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BIBLIOTHÈQUE
60
" Las Painst "
SJ
CHANTILLY
}
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE , 1705
A PARIS
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant
Co
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC V.
Avec Privilege du Roy.
AU
LECTEUR.
ILy a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume au
Mercure .
puis
que malgré lesprieres rèiterées
qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on
envoje
pour eftre
employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
cauſe qu'il y en a
quantité
AU LECTEUR
de défigurez, eftant imple
de devinerle nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre
garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient
corrects
. On
avertit encorequ'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages
à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne
, & que
ceux qui les envoyeront
en
affranchissent
le port.
MERCVRE
GALANT
SEPTEMBRE. 1795 ·
ce
E ne puis mieux commencer
ma Lettre , que par ce
qui regarde ce qui s'eſt
paffé le jour de la fefte de S.
Louis à trois Academies
, que
la protection & les bienfaits du
A iij
6 MERCURE
Roy font fleurir. Les Sermons
qui ont efté faits ce jour- là , &
les Ouvrages qui ont remporté
les prix de l'Eloquence & de
la Poëfie à l'Academie Françoiſe
, font remplis de tresbeaux
éloges de Sa Majeſté , &
délicatement touchez. Ce jourlà
cette Academic fe trouva en
Corps à la Chapelle du Louvre
, & aſſiſta à la Meffe , pendant
laquelle on chanta le
Pleaume Beati omnes qui timent
Dominum , de la compofition
de M' du Bouffet . Elle fut
celebrée par M' l'Abbé Fleury,
l'un des quarante de la ComGALANT
pagnie. Enfuite M' l'Abbé
Prévolt prononça le Panegyrique
du Saint , & foûtint avec
beaucoup d'avantage la gloire
qu'il s'étoit déja acquife en faifant
l'Oraifon funebre de feu
Monfieur le Cardinal de Furftemberg
, & en préchant devant
le Roy le jour de la Céne .
Il prit pour fon Texte ces paroles
de l'Ecriture , Dominus
dedit illi gloriam regni ; & ayant
entrepris de faire voir dans le
premier Point de fon diſcours,
que faint Louis avoit eu toute la
gloire de la Royauté devant les
hommes ; & dans le fecond, qu'il
A iiij
8
MERCURE
avoit en toute cette même gloire
de la Royauté devant Dieu ; il dit
que s'il n'avoit à traiter que la
premiere Partie , la prefence des
illuftres Auditeurs qu'il avoit devant
luy , & à qui l'Eloquence
étoit comme naturelle , par la connoiffance
qu'ils avoient de toute
les délicateffes de la Langue ,fuffiroit
pour luy infpirer des termes
dignes d'un fi grandfujet : mais
qu'ayant à parlerfur la feconde
il avoit befoin d'un puiſſant fecours
, qu'il implora par
ceffion de la Vierge que l'Ange
avoit faluée pour luy annoncer
qu'elle devoit être la Mere de
l'inter
GALANT 9
Dieu. Ce Panegyrique fut rempli
par tout de traits brillans ;
& en peignant vivement les
avantages que la France avoit
reçûs par le foin que S. Louis
avoit eu de bannir de fon
Royaume le Blafpheme , l'Ufure
, le Duel & l'Herefie ; il
fut aifé de connoiftre qu'il faifoit
l'éloge du Roy. Il marqua
l'obligation que la France avoit
à la Reine Blanche de Caftille ,
mere de faint Louis , pour l'excellente
éducation qu'elle avoit
donnée au Roy fon fils , & il
ajoûta que fi l'Espagne luy avoit
fait en elle un prefent ineftima
a
10 MERCURE
ble , Louis le Grand avoit fait
paroiftre le dernier effort de la reconnoiffance
, en donnant à l'Efpagne
fon Petit-Fils , qui faifoit
l'admiration & le bonheur de tous
fes fujets. Les applaudiffemens
que toute l'Affemblée donna
à M' l'Abbé Prévost , furent
des marques du plaifir qu'elle
s'étoit fait de l'écouter ..
On doit
remarquer que la
ceremonie
qui fe fait dans la
Chapelle
du Louvre , commence
de bonne
heure , afin que
ceux qui s'y font trouvez , tant
de M's de
l'Academie
Françoife,
que des autres
perfonnes
qui
IS
GALANT 11
ont affifté à cette cette ceremonie
, puiffent aller à celle
qui fe fait enfuite aux Peres de
a une union
l'Oratoire , en cas qu'ils y foient
portez par le defir de voir &
d'entendre ce qui s'y paffe. Les
deux Academies Royales des
-Infcriptions & des Sciences
entre lefquelles il y a une
établie par le Reglement de Sa
Majefté , s'y trouverent & affif
terent , felon leur coûtume , à
la Meffe qui yfut celebrée. Elles
avoient à leur tefte M' le Prefident
de Lamoignon , Prefident
de l'Academie des Infcriptions,
M' l'Abbé Bignon , Vice- Pre12
MERCURE
fident , M' l'Abbé de Beaujeu
nommé à l'Evêché de Caftres ,
& plufieurs autres perfonnes de
diftinction . Pendant la Meffe
la Mufique chanta le Pleaume
Cali enarrant gloriam Dei¸ de la
compofition de M' du Bouffet.
Le Panégyrique de Saint Louis
fut enfuite prononcé par le
Pere Maffillon , avec cette éloquence
folide & pleine d'onction
, dont le public a déja efté
tant de fois charmé. Il prit
pour texte :
AN NESCITIS QUONIAM
JUSTI DE HOC MUNDO
- JUDICABUNT ?
GALANT
13
Ne fçavez - vous pas que les
Juftes doivent un jour juger
le monde ?
Si la loy de Dieu , dit- il , toute
feule devoit un jour juger le
monde , les mondains pourroient
oppofer àleurcondamnation les obftaclesprefque
infurmontables continuellement
attachez à leur état
àleur condition . Ils pourroient
apporter pour difpenfe de la pratique
des vertus, la diftinction de leur
range la dignité de leurs emplois.
Mais l'Apoftre nous avertit
les Fuftesferont affis à la droite de
Jefus Chriftpourjuger les hommes
que
14 MERCURE
avec luys qu'ils feront les défen
feurs de la caufe de Dieu contre les
vaines excufes des pecheurs , &
que leur exemple condamnera
alors le monde , qui n'aura pas
voulu les imiter.
l'ai-
Ce droit
cependant de juger &
de
condamner le
monde
n'appartiendra
pas à tous les Juftes également
; il ne fuffit pas de l'avoir
hay pour
condamner
ceux qui
ment, ilfaut l'avoir
vaincu
avec
·tout ce qu'il a de
grandeurs , de
richeffes , de puiſſances, de plaifirs,
de vanité
de charmes.
&
› Ainfi condamnera le monde le
Saint Roy que la France autreGALANT
15
fois honora comme fon pere ,
qu'elle invoque aujourd'huy comme
fon protecteur. Il trouva dans la
pratique des vertus la fource des
qualitez heroïques qui l'ont rendu
le plus grand & le plus faint de
tous les Rois. Il trouva dans la
qualité de Roy un excellent motif
pour s'animer à la pratique des
vertus les plus aufteres.
Il divifa fon fermon en
deux points , & dit dans le
premier.
Que Loüisfut un grand Roy
devant les hemnes ,parce qu'ilfut
un grand Saint devant Dieu ;
& dans le fecond.
16 MERCURE
Que Louis crût qu'il devoit eſtre
plus Saint que tous les autres devant
Dieu , parce qu'il eftoit plus
grand que tous les autres devant
les hommes.
La Sainettede Louis, pourfuivit-
il , en fit un grand Roy ; la
Royauté en fit un grand Saint.
Le monde , dit- il dans fon
premier point , toûjours injufte
eftimateur de la vertu , la regarde
comme le partage des ames foibles ;
Ilfe perfuade que la grandeur du
Prince eft incompatible avec celle
du Chrétien , il fepare toûjours le
Heros le Saint ; il croit
&
la Religion à attaché à la condia
que
GALANT 17
tion de ceux- cy un certainfondde
penitence , qui doit toûjours eftre
accompagné ou d'une mediocrité de
raiſon¸ ou d'une obſcurité de naiffance
, & qu'on ne doit enfin chercher
la fainteté que dans cet eſtat
pauore & humiliant,qui n'a d'au
tre gloire à esperer que celle d'eftre
Saint <
· C'estpour détruire ces préjugez,
convaincre le monde de fon
erreur que l'Eglife nous propoſe
aujourd' buy l'exemple de ce grand
Roy dont je vais parler en préfence
de deux Compagnies fçavantes
, que le devoir la piete
réuniffent pour celebrer fa gloire
Septembre 1705. B.
18 MERCURE
& leur reconnoiffance.
Au milieu des foins d'une Regence
difficile , la Reine fa mere ne
trouva point d'affaire plus importante
que l'éducation du jeune
Roy. Peu contente d'avoir affemble
auprés de luy ce qu'ily avoit
alors d'hommes fages , capables eg
vertueux , elle voulut par ellemême
le rendre utile à la Religion
&au monde , formant tour
tour le Chreftien parfes exemples,
le Prince par fes leçons : Ainfi
il portafur le Throne toute l'onction
de la grace , ilyfut tout à
Dieu , & tout à fes Peuples..
Jettant commeMoife , un voile
GALANT 19
fur l'éclat de fa Majefté , pourſe
conformer à la petiteffe des fujets
qui vouloient l'approcher , il fe
dépouilloit de toute fa grandeur ,
& on ne s'appercevoit qu'il fuft
grand, que lorfqu'il accordoit des
graces refervées à ungrand Roy.
Le rétabliſſement des Loixfut
fa premiere occupation . Dans cette
Capitale de la France étoient affis
des hommes corrompus , qui abufoient
impunément de l'authorité
qu'on leur avoit confiée , & auprés
de qui l'indigence étoit lefeul
crime dont on ne devoit point ef
perer de grace. Louis donna à la
Jurisprudence des Maîtres éclai-
Bij
20 MERCURE
rez, & à la Justice des Magiftrats
habiles & integres.
Le rétabliſſement de la difcipline
& de la pieté fuivit de prés
celuy des Loix. Des Theologiens
nouveaux s'étoient élevez , gens
charnels & ignorans , qui debi
toient des obfcuritez que la groffiereté
des temps aidoit à recevoir,
& que
la licence rendoit agréables.
Louis commença par arreſter,
les abus qui fe commettoient dans
la diftribution des places & des
emplois , perfuadé que le déreglement
de ceux qui occupent les premiers
poftes de l'Eglife fut toujours
la fource de ſes maux ; que
GALANT 21
fous des Pafteurs ignorans ou
mondains le troupeau s'égare on fe
relâche
› que les inftructions chrétiennes
degenerent peu à peu en
railleries profanes , & que l'Arche
fainte ne tarde guére à devenir
la rifee des Philiftins lorf
qu'elle eft à la garde de Levites
imprudens ; il fit fucceder par tous
la foience & la vertu , à la malice
& à l'ignorance. Comme un autre
Machabée , aprés avoir defolé les
ennemis du Dieu vivant , il s'attacha
à purifier les lieux faints
qui devoient fervir à fon culte
Ecce contriti funt inimici ,
afcendamus nunc mundare
22 MERCURE
fancta , & renovare.
Pere de juftice & de mifericorde,
qui renouvellez dans noftre fiecle
unepratique fineceffaire à lagloire
de voftre Eglife & au falut de
vos Peuples ,fecondez les foins de
l'augufte Monarque que vous
nous avez donné ; fon Hiftoire
déja embellie de tant de faits éclatans
, va l'eftre encore de mille
actions pleines de ſainteté.
Le monde , pourfſuivit- il
dans fon fecond Point , croit
communément la bonté n'eſt
que
que
la derniere vertu des Rois ,
que ceux qui la poffedent à un
certain point font peu capables de
GALANT
23
fe rendre illuftres par des endroits
plus brillans. Le Saint Roy que
je louefit bien fentir la fauffeté de
cette maxime mondaine , autant
de fois qu'il s'agit des interefts de
fon Dieu , ou de ceux defa Conronne..
Ce n'eft plus alors ce Roy pacifique
qui écoute tout , qui fouffre
tout , qui appaife tout. C'est ce
Lion de la Tribu de Juda , terrible
à fes ennemis , lors mefme qu'il
ne femble pas fonger à fe deffendre.
Avec quel courage
quelle prudence & avec quelle
fermeté ne détruifit-il pas la puiffance
liguée du Duc de Bretagne
avec
24 MERCURE
des Comtes de la Marche
de Champagne ?
Et vous , terre infortunée, qui
malgré les efforts de ce pieux &
magnanime Heros , gemiffez en-›
core fous la tirannie du demon
dites-nous avec quelle joye vous
vous rappellaftes à la vue de ce
nouveau Liberateur , vos anciens
jours de gloire & de fplendeur ;
vous crûtes voir un autre Fofué
un autre Gedeon , un autre David
à la tefte des Tribus , & que c'étoit
buy que Dieu envoyoit pour rens
dre à la veritable Religion un
Peuple incirconcis; mais le Seigneur
ne vouloir qu'éprouver for Serviteur
GALANT 25
witeur , & non pas fignalerfa
puiffance. Quelles actions de valeur
ne fit- il pas alors à quels
perils ne s'expofa t-il point ? Déja
caffé par la foibleffe d'un age
avance , accablé par les fatigues
de la guerre , attenué par la longueur
de fes voyages , affoibli par
les malheurs de fa premiere expedition
plus abattu encore par
les aufteritez d'une vie penitente,
il vole une feconde fois dans la
Palestine pour aller conquerir ce
fejour des Saints , mais comme un
autre Moyfe , il meurt avant que
d'y entrer ; il s'écrie en parlant
Les enfans : Jemeurs
ans Jemeurs dans cette
Septembre 1705. C
26 MERCURE
terre étrangere. Le Seigneur
refufe fans doute à mes crimes
la confolation de paffer le Jourdain
: Non tranfibo Jordanum.
Mais vous le pafferez , vous
poffederez cette terre délicieuſe.
Vos tranfibit , & poffidebitis
terram egregiam.
O Dieu , confervez donc à la
France une fi augufte profperité :
faites defcendrefur fes dignes Succeffeurs
ces vertus qui le rendirentfi
agréable à vos yeux , &
aux yeux defon Peuple . Donnezleur
ce que vous donnaftes àfaint
Louis pour en faire un grand
Saint & un grandRoy. Recevez
GALANT 27
favorablement les voeux que nous
vous adreffons en particulier pour
le grand & genereux Prince qui
nous gouverne , & qui porte vers
vous toutes fes actions & toutes
fes pensées. Soyez à jamais beni,
ô mon Dieu , de ce que vous vou
lez bien affermir contre tous fes
ennemis, la profperité defon Regnes
continuez à donner une place honorable
à fa tendre pieté dans le
Livre éternel de fa vie & defes
exploits.
ر Pourvousmes'Freres
,
ajoûta
-t-il , en s'adreſſant
à ſon
Auditoire
, ne vous
deffendez
plus de la pietéfous quelque pré-
Cij
28 MERCURE
texte de grandeur que ce foit,aprés·
l'exemple que je viens de vous
propofer fouvenez- vous qu'il
n'y a rien de fi grand fur la terre
que vous ne devicz faire fervir à
vousſanctifier, afinque loin d'être
un jour jugez avec le monde
vous le jugiez luy-même avec
les Saints.
L'aprés dînée de ce meſme
jour l'Academie Françoiſe s'affembla
pour diftribuer les Prix
qu'elle donne tous les deux ans.
Celuy d Eloquence fut remporté
par M l'Abbé Colin
& ccluy de Poëfie par M' de
la Mothe, qui a remporté cette
GALANT 29.
१
année le même Prix de Poëfie
aux Jeux Floraux de Toulouſe.
Ces deux pieces furent lûës, &
furent fort applaudies de tous
les affiftans. Aprés cela on lût
une Differtation de M' d'Hericourt
le fils , l'un des Academiciens
de Soiffons , dans laquelle
il donnoit à examiner ,
fila profperité eft auffi utile pour
lefalut , que l'adverfité. Ce fujet
parut fort bien traité . C'étoit
un tribut que cette Academie
s'eft obligée de rendre tous les
ans à l'Academie Françoife , à
caufe de l'affociation qui eft
entre l'une & l'autre Compa
C iij
30 MERCUR E
gnie. Il avoit efté apporté par
M' le Picard , l'un des membres
de la premiere ; & il fut
placé ce jour -là parmi les Academiciens
.
Le difcours de M' l'Abbé
Colin fut lû par M' l'Abbé de
Choify , & il parut fi beau ,
que j'ay crû devoir vous en
envoyer un extrait . Le fujet
de ce difcours eft , Que la juf
tice & la veritéfont les plus fermes
appuis du Throne des Rois.
Il dit d'abord que fi les hommes
eftoient demeurez dans l'innocence
où Dieu les avoit créez , il n'y
auroitpoint eu de Rois parmi eux,
M
GALANT 31
& que naiffant tous égaux , ils
auroient tous vefcu dans l'égalité.
Il fit voir enfuite que le
peché les ayant fait décheoir de
cet état , chacun voulut dominer,
fe faire le maistre des autres.
Il fit aprés une peinture des
defordres que ce dérangement
caufoit dans le monde ; ce qui
luy donna lieu de faire un portrait
du pouvoir & du devoir
des Rois , & de celuy des fujets .
Il dit que les Rois furent établis
pour eftre les Arbitres de la foy
publique , pour maintenir les foibles
contre l'oppreffion des plus
forts , pour terminer les differends
C iiij 111 )
32 MERCURE
des particuliers , fixer leurs prétentions
, & faire rendre à chacun
ce qui luy appartient.
Voilà , continua- t- il , l'origine
de la Royauté. Mais cet établiffement,
le plus utile qui foit dans
le monde , le chef- d'oeuvre de
la raison , ne pouvoit eftre ny legitime
, ny durable , fi Dieu
unique difpenfateur de toute autorité
, fouverain Maistre de la
vie & de la mort ne l'avoit
confirmé , en communiquant aux
Rois fa puiffance, & le droit de
faire des Loix , dejuger les hommes
, d'impofer des peines aux crimes
de punir ceux qui trou-
#
GALANT
33
blent l'ordre de lu focieté. Ainfi la
Royauté eft une participation de la
fouveraineté de Dieu fur les hom
mes. Il s'en déclare le Protecteur.
Il commande * à toute forte de
perfonnes d'eftre foúmiſes aux
Puiffances fuperieures. Il avertit
que les Rois tiennent fa place fur
la terre , & que qui leur refifte
refifte à fes ordres.
1
Il fit voir enfuite que fuivant
ces principes , ily a des devoirs de
Rois , & des devoirs de fujets :
& que ces devoirs eftant reciproques
, que l'estat defujet renfer
moit un engagement de foumiffion,
d'obéiffance , & de fidelité ; &
* Sap. 6. 4. Pet . L. c. 2. Rom. 1 3
34 MERCURE
que l'état de Roy renfermoit un
engagement de protection , d'équité
de droiture dans l'usage du gouvernement.
L'Auteur prouve
dans la premiere Partie de fon
difcours , qu'un Roy qui aime la
juftice & la verité,fefait aimerde
fesfujets; & dans la feconde, qu'il
Le fait redouterde fes ennemis.
Il fit deux peintures admirables
dans fa premiere partie. La
premiere eftoit de ce que font
Ïes hommes pour pervertir les
Rois , en tâchant de les furprendre
par toutes les chofes
qui les peuvent flatter . La ſeconde
eftoit un portrait d'un
Roy parfait ; & ce portrait renGALANT
35
fermoit tout ce que le Roy a fait
de plus remarquable en fa vic : de
maniere qu'il ne fut pas neceffaire
qu'il nommaſt ce Monarque
pour le faire reconnoitre. Ĉes
portraits firent beaucoup de
plaifir à toute l'Affemblée, tant
ils furent bien touchez ; & je
dois même ajoûter que la diction
ne fut trouvée tres - belle.
La feconde partie du Difcours
de M' l'Abbé Colin renfermoit
deux portraits bien oppofez
, fçavoir , celuy de ces
anciens & prétendus Heros ,
qui n'écoutoient que les confeils
d'une ambition demefu36
MERCURE
rée , qui leur faifoit ſacrifier la
veritable gloire , & tout ce que
la religion , l'humanité & la
juſtice ont de plus facré , au
violent & impetueux defir de
regner. Le fecond portrait
eftoit celuy d'un Roy juſte ; &
il fit voir dans ce portrait , tout
ce qui n'avoit pû entrer dans
l'éloge de Louis le Grand , qu'il
venoit de faire admirer dans
la premiere partie de fon Difcours
. De maniere que ceux qui
entendirent la lecture de cette
piece furent extrêmement ſurpris
d'entendre de fi belles chofes
fur une matiere qui leur
avoit paru entierement épuiGALANT
37
féc. Ce Difcours finiffoit par
une Priere pour le Roy , dont
la beauté répondoit au reſte de
l'ouvrage.
M' l'Abbé Colin , connu par
fon merite & par fon érudition
, eft d'une des meilleures
familles du Bourbonnois
, du
cofté paternel ; & du coſté maternel
, d'une des plus anciennes
nobleffes d'Auvergne. Sa
mere eftoit de la maifon de
Sarrazin-de-Bonnefond .
Les louanges du Roy font devenues
un langage commun à
toutes les Nations. Le Livre intitulé:
Seconda Lettera del Signor
38 MERCURE
Michel Agnolo de la Chauffe
c. en eft une preuve. M de
la Chauffe , Italien , dans fa feconde
Réponse aux Remarques
du Pere de Grainville ,
( imprimée à Naples ) fur la Colonne
de l'Apotheofe d'Antonin
, trouvée à Rome dans le
Champ de Mars , a donné au
Roy des louanges tres - delicates
, en parlant de ce Monarque
& du Roy d'Eſpagne fon petitfils.
Il les a reprefentez comme
deux Heros qui foûtiennent les
efforts de tous les Princes conjurez
contre eux . L'Auteur finit
fon ouvrage par l'avcu qu'il
GALANT 39
fait de l'impuiffance où il eft de
pouvoir parler dignement de
ces deux Princes .
Le fonds de la diſpute de
M' de la Chauffe & du Pere de
Grainville , confifte en ce que
le premier prétend que la Colonne
Granique , nouvellement
découverte à Rome dans le
Champ de Mars , eft celle qu'on
voit fur les Medailles d'Antonin.
Le Pere de Grainville , an
contraire , foûtient que celle
qu'on voit fur les Medailles de
cet Empereur , eft cette Colonne
magnifique qu'on voit encore
aujourd'huy élevée dans
40 MERCURE
une des places de Rome.
с
Le 19 du mois de Decembre
, jour de la naiſſance du Roy
d'Espagne , fut celebré l'année
derniere à Naples d'une maniere
toute nouvelle . La coûtume eft
d'y celebrer le jour de la naiſſance
des Rois par des Feftes publiques
; M le Duc d'Eſcalona ,
qui en eft Viceroy , & un des
plus fçavans hommes de l Europe
, crût qu'il eftoit plus à
propos de faire ce jour - là une
Academie , où il ne fuſt parlé
qu'à l'honneur du Prince , que
de fuivre l'ancien uſage , qui eft
fouvent l'occafion de beauGALANT
41
coup de defordres. Il fit avertir
un mois auparavant tous les
gens de Lettres , afin qu'ils préparaffent
quelques ouvrages
pour ce jour- là . Il fouhaita que
les difcours fe fiffent en plufieurs
langues : ainfi on y en
tendit des harangues en Hebreu
, en Grec , en Latin , en
Efpagnol , en Italien , & en
François , &c. & tous ces difcours
font la matiere d'un vơfume
, imprimé à Naples chez
Felice Mofca. On y voit les
difcours de M' l'Abbé Botoni ,
Meffinois , Gouverneur de M
leMarquis de Moya , fils de M
Septembre 1705
D
42 MERCURE
le Viceroy , & de M' le Regent
Bifcardi , homme illuftre par
fon employ. Le premier parla
en douze langues , fçavoir , en
Hebreu , en Syriaque , en Grec,
en Latin , en Italien , en François
, en Eſpagnol , en Portugais
, en Allemand , en Flamand
, en Polonois , & en Anglois.
M' le Regent fit un difcours
Latin qui fut generalement
applaudi. M' Natale Confeiller
, fit en Italien l'ouverture
de l'Affemblée. M' l'Abbé de
Sicion fit un difcours en François.
On ne prononça que ces
quatre difcours en Profe ; tout
GALANT 43
le refte fut en Vers. Ils furent
recitez par cent perfonnes ou
environ , du nombre deſquelles
eftoient quatre ou cinq Dames.
Madame la Princeffe de
Saint - Buono , que fon efprit .
& fes belles manieres diftinguent
encore plus que fa naiſfance
, qui eft des plus illuftres
du Royaume de Naples , fit
lire un Sonnet Italien , qui fut
trouvé tres - beau. M' Natale
qui fit dans cette ocaſion la
fonction de Secretaire de l'Academie
, y lût les ouvrages des
Dames. L'Affemblée fe tint
dans une des plus grandes Sal
Dij
44 MERCURE
les du Palais , qui eftoit fort ornée
& fort éclairée , la Compagnie
y fut nombreuſe . M* le
Viceroy y eftoit fous un daiz ,
& autour de luy tous les Offi-
-ciers Generaux. Plus de cinquante
Dames fe trouverent à
cette action , & furent placées
dans un lieu feparé . La Séance
commença à fept heures du
foir , & ne finit qu'aprés minuit.
Le premier jour du mois
dernier M' l'Abbé Foffart prononça
l'Oraifon funebre de
feu M' le Marquis de Beuvron,
Lieutenant General des ArGALANT
45.
mées du Roy & de la Province
de Normandie , Chevalier des
Ordres de Sa Majefté, &c . dans
F'Eglife Cathedrale de Rouen ,
en prefence des Compagnies
fuperieures , de la Nobleſſe &
du Corps de Ville. Il prit pour
Texte , ces paroles d'Efther.
aimé genera-
Il fut grand...
lement de tous fes freres , ne cherebant
qu'à faire du bien à fa
Nation , & ne parlant que pour
procurer la paix
de fon Peuple. La divifion de
fon difcours fut tirée du Texte.
Dans le premier Point , l'Orateyr
fit voir M le Marquis de
la profperité
46 MERCURE
Beuvron Grand , parce qu'il a
fait le bien avec cette fageffe
qui eft la regle de l'homme
bienfaifant ; & dans la feconde
Partic , pour adoucir la douleur
univerfelle , il le fit paroître
encore plus grand , parce
que la Sageffe l'avoit comblé
de biens des ce monde , en attendant
fes folides & fes éternelles
récompenfes. Il a efté
Grand, dit-il , parce qu'il a fait
le bien avecfageffe ; & il a esté
plus Grand encore
Sageffe l'a comblé de biens.
د
parce que la
M' l'Abbé Foffart fit voir
dans le cours de cet éloge , que
GALANT 47
1
la Sageffe avoit attaché fi fcrupuleuſement
M' le Marquis de
Beuvron à la verité , qu'il n'avoit
jamais voulu devoir le
fuccés des entrepriſes
les plus
د
,
ny bumeur ny
importantes à la plus legere
équivoque, Elle luy donna , continua-
t-il cette affabilité fans
étude qui luy attira tous les
coeurs cette égalité d'ame
• qui ne connut
temperamment , ny caprice , ny
l'emportement du plaifir , ny l'accablement
de la trifteffe : ce qui
le fit voir fuperieur aux évenemens.
Et en parlant de la mort
de M l'Abbé de Beuvron
48 MERCURE
Aumônier du Roy , arrivée au
Camp devant Namur , au mois
de Juin en 1692. qui étoit fils
du défunt , Mr Foffart s'écria :
De quelle Eglife voulicz- vous
vous vanger , Seigneur , lorfque
vous enlevaftes celuy qui eftoitfi
digne de conduire les premieres
Eglifes ? Ce difcours reçût de
grands applaudiſſemens . Il ſe
vend à Rouen , chez le Sr
Ruault , Libraire , ruë S. Lo ,
derriere le Palais , à l'Occafion.
Mr Dampier,fameux Voyageur
, qui a déja donné au pu-
Blic les Relations de fes Voyages
en trois Volumes , vient de
donner
GALANT 49
donner une Relation nouvelle
d'un Voyage qu'il a fait en
1699. aux terres Auftrales , à
la nouvelle Hollande , & c . Paul
Marret qui a imprimé les premiers
ouvrages de Mr Dampier
, vient encore de mettre
au jour celui- cy , où l'on trouve
la defcription des Ifles de Canaries
, de Mago , de Saint
Jago de la Baye de tous les
Saints , des Forts & de la Ville
de Bahia dans le Brefil , avec
quantité de Cartes Geographi
ques & de figures .
2
$
Quoique les Lutheriens de
Hambourg ayent cenfuré le
Septembre 1705.
E
50 MERCURE
Livre de Mr Poiret, de l'Educa
tion des enfans , comme conte
nant la doctrine du pur Sabellianiſme
, ainſi que Mr Baſnage
l'a remarqué dans fon Hiftoire
des ouvrages des Sçavans de
1694. page 189. On en vient
de faire une Edition nouvelle
à Amfterdam , in 12. qui fe
vend chez Henry Defbordes.
Le S Chriftophle David ,
demeurant fur le Quay des
Auguſtins , à l'Image S. Chrif
tophle , vend depuis peu un
Volume in 12. intitulé : La
Geometrie de Mr Defcarte diyifée
en trois Livres. Le premier
ર
*
GALANT 51
traite des Problèmes qu'on
peut conftruire,n'y employant.
que des cercles & des lignes
droites le fecond , de la nature
des lignes courbes ; & le
troifiéme , de la conftruction
des Problêmes qui font folides
ou plus que folides . Cet ou
vrage eft une nouvelle édition
de la Geometrie de Mr Defcarte
; qui fut imprimée à
Leyde en 1637. & comme
cette première édition as cfté
entierement vendue , on a crû
devoir faire cette feconde, qui
eft tres-exacte. Mr Deſcarte
montre d'abord , dans le pre
,
Eij
52 MERCURE
mier Livre , comment le calcul
d'Arithmetique fe rapporte
aux operations de Geometrie.
Comme toute l'Arithmetique ,
dit- il , n'eft composée que de quatre
ou cinq operations , qui font
Addition , la Soustraction , la
Multiplication , la Divifion &
lextraction des racines qu'onpeut
-prendrepour une espece de divifion;
ainfi n'a-ton autre chose à faire
en Geometrie touchant les lignes
qu'on cherche , pour les preparer
eftre connues , que leur en ajoûter
d'autres , ou leur en ofter. Pour
faire voir la nature des Problê,
mes plans , & comment ils fo
-à
GALANT 53
refolvent , Mr Deſcarte rapporte
un exemple tiré de Pappus
, qui en a parlé au commencement
de fon feptiéme
Livre. Cet Auteur, aprés s'être
arrefté quelque temps à dénombrer
tout ce qui avoit eſté
écrit en Geometrie, parle d'une
queftion qu'il dit que ny Euclyde
, ny Apollonius n'ont pû
entierement refoudre. Voicy
fés paroles : Quem autem dicit
( Apollonius ) in tertio Libro
locum ad tres & quatuor lineas ab
Euclyde perfectum non effe , &c.
Mr Deſcarte répond à la queftion
de Pappus , en faifant voir
>
E iij
54 MERCURE
qu'on peut toujours trouver
les points cherchez par la Geometrie
fimple : on voit dans le
Livre , la queftion & la réponfe.
On trouve dans le fecond
Livre une explication de quatre
nouveaux genres d'ovales
qui fervent à l'Optique ; l'Auteur
en donne une fçavante.
explication pour faire connoître
que la confideration des
lignes courbes qu'il propofe
n'eft pas fans ufage. Aprés l'avoir
fuffifamment fait comprendre
, il remarque qu'en
chacune de ces ovales il faut
confiderer deux parties , qui
GALANT 55
ont diverfes proprietez touchant
les reflexions & les refractions
. On le doit voir dans
l'ouvrage , à caufe des figures
qui guident le Lecteur . Mr
Defcarte donne dans le troifiéme
Livre , un exemple touchant
l'invention de plufieurs
moyennes proportionnelles ,
pour en trouver autant qu'on
veut , & pour en trouver dont
la démonſtration ſoit plus évidente
que par le moyen des
lignes courbes , qui fe décrivent
par l'Inftrument XYZ.
Pour bien comprendre la
queſtion , il faut voir la figure
1
E iiij
56 MERCURE
qui eft tracée en cet endroit.
On trouve auffi dans ce même
Livre une fçavante & curieuſe
Differtation fur les équations ;
on y voit leur nature , leurs
racines , combien il y en a en
chaque équation , combien ily
en peut avoir de fauffes , & comment
à l'aide de ces racines on
peut diminuer le nombre des
dimenfions d'une équation .
L'Auteur finit fon ouvrage ,
en faiſant remarquer au Lecteur
, qu'ayant reduit à une
même conftruction tous les
Problèmes d'un même genre ,
a donné le moyen de les reGALANT
57
duire à une infinité d'autres
diverfes , & ainfi de refoudre
chacun d'eux en une infinité
de façons. Il dit enfin que la
pofterité luy fçaura gré , nonfeulement
des chofes qu'il a
expliquées ; mais auffi de celles
qu'il a omifes volontairement,
afin de luy laiffer le plaifir de
les inventer.
M' Chevillard , Hiftoriogra
phe de France , qui a donné au
public foixante & treize Cartes
de Blazon & de Chronolo
gie , vient de mettre au jour
un Plan Hiſtorique de l'Eglife
de faint Denis en France , dans
58 MERCURE
lequel on voit tous les Tombeaux
des Rois , des Reines ,
des Princes & des Princeffes ,
qui y font figurez & placez aux
endroits où ils font enterrez ,
marquez avec des chiffres pour
les faire connoiftre , qui ont
leur rapport à d'autres qui
font aux deux marges , où les
noms , les qualitez , les Armes
& les Blafons des Princes & des
Princeffes qui y font enterrez
font gravez , avec le temps de
leur mort . Et comme on ne
peut voir les Princes & Princeffes
de la Maiſon Royale de
Bourbon , qui font dans une
$
GALANT 59%
༨
Cave qui eft fous le chevet de
l'Eglife , dont on remarque
l'efpace qu'elle occupe par des
points qui regnent depuis fa
defcente , l'Auteur a jugé à
propos de reprefenter l'interieur
de cette Cave . Il l'a placé
du cofté du Midy de cette
Eglife hors oeuvre , vis-à - vis le
Maufolée des Valois , & il y a
repreſenté tous les corps des
Princes & des Princeffes qui y
font , comme ils y font placez,
depuis le Roy Henry IV. juf
ques à Monſeigneur le Duc de
Bretagne.
MChevillard a auſſi donné
60 MERCURE
au public
velles des nouveaux Archeveſques
& Eveſques de France,
pour ajoûter au Livre qu'il a
fait cy-devant graver du Clergé
de France, intitulé, la France
Chreftienne.
21. Planches nou-
Le Roy d'Espagne a nommé
à l'Archevêché de l'Ile de
Saint Domingue , le Pere Francifco
de Rincon , de l'Ordre
des Minimes . Saint Dominique
, ou San Domingo , en La
tin Dominicopolis , ou S. Domi
nici Civitas , eft une Ville de
l'Amerique Septentrionale ;
Capitale de l'Ille Hifpaniola ,
GALANY 61
T
dite auffi de San Domingo ,
avec une des Antilles . Cette
Ville eft grande , riche & belle,
fituée dans la partie Meridionale
de l'Ifle , à l'embouchure
du Fleuve Ozama , avec un
tres- bon Port , Archevêché ,
Audience
Chambre des
Comptes & Cour des Monnoyes.
C'eſt auffi le fejour du
Gouverneur de l'Ifle. Le Pape
Leon X. У fonda un Evêché
que Paul III. érigea l'an 1547 .
en Archevêché. Chriftophle
Colomb fit rebâtir çette Ville
en 1494. Les Anglois , conduits
par François Drak , l'a62
MERCURE
१.
voient prife en 1486. & ils
l'abandonnerent peu de temps
aprés . Depuis ce temps - là elle
elt toujours reftée au pouvoir
des Eſpagnols ; il y a même une
Colonie d'Efpagnols tres- confiderable
. Le Pere Francifco de
Rincon a paffé par les Emplois
-les plus honorables de fon
Ordre , & on peut dire qu'il
en a cfté un des plus grands
Ornemens. Il eft grand Theologien
& grand Predicateur. Il
a annoncé la parole de Dieu
dans les meilleures Chaires
d'Eſpagne ; il a mefme un talent
particulier pour la Prédi
GALANT 63
cation. Le feu Roy l'eftimoit
beaucoup ; la Reine doüairiere
luy a fait faire compliment fur
fa nouvelle dignité , & toute
la Cour d'Espagne , s'eſt em +
preffée à luy témoigner la joye
qu'elle a de fon élevation .
Monfieur le Cardinal Portocarrero
l'a auffi fait compli
menter par un Gentilhomme,
qu'il luy a envoyé pour ce fujet.
La joye de tous ceux qui
connoiffent le Pere de Rincon ,
eft une preuve de l'eftime que
l'on a pour luy.
11 Sa Majefte Catholique a
donné le
Gouvernement de
64 MERCURE
จ
Ciudad Rodrigo à Dom Antonio
de la Vega , cy - devant
Gouverneur
de Margan , en
confideration de fes fervices .
Ciudad Rodrigo eft une Ville
d'Efpagne dans le Royaume
de Leon , avec Evefché fuffragant
de Compoftelle ' ; elle eſt
fituée fur la Riviere d'Aguiar,
vers les Frontieres de Portugal.
Mariana & quelques au
tres eftiment , que c'eſt la Mirobriga
des Anciens . D'autres
foutiennent avec plus de raífon
, que cette Ville ancienne
ayant efté ruinée, Ferdinand II.
Roy de Leon , y ft bâtir vers
GALANT 65
l'an 1200. Ciudad- Rodrigo ,
pour luy fervir de Rempart
contre les Portugais. Le Gouvernement
de Margan , que
Dom de la Vega quitte , eft
confiderable. François Marefme
, de Valence en Eſpagne ,
& qui fut élu General des
Chartreux en 1437. que les
Peres du Concile de Bafle voulurent
mettre à la place d'Eugene
IV. & qui cut même deux
voix dans le temps de l'élection
de Felix V. avoit demeuré
long- temps à Margan. Dom
Antonio de la Vega eft un
homme d'une probité & d'une
Septembre 1705 .
2
F
66 MERCURE
fidelité reconnuës .
Le Roy d'Eſpagne a donné
la Grandeffe au Prince Tferclaës
de Tilly , en confideration
de fes fervices ; & ce Prince
fut mis en poffeffion des honneurs
attachez à cette dignité
le 17 du mois dernier . Ce Seigneur
defcend du brave Comte
de Tilly , dont je vous ay déja
parlé , & que l'on nomma
dans le dernier fiecle , General
de l'Union Catholique . Il fervit
fous le Duc Maximilien de Baviere
, & il fit des merveilles à
la Bataille de Prague en 1620 .
Six ans aprés il donna la celebre
GALANT 67
Bataille de Lutter au Duché de
Brunſwich , où il fe rendit
maiſtre de vingt - deux Ca
nons , de quatre -vingt Drapeaux
, de plufieurs Etendarts
& de tout le Bagage des ennemis.
C'eſt à cette occafion que
le Pape Urbain VIII . luy écrivit
dans les termes du monde
Is plus obligeans , & luy mar
qua la joye que toute l'Eglife
avoit d'une Victoire fi avanta
geufe à tous les Catholiques .
En 1631. il prit Leipfic , il y
fut deffait trois jours aprés par
le Roy de Suede ; mais il rallia
depuis fes Troupes , prit quel
Fij
68 MERCURE
1
ques Villes dans le Pays de
Heffe , & repouffa Horne Chef
du party Proteftant. Il finit
enfin une vie fi glorieuſe en
deffendant le paffage du Lech,
& mourut à Ingolstadt l'an
1632. Il fit de grands dons à
l'Eglife de Nôtre- Dame d'Ottingen
, & il laiffa foixante
mille écus à de vieux Regimens
qui avoient combattu fous
luy. Monfieur le Prince de Tilly
qui vient d'eftre fait Grand
d'Eſpagne , a donné des marques
de fa valeur en plufieurs
occafions , & s'eft montré digne
du nom qu'il porte.
GALANT 69
Mi le Duc de l'Infantado a
époufé la fille de M' le Comte
d Hernannunez , fille d'honneur
de la Reine. Cette Dame,
joint à une illuftre naiffance, de
grands agrémens. Elle paffe
pour une tres- belle perfonne ;
& elle a efté élevée avec de
grands foins. La Maiſon dont
elle fort eft originaire de l'Arragon.
M' le Duc de l'Infantado
eft d'une de ces Maiſons
dont on ne doit rien dire, tant
elles font connuës . Elle eft celebre
en Espagne , depuis le
temps même des anciens Rois
Gots . Les Anceftres de ce Duc
70 MERCURE
furent du nombre de ceux qui
s'allerent cantonner dans les
Montagnes des Afturies aprés
l'invafion des Maures ; ainfi
ainfi on peut dire fans exaggeration
, que l'ancien fang Goth
coule encore dans les veines
des Ducs de l'Infantado .
M' le Marquis de Torrecufa
a époufé Dona......de Villa-
Torca , auffi Fille- d'honneur
de la Reine . Cette Dame a
beaucoup d'efprit , elle eft dans
les bonnes graces de la Reine ;
& il eft
peu
de Dames dans le
Palais en qui cette Princeffe aye
autant de confiance qu'en la
GALANT
70
jeune Marquife de Torrecufa .
La Maiſon de Villa- Torca eft
des plus qualifiées de la Caſtille
; ceux qui en font fortis font
celebres dans l'Hiftoire,par leur
valeur & par leur fidelité .
Quant à la Maifon de Torrecuſa
, je vous en ay déja parlé,
& je ne fçaurois trop vous rcpeter,
que
c'eſt une de ces Maifons
où la valeur & la probité.
ſemblent hereditaires. En effet ,
ce font - là les deux caracteres
qui ont toûjours diftingué les
Seigneurs fortis de cette ancienne
Maiſon .
Ce qui fuit doit vous par
27 MERCURE
roître affez curieux.
La Reine d'Eſpagne , outre
fes 'Maîtres d'Hoftel & fes autres
Officiers , a plufieurs Duegnas
, ou Veuves , & plufieurs
Dames & Menines . Toutes les
Duegnas , qui font des Veuves
de grande qualité , font vêtuës
de toile blanche qui eſt l'habillement
le plus ordinaire des
veuves.Non feulement tous les
Grands d'Efpagne fe couvrent
devant la Reine ; mais les femmes
des Grands ont auffi beaucoup
de prérogatives fur les
autres Dames : la Reine fe leve
quand elles entrent , & leur fait
donner
GALANT 73
donner des carreaux hommez
Almohadas. Les femmes des fils
aînez des Grands & des Ambaffadeurs
des Rois , joüiffent
des mefmes privileges. La fille
aînée d'un Grand herite auffi de
la Grandeza , lorſqu'il n'y a
point d'enfant mâle aprés la
mort du pere. On doit dire à
la loüange de la Reine d'Efpagne
, qu'il n'y a perfonne à
fa Cour qui entende mieux
le ceremonial que cette Princcffe.
M' le Comte de Horne , General
des Troupes Suedoiſes ,
époufa le 10. du mois de May
G
Septembre 1705
74 MERCURE
dernier , la foeur de MⓇ la Com
teffe Piper; la Ceremonie s'en fit
à Rawitz , en prefence des Rois
de Suede & Staniflas . La Ville
de Horne dans les Pays - Bas
avec tite de Comté , a donné
le nom à la Maiſon de Horne.
Ce Comté entra dans la Maifon
de Montmorency fur la
fin du quinziéme fiecle , & depuis
qu'il eft entré dans cette illuftre
Maiſon , il a produit de
grands perfonnages , quifont ,
Jean I. de Montmorency , S
de Nivelles en Flandres , Chevalier
, Confeiller & Chambellan
de Charles le Hardy , Duc
GALANT 75
>
de Bourgogne ; Philippes del
Montmorency , Comte der
Horne & de Meurs , Chevalier
de la Toifon d'or , Amiral de
la Mer de Flandres , & Gou-)
verneur de Gueldres & de Zutphen
; le foin qu'il eut de vouloir
rétablir la paix dans fa patrie
luy fut fatal . Le Duc d'Albe
luy fit trancher la tefte &
au Comte d'Egmont le 5 Juin
1568. Florent de Montmorency
, Baron de Montigny &
Comte de Horne , Chevalier
de la Toifon d'or , eut le même
malheur que fon frere. On voit
par là de quelle confideration
Gij
76 MERCURE
le nom de Horne eft dans le
monde. La nouvelle Comteffe
de. Horne eſt une tres - belle perfonne
& tres-bien alliée . MⓇ la
Comteffe de Piper, fa foeur, eft
auffi tres-aimable .
Le mariage de Dom Girolamo
Pamphilio avec la fille de
M' le Duc de Poli , qui avoit
eſté contracté ſecrettement
, &
qui pouvoit eftre conteſté ,a efté
celebré du confentement
des
parens , qui furent traitez magnifiquement
dans la Vigne
Pamphile , hors la porte Saint
Pancrace.Dom Girolamo Pamphilio
eft arriere - petit - neveu
GALANT
77
du Pape Innocent X. qu'on
nommoit le Cardinal Jean- Battifte
Pamphilio avant fon exaltation
au Pontificat , qui arriva
le 15. Septembre 1644. quelque
temps aprés la mort d'Urbain
VIII . Gregoire XV . l'avoit
envoyé Nonce à Naples.
Urbain VIII . le fit Dataire du
Cardinal François Barberin ,
fon neveu , l'an 1625. pendant
fa Legation de France & d'Efpagne
, où il demeura avec le
titre de Patriarche d'Antioche
& de Nonce Apoftolique ; &
à fon retour il le fit Cardinal.
Innocent manqua de recon-
G iij
78 MERCURE
noiffance , car d'abord aprés
fon élevation au Pontificat , il
chaffa les Barberins de Rome ;
il eft vray qu'il les rappella deux
ans aprés , & qu'il fe reconcilia
avec eux en 1653. par une
alliance illuftre. Innocent X.
mourut le 7. Janvier 1655.
âgé de quatre - vingtun
an ,
dont il en avoit paffé dix &
quatre mois fur le Siege de S.
Pierre. Ce fut à ce Pontife qu'-
on envoya en 1650. les cinq
Propofitions extraites du Livre
de Janfenius , & qui les condamna
le premier en 1653 .
Aprés la mort de ce Pontife ,
GALANT 79
༈
la Maiſon Pamphilio a fait de
grandes alliances en Italie. La
Princeffe Poli que Dom Girolamo
a épousée , eft d'une Maifon
de Rome tres - confiderable
, alliée aux Doria , aux Spinola
de Genes , aux Colonnes ,
aux Urfins de Rome , aux Borromées
de Milan , aux Fiefques
de Genes , enfin à toutes
les meilleures Maifons d'Italie.
Cette jeune époufe eft tresbien
faite , & elle a tous les
agréemens qui rendent aimables
les perfonnes de ſon fexe.
Le Prince Pamphilio eft auſſi
tres bien fait.
G iiij
80 MERCURE
M' le Cardinal Tanara a efté
continué pour cinq ans dans la
Legation d'Urbin . Ĉe Cardinal
eft fort connu perfonne
n'ignore que c'eft un des principaux
ornemens du Sacré
·College , & qu'il joint à une
grande capacité & une fuperiorité
de genie où peu de perfonnes
peuvent atteindre , une
profonde intelligence des affaires
de la nature de celles
dont il cft chargé depuis quelques
années. La Legation d'Urbin
doit paroiftre tres-importante
, puifque cette Ville est
la Patric du faint Pontife qui
GALANT 81
gouverne aujourd'huy l'Egliſe.
Urbin eft une Ville & Archevefché
d'Italie , Capitale du
Duché de même nom dans
l'Etat Ecclefiaftique. Ce Pays
que les habitans nomment
Stato , a la Romandiole & la
Mer Adriatique au Septentrion
, la Marche d'Ancone au
Levant , l'Ombrie au Midi , &
la Tofcane au Couchant. Il
comprend le Duché d'Urbin
le Comté de Montefeltro , le
Comté & Territoire de Gubio ,
la Seigneurie de Pezaro , & le
Vicariat de Senigaglia . La Ville
Capitale eft Urbin , ainfi que
82 MERCURE
je l'ay déja dit , & les autres
font Pezaro , Gubio , Senigaglia
, Urbanca , Cagli
Montefeltro , &c. Le Pays eft
fertile , il y a de belles Villes ,
trois Ports , fept ou huit Fortereffes
& prés de trois cent
cinquante Bourgs . L'Etat d'Urbin
a efté poffedé par la Maifon
de la Rovere , & lorfque
cette famille manqua , il fut
dévolu au Saint Siege fous le
Pontificat d'Urbain VIII.
On donne le nom de Legats
quatre fortes de perſonnes ;
à ceux que les Papes envoyent
aux Conciles generaux pour y
à
GALANT 83
Préfider de leur part ; aux Vicaires
Apoftoliques que les Papes
établiffent dans les Royaumes
ou dans les Provinces éloignées
de Rome , comme l'ont
efté en France les Archevêques
de Reims & d'Arles , qui portent
encore la qualité de Legats
nez du Saint Siege Apoftolique
&c. Il y a encore des Legats ou
Vicaires Apoftoliques par com
miffion , & déleguez pour un
temps en divers lieux , pour y
affembler des Synodes. Enfin
on appelle Legats , ceux que les
Papes envoyent quelquefois en
qualité d'Ambaffadeurs Extra84
MERCURE
.
ordinaires dans les Cours étrangeres
, tel que fut en France le
Cardinal Chigi en 1661 .
M' le Marquis de Parelle ,
qui vient de mourir , avoit efté
un des plus anciens Generaux
de Monfieur le Duc de Savoye .
Il avoit long-temps fervi dans
les troupes de l'Empereur en
Hongrie ; & il fe vint rendre
auprés du Duc fon Maiſtre
lorfque ce Duc eut figné le
Traité d'alliance avec les ennemis
des deux Couronnes . Ce
Marquis a donné des marques
de fa valeur en plufieurs occafions
. Perfonne n'alloit au feu
>
GALANT 85
avec plus d'intrepidité que luy;
il paroiffoit dans ces momens
là d'une vivacité , qui marquoit
bien que la guerre eftoit
fon élement. Quand nos Generaux
eurent appris fa mort ,
ils donnerent plufieurs loüanges
à la valeur ; ces loüanges
ne font pas ſuſpectes , étant
données par des ennemis . M
le Marquis de Parelle avoit
commandé dans le Duché
d'Aoufte , dans les Marquifats
d'Yvrée , de Sufe , de Seve &
de Saluces , dans le Comté
d'Aft , & à Verceil . Ce General
étoit d'une naiffance tres- con86
MERCURE
fiderable; il eftoit allié aux plus
grandes Maiſons de Savoye &
de Piedmont; fçavoir à celles de
Bernés , de Seyffet, de la Pierre,
d'Aretel , de Saluces , de Cofte,
Millet- de- Châles , d'Arvillars,
Blancheville , la Serra , Leſcheraine
, Bertrand - de la - Perroufe
& de Chamouffet , & à tout ce
qu'il y avoit de plus illuftre en
ce pays-là .
M' de Zedde , Brigadier , qui
a efté tué à l'affaire arrivée fur
la riviere de Renchen ,à demielieuë
de Bifchen,le 1 1. du mois
dernier , où il commandoit les
Dragons à la Place de M' le
GALANT 87.
t
Comte de Coignies , qui eftoit
à Statmat , de l'autre cofté du
Rhin ; eftoit d'une ancienne
Maiſon originaire d'Allemagne.
Henry de Zedde commandoit
un Corps confiderable
à la celebre bataille que les
Suiffes gagnerent contre Charles
le Temeraire , dernier Duc
de Bourgogne , qui fut tué
quelque temps aprés devant
Nancy. Charles de Zedde fe
trouva à la bataille de Fornouë,
où une armée prodigieufe
d'ennem's liguez vint envelopper
Charles VIII . & luy fermer
tous les paffages pour fon re88
MERCURE
tour en France. Ce Prince qui
venoit de conquerir le Royaume
de Naples , & encore tout
glorieux de fes avantages , fe
vit reduit à la neceffité de vaincre
ou de perir ; mais la Fortune
fe déclara en fa faveur, &
il remporta une des plus fignalées
victoires qui ait jamais efté
gagnée par lesFrançois.Charles
de Zedde fut toûjours aux côtez
de ce Monarque , & il y fit
paroiſtre une valeur diſtinguée .
Celuy qui vient d'eftre tué ,
s'eft trouvé dans plufieurs
actions d'éclat , où il a donné
des marques de fon courage
GALANT 89
& de ſa prudence ; il a eſté fort
regretté des Generaux , qui ont
rendu de grands témoignages
de fa valeur .
M' le Comte de Vaudray ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , qui a eſté tué à
la bataille que Monfieur le Duc
de Vendôme a gagnée contre
Monfieur le Prince Eugene en
Lombardie , & qui eftoit Inf
pecteur general de cette Armée
eftoit d'une naiſſance
tres-confiderable. Il étoit d'une
des plus anciennes Maifons de
la Franche- Comté , elle y eft
alliée à celles de Saint Mauris,
Septembre 1705.
H
go MERCURE
de Liftenay , d'Ortans ' , de
Bauffremont de Poitiers , de
Chalancy , de Gramont & de
plufieurs autres de ce rang.
M' le Comte de Vaudray avoit
efté Religieux de l'Abbaye de
S. Claude , où l'on fait
preuve
de Nobleffe comme à Malthe ;
il avoit mefme efté nommé à
la Cure de S. Claude , qu'un
Religieux de l'Abbaye doit
toûjours poffeder : mais comme
il n'eftoit point encore entré
dans les Ordres facrez, M
le Comte de Poitiers fon parent
, qui levoit en ce temps -là
un Regiment pour le fervice
1 .
GALANT 91
-
du Roy fur le pied étranger
luy perfuada d'en prendre la
Compagnie de Grenadiers.
M' de Vaudray , qui avoit plus
de goût pour cette profeffion
que pour celle qu'il avoit d'abord
embraffée , accepta l'offre.
Et ce fut l'année d'aprés
qu'il eut pris cet engagement,
que le Regiment de Poitiers
s'étant trouvé au ficge deCony,
que l'on fit en Piemont dans
la derniere guerre , le Capitaine
des Grenadiers , à la tefte
de trente ou quarante hommes
choifis , cut l'intrepidité
de fauter de deffus la bréche
Hij
92 MERCURE
,
dans la Ville ; mais n'ayant
point efté foûtenu , fa troupe
fut bien- toft taillée en pieces ,
il refta feul & fe défendit
comme un Lion pendant plus
d'une heure contre plufieurs
Allemans enfin accablé de
coups & de laffitude , il tomba
& fut encore bleffe de plufieurs
coups . Il refpiroit à pei
ne , lorfqu'une femme qui paffoit
par là , le voyant dans cet
eftat pitoyable , par une fauffe
compaffion , voulut mettre fin
à fes douleurs , en la mettant
à fa vie ; elle prit une groffe
pierre pour executer ce trait
GALANT
93
par là ,
d'inhumanité , lorfque M le
Comte de Bernés , qui commandoit
dans la Place , paffant
là , l'arrefta , & fit emporter
cet Officier dans l'Hôpital,
& ordonna qu'on en cuſt ſoin.
L'impreffion que luy avoit fait
fa bonne mine , luy fit fouhaiter
d'en fçavoir le nom. M' de
Vaudray ayant recouvré la
role , & s'eftant nommé , M
de Bernés le reconnut pour fon
proche parent , & le fit porter
chez luy , où l'on luy trouva
vingt- deux bleffures , dont on
crût que quatorze eftoient
mortelles. Cette action ayant
pa94
MERCUR
E
fait un grand bruit , le Roy
fouhaita de voir cet Officier.
Il vint à Paris , dés qu'il pût
fupporter le mouvement du
Caroffe ; & il parut à la Cour
avec un bonnet extraordinaire,
en ayant fait faire un qui ne
luy touchoit point le crane ,
qui eftoit encore tout découvert.
On ne l'appelloit à la
Cour que l'Officier de Cony . Le
Roy luy fit beaucoup d'accueil ,
il luy promit le premier Regiment
qui vaqueroit , quel qu'il
fuft , & luy fit donner une
groſſe gratification. On faifoit
dans ce temps- là le fiege de
GALANT 95
Montmeillan , le Colonel de la
Sarre qui eft un petit vieux
Corps , y fut tué; le Roy donna
auffi- toft ce Regiment à M' de
Vaudray dans la même année
il le fit Brigadier , & Commandeur
de l'Ordre de S.
Louis avec une penfion de
deux mille écus . L'année fuivante
il fut fait Maréchal de
Camp & Infpecteur general ;
& enfin dans une des dernieres
Promotions , il avoit efté fait
Lieutenant -General . Il a fini fa
glorieufe carriere comme il
l'avoit commencée ; & il feroit
bien difficile de trouver de fin
96 MERCURE
ples Gentilshommes , qui dans
le cours de dix ou douze années
de fervices , cuffent donné de
fi grandes preuves de valeur
& qui euffent monté aux honneurs
de la guerre avec tant de
rapidité..
M de Moyriac , Colonel
- d'un Regiment de Carabiniers,
qu'il avoit acheté de M' le Chevalier
de Châtillon , Brigadier
2 des Armées du Roy , fon couafin
de la mefme Maifon de
Moyriac , & qui a efté tué à la
liderniere Bataille en Lombaridic
, eftoit Brigadier , & Maréchal
des Logis General de
l'Armée
GALANT
97
P'Armée de Monfieur de Vendofme.
Il avoit apporté au Roy
la nouvelle de l'avantage que
Monfieur le Grand Prieur remporta
il y a quelques mois fur
les Ennemis ; Sa Majeſté , en
luy faifant donner une groffe
gratification , l'aflura qu'il fe
fouviendroit de luy dans les
occafions . M' de Moyriac étoit
un jeune Gentilhomme des
mieux faits & de la meilleure
mine. Sa Maiſon qui eſt établie
dans le Bugey , y tient un
rang des plus confiderables ;
elle prouve une Nobleſſe de
plus de fix cens ans . Le Chef
Septembre 1705 .
I
98 MERCURE
de cette Maifon eft M' le Com
te de Maillac , qui a eu l'honneur
de recevoir chez luy Monfieur
le Ducde Mantouë , lorfqu'il
venoit de Charleville à
Paris. Il eftoit Neveu de M' de
Moyriac , qui a commandé
long-temps un Bataillon du
Regiment de Champagne , &
qui eftoit en dernier lieu Lieutenant-
Colonel d'un autre Regiment
d'Infanterie. M' de
Moyriac qui vient d'eftre tué,
eftoit fils de feu M' de Mirignac
, un des plus honneftes
hommes de France , & qui
cftoit forti de la branche de
I
GALANT 99
•
Moyriac Châtillon- Corneille,
dont M le Comte de Châtillon
, frere de M' le Chevalier
de Châtillon , qui fert en Efpagne
,
& dont je viens de parler
, eft le Chef. M' de Moyriac
avoit épousé depuis quel
ques années , Madle de Mon
tolivet , fille de M deMontolivet
, Baron de Gourdans
qui eftoit fils d'un Prefident
au Senat de Chambery , &
de Dame N... d'Angeville ,
foeur de feu M' d'Angeville
;
Lieutenant- Colonel du Regiment
d'Alberet , & autrefois
de Thoy , qui a cfté tué à la Ba
I ij
100 MERCURE
taille d'Hocftet , avec fon fils
aîné , Capitaine dans le même
Regiment , & de M. l'Abbé
d'Angeville , Grand Prieur de
S. Claude , qui eft en cette
Ville depuis deux ans , pour
obtenir la Reforme de fon
Abbaye. M de Mirignac ,
mere de feu M de Moyriac ,
eft foeur de M la Comteffe de
Saint Mauris , veuve de l'ancien
Gouverneur de Brifac.r
Le Prince Geofge- Guillaume
de Brunfwich , Duc de Lunebourg
& de Zell , mourut le
22. du mois dernier dans fon
Château de Weinhaufen , âgé
Château des
HI
2
GALANT 101
de quatre- vingt- un an . Il eſtoit
le fecond des enfans de George
Duc de Zell , & de la Princeffe
Eleonore , fille de Louis Landgrave
de Heffe - d'Armſtadt. Il
eftoit né en 1624. & du vivant
de Chriftian - Louis , fon frere.
aîné , il fut Duc de Hanower ;
& aprés la mort de ce Prince ,
qui arriva en 1665. fans qu'il
laiffât aucune pofterité , il fut
Duc de Zell. Il époufa Dame
Eleonore des Micz , fille d'un
Gentilhomme
tres - qualifié de
Poitou , & en l'époufant il la
fit Dame d'Harbourg. Cette
Dame n'eftant que fimple Da-
?
I
iij
102 MERCURE
moifelle , felon la Coutume
d'Allemagne , fes enfans ne devoient
pas fucceder aux Etats
du
pere ; mais le feu Empereur
déclara cette Dame Princeffe,
& la Princeffe Sophie, fa fille ,
fut dés ce moment là regardée
comme Princeffe . Elle époufa
en premieres nôces , l'an 1676 .
Frederic-Augufte , Prince de
Wolfembutel , & en fecondes
nôces , l'an 1682. George-
Loüis , Prince d'Hanower fon
coufin-germain ; mais cette
Princeffe ayant quitté fon Mary
pour fe retirer prés du Duc
fon pere , fon Mariage , fuivant
GALANT 103
les Loix d'Allemagne & de la
Confeffion d'Aufbourg , fut
diffous par Sentence du 28 .
Decembre 1694. C'eft de ce
Mariage qu'eft forti le jeune
Prince d'Hanower , qui a eſté
déclaré par le Parlement d'Angleterre
, Succeffeur de cette
Monarchie , au défaut de fa
grande- mere Sophie , fille de
Frederic V, dit le Conftant , Ele-
&eur Palatin. Mais pour donner
une idée exacte de la Maifon
de Brunſwich
, fur tout
de la branche de Hanower
, il
faut remonter un peu plus
haut.
I iiij
104 MERCURE
Cette Maiſon a pour Tige ,
Azo d'Eft , Marquis de Tofcane
, qui vivoit dans l'onzième
fiecle. Elle a produit la branche
de Lunebourg ; & de celle- cy
font forties les branches de
Zell & de Hanower , dont je
vais parler. La branche de Calemberg
eft fortie du dernier
des fils de Magnus Torquatus,
qui fut Duc de Calemberg &
de Wolfembutel. Pour revenir
à la branche de Hanower;
elle commença en la perſonne
de Guillaume , Duc de Zell ,
quatrième fils d'Erneſt Duc de
Lunebourg & de Zell . Il mouGALANT
IOS
rut en 1592. laiffant de Dorothée
, fille de Chriftian III.
Roy de Dannemark
, qu'il
avoit épousée en 1561. & qui
mourut en 1617. fept fils & huit
filles : fçavoir , Erneft , né en
1564. mort fans enfans en
1611. Chriſtian , né en 1566 .
Evêque de Minden , mort en
1633. Augufte , né en 1568 .
mort Evêque de Ratzbourg
en
1636. Frideric , né en 1574.
Prévoft de Minden , & Coadjuteur
de Ratzbourg
, mort en
1648. Magnus , né en 1577 .
mort en 1632. George , qui
fuit : Jean , né en 1583. Cha106
MERCURE
a
noine de Minden mort en
1628. Sophie , née en 1563 .
mariée en 1579. à George-
Frederic , Marquis de Brandebourg
, morte en 1639. Elizabeth
, née en 1565. mariée
en 1585. à Frideric de Hohenloë
, morte en 1621. Dorothée
, née en 1570. mariée en
1586. à Charles- Palatin,Comte
de Birkenfeld ; Claire , née
en 1571. mariée en 1593. à
Guillaume , Comte de Schuwartzbourg;
Anne-Urfule , née
en 1572. morte en 1601. Marguerite
, née en 1573. mariée
en 1599. à Jean- Cafimir Duc
GALANT 107
de Saxe-Cobourg , morte en
1643. Marie , née en 1575.
morte en 1610. & Sibylle ,
née en 1584. mariée en 1617.
à Jule- Erneft , Duc de Lunebourg-
Danneberg , morte en
1652. George , Duc de Zell ,
nâquit l'an 1582. & fucceda á
fon pere. Il fut General d'une
´partie de l'Armée Suedoife en
1632.1633 . & 1634. & mourut
en 1641. Il ordonna par
fon Teftament , que fes Etats
feroient toujours partagez par
fes deux aînez . Il avoit épousé
en 1617. Anne - Eleonore ,
fille de Louis Landgrave de
108 MERCURE
Heſſe - d'Armſtadt , de laquelle
il cut,premierement, Chriſtian-
Loüis , mort fans enfans en
1665. ainfi que je l'ay remarqué
cy - deffus. Secondement ,
George- Guillaume , qui vient
de mourir . Les autres enfans
de George Duc de Zell , furent
troifiémement Jean - Frideric,
néen 1625. qui fe fit Catholique
en 1651. & refidoit à Hanower
; fon frere luy avoit cedé
Calemberg , Arubenhagen,
& les Mines. Ce Prince avoit
époufé en 1668. Loüife-Benedicte-
Philippe , filled Edouard,
Prince Palatin , & d'Anne de
GALANY 109
·Gonzague- de- Cleves , dont il
laiffa deux filles , & mourut à
Aufbourg le 27. Decembre
51679. Ces Princeffes n'hériterent
que
des meubles de leur
pere , & fuivirent la Ducheſſe
leur mere en France. Depuis,
Anne , l'aînée , épouſa le 28 .
Novembre 169 5. Renault
d'Eft , Duc de Modene , & lå
cadette , Willelmine - Amelie ,
époufa lears . Janvier 1699 .
Jofeph Roy des Romams.
Quatriémement
, Erneft Augufte
, qui fuit , & cinquième
ment, Sophiel Ameliei, femme
de Frederic III . Roy de Danne.
110 MERCURE
mark en 1643. Erneſt-Augufte
, qui nâquit en 1629. fut
d'abord Adminiftrateur de l'Evêché
d'Ofnabruck , puis Duc
d'Hanower aprés la mort de
fon frere Jean- Frideric ; & enfin
il reçut de l'Empereur Leopold-
Ignace , le 19 Decembre
1692. I'Inveftiture d'un neuviéme
Electorat , & mourut le
23 Fevrier 169 8. Il avoit
épousé en 1638. Sophie, Princeffe
Electorale , fille de Frederic
V. Electeur Palatin , dont
il a eu premierement , George-
Louis , Duc de Hanower , né
le 28 Mars 1666. qui époufa
GALANT III
en 1682. Sophie, fa Coufine ,
Princeffe de Zell , veuve de Frederic-
Augufte, Prince de Wol
fembutel ; leur Mariage a efté
diffous en 16.94 . ainfi qu'il eſt
marqué cy - deffus. Ce Prince
n'eft pas encore paiſible poffeffeur
du neuviéme Electorat,
cette qualité luy eſtant conteftée
par plufieurs Princes de
l'Empire. Secondement
, Fre
deric- Augufte , né en 1661,
tué en Tranſylvanie l'an 1691.
Troifiémement , Maximilien-
Guillaume , né en 1666. Quatriémement,
Charles-Philippe,
né en 1669. mort prifonnier
112 MERCURE
chez les Turcs , des bleffures
qu'il avoit reçûes dans une rencontre
contre les Tartares
prés de Kazanez en Albanie ,
le premier Janvier 1690. Cinquiémement,
Chriftian , né en
1671. Sixièmement , Erneft-
Auguſte , né en 16 ... Septiémement
, Sophie- Charlotte ,
née en 1668.
Auffi - toft que le Duc de Zell
eut les yeux fermez , le Duc de
Hanower qui eft fon Neveu
& fon Gendre , ainſi que
vous venez de voir , fit mettre
le fcellé dans tous les lieux où
ce Prince avoit des effets ; & il
GALANT 113
fit fermer le Palais de Zell, fans
permettre à perfonne d'y entrer.
Mr Louis de Narbonne ,
Comte de Clermont , eft mort
d'apoplexie,dans fon Chaſteau
de Combebonet en Agenois ,
âgé d'environ foixante dix ans .
Il a laiffe de D Madeleine de
Souillac fa femme , fille de M
David de Souillac , Marquis
d'Aferac , & de Louiſe de Beaudean-
Parabere , & tante de M
le Comte de Souillac , Marie-
Anne de Narbonne , fa fille
unique , qui eft mariée avec
M le Comte de Raftignac.
K
Septembre 1705 .
114 MERCURE
M' de Narbonne,qui s'eſt ſou .
vent diftingué en Italie, eft frere
de feu M le Comte de Clermont
; & leur foeur eft Dame
Marguerite - Urfule de Narbonne
, femme de Mr Ifaac
de Soüillac , Comte du Bourg.
Ils eftoient fils de Mr Jean de
Narbonne , Comte de Clermont
, Meftre de Camp d'un
Regiment de Cavalerie &
d'Anne Bouchard - d'Aubeterre
.
>
La Maiſon de Clermont-
Narbonne eft une Branche de
celle de Fimarcon-Narbonne ;
& la Maifon de FimarconGALANT
115
Narbonne , qui eft preſentement
éteinte dans la famille de
Caffaignet , étoit une branche
de celle de Tailleran- Narbonne,
qui eftoit iffuë en ligne maſculine
de l'illuftre race de Lara
en Eſpagne par Amalric de
Lara premier du nom , qui vivoit
dans le douzième fiecle ,
& qui époufa en 1197. Ermenfinde,
Vicomteffe de Narbonne.
De cette alliance nâquit
Pierre de Lara , marié avec
Sanche de Navarre , & pere
d'Aimery , Vicomte de Narbonne
, qui tranfmit à fa pofte
rité le nom de Narbonne . La
K ij
116 MERCURE
Branche aînée de ces Vicomtes
finit en 1424. par Guillaume
troifiéine du nom , lequel étant
décedé fans enfans , dans la même
année , donna le Vicomté
de Narbonne à Pierre de Tinieres
, Seigneur d'Apchon ,
fon frere uterin , qui le vendit
en 1442. à Gaſton , Comte
de Foix .
>
L'Illuftre Maiſon de Lara
fubfifte encore dans les Royaumes
d'Eſpagne dans diverfes
branches , qui uniffent le nom
de Manriquez à celuy de Lara,
en memoire d'Amalric de Lara
premier du nom , qui paſſa en
GALANT 117
France pour y époufer Ermenfinde
de Narbonne , heritiere
de la premiere Maiſon de Narbonne
, qui avoit eſté établie
dans cette Ville fameufe du
bas Languedoc , avec titre de
Comté, par l'Empereur Charlemagne
, en la perfonne d'Aymery
, l'un des Capitaines de
ce Prince. Les defcendans de
ce Seigneur s'étant rendus proprietaires
de cette Ville , ne
s'en qualifierent plus que Vicomtes.
re
Mr François de Beaupoil- de
faint-Aulaire , Chevalier, Marquis
de Lanmary , eft mort en
118
MERCURE
IC
fon
Chafteau de
Lanmary en
Perigord
, le deuxième
de ce
mois , âgé de quatre-vingt ans,
fort regreté dans fa
Province,
où il a vêcu avec
beaucoup de
diftinction . Il eftoit fils aîné de
Mi
Marc-Antoine de Beaupoil-
de faint- Aulaire ,
Seigneur
de Lanmary
, Baron de Coûture,
&c . & de Dame Gabrielle
l'Alegre
, Dame de Chabannes
& de Sorges ; & petit-fils de
Mr
Antoine de
Beaupoil- de
faint- Aulaire, Seigneur de Lanmary
, Baron de Coûture, Selle
& Bertry, Chevalier
de l'Ordre
du Roy, Senéchal de Perigord,
re
GALANT 119
& de Dame Jeanne de Bourdeille.
Il avoit épousé en 1650.
Dame Jaqueline d'Aubuffonde
la Feuillade , veuve de M
Philibert de la Roche-Aymon ,
Marquis de faint Maixant
dont il n'a point eu d'enfans.
Le Chef de cette Maiſon eft
prefentement M Marc- Antoine-
Front de Beaupoil - de
faint- Aulaire , Marquis de Lanmary
, grand Echanfon de
France.
Mr Edouard Vallot, Docteur
de la Maiſon & Societé de Sor
bonne , Evefque de Nevers
eft mort le 3. de ce mois , aprés
120 MERCURE
une longue maladie , âgé de
foixante huit ans . Il étoit fils
aîné de feu Mr Vallot , premier
Medecin du Roy. Il avoit
eu trois freres , dont l'un étoit.
Confeiller au Grand Confeil ;
1e fecond, Chanoine de l'Eglife
de Paris ; & le troifiéme, Capitaine
aux Gardes . Il avoit quatre
foeurs , dont l'ainée entra
dans les Carmelites en 1670.
à l'infçû de fes parens , & qui
aprés y eftre entrée , refufa même
de parler à Mr l'Evefque de
Nevers fon frere , qui y étoit
allé par ordre de fon pere pour
examiner fa vocation. M la
Comteffe
GALANT 121
1
Comteffe d'Avejan , dont la
pieté eft exemplaire , & M˚ la
Marquife du Til font auffi
foeurs de feu Mr l'Evefque de
Nevers. Mr Vallot , premier
Medecin du Roy , qui eut pour
fuccefleur Mr d'Aquin,mourut
en l'année 1671. âgé de 74
ans , au Jardin Royal où il
s'eftoit fait porter , & il fut enterré
aux Filles de l'Ave Maria .
Il avoit eu la Charge de premier
Medecin aprés Mr Vautier
, qui mourut le 4. Juillet
en 1652. Ils cftoient l'un &
l'autre grands partifans de
l'Antimoine. Mr Renaudot ,
Septembre 1705 .
L
122 MERCURE
Auteur du Livre intitulé , l'An
timoine triomphant &juftifié , &
M's Guenaut & Rainffant
eftoient dans les mefmes fentimens
,& foûtinrent long-temps
une guerre de doctrine contre
les autres Medecins , qui prétendoient
que ce remede étoit
un pur poiſon. Mr Vallot qui
avoit cfté inftruit fous les yeux
de Mr Vautier , paſſoit pour
un habile homme. En 1664.
aprés la mort de Mr de Bellerat
, le Roy donna la Charge
de Chancelier de l'Univerfité
de Montpellier à Mr Vallot ,
quoiqu'il fuft Docteur de l'UGALANT
123
hiverfité de Reims. Mr Vautier
à qui Mr Vallot avoit
fuccedé dans la Charge de premier
Medecin , cftoit du Comtat
d'Avignon , MⓇ de Guecherville
luy avoit donné entrée
à la Cour de la Reine Marie
de Medicis , qui eftoit alors
à Blois. Ala journée des Dup
pes ,. Mr le Cardinal de Riche →
licu le fit mettre à la Bastille ,
où il decura prés de douze
ans ; il en fortit aprés la mort
de de premier Minilure , & le
Cardinal Mazarin le fit premier
Medecin du Roy.
Mr l'Evefque de Nevers a
Lij
124 MERCURE
fait rebâtir le Palais Epifcopal
de Nevers , dont l'Eglife eft
illuftre & ancienne. S. Dié ,
Fondatur de l'infigne Egliſe
de faint Dié en Lorraine , fut
Evefque de Nevers dans le feptiéme
fiecle . Pierre Damien
s'eſt trompé , puiſqu'en parlant
de ce Saint , il le fait Evêque
de Tréves , ( Opuf. 19. Lugd.
1623. ) Divers Auteurs ont
fuivi l'erreur de Pierre Damien ,
& ont avancé que S. Dié s'eſt
établi en Vauges dans la Lorraine
, pendant que Garibaldus
étoit Evefque de Toul ; au lieu
que l'établiſſement
de ce Saint
1
GALANT 125
Gaen
Vauges , fut fait fous le Regne
de Childeric II . & que
ribaldus ne fut Evefque que
fous le Regne de Childebert.
De plus , faint Dié fut lié par
une étroite amitié avec le faint
Evefque de Strasbourg Arbogafte
; & cet Arbogalte avoit
precedé d'un grand nombre
d'années Garibaldus . Saint Dié
fut premier Abbé de l'Abbaye
d'Ebersheim - Munſter en Alface.
Spifame , dont la fin fut
fi tragique , & qui perit malheureufement
à Geneve dans
le feiziéme fiecle , avoit elté
Evefque de Nevers .
Liij
126 MERCURE
On fit un Service magnifique
pour le feu Empereur , le
20. du mois de Juin , dans la
Chapelle du Vatican . On y fit
les obfeques folennelles de ce
Prince ; la Meffe fut celebrée
par le Cardinal Nerli , & l'Oraifon
funebre fut prononcée
par M Bianchini , Camerier
d'honneur de Sa Sainteté. La
fituation du Vatican , qui eft
fur une colline prés du Tibre ,
joignant le Janicule , où eft le
Palais de S. Pierre , dans le même
endroit où Varron nous
apprend que le Peuple Romain
recevoit autrefois les Oracles ,
GALANT 127
rendit cette ceremonie tres -
pompeufe , par le grand nombre
de lumieres qui éclairoient
ce lieu . Le difcours de Mr Bianchini
fut tres- applaudi ; il le
commença par ces mots : Au
milien de ce funebre appareil
dans ce Temple facré où la mort
amaffe de grandes dépouilles , à la
vue de ce trifte cercueil , & de ce
Coeur Royal qui n'eft plus que
cendre ; vous pensez peut - eftre ,
Meffieurs , que je dois vous entretenir
de la fragilité & du néant
des grandeurs humaines. L'Esprit
de Dieu nous apprend dans les
Ecritures , qu'il faut déplorer le
Liiij
128
MERCURE
fort des pecheurs. Leur vie paffe
comme l'ombre il vient un jour
fatal où periffent toutes leurs penfees.
Leur memoire fait un peu de
S
bruit, & va fe perdre dans unfi
lence éternel. Les biens qu'ils ont
acquis échapent de leurs mains
avares ; leur gloire féche comme
l'herbe : leurs Couronnes feflétrif
fent , & tombent presque d'ellesmêmes.
Il est vray , ce qui fert
la vanité , n'est que vanité , &
tout ce qui n'a que
le
monde pour
fondement , fe diffipe & s'éva
nouit avec le monde . L'Orateur ,
aprés avoir parcouru toutes les
actions du feu Empereur , &
GALANT 129
les
l'avoir loué fur les vertus morales
qu'il luy attribua ; il finit
ainfi fon difcours ..... On eft
Surpris d'une maladie dont on
craint trop , ou dont on ne craint
pas affez le progrés. On ne voit
ny l'importance du paffé , ny
confequences
de l'avenir. On a
commis le peché fans crainte ; on
reçoit les Sacremensfans reflexion ;
on fe flatte de vaines efperances
de guerifon , ou l'on eft flatté de
vaines efperances defalut : &l'on
eft mort , avant qu'on ait apperçu
qu'on pouvoit mourir. Faffe le
Cielque nous prévenions ces dan
gers , & que fi nous n'avons pas
1
130 MERCURE
le merite d'une vie pure & innocente
nous avons au moins les
précautions de la Penitence.
Vous me demandez quelques
articles d'érudition , & je vous
en
envoye.
M' l'Abbé de l'Etanche ,
de la Reforme de Prémontré
dont il a efté Vicaire General ,
a donné au public cette année,
une Hiftoire de l'ancien Teftament
, imprimée à Nancy , où
il propofe un Syftéme particulier
fur la lumiere de la Lune.
Les Auteurs du Journal des
Sçavans en ont fait un Extrait;
GALANT 131
& M' l'Abbé de l'Etanche a
répondu à cet Extrait , dans
une Lettre qu'il a écrit à un
Abbé de fes amis , connu par
fon érudition & par le goût
qu'il a pour les fciences .
Lettre de M' l'Abbé de ***
à M' l'Abbé ***
Vous fouhaitez , Monfieur, de
feavoir fur quoy l'Auteur de
l'Hiftoire de l'ancien Teftament ,
imprimée à Nancy , & dont on a
vú un Extrait dans le Journal de
Paris , a pú appuyer le Systéme
qu'il a avancé touchant la Lune
132 MERCURE
à laquelle il attribue une lumiere a
propre fonciere , diftincte de
celle qu'elle emprunte du Soleil.
Je puis d'abord vous dire , Mr
que cette hypothefe n'eftpoint l'ouvrage
de l'Auteur , ni une pro-
·duction dont il doive fe faire honneur
ou rougir. Saint Auguſtin a
adopté ce fentiment qui vous paroift
fifingulier, & qui a revolté
les Journalistes de Paris. Nous
lifons en effet dans le livre 22.
Chapitre 10. contre Faufte, que ce
grand Docteur reconnoift deux
manieres d'expliquer d'où vient la
lumiere du Soleil & de la Lune;
ces deux manieres favorisent
2
GALANT 133
galement l'opinion de l'Auteur de
l'Hiftoire de l'Ancien Teftament.
La premiere eft de dire que Dien
créa ces deux Aftres aveclumiere;.
la feconde , qu'il alluma ces
deux vaftes Corps avec la lumiere
qu'il produifit au premier jour
de la création. Quelque parti qu'on
prenne dans cette diftinctive ; vous
comprenez , Mr , que la lumiere
de la Lune ne luy fera pas venuë
du Soleil.
du
Il est vray que
temps de S
Auguftin
, les Aftrologues
étoient
partagez
furla lumiere
de la Lune.
Les uns en faifoient
une propricté
de la nature de cet Aftre ; les au134
MERCURE
tres , un rejailliffement de la lumiere
du Soleil. Ces deux fentimens
qui avoient cours dans
fiecle de S. Auguftin , n'avoient
aucun avantage l'un fur l'autre s
cefaint Pere a jonë qu'aprés
tous les efforts de l' Aftronomie, on
ne peut que tres-difficilement décider
lequel des deux eft le veritable
Harum autem quæ vera
fit , aut non omnino , aut difficillimè
arbitror poffe hominem
fcire. In Pfalm. 10. 21 .
Vous trouverez dans cet endroit
même des raifons capables de fatisfaire
aux experiences qui vous
déterminent à forcer lefens natu-
•
GALANT 135
rel de l'Ecriture. Car en Suppo
fant avec cefaint Docteur que la
lumiere eft intrinfeque à la Lune ,
& que fon corps n'eft lumineux
qu'à moitié , il raifonne de fes
phafes differentes de même que des
afpects differents d'une boule , dont
une moitié feroit brillante , &
l'autre moitié obfcure. Si vous
regardez cette boule , elle paroiftra
lumineufe par quartiers , & enfin
pleinement
lumineufe. Il en est
ainfi des quartiers & du plein
la Lune ; & il n'eftpas besoin de
recourir aux rayons du Soleil , fi
ce n'eft pour expliquer les accroiffemens
de lumiere qu'elle en reçoit,
136 MERCURE
qu'elle perd au temps de ces
éclipfes , fans que pour cela elle
perdefa lumiere intrinféque, comme
on peut s'en affurer par l'éclat
de fa face , dans le moment même
defes éclypfes.
Voilà comment raifonnoit S.
Auguftin , & que la plupart des
Aftrologues ont raifonné dans fon
fiecle , qui n'étoit afſurément pas
moins éclairé que le noftre. Pourquoy
donc , Mr , n'auroit- il pas
efté permis à Mr l'Abbé de l'E
tanche de dire ferieufement , &
fur la parole du plus fçavant des
la Lune avoit la lu-.
Peres ,
› que
miere de fon fond ? Ce fentiment
GALANT 137
ancien a perdu , il est vray ,fon
credit chez les Aftrologues de nos
jours ; mais peut- eftre qu'il viendra
un temps où il prendra le deffus.
Cela ne feroit pas plus merveilleux
a
que ce que ce que le feizième
fiecle a vu à l'égard de l'opinion
d'Ariftarque touchant la mobilité
de la terre. Le fentiment de cet
ancien Philofophe , qui fleuriſſoit
fous le Regne de Philometor , c'eft
à dire 145 ans avant Jefus-
Chrift , eftoit entierement décrié;
les experiences de l'Aftronomie &
le torrent des Philofophes luy
avoient ofté le vray -femblable ;
cependant Mr Copernic & Gali-
Septembre 1705. M
138 MERCURE
lée l'ont fait revivre , & il eft
aujourd'huy l'Idole de nos Aftronomes.
Les demonftrations de dixfept
fiecles n'ont point prévalu fur
les raisons de Copernic ; peut- eftre
que le mefmefort arrivera à l'hypotheſe
que
embraffée.
qu'on
l'Abbé de l'Etanche
La bizarerie de l' Aftrologie eft
fujette à de pareilles revolutions ;
c'eft pourquoi , Mr, je ne croy pas
on doive faire dépendre l'explication
de laparole de Dieu , des
*experiences incertaines d'une étude .
fi capricieufe. Auffi l'Auteur n'y
a-t-il en aucun égard dans le
Systéme qu'il a fuivi ; ce qui
GALANT 139
l'y a engagé eft plus décifif : le
voicy.
Il eft des regles de l'interpretation
de l'Ecriture , d'entendre
un mefme motd'un mefme verfer,
dans un fens univoque , pour ne
pas expofer l'Ecriture fainte aux
explications captienfes des Sociniens
. Or , luminare , felon vous,
marque à l'égard du Soleil , un
Aftre lumineux de fa nature ;
pourquoy ne le marqueroit- il pas
de mefme à l'égard de la Lune ?
ou s'il ne le marque pas , quipeut
empefcher un Socinien de donner
un fens équivoque au Filius Dei,
du Chapitre 16. de S. Matthieu,
Mij
140 MERCURE
& de dire que ce terme pouvant
eftre pris pour la filiation naturelle
ou pour l'adoptive , il eſt
autant en droit de l'entendre d'une
filiation d'adoption , que vous d'expliquer
le luminaire de la Lune
par une lumiere empruntée ? Le
privilege doit eftre commun.
On objecte que les Ecrivains
facrez en traittant des chofes
Phyfiques , ont parlé comme le
commun des hommes . En vous
paffant la fuppofition,il en re -viendra
cet avantage à l'Abbé de
l'Etanche , que l'opinion qu'il tient
aujourd'huy , eftoit communement
reçue du temps de Moyfe ; elle est
د
GALANT 141
paßée de Moyfe à Jefus- Chrift ,
puifque nous lifons dans S. Matthieu
, qu'entre tous les Phénomenes
qui précederont le Jugement
dernier , l'obfcurciffement de
la Lune en fera un : la Lune ne
donnera plus alors fa lumiere , dit
Jefus-Chrift . Luna non dabit
lumen fuum , c. 24. V. 29. Ge
prénom , fuum , eft poffeffif, &
ilfignifie une chofe propre & appartenante
au fujet fur qui il
tombe : par confequent il eft vray
qu'au temps de fefus- Chrift l'on
la Lune avoit la lucroyoit
que
miere
de fon
fond.
Voilà donc , Mr, l'hypothefe de
142 MERCURE
l'Abbé de l'Etanche munie d'une
Tradition bien averée , & infiniment
refpectable. Le détour que
l'on donne pour éluder le poids de
cette Tradition ne paroift point
fort Catholique ; & je ne pense
pas qu'avant Copernic on fe foit
avifé d'écarter le fens naturel des
termes de l'Ecriture fainte , en
recourant à l'opinion vulgaire , à
laquelle les Ecrivains facrez ont
dù s'aſſujettir. Ce principe a des
confequences dangereuses ; it af
foiblit le refpect que nous devons
à ce Livre divin : fon infaillibilité
eft exposée aux infultes dès
libertins ; ils fe diront à euxGALANT
143
mefmes , que la condefcendance en
fait d'Hiftoire & de Morale , a
dú done prefider à la compofition
de cet ouvrage , auffi- bien que
dans les matieres de Phyfique. Ils
diront que Fefus - Chrift a impofé
aux hommes , en leur enfeignant
des erreurs , & que la politique
luy a fait preferer une
fauffeté autorifee & cherie , à une
verité cachée qui auroit irrité fes
Auditeurs par fon dévelopement,
Ce font là des extrêmitez qui
naiffent de la maxime que l'onfe
permet aujourd'huy. Pour moy
Mr , qui ne fuis pas Aftrologue,
mais qui fais profeffion d'estre
144 MERCURE
Catholique je crains juſques auxe
apparences d'une liberté fi perilleuſe
; & j'aime mieux me tromper
, de peur d'eftre trompé ,fans
hazarder la Foy , que de rifquer
la Foy en m'éloignant de l'Ecriture.
Jefuis , Monfieur , avec un
profond dévouement , &c.
Le Pere de la Maugeraye ,
Jefuite , a encore donné une
nouvelle Differtation fur la
percuffion des Liqueurs . C'eſt
un ouvrage de Phyfique , qui
peut paffer pour un chef- d'oeuvre
en fon genre.
George Cheyne , Docteur en
Medecine à Londres , a donné
au
GALANT 145
au Public un Livre intitulé :
Principes Philofophiques de la
Religion naturelle , &c. Le but
de l'Auteur eft de ramener la
Phyfique à fon veritable uſage,
en tirant de la meditation de
la nature , une demonftration
fenfible de l'exiftence de Dieu
Auteur de la nature. Mr
Cheyne parcourt ce que la
Phyfique renferme de plus inexplicable
; & aprés avoir appliqué
à ces difficultez les differens
fiftêmes qui ont cours
il fait clairement concevoir
leur infuffifance pour rendre
raifon des merveilles qui frap-
N
Septembre 1705 .
146 MERCURE
pent nos yeux. Le flux , par
exemple , & le reflux de la mer ,
la nature des corps fluides , les
couleurs , la lumiere , la circulation
du fang , le jeu de chaque
partie du corps
:
humain ,
le concert enfin de toutes enfemble
épuiferont toujours les
efforts de l'efprit humain, avant
qu'on aye découvert leurs veritables
caufes S'il faut tant
d'eſprit pour les démefler , quelle
fageffe , s'écrie noftre Auteur
a- t-il fallu pour les inventer ? Il
n'y a point de Plante dont la formation
ne foit un ouvrage , enfon
genre,plus admirable que l'Eneide
GALANT 147
c. Voilà une idée des raifonnemens
de l'Auteur Anglois .
On a imprimé en Angleterre
les oeuvres de M' de Saint-
Evremont , en deux volumes
in quarto , beaucoup augmentées
& plus correctes , que celles
de cet Auteur qui ont paru
jufques à prefent.
P
On vient de traduire en
François un livre Anglois , fait
par M Scherlock , qui a pour
titre , Difcours touchant lafidelité
de bien , la punition
des
gens
des
méchans
dans
l'autre
monde
;
dans
lequel
l'Auteur
tâche
principalement
de
prouver
l'im
Nij
148 MERCURE
mortalité de l'ame , & la vie
éternelle contre les incredules.
Cette édition a efté faite par le
S' Defbordes .
Le S Roger d'Amfterdam a
auffi mis tout nouvellement
fous la Preffe l'Hiftoire du Martyre
de la Legion Thébenne , avec
une Differtation hiftorique & critique
fur le martyre de cette Legion.
Le Vendredy 28. du mois
dernier M l'Evêque de Senés
prononça le Panegyrique de
Saint Auguftin dans l'Eglife de
grands Auguftins , à dix heures
du matin , devant M² les Pre-
IS
GALANT 149
་
lats de l'Affemblée dn Clergé.
Ce difcours reçut les mêmes
applaudiffemens qui ont toûjours
efté donnez à ceux de ce
Prelat. Il reprefenta le Saint
dont il faifoit l'éloge dans les
deux états de fa vie qui furent
fi contraires . Il le fit voir livré
à fes paffions , & enſuite comme
une conqueſte de la grace,
Il montra d'abord en , S. Auguſtin
, un deffenfeur obſtiné
des erreurs deteftables de Manés
, & enfuite comme le rempart
de la Foy & de la Verité ,
qu'il foûtint depuis fi courageufement
contre les mêmes
N iij
150 MERCURE
Manichéens , dont il avoit efte
un zelé partiſan , & contre les
Pélagiens , qui ne cherchoient
qu'à corrompre la pureté de la
doctrine de l'Eglife . Pour ſe
fervir des expreffions de Saint
Auguftin ( lib. 8. Conf. cap . 3. )
La victoire , dit-il , n'eft jamais.
plus chere que lorfqu'elle a efté
opiniâtrement difputée , & jamais
un Conquerant ne triomphe
avec plus de plaifir que
quand il a combattu avec beaucoup
de danger. La tempefte
qui agite un vaiffeau & qui eft
prête à le renverfer , rend plus.
douxle calme qui la fuit ; & les
a
GALANT 151
Matelots n'en conçoivent jamais
de plus grande joye que
lorfque leur crainte a eſté grande
, & , comme il ajoûte , exceffive
. On n'eftime prefque
rien une fanté qui paroift inalterable
, & on regarde avec indifference
marcher & courir
un homme qui fe porte bien
mais quand on l'a vû frapé d'une
dangereuſe maladie , où ſon
corps perclus ne pouvoit plus
fe foûtenir , on regarde comme
une faveur particuliere de
Dieu les nouvelles forces qu'il
a recouvrées . De ces reflexions
puifées dans la propre bouche
N iiij
152 MERCURE
du Saint Docteur , l'Orateur en
conclud fa naiffance à la
que
grace fut d'autant plus agreable
à l'Eglife , que fa perte luy
avoit efté douloureufe ; plus
cette Mere confideroit les dangers
que ce cher Fils avoit courus
, plus elle reffentoit de plaifir
de l'en voir échapé . Le Panegyrique
fut rempli de traits auffi
Brillans qu'éloquens. L'Auditoire
fut tres- auguſte & tresnombreux.
M' l'Abbé de Dromenil ,
Docteur de Sorbonne , grand-
Vicaire de Laon , & Aumônier
du Roy , prononça auffi le PaGALANT
153
négyrique de Saint Auguſtin ,
dans la même Eglife , l'aprefdîné
du même jour , en prefence
d'un tres- bel Auditoire ,
& d'une partie des Prelats &
des autres Députez de l'Affemblée
du Clergé. Son Difcours
fut tres- éloquent & rem pli de
traits vifs & brillans qu'on a
déja admiré plus d'une fois
dans les Sermons de cet Abbé.
Aprés avoir fait voir Saint Au
guſtin dans les égaremens de la
jeuneffe & dans les erreurs aufquelles
fon efprit fut d'abord
livré , il le fit voir enfuite rendu
à l'Eglife par les voeux & par
154 MERCURE
+
les larmes de fa fainte mere. Le
Ciel dit - il , feconda heureuſement
les voeux de cette mere affligée
; la Justice divine fe laiffa flé.
chir par fes larmes : & lafanté
renduepar miracle à ce cher Fils ,
luyfut un gage & une aſſurance
de fon falut. Cette pieufe refle
xion donna lieu à de belles antithefes
. Cet Abbé fit voir
Auguftin pechant , Monique
pleurant , Auguftin ſe réjoüiffant
Monique s'affligeant ;
Auguftin fe plongeant dans
des plaifirs impurs , Monique
fe baignant dans fes propres
larmes .. Auguftin n'offroit
GALANT 155
point de facrifices au demon ,
que Monique ne tâchaft de les
expier par ceux de fes larmes :
De fanguine cordis matris mea
per lachrymas ejus , diebus ac noctibus
pro me tibi facrificabatur.
Ma mere , ô mon Dieu , répandoit
jour & nuit des larmes ,
comme autant de gouttes de
fang qui couloient de fon coeur,
& de facrifices qu'elle vous of
froit pour moy: elle en répan
´doit le jour , elle en répandoit
elle en arrofoit la terre ,
la nuit ;
elle en arrofoit
les mers ; elle
en verfoit
dans
les Villes
, elle
en
verfoit
dans les
campagnes &
156 MERCURE
Flumina oculorum maternorum .
dit ce grand Saint
Ses
yeux ,
dans
fes
Confeffions
, eftoient
comme
deux
torrens
qui
ne
pûrent
s'épuifer
pendant
l'ef
pace
de vingt
années
: Mulier
cum
parit
triftitiam
habet
. On
peut
juger
par
quelques
uns
de
ces
traits
, recücillis
entre
plufieurs
autres
, combien
ce difcours
reçut
d'applaudiffemens
;
d'ailleurs
il fut
prononcé
avec
cette
bonne
grace
qu'on
admire
dans
tout
ce que
dit
M
l'Abbé
de
Dromenil
.
La piece qui fuit merite vôtre
curiofité.
GALANT 157
LETTRE
Ecrite de Munich le 8. d'Aouft,
par une Perfonne
de la premiere
qualité , à un de fes
parens , établi depuis pluficurs
années dans un pays
neutre , au ſujet du traitement
que les Bavarois reçoivent
des Imperiaux .
Vous avez fans doute appris ,
mon cher Coufin , l'entiere defolation
de notre commune Patrie . Les
mauvais traitemens dont on nous
accable fe font à la vûë de tout
l'Empire , fans que perfonne s'in158
MERCURE
tereffe à nôtre foulagement ; cependant
le Corps Germanique deuroit
tirer cette jufte confequences
qu'aprés que nous aurons efté accablez
, la Bavierefervira de chaif
nes pour mettre les autres Etats
libres dans lesfers. On ne s'eft pas
contenté de ce qu'en vertu d'un
Traité que l'injuftice a dicté ,
que la violence a conclu à la tefte
d'une armée qui menaçoit la Baviere
d'un faccagement , dés
la Ville de Landau feroit reduite ;
on ne s'eft pas contenté , dis- je ,
qu'en vertu de ce Traité , des peuples
libres ayent remis leurs armes ,
leurs Places fortes , leurs Arſeé
que
GALANT 159
maux , leur Artillerie , & leurs
munitions de bouche & de
ཟ
guerre
entre les mains de leurs ennemis
qui au moyen de ce avoient promis
d'eftre leurs amis , de les proteger,
de laifferleursfamilles vi
vre tranquillement chez elles , fans
en rien exiger davantage qu'un'
contingent raisonnable , tel qu'il eft
reglé par la Matricule de l'Empire.
Bien loin de là , on nous a accablez
du quartier d'hiver d'une
armée étrangere, qui pendant plus
defix mois a vécu comme à difcretion
dans ce malheureux pays , y
commettant plus de cruautez &
160 MERCURE
de violences que chez un ennemi
declaré ; & non contens de cela ,
lorfqu'une partie a efté obligée de
marcher ailleurs , nous avons efté
contraints de les habiller pour la
pluſpart , & de leur payer leur
folde , comme fi ces troupes eftoient
furpiedpour veiller à noftre confervation.
On nous a demandé des
fommes exorbitantes pour envoyer
en Hongrie en Italie ; & fur ce
que nous avons voulu reprefenter
avec tout le respect lafoumiffion
dont nous eftions capables , noftre
impuiffance & le trifte eftat où la
·guerre avoit reduit le pays , on
nous a taxez de mutins & de reGALANT
161
belles aux ordres de la Cour de
Vienne , avec plus d'indignité que
fi nous en eftions les veritablesfujets
. On a non -feulement défarmé
la Bourgeoisie , comme on avoit
fait les troupes reglées ; mais auffi
la Nobleffe ,fans aucun égard des
privileges & du rang qu'elle doit
tenir en Allemagne.
de
Par le Traité violent dont j'ay
parlé, on avoit laiffé à Madame
l'Electrice à fa famille ,la Ville
Munich a
de Munich , pour y jouir encore
d'une ombre de Souveraineté; mais
par une infidelité fans bornes , on
s'eft emparé de cette Capitale , qui
efté comme donnée au pillage :
Ò
Septembre 1705
162 MERCURE
puiſqu'on en a non-feulement enleé
l'Artillerie les munitions
qui devoient y refter , mais auffi
les plus riches meubles du Palais
Electoral , les papiers & la vaiffelle
d'argent qu'on a emportez à
Vienne ; pourcomble d'injustice,
on refufe à cette Princeffe la li
berté de revenir dans fes Etats
prendrefoin de fes Enfans , fans
qu'elle ait jamais fait autre chofe
que defuivre trop aveuglément les
confeils des Partifans dela Maifon
d'Auftriche.
Il eftoit àproposque nos ennemiş ,
~ ou ,pourparler plus jufte , nos Tyrans
, couvriffentpar quelque fupGALANT
163
que
pofition les injuftices criantes qu'on
nous afaites ; c'eft ce qu'ils ontfait,
en publiantfous main les Bavarois
avoient formé un complot
contre les Troupes étrangeres qui
ravagent cet Etat. Mais cettefuppofition
eft fi fauffe&fi groffiere ,
quejene croispas qu'aucuneperfonne
aidéefimplement des lumieres du
fens commun , puiffe s'empêcher de
la regarder avec indignité ,furtout
lorfque l'on refléchira fur ce que
nous avons fait , &fur le trifte
eftat dans lequel nous nous trouvons.
Si nous avions veritablement
voulu nous oppofer aux volontez
O ij
164 MERCURE
bien
de l'Empereur, nous n'aurions pas
attendu de le faire , que nous luy
cuffions mis de bonne foy entre les
mains les Places fortes de l'Etat.
Chacun fçait qu'elles eftoient pour
la plupart bien munies
fortifiées , qu'il y avoit en Baviere
un nombrefuffifant de bonnes troupes
reglées pour deffendre pendant
longtemps une armée victorieuſe,
commandée par un Prince treshabile
, qui avoit déja échoüé devant
Ingolstadt ; & il est trescertain
quefi nous avions voulu
difputer pied à pied le terrain ,
l'Empereur avec toutes fes forces
ne feroit pas encore maiſtre de tour
GALANT 165
ce qu'il occupe en Baviere , & il
ne nous en coûteroit pas tant de luy
avoir réfifté comme à un ennemy
declaré ,
de
l'avoir
accepté
pour
que
amy & Protecteur
.
L'employ
que j'ay occupé pendant
25. ans ,foit dans les affaires
d'Etat
,foit dans celles de la guerre
,
joint à mon zele , connu pour le
Service
de ma patrie
, ne m'anroientpas
permis
d'ignorer
entierement
unpareille
complot
,s'il avoit
efté formé
en Baviere
quelque
foin que mes amis & moy ayons
pris depenetrer
ce myftere
, nous n'en
avons découvert
d'autres
fources
que des faux bruits femez
par les
166 MERCURE
3 Imperiaux qui n'ont jamais voulu
(quelques prieres quela principale
nobleſſe en ait fait au Comte de
Leweftein & aux autres Comif
faires de Sa Majesté Imperiale )
découvrir les prétendus complices
de cette confpiration vifionnaire
• pour les faire punir , n'eftantpas
jufte que s'ily avoit des Criminels ,
des Innocens dûffent en fouffrir.
Non-feulement ils l'ont refufé
à la nobleffe Bavaroife ; mais auffi
a quelques Princes voifins , qui
craignant que le feu de la divifion
ne fe rallumaft dans l'Empire.
vouloient entrer en connoiffance de
Ce prétendu complot, pour en éviter
GALANT 167
devroit
Les fuites. Il est bien vray que le
peuple murmure de la dureté avec
laquelle il est traité : Hé ! où font
·les hommes qui ne fe plaindroient
pas à moins ! Quand l'Empereur
feroit noftre fouverain
il trouver mauvais qu'un peuple
accabléfous le poids de la violence
Soupiraft aprés un traitement plus
doux. Ce murmure n'a efté fuivi
que de pleurs & de gemiſſemens s
helas ! c'est auffi jufques où s'etend
noftre pouvoir ; car quand par un
effet de noftre defefpoir nous voudrions
pouffer plus loin noftre
mécontentement , ferions - nous en
état de pouvoir le faire ? Mais je
168 MERCURE
;
vousjuredevantDieu queperfontne
n'en a pasfeulement eu lapenfee.
Si les Imperiaux avoient veritablement
eu des preuves de l'accufation
qu'on fait à nos peuples ,
on auroit dû les communiquer à la
Diette de l'Empire & on n'auroit
pas manqué de donner au public
cette découverte dans toutes
Ses circonstances , tant pour nous
rendre odieux dans l'Europe , que
pour juftifier le procedé inoiy de la
Cour deVienne. Mais la verité
eft, qu'on ne veut qu'unprétexte
pour achever de nous dépouiller de
nos biens & de ce qui nous refte
de cette ancienne liberté Germanique.
GALANT 169
que. Toutfe difpofe à faire de la
Baviere une Province hereditaire
à la Maifon d'Autriche , qui
fervira un jour un jour à dépouiller de
leurs Etats , les autres Souverains
Membres de l'Empire .
Noftre foumiffion aux volontez
de la Cour de Vienne meritoit
Sans doute un traitement bien different
de celuy qu'on nous fait
Jouffrir. Les Prifons font pleines ,
non de criminels , mais d'innocens
Bavarois , pour avoir ofé faire
des remontrances aux Commiffaires
Imperiaux ; on a déja tranf
feré dans les Provinces hereditaires
, les plus confiderables d'entre
Septembre 1705. P
170 MERCURE
nous. A l'heure que je vous écris,
j'ay trente-deux bouches logées
chez moy , où fans égard à mes
Services , à ma qualité, ny à mon
age,on y commet toutes fortes d'in
famies. Fugez par là ce qu'onpeut
faire chez le Bourgeois & chez
l'Artifan. La douleur qui me penetre
, ne me permet pas de vous
en dire davantage ; & en voilà
déja affez pour vous obliger de
benir le jour auquel vous avez
quitté la malheureuſe Baviere ,
pour vous établir ailleurs. Fe
fuis , &c.
On aura beau parcourir
toutes les Hiftoires pour cherGALANT
171
cher des exemples d'une violence
pareille , on n'en trou
vera dans aucun fiecle , nonfeulement
d'auffi criantes &
d'auffi cruelles; mais mefme qui
en puiffent approcher. Quoique
l'Auteur de la Lettre que
vous venez de lire , en ait fait
une peinture auffi belle & auffi
vive, qu'elle cft trifte, & qu'elle
doit eftre chagrinante pour
tous ceux que l'Empereur peut
traiter de mefme , fous des prétextes
inventez ; il s'en faut
néanmoins beaucoup , qu'il
n'ait fait voir dans fa Lettre ,
tout ce que le peuple de Ba-
1
Pij
172 MERCURE
viere fouffre , puifqu'on luy à
interdit jufqu'à la parole , &
que l'on ne permet pas à trois
perfonnes de s'entretenir enfemble
dans un meſme lieu.
On n'oblige pas feulement ce
peuple de nourrir les gens de
guerre dont on remplit les
maifons , d'en entretenir dans
les armées de l'Empereur , &
de payer des fubfides à Sa Majefté
Imperiale ; on leur enleve
encore , fous divers prétextes ,
la plus grande partie de tous
leurs effets . Enfin on manque
à tous les points du Traité ,
tant à l'égard du Souverain ,
GALANT 173
que des fajets. On a vû des
Villes prifes d'affaut par des
Barbares & par des Tyrans ;
mais fi elles ont efté expofées
au pillage ; ce n'a cfté que par
ce que les loix de la
guerre le
permettent en certaines occafions
mais ce pillage de la
Ville qui a trop refifté , étant
ceffé , on a laiffé rétablir les
peuples , & tous les jours de
de leur vie n'ont point efté des
jours de pillage pour eux. Le
refte des Etats dont quelques
Villes ont efté ainfi mal traitées
pour s'eftre défendues ou trop
long temps , ou mal à
propos
P iij
174 MERCURE
n'a point fouffert comme
fouffre aujourd'huy la Baviere,
quoique foûmife au joug des
Barbares & des Tyrans ; & j'ay
eu raifon de dire qu'aucun fiecleone
fournit d'exemples de
ce qu'on voit aujourd'huy en
Baviere , & je ne puis m'empefcher
de repeter encore, que
toutes les Puiffances Souverai
nes d'Allemagne doivent trembler
, & que puifqu'un Souverain
auffi puiffant que Monfieur
l'Electeur de Baviere , eft
fi mal traité , aprés avoir expofé
tant de fois fon fang pour
la Maifon d'Auftriche ; les
ས་ལ
GALANT 175
Id
Princes qui luy font beaucoup
inferieurs en puiffance , doivent
craindre de fe voir écra→
fer , fans avoir feulement le
temps de refpirer , tant que
Corps Germanique fouffrira
avec autant d'indolence qu'il
fait aujourd'huy , le mal que
l'on fait à fes Membres ; puifque
ce mal fe communique
fouvent , & qu'aprés avoir attaqué
un Membre , il paffe à
l'autre , qui fe trouve alors
moins en état de refifter .
Toutes les Puiffances qui
compofent le Corps Germanique
, & qui font autant de
P iiij
176 MERCURE
Membres de l'Empire , doi
vent d'autant plus craindre de
fe voir tour à tour attaquées ,
que le mal partira toujours de
la mefme fource dont il part
aujourd'huy. L'Empereur défunt
eftoit un affez bon Prince
, qui eftoit gouverné & qui
vouloit l'eftre. Il eftoit perfuadé
que lorsqu'il avoit remis
à fon Confeil la décifion d'une
affaire , il n'eftoit reſponſable
ni devant Dieu , ni devant les
hommes , du mal que ce Confeil
faifoit : En quoy il fe trompoit
groffierement , fur tout
lorfque le mal eftoit fi viſible
GALANT 177
& fi grand , qu'il ne pouvoit
l'ignorer ; car il y a des cas fi
embarraffans , que le Souverain
peut pecher avec fon Confeil
fans croire faire mal . Enfin
comme l'Empereur défunt
avoit un fond de Religion , &
qu'il eftoit honneſte homme ,
il pouvoit un jour ouvrir les
fes Miniftres pouvoient
yeux ;
les ouvrir auffi & ceffer d'eftre
fi injuftes & fi cruels : ils pouvoient
mourir , ils pouvoient
eftre depoffedez , & l'on pou
voit cfperer que les Decrets
d'un Confeil nouveau feroient
plus équitables ; mais toutes
178 MERCURE
8
ces efperances font aujour
d'huy évanouies . Le Souverain
gouverne feul , il ne prend
confeil que de fon temperamment
; il eftjeune , & il y a lieu
de craindre que fa trop grande
vivacité touchant fes interefts
n'aille en augmentant , fi tout
l'Empire ne prie le Ciel de verfer
fes graces dans ſon fein ,
& d'adoucir l'aigreur d'un
temperamment qui entretiendroit
toujours le feu de la diffenfion
dans toute 1 Europe ,
& dont tant qu'il dureroit les
Membres de l Empire fouffriroient
beaucoup , parce qu'il
GALANT
179
auroit les armes à la main ; &-
que tant qu'il feroit armé , il
feroit plus en état d'opprimer
ceux dont les Etats feroient à
fa bien-féance , ou qu'il jugeroit
à propos d'affoiblir , parce
qu'il les trouveroit plus difpofez
que les autres à maintenir
la liberté des Membres de.
l'Empire & à en éloigner la
guerre. C'eſt le crime de Monfieur
l'Electeur de Baviere envers
l'Empereur défunt, & celui
qui regne aujourd'huy ; il vou
loit empêcher l'ouverture de la
guerre prefente. Les Cercles de
l'Empire avoient fait un Trai
180 MERCURE
té avec luy , pour maintenir la
Paix dans l'Empire ; & ils ne
fe devoient point mêler des intereſts
particuliers de l'Empereur
qui ne les regardoient
pas . Ils ont manqué à leur
Traité , & le feu s'eft mis dans
l'Empire & dans l'Europe
ainfi que Monfieur l'Electeur
de Baviere l'avoit prévu ; & la
Maiſon d'Auftriche a juré la
perte de cet Electeur , dont
toute l'Europe devroit prendre
les interefts , puifqu'il n'a
mis les armes à la main , que
pour en maintenir le calme , &
que toute l'Europe feroit en
GALANT 181
paix , fi les Cercles ne luy
avoient point manqué de parole
, en n'executant point le
Traité qu'ils avoient fait avec
luy...
Le Roy,au milieu des grands
foins qui l'occupent ordinairement
, & fur tout dans la
conjoncture des affaires prefentes
, qui l'oblige à foutenir
les efforts de la plus grande
partie de l'Europe liguée contre
luy , ne néglige aucune occafion
de contribuer au bonheur
, & au foulagement de
fon peuple. Sa bonté s'eftend
par tout & à tous ; & fans ſa
182 MERCURE
fage prévoyance , qui a fait diª
ftribuer vingt Pompes dans Paris
, au moyen de la Lotterie ,
dont je vous entretins le mois
de May dernier , le funeſte accident
dont je vais vous faire
le trifte recit , auroit efté beaucoup
plus terrible & plus general
.
Le Vendredy i'i de ce mois,
entre 7. & 8. heures du matin ,
le nommé la Briere , Marchand
Quincaillier & Artificiaire
qui demeuroit ruë S. Antoine ,
attenant l'Eglife des Peres de
ce nom , & qui occupoit derriere
leur Choeur une Maiſon
GALANY 183
i
qui leur appartenoit , fumant
dans fon Grenier , pour chaffer
une mauvaiſe fenteur , qui
s'eftoit répandue dans fa maifon
, laiſſa romber fur le plancher
, le charbon qui luy avoit
fervi à allumer fa pipe ; ilporta
d'abord le pied deffus pour
l'éteindre mais une legere
étincelle ayant volé fur des
amorces , elles prirent à l'inf
tant feu , & il fut impoffible à
la Briere & à fon fils , qui cftoit
avec luy , d'en arrefter le progrés.
Les Voifins s'apperçurent
auffi- toft du peril qu'ils
couroient ; ils en donnerent
:
184 MERCURE
avis à la femme de la Briere
&à fa fille, qui eftoient en bas,
& qui fe fauverent fans perdre
de temps : dans ce moment ,
ce malheureux pere & fon fils
furent enlevez par la violence
de pluſieurs livres de poudre ,
qui prirent toutes à la fois , &
portez de l'autre cofté de la
ruë , quoy que fort large en
cet endroit . Le bruit que fit
cette poudre fut terrible , &
fut entendu de toutes les extremitez
de Paris ; le Grenier
en fautant en l'air , mit le feu
au plancher de deffous ; la maifon
la plus voifine s'entrouGALANT
185
vrit , & tout le derriere du
Choeur du petit S. Antoine
fut jetté dans toute l'Eglife ,
juſques au haut des Orgues
qui furent fracaffees : tous les
Tableaux , les Boifures , & une
partie du Tabernacle furent
renverfez & mis en pieces. Le
Pere Gautier , qui celebroit la
Meffe au Maiftre- Autel , fut
renversé par terre tout couvert
de pierres & de fang , de deux
bleffures qu'il reçut à la tefte ,
dans le moment qu'il alloit
confacrer , & fe traîna avec
beaucoup de peine fur les genoux
jufques à la Sacriftie ;
e Septembre 1705 .
a
186 MERCURE
plus de trente- cinq perfonnes
furent pareillement bleffées ,
& dans l'Eglife , & dehors l'E
glife , par
la chûte des pierres ,
&
& les folives & les feneftres
brifées qui tomboient . Les fufées
& autres artifices dont
cette maiſon eſtoit remplie ,
voloient de tous coftez
plufieurs Artifans qui eftoient
dans differentes boutiques , en
furent atteints ; les maifons
qui vont jufques à l'Hoftel de
Beauvais , & celles même qui
font plus éloignées , ont eu
prefque toutes leurs vitres caffées
; & les plus proches n'ont
GALANT 187
cónfervé ni vitres , ni feneftres ,
ni glaces , ni porcelaines . Le
Saint Ciboire du grand Autel
fut fauvé par un petit garçon de
douze ans ; & une Servante , au
travers des flammes , apporta
celuy de la Chapelle de la Vierge.
La force du feu tranſporta
l'infortuné la Briere , au travers
de fa feneftre , jufque contre
l'ancien Hoftel du Connétable
de Guefclin où il tomba , & il
mourut incontinent aprés,fans
jugement ni connoiffance ; fon
fils qui fut jetté dans le ruiffeau,
ne luy furvêcut que de quelques
momens ; & deux autres
Q ij
188 MERCURE
de fes enfans , enfevelis fous les
ruines , en furent retirez bleffez
, brûlez à moitié & prefque
agonifans . Les chofes eftoient
dans ce pitoyable état , lors
qu'on vit arriver M' d'Argenfon
, M' le Prévoft des Marchands
, accompagné de M
les Echevins , M les Procureurs
du Roy & de la Ville , &
plufieurs Commiffaires de differens
quartiers. Ils fremirent
tous , & demeurerent immobiles
pendant quelques momens
, à la vue de cet affreux
defaftre ; mais le zele & la charité
prenant auſſi- toſt le deſſus ,
GALANT 189
chacun s'occupa au foulagement
de ce grand nombre de
bleffez les uns allerent chercher
avec empreffement des
Chirurgiens ; d'autres panferent
eux- mêmes les playes les
moins dangereufes ; & d'autres
retirerent dans leurs maifons
des perfonnes mourantes ; &
plufieurs firent porter , & porterent
eux - mefmes fur leur
bras , les malheureux dont les
jambes venoient d'eftre caffées.
Le feu , cependant , ayant pris
aux Tableaux & à toute la
boifure de l'Eglife , donna lieu
de craindre un embraſement
+
190 MERCURE
total de cet Edifice ; la maifon
voifine & entr'ouverte , dont
j'ay parlé , brûloit auffi ; & le
feu eftoit pareillement à la premiere
chambre , & à la boutique
de celle dont partie avoit
fauté de forte que ces trois
incendies n'en compofoient
qu'un , qui menaçoit tout le
quartier . La boutique brûlante
& pleine de mille chofes combuſtibles
, avoit un Caveau à
coſté , & preſque ſous le Maiſtre-
Autel , où peu de jours auparavant
la Briere avoit mis
plufieurs barils de poudre ; & ſi
cette poudre cuſt pris , S. AnGALANT
191
toine & trente autres maiſons
auroient également fauté . Mais
M' d'Argenſon , toujours infa→
tigable , & M le Prévoft des
Marchands donnerent fur le
champ de bons ordres , qui furent
executez avec autant d'ardeur
que de diligence. On or→
donna à tous les voifins de tirer
de l'eau , & l'on fit faire dans
la rue S. Antoine un bâtardd'eau
; l'on fit venir les feaux
de la Ville , l'on manda le S ' du
Perier , & l'onfit apporter deux
de fes Pompes nouvellement
diftribuées dans les differens
quartiers de Paris . Dés qu'elles
192 MERCURE
.
furent arrivées , on en porta
une dans l'Eglife , qui arreſta
tout à coup le feu déja monté
& attaché au plus haut lambris
de la voûte ; & du milieu de la
ruë on jetta avec l'autre de l'eau
en abondance juſques au quatriéme
étage de la maifon qui
brûloit, & en moins d'un quart
d'heure & demi de travail , elle
parut hors de danger . M'
d'Argenfon , qui fe portoit
dans tous les endroits les plus
perilleux , ordonna alors au S
du Perier , de diriger l'eau de
fes deux Pompes fur la boutique
& dans le Caveau où la
poudre
GALANT 193
poudre eftoit , & comme l'on
avoit déja confommé beau
coup d'eau , & que la pluſpart
des puits eftoient taris , on dépava
quelques endroits de la
ruë , pour couper le tuyau de
plomb, qui porte l'eau à la Fontaine
qui eft devant les Jefuites.
Cette précaution fut fage,
& produifit un effet merveilleux
; car une demie - heure
aprés , le feu de la boutique ,
furmonté par la grande quantité
d'eau qu'on y avoit dardée
avec les deux Pompes & de
fort loin , pour n'eftre pas expofez
au rifque d'eftre enlevez
Septembre 1705 .
R
194 MERCURE
par le feu , donna moyen à des
Ouvriers , plus intrepides que
les autres d'aller retirer les
barils de poudre , qui cauſoient
une tres - grande & ttrreess-- juſte
apprehenfion. A dix heures &
demie tout le feu eftoit éteint.
Jamais accident auffi terrible
n'a eu de fecours fi promt , ni
fi bien concerté entre tous les
Magiftrats , Commiſſaires , &
autres Officiers qui fe trouvent
ordinairement en de parcilles
occafions. La foule du peuple,
accouruë de tous coftez,voyant.
que tout cftoit fini , ne s'occupa
plus qu'à remercier Dieu¸
GALANT 195
& à donner au Roy mille &
mille benedictions , de la bonté
qu'il a eu , d'accorder à fa
Ville de Paris la Lotterie des
Pompes , qui ont déja fervi à
fauver le Palais des Thuilleries.
& pluſieurs autres maiſons qui
auroient peri par le feu .
Sur les onze heures , le S du
Perier alla en pofte à Marly ,
pour rendre compte au Roy
de ce qui venoit de fe paffer . Il
y arriva lorfque Sa Majefté
fortoit de difner ; Elle écouta
avec compaffion tout le détail
de ce grand malheur ; & luy
ordonna de luy faire inceflam-
Rij
196 MERCURE
ment des Pompes pour Ver
failles , Marly & Fontainebleau
, & pour fes autres Maifons
Royales. Depuis un mois
Monfeigneur le Dauphin en a
fait mettre deux à Meudon. La
Ville de Lion en demande , &
plufieurs autres tâcheront, fans
doute , d'obtenir comme Paris
, la permiffion de faire des
Lotteries , afin de parvenir à un
établiſſement fi neceffaire , fans
qu'il en coûte rien à perfonne.
Je vous ay parlé dans ma derniere
Lettre du Difcours fait au
Roy par M' de Graville , Avocat
General des Requeſtes de l'HôGALANT
197
tel , lorfque les nouveaux Echevins
prêterent le ferment de fidelité
entre les mains de Sa
Majefté , & que cet Avocat General
prefenta le Scrutin ; & je
vous dis alors que s'il tomboit
entre mes mains , j'aurois foin
de vous l'envoyer . Je vous tiens
parole , & le voicy.
SIRE ,
La Capitale de vôtre Royaume
vient aux pieds de Vofttre Majefté
luy prefenter fes nouveaux
Magiftrats ; renouveller les
affurances de fon profond respect.
R iij
198 MERCURE
€ d'une fidelité inviolable
.
Nous ne pouvons
, Sire , vous
donner
des garants
plus fürs &
plus nobles
de noftre parfait
déles
vertus mêmes 8
vouement , que
de Voftre
Majefté. Les
engagemens
de noftre
naiffance
font les moindres
liens , qui nous attachent
à
voftre
Perfonne
facrée
, la qualité
de Pere fait plus
d'impreffion
fur
nos coeurs
, que celle de Roy ; &
nôtre
foumiffion
eft moins
l'effet
du Devoir
, que de la Reconnoiffance.
Ce qui attire l'Amour des Peuples
eft tellement uni en vous
SIRE, avec ce qui excite leur
GALANT 199
admiration, que toute l'Europeferoit
dans les mêmes difpofitions que
nous ,fiune fauffe Politique ne luy
perfuadoit , que plus elle admire ,
plus elle doit craindre ; convaincuë
de la fuftice , & de la Religion
de l'oftre Maj fté , elle s'aveugle
jufqu'au point de fe cacher à ellemefme
, les avantages qu'elle en
peut efperer; elle s'allarme des qualitez
qui devroient la raffurer ;
mais les efforts mefmes de fa crain
te font les témoignages les plus irreprochables
de fon eftime . Heureux
, SIRE , le Peuple , à qui
il eft permis d'aimer ce qu'il admire
, & qui éprouve fans ceffe
Riiij
200 MERCURE
combien une Puiſſance , fi redou
table aux autres , eſt bien-faifante
pour luy!
moins
Touchez de tant de graces , que
nous avons reçûës de Voftre Majefté
, nous ne le fommes pas
de toutes celles qu'elle répandroit
encore fur nous fur nous ,fi les conjonctures
préfentes laiffoient à ſa bonté Paternelle
une entiere liberté ; nous
trouvons dans le coeur de Voftre
Majefté une reſource affurée
contre toutes les fuites inévitables
de la guerre , & nous y trouvons
Les gages les plus certains d'un
avenir tranquille. Pleins de cette
confiance
nous ne faisons faifons des
2
GALANT 201
voeux que pour la gloire , & pour
la confervation de V. M. & nous
luy laiffons le foin de noftre bonheur.
Le Ciel
fecondera fes
genereux
Projets ; la Paix fera triompher
-la Justice , &forcera
vos Ennemis
confondus
à reconnoistre
les
droits legitimes
d'un fang digne
de commander
à toute la Terre.
Le Roy parut fort fatisfait
de ce difcours ; & en répondant
au Corps de la Ville , qui
étoit prefent , Sa Majefté voulut
bien fe fervir de quelques
expreffions
de ce mefine
difcours
, en affurant ce Corps ,
202 MERCURE
qu'il trouveroit effectivement ,
dans fon coeur une reſſource contre
les fuites inévitables de la
guerre , & les gages certains d'une
avenir tranquille .
Ce Monarque dit en s'adreffant
à M' de Graville , qu'il
venoit de faire un diſcours tresfage
& convenable au temps ; &
Sa Majefté eflant enſuite entrée
dans le Confeil , dit ,
qu'elle venoit d'entendre un difcours
qui luy avoit paru tresbeau
, & dont elle avoit efté tresfatisfaite.
M' de Graville eft fils du Prefident
de la Cour des Aides de
t
GALANT 203
ce nom , & frere aîné de M' le
Chevalier de l'Etoille de Graville
, Envoyé Extraordinaire
du Roy auprés des Grifons ;
quoiqu'il foit encore d'un âge
où l'on accorde rarement de
pareils emplois , il a fait voir
depuis quatre ans qu'il eft dans
cet Employ , que les conjonctures
delicates & difficiles ne
fervoient qu'à faire connoiſtre
qu'il eftoit capable de le remplir
. Auffi Sa Majeſté a -t- elle .
témoigné qu'elle eftoit tresfatisfaite
de les fervices.
Je ne doute point qu'en lifant
les Vers fuivans , vous ne
204 MERCURE
dévinicz qu'ils font de M' de
Maiz , de la Fléche ; puifqu'il
s'eft fait un devoir de m'envoyer
tous les mois un Air fur
le mefme fujet.
AIR NOUVEAU.
Ocean de bonté , fource en graces.
feconde ,
Dont fans ceße fur nous découlent
mille biensi
La France vous invoque , &joint
fes voeux aux miens ,
Pour fon Roy , le plus grand qui
fut jamais au monde .
Que nos juftes defirs , grand Dieu ,
foient écoutez !
Confervez en LOUIS votre plus
vive Image ;
GALANT 205
Et laißez- nous long- temps un
gage ,
Qui nous répond luy feul de toutes
vos bontéz
Ayant à vous parler de la
mort de Monfieur le Prince
de Bournonville , je commence
cet Article par la Genealogie
de cette Maifon.
Jean de Bournonville , Chevalier
, Seigneur de Honrec ,
étoit fils de Jean de Bournonville
, dit Chaftel , Seigneur de
Rinquefant, qui vivoit en 1424 .
Ce Jean de Bournonville cut
pour fils Jean de Bournonville,
troifiéme du nom , dit Defpoſt,
206 MERCURE
de Dame Izabeau des Preys, fa
femme , qu'il épouſa en 1447.
Jean de Bournonville , troifiéme
du nom , dit Defpoft ,
Chevalier, Seigneur de Capres,
Honrec , Chatelain de Hardelot
, Grand Louvetier d'Artois,
époufa Dame Heleine de Sufre
quet , Dame de Montigni , fille
-unique de Mr Charles de Sufquet
, Chevalier , & de Dame
Izabeau d'Aleſme , & ils eurent
Guy de Bournonville.
Guy de Bournonville ; Chevalier
, Sire de Capres , Baron
de Holfort & de Nomek ,
Gouverneur d'Abbeville , &
GALANT 207
Grand Vencur du Boulonnois
qui mourut en 1544. avoit
époufé Anne de Ranchicourt ,
heritiere de Ranchicourt , qui
mourut en 1542. Ils eurent
pour enfant Oudart de Bournonville.
Oudart de Bournonville ,
Sire de Capres , Comte de
Henin , Vicomte & Baron de
Barlin & de Houlfort , Chef
des Finances des Pays-Bas ,
Confeiller d'Etat du Roy Catholique
, Capitaine des Gensdarmes
, Capitaine general &
Gouverneur de la Province
d'Artois & d'Arras , mort en
1585. avoit épousé Marie
208 MERCURE
Chreftienne d'Egmont , fille de
Lamoral , Comte d'Egmont ,
Grand d'Espagne , Prince de
Gavre & du Saint Empire,Chevalier
de la Toifon d'or, Gou--
verneur de Flandre & d'Artois,
& de Sabine , Princeſſe de Baviere
, foeur de Frederic trois
Comte Palatin du Rhin , Duc
de Baviere , Electeur du Saint
Empire , morte en 1622. Ladite
Marie Chreftienne d'Egmont
, aprés la mort d'Oudart
de Bournonville , fon premier
mary , époufa en fecondes
noces le Comte de Holftraten
& en troifiémes noces
le Prince de Mansfeld
GALANT 209
Prince du Saint Empire. En
1602. aprés la mort du Prince
de Mansfeld , le Roy Henry
le Grand érigea en fa faveur ,
& d'Alexandre de Bournonville
, fon fils , qu'elle avoit eu
de fon premier mariage avec
Qudart de Bournonville ,
Terre de Bournonville en
Duché.
la
Alexandre premier , Duc de
Bournonville,Comtede Henin,
Vicomte & Baron de Barlin &
de Houlfort , Chevalier de la
Toifon d'or , Gouverneur de
Lillel, Douay & Orchies , & de
la Flandre Walonne , époufa
Septembre 1705 .
S
210 MERCURE
Anne de Melun , foeur aînée
de Guillaume Prince d'Efpinoy
, Chevalier de la Toifon
d'or , fille de Pierre de Melun
, Prince d'Efpinoy , Conneftable
de Flandres , Baron de
Boubors & Gouverneur de
Tournay & du Tournayfis ,
& de Dame Hippolite de
Montmorency , fa feconde
femme ; ils eurent plufieurs
enfans; Alexandre fecond, Duc
& Prince de Bournonville ,
& Ambroife , Duc de Bournonville.
Ambroiſe , ſecond fils , Duc
de Bournonville Chevalier
GALANT 211
d'honneur de la Reine & Gouverneur
de Paris , épouſa Lucrece
-Françoiſe de la Vieuville,
fille du Duc de la Vieuville ;
de ce mariage eft iſſuë Marie-
Françoife de Bournonville , qui
a époufé M le Maréchal Duc
de Noailles.
Alexandre fecond , Duc &
Prince de Bournonville , Comte
de Henin Chambellan de
1
l'Empereur Ferdinand III . &
qui eftoit de fon Confeil de
Guerre , General de Bataille
Colonel en fes Armées , Capitaine
des Gendarmes , Gou
verneur & Capitaine General
Sij
212 MERCURE
<
d'Artois pour Sa Majefté Catholique
& Chevalier de la
Toifon d'or , Viceroy de Catalogne
mort Viceroy de
Navarre , avoit époufé Erneftine,
née Princeffe d'Aramberg
& du Saint Empire , foeur
de Philippe François , Duc Souverain
d'Aramberg , Prince
du Saint Empire, Duc d'Arfcot,
Grand d'Espagne , Chevalier
de la Toifon d'or , Gouverneur
& Capitaine General , & grand
Bailly de Hainault , fille de
Philippe , Prince Souverain
d'Aramberg & du Saint Empire
, Duc d'Arfcot , Grand
GALANT 213
d'Espagne , Baron de Zenamberg
, Seigneur d'Enghien ,
Chevalier de la Toifon d'or ,
du Confeil d'Etat de Sa Majefté
Catholique , & Gouver
neur de la Province de Namur,
de ce mariage eft iſſu ,
Alexandre-Albert- François-
Barthelemy , Prince de Bournonville
, Comte de Henin ,
Vicomte & Baron de Barlin ,
Baron de Caumont & autres
lieux , Sous- Lieutenant des
Gendarmes de la Garde du
Roy , & Maréchal des Camps
& Arinées de S. M.mort de maladie
en Flandre. Il avoit épousé,
214 MERCURE
Charlotte - Victoire d'Albert
de Luynes , fille de feu M' le
Duc de Luynes , & d'Anne de
Rohan. Il étoit depuis longtemps
dans le fervice ; il avoit
donné des marques de valeur
en plufieurs occafions , & particulierement
à la Bataille de
Steinkerque , où il reçut deuxcoups
de fabre , & un coup de
moufquet. Il aimoit les belles
Lettres , & l'on a toujours remarqué
qu'il étoit fort penetré
de fa Religion . Il laiffe un fils
fort jeune , à prefent Prince de
Bournonville ; & deux filles ,
dont l'aînée a beaucoup de
1
GALANT 215
merite , & fait une belle figure
dans le monde .
M' le Prince de Bournonville
a fait, par fon Teftament,
M' le Maréchal Duc de Noailles
fon Executeur Teftamentaire.
Dame Madeleine du Halgoüet
, veuve de M Armand
du Cambout , Duc de Coiflin,
Pair de France , Chevalier de
l'Ordre du S. Efprit , mourut
le 9. de ce mois. Cette Dame
eftoit mere de M le Duc de
Coiflin , de M. l'Evefque de
Metz , premier Aumônier de
Sa Majefté , & de Mola Du
216 MERCURE
8
3
cheffe de Sully. Elle eft morte
dans fa Terre du Marais , prés
Beaumont- fur - Oize , qui appartenoit
autrefois à la Maifon
de Rouillé , dont cette Du
cheffe fortoit par les femmes ;
Philipe du Halgouët , Seigneur
de Kergrack , M des Requêtes
, & pere de Mla Ducheſſe
de Coiflin , ayant époufé Madeleine
de la Biftrade , fille de
Jean de la Biftrade , Confeiller
au Grand Confeil , & de Ma- i
deleine Rouillé , qui étoit foeur
de Louiſe Rouillé , qui époufa
Jean de Ville-montée , Mades !
Comptes à Paris , dont elle
eut
GALANT 217
eut M de Villemontée , M
des Requeſtes , qui fut marié,
& depuis Evefque de S. Malo ,
& qui a laiffé des enfans . Ces
deux Dames eftoient filles de
Jean Rouillé , Seigneur du Marais
, (où eft morte M la Ducheffe
de Coiflin ) M des
Comptes , & de Loüife de Barillon
, & petites - filles de Jacques
Rouillé & de Madeleine
le Tellier. Quant à la Maiſon
du Halgoüet , elle eſt d'une
tres- ancienne Nobleffe de Bretagne
, où elle y eft alliée aux
plus grandes Maifons . Je ne dis
rien de celle de du Cambout-
Septembre 1705.
T
218 MERCURE
de- Coiflin ; elle eft fi connue ,
& j'en ay fi fouvent parlé , que
je ne vous en pourrois rien apprendre
de nouveau : Elle eft
auffi de la Province de Breta
gne . M la Ducheffe de Coiflin
eftoit fort eftimée ; elle fçavoit
accorder l'exercice des
vertus Chrétiennes avec les
honneurs dûs à fa dignité & au
rang qu'elle tenoit dans le
monde. Elle eftoit dans fes
Terres la reffource des pauvres;
elle leur faifoit toutes les années
des aumônes confiderables
, & ils trouvoient en tout
temps chez elle un afile aſſuré .
GALANT 219
Dame N ... Aubry , veuve
de M N ... de Cochevillet
Comte de Vauvineux , eft auffi
decedée , agée de 68. ans , aprés
une longue maladie . Elle eftoit
fille de feu M' le Préſident Aubry
, dont la Maiſon eſt ancienne
dans la Robe , & foeur de
M' l'Abbé Aubry , de M° la
Marquife de Vieux- Pont , de
M la Marquife de Raré , & de
Me la Comteffe de Nonant.
Elle eftoit mere de Dame N ...
de Cochevillet- de- Vauvineux,
feconde femme de Monfieur
le Prince de Guimené , aîné de
l'Illuftre Maifon de Rohan.
Tij
220 MERCURE
Ce Prince avoit épousé en premieres
nôces , Dame N ...
d'Albert- de Luynes , fille de
feu M' le Duc de Luynes , &
de Dame Charlotte Seguier ,
fille de M' le Marquis d'O , premiere
femme de ce Duc . Cette
premiere femme de Monfieur
le Prince de Guimené , qui
mourut fix mois aprés fon mariage
, eftoit foeur de M' le
Duc de Chevreufe , & de Dame
N .... d'Albert - de - Luynes ,
premiere femme de feu M' le
Marquis de Lavardin , dont eſt
iffuë MⓇ la Marquife de la Châ-
Monfieur le Duc de tre.
GALANT 221
Montbazon , qui a époufé Mademoiſelle
de Bouillon , feconde
fille de Monfieur & de Madame
la Ducheffe de Bouillon ,
eft fils- aîné de Monfieur & de
Madame la Princeffe de Guimené
, & par confequent petitfils
de Mla Comteffe de Vauvineux
qui vient de mourir.
Cette Comteffe avoit beaucoup
de merite ; elle avoit une
amefort Chrétienne , un efprit
accommodant , & une humeur
des plus fociables . Elle faifoit
l'agréement de toutes les focietez
où elle fe trouvoit ; elle
n'avoir que des amis choifis , &
Tiij -
222 MERCURE
elle avoit le fecret de n'en perdre
aucun. Mla Comteffe de
Vauvineux , pour faire de fa
fille-unique , un parti qui convinft
à Monfieur le Prince de
Guimené , ſe dépoüilla , eſtant
encore jeune , de la plus grande
partie de fes biens en faveur
de ce mariage . Elle a toujours
fait voir une conduite défintereffée
; & ce n'eft pas fans
fujet qu'elle eftoit dans une
cftime generale.
Mr N ... Pelta de Villemarcüil
, Abbé de Cherbourg
& Chanoine de Noftre - Dame,
eſt mort dans unâge fort avanGALANT
223
cé. Il avoit efté toute fa vie
fort attaché à la Maifon de
Montglats- de-Chiverny , & il
en a donné des marques en
mourant ; puiſqu'il a fait ſa Legatrice
univerfelle MⓇ la Marquife
de Montglats- Chiverni .
Il a refigné fon Canonicat à
M' l'Abbé de Sommery , fils
de M' de Sommery, Sous- Gouverneur
de Meffeigneurs les
Princes , & neveu de cette Dame;
& quoique mourant , il fe
fit porter dans le Chapitre de
Nôtre Dame qui eftoit affemblé
, pour refigner aufſi ſa maifon
à ce jeune Abbé. Mr. l'Ab
Tiiij
224 MERCURE
bé de Villemareüil a donné
40 mille livres au Chapitre de
Noftre Dame , & a fait quantité
de Legs pieux . Il avoit eu
fon Canonicat de Mr l'Abbé
de la Chaife , qui le luy avoit
refigné ; quelque temps aprés il
eut une Abbaye dont il fe démit
, il y a plus d'un an , avant
que le Roy luy cût donné celle
Cherbourg en Normandie,
en Latin Cafaris burgum , où il
a fait depuis un an , pour plus
de 25 mille livres de réparations
: ce qui eft une marquedu
bon ufage qu'il faifoit de fes
revenus , n'ayant rien retiré de
de
GALANT 225
cette Abbaye avant fa mort. Il
avoit , outre cela , un Prieuré
qui eft à la Collation de Mr de
la Salle , ancien Evefque de
Tournay. Mr de Villemareüil
entendoit parfaitement les affaires
Ecclefiaftiques ; & il eftoit
Officier de la Chambre Ecclefiaftique
du Diocefe de Paris.
Mt Charle- Honoré de Barentin
, Maiſtre des Requeſtes
& Intendant à Dunkerque , eft
mort âgé d'environ 35 ans ,
aprés deux accés de fievre tierce
feulement. Il eftoit fils aîné
de feu MN... de Barentin ,
auffi Maistre des Requeſtes ,
226 MERCURE
Premier Prefident du Grand
Confeil , & de Dame N ... de
la Malmaiſon , ſa ſeconde femme
; & frere de Mr l'Abbé de
Barentin , & de feuë Dame N..
de Barentin , femme de Mr le
Marquis de Chazeron , Lieutenant
des Gardes du Corps, Maréchal
des Camps & Armées
du Roy , & Gouverneur de
Breft , fils de feu Mr le Marquis
de Chazeron , auffi Lieutenant
des Gardes du Corps , Chevalier
des Ordres du Roy , Licutenant-
General des Armées de
Sa Majefté & Gouverneur de
Perpignan. La Maiſon de BaGALANT
227
rentin eft fort ancienne dans
le Parlement de Paris , auquel
elle a donné plufieurs Officiers
de marque ; & elle eft alliée à
plufieurs Maifons confiderables
. Mr de Barentin qui vient
de mourir , eftoit coufin-germain
de M de Louvois ; la
mere de cette Dame ( dont je
vous appris la mort l'année der
niere ) eftant foeur de feu Mr le.
Preſident de Barentin. Celuy
qui vient de mourir , a efté fort
regretté dans fon Intendance ;
il eftoit doux , acceffible , intelligent
, & dans une eftime generale
.
228 MERCURE
Mr de Bernieres Intendant
de Maubeuge , a l'Intendance
de Dunkerque , vacante par la
mort de M de Barentin. Il eft
fils de M de Bernieres , Confeiller
honoraire au Parlement
de Paris , lequel eft d'une famille
fort confiderable dans la
Robe , & qui a donné des Prefidens
à Mortier , & des Procureurs
generaux au Parlement
de Rouen. M de Bernieres fa
mere , qui eft une Dame d'un
tres -grand merite , eft fille de
feu M' de Faucon - de - Ris
mort en 1663. premier Preftdent
du Parlement de Rouen ,
GALANT1 229
& foeur de feu M' de Fauconde-
Ris , qui a eſté auffi premier
Prefident du même Parlement
aprés la mort de M' Pelot . M²
de Bernieres demeurera auffi
Intendant de l'Armée de Flandres
, ce qui fait connoiſtre
combien le Roy eft content de
fes fervices , & perfuadé de fa
capacité pour exercer les plus
grands emplois . En effet , il y a
peu d'hommes quiy foient plus
propres que M de Bernieres ;
joint à de grandes lumieres &
à une longue experience des affaires
, une application que rien
ne fçauroit détourner . Il eft
230 MERCURE
d'ailleurs d'une famille où l'amour
des Sciences a toûjours .
caracterifé ceux qui en font
fortis . M' de Faucon - de- Ris ,
dont M' de Bernieres vient par
M° fa mere , ont toûjours aimé
les Lettres , & ceux qui les cultivent
: les deux premiers Prefi- .
dens de ce nom ont efté les Mecenes
des gens de Lettres dans
la Province de Normandie.
M' Roujault , Intendant de
la Generalité de Berry , a eſté
nommé à l'Intendance de Mau
beuge , vacante par la nomination
de M' de Bernicres , à l'Intendance
de Dunkerque. M
GALANT 231
Roujault eft d'une ancienne
maifon ; feu M' l'Abbé Roujault
, fon frere , eftoit Confeiller
Clerc au Parlement . Il eft
frere de M° Pucelle , veuve de
M' Pucelle , mort premier Prefident
du Parlement de Grenoble.
M' Roujault eftoit Intendant
de la Province de Berry
, il avoit fuccedé à M ' de
Seraucourt ; il fera fort regretté
en ce pays - là , où fes
manieres honneftes & obligeantes
luy avoient gagné le
coeur & l'eftime des perfonnes
les plus qualifiées de la Province
, ainfi que la confiance &
232 MERCURE
l'affection du peuple.
M' de Mongeron Maiſtre
des Requeſtes , a eu l'Intendance
de Berry, vacante par la nomination
de M Roujault à celle
de Maubeuge. La Maiſon de
Carré-Mongeron eſt ancienne
dans la Robe ; & elle eſt alliée
aux meilleures familles du Parlement
de Paris.
Le Roy a donné à M' l'Abbé
Chatellain , Chanoine de
nôtre-Dame , le Prieuré de Friadel
. Il eft neveu de feu Mr
Chatellain , Docteur de Sorbonne
, auffi Chanoine de nôtre
- Dame , & qui mourut en
GALANT 233
l'année 1660. aprés avoir fait
de grandes découvertes dans la
Chimie. Mr Patin en parle dans
fes Lettres . Mr l'Abbé Chatellain
qui donne lieu à cet Article
, eft fils de feu Mr Chatellain
Secretaire du Confeil , d'une
tres- ancienne maiſon , & de
Dame N.... de Sauvat , d'une
maifon auffi tres - ancienne . Feu
Mr Chatellain , Secretaire du
Confeil , eftoit neveu de Mr
Aubert , dont la fille avoit
époufé Mr le Marquis de Thermes.
Mr l'Abbé Chatellain eft
connu à caufe de fa profonde
érudition fur tout ce qui re-
Septembre 1705 V
234 MERCURE
garde les Rites & les Litur
gies de l'Eglife ; il eft peu de
perfonnes qui les entendent
mieux que luy. Il a donné depuis
peu un ouvrage au public
qui luy a fait beaucoup d'honneur
; c'eft la traduction du
Martyrologe , il y a ajoûté des
Notes qui font tres- amples , &
qui font tres-utiles pour donner
de juftes notions fur la
Chronologie. Cet Abbé a fait
voir dans la Critique qu'il a
répandue dans cet ouvrage une
profonde connoiffance de l'antiquité
, & un jufte diſcernement
pour démeſler ce qui doit
GALANT 235
eftre le veritable objet de noſtre
culte d'avec ce qui n'eft propre
qu'à nous jetter dans l'illuſion
ou dans l'erreur. Il a refigné
depuis quelque temps fon Canonicat
à fon neveu qui porte
fon nom , & qui a beaucoup
de gouft pour les belles lettres ,
fur tout pour la Poëfie .
L'Abbaye de Saint Aubindes
- Bois , qui eft à la nomination
de S. A. R. Monfieur le
Duc d'Orleans , ayant vacqué
par la mort de Mr l'Evefque
de Nevers , cette Abbaye a efté
demandée par plufieurs perfon.
nes de diftinction ; mais Son
V ij
༦
236 MERCURE
>
Alteffe Royale a cru qu'elle ne
pouvoit eftre mieux remplie
que par Mr l'Abbé du Bois
qui a travaillé à fon éducation.
Feu Monfieur l'avoit nommé
Precepteur de ce Prince aprés
la mort de Mr de Saint - Laurent
, qui avoit dit avant fon
decés à Son Alteffe Royale
que perfonne n'eftoit plus capable
de remplir le pofte que la mort luy
faifoit perdre, que Mr. ľAbbé du
Bois. Ce témoignage eftoit
glorieux pour cet Abbé , puifque
Mr de Saint-Laurent eftoit
generalement reconnu pour un
homme d'une grande probité
GALANT 237
le
с
& d'un profond fçavoir.
On enregiſtra au Parlement
4 de ce mois les Lettres Patentes
de Sa Majefté, données
à Verſailles le 31 ° du mois dernier
, fur la Conſtitution , en
forme de Bulle , de Sa Sainteté,
qui confirme les Bulles d'Innocent
X. & d'Alexandre VII .
fur les affaires du Janfenifme.
C'eſt la 8 ° Bulle qui porte condamnation
de l'Auguftinus de
Janfenius , Evefque d'Ypres ,
depuis foixante- cinq ans qu'on
a commencé à l'examiner . La
premiere Bulle parut il y a 64
ans , & il y en a 40 que le Pape
238 MERCURE
a
Alexandre VII . joignit à la fe
conde Bulle le Formulaire que
l'on fait figner depuis ce temps
là , àtous ceux qui deviennent
Membres de la Faculté de
Theologie depuis. Mais pour
parler à fonds de cette affaire
qui a tant fait de bruit depuis
fi long- temps , il faut remonter
plus haut . Le Pape Urbain
VIII. condamna par une Bulle
dattée du 6. Mars 1641. le Liyre
de M' l'Evefque d'Ypres ,
qui étoit mort trois années auparavant
, & qui en mourant
avoit foumis au jugement de
1Eglife . Ce Souverain Pontife
GALANT 239
condamna ce Livre non-feulement
à caufe qu'il traittoit des
matieres déja examinées dans
les Congregations de Auxiliis ,
fans aucune permiffion de
Rome ; mais encore parce que
le Texte de cet Evefque ayant
eſté examiné avec une grande
attention , on reconnut qu'il
contenoit beaucoup de propofitions
autrefois condamnées
telles qu'étoient celles de
Baïus qui furent condamnées
en 1567. par Pie V. en 1579.
par Gregoire XIII . & tout recemment
par Urbain VIII . Les
Deffenfeurs de Janfenius con240
MERCURE
teftants la verité de cette Bulle,
cela donna lieu à un Bref
que
ce Pape écrivit à l'Archevefque
de Malines le 24. Octobre
1643. dans lequel il faifoit
mention de la publication de
cette Bulle. Zinnik & de Pape,
tous deux Docteurs de Lou-,
vain,ayant été deputez à Rome
par le Parti qui foûtenoit la
Doctrine de Janfenius pour
conteſter la verité de cette Bulle
, Urbain VIII . voulut bien
encore commettre trois Cardinaux
pour faire dreſſer une
copie de la Bulle fur l'original
gardé dans les Archives du S.
Siege .
GALANT 241
,
•
Siege . Cette copie fut délivrée à
ces deux Docteurs le 26. Juin
1644. pour , dit alors le Pape ,
leur impofer un éternel filence.
Quelques années aprés , c'eſt
à dire,l'an 1650. quatre- vingtcinq
Evefques de France écrivirent
à Innocent X. qui avoit
fuccedé à Urbain VIII . pour le
prier de condamner expreffement
cinq Herefies contenues
dans le Livre de Janfenius . Ces
Evefques n'avoi nt garde de
mettre en doute la condamnation
folemnelle du Livre de
Janfenius faite par Urbain
VIII.Mais comme ce Pape n'a-
Septembre 1705.
X
242 MERCURE
voit condamné que le Livre
,
& ce qu'ils appelloient le Texte
long , ils demandoient à fon
Succeffeur qu'il qualifiaft chacune
des cinq Propofitions
qu'ils luy preſentoient comme
le Sommaire du Livre ; & c'eſt ce
qu'ils appellerent dans la ſuite
le Texte court, Cette Lettre donna
lieu à la Bulle d'Innocent X.
dattée du 31. May 1653. dans
laquelle il declare que les cinq
Propofitions qu'il qualifioit
Heretiques , étoient cinq opinions
du Livre de Janfenius .
Il faut remarquer que l'examen
qui préceda cette Bulle , dura
GALANT 243
plus de deux ans , ainfi
que la
datte de la Lettre des quatrevingt-
cinq Evefques le juftifie
affez. On voit mefine dans le
Journal de Saint-Amour, qu'on
écouta leurs Deputez , qu'on
reçût tous leurs écrits de juftification
; & que le Pape ayant
établi le 12. Avril 1651. une
Congregation pour examiner
cette affaire , les Cardinaux
s'affemblerent
la premiere fois
le 20. Avril fuivant. Les Evêques
de France commencerent
à s'affembler chez le Cardinal
Mazarin le 11. Juillet 1653 .
aprés l'arrivée de la Bulle , &
X ij
242 MERCURE
voit condamné que le Livre ,
& ce qu'ils appelloient le Texte
long , ils demandoient à fon
Succeffeur qu'il qualifiaft chacune
des cinq Propofitions
qu'ils luy prefentoient comme
le Sommaire du Livre ; & c'eft ce
qu'ils appellerent dans la ſuite
le Texte court, Cette Lettre don
na lieu à la Bulle d'Innocent X.
dattée du 31. May 1653. dans
laquelle il declare que les cinq
Propofitions qu'il qualifioit
Heretiques , étoient cina opinions
du Livre
Il fauceer
GALANT 243
plus de deux ans , ainfi que la
datte de la Lettre des quatrevingt-
cinq Evefques le juftifie
affez. On voit mefine dans le
Journal de Saint- Amour, qu'on
écouta leurs Deputez , qu'on
reçût tous leurs écrits de juftification
; & que le Pape ayant
établi le 12. Avril 1651. une
Congregation pour examiner
cette affaire , les Cardinaux
s'affemblerent
la premiere fois
ques
de Fr
S'affam
'
le 20. Avril fuivant . Les Evêcommencerent
.u
le Card
Pablez
our luy
*
#
244 MERCURE
ils l'accepterent le 15. du mề
me mois , en confequence des
Lettres Patentes de Sa Majefté.
L'annéefuivante ( 1654 ) trentehuit
Evefques , affemblez au
Louvre le 5. Mars , avec le Cardinal
Mazarin , qui préfidoit à
cette Affemblée , voulurent
entrer encore plus particulie
rèment dans la queſtion du Livre
de Janfenius . Huit Commiffaires
furent nommez , &
vaquerent durant dix Séances
à la comparaifon du Livre avec
les cinq Propofitions . L'Affemblé
, aprés avoir ouy le rapport
des Commiffaires , proGALANT
245
nonça le 28. Mars , Que la
choſe eſt entierement ainfi , &
qu'il n'y a aucun lieu d'en douter.
C'est à dire , que les cinq
Propofitions font dans l'Auguftinus
Deux ans aprés , le
Clergé fut affemblé au nombre
de trente- neuf Evefques .
C'eft de cette celebre Affemblée
dont feu M' de Marca ,
qui en étoit Membre , compofa
cette belle Relation ,
où il eftablit , par de fi folides
raifons , l'infeparabilité
du
fait & du droit . Le 2. Septembre
, les Prélats affemblez
écrivirent
au Pape , pour luy
X
iij
246 MERCURE
rendre compte de leurs démarches
. Cette Lettre cut pour réponſe
la Bulle d'Alexandre VII.
du 16 Octobre 1656. où il décide
que les cinq Propofitions
font extraites du Livre de Cornelius
-Janfenius Evefque d'Ypres
, intitulé Auguftinus , &
qu'elles ont efté condamnées
au fens de ce même Auteur. Le
Clergé de France pour arrefter
avec plus de fuccés le cours des
nouveautez
avoit dreffé dés
les années 1656. & 1657. un
Formulaire
, pour faire juger
la croyance de l'Hereticité
du
Livre de Janfenius . Les DeffenGALANT
247
feurs de cet Evefque ayant empêché
dans les Provinces , l'execution
de ce qui avoit eſté arrefté
dans l'Affemblée , ces
Prélats écrivirent au Pape le
20 Février 1661. pour le pref
fer d'authorifer un Formulaire.
Ce fage Pontife ne fe détermina
pourtant que quatre années
aprés ; c'eft-à - dire , le 15 Février
1665. duquel jour la feconde
Bulle d'Alexandre VII .
eft dattée , dans laquelle cft
renfermé le Formulaire qu'on
a fait foufcrire depuis ce tempslà
. Ce Formulaire n'a donc efté
ordonné qu'aprés l'Examen de
X iiij
248 MERCURE
la Doctrine de Janfenius , qui a
duré pendant vingt - quatre.
ans ; c'eſt-à-dire , depuis l'an
1641. juſqu'à l'an 1665. Trois
années aprés , l'an 1668. Clement
IX. donna une Bulle ,
qu'on nomma enfuite, la Paix
de Clement IX. Quatre Evê
ques de France n'ayant pas voulu
accepter le Formulaire , furent
citez juridiquement &
prêts à citre dépofez . Dix- neuf
de leurs Confreres , du nombre
defquels eftoit M' le Cardinal
d'Eftrées ,alors Evêque deLaon,
intercederent pour eux , & reprefenterent
au Pape , que la
GALANT 249
diftinction entre le droit , fur
les cinq Propofitions , & le fait
perfonnel , fur le fens de Janſenius
, devoit eftre permiſe, ſelon
de tres grands Theologiens
; la negotiation de ces
dix - neuf Evefques réüffit . Ils
obligerent les quatre qui refiftoient
à l'authorité du Pape ,
de luy écrire une Lettre de
foumiffion. Cette Lettre qui
donna lieu à la Bulle qu'on a
nommée , la Paix de Clement
IX. Il eft vray que les Deffenfeurs
de Janfenius prétendoient
qu'on n'avoit pas fait
entendre à Clement IX. que
250 MERCURE
les quatre Evefques ne changeoient
point dans leurs procés
verbaux la fubftance de
leurs Mandemens, qui avoient
efté condamnez à Rome. Ce
Pape , enfin , déclare , que ceux
qu'on doit obliger au ferment,
le doivent faire fans aucune
diftinction ni reſtriction
expofition , & c. D'ailleurs Innocent
XII , marque affez dans .
fes deux Brefs l'efprit de la
Bulle de Clement IX. Ce Pontife
dans fon Bref de 1694.
>
ni
déaux
Eglifes des Pays Bas ,
clare que l'on doit condamner
les cinq Propofitions dans le
GALANT 251
fens naturel , que les paroles
prefentes. Dans celuy de 1696 .
aux mefmes Eglifes , il dit ..
Nous ordonnons comme nous
avons ordonné , qu'il foit exactement
obfervé le Formulaire )
dans toutes & chacune de fes par
ties.
>
M' Portail , Avocat General,
en donnant fes Conclufions ,
pour l'enregiſtrement de cette
derniere Bulle , parla fort éloquemment
fur ces matieres ,
en recommandant le reſpect
qui eft dû aux Conftitutions qui
partent du S. Siege ; & il fit voir
qu'il eftoit un zelé Deffenfeur
252 MERCURE
des libertez de l'Eglife Gallicane.
Son difcours fut rempli
de traits vifs & delicats . L'Eloge
qu'il fit du Pape , fut tresloué
; il mit auffi le zele du Roy
pour la faine Doctrine , dans
tout fon jour.
Le Mécredy neuviéme de
ce mois , Mr Joyfel , Doyen de
la Faculté de Theologie
de Paris
, avec les huit plus anciens
Docteurs de la mefine Faculté ,
fe rendit à Verſailles , où il eut
audience du Roy , auquel il
rendit compte du refpect &
de la- foûmiffion
avec laquelle
cette Faculté a reçu la ConftiGALANT
253
rution de nôtre S. Pere le Pape ,
fur les affaires prefentes qui regardent
l'heterodoxie des cinq
Propofitions, & la queſtion du
fait , & l'a inferée dans les Regiftres
,en confequence de la Lettre
que Sa Majesté avoit écrit
au Doyen , & que Monfieur le
Cardinal de Noailles luy avoit
rendu le premier de ce mois.
Le Roy répondit à ce Doyen :
Je fuis bien aife , Monfieur , d'apprendre
que la Faculté de Theologie
foit dans les fentimens où elle
eft ; je vous prie de l'y maintenir
d'y conferver la paix & l'union.
Il faut avoirfoin d'en retran
254 MERCURE
cher les efprits inquiets & turbu
lens qui la pourroient troubler ; &
lorfque vous aurez befoin de mon
autorité, je l'interpoferay toûjours
avec plaifir , quand vous me·leferezfçavoir.
Comme il y a icy
un grand nombre d'Evefques
qui font Membres de cette Faculté,
il s'en trouva beaucoup à
cette Audience . Ces M's allerent,
aprés l'Audience , chez les
Reverends Peres Recollets , qui
font établis à Verfailles , qui les
traiterent magnifiquement. Ils
revinrent enfuite à Paris trescontens
de toutes les bontez
du Roy. Ils furent preſentez à
GALANT 255
Sa Majefté par Monfieur le
Cardinal de Noailles , Membre
de cette Faculté & Provifeur
de la Maiſon Royale de Navarre
, qui parla d'eux tres - avantageufement.
Les Séances de l'Affemblée
Generale du Clergé de France
eſtant finies , M" les Prelats &
autres Députez qui la compofoient
, curent le 9. de ce mois
Audience de congé du Roy
avec les ceremonies accoûtumées
, Monfieur le Cardinal de
Noailles , Archevefque de Paris
, Prefident , cftant à la tefte ,
& Mr de Nefmond, Archevef256
MERCURE
que d'Alby , porta la parole. II
remercia Sa Majefté au nor
de l'Affemblée , & dit : Que le
•Clergé de Francefe prefentoit à Sa
Majefté dans tout l'appareil defes
Ceremonies les plus anguftes. Tous
ces Paſteurs , ajoûta- t- il , qui font
uneportion illuftre de cette Eglife
univerfelle que Fefus- Chrift aime
comme fon Epoufe
Rois de la terre
que
& les
"
Sadame
leur Mere , viennent au pié du
premierTrône du monde vous re-
!
nouveller leurs hommages accoútumez.
Ils me confient encore en ce
jour la glorieufe, mais difficilefonction
de la parole. F'execute leurs
GALANT 257
ordres avec joye ; puifque j'ay
l'honneur de parler au plus grand
au meilleur de tous les Maî
tres , &pour un Corps qui afçû
fe rendre digne de vostre affection
& de vostre eftime .
Noftre Affemblée, Sire , a com
mencé parde tres - humbles remercimens
de la grace que V. M. nous a
fait de nous lapermettre. Dans le
cours de nos Séances noftre attention
a esté de vous obéir & de vous
plaire. Nous lesfiniffons par nos acslamations
& par nos voeux . Nous
venons en prefence de V. M. invoquer
le Seigneurpour laprofperité
du plus beau Regne , qui fut.
Septembre 1705. Y
1
258 MERCURE
་
jamais , lever nos mains au Ciel¸
pendant que vous combatez contre
les Ennemis de vostre Etat
de voftre Foy , répandre
fur voftre Perfonne Sacrée , ces
benedictions de graees & de fainteté
que nous recueillons de Fefus-
Chrift même dans le faint Sacrifice
de nos Autels , demander à
Dieu qu'ilfiniffe uneguerrefatále,
que vous foutenez moinspour vos
interefts , que pour la gloire &
pour la défenfe du Sanctuaire.
Quandj'eus l'honneur de parler
à Voftre Majefté; ily acinq ans ,
dans la même Ceremonie qui nous
améne aujourd'huy , elle venoit de
GALANT 259
donner la Paix à fon Royaume ,
& à toute l'Europe. L'abondance
lajoye renaiffoient dans toutes
les Provinces de voftre florissant
Empire. Quels projets ne faifiezvous
pas pour le bonheur de la
Religion & pour la profperité de
P'Eglife ! Au milieu d'une augufte
Famille , dont vous eftes le modele
dans l'art de regner , & fur
tout dans la fcience dufalut; vous
nefouhaitez que ce que defirent les
bons Princes , c'est- à - dire , de rétablir
la felicitépublique ; &perfuadé
que la dignité fuprême des
Rois n'a rien de plus grand que
pouvoir faire du bien , ny rien de
de
Yij
260 MERCURE
meilleur
que de le vouloir
, vous
nefongiez plus qu'à rendre à vos
Peuples voftre Regne auffi aimable
par vos bienfaits , qu'il eft redoutable
à vos Ennemispar voftre
puiſſance.
Qu'il en coûte , SIRE , à un
coeur auffi tendre que le vostre l'eft
pour nous , quand il ne peut rem
plir tous les defirs de fa paternelle
bonté ! Falloit- il que l'envie nous
oftaft les beaux jours que vous nous
prépariez; qu'une Maifon inquiete
jaloufe allumaft le feu d'une
guerre que tant defang répandu ne
peut éteindre; qu'elle formaſt contre
nous une Ligue puiſſante , for
GALANT 261
ال
你midable pour tout autre Prince
moinsgrand que vous ; qu'elle faerifiaft
les droits les plusfacrez de la
Religion aux vues intereffées defa
Politique ; qu'aprés avoir autrefois
protegé l'injustice & l'ufur
pation , elle ofaft encore aujourd'huy
attaquer un Roy legitime 3
Et falloit - il enfin que l'Europe
entiere devinft , ou la complice , on
la victime de fon ambition & de
Jes projets ?
Ils'étendit enfuite fur ce que
la pieté du Roy difpenfoit le
Clergé des éloges profanes &
peu chreftiens dont on fe fert
ordinairement pour louer les
262 MERCURE
tacha
Heros du monde ; & par un
trait d'éloquence , en remettant
à d'autres le foin d'apprendre
à la poſterité , les merveilles
du regne du Roy , il ne
laiffa pas de parler de plufieurs
de ces merveilles : mais il s'atparticulierement
à faire
voir celles qui regardoient la
pieté de ce Monarque.
Aprés avoir parlé des dons
que le Clergé vient de faire au
Roy, il pourfuivit de la forte :
Mais , Sire , l'employ que Voftre
Majefté fait de nos dons , calme
nos fcrupules , raffure noftre
confcience. Il est juste que par
GALANT 263
principe de Religion nous n'épar–
gnions rien pour un Prince , qui
eft le Protecteur de la Religion
que l'Eglife s'intereffe à la deffenfe
& à la confervation de
l'Etat ; que cet amour , fi tendre ,
fi naturel à tous les François
pour vostre Perfonne facrée , s'enflamme
encore dans ces conjonctures
importantes , où il s'agit de la
caufe commune de la Monarchie;
que nous apprenions à tous vos
Peuples à vous confacrer & leur
fang & leurs fortunes , & il eſt
jufte enfin que le Clergé s'aban
donne à vostre prudence &
voſtre pieté.
264 MERCURE
Il dit enfuite , en parlant des
affaires d'Italie : Tous les Etats
d'un Prince que tant de raifons
devoient attacher à vos interefts
font prefque foumis à voſtre obéïſfance.
Son activité & fa valeur
n'ont pú arrefter vos progrez; &
tout l'effort de fa refiftance n'a
fervi qu'à rendre voftre conqueste
plus éclatante: mais, Sire, l'oferaije
dire ? la conduite de ce Prince
nous afflige , & d'autres triomphes
ailleurs nous donneroient une
joye plus pure. De mauvais confeils
ont pu le feduire ; fon repentirfçaura
vousfléchir. L'Augufte
Princeffe , qui luy doit le jour , &
que
GALANT 265
│ ་
que le Ciel donna à la France.
pour noftre bonheur , fera encore
une fois le lien d'une Paix plus
durable que la premiere. En faveur
d'un gage fi précieux & fi
cheri , vous oublierez vos juftes
reffentimens ; & toujours preft de
ceder aux motifs du Chriftianif
me , aprés avoir humilié cet Ennemi
par vos armes , vous vain,
crez la Victoire même par voftre
clemence.
Ce font , Sire , les benedictions
que Dieu verfe à pleines mains
fur voftre Perfonne facrée. De
quelles graces ne vous a- t- il point
prévenu , e quel Monarque fut
Septembre 1705 .
Ꮓ
266 MERCURE
¿
aguer
plus grand & plus admiré que
vous ? Le Ciel vous a donné ce
qu'il n'accorde qu'à peu de Princes
, des jours tiffus de profperitez
&de bonheur; des Armées
ries & belliqueufes ; un Confeil
fage & éclairé , parce qu'il eft dirigé
par vos ordres des Peuples
foumis , & fidéles ; une Auguſte
Famille digne de commander à
toute la Terre. Vous fuſtes prefque
toujours l'Arbitre de la Paix,
le Maistre de la Guerre , heureux
dans tous les évenemens qui compofent
voftre Regne ; plus heureux
encore de craindre & de fervir
Dieu , & de marcher avec ferGALANT
267
veur dans les fentiers étroits de
fes Loix defa Justice !
Voicy de quelle maniere il
Xfinit ce Difcours , qu'il prononça
au milieu des applau
diffemens de tous ceux qui l'entendirent
: Penetrez , Sire , pour
Voftre Majefté , des fentimens les
plus vifs de respect, d'amour &
d'admiration , nous nous retournons.
dans nos Diocefes . Tous ces Pontifes
que leurs vertus rendent auſſi
venerables que leur Caractere, &
tous ces autres Miniftres du Seigneur,
fi dignes par leur pieté de
voftre eftime & de vos vos bienfaits,
vont offrir à Dieu , pour vous
Z ij
268 MERCURE
leurs voeux & leurs Sacrifices
Nous luy demanderons fans ceffe
avec ardeur, qu'il beniſſe à jamais
voftre Perfonne facrée tous
vos deffeins ; que vous soyez auffi.
Saint aux yeux de Dieu que
vous eftes Grand aux yeux des f
hommes ; qu'une heureuſe & nouvelle
pofterité faſſe vostre confolation
& noftre joye ; que le temps
les infirmitez puiffent refpecter
une viefiprécieuſe & fi neceffaire;
que vous ayez la plenitude de
jours des Patriarches
comme
vous en avez toutes les benedictions
; & que le Ciel
conferve
long-temps pour nos Neveux , un
GALANT 269
S
S
Roy quefes fujets ne peuvent af-
Te fez aimer , & que fes Ennemis
ne peuvent jamais affez craindre.
M de Fer , Geographe de
Sa Majefté Catholique , & de
Monfeigneur le Dauphin, vient
de donner au Public , une
Carte qui a pour titre , Turin ,
fes environs. Cette Carte eft
tellement de faifon , qu'il n'eſt
pas neceffaire de vous dire que
le débit en eſt grand ; chacun
courant avec empreffement
pour en avoir des premiers.
La demeure de M' de Fer
eft toujours dans l'Ifle du Palais,
fur le Quay de l'Horloge,
3
Z iij
270 MERCURE
à la Sphere Royale.
M le Marquis de Chatres &
de Candé , a fait mettre fous
la Proffe un Livre intitulé :
Le veritable Itineraire , qui nous
conduit aufejour des Bienheureux:
ou Paraphrafefur le deffein que
CardinalBona a formé , de nous
conduire par la main dans le Ciel.
Par M le Marquis de
Chatres & de Candé.
le
Ce Livre doit paroiftre au
premier jour , & le fuccés en
fera grand , fi l'on en fait autant
d Editions , que des autres
ouvrages de ce Marquis , dont
je vous ay déja parlé.
GALANT 271
Ileft vray que la valeur n'attend
pas le nombre des années ;
les actions de M' le Chevalier
du Vivier , âgé de treize ans &
demi , qui a efté tué à la bataille
de Caffano , aprés s'eſtre diſtingué
en plufieurs occaſions , en
font une preuve éclatante. Son
pare & fon grand- pere étoient
Prefidens en la Chambre des
Comptes de Grenoble ; & il
eftoit neveu de M' du Vivier ,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Teffé , & Lieutenant
de Roy de Verceil . M ' le Chevalier
du Vivier avoit deux
freres qui font entrez auſſi jeu-
Z iiij
272 MERCURE
nes que luy dans le fervice; fon
aîné , qui eft Lieutenant Colonel
d'un Regiment
de Dragons
n'ayant que vingt- un an , &
s'étant trouvé au fiege de Barcclone
dés l'âge de douze ans.
Ce Chevalier eftoit Capitaine
dans le Regiment d'Albigeois
,
Infanterie , & avoit déja fait
quatre Campagnes
en Italic ; il
étoit neveu, par fa mere, de Mr
le Chevalier de Breffac,Colonel
de ce Regiment, qui a cſté auſſi
bleffé dans cette occafion , &
qui eft mort huit jours aprés de
fes bleffures . Mr le Chevalier
du Vivier eftant la derniere
année au fiege des Tours de
GALANT 273
Saravalle , il fauta une paliffade
que l'on ne coupoit pas
affez toft à fon gré , & s'y étant
accroché , il effuya un grand
nombre de coups de moufquets
, & combatit avec tant
de valeur , que plufieurs des
ennemis tomberent fous fes
coups. C'eft à la bataille de
Caffano qu'il a eu la teſte emportée
d'un
coup de canon ,
en fe diftinguant dans la Brigade
de la Fere , à la teſte de fa
Compagnie ; & il fit paroiſtrè
dans cette action une intrepidité
furprenante , & beaucoup
de fang froid.
274 MERCURE
Quant à Mr de Breffac,dont
je vous viens de parler , & qui
eftoit oncle de Mr le Chevalier
du Vivier ; voicy de quelle maniere
il a efté tué à la mefme
bataille de Caffano .
Mr de Chaumont, Brigadier,
qui commandoit la Brigade de
la Fere , ayant efté tué ; Mr de
Breffac , Colonel du Regiment
d'Albigeois , dont les deux Bataillons
eftoient dans cette Brigade
, en prit le commandement.
Il fit des merveilles fous
les yeux de Monfieur le Duc de
Vendôme , & il fut enfin mortellement
bleffe. On voulut
•
GALANT 275
l'emporter pour le faire panfer
; mais il fut impoffible de
l'y faire confentir , & il refta
encore plus d'une heure dans
l'action . Monfieur de Vendôme
en ayant efté informé , &
qu'il perdoit tout fon fang , le
fit enlever , & le fit porter à
Milan, où il eft mort huit jours
aprés , fort regretté de toute
l'Armée.
M' le Comte de Linange ,
eftant à la tefte des Troupes qui
attaquerent
l'arriere- garde de
noftre Armée à la journée de
Caffano , fut tué fur le bord
>
du ruiffeau de la Ritornella ,
276 MERCURE
qui fort de la Communa , & ſe
jette dans l'Adda . Ce Comte
eftoit de Lorraine , & d'une des
meilleures Maifons de ce payslà
; & il y eftoit allié aux Maifons
de Nettancourt , de Bauffremont
, de Beauveau , de
Nangis , & à pluſieurs autres
de cette confideration . Il avoit
de grands biens dans l'Alſace ;
& la confifcation qui en avoit
efté accordée à feu M' le Comte
de Vaudray , aprés la mort
de M de Laubanie , qui en a la
joüiſſance ſa vie durant , a eſté
donnée depuis la mort du premier
, à M le Marquis de
GALANT 2.77
Dreux , Gendre de M de Chamillart.
M' le Comte de Li
nange avoit acquis une grande
reputation dans les Troupes
de l'Empereur , il y avoit porté
les armes , dés qu'il avoit efté
en cftat de s'en fervir , & depuis
ce temps là il avoit toujours
efté dans les interefts de la Maifon
d'Autriche. Il avoit efté
choifi il y a quelques mois ,
pour conduire un fecours à
Monfieur le Duc de Savoie , &
il avoit fait , pour penetrer jufqu'à
l'Armée de ce Prince , &
pour éviter celle de Monfieur
le Duc de Vendofme , tout ce
278 MERCURE
qu'un habile General
peut
faire
; mais la vigilance & la fermeté
du dernier firent échoüer
fes deffeins. Auffitoft que Monfieur
le Prince Eugene cut appris
fa mort , il marqua publi
quement le chagrin qu'il en
avoit, & il dit , que l'Empereur
y perdoit beaucoup.
Monfieur le Prince Jofeph-
Innocent de Lorraine , qui fut
bleffe mortellement à la gorge,
à la Bataille de Caffano , mourut
à Martinengo , dans le Bergamafque
, à trois milles de
Pontoglio , où l'on l'avoit fait
porter , le neuviéme jour de ſa
GALANT 279
7
bleffure , par une hemorragie
qui luy prit lorfque l'efcarre
tomba. Ce jeune Prince eft
fort regretté ; fes premieres
campagnes l'ayant fait regarder
comme un digne heritier
de la valeur & des qualitez militaires
du feuDuc Charle iv . fon
pere. On doit faire un magnifique
Service pour luy en Lorraine
, dont je vous entretien
dray , lorfque j'apprendray
qu'il aura efté fait . Ce Prince
eft mort âgé de vingt ans
eſtant né en 1685. du mariage
du feu Prince Charles- Leopold
de Lorraine , né en 1643. &
280 MERCURE
•
mort en 1690 , avec Eleonore-
Marie d'Auftriche , Reine
Douairiere de Pologne, & foeur
du feu Empereur. Il eftoit le
dernier des fils de ce Prince ; les
trois autres font , 1. Leopold-
Ignace , Duc de Lorraine , né
le 11. Septembre 1680. 2 .
Charles-Joſeph Jean- Antoine ,
Grand- Prieur de Caftille , Evêque
d'Olmutz & d'Ofnabruch,
né en 1681 ; & 3. Ferdinand-
Antoine , né en 1683. Le feu
8
Duc de Lorraine
, pere
du
la
Prince dont je vous apprens
mort , eftoit fils de Nicolas-
François de Lorraine, dit le Duc
GALANY 281
François , mort en 1670. &
qui avoit d'abord eſté Cardinal
, qui époufa enfuite Claude-
Françoife de Lorraine , fa coufine
, & foeur de la Ducheffe
Nicole. Nicolas - François &
Charles III . Duc de Lorraine,
fon frere aîné , eftoient fils de
François de Lorraine , Comte
de Vaudemont , & de Catherine
, fille de Paul , Comte de
Salms. Ces Princes eftoient
auffi freres de Henriette , mariée
1. à Louis de Guife, Prince
de Phalzbourg, en fecondes nôces
à Charles Guafco , & en
troifiémes à Jerôme Grimaldy,
Septembre 1705. A a
282 MERCUKE
Prince de Lixen ; & de la Prin
ceffe Marguerite , feconde femme
de Galton-Jean - Battiſte de
France , Duc d'Orleans , morte
en 1672. & mere de Madame
la Grande Ducheffe de Tofcane.
François , Comte de Vau
demont , eftoit troifiéme fils
de Charles II. Duc de Lorraine,
& de Claude , fille de Henry II .
Roy de France. La branche de
Vaudemont commença par
François de Lorraine , & elle
monta bien -toft fur le Thrône
de Lorraine. Charles III . fils
'de ce même François , ayant
époufé Nicole , heritiere de ce
GALANT 283
Duché , qui eftoit fille de Henry
, Duc de Lorraine , fils aîné
du Duc Charles I I. On compte
ordinairement vingt- huit Ducs
de Lorraine , à commencer depuis
Gerard qui regnoit environ
l'an 1048. jufqu'au Duc
qui regne aujourd'huy . Ce Gerard
eftoit fecond fils de Gerard
, Marchis d'Alface , & de
Gifele . Il époufa Hadwige de
Namur , fille d'Albert I. Comte
de Namur , & d'Ermengarde
de Lorraine , qui eftoit fille
de Charles de France , Duc de
Lorraine , & petite fille du Roy
Louis IV. d'Outremer. La Mai-
Aa ij
284 MERCURE
fon de Lorraine a donné à la
France les branches de Mercoeur
, de Guife , de Chevreuſe,
de Joycufe, de Mayenne, d'Aumale
, qui font éteintes , & celle
d'Elbeuf, qui a produit celles
d'Harcourt , de l'Iflebonne ,
& d'Armagnac , qui vient de
produire la branche de Marfan.
Monfieur le Duc de Wirtemberg
a efté tué dans la même
bataille , où il a donné plufieurs
marques de fa valeur ,
qui femble hereditaire à tous
ceux qui portent ce nom. Ce
Prince eftoit oncle du Duc de
GALANT 285
Wirtemberg aujourd'huy regnant.
La Maiſon de Wirtemberg
tire fon nom du Chafteau
de Wirtemberg dans la Soüabe.
Le pays qui porte ce nom
eft tres confiderable & tres -fertile
; il eft entre la Foreft noire ,
lc Palatinat du Rhin , & le Marquifat
de Baden. Le Chateau
de Wirtemberg eft fitué prés
d'Eſtingen ; & le Duc fait ſa
refidence ordinaire dans la Ville
de Stugard , où il yaun tresbel
Arcenal. Monfieur le Duc
de Wirtemberg eft Grand Veneur
de l'Empire , & porte
Cornette Imperiale. Ce Prince
286 MERCURE
eft Souverain dans fon Pays
& y exerce la Juſtice fans appel
pour le Criminel ; mais
pour le Civil on en peut appeller
à la Chambre Imperiale de
Spire. Ce Duc jouit de l'Abbaye
de Maulbron , & de plufieurs
autres biens d'Eglife
dont il employe les revenus à
l'entretien de l'Univerfité de
Tubinge , des Hôpitaux & des
Miniftres Proteftans . La Maia
fon d'Autriche prend le nom
& les armes de Wirtemberg
dans fes titres ; parce que ce
Duché ayant cſté confifqué au
profit de Ferdinand I. frere de
GALANT 287
Charlequint , il fut rendu au
Prince de Wirtemberg , àcondition
de le retenir comme relevant
de la Maifon d'Autriche.
Mais cette fujétion feodale
fut éteinte en 1631. fous
Frederic Duc deWirtemberg
, à
condition ſeulement que faute
d'hoirs mâles , le Duché feroit
dévolu à la Maifon d'Auftriche.
On fait defcendre les Princes
de cette Maifon d'Ebertat ,
Grand - Maiftre , du Palais de
l'Empereur Charlemagne , &
d'Everhard , Grand- Maiſtre du
Palais de Charles le Simple
Roy de France ; mais cette ori
-
288 MERCURE
gine me paroift incertaine pour
plufieurs raifons , qu'il feroit
trop long de rapporter.
Le General Bibrac ayant eſté
bleffe mortellement
dans le
même combat , aprés avoir
donné dans cette fanglante
Journée diverfes marques de
fon courage & de fa conduite ,'
mourut à Bergame , quelques
jours aprés. C'eftoit un des
meilleurs Generaux des Troupes
de l'Empereur ; il avoit fait
plufieurs campagnes en Hongrie
& en Allemagne , & le feu
Empereur luy avoit même fouyent
donné des Corps particuliers
GALANT 289
liers à commander . Tous ceux
qui l'ont connu luy rendent la
juftice de dire que perfonne
n'entendoit mieux que luy à
obferver les mouvemens d'une
armée ennemic ; il eftoit difficile
de le furprendre , & il avoit
une vigilance qui l'a toûjours
fait paffer pour un des meilleurs
Officiers des Troupes Imperiales.
Ce General avoit fait fes
premieres Campagnes en Hongrie
, où il fe diftingua fort
le fervice de la Maifon
pour
d'Auftriche , dans le
dans le
temps
des troubles qui agiterent ce
Royaume ; & quoy que fa fa-
Bb
Septembre 1705.
290 MERCURE
mille en fuft fortie originaire
ment , il n'en eftoit pas moins
attaché aux interefts d'une
maifon , qui vouloit opprimer
la liberté de fon ancienne patric
, & qui l'a enfin mife aux .
fers.Il avoit fervi fous feuMonfieur
le Prince Charles de Lorraine
, qui l'eftimoit beaucoup ,
& qui l'avoir employé dans
plufieurs occafions difficiles
qui marquoient affez la confiance
qu'il avoit pour luy.
Quelques Officiers qui fe font
trouvez à la bataille de Caffano
, ont écrit que lorfque Monfieur
le Prince Eugene cut ap
>
GALANT 291
pris la bleffure de ce General ,
il en marqua beaucoup de dou
leur.
M' l'Abbé Viani , Prieur de
l'Eglife de faint Jean de la Ville
d'Aix , de l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem , fit faire le 11.
de ce mois un magnifique Ser
vice dans fon Eglife, pour feue
M la Comteffe de Grignan.
Tous les Commandeurs &
Chevaliers de l'Ordre de Malthe,
qui fe trouverent à Aix &
dans le voiſinage , y furent invitez
, & ils s'y rendirent avec
beaucoup de pompe : le refte
de la Nobleffe, & la plus grande
Bbij
292 MERCURE
partie des Officiers du Parlement
d'Aix y affifterent auffi ;
ce qui rendit cette Ceremonie
tres - celebre. M' l'Abbé Viani
officia , accompagné de tout
fon Clergé , qui eft tres- nombreux.
Cet Abbé eft connu
par l'amour qu'il a pour les
Sciences
, & pour les beaux
Arts . Il les a cultivez avec beaucoup
de fuccés , & on trouve
en fa perfonne un bon Poëte ,
& un excellent Orateur .Je vous
ay déja parlé de luy ,au fujer des
réjouiffances qu'il fit dans fon
Eglife , à la naiffance de feu
Monſeigneur le Duc de Bretagne
GALANT 293
A
On s'eft mépris le mois dernier
, dans l'article de la mort
de Mlle de Levi- Charlu , fille
de M' le Comte de Charlu ,
& niece de M la Marquife
de Belleifle en
difant que
M' le Marquis , fon mari ,
étoit Colonel de Dragons ;
puifque cette qualité doit
eftre donnée à M' le Comte
de Belleifle leur fils aîné , qui
fert dans l'armée de Lombardie
avec une approbation generale
. M' le Marquis de Belleifle
, ſon pere , demeure avec
M° Fouquet , veuve du Surintendant
, fa mere , qui mene
Bb iij
294 MERCURE
une vie auffi Chreftienne
qu'édifiante.
Le premier de ce mois M
Feydeau , Confeiller au Parlement
, & fils de M ' Feydeau de
Calende , Preſident à la quatriémeChambre
des Enqueftes ,
époufa Mlle Croiſet , fille de
M' Croifet , Prefident de la
mefme Chambre des Enqueftes
, & de Dame N ... Roffignol
, foeur de M' Roffignol ,
Prefident de la Chambre des
Comptes , & niece de Madame
la Chanceliere , qui a bien
voulu faire les honneurs de ce
mariage . M' l'Evefque d'Amiens
, qui eft couſin- germain
GALANT 295
& de mefme nom que Mr le
Prefident Feydeau , fit la ceremonie
dans l'Eglife de S. Euftache
Paroiffe de la nouvelle
و گ
époufe .On
peut dire que cette
alliance s'eft faite entre deux
familles , qui toutes deux appartiennent
aux plus illuftres
de la Robe . La famille de
Feydeau eft depuis longtemps
en poffeffion de donner
des Magiftrats au Confeil
& au Parlement ; & il y a
prefentement
au Parlement
fept ou huit Confeillers de cette
famille, tous parens au premier,
deuxième
& troifiéme degré.
Bb iiij
296 MERCURE
•
,
Le jeune Prince de Hanov
ver , fils de Monfieur le Duc
George- Louis , & de Madame
la Princeffe Sophie de Brunfwik
Zell , fille de Monfieur le
Duc de Zell , dont je viens de
vous apprendre la mort a
époufé Madame la Princeffe de
Brandebourg- Anfpach, fille de
Monfieur le Prince Anfpach.
Ce Prince eft petit- fils de Monfieur
le Duc de Zell ( dont la
mort a fait differer ce mariage
pendant quelque temps , ) & de
Dame Eleonore des Miez , fille
d'un Gentilhomme de Poitou ,
qui depuis la mort de Monfieur
GALANT 297
le Duc fon époux , eft fi dangereufement
malade , que tous
les Medecins jugent fa maladie
mortelle. Monfieur le Prince
de Hanower a eſté nommé par
leParlement d'Angleterre pour
fucceder à cette Couronne
aprés la mort de Madame la
Princeffe de Dannemark. Je
n'ay rien à ajouter à ce que j'ay
dit de la Maifon de Brunswick,
dans l'article de la mort de
Monfieur le Duc de Zell , dont
on ne doit faire les funerailles
que dans un mois . Madame la
Princeffe d'Anfpach eft fille de
Monfieur le Prince Jean - Fri298
MERCURE
deric , né le 8. Octobre 1654.
& de fa feconde femme , MadameEleonore-
Ertmud Loüife,
fille de Jean- George , Duc de
Saxe -Eyfenack, qu'il époufa en
1681. aprés la mort deMadame
Jeanne - Elizabeth de Baden-
Dourlach , fa premiere femme,
arrivée l'année précedente. La
Branche de Brandebourg-Anfpach
a pour tige Joachim Erneft
, mort en 1625. qui étoit
fils de Jean George , Électeur
de Brandebourg , & d'Elizabeth
d'Anhalt , fa troifiéme
femme. Joachim- Erneft fut
Marquis d'Anfpach , & époufa
>
GALANT 299
Sophie de Solms , dont il eut
Albert , né en 1625. & mort
en 1667. Ce Prince fut marié
trois fois ; fçavoir , en 1642 .
avec Madame Louife-Henriette
, fille de Louis- Frideric , Duc
de Wirtemberg , & Comte de
Montbelliard , morte en 16 50.
dont il eut Madame Albertine-
Louife , née en 1646. & morte
en 1670. La feconde femme
du Prince Albert étoit Madame
Marguerite-Sophie d'Ottingen
, dont il a eu 1. le Prince
Jean- Frideric , qui fuit ; 2. Le
Prince Albert - Erneſt , né.en
1659. & mort en 1674. 3. Macui
.
300 MERCURE
dame Louife - Sophie , née en
1652. & morte en 1668. 4.
Madame Dorothée- Charlotte,
née en 1661. & 5. Madame
Eleonore - Julie , née en 1663 .
Monfieur le Prince Albert de
Brandebourg - Anfpach n'eut
point d'enfans de Madame
Chriftine de Baden - Dourlach ,
fa troifiéme femme. Le Prince
Jean - Frideric , fon fils - aîné ,
époufa Madame Jeanne- Elifabeth
, fille de Frederic , Marquis
de Baden- Dourlach , dont
il a le Prince Chriftian- Albert ,
né en 1675. & le Prince George-
Frideric , né en 1678. MonGALANT
301
fieur le Prince Jean- Frideric
époufa , comme je l'ay déja remarqué
, en 1681. Madame la
Princeffe de Saxe- Eyfenack ; &
c'eft de ce ſecond mariage
qu'eft fortie la Princeffe que
vient d'époufer Monfieur le
Prince de Hanower. On dit
qu'elle eft tres-belle .
La Lettre qui fuit merite de
vous eftre envoyée ; vous y fcrez
les reflexions que vous jugerez
à propos .
302 MERCURE
LETTRE
De Monfieur le Duc de Savoye
à la Reine d'Angleterre
rendüe à cette Princeffe par
M' le Comte de Briançon ,
Envoyé de ce Duc à la Cour
d'Angleterre
.
MADAME ,
avoyent
L'efperance que les Alliez nous
donnée d'un prompt fecours
, nous avoitflaté de pouvoir
garantir d'infulte le refte de nos
Etats , & d'obliger l'ennemy d'a
bandonner ce qu'il en occupe. V
GALANT 303
M. même avoit donné des affurance
au Comte de Briançon , noftre
Envoyé à Londres , qu'Elle ne
nous laifferoit point accabler. Cependant
, Madame , nous voyons
avec douleur, que nous fommes le
feul Prince de la grande Alliance
facrifié dans le temps que nous devions
eftre l'unique objet de l'at
tention des Confederez . La ruine
de nos fujets, l'occupation de nos
places , n'a pas feulement fortifié
l'ennemy ; il a encore anéanti la
negotiation qui fe faifoit chez les
Puiffances neutres pour les attirer
dans le bon party. En effet , quel
le apparence y avoit- il , Mada304
MERCURE
me , que ces Puiffances embraffaf
fent l'intereft de la cauſe commune
, lorsqu'elles voyoient leurs
voiſins abandonnés à la fureur
d'un ennemi puiſſant ?
La défenfe du Piémont & de
la Savoye n'étoit pas moins neceffaire
, & j'ofe mefme dire plus
avantageufe aux Alliez , que
celle de Portugal & des Princes
voifins du Rhin ; puifque par la
fituation de leurs Eftats on étoit
toûjours en état de leur donner du
fecours. Celuy que le Prince Eu→
gene vient de mener en Italie, nous
eft comme inutile ; puifqu'on a
attendu que tous les paffages ayent
GALANT 305
efté fermez , ne pouvant avoir
aucune communication avec luy.
Il n'y a qu'un feul moyen
Madame , pour rétablir les affaires
defefperées en Italie ; c'estd'abandonner
pour un temps , partie
des projetsfur la Mofelle,pour envoyer
en Lombardie un renfort de
dix -huit à vingt mille hommes ,
de faire en mefme temps avancer
la flotte des Alliez vers Nice
Villefranche , pendant que la
Citadelle de cette premiere Place
eft encore en notre difpofition , qui
favoriferoit la defcente , & nous
&
ouvriroit la communication avec
-nos Alliez.
Septembre 1705 Cc
306 MERCURE
Vous n'ignorez pas, Madame,
les grandspréparatifs que l'Ennemi
a fait pour le Siege de Turin:
il y va de la gloire de V. M.
de celle de tous les Alliez , de prévenir
ce dernier
beurs ,&
de
coup de nos malmettre
, s'il eft poffible
, des bornes à l'ambition de notre
Ennemi commun . Cependant
nous prions V. M. de nous faire
toucher inceffamment les remifes
qu'Elle & Mrs les Eftats Généraux
nous font efperer depuis trois
mois ; afin de nous mettre en état
de difputer le terrain pied à pied
autant que la mauvaise fituation
de nos affaires pourra nous le perGALANT
307
mettre. Nous attendons ces effets
de l'amitié de V. M. fans lesquels
* nous nous verrons enfin obligez de
fuccomber fous le poids qui nous
accable. Noftre perfeverance dans
la grande alliance au préjudice des
offres avantageufes qu'on nousfait
de temps à autre , fera dans tous les
fiecles un témoignage fans reproche
de lafincerité de nos intentions . Il
dépend prefentement des hauts Alliez
de les rendre efficaces à la caufe
commune puifque de noftre cofté
nous avons facrifié pour elle le repos
de nos peuples , tous nos Etats
notrepropre Perfonne. Cefacri
fice volontaire merite affeurément
Ccij
308 MERCURE
quelque retour , & les réflexions
judicieufes de V. M. à laquelle
nous fouhaitons toutes fortes de
profperitez , puifque nous fommes
avec une veritéfincere , Madame,
Voftre affectionné Ami , & confederéà
vousfervir. Signé, VICTOR
AMED E'e.
*
A Chivas le 6. Juin 1705 .
La France & l'Eſpagne font
fort obligées à Monfieur le
Prince Eugene , d'avoir fait
faire prefque dans toute l'Europe
, des réjouiſſances , &
chanter des Te Deum , en actions
de graces pour le fuccés
GALANT 309
d'une Bataille , où les armes
des deux Couronnes font demeurées
triomphantes , & ont
remporté une Victoire ſi pleine
, qu'il n'eft pas permis aux
plus incredules d'en douter. Il
ne faut pas s'en étonner ; puifque
le caractere du Prince Eugene
a toujours efté tel qu'il a
paru en cette occafion , & qu'il
n'a jamais voulu demeurer
d'accord du moindre defavantage
. La Bataille de Luzzara fut
une preuve éclatante de fon
obftination naturelle à ne s'avoüer
jamais vaincu . Il avoit
perdu cette Bataille; les Armées
#
1
310 MERCURE
de
des deux Couronnes triomphoient
fur le Champ où elle
avoit efté donnée , & eftoient
fur le point d'emporter Luzzara
, qui devoit cftre le fruit de
leur Victoire , & qui devoit en
fervir de preuve à toute l'Europe
, comme elle fit peu
temps aprés : & cependant ce
Prince , toujours rempli de fa
Victoire imaginaire , ne laiſſa
pas d'en envoyer des Relations
par tout, même aprés la prife
de Luzzara. Ce qu'il vient de
faire à l'égard de la Bataille de
Caffano , n'a pas efté feulement
un effet du caractere qui luy eſt
GALANT 311
ordinaire ; mais auffi de la po→
litique des Alliez; & il n'y avoit
point de doute , qu'il n'euft ordre
de crier toujours victoire,
quoy qu'il puft arriver : la conjoncture
des affaires prefentes
des Alliez demandant qu'il
parlaft de la forte. On vouloit
que les Mécontens de Hongrie
appriffent des Victoires imaginaires
afin de les engager
faire quelques pas pour la Paix;
& il auroit efté difficile de le
leur faire croire , même pour
un temps , fi on ne faifoit
Vienne d'éclatantes réjoüiffances,
& fi on n'en rendoit des
312 MERCURE
d'auhe..
graces au Ciel. Il importoit encore
à l'Empereur
, pour
tres raifons , que les chofes fe
paffaffent ainfi;tous fes pays
reditaires font remplis de Mécontens
nouveaux par la fuppreffion
de plus de 2000 Charges
deJuftice ,Police & Finances ,
qui des premieres perfonnes
de ces Etats , font autant de
miferables. Il y en a encore
beaucoup d'autres dans les mêmes
Etats ; les exactions coup
fur
coup
réiterées ont efté fi
grandes , qu'on peut dire que
les Sujets du nouvel Empereur
font aujourd huy les plus malheureux
GALANT
313
heureux peuples de l'Europe.
Ceux de Hollande ne le font
guére moins aujourd'huy ; & il
n'eſt pas moins befoin de les retenir
par des Victoires imaginaires
; leurs charges font fi pefantes
, qu'on en voit tous les
jours abandonner leurs terres ,
plûtoft que de payer les taxes
dont elles font chargées : Et ce
qu'il y a de furprenant , & que
l'on ne fçauroit nier , le fait
cftant vifible & conftant , eft
que depuis quelque temps , des
Provinces entieres ne fourniffent
plus aux frais de la
guerre,
à quoy les autres Provinces ont
· Septembre 1705 .
Dd
314 MERCURE
efté obligées de fuppléer en
leur place. Enfin perfonne n'iles
defordres recents ar
gnore
rivez à Nimegue ; cette Ville
ayant voulu s'eriger en Republique
particuliere , pour ſecouer
le joug du Gouvernement
prefent, & pour s'exempter
de payer les charges exorbitantes
de l'Etat. Il eft conftant
que la Republique de Hollande
ne s'eft jamais trouvée dans
l'état malheureux où elle fe
voit aujourd'huy ; & il faut
que le mal foit bien réel & bien
fenfible , puifqu'elle ne peut
s'empêcher de l'avouer . Cen eft
GALANT 315
fi
pas qu'il ne le trouve encore
quelques particuliers , que les
frais de la guerre n'ont pas
épuifez ; mais l'Etat eſt ſi obcré
, qu'il ne foûtiendroit pas
plus long- temps la guerre ,
ceux qui s'enrichiffent ordinalrement
dans les troubles &
dans les defordres , ne mettoient
tout en ufage pour la
faire durer . Et comme les peuples
la fouffrent impatiemment
, n'ayant prefque plus de
quoy fournir aux frais , ils tâ
chent de les amufer par des
avantages imaginaires , en leur
faifant efperer qu'ils viendront
Ddij
316 MERCURE
bien-toft à bout de leurs projets
, & qu'en donnant la Loy
aux deux Couronnes , ils les
contraindront de leur accorder
toutes leurs demandes .
Si l'Empereur & ceux qui
gouvernent en Hollande ont
befoin de fe fervir de toutes
fortes de ftratagenes pour empefcher
que les peuples qui n'afpirent
qu'aprés la Paix , ne fe
foûlevent , ceux qui ont le ma
niement des affaires en Angleterre
ne doivent pas paroiftre .
moins embaraffez , quoique ces
peuples paroiffent plus dociles
contre leur ordinaire , parce
GALANT 317
que l'on prend encore plus de
précautions pour les ébloüir &
pour les tromper . Mais comme
cette guerre leur coûte infiniment,
& qu'en la continuant,
ceux qui l'entretiennent fi opiniâtrement,
n'ont pas le moindre
but qui foit à leur avantage
ou à leur gloire , & que cette
guerre ne fe fait que pour mainl'ufurpation
, & pour enrichir
ceux qui ont le maniement
des affaires ; il eft à craindre
que plus ces peuples auront
fouffert patiemment , plus leur
chagrin n'éclate contre ceux
qui feront caufe, que pour leurs
tenir
D d iij
318 MERCURE
propres interefts la nation fe
trouvera dans peu épuifée
d'hommes
, d'argent
, de matelots
& de vaiffeaux. Les Anglois
ont foûtenu prefque feuls
la guerre de Portugal , &
celle de Piémont : & comme
il n'y a pas d'apparence qu'ils
en puiffent fortir à leur avantage
, ni que l'Archiduc avance
beaucoup fes affaires ; ce leur
doit eftre une grande mortification
de voir manquer
toutes
releurs
entrepriſes, aprés avoir fait
une dépenfe dont ils ne fe re
mettront de plufieurs ficcles .
Les chofes eftant ainfi &
GALANT 319
le peuple eftant à tout mo
ment fur le point d'ouvrir les
yeux fur fon malheur , fur fes
trefors enlevez , & fur les fauffes
& malheureufes démarches
de ceux qui les gouvernent ;
on ne doit pas eftre furpris ,
s'ils n'oublient rien de tout ce
qui peut fervir à les entretenir
dans leur ignorance ; & c'eſt là
le veritable fujet de tant de réjoüiffances
& de tant de Te
Deum chantez pour des avantages
, aufquels on ne trouveroit
pas feulement de vraisemblance
, fi on les examinoit bien .
Pendant que l'on s'aban
D d iiij
320 MERCURE
donnoit à la joye dans les Etats ,
où l'on croyoit devoir déguifer
les mauvais évenemens ( fi
l'on en pouvoit entierement
cacher la verité ) & où l'on auroit
trompé Dieu même , s'il
eftoit poffible, comme on fembloit
le vouloir effayer par des
actions de graces publiques ;
pendant , dis -je , que le peuple
de tous ces Etats differens étoit
occcupé à prendre les fauffes
impreffions qu'on vouloit luy
donner, il s'attendoit d'apprendre
, à tous momens , des nouvelles
qui luy feroient fçavoir
que le Prince Eugene avoit
GALANT 321
paffé l'Adda , puifque c'eſtoit
la feule preuve de fa victoire
que ce Prince puft donner , &
le fruit qu'il pouvoit tirer de la
perte de deux Princes , des principaux
Generaux de l'Empereur
, qui avoient fervi en Chef,
& des meilleurs Commandans
des Troupes auxiliaires , dont
on ne pouvoit cacher la mort ,
ni même éffayer de le faire ,
comme on avoit voulu cacher
celle de cinq ou fix mille hommes
morts dans le Combat ,
au de- là de la perte que l'on
avoüoit. Mais ces peuples furent
bien furpris,& virent bien322
MERCURE
toft changer leur allegreffe en
chagrin , lorſqu'ils apprirent
que le Prince Eugene crioit an
fecours , dans les mêmes Lettres
où il chantoit Victoire , & qu'il ne
demandoit pas feulement des
Troupes pour remplacer celles
qui avoient peri dans le Combat
, fes Bleffez , & fes Deferfeurs
; mais il demandoit une
Armée nouvelle , avec les plus
fortes inftances , & le plutoft
qu'il feroit poffible Ce qui fe
fait pour cela dans tous les Etats
des Alliez eft manifefte , & ne
fe peut cacher ; tout y elt en
mouvement , & tous les SouGALANTA
323
verains de ces Etats doivent envoyer
en Italie des fecours tirez
de leurs propres Troupes ,
ou achetez des Princes qui en
font trafic. On connoift par- là
que jamais Combat n'a tant
coûté aux Alliez que celuy de
Caffano ; puiſqu'on cft obligé
d'envoyer autant de monde &
d'argent au Prince Eugene, que
s'il n'en avoit jamais eu ; que
les pertes qu'il a faites ne luy
ont efté d'aucune utilité ; que
le fang de tant de Braves eft
perdu , & qu'il n'a point paffe
l'Adda . Ce qui laiſſe Monfieur
le Duc de Savoye auffi inquiet
324 MERCURE
& auffi embarraſſe , & même
davantage qu'il ne l'eftoit avant
le Combat ; quoique pour
tromper fes peuples , il ait fait
chanter le Te Deum , comme
les autres , pour une Victoire
imaginaire qui recule ſes affaires
, loin de les avancer ; puifque
le Prince Eugene s'eft trouvé
beaucoup moins en état de
paffer l'Adda aprés la Bataille
de Caflano , qu'il ne l'eftoit
auparavant.
Aprés avoir parlé de ce qui
regarde les Alliez touchant
l'oftentation d'une prétenduë
victoire ; victoire qui produit
GALANT
325
des faits nouveaux , puifqu'elle
empefche le Vainqueur , nonfeulement
de tirer des fruits de
fa victoire, mais mefme qu'elle
l'en éloigne beaucoup , en l'empefchant
de marcher au fecours
d'un Prince dont l'entiere
perte eft certaine , s'il
n'avance pas. Aprés , dis- je ,
vous avoir parlé de tout ce que
les ennemis ont fait pour obliger
toute l'Europe à croire
qu'ils avoient remporté une
pleine victoire en Italie , & les
motifs qu'ils ont eus de parler
de la forte ; je dois vous dire
que nous n'avons point de rai326
MERCURE
la
fons , comme eux , qui nous
engagent à cacher la verité.
Le Roy n'eft point auteur de
guerre prefente ; la jalouſie
& les autres motifs des Alliez,
tant de fois repetez , ſont cauſe
qu'on la luy a déclarée ; il foûtient
un Monarque , à qui la
Couronne d'Espagne appartient
fi legitimement , que toutes
les Puiffances même de l'Europe
qui luy font aujourd'huy
la
l'ont reconnu
guerre
l'exception d'un ou deux petits
Etats , & de ceux qui prétendent
à fa Courone. Ainfi nôtre
Augufte Souverain ne comGALANT
327
batant que pour une bonne
caufe , & pour le défendre ,
n'eft point obligé de déguiſer
à fes Peuples la verité des évenemens
, lorſqu'ils ne font pas
heureux ; au contraire , ils vont
au devant des fecours dont il
peut avoir befoin , & offrent
tous les jours leur fang & leurs
biens pour la gloire de ce Mo,
& pour narque , &
l'Etat. Enfin , loin que ces peuples
imitent ceux de quelquesuns
des Alliez qui demandent
la paix feditieufement , ils témoignent
hautement qu'ils fe
roient fâchez de l'avoir , fi les
le bien de
328 MERCURE
conditions n'eftoient pas tour ,
à fait avantageuſes
à la France.
Ainfi quand on a publié la
victoire remportée à Caffano;
on ne l'a dit que parce que c'eſt
une verité inconteftable
; & la
politique n'a point obligé de.
parler de la forte , comme elle
a fait chez les Alliez . Monfieur
de Vendôme n'a point groff
la verité , dans la Lettre qu'il
s'eft donné l'honneur d'écrire
au Roy ; la modeftie de ce Prince
eft connue , il n'exagere
jamais rien , & ne voudroit pas
groffir une action dont la
gloire luy eft dûë.- Quant
GALANT
329
aux autres Relations
qui
ont paru en grand nombre ,
& qui font toutes demeurées
d'accord du gain de la bataille ;
on les doit croire , puifqu'elles
font écrites par des François
,
qui loin d'encherir fur la verité,
ont fouvent bien de la peine
à louer les Commandans
qui
font des prodiges , & qui voudroient
toujours qu'on en fift
de fi grands , qu'ils ne font fouvent
pas contens d'eux - mêmes
lorfqu'ils ont fait des actions
dignes de la plus haute valeur.
Enfin tous les peuples de l'Europe
commencent à ouvrir les
Septembre 1705 .
Ee
330 MERCURE
yeux , & à connoiftre qu'on
leur a impoſé , en voulant leur
faire croire que le Prince Eu
gene avoit remporté une fignalée
victoire. La fuite fait aifément
voir le contraire ; le Prince
Eugene , au lieu de paffer
l'Adda auffi-toft aprés le combat
, a repaffé la Communa &
la Ritornella ; & c'eſt avoir
perdu la bataille que d'eftre demeuré
dans fon Camp , & de
n'avoir pas avancé , puifqu'il
n'a commencé cette bataille
que pour marcher au fecours
de Monfieur le Duc de Savoye,
& qu'il n'y a pas marché. Ainfi
GALANT 331
ce Prince n'eft pas parvenu au
but qu'il s'étoit propoſé. Aulicu
que Monfieur de Vendôme
eſt parvenu au ſien en demeurant
dans fon Camp , fans
s'y laiffer forcer. Quand il auroit
marché aprés la bataille
pour faire reculer le Prince Eugene
plus loin , cette marche
n'auroit fervi qu'à fatiguer fes
troupes , & à luy faire perdre
du monde . Il a beaucoup mieux
fait de prendre le parti de fortifier
les bords de l'Adda ; &
par ce moyen il embarraſſe
beaucoup plus le Prince Eugene
, qui a beſoin d'un plus
Ee ij
332 MERCURE
grand nombre de troupes pour
forcer ce paffage , qu'il n'en
recevra de long- temps , toutes
celles qui luy ont efté promifes
n'ettant pas preftes d'arriver
, & ce Prince n'ayant pas
encore reçû plus de trois mille
hommes de renfort. Je dois finir
cet article en vous difant
que Mylord Marlborough
ayant fait faire des réjoüiffances
dans fon Camp pour la victoire ,
remportée par les Alliez , à
Caffano , & ne voulant pas
qu'on cruft qu'il étoit perfuadé
d'une chofe dont il fçavoit le
contraire, dit,en foûriant, à un
GALANT 333
:
Trompette du Roy , que Mr
le Maréchal de Villeroy luy
5 avoit envoyé , juſtement dans
le temps de ces réjoüiſſances
Qu'il n'avoit pu refufer ces
marques de joye à Monfieur le
Prince Eugene , qui les avoit fouhaitées.
Je dois ajoûter icy , que fi
les ennemis remportoient chaque
année autant d'avantages
que nous , ils feroient tous les
mois des réjouiffances publiques
: au lieu que nous n'en faifons
que pour les principaux
évenemens , & il faut même
qu'ils foient tres- conſidérables;
334 MERCURE
puifqu'on n'en a point fait
pour la prise de Chivas , & des
Caffines fortifiées qui font auprés
de cette Place , non plus
que pour les autres avantages
remportez
par M' le Duc de la
Feüillade fur les Troupes de
Savoye. Ce qui doit faire juger
qu'on n'auroit pas parlé en
France, de la Victoire remportée
à Caffano auffi avantageufement
que l'on a fait , & que
les réjouiffances n'y auroient
pas efté auffi grandes , fi on n'y
avoit remporté une pleine Vitoire.
Tous ces avantages
mettent Monfieur le Duc de
GALANT 335
Savoye dans une tres-fâcheufe
fituation , & ce Prince n'a plus
de fecours à efperer , aprés ceux
qui viennent de luy manquer.
Je ne dis rien de ce qui regar
de celuy qu'il attendoit de
Monfieur
le Prince Eugene ,
vous fçavez ce qui le regarde
dans toutes fes circonstances ;
mais vous ignorez peut- eftre
l'autre fecours qui a manqué à
ce Duc , qui eftoit beaucoup
plus confiderable
, & qui luy
donne lieu de faire de fi grandes
plaintes à fes Alliez , qu'il
pourroit les abandonner fans
qu'ils euffent aucun lieu de s'en
336 MERCURE
༡
plaindre. Ils avoient affuré &
Prince pendant plufieurs mois,
que leur Flotte devoit aller en
Italie , pour y débarquer toutes
les Troupes qui ont efté débarquées
en Catalogne ' , fçavoir
19 Bataillons & 1300 Dragons
. On a jufqu'icy parlé fi
diverfement
de ces Troupes
débarquées , que perfonne n'a
encore pû eſtre affuré d'en ſçavoir
le nombre au jufte ; cependant
vous pouvez conter
fur ce que je vous dis . Les chofes
eftoient en cet état , & tout
Le préparoit pour paffer ces
Troupes en Italie , lorfque le
Prince
GALANT
337
15
Prince d'Armſtadt affara les
Anglois & les Hollandois qu'il
avoit de fi grandes intelligences
en Catalogne , que fi on
vouloit y transporter l'Archiduc
, avec les Troupes deftinées
pour Monfieur le Duc
de Savoye , il donnoit fa
parole
, que fitoft que ce Prince
paroiftroit devant Barcelone
cette Ville ne manqueroit pas,
de lui ouvrir les portes ; & il
ajoûta même qu'il feroit enfuite
aifé à l'Archiduc d'aller jufqu'à
Madrid , parce que le foulevement
de toute la Catalogne ne
manqueroit pas de faire foulever
auffi tous les Etats voifins . Cette
propofition parut auffi belle
& auffi grande que l'évenement
en parut douteux ; & les avis
Ff
Septembre 1705.
338 MERCURE
furent fi partagez , que les con
teftations ont duré pendant fix
femaines entieres ce qui fic
dire que ce tems perdu & qui
avoit empefché que l'on n'executaft
le deffein que l'on avoit
d'aller en Italie , ferviroit auffi :
d'obſtacle au fuccés que l'on ef->›
peroit enCatalogne . Cependant
Monfieur de Savoye a beaucoup
de fujet d'eftre irrité contre les
Alliez , & il fe trouve dans un
état où peu de Souverains fe font
vûs jufques ici , puifqu'il ne peut
plus compter que fur la Ville de
Turin celles qui resteroient à
prendre aprés cette conquefte ,
cftant fi peu de chofe , qu'elles
fe trouveroient obligées d'ouvrir
leurs portes au Vainqueur ,
fans aucune reſiſtance, par
GALANY 339
coup
Vous favez que l'inquietude
commence à eftre grande dans
Turin , où prefque toutes les
perfonnes confiderables del'Etat
& toutes les richelles du pays
ont enfermées ; qu'il y a beaude
peuple , & par confequent
beaucoup de bouches inutiles
; qu'il y a beaucoup de milices
plus capables d'y exciter le
trouble & la confufion , que de
défendre la Place ; & que quelque
abondance qu'il s'y puiffe
trouver de munitions & de provifions
de bouche , il eft impoffible
qu'il y en ait aſſez pour un
long Siege ; & perfonne n'igno.
re la defolation que caufent les
Bombes parmi un peuple fi nombreux
, & le fracas qu'elles y
font ; & qu'enfin tout le monde
r
Ffij
340 MERCURE
demande à ſe rendre dans des
Places fi peuplées , & dans lefquelles
on ne fauroit avoir affez
de foûterains pour mettre tous
les habitans & tous ceux qui s'y
font retirez : ce qui fait qu'apre
y avoir fouffert l'effet des premieres
Bombes , il y arrive ordinairement
des foûlevemens
chacun voulant fe rendre , les
uns pour fauver leur vie , & les
autres pour fauver tous leurs
effets. La circonvallation de
cette Place doit eftre prefentement
achevée ; on travaille déja
à une batterie de Bombes &
comme tout ce qui eft neceffaire
' pour ce Siege eft arrivé en abondance
, il y a lieu de croire qu'il
ira vifte , lorfqu'il fera une fois
en train , & que le Milanez four.
GALANT .341
nira beaucoup de chofes pour
une fi grande entrepriſe . De maniere
que M' le Duc de la Feüillade
qui y donne depuis longtemps
une attention toute particuliere
, & qui agit autant par
tous les mouvemens qu'il fe
donne , que fi le Siege eftoit
commencé , ne manquera de rien
pour finir la campagne par une
fi belle conquefte.
La difficulté d'avoir des nouvelles
à droiture de Barcelonne ;
a efté caufe qu'on a publié jufqu'icy
beaucoup de Fables. Voicy
les nouvelles qui m'ont paru
les plus juftes.
Ff iij
342 MERCURE
Extrait d'une Lettre de Perpi
gnan , du 7. Septembre.
Nous avons appris que le cinq
les ennemis travailloient encore
l'établissement de leurs quartiers devant
Barcelonne , où ils n'avoient
pas encore ouvert la tranchée ,
n'ayant pu y debarquer que dix
canons de vingt- quatre , & trois
mortiers. Qu'ils n'y avoient débarqué
que buit mille hommes de tron-
Pes aufquelles ils efperoient de joindre
quatre mille hommes de leur
·équipage , & qu'ils n'avoient pi
debarquer que cinq cens chevaux.
Le furplus en tres petit nombre
étant refté dans les Vaiſſeaux
parce qu'ils n'eftoient pas en eftat
defervir; prefque la moitié de ceux
GALANT 343
qu'ils avoient embarquez à Lisbonne
eftant morts . Que l'on avoit
appris à Barcelonne leurs renpar
dus , que leur flote ayant fait ayguade
à Altea, fur la cofte de Valence
, environ quatre cents miferables
de cette Province s'étoient venus
rendre aux ennemis , n'ayani que
des alpargattes ou fouliers de corde
pour chauffure ; & qu'aprés leur
avoir donné des armes on les avoit
debarquez à Dencia proche du Cap
Quentin , où ils avoient efté enveloppez
par les troupes & les milices,
commandées par le Viceroy de Valence
en perfonne , auquel la Nobleffe
de la Province , l'Evefque &
le Clergé eftoient venus offrir leurs
vies , leurs fervices & l'argenterie
de leurs Eglifes pour la deffenſe de
Leur Roy & de leur Patrie , contre
**
344 MERCURE
les Heretiques , s'ils venoient les
attaquer. Les mefmes Lettres , por.
tent que les Miquelets fideles ,
eftoient tombezfur un gros party des
-revoltez de Vic , dont ils avoient
tué une cinquantaine , &en avoient
prix deux qu'ils avoient conduits à
Barcelonne , où le Viceroy de Catalogne
les avoit fait pendre fur le
champ; & que depuis le 22 , du paffé
que les ennemis avoient commencé
leur debarquement ils n'avoient efté
encore joints le 5. du courant , que
parfept ou huit cents miferables de
La Villede Vic , dans le mefme eftat
des quatre cens d'Altea , lefquels
ayant demandé Pamnistie & le
pardon au Viceroy de Valence , il
avoit depeché un Courier à Madrid
pour apprendre la volonté du Roy
fur cela s mais quefon Confeil avoit
GALANT 345
efté d'avis
que le Viceroy de Valence
fift an exemple fur les plus coupables
, foit par la mort ou par les
Galeres , & qu'il accordaft la grate
aux autres , puifqu'ils avoient marqué
leur repentir.
De Saragoce le 13. Septembre.
Le Viceroy de Barcelonne a envoyé
le 9 un Courier à la Cour s
& ce Viceroy mande au noftré , que
jufqu'à ce jour les ennemis eftoient
encore dans la mesmefituation , &
qu'ils n'avoient pas encore tiré un
coup de moufquet fur la Place ; qu'il
marchoit quatre mille hommes de
· Caftille , & que quand ils auroient
joint les troupes de Mr de Bervick,
les chofes fe rétabliroient .
Nous trouverez à la fin de ma
346 MERCURE
Lettre , la fuitte de cet article .
Il eft temps de vous parler
des nouvelles de Flandres , dont
j'ay peu de choſes à vous dire ,
quoyque l'Armée des Alliez &
la noftre ayent eſté dans de continuels
mouvemens ; Mylord
Marlborough paroiffant toujours
avoir de grands deffeins ,
ou voulant le faire croire , Cependant
il n'a rien fait , depuis
prés de trois mois qu'il eſt entré
dans nos Lignes fans les avotr
attaquées ; ainfi cette expedition
n'eft dûë qu'à fon bonheur . Il
s'eft faifi de la petite Ville de
Leevve au commencement de
ce mois , dont il auroit pû fe rendre
maistre auffitoft aprés estre
entré dans nos Lignes , & que
GALANT 347:
nous contions perdue des ce
temps - là ; de forte que nous y
avions laiffé peu de monde , &
que nous en avions ofté tout ce
qui eftoit dans les Magafins . Ce
Mylord n'a rien fait pendant
tout le reste du mois , que de fatiguer
les Troupes , & d'obliger,
les noftres à en faire autant.
Nos partis l'ont beaucoup har
celé , & Mr l'Ecreviffe , fameux
Partiſan , luy a fouvent enlevé
des chevaux . Le 18. de ce mois.
on jugea à propos d'abandonner
Arfchot ; ce qui, loin d'eftre
de quelque utilité aux Ennemis ,
a efté caufe qu'ils ont efté battus
depuis , puifqu'eftant venus
quelque temps aprés avec un
grand nombre de Troupes attaquer
nos nouvelles Lignes , qui
348 MERCURE
s'étendent depuis la Foreſt de
Soignies jufques au Demer ,
elles y furent fort maltraitées
par le feu de noftre Moulqueterie.
On fit fortir plufieurs détachemens
de Grenadiers , qui en
tuerent un grand nombre , &
qui firent 400 prifonniers. Nos
Partifans & tous ceux qui ont
efté dans leur vieux Camp , ont
rapporté que l'infection des chevaux
morts y eftoit fi grande ,
qu'ils n'y pouvoient refter. On
tient qu'il y a des Regimens de
Cavalerie & de Dragons Anglois
, dans lesquels il n'y a pas
chevaux de fervice , & que
c'eft à caufe de la grande mortalité
qui regne dans l'Armée Angloife
, que les deux Armées
campent ſeparément , laiſſang
50
une
GALANT
349
une grande diſtance entr'elles .
Par la Revûë generale que
Mr
d'Ouvverkerque a fait de
l'Armée Hollandoiſe , il a trou ,
vé , qu'outre les malades , qui
font dans les Hôpitaux , & fans
y comprendre les Troupes qui
font à la folde d'Angleterre , elle
eftoit diminuée , depuis fon entrée
dans nos Lignes , par la
mort , la deſertion , ou les prifonniers
, de 2620 Cavaliers ou
Dragons , de 4340 Fantaffins ,
& de 386 Chevaux . Si on avoit
་
fait un pareil calcul de la
perte
des Anglois , on trouveroit que
jointe à celle que les Alliez ont
faite fur la Mofellé , par le manque
de vivres qui leur fit deferter
beaucoup de monde , ce qui
augmenta par la marche préci
Gg
>.
Septembre 1705.
350 MERCURE
pitée à laquelle ils furent obligez
en fe retirant en Flandres ,
ils ont perdu affez de Troupes
cette Campagne
pour compofer
une groffe Armée , fans avoir
tiré d'autre fruit de la perte de
tant de Troupes , que l'avantage,
d'avoir emporté une Place
dénuée de toutes chofes , & qui
n'a point de rang parmi les Pla
ces confiderables
.
La Lettre que vous allez lire
vous aprendra la fuitte des affai.
res de Flandre.
Au Camp de Boifchot , ce 22
Septembre.
On vient d'apprendre que Mylord
Marlborough eftoit parti hier pour
Breda,
GALANT
351
Les ennemis continuent à faire
rafer les vieilles Lignes ; ce qui
pourra encore durer cinq ou fixjours.
Mr d'Artagnan eft à Louvain,
avecneuf Bataillons , & le Regiment
de Condé , Cavalerie . On a
laiffé l'aile gauche de noftre Cavalerie
en deçà de la Dyle pour la gar
der avec la Maifon du Roy , la
Gendarmerie & trois Regimens de
Dragons ; ce qui compofe en tout cinquante
Efcadrons . Et pour foutenir
noftre nouvelle Ligne fur le Demer,
depuis VVerskeren jufqu'à Boischot
fur la Nethe , nous avons cinquante
Efcadrons de Cavalerie , & fix de
Dragons.
Mrde Gaße eft à Nazarataune
avec buit Efcadrons , tant Cavalerie
que Dragons ; & Mr de Guifcardà
Hagenavec onze Bataillons
Ggij
352 MERCURE
་
& cing Regimens de Dragons : de
forte que les ennemis auront bien de
La peine à faire quelque entreprise,
outre que la faifon eft deja fort
avancée.
Je ne fuis
pas furpris que l'article
de ma Lettre derniere
, qui
regardoit Mr le Maréchal de
Villars
, ait eu l'avantage
de
vous plaire , toute la gloire en
eft dûë à ce Maréchal
, qui a
toujours pouffé Monfieur le
Prince de Bade , tant que l'Armée
de ce Prince n'a point eſté
infiniment fuperieure à la fienne.
Je ne vous repete point tout
ce que ce Maréchal à fait , &
dont vous avez eſte fi fatisfait
vous en trouverez la fuite dans
la Lettre fuivante.
GALANT 359
Au Camp de Bifchveiller , ce
6. Septembre.
Le Convoy que les ennemis atdoient
ayant eu avis que nous avions
fait un détachement pour luy couper
le chemin , s'en eft retourné dans les
Lignes de Lauterbourg, ne fe croyant
pas ailleurs en fureté, ce qui obligea
Mr le Chevalier du Rofel de
nous venir rejoindre.
Mr le Maréchal de Villars recut
un Courrier vendredy dernier de
la Cour , qui luy apporta la permiffion
du Roy d'attaquer les Ennemis,
s'il en trouvoit l'occafion favorable.
Il envoya ordre far le champ à toutes
les Troupes , qui estoient difperfées
en differens poftes de le venir joindres
∙ce qui a esté executé. L'armée a
Gg iij
354 MERCURE
commencé aujourd'huy à deux heures
du matin à fe mettre en marches
Mile Maréchals'y eft rendu à trois
heures. On n'ajamais vû d'Armée
marcber avec plus defierté , ní plus
refoluë. Mais la fituation du Camp
des ennemis eft fi avantageuse , &
d'un abordfi difficile , qu'à moins de
rifquer l'Armée entiere , il eft impof
fible de le forcer ; en voicy la fitua
tion. Les Ennemis font camper fur
unehauteur , deux Villages dans le
centre, l'un à droite , & l'autre à
gauche , avec un Ruiſſeau au bas.
qui eft impraticable, fans compter
les Marais qui l'environnent de
tous coftez. Nous avons trouvé
les Ennemis en bataille dans leur
Camp , lefquels n'ont fait aucun
mouvement , s'eftant contenter de ti.
ver feulement trois coups de canon
GALANT 355
Fans boulets , de même qu'un autre
• coup aprés pour avertir les Fourrageurs
& les Maraudeurs ; ayant
laiffé brufquer leurs Gardes avancées.
Nos Huffars leur ont pris 500
baufs , autant de chevaux , & quel
ques Maraudeus . Leurs Deferteurs
nous affurent tous , que la difette eft
fort grande dans leur Camp , nere
cevant point de Convois . Mr le
Maréchal a efté obligé de faire revenir
l'Armée , voyant qu'il eftoit
impoffible de les forcer. Dans le tems
qu'ilfe plaçoit dans ce Camp, Monfeur
le Prince de Bade envoya un
Trompette, pour demander un Paffe.
portpour Monfieur le Ducde VVir
temberg , qui eft fort malade ; cè
Prince n'ofant paſſer , à cause du
grand nombre de Partis que nous
avonsfur leurs derrieres , qui rame356
MERCURE
nent tous lesjours au Camp beau
coup de prifonniers & de chevaux.
Je vous envoye encore une
Lettre fur le même fujet , dans
laquelle vous trouverez des particularitez
qui ne font pas dans
la premiere .
Extrait d'une Lettre de Strasbourg
, du 7. Septembre.
Vous avez fçû , fans doute que
les ennemis entrerent le 28. du passé
dans nos lignes prés de Phaffenbiffen
fans aucune refiftance de notre
part. Mr le Maréchal de Vil
lars , qui (çavoit qu'ils en vouloient
au Fort- Louis , qu'il a ordre
de la Cour de couvrir , envoya ordre
à Mr de Cognies de fe retirer
approche des ennemis ; ce qui fut
>
GALANT 357
executé , & Mr de Cognies joignis
le mefme jour le Camp de Mr de
Villars prés de Bifchvveiller. Les
ennemis en entrant dans nos Lignes
mirent l'allarme dans tout le Pays
aux environs , & les Payfans croyant
que nous avions efté battus , fe retirerenticy
avec tous leurs beftiaux &
tous leurs effets ; ce qui a tellement
remplicette ville , qu'on ne peut s'y
tourner, à cause de la quantité de
chofes & de monde qui yfont entrez
depuis ce temps : & pour furcroift ,
Mr le Maréchal a envoyé icy tous
Les gros bagages de l'Armée , qui
campent fur le glacis de la Place.
Noftre Armée fe mit en bataille le
30.
& le 31.
du paßé
, & marcha fur
trois
colonnes
droit
aux
ennemis
pour
les attirer
au combat
; mais
il
n'y
eut pas
moyen
de lesy engagers
.
358 MERCURE
Enfin avanthier , Mr le Maréchal
reçût ordre de la Cour de faire ce
qu'il jugeroit à propos , & ayant
pris là deffus le parti d'aller attaquer
l'ennemi dans fon Camp , il fit
mettre hier 6. de ce mois toute l'armée
en bataille , à une heure du matin.
Et aprés avoir fait dire la
Meffe à la tefte de l'armée , il mar
cha droit aux ennemis pour leur livrer
bataille , & envoya icy un
Courier pour donner cet avis à Me
la Maréchale ; ce qui fe répandit
dans l'inftant par toute la Ville.
Mrl' Evefque de Toul, noftre grand
Vicaire , donna ordre d'abord de
faire expofer le tres -faint Sacrement
dans toutes les Eglifes , pour
implorer la benediction de Dieufur
les armes du Roy. Cependant Mr
Le Maréchal arriva en ordre de ba
GALANT 359
taille à un quart de lieuë de l'armée
ennemie ; toute fon armée eftant
difpoféefur trois colonnes , &faifant
face aux ennemis , campez fur une
hauteur prés de Phaffenhoffen , &
ayant un ruiffeau devant eux. Ce
Maréchal envoya un Trompette à
Monfieur le Prince Louis de Bade
pour luy dire , qu'il venoit pour
avoir l'honneur de le voir , &
qu'aïant fait plus des trois quarts
du chemin , il le prioit de faire
le refte. Mr le Prince Louis fit
aufi- toft tirer trois coups de canon ,
foit pour affembler fon monde , on
pour faluer l'Armée , aufquels Mr
le Maréchal fit répondre par trois
autres coups après quoy Monfieur
le Prince Louis renvoya le Trompette
, dire à Mr le Maréchal , qu'il
ne pouvoit pas fortir de fon
360 MERCURE
Camp , & que s'il vouloit y ve
nir il luy feroit honneur de (
venir dîner avec luy . Mr le Maréchal
voyant bien qu'ils refufoient
le combat , fit tenter à droite & à
gauche pour çavoir s'il pourroit les
attaquer dans leur Camp ; mais
eftant inacceffible de tous coftez,
& voyant la chofe imposible , il
retournafurfes pas , & arriva lefoir
dans fon ancien Camp de Bifchvveiller.
Il dépefcha enfuite un
Courrier icy , à Me la Maréchale
pour luy donner avis les ennemis
n'avoient
pas
• que
voulu accepter
le combat , & qu'il ne s'eftoit rien
paßé de part & d'autre.
Il nous vient beaucoup de Deferteurs
, qui affeurent tous que les
ennemis meurent de faim dans leur
Camp. Mr le Maréchal leur cou
pant
GALANT 361
pant tous leurs convois de vivres ,
& ayant de plus fait rompre tous les
Moulins de ces quartiers- là ; de
forte qu'ils n'y peuvent pas demeurer
, & qu'avant qu'ilfoit pea , il
faut qu'ils s'en retournent.
Cet abandonnement volon
taire de nos lignes a donné lieu
à ceux qui font imprimer des
nouvelles publiques , dans une
partie des villes qui appartiennent
aux Alliez , de dire que Mr
la Maréchal de Villars en avoit
efté chaffé , qu'il avoit perdu
beaucoup de monde en le reti
rant , & qu'il avoit efté obligé
d'abandonner Haguenau ; &
quoy qu'ils ayent dû reconnoî
de temps aprés la fauffetre
peu
té de cette
nouvelle
, Haguenau
eftant
encore
en noftre
pof
Septembre 1705.
Hh
362 MERCURE
feffion ; ils n'ont pas laiffé de
parler encore plufieurs fois de
fuite , de la prife de cette Place ,
comme ils ont fait du faux paffage
de l'Adda par Monfieur le
Prince Eugene , & dont ils parle .
roient peut-eftre encore fans la
bataille de Caffano ,qui a faitvoir
à toute l'Europe que ce Prince
n'avoit point paffé cette riviere,
& qu'il n'avoit pû la paffer aprés
le combat . Quant à Mr le Maréchal
de Villars , vous venez de
voir tout ce qu'il a tenté , dans
le temps que Monfieur le Prince
de Bade n'avoit guére plus de
troupes que luy ; mais enfin ce
Prince ayant reçu des renforts
de trois ou quatre coftez , & les
troupes qui marchoient en Flandre
, l'ayant rejoint comme il
GALANT 363
eft de la prudence de ceder à
la force , il s'eft trouvé obligé
de faire une manoeuvre toute
autre que celle qu'il avoit fait,
jufque là . Vous la trouverez
dans la Lettre fuivante .
Du 20. Septembre .
La nuit du 14. au 15. l'Armée
du Roy décampa de Bifcheveiller
, vint camper prés de
L'Ile de Ruperfan , à demie - lieuë
de Strasbourg; c'est comme fi elle
eftoit fous le canon de la Ville . Mr.
le Maréchal, avant que departir,
fit jetter dans Haguenau trois mille
hommes commandez par Mr de
Pery , Maréchal de Camp , &
deux Brigadiers , avec des muni-
Hh ij
364 MERCURE
tions & dix pieces de canon , dont
trois de fonte. Par cette retraite
l'on découvre le Fort- Louis , Haguenau
, Drufenheim , & Sa-
Verne.
Mr le General Fungen eftant
entré le 15. au foir dans le Camp
de Bifchvveiller , l'avantgarde des
Imperiaux s'eft avancée jusques à
Brumpt. Le Quartier General de
l'Armée du Roy eftoit le 16 .
Lambertheim , avec apparence que
l'on fe porteroit derriere le Canal
de Molsheim.
à
Il faut vous dire l'état du Fort-
Louis , & ce que l'on en écrit du
13. de ce mois ; il y avoitfix ba
GALANT 365
taillons , & Mr le Maréchal y a
encore jetté depuis , en fe retirant
le fecond Bataillon de Provence ;
avec un Convoy de vivres. Le
Gouverneur en afait fortir toutes
les bouches inutiles.
Depuis ce temps- là le Prince
de Bade a envoyé demander à
Francfort du gros canon & des
provisions pour quelque entreprife.
Les ennemis tenterent le
21. d'emporter l'épée à la main
le Fort de Drufenheim ; mais ils
furent repouffez avec perte de
400 hommes , ce qui les obligea
de fe retirer. Ils l'attaquent
prefentement
dans les formes , par
ce que ce Polte leur eft neceffaire
pour faire le Siege du Fort-
Louis ; mais comme il eft fitué
Hh iij
366 MERCURE
dans un marais , on croit qu'ils
y perdront auparavant bien du
monde .
Un de nos Partis en a rencontré
un des Ennemis , à qui il a
tué deux cens hommes ; & om
leur prend tous les jours beaucoup
de chevaux,
Le Lundy 14. de ce mois , les
Preftres de l'Oratoire firent
l'ouverture de leur Affemblée ,
dans leur maifon de S. Honoré ,
par une grandem effe duS.Efprit,
qui fut celebrée par le Reverend
Pere de la Tour , leur General
aprés lequelle il fit un difcours
de pieté aux Députez , dans la
Salle où fe tenoit l'Affemblée .
Enfuite dequoy on examina les
procurations d´s Députez ; &
scftant trouvées en bonne forGALANT
367
me , dans la Séance fuivante on
proceda à l'élection des Offciers
generaux. Les Peres Moret
, la Moni , & Patournay furent
élûs Affiftans du Reverend
Pere General ; les Peres de la
Place , Seillones , & de la Nonë
furent élus Vifiteurs ; le Pere
Fouquet Procureur General de
la Congregation , & le Pere Ba
hier Secretaire.
Le Mécredy fuivant , 16 , du
même mois , on terminal ' Affemblée
, felon la coûtume par une
grande Meffe des Morts , qui fue
pareillement celebrée par le
Reverend Pere General .
J'ay beaucoup de chofes à vous
dire de Mr le Marquis de Jamaï
ca Envoyé Extraordinaire de Sa
Majesté Catholique , pour faire
368 MERCURE
des complimens de condoleance
au Roy fur la mort de Monfeigneur
le Duc de Bretagne , mais
ce Marquis n'ayant pas encore
cu toutes les audiences de congé
de la famille Royale , j'ay crû
devoir remettre cet Article au
mois prochain , afin de le rendre
plus complet , & de vous parler:
en même temps de fon arrivée ,
de fon fejour & de fon départ .
L'Enigme du mois paffé eftoir
encore l'oignon , mais quoi qu'elle
ait efté dévinée par plufieurs
perfonnes , il s'en eft peu trouvé
qui ayent ofé en envoyer le
mot , perfuadez qu'ils fe trompoient
, parce que ce n'eftoit pas
Pufage de donner deux fois de
faite une Enigme fur le même
GALANT 369
fujet . De maniere que j'ai réuffi ,
en leur caufant l'agreable embarras
que je m'eftois propofé.
Elle a efté expliquée dans les
vers fuivans , par Mr Thouroude
, Peintre.
Les Peuples qu'autrefois gouver
noit Pharaon
Auroient eu de l'encens de refte ,
Si leur aveuglement , auffi grand
que funefte,
Aa nombre de leurs Dieux n'euf
aufi mis l'Oignon ..
Les autres qui en ont envoyé
le mot , font , le Gafcon de la
Sorbonne l'Amant Peintre , de
la rue Guifarde : le Cenfeur , &
le petit Efclave du coeur partagé
, de la meſme ruë Guifarde
370 MERCURE
Fauxbourg S: Germain .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIGME.
Je m'attache fans ceffe à ce qui
me détruit ;
Etj'aylieu de craindre la nuit.
La grandeurfait durer ma vie ,
Sans qu'à mon fort on porte envie.
On me connoift tres-peu chez les petites
gens ;
Mais on me reçoit bien dans les
maifons des Grands.
En certains temps fans moy , l'on n'y
Pourroit rien faire ;
Je raffemble chez eux , les jeux &
les plaifirs
.
Quoique pour contenter leurs plus
preffans defirs
GALANT 371
On craigne mon miniftere ,
J'allifte cependant à bien plus d'une
affaire.
AIR NOUVEAU.
Si vous tenez l'Hiver vos paſſions
fecrettes ,
Vous les publiez au Printems ;
Helas petits Oiseaux , quand
vous eftes contens >
✓
Vos ardeurs ne font plus difcretes.
Pour moy
dans
l'empire
amoureux ,
Je me plains du deftin à mes defirs
contraire ;
Mais fi j'étois heureux
Je fçaurois bien m'en taire .
Le Roy & Madame la Du372
MERCURE
cheffe de Bourgogne partirent
de 22. de ce mois de Verfailles
pour aller coucher à la delicicufe
maifon de Sceaux , féjour
des ris & des jeux & des plaifirs
de bon gouft, Sa Majesté y prit
1e divertiffement de la promenade
, & des eaux qui font admirables
dans ce lieu , & ne vou
lut point qu'on luy en donnaft
d'autres. Mr de Malezieu y tint
une table magnifique pour toutes
les perfonnes de diftinction
de la fuite de Sa Majefté , & de
Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Le lendemain 23. le Roy
partit de Sceaux pour aller
Coucher à Fontainebleau , où
Monſeigneur le Dauphin eftoit
allé quelques jours auparavant,
avec Monfeigneur le Duc de
Berry
GALANT
373
Berry & Madame la Princeffe,
de Conti , & où Monfeigneur
le Duc de Bourgogne s'étoit
auffi rendu. Toute la famille
Royale y eft en bonne fanté, &
Y prend fouvent les plaifirs de
diverfes Chaffes , de la Come
die , du Jeu & de la Mufique,
*
Je vous ay déja dit ce qui avoit
déterminé les Alliez , aprés fix
femaines de deliberations , qu
pluftoft de conteftations , de
faire une defcente en Catalo
gne pluftoft qu'en Italie
felon leur premier projet . Comme
cette defcente étoit fondée
fur les affurances pofitives.que
le Prince d'Armstadt avoit don
nées , qu'auffi toft que l'Archiduc
auroit débarqué en Catalo
gne , toute la Nobleffe & le Peus
Septembre 1705. Li
374 MERCURE
ple fe foûleveroient , & que la
Ville de Barcelonne ouvriroit
fes portes , & le recevroit comme
fon Souverain; on fut fort furpris
de ne point voir venir de Députez
de la Ville & de la Nobleffe,
auffi toft que la Flote eut paru ,
& d'apprendre que quelques
Payfans feulement s'apprêtoient
à joindre l'Archiduc. Mais le
Prince d'Armſtadt n'oublia rien
pour perfuader ce Prince & les
Generaux, qu'il y auroit du rifque
pour ceux qui paroiftroient
avant le débarquement , & que
comme le fecret feul faifoit réuffir
les affaires importantes , il
étoit de la politique qu'on le
gardaft jufqu'au moment de
l'execution ; & qu'ainfi les con
jurez dont il avoit fait voir plu
GALANT 375
fieurs Liftes ne devoient rien
faire qui découvriſt leur ſecret ,
puifque cette découverte empêcheroit
le fuccés d'une fi grande
entrepriſe , & fibien concertée .
On fe rendit à fes raifons , & l'on
débarqua ; cependant , aulieu de
rien voir, aprés ce débarquement
de tout ce que le Prince d'Armtadt
avoir promis , on ne ceffa
point d'avoir de moment en moment
des nouvelles entierement
contraires. Tantoft on appre→
noit que le Clergé faifoit donner
des affurances au Viceroy, d'une
étern lle fidélité , & qu'il excitoit
la Nobleffe & le Peuple à
faire de même ; & tantoft que la
Nobleffe , aprés avoir auffi renouvelle
fes fermens , fe préparoit
à une vigoureuſe refiftance,
Ii ij
376 MERCURE
$
& que Barcelonne eſtoit en érat
defe bien défendre. Le Prince
d'Armſtadt fe donnoit de grands
mouvemens pendant ce tempslà,
& envoyoit de tous coftez
aux miferables , qui avoient esté
gagnez par de l'argent , des or
dres de le venir joindre ; mais
ceax qui venoient étoient en petit
nombre , & plufieurs étoient
arreftez par des Sujets fidéles à
Philippe V. Pendant que ces
chofes fe paffoient , & que les
•Troupes avançoient lentement
vers Barcelonne , les Generaux
eftant encore incertains de ce
qu'ils feroient , & de ce qu'ils
pourroient faire, on prit loin de
répandre dans toute l'Europe
Jears grands progrez devant
Cette Place ; & les nouvelles im
I
* GALANT
377
100
nd
primées enHollande,dirent toutes que la
tranchée avoit été ouverte le 3.d'Ãoût :
Cependant il eft conftant , & l'on apprit
icy avec certitude , qu'elle n'eftoit pas
p ouverte le 7. de ce mois . Les nouvelles
te imprimées continuant de faire faire d
leurs Troupes des progrez imaginaires ,
dirent enfin que la Ville s'eftoit renduë.
Les nouvelles manufcrites qui fe débitent
icy , publierent beaucoup de Fables
à noftre avantage , en citant des
Lettres de Catalogne fans datte , arrivées
à Montpellier . Enfin il arriva Vendredy
25. de ce mois, à onze heures du
foir , un Courrier de Gironne , qui rapporta
que les Alliez ayant dit au Prince
d'Armſtadt , que tant qu'il ne paroîtroit
pas à la tefte des Troupes qui attaqué
roient , pour le faire voir à ceux de fon
parti , les affaires n'avanceroient pas , &
qu'ils fe rembarqueroient ; de forte
qu'il fe trouva obligé de tenter quelque
entrepriſe en perfonne : Et comme le
Viceroy avoit fait faire quelques Fortifications
nouvelles, au bas du Mont
Ii iij
378 MERCURE
jouy, il crût que ces Fortifications eftane
nouvelles & éloignées , elles feroient &
plus faciles à détruire , & plus difficilement
fecouruës ; de maniere qu'il refolut
d'attaquer cet endroit . Mais comme
le Fort Mont-joüy a quatre Baſtions , &
qu'il falloit aller à ces Retranchemens
en montant toujours , & en fe découvrant
aux Baftions de la Ville , de forte
qu'il en falloit effuyer le feu , auffi-bien
que celuy des Baſtions du Mont-joüy
il perdit huit cens hommes à cette attaque
, où il fut tué luy- même ; mais les
Troupes Efpagnoles qui défendoient ces
Retranchemens , fe voyant fur le point
d'eftre accablées par le nombre , fe retirerent
dans le Fort de Mont-jouy , aprés
avoir fait des act ons de la plus haute
valeur. Quoyque les Ennemis foient demeurez
maiſtres de ces Retranchemens,
ils ne font pas beaucoup avancez , & lelon
la fituation du terrain , ils ne sçauroient
faireun pas fans perdre beaucoup
de monde ; puifque pour aller de ces
nouveaux Ouvrages aux anciens , il faut
GALANT 379
paffer fur le Roc , & effuyer le feu d'un
foûterrain crenelé , fur lequel font des
batteries , n'y ayant aucune terre dont
on puiffe fe couvrir .
Vous jugez bien que la perte du Prince
d'Armſtadt , qui avoit tout le fecret, de
la Conjuration , doit déconcerter toutes
les intelligences des Alliez .. Je fuis ,
Madame , voftre , &c.
A Paris ce 30. Septembre 1705 .
AVIS.
Le Mercure du mois prochain ſe débitera
le 6. Novembre, à caufe des Fêtes.
TABLE.
Prelud
Rélude , contenant le détail de
tout ce qui s'eft paßé lejour de
la Fefte de S. Louis à l'Academie
Françoife , à celle des scien
ces & à celle des Medailles &
Infcriptions , page5
Livre intitulé , Seconda Lettera
del Signor Michel Agnolo de
la Chauffe , & c . *37
Ce qui s'eft pifféà Naples lejour de
lanaiffance du Roy d'Eſpagne , 40
Oraifon funebre de Mr le Marques
de Beuvron, prononcée à Roüen , 44
Voyagefait par Mr Dampier aux
terres Auftrales , à la nouvelle
Hollande , &c.
48
Edition nouvelle du Livre de Mr
Poiret de l'Education des
enfans ,
>
49
Geometrie de Mr Defcarte , & c.
nuvelle caution ɔ
50
TABLE.
Plan Hiftorique de l'Eglife de S.
-Denis ,
Dons faits par Sa Majesté Catholique
,
57
60
69
Mariage de Mr le Duc d'Infan
tado ,
Ufages de la Cour d'Eſpagne , 71
Mariages Etrangers , 73
84
Mrle Cardinal Tanara eft continué
dans la Legation d'Urbin, 80
Premier Article des morts ,
Service fait à Rome pour l'Empe→
reur defunt , avec un extrait de
Jon Oraifon funebre ,
126
130
Articles d'Erudition
Panegyrique de S. Auguftin.prononce
par Mr Evefque de Senés, 148
Autre Panegyrique da même Saint,
prononcé par Mri Abbé de Dromenil
, 152
Lettre de Munich touchant l'état des
TABLE .
affaires prefentes , 156
Raifonnemens faits à l'occafion de
170 cette Lettre ,
Article curieux , contenant tout le
détail de l'incendie arrivé auprés
de l'Eglife nommée le petit
S. Antoine ,
181
Difcours fait au Roy par Mr de
Graville
Second Article de morts ,
196
205
Intendance donnée & changemens
faits dans les autres Intendances
228
Ben fices donnez par le Roy & par
Son Alteffe Royale Monfieur le
Duc d'Orleans > 232
Enregistrement fait au Parlement
de la Conftitution du Pape furles
affaires du Janfeniſme , 237
Audience donnée par le Roy à Ms
de la Faculté de Theologie fur
TABLE.
Penregistrement , &c.
10252
Harangue faite au Roy par Mr
Archevefque & Alby, en prenant
congé du Roy au nom du Clergé
de
France ,
136255
Plan de Turin & de fes environs
,
269
Le veritable Itineraire qui conduit
au fejour des Bienheureux
, ou Paraphrafe , & c . 270
Troifiéme Article de morts , 275
Servicefait pour Me la Comteffe de
•
Grignan ,
291
Faute reparée , 293
294 Mariages ,
Lettre de Monfieur le Duc de Savoye
à la Reine d'Angleterre , 301
Article curieux , qui fait connoftre
que les Alliez ont fauffement pulu
bataille de Caffano a blié
que
efté gagnée par Mr le Prince Eu.
gene
308
TABLE.
Motifs qui ontfait changer aux Alliez
le deffein d'aller en Italie ,
en celuy d'aller en Catalogne , 335
Nouvelles de Catalogne ,
341
Nouvelles des Armées de Flandre,
346
352 Nouvelles d'Allemagne ,
Affemblée tenue aux PP. de l'Oratoire
pour l'élection de quelques
nouveaux Officiers , 366
Article concernant Mrle Marquis de
Jamaïca ,
Article des Enigmes ,
367
368
Voyage du Roy à Fontainebleau, 371
Dernieres nouvelles de Catalogne ,
373
L'Air , Ocean de bonté, &c. 204 .
L'Air , Si vous tenez l'hyver , 374
Zugua
BIBLIOTHÈQUE
60
" Las Painst "
SJ
CHANTILLY
}
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE , 1705
A PARIS
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant
Co
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC V.
Avec Privilege du Roy.
AU
LECTEUR.
ILy a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume au
Mercure .
puis
que malgré lesprieres rèiterées
qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on
envoje
pour eftre
employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
cauſe qu'il y en a
quantité
AU LECTEUR
de défigurez, eftant imple
de devinerle nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre
garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient
corrects
. On
avertit encorequ'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages
à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne
, & que
ceux qui les envoyeront
en
affranchissent
le port.
MERCVRE
GALANT
SEPTEMBRE. 1795 ·
ce
E ne puis mieux commencer
ma Lettre , que par ce
qui regarde ce qui s'eſt
paffé le jour de la fefte de S.
Louis à trois Academies
, que
la protection & les bienfaits du
A iij
6 MERCURE
Roy font fleurir. Les Sermons
qui ont efté faits ce jour- là , &
les Ouvrages qui ont remporté
les prix de l'Eloquence & de
la Poëfie à l'Academie Françoiſe
, font remplis de tresbeaux
éloges de Sa Majeſté , &
délicatement touchez. Ce jourlà
cette Academic fe trouva en
Corps à la Chapelle du Louvre
, & aſſiſta à la Meffe , pendant
laquelle on chanta le
Pleaume Beati omnes qui timent
Dominum , de la compofition
de M' du Bouffet . Elle fut
celebrée par M' l'Abbé Fleury,
l'un des quarante de la ComGALANT
pagnie. Enfuite M' l'Abbé
Prévolt prononça le Panegyrique
du Saint , & foûtint avec
beaucoup d'avantage la gloire
qu'il s'étoit déja acquife en faifant
l'Oraifon funebre de feu
Monfieur le Cardinal de Furftemberg
, & en préchant devant
le Roy le jour de la Céne .
Il prit pour fon Texte ces paroles
de l'Ecriture , Dominus
dedit illi gloriam regni ; & ayant
entrepris de faire voir dans le
premier Point de fon diſcours,
que faint Louis avoit eu toute la
gloire de la Royauté devant les
hommes ; & dans le fecond, qu'il
A iiij
8
MERCURE
avoit en toute cette même gloire
de la Royauté devant Dieu ; il dit
que s'il n'avoit à traiter que la
premiere Partie , la prefence des
illuftres Auditeurs qu'il avoit devant
luy , & à qui l'Eloquence
étoit comme naturelle , par la connoiffance
qu'ils avoient de toute
les délicateffes de la Langue ,fuffiroit
pour luy infpirer des termes
dignes d'un fi grandfujet : mais
qu'ayant à parlerfur la feconde
il avoit befoin d'un puiſſant fecours
, qu'il implora par
ceffion de la Vierge que l'Ange
avoit faluée pour luy annoncer
qu'elle devoit être la Mere de
l'inter
GALANT 9
Dieu. Ce Panegyrique fut rempli
par tout de traits brillans ;
& en peignant vivement les
avantages que la France avoit
reçûs par le foin que S. Louis
avoit eu de bannir de fon
Royaume le Blafpheme , l'Ufure
, le Duel & l'Herefie ; il
fut aifé de connoiftre qu'il faifoit
l'éloge du Roy. Il marqua
l'obligation que la France avoit
à la Reine Blanche de Caftille ,
mere de faint Louis , pour l'excellente
éducation qu'elle avoit
donnée au Roy fon fils , & il
ajoûta que fi l'Espagne luy avoit
fait en elle un prefent ineftima
a
10 MERCURE
ble , Louis le Grand avoit fait
paroiftre le dernier effort de la reconnoiffance
, en donnant à l'Efpagne
fon Petit-Fils , qui faifoit
l'admiration & le bonheur de tous
fes fujets. Les applaudiffemens
que toute l'Affemblée donna
à M' l'Abbé Prévost , furent
des marques du plaifir qu'elle
s'étoit fait de l'écouter ..
On doit
remarquer que la
ceremonie
qui fe fait dans la
Chapelle
du Louvre , commence
de bonne
heure , afin que
ceux qui s'y font trouvez , tant
de M's de
l'Academie
Françoife,
que des autres
perfonnes
qui
IS
GALANT 11
ont affifté à cette cette ceremonie
, puiffent aller à celle
qui fe fait enfuite aux Peres de
a une union
l'Oratoire , en cas qu'ils y foient
portez par le defir de voir &
d'entendre ce qui s'y paffe. Les
deux Academies Royales des
-Infcriptions & des Sciences
entre lefquelles il y a une
établie par le Reglement de Sa
Majefté , s'y trouverent & affif
terent , felon leur coûtume , à
la Meffe qui yfut celebrée. Elles
avoient à leur tefte M' le Prefident
de Lamoignon , Prefident
de l'Academie des Infcriptions,
M' l'Abbé Bignon , Vice- Pre12
MERCURE
fident , M' l'Abbé de Beaujeu
nommé à l'Evêché de Caftres ,
& plufieurs autres perfonnes de
diftinction . Pendant la Meffe
la Mufique chanta le Pleaume
Cali enarrant gloriam Dei¸ de la
compofition de M' du Bouffet.
Le Panégyrique de Saint Louis
fut enfuite prononcé par le
Pere Maffillon , avec cette éloquence
folide & pleine d'onction
, dont le public a déja efté
tant de fois charmé. Il prit
pour texte :
AN NESCITIS QUONIAM
JUSTI DE HOC MUNDO
- JUDICABUNT ?
GALANT
13
Ne fçavez - vous pas que les
Juftes doivent un jour juger
le monde ?
Si la loy de Dieu , dit- il , toute
feule devoit un jour juger le
monde , les mondains pourroient
oppofer àleurcondamnation les obftaclesprefque
infurmontables continuellement
attachez à leur état
àleur condition . Ils pourroient
apporter pour difpenfe de la pratique
des vertus, la diftinction de leur
range la dignité de leurs emplois.
Mais l'Apoftre nous avertit
les Fuftesferont affis à la droite de
Jefus Chriftpourjuger les hommes
que
14 MERCURE
avec luys qu'ils feront les défen
feurs de la caufe de Dieu contre les
vaines excufes des pecheurs , &
que leur exemple condamnera
alors le monde , qui n'aura pas
voulu les imiter.
l'ai-
Ce droit
cependant de juger &
de
condamner le
monde
n'appartiendra
pas à tous les Juftes également
; il ne fuffit pas de l'avoir
hay pour
condamner
ceux qui
ment, ilfaut l'avoir
vaincu
avec
·tout ce qu'il a de
grandeurs , de
richeffes , de puiſſances, de plaifirs,
de vanité
de charmes.
&
› Ainfi condamnera le monde le
Saint Roy que la France autreGALANT
15
fois honora comme fon pere ,
qu'elle invoque aujourd'huy comme
fon protecteur. Il trouva dans la
pratique des vertus la fource des
qualitez heroïques qui l'ont rendu
le plus grand & le plus faint de
tous les Rois. Il trouva dans la
qualité de Roy un excellent motif
pour s'animer à la pratique des
vertus les plus aufteres.
Il divifa fon fermon en
deux points , & dit dans le
premier.
Que Loüisfut un grand Roy
devant les hemnes ,parce qu'ilfut
un grand Saint devant Dieu ;
& dans le fecond.
16 MERCURE
Que Louis crût qu'il devoit eſtre
plus Saint que tous les autres devant
Dieu , parce qu'il eftoit plus
grand que tous les autres devant
les hommes.
La Sainettede Louis, pourfuivit-
il , en fit un grand Roy ; la
Royauté en fit un grand Saint.
Le monde , dit- il dans fon
premier point , toûjours injufte
eftimateur de la vertu , la regarde
comme le partage des ames foibles ;
Ilfe perfuade que la grandeur du
Prince eft incompatible avec celle
du Chrétien , il fepare toûjours le
Heros le Saint ; il croit
&
la Religion à attaché à la condia
que
GALANT 17
tion de ceux- cy un certainfondde
penitence , qui doit toûjours eftre
accompagné ou d'une mediocrité de
raiſon¸ ou d'une obſcurité de naiffance
, & qu'on ne doit enfin chercher
la fainteté que dans cet eſtat
pauore & humiliant,qui n'a d'au
tre gloire à esperer que celle d'eftre
Saint <
· C'estpour détruire ces préjugez,
convaincre le monde de fon
erreur que l'Eglife nous propoſe
aujourd' buy l'exemple de ce grand
Roy dont je vais parler en préfence
de deux Compagnies fçavantes
, que le devoir la piete
réuniffent pour celebrer fa gloire
Septembre 1705. B.
18 MERCURE
& leur reconnoiffance.
Au milieu des foins d'une Regence
difficile , la Reine fa mere ne
trouva point d'affaire plus importante
que l'éducation du jeune
Roy. Peu contente d'avoir affemble
auprés de luy ce qu'ily avoit
alors d'hommes fages , capables eg
vertueux , elle voulut par ellemême
le rendre utile à la Religion
&au monde , formant tour
tour le Chreftien parfes exemples,
le Prince par fes leçons : Ainfi
il portafur le Throne toute l'onction
de la grace , ilyfut tout à
Dieu , & tout à fes Peuples..
Jettant commeMoife , un voile
GALANT 19
fur l'éclat de fa Majefté , pourſe
conformer à la petiteffe des fujets
qui vouloient l'approcher , il fe
dépouilloit de toute fa grandeur ,
& on ne s'appercevoit qu'il fuft
grand, que lorfqu'il accordoit des
graces refervées à ungrand Roy.
Le rétabliſſement des Loixfut
fa premiere occupation . Dans cette
Capitale de la France étoient affis
des hommes corrompus , qui abufoient
impunément de l'authorité
qu'on leur avoit confiée , & auprés
de qui l'indigence étoit lefeul
crime dont on ne devoit point ef
perer de grace. Louis donna à la
Jurisprudence des Maîtres éclai-
Bij
20 MERCURE
rez, & à la Justice des Magiftrats
habiles & integres.
Le rétabliſſement de la difcipline
& de la pieté fuivit de prés
celuy des Loix. Des Theologiens
nouveaux s'étoient élevez , gens
charnels & ignorans , qui debi
toient des obfcuritez que la groffiereté
des temps aidoit à recevoir,
& que
la licence rendoit agréables.
Louis commença par arreſter,
les abus qui fe commettoient dans
la diftribution des places & des
emplois , perfuadé que le déreglement
de ceux qui occupent les premiers
poftes de l'Eglife fut toujours
la fource de ſes maux ; que
GALANT 21
fous des Pafteurs ignorans ou
mondains le troupeau s'égare on fe
relâche
› que les inftructions chrétiennes
degenerent peu à peu en
railleries profanes , & que l'Arche
fainte ne tarde guére à devenir
la rifee des Philiftins lorf
qu'elle eft à la garde de Levites
imprudens ; il fit fucceder par tous
la foience & la vertu , à la malice
& à l'ignorance. Comme un autre
Machabée , aprés avoir defolé les
ennemis du Dieu vivant , il s'attacha
à purifier les lieux faints
qui devoient fervir à fon culte
Ecce contriti funt inimici ,
afcendamus nunc mundare
22 MERCURE
fancta , & renovare.
Pere de juftice & de mifericorde,
qui renouvellez dans noftre fiecle
unepratique fineceffaire à lagloire
de voftre Eglife & au falut de
vos Peuples ,fecondez les foins de
l'augufte Monarque que vous
nous avez donné ; fon Hiftoire
déja embellie de tant de faits éclatans
, va l'eftre encore de mille
actions pleines de ſainteté.
Le monde , pourfſuivit- il
dans fon fecond Point , croit
communément la bonté n'eſt
que
que
la derniere vertu des Rois ,
que ceux qui la poffedent à un
certain point font peu capables de
GALANT
23
fe rendre illuftres par des endroits
plus brillans. Le Saint Roy que
je louefit bien fentir la fauffeté de
cette maxime mondaine , autant
de fois qu'il s'agit des interefts de
fon Dieu , ou de ceux defa Conronne..
Ce n'eft plus alors ce Roy pacifique
qui écoute tout , qui fouffre
tout , qui appaife tout. C'est ce
Lion de la Tribu de Juda , terrible
à fes ennemis , lors mefme qu'il
ne femble pas fonger à fe deffendre.
Avec quel courage
quelle prudence & avec quelle
fermeté ne détruifit-il pas la puiffance
liguée du Duc de Bretagne
avec
24 MERCURE
des Comtes de la Marche
de Champagne ?
Et vous , terre infortunée, qui
malgré les efforts de ce pieux &
magnanime Heros , gemiffez en-›
core fous la tirannie du demon
dites-nous avec quelle joye vous
vous rappellaftes à la vue de ce
nouveau Liberateur , vos anciens
jours de gloire & de fplendeur ;
vous crûtes voir un autre Fofué
un autre Gedeon , un autre David
à la tefte des Tribus , & que c'étoit
buy que Dieu envoyoit pour rens
dre à la veritable Religion un
Peuple incirconcis; mais le Seigneur
ne vouloir qu'éprouver for Serviteur
GALANT 25
witeur , & non pas fignalerfa
puiffance. Quelles actions de valeur
ne fit- il pas alors à quels
perils ne s'expofa t-il point ? Déja
caffé par la foibleffe d'un age
avance , accablé par les fatigues
de la guerre , attenué par la longueur
de fes voyages , affoibli par
les malheurs de fa premiere expedition
plus abattu encore par
les aufteritez d'une vie penitente,
il vole une feconde fois dans la
Palestine pour aller conquerir ce
fejour des Saints , mais comme un
autre Moyfe , il meurt avant que
d'y entrer ; il s'écrie en parlant
Les enfans : Jemeurs
ans Jemeurs dans cette
Septembre 1705. C
26 MERCURE
terre étrangere. Le Seigneur
refufe fans doute à mes crimes
la confolation de paffer le Jourdain
: Non tranfibo Jordanum.
Mais vous le pafferez , vous
poffederez cette terre délicieuſe.
Vos tranfibit , & poffidebitis
terram egregiam.
O Dieu , confervez donc à la
France une fi augufte profperité :
faites defcendrefur fes dignes Succeffeurs
ces vertus qui le rendirentfi
agréable à vos yeux , &
aux yeux defon Peuple . Donnezleur
ce que vous donnaftes àfaint
Louis pour en faire un grand
Saint & un grandRoy. Recevez
GALANT 27
favorablement les voeux que nous
vous adreffons en particulier pour
le grand & genereux Prince qui
nous gouverne , & qui porte vers
vous toutes fes actions & toutes
fes pensées. Soyez à jamais beni,
ô mon Dieu , de ce que vous vou
lez bien affermir contre tous fes
ennemis, la profperité defon Regnes
continuez à donner une place honorable
à fa tendre pieté dans le
Livre éternel de fa vie & defes
exploits.
ر Pourvousmes'Freres
,
ajoûta
-t-il , en s'adreſſant
à ſon
Auditoire
, ne vous
deffendez
plus de la pietéfous quelque pré-
Cij
28 MERCURE
texte de grandeur que ce foit,aprés·
l'exemple que je viens de vous
propofer fouvenez- vous qu'il
n'y a rien de fi grand fur la terre
que vous ne devicz faire fervir à
vousſanctifier, afinque loin d'être
un jour jugez avec le monde
vous le jugiez luy-même avec
les Saints.
L'aprés dînée de ce meſme
jour l'Academie Françoiſe s'affembla
pour diftribuer les Prix
qu'elle donne tous les deux ans.
Celuy d Eloquence fut remporté
par M l'Abbé Colin
& ccluy de Poëfie par M' de
la Mothe, qui a remporté cette
GALANT 29.
१
année le même Prix de Poëfie
aux Jeux Floraux de Toulouſe.
Ces deux pieces furent lûës, &
furent fort applaudies de tous
les affiftans. Aprés cela on lût
une Differtation de M' d'Hericourt
le fils , l'un des Academiciens
de Soiffons , dans laquelle
il donnoit à examiner ,
fila profperité eft auffi utile pour
lefalut , que l'adverfité. Ce fujet
parut fort bien traité . C'étoit
un tribut que cette Academie
s'eft obligée de rendre tous les
ans à l'Academie Françoife , à
caufe de l'affociation qui eft
entre l'une & l'autre Compa
C iij
30 MERCUR E
gnie. Il avoit efté apporté par
M' le Picard , l'un des membres
de la premiere ; & il fut
placé ce jour -là parmi les Academiciens
.
Le difcours de M' l'Abbé
Colin fut lû par M' l'Abbé de
Choify , & il parut fi beau ,
que j'ay crû devoir vous en
envoyer un extrait . Le fujet
de ce difcours eft , Que la juf
tice & la veritéfont les plus fermes
appuis du Throne des Rois.
Il dit d'abord que fi les hommes
eftoient demeurez dans l'innocence
où Dieu les avoit créez , il n'y
auroitpoint eu de Rois parmi eux,
M
GALANT 31
& que naiffant tous égaux , ils
auroient tous vefcu dans l'égalité.
Il fit voir enfuite que le
peché les ayant fait décheoir de
cet état , chacun voulut dominer,
fe faire le maistre des autres.
Il fit aprés une peinture des
defordres que ce dérangement
caufoit dans le monde ; ce qui
luy donna lieu de faire un portrait
du pouvoir & du devoir
des Rois , & de celuy des fujets .
Il dit que les Rois furent établis
pour eftre les Arbitres de la foy
publique , pour maintenir les foibles
contre l'oppreffion des plus
forts , pour terminer les differends
C iiij 111 )
32 MERCURE
des particuliers , fixer leurs prétentions
, & faire rendre à chacun
ce qui luy appartient.
Voilà , continua- t- il , l'origine
de la Royauté. Mais cet établiffement,
le plus utile qui foit dans
le monde , le chef- d'oeuvre de
la raison , ne pouvoit eftre ny legitime
, ny durable , fi Dieu
unique difpenfateur de toute autorité
, fouverain Maistre de la
vie & de la mort ne l'avoit
confirmé , en communiquant aux
Rois fa puiffance, & le droit de
faire des Loix , dejuger les hommes
, d'impofer des peines aux crimes
de punir ceux qui trou-
#
GALANT
33
blent l'ordre de lu focieté. Ainfi la
Royauté eft une participation de la
fouveraineté de Dieu fur les hom
mes. Il s'en déclare le Protecteur.
Il commande * à toute forte de
perfonnes d'eftre foúmiſes aux
Puiffances fuperieures. Il avertit
que les Rois tiennent fa place fur
la terre , & que qui leur refifte
refifte à fes ordres.
1
Il fit voir enfuite que fuivant
ces principes , ily a des devoirs de
Rois , & des devoirs de fujets :
& que ces devoirs eftant reciproques
, que l'estat defujet renfer
moit un engagement de foumiffion,
d'obéiffance , & de fidelité ; &
* Sap. 6. 4. Pet . L. c. 2. Rom. 1 3
34 MERCURE
que l'état de Roy renfermoit un
engagement de protection , d'équité
de droiture dans l'usage du gouvernement.
L'Auteur prouve
dans la premiere Partie de fon
difcours , qu'un Roy qui aime la
juftice & la verité,fefait aimerde
fesfujets; & dans la feconde, qu'il
Le fait redouterde fes ennemis.
Il fit deux peintures admirables
dans fa premiere partie. La
premiere eftoit de ce que font
Ïes hommes pour pervertir les
Rois , en tâchant de les furprendre
par toutes les chofes
qui les peuvent flatter . La ſeconde
eftoit un portrait d'un
Roy parfait ; & ce portrait renGALANT
35
fermoit tout ce que le Roy a fait
de plus remarquable en fa vic : de
maniere qu'il ne fut pas neceffaire
qu'il nommaſt ce Monarque
pour le faire reconnoitre. Ĉes
portraits firent beaucoup de
plaifir à toute l'Affemblée, tant
ils furent bien touchez ; & je
dois même ajoûter que la diction
ne fut trouvée tres - belle.
La feconde partie du Difcours
de M' l'Abbé Colin renfermoit
deux portraits bien oppofez
, fçavoir , celuy de ces
anciens & prétendus Heros ,
qui n'écoutoient que les confeils
d'une ambition demefu36
MERCURE
rée , qui leur faifoit ſacrifier la
veritable gloire , & tout ce que
la religion , l'humanité & la
juſtice ont de plus facré , au
violent & impetueux defir de
regner. Le fecond portrait
eftoit celuy d'un Roy juſte ; &
il fit voir dans ce portrait , tout
ce qui n'avoit pû entrer dans
l'éloge de Louis le Grand , qu'il
venoit de faire admirer dans
la premiere partie de fon Difcours
. De maniere que ceux qui
entendirent la lecture de cette
piece furent extrêmement ſurpris
d'entendre de fi belles chofes
fur une matiere qui leur
avoit paru entierement épuiGALANT
37
féc. Ce Difcours finiffoit par
une Priere pour le Roy , dont
la beauté répondoit au reſte de
l'ouvrage.
M' l'Abbé Colin , connu par
fon merite & par fon érudition
, eft d'une des meilleures
familles du Bourbonnois
, du
cofté paternel ; & du coſté maternel
, d'une des plus anciennes
nobleffes d'Auvergne. Sa
mere eftoit de la maifon de
Sarrazin-de-Bonnefond .
Les louanges du Roy font devenues
un langage commun à
toutes les Nations. Le Livre intitulé:
Seconda Lettera del Signor
38 MERCURE
Michel Agnolo de la Chauffe
c. en eft une preuve. M de
la Chauffe , Italien , dans fa feconde
Réponse aux Remarques
du Pere de Grainville ,
( imprimée à Naples ) fur la Colonne
de l'Apotheofe d'Antonin
, trouvée à Rome dans le
Champ de Mars , a donné au
Roy des louanges tres - delicates
, en parlant de ce Monarque
& du Roy d'Eſpagne fon petitfils.
Il les a reprefentez comme
deux Heros qui foûtiennent les
efforts de tous les Princes conjurez
contre eux . L'Auteur finit
fon ouvrage par l'avcu qu'il
GALANT 39
fait de l'impuiffance où il eft de
pouvoir parler dignement de
ces deux Princes .
Le fonds de la diſpute de
M' de la Chauffe & du Pere de
Grainville , confifte en ce que
le premier prétend que la Colonne
Granique , nouvellement
découverte à Rome dans le
Champ de Mars , eft celle qu'on
voit fur les Medailles d'Antonin.
Le Pere de Grainville , an
contraire , foûtient que celle
qu'on voit fur les Medailles de
cet Empereur , eft cette Colonne
magnifique qu'on voit encore
aujourd'huy élevée dans
40 MERCURE
une des places de Rome.
с
Le 19 du mois de Decembre
, jour de la naiſſance du Roy
d'Espagne , fut celebré l'année
derniere à Naples d'une maniere
toute nouvelle . La coûtume eft
d'y celebrer le jour de la naiſſance
des Rois par des Feftes publiques
; M le Duc d'Eſcalona ,
qui en eft Viceroy , & un des
plus fçavans hommes de l Europe
, crût qu'il eftoit plus à
propos de faire ce jour - là une
Academie , où il ne fuſt parlé
qu'à l'honneur du Prince , que
de fuivre l'ancien uſage , qui eft
fouvent l'occafion de beauGALANT
41
coup de defordres. Il fit avertir
un mois auparavant tous les
gens de Lettres , afin qu'ils préparaffent
quelques ouvrages
pour ce jour- là . Il fouhaita que
les difcours fe fiffent en plufieurs
langues : ainfi on y en
tendit des harangues en Hebreu
, en Grec , en Latin , en
Efpagnol , en Italien , & en
François , &c. & tous ces difcours
font la matiere d'un vơfume
, imprimé à Naples chez
Felice Mofca. On y voit les
difcours de M' l'Abbé Botoni ,
Meffinois , Gouverneur de M
leMarquis de Moya , fils de M
Septembre 1705
D
42 MERCURE
le Viceroy , & de M' le Regent
Bifcardi , homme illuftre par
fon employ. Le premier parla
en douze langues , fçavoir , en
Hebreu , en Syriaque , en Grec,
en Latin , en Italien , en François
, en Eſpagnol , en Portugais
, en Allemand , en Flamand
, en Polonois , & en Anglois.
M' le Regent fit un difcours
Latin qui fut generalement
applaudi. M' Natale Confeiller
, fit en Italien l'ouverture
de l'Affemblée. M' l'Abbé de
Sicion fit un difcours en François.
On ne prononça que ces
quatre difcours en Profe ; tout
GALANT 43
le refte fut en Vers. Ils furent
recitez par cent perfonnes ou
environ , du nombre deſquelles
eftoient quatre ou cinq Dames.
Madame la Princeffe de
Saint - Buono , que fon efprit .
& fes belles manieres diftinguent
encore plus que fa naiſfance
, qui eft des plus illuftres
du Royaume de Naples , fit
lire un Sonnet Italien , qui fut
trouvé tres - beau. M' Natale
qui fit dans cette ocaſion la
fonction de Secretaire de l'Academie
, y lût les ouvrages des
Dames. L'Affemblée fe tint
dans une des plus grandes Sal
Dij
44 MERCURE
les du Palais , qui eftoit fort ornée
& fort éclairée , la Compagnie
y fut nombreuſe . M* le
Viceroy y eftoit fous un daiz ,
& autour de luy tous les Offi-
-ciers Generaux. Plus de cinquante
Dames fe trouverent à
cette action , & furent placées
dans un lieu feparé . La Séance
commença à fept heures du
foir , & ne finit qu'aprés minuit.
Le premier jour du mois
dernier M' l'Abbé Foffart prononça
l'Oraifon funebre de
feu M' le Marquis de Beuvron,
Lieutenant General des ArGALANT
45.
mées du Roy & de la Province
de Normandie , Chevalier des
Ordres de Sa Majefté, &c . dans
F'Eglife Cathedrale de Rouen ,
en prefence des Compagnies
fuperieures , de la Nobleſſe &
du Corps de Ville. Il prit pour
Texte , ces paroles d'Efther.
aimé genera-
Il fut grand...
lement de tous fes freres , ne cherebant
qu'à faire du bien à fa
Nation , & ne parlant que pour
procurer la paix
de fon Peuple. La divifion de
fon difcours fut tirée du Texte.
Dans le premier Point , l'Orateyr
fit voir M le Marquis de
la profperité
46 MERCURE
Beuvron Grand , parce qu'il a
fait le bien avec cette fageffe
qui eft la regle de l'homme
bienfaifant ; & dans la feconde
Partic , pour adoucir la douleur
univerfelle , il le fit paroître
encore plus grand , parce
que la Sageffe l'avoit comblé
de biens des ce monde , en attendant
fes folides & fes éternelles
récompenfes. Il a efté
Grand, dit-il , parce qu'il a fait
le bien avecfageffe ; & il a esté
plus Grand encore
Sageffe l'a comblé de biens.
د
parce que la
M' l'Abbé Foffart fit voir
dans le cours de cet éloge , que
GALANT 47
1
la Sageffe avoit attaché fi fcrupuleuſement
M' le Marquis de
Beuvron à la verité , qu'il n'avoit
jamais voulu devoir le
fuccés des entrepriſes
les plus
د
,
ny bumeur ny
importantes à la plus legere
équivoque, Elle luy donna , continua-
t-il cette affabilité fans
étude qui luy attira tous les
coeurs cette égalité d'ame
• qui ne connut
temperamment , ny caprice , ny
l'emportement du plaifir , ny l'accablement
de la trifteffe : ce qui
le fit voir fuperieur aux évenemens.
Et en parlant de la mort
de M l'Abbé de Beuvron
48 MERCURE
Aumônier du Roy , arrivée au
Camp devant Namur , au mois
de Juin en 1692. qui étoit fils
du défunt , Mr Foffart s'écria :
De quelle Eglife voulicz- vous
vous vanger , Seigneur , lorfque
vous enlevaftes celuy qui eftoitfi
digne de conduire les premieres
Eglifes ? Ce difcours reçût de
grands applaudiſſemens . Il ſe
vend à Rouen , chez le Sr
Ruault , Libraire , ruë S. Lo ,
derriere le Palais , à l'Occafion.
Mr Dampier,fameux Voyageur
, qui a déja donné au pu-
Blic les Relations de fes Voyages
en trois Volumes , vient de
donner
GALANT 49
donner une Relation nouvelle
d'un Voyage qu'il a fait en
1699. aux terres Auftrales , à
la nouvelle Hollande , & c . Paul
Marret qui a imprimé les premiers
ouvrages de Mr Dampier
, vient encore de mettre
au jour celui- cy , où l'on trouve
la defcription des Ifles de Canaries
, de Mago , de Saint
Jago de la Baye de tous les
Saints , des Forts & de la Ville
de Bahia dans le Brefil , avec
quantité de Cartes Geographi
ques & de figures .
2
$
Quoique les Lutheriens de
Hambourg ayent cenfuré le
Septembre 1705.
E
50 MERCURE
Livre de Mr Poiret, de l'Educa
tion des enfans , comme conte
nant la doctrine du pur Sabellianiſme
, ainſi que Mr Baſnage
l'a remarqué dans fon Hiftoire
des ouvrages des Sçavans de
1694. page 189. On en vient
de faire une Edition nouvelle
à Amfterdam , in 12. qui fe
vend chez Henry Defbordes.
Le S Chriftophle David ,
demeurant fur le Quay des
Auguſtins , à l'Image S. Chrif
tophle , vend depuis peu un
Volume in 12. intitulé : La
Geometrie de Mr Defcarte diyifée
en trois Livres. Le premier
ર
*
GALANT 51
traite des Problèmes qu'on
peut conftruire,n'y employant.
que des cercles & des lignes
droites le fecond , de la nature
des lignes courbes ; & le
troifiéme , de la conftruction
des Problêmes qui font folides
ou plus que folides . Cet ou
vrage eft une nouvelle édition
de la Geometrie de Mr Defcarte
; qui fut imprimée à
Leyde en 1637. & comme
cette première édition as cfté
entierement vendue , on a crû
devoir faire cette feconde, qui
eft tres-exacte. Mr Deſcarte
montre d'abord , dans le pre
,
Eij
52 MERCURE
mier Livre , comment le calcul
d'Arithmetique fe rapporte
aux operations de Geometrie.
Comme toute l'Arithmetique ,
dit- il , n'eft composée que de quatre
ou cinq operations , qui font
Addition , la Soustraction , la
Multiplication , la Divifion &
lextraction des racines qu'onpeut
-prendrepour une espece de divifion;
ainfi n'a-ton autre chose à faire
en Geometrie touchant les lignes
qu'on cherche , pour les preparer
eftre connues , que leur en ajoûter
d'autres , ou leur en ofter. Pour
faire voir la nature des Problê,
mes plans , & comment ils fo
-à
GALANT 53
refolvent , Mr Deſcarte rapporte
un exemple tiré de Pappus
, qui en a parlé au commencement
de fon feptiéme
Livre. Cet Auteur, aprés s'être
arrefté quelque temps à dénombrer
tout ce qui avoit eſté
écrit en Geometrie, parle d'une
queftion qu'il dit que ny Euclyde
, ny Apollonius n'ont pû
entierement refoudre. Voicy
fés paroles : Quem autem dicit
( Apollonius ) in tertio Libro
locum ad tres & quatuor lineas ab
Euclyde perfectum non effe , &c.
Mr Deſcarte répond à la queftion
de Pappus , en faifant voir
>
E iij
54 MERCURE
qu'on peut toujours trouver
les points cherchez par la Geometrie
fimple : on voit dans le
Livre , la queftion & la réponfe.
On trouve dans le fecond
Livre une explication de quatre
nouveaux genres d'ovales
qui fervent à l'Optique ; l'Auteur
en donne une fçavante.
explication pour faire connoître
que la confideration des
lignes courbes qu'il propofe
n'eft pas fans ufage. Aprés l'avoir
fuffifamment fait comprendre
, il remarque qu'en
chacune de ces ovales il faut
confiderer deux parties , qui
GALANT 55
ont diverfes proprietez touchant
les reflexions & les refractions
. On le doit voir dans
l'ouvrage , à caufe des figures
qui guident le Lecteur . Mr
Defcarte donne dans le troifiéme
Livre , un exemple touchant
l'invention de plufieurs
moyennes proportionnelles ,
pour en trouver autant qu'on
veut , & pour en trouver dont
la démonſtration ſoit plus évidente
que par le moyen des
lignes courbes , qui fe décrivent
par l'Inftrument XYZ.
Pour bien comprendre la
queſtion , il faut voir la figure
1
E iiij
56 MERCURE
qui eft tracée en cet endroit.
On trouve auffi dans ce même
Livre une fçavante & curieuſe
Differtation fur les équations ;
on y voit leur nature , leurs
racines , combien il y en a en
chaque équation , combien ily
en peut avoir de fauffes , & comment
à l'aide de ces racines on
peut diminuer le nombre des
dimenfions d'une équation .
L'Auteur finit fon ouvrage ,
en faiſant remarquer au Lecteur
, qu'ayant reduit à une
même conftruction tous les
Problèmes d'un même genre ,
a donné le moyen de les reGALANT
57
duire à une infinité d'autres
diverfes , & ainfi de refoudre
chacun d'eux en une infinité
de façons. Il dit enfin que la
pofterité luy fçaura gré , nonfeulement
des chofes qu'il a
expliquées ; mais auffi de celles
qu'il a omifes volontairement,
afin de luy laiffer le plaifir de
les inventer.
M' Chevillard , Hiftoriogra
phe de France , qui a donné au
public foixante & treize Cartes
de Blazon & de Chronolo
gie , vient de mettre au jour
un Plan Hiſtorique de l'Eglife
de faint Denis en France , dans
58 MERCURE
lequel on voit tous les Tombeaux
des Rois , des Reines ,
des Princes & des Princeffes ,
qui y font figurez & placez aux
endroits où ils font enterrez ,
marquez avec des chiffres pour
les faire connoiftre , qui ont
leur rapport à d'autres qui
font aux deux marges , où les
noms , les qualitez , les Armes
& les Blafons des Princes & des
Princeffes qui y font enterrez
font gravez , avec le temps de
leur mort . Et comme on ne
peut voir les Princes & Princeffes
de la Maiſon Royale de
Bourbon , qui font dans une
$
GALANT 59%
༨
Cave qui eft fous le chevet de
l'Eglife , dont on remarque
l'efpace qu'elle occupe par des
points qui regnent depuis fa
defcente , l'Auteur a jugé à
propos de reprefenter l'interieur
de cette Cave . Il l'a placé
du cofté du Midy de cette
Eglife hors oeuvre , vis-à - vis le
Maufolée des Valois , & il y a
repreſenté tous les corps des
Princes & des Princeffes qui y
font , comme ils y font placez,
depuis le Roy Henry IV. juf
ques à Monſeigneur le Duc de
Bretagne.
MChevillard a auſſi donné
60 MERCURE
au public
velles des nouveaux Archeveſques
& Eveſques de France,
pour ajoûter au Livre qu'il a
fait cy-devant graver du Clergé
de France, intitulé, la France
Chreftienne.
21. Planches nou-
Le Roy d'Espagne a nommé
à l'Archevêché de l'Ile de
Saint Domingue , le Pere Francifco
de Rincon , de l'Ordre
des Minimes . Saint Dominique
, ou San Domingo , en La
tin Dominicopolis , ou S. Domi
nici Civitas , eft une Ville de
l'Amerique Septentrionale ;
Capitale de l'Ille Hifpaniola ,
GALANY 61
T
dite auffi de San Domingo ,
avec une des Antilles . Cette
Ville eft grande , riche & belle,
fituée dans la partie Meridionale
de l'Ifle , à l'embouchure
du Fleuve Ozama , avec un
tres- bon Port , Archevêché ,
Audience
Chambre des
Comptes & Cour des Monnoyes.
C'eſt auffi le fejour du
Gouverneur de l'Ifle. Le Pape
Leon X. У fonda un Evêché
que Paul III. érigea l'an 1547 .
en Archevêché. Chriftophle
Colomb fit rebâtir çette Ville
en 1494. Les Anglois , conduits
par François Drak , l'a62
MERCURE
१.
voient prife en 1486. & ils
l'abandonnerent peu de temps
aprés . Depuis ce temps - là elle
elt toujours reftée au pouvoir
des Eſpagnols ; il y a même une
Colonie d'Efpagnols tres- confiderable
. Le Pere Francifco de
Rincon a paffé par les Emplois
-les plus honorables de fon
Ordre , & on peut dire qu'il
en a cfté un des plus grands
Ornemens. Il eft grand Theologien
& grand Predicateur. Il
a annoncé la parole de Dieu
dans les meilleures Chaires
d'Eſpagne ; il a mefme un talent
particulier pour la Prédi
GALANT 63
cation. Le feu Roy l'eftimoit
beaucoup ; la Reine doüairiere
luy a fait faire compliment fur
fa nouvelle dignité , & toute
la Cour d'Espagne , s'eſt em +
preffée à luy témoigner la joye
qu'elle a de fon élevation .
Monfieur le Cardinal Portocarrero
l'a auffi fait compli
menter par un Gentilhomme,
qu'il luy a envoyé pour ce fujet.
La joye de tous ceux qui
connoiffent le Pere de Rincon ,
eft une preuve de l'eftime que
l'on a pour luy.
11 Sa Majefte Catholique a
donné le
Gouvernement de
64 MERCURE
จ
Ciudad Rodrigo à Dom Antonio
de la Vega , cy - devant
Gouverneur
de Margan , en
confideration de fes fervices .
Ciudad Rodrigo eft une Ville
d'Efpagne dans le Royaume
de Leon , avec Evefché fuffragant
de Compoftelle ' ; elle eſt
fituée fur la Riviere d'Aguiar,
vers les Frontieres de Portugal.
Mariana & quelques au
tres eftiment , que c'eſt la Mirobriga
des Anciens . D'autres
foutiennent avec plus de raífon
, que cette Ville ancienne
ayant efté ruinée, Ferdinand II.
Roy de Leon , y ft bâtir vers
GALANT 65
l'an 1200. Ciudad- Rodrigo ,
pour luy fervir de Rempart
contre les Portugais. Le Gouvernement
de Margan , que
Dom de la Vega quitte , eft
confiderable. François Marefme
, de Valence en Eſpagne ,
& qui fut élu General des
Chartreux en 1437. que les
Peres du Concile de Bafle voulurent
mettre à la place d'Eugene
IV. & qui cut même deux
voix dans le temps de l'élection
de Felix V. avoit demeuré
long- temps à Margan. Dom
Antonio de la Vega eft un
homme d'une probité & d'une
Septembre 1705 .
2
F
66 MERCURE
fidelité reconnuës .
Le Roy d'Eſpagne a donné
la Grandeffe au Prince Tferclaës
de Tilly , en confideration
de fes fervices ; & ce Prince
fut mis en poffeffion des honneurs
attachez à cette dignité
le 17 du mois dernier . Ce Seigneur
defcend du brave Comte
de Tilly , dont je vous ay déja
parlé , & que l'on nomma
dans le dernier fiecle , General
de l'Union Catholique . Il fervit
fous le Duc Maximilien de Baviere
, & il fit des merveilles à
la Bataille de Prague en 1620 .
Six ans aprés il donna la celebre
GALANT 67
Bataille de Lutter au Duché de
Brunſwich , où il fe rendit
maiſtre de vingt - deux Ca
nons , de quatre -vingt Drapeaux
, de plufieurs Etendarts
& de tout le Bagage des ennemis.
C'eſt à cette occafion que
le Pape Urbain VIII . luy écrivit
dans les termes du monde
Is plus obligeans , & luy mar
qua la joye que toute l'Eglife
avoit d'une Victoire fi avanta
geufe à tous les Catholiques .
En 1631. il prit Leipfic , il y
fut deffait trois jours aprés par
le Roy de Suede ; mais il rallia
depuis fes Troupes , prit quel
Fij
68 MERCURE
1
ques Villes dans le Pays de
Heffe , & repouffa Horne Chef
du party Proteftant. Il finit
enfin une vie fi glorieuſe en
deffendant le paffage du Lech,
& mourut à Ingolstadt l'an
1632. Il fit de grands dons à
l'Eglife de Nôtre- Dame d'Ottingen
, & il laiffa foixante
mille écus à de vieux Regimens
qui avoient combattu fous
luy. Monfieur le Prince de Tilly
qui vient d'eftre fait Grand
d'Eſpagne , a donné des marques
de fa valeur en plufieurs
occafions , & s'eft montré digne
du nom qu'il porte.
GALANT 69
Mi le Duc de l'Infantado a
époufé la fille de M' le Comte
d Hernannunez , fille d'honneur
de la Reine. Cette Dame,
joint à une illuftre naiffance, de
grands agrémens. Elle paffe
pour une tres- belle perfonne ;
& elle a efté élevée avec de
grands foins. La Maiſon dont
elle fort eft originaire de l'Arragon.
M' le Duc de l'Infantado
eft d'une de ces Maiſons
dont on ne doit rien dire, tant
elles font connuës . Elle eft celebre
en Espagne , depuis le
temps même des anciens Rois
Gots . Les Anceftres de ce Duc
70 MERCURE
furent du nombre de ceux qui
s'allerent cantonner dans les
Montagnes des Afturies aprés
l'invafion des Maures ; ainfi
ainfi on peut dire fans exaggeration
, que l'ancien fang Goth
coule encore dans les veines
des Ducs de l'Infantado .
M' le Marquis de Torrecufa
a époufé Dona......de Villa-
Torca , auffi Fille- d'honneur
de la Reine . Cette Dame a
beaucoup d'efprit , elle eft dans
les bonnes graces de la Reine ;
& il eft
peu
de Dames dans le
Palais en qui cette Princeffe aye
autant de confiance qu'en la
GALANT
70
jeune Marquife de Torrecufa .
La Maiſon de Villa- Torca eft
des plus qualifiées de la Caſtille
; ceux qui en font fortis font
celebres dans l'Hiftoire,par leur
valeur & par leur fidelité .
Quant à la Maifon de Torrecuſa
, je vous en ay déja parlé,
& je ne fçaurois trop vous rcpeter,
que
c'eſt une de ces Maifons
où la valeur & la probité.
ſemblent hereditaires. En effet ,
ce font - là les deux caracteres
qui ont toûjours diftingué les
Seigneurs fortis de cette ancienne
Maiſon .
Ce qui fuit doit vous par
27 MERCURE
roître affez curieux.
La Reine d'Eſpagne , outre
fes 'Maîtres d'Hoftel & fes autres
Officiers , a plufieurs Duegnas
, ou Veuves , & plufieurs
Dames & Menines . Toutes les
Duegnas , qui font des Veuves
de grande qualité , font vêtuës
de toile blanche qui eſt l'habillement
le plus ordinaire des
veuves.Non feulement tous les
Grands d'Efpagne fe couvrent
devant la Reine ; mais les femmes
des Grands ont auffi beaucoup
de prérogatives fur les
autres Dames : la Reine fe leve
quand elles entrent , & leur fait
donner
GALANT 73
donner des carreaux hommez
Almohadas. Les femmes des fils
aînez des Grands & des Ambaffadeurs
des Rois , joüiffent
des mefmes privileges. La fille
aînée d'un Grand herite auffi de
la Grandeza , lorſqu'il n'y a
point d'enfant mâle aprés la
mort du pere. On doit dire à
la loüange de la Reine d'Efpagne
, qu'il n'y a perfonne à
fa Cour qui entende mieux
le ceremonial que cette Princcffe.
M' le Comte de Horne , General
des Troupes Suedoiſes ,
époufa le 10. du mois de May
G
Septembre 1705
74 MERCURE
dernier , la foeur de MⓇ la Com
teffe Piper; la Ceremonie s'en fit
à Rawitz , en prefence des Rois
de Suede & Staniflas . La Ville
de Horne dans les Pays - Bas
avec tite de Comté , a donné
le nom à la Maiſon de Horne.
Ce Comté entra dans la Maifon
de Montmorency fur la
fin du quinziéme fiecle , & depuis
qu'il eft entré dans cette illuftre
Maiſon , il a produit de
grands perfonnages , quifont ,
Jean I. de Montmorency , S
de Nivelles en Flandres , Chevalier
, Confeiller & Chambellan
de Charles le Hardy , Duc
GALANT 75
>
de Bourgogne ; Philippes del
Montmorency , Comte der
Horne & de Meurs , Chevalier
de la Toifon d'or , Amiral de
la Mer de Flandres , & Gou-)
verneur de Gueldres & de Zutphen
; le foin qu'il eut de vouloir
rétablir la paix dans fa patrie
luy fut fatal . Le Duc d'Albe
luy fit trancher la tefte &
au Comte d'Egmont le 5 Juin
1568. Florent de Montmorency
, Baron de Montigny &
Comte de Horne , Chevalier
de la Toifon d'or , eut le même
malheur que fon frere. On voit
par là de quelle confideration
Gij
76 MERCURE
le nom de Horne eft dans le
monde. La nouvelle Comteffe
de. Horne eſt une tres - belle perfonne
& tres-bien alliée . MⓇ la
Comteffe de Piper, fa foeur, eft
auffi tres-aimable .
Le mariage de Dom Girolamo
Pamphilio avec la fille de
M' le Duc de Poli , qui avoit
eſté contracté ſecrettement
, &
qui pouvoit eftre conteſté ,a efté
celebré du confentement
des
parens , qui furent traitez magnifiquement
dans la Vigne
Pamphile , hors la porte Saint
Pancrace.Dom Girolamo Pamphilio
eft arriere - petit - neveu
GALANT
77
du Pape Innocent X. qu'on
nommoit le Cardinal Jean- Battifte
Pamphilio avant fon exaltation
au Pontificat , qui arriva
le 15. Septembre 1644. quelque
temps aprés la mort d'Urbain
VIII . Gregoire XV . l'avoit
envoyé Nonce à Naples.
Urbain VIII . le fit Dataire du
Cardinal François Barberin ,
fon neveu , l'an 1625. pendant
fa Legation de France & d'Efpagne
, où il demeura avec le
titre de Patriarche d'Antioche
& de Nonce Apoftolique ; &
à fon retour il le fit Cardinal.
Innocent manqua de recon-
G iij
78 MERCURE
noiffance , car d'abord aprés
fon élevation au Pontificat , il
chaffa les Barberins de Rome ;
il eft vray qu'il les rappella deux
ans aprés , & qu'il fe reconcilia
avec eux en 1653. par une
alliance illuftre. Innocent X.
mourut le 7. Janvier 1655.
âgé de quatre - vingtun
an ,
dont il en avoit paffé dix &
quatre mois fur le Siege de S.
Pierre. Ce fut à ce Pontife qu'-
on envoya en 1650. les cinq
Propofitions extraites du Livre
de Janfenius , & qui les condamna
le premier en 1653 .
Aprés la mort de ce Pontife ,
GALANT 79
༈
la Maiſon Pamphilio a fait de
grandes alliances en Italie. La
Princeffe Poli que Dom Girolamo
a épousée , eft d'une Maifon
de Rome tres - confiderable
, alliée aux Doria , aux Spinola
de Genes , aux Colonnes ,
aux Urfins de Rome , aux Borromées
de Milan , aux Fiefques
de Genes , enfin à toutes
les meilleures Maifons d'Italie.
Cette jeune époufe eft tresbien
faite , & elle a tous les
agréemens qui rendent aimables
les perfonnes de ſon fexe.
Le Prince Pamphilio eft auſſi
tres bien fait.
G iiij
80 MERCURE
M' le Cardinal Tanara a efté
continué pour cinq ans dans la
Legation d'Urbin . Ĉe Cardinal
eft fort connu perfonne
n'ignore que c'eft un des principaux
ornemens du Sacré
·College , & qu'il joint à une
grande capacité & une fuperiorité
de genie où peu de perfonnes
peuvent atteindre , une
profonde intelligence des affaires
de la nature de celles
dont il cft chargé depuis quelques
années. La Legation d'Urbin
doit paroiftre tres-importante
, puifque cette Ville est
la Patric du faint Pontife qui
GALANT 81
gouverne aujourd'huy l'Egliſe.
Urbin eft une Ville & Archevefché
d'Italie , Capitale du
Duché de même nom dans
l'Etat Ecclefiaftique. Ce Pays
que les habitans nomment
Stato , a la Romandiole & la
Mer Adriatique au Septentrion
, la Marche d'Ancone au
Levant , l'Ombrie au Midi , &
la Tofcane au Couchant. Il
comprend le Duché d'Urbin
le Comté de Montefeltro , le
Comté & Territoire de Gubio ,
la Seigneurie de Pezaro , & le
Vicariat de Senigaglia . La Ville
Capitale eft Urbin , ainfi que
82 MERCURE
je l'ay déja dit , & les autres
font Pezaro , Gubio , Senigaglia
, Urbanca , Cagli
Montefeltro , &c. Le Pays eft
fertile , il y a de belles Villes ,
trois Ports , fept ou huit Fortereffes
& prés de trois cent
cinquante Bourgs . L'Etat d'Urbin
a efté poffedé par la Maifon
de la Rovere , & lorfque
cette famille manqua , il fut
dévolu au Saint Siege fous le
Pontificat d'Urbain VIII.
On donne le nom de Legats
quatre fortes de perſonnes ;
à ceux que les Papes envoyent
aux Conciles generaux pour y
à
GALANT 83
Préfider de leur part ; aux Vicaires
Apoftoliques que les Papes
établiffent dans les Royaumes
ou dans les Provinces éloignées
de Rome , comme l'ont
efté en France les Archevêques
de Reims & d'Arles , qui portent
encore la qualité de Legats
nez du Saint Siege Apoftolique
&c. Il y a encore des Legats ou
Vicaires Apoftoliques par com
miffion , & déleguez pour un
temps en divers lieux , pour y
affembler des Synodes. Enfin
on appelle Legats , ceux que les
Papes envoyent quelquefois en
qualité d'Ambaffadeurs Extra84
MERCURE
.
ordinaires dans les Cours étrangeres
, tel que fut en France le
Cardinal Chigi en 1661 .
M' le Marquis de Parelle ,
qui vient de mourir , avoit efté
un des plus anciens Generaux
de Monfieur le Duc de Savoye .
Il avoit long-temps fervi dans
les troupes de l'Empereur en
Hongrie ; & il fe vint rendre
auprés du Duc fon Maiſtre
lorfque ce Duc eut figné le
Traité d'alliance avec les ennemis
des deux Couronnes . Ce
Marquis a donné des marques
de fa valeur en plufieurs occafions
. Perfonne n'alloit au feu
>
GALANT 85
avec plus d'intrepidité que luy;
il paroiffoit dans ces momens
là d'une vivacité , qui marquoit
bien que la guerre eftoit
fon élement. Quand nos Generaux
eurent appris fa mort ,
ils donnerent plufieurs loüanges
à la valeur ; ces loüanges
ne font pas ſuſpectes , étant
données par des ennemis . M
le Marquis de Parelle avoit
commandé dans le Duché
d'Aoufte , dans les Marquifats
d'Yvrée , de Sufe , de Seve &
de Saluces , dans le Comté
d'Aft , & à Verceil . Ce General
étoit d'une naiffance tres- con86
MERCURE
fiderable; il eftoit allié aux plus
grandes Maiſons de Savoye &
de Piedmont; fçavoir à celles de
Bernés , de Seyffet, de la Pierre,
d'Aretel , de Saluces , de Cofte,
Millet- de- Châles , d'Arvillars,
Blancheville , la Serra , Leſcheraine
, Bertrand - de la - Perroufe
& de Chamouffet , & à tout ce
qu'il y avoit de plus illuftre en
ce pays-là .
M' de Zedde , Brigadier , qui
a efté tué à l'affaire arrivée fur
la riviere de Renchen ,à demielieuë
de Bifchen,le 1 1. du mois
dernier , où il commandoit les
Dragons à la Place de M' le
GALANT 87.
t
Comte de Coignies , qui eftoit
à Statmat , de l'autre cofté du
Rhin ; eftoit d'une ancienne
Maiſon originaire d'Allemagne.
Henry de Zedde commandoit
un Corps confiderable
à la celebre bataille que les
Suiffes gagnerent contre Charles
le Temeraire , dernier Duc
de Bourgogne , qui fut tué
quelque temps aprés devant
Nancy. Charles de Zedde fe
trouva à la bataille de Fornouë,
où une armée prodigieufe
d'ennem's liguez vint envelopper
Charles VIII . & luy fermer
tous les paffages pour fon re88
MERCURE
tour en France. Ce Prince qui
venoit de conquerir le Royaume
de Naples , & encore tout
glorieux de fes avantages , fe
vit reduit à la neceffité de vaincre
ou de perir ; mais la Fortune
fe déclara en fa faveur, &
il remporta une des plus fignalées
victoires qui ait jamais efté
gagnée par lesFrançois.Charles
de Zedde fut toûjours aux côtez
de ce Monarque , & il y fit
paroiſtre une valeur diſtinguée .
Celuy qui vient d'eftre tué ,
s'eft trouvé dans plufieurs
actions d'éclat , où il a donné
des marques de fon courage
GALANT 89
& de ſa prudence ; il a eſté fort
regretté des Generaux , qui ont
rendu de grands témoignages
de fa valeur .
M' le Comte de Vaudray ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , qui a eſté tué à
la bataille que Monfieur le Duc
de Vendôme a gagnée contre
Monfieur le Prince Eugene en
Lombardie , & qui eftoit Inf
pecteur general de cette Armée
eftoit d'une naiſſance
tres-confiderable. Il étoit d'une
des plus anciennes Maifons de
la Franche- Comté , elle y eft
alliée à celles de Saint Mauris,
Septembre 1705.
H
go MERCURE
de Liftenay , d'Ortans ' , de
Bauffremont de Poitiers , de
Chalancy , de Gramont & de
plufieurs autres de ce rang.
M' le Comte de Vaudray avoit
efté Religieux de l'Abbaye de
S. Claude , où l'on fait
preuve
de Nobleffe comme à Malthe ;
il avoit mefme efté nommé à
la Cure de S. Claude , qu'un
Religieux de l'Abbaye doit
toûjours poffeder : mais comme
il n'eftoit point encore entré
dans les Ordres facrez, M
le Comte de Poitiers fon parent
, qui levoit en ce temps -là
un Regiment pour le fervice
1 .
GALANT 91
-
du Roy fur le pied étranger
luy perfuada d'en prendre la
Compagnie de Grenadiers.
M' de Vaudray , qui avoit plus
de goût pour cette profeffion
que pour celle qu'il avoit d'abord
embraffée , accepta l'offre.
Et ce fut l'année d'aprés
qu'il eut pris cet engagement,
que le Regiment de Poitiers
s'étant trouvé au ficge deCony,
que l'on fit en Piemont dans
la derniere guerre , le Capitaine
des Grenadiers , à la tefte
de trente ou quarante hommes
choifis , cut l'intrepidité
de fauter de deffus la bréche
Hij
92 MERCURE
,
dans la Ville ; mais n'ayant
point efté foûtenu , fa troupe
fut bien- toft taillée en pieces ,
il refta feul & fe défendit
comme un Lion pendant plus
d'une heure contre plufieurs
Allemans enfin accablé de
coups & de laffitude , il tomba
& fut encore bleffe de plufieurs
coups . Il refpiroit à pei
ne , lorfqu'une femme qui paffoit
par là , le voyant dans cet
eftat pitoyable , par une fauffe
compaffion , voulut mettre fin
à fes douleurs , en la mettant
à fa vie ; elle prit une groffe
pierre pour executer ce trait
GALANT
93
par là ,
d'inhumanité , lorfque M le
Comte de Bernés , qui commandoit
dans la Place , paffant
là , l'arrefta , & fit emporter
cet Officier dans l'Hôpital,
& ordonna qu'on en cuſt ſoin.
L'impreffion que luy avoit fait
fa bonne mine , luy fit fouhaiter
d'en fçavoir le nom. M' de
Vaudray ayant recouvré la
role , & s'eftant nommé , M
de Bernés le reconnut pour fon
proche parent , & le fit porter
chez luy , où l'on luy trouva
vingt- deux bleffures , dont on
crût que quatorze eftoient
mortelles. Cette action ayant
pa94
MERCUR
E
fait un grand bruit , le Roy
fouhaita de voir cet Officier.
Il vint à Paris , dés qu'il pût
fupporter le mouvement du
Caroffe ; & il parut à la Cour
avec un bonnet extraordinaire,
en ayant fait faire un qui ne
luy touchoit point le crane ,
qui eftoit encore tout découvert.
On ne l'appelloit à la
Cour que l'Officier de Cony . Le
Roy luy fit beaucoup d'accueil ,
il luy promit le premier Regiment
qui vaqueroit , quel qu'il
fuft , & luy fit donner une
groſſe gratification. On faifoit
dans ce temps- là le fiege de
GALANT 95
Montmeillan , le Colonel de la
Sarre qui eft un petit vieux
Corps , y fut tué; le Roy donna
auffi- toft ce Regiment à M' de
Vaudray dans la même année
il le fit Brigadier , & Commandeur
de l'Ordre de S.
Louis avec une penfion de
deux mille écus . L'année fuivante
il fut fait Maréchal de
Camp & Infpecteur general ;
& enfin dans une des dernieres
Promotions , il avoit efté fait
Lieutenant -General . Il a fini fa
glorieufe carriere comme il
l'avoit commencée ; & il feroit
bien difficile de trouver de fin
96 MERCURE
ples Gentilshommes , qui dans
le cours de dix ou douze années
de fervices , cuffent donné de
fi grandes preuves de valeur
& qui euffent monté aux honneurs
de la guerre avec tant de
rapidité..
M de Moyriac , Colonel
- d'un Regiment de Carabiniers,
qu'il avoit acheté de M' le Chevalier
de Châtillon , Brigadier
2 des Armées du Roy , fon couafin
de la mefme Maifon de
Moyriac , & qui a efté tué à la
liderniere Bataille en Lombaridic
, eftoit Brigadier , & Maréchal
des Logis General de
l'Armée
GALANT
97
P'Armée de Monfieur de Vendofme.
Il avoit apporté au Roy
la nouvelle de l'avantage que
Monfieur le Grand Prieur remporta
il y a quelques mois fur
les Ennemis ; Sa Majeſté , en
luy faifant donner une groffe
gratification , l'aflura qu'il fe
fouviendroit de luy dans les
occafions . M' de Moyriac étoit
un jeune Gentilhomme des
mieux faits & de la meilleure
mine. Sa Maiſon qui eſt établie
dans le Bugey , y tient un
rang des plus confiderables ;
elle prouve une Nobleſſe de
plus de fix cens ans . Le Chef
Septembre 1705 .
I
98 MERCURE
de cette Maifon eft M' le Com
te de Maillac , qui a eu l'honneur
de recevoir chez luy Monfieur
le Ducde Mantouë , lorfqu'il
venoit de Charleville à
Paris. Il eftoit Neveu de M' de
Moyriac , qui a commandé
long-temps un Bataillon du
Regiment de Champagne , &
qui eftoit en dernier lieu Lieutenant-
Colonel d'un autre Regiment
d'Infanterie. M' de
Moyriac qui vient d'eftre tué,
eftoit fils de feu M' de Mirignac
, un des plus honneftes
hommes de France , & qui
cftoit forti de la branche de
I
GALANT 99
•
Moyriac Châtillon- Corneille,
dont M le Comte de Châtillon
, frere de M' le Chevalier
de Châtillon , qui fert en Efpagne
,
& dont je viens de parler
, eft le Chef. M' de Moyriac
avoit épousé depuis quel
ques années , Madle de Mon
tolivet , fille de M deMontolivet
, Baron de Gourdans
qui eftoit fils d'un Prefident
au Senat de Chambery , &
de Dame N... d'Angeville ,
foeur de feu M' d'Angeville
;
Lieutenant- Colonel du Regiment
d'Alberet , & autrefois
de Thoy , qui a cfté tué à la Ba
I ij
100 MERCURE
taille d'Hocftet , avec fon fils
aîné , Capitaine dans le même
Regiment , & de M. l'Abbé
d'Angeville , Grand Prieur de
S. Claude , qui eft en cette
Ville depuis deux ans , pour
obtenir la Reforme de fon
Abbaye. M de Mirignac ,
mere de feu M de Moyriac ,
eft foeur de M la Comteffe de
Saint Mauris , veuve de l'ancien
Gouverneur de Brifac.r
Le Prince Geofge- Guillaume
de Brunfwich , Duc de Lunebourg
& de Zell , mourut le
22. du mois dernier dans fon
Château de Weinhaufen , âgé
Château des
HI
2
GALANT 101
de quatre- vingt- un an . Il eſtoit
le fecond des enfans de George
Duc de Zell , & de la Princeffe
Eleonore , fille de Louis Landgrave
de Heffe - d'Armſtadt. Il
eftoit né en 1624. & du vivant
de Chriftian - Louis , fon frere.
aîné , il fut Duc de Hanower ;
& aprés la mort de ce Prince ,
qui arriva en 1665. fans qu'il
laiffât aucune pofterité , il fut
Duc de Zell. Il époufa Dame
Eleonore des Micz , fille d'un
Gentilhomme
tres - qualifié de
Poitou , & en l'époufant il la
fit Dame d'Harbourg. Cette
Dame n'eftant que fimple Da-
?
I
iij
102 MERCURE
moifelle , felon la Coutume
d'Allemagne , fes enfans ne devoient
pas fucceder aux Etats
du
pere ; mais le feu Empereur
déclara cette Dame Princeffe,
& la Princeffe Sophie, fa fille ,
fut dés ce moment là regardée
comme Princeffe . Elle époufa
en premieres nôces , l'an 1676 .
Frederic-Augufte , Prince de
Wolfembutel , & en fecondes
nôces , l'an 1682. George-
Loüis , Prince d'Hanower fon
coufin-germain ; mais cette
Princeffe ayant quitté fon Mary
pour fe retirer prés du Duc
fon pere , fon Mariage , fuivant
GALANT 103
les Loix d'Allemagne & de la
Confeffion d'Aufbourg , fut
diffous par Sentence du 28 .
Decembre 1694. C'eft de ce
Mariage qu'eft forti le jeune
Prince d'Hanower , qui a eſté
déclaré par le Parlement d'Angleterre
, Succeffeur de cette
Monarchie , au défaut de fa
grande- mere Sophie , fille de
Frederic V, dit le Conftant , Ele-
&eur Palatin. Mais pour donner
une idée exacte de la Maifon
de Brunſwich
, fur tout
de la branche de Hanower
, il
faut remonter un peu plus
haut.
I iiij
104 MERCURE
Cette Maiſon a pour Tige ,
Azo d'Eft , Marquis de Tofcane
, qui vivoit dans l'onzième
fiecle. Elle a produit la branche
de Lunebourg ; & de celle- cy
font forties les branches de
Zell & de Hanower , dont je
vais parler. La branche de Calemberg
eft fortie du dernier
des fils de Magnus Torquatus,
qui fut Duc de Calemberg &
de Wolfembutel. Pour revenir
à la branche de Hanower;
elle commença en la perſonne
de Guillaume , Duc de Zell ,
quatrième fils d'Erneſt Duc de
Lunebourg & de Zell . Il mouGALANT
IOS
rut en 1592. laiffant de Dorothée
, fille de Chriftian III.
Roy de Dannemark
, qu'il
avoit épousée en 1561. & qui
mourut en 1617. fept fils & huit
filles : fçavoir , Erneft , né en
1564. mort fans enfans en
1611. Chriſtian , né en 1566 .
Evêque de Minden , mort en
1633. Augufte , né en 1568 .
mort Evêque de Ratzbourg
en
1636. Frideric , né en 1574.
Prévoft de Minden , & Coadjuteur
de Ratzbourg
, mort en
1648. Magnus , né en 1577 .
mort en 1632. George , qui
fuit : Jean , né en 1583. Cha106
MERCURE
a
noine de Minden mort en
1628. Sophie , née en 1563 .
mariée en 1579. à George-
Frederic , Marquis de Brandebourg
, morte en 1639. Elizabeth
, née en 1565. mariée
en 1585. à Frideric de Hohenloë
, morte en 1621. Dorothée
, née en 1570. mariée en
1586. à Charles- Palatin,Comte
de Birkenfeld ; Claire , née
en 1571. mariée en 1593. à
Guillaume , Comte de Schuwartzbourg;
Anne-Urfule , née
en 1572. morte en 1601. Marguerite
, née en 1573. mariée
en 1599. à Jean- Cafimir Duc
GALANT 107
de Saxe-Cobourg , morte en
1643. Marie , née en 1575.
morte en 1610. & Sibylle ,
née en 1584. mariée en 1617.
à Jule- Erneft , Duc de Lunebourg-
Danneberg , morte en
1652. George , Duc de Zell ,
nâquit l'an 1582. & fucceda á
fon pere. Il fut General d'une
´partie de l'Armée Suedoife en
1632.1633 . & 1634. & mourut
en 1641. Il ordonna par
fon Teftament , que fes Etats
feroient toujours partagez par
fes deux aînez . Il avoit épousé
en 1617. Anne - Eleonore ,
fille de Louis Landgrave de
108 MERCURE
Heſſe - d'Armſtadt , de laquelle
il cut,premierement, Chriſtian-
Loüis , mort fans enfans en
1665. ainfi que je l'ay remarqué
cy - deffus. Secondement ,
George- Guillaume , qui vient
de mourir . Les autres enfans
de George Duc de Zell , furent
troifiémement Jean - Frideric,
néen 1625. qui fe fit Catholique
en 1651. & refidoit à Hanower
; fon frere luy avoit cedé
Calemberg , Arubenhagen,
& les Mines. Ce Prince avoit
époufé en 1668. Loüife-Benedicte-
Philippe , filled Edouard,
Prince Palatin , & d'Anne de
GALANY 109
·Gonzague- de- Cleves , dont il
laiffa deux filles , & mourut à
Aufbourg le 27. Decembre
51679. Ces Princeffes n'hériterent
que
des meubles de leur
pere , & fuivirent la Ducheſſe
leur mere en France. Depuis,
Anne , l'aînée , épouſa le 28 .
Novembre 169 5. Renault
d'Eft , Duc de Modene , & lå
cadette , Willelmine - Amelie ,
époufa lears . Janvier 1699 .
Jofeph Roy des Romams.
Quatriémement
, Erneft Augufte
, qui fuit , & cinquième
ment, Sophiel Ameliei, femme
de Frederic III . Roy de Danne.
110 MERCURE
mark en 1643. Erneſt-Augufte
, qui nâquit en 1629. fut
d'abord Adminiftrateur de l'Evêché
d'Ofnabruck , puis Duc
d'Hanower aprés la mort de
fon frere Jean- Frideric ; & enfin
il reçut de l'Empereur Leopold-
Ignace , le 19 Decembre
1692. I'Inveftiture d'un neuviéme
Electorat , & mourut le
23 Fevrier 169 8. Il avoit
épousé en 1638. Sophie, Princeffe
Electorale , fille de Frederic
V. Electeur Palatin , dont
il a eu premierement , George-
Louis , Duc de Hanower , né
le 28 Mars 1666. qui époufa
GALANT III
en 1682. Sophie, fa Coufine ,
Princeffe de Zell , veuve de Frederic-
Augufte, Prince de Wol
fembutel ; leur Mariage a efté
diffous en 16.94 . ainfi qu'il eſt
marqué cy - deffus. Ce Prince
n'eft pas encore paiſible poffeffeur
du neuviéme Electorat,
cette qualité luy eſtant conteftée
par plufieurs Princes de
l'Empire. Secondement
, Fre
deric- Augufte , né en 1661,
tué en Tranſylvanie l'an 1691.
Troifiémement , Maximilien-
Guillaume , né en 1666. Quatriémement,
Charles-Philippe,
né en 1669. mort prifonnier
112 MERCURE
chez les Turcs , des bleffures
qu'il avoit reçûes dans une rencontre
contre les Tartares
prés de Kazanez en Albanie ,
le premier Janvier 1690. Cinquiémement,
Chriftian , né en
1671. Sixièmement , Erneft-
Auguſte , né en 16 ... Septiémement
, Sophie- Charlotte ,
née en 1668.
Auffi - toft que le Duc de Zell
eut les yeux fermez , le Duc de
Hanower qui eft fon Neveu
& fon Gendre , ainſi que
vous venez de voir , fit mettre
le fcellé dans tous les lieux où
ce Prince avoit des effets ; & il
GALANT 113
fit fermer le Palais de Zell, fans
permettre à perfonne d'y entrer.
Mr Louis de Narbonne ,
Comte de Clermont , eft mort
d'apoplexie,dans fon Chaſteau
de Combebonet en Agenois ,
âgé d'environ foixante dix ans .
Il a laiffe de D Madeleine de
Souillac fa femme , fille de M
David de Souillac , Marquis
d'Aferac , & de Louiſe de Beaudean-
Parabere , & tante de M
le Comte de Souillac , Marie-
Anne de Narbonne , fa fille
unique , qui eft mariée avec
M le Comte de Raftignac.
K
Septembre 1705 .
114 MERCURE
M' de Narbonne,qui s'eſt ſou .
vent diftingué en Italie, eft frere
de feu M le Comte de Clermont
; & leur foeur eft Dame
Marguerite - Urfule de Narbonne
, femme de Mr Ifaac
de Soüillac , Comte du Bourg.
Ils eftoient fils de Mr Jean de
Narbonne , Comte de Clermont
, Meftre de Camp d'un
Regiment de Cavalerie &
d'Anne Bouchard - d'Aubeterre
.
>
La Maiſon de Clermont-
Narbonne eft une Branche de
celle de Fimarcon-Narbonne ;
& la Maifon de FimarconGALANT
115
Narbonne , qui eft preſentement
éteinte dans la famille de
Caffaignet , étoit une branche
de celle de Tailleran- Narbonne,
qui eftoit iffuë en ligne maſculine
de l'illuftre race de Lara
en Eſpagne par Amalric de
Lara premier du nom , qui vivoit
dans le douzième fiecle ,
& qui époufa en 1197. Ermenfinde,
Vicomteffe de Narbonne.
De cette alliance nâquit
Pierre de Lara , marié avec
Sanche de Navarre , & pere
d'Aimery , Vicomte de Narbonne
, qui tranfmit à fa pofte
rité le nom de Narbonne . La
K ij
116 MERCURE
Branche aînée de ces Vicomtes
finit en 1424. par Guillaume
troifiéine du nom , lequel étant
décedé fans enfans , dans la même
année , donna le Vicomté
de Narbonne à Pierre de Tinieres
, Seigneur d'Apchon ,
fon frere uterin , qui le vendit
en 1442. à Gaſton , Comte
de Foix .
>
L'Illuftre Maiſon de Lara
fubfifte encore dans les Royaumes
d'Eſpagne dans diverfes
branches , qui uniffent le nom
de Manriquez à celuy de Lara,
en memoire d'Amalric de Lara
premier du nom , qui paſſa en
GALANT 117
France pour y époufer Ermenfinde
de Narbonne , heritiere
de la premiere Maiſon de Narbonne
, qui avoit eſté établie
dans cette Ville fameufe du
bas Languedoc , avec titre de
Comté, par l'Empereur Charlemagne
, en la perfonne d'Aymery
, l'un des Capitaines de
ce Prince. Les defcendans de
ce Seigneur s'étant rendus proprietaires
de cette Ville , ne
s'en qualifierent plus que Vicomtes.
re
Mr François de Beaupoil- de
faint-Aulaire , Chevalier, Marquis
de Lanmary , eft mort en
118
MERCURE
IC
fon
Chafteau de
Lanmary en
Perigord
, le deuxième
de ce
mois , âgé de quatre-vingt ans,
fort regreté dans fa
Province,
où il a vêcu avec
beaucoup de
diftinction . Il eftoit fils aîné de
Mi
Marc-Antoine de Beaupoil-
de faint- Aulaire ,
Seigneur
de Lanmary
, Baron de Coûture,
&c . & de Dame Gabrielle
l'Alegre
, Dame de Chabannes
& de Sorges ; & petit-fils de
Mr
Antoine de
Beaupoil- de
faint- Aulaire, Seigneur de Lanmary
, Baron de Coûture, Selle
& Bertry, Chevalier
de l'Ordre
du Roy, Senéchal de Perigord,
re
GALANT 119
& de Dame Jeanne de Bourdeille.
Il avoit épousé en 1650.
Dame Jaqueline d'Aubuffonde
la Feuillade , veuve de M
Philibert de la Roche-Aymon ,
Marquis de faint Maixant
dont il n'a point eu d'enfans.
Le Chef de cette Maiſon eft
prefentement M Marc- Antoine-
Front de Beaupoil - de
faint- Aulaire , Marquis de Lanmary
, grand Echanfon de
France.
Mr Edouard Vallot, Docteur
de la Maiſon & Societé de Sor
bonne , Evefque de Nevers
eft mort le 3. de ce mois , aprés
120 MERCURE
une longue maladie , âgé de
foixante huit ans . Il étoit fils
aîné de feu Mr Vallot , premier
Medecin du Roy. Il avoit
eu trois freres , dont l'un étoit.
Confeiller au Grand Confeil ;
1e fecond, Chanoine de l'Eglife
de Paris ; & le troifiéme, Capitaine
aux Gardes . Il avoit quatre
foeurs , dont l'ainée entra
dans les Carmelites en 1670.
à l'infçû de fes parens , & qui
aprés y eftre entrée , refufa même
de parler à Mr l'Evefque de
Nevers fon frere , qui y étoit
allé par ordre de fon pere pour
examiner fa vocation. M la
Comteffe
GALANT 121
1
Comteffe d'Avejan , dont la
pieté eft exemplaire , & M˚ la
Marquife du Til font auffi
foeurs de feu Mr l'Evefque de
Nevers. Mr Vallot , premier
Medecin du Roy , qui eut pour
fuccefleur Mr d'Aquin,mourut
en l'année 1671. âgé de 74
ans , au Jardin Royal où il
s'eftoit fait porter , & il fut enterré
aux Filles de l'Ave Maria .
Il avoit eu la Charge de premier
Medecin aprés Mr Vautier
, qui mourut le 4. Juillet
en 1652. Ils cftoient l'un &
l'autre grands partifans de
l'Antimoine. Mr Renaudot ,
Septembre 1705 .
L
122 MERCURE
Auteur du Livre intitulé , l'An
timoine triomphant &juftifié , &
M's Guenaut & Rainffant
eftoient dans les mefmes fentimens
,& foûtinrent long-temps
une guerre de doctrine contre
les autres Medecins , qui prétendoient
que ce remede étoit
un pur poiſon. Mr Vallot qui
avoit cfté inftruit fous les yeux
de Mr Vautier , paſſoit pour
un habile homme. En 1664.
aprés la mort de Mr de Bellerat
, le Roy donna la Charge
de Chancelier de l'Univerfité
de Montpellier à Mr Vallot ,
quoiqu'il fuft Docteur de l'UGALANT
123
hiverfité de Reims. Mr Vautier
à qui Mr Vallot avoit
fuccedé dans la Charge de premier
Medecin , cftoit du Comtat
d'Avignon , MⓇ de Guecherville
luy avoit donné entrée
à la Cour de la Reine Marie
de Medicis , qui eftoit alors
à Blois. Ala journée des Dup
pes ,. Mr le Cardinal de Riche →
licu le fit mettre à la Bastille ,
où il decura prés de douze
ans ; il en fortit aprés la mort
de de premier Minilure , & le
Cardinal Mazarin le fit premier
Medecin du Roy.
Mr l'Evefque de Nevers a
Lij
124 MERCURE
fait rebâtir le Palais Epifcopal
de Nevers , dont l'Eglife eft
illuftre & ancienne. S. Dié ,
Fondatur de l'infigne Egliſe
de faint Dié en Lorraine , fut
Evefque de Nevers dans le feptiéme
fiecle . Pierre Damien
s'eſt trompé , puiſqu'en parlant
de ce Saint , il le fait Evêque
de Tréves , ( Opuf. 19. Lugd.
1623. ) Divers Auteurs ont
fuivi l'erreur de Pierre Damien ,
& ont avancé que S. Dié s'eſt
établi en Vauges dans la Lorraine
, pendant que Garibaldus
étoit Evefque de Toul ; au lieu
que l'établiſſement
de ce Saint
1
GALANT 125
Gaen
Vauges , fut fait fous le Regne
de Childeric II . & que
ribaldus ne fut Evefque que
fous le Regne de Childebert.
De plus , faint Dié fut lié par
une étroite amitié avec le faint
Evefque de Strasbourg Arbogafte
; & cet Arbogalte avoit
precedé d'un grand nombre
d'années Garibaldus . Saint Dié
fut premier Abbé de l'Abbaye
d'Ebersheim - Munſter en Alface.
Spifame , dont la fin fut
fi tragique , & qui perit malheureufement
à Geneve dans
le feiziéme fiecle , avoit elté
Evefque de Nevers .
Liij
126 MERCURE
On fit un Service magnifique
pour le feu Empereur , le
20. du mois de Juin , dans la
Chapelle du Vatican . On y fit
les obfeques folennelles de ce
Prince ; la Meffe fut celebrée
par le Cardinal Nerli , & l'Oraifon
funebre fut prononcée
par M Bianchini , Camerier
d'honneur de Sa Sainteté. La
fituation du Vatican , qui eft
fur une colline prés du Tibre ,
joignant le Janicule , où eft le
Palais de S. Pierre , dans le même
endroit où Varron nous
apprend que le Peuple Romain
recevoit autrefois les Oracles ,
GALANT 127
rendit cette ceremonie tres -
pompeufe , par le grand nombre
de lumieres qui éclairoient
ce lieu . Le difcours de Mr Bianchini
fut tres- applaudi ; il le
commença par ces mots : Au
milien de ce funebre appareil
dans ce Temple facré où la mort
amaffe de grandes dépouilles , à la
vue de ce trifte cercueil , & de ce
Coeur Royal qui n'eft plus que
cendre ; vous pensez peut - eftre ,
Meffieurs , que je dois vous entretenir
de la fragilité & du néant
des grandeurs humaines. L'Esprit
de Dieu nous apprend dans les
Ecritures , qu'il faut déplorer le
Liiij
128
MERCURE
fort des pecheurs. Leur vie paffe
comme l'ombre il vient un jour
fatal où periffent toutes leurs penfees.
Leur memoire fait un peu de
S
bruit, & va fe perdre dans unfi
lence éternel. Les biens qu'ils ont
acquis échapent de leurs mains
avares ; leur gloire féche comme
l'herbe : leurs Couronnes feflétrif
fent , & tombent presque d'ellesmêmes.
Il est vray , ce qui fert
la vanité , n'est que vanité , &
tout ce qui n'a que
le
monde pour
fondement , fe diffipe & s'éva
nouit avec le monde . L'Orateur ,
aprés avoir parcouru toutes les
actions du feu Empereur , &
GALANT 129
les
l'avoir loué fur les vertus morales
qu'il luy attribua ; il finit
ainfi fon difcours ..... On eft
Surpris d'une maladie dont on
craint trop , ou dont on ne craint
pas affez le progrés. On ne voit
ny l'importance du paffé , ny
confequences
de l'avenir. On a
commis le peché fans crainte ; on
reçoit les Sacremensfans reflexion ;
on fe flatte de vaines efperances
de guerifon , ou l'on eft flatté de
vaines efperances defalut : &l'on
eft mort , avant qu'on ait apperçu
qu'on pouvoit mourir. Faffe le
Cielque nous prévenions ces dan
gers , & que fi nous n'avons pas
1
130 MERCURE
le merite d'une vie pure & innocente
nous avons au moins les
précautions de la Penitence.
Vous me demandez quelques
articles d'érudition , & je vous
en
envoye.
M' l'Abbé de l'Etanche ,
de la Reforme de Prémontré
dont il a efté Vicaire General ,
a donné au public cette année,
une Hiftoire de l'ancien Teftament
, imprimée à Nancy , où
il propofe un Syftéme particulier
fur la lumiere de la Lune.
Les Auteurs du Journal des
Sçavans en ont fait un Extrait;
GALANT 131
& M' l'Abbé de l'Etanche a
répondu à cet Extrait , dans
une Lettre qu'il a écrit à un
Abbé de fes amis , connu par
fon érudition & par le goût
qu'il a pour les fciences .
Lettre de M' l'Abbé de ***
à M' l'Abbé ***
Vous fouhaitez , Monfieur, de
feavoir fur quoy l'Auteur de
l'Hiftoire de l'ancien Teftament ,
imprimée à Nancy , & dont on a
vú un Extrait dans le Journal de
Paris , a pú appuyer le Systéme
qu'il a avancé touchant la Lune
132 MERCURE
à laquelle il attribue une lumiere a
propre fonciere , diftincte de
celle qu'elle emprunte du Soleil.
Je puis d'abord vous dire , Mr
que cette hypothefe n'eftpoint l'ouvrage
de l'Auteur , ni une pro-
·duction dont il doive fe faire honneur
ou rougir. Saint Auguſtin a
adopté ce fentiment qui vous paroift
fifingulier, & qui a revolté
les Journalistes de Paris. Nous
lifons en effet dans le livre 22.
Chapitre 10. contre Faufte, que ce
grand Docteur reconnoift deux
manieres d'expliquer d'où vient la
lumiere du Soleil & de la Lune;
ces deux manieres favorisent
2
GALANT 133
galement l'opinion de l'Auteur de
l'Hiftoire de l'Ancien Teftament.
La premiere eft de dire que Dien
créa ces deux Aftres aveclumiere;.
la feconde , qu'il alluma ces
deux vaftes Corps avec la lumiere
qu'il produifit au premier jour
de la création. Quelque parti qu'on
prenne dans cette diftinctive ; vous
comprenez , Mr , que la lumiere
de la Lune ne luy fera pas venuë
du Soleil.
du
Il est vray que
temps de S
Auguftin
, les Aftrologues
étoient
partagez
furla lumiere
de la Lune.
Les uns en faifoient
une propricté
de la nature de cet Aftre ; les au134
MERCURE
tres , un rejailliffement de la lumiere
du Soleil. Ces deux fentimens
qui avoient cours dans
fiecle de S. Auguftin , n'avoient
aucun avantage l'un fur l'autre s
cefaint Pere a jonë qu'aprés
tous les efforts de l' Aftronomie, on
ne peut que tres-difficilement décider
lequel des deux eft le veritable
Harum autem quæ vera
fit , aut non omnino , aut difficillimè
arbitror poffe hominem
fcire. In Pfalm. 10. 21 .
Vous trouverez dans cet endroit
même des raifons capables de fatisfaire
aux experiences qui vous
déterminent à forcer lefens natu-
•
GALANT 135
rel de l'Ecriture. Car en Suppo
fant avec cefaint Docteur que la
lumiere eft intrinfeque à la Lune ,
& que fon corps n'eft lumineux
qu'à moitié , il raifonne de fes
phafes differentes de même que des
afpects differents d'une boule , dont
une moitié feroit brillante , &
l'autre moitié obfcure. Si vous
regardez cette boule , elle paroiftra
lumineufe par quartiers , & enfin
pleinement
lumineufe. Il en est
ainfi des quartiers & du plein
la Lune ; & il n'eftpas besoin de
recourir aux rayons du Soleil , fi
ce n'eft pour expliquer les accroiffemens
de lumiere qu'elle en reçoit,
136 MERCURE
qu'elle perd au temps de ces
éclipfes , fans que pour cela elle
perdefa lumiere intrinféque, comme
on peut s'en affurer par l'éclat
de fa face , dans le moment même
defes éclypfes.
Voilà comment raifonnoit S.
Auguftin , & que la plupart des
Aftrologues ont raifonné dans fon
fiecle , qui n'étoit afſurément pas
moins éclairé que le noftre. Pourquoy
donc , Mr , n'auroit- il pas
efté permis à Mr l'Abbé de l'E
tanche de dire ferieufement , &
fur la parole du plus fçavant des
la Lune avoit la lu-.
Peres ,
› que
miere de fon fond ? Ce fentiment
GALANT 137
ancien a perdu , il est vray ,fon
credit chez les Aftrologues de nos
jours ; mais peut- eftre qu'il viendra
un temps où il prendra le deffus.
Cela ne feroit pas plus merveilleux
a
que ce que ce que le feizième
fiecle a vu à l'égard de l'opinion
d'Ariftarque touchant la mobilité
de la terre. Le fentiment de cet
ancien Philofophe , qui fleuriſſoit
fous le Regne de Philometor , c'eft
à dire 145 ans avant Jefus-
Chrift , eftoit entierement décrié;
les experiences de l'Aftronomie &
le torrent des Philofophes luy
avoient ofté le vray -femblable ;
cependant Mr Copernic & Gali-
Septembre 1705. M
138 MERCURE
lée l'ont fait revivre , & il eft
aujourd'huy l'Idole de nos Aftronomes.
Les demonftrations de dixfept
fiecles n'ont point prévalu fur
les raisons de Copernic ; peut- eftre
que le mefmefort arrivera à l'hypotheſe
que
embraffée.
qu'on
l'Abbé de l'Etanche
La bizarerie de l' Aftrologie eft
fujette à de pareilles revolutions ;
c'eft pourquoi , Mr, je ne croy pas
on doive faire dépendre l'explication
de laparole de Dieu , des
*experiences incertaines d'une étude .
fi capricieufe. Auffi l'Auteur n'y
a-t-il en aucun égard dans le
Systéme qu'il a fuivi ; ce qui
GALANT 139
l'y a engagé eft plus décifif : le
voicy.
Il eft des regles de l'interpretation
de l'Ecriture , d'entendre
un mefme motd'un mefme verfer,
dans un fens univoque , pour ne
pas expofer l'Ecriture fainte aux
explications captienfes des Sociniens
. Or , luminare , felon vous,
marque à l'égard du Soleil , un
Aftre lumineux de fa nature ;
pourquoy ne le marqueroit- il pas
de mefme à l'égard de la Lune ?
ou s'il ne le marque pas , quipeut
empefcher un Socinien de donner
un fens équivoque au Filius Dei,
du Chapitre 16. de S. Matthieu,
Mij
140 MERCURE
& de dire que ce terme pouvant
eftre pris pour la filiation naturelle
ou pour l'adoptive , il eſt
autant en droit de l'entendre d'une
filiation d'adoption , que vous d'expliquer
le luminaire de la Lune
par une lumiere empruntée ? Le
privilege doit eftre commun.
On objecte que les Ecrivains
facrez en traittant des chofes
Phyfiques , ont parlé comme le
commun des hommes . En vous
paffant la fuppofition,il en re -viendra
cet avantage à l'Abbé de
l'Etanche , que l'opinion qu'il tient
aujourd'huy , eftoit communement
reçue du temps de Moyfe ; elle est
د
GALANT 141
paßée de Moyfe à Jefus- Chrift ,
puifque nous lifons dans S. Matthieu
, qu'entre tous les Phénomenes
qui précederont le Jugement
dernier , l'obfcurciffement de
la Lune en fera un : la Lune ne
donnera plus alors fa lumiere , dit
Jefus-Chrift . Luna non dabit
lumen fuum , c. 24. V. 29. Ge
prénom , fuum , eft poffeffif, &
ilfignifie une chofe propre & appartenante
au fujet fur qui il
tombe : par confequent il eft vray
qu'au temps de fefus- Chrift l'on
la Lune avoit la lucroyoit
que
miere
de fon
fond.
Voilà donc , Mr, l'hypothefe de
142 MERCURE
l'Abbé de l'Etanche munie d'une
Tradition bien averée , & infiniment
refpectable. Le détour que
l'on donne pour éluder le poids de
cette Tradition ne paroift point
fort Catholique ; & je ne pense
pas qu'avant Copernic on fe foit
avifé d'écarter le fens naturel des
termes de l'Ecriture fainte , en
recourant à l'opinion vulgaire , à
laquelle les Ecrivains facrez ont
dù s'aſſujettir. Ce principe a des
confequences dangereuses ; it af
foiblit le refpect que nous devons
à ce Livre divin : fon infaillibilité
eft exposée aux infultes dès
libertins ; ils fe diront à euxGALANT
143
mefmes , que la condefcendance en
fait d'Hiftoire & de Morale , a
dú done prefider à la compofition
de cet ouvrage , auffi- bien que
dans les matieres de Phyfique. Ils
diront que Fefus - Chrift a impofé
aux hommes , en leur enfeignant
des erreurs , & que la politique
luy a fait preferer une
fauffeté autorifee & cherie , à une
verité cachée qui auroit irrité fes
Auditeurs par fon dévelopement,
Ce font là des extrêmitez qui
naiffent de la maxime que l'onfe
permet aujourd'huy. Pour moy
Mr , qui ne fuis pas Aftrologue,
mais qui fais profeffion d'estre
144 MERCURE
Catholique je crains juſques auxe
apparences d'une liberté fi perilleuſe
; & j'aime mieux me tromper
, de peur d'eftre trompé ,fans
hazarder la Foy , que de rifquer
la Foy en m'éloignant de l'Ecriture.
Jefuis , Monfieur , avec un
profond dévouement , &c.
Le Pere de la Maugeraye ,
Jefuite , a encore donné une
nouvelle Differtation fur la
percuffion des Liqueurs . C'eſt
un ouvrage de Phyfique , qui
peut paffer pour un chef- d'oeuvre
en fon genre.
George Cheyne , Docteur en
Medecine à Londres , a donné
au
GALANT 145
au Public un Livre intitulé :
Principes Philofophiques de la
Religion naturelle , &c. Le but
de l'Auteur eft de ramener la
Phyfique à fon veritable uſage,
en tirant de la meditation de
la nature , une demonftration
fenfible de l'exiftence de Dieu
Auteur de la nature. Mr
Cheyne parcourt ce que la
Phyfique renferme de plus inexplicable
; & aprés avoir appliqué
à ces difficultez les differens
fiftêmes qui ont cours
il fait clairement concevoir
leur infuffifance pour rendre
raifon des merveilles qui frap-
N
Septembre 1705 .
146 MERCURE
pent nos yeux. Le flux , par
exemple , & le reflux de la mer ,
la nature des corps fluides , les
couleurs , la lumiere , la circulation
du fang , le jeu de chaque
partie du corps
:
humain ,
le concert enfin de toutes enfemble
épuiferont toujours les
efforts de l'efprit humain, avant
qu'on aye découvert leurs veritables
caufes S'il faut tant
d'eſprit pour les démefler , quelle
fageffe , s'écrie noftre Auteur
a- t-il fallu pour les inventer ? Il
n'y a point de Plante dont la formation
ne foit un ouvrage , enfon
genre,plus admirable que l'Eneide
GALANT 147
c. Voilà une idée des raifonnemens
de l'Auteur Anglois .
On a imprimé en Angleterre
les oeuvres de M' de Saint-
Evremont , en deux volumes
in quarto , beaucoup augmentées
& plus correctes , que celles
de cet Auteur qui ont paru
jufques à prefent.
P
On vient de traduire en
François un livre Anglois , fait
par M Scherlock , qui a pour
titre , Difcours touchant lafidelité
de bien , la punition
des
gens
des
méchans
dans
l'autre
monde
;
dans
lequel
l'Auteur
tâche
principalement
de
prouver
l'im
Nij
148 MERCURE
mortalité de l'ame , & la vie
éternelle contre les incredules.
Cette édition a efté faite par le
S' Defbordes .
Le S Roger d'Amfterdam a
auffi mis tout nouvellement
fous la Preffe l'Hiftoire du Martyre
de la Legion Thébenne , avec
une Differtation hiftorique & critique
fur le martyre de cette Legion.
Le Vendredy 28. du mois
dernier M l'Evêque de Senés
prononça le Panegyrique de
Saint Auguftin dans l'Eglife de
grands Auguftins , à dix heures
du matin , devant M² les Pre-
IS
GALANT 149
་
lats de l'Affemblée dn Clergé.
Ce difcours reçut les mêmes
applaudiffemens qui ont toûjours
efté donnez à ceux de ce
Prelat. Il reprefenta le Saint
dont il faifoit l'éloge dans les
deux états de fa vie qui furent
fi contraires . Il le fit voir livré
à fes paffions , & enſuite comme
une conqueſte de la grace,
Il montra d'abord en , S. Auguſtin
, un deffenfeur obſtiné
des erreurs deteftables de Manés
, & enfuite comme le rempart
de la Foy & de la Verité ,
qu'il foûtint depuis fi courageufement
contre les mêmes
N iij
150 MERCURE
Manichéens , dont il avoit efte
un zelé partiſan , & contre les
Pélagiens , qui ne cherchoient
qu'à corrompre la pureté de la
doctrine de l'Eglife . Pour ſe
fervir des expreffions de Saint
Auguftin ( lib. 8. Conf. cap . 3. )
La victoire , dit-il , n'eft jamais.
plus chere que lorfqu'elle a efté
opiniâtrement difputée , & jamais
un Conquerant ne triomphe
avec plus de plaifir que
quand il a combattu avec beaucoup
de danger. La tempefte
qui agite un vaiffeau & qui eft
prête à le renverfer , rend plus.
douxle calme qui la fuit ; & les
a
GALANT 151
Matelots n'en conçoivent jamais
de plus grande joye que
lorfque leur crainte a eſté grande
, & , comme il ajoûte , exceffive
. On n'eftime prefque
rien une fanté qui paroift inalterable
, & on regarde avec indifference
marcher & courir
un homme qui fe porte bien
mais quand on l'a vû frapé d'une
dangereuſe maladie , où ſon
corps perclus ne pouvoit plus
fe foûtenir , on regarde comme
une faveur particuliere de
Dieu les nouvelles forces qu'il
a recouvrées . De ces reflexions
puifées dans la propre bouche
N iiij
152 MERCURE
du Saint Docteur , l'Orateur en
conclud fa naiffance à la
que
grace fut d'autant plus agreable
à l'Eglife , que fa perte luy
avoit efté douloureufe ; plus
cette Mere confideroit les dangers
que ce cher Fils avoit courus
, plus elle reffentoit de plaifir
de l'en voir échapé . Le Panegyrique
fut rempli de traits auffi
Brillans qu'éloquens. L'Auditoire
fut tres- auguſte & tresnombreux.
M' l'Abbé de Dromenil ,
Docteur de Sorbonne , grand-
Vicaire de Laon , & Aumônier
du Roy , prononça auffi le PaGALANT
153
négyrique de Saint Auguſtin ,
dans la même Eglife , l'aprefdîné
du même jour , en prefence
d'un tres- bel Auditoire ,
& d'une partie des Prelats &
des autres Députez de l'Affemblée
du Clergé. Son Difcours
fut tres- éloquent & rem pli de
traits vifs & brillans qu'on a
déja admiré plus d'une fois
dans les Sermons de cet Abbé.
Aprés avoir fait voir Saint Au
guſtin dans les égaremens de la
jeuneffe & dans les erreurs aufquelles
fon efprit fut d'abord
livré , il le fit voir enfuite rendu
à l'Eglife par les voeux & par
154 MERCURE
+
les larmes de fa fainte mere. Le
Ciel dit - il , feconda heureuſement
les voeux de cette mere affligée
; la Justice divine fe laiffa flé.
chir par fes larmes : & lafanté
renduepar miracle à ce cher Fils ,
luyfut un gage & une aſſurance
de fon falut. Cette pieufe refle
xion donna lieu à de belles antithefes
. Cet Abbé fit voir
Auguftin pechant , Monique
pleurant , Auguftin ſe réjoüiffant
Monique s'affligeant ;
Auguftin fe plongeant dans
des plaifirs impurs , Monique
fe baignant dans fes propres
larmes .. Auguftin n'offroit
GALANT 155
point de facrifices au demon ,
que Monique ne tâchaft de les
expier par ceux de fes larmes :
De fanguine cordis matris mea
per lachrymas ejus , diebus ac noctibus
pro me tibi facrificabatur.
Ma mere , ô mon Dieu , répandoit
jour & nuit des larmes ,
comme autant de gouttes de
fang qui couloient de fon coeur,
& de facrifices qu'elle vous of
froit pour moy: elle en répan
´doit le jour , elle en répandoit
elle en arrofoit la terre ,
la nuit ;
elle en arrofoit
les mers ; elle
en verfoit
dans
les Villes
, elle
en
verfoit
dans les
campagnes &
156 MERCURE
Flumina oculorum maternorum .
dit ce grand Saint
Ses
yeux ,
dans
fes
Confeffions
, eftoient
comme
deux
torrens
qui
ne
pûrent
s'épuifer
pendant
l'ef
pace
de vingt
années
: Mulier
cum
parit
triftitiam
habet
. On
peut
juger
par
quelques
uns
de
ces
traits
, recücillis
entre
plufieurs
autres
, combien
ce difcours
reçut
d'applaudiffemens
;
d'ailleurs
il fut
prononcé
avec
cette
bonne
grace
qu'on
admire
dans
tout
ce que
dit
M
l'Abbé
de
Dromenil
.
La piece qui fuit merite vôtre
curiofité.
GALANT 157
LETTRE
Ecrite de Munich le 8. d'Aouft,
par une Perfonne
de la premiere
qualité , à un de fes
parens , établi depuis pluficurs
années dans un pays
neutre , au ſujet du traitement
que les Bavarois reçoivent
des Imperiaux .
Vous avez fans doute appris ,
mon cher Coufin , l'entiere defolation
de notre commune Patrie . Les
mauvais traitemens dont on nous
accable fe font à la vûë de tout
l'Empire , fans que perfonne s'in158
MERCURE
tereffe à nôtre foulagement ; cependant
le Corps Germanique deuroit
tirer cette jufte confequences
qu'aprés que nous aurons efté accablez
, la Bavierefervira de chaif
nes pour mettre les autres Etats
libres dans lesfers. On ne s'eft pas
contenté de ce qu'en vertu d'un
Traité que l'injuftice a dicté ,
que la violence a conclu à la tefte
d'une armée qui menaçoit la Baviere
d'un faccagement , dés
la Ville de Landau feroit reduite ;
on ne s'eft pas contenté , dis- je ,
qu'en vertu de ce Traité , des peuples
libres ayent remis leurs armes ,
leurs Places fortes , leurs Arſeé
que
GALANT 159
maux , leur Artillerie , & leurs
munitions de bouche & de
ཟ
guerre
entre les mains de leurs ennemis
qui au moyen de ce avoient promis
d'eftre leurs amis , de les proteger,
de laifferleursfamilles vi
vre tranquillement chez elles , fans
en rien exiger davantage qu'un'
contingent raisonnable , tel qu'il eft
reglé par la Matricule de l'Empire.
Bien loin de là , on nous a accablez
du quartier d'hiver d'une
armée étrangere, qui pendant plus
defix mois a vécu comme à difcretion
dans ce malheureux pays , y
commettant plus de cruautez &
160 MERCURE
de violences que chez un ennemi
declaré ; & non contens de cela ,
lorfqu'une partie a efté obligée de
marcher ailleurs , nous avons efté
contraints de les habiller pour la
pluſpart , & de leur payer leur
folde , comme fi ces troupes eftoient
furpiedpour veiller à noftre confervation.
On nous a demandé des
fommes exorbitantes pour envoyer
en Hongrie en Italie ; & fur ce
que nous avons voulu reprefenter
avec tout le respect lafoumiffion
dont nous eftions capables , noftre
impuiffance & le trifte eftat où la
·guerre avoit reduit le pays , on
nous a taxez de mutins & de reGALANT
161
belles aux ordres de la Cour de
Vienne , avec plus d'indignité que
fi nous en eftions les veritablesfujets
. On a non -feulement défarmé
la Bourgeoisie , comme on avoit
fait les troupes reglées ; mais auffi
la Nobleffe ,fans aucun égard des
privileges & du rang qu'elle doit
tenir en Allemagne.
de
Par le Traité violent dont j'ay
parlé, on avoit laiffé à Madame
l'Electrice à fa famille ,la Ville
Munich a
de Munich , pour y jouir encore
d'une ombre de Souveraineté; mais
par une infidelité fans bornes , on
s'eft emparé de cette Capitale , qui
efté comme donnée au pillage :
Ò
Septembre 1705
162 MERCURE
puiſqu'on en a non-feulement enleé
l'Artillerie les munitions
qui devoient y refter , mais auffi
les plus riches meubles du Palais
Electoral , les papiers & la vaiffelle
d'argent qu'on a emportez à
Vienne ; pourcomble d'injustice,
on refufe à cette Princeffe la li
berté de revenir dans fes Etats
prendrefoin de fes Enfans , fans
qu'elle ait jamais fait autre chofe
que defuivre trop aveuglément les
confeils des Partifans dela Maifon
d'Auftriche.
Il eftoit àproposque nos ennemiş ,
~ ou ,pourparler plus jufte , nos Tyrans
, couvriffentpar quelque fupGALANT
163
que
pofition les injuftices criantes qu'on
nous afaites ; c'eft ce qu'ils ontfait,
en publiantfous main les Bavarois
avoient formé un complot
contre les Troupes étrangeres qui
ravagent cet Etat. Mais cettefuppofition
eft fi fauffe&fi groffiere ,
quejene croispas qu'aucuneperfonne
aidéefimplement des lumieres du
fens commun , puiffe s'empêcher de
la regarder avec indignité ,furtout
lorfque l'on refléchira fur ce que
nous avons fait , &fur le trifte
eftat dans lequel nous nous trouvons.
Si nous avions veritablement
voulu nous oppofer aux volontez
O ij
164 MERCURE
bien
de l'Empereur, nous n'aurions pas
attendu de le faire , que nous luy
cuffions mis de bonne foy entre les
mains les Places fortes de l'Etat.
Chacun fçait qu'elles eftoient pour
la plupart bien munies
fortifiées , qu'il y avoit en Baviere
un nombrefuffifant de bonnes troupes
reglées pour deffendre pendant
longtemps une armée victorieuſe,
commandée par un Prince treshabile
, qui avoit déja échoüé devant
Ingolstadt ; & il est trescertain
quefi nous avions voulu
difputer pied à pied le terrain ,
l'Empereur avec toutes fes forces
ne feroit pas encore maiſtre de tour
GALANT 165
ce qu'il occupe en Baviere , & il
ne nous en coûteroit pas tant de luy
avoir réfifté comme à un ennemy
declaré ,
de
l'avoir
accepté
pour
que
amy & Protecteur
.
L'employ
que j'ay occupé pendant
25. ans ,foit dans les affaires
d'Etat
,foit dans celles de la guerre
,
joint à mon zele , connu pour le
Service
de ma patrie
, ne m'anroientpas
permis
d'ignorer
entierement
unpareille
complot
,s'il avoit
efté formé
en Baviere
quelque
foin que mes amis & moy ayons
pris depenetrer
ce myftere
, nous n'en
avons découvert
d'autres
fources
que des faux bruits femez
par les
166 MERCURE
3 Imperiaux qui n'ont jamais voulu
(quelques prieres quela principale
nobleſſe en ait fait au Comte de
Leweftein & aux autres Comif
faires de Sa Majesté Imperiale )
découvrir les prétendus complices
de cette confpiration vifionnaire
• pour les faire punir , n'eftantpas
jufte que s'ily avoit des Criminels ,
des Innocens dûffent en fouffrir.
Non-feulement ils l'ont refufé
à la nobleffe Bavaroife ; mais auffi
a quelques Princes voifins , qui
craignant que le feu de la divifion
ne fe rallumaft dans l'Empire.
vouloient entrer en connoiffance de
Ce prétendu complot, pour en éviter
GALANT 167
devroit
Les fuites. Il est bien vray que le
peuple murmure de la dureté avec
laquelle il est traité : Hé ! où font
·les hommes qui ne fe plaindroient
pas à moins ! Quand l'Empereur
feroit noftre fouverain
il trouver mauvais qu'un peuple
accabléfous le poids de la violence
Soupiraft aprés un traitement plus
doux. Ce murmure n'a efté fuivi
que de pleurs & de gemiſſemens s
helas ! c'est auffi jufques où s'etend
noftre pouvoir ; car quand par un
effet de noftre defefpoir nous voudrions
pouffer plus loin noftre
mécontentement , ferions - nous en
état de pouvoir le faire ? Mais je
168 MERCURE
;
vousjuredevantDieu queperfontne
n'en a pasfeulement eu lapenfee.
Si les Imperiaux avoient veritablement
eu des preuves de l'accufation
qu'on fait à nos peuples ,
on auroit dû les communiquer à la
Diette de l'Empire & on n'auroit
pas manqué de donner au public
cette découverte dans toutes
Ses circonstances , tant pour nous
rendre odieux dans l'Europe , que
pour juftifier le procedé inoiy de la
Cour deVienne. Mais la verité
eft, qu'on ne veut qu'unprétexte
pour achever de nous dépouiller de
nos biens & de ce qui nous refte
de cette ancienne liberté Germanique.
GALANT 169
que. Toutfe difpofe à faire de la
Baviere une Province hereditaire
à la Maifon d'Autriche , qui
fervira un jour un jour à dépouiller de
leurs Etats , les autres Souverains
Membres de l'Empire .
Noftre foumiffion aux volontez
de la Cour de Vienne meritoit
Sans doute un traitement bien different
de celuy qu'on nous fait
Jouffrir. Les Prifons font pleines ,
non de criminels , mais d'innocens
Bavarois , pour avoir ofé faire
des remontrances aux Commiffaires
Imperiaux ; on a déja tranf
feré dans les Provinces hereditaires
, les plus confiderables d'entre
Septembre 1705. P
170 MERCURE
nous. A l'heure que je vous écris,
j'ay trente-deux bouches logées
chez moy , où fans égard à mes
Services , à ma qualité, ny à mon
age,on y commet toutes fortes d'in
famies. Fugez par là ce qu'onpeut
faire chez le Bourgeois & chez
l'Artifan. La douleur qui me penetre
, ne me permet pas de vous
en dire davantage ; & en voilà
déja affez pour vous obliger de
benir le jour auquel vous avez
quitté la malheureuſe Baviere ,
pour vous établir ailleurs. Fe
fuis , &c.
On aura beau parcourir
toutes les Hiftoires pour cherGALANT
171
cher des exemples d'une violence
pareille , on n'en trou
vera dans aucun fiecle , nonfeulement
d'auffi criantes &
d'auffi cruelles; mais mefme qui
en puiffent approcher. Quoique
l'Auteur de la Lettre que
vous venez de lire , en ait fait
une peinture auffi belle & auffi
vive, qu'elle cft trifte, & qu'elle
doit eftre chagrinante pour
tous ceux que l'Empereur peut
traiter de mefme , fous des prétextes
inventez ; il s'en faut
néanmoins beaucoup , qu'il
n'ait fait voir dans fa Lettre ,
tout ce que le peuple de Ba-
1
Pij
172 MERCURE
viere fouffre , puifqu'on luy à
interdit jufqu'à la parole , &
que l'on ne permet pas à trois
perfonnes de s'entretenir enfemble
dans un meſme lieu.
On n'oblige pas feulement ce
peuple de nourrir les gens de
guerre dont on remplit les
maifons , d'en entretenir dans
les armées de l'Empereur , &
de payer des fubfides à Sa Majefté
Imperiale ; on leur enleve
encore , fous divers prétextes ,
la plus grande partie de tous
leurs effets . Enfin on manque
à tous les points du Traité ,
tant à l'égard du Souverain ,
GALANT 173
que des fajets. On a vû des
Villes prifes d'affaut par des
Barbares & par des Tyrans ;
mais fi elles ont efté expofées
au pillage ; ce n'a cfté que par
ce que les loix de la
guerre le
permettent en certaines occafions
mais ce pillage de la
Ville qui a trop refifté , étant
ceffé , on a laiffé rétablir les
peuples , & tous les jours de
de leur vie n'ont point efté des
jours de pillage pour eux. Le
refte des Etats dont quelques
Villes ont efté ainfi mal traitées
pour s'eftre défendues ou trop
long temps , ou mal à
propos
P iij
174 MERCURE
n'a point fouffert comme
fouffre aujourd'huy la Baviere,
quoique foûmife au joug des
Barbares & des Tyrans ; & j'ay
eu raifon de dire qu'aucun fiecleone
fournit d'exemples de
ce qu'on voit aujourd'huy en
Baviere , & je ne puis m'empefcher
de repeter encore, que
toutes les Puiffances Souverai
nes d'Allemagne doivent trembler
, & que puifqu'un Souverain
auffi puiffant que Monfieur
l'Electeur de Baviere , eft
fi mal traité , aprés avoir expofé
tant de fois fon fang pour
la Maifon d'Auftriche ; les
ས་ལ
GALANT 175
Id
Princes qui luy font beaucoup
inferieurs en puiffance , doivent
craindre de fe voir écra→
fer , fans avoir feulement le
temps de refpirer , tant que
Corps Germanique fouffrira
avec autant d'indolence qu'il
fait aujourd'huy , le mal que
l'on fait à fes Membres ; puifque
ce mal fe communique
fouvent , & qu'aprés avoir attaqué
un Membre , il paffe à
l'autre , qui fe trouve alors
moins en état de refifter .
Toutes les Puiffances qui
compofent le Corps Germanique
, & qui font autant de
P iiij
176 MERCURE
Membres de l'Empire , doi
vent d'autant plus craindre de
fe voir tour à tour attaquées ,
que le mal partira toujours de
la mefme fource dont il part
aujourd'huy. L'Empereur défunt
eftoit un affez bon Prince
, qui eftoit gouverné & qui
vouloit l'eftre. Il eftoit perfuadé
que lorsqu'il avoit remis
à fon Confeil la décifion d'une
affaire , il n'eftoit reſponſable
ni devant Dieu , ni devant les
hommes , du mal que ce Confeil
faifoit : En quoy il fe trompoit
groffierement , fur tout
lorfque le mal eftoit fi viſible
GALANT 177
& fi grand , qu'il ne pouvoit
l'ignorer ; car il y a des cas fi
embarraffans , que le Souverain
peut pecher avec fon Confeil
fans croire faire mal . Enfin
comme l'Empereur défunt
avoit un fond de Religion , &
qu'il eftoit honneſte homme ,
il pouvoit un jour ouvrir les
fes Miniftres pouvoient
yeux ;
les ouvrir auffi & ceffer d'eftre
fi injuftes & fi cruels : ils pouvoient
mourir , ils pouvoient
eftre depoffedez , & l'on pou
voit cfperer que les Decrets
d'un Confeil nouveau feroient
plus équitables ; mais toutes
178 MERCURE
8
ces efperances font aujour
d'huy évanouies . Le Souverain
gouverne feul , il ne prend
confeil que de fon temperamment
; il eftjeune , & il y a lieu
de craindre que fa trop grande
vivacité touchant fes interefts
n'aille en augmentant , fi tout
l'Empire ne prie le Ciel de verfer
fes graces dans ſon fein ,
& d'adoucir l'aigreur d'un
temperamment qui entretiendroit
toujours le feu de la diffenfion
dans toute 1 Europe ,
& dont tant qu'il dureroit les
Membres de l Empire fouffriroient
beaucoup , parce qu'il
GALANT
179
auroit les armes à la main ; &-
que tant qu'il feroit armé , il
feroit plus en état d'opprimer
ceux dont les Etats feroient à
fa bien-féance , ou qu'il jugeroit
à propos d'affoiblir , parce
qu'il les trouveroit plus difpofez
que les autres à maintenir
la liberté des Membres de.
l'Empire & à en éloigner la
guerre. C'eſt le crime de Monfieur
l'Electeur de Baviere envers
l'Empereur défunt, & celui
qui regne aujourd'huy ; il vou
loit empêcher l'ouverture de la
guerre prefente. Les Cercles de
l'Empire avoient fait un Trai
180 MERCURE
té avec luy , pour maintenir la
Paix dans l'Empire ; & ils ne
fe devoient point mêler des intereſts
particuliers de l'Empereur
qui ne les regardoient
pas . Ils ont manqué à leur
Traité , & le feu s'eft mis dans
l'Empire & dans l'Europe
ainfi que Monfieur l'Electeur
de Baviere l'avoit prévu ; & la
Maiſon d'Auftriche a juré la
perte de cet Electeur , dont
toute l'Europe devroit prendre
les interefts , puifqu'il n'a
mis les armes à la main , que
pour en maintenir le calme , &
que toute l'Europe feroit en
GALANT 181
paix , fi les Cercles ne luy
avoient point manqué de parole
, en n'executant point le
Traité qu'ils avoient fait avec
luy...
Le Roy,au milieu des grands
foins qui l'occupent ordinairement
, & fur tout dans la
conjoncture des affaires prefentes
, qui l'oblige à foutenir
les efforts de la plus grande
partie de l'Europe liguée contre
luy , ne néglige aucune occafion
de contribuer au bonheur
, & au foulagement de
fon peuple. Sa bonté s'eftend
par tout & à tous ; & fans ſa
182 MERCURE
fage prévoyance , qui a fait diª
ftribuer vingt Pompes dans Paris
, au moyen de la Lotterie ,
dont je vous entretins le mois
de May dernier , le funeſte accident
dont je vais vous faire
le trifte recit , auroit efté beaucoup
plus terrible & plus general
.
Le Vendredy i'i de ce mois,
entre 7. & 8. heures du matin ,
le nommé la Briere , Marchand
Quincaillier & Artificiaire
qui demeuroit ruë S. Antoine ,
attenant l'Eglife des Peres de
ce nom , & qui occupoit derriere
leur Choeur une Maiſon
GALANY 183
i
qui leur appartenoit , fumant
dans fon Grenier , pour chaffer
une mauvaiſe fenteur , qui
s'eftoit répandue dans fa maifon
, laiſſa romber fur le plancher
, le charbon qui luy avoit
fervi à allumer fa pipe ; ilporta
d'abord le pied deffus pour
l'éteindre mais une legere
étincelle ayant volé fur des
amorces , elles prirent à l'inf
tant feu , & il fut impoffible à
la Briere & à fon fils , qui cftoit
avec luy , d'en arrefter le progrés.
Les Voifins s'apperçurent
auffi- toft du peril qu'ils
couroient ; ils en donnerent
:
184 MERCURE
avis à la femme de la Briere
&à fa fille, qui eftoient en bas,
& qui fe fauverent fans perdre
de temps : dans ce moment ,
ce malheureux pere & fon fils
furent enlevez par la violence
de pluſieurs livres de poudre ,
qui prirent toutes à la fois , &
portez de l'autre cofté de la
ruë , quoy que fort large en
cet endroit . Le bruit que fit
cette poudre fut terrible , &
fut entendu de toutes les extremitez
de Paris ; le Grenier
en fautant en l'air , mit le feu
au plancher de deffous ; la maifon
la plus voifine s'entrouGALANT
185
vrit , & tout le derriere du
Choeur du petit S. Antoine
fut jetté dans toute l'Eglife ,
juſques au haut des Orgues
qui furent fracaffees : tous les
Tableaux , les Boifures , & une
partie du Tabernacle furent
renverfez & mis en pieces. Le
Pere Gautier , qui celebroit la
Meffe au Maiftre- Autel , fut
renversé par terre tout couvert
de pierres & de fang , de deux
bleffures qu'il reçut à la tefte ,
dans le moment qu'il alloit
confacrer , & fe traîna avec
beaucoup de peine fur les genoux
jufques à la Sacriftie ;
e Septembre 1705 .
a
186 MERCURE
plus de trente- cinq perfonnes
furent pareillement bleffées ,
& dans l'Eglife , & dehors l'E
glife , par
la chûte des pierres ,
&
& les folives & les feneftres
brifées qui tomboient . Les fufées
& autres artifices dont
cette maiſon eſtoit remplie ,
voloient de tous coftez
plufieurs Artifans qui eftoient
dans differentes boutiques , en
furent atteints ; les maifons
qui vont jufques à l'Hoftel de
Beauvais , & celles même qui
font plus éloignées , ont eu
prefque toutes leurs vitres caffées
; & les plus proches n'ont
GALANT 187
cónfervé ni vitres , ni feneftres ,
ni glaces , ni porcelaines . Le
Saint Ciboire du grand Autel
fut fauvé par un petit garçon de
douze ans ; & une Servante , au
travers des flammes , apporta
celuy de la Chapelle de la Vierge.
La force du feu tranſporta
l'infortuné la Briere , au travers
de fa feneftre , jufque contre
l'ancien Hoftel du Connétable
de Guefclin où il tomba , & il
mourut incontinent aprés,fans
jugement ni connoiffance ; fon
fils qui fut jetté dans le ruiffeau,
ne luy furvêcut que de quelques
momens ; & deux autres
Q ij
188 MERCURE
de fes enfans , enfevelis fous les
ruines , en furent retirez bleffez
, brûlez à moitié & prefque
agonifans . Les chofes eftoient
dans ce pitoyable état , lors
qu'on vit arriver M' d'Argenfon
, M' le Prévoft des Marchands
, accompagné de M
les Echevins , M les Procureurs
du Roy & de la Ville , &
plufieurs Commiffaires de differens
quartiers. Ils fremirent
tous , & demeurerent immobiles
pendant quelques momens
, à la vue de cet affreux
defaftre ; mais le zele & la charité
prenant auſſi- toſt le deſſus ,
GALANT 189
chacun s'occupa au foulagement
de ce grand nombre de
bleffez les uns allerent chercher
avec empreffement des
Chirurgiens ; d'autres panferent
eux- mêmes les playes les
moins dangereufes ; & d'autres
retirerent dans leurs maifons
des perfonnes mourantes ; &
plufieurs firent porter , & porterent
eux - mefmes fur leur
bras , les malheureux dont les
jambes venoient d'eftre caffées.
Le feu , cependant , ayant pris
aux Tableaux & à toute la
boifure de l'Eglife , donna lieu
de craindre un embraſement
+
190 MERCURE
total de cet Edifice ; la maifon
voifine & entr'ouverte , dont
j'ay parlé , brûloit auffi ; & le
feu eftoit pareillement à la premiere
chambre , & à la boutique
de celle dont partie avoit
fauté de forte que ces trois
incendies n'en compofoient
qu'un , qui menaçoit tout le
quartier . La boutique brûlante
& pleine de mille chofes combuſtibles
, avoit un Caveau à
coſté , & preſque ſous le Maiſtre-
Autel , où peu de jours auparavant
la Briere avoit mis
plufieurs barils de poudre ; & ſi
cette poudre cuſt pris , S. AnGALANT
191
toine & trente autres maiſons
auroient également fauté . Mais
M' d'Argenſon , toujours infa→
tigable , & M le Prévoft des
Marchands donnerent fur le
champ de bons ordres , qui furent
executez avec autant d'ardeur
que de diligence. On or→
donna à tous les voifins de tirer
de l'eau , & l'on fit faire dans
la rue S. Antoine un bâtardd'eau
; l'on fit venir les feaux
de la Ville , l'on manda le S ' du
Perier , & l'onfit apporter deux
de fes Pompes nouvellement
diftribuées dans les differens
quartiers de Paris . Dés qu'elles
192 MERCURE
.
furent arrivées , on en porta
une dans l'Eglife , qui arreſta
tout à coup le feu déja monté
& attaché au plus haut lambris
de la voûte ; & du milieu de la
ruë on jetta avec l'autre de l'eau
en abondance juſques au quatriéme
étage de la maifon qui
brûloit, & en moins d'un quart
d'heure & demi de travail , elle
parut hors de danger . M'
d'Argenfon , qui fe portoit
dans tous les endroits les plus
perilleux , ordonna alors au S
du Perier , de diriger l'eau de
fes deux Pompes fur la boutique
& dans le Caveau où la
poudre
GALANT 193
poudre eftoit , & comme l'on
avoit déja confommé beau
coup d'eau , & que la pluſpart
des puits eftoient taris , on dépava
quelques endroits de la
ruë , pour couper le tuyau de
plomb, qui porte l'eau à la Fontaine
qui eft devant les Jefuites.
Cette précaution fut fage,
& produifit un effet merveilleux
; car une demie - heure
aprés , le feu de la boutique ,
furmonté par la grande quantité
d'eau qu'on y avoit dardée
avec les deux Pompes & de
fort loin , pour n'eftre pas expofez
au rifque d'eftre enlevez
Septembre 1705 .
R
194 MERCURE
par le feu , donna moyen à des
Ouvriers , plus intrepides que
les autres d'aller retirer les
barils de poudre , qui cauſoient
une tres - grande & ttrreess-- juſte
apprehenfion. A dix heures &
demie tout le feu eftoit éteint.
Jamais accident auffi terrible
n'a eu de fecours fi promt , ni
fi bien concerté entre tous les
Magiftrats , Commiſſaires , &
autres Officiers qui fe trouvent
ordinairement en de parcilles
occafions. La foule du peuple,
accouruë de tous coftez,voyant.
que tout cftoit fini , ne s'occupa
plus qu'à remercier Dieu¸
GALANT 195
& à donner au Roy mille &
mille benedictions , de la bonté
qu'il a eu , d'accorder à fa
Ville de Paris la Lotterie des
Pompes , qui ont déja fervi à
fauver le Palais des Thuilleries.
& pluſieurs autres maiſons qui
auroient peri par le feu .
Sur les onze heures , le S du
Perier alla en pofte à Marly ,
pour rendre compte au Roy
de ce qui venoit de fe paffer . Il
y arriva lorfque Sa Majefté
fortoit de difner ; Elle écouta
avec compaffion tout le détail
de ce grand malheur ; & luy
ordonna de luy faire inceflam-
Rij
196 MERCURE
ment des Pompes pour Ver
failles , Marly & Fontainebleau
, & pour fes autres Maifons
Royales. Depuis un mois
Monfeigneur le Dauphin en a
fait mettre deux à Meudon. La
Ville de Lion en demande , &
plufieurs autres tâcheront, fans
doute , d'obtenir comme Paris
, la permiffion de faire des
Lotteries , afin de parvenir à un
établiſſement fi neceffaire , fans
qu'il en coûte rien à perfonne.
Je vous ay parlé dans ma derniere
Lettre du Difcours fait au
Roy par M' de Graville , Avocat
General des Requeſtes de l'HôGALANT
197
tel , lorfque les nouveaux Echevins
prêterent le ferment de fidelité
entre les mains de Sa
Majefté , & que cet Avocat General
prefenta le Scrutin ; & je
vous dis alors que s'il tomboit
entre mes mains , j'aurois foin
de vous l'envoyer . Je vous tiens
parole , & le voicy.
SIRE ,
La Capitale de vôtre Royaume
vient aux pieds de Vofttre Majefté
luy prefenter fes nouveaux
Magiftrats ; renouveller les
affurances de fon profond respect.
R iij
198 MERCURE
€ d'une fidelité inviolable
.
Nous ne pouvons
, Sire , vous
donner
des garants
plus fürs &
plus nobles
de noftre parfait
déles
vertus mêmes 8
vouement , que
de Voftre
Majefté. Les
engagemens
de noftre
naiffance
font les moindres
liens , qui nous attachent
à
voftre
Perfonne
facrée
, la qualité
de Pere fait plus
d'impreffion
fur
nos coeurs
, que celle de Roy ; &
nôtre
foumiffion
eft moins
l'effet
du Devoir
, que de la Reconnoiffance.
Ce qui attire l'Amour des Peuples
eft tellement uni en vous
SIRE, avec ce qui excite leur
GALANT 199
admiration, que toute l'Europeferoit
dans les mêmes difpofitions que
nous ,fiune fauffe Politique ne luy
perfuadoit , que plus elle admire ,
plus elle doit craindre ; convaincuë
de la fuftice , & de la Religion
de l'oftre Maj fté , elle s'aveugle
jufqu'au point de fe cacher à ellemefme
, les avantages qu'elle en
peut efperer; elle s'allarme des qualitez
qui devroient la raffurer ;
mais les efforts mefmes de fa crain
te font les témoignages les plus irreprochables
de fon eftime . Heureux
, SIRE , le Peuple , à qui
il eft permis d'aimer ce qu'il admire
, & qui éprouve fans ceffe
Riiij
200 MERCURE
combien une Puiſſance , fi redou
table aux autres , eſt bien-faifante
pour luy!
moins
Touchez de tant de graces , que
nous avons reçûës de Voftre Majefté
, nous ne le fommes pas
de toutes celles qu'elle répandroit
encore fur nous fur nous ,fi les conjonctures
préfentes laiffoient à ſa bonté Paternelle
une entiere liberté ; nous
trouvons dans le coeur de Voftre
Majefté une reſource affurée
contre toutes les fuites inévitables
de la guerre , & nous y trouvons
Les gages les plus certains d'un
avenir tranquille. Pleins de cette
confiance
nous ne faisons faifons des
2
GALANT 201
voeux que pour la gloire , & pour
la confervation de V. M. & nous
luy laiffons le foin de noftre bonheur.
Le Ciel
fecondera fes
genereux
Projets ; la Paix fera triompher
-la Justice , &forcera
vos Ennemis
confondus
à reconnoistre
les
droits legitimes
d'un fang digne
de commander
à toute la Terre.
Le Roy parut fort fatisfait
de ce difcours ; & en répondant
au Corps de la Ville , qui
étoit prefent , Sa Majefté voulut
bien fe fervir de quelques
expreffions
de ce mefine
difcours
, en affurant ce Corps ,
202 MERCURE
qu'il trouveroit effectivement ,
dans fon coeur une reſſource contre
les fuites inévitables de la
guerre , & les gages certains d'une
avenir tranquille .
Ce Monarque dit en s'adreffant
à M' de Graville , qu'il
venoit de faire un diſcours tresfage
& convenable au temps ; &
Sa Majefté eflant enſuite entrée
dans le Confeil , dit ,
qu'elle venoit d'entendre un difcours
qui luy avoit paru tresbeau
, & dont elle avoit efté tresfatisfaite.
M' de Graville eft fils du Prefident
de la Cour des Aides de
t
GALANT 203
ce nom , & frere aîné de M' le
Chevalier de l'Etoille de Graville
, Envoyé Extraordinaire
du Roy auprés des Grifons ;
quoiqu'il foit encore d'un âge
où l'on accorde rarement de
pareils emplois , il a fait voir
depuis quatre ans qu'il eft dans
cet Employ , que les conjonctures
delicates & difficiles ne
fervoient qu'à faire connoiſtre
qu'il eftoit capable de le remplir
. Auffi Sa Majeſté a -t- elle .
témoigné qu'elle eftoit tresfatisfaite
de les fervices.
Je ne doute point qu'en lifant
les Vers fuivans , vous ne
204 MERCURE
dévinicz qu'ils font de M' de
Maiz , de la Fléche ; puifqu'il
s'eft fait un devoir de m'envoyer
tous les mois un Air fur
le mefme fujet.
AIR NOUVEAU.
Ocean de bonté , fource en graces.
feconde ,
Dont fans ceße fur nous découlent
mille biensi
La France vous invoque , &joint
fes voeux aux miens ,
Pour fon Roy , le plus grand qui
fut jamais au monde .
Que nos juftes defirs , grand Dieu ,
foient écoutez !
Confervez en LOUIS votre plus
vive Image ;
GALANT 205
Et laißez- nous long- temps un
gage ,
Qui nous répond luy feul de toutes
vos bontéz
Ayant à vous parler de la
mort de Monfieur le Prince
de Bournonville , je commence
cet Article par la Genealogie
de cette Maifon.
Jean de Bournonville , Chevalier
, Seigneur de Honrec ,
étoit fils de Jean de Bournonville
, dit Chaftel , Seigneur de
Rinquefant, qui vivoit en 1424 .
Ce Jean de Bournonville cut
pour fils Jean de Bournonville,
troifiéme du nom , dit Defpoſt,
206 MERCURE
de Dame Izabeau des Preys, fa
femme , qu'il épouſa en 1447.
Jean de Bournonville , troifiéme
du nom , dit Defpoft ,
Chevalier, Seigneur de Capres,
Honrec , Chatelain de Hardelot
, Grand Louvetier d'Artois,
époufa Dame Heleine de Sufre
quet , Dame de Montigni , fille
-unique de Mr Charles de Sufquet
, Chevalier , & de Dame
Izabeau d'Aleſme , & ils eurent
Guy de Bournonville.
Guy de Bournonville ; Chevalier
, Sire de Capres , Baron
de Holfort & de Nomek ,
Gouverneur d'Abbeville , &
GALANT 207
Grand Vencur du Boulonnois
qui mourut en 1544. avoit
époufé Anne de Ranchicourt ,
heritiere de Ranchicourt , qui
mourut en 1542. Ils eurent
pour enfant Oudart de Bournonville.
Oudart de Bournonville ,
Sire de Capres , Comte de
Henin , Vicomte & Baron de
Barlin & de Houlfort , Chef
des Finances des Pays-Bas ,
Confeiller d'Etat du Roy Catholique
, Capitaine des Gensdarmes
, Capitaine general &
Gouverneur de la Province
d'Artois & d'Arras , mort en
1585. avoit épousé Marie
208 MERCURE
Chreftienne d'Egmont , fille de
Lamoral , Comte d'Egmont ,
Grand d'Espagne , Prince de
Gavre & du Saint Empire,Chevalier
de la Toifon d'or, Gou--
verneur de Flandre & d'Artois,
& de Sabine , Princeſſe de Baviere
, foeur de Frederic trois
Comte Palatin du Rhin , Duc
de Baviere , Electeur du Saint
Empire , morte en 1622. Ladite
Marie Chreftienne d'Egmont
, aprés la mort d'Oudart
de Bournonville , fon premier
mary , époufa en fecondes
noces le Comte de Holftraten
& en troifiémes noces
le Prince de Mansfeld
GALANT 209
Prince du Saint Empire. En
1602. aprés la mort du Prince
de Mansfeld , le Roy Henry
le Grand érigea en fa faveur ,
& d'Alexandre de Bournonville
, fon fils , qu'elle avoit eu
de fon premier mariage avec
Qudart de Bournonville ,
Terre de Bournonville en
Duché.
la
Alexandre premier , Duc de
Bournonville,Comtede Henin,
Vicomte & Baron de Barlin &
de Houlfort , Chevalier de la
Toifon d'or , Gouverneur de
Lillel, Douay & Orchies , & de
la Flandre Walonne , époufa
Septembre 1705 .
S
210 MERCURE
Anne de Melun , foeur aînée
de Guillaume Prince d'Efpinoy
, Chevalier de la Toifon
d'or , fille de Pierre de Melun
, Prince d'Efpinoy , Conneftable
de Flandres , Baron de
Boubors & Gouverneur de
Tournay & du Tournayfis ,
& de Dame Hippolite de
Montmorency , fa feconde
femme ; ils eurent plufieurs
enfans; Alexandre fecond, Duc
& Prince de Bournonville ,
& Ambroife , Duc de Bournonville.
Ambroiſe , ſecond fils , Duc
de Bournonville Chevalier
GALANT 211
d'honneur de la Reine & Gouverneur
de Paris , épouſa Lucrece
-Françoiſe de la Vieuville,
fille du Duc de la Vieuville ;
de ce mariage eft iſſuë Marie-
Françoife de Bournonville , qui
a époufé M le Maréchal Duc
de Noailles.
Alexandre fecond , Duc &
Prince de Bournonville , Comte
de Henin Chambellan de
1
l'Empereur Ferdinand III . &
qui eftoit de fon Confeil de
Guerre , General de Bataille
Colonel en fes Armées , Capitaine
des Gendarmes , Gou
verneur & Capitaine General
Sij
212 MERCURE
<
d'Artois pour Sa Majefté Catholique
& Chevalier de la
Toifon d'or , Viceroy de Catalogne
mort Viceroy de
Navarre , avoit époufé Erneftine,
née Princeffe d'Aramberg
& du Saint Empire , foeur
de Philippe François , Duc Souverain
d'Aramberg , Prince
du Saint Empire, Duc d'Arfcot,
Grand d'Espagne , Chevalier
de la Toifon d'or , Gouverneur
& Capitaine General , & grand
Bailly de Hainault , fille de
Philippe , Prince Souverain
d'Aramberg & du Saint Empire
, Duc d'Arfcot , Grand
GALANT 213
d'Espagne , Baron de Zenamberg
, Seigneur d'Enghien ,
Chevalier de la Toifon d'or ,
du Confeil d'Etat de Sa Majefté
Catholique , & Gouver
neur de la Province de Namur,
de ce mariage eft iſſu ,
Alexandre-Albert- François-
Barthelemy , Prince de Bournonville
, Comte de Henin ,
Vicomte & Baron de Barlin ,
Baron de Caumont & autres
lieux , Sous- Lieutenant des
Gendarmes de la Garde du
Roy , & Maréchal des Camps
& Arinées de S. M.mort de maladie
en Flandre. Il avoit épousé,
214 MERCURE
Charlotte - Victoire d'Albert
de Luynes , fille de feu M' le
Duc de Luynes , & d'Anne de
Rohan. Il étoit depuis longtemps
dans le fervice ; il avoit
donné des marques de valeur
en plufieurs occafions , & particulierement
à la Bataille de
Steinkerque , où il reçut deuxcoups
de fabre , & un coup de
moufquet. Il aimoit les belles
Lettres , & l'on a toujours remarqué
qu'il étoit fort penetré
de fa Religion . Il laiffe un fils
fort jeune , à prefent Prince de
Bournonville ; & deux filles ,
dont l'aînée a beaucoup de
1
GALANT 215
merite , & fait une belle figure
dans le monde .
M' le Prince de Bournonville
a fait, par fon Teftament,
M' le Maréchal Duc de Noailles
fon Executeur Teftamentaire.
Dame Madeleine du Halgoüet
, veuve de M Armand
du Cambout , Duc de Coiflin,
Pair de France , Chevalier de
l'Ordre du S. Efprit , mourut
le 9. de ce mois. Cette Dame
eftoit mere de M le Duc de
Coiflin , de M. l'Evefque de
Metz , premier Aumônier de
Sa Majefté , & de Mola Du
216 MERCURE
8
3
cheffe de Sully. Elle eft morte
dans fa Terre du Marais , prés
Beaumont- fur - Oize , qui appartenoit
autrefois à la Maifon
de Rouillé , dont cette Du
cheffe fortoit par les femmes ;
Philipe du Halgouët , Seigneur
de Kergrack , M des Requêtes
, & pere de Mla Ducheſſe
de Coiflin , ayant époufé Madeleine
de la Biftrade , fille de
Jean de la Biftrade , Confeiller
au Grand Confeil , & de Ma- i
deleine Rouillé , qui étoit foeur
de Louiſe Rouillé , qui époufa
Jean de Ville-montée , Mades !
Comptes à Paris , dont elle
eut
GALANT 217
eut M de Villemontée , M
des Requeſtes , qui fut marié,
& depuis Evefque de S. Malo ,
& qui a laiffé des enfans . Ces
deux Dames eftoient filles de
Jean Rouillé , Seigneur du Marais
, (où eft morte M la Ducheffe
de Coiflin ) M des
Comptes , & de Loüife de Barillon
, & petites - filles de Jacques
Rouillé & de Madeleine
le Tellier. Quant à la Maiſon
du Halgoüet , elle eſt d'une
tres- ancienne Nobleffe de Bretagne
, où elle y eft alliée aux
plus grandes Maifons . Je ne dis
rien de celle de du Cambout-
Septembre 1705.
T
218 MERCURE
de- Coiflin ; elle eft fi connue ,
& j'en ay fi fouvent parlé , que
je ne vous en pourrois rien apprendre
de nouveau : Elle eft
auffi de la Province de Breta
gne . M la Ducheffe de Coiflin
eftoit fort eftimée ; elle fçavoit
accorder l'exercice des
vertus Chrétiennes avec les
honneurs dûs à fa dignité & au
rang qu'elle tenoit dans le
monde. Elle eftoit dans fes
Terres la reffource des pauvres;
elle leur faifoit toutes les années
des aumônes confiderables
, & ils trouvoient en tout
temps chez elle un afile aſſuré .
GALANT 219
Dame N ... Aubry , veuve
de M N ... de Cochevillet
Comte de Vauvineux , eft auffi
decedée , agée de 68. ans , aprés
une longue maladie . Elle eftoit
fille de feu M' le Préſident Aubry
, dont la Maiſon eſt ancienne
dans la Robe , & foeur de
M' l'Abbé Aubry , de M° la
Marquife de Vieux- Pont , de
M la Marquife de Raré , & de
Me la Comteffe de Nonant.
Elle eftoit mere de Dame N ...
de Cochevillet- de- Vauvineux,
feconde femme de Monfieur
le Prince de Guimené , aîné de
l'Illuftre Maifon de Rohan.
Tij
220 MERCURE
Ce Prince avoit épousé en premieres
nôces , Dame N ...
d'Albert- de Luynes , fille de
feu M' le Duc de Luynes , &
de Dame Charlotte Seguier ,
fille de M' le Marquis d'O , premiere
femme de ce Duc . Cette
premiere femme de Monfieur
le Prince de Guimené , qui
mourut fix mois aprés fon mariage
, eftoit foeur de M' le
Duc de Chevreufe , & de Dame
N .... d'Albert - de - Luynes ,
premiere femme de feu M' le
Marquis de Lavardin , dont eſt
iffuë MⓇ la Marquife de la Châ-
Monfieur le Duc de tre.
GALANT 221
Montbazon , qui a époufé Mademoiſelle
de Bouillon , feconde
fille de Monfieur & de Madame
la Ducheffe de Bouillon ,
eft fils- aîné de Monfieur & de
Madame la Princeffe de Guimené
, & par confequent petitfils
de Mla Comteffe de Vauvineux
qui vient de mourir.
Cette Comteffe avoit beaucoup
de merite ; elle avoit une
amefort Chrétienne , un efprit
accommodant , & une humeur
des plus fociables . Elle faifoit
l'agréement de toutes les focietez
où elle fe trouvoit ; elle
n'avoir que des amis choifis , &
Tiij -
222 MERCURE
elle avoit le fecret de n'en perdre
aucun. Mla Comteffe de
Vauvineux , pour faire de fa
fille-unique , un parti qui convinft
à Monfieur le Prince de
Guimené , ſe dépoüilla , eſtant
encore jeune , de la plus grande
partie de fes biens en faveur
de ce mariage . Elle a toujours
fait voir une conduite défintereffée
; & ce n'eft pas fans
fujet qu'elle eftoit dans une
cftime generale.
Mr N ... Pelta de Villemarcüil
, Abbé de Cherbourg
& Chanoine de Noftre - Dame,
eſt mort dans unâge fort avanGALANT
223
cé. Il avoit efté toute fa vie
fort attaché à la Maifon de
Montglats- de-Chiverny , & il
en a donné des marques en
mourant ; puiſqu'il a fait ſa Legatrice
univerfelle MⓇ la Marquife
de Montglats- Chiverni .
Il a refigné fon Canonicat à
M' l'Abbé de Sommery , fils
de M' de Sommery, Sous- Gouverneur
de Meffeigneurs les
Princes , & neveu de cette Dame;
& quoique mourant , il fe
fit porter dans le Chapitre de
Nôtre Dame qui eftoit affemblé
, pour refigner aufſi ſa maifon
à ce jeune Abbé. Mr. l'Ab
Tiiij
224 MERCURE
bé de Villemareüil a donné
40 mille livres au Chapitre de
Noftre Dame , & a fait quantité
de Legs pieux . Il avoit eu
fon Canonicat de Mr l'Abbé
de la Chaife , qui le luy avoit
refigné ; quelque temps aprés il
eut une Abbaye dont il fe démit
, il y a plus d'un an , avant
que le Roy luy cût donné celle
Cherbourg en Normandie,
en Latin Cafaris burgum , où il
a fait depuis un an , pour plus
de 25 mille livres de réparations
: ce qui eft une marquedu
bon ufage qu'il faifoit de fes
revenus , n'ayant rien retiré de
de
GALANT 225
cette Abbaye avant fa mort. Il
avoit , outre cela , un Prieuré
qui eft à la Collation de Mr de
la Salle , ancien Evefque de
Tournay. Mr de Villemareüil
entendoit parfaitement les affaires
Ecclefiaftiques ; & il eftoit
Officier de la Chambre Ecclefiaftique
du Diocefe de Paris.
Mt Charle- Honoré de Barentin
, Maiſtre des Requeſtes
& Intendant à Dunkerque , eft
mort âgé d'environ 35 ans ,
aprés deux accés de fievre tierce
feulement. Il eftoit fils aîné
de feu MN... de Barentin ,
auffi Maistre des Requeſtes ,
226 MERCURE
Premier Prefident du Grand
Confeil , & de Dame N ... de
la Malmaiſon , ſa ſeconde femme
; & frere de Mr l'Abbé de
Barentin , & de feuë Dame N..
de Barentin , femme de Mr le
Marquis de Chazeron , Lieutenant
des Gardes du Corps, Maréchal
des Camps & Armées
du Roy , & Gouverneur de
Breft , fils de feu Mr le Marquis
de Chazeron , auffi Lieutenant
des Gardes du Corps , Chevalier
des Ordres du Roy , Licutenant-
General des Armées de
Sa Majefté & Gouverneur de
Perpignan. La Maiſon de BaGALANT
227
rentin eft fort ancienne dans
le Parlement de Paris , auquel
elle a donné plufieurs Officiers
de marque ; & elle eft alliée à
plufieurs Maifons confiderables
. Mr de Barentin qui vient
de mourir , eftoit coufin-germain
de M de Louvois ; la
mere de cette Dame ( dont je
vous appris la mort l'année der
niere ) eftant foeur de feu Mr le.
Preſident de Barentin. Celuy
qui vient de mourir , a efté fort
regretté dans fon Intendance ;
il eftoit doux , acceffible , intelligent
, & dans une eftime generale
.
228 MERCURE
Mr de Bernieres Intendant
de Maubeuge , a l'Intendance
de Dunkerque , vacante par la
mort de M de Barentin. Il eft
fils de M de Bernieres , Confeiller
honoraire au Parlement
de Paris , lequel eft d'une famille
fort confiderable dans la
Robe , & qui a donné des Prefidens
à Mortier , & des Procureurs
generaux au Parlement
de Rouen. M de Bernieres fa
mere , qui eft une Dame d'un
tres -grand merite , eft fille de
feu M' de Faucon - de - Ris
mort en 1663. premier Preftdent
du Parlement de Rouen ,
GALANT1 229
& foeur de feu M' de Fauconde-
Ris , qui a eſté auffi premier
Prefident du même Parlement
aprés la mort de M' Pelot . M²
de Bernieres demeurera auffi
Intendant de l'Armée de Flandres
, ce qui fait connoiſtre
combien le Roy eft content de
fes fervices , & perfuadé de fa
capacité pour exercer les plus
grands emplois . En effet , il y a
peu d'hommes quiy foient plus
propres que M de Bernieres ;
joint à de grandes lumieres &
à une longue experience des affaires
, une application que rien
ne fçauroit détourner . Il eft
230 MERCURE
d'ailleurs d'une famille où l'amour
des Sciences a toûjours .
caracterifé ceux qui en font
fortis . M' de Faucon - de- Ris ,
dont M' de Bernieres vient par
M° fa mere , ont toûjours aimé
les Lettres , & ceux qui les cultivent
: les deux premiers Prefi- .
dens de ce nom ont efté les Mecenes
des gens de Lettres dans
la Province de Normandie.
M' Roujault , Intendant de
la Generalité de Berry , a eſté
nommé à l'Intendance de Mau
beuge , vacante par la nomination
de M' de Bernicres , à l'Intendance
de Dunkerque. M
GALANT 231
Roujault eft d'une ancienne
maifon ; feu M' l'Abbé Roujault
, fon frere , eftoit Confeiller
Clerc au Parlement . Il eft
frere de M° Pucelle , veuve de
M' Pucelle , mort premier Prefident
du Parlement de Grenoble.
M' Roujault eftoit Intendant
de la Province de Berry
, il avoit fuccedé à M ' de
Seraucourt ; il fera fort regretté
en ce pays - là , où fes
manieres honneftes & obligeantes
luy avoient gagné le
coeur & l'eftime des perfonnes
les plus qualifiées de la Province
, ainfi que la confiance &
232 MERCURE
l'affection du peuple.
M' de Mongeron Maiſtre
des Requeſtes , a eu l'Intendance
de Berry, vacante par la nomination
de M Roujault à celle
de Maubeuge. La Maiſon de
Carré-Mongeron eſt ancienne
dans la Robe ; & elle eſt alliée
aux meilleures familles du Parlement
de Paris.
Le Roy a donné à M' l'Abbé
Chatellain , Chanoine de
nôtre-Dame , le Prieuré de Friadel
. Il eft neveu de feu Mr
Chatellain , Docteur de Sorbonne
, auffi Chanoine de nôtre
- Dame , & qui mourut en
GALANT 233
l'année 1660. aprés avoir fait
de grandes découvertes dans la
Chimie. Mr Patin en parle dans
fes Lettres . Mr l'Abbé Chatellain
qui donne lieu à cet Article
, eft fils de feu Mr Chatellain
Secretaire du Confeil , d'une
tres- ancienne maiſon , & de
Dame N.... de Sauvat , d'une
maifon auffi tres - ancienne . Feu
Mr Chatellain , Secretaire du
Confeil , eftoit neveu de Mr
Aubert , dont la fille avoit
époufé Mr le Marquis de Thermes.
Mr l'Abbé Chatellain eft
connu à caufe de fa profonde
érudition fur tout ce qui re-
Septembre 1705 V
234 MERCURE
garde les Rites & les Litur
gies de l'Eglife ; il eft peu de
perfonnes qui les entendent
mieux que luy. Il a donné depuis
peu un ouvrage au public
qui luy a fait beaucoup d'honneur
; c'eft la traduction du
Martyrologe , il y a ajoûté des
Notes qui font tres- amples , &
qui font tres-utiles pour donner
de juftes notions fur la
Chronologie. Cet Abbé a fait
voir dans la Critique qu'il a
répandue dans cet ouvrage une
profonde connoiffance de l'antiquité
, & un jufte diſcernement
pour démeſler ce qui doit
GALANT 235
eftre le veritable objet de noſtre
culte d'avec ce qui n'eft propre
qu'à nous jetter dans l'illuſion
ou dans l'erreur. Il a refigné
depuis quelque temps fon Canonicat
à fon neveu qui porte
fon nom , & qui a beaucoup
de gouft pour les belles lettres ,
fur tout pour la Poëfie .
L'Abbaye de Saint Aubindes
- Bois , qui eft à la nomination
de S. A. R. Monfieur le
Duc d'Orleans , ayant vacqué
par la mort de Mr l'Evefque
de Nevers , cette Abbaye a efté
demandée par plufieurs perfon.
nes de diftinction ; mais Son
V ij
༦
236 MERCURE
>
Alteffe Royale a cru qu'elle ne
pouvoit eftre mieux remplie
que par Mr l'Abbé du Bois
qui a travaillé à fon éducation.
Feu Monfieur l'avoit nommé
Precepteur de ce Prince aprés
la mort de Mr de Saint - Laurent
, qui avoit dit avant fon
decés à Son Alteffe Royale
que perfonne n'eftoit plus capable
de remplir le pofte que la mort luy
faifoit perdre, que Mr. ľAbbé du
Bois. Ce témoignage eftoit
glorieux pour cet Abbé , puifque
Mr de Saint-Laurent eftoit
generalement reconnu pour un
homme d'une grande probité
GALANT 237
le
с
& d'un profond fçavoir.
On enregiſtra au Parlement
4 de ce mois les Lettres Patentes
de Sa Majefté, données
à Verſailles le 31 ° du mois dernier
, fur la Conſtitution , en
forme de Bulle , de Sa Sainteté,
qui confirme les Bulles d'Innocent
X. & d'Alexandre VII .
fur les affaires du Janfenifme.
C'eſt la 8 ° Bulle qui porte condamnation
de l'Auguftinus de
Janfenius , Evefque d'Ypres ,
depuis foixante- cinq ans qu'on
a commencé à l'examiner . La
premiere Bulle parut il y a 64
ans , & il y en a 40 que le Pape
238 MERCURE
a
Alexandre VII . joignit à la fe
conde Bulle le Formulaire que
l'on fait figner depuis ce temps
là , àtous ceux qui deviennent
Membres de la Faculté de
Theologie depuis. Mais pour
parler à fonds de cette affaire
qui a tant fait de bruit depuis
fi long- temps , il faut remonter
plus haut . Le Pape Urbain
VIII. condamna par une Bulle
dattée du 6. Mars 1641. le Liyre
de M' l'Evefque d'Ypres ,
qui étoit mort trois années auparavant
, & qui en mourant
avoit foumis au jugement de
1Eglife . Ce Souverain Pontife
GALANT 239
condamna ce Livre non-feulement
à caufe qu'il traittoit des
matieres déja examinées dans
les Congregations de Auxiliis ,
fans aucune permiffion de
Rome ; mais encore parce que
le Texte de cet Evefque ayant
eſté examiné avec une grande
attention , on reconnut qu'il
contenoit beaucoup de propofitions
autrefois condamnées
telles qu'étoient celles de
Baïus qui furent condamnées
en 1567. par Pie V. en 1579.
par Gregoire XIII . & tout recemment
par Urbain VIII . Les
Deffenfeurs de Janfenius con240
MERCURE
teftants la verité de cette Bulle,
cela donna lieu à un Bref
que
ce Pape écrivit à l'Archevefque
de Malines le 24. Octobre
1643. dans lequel il faifoit
mention de la publication de
cette Bulle. Zinnik & de Pape,
tous deux Docteurs de Lou-,
vain,ayant été deputez à Rome
par le Parti qui foûtenoit la
Doctrine de Janfenius pour
conteſter la verité de cette Bulle
, Urbain VIII . voulut bien
encore commettre trois Cardinaux
pour faire dreſſer une
copie de la Bulle fur l'original
gardé dans les Archives du S.
Siege .
GALANT 241
,
•
Siege . Cette copie fut délivrée à
ces deux Docteurs le 26. Juin
1644. pour , dit alors le Pape ,
leur impofer un éternel filence.
Quelques années aprés , c'eſt
à dire,l'an 1650. quatre- vingtcinq
Evefques de France écrivirent
à Innocent X. qui avoit
fuccedé à Urbain VIII . pour le
prier de condamner expreffement
cinq Herefies contenues
dans le Livre de Janfenius . Ces
Evefques n'avoi nt garde de
mettre en doute la condamnation
folemnelle du Livre de
Janfenius faite par Urbain
VIII.Mais comme ce Pape n'a-
Septembre 1705.
X
242 MERCURE
voit condamné que le Livre
,
& ce qu'ils appelloient le Texte
long , ils demandoient à fon
Succeffeur qu'il qualifiaft chacune
des cinq Propofitions
qu'ils luy preſentoient comme
le Sommaire du Livre ; & c'eſt ce
qu'ils appellerent dans la ſuite
le Texte court, Cette Lettre donna
lieu à la Bulle d'Innocent X.
dattée du 31. May 1653. dans
laquelle il declare que les cinq
Propofitions qu'il qualifioit
Heretiques , étoient cinq opinions
du Livre de Janfenius .
Il faut remarquer que l'examen
qui préceda cette Bulle , dura
GALANT 243
plus de deux ans , ainfi
que la
datte de la Lettre des quatrevingt-
cinq Evefques le juftifie
affez. On voit mefine dans le
Journal de Saint-Amour, qu'on
écouta leurs Deputez , qu'on
reçût tous leurs écrits de juftification
; & que le Pape ayant
établi le 12. Avril 1651. une
Congregation pour examiner
cette affaire , les Cardinaux
s'affemblerent
la premiere fois
le 20. Avril fuivant. Les Evêques
de France commencerent
à s'affembler chez le Cardinal
Mazarin le 11. Juillet 1653 .
aprés l'arrivée de la Bulle , &
X ij
242 MERCURE
voit condamné que le Livre ,
& ce qu'ils appelloient le Texte
long , ils demandoient à fon
Succeffeur qu'il qualifiaft chacune
des cinq Propofitions
qu'ils luy prefentoient comme
le Sommaire du Livre ; & c'eft ce
qu'ils appellerent dans la ſuite
le Texte court, Cette Lettre don
na lieu à la Bulle d'Innocent X.
dattée du 31. May 1653. dans
laquelle il declare que les cinq
Propofitions qu'il qualifioit
Heretiques , étoient cina opinions
du Livre
Il fauceer
GALANT 243
plus de deux ans , ainfi que la
datte de la Lettre des quatrevingt-
cinq Evefques le juftifie
affez. On voit mefine dans le
Journal de Saint- Amour, qu'on
écouta leurs Deputez , qu'on
reçût tous leurs écrits de juftification
; & que le Pape ayant
établi le 12. Avril 1651. une
Congregation pour examiner
cette affaire , les Cardinaux
s'affemblerent
la premiere fois
ques
de Fr
S'affam
'
le 20. Avril fuivant . Les Evêcommencerent
.u
le Card
Pablez
our luy
*
#
244 MERCURE
ils l'accepterent le 15. du mề
me mois , en confequence des
Lettres Patentes de Sa Majefté.
L'annéefuivante ( 1654 ) trentehuit
Evefques , affemblez au
Louvre le 5. Mars , avec le Cardinal
Mazarin , qui préfidoit à
cette Affemblée , voulurent
entrer encore plus particulie
rèment dans la queſtion du Livre
de Janfenius . Huit Commiffaires
furent nommez , &
vaquerent durant dix Séances
à la comparaifon du Livre avec
les cinq Propofitions . L'Affemblé
, aprés avoir ouy le rapport
des Commiffaires , proGALANT
245
nonça le 28. Mars , Que la
choſe eſt entierement ainfi , &
qu'il n'y a aucun lieu d'en douter.
C'est à dire , que les cinq
Propofitions font dans l'Auguftinus
Deux ans aprés , le
Clergé fut affemblé au nombre
de trente- neuf Evefques .
C'eft de cette celebre Affemblée
dont feu M' de Marca ,
qui en étoit Membre , compofa
cette belle Relation ,
où il eftablit , par de fi folides
raifons , l'infeparabilité
du
fait & du droit . Le 2. Septembre
, les Prélats affemblez
écrivirent
au Pape , pour luy
X
iij
246 MERCURE
rendre compte de leurs démarches
. Cette Lettre cut pour réponſe
la Bulle d'Alexandre VII.
du 16 Octobre 1656. où il décide
que les cinq Propofitions
font extraites du Livre de Cornelius
-Janfenius Evefque d'Ypres
, intitulé Auguftinus , &
qu'elles ont efté condamnées
au fens de ce même Auteur. Le
Clergé de France pour arrefter
avec plus de fuccés le cours des
nouveautez
avoit dreffé dés
les années 1656. & 1657. un
Formulaire
, pour faire juger
la croyance de l'Hereticité
du
Livre de Janfenius . Les DeffenGALANT
247
feurs de cet Evefque ayant empêché
dans les Provinces , l'execution
de ce qui avoit eſté arrefté
dans l'Affemblée , ces
Prélats écrivirent au Pape le
20 Février 1661. pour le pref
fer d'authorifer un Formulaire.
Ce fage Pontife ne fe détermina
pourtant que quatre années
aprés ; c'eft-à - dire , le 15 Février
1665. duquel jour la feconde
Bulle d'Alexandre VII .
eft dattée , dans laquelle cft
renfermé le Formulaire qu'on
a fait foufcrire depuis ce tempslà
. Ce Formulaire n'a donc efté
ordonné qu'aprés l'Examen de
X iiij
248 MERCURE
la Doctrine de Janfenius , qui a
duré pendant vingt - quatre.
ans ; c'eſt-à-dire , depuis l'an
1641. juſqu'à l'an 1665. Trois
années aprés , l'an 1668. Clement
IX. donna une Bulle ,
qu'on nomma enfuite, la Paix
de Clement IX. Quatre Evê
ques de France n'ayant pas voulu
accepter le Formulaire , furent
citez juridiquement &
prêts à citre dépofez . Dix- neuf
de leurs Confreres , du nombre
defquels eftoit M' le Cardinal
d'Eftrées ,alors Evêque deLaon,
intercederent pour eux , & reprefenterent
au Pape , que la
GALANT 249
diftinction entre le droit , fur
les cinq Propofitions , & le fait
perfonnel , fur le fens de Janſenius
, devoit eftre permiſe, ſelon
de tres grands Theologiens
; la negotiation de ces
dix - neuf Evefques réüffit . Ils
obligerent les quatre qui refiftoient
à l'authorité du Pape ,
de luy écrire une Lettre de
foumiffion. Cette Lettre qui
donna lieu à la Bulle qu'on a
nommée , la Paix de Clement
IX. Il eft vray que les Deffenfeurs
de Janfenius prétendoient
qu'on n'avoit pas fait
entendre à Clement IX. que
250 MERCURE
les quatre Evefques ne changeoient
point dans leurs procés
verbaux la fubftance de
leurs Mandemens, qui avoient
efté condamnez à Rome. Ce
Pape , enfin , déclare , que ceux
qu'on doit obliger au ferment,
le doivent faire fans aucune
diftinction ni reſtriction
expofition , & c. D'ailleurs Innocent
XII , marque affez dans .
fes deux Brefs l'efprit de la
Bulle de Clement IX. Ce Pontife
dans fon Bref de 1694.
>
ni
déaux
Eglifes des Pays Bas ,
clare que l'on doit condamner
les cinq Propofitions dans le
GALANT 251
fens naturel , que les paroles
prefentes. Dans celuy de 1696 .
aux mefmes Eglifes , il dit ..
Nous ordonnons comme nous
avons ordonné , qu'il foit exactement
obfervé le Formulaire )
dans toutes & chacune de fes par
ties.
>
M' Portail , Avocat General,
en donnant fes Conclufions ,
pour l'enregiſtrement de cette
derniere Bulle , parla fort éloquemment
fur ces matieres ,
en recommandant le reſpect
qui eft dû aux Conftitutions qui
partent du S. Siege ; & il fit voir
qu'il eftoit un zelé Deffenfeur
252 MERCURE
des libertez de l'Eglife Gallicane.
Son difcours fut rempli
de traits vifs & delicats . L'Eloge
qu'il fit du Pape , fut tresloué
; il mit auffi le zele du Roy
pour la faine Doctrine , dans
tout fon jour.
Le Mécredy neuviéme de
ce mois , Mr Joyfel , Doyen de
la Faculté de Theologie
de Paris
, avec les huit plus anciens
Docteurs de la mefine Faculté ,
fe rendit à Verſailles , où il eut
audience du Roy , auquel il
rendit compte du refpect &
de la- foûmiffion
avec laquelle
cette Faculté a reçu la ConftiGALANT
253
rution de nôtre S. Pere le Pape ,
fur les affaires prefentes qui regardent
l'heterodoxie des cinq
Propofitions, & la queſtion du
fait , & l'a inferée dans les Regiftres
,en confequence de la Lettre
que Sa Majesté avoit écrit
au Doyen , & que Monfieur le
Cardinal de Noailles luy avoit
rendu le premier de ce mois.
Le Roy répondit à ce Doyen :
Je fuis bien aife , Monfieur , d'apprendre
que la Faculté de Theologie
foit dans les fentimens où elle
eft ; je vous prie de l'y maintenir
d'y conferver la paix & l'union.
Il faut avoirfoin d'en retran
254 MERCURE
cher les efprits inquiets & turbu
lens qui la pourroient troubler ; &
lorfque vous aurez befoin de mon
autorité, je l'interpoferay toûjours
avec plaifir , quand vous me·leferezfçavoir.
Comme il y a icy
un grand nombre d'Evefques
qui font Membres de cette Faculté,
il s'en trouva beaucoup à
cette Audience . Ces M's allerent,
aprés l'Audience , chez les
Reverends Peres Recollets , qui
font établis à Verfailles , qui les
traiterent magnifiquement. Ils
revinrent enfuite à Paris trescontens
de toutes les bontez
du Roy. Ils furent preſentez à
GALANT 255
Sa Majefté par Monfieur le
Cardinal de Noailles , Membre
de cette Faculté & Provifeur
de la Maiſon Royale de Navarre
, qui parla d'eux tres - avantageufement.
Les Séances de l'Affemblée
Generale du Clergé de France
eſtant finies , M" les Prelats &
autres Députez qui la compofoient
, curent le 9. de ce mois
Audience de congé du Roy
avec les ceremonies accoûtumées
, Monfieur le Cardinal de
Noailles , Archevefque de Paris
, Prefident , cftant à la tefte ,
& Mr de Nefmond, Archevef256
MERCURE
que d'Alby , porta la parole. II
remercia Sa Majefté au nor
de l'Affemblée , & dit : Que le
•Clergé de Francefe prefentoit à Sa
Majefté dans tout l'appareil defes
Ceremonies les plus anguftes. Tous
ces Paſteurs , ajoûta- t- il , qui font
uneportion illuftre de cette Eglife
univerfelle que Fefus- Chrift aime
comme fon Epoufe
Rois de la terre
que
& les
"
Sadame
leur Mere , viennent au pié du
premierTrône du monde vous re-
!
nouveller leurs hommages accoútumez.
Ils me confient encore en ce
jour la glorieufe, mais difficilefonction
de la parole. F'execute leurs
GALANT 257
ordres avec joye ; puifque j'ay
l'honneur de parler au plus grand
au meilleur de tous les Maî
tres , &pour un Corps qui afçû
fe rendre digne de vostre affection
& de vostre eftime .
Noftre Affemblée, Sire , a com
mencé parde tres - humbles remercimens
de la grace que V. M. nous a
fait de nous lapermettre. Dans le
cours de nos Séances noftre attention
a esté de vous obéir & de vous
plaire. Nous lesfiniffons par nos acslamations
& par nos voeux . Nous
venons en prefence de V. M. invoquer
le Seigneurpour laprofperité
du plus beau Regne , qui fut.
Septembre 1705. Y
1
258 MERCURE
་
jamais , lever nos mains au Ciel¸
pendant que vous combatez contre
les Ennemis de vostre Etat
de voftre Foy , répandre
fur voftre Perfonne Sacrée , ces
benedictions de graees & de fainteté
que nous recueillons de Fefus-
Chrift même dans le faint Sacrifice
de nos Autels , demander à
Dieu qu'ilfiniffe uneguerrefatále,
que vous foutenez moinspour vos
interefts , que pour la gloire &
pour la défenfe du Sanctuaire.
Quandj'eus l'honneur de parler
à Voftre Majefté; ily acinq ans ,
dans la même Ceremonie qui nous
améne aujourd'huy , elle venoit de
GALANT 259
donner la Paix à fon Royaume ,
& à toute l'Europe. L'abondance
lajoye renaiffoient dans toutes
les Provinces de voftre florissant
Empire. Quels projets ne faifiezvous
pas pour le bonheur de la
Religion & pour la profperité de
P'Eglife ! Au milieu d'une augufte
Famille , dont vous eftes le modele
dans l'art de regner , & fur
tout dans la fcience dufalut; vous
nefouhaitez que ce que defirent les
bons Princes , c'est- à - dire , de rétablir
la felicitépublique ; &perfuadé
que la dignité fuprême des
Rois n'a rien de plus grand que
pouvoir faire du bien , ny rien de
de
Yij
260 MERCURE
meilleur
que de le vouloir
, vous
nefongiez plus qu'à rendre à vos
Peuples voftre Regne auffi aimable
par vos bienfaits , qu'il eft redoutable
à vos Ennemispar voftre
puiſſance.
Qu'il en coûte , SIRE , à un
coeur auffi tendre que le vostre l'eft
pour nous , quand il ne peut rem
plir tous les defirs de fa paternelle
bonté ! Falloit- il que l'envie nous
oftaft les beaux jours que vous nous
prépariez; qu'une Maifon inquiete
jaloufe allumaft le feu d'une
guerre que tant defang répandu ne
peut éteindre; qu'elle formaſt contre
nous une Ligue puiſſante , for
GALANT 261
ال
你midable pour tout autre Prince
moinsgrand que vous ; qu'elle faerifiaft
les droits les plusfacrez de la
Religion aux vues intereffées defa
Politique ; qu'aprés avoir autrefois
protegé l'injustice & l'ufur
pation , elle ofaft encore aujourd'huy
attaquer un Roy legitime 3
Et falloit - il enfin que l'Europe
entiere devinft , ou la complice , on
la victime de fon ambition & de
Jes projets ?
Ils'étendit enfuite fur ce que
la pieté du Roy difpenfoit le
Clergé des éloges profanes &
peu chreftiens dont on fe fert
ordinairement pour louer les
262 MERCURE
tacha
Heros du monde ; & par un
trait d'éloquence , en remettant
à d'autres le foin d'apprendre
à la poſterité , les merveilles
du regne du Roy , il ne
laiffa pas de parler de plufieurs
de ces merveilles : mais il s'atparticulierement
à faire
voir celles qui regardoient la
pieté de ce Monarque.
Aprés avoir parlé des dons
que le Clergé vient de faire au
Roy, il pourfuivit de la forte :
Mais , Sire , l'employ que Voftre
Majefté fait de nos dons , calme
nos fcrupules , raffure noftre
confcience. Il est juste que par
GALANT 263
principe de Religion nous n'épar–
gnions rien pour un Prince , qui
eft le Protecteur de la Religion
que l'Eglife s'intereffe à la deffenfe
& à la confervation de
l'Etat ; que cet amour , fi tendre ,
fi naturel à tous les François
pour vostre Perfonne facrée , s'enflamme
encore dans ces conjonctures
importantes , où il s'agit de la
caufe commune de la Monarchie;
que nous apprenions à tous vos
Peuples à vous confacrer & leur
fang & leurs fortunes , & il eſt
jufte enfin que le Clergé s'aban
donne à vostre prudence &
voſtre pieté.
264 MERCURE
Il dit enfuite , en parlant des
affaires d'Italie : Tous les Etats
d'un Prince que tant de raifons
devoient attacher à vos interefts
font prefque foumis à voſtre obéïſfance.
Son activité & fa valeur
n'ont pú arrefter vos progrez; &
tout l'effort de fa refiftance n'a
fervi qu'à rendre voftre conqueste
plus éclatante: mais, Sire, l'oferaije
dire ? la conduite de ce Prince
nous afflige , & d'autres triomphes
ailleurs nous donneroient une
joye plus pure. De mauvais confeils
ont pu le feduire ; fon repentirfçaura
vousfléchir. L'Augufte
Princeffe , qui luy doit le jour , &
que
GALANT 265
│ ་
que le Ciel donna à la France.
pour noftre bonheur , fera encore
une fois le lien d'une Paix plus
durable que la premiere. En faveur
d'un gage fi précieux & fi
cheri , vous oublierez vos juftes
reffentimens ; & toujours preft de
ceder aux motifs du Chriftianif
me , aprés avoir humilié cet Ennemi
par vos armes , vous vain,
crez la Victoire même par voftre
clemence.
Ce font , Sire , les benedictions
que Dieu verfe à pleines mains
fur voftre Perfonne facrée. De
quelles graces ne vous a- t- il point
prévenu , e quel Monarque fut
Septembre 1705 .
Ꮓ
266 MERCURE
¿
aguer
plus grand & plus admiré que
vous ? Le Ciel vous a donné ce
qu'il n'accorde qu'à peu de Princes
, des jours tiffus de profperitez
&de bonheur; des Armées
ries & belliqueufes ; un Confeil
fage & éclairé , parce qu'il eft dirigé
par vos ordres des Peuples
foumis , & fidéles ; une Auguſte
Famille digne de commander à
toute la Terre. Vous fuſtes prefque
toujours l'Arbitre de la Paix,
le Maistre de la Guerre , heureux
dans tous les évenemens qui compofent
voftre Regne ; plus heureux
encore de craindre & de fervir
Dieu , & de marcher avec ferGALANT
267
veur dans les fentiers étroits de
fes Loix defa Justice !
Voicy de quelle maniere il
Xfinit ce Difcours , qu'il prononça
au milieu des applau
diffemens de tous ceux qui l'entendirent
: Penetrez , Sire , pour
Voftre Majefté , des fentimens les
plus vifs de respect, d'amour &
d'admiration , nous nous retournons.
dans nos Diocefes . Tous ces Pontifes
que leurs vertus rendent auſſi
venerables que leur Caractere, &
tous ces autres Miniftres du Seigneur,
fi dignes par leur pieté de
voftre eftime & de vos vos bienfaits,
vont offrir à Dieu , pour vous
Z ij
268 MERCURE
leurs voeux & leurs Sacrifices
Nous luy demanderons fans ceffe
avec ardeur, qu'il beniſſe à jamais
voftre Perfonne facrée tous
vos deffeins ; que vous soyez auffi.
Saint aux yeux de Dieu que
vous eftes Grand aux yeux des f
hommes ; qu'une heureuſe & nouvelle
pofterité faſſe vostre confolation
& noftre joye ; que le temps
les infirmitez puiffent refpecter
une viefiprécieuſe & fi neceffaire;
que vous ayez la plenitude de
jours des Patriarches
comme
vous en avez toutes les benedictions
; & que le Ciel
conferve
long-temps pour nos Neveux , un
GALANT 269
S
S
Roy quefes fujets ne peuvent af-
Te fez aimer , & que fes Ennemis
ne peuvent jamais affez craindre.
M de Fer , Geographe de
Sa Majefté Catholique , & de
Monfeigneur le Dauphin, vient
de donner au Public , une
Carte qui a pour titre , Turin ,
fes environs. Cette Carte eft
tellement de faifon , qu'il n'eſt
pas neceffaire de vous dire que
le débit en eſt grand ; chacun
courant avec empreffement
pour en avoir des premiers.
La demeure de M' de Fer
eft toujours dans l'Ifle du Palais,
fur le Quay de l'Horloge,
3
Z iij
270 MERCURE
à la Sphere Royale.
M le Marquis de Chatres &
de Candé , a fait mettre fous
la Proffe un Livre intitulé :
Le veritable Itineraire , qui nous
conduit aufejour des Bienheureux:
ou Paraphrafefur le deffein que
CardinalBona a formé , de nous
conduire par la main dans le Ciel.
Par M le Marquis de
Chatres & de Candé.
le
Ce Livre doit paroiftre au
premier jour , & le fuccés en
fera grand , fi l'on en fait autant
d Editions , que des autres
ouvrages de ce Marquis , dont
je vous ay déja parlé.
GALANT 271
Ileft vray que la valeur n'attend
pas le nombre des années ;
les actions de M' le Chevalier
du Vivier , âgé de treize ans &
demi , qui a efté tué à la bataille
de Caffano , aprés s'eſtre diſtingué
en plufieurs occaſions , en
font une preuve éclatante. Son
pare & fon grand- pere étoient
Prefidens en la Chambre des
Comptes de Grenoble ; & il
eftoit neveu de M' du Vivier ,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Teffé , & Lieutenant
de Roy de Verceil . M ' le Chevalier
du Vivier avoit deux
freres qui font entrez auſſi jeu-
Z iiij
272 MERCURE
nes que luy dans le fervice; fon
aîné , qui eft Lieutenant Colonel
d'un Regiment
de Dragons
n'ayant que vingt- un an , &
s'étant trouvé au fiege de Barcclone
dés l'âge de douze ans.
Ce Chevalier eftoit Capitaine
dans le Regiment d'Albigeois
,
Infanterie , & avoit déja fait
quatre Campagnes
en Italic ; il
étoit neveu, par fa mere, de Mr
le Chevalier de Breffac,Colonel
de ce Regiment, qui a cſté auſſi
bleffé dans cette occafion , &
qui eft mort huit jours aprés de
fes bleffures . Mr le Chevalier
du Vivier eftant la derniere
année au fiege des Tours de
GALANT 273
Saravalle , il fauta une paliffade
que l'on ne coupoit pas
affez toft à fon gré , & s'y étant
accroché , il effuya un grand
nombre de coups de moufquets
, & combatit avec tant
de valeur , que plufieurs des
ennemis tomberent fous fes
coups. C'eft à la bataille de
Caffano qu'il a eu la teſte emportée
d'un
coup de canon ,
en fe diftinguant dans la Brigade
de la Fere , à la teſte de fa
Compagnie ; & il fit paroiſtrè
dans cette action une intrepidité
furprenante , & beaucoup
de fang froid.
274 MERCURE
Quant à Mr de Breffac,dont
je vous viens de parler , & qui
eftoit oncle de Mr le Chevalier
du Vivier ; voicy de quelle maniere
il a efté tué à la mefme
bataille de Caffano .
Mr de Chaumont, Brigadier,
qui commandoit la Brigade de
la Fere , ayant efté tué ; Mr de
Breffac , Colonel du Regiment
d'Albigeois , dont les deux Bataillons
eftoient dans cette Brigade
, en prit le commandement.
Il fit des merveilles fous
les yeux de Monfieur le Duc de
Vendôme , & il fut enfin mortellement
bleffe. On voulut
•
GALANT 275
l'emporter pour le faire panfer
; mais il fut impoffible de
l'y faire confentir , & il refta
encore plus d'une heure dans
l'action . Monfieur de Vendôme
en ayant efté informé , &
qu'il perdoit tout fon fang , le
fit enlever , & le fit porter à
Milan, où il eft mort huit jours
aprés , fort regretté de toute
l'Armée.
M' le Comte de Linange ,
eftant à la tefte des Troupes qui
attaquerent
l'arriere- garde de
noftre Armée à la journée de
Caffano , fut tué fur le bord
>
du ruiffeau de la Ritornella ,
276 MERCURE
qui fort de la Communa , & ſe
jette dans l'Adda . Ce Comte
eftoit de Lorraine , & d'une des
meilleures Maifons de ce payslà
; & il y eftoit allié aux Maifons
de Nettancourt , de Bauffremont
, de Beauveau , de
Nangis , & à pluſieurs autres
de cette confideration . Il avoit
de grands biens dans l'Alſace ;
& la confifcation qui en avoit
efté accordée à feu M' le Comte
de Vaudray , aprés la mort
de M de Laubanie , qui en a la
joüiſſance ſa vie durant , a eſté
donnée depuis la mort du premier
, à M le Marquis de
GALANT 2.77
Dreux , Gendre de M de Chamillart.
M' le Comte de Li
nange avoit acquis une grande
reputation dans les Troupes
de l'Empereur , il y avoit porté
les armes , dés qu'il avoit efté
en cftat de s'en fervir , & depuis
ce temps là il avoit toujours
efté dans les interefts de la Maifon
d'Autriche. Il avoit efté
choifi il y a quelques mois ,
pour conduire un fecours à
Monfieur le Duc de Savoie , &
il avoit fait , pour penetrer jufqu'à
l'Armée de ce Prince , &
pour éviter celle de Monfieur
le Duc de Vendofme , tout ce
278 MERCURE
qu'un habile General
peut
faire
; mais la vigilance & la fermeté
du dernier firent échoüer
fes deffeins. Auffitoft que Monfieur
le Prince Eugene cut appris
fa mort , il marqua publi
quement le chagrin qu'il en
avoit, & il dit , que l'Empereur
y perdoit beaucoup.
Monfieur le Prince Jofeph-
Innocent de Lorraine , qui fut
bleffe mortellement à la gorge,
à la Bataille de Caffano , mourut
à Martinengo , dans le Bergamafque
, à trois milles de
Pontoglio , où l'on l'avoit fait
porter , le neuviéme jour de ſa
GALANT 279
7
bleffure , par une hemorragie
qui luy prit lorfque l'efcarre
tomba. Ce jeune Prince eft
fort regretté ; fes premieres
campagnes l'ayant fait regarder
comme un digne heritier
de la valeur & des qualitez militaires
du feuDuc Charle iv . fon
pere. On doit faire un magnifique
Service pour luy en Lorraine
, dont je vous entretien
dray , lorfque j'apprendray
qu'il aura efté fait . Ce Prince
eft mort âgé de vingt ans
eſtant né en 1685. du mariage
du feu Prince Charles- Leopold
de Lorraine , né en 1643. &
280 MERCURE
•
mort en 1690 , avec Eleonore-
Marie d'Auftriche , Reine
Douairiere de Pologne, & foeur
du feu Empereur. Il eftoit le
dernier des fils de ce Prince ; les
trois autres font , 1. Leopold-
Ignace , Duc de Lorraine , né
le 11. Septembre 1680. 2 .
Charles-Joſeph Jean- Antoine ,
Grand- Prieur de Caftille , Evêque
d'Olmutz & d'Ofnabruch,
né en 1681 ; & 3. Ferdinand-
Antoine , né en 1683. Le feu
8
Duc de Lorraine
, pere
du
la
Prince dont je vous apprens
mort , eftoit fils de Nicolas-
François de Lorraine, dit le Duc
GALANY 281
François , mort en 1670. &
qui avoit d'abord eſté Cardinal
, qui époufa enfuite Claude-
Françoife de Lorraine , fa coufine
, & foeur de la Ducheffe
Nicole. Nicolas - François &
Charles III . Duc de Lorraine,
fon frere aîné , eftoient fils de
François de Lorraine , Comte
de Vaudemont , & de Catherine
, fille de Paul , Comte de
Salms. Ces Princes eftoient
auffi freres de Henriette , mariée
1. à Louis de Guife, Prince
de Phalzbourg, en fecondes nôces
à Charles Guafco , & en
troifiémes à Jerôme Grimaldy,
Septembre 1705. A a
282 MERCUKE
Prince de Lixen ; & de la Prin
ceffe Marguerite , feconde femme
de Galton-Jean - Battiſte de
France , Duc d'Orleans , morte
en 1672. & mere de Madame
la Grande Ducheffe de Tofcane.
François , Comte de Vau
demont , eftoit troifiéme fils
de Charles II. Duc de Lorraine,
& de Claude , fille de Henry II .
Roy de France. La branche de
Vaudemont commença par
François de Lorraine , & elle
monta bien -toft fur le Thrône
de Lorraine. Charles III . fils
'de ce même François , ayant
époufé Nicole , heritiere de ce
GALANT 283
Duché , qui eftoit fille de Henry
, Duc de Lorraine , fils aîné
du Duc Charles I I. On compte
ordinairement vingt- huit Ducs
de Lorraine , à commencer depuis
Gerard qui regnoit environ
l'an 1048. jufqu'au Duc
qui regne aujourd'huy . Ce Gerard
eftoit fecond fils de Gerard
, Marchis d'Alface , & de
Gifele . Il époufa Hadwige de
Namur , fille d'Albert I. Comte
de Namur , & d'Ermengarde
de Lorraine , qui eftoit fille
de Charles de France , Duc de
Lorraine , & petite fille du Roy
Louis IV. d'Outremer. La Mai-
Aa ij
284 MERCURE
fon de Lorraine a donné à la
France les branches de Mercoeur
, de Guife , de Chevreuſe,
de Joycufe, de Mayenne, d'Aumale
, qui font éteintes , & celle
d'Elbeuf, qui a produit celles
d'Harcourt , de l'Iflebonne ,
& d'Armagnac , qui vient de
produire la branche de Marfan.
Monfieur le Duc de Wirtemberg
a efté tué dans la même
bataille , où il a donné plufieurs
marques de fa valeur ,
qui femble hereditaire à tous
ceux qui portent ce nom. Ce
Prince eftoit oncle du Duc de
GALANT 285
Wirtemberg aujourd'huy regnant.
La Maiſon de Wirtemberg
tire fon nom du Chafteau
de Wirtemberg dans la Soüabe.
Le pays qui porte ce nom
eft tres confiderable & tres -fertile
; il eft entre la Foreft noire ,
lc Palatinat du Rhin , & le Marquifat
de Baden. Le Chateau
de Wirtemberg eft fitué prés
d'Eſtingen ; & le Duc fait ſa
refidence ordinaire dans la Ville
de Stugard , où il yaun tresbel
Arcenal. Monfieur le Duc
de Wirtemberg eft Grand Veneur
de l'Empire , & porte
Cornette Imperiale. Ce Prince
286 MERCURE
eft Souverain dans fon Pays
& y exerce la Juſtice fans appel
pour le Criminel ; mais
pour le Civil on en peut appeller
à la Chambre Imperiale de
Spire. Ce Duc jouit de l'Abbaye
de Maulbron , & de plufieurs
autres biens d'Eglife
dont il employe les revenus à
l'entretien de l'Univerfité de
Tubinge , des Hôpitaux & des
Miniftres Proteftans . La Maia
fon d'Autriche prend le nom
& les armes de Wirtemberg
dans fes titres ; parce que ce
Duché ayant cſté confifqué au
profit de Ferdinand I. frere de
GALANT 287
Charlequint , il fut rendu au
Prince de Wirtemberg , àcondition
de le retenir comme relevant
de la Maifon d'Autriche.
Mais cette fujétion feodale
fut éteinte en 1631. fous
Frederic Duc deWirtemberg
, à
condition ſeulement que faute
d'hoirs mâles , le Duché feroit
dévolu à la Maifon d'Auftriche.
On fait defcendre les Princes
de cette Maifon d'Ebertat ,
Grand - Maiftre , du Palais de
l'Empereur Charlemagne , &
d'Everhard , Grand- Maiſtre du
Palais de Charles le Simple
Roy de France ; mais cette ori
-
288 MERCURE
gine me paroift incertaine pour
plufieurs raifons , qu'il feroit
trop long de rapporter.
Le General Bibrac ayant eſté
bleffe mortellement
dans le
même combat , aprés avoir
donné dans cette fanglante
Journée diverfes marques de
fon courage & de fa conduite ,'
mourut à Bergame , quelques
jours aprés. C'eftoit un des
meilleurs Generaux des Troupes
de l'Empereur ; il avoit fait
plufieurs campagnes en Hongrie
& en Allemagne , & le feu
Empereur luy avoit même fouyent
donné des Corps particuliers
GALANT 289
liers à commander . Tous ceux
qui l'ont connu luy rendent la
juftice de dire que perfonne
n'entendoit mieux que luy à
obferver les mouvemens d'une
armée ennemic ; il eftoit difficile
de le furprendre , & il avoit
une vigilance qui l'a toûjours
fait paffer pour un des meilleurs
Officiers des Troupes Imperiales.
Ce General avoit fait fes
premieres Campagnes en Hongrie
, où il fe diftingua fort
le fervice de la Maifon
pour
d'Auftriche , dans le
dans le
temps
des troubles qui agiterent ce
Royaume ; & quoy que fa fa-
Bb
Septembre 1705.
290 MERCURE
mille en fuft fortie originaire
ment , il n'en eftoit pas moins
attaché aux interefts d'une
maifon , qui vouloit opprimer
la liberté de fon ancienne patric
, & qui l'a enfin mife aux .
fers.Il avoit fervi fous feuMonfieur
le Prince Charles de Lorraine
, qui l'eftimoit beaucoup ,
& qui l'avoir employé dans
plufieurs occafions difficiles
qui marquoient affez la confiance
qu'il avoit pour luy.
Quelques Officiers qui fe font
trouvez à la bataille de Caffano
, ont écrit que lorfque Monfieur
le Prince Eugene cut ap
>
GALANT 291
pris la bleffure de ce General ,
il en marqua beaucoup de dou
leur.
M' l'Abbé Viani , Prieur de
l'Eglife de faint Jean de la Ville
d'Aix , de l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem , fit faire le 11.
de ce mois un magnifique Ser
vice dans fon Eglife, pour feue
M la Comteffe de Grignan.
Tous les Commandeurs &
Chevaliers de l'Ordre de Malthe,
qui fe trouverent à Aix &
dans le voiſinage , y furent invitez
, & ils s'y rendirent avec
beaucoup de pompe : le refte
de la Nobleffe, & la plus grande
Bbij
292 MERCURE
partie des Officiers du Parlement
d'Aix y affifterent auffi ;
ce qui rendit cette Ceremonie
tres - celebre. M' l'Abbé Viani
officia , accompagné de tout
fon Clergé , qui eft tres- nombreux.
Cet Abbé eft connu
par l'amour qu'il a pour les
Sciences
, & pour les beaux
Arts . Il les a cultivez avec beaucoup
de fuccés , & on trouve
en fa perfonne un bon Poëte ,
& un excellent Orateur .Je vous
ay déja parlé de luy ,au fujer des
réjouiffances qu'il fit dans fon
Eglife , à la naiffance de feu
Monſeigneur le Duc de Bretagne
GALANT 293
A
On s'eft mépris le mois dernier
, dans l'article de la mort
de Mlle de Levi- Charlu , fille
de M' le Comte de Charlu ,
& niece de M la Marquife
de Belleifle en
difant que
M' le Marquis , fon mari ,
étoit Colonel de Dragons ;
puifque cette qualité doit
eftre donnée à M' le Comte
de Belleifle leur fils aîné , qui
fert dans l'armée de Lombardie
avec une approbation generale
. M' le Marquis de Belleifle
, ſon pere , demeure avec
M° Fouquet , veuve du Surintendant
, fa mere , qui mene
Bb iij
294 MERCURE
une vie auffi Chreftienne
qu'édifiante.
Le premier de ce mois M
Feydeau , Confeiller au Parlement
, & fils de M ' Feydeau de
Calende , Preſident à la quatriémeChambre
des Enqueftes ,
époufa Mlle Croiſet , fille de
M' Croifet , Prefident de la
mefme Chambre des Enqueftes
, & de Dame N ... Roffignol
, foeur de M' Roffignol ,
Prefident de la Chambre des
Comptes , & niece de Madame
la Chanceliere , qui a bien
voulu faire les honneurs de ce
mariage . M' l'Evefque d'Amiens
, qui eft couſin- germain
GALANT 295
& de mefme nom que Mr le
Prefident Feydeau , fit la ceremonie
dans l'Eglife de S. Euftache
Paroiffe de la nouvelle
و گ
époufe .On
peut dire que cette
alliance s'eft faite entre deux
familles , qui toutes deux appartiennent
aux plus illuftres
de la Robe . La famille de
Feydeau eft depuis longtemps
en poffeffion de donner
des Magiftrats au Confeil
& au Parlement ; & il y a
prefentement
au Parlement
fept ou huit Confeillers de cette
famille, tous parens au premier,
deuxième
& troifiéme degré.
Bb iiij
296 MERCURE
•
,
Le jeune Prince de Hanov
ver , fils de Monfieur le Duc
George- Louis , & de Madame
la Princeffe Sophie de Brunfwik
Zell , fille de Monfieur le
Duc de Zell , dont je viens de
vous apprendre la mort a
époufé Madame la Princeffe de
Brandebourg- Anfpach, fille de
Monfieur le Prince Anfpach.
Ce Prince eft petit- fils de Monfieur
le Duc de Zell ( dont la
mort a fait differer ce mariage
pendant quelque temps , ) & de
Dame Eleonore des Miez , fille
d'un Gentilhomme de Poitou ,
qui depuis la mort de Monfieur
GALANT 297
le Duc fon époux , eft fi dangereufement
malade , que tous
les Medecins jugent fa maladie
mortelle. Monfieur le Prince
de Hanower a eſté nommé par
leParlement d'Angleterre pour
fucceder à cette Couronne
aprés la mort de Madame la
Princeffe de Dannemark. Je
n'ay rien à ajouter à ce que j'ay
dit de la Maifon de Brunswick,
dans l'article de la mort de
Monfieur le Duc de Zell , dont
on ne doit faire les funerailles
que dans un mois . Madame la
Princeffe d'Anfpach eft fille de
Monfieur le Prince Jean - Fri298
MERCURE
deric , né le 8. Octobre 1654.
& de fa feconde femme , MadameEleonore-
Ertmud Loüife,
fille de Jean- George , Duc de
Saxe -Eyfenack, qu'il époufa en
1681. aprés la mort deMadame
Jeanne - Elizabeth de Baden-
Dourlach , fa premiere femme,
arrivée l'année précedente. La
Branche de Brandebourg-Anfpach
a pour tige Joachim Erneft
, mort en 1625. qui étoit
fils de Jean George , Électeur
de Brandebourg , & d'Elizabeth
d'Anhalt , fa troifiéme
femme. Joachim- Erneft fut
Marquis d'Anfpach , & époufa
>
GALANT 299
Sophie de Solms , dont il eut
Albert , né en 1625. & mort
en 1667. Ce Prince fut marié
trois fois ; fçavoir , en 1642 .
avec Madame Louife-Henriette
, fille de Louis- Frideric , Duc
de Wirtemberg , & Comte de
Montbelliard , morte en 16 50.
dont il eut Madame Albertine-
Louife , née en 1646. & morte
en 1670. La feconde femme
du Prince Albert étoit Madame
Marguerite-Sophie d'Ottingen
, dont il a eu 1. le Prince
Jean- Frideric , qui fuit ; 2. Le
Prince Albert - Erneſt , né.en
1659. & mort en 1674. 3. Macui
.
300 MERCURE
dame Louife - Sophie , née en
1652. & morte en 1668. 4.
Madame Dorothée- Charlotte,
née en 1661. & 5. Madame
Eleonore - Julie , née en 1663 .
Monfieur le Prince Albert de
Brandebourg - Anfpach n'eut
point d'enfans de Madame
Chriftine de Baden - Dourlach ,
fa troifiéme femme. Le Prince
Jean - Frideric , fon fils - aîné ,
époufa Madame Jeanne- Elifabeth
, fille de Frederic , Marquis
de Baden- Dourlach , dont
il a le Prince Chriftian- Albert ,
né en 1675. & le Prince George-
Frideric , né en 1678. MonGALANT
301
fieur le Prince Jean- Frideric
époufa , comme je l'ay déja remarqué
, en 1681. Madame la
Princeffe de Saxe- Eyfenack ; &
c'eft de ce ſecond mariage
qu'eft fortie la Princeffe que
vient d'époufer Monfieur le
Prince de Hanower. On dit
qu'elle eft tres-belle .
La Lettre qui fuit merite de
vous eftre envoyée ; vous y fcrez
les reflexions que vous jugerez
à propos .
302 MERCURE
LETTRE
De Monfieur le Duc de Savoye
à la Reine d'Angleterre
rendüe à cette Princeffe par
M' le Comte de Briançon ,
Envoyé de ce Duc à la Cour
d'Angleterre
.
MADAME ,
avoyent
L'efperance que les Alliez nous
donnée d'un prompt fecours
, nous avoitflaté de pouvoir
garantir d'infulte le refte de nos
Etats , & d'obliger l'ennemy d'a
bandonner ce qu'il en occupe. V
GALANT 303
M. même avoit donné des affurance
au Comte de Briançon , noftre
Envoyé à Londres , qu'Elle ne
nous laifferoit point accabler. Cependant
, Madame , nous voyons
avec douleur, que nous fommes le
feul Prince de la grande Alliance
facrifié dans le temps que nous devions
eftre l'unique objet de l'at
tention des Confederez . La ruine
de nos fujets, l'occupation de nos
places , n'a pas feulement fortifié
l'ennemy ; il a encore anéanti la
negotiation qui fe faifoit chez les
Puiffances neutres pour les attirer
dans le bon party. En effet , quel
le apparence y avoit- il , Mada304
MERCURE
me , que ces Puiffances embraffaf
fent l'intereft de la cauſe commune
, lorsqu'elles voyoient leurs
voiſins abandonnés à la fureur
d'un ennemi puiſſant ?
La défenfe du Piémont & de
la Savoye n'étoit pas moins neceffaire
, & j'ofe mefme dire plus
avantageufe aux Alliez , que
celle de Portugal & des Princes
voifins du Rhin ; puifque par la
fituation de leurs Eftats on étoit
toûjours en état de leur donner du
fecours. Celuy que le Prince Eu→
gene vient de mener en Italie, nous
eft comme inutile ; puifqu'on a
attendu que tous les paffages ayent
GALANT 305
efté fermez , ne pouvant avoir
aucune communication avec luy.
Il n'y a qu'un feul moyen
Madame , pour rétablir les affaires
defefperées en Italie ; c'estd'abandonner
pour un temps , partie
des projetsfur la Mofelle,pour envoyer
en Lombardie un renfort de
dix -huit à vingt mille hommes ,
de faire en mefme temps avancer
la flotte des Alliez vers Nice
Villefranche , pendant que la
Citadelle de cette premiere Place
eft encore en notre difpofition , qui
favoriferoit la defcente , & nous
&
ouvriroit la communication avec
-nos Alliez.
Septembre 1705 Cc
306 MERCURE
Vous n'ignorez pas, Madame,
les grandspréparatifs que l'Ennemi
a fait pour le Siege de Turin:
il y va de la gloire de V. M.
de celle de tous les Alliez , de prévenir
ce dernier
beurs ,&
de
coup de nos malmettre
, s'il eft poffible
, des bornes à l'ambition de notre
Ennemi commun . Cependant
nous prions V. M. de nous faire
toucher inceffamment les remifes
qu'Elle & Mrs les Eftats Généraux
nous font efperer depuis trois
mois ; afin de nous mettre en état
de difputer le terrain pied à pied
autant que la mauvaise fituation
de nos affaires pourra nous le perGALANT
307
mettre. Nous attendons ces effets
de l'amitié de V. M. fans lesquels
* nous nous verrons enfin obligez de
fuccomber fous le poids qui nous
accable. Noftre perfeverance dans
la grande alliance au préjudice des
offres avantageufes qu'on nousfait
de temps à autre , fera dans tous les
fiecles un témoignage fans reproche
de lafincerité de nos intentions . Il
dépend prefentement des hauts Alliez
de les rendre efficaces à la caufe
commune puifque de noftre cofté
nous avons facrifié pour elle le repos
de nos peuples , tous nos Etats
notrepropre Perfonne. Cefacri
fice volontaire merite affeurément
Ccij
308 MERCURE
quelque retour , & les réflexions
judicieufes de V. M. à laquelle
nous fouhaitons toutes fortes de
profperitez , puifque nous fommes
avec une veritéfincere , Madame,
Voftre affectionné Ami , & confederéà
vousfervir. Signé, VICTOR
AMED E'e.
*
A Chivas le 6. Juin 1705 .
La France & l'Eſpagne font
fort obligées à Monfieur le
Prince Eugene , d'avoir fait
faire prefque dans toute l'Europe
, des réjouiſſances , &
chanter des Te Deum , en actions
de graces pour le fuccés
GALANT 309
d'une Bataille , où les armes
des deux Couronnes font demeurées
triomphantes , & ont
remporté une Victoire ſi pleine
, qu'il n'eft pas permis aux
plus incredules d'en douter. Il
ne faut pas s'en étonner ; puifque
le caractere du Prince Eugene
a toujours efté tel qu'il a
paru en cette occafion , & qu'il
n'a jamais voulu demeurer
d'accord du moindre defavantage
. La Bataille de Luzzara fut
une preuve éclatante de fon
obftination naturelle à ne s'avoüer
jamais vaincu . Il avoit
perdu cette Bataille; les Armées
#
1
310 MERCURE
de
des deux Couronnes triomphoient
fur le Champ où elle
avoit efté donnée , & eftoient
fur le point d'emporter Luzzara
, qui devoit cftre le fruit de
leur Victoire , & qui devoit en
fervir de preuve à toute l'Europe
, comme elle fit peu
temps aprés : & cependant ce
Prince , toujours rempli de fa
Victoire imaginaire , ne laiſſa
pas d'en envoyer des Relations
par tout, même aprés la prife
de Luzzara. Ce qu'il vient de
faire à l'égard de la Bataille de
Caffano , n'a pas efté feulement
un effet du caractere qui luy eſt
GALANT 311
ordinaire ; mais auffi de la po→
litique des Alliez; & il n'y avoit
point de doute , qu'il n'euft ordre
de crier toujours victoire,
quoy qu'il puft arriver : la conjoncture
des affaires prefentes
des Alliez demandant qu'il
parlaft de la forte. On vouloit
que les Mécontens de Hongrie
appriffent des Victoires imaginaires
afin de les engager
faire quelques pas pour la Paix;
& il auroit efté difficile de le
leur faire croire , même pour
un temps , fi on ne faifoit
Vienne d'éclatantes réjoüiffances,
& fi on n'en rendoit des
312 MERCURE
d'auhe..
graces au Ciel. Il importoit encore
à l'Empereur
, pour
tres raifons , que les chofes fe
paffaffent ainfi;tous fes pays
reditaires font remplis de Mécontens
nouveaux par la fuppreffion
de plus de 2000 Charges
deJuftice ,Police & Finances ,
qui des premieres perfonnes
de ces Etats , font autant de
miferables. Il y en a encore
beaucoup d'autres dans les mêmes
Etats ; les exactions coup
fur
coup
réiterées ont efté fi
grandes , qu'on peut dire que
les Sujets du nouvel Empereur
font aujourd huy les plus malheureux
GALANT
313
heureux peuples de l'Europe.
Ceux de Hollande ne le font
guére moins aujourd'huy ; & il
n'eſt pas moins befoin de les retenir
par des Victoires imaginaires
; leurs charges font fi pefantes
, qu'on en voit tous les
jours abandonner leurs terres ,
plûtoft que de payer les taxes
dont elles font chargées : Et ce
qu'il y a de furprenant , & que
l'on ne fçauroit nier , le fait
cftant vifible & conftant , eft
que depuis quelque temps , des
Provinces entieres ne fourniffent
plus aux frais de la
guerre,
à quoy les autres Provinces ont
· Septembre 1705 .
Dd
314 MERCURE
efté obligées de fuppléer en
leur place. Enfin perfonne n'iles
defordres recents ar
gnore
rivez à Nimegue ; cette Ville
ayant voulu s'eriger en Republique
particuliere , pour ſecouer
le joug du Gouvernement
prefent, & pour s'exempter
de payer les charges exorbitantes
de l'Etat. Il eft conftant
que la Republique de Hollande
ne s'eft jamais trouvée dans
l'état malheureux où elle fe
voit aujourd'huy ; & il faut
que le mal foit bien réel & bien
fenfible , puifqu'elle ne peut
s'empêcher de l'avouer . Cen eft
GALANT 315
fi
pas qu'il ne le trouve encore
quelques particuliers , que les
frais de la guerre n'ont pas
épuifez ; mais l'Etat eſt ſi obcré
, qu'il ne foûtiendroit pas
plus long- temps la guerre ,
ceux qui s'enrichiffent ordinalrement
dans les troubles &
dans les defordres , ne mettoient
tout en ufage pour la
faire durer . Et comme les peuples
la fouffrent impatiemment
, n'ayant prefque plus de
quoy fournir aux frais , ils tâ
chent de les amufer par des
avantages imaginaires , en leur
faifant efperer qu'ils viendront
Ddij
316 MERCURE
bien-toft à bout de leurs projets
, & qu'en donnant la Loy
aux deux Couronnes , ils les
contraindront de leur accorder
toutes leurs demandes .
Si l'Empereur & ceux qui
gouvernent en Hollande ont
befoin de fe fervir de toutes
fortes de ftratagenes pour empefcher
que les peuples qui n'afpirent
qu'aprés la Paix , ne fe
foûlevent , ceux qui ont le ma
niement des affaires en Angleterre
ne doivent pas paroiftre .
moins embaraffez , quoique ces
peuples paroiffent plus dociles
contre leur ordinaire , parce
GALANT 317
que l'on prend encore plus de
précautions pour les ébloüir &
pour les tromper . Mais comme
cette guerre leur coûte infiniment,
& qu'en la continuant,
ceux qui l'entretiennent fi opiniâtrement,
n'ont pas le moindre
but qui foit à leur avantage
ou à leur gloire , & que cette
guerre ne fe fait que pour mainl'ufurpation
, & pour enrichir
ceux qui ont le maniement
des affaires ; il eft à craindre
que plus ces peuples auront
fouffert patiemment , plus leur
chagrin n'éclate contre ceux
qui feront caufe, que pour leurs
tenir
D d iij
318 MERCURE
propres interefts la nation fe
trouvera dans peu épuifée
d'hommes
, d'argent
, de matelots
& de vaiffeaux. Les Anglois
ont foûtenu prefque feuls
la guerre de Portugal , &
celle de Piémont : & comme
il n'y a pas d'apparence qu'ils
en puiffent fortir à leur avantage
, ni que l'Archiduc avance
beaucoup fes affaires ; ce leur
doit eftre une grande mortification
de voir manquer
toutes
releurs
entrepriſes, aprés avoir fait
une dépenfe dont ils ne fe re
mettront de plufieurs ficcles .
Les chofes eftant ainfi &
GALANT 319
le peuple eftant à tout mo
ment fur le point d'ouvrir les
yeux fur fon malheur , fur fes
trefors enlevez , & fur les fauffes
& malheureufes démarches
de ceux qui les gouvernent ;
on ne doit pas eftre furpris ,
s'ils n'oublient rien de tout ce
qui peut fervir à les entretenir
dans leur ignorance ; & c'eſt là
le veritable fujet de tant de réjoüiffances
& de tant de Te
Deum chantez pour des avantages
, aufquels on ne trouveroit
pas feulement de vraisemblance
, fi on les examinoit bien .
Pendant que l'on s'aban
D d iiij
320 MERCURE
donnoit à la joye dans les Etats ,
où l'on croyoit devoir déguifer
les mauvais évenemens ( fi
l'on en pouvoit entierement
cacher la verité ) & où l'on auroit
trompé Dieu même , s'il
eftoit poffible, comme on fembloit
le vouloir effayer par des
actions de graces publiques ;
pendant , dis -je , que le peuple
de tous ces Etats differens étoit
occcupé à prendre les fauffes
impreffions qu'on vouloit luy
donner, il s'attendoit d'apprendre
, à tous momens , des nouvelles
qui luy feroient fçavoir
que le Prince Eugene avoit
GALANT 321
paffé l'Adda , puifque c'eſtoit
la feule preuve de fa victoire
que ce Prince puft donner , &
le fruit qu'il pouvoit tirer de la
perte de deux Princes , des principaux
Generaux de l'Empereur
, qui avoient fervi en Chef,
& des meilleurs Commandans
des Troupes auxiliaires , dont
on ne pouvoit cacher la mort ,
ni même éffayer de le faire ,
comme on avoit voulu cacher
celle de cinq ou fix mille hommes
morts dans le Combat ,
au de- là de la perte que l'on
avoüoit. Mais ces peuples furent
bien furpris,& virent bien322
MERCURE
toft changer leur allegreffe en
chagrin , lorſqu'ils apprirent
que le Prince Eugene crioit an
fecours , dans les mêmes Lettres
où il chantoit Victoire , & qu'il ne
demandoit pas feulement des
Troupes pour remplacer celles
qui avoient peri dans le Combat
, fes Bleffez , & fes Deferfeurs
; mais il demandoit une
Armée nouvelle , avec les plus
fortes inftances , & le plutoft
qu'il feroit poffible Ce qui fe
fait pour cela dans tous les Etats
des Alliez eft manifefte , & ne
fe peut cacher ; tout y elt en
mouvement , & tous les SouGALANTA
323
verains de ces Etats doivent envoyer
en Italie des fecours tirez
de leurs propres Troupes ,
ou achetez des Princes qui en
font trafic. On connoift par- là
que jamais Combat n'a tant
coûté aux Alliez que celuy de
Caffano ; puiſqu'on cft obligé
d'envoyer autant de monde &
d'argent au Prince Eugene, que
s'il n'en avoit jamais eu ; que
les pertes qu'il a faites ne luy
ont efté d'aucune utilité ; que
le fang de tant de Braves eft
perdu , & qu'il n'a point paffe
l'Adda . Ce qui laiſſe Monfieur
le Duc de Savoye auffi inquiet
324 MERCURE
& auffi embarraſſe , & même
davantage qu'il ne l'eftoit avant
le Combat ; quoique pour
tromper fes peuples , il ait fait
chanter le Te Deum , comme
les autres , pour une Victoire
imaginaire qui recule ſes affaires
, loin de les avancer ; puifque
le Prince Eugene s'eft trouvé
beaucoup moins en état de
paffer l'Adda aprés la Bataille
de Caflano , qu'il ne l'eftoit
auparavant.
Aprés avoir parlé de ce qui
regarde les Alliez touchant
l'oftentation d'une prétenduë
victoire ; victoire qui produit
GALANT
325
des faits nouveaux , puifqu'elle
empefche le Vainqueur , nonfeulement
de tirer des fruits de
fa victoire, mais mefme qu'elle
l'en éloigne beaucoup , en l'empefchant
de marcher au fecours
d'un Prince dont l'entiere
perte eft certaine , s'il
n'avance pas. Aprés , dis- je ,
vous avoir parlé de tout ce que
les ennemis ont fait pour obliger
toute l'Europe à croire
qu'ils avoient remporté une
pleine victoire en Italie , & les
motifs qu'ils ont eus de parler
de la forte ; je dois vous dire
que nous n'avons point de rai326
MERCURE
la
fons , comme eux , qui nous
engagent à cacher la verité.
Le Roy n'eft point auteur de
guerre prefente ; la jalouſie
& les autres motifs des Alliez,
tant de fois repetez , ſont cauſe
qu'on la luy a déclarée ; il foûtient
un Monarque , à qui la
Couronne d'Espagne appartient
fi legitimement , que toutes
les Puiffances même de l'Europe
qui luy font aujourd'huy
la
l'ont reconnu
guerre
l'exception d'un ou deux petits
Etats , & de ceux qui prétendent
à fa Courone. Ainfi nôtre
Augufte Souverain ne comGALANT
327
batant que pour une bonne
caufe , & pour le défendre ,
n'eft point obligé de déguiſer
à fes Peuples la verité des évenemens
, lorſqu'ils ne font pas
heureux ; au contraire , ils vont
au devant des fecours dont il
peut avoir befoin , & offrent
tous les jours leur fang & leurs
biens pour la gloire de ce Mo,
& pour narque , &
l'Etat. Enfin , loin que ces peuples
imitent ceux de quelquesuns
des Alliez qui demandent
la paix feditieufement , ils témoignent
hautement qu'ils fe
roient fâchez de l'avoir , fi les
le bien de
328 MERCURE
conditions n'eftoient pas tour ,
à fait avantageuſes
à la France.
Ainfi quand on a publié la
victoire remportée à Caffano;
on ne l'a dit que parce que c'eſt
une verité inconteftable
; & la
politique n'a point obligé de.
parler de la forte , comme elle
a fait chez les Alliez . Monfieur
de Vendôme n'a point groff
la verité , dans la Lettre qu'il
s'eft donné l'honneur d'écrire
au Roy ; la modeftie de ce Prince
eft connue , il n'exagere
jamais rien , & ne voudroit pas
groffir une action dont la
gloire luy eft dûë.- Quant
GALANT
329
aux autres Relations
qui
ont paru en grand nombre ,
& qui font toutes demeurées
d'accord du gain de la bataille ;
on les doit croire , puifqu'elles
font écrites par des François
,
qui loin d'encherir fur la verité,
ont fouvent bien de la peine
à louer les Commandans
qui
font des prodiges , & qui voudroient
toujours qu'on en fift
de fi grands , qu'ils ne font fouvent
pas contens d'eux - mêmes
lorfqu'ils ont fait des actions
dignes de la plus haute valeur.
Enfin tous les peuples de l'Europe
commencent à ouvrir les
Septembre 1705 .
Ee
330 MERCURE
yeux , & à connoiftre qu'on
leur a impoſé , en voulant leur
faire croire que le Prince Eu
gene avoit remporté une fignalée
victoire. La fuite fait aifément
voir le contraire ; le Prince
Eugene , au lieu de paffer
l'Adda auffi-toft aprés le combat
, a repaffé la Communa &
la Ritornella ; & c'eſt avoir
perdu la bataille que d'eftre demeuré
dans fon Camp , & de
n'avoir pas avancé , puifqu'il
n'a commencé cette bataille
que pour marcher au fecours
de Monfieur le Duc de Savoye,
& qu'il n'y a pas marché. Ainfi
GALANT 331
ce Prince n'eft pas parvenu au
but qu'il s'étoit propoſé. Aulicu
que Monfieur de Vendôme
eſt parvenu au ſien en demeurant
dans fon Camp , fans
s'y laiffer forcer. Quand il auroit
marché aprés la bataille
pour faire reculer le Prince Eugene
plus loin , cette marche
n'auroit fervi qu'à fatiguer fes
troupes , & à luy faire perdre
du monde . Il a beaucoup mieux
fait de prendre le parti de fortifier
les bords de l'Adda ; &
par ce moyen il embarraſſe
beaucoup plus le Prince Eugene
, qui a beſoin d'un plus
Ee ij
332 MERCURE
grand nombre de troupes pour
forcer ce paffage , qu'il n'en
recevra de long- temps , toutes
celles qui luy ont efté promifes
n'ettant pas preftes d'arriver
, & ce Prince n'ayant pas
encore reçû plus de trois mille
hommes de renfort. Je dois finir
cet article en vous difant
que Mylord Marlborough
ayant fait faire des réjoüiffances
dans fon Camp pour la victoire ,
remportée par les Alliez , à
Caffano , & ne voulant pas
qu'on cruft qu'il étoit perfuadé
d'une chofe dont il fçavoit le
contraire, dit,en foûriant, à un
GALANT 333
:
Trompette du Roy , que Mr
le Maréchal de Villeroy luy
5 avoit envoyé , juſtement dans
le temps de ces réjoüiſſances
Qu'il n'avoit pu refufer ces
marques de joye à Monfieur le
Prince Eugene , qui les avoit fouhaitées.
Je dois ajoûter icy , que fi
les ennemis remportoient chaque
année autant d'avantages
que nous , ils feroient tous les
mois des réjouiffances publiques
: au lieu que nous n'en faifons
que pour les principaux
évenemens , & il faut même
qu'ils foient tres- conſidérables;
334 MERCURE
puifqu'on n'en a point fait
pour la prise de Chivas , & des
Caffines fortifiées qui font auprés
de cette Place , non plus
que pour les autres avantages
remportez
par M' le Duc de la
Feüillade fur les Troupes de
Savoye. Ce qui doit faire juger
qu'on n'auroit pas parlé en
France, de la Victoire remportée
à Caffano auffi avantageufement
que l'on a fait , & que
les réjouiffances n'y auroient
pas efté auffi grandes , fi on n'y
avoit remporté une pleine Vitoire.
Tous ces avantages
mettent Monfieur le Duc de
GALANT 335
Savoye dans une tres-fâcheufe
fituation , & ce Prince n'a plus
de fecours à efperer , aprés ceux
qui viennent de luy manquer.
Je ne dis rien de ce qui regar
de celuy qu'il attendoit de
Monfieur
le Prince Eugene ,
vous fçavez ce qui le regarde
dans toutes fes circonstances ;
mais vous ignorez peut- eftre
l'autre fecours qui a manqué à
ce Duc , qui eftoit beaucoup
plus confiderable
, & qui luy
donne lieu de faire de fi grandes
plaintes à fes Alliez , qu'il
pourroit les abandonner fans
qu'ils euffent aucun lieu de s'en
336 MERCURE
༡
plaindre. Ils avoient affuré &
Prince pendant plufieurs mois,
que leur Flotte devoit aller en
Italie , pour y débarquer toutes
les Troupes qui ont efté débarquées
en Catalogne ' , fçavoir
19 Bataillons & 1300 Dragons
. On a jufqu'icy parlé fi
diverfement
de ces Troupes
débarquées , que perfonne n'a
encore pû eſtre affuré d'en ſçavoir
le nombre au jufte ; cependant
vous pouvez conter
fur ce que je vous dis . Les chofes
eftoient en cet état , & tout
Le préparoit pour paffer ces
Troupes en Italie , lorfque le
Prince
GALANT
337
15
Prince d'Armſtadt affara les
Anglois & les Hollandois qu'il
avoit de fi grandes intelligences
en Catalogne , que fi on
vouloit y transporter l'Archiduc
, avec les Troupes deftinées
pour Monfieur le Duc
de Savoye , il donnoit fa
parole
, que fitoft que ce Prince
paroiftroit devant Barcelone
cette Ville ne manqueroit pas,
de lui ouvrir les portes ; & il
ajoûta même qu'il feroit enfuite
aifé à l'Archiduc d'aller jufqu'à
Madrid , parce que le foulevement
de toute la Catalogne ne
manqueroit pas de faire foulever
auffi tous les Etats voifins . Cette
propofition parut auffi belle
& auffi grande que l'évenement
en parut douteux ; & les avis
Ff
Septembre 1705.
338 MERCURE
furent fi partagez , que les con
teftations ont duré pendant fix
femaines entieres ce qui fic
dire que ce tems perdu & qui
avoit empefché que l'on n'executaft
le deffein que l'on avoit
d'aller en Italie , ferviroit auffi :
d'obſtacle au fuccés que l'on ef->›
peroit enCatalogne . Cependant
Monfieur de Savoye a beaucoup
de fujet d'eftre irrité contre les
Alliez , & il fe trouve dans un
état où peu de Souverains fe font
vûs jufques ici , puifqu'il ne peut
plus compter que fur la Ville de
Turin celles qui resteroient à
prendre aprés cette conquefte ,
cftant fi peu de chofe , qu'elles
fe trouveroient obligées d'ouvrir
leurs portes au Vainqueur ,
fans aucune reſiſtance, par
GALANY 339
coup
Vous favez que l'inquietude
commence à eftre grande dans
Turin , où prefque toutes les
perfonnes confiderables del'Etat
& toutes les richelles du pays
ont enfermées ; qu'il y a beaude
peuple , & par confequent
beaucoup de bouches inutiles
; qu'il y a beaucoup de milices
plus capables d'y exciter le
trouble & la confufion , que de
défendre la Place ; & que quelque
abondance qu'il s'y puiffe
trouver de munitions & de provifions
de bouche , il eft impoffible
qu'il y en ait aſſez pour un
long Siege ; & perfonne n'igno.
re la defolation que caufent les
Bombes parmi un peuple fi nombreux
, & le fracas qu'elles y
font ; & qu'enfin tout le monde
r
Ffij
340 MERCURE
demande à ſe rendre dans des
Places fi peuplées , & dans lefquelles
on ne fauroit avoir affez
de foûterains pour mettre tous
les habitans & tous ceux qui s'y
font retirez : ce qui fait qu'apre
y avoir fouffert l'effet des premieres
Bombes , il y arrive ordinairement
des foûlevemens
chacun voulant fe rendre , les
uns pour fauver leur vie , & les
autres pour fauver tous leurs
effets. La circonvallation de
cette Place doit eftre prefentement
achevée ; on travaille déja
à une batterie de Bombes &
comme tout ce qui eft neceffaire
' pour ce Siege eft arrivé en abondance
, il y a lieu de croire qu'il
ira vifte , lorfqu'il fera une fois
en train , & que le Milanez four.
GALANT .341
nira beaucoup de chofes pour
une fi grande entrepriſe . De maniere
que M' le Duc de la Feüillade
qui y donne depuis longtemps
une attention toute particuliere
, & qui agit autant par
tous les mouvemens qu'il fe
donne , que fi le Siege eftoit
commencé , ne manquera de rien
pour finir la campagne par une
fi belle conquefte.
La difficulté d'avoir des nouvelles
à droiture de Barcelonne ;
a efté caufe qu'on a publié jufqu'icy
beaucoup de Fables. Voicy
les nouvelles qui m'ont paru
les plus juftes.
Ff iij
342 MERCURE
Extrait d'une Lettre de Perpi
gnan , du 7. Septembre.
Nous avons appris que le cinq
les ennemis travailloient encore
l'établissement de leurs quartiers devant
Barcelonne , où ils n'avoient
pas encore ouvert la tranchée ,
n'ayant pu y debarquer que dix
canons de vingt- quatre , & trois
mortiers. Qu'ils n'y avoient débarqué
que buit mille hommes de tron-
Pes aufquelles ils efperoient de joindre
quatre mille hommes de leur
·équipage , & qu'ils n'avoient pi
debarquer que cinq cens chevaux.
Le furplus en tres petit nombre
étant refté dans les Vaiſſeaux
parce qu'ils n'eftoient pas en eftat
defervir; prefque la moitié de ceux
GALANT 343
qu'ils avoient embarquez à Lisbonne
eftant morts . Que l'on avoit
appris à Barcelonne leurs renpar
dus , que leur flote ayant fait ayguade
à Altea, fur la cofte de Valence
, environ quatre cents miferables
de cette Province s'étoient venus
rendre aux ennemis , n'ayani que
des alpargattes ou fouliers de corde
pour chauffure ; & qu'aprés leur
avoir donné des armes on les avoit
debarquez à Dencia proche du Cap
Quentin , où ils avoient efté enveloppez
par les troupes & les milices,
commandées par le Viceroy de Valence
en perfonne , auquel la Nobleffe
de la Province , l'Evefque &
le Clergé eftoient venus offrir leurs
vies , leurs fervices & l'argenterie
de leurs Eglifes pour la deffenſe de
Leur Roy & de leur Patrie , contre
**
344 MERCURE
les Heretiques , s'ils venoient les
attaquer. Les mefmes Lettres , por.
tent que les Miquelets fideles ,
eftoient tombezfur un gros party des
-revoltez de Vic , dont ils avoient
tué une cinquantaine , &en avoient
prix deux qu'ils avoient conduits à
Barcelonne , où le Viceroy de Catalogne
les avoit fait pendre fur le
champ; & que depuis le 22 , du paffé
que les ennemis avoient commencé
leur debarquement ils n'avoient efté
encore joints le 5. du courant , que
parfept ou huit cents miferables de
La Villede Vic , dans le mefme eftat
des quatre cens d'Altea , lefquels
ayant demandé Pamnistie & le
pardon au Viceroy de Valence , il
avoit depeché un Courier à Madrid
pour apprendre la volonté du Roy
fur cela s mais quefon Confeil avoit
GALANT 345
efté d'avis
que le Viceroy de Valence
fift an exemple fur les plus coupables
, foit par la mort ou par les
Galeres , & qu'il accordaft la grate
aux autres , puifqu'ils avoient marqué
leur repentir.
De Saragoce le 13. Septembre.
Le Viceroy de Barcelonne a envoyé
le 9 un Courier à la Cour s
& ce Viceroy mande au noftré , que
jufqu'à ce jour les ennemis eftoient
encore dans la mesmefituation , &
qu'ils n'avoient pas encore tiré un
coup de moufquet fur la Place ; qu'il
marchoit quatre mille hommes de
· Caftille , & que quand ils auroient
joint les troupes de Mr de Bervick,
les chofes fe rétabliroient .
Nous trouverez à la fin de ma
346 MERCURE
Lettre , la fuitte de cet article .
Il eft temps de vous parler
des nouvelles de Flandres , dont
j'ay peu de choſes à vous dire ,
quoyque l'Armée des Alliez &
la noftre ayent eſté dans de continuels
mouvemens ; Mylord
Marlborough paroiffant toujours
avoir de grands deffeins ,
ou voulant le faire croire , Cependant
il n'a rien fait , depuis
prés de trois mois qu'il eſt entré
dans nos Lignes fans les avotr
attaquées ; ainfi cette expedition
n'eft dûë qu'à fon bonheur . Il
s'eft faifi de la petite Ville de
Leevve au commencement de
ce mois , dont il auroit pû fe rendre
maistre auffitoft aprés estre
entré dans nos Lignes , & que
GALANT 347:
nous contions perdue des ce
temps - là ; de forte que nous y
avions laiffé peu de monde , &
que nous en avions ofté tout ce
qui eftoit dans les Magafins . Ce
Mylord n'a rien fait pendant
tout le reste du mois , que de fatiguer
les Troupes , & d'obliger,
les noftres à en faire autant.
Nos partis l'ont beaucoup har
celé , & Mr l'Ecreviffe , fameux
Partiſan , luy a fouvent enlevé
des chevaux . Le 18. de ce mois.
on jugea à propos d'abandonner
Arfchot ; ce qui, loin d'eftre
de quelque utilité aux Ennemis ,
a efté caufe qu'ils ont efté battus
depuis , puifqu'eftant venus
quelque temps aprés avec un
grand nombre de Troupes attaquer
nos nouvelles Lignes , qui
348 MERCURE
s'étendent depuis la Foreſt de
Soignies jufques au Demer ,
elles y furent fort maltraitées
par le feu de noftre Moulqueterie.
On fit fortir plufieurs détachemens
de Grenadiers , qui en
tuerent un grand nombre , &
qui firent 400 prifonniers. Nos
Partifans & tous ceux qui ont
efté dans leur vieux Camp , ont
rapporté que l'infection des chevaux
morts y eftoit fi grande ,
qu'ils n'y pouvoient refter. On
tient qu'il y a des Regimens de
Cavalerie & de Dragons Anglois
, dans lesquels il n'y a pas
chevaux de fervice , & que
c'eft à caufe de la grande mortalité
qui regne dans l'Armée Angloife
, que les deux Armées
campent ſeparément , laiſſang
50
une
GALANT
349
une grande diſtance entr'elles .
Par la Revûë generale que
Mr
d'Ouvverkerque a fait de
l'Armée Hollandoiſe , il a trou ,
vé , qu'outre les malades , qui
font dans les Hôpitaux , & fans
y comprendre les Troupes qui
font à la folde d'Angleterre , elle
eftoit diminuée , depuis fon entrée
dans nos Lignes , par la
mort , la deſertion , ou les prifonniers
, de 2620 Cavaliers ou
Dragons , de 4340 Fantaffins ,
& de 386 Chevaux . Si on avoit
་
fait un pareil calcul de la
perte
des Anglois , on trouveroit que
jointe à celle que les Alliez ont
faite fur la Mofellé , par le manque
de vivres qui leur fit deferter
beaucoup de monde , ce qui
augmenta par la marche préci
Gg
>.
Septembre 1705.
350 MERCURE
pitée à laquelle ils furent obligez
en fe retirant en Flandres ,
ils ont perdu affez de Troupes
cette Campagne
pour compofer
une groffe Armée , fans avoir
tiré d'autre fruit de la perte de
tant de Troupes , que l'avantage,
d'avoir emporté une Place
dénuée de toutes chofes , & qui
n'a point de rang parmi les Pla
ces confiderables
.
La Lettre que vous allez lire
vous aprendra la fuitte des affai.
res de Flandre.
Au Camp de Boifchot , ce 22
Septembre.
On vient d'apprendre que Mylord
Marlborough eftoit parti hier pour
Breda,
GALANT
351
Les ennemis continuent à faire
rafer les vieilles Lignes ; ce qui
pourra encore durer cinq ou fixjours.
Mr d'Artagnan eft à Louvain,
avecneuf Bataillons , & le Regiment
de Condé , Cavalerie . On a
laiffé l'aile gauche de noftre Cavalerie
en deçà de la Dyle pour la gar
der avec la Maifon du Roy , la
Gendarmerie & trois Regimens de
Dragons ; ce qui compofe en tout cinquante
Efcadrons . Et pour foutenir
noftre nouvelle Ligne fur le Demer,
depuis VVerskeren jufqu'à Boischot
fur la Nethe , nous avons cinquante
Efcadrons de Cavalerie , & fix de
Dragons.
Mrde Gaße eft à Nazarataune
avec buit Efcadrons , tant Cavalerie
que Dragons ; & Mr de Guifcardà
Hagenavec onze Bataillons
Ggij
352 MERCURE
་
& cing Regimens de Dragons : de
forte que les ennemis auront bien de
La peine à faire quelque entreprise,
outre que la faifon eft deja fort
avancée.
Je ne fuis
pas furpris que l'article
de ma Lettre derniere
, qui
regardoit Mr le Maréchal de
Villars
, ait eu l'avantage
de
vous plaire , toute la gloire en
eft dûë à ce Maréchal
, qui a
toujours pouffé Monfieur le
Prince de Bade , tant que l'Armée
de ce Prince n'a point eſté
infiniment fuperieure à la fienne.
Je ne vous repete point tout
ce que ce Maréchal à fait , &
dont vous avez eſte fi fatisfait
vous en trouverez la fuite dans
la Lettre fuivante.
GALANT 359
Au Camp de Bifchveiller , ce
6. Septembre.
Le Convoy que les ennemis atdoient
ayant eu avis que nous avions
fait un détachement pour luy couper
le chemin , s'en eft retourné dans les
Lignes de Lauterbourg, ne fe croyant
pas ailleurs en fureté, ce qui obligea
Mr le Chevalier du Rofel de
nous venir rejoindre.
Mr le Maréchal de Villars recut
un Courrier vendredy dernier de
la Cour , qui luy apporta la permiffion
du Roy d'attaquer les Ennemis,
s'il en trouvoit l'occafion favorable.
Il envoya ordre far le champ à toutes
les Troupes , qui estoient difperfées
en differens poftes de le venir joindres
∙ce qui a esté executé. L'armée a
Gg iij
354 MERCURE
commencé aujourd'huy à deux heures
du matin à fe mettre en marches
Mile Maréchals'y eft rendu à trois
heures. On n'ajamais vû d'Armée
marcber avec plus defierté , ní plus
refoluë. Mais la fituation du Camp
des ennemis eft fi avantageuse , &
d'un abordfi difficile , qu'à moins de
rifquer l'Armée entiere , il eft impof
fible de le forcer ; en voicy la fitua
tion. Les Ennemis font camper fur
unehauteur , deux Villages dans le
centre, l'un à droite , & l'autre à
gauche , avec un Ruiſſeau au bas.
qui eft impraticable, fans compter
les Marais qui l'environnent de
tous coftez. Nous avons trouvé
les Ennemis en bataille dans leur
Camp , lefquels n'ont fait aucun
mouvement , s'eftant contenter de ti.
ver feulement trois coups de canon
GALANT 355
Fans boulets , de même qu'un autre
• coup aprés pour avertir les Fourrageurs
& les Maraudeurs ; ayant
laiffé brufquer leurs Gardes avancées.
Nos Huffars leur ont pris 500
baufs , autant de chevaux , & quel
ques Maraudeus . Leurs Deferteurs
nous affurent tous , que la difette eft
fort grande dans leur Camp , nere
cevant point de Convois . Mr le
Maréchal a efté obligé de faire revenir
l'Armée , voyant qu'il eftoit
impoffible de les forcer. Dans le tems
qu'ilfe plaçoit dans ce Camp, Monfeur
le Prince de Bade envoya un
Trompette, pour demander un Paffe.
portpour Monfieur le Ducde VVir
temberg , qui eft fort malade ; cè
Prince n'ofant paſſer , à cause du
grand nombre de Partis que nous
avonsfur leurs derrieres , qui rame356
MERCURE
nent tous lesjours au Camp beau
coup de prifonniers & de chevaux.
Je vous envoye encore une
Lettre fur le même fujet , dans
laquelle vous trouverez des particularitez
qui ne font pas dans
la premiere .
Extrait d'une Lettre de Strasbourg
, du 7. Septembre.
Vous avez fçû , fans doute que
les ennemis entrerent le 28. du passé
dans nos lignes prés de Phaffenbiffen
fans aucune refiftance de notre
part. Mr le Maréchal de Vil
lars , qui (çavoit qu'ils en vouloient
au Fort- Louis , qu'il a ordre
de la Cour de couvrir , envoya ordre
à Mr de Cognies de fe retirer
approche des ennemis ; ce qui fut
>
GALANT 357
executé , & Mr de Cognies joignis
le mefme jour le Camp de Mr de
Villars prés de Bifchvveiller. Les
ennemis en entrant dans nos Lignes
mirent l'allarme dans tout le Pays
aux environs , & les Payfans croyant
que nous avions efté battus , fe retirerenticy
avec tous leurs beftiaux &
tous leurs effets ; ce qui a tellement
remplicette ville , qu'on ne peut s'y
tourner, à cause de la quantité de
chofes & de monde qui yfont entrez
depuis ce temps : & pour furcroift ,
Mr le Maréchal a envoyé icy tous
Les gros bagages de l'Armée , qui
campent fur le glacis de la Place.
Noftre Armée fe mit en bataille le
30.
& le 31.
du paßé
, & marcha fur
trois
colonnes
droit
aux
ennemis
pour
les attirer
au combat
; mais
il
n'y
eut pas
moyen
de lesy engagers
.
358 MERCURE
Enfin avanthier , Mr le Maréchal
reçût ordre de la Cour de faire ce
qu'il jugeroit à propos , & ayant
pris là deffus le parti d'aller attaquer
l'ennemi dans fon Camp , il fit
mettre hier 6. de ce mois toute l'armée
en bataille , à une heure du matin.
Et aprés avoir fait dire la
Meffe à la tefte de l'armée , il mar
cha droit aux ennemis pour leur livrer
bataille , & envoya icy un
Courier pour donner cet avis à Me
la Maréchale ; ce qui fe répandit
dans l'inftant par toute la Ville.
Mrl' Evefque de Toul, noftre grand
Vicaire , donna ordre d'abord de
faire expofer le tres -faint Sacrement
dans toutes les Eglifes , pour
implorer la benediction de Dieufur
les armes du Roy. Cependant Mr
Le Maréchal arriva en ordre de ba
GALANT 359
taille à un quart de lieuë de l'armée
ennemie ; toute fon armée eftant
difpoféefur trois colonnes , &faifant
face aux ennemis , campez fur une
hauteur prés de Phaffenhoffen , &
ayant un ruiffeau devant eux. Ce
Maréchal envoya un Trompette à
Monfieur le Prince Louis de Bade
pour luy dire , qu'il venoit pour
avoir l'honneur de le voir , &
qu'aïant fait plus des trois quarts
du chemin , il le prioit de faire
le refte. Mr le Prince Louis fit
aufi- toft tirer trois coups de canon ,
foit pour affembler fon monde , on
pour faluer l'Armée , aufquels Mr
le Maréchal fit répondre par trois
autres coups après quoy Monfieur
le Prince Louis renvoya le Trompette
, dire à Mr le Maréchal , qu'il
ne pouvoit pas fortir de fon
360 MERCURE
Camp , & que s'il vouloit y ve
nir il luy feroit honneur de (
venir dîner avec luy . Mr le Maréchal
voyant bien qu'ils refufoient
le combat , fit tenter à droite & à
gauche pour çavoir s'il pourroit les
attaquer dans leur Camp ; mais
eftant inacceffible de tous coftez,
& voyant la chofe imposible , il
retournafurfes pas , & arriva lefoir
dans fon ancien Camp de Bifchvveiller.
Il dépefcha enfuite un
Courrier icy , à Me la Maréchale
pour luy donner avis les ennemis
n'avoient
pas
• que
voulu accepter
le combat , & qu'il ne s'eftoit rien
paßé de part & d'autre.
Il nous vient beaucoup de Deferteurs
, qui affeurent tous que les
ennemis meurent de faim dans leur
Camp. Mr le Maréchal leur cou
pant
GALANT 361
pant tous leurs convois de vivres ,
& ayant de plus fait rompre tous les
Moulins de ces quartiers- là ; de
forte qu'ils n'y peuvent pas demeurer
, & qu'avant qu'ilfoit pea , il
faut qu'ils s'en retournent.
Cet abandonnement volon
taire de nos lignes a donné lieu
à ceux qui font imprimer des
nouvelles publiques , dans une
partie des villes qui appartiennent
aux Alliez , de dire que Mr
la Maréchal de Villars en avoit
efté chaffé , qu'il avoit perdu
beaucoup de monde en le reti
rant , & qu'il avoit efté obligé
d'abandonner Haguenau ; &
quoy qu'ils ayent dû reconnoî
de temps aprés la fauffetre
peu
té de cette
nouvelle
, Haguenau
eftant
encore
en noftre
pof
Septembre 1705.
Hh
362 MERCURE
feffion ; ils n'ont pas laiffé de
parler encore plufieurs fois de
fuite , de la prife de cette Place ,
comme ils ont fait du faux paffage
de l'Adda par Monfieur le
Prince Eugene , & dont ils parle .
roient peut-eftre encore fans la
bataille de Caffano ,qui a faitvoir
à toute l'Europe que ce Prince
n'avoit point paffé cette riviere,
& qu'il n'avoit pû la paffer aprés
le combat . Quant à Mr le Maréchal
de Villars , vous venez de
voir tout ce qu'il a tenté , dans
le temps que Monfieur le Prince
de Bade n'avoit guére plus de
troupes que luy ; mais enfin ce
Prince ayant reçu des renforts
de trois ou quatre coftez , & les
troupes qui marchoient en Flandre
, l'ayant rejoint comme il
GALANT 363
eft de la prudence de ceder à
la force , il s'eft trouvé obligé
de faire une manoeuvre toute
autre que celle qu'il avoit fait,
jufque là . Vous la trouverez
dans la Lettre fuivante .
Du 20. Septembre .
La nuit du 14. au 15. l'Armée
du Roy décampa de Bifcheveiller
, vint camper prés de
L'Ile de Ruperfan , à demie - lieuë
de Strasbourg; c'est comme fi elle
eftoit fous le canon de la Ville . Mr.
le Maréchal, avant que departir,
fit jetter dans Haguenau trois mille
hommes commandez par Mr de
Pery , Maréchal de Camp , &
deux Brigadiers , avec des muni-
Hh ij
364 MERCURE
tions & dix pieces de canon , dont
trois de fonte. Par cette retraite
l'on découvre le Fort- Louis , Haguenau
, Drufenheim , & Sa-
Verne.
Mr le General Fungen eftant
entré le 15. au foir dans le Camp
de Bifchvveiller , l'avantgarde des
Imperiaux s'eft avancée jusques à
Brumpt. Le Quartier General de
l'Armée du Roy eftoit le 16 .
Lambertheim , avec apparence que
l'on fe porteroit derriere le Canal
de Molsheim.
à
Il faut vous dire l'état du Fort-
Louis , & ce que l'on en écrit du
13. de ce mois ; il y avoitfix ba
GALANT 365
taillons , & Mr le Maréchal y a
encore jetté depuis , en fe retirant
le fecond Bataillon de Provence ;
avec un Convoy de vivres. Le
Gouverneur en afait fortir toutes
les bouches inutiles.
Depuis ce temps- là le Prince
de Bade a envoyé demander à
Francfort du gros canon & des
provisions pour quelque entreprife.
Les ennemis tenterent le
21. d'emporter l'épée à la main
le Fort de Drufenheim ; mais ils
furent repouffez avec perte de
400 hommes , ce qui les obligea
de fe retirer. Ils l'attaquent
prefentement
dans les formes , par
ce que ce Polte leur eft neceffaire
pour faire le Siege du Fort-
Louis ; mais comme il eft fitué
Hh iij
366 MERCURE
dans un marais , on croit qu'ils
y perdront auparavant bien du
monde .
Un de nos Partis en a rencontré
un des Ennemis , à qui il a
tué deux cens hommes ; & om
leur prend tous les jours beaucoup
de chevaux,
Le Lundy 14. de ce mois , les
Preftres de l'Oratoire firent
l'ouverture de leur Affemblée ,
dans leur maifon de S. Honoré ,
par une grandem effe duS.Efprit,
qui fut celebrée par le Reverend
Pere de la Tour , leur General
aprés lequelle il fit un difcours
de pieté aux Députez , dans la
Salle où fe tenoit l'Affemblée .
Enfuite dequoy on examina les
procurations d´s Députez ; &
scftant trouvées en bonne forGALANT
367
me , dans la Séance fuivante on
proceda à l'élection des Offciers
generaux. Les Peres Moret
, la Moni , & Patournay furent
élûs Affiftans du Reverend
Pere General ; les Peres de la
Place , Seillones , & de la Nonë
furent élus Vifiteurs ; le Pere
Fouquet Procureur General de
la Congregation , & le Pere Ba
hier Secretaire.
Le Mécredy fuivant , 16 , du
même mois , on terminal ' Affemblée
, felon la coûtume par une
grande Meffe des Morts , qui fue
pareillement celebrée par le
Reverend Pere General .
J'ay beaucoup de chofes à vous
dire de Mr le Marquis de Jamaï
ca Envoyé Extraordinaire de Sa
Majesté Catholique , pour faire
368 MERCURE
des complimens de condoleance
au Roy fur la mort de Monfeigneur
le Duc de Bretagne , mais
ce Marquis n'ayant pas encore
cu toutes les audiences de congé
de la famille Royale , j'ay crû
devoir remettre cet Article au
mois prochain , afin de le rendre
plus complet , & de vous parler:
en même temps de fon arrivée ,
de fon fejour & de fon départ .
L'Enigme du mois paffé eftoir
encore l'oignon , mais quoi qu'elle
ait efté dévinée par plufieurs
perfonnes , il s'en eft peu trouvé
qui ayent ofé en envoyer le
mot , perfuadez qu'ils fe trompoient
, parce que ce n'eftoit pas
Pufage de donner deux fois de
faite une Enigme fur le même
GALANT 369
fujet . De maniere que j'ai réuffi ,
en leur caufant l'agreable embarras
que je m'eftois propofé.
Elle a efté expliquée dans les
vers fuivans , par Mr Thouroude
, Peintre.
Les Peuples qu'autrefois gouver
noit Pharaon
Auroient eu de l'encens de refte ,
Si leur aveuglement , auffi grand
que funefte,
Aa nombre de leurs Dieux n'euf
aufi mis l'Oignon ..
Les autres qui en ont envoyé
le mot , font , le Gafcon de la
Sorbonne l'Amant Peintre , de
la rue Guifarde : le Cenfeur , &
le petit Efclave du coeur partagé
, de la meſme ruë Guifarde
370 MERCURE
Fauxbourg S: Germain .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIGME.
Je m'attache fans ceffe à ce qui
me détruit ;
Etj'aylieu de craindre la nuit.
La grandeurfait durer ma vie ,
Sans qu'à mon fort on porte envie.
On me connoift tres-peu chez les petites
gens ;
Mais on me reçoit bien dans les
maifons des Grands.
En certains temps fans moy , l'on n'y
Pourroit rien faire ;
Je raffemble chez eux , les jeux &
les plaifirs
.
Quoique pour contenter leurs plus
preffans defirs
GALANT 371
On craigne mon miniftere ,
J'allifte cependant à bien plus d'une
affaire.
AIR NOUVEAU.
Si vous tenez l'Hiver vos paſſions
fecrettes ,
Vous les publiez au Printems ;
Helas petits Oiseaux , quand
vous eftes contens >
✓
Vos ardeurs ne font plus difcretes.
Pour moy
dans
l'empire
amoureux ,
Je me plains du deftin à mes defirs
contraire ;
Mais fi j'étois heureux
Je fçaurois bien m'en taire .
Le Roy & Madame la Du372
MERCURE
cheffe de Bourgogne partirent
de 22. de ce mois de Verfailles
pour aller coucher à la delicicufe
maifon de Sceaux , féjour
des ris & des jeux & des plaifirs
de bon gouft, Sa Majesté y prit
1e divertiffement de la promenade
, & des eaux qui font admirables
dans ce lieu , & ne vou
lut point qu'on luy en donnaft
d'autres. Mr de Malezieu y tint
une table magnifique pour toutes
les perfonnes de diftinction
de la fuite de Sa Majefté , & de
Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Le lendemain 23. le Roy
partit de Sceaux pour aller
Coucher à Fontainebleau , où
Monſeigneur le Dauphin eftoit
allé quelques jours auparavant,
avec Monfeigneur le Duc de
Berry
GALANT
373
Berry & Madame la Princeffe,
de Conti , & où Monfeigneur
le Duc de Bourgogne s'étoit
auffi rendu. Toute la famille
Royale y eft en bonne fanté, &
Y prend fouvent les plaifirs de
diverfes Chaffes , de la Come
die , du Jeu & de la Mufique,
*
Je vous ay déja dit ce qui avoit
déterminé les Alliez , aprés fix
femaines de deliberations , qu
pluftoft de conteftations , de
faire une defcente en Catalo
gne pluftoft qu'en Italie
felon leur premier projet . Comme
cette defcente étoit fondée
fur les affurances pofitives.que
le Prince d'Armstadt avoit don
nées , qu'auffi toft que l'Archiduc
auroit débarqué en Catalo
gne , toute la Nobleffe & le Peus
Septembre 1705. Li
374 MERCURE
ple fe foûleveroient , & que la
Ville de Barcelonne ouvriroit
fes portes , & le recevroit comme
fon Souverain; on fut fort furpris
de ne point voir venir de Députez
de la Ville & de la Nobleffe,
auffi toft que la Flote eut paru ,
& d'apprendre que quelques
Payfans feulement s'apprêtoient
à joindre l'Archiduc. Mais le
Prince d'Armſtadt n'oublia rien
pour perfuader ce Prince & les
Generaux, qu'il y auroit du rifque
pour ceux qui paroiftroient
avant le débarquement , & que
comme le fecret feul faifoit réuffir
les affaires importantes , il
étoit de la politique qu'on le
gardaft jufqu'au moment de
l'execution ; & qu'ainfi les con
jurez dont il avoit fait voir plu
GALANT 375
fieurs Liftes ne devoient rien
faire qui découvriſt leur ſecret ,
puifque cette découverte empêcheroit
le fuccés d'une fi grande
entrepriſe , & fibien concertée .
On fe rendit à fes raifons , & l'on
débarqua ; cependant , aulieu de
rien voir, aprés ce débarquement
de tout ce que le Prince d'Armtadt
avoir promis , on ne ceffa
point d'avoir de moment en moment
des nouvelles entierement
contraires. Tantoft on appre→
noit que le Clergé faifoit donner
des affurances au Viceroy, d'une
étern lle fidélité , & qu'il excitoit
la Nobleffe & le Peuple à
faire de même ; & tantoft que la
Nobleffe , aprés avoir auffi renouvelle
fes fermens , fe préparoit
à une vigoureuſe refiftance,
Ii ij
376 MERCURE
$
& que Barcelonne eſtoit en érat
defe bien défendre. Le Prince
d'Armſtadt fe donnoit de grands
mouvemens pendant ce tempslà,
& envoyoit de tous coftez
aux miferables , qui avoient esté
gagnez par de l'argent , des or
dres de le venir joindre ; mais
ceax qui venoient étoient en petit
nombre , & plufieurs étoient
arreftez par des Sujets fidéles à
Philippe V. Pendant que ces
chofes fe paffoient , & que les
•Troupes avançoient lentement
vers Barcelonne , les Generaux
eftant encore incertains de ce
qu'ils feroient , & de ce qu'ils
pourroient faire, on prit loin de
répandre dans toute l'Europe
Jears grands progrez devant
Cette Place ; & les nouvelles im
I
* GALANT
377
100
nd
primées enHollande,dirent toutes que la
tranchée avoit été ouverte le 3.d'Ãoût :
Cependant il eft conftant , & l'on apprit
icy avec certitude , qu'elle n'eftoit pas
p ouverte le 7. de ce mois . Les nouvelles
te imprimées continuant de faire faire d
leurs Troupes des progrez imaginaires ,
dirent enfin que la Ville s'eftoit renduë.
Les nouvelles manufcrites qui fe débitent
icy , publierent beaucoup de Fables
à noftre avantage , en citant des
Lettres de Catalogne fans datte , arrivées
à Montpellier . Enfin il arriva Vendredy
25. de ce mois, à onze heures du
foir , un Courrier de Gironne , qui rapporta
que les Alliez ayant dit au Prince
d'Armſtadt , que tant qu'il ne paroîtroit
pas à la tefte des Troupes qui attaqué
roient , pour le faire voir à ceux de fon
parti , les affaires n'avanceroient pas , &
qu'ils fe rembarqueroient ; de forte
qu'il fe trouva obligé de tenter quelque
entrepriſe en perfonne : Et comme le
Viceroy avoit fait faire quelques Fortifications
nouvelles, au bas du Mont
Ii iij
378 MERCURE
jouy, il crût que ces Fortifications eftane
nouvelles & éloignées , elles feroient &
plus faciles à détruire , & plus difficilement
fecouruës ; de maniere qu'il refolut
d'attaquer cet endroit . Mais comme
le Fort Mont-joüy a quatre Baſtions , &
qu'il falloit aller à ces Retranchemens
en montant toujours , & en fe découvrant
aux Baftions de la Ville , de forte
qu'il en falloit effuyer le feu , auffi-bien
que celuy des Baſtions du Mont-joüy
il perdit huit cens hommes à cette attaque
, où il fut tué luy- même ; mais les
Troupes Efpagnoles qui défendoient ces
Retranchemens , fe voyant fur le point
d'eftre accablées par le nombre , fe retirerent
dans le Fort de Mont-jouy , aprés
avoir fait des act ons de la plus haute
valeur. Quoyque les Ennemis foient demeurez
maiſtres de ces Retranchemens,
ils ne font pas beaucoup avancez , & lelon
la fituation du terrain , ils ne sçauroient
faireun pas fans perdre beaucoup
de monde ; puifque pour aller de ces
nouveaux Ouvrages aux anciens , il faut
GALANT 379
paffer fur le Roc , & effuyer le feu d'un
foûterrain crenelé , fur lequel font des
batteries , n'y ayant aucune terre dont
on puiffe fe couvrir .
Vous jugez bien que la perte du Prince
d'Armſtadt , qui avoit tout le fecret, de
la Conjuration , doit déconcerter toutes
les intelligences des Alliez .. Je fuis ,
Madame , voftre , &c.
A Paris ce 30. Septembre 1705 .
AVIS.
Le Mercure du mois prochain ſe débitera
le 6. Novembre, à caufe des Fêtes.
TABLE.
Prelud
Rélude , contenant le détail de
tout ce qui s'eft paßé lejour de
la Fefte de S. Louis à l'Academie
Françoife , à celle des scien
ces & à celle des Medailles &
Infcriptions , page5
Livre intitulé , Seconda Lettera
del Signor Michel Agnolo de
la Chauffe , & c . *37
Ce qui s'eft pifféà Naples lejour de
lanaiffance du Roy d'Eſpagne , 40
Oraifon funebre de Mr le Marques
de Beuvron, prononcée à Roüen , 44
Voyagefait par Mr Dampier aux
terres Auftrales , à la nouvelle
Hollande , &c.
48
Edition nouvelle du Livre de Mr
Poiret de l'Education des
enfans ,
>
49
Geometrie de Mr Defcarte , & c.
nuvelle caution ɔ
50
TABLE.
Plan Hiftorique de l'Eglife de S.
-Denis ,
Dons faits par Sa Majesté Catholique
,
57
60
69
Mariage de Mr le Duc d'Infan
tado ,
Ufages de la Cour d'Eſpagne , 71
Mariages Etrangers , 73
84
Mrle Cardinal Tanara eft continué
dans la Legation d'Urbin, 80
Premier Article des morts ,
Service fait à Rome pour l'Empe→
reur defunt , avec un extrait de
Jon Oraifon funebre ,
126
130
Articles d'Erudition
Panegyrique de S. Auguftin.prononce
par Mr Evefque de Senés, 148
Autre Panegyrique da même Saint,
prononcé par Mri Abbé de Dromenil
, 152
Lettre de Munich touchant l'état des
TABLE .
affaires prefentes , 156
Raifonnemens faits à l'occafion de
170 cette Lettre ,
Article curieux , contenant tout le
détail de l'incendie arrivé auprés
de l'Eglife nommée le petit
S. Antoine ,
181
Difcours fait au Roy par Mr de
Graville
Second Article de morts ,
196
205
Intendance donnée & changemens
faits dans les autres Intendances
228
Ben fices donnez par le Roy & par
Son Alteffe Royale Monfieur le
Duc d'Orleans > 232
Enregistrement fait au Parlement
de la Conftitution du Pape furles
affaires du Janfeniſme , 237
Audience donnée par le Roy à Ms
de la Faculté de Theologie fur
TABLE.
Penregistrement , &c.
10252
Harangue faite au Roy par Mr
Archevefque & Alby, en prenant
congé du Roy au nom du Clergé
de
France ,
136255
Plan de Turin & de fes environs
,
269
Le veritable Itineraire qui conduit
au fejour des Bienheureux
, ou Paraphrafe , & c . 270
Troifiéme Article de morts , 275
Servicefait pour Me la Comteffe de
•
Grignan ,
291
Faute reparée , 293
294 Mariages ,
Lettre de Monfieur le Duc de Savoye
à la Reine d'Angleterre , 301
Article curieux , qui fait connoftre
que les Alliez ont fauffement pulu
bataille de Caffano a blié
que
efté gagnée par Mr le Prince Eu.
gene
308
TABLE.
Motifs qui ontfait changer aux Alliez
le deffein d'aller en Italie ,
en celuy d'aller en Catalogne , 335
Nouvelles de Catalogne ,
341
Nouvelles des Armées de Flandre,
346
352 Nouvelles d'Allemagne ,
Affemblée tenue aux PP. de l'Oratoire
pour l'élection de quelques
nouveaux Officiers , 366
Article concernant Mrle Marquis de
Jamaïca ,
Article des Enigmes ,
367
368
Voyage du Roy à Fontainebleau, 371
Dernieres nouvelles de Catalogne ,
373
L'Air , Ocean de bonté, &c. 204 .
L'Air , Si vous tenez l'hyver , 374
Qualité de la reconnaissance optique de caractères