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1705, 04
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Eur
. 511m
1705,4
Mercure
<36624505170015
<36624505170015
Bayer . Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
AVRIL , 1705 . I
A
PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle d"
Palais , au Mercure galant ,
Omme il eft impoffible dans la con-
Cjoncture profente de ne pas grofir
le Mercure,ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-huitfols,quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCG V.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Startbibliothek
München
AU LECTEUR.
ILy a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres rèiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour efire employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR:
de défigurez, eftantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient corrects
. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
AVRIL ,
1705.
M
Onfieur le Marquis
de
Bedmar ayant reçu
le Collier de l'Ordre
du Saint Eſprit , ainſi que je
vous l'ay mandé , & eſtant comblé
des bontez dont le Roy
A iij
6 MERCURE
l'a honoré , toutes les deux fois
qu'il eft venu en France , & fur
tout de ce que S. M. luy avoit
dit d'obligeant dans le temps
qu'il alloit faire le ferment que
tous les Chevaliers du Saint
Efprit font obligez deprefter ,
étoit fur le point de partir pour
la Viceroyauté de Sicile , à laquelle
il a efté nommé , lors
que le Roy luy dit : qu'il avoit
non -feulement exposé fon fang
avec une fidelité inviolable , en fe
trouvant enperfonne dans plufieurs
actions perilleuses, mais qu'il avoit
auffi facrifié fon bien , & qu'il
fçavoir les mesures que le Roy
GALANT 7
d'Espagneprenoit pour rétablirfes
affaires ; que cependant toutes fes
pierreries eftant demeurées à Bruxelles
, & que n'en ayant point
pour faire une Croix du Saint
Efprit , il luy en vouloit donner
une. En effet , il en a reçû unc
d'environ deux mille louis d'or,
mais Sa Majefté avoit trouvé le
moyen par les choſes obligeantes
qu'elle luy dit , de l'empefcher
de faire attention à ce
preſent , pour ne penfer 'uniquement
qu'à ce que faifoient
pour luy deux grands Monarques
, qui avoient la bonté d'entter
jufque dans l'interieur de
A
iiij
8 MERCURE
fes affaires , & dans tous les
moyens qu'il avoit employez
pour continuer fes fervices ,
afin de l'en recompenfer. Rien
ne doit mieux faire connoiftre
que
aux Alliez
les deux plus
grands
Monarques
du monde
poffedant
les coeurs
de leurs
Sujets
autant
par amour
que
par l'obéiffance
qu'ils leur doivent
, toute l'Europe
liguée
ne
pourroit
venir à bout d'entamer
leurs Etats , & que dans la
fuite , elle doit avoir
plus à
craindre
que les deux
Rois
n'ont
à apprehender
.
Monfieur
le Marquis
de BedGALANT
9
mar eft Caftillan , & d'une des
plus illuftres Maifons de ce
Royaume. Elle Y cftoit déja
connue lorfque la Caftille n'étoit
gouvernée que par des
Comtes ; & depuis Dom Fernand
Gonzales qui vivoit vers
l'an 930. jufqu'à Garcias , qui
mourut fans enfans en 1029.
& laiffa cette. Souveraineté à
Nugna , fa foeur , femme de
Sanche le Grand , Roy de Navarre
, qui l'érigea en Royaume
, les Ancêtres de Monfieur
le Marquis de Bedmar y poffederent
toûjours les plus grandes
Charges. Un Seigneur de
10 MERCURE
ce nom fut en grande confideration
fous le regne de Ferdinand
II. Roy de Leon , qui
heritant de fon petit - neveu
Henry , Roy de Caſtille , unit
en fa perfonne ces deux Royaumes
, vers l'an 1217. Il fut
enfuite uni à l'Arragon fous
Ferdinand & Ifabelle l'an
1474. & dans ce même temps
le Tris - ayeul de Monfieur
le Marquis de Bedmar avoit
beaucoup de credit en cette
Cour. Chriftoval Caſtilleio
Eſpagnol du feiziéme fiecle .,
fi diftingué par fes Poëfies , &
qui fut Secretaire de l'EmpeGALANT
II
reur Ferdinand , eftoit petit- fils
d'une Dame fortie de cette Maifon
qui eft alliée à celles de Velafco
, de Medina- celi , de Colonne
, de Tolede , & de Spinola.
Bernard , Treforier de l'Eglife
de Compoftelle , celebre
Auteur du douziéme fiecle qui
a fait un recueil des anciens
Decrets des Rois d'Espagne ,
eftoit forti de cette illuftre
Maiſon par les femmes. Ambroife
Morales en parle dans
fes ouvrages
.
La relation de Quebec que
je vous envoyai dans ma Lettre
4
12 MERCURE
du mois de Janvier , ayant eſté
trouvée fort curieufe ; je vous
en envoye encore une qui
vient du même pays & de la
même main .
******************
NOUVELLES
DE
L'AMERIQUE
SEPTENTRIONALE.
Novembre
1703.
Es Iroquois , nation fauvage &
belliqueufe , eftoient demeurez
neutres & fur leurs a nattes entre les
a Expreffion fauvage qui fignifie
avoient confervé la Paix.
*
GALANT 13
a
François & les Anglois , jufqu'à ce
qu'à l'inftigation des derniers , ils
ayent deterré la Hache , en venant
brûler un établiſſement confiderable
b
que
Les с
François ont au Dé.
troit. Mr de la Motte- Cadillac
commandoit dans ce pofte . Une Sentinelle
du Fort entendant du bruit >
tira fur celuy qui mettoit le feu à :
cet établissement , elle le bleffa même,
mais apparemment que la nuit qu'il
avoit pris pour faire un coup fi hazardeux
, le favorifa , &luysauva
Ja vie,
a Les Anglois de la nouvelle Angleterre
& pays adjacens .
b C'est -à- dire , fait la guerre , les Iro- .
quois , s'entend .
e Entre le Lac Erié ou du Chat , & le
Lac Michigan , ou des Hurons.
V
75
14 MERCURE
•
b
Decembre 1703.
A la fin du mois , un Parti aſſez
confiderable de Canadiens & de
Sauvages alliez des François , commandé
par Mr de Rouville , alla
da cofté d'Orange. Dierfielde petite
Place dans la nouvelle Angleterre ,
fituée fur une Riviere , fe trouvant
au paffage , fut emportée d'affaut
fur les neuf heures du foir , elle fut
prefque entierement pillée ; on y brûla
un bon nombre de maiſons . Plufieurs
Anglois cependant qui s'étoient
cantonnez en de certains endroits de
La Ville , fe deffendirent avec vigueur
; on les attira hors de laPlace
a. Originaires de France , mais nez en
Canada .
b Ville de la nouvelle Yorck.
GALANT 15
a
& en taze campagne , le combat y
fut chaud , plufieurs Sauvages yfurent
tuez ou bleffez , entr'autres le
Chef de ceux du Saut de S. Louis;
mais enfin les Canadiens , aprés y
avoir perdu un Officier , un Sergent ,
& encore un autre , ( celuy- cy eft réchapé
defa bleffure ) demeurerent les
maitres du Champ de Bataille .
Un Miniftre avec fa famille &
quantité de Prifonniers , ont efté
amenez à Quebec. Le Miniftre
a toûjours refufè conftamment d'entrer
en difpute avec les Millionnaires
de cette Ville , quelques infances
qu'ils luy en ayent faites ,
il a toujours renvoyé aux Miniftres
a Village fauvage au Midi de l'Ile de
Montreal, en un lieu où fe forment des
chûtes d'eau , que l'on appelle en Canada
, Sauts,
16 MERCURE
de a Bafton , les réponſes aux objections
que luy faifoient ces Meffieurs .
Si vous qui me preffez avec tant
d'évidence , eftiez à Bafton , leur
difoit-il , vous verriez ce que les
Miniftres mes Confreres repliqueroient
aux chofes que vous
m'objectez , quoy que tres - claires.
Mr le Marquis de Vaudreuil
Gouverneur general de la nouvelle
France, & Mrde Beauharnois ,
Intendant ont eu foin que ce Docteur
Proteftant ne manqnaft de rien
pour fa fubfiftance.
C
a Ville capitale de la nouvelle Angleterre.
gc- b Sa Majefté l'a nommé Intendant
neral de la Marine , à la place de Mr
d'Herbaut.
GALANT 17
Mars 1704.
Ceux de Quebec au commencement
du Printemps , fe font mis en
eftat d'aller en Flibufte , & ont armé
pour cela deux petits Batimens
fous la conduite de Mrs de la Gran.
ge & Pauperet. Avec ces deuxpetits
Vaiffeaux , dont l'équipage eftoit
d'environ fix- vingt hommes , ils ont
pris un Navire de cinquante pieces
de canon ; c'eſt à Mr de la Grange
qui a commandé autrefois le Belliqueux
& 'Atalante, qu'il enfaut
donner la gloire . Ils en ont encore
brûlé deux , & coulé un autre àfond.
Le Vaiffeau de cinquante pièces
eftoit chargé de Moluës , Mr de la
Grange l'a monté & l'a conduit à
Bilbao , pour fe rendre enfuite à la
Rochelte
Avril
1705.
B
18 MERCURE
Juin 1704.
Les Sauvages alliez des François
entr'autres les Aniés qui
compofent une des cing nations Iroquoifes
, irritez de ce que les Anglois
leurs voifins , avoient pendu un
des leurs , ( ce qui fuffit chezles Sauvages
pour faire durer une guerre
jufqu'à la quatrième generation }
font venus prier le a Gouverneur de
Montreal de leur donner des François
& un Chefpour avoir raiſon de
lear ennemi. Le Parti s'eft trouvé
de fept cens hommes , tant Soldats
François que Sauvages , & Mrde
Beaucour a efté choisi pour
le commander.
On eftoit déja fort avancé
a M' le Chevalier de Ramezć.
CE
GALANT 19
dans la marche , lorsqu'un Soldat
a deferté & eft alle fe jetter dans
Orange ; comme on s'eftoit apperçu
decela , quoy quetrop tard , on ajugé
àpropos de fe defifter de l'entrepriſe ,
y ayant lien de croire qu'on eftoit
découvert. Cela n'a point dégoûté
les Sauvages qui avoient en tefte
de fe vanger de l'Anglois . Ils fe
font déterminer à faire differentes
incurfions furfes terres , &pourjouër
mieux leurjeu , ils ont formé quatre
differens partis un des trois a rencontré
le Courier qui portoit les Léttres
de la nouvelle Angleterre en la
neuve- York ; les Sauvages Pontaf
faffiné , fe fontfaifis de fes pacquets
&les ont portez à a Montreal. On
entre les mains un extrait traduit
i
a Ville de l'Ifle de Montreal , celebre
dans le Fleuve de S. Laurent .
Bij
20 MERCURE
des
de l'Anglois , de ces paquets , mais
comme ce ne font la plupart que
nouvelles de Gazettes , dont on eft
affezinformé en France , on s'arrètera
à marquer ici le Refultat d'une
Affemblée extraordinaire tenuë à
Bafton , Capitale de la nouvelle
Angleterre.
De Bafton le 17. Juillet 1702 .
Les Officiers des troupes de la Milice
qui font fur les Frontieres au.
ront foin que leurs Soldats foient
pourvus de a Raquettes , pour aller
fur les neiges.
a Ces fortes de Raquettes approchent
affez de celles dont on fe fert pour jouer
à la paulme , fi on en ôte le manche. Il
y en a en Canada de plufieurs grandeurs
& felon les perfonnes , elles ont com
GALANT 21
munement deux pieds de long fur un de
large à peu prés. Le bois qui retient les
mailles eft épais d'un ou de deux pou
ces , felon la grandeur de la Raquette ,
les mailles font de figure triangulaire ,
faites de lanieres de peaux d'Orignaux ,
mais coupées tres delicatement , les Sauvages
peignent affez fouvent ces Raquetres
en rouge ou en vert. La Raquette
fauvage eft fortifiée en fon travers de
deux petites barres de bois pliant & flexible
pour tenir les mailles en état ; à
l'une des extremite de cette Raquette
eft un trou pour mettre le pied , à coſté
de cette ouverture font de petites courroyes
pour affurer le pied du cofté du
talon , & le tenir ferme.
La Cour de Judicature qui eftoit à
Bela , fera transférée en la a nouvelle
Yorc.
les
a C'est-à- dire à Manhate , que
Canadiens appellent communement la
22 MERCURE
a
Menade ; c'est une Ville affez grande , &
l'embouchure d'une Riviere qui fe jette
dans la mer , proche de l'Ile longue , en
Anglois , long- Ifland .
Il fera accordé à Sa Majesté un
impoft fur les vins & autres boiſſons
qui fe vendent en détail, comme auffi
fur chaque tonneau des Vaiffeaux
qui arriveront dans les terres Angloifes.
Pour chaque befte dans tous les
troupeaux du Pays , on payera certaine
fomme.
La mème Chambre aſſemblée à
Bafton a impofé des Taxes fur les
fonds & biens immeubles , pour le
remboursement des dettes publiques ,
contractées depuis plufieurs années
pour les frais de la guerre.
GALANT 23
Du Port Royal en Acadie
le 27. Septembre 1704.
TN
Le Port Royal , Ville Capitale
de l'Acadie en Amerique , appartenant
aux François , où commande
Mr de Brouillan a esté bloqué par
les Anglois par mer & par terre
durant tout l'Efté. Leurflotte eftoit
compofée de trois gros Vaiffeauxdont
l'un eftoit de quatre-vingt pieces de
Canon , l'autre de quarante cing
& le moindre de quinze , d'une
Galere & d'un affez bon nombre de
petits Navires de charge. Cette
armée navale eftoit commandée par
le Colonel Chevoi & par le Capi.
taine Galop. Tous ces Vaiffeaux
s'étant rangez en ligne devant la
Ville de Port Royal , Chevoi en-
4
24 MERCURE
voya fommer le Commandant
de la
Place de fe rendre , à quoy Mr de
Brouillan n'ayant point voulu entendre
, Amiral de la flote voulut
avoir raifon du refus ; il tint Confeil
, & tous eftant convenus des
fignaux accoutumez
en femblable
occafion , on a moüillé l'ancre dans
la refolution de canonner vigoureufement
le Fort qui défend l'entrée
de la Place ; mais les vents devenant
furieux , les Navires commençoient
déja à chaffer fur leurs
ancres à caufe des courans & rifquoient
de fe brifer dans les coftes
de la Baye Françoife ; ils ont donc
efté obligez de fe retirer. L'Amiral
Chevoi cependant , ayant un ordre
précis de la Reine Anne de s'emparer
de la Place à quelque prix
que cefuft, & confiderant d'ailleurs
que
GALANT 25
que fans la prife du Fort qui couvre
la Ville, tous fes efforts devenoient
inutiles , il fe refolut de l'infulter
& de l'emporter d'affaut , s'il luy
eftoit posible , duft - il luy en couster
la moitié de fon monde . Chevoi
pour venir à bout de fon deffein , ·
fit mettre fes troupes & fon équipage
à terre par le moyen de fes
Chaloupes , & l'ordre eftant donné,
il fit marcherfon armée en Bataille
du cofté du Fort qui eft muni de bons
canons & de bastions à la moderne,
avec des pa'iffades élevées de douze
a quinze pieds , Mr Brouillan averti
de tout parfes efpions , commanda
qu'on ne fift aucun bruit , & qu'on
éteignift tous les feux , deforte qu'ou
ne vist point de fumée en aucune
maniere. Les Anglais ne ſe doutant
de rien , avancerent toujours en bon
Avril 1705 . C
26 MERCURE
ordre , & n'entendant nul bruit ;
ils s'imaginerent que les François
avoient abandonné leur Pofte , &
pris la fuite , lorfque fe trouvant à
la portée d'une carabine de ce Fort,
Mr de Brouillan ordonna aux Cananiers
de faire leur devoir. Aulitoft
les canons chargez de gros cartouches
commencerent à rompre & à
écarter les rangs ; les Bataillons
Anglois firent demi- tour à gauche
& reculerent l'espace de quatre ou
cinq arpens ; neanmoins fe ralliant
par la valeur des Officiers qui les
animoient , fur tout Chevoi lear
General , qui avoit refolu d'executer
les ordres de la Princeffe Anne ,
( il n'y alloit pas moins que de fa
efte ; les foldats :) , foit cointrainte,
foit courage ,fe remirent en marche à
grandpas. Acette feconde attaque
GALANT 27
Mr de Brouillan fit jouer toutes fes
batteries , fon canon fut bien fervi ,
fa moufqueteriefit un effet incroya
ble , les deux tiers des troupes An .
gloifes demeurerentfur la place &
les affiégez ne perdirent que fix
hommes. Les Navires Anglois qui
eſtoient dans la Baye Françoiſe
la vue de Port Royal , pour foutenir
l'armée de terre , furent fort endommagiz,
tant par les vents , par la
tempefte, que par les batteries que le
a Gouverneur de l'Acadie avoit
fait placer avantageusement , &
qui les ruinoient dans la rade où
ils eftoient mouillez
Les Sauvages alliez des François
qui ont efte remoins oculaires de ce
fiege , ont dit à Quebec & ailleurs ,
que de quarante hommes qui eftoient
a Mr de Broüillant.
Cij
28 MERCURE
ن م
1
dans un des Vaiſſeaux des Anglois,
il n'en eftoit resté que dix , & que
de vingt hommes dans un autre , il
ne s'en trouvoit que cinq , & ainfi
des autres Bâtimens à proportion ;
on n'a guere vu de fiege où les Af
fiegeans fe foient battus avec plus
opiniatreté, & où l'artillerie des.
Aliegez aitfait tant d'effet. Malgré
tout cela les Anglois qui combattcient
la en deſeſperez , ſe ſont
vus obligez de ceder à Mr de Brouil
lan qui a défendu le Port Royal en
brave , & engalant homme , quoiqu'il
manquaft de vivres & de munitions
, fur la fin du fiege , le blocus
ayant duré trois mois ou davantage.
1
GALANT 29
;
RELATION
Des Négociations qui fe font
faites dans l'Amérique Septentrionale
, entre les François
, les Sauvages Iroquois
& les Anglois , en 1704.
SIX
Ix Sauvages à du Saut Saint
Louis , ayant efté conduire les b
Aniés ( qui venoient d'un Parti ]
à leur Village , Pitrefculle Major
c d'Orange & Negociateur ordinaire
des Anglois de ce Continent ,
auprés des Iroquois , qui fortoit d'un
a Voy plus haut pag . 1. nombre 7.
6 Sauvages d'une des cinq Nations
Iroquoife , voifins de la neuve IoK.
c Ville dans la nouvelle York
pellée auffi Albanie.
ap-
C iij
30 MERCURE
Village des a Onontaghes , les rencontra
& leur temoigna la joye
qu'il avoit de les voir ; il les invita
de paffer avec luy jufqu'à Orange ,
& cela par un collier qu'il leur
offrit. Comme ces colliers chez les
Sauvages font d'une grande confequence
, & que toute la negociation
du Major d'Orange roule làdeffus
, il eft à propos de dire icy ce
que c'eft.
Les Colliers fi celebres chez les
Sauvages Iroquois font faits de
cinq ou fix aiguillettes , ou lanieres
de peau affez minces , d'Orignal on
b d'autre animal, elles font longues
d'environ deux pieds , mifes l'une
contre l'autre & larges de trois à
a Sauvages d'une des cinq Nations
Iroquoifes .
b Efpeces d'Elan.
GALANT 31
liées enſemble def.
quatre pauces ,
pece
、
,
pace en espace ; dans ces bandelettes
font enfilez des grains d'une ef- ·
de Porcelaine qui vient de la
neuve Iork ou des environs ils
font blancs & bleus percez dans
leur longueur & grafierement ar
rondis ; ces fortes de Colliers chez
les Sauvages de Canada fervent
pour les negociations & de la paix
& de la guerre , & les François
comme les Anglois dans l'Amerique
Septentrionale ne sçauroient rien
terminer auprés des Sauvages fans
ces Colliers ; ce font les monumens
des revolutions qui arrivent dans
ces vaftes Contrées , & les marques
certaines de tout ce qui s'y estpaßé ,
fur tour chez les Iroquois , Nation la
plus connue & dont les Chefs font
comme les garans de ces Colliers.
C.iiij
32
MERCURE
On les voit fufpendus dans l'urs
Cabanes , & ils ne manquent point
de vous dire à point nommé ce que
fignifient tels & tels Colli rs attachez
au haut de leurs habitations
y en eut - il trente. Leurs enfans même
font informez de cela dés leur
plus tendre enfance , & cela forme
comme une espece de tradition chez
des Peuples qui n'ont point d'écriture
, pour tranfmettre à la pofterité
ce qui s'eft paẞé de memorable chez
cux. Revenons au Major d'Orange .
Premier Collier.
Son Collier ayant efté refufé , il
invita les Sauvages ( Onontaghes
& Afniés ) de venir du moinsjufqu'à
a Corlard avec lay , ce qu'ils
firent.
a Petite Place de la Nouvelle York,
GALANT
33
qui fut prife il y a quelques années par
Mr d'Yberville , on la rendit quelque
temps aprés aux Anglois .
Second Collier.
Ces Sauvages eftans arrivez à
Corlar, Pitrefculle leurdit ; j'ay été
furpris d'apprendre que a tu as
b levé la Hache contre moy
( c'eft à dire les Anglois dans fa
perfonne ) j'en fuis affuré , mon
Camarade le Sononthoüan me
l'a dit (celafignifie les Sononthoüans
a Le Negociateur Anglois fe fert du
Atile fauvage qui tuteïe par tout.
b Cela veut dire que tu m'as declaré
guerre.
la
Les Sauvages fe fervent affez fouvent
du fingulier pour le pluriel , &
Pitrefcule qui fçait le tour de la langue
Iroquoife , s'y conforme.
34
MERCURE
me a l'ont dit ) A quoy penfes tu ?
Tu n'és qu'une poignée de
monde. Je fçai que c'eft toy qui
as levé la c Chaudiere par trois
fois que veux- tu faire ? Quand
tu feras mort , c'eft pour toûjours
; il n'en eft pas de même de
l'Anglois & du François , c'eft
comme l'herbe que l'on fauche ,
elle revient. Nous avions conclu
que tu te contenterois de la
Chaffe, & que tu ferois toûjours
libre d'aller & venir chez le
François & chez nous ; cepena
Sonontouans font une des cinq
Nations Iroquoifes , proche le Lac Outario
, ou de Frontenac.
b Le Major d'Orange parle à toute
la Nation en la perfonne de ces Sauvages
, & felon le genie de leur langue,
e Cela fignifie que tu as quitté ta
Cabane pour aller en guetre.
GALANT 35
dant tu nous fais la guerre ..
Parce Collier ( c'est le second qu'il
leur prefente ) a j'enterre la Hache
avec quoy tu me frapes
afin que tu ne frapes plus aucun
de ma Nation , ny moy 、´
Troifiéme Collier.
Retire- toy de c Montreal
& toy du Saur ; j'en dis autant
à tes Freres de la Montagne de
Pour mieux comprendre la maniere
de faire la guerre chez les Sauvages de
Canada , voyez ce qu'on en a donné au
Public dans le Mercure Galant de Janvier
1705.
b C'eft toûjours Pitrefculle qui parle.
Le Negociateur Anglois parle à
quelques Sauvages de l'Ile de Montreal
& du Saut de S. Louis , qui eftoient devant
luy.
36 MERCURE
Ï'Ifle de Montreal & du Saut au
Recolet , Choifi icy une terre ,
je t'en laiffe le maiſtre ; ce Payscy
eft à toy , je m'en retireray
quand tu voudras pour t'en laiffer
prendre poffeffion . Confide
re que ce n'eft pas de même chez
les François , car lors que tu
veux parler à a Onnontio , il
t'impofe filence & te dit tai toy ,
& icy tu parles & tu dis ce que
tu veux .
Quatriéme Collier.
Si je vois (le Negociateur An
glois continue de parler aux Sauvaa
Nom que les Sauvages de Canada.
donnent aux Gouverneurs generaux de
la Nouvelle France , & même aux Gouverneurs
particuliers.
GALANT 37
ges , un Anglois mort , je verray
que tu n'a pas écouté ma voix .
On remarquera que Pitresculle eft un
rufé & un homme habile dans fon
métier , poßedant le ftile Sauvage
qui eft figure ,file qui dit beaucoup
parce qu'il laiffe beaucoup à penfer.
Ce difcours fur ces quatre premiers
Colliers & fur les deux fuivans fi
rent impresion fur l'efprit des Iro
quois , comme on le verra dans la
fuite , torfque ces mêmes Sauvages
le vinrent rapporter au Gouverneur
de l'Ile de Montreal.
Cinquiéme Collier .
Je n'ay pas fait de même ,
a C'est toujours le Major d'Albanic
ou Orange.
38 MERCUR
Corlarda m'a voulu perfuader
deb donner la Hache aux Iroquois
mes Freres ; j'ay toûjours
differé , & je ne le feray pas encore
, que je ne voye de quelle
maniere tu te comporteras.
Sixième Collier.
Un Parti François s'eftoit formée
contre moy, & un des leurs
m'a informé , un Soldat deſerteur ,
de la force de ce d Parti , fi on
a C'eft le nom que les Iroquois donnent
aux Gouverneurs de la Nouvelle
York. C'eft auffi le nom d'une petite
Ville de la même Province.
b Cela fignific porter les Iroquois à
faire la guerre.
c Maniere de parler Sauvage ; c'est- àdire
, contre les Anglois.
d Ce Parti eftoit commandé par Mr
de Beaucour : on en a parlé ci-deffus.
GALANT
39
en fait encore un autre , un
de ces François viendra me le
dire , & je fuis preft à le recevoir
.
Ce difcours de Pitrefculle fur lesfix
colliers , fini , le Chevalier de Rameze
, Gouverneur de Montreal ,
qui les Iroquois venoient de le rapporter,
a demandé à tous les Sauvages
qui eftoient devant luy , ce qu'ils
en penfoient , afin de lefaire fçavoir
à leur Pere , c'eft ainfi qu'ils appellent
le Gouverneur general de
Canada , fur tout depuis feu Mrle
Chevalier de Callieres , qui ménagea
nne Paix entre treize nations
Sauvages avec une prudence & une
Sagefe admirables. )
A quoy les Iroquoisont répondu
qu'il fit inceffamment partir
quelqu'un , pour apprendre à
40 MERCURE
"
Onnontio leur a Pere , ce que
fignifient les Colliers qu'ils mettent
en depoft à la montagne
qui eft le b centre des Villages,
( Sauvages s'entend ) où ils s'affemblerent
avec les e Algonquins
pour prendre avis de tous ,
& qu'ils le prioient de lay ena
M le Marquis de Vaudreuil , Gouverneur
general de la Nouvelle France.
b Village de quinze à vingt Cabanes ,
compofé de Hurons , Iroquois , & c.
attenant lequel eft un Fort de pierre ,
Aanqué de quatre Tours rondes , bâti
par M' de Belmont . Il n'eft qu'à demylieuë
de Montreal , Ville dans l'Ifle du
même nom.
c Nation Sauvage differente des Iroquois
vagabonds ; elle eft prefque toute
entiere à une Miffion de Mts de Saint
Sulpice , dans l'Ifle de Montreal , appellée
Lorette.
GALANT: 41
voyer le refultat de leur Conference.
SUITE
Touchant les Negociations
entre les François & les
Iroquois .
Du 11. Septembre 1704.
a Sakafiongo adreffant laparole
au Chevalier de Ramezé , Gouver
neurde Pile & Ville de Montreal
au nom des Sauvages da b Saut S.
a Sauvage député.
b Ce font autant de Villages ou Mif-
Lions de Sauvages Catholiques , on a
parlé dans le cours de cette Relation de
leur fituation ; celuy du Saut aux Recolets
eft ainfi nommé à caufe que dans
Avril 1705
. D
42 MERCURE
l'endroit où eft une Caſcade dans la
Riviere , dite des Prairies , un Religieux
de cet Ordre y tomba de fon Canot
dans l'eau. Ces fortes de dénominations
font communes en Canada : on
pourroit en apporter plufieurs exemples
, mais on croit que le Lecteur ſe
foucie peu de cela. 1
Louis , de ceux de la montagne,
& du Saut au Recolet , a dit :
1. Tu nous demandas hier
noftre penſée fur les fix Colliers
, nous répondrons enfuite
au a huitième , à l'égard du fe .
cond , par lequel il nous ôte la
Hache ( Pitrefcalle ) nous nous
fommes affemblez cette nuit à b
a On voit par là combien les Sauvages
font d'attention à ce qui fe dit fur
ces Colliers , & de combien d'importan
ce ils font.
b Miffion de Sauvages Catholiques
dont ont foin Mrs de S. Sulpice ,
GALANT
43
la montagne , & nous avons
refolu tous enfemble de mettre
ala Hache à terre, & defufpendre
à faire fi toft des Partis.
2. Nous avons la peníée de
faire fçavoir au plutoft à Pitref
culle , par quelqu'uns des nôtres
qu'il exhorte les Anglois fes fre
res de mettre la Hache bas &
qu'il ait à fe rendre ici pour
negocier la Paix.
4. b Onnontio nous a deffendu
d'aller à Orange , nous avons
écouté fa voix , & noftre jeuneffe
a ordre des Vieillards nos.
a Tour de langage Iroquois , qui fignifie
finit la guerre,
b Mr le Marquis de Vaudreuil .
c. Les Sauvages regardent comme des
oracles , tout ce que difent leurs Vieillards.
Dij
44 MERCURE
peres , d'aller du coſté de a Baf.
ton .
4. b Cheoigotegondè dit à
Onnontio qu'il a embraffé la
Paix avec Pitrefculle , & qu'il
exhorte fort Onnontio de la
conferver & de ménager l'Iroquois
; c'eft pourquoy il a fait
aller la Jeuneffe du cofté de
Bafton .
Réponse au troifiéme Collier.
Pitrefcule m'a offert ( ce font
les Iroquois Deputezreprefentans les
a Capitale de la Nouvelle Angleterre .
b Autre Iroquois Deputé.
Les Sauvages depuis vingt ans jufqu'à
foixante , fe vantent tous d'eftre
guerriers , aprés lequel temps , ils font
regardez comme Vieillards .
GALANT
45
cinq Nations qui parlent ) d'aller
demeurer en a fon Pays , & de
me l'abandonner pour m'en laiffer
prendre poffeflion , mais cela
ne me fait point d'impreffion ,
je veux vivre & mourir où j'ay
efté b baptifé , & où je me mets
genoux pour faire la priere ,
Réponse de Mr le Chevalier
de Ramézé , Gouverneur de
Montreal , à ces Colliers , fur
le champ .
Je fuis bien aife , mes enfans,
a Voy au troifieme Collier le difcours
dudit Pitrefculle , fur les fix Colliers de
fa negociation.
b Ce font les Sauvages des Miffions de
Mrs de S Sulpice & des Jefuites qui par-
Ient ainfi.
Les Sauvages regardent les Gouver
acurs François , comme leurs Peres.
46 MERCURE
que vous n'écoutiez pas la propofition
que vous fait Pitrefculle
, d'aller demeurer avec luy
le a Grand- Esprit vous benira
de vouloir refter où vous avez
efté baptifez , puifque c'est l'endroit
qui vous procurera le falut
.
Vous vous égarez ( le Gouverneur
de Montreal continuë de parler
aux Deputez des cinq Nations Iroquoifes
lors que vous écoutez
une mediation entre b Onnontio
& Pitrefculle ; cela fait
voir que vous ne fçavez pas nos
a Maniere de parler Sauvage qui veut
dire , Dieu. Il faut fe conformer au genie
de leur langue , pour les gagner.
b Le Gouverneur general de la Nou
velle France.
Le Major d'Orange.
GALANT 47
manieres de France ; c'eft le Roy
que vous appellez Onnontiogoa
& celuy d'Angleterre , qui font
les maiſtres ; je vous exhorte
neanmoins d'écouter Onnontio
, qui eft à Quebec , écoutez
fa a voix par ma bouche ; & pour
vous donner de l'efprit , je
vous confeille de ne rien terminer
dans vos Affemblées que
Vous n'y appelliez les e Robes
noires , qui vous aideront à pro
ceder regulierement . Mes enfans
, je vous y exhorte.
Je vais faire partir fans delay
un Canot , pour apprendre toua
Stile Sauvage.
b Cela veut die , pour vous faire
agir prudemment.
Les Miffionnaires de S. Sulpice &
les RR. Peres Jefuites.
48 MERCURE
tes chofes à Onnontio , qui eft à
Quebec . N'allez point à Orange.
4
Vous devez eftre perfuadez ,
mes enfans, qu'Onnontio fera
en forte de maintenir la Paix
avec les Iroquois vos Freres.t
Refultar.cont
dandi A 207 2156 1
Cheoitegane , Sauvage Iroquois
Deputéde fa Nation , a repliqué de
cette maniere an Gouverneur de
Montreal, au nom de tous les Sauvages
qui s'eftoient aſſemblez pour
negocier la Paix .
b C'eft fort bien fait à toy ,
a Les Sauvages - nos Alliez , les Sononthoüans
, & les Onnontaghes.
Les Sauvages Alliez des François
appellent auffi Onnontio & leur Pere ,
Onnontio ,
GALANT
49
le Gouverneur de Montreal ; c'eft pour
cela qu'il les à appellez , comme on a vû
cy-deffus , mes enfans .
Onnontio , de nous arrêter &
de nous parler comme tu fais :
nous ouvrirons nos oreilles pour
entendre ta voix . Si nous avions
deffein d'aller à Orange , c'eſtoit
pour nous difculper auprés de
Pitrefculle , de ce qu'il nous accuſe
d'avoir déterré a la Hache.
Tu fçais que c'eft toy qui nous
a commandé de b quitter nos
nattes. A prefent tu nous deffends
de dreffer nos pas vers
Orange , nous écoutons ta voix ,
& nous perdons la penfée que
nous avions d'y aller. C'est ainsi
que finit la Negociation de 1704.
a C'eſt à dire , renouvellé la guerre.
b Cela signifie faire la guerre
Avril
1705.
E
50 MERCURE
entre les François , Iroquois , & les
les Anglois.
De Quebec le 25. Octobre 1704.
Il est arrivé icy deux Vaiffeaux
de l'Acadie pour demander à Mr le
Marquis de Vaudreüil Gouverneur,
des munitions de guerre & de bouche
&des Troupespourfaire une defcente
du cofté du Fort de S. Jean en
l'Ifle deTerre- neuve . Le bruit court
icy qu'on ira cet hyver rendre vifite
aux Anglois : le Partyfera , dit-on,
de quinze cent hommes.
a
Le plus confiderable d'entre les
morts de Canada , cette année a esté
Mr de ↳ Maricourt , qui a voulu
a Ce Fort eft aux Anglois , à l'Eft de
Terre-neuve .
b Capitaine d'une Compagnie en Ca.
GALANT
nada. Il eftoit frere de Mr le Chevalier
d'Iberville , fecond Jean Barth. Mr de
Maricourt eftoit le Negociateur des
François auprés des Sauvages. Le ficur
de Junquieres luy a fuccedé , il a eſté
Capitaine des Gardes de feu M' de
Caillieres.
2
fuer à la Sauvage.
a Dans un lieu couvert de peaux on
autres chofes , on met huit ou dix gros
cailloux tout rouges & en feu , fur lefquels
on répand de l'eau de vie. Aprés
avoir y avoir reſté un inſtant , ( car on
fuë d'abord extraordinairement ) on va
fe jetter chaudement dans un lit.
Les Princes de Caftiglione
ont eu l'honneur de faluer le
Roy à Verfailles . Ils defcendent
du cofté des femmes de
E ij
52 MERCURE
la Maifon de Caftiglione de
Milan , qui a donné un Pape à
à l'Eglife , fous le nom de Celeftin
IV. ( Geoffroy de Caftiglione
) Innocent IV . fit Cardinal
un Seigneur de cette
Maiſon en 1244. & Jean de
Cattiglione , Evêque de Pavie ,
eftoit auffi Cardinal à peu
prés dans le même temps . Le
Pape Nicolas V. l'envoya en
Allemagne avec la qualité de
Nonce. Calixte III . luy donna
la Pourpre Romaine en
1456. & Pie II . le chargea de
la Legation de la Marche d'Anconne
, & il mourut à MaceraGALANT
53
ta le 14. Avril 1460. Ange
Caftiglione , Carme à Genes ,
où il mourut en 1584. laiſſa
divers ouvrages , & entr'autres
des Sermons , dont Poffevin
Soprani & Juftiniani ont fait
une honorable mention . Mais
celuy qui a encore fait beaucoup
d'honneur à cette Maifon
eft le Cardinal Brando Caftiglione
, qui vivoit dans le
quinziéme fiecle , & qui fut un
des plus grands Jurifconfultes
de fon temps. Jean Galeas ,
Duc de Milan , qui le confideroit
beaucoup , luy procura
une Chaire de Profeffeur en
E uj
54 MERCURE
Droit dans l'Univerfité de Pavie
. Depuis eftant allé à Rome
& s'y cftant fait connoiſtre par
de grands fervices qu'il rendit
au S. Siege , Gregoire XII. le
fit Evêque de Plaifance , & Jean
XXIII. le mit au nombre
des Cardinaux en 1411. Le Pa
pe Martin V. l'envoya Legat
en Allemagne , & Eugene I V.
l'employa en Lombardie , où
il mourut en 1443. âgé de
quatre-vingt-treize ans . C'eft
de Caftiglione delle Stivere ,
Ville d'Italie fur les frontieres
du Mantoüan , avec titre de
Principauté , dont les Princes
GALANT 55
de Caftiglione qui donnent
lieu à cet Article , portent le
nom . Ils font de la Maifon de
Gonzague dont je vous ay par
lé fi fouvent. Cette Ville eft
Capitale d'un petit Pays , &
c'eft une Place forte entre Mantoüe
& Brefce. Il y a pluſieurs
autres Villes du nom de Cafti-'
glione .
Les Princes qui ont eu l'honneur
de faluër le Roy , ont cfté
prefentez à Sa Majesté par
Monfieur le Duc d'Albe . Čes
Princes vont en Eſpagne. Il
n'y a point à douter qu'ils n'y
foient bien reçus , puifqu'au
E j
56 MERCURE
commencement de la guerre
prefente , ils ont les premiers
reçu dans leurs Places les Troupes
des deux Couronnes.
Le Roy d'Eſpagne a donné
le Regiment de Don Ignatio
de Villacis à Don Fernando de
Paz , qui en eftoit Lieutenant
Colonel. Ce Gentilhomme eft
allié aux meilleures Maiſons
d'Efpagne. Il a l'honneur d'appartenir
à celles de Grimaldi
& de Grimani , toutes deux Italiennes
. Celle de Grimoard
établie dans le Gevaudan depuis
quelques ficcles , le reconnoift
auffi pour fon allié . HerGALANT
· 57
vé , Archevêque de Reims dans
le dixième fiecle , & qui s'employa
utilement pour retenir
les Normans dans la Religion
Catholique , écrivit une Lettre
à Jerôme de Paz pour luy
demander du fecours contre
fes ennemis. Il le traite de
Parent dans cette Lettre.
C'est ce Prelat qui couronna
dans Reims Robert , rival &
competiteur de Charles le Simple.
Ce Prelat mourut trois
jours aprés cette Ceremonie .
Plufieurs ont cru que cet Archevêque
eftoit frere d'Adon ,
Seigneur de Châtillon fur Mar58
MERCURE
ne , & par confequent que la
Maifon de celuy qui donne lieu
à cet article eft alliée à celle de
Châtillon fur Marne , qui eft
une des plus illuftres du Royaume.
L'Officier dont je parle a
donné en diverfes occafions
des marques de fa valeur. Il ſe
trouva à la Bataille de Luzzara ,
où il reçut des louanges du Roy
d'Eſpagne fur l'intrepidité qu'il
marqua dans cette glorieufe
Journée.
Le bien qu'on vous a dit
de la Harangue faite à Monfieur
le Maréchal de Villars par
GALANT $9
les Etats de Languedoc , avant
fon départ de cette Province ,
vous a obligé de m'en demander
une Copie . Je n'ay rien oublié
pour vous fatisfaire , cependant
on m'a affuré qu'il
manque quelque chofc à la
copie que je vous envoye ;
neanmoins cette harangue m'a
paru fi belle , quelque defectucufe
qu'elle foit , que j'ay crû
vous la devoir envoyer.
60 MERCURE
HARAN GUE
Faite à Monfieur le Maréchal
de Villars , aux Etats af
femblez à Montpellier
.
MONSEIGNEUR,
Nous venons mêler nôtre joye
à celle que vostre prefence inspire
à tous les Ordres de cette Ville.
C'est à l'Eglife principalement de
fe réjouir , à la vue de celuy que le
Ciel luy donne pour deffenfeur , &
qui comme un autre Macchabée ,
aprés avoir humilié les ennemis
a
GALANT 61
de la Patrie , vient de confacrerfes
mains triomphantes à reparer les
ruines du Sanctuaire.
Apeine eftes vous arrivé dans
cette Province , qu'on y voit tout
changer de face . Le doigt de Dieu
-paroift par tout ; on n'a pas beſoin
d'employer la valeur des Troupes
accoûtumées
à vaincre , la feule
·prefence de leur General envoyé
par le Dieu des Armées , fuffit
dans les lieux où il fe prefente
pour en chaffer l'efprit de revolte
defanatifme. Cet efprit furieux
,fourdjufqu'alors , débouche
peu à peu fes oreilles il fe laiffe
charmer à la voix du Sage en- a
62 MERCURE
chanteur ,fon venin fe diffipe , &
aprés avoir quitté le deffein de nuire
aux autres , il perd enfin le
courage de fe deffendre luy-même.
Nous nous bornons aujourd'hui ,
Monfeigneur , à ce grand événement
, parce qu'il eft le plus glorieux
de votre vie , & le plus
digne de nos louanges . Nous laiffons
à une autre éloquence à s'étendre
fur d'autres fujets. Pour
nous , nous nous arreftons à celuy
dont la memoire fe confervera
dans cette Province , autant que
la vraye Religion , & qu'il y aura
des Autels dreſſez à l'honneur
du Dieu vivant : nous auronsfoin
GALANT 63
de
tranfmettre à nos
Succeßeurs
precieux fouvenir de cette Hiftoire
memorable , nous leur apprendrons
en même temps , Monfeigneur
, les fentimens de la vive
& de la parfaite
reconnoiffance ,
dont nousfommes penetrez , auffi
bien que la profonde veneration
que nous conferverons
toûjours
pour voftre Perfonne .
Mr François Petit de
Ville-neuve , Confeiller honoraire
de la Cour des Aides , mourut
dans cette Ville le mois
paffe.Depuis qu'il s'eſtoit démis
de fa Charge , il ne paroiffoit
64 MERCURE
plus occupé que des pensées du
Ciel , & c'eft dans ces faintes
reflexions qu'il a terminé ſa
vie . La Maifon des Petit eft fort
étenduë & tres- confiderable
en cette Ville . Guillaume Petit
, Dominicain , & natif d'Evreux
, vivoit fur la fin du quinziéme
fiecle. Il fut Confeffeur
de Louis XI, & de François I.
Il fut enfuite Evêque de Senlis
& puis de Troyes en Champagne.
Jean Petit , celebre
Docteur de la Faculté de Theologie
de Paris , vivoit au commencement
du même fiecle .
Son attachement pour la MaiGALANT
65
fon de Bourgogne a fait tort
à fa reputation . Il fit l'Apologie
du meurtre commis en la
perfonne de Louis de France ,
Duc d'Orleans . On peut lire
là - deffus Juvenal des Urfins .
Pierre Petit Parifien , & Medecin
de la Faculté de Montpellier
, n'a pas moins fait d'honneur
à ce nom . Son Traité de
· la Sybille dont il eft parlé dans
un des trois premiers Effais de
Litterature , eft fort eftimé.
Meffire N ..... d'Albon ,
Chanoine de Saint Jean , &
Comte de Lyon , & Abbé de
Mozac en Auvergne , eft mort
Avril 1705. F
66 MERCURE
dans un âge tres - avancé Il y
a dans l'Eglife de Saint Jean de
Lyondes Comtes de trois branches
differentes de l'illuftre Maifon
d'Albon. Celle dont fort
le Comte qui vient de mourir
Celle d'Albon Saint
Forgeux , dont eft M' l'Archidiacre
de Saint Jean frere
de M' le Marquis d'Albon , qui
avoit époufé l'heritiere d'une .
branche de la Maifon de Crevant
, qui eftoit Dame d'Yvetot
; & celle dont eft M' le
Comte de S. Marcel d'Albon.
Cette Maiſon ſubſiſte en diverfes
branches. Jean d'Albon
GALANT 67
fieur de S. Forgeux & de Saint
André , laiffa de Guillemette de
Laire fon épouſe , deux fils
Guillaume d'Albon , fieur de
S. Forgeux , pere d'Antoine ,
d'où font venus les Marquis
de Saint Forgeux , & Gilles
fieur de Saint André , lequel
d'Anne de la Paliffe , cut Guichard
d'Albon fieur de S. An-
• dré. Celuy-cy épouſa Anne de
Semur , & après la mort de
cette Dame , il fe remaria avec
Catherine de Talaru . Du premier
mariage il cut Jean d'Albon
, Chevalier de l'Ordre &
Gouverneur du Lyonnois , le
Fij
68 MERCURE
quel de Charlotte de la Roche
eut le Maréchal de S. André.
Guillaume qui fit la branche
de S. Forgeux , fut pere d'Antoine
, Archevêque de Lyon.
Ce Prelat fut la terreur des Proteftans
. Dans le defir qu'il eut
d'abolir , s'il cuft pû , la doctrine
des Religionnaires , il fit une
exacte recherche de tous leurs
Livres , & les fit brûler publi- •
quement. L'Eglife de Lyon
outre ce Prelat , a eu dix-fept
Comtes de cette Maiſon , entre
lefquels il y a eu deux
Doyens , & fix Abbez de Savigny.
GALANT 69
Madame la Comteffe de
Lamberg , épouse de M' le
Comte de Lamberg , Ambaffadeur
de l'Empereur à Rome,
eft morte à Vienne de la petite
verole. Elle eftoit foeur de Madame
la Comteffe de Hoyos.
Cette Dame eftoit d'une tresgrande
Maiſon , &par fon mariage
avec M le Comte de
Lamberg , elle eſtoit entrée
dans une tres - grande , puifqu'on
croit M le Comte de
Lamberg forti de la même Maifon
dont eftoit Saint Lambert
Evêque de Tongres & de Maftricht.
C'eft une Famille du
70
MERCURE
7༠
Pays de Liege , & qui y a toûjours
tenu un rang tres - confidcrable.
Ce Saint Prelat dés
l'âge de vingt - un an fut élu
pour remplir le Siege Epifcopal
de Tongres , transfere alors
à Maſtricht. Childeric II . Roy
de France , informé du merite
de ce faint Homme , voulut
l'avoir auprés de luy pour fe
fervir de fes avis dans le gouvernement
de fon Etat ; mais
aprés la mort de ce Prince , il
fut chaffe de la Cour par les
feditieux , & privé même de
fon Evêché. Il fe retira alors
dans le Monaftere de Stavelo ,
GALANT 71
4
fur les limites de fon Dioceſe ,
où il demeura ſept années entieres.
Enfin Pepin de Heriſtel
Maire du Palais , le rétablit
dans fon Siege. On croit que
Lambert natif de Schawembourg
, Religieux de l'Ordre de
Saint Benoift, & qui vivoit dans
le onzième ficcle , eftoit de cette
même Maiſon . Il a compofé
une Hiftoire depuis la creation
du Monde jufqu'en 1077. ου
il vivoit.
Dame Marguerite Potier de
Novion , veuve de M Charles
Tubeuf , Maiftre des Requeſtes
, mourut le mois der72
MERCURE
し
nier ; elle étoit petite niece de
René & Auguftin Potier , frequi
ont efté l'un aprés
res
l'autre Evêques & Comtes de
Beauvais. René a efté un des
plus fçavans hommes de fon
temps. Il avoit une tres- belle
Bibliotheque , & il mourut en
1616. Auguftin fon frere, luy
fucceda & fut grand Aumônier
de la Reine Anne d'Autriche
, en la faveur de laquelle
il eut beaucoup da part. André
Potier leur frere , fit la
branche de Novion . Il fut
Confeiller & puis Preſident au
Parlement de Bretagne ; le
Prefident
GALANT
73
2
mort ,
Prefident de Blancmenil fon
pere , fe défit en ſa faveur
de la Charge de Preſident à
Mortier au Parlement de Paris ,
& il l'exerça jufqu'à ſa
arrivée en 1645. Il avoit épou
fé en premieres noces Anne
de Lauzon , fille de Michel , S
d'Aubervilliers , Confeiller au
Parlement ; & en fecondes, Catherine
Caveliert . Feu Monfieur
de Novion , Premier Prefident
au Parlement de Paris ,
étoit fon fils. M' Tubeuf étoit
fort eftimé dans le Confeil ,
fa famille eft fort ancienne, &
elle a donné divers Officiers
G Avril
1705.
74 MERCURE
aux Cours Souveraines de
cette Ville.
Dame Catherine de Saint
Aniant, épouse de Mr Arnoul
Jean - Baptiste Garnier , Chevalier
Seigneur Defalins, Clanleu
& autres lieux , mourut
dans le mois dernier . Cette
Dame étoit fortie d'une ancienne
famille qu'on croit avoir
pris fon nom d'une petite
Ville du Comté de Flandres .
à quatre lieues de Tournay ,
& qui eft fur la riviere de Scarpe
, & dont les François font
les maiftres depuis 1667. Le
Roy en fit couper la Foreſt
1.3
GALANT 75
-
Son
qui commençoit fur les Frontieres
de Flandres , & s'étendoit
dans le Hainaut jufqu'auprés
de Valenciennes
. La Dame qui
donne lieu à cet Article étoit
generalement cftimée .
époux eft forti d'une Maiſon
qui eft auffi tres ancienne.
Plufieurs perfonnes de fon
nom ont porté avec honneur
les armes pour le fervice de
l'Etat . Jerôme Garnier fetrouva
à la bataille de Fornoüe.
II y a une famille de ce même
nom dans le Parlement de
Dombes , dont M² l'Avocat
General de ce Parlement eft le
Gij .
76 MERCURE
Chef. Et tous ceux qui en font
fe font fait eftimer beaucoup
dans les fonctions de leurs emplois.
re
Dame Therefe de Jallet ,
veuve de Me Jean Claude de
Breffey , Comte de Welfrey ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & Gouverneur de
Bar-fur- Aube , mourut dans
le mois dernier. Je vous parlai
amplement de ce Seigneur
lorſqu'il mourut il y a environ
dix fept ou dix-huit mois. Il
fuffit de remarquer que fa Maifon
eft tres- confiderable dans
la Franche Comté, où elle atoûGALANT
77
jours tenu un rang tres- diftingué.
Son époufe qui fait le fujet
de cet Article ne luy a pas
furvêcu long-temps . C'étoit
une Dame d'un merite generalement
reconnu , & qui joignoit
à une folide picté des lumieres
fort étenduës . Sa Maifon
cft connue par de bons
endroits. Ceux de ce nom qui
ont porté les armes , ou qui ſe
font engagez dans l'état Ecclefiaftique
luy ont également
fait honneur. Il s'eft peu paffé
d'actions en France où l'on
n'ait vû des perfonnes de cette
famille fe diftinguer. Ceux qui
G
iij
78 MERCURE
en font encore aujourd'huy ,
continuent à faire éclater leur
zele pour le fervice du Roy
ou pour celuy de l'Eglife ;puifqu'il
y a en dans les troupes de
Sa Majefté & dans l'état Ecclefiaftique.
Je vous aurois fait part de
cette Lettre dés le mois paffé ,
fi elle ne m'euft point efté envoyée
trop tard.
Vous avez apris,Monfieur , la
mort d'un des plus grands Prélats
du Royaume , comme je le connoiffois
plus particulierement que
GALANT 79
perfonne par l'honneur quej'avois
de l'approcher plus fouvent , auffi
en ai-je efté penetré ,plus que je ne
fçaurois vous l'exprimer , c'eft
Monfieur l'Archevêque d'Auch ,
dont je vous parle. Il s'appeloit
Anne Triftan de la Baume de
Suze , &fa Maiſon eft une des
plus anciennes & des plus illuftres
du Royaume. Feu Monfieur
d'Auch s'eft avantageufement dif
tingué dans tous les Poftes quil a
remplis.Il s'aquit beaucoup de repu
tation à Rome étant Abbé de Suze,
ily accompagna Monfieur leDuc de
Chaulne , dans une defes Ambaffades.
Auffijoignoit- il à fa haute
Giiij
80 MERCURE
naiſſance une grandeur d'amefurprenante,
un profondfçavoir , une
penetration infinie , une éloquence
naturelle qui luy gagnoit tous les
coeurs , unefermetéinebranlable
dont il a donné des marques dans des
conjonctures tres delicates . A fon
retour de Rome , le Roy dont le
difcernement eftfi jufte , perfuadé
de tout le merite de Mr l'Abbé
de Suze , le nomma à l'Evêché
de Tarbe , & peu de temps aprés
à celuy de S. Omer. Ce Diocefe
eftoit tout nouvellement fous la
domination du Roy , Mr de Suze
fe fervit de tous fes talens pour
rendre les Peuples de fon Diocefe
GALANT 81
<
e
auffi bons François que ceux qui
•eftoient nés fujets de Sa Majesté.
Il y reuffit fi parfaitement qu'il
trouva les moyens de concilier
l'autorité les interefts du Roy
•avec ceux de ces peuples en s'acom
modant à leurs moeurs & à leurs
ufages. Ilprefidoit aux Etats d' Artois,
illefaifoit toujours à lafatisfa
ction de la Cour, & de ces peuples
nouvellement conquis. Ces devoirs
n'eftoient pas les feuls qu'il s'atta
choit à remplir , ceux de l'Epifcopat
ne luy estoient pas moins precieux
, & perfonne ne s'y appliquoit
mieux que luy ; ce fut par
cette raifon que le Roy le nomma
82 MERCURE
> à l'Archevêché d'Auch l'un
des plus grands & des plus confiderables
du Royaume. Les peuples
du Diocefe qu'il quittoit
furent inconfolables defa perte , r
ils ont toujours confervé une veneration
extraordinaire pour leur
ancien Paſteur. Ce grand Prelat
devenu Archevêque d'Auch s'appliqua
tres - attentivement à ramener
les nouveaux Convertis. Le
fuccez répondit à fes foins & l'on
en fut redevable à fon genie fuperieur
, à fa profonde capacité , à
fa tendreffe & àfa charité pour
Ses peuples & aux manieres
liantes & aifees , avec lesquelles
il fçavoit fi bien s'infinuer dans
GALANT 83.
& qui
leurs efprits & dans leurs coeurs .
Il acheva deperfectionerfon Seminaire
qui fert à toute la Province
Eclefiaftique d'Auch
peutpafferpour un des plus reglez
du Royaume par le bon ordre
qu'il y a mis ,& que les R. P.
Jefuites qui en ont l'adminiſtration,
obfervent avec la derniere exactitude.
Il établit le Concours dansfon
Diocefefuivant les regles du Čoncile
de Trente , afin que les Cures
n'en fuffent données qu'aux meil
leurs fujets & aux plus capables
de conduire les peuples à la perfection
Chrétienne. Il s'eft trouvé à
plufieurs Affemblées du Clergé&
84 MERCURE
toute la France à esté témoin de
la maniere vive & fermeavec
laquelle il y a foutenu les interefts
de la Religion & de l'Eglife,
dont il avoit l'honneur d'estre un
desprincipaux Chefs.
Fay encore à vous parler ,
Monfieur, de la mort du troifiéme
fils de Mr d'Efgrigny Intendant
des Armées du Roy en Italie. Il
a été tué au Siege de Verüe &
emporté d'un boulet de Canon
prefque fous les yeux
de Mr fon
Pere ; ily avoit prés de trois ans
qu'ilfervoit , & cependant il n'en
avoit que quinze , le Roy venoit
de le faire Capitaine dans le ReGALANT
85
giment de Bourgogne , avec une
diftinction tres glorieuse pour Mr
fon Pere , auffiny a-t-il jamais eu
d'Intendant plus devoué aux interefts
de fa Majefté , ny qui fe.
foit trouvé dans une conjoncture
plus propre à le marquer , puifque
avant la mort de ce jeune
Capitaine , il avoit avec luy au
fiege de Verüe les troisfeuls garçons
qu'il ait , l'aîné à vingt un
Colonel , qui a esté bleſſe
trois fois au même fiege , & qui
fert avecbeaucoup d'honneurdepuis
le Siege de Barcelone , le fecond
Capitaine de chevaux à dix huit
ans qui n'a pas moins d'applicaan
,
86 MERCURE
tionpour le fervice , & ce dernier
qui vient d'estre tué & qui promettoit
infiniment. Mrd'Efgrigny
4foutenu cette perte avec beaucoup
de fermeté. Vous fçavez qu'il
afervi luy même & qu'il en porte
de glorieufes marques ; mais pour
cela la nature ne perd point fes
droits , la douleur qu'il a re
fentie , a beaucoup moderé lajoye
qu'il avoit du mariage qui vient
de fe faire de Mlle fa Fille ,
jeune perfonne tres-aimable , tresfage
, & qui aparfaitement bien
répondu à l'éducation
donnée Madame d'Efgrigny
fa
mere ; elle vient d'epoufer Mr de
que
luy
refa
GALANT 87
Giffart d'Anvecourt d'une des
meilleures des plus anciennes
maifons de France.
Les deux Sonnets qui fuivent
tiendront bien leur place aprés
tant de fi triftes articles.
BOUTS - RIMEZ
Donnez par M le Lieutenant
de l'Amirauté , pour eſtre
remplis à la louange de
Monfieur le Comte de
Toulouſe.
Que
SONNE T.
Ve vois-je ! & quel Heros reprefente
ce Bufte :
88 MERCURE
Un Prince , qui de l'Inde au climat
des
glaçons
De lauriers immortels fera plus de
moiffons ,
Que celuy que la Fable a dépeintfi
robufte .
Iffu d'un Roy plus grand qu'Alexandre
& qu'
De ce fameux Vainqueur il fuivra
les
Augufte ;
leçons ,
Tandis que les neuf Soeurs diront
dans leurs chanfons :
Son coeur eft auſſi grand quefon efprit
eft
S
juſte,
Il répand fes bien-faits fans bruit
&fans orguëil ,
accueil ,
Il adoucit les maux par un charmant
GALANT 89
Et leur fçait oppofer une puiffante
2 .
digue .
Grand Dieu ! qui de fon coeur fais
mouvoir les
refforts ,
Et qui de tes faveurs luy fut toùjours
prodigue
De fa jeune valeur modere les
tranfports.
DEVIS E.
Un Soleil avec une Lune audeffus
d'une Mer, avec ces mots :
Mutuatofub luminefplendet.
Avril
1705.
H
90 MERCURE
SONNET
EN BOUTS - RIMEZ ,
Donnez par Mademoiſelle de
Bourbon , & remplis fur le
defir qu'elle a de prendre
l'Habit de Religieuſe , à
Fontevrault,
SONNET.
Muſe
! de
d'une
mon cerveau comme cerve
Eſcarcelle ,
De tirer quelques Vers on m'impofe
la
loy ;
foy
Mais je crains ce qu'ont dit des gens
de bonne
GALANT 91
Dufort du Papillon qui brûle à la
2
chandelle .
Il s'agit de louer ce feu dont étincelle
,
La Princeffe qui fort du Sang de
noftre
On luy voit fuir le vice avec plus
Roy.
effroy
Qu'un Amant quifurprisfe cache à
Ruelle.
Pleine de cet efprit du Pontife Sadoc
,
Son coeurpour fon Dieu feul eft plus
ferme qu'un
Le Monde vainement lay fait la
2
Roc.
caraçolle ,
Toujours victorieufe elle fort du
combat
Hij
92 MERCURE
Et renonce à l'Hymen pour l'heureux
Celibat
Aimant plus Fontevrault qu'un
Benveurfa gondole.
Madame la Princeffe Comitini
, fille tinique , & la plus
riche heritiere du Royaume de
Naples , a pris le Voile. Cette
jeune Princeffe eftoit remplie
d'agrémens , & plufieurs Ñapolitains
avoient fait leurs ef
forts pour la faire declarer en
faveur de chacun d'eux ; mais
elle les a tous mis d'accord en
prenant le parti qu'elle a pris.
Les efforts de toutes les Puiffan
ces Eccleſiaſtiques & Seculieres
GALANT
93
de la Ville de Naples n'ont pû
prévaloir dans cette occafion
contre la force de la Grace. La
Maifon de Comitini eft des plus
anciennes du Royaume de Naples
, & alliée aux Cantelmi , aux
Spinola , aux deux de Cefi , aux
Doria , & à plufieurs autres illuftres
Maifons d'Italie . C'eft
à un Seigneur de cette Maifon
que nous avons la principale
obligation de l'édition de la
Bible en fix volumes , qu'on
nomme Biblia Complutentia. Il
fe joignit au Cardinal Ximenes
qui fit la dépenſe de ce bel
ouvrage , & il voulut bien tra94
MERCURE
vailler fous les ordres de ce
premier Miniftre d'Efpagne.
L'amour qu'il avoit pour les
Sciences luy fit entreprendre
pour cela le voyage d'Espagne.
Il demeura pour ce fujet plufieurs
années à Complute , vulgairement
appellée Alcala de
Henares, Ville de la Caftille ,
celebre par fon Univerfité .
i
L'efprit , la penetration , la
fageffe & la conduite de M
Amelot de Gournay dans les
Ambaffades de Suiffe , de Venife
, & de Portugal , l'ont fait
nommer Ambaſſadeur en Ef
GALANT 95
pagne , à la place de Monfieur
le Duc de Grammont
, qui doit
revenir dans peu de cette gran-
Ambaffade
. Vous fcavez que
M' Amelot
de Gournay eft
Confeiller
d'Etat , & que tous
ceux de fon nom ont toû
jours brillé par leur efprit.
Le Pere de la Ruë , Jefuite ,
a efté nommé Confeffeur de
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, à la place du Pere
Gravé , a qui fes indifpofitions
ne permettent
plus de remplir
les fonctions de cet emploi.
Ce choix a cfté generalement
96 MERCURE
aplaudi tant par ceux qui connoiffent
particulierement le P.
de la Rue , que par ceux à qui
il n'eft connu que par ſa réputation
. Jamais Predicateur
n'a preſché avec plus d'onction
& n'a paru plus penetré des
veritez qu'il annonce . Son éloquence
eft grande & vive
cependant jamais Prédicateur
n'a moins cherché à la faire
paroiftre ce qui fe connoiſt
par- la maniere aiféc dont il
preſche , aimant mieux que
les veritez qu'il dit perfuadent
fes Auditeurs que fon éloquence.
Vous avez déja fçû
que
GALANT
97
que le Pere Bourdaloüe a dit
plufieurs fois avant fa mort
qu'il prefchoit mieux que luy ;
Je veux croire que fa modeftie
le faifoit parler ainfi , & qu'il
vouloit dire qu'il prefchoit
auffi - bien que luy. En effet le
Pere de la Rue a prefque toû
jours efté auffi fuivi que le Pere
Bourdaloüe , & aprés la mort
de ce dernier , la plupart de
fes Penitens , ainfi que je vous
l'ay déja dit , ont demandé que
leurs confciences fuffent dirigées
par le P. dela Rue . De tous
ceux qui font profeffion d'une
vie retirée , on n'en a guere
Avril 1705
.
guere
98 MERCURE
vû d'auffi peu répandus dans
le monde , quoiqu'il y ſoit
beaucoup fouhaitté >
parce
qu'il a beaucoup
d'efprit , &
qu'il avoit une connoiffance
parfaite des belles Lettres avant
qu'il embraffaft
le parti qu'il a
choifi. On en a vû des
preuves
par de beaux
ouvrages
faits
dans fa jeuneffe
, & dont de
moins
beaux
peut- eftre ont
immortalifé
le nom de quelques
uns de nos plus fameux
Auteurs
; & quoy que ces ouvrages
ne puffent
faire de honte
ny a fon efprit, ny à fa gloire,
à fa vertu ; il eft de notony
GALANT
99
rieté publique qu'il s'eft employé
avec chaleur & qu'il a
follicité des Puiffances pour
empeſcher que ces ouvrages
ne paruffent.
Le Roy d'Efpagne a donné
le Regiment du Colonel Don
Thomas de Buftamente qui a
efté tué devant Gibraltar , à
Don Vincente Raxa qui en
étoit Lieutenant Colonel. Il y
a en Eſpagne des hommes
nommez Zaburis , qui ont la
veuë fTubtile , à ce qu'onprétend,
qu'ils voyent fous la terre
les veines d'eau , les métaux.
-3
I ij
100 MERCURE
les trefors & les cadavres . C'eft :
avec le fecours d'un de ces
hommes que le Trifayeul
de
rou ,
Don Vincente Raxa trouva
une mine confiderable d'or en
Eſpagne , avec laquelle il fut en
état d'équipper une puiffante
flotte pour paffer dans le Penouvellement
découvert .
Ce Zaburis luy fut auſſi bien
utile dans ce Pays , & il fut récompenſé
du Roid'Eſpagne auquel
il procuroit tous les jours
de nouveaux trefors , avec une
magnificence Royale, Martin
Del- Rio nous apprend que lors
qu'il étoit à Madrid en 1575.
GALANT ΙΟΙ
on y voyoit un petit garçon
de cette efpece de gens . Et cet
Auteur fi difpofé à attribuer à
l'Art magique tous les effets
extraordinaires , met pourtant
ceux de Zaburis dans l'ordre
ordinaire des chofes. Il croit
que les vapeurs leur font connoître
l'eau & les metaux qui
font fous la terre . C'eft auffi
le fentiment de Raxa qui mena
un homme de cette efpeceau-
Perou , & c'eſt ainfi qu'il s'en
explique dans une de fes Lettres
. On croit que les Zaburis
n'ont cette puiffance que les
Mardis & les Vendredis ; mais
I iij
102 MERCURE
Gutierrius , Medecin Eſpagnol
fe moque de cette circonftance
& de tout ce qu'on
conte des Zaburis .
LETTRE
De M' Dumanoir , de Caën ,
Maistre és Arts , & Profeſ
feur de la Langue Latine
dans la Ville d'Aiguillon ,
écrite à un de fes Amis à
Touloufe , au fujet du Service
folemnel , & de l'Oraifon
funebre de feuë Madame
la Ducheffe d'Aiguillon .
Mrs les Maire & Confuls
GALANT 103
de la Ville d'Aiguillon n'eurent
pasplutoft appris la trifte nouvelle
de la mort de Madame la Ducheffe
d'Aiguillon , que penetrez d'une
vive douleur, à la vue de lag
perte qu'ils venoient defaire ,
animez d'un veritable zele de
grandonner
des marques éclatantes du
profond respect qu'ils ont toujours
confervé pour le grand merite , les
infignes vertus , & pour la haute
naiffance de Madame la Ducheſſe ;
& de leur parfaite reconnoiſſance
pour toutes les bontez qu'elle a eu
pour eux , & pour la protection
dont elle les a toujours honorez
pendant tout le temps qu'ils ont eu
I iiij
104 MERCURE
*
l'avantage d'eftrefes Vaffaux , ils
refolurent de faire celebrer un Scrvice
folemnel avec toute la pompe
& la magnificence poſſible”, tant
·pour honorer la memoire de cette
illuftre deffunte , que pour luy rendre
leurs derniers devoirs . Tout
eftant difpofé pour cette lugubre
ceremonie , ils defignérent le 27.
de Janvierpour la folemnité. Mr
de Gilbert Curé de la Ville , voulant
de fon cofté fignaler fon zele
pour feue Madame d'Aiguillon ,
feconder en tout le louable deffein
du Corps de Ville , fit le Dimanche
25.
de Fanvier aprés le
Prône, & la Priere ordinaire de
GALANT 105
l'Eglife pour les morts , annoncer
a tous fes Paroiffiens de fe rendre
le Mardyfuivant avec beaucoup
de pieté & de devotion dans Saint
Felix , pour affifter au Service folemnel
qui s'y feroit pour feuë
Madame la Ducheffe , & de prier
·Dieu avec ferveur pour le repos
defon ame. A l'iffuë de la Meffe
de Paroiffe , on fit avertir à fon de
Trompe dans tous les endroits accoûtumez
de la Ville , tous les
Habitans Tenanciers de la Fu
rifdiction qu'ils euffent ày affifter
avec décence modeftie , & de &
fermer toutes les Boutiques , comme
dans un jour de Fefte. Le Di106
MERCURE
1
manche aprés Vefpres , les Cloches
commencerent à fanner juſqu'au
Mardy au foir que la Ceremonie
fut achevée.
Le Lundy 26. de Janvier
veille de la folemnité , on chanta
l'Office des morts . Tous les Eccle-
•fiaftiques de la Ville , & un tresgrand
nombre de Curez du voifinage
qui compofoient un nombreux
Clergé , & qu'on avoit invitez
à cette ceremonie , fe rendirent
dans Saint Felix , le lendemain
de grand matin , pour y offrir
fucceffivement les uns aprés
les autres le tres-faint Sacrifice de
la Meffe , pour le Salut de l'Ame
GALANT 107
de Madame d'Aiguillon.
Sur les dix heures Mrs les
Maire & Confuls accompagnez
de tout le Corps de Ville , & d'une
infinité de peuple , tant de la Ville
&Furifdiction , que des autres
Villes lieux circonvoisins , fe
rendirent au Chasteau , d'où ils
fortirent enfuite pour aller Proceffionnellement
à S. Felix. La marchefe
fit fans aucune confufion ,&
Le filence qui s'y garda , &la modeftie
la pieté qu'ony remarqua
firent bien voir que l'air trifte &
lugubre quiparoiffoit empreintfur
le vifage de tous les affiftans , ne
venoit que de l'extrême douleur
108 MERCURE
dont leurs coeurs eftoient vivement
penetrez.
On arriva à la Paroiffe qui
eftoit toute tendue de drap noir , &
ornée d'écuffons aux Armes de l'illuftre
famille de Wignerod , originaire
d' Angleterre,écartclées de celles
de la tres- ancienne & tres- illu
ftre Maifon du Pleffis-Richelieu.
Toute la décoration funebre eftoit
tres-belle tres- bien entendue.
La Reprefentation , avec la
Couronne Ducale couverte d'un
grand crefpe noir , eftoit fur une
eftrade au milieu du Choeur de
l'Eglife. Ily avoitautour un tresgrand
nombre de cierges de cire
GALANY 109
blanche chargez d'écuffons. On
voyoit regner au deffus de ce fu-·
perbe Maufalée , une magnifique
Chapelle ardente toute parfemée
de larmes , chargée d'une infinité
de cierges , dont la fymmetrie
& l'ordonnance faifoient un tresbel
effet. Le grand Autel eftoit paré
de tres-beaux Ornemens , & éclai
ré d'un grand nombre de lumieres.
Tout le monde eftant placé
Reverends Peres Carmes , qui
avoient eſté invitez à la Ceremonie,
eflant arrivez , Mr le Curé
de S. Felix celebra la Meffe quifut
chantée par les Ecclefiaftiques , qui
y affifterent tous en Corps . Aprés
les
110 MERCURE
l'Evangile , l'Oraifon funebre fut
prononcée avec beaucoup de grace
d'éloquence , par le R. P. Raimon
de la Communauté des grands
Carmes de la Ville d'Aiguillon . Il
pritpour Texte ces paroles rapportées
dans le fecond Chapitre du
Prophete Malachie, In pace &
æquitate ambulavit & multos
avertit ab iniquitate :
mença à peuprés en ces termes :
N'attendez pas , Chreftiens ,
que dans la trifte & lugubre
Ceremonie qui vous aſſemble
aujourd huy , je vienne en prefence
du Dieu vivant , & à la
face des faints Autels , interil
comGALANT
III
rompre un augufte & redoutable
Sacrifice
, pour mêler mes
foupirs avec les vôtres , & réveiller
par de triftes accens ou
par des plaintes entre-coupées,
les premiers tranfports d'une
vive douleur qu'excite dans le
fond de vos coeurs la perte
que vous venez de faire , de
Tres - Haute & Très - Puiſſante
Dame , Madame Marie Ma
deleine - Therefe de Wignerod
• Ducheffe d'Aiguillon , Pair de
France , Comteffe d'Agenois &
de Condomois qui vient de
paffer par une mort heroïque
à une glorieufe Immortalité ;
"
112 MERCURE
qui de ce lieu d'exil & de miferes
, de cette vallée de larmes
& de cette malheureuſe Babilone
, eft paffée dans la fainte
Cité de Sion , dans la Jerufalem
celefte , & qui reçoit dans
les Tabernacles éternels le prix
de fa fidelité & le fruit de tous .
fes travaux. A Dieu ne plaiſe
qu'à la vuë d'un paſſage fi gloricux
& d'une mort fi avantageufe
pour elle , je vienne icy
renouveller
la douleur que
vous en avez reffentic , rouvrir
une playe qui faigne encore ,
n'y employer de vaines ou de
flateuſes expreffions d'une éloGALANT
113
quence mondaine , pour vous
porter derechef à une compaffion
languiffante & effeminée ,
qui n'aboutiroit tout au plus
qu'à vous faire répandre quelques
larmes : Funcfte hommage
qui accompagne prefquc
tous les mortels dans leur tombeau
; Injuſte tribut , que l'on
rend à leur memoiré : fi non criminel
, du moins inutile & impuiffant
, mais toûjours le trifte
effet de la mifere & de la foibleffe
humaine. Je ne veux
donc , Chreftiens auditeurs ,
rien vous dire dans tout ce
difcours qui foit capable de
Avril 1705 . K
114 MERCURE
vous affliger ny de porter le
trouble & l'agitation dans vos
efprits & dans vos coeurs ; rien
au contraire qui ne puiffe tout
à la fois vous édifier , vous
inftruire , & vous confoler de
vôtre perte. Je viens ranimer
vôtre zele & vôtre ferveur en
vous propofant à imiter une infinité
de vertus heroïques &
éclatantes que cette illuſtre
morte a pratiquées pendant fa
vie je viens vous apprendre
par le genereux mépris qu'elle
a fait de toutes les pompes , de
toutes les grandeurs & de toutes
le vanitez du fiecle , celuy
GALANT 115
que vous devez concevoir.tous
les jours pour les richeſſes &
pour tous les faux plaifirs ; je
viens enfin réveiller vôtre foy
& vôtre eſperance par cette
douce confolation
& par cette
heureufe affurance qu'elle vous
laiffe de la felicité & de fon
bonheur , fondé fur la mifericorde
infinie de nôtre Dieu ,
& fur le grand nombre de bonnes
oeuvres & d'actions vertueufes
qu'elle a fait paroiftte
avec tant d'edification aux yeux
de tout le monde.
Pour réuffir avec plus de fuccés
dans un fi vafte deffein , il cos-
Kij
116 MERCURE
fidera cette grande Ducheffe dans
deux états differens qui avoient
partagé tout le cours de fa vie ,
dans le monde & dans la folitude.
d'une maniere fine
Et il
prouva
delicate
que
dans
l'une
&
dans
l'autre
de ces
états
elle
avoit
toûjours
eſté
animée
de l'efprit
de fon
Dieu
, &
verifié
les
glorieufes
pa
roles
qu'il
avoit
choifies
pour
fujet
defon
éloge
. In pace
& æquitate
ambulavit
& multos
avertit
ab
iniquitate
.
le
Il s'étendit fur le premier Point
d'une maniere dont tous fes Auditeurs
furent charmez , & voicy.
dit cet habile Orateur en
се que
lefiniſſant.
· GALANT 117
Faut -il donc s'étonner , fi
cette grande ame fe poffeda
toûjours au milieu de l'embarras
& du tumulte du monde ,
elle qui en eftoit fi parfaitement
détachée par un fentiment interieur
, & qui eftoit toûjours
infeparablement unie à Dieu
dans le commerce que la necef
fité de fa condition l'obligeoit
d'avoir avec les hommes ? Fautil
s'étonner fi elle jouiffoit pendant
toute fa vie d'une profonde
paix & d'une tranquillité à
l'épreuve des troubles , des inquietudes
& des agitations
qui accompagnent toûjours la
118 MERCURE
joüiffance & la poffeffion des richeffes
, elle qui en avoit déja
conçu tant d'averfion dans le
fond de fon coeur , & qui en
faifoit tous les jours de nouveaux
facrifices le
, par genereux
mépris qu'elle en concevoit
encore à tous momens ?
Et n'est - ce pas , continua-t- il ,
avec beaucoup de raifon que
cette incomparable Ducheffe
avoit toûjours marché dans
des voyes de paix , de juſtice ,
d'équité , & de droiture. Inpace
& æquitate ambulavit. Puifque
rien ne fuft jamais capable de
la troubler ny de la furprenGALANT
119
dre , qu'elle ne fentit prefque
aucune revolte dans fes paffions
, aucune rebellion dans
fes fens ; que les uns & les autres
obéiffoient à fon efprit
& que fon efprit obéiffoit à
Dieu , & n'agiffoit dans toutes
fes actions que pour l'honneur
& l'intereft de fagloire. Ilpaffa
enfuite à fon fecond Point , dont
tout l'Auditoire ne fut pas moins
charmé que du premier. Voicy
de quelle maniere ilfinit :
Il est temps de vous faire
voir le terme & la fin où tant
de vertus conduifoient
infenfiblement
cette fainte ame , & le
120 MERCURE
bonheur qu'elles luy prepa
roient dans le ciel. C'eſt icy ,
·Meffieurs , ajoûta t-il , où je ne
doute point que vos coeurs ne
s'attendriffent
& ne fe laiffent
aller aux mouvemens
d'une
"douleur
que
le recit de tant
de belles actions n'avoit fait
que fufpendre pendant quelquelques
momens . Ce profond
filence , cette grande attention
dont vous m'honorez en font
des preuves convaincantes , &
cette trifteffe que je vois peinte
fur vos viſages avec de nouvelles
couleurs , me perfuade
affez le trouble & l'agitation
qui
GALANT
121
qui fe paffe dans vos ames.
Vous ne fçauricz rappeller dans
voftre efprit ny dans votre
memoire le fouvenir de ce qu'a
efté cette grande Ducheſſe ,
fans vous abandonner au chagrin
dans cette triſte reflexion
qu'elle n'eft plus ; qu'une mort
impitoyable accoûtumée à tout
vaincre , l'a enlevée du milieu
des vivans , & a caché toute fa
gloire fous les tenebres & fous
les obfcuritez du Tombeau.
Cependant , Chrêtiens , je viens
icy pour effuyer vos larmes , ou
plutoft pour vous dire de ne
pleurer que fur vous-mêmes ,
Avril 1705
. L
122 MERCURE
& de ne pas pleurer fur elle ,
de ne pas regretter ſa deſtinée ,
mais feulement de vous plaindre
du malheur & du danger
de la voltre : En un mot , pour
vous exhorter à imiter fes vertus
, & à fi bien regler voftre
vie fur la fienne que vous puiffiez
participer
au bonheur , au
repos , & à la douceur de fa
mort. Helas , Meffieurs , s'écriatil
, qui pourroit vous exprimer
la profonde paix , la tranquillité
parfaite , & l'humble
confiance
avec laquelle elle attendit
cette mort , dont le fimple
fouvenir a de coûtume d'éGALANT
123
pouvanter
tout le monde &
dont la feule penſée répand
tant d'amertume
fur tous les
plaifirs. Combien de fois dans
les tranfports de fa foy & de
fon zele , s'eft - elle écriée avec
he Prophete , Revertere anima
mea in requiem tuam. O mon
amre fors avec confiance de
mon corps , pour aller jouir
dans do ciel de la récompenfe
qui t'y eft preparée ! Combien
de fois dans les faintes impatiences
que le dégoût du monde
& Vefperance d'une éternité
bienheureufe
avoient fait naî
tre dans fon ame , s'eft elle
Lij
124 MERCURE
adreffée au Pere des mifericordes
pour luy demander avec
l'Apôtre , qu'il la délivraft de
ce corps de mort de cet obſtacle
importun qui arreftoit à tous
momens fon efprit & fon coeur
au milieu des mouvemens de
fon amour & de fa charité :
combien de fois dans la violence
& dans la rigueur d'une
longue maladie , qui la conduifoit
infenfiblement au tombeau
par des douleurs vives &
piquantes , a-t-elle levé les yeux
& pouffé des foupirs vers le
ciel pour prier le Pere celefte
non pas de l'en délivrer , mais
GALANT 125
feulement de luy donner la
force & le courage de les fupporter
pour l'amour de luy.
Entendit-on jamais fortir de fa
bouche la moindre plainte ny
le moindre murmure ? Luy viton
jamais former aucun voeu
pour obtenir fa gucrifon ? Auffi
intrepide , & auffi courageufe
à l'heure de la mort qu'elle l'avoit
efté pendant fa vie , n'attendit-
elle pas toûjours dans le
came & le filence l'accompli ffement
des volontez de fon
Dieu & l'heureux moment qui
devoit finir fes peines & commencer
fon bonheur ? Auffi
Lij
126 MERCURE
humble & auffi foûmife dans
la tempefte qu'elle l'avoit efté
dans la bonace , ne fupportat
-elle pas toûjours avec une refignation
au - deffus de la foibleffe
humaine , la violence &
la durée de fes maux ; Alotante
toûjours entre la vie & la mort ,
entre la fanté & la maladie
également fatisfaite ou de fouf
frir pour Jefus - Chrift , ou de
mourir pour luy témoigner fon
amour , infiniment plus heureufe
que ces ames fenfuelles
& terreftres qui aiment mieux
les douceurs de Dieu , que le
Dieu des douceurs , & qui à la
GALANT 127
premiere
occafion qu'il leur
prefente de fouffrir , fe laiffent
aller au chagrin & au murmure,
le loüant & le beniffant quand
il les flate , murinurant
quand
il les exerce : victimes toûjours
prêtes à courir à l'Autel quand
il n'eſt couvert que de fleurs
mais toûjours prêtes à fuïr
quand le feu commence
à
fe faire fentir. Nôtre genefeufe
Deffunte fut toûjours
dans un aveugle & parfaite
foûmiffion
aux ordres de la
Providence
& pour fá maladie
& pour fa guerifon , foûpirant
à la verité aprés la conĽ
iiij
128 MERCURE
fommation de fon facrifice ;
mais cependant toûjours difpofée
à le retarder fi la divine Sageffe
le jugeoit à propos , regardant
les douleurs qu'elle
fouffroit comme des effets de
la bonté d'un Dieu mifericordieux
& charitable , qui éprouvoit
fa fidelité , & qui vouloit
bien que l'oblation volontaire
qu'elle luy faifoit d'une vie languiffante
qui luy échapoit à
tous momens , luy fervift pour
l'entiere expiation de fes fautes .
C'eft , Meffieurs , continua- t- il ,
avec ces genereux ſentimens &
ces faintes
difpofitions qu'elle
GALANT 129
s'eft endormie dans le doux
baifer du Seigneur , & qu'elle
a rendu fon ame à fon Createur
, comblée de bonnes oeuvres
, de merites & de vertus.
C'eft auffi ce qui vous doit tout
faire efperer pour fon falut &
qui nous donne lieu de croire ,
fans vouloir trop penetrer les
jugemens de Dieu , mais uniquement
fondez fur fon infinie
mifericorde qu'il la requë
dans les Tabernacles éternels ,
pour y jouir du bonheur de ces
ames innocentes qui fuivent
l'Agneau par tout où il va ,
qui regneront avec luy penva
, &
130 MERCURE
dant tous les fiecles .
Faffe le Ciel que l'image
d'une mort fi fainte , fi douce
& fi tranquille imprime dans
vos efprits & dans vos coeurs
de veritables & de finceres deſirs
d'y participer. Faſſe le ciel !
que pour attirer les mifericordes
de Dieu dans les derniers
momens , vous vous attachiez
uniquement à la pratique de la
vertu pendant toute voſtre vie,
que vous rompiez le commerce
criminel que vous avez avec le
monde , que vous foûmettiez
vos paffions à la grace ; en un
mot que vous vous détachiez
GALANT 131
entierement des creatures pour
vous unir au Createur , afin
qu'aprés avoir travaillé fur la
terre à vous fantifier Vous
puiffiez un jour mourir de la
mort des Juftes , pour vivre à
jamais de la vie des Bienheureux
dans le Ciel.
Ce Difcours fut trouvé d'un'
fi bon goût , les penfées en parurent
fi belles , les expreffions fi
nobles les termes fi purs & fi
biens choifis , & enfin l'élocution
fi énergique & fi éloquente , qu'il
merita l'applaudiffement & l'admiration
de toutes les perfonnes
132 MERCURE
ع و ب
de diftinction des bons Connoiffeurs
qui fe trouverent dans .
cet Auditoire. Je puis vous dire
à la gloire du R. P. Raimond ,
qu'il a veritablement herité de
toutes les vertus , de l'éloquence ,
de tous les grands talens de
feu Mr Chaufe , Sr de la Terrierre
, fon illuftrepere ; l'un des
plus éloquens & des plusfçavans
Avocats du Parlement de Paris ,
dont la réunion à l'Eglife Romaine
fera dans tous les fiecles
en benediction chez tous les bons
Catholiques, le nom connu
·refpectable dans toute la France
par les beaux ouvrages qu'il a
ن م
GALANT
133
donnez au Public, &fur toutpar
le dernier intitulé , Le Réuni de
bonne foy à l'Eglife Catholique
, qui peut paffer pour un
Chef -d'oeuvre en fon genre.
Aprés l'Oraifon funebre, Mrs
les Maire & Confuls allerent à
l'Offrande. On continua enfuite
la Meffe. Aprés qu'elle fût achevée
tout le Clergé alla à la
Repréſentation
chanter le Libera,
& faire les encenfemens. Tous
ces honneurs funèbres étant finis
, l'Affemblée qui étoit des .
plus nombreuſes , fe retira tresfatisfaite
d'une Ceremonie auffi
augufte , marchant dans le
134 MERCURE
نم
mefme ordre & la mesme modeftie
qu'auparavant , fe rendit
au Chasteau . Cette Pompe funebre
commença
à dix heures , &
nefinit qu'à une heure aprés midy.
On peut dire à la louange de tout
le Corps de Ville d'Aiguillon en
general , & de Mrs les Maire
Confuls en particulier , que
tous ont eu une attention toute
extraordinaire , afin de ne laiffer
rien échaper à l'ardeur de leur
zele pour rendre ces honneurs funebres
majestueux
les plus beaux qu'on ait jarespectables,
mais vûs dans cette Ville. Tout
s'eft donc executé par leurs foins,
GALANT 135
leurs ordres , & ç'a efté en
·fuivant leur exemple , & en
marchantfur leurs traces que tout
le monde depuis le plus grandjuf
qu'au plus petit , cherchant avec
empreſſement à remplir fes devoirs
, & à fatisfaire à fes obligations
a contribué de fon coſté
à rendre cette Ceremonie la plus
auguste qui fûtjamais en ce lieu.
Les RR. PP. Carmes animéz
d'une veritablepieté & d'un zele
ardent de procurer le falut de
Madame d'Aiguillon , non contens
d'avoir affifté à toute la Ceremonie
de S. Felix , d'avoir fait
des prieres & ditpluſieurs Meffes
136 MERCURE
}
au
baffes pour Elle , firent en leur
Convent un Service folemnel.
Les Soeurs de la Croix en firent
uffi faire un en leur Eglife &
établirent
des Prieres publiques
particulieres dans leur Communauté
pour
le même fujet ,
tant pour honorer cette Illuſtre
Défunte qui les a toûjours favorifées
de fa protection , de fon
amitié & de fon eftime , que
pour faire éclater par un efprit de
reconnoiffance
le profond respect
& leparfait attachement qu'elles
ont toûjours confervé pour l'illuftre
Maifon de Wignerod , à qui
elles font redevables de leur étaGALANT
137
bliffement de leur fondation ,
en la perfonne de feue Madame
Marie de Wignerod , Ducheffe
d'Aiguillon Tante de cette Illuftre
Défunte.
Outresque tous les Ecclefiaftiques
du Duché d'Aiguillon ont
offert chacun en fon Eglife le redoutable
Sacrifice du Corps & du
Sang de Fefus- Chrift pour le re
pos de l'ame de cette illuftre Morte,
beaucoup de particuliers ont auffi
fait dire des Meffes baffes , &
ont offert des voeux & des
prieres à Dieu pour elle . Fay
de mon cofté établi dans ma
Claffe pendant trois mois des
Avril 1705
. M
138 MERCURE
prieres publiques foir & matin ,
pour le falut de l'ame de cette in.
comparable Ducheffe , à la fin def
quelles je ferai dire une Meſſe
où affifteront tous mes Ecoliers.
Fay crû devoir à cette vertuense
Dame cette marque de mon zele
& de mon tres-profond respect,.
fur tout ayant eu l'avantage
d'exercerpendant fon vivant la
Regence d'Aiguillon , l'espace de
feize anseils
M Thureo , ancien Pricur
d'Homblieres , de l'Ordre de
Saint Benoïft , à achevé de faire
graver la grande Carte genea
GALANT 139
logique des Rois d'Espagne
qu'il eut l'honneur de prefenter
manufcrite au Roy l'année
derniere. Elle comprend tous
les Rois d'Efpagne depuis l'origine
de cetteMonarchie jufqu'à
prefent , ainfi que des Rois de
Sicile , de Naples & de Majorque
& les autres Princes Cadets
de la Maifon d'Eſpagne , même
les derniers Empereurs &
Archiducs d'Auftriche , fortis
de Jeanne d'Eſpagne mere des
Empereurs Charlequint & Ferdinand
I. On y voit auffi tous
les anciens Comtes de Caftille ,
ceux d'Aragon , ceux de Bar-
Mij
140 MERCURE
celone , de Cerdagne , de Beſalu
& d'Urgel , & generalement
toutes les Maifons Souveraines
d'Eſpagne qui font entrées
dans les trois grandes Maifons
Royales de Navarre , de Caftille
& d'Aragon par divers mariages
, & qui compoſent aujourd'huy
cette puiffante Monarchie
le tout enrichi de
Blafons & difpofé dans le même
ordre , la même grandeur
& la même ſymmetrie que la
Carte genealogique des Rois
de France , que M' Thuret fit
graver en 1669. Cette Carte
d'Efpagne eft tres-belle & tres-
:
GALANT 141
curicufe , & on peut dire que
l'Auteur eft le
premier qui a
trouvé le moyen d'affembler
tant de Maifons differentes
dans une feule Carte , & de
faire voir fans aucun embarras
l'origine , la fuite & la liaifon
qu'elles ont les unes avec les
autres. Elle fe debite à Paris
chez l'Auteur , dans la Cour du
Palais , proche la Fontaine , chez
M' l'Abbé Bafir Docteur de
Sorbonne & Chanoine de la
Sainte Chapelle .
Le P. de la Porte , Religieux
Benedictin , & Procureur du
Monaftere des Blancs - man142
MERCURE
teaux , debite auffi cette Carte
aux Blancs - manteaux , ruë de
Paradis , proche l'Hoſtel de
Guife. Le prix eft de fix livres
en feuilles.
M'Thuret fait prefentement
regraver par ordre du Roy fon
ancienne Carte genealogique
des Rois de France , à laquelle il
a ajouté les Princes nez jufqu'à
cejour , avec des embeliffemens
confiderables , afin de la rendre
auffi parfaite que celle des Rois
d'Eſpagne.
Vous avez fort bien jugé ,
lorfque vous avez dit que le
Portrait du Roy , gravé par M
GALANT 143
Thomaffin d'apres M' Rigault,
auroit un grand fuccés. Il n'a
-pas moins plû icy qu'il a fait
à la Cour , lorfque Monfieur
le Duc de Beauvilliers l'a prefenté
au Roy , qui a fait voir
le cas qu'il faifoit de cet ouvraège
& de ceux qui y ont travaillé.
Mle Comtd Ferdinand-
Charles de Wels , Confeiller
d'Etat , à eu le Gouvernement
de la baffe Autriche , vacant
par
la mort de M' le Comte
-Jorger. Il eft d'une tres - bonne
Maifon d'Allemagne , fortie
par les femmes de celle des
144 MERCURE
mans ,
Comtes de Guines , defcendue
de Sifrid Seigneur Danois , qui
paffa en France avec les Nor-
& qui occupa fur l'Abbaye
de S. Bertin , la Contrée ,
où eft le Comté de Guines , où
il bâtit un Fort pour fa deffenfe .
-Le Comte Arnoul eftant refté
prifonnier de Guillaume II.
Comte de Hollande Roy des
Romains , & ayant fait de
grandes dépenfes , fut obligé
de vendre le Comté de Guines
au Roy Philippes le Hardy. Il
daiffa entr'autres enfans Baudoin
& Enguerrand V. Comte
de Coucy , & qui a fait la feconde
GALANT 145
conde branche de Coucy . C'eft
de Baudoin que defcendoit la
Dame qui entra dans la maifon
du Comte de Wels qui donne
lieu à cet Article . Ce Seigneur
a donné des marques de
fa prudence & de fa valeur en
diverfes occafions , & c'eft une
des meilleures teftes du Confeil
de
l'Empereur.
Monfieur l'Electeur de
Mayence a donné la Charge de
Vice -
Chancelier de l'Empire
vacante par la mort de M¹ le
Comte de Caunitz , à M' le
Comte de Schonborn. La
Charge de Vice-Chancelier de
Avril
1705 . N
146 MERCURE
par
l'Empire eft tres - confiderable
, foit les droits qui y
font attachez
, foit par le rang
que tient dans les Dietes de
l'Empire , celuy qui la poffede.
La Maifon de Schonborn
eft des plus qualifiées
d'Allemagne.
Elle a donné à une
grande partie des Chapitres où
il faut faire preuve de nobleſſe
des Chanoines
, & elle a produit
d'autres fujets d'un tresgrand
merite. Le Comte de
Schonborn
qui vient d'eſtre
honoré de cette Dignité a
long - temps porté les armes .
Il a même fervi en Hongrie
GALANT´ 147
contre les Turcs.
Le Roy a donné l'Abbaye ›
de la Couture vacante par le
decés de M. l'Abbé de Chamilly
, neveu du Maréchal de ce
nom , àMN... Caillebot de la
Salle , ancien Evêque de Tournay
, & qui avoit donné quelques
jours auparavant fa démiffion
de cet Evêché. M' l'Evêque
de Tournay eſt frere de
M'le Marquis de la Salle , Maître
de la Garderobe du Roy , &
dont M' le Marquis de Seignelay
a la furvivance. M' l'Evêque
de Tournay fera fort regretté
dans fon Dioceſe ; il y
*
Nij
148 MERCURE
eftoit aimé & eftimé ; fa douceur
naturelle luy avoient gagné
l'amitié & la confideration
de tout le monde. Il eft Docteur
de Sorbonne , & fort fçavant
dans toutes les matieres
qui regardent la difcipline Ec-.
clefiaftique . L'Abbaye de la.
Couture que le Roy vient de
luy donner a produit d'excellens
fujets , fur tout dans le penultiéme
fiécle . Monfieur le
Chevalier de Soiffons , enfuite
Prince de Neufchaſtel , a eſté
Abbé de la Couture avant M
de Chamilly.
Le Roy d'Eſpagne a donné
GALANT 149
un Titre de Caftille à Don Gafpard
de Quintana Duennaz ,
en recompenfe de ſes ſervices .
En effet , il en a rendu de tresconfiderables
au feu Roy & à
Philippes V. Il eſt forti d'une
ancienne famille Arragon qui
a donné de grands Officiers
à l'Eſpagne . Quelques Genealogiftes
difent que la grand'-
Mere du Cardinal Barthelemy
Guidiccione Evêque de Luques
dans le feiziéme fiecle , & qui
fortoit d'une des meilleures familles
de cette Ville , où il na-
-quit en 1460. eftoit de la Maifon
de Quintana Duennaz . Ber-
N iij
150 MERCURE
nard de la Guionic , Evêque de
Tuy en Eſpagne , & enfuite de
Lodeve en Languedoc , defcendoit
par les femmes de cette
même Maifon. Ce Prelat avoit
cfté Religieux de l'Ordre de S.
Dominique . Le Pape Jean
XXII . luy donna l'Evêché de
Tuy en Galice , aprés l'avoir
employé en differentes occafions
tres - importantes. Nous
avons de luy quelques ouvrages
: De Conciliis : de Officiio
Miffe. Une Chronologie des
Evefques de Toulouse & de Limoges
: un Catalogue de ceux
de Loderve des Vies des
GALANT 151
Saints. Il mourut âgé de foixante
-onze ans , & fon corps
fut porté dans l'Eglife des Dominicains
de Limoges , ainſi
qu'il l'avoit ordonné. On peut
voir Sixte de Sienne .
Don Francifco Ronquillo
a esté nommé Secretaire
pour les affaires de la
guerre.
Il a ſignalé fon zele & fa fidelité
pour Sa Majefté Catholique
, en diverfes occafions . It
eftoit Corregidor de Madrid
lors que ce Prince y fit ſon Entrée
. Il eft generalement eſtimé
en Eſpagne ; il joint à de
grandes lumieres une activité
Nij
152 MERCURE
1
-
furprenante. Les affaires ne
languiffent pas entre ſes mains ,
& ceux qui ont affaire à luy ont
le plaifir de les voir bien toft
terminées. Don Francifco Ronquillo
eft d'une tres bonnet
Maiſon Eſpagnole qui a donné
plufieurs Chevaliers aux Ordres
Militaires d'Espagne. Le
nom de Ronquillo eft celebre
dans le Confeil des Rois d'ELpagne
il y a déja fort longtemps
, & tous ceux qui l'ont
porté ont toûjours ſignalé leur
zele & leur fidelité pour le fervice
de leurs Princes . Le Roy
Philippes V. en nommant Don
•
GALANT 153
Francifco Ronquillo à la place
de Secretaire pour les affaires de
la guerre,luy dit des chofes tresobligeantes
, ce qui augmenta
beaucoup le prix du don qu'il
luy faifoit.
Le Roy d'Eſpagne a donné
un Regiment d'Infanterie
à
Don Sebaftien de Oloriz . Il eft
Caftillan d'origine , mais fa
Maiſon a efté établie fucceffivement
dans le Royaume de
Grenade & dans celuy de Leon .
Jean Martinez Guijeno , Cardinal
Archevêque
de Tolede ,
qui eftoit de Villagarcia en Caftille
, eftoit du côté maternel
154 MERCURE
a
de cette Maiſon. Il changea
fon nom de Guijeno en celuy
de Siliceo. A la priere d'un Religieux
il quitta le deffein qu'il
avoit d'aller à Rome pour
continuer fes études , & vint
Paris où il obtint une place de
Regent & de Maiſtre és Arts ,
& où il fit de grands progrés
dans l'étude de la Theologie.
Il fut chargé de l'éducation de
Philippes , Infant d'Efpagne ,
depuis Roy II . de ce nom . Paul
IV . le fit Čardinal en 1555. &
il mourut en 1557. âgé de prés
de quatre-vingt ans . Lorenço ,
fon frere , prit alliance dans la
GALANT 155
;
Maiſon de Carvajal , en époufant
Dona Francifca Dame de
Mediana - Suerte ; & un Cadet
d'Oloriz qui fit une branche
qui s'établit dans la Catalogne
prit auffi une alliance dans cette
Maiſon ; ainfi la Maifon d'Oloriz
eft doublement alliée à
celle de Carvajal , qui eft une
des plus grandes d'Eſpagne .
Sa Majefté Catholique a auffi
donné le Gouvernement de
Lierena à Don Franciſco de Pineda
. C'eſt un Poſte important,
& le choix que l'on a fait de ce
fujet pour luy confier cette
Place , eft une preuve de l'efti156
MERCURE
me qu'on fait de luy. Il a longtemps
porté les armes , & il s'eft
trouvé en plufieurs occafions
où il a donné des preuves de fa
valeur. La Maifon de Pineda
cft fort connuë en Eſpagne
prefque tous ceux qui en font
fortis & qui ont porté ce nom
fe font diftinguez dans la
feffion des armes. Ce fut un
Philippe Pineda qui contribua
beaucoup au gain de la Bataille
de Lepante , & il fit durant le
Combat des actions d'une valeur
incroyable. Il y fut bleſſe
à mort.
pro-
Il y a déja quelques mois que
GALANT 157
j'aurois dû vous parler de M
le Marquis de Mejorada que le
Roy d'Espagne a nommé Secretaire
des Dépêches univerfelles
. Vous devez croire qu'on
en peut dire beaucoup de bien ,
puifque les Ennemis mêmes des
deux Couronnes luy ont donné
beaucoup de louanges dans
leurs Nouvelles publiques . Ce
Miniftre s'eft longtemps deffendu
d'accepter l'employ que Sa
Majefté Catholique luy a donné
, dont les fonctions font d'une
tres- grande étenduë ; mais
ce Monarque perfuadé qu'il
s'en acquitteroit bien , & que
158 MERCURE
fes lumieres feroient d'autant
plus feures qu'elles font puiſées
dans une longue experience ,
a interpofé fon autorité
pour
luy faire accepter une Charge
qui a toûjours efté l'objet de
l'ambition de pluſieurs perſonnes
, puifque c'eſt un des premiers
poftes du Miniſtere d'Efpagne.
M' le Marquis de Mejorada
eftoit dans une grande
confideration fous le regne precedcnt.
Le feu Roy Charles II .
en faifoit un cas particulier , &
l'admettoit dans fa confiance
la plus étroite. Ce Seigneur a
toûjours ſignalé fon zele & ſa
GALANT 159
que
fidelité dans les temps les plus
orageux. Il a toujours
marqué
par fa conduite fage & judicieuſe
qu'il n'avoit en vuë
le bien de l'Etat & la gloire de
la Monarchie. Il a reçu des éloges
fur ce fujet du Roy fon
maiſtre ; & le Roy de France
s'expliquant
fur le caractere
des Miniftres qui compoſent le
Confeil
d'Espagne , avec les
Seigneurs
Efpagnols
qui ont
paffé en divers temps en France
, a parlé pluſieurs
fois de ce
Miniftre d'une maniere qui falfoit
voir l'eftime qu'il en fait.
M' le Marquis de Mejorada
1 160 MERCURE
eft allié aux meilleures Maiſons
d'Eſpagne. La Maiſon de Guzman
touche d'affez prés à la
fienne ; & les grands hommes
qui en font fortis ont toujours
cu des relations fort étroites
avec les Marquis de Mejorada .
Alphonfe Peréz Guzman , fameux
Capitaine Eſpagnol , qui
donna commencement à l'illuftre
Maiſon de Medina Sidonia
eftoit Gouverneur de Tarif,
lors que cette Ville fut affiegée
par Jean Infant de Caftille .
Turquet en parle avantageufement
dans fon Hiftoire d Efpagne.
Ce Seigneur deſcendoit
GALANT 161
par
les femmes d'une Mejorada
, ainſi que Ferdinand Nunnez
Guzman , connu dans le
feiziéme fiecle fous le nom de
Ferdinandus Nonnius Pincianus.
Il eftoit de Vailladolid , & eftoit
fils d'un autre Ferdinand de
Guzman , Intendant des Finances
du Roy d'Eſpagne . Il enfeigna
longtemps les belles
Lettres dans la celebre Academie
d'Alcala , que le Cardinal
Ximenés venoit de fonder. Il
eut de celebres Diſciples qui
font Leon de Caftro , Jerôme
Zurita , Chriftophle de
Horofco , Medecin , le Cardi-
Avril 1705.
162 MERCURE
nal François de Mendoza , &
le Cardinal Ximenés lui-même.
Louis de Guzman Jeſuite Caftillan
, Provincial de la Province
de Seville , & Auteur d'une
Hiftoire Eſpagnole , & le Cardinal
Diego de Guzman Archevêque
de Seville , Aumônier
des Rois Philippes III. & IV.
Prefident du Confeil de la
Croifade , ont fait beaucoup
d'honneur au nom de Guzman
, & defcendoient d'une
Mejorada.
J'oubliai dans ma derniere
Lettre de vous apprendre le
nom du Prieur des Jeronimites
GALANT 163
de l'Eſcurial , auquel le Roy
d'Espagne a donné l'Evêché de
Montonedo ; c'eft le Pere Dom
Juan de S. Iftevan , d'une des
meilleures maifons d'Efpagne ,
mais plus confiderable encore
par les vertus qui brillent en
fa perfonne que par fa naiffance.
Il eft fort eftimé dans fon
Ordre où les talens qu'il a l'ont
rendu tres confiderable. Il
prêche avec beaucoup de fuc
cés & il répand une onction fur
tout ce qu'il dit , qui prévient
en fa faveur tous ceux qui l'entendent.
Il eft grand Theologien
, & il s'eft attaché dés fa
O ij
164
MERCURE
plus grande jeuneffe à l'étude
des Sciences les plus féches &
les plus abftraites , avec un fuccés
étonnant : il eft
generalement
eftimé en Eſpagne.
Je vous envoye l'Homelie
prononcée par le Pape le jour
de la Nativité de Nôtre - Seigneur
. Vous y trouverez beaucoup
d'onction & un grand
zele
Apoftolique
.
GALANT 165
HOMELIE
De Nôtre Saint Pere le Pape
CLEMENT XI.
Prononcée le jour de la Nativité
de Nôtre-Seigneur Jefus
Chrift 1704.
EVerbe divin , ce Verbe inef-
Lefable, qui eftoit déja au commencement
, qui habitoit en Dieu ,
& qui eftoit Dieu luy - même , ce
Verbe forti du fein facré de fon
Pere , éternel comme luy , habi-
· tant depuis tous les temps dans la
fubftance defon Pere , tout rayon166
MERCURE
nant de la gloire de cette même
fubftance : ce Verbe qui afait toutes
chofes , fans qui rien n'a efté
fait ,par qui la creation s'eft accomplie
des le commencement des
temps , & par qui la redemption
des hommes s'eft confommée dans
la plenitude des temps . Ce Verbe ,
vous l'avez entendu il n'y a pas
longtemps , s'eftfait chair & aba
bité parmy nous ; parmy nous
dis-je , que le Verbe divin a unis
à fa divinité ; nous qui fommes
de cette même chair qu'il a prife
du fein d'une Vierge ; car en joignant
les deux natures dans une
Leuleperfonne ,Jefus Chriſta pris
GALANT 167
naiſſance avec la qualité de vray
Dieu& ddee vray bomme , toutpuiſſant
pourfaire des miracles par
la vertu de fa divinité , capable de
fentir de la douleur & de la fouffance
par
la nature de fon humanité.
Quelle bouche fut jamais
plus capable de nous faire compren
dre cet admirable tout fublime
que
miftere de l'Incarnation d'un Dieu,
celle du bien aimé Difciple qui
puifa les pures fources de l'Evangile
dans lefein defon dirvin Maî
tre , le foir de la Cene ! Maisparce
qu'il eftoit homme , il nous a appris
de Dieu tout ce qu'un homme en
pent apprendre , fort éloigné ce168
MERCURE
pendant de nous apprendre tout ce
qu'il en eft : Non totum dixit
quod eft. La grandeur de l'ouvrage
d'un Dieu est toujours fort
au deffus des expreffions même les
plus fublimes de l'homme , & la
difficulté que nous avons de parler
vient même de la raison qui nous
impoſe le filence. Triomphons cependant
, Venerables Freres , &
chers Enfans : réjouiffons nous de
l'impuiffance où nous nous trouvons
quand nous sommes obligez
de parler du divin ouvrage
Redemption des hommes : reconnoiffons
avec de vifs fentimens de
joye quel avantage nous avons de
de la
fentir
GALANT 169
fentir noftre foibleffe en cette occafion
; puifque cette foibleſſe
nous prive de la confolation de
nous exprimer dignement . fur le
miftere incomparable de l'exceffive
mifericorde d'un Dieu , humilionsnous
& reverons par noſtre foûmiffion
& noftre gratitude ce que
la mediocrité de nos expreffions
nous empêche d'expliquer. Mais
auffi ne nous contentons pas de rappeller
le fouvenir de ces temps
gnez de la naiffance d'un Dieu où
le divin Verbe s'eftfait chair ; tâchons
de nous la rendre en que!-
que maniere prefente. Par la voye
d'une fainte & falutaire medita
Avril 1705
. P
éloi-
***
170 MERCURE
tion entrons dans la retraite facrée
de la Vierge , & portons- nous jufqu'à
la Crêche de
Bethleem , où le
Bauf adorafon
Seigneur & fon
Maiftre :
Contemplons-y avec les
yeux perçans de la Foy , les larmes
de cet Enfant , les prieres de
fa Mere, les foins
empreffez de
fon fidelle
Nourricier , les Cantiques
d'allegreffe des Anges , & la
vigilance des Pafteurs : écrionsnous
àcette vueavec des larmes de
la plus purejoye : Fortunée Bethléem
, maifon de Paix , où est né
le vray Pain qui eft
defcendu du
Ciel !
Heureufe
Ephrata , terre
abondante dans le fein fertile de
GALANT
171
laquelle est né un Dieu ! Heureuſe
terre de Juda ! Non , Bethleem
vous n'eftes pas la moindre entre les
principales Villes deJuda. Nequa
quam minima es in principibus
Juda, Joan.cap. 6. v . 33. & SI .
C'eft de vous qu'eftforti le Domi
nateur d'Ifrael , dont l'origine eft
avant tous les fiectes , dans les
jours de
l'Eternité , mais pourquoy
chercher en efprit ce qui fe paffe icy
fous mes yeux, Felicitons - nous ,
mes chers Enfans , de noftre bonheur.
Nous pouvons fans fortir
de cette Eglife , regarder à cet Autel
même où nous celebrons les divins
Myfteres, de nospropresyeux.
P. ij.
172 MERCURE
4
& adorerla facrée Creche de noftre
Sauveur , le Fils unique du Pere
Eternel s'eftant fait toutfemblable
aux hommes , & s'eftant trouvé
dans la condition des hommes ,
repofe dans cette Crêche. C'est dans
cette Crêche que l'Enfant qui nous
vient de naiſtre , le Fils qui nous
a efté donné d'enhaut , afenti toutes
les incommoditez du froid dans
lafaifon la plus rigoureuse , & n'a
voulu recevoir de foulagement que
du fouffle de deux wils animaux.
C'est là que fa Mere l'a enveloppé
de langes : c'est là qu'il s'eft montré
aux Pafteurs : c'est là qu'une
étoile a conduit les Mages afin
GALANT 173
qu'ils l'adoraffent : C'est là que
pour faire l'effai de la Couronne
d'épines , qui luy eftoit destinée &
dont il devoit un jour avoir la
tefte couronnée , on luy a donné
des herbes piquantes pour appuyer
fa tefte encore fi delicate : c'eft
que ce divin Enfant a répandu des
larmes en abondance pour gages
pourprémices de toutfon Sang
qu'il devoit enfuite répandre pour
operer le mystere de la Redemption :
c'est enfin là qu'entre les bras de fa
chafte Mere , toutpenetré defroid ,
il l'a tendrement embraffée pour
adoucir d'avance les chaines qu'il
fçavoit que devoit luy attirer le
Pij
174 MERCURE
facrilege baifer d'un perfide . Servons
- nous en finiffant , de ces
paroles de Saint Jerome , qui pendant
fa vie voulut vivre dans
l'Etable de Bethléem , où Fefus-
Chrift eftoit né, & qui repoſe aujourd'huy
dans cette Bafilique à
cofté de la Crêche de Bethleem .
Contentons - nous , difoit - il
d'honorer par noftre filence la
Crêche ou un divin Enfant a
pleuré , ne pouvant l'honorer
affez par nos paroles. Retranchons
- nous donc fur le filence
prions cependant de toutes nosforces
, avant que de finir , le Dieu
de la Paix qui n'a pas eu honte
>
GALANT 175
de naiftre dans une Crêche pour
reconcilier le monde avecfon Pere :
prions-le que comme ilfit àfanaif-
•Sance annoncer par fes Anges la
paix au monde , il faffe prendre
aujourd'huy des fentimens depaix
aux Nations ; qu'elles changent
les épées & les lances dont ellesfe
font armées pour arrofer la terre
de fang , en inftrumens qui foient
propres
à la cultiver : qu'elles ceffent
defe détruirepar la guerre &
par les batailles qu'elles participent
enfin à la joye que la venuë
de ce Roy pacifique , doit donner à
de ce Roy à qui feul apla
terre ,
partient
de délivrer
la terre
des
Piiij
176 MERCURE
guerres que les hommes y ont cxcitées.
Mr Anne de Fieubet de
Launac , Chevalier , S' de Jail- ·
lac , Cendré , Caftanet , Sivry ,
Saifi , &c. Maiftre des Requêtes
, mourut le mois dernier
âgé de foixante- treize ans . Il
eftoit frere de feu M' de Fieubet
, l'un des plus grands Magiftrats
que la France ait eu ,
& qui détaché du monde avant
que le monde le quittaſt , ſe retira
aux Camaldules qui font
dans la Foreſt de Grofbois , où
il est mort & enterré. Ces deux
freres eftoient oncles de M' le
GALANT 177
Premier Prefident de la Chambre
des Comptes . Feu M™ N...
Nicolaï auffi premier Preſident
de la même Chambre , & pere
de celuy qui eft aujourd'huy en
Charge , avoit épouſé Dame
N... de Fieubet , foeur de celuy
qui vient de mourir . M's de
Fieubet eftoient fils de Gafpard
de Ficubet , premier Preſident
au Parlement de Toulouſe.
Ce grand Magiftrat fut à l'âge
de dix-huit ans Prefident aux
Requeftes de ce Parlement , &
il en fut enfuite Procureur General
, & à l'âge de trente-un
le Roy le nomma premier Pre178
MERCURE
fident. Il fit éclater dans l'exercice
de cet employ toutes les
vertus & toutes les qualitez
d'un grand Magiftrat. Ce que
le Roy en a dit le met au deffus
de toutes les loüanges qu'on
pourroit luy donner . Quand
ce Monarque apprit ſa mort
il dit : C'eftoit un des plus grands
Fuges de mon Royaume , & des
plus attachez à mon fervice. M
de Fieubet mort aux Camaldules,
fon fils aîné , fut Confeiller
au Parlement de Toulouſe
à l'âge de vingt ans . La Maifon
de Fieubet eft originaire
de Languedoc auffi bien que
GALANT
179
rs
celle de M's Nicolaï , avec laquelle
elle eft alliée de plus d'un
cofté. Ce fut Jean Nicolaï S' de
S. Victor qui fut enfuite premier
Prefident en la Chambre
des Comptes de Paris , qui quitta
le premier la Ville de Touloufe
dans le quinziéme fiecle.
Feu M' de Fieubet dont je viens
de parler eftoit un excellent
Poëte Latin. Ces quatre Vers
qu'il fit pour la celebre Comteffe
de la Suze , en font une
preuve.
Quadca fublimirapiturper inania
curru ?
180 MERCURE
An Juno , an Pallas , numVenus
ipfa venit !
Si genus infpicias, Juno, fi fcripta,
Minerva ,
Si fpectes oculos , mater amoris
erit.
Mr Arnoul - Jean - Baptiſte
Garnier , Chevalier Seigneur
de Salins , Clanleu , & autres
lieux , n'a pas furvêcu longtemps
à ſon épouſe , morte au
commencement
du mois de
Mars , & dont j'ay parlé dans
cette Lettre . Il mourut fur lå
fin du même mois. La perte
d'une époufe qu'il aimoit tenGALANT
181
drement & dont il eftoit aimé
de même , n'a pas peu contribué
à abreger fes jours. Les regrets
que fa morta caufée dans
fa famille , en difent plus que
tout ce que je pourrois vous
en dire. Je vous ay auffi parlé
de fa maiſon en vous apprenant
la nouvelle de la mort de
fon époufe. Il fuffit donc de
vous dire que celuy qui donne
lieu à cet article eftoit generalement
eftimé . C'eftoit un de
ces hommes rares qui joignent
à une exacte probité un efprit
obligeant . Il n'avoit jamais
trouvé d'occafion de rendre
182 MERCURE
fervice à quelqu'un qu'il ne
l'eût faifie avec joye. Il eſt mort
dans de vifs fentimens de religion
, & dans une grande refignation
aux ordres du ciel ;
enfin il a rendu l'eſprit à fon
Createur dans la même difpofition
où il a toûjours vêcu ;
c'est-à- dire penetré des veritez
du Chriftianiſme , & plein de
confiance dans la mifericorde
divine. Ce témoignage ne paroîtra
pas un éloge flatteur à
ceux qui l'ont connu .
Mr Berault Profeffeur du
Roy en Langue Hebraïque au
College Royal , mourut dans
GALANT 183
le mois de Mars. C'eftoit un
des plus fçavans hommes de
France pour l'intelligence des
Langues. Il s'y eftoit appliqué
avec fuccés dés fa plus tendre
jeuneffe . Il a laiffé d'excellens
manufcrits remplis de fçavantes
remarques fur les meilleuts
Interpretes de l'Ecriture . Il
avoit fait des Notes critiques
fur Aben- Ezra & fur Maimonides
deux fameux Rabins . Il
avoit de grandes relations avec
le Docteur Hydes , mort en
Angleterre depuis deux ans.
Dame Sufanne de Bruc
veuve de Mr Jacques de Rou184
MERCURE
gé , Chevalier Marquis du Pleſfis-
Belliere , Capitaine general
des Armées du Roy , eſt mort
âgé d'environ cent ans. Elle n'a
laiffé de fon mariage avec feu
M' le Marquis de Pleffis - Belliere
, que Catherine de Rougé,
Maréchale de Crequi. Cette
Dame qui avoit épousé François
de Crequi, Marquis de Marines
, Maréchal de France &
Gouverneur de Lorraine , n'avoit
eu de ce Seigneur que deux
fils tous deux morts fans pofterité.
François-Jofeph Marquis
de Crequi , d'abord Colonel
du Regiment de la Fere , Aide
GALANT 185
de Camp des Armées du Roy
& enfuite Lieutenant general ,
qui fut tué à la bataille de Luzzara,
& Charles- François Comte
de Blanchefort , Maréchal
de Camp , mort de maladie il
y a quelques années. Monfieur
le Maréchal de Crequi eftoit le
troifiéme fils de Charles II.
Marquis de Crequi , & fecond
fils du Maréchal de Crequi &
de Dame Anne du Roure , fille
de Claude de Bonneval & de
Combalet & de Marie d'Albert-
Luynes. Quant à M' le
Marquis du Pleffis - Belliere , il
avoit longtemps fervi en Cata-
Avril
1705 .
е
186 MERCURE
logne fous Monfieur le Maréchal
de la Mothe- Houdancourt.
Il avoit eu deux fils de
fon époufe , tous deux morts
dans le fervice , & dont l'un
eftoit Gouverneur de Suze .
Le dernier Evefque de Saintes
touchoit de prés à ce Seigneur ,
& l'un & l'autre eftoient également
eftimables par les vertus
de leurs états & par la bonté
de leur coeur. La Maifon de
feue Me du Pleffis - Belliere eft:
ancienne & illuftre par les perfonnes
qu'elle a produit dans
la robe . Elle a donné divers :
Officiers au Parlement de PaGALANT
187
ris . Perfonne n'ignore que M
du Pleffis -Belliere avoit infini
ment d'efprit. Son grand âge
a efté la feule caufe de fa mort,
& elle eft morte en dictant une .
Lettre.
re
Dame Anne Loifel , veuve de
M François Phelypeaux, Chevalier
Seigneurd'Herbault, Bracieux
, & c. Confeiller du Roy en
fa Cour de Parlement , eft auffi
decedée dans le mois de Mars
dernier. Je vous ay fi fouvent
parlé de la Maiſon Phelypeaux
que je n'ay rien à vous en ap
prendre de nouveau , finon que
la branche dans laquelle cette
Qij
188 MERCURE
Dame avoit pris alliance , s'eft
diftinguée dans les Armes
ceux qui ont porté le nom
d'Herbault ayant fait voir en
ces derniers temps que la profeffion
des armes leur eftoit
auffi propre que celle de la Magiftrature.
Me d'Herbault deſcendoit
de ce fameux Jean Loiſel
, dit Avis , qui fut Medecin
des Rois Louis XII. & François
I. Antoine Loifel qui defcendoit
du premier fut executeur
Teftamentaire de Pierre
Ramus dont il avoit efté difciple.
Il étudia à Toulouſe & enfuite
à Bourges fous le celebre
GALANY 189
Cujas, qui l'honora de fon amitié
, & qui parle fouvent de luy
avec éloge . Antoine Loifel
vint enfuite s'établir à Paris ,
où il acquit une fi grande reputation
que M Dumenil
Avocat du Roy luy procura la
Charge de Subftitut au Parquet
, & luy fit époufer ſa niéce,
Marie Gaulas, qu'il élevoit dans
fa maifon comme fa propre
fille. En 1581. il fut chargé
d'exercer la Charge d'Avocat
du Roy en la Chambre de
Juſtice de Guyenne . Il donna
depuis au Public huit Difcours
qu'il avoit prononcez en cette
190 MERCURE
Chambre , & qui nous reftent
fous le titre de la Guyenne de
Mr Antoine Loifel. Il mourut
à Paris en 1617. âgé de quatre-
vingt-un an. L'aîné de fes
fils , Antoine Loiſel Confeiller
au Parlement de Paris , mourut
avant luy. Son fecond fils , le
celebre Loiſel, Confeiller Clerc
au même Parlement , Chanoine
de Paris , fut un des plus
grands Magiftrats de fon
temps . Feu M' l'Abbé Joly
Chanoine & Archidiacre de
Paris , fi connu parmi les gens
de Lettres , eftoit petit fils d'Antoine
Loifel : il en a écrit la vie.
GALANT 191
Dame Madelaine Rouxel de
Médavy de Grancey , Abbeſſe
de Gomer Fontaine dans le Vexin
François , eft morte âgée
d'environ cent ans . Elle eftoit
foeur dufeu Maréchal de Grancey
, & fille de Pierre de Rouxel
Baron de Médavy , Comte
de Grancey , Maréchal de
Camp , Gouverneur d'Argentan
, Lieutenant general en
Normandie & Confeiller d'Etat
ordinaire , & de Charlotte
de Hautemer Comteffe de
Grancey , fille de Guillaume S
de Fervaques , Maréchal de
France. M l'Abbeffe de Go192
MERCURE
mer- Fontaine eftoit auffi foeur
de François dernier Archevêque
de Rouen , de MⓇ la Marquife
de Caftelnau mere du
Maréchal de ce nom , de M
l'Abbeffe d'Almenefche dans le
Diocefe de Sées , & de M° l'Abbeffe
de Vignats. Je vous parlay
il y a quelques mois de la
genealogie de la Maiſon de
Rouxel Médavy
que
Vous fçavez que M' l'Evêde
Soiffons a efté nommé
pour remplir la place de feu M
Pavillon à l'Academie Françoife.
Ce nouvel Academicien fit
felon
GALANT
193
felon l'ufage le jour de fa reception
les éloges de l'Academic
, du Cardinal de Richelieu ,
du
Chancelier Seguier & de
l'Academicien dont il remplif
foit la place. Il finit fon difcours
par un éloge du Roy ,
qui eft Protecteur de l'Academie.
Voicy de quelle maniere
il parla de Sa Majeſté.
Mais , Meffieurs , l'inclination
, le devoir , la reconnoiffance
, l'ufage mefme de nos affemblées
, tout cela exigera de moy
que j'entretienne noftre Academie
des vertus du Roy vostre auguste
Avril 1705
. R
·
194 MERCURE
Protecteur. Et combien me fera-t- il
difficile de trouver des expreffions
qui répondent à la dignité du ſujet.
Une seule chofe me raffure
c'est que bien que quand on parle
de ce Prince , ce qu'on en dit foit
toujours infiniment au deffous de
ce qu ''on en devroit dire ; cela même
neantmoins eft toûjours infiniment
au deffus de tout ce qu'on peut-dire
des autres hommes.
Toutefois me fierait - il bien à
moy , Miniftre des Autels que je
fuis , de celebrer par preference à
toutes fes autres actions , celles que
le monde admire davantage , &
qu'en effet on ne peut regarderque
GALANT
195
comme autant d'étonnans prodiges.
Provinces conquifes , Batailles gagnées
Villes prifes , Armées nombreufes
& formidables , aguerries
parfes foins , & renduës invincibles
par fa prefence ; Flottes
maiftreffes des mers , & dans la
derniere Campagne contraignant
de nouveau l'Angleterre & la
Hollande de ceder à leur effort ;
L'Europe toutejaloufe qu'elle eftoit
de fa grandeur , forcée plus d'une
fois à accepter la Paix aux conditions
qu'il la vouloit ; fon alliance
recherchée par des Peuples
puiffans , des extremitez de la terre
; Ambaſſades reçûës des climats
Rij
196 MERCURE
les plus éloignez. Grand Prince ,
tant d'éclat m'éblouit & meferoit
apprehenderpour vous fi je nefçavois
que depuis longtemps la Pieté
a établi fon thrône dans vostre
coeur.
Qu'il eft beau de la voir cette
Pieté facrée faire en toute occafion
un Chreftien obéiffant & docile ,
d'un Prince accoûtumé à ne rien
trouver qui ne pliefousfes volontez.
En effet , ne fçavons nous pas
qu'il fuffit de faire connoistre au
Roy que Dieu parle , pour qu'il
obéiffe ? Ce n'est point flatterie ,
c'eft verité , de dire que jamais.
Prince à cet égard n'eut une vo५
GALANT 197
lonté plus foumife ny des intentions
plus fimples & pluspures.
Heureux que nousfommes que
Dieu ait mis ainfi dansfa main le
coeur de cePrince! De là comme d'unefource
benigne vont couler vers
nous toutesfortes de biens . La Paix
fur tout, ce prefentdu Ciel ,fi defirable
, nous la recevrons bientoft.
Dieu conduira bientoft ce Prince
dans les fentiers de la Paix , &
pour me fervir des paroles du Roy
Prophete , il marquera la paix
pour fes frontieres ; il le fera
jouir dufruit de fes longs & glorieux
travaux ; & le plus doux
fruitpour luy, Meffieurs , c'eft de
Rij
198 MERCURE
procurer àfes Sujets des jours heureux
& tranquilles.
Et que n'a-t-il point fait jufques
icy , ce Prince pieux , pour
porter fes ennemis
à recevoir
la
Paix à des conditions
raisonnables?
Que n'est-ilpas preft de faire encore
! Un fuccés
imprévus
peuteftre
les flatte & les enorgueillit
:
c'est une forte de joye qu'ils n'avoient
pas encore goûtée , elle a
pour eux tout le charme de la nouveauté
, ils s'y abandonnent
fans
mefure. Mais cette épée redoutable
, qui juſqu'icy
n'avoit
porté
que des coups certains , penfent-ils
qu'elle foit émouffée
? Attendons
,
GALANT 199
Meffieurs , de la prudence du Roy;
defa grande experience dans l'art
de la guerre, & encore plus de la
protection dont Dieu l'accompagne ,
qu'encore une fois il confondra les
projets de fes ennemis , lesforcera
de fouhaiter un repos qui leur
que
la
eft fi neceffaire .
Alors nous le verrons s'appliquer
à reparer ces bréches ,
neceffité d'une deffenfe legitime contraint
quelquefois un Prince jufte
defaire àfon Etat. Il oubliera en
luy le Heros pour fe fouvenir du
Pere ; & confiderant à quelle fin
Dieu a donné des Rois aux Nations
, il ne travaillera qu'à faire
Rij
200 MERCURE
regner avec la paix , la verité
la juſtice
.
C'est là fans doute , quelque
illufion que l'orgueil humain s'efforce
de nous faire à ce sujet , ce
que les Rois peuvent executer en
leur vie de plus glorieux & de
plus grand. Les trophées qu'on éléve
en leur honneur dans le champ
de la Victoire , à dire vray , ont une
forte d'éclat ; mais que
les Rois
ceffent de s'y méprendre , il n'y a
de trophées veritables , il n'y en
aura de durables que ceux que
Dieu de fa propre main daignera
leur élever dans le Ciel , aprés que
parmi les hommes , l'amour & la
GALANT 201
reconnoiffance les auront élevez
en leur honneur dans le fond des
coeurs .
Ces folides veritez , Meffieurs,
le Roy les connoiftparfaitement ; &
ne doutons pas qu'en ces momens
où nous le voyonsprofterné devant
les Autels , fa plus ardentepriere`
ne foit de demander au Diſtribu
teur des dons , celuy de pouvoir
remplir les obligations à quoy ces
veritez l'engagent.
Vivez donc , Prince jufte ;
grand , magnanime ; vivez pour
procurer le bonheur de la Terre
que deformais toutes chofes
refleuriſſent par vos foins dans
202 MERCURE
voftre Eftat. Le Ciel vous comble
de fes benedictions les plus particulieres.
Vous voyez les Enfants
de vos Enfants , &, ce quipeutefere
n'a point d'exemple dans
l'Hiftoire , une troifiéme generation
vous a efté encore accordée.
Aimé , refpecté au dedans , craint
redouté au dehors , vous jouïf-
Sez d'une fanté vigoureuse qui
vous promet de longues années.
Voftre felicité eft parfaite ; puif
fiez- vous conformément àa vos
defirs & à l'exemple de Dieu ,
•devenir de plus en plus la confolation
des hommes , l'esperance &
lajoye de vos fidelles Sujets.
GALANT 203
M' l'Abbé Regnier des Marais
, Secretaire de l'Academie
répondit au Difcours de M
l'Evêque de Soiſſons , & aprés
avoir parlé de luy-même avec
beaucoup de modeftie , il fit
l'éloge de ce Prelat & celuy de
feu M' Pavillon dont il remplif
foit la place. Voicy de quelle
maniere il entra dans celuy du
Roy , & ce qu'il dit de Sa Majefté.
Il venoit de parler de la
liaiſon qui doit cftre entre les
Academiciens .
Que fi cette liaiſon eft toûjours
neceſſaire entre toutes les perfonnes
204 MERCURE
d'un mefme Corps , de quelle
indifpenfable neceffité n'eft - clle
point entre tous les membres d'une
Compagnie , qui a LOUIS le
Grand pour Chef, & pour Protecteur
; & qui par des titres fi
glorieux pour elle , a l'avantage
de tenir à luy d'une façon plus
particuliere que tout le refte de
fes Sujets.
N'oublions jamais, Meffieurs,
à quoy une Protection fifinguliere
nous engage : & fouvenons- nous
fur tout qu'elle nous impoſe l'obligation
de le faire connoistre à toute
la Terre à tous les
&
tel que nous avons la bonne fortemps:
GALANT 205
tune de le connoiftre ; & tel qu'il
feroit à defirer que le connuffent
tant d'Ennemis que la jalouſie a
réunis contre luy .
C'eft peu de dire qu'il n'en auroit
plus depuis long- temps , s'il
avoit efté poffible qu'il eust efté
toujours en perfonne à la tefte de
fes Armées. Quelque grande que
puiffe eftre une pareille idée , &
quelque fondement qu'elle puiffe
avoir fur le paffe ; ce feroit toujours
une gloire qui luy feroit commune
auec d'autres Princes &
d'autres Heros ; & du moins il
en devroit une partie à la bonté
de fes Officiers & de fes Troupes.
206 MERCURE
+
Une gloire plus grande , plus
pure , & qu'il n'auroit à partager
avec perfonne ; mais qu'on ne
devroit pas moins juſtement fe
promettre de tant degrandes qualile
Ciel a raffemblées en
tez que
luy ; de cet efprit de fageffe &
d'équité
qui regne dans tous fes
fentiments
, & dans toutes fes
paroles ; enfin de cet air de douceur
& de Majefté
qui eftrépandu dans
toutefa perfonne qui luy a toujours
concilié l'amour
& la veneration
de tout ce qui eft jamais venu à
fa Cour de tous les endroits
de
l'Univers ; c'est que pour mettre
fes Ennemis
de fon parti , il n'auGALANT
207
roit pas mefme befoin d'eftre fuivi
de fes Troupes , toujours fidelles
fous luy à la Victoire.
On a dit autrefois que la Vertu
fe feroit aimerde tous les hommes ,
fi elle pouvoit fe monstrer aux
hommes auffi aimable qu'elle eft.
Si LOUIS LE GRAND pouvoitfe
faire connoiftre àfes Ennemis
tel que le connoiffent ceux qui
ont l'avantage de l'approcher de
prés ; au lieu de tant d'Ennemis
qui luyfont aujourd'huy la guerre,
il n'auroit bientoft plus que des
admirateurs zelez ; & toute
l'Europejouiroit bientoft avec nous
d'une Paix profonde.
1 208 MERCURE
Je croy devoir ajoûter ce qui
fuit , touchant M l'Evêque de
Soiffons . Ce Prelat a fait plufieurs
ouvrages dont quelquesuns
feulement ont vu le jour.
Sa Lettre au Pere Lamy Religieux
Benedictin , a eſté imprimée
à la tefte d'un Livre intitulé
Reflexions fur l'Eloquence.
Pour en bien entendre le fujet
il faut fçavoir que le Religieux
qui elle eft adreffée s'eftoit
declaré ouvertement contre
la Rhethorique ordinaire qui
s'enſeigne dans les Colleges &
qui fe pratique au Barreau &
dans la Chaire , dans fes TraiGALANT
209
tez de la Connoiffance de Soymême
& les Eclairciſſemens qu'il
avoit donnez fur ces Traitez .
Cet Auteur dont certainement
il faut louer la fubtilité & la
politeffe , a pouffé fon emportement
contre cet Art , autrefois
fi celebre dans les Ecoles
Grecques & Latines , jufqu'à
dire que la Rhetorique priſe
felon l'ufage ordinaire eſt nuifible
à la perfection du jugement
; qu'elle ne fert qu'à refferrer
l'efprit , à l'affoiblir ,
luy faire illufion ; qu'en un mot
elle nuit au bon gouft , à la
droiture & à la jufteffe de l'efs
Avril 1705. S
તે
210 MERCURE
prit . Ce qu'il dit fur la Poëfie
n'eft gueres moins fort ; enfin
il n'a pas tenu à luy qu'on ne
ne profcriviſt ces deux Arts des
Ecoles chreftiennes . Ce fçavant
Ecrivain envoya fon livre
à M' l'Evêque de Soiffons , ce
Prelat qui a un gouft excellent
& qui a des lumieres tres -fûres
fur l'Eloquence & fur la Poëfic
, frappé de cette nouvelle
doctrine , écrivit à l'Auteur la
Lettre dont il eſt icy queſtion ,
mais elle eftoit fi honnefte & fi
polie que l'adverfaire de la Rhethorique
fut charmé de fon
procedé. On en peut juger par
GALANT 211
La Lettre même & par les Reflexions
qui la fuivent , & que
le même Auteur fit fur le cinquiéme
Eclairciffement de la
Connoiffance de Soy- même . Le P.
Lamy répondit , & Mª de Soiffons
repliqua. Au reste cette
querelle avoit déja commencé
quelques années auparavant entre
deux fameux Antagoniſtes.
Feu M' Dubois de l'Academie
Françoife & Traducteur de plufieurs
ouvrages de Saint Au
guftin , avoit répandu dans la
Preface de fa Traduction des
Sermons de ce faint Docteur ,
une violente declamation con
Sij
212 MERCURE
tre l'Eloquence , ou pour par
ler le langage de M de Soif
fons , il eftoit tombé dans une
terrible confufion d'idées touchant
la vraye ou la fauffe Eloquence.
M Arnaud Docteur
de Sorbonne , fit . fur cette Preface
& fur l'Eloquence des Predicateurs
des reflexions dont le
Traducteur de Saint Auguſtin
n'eut lieu d'eftre content .
pas
Ces Reflexions font precedées
d'une Lettre de M' Arnaud à
M' Dubois pour le remercier
de la Traduction des Lettres
de Saint Auguftin qu'il luy
avoit envoyée , elle eft pleine
GALANT 213
d'honneftetez, & il fut fans dou
te bien aiſe de le prevenir par
là fur la vivacité des Reflexions,
Cette Lettre & les Reflexions
qui la fuivent terminent le Livre
intitulé Reflexions fur l'Eloquence
, qui fut approuvé avec
de grands éloges par M Pavillon
, auquel M de Soiffons
vient de fucceder. L'Eloquence
eut donc dans le dernier fiecle
deux illuftres Deffenfeurs en la
perfonne de M ' Arnaud & de
M'l'Evêque de Soiffons . Comme
la querelle n'eft pas finie &
que le P. Lamy continuë à declamer
contre la Rhetorique ,
214 MERCURE
elle ne manquera pas dans ces
temps -cy de Deffenfeurs. On
peut dire que M Gibert
Profeffeur de Rhetorique au
College des Quatre- Nations ,
le nouvel adverfaire du Pere
Lamy , la deffend bien , &
qu'il la deffendra encore mieux
lorfqu'il fera foûtenu des raifons
d'un Auteur anonyme
qui eft preft de publier un
ouvrage également fort &
folide contre le dernier livre
du Pere Lamy , intitulé la
Rhethorique du College trahie par
fon Apologifte. Ce fecond Antagonifte
combat le Benedictin
GALANT 215
par ſes propres principes , &
comme celuy- cy eſt un grand
Metaphyficien , c'eſt auffi par
des raifonnemens puiſez dans
la plus fublime Metaphyſique
que noftre Anonyme l'attaque.
Aurefte , cette diſpute n'eft pas
d'une petite confequence
, &
on fera voir qu'on ne doit pas
eftre auffi indifferent fur le fuc
cés de la difpute que le préten
dent quelques perfonnes d'efprit.
M' l'Evêque de Soiffons
a fait d'excellentes Odes dont
le P. Bouhours qu'il honoroit
de fon affection , a enrichi fon
Recueil de Poëfies . Il a fait auffi
216 MERCURE
la verfion des Epîtres de Saint
Clement Pape fur le Grec , &
il l'a accompagnée d'une excellente
Preface pour donner le
vray gouſt de ces ouvrages
apoftoliques , mais il n'a point
voulu donner cette verfion au
Public .
Vous verrez dans la Lettre
fuivante que c'eft le Pere Dom
Garnerin , Savoyard , qui eft
Abbé de la Colonie des Religieux
de la Trape , qui vont
s'établir dans les Etats de Monfieur
le Grand Duc de Tofcane.
Je vous avois mandé que
c'eftoit le P. d'Aria Piémon
tois
GALANT 217
tois , & je ne m'eftois pas trompé
, puiſqu'il avoit d'abord eſté
nommé , mais fes inftantes prieres
jointes à fes infirmitez , luy
ont fait accorder par les Superieurs
la grace de ne pas de ne pas fortir
de la Trape , & ils ont nommé à
fa place le Pere Dom Garnerin.
27
A Lyon ce 21. Mars 1705 .
Les Peres de la Trape , qui vont
faire un établiffement de leur réforme
dans les Etats de Monfieur
le Duc de Florence , arrivérent
en cette Ville par la Diligence
Avril 1705 . T
218 MERCURE
le foir du neuviéme de Février.
Ils avoient paffé par Tournu , où
Monfieur le Cardinal de Bouillon
les avoit reçus & regalez magnifiquement.
Il voulut fe donner le
plaifir de leur voirfaire leurs exercices
; & furtout celuy du travail.
des mains ce fut à faire des
fabots qu'ils s'appliquerent , le
mauvais temps ne leur permettant
pas de travailler à la Campagne.
Cette Alieffe craignant
qu'ils ne trouvaffent pas de ces
chauffures où ils vont s'établir , leur
en fit remplir deux grands facs ,
qui font unepartie de leur bagage.
Ces Religieux fe fervent de ces
GALANT 219
fabots , lorfqu'ils vont travailler
aux champs.
De Tournus ils defcendirent à
Mâcon , & de là ils fe rendirent
icy. Comme on eftoit averti de leur
paffage , une infinité degens fe rendirentfur
le Quay pour les voir
arriver. Mrs de Saint Antoine ,
chez lefquels ils devoient loger ,
avoient pourvû à leurs voitures.
On leur avoit prefté une vingtai
ne de caroffes , qui fe trouverent
fur le Portpour les emmener : mais
ces Meffieurs ne furent pas les
maiftres. Les perfonnes les plus
diftinguées , qui y eftoient venuës
dans le même équipage , fe firent
Tij
220 MERCURE
un honneur d'enlever ces bons Religieux
, & de les conduire au lieu
deftiné. Le cortège des principaux
de la Ville eftoitfi nombreux , qu'on
demeura pendant une demie- heure
à le voir paffer , avant qu'on puſt
arriver dans la Maifon de Saint
Antoine. Les rues eftoient bordées
d'un peuple infini , & l'empreffement
de voir ces nouveaux Hoftes
fut des plus grands.
Comme ces faints Religieux
eftoient venusfur la riviere & que
la faifon eftoit extrémement rude ,
le froid les avoitpenetrez .Dés qu'-
ils arriverent, on les conduifit dans
une grande Salle , où ils trouvéGALANT
221
rent un grandfeu. Ce fut là qion
eut le plaifir d'admirer leur modeftie.
Quoy qu'on euft mis des Gardes
aux portes de la mafon , on
n'enpût refufer l'entrée aux Principaux
de la Ville , qui s'y rendirent
pour les voir. Ces Peres
eftoient debout autour du feu . On
neput les obliger à tourner la tefte ,
pour regarder lesperſonnes dont ils
eftoient environnez , ou pour répondre
aux demandes qu'on leur
faifoit. Leur conduite a efté fans
affectation , foit pour le lit , foit
pour la nourriture. Ils ont couché
fur des matelats & entre les draps
de toile qu'on leur avoit preparez.
T iij
222 MERCURE
Ils ont mangé du poiffon & des
oeufs, ils ont bu du vin , ils avoient
perm ffion de parler avec Mrs de
Saint Antoine leurs hoftes , qui
ont toûjours eu la politeffe de les
fervir à table , de faire la lec
ture pendant le repas , quoy qu'ils
ne mang affent pas avec eux..
Le lendemain , le Pere Abbé de
cette religieufe Troupe dit la grande
Meſſe , qui fut fervie à Diacre
à Soúdiacre , & chantée par
Mrs de Saint Antoine. Les Religieux
de la Trape eftoientfeuls dans
unepetite Tribune , pour n'eftrepas
expofez à lafoule qui eftoit accou
ruë pour avoir la confolation de
GALANT 223
les voir. Aprés le diner , le Pere
Abbé, accompagnédu Pere Prieur,
monta en carroffe pour rendre vi-
Jite à Madame de Villeroy , fille du
Maréchalde ce nom , & ci-devant
Prieure des Carmelites , qui avoit
fouhaité ardemment d'avoir cette
fatisfaction. C'est la feule vifite
qu'ils ont rendue en cette Ville. Le
jour de leur départ, qui fut le onzieme
, le Pere Abbé alla dire la
Meffe chez les Dames de la Vifi
tation du premier Monaftere , où
eft le coeur de Saint François de Sales
, qu'il avoit devotion de baifer.
Dés qu'il fut de retour , & qu'on
eut diné , il s'embarqua avec fes
T
iiij
224 MERCURE
•
Religieux , accompagnez , chacun
d'un de Mrs de Saint Antoine ,
jufqu'au Batteau.
Ce qui porta le R. Pere Abbé
à choisir fon logement chez ces
Meffieurs , eft qu'il a efté autrefois.
de leur Ordre , & qu'il eftoit lié
d'une amitié particuliere
avec le
Superieur de cette Maiſon , dont
il a parfaitement bien fait les honneurs.
Il voulut que deux de fes
Religieux defcendiffent juſques à
Vienne avec cette fainte Troupe ,
afin de les loger encore dans la maifon
de Saint Antoine de cette Villelà
; mais Mr l'Archevêque
ne
voulut pas le permettre , il fut les
GALANT 225
enlever luy - même , leur donna à
Jouper, les envoya coucher dans
fon Seminaire , où il leur avoitfait
preparer des lits. Dés le lendemain
ils partirent pour Avignon , où ils
defcendirent dans la premiere maifon
du Fauxbourg de la Porte du
Rhône, Aprés quelques momens de
repos le Pere Abbe avec le Pere
Prieur allerent faluër Monfieur
le Vicelegat, qui les reçut parfaitement
bien. A leur retour ils furent
vifitez par Mr le Doyen &
quelques Chanoines de l'Eglife .
Metropolitaine , par les R. P. Jefuites
, par les R. P. Celeftins.
Le jour d'aprés ils fe mirent deux
226 MERCURE
à deux dans des Chaifes roulantes
allerent jufqu'à Marſeille , où
ils fe rendirent heureuſement. La
Galere qui les devoitporterjufqu'à
Livourne n'eftant pas encore arrivée
, on leur choisir une maison
fpacienfe , accompagnée d'un grand
jardin , afin qu'ils puffent faire
toutes leurs fonctions religieufes ,
ce qui leur a esté jufqu'icy impoſſible
, tant on a eſté empreſſépour
les voir.
Le Pere Abbé s'appelle Garnerin
; il eft de Chambery , d'unefamille
tres - ancienne ; fon ayeul
efté premier Prefident du Senat
&fon Perey a eu des emplois tresGALANT
227
honorables. Le Pere Prieur eft de
Touloufe ; je n'enfçais ny le nom
ny la qualité. On afait mille honneurs
en cette Ville au Pere deFanfon
deRofemberg, quiy eftoit connu
d'une infinité d'honneftes gens.
Vousfcavez le motifdefa conver
fion. Il ne prétend pas de refter en
Italie , ce n'eft quepourfaire plaifir
à Monfieur le Duc de Florence ,
qui l'a fpecialement demandé, qu'il
a bien voulu quitter la Trape , où il
efpere de retourner dans peu de
temps. La Colonie eft composée
cemefemble , de dix -fept Profés ,
& de trois Novices.
Voicy les noms de ceux qui
228 MERCURE
ont eu des Evêchez dans la promotion
que le Roy fit la veille
de Pafques.
re
M Auguftin de Maupcou
Evêque de Caftres a cü l'Archevêché
d'Auch ; ce Prelat eft frere
de M de René de Maupeou
Prefident en la 1 " Chambre des
Enqueftes, quiauparavant étoit
Chevalier de Malte & avoit fait
fes Caravannes en cette qualité.
M' l'Archevêque d'Auch eft
fon frere aîné , & il avoit d'abord
pris le parti de la robe ,
puifqu'aprés la mort de fon frere
aînéAvocat general au grand
Confeil, il exerça quelque tems
L
GALANT
229
A
cette Charge avec
applaudiffement.
Cesмrs avoient encore un
frere , mort au fervice du Roy :
c'eftoit un Officier d'un grand
merite. Ils
eftoient tous quatre
fils de feu мre René de
мaupeou
auffi Prefident en la
mêmeChambre
des Enquêtes , depuis Confeiller
d'honneur au Parlement
& coufin germain de Mre N...
de
Maupeou Prefident & pere
de Madame la
Chanceliere . Le
Prelat qui donne lieu à cet article
n'eft pas moins habile dans
le miniftere qu'il a embraffé,
que
dans celuiqu'il avoit d'abord fuivi
, & illoutient
parfaitementbien
la
reputation de feu мr l'Evêque
de Chalons fur Saône ,fon oncle.
Deux de fes oncles ,
Capitaines
aux Gardes furent tuez aux fiċ230
MERCUR
E
ges de Valenciennes & de Montmedy
, dont l'un fut enterré jufqu'à
mi corps par l'effet d'une
mine , & on doit remarquer que
quoique tout froiffé il donnoit
les ordres au reite de les Soldats
avee un courage vraiement Romain,
fe couvrant d'une pelle de
Pionniers . Il mourut de 14 bleffures
honorables. Je vous ren-
Vove a l'Etat de la France de
1661. Le Chapitre eft compofé de
17. Dignitez & de 20. Chanoines
, entre lefquels il y en a cinq
Seculiers ; fçavoir , le Comte
d'Armagnac , & les Barons de
Montaut , de Pardaillan , de
Montefquiou & d'lfle . On
croit qu Auch n'eft devenuë
Metropoolitaine qu'aprés la
ruine d'Eaufe. Anfronius eft
le plus ancien Prelat dont nous
GALANT 231
ayons connoiffance . Il a eu d'il
luftres Succeffeurs.
rs
L'Evêché de Tournay , M
N…….. de Coëtlogon , Evêque,
de Saint Brieuc. Cet Evêque eft
d'une des meilleures Maifons
de Bretagne . M de Coetlogon
qui fervent fur mer ont beaucoup
fait parler d'eux dans les
Armées Navales de Sa Majesté,
& ils ont donné de frequentes
marques de leur courage & de
leur valeur . M I Evêque de
Quimpercorentin
eft auffi de la
Maifon de Coëtlogon , qui te
noit déja un rang confiderable
en Bretagne du temps des an
232 MERCURE
ciens Ducs . Elle Y eft alliée à
tout ce qu'il y a d'illuftre ; fçavoir
aux Maifons de Coëtquen,
de Boilaivre , & à plufieurs autres
. Le Roy dit au Prelat qui
donnc licu à cet Article , qu'il
l'avoit choifi pour achever dans ce
Diocefe , ce que fes Predeceffeurs
y avoientcommencé. Tournay eft
une Ville des Pays - bas , avec
Evêché ſuffragant de Cambray.
Elle eſt tres- ancienne , puifqu'il
en eft fait mention dans l'Irineraire
d'Antonin , & l'onziéme
Epître de S. Jerôme , Saint
Piar en eft le plus ancien Evêque.
Du temps de S. Medard ,
GALANT 233
vers l'an 62 3. le Siege de Tournay
fut uni à celuy de Noyon,
& a demeuré en cet eftat jufques
vers l'an 1148. qu'à la
priere du grand S. Bernard ,
Eugene III. qui avoit beaucoup
de deference pour ce
pieux Abbé , les fepara , & établit
un Evêque dans l'Eglife de
Tournay ; elle eftoit pour lors
fous la Metropole de Reims ,
& elle n'eft fous celle de Cambray
que depuis l'erection des
nouveaux Evêchez dans les
Pays-bas en 1559. Louis le
Grand prit cette Ville en 1667.
& elle luy eft reftée
Avril 1705
.
par
la Paix
V
234 MERCURE
d'Aix- la- Chapelle . Louis Guillart
Evêque de Tournay y fit
des Ordonnances Synodales en
1520. & Maximilien de Gand
en 1643.
L'Evêché de Caftres , M
l'Abbé de Baujeu , Chanoine &
Grand-Vicaire du Diocefe de
Nifmes. Cet Abbé eft du Diocefe
de Nifmes , il a un frere
Capitaine de Vaiffeau , & un
autre qui eft Capitaine des Gardes
de Marine à Toulon. Il eft
d'une naiffance diftinguée , &
il eft neveu de M' d'Eftoublon
Maistre d'Hoſtel du Roy , &
s'eft employé aux fonctions de
fon miniftere avec beaucoup
GALANT 235
rs
de fuccés. Ila Prêché dans les
meilleures Chaires du Royaume
& dans les plus confiderablesde
Paris , où il fit il ya quel
ques années le Panegyrique de
Saint Louis le jour de la Fefte
de çe Saint devant M de l'Acadenie
Françoife . Ml'Abbé
de Baujeu a cum plufieurs fois
occafion d'exercer fon zele
dans le Diocefe où il eft , & qui
eft rempli de Nouveaux Convertis.
L'Evêché de Caftres cit
un des plus confiderables du
haur Languedoc. Il eſt Suffragant
d'Alby , avec titre de
Comté. Cette Ville eft fur la
-
Vij
236 MERCURE
riviere d'Agout qui la fepare
en deux . Les Princes de Montfort
, de Bourbon , & d'Arma
gnac , ont efté Comtes de Caf.
tres , jufqu'au fameux Jacques
d'Armagnac , qui eut la tefte
coupée en 1477. fous le regne
de Louis XI . Ce Prince donna
cc Pays à Bouffit de Juges ,
Lieutenant de Roy en Rouffillon
, qui époufa Marie foeur
d'Alien d'Albret . Mais le Comté
de Caftres revint à la Couronne
fous François I. en 1 31.7 .
Jean XXII. y fonda un Evêché
, ce fut la premiere année
de fon Pontificat . Dieu-donné
"
GALANT 237
3
Severat , Abbé de Lagny au
Dioceſe de Paris , en fut le premier
Evêque. Il a eu d'illuftres
Succeffeurs. Jean de Prez, Americ
Natalis , le Cardinal Raimond
Majorofi , Gerard Machet
Confeffeur du Roy Charles
VII. Jean
d'Armagnac ,
Antoine de Veze , & c . Cè nouvel
Evêque de Caftres eſt de
l'Academie des Sciences.
-L'Evêché de S.Brieuc en Bretagne
àm² l'Abbé deBoiffieux.Cet
Abbé qui eft parent de Monſieur
Cardinal de Noailles & de
Monfieur le Maréchal de Villars,
demeure depuis pluſicurs an238
MERCURE
•
ya
nées dans le Seminaire des Bons?
Enfans , de la
Congregation
de S. Lazare , & il y a beaucoup
travaillé dans les Miffions que
les Peres de cette Congregation
font avec tant de fruit.Ml'Ab .
bé de Boiffieux ne demandoit
rien moins que l'Epifcopat , &
il ne fongeoit qu'à continuer
fes travaux pour la gloire de
Dieu & pour le fervice du prochain,
lors que le Roy la découvert
dans le fonds du Seminaire
où il ne ſongeoit qu'à ſe cacher .
Cet Abbé eft d'une maifon
tres - qualifiéé , alliée à celle de
Boiffieux de Dauphiné qui a
GALANT 239
donné d'illuftres Magiftrats au
Parlement de Grenoble . M' le
Marquis de Boiffieux , frere du
nouvel Evêque de S. Brieuc , a
époufé la foeur de Monfieur le
Maréchal de Villars . L'Evêché
de S. Brieuc , en Latin
Briocum , eft dans la haute Bretagne
. S. Brieuc, dont elle porte
le nom , en fut le premier Apo-
>
tre. Cette Ville eft entre les
rivieres de Trie & d'Arguenon.
L'Evêché cft Suffragant de
Tours. Il fut fondé environ
Fan 844. par Ncomene Duc
de Bretagne , du temps que le
Roy Charles le Chauve re240
MERCURE
gnoit en France . Les Auteurs
croyent que ce Pays eftoit celuy
des Anciens Biducéens dont
parle Ptolomée. L'Egliſe Cathedrale
de S. Eftienne a deux
groſſes Tours & un
pitre , Doyen ,
d'un Treforier , de deux Archidiacres
, d'un Theologal , d'un
Chantre , & de vingt Chanoines.
Cette Eglife
ofé de Can
Chas
a eu des Preláts
renommez
, entr'autres
S.
Guillaume
Pichon
, qui mourut
en 1234. & qui fut canonifé
par Innocent
IV . Le Palais de
Audience
& le Palais Epifcopal
y attirent la curiofité
des
étrangers
.
GALANT 241
étrangers. On remarque que
pendant les querelles des Maifons
de Blois & de Montfort ,
qui difputoient le Duché de
Bretagne , la Ville de S. Brieuc
fut toujours feule paiſible . Juhel
de Mayenne Archevêque
de Tours & puis de Reims , fir
en 1233. des Ordonnances Synodales
pour le Diocefe de S.
Brieuc , avec le confentement
de l'Evêque Guillaume Pichon .
L'Evêché d'Oleron , Με
l'Abbé de Revol , and
- Vicaire
du
Diocefe
de
Poitiers
: & qui
l'a
efté
longtemps
de
celuy
de Belley
. Cet
Abbé
, qui
Avril
1705
.
X
242 MERCURE
elt encore tout jeune , a déja
rendu de grands fervices à l'Eglife
, & ce n'eft pas de luy
qu'on peut dire qu'il a enfoui
fon talent , il a mis en oeuvre
depuis plufieurs années celuy
qu'il a reçu de la parole, Il a
prêché avec fuccés dans une
partie des principales Villes du
Royaume ; & il ne s'eft paffé depuis
longtemps aucun Carême
qu'il n'ait fourny cette longue
& penible carriere , avec autant
de zele & d'édification que
de fruit . Il a prêché deux Carêmes
de fuite à Belley , ce qui
prouve le plaifir qu'on avoit
GALANT
243
de l'y entendre. Il en a aufli
prêché à Lyon , en Normandie
, & trois ou quatre à Paris.
Il vient de prêcher le dernier
à Niort en Poitou , où il y a
un grand nombre de Nouveaux
Convertis , & c'eft fur la fin de
cette Miffion que le Roy qui
n'a en vue que de remplir
l'Eglife de faints & zelez Miniftres
, l'a nommé à l'Evêché
d'Oleron. Il eft fils de feu M
Pierre de Revol , dont je vous
ay appris la mort l'année derniere
, & frere de M'de Revol ,
Baron des Aveniers , qui a ſervi
plufieurs années , & qui a eu
IC
X ij
244 MERCURE
l'honneur de commander l'Ar
riereban du Dauphiné, pendant
une Campagne. Vous ayant
déja donné un ample détail de
la Maifon de Revol dans ma
Lettre de Février 1704. je ne
vous en diray rien de plus dans
celle- cy , finon que ceux qui en
font fortis fe font toûjours
diftinguez dans la profeffiondes
armes , & qu'elle eftoit déja
fur un grand pied dans le monde
longtemps avant Louis de
Revol , Secretaire d'Etat fous
Henry III. Ce grand Minif
tre dont nos Hiftoriens parlent
fi avantageuſement , fucceda à
GALANT 245
M Brulart qui fut éloigné du
Miniſtere en 1588. Il continua
fes fervices fous Henry IV .
qui l'employa aux Conferende
Noifi & de Surefne , & il
parla à ce grand Prince au fujet
de fa converfion avec une hardieffe
vraiement chreftienne . Il
mourut en 1594. & on voit
fon Epitaphe à Saint Germain
l'Auxerrois où il eft enterré.
Ennemont de Revol fon fils ,
eft mort Doyen du grand Confeil.
Il fut Evêque de Dol ,
mais n'ayant jamais pris poffeffion
de cette Dignité , il ceda
ch 1604. fon droit à Antoine
X
iij
246 MERCURE
de Revol fon coufin , qui fut
un faint Prelati, & qui mourut
en 1629. Le nouvel Evêque
d'Oleron eft Bachelier de Sor
honne , & il eft frere de M de
Chatellard , dont je vous ay ap+
pris la mort.
41 420 ROT
Oleron eft une Ville fur le
Gaver, dans la Province de
Bearn , avec Evêché fuffragant
d'Auch. Les anciens l'ont nommé
Iluro , Ilurona , &c. La Ville
qui eftoit grande & belle fut
ruinée par les Normans dans le
neuviéme fiecle , & enfuite ret
bâtie vers l'an 1080. par Cenulle
, Vicomte d'Oleron. Elle
•
GALANT 247
eft fitué fur une éminence avec
une vicille Tour , arrofée de la
riviere de Gave , qui la fepare
dun Fauxbourg , dit de Sainte
Marie , où eft le Siege Epifco
pal. Saint Grat Evêque d'Ole
ron affifta au Concile d'Agde
Fann506.Ven 573. Licera fe
trouva à celuy de Paris , qui fut
le quatrieme tenu en cettegran
de Ville . Le même Prelat fe
trouva à celuy de Mâcon tenu
en 585. en 657. Abient fouf
crivit au huitiéme de Tolede,
Dans le penultiéme fiecle Ole
ron fouffrit beaucoup par les
perfecutions des Calviniſtes qui
X
iiij
248 MERCURE
s'en rendirent les maiſtres . La
Reine de Navarre mit fur
le Siege Epifcopal Gerard le
Roux , qui eftoit de leur party
& qui eftoit l'Auteur de tous
les maux que l'on faifoit fouffrir
aux Catholiques , Le Gave
d'Oleron eft formé de ceux
d'Afpe & d'Offeau qui fe joi
gnent au de ffous de la Ville.
Il faut lire l'excellente Hiftoire
de Bearn du ſçavant M²
de Marca Archevêque de Paris.
Ml'Abbé de Revol fuccede
à M Antoine Simon de Magny
, Docteur de la Maifon &
Societé de Sorbonne , Doyen
re
NGALANT 249
de Saint Crefpin de Soiffons ,
mort , ainfi que je vous l'ay déja
marqué , fans avoir efté Evêque
d'Oleronohater
ZOL'Evêché de Belley , M ' l'Ab
bé Madot, Abbé de l'Auroy en
Berry . Il travaille avec édification
depuis plufieurs années
dans la Communauté des Pretres
de Saint Sulpice . Il eft d'u
ne ancienne Maiſon de la Province
de la Marche . Son bif
ayeul, fon grand pere, fon pere,
& fon frere , ont efté fucceffivement
Lieutenans generaux
au Prefidial de Gueret, Capitale
de la haute Marche , & Dioce
250 MERCURE
qui
fe de Limoges dont il eft éloigné
de quatorze lieuës . Il a un
autre frere qui commande la
Cavalerie de Monfieur le grand
Duc de Tofcane , & quicht fort
bien en cette Cour- là. Il a auffi
un autre frere tres habiles q
pendant quelques années a elté
Official de M l'Evêque de Li
moges, & que Son Alteffe Monfreur
le Prince , a mis à la tefte
de fon Chapitre de Dammartin
, dont il occupe dignement
le Doyenné . Sa famille eft al
liée aux Maifons les plus diftinguées
de fa Province , par
leur nobleffe & par leurs en
"
GALANM 251
plois. Il n'eft âgé que de tren
te quatre ans . Ce nouveau Prelat
a donné dans les meilleures.
Chaires de Paris , des marques.
du talent qu'il a pour la Predi
cation. Il n'a jamais ceffe fes
travaux dans l'étendue de la
Paroiffe de S. Sulpice , & ſonzele
parut augmenter aprés avoir
efté nommé Abbé par le Roy
en 1702. Monfieur le Cardi
nal de Noailles qui a pour luy
une eftime particuliere , l'a
nommé Superieur des Hermi
tes du Mont-Valerien. Il eftoit
Confeffeur de feu M' le Comte
d'Aubigné , frere de MⓇ de
252 MERCURE
Maintenon ; & perfonne n'i
gnore qu'il a un talent parti
culier pour la conduite des a
mes . Je vous parlay amplement
de Belley , en vous apprenant
la mort du dernier Evêque. Je
n'ay rien à vous en dire à prefent
, finon que l'Evefque eſt
Seigneur fpirituel & temporel
de la Ville ; que le Chapitre de
la Cathedrale eftoit autrefois
regulier , & qu'il fut fecularifé
en 1579. Cette Ville fut brû
lée en 1385. On peut voir
fur ce fujet Guichenon . Il y
a un Baillage & une Election
à Belley . Ces deux Jurifdictions
•
GALANT 253 ·
ont cu d'habiles Magiftrats.
M de Bullion de la mefine
Maifon que le Surintendant des
Finances , qui eftoit grand pere
de M' le Prevoft de Paris , fut
le premier Lieutenant general
en ce Siege , aprés l'échange de
ce Pays & de la Breffe , avec le
Marquifat de Saluces , faite en
1601...
M' l'Abbé de Sanfay a eu
le Doyenné de l'Eglife Royale
& Collegiale de Saint Martin
de Tours , vacant par la mort
de M. l'Abbé de Magny, nommé
à l'Evefché d'Oleron . Cet
Abbé eft Docteur de Sorbon
254 MERCURE
ne. Il quitte un Canonicat de
Tournay pour prendre cette
Dignité. Il eft d'une des meilleures
Maifons de Poitou. M
le Comte de Sanfay fon pere ,
a fervy toute fa vie & fon frere
eft Brigadier des Armées du
Roy, & a eu l'honneur d'eftre
Aide Camp de Monfeigneur
le
Duc de Bourgogne. Sa Maifon
eft alliée à ce qu'il y a de
plus confiderable
en Bourgo
gne. M' l'Abbé de Sanfay a
efté élevé dans le Seminaire de
Saint Magloire , où il a donné
de grands exemples de vertu.
Le Benefice qu'il va remplir eft
va
GALANT 255
que
un des plus confiderables du
Royaume , & comme il n'a pas
encore efté poffedé par des per
fonnes auffi jeunes que M
l'Abbé de Sanfay , il faut
Cet Abbé ait beaucoup de
merite pour avoir efté jugé
digne de le remplir. M Rou
lier qui l'avoit efté avant feu
M'l'Evefque d'Oleron , avoit
fucccdé à M. de Laval - Bois-
Dauphin , Evefque de la Rochelle
, & à Meflicurs les Cardinaux
de Richelieu. Cette dignité
à laquelle le Roy nomme
comme Abbé , & le Chapitre
confere, a cfté poffedée par plu
*
256 MERCURE
fieurs Evefques , Cardinaux &
Chanceliers de France . Deux de
Babou , Evefques d'Angoulef
me, dont le dernier eftoit Car
dinal , & le premier Maiſtre des
Requeftes , l'ont eu fucceffivement.
Philippes de France , fils
du Roy Louis le Gros & frere
de Louis le Jeune : Charles de
Bourbon , Jean de Blois , Thibaut
du Perche , Nicolas de
Roye , Archambault de Ven,
tadour , Alberic Evefque de
Chartres , de Rely Confeffeur
du Roy Charles IX. Evefque
d'Angers , Jean de Morvilliers
Evefque d'Orleans , Confeiller
GALANT 257
d'Etat , Gui , Cardinal ; Jean
d'Aubergenville ; Pierre Chalon
; Etienne de Mornay; Guillaume
de Sainte-Maure ; Pierre
d'Orgemont , Chancelier &
Garde des Sceaux , ont pofledé
ce Benefice.
L'Abbaye de S. Crefpin
Diocefe de Soiffons , vacante
par la mort de M ' l'Abbé de
Magny , nommé Evefque d'Oleron
, a efté donnée à м l'Abbé
Malherbe , Chanoine de Senlis.
Cet Abbé qui a eu foin de l'éducation
de Mr le Marquis de
Chamillart , a beaucoup de merite.
Il fçait parfaitement les
Avril 1705 . Y
258 MERCURE
belles Lettres , auffi bien que
Hiftoire facrée & prophane.
Le fuccés des foins qu'il s'eft
donné auprés de M le Marquis.
de Chamillart , en dit plus à
fon avantage que tous les éloges
que je pourrois vous en faire.
L'Abbaye de S. Crefpin a
produit de grands fujets dans
fe penultiéme & dans le dernier
ficcle. Parmy les Religieux qui
la compofent aujourd'huy ,
en a d'une vafte & profonde
érudition. Au refte , on fçait
que Soiffons eft une des Villes
du Royaume , où l'on cultive
* le plus les belles Lettres de
ily
GALANT 259
L'Abbaye de Quarante , Dio
cefe de
Narbonne , vacante par
la mort de Mr l'Archevelque
d'Auch , à Mr l'Abbé Joüang
fils de M Joüan , Huillier de
la Chambre du Roy, & qui ferr
Sa Majelté depuis un grand
nombre d'années avec un zele
& une affiduité qui font plus
fon éloge que tout ce que
fen pourrois dire. Mr l'Abbé
Jouan eft tres - habile dans les
matieres Ecclefiaftiques , il s'y
eltappliqué avec un grand fuc
cés depuis la plus tendre jeuneffe.
L'Abbaye de Quarante
a cfté poffedée par de grands
Y ij
260 MERCURE
Perfonnages , & elle a produit
de fçavans hommes, & de profonds
Theologiens y ont pris
les élemens de la Scholaftique.
L'Abbaye de Maufac , Diocefe
de Clermont , vacante par
la mort de Mr l'Abbé d'Al
bon , Comte de Lyon , à Mr
l'Abbé Charpin de Genetines ,
auffi Comte de Lyon & grand
Vicaire de S. Flour, Cet Abbé
eft frere de Mr le Comte de
Genetines , grand Cuſtode de
l'Eglife Cathedrale de Lyon ,
& neveu Mr le Comte de Gel
netines , qui avoit poffedé la
meline Dignité. Ces .M' ont
NGALANT 261
un frere Religieux de Savigny ,
qui eft un homme d'un grand
merite. La Maiſon de Charpin
Genetines eft bonne & ancien
ne. Elle eft alliée à celle duP ere
de la Chaife & à d'autres des
plus confiderables des trois
Provinces de Lyonnois , Foreft,
& Baujollois. Mr l'Abbé de
Genetines qui vient d'avoir
l'Abbaye de Maufac, eft Preftre
depuis une année , & dés qu'il
fut revétu de ce caractere , it
accepta le grand Vicariat de S.
Flour
, que Mr de Saint Flour,
autrefois fon Confrere , luy
offrit.
262 MERCURE
L'Abbaye de Jau Diocefe
de Perpignan , à Mr l'Abbé
Chaupi, qui eft du melme Pays
Cet Abbé eft tres- eſtime , &
Mr l'Evefque de Perpignan en
fait un cas particulier , & c'eft
fur le témoignage avantageux
qu'il en a porté au Roy , que
ce Prince toûjours attentif à ne
donner que de bons fujets à
l'Eglife , l'a nommé à ce Benet
ficc. Mr l'Abbé Chaúpi ſçait
parfaitement l'Hiftoire Eccles
fiaftique , il prefche auffi avec
beaucoup de fuccés , & il eft
peu de talens de ceux qui conviennent
aux perfonnes de fon
GALANT 263
eftat , qu'il ne raffemble en luy.
L'Abbaye de Jau s'eft toûjours
diftinguée par l'édification avec
laquelle on y profeffe la Regle,
L'attention des Superieurs fur
ce point y a toûjours confervé
le premier efprit du Fondateur ,
& c'eft fans doute ce zele pour
Fobfervation de la Difcipline ,
qui y a produit tant de faints
Perfonnages
.
L'Abbaye de Saint Jean ent
Vallée , Diocefe de Chartres ,
fur la prefentation de Monfieur
le Duc d'Orleans , à Mr
Abbé le Maçon des Rabines,
C'eft un des Aumôniers ordi
264 MERCURE
h
naires de Son Altefle Royale ,
prés de la Perfonne de laquelle
il a eu l'honneur de fervir avec
diſtinction en cette qualité ,
dans toutes les Campagnes que
ce Prince a faites. Il eft de la
noble & ancienne famille des le
Maçon de Treves , dans laquel
le il y a eu un Chancelier de
France fous Charles VII. qui
s'eft rendu recommandable par
fa profonde capacité , & par
fon attachement inviolable à
fon Maiftre. Cette famille eft
alliée à plufieurs des plus illuf
trés familles du Royaume ; fçavoir
, à celles de Beauveau , du
Bellay ,
T
GALANT 265
Bellay, de Bueil , de Quatre-
Barbes , de Frefeau de la Freſeliere
, de Vanſſay , & de Perrien
, dont eſtoit le Marquis de
Crenan Gouverneur de Condé
& Lieutenant general des Armées
du Roy , mort à Cremone
de fes bleffures . L'Abbé
dont je vous parle eft Docteur
en Theologie , Chanoine de la
Cathedrale du Mans , & parfaitement
honnefte homme. Il
eft fort aimé dans la Cour de
Monfieur le Duc d'Orleans
& dans fon Chapitre.
L'Abbaye de Vaucler , Diocefe
de Laon , à Dom Parvil-
Avril 1705
.
Ꮓ
266 MERCURE
lez. Ce Religieux ne s'attendoit
pas à l'honneur que le Roy luy
a fait , & ila même eu bien de
la peine à l'accepter. Son merite
particulier , & les lumieres
qu'il a acquifes dans les differens
emplois qu'il a eu dans fon
Ordre ,l'en rendent pourtant
tres- digne. Le choix que le Roy
vient de faire de fa perfonne ,
confolera les Religieux de Vaucler
de la perte qu'ils ont faite
de leur dernier Abbé . C'eſtoit
un homme entierement appliqué
à fes devoirs , & qui ne fongeoit
à autre chofe qu'à les
remplir & à les faire obferver
GALANT 267
à ceux qui eftoient fous fa dépendance.
L'Abbaye de Gomerfontaine
vacante par la mort de M
de Grancey , à M° de la Vieuville.
Cette Dame qui eft d'une
naiffance & d'un merite diftingué
eft connue dans le monde
pour une perfonne tres -habile
& tres- entendue dans la conduite
d'une Communauté. Elle
a donné des preuves de fon intelligence
dans les affaires les
plus delicates , & où il n'y a
qu'une longue experience qui
puiffe faire prendre un jufte
parti. Le nom de la Vicuville
Z ij
268 MERCURE
eft fi connu dans le monde , &
y eft d'une fi grande diſtinction
que je ne pourrois rien vous en
apprendre de nouveau . L'Abbaye
de Gomerfontaine eft
dans le Dioceſe de Roüen ; la
Communauté eft remplie de
perſonnes de diſtinction , & qui
font pour la plufpart des filles
de qualité. On y vit dans le
penultiéme fiecle une Religieufe
qui vivoit dans une grande
opinion de Sainteté . Elle avoit,
dit- on, le don de Prophetic.
On affure qu'elle avoit prédit
à François I. le malheur qui luy
arriva à Pavie .
GALANT 269
Le Roy a donné un Canonicat
de l'Eglife de Mets à M
l'Abbé de Favancour . Cet Abbé
eft Docteur de Sorbonne ,
& aprés avoir fini fa Licence
il fe mit dans la Communauté
de Saint Sulpice , où il travailla
avec édification au falut des
ames . Il a cfté élevé au Seminaire
des Bons - Enfans & au
College des Cholets . Il eſt d'une
tres bonne Maifon de Picardie
; fon frere eft premier
Brigadier de la Compagnie des
Moufquetaires gris . Mª l'Abbé
de Favancour eft tres - habile
- Theologien , & il eftoit un des
Z iij
270 MERCURE
plus forts de fa Licence ; il a
le don de la parole , & il a annoncé
celle de Dieu en quelques
occafions , qui ont fait juger
que ce don n'eft pas un de
ceux dont il foit le moins favorifé
. La Communauté de S. Sulpice
fera fort fenfible à la perte
qu'elle fera lors qu'il ira prendre
poffeffion de fon Benefice ; & les
biens qu'ilfaifoit dans la Paroiffe
l'y feront fort regretter.
M' l'Abbadie a efté auffi
pourvû d'un Canonicat de
Mets. C'eft un tres -bon fujet
que le Roy donne à cette Eglife
. Cet Abbé a donné dans plu-
1
GALANT 271
fieurs Communautez où il a
demeuré , de grands exemples
de vertu , & il eft peu d'Ecclefiaftiques
qui apportent plus d'attention
à leurs devoirs que luy.
M' l'Abbé l'Abbadie eft treshabile
, & ce n'eſt pas feulement
dans la fcience de fon
eftat qu'il excelle , plufieurs autres
même de celles qui luy devroient
paroître plus étrangeres
, ne luy font pas inconnuës .
Il eft bon Geometre , & il a
toûjours marqué beaucoup de
gouft pour cette Science qui en
rebute tant d'autres . D
M' l'Abbé de Dregeana eu
-Z iiij
272 MERCURE
le Canonicat vacant à la Sainte
Chapelle de Vincennes. Vous
fçavez que cette Egliſe fut fondée
par le Roy Charles V. dit
le Sage , fils du Roy Jean. Le
Chef de ce Chapitre porte le
nom de Treforier . C'eft M'
Bochart de Saron qui l'eſt depuis
quelques mois , par la démiffion
de M' l'Abbé Heron ,
-Aumônier de la feuë Reine. M
l'Abbé de Dregean fera honneur
à ce Chapitre par fa probité
, par la pureté de ſes moeurs
par fes lumieres. Il eft bon
Theologien , il s'eft toûjours
fort attaché à la Scholaſtique ,
&
GALANT 273
& il eft peu de difficultez fur
cette Science qui luy échapentot
andel ons : out
La lecture de la Lettre qui
fuit vous fera connoiftre que
cette Lettre m'a efté adreffée.
A Berlin le 4. Avril 11705.
Vous n'ignorez pas , Monfieur,
l'irreparable perte qu'a fait nôtre
Cour, enperdantfon incomparable
Reine , qu'une mort imprevuë
prematurée nous ravit le I. de
Fevrier. Voftre Cour qui la vit
avec admiration , dans le temps
274 MERCURE
qu'ellene faifoit que fortir de l'enfance
, comme vous le publiaftes
alors dans voftre Lettre du mois de
May 1684 n'aura pas efté infenfible
au coup fatal qui l'a mife
dans le tombeau à la fleur de fon
âge. Mais vous , Monfieur , qui
fites l'eloge de cette merveille naiffante
, dont voftre Courfut charmée
, & qui avez tant de fois
pris plaifir à le retoucher , croyiezvous
eftre obligé à donner fi- tôt la
relation de fa Pompe funebre ?
Vousfouvient-il de cetteprediction,
qu'on trouve dans le volume
je viens de citer , où dans un Ballet
fait à Hanover pour le divertif
que
GALANT 275
fement de cette jeune Princeſſe
qui n'eftoit point encore mariée
une des Actrices en parle en ces
termes :
Le Ciel luy doit une Couronne
Et l'Amour l'unira
luftres liens .
par d'il-
La prediction a eu fon accompliffement.
Le Roy de Pruffe fon
augufte Epoux lui a mis de fa
propre main la Couronne fur la
tefte. Vous en parlez , Monfieur,
dans voftre Lettre de Fevrier de
1701 , & on ne pouvoit voir
de plus doux , ni de plus illuftres
liens ·que les leurs . Mais helas !
276 MERCURE
qu'ils ont peu duré.
4 *
je
Vousfouvient-il encore du Portrait
que vous en fites au mois de
Decembre de la même année ?
Quelque achevé qu'il foit , il n'étoit
neanmoins point flatté :
ne fçai fi on ajamais vû fur le
Throne tant de beauté , tant d'élevation
d'ame & d'efprit , tant
de fageffe , tant de vertu & tant
de douceur enfemble. Faut - il que
tout cela ait difparu ? Que le Ciel
nous aitravifa grande ame, que
leplus beau corps du mondefoit renfermédans
un trifté tombeau ?
Elle la rendit fa grande ame au
milieu de toute fa famille entre les
GALANT
277
de
deux
freres ,
bras d'une mere ,
que
&
& d'un oncle , qui fe trouvoient
tous à la Cour d'Hanover , dont
elle ne faifoit pas moins les delices
de la fienne. Une courte maladic
l'emporta le troifiéme jour
qu'elle fe fuft mife au lit ,
changea tous les jours defefte en des
jours du plus profond & du plus
veritable deüil qui fuft jamais .
Elle feule , pendant que ceux qui
eftoient dansfa chambre ,fondoient
en larmes , ne témoignoit ni douleur
ni foibleffe : & apres avoir
donné toutes les marques defoy &
de pieté qu'on pouvoit fouhaiter ,
elle envisagea la mort avec une
278 MERCURE
fermeté
dont
efté capables
.
pen
de Heros ont
Son Corps , aprés avoir efté
embaumé , fut mis fur fon lit de
parade enrichi de tous les Ornements
Royaux , & illuminé de
flambeaux de cire blanche. Pendant
qu'il y repofa il fut gardé
par fes Filles d'honneur & par
lesprincipales Dames de la Cour
& de la Ville , par deux Chambellans
de l'Electeur , trois
par
Gentilshommes
de la Chambre &
quatre de la Cour , outre les Pa-..
ges & les Valets de pied. Ily eut
auffi toujours une Garde compofée
de vingt-quatre Gardes du
GALANT 279
Corps , & commandée par leur
Officier
.
Le Corps partit le 9. de Mars
de la Cour d'Hanover , qui fit
les honneurs du Convoy jufques
fur les Frontieres , d'où le Roy le
fit conduire dans fa Capitale , &
dépofer dans la Chapelle ardente ,
où le Caftrum doloris qu'on lui
avoit préparé. Lune & l'autre
Cour , ainfi que celle de Zell ,
ayant temoigné dans une fi trifte
Ceremonie , fa douleur fa
& Sa
magnificence. Je
neray qu'un détail fuccinct.
ne vous en don
Le 8. de Mars on notifia le
départ du Corps pour le lende
280 MERCURE
main , le Château de l'Electeur fut
fermé , on y pofa des Gardes
pour en deffendre l'entrée aux ſpectateurs
, dont la multitude n'euft
pas manqué de caufer de la confufion
.
Le 9. ce trifte e pompeux
cortege commença fa marche.
deux Fouriers à cheval en habit
noir en manteau longparurent
les premiers pour donner les ordres.
Les caroffes de l'Electeur,precedez
par les Domestiques
Pages à cheval
par les
venoient au
nombre de douze , fuivis des
Trompettes & des Timbales . Le
Grand- Maréchal, le Capitaine
GALANT 281
du Château les fui-voient. On
voyoit aprés les Chevaliers
& les
Gentilshommes fervants ; & tette
marche eftoit fermée par deux
Miniftres d'Etat , qui avoient
au milieu d'eux le Grand- Maître.
de la Maifon de la Reine ; tous
à cheval , en habits de deuil ,
avec leurs manteaux longs.
Alors parut le Chariot portant
le Corps , & tirétar huit chevaux.
le Ciel ou le Dais qui couvroit le
cercueil étoit foûtenu par deux
Generaux Majors , par le premier
Capitaine , par le Grand L'eneur
de la Cour , & par deux
Brigadiers
; quatre Lieutenants
Avril
1705 . Aa
282 MERCURE
Generaux en tenoient les quatre
coins aux côtez du Chariot
marchoient , le Comte de Platte à
la droite
Kilmanfeck, à la gauche .
Vingt-quatre Gardes du Corps ,
douze d'un cofté & autant de l'autre
en manteaux noirs , & avec
le Baron de
le creſpe aux chapeaux & à leurs
Pertuifanes , dont ils tenoient la
pointe baiffée contre terre , venoient
aprésle Chariot ,fuivis d'unpareil
nombre de Valets de pied de l'Electeur,
& rangez de même.
La Maison de la Reine venoit
enfuite dans les Carroffes du Roy:
1. La Femme du Grand-Maiftre.
GALANT 283
-2°. Les Filles d'Honneur. 3. Les
Caroffes de Sa Majefté. 4° . Ceux
où eftoient les Femmes de Chambre
de la Reine ;
cheval marchait le dernier.
un Fourier à
J
Lorfqu'on fut arrivé fur la
Frontiere , ou finiffent les Etats
d'Hannover , & qu'on entrafur
ceux de Son Alteffe Sereniffime
Monfieur le Duc de Zell , on
trouva un autre Cortege affemblé
par fes ordres , qui ne le cedoir
pas en magnificence au premier , &
qui accompagnale Corpsjuſqu'aux
Frontieres des Etats du Roy .
Ce fut là que le Grand Maréchal
de Sa Majesté , avec deux
A a ij
284 MERCURE
Chambellans une grandefuite
de
Gentilshommes de fa Cour ,
vint recevoir le Corps . Les Trompettes
& les Tymbales fuivoient
dans un appareilconvenable à cette
lugubre Ceremonie ; les Pages &
les Valets depied venoient enfuite.
Un Efcadron des Gardes du Corps
defix- vingts Maiftres marchoient
aprés , menez par le General Ma
jor : & its eftoient fuivis de la
Nobleffe de Magdebourg
des
Maiftres des Chaffes du Pays
accompagnez
de tous leurs Chaf
feurs.
$
&&
#
Par tout où paffoit le Corps ,
dans les Villes dans le Villa
GALANT 285
ges , on fonnoit les cloches ; les
Magiftrats ou Syndics , auffi bien
que le Clergé , tous en habit de
deüil , tefte nuë , venoient le
recevoir aux Portes. La Bourgeoifte
fe mettoit fous les armes ;
les Soldats faifoient la même chofe
-dans les Places de
fon
&
à l'arrivée du Corps onfaifoit trois
décharges du canon.
Pendant toute la marche lepremier
Ecuyer de la Reine fut toujours
aux coftez du Chariot , లో
un Chambellan à la gauche , &
par tout où l'on fit des Entrées ils
portoient les quatre coins du drap
qui couvroit le cercueïl , aidez de
286 MERCURE
deux Centilshommes de la Reine.
Cefutdans cet ordre qu'arriva
le Corps de la Reine à Berlin le
Dimanche zz. de Mars , entre
buit & neufheures du foir. Son
arrivéefut annoncée par le fon des
cloches , &par le bruit du canon ,
dont cent pieces firent trois déchar-
•ges confecutives.
Soixante-fix caroffes , qui l'allerent
recevoir, le precederent , &
quatre - vingt Gentilshommes à
cheval l'accompagnerent ; deux
mille flambeaux de cire blanche
portez par des hommes vêtus de
deuil , éclairoient ce Cortege funebre
, & leur lumiere diffipoit
GALANT 287
Tobfcuritéde la nuit.
Plus on avançoit vers le Châreau
, & plus les illuminations
augmentoient. Toutes les feneftres
de la rue depuis la Porte S. George
, ou la Porte Royale , par où on
entroit , jufqu'au Pont-neuf bâti
fur la Sprée , comme le vôtre fur
la Seine , eftoient éclairées. Tout
ce Pont l'eftoit luy- même par deux
rangées deflambeaux de cire blanche
, une de chaque cofté; ainſi que
Lavant- cour du Chasteaujufqu'à
la Chapelle.
Les rues depuis la même Porte
jufqu'au Pont eftoient bordées du
Regiment des Gardes , qui for
288 MERCURE
+
moient deux hayes , & depuis le
Pont jufques devantle Chasteau ,
eftoit un Bataillon de Grena-
› diers , qui eft auſſi la Garde du
Roy , & un autre occupoit l'a-
Vancour. Les Cent Suiffes placez
dans la derniere cour s'étendoient
jufqu'à la Chapelle , un Page entre
deux Suiffes tenant en chaque
main unflambeau de cire blanche,
ce quifaifoit une illumination extraordinaire.
Le Chariot s'en eftant approché
, le Prince Royal
accompagné
de leurs Alteffes Royales
Meffieurs
les Margraves
, freres du
Roy , de toute la Cour , alla
recevoir
GALANT 289
recevoir le Corps , ainfi que fit Son
Alteffe Royale Madame la Margrave
, accompagnée defes Dames
& des Dames de la Ville. Dix
Chambellans porterent le Corps à
La Chapelle , & le poferentfür un
riche Piedestal ou Catafalque ,
couvert d'un Poëfle de velours
noir , femé d'Aigles de Pruffer
élevé fous un Dais tres- magnifi-
•que aux Armes de Pruffe & de
Hanover , & furmonté d'une
Couronne d'or.
Toute la voûte de la Chapelle
eft argentée ; les murailles "font
tendues de velours noir avec des
bandes & des lez de brocart d'ar-
Avril 1705 .
Bb
290 MERCURE
gent, garnis d'écuffons aux Armes
"de la Reine , & la Chapelle eft
remplie de Statuës grandes comme
le naturel , auffi argentées
, qui
environnent
le cercueil de cette
Princeffe , & qui repreſentent les
Vertus qui pleurent fa mort , chacune
ayantfon fymbole qui la diftingue.
Je nene vous parleray point
desflambeaux de cire qui éclairent
nuit jour la Chapelle , des bras
d'argent qui les foutiennent , des
girandoles , des luftres , des couronnes
, dont quelques- quelques - unes font
pofees fur des appuis , & d'autres
font fufpendues.
Mais je ne puis paſſer fous fi
GALANT 29r
lence la Couronne qui fervit au
Sacre de la Reine ; on la voit fur
un carreau de velours cramoifi
avec le Sceptre & le Globe fur
un autre carreau de la même étoffe,
tous trois enrichis depierreries de
grandprix, & couverts de crefpes.
C'est dans cette Chapelle ardente
ainfi ornée que repofe , & repofera
jufqu'au jour de l'Enterrement,
le Corps de la Reine , gardé
par un Chambellan , deux Gentilshommes
de la Chambre , quatre
Pages , deux Officiers , l'un des
Gardes du Corps , & l'autre des
Suiffes , chacun avec douze hommes
de leurs Corps ;
un troifié-
Bb ij
292 MERCURE
A
que
les
me Officier avec des Grenadiers ",
qui gardoient la porte en dehors ..
F'oubliois à vous dire
Ambaffadeurs de Suede , de Pologne
, de Savoye , & les Miniftres.
des autres Cours qui fe trouvent
ici , ont voulu voir cet auguſte
& trifte appareil , & n'ont pas
efté moins charmez de la magnifide
nôtre Cour , que touchez de
Ja douleur.
Il ſemble qu'elle foit generale;
ce n'eft pas le deuil de notre Cour
feulement , c'est celuy de toutes les
Cours de l'Europe. Celle de l'Empereur
n'a pas attendu que la mort
lui fuft notifiée pour prendre le
GALANT 293
noir , & Vienne n'a paru guere
moinsfenfible que
Berlin à une fi
grande perte.
Voila , Monfieur
, ce que j'avois
à vous aprendre
d'une mort dont le
Roy a de la peine àfe confoler, &
quefes Etats pleureront
longtemps
.
Les obfeques
qu'on aremis au 29.
Fuin , & dont je vous envoyeray
la Relation , acherveront
de vous
perfuader
de la fomptuofité
de nôtre
Monarque
, auffi bien
amour pour l'admirable
Epoufe ,
dont il honore la memoire par
depenfes
toutes Royales.
que
de fon
des
Il faut avouer que la lecture 4
Bb iij
294 MERCURE
de tout ce qui fe fait à la Cour
de Berlin , doit faire beaucoup
de plaifir , eftant toûjours diftingué
par un caractere de gran
deur & de magnificence.
Monfieur le Duc Maximilien
Philippe -Jerôme de Baviere , eſt
mort à Turkeim , au de - là du
Leck , dans fa foixante - feptiéme
année ; il ne laiffe point d'enfans
de la Princeffe Loüife de
la Tour , dite , Mademoiselle de
Bouillon , fille de Frederic Maurice
de la Tour d'Auvergne ,
Duc de Bouillon , & foeur de
Monfieur le Duc de Bouillon ,
de Monfieur le Cardinal de
Bouillon & de Monfieur le
Comte d'Auvergne . Il l'avoit
épousée le 26. Avril 1668. il a
>
GALANT 295
fait heritier univerfel de fes
biens & de fes Etats le fecond
des fils de Monfieur l'Electeur
de Baviere , fon neveu . Ce Prin
ce a donné dans le cours de fa
vie des preuves . de fa valeur &
de fa prudence ; de fa valeur
dans les occafions militaires où
il s'eft trouvé , à la tefte des
Corps qu'il commandoit ; & de
fa prudence dans l'adminiftration
de la Baviere , que feu Monfieur
l'Electeur de Baviere Ferdinand-
Marie, & c. fon frere ,luy
confia pendant la minorité de
Monfieur l'Electeur d'aujourd'huy.
Perfonne n'ignore la
grandeur & la puiffance de la
Maifon de Baviere , mais tout le
monde n'en fçait pas le détail
genealogique qu'on fera bien-
Bb iiij
296 MERCURE
aife de trouver icy. Je dois dire
d'abord que la Baviere eft un
grand Pays d'Allemagne , avec
titre de Duché & d'Electorat
; qu'il a l'Autriche au Levant,
le Danube au Septentrion,
le Comté de Tirol au midy , &
la Soüabe au Couchant . La Baviere
a eu des Princes illuftres
& fans compter les Rois qui y
ont regné depuis le 5º fiecle jufqu'au
commencement du neuviéme
, la Maifon qui regne aujourd'huy
a donné deux Empereurs
à l'Alemagne Louis de Baviere
III du nom , & unautre qui
eftoit de la branche Palatine ;
des Rois à la Suede , au Dannemarck
, & à la Norvege , divers
Electeurs à l'Empire , & des
Comtes à la Hollande. Cette
GALANT 297
augufte Maifon doit fon commencement
à Othon de Witelspach
, qui en 1225. épousa Agnés
heritiere du Palatinat & de la
Baviere . La Maiſon de Witelspach
qui eft l'ancien nom de ces
Princes , eftoit déja dans une
grande confideration en Alle .
magne avant le treizième fiecle;
mais je me reduis aux Princes
qui ont gouverné la Bavieres
ainfi Othon fut fils de Louis I.
& celuy- cy l'eftoit d'Othon I.
dit le Grand , Comtede Schiren
& de Witelspach , & de Gertrude
de Saxe . Othon II . furnommé
l'Illuftre , qui commença
la Maifon de Baviere , parce qu'il
en époufa l'heritiere qui defcendoit
des anciens Rois de ce Païs,
en cut Louis le Viel ou le Severes
298 MERCUR £ -
ainfi nommé parce qu'il fit mourir
en 1277. für un injuſte ſoupçon
, Marie de Brabant fa femme .
Othon cut encore Henry Duc
de la baffe Baviere , pere d'Othon
, élu Roy de Hongrie en
1305. & Etienne qui en 1298 .
prit le parti d'Adolphe de Naf
fau , élù Empereur par une par
tie des Electeurs , aprés la mort
de l'Empereur Rodolphe , Chef
de la Maifon d'Autriche . Louis
le Severe époufa en fecondes nôces
Anne fille de Conrad Duc
de Maffovie , & en trofiémes
Mathilde fille de Rodolphe I.
Empereur . De fa feconde femme,
il' cut Louis de Baviere , qui
épousa Anne fille de Frederic
Duc de Lorraine , mais trois femaines
aprés fon mariage , ce jeu
GALANT 299
ne Prince fut tué dans un Tournoy
par le Comte de Hohenloë.
De Mathilde fa troifiéme
femme , Louis cut Rodolphe &
Louis III . Ces deux Princes
furent Chefs de deux grandes
Maiſons , Rodolphe forma la
Maiſon Palatine , dont l'Electeur
Palatin d'aujourd'huy eft
le Chef, & dont Madame , &
Madame la Princeſſe de Condé
font forties ; & Louis forma celle
de Baviere , qui fubfifte en la
perfonne de Monfieur l'Electeur
de Baviere qui en eft le Chef.
Je ne parleray que de la feconde.
Louis de Baviere troifiéme du
nom, fils puifné de Louis fecond,
dit le Severe , fut élu Empereur
en 1314 aprés la mort de l'Em300
MERCUR
E
pereur Henry de Luxembourge
Frederic le Beau , fils de l'Empereur
Albert ayant cfté élû
par quelques Electeurs , cette
double élection caufa un fchif
me fâcheux dans l'Empire ; mais
qui finit par la victoire que Louis
emporta fur fon Concurrent , qui
eftoit fon coufin germain , à la
bataille de Muldorf en Baviere
en 1322. il le prit prifonnier &
le retint en prifon pendant trois
années. Louis aprés ce fuccés
qui le rendoit feul maistre de
l'Empire , eut de grands démêlez
avec le Pape Jean XXII.
auquel il oppofa un Antipape
fous le nom de Nicolas V. Il
mourut âgé de foixante- trois
ans aprés en avoir regné trentetrois
, en 1346 Eftienne preGALANT
301
mier fon fils aîné luy fucceda .
Louis le Romain , & Othon le
Degeneré, tous deux Electeurs &
Marquis de Brandebourg, fes fils
puifnez , moururent fans pofterité.
Guillaume l'Infenfé & Albert
furent Comtesde Hollande,
& fes derniers enfans . Ainfi ce
fut cet Empereur qui comença la
branche dite Guillelmine. Etienne
I. furnommé l'Agrafé , mourut
en 1375. D'Elifabeth de Si
cile & de Marguerite , fes deux
femmes il laiffa Eftienne II .
Frederic & Jean , qui formerent
les trois branches d'Ingolftad , de
Landshut , & de Munich. Etienne
II . dit le Jeune , & mort en
1413. laiffa de Thadée Viſcomti
des Ducs de Milan , fa premiere
femme , Ifabeau de Baviere ,
302 MERCURE
époufe de Charles V I. Roy de
France , & Louis dit le Barbu ,
Comte de Mortagne . Louis le
Barbu ne laiffa qu'un fils naturel,
Louis le Bofu , qu'il voulut
faire fon heritier , mais dont il
reçut de grands chagrins , puifque
ce fils dénaturé le voulant
dépoüiller , l'arreſta & le retint
en prifon. Ce pere infortuné
n'en fortit qu'après la mort de
fon fils ; il mourut luy- même en
1447.
Frederic fon oncle & fecond
fils d'Etienne Agrafe ,
luy fucceda & mourut en 1293.
laiffant de Madelaine Viſcomti
fon épouse , foeur de Thadée ,
dont j'ay parlé , Henry le Riche
qui mourut en 1450. laiffant
d'Anne fille d'Albert IV . Archiduc
d'Autriche , Louis le Ri
GALANT
303
"
Il
che. Ce
Prince eftoit
courageux ,
magnifique
&
genereux . On
l'accufa
d'avoir un peu trop de
fierté.
N'ayant pas lieu de fe
loüer de
l'Empereur
Frederic
IV . il déchira par
mépris les
Lettres que ce Prince luy écrivit
en 1477. Il
mourut en 1479.
laiffant
d'Amelie de Saxe , Geor
ge , qu'on
nomma
auffi le Riche
II augmenta
l'Univerfité
d'Ingolftad
& mourut
fans enfans .
Ainfi la pofterité des deux aînez
d'Etienne
l'Agrafé
manquant ;
celle de fon
troifiéme
fils fe mit
en poffeffion
de la Baviere . Jean
Prince de
Munich dont j'ay parlé
, eut de
Catherine
fille de
Meinhard
Gomte
Garicie, Guillaume
& Erneft , le
premier
ayant
perdu fes deux fils , Al304
MERCURE
#1
bert III. dit le Debonnaire , fils
d'Erneft & d'Alix de Milan
fucceda. Il refufa la Couronne
de Boheme en 1440. qu'on luy
offrit au préjudice de Ladillas ,
fils pofthume de l'Empereur
Albert III. Il eut efté à fouhaiter
pour l'autre branche de la
Maifon de Baviere que Frederic
V. euft , fuivi cet exemple
domestique en 1619. Albert III.
D'Anne fille d'Eric Duc de
Brunfvic & de Lunebourg, laiffa
Albert IV.dit le Sage .Ce Prince
auffi heureux que fage recueillit
la fucceffion de Jean , Sigifmond
, & Chriftophle , fes freres
morts fans enfans , & celle
des branches d'Ingolftad , & de
Landshut , ayant exclus Robert
le Vertueux de la fucceffion de
GALANT 305
Georges le Riche , ce qu'il executa
avec tant d'adreſſe & de
prudence qu'on luy en donna le
furnom de Sage. De Cunegonde
fille de l'Empereur Frederic
II il eut Guillaume IV.
qui luy fucceda en 1508. Erneſt
Evefque de Paffau & enfuite de
Salesbourg , qui quitta ces Benefices
en 1554 & fe retira dans
la Boheme , où il acheta le Comté
de Glats , & y mourut en 1560.
Guillaume IV . un des Chefs de
la Ligue Catholique de Nuremberg
mourut en 1550. De Marie
Jacqueline , fille de Philippes
Marquis de Baden , il laiſſa Albert
V. qui fut un Prince treszelé
pour la Religion de fes peres
, & qui d'Anne fille de l'Em .
pereur Ferdinand I. & niece de
Avril 1705
. Cc
306 MERCURE
Charlequine , laiffa Guillaume
V. Ferdinand qui laiffa pofterité:
Ernest, Evêque deFreifingen,
puis d Hildesheim , enfuite de
Liege , & enfin Archevefque &
Electeur de Cologne , mort en
1610. & Marie femme de Charles
› Archiduc d'Autriche &
mere de l'Empereur Ferdinand
II. Guillaume V. dit le jeune,
qui a donné le nom de Guillel
mine à fa branche , fit une abdication
volontaire de fes Etats.
en 1597. aprés les avoir gouverné
durant 18. ans avec beau
de prudence , & il fe retira
dans une Maifon Religieufe,
oh il mourut en 1616. agé de
foixante-dixhuit ans . C'étoit
un Prince pieux & jufte ; de
Renée de Lorraine , fille de
coup
GALANT 307
François Duc de Lorraine , & de
Chriftine de Dannemarck qui
étoit fille unique du Roy Chrif
tierne II . Ce Prince infortuné
qui fut vingt-fept ans prifonnier
de fon oncle qui l'avoit dépouillé
de fes Etats , il eut deux
fils morts jeunes , Maximilien ,
Philippes Evefque de Ratisbonne
, puis Cardinal , mort en
1598. Ferdinand , Archevefque
Cologne , Evefque de Liege &
de Munſter , mort en 1650 .
Albert , Landgrave de Leucthemberg
, marié à Matilde, heritiere
de Leucthemberg , dont il
eut Jean François- Charles- Maximilien-
Henry , Archevefque
Electeur de Cologne , aprés fon
oncle , & Albert Sigifmond ,
Evefque de Freifingen . Guil
Cc ij
308 MERCURE
4
laume V. cut auffi Marie - Anne
épouſe de l'Empereur Ferdinand
II. & Magdelaine femme
de Wolfgang Guillaume , Duc
de Neubourg. C'eſt à Maximilien
fils aîné & fucceffeur de
Guillaume V. que la Maifon
d'Autriche doit ce qu'elle eft
aujourd'hui Sans les fecours
qu'il luy donna à propos & fans
l'attachement inviolable ' qu'il ·
cut à fes interefts , il y a longtemps
qu'elle ne feroit plus fur
le même pied : il eft vray qu'en
1623. il en eut pour recompenfe >>
l'Electorat & le haut Palatinat
dont on dépoüilla Frederic V.
dit le Conftant , qui venoit d'être
élu Roy de Boheme ; mais outre
qu'en cela elle ne faifoit qu'un
acte de Justice , puifqu'en dés
GALANT
309
poüillant un Prince d'une Maifon
Souveraine , il eftoit juftë
de faire profiter de fa dépouille
le plus proche parent , c'eft que
l'Empereur Ferdinand n'auroit
pû faire autrement quand il
l'auroitvoulu , puifqu'aux termes
de l'érection de l'ElectoratduPalatinat
du Rhin , cette dignité
devoit paffer fucceffivement aux
deux branches de la Maiſon de
Baviere , au défaut l'une del'au
tre ; ainfi tous les Princes d'Allemagne
fe feroient déclarez
contre luy, s'il avoit voulu faire
une difpofition contraire de cet
Etat . En un mot l'Electeur Ma
ximilien ne reçut de l'Empereur
Ferdinand une inveftiture quiệ
luy étoit deuë , puifqu'il s'agif.
foit de lui rendre le patrimoine
;
310 MERCURE
de fes ancestres , qu'à condition
de remettre à l'Empereur la
fomme de treize millions de
florins du Rhin que ce Prince
luy devoit par un compte reveftu
de toutes les formalitez ,
fomme pour laquelle il lui avoit
mefme engagé une partie de
l'Autriche . On peut voir làdeffus
la Paix de Weftphalie
où cette convention eft inferée ;
mais fi on confulte les fervices.
que le Duc de Baviere avoit
rendus à Ferdinand , on jugera
fans peine, qu'ils meritoient bien
qu'on euft pour luy une conduite
moins intereffée , puifque
c'eft à Maximilien que Ferdinand
eut obligation de l'Empire
, aprés la mort de l'Empe -t
reur Matthias fon coufin &
GALANT 311
que l'obligation fut d'autant
plus grande qu'il ne tint qu'à
Maximilien de fe faire élire luimefme
, & qu'il reſiſta aux inf
tantes prieres de l'Electeur Palatin
qui l'étoit venu trouver à
Munich pour l'engager à profiter
de la difpofition où les.
Electeurs de Mayence & de
Brandebourg étoient de le faire
élire , & qui joints à l'Electeur-
Palatin & à celui de Cologne ,
frere de Maximilien , cuffent
rendu l'élection de ce Prince infaillible.
Maximilien
épou fa Ma
-rie Anne , fille de ce même Empereur,
il en eut Ferdinand- Marie
Electeur de Baviere , mort fubitement
à Sclesheim le 19.
May 1669. Ce Prince a toujours
efté attaché à la France ,
312 MERCURE
& n'a jamais abandonné ſes interefts
. D'Henriette Adelaïde
de Savoye , fille du Duc Victor-
Amedée , & de Chriftine de
France . Ila laiffé feuë Madame
la Dauphine Marie - Anne
Victoire de Baviere : Maximilien
- Marie , né en 1661. & aujourd'huy
Electeur , qui foûtient
cette dignité avec beaucoup
d'éclat , & dont la valeur
a paru en plufieurs occafions
dans la guerre de Hongrie . Je
ne m'étends point fur les obligations
que luy a l'Empereur
puifqu'elles font connues de
tout le monde , & que PHiftoire
en fait foy Rien n'eft égal à
l'intrepidité de ce Prince dont
il a donné des marques dés fa
plus grande jeuneffe. Sa fermeté
GALANT 313
meté égale fa valeur , & quand
il croit avoir pris le parti de la
juſtice , rien n'eft capable de le
faire changer. Jamais Prince
n'a eu l'ame plus liberale & n'a
vêcu avec plus de grandeur.
Le feu Electeur Ferdinand-
Marie laiffa encore le Prince
Jofeph - Clement , Electeur de
Cologne Evefque de Liege
de Ratisbonne, de Freifinghem,
& d'Hildesheim. Mais pour
revenir à l'Electeur Maximilien
, il laiffa encore le Prince
Maximilien- Philippes - Jerôme ,
qui fut Administrateur de la
Baviere durant le bas âge de
fon neveu ; Titre qu'il a toujours
retenu depuis , felon l'ufage
des Princes d'Allemagne.
L'Electeur Maximilien avoit
Avril 1705. Dd
"
314 MERCURE
pris une feconde alliance avec
Elifabeth de Lorraine, qui mourut
en 1635.
LISTE
De Mis les Cardinaux , Archevefques
, Evefques & autres
Deputez à l'Affemblée generale
du Clergé de France ,
qui fe tient ordinairement
tous les dix ans , & qui a été
affignée par le Roy au 25. de
May de la prefente année
1705. aux grands Auguſtins
de Paris .
Province d'Aix:
Mr l'Evefque de Sifteron. Thos
maffin.
Mr l'Evefque de Frejus , Fleury,
Mil'Abbé de Valbelle , Aumonier
du Roy .
GALANT
315
Mr l'Abbé de
Fargues-
Marfalais,
Neveu de Mr
l'Archeveſque
d'Aix .
Province & Alby.
Mr
Archevefque & Alby. Nefmond.
d
Mr. l'Evefque de Caftres , nommé
Archeveſché & Auch.
Maupeoü.
Mr Abbé de Labrouë.
Mr l'Abbé d'Aynak- Turenne,
Province & Ambrun.
Mr Evefque de Senez. Soanen .
Mr l'Evefque de Vence . Crillon.
Mr l'Abbé de la Perufe , Grand-
Vicaire & Doyen d'Ambrun ,
Mrl'Abbé de Caftellet- Glandevez.
Province & Arles .
Mrl'Archevefque & Arles . Mailly .
Mr Evefque de Marseille. Vintimille
du Luc .
P
7
Mr Abbé de Buffy- Rabutin
Ddij
316 MERCURE
Grand- Vicaire d'Arles.
Mr l'Abbé de Mailly.
Province d'Auch.
Mr l'Evefque d'Acqs . d'Abadie.
Mr Evefque de Bazas . Gour-
+14 gues.
Mr l'Abbé de l'Anfac- Roquetaillade.
Grand- Vicaire de
Bayonne .
Mr Abbé de Ruftil. Grand-
Vicaire de Comminges.
Province de Bourdeaux.
Mr Archevefque de Bourdeaux:
Bezons.
Mr Evefque de Condom . Milon ,
Mr l'Abbé de Vaurouy.
Mr l'Abbé de la Parifiere.
Province de Bourges.
Mr l'Archevefque de Bourges.
Gefvres .
Mr l'Evefque de Clermont , BoGALANT
317
chart de Saron .
Mr. l'Abbé Bochart de Saron. M
Mr l'Abbé de Vallorges .
Province de Lyon ,
Mr Evefque de Chalons . Felix,
Mr l'Evefque de Macon Tillader .
Ma l'Abbé de Roquette , Neveu de
Mr d'Autun .
Mr l'Abbé Defplannes , Neveu de
Mr de Châlon .
Province de Narbonne .
Mr l'Evefque d'Alais . Du Saulx .
Mr Evefque de Montpellier. Col-
P
bert- Croiffy.
Mr Abbé Poncet , Neveu &
Grand- Vicaire de Mr d'Uzés .
Mr Faubert , Grand. Vicaire de
Montpellier.
Province de Paris.
Son Eminence M1 l'Archevefque de
Paris , Cardinal de Noailles.
Dd iij
318 MERCURE
Mr l'Evefque de Blois , Berthier.
Mr Abbé de Prefigni . Doyen de
Noftre Dame de Paris .
Mr l'Abbé Fagon , Fils de Mr le
premier Medecin du Roy.
Province de Sens.
Mr Evefque de Troyes . Bouthil
lier- Chavigni.
Mr l'Evefque d'Auxerre . Quelus .
Mr l'Abbé de Vienne , Confeiller
Clerc au Parlement de Paris.
Mr l'Abbé de Catelan, Lecteur
de Monfeigneur le Duc de
Berry.
Province de Toulouse.
Mr Archevefque de Toulonfe .
Colbert.
Mr l'Evefque de Saint Paponl.
Gramont.
Mri Abbé deVerthämon Chaluſſet,
Grand- Vicaire de Pamiez .
La
GALANT: 219
M/ l'Abbé de Monier , Grand
Vicaire de Mr de Lombez .
Province de Tours,
Mr Evefque de Nantes. Beau
veau .
Mr l'Evefque d'Angers . Le Pelletier
.
Mr l'Abbé de Bruffy.
Mr l'Abbé du Plefis Argentre.
Province de Reims .
Mr l'Evefque d'Amiens . Feydeau.
Mr. l'Evefque de Senlis . Chamillart
.
Mr Abbé de Louvois , Grand-
Vicaire & Official de Reims .
Mr. l'Abbé de Saffenages.
Province de Rouen.
Mr l'Archevefque de Rouen.
Colbert .
Mr Evefque de Coutance , Lomenie.
Dd iiij
320 MERCURE
Mr. l'Abbé de Pibrac , Maistre de
la Chapelle de Monfieur le
Duc d'Orleans . Pe Aath .
Mr Abbéde Fourty - S. Vandrille.
Province de Vienne ,DAY
Mr Eve/que de Valance. Bochart
Champigni .
Mr Evefque de Die. Cofnac.
Mr. l'Abbé de Malifole , Doyen
de Die.
Mr l'Abbé de Tancin , ci- devant
Conclavifte de мr le Cardinal
le Camus .
ANCIENS Agens Generaux
qui fortent de l'Agence , &
qui avoient efté nommez par
les Provinces de Tours &
d'Aix qui étoient de tour.
Mr l'Abbé de Maulevrier - LangeBGALANT
321
yvon y Aumônier du Roy , &
Comte de Lyon .
Mrl'Abbé Phelipeaux & Herbault.
NOUVEAUX Agens qui
ocentrent dans le Quiquiennium
de l'Agence, & qui font nom-
Amez par les Provinces de Sens
197& d'Auch qui font de tour.
Mr l'Abbé de Maulevrier- Langeron
, qui a rempli les devoirs
de cet employ avec tant de
fuccés , que la Province de
Sens le luy confie encore.
Mr l'Abbé de Poudenx de Caftillon,
Neveu & Grand - Vicaire de
Mr de Tarbes.
•
La Lettre qui fuit eſt écrite
d'une maniere naturelle , & qui
fait parfaitement connoiftre la
322 MERCURE
verité de ce qu'elle contient .
A Auxerre le 23. Mars 1705.
Nous partimes hier de Regennes
aprés avoir difné de bonne heure .
Toute la Jeunesse d' Auxerre s'y
étoit rendue à cheval pour escorter
fon nouvel Evefque. Elle étoit
commandée par plufieurs Officiers
bien montez bien equipez. Toute
cette Jeunesse accompagna au bruit
des tambours & des trompettes , &
avec beaucoup d'ordre le Caroffe de
Monfieur d'Auxerre . La Maré.
chaußée que nous rencontrames au
milieu du chemin ſejoignit à cette
Jeuneffe, quoiqu'il reftast encore une
lieuë de chemin à faire pour arriver
à la Ville, nous le trouvâmes bordé
d'un nombre infini de perfonnes
GALANT 323
qui étoient forties de la Ville &
venues de la Campagne. Nous
trouvâmes à demi- lieuë d'Auxerre
plus de cinq cent hommes d'Infanterie
fous les armes . A l'entrée de la
Ville nous trouvâmes le Maire qui
complimenta Monfieur d'Auxerre à
la portiere de fon Caroffe . Il parla
avec beaucoup d'esprit & avec une
effufion de coeur qui nous fit plaifir.
Il dit des chofes fort glorieuses à la
Maifon de Quelus , & parla fort
avantageufement de Monfieur le
Maréchal Faber & de fa famille.
La harangue étant finie nous continuames
noftre marche juſqu'à l'Eglife
. Les rues & lesfeneftres étoient
auffi remplies de monde que fi trut
Le peuple de la Province s'étoit rendu
à Auxerre. Lorsque le Clergé
reçutfon Evefque , la Cavalerie &
324 MERCURE
l'Infanterie fe retirerent , & ce fut
alors que nous effuyames une preffe
qui nous fit craindre , puifqu'ily
avoit quatrefois plus de monde que
la grande Eglife n'en peut contenir.
Nouspenetrames cependantjufqu'au
Choeur , où après une longue Mufique
& plufieurs harangues affez interrompues
par les acclamations du
peuple qui beniffoit la mere qui avoit
porté un tel enfant , Monfieur PEvefque
de fon Trone Epifcopal ,
parla à fon Troupeau avec beaucoup
de dignite pendant un quart
d'heure. Ce difcours reçut de grands
applaudiffemens. On le conduifit en
fuite au Palais Epifcopal , où tous
les Corps fe font fignalez à l'envi en
luy rendant leurs hommages . Tous
les appartemens étoient fi remplis
de monde que je doutay fi nous y
GALANT 325
Pourrions paffer la nuit . Ce matin
les vifites & les harangues ont recommencé
. Il s'en eft trouvé de fi
belles qu'elles feroient avouées par
les plus habiles Academiciens de
Paris ; mais ce qui nous a fait le
plus de plaifir , a efté de voir l'effu
fion du coeur de tout le monde ; car
je ne croy pas qu'il y ait eu jamais
icy une Ceremonie plus fincere , ny
plus folemnelle. Je vous ay deja
parle des beautez de la Maiſon de
campagne où nous avons fait quel
que fejour , mais je puis vous dire
Préfentement que ce n'est qu'un trespetit
échantillon de celles du Palais
Epifcopal, Le bon goût , la dépense,
le bon air , en un mot l'art & la
nature y donnent le plus accompli
Palais qu'aucun Evefque puiffe
Avoir en France, Comme les por
J
326 MERCURE
traits font toûjours inferieurs à leurs
originaux , la defcription que je
vous en ferois , feroit beaucoup au
deffous des beautez qui s'y trouvent
& il faut vous laisser le plaifir de
la furpriſe , puifque vous nous promettez
celuy de vous y voir. Monfieur
l'Evefque donna bier un grand
foupé. Mercredyilfera l'Office dans
la Cathedrale , aprés lequel il ira
fe repofer deux jours à la campagnes
carje vous affure que nous fommes
accablez d'honneurs
Mr le Comte de Fimarcon ,
Maréchal des Camps & Armées
du Roy , époufe Mlle d'Aubais
de l'illuftre Maiſon de Bafchis,
Le Roy & toute la Maifon
Royale ont fait l'honneur à ce
Seigneur de figner fon Contrac
* ཐཱ།
GALANT 327
de mariage. C'est ce mefme
Comte de Fimarcon qui rendit
un fervice fi important aux
deux Couronnes à la Journée
de Cremone , que la confervation
de cette Ville luy eft dûë
en partic , n'ayant point ceffé de
combattre pendant neuf heures
, & ayant repouffé les ennemis
jufques à la Porte Dogne
Sancti à la tefte du brave Regiment
de fon nom , qui fut créé
il y a quarante ans en faveur
du Comte de Fimarcon fon oncle,
& qui a tant fait de belles .
actions & a toûjours eu des Seigneurs
de ce nom pour Colonels
. Mr le Marquis de Tilladet
a acheté ce Regiment, qui
a reçû fon nouveau Colonel
avec un extréme plaifir , étant
328 MERCURE
perfuadé que fa réputation ne
pourroit qu'augmenter ( s'il étoit
poffible qu'elle augmentaft )
ayant un Fimarcon à fa tefte.
La valeur & la conduite que
Mr le Comte de Fimarcon fit
paroistre à Cremone , le firent
nommer Brigadier par le Roy ,
quoique ce ne fut pas fon rang.
Je ne vous donneray point icy
une Genealogie entiere de fon
illuftre Maifon , parce qu'elle
occuperoit une trop grande
partie de ma Lettre , je vous
dirai feulement les faits qui fer
viront le plus à la faire connoî.
tre , & je ne parleray que des
chofes dont j'ay une connoif
fance certaine ; des gens de
probité & d'honneur m'ayant
fait voir des titres qu'ils ont
GALANT 329
C
た
concernant ces Seigneurs , dont
le nom eft Caffaignet- Lomagne,
Ils font illus des anciensComtes
Souverains de la Lomagne , qui
eft un pays confiderable de la
Guienne. En 1205 Arnaud
Comte de Lomagne avoit un
frere nommé Sanche à qui il
dona la terre de la Salle de Caf
faignet , & quelques autres pour
appanage. Ses enfans s'appelerent
Caffaignet , ainfi qu'il eft
prouvé par les Couftumes du
Pais d'Armagnac où la terre de
Caffaignet elt fituée . Gaillard
de Caffaignet petit fils de Sanche
rendit hommage de fa
terre & prit la qualité de Sire
de Caffaignet & de Chevalier ,
qui étoit alors les qualitez les
plus diftinguées, & qui n'étoient
Avril 1705
. Ee
>
330 MERCURE
૪.
prifes que par les perfonnes les
plus illuftres , & qui avoient
cltez faits Chevaliers aprés de
grands fervices On prouve la
filiation par Contrats de mariage
, & par Teftamens depuis
Gaillard jufqu'à celuy qui fait
le fujet de ce Chapitre , avec
des alliances des plus grandes.
Maifons de Guienne , & mefme
avec la branche aînée de Lomagne
, où ils fe traitent de
parens . Quoique nous ne voyons
point dans cette Maifon de
Conneftables, de Ducs , ny de
Maréchaux de France qui illuftrent
les Mailons de Gentils,
hommes , l'origine & l'ancien-
- neté de celles - ci bien prouvée,
avec les grandes alliances qu'-
elle a eu la doivent mettrefans
}
GALANT 331
difficulté au rang des plus illuftres
du Royaume. Je dois
vous expliquer la difference
des noms de Tilladet , de Nar
bonne & de Fimarcon , qu'elle
porte en 1520. ou 1425. Bertrand
de Caffaignet, Capitaine
de cinquante hommes d'armes ,
Gouverneur de Veruë & Che
valier de l'Ordre de S. Michel ,
épousa Anne du Boufet , Dame
de Tilladet & de Coffeins . Il
en eut un fils nommé Bernard
de Caffaignet dit le jeune
Tilladet , qui eft nommé parmi
les Seigneurs qui allerent au
fecours de l'Ile de Malthe:
affiegée par Soliman en 1565 ..
Le mefme fe fignala à la bataille
de
Moncontour , ayant
enfoncé avec un corps qu'il
Ecij
332 MERCURE
commandoit les Reitres &
ayant décidé par là du gain
de la bataille , il mourut fans
pofterité Antoine fon frere ,
nommé d'abord Coffeins r &
puis Tilladet , fut Gouverneur
de Veruë , enfuite de Bordeaux
& de Bourg fur la mer , Lieutenant
General des Armées du
Roy Charles IX . Gentilhom
me de la Chambre & Cheva
lier de l'Ordre avant l'Inftitu
tion de celuy du S. Efprit. I
épouſa Jeanne de Befoles de la
Maifon de Bearn . Il avoit commiffion
pour lever une bande
qu'on nomma la Legion Piemon
toife , & enfuire d'Aquitaines
Le mefme Antoine eut un freré
nommé François , qui fe diftingua
fort & qui fut connu
GALANT 333
मे
fous le nom de S. Lorens. Il
fut Chevalier de l'Ordre du
Roy , Lieutenant General de
fes Armées & Gouverneur de
Condom. Bernard de Caffaignet
qui continua la pofterité , fut
Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roy & Gouverneur
de Bourg fur mer , Pofte
tres important . Il fe fignála au
premier Siége de Montauban
& au Siége de Cafal . Il époufa
Jeanne de Narbonne Fimarcon ,
dont il eut Paul- Antoine de
Caffaigner & Gabriel ; Paul-
Antoine époufa Paule de Narbonne
Fimarcon fa coufine
germaine
; Antoine qui fut heritier
de la branche aînée de l'illuftre
Maifon de Narbonne , &
qui apporta avec les grands
334 MERCURE
biens de cette Maifon , l'obli
porter
gation
de
le nom de Fie
marcon
- Narbonne
qu'ils
prirent
d'autant
plus volontiers
. que le nom de Fimarcon
venoit
par le mariage
du Comte
Amalric
de Narbonne
avec Anne de
Lomague
, fille aînée
& heritiere
de Mery
de Lomagne
, Vicomte
de Conferans
, Mar
quis de Fimarçon
& d'Anne
de
Turenne
. Le Marquifat
de Fi- marcon
eſt non - feulement
. le
premier
de Guienne
, mais mê
me le plus ancien
du Royaume
. Paul - Antoine
de Caffaignet-
Lomagne
, premier
Marquis
de Fimarcon
de la branche
des
Caffaigner
-Lomagne
, fut nom. mé Chevalier
de l'Ordre
du S..
Efprit
le 25 Novembre
1651. il
9
GALANT 335
Eroit Lieutenant General des
Armées du Roy , & avoit rendu
des fervices fignalez à l'Etat .
Etant dans fes Terres il fçut
que Saluces eftoit affiegé par les
Espagnols & connoiffant la.
confequence de cette Place , il
affembla trois cent Gentilshommes
qu'il conduifit à fes
dépens au fecours de cette Pla-
´ce Gabriel fon frere dont j'ay
parlé cy-deffus , & qui fut Lieu
tenant General & Gouverneur
dus vieux Brifach , & le pere de
feu Mr le Marquis de Tillader ,
Chevalier de l'Ordre du Saint
Elprit , Capitaine Colonel des
Cent Suiffes de la Garde du
Roy , Gouverneur d'Arras &
Lieutenant general des Armées
du Roy & de la Province d'Ar336
MERCURE
tois. Mi le Chevalier de Tilla
det Lieutenant general & Gouverneur
d'Aire , Commandeur
de Pieton & de Soiffons , eftoit
fon frere . M
de Mâcon
eft le troifiéme : Paul Antoine
fut pere de Mr le Marquis
de Fimarcon , Colonel à l'âge
de neufans ,du Regiment d'Anjou
, & qui a quitté le fervice à
22. à caufe de fes incommoditez.
De fon mariage avee
Angelique de Roquelaure fille
du Maréchal de ce nom , & foeur
de la grand mere de Mr le Maréchal
de Noailles , de Mr le
Duc de Grammont , de feu Mr
le Marquis de Mirepoix & de la
Marquife de Boligny , belle fille
du Maréchal de ce nom , & du
fçu Duc de Roquelaure , Gouverneur
GALANT 337
verneur de Guyenne , de ce mariage
, dis je , font iffus Gafton ,
qu'on appelloit le Marquis de
Narbonne , tué à la Bataille de
Steinkerque , Colonel du Regiment
de Fimarcon & Brigadier
des Armées du Roy : Mr le Comte
de Fimarcon d'aujourd'huy.
Mr l'Abbé de Fimarcon , mort
ily a trois ans , & Mr le Comte
de la Tour : une fille mariée
à Mr le Marquis d'Efclignac
de Fontarailles , & une autre à
Mrle Comte de Mirande - Verduifan.
Ces deux Dames ont
un merite infini . Du fecond mariage
avec Denife- Philiberte ,
de l'ancienne Maifon des Laithiere
, il a Mr le Marquis de
Tillader , Mr le Comte de Sta
fort qui entre dans le Regiment
Avril 1705
. Ff
13
338
MERCURE
de fon frere , un Chevalier
de
Malthe de minorité , Mlle de Fimarcon,
dont le merite & la vertu
luy attirent l'eftime de toute
fa Province ; & une feconde
dans un bas âge deſtinée pour
eftre Chanoineffe
dans l'Illuftre
Chapitre de Nivelle . Vous
trouverez
les preuves des faits
que j'ay avancez dans les Commentaires
de Montluc , dans
l'Hiftoire de Mr de Thou , dans
le Nobiliaire
de Guyenne , dans
les hiftoires de Mezeray , de Varillas
& de Riencourt
, Regne
de François II . & de Charles
IX . & dans les Memoires
de
Bethune , qui font dans la Bibliotheque
du Roy , avec fon
Recueil de Lettres.
On ne peut mieux prouver la
GALANT 339
grandeur de la Maiſon de Čaffaignet-
Lomagne , dont les Marquis
de Fimarcon d'aujourd'hui
font iffus , qu'en difant que l'aî
né de la Maifon des Comtes Souverains
de Narbonne , a quitté
le fien pour le prendre , & que
par la fuite des temps il a rapporté
dans la veritable fouche.
Mrle Marquis d'Epinay S. Luc,
Capitaine de Cavalerie , & qui a
eu l'agrément pour acheter le
premier Regiment vacant , a
époufé Mlle d'O fille de Mr le
Marquis d'O , Gouverneur de
Monfieur le Comte de Toulou-
-fe. La mere de Mlle d'O eft fille
de feu Mr le Comte de Guilleragues
, qui a efté Ambaffadeur
à Conftantinople & qui s'est
diftingué par fon efprit. Mlle
Ff ij
340 MERCURE
do en a infiniment , elle parle
plufieurs fortes de langues , elle
eft bien faite & a efté élevée
dans un Convent d'où elle n'eſt
fortie qu'environ depuis une année
. Monfieur le Comte de
Toulouſe a donné des marques
à l'occafion de ce mariage , de
fa generofité & de la grande
confideration qu'il a pour Mr
d'O . La Maifon d'O , vient de
Jean d'O , Sr de Maillebois , Capitaine
de la Garde Ecoffoife
du Roy & d'Helene d'Illiers
Dame de Manou ; le fils aîné
du S de Maillebois fut François
d'O , Marquis de Freſnes &
de Maillebois , Maiftre de la
Garderobe du Roy Henry III.
premier Gentilhomme de fa
Chambre , Chevalier de fes
GALANT 341
Ordres , Surintendant des Finances
& Gouvernep
de Pa-
L
ris & de l'Ile de France. Aprés
la mort tragique d'Henry
III. arrivée en 1589. Mr d'O
s'attacha à Henry IV. Il fe
trouva dans l'Affemblée que fic
la Nobleffe catholique dans laquelle
on refolut de declarer au
Roy que la qualité de Tres
Chreftien étant effentielle à un
Monarque François , il ne pouvoit
recueillir la Couronne qu'à
cette condition. Ce Seigneur
ne laiffa point d'enfans de Renée
de Villequier fa femme . Ses
freres , Jean d'O , Chevalier des
Ordres du Roy : René Sr de
Frefne: & Louis Sr de Ferrieres ,
continuerent la lignée . La Maifon
d'Efpinay S. Luc eft une des
Ff ij
342 MERCURE
plus illuftres de Normandie .
Guillaume Sr d'Efpinay vivoit
en 1209 , & fut pere de Richard
en 1227. Cette Maifon produifit
dans le feiziéme fiecle François
d'Efpinay , dit le Brave S. Luc ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
Gouverneur de Saintonge & de
Broüage , Lieutenant general au
Gouvernement de Bretagne
& Grand Maistre de l'Artillerie
de France . Il eftoit fils de Va.
leran d'Efpinay & de Marguerite
de Grouches. Il époufa
Jeanne de Coffé , Dame d'un
grand efprit , & fille du Maréchal
de Briffac. C'eft de ce mariage
que font venus Mrs de S.
Luc .
Les paroles qui ſuivent ont
GALANT 343
efté mifes en Air par Mr de Montailly
, elles fervent d'explication
à la Devife du Jetton de la
Marine qui a efté frappée cette
année , & dont la face droite
reprefente Monfieur le Comte
de Toulouſe.
AIR , OU RECIT
de Bafle.
บ
O font- ils ces audacieux ,
Qui couvroient les deux Mers de
leurs Voiles nombreuſes ,
Etfembloient menacer &la terre &
les cieux?
De nos armes victorieuses ,
Ils n'ont que trop fenti les redoutables
coups:
Tant de Vaiffeaux armezflatoient
Lear efperance's
Ff iiij
344 MERCURE
Ils croyoient ébranler & l'Espagne
& la France.1997 3. 200k
Louis a bravé leur coutroux - M
Sa foudre par mon bras les a diſſipez
tous. JAL 132
Quoy que je vous aye déja
parlé dans cette Lettre de Mr le
Marquis de Mejorada , je ne
puis m'empefcher d'ajouter icy
ce que je viens encore d'apprendre
de ce Miniftre.
Mr le Marquis de Mejorada ,
qui aprés une tres grande refiftance
a efté obligé par les deux
Rois d'accepter la Secretairerie
des Dépêches Univerfelles en
Efpagne , eft fils de Don Pedro
Fernandez del Campo , Marquis
de Mejorada , qui a poffedé
long - temps le même employ
Y
#
HGALANT 345
avec de grands applaudiffemens
fous le regne de la feuë Reine
Mere d'Elpagne . Mr le Marquis
de Mejorada qui donne lieu
à cet article , a cfté Envoyé à la
Cour de Vienne , & à quelques
Cours du Nort , où il apprit les
Langues étrangeres , & particulierement
la Françoife , qu'il
parle tres bien. A fon retour ,
il fut fait Confeiller des Finances
, & il exerçoit auparavant la
Charge de Secretaire du Safpatronat
, qui a l'inſpection de
toutes les affaires , & de tous les
Benefices du Royaume . Il eft
tres -riche de fon patrimoine ,
& fon defintereffement a eſté
caufe qu'il n'a pas voulu avoir
part dans aucune chofe qui regardaft
les Finances ; quoy que
346 MERCURE
dans fon Bureau il y ait plufieurs
Caffettes , que les Efpagnols ap
pellent Arcas pour de certaines
difpofitions que le Roy fait par
la feule main du Secretaire des
Dépêches , ayant voulu que
tout paffaft par celle du Prefident
des Finances.
D. Miguel Guerra qui a efté
Procureur General des Eglifes
d'Efpagne à Madrid , & qui a
efté enfuite grandChancelier de
l'Etat de Milan , s'y eſtant trou
vé du temps de l'avenement à
la Couronne de Philippes V.
donna toutes les marques imaginables
de fon grand zele , &
d'une tres- grande fidelité & capacité
dans les affaires , A fon
retour d'Italie il fut fait Confeiller
des Finances , & prefenGALANT
347
tement il vient d'eftre nommé
Préfident du même Confeil des
Finances .
P
Le fieur Vandive , Libraire
ruë S. Jacques , à l'Enfeigne du
du Dauphin , debite un Livre
intitulé , Manifefte de son Alteffe
Electorale de Baviere. La Lettre de
Son Alteffe Electorale de Cologne à
Sa Majesté Imperiale, du 19. Mars
1702. en Latin & en François .
Avec des additions où il eft parlé
des Regaux des Princes de l'Empire
& de leurs droits de Souveraineté ,
qui ont efté rétablis à la Paix de
Weftphalie par la Couronne de France,
& aufquels la Cour de Vienne
s'efforce depuis ce temps - là de donner
chaque jour quelque nouvelle atteinte.
348 MERCURE
1
Rien n'eft plus curieux que ce
Livre , & il feroit à fouhaiter
qu'il fe répandift chez tous les
Peuples de l'Europe , afin qu'ils
fuffent inftruits à fond des veritez
qu'il contient , & que ceux
qui gouvernent n'ignorent pas ,
ou du moins ne doivent pas ignorer
, rien n'eſtant plus neceffaire
dans la conjoncture prefente
pour rendre juftice à ceux à qui
elle eft dûë.
Le fieur Couftelier , ruë S.
Jacques au Coeur - bon , vend
un Livre intitulé , la Langue .
Quoy que ce Livre ait un titre
fort court , fon utilité ne laiffe
pas d'eftre fort étenduë pour la
conduite de la vie vous en
pourrez juger par les vingt fept
Traitez , ou Chapitres qu'il
GALANT
349
II.
contient ; qui font , 1. De la converfation.
2. la Langue du Babillard
. 3
la Langue du Silentieux,
4. la Langue du Difeur de bons
mots. 5. la Langue du Polifon
6. la Langue du Railleur. 7. la
Langue de celuy qui difpute. 8. la
Langue de POpiniaftre. 9. la Langue
de l'Etourdy. 10. la Langue du
Complimenteur. 11. la Langue de
celuy qui Jouë, 12. la Langue du
Flatteur
. 13. la Langue du Menteur
14. la Langue de celuy quife
vante. 15. la Langue du Medifant.
16 la Langue de celuy qui jure .
17. la Langue de celuy qui promet.,
18, la langue du Nouvellifte, 19. la
langue de celuy quifait des rapports.
20. la langue de celuy qui confeille .
21. la langue de celuy qui fait des
reprimendes, 22 la langue de celuy
350 MERCURE
qui inftruit 23. la langue de celuy
àqui on confie, ou qui confie unfecret,
24. la langue des Femmes . 15. la
langue de l'Amour. 26. la langue de
celuy qui fe plaint, 27, la langue
de celuy qui confole . Chacun de
ces Traitez contient plufieurs
Maximes , & chaque Maxime
eft fuivie de folides Reflexions
que l'Auteur fait fur luy- même
& fur les autres d'une manière
judicieufe & polie , & fans avoir
d'autre vûë ( puifqu'il ne veut
pas eftre connu ) que l'intereft
du public ; c'eft dans cette même
vûë qu'il donne dans le dernier
Traité les plus forts principes
dont on fe puiffe fervir
pour fe confoler dans les plus
ordinaires difgraces de la vie.
Quand il n'y auroit dans ce LiGALANT
351
vre que ce Traité , on devroit
prefque toûjours l'avoir à la
main , parce qu'on a prefque
toûjours befoin des remedes
qu'il renferme.
Il paroift icy un Livre qui fait
grand bruit , il eft intitulé Ecclefiafticae
jurifdictionis vindicia ,
&c. & fe vend chez le fieur Mazieres
, Libraire ruë S. Jacques ,
à la Providence . Comme il y a
beaucoup de chofes à dire fur
ce Livre qui merite l'attention
da Public , & que l'Article en
doit eftre long , je me trouve
obligé de le remettre jufqu'au
mois prochain.
Je vous envoye l'unique Relation
qui ait efté faite dans les
formes de ce qui s'eft passé auprés
de Gibraltar , entre cinq
352 MERCURE
*
Vaiffeaux du Roy & trentecinq
Vaiffeaux ennemis , accompagnez
de quelques Fregates &
de quelques Brulots . Cette Relation
a efté écrite par un Offi
cier du Magnanime , & envoyée
à Malaga à un autre Officier
de Vaiffeau , qui ya ajoûté
plufieurs circonftances qui luy
eftoient venues d'ailleurs &
d'autres dont il avoit efté témoin
luy- même ; de maniere
que cette Relation doit eftre
complette , auffi la trouverez
vous fort curieufe. Les Nouvel ,
les publiques de Hollande ont
donné un lambeau de relation
à qui elles donnent le nom de
Relation de Mrde Pointis comme
fi c'eftoit une Relation entiere
, mais il n'y entre aucun
détail, & elles fe feroient bien
GALANT 353
7
gardé d'en donner , puifque ce
Combat cft peu glorieux aux ennemis
, & l'on peut dire même
que plus on en approfondit les
particularitez , plus il fe trouve
à leur honte . Mr de Pointis n'a
point écrit de Relation dans les
formes , parce qu'elle auroit dû
eftre remplie de beaucoup de
chofes à fa gloire , dont fa modeftie
l'a empefché de parler.
il a feulement écrit quelques
Lettres à fes Amis , dans lefquelles
il a parlé fort fuccintement
de l'action ; mais en donnant
toutes les loüanges dûës
aux cinq Vaiffeaux qui ont foûrenule
Combat contre un nom →
bre fifuperieur au leur . Voicy
la Relation dont je vous viens
de parler.
2
Avril
1705. Gg
354 MERCURE
A Malgue le 31. Mars 1705.
Ze 11. de ce mois à la pointe du
jour , onfit à la Tour de la pointe
de Carnere les fignaux dont on étoit
convenu pour marquer qu'il entroit
dans le Détroit plus de quarante
Vaiffeaux ; ce qui fit qu'à l'inftant
noftre Generalfit faire celuy de cou
per les cables & d'appareiller au
pluftoft pour éviter les ennemis ,
étant perfuadé que ce ne pouvoit
eftre qu'eux , les fçachant à Lif
bonne prefts à en partir pour venir
a Gibraltar. Quoique cet ordre fuft
executé avec toute la promptitude
polible parles vaisseaux l'Ardent
commandé Par Mr Patoulet; At .
rogant , par Mr des Herbiers` .
le Marquis,, par Mr de Mons ;
GALANT 355
le Lys , par Mr Lauthier , & le
Magnanime , par Mr de Pointis ,
les ennemis étant pour lors à prés de
trois lieues de nous , en moins de
trais heures ils eurent environné le
Kaiffeau l'Arrogant , qui aprés
S'eftre défendu autant que la foibleffe
de fon équipage causée par
les maladies , le permit , fe rendit
à eux. Pes après le Marquis &
L'Ardent eurent le mefme fort
mais aprés avoirfait une refiftance
Surprenante & avoir efté abordez ,
fçavoir , le Marquis par un Anglois
, à ce que nous avons jugez mal.
gré l'épaiffeur de la fumée qu'ily a
en pareille occafion , & l'Ardent
repoula fon premier abordage , &
Bailli par /ept ou buit Na
vires ennemis , nous parut échouer ,
au bien qu'un Hollandois
qui
Gg ij
356 MERCURI
L'abord une feconde fois, cependant
une heure aprés nousfumes fort étonnez
de les voir tous deux àflot , &
regagner l'armée ennemie au nombre
de trente- cinq Vaiffeaux de
guerre , deux Giliates ,deux Bru
loss & cinq Bâtimens de charges
C'est un miracle comme le Lys &
nous fommesfortis à fi bon marché dé
cette affaire , c'est- à - dire que nous
n'ayons point efte pris , & qu'aprés
quatre heures de combat contre au
moins cinq ou fix Vaiffeaux à la
fois , & qui fe relevoient & nous
canonoient devin , derriere és aux
coftez , nous ayons percé tout ce qui
s'oppofait à noftre paſſuge , & nous
foyons allé échouer à la Cofte. Nous®
on avons l'obligation à noftre grande
Artillerie qui étant tres - difficile à
fautenir fuifoit arriver en moins,
GALANY 357
Tune heure tous les Vaiffeaux qui
s'y expofoient , marque infaillible
qu'elle les incommodoit & qu'elle
nous a fait refpelter de Mr Lake,
General Anglois , qui ne s'eft approché
de nous que de la portée du
mouquet , encore n'y refta- t - il pas
longtemps. Quant à deux Portugais
àtrois ponts qui étoient de l'Eſca
dre des Mr Lake , ils ne firent
qu'aprocher & s'en retourner par
·le plus court chemin . Les Hollandois
ont fait à leur ordinaire, c'eft
à- dire , qu'ils nous ont pouïfutvis
avec toute la valeur & toute l'opi
niatreté poſſible. Le Lys s'eft dif
tingué en cette occaſion au delà de
tout ce qu'on peut imaginer. Les
ennemis au nombre de dix on douze
Vaiſſeaux l'environnoient de
toutes parts , & prétendoient l'em.
358 MERCURE
•
pefcher
de s'aller
échouer
à terre
à
mais
luy
au
milieu
de tant
d'ennemis
faifoit
un fi grand
feu
de
toutes
parts
, qu'il
les
écarta
& fe fit
faire
place
par
tout
pour
parvenir
s'échouer
& à fe brûler
afin
de
ne
pas
laißer
un
fi
beau
Vaiffeau
entre
les
mains
des
ennemis
, Mr
Lauthier
qui
le commandoit
s'étant
attiré
une
gloire
fans
pareille
, &
l'approbation
generale
de
tous
les
François
en cette
occafion
. Ce
com
bat
quoiqu'inégal
, ne laiffe
pas
de
conter
beaucoup
aux
ennemis
, plufieurs
de leurs
Vaiffeaux
étant
dematez
&
deux
ayant
coulé
bas
, fi
flon
en croit
les
Espagnols
; mais
cela
merite
confirmation
. C'est
tout
ce que
je puis
vous
apprendre
à ce
fujet
. Les
ennemis
voyant
qu'ils
ne pouvoient
plus
fuivre
le Lys
&
GALANT 359
nous fans s'échouer , revirerent de
bord & regagnerent le large , &fe
contenterent au lieu de continuer à
nous canoner , ce qui auroit fait
perir la plus grande partie de nos
équipages , de nous en voyer deux
Brulots , que noftre feu empefcha de
nous approcher ; cependant nous
n'avons pas laissé de perdre beaucoup
de monde , plufieu's s'étant jettez
à la mer , fur tout de l'équipage
du Lys , malgré toutes les précautions
que l'on a pù prendre pour-
Pempefcher. Tout le reste de nos équi
pages a efté mis à terre avant la
nuit ; aprés quoy Mr de Pointis ,
qui enfut averti , & qui n'a point
voulu fortir de fon Navire avant
cela , en fortit & alla s'embarquer
dans for Cinot que Mr de
Champigny luy avoit amené , &
360 MERCURE
attendit à l'échelle Mr le Cheva→
lier de Beaumanoir , noftre premier
Lieutenant , qui les vint joindre
après avoir mis luy - même lefeu dans
le Magnanime.
Tous nos Officiers & nos Gardes
de la Marine ont parfaitement bien
fait dans cette occafion fans que
nous en ayons perdu , Mr de Saint
Marc, Lieutenant , a eu le visage
& les mains brûlées d'une Gargouße
à qui un coup de canon mit le
feu ; Mr le Comte Govelo , Garde
de la Marine , & frere de Mr. le
Comte de Vertus , Guidon des Gendarmes
de la Garde , a esté aufle
brulé ; Mr de Beaumanoir a eu une
legere bleẞure prés le talon.
Nous comptons entre les tuezi
bleßez & noyez dans le Lys , &
nous cent cinquante hommes dans
le
Lys
GALANT
361
le Lys , Mr de Baudinard , Garde
de la Marine , a en la cuiße emportee
, & Mr de Belanger, auſſi Garde
de la Marine, a esté bleẞé aux deux
jambes. Mr Lauthier , Commanle
Lys , a esté blessé à la joże
dan
& à l'oreille.
On ne fçauroit trop donner
de louanges à Mr Lauthier , &
pour bien connoistre celles qu'il
merite , il n'y a qu'à fe repréfenter
le Vaiffeau le Lys qu'il
commandoit , carené d'un an &
qui ne va point , contre une .
Efcadre ou Armée de quarante
Vaiffeaux de guerre tous frais ,
allant dans la derniere perfection
, qui
l'environnoient de
toutes parts , & qui par un
grand feu à portée du moufquet
des ennemis , fe fait faire place
Avril
1705.
Hh
362 MERCURE
au milieu d'eux tous , & va
s'échouera, malgré eux ,
fauve
fon monde & brûle fon Vailfeau
à la vûë de tant d'ennemis
honteux de ne l'avoir pas pris,
aprés le grand feu de canon
qu'ils avoient fai : fur luy.
Je ne dis rien de Mr de Pointis
, parce que j'aurois tropi
de
chofes à en dire, & que fa bonne
manoeuvre & fon intrepidité
luy ont fait meriter la plus
grande partie de la gloire d'une
action qui a roulé fur luy &
qui rendra la gloire & l'intrepidité
des François immortelles ,
& fera craindre à l'avenir à
tous les ennemis qu'ils auront
fur mer , de les attaquer lorf
qu'ils ne feront pas cinq ou fix
fois plus forts qu'eux . On doit
GALANT 363
remarquer que Mr de Pointis
s'eft fait refpecter des ennemis ,
mefme aprés s'eftre fait échouer,
puifqu'il a fauvé tout fon monde
jufqu'aux bleffez mefme ,
dont aucun n'a efté pris, & qu'il
n'eft forti de fon Vaiffeau que
le dernier.
}
Le13 . de ce mois , à neuf heu
res & demie du matin , Monfeigneur
le Duc de Bretagne fut
laifi tout d'un coup
d'un ca
tharre fuffoquant , caufé par un
mouvement de dents , qui fut
faivi de violentes convulfions
réïterées frequemment . Elles
furent fufpendues par les remedes
aufquels on eut recours ,
pendant trois heures & demie ;
de forte qu'il parut prefque revenu
dans fon cftar naturel ;
Hh ij
364 MERCURE
mais une cinquième attaque de
convulfions ayant abfolument
ferréfa poitrine , il en fut étouf
fé fur les fept heures du foir.
Ce Prince eftoit âgé de neuf
mois & dix - neuf jours , eftant
né le 25. de Juin de l'année derniere.
A peine la maladie de Monfeigneur
le Duc de Bretagne cuftelleeftéfçue
à Paris que le P. de
la Chaife partit pour fe rendre à
Verfailles. Il arriva avant fa
mort , mais il ne vécut pas longtemps
aprés . Lorfqu'il fut expiré
, le Roy dit au P. de la Chaife
en parlant de ce Prince : ce
n'est pas luy que jeplains ; il est bienheureux
, & nous fommes dans des
places difficiles pour le falut. Ce
Monarque dit à Madame la Du-
2
GALANT 365
"
cheffe de Bourgogne : Dieu vous
Pavoit donné , Madame , Dieu vous
l'a ofté ; il est le maiftre. Si toute
la Cour, qui s'eftoit rendue chez
le Roy pour marquer fa douleur
par fa prefence , demeura
muette par reſpect & pour
mieux faire voir la douleur
qu'elle reffentoit , cette douleur
ne l'occupa pas entierement , &
elle fut partagée par l'admiration
que luy donna ce qu'elle entendit
dire à Sa Majefté , & par
la maniere heroïque & chrétienne
avec laquelle elle foutine
la douleur dont elle eftoit
penetrée
. Celle de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne n'eftoit pas
moindre & ce Prince ne la foû
tint pas avec moins de dignité"
& de refignation & ne fit pas
Hh iij
366 MERCURE
voir une conftance moins chrétienne
à la fupporter . On voulut
luy reprefenter tous les malheurs
dont S .. Louis avoit eſté
attaqué pendant fon regne , &
ce qu'il avoit fouffert du coſté
de les enfans , & luy faire voir
la conftance avec laquelle il
avoit fupporté tout ce qui luy
eftoit arrivé de plus douloureux
Ce Prince répondit qu'il
le fçavoit bien ; mais qu'il y avoit
une grande distance entre S. Louis
lay. La grande pieté de ce
Prince eft fi connue que toute
la Cour eftoit perfuadée qu'il
fçauroit mettre en ufage pour
fe confoler & pour le refigner
aux volontez du Ciel , toutes
les vertus qu'il pratique tous les
jours . Je n'ofe m'expliquer plus
GALANT 367
1
au long là deffus , perfuadé que
je ferois mal ma Cour , la modeftie
de ce Prince m'eftant
་
connue.c
3
Je ne vous rapporte point icy
ce que Monfeigneur le Dauphin
a dit dans la douloureufe
fituation où il s'eft trouvé à
l'occafion de cette mort . Je vous
diray feulement que ce Prince
Stoûjours égal a fait voir une
$ douleur auffi fage que fa tendreffe
a toûjours efté grande
pour fon augufte Famille , &
qu'il y a joint une refignation
heroïque.
Je ne vous feray point icy le
détail de la pompe funebre de
ce Prince , puifqu'il a efté rendu
public. Je vous diray feulement
qu'il fut conduit à S. Denis par
Hh iiij
368 MERCUR Z
ཏཾ
Monfieur le Cardinal de Coif
lin , Grand Aumônier de France
, & par Madame la Ducheffe
de Ventadour , Gouvernantel
des Enfans de France , accompagnée
de Me de la Lande
Sous Gouvernante , & que Monfieur
le Duc de Bourbon avoir
efté nommé par le Roy pour
faire les honneurs de ce Convoy.
Le Caroffe dans lequel
eftoient le corps & le coeur de
Monfeigneur le Duc de Bretagne
eftoit precedé & fuivi de
plufieurs détachemens des troupes
de la Maifon du Roy . Le
détachement des Moufquetairesgris
eftoit commandé par Mr
d'Artagnan , & celay des noirs
par Mr de Canillac : celuy des
Gendarmes par Mr de Trefnel:
GALANT 369
celuy des Chevaux legers par
Mr de Pourpris : & celuy des
Gardes du Corps qui fuivoient
le Caroffe & fermoient la mar
che, par Mr de Scheladet . Monfieur
le Duc de Trefmes , premier
Gentilhomme de la Chambrey
& Mr l'Abbé de Sourches
Amônier du Roy de quartier ,
eftoient dans ce Caroffe , qui
eftoit accompagné de 24. Pages
de la grande & de la petite Ecurierà
cheval , & d'un grand
nombre de Valets de pied , qui
portoient tous des flambeaux
de cire blanche , auffi bien que
tous les détachemens des troupes
dont je viens de vous parler.
Au retour de S. Denis le coeur
de Monfeigneur Duc de Bretagne
fut porté au Val de Grace
370 MERCURE
dans le même ordre.
Je vous envoye deux Epita
phes fur la mort de Monfeigneur
le Duc de Bretagne : la premie.
re eft de Mr de Meffange , & la
feconde de мr Tremaile .
Cy-gift des François l'efperance ,
Letendre &jufte amour du plus puiffant
des Rois ,
{
L'ornement inoui de l'Empire François
,
Dont l'Univers n'eut d'exemple qu'en
France .
Nepleurez point furfon tombeau :
Son calme eft doux , fon fort eft
beau ;
Et la perte pour nous n'en eftpas fans
resources
Puifque le Ciel habile à répandie
Jes dons
GALANT 371
Nous en laiße l'angufte Source
Qui nous rendra bien- toft autantque
nous perdons.
A UTR E.
Cy- gift un Prince né pour le Trône
de France.
La trifte mort nous l'a ravi dés le
Awe Berceau:
Plus qu'on ne vit des feux briller à
fa naissance,
Il couleroit de pleurs fur fon Royal
ores Tombeau ,
S'il ne portoit déja la feule des Conronnes
.
Preferable aux Etats de fes puiffans
Ayeux ,
Et s'il ne nous reftoit deux auguftes
Perfonnes
Pourfaire encor ceffet nos befoins &
nos voeux.
372 MERCURE
Le Lundy 27. Avril Mr de
Guiry , Chevalier Seigneur de
Noncourt & de Roufieres, époufa
Madlle de Malezieu , fille
de Mr de Malezicu , Chevalier
Chancelier de Dombes , Seigneur
de Chaftenay , l'un des
dix Honoraires de l'Academie
des Sciences , & l'un des Quarante
de l'Academie Françoile ,
& de Dame Françoife Faudel
de Favereffe . Son Alteffe Sereniffime
Madame la Ducheffe du
Maine vint exprés de Marly
coucher à Versailles . Elle fit
l'honneur à la jeune Mariée de
la mener à l'Eglife Paroiffiale ,
où la ceremonie fut
faite par,
Mr l'Abbé de Malezieu , & au
retour , cette Princeffe qui ne
manque à rien de tout ce qui
GALANT 373
peut faire plaifir aux perfonnes
qu'elle honore de fes bontez ,
donna la chemife à Madlle de
Malezieu. Il y a long temps que
Madame la Ducheffe du Maine,
dont le difcernement fin & deli
cat n'eft touché que du vray merite
, a appellé la jeune Mariée
à fon intime familiarité , & à fes
plaifirs toûjours reglez par la
raifon & par la fageffe. Madlle
deмalezieu à prefent мe de Guiry
, a en effet mille bønnes qua
licez . Elle a une phyfionomie
douce & infinuante qui luy at
tire les coeurs , fans qu'on la
connoiffe ; elle joue du Clavecin
, fçait la Mufique & chante
comme les Maiftres . On ne s'é
tonnera pas qu'elle ait reçû uner
excellente éducation , quand
374 MERCURE
on fera reflexion qu'elle a efté
élevée par la même perfonne ,
qui a efté choifie pour élever
tant de grands Princes , & que
Me fa mere , Gouvernante des
Enfans de Monfieur le Duc du
Maine , ne luy a jamais donné
que de grands exemples de fageffe
& de vertu. La famille de
Mr de Malezieu eſt établie depuis
plufieurs ficcles à Paris , où
elle a donné plufieurs perfonnes
diftinguées dans l'Epée & dans
la Robe. Elle eft alliée aux Saintions
, aux Andrés , aux Parfaits
, aux le Coigneux . Le cinquiéme
ayeul de la Mariée fe
diftingua fort dans les guerres
de la Religion , & mourut Lieutenant
general & Gouverneur
du Soiffonnois ; mais fans puifer
GALANT 375
५.
dans l'Antiquité , pour relever
la naiffance de Me de Guiry ,
il fuffit de dire qu'elle eft fille ,
de Mr de Malezieu , dont le merite
rare & generalement reconnu
eft au deffus des titres & des
éloges. Quant à la Maifon de
Guiry,perfonne n'ignore qu'elle
eft des plus confiderables du
Royaume , & qu'elle defcend
inconteftablement des anciens
Seigneurs Sicambres . Elle tient
depuis plus de huit ficcles un
des premiers rangs parmy la
haute Nobleffe du Vexin . Elle a
donné à la France plufieurs Prelats
& plufieurs grands Chambellans
de nos Rois . L'illuſtre
S. Romain eftoit de cette Maifon;
ce qui fe prouve par des
titres & par des monumens pu376
MERCURE
>
blics , dont il n'eft pas poffible
de douter. Ony juftifie plus de
trente degrez de filiation non
interrompuë & le dixiéme
aycul du Marié fut donné en
ôtage pour la perfonne du Roy
Jean , aprés la bataille de Poitiers
. Mr de Guiry , dont il s'agit
a eu l'honneur d'eftre Page
la Chambre du Roy , & eft
fils de Mr de Guiry , Lieutenant
general du Païs d'Aunis & Goude
la Rochelde
verneurdes 7
le , qui a laiffé une grande reputation
de valeur , de conduite
& de probité dans les Gardes du
Corps de Sa Majefté , dont il a
eu l'honneur d'eftre fort longtemps
Enfeigne.
Il eft temps de vous parler du
GALANT 377
Siege & de la prife de Veruë
& ce que j'ay à vous en dire ,
merite voftre attention . On a
de tout temps regardé les longs
Sieges comme étant tres - prejudiciables
aux affiegeans , tant
parce que pendant leur durée
ils pourroient faire d'autres
conqueftes , que parce qu'il paroift
vraisemblable que les alliégeans
perdent plus que les af
fiegez , parce qu'ils font plus
expofez , cependant le fiege de
Veruë fournit un exemple contraire
à ces deux chofes Ce
fege a efté commencé dans une
failon fi avancée que quand il
n'auroit duré qu'un mois , la
faifon fe feroit trouvée trop
mauvaiſe pour entreprendre un
autre fiege aprés la prile de cet-
Avril 1705. Li
378 MERCURE
te Place ; ainfi la longueur de
ce fiege n'a rien derangé, com
me vous allez voir. Si les trou
pes qui le formoient n'ont pas
efté en plein quartier d'hyver ,
elles eftoient cantonnées & elles
ne pouvoient fouffrir que fort
loin à loin dans les jours qu'elles
montoient , à leur tour , la tranchée
dans laquelle il n'y avoit
rien à craindre , ou du moins
de chofe. Monfieur de
Vendofme regardant ce fiege
pluftoft comme un blocus que
comme un fiege qu'il vouloit
pouffer vivement ce Prince,
fçavoit qu'il ne le pouvoit faire
fans expofer fes troupes & fans.
en perdre la plus grande partie,
à cauſe du nombre infini de mines
qui étoient dans la Place ,
tres-peu
GALANT
379
& dont il étoit tres - bien averti.
Il difoit tous les jours , qu'il
aimait mieux que la prise de cette
Place fuß reculée , que de perdre un
feul Grenadier. Aufli ne perdoiton
pas devant cette Place huit
hommes en dix jours ce qui a
eſté ſouvent remarqué . Pendant
que les troupes étoient ainfi en
repos , & qu'elles ne laifoient
pas de travailler à l'avancement
de la prife de la Place , en obligeant
les ennemis à confommer
leurs vives & leurs munitions;
les recrues de fon Infanterie
qu'on luy envoyoit de France
toutes faites , & fans lesquelles
il n'auroit pû entreprendre aucun
autre fiege , quand Veruë
auroit efté pris pluftoft , avançoient
toujours auffi - bien que
I i ij
380 MERCURE
celles de fa Cavalerie que luy
amenoient les Officiers à qui il
n'avoit point refufé de congé
pour les aller faire où il leur
plairoit ; c'est ce qui fait que ca
Prince fe trouve prefentement
aufi en état d'ouvrir la Cam -3
pagne que s'il n'avoit point
efté occupé pendant tout l'hyel
ver au fiege de Verue . Il vient
de mettre en quartiers de ra
fraichiffement foixante Batail
lons complets de fanfeule are
mée , & foixante - dix Efcadrons,
& l'on affure que ces troupes
font les plus belles du monde p
& qu'il ne manque pas un
bomme dans tous les Corps.i
Quant à ce qui regarde le
Slege de Verruë , siline s'eft
palé que trois actions remar
1
GALANT 38r
quables pendant ce fiege , qui
font voir que nous n'y avons
perdu prefque perfonne , pendant
que Monfieur de Savoye
ya perdu non- feulement toute
la Garnifon qu'il avoit dans la
Place au commencement du
fiege, mais mefme prefque toure
fond Infanterie avec laquelle il
rafraichiffoit fouvent la Gar
nifon , & dont il ne luy resté
pas deux mille hommes. C'eft
un fat conftant, generalement
connu & auquel on ne peut faire
de replique ; ainfi la longueur
du fiegen des Veruë nous a efté
beaucoup plus avantageufe que
fizce fiege avoit duré moins de
temps , puifqu'elle a fervi à rüfə
ner entièrement alarmée dè
Monfieur de Savoye , & à con
382 MERCURE
fommer inutilement une quantité
prodigieufe de provifions
& de munitions , pendant que
nous inondions tous les jours
la Place de nos feux fans pouvoir
faire de perte confiderable ,
parce que nous ne donnions
point d'affaut & que nos troupes
n'étoient point découvertes.sq
Les trois actions qui fe font
paffées à Veruë pendant le fiege
, font la prife de Guerbignan,
qui ne nous a pas feulement
couté un foldat , puifque Monfieur
de Savoye ayant appris par
un deferteur que Monfieur de
Vendofme le , devoit attaquer
dans fon Camp de Crefcentin
ce Duc en fit retirer toutes
fes troupes , dont il crut avoir
beloin pour groffir fon armée ,
GALANT 383
& les noftres fe faifirent auffitoft
de ce Pofte & des équipa
ges que les ennemis n'avoient
pas eu le temps d'enlever ; cependant
le Pô eftant groffi en
une nuit , Monfieur de Vendofme
ne put executer fon entreprife
, mais fon projet ne laiffa
pas de luy procurer le Pofte de
Guerbignan , dont il fe mit en
poffeffion fans perdre un feul
homme.
La feconde action eft remarquable
& digne de Monfieur de
Savoye qui ne manque ny de
valeur ny d'imagination pour
tenter de grandes chofes , &
pour faire parler de luy, Il fit
attaquer noftre tranchée à revers
& par les deux flancs ,
L'entrepriſe étoit auffi belle &
"
384 MERCURE
aufli grande que difficile ; mats
comme il avoit affaire à des
François , & que Monfieur de
Vendofme qui venoit de fortit
de la tranchée & qui n'en étoit
pas éloigné , y revint auffi toſt,
l'entrepriſe ne reüffit point , &
nous ne perdimes que quelques
perfonnes tuées par la premiere
décharge des ennemis , donc
Mr de Chartogne fut du nombre.
Les ennemis furent donc
obligez de fe retirer , & comme
ils ne le pouvoient faire fans
montrer le dos , & qu'ils étoient
obligez de paffer par une porte
appellée , la Porte du Secours
, par laquelle ils ne pouvoient
pafer tous à la fois , ils
furent prefque tous tuez Je ne
m'étends point fur cette action
P
dont
GALANT 385
dont je vous ay déja donné un
long détail , & dont je ne vous
parle icy que parce que je me
fuis propofé de mettre dans cet
article un abregé de tout le fiege.
La troifiéme action a efté la
prife du Fort de communication &
de la Redoute qui couvroit le
Pont de bateaux , de même que
du Pont de bateaux Monfieur de
Vendofme auroit fait cette expedition
beaucoup pluſtoft fi les
neiges de luy avoient permis ,
mais celles eftoient i hautes
qu'il ne put attaquer pluftoft
ce Fort de communication avec fest
retranchemens ; mais il eut l'a-k
Vantage de l'emporter fi - toft
qu'il l'eut arraqué & d'en faire,
fans perdre prefque perfonne ,
toute la Garnifon prifonniere
Avril 1705. Kk
.
386 MERCURÉ
de guerre , auffi bien que le
Gouverneur, Son Alteffe fe
préparois à attaquer Monheur
le Duc de Savoye dans fon
Camp de Crefcentin;mais ce Duc
on ayant eſté averti , ne jugea
pas à propos de l'y attendre &
fe retira à Chivas , où il réva au
moyen de fauver la Garnifon
de Veruë fans fe mettre en
peine de ce que les malades &
les bleffez deviendroient , puifqu'ils
n'auroient pas che en
état de fe fauver , fi le projet
avoit réuff . C'étoit d'engager
le Gouverneur de faire mettre
le feu à quelques mines , & de
fe fauver avec fa Garnifon par
un endroit qu'il avoit marqué ,
Rendant que le bruit qu'auroient
fait les mines , auroient
GALANT 387
3
attiré les François du coté où
elles auroient joué , & qu'il fø
feroit mis en état de fermer le
paffage aux troupes qui au
roient pû marcher du cofté par
où il vouloir que le Gouver
neur fe fauvaft; mais Monfieur
de Vendolme enu ayant chén
averti donna de fi bons ordrest
pour empefcher l'execution de
des projets qu'on ne fermit pass
en état de les executer.
Monfieur de Savoye ayant
abandonné fon Camp de Craf
oeentin , il n'y avoit pas lieu des
croire que Vernë pult tenir encore
longtemps. La Place éroit
toure ouverte , elle ne pouvoit
plus eftre ravitaillée & elle ne
pouvoit plus recevoir de vivres
y de munitions. elde eft vray
Kk ij
388 MERCURE
2
qu'elle en avoit encore pour .
prés d'un mois de temps mais
malgré toutes les chofes donc
elle étoit bien pourvuë , il luy
auroit efté avantageux de fe
rendre , puifqu'il n'y avoit au
eun moyen de l'empefcher :
deftre prife un jour, & qu'elle
pouvoit épargner le monde
qu'elle a perdu depuis la re
traite de Monfieur de Savoye,
à Chivas jufqu'au jour qu'elle
a efté priſe. Le Gouverneur fe
trompoit , lorfqu'il s'imaginoit
que Monfieur de Vendoſme ,
impatient de la longueur du
Siege , ne manqueroit pas de
donner plufieurs affauts pour
be faire finir , & il comptoir
que l'impatience & la valeur
des François leur couteroient
ix
' ז
**
GALANT 389
eher , puifqu'ayant un grand
nombre de mines , il ne manqueroit
pas de les faire joüer :
ce qui feroit perir les plus
intrepides , dont on ne manque
pas de fe fervir pour un
affauto; mais Monfieur de Vendofme
n'écoutant que fa
pru
dence en cette occafiony atma
beaucoup mieux prendre
la Place plus tard que de l'acheter
fi cherement ; d'ailleurs
il ne perdoit point de monde,
fes troupes étoient bien à couvert
, & fes bombes & fon canon
faifoient tous les jours diminuer
notablement la Garnifon,
puifqu'outre les morts il y
avoit tous les jours un fi grand
nombre de bleffez ,
, que
medes ayant manqué , on preles
re-
Kk iij
390 MERCURE
noit les emplaftres qui avoient
fervi à ceux qui étoient morts de
leurs bleffures , pour les mettre
fur les playes de ceux qui ve
noient d'eftre bleffez. Enfin les
malades & les bleffez étoient
dans le plus pitoyable état du
monde , il n'y avoit plus de couvert
que dans le Donjon , où
on ne les fouffroit pas ; ainfi ils
étoient dans les rues , la plapart
nuds & fans cftre foignez ,
& expofez aux injures du temps..
& à nos feux . Tout cela dont
Monfieur de Savoye étoic inftruit
, ne l'engagea point d'ordonner
au Gouverneur de capituler
, & trompé par les Allemans
qui luy faifoient entendre
tant par ceux qu'il envoyoit
dans la Place , où il entroit toû
11
GALANT 391
4
yours quelqu'un , que par les
fignaux dont il étoit convenu
avec le Gouverneur , il attendoit
à tous momens le fecours
que Vienne luy avoit promis ,
mais les troupes qu'il attendoit
n'étant encore ny payées , ny
complettes n'étoient pas en état
de commencer leur marche , &
cependant Monfieur de Savove
perdoit tous les jours les trou
pes les plus aguerries. Il doit
cette perte aux Allemans, puifque
s'ils ne luy avoient rien promis
, il auroit pris d'autres memis
fes troupes
fures pour
& peut- eftre qu'il auroit pris un
parti qui auroit empelché fa
gruïne totale , auffi eft- il inouï
3 que depuis dix mois que la Cour
de Vicane luy promet des trou
Kk iiij
39% MERCURE
pes , il n'ait pas reçû un feal
homme
. Il n'a deffendu
Veruë
pendant
prés de fix mois , que
dans l'efperance
de ce fecours
, & l'on peut
dire que ce fiege eft eſt
caufe qu'il fe trouve
fans armée
à l'ouverture
de la Campagne
,
Pour reprendre
le fiege où je
J'ay laiffé , le Gouverneur
de
Veruë
n'ayant
plus d'efpoir
d'eftre
fecouru
, & fe voyant
prefque
fans vivres
demanda
à
capituler
le fix d'Avril
; mais.
ayant appris
que Monfieur
de
Vendofme
vouloit
que la Garnifon
demeuraft
prifonniere
de guerre
, & d'un autre cofté connoiffant
que Monfieur
de Sa
voye ne pardonne
point à ceux
qui font de pareilles
capitulations
, il fetrouva
dans un cruel
GALANT 393
Tembarras , puifqu'il étoit obligé
de fe fier à la clemence de Mon
fieur de Savoye , en fe rendant
prifonnier de guerre , ou à celle
du Roy & de Monfieur de Vendofme
en agiffant en defefperé
& contre les regles de la guerre,
mais enfin ayant tout confideré,
il crus qu'il agiroit avec plus
de fureté , en pouffant les chofes
aux dernieres extremitez &
en fe rendant enfuite , plus perfuadé
de la clemence de Mon
fieur de Vendofme que de celle
de Monfieur de Savoye , s'il
avoit confenti pluftoft à fe ren
dre prifonnier de guerre . Cette
refolution prife , le Gouverneur
fit mettre le 7. le feu à quantitée
de bombes , de grenades ,
de pors à feu & d'autres feux
394 MERCURE
d'artifice. Enfuite il demanda
de nouveau à capituler ; mais
on repondit qu'il falloit qu'ilfe
vendilt a difcretion . Le Goaverneur
ne pouvant encore le rẻ.
foudre à fe rendre fur cette réponſe
, fic jouer les mines qui
renverferent les trois enceintes
& tous les ouvrages , à la referve
du Donjon où il le retira , & le
lendemain 9. il fe rendit à dif
cretion . Il fortit de la Place 4r.
Officiers , 16. Sergents & 700.
foldats des troupes de l'Empe
reur commandez par Mr le Ba
ron de Freifing , Lieutenant
Colonel du Regiment de Ni
grelli & des troupes de Mon
heur le Duc de Savoye , 15 : OE
ficiers , 16. Sergens & 446. foldats
commandez par Mr le
GALANT 395
tout plus de douze cet en Comte d'Entreve , faifant en
hom
me, en y comprenant les Officiers
, l'Etat Major & trois cens
malades ou bleffez. 11 y a des
Lettres qui portent que toutes
ces troupes n'avoient pas dequoi
fouper ce jour- là , & que
Monfieur de Vendofme leur fic
diftribuer des vivres . Ce Prince
dit au Gouverneur, qu'ayant fait
jouer fes mines contre les regles de la
guerre , & qu'ayant contrevenu à
ces regles en plufieurs chofes , il étoit
coupable de morts mais qu'il efpe
roit que le Roy trouveroit bon qu'il
luy laiffaft la vie , ainsi qu'à la
Garnifon. On a trouvé dans la
Place dix fept pieces de canon,
dont trois ou quatre font de 24.
livres de bale , cinq mortiers
396 MERCURE
onze milliers de poudre , quant
tité de boulets & de grenades ,
& neuf drapeaux . Auffitoft
aprés la prife de Veruë , Monfreur
de Vendofme dépeſcha Mr
le Marquis de Broglio pour en
apporter la nouvelle au Roy3
& pour faire un détail à Sa
Majefté de tout ce qui s'étoit
paffé en cette occafion , dont ce
Marquiss'acquitta parfaitement
bien Cependant Monfieur de
Vendofme envoya les troupes
dans leurs quartiers , & laiffa
feulement feize bataillons au
Comte Albergotti pour faire
enlever l'artillerie & les muni
tions de la Place
Veruë eft une Ville de Piém
mont , dans le Comté d'Aft, für
Las Frontieres du Montferrat &
GALANT 397
fur les bords du Pô , à feize milles
du Turin elle eft fur une
éminence & tres- fortifiée . Les
Espagnols l'affiegerent en 1625
On voyoit autrefois une Inf
cription fur la Porte du Châ
teau , où il y avoit un Cochon
lequel ouvroit la gueule pour
engloutir un Raifin qui luy pene
doit fur la tefte , avec ces mots :
.
P
Quando quefto Porco pigliara l'uva,
Il Marquefe di Monferrato piglia
Malta Verrua.
ま
Cette Infcription avoit efte
mife pendant les guerres des
Piémontois & des Ferrarois ;
mais lorsque le Duc de Feria
affiegea cette Ville l'an 1625.
les Habitans de Veruë laifferent
398 MERCURE
le même corps & changerenc
ainfi les mots :
Quando il Porco pigliara l'uva ,
Il Duca diFeria pigliara Verrua.
Le nom de Veruë eftoit commun
à toutes les Places fituées
fur des collines où fur des rochers
. La Ville de Veruë a pro
duit de grands hommes & a donné
lieu à de grandes difputes fur
la verité de fon origine . Poli
tien y a fait quelque fejour auffi
bien que Sacratus . C'eft dans
cette Ville que le Tafle alla
paffer quelques mois après qu'il
fut forti de fa priſon de Ferrare.
H's'y plaifoit fort & il y auroit
demeuré plus long - temps s'il
n'avoie efté rappelé à Ferrare
GALANT 399
Pendant le fejour qu'il y fit ily
revit fon Amynte , à laquelle il
changea quelque chofe.
Pendant que Monfieur de
Vendofme achevoit la conquê
te de Veruë , Monfieur le Duc
de la Feuillade achevoit celle
du Comté de Nice , par la prife
de la Ville de ce nom . Je dis
achevait parce qu'il ne refe
plus que le Chateau à prendre ,
& que bien que la conqueste en
foig fort difficile à caufe de fac
fituation , il ne peut manquer
deftre pris à mains que fes
vivres & fes munitions ne durent
éternellement , & que les
troupes de la Garnifon ne foient
exemptes de maladie & de mort ,
& comme ea font des chofes impaffibles,
il ne s'agit que du plus
400 MERCURE
ou dumoins pour voir ceChâteau
fous l'obéiffance du Roy , foit
qu'on en faffe le Siege, foit qu'on
le contente de le tenir fi ferré
que rien n'y puiffe entrer. La
Conquefte que Monfieur le Duc
de la Feuillade vient de faire
confifte dans la prife de Villefranche
, de Sofpello , du Fort
ou Citadelle de Villefranche
des Forts de Montalban , de
Sant - Ofpitio , & de la Ville de
Nice . Toutes ces Conqueftes
ont donné beaucoup de gloire
à Monfieur le Duc de la Feüillade
, non pas à cauſe de la force
des Places & de la longueur dest
Sieges ; mais parce qu'il s'eft
trouvé dans des fituations embaraffantes
, & qu'ila bien feu
prendre fon parti Les muni
"
GALANT 401
tions & le canon qui luy de .
voient fervir dans ces expedi
tions , devoient arriver de
Toulon en même temps qu'il
arriveroit bavec fes Troupes
mais les vents contraires les
ayant arreftez , il parut dans la
neceffité de demeurer dans l'inaction
, jufqu'à ce que tout ce
qu'il attendoit fuſt arrivé Pendant
que les vents contraires
faifoient tous les jours redoubler
fon inquietude , & qu'il
brûloit d'impatience d'entrer
en action , il apprit qu'un Regiment
compoté de plufieurs
Nations & dont une partie avoit
efté levée en Suiffe & ailleurs
fours le nom de Gardes de la Reine
d'Angleterre , avoit ordre de fe
== Avril 1705. " A LISA
4
402 MERCURE
7
jetter dans Villefranche &
qu'il marchoit pour
cet effet
ibenvoya des Troupes pour le
chercher le combattre & empêcher
l'execution de fon defe
fein & ces troupes remporterent
l'avantage dont je vous ay
déja parlé , & ce Regiment fur
diffipé en partie ; mais Monfieur
de la Feuillade impatient d'agir
, & craignant que quelques
troupes de ce regiment ne fif
fent de nouvelles tentatives, fon
courage & l'impatience qu'il avoit
d'agir luy arent entreprendre
le fiego de Villefranche,
quoique fom canon ne fût pas
encore arrivé. Vous avez fçu de
faccés de ce fiege , & quecce
Dac fit bloquer le Château dans
le même temps qu'il preffoit ta
SGADANT 403
que vous
Ville Auffi - roft aprés la prife
de la Ville , Monfieur de la Feüil-
Jade dépêcha MrleChevalier de
Miane pour rendre compte au
Roy de ce qui s'eftoit paffé . Ce
Chevalier qui avoit eſté bleffé
d'une pierre qu'une bombe avoit
fait écarter , ainfie
Pavez fçû , fut reçu de S. M,
avec beaucoup d'agrément , &
toute la Cour trouva beaucoup
d'efprit dans la maniere dont il
rapporta les nouvelles dont ilétoit
chargé , & dans fes réponſes
aux questions qu'on luy fit : CependantMonfieurde
la Feuillade:
preffoit toujours le Château de
Villefranche , & ce Duc ayant
appris , avant que de s'en eftre
arendu maiſtre , l'avantage rem ..
porté par le Vice - amiral Lake,,
Ll
ij404
MERCURE
crue que ce Vice- aminal spro
fiteroit mieux de cet avantage
& qu'il ne manqueroit pas de
fe rendre devant Villefran
che ce qui l'obligea a preffer
le fiege de la ville de Nice ,
quoiqu'il n'y pût employer alors
que deux pieces de canon , &
qu'il ne fût pas encore maiſtra
des autres poftes dont j'ay déja
parlé. Son canon eſtant arrivé,
tous ces poſtes ne durerent gueres
; auffi avoit- il tellement
avancé & mis toutes chofes en
fi bon eftat , qu'il avoit lieû de
croire que tous ces poftes ne
tiendroient pas long - temps a
prés l'arrivée de fon canons La
ville de Nice fit grand feu dức du
fea avant que le noſtre fût veq
nu & l'on peut dire que l'on
5:
IT
GALANT 405
n'a jamais tant brûlé de pous
dre en peu de temps . Tout
fi
noftre camp eftoit couvert de
boulets , & l'on en ramaffoit tous
les jours plufieurs centaines,
Enfin Mr le Marquis de Carail
Gouverneur de la place paroif
foit animé de la même ardeur &
du même efprit que Monfieur
de Savoye , & il fembloit qu'il
fût réfolu de périr plûtoft que
de rendre jamais fa place Pene
qu'ileftoit ainfi animé , & que
fes remparts eftoient toujours
en feu , fon fils trouva moyen
d'entrer dans la Place avec quel
ques foldats du regiment de la
Reine d'Angleterre , dont j'ay
déja parlés, & qui avoit efté
pouffé & difperfé une feconde
fois. Il fembloit que ce nous
LAY
406 MERCURE
f
2
veau renfort dût augmenter för
courage & luy faire faire une
plus longue réſiſtances mais dés
que noftre canon fût arrivé , qué
Monfieur le Duc de la Feuilla
de paru en perfonne , & que ՎԱ
le canon eût commencé à tirer,
l'ardeur du Gouverneur & de
la garnifon fut bien coft rálen
tic , & aprés une défenfe peu
opiniâtrée , ils monterèht an
Château, & l'Evêque & les Of
ficiers de la Ville vinrent au ffi
tôt apporter lesclefs àMonfieur
le Duc de la Feuillade , qui fic
entrer quatre bataillons dans la
Place & Mrie Marquis de Uffon
, que le Roy a nommé Gou!
verneur de la Ville & du Comté
de Nice, en prit auffi- tôt poffeffon.
La conquêtedece Païsqui
GALANT 407
n'a coûté qu'environ 200. hommes
, eſt due à l'activité & à la
conduite de Monfieur de la
Feuillade , & il eſt conſtant que
s'il n'avoit pas fait pouffer auffi
promptement qu'il fit le regie
ment de la Reine d'Angleterre,.
& que s'il avoit attendu fon canon
pour prendre Villefranche
, & pour avancer le fiege
de tous les autres poſtes , & même
celuy de la ville de Nice ,
il n'auroit commencé à battre
Villefranche que dans le temps.
aque Nice s'eft rendu , & que
quand il auroit attendu juſqu'à
Ge temps là pour battre Viller
franche dans les formes ynon.
n'auroit rien pû luy reprocher ,
ainfi j'ay eu raifon de dire que
la prompre reduction de tous ces
&
1
208 MERCURE
poftes, qui ferment l'entrée aux
fecours que Monfieur le Duc
de Savove pouvoir attendre de
ce cofté- là , eft due à l'activité
& à la bonne conduite de Monfieur
le Duc de la Feuillades
qui fans canon & prefque fans
munitions n'a pas efté un moment
fans agir aprés fon arrivée,
& qui a continué en même tems
fans canon le fiege de plufieurs
poftes , avec autant de vigueur
& d'intrépidité , que fi fon armée
avoit eſté munie de la plus
formidable artillerie Je dois
rendre la justice à Mr de Vauvré
que ce Duc duỷ a renduë
dans plufieurs de fes Lettres . II
eftoit Intendant de l'Armée tane
fur mer que fur terre, & tout ce
qui a dépendu de luy & de fes
foins ,
GALANT 409
foins , s'y eft trouvé en abon
dance.
On ne peut donner trop de
de .
loüanges aux troupes , qui ont
prefque toûjours efté expofées
à la pluie fans paroiftre un moment
rebutées , à l'exemple de
leur General dont elles eftoient
charmée de la liberalité , des
manieres honneftes , & du plaifir
qu'il cherchoit à faire à tous
ceux qui s'eftoient diſtinguez ,
en allant luy- même au devant.
des moïens de leur rendre fervice.
Auffi ces troupes ont- elles
marqué , & marquent elles encore
tous les jours , qu'elles feront
toûjours preftes de le fuivre
par tout où il les voudra .
conduire. Auffitoft aprés la
prife de Nice , il dépêcha Mr le
Avril 1705. Mm
410 MERCURE
Comte de Suze neveu de feu Mr
l'Archevêque d'Auch , pour en
porter la nouvelle au Roy. Ce
Comte rapporta que le fiege avoit
duré 26. jours faute d'artillerie , que
l'odeur de la fleur d'orange étourdiffait
les Officiers & les foldats de
la tranchée , qu'elle leur donnoit de
grands maux de tefte , & qu'elle les
enyoroit mefme , & qu'on avoitfait
brûler du bois de fentear dans la
tranchée pourfaire ceffer cette incommodité
, ce qui avoit réüſſî. Il ajoûta
que Monfieur le Duc de la Feüilhade
avoit fouvent efté de jour &
de nuit , & mefme à pied de Villefranche
à Nice , ce qut l'avoit fait
beaucoup maigrir. Auffi n'a t'on
peut-etre jamais vu pluficars
feges entreprisen mefme temps
fous un mefme General , fous les
GALANT
4II
ordres & à fa veuë , & allant
continuellement d'un fiege à
l'autre .
Nice eft une Ville de Provence
au Duc de Savoye avec
titre de Comté & Evefché fuffragant
d'Ambrun. Son nom
primitif qui luy fut donné par
les Marſeillois veut dire Victoi
re. Ils bâtirent cette Ville aprés
avoir vaincu les Liguriens . La
Ville de Nice s'eft augmentée
fur les ruines de Cimelle qui étoit
la Capitale des Vediantiens .
Nicea efte foumis aux Rode
Bourgogne & aux Comtes de
Provence , & enfin elle a paffé
fous la domination des Ducs de
Savoye. Le peuple de Nice a
fouvent tafché de fecoüer le
joug des Comtes de Provence.
Mm ij
412 MERCURE
Berenger III. & Beranger V.
Comtes de Provence luy firent
la guerre, le premier en 1166. &
le fecond en 1229. Amedée Duc
de Savoye ufurpa le Comté de
Nice fur Jeanne Reine de Naples
& Comteffe de Provence,
pendant les troubles de Naples.
Les Ducs de Savoye
n'ont jamais pû pallier fon ufurpation
; ainfi nos Rois ayant
le droit de la Maifon d'Anjou
par le teftament de Charles
Comte du Maine fait en faveur
de Louis XI . la France par
cette conquefte rentre dans ſon
ancien patrimoine .
Le Roy voulant faire rendre
graces à Dieu de toutes ces conqueftes
envoya la Lettre fuivante
à Monfieur l'Archevêque
GALANT 413
de Paris. Je fçay qu'elle vous a
déja efté envoïće ; mais comm e
ce qui n'eft qu'en feüilles volantes
s'égare fouvent , & qu'on
ne le peut dans la fuite trouver
, que lorfqu'il eft inferé
dans de plus gros ouvrages ,
vous ne devez pas vous étonner
fi vous trouvez cette Lettre
parmi les nouvelles que je
vous envoye
Mm iij
414 MERCURE
LETTRE
DU ROY ,
Ecrite à Monfeigneur le Cardinal
de NOAILLES ,
Archevêque de Paris .
Pour faire chanter le Te Deum
dans l'Eglife de Nôtre-Dame,
en action de graces de la prife
de Veruë par l'Armée de Sa
Majefté , fous le Commandement
de M. le Duc de Vendôme
; & autres avantages
remportez contre Mr le Duc
de Savoye
.
Mon Confin , le Siege de Verne
commencé par mon Coufin le
Duc de Vendofme dés le 14. Octobre
GALANT 451
dernier , vient deftre heureusement
terminé le 8. de ce mois par la reduction
de cette Place qui s'eftfoùmife
à mon obéiffance , & dont la
Garnison s'eft renduë à difcretion
après une deffenfe de prés defix mois.
Le Duc de Savoye par sa prefence,
par l'union de toutes les troupes , par
Les fecours & par les rafraichiffemens
continuels qu'il fourniſſoit à
certe Place , n'a rien abmis de tout
ce qui auroit pù rebuter d'autres
troupes que les miennes : Mais tous.
ces obftacles n'ont fait qu'animer
davantage leur courage & leurfermeté
dans toutes les occafions qui
fefontpréfentées , & qu'à redoubler
Leur patience à fupporter la rigueur
d'un des plus rudes hyvers. Cette
entreprise auroit efté plus promptement
terminée , fi le Duc de Ven416
MERCURE
dome encoreplus occupé de la confervation
de mes troupes que de fa
propre gloire , inferuit d'ailleurs de
Pextremité où étoient les Affiegez,
n'avoit jugé plus à propos d'en differer
le fuccés , que de l'avancer en
exposant au peril inévitable de
plufieurs mines dont il avoit connoiffance
, tant de braves Officiers
& de Soldats , qui s'y feroient livrez
avec la mefme ardeur dont il avoit
efté témoin en tant de differentes occafions.
Quoiqu'une partie confidetable
des troupes que j'ay en Italie
fuft employée à cette entreprife
qu'une autre partie compofte Atmée
que j'ay en Lombardie appofee
A celle de l'Empereur , que j'aye
Corps de
troupes vers Pignerol , que plufieurs
bataillons foient employezau blocus
fait avancer an
duʼlon
GALANT 417
du Chateau de Montmelian & à
la confervation des Vallées ; j'ay
neanmoins jugé à propos , pour ofter
au Duc de Savoye tous moyens defe
procurer des fecours ou par terre ou
par mer , de former une nouvelle
Armée dont j'ay confié le commandement
au Duc de la Feüillade
foutenu des forces de mes Vaiffeaux
& de mes Galeres commandez parle
Marquis de Roye , pour se rendre
maistre de la Ville de Nice , des
Ville & Chateau de Villefranche
& des Forts de Saint Ofpice & de
Montalban , ce qui a esté executé
avec autant de capacité que de valeur.
Des avantages fi confiderables
qui ne font dûs qu'à la protection
da Ciel , m'obligent d'en
rendre àDieu de tres- humbles actions
de graces. Ainfi je vous écris cette
418 MERCURE
b
Lettre pour vous dire que mon intention
eft que vous falliez chanter
le Te Deum en Eglife Metropolitaine
de ma bonne Ville de Paris,
au jour & à l'heure que le Grand
Maiftre , ou le Maistre des Ceremo
nies vous dira de ma part : Sur ce ,
Je prie Dieu qu'il vous ait , Mon
Coufin , en fa fainte & digne garde.
Ecrit à Marly le 21. Avril 1705.
Signé LOUIS ; Et plus bas
PHELY PEAUX.
Comme tout étoit en même
temps en mouvement en Italie ,
& que Mr le Comte de Linange
fçavoit que le fiege de la Mirandole
étoit refolu , il ordonna àu
General Pathé de mettre tout
en ufage pour y jetter du fe.
cours , & ce General n'oublia
GALANY 419
rien fatisfaire aux ordres
pour
qu'il avoit reçûs . Les deux Lettres
fuivantes qui font de Monfieur
le Grand Prieur , vous feront
connoître ce qui s'eft paffé
en cette occafion .
A Mantouë le 4. Avril 1705 .
Sur des avis réiterez qu'un Corps
des ennemis étoit arrivé à la Polizella
, d'où ils avoient déja fait
paffer des troupes de l'autre cofté du
Pò , je viens de faire marcher Mr
de Vaudrey avec deux Compagnies
de Grenadiers & trois cent Chevaux
de la Garnifon d'icy , qui demain
au foir joindra à Bondeno
Mr d'Efclainvilliers , qui y fera
avec ce qu'il aura pù ramaffer des
troupes du Madenois ; le Blocus de
420 MERCURE
1
la Mirandole confervé , je croy que
ces deux Corps ensembleferont celuy
de neuf cent chevaux & de huit cent
hommes de pied , avec lequel j'ay
ordonné à Mr de Vaudrey de marcher
diligemment aux ennemis , &
de les combatre par tout où il les
trouvera . Si la compagnie grolit au
bas Pò , j'y marcheray moy-même
avec des détachemens de mes quartiers
du Breffan que j'ay déja mandez.
Il eft capital d'empêcher les
ennemis de s'établir fur le Pô
quelque endroit que ce puiffe eftre .
Nous verrons comme ils feront pour
venir à bout de ce projet, devant moy .
›
A Mantouë le 8. Avril 1705.
en
Les ennemis avoient paßé le Po
à la Polizella au nombre de cinq ou
fix
1
1
.
GALANT 421
fix cens hommes. Ils ne fe font pas
fait prier pour le rep for , lorfqu'ils
ont fenti approcher les troupes des
deux Couronnes commandées par
Mrs deVaudrey & Defclainvilliers.
C'étaitle Śr Pathb qui commandoit
3
détachément , qui en fe retirant
a pris la liberté d'emmener beaucoup
de boeufs & de vaches des Etats
de Sa Sainteté. L'on prétend qu'il
avoit deffein de jetter un fecours de
vivres dans la Mirandole , & ce
dernier projet ne vlug a pas mieux
3 réuſſi que ceux dont il s'est mêléjusqu'à
prefent. Pour facilitër fon
poffige , on luy avoit préparé d'avance
, à la Polizella , quané
groffes Barques qui jointes enfemble
formoientun Pont volant fur lequel
cent chevaux auroient pu paſſer de
front. Pour remedier à l'avenir , à
Avril 1705. Na
422 MERCURE
eet inconvenient , j'ag mandé àMr.
de Vaudrey de braler & de couler di
fond sous les bateaux & tous les
moulins qui fe trouveront fur le PÒ
depuis la Polizelka jufqu'à ſon em
bouchure , & d'établit furle Fer
Farois trois Regimens de Cavalerie,
& an de Dragons ce quis, je croys
fuffit pour nous rendre la tranquillité
de ce cofté-là..
J'efpere vous envoyer, avane
de fermer ma Lettre , la
fuite de ces nouvelles .
que
769
Je vous envoye une Lettre
écrite par un Officier de l'ar-\
mée de Monfieur le Maréchal
de Villars. As leque * →
GALANT 423
A Sarbrick , le 14. Mars .
Noftre voyage a efté court & vif.
Noussommes tombezfur les quarsiers
des ennemis fans qu'ils en eaf
fent aucun avis ; mais les rivieres
font fi débordées, qu'il n'y avoit qu'un
feul Pontfur la Blize , deffendu par
une Redoute & quelques Retranche.
mens. On a fait paffer des Grenadiers
dans des nacelles qui les ont
pris par la gorge de la Redoutes
pendant qu'on efcarmouchoit par
depant, Le Commandant a esté pris
avec trente Soldats des Troupes de
Monfieur P'Electeur Palatin , On a
Accommodé le Pont diligemment ,
& Mr d'Eftief a couru à un quartier
de Cavalerie ; mais comme le
feu avoit averti les ennemis , &
Nnij
424 MERCURE
que leurs chevaux eftoient plusfrais
que les noftres , on en a peu pris . Le
General Butler s'eft fauvé avec la
Garnifon de Deux Ponts. Celle
dHornb rg a échape parceque Mr
de Dray , n'a pu paffer la riviere de
Horn. Noftre General a envoyé Mr
du Rofel aux Deux Ponts qui a pris
beaucoup de bagage des ennemis &
fais plus de cent cinquante prifonniers.
o
Enfin nous (çavons par les prifonniers
, & par quantité de deferteurs
de plufieurs de leurs quartiers
que ceux de Kaiferlanter ,
Landflour, & plufieurs autres , ont
tous fuy vers Mayence & Landau
. Sans les playes horribles on les
auroitpouffez plus lin ; mais il eft
bon d'avoirchaffé les ennemis qui devoient
alieger Saarlouis &ThimE
GALANT - 425
a
pilles il en a pas cotité grande
Fatigue Monfieur de Villars avoit
deffendur qu'on menaft ny hommes
my chevaux qui ne fußent en estat
de faire une marche de fix on fops
jours voda pempo, 2 di noi, bi
Sa Majeſte Britannique a
nommé pour fon Envoyé auprés
du Roy d'Efpagne Mr le Chevalier
du Bourg , Gentilhomme
ordinaire de famChambre , &
Chevalier de l'Ordre de Saint
-Jacques. Il eft d'une des plus
anciennes Maifons d'Irlande .
Son attachement à la vraye Rexligion
l'obligea d'en fortir dés
fa plas grande jeuneffe . Il vine
en France , & comme il aime
l'étude & qu'il a naturellement
du gouft pour les Sciences , pour
les Arts & pour les belles Let-
Nn iij
426 MERCURE
tres , il en acquit en peu desi
temps une parfaite connoiffan - \\\{
ce , & il apprio ſi bien nôtresb
langue , qu'il la parle parfaitesiv
ment bien . Il alla enfuite à Roc
me , où il s'acquit en peut den
temps l'eftime & l'amitié desi
Cardinaux & des perfonnes les
plus diftinguées de cette Courod
& fur tout du feu Pape , qui l'honn
nora d'une eſtime & d'une pro-, Vi
tection que le Pape d'aujour
d'huy luy continue avec une
bonté particuliere. Il eftoit emig
liaiſon avec un grand Prelat quing
fut nommé par Sa Sainteté Non- co
ce en Espagne. Il pria Mr les
Chevalier du Bourg de faire
avec luy ce voyage. Il fe vit ench
peu de temps auffi diftingué à 20
Madrid qu'il l'estoit à Rome, &
GALANT 427
P
A
la confideration où il eftoit à
Madrid le fit nommer
Chevalier
de l'Ordre de S. Jacques . Il re
vint à Paris , où perfonne ne luyh
a refufé les diftinctions qui font
dues à fi naiffance & à fon me !
rite A fon retour d'Efpagne les
Roy fon Maiftre le fit Gentil
homme ordinaire de fa Cham .
bre & S. M. B. le renvoye à s
Madrid pour fes interefts avec
la qualité de fon Envoyé left ?
tres-propre pour un pareil em- 9
ploy. Ila des talens particuliers
pour les négociations . Ifçait
parfaitement les interefts des
Princes , les droits des Souve - y
rains , & les loix & les ufages
de toutes les Nations . Il eft deva
l'aveu de tout ceux qui le cones :
noiffent , homme d'un vray me428
MERCURE
#
.
rite , qu'il foutient fans aucu.
ne affectation . Il est bien fait
de fa perfonne , & tous les entretiens
inſtruiſent & plaifene
également. Il a de luy- même
de grandes lumieres , & fon ap
plication luy a acquis un grand
fond de difcernement : Il a un
art particulier de fe fairel des
amis , de fe ménager ceux qui
acquierent fon eftimes, & de fe
conferver ceux que fon merité
luy a gagnez.je ne puis ou
blier icy letémoignage qu'a ren
du de luy un grand homme auffi
diftingué par fes lumieres que
par les grands titres, Aprés
avoir fait fon doge à l'occafion
de l'employ qu'on luy donne ,
il a ajouté qu'il n'y avoit point
d'homme de diftinction qui ne dut
GALANT
429
s'applaudir de l'estime de Mr le
Chevalier du Bourg , & qui ne fe
fift honneur d'en faire fon Amy. Ce
choix juftific bien tout ce que
je vous ay dit en tant d'occafions
de l'efprit & du difcernement
de S. M. B.
Le mot de l'Enigme du mois
dernier eftoit le Carefme ; ceux
qui l'ont trouvé font , Mrs Ic
Chevalier de Simery & Chauvelot
Avocat de Semur en Auxois
: Fleury Avocat: Loreau :
Robinet proche S. Pierre aux
Boeufs : de Sancé , Penfionnaire
de Mr Thomas : Richard
du Marais le Philofophe neutre
: le zelé Cartefien : le Mcdecin
poly: le fpirituel Abbé
du quartier Saint Jacques : le
3
MERCURE
438
grand Clerc de la rue des
armoufers
: le grand Compere
de l'aimable Suzon de la ruë
des deux Ponts : l'Ami content
de Verfailles : le petit Loup de
Verfailles & fon grand Pere : le
Heros du Canada : D. L. & la
belle Brune du bout de la ruë
Quinquempoix l'Echo fidele :
& Miles de Segny de Semur en
Auxois : Bailly du Fauxbourg S.
Antoine : du Mourier , la fille
de la rue de l'Echarpe : Rouffeau
du quartier S. Merry : le
Vaffeur du quartier S. Nicolas
des Champs : de la Vigne du
quartier S. Paul : la conftante
Calefienne & fa fidelle Amie :
Tamirifte la charmante enjouée
& l'aimable Prude fa four
de la rue des Canettes , derric
* Art
GALANT 431
re la Madelaine : les trois foeurs
du quartier S. Sulpice la fine
Manon de la rue S. Denis la
brillante Heroine , & l'heureuſe
mariée. M
Ja tous envoye une Enigme
nouvelles
F
མ་
wool Foto 60
ENIGME.
airy , and h
£ fuis d'une figure ronde
Rar le cul la teffe , & lecarps.
A voixbaute on m'annoncé ad mon→
sup de post of woq ale va
Et les foirs fans jambes je fors
Commej'affecte d'eftre rond16
Mon corps ne fe remplir que de ma
tiere ronde, nunod asi ar
Et jefais lajoye d'une ronde ,
Quand on me vuidefur unrond,
Je réjouis lesjeunes gens
432 MERCURE
Mon Maitre chante lear o ftoire,
Il attrape les plus fçavans
Et fi pourprix , on le faitboire gi
On l'accuse par tout , dit-on , I
Qu'il n'a jamais eu de mémoire
Mais pour empêcher de la croire
On l'entendfort fouvent qu'il repete
*ow fon nom.
Les paroles que je vous envoye
font de Mile des Houlicres.
Vous fçavez qu'elle a herité.
duvtalents merveilleux que fa
mere avoit pour la Poëfie , que
cette Demlle a infiniment d'efprit
, & qu'elle n'eft pas moins
eftimée par fon bon coeur que
par les beaux talens qu'elle poffede.
Les paroles ont efté mifes
en air par Mr de la Tour , il y a
Jong - temps que fa reputation
१
Vous
GALANT 433
Yous eft connuë ; ainſi rien ne
doit manquer à l'air & aux pa--
roles que je vous envoye.
.
AIR NOUVEAU.
7 Enez | petits, Oiſeaux fous ces
VE
it charmans ombrages
Demon Iris annoncer le retour.
Venez celebrer un amours
A qui le temps ne peutfaire d'ou-
9 triges..
Pour rendre mon bonheur plus
Sdoux , le engl
Quand vous aurez admiré cette Belsites,
Partez, volez, ſeparez- vous ,
Amesjaloux, portez- en la nouvelles
La protection du Ciel vient
de paroiftre pour un Monarque
qui travaille acontinuellement
ausmaimien & à l'accroiffement
Avril 1705
. Oo
434 MERCURE
de la veritable Religion. Cetre
protection a éclaté par la ruine
totale du Fanatifme , dont laracine
vient d'eftre coupée. C'étoit
une espece de folie dont
tous les mouvemens eſtoient furieux
, & qui n'avoit aucun caractere
de Religion , de quelque
côté qu'on la pût regarder L'E
glife abhorre le fang , & l'on ne
voit point de Religion quelque
ridicule & quelque éloignée du
bon fens qu'elle foit qui enfei
gne à le verfer . Jamais la rage &
la fureur ont - elles efté plus outrées
que celles qui engageoient
les Fanatiques à égorger tous
ceux qui tomboient dans leurs
mains , lorſqu'à des fcelerats qui
avoient toûjours fait profeffion
de la plus groffiére ignorance &
GALANT 435
¿ qui ne fçavoient ny lire ny écriire
, des filles inftruites à faire les
7 Bacchantes difoient que le Ciel
leur avoit infpiré de leur dire de
les maffacrer. Qu'avoient fait à
ces Fanatiques les enfans qu'ils
égorgeoient dans le ventre de
-leurs meras & ces enfans
avoient ils travaillé à leur cmpêcher
de profeffer leur Reli
gion t fi l'on peut dire que des
gens occupez fans coſſe aux
meurtres fans diftin & ion de
fexe
nyd'âge , & aux brûlemens continuels,
ayent une Religion . Enfin
la racine de ce Fanatifme, qui
in'écoutoit que la furour , & qui
ane fubfiftoit que dans le fang ,
ivient d'eftre coupée, & il faudroit
un grand nombre d'années
avant qu'il put éclarer de nou-
Oo ij
436 MERCUR
veau . Il n'a plus de Chefs , fes
Sectateurs font découverts , il
n'a plus de magaſins , il n'a plus
d'armes , il n'a plus de poudre ,
iln'a plus de Treforier. Tous les
refforts cachez qui le faifoient
mouvoir font découverts . Il n'a
plus d'azile , & le Ciel a plus fait
en un jour pour fa deftruction
que les hommes n'auroient pû
faire en plufieurs années s
&
comme cette deftruction eft l'ou
vrage du Ciel , il y a lieu de erbire
qu'on n'entendra de longtemps
parler de Fanatiques , &
que ceux qui font encore dans
un eftat incertainfur la Religion
à laquelle ils doivent s'attacher,
faifant de ferieufes reflexions
fur la manière dont les Fanatiques
ont vêcu, ne trouveront pas
t
GALANT
437
qu'il y ait jamais eu aucun acte
de Religion dans ce qu'ils ont
fait , & remercieront le Ciel d'avoir
aneanti un parti dans lequel
le libertinage les auroit pu faire
donner.
It elt conftant que les pluyes
n'ont prefque point ceffé à Gibraltar
depuis que cette Place
eft affiegée. Elles avoient redoublé
& gafté le pays avant
que Monfieur le Maréchal de
Teffé arrivaſtidevant cette
Ville . Vous avez eu des preuves
certaines qu'elles ont continué
fortement aprés l'aprivée
de ce Maréchal , & perfonne
n'ignore que la tempefte & les
pluyes étoient grandes , lorſque
it Vice- Amiral Lake eft arrivé
devant cette Place ; ainſi lat
Oo iij
438 MERCURE
plupart des travaux font demeurez
inutiles , &
Stroupes
qui font ce fiege ayant beaucoup
fouffert , & le temps ne
leur permettant pas de pouffer
leurs attaques , elles fe contenteront
de tenir la Place ferrée
-pendant quelque temps , fans
avancer leurs travaux : ce qui
Lera tres préjudiciable à la Gar
nifon qui ne pouvant s'étendre
dans les terres & ne pouvant en
rien tirer , fouffrira cruellement
& manquera fouvent de plufeurs
chofes , de forte qu'il fau
dranque les Alliez ayent conti
Quellement un grand nombre
adė Vaiffeaux en mer pour ra
vitailler la Place & pour efcor .
ter les Bâtimens qui y porteront
des vivres : ce qui coutera
GALANT 439
+
cent fois autant qu'une armée de
terre qui ne manquera de rien
étant dans fon pays , & ayant
toutes choſes à portée , cela
eft fi vray que les Anglois s'étant
trouvez dans une pareille
fituation lorfqu'ils étoient mattres
de Tanger & que ne pouvant
rien tirer des terres , érant
refferrez.comme ceux de Gibraltar
le font aujourd'huy , ils
aimerent mieux abandonner la
Place que d'eftre obligez d'avoir
toujours des Efcadres en
mer pour porter des vivres, quoiqu'il
leur fuft plus facile , qu'il
De leur eft aisé d'en porter aujourd'huy
à Gibraltar ,puifqu'ils
n'avoient point alors de Vaiffeaux
ennemis à craindre. Jugez
par là fi la fituation où ils font
440 MERCURE
à l'égard de Gibraltar , leur eft
avantageuſe , & fi aprés que
leurs Efcadres n'auront point
ceffé d'aller & de venir pour y
porter des vivres , avec une dépenfe
immenfe , ils ne doivent
pas encore craindre de perdre
tout le fruit de leurs peines ,
lorfque Monfieur le Comte de
Toulouſe fera en mer.
2Je ne vous dis rien des armées
du Rhin ', de la Mofelle , de la
Meufe & du Brabant . L'ouverrure
de la Campagne s'approche.
Chacun fe prepare avec
chaleur à l'ouvrir ; mais chacun
craignant que fes deffeins ne
foient decouverts tâche de
faire croire par fa manoeuvre
& par fes difcours , autre cho
fe que ce qu'il a refolu de faire;;
GALANT 441-
& il y en a peut-eſtre qui attendent
que leurs ennemis ayent
commencé à faire connoillse
tour de bon leurs veritables
projets , afin de prendre des mefures
fur ce qu'ils croiront devoir
faire.
Quant à ce qui regarde les
affaires d'Italie du coſté de
Monfieur le Grand Prieur , j'ajouteray
aux deux Lettres de
ce Prince que vous venez de
trouver dans la mienne , que
fur l'ordre qu'il avoit donné de
brûler les batteaux dont il y eft
parlé , il a bien voulu écouter
l'accommandement qu'on luy a
propofé , & faire garder de fon
cofte toutes les barques & les
bâtimens , & attendre à y faire
mettre le feu que les Imperiaux
442 MERCURE
*
vinflent pour s'en faifir. A l'é
gard du gros renfort qui avec
les troupes de Mr le Comte de
Linange doit compoſer l'armée
que Mr le Prince Eugene doit
commander , il n'ya point à douter
que cette armée ne penetre
dans quelques endroits d'Italie,
& il fe trouve fouvent que de
tres groffes armées ne peuvent
empelcher de tres- petits corps
de paffer des Rivieres , parce
qu'elles n'en peuvent garder
sous les bords à la fois ; mais
tous ces paffages que les parti
fans de ceux qui traverſent ces
rivieres chantent comme des
Victoires , n'aboutiffent fouvent
qu'à faire battre ceux qui les
ont paffées , ou du moins n'as
boutiffent à rien , puifqu'une
GALANT 443
**
armée infiniment inferieure à
celle qu'elle a en tefte , loin
de s'attacher devant elle à aucune
entrepriſe , eſt fouvent
bien embarrallée à trouver les
moyens de s'empefcher d'eftre
battue. Que fera Mr le Prince
Eugene quand il aura en tefte
toutes nos forces d'Italie raf
femblées ? Et que pourra til
faire dans le Piémont, s'il y vient,
que d'achever de ruïner le pays
& de ruïner fon armée, puiſqu'il
ne trouverra pas à vivre dans
un pays dont les habitans n'ont
pas dequoi fubfifter ainfi il
court riſque d'eftre baitu & de
mourir de faim. Voila ce qui
buy peut arriver , s'il avance
trop , &s'il n'avance pas, il fera
connoiftte qu'il ne peut rien
444 MERCUR
£
faire pour les Alliez . La fuite
nous fera bientoſt voir comment
les chofes tourneront . Je ne dis
rien ordinairement de l'avenir
& je le laiffe à ceux qui n'ont
rien autre choſe pour groffir
leurs nouvelles , mais je n'ay
pû m'empêcher d'avancer ce
que je viens de dire ; la chofe me
paroiffant vrai -femblable & naturelle,
***Je fuis perfuadé que vous recevrez
des nouvelles de la prife
de la Mirandole auffi - toft que
ma Lettre. Mr de Lapara fait ce
fiege , auquel il commande tant
en qualité de Lieutenant general
que d'Ingenieur principal.
Ily a des Lettres qui portene
que Mr le Marquis de Senante ;
eft de retour de Turin , & qu'il
.a
GALANT 445
apporté le confentement de
Monfieur le Duc de Savoye
pour
la neutralité du Chateau
avec la Ville de Nice , pour fix
mois , pendant lequel temps on
ne tirera ny de part ny d'autre.
Cette Ville jouira des mêmes
privileges dont elle joüit pens
dant la derniere guerre , lorfqu'elle
fut priie par les troupes
du Roy
.
L'abondance de la matiere
qui entre ordinairement dans
mes Lettres m'a tellement accablé
ce mois - cy, que je me trouve
obligé de fermer celle que je
vous envoye , quoy qu'il me
refte une infinité d'articles. que
je referve pour le mois prochain.
Ils n'auront pas la grace de la
Avril 1705
. P
P
446 MERCURE
nouveauté, mais peat eftre trous
verez - vous quelque chofe de
nouveau dans ce que je vous
diray touchant ces articles,
Je dois ajoûter icy que le com
pliment que j'ay mis dans ma
derniere Lettre , & que j'ay dic
que le P. Gaillard, Jefuite, avoit
prononcé devant le Roy le jour
de la Purification , n'a point efte
fait par ce Pere. J'ay vû celuy
qu'il eut l'honneur de faire ce
jour- là à Sa Majeſté , & je l'ay
trouvé fi bean que je voudrois
pouvoir vous en envoyer une
copie. Je ne manqueray pas de
fatisfaire la curiofité que vous
devez avoir là deffus , fi ce compliment
peut tomber entre mes
mains.
Dansla Liſte des Officiers de
1
GALANT
447
de l'Efcadre des Vaiffeaux de
Malte , dont je vous ay fait part
le mois paffé , on a mis le Chevalier
Frere Henry- Louis de la
Marie , de France , & il faut le
Frere Henry- Louis de Beaupoil
de S. Aulaire de Lanmary , du
grand Prieuré de France . Il eft
frere de feu Mr le Marquis de
Lanmary , grand, Echanfon de
France , & Capitaine- Lieutenant
des Gendarmes de la Reine
.
J'ay mis dans la même Lettre
que Mr de Tournemine avoit
vendu la Compagnie des Gendarmes
de la Reine à Mr de Vertilly
, & c'eſt au contraire Mr de
Tournemine qui a acheté cette
Compagnie.
Pp ij
448 MERCURE
Ily a dans l'Article de la mort
de Mr
l'Archevelque d'Auch ,
dans ma Lettre du mois paffé ,
que Me la Comteffe de la Suze ,
fi celebre par fes beaux écrits ,
eftoit de la même Maiſon que
feu Mr
l'Archevêque d'Auch ,
mais il n'y a point de parenté
entre ces deux Maifons , l'une
étant de la Suze & l'autre de Suze.
Il ne faut pas
s'étonner fi
dans d'auffi grandes Lettres que
les
miennes , & faites en fi peu
de temps , il fe gliffe tous les
mois
quelques fautes ; elles vienment
la plupart des Memoires
qui me font envoyez , & comme
je manque de temps pour y faire
reflexion , ces fautes fe gliffent
GALANT 449
infenfiblement dans mes Lectres.
Je fuis , Madame , & c.
A Paris ce 2. May 1705.
Je vous prie de remarquer le
jour de la datre de ma Lettre ,
afin que fi vous la recevez plufieurs
jours aprés , vous ne vous
plaigniez pas que je ne vous ay
point fait part des évenemens
qui feront arrivez entre le jour
de la datte de ma Lettre , & ce-
Jay que vous la recevrez .
A VIS.
Le Mercure du mois prochain
paroiſtra le Samedy 6. de Juin.
TABLE.
PRelude contenant les manieres
I
obligeantes du Roy envers Mr le
Marquis de Bedmar ,
Nouvelles de l'Amerique feptentrionale
,
12.
Les Princes de Castiglione faluent
55. 55
le
Roy's
Regiment donné par le Roy d'Efpagne
,
Harangue faite à Mr le Maréchal
de Villars
Premier article des morts ,
Sonnets ,
Profeffion ,
,
56
58
63
87
92
Nomination de Ar Amelot à
l'Ambaffade d'Espagne , 94
Le P: de la Ruë , eft nommé Confeffeur
de Madame la Duchefse de
Bourgogne ,
Autre Regiment donné par le Roy
95.
TABLE.
Efpagne, 99
Lettre au fujet du Service & de
Oraifon funebre de Me la Ducheffe
d'Aiguillon , prononcée à
Aiguillon, 102.
Carte Genealogique des Rois d' Ef-
138 pagne ,
Succés du Portrait du Roy , gravé
par Mr Thomaffin , 142
143
Gouvernement de la Baffe- Autriche
donné ,
Charge de Vice- Chancelier de l'Em-
C 145 pire donnée
Abbaye de la Couture donnée par
147
le
Roy
Six articles de Charges , de Regimens
de Titres & Evethez don
nezpar le Roy d'Espagne , 148
Homelie prononcée par le Pape ,
Second article des morts:
164.
167
TABLE .
Reception de Mr P'Evefque de Soiffons
à l'Academie Françoife, 192
Saite du voyage des Religieux de la
Trape à Florence , 216
Benefices donnez par le Roy la veille
de
Pafque,
Lettre de Berlin ,
228
273
Mort de Monfieur le Duc Maximilien
de Baviere', 294
Lifte des Cardinaux, Archevefques,
Evefques & autres Deputez à
Affembléegenerale du Clergé de
France
Lettre contenant l'entrée de Mr
Evefque d'Auxerre à Auxerre ,
314
·321
Mariage de Mr le Comte de Fimarcon,
326
nay S. Luc ,
Mariage de Mrle Marquis d'Epi-
339
Addition è l'article de Mr le MarTABLE.
quis de Mejorada , 344
Manifefte de S. A. E. de Baviere
avec la Lettre de S. A. E. de Cologne
à S. M. I.
Livre intitulé la Langue ,
347
348
Autre intitulé Ecclefiafticæ Jurifdictionis
vindicia , e
351
Relation du combat donné entre s
Vaiffeaux du Roy & 35. Vaiffeaux
ennemis ,
idem
Mort de Monfeigneur le Duc de
Bretagne ,
Autre
mariage,
363
372
Abregé curieux de tout le fiege, de
Veruë & ce qui s'eft paẞé à la
prife de cette Place , 376
Détail de tout ce qui s'eft pafféà la
prife du Comté de Nice ,
Nouvelles d'Italie >
392
418
Lettre d'un Officier de l'Armée de
Mr de Villars ,
422
TABLE.
Mr le Chevalier du Bourg eff
nommé par S. M. B. fon En
voyé en Espagne ,
Articles des Enigmes ,
Affaires des Fanatiques,
425
429
433
Situation des Affaires de Gibral
tar ,
437
Situation des affaires depuis le
Brabant jufqu'au Rhin , 440
Suite des affaires d'Itake , 441
·Grand nombre d'articles referveź,
445
Fautes de ma derniere Lettre coʻrigées
, fur tout à l'égard du difcours
prononcé devant le Roy par
le P. Gaillard ,
Avis
446
449
Avis pourplacer les Figures.
La Chanfon qui commence
par ces mots , Où font-ils , &c.
doit regarder la page 343.
Celle qui commence par ces
mots , Venez , petits Oifeaux ,
doit regarder la page 433 .
Page 343. ligne 4. lifez , frapé ,
& non frapée.
Page 345. lig. 13. lif. Jus patronat
& non fufpatronat
. 511m
1705,4
Mercure
<36624505170015
<36624505170015
Bayer . Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
AVRIL , 1705 . I
A
PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle d"
Palais , au Mercure galant ,
Omme il eft impoffible dans la con-
Cjoncture profente de ne pas grofir
le Mercure,ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-huitfols,quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCG V.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Startbibliothek
München
AU LECTEUR.
ILy a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres rèiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour efire employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR:
de défigurez, eftantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient corrects
. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
AVRIL ,
1705.
M
Onfieur le Marquis
de
Bedmar ayant reçu
le Collier de l'Ordre
du Saint Eſprit , ainſi que je
vous l'ay mandé , & eſtant comblé
des bontez dont le Roy
A iij
6 MERCURE
l'a honoré , toutes les deux fois
qu'il eft venu en France , & fur
tout de ce que S. M. luy avoit
dit d'obligeant dans le temps
qu'il alloit faire le ferment que
tous les Chevaliers du Saint
Efprit font obligez deprefter ,
étoit fur le point de partir pour
la Viceroyauté de Sicile , à laquelle
il a efté nommé , lors
que le Roy luy dit : qu'il avoit
non -feulement exposé fon fang
avec une fidelité inviolable , en fe
trouvant enperfonne dans plufieurs
actions perilleuses, mais qu'il avoit
auffi facrifié fon bien , & qu'il
fçavoir les mesures que le Roy
GALANT 7
d'Espagneprenoit pour rétablirfes
affaires ; que cependant toutes fes
pierreries eftant demeurées à Bruxelles
, & que n'en ayant point
pour faire une Croix du Saint
Efprit , il luy en vouloit donner
une. En effet , il en a reçû unc
d'environ deux mille louis d'or,
mais Sa Majefté avoit trouvé le
moyen par les choſes obligeantes
qu'elle luy dit , de l'empefcher
de faire attention à ce
preſent , pour ne penfer 'uniquement
qu'à ce que faifoient
pour luy deux grands Monarques
, qui avoient la bonté d'entter
jufque dans l'interieur de
A
iiij
8 MERCURE
fes affaires , & dans tous les
moyens qu'il avoit employez
pour continuer fes fervices ,
afin de l'en recompenfer. Rien
ne doit mieux faire connoiftre
que
aux Alliez
les deux plus
grands
Monarques
du monde
poffedant
les coeurs
de leurs
Sujets
autant
par amour
que
par l'obéiffance
qu'ils leur doivent
, toute l'Europe
liguée
ne
pourroit
venir à bout d'entamer
leurs Etats , & que dans la
fuite , elle doit avoir
plus à
craindre
que les deux
Rois
n'ont
à apprehender
.
Monfieur
le Marquis
de BedGALANT
9
mar eft Caftillan , & d'une des
plus illuftres Maifons de ce
Royaume. Elle Y cftoit déja
connue lorfque la Caftille n'étoit
gouvernée que par des
Comtes ; & depuis Dom Fernand
Gonzales qui vivoit vers
l'an 930. jufqu'à Garcias , qui
mourut fans enfans en 1029.
& laiffa cette. Souveraineté à
Nugna , fa foeur , femme de
Sanche le Grand , Roy de Navarre
, qui l'érigea en Royaume
, les Ancêtres de Monfieur
le Marquis de Bedmar y poffederent
toûjours les plus grandes
Charges. Un Seigneur de
10 MERCURE
ce nom fut en grande confideration
fous le regne de Ferdinand
II. Roy de Leon , qui
heritant de fon petit - neveu
Henry , Roy de Caſtille , unit
en fa perfonne ces deux Royaumes
, vers l'an 1217. Il fut
enfuite uni à l'Arragon fous
Ferdinand & Ifabelle l'an
1474. & dans ce même temps
le Tris - ayeul de Monfieur
le Marquis de Bedmar avoit
beaucoup de credit en cette
Cour. Chriftoval Caſtilleio
Eſpagnol du feiziéme fiecle .,
fi diftingué par fes Poëfies , &
qui fut Secretaire de l'EmpeGALANT
II
reur Ferdinand , eftoit petit- fils
d'une Dame fortie de cette Maifon
qui eft alliée à celles de Velafco
, de Medina- celi , de Colonne
, de Tolede , & de Spinola.
Bernard , Treforier de l'Eglife
de Compoftelle , celebre
Auteur du douziéme fiecle qui
a fait un recueil des anciens
Decrets des Rois d'Espagne ,
eftoit forti de cette illuftre
Maiſon par les femmes. Ambroife
Morales en parle dans
fes ouvrages
.
La relation de Quebec que
je vous envoyai dans ma Lettre
4
12 MERCURE
du mois de Janvier , ayant eſté
trouvée fort curieufe ; je vous
en envoye encore une qui
vient du même pays & de la
même main .
******************
NOUVELLES
DE
L'AMERIQUE
SEPTENTRIONALE.
Novembre
1703.
Es Iroquois , nation fauvage &
belliqueufe , eftoient demeurez
neutres & fur leurs a nattes entre les
a Expreffion fauvage qui fignifie
avoient confervé la Paix.
*
GALANT 13
a
François & les Anglois , jufqu'à ce
qu'à l'inftigation des derniers , ils
ayent deterré la Hache , en venant
brûler un établiſſement confiderable
b
que
Les с
François ont au Dé.
troit. Mr de la Motte- Cadillac
commandoit dans ce pofte . Une Sentinelle
du Fort entendant du bruit >
tira fur celuy qui mettoit le feu à :
cet établissement , elle le bleffa même,
mais apparemment que la nuit qu'il
avoit pris pour faire un coup fi hazardeux
, le favorifa , &luysauva
Ja vie,
a Les Anglois de la nouvelle Angleterre
& pays adjacens .
b C'est -à- dire , fait la guerre , les Iro- .
quois , s'entend .
e Entre le Lac Erié ou du Chat , & le
Lac Michigan , ou des Hurons.
V
75
14 MERCURE
•
b
Decembre 1703.
A la fin du mois , un Parti aſſez
confiderable de Canadiens & de
Sauvages alliez des François , commandé
par Mr de Rouville , alla
da cofté d'Orange. Dierfielde petite
Place dans la nouvelle Angleterre ,
fituée fur une Riviere , fe trouvant
au paffage , fut emportée d'affaut
fur les neuf heures du foir , elle fut
prefque entierement pillée ; on y brûla
un bon nombre de maiſons . Plufieurs
Anglois cependant qui s'étoient
cantonnez en de certains endroits de
La Ville , fe deffendirent avec vigueur
; on les attira hors de laPlace
a. Originaires de France , mais nez en
Canada .
b Ville de la nouvelle Yorck.
GALANT 15
a
& en taze campagne , le combat y
fut chaud , plufieurs Sauvages yfurent
tuez ou bleffez , entr'autres le
Chef de ceux du Saut de S. Louis;
mais enfin les Canadiens , aprés y
avoir perdu un Officier , un Sergent ,
& encore un autre , ( celuy- cy eft réchapé
defa bleffure ) demeurerent les
maitres du Champ de Bataille .
Un Miniftre avec fa famille &
quantité de Prifonniers , ont efté
amenez à Quebec. Le Miniftre
a toûjours refufè conftamment d'entrer
en difpute avec les Millionnaires
de cette Ville , quelques infances
qu'ils luy en ayent faites ,
il a toujours renvoyé aux Miniftres
a Village fauvage au Midi de l'Ile de
Montreal, en un lieu où fe forment des
chûtes d'eau , que l'on appelle en Canada
, Sauts,
16 MERCURE
de a Bafton , les réponſes aux objections
que luy faifoient ces Meffieurs .
Si vous qui me preffez avec tant
d'évidence , eftiez à Bafton , leur
difoit-il , vous verriez ce que les
Miniftres mes Confreres repliqueroient
aux chofes que vous
m'objectez , quoy que tres - claires.
Mr le Marquis de Vaudreuil
Gouverneur general de la nouvelle
France, & Mrde Beauharnois ,
Intendant ont eu foin que ce Docteur
Proteftant ne manqnaft de rien
pour fa fubfiftance.
C
a Ville capitale de la nouvelle Angleterre.
gc- b Sa Majefté l'a nommé Intendant
neral de la Marine , à la place de Mr
d'Herbaut.
GALANT 17
Mars 1704.
Ceux de Quebec au commencement
du Printemps , fe font mis en
eftat d'aller en Flibufte , & ont armé
pour cela deux petits Batimens
fous la conduite de Mrs de la Gran.
ge & Pauperet. Avec ces deuxpetits
Vaiffeaux , dont l'équipage eftoit
d'environ fix- vingt hommes , ils ont
pris un Navire de cinquante pieces
de canon ; c'eſt à Mr de la Grange
qui a commandé autrefois le Belliqueux
& 'Atalante, qu'il enfaut
donner la gloire . Ils en ont encore
brûlé deux , & coulé un autre àfond.
Le Vaiffeau de cinquante pièces
eftoit chargé de Moluës , Mr de la
Grange l'a monté & l'a conduit à
Bilbao , pour fe rendre enfuite à la
Rochelte
Avril
1705.
B
18 MERCURE
Juin 1704.
Les Sauvages alliez des François
entr'autres les Aniés qui
compofent une des cing nations Iroquoifes
, irritez de ce que les Anglois
leurs voifins , avoient pendu un
des leurs , ( ce qui fuffit chezles Sauvages
pour faire durer une guerre
jufqu'à la quatrième generation }
font venus prier le a Gouverneur de
Montreal de leur donner des François
& un Chefpour avoir raiſon de
lear ennemi. Le Parti s'eft trouvé
de fept cens hommes , tant Soldats
François que Sauvages , & Mrde
Beaucour a efté choisi pour
le commander.
On eftoit déja fort avancé
a M' le Chevalier de Ramezć.
CE
GALANT 19
dans la marche , lorsqu'un Soldat
a deferté & eft alle fe jetter dans
Orange ; comme on s'eftoit apperçu
decela , quoy quetrop tard , on ajugé
àpropos de fe defifter de l'entrepriſe ,
y ayant lien de croire qu'on eftoit
découvert. Cela n'a point dégoûté
les Sauvages qui avoient en tefte
de fe vanger de l'Anglois . Ils fe
font déterminer à faire differentes
incurfions furfes terres , &pourjouër
mieux leurjeu , ils ont formé quatre
differens partis un des trois a rencontré
le Courier qui portoit les Léttres
de la nouvelle Angleterre en la
neuve- York ; les Sauvages Pontaf
faffiné , fe fontfaifis de fes pacquets
&les ont portez à a Montreal. On
entre les mains un extrait traduit
i
a Ville de l'Ifle de Montreal , celebre
dans le Fleuve de S. Laurent .
Bij
20 MERCURE
des
de l'Anglois , de ces paquets , mais
comme ce ne font la plupart que
nouvelles de Gazettes , dont on eft
affezinformé en France , on s'arrètera
à marquer ici le Refultat d'une
Affemblée extraordinaire tenuë à
Bafton , Capitale de la nouvelle
Angleterre.
De Bafton le 17. Juillet 1702 .
Les Officiers des troupes de la Milice
qui font fur les Frontieres au.
ront foin que leurs Soldats foient
pourvus de a Raquettes , pour aller
fur les neiges.
a Ces fortes de Raquettes approchent
affez de celles dont on fe fert pour jouer
à la paulme , fi on en ôte le manche. Il
y en a en Canada de plufieurs grandeurs
& felon les perfonnes , elles ont com
GALANT 21
munement deux pieds de long fur un de
large à peu prés. Le bois qui retient les
mailles eft épais d'un ou de deux pou
ces , felon la grandeur de la Raquette ,
les mailles font de figure triangulaire ,
faites de lanieres de peaux d'Orignaux ,
mais coupées tres delicatement , les Sauvages
peignent affez fouvent ces Raquetres
en rouge ou en vert. La Raquette
fauvage eft fortifiée en fon travers de
deux petites barres de bois pliant & flexible
pour tenir les mailles en état ; à
l'une des extremite de cette Raquette
eft un trou pour mettre le pied , à coſté
de cette ouverture font de petites courroyes
pour affurer le pied du cofté du
talon , & le tenir ferme.
La Cour de Judicature qui eftoit à
Bela , fera transférée en la a nouvelle
Yorc.
les
a C'est-à- dire à Manhate , que
Canadiens appellent communement la
22 MERCURE
a
Menade ; c'est une Ville affez grande , &
l'embouchure d'une Riviere qui fe jette
dans la mer , proche de l'Ile longue , en
Anglois , long- Ifland .
Il fera accordé à Sa Majesté un
impoft fur les vins & autres boiſſons
qui fe vendent en détail, comme auffi
fur chaque tonneau des Vaiffeaux
qui arriveront dans les terres Angloifes.
Pour chaque befte dans tous les
troupeaux du Pays , on payera certaine
fomme.
La mème Chambre aſſemblée à
Bafton a impofé des Taxes fur les
fonds & biens immeubles , pour le
remboursement des dettes publiques ,
contractées depuis plufieurs années
pour les frais de la guerre.
GALANT 23
Du Port Royal en Acadie
le 27. Septembre 1704.
TN
Le Port Royal , Ville Capitale
de l'Acadie en Amerique , appartenant
aux François , où commande
Mr de Brouillan a esté bloqué par
les Anglois par mer & par terre
durant tout l'Efté. Leurflotte eftoit
compofée de trois gros Vaiffeauxdont
l'un eftoit de quatre-vingt pieces de
Canon , l'autre de quarante cing
& le moindre de quinze , d'une
Galere & d'un affez bon nombre de
petits Navires de charge. Cette
armée navale eftoit commandée par
le Colonel Chevoi & par le Capi.
taine Galop. Tous ces Vaiffeaux
s'étant rangez en ligne devant la
Ville de Port Royal , Chevoi en-
4
24 MERCURE
voya fommer le Commandant
de la
Place de fe rendre , à quoy Mr de
Brouillan n'ayant point voulu entendre
, Amiral de la flote voulut
avoir raifon du refus ; il tint Confeil
, & tous eftant convenus des
fignaux accoutumez
en femblable
occafion , on a moüillé l'ancre dans
la refolution de canonner vigoureufement
le Fort qui défend l'entrée
de la Place ; mais les vents devenant
furieux , les Navires commençoient
déja à chaffer fur leurs
ancres à caufe des courans & rifquoient
de fe brifer dans les coftes
de la Baye Françoife ; ils ont donc
efté obligez de fe retirer. L'Amiral
Chevoi cependant , ayant un ordre
précis de la Reine Anne de s'emparer
de la Place à quelque prix
que cefuft, & confiderant d'ailleurs
que
GALANT 25
que fans la prife du Fort qui couvre
la Ville, tous fes efforts devenoient
inutiles , il fe refolut de l'infulter
& de l'emporter d'affaut , s'il luy
eftoit posible , duft - il luy en couster
la moitié de fon monde . Chevoi
pour venir à bout de fon deffein , ·
fit mettre fes troupes & fon équipage
à terre par le moyen de fes
Chaloupes , & l'ordre eftant donné,
il fit marcherfon armée en Bataille
du cofté du Fort qui eft muni de bons
canons & de bastions à la moderne,
avec des pa'iffades élevées de douze
a quinze pieds , Mr Brouillan averti
de tout parfes efpions , commanda
qu'on ne fift aucun bruit , & qu'on
éteignift tous les feux , deforte qu'ou
ne vist point de fumée en aucune
maniere. Les Anglais ne ſe doutant
de rien , avancerent toujours en bon
Avril 1705 . C
26 MERCURE
ordre , & n'entendant nul bruit ;
ils s'imaginerent que les François
avoient abandonné leur Pofte , &
pris la fuite , lorfque fe trouvant à
la portée d'une carabine de ce Fort,
Mr de Brouillan ordonna aux Cananiers
de faire leur devoir. Aulitoft
les canons chargez de gros cartouches
commencerent à rompre & à
écarter les rangs ; les Bataillons
Anglois firent demi- tour à gauche
& reculerent l'espace de quatre ou
cinq arpens ; neanmoins fe ralliant
par la valeur des Officiers qui les
animoient , fur tout Chevoi lear
General , qui avoit refolu d'executer
les ordres de la Princeffe Anne ,
( il n'y alloit pas moins que de fa
efte ; les foldats :) , foit cointrainte,
foit courage ,fe remirent en marche à
grandpas. Acette feconde attaque
GALANT 27
Mr de Brouillan fit jouer toutes fes
batteries , fon canon fut bien fervi ,
fa moufqueteriefit un effet incroya
ble , les deux tiers des troupes An .
gloifes demeurerentfur la place &
les affiégez ne perdirent que fix
hommes. Les Navires Anglois qui
eſtoient dans la Baye Françoiſe
la vue de Port Royal , pour foutenir
l'armée de terre , furent fort endommagiz,
tant par les vents , par la
tempefte, que par les batteries que le
a Gouverneur de l'Acadie avoit
fait placer avantageusement , &
qui les ruinoient dans la rade où
ils eftoient mouillez
Les Sauvages alliez des François
qui ont efte remoins oculaires de ce
fiege , ont dit à Quebec & ailleurs ,
que de quarante hommes qui eftoient
a Mr de Broüillant.
Cij
28 MERCURE
ن م
1
dans un des Vaiſſeaux des Anglois,
il n'en eftoit resté que dix , & que
de vingt hommes dans un autre , il
ne s'en trouvoit que cinq , & ainfi
des autres Bâtimens à proportion ;
on n'a guere vu de fiege où les Af
fiegeans fe foient battus avec plus
opiniatreté, & où l'artillerie des.
Aliegez aitfait tant d'effet. Malgré
tout cela les Anglois qui combattcient
la en deſeſperez , ſe ſont
vus obligez de ceder à Mr de Brouil
lan qui a défendu le Port Royal en
brave , & engalant homme , quoiqu'il
manquaft de vivres & de munitions
, fur la fin du fiege , le blocus
ayant duré trois mois ou davantage.
1
GALANT 29
;
RELATION
Des Négociations qui fe font
faites dans l'Amérique Septentrionale
, entre les François
, les Sauvages Iroquois
& les Anglois , en 1704.
SIX
Ix Sauvages à du Saut Saint
Louis , ayant efté conduire les b
Aniés ( qui venoient d'un Parti ]
à leur Village , Pitrefculle Major
c d'Orange & Negociateur ordinaire
des Anglois de ce Continent ,
auprés des Iroquois , qui fortoit d'un
a Voy plus haut pag . 1. nombre 7.
6 Sauvages d'une des cinq Nations
Iroquoife , voifins de la neuve IoK.
c Ville dans la nouvelle York
pellée auffi Albanie.
ap-
C iij
30 MERCURE
Village des a Onontaghes , les rencontra
& leur temoigna la joye
qu'il avoit de les voir ; il les invita
de paffer avec luy jufqu'à Orange ,
& cela par un collier qu'il leur
offrit. Comme ces colliers chez les
Sauvages font d'une grande confequence
, & que toute la negociation
du Major d'Orange roule làdeffus
, il eft à propos de dire icy ce
que c'eft.
Les Colliers fi celebres chez les
Sauvages Iroquois font faits de
cinq ou fix aiguillettes , ou lanieres
de peau affez minces , d'Orignal on
b d'autre animal, elles font longues
d'environ deux pieds , mifes l'une
contre l'autre & larges de trois à
a Sauvages d'une des cinq Nations
Iroquoifes .
b Efpeces d'Elan.
GALANT 31
liées enſemble def.
quatre pauces ,
pece
、
,
pace en espace ; dans ces bandelettes
font enfilez des grains d'une ef- ·
de Porcelaine qui vient de la
neuve Iork ou des environs ils
font blancs & bleus percez dans
leur longueur & grafierement ar
rondis ; ces fortes de Colliers chez
les Sauvages de Canada fervent
pour les negociations & de la paix
& de la guerre , & les François
comme les Anglois dans l'Amerique
Septentrionale ne sçauroient rien
terminer auprés des Sauvages fans
ces Colliers ; ce font les monumens
des revolutions qui arrivent dans
ces vaftes Contrées , & les marques
certaines de tout ce qui s'y estpaßé ,
fur tour chez les Iroquois , Nation la
plus connue & dont les Chefs font
comme les garans de ces Colliers.
C.iiij
32
MERCURE
On les voit fufpendus dans l'urs
Cabanes , & ils ne manquent point
de vous dire à point nommé ce que
fignifient tels & tels Colli rs attachez
au haut de leurs habitations
y en eut - il trente. Leurs enfans même
font informez de cela dés leur
plus tendre enfance , & cela forme
comme une espece de tradition chez
des Peuples qui n'ont point d'écriture
, pour tranfmettre à la pofterité
ce qui s'eft paẞé de memorable chez
cux. Revenons au Major d'Orange .
Premier Collier.
Son Collier ayant efté refufé , il
invita les Sauvages ( Onontaghes
& Afniés ) de venir du moinsjufqu'à
a Corlard avec lay , ce qu'ils
firent.
a Petite Place de la Nouvelle York,
GALANT
33
qui fut prife il y a quelques années par
Mr d'Yberville , on la rendit quelque
temps aprés aux Anglois .
Second Collier.
Ces Sauvages eftans arrivez à
Corlar, Pitrefculle leurdit ; j'ay été
furpris d'apprendre que a tu as
b levé la Hache contre moy
( c'eft à dire les Anglois dans fa
perfonne ) j'en fuis affuré , mon
Camarade le Sononthoüan me
l'a dit (celafignifie les Sononthoüans
a Le Negociateur Anglois fe fert du
Atile fauvage qui tuteïe par tout.
b Cela veut dire que tu m'as declaré
guerre.
la
Les Sauvages fe fervent affez fouvent
du fingulier pour le pluriel , &
Pitrefcule qui fçait le tour de la langue
Iroquoife , s'y conforme.
34
MERCURE
me a l'ont dit ) A quoy penfes tu ?
Tu n'és qu'une poignée de
monde. Je fçai que c'eft toy qui
as levé la c Chaudiere par trois
fois que veux- tu faire ? Quand
tu feras mort , c'eft pour toûjours
; il n'en eft pas de même de
l'Anglois & du François , c'eft
comme l'herbe que l'on fauche ,
elle revient. Nous avions conclu
que tu te contenterois de la
Chaffe, & que tu ferois toûjours
libre d'aller & venir chez le
François & chez nous ; cepena
Sonontouans font une des cinq
Nations Iroquoifes , proche le Lac Outario
, ou de Frontenac.
b Le Major d'Orange parle à toute
la Nation en la perfonne de ces Sauvages
, & felon le genie de leur langue,
e Cela fignifie que tu as quitté ta
Cabane pour aller en guetre.
GALANT 35
dant tu nous fais la guerre ..
Parce Collier ( c'est le second qu'il
leur prefente ) a j'enterre la Hache
avec quoy tu me frapes
afin que tu ne frapes plus aucun
de ma Nation , ny moy 、´
Troifiéme Collier.
Retire- toy de c Montreal
& toy du Saur ; j'en dis autant
à tes Freres de la Montagne de
Pour mieux comprendre la maniere
de faire la guerre chez les Sauvages de
Canada , voyez ce qu'on en a donné au
Public dans le Mercure Galant de Janvier
1705.
b C'eft toûjours Pitrefculle qui parle.
Le Negociateur Anglois parle à
quelques Sauvages de l'Ile de Montreal
& du Saut de S. Louis , qui eftoient devant
luy.
36 MERCURE
Ï'Ifle de Montreal & du Saut au
Recolet , Choifi icy une terre ,
je t'en laiffe le maiſtre ; ce Payscy
eft à toy , je m'en retireray
quand tu voudras pour t'en laiffer
prendre poffeffion . Confide
re que ce n'eft pas de même chez
les François , car lors que tu
veux parler à a Onnontio , il
t'impofe filence & te dit tai toy ,
& icy tu parles & tu dis ce que
tu veux .
Quatriéme Collier.
Si je vois (le Negociateur An
glois continue de parler aux Sauvaa
Nom que les Sauvages de Canada.
donnent aux Gouverneurs generaux de
la Nouvelle France , & même aux Gouverneurs
particuliers.
GALANT 37
ges , un Anglois mort , je verray
que tu n'a pas écouté ma voix .
On remarquera que Pitresculle eft un
rufé & un homme habile dans fon
métier , poßedant le ftile Sauvage
qui eft figure ,file qui dit beaucoup
parce qu'il laiffe beaucoup à penfer.
Ce difcours fur ces quatre premiers
Colliers & fur les deux fuivans fi
rent impresion fur l'efprit des Iro
quois , comme on le verra dans la
fuite , torfque ces mêmes Sauvages
le vinrent rapporter au Gouverneur
de l'Ile de Montreal.
Cinquiéme Collier .
Je n'ay pas fait de même ,
a C'est toujours le Major d'Albanic
ou Orange.
38 MERCUR
Corlarda m'a voulu perfuader
deb donner la Hache aux Iroquois
mes Freres ; j'ay toûjours
differé , & je ne le feray pas encore
, que je ne voye de quelle
maniere tu te comporteras.
Sixième Collier.
Un Parti François s'eftoit formée
contre moy, & un des leurs
m'a informé , un Soldat deſerteur ,
de la force de ce d Parti , fi on
a C'eft le nom que les Iroquois donnent
aux Gouverneurs de la Nouvelle
York. C'eft auffi le nom d'une petite
Ville de la même Province.
b Cela fignific porter les Iroquois à
faire la guerre.
c Maniere de parler Sauvage ; c'est- àdire
, contre les Anglois.
d Ce Parti eftoit commandé par Mr
de Beaucour : on en a parlé ci-deffus.
GALANT
39
en fait encore un autre , un
de ces François viendra me le
dire , & je fuis preft à le recevoir
.
Ce difcours de Pitrefculle fur lesfix
colliers , fini , le Chevalier de Rameze
, Gouverneur de Montreal ,
qui les Iroquois venoient de le rapporter,
a demandé à tous les Sauvages
qui eftoient devant luy , ce qu'ils
en penfoient , afin de lefaire fçavoir
à leur Pere , c'eft ainfi qu'ils appellent
le Gouverneur general de
Canada , fur tout depuis feu Mrle
Chevalier de Callieres , qui ménagea
nne Paix entre treize nations
Sauvages avec une prudence & une
Sagefe admirables. )
A quoy les Iroquoisont répondu
qu'il fit inceffamment partir
quelqu'un , pour apprendre à
40 MERCURE
"
Onnontio leur a Pere , ce que
fignifient les Colliers qu'ils mettent
en depoft à la montagne
qui eft le b centre des Villages,
( Sauvages s'entend ) où ils s'affemblerent
avec les e Algonquins
pour prendre avis de tous ,
& qu'ils le prioient de lay ena
M le Marquis de Vaudreuil , Gouverneur
general de la Nouvelle France.
b Village de quinze à vingt Cabanes ,
compofé de Hurons , Iroquois , & c.
attenant lequel eft un Fort de pierre ,
Aanqué de quatre Tours rondes , bâti
par M' de Belmont . Il n'eft qu'à demylieuë
de Montreal , Ville dans l'Ifle du
même nom.
c Nation Sauvage differente des Iroquois
vagabonds ; elle eft prefque toute
entiere à une Miffion de Mts de Saint
Sulpice , dans l'Ifle de Montreal , appellée
Lorette.
GALANT: 41
voyer le refultat de leur Conference.
SUITE
Touchant les Negociations
entre les François & les
Iroquois .
Du 11. Septembre 1704.
a Sakafiongo adreffant laparole
au Chevalier de Ramezé , Gouver
neurde Pile & Ville de Montreal
au nom des Sauvages da b Saut S.
a Sauvage député.
b Ce font autant de Villages ou Mif-
Lions de Sauvages Catholiques , on a
parlé dans le cours de cette Relation de
leur fituation ; celuy du Saut aux Recolets
eft ainfi nommé à caufe que dans
Avril 1705
. D
42 MERCURE
l'endroit où eft une Caſcade dans la
Riviere , dite des Prairies , un Religieux
de cet Ordre y tomba de fon Canot
dans l'eau. Ces fortes de dénominations
font communes en Canada : on
pourroit en apporter plufieurs exemples
, mais on croit que le Lecteur ſe
foucie peu de cela. 1
Louis , de ceux de la montagne,
& du Saut au Recolet , a dit :
1. Tu nous demandas hier
noftre penſée fur les fix Colliers
, nous répondrons enfuite
au a huitième , à l'égard du fe .
cond , par lequel il nous ôte la
Hache ( Pitrefcalle ) nous nous
fommes affemblez cette nuit à b
a On voit par là combien les Sauvages
font d'attention à ce qui fe dit fur
ces Colliers , & de combien d'importan
ce ils font.
b Miffion de Sauvages Catholiques
dont ont foin Mrs de S. Sulpice ,
GALANT
43
la montagne , & nous avons
refolu tous enfemble de mettre
ala Hache à terre, & defufpendre
à faire fi toft des Partis.
2. Nous avons la peníée de
faire fçavoir au plutoft à Pitref
culle , par quelqu'uns des nôtres
qu'il exhorte les Anglois fes fre
res de mettre la Hache bas &
qu'il ait à fe rendre ici pour
negocier la Paix.
4. b Onnontio nous a deffendu
d'aller à Orange , nous avons
écouté fa voix , & noftre jeuneffe
a ordre des Vieillards nos.
a Tour de langage Iroquois , qui fignifie
finit la guerre,
b Mr le Marquis de Vaudreuil .
c. Les Sauvages regardent comme des
oracles , tout ce que difent leurs Vieillards.
Dij
44 MERCURE
peres , d'aller du coſté de a Baf.
ton .
4. b Cheoigotegondè dit à
Onnontio qu'il a embraffé la
Paix avec Pitrefculle , & qu'il
exhorte fort Onnontio de la
conferver & de ménager l'Iroquois
; c'eft pourquoy il a fait
aller la Jeuneffe du cofté de
Bafton .
Réponse au troifiéme Collier.
Pitrefcule m'a offert ( ce font
les Iroquois Deputezreprefentans les
a Capitale de la Nouvelle Angleterre .
b Autre Iroquois Deputé.
Les Sauvages depuis vingt ans jufqu'à
foixante , fe vantent tous d'eftre
guerriers , aprés lequel temps , ils font
regardez comme Vieillards .
GALANT
45
cinq Nations qui parlent ) d'aller
demeurer en a fon Pays , & de
me l'abandonner pour m'en laiffer
prendre poffeflion , mais cela
ne me fait point d'impreffion ,
je veux vivre & mourir où j'ay
efté b baptifé , & où je me mets
genoux pour faire la priere ,
Réponse de Mr le Chevalier
de Ramézé , Gouverneur de
Montreal , à ces Colliers , fur
le champ .
Je fuis bien aife , mes enfans,
a Voy au troifieme Collier le difcours
dudit Pitrefculle , fur les fix Colliers de
fa negociation.
b Ce font les Sauvages des Miffions de
Mrs de S Sulpice & des Jefuites qui par-
Ient ainfi.
Les Sauvages regardent les Gouver
acurs François , comme leurs Peres.
46 MERCURE
que vous n'écoutiez pas la propofition
que vous fait Pitrefculle
, d'aller demeurer avec luy
le a Grand- Esprit vous benira
de vouloir refter où vous avez
efté baptifez , puifque c'est l'endroit
qui vous procurera le falut
.
Vous vous égarez ( le Gouverneur
de Montreal continuë de parler
aux Deputez des cinq Nations Iroquoifes
lors que vous écoutez
une mediation entre b Onnontio
& Pitrefculle ; cela fait
voir que vous ne fçavez pas nos
a Maniere de parler Sauvage qui veut
dire , Dieu. Il faut fe conformer au genie
de leur langue , pour les gagner.
b Le Gouverneur general de la Nou
velle France.
Le Major d'Orange.
GALANT 47
manieres de France ; c'eft le Roy
que vous appellez Onnontiogoa
& celuy d'Angleterre , qui font
les maiſtres ; je vous exhorte
neanmoins d'écouter Onnontio
, qui eft à Quebec , écoutez
fa a voix par ma bouche ; & pour
vous donner de l'efprit , je
vous confeille de ne rien terminer
dans vos Affemblées que
Vous n'y appelliez les e Robes
noires , qui vous aideront à pro
ceder regulierement . Mes enfans
, je vous y exhorte.
Je vais faire partir fans delay
un Canot , pour apprendre toua
Stile Sauvage.
b Cela veut die , pour vous faire
agir prudemment.
Les Miffionnaires de S. Sulpice &
les RR. Peres Jefuites.
48 MERCURE
tes chofes à Onnontio , qui eft à
Quebec . N'allez point à Orange.
4
Vous devez eftre perfuadez ,
mes enfans, qu'Onnontio fera
en forte de maintenir la Paix
avec les Iroquois vos Freres.t
Refultar.cont
dandi A 207 2156 1
Cheoitegane , Sauvage Iroquois
Deputéde fa Nation , a repliqué de
cette maniere an Gouverneur de
Montreal, au nom de tous les Sauvages
qui s'eftoient aſſemblez pour
negocier la Paix .
b C'eft fort bien fait à toy ,
a Les Sauvages - nos Alliez , les Sononthoüans
, & les Onnontaghes.
Les Sauvages Alliez des François
appellent auffi Onnontio & leur Pere ,
Onnontio ,
GALANT
49
le Gouverneur de Montreal ; c'eft pour
cela qu'il les à appellez , comme on a vû
cy-deffus , mes enfans .
Onnontio , de nous arrêter &
de nous parler comme tu fais :
nous ouvrirons nos oreilles pour
entendre ta voix . Si nous avions
deffein d'aller à Orange , c'eſtoit
pour nous difculper auprés de
Pitrefculle , de ce qu'il nous accuſe
d'avoir déterré a la Hache.
Tu fçais que c'eft toy qui nous
a commandé de b quitter nos
nattes. A prefent tu nous deffends
de dreffer nos pas vers
Orange , nous écoutons ta voix ,
& nous perdons la penfée que
nous avions d'y aller. C'est ainsi
que finit la Negociation de 1704.
a C'eſt à dire , renouvellé la guerre.
b Cela signifie faire la guerre
Avril
1705.
E
50 MERCURE
entre les François , Iroquois , & les
les Anglois.
De Quebec le 25. Octobre 1704.
Il est arrivé icy deux Vaiffeaux
de l'Acadie pour demander à Mr le
Marquis de Vaudreüil Gouverneur,
des munitions de guerre & de bouche
&des Troupespourfaire une defcente
du cofté du Fort de S. Jean en
l'Ifle deTerre- neuve . Le bruit court
icy qu'on ira cet hyver rendre vifite
aux Anglois : le Partyfera , dit-on,
de quinze cent hommes.
a
Le plus confiderable d'entre les
morts de Canada , cette année a esté
Mr de ↳ Maricourt , qui a voulu
a Ce Fort eft aux Anglois , à l'Eft de
Terre-neuve .
b Capitaine d'une Compagnie en Ca.
GALANT
nada. Il eftoit frere de Mr le Chevalier
d'Iberville , fecond Jean Barth. Mr de
Maricourt eftoit le Negociateur des
François auprés des Sauvages. Le ficur
de Junquieres luy a fuccedé , il a eſté
Capitaine des Gardes de feu M' de
Caillieres.
2
fuer à la Sauvage.
a Dans un lieu couvert de peaux on
autres chofes , on met huit ou dix gros
cailloux tout rouges & en feu , fur lefquels
on répand de l'eau de vie. Aprés
avoir y avoir reſté un inſtant , ( car on
fuë d'abord extraordinairement ) on va
fe jetter chaudement dans un lit.
Les Princes de Caftiglione
ont eu l'honneur de faluer le
Roy à Verfailles . Ils defcendent
du cofté des femmes de
E ij
52 MERCURE
la Maifon de Caftiglione de
Milan , qui a donné un Pape à
à l'Eglife , fous le nom de Celeftin
IV. ( Geoffroy de Caftiglione
) Innocent IV . fit Cardinal
un Seigneur de cette
Maiſon en 1244. & Jean de
Cattiglione , Evêque de Pavie ,
eftoit auffi Cardinal à peu
prés dans le même temps . Le
Pape Nicolas V. l'envoya en
Allemagne avec la qualité de
Nonce. Calixte III . luy donna
la Pourpre Romaine en
1456. & Pie II . le chargea de
la Legation de la Marche d'Anconne
, & il mourut à MaceraGALANT
53
ta le 14. Avril 1460. Ange
Caftiglione , Carme à Genes ,
où il mourut en 1584. laiſſa
divers ouvrages , & entr'autres
des Sermons , dont Poffevin
Soprani & Juftiniani ont fait
une honorable mention . Mais
celuy qui a encore fait beaucoup
d'honneur à cette Maifon
eft le Cardinal Brando Caftiglione
, qui vivoit dans le
quinziéme fiecle , & qui fut un
des plus grands Jurifconfultes
de fon temps. Jean Galeas ,
Duc de Milan , qui le confideroit
beaucoup , luy procura
une Chaire de Profeffeur en
E uj
54 MERCURE
Droit dans l'Univerfité de Pavie
. Depuis eftant allé à Rome
& s'y cftant fait connoiſtre par
de grands fervices qu'il rendit
au S. Siege , Gregoire XII. le
fit Evêque de Plaifance , & Jean
XXIII. le mit au nombre
des Cardinaux en 1411. Le Pa
pe Martin V. l'envoya Legat
en Allemagne , & Eugene I V.
l'employa en Lombardie , où
il mourut en 1443. âgé de
quatre-vingt-treize ans . C'eft
de Caftiglione delle Stivere ,
Ville d'Italie fur les frontieres
du Mantoüan , avec titre de
Principauté , dont les Princes
GALANT 55
de Caftiglione qui donnent
lieu à cet Article , portent le
nom . Ils font de la Maifon de
Gonzague dont je vous ay par
lé fi fouvent. Cette Ville eft
Capitale d'un petit Pays , &
c'eft une Place forte entre Mantoüe
& Brefce. Il y a pluſieurs
autres Villes du nom de Cafti-'
glione .
Les Princes qui ont eu l'honneur
de faluër le Roy , ont cfté
prefentez à Sa Majesté par
Monfieur le Duc d'Albe . Čes
Princes vont en Eſpagne. Il
n'y a point à douter qu'ils n'y
foient bien reçus , puifqu'au
E j
56 MERCURE
commencement de la guerre
prefente , ils ont les premiers
reçu dans leurs Places les Troupes
des deux Couronnes.
Le Roy d'Eſpagne a donné
le Regiment de Don Ignatio
de Villacis à Don Fernando de
Paz , qui en eftoit Lieutenant
Colonel. Ce Gentilhomme eft
allié aux meilleures Maiſons
d'Efpagne. Il a l'honneur d'appartenir
à celles de Grimaldi
& de Grimani , toutes deux Italiennes
. Celle de Grimoard
établie dans le Gevaudan depuis
quelques ficcles , le reconnoift
auffi pour fon allié . HerGALANT
· 57
vé , Archevêque de Reims dans
le dixième fiecle , & qui s'employa
utilement pour retenir
les Normans dans la Religion
Catholique , écrivit une Lettre
à Jerôme de Paz pour luy
demander du fecours contre
fes ennemis. Il le traite de
Parent dans cette Lettre.
C'est ce Prelat qui couronna
dans Reims Robert , rival &
competiteur de Charles le Simple.
Ce Prelat mourut trois
jours aprés cette Ceremonie .
Plufieurs ont cru que cet Archevêque
eftoit frere d'Adon ,
Seigneur de Châtillon fur Mar58
MERCURE
ne , & par confequent que la
Maifon de celuy qui donne lieu
à cet article eft alliée à celle de
Châtillon fur Marne , qui eft
une des plus illuftres du Royaume.
L'Officier dont je parle a
donné en diverfes occafions
des marques de fa valeur. Il ſe
trouva à la Bataille de Luzzara ,
où il reçut des louanges du Roy
d'Eſpagne fur l'intrepidité qu'il
marqua dans cette glorieufe
Journée.
Le bien qu'on vous a dit
de la Harangue faite à Monfieur
le Maréchal de Villars par
GALANT $9
les Etats de Languedoc , avant
fon départ de cette Province ,
vous a obligé de m'en demander
une Copie . Je n'ay rien oublié
pour vous fatisfaire , cependant
on m'a affuré qu'il
manque quelque chofc à la
copie que je vous envoye ;
neanmoins cette harangue m'a
paru fi belle , quelque defectucufe
qu'elle foit , que j'ay crû
vous la devoir envoyer.
60 MERCURE
HARAN GUE
Faite à Monfieur le Maréchal
de Villars , aux Etats af
femblez à Montpellier
.
MONSEIGNEUR,
Nous venons mêler nôtre joye
à celle que vostre prefence inspire
à tous les Ordres de cette Ville.
C'est à l'Eglife principalement de
fe réjouir , à la vue de celuy que le
Ciel luy donne pour deffenfeur , &
qui comme un autre Macchabée ,
aprés avoir humilié les ennemis
a
GALANT 61
de la Patrie , vient de confacrerfes
mains triomphantes à reparer les
ruines du Sanctuaire.
Apeine eftes vous arrivé dans
cette Province , qu'on y voit tout
changer de face . Le doigt de Dieu
-paroift par tout ; on n'a pas beſoin
d'employer la valeur des Troupes
accoûtumées
à vaincre , la feule
·prefence de leur General envoyé
par le Dieu des Armées , fuffit
dans les lieux où il fe prefente
pour en chaffer l'efprit de revolte
defanatifme. Cet efprit furieux
,fourdjufqu'alors , débouche
peu à peu fes oreilles il fe laiffe
charmer à la voix du Sage en- a
62 MERCURE
chanteur ,fon venin fe diffipe , &
aprés avoir quitté le deffein de nuire
aux autres , il perd enfin le
courage de fe deffendre luy-même.
Nous nous bornons aujourd'hui ,
Monfeigneur , à ce grand événement
, parce qu'il eft le plus glorieux
de votre vie , & le plus
digne de nos louanges . Nous laiffons
à une autre éloquence à s'étendre
fur d'autres fujets. Pour
nous , nous nous arreftons à celuy
dont la memoire fe confervera
dans cette Province , autant que
la vraye Religion , & qu'il y aura
des Autels dreſſez à l'honneur
du Dieu vivant : nous auronsfoin
GALANT 63
de
tranfmettre à nos
Succeßeurs
precieux fouvenir de cette Hiftoire
memorable , nous leur apprendrons
en même temps , Monfeigneur
, les fentimens de la vive
& de la parfaite
reconnoiffance ,
dont nousfommes penetrez , auffi
bien que la profonde veneration
que nous conferverons
toûjours
pour voftre Perfonne .
Mr François Petit de
Ville-neuve , Confeiller honoraire
de la Cour des Aides , mourut
dans cette Ville le mois
paffe.Depuis qu'il s'eſtoit démis
de fa Charge , il ne paroiffoit
64 MERCURE
plus occupé que des pensées du
Ciel , & c'eft dans ces faintes
reflexions qu'il a terminé ſa
vie . La Maifon des Petit eft fort
étenduë & tres- confiderable
en cette Ville . Guillaume Petit
, Dominicain , & natif d'Evreux
, vivoit fur la fin du quinziéme
fiecle. Il fut Confeffeur
de Louis XI, & de François I.
Il fut enfuite Evêque de Senlis
& puis de Troyes en Champagne.
Jean Petit , celebre
Docteur de la Faculté de Theologie
de Paris , vivoit au commencement
du même fiecle .
Son attachement pour la MaiGALANT
65
fon de Bourgogne a fait tort
à fa reputation . Il fit l'Apologie
du meurtre commis en la
perfonne de Louis de France ,
Duc d'Orleans . On peut lire
là - deffus Juvenal des Urfins .
Pierre Petit Parifien , & Medecin
de la Faculté de Montpellier
, n'a pas moins fait d'honneur
à ce nom . Son Traité de
· la Sybille dont il eft parlé dans
un des trois premiers Effais de
Litterature , eft fort eftimé.
Meffire N ..... d'Albon ,
Chanoine de Saint Jean , &
Comte de Lyon , & Abbé de
Mozac en Auvergne , eft mort
Avril 1705. F
66 MERCURE
dans un âge tres - avancé Il y
a dans l'Eglife de Saint Jean de
Lyondes Comtes de trois branches
differentes de l'illuftre Maifon
d'Albon. Celle dont fort
le Comte qui vient de mourir
Celle d'Albon Saint
Forgeux , dont eft M' l'Archidiacre
de Saint Jean frere
de M' le Marquis d'Albon , qui
avoit époufé l'heritiere d'une .
branche de la Maifon de Crevant
, qui eftoit Dame d'Yvetot
; & celle dont eft M' le
Comte de S. Marcel d'Albon.
Cette Maiſon ſubſiſte en diverfes
branches. Jean d'Albon
GALANT 67
fieur de S. Forgeux & de Saint
André , laiffa de Guillemette de
Laire fon épouſe , deux fils
Guillaume d'Albon , fieur de
S. Forgeux , pere d'Antoine ,
d'où font venus les Marquis
de Saint Forgeux , & Gilles
fieur de Saint André , lequel
d'Anne de la Paliffe , cut Guichard
d'Albon fieur de S. An-
• dré. Celuy-cy épouſa Anne de
Semur , & après la mort de
cette Dame , il fe remaria avec
Catherine de Talaru . Du premier
mariage il cut Jean d'Albon
, Chevalier de l'Ordre &
Gouverneur du Lyonnois , le
Fij
68 MERCURE
quel de Charlotte de la Roche
eut le Maréchal de S. André.
Guillaume qui fit la branche
de S. Forgeux , fut pere d'Antoine
, Archevêque de Lyon.
Ce Prelat fut la terreur des Proteftans
. Dans le defir qu'il eut
d'abolir , s'il cuft pû , la doctrine
des Religionnaires , il fit une
exacte recherche de tous leurs
Livres , & les fit brûler publi- •
quement. L'Eglife de Lyon
outre ce Prelat , a eu dix-fept
Comtes de cette Maiſon , entre
lefquels il y a eu deux
Doyens , & fix Abbez de Savigny.
GALANT 69
Madame la Comteffe de
Lamberg , épouse de M' le
Comte de Lamberg , Ambaffadeur
de l'Empereur à Rome,
eft morte à Vienne de la petite
verole. Elle eftoit foeur de Madame
la Comteffe de Hoyos.
Cette Dame eftoit d'une tresgrande
Maiſon , &par fon mariage
avec M le Comte de
Lamberg , elle eſtoit entrée
dans une tres - grande , puifqu'on
croit M le Comte de
Lamberg forti de la même Maifon
dont eftoit Saint Lambert
Evêque de Tongres & de Maftricht.
C'eft une Famille du
70
MERCURE
7༠
Pays de Liege , & qui y a toûjours
tenu un rang tres - confidcrable.
Ce Saint Prelat dés
l'âge de vingt - un an fut élu
pour remplir le Siege Epifcopal
de Tongres , transfere alors
à Maſtricht. Childeric II . Roy
de France , informé du merite
de ce faint Homme , voulut
l'avoir auprés de luy pour fe
fervir de fes avis dans le gouvernement
de fon Etat ; mais
aprés la mort de ce Prince , il
fut chaffe de la Cour par les
feditieux , & privé même de
fon Evêché. Il fe retira alors
dans le Monaftere de Stavelo ,
GALANT 71
4
fur les limites de fon Dioceſe ,
où il demeura ſept années entieres.
Enfin Pepin de Heriſtel
Maire du Palais , le rétablit
dans fon Siege. On croit que
Lambert natif de Schawembourg
, Religieux de l'Ordre de
Saint Benoift, & qui vivoit dans
le onzième ficcle , eftoit de cette
même Maiſon . Il a compofé
une Hiftoire depuis la creation
du Monde jufqu'en 1077. ου
il vivoit.
Dame Marguerite Potier de
Novion , veuve de M Charles
Tubeuf , Maiftre des Requeſtes
, mourut le mois der72
MERCURE
し
nier ; elle étoit petite niece de
René & Auguftin Potier , frequi
ont efté l'un aprés
res
l'autre Evêques & Comtes de
Beauvais. René a efté un des
plus fçavans hommes de fon
temps. Il avoit une tres- belle
Bibliotheque , & il mourut en
1616. Auguftin fon frere, luy
fucceda & fut grand Aumônier
de la Reine Anne d'Autriche
, en la faveur de laquelle
il eut beaucoup da part. André
Potier leur frere , fit la
branche de Novion . Il fut
Confeiller & puis Preſident au
Parlement de Bretagne ; le
Prefident
GALANT
73
2
mort ,
Prefident de Blancmenil fon
pere , fe défit en ſa faveur
de la Charge de Preſident à
Mortier au Parlement de Paris ,
& il l'exerça jufqu'à ſa
arrivée en 1645. Il avoit épou
fé en premieres noces Anne
de Lauzon , fille de Michel , S
d'Aubervilliers , Confeiller au
Parlement ; & en fecondes, Catherine
Caveliert . Feu Monfieur
de Novion , Premier Prefident
au Parlement de Paris ,
étoit fon fils. M' Tubeuf étoit
fort eftimé dans le Confeil ,
fa famille eft fort ancienne, &
elle a donné divers Officiers
G Avril
1705.
74 MERCURE
aux Cours Souveraines de
cette Ville.
Dame Catherine de Saint
Aniant, épouse de Mr Arnoul
Jean - Baptiste Garnier , Chevalier
Seigneur Defalins, Clanleu
& autres lieux , mourut
dans le mois dernier . Cette
Dame étoit fortie d'une ancienne
famille qu'on croit avoir
pris fon nom d'une petite
Ville du Comté de Flandres .
à quatre lieues de Tournay ,
& qui eft fur la riviere de Scarpe
, & dont les François font
les maiftres depuis 1667. Le
Roy en fit couper la Foreſt
1.3
GALANT 75
-
Son
qui commençoit fur les Frontieres
de Flandres , & s'étendoit
dans le Hainaut jufqu'auprés
de Valenciennes
. La Dame qui
donne lieu à cet Article étoit
generalement cftimée .
époux eft forti d'une Maiſon
qui eft auffi tres ancienne.
Plufieurs perfonnes de fon
nom ont porté avec honneur
les armes pour le fervice de
l'Etat . Jerôme Garnier fetrouva
à la bataille de Fornoüe.
II y a une famille de ce même
nom dans le Parlement de
Dombes , dont M² l'Avocat
General de ce Parlement eft le
Gij .
76 MERCURE
Chef. Et tous ceux qui en font
fe font fait eftimer beaucoup
dans les fonctions de leurs emplois.
re
Dame Therefe de Jallet ,
veuve de Me Jean Claude de
Breffey , Comte de Welfrey ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & Gouverneur de
Bar-fur- Aube , mourut dans
le mois dernier. Je vous parlai
amplement de ce Seigneur
lorſqu'il mourut il y a environ
dix fept ou dix-huit mois. Il
fuffit de remarquer que fa Maifon
eft tres- confiderable dans
la Franche Comté, où elle atoûGALANT
77
jours tenu un rang tres- diftingué.
Son époufe qui fait le fujet
de cet Article ne luy a pas
furvêcu long-temps . C'étoit
une Dame d'un merite generalement
reconnu , & qui joignoit
à une folide picté des lumieres
fort étenduës . Sa Maifon
cft connue par de bons
endroits. Ceux de ce nom qui
ont porté les armes , ou qui ſe
font engagez dans l'état Ecclefiaftique
luy ont également
fait honneur. Il s'eft peu paffé
d'actions en France où l'on
n'ait vû des perfonnes de cette
famille fe diftinguer. Ceux qui
G
iij
78 MERCURE
en font encore aujourd'huy ,
continuent à faire éclater leur
zele pour le fervice du Roy
ou pour celuy de l'Eglife ;puifqu'il
y a en dans les troupes de
Sa Majefté & dans l'état Ecclefiaftique.
Je vous aurois fait part de
cette Lettre dés le mois paffé ,
fi elle ne m'euft point efté envoyée
trop tard.
Vous avez apris,Monfieur , la
mort d'un des plus grands Prélats
du Royaume , comme je le connoiffois
plus particulierement que
GALANT 79
perfonne par l'honneur quej'avois
de l'approcher plus fouvent , auffi
en ai-je efté penetré ,plus que je ne
fçaurois vous l'exprimer , c'eft
Monfieur l'Archevêque d'Auch ,
dont je vous parle. Il s'appeloit
Anne Triftan de la Baume de
Suze , &fa Maiſon eft une des
plus anciennes & des plus illuftres
du Royaume. Feu Monfieur
d'Auch s'eft avantageufement dif
tingué dans tous les Poftes quil a
remplis.Il s'aquit beaucoup de repu
tation à Rome étant Abbé de Suze,
ily accompagna Monfieur leDuc de
Chaulne , dans une defes Ambaffades.
Auffijoignoit- il à fa haute
Giiij
80 MERCURE
naiſſance une grandeur d'amefurprenante,
un profondfçavoir , une
penetration infinie , une éloquence
naturelle qui luy gagnoit tous les
coeurs , unefermetéinebranlable
dont il a donné des marques dans des
conjonctures tres delicates . A fon
retour de Rome , le Roy dont le
difcernement eftfi jufte , perfuadé
de tout le merite de Mr l'Abbé
de Suze , le nomma à l'Evêché
de Tarbe , & peu de temps aprés
à celuy de S. Omer. Ce Diocefe
eftoit tout nouvellement fous la
domination du Roy , Mr de Suze
fe fervit de tous fes talens pour
rendre les Peuples de fon Diocefe
GALANT 81
<
e
auffi bons François que ceux qui
•eftoient nés fujets de Sa Majesté.
Il y reuffit fi parfaitement qu'il
trouva les moyens de concilier
l'autorité les interefts du Roy
•avec ceux de ces peuples en s'acom
modant à leurs moeurs & à leurs
ufages. Ilprefidoit aux Etats d' Artois,
illefaifoit toujours à lafatisfa
ction de la Cour, & de ces peuples
nouvellement conquis. Ces devoirs
n'eftoient pas les feuls qu'il s'atta
choit à remplir , ceux de l'Epifcopat
ne luy estoient pas moins precieux
, & perfonne ne s'y appliquoit
mieux que luy ; ce fut par
cette raifon que le Roy le nomma
82 MERCURE
> à l'Archevêché d'Auch l'un
des plus grands & des plus confiderables
du Royaume. Les peuples
du Diocefe qu'il quittoit
furent inconfolables defa perte , r
ils ont toujours confervé une veneration
extraordinaire pour leur
ancien Paſteur. Ce grand Prelat
devenu Archevêque d'Auch s'appliqua
tres - attentivement à ramener
les nouveaux Convertis. Le
fuccez répondit à fes foins & l'on
en fut redevable à fon genie fuperieur
, à fa profonde capacité , à
fa tendreffe & àfa charité pour
Ses peuples & aux manieres
liantes & aifees , avec lesquelles
il fçavoit fi bien s'infinuer dans
GALANT 83.
& qui
leurs efprits & dans leurs coeurs .
Il acheva deperfectionerfon Seminaire
qui fert à toute la Province
Eclefiaftique d'Auch
peutpafferpour un des plus reglez
du Royaume par le bon ordre
qu'il y a mis ,& que les R. P.
Jefuites qui en ont l'adminiſtration,
obfervent avec la derniere exactitude.
Il établit le Concours dansfon
Diocefefuivant les regles du Čoncile
de Trente , afin que les Cures
n'en fuffent données qu'aux meil
leurs fujets & aux plus capables
de conduire les peuples à la perfection
Chrétienne. Il s'eft trouvé à
plufieurs Affemblées du Clergé&
84 MERCURE
toute la France à esté témoin de
la maniere vive & fermeavec
laquelle il y a foutenu les interefts
de la Religion & de l'Eglife,
dont il avoit l'honneur d'estre un
desprincipaux Chefs.
Fay encore à vous parler ,
Monfieur, de la mort du troifiéme
fils de Mr d'Efgrigny Intendant
des Armées du Roy en Italie. Il
a été tué au Siege de Verüe &
emporté d'un boulet de Canon
prefque fous les yeux
de Mr fon
Pere ; ily avoit prés de trois ans
qu'ilfervoit , & cependant il n'en
avoit que quinze , le Roy venoit
de le faire Capitaine dans le ReGALANT
85
giment de Bourgogne , avec une
diftinction tres glorieuse pour Mr
fon Pere , auffiny a-t-il jamais eu
d'Intendant plus devoué aux interefts
de fa Majefté , ny qui fe.
foit trouvé dans une conjoncture
plus propre à le marquer , puifque
avant la mort de ce jeune
Capitaine , il avoit avec luy au
fiege de Verüe les troisfeuls garçons
qu'il ait , l'aîné à vingt un
Colonel , qui a esté bleſſe
trois fois au même fiege , & qui
fert avecbeaucoup d'honneurdepuis
le Siege de Barcelone , le fecond
Capitaine de chevaux à dix huit
ans qui n'a pas moins d'applicaan
,
86 MERCURE
tionpour le fervice , & ce dernier
qui vient d'estre tué & qui promettoit
infiniment. Mrd'Efgrigny
4foutenu cette perte avec beaucoup
de fermeté. Vous fçavez qu'il
afervi luy même & qu'il en porte
de glorieufes marques ; mais pour
cela la nature ne perd point fes
droits , la douleur qu'il a re
fentie , a beaucoup moderé lajoye
qu'il avoit du mariage qui vient
de fe faire de Mlle fa Fille ,
jeune perfonne tres-aimable , tresfage
, & qui aparfaitement bien
répondu à l'éducation
donnée Madame d'Efgrigny
fa
mere ; elle vient d'epoufer Mr de
que
luy
refa
GALANT 87
Giffart d'Anvecourt d'une des
meilleures des plus anciennes
maifons de France.
Les deux Sonnets qui fuivent
tiendront bien leur place aprés
tant de fi triftes articles.
BOUTS - RIMEZ
Donnez par M le Lieutenant
de l'Amirauté , pour eſtre
remplis à la louange de
Monfieur le Comte de
Toulouſe.
Que
SONNE T.
Ve vois-je ! & quel Heros reprefente
ce Bufte :
88 MERCURE
Un Prince , qui de l'Inde au climat
des
glaçons
De lauriers immortels fera plus de
moiffons ,
Que celuy que la Fable a dépeintfi
robufte .
Iffu d'un Roy plus grand qu'Alexandre
& qu'
De ce fameux Vainqueur il fuivra
les
Augufte ;
leçons ,
Tandis que les neuf Soeurs diront
dans leurs chanfons :
Son coeur eft auſſi grand quefon efprit
eft
S
juſte,
Il répand fes bien-faits fans bruit
&fans orguëil ,
accueil ,
Il adoucit les maux par un charmant
GALANT 89
Et leur fçait oppofer une puiffante
2 .
digue .
Grand Dieu ! qui de fon coeur fais
mouvoir les
refforts ,
Et qui de tes faveurs luy fut toùjours
prodigue
De fa jeune valeur modere les
tranfports.
DEVIS E.
Un Soleil avec une Lune audeffus
d'une Mer, avec ces mots :
Mutuatofub luminefplendet.
Avril
1705.
H
90 MERCURE
SONNET
EN BOUTS - RIMEZ ,
Donnez par Mademoiſelle de
Bourbon , & remplis fur le
defir qu'elle a de prendre
l'Habit de Religieuſe , à
Fontevrault,
SONNET.
Muſe
! de
d'une
mon cerveau comme cerve
Eſcarcelle ,
De tirer quelques Vers on m'impofe
la
loy ;
foy
Mais je crains ce qu'ont dit des gens
de bonne
GALANT 91
Dufort du Papillon qui brûle à la
2
chandelle .
Il s'agit de louer ce feu dont étincelle
,
La Princeffe qui fort du Sang de
noftre
On luy voit fuir le vice avec plus
Roy.
effroy
Qu'un Amant quifurprisfe cache à
Ruelle.
Pleine de cet efprit du Pontife Sadoc
,
Son coeurpour fon Dieu feul eft plus
ferme qu'un
Le Monde vainement lay fait la
2
Roc.
caraçolle ,
Toujours victorieufe elle fort du
combat
Hij
92 MERCURE
Et renonce à l'Hymen pour l'heureux
Celibat
Aimant plus Fontevrault qu'un
Benveurfa gondole.
Madame la Princeffe Comitini
, fille tinique , & la plus
riche heritiere du Royaume de
Naples , a pris le Voile. Cette
jeune Princeffe eftoit remplie
d'agrémens , & plufieurs Ñapolitains
avoient fait leurs ef
forts pour la faire declarer en
faveur de chacun d'eux ; mais
elle les a tous mis d'accord en
prenant le parti qu'elle a pris.
Les efforts de toutes les Puiffan
ces Eccleſiaſtiques & Seculieres
GALANT
93
de la Ville de Naples n'ont pû
prévaloir dans cette occafion
contre la force de la Grace. La
Maifon de Comitini eft des plus
anciennes du Royaume de Naples
, & alliée aux Cantelmi , aux
Spinola , aux deux de Cefi , aux
Doria , & à plufieurs autres illuftres
Maifons d'Italie . C'eft
à un Seigneur de cette Maifon
que nous avons la principale
obligation de l'édition de la
Bible en fix volumes , qu'on
nomme Biblia Complutentia. Il
fe joignit au Cardinal Ximenes
qui fit la dépenſe de ce bel
ouvrage , & il voulut bien tra94
MERCURE
vailler fous les ordres de ce
premier Miniftre d'Efpagne.
L'amour qu'il avoit pour les
Sciences luy fit entreprendre
pour cela le voyage d'Espagne.
Il demeura pour ce fujet plufieurs
années à Complute , vulgairement
appellée Alcala de
Henares, Ville de la Caftille ,
celebre par fon Univerfité .
i
L'efprit , la penetration , la
fageffe & la conduite de M
Amelot de Gournay dans les
Ambaffades de Suiffe , de Venife
, & de Portugal , l'ont fait
nommer Ambaſſadeur en Ef
GALANT 95
pagne , à la place de Monfieur
le Duc de Grammont
, qui doit
revenir dans peu de cette gran-
Ambaffade
. Vous fcavez que
M' Amelot
de Gournay eft
Confeiller
d'Etat , & que tous
ceux de fon nom ont toû
jours brillé par leur efprit.
Le Pere de la Ruë , Jefuite ,
a efté nommé Confeffeur de
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, à la place du Pere
Gravé , a qui fes indifpofitions
ne permettent
plus de remplir
les fonctions de cet emploi.
Ce choix a cfté generalement
96 MERCURE
aplaudi tant par ceux qui connoiffent
particulierement le P.
de la Rue , que par ceux à qui
il n'eft connu que par ſa réputation
. Jamais Predicateur
n'a preſché avec plus d'onction
& n'a paru plus penetré des
veritez qu'il annonce . Son éloquence
eft grande & vive
cependant jamais Prédicateur
n'a moins cherché à la faire
paroiftre ce qui fe connoiſt
par- la maniere aiféc dont il
preſche , aimant mieux que
les veritez qu'il dit perfuadent
fes Auditeurs que fon éloquence.
Vous avez déja fçû
que
GALANT
97
que le Pere Bourdaloüe a dit
plufieurs fois avant fa mort
qu'il prefchoit mieux que luy ;
Je veux croire que fa modeftie
le faifoit parler ainfi , & qu'il
vouloit dire qu'il prefchoit
auffi - bien que luy. En effet le
Pere de la Rue a prefque toû
jours efté auffi fuivi que le Pere
Bourdaloüe , & aprés la mort
de ce dernier , la plupart de
fes Penitens , ainfi que je vous
l'ay déja dit , ont demandé que
leurs confciences fuffent dirigées
par le P. dela Rue . De tous
ceux qui font profeffion d'une
vie retirée , on n'en a guere
Avril 1705
.
guere
98 MERCURE
vû d'auffi peu répandus dans
le monde , quoiqu'il y ſoit
beaucoup fouhaitté >
parce
qu'il a beaucoup
d'efprit , &
qu'il avoit une connoiffance
parfaite des belles Lettres avant
qu'il embraffaft
le parti qu'il a
choifi. On en a vû des
preuves
par de beaux
ouvrages
faits
dans fa jeuneffe
, & dont de
moins
beaux
peut- eftre ont
immortalifé
le nom de quelques
uns de nos plus fameux
Auteurs
; & quoy que ces ouvrages
ne puffent
faire de honte
ny a fon efprit, ny à fa gloire,
à fa vertu ; il eft de notony
GALANT
99
rieté publique qu'il s'eft employé
avec chaleur & qu'il a
follicité des Puiffances pour
empeſcher que ces ouvrages
ne paruffent.
Le Roy d'Efpagne a donné
le Regiment du Colonel Don
Thomas de Buftamente qui a
efté tué devant Gibraltar , à
Don Vincente Raxa qui en
étoit Lieutenant Colonel. Il y
a en Eſpagne des hommes
nommez Zaburis , qui ont la
veuë fTubtile , à ce qu'onprétend,
qu'ils voyent fous la terre
les veines d'eau , les métaux.
-3
I ij
100 MERCURE
les trefors & les cadavres . C'eft :
avec le fecours d'un de ces
hommes que le Trifayeul
de
rou ,
Don Vincente Raxa trouva
une mine confiderable d'or en
Eſpagne , avec laquelle il fut en
état d'équipper une puiffante
flotte pour paffer dans le Penouvellement
découvert .
Ce Zaburis luy fut auſſi bien
utile dans ce Pays , & il fut récompenſé
du Roid'Eſpagne auquel
il procuroit tous les jours
de nouveaux trefors , avec une
magnificence Royale, Martin
Del- Rio nous apprend que lors
qu'il étoit à Madrid en 1575.
GALANT ΙΟΙ
on y voyoit un petit garçon
de cette efpece de gens . Et cet
Auteur fi difpofé à attribuer à
l'Art magique tous les effets
extraordinaires , met pourtant
ceux de Zaburis dans l'ordre
ordinaire des chofes. Il croit
que les vapeurs leur font connoître
l'eau & les metaux qui
font fous la terre . C'eft auffi
le fentiment de Raxa qui mena
un homme de cette efpeceau-
Perou , & c'eſt ainfi qu'il s'en
explique dans une de fes Lettres
. On croit que les Zaburis
n'ont cette puiffance que les
Mardis & les Vendredis ; mais
I iij
102 MERCURE
Gutierrius , Medecin Eſpagnol
fe moque de cette circonftance
& de tout ce qu'on
conte des Zaburis .
LETTRE
De M' Dumanoir , de Caën ,
Maistre és Arts , & Profeſ
feur de la Langue Latine
dans la Ville d'Aiguillon ,
écrite à un de fes Amis à
Touloufe , au fujet du Service
folemnel , & de l'Oraifon
funebre de feuë Madame
la Ducheffe d'Aiguillon .
Mrs les Maire & Confuls
GALANT 103
de la Ville d'Aiguillon n'eurent
pasplutoft appris la trifte nouvelle
de la mort de Madame la Ducheffe
d'Aiguillon , que penetrez d'une
vive douleur, à la vue de lag
perte qu'ils venoient defaire ,
animez d'un veritable zele de
grandonner
des marques éclatantes du
profond respect qu'ils ont toujours
confervé pour le grand merite , les
infignes vertus , & pour la haute
naiffance de Madame la Ducheſſe ;
& de leur parfaite reconnoiſſance
pour toutes les bontez qu'elle a eu
pour eux , & pour la protection
dont elle les a toujours honorez
pendant tout le temps qu'ils ont eu
I iiij
104 MERCURE
*
l'avantage d'eftrefes Vaffaux , ils
refolurent de faire celebrer un Scrvice
folemnel avec toute la pompe
& la magnificence poſſible”, tant
·pour honorer la memoire de cette
illuftre deffunte , que pour luy rendre
leurs derniers devoirs . Tout
eftant difpofé pour cette lugubre
ceremonie , ils defignérent le 27.
de Janvierpour la folemnité. Mr
de Gilbert Curé de la Ville , voulant
de fon cofté fignaler fon zele
pour feue Madame d'Aiguillon ,
feconder en tout le louable deffein
du Corps de Ville , fit le Dimanche
25.
de Fanvier aprés le
Prône, & la Priere ordinaire de
GALANT 105
l'Eglife pour les morts , annoncer
a tous fes Paroiffiens de fe rendre
le Mardyfuivant avec beaucoup
de pieté & de devotion dans Saint
Felix , pour affifter au Service folemnel
qui s'y feroit pour feuë
Madame la Ducheffe , & de prier
·Dieu avec ferveur pour le repos
defon ame. A l'iffuë de la Meffe
de Paroiffe , on fit avertir à fon de
Trompe dans tous les endroits accoûtumez
de la Ville , tous les
Habitans Tenanciers de la Fu
rifdiction qu'ils euffent ày affifter
avec décence modeftie , & de &
fermer toutes les Boutiques , comme
dans un jour de Fefte. Le Di106
MERCURE
1
manche aprés Vefpres , les Cloches
commencerent à fanner juſqu'au
Mardy au foir que la Ceremonie
fut achevée.
Le Lundy 26. de Janvier
veille de la folemnité , on chanta
l'Office des morts . Tous les Eccle-
•fiaftiques de la Ville , & un tresgrand
nombre de Curez du voifinage
qui compofoient un nombreux
Clergé , & qu'on avoit invitez
à cette ceremonie , fe rendirent
dans Saint Felix , le lendemain
de grand matin , pour y offrir
fucceffivement les uns aprés
les autres le tres-faint Sacrifice de
la Meffe , pour le Salut de l'Ame
GALANT 107
de Madame d'Aiguillon.
Sur les dix heures Mrs les
Maire & Confuls accompagnez
de tout le Corps de Ville , & d'une
infinité de peuple , tant de la Ville
&Furifdiction , que des autres
Villes lieux circonvoisins , fe
rendirent au Chasteau , d'où ils
fortirent enfuite pour aller Proceffionnellement
à S. Felix. La marchefe
fit fans aucune confufion ,&
Le filence qui s'y garda , &la modeftie
la pieté qu'ony remarqua
firent bien voir que l'air trifte &
lugubre quiparoiffoit empreintfur
le vifage de tous les affiftans , ne
venoit que de l'extrême douleur
108 MERCURE
dont leurs coeurs eftoient vivement
penetrez.
On arriva à la Paroiffe qui
eftoit toute tendue de drap noir , &
ornée d'écuffons aux Armes de l'illuftre
famille de Wignerod , originaire
d' Angleterre,écartclées de celles
de la tres- ancienne & tres- illu
ftre Maifon du Pleffis-Richelieu.
Toute la décoration funebre eftoit
tres-belle tres- bien entendue.
La Reprefentation , avec la
Couronne Ducale couverte d'un
grand crefpe noir , eftoit fur une
eftrade au milieu du Choeur de
l'Eglife. Ily avoitautour un tresgrand
nombre de cierges de cire
GALANY 109
blanche chargez d'écuffons. On
voyoit regner au deffus de ce fu-·
perbe Maufalée , une magnifique
Chapelle ardente toute parfemée
de larmes , chargée d'une infinité
de cierges , dont la fymmetrie
& l'ordonnance faifoient un tresbel
effet. Le grand Autel eftoit paré
de tres-beaux Ornemens , & éclai
ré d'un grand nombre de lumieres.
Tout le monde eftant placé
Reverends Peres Carmes , qui
avoient eſté invitez à la Ceremonie,
eflant arrivez , Mr le Curé
de S. Felix celebra la Meffe quifut
chantée par les Ecclefiaftiques , qui
y affifterent tous en Corps . Aprés
les
110 MERCURE
l'Evangile , l'Oraifon funebre fut
prononcée avec beaucoup de grace
d'éloquence , par le R. P. Raimon
de la Communauté des grands
Carmes de la Ville d'Aiguillon . Il
pritpour Texte ces paroles rapportées
dans le fecond Chapitre du
Prophete Malachie, In pace &
æquitate ambulavit & multos
avertit ab iniquitate :
mença à peuprés en ces termes :
N'attendez pas , Chreftiens ,
que dans la trifte & lugubre
Ceremonie qui vous aſſemble
aujourd huy , je vienne en prefence
du Dieu vivant , & à la
face des faints Autels , interil
comGALANT
III
rompre un augufte & redoutable
Sacrifice
, pour mêler mes
foupirs avec les vôtres , & réveiller
par de triftes accens ou
par des plaintes entre-coupées,
les premiers tranfports d'une
vive douleur qu'excite dans le
fond de vos coeurs la perte
que vous venez de faire , de
Tres - Haute & Très - Puiſſante
Dame , Madame Marie Ma
deleine - Therefe de Wignerod
• Ducheffe d'Aiguillon , Pair de
France , Comteffe d'Agenois &
de Condomois qui vient de
paffer par une mort heroïque
à une glorieufe Immortalité ;
"
112 MERCURE
qui de ce lieu d'exil & de miferes
, de cette vallée de larmes
& de cette malheureuſe Babilone
, eft paffée dans la fainte
Cité de Sion , dans la Jerufalem
celefte , & qui reçoit dans
les Tabernacles éternels le prix
de fa fidelité & le fruit de tous .
fes travaux. A Dieu ne plaiſe
qu'à la vuë d'un paſſage fi gloricux
& d'une mort fi avantageufe
pour elle , je vienne icy
renouveller
la douleur que
vous en avez reffentic , rouvrir
une playe qui faigne encore ,
n'y employer de vaines ou de
flateuſes expreffions d'une éloGALANT
113
quence mondaine , pour vous
porter derechef à une compaffion
languiffante & effeminée ,
qui n'aboutiroit tout au plus
qu'à vous faire répandre quelques
larmes : Funcfte hommage
qui accompagne prefquc
tous les mortels dans leur tombeau
; Injuſte tribut , que l'on
rend à leur memoiré : fi non criminel
, du moins inutile & impuiffant
, mais toûjours le trifte
effet de la mifere & de la foibleffe
humaine. Je ne veux
donc , Chreftiens auditeurs ,
rien vous dire dans tout ce
difcours qui foit capable de
Avril 1705 . K
114 MERCURE
vous affliger ny de porter le
trouble & l'agitation dans vos
efprits & dans vos coeurs ; rien
au contraire qui ne puiffe tout
à la fois vous édifier , vous
inftruire , & vous confoler de
vôtre perte. Je viens ranimer
vôtre zele & vôtre ferveur en
vous propofant à imiter une infinité
de vertus heroïques &
éclatantes que cette illuſtre
morte a pratiquées pendant fa
vie je viens vous apprendre
par le genereux mépris qu'elle
a fait de toutes les pompes , de
toutes les grandeurs & de toutes
le vanitez du fiecle , celuy
GALANT 115
que vous devez concevoir.tous
les jours pour les richeſſes &
pour tous les faux plaifirs ; je
viens enfin réveiller vôtre foy
& vôtre eſperance par cette
douce confolation
& par cette
heureufe affurance qu'elle vous
laiffe de la felicité & de fon
bonheur , fondé fur la mifericorde
infinie de nôtre Dieu ,
& fur le grand nombre de bonnes
oeuvres & d'actions vertueufes
qu'elle a fait paroiftte
avec tant d'edification aux yeux
de tout le monde.
Pour réuffir avec plus de fuccés
dans un fi vafte deffein , il cos-
Kij
116 MERCURE
fidera cette grande Ducheffe dans
deux états differens qui avoient
partagé tout le cours de fa vie ,
dans le monde & dans la folitude.
d'une maniere fine
Et il
prouva
delicate
que
dans
l'une
&
dans
l'autre
de ces
états
elle
avoit
toûjours
eſté
animée
de l'efprit
de fon
Dieu
, &
verifié
les
glorieufes
pa
roles
qu'il
avoit
choifies
pour
fujet
defon
éloge
. In pace
& æquitate
ambulavit
& multos
avertit
ab
iniquitate
.
le
Il s'étendit fur le premier Point
d'une maniere dont tous fes Auditeurs
furent charmez , & voicy.
dit cet habile Orateur en
се que
lefiniſſant.
· GALANT 117
Faut -il donc s'étonner , fi
cette grande ame fe poffeda
toûjours au milieu de l'embarras
& du tumulte du monde ,
elle qui en eftoit fi parfaitement
détachée par un fentiment interieur
, & qui eftoit toûjours
infeparablement unie à Dieu
dans le commerce que la necef
fité de fa condition l'obligeoit
d'avoir avec les hommes ? Fautil
s'étonner fi elle jouiffoit pendant
toute fa vie d'une profonde
paix & d'une tranquillité à
l'épreuve des troubles , des inquietudes
& des agitations
qui accompagnent toûjours la
118 MERCURE
joüiffance & la poffeffion des richeffes
, elle qui en avoit déja
conçu tant d'averfion dans le
fond de fon coeur , & qui en
faifoit tous les jours de nouveaux
facrifices le
, par genereux
mépris qu'elle en concevoit
encore à tous momens ?
Et n'est - ce pas , continua-t- il ,
avec beaucoup de raifon que
cette incomparable Ducheffe
avoit toûjours marché dans
des voyes de paix , de juſtice ,
d'équité , & de droiture. Inpace
& æquitate ambulavit. Puifque
rien ne fuft jamais capable de
la troubler ny de la furprenGALANT
119
dre , qu'elle ne fentit prefque
aucune revolte dans fes paffions
, aucune rebellion dans
fes fens ; que les uns & les autres
obéiffoient à fon efprit
& que fon efprit obéiffoit à
Dieu , & n'agiffoit dans toutes
fes actions que pour l'honneur
& l'intereft de fagloire. Ilpaffa
enfuite à fon fecond Point , dont
tout l'Auditoire ne fut pas moins
charmé que du premier. Voicy
de quelle maniere ilfinit :
Il est temps de vous faire
voir le terme & la fin où tant
de vertus conduifoient
infenfiblement
cette fainte ame , & le
120 MERCURE
bonheur qu'elles luy prepa
roient dans le ciel. C'eſt icy ,
·Meffieurs , ajoûta t-il , où je ne
doute point que vos coeurs ne
s'attendriffent
& ne fe laiffent
aller aux mouvemens
d'une
"douleur
que
le recit de tant
de belles actions n'avoit fait
que fufpendre pendant quelquelques
momens . Ce profond
filence , cette grande attention
dont vous m'honorez en font
des preuves convaincantes , &
cette trifteffe que je vois peinte
fur vos viſages avec de nouvelles
couleurs , me perfuade
affez le trouble & l'agitation
qui
GALANT
121
qui fe paffe dans vos ames.
Vous ne fçauricz rappeller dans
voftre efprit ny dans votre
memoire le fouvenir de ce qu'a
efté cette grande Ducheſſe ,
fans vous abandonner au chagrin
dans cette triſte reflexion
qu'elle n'eft plus ; qu'une mort
impitoyable accoûtumée à tout
vaincre , l'a enlevée du milieu
des vivans , & a caché toute fa
gloire fous les tenebres & fous
les obfcuritez du Tombeau.
Cependant , Chrêtiens , je viens
icy pour effuyer vos larmes , ou
plutoft pour vous dire de ne
pleurer que fur vous-mêmes ,
Avril 1705
. L
122 MERCURE
& de ne pas pleurer fur elle ,
de ne pas regretter ſa deſtinée ,
mais feulement de vous plaindre
du malheur & du danger
de la voltre : En un mot , pour
vous exhorter à imiter fes vertus
, & à fi bien regler voftre
vie fur la fienne que vous puiffiez
participer
au bonheur , au
repos , & à la douceur de fa
mort. Helas , Meffieurs , s'écriatil
, qui pourroit vous exprimer
la profonde paix , la tranquillité
parfaite , & l'humble
confiance
avec laquelle elle attendit
cette mort , dont le fimple
fouvenir a de coûtume d'éGALANT
123
pouvanter
tout le monde &
dont la feule penſée répand
tant d'amertume
fur tous les
plaifirs. Combien de fois dans
les tranfports de fa foy & de
fon zele , s'eft - elle écriée avec
he Prophete , Revertere anima
mea in requiem tuam. O mon
amre fors avec confiance de
mon corps , pour aller jouir
dans do ciel de la récompenfe
qui t'y eft preparée ! Combien
de fois dans les faintes impatiences
que le dégoût du monde
& Vefperance d'une éternité
bienheureufe
avoient fait naî
tre dans fon ame , s'eft elle
Lij
124 MERCURE
adreffée au Pere des mifericordes
pour luy demander avec
l'Apôtre , qu'il la délivraft de
ce corps de mort de cet obſtacle
importun qui arreftoit à tous
momens fon efprit & fon coeur
au milieu des mouvemens de
fon amour & de fa charité :
combien de fois dans la violence
& dans la rigueur d'une
longue maladie , qui la conduifoit
infenfiblement au tombeau
par des douleurs vives &
piquantes , a-t-elle levé les yeux
& pouffé des foupirs vers le
ciel pour prier le Pere celefte
non pas de l'en délivrer , mais
GALANT 125
feulement de luy donner la
force & le courage de les fupporter
pour l'amour de luy.
Entendit-on jamais fortir de fa
bouche la moindre plainte ny
le moindre murmure ? Luy viton
jamais former aucun voeu
pour obtenir fa gucrifon ? Auffi
intrepide , & auffi courageufe
à l'heure de la mort qu'elle l'avoit
efté pendant fa vie , n'attendit-
elle pas toûjours dans le
came & le filence l'accompli ffement
des volontez de fon
Dieu & l'heureux moment qui
devoit finir fes peines & commencer
fon bonheur ? Auffi
Lij
126 MERCURE
humble & auffi foûmife dans
la tempefte qu'elle l'avoit efté
dans la bonace , ne fupportat
-elle pas toûjours avec une refignation
au - deffus de la foibleffe
humaine , la violence &
la durée de fes maux ; Alotante
toûjours entre la vie & la mort ,
entre la fanté & la maladie
également fatisfaite ou de fouf
frir pour Jefus - Chrift , ou de
mourir pour luy témoigner fon
amour , infiniment plus heureufe
que ces ames fenfuelles
& terreftres qui aiment mieux
les douceurs de Dieu , que le
Dieu des douceurs , & qui à la
GALANT 127
premiere
occafion qu'il leur
prefente de fouffrir , fe laiffent
aller au chagrin & au murmure,
le loüant & le beniffant quand
il les flate , murinurant
quand
il les exerce : victimes toûjours
prêtes à courir à l'Autel quand
il n'eſt couvert que de fleurs
mais toûjours prêtes à fuïr
quand le feu commence
à
fe faire fentir. Nôtre genefeufe
Deffunte fut toûjours
dans un aveugle & parfaite
foûmiffion
aux ordres de la
Providence
& pour fá maladie
& pour fa guerifon , foûpirant
à la verité aprés la conĽ
iiij
128 MERCURE
fommation de fon facrifice ;
mais cependant toûjours difpofée
à le retarder fi la divine Sageffe
le jugeoit à propos , regardant
les douleurs qu'elle
fouffroit comme des effets de
la bonté d'un Dieu mifericordieux
& charitable , qui éprouvoit
fa fidelité , & qui vouloit
bien que l'oblation volontaire
qu'elle luy faifoit d'une vie languiffante
qui luy échapoit à
tous momens , luy fervift pour
l'entiere expiation de fes fautes .
C'eft , Meffieurs , continua- t- il ,
avec ces genereux ſentimens &
ces faintes
difpofitions qu'elle
GALANT 129
s'eft endormie dans le doux
baifer du Seigneur , & qu'elle
a rendu fon ame à fon Createur
, comblée de bonnes oeuvres
, de merites & de vertus.
C'eft auffi ce qui vous doit tout
faire efperer pour fon falut &
qui nous donne lieu de croire ,
fans vouloir trop penetrer les
jugemens de Dieu , mais uniquement
fondez fur fon infinie
mifericorde qu'il la requë
dans les Tabernacles éternels ,
pour y jouir du bonheur de ces
ames innocentes qui fuivent
l'Agneau par tout où il va ,
qui regneront avec luy penva
, &
130 MERCURE
dant tous les fiecles .
Faffe le Ciel que l'image
d'une mort fi fainte , fi douce
& fi tranquille imprime dans
vos efprits & dans vos coeurs
de veritables & de finceres deſirs
d'y participer. Faſſe le ciel !
que pour attirer les mifericordes
de Dieu dans les derniers
momens , vous vous attachiez
uniquement à la pratique de la
vertu pendant toute voſtre vie,
que vous rompiez le commerce
criminel que vous avez avec le
monde , que vous foûmettiez
vos paffions à la grace ; en un
mot que vous vous détachiez
GALANT 131
entierement des creatures pour
vous unir au Createur , afin
qu'aprés avoir travaillé fur la
terre à vous fantifier Vous
puiffiez un jour mourir de la
mort des Juftes , pour vivre à
jamais de la vie des Bienheureux
dans le Ciel.
Ce Difcours fut trouvé d'un'
fi bon goût , les penfées en parurent
fi belles , les expreffions fi
nobles les termes fi purs & fi
biens choifis , & enfin l'élocution
fi énergique & fi éloquente , qu'il
merita l'applaudiffement & l'admiration
de toutes les perfonnes
132 MERCURE
ع و ب
de diftinction des bons Connoiffeurs
qui fe trouverent dans .
cet Auditoire. Je puis vous dire
à la gloire du R. P. Raimond ,
qu'il a veritablement herité de
toutes les vertus , de l'éloquence ,
de tous les grands talens de
feu Mr Chaufe , Sr de la Terrierre
, fon illuftrepere ; l'un des
plus éloquens & des plusfçavans
Avocats du Parlement de Paris ,
dont la réunion à l'Eglife Romaine
fera dans tous les fiecles
en benediction chez tous les bons
Catholiques, le nom connu
·refpectable dans toute la France
par les beaux ouvrages qu'il a
ن م
GALANT
133
donnez au Public, &fur toutpar
le dernier intitulé , Le Réuni de
bonne foy à l'Eglife Catholique
, qui peut paffer pour un
Chef -d'oeuvre en fon genre.
Aprés l'Oraifon funebre, Mrs
les Maire & Confuls allerent à
l'Offrande. On continua enfuite
la Meffe. Aprés qu'elle fût achevée
tout le Clergé alla à la
Repréſentation
chanter le Libera,
& faire les encenfemens. Tous
ces honneurs funèbres étant finis
, l'Affemblée qui étoit des .
plus nombreuſes , fe retira tresfatisfaite
d'une Ceremonie auffi
augufte , marchant dans le
134 MERCURE
نم
mefme ordre & la mesme modeftie
qu'auparavant , fe rendit
au Chasteau . Cette Pompe funebre
commença
à dix heures , &
nefinit qu'à une heure aprés midy.
On peut dire à la louange de tout
le Corps de Ville d'Aiguillon en
general , & de Mrs les Maire
Confuls en particulier , que
tous ont eu une attention toute
extraordinaire , afin de ne laiffer
rien échaper à l'ardeur de leur
zele pour rendre ces honneurs funebres
majestueux
les plus beaux qu'on ait jarespectables,
mais vûs dans cette Ville. Tout
s'eft donc executé par leurs foins,
GALANT 135
leurs ordres , & ç'a efté en
·fuivant leur exemple , & en
marchantfur leurs traces que tout
le monde depuis le plus grandjuf
qu'au plus petit , cherchant avec
empreſſement à remplir fes devoirs
, & à fatisfaire à fes obligations
a contribué de fon coſté
à rendre cette Ceremonie la plus
auguste qui fûtjamais en ce lieu.
Les RR. PP. Carmes animéz
d'une veritablepieté & d'un zele
ardent de procurer le falut de
Madame d'Aiguillon , non contens
d'avoir affifté à toute la Ceremonie
de S. Felix , d'avoir fait
des prieres & ditpluſieurs Meffes
136 MERCURE
}
au
baffes pour Elle , firent en leur
Convent un Service folemnel.
Les Soeurs de la Croix en firent
uffi faire un en leur Eglife &
établirent
des Prieres publiques
particulieres dans leur Communauté
pour
le même fujet ,
tant pour honorer cette Illuſtre
Défunte qui les a toûjours favorifées
de fa protection , de fon
amitié & de fon eftime , que
pour faire éclater par un efprit de
reconnoiffance
le profond respect
& leparfait attachement qu'elles
ont toûjours confervé pour l'illuftre
Maifon de Wignerod , à qui
elles font redevables de leur étaGALANT
137
bliffement de leur fondation ,
en la perfonne de feue Madame
Marie de Wignerod , Ducheffe
d'Aiguillon Tante de cette Illuftre
Défunte.
Outresque tous les Ecclefiaftiques
du Duché d'Aiguillon ont
offert chacun en fon Eglife le redoutable
Sacrifice du Corps & du
Sang de Fefus- Chrift pour le re
pos de l'ame de cette illuftre Morte,
beaucoup de particuliers ont auffi
fait dire des Meffes baffes , &
ont offert des voeux & des
prieres à Dieu pour elle . Fay
de mon cofté établi dans ma
Claffe pendant trois mois des
Avril 1705
. M
138 MERCURE
prieres publiques foir & matin ,
pour le falut de l'ame de cette in.
comparable Ducheffe , à la fin def
quelles je ferai dire une Meſſe
où affifteront tous mes Ecoliers.
Fay crû devoir à cette vertuense
Dame cette marque de mon zele
& de mon tres-profond respect,.
fur tout ayant eu l'avantage
d'exercerpendant fon vivant la
Regence d'Aiguillon , l'espace de
feize anseils
M Thureo , ancien Pricur
d'Homblieres , de l'Ordre de
Saint Benoïft , à achevé de faire
graver la grande Carte genea
GALANT 139
logique des Rois d'Espagne
qu'il eut l'honneur de prefenter
manufcrite au Roy l'année
derniere. Elle comprend tous
les Rois d'Efpagne depuis l'origine
de cetteMonarchie jufqu'à
prefent , ainfi que des Rois de
Sicile , de Naples & de Majorque
& les autres Princes Cadets
de la Maifon d'Eſpagne , même
les derniers Empereurs &
Archiducs d'Auftriche , fortis
de Jeanne d'Eſpagne mere des
Empereurs Charlequint & Ferdinand
I. On y voit auffi tous
les anciens Comtes de Caftille ,
ceux d'Aragon , ceux de Bar-
Mij
140 MERCURE
celone , de Cerdagne , de Beſalu
& d'Urgel , & generalement
toutes les Maifons Souveraines
d'Eſpagne qui font entrées
dans les trois grandes Maifons
Royales de Navarre , de Caftille
& d'Aragon par divers mariages
, & qui compoſent aujourd'huy
cette puiffante Monarchie
le tout enrichi de
Blafons & difpofé dans le même
ordre , la même grandeur
& la même ſymmetrie que la
Carte genealogique des Rois
de France , que M' Thuret fit
graver en 1669. Cette Carte
d'Efpagne eft tres-belle & tres-
:
GALANT 141
curicufe , & on peut dire que
l'Auteur eft le
premier qui a
trouvé le moyen d'affembler
tant de Maifons differentes
dans une feule Carte , & de
faire voir fans aucun embarras
l'origine , la fuite & la liaifon
qu'elles ont les unes avec les
autres. Elle fe debite à Paris
chez l'Auteur , dans la Cour du
Palais , proche la Fontaine , chez
M' l'Abbé Bafir Docteur de
Sorbonne & Chanoine de la
Sainte Chapelle .
Le P. de la Porte , Religieux
Benedictin , & Procureur du
Monaftere des Blancs - man142
MERCURE
teaux , debite auffi cette Carte
aux Blancs - manteaux , ruë de
Paradis , proche l'Hoſtel de
Guife. Le prix eft de fix livres
en feuilles.
M'Thuret fait prefentement
regraver par ordre du Roy fon
ancienne Carte genealogique
des Rois de France , à laquelle il
a ajouté les Princes nez jufqu'à
cejour , avec des embeliffemens
confiderables , afin de la rendre
auffi parfaite que celle des Rois
d'Eſpagne.
Vous avez fort bien jugé ,
lorfque vous avez dit que le
Portrait du Roy , gravé par M
GALANT 143
Thomaffin d'apres M' Rigault,
auroit un grand fuccés. Il n'a
-pas moins plû icy qu'il a fait
à la Cour , lorfque Monfieur
le Duc de Beauvilliers l'a prefenté
au Roy , qui a fait voir
le cas qu'il faifoit de cet ouvraège
& de ceux qui y ont travaillé.
Mle Comtd Ferdinand-
Charles de Wels , Confeiller
d'Etat , à eu le Gouvernement
de la baffe Autriche , vacant
par
la mort de M' le Comte
-Jorger. Il eft d'une tres - bonne
Maifon d'Allemagne , fortie
par les femmes de celle des
144 MERCURE
mans ,
Comtes de Guines , defcendue
de Sifrid Seigneur Danois , qui
paffa en France avec les Nor-
& qui occupa fur l'Abbaye
de S. Bertin , la Contrée ,
où eft le Comté de Guines , où
il bâtit un Fort pour fa deffenfe .
-Le Comte Arnoul eftant refté
prifonnier de Guillaume II.
Comte de Hollande Roy des
Romains , & ayant fait de
grandes dépenfes , fut obligé
de vendre le Comté de Guines
au Roy Philippes le Hardy. Il
daiffa entr'autres enfans Baudoin
& Enguerrand V. Comte
de Coucy , & qui a fait la feconde
GALANT 145
conde branche de Coucy . C'eft
de Baudoin que defcendoit la
Dame qui entra dans la maifon
du Comte de Wels qui donne
lieu à cet Article . Ce Seigneur
a donné des marques de
fa prudence & de fa valeur en
diverfes occafions , & c'eft une
des meilleures teftes du Confeil
de
l'Empereur.
Monfieur l'Electeur de
Mayence a donné la Charge de
Vice -
Chancelier de l'Empire
vacante par la mort de M¹ le
Comte de Caunitz , à M' le
Comte de Schonborn. La
Charge de Vice-Chancelier de
Avril
1705 . N
146 MERCURE
par
l'Empire eft tres - confiderable
, foit les droits qui y
font attachez
, foit par le rang
que tient dans les Dietes de
l'Empire , celuy qui la poffede.
La Maifon de Schonborn
eft des plus qualifiées
d'Allemagne.
Elle a donné à une
grande partie des Chapitres où
il faut faire preuve de nobleſſe
des Chanoines
, & elle a produit
d'autres fujets d'un tresgrand
merite. Le Comte de
Schonborn
qui vient d'eſtre
honoré de cette Dignité a
long - temps porté les armes .
Il a même fervi en Hongrie
GALANT´ 147
contre les Turcs.
Le Roy a donné l'Abbaye ›
de la Couture vacante par le
decés de M. l'Abbé de Chamilly
, neveu du Maréchal de ce
nom , àMN... Caillebot de la
Salle , ancien Evêque de Tournay
, & qui avoit donné quelques
jours auparavant fa démiffion
de cet Evêché. M' l'Evêque
de Tournay eſt frere de
M'le Marquis de la Salle , Maître
de la Garderobe du Roy , &
dont M' le Marquis de Seignelay
a la furvivance. M' l'Evêque
de Tournay fera fort regretté
dans fon Dioceſe ; il y
*
Nij
148 MERCURE
eftoit aimé & eftimé ; fa douceur
naturelle luy avoient gagné
l'amitié & la confideration
de tout le monde. Il eft Docteur
de Sorbonne , & fort fçavant
dans toutes les matieres
qui regardent la difcipline Ec-.
clefiaftique . L'Abbaye de la.
Couture que le Roy vient de
luy donner a produit d'excellens
fujets , fur tout dans le penultiéme
fiécle . Monfieur le
Chevalier de Soiffons , enfuite
Prince de Neufchaſtel , a eſté
Abbé de la Couture avant M
de Chamilly.
Le Roy d'Eſpagne a donné
GALANT 149
un Titre de Caftille à Don Gafpard
de Quintana Duennaz ,
en recompenfe de ſes ſervices .
En effet , il en a rendu de tresconfiderables
au feu Roy & à
Philippes V. Il eſt forti d'une
ancienne famille Arragon qui
a donné de grands Officiers
à l'Eſpagne . Quelques Genealogiftes
difent que la grand'-
Mere du Cardinal Barthelemy
Guidiccione Evêque de Luques
dans le feiziéme fiecle , & qui
fortoit d'une des meilleures familles
de cette Ville , où il na-
-quit en 1460. eftoit de la Maifon
de Quintana Duennaz . Ber-
N iij
150 MERCURE
nard de la Guionic , Evêque de
Tuy en Eſpagne , & enfuite de
Lodeve en Languedoc , defcendoit
par les femmes de cette
même Maifon. Ce Prelat avoit
cfté Religieux de l'Ordre de S.
Dominique . Le Pape Jean
XXII . luy donna l'Evêché de
Tuy en Galice , aprés l'avoir
employé en differentes occafions
tres - importantes. Nous
avons de luy quelques ouvrages
: De Conciliis : de Officiio
Miffe. Une Chronologie des
Evefques de Toulouse & de Limoges
: un Catalogue de ceux
de Loderve des Vies des
GALANT 151
Saints. Il mourut âgé de foixante
-onze ans , & fon corps
fut porté dans l'Eglife des Dominicains
de Limoges , ainſi
qu'il l'avoit ordonné. On peut
voir Sixte de Sienne .
Don Francifco Ronquillo
a esté nommé Secretaire
pour les affaires de la
guerre.
Il a ſignalé fon zele & fa fidelité
pour Sa Majefté Catholique
, en diverfes occafions . It
eftoit Corregidor de Madrid
lors que ce Prince y fit ſon Entrée
. Il eft generalement eſtimé
en Eſpagne ; il joint à de
grandes lumieres une activité
Nij
152 MERCURE
1
-
furprenante. Les affaires ne
languiffent pas entre ſes mains ,
& ceux qui ont affaire à luy ont
le plaifir de les voir bien toft
terminées. Don Francifco Ronquillo
eft d'une tres bonnet
Maiſon Eſpagnole qui a donné
plufieurs Chevaliers aux Ordres
Militaires d'Espagne. Le
nom de Ronquillo eft celebre
dans le Confeil des Rois d'ELpagne
il y a déja fort longtemps
, & tous ceux qui l'ont
porté ont toûjours ſignalé leur
zele & leur fidelité pour le fervice
de leurs Princes . Le Roy
Philippes V. en nommant Don
•
GALANT 153
Francifco Ronquillo à la place
de Secretaire pour les affaires de
la guerre,luy dit des chofes tresobligeantes
, ce qui augmenta
beaucoup le prix du don qu'il
luy faifoit.
Le Roy d'Eſpagne a donné
un Regiment d'Infanterie
à
Don Sebaftien de Oloriz . Il eft
Caftillan d'origine , mais fa
Maiſon a efté établie fucceffivement
dans le Royaume de
Grenade & dans celuy de Leon .
Jean Martinez Guijeno , Cardinal
Archevêque
de Tolede ,
qui eftoit de Villagarcia en Caftille
, eftoit du côté maternel
154 MERCURE
a
de cette Maiſon. Il changea
fon nom de Guijeno en celuy
de Siliceo. A la priere d'un Religieux
il quitta le deffein qu'il
avoit d'aller à Rome pour
continuer fes études , & vint
Paris où il obtint une place de
Regent & de Maiſtre és Arts ,
& où il fit de grands progrés
dans l'étude de la Theologie.
Il fut chargé de l'éducation de
Philippes , Infant d'Efpagne ,
depuis Roy II . de ce nom . Paul
IV . le fit Čardinal en 1555. &
il mourut en 1557. âgé de prés
de quatre-vingt ans . Lorenço ,
fon frere , prit alliance dans la
GALANT 155
;
Maiſon de Carvajal , en époufant
Dona Francifca Dame de
Mediana - Suerte ; & un Cadet
d'Oloriz qui fit une branche
qui s'établit dans la Catalogne
prit auffi une alliance dans cette
Maiſon ; ainfi la Maifon d'Oloriz
eft doublement alliée à
celle de Carvajal , qui eft une
des plus grandes d'Eſpagne .
Sa Majefté Catholique a auffi
donné le Gouvernement de
Lierena à Don Franciſco de Pineda
. C'eſt un Poſte important,
& le choix que l'on a fait de ce
fujet pour luy confier cette
Place , eft une preuve de l'efti156
MERCURE
me qu'on fait de luy. Il a longtemps
porté les armes , & il s'eft
trouvé en plufieurs occafions
où il a donné des preuves de fa
valeur. La Maifon de Pineda
cft fort connuë en Eſpagne
prefque tous ceux qui en font
fortis & qui ont porté ce nom
fe font diftinguez dans la
feffion des armes. Ce fut un
Philippe Pineda qui contribua
beaucoup au gain de la Bataille
de Lepante , & il fit durant le
Combat des actions d'une valeur
incroyable. Il y fut bleſſe
à mort.
pro-
Il y a déja quelques mois que
GALANT 157
j'aurois dû vous parler de M
le Marquis de Mejorada que le
Roy d'Espagne a nommé Secretaire
des Dépêches univerfelles
. Vous devez croire qu'on
en peut dire beaucoup de bien ,
puifque les Ennemis mêmes des
deux Couronnes luy ont donné
beaucoup de louanges dans
leurs Nouvelles publiques . Ce
Miniftre s'eft longtemps deffendu
d'accepter l'employ que Sa
Majefté Catholique luy a donné
, dont les fonctions font d'une
tres- grande étenduë ; mais
ce Monarque perfuadé qu'il
s'en acquitteroit bien , & que
158 MERCURE
fes lumieres feroient d'autant
plus feures qu'elles font puiſées
dans une longue experience ,
a interpofé fon autorité
pour
luy faire accepter une Charge
qui a toûjours efté l'objet de
l'ambition de pluſieurs perſonnes
, puifque c'eſt un des premiers
poftes du Miniſtere d'Efpagne.
M' le Marquis de Mejorada
eftoit dans une grande
confideration fous le regne precedcnt.
Le feu Roy Charles II .
en faifoit un cas particulier , &
l'admettoit dans fa confiance
la plus étroite. Ce Seigneur a
toûjours ſignalé fon zele & ſa
GALANT 159
que
fidelité dans les temps les plus
orageux. Il a toujours
marqué
par fa conduite fage & judicieuſe
qu'il n'avoit en vuë
le bien de l'Etat & la gloire de
la Monarchie. Il a reçu des éloges
fur ce fujet du Roy fon
maiſtre ; & le Roy de France
s'expliquant
fur le caractere
des Miniftres qui compoſent le
Confeil
d'Espagne , avec les
Seigneurs
Efpagnols
qui ont
paffé en divers temps en France
, a parlé pluſieurs
fois de ce
Miniftre d'une maniere qui falfoit
voir l'eftime qu'il en fait.
M' le Marquis de Mejorada
1 160 MERCURE
eft allié aux meilleures Maiſons
d'Eſpagne. La Maiſon de Guzman
touche d'affez prés à la
fienne ; & les grands hommes
qui en font fortis ont toujours
cu des relations fort étroites
avec les Marquis de Mejorada .
Alphonfe Peréz Guzman , fameux
Capitaine Eſpagnol , qui
donna commencement à l'illuftre
Maiſon de Medina Sidonia
eftoit Gouverneur de Tarif,
lors que cette Ville fut affiegée
par Jean Infant de Caftille .
Turquet en parle avantageufement
dans fon Hiftoire d Efpagne.
Ce Seigneur deſcendoit
GALANT 161
par
les femmes d'une Mejorada
, ainſi que Ferdinand Nunnez
Guzman , connu dans le
feiziéme fiecle fous le nom de
Ferdinandus Nonnius Pincianus.
Il eftoit de Vailladolid , & eftoit
fils d'un autre Ferdinand de
Guzman , Intendant des Finances
du Roy d'Eſpagne . Il enfeigna
longtemps les belles
Lettres dans la celebre Academie
d'Alcala , que le Cardinal
Ximenés venoit de fonder. Il
eut de celebres Diſciples qui
font Leon de Caftro , Jerôme
Zurita , Chriftophle de
Horofco , Medecin , le Cardi-
Avril 1705.
162 MERCURE
nal François de Mendoza , &
le Cardinal Ximenés lui-même.
Louis de Guzman Jeſuite Caftillan
, Provincial de la Province
de Seville , & Auteur d'une
Hiftoire Eſpagnole , & le Cardinal
Diego de Guzman Archevêque
de Seville , Aumônier
des Rois Philippes III. & IV.
Prefident du Confeil de la
Croifade , ont fait beaucoup
d'honneur au nom de Guzman
, & defcendoient d'une
Mejorada.
J'oubliai dans ma derniere
Lettre de vous apprendre le
nom du Prieur des Jeronimites
GALANT 163
de l'Eſcurial , auquel le Roy
d'Espagne a donné l'Evêché de
Montonedo ; c'eft le Pere Dom
Juan de S. Iftevan , d'une des
meilleures maifons d'Efpagne ,
mais plus confiderable encore
par les vertus qui brillent en
fa perfonne que par fa naiffance.
Il eft fort eftimé dans fon
Ordre où les talens qu'il a l'ont
rendu tres confiderable. Il
prêche avec beaucoup de fuc
cés & il répand une onction fur
tout ce qu'il dit , qui prévient
en fa faveur tous ceux qui l'entendent.
Il eft grand Theologien
, & il s'eft attaché dés fa
O ij
164
MERCURE
plus grande jeuneffe à l'étude
des Sciences les plus féches &
les plus abftraites , avec un fuccés
étonnant : il eft
generalement
eftimé en Eſpagne.
Je vous envoye l'Homelie
prononcée par le Pape le jour
de la Nativité de Nôtre - Seigneur
. Vous y trouverez beaucoup
d'onction & un grand
zele
Apoftolique
.
GALANT 165
HOMELIE
De Nôtre Saint Pere le Pape
CLEMENT XI.
Prononcée le jour de la Nativité
de Nôtre-Seigneur Jefus
Chrift 1704.
EVerbe divin , ce Verbe inef-
Lefable, qui eftoit déja au commencement
, qui habitoit en Dieu ,
& qui eftoit Dieu luy - même , ce
Verbe forti du fein facré de fon
Pere , éternel comme luy , habi-
· tant depuis tous les temps dans la
fubftance defon Pere , tout rayon166
MERCURE
nant de la gloire de cette même
fubftance : ce Verbe qui afait toutes
chofes , fans qui rien n'a efté
fait ,par qui la creation s'eft accomplie
des le commencement des
temps , & par qui la redemption
des hommes s'eft confommée dans
la plenitude des temps . Ce Verbe ,
vous l'avez entendu il n'y a pas
longtemps , s'eftfait chair & aba
bité parmy nous ; parmy nous
dis-je , que le Verbe divin a unis
à fa divinité ; nous qui fommes
de cette même chair qu'il a prife
du fein d'une Vierge ; car en joignant
les deux natures dans une
Leuleperfonne ,Jefus Chriſta pris
GALANT 167
naiſſance avec la qualité de vray
Dieu& ddee vray bomme , toutpuiſſant
pourfaire des miracles par
la vertu de fa divinité , capable de
fentir de la douleur & de la fouffance
par
la nature de fon humanité.
Quelle bouche fut jamais
plus capable de nous faire compren
dre cet admirable tout fublime
que
miftere de l'Incarnation d'un Dieu,
celle du bien aimé Difciple qui
puifa les pures fources de l'Evangile
dans lefein defon dirvin Maî
tre , le foir de la Cene ! Maisparce
qu'il eftoit homme , il nous a appris
de Dieu tout ce qu'un homme en
pent apprendre , fort éloigné ce168
MERCURE
pendant de nous apprendre tout ce
qu'il en eft : Non totum dixit
quod eft. La grandeur de l'ouvrage
d'un Dieu est toujours fort
au deffus des expreffions même les
plus fublimes de l'homme , & la
difficulté que nous avons de parler
vient même de la raison qui nous
impoſe le filence. Triomphons cependant
, Venerables Freres , &
chers Enfans : réjouiffons nous de
l'impuiffance où nous nous trouvons
quand nous sommes obligez
de parler du divin ouvrage
Redemption des hommes : reconnoiffons
avec de vifs fentimens de
joye quel avantage nous avons de
de la
fentir
GALANT 169
fentir noftre foibleffe en cette occafion
; puifque cette foibleſſe
nous prive de la confolation de
nous exprimer dignement . fur le
miftere incomparable de l'exceffive
mifericorde d'un Dieu , humilionsnous
& reverons par noſtre foûmiffion
& noftre gratitude ce que
la mediocrité de nos expreffions
nous empêche d'expliquer. Mais
auffi ne nous contentons pas de rappeller
le fouvenir de ces temps
gnez de la naiffance d'un Dieu où
le divin Verbe s'eftfait chair ; tâchons
de nous la rendre en que!-
que maniere prefente. Par la voye
d'une fainte & falutaire medita
Avril 1705
. P
éloi-
***
170 MERCURE
tion entrons dans la retraite facrée
de la Vierge , & portons- nous jufqu'à
la Crêche de
Bethleem , où le
Bauf adorafon
Seigneur & fon
Maiftre :
Contemplons-y avec les
yeux perçans de la Foy , les larmes
de cet Enfant , les prieres de
fa Mere, les foins
empreffez de
fon fidelle
Nourricier , les Cantiques
d'allegreffe des Anges , & la
vigilance des Pafteurs : écrionsnous
àcette vueavec des larmes de
la plus purejoye : Fortunée Bethléem
, maifon de Paix , où est né
le vray Pain qui eft
defcendu du
Ciel !
Heureufe
Ephrata , terre
abondante dans le fein fertile de
GALANT
171
laquelle est né un Dieu ! Heureuſe
terre de Juda ! Non , Bethleem
vous n'eftes pas la moindre entre les
principales Villes deJuda. Nequa
quam minima es in principibus
Juda, Joan.cap. 6. v . 33. & SI .
C'eft de vous qu'eftforti le Domi
nateur d'Ifrael , dont l'origine eft
avant tous les fiectes , dans les
jours de
l'Eternité , mais pourquoy
chercher en efprit ce qui fe paffe icy
fous mes yeux, Felicitons - nous ,
mes chers Enfans , de noftre bonheur.
Nous pouvons fans fortir
de cette Eglife , regarder à cet Autel
même où nous celebrons les divins
Myfteres, de nospropresyeux.
P. ij.
172 MERCURE
4
& adorerla facrée Creche de noftre
Sauveur , le Fils unique du Pere
Eternel s'eftant fait toutfemblable
aux hommes , & s'eftant trouvé
dans la condition des hommes ,
repofe dans cette Crêche. C'est dans
cette Crêche que l'Enfant qui nous
vient de naiſtre , le Fils qui nous
a efté donné d'enhaut , afenti toutes
les incommoditez du froid dans
lafaifon la plus rigoureuse , & n'a
voulu recevoir de foulagement que
du fouffle de deux wils animaux.
C'est là que fa Mere l'a enveloppé
de langes : c'est là qu'il s'eft montré
aux Pafteurs : c'est là qu'une
étoile a conduit les Mages afin
GALANT 173
qu'ils l'adoraffent : C'est là que
pour faire l'effai de la Couronne
d'épines , qui luy eftoit destinée &
dont il devoit un jour avoir la
tefte couronnée , on luy a donné
des herbes piquantes pour appuyer
fa tefte encore fi delicate : c'eft
que ce divin Enfant a répandu des
larmes en abondance pour gages
pourprémices de toutfon Sang
qu'il devoit enfuite répandre pour
operer le mystere de la Redemption :
c'est enfin là qu'entre les bras de fa
chafte Mere , toutpenetré defroid ,
il l'a tendrement embraffée pour
adoucir d'avance les chaines qu'il
fçavoit que devoit luy attirer le
Pij
174 MERCURE
facrilege baifer d'un perfide . Servons
- nous en finiffant , de ces
paroles de Saint Jerome , qui pendant
fa vie voulut vivre dans
l'Etable de Bethléem , où Fefus-
Chrift eftoit né, & qui repoſe aujourd'huy
dans cette Bafilique à
cofté de la Crêche de Bethleem .
Contentons - nous , difoit - il
d'honorer par noftre filence la
Crêche ou un divin Enfant a
pleuré , ne pouvant l'honorer
affez par nos paroles. Retranchons
- nous donc fur le filence
prions cependant de toutes nosforces
, avant que de finir , le Dieu
de la Paix qui n'a pas eu honte
>
GALANT 175
de naiftre dans une Crêche pour
reconcilier le monde avecfon Pere :
prions-le que comme ilfit àfanaif-
•Sance annoncer par fes Anges la
paix au monde , il faffe prendre
aujourd'huy des fentimens depaix
aux Nations ; qu'elles changent
les épées & les lances dont ellesfe
font armées pour arrofer la terre
de fang , en inftrumens qui foient
propres
à la cultiver : qu'elles ceffent
defe détruirepar la guerre &
par les batailles qu'elles participent
enfin à la joye que la venuë
de ce Roy pacifique , doit donner à
de ce Roy à qui feul apla
terre ,
partient
de délivrer
la terre
des
Piiij
176 MERCURE
guerres que les hommes y ont cxcitées.
Mr Anne de Fieubet de
Launac , Chevalier , S' de Jail- ·
lac , Cendré , Caftanet , Sivry ,
Saifi , &c. Maiftre des Requêtes
, mourut le mois dernier
âgé de foixante- treize ans . Il
eftoit frere de feu M' de Fieubet
, l'un des plus grands Magiftrats
que la France ait eu ,
& qui détaché du monde avant
que le monde le quittaſt , ſe retira
aux Camaldules qui font
dans la Foreſt de Grofbois , où
il est mort & enterré. Ces deux
freres eftoient oncles de M' le
GALANT 177
Premier Prefident de la Chambre
des Comptes . Feu M™ N...
Nicolaï auffi premier Preſident
de la même Chambre , & pere
de celuy qui eft aujourd'huy en
Charge , avoit épouſé Dame
N... de Fieubet , foeur de celuy
qui vient de mourir . M's de
Fieubet eftoient fils de Gafpard
de Ficubet , premier Preſident
au Parlement de Toulouſe.
Ce grand Magiftrat fut à l'âge
de dix-huit ans Prefident aux
Requeftes de ce Parlement , &
il en fut enfuite Procureur General
, & à l'âge de trente-un
le Roy le nomma premier Pre178
MERCURE
fident. Il fit éclater dans l'exercice
de cet employ toutes les
vertus & toutes les qualitez
d'un grand Magiftrat. Ce que
le Roy en a dit le met au deffus
de toutes les loüanges qu'on
pourroit luy donner . Quand
ce Monarque apprit ſa mort
il dit : C'eftoit un des plus grands
Fuges de mon Royaume , & des
plus attachez à mon fervice. M
de Fieubet mort aux Camaldules,
fon fils aîné , fut Confeiller
au Parlement de Toulouſe
à l'âge de vingt ans . La Maifon
de Fieubet eft originaire
de Languedoc auffi bien que
GALANT
179
rs
celle de M's Nicolaï , avec laquelle
elle eft alliée de plus d'un
cofté. Ce fut Jean Nicolaï S' de
S. Victor qui fut enfuite premier
Prefident en la Chambre
des Comptes de Paris , qui quitta
le premier la Ville de Touloufe
dans le quinziéme fiecle.
Feu M' de Fieubet dont je viens
de parler eftoit un excellent
Poëte Latin. Ces quatre Vers
qu'il fit pour la celebre Comteffe
de la Suze , en font une
preuve.
Quadca fublimirapiturper inania
curru ?
180 MERCURE
An Juno , an Pallas , numVenus
ipfa venit !
Si genus infpicias, Juno, fi fcripta,
Minerva ,
Si fpectes oculos , mater amoris
erit.
Mr Arnoul - Jean - Baptiſte
Garnier , Chevalier Seigneur
de Salins , Clanleu , & autres
lieux , n'a pas furvêcu longtemps
à ſon épouſe , morte au
commencement
du mois de
Mars , & dont j'ay parlé dans
cette Lettre . Il mourut fur lå
fin du même mois. La perte
d'une époufe qu'il aimoit tenGALANT
181
drement & dont il eftoit aimé
de même , n'a pas peu contribué
à abreger fes jours. Les regrets
que fa morta caufée dans
fa famille , en difent plus que
tout ce que je pourrois vous
en dire. Je vous ay auffi parlé
de fa maiſon en vous apprenant
la nouvelle de la mort de
fon époufe. Il fuffit donc de
vous dire que celuy qui donne
lieu à cet article eftoit generalement
eftimé . C'eftoit un de
ces hommes rares qui joignent
à une exacte probité un efprit
obligeant . Il n'avoit jamais
trouvé d'occafion de rendre
182 MERCURE
fervice à quelqu'un qu'il ne
l'eût faifie avec joye. Il eſt mort
dans de vifs fentimens de religion
, & dans une grande refignation
aux ordres du ciel ;
enfin il a rendu l'eſprit à fon
Createur dans la même difpofition
où il a toûjours vêcu ;
c'est-à- dire penetré des veritez
du Chriftianiſme , & plein de
confiance dans la mifericorde
divine. Ce témoignage ne paroîtra
pas un éloge flatteur à
ceux qui l'ont connu .
Mr Berault Profeffeur du
Roy en Langue Hebraïque au
College Royal , mourut dans
GALANT 183
le mois de Mars. C'eftoit un
des plus fçavans hommes de
France pour l'intelligence des
Langues. Il s'y eftoit appliqué
avec fuccés dés fa plus tendre
jeuneffe . Il a laiffé d'excellens
manufcrits remplis de fçavantes
remarques fur les meilleuts
Interpretes de l'Ecriture . Il
avoit fait des Notes critiques
fur Aben- Ezra & fur Maimonides
deux fameux Rabins . Il
avoit de grandes relations avec
le Docteur Hydes , mort en
Angleterre depuis deux ans.
Dame Sufanne de Bruc
veuve de Mr Jacques de Rou184
MERCURE
gé , Chevalier Marquis du Pleſfis-
Belliere , Capitaine general
des Armées du Roy , eſt mort
âgé d'environ cent ans. Elle n'a
laiffé de fon mariage avec feu
M' le Marquis de Pleffis - Belliere
, que Catherine de Rougé,
Maréchale de Crequi. Cette
Dame qui avoit épousé François
de Crequi, Marquis de Marines
, Maréchal de France &
Gouverneur de Lorraine , n'avoit
eu de ce Seigneur que deux
fils tous deux morts fans pofterité.
François-Jofeph Marquis
de Crequi , d'abord Colonel
du Regiment de la Fere , Aide
GALANT 185
de Camp des Armées du Roy
& enfuite Lieutenant general ,
qui fut tué à la bataille de Luzzara,
& Charles- François Comte
de Blanchefort , Maréchal
de Camp , mort de maladie il
y a quelques années. Monfieur
le Maréchal de Crequi eftoit le
troifiéme fils de Charles II.
Marquis de Crequi , & fecond
fils du Maréchal de Crequi &
de Dame Anne du Roure , fille
de Claude de Bonneval & de
Combalet & de Marie d'Albert-
Luynes. Quant à M' le
Marquis du Pleffis - Belliere , il
avoit longtemps fervi en Cata-
Avril
1705 .
е
186 MERCURE
logne fous Monfieur le Maréchal
de la Mothe- Houdancourt.
Il avoit eu deux fils de
fon époufe , tous deux morts
dans le fervice , & dont l'un
eftoit Gouverneur de Suze .
Le dernier Evefque de Saintes
touchoit de prés à ce Seigneur ,
& l'un & l'autre eftoient également
eftimables par les vertus
de leurs états & par la bonté
de leur coeur. La Maifon de
feue Me du Pleffis - Belliere eft:
ancienne & illuftre par les perfonnes
qu'elle a produit dans
la robe . Elle a donné divers :
Officiers au Parlement de PaGALANT
187
ris . Perfonne n'ignore que M
du Pleffis -Belliere avoit infini
ment d'efprit. Son grand âge
a efté la feule caufe de fa mort,
& elle eft morte en dictant une .
Lettre.
re
Dame Anne Loifel , veuve de
M François Phelypeaux, Chevalier
Seigneurd'Herbault, Bracieux
, & c. Confeiller du Roy en
fa Cour de Parlement , eft auffi
decedée dans le mois de Mars
dernier. Je vous ay fi fouvent
parlé de la Maiſon Phelypeaux
que je n'ay rien à vous en ap
prendre de nouveau , finon que
la branche dans laquelle cette
Qij
188 MERCURE
Dame avoit pris alliance , s'eft
diftinguée dans les Armes
ceux qui ont porté le nom
d'Herbault ayant fait voir en
ces derniers temps que la profeffion
des armes leur eftoit
auffi propre que celle de la Magiftrature.
Me d'Herbault deſcendoit
de ce fameux Jean Loiſel
, dit Avis , qui fut Medecin
des Rois Louis XII. & François
I. Antoine Loifel qui defcendoit
du premier fut executeur
Teftamentaire de Pierre
Ramus dont il avoit efté difciple.
Il étudia à Toulouſe & enfuite
à Bourges fous le celebre
GALANY 189
Cujas, qui l'honora de fon amitié
, & qui parle fouvent de luy
avec éloge . Antoine Loifel
vint enfuite s'établir à Paris ,
où il acquit une fi grande reputation
que M Dumenil
Avocat du Roy luy procura la
Charge de Subftitut au Parquet
, & luy fit époufer ſa niéce,
Marie Gaulas, qu'il élevoit dans
fa maifon comme fa propre
fille. En 1581. il fut chargé
d'exercer la Charge d'Avocat
du Roy en la Chambre de
Juſtice de Guyenne . Il donna
depuis au Public huit Difcours
qu'il avoit prononcez en cette
190 MERCURE
Chambre , & qui nous reftent
fous le titre de la Guyenne de
Mr Antoine Loifel. Il mourut
à Paris en 1617. âgé de quatre-
vingt-un an. L'aîné de fes
fils , Antoine Loiſel Confeiller
au Parlement de Paris , mourut
avant luy. Son fecond fils , le
celebre Loiſel, Confeiller Clerc
au même Parlement , Chanoine
de Paris , fut un des plus
grands Magiftrats de fon
temps . Feu M' l'Abbé Joly
Chanoine & Archidiacre de
Paris , fi connu parmi les gens
de Lettres , eftoit petit fils d'Antoine
Loifel : il en a écrit la vie.
GALANT 191
Dame Madelaine Rouxel de
Médavy de Grancey , Abbeſſe
de Gomer Fontaine dans le Vexin
François , eft morte âgée
d'environ cent ans . Elle eftoit
foeur dufeu Maréchal de Grancey
, & fille de Pierre de Rouxel
Baron de Médavy , Comte
de Grancey , Maréchal de
Camp , Gouverneur d'Argentan
, Lieutenant general en
Normandie & Confeiller d'Etat
ordinaire , & de Charlotte
de Hautemer Comteffe de
Grancey , fille de Guillaume S
de Fervaques , Maréchal de
France. M l'Abbeffe de Go192
MERCURE
mer- Fontaine eftoit auffi foeur
de François dernier Archevêque
de Rouen , de MⓇ la Marquife
de Caftelnau mere du
Maréchal de ce nom , de M
l'Abbeffe d'Almenefche dans le
Diocefe de Sées , & de M° l'Abbeffe
de Vignats. Je vous parlay
il y a quelques mois de la
genealogie de la Maiſon de
Rouxel Médavy
que
Vous fçavez que M' l'Evêde
Soiffons a efté nommé
pour remplir la place de feu M
Pavillon à l'Academie Françoife.
Ce nouvel Academicien fit
felon
GALANT
193
felon l'ufage le jour de fa reception
les éloges de l'Academic
, du Cardinal de Richelieu ,
du
Chancelier Seguier & de
l'Academicien dont il remplif
foit la place. Il finit fon difcours
par un éloge du Roy ,
qui eft Protecteur de l'Academie.
Voicy de quelle maniere
il parla de Sa Majeſté.
Mais , Meffieurs , l'inclination
, le devoir , la reconnoiffance
, l'ufage mefme de nos affemblées
, tout cela exigera de moy
que j'entretienne noftre Academie
des vertus du Roy vostre auguste
Avril 1705
. R
·
194 MERCURE
Protecteur. Et combien me fera-t- il
difficile de trouver des expreffions
qui répondent à la dignité du ſujet.
Une seule chofe me raffure
c'est que bien que quand on parle
de ce Prince , ce qu'on en dit foit
toujours infiniment au deffous de
ce qu ''on en devroit dire ; cela même
neantmoins eft toûjours infiniment
au deffus de tout ce qu'on peut-dire
des autres hommes.
Toutefois me fierait - il bien à
moy , Miniftre des Autels que je
fuis , de celebrer par preference à
toutes fes autres actions , celles que
le monde admire davantage , &
qu'en effet on ne peut regarderque
GALANT
195
comme autant d'étonnans prodiges.
Provinces conquifes , Batailles gagnées
Villes prifes , Armées nombreufes
& formidables , aguerries
parfes foins , & renduës invincibles
par fa prefence ; Flottes
maiftreffes des mers , & dans la
derniere Campagne contraignant
de nouveau l'Angleterre & la
Hollande de ceder à leur effort ;
L'Europe toutejaloufe qu'elle eftoit
de fa grandeur , forcée plus d'une
fois à accepter la Paix aux conditions
qu'il la vouloit ; fon alliance
recherchée par des Peuples
puiffans , des extremitez de la terre
; Ambaſſades reçûës des climats
Rij
196 MERCURE
les plus éloignez. Grand Prince ,
tant d'éclat m'éblouit & meferoit
apprehenderpour vous fi je nefçavois
que depuis longtemps la Pieté
a établi fon thrône dans vostre
coeur.
Qu'il eft beau de la voir cette
Pieté facrée faire en toute occafion
un Chreftien obéiffant & docile ,
d'un Prince accoûtumé à ne rien
trouver qui ne pliefousfes volontez.
En effet , ne fçavons nous pas
qu'il fuffit de faire connoistre au
Roy que Dieu parle , pour qu'il
obéiffe ? Ce n'est point flatterie ,
c'eft verité , de dire que jamais.
Prince à cet égard n'eut une vo५
GALANT 197
lonté plus foumife ny des intentions
plus fimples & pluspures.
Heureux que nousfommes que
Dieu ait mis ainfi dansfa main le
coeur de cePrince! De là comme d'unefource
benigne vont couler vers
nous toutesfortes de biens . La Paix
fur tout, ce prefentdu Ciel ,fi defirable
, nous la recevrons bientoft.
Dieu conduira bientoft ce Prince
dans les fentiers de la Paix , &
pour me fervir des paroles du Roy
Prophete , il marquera la paix
pour fes frontieres ; il le fera
jouir dufruit de fes longs & glorieux
travaux ; & le plus doux
fruitpour luy, Meffieurs , c'eft de
Rij
198 MERCURE
procurer àfes Sujets des jours heureux
& tranquilles.
Et que n'a-t-il point fait jufques
icy , ce Prince pieux , pour
porter fes ennemis
à recevoir
la
Paix à des conditions
raisonnables?
Que n'est-ilpas preft de faire encore
! Un fuccés
imprévus
peuteftre
les flatte & les enorgueillit
:
c'est une forte de joye qu'ils n'avoient
pas encore goûtée , elle a
pour eux tout le charme de la nouveauté
, ils s'y abandonnent
fans
mefure. Mais cette épée redoutable
, qui juſqu'icy
n'avoit
porté
que des coups certains , penfent-ils
qu'elle foit émouffée
? Attendons
,
GALANT 199
Meffieurs , de la prudence du Roy;
defa grande experience dans l'art
de la guerre, & encore plus de la
protection dont Dieu l'accompagne ,
qu'encore une fois il confondra les
projets de fes ennemis , lesforcera
de fouhaiter un repos qui leur
que
la
eft fi neceffaire .
Alors nous le verrons s'appliquer
à reparer ces bréches ,
neceffité d'une deffenfe legitime contraint
quelquefois un Prince jufte
defaire àfon Etat. Il oubliera en
luy le Heros pour fe fouvenir du
Pere ; & confiderant à quelle fin
Dieu a donné des Rois aux Nations
, il ne travaillera qu'à faire
Rij
200 MERCURE
regner avec la paix , la verité
la juſtice
.
C'est là fans doute , quelque
illufion que l'orgueil humain s'efforce
de nous faire à ce sujet , ce
que les Rois peuvent executer en
leur vie de plus glorieux & de
plus grand. Les trophées qu'on éléve
en leur honneur dans le champ
de la Victoire , à dire vray , ont une
forte d'éclat ; mais que
les Rois
ceffent de s'y méprendre , il n'y a
de trophées veritables , il n'y en
aura de durables que ceux que
Dieu de fa propre main daignera
leur élever dans le Ciel , aprés que
parmi les hommes , l'amour & la
GALANT 201
reconnoiffance les auront élevez
en leur honneur dans le fond des
coeurs .
Ces folides veritez , Meffieurs,
le Roy les connoiftparfaitement ; &
ne doutons pas qu'en ces momens
où nous le voyonsprofterné devant
les Autels , fa plus ardentepriere`
ne foit de demander au Diſtribu
teur des dons , celuy de pouvoir
remplir les obligations à quoy ces
veritez l'engagent.
Vivez donc , Prince jufte ;
grand , magnanime ; vivez pour
procurer le bonheur de la Terre
que deformais toutes chofes
refleuriſſent par vos foins dans
202 MERCURE
voftre Eftat. Le Ciel vous comble
de fes benedictions les plus particulieres.
Vous voyez les Enfants
de vos Enfants , &, ce quipeutefere
n'a point d'exemple dans
l'Hiftoire , une troifiéme generation
vous a efté encore accordée.
Aimé , refpecté au dedans , craint
redouté au dehors , vous jouïf-
Sez d'une fanté vigoureuse qui
vous promet de longues années.
Voftre felicité eft parfaite ; puif
fiez- vous conformément àa vos
defirs & à l'exemple de Dieu ,
•devenir de plus en plus la confolation
des hommes , l'esperance &
lajoye de vos fidelles Sujets.
GALANT 203
M' l'Abbé Regnier des Marais
, Secretaire de l'Academie
répondit au Difcours de M
l'Evêque de Soiſſons , & aprés
avoir parlé de luy-même avec
beaucoup de modeftie , il fit
l'éloge de ce Prelat & celuy de
feu M' Pavillon dont il remplif
foit la place. Voicy de quelle
maniere il entra dans celuy du
Roy , & ce qu'il dit de Sa Majefté.
Il venoit de parler de la
liaiſon qui doit cftre entre les
Academiciens .
Que fi cette liaiſon eft toûjours
neceſſaire entre toutes les perfonnes
204 MERCURE
d'un mefme Corps , de quelle
indifpenfable neceffité n'eft - clle
point entre tous les membres d'une
Compagnie , qui a LOUIS le
Grand pour Chef, & pour Protecteur
; & qui par des titres fi
glorieux pour elle , a l'avantage
de tenir à luy d'une façon plus
particuliere que tout le refte de
fes Sujets.
N'oublions jamais, Meffieurs,
à quoy une Protection fifinguliere
nous engage : & fouvenons- nous
fur tout qu'elle nous impoſe l'obligation
de le faire connoistre à toute
la Terre à tous les
&
tel que nous avons la bonne fortemps:
GALANT 205
tune de le connoiftre ; & tel qu'il
feroit à defirer que le connuffent
tant d'Ennemis que la jalouſie a
réunis contre luy .
C'eft peu de dire qu'il n'en auroit
plus depuis long- temps , s'il
avoit efté poffible qu'il eust efté
toujours en perfonne à la tefte de
fes Armées. Quelque grande que
puiffe eftre une pareille idée , &
quelque fondement qu'elle puiffe
avoir fur le paffe ; ce feroit toujours
une gloire qui luy feroit commune
auec d'autres Princes &
d'autres Heros ; & du moins il
en devroit une partie à la bonté
de fes Officiers & de fes Troupes.
206 MERCURE
+
Une gloire plus grande , plus
pure , & qu'il n'auroit à partager
avec perfonne ; mais qu'on ne
devroit pas moins juſtement fe
promettre de tant degrandes qualile
Ciel a raffemblées en
tez que
luy ; de cet efprit de fageffe &
d'équité
qui regne dans tous fes
fentiments
, & dans toutes fes
paroles ; enfin de cet air de douceur
& de Majefté
qui eftrépandu dans
toutefa perfonne qui luy a toujours
concilié l'amour
& la veneration
de tout ce qui eft jamais venu à
fa Cour de tous les endroits
de
l'Univers ; c'est que pour mettre
fes Ennemis
de fon parti , il n'auGALANT
207
roit pas mefme befoin d'eftre fuivi
de fes Troupes , toujours fidelles
fous luy à la Victoire.
On a dit autrefois que la Vertu
fe feroit aimerde tous les hommes ,
fi elle pouvoit fe monstrer aux
hommes auffi aimable qu'elle eft.
Si LOUIS LE GRAND pouvoitfe
faire connoiftre àfes Ennemis
tel que le connoiffent ceux qui
ont l'avantage de l'approcher de
prés ; au lieu de tant d'Ennemis
qui luyfont aujourd'huy la guerre,
il n'auroit bientoft plus que des
admirateurs zelez ; & toute
l'Europejouiroit bientoft avec nous
d'une Paix profonde.
1 208 MERCURE
Je croy devoir ajoûter ce qui
fuit , touchant M l'Evêque de
Soiffons . Ce Prelat a fait plufieurs
ouvrages dont quelquesuns
feulement ont vu le jour.
Sa Lettre au Pere Lamy Religieux
Benedictin , a eſté imprimée
à la tefte d'un Livre intitulé
Reflexions fur l'Eloquence.
Pour en bien entendre le fujet
il faut fçavoir que le Religieux
qui elle eft adreffée s'eftoit
declaré ouvertement contre
la Rhethorique ordinaire qui
s'enſeigne dans les Colleges &
qui fe pratique au Barreau &
dans la Chaire , dans fes TraiGALANT
209
tez de la Connoiffance de Soymême
& les Eclairciſſemens qu'il
avoit donnez fur ces Traitez .
Cet Auteur dont certainement
il faut louer la fubtilité & la
politeffe , a pouffé fon emportement
contre cet Art , autrefois
fi celebre dans les Ecoles
Grecques & Latines , jufqu'à
dire que la Rhetorique priſe
felon l'ufage ordinaire eſt nuifible
à la perfection du jugement
; qu'elle ne fert qu'à refferrer
l'efprit , à l'affoiblir ,
luy faire illufion ; qu'en un mot
elle nuit au bon gouft , à la
droiture & à la jufteffe de l'efs
Avril 1705. S
તે
210 MERCURE
prit . Ce qu'il dit fur la Poëfie
n'eft gueres moins fort ; enfin
il n'a pas tenu à luy qu'on ne
ne profcriviſt ces deux Arts des
Ecoles chreftiennes . Ce fçavant
Ecrivain envoya fon livre
à M' l'Evêque de Soiffons , ce
Prelat qui a un gouft excellent
& qui a des lumieres tres -fûres
fur l'Eloquence & fur la Poëfic
, frappé de cette nouvelle
doctrine , écrivit à l'Auteur la
Lettre dont il eſt icy queſtion ,
mais elle eftoit fi honnefte & fi
polie que l'adverfaire de la Rhethorique
fut charmé de fon
procedé. On en peut juger par
GALANT 211
La Lettre même & par les Reflexions
qui la fuivent , & que
le même Auteur fit fur le cinquiéme
Eclairciffement de la
Connoiffance de Soy- même . Le P.
Lamy répondit , & Mª de Soiffons
repliqua. Au reste cette
querelle avoit déja commencé
quelques années auparavant entre
deux fameux Antagoniſtes.
Feu M' Dubois de l'Academie
Françoife & Traducteur de plufieurs
ouvrages de Saint Au
guftin , avoit répandu dans la
Preface de fa Traduction des
Sermons de ce faint Docteur ,
une violente declamation con
Sij
212 MERCURE
tre l'Eloquence , ou pour par
ler le langage de M de Soif
fons , il eftoit tombé dans une
terrible confufion d'idées touchant
la vraye ou la fauffe Eloquence.
M Arnaud Docteur
de Sorbonne , fit . fur cette Preface
& fur l'Eloquence des Predicateurs
des reflexions dont le
Traducteur de Saint Auguſtin
n'eut lieu d'eftre content .
pas
Ces Reflexions font precedées
d'une Lettre de M' Arnaud à
M' Dubois pour le remercier
de la Traduction des Lettres
de Saint Auguftin qu'il luy
avoit envoyée , elle eft pleine
GALANT 213
d'honneftetez, & il fut fans dou
te bien aiſe de le prevenir par
là fur la vivacité des Reflexions,
Cette Lettre & les Reflexions
qui la fuivent terminent le Livre
intitulé Reflexions fur l'Eloquence
, qui fut approuvé avec
de grands éloges par M Pavillon
, auquel M de Soiffons
vient de fucceder. L'Eloquence
eut donc dans le dernier fiecle
deux illuftres Deffenfeurs en la
perfonne de M ' Arnaud & de
M'l'Evêque de Soiffons . Comme
la querelle n'eft pas finie &
que le P. Lamy continuë à declamer
contre la Rhetorique ,
214 MERCURE
elle ne manquera pas dans ces
temps -cy de Deffenfeurs. On
peut dire que M Gibert
Profeffeur de Rhetorique au
College des Quatre- Nations ,
le nouvel adverfaire du Pere
Lamy , la deffend bien , &
qu'il la deffendra encore mieux
lorfqu'il fera foûtenu des raifons
d'un Auteur anonyme
qui eft preft de publier un
ouvrage également fort &
folide contre le dernier livre
du Pere Lamy , intitulé la
Rhethorique du College trahie par
fon Apologifte. Ce fecond Antagonifte
combat le Benedictin
GALANT 215
par ſes propres principes , &
comme celuy- cy eſt un grand
Metaphyficien , c'eſt auffi par
des raifonnemens puiſez dans
la plus fublime Metaphyſique
que noftre Anonyme l'attaque.
Aurefte , cette diſpute n'eft pas
d'une petite confequence
, &
on fera voir qu'on ne doit pas
eftre auffi indifferent fur le fuc
cés de la difpute que le préten
dent quelques perfonnes d'efprit.
M' l'Evêque de Soiffons
a fait d'excellentes Odes dont
le P. Bouhours qu'il honoroit
de fon affection , a enrichi fon
Recueil de Poëfies . Il a fait auffi
216 MERCURE
la verfion des Epîtres de Saint
Clement Pape fur le Grec , &
il l'a accompagnée d'une excellente
Preface pour donner le
vray gouſt de ces ouvrages
apoftoliques , mais il n'a point
voulu donner cette verfion au
Public .
Vous verrez dans la Lettre
fuivante que c'eft le Pere Dom
Garnerin , Savoyard , qui eft
Abbé de la Colonie des Religieux
de la Trape , qui vont
s'établir dans les Etats de Monfieur
le Grand Duc de Tofcane.
Je vous avois mandé que
c'eftoit le P. d'Aria Piémon
tois
GALANT 217
tois , & je ne m'eftois pas trompé
, puiſqu'il avoit d'abord eſté
nommé , mais fes inftantes prieres
jointes à fes infirmitez , luy
ont fait accorder par les Superieurs
la grace de ne pas de ne pas fortir
de la Trape , & ils ont nommé à
fa place le Pere Dom Garnerin.
27
A Lyon ce 21. Mars 1705 .
Les Peres de la Trape , qui vont
faire un établiffement de leur réforme
dans les Etats de Monfieur
le Duc de Florence , arrivérent
en cette Ville par la Diligence
Avril 1705 . T
218 MERCURE
le foir du neuviéme de Février.
Ils avoient paffé par Tournu , où
Monfieur le Cardinal de Bouillon
les avoit reçus & regalez magnifiquement.
Il voulut fe donner le
plaifir de leur voirfaire leurs exercices
; & furtout celuy du travail.
des mains ce fut à faire des
fabots qu'ils s'appliquerent , le
mauvais temps ne leur permettant
pas de travailler à la Campagne.
Cette Alieffe craignant
qu'ils ne trouvaffent pas de ces
chauffures où ils vont s'établir , leur
en fit remplir deux grands facs ,
qui font unepartie de leur bagage.
Ces Religieux fe fervent de ces
GALANT 219
fabots , lorfqu'ils vont travailler
aux champs.
De Tournus ils defcendirent à
Mâcon , & de là ils fe rendirent
icy. Comme on eftoit averti de leur
paffage , une infinité degens fe rendirentfur
le Quay pour les voir
arriver. Mrs de Saint Antoine ,
chez lefquels ils devoient loger ,
avoient pourvû à leurs voitures.
On leur avoit prefté une vingtai
ne de caroffes , qui fe trouverent
fur le Portpour les emmener : mais
ces Meffieurs ne furent pas les
maiftres. Les perfonnes les plus
diftinguées , qui y eftoient venuës
dans le même équipage , fe firent
Tij
220 MERCURE
un honneur d'enlever ces bons Religieux
, & de les conduire au lieu
deftiné. Le cortège des principaux
de la Ville eftoitfi nombreux , qu'on
demeura pendant une demie- heure
à le voir paffer , avant qu'on puſt
arriver dans la Maifon de Saint
Antoine. Les rues eftoient bordées
d'un peuple infini , & l'empreffement
de voir ces nouveaux Hoftes
fut des plus grands.
Comme ces faints Religieux
eftoient venusfur la riviere & que
la faifon eftoit extrémement rude ,
le froid les avoitpenetrez .Dés qu'-
ils arriverent, on les conduifit dans
une grande Salle , où ils trouvéGALANT
221
rent un grandfeu. Ce fut là qion
eut le plaifir d'admirer leur modeftie.
Quoy qu'on euft mis des Gardes
aux portes de la mafon , on
n'enpût refufer l'entrée aux Principaux
de la Ville , qui s'y rendirent
pour les voir. Ces Peres
eftoient debout autour du feu . On
neput les obliger à tourner la tefte ,
pour regarder lesperſonnes dont ils
eftoient environnez , ou pour répondre
aux demandes qu'on leur
faifoit. Leur conduite a efté fans
affectation , foit pour le lit , foit
pour la nourriture. Ils ont couché
fur des matelats & entre les draps
de toile qu'on leur avoit preparez.
T iij
222 MERCURE
Ils ont mangé du poiffon & des
oeufs, ils ont bu du vin , ils avoient
perm ffion de parler avec Mrs de
Saint Antoine leurs hoftes , qui
ont toûjours eu la politeffe de les
fervir à table , de faire la lec
ture pendant le repas , quoy qu'ils
ne mang affent pas avec eux..
Le lendemain , le Pere Abbé de
cette religieufe Troupe dit la grande
Meſſe , qui fut fervie à Diacre
à Soúdiacre , & chantée par
Mrs de Saint Antoine. Les Religieux
de la Trape eftoientfeuls dans
unepetite Tribune , pour n'eftrepas
expofez à lafoule qui eftoit accou
ruë pour avoir la confolation de
GALANT 223
les voir. Aprés le diner , le Pere
Abbé, accompagnédu Pere Prieur,
monta en carroffe pour rendre vi-
Jite à Madame de Villeroy , fille du
Maréchalde ce nom , & ci-devant
Prieure des Carmelites , qui avoit
fouhaité ardemment d'avoir cette
fatisfaction. C'est la feule vifite
qu'ils ont rendue en cette Ville. Le
jour de leur départ, qui fut le onzieme
, le Pere Abbé alla dire la
Meffe chez les Dames de la Vifi
tation du premier Monaftere , où
eft le coeur de Saint François de Sales
, qu'il avoit devotion de baifer.
Dés qu'il fut de retour , & qu'on
eut diné , il s'embarqua avec fes
T
iiij
224 MERCURE
•
Religieux , accompagnez , chacun
d'un de Mrs de Saint Antoine ,
jufqu'au Batteau.
Ce qui porta le R. Pere Abbé
à choisir fon logement chez ces
Meffieurs , eft qu'il a efté autrefois.
de leur Ordre , & qu'il eftoit lié
d'une amitié particuliere
avec le
Superieur de cette Maiſon , dont
il a parfaitement bien fait les honneurs.
Il voulut que deux de fes
Religieux defcendiffent juſques à
Vienne avec cette fainte Troupe ,
afin de les loger encore dans la maifon
de Saint Antoine de cette Villelà
; mais Mr l'Archevêque
ne
voulut pas le permettre , il fut les
GALANT 225
enlever luy - même , leur donna à
Jouper, les envoya coucher dans
fon Seminaire , où il leur avoitfait
preparer des lits. Dés le lendemain
ils partirent pour Avignon , où ils
defcendirent dans la premiere maifon
du Fauxbourg de la Porte du
Rhône, Aprés quelques momens de
repos le Pere Abbe avec le Pere
Prieur allerent faluër Monfieur
le Vicelegat, qui les reçut parfaitement
bien. A leur retour ils furent
vifitez par Mr le Doyen &
quelques Chanoines de l'Eglife .
Metropolitaine , par les R. P. Jefuites
, par les R. P. Celeftins.
Le jour d'aprés ils fe mirent deux
226 MERCURE
à deux dans des Chaifes roulantes
allerent jufqu'à Marſeille , où
ils fe rendirent heureuſement. La
Galere qui les devoitporterjufqu'à
Livourne n'eftant pas encore arrivée
, on leur choisir une maison
fpacienfe , accompagnée d'un grand
jardin , afin qu'ils puffent faire
toutes leurs fonctions religieufes ,
ce qui leur a esté jufqu'icy impoſſible
, tant on a eſté empreſſépour
les voir.
Le Pere Abbé s'appelle Garnerin
; il eft de Chambery , d'unefamille
tres - ancienne ; fon ayeul
efté premier Prefident du Senat
&fon Perey a eu des emplois tresGALANT
227
honorables. Le Pere Prieur eft de
Touloufe ; je n'enfçais ny le nom
ny la qualité. On afait mille honneurs
en cette Ville au Pere deFanfon
deRofemberg, quiy eftoit connu
d'une infinité d'honneftes gens.
Vousfcavez le motifdefa conver
fion. Il ne prétend pas de refter en
Italie , ce n'eft quepourfaire plaifir
à Monfieur le Duc de Florence ,
qui l'a fpecialement demandé, qu'il
a bien voulu quitter la Trape , où il
efpere de retourner dans peu de
temps. La Colonie eft composée
cemefemble , de dix -fept Profés ,
& de trois Novices.
Voicy les noms de ceux qui
228 MERCURE
ont eu des Evêchez dans la promotion
que le Roy fit la veille
de Pafques.
re
M Auguftin de Maupcou
Evêque de Caftres a cü l'Archevêché
d'Auch ; ce Prelat eft frere
de M de René de Maupeou
Prefident en la 1 " Chambre des
Enqueftes, quiauparavant étoit
Chevalier de Malte & avoit fait
fes Caravannes en cette qualité.
M' l'Archevêque d'Auch eft
fon frere aîné , & il avoit d'abord
pris le parti de la robe ,
puifqu'aprés la mort de fon frere
aînéAvocat general au grand
Confeil, il exerça quelque tems
L
GALANT
229
A
cette Charge avec
applaudiffement.
Cesмrs avoient encore un
frere , mort au fervice du Roy :
c'eftoit un Officier d'un grand
merite. Ils
eftoient tous quatre
fils de feu мre René de
мaupeou
auffi Prefident en la
mêmeChambre
des Enquêtes , depuis Confeiller
d'honneur au Parlement
& coufin germain de Mre N...
de
Maupeou Prefident & pere
de Madame la
Chanceliere . Le
Prelat qui donne lieu à cet article
n'eft pas moins habile dans
le miniftere qu'il a embraffé,
que
dans celuiqu'il avoit d'abord fuivi
, & illoutient
parfaitementbien
la
reputation de feu мr l'Evêque
de Chalons fur Saône ,fon oncle.
Deux de fes oncles ,
Capitaines
aux Gardes furent tuez aux fiċ230
MERCUR
E
ges de Valenciennes & de Montmedy
, dont l'un fut enterré jufqu'à
mi corps par l'effet d'une
mine , & on doit remarquer que
quoique tout froiffé il donnoit
les ordres au reite de les Soldats
avee un courage vraiement Romain,
fe couvrant d'une pelle de
Pionniers . Il mourut de 14 bleffures
honorables. Je vous ren-
Vove a l'Etat de la France de
1661. Le Chapitre eft compofé de
17. Dignitez & de 20. Chanoines
, entre lefquels il y en a cinq
Seculiers ; fçavoir , le Comte
d'Armagnac , & les Barons de
Montaut , de Pardaillan , de
Montefquiou & d'lfle . On
croit qu Auch n'eft devenuë
Metropoolitaine qu'aprés la
ruine d'Eaufe. Anfronius eft
le plus ancien Prelat dont nous
GALANT 231
ayons connoiffance . Il a eu d'il
luftres Succeffeurs.
rs
L'Evêché de Tournay , M
N…….. de Coëtlogon , Evêque,
de Saint Brieuc. Cet Evêque eft
d'une des meilleures Maifons
de Bretagne . M de Coetlogon
qui fervent fur mer ont beaucoup
fait parler d'eux dans les
Armées Navales de Sa Majesté,
& ils ont donné de frequentes
marques de leur courage & de
leur valeur . M I Evêque de
Quimpercorentin
eft auffi de la
Maifon de Coëtlogon , qui te
noit déja un rang confiderable
en Bretagne du temps des an
232 MERCURE
ciens Ducs . Elle Y eft alliée à
tout ce qu'il y a d'illuftre ; fçavoir
aux Maifons de Coëtquen,
de Boilaivre , & à plufieurs autres
. Le Roy dit au Prelat qui
donnc licu à cet Article , qu'il
l'avoit choifi pour achever dans ce
Diocefe , ce que fes Predeceffeurs
y avoientcommencé. Tournay eft
une Ville des Pays - bas , avec
Evêché ſuffragant de Cambray.
Elle eſt tres- ancienne , puifqu'il
en eft fait mention dans l'Irineraire
d'Antonin , & l'onziéme
Epître de S. Jerôme , Saint
Piar en eft le plus ancien Evêque.
Du temps de S. Medard ,
GALANT 233
vers l'an 62 3. le Siege de Tournay
fut uni à celuy de Noyon,
& a demeuré en cet eftat jufques
vers l'an 1148. qu'à la
priere du grand S. Bernard ,
Eugene III. qui avoit beaucoup
de deference pour ce
pieux Abbé , les fepara , & établit
un Evêque dans l'Eglife de
Tournay ; elle eftoit pour lors
fous la Metropole de Reims ,
& elle n'eft fous celle de Cambray
que depuis l'erection des
nouveaux Evêchez dans les
Pays-bas en 1559. Louis le
Grand prit cette Ville en 1667.
& elle luy eft reftée
Avril 1705
.
par
la Paix
V
234 MERCURE
d'Aix- la- Chapelle . Louis Guillart
Evêque de Tournay y fit
des Ordonnances Synodales en
1520. & Maximilien de Gand
en 1643.
L'Evêché de Caftres , M
l'Abbé de Baujeu , Chanoine &
Grand-Vicaire du Diocefe de
Nifmes. Cet Abbé eft du Diocefe
de Nifmes , il a un frere
Capitaine de Vaiffeau , & un
autre qui eft Capitaine des Gardes
de Marine à Toulon. Il eft
d'une naiffance diftinguée , &
il eft neveu de M' d'Eftoublon
Maistre d'Hoſtel du Roy , &
s'eft employé aux fonctions de
fon miniftere avec beaucoup
GALANT 235
rs
de fuccés. Ila Prêché dans les
meilleures Chaires du Royaume
& dans les plus confiderablesde
Paris , où il fit il ya quel
ques années le Panegyrique de
Saint Louis le jour de la Fefte
de çe Saint devant M de l'Acadenie
Françoife . Ml'Abbé
de Baujeu a cum plufieurs fois
occafion d'exercer fon zele
dans le Diocefe où il eft , & qui
eft rempli de Nouveaux Convertis.
L'Evêché de Caftres cit
un des plus confiderables du
haur Languedoc. Il eſt Suffragant
d'Alby , avec titre de
Comté. Cette Ville eft fur la
-
Vij
236 MERCURE
riviere d'Agout qui la fepare
en deux . Les Princes de Montfort
, de Bourbon , & d'Arma
gnac , ont efté Comtes de Caf.
tres , jufqu'au fameux Jacques
d'Armagnac , qui eut la tefte
coupée en 1477. fous le regne
de Louis XI . Ce Prince donna
cc Pays à Bouffit de Juges ,
Lieutenant de Roy en Rouffillon
, qui époufa Marie foeur
d'Alien d'Albret . Mais le Comté
de Caftres revint à la Couronne
fous François I. en 1 31.7 .
Jean XXII. y fonda un Evêché
, ce fut la premiere année
de fon Pontificat . Dieu-donné
"
GALANT 237
3
Severat , Abbé de Lagny au
Dioceſe de Paris , en fut le premier
Evêque. Il a eu d'illuftres
Succeffeurs. Jean de Prez, Americ
Natalis , le Cardinal Raimond
Majorofi , Gerard Machet
Confeffeur du Roy Charles
VII. Jean
d'Armagnac ,
Antoine de Veze , & c . Cè nouvel
Evêque de Caftres eſt de
l'Academie des Sciences.
-L'Evêché de S.Brieuc en Bretagne
àm² l'Abbé deBoiffieux.Cet
Abbé qui eft parent de Monſieur
Cardinal de Noailles & de
Monfieur le Maréchal de Villars,
demeure depuis pluſicurs an238
MERCURE
•
ya
nées dans le Seminaire des Bons?
Enfans , de la
Congregation
de S. Lazare , & il y a beaucoup
travaillé dans les Miffions que
les Peres de cette Congregation
font avec tant de fruit.Ml'Ab .
bé de Boiffieux ne demandoit
rien moins que l'Epifcopat , &
il ne fongeoit qu'à continuer
fes travaux pour la gloire de
Dieu & pour le fervice du prochain,
lors que le Roy la découvert
dans le fonds du Seminaire
où il ne ſongeoit qu'à ſe cacher .
Cet Abbé eft d'une maifon
tres - qualifiéé , alliée à celle de
Boiffieux de Dauphiné qui a
GALANT 239
donné d'illuftres Magiftrats au
Parlement de Grenoble . M' le
Marquis de Boiffieux , frere du
nouvel Evêque de S. Brieuc , a
époufé la foeur de Monfieur le
Maréchal de Villars . L'Evêché
de S. Brieuc , en Latin
Briocum , eft dans la haute Bretagne
. S. Brieuc, dont elle porte
le nom , en fut le premier Apo-
>
tre. Cette Ville eft entre les
rivieres de Trie & d'Arguenon.
L'Evêché cft Suffragant de
Tours. Il fut fondé environ
Fan 844. par Ncomene Duc
de Bretagne , du temps que le
Roy Charles le Chauve re240
MERCURE
gnoit en France . Les Auteurs
croyent que ce Pays eftoit celuy
des Anciens Biducéens dont
parle Ptolomée. L'Egliſe Cathedrale
de S. Eftienne a deux
groſſes Tours & un
pitre , Doyen ,
d'un Treforier , de deux Archidiacres
, d'un Theologal , d'un
Chantre , & de vingt Chanoines.
Cette Eglife
ofé de Can
Chas
a eu des Preláts
renommez
, entr'autres
S.
Guillaume
Pichon
, qui mourut
en 1234. & qui fut canonifé
par Innocent
IV . Le Palais de
Audience
& le Palais Epifcopal
y attirent la curiofité
des
étrangers
.
GALANT 241
étrangers. On remarque que
pendant les querelles des Maifons
de Blois & de Montfort ,
qui difputoient le Duché de
Bretagne , la Ville de S. Brieuc
fut toujours feule paiſible . Juhel
de Mayenne Archevêque
de Tours & puis de Reims , fir
en 1233. des Ordonnances Synodales
pour le Diocefe de S.
Brieuc , avec le confentement
de l'Evêque Guillaume Pichon .
L'Evêché d'Oleron , Με
l'Abbé de Revol , and
- Vicaire
du
Diocefe
de
Poitiers
: & qui
l'a
efté
longtemps
de
celuy
de Belley
. Cet
Abbé
, qui
Avril
1705
.
X
242 MERCURE
elt encore tout jeune , a déja
rendu de grands fervices à l'Eglife
, & ce n'eft pas de luy
qu'on peut dire qu'il a enfoui
fon talent , il a mis en oeuvre
depuis plufieurs années celuy
qu'il a reçu de la parole, Il a
prêché avec fuccés dans une
partie des principales Villes du
Royaume ; & il ne s'eft paffé depuis
longtemps aucun Carême
qu'il n'ait fourny cette longue
& penible carriere , avec autant
de zele & d'édification que
de fruit . Il a prêché deux Carêmes
de fuite à Belley , ce qui
prouve le plaifir qu'on avoit
GALANT
243
de l'y entendre. Il en a aufli
prêché à Lyon , en Normandie
, & trois ou quatre à Paris.
Il vient de prêcher le dernier
à Niort en Poitou , où il y a
un grand nombre de Nouveaux
Convertis , & c'eft fur la fin de
cette Miffion que le Roy qui
n'a en vue que de remplir
l'Eglife de faints & zelez Miniftres
, l'a nommé à l'Evêché
d'Oleron. Il eft fils de feu M
Pierre de Revol , dont je vous
ay appris la mort l'année derniere
, & frere de M'de Revol ,
Baron des Aveniers , qui a ſervi
plufieurs années , & qui a eu
IC
X ij
244 MERCURE
l'honneur de commander l'Ar
riereban du Dauphiné, pendant
une Campagne. Vous ayant
déja donné un ample détail de
la Maifon de Revol dans ma
Lettre de Février 1704. je ne
vous en diray rien de plus dans
celle- cy , finon que ceux qui en
font fortis fe font toûjours
diftinguez dans la profeffiondes
armes , & qu'elle eftoit déja
fur un grand pied dans le monde
longtemps avant Louis de
Revol , Secretaire d'Etat fous
Henry III. Ce grand Minif
tre dont nos Hiftoriens parlent
fi avantageuſement , fucceda à
GALANT 245
M Brulart qui fut éloigné du
Miniſtere en 1588. Il continua
fes fervices fous Henry IV .
qui l'employa aux Conferende
Noifi & de Surefne , & il
parla à ce grand Prince au fujet
de fa converfion avec une hardieffe
vraiement chreftienne . Il
mourut en 1594. & on voit
fon Epitaphe à Saint Germain
l'Auxerrois où il eft enterré.
Ennemont de Revol fon fils ,
eft mort Doyen du grand Confeil.
Il fut Evêque de Dol ,
mais n'ayant jamais pris poffeffion
de cette Dignité , il ceda
ch 1604. fon droit à Antoine
X
iij
246 MERCURE
de Revol fon coufin , qui fut
un faint Prelati, & qui mourut
en 1629. Le nouvel Evêque
d'Oleron eft Bachelier de Sor
honne , & il eft frere de M de
Chatellard , dont je vous ay ap+
pris la mort.
41 420 ROT
Oleron eft une Ville fur le
Gaver, dans la Province de
Bearn , avec Evêché fuffragant
d'Auch. Les anciens l'ont nommé
Iluro , Ilurona , &c. La Ville
qui eftoit grande & belle fut
ruinée par les Normans dans le
neuviéme fiecle , & enfuite ret
bâtie vers l'an 1080. par Cenulle
, Vicomte d'Oleron. Elle
•
GALANT 247
eft fitué fur une éminence avec
une vicille Tour , arrofée de la
riviere de Gave , qui la fepare
dun Fauxbourg , dit de Sainte
Marie , où eft le Siege Epifco
pal. Saint Grat Evêque d'Ole
ron affifta au Concile d'Agde
Fann506.Ven 573. Licera fe
trouva à celuy de Paris , qui fut
le quatrieme tenu en cettegran
de Ville . Le même Prelat fe
trouva à celuy de Mâcon tenu
en 585. en 657. Abient fouf
crivit au huitiéme de Tolede,
Dans le penultiéme fiecle Ole
ron fouffrit beaucoup par les
perfecutions des Calviniſtes qui
X
iiij
248 MERCURE
s'en rendirent les maiſtres . La
Reine de Navarre mit fur
le Siege Epifcopal Gerard le
Roux , qui eftoit de leur party
& qui eftoit l'Auteur de tous
les maux que l'on faifoit fouffrir
aux Catholiques , Le Gave
d'Oleron eft formé de ceux
d'Afpe & d'Offeau qui fe joi
gnent au de ffous de la Ville.
Il faut lire l'excellente Hiftoire
de Bearn du ſçavant M²
de Marca Archevêque de Paris.
Ml'Abbé de Revol fuccede
à M Antoine Simon de Magny
, Docteur de la Maifon &
Societé de Sorbonne , Doyen
re
NGALANT 249
de Saint Crefpin de Soiffons ,
mort , ainfi que je vous l'ay déja
marqué , fans avoir efté Evêque
d'Oleronohater
ZOL'Evêché de Belley , M ' l'Ab
bé Madot, Abbé de l'Auroy en
Berry . Il travaille avec édification
depuis plufieurs années
dans la Communauté des Pretres
de Saint Sulpice . Il eft d'u
ne ancienne Maiſon de la Province
de la Marche . Son bif
ayeul, fon grand pere, fon pere,
& fon frere , ont efté fucceffivement
Lieutenans generaux
au Prefidial de Gueret, Capitale
de la haute Marche , & Dioce
250 MERCURE
qui
fe de Limoges dont il eft éloigné
de quatorze lieuës . Il a un
autre frere qui commande la
Cavalerie de Monfieur le grand
Duc de Tofcane , & quicht fort
bien en cette Cour- là. Il a auffi
un autre frere tres habiles q
pendant quelques années a elté
Official de M l'Evêque de Li
moges, & que Son Alteffe Monfreur
le Prince , a mis à la tefte
de fon Chapitre de Dammartin
, dont il occupe dignement
le Doyenné . Sa famille eft al
liée aux Maifons les plus diftinguées
de fa Province , par
leur nobleffe & par leurs en
"
GALANM 251
plois. Il n'eft âgé que de tren
te quatre ans . Ce nouveau Prelat
a donné dans les meilleures.
Chaires de Paris , des marques.
du talent qu'il a pour la Predi
cation. Il n'a jamais ceffe fes
travaux dans l'étendue de la
Paroiffe de S. Sulpice , & ſonzele
parut augmenter aprés avoir
efté nommé Abbé par le Roy
en 1702. Monfieur le Cardi
nal de Noailles qui a pour luy
une eftime particuliere , l'a
nommé Superieur des Hermi
tes du Mont-Valerien. Il eftoit
Confeffeur de feu M' le Comte
d'Aubigné , frere de MⓇ de
252 MERCURE
Maintenon ; & perfonne n'i
gnore qu'il a un talent parti
culier pour la conduite des a
mes . Je vous parlay amplement
de Belley , en vous apprenant
la mort du dernier Evêque. Je
n'ay rien à vous en dire à prefent
, finon que l'Evefque eſt
Seigneur fpirituel & temporel
de la Ville ; que le Chapitre de
la Cathedrale eftoit autrefois
regulier , & qu'il fut fecularifé
en 1579. Cette Ville fut brû
lée en 1385. On peut voir
fur ce fujet Guichenon . Il y
a un Baillage & une Election
à Belley . Ces deux Jurifdictions
•
GALANT 253 ·
ont cu d'habiles Magiftrats.
M de Bullion de la mefine
Maifon que le Surintendant des
Finances , qui eftoit grand pere
de M' le Prevoft de Paris , fut
le premier Lieutenant general
en ce Siege , aprés l'échange de
ce Pays & de la Breffe , avec le
Marquifat de Saluces , faite en
1601...
M' l'Abbé de Sanfay a eu
le Doyenné de l'Eglife Royale
& Collegiale de Saint Martin
de Tours , vacant par la mort
de M. l'Abbé de Magny, nommé
à l'Evefché d'Oleron . Cet
Abbé eft Docteur de Sorbon
254 MERCURE
ne. Il quitte un Canonicat de
Tournay pour prendre cette
Dignité. Il eft d'une des meilleures
Maifons de Poitou. M
le Comte de Sanfay fon pere ,
a fervy toute fa vie & fon frere
eft Brigadier des Armées du
Roy, & a eu l'honneur d'eftre
Aide Camp de Monfeigneur
le
Duc de Bourgogne. Sa Maifon
eft alliée à ce qu'il y a de
plus confiderable
en Bourgo
gne. M' l'Abbé de Sanfay a
efté élevé dans le Seminaire de
Saint Magloire , où il a donné
de grands exemples de vertu.
Le Benefice qu'il va remplir eft
va
GALANT 255
que
un des plus confiderables du
Royaume , & comme il n'a pas
encore efté poffedé par des per
fonnes auffi jeunes que M
l'Abbé de Sanfay , il faut
Cet Abbé ait beaucoup de
merite pour avoir efté jugé
digne de le remplir. M Rou
lier qui l'avoit efté avant feu
M'l'Evefque d'Oleron , avoit
fucccdé à M. de Laval - Bois-
Dauphin , Evefque de la Rochelle
, & à Meflicurs les Cardinaux
de Richelieu. Cette dignité
à laquelle le Roy nomme
comme Abbé , & le Chapitre
confere, a cfté poffedée par plu
*
256 MERCURE
fieurs Evefques , Cardinaux &
Chanceliers de France . Deux de
Babou , Evefques d'Angoulef
me, dont le dernier eftoit Car
dinal , & le premier Maiſtre des
Requeftes , l'ont eu fucceffivement.
Philippes de France , fils
du Roy Louis le Gros & frere
de Louis le Jeune : Charles de
Bourbon , Jean de Blois , Thibaut
du Perche , Nicolas de
Roye , Archambault de Ven,
tadour , Alberic Evefque de
Chartres , de Rely Confeffeur
du Roy Charles IX. Evefque
d'Angers , Jean de Morvilliers
Evefque d'Orleans , Confeiller
GALANT 257
d'Etat , Gui , Cardinal ; Jean
d'Aubergenville ; Pierre Chalon
; Etienne de Mornay; Guillaume
de Sainte-Maure ; Pierre
d'Orgemont , Chancelier &
Garde des Sceaux , ont pofledé
ce Benefice.
L'Abbaye de S. Crefpin
Diocefe de Soiffons , vacante
par la mort de M ' l'Abbé de
Magny , nommé Evefque d'Oleron
, a efté donnée à м l'Abbé
Malherbe , Chanoine de Senlis.
Cet Abbé qui a eu foin de l'éducation
de Mr le Marquis de
Chamillart , a beaucoup de merite.
Il fçait parfaitement les
Avril 1705 . Y
258 MERCURE
belles Lettres , auffi bien que
Hiftoire facrée & prophane.
Le fuccés des foins qu'il s'eft
donné auprés de M le Marquis.
de Chamillart , en dit plus à
fon avantage que tous les éloges
que je pourrois vous en faire.
L'Abbaye de S. Crefpin a
produit de grands fujets dans
fe penultiéme & dans le dernier
ficcle. Parmy les Religieux qui
la compofent aujourd'huy ,
en a d'une vafte & profonde
érudition. Au refte , on fçait
que Soiffons eft une des Villes
du Royaume , où l'on cultive
* le plus les belles Lettres de
ily
GALANT 259
L'Abbaye de Quarante , Dio
cefe de
Narbonne , vacante par
la mort de Mr l'Archevelque
d'Auch , à Mr l'Abbé Joüang
fils de M Joüan , Huillier de
la Chambre du Roy, & qui ferr
Sa Majelté depuis un grand
nombre d'années avec un zele
& une affiduité qui font plus
fon éloge que tout ce que
fen pourrois dire. Mr l'Abbé
Jouan eft tres - habile dans les
matieres Ecclefiaftiques , il s'y
eltappliqué avec un grand fuc
cés depuis la plus tendre jeuneffe.
L'Abbaye de Quarante
a cfté poffedée par de grands
Y ij
260 MERCURE
Perfonnages , & elle a produit
de fçavans hommes, & de profonds
Theologiens y ont pris
les élemens de la Scholaftique.
L'Abbaye de Maufac , Diocefe
de Clermont , vacante par
la mort de Mr l'Abbé d'Al
bon , Comte de Lyon , à Mr
l'Abbé Charpin de Genetines ,
auffi Comte de Lyon & grand
Vicaire de S. Flour, Cet Abbé
eft frere de Mr le Comte de
Genetines , grand Cuſtode de
l'Eglife Cathedrale de Lyon ,
& neveu Mr le Comte de Gel
netines , qui avoit poffedé la
meline Dignité. Ces .M' ont
NGALANT 261
un frere Religieux de Savigny ,
qui eft un homme d'un grand
merite. La Maiſon de Charpin
Genetines eft bonne & ancien
ne. Elle eft alliée à celle duP ere
de la Chaife & à d'autres des
plus confiderables des trois
Provinces de Lyonnois , Foreft,
& Baujollois. Mr l'Abbé de
Genetines qui vient d'avoir
l'Abbaye de Maufac, eft Preftre
depuis une année , & dés qu'il
fut revétu de ce caractere , it
accepta le grand Vicariat de S.
Flour
, que Mr de Saint Flour,
autrefois fon Confrere , luy
offrit.
262 MERCURE
L'Abbaye de Jau Diocefe
de Perpignan , à Mr l'Abbé
Chaupi, qui eft du melme Pays
Cet Abbé eft tres- eſtime , &
Mr l'Evefque de Perpignan en
fait un cas particulier , & c'eft
fur le témoignage avantageux
qu'il en a porté au Roy , que
ce Prince toûjours attentif à ne
donner que de bons fujets à
l'Eglife , l'a nommé à ce Benet
ficc. Mr l'Abbé Chaúpi ſçait
parfaitement l'Hiftoire Eccles
fiaftique , il prefche auffi avec
beaucoup de fuccés , & il eft
peu de talens de ceux qui conviennent
aux perfonnes de fon
GALANT 263
eftat , qu'il ne raffemble en luy.
L'Abbaye de Jau s'eft toûjours
diftinguée par l'édification avec
laquelle on y profeffe la Regle,
L'attention des Superieurs fur
ce point y a toûjours confervé
le premier efprit du Fondateur ,
& c'eft fans doute ce zele pour
Fobfervation de la Difcipline ,
qui y a produit tant de faints
Perfonnages
.
L'Abbaye de Saint Jean ent
Vallée , Diocefe de Chartres ,
fur la prefentation de Monfieur
le Duc d'Orleans , à Mr
Abbé le Maçon des Rabines,
C'eft un des Aumôniers ordi
264 MERCURE
h
naires de Son Altefle Royale ,
prés de la Perfonne de laquelle
il a eu l'honneur de fervir avec
diſtinction en cette qualité ,
dans toutes les Campagnes que
ce Prince a faites. Il eft de la
noble & ancienne famille des le
Maçon de Treves , dans laquel
le il y a eu un Chancelier de
France fous Charles VII. qui
s'eft rendu recommandable par
fa profonde capacité , & par
fon attachement inviolable à
fon Maiftre. Cette famille eft
alliée à plufieurs des plus illuf
trés familles du Royaume ; fçavoir
, à celles de Beauveau , du
Bellay ,
T
GALANT 265
Bellay, de Bueil , de Quatre-
Barbes , de Frefeau de la Freſeliere
, de Vanſſay , & de Perrien
, dont eſtoit le Marquis de
Crenan Gouverneur de Condé
& Lieutenant general des Armées
du Roy , mort à Cremone
de fes bleffures . L'Abbé
dont je vous parle eft Docteur
en Theologie , Chanoine de la
Cathedrale du Mans , & parfaitement
honnefte homme. Il
eft fort aimé dans la Cour de
Monfieur le Duc d'Orleans
& dans fon Chapitre.
L'Abbaye de Vaucler , Diocefe
de Laon , à Dom Parvil-
Avril 1705
.
Ꮓ
266 MERCURE
lez. Ce Religieux ne s'attendoit
pas à l'honneur que le Roy luy
a fait , & ila même eu bien de
la peine à l'accepter. Son merite
particulier , & les lumieres
qu'il a acquifes dans les differens
emplois qu'il a eu dans fon
Ordre ,l'en rendent pourtant
tres- digne. Le choix que le Roy
vient de faire de fa perfonne ,
confolera les Religieux de Vaucler
de la perte qu'ils ont faite
de leur dernier Abbé . C'eſtoit
un homme entierement appliqué
à fes devoirs , & qui ne fongeoit
à autre chofe qu'à les
remplir & à les faire obferver
GALANT 267
à ceux qui eftoient fous fa dépendance.
L'Abbaye de Gomerfontaine
vacante par la mort de M
de Grancey , à M° de la Vieuville.
Cette Dame qui eft d'une
naiffance & d'un merite diftingué
eft connue dans le monde
pour une perfonne tres -habile
& tres- entendue dans la conduite
d'une Communauté. Elle
a donné des preuves de fon intelligence
dans les affaires les
plus delicates , & où il n'y a
qu'une longue experience qui
puiffe faire prendre un jufte
parti. Le nom de la Vicuville
Z ij
268 MERCURE
eft fi connu dans le monde , &
y eft d'une fi grande diſtinction
que je ne pourrois rien vous en
apprendre de nouveau . L'Abbaye
de Gomerfontaine eft
dans le Dioceſe de Roüen ; la
Communauté eft remplie de
perſonnes de diſtinction , & qui
font pour la plufpart des filles
de qualité. On y vit dans le
penultiéme fiecle une Religieufe
qui vivoit dans une grande
opinion de Sainteté . Elle avoit,
dit- on, le don de Prophetic.
On affure qu'elle avoit prédit
à François I. le malheur qui luy
arriva à Pavie .
GALANT 269
Le Roy a donné un Canonicat
de l'Eglife de Mets à M
l'Abbé de Favancour . Cet Abbé
eft Docteur de Sorbonne ,
& aprés avoir fini fa Licence
il fe mit dans la Communauté
de Saint Sulpice , où il travailla
avec édification au falut des
ames . Il a cfté élevé au Seminaire
des Bons - Enfans & au
College des Cholets . Il eſt d'une
tres bonne Maifon de Picardie
; fon frere eft premier
Brigadier de la Compagnie des
Moufquetaires gris . Mª l'Abbé
de Favancour eft tres - habile
- Theologien , & il eftoit un des
Z iij
270 MERCURE
plus forts de fa Licence ; il a
le don de la parole , & il a annoncé
celle de Dieu en quelques
occafions , qui ont fait juger
que ce don n'eft pas un de
ceux dont il foit le moins favorifé
. La Communauté de S. Sulpice
fera fort fenfible à la perte
qu'elle fera lors qu'il ira prendre
poffeffion de fon Benefice ; & les
biens qu'ilfaifoit dans la Paroiffe
l'y feront fort regretter.
M' l'Abbadie a efté auffi
pourvû d'un Canonicat de
Mets. C'eft un tres -bon fujet
que le Roy donne à cette Eglife
. Cet Abbé a donné dans plu-
1
GALANT 271
fieurs Communautez où il a
demeuré , de grands exemples
de vertu , & il eft peu d'Ecclefiaftiques
qui apportent plus d'attention
à leurs devoirs que luy.
M' l'Abbé l'Abbadie eft treshabile
, & ce n'eſt pas feulement
dans la fcience de fon
eftat qu'il excelle , plufieurs autres
même de celles qui luy devroient
paroître plus étrangeres
, ne luy font pas inconnuës .
Il eft bon Geometre , & il a
toûjours marqué beaucoup de
gouft pour cette Science qui en
rebute tant d'autres . D
M' l'Abbé de Dregeana eu
-Z iiij
272 MERCURE
le Canonicat vacant à la Sainte
Chapelle de Vincennes. Vous
fçavez que cette Egliſe fut fondée
par le Roy Charles V. dit
le Sage , fils du Roy Jean. Le
Chef de ce Chapitre porte le
nom de Treforier . C'eft M'
Bochart de Saron qui l'eſt depuis
quelques mois , par la démiffion
de M' l'Abbé Heron ,
-Aumônier de la feuë Reine. M
l'Abbé de Dregean fera honneur
à ce Chapitre par fa probité
, par la pureté de ſes moeurs
par fes lumieres. Il eft bon
Theologien , il s'eft toûjours
fort attaché à la Scholaſtique ,
&
GALANT 273
& il eft peu de difficultez fur
cette Science qui luy échapentot
andel ons : out
La lecture de la Lettre qui
fuit vous fera connoiftre que
cette Lettre m'a efté adreffée.
A Berlin le 4. Avril 11705.
Vous n'ignorez pas , Monfieur,
l'irreparable perte qu'a fait nôtre
Cour, enperdantfon incomparable
Reine , qu'une mort imprevuë
prematurée nous ravit le I. de
Fevrier. Voftre Cour qui la vit
avec admiration , dans le temps
274 MERCURE
qu'ellene faifoit que fortir de l'enfance
, comme vous le publiaftes
alors dans voftre Lettre du mois de
May 1684 n'aura pas efté infenfible
au coup fatal qui l'a mife
dans le tombeau à la fleur de fon
âge. Mais vous , Monfieur , qui
fites l'eloge de cette merveille naiffante
, dont voftre Courfut charmée
, & qui avez tant de fois
pris plaifir à le retoucher , croyiezvous
eftre obligé à donner fi- tôt la
relation de fa Pompe funebre ?
Vousfouvient-il de cetteprediction,
qu'on trouve dans le volume
je viens de citer , où dans un Ballet
fait à Hanover pour le divertif
que
GALANT 275
fement de cette jeune Princeſſe
qui n'eftoit point encore mariée
une des Actrices en parle en ces
termes :
Le Ciel luy doit une Couronne
Et l'Amour l'unira
luftres liens .
par d'il-
La prediction a eu fon accompliffement.
Le Roy de Pruffe fon
augufte Epoux lui a mis de fa
propre main la Couronne fur la
tefte. Vous en parlez , Monfieur,
dans voftre Lettre de Fevrier de
1701 , & on ne pouvoit voir
de plus doux , ni de plus illuftres
liens ·que les leurs . Mais helas !
276 MERCURE
qu'ils ont peu duré.
4 *
je
Vousfouvient-il encore du Portrait
que vous en fites au mois de
Decembre de la même année ?
Quelque achevé qu'il foit , il n'étoit
neanmoins point flatté :
ne fçai fi on ajamais vû fur le
Throne tant de beauté , tant d'élevation
d'ame & d'efprit , tant
de fageffe , tant de vertu & tant
de douceur enfemble. Faut - il que
tout cela ait difparu ? Que le Ciel
nous aitravifa grande ame, que
leplus beau corps du mondefoit renfermédans
un trifté tombeau ?
Elle la rendit fa grande ame au
milieu de toute fa famille entre les
GALANT
277
de
deux
freres ,
bras d'une mere ,
que
&
& d'un oncle , qui fe trouvoient
tous à la Cour d'Hanover , dont
elle ne faifoit pas moins les delices
de la fienne. Une courte maladic
l'emporta le troifiéme jour
qu'elle fe fuft mife au lit ,
changea tous les jours defefte en des
jours du plus profond & du plus
veritable deüil qui fuft jamais .
Elle feule , pendant que ceux qui
eftoient dansfa chambre ,fondoient
en larmes , ne témoignoit ni douleur
ni foibleffe : & apres avoir
donné toutes les marques defoy &
de pieté qu'on pouvoit fouhaiter ,
elle envisagea la mort avec une
278 MERCURE
fermeté
dont
efté capables
.
pen
de Heros ont
Son Corps , aprés avoir efté
embaumé , fut mis fur fon lit de
parade enrichi de tous les Ornements
Royaux , & illuminé de
flambeaux de cire blanche. Pendant
qu'il y repofa il fut gardé
par fes Filles d'honneur & par
lesprincipales Dames de la Cour
& de la Ville , par deux Chambellans
de l'Electeur , trois
par
Gentilshommes
de la Chambre &
quatre de la Cour , outre les Pa-..
ges & les Valets de pied. Ily eut
auffi toujours une Garde compofée
de vingt-quatre Gardes du
GALANT 279
Corps , & commandée par leur
Officier
.
Le Corps partit le 9. de Mars
de la Cour d'Hanover , qui fit
les honneurs du Convoy jufques
fur les Frontieres , d'où le Roy le
fit conduire dans fa Capitale , &
dépofer dans la Chapelle ardente ,
où le Caftrum doloris qu'on lui
avoit préparé. Lune & l'autre
Cour , ainfi que celle de Zell ,
ayant temoigné dans une fi trifte
Ceremonie , fa douleur fa
& Sa
magnificence. Je
neray qu'un détail fuccinct.
ne vous en don
Le 8. de Mars on notifia le
départ du Corps pour le lende
280 MERCURE
main , le Château de l'Electeur fut
fermé , on y pofa des Gardes
pour en deffendre l'entrée aux ſpectateurs
, dont la multitude n'euft
pas manqué de caufer de la confufion
.
Le 9. ce trifte e pompeux
cortege commença fa marche.
deux Fouriers à cheval en habit
noir en manteau longparurent
les premiers pour donner les ordres.
Les caroffes de l'Electeur,precedez
par les Domestiques
Pages à cheval
par les
venoient au
nombre de douze , fuivis des
Trompettes & des Timbales . Le
Grand- Maréchal, le Capitaine
GALANT 281
du Château les fui-voient. On
voyoit aprés les Chevaliers
& les
Gentilshommes fervants ; & tette
marche eftoit fermée par deux
Miniftres d'Etat , qui avoient
au milieu d'eux le Grand- Maître.
de la Maifon de la Reine ; tous
à cheval , en habits de deuil ,
avec leurs manteaux longs.
Alors parut le Chariot portant
le Corps , & tirétar huit chevaux.
le Ciel ou le Dais qui couvroit le
cercueil étoit foûtenu par deux
Generaux Majors , par le premier
Capitaine , par le Grand L'eneur
de la Cour , & par deux
Brigadiers
; quatre Lieutenants
Avril
1705 . Aa
282 MERCURE
Generaux en tenoient les quatre
coins aux côtez du Chariot
marchoient , le Comte de Platte à
la droite
Kilmanfeck, à la gauche .
Vingt-quatre Gardes du Corps ,
douze d'un cofté & autant de l'autre
en manteaux noirs , & avec
le Baron de
le creſpe aux chapeaux & à leurs
Pertuifanes , dont ils tenoient la
pointe baiffée contre terre , venoient
aprésle Chariot ,fuivis d'unpareil
nombre de Valets de pied de l'Electeur,
& rangez de même.
La Maison de la Reine venoit
enfuite dans les Carroffes du Roy:
1. La Femme du Grand-Maiftre.
GALANT 283
-2°. Les Filles d'Honneur. 3. Les
Caroffes de Sa Majefté. 4° . Ceux
où eftoient les Femmes de Chambre
de la Reine ;
cheval marchait le dernier.
un Fourier à
J
Lorfqu'on fut arrivé fur la
Frontiere , ou finiffent les Etats
d'Hannover , & qu'on entrafur
ceux de Son Alteffe Sereniffime
Monfieur le Duc de Zell , on
trouva un autre Cortege affemblé
par fes ordres , qui ne le cedoir
pas en magnificence au premier , &
qui accompagnale Corpsjuſqu'aux
Frontieres des Etats du Roy .
Ce fut là que le Grand Maréchal
de Sa Majesté , avec deux
A a ij
284 MERCURE
Chambellans une grandefuite
de
Gentilshommes de fa Cour ,
vint recevoir le Corps . Les Trompettes
& les Tymbales fuivoient
dans un appareilconvenable à cette
lugubre Ceremonie ; les Pages &
les Valets depied venoient enfuite.
Un Efcadron des Gardes du Corps
defix- vingts Maiftres marchoient
aprés , menez par le General Ma
jor : & its eftoient fuivis de la
Nobleffe de Magdebourg
des
Maiftres des Chaffes du Pays
accompagnez
de tous leurs Chaf
feurs.
$
&&
#
Par tout où paffoit le Corps ,
dans les Villes dans le Villa
GALANT 285
ges , on fonnoit les cloches ; les
Magiftrats ou Syndics , auffi bien
que le Clergé , tous en habit de
deüil , tefte nuë , venoient le
recevoir aux Portes. La Bourgeoifte
fe mettoit fous les armes ;
les Soldats faifoient la même chofe
-dans les Places de
fon
&
à l'arrivée du Corps onfaifoit trois
décharges du canon.
Pendant toute la marche lepremier
Ecuyer de la Reine fut toujours
aux coftez du Chariot , లో
un Chambellan à la gauche , &
par tout où l'on fit des Entrées ils
portoient les quatre coins du drap
qui couvroit le cercueïl , aidez de
286 MERCURE
deux Centilshommes de la Reine.
Cefutdans cet ordre qu'arriva
le Corps de la Reine à Berlin le
Dimanche zz. de Mars , entre
buit & neufheures du foir. Son
arrivéefut annoncée par le fon des
cloches , &par le bruit du canon ,
dont cent pieces firent trois déchar-
•ges confecutives.
Soixante-fix caroffes , qui l'allerent
recevoir, le precederent , &
quatre - vingt Gentilshommes à
cheval l'accompagnerent ; deux
mille flambeaux de cire blanche
portez par des hommes vêtus de
deuil , éclairoient ce Cortege funebre
, & leur lumiere diffipoit
GALANT 287
Tobfcuritéde la nuit.
Plus on avançoit vers le Châreau
, & plus les illuminations
augmentoient. Toutes les feneftres
de la rue depuis la Porte S. George
, ou la Porte Royale , par où on
entroit , jufqu'au Pont-neuf bâti
fur la Sprée , comme le vôtre fur
la Seine , eftoient éclairées. Tout
ce Pont l'eftoit luy- même par deux
rangées deflambeaux de cire blanche
, une de chaque cofté; ainſi que
Lavant- cour du Chasteaujufqu'à
la Chapelle.
Les rues depuis la même Porte
jufqu'au Pont eftoient bordées du
Regiment des Gardes , qui for
288 MERCURE
+
moient deux hayes , & depuis le
Pont jufques devantle Chasteau ,
eftoit un Bataillon de Grena-
› diers , qui eft auſſi la Garde du
Roy , & un autre occupoit l'a-
Vancour. Les Cent Suiffes placez
dans la derniere cour s'étendoient
jufqu'à la Chapelle , un Page entre
deux Suiffes tenant en chaque
main unflambeau de cire blanche,
ce quifaifoit une illumination extraordinaire.
Le Chariot s'en eftant approché
, le Prince Royal
accompagné
de leurs Alteffes Royales
Meffieurs
les Margraves
, freres du
Roy , de toute la Cour , alla
recevoir
GALANT 289
recevoir le Corps , ainfi que fit Son
Alteffe Royale Madame la Margrave
, accompagnée defes Dames
& des Dames de la Ville. Dix
Chambellans porterent le Corps à
La Chapelle , & le poferentfür un
riche Piedestal ou Catafalque ,
couvert d'un Poëfle de velours
noir , femé d'Aigles de Pruffer
élevé fous un Dais tres- magnifi-
•que aux Armes de Pruffe & de
Hanover , & furmonté d'une
Couronne d'or.
Toute la voûte de la Chapelle
eft argentée ; les murailles "font
tendues de velours noir avec des
bandes & des lez de brocart d'ar-
Avril 1705 .
Bb
290 MERCURE
gent, garnis d'écuffons aux Armes
"de la Reine , & la Chapelle eft
remplie de Statuës grandes comme
le naturel , auffi argentées
, qui
environnent
le cercueil de cette
Princeffe , & qui repreſentent les
Vertus qui pleurent fa mort , chacune
ayantfon fymbole qui la diftingue.
Je nene vous parleray point
desflambeaux de cire qui éclairent
nuit jour la Chapelle , des bras
d'argent qui les foutiennent , des
girandoles , des luftres , des couronnes
, dont quelques- quelques - unes font
pofees fur des appuis , & d'autres
font fufpendues.
Mais je ne puis paſſer fous fi
GALANT 29r
lence la Couronne qui fervit au
Sacre de la Reine ; on la voit fur
un carreau de velours cramoifi
avec le Sceptre & le Globe fur
un autre carreau de la même étoffe,
tous trois enrichis depierreries de
grandprix, & couverts de crefpes.
C'est dans cette Chapelle ardente
ainfi ornée que repofe , & repofera
jufqu'au jour de l'Enterrement,
le Corps de la Reine , gardé
par un Chambellan , deux Gentilshommes
de la Chambre , quatre
Pages , deux Officiers , l'un des
Gardes du Corps , & l'autre des
Suiffes , chacun avec douze hommes
de leurs Corps ;
un troifié-
Bb ij
292 MERCURE
A
que
les
me Officier avec des Grenadiers ",
qui gardoient la porte en dehors ..
F'oubliois à vous dire
Ambaffadeurs de Suede , de Pologne
, de Savoye , & les Miniftres.
des autres Cours qui fe trouvent
ici , ont voulu voir cet auguſte
& trifte appareil , & n'ont pas
efté moins charmez de la magnifide
nôtre Cour , que touchez de
Ja douleur.
Il ſemble qu'elle foit generale;
ce n'eft pas le deuil de notre Cour
feulement , c'est celuy de toutes les
Cours de l'Europe. Celle de l'Empereur
n'a pas attendu que la mort
lui fuft notifiée pour prendre le
GALANT 293
noir , & Vienne n'a paru guere
moinsfenfible que
Berlin à une fi
grande perte.
Voila , Monfieur
, ce que j'avois
à vous aprendre
d'une mort dont le
Roy a de la peine àfe confoler, &
quefes Etats pleureront
longtemps
.
Les obfeques
qu'on aremis au 29.
Fuin , & dont je vous envoyeray
la Relation , acherveront
de vous
perfuader
de la fomptuofité
de nôtre
Monarque
, auffi bien
amour pour l'admirable
Epoufe ,
dont il honore la memoire par
depenfes
toutes Royales.
que
de fon
des
Il faut avouer que la lecture 4
Bb iij
294 MERCURE
de tout ce qui fe fait à la Cour
de Berlin , doit faire beaucoup
de plaifir , eftant toûjours diftingué
par un caractere de gran
deur & de magnificence.
Monfieur le Duc Maximilien
Philippe -Jerôme de Baviere , eſt
mort à Turkeim , au de - là du
Leck , dans fa foixante - feptiéme
année ; il ne laiffe point d'enfans
de la Princeffe Loüife de
la Tour , dite , Mademoiselle de
Bouillon , fille de Frederic Maurice
de la Tour d'Auvergne ,
Duc de Bouillon , & foeur de
Monfieur le Duc de Bouillon ,
de Monfieur le Cardinal de
Bouillon & de Monfieur le
Comte d'Auvergne . Il l'avoit
épousée le 26. Avril 1668. il a
>
GALANT 295
fait heritier univerfel de fes
biens & de fes Etats le fecond
des fils de Monfieur l'Electeur
de Baviere , fon neveu . Ce Prin
ce a donné dans le cours de fa
vie des preuves . de fa valeur &
de fa prudence ; de fa valeur
dans les occafions militaires où
il s'eft trouvé , à la tefte des
Corps qu'il commandoit ; & de
fa prudence dans l'adminiftration
de la Baviere , que feu Monfieur
l'Electeur de Baviere Ferdinand-
Marie, & c. fon frere ,luy
confia pendant la minorité de
Monfieur l'Electeur d'aujourd'huy.
Perfonne n'ignore la
grandeur & la puiffance de la
Maifon de Baviere , mais tout le
monde n'en fçait pas le détail
genealogique qu'on fera bien-
Bb iiij
296 MERCURE
aife de trouver icy. Je dois dire
d'abord que la Baviere eft un
grand Pays d'Allemagne , avec
titre de Duché & d'Electorat
; qu'il a l'Autriche au Levant,
le Danube au Septentrion,
le Comté de Tirol au midy , &
la Soüabe au Couchant . La Baviere
a eu des Princes illuftres
& fans compter les Rois qui y
ont regné depuis le 5º fiecle jufqu'au
commencement du neuviéme
, la Maifon qui regne aujourd'huy
a donné deux Empereurs
à l'Alemagne Louis de Baviere
III du nom , & unautre qui
eftoit de la branche Palatine ;
des Rois à la Suede , au Dannemarck
, & à la Norvege , divers
Electeurs à l'Empire , & des
Comtes à la Hollande. Cette
GALANT 297
augufte Maifon doit fon commencement
à Othon de Witelspach
, qui en 1225. épousa Agnés
heritiere du Palatinat & de la
Baviere . La Maiſon de Witelspach
qui eft l'ancien nom de ces
Princes , eftoit déja dans une
grande confideration en Alle .
magne avant le treizième fiecle;
mais je me reduis aux Princes
qui ont gouverné la Bavieres
ainfi Othon fut fils de Louis I.
& celuy- cy l'eftoit d'Othon I.
dit le Grand , Comtede Schiren
& de Witelspach , & de Gertrude
de Saxe . Othon II . furnommé
l'Illuftre , qui commença
la Maifon de Baviere , parce qu'il
en époufa l'heritiere qui defcendoit
des anciens Rois de ce Païs,
en cut Louis le Viel ou le Severes
298 MERCUR £ -
ainfi nommé parce qu'il fit mourir
en 1277. für un injuſte ſoupçon
, Marie de Brabant fa femme .
Othon cut encore Henry Duc
de la baffe Baviere , pere d'Othon
, élu Roy de Hongrie en
1305. & Etienne qui en 1298 .
prit le parti d'Adolphe de Naf
fau , élù Empereur par une par
tie des Electeurs , aprés la mort
de l'Empereur Rodolphe , Chef
de la Maifon d'Autriche . Louis
le Severe époufa en fecondes nôces
Anne fille de Conrad Duc
de Maffovie , & en trofiémes
Mathilde fille de Rodolphe I.
Empereur . De fa feconde femme,
il' cut Louis de Baviere , qui
épousa Anne fille de Frederic
Duc de Lorraine , mais trois femaines
aprés fon mariage , ce jeu
GALANT 299
ne Prince fut tué dans un Tournoy
par le Comte de Hohenloë.
De Mathilde fa troifiéme
femme , Louis cut Rodolphe &
Louis III . Ces deux Princes
furent Chefs de deux grandes
Maiſons , Rodolphe forma la
Maiſon Palatine , dont l'Electeur
Palatin d'aujourd'huy eft
le Chef, & dont Madame , &
Madame la Princeſſe de Condé
font forties ; & Louis forma celle
de Baviere , qui fubfifte en la
perfonne de Monfieur l'Electeur
de Baviere qui en eft le Chef.
Je ne parleray que de la feconde.
Louis de Baviere troifiéme du
nom, fils puifné de Louis fecond,
dit le Severe , fut élu Empereur
en 1314 aprés la mort de l'Em300
MERCUR
E
pereur Henry de Luxembourge
Frederic le Beau , fils de l'Empereur
Albert ayant cfté élû
par quelques Electeurs , cette
double élection caufa un fchif
me fâcheux dans l'Empire ; mais
qui finit par la victoire que Louis
emporta fur fon Concurrent , qui
eftoit fon coufin germain , à la
bataille de Muldorf en Baviere
en 1322. il le prit prifonnier &
le retint en prifon pendant trois
années. Louis aprés ce fuccés
qui le rendoit feul maistre de
l'Empire , eut de grands démêlez
avec le Pape Jean XXII.
auquel il oppofa un Antipape
fous le nom de Nicolas V. Il
mourut âgé de foixante- trois
ans aprés en avoir regné trentetrois
, en 1346 Eftienne preGALANT
301
mier fon fils aîné luy fucceda .
Louis le Romain , & Othon le
Degeneré, tous deux Electeurs &
Marquis de Brandebourg, fes fils
puifnez , moururent fans pofterité.
Guillaume l'Infenfé & Albert
furent Comtesde Hollande,
& fes derniers enfans . Ainfi ce
fut cet Empereur qui comença la
branche dite Guillelmine. Etienne
I. furnommé l'Agrafé , mourut
en 1375. D'Elifabeth de Si
cile & de Marguerite , fes deux
femmes il laiffa Eftienne II .
Frederic & Jean , qui formerent
les trois branches d'Ingolftad , de
Landshut , & de Munich. Etienne
II . dit le Jeune , & mort en
1413. laiffa de Thadée Viſcomti
des Ducs de Milan , fa premiere
femme , Ifabeau de Baviere ,
302 MERCURE
époufe de Charles V I. Roy de
France , & Louis dit le Barbu ,
Comte de Mortagne . Louis le
Barbu ne laiffa qu'un fils naturel,
Louis le Bofu , qu'il voulut
faire fon heritier , mais dont il
reçut de grands chagrins , puifque
ce fils dénaturé le voulant
dépoüiller , l'arreſta & le retint
en prifon. Ce pere infortuné
n'en fortit qu'après la mort de
fon fils ; il mourut luy- même en
1447.
Frederic fon oncle & fecond
fils d'Etienne Agrafe ,
luy fucceda & mourut en 1293.
laiffant de Madelaine Viſcomti
fon épouse , foeur de Thadée ,
dont j'ay parlé , Henry le Riche
qui mourut en 1450. laiffant
d'Anne fille d'Albert IV . Archiduc
d'Autriche , Louis le Ri
GALANT
303
"
Il
che. Ce
Prince eftoit
courageux ,
magnifique
&
genereux . On
l'accufa
d'avoir un peu trop de
fierté.
N'ayant pas lieu de fe
loüer de
l'Empereur
Frederic
IV . il déchira par
mépris les
Lettres que ce Prince luy écrivit
en 1477. Il
mourut en 1479.
laiffant
d'Amelie de Saxe , Geor
ge , qu'on
nomma
auffi le Riche
II augmenta
l'Univerfité
d'Ingolftad
& mourut
fans enfans .
Ainfi la pofterité des deux aînez
d'Etienne
l'Agrafé
manquant ;
celle de fon
troifiéme
fils fe mit
en poffeffion
de la Baviere . Jean
Prince de
Munich dont j'ay parlé
, eut de
Catherine
fille de
Meinhard
Gomte
Garicie, Guillaume
& Erneft , le
premier
ayant
perdu fes deux fils , Al304
MERCURE
#1
bert III. dit le Debonnaire , fils
d'Erneft & d'Alix de Milan
fucceda. Il refufa la Couronne
de Boheme en 1440. qu'on luy
offrit au préjudice de Ladillas ,
fils pofthume de l'Empereur
Albert III. Il eut efté à fouhaiter
pour l'autre branche de la
Maifon de Baviere que Frederic
V. euft , fuivi cet exemple
domestique en 1619. Albert III.
D'Anne fille d'Eric Duc de
Brunfvic & de Lunebourg, laiffa
Albert IV.dit le Sage .Ce Prince
auffi heureux que fage recueillit
la fucceffion de Jean , Sigifmond
, & Chriftophle , fes freres
morts fans enfans , & celle
des branches d'Ingolftad , & de
Landshut , ayant exclus Robert
le Vertueux de la fucceffion de
GALANT 305
Georges le Riche , ce qu'il executa
avec tant d'adreſſe & de
prudence qu'on luy en donna le
furnom de Sage. De Cunegonde
fille de l'Empereur Frederic
II il eut Guillaume IV.
qui luy fucceda en 1508. Erneſt
Evefque de Paffau & enfuite de
Salesbourg , qui quitta ces Benefices
en 1554 & fe retira dans
la Boheme , où il acheta le Comté
de Glats , & y mourut en 1560.
Guillaume IV . un des Chefs de
la Ligue Catholique de Nuremberg
mourut en 1550. De Marie
Jacqueline , fille de Philippes
Marquis de Baden , il laiſſa Albert
V. qui fut un Prince treszelé
pour la Religion de fes peres
, & qui d'Anne fille de l'Em .
pereur Ferdinand I. & niece de
Avril 1705
. Cc
306 MERCURE
Charlequine , laiffa Guillaume
V. Ferdinand qui laiffa pofterité:
Ernest, Evêque deFreifingen,
puis d Hildesheim , enfuite de
Liege , & enfin Archevefque &
Electeur de Cologne , mort en
1610. & Marie femme de Charles
› Archiduc d'Autriche &
mere de l'Empereur Ferdinand
II. Guillaume V. dit le jeune,
qui a donné le nom de Guillel
mine à fa branche , fit une abdication
volontaire de fes Etats.
en 1597. aprés les avoir gouverné
durant 18. ans avec beau
de prudence , & il fe retira
dans une Maifon Religieufe,
oh il mourut en 1616. agé de
foixante-dixhuit ans . C'étoit
un Prince pieux & jufte ; de
Renée de Lorraine , fille de
coup
GALANT 307
François Duc de Lorraine , & de
Chriftine de Dannemarck qui
étoit fille unique du Roy Chrif
tierne II . Ce Prince infortuné
qui fut vingt-fept ans prifonnier
de fon oncle qui l'avoit dépouillé
de fes Etats , il eut deux
fils morts jeunes , Maximilien ,
Philippes Evefque de Ratisbonne
, puis Cardinal , mort en
1598. Ferdinand , Archevefque
Cologne , Evefque de Liege &
de Munſter , mort en 1650 .
Albert , Landgrave de Leucthemberg
, marié à Matilde, heritiere
de Leucthemberg , dont il
eut Jean François- Charles- Maximilien-
Henry , Archevefque
Electeur de Cologne , aprés fon
oncle , & Albert Sigifmond ,
Evefque de Freifingen . Guil
Cc ij
308 MERCURE
4
laume V. cut auffi Marie - Anne
épouſe de l'Empereur Ferdinand
II. & Magdelaine femme
de Wolfgang Guillaume , Duc
de Neubourg. C'eſt à Maximilien
fils aîné & fucceffeur de
Guillaume V. que la Maifon
d'Autriche doit ce qu'elle eft
aujourd'hui Sans les fecours
qu'il luy donna à propos & fans
l'attachement inviolable ' qu'il ·
cut à fes interefts , il y a longtemps
qu'elle ne feroit plus fur
le même pied : il eft vray qu'en
1623. il en eut pour recompenfe >>
l'Electorat & le haut Palatinat
dont on dépoüilla Frederic V.
dit le Conftant , qui venoit d'être
élu Roy de Boheme ; mais outre
qu'en cela elle ne faifoit qu'un
acte de Justice , puifqu'en dés
GALANT
309
poüillant un Prince d'une Maifon
Souveraine , il eftoit juftë
de faire profiter de fa dépouille
le plus proche parent , c'eft que
l'Empereur Ferdinand n'auroit
pû faire autrement quand il
l'auroitvoulu , puifqu'aux termes
de l'érection de l'ElectoratduPalatinat
du Rhin , cette dignité
devoit paffer fucceffivement aux
deux branches de la Maiſon de
Baviere , au défaut l'une del'au
tre ; ainfi tous les Princes d'Allemagne
fe feroient déclarez
contre luy, s'il avoit voulu faire
une difpofition contraire de cet
Etat . En un mot l'Electeur Ma
ximilien ne reçut de l'Empereur
Ferdinand une inveftiture quiệ
luy étoit deuë , puifqu'il s'agif.
foit de lui rendre le patrimoine
;
310 MERCURE
de fes ancestres , qu'à condition
de remettre à l'Empereur la
fomme de treize millions de
florins du Rhin que ce Prince
luy devoit par un compte reveftu
de toutes les formalitez ,
fomme pour laquelle il lui avoit
mefme engagé une partie de
l'Autriche . On peut voir làdeffus
la Paix de Weftphalie
où cette convention eft inferée ;
mais fi on confulte les fervices.
que le Duc de Baviere avoit
rendus à Ferdinand , on jugera
fans peine, qu'ils meritoient bien
qu'on euft pour luy une conduite
moins intereffée , puifque
c'eft à Maximilien que Ferdinand
eut obligation de l'Empire
, aprés la mort de l'Empe -t
reur Matthias fon coufin &
GALANT 311
que l'obligation fut d'autant
plus grande qu'il ne tint qu'à
Maximilien de fe faire élire luimefme
, & qu'il reſiſta aux inf
tantes prieres de l'Electeur Palatin
qui l'étoit venu trouver à
Munich pour l'engager à profiter
de la difpofition où les.
Electeurs de Mayence & de
Brandebourg étoient de le faire
élire , & qui joints à l'Electeur-
Palatin & à celui de Cologne ,
frere de Maximilien , cuffent
rendu l'élection de ce Prince infaillible.
Maximilien
épou fa Ma
-rie Anne , fille de ce même Empereur,
il en eut Ferdinand- Marie
Electeur de Baviere , mort fubitement
à Sclesheim le 19.
May 1669. Ce Prince a toujours
efté attaché à la France ,
312 MERCURE
& n'a jamais abandonné ſes interefts
. D'Henriette Adelaïde
de Savoye , fille du Duc Victor-
Amedée , & de Chriftine de
France . Ila laiffé feuë Madame
la Dauphine Marie - Anne
Victoire de Baviere : Maximilien
- Marie , né en 1661. & aujourd'huy
Electeur , qui foûtient
cette dignité avec beaucoup
d'éclat , & dont la valeur
a paru en plufieurs occafions
dans la guerre de Hongrie . Je
ne m'étends point fur les obligations
que luy a l'Empereur
puifqu'elles font connues de
tout le monde , & que PHiftoire
en fait foy Rien n'eft égal à
l'intrepidité de ce Prince dont
il a donné des marques dés fa
plus grande jeuneffe. Sa fermeté
GALANT 313
meté égale fa valeur , & quand
il croit avoir pris le parti de la
juſtice , rien n'eft capable de le
faire changer. Jamais Prince
n'a eu l'ame plus liberale & n'a
vêcu avec plus de grandeur.
Le feu Electeur Ferdinand-
Marie laiffa encore le Prince
Jofeph - Clement , Electeur de
Cologne Evefque de Liege
de Ratisbonne, de Freifinghem,
& d'Hildesheim. Mais pour
revenir à l'Electeur Maximilien
, il laiffa encore le Prince
Maximilien- Philippes - Jerôme ,
qui fut Administrateur de la
Baviere durant le bas âge de
fon neveu ; Titre qu'il a toujours
retenu depuis , felon l'ufage
des Princes d'Allemagne.
L'Electeur Maximilien avoit
Avril 1705. Dd
"
314 MERCURE
pris une feconde alliance avec
Elifabeth de Lorraine, qui mourut
en 1635.
LISTE
De Mis les Cardinaux , Archevefques
, Evefques & autres
Deputez à l'Affemblée generale
du Clergé de France ,
qui fe tient ordinairement
tous les dix ans , & qui a été
affignée par le Roy au 25. de
May de la prefente année
1705. aux grands Auguſtins
de Paris .
Province d'Aix:
Mr l'Evefque de Sifteron. Thos
maffin.
Mr l'Evefque de Frejus , Fleury,
Mil'Abbé de Valbelle , Aumonier
du Roy .
GALANT
315
Mr l'Abbé de
Fargues-
Marfalais,
Neveu de Mr
l'Archeveſque
d'Aix .
Province & Alby.
Mr
Archevefque & Alby. Nefmond.
d
Mr. l'Evefque de Caftres , nommé
Archeveſché & Auch.
Maupeoü.
Mr Abbé de Labrouë.
Mr l'Abbé d'Aynak- Turenne,
Province & Ambrun.
Mr Evefque de Senez. Soanen .
Mr l'Evefque de Vence . Crillon.
Mr l'Abbé de la Perufe , Grand-
Vicaire & Doyen d'Ambrun ,
Mrl'Abbé de Caftellet- Glandevez.
Province & Arles .
Mrl'Archevefque & Arles . Mailly .
Mr Evefque de Marseille. Vintimille
du Luc .
P
7
Mr Abbé de Buffy- Rabutin
Ddij
316 MERCURE
Grand- Vicaire d'Arles.
Mr l'Abbé de Mailly.
Province d'Auch.
Mr l'Evefque d'Acqs . d'Abadie.
Mr Evefque de Bazas . Gour-
+14 gues.
Mr l'Abbé de l'Anfac- Roquetaillade.
Grand- Vicaire de
Bayonne .
Mr Abbé de Ruftil. Grand-
Vicaire de Comminges.
Province de Bourdeaux.
Mr Archevefque de Bourdeaux:
Bezons.
Mr Evefque de Condom . Milon ,
Mr l'Abbé de Vaurouy.
Mr l'Abbé de la Parifiere.
Province de Bourges.
Mr l'Archevefque de Bourges.
Gefvres .
Mr l'Evefque de Clermont , BoGALANT
317
chart de Saron .
Mr. l'Abbé Bochart de Saron. M
Mr l'Abbé de Vallorges .
Province de Lyon ,
Mr Evefque de Chalons . Felix,
Mr l'Evefque de Macon Tillader .
Ma l'Abbé de Roquette , Neveu de
Mr d'Autun .
Mr l'Abbé Defplannes , Neveu de
Mr de Châlon .
Province de Narbonne .
Mr l'Evefque d'Alais . Du Saulx .
Mr Evefque de Montpellier. Col-
P
bert- Croiffy.
Mr Abbé Poncet , Neveu &
Grand- Vicaire de Mr d'Uzés .
Mr Faubert , Grand. Vicaire de
Montpellier.
Province de Paris.
Son Eminence M1 l'Archevefque de
Paris , Cardinal de Noailles.
Dd iij
318 MERCURE
Mr l'Evefque de Blois , Berthier.
Mr Abbé de Prefigni . Doyen de
Noftre Dame de Paris .
Mr l'Abbé Fagon , Fils de Mr le
premier Medecin du Roy.
Province de Sens.
Mr Evefque de Troyes . Bouthil
lier- Chavigni.
Mr l'Evefque d'Auxerre . Quelus .
Mr l'Abbé de Vienne , Confeiller
Clerc au Parlement de Paris.
Mr l'Abbé de Catelan, Lecteur
de Monfeigneur le Duc de
Berry.
Province de Toulouse.
Mr Archevefque de Toulonfe .
Colbert.
Mr l'Evefque de Saint Paponl.
Gramont.
Mri Abbé deVerthämon Chaluſſet,
Grand- Vicaire de Pamiez .
La
GALANT: 219
M/ l'Abbé de Monier , Grand
Vicaire de Mr de Lombez .
Province de Tours,
Mr Evefque de Nantes. Beau
veau .
Mr l'Evefque d'Angers . Le Pelletier
.
Mr l'Abbé de Bruffy.
Mr l'Abbé du Plefis Argentre.
Province de Reims .
Mr l'Evefque d'Amiens . Feydeau.
Mr. l'Evefque de Senlis . Chamillart
.
Mr Abbé de Louvois , Grand-
Vicaire & Official de Reims .
Mr. l'Abbé de Saffenages.
Province de Rouen.
Mr l'Archevefque de Rouen.
Colbert .
Mr Evefque de Coutance , Lomenie.
Dd iiij
320 MERCURE
Mr. l'Abbé de Pibrac , Maistre de
la Chapelle de Monfieur le
Duc d'Orleans . Pe Aath .
Mr Abbéde Fourty - S. Vandrille.
Province de Vienne ,DAY
Mr Eve/que de Valance. Bochart
Champigni .
Mr Evefque de Die. Cofnac.
Mr. l'Abbé de Malifole , Doyen
de Die.
Mr l'Abbé de Tancin , ci- devant
Conclavifte de мr le Cardinal
le Camus .
ANCIENS Agens Generaux
qui fortent de l'Agence , &
qui avoient efté nommez par
les Provinces de Tours &
d'Aix qui étoient de tour.
Mr l'Abbé de Maulevrier - LangeBGALANT
321
yvon y Aumônier du Roy , &
Comte de Lyon .
Mrl'Abbé Phelipeaux & Herbault.
NOUVEAUX Agens qui
ocentrent dans le Quiquiennium
de l'Agence, & qui font nom-
Amez par les Provinces de Sens
197& d'Auch qui font de tour.
Mr l'Abbé de Maulevrier- Langeron
, qui a rempli les devoirs
de cet employ avec tant de
fuccés , que la Province de
Sens le luy confie encore.
Mr l'Abbé de Poudenx de Caftillon,
Neveu & Grand - Vicaire de
Mr de Tarbes.
•
La Lettre qui fuit eſt écrite
d'une maniere naturelle , & qui
fait parfaitement connoiftre la
322 MERCURE
verité de ce qu'elle contient .
A Auxerre le 23. Mars 1705.
Nous partimes hier de Regennes
aprés avoir difné de bonne heure .
Toute la Jeunesse d' Auxerre s'y
étoit rendue à cheval pour escorter
fon nouvel Evefque. Elle étoit
commandée par plufieurs Officiers
bien montez bien equipez. Toute
cette Jeunesse accompagna au bruit
des tambours & des trompettes , &
avec beaucoup d'ordre le Caroffe de
Monfieur d'Auxerre . La Maré.
chaußée que nous rencontrames au
milieu du chemin ſejoignit à cette
Jeuneffe, quoiqu'il reftast encore une
lieuë de chemin à faire pour arriver
à la Ville, nous le trouvâmes bordé
d'un nombre infini de perfonnes
GALANT 323
qui étoient forties de la Ville &
venues de la Campagne. Nous
trouvâmes à demi- lieuë d'Auxerre
plus de cinq cent hommes d'Infanterie
fous les armes . A l'entrée de la
Ville nous trouvâmes le Maire qui
complimenta Monfieur d'Auxerre à
la portiere de fon Caroffe . Il parla
avec beaucoup d'esprit & avec une
effufion de coeur qui nous fit plaifir.
Il dit des chofes fort glorieuses à la
Maifon de Quelus , & parla fort
avantageufement de Monfieur le
Maréchal Faber & de fa famille.
La harangue étant finie nous continuames
noftre marche juſqu'à l'Eglife
. Les rues & lesfeneftres étoient
auffi remplies de monde que fi trut
Le peuple de la Province s'étoit rendu
à Auxerre. Lorsque le Clergé
reçutfon Evefque , la Cavalerie &
324 MERCURE
l'Infanterie fe retirerent , & ce fut
alors que nous effuyames une preffe
qui nous fit craindre , puifqu'ily
avoit quatrefois plus de monde que
la grande Eglife n'en peut contenir.
Nouspenetrames cependantjufqu'au
Choeur , où après une longue Mufique
& plufieurs harangues affez interrompues
par les acclamations du
peuple qui beniffoit la mere qui avoit
porté un tel enfant , Monfieur PEvefque
de fon Trone Epifcopal ,
parla à fon Troupeau avec beaucoup
de dignite pendant un quart
d'heure. Ce difcours reçut de grands
applaudiffemens. On le conduifit en
fuite au Palais Epifcopal , où tous
les Corps fe font fignalez à l'envi en
luy rendant leurs hommages . Tous
les appartemens étoient fi remplis
de monde que je doutay fi nous y
GALANT 325
Pourrions paffer la nuit . Ce matin
les vifites & les harangues ont recommencé
. Il s'en eft trouvé de fi
belles qu'elles feroient avouées par
les plus habiles Academiciens de
Paris ; mais ce qui nous a fait le
plus de plaifir , a efté de voir l'effu
fion du coeur de tout le monde ; car
je ne croy pas qu'il y ait eu jamais
icy une Ceremonie plus fincere , ny
plus folemnelle. Je vous ay deja
parle des beautez de la Maiſon de
campagne où nous avons fait quel
que fejour , mais je puis vous dire
Préfentement que ce n'est qu'un trespetit
échantillon de celles du Palais
Epifcopal, Le bon goût , la dépense,
le bon air , en un mot l'art & la
nature y donnent le plus accompli
Palais qu'aucun Evefque puiffe
Avoir en France, Comme les por
J
326 MERCURE
traits font toûjours inferieurs à leurs
originaux , la defcription que je
vous en ferois , feroit beaucoup au
deffous des beautez qui s'y trouvent
& il faut vous laisser le plaifir de
la furpriſe , puifque vous nous promettez
celuy de vous y voir. Monfieur
l'Evefque donna bier un grand
foupé. Mercredyilfera l'Office dans
la Cathedrale , aprés lequel il ira
fe repofer deux jours à la campagnes
carje vous affure que nous fommes
accablez d'honneurs
Mr le Comte de Fimarcon ,
Maréchal des Camps & Armées
du Roy , époufe Mlle d'Aubais
de l'illuftre Maiſon de Bafchis,
Le Roy & toute la Maifon
Royale ont fait l'honneur à ce
Seigneur de figner fon Contrac
* ཐཱ།
GALANT 327
de mariage. C'est ce mefme
Comte de Fimarcon qui rendit
un fervice fi important aux
deux Couronnes à la Journée
de Cremone , que la confervation
de cette Ville luy eft dûë
en partic , n'ayant point ceffé de
combattre pendant neuf heures
, & ayant repouffé les ennemis
jufques à la Porte Dogne
Sancti à la tefte du brave Regiment
de fon nom , qui fut créé
il y a quarante ans en faveur
du Comte de Fimarcon fon oncle,
& qui a tant fait de belles .
actions & a toûjours eu des Seigneurs
de ce nom pour Colonels
. Mr le Marquis de Tilladet
a acheté ce Regiment, qui
a reçû fon nouveau Colonel
avec un extréme plaifir , étant
328 MERCURE
perfuadé que fa réputation ne
pourroit qu'augmenter ( s'il étoit
poffible qu'elle augmentaft )
ayant un Fimarcon à fa tefte.
La valeur & la conduite que
Mr le Comte de Fimarcon fit
paroistre à Cremone , le firent
nommer Brigadier par le Roy ,
quoique ce ne fut pas fon rang.
Je ne vous donneray point icy
une Genealogie entiere de fon
illuftre Maifon , parce qu'elle
occuperoit une trop grande
partie de ma Lettre , je vous
dirai feulement les faits qui fer
viront le plus à la faire connoî.
tre , & je ne parleray que des
chofes dont j'ay une connoif
fance certaine ; des gens de
probité & d'honneur m'ayant
fait voir des titres qu'ils ont
GALANT 329
C
た
concernant ces Seigneurs , dont
le nom eft Caffaignet- Lomagne,
Ils font illus des anciensComtes
Souverains de la Lomagne , qui
eft un pays confiderable de la
Guienne. En 1205 Arnaud
Comte de Lomagne avoit un
frere nommé Sanche à qui il
dona la terre de la Salle de Caf
faignet , & quelques autres pour
appanage. Ses enfans s'appelerent
Caffaignet , ainfi qu'il eft
prouvé par les Couftumes du
Pais d'Armagnac où la terre de
Caffaignet elt fituée . Gaillard
de Caffaignet petit fils de Sanche
rendit hommage de fa
terre & prit la qualité de Sire
de Caffaignet & de Chevalier ,
qui étoit alors les qualitez les
plus diftinguées, & qui n'étoient
Avril 1705
. Ee
>
330 MERCURE
૪.
prifes que par les perfonnes les
plus illuftres , & qui avoient
cltez faits Chevaliers aprés de
grands fervices On prouve la
filiation par Contrats de mariage
, & par Teftamens depuis
Gaillard jufqu'à celuy qui fait
le fujet de ce Chapitre , avec
des alliances des plus grandes.
Maifons de Guienne , & mefme
avec la branche aînée de Lomagne
, où ils fe traitent de
parens . Quoique nous ne voyons
point dans cette Maifon de
Conneftables, de Ducs , ny de
Maréchaux de France qui illuftrent
les Mailons de Gentils,
hommes , l'origine & l'ancien-
- neté de celles - ci bien prouvée,
avec les grandes alliances qu'-
elle a eu la doivent mettrefans
}
GALANT 331
difficulté au rang des plus illuftres
du Royaume. Je dois
vous expliquer la difference
des noms de Tilladet , de Nar
bonne & de Fimarcon , qu'elle
porte en 1520. ou 1425. Bertrand
de Caffaignet, Capitaine
de cinquante hommes d'armes ,
Gouverneur de Veruë & Che
valier de l'Ordre de S. Michel ,
épousa Anne du Boufet , Dame
de Tilladet & de Coffeins . Il
en eut un fils nommé Bernard
de Caffaignet dit le jeune
Tilladet , qui eft nommé parmi
les Seigneurs qui allerent au
fecours de l'Ile de Malthe:
affiegée par Soliman en 1565 ..
Le mefme fe fignala à la bataille
de
Moncontour , ayant
enfoncé avec un corps qu'il
Ecij
332 MERCURE
commandoit les Reitres &
ayant décidé par là du gain
de la bataille , il mourut fans
pofterité Antoine fon frere ,
nommé d'abord Coffeins r &
puis Tilladet , fut Gouverneur
de Veruë , enfuite de Bordeaux
& de Bourg fur la mer , Lieutenant
General des Armées du
Roy Charles IX . Gentilhom
me de la Chambre & Cheva
lier de l'Ordre avant l'Inftitu
tion de celuy du S. Efprit. I
épouſa Jeanne de Befoles de la
Maifon de Bearn . Il avoit commiffion
pour lever une bande
qu'on nomma la Legion Piemon
toife , & enfuire d'Aquitaines
Le mefme Antoine eut un freré
nommé François , qui fe diftingua
fort & qui fut connu
GALANT 333
मे
fous le nom de S. Lorens. Il
fut Chevalier de l'Ordre du
Roy , Lieutenant General de
fes Armées & Gouverneur de
Condom. Bernard de Caffaignet
qui continua la pofterité , fut
Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roy & Gouverneur
de Bourg fur mer , Pofte
tres important . Il fe fignála au
premier Siége de Montauban
& au Siége de Cafal . Il époufa
Jeanne de Narbonne Fimarcon ,
dont il eut Paul- Antoine de
Caffaigner & Gabriel ; Paul-
Antoine époufa Paule de Narbonne
Fimarcon fa coufine
germaine
; Antoine qui fut heritier
de la branche aînée de l'illuftre
Maifon de Narbonne , &
qui apporta avec les grands
334 MERCURE
biens de cette Maifon , l'obli
porter
gation
de
le nom de Fie
marcon
- Narbonne
qu'ils
prirent
d'autant
plus volontiers
. que le nom de Fimarcon
venoit
par le mariage
du Comte
Amalric
de Narbonne
avec Anne de
Lomague
, fille aînée
& heritiere
de Mery
de Lomagne
, Vicomte
de Conferans
, Mar
quis de Fimarçon
& d'Anne
de
Turenne
. Le Marquifat
de Fi- marcon
eſt non - feulement
. le
premier
de Guienne
, mais mê
me le plus ancien
du Royaume
. Paul - Antoine
de Caffaignet-
Lomagne
, premier
Marquis
de Fimarcon
de la branche
des
Caffaigner
-Lomagne
, fut nom. mé Chevalier
de l'Ordre
du S..
Efprit
le 25 Novembre
1651. il
9
GALANT 335
Eroit Lieutenant General des
Armées du Roy , & avoit rendu
des fervices fignalez à l'Etat .
Etant dans fes Terres il fçut
que Saluces eftoit affiegé par les
Espagnols & connoiffant la.
confequence de cette Place , il
affembla trois cent Gentilshommes
qu'il conduifit à fes
dépens au fecours de cette Pla-
´ce Gabriel fon frere dont j'ay
parlé cy-deffus , & qui fut Lieu
tenant General & Gouverneur
dus vieux Brifach , & le pere de
feu Mr le Marquis de Tillader ,
Chevalier de l'Ordre du Saint
Elprit , Capitaine Colonel des
Cent Suiffes de la Garde du
Roy , Gouverneur d'Arras &
Lieutenant general des Armées
du Roy & de la Province d'Ar336
MERCURE
tois. Mi le Chevalier de Tilla
det Lieutenant general & Gouverneur
d'Aire , Commandeur
de Pieton & de Soiffons , eftoit
fon frere . M
de Mâcon
eft le troifiéme : Paul Antoine
fut pere de Mr le Marquis
de Fimarcon , Colonel à l'âge
de neufans ,du Regiment d'Anjou
, & qui a quitté le fervice à
22. à caufe de fes incommoditez.
De fon mariage avee
Angelique de Roquelaure fille
du Maréchal de ce nom , & foeur
de la grand mere de Mr le Maréchal
de Noailles , de Mr le
Duc de Grammont , de feu Mr
le Marquis de Mirepoix & de la
Marquife de Boligny , belle fille
du Maréchal de ce nom , & du
fçu Duc de Roquelaure , Gouverneur
GALANT 337
verneur de Guyenne , de ce mariage
, dis je , font iffus Gafton ,
qu'on appelloit le Marquis de
Narbonne , tué à la Bataille de
Steinkerque , Colonel du Regiment
de Fimarcon & Brigadier
des Armées du Roy : Mr le Comte
de Fimarcon d'aujourd'huy.
Mr l'Abbé de Fimarcon , mort
ily a trois ans , & Mr le Comte
de la Tour : une fille mariée
à Mr le Marquis d'Efclignac
de Fontarailles , & une autre à
Mrle Comte de Mirande - Verduifan.
Ces deux Dames ont
un merite infini . Du fecond mariage
avec Denife- Philiberte ,
de l'ancienne Maifon des Laithiere
, il a Mr le Marquis de
Tillader , Mr le Comte de Sta
fort qui entre dans le Regiment
Avril 1705
. Ff
13
338
MERCURE
de fon frere , un Chevalier
de
Malthe de minorité , Mlle de Fimarcon,
dont le merite & la vertu
luy attirent l'eftime de toute
fa Province ; & une feconde
dans un bas âge deſtinée pour
eftre Chanoineffe
dans l'Illuftre
Chapitre de Nivelle . Vous
trouverez
les preuves des faits
que j'ay avancez dans les Commentaires
de Montluc , dans
l'Hiftoire de Mr de Thou , dans
le Nobiliaire
de Guyenne , dans
les hiftoires de Mezeray , de Varillas
& de Riencourt
, Regne
de François II . & de Charles
IX . & dans les Memoires
de
Bethune , qui font dans la Bibliotheque
du Roy , avec fon
Recueil de Lettres.
On ne peut mieux prouver la
GALANT 339
grandeur de la Maiſon de Čaffaignet-
Lomagne , dont les Marquis
de Fimarcon d'aujourd'hui
font iffus , qu'en difant que l'aî
né de la Maifon des Comtes Souverains
de Narbonne , a quitté
le fien pour le prendre , & que
par la fuite des temps il a rapporté
dans la veritable fouche.
Mrle Marquis d'Epinay S. Luc,
Capitaine de Cavalerie , & qui a
eu l'agrément pour acheter le
premier Regiment vacant , a
époufé Mlle d'O fille de Mr le
Marquis d'O , Gouverneur de
Monfieur le Comte de Toulou-
-fe. La mere de Mlle d'O eft fille
de feu Mr le Comte de Guilleragues
, qui a efté Ambaffadeur
à Conftantinople & qui s'est
diftingué par fon efprit. Mlle
Ff ij
340 MERCURE
do en a infiniment , elle parle
plufieurs fortes de langues , elle
eft bien faite & a efté élevée
dans un Convent d'où elle n'eſt
fortie qu'environ depuis une année
. Monfieur le Comte de
Toulouſe a donné des marques
à l'occafion de ce mariage , de
fa generofité & de la grande
confideration qu'il a pour Mr
d'O . La Maifon d'O , vient de
Jean d'O , Sr de Maillebois , Capitaine
de la Garde Ecoffoife
du Roy & d'Helene d'Illiers
Dame de Manou ; le fils aîné
du S de Maillebois fut François
d'O , Marquis de Freſnes &
de Maillebois , Maiftre de la
Garderobe du Roy Henry III.
premier Gentilhomme de fa
Chambre , Chevalier de fes
GALANT 341
Ordres , Surintendant des Finances
& Gouvernep
de Pa-
L
ris & de l'Ile de France. Aprés
la mort tragique d'Henry
III. arrivée en 1589. Mr d'O
s'attacha à Henry IV. Il fe
trouva dans l'Affemblée que fic
la Nobleffe catholique dans laquelle
on refolut de declarer au
Roy que la qualité de Tres
Chreftien étant effentielle à un
Monarque François , il ne pouvoit
recueillir la Couronne qu'à
cette condition. Ce Seigneur
ne laiffa point d'enfans de Renée
de Villequier fa femme . Ses
freres , Jean d'O , Chevalier des
Ordres du Roy : René Sr de
Frefne: & Louis Sr de Ferrieres ,
continuerent la lignée . La Maifon
d'Efpinay S. Luc eft une des
Ff ij
342 MERCURE
plus illuftres de Normandie .
Guillaume Sr d'Efpinay vivoit
en 1209 , & fut pere de Richard
en 1227. Cette Maifon produifit
dans le feiziéme fiecle François
d'Efpinay , dit le Brave S. Luc ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
Gouverneur de Saintonge & de
Broüage , Lieutenant general au
Gouvernement de Bretagne
& Grand Maistre de l'Artillerie
de France . Il eftoit fils de Va.
leran d'Efpinay & de Marguerite
de Grouches. Il époufa
Jeanne de Coffé , Dame d'un
grand efprit , & fille du Maréchal
de Briffac. C'eft de ce mariage
que font venus Mrs de S.
Luc .
Les paroles qui ſuivent ont
GALANT 343
efté mifes en Air par Mr de Montailly
, elles fervent d'explication
à la Devife du Jetton de la
Marine qui a efté frappée cette
année , & dont la face droite
reprefente Monfieur le Comte
de Toulouſe.
AIR , OU RECIT
de Bafle.
บ
O font- ils ces audacieux ,
Qui couvroient les deux Mers de
leurs Voiles nombreuſes ,
Etfembloient menacer &la terre &
les cieux?
De nos armes victorieuses ,
Ils n'ont que trop fenti les redoutables
coups:
Tant de Vaiffeaux armezflatoient
Lear efperance's
Ff iiij
344 MERCURE
Ils croyoient ébranler & l'Espagne
& la France.1997 3. 200k
Louis a bravé leur coutroux - M
Sa foudre par mon bras les a diſſipez
tous. JAL 132
Quoy que je vous aye déja
parlé dans cette Lettre de Mr le
Marquis de Mejorada , je ne
puis m'empefcher d'ajouter icy
ce que je viens encore d'apprendre
de ce Miniftre.
Mr le Marquis de Mejorada ,
qui aprés une tres grande refiftance
a efté obligé par les deux
Rois d'accepter la Secretairerie
des Dépêches Univerfelles en
Efpagne , eft fils de Don Pedro
Fernandez del Campo , Marquis
de Mejorada , qui a poffedé
long - temps le même employ
Y
#
HGALANT 345
avec de grands applaudiffemens
fous le regne de la feuë Reine
Mere d'Elpagne . Mr le Marquis
de Mejorada qui donne lieu
à cet article , a cfté Envoyé à la
Cour de Vienne , & à quelques
Cours du Nort , où il apprit les
Langues étrangeres , & particulierement
la Françoife , qu'il
parle tres bien. A fon retour ,
il fut fait Confeiller des Finances
, & il exerçoit auparavant la
Charge de Secretaire du Safpatronat
, qui a l'inſpection de
toutes les affaires , & de tous les
Benefices du Royaume . Il eft
tres -riche de fon patrimoine ,
& fon defintereffement a eſté
caufe qu'il n'a pas voulu avoir
part dans aucune chofe qui regardaft
les Finances ; quoy que
346 MERCURE
dans fon Bureau il y ait plufieurs
Caffettes , que les Efpagnols ap
pellent Arcas pour de certaines
difpofitions que le Roy fait par
la feule main du Secretaire des
Dépêches , ayant voulu que
tout paffaft par celle du Prefident
des Finances.
D. Miguel Guerra qui a efté
Procureur General des Eglifes
d'Efpagne à Madrid , & qui a
efté enfuite grandChancelier de
l'Etat de Milan , s'y eſtant trou
vé du temps de l'avenement à
la Couronne de Philippes V.
donna toutes les marques imaginables
de fon grand zele , &
d'une tres- grande fidelité & capacité
dans les affaires , A fon
retour d'Italie il fut fait Confeiller
des Finances , & prefenGALANT
347
tement il vient d'eftre nommé
Préfident du même Confeil des
Finances .
P
Le fieur Vandive , Libraire
ruë S. Jacques , à l'Enfeigne du
du Dauphin , debite un Livre
intitulé , Manifefte de son Alteffe
Electorale de Baviere. La Lettre de
Son Alteffe Electorale de Cologne à
Sa Majesté Imperiale, du 19. Mars
1702. en Latin & en François .
Avec des additions où il eft parlé
des Regaux des Princes de l'Empire
& de leurs droits de Souveraineté ,
qui ont efté rétablis à la Paix de
Weftphalie par la Couronne de France,
& aufquels la Cour de Vienne
s'efforce depuis ce temps - là de donner
chaque jour quelque nouvelle atteinte.
348 MERCURE
1
Rien n'eft plus curieux que ce
Livre , & il feroit à fouhaiter
qu'il fe répandift chez tous les
Peuples de l'Europe , afin qu'ils
fuffent inftruits à fond des veritez
qu'il contient , & que ceux
qui gouvernent n'ignorent pas ,
ou du moins ne doivent pas ignorer
, rien n'eſtant plus neceffaire
dans la conjoncture prefente
pour rendre juftice à ceux à qui
elle eft dûë.
Le fieur Couftelier , ruë S.
Jacques au Coeur - bon , vend
un Livre intitulé , la Langue .
Quoy que ce Livre ait un titre
fort court , fon utilité ne laiffe
pas d'eftre fort étenduë pour la
conduite de la vie vous en
pourrez juger par les vingt fept
Traitez , ou Chapitres qu'il
GALANT
349
II.
contient ; qui font , 1. De la converfation.
2. la Langue du Babillard
. 3
la Langue du Silentieux,
4. la Langue du Difeur de bons
mots. 5. la Langue du Polifon
6. la Langue du Railleur. 7. la
Langue de celuy qui difpute. 8. la
Langue de POpiniaftre. 9. la Langue
de l'Etourdy. 10. la Langue du
Complimenteur. 11. la Langue de
celuy qui Jouë, 12. la Langue du
Flatteur
. 13. la Langue du Menteur
14. la Langue de celuy quife
vante. 15. la Langue du Medifant.
16 la Langue de celuy qui jure .
17. la Langue de celuy qui promet.,
18, la langue du Nouvellifte, 19. la
langue de celuy quifait des rapports.
20. la langue de celuy qui confeille .
21. la langue de celuy qui fait des
reprimendes, 22 la langue de celuy
350 MERCURE
qui inftruit 23. la langue de celuy
àqui on confie, ou qui confie unfecret,
24. la langue des Femmes . 15. la
langue de l'Amour. 26. la langue de
celuy qui fe plaint, 27, la langue
de celuy qui confole . Chacun de
ces Traitez contient plufieurs
Maximes , & chaque Maxime
eft fuivie de folides Reflexions
que l'Auteur fait fur luy- même
& fur les autres d'une manière
judicieufe & polie , & fans avoir
d'autre vûë ( puifqu'il ne veut
pas eftre connu ) que l'intereft
du public ; c'eft dans cette même
vûë qu'il donne dans le dernier
Traité les plus forts principes
dont on fe puiffe fervir
pour fe confoler dans les plus
ordinaires difgraces de la vie.
Quand il n'y auroit dans ce LiGALANT
351
vre que ce Traité , on devroit
prefque toûjours l'avoir à la
main , parce qu'on a prefque
toûjours befoin des remedes
qu'il renferme.
Il paroift icy un Livre qui fait
grand bruit , il eft intitulé Ecclefiafticae
jurifdictionis vindicia ,
&c. & fe vend chez le fieur Mazieres
, Libraire ruë S. Jacques ,
à la Providence . Comme il y a
beaucoup de chofes à dire fur
ce Livre qui merite l'attention
da Public , & que l'Article en
doit eftre long , je me trouve
obligé de le remettre jufqu'au
mois prochain.
Je vous envoye l'unique Relation
qui ait efté faite dans les
formes de ce qui s'eft passé auprés
de Gibraltar , entre cinq
352 MERCURE
*
Vaiffeaux du Roy & trentecinq
Vaiffeaux ennemis , accompagnez
de quelques Fregates &
de quelques Brulots . Cette Relation
a efté écrite par un Offi
cier du Magnanime , & envoyée
à Malaga à un autre Officier
de Vaiffeau , qui ya ajoûté
plufieurs circonftances qui luy
eftoient venues d'ailleurs &
d'autres dont il avoit efté témoin
luy- même ; de maniere
que cette Relation doit eftre
complette , auffi la trouverez
vous fort curieufe. Les Nouvel ,
les publiques de Hollande ont
donné un lambeau de relation
à qui elles donnent le nom de
Relation de Mrde Pointis comme
fi c'eftoit une Relation entiere
, mais il n'y entre aucun
détail, & elles fe feroient bien
GALANT 353
7
gardé d'en donner , puifque ce
Combat cft peu glorieux aux ennemis
, & l'on peut dire même
que plus on en approfondit les
particularitez , plus il fe trouve
à leur honte . Mr de Pointis n'a
point écrit de Relation dans les
formes , parce qu'elle auroit dû
eftre remplie de beaucoup de
chofes à fa gloire , dont fa modeftie
l'a empefché de parler.
il a feulement écrit quelques
Lettres à fes Amis , dans lefquelles
il a parlé fort fuccintement
de l'action ; mais en donnant
toutes les loüanges dûës
aux cinq Vaiffeaux qui ont foûrenule
Combat contre un nom →
bre fifuperieur au leur . Voicy
la Relation dont je vous viens
de parler.
2
Avril
1705. Gg
354 MERCURE
A Malgue le 31. Mars 1705.
Ze 11. de ce mois à la pointe du
jour , onfit à la Tour de la pointe
de Carnere les fignaux dont on étoit
convenu pour marquer qu'il entroit
dans le Détroit plus de quarante
Vaiffeaux ; ce qui fit qu'à l'inftant
noftre Generalfit faire celuy de cou
per les cables & d'appareiller au
pluftoft pour éviter les ennemis ,
étant perfuadé que ce ne pouvoit
eftre qu'eux , les fçachant à Lif
bonne prefts à en partir pour venir
a Gibraltar. Quoique cet ordre fuft
executé avec toute la promptitude
polible parles vaisseaux l'Ardent
commandé Par Mr Patoulet; At .
rogant , par Mr des Herbiers` .
le Marquis,, par Mr de Mons ;
GALANT 355
le Lys , par Mr Lauthier , & le
Magnanime , par Mr de Pointis ,
les ennemis étant pour lors à prés de
trois lieues de nous , en moins de
trais heures ils eurent environné le
Kaiffeau l'Arrogant , qui aprés
S'eftre défendu autant que la foibleffe
de fon équipage causée par
les maladies , le permit , fe rendit
à eux. Pes après le Marquis &
L'Ardent eurent le mefme fort
mais aprés avoirfait une refiftance
Surprenante & avoir efté abordez ,
fçavoir , le Marquis par un Anglois
, à ce que nous avons jugez mal.
gré l'épaiffeur de la fumée qu'ily a
en pareille occafion , & l'Ardent
repoula fon premier abordage , &
Bailli par /ept ou buit Na
vires ennemis , nous parut échouer ,
au bien qu'un Hollandois
qui
Gg ij
356 MERCURI
L'abord une feconde fois, cependant
une heure aprés nousfumes fort étonnez
de les voir tous deux àflot , &
regagner l'armée ennemie au nombre
de trente- cinq Vaiffeaux de
guerre , deux Giliates ,deux Bru
loss & cinq Bâtimens de charges
C'est un miracle comme le Lys &
nous fommesfortis à fi bon marché dé
cette affaire , c'est- à - dire que nous
n'ayons point efte pris , & qu'aprés
quatre heures de combat contre au
moins cinq ou fix Vaiffeaux à la
fois , & qui fe relevoient & nous
canonoient devin , derriere és aux
coftez , nous ayons percé tout ce qui
s'oppofait à noftre paſſuge , & nous
foyons allé échouer à la Cofte. Nous®
on avons l'obligation à noftre grande
Artillerie qui étant tres - difficile à
fautenir fuifoit arriver en moins,
GALANY 357
Tune heure tous les Vaiffeaux qui
s'y expofoient , marque infaillible
qu'elle les incommodoit & qu'elle
nous a fait refpelter de Mr Lake,
General Anglois , qui ne s'eft approché
de nous que de la portée du
mouquet , encore n'y refta- t - il pas
longtemps. Quant à deux Portugais
àtrois ponts qui étoient de l'Eſca
dre des Mr Lake , ils ne firent
qu'aprocher & s'en retourner par
·le plus court chemin . Les Hollandois
ont fait à leur ordinaire, c'eft
à- dire , qu'ils nous ont pouïfutvis
avec toute la valeur & toute l'opi
niatreté poſſible. Le Lys s'eft dif
tingué en cette occaſion au delà de
tout ce qu'on peut imaginer. Les
ennemis au nombre de dix on douze
Vaiſſeaux l'environnoient de
toutes parts , & prétendoient l'em.
358 MERCURE
•
pefcher
de s'aller
échouer
à terre
à
mais
luy
au
milieu
de tant
d'ennemis
faifoit
un fi grand
feu
de
toutes
parts
, qu'il
les
écarta
& fe fit
faire
place
par
tout
pour
parvenir
s'échouer
& à fe brûler
afin
de
ne
pas
laißer
un
fi
beau
Vaiffeau
entre
les
mains
des
ennemis
, Mr
Lauthier
qui
le commandoit
s'étant
attiré
une
gloire
fans
pareille
, &
l'approbation
generale
de
tous
les
François
en cette
occafion
. Ce
com
bat
quoiqu'inégal
, ne laiffe
pas
de
conter
beaucoup
aux
ennemis
, plufieurs
de leurs
Vaiffeaux
étant
dematez
&
deux
ayant
coulé
bas
, fi
flon
en croit
les
Espagnols
; mais
cela
merite
confirmation
. C'est
tout
ce que
je puis
vous
apprendre
à ce
fujet
. Les
ennemis
voyant
qu'ils
ne pouvoient
plus
fuivre
le Lys
&
GALANT 359
nous fans s'échouer , revirerent de
bord & regagnerent le large , &fe
contenterent au lieu de continuer à
nous canoner , ce qui auroit fait
perir la plus grande partie de nos
équipages , de nous en voyer deux
Brulots , que noftre feu empefcha de
nous approcher ; cependant nous
n'avons pas laissé de perdre beaucoup
de monde , plufieu's s'étant jettez
à la mer , fur tout de l'équipage
du Lys , malgré toutes les précautions
que l'on a pù prendre pour-
Pempefcher. Tout le reste de nos équi
pages a efté mis à terre avant la
nuit ; aprés quoy Mr de Pointis ,
qui enfut averti , & qui n'a point
voulu fortir de fon Navire avant
cela , en fortit & alla s'embarquer
dans for Cinot que Mr de
Champigny luy avoit amené , &
360 MERCURE
attendit à l'échelle Mr le Cheva→
lier de Beaumanoir , noftre premier
Lieutenant , qui les vint joindre
après avoir mis luy - même lefeu dans
le Magnanime.
Tous nos Officiers & nos Gardes
de la Marine ont parfaitement bien
fait dans cette occafion fans que
nous en ayons perdu , Mr de Saint
Marc, Lieutenant , a eu le visage
& les mains brûlées d'une Gargouße
à qui un coup de canon mit le
feu ; Mr le Comte Govelo , Garde
de la Marine , & frere de Mr. le
Comte de Vertus , Guidon des Gendarmes
de la Garde , a esté aufle
brulé ; Mr de Beaumanoir a eu une
legere bleẞure prés le talon.
Nous comptons entre les tuezi
bleßez & noyez dans le Lys , &
nous cent cinquante hommes dans
le
Lys
GALANT
361
le Lys , Mr de Baudinard , Garde
de la Marine , a en la cuiße emportee
, & Mr de Belanger, auſſi Garde
de la Marine, a esté bleẞé aux deux
jambes. Mr Lauthier , Commanle
Lys , a esté blessé à la joże
dan
& à l'oreille.
On ne fçauroit trop donner
de louanges à Mr Lauthier , &
pour bien connoistre celles qu'il
merite , il n'y a qu'à fe repréfenter
le Vaiffeau le Lys qu'il
commandoit , carené d'un an &
qui ne va point , contre une .
Efcadre ou Armée de quarante
Vaiffeaux de guerre tous frais ,
allant dans la derniere perfection
, qui
l'environnoient de
toutes parts , & qui par un
grand feu à portée du moufquet
des ennemis , fe fait faire place
Avril
1705.
Hh
362 MERCURE
au milieu d'eux tous , & va
s'échouera, malgré eux ,
fauve
fon monde & brûle fon Vailfeau
à la vûë de tant d'ennemis
honteux de ne l'avoir pas pris,
aprés le grand feu de canon
qu'ils avoient fai : fur luy.
Je ne dis rien de Mr de Pointis
, parce que j'aurois tropi
de
chofes à en dire, & que fa bonne
manoeuvre & fon intrepidité
luy ont fait meriter la plus
grande partie de la gloire d'une
action qui a roulé fur luy &
qui rendra la gloire & l'intrepidité
des François immortelles ,
& fera craindre à l'avenir à
tous les ennemis qu'ils auront
fur mer , de les attaquer lorf
qu'ils ne feront pas cinq ou fix
fois plus forts qu'eux . On doit
GALANT 363
remarquer que Mr de Pointis
s'eft fait refpecter des ennemis ,
mefme aprés s'eftre fait échouer,
puifqu'il a fauvé tout fon monde
jufqu'aux bleffez mefme ,
dont aucun n'a efté pris, & qu'il
n'eft forti de fon Vaiffeau que
le dernier.
}
Le13 . de ce mois , à neuf heu
res & demie du matin , Monfeigneur
le Duc de Bretagne fut
laifi tout d'un coup
d'un ca
tharre fuffoquant , caufé par un
mouvement de dents , qui fut
faivi de violentes convulfions
réïterées frequemment . Elles
furent fufpendues par les remedes
aufquels on eut recours ,
pendant trois heures & demie ;
de forte qu'il parut prefque revenu
dans fon cftar naturel ;
Hh ij
364 MERCURE
mais une cinquième attaque de
convulfions ayant abfolument
ferréfa poitrine , il en fut étouf
fé fur les fept heures du foir.
Ce Prince eftoit âgé de neuf
mois & dix - neuf jours , eftant
né le 25. de Juin de l'année derniere.
A peine la maladie de Monfeigneur
le Duc de Bretagne cuftelleeftéfçue
à Paris que le P. de
la Chaife partit pour fe rendre à
Verfailles. Il arriva avant fa
mort , mais il ne vécut pas longtemps
aprés . Lorfqu'il fut expiré
, le Roy dit au P. de la Chaife
en parlant de ce Prince : ce
n'est pas luy que jeplains ; il est bienheureux
, & nous fommes dans des
places difficiles pour le falut. Ce
Monarque dit à Madame la Du-
2
GALANT 365
"
cheffe de Bourgogne : Dieu vous
Pavoit donné , Madame , Dieu vous
l'a ofté ; il est le maiftre. Si toute
la Cour, qui s'eftoit rendue chez
le Roy pour marquer fa douleur
par fa prefence , demeura
muette par reſpect & pour
mieux faire voir la douleur
qu'elle reffentoit , cette douleur
ne l'occupa pas entierement , &
elle fut partagée par l'admiration
que luy donna ce qu'elle entendit
dire à Sa Majefté , & par
la maniere heroïque & chrétienne
avec laquelle elle foutine
la douleur dont elle eftoit
penetrée
. Celle de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne n'eftoit pas
moindre & ce Prince ne la foû
tint pas avec moins de dignité"
& de refignation & ne fit pas
Hh iij
366 MERCURE
voir une conftance moins chrétienne
à la fupporter . On voulut
luy reprefenter tous les malheurs
dont S .. Louis avoit eſté
attaqué pendant fon regne , &
ce qu'il avoit fouffert du coſté
de les enfans , & luy faire voir
la conftance avec laquelle il
avoit fupporté tout ce qui luy
eftoit arrivé de plus douloureux
Ce Prince répondit qu'il
le fçavoit bien ; mais qu'il y avoit
une grande distance entre S. Louis
lay. La grande pieté de ce
Prince eft fi connue que toute
la Cour eftoit perfuadée qu'il
fçauroit mettre en ufage pour
fe confoler & pour le refigner
aux volontez du Ciel , toutes
les vertus qu'il pratique tous les
jours . Je n'ofe m'expliquer plus
GALANT 367
1
au long là deffus , perfuadé que
je ferois mal ma Cour , la modeftie
de ce Prince m'eftant
་
connue.c
3
Je ne vous rapporte point icy
ce que Monfeigneur le Dauphin
a dit dans la douloureufe
fituation où il s'eft trouvé à
l'occafion de cette mort . Je vous
diray feulement que ce Prince
Stoûjours égal a fait voir une
$ douleur auffi fage que fa tendreffe
a toûjours efté grande
pour fon augufte Famille , &
qu'il y a joint une refignation
heroïque.
Je ne vous feray point icy le
détail de la pompe funebre de
ce Prince , puifqu'il a efté rendu
public. Je vous diray feulement
qu'il fut conduit à S. Denis par
Hh iiij
368 MERCUR Z
ཏཾ
Monfieur le Cardinal de Coif
lin , Grand Aumônier de France
, & par Madame la Ducheffe
de Ventadour , Gouvernantel
des Enfans de France , accompagnée
de Me de la Lande
Sous Gouvernante , & que Monfieur
le Duc de Bourbon avoir
efté nommé par le Roy pour
faire les honneurs de ce Convoy.
Le Caroffe dans lequel
eftoient le corps & le coeur de
Monfeigneur le Duc de Bretagne
eftoit precedé & fuivi de
plufieurs détachemens des troupes
de la Maifon du Roy . Le
détachement des Moufquetairesgris
eftoit commandé par Mr
d'Artagnan , & celay des noirs
par Mr de Canillac : celuy des
Gendarmes par Mr de Trefnel:
GALANT 369
celuy des Chevaux legers par
Mr de Pourpris : & celuy des
Gardes du Corps qui fuivoient
le Caroffe & fermoient la mar
che, par Mr de Scheladet . Monfieur
le Duc de Trefmes , premier
Gentilhomme de la Chambrey
& Mr l'Abbé de Sourches
Amônier du Roy de quartier ,
eftoient dans ce Caroffe , qui
eftoit accompagné de 24. Pages
de la grande & de la petite Ecurierà
cheval , & d'un grand
nombre de Valets de pied , qui
portoient tous des flambeaux
de cire blanche , auffi bien que
tous les détachemens des troupes
dont je viens de vous parler.
Au retour de S. Denis le coeur
de Monfeigneur Duc de Bretagne
fut porté au Val de Grace
370 MERCURE
dans le même ordre.
Je vous envoye deux Epita
phes fur la mort de Monfeigneur
le Duc de Bretagne : la premie.
re eft de Mr de Meffange , & la
feconde de мr Tremaile .
Cy-gift des François l'efperance ,
Letendre &jufte amour du plus puiffant
des Rois ,
{
L'ornement inoui de l'Empire François
,
Dont l'Univers n'eut d'exemple qu'en
France .
Nepleurez point furfon tombeau :
Son calme eft doux , fon fort eft
beau ;
Et la perte pour nous n'en eftpas fans
resources
Puifque le Ciel habile à répandie
Jes dons
GALANT 371
Nous en laiße l'angufte Source
Qui nous rendra bien- toft autantque
nous perdons.
A UTR E.
Cy- gift un Prince né pour le Trône
de France.
La trifte mort nous l'a ravi dés le
Awe Berceau:
Plus qu'on ne vit des feux briller à
fa naissance,
Il couleroit de pleurs fur fon Royal
ores Tombeau ,
S'il ne portoit déja la feule des Conronnes
.
Preferable aux Etats de fes puiffans
Ayeux ,
Et s'il ne nous reftoit deux auguftes
Perfonnes
Pourfaire encor ceffet nos befoins &
nos voeux.
372 MERCURE
Le Lundy 27. Avril Mr de
Guiry , Chevalier Seigneur de
Noncourt & de Roufieres, époufa
Madlle de Malezieu , fille
de Mr de Malezicu , Chevalier
Chancelier de Dombes , Seigneur
de Chaftenay , l'un des
dix Honoraires de l'Academie
des Sciences , & l'un des Quarante
de l'Academie Françoile ,
& de Dame Françoife Faudel
de Favereffe . Son Alteffe Sereniffime
Madame la Ducheffe du
Maine vint exprés de Marly
coucher à Versailles . Elle fit
l'honneur à la jeune Mariée de
la mener à l'Eglife Paroiffiale ,
où la ceremonie fut
faite par,
Mr l'Abbé de Malezieu , & au
retour , cette Princeffe qui ne
manque à rien de tout ce qui
GALANT 373
peut faire plaifir aux perfonnes
qu'elle honore de fes bontez ,
donna la chemife à Madlle de
Malezieu. Il y a long temps que
Madame la Ducheffe du Maine,
dont le difcernement fin & deli
cat n'eft touché que du vray merite
, a appellé la jeune Mariée
à fon intime familiarité , & à fes
plaifirs toûjours reglez par la
raifon & par la fageffe. Madlle
deмalezieu à prefent мe de Guiry
, a en effet mille bønnes qua
licez . Elle a une phyfionomie
douce & infinuante qui luy at
tire les coeurs , fans qu'on la
connoiffe ; elle joue du Clavecin
, fçait la Mufique & chante
comme les Maiftres . On ne s'é
tonnera pas qu'elle ait reçû uner
excellente éducation , quand
374 MERCURE
on fera reflexion qu'elle a efté
élevée par la même perfonne ,
qui a efté choifie pour élever
tant de grands Princes , & que
Me fa mere , Gouvernante des
Enfans de Monfieur le Duc du
Maine , ne luy a jamais donné
que de grands exemples de fageffe
& de vertu. La famille de
Mr de Malezieu eſt établie depuis
plufieurs ficcles à Paris , où
elle a donné plufieurs perfonnes
diftinguées dans l'Epée & dans
la Robe. Elle eft alliée aux Saintions
, aux Andrés , aux Parfaits
, aux le Coigneux . Le cinquiéme
ayeul de la Mariée fe
diftingua fort dans les guerres
de la Religion , & mourut Lieutenant
general & Gouverneur
du Soiffonnois ; mais fans puifer
GALANT 375
५.
dans l'Antiquité , pour relever
la naiffance de Me de Guiry ,
il fuffit de dire qu'elle eft fille ,
de Mr de Malezieu , dont le merite
rare & generalement reconnu
eft au deffus des titres & des
éloges. Quant à la Maifon de
Guiry,perfonne n'ignore qu'elle
eft des plus confiderables du
Royaume , & qu'elle defcend
inconteftablement des anciens
Seigneurs Sicambres . Elle tient
depuis plus de huit ficcles un
des premiers rangs parmy la
haute Nobleffe du Vexin . Elle a
donné à la France plufieurs Prelats
& plufieurs grands Chambellans
de nos Rois . L'illuſtre
S. Romain eftoit de cette Maifon;
ce qui fe prouve par des
titres & par des monumens pu376
MERCURE
>
blics , dont il n'eft pas poffible
de douter. Ony juftifie plus de
trente degrez de filiation non
interrompuë & le dixiéme
aycul du Marié fut donné en
ôtage pour la perfonne du Roy
Jean , aprés la bataille de Poitiers
. Mr de Guiry , dont il s'agit
a eu l'honneur d'eftre Page
la Chambre du Roy , & eft
fils de Mr de Guiry , Lieutenant
general du Païs d'Aunis & Goude
la Rochelde
verneurdes 7
le , qui a laiffé une grande reputation
de valeur , de conduite
& de probité dans les Gardes du
Corps de Sa Majefté , dont il a
eu l'honneur d'eftre fort longtemps
Enfeigne.
Il eft temps de vous parler du
GALANT 377
Siege & de la prife de Veruë
& ce que j'ay à vous en dire ,
merite voftre attention . On a
de tout temps regardé les longs
Sieges comme étant tres - prejudiciables
aux affiegeans , tant
parce que pendant leur durée
ils pourroient faire d'autres
conqueftes , que parce qu'il paroift
vraisemblable que les alliégeans
perdent plus que les af
fiegez , parce qu'ils font plus
expofez , cependant le fiege de
Veruë fournit un exemple contraire
à ces deux chofes Ce
fege a efté commencé dans une
failon fi avancée que quand il
n'auroit duré qu'un mois , la
faifon fe feroit trouvée trop
mauvaiſe pour entreprendre un
autre fiege aprés la prile de cet-
Avril 1705. Li
378 MERCURE
te Place ; ainfi la longueur de
ce fiege n'a rien derangé, com
me vous allez voir. Si les trou
pes qui le formoient n'ont pas
efté en plein quartier d'hyver ,
elles eftoient cantonnées & elles
ne pouvoient fouffrir que fort
loin à loin dans les jours qu'elles
montoient , à leur tour , la tranchée
dans laquelle il n'y avoit
rien à craindre , ou du moins
de chofe. Monfieur de
Vendofme regardant ce fiege
pluftoft comme un blocus que
comme un fiege qu'il vouloit
pouffer vivement ce Prince,
fçavoit qu'il ne le pouvoit faire
fans expofer fes troupes & fans.
en perdre la plus grande partie,
à cauſe du nombre infini de mines
qui étoient dans la Place ,
tres-peu
GALANT
379
& dont il étoit tres - bien averti.
Il difoit tous les jours , qu'il
aimait mieux que la prise de cette
Place fuß reculée , que de perdre un
feul Grenadier. Aufli ne perdoiton
pas devant cette Place huit
hommes en dix jours ce qui a
eſté ſouvent remarqué . Pendant
que les troupes étoient ainfi en
repos , & qu'elles ne laifoient
pas de travailler à l'avancement
de la prife de la Place , en obligeant
les ennemis à confommer
leurs vives & leurs munitions;
les recrues de fon Infanterie
qu'on luy envoyoit de France
toutes faites , & fans lesquelles
il n'auroit pû entreprendre aucun
autre fiege , quand Veruë
auroit efté pris pluftoft , avançoient
toujours auffi - bien que
I i ij
380 MERCURE
celles de fa Cavalerie que luy
amenoient les Officiers à qui il
n'avoit point refufé de congé
pour les aller faire où il leur
plairoit ; c'est ce qui fait que ca
Prince fe trouve prefentement
aufi en état d'ouvrir la Cam -3
pagne que s'il n'avoit point
efté occupé pendant tout l'hyel
ver au fiege de Verue . Il vient
de mettre en quartiers de ra
fraichiffement foixante Batail
lons complets de fanfeule are
mée , & foixante - dix Efcadrons,
& l'on affure que ces troupes
font les plus belles du monde p
& qu'il ne manque pas un
bomme dans tous les Corps.i
Quant à ce qui regarde le
Slege de Verruë , siline s'eft
palé que trois actions remar
1
GALANT 38r
quables pendant ce fiege , qui
font voir que nous n'y avons
perdu prefque perfonne , pendant
que Monfieur de Savoye
ya perdu non- feulement toute
la Garnifon qu'il avoit dans la
Place au commencement du
fiege, mais mefme prefque toure
fond Infanterie avec laquelle il
rafraichiffoit fouvent la Gar
nifon , & dont il ne luy resté
pas deux mille hommes. C'eft
un fat conftant, generalement
connu & auquel on ne peut faire
de replique ; ainfi la longueur
du fiegen des Veruë nous a efté
beaucoup plus avantageufe que
fizce fiege avoit duré moins de
temps , puifqu'elle a fervi à rüfə
ner entièrement alarmée dè
Monfieur de Savoye , & à con
382 MERCURE
fommer inutilement une quantité
prodigieufe de provifions
& de munitions , pendant que
nous inondions tous les jours
la Place de nos feux fans pouvoir
faire de perte confiderable ,
parce que nous ne donnions
point d'affaut & que nos troupes
n'étoient point découvertes.sq
Les trois actions qui fe font
paffées à Veruë pendant le fiege
, font la prife de Guerbignan,
qui ne nous a pas feulement
couté un foldat , puifque Monfieur
de Savoye ayant appris par
un deferteur que Monfieur de
Vendofme le , devoit attaquer
dans fon Camp de Crefcentin
ce Duc en fit retirer toutes
fes troupes , dont il crut avoir
beloin pour groffir fon armée ,
GALANT 383
& les noftres fe faifirent auffitoft
de ce Pofte & des équipa
ges que les ennemis n'avoient
pas eu le temps d'enlever ; cependant
le Pô eftant groffi en
une nuit , Monfieur de Vendofme
ne put executer fon entreprife
, mais fon projet ne laiffa
pas de luy procurer le Pofte de
Guerbignan , dont il fe mit en
poffeffion fans perdre un feul
homme.
La feconde action eft remarquable
& digne de Monfieur de
Savoye qui ne manque ny de
valeur ny d'imagination pour
tenter de grandes chofes , &
pour faire parler de luy, Il fit
attaquer noftre tranchée à revers
& par les deux flancs ,
L'entrepriſe étoit auffi belle &
"
384 MERCURE
aufli grande que difficile ; mats
comme il avoit affaire à des
François , & que Monfieur de
Vendofme qui venoit de fortit
de la tranchée & qui n'en étoit
pas éloigné , y revint auffi toſt,
l'entrepriſe ne reüffit point , &
nous ne perdimes que quelques
perfonnes tuées par la premiere
décharge des ennemis , donc
Mr de Chartogne fut du nombre.
Les ennemis furent donc
obligez de fe retirer , & comme
ils ne le pouvoient faire fans
montrer le dos , & qu'ils étoient
obligez de paffer par une porte
appellée , la Porte du Secours
, par laquelle ils ne pouvoient
pafer tous à la fois , ils
furent prefque tous tuez Je ne
m'étends point fur cette action
P
dont
GALANT 385
dont je vous ay déja donné un
long détail , & dont je ne vous
parle icy que parce que je me
fuis propofé de mettre dans cet
article un abregé de tout le fiege.
La troifiéme action a efté la
prife du Fort de communication &
de la Redoute qui couvroit le
Pont de bateaux , de même que
du Pont de bateaux Monfieur de
Vendofme auroit fait cette expedition
beaucoup pluſtoft fi les
neiges de luy avoient permis ,
mais celles eftoient i hautes
qu'il ne put attaquer pluftoft
ce Fort de communication avec fest
retranchemens ; mais il eut l'a-k
Vantage de l'emporter fi - toft
qu'il l'eut arraqué & d'en faire,
fans perdre prefque perfonne ,
toute la Garnifon prifonniere
Avril 1705. Kk
.
386 MERCURÉ
de guerre , auffi bien que le
Gouverneur, Son Alteffe fe
préparois à attaquer Monheur
le Duc de Savoye dans fon
Camp de Crefcentin;mais ce Duc
on ayant eſté averti , ne jugea
pas à propos de l'y attendre &
fe retira à Chivas , où il réva au
moyen de fauver la Garnifon
de Veruë fans fe mettre en
peine de ce que les malades &
les bleffez deviendroient , puifqu'ils
n'auroient pas che en
état de fe fauver , fi le projet
avoit réuff . C'étoit d'engager
le Gouverneur de faire mettre
le feu à quelques mines , & de
fe fauver avec fa Garnifon par
un endroit qu'il avoit marqué ,
Rendant que le bruit qu'auroient
fait les mines , auroient
GALANT 387
3
attiré les François du coté où
elles auroient joué , & qu'il fø
feroit mis en état de fermer le
paffage aux troupes qui au
roient pû marcher du cofté par
où il vouloir que le Gouver
neur fe fauvaft; mais Monfieur
de Vendolme enu ayant chén
averti donna de fi bons ordrest
pour empefcher l'execution de
des projets qu'on ne fermit pass
en état de les executer.
Monfieur de Savoye ayant
abandonné fon Camp de Craf
oeentin , il n'y avoit pas lieu des
croire que Vernë pult tenir encore
longtemps. La Place éroit
toure ouverte , elle ne pouvoit
plus eftre ravitaillée & elle ne
pouvoit plus recevoir de vivres
y de munitions. elde eft vray
Kk ij
388 MERCURE
2
qu'elle en avoit encore pour .
prés d'un mois de temps mais
malgré toutes les chofes donc
elle étoit bien pourvuë , il luy
auroit efté avantageux de fe
rendre , puifqu'il n'y avoit au
eun moyen de l'empefcher :
deftre prife un jour, & qu'elle
pouvoit épargner le monde
qu'elle a perdu depuis la re
traite de Monfieur de Savoye,
à Chivas jufqu'au jour qu'elle
a efté priſe. Le Gouverneur fe
trompoit , lorfqu'il s'imaginoit
que Monfieur de Vendoſme ,
impatient de la longueur du
Siege , ne manqueroit pas de
donner plufieurs affauts pour
be faire finir , & il comptoir
que l'impatience & la valeur
des François leur couteroient
ix
' ז
**
GALANT 389
eher , puifqu'ayant un grand
nombre de mines , il ne manqueroit
pas de les faire joüer :
ce qui feroit perir les plus
intrepides , dont on ne manque
pas de fe fervir pour un
affauto; mais Monfieur de Vendofme
n'écoutant que fa
pru
dence en cette occafiony atma
beaucoup mieux prendre
la Place plus tard que de l'acheter
fi cherement ; d'ailleurs
il ne perdoit point de monde,
fes troupes étoient bien à couvert
, & fes bombes & fon canon
faifoient tous les jours diminuer
notablement la Garnifon,
puifqu'outre les morts il y
avoit tous les jours un fi grand
nombre de bleffez ,
, que
medes ayant manqué , on preles
re-
Kk iij
390 MERCURE
noit les emplaftres qui avoient
fervi à ceux qui étoient morts de
leurs bleffures , pour les mettre
fur les playes de ceux qui ve
noient d'eftre bleffez. Enfin les
malades & les bleffez étoient
dans le plus pitoyable état du
monde , il n'y avoit plus de couvert
que dans le Donjon , où
on ne les fouffroit pas ; ainfi ils
étoient dans les rues , la plapart
nuds & fans cftre foignez ,
& expofez aux injures du temps..
& à nos feux . Tout cela dont
Monfieur de Savoye étoic inftruit
, ne l'engagea point d'ordonner
au Gouverneur de capituler
, & trompé par les Allemans
qui luy faifoient entendre
tant par ceux qu'il envoyoit
dans la Place , où il entroit toû
11
GALANT 391
4
yours quelqu'un , que par les
fignaux dont il étoit convenu
avec le Gouverneur , il attendoit
à tous momens le fecours
que Vienne luy avoit promis ,
mais les troupes qu'il attendoit
n'étant encore ny payées , ny
complettes n'étoient pas en état
de commencer leur marche , &
cependant Monfieur de Savove
perdoit tous les jours les trou
pes les plus aguerries. Il doit
cette perte aux Allemans, puifque
s'ils ne luy avoient rien promis
, il auroit pris d'autres memis
fes troupes
fures pour
& peut- eftre qu'il auroit pris un
parti qui auroit empelché fa
gruïne totale , auffi eft- il inouï
3 que depuis dix mois que la Cour
de Vicane luy promet des trou
Kk iiij
39% MERCURE
pes , il n'ait pas reçû un feal
homme
. Il n'a deffendu
Veruë
pendant
prés de fix mois , que
dans l'efperance
de ce fecours
, & l'on peut
dire que ce fiege eft eſt
caufe qu'il fe trouve
fans armée
à l'ouverture
de la Campagne
,
Pour reprendre
le fiege où je
J'ay laiffé , le Gouverneur
de
Veruë
n'ayant
plus d'efpoir
d'eftre
fecouru
, & fe voyant
prefque
fans vivres
demanda
à
capituler
le fix d'Avril
; mais.
ayant appris
que Monfieur
de
Vendofme
vouloit
que la Garnifon
demeuraft
prifonniere
de guerre
, & d'un autre cofté connoiffant
que Monfieur
de Sa
voye ne pardonne
point à ceux
qui font de pareilles
capitulations
, il fetrouva
dans un cruel
GALANT 393
Tembarras , puifqu'il étoit obligé
de fe fier à la clemence de Mon
fieur de Savoye , en fe rendant
prifonnier de guerre , ou à celle
du Roy & de Monfieur de Vendofme
en agiffant en defefperé
& contre les regles de la guerre,
mais enfin ayant tout confideré,
il crus qu'il agiroit avec plus
de fureté , en pouffant les chofes
aux dernieres extremitez &
en fe rendant enfuite , plus perfuadé
de la clemence de Mon
fieur de Vendofme que de celle
de Monfieur de Savoye , s'il
avoit confenti pluftoft à fe ren
dre prifonnier de guerre . Cette
refolution prife , le Gouverneur
fit mettre le 7. le feu à quantitée
de bombes , de grenades ,
de pors à feu & d'autres feux
394 MERCURE
d'artifice. Enfuite il demanda
de nouveau à capituler ; mais
on repondit qu'il falloit qu'ilfe
vendilt a difcretion . Le Goaverneur
ne pouvant encore le rẻ.
foudre à fe rendre fur cette réponſe
, fic jouer les mines qui
renverferent les trois enceintes
& tous les ouvrages , à la referve
du Donjon où il le retira , & le
lendemain 9. il fe rendit à dif
cretion . Il fortit de la Place 4r.
Officiers , 16. Sergents & 700.
foldats des troupes de l'Empe
reur commandez par Mr le Ba
ron de Freifing , Lieutenant
Colonel du Regiment de Ni
grelli & des troupes de Mon
heur le Duc de Savoye , 15 : OE
ficiers , 16. Sergens & 446. foldats
commandez par Mr le
GALANT 395
tout plus de douze cet en Comte d'Entreve , faifant en
hom
me, en y comprenant les Officiers
, l'Etat Major & trois cens
malades ou bleffez. 11 y a des
Lettres qui portent que toutes
ces troupes n'avoient pas dequoi
fouper ce jour- là , & que
Monfieur de Vendofme leur fic
diftribuer des vivres . Ce Prince
dit au Gouverneur, qu'ayant fait
jouer fes mines contre les regles de la
guerre , & qu'ayant contrevenu à
ces regles en plufieurs chofes , il étoit
coupable de morts mais qu'il efpe
roit que le Roy trouveroit bon qu'il
luy laiffaft la vie , ainsi qu'à la
Garnifon. On a trouvé dans la
Place dix fept pieces de canon,
dont trois ou quatre font de 24.
livres de bale , cinq mortiers
396 MERCURE
onze milliers de poudre , quant
tité de boulets & de grenades ,
& neuf drapeaux . Auffitoft
aprés la prife de Veruë , Monfreur
de Vendofme dépeſcha Mr
le Marquis de Broglio pour en
apporter la nouvelle au Roy3
& pour faire un détail à Sa
Majefté de tout ce qui s'étoit
paffé en cette occafion , dont ce
Marquiss'acquitta parfaitement
bien Cependant Monfieur de
Vendofme envoya les troupes
dans leurs quartiers , & laiffa
feulement feize bataillons au
Comte Albergotti pour faire
enlever l'artillerie & les muni
tions de la Place
Veruë eft une Ville de Piém
mont , dans le Comté d'Aft, für
Las Frontieres du Montferrat &
GALANT 397
fur les bords du Pô , à feize milles
du Turin elle eft fur une
éminence & tres- fortifiée . Les
Espagnols l'affiegerent en 1625
On voyoit autrefois une Inf
cription fur la Porte du Châ
teau , où il y avoit un Cochon
lequel ouvroit la gueule pour
engloutir un Raifin qui luy pene
doit fur la tefte , avec ces mots :
.
P
Quando quefto Porco pigliara l'uva,
Il Marquefe di Monferrato piglia
Malta Verrua.
ま
Cette Infcription avoit efte
mife pendant les guerres des
Piémontois & des Ferrarois ;
mais lorsque le Duc de Feria
affiegea cette Ville l'an 1625.
les Habitans de Veruë laifferent
398 MERCURE
le même corps & changerenc
ainfi les mots :
Quando il Porco pigliara l'uva ,
Il Duca diFeria pigliara Verrua.
Le nom de Veruë eftoit commun
à toutes les Places fituées
fur des collines où fur des rochers
. La Ville de Veruë a pro
duit de grands hommes & a donné
lieu à de grandes difputes fur
la verité de fon origine . Poli
tien y a fait quelque fejour auffi
bien que Sacratus . C'eft dans
cette Ville que le Tafle alla
paffer quelques mois après qu'il
fut forti de fa priſon de Ferrare.
H's'y plaifoit fort & il y auroit
demeuré plus long - temps s'il
n'avoie efté rappelé à Ferrare
GALANT 399
Pendant le fejour qu'il y fit ily
revit fon Amynte , à laquelle il
changea quelque chofe.
Pendant que Monfieur de
Vendofme achevoit la conquê
te de Veruë , Monfieur le Duc
de la Feuillade achevoit celle
du Comté de Nice , par la prife
de la Ville de ce nom . Je dis
achevait parce qu'il ne refe
plus que le Chateau à prendre ,
& que bien que la conqueste en
foig fort difficile à caufe de fac
fituation , il ne peut manquer
deftre pris à mains que fes
vivres & fes munitions ne durent
éternellement , & que les
troupes de la Garnifon ne foient
exemptes de maladie & de mort ,
& comme ea font des chofes impaffibles,
il ne s'agit que du plus
400 MERCURE
ou dumoins pour voir ceChâteau
fous l'obéiffance du Roy , foit
qu'on en faffe le Siege, foit qu'on
le contente de le tenir fi ferré
que rien n'y puiffe entrer. La
Conquefte que Monfieur le Duc
de la Feuillade vient de faire
confifte dans la prife de Villefranche
, de Sofpello , du Fort
ou Citadelle de Villefranche
des Forts de Montalban , de
Sant - Ofpitio , & de la Ville de
Nice . Toutes ces Conqueftes
ont donné beaucoup de gloire
à Monfieur le Duc de la Feüillade
, non pas à cauſe de la force
des Places & de la longueur dest
Sieges ; mais parce qu'il s'eft
trouvé dans des fituations embaraffantes
, & qu'ila bien feu
prendre fon parti Les muni
"
GALANT 401
tions & le canon qui luy de .
voient fervir dans ces expedi
tions , devoient arriver de
Toulon en même temps qu'il
arriveroit bavec fes Troupes
mais les vents contraires les
ayant arreftez , il parut dans la
neceffité de demeurer dans l'inaction
, jufqu'à ce que tout ce
qu'il attendoit fuſt arrivé Pendant
que les vents contraires
faifoient tous les jours redoubler
fon inquietude , & qu'il
brûloit d'impatience d'entrer
en action , il apprit qu'un Regiment
compoté de plufieurs
Nations & dont une partie avoit
efté levée en Suiffe & ailleurs
fours le nom de Gardes de la Reine
d'Angleterre , avoit ordre de fe
== Avril 1705. " A LISA
4
402 MERCURE
7
jetter dans Villefranche &
qu'il marchoit pour
cet effet
ibenvoya des Troupes pour le
chercher le combattre & empêcher
l'execution de fon defe
fein & ces troupes remporterent
l'avantage dont je vous ay
déja parlé , & ce Regiment fur
diffipé en partie ; mais Monfieur
de la Feuillade impatient d'agir
, & craignant que quelques
troupes de ce regiment ne fif
fent de nouvelles tentatives, fon
courage & l'impatience qu'il avoit
d'agir luy arent entreprendre
le fiego de Villefranche,
quoique fom canon ne fût pas
encore arrivé. Vous avez fçu de
faccés de ce fiege , & quecce
Dac fit bloquer le Château dans
le même temps qu'il preffoit ta
SGADANT 403
que vous
Ville Auffi - roft aprés la prife
de la Ville , Monfieur de la Feüil-
Jade dépêcha MrleChevalier de
Miane pour rendre compte au
Roy de ce qui s'eftoit paffé . Ce
Chevalier qui avoit eſté bleffé
d'une pierre qu'une bombe avoit
fait écarter , ainfie
Pavez fçû , fut reçu de S. M,
avec beaucoup d'agrément , &
toute la Cour trouva beaucoup
d'efprit dans la maniere dont il
rapporta les nouvelles dont ilétoit
chargé , & dans fes réponſes
aux questions qu'on luy fit : CependantMonfieurde
la Feuillade:
preffoit toujours le Château de
Villefranche , & ce Duc ayant
appris , avant que de s'en eftre
arendu maiſtre , l'avantage rem ..
porté par le Vice - amiral Lake,,
Ll
ij404
MERCURE
crue que ce Vice- aminal spro
fiteroit mieux de cet avantage
& qu'il ne manqueroit pas de
fe rendre devant Villefran
che ce qui l'obligea a preffer
le fiege de la ville de Nice ,
quoiqu'il n'y pût employer alors
que deux pieces de canon , &
qu'il ne fût pas encore maiſtra
des autres poftes dont j'ay déja
parlé. Son canon eſtant arrivé,
tous ces poſtes ne durerent gueres
; auffi avoit- il tellement
avancé & mis toutes chofes en
fi bon eftat , qu'il avoit lieû de
croire que tous ces poftes ne
tiendroient pas long - temps a
prés l'arrivée de fon canons La
ville de Nice fit grand feu dức du
fea avant que le noſtre fût veq
nu & l'on peut dire que l'on
5:
IT
GALANT 405
n'a jamais tant brûlé de pous
dre en peu de temps . Tout
fi
noftre camp eftoit couvert de
boulets , & l'on en ramaffoit tous
les jours plufieurs centaines,
Enfin Mr le Marquis de Carail
Gouverneur de la place paroif
foit animé de la même ardeur &
du même efprit que Monfieur
de Savoye , & il fembloit qu'il
fût réfolu de périr plûtoft que
de rendre jamais fa place Pene
qu'ileftoit ainfi animé , & que
fes remparts eftoient toujours
en feu , fon fils trouva moyen
d'entrer dans la Place avec quel
ques foldats du regiment de la
Reine d'Angleterre , dont j'ay
déja parlés, & qui avoit efté
pouffé & difperfé une feconde
fois. Il fembloit que ce nous
LAY
406 MERCURE
f
2
veau renfort dût augmenter för
courage & luy faire faire une
plus longue réſiſtances mais dés
que noftre canon fût arrivé , qué
Monfieur le Duc de la Feuilla
de paru en perfonne , & que ՎԱ
le canon eût commencé à tirer,
l'ardeur du Gouverneur & de
la garnifon fut bien coft rálen
tic , & aprés une défenfe peu
opiniâtrée , ils monterèht an
Château, & l'Evêque & les Of
ficiers de la Ville vinrent au ffi
tôt apporter lesclefs àMonfieur
le Duc de la Feuillade , qui fic
entrer quatre bataillons dans la
Place & Mrie Marquis de Uffon
, que le Roy a nommé Gou!
verneur de la Ville & du Comté
de Nice, en prit auffi- tôt poffeffon.
La conquêtedece Païsqui
GALANT 407
n'a coûté qu'environ 200. hommes
, eſt due à l'activité & à la
conduite de Monfieur de la
Feuillade , & il eſt conſtant que
s'il n'avoit pas fait pouffer auffi
promptement qu'il fit le regie
ment de la Reine d'Angleterre,.
& que s'il avoit attendu fon canon
pour prendre Villefranche
, & pour avancer le fiege
de tous les autres poſtes , & même
celuy de la ville de Nice ,
il n'auroit commencé à battre
Villefranche que dans le temps.
aque Nice s'eft rendu , & que
quand il auroit attendu juſqu'à
Ge temps là pour battre Viller
franche dans les formes ynon.
n'auroit rien pû luy reprocher ,
ainfi j'ay eu raifon de dire que
la prompre reduction de tous ces
&
1
208 MERCURE
poftes, qui ferment l'entrée aux
fecours que Monfieur le Duc
de Savove pouvoir attendre de
ce cofté- là , eft due à l'activité
& à la bonne conduite de Monfieur
le Duc de la Feuillades
qui fans canon & prefque fans
munitions n'a pas efté un moment
fans agir aprés fon arrivée,
& qui a continué en même tems
fans canon le fiege de plufieurs
poftes , avec autant de vigueur
& d'intrépidité , que fi fon armée
avoit eſté munie de la plus
formidable artillerie Je dois
rendre la justice à Mr de Vauvré
que ce Duc duỷ a renduë
dans plufieurs de fes Lettres . II
eftoit Intendant de l'Armée tane
fur mer que fur terre, & tout ce
qui a dépendu de luy & de fes
foins ,
GALANT 409
foins , s'y eft trouvé en abon
dance.
On ne peut donner trop de
de .
loüanges aux troupes , qui ont
prefque toûjours efté expofées
à la pluie fans paroiftre un moment
rebutées , à l'exemple de
leur General dont elles eftoient
charmée de la liberalité , des
manieres honneftes , & du plaifir
qu'il cherchoit à faire à tous
ceux qui s'eftoient diſtinguez ,
en allant luy- même au devant.
des moïens de leur rendre fervice.
Auffi ces troupes ont- elles
marqué , & marquent elles encore
tous les jours , qu'elles feront
toûjours preftes de le fuivre
par tout où il les voudra .
conduire. Auffitoft aprés la
prife de Nice , il dépêcha Mr le
Avril 1705. Mm
410 MERCURE
Comte de Suze neveu de feu Mr
l'Archevêque d'Auch , pour en
porter la nouvelle au Roy. Ce
Comte rapporta que le fiege avoit
duré 26. jours faute d'artillerie , que
l'odeur de la fleur d'orange étourdiffait
les Officiers & les foldats de
la tranchée , qu'elle leur donnoit de
grands maux de tefte , & qu'elle les
enyoroit mefme , & qu'on avoitfait
brûler du bois de fentear dans la
tranchée pourfaire ceffer cette incommodité
, ce qui avoit réüſſî. Il ajoûta
que Monfieur le Duc de la Feüilhade
avoit fouvent efté de jour &
de nuit , & mefme à pied de Villefranche
à Nice , ce qut l'avoit fait
beaucoup maigrir. Auffi n'a t'on
peut-etre jamais vu pluficars
feges entreprisen mefme temps
fous un mefme General , fous les
GALANT
4II
ordres & à fa veuë , & allant
continuellement d'un fiege à
l'autre .
Nice eft une Ville de Provence
au Duc de Savoye avec
titre de Comté & Evefché fuffragant
d'Ambrun. Son nom
primitif qui luy fut donné par
les Marſeillois veut dire Victoi
re. Ils bâtirent cette Ville aprés
avoir vaincu les Liguriens . La
Ville de Nice s'eft augmentée
fur les ruines de Cimelle qui étoit
la Capitale des Vediantiens .
Nicea efte foumis aux Rode
Bourgogne & aux Comtes de
Provence , & enfin elle a paffé
fous la domination des Ducs de
Savoye. Le peuple de Nice a
fouvent tafché de fecoüer le
joug des Comtes de Provence.
Mm ij
412 MERCURE
Berenger III. & Beranger V.
Comtes de Provence luy firent
la guerre, le premier en 1166. &
le fecond en 1229. Amedée Duc
de Savoye ufurpa le Comté de
Nice fur Jeanne Reine de Naples
& Comteffe de Provence,
pendant les troubles de Naples.
Les Ducs de Savoye
n'ont jamais pû pallier fon ufurpation
; ainfi nos Rois ayant
le droit de la Maifon d'Anjou
par le teftament de Charles
Comte du Maine fait en faveur
de Louis XI . la France par
cette conquefte rentre dans ſon
ancien patrimoine .
Le Roy voulant faire rendre
graces à Dieu de toutes ces conqueftes
envoya la Lettre fuivante
à Monfieur l'Archevêque
GALANT 413
de Paris. Je fçay qu'elle vous a
déja efté envoïće ; mais comm e
ce qui n'eft qu'en feüilles volantes
s'égare fouvent , & qu'on
ne le peut dans la fuite trouver
, que lorfqu'il eft inferé
dans de plus gros ouvrages ,
vous ne devez pas vous étonner
fi vous trouvez cette Lettre
parmi les nouvelles que je
vous envoye
Mm iij
414 MERCURE
LETTRE
DU ROY ,
Ecrite à Monfeigneur le Cardinal
de NOAILLES ,
Archevêque de Paris .
Pour faire chanter le Te Deum
dans l'Eglife de Nôtre-Dame,
en action de graces de la prife
de Veruë par l'Armée de Sa
Majefté , fous le Commandement
de M. le Duc de Vendôme
; & autres avantages
remportez contre Mr le Duc
de Savoye
.
Mon Confin , le Siege de Verne
commencé par mon Coufin le
Duc de Vendofme dés le 14. Octobre
GALANT 451
dernier , vient deftre heureusement
terminé le 8. de ce mois par la reduction
de cette Place qui s'eftfoùmife
à mon obéiffance , & dont la
Garnison s'eft renduë à difcretion
après une deffenfe de prés defix mois.
Le Duc de Savoye par sa prefence,
par l'union de toutes les troupes , par
Les fecours & par les rafraichiffemens
continuels qu'il fourniſſoit à
certe Place , n'a rien abmis de tout
ce qui auroit pù rebuter d'autres
troupes que les miennes : Mais tous.
ces obftacles n'ont fait qu'animer
davantage leur courage & leurfermeté
dans toutes les occafions qui
fefontpréfentées , & qu'à redoubler
Leur patience à fupporter la rigueur
d'un des plus rudes hyvers. Cette
entreprise auroit efté plus promptement
terminée , fi le Duc de Ven416
MERCURE
dome encoreplus occupé de la confervation
de mes troupes que de fa
propre gloire , inferuit d'ailleurs de
Pextremité où étoient les Affiegez,
n'avoit jugé plus à propos d'en differer
le fuccés , que de l'avancer en
exposant au peril inévitable de
plufieurs mines dont il avoit connoiffance
, tant de braves Officiers
& de Soldats , qui s'y feroient livrez
avec la mefme ardeur dont il avoit
efté témoin en tant de differentes occafions.
Quoiqu'une partie confidetable
des troupes que j'ay en Italie
fuft employée à cette entreprife
qu'une autre partie compofte Atmée
que j'ay en Lombardie appofee
A celle de l'Empereur , que j'aye
Corps de
troupes vers Pignerol , que plufieurs
bataillons foient employezau blocus
fait avancer an
duʼlon
GALANT 417
du Chateau de Montmelian & à
la confervation des Vallées ; j'ay
neanmoins jugé à propos , pour ofter
au Duc de Savoye tous moyens defe
procurer des fecours ou par terre ou
par mer , de former une nouvelle
Armée dont j'ay confié le commandement
au Duc de la Feüillade
foutenu des forces de mes Vaiffeaux
& de mes Galeres commandez parle
Marquis de Roye , pour se rendre
maistre de la Ville de Nice , des
Ville & Chateau de Villefranche
& des Forts de Saint Ofpice & de
Montalban , ce qui a esté executé
avec autant de capacité que de valeur.
Des avantages fi confiderables
qui ne font dûs qu'à la protection
da Ciel , m'obligent d'en
rendre àDieu de tres- humbles actions
de graces. Ainfi je vous écris cette
418 MERCURE
b
Lettre pour vous dire que mon intention
eft que vous falliez chanter
le Te Deum en Eglife Metropolitaine
de ma bonne Ville de Paris,
au jour & à l'heure que le Grand
Maiftre , ou le Maistre des Ceremo
nies vous dira de ma part : Sur ce ,
Je prie Dieu qu'il vous ait , Mon
Coufin , en fa fainte & digne garde.
Ecrit à Marly le 21. Avril 1705.
Signé LOUIS ; Et plus bas
PHELY PEAUX.
Comme tout étoit en même
temps en mouvement en Italie ,
& que Mr le Comte de Linange
fçavoit que le fiege de la Mirandole
étoit refolu , il ordonna àu
General Pathé de mettre tout
en ufage pour y jetter du fe.
cours , & ce General n'oublia
GALANY 419
rien fatisfaire aux ordres
pour
qu'il avoit reçûs . Les deux Lettres
fuivantes qui font de Monfieur
le Grand Prieur , vous feront
connoître ce qui s'eft paffé
en cette occafion .
A Mantouë le 4. Avril 1705 .
Sur des avis réiterez qu'un Corps
des ennemis étoit arrivé à la Polizella
, d'où ils avoient déja fait
paffer des troupes de l'autre cofté du
Pò , je viens de faire marcher Mr
de Vaudrey avec deux Compagnies
de Grenadiers & trois cent Chevaux
de la Garnifon d'icy , qui demain
au foir joindra à Bondeno
Mr d'Efclainvilliers , qui y fera
avec ce qu'il aura pù ramaffer des
troupes du Madenois ; le Blocus de
420 MERCURE
1
la Mirandole confervé , je croy que
ces deux Corps ensembleferont celuy
de neuf cent chevaux & de huit cent
hommes de pied , avec lequel j'ay
ordonné à Mr de Vaudrey de marcher
diligemment aux ennemis , &
de les combatre par tout où il les
trouvera . Si la compagnie grolit au
bas Pò , j'y marcheray moy-même
avec des détachemens de mes quartiers
du Breffan que j'ay déja mandez.
Il eft capital d'empêcher les
ennemis de s'établir fur le Pô
quelque endroit que ce puiffe eftre .
Nous verrons comme ils feront pour
venir à bout de ce projet, devant moy .
›
A Mantouë le 8. Avril 1705.
en
Les ennemis avoient paßé le Po
à la Polizella au nombre de cinq ou
fix
1
1
.
GALANT 421
fix cens hommes. Ils ne fe font pas
fait prier pour le rep for , lorfqu'ils
ont fenti approcher les troupes des
deux Couronnes commandées par
Mrs deVaudrey & Defclainvilliers.
C'étaitle Śr Pathb qui commandoit
3
détachément , qui en fe retirant
a pris la liberté d'emmener beaucoup
de boeufs & de vaches des Etats
de Sa Sainteté. L'on prétend qu'il
avoit deffein de jetter un fecours de
vivres dans la Mirandole , & ce
dernier projet ne vlug a pas mieux
3 réuſſi que ceux dont il s'est mêléjusqu'à
prefent. Pour facilitër fon
poffige , on luy avoit préparé d'avance
, à la Polizella , quané
groffes Barques qui jointes enfemble
formoientun Pont volant fur lequel
cent chevaux auroient pu paſſer de
front. Pour remedier à l'avenir , à
Avril 1705. Na
422 MERCURE
eet inconvenient , j'ag mandé àMr.
de Vaudrey de braler & de couler di
fond sous les bateaux & tous les
moulins qui fe trouveront fur le PÒ
depuis la Polizelka jufqu'à ſon em
bouchure , & d'établit furle Fer
Farois trois Regimens de Cavalerie,
& an de Dragons ce quis, je croys
fuffit pour nous rendre la tranquillité
de ce cofté-là..
J'efpere vous envoyer, avane
de fermer ma Lettre , la
fuite de ces nouvelles .
que
769
Je vous envoye une Lettre
écrite par un Officier de l'ar-\
mée de Monfieur le Maréchal
de Villars. As leque * →
GALANT 423
A Sarbrick , le 14. Mars .
Noftre voyage a efté court & vif.
Noussommes tombezfur les quarsiers
des ennemis fans qu'ils en eaf
fent aucun avis ; mais les rivieres
font fi débordées, qu'il n'y avoit qu'un
feul Pontfur la Blize , deffendu par
une Redoute & quelques Retranche.
mens. On a fait paffer des Grenadiers
dans des nacelles qui les ont
pris par la gorge de la Redoutes
pendant qu'on efcarmouchoit par
depant, Le Commandant a esté pris
avec trente Soldats des Troupes de
Monfieur P'Electeur Palatin , On a
Accommodé le Pont diligemment ,
& Mr d'Eftief a couru à un quartier
de Cavalerie ; mais comme le
feu avoit averti les ennemis , &
Nnij
424 MERCURE
que leurs chevaux eftoient plusfrais
que les noftres , on en a peu pris . Le
General Butler s'eft fauvé avec la
Garnifon de Deux Ponts. Celle
dHornb rg a échape parceque Mr
de Dray , n'a pu paffer la riviere de
Horn. Noftre General a envoyé Mr
du Rofel aux Deux Ponts qui a pris
beaucoup de bagage des ennemis &
fais plus de cent cinquante prifonniers.
o
Enfin nous (çavons par les prifonniers
, & par quantité de deferteurs
de plufieurs de leurs quartiers
que ceux de Kaiferlanter ,
Landflour, & plufieurs autres , ont
tous fuy vers Mayence & Landau
. Sans les playes horribles on les
auroitpouffez plus lin ; mais il eft
bon d'avoirchaffé les ennemis qui devoient
alieger Saarlouis &ThimE
GALANT - 425
a
pilles il en a pas cotité grande
Fatigue Monfieur de Villars avoit
deffendur qu'on menaft ny hommes
my chevaux qui ne fußent en estat
de faire une marche de fix on fops
jours voda pempo, 2 di noi, bi
Sa Majeſte Britannique a
nommé pour fon Envoyé auprés
du Roy d'Efpagne Mr le Chevalier
du Bourg , Gentilhomme
ordinaire de famChambre , &
Chevalier de l'Ordre de Saint
-Jacques. Il eft d'une des plus
anciennes Maifons d'Irlande .
Son attachement à la vraye Rexligion
l'obligea d'en fortir dés
fa plas grande jeuneffe . Il vine
en France , & comme il aime
l'étude & qu'il a naturellement
du gouft pour les Sciences , pour
les Arts & pour les belles Let-
Nn iij
426 MERCURE
tres , il en acquit en peu desi
temps une parfaite connoiffan - \\\{
ce , & il apprio ſi bien nôtresb
langue , qu'il la parle parfaitesiv
ment bien . Il alla enfuite à Roc
me , où il s'acquit en peut den
temps l'eftime & l'amitié desi
Cardinaux & des perfonnes les
plus diftinguées de cette Courod
& fur tout du feu Pape , qui l'honn
nora d'une eſtime & d'une pro-, Vi
tection que le Pape d'aujour
d'huy luy continue avec une
bonté particuliere. Il eftoit emig
liaiſon avec un grand Prelat quing
fut nommé par Sa Sainteté Non- co
ce en Espagne. Il pria Mr les
Chevalier du Bourg de faire
avec luy ce voyage. Il fe vit ench
peu de temps auffi diftingué à 20
Madrid qu'il l'estoit à Rome, &
GALANT 427
P
A
la confideration où il eftoit à
Madrid le fit nommer
Chevalier
de l'Ordre de S. Jacques . Il re
vint à Paris , où perfonne ne luyh
a refufé les diftinctions qui font
dues à fi naiffance & à fon me !
rite A fon retour d'Efpagne les
Roy fon Maiftre le fit Gentil
homme ordinaire de fa Cham .
bre & S. M. B. le renvoye à s
Madrid pour fes interefts avec
la qualité de fon Envoyé left ?
tres-propre pour un pareil em- 9
ploy. Ila des talens particuliers
pour les négociations . Ifçait
parfaitement les interefts des
Princes , les droits des Souve - y
rains , & les loix & les ufages
de toutes les Nations . Il eft deva
l'aveu de tout ceux qui le cones :
noiffent , homme d'un vray me428
MERCURE
#
.
rite , qu'il foutient fans aucu.
ne affectation . Il est bien fait
de fa perfonne , & tous les entretiens
inſtruiſent & plaifene
également. Il a de luy- même
de grandes lumieres , & fon ap
plication luy a acquis un grand
fond de difcernement : Il a un
art particulier de fe fairel des
amis , de fe ménager ceux qui
acquierent fon eftimes, & de fe
conferver ceux que fon merité
luy a gagnez.je ne puis ou
blier icy letémoignage qu'a ren
du de luy un grand homme auffi
diftingué par fes lumieres que
par les grands titres, Aprés
avoir fait fon doge à l'occafion
de l'employ qu'on luy donne ,
il a ajouté qu'il n'y avoit point
d'homme de diftinction qui ne dut
GALANT
429
s'applaudir de l'estime de Mr le
Chevalier du Bourg , & qui ne fe
fift honneur d'en faire fon Amy. Ce
choix juftific bien tout ce que
je vous ay dit en tant d'occafions
de l'efprit & du difcernement
de S. M. B.
Le mot de l'Enigme du mois
dernier eftoit le Carefme ; ceux
qui l'ont trouvé font , Mrs Ic
Chevalier de Simery & Chauvelot
Avocat de Semur en Auxois
: Fleury Avocat: Loreau :
Robinet proche S. Pierre aux
Boeufs : de Sancé , Penfionnaire
de Mr Thomas : Richard
du Marais le Philofophe neutre
: le zelé Cartefien : le Mcdecin
poly: le fpirituel Abbé
du quartier Saint Jacques : le
3
MERCURE
438
grand Clerc de la rue des
armoufers
: le grand Compere
de l'aimable Suzon de la ruë
des deux Ponts : l'Ami content
de Verfailles : le petit Loup de
Verfailles & fon grand Pere : le
Heros du Canada : D. L. & la
belle Brune du bout de la ruë
Quinquempoix l'Echo fidele :
& Miles de Segny de Semur en
Auxois : Bailly du Fauxbourg S.
Antoine : du Mourier , la fille
de la rue de l'Echarpe : Rouffeau
du quartier S. Merry : le
Vaffeur du quartier S. Nicolas
des Champs : de la Vigne du
quartier S. Paul : la conftante
Calefienne & fa fidelle Amie :
Tamirifte la charmante enjouée
& l'aimable Prude fa four
de la rue des Canettes , derric
* Art
GALANT 431
re la Madelaine : les trois foeurs
du quartier S. Sulpice la fine
Manon de la rue S. Denis la
brillante Heroine , & l'heureuſe
mariée. M
Ja tous envoye une Enigme
nouvelles
F
མ་
wool Foto 60
ENIGME.
airy , and h
£ fuis d'une figure ronde
Rar le cul la teffe , & lecarps.
A voixbaute on m'annoncé ad mon→
sup de post of woq ale va
Et les foirs fans jambes je fors
Commej'affecte d'eftre rond16
Mon corps ne fe remplir que de ma
tiere ronde, nunod asi ar
Et jefais lajoye d'une ronde ,
Quand on me vuidefur unrond,
Je réjouis lesjeunes gens
432 MERCURE
Mon Maitre chante lear o ftoire,
Il attrape les plus fçavans
Et fi pourprix , on le faitboire gi
On l'accuse par tout , dit-on , I
Qu'il n'a jamais eu de mémoire
Mais pour empêcher de la croire
On l'entendfort fouvent qu'il repete
*ow fon nom.
Les paroles que je vous envoye
font de Mile des Houlicres.
Vous fçavez qu'elle a herité.
duvtalents merveilleux que fa
mere avoit pour la Poëfie , que
cette Demlle a infiniment d'efprit
, & qu'elle n'eft pas moins
eftimée par fon bon coeur que
par les beaux talens qu'elle poffede.
Les paroles ont efté mifes
en air par Mr de la Tour , il y a
Jong - temps que fa reputation
१
Vous
GALANT 433
Yous eft connuë ; ainſi rien ne
doit manquer à l'air & aux pa--
roles que je vous envoye.
.
AIR NOUVEAU.
7 Enez | petits, Oiſeaux fous ces
VE
it charmans ombrages
Demon Iris annoncer le retour.
Venez celebrer un amours
A qui le temps ne peutfaire d'ou-
9 triges..
Pour rendre mon bonheur plus
Sdoux , le engl
Quand vous aurez admiré cette Belsites,
Partez, volez, ſeparez- vous ,
Amesjaloux, portez- en la nouvelles
La protection du Ciel vient
de paroiftre pour un Monarque
qui travaille acontinuellement
ausmaimien & à l'accroiffement
Avril 1705
. Oo
434 MERCURE
de la veritable Religion. Cetre
protection a éclaté par la ruine
totale du Fanatifme , dont laracine
vient d'eftre coupée. C'étoit
une espece de folie dont
tous les mouvemens eſtoient furieux
, & qui n'avoit aucun caractere
de Religion , de quelque
côté qu'on la pût regarder L'E
glife abhorre le fang , & l'on ne
voit point de Religion quelque
ridicule & quelque éloignée du
bon fens qu'elle foit qui enfei
gne à le verfer . Jamais la rage &
la fureur ont - elles efté plus outrées
que celles qui engageoient
les Fanatiques à égorger tous
ceux qui tomboient dans leurs
mains , lorſqu'à des fcelerats qui
avoient toûjours fait profeffion
de la plus groffiére ignorance &
GALANT 435
¿ qui ne fçavoient ny lire ny écriire
, des filles inftruites à faire les
7 Bacchantes difoient que le Ciel
leur avoit infpiré de leur dire de
les maffacrer. Qu'avoient fait à
ces Fanatiques les enfans qu'ils
égorgeoient dans le ventre de
-leurs meras & ces enfans
avoient ils travaillé à leur cmpêcher
de profeffer leur Reli
gion t fi l'on peut dire que des
gens occupez fans coſſe aux
meurtres fans diftin & ion de
fexe
nyd'âge , & aux brûlemens continuels,
ayent une Religion . Enfin
la racine de ce Fanatifme, qui
in'écoutoit que la furour , & qui
ane fubfiftoit que dans le fang ,
ivient d'eftre coupée, & il faudroit
un grand nombre d'années
avant qu'il put éclarer de nou-
Oo ij
436 MERCUR
veau . Il n'a plus de Chefs , fes
Sectateurs font découverts , il
n'a plus de magaſins , il n'a plus
d'armes , il n'a plus de poudre ,
iln'a plus de Treforier. Tous les
refforts cachez qui le faifoient
mouvoir font découverts . Il n'a
plus d'azile , & le Ciel a plus fait
en un jour pour fa deftruction
que les hommes n'auroient pû
faire en plufieurs années s
&
comme cette deftruction eft l'ou
vrage du Ciel , il y a lieu de erbire
qu'on n'entendra de longtemps
parler de Fanatiques , &
que ceux qui font encore dans
un eftat incertainfur la Religion
à laquelle ils doivent s'attacher,
faifant de ferieufes reflexions
fur la manière dont les Fanatiques
ont vêcu, ne trouveront pas
t
GALANT
437
qu'il y ait jamais eu aucun acte
de Religion dans ce qu'ils ont
fait , & remercieront le Ciel d'avoir
aneanti un parti dans lequel
le libertinage les auroit pu faire
donner.
It elt conftant que les pluyes
n'ont prefque point ceffé à Gibraltar
depuis que cette Place
eft affiegée. Elles avoient redoublé
& gafté le pays avant
que Monfieur le Maréchal de
Teffé arrivaſtidevant cette
Ville . Vous avez eu des preuves
certaines qu'elles ont continué
fortement aprés l'aprivée
de ce Maréchal , & perfonne
n'ignore que la tempefte & les
pluyes étoient grandes , lorſque
it Vice- Amiral Lake eft arrivé
devant cette Place ; ainſi lat
Oo iij
438 MERCURE
plupart des travaux font demeurez
inutiles , &
Stroupes
qui font ce fiege ayant beaucoup
fouffert , & le temps ne
leur permettant pas de pouffer
leurs attaques , elles fe contenteront
de tenir la Place ferrée
-pendant quelque temps , fans
avancer leurs travaux : ce qui
Lera tres préjudiciable à la Gar
nifon qui ne pouvant s'étendre
dans les terres & ne pouvant en
rien tirer , fouffrira cruellement
& manquera fouvent de plufeurs
chofes , de forte qu'il fau
dranque les Alliez ayent conti
Quellement un grand nombre
adė Vaiffeaux en mer pour ra
vitailler la Place & pour efcor .
ter les Bâtimens qui y porteront
des vivres : ce qui coutera
GALANT 439
+
cent fois autant qu'une armée de
terre qui ne manquera de rien
étant dans fon pays , & ayant
toutes choſes à portée , cela
eft fi vray que les Anglois s'étant
trouvez dans une pareille
fituation lorfqu'ils étoient mattres
de Tanger & que ne pouvant
rien tirer des terres , érant
refferrez.comme ceux de Gibraltar
le font aujourd'huy , ils
aimerent mieux abandonner la
Place que d'eftre obligez d'avoir
toujours des Efcadres en
mer pour porter des vivres, quoiqu'il
leur fuft plus facile , qu'il
De leur eft aisé d'en porter aujourd'huy
à Gibraltar ,puifqu'ils
n'avoient point alors de Vaiffeaux
ennemis à craindre. Jugez
par là fi la fituation où ils font
440 MERCURE
à l'égard de Gibraltar , leur eft
avantageuſe , & fi aprés que
leurs Efcadres n'auront point
ceffé d'aller & de venir pour y
porter des vivres , avec une dépenfe
immenfe , ils ne doivent
pas encore craindre de perdre
tout le fruit de leurs peines ,
lorfque Monfieur le Comte de
Toulouſe fera en mer.
2Je ne vous dis rien des armées
du Rhin ', de la Mofelle , de la
Meufe & du Brabant . L'ouverrure
de la Campagne s'approche.
Chacun fe prepare avec
chaleur à l'ouvrir ; mais chacun
craignant que fes deffeins ne
foient decouverts tâche de
faire croire par fa manoeuvre
& par fes difcours , autre cho
fe que ce qu'il a refolu de faire;;
GALANT 441-
& il y en a peut-eſtre qui attendent
que leurs ennemis ayent
commencé à faire connoillse
tour de bon leurs veritables
projets , afin de prendre des mefures
fur ce qu'ils croiront devoir
faire.
Quant à ce qui regarde les
affaires d'Italie du coſté de
Monfieur le Grand Prieur , j'ajouteray
aux deux Lettres de
ce Prince que vous venez de
trouver dans la mienne , que
fur l'ordre qu'il avoit donné de
brûler les batteaux dont il y eft
parlé , il a bien voulu écouter
l'accommandement qu'on luy a
propofé , & faire garder de fon
cofte toutes les barques & les
bâtimens , & attendre à y faire
mettre le feu que les Imperiaux
442 MERCURE
*
vinflent pour s'en faifir. A l'é
gard du gros renfort qui avec
les troupes de Mr le Comte de
Linange doit compoſer l'armée
que Mr le Prince Eugene doit
commander , il n'ya point à douter
que cette armée ne penetre
dans quelques endroits d'Italie,
& il fe trouve fouvent que de
tres groffes armées ne peuvent
empelcher de tres- petits corps
de paffer des Rivieres , parce
qu'elles n'en peuvent garder
sous les bords à la fois ; mais
tous ces paffages que les parti
fans de ceux qui traverſent ces
rivieres chantent comme des
Victoires , n'aboutiffent fouvent
qu'à faire battre ceux qui les
ont paffées , ou du moins n'as
boutiffent à rien , puifqu'une
GALANT 443
**
armée infiniment inferieure à
celle qu'elle a en tefte , loin
de s'attacher devant elle à aucune
entrepriſe , eſt fouvent
bien embarrallée à trouver les
moyens de s'empefcher d'eftre
battue. Que fera Mr le Prince
Eugene quand il aura en tefte
toutes nos forces d'Italie raf
femblées ? Et que pourra til
faire dans le Piémont, s'il y vient,
que d'achever de ruïner le pays
& de ruïner fon armée, puiſqu'il
ne trouverra pas à vivre dans
un pays dont les habitans n'ont
pas dequoi fubfifter ainfi il
court riſque d'eftre baitu & de
mourir de faim. Voila ce qui
buy peut arriver , s'il avance
trop , &s'il n'avance pas, il fera
connoiftte qu'il ne peut rien
444 MERCUR
£
faire pour les Alliez . La fuite
nous fera bientoſt voir comment
les chofes tourneront . Je ne dis
rien ordinairement de l'avenir
& je le laiffe à ceux qui n'ont
rien autre choſe pour groffir
leurs nouvelles , mais je n'ay
pû m'empêcher d'avancer ce
que je viens de dire ; la chofe me
paroiffant vrai -femblable & naturelle,
***Je fuis perfuadé que vous recevrez
des nouvelles de la prife
de la Mirandole auffi - toft que
ma Lettre. Mr de Lapara fait ce
fiege , auquel il commande tant
en qualité de Lieutenant general
que d'Ingenieur principal.
Ily a des Lettres qui portene
que Mr le Marquis de Senante ;
eft de retour de Turin , & qu'il
.a
GALANT 445
apporté le confentement de
Monfieur le Duc de Savoye
pour
la neutralité du Chateau
avec la Ville de Nice , pour fix
mois , pendant lequel temps on
ne tirera ny de part ny d'autre.
Cette Ville jouira des mêmes
privileges dont elle joüit pens
dant la derniere guerre , lorfqu'elle
fut priie par les troupes
du Roy
.
L'abondance de la matiere
qui entre ordinairement dans
mes Lettres m'a tellement accablé
ce mois - cy, que je me trouve
obligé de fermer celle que je
vous envoye , quoy qu'il me
refte une infinité d'articles. que
je referve pour le mois prochain.
Ils n'auront pas la grace de la
Avril 1705
. P
P
446 MERCURE
nouveauté, mais peat eftre trous
verez - vous quelque chofe de
nouveau dans ce que je vous
diray touchant ces articles,
Je dois ajoûter icy que le com
pliment que j'ay mis dans ma
derniere Lettre , & que j'ay dic
que le P. Gaillard, Jefuite, avoit
prononcé devant le Roy le jour
de la Purification , n'a point efte
fait par ce Pere. J'ay vû celuy
qu'il eut l'honneur de faire ce
jour- là à Sa Majeſté , & je l'ay
trouvé fi bean que je voudrois
pouvoir vous en envoyer une
copie. Je ne manqueray pas de
fatisfaire la curiofité que vous
devez avoir là deffus , fi ce compliment
peut tomber entre mes
mains.
Dansla Liſte des Officiers de
1
GALANT
447
de l'Efcadre des Vaiffeaux de
Malte , dont je vous ay fait part
le mois paffé , on a mis le Chevalier
Frere Henry- Louis de la
Marie , de France , & il faut le
Frere Henry- Louis de Beaupoil
de S. Aulaire de Lanmary , du
grand Prieuré de France . Il eft
frere de feu Mr le Marquis de
Lanmary , grand, Echanfon de
France , & Capitaine- Lieutenant
des Gendarmes de la Reine
.
J'ay mis dans la même Lettre
que Mr de Tournemine avoit
vendu la Compagnie des Gendarmes
de la Reine à Mr de Vertilly
, & c'eſt au contraire Mr de
Tournemine qui a acheté cette
Compagnie.
Pp ij
448 MERCURE
Ily a dans l'Article de la mort
de Mr
l'Archevelque d'Auch ,
dans ma Lettre du mois paffé ,
que Me la Comteffe de la Suze ,
fi celebre par fes beaux écrits ,
eftoit de la même Maiſon que
feu Mr
l'Archevêque d'Auch ,
mais il n'y a point de parenté
entre ces deux Maifons , l'une
étant de la Suze & l'autre de Suze.
Il ne faut pas
s'étonner fi
dans d'auffi grandes Lettres que
les
miennes , & faites en fi peu
de temps , il fe gliffe tous les
mois
quelques fautes ; elles vienment
la plupart des Memoires
qui me font envoyez , & comme
je manque de temps pour y faire
reflexion , ces fautes fe gliffent
GALANT 449
infenfiblement dans mes Lectres.
Je fuis , Madame , & c.
A Paris ce 2. May 1705.
Je vous prie de remarquer le
jour de la datre de ma Lettre ,
afin que fi vous la recevez plufieurs
jours aprés , vous ne vous
plaigniez pas que je ne vous ay
point fait part des évenemens
qui feront arrivez entre le jour
de la datte de ma Lettre , & ce-
Jay que vous la recevrez .
A VIS.
Le Mercure du mois prochain
paroiſtra le Samedy 6. de Juin.
TABLE.
PRelude contenant les manieres
I
obligeantes du Roy envers Mr le
Marquis de Bedmar ,
Nouvelles de l'Amerique feptentrionale
,
12.
Les Princes de Castiglione faluent
55. 55
le
Roy's
Regiment donné par le Roy d'Efpagne
,
Harangue faite à Mr le Maréchal
de Villars
Premier article des morts ,
Sonnets ,
Profeffion ,
,
56
58
63
87
92
Nomination de Ar Amelot à
l'Ambaffade d'Espagne , 94
Le P: de la Ruë , eft nommé Confeffeur
de Madame la Duchefse de
Bourgogne ,
Autre Regiment donné par le Roy
95.
TABLE.
Efpagne, 99
Lettre au fujet du Service & de
Oraifon funebre de Me la Ducheffe
d'Aiguillon , prononcée à
Aiguillon, 102.
Carte Genealogique des Rois d' Ef-
138 pagne ,
Succés du Portrait du Roy , gravé
par Mr Thomaffin , 142
143
Gouvernement de la Baffe- Autriche
donné ,
Charge de Vice- Chancelier de l'Em-
C 145 pire donnée
Abbaye de la Couture donnée par
147
le
Roy
Six articles de Charges , de Regimens
de Titres & Evethez don
nezpar le Roy d'Espagne , 148
Homelie prononcée par le Pape ,
Second article des morts:
164.
167
TABLE .
Reception de Mr P'Evefque de Soiffons
à l'Academie Françoife, 192
Saite du voyage des Religieux de la
Trape à Florence , 216
Benefices donnez par le Roy la veille
de
Pafque,
Lettre de Berlin ,
228
273
Mort de Monfieur le Duc Maximilien
de Baviere', 294
Lifte des Cardinaux, Archevefques,
Evefques & autres Deputez à
Affembléegenerale du Clergé de
France
Lettre contenant l'entrée de Mr
Evefque d'Auxerre à Auxerre ,
314
·321
Mariage de Mr le Comte de Fimarcon,
326
nay S. Luc ,
Mariage de Mrle Marquis d'Epi-
339
Addition è l'article de Mr le MarTABLE.
quis de Mejorada , 344
Manifefte de S. A. E. de Baviere
avec la Lettre de S. A. E. de Cologne
à S. M. I.
Livre intitulé la Langue ,
347
348
Autre intitulé Ecclefiafticæ Jurifdictionis
vindicia , e
351
Relation du combat donné entre s
Vaiffeaux du Roy & 35. Vaiffeaux
ennemis ,
idem
Mort de Monfeigneur le Duc de
Bretagne ,
Autre
mariage,
363
372
Abregé curieux de tout le fiege, de
Veruë & ce qui s'eft paẞé à la
prife de cette Place , 376
Détail de tout ce qui s'eft pafféà la
prife du Comté de Nice ,
Nouvelles d'Italie >
392
418
Lettre d'un Officier de l'Armée de
Mr de Villars ,
422
TABLE.
Mr le Chevalier du Bourg eff
nommé par S. M. B. fon En
voyé en Espagne ,
Articles des Enigmes ,
Affaires des Fanatiques,
425
429
433
Situation des Affaires de Gibral
tar ,
437
Situation des affaires depuis le
Brabant jufqu'au Rhin , 440
Suite des affaires d'Itake , 441
·Grand nombre d'articles referveź,
445
Fautes de ma derniere Lettre coʻrigées
, fur tout à l'égard du difcours
prononcé devant le Roy par
le P. Gaillard ,
Avis
446
449
Avis pourplacer les Figures.
La Chanfon qui commence
par ces mots , Où font-ils , &c.
doit regarder la page 343.
Celle qui commence par ces
mots , Venez , petits Oifeaux ,
doit regarder la page 433 .
Page 343. ligne 4. lifez , frapé ,
& non frapée.
Page 345. lig. 13. lif. Jus patronat
& non fufpatronat
Qualité de la reconnaissance optique de caractères