heure foit fort incommode
aux vieillards . Ce
Magiftrat joignoit à cette exactitude
une grande intelligence
dans les affaires du Palais ; il
excelloit dans le rapport d'un
procés , & il avoit une facilité
merveilleufe à débarraffer les
affaires de tous les détours dont
la chicane les envelope , & à les
ramener au point précis de la
difficulté. M de Monaury
eftoit Abbé de .... Il eftoit
d'une famille confiderable ,
par
les dignitez dont ceux qui en
font fortis ont efté revêtus , &
par les alliances qu'elle a pris
228 MERCURE
dans les meilleures maitons de
la robe. Ce Magiſtrat a eſté
univerfellement regretté , &
il l'a beaucoup efté des pauvres
de fa Paroiffe , aufquels il
faifoit de grands biens. M' de
Vienne , Confeiller dans l'une
des Chambres des Enqueftes ,
eft monté a la Grande Chambre,
à la place de M' Monaury.
Je ne vous dis rien de ce Magiftrat
, tout le monde connoift
fon merite & fa capacité.
Il eſt d'une famille ancienne
dans le Parlement , & qui a
donné à l'Etat des Magiftrats
d'une grande vertu & d'une
GALANT 229
probité éprouvée.
Mr Innocent Jule du Pleffis ,
Abbé de Richelieu , fils de M
N.... du Pleffis , Marquis de
Richelieu , & de Dame N....
de la Porte- de la Meilleraye
fille de M' le Duc de Mazarin,
mourut dans le mois de
Septembre dernier, agé de 20 .
ans. Son corps a elté porté
dans l'Eglife de Sorbonne , où
eft le tombeau de fes anceftres .
M' Luillier , Docteur de la
Maiſon & Societé de Sorbonne
, & Curé de S. Louis dans
l'Ifle , fit un tres- beau difcours
latin , en le preſentant à Mª le
230 MERCURE
Senieur de Sorbonne. Ce difcours
a efté traduit par M.-
L'Abbé *** M Luillier fit
l'application au défunt de ce
beau mot de S. Jerome: In iftâ
annorum immaturitate magnafuit
confiliorum fenectus. Il avoit la
maturité & lafageffe des confeils,
le de
peu
dans la verdeur &
maturité des années . Il luy appliqua
core cette parole du
fage: Raptus eft ne malitia mutar
& intellectum , ejus. Il a esté enlevé
de ce monde de bonne heure
de crainte
que
la
corruption
du
fiecle ne le gaftaft , & que les
peché nefift changerfes moeurs ; &
GALANT
231
un peu plus bas : Properavit Dominus
educere de mediô iniquitatis.
Dieu , par unefinguliere providence
& par une grande mifericorde
, l'a délivré tout d'un coup
de tous cesperils ; il s'eft hafté de le
dégager promtement de tant defilets
, de le tirer du milieu de
l'iniquité. M' le Curé de S.
Louis fit voir , dans ce difcours,
que ce jeune Abbé eftoit Lage
judicieux , grave & modefte ;
qu'il l'avoit vú affidu aux Offices
; qu'il fe retiroit pour fuir les
yeux du monde & pour n'avor
que Dieu pour témoin , dans les
endroits les plus obfcurs de l'Eglife
232 MERCURE
de S. Louis ; & que là profterne
devant les Autels , & à genoux
devant le Saint Sacrement , ilpaffoit
plufieurs heures de lajournée à
fe fanctifier luy-même . Voilà le
témoignage qu'a rendu de luy
fon Pafteur . Je n'ay rien à
vous dire de la naiſſance de cet
illaftre Abbé , perſonne n'ignore
qu'il eftoit petit- neveu
de deux illuftres Cardinaux,
Miniftres d'Etat , Sçavoir , du
Cardinal de Richelieu ,par fon
pere, & du Cardinal Mazarin ,
par fa mere.
MI Charles Bonaventure
Roffignol , Chevalier , SeiGALANT
233
gneur haut-Jufticier de Juvizy ,
Confeiller du Roy en fes Confeils
& Honoraire au Parlement
, Prefident en la Chambre
des Comptes , mourut le
2. du mois dernier , âgé de
cinquante -fix ans. Il cftoit fils
deM Antoine Roffignol, Maître
des Comptes & Confeiller
d'Etat , qui mourut au mois de
Decembre 1682. & qui s'eftoit
rendu fi recommandable par
fon merite & par fes fervices ,
par le fecret fi eftimé qu'il
avoit trouvé pour déchiffrer
toutes fortes de lettres , & pour
en écrire avec de certains
V
&
Octobre
1705.
234 MERCURE
chiffres , dont luy Leul pouvoit
donner la clef , fous le miniftere
du Cardinal de Richelieu ,
dont il avoit acquis l'eftime &
la confiance . Il continua les
mefmes fervices fous le regne
preſent juſqu'à ſa mort : &
Roy lui donna toûjours des
marques d'une diſtinction finguliere
. L'on doit mettre en ce
rang le glorieux avantage qu'il
eur de recevoir dans fa belle
maiſon de Juvizy , Sa Majesté ,
qui voulut bien l'aller voir . Feu
M Perrault l'a mis au nombre
des Hommés Illuftres dont il
a donné au public les éloges
GALANT 235
& les portraits. M' le Prefident
Roffignol , qui vient de
mourir avoit fuccedé au
merite de fon pere ; & l'on
ne fçauroit en dire rien de
trop avantageux , aprés que le
Roy mefme a témoigné eftre
fafché de fa mort : ce qui feul
peut fuffire pour fon éloge . Il
menoit une vie exemplaire , &
il eft mort avec tous les fentimens
de la piété la plus tendre
& la plus foûmiſe aux- volontez
de Dieu : ayant confervé
toute la force de fon jugement
& une parfaite preſence
d'efprit jufqu'au dernierfoupir.
Vij
236 MERCURE
Il a laiffé de Dame N .... de
Pomereu , fille du feu Confeiller
d'Etat , deux enfans fort
jeunes , aufquels Sa Majefté,
en confideration des fervices de
leur pere , & voulant donner
des marques de la fatisfaction
qui luy en refte, a accordé une
penfion de cinq mille livres.
Ms Roffignol eftoient bien
alliez ; & ils touchoient de fort
prés à beaucoup de Maiſons
du Parlement & de la Chambre
des Comptes . Celuy dont
je vous apprens la mort , étoit
proche parent de Madame la
Chanceliere , & il avoit une
IS
GALANT 237
double alliance avec la Maiſon
de Maupeou. Il aimoit les
gens de lettres , & il fe faifoit
un plaifir particulier de les
proteger. Il avoit confiderablement
augmenté la Bibliothéque
que fon pere luy avoit
laiffé.
Dame N ....de Roffillon ,
Dame de Beauretour veuue
de M N .... de Seyffet
Seigneur de Creifficu , qui a
efte long - tems Elu de la nobleffe
de Bugey & qui eft
mort depuis quelques années,
eft auffi decedée . Elle eftoit
foeur de feu M' de Beauretour ,
و
238 MERCURE
qui n'a point laiffé d'enfans de
Dame N .... de Mignot
veuve en premieres noces de
feu M' le Comte de Maillac.
Ainfi Me de Creifficu qui
vient de mourir eftoit la derniere
de l'illuftre maifon de
Rofillon en Bugey , où elle
eftoit fort connue depuis la
fin du XI I. Siecle. L'ancien
nom de cette maiſon eftoit
Bouvard. M de Creifficu
eftoit fille de feu Mr N ....
de Roffillon & de Dame N.
de Baffiere ; & niece de Feu M
de Beauretour , Chanoine &
Archiprêtre de l'Eglife Cathefe
GALANT 239
drale de Belley , & de feu M
L'Abbé de Beauretour , Prieur
de la Boiffe , auprés de Lion.
La maifon de Roffillon avoit
produit pluſieurs branches
fçavoir , Virignin & quelques
autres. M de Creifficu laiffe
un fils unique , qui a commandé
l'Arriere - ban de Breffe & du
·Bugey , & qui a époufé , depuis
quelques années , Dame
N...de Pafferat-de-Bognes
fille de feu M de Bognes ,
Baron de Sillans , & de Dame
N.... de Mornieu , d'une ancienne
maiſon de la Ville de
Lion. Cette Dame eft foeur de240
MERCURE
M' de Sillans , qui a efté longtems
Capitaine de Dragons
dans le Regiment de Gevaudan
, & qui auparavant avoit
efté Page de la Chambre du
Roy. La Maiſon de Seyffet ,
dont eft iffu M' de Beauretour
d'aujourd'huy , eft des plus illuftres
de Savoye. M' du Monet
, fon ayeul , eftoit frere cadet
de Mr N.... de Seyffet ,,
Seigneur d'Altemare . La Maifon
de Seyffet a produit des
grands- Croix de l'Ordre de
Savoye , & un celebre Miniftre
d'Etat de Louis XII. qui
fut Evêque de Marseille , &
enfuite
GALANT 241
Y
enfuite Archevêque de Turin.
Le 25. Septembre dernier
Monfieur le Duc & Madame
la Ducheffe d'Albret allerent
voir M le Duc de la Trimouille
dans fon magnifique Château
de la Ville de Thouars . Ils
furent reçûs avec la Bourgeoi
fie fous les armes. Tous les
Corps , tant Ecclefiaftiques que
feculiers , allerent complimenter
Madame la Ducheffe d'Albret
; & le Pere Vaudin', Chanoine
Regulier , Prieur de l'Abbaye
de Saint Laon , luy fit le
difcours fuivant ,
Octobre
1705.
X
242 MERCURĘ
MADAME ,
que nous
Voftre Alteffe peut connoiftre
les fentimens de nos coeurs par les
demonſtrations publiques de nôtre
joye. Nous goûtons aujourd'huy
avecplaifir, le bonheur
defirions avec ardeur ; prévenus
depuis long-temps par
vôtre reputation
, qui avoit déja formé de
nobles idées dans nos efprits , nous
fentons avec admiration que
prefence enrichit avec éclat , tous
les portraits qu'on nous avoitfaits
de vostre illuftre perfonne. Nous
vôtre
GALANT 243
voyons dans voftre Alteffe un affemblage
de tout ce qu'il y a de
grand,dans les anciens & glorieux
noms de la Trimouille & d'Albret
, noms qui renferment ce que
l'efprit conçoit de plus honorable
dans l'origine, de plusfolide dans
le vray merite , deplus augufte
dans les alliances . Que de
que
gran
d'élé
deurs ! que de vertus !
vations fe retracent à nos efprits
en vous voyant ! Placesfuperieures
dans l'Eglife & dans l'Etat
valeur diftinguée dans les Combats
dans les Sieges ; vies prodiguées
tant de fois pour la confervation
du Royaume ; Gloire ac-
1
Xij
244 MERCURE
quife auprix d'unfang auffi mar
tial que Chrétien ; Sang répandu
à la tefte des armées pour la gloire
de la Nation. Jeunes Heros tout
couverts deLauriers , & miraculeufement
confervez dans les premieres
actions de leur vie ; liaiſon du
Sang avec toutes les Couronnes &
tous les Potentats de l'Europe ;
faveur , confiance meritée auprés de
Louis le Grand , le plus puiffant
le plus Chrétien de tous les
Monarques. Voila , Madame , ce
qui fait aujourd'huy la fplendeur
des anciennes Maifons dont vous
lelien le gage . Nous ref
pectors dans le filence les graces
fes
GALANT 245
naturelles qui brillent à nos yeux
éblouis ; plus fortement attachez
par lafainteté de nôtre caractere à
Jouer en vous les dons que la grace
de Fefus - Chrift y fait paroiftre
pour le ciel , nous conjurons fans
ceffe celuy qui en eſt l'autheur
& le confommateur , de les
menter de plus en plus . Heureux
fi voftre Alteffe daigne regarder
les voeux que nous faifons pour
elle , comme des affurances fidéles
de nos profonds refpects , & de nos
tres - humbles obeiffances.
aug-
Le Roy a fait , au commencement
du mois dernier,un rem-
X iij
246 MERCURE
placement dans la Marine . Sa
Majefté a donné à M' le Marquis
de Coëtlogon , Lieutenant
General des Armées Navales ,
le Cordon de l'Ordre de S.
Loüis , qui vaquoit dés l'année
derniere par la mort de M ' le
Marquis de Relingue , auffi
Lieutenant General des Armées
Navales . M' le Marquis
de Coëtlogon fut fait Lieutenant
de Vaiſſeau à la promotion
de 1673. ayant eſté auparavant
Enfeigne pendant
fept ou huit ans.
M de la Harteloire a eſté
nommé Lieutenant General ;
GALANY 247
il fut fait Lieutenant de Vaif
feau en 1672. & Capitaine
quelques années aprés . Il y a
fix ou fept ans qu'il fut fait
Chef d'Efcadre. Les grands &
longs fervices de ces deux Of
ficiers font fi connus , qu'il n'eſt
pas neceffaire d'en dire davantage
.
M' d'Aligre a efté fait Chef
d'Efcadre
; il eft parent du
Prefident à Mortier de ce nom ,
& il fut fait Lieutenant de
Vaiffeau à la promotion
de
1673. On peut juger par là
qu'il fert depuis longtemps.
M' du Quefne- Guiton a
X iiij
248 MERCURE
auffi efté nommé Chef d'Eſcadre.
Il eftoit Lieutenant deVaiffeau
dés 1669. & ne fut fait
Capitaine qu'aprés la mort
de M du Quefne , Lieutenant
General , fon oncle , arrivée
en 1688. La confiance
qu'il avoit en fon neveu
qu'il obtenoit toujours pour
Lieutenant fur fon bord ,dans
toutes les campagnes , l'empeſchoit
de travailler à fon avancement.
Le Roy luy donna en
1689 le commandement d'une
Efcadre de fix Vaiffeaux , de
54. à 72. Canons , pour aller
aux Indes Orientales. Il s'acGALANT
249
quit beaucoup de gloire dans
cette expedition , fur tout de
vant Pondichery , ſur la Cofte
de Coromandel
, où il combatit
une Efcadre de dix ou
douze Vaiffeaux
de guerre
Hollandois. Il leur prit au
Cap de Comorin une flufte
qui alloit à Batavia , richement
chargée , & ramena à Breft
l'année fuivante fon Efcadre
en tres bon état , avec les
Vaiffeaux de la Compagnie
.
Feu fon pere , frere du Lieutenant
General , cftoit Capitaine
de Vaiffeau du Roy
& avoit époufé la fille de M
250 MERCURE
le
Guiton , qui cut l'honneur,
comme Maire de la Rochelle ,
d'en prefenter les clefs au feu
Roy Louis XIII. Lorfque
Sa Majefté la foûmit à fon
obeiffance. Ainfi c'eſt par le
cofté de fa mere , & pour
diftinguer de ceux de fon nom,
Officiers dans la Marine , qu'on
le furnomme du Quefne- Guiton
; Comme on furnomme
Quefne-Mofnier , à cauſe de,
fa mere, fon Coufin germain ,
que le Roy vient de gratifier de
l'augmentation de les appoinremens
jufqu'à 200. livres
par mois , & qui eft fils d'un
du
GALANT 251
Capitaine de Vaiffeau , cadet
des trois freres qu'avoit feu
M' du Quefne , Lieutenant
General , qui tous trois ont eſté
Capitaines de Vaiſſeau .
1 M du Quefne - Mofnier
commanda
, pendant la guerre
d'Irlande , une Eſcadre de trois
Vaiffeaux , dans la Manche de
Briſtol , où il fe fignala par
plufieurs prifes qu'il fit fur les
Anglois , entre Cheifter & Edimbourg
, & il interrompit
le commerce & la communication,
de ce cofté -là , de l'Angleterre
avec l'Irlande ; & cette
expedition lui acquit beaucoup
252 MERCURE
de gloire , auffi bien que celle
où il fut employé , il y a deux
avec une Efcadre qu'il
ans
commandoit dans le Golfe de
Venife , où il prit & brûla pluficurs
Bâtimens , chargez de vivres
& de munitions pour les
Imperiaux , au Port de Trieſte,
où il fit unc . defcente avec une
partie de fes équipages , paffa
un grand nombre d'Imperiaux
au fil de l'épée , & fe rendit
redoutable fur les Coftes qu'a
l'Empereur au fond de la Mer
Adriatique. Le fecond des quatre
freres de M du Quefne,
Lieutenant General ', fut tué à
GALANT 253
Toulon , dans un combat de
rencontre , fans avoir laiffé de
pofterité.
M' le Comte de Villars a
pareillement efté fait Chefd'Efcadre
; il eft frere du Maréchal
Duc de ce nom. Il commandoit
le Vaiffeau du Roy le Lys,
de 84. Canons , du nombre
des treize que Monſieur l'Amiral
détacha , fous le comman
dement de M' de Pointis , l'année
derniere , aprés le combat
du 4°. Aouft , avec trois mille
hommes de Troupes de la Ma
rine , pour fervir au Siege de
Gibraltar , où ce Comte com254
MERCURE
manda en qualité de Maréchal
de Camp ; laiſſant à M' Laugier
, fon Capitaine en fecond,
le commandement de fon Vaiffeau
, où il mit le feu , aprés
l'avoir échoué entre Malgue &
Stepona , ainfi que fit M' de
Pointis , Chef d'Eſcadre , à .
l' Ambitieux qu'il commandoit,
enfuite d'un combat opiniâtré
de plufieurs heures contre quinze
ou feize Vaiffeaux des Ennemis
, qui en prirent trois des
cinq que commandoit M' de
Pointis , pendant que M le
Comte de Villars fe fignaloit
au Siege de Gibraltar.
GALANT 255
IS
Le Roy a nommé dans le
même remplacement , Mª de
Drouard, Capitaine deVaiffeau;
M' de Villers, Capitaine de Fregate
; Mª de la Fregoniere , &
de Bremoy, Lieutenans de Vaiffeaux
; & M's Belot des Moulins
, & du Moulin- Aubert ,
Enſeignes de Vaiffeaux. Je ne
vous diray rien des ſervices de
ccs M's ; mais comme ils ont
cfté choifis parmi un grand
nombre d'Officiers qui afpiroient
aux mêmes emplois , il
y a lieu de croire que Sa Ma
jeſté en eſt tres -fatisfaite .
Le Roy a donné en même
256 MERCURE
tems de nouvelles penfions à
quelques Officiers de Marine,
& a augmenté celles de quelques
autres. M' le Baron de
Pallieres , & M' le Comte de
Serquigny ont eu des penfions
de 1500. livres. Il y a treslong-
tems que M' le Baron de
Pallieres eft dans le fervice ; &
je vous ai fouvent parlé des
occafions où il s'eft diftingué.
Il vient tout recemment , conjointement
avec M' du May ,
de faire un grand nombre de
prifes , dont une feule eſt eſtimée
plus de cinq cent mille
écus , & de prendre la Ville &
• GALANT 157
Te Fort de Benguela , dont il a
fait fauter les Fortifications &
brûler la Ville . Ces faits venant
d'eſtre rendus publics , ne font
ignorez de perfonne .
M' le Comte de
Serquigny
eut il
huit ou neuf ans,
a
Y ,
le commandement d'une ELcadre
de quatre Vaiffeaux du
Roy , de 60. à 70. Canons,
pour eſcorter aux Indes Orien
tales les Vaiffeaux de cette
Compagnie. Il s'y ſignala par
des actions de valeur, dans toutes
les occafions où il fe trouva
contre les Hollandois ; & il
ramena enfuite heureuſement
Octobre 1705.
Y
258 MERCURE
au Port- Louis , les Vaiffeaux
qui avoient efté conficz à fon
eſcorte.
M's de Rouffel , les Comtes
de la Luzerne & de Bethune , &
le Chevalier de Mongon ont
eu des Penſions de mille livres.
Leurs noms , leurs fervices &
le choix du Roy pour leur donner
ces Penfions font leur élo.
ge.
Ceux dont les
appointemens
ont efté augmentez jufqu'à
200. livres par mois , font M
de la Barre , M' le Commandeur
d'Arbouville , M' de Sevigné
, M le Chevalier de Châ
GALANT 259
teaumorant , M du Quefne-
Mofnier , & M des Augiers.
fut
M' de la Barre fut fait Enfeigne
de Vaiffeau en 1671 .
dans la même Promotion où
feu M de la Barre fon pere,
fait Capitaine. M' de la Barre
le pere , aprés avoir eſté ſucceflivement
Confeiller au Parlement
, Maiſtre des Requeftes
& Intendant du Bourbonnois,
il vendit fa Charge de M° des
Requeſtes ; mais fon zele pourle
fervice ne lui permettant pas
de demeurer oifif, il fut fait en
1664. Gouverneur & Licutenant
General de Cayenne & de
Y ij
260 MERCURE
an
la Terre-Ferme , adjacente de
l'Amerique Meridionale , d'où
il chaffa les Hollandois , qui
s'y eftoient puiſſamment eſtablis
depuis long- tems . Quelques
années enfuite , le Roy
l'envoya
que , en qualité de Gouverneur
& Lieutenant General pour Sa
Majefté , tant fur Terre que
fur Mer , où il commanda 25 .
ou 30. Vaiffeaux , avec lefquels
en divers combats il remporta
en 1666. plufieurs avantages
fur les Anglois , avec lesquels
nous cftións alors en guerre, &
il y acquit beaucoup de gloire.
Ifles de l'AmeriGALANT
261
par plufieurs actions de valeur ,
dont il porta depuis les marques
par fes bleffures . Sa Ma
jefté fut fi fatisfaite de fes fervices
, qu'Elle l'envoya en Canada
, pour y fucceder à M' le
Comte de Frontenac
, en qualité
de Gouverneur & de Lieutenant
General dans les Illes &
Terre - Ferme de la nouvelle
France , dont il s'acquita à fon
ordinaire avec beaucoup de reputation
.
Feu M' de la Barre avoit laiffé
pour Gouverneur de Cayen
ne , à fa place , M' le Févre
de Lezy , fon frere , Chevalier
262 MERCURE
de Malthe , qui y eft mort pen
dant fes caravannes , il y a déja
quelques années , en odeur de
fainteté , aprés pluſieurs actions
d'éclat & de valeur . Ce Chevalier
avoit laiffé M' de la Barre,
fon neveu , dont nous parlons,
pour fon fucceffeur au Gouvernement
de Cayenne , où
aprés avoir commandé avec reputation
pendant ſept ou huit
ans , il obtint fon Congé ; & il
a toûjours fervi depuis , ou
dans les Armées Navales , ou
en commandant en chef la
Marine à Dieppe , & en d'autres
Ports. Il eft frere de M
GALANT 263
la Prefidente de Quincy , & de
с
MⓇ d'Ormeffon.
M des Augiers s'eft fignalé
en plufieurs occafions , depuis
long- temps qu'il eft Capitaine
de Vaiffeau , tant aux Indes
alla , il y a
Orientales , où il alla ,
quelques années, commandant
une Efcadre de quatre ou cinq
Vaiffeaux , pour eſcorter ceux
de la Compagnie , tant en allant
qu'en revenant ; que dans
les Indes Occidentales , où il
commandoit une Eſcadre de
trois ou quatre Vaiffeaux du
Roy , avec lefquels il prit , il
y a huit ou neuf ans , un Vaif
264 MERCURE
que
feau de guerre Eſpagnol , de
cinquante Canons de fonte,
dans le Golfe de Mexique. C'étoit
l'Amiral de l'Eſcadre ,
les Eſpagnols appellent Armadille
, employée pour purger
ces Mers - là des Flibuftiers &
des Corfaires qui leur faifoient
alors la
guerre.
: Je vous ay fi fouvent parlé
des autres , dont les appointemens
ont efté augmentez , &
dont je vous ay donné le détail
de plufieurs actions éclatantes
, que je ne vous en diray
rien aujourd'huy , de crainte
de tomber dans des repetitions
de
GALANT 265
de ce qui n'eft ignoré de perfonne.
Il eſt conſtant qu'il n'y
a point de Marine au monde
dont les Officiers foient plus
braves que ceux qui fervent
dans celle de France ; & quelques
revers éclatans qu'ait quel
quefois eu cette Marine , dans
des conjectures auffi extraor
dinaires que fatales , on auroit
peine à trouver, depuis 45. ans,
une action generale , où quoiqu'inferieure
elle n'ait pas toû .
jours remporté l'avantage . Je
ne dis rien des actions particulieres
dont il fe trouve une infinité
dans lesquelles il a toû-
Octobre 1705. Ꮓ
༢༦ ,

299 MERCURE
jours fuffi d'un ou deux Vaiffeaux
François pour en battre
un grand nombre d'ennemis .
L'Auteur de la Lettre fuivante
m'ayant fait l'honneur de
me l'adreffer , j'ay crû vous la
devoir envoyer dans les mêmes
termes qu'elle m'a efté renduë,
à l'exception des louanges qui
eftoient à la tefte , & que je ne
croy pas
meriter.
A Bâle , cc 25. Septembre.
Comme vous vous attachez ;
Monfieur , à bien mettre dansfon
jour , la gloire de voſtre nation
GALANT 267
ainsi qu'à conferver à la pofterité
le fouvenir des actions glorieufes
du Prince qui gouverne aujourd'huy
la France ; c'eſt à vous que
je dois m'adreffer pour vous faire
part de quelques reflexions que j'ay
faites fur un libelle, qui paroift dans
le monde, fous leTitre de Répon
fe au Manifefte, qui court fous
le nom de fon Alteffe Electorale
de Baviere ; ou Reflexions,
fur les raiſons qui y font déduites
pour la juſtification de
fes Armes , imprimées cette année
à Pampelune , chez Jacque
Lenclume. Ne vous attend z pas
que je fuive l'Auteur de la Ré-
Zij
268 MERCURE
1
ponfe pied à pieds comme je n'ay
d'autre idée de fon ouvrage que
celle que m'en a laiffé la lecture
de l'Extrait que le Pere Hugo en
a fait dans fon Journal , je ne
fuivray que cette idée , à condition
pourtant que je répandray mes reflexions
fur tout le
urage , lorsqu'il mefera tombé entre
les mains.
le
corps
de
l'ou
L'Auteur de l'Extrait remarque
d'abord
que
celuy
de
la Réponfe
combat
les
raifons
fur
lef
quelles
eft fondé
le Manifefte
de
Monfieur
l'Electeur
de
Baviere
,
en défendant
la conduite
de l'Em- pereur
, &
en juſtifiant
fes
DeGALANT
269
crets & fes démarches.
Ce nouvel Apologiftefoutient
que les Ecrits où Monfieur l'Electeur
de Baviere a efté peint
comme un Prince ambitieux , &
refractaire auxLoix & à fes ferne
font pas tant l'ouvrage
mens
>
de l'Empereur , que des autres
Princes de l'Empire , qui estoient
inftruits que fon Alteffe Electorale
n'aſpiroit pas moins qu'à
une Couronne Royale , qui
devoit eftre le prix de fes liaifons
avec la France : Que ce
grand deffein ne pouvoit eftre
marqué par un terme plus
doux que par celuy d'ambi-
Z iij
270 MERCURE
tion , fur tout , fi l'on confidere
qu'il eft la fource des
maux infinis que la guerre
traîne aprés elle ; & que la réünion
des Cercles au nouveau
Royaume de Baviere devoit
eftre le fruit de fes engagemens.
Ce deffein qu'on impute à
Monfieur l'Electeur de Baviere,
reſſemble fort à la confpiration
'on a pris foin de publier dans
l'Europe , que les Bavarois avoient
formée en dernier lieu contre
les Imperiaux. Il eftoit
ceffaire de juftifier auprés de tous
les Princes d'Allemagne , la hauteur
avec laquelle le feu EmpeGALANT
271
reur en a ufé à l'égard d'un Prin
ce libre & indépendant
; le ſtyle
des Decrets & des Ecrits qui étoientfortis
du Confeil Aulique,
ne convenoit guere à un Souve
rain , Membre de l'Empire , fur
lequel l'Empereur
n'a d'autre avantage
que celuy de la préféance
: Par une accufation vague
d'ambition , on a trouvé le moyen
d'étourdir une multitude de Princes
, qu'une procedure fi extraordinaire
& fi peu ufitée en Allemagne
, auroit certainement
fort
aigris. De même , pour juftifier
les traitemens
inhumains , & les
violences inoüies qu'on a exercées,
Z iiij
272 MERCURE
le
non-feulement contre le peuple
mais auffi contre laplus haute nobleffe
de Baviere , depuis que
fort des Armes a foumis ce malheureux
païs à la domination de
l'Empereur, les Commiffaires Imperiaux
ont tâché de donner quelque
couleur à une conduite fi
odieufe , en faisant répandre dans
par
le
monde ,
bruit
d'une
confpiration_dont
ils
n'ont jamais
pu fournir
la moindre
preuve
. Il feroit
inutile
de
défendre
Monfieur
l'Electeur
de
Baviere
fur ces deux
Chefs
; il
eft auffi innocent
du deffein
d'avoir
voulu
ériger
fon païs en
leurs Emiffaires, le
GALANT 273
Royaume , que fes Sujets le font
de celuy d'une confpiration contre
les Troupes de l'Empereur. Le crime
de ce Prince confifte en ce qu'il
a voulu mettre des bornes à l'ambition
de la Maifon d' Auftriche,
voulu défendre le reste de la
liberté Germanique ; & celuy de
fes Sujets confifte à avoir pouffé
des gemiffemens , à la veritéfort
inutiles ,fur la dureté qu'on exerce
à leur égard.
Les reproches d'ingratitude ont
efté refpectifs , dans les Ecrits de
l'Empereur , & dans ceux de
Monfieur l'Electeur de Baviere.
Noftre Auteur , prenant la choſe
274 MERCURE
dans fon origine , pretend que la
Maifon de Baviere n'ayant commencé
à fleurir que depuis le regne
de Rodolphe d'Hapfbourg, &
que Monfieur l'Electeur ne tc-.
nant le Gouvernement des Païsde
la liberalité de l'Em-
Bas
que
les
pereur , qui vouloit frayer au
jeune Prince Electoral
voyes à la fucceffion de la Monarchie
Efpagnole
; les reproches
de Sa Majefté Imperiale
font les mieux fondez . Démé
lons l'origine de ces deux Maifons
, & la conduite de l'Empereur
, dans la demande qu'il fit
au Roy d'Espagne du Gouverne-
نیب
GALANT 275
ment des Païs- Bas pour Monfieur .
l'Electeur de Baviere ; afin de
pouvoir juger de la juſtice de ces
reproches.
La Maifon de Baviere a donné
des Rois à l'Europe , prés de
800. ans avant que la Maiſon
d'Auftriche fût connue : Elle a
donné un Empereur à l'Allemagne
, cinq cents ans pour le moins
avant que le celebre Rodolphe
d'Hapfbourg ait paru dans le
monde. Voicy la preuve de ces
deux
faits.
Aldiger, le premier dont on ait
connoiffance , porta le titre de Roy
de Baviere dans le cinquième fic276
MERCURE
"
cle. Il mourut en 550044.. &&laiſſa
pourfucceffeur ,fon fils Theudon I.
qui fit fi longtemps la guerre aux
Romains ; & auquel , aprés treize
ou quatorze generations, Arnould,
quifut dans la fuite Empereur ,
&qui mourut fur la fin du neuviéme
fiecle ,fucceda. C'eft de cet
Empereur , qu'Othon I. dit le
Grand , Comte de Schiren & de
Witelfpach, defcendoit. Ce Prince,
qui fut un des plus grands Capitaines
defon fiecle , & qui merita
lefurnom de Grand par plufieurs
actions de valeur , époufa Gertru
de de Saxe. Il en eut Louis I. à
qui l'Empereur Frederic II. donna
GALANT 277
le Palatinat en 1215. ( fur lequel
il avoit déja de grands
droits , à cauſe d'Agnés fa me
re , qui en eftoit l'heritiere , )
pour reconnoiftre , difent tous les
Hiftoriens , les fervices que ce
Prince , Othon le Grand , fon
pere , & Arnould, Comte de Schiren
, un de fes ayeux , luy avoient
rendus , auffi bien qu'à l'Empereur
Henry VI. fon pere , & à fon
ayeul Frederic I.
Voyons à prefentfur quelpied
eftoit la Maifond' Auftriche , dans
un fiecle où celle de Baviere foûtenoit
le Trône chancelant des Empereurs
d'Allemagne, &où pen➡
278 MERCURE,

dant trois ou quatre generations
elle accorda fa protection aux Empereurs
de la Maifon de Suabe.
La veritable grandeur de la
Maifon d'Auftriche ne doit eftre
regardée que depuis lafin du XIII .
fiecle ; c'est- à- dire , du temps que
Rodolphe monta fur le Trône Imperial.
Car je ne croy pas que
Partiſans les plus zelez de cette
Maifon veuillent mettre en ligne
de
compte,
les années Prince
quece
paffa au fervice d'Ottocare Roy de
Boheme ; de forte que tout ce qui
préceda l'année 1278. dans la
quelle Rodolphefut élu Empereur
à Francfort, eft un temps d'obſcu
les
GALANT 279
rité, qu'on ne peut mettre à profit
pour la grandeur de cette Maifon .
Or un fiecle anparavant Othon ,
dit le Grand , avoit esté investi
de la Baviere , où fes ayeux
avoient regné fi long- temps ; &
Frederic I. dit Barberouffe , luy
en donna l'Investiture. Ce fut ,
comme je l'ay déja dit , à l'égard
de Louis I. fon fils , un acte de
reconnoiffance ; Othon & le Comte
de Schiren fon pere , avoient
rendu des fervices effentiels à cet
Empereur. Louis I. fon fils , continua
d'en rendre à l'Empereur
Henri VI. & à l'Empereur Frederic
II. fon fils. Et tout cela fe
280 MERCURE
paſſa avant l'année 1215. où cet
Empereur donna le Palatinat à
Louis I. On peut donc juger par
ce détail , fil Auteur de la Réponse
eft bien fondéde dire , que la Maifon
de Baviere n'a commencé
à fleurir que depuis que Rodolphe
d'Hapfbourg monta
fur le Trône Imperial. Si on
parcourt enfuite les fiecles qui fe
font écoulez , depuis que la Maifon
d'Hapsbourg est devenuë
Maifon Imperiale ; on trouvera,
entre la Maifon de Baviere &
elle , une parfaite égalité. La
Maifon de Baviere a donné deux
Empereurs à l'Allemagne ; des
GALANT 281
Rois à la Suede , au Dannemark
& à la Norwege ; divers Electeurs
à l'Empire , & plufieurs
Comtes à la Hollande. Qu'a eu
de plus la Maifon d'Autriche ?
Je n'auray pasplus de peine à
détruire le reproche d'ingratitude.
que notre Auteur fait à Monfieur
l'Electeur de Baviere , qu'il
prétend avoir reçu de la liberalité
de l'Empereur, le Gouvernement
des Pays- Bas , que j'en ay eu
détruire la prétendue fuperiorité
de la Maifon d' Auftriche fur celle
de Baviere. Il est vray que le défunt
Empereurparut defois à au
tres interpofer fes bons Offices an→
Octobre 1705 A a
à
282 MERCURE
a
prés du feu Roy d'Espagne , pour
faire donner le Gouvernement de
la Flandre Efpagnole à Monfieur
l'Electeur de Baviere ; mais il
fembla que la negociation de ce
Prince ne fervift qu'à faire donner
l'exclufion à fon Alteffe Electon
rale. Je ne fçaisfi les Emiſſaires
que le feu Empereur entreténoit
la Cour d'Efpagne détruifoient,
fous main par fes ordres ,
quefon Ambaffadeur affectoit de
demander en public avec beaucoup
d'ardeur ; mais ce qu'ily a de certain
, eft que le feu Roy d'Espa
gne demeura toujours inflexible à
refufer le Gouvernement des

GALANT 283
Pays- bas à Monfieur l'Electeur
de Baviere , tant que l'Empereur
femêla de cette affaire ; & qu'il
le luy accorda , plufieurs années
aprés que Sa Majesté Imperiale
eut cefféfes pourfuites , & qu'elle
crût ( s'il eft permis de dévoiler la
myftericufe Politique des Princes )
Luy avoir donné une exclufion
éternelle. Ce qu'il y a encore de
certain
, eft que
Empereur ne pûtcacher fon mécontentement
lorsqu'il apprit cette
nouvelle . Ces faits font trop proche
de nous pour eftre ignorez de
perfonne.
Qu'on juge àprefent ,fi la con-
3
le Confeil de
A a ij
284 MERCURE
duite que Sa Majefté Imperiale
tint dans toute cette affaire , marquoit
un fincere defir de frayer au
jeune Prince Electoral , les
voyes à la fucceffion de la Monarchie
d'Eſpagne. Eh ! où font
ceux un peu inftruits des affaires
du monde , qui doutent , que fi
l'Empereur n'avoit eu alors en
vûë
que
l'élevation du Prince
Electoralfur le Trône d'Espagne,
nous n'euffions encore aujourd'huy
la confolation de voir ce jeune
Princeplein de vie. Paffons legerement
fur ce trait ; il ne peut
donner lieu qu'à des reflexions
douloureuſes.
GALANT 285
Noftre Auteur releve beaucoup
dans le mefme endroit les
bons offices que le feu Empereur
rendit au Prince Clement de Ba
vierepour l'élever fur le Siege de
Cologne . J'avoue que les Partifans
de la Maifon d'Auftriche
pourroient mettre cette action dans
le nombre des bienfaits qu'ils prétendent
que la Maifon de Baviere
a reçus de la premiere , fi le
deffein defe vanger de feu Monfieur
le Cardinal de Furtemberg
n'euft efté l'unique motif , qui
alors fit agir l'Empereur
.
On trouve dans la fuite de ce
te Réponse , plufieurs reflexions
286 MERCURE
fur le Teftament du feu Roy d'Ef
pagne ; mais comme ce font des
raifonnemens cent fois ramenez
autant defois détruits , jefuis
difpenfé d'y répondre : & quand
je le voudrois , pourrois -je employer
de meilleures raifons pour
en faire voir la foiblesse , que
celles de l'Auteur même ? Aprés
avoir déployé toute fon éloquence,
pour démontrer que le
Teftament
du feu Roy d'Espagne luy fut
fuggeré dans les derniers momens
defa vie ; il femble convenir que
ce Prince avoit efté confirmé,
long- tems avant fa mort, dans
la refolution de donner Mes
GALANT 287
Etats à Monfeigneur le Dauphin
, par le feu Pape Innocent
XII. Peut-on refifter à une
preuve de cette force ? Je croy
pourtant que
l'Auteur ne s'en eft
pas fervipar malice , je luy rends
juftice , & je fuis perfuadé que
dans cet endroit ,fon éloquence luy
a fait illufion.
que
L'éle
Le reste de la Réponse , ou du
moins de l'Extrait que j'en ay vú,
renferme les raisons dont l'Auteur
fe fert pour faire voir
vation de l'Archiduc fur le Trône
d'Espagne est moins à craindre
pour le Corps Germanique , qué
celle d'un Prince François fur le
288
MERCURE
même Trône : L'élevation , ditil,
d'un Prince- d'Auftriche net
changeroit rien dans le Syſtême
des affaires . La crainte frivole
qu'on voudroit donner
d'un Empereur armé & foûtenu
d'un Roy puiffant , fe détruit
d'elle - même. Depuis
Charlequint on a tellement lié
les mains aux Empereurs , par
les conventions qu'on les oblige
de figner le poignard à la
gorge , à leurs élections , que
pour peu que la chofe prenne
d'accroiffement, l'Empereur va
devenir un Souverain en peinture
, femblable au Doge de
Venife.
GALANT 289
Venife . Ils gardent les conventions
fi religieufement , qu'aucun
Prince ne fe plaint ny n'apprehende
qu'ils employent
leurs forces au préjudice de la
liberté de l'Empire .
- On ne peut garderfon ferieux ,
en lifant de telles reflexions ; il eft
même impoffible de ne pas croire
qu'en cette occafion l'Auteur fe
jouë de fonfujet. Mais fi l'ironie
n'entre pour rien dans ce raifonrement
, je concluds que l'Apologifte
n'eft pasfort avancédans le Syftême
des affaires. Je le renvoye à
toutes les remarques que vous
fiftes , il y a quelques mois , en
Octobre 1705 Bb
290 MERCURE
parlant de la mort de l'Empereur,
fur les infractions faites à la Bulle
d'or. Je ne pourrois que copier ce
que vous avez déja dit,fij'en difois
davantage. Permettez - may de
finir icy ma Lettre , &de vous af
furer, Monfieur, que je fuis tresfincerement,
& c.
hom
Depuis la lettre dont je vous
ay fait part , écrite par un
me de diftinction de Baviere ,
l'Empereur a continué fes mauvais
traitemens envers les Bavarois
avec une dureté qui n'a
point d'exemple. Je vous en
apprendray le détail dans ma
GALANT
291
lettre du mois
prochain.
M'deConflans , Confeiller au
Grand Confeil , a époufe Mile
Defmarêts. Il eft fils de M' de
Bercy , Maiftre des Requeftes,
& petit fils de M de Bercy
Prefident au Parlement de Pa
ris . La maifon de Bercy eft tresar
cienne dans la robe , & tresconfiderable
par fes alliances .
Mlle Defmarêts eft fille de M
Defmarêts , Directeur General
des finances , & de Dame N…..
de Bechameil , foeur de M° la
Ducheffe de Briffac . Mr Def
marêts eft fils de Feu Mr Def
marêts , Intendant à Soiffons ,
Bb ij
292 MERCURE
& de Feuë Dame N .... Col
bert , foeur de Feu Mr Colbert
Miniftre & Secretaire d'Etat ,
& frere de Mrs les Evêques de
Ricz & de S. Malo , & de Mr
Definarêts - de Vaubourg ,
Maistre des Requeſtes , & cydevant
Intendant à Rouen,
Mrs Defmarêts ont une four
mariée à Mr de Bouville , Intendant
à Orleans . Mlle Defmarêts
eft bienfaiteelleva
beaucoup d'efprit & de douceur
; fes manieres font honneftes
, & elle a une parfaite
connoiffance du monde. Elle
eft niece de M la Ducheffe de
"
GALANT 293
Brillac , niece á la mode de
Bretagne, de M les Ducheffes
de Chevreufe , de Beauvillier
& de Mortemar Doüairicre ,
& coufine iffue de germaine de
Mila Ducheffe de Mortemar
& de M la Ducheffe de Mont
fort , à caufe de feu Mr le Duc
de Monfort . M' Definarêts eft
laborieux , penetrant , & fès lumieres
font fi vives & fi feures,
que lorsqu'il a une fois travaillé
à une affaire , il eft inutile de
l'examiner aprés luy.
Le Cordon de l'Ordre de
S. Louis , qu'avoit feu M ' le
Marquis d'Ullon, a eſté donné
Bbiij
294 MERCURE
à M' de Narbonne , en confideration
de fes grands & longs
fervices ; ces recompenfes, étant
deftinées à ceux qui ont
fervi long- temps ; & la Penfion
qu'il avoit fur l'Ordre de
S. Louis , a cfté donnée à M
de Montplaifir . Le Roy a donné
à M le Marquis de Bonnac
un Brevet de Meftre de Camp;
ce Marquis ayant fervi en cette
qualité dans les Troupes de
Wolfenbutel . Il eft neveu de
feu M' d'Ullon & de M de
Bonrepos , ci -devant Ambaſſadeur
en Dannemark , & qui a
rendu d'autres fervices au Roy
誊J
GALANT 295
& à l'Etat en plufieurs occa- a
fions.
a
On a fait à Naples urre Statuë
de bronze du Roy d'Efpagne
Philippe V. qu'on a mis
fur un pied - deſtal dans la Place
nommée de Jefus , accompagnée
de plufieurs Ornemens
& Devifes à la louange de ce
Monarque
; & on a diftribué
au peuple quantité de Médailles
d'argent , où l'on voit , d'un
cofté , la Ville de Naples , &
-de l'autre , le Roy Philippe V.
à cheval. Cette ceremonie
a
cfté tres pompeuſe ; & il y eut
le foir du même jour des Illu-
Bb iiij
296 MERCURE
minations par toute la Ville.
Toute la Nobleffe de Naples
s'eft trouvée à la fuite du Viceroy,
qui jetta beaucoup d'argent
au peuple.
M' le Marquis de Santmanat
, fils-aîné de M' le Marquis
de Caftel dos Ruys , cidevant
Ambaffadeur d'Efpa- .
gne en France , a fervi avec
tant de fuccés & d'approbation
en Italie , que le Roy fon
Maître , pour reconnoître fes
fervices , luy a donné le Regiment
de Savoye , qui eft un
des meilleurs Corps du Milanez.
Ce jeune Seigneur eft diGALANT
297
&
gne fils de fon illuftre Pere ,
s'eft acquis l'eftime & l'amitié
de toute la Cour , pendant
tout le tems que M' le Marquis
de Caftel dos Ruys a cfté
Ambaffadeur en France. M' le
Marquis de Santmanat avoit
déja fervi d'Ayde de Camp à
Sa Majefté Catholique en Italie
; & ce Marquis fe diftingua
à Luzzara. Il a donné depuis
ce tems-là , des marques de fa
valeur , dans toutes les occafions
où il s'eft trouvé ; & il
eft fort eftimé en Espagne, en
France & en Italie .
re
M François Godefroy de
298 MERCURE
Verthamon- de - Breau , fils de
M' le premier Preſident du
grand Confeil, mourut le mois
dernier, âgé de 2 1. an. Il avoit
donné des preuves de fon merite
& de fa capacité , & elles
avoient engagé le Roy à luy
accorder une difpenfe pour a
chetter une Charge de Confeiller
au Parlement . Il eftoit
fils de Dame N..... Bignon ,
fille de feu M'
Bignon , premier
Prefident du grand Confeil
, qui eftoit fecond fils du
celebre Jerôme Bignon , Avocat
General au Parlement de
Paris , & frere de feu M' BiGALANT
299
gnon , auffi Avocat General au
même Parlement , & enfuite
Confeiller d'Etat , pere de Mi
Bignon Confeillers d'Etat &
Intendant des Finances . My de
Verthamon, premier Prefident
du grand Confeil , eft fils de
feu M' de Verthamon , Con
feiller d'Etat , & de Dame N ...
d'Aligre , fille de M Etienne
II. d'Aligre , Chancelier de
France , & petite fille d'Eftiennc
I. auffi Chancelier de France
. Cette Daine, aprés la mort
de M' de Verthamon , époufa
M Godefroy , Comte d'Ef
trades , Maréchal de France,
re
300 MERCURE
Chevalier des Ordres du Roy,
Gouverneur de la Ville & Citadelle
de Dunkerque , & des
Forts qui en dépendent , Viceroy
de l'Amerique, & Gouver
neur de Monfieur le Duc d'Or
leans , alors Duc de Chartres .
Ce Maréchal mourut à Paris
en l'année 1686. Les foeurs de
M la Maréchale d'Eftrades
font Mila Comteffe de Verderone
, époufe de Mile Comte
de Verderone , de la Maiſon .
Laubefpine - Châteauneuf,
& M la Ducheffe de Luynes,
qui avoit époufé en premieres
noces feu M' le Comte de Made
GALANT 301
re
neville,Gouverneur de Dieppe;
Louis , Marquis d'Aligre, mort
fans pofterité ; François , Abbé
de S. Jacque de Provins ; feu
Michel , S de Villenoble , qui
a laiffe de Dame Marguerite
Blondeau, fon époufe , deux
fils dont M' N..... d'Alia
gre , Preſident à Mortier , eſt
l'aîné , feu Charles , Abbé dé
S. Riquier , Confeiller au Parlement
de Paris , & enfuite Con
feiller d'Etat ; & Jean, Cheva+
lier de Malthe , & à preſent
Commandeur d'Aligre , font
les freres de MⓇ la Maréchale
d'Eftrades . M' le premier Pre
302 MERCURE
>
fident du grand Confeil eft
frere de Mla Ducheffe de
Briffac Douairiere, & neveu de
Mi de Caumartin , veuve du
feu Confeiller d'Etat . La Maifon
de Verthamón eft tres - illuftre
, par les dignitez dont
ceux de ce nom ont efté revê
tus , par fon ancienneté, & par
les grandes alliances qu'elle a
faites . Elle a donné un grand
nombre d'Officiers au Parlement
de Paris , & aux autres
Cours Superieures de la même
Ville. J
Mr le Marquis de Lezay eft
mort âgé de prés de 70. ans,
A
7
GALANT 303
fans laiffer d'enfans de Dame
N..... de Rodon fon épouſe.
Il avoit efté long- tems dans le
fervice. Il eftoit frere puifné
de Mr le Comte de Luzignan,
ci-devant Envoyé Extraordinaire
du Roy à la Cour de
Vienne & oncle de Mr de Luzignan
, qui a époufé l'heritiere
d'une Branche de la Maifon
de la Rochefoucault, & de
MrlAbbé de Luzignan, grand
Vicaire & grand Archidiacre
de Rhodez. Mr le Marquis de
Lezay eftoit auffi frere de Mr
l'Evêque de Rhodez ; de Mr le
Commandeur de Luzignan ,
304 MERCURE
qui refide à Malthe, où il a un
employ tres confiderable ; &
de feue M la Comteffe de la
Roche- Aymon , mere de Mr
l'Evêque du Puy . Mrs de Lu
zignan font allież aux meilleures
Maiſons dn Royaume ; &
il en eft peu de plus illuftres que
la leur , qui a donné des Rois
Jerufalem, & à l'Ile de Chypre.
Les Ducs de Savoye ont
cu, par une Charlotte de Luzignan,
ce dernier Royaume que
les Turcs leur ont enlevé , Mrs
de Luzignan joignent à leur
nom , celuy de la Cofte. Mr le
Marquis de Lezay , qui vient
à
GALANT 305
de mourir, eftoit generalement
eftimé ; il avoit le coeur bon,
beaucoup de probité , & il a
paffé les trois ou quatre dernieres
années de fa vie dans
l'exercice des Vertus Chrêtiennes
. Il eft mort d'une maladie
languiffante , dans le cours de
laquelle il a donné de frequentes
marques de fa moderation,
& de fa foûmiffion aux ordres
de Dicu . La Maiſon de Saint
Gelais eft une Branche de celle
de Luzignan.
Mre N..... Guerin , Seigneur
de Tencin, premier Prefident
du Senat de Chambery
Cc
Octobre.
1705
306 MERCURE
eft mort. Il avoit déja efté
choifi par le Roy pour remplir
cette dignité pendant la precedente
guerre ; il fe retira,
lorfque par la Paix de Savoye
le Roy rendit cet Etat à fon
ancien Maître ; & dés que le
Roy l'eut repris , il y a prés de
trois ans , il nomma une ſeconde
fois Mr de Tencin à
cette dignité. Il avoit eſté Prefident
à Mortier au Parlement a
de Grenoble ; & il a remis cet
te Charge à fon fils aîné , depuis
quelques années . Ce jeune
Magiftrat avoit efté auparavant
Senateur à Chambery ;
GALANT 307
tous les fils de premiers Prefidens
en eftant Senateurs de
droit . Outre Mr le Prefident
de Tencin , feu Mr le premier
Prefident de Chambery laiffe
Mrl'Abbé de Tencin , Docteur
de Sorbonne , Abbé de Vezetay,
grand Vicaire & grand Archidiacre
de Sens ; M de Feriol
, épouſe de Mr de Feriol,
Confeiller au Parlement de
Metz , Receveur general des
Finances de Dauphiné , & frere
de Mr de Feriol , Ambaffadcur
à la Porte ; & M° la Comteffe
de Groflée. La Maifon de Guerin
Tencin a donné des Offi
Ccij
308 MERCURE
T
ciers à la Chambre des Comptes
de Grenoble. M° de Tencin
, veuve du premier Prefident
, eft foeur de M la Comteffe
d'Argenfon , de Grenoble.
Feu Mr le premier Prefident
de Chambery a efté univerfellement
regretté en Savoye.
1
Le Parlement de Chambery
que l'on nomme en ce Payslà
Senat, oft compofé de Senateurs
& de quatre Prefidens.
Il y a auffi dans cette Ville une
Chambre des Comptes , compofée
de Prefidens , d'Audi
teurs , & de Generaux & TreGALANT
309
-forters des Finances de Savoye.
Chambery , autrefois le fejour
des Ducs , eft fitué fur la petite
riviere d'Orbanne , dans une
plaine entourée de diverfes collines
. Cette Ville eft affez gran
de & bien bâtie. Il y a un beau
Chaftcau qui commande à la
Ville , & dans la cour de ce
Chafteau l'on voit une fainte
Chapelle , où il y a des Chanoines
, & dont le Doyen a le
titre de Doyen de Savoye . Cette
Ville eft Capitale de la Savoye ,
& les Latins la nominent , Cameriacum
, Camberiacum , ou
Camberium .
310 MERCURE
9.
M² Defplan , fecond Prefident
de la Cour des Aides &
des Finances de Montpellier
, y
eft mort âgé de 90. ans . Il
avoit efté auparavant Confeiller
de la même Cour , dont
il a efté Officier pendant 68 .
ans. Il a confervé jufqu'à cet
âge , toute la prefence d'efprit
& tout le feu que l'on remarque
dans les perfonnes les moins
avancées en âge ; & il a efté fort
regretté à Montpellier . Ce Magiftrat
avoit beaucoup de probité
& une grande exactitude
dans les fonctions de fa Charge
Il eftoit d'une ancienne faGALANT
311
rs
mille de Languedoc , alliée à
tout ce qu'il y a de plus confiderable
à Montpellier ; ſçavoir,
à M's de Montlaur , Crouzet ,
de Belleval , & à plufieurs autres
Maifons du Parlement de
Toulouſe , où les anceftres de
ce Magiftrat avoient eu les
principales Charges.
?
La Ville de Montpellier eft
une des plus belles du Languedoc
, & des plus confiderables ,
par fa fituation , & par l'efprit
& la politeffe de fes habitans .
Elle a Generalité , Cour des Aides
, Chambre des Comptes
& Prefidial . On y voyoit autre
312 MERCURE
T
fois de belles Eglifes & un
grand nombre de Maifons Religieufes
; mais depuis l'an 1561.
que les Huguenots fe rendirent
maifres de cette Ville , durant
les guerres civiles , ils ruinerent
ces édifices facrez , & firent de
cette Ville une des Places de
fûreté de leur party. Louis
XIII . afficgea cette Ville en
1622. & s'en rendit maiftre
au mois d'Octobre de la même
année , aprés une vigoureufe
refiftance. Ce Prince fit enfuite
rebâtir la Cathedrale , qui
eft fous l'invocation de Saint
Pierre , à quoy contribua beaucoup
GALANT
313
coup le zele du celebre Mr
de Bofquct , Evêque de cette
Ville , & fi connu par fes ouvrages.
re
Dame Madeleine Potier
fille de Mr Nicolas Potier
Seigneur d'Ocquerre , Profident
à la Chambre des Compres,
& enfuite Secretaire d Etat
fur la démiffion de Mr de
Gefvres fon oncle , & de
Dame Marie Barré la femme
veuve de Mre Guillaume dé
Lamoignon , Marquis de Bâvillé
, Comte de Launay Courfon,
Baron de Saint Yon & de
Boiffy , premier Preſident du
Octobre
1705. Dd
314 MERCURE
le
Parlement de Paris , mourut
17. du mois dernier agée
de 82. ans. Son corps fut porté
le Lundi fuivant à l'Eglife de
Saint Cofme , fa Paroiffe , &
de là dans l'Eglife des Cordeliers
, où eft le tombeau
de la Maiſon de Lamoignon ;
& fon coeur fut porté le lendemain
dans l'Eglife des Religieufes
de la Vifitation , Faubourg
Saint Jacques , où cette
Dame a deux filles , & où elle
a fondé , il y a trois ou quatre
mois, un Salut qui doit cftre
dit tous les Mécredis de l'année .
M la premiere Prefidente de
...
GALANY 315
le nombre
Lamoignon a donné des marques
de fa pieté , dans ſon
Teftament
› par
confiderable
de legs pieux
qu'elle a faits . Elle a laiffe plufieurs
enfans ; 1. Mre Chrêtien
-François de Lamoignon
,
Marquis de Bâville , Baron de
Saint -Yon , & de Boiffy , cidevant
Maître des Requef-
Avocat General , & aujourd'huy
Preſident à Mortier
au Parlement de Paris , qui de
Dame Jeanne Voifin , fille de
Mre Daniel Voifin , Seigneur
de Cerizay , Confeiller d'Etat,
a Mre Chrêtien de Lamoites
,
Dij
316 MERCURE

gnon ,
Confeiller au Parle
ment , Madeleine de Lamoignon
, mariée à Mre Claude .
de Longueuil , Marquis de
Maifons & de Poiffy , Prefident
à Mortier au Parlement ,
morte en 1694. & c. 2. Mre
Nicolas de Lamoignon - de Bâville
, Comte de Launay - Courfon
, cy- devant Confeiller au
Parlement , Maître des Requeftes
, & enfin Intendant en
Languedoc & Confeiller d'Etat
, qui de Dame Anne Bonnin
, fille de Mre Jean - François
Bonnin , Marquis de Cha-,
lucet , a Mre Guillaume de LaGALANT
317.
moignon- de Courfon , cy- devant
Confeiller au Parlement,
& aujourd'huy Maître des Requeftes
, marié à Dame N ...
Melian & c. 3. Feuë Dame
Madeleine de Lamoignon
époufe de Mre Achille de Harlay
, cy- devant Procureur General
, & aujourd'huy premier
Prefident du Parlement de Paris;
4. Dame Marie de Lamoignon
, mariée à Mre Victor-
Marie , Comte de Broglio ,
Lieutenant - General pour le
Roy en Languedoc. 5. & 6.
Elifabeth & Anne , Religieufes
aux filles de la Vifitation ; ou-
D'd iij
318 MERCURE
tre trois fils & une fille morts
jeunes. Me la premiere Prefidente
de Lamoignon , eftoit
arriere- petite- fille du celebre
Nicolas Potier , Seigneur de
Blancmefnil , fecond Prefident
du Parlement de Paris , &
Chancelier de la Reine Marie
de Medicis , qui fut un des
plus fages & des plus heureux
Magiftrats de fon temps. Il
mourut âgé de 94. ans , avec
la confolation de laiffer d'Ifabeau
Baillet , fon épouſe , cinq
fils, dont deux furent Evefques,
& les trois autres Prefidens.
Mi de Lamoignon eftoit foeur
GALANT 319.
gneur
de feu Mre René Potier , Scide
Blancmefnil , & Prefident
aux Enqueftes du Parlement
de Paris ; de Dame Jeanne
Potier , époufe de Mrc Michel
de Marillac , Confeiller d'Etat;
& de Marie , Religicufe à
Long-champs. La Maiſon de
Lamoignon eft illuſtre & ancienne
, elle vient du Nivernois
; & aprés avoir efté diftinguée
dans l'épée dés le treiziéme
fiecle , elle s'établit enfuite
à Paris , & elle a donné de celebres
Magiftrats au Parlement
de cette Ville . Feu Mr le premier
Preſident de Lamoignon
Dd iiij
320 MERCURE
eftoit fils aîné de Mre Chrêtien
de Lamoignon , Prefident
à Mortier en ce Parlement, qui
avoit efté élevé par le celebre
Cujas.
Dame N .... de Villeray ,
époufe de Mr le Comte de
Fontaine Nonan , eft morte
dans un âge tres- peu avancé.
Elle eftoit fille de feu Mr le
Comte de Villeray , & de Dame
N...d'Angennes- de Maintenon
, qui avoit efté une des
plus belles perfonnes de la
Cour , & qui avoit eſté Dame
d'honneur de feuë S. A. R.
Madame , feconde femme de
GALANT 321
feu Monfieur Gafton de France
. MⓇ de Villeray eftoit fille de
feu M ' le Marquis de Maintenon
, & de Dame N ...le Clercdu
Tremblay , foeur de feu M²
du Tremblay Maître des Requeftes
, & du feu Chanoine
de l'Eglife de Nôtre - Dame ,
qui avoit auffi efté une des plus
belles perfonnes de la Cour.
Outre M de Villeray , M' le
Marquis de Maintenon cut encore
M de Circé , & M' le
Marquis de Maintenon , qui
fit un voyage dans les Indes .
Cette Terre de Maintenon ,
dont ces M" portoient le nom,
322 MERCURE
eft la mefme que poffede " aujourd'huy
Madame de Maintenon
. Feu M' le Marquis de
Villeray laiffa , outre M° de
Fontaine- Nonan , deux filles ,
qui ne font pas mariées , & une
qui a époufeun Gentilhomme
d'Alençon , & M le Marquis
de Villeray. La Maiſon de Villeray
& celle de Riantz ont une
mefme origine. Quant à la
Maifon de Fontaine- Nonan ,
elle eft de Normandie , & tresilluftre
; je vous en ay déjà parlé
dans cette Lettre . M de
Fontaine- Nonan à laiſſe plufieurs
enfans ; fon époux eft !
1
GALANT
323
un des plus honneftes hommes
du Royaume , & generalement
eftimé .
Dame N .. .de
Launay :
veuve de Mr N .... de Bartholy
, ancien Prévoit des Marchands
de la Ville de Lion , eſt
morte dans cette mefme Ville.
Elle avoit efté élevée auprés de
feuë Me la Maréchale de Villeroy
, qui la maria à M' de
Bartholy. Cette Maréchale la
mit dans la fuite auprés de
Mlle de Villeroy , fa petitefille
, qu'elle eut l'honneur de
conduire en Portugal , lorfqu'elle
y alla pour époufer un
324 MERCURE
Grand de ce Royaume , d'où
elle revint aprés la ceremonie
de ce Mariage . Cette Dame reçut
beaucoup d'honneurs à la
Cour de Lisbonne , & elle eut
plufieurs Audiences fecrettes
du Roy & de la Reine de Portugal
. Me Bartholy avoit auſſi
paffé quelques années auprés
de Madame la Comteffe d'Armagnac.
Elle laiffe un fils , qui
eft dans le Service , & un autre
qui eft Chanoine de l'Eglife
d'Efnay , de Lion ; & plufieurs
filles , dont l'aînée a cfté élevée
auprés de Meſdames les
Comteffes d'Armagnac & de
GALANT 325
4
Brionne. Feuë Me Bartholy
eftoit d'une naiffance illuftre.
Quant à la Maiſon de fon
époux , elle eft tres- ancienne
dans le Lionnois .
re
Dame Jeanne-Françoife le
Tellier , veuve de Mr Charle
de Beaulieu , Marquis de Bethomas
, Capitaine- Lieutenant
d'une Compagnie de Gendarmes
& Gouverneur du Pont de
l'Arche , eft morte le 19. du
mois dernier. MⓇ la Marquife
de Bethomas eftoit encore jeune
& remplie d'agréemens , &
elle faifoit l'empreffement des
compagnics où elle fe trouvoit.
326 MERCURE
Elle a efté beaucoup regrettée
dans fa famille & dans celle de'
feu fon époux. M' le Tellier
, fon pere , eftoit parent de
feu Mr le Tellier , Confeiller
au Parlement , & beaufrere de
Mr Pecoil , Maître des Requeftes
, dont il avoit épousé
la foeur . Feu Mr le Marquis de
Bethomas eftoit neveu de feu
Mr Bontemps , premier Valet
de Chambre du Roy , Mr de
Bethomas , fon pere , ayant
épousé une foeur de Mr Bontemps
; Mr du Tron , Prefi
dent au Parlement de Rouen ,
en avoit épousé une autre . La
GALANT 327
Maifon de Beaulieu- Bethomas
eft ancienne & qualifiée . Mrde
Bethomas, dont la veuve vient
de mourir , avoit un oncle de
fon nom Commandeur de.
l'Ordre de Malthe ; & cette
Maiſona donné plufieurs Che
valiers à ce même Ordre. La
Maifon de Beaulieu eft connuë
dans le Royaume depuis plufieurs
fiecles , & elle y a toujours
efté dans une grande diftinction.
Le dernier Marquis
de Bethomas avoit porté les
armes depuis fa plus grande
jeuneffe ; & il s'eftoit trouvé
dans plufieurs occafions , où il
328 MERCURE
avoit donné des marques de fa
valeur & de fon experience
dans l'art militaire . Dans le
peu de tems qu'il a paffe avec
fon épouſe , il a vécu avec elle
dans une grande union , &
l'on a peu vû de mariages
mieux affortis .
La mortalité a efté fi
grande
depuis deux mois , que je
me trouve obligé de referver
plufieurs articles de morts
pour le mois prochain . Ces
fortes d'articles font ordinairement
plus curieux ? que
leurs titres femblent ne le promettre
; on y trouve fouvent
GALANT 329
des morceaux d'hiftoires dont
on n'a point encore oüy parler
, des éruditions , & quantité
d'autres chofes dont la le-
&ture fait plaifir . Je ne doute
point que ce qui regarde la
Maifon de Rennefort , dans
un de ces articles , n'attache
beaucoup ceux qui le liront ;
& que la lettre qui fe trouve
dans l'article de la mort de M
le Marquis d'Uffon , ne contribue
à la converfion de quelques
pecheurs endurcis . Enfin
ces articles de morts font unc
efpece d'hiftoire tres - curieuſe,
& qui peut eftre un jour utile
Octobre 1795
. E c
330 MERCURE
à beaucoup de perfonnes , &
fur tout , aux familles dont ils
parlent.
La conformité des noms qui
fe trouve entre M' l'Abbé
Chaſtelain,Chanoine de nôtre-
Dame , & M l'Abbé Chatelain
, fils de M Chatelain ,
Maître d'Hôtel du Roy
cft caufe que ceux qui m'ont
parlé de cet article , fe font
trompez , en me difant, que le
Prieuré de Friadel , proche de
Caën , a eſté conferé au premier
; au lieu qu'il a efté donné
à l'autre. Ce dernier eft Bachelier
de Sorbonne , & doit
entrer dans la premiere Licen-
>
GALANT 331
cc. On s'eft auffi trompé à l'égard
de la famille de M' l'Abbé
Chatelain , Chanoine de
Nôtre Dame ; elle eft des plus
confiderables , & des mieux
alliées du Royaume. Je vous
en entretiendray , la premiere
fois que j'auray occafion de
vous en parler.
Les Peres Recollets de Verfailles
n'ont pas traité , ainſi
que je l'ay dit dans ma derniere
lettre , M les Doyen,
Syndic & Docteurs députez
de la Faculté de Theologie,
lorfqu'ils eurent audience du
Roy ; ils leur prefterent ſcule-
Ecij
332 MERCURE
ment leur Salle , où ces M
inviterent les Peres au difner
qu'ils y firent préparer avec la
modcftie ordinaire à la Faculté.
M' le Marquis de la Jamaïque
, Envoyé Extraordinaire
de Sa Majefté Catholique à la
Cour de France, pour faire des
complimens de condoleance
fur la mort de Monſeigneur le
Duc de Bretagne , au Roy & à
toute la Famille Royale , fut
conduit à fa premiere Audience
publique du Roy par M de
Sainctot, Introducteur des Ambaffadeurs
, qui le vint prendre
à Paris dans les caroffes de Sa
GALANT 333
er
J
Majefté , & de Madame la Ducheffe
de Bourgogne . Ce Marquis
avoit une tres - riche livrée.
Il fut conduit à Versailles dans
l'Hôtel qui avoit efté meublé
par ordre du Roy pour le loger
, & où il a efté traité par
les Officiers de Sa Majefté , jufqu'aprés
fon Audience de congé.
Il fut receu du Roy avec
tout l'agréement que pouvoit
attendre un Envoyé Extraordinaire
de Sa Majesté Catholique
, fils aîné d'un grand d'Efpagne
, d'une naiffance diftinguée
, & d'un merite reconnu.
Il eut le même jour Audience
334 MERCURE
de Monfeigneur le Dauphin,
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , de Monſeigneur
le Duc de Berry, & de Madame
la Ducheffe d'Orleans . Il eut
le lendemain audience de Madame
: & le jour fuivant , de
Madame la Ducheffe de Bourgogne
. Ce Marquis fit paroître
beaucoup d'efprit dans toutes
ces Audiences , & les complimens
qu'il fit , furent fort
applaudis. Enfin il en fortit
auffi fatisfait, qu'on l'avoit eſté
de fa perfonne. Il eut Audience
de congé du Roy , trois
jours aprés fa premiere AuGALANT
335
dience ; & il l'eut enfuite, en
divers tems , de toute la Famille
Royale , tant à Verſailles qu'à
Fontainebleau , où il a demeuré
pendant tout le fejour que
la Cour y a fait. Il s'eft trouvé
à tous les divertiffemens & à
toutes les promenades ; & plus
on l'a connu , plus on a eſté
fatisfait de fes manieres & de
fon efprit . Ce Marquis eft fort
confideré du Roy d'Espagne,
& fort eftimé à Madrid . Il a
fait quelques campagnes,
leſquelles il s'eft diftingué . On
doit remarquer que c'eft le fecond
fils aîné d'un Grand d'Efdans
336 MERCURE

pagne que Sa Majeſté Catholique
a envoyé en France en
qualité d'Envoyé Extraordinaire
; ce que les Rois d'Eſpagne
n'ont jamais voulu accorder à
l'Empereur
, regardant la Branche
de la Maifon d'Auftriche
en Allemagne
, comme une
Branche cadette . M' le Marquis
de la Jamaïque
eft fils aîné
de M le Duc de Veraguaz
.
Perfonne
n'ignore
la grandeur
de la Maifon des Ducs de Veraguaz
; elle eft connue dans
la Caftille , depuis la réunion
de l'Arragon
à la Caftille , par
le mariage de Ferdinand
Roy
d'Arragon
GALANT 337
d'Arragon avec Iſabelle Reine
de Caftille . Les Ducs de Veraguaz
font fortis d'une an
cienne maiſon originaire du
Royaume de Leon . On croit
que ce font les anceſtres de
Mle Duc de Veraguaz qui ont
donné le nom à la Province
de Veragua , dans l'Amerique
-Septentrionale de la nouvelle
Elpagne , & dont les Villes
principales font la Conception,
la Trinité & Sainte Foy.
Il eft tems de vous parler du
fiege & de l'abandonnement
d'Haguenau , dont je vais vous
apprendre de nouvelles cir-
Ff Octobre
1705.
338 MERCURE
pas
confidera.
conftances. L'Armée de Monfieur
le Prince de Bade ayant
reçu tous fes renforts , & fe
trouvant beaucoup fuperieure
à celle de Mr le Maréchal de
Villars ce Prince refolut de
faire le ficge d'Haguenau . L'entrepriſe
n cftoit
ble ; cette Place devant cftre
prefque regardée comme celles
qui doivent ouvrir leurs portes
, lorfque de groffes armées
font maîtreffes du pays. Cependant
elle avoit efté affez
fortifiée pour la mettre hors
d'infulte , & en eftat d'attendre
du fecours pendant quelques
GALANT 339
jours , ou du moins de faire
une capitulation honorable ;
mais comme l'Armée de Monfieur
le Prince de Bade eftoit
très forte , & que la place ne
pouvoit vrai-femblablement
recevoir de fecours , ce Prince
recommanda , fur tour , à Mr
de Thungen , qu'il nomma
pour en faire le fiege , de faire
la garnifon prifonniere de
-guerre , alleguant pour raiſon
que Monfieur de Vendofme
n'avoit pris aucune place en
Italie,fans que la garniſon fuft
prifonniere. Il eft vray que depuis
que Monfieur de Vendô-
Ffij
340 MERCURE
.
me commande en Italie , ce
Prince a fait trente- deux mille
prifonniers de guerre , dont la
plus grande partie font des garnifons
des places conquifes . Mr
de Thungen commença donc
le ficge d'Haguenau , dans la
refolution de rendre fa conquefte
confiderable , par la prife
d'une groffe garniſon , fi elle
ne l'eftoit pas par la force de
la place. Il fit ouvrir la tranchée
la nuit du 29. au 30. du
mois de Septembre dernier , &
forma deux attaques ; mais il
cut le chagrin d'apprendre , en
donnant les ordres pour l'ou
GALANT 341
verture de cette tranchée , que
nos Huffars avoient enlevé
150. chevaux : ainſi qu'il leur
eftoit fouvent arrivé , depuis
que les troupes des Alliez s'étoient
avancées dans le pays.
Ce Comte fit battre la place
pendant fept jours de tranchée
Ouverte avec trente - neuf pieees
de canon ; de maniere qu'il
eftoit impoffible que de fi foibles
fortifications refiftaffent
longtemps à une fi nombreufe
& fi groffe artillerie . Enfin ,
le feptième jour de tranchée au
foir , M' de Peri voyant deux
grandes bréches faites , & que.
Ff iij
342 MERCURE
les ennemis fe préparoient à
donner l'affaut , fit battre la
chamade & demanda une capitulation
honorable pour la
garnifon ; à quoy Mr le Comte
de Thungen répondit qu'il
vouloit qu'elle fe rendift prifonniere
de guerre : ajoûtant
qu'il ne pouvoit fe relâcher en
rien; qu'il fçavoit bien queMonfieur
de Vendofme en avoit
toûjours uſé de la même maniere
; & qu'enfin on cftoit refolu
de fuivre en Allemagne ,
la mode d'Italie. Mr de Peri
voyant cette refolution , luy fit
dire qu'il alloit donc fe prépaGALANT
343
a
rer à foûtenir l'affaut . Cependant,
ne voulant pas expofer la
place à eftre forcée, il refolut de
fortir avec la garnifon , & de fe
retirer à Saverne; ce qu'il executa
de la maniere fuivante. Il fit
prendre les armes à toute la
garnifon , la fit defcendre dans
le chemin couvert , que les ennemis
vouloient attaquer , &
fur les dix heures du foir , ainfi
qu'il eftoit convenu avec les
principaux Officiers , tout fe
trouva à la porte de Saverne ,
qui n'eftoit point attaquée , par
laquelle il fortit de la place
avec toutes les troupes , à la re
Ff iiij
344 MERCURE
ferve de trois cens hommes ,
commandez par Mr le Comte
d'Harlin , Colonel du Regiment
de Guyenne , avec lefquels
ce Comte devoit faire feu
aux attaques pendant quelque
temps , & enfuite faire l'arrieregarde
. On doit remarquer icy
une chofe affez curieufe & bien
digne d'attention ; c'eſt que
tous les mouvemens que les
troupes de la garniſon firent
pour le préparer à la retraite
qui avoit eſté reſoluë , furent
pris par les ennemis , pour autant
de mouvemens , par lef
quels la garniſon ſe préparoit
ز ا
GALANT 345
:
à faire un dernier effort , par
une vigoureufe fortie , afin
d'obtenir une bonne capitulation
de maniere que Mr de
Thungen crut qu'ayant décou
vert leur deffein , il luy fuffifoit
pour les accabler , de fe bien
préparer à recevoir leur fortie,
& de les attendre de pied ferme ,
fans rifquer des attaques qui
font toûjours meurtrieres, lorfque
ceux qui fe défendent font
foûtenus de bons poftes ,
qu'il faut emporter de vive
force . Pendant que M ' le Com
te de Thungen , trompé par
toutes ces chofes , dont il s'étoit
par
346 MERCURE
formé une idée avantageufe ,
attendoit toûjours la fortic que
devoient faire les troupes de
la garniſon , ces troupes prenoient
le chemin de Saverne.
M ' de Peri qui les commandoit
, rencontra à trois cens
pas au de là d'Haguenau , une
garde des ennemis de cinquante
Maîtres , qui cria Werto aux
troupes avancées, qui eftoient
conduites par un Partifan Allemand
, qui leur cria Parroüille ;
& pendant que cet Allemand
s'entretenoit avec le Comman
dant des cinquante Maiftres "
le refte des troupes de M' de
GALANT 347:
Feri s'avança , & il auroit pris
toute la Garde avancée , fans
l'imprudence d'un Soldat qui
tira mal à propos : furquoy on
fit feu de part & d'autre. Leur
Commandant reſta ſur la place
, avec plufieurs Cavaliers
& on leur prit quelques chevaux.
M' de Peri marcha enfuite
avec tant de diligence
que le 6. à la pointe du jour ,
il paffa la riviere de Sor à Ditweiler
, à une lieuë de Saverne.:
Il apperçut en cet endroit le
General Mercy qui le pourfui- ,
voit avec un Corps de mille .
chevaux , mais qui ne paffa pas
348 MERCURE .
la riviere ; & ainfi il arriva à
huit heures à Saverne , n'ayant
pas perdu dix hommes dans fa
retraite. Ce qu'il y a de particulier,
eft que ces mille chevaux
arriverenr trop tard pour enveloper
M de Peri , & trop
toft pour prendre M ' d'Harlin
avec les trois cens hommes
qu'il commandoit , qu'il ramena
auffi à Saverne. Ce Comte
avoit fait feu , ainfi qu'il luy
avoit cfté ordonné , avec le peu
de monde qui luy reftoit , pour
donner le temps à Mr de Peri
de fe retirer ; & il refta dans la
Ville,tant qu'il vit qu'il avoit af
GALANT 349

fez de temps pour relever fes
poftes & pour fuivre la route
des troupes qui eftoient forties
avant luy . Il ne reſta dans
Haguenau que cent hommes
bleffez ou malades ; & il n'y
a eu pendant le fiege que vingtcinq
hommes tuez ou bleffez ;
au lieu que l'on affure que
les ennemis ont eu plus de
mille hommes tuez ou blef
fez . On ne peut rien ajoûter
aux louanges que l'on donne
à tous les Officiers de la garnifon
, dont les principaux font
Mr de Valouſe , Brigadier
Mrs de la Chau- Montauban ,
de Roſe & de Chalmafel , Co350
MERCURE
Jonels . Mr Portail , Ingenieur ,
a auffi fait tout ce qu'on pouvoit
attendre de luy. Je ne vous
dis rien de Mr le Marquis de
Peri & de Mr le Comte d'Harlin
, fur qui la principale affaire
a roulé , & fans qui toute la
garniſon auroit efté faite prifonniere
de guerre . Monfieur
le Prince de Bade leur a donné
beaucoup de louanges , & n'a
pû s'empêcher de faire éclater
fes plaintes contre Mr le Comte
de Thungen , qui s'eſt laiffé
furprendre , malgré tous les
ordres qu'il avoit de bien veiller
fur la garniſon.
.
GALANT
35I
Si la maladie des chevaux
s'eft trouvée beaucoup plus generale
dans l'Armée des Alliez
en Flandre ; elle a efté beaucoup
plus confiderable dans l'Armée
de Mr le Maréchal de Villars ,
que dans celle de Monfieur le
Prince de Bade . Mais ce Maréchal
s'eft tellement appliqué à
reparer la perte des chevaux de
fon Armée , qu'il a trouvé en
peu de temps le moyen de faire
fournir des chevaux à mille de
fes Cavaliers démontez ; &
ayant appris que les ennemis
avoient deffein de le venir attaquer
, il les attendit , & campa
352 MERCURE
14. Ocfa
gauche à Strasbourg , & fa
droite à un petit ruiffeau & à
une inondation qu'on avoit
faite dans la prairie. Cependant
, loin d'executer cette entrepriſe
, on apprit le
tobre qu'ils fembloient apprehender
eux - mêmes , &
qu'ils fe barraquoient dans leur
Camp. Ils paroiffent n'eſtre
plus occupez que du foin de
leurs quartiers d'hiver , & même
embarraffez du lieu où ils
les prendront ; les Cercles ne
voulant en fournir qu'aux
troupes de leur Contingent.
Voicy ce qui regarde les
GALANT 353
nouvelles de Flandre. Le 30 .
Septembre la Maifon du Roy
fut feparée de la grande Ar- a
mée , qui eftoit à Ballart, & fut
envoyée avec la Gendarmerie
au-delà de Liere ; de maniere
qu'elle formoit toute la gauche
de l'Armée , mais cependant
fous les ordres de M' de
Gacé , dont le quartier eftoit
à Olegem . Les Lettres de la
même datte portoient que l'on
gardoit exactement les nouvelles
Lignes ; qu'il y avoit de
petits poftes , avec une fentinelle
de so . en 50. pas ; &
qu'outre cela le Piquet de l'In
Octobre 1705.
Gg
354 MERCURE
fanterie & le Lieutenant Gene
ral de jour couchoient au Bivac
fur le rempart : Qu'il y avoit
auffi toutes les nuits une
Patrouille de la Maifon du
Roy dedans & dehors les Lignes
, & qu'on y avoit fait des
troüées pour paffer vingt Cavaliers
de front , depuis la Batterie
des Bourgeois proche
Merkem , fur le chemin d'Anven
, jufqu'à Olegem . On a
auffi élevé un nouveau Fort
entre Damme & Bruges. Son
Alteffe Electorale de Baviere
envoya, dés le commencement
du mois d'Octobre , cinq à fix
}
GALANT 355
d'une
cents hommes à Santvliet, outre
un Bataillon qui y eftoit
déja fous les Ordres de M
d'Entragues , Colonel d'un Regiment
d'Infanterie ,
bravoure reconnue, & qui fouhaite
avec ardeur de fe fignaler
par quelque action éclatante.
Les eaux qui environnent
Santvliet , font une partie
de fa force . Le 6. d'Octobre
M's les Maréchaux de Vil
leroy & de Marcin quitterent
leur quartier de Hoët , pour
venir loger au Chateau de
Ramay , à une licuë de là . Le
même jour M le Comte de
Ggij
356 MERCURE
Gaffion paffa la Nethe avec
500. chevaux, pour aller charger
les Fourrageurs des Enne .
: mis mais comme ils fe retiroient,
il n'en pût prendre que
vingt . Nos Partis ont toûjours
continué depuis de leur enlever
quelques hommes & quelques
chevaux . Il eft fi vray que
la mortalité a toûjours continué
parmi leurs Troupes , qu'ils
ont envoyé beaucoup de leurs
malades à Breda , d'où l'on a
envoyé de Hollande pluſieurs
Chirurgiens . M's les Comtes
de Noyelles , & d'Oxenstiern ,
& le General Schults ont efté
a
GALANT 357
malades dans leur Camp , ainfi
que plufieurs Officiers fubalternes
. On fit jetter vingt Ponts
fur la Nethe , pour s'en fervir
lorfque les Ennemis décampe
roient . La Lettre que vous allez
lire vous apprendra la fuite de
ces nouvelles.
Au Camp de Ballart , le 20,
Octobre.
Monfieur l'Electeur de Bavie
re ayant eu avis , il y a quelques
jours , les ennemis devoient
que
marcher le 20. alla le 17. avec
Mrs les Maréchaux
de Villeroy
358 MERCURE
de Marcin , Mr le Comte
d'Arco , un Corps de Cavalerie
fur la hauteur au delà d'Herenthout
, reconnoiftre leur Camp,
où nos Troupes de l'avant-garde
trouverent une Garde de Cavale
rie , qui fut pouffée jufque dans
leur Camp , furquoy les ennemis
firent monter tout leur Piquet
cheval. Cela donna le temps à Son-
Alteffe Electorale & à Mrs les
Maréchaux de bien reconnoiftre
la fituation de leur Armée , & la
marche qu'elle devoit faire pour
fortir de ce Camp ; es comme ils
avoient remarqué que l'on рой
doit tenter quelque chofe fur leur
GALANT 359
Arriere-garde , on ordonna de faire
conftruire des Ponts de Pontons
fur la Nethe , à cofté de celuy d'I
tegheme de celui d'Hellebrugghe,
pourpouvoir déboucher avec faci-
Tité dans la bruiere d'Herenthout,
Le 19. au matin Monfieur l'Electeur
ayant appris , que Mylord
Marlborough eftoit revenu de la
Haye à Herentals le 18. au foir,
que les ennemis avoient fait marcher
le 19. tout leur Canon &
gros bagages au delà de la Nethe
& que toute leur Armée devoit
marcher le zo. au point du jour
& paffer auffi cette Riviere,fur
plufieurs colonnes ; S. 4. E. refo
20 .
360 MERCURE
lutde faire commander un détache
ment de 48. Eftadrons de Cavalebrie
& de Dragons de toute l'Armée,
& deux mille Grenadiers des Bataillons
qui eftoient à portée des
Ponts , pour voir fi l'on auroit pu
atteindre leur Arriere - garde. Ces
Troupes arriverent dans la brujere
dHerenthout avant le jour , où
Mrs les Maréchaux de Villeroy &
de Marcin fe trouverent , ils virent
brûler le Camp des ennemis , &apprirent
qu'ils efloient en marche dés
avant quatre heures du matin . Ces
Maréchauxenvoyerent un parti au
delà d'Herenthout , pour eftre furement
informez de leur marche ; & il
rapporta que les ennemis paßoient la
Nethe avec allez de précipitation ,
fur buit à dix Ponts , entre Herentals
& Grobbendonck, Ils en firent
avertir
#1
GALANT 361
avertir Son Alieffe Electorale , qui
eftoit en marche & à fon arrivée
Elle fit pouffer une tefte de Troupes
fur les hauteurs par delà Herenthout
, où elle fe pofta avec Mrs
les Maréchaux ; & elle fit avancer
une autre Troupe jufque dans le
Camp de Mr d'Ouvverkerque , qui
étoit à la gauche d'Herentals , où
l'on ne trouva plus perfonne, Mais
l'on vit encore toute la Cavalerie de
la droite de Mylord Marlborough en
bataille devant fon Camp , toute la
gauche & le Corps de bataille ayant
déja paffé la Riviere ; & comme il
y avoit un Marais entre nous &
cette droite , on ne pût aller à eux :
ce que l'on auroit bien fouhaité , les
Troupes en témoignant une grande
envie. L'on apperçut dans ce temps-
Ja encore une colonne de Armée de
Hh Octobre
1705
362 MERCURE
Mr d'Ouvverkerque , qui s'étoit
jettée en arriere prés d'une demie
Licuë derrierefon Camp. Son Alteffe
Electorale prit leparti d'y marchet,
Elle ordonna de faire avancer les
Troupes , & en attendant Elle s'avança
avec Mrs les Maréchaux
jufqu'au Moulin d'Herentals , qui
eftoit dans Camp des ennemis ; &
ils remarquerent que les ennemis
faifoient tellement håter leur marche
, que nos Troupes n'eurent le
tems dejoindre , que lorsque l'Arriere-
garde des ennemis , qui eftoit
compofée de plufieurs Bataillons ;
s'eftoit avantageusement poftée prés
de la Riviere pour couvrir leur Ca.
valerie , qui paffoit avecprécipitation
, partie fur les Ponts & partie
dans la Riviere. Les trouvant dans
cette fituation , on ne pût faire aur
GALANT 363
1
*
are chofe , que charger trois troupes
de Cavalerie quifaifoient PArriere-
garde de tout , le reste eftant paßé;
il y eut beaucoup d'Officiers pris
& tuez par celles de nos Troupes
qui estoient à l'Avant -garde . Mon.
Jieur l'Electeur & Mrs les Maré.
chaux s'avancerent jusqu'à la portée
du fufil de leurs Pts , & trouverent
la plupart de l'Armée ennemie
en bataille , de l'autre coté de
la Riviere , affez prés des Rempars
d'Herentals , Son Alieffe Electora
le ordonna à Mr de Verboom , Ma
réchal de Camp & Quartier-Maif
tre General , d'aller avec un détachement
de Dragons , reconnaitre fi
les ennemis l'avoient quitté ; &
au cas que celafuft , a'y entrer, mo
defaire mettre pied à terre aux Dra
gons pour faire feu fur le flanc des
Hh ij
364 MERCURE
ennemis . Ily alla , & trouva que
les ennemis avoient quitté la premiere
porte à l'approche de nos Huffars
; enfuite de quoy il entra dans
la ville , qu'il trouva remplie de
bagages , & que la Garde des ennemis
qui avoit esté à cette porté ›
s'eftoitpofiée avec l'escorte des bagages
, au Pont de la Riviere qu'il
falloitpafferpourgagner la porte
du
cofté des ennemis , & le rempart dou
on pouvoit les tirer enflanc. Trouvant
cet obftacle , il fit mettre pied
à terre à une partie de fes Dragons ,
fit attaquer les ennemis , qui furent
bientoft forcez & menez à coups de
fifils hors de cette porte , qu'ils purent
aifement gagner à la faveur
des bagages qui estoient dans la ruës
ilfit occuper ladite porte , & pofta
des Carabiniers que Monfieur l' E- l'EGALANT
365
lefteurluy avoit envoyez , avec des
Dragons à pied fur les Rempars
pour faire feu fur les ennemis , qui
pendant ce tems- là , defiloient pour
pourfuivre leur marche . Cela eftant
ainfi difpofe , son Alteße Electrale
voyant qu'il n'y avoit pas moyen
de rien tenter fur les ennemis qui
avoient déja tous paffe la Riviere,
entra dans la Ville avec Mrs les
Maréchaux , & ordonna de faire
piller les bagages , ce qui fut bientot
executé; enfuite de quoy Son Altelle
Electorale fortit de la ville ,
&fit retourner au Camp toute la
Cavalerie qui eftoit arrivée à la
hauteur d'Herentals , aufi - bien que
les Grenadiers qui n'avoient pûfuivre.
Nos Troupes ont fait dans Herentals
un grand butin de chevaux,
de nippes , de vaiffelles , de batteries
Hhiij
366 MERCURE
L
1
de cuifine , & deplufieurs autres chofes
, chargées fur plus de deux cens
chariots & charettes , qui eloient
fur la place , dans les rues , & dans
plufieurs maifons & granges de la
Ville , dont la plupart eftoient aux
Officiers de l'Infanterie de l'Armée
de Mr d'Ouvverkerque . Ily a eu
dans cette occafion plufieurs Cavaliers
& Soldats des ennemis tuez &
bleffez plufieurs Officiers pris , entr'autres
un Colonel & trois Chirur
giens Majors; & de noftre cofé il n'y
a eu qu'un Lieutenant des Cuiraffiers
de Son Alteffe Electorale dan
gerenfement bleffe.
GALANT 367.
LISTE
Des Officiers Generaux qui doi
vent fervir pendant l'Hyver..
FLANDRE..
Lieutenans Generaux,
Mr le Comte de Gacé, à Anvers
; Mr le Comte de la Mothe,
à Gand , Bruges & Oftende ; Mr
de Saillant , à Namur ; Mr de
Caraman , à Louvain ; Mr le
Duc de Villeroy , à Bruxelles ;
& Mr de Soufternon , à Malines.
Maréchaux de Camp .
Mylord Clare , à Louvain
Mr du Tot , à Namur ; Mr Palla
vicin , à Bruxelles ; Mr de Pui
guyon , à Malines ; Mr de la
Connelaye , à Oftende ; & ME
368 MERCUR E
de Montgeorge , à Anvers .
Brigadiers.
Mr de Tournefort , Mr de
Nefle , Mr de la Vienne , Mr de
Bezenvallette , Mr de Tournant
, Mr de Villefort , Mr de
Greder , Mr de la Mothe , &
Mr des Ponts.
A
LUXEMBOURG ,
fur la Mofelle , & fur la Sarre,
Lieutenans Generaux.
Mr le Chevalier de Courcelg
;
Mr
du
les , à
Rofel , à Tréves
& à Thionville
; & Mr de Druy , en Lore
raine
& fur la Sarre.
Maréchaux de Camp.
a Mr.de Baliviere l'aîné
Luxembourg ; Mr de Silly , à
GALANT 369
Thionville ; & Mr de
Siguieres,
fur la Sarre .
Brigadiers.
Mr de Permangle , Mr de
Maffembak , & Mr de Guad.
ALSACE .
Lieutenans Generaux.
Mr de Scheladet , dans la
Baffe Aiface ; & Mr ie Marquis
de Lanion , dans la Haute
Alface .
Maréchaux de Camp.
Mr le Marquis de Broglio, &
Mr de Streff.
Brigadiers.
Mr de la Vrilliere , & Mr de
Villemaur.
Le Roy partit de Fontainebleau
le 26. du mois dernier, &
370 MERCURE
vint coucher à Villeroy , d'où
il partit le lendemain 27. pour
venir à Seaux. Sa Majesté préferant
l'innocent divertiffement
de la promenade à tous
les autres plaifirs , ſe promena
dans les jardins de ces deux
belles Maifons ; & Elle partic
le 28. de Seaux pour se rendre
à Versailles. Les divertiſſemens
n'ont point ceffé à Fontainebleau
pendant tout le fejour
que la Cour y a fait ; mais ceux
de la Chaffe l'ont emporté fue
les autres. Il y en a eu de di
verfes fortes , parmi lesquelles
la Cour a paru avec beaucoup
d'éclat , & ,fur tout , à celles out
les Dames fe font trouvées . Les
repas , appellez Retours de Chaffe,
ont fouvent cfté magnifiques .
+
GALANT 371
Il y en a eu chez Madame la
Ducheffe de Bourgogne , chez
Madame d'Armagnac , chez Me
la Ducheffe du Lude , & chez
Mr le Duc de la Rochefoucault.
Le Roy d'Angleterre qui a demeuré
pendant douze jours à
Fontainebleau , s'eft trouvé à
tous les divertiffemens ; & ce
Prince a fait voir pendant tout
le tems qu'il a demeuré à la
Cour , un efprit & une fageffe
au-deffus de fon âge ,
accompagnez
de manieres honneftes, qui
lui ont attiré de continuels
plaudiffemens. Il répond jufte
& avec efprit à tout ce qu'on
lui dit , & fait voir
par fes
réponſes , qu'il a beaucoup de
penetration ; mais il ne parle
qu'à propos , & ne dit que ce
,
ap372
MERCURE
qu'il doit dire fçachant bien
que les paroles d'un Monarque
font examinées , & qu'elles fe
font entendre bien loin.
Le mot de l'Enigme du mois
dernier eftoit la Bougie . Mr
Thouroude , Peintre l'a expliqué
par les Vers fuivans :
Quand je vais
jour,
vers la fin du
Affurer de mon coeur mon aimable
Silvie
Eclairé que je fuis du flambeau de
P'Amour ,
Mercure, je n'ay pas befoin de ca
Bougie.
Ce mot a auffi efté trouvé par
Mrs Bouffanges , Medecin : De
Sauge, du Croiffant : Beffe , AIbigeois:
GALANT 373
bigeois Jean - Battiste - Seraphin-
Jofeph Marotin , Sr de
Martineau , de la rue S. Honoré
, proche S. Roch : Vefel,
Allemand ; Mr & Me le Bas :
L'Heureux Efclave du coeur
non partagé de la rue Guifarde
: Le Grand Ecuyer de la
Caffrerie : Tamirifte : L'Agrea- ·
ble dans les Compagnies Le
troifiéme Roy de Pologne : &
Canelle , de la rue d'Enfer. Me
la Prefidente de l'Election de
Chaumont, à Magni : Mlles Luce
, proche les Batons Royaux,
ruë S. Honoré : -Catin Toffier,
de la ruë S. Martin : L'Agreable
Catin , de chez Mr de Bretaucourt
: La Charmante de
Laborie , du Perigord : La belle
Chantraine : L'aimable & fpi-
Octobre 1705
. I i
374 MERCURE

rituelle Mle B. de la ruë de
Bretagne , au Marais , & fon
fidele Amant , de la ruë S. Martin
: La chere mere de Manon :
& la belle Brune , de la ruë Ga
ranciere . Mr de Montour le fils,
& fa poulette de la ruë de Poitou.
Mrs Regnouft, Clerc de Mr
Buglet Procureur , & Jean de
Paris , Clerc de Mr Millu auffi
Procureur.
L'Enigme que je vous envoye ,
eft de Mr Thouroude ; mais
quoiqu'elle me paroiffe affez
jufte , je croy qu'elle fera diffi ,
cile à deviner .
ENIGM E.
E fuis un corps piramidal ,
Compofé de plus d'unepiece ,
Qui quoique defemblable espece
GALANT 375
En grandeur neanmoins n'ont rien
que d'inégal.
Un mème lien les affemble ,
Sans pourtant les laiffer s'approcher
de trop prés s
Ordre qu'ilfaut garder, en les mettant
ensemble:
Autrement l'on n'en peut esperer de
fuccés .
S
Lorfque pour mon ufage on vient
me baftonner,
Aux coups que je reçois , je répons
à merveille.
Vons qui cherchez le nom que l'on
me doit donner ;
Scachez que je ne puis contenter que
Poreille.
La Chanson qui fuit eft de la
compofition de Mr Charles .
Ii ij
376 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Que
Ve la rape au tabac s'accorde,
Sans avoir ni tuyau , ni corde,
Mieux que l'Orgue & le Violon,,
Cet inftrumentfurpaffe la Mufiques
Il ne cherche jamais fon ton ;
Et quand il cherche , c'est du bon ;
Du bon tabac de Martynique.
Je dois ajoûter aux affaires
d'Allemagne , que les Officiers
qui estoient aux grandes Gardes
le 21. du mois dernier , avertirent
Mr le Maréchal de Villars,
que l'Armée Ennemie marchoit
pour le venir combattre ,
fuivant le bruit que les Ennemis
en avoient fait courir depuis
quelques jours , & qui eftoit
GALANT 377
confirmé par tous les deferteurs
. Ce Maréchal y alla , &
reconnut que ce n'eftoit qu'une
tefte de 12. Escadrons , qui for
toit du Bois de Brumk où eftoit
le Prince de Bade , qui n'eftoit
venu qu'à deffein de le reconnoître.
On les repouffa tresvigoureufement
, & l'on eure
quelques Officiers & douzeHuffars
bleffez ; mais la perte des
Ennemis fut beaucoup plus
confiderable.
Les trois Lettres que vous
allez lire , vous apprendront la
faite des affaires d'Italie .
Au Camp de Tornio , ce 13
Chle Octobrenje1'5
-Fi ob cores a duck ratanida mushy
ZArmée des Ennemis décampa
I i iij
378 MERCURE
de Treviglio le 9. de ce mois , &
vint camper à Caravaggio. Monfieur
de Vendofme en fut averti le
10. au matin , s'eftant contenté
d'obferver leur marche , & ayant
appris qu'ils marchoient du cofté de
Crème , fit décamper le 11. l'Arméė
de Rivolta pour les fuivre , aprés
avoir ordonné à tous les équipages .
de l'Armée de paſſer l'Adda fur
nofre Pont pour fe rendre à Lodi.
On eftoit averti que les Ennemis avoient
refolu de tenter un paſſage ſur
Adda entreLodi & Pizzighittones
ce qui a obligéfon Alteffe de faire.
defcendre une partie des Troupes qui
eftoient fur le haut de l'Adda , &
d'y envoyer encore deux Brigades
Infanterie avec force Canon . Les
deux Armées font campées, de maustiere
à mes rien craindre l'une de
GALANT 379
l'autre à cause du terrain coupe par
la grande quantité de Navilles
impraticables. S. A. doit aller ce
foir à Lodi pour s'aboucher avec
Monfieur le Prince de Kaudemont.
Je fuis , &c.
Au Camp de Gombeto , ce 16.
Octobre..
2 Le 13 , à l'entrée de la nuit toute
PArmée décampa de Tornio , &
paffa l'Adda fur le Pont de Lodi ¿
Artillerie & les deux Brigades,
dont je vous ay parlé dans ma der
miere , en avoient déja efté déta
chez; & elle marcha fi diligemment
toute la nuit , que le lendemain
fur les dix heures elle repaffa
toute entiere Adda fur le Pont de
Pizzighitione , & elle arriva lo
*
380 MERCURE
Joir de bonne beure au Camp de
Gombeto , à une mille du Village
& du Pont de Montandin , où eftoit
le quartier de Monfieur le Prince
Eugene. Aujourd'huy Monfieur de
Vendome a fait attaquer la tefte
du Pont & la partie du Village qui
eft en deça du serio ; nous avons
emporté tout cela avec aſſez de facilité
, & avec tres-peu de perte.
Les Ennemis y ont perdu au moins
trois cents hommes nous y avoŃS
fait cent prifonniers , avec quatre
Officiers, Cepafte eftfi avantageux,
qu'il met en fûreté tant le Créma–
nois ; &fi Monfieur le Prince Eugene
l'avoit på garder , il auroit
pu prendre Caftel- Leone & reprendre
les quatorze Navilles , fans
que fon Alteffe y euſt pic donner du
Jecours Et Coft Bimpurtance de te
3
GALANT 381

Pofte qui a déterminé Monfieur de
Vendôme à faire cette belle marche
de prés de trente milles , & à
en dérobér la connoiffance au Prince
Eugene , par le ftratageme que ja
vais vous raconter. Son Alteffe
ayant donné ordre à l'Armée de
marcher , ainfi que je viens de dire,
fit refter une centaine de Tambours
avec toutes les Gardes d'environ cinq
cenis chevaux , avec ordre de battre
la Diane à l'ordinaire à la tefte
du Camp , & la retraite à l'heure
ordinaire de forte que le Prince
Eugene n'en fut averti que le foir,
dans le temps que toutes les Girdes
du Camp fe retirerent. Cela eft
d'autant plus défavantageux à ce
Prince , qu'il ne peut plus retourner
furl'Adda , où on lefuivroit & ok
il ne pourroitfubfifter faute de four
;
382 MERCURE
de
rages ; & l'on ne doute point a
prefent qu'il ne prenne le party
Paßer le Serio à Crême pour ſe retirer
du cofté de Soncino , & le long
de l'Oglio. Je fuis , &c.
Au Camp de Tizango , ce 21 .
Octobre .
MONSIEUR ,
F'eus l'honneur de vous informer
de l'action qui
par ma derniere
s'eft paffée à la tefte du Pont de
Montandin
le 16. de ce mois . Les
Ennemis
en décamperent
le lendemain
pour venir paffer le Serio à
Crême. Monfieur
de Vendôme
ne
Peut pas plutoft appris , qu'il fit
marcher
l'Armée
le même jour ; &
GALANT 383.
Le lendemain nous nous trouvámes
devant & à la tefte du Pont de
Crème , dans le temps que les Ennemis
commençoient à paffer. Lear
logement eftoit déja marqué au Vil.
lage de faint Bernardin , & vrayfemblablement
ils l'avoient choift
pour leur quartier general ; mais
l'arrivée de noftre Armée a entierement
déconcerté tous leurs projets.
Nous trouvâmes leur Armée fous
les rempars de Crême ; & rien ne lu
feparoit de la noftre que la largeur
du Serio, Son Alteffe fit mettre fur
les bords de cette riviere , des Gre
nadiers & fix pieces de Canon , qui
firent jufqu'à la nuit un feu continuel
fur les Ennemis ; la plus grande
partie de leurs chariots fut renverfée,
& on n'a jamais tant vậ
de defordre, qu'il y en avoit parmy
384 MERCURE .
>
eux. Leur Armée décampa hier, &
ils ont paffé le Serio vis- à- vis Gabian.
Leur Infanterie a paffé dans
l'eau jufqu'à la ceinture , n'ayant
pas eu le temps de faire un Pont,
de crainte que noftre Armée ne vinft
les en empefcher, & ils font venus
camper à Fontanella Son Alteffe a के
décampé ce matin & eft venue
mettre la gauche de fon Armée icy,
& a fait étendre fa droite jufqu'à
l'Oglio , le long du principal Canal
qui forme les quatorze Navilles ,
que nous avons à noftre droite ; laiffant
derriere nous , Soncino que
va alieger. De forte que fi Monfieur
le Prince Eugene le veut fe-.
courir , il faudra qu'il livre une
Bataille , & qu'il nous paffe fur le
corps ; ce qui ne luy eft pas facile
à faire. Voilà ce qu'il y a de nou-
Pon
veaus
GALANT 38
1
weau; je continueray de vous manderce
qui fe paßera dans la fuite =
mais de la maniere que les chofes
font difpefées , on ne doute point que
l'Armée des Ennemis ne foit concrainte
de repaßer l'Oglio , eftant
- du tout impoffible qu'elle puiße fub-
-fifter en deçà . Je fuis &c.
J'ay préferé ces relations à
celles qui ont eſté renduës publiques
, parce que je ne doute
point qu'elles ne folent tombées
entre vos mains ; ainſi le party
que j'ay pris fera caufe que vous
fçaurez beaucoup plus de circonftances
de ces actions éclatantes
, puiſqu'il n'y a point de
relations qui ne contiennent
des faits qui ne le trouvent pas
dans les autres . Monfieur de
Octobre
1705.
1
Kk
3386 MERCURE
Vendofme s'eft trouvé à toug
en perfonne ; il n'eſt pas feulement
l'ame de tout ce qui fe
fait dans fon Armée , par les
-ordres qu'il donne mais ce
: Prince a auffi 44
part à l'execution
-de tout ce qui s'y fait de confiderable.
Par fes dernieres
expeditions
, il a mis à couvert le
Crémonois
, le bas Oglio , les
14. Navilles
& Caftel- Leone,
où il y a un magaſin
de douże
mille facs de grain ; & les Ennemis
ayant attaqué
Caftiglione
, où il y a un autre magasin
de quinze mille facs de bled ,
gardé par 300. Venitiens
, le
Gouverneur
de cette Place envoya
demander
du fecours
à
Monfieur
de Vendofme
, qui lui
envoya un détachement
, qui
GALANT 387.
battit les Ennemis & les mit en
fuite . Il a donné beaucoup de
loüanges , dans ce qu'il a écrit
au Roy touchant ces dernieres
actions , à Mrs les Comtes de
Chemeraut & Albergotti , à
Mylord Galmoy , à Mr le Che .
valier de Luxembourg , à Mrle
Marquis de Broglio , à Mr de
Carolle , à Mr le Prince Pio,
à Mr le Chevalier Spinola , &
• à Mr le Comte de Murer.
A peine eut - on appris icy tou
tes les expeditions faites par
Monfieur de Vendofme, que l'on
vit paroistre la lettre fuivantes
elle eft écrite par ce Prince.
Kk ij
388 MERCURE .
Au Camp devant Soncino , le
21. Octobre.
Les ennemis remonterent hier.
le Seriojufqu'à fix milles au deffus
de Crême, & le pafferent la nuit
à Vidalfio . Je les en aurois bien
empéché fi j'avois voulu , mais
comme le Serio eft prefque reduit
à rien en ce lieu- là , & qu'on le
paffe enbataille , je n'ay pas voulu
hazarder un combat , dans le temps
qu'il me vient un fecours confiderable
de Piémont & des quatorze
Navilles. Je me fuis rendu icy
diligemment avec l'Armée , pour
n'eftre pas prévenu par le Prince
GALANT 389
Eugene, qui n'est qu'à neuf milles
de Soncino. Nous avons invefti
cette Place ,&nous avons appuyé
la droite à l'Oglio , & la gauche
à Tizzingue , lalaiffant toûjours
dierriere nous. Je vais la faire at
taquer inceffamment ; & j'efpere
que nous en ferons bientoft maîtres.
Ce Prince ne s'eft pas trompé,
& à peine fa lettre eut - elle paru
icy , qu'on y appris qu'il eftoit
maiftre de Soncino. Je vous en
diray davantage à la fin de ma
lettre , lorfque j'auray appris les
particularitez de cette prife . Cependant
voici ce qui s'eft paffé à
celle de Dieft.
.
Le 25. au matin мr le Comte
d'Artagnap , Lieutenant Genç,
1.121.109 2000
Kkuj !
390 MERCURE
ral qui commande à Louvain
arriva avec fa garnifon au voifinage
de Dieft , ainfi que Dom
Marcello Grimaldi , Lieutenant
General des Troupes d'Efpa
gne , que Son Alteffe Electorale
de Baviere avoit détaché de fon
armée avec un Corps de Cavalerie
& d'Infanterie , & quelques
pieces de canon. La Cavalerie
inveftit la Place de tous coftez
avant le jour aprés quoy elle
fut employée à faire des fafcines
On s'occupa pendant toute la
matinée à faire avancer l'Infanterie
, & à placer le canon pour
former les attaques ; & fur les
neuf heures on commença à ti
rer le canon . Vers les onze heu
res on détacha tous les Grenadiers
des Bataillons , que l'on mit
à leur tefte pour continuer l'at-
و ا
GALANT 391
taque . Ces troupes s'avancerent
par trois endroits , & aprés
de rudes efcarmouches qui du- -
rerent plus d'une heure , fur tout
à l'affaut de l'ouvrage détaché
de la Porte de Montaigu , duquel
les Affiegeans fe rendirent les
maîtres , & poufferent les Affie,
gez jufqu'à la Porte , où ils le
verent le pont , laiffant à la mer
cy de nos Troupes , tout ce qui
eftoit resté dehors . On fe logea
dans cet ouvrage & dans les
autres jufqu'au bord du foffé
& les Affiegez voyant qu'on fe
préparoit à donner l'affaut au
Corps de la Place , ils battirent
la chamade , & fe rendirent pri
fonniers de guerre , au nombre
de quatre Bataillons , & d'un
Regiment de Dragons de qua
392 MERCURE
tre Efcadrons , à condition que
les Officiers & Soldats ne feroient
point dépouillez ; qu'on
laifferoit aux Officiers leurs bagages
& autres effets , & qu'ils
feroient conduits à Bruxelles.
On a eu à l'attaque de cette Place
environ cinquante hommes
tuez , & prés de cent bleffez ;
mais on regrette fort Mr le Noir,
Ingenieur en chef & Brigadier
des Ingenieurs , qui avoit la
direction des attaques , & qui
a efté tué de deux coups de
fufil. Les Hollandois y
perdu beaucoup de monde.
Aprés cette expedition , on fit
marcher un Corps de Cavalerie
& de Dragons à Halem , où les
Alliez avoient deux cens hommes,
qui furent auffisfaits pri-
}
ont
GALANY 393
fonniers de guerre , & amenez
le même foir à Dieft , & le len-,
demain on envoya fous une bonne
eſcorte tous ces Officiers &
Soldats prifonniers à Louvain
pour eftre de là conduits à Bru
xelles .
Quant aux affaires d'Allema
gne , Monfieur le Prince de Bade
, aprés avoir fait divers mouvemens
pour cacher fa marche ,
a fait repaffer le Rhin à fa Cavalerie
: Ainfi , felon toutes les
apparences , voilà fa Campagne
finie. Ce Prince a pris le Châ
teau de Druſenheim , les Lignes
de Haguenau & la Ville de ce
nom : & Mrle Maréchal de Villars
>
aprés avoir pouffé les
Troupes Allemandes jufque
dans les Retranchemens de
394 MERCURE
Lautterbourg , avoir pris les Lignes
de ce nom , & les deux
Châteaux dont je vous ay parlé,
dans lefquels il y avoit plus de
mille hommes de garnifon, s'eft
trouvé obligé de ceder à la force
, & de reculer ; Monfieur le
Prince de Bade ayant reçu de
grands renforts des Cercles &
des Princes de l'Empire , avec
lefquels il devoit faire de plus
grandes expeditions . Cependant
, fi l'on compare ce qu'il a
fait avec les expeditions faites
par Mr le Maréchal de Villars ,
on y trouvera beaucoup d'égali
té , à la referve que la Garniſon
d'Haguenau s'étant fauvée , il
ne refte de prifonniers à Monfieur
le Prince de Bade, que ceux
qu'il a faits dans le Château de
GALANT 395

2
Drufenheim , qui font en beaucoup
plus petit nombre que
ceux qui ont efté faits par Mrle
Maréchal de Villars dans les
Lignes de Lautterbourg , &
dans les deux Châteaux dont je
vous ay déja parlé. L'expedition
de Monfieur le Prince de
Bade coûte beaucoup à l'Empereur
, puifque Sa Majesté Imperiale
auroit pû fe fervir plus uti
lement d'une partie de ces
Troupes contre les Mécontens
d'Hongrie , & d'une autre partie
pour renforcer l'Armée de
de Monfieur le Prince Eugene ,
& pour empêcher qu'il ne fuft
aufli vivement pouffé , qu'il l'eft
par Monfieur le Duc de Vendofme
, qui , felon toutes les apparences
, l'obligera bientoft
396 MERCURE
d'aller chercher des quartiers
d'hiver dans le Trentin . Quand
je dis que les Troupes de Monfieur
le Prince de Bade auroient
efté ailleurs plus utiles à l'Empereur
, je ne parle qu'aprés Sa
Majefte Imperiale , qui a dé
pefché , ainfi que tout le monde
fçait , plufieurs Courriers à ce
Prince , pour luy demander des
"détachemens de fes Troupes ,
afin de les envoyer en Hongrie
& en Italie . Monfieur le Prince
de Bade eft affez embarraffé de
celles qui luy reftent , puifque
les Cercles ont déclaré qu'ils ne
pouvoient donner de quartiers
d'hyver qu'aux Troupes de leur
Contingent.
Ce n'eft pas fans raifon que je
vous ay parlé des grandes loüanges
GALANT 397
ges qui ont efté données à Mr
le Marquis de Peri & à Mr le
Comte d'Harlin pour avoir fauvé
la Garnifon d'Haguenau ;
puifque le Roy a efté ſi ſatisfait
de cette action , où la teſte a agi
auffi-bien que le coeur , que Sa
Majefté a fait le premier Lieutenant
General de fes Armées , '
& l'autre Brigadier , en donnant
beaucoup de loüanges à leur
conduite.
Je dois ajoûter icy que je ne
vous ay pas dit , en vous parlant
de la prife de Dieft , que le
Commandant de cette Place ,
avoit demandé que l'on fift une
Capitulation particuliere pour
la Garnifon qui eftoit dans le
pofte d'Halen proche Dieft ,
cette Garnifon cftant auffi fous
Octobre 1705. LI
>
398 MERCURE
fon commandement ; ce qui luy
fut accordé . Et il fut arrefté par
la Capitulation , que ce Commandant
de Dieſt écriroit à celuy
qui commandoit dans Halen
de fe rendre prifonnier de guerre
avec la Garniſon ; c'est- à- dire,
aux mefmes conditions qu'il venoit
de faire pour luy même &
pour fa Garnifon : ce qui a efté
executé. On a imprimé à Bruffelle
une tres- belle Relation de
cette expedition , dans laquelle
font les noms des Bataillons &
du Regiment de Dragons qui
ont efté pris dans Dieft. J'ay
crû les devoir mettre , icy . Ce
font le Bataillon du Prince
Charle , Danois ; ceux d'Ammama
& de Riperda , tous deux
Frifons ; & celuy d'Elberfelt,
GALANT 399
Munfterien ; & le Regiment de
Dragons de Waleff , de quatre
Efcadrons . On affure que l'Intendant
de l'Armée des Alliez
a auffi efté pris dans Dieft. Les
Officiers de cette Armée fe plaignent
hautement des Equipages
que leur a fait perdre l'affaire
du ruiffeau d'Herentals ; & l'on
affure que cette perte monte à
plus de cent cinquante mille
Florins, fans compter beaucoup
d'autres Equipages qu'ils avoient
laiffé dans Dieft , &
vingt pieces de Canon
eftoient dans cette Place .
Monfieur l'Electeur de Baviere
eft retourné à Bruffelle ,
aprés ces expeditions ; & ce
Princey a efté reçu aux acclamations
du peuple.
qu'i
L1 ij
400 MERCURE
Je viens aux affaires de Portugal
, dont j'ay beaucoup de
chofes à vous dire. Vous fçavez
que l'indifpofition de Sa Majefté
Portugaife ne luy permettant
plus de gouverner par luymême,
Elle avoit remis la Regence
de fes Etats à la Reine Douairiere
d'Angleterre . L'autorité
qui a efté confiée à cette Princeffe
, a fait croire au peuple &
aux Grands même qui fouhaitent
le repos & la tranquilité du
Royaume , qu'il feroit difficile
de parvenir à la Paix , tant que
cette Princeffe gouverneroit ;
parceque fi elle chagrinoit les
Anglois , elle feroit mal payée
de fon Douaire . Le Roy de
Portugal confiderant ces raiſons
& beaucoup d'autres , & ne
GALANT 401
fouhaitant rien tant que de pro-
Curer , avant fa mort , la Paix à
fes Sujets , leur ayant attiré la
Guerre ; ce Prince a cru qu'il
devoit , pour y parvenir , ofter
la Regence de fes Etats à la Reine
Doüairiere d'Angleterre . II
a nommé le Prince de Brefil
pour remplir cette Regence,
avec quatre Confeillers d'Etat ,
& Mr le Duc de Cadaval
pour Chef. Cependant , comme
avant ce changement , la Re
gente dépofée avoit fait faire de
grands efforts pour la campagne
d'Automne , il a efté queftion
de la commencer . On en
efperoit de grands fuccés pour
deux raifons ; l'une , parceque
l'on a fait de fi gran ds efforts
cn Portugal , qu'il fembloit
Llij
402 MERCURE
fi
d'abord que l'on dûft me
toute la nation fous les arme
tous ceux qui eftoient capables
de les porter ayant efté commandez
: mais dont on n'a choique
ceux
ceux que l'on a trouvez
le plus en eftat de rendre fervice.
L'autre raifon qui de voit
faire croire que -la campagne
feroit heureuſe , eft le détachement
que les Espagnols ont efté
obligez de faire de leurs meilleures
Troupes pour envoyer
en Catalogne. L'Armée Ennemie
en Portugal confifte en trois
Corps fçavoir , un de Portugais
, commandé par Mr le Marquis
de las Minas ; un d'Anglois ,
commandé par Mylord Galloway
; & un d'Hollandois , par
Mr Fagel . Toutes chofes eftant
GALANT 403
pour
en eſtat ouvrir
la campa
gne , on a tenu un grand Confeil
de guerre , dans lequel les
opinions ont efté partagées . Mr
Fagel vouloit qu'on ne s'arrê
taſt pas faire de fiége , & que
l'on entraft en Caftille ; il
pretendoit
que la defolation qu'on
y porteroit , feroit foulever tout
le pays , & que par ce moyen
on pourroit fe rendre maiſtre de .
beaucoup de Places , fans eftre .
obligé d'en faire le fiege . L'avis
de Mr Fagel ne fut pas fuivi
dans le Confeil de guerre , & le
fiege de Badajoz y fut refolu.
Pendant qu'on fe préparoit à
agir en Portugal , les Troupes
des deux Couronnes agiffoient
effectivement
par les partis
qu'ils envoyoient en Portugal ,
,
404 MERCUR
E
& par le grand butin qu'ils y
faifoient . La derniere courſe a
efté faite par Mr le Marquis de
Bay ; vous verrez ce qu'elle a
produit dans la Lettre fuivante,
elle eft de Mr le Maréchal de
Teffé .
De Cazeres le 30. Septembre:
Un Corps defix Bataillons François
, commandez par Mrs de Po-
Lafron & de Sillery , & 15. Efca
drons de Cavalerie Espagnole , le
tout aux ordres de Mr le Marquis
de Bay , que j'avois fait entrer en
Portugal au milieu des Places des
Ennemis en revint , aprés y avoir
brûlé , entre Eftremoz & Elvas, 30.
mealles de paille que les Ennemis.
quoient ramaßées pour leur fubj
GALANT 405
fiftance , & des maisons pareillement
remplies de paille & de grain.
Le même Corps a enlevé aux Enne--
mis un Convoy de 80 , mulets chargez
d'armes & de munitions , prés
de 500, boeufs quifervoient à l'Artillerie
5000 moutons . Les Ennemis
fe font raßemblez , & ont
fuivi pendant quatre heures ce déa
tachement,fans le pouvoir entamer.
Ils ont perdu , dans les differentes
tentatives qu'ils ont faites à cet
effet , une douzaine de Cavaliers ,
qui ont effé tuez. On leur a fait
quelques prifonniers, pris douze che..
vaux ; & tout le butin eft arrivé
beureufement à Badajoz.
On a pris aux Portugais
feize mille piftoles deſtinées au
payement de leurs Troupes . On
a auffi enlevé un grand nombre
406 MERCUR &
de mulets & de voitures qui por
toient des marchandiſes à une
Foire ; le tout eftimé 15000 .
piaftres.
Enfin le fiege de Badajoz ayant
efté refolu , ainfi que je viens de
vous remarquer , les Ennemis fe
rendirent devant la place au
commencement d'Octobre , &
travaillerent à des lignes qu'ils
appellerent de circonvallation ;
mais la place n'eftant inveſtie
que d'un cofté , ces lignes ne
pouvoient l'entourer entierement.
Ils attaquérent le Fort
nommé Pardaleras de Badajoz ,
d'où ils furent repouffez avec
perte de plus de quatre cens
hommes . Cependant ils ne laifférent
pas d'avancer leur tranchée
, & de faire grand feu de
GALANT 407
leur cañon . Mr le Maréchal de
Teffé qui eftoit à quatre lieuës
de Badajoz avec une partie de
l'Armée , donna tous les ordres
neceffaires pour faire raffembler
les Troupes qui en eftoient éloignées
, & fe prépara à fecourir
la place , où il fit entrer toutes
les chofes neceffaires pour fa
défenſe , & fur tout beaucoup
de farines . Et le douzième du
même mois ce Maréchal partic
de Talavera à fix heures du foir ,
& il arriva le lendemain à la
pointe du jour fous le canon de
Badajoz . On alla auffi - toft reconnoiftre
les ennemis ; on les
trouva qui paffoient la Guadiana
, & qui s'avançoient en tresbon
ordre vers l'Armée des deux
Couronnes , Cette derniere paf-
2.
408 MERCURE
fa l'Evora , qu'elle fit border par
l'Infanterie qu'elle fit foûtenir
par la Cavalerie , Les Alliez s'avancerent
mais ayant vù le
grand feu de canon que l'on faifoit
fur eux , ils fe retirerent
auffi - toft , & firent feulement
dreffer une batterie de quatre
pieces qui tira auffi . Ainfi la
plus grande partie de la journée
Te paffa en canonnades de part
& d'autre ; & il y eut tres - peu
de monde tué dans chaque Armée
. Mais le fruit que мr le
Maréchal de Teffé tira de fa
marche , fut que les ennemis
voyant que ce Maréchal pouvoit
faire entrer dans Badajoz autant
de Troupes qu'il voudroit , &
auffi fouvent qu'il luy plairoit ,
ils commencerent à faire retirer
GALANT 409
de
rer leur gros canon , & cefferent
de battre en bréche . Une bome
tirée de Badajoz , tomba dans la
batterie des Affiegeans , mit le
feu à un magafin , & fit fauter le
principal Ingenieur avec quarante
hommes ; & Mylord Galloway
eut le poignet emporté
d'un coup de canon . Les Chirurgiens
trouverent à
propos
day couper le bras plus haut ;
ce qui fut executé : mais la playe
jetta du fang en fi grande abondance
, que n'eftant point encore
étanché cinq heures aprés l'operation
, il fit demander un paffeport
à Mr le Maréchal de Teffé
pour fe retirer dans une Ville
où il puft eftre en fureté pour
fe
faire panfer. Les ennemis ne
fongerent plus aprés tous ces
Octobre 1705. Mm
4TO MERCURE
échecs , qu'à fe préparer à lever
fiege avec fureté ; mais ils
n ont pu prendre d'affez juftes
mefures pour executer leur def
fein; puifque l'on vient d'apprendre
que Mr le Maréchal de
Teffé a atteint leur arriere- garde
, qu'il l'a bien battuë , & qu'il
s'eft faifi d'un pofte dont je ne
fçais pas encore le nom.
Je reviens à la priſe de Soncino
, dont je vous ay déja parlé ,
& dont Mr Jeannette , Lieutenant
des Gardes de Monfieur de
Vendôme , a apporté la nouvel
le. La Place fut attaquée le 21.
& emportée le 23. Ily avoit dedans
360. hommes qui ont efté
faits prifonniers de guerre , &
vingt mille rations de pain , du
canon & des munitions , avec
GALANT 411
+
grande quantité de fourrages .
J'apprens en ce moment q
les Ennemis , en levant le ficge
de Badajoz , ont laiffé , faute
de charrois , beaucoup de bagages
, de munitions & d'attirails
de guerre. Il y avoit 30. affûts ,
plufieurs Canons , dix- mille
boulets , fix cents bombes, quantité
d'outils à remuer la terre,
& generalement tout ce qu'une
Armée fuïante avec précipitation
& qui manque de voitures,
ne peut emmener : Ainfi elle doit
avoir laiffé beaucoup de gros
équipages. J'ay vû auffi une
Lettre , qui porte, qu'avant l'ouverture
du fiege de Badajoz , les
Alliez & les Portugais avoient
eu de grands démeflez enfemble
, à l'occafion de plufieurs
Mm ij
MERCURE
des qui s'eftoient fai-
Sitte art & d'autre ; qu'ils
Affet battus, & qu'il eftoit
placaré prés de 600. hommes
ur la place.
Les nouvelles de Madrid, qui
font arrivées aujourd'huy , portent
que Barcelone fe défendoit
vigoureufement le 15. d'Octobre
; & plufieurs Lettres de la
même Ville font voir que l'on
y doutoit encore que les Ennemis
fuffent maîtres du Fort de
Montjoüy. Il y a d'autres Lettres
, venuës par Mer , qui portent
que Barcelone fe défendoit
encore le 16. & comme on y
attendoit à tout moment l'arri
vée de Mr le Prince de Tferclaës
, qui a raffuré tout l'Arragon
par fon paffage ; & que
GALANT
la nobleffe de Catalo
toûjours dans les intere
Philippe V. il y a lieu des
que quand Barcelone feroit pr
il ne refteroit pas long- temps
entre les mains des Ennemis .
Je fuis , MADAME , &c.
A Paris ce 4. Novembre 1705:
AVIS .
On diftribuëra le Mercure
du mois prochain le 3. Decembre.
ERRAT A.
On s'eft mépris , en difant que
Mr l'Abbé Chatelain , qui a eu
le Prieuré de Friadel , eft fils de
Mr Chatelain , Maitre d'Hôtel
du Roy , fon pere eftant Ecuyer
de la Bouche.
TABLE.
des affaires de la derniere
mblée du Clergé , contenant
is articles curieux ,
5.
Lettre d'Edimbourg , fur la con-
Premier Article des morts ,
joncture prefente des affaires d'Ecoffe
, 3.3
43
52
Servicefait pour Me d'Alençon ,
Abbeffe de Ste Horlde ,
Service fait en Portugal pour
l'Amirante de Caftille , avec un
fait curieux touchant l'Oraifon Funebre
de cet Amirante ,
56
Lettre d'un Evefque d'Angleterre
aux Prote
teftans ans d'Hongrie , pécedée
d'un prélude fur le fujet de cette
Lettre , 57
Reflexions fur la même Lettre , 83
Articles de Litterature , 102
Second Article des Morts , danş
1
TABLE.
110
lequel fe trouve inferèe une Lettre
du Pere Croifer Jefuite,
Prieresfaitespour la fanté de Mr
l'Evefque de Vannes ,
Ordination faite par M1 l'Archevefque
de Lion , dans l'Eglife des
Carmelites de la mefme Ville , 174
172
Mr.le Prince de Lorraine eft ordonné
Preftre & facré Evefque , &
fait une Ordination le mefme jour,
176
Sacre de Mr l'Archevefque d'Avignon
>
182
Article concernant les Lotteries,
& de nouvelles manieres de les tirer
,
185
Article concernant l'Oraifon Funelre
de l'Empereur défunt , faite à
Vienne par le Pere VVidmans ,
Je uite ,
210
Titres & Charges données par le
Roy d'Espagne
212
TABLE.
Duel puni par Sa Majesté Catholique
, 223
Troifiéme Article des morts , 226
Reception faite à Thouars à
Monfieur & à Madame la Ducheße
241
Albret
Remplacement de Marine , &
penfions & augmentations d'appointemens
données par sa Màjesté,
245
Lettre de Bafle , touchant les Reflexionsfaites
fur le Manifefte de
Monfieur l'Electeur de Baviere , 266
Mariage de Mr de Bercy- de-
-Conflans ;
291
Cordon de l'Ordre de S. Louis ,
donné à Mide Narbonnė , & Brea
vet de Mestre de Camp, donné à Mr
le Marquis de Bonnac ,
Statue du Roy d'Espagne décou
verte à Naples , & réjouißances faires
à cette occafions 295
293
TABLE.
Regiment donné par Sa Majesté
Catholique à Mr le Marquis de
Santmanat , 296
Quatrième Article des morts , 297
Article concernant les articles
'des
morts ,
,
328
330
· Fautes reparées
Audiences données à Mr le Marquis
de la Jamaique , Envové Extraordinairede
Sa Majefte Catholique
,
332
Abandonnement d'Haguenau ,
avec la fuitte des affaires d'Allemagne
,
Nouvelles de Flandre
337
352
Lifte des Officiers Generaux qui
doiventfervirpendant l' Hyver, 367
Retour du Roy à Versailles , avec
e qui s'eftpaßé à Fontainebleau ,
Article des
Enigmes ,
372
369
TABLE.
Seconde fuitte des affaires d'Allemagne
,
Affaires d'Italie ,
376
377
Suitte des affaires de Flandre , 389
Troifiéme Suitte des affaires d'Allemagne
, 393
Mr de Peri nommé Lieutenant'
General , & Mr d'Harlin , Bri-
396
Addition à Particle de la prife
gadier ,
de Dieft , 397
Affaires d'Espagne & de Portugal
, 400
412
-Nouvelles de Barcelone ,
On s'eft auffi mépris en difant,
que Mr de Tencin étoit mort
Mrde à
Chambery , puifqu'il eft mort
dans une de fes Terres , âgé de
68 ans .
L'on a auffi écrit Seyfet
pour Seyffel .
Avis pour placer les Figures,
L'air qui commence par, Je
ne veux plus qu' Amour triomphe
de mon coeur , doit regarder
la page 225 ..
L'air qui commence par, Que
la Rape au Tabac s'accorde , doit
regarder la page 376
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le