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Eur 5113
m
17053
Mercure
t
T
<36624505200012
<36624505200012
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MARS , 170s .
A
PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Con
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffic
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix , Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC V.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Sharsh bliothek
ten
.
AULECTEUR.
a
ILy alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres rèiterées
qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires
qu'on envoje
pour efire employez , on ne
glige de le faire , ce qui est
cause qu'il y en a quantité
AU LECTEUR :
de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
MARS
1705.
EPere Gaillard, Jefuite,
qui prêche le Carême
Verfailles devant le à
Roy , ayant préché ſuivant l'ufage
ordinaire , le jour de la
Purification , devant ce même
Prince , reçut de grands applau-
A iij
6 MERCURE
diſſemens . Voicy quelques fragmens
de ce premier Sermon ,
qui ont été retenus par des perfonnes
dont la mémoire cft des
plus heureuſes.
Aprés que ce Pere eût loüé le
Roy fur la pieté , & fur ſes autres
vertus Chrétiennes
, il parla
ainfi à ce grand Prince : Que
fert au bien des Peuples e à la
douceur de leursjours que le Prince
place les bornes de fon empire audelà
des Terres de fes ennemis :
Qu'ilfaffe de leurs Souverainetez
des Provinces
de fon Royaume
:
Qu'il leur foit également Superieurpar
les fiéges & par les baGALANT
7
tailles : Que les Nationsfe liguent
enfemble pour fe défendre & pour
l'arrêter : Que leur Monarque ait
la confolation de voir les Princes
fes petits-fils foûtenir ou accroitre
fes deftinées ; fuivre les traces augustes
de leur victorieux Pere, &
imiterfa bonté , fa docilité , fon
équité , fa vigilance & fon intrepidité
; fi trifte & inquiet, j'y vivois
dans l'oppreffion ; fi à couvert
des courfes de l'ennemi ,je me trouvois
expofe dans les places où dans
les rues d'une Ville au fer d'un
affaffin , e que je craigniffe moins
dans l'horreur de la nuit d'êtrepillé
où égorgé dans d'epaiffes forests,
A
iinj
8 MERCURE
que dans fes carrefours ; fi foible
feul de mon parti , j'avois à
fouffrir dans ma retraite , du voifinage
d'un Grand, &fi l'on avoit
moins pourvû à me faire justice
defes entrepriſes ; fi je n'avois pas
fous ma main autant de maîtres
& d'excellens maîtres pour
élever
mes enfans dans les Sciences , où
dans les Arts , qui feront un jour
leur établissement ; & fi enfin par
les ordres du Prince , je n'étois pas
auffi content de ma fortune , qu'il
doit lui- même par fes vertus l'être
de la fienne. Dans un autre endroit
cetOrateur continua ainfi :
Sous un très-grand Roy ceux qui
GALANT 9
que
>
tiennent les premieres places , n'ont
des devoirs faciles que l'on
remplit fanspeine ; Tout coule de
fource. L'autorité & le genic du
Prince , qui eft à leur tête , leur
applaniffent les chemins, leur épargnent
les difficultez Que de dons du
Cielnefaut-ilpaspour bien regner!
Une naiffance auguste , un air
d'Empire & d'autotorité, un vifage
qui rempliffe la curiofité des
Peuples empreffezà voir le Prince
, & qui conferve le refpect dans
le Courtifan : Il faut qu'il ait
l'efpritfacile& infinuant ; le coeur
ouvert & fincere,& dont on croye
voir le fond, & ainfi tres-propre
10 MERCURE
àfe faire des amis , des creatures
& des Alliez un fecret toutefoisprofond
& impenetrable dans
fes motifs & dans fesprojets ; qu'il
ait du ferieux & ddee llaa gravité
dans le public ; qu'il ait une maniere
de faire des graces qui foit
comme unfecond bienfait ; qu'il ait
une étendue de connoiffance , qui
buy faſſe tout voir par ses yeux;
qu'il agiffe immediatement & par
lui-même ; Que fes Generaux ne
foient, quoy qu'éloignez de luy
que fes Lieutenans ; les Miniftres
que les Miniftres. Ilfaut en un
mot, qu'un Prince fçache vaincre
ufer de la victoire ; qu'il fçache
GALANT II
donner des regles à une vaste ambition
, & qu'il apprenne à ſes enfans
jufqu'où l'on doit conquerir.
Ces admirables vertus que chacun
renferme dans l'idée qu'il feforme
d'un veritable Souverain, nefontles
elles pas ·le portrait naturel du
grand Monarque qui commande
en France ? Ne peignent-elles pas
SIRE,V.M. au naturel ? & un
Monarque , qui comme vous ,
raſſemble toutes en fa perfonne
n'eft-il pas bien digne du nom de
GRAND , que toutes les Nations
de l'Europe , celles-mêmes lesplus
conjurées à vôtre perte , n'ont pú
refufer de vous donner , & que
12 MERCURE
vous avez enfin obtenu du confentement
unanime de tous les Peuples
de la terre , ce qui eft plus
beau , SIRE , fans l'avoir demandé.
Je croy ne pouvoir vous envoyer
le difcours fuivant dans
un temps plus convenable à
fon fujet.
COPIE.
D'une Lettre écrite au Pere
Lamy , Prêtre de l'Oratoire,
fur fon Traité de la Pâque.
MON R. PERE ,
Favois prouvé par une de mes
Lettres à un Abbé de mes Amis
GALANT 13
que Fefus-Chrift n'avoit pas efté
crucifié tout nud , bien qu'il eût efté
dépouillée
j'écrivois contre fa
reponse , lors que tombant fur le
verfet de S.Jean qui vous fait
avancer queJesus-Chriſt nefit pas
la Pâque legale la veille de fa
mort, je crus que la difficulté qu'il
me faifoit naitre venoit de mon
peu de capacité & de mon infuffifance.
Je m'attachay d'abord à
ce verfet pourle concilier avec les
trois Evangeliftes
, qui luy fant
oppofez en apparence , & j'eus le
bonheur d'y réuffir en moins de trois
femaines. Favois laißé croupir
pendant quelques années cette im-'
14 MERCURE
a
portante Decifion , lors que achetant
l'Ouvrage
que Scaliger afait
De Emendatione
Temporum
,
j'y vis les difputes qu'elle avoit
caufe jufques à partager l'Eglife ;
la Grecque difant que Jesus - Chrift
avoit anticipé
ce repas misterieux
,
& la Romaine foutenant
l'opi- -
nion contraire
. Jy vis comme ce
celebre Auteur avoit autre fois
fuivy la derniere , & comme il
avoit quitté fon fentiment
pour
embraffer
celuy de la Greque ; jy
vis fes raifons pour la foutenir,
dont connoiffant
la foibleffe
, &
même la faufſeté
, je refolus de
donner au Public
ce que j'avois
GALANT 15
découvert par l'Ecriture même.Je
témoignay mon intention à un Libraire
de cette Ville , qui m'aprit
que vous aviez travaillé für ce
même fujet , j'achetay vôtre Ouvrage
; je l'examinay & je connus
d'abord lefort & lefoible de
vos raifons& de celles de tous vos
Adverfaires. N'en étant donc
point contentpar les difficultez infurmontables
qu'il mefait naitre,
Souffrez , mon Reverend Pere ,
que je vous les propoſe pour que
vous meffaaffffiieezz la faveur de me
les lever par une de vos reponses.
Je commence par les Azymes :
Vous dites qu'il n'étoit pas permis
16 MERCURE
·
de faire aucune oeuvre fervile
pendant ces fept jours ; je ne le
trouve point dans l'Ecriture , ny
ne l'y trouveray jamais , fi vous
me refufez la grace de m'en apprendre
le Livre & le Chapitre.
Elle parle , je le fçay , du premier
& du feptieme comme de
deux Feftes folemnelles , mais elle
ne dit rien des cinq qui font entre
deux , Moife aiant pris garde de
ne pas écrire dans votre fens , par
ce qu'il eft entierement oppose à
l'ordre qu'il
Dieu par fon Ange. Septem. diebus
, dit ce. Legiflateur , Azyma
comedetis ; in primo die non
en avoit reçeu de
GALANT
17
erit fermentum in domibus veftris
: quicumque comederit fermentatum
peribit anima illa
de Ifraël , à primo die ufque ad
diem feptimum. Dies prima
erit fancta atque folemnis , &
dies feptima eâdem feftivitate
venerabilis ; nihil operis facietis
in eis , exceptis his quæ ad
veſcendum pertinent , il
femble , où je me trompefort , mon
Reverend Pere , que ces mots ; nihil
operis facietis in eis , fe raportent
à dies prima & dies feptima
, & non pas à ceux là ; ſeptem
diebus Azyma comedetis,
parce que s'il avoit falu s'abſte
Mars
1705. B
J
me
18 MERCURE
1
ces
nir des oeuvres ferviles pendant
fept jours , Dieu auroit dit
fans doute; feptem diebus Azyma
comedetis , nihilque operis
facietis in eis , &c. ce quiferoit
clair. Pefez , je vous prie , ce que
j'avance , conferez-le avec le Levitique,
vous trouverez , je m'en
flatte, queje n'aypas tort ; joignezy
le 28. ch. des Nomb. depuis le
17. verfetjufques au vingt-fixiéme.
Examinez le Deuteronome de-.
puis le 1. verfetjufques au 9. vous
direzfans doute avec moi queDieu
n'ajamais exigé defonPeuple qu'il
fift 7. Fiftes continues , que Mr de-
Sacy s'eft trompé en traduifant ce
GALANT 19
ne
verfet , qooique Scaliger plu
fieurs graves Auteurs l'ayent ainsi
crú ; quoique , dis-je , vous l'ayez
approuvé mêmefoutenu . Je
dis rien decesfept& huit jours des
Azymes que vousfaites commen
cer à lafin du 1 3. ou au commence→
mentdu 14. du mois , le refervant
pour une autre occafion , afin de
pafferinceffament à la Pâque. Je
vous prie pour cet effet de remar
quer que cette Fefte & celle des
Azymes eft la même , qu'elle com
mence par confequent en même
temps , bien vous les diftinguiez
& que vous faffiez com
mencer la derniere 24 heures avant
que
Bij
20 MERCURE
la Pâque , qui commençoit precifement
au coucher du Soleil du 14...
de la Lune de Nifan . Si donc la
Pâque & les Azymes commen
çoient le même foir & au même
moment, comme l'on ne peut le nier
àcaufe de l'Exode, qui dit de l'Agneau
Paſcal ; Et fervabitis cun
ufque ad quartam decimam
menfis hujus , immolabitque
eum univerfa multitudo filiorum
Ifraël ad vefperam , e
touchant les Azymes ; Primò
menſe, quartâ decimâ die menfis
ad vefperam comederis Azyma
, &c. Si donc , dis-je , la Fefte.
de Pâque où des Azymes commen→
GALANT 21
cele 14.aufoir, que S.Matthieu
nous dife ; Primâ autem die Azy?
morum accefferunt Difcipuliad
Jefum dicentes , ubi vis paremus
tibi comedere Pafcha ,
& Saint Marc : Et primo dic
Azymorum , quando Paſcha
iminolabant , dicunt ei Diſci
puli ; quò vi's camus & paremus
tibi ut manduces Pafcha-
S. Lucenfin,venit autem dies
Azymorum in quâ neceffe erat
occidi Pafcha, & mifiit Petrum.
& Joannem dicens :euntes parate
nobis Pafcha , ut manducemus,
c.Sidonc,dis je , la Fefte de
Pâque celle des Azymes com
22 MERCURE
mencent dans le même moment, &
que lepremierjourdes Azymes qui
eftparconfequent le 1. de la Pâque,
auquel il falloit l'immoler , Jefus
Chriftenvoye Pierre &Jean pour
la preparer , Jefus- Chrift la mangea
quand l'heurefuft venue.Vous
ne prendrez pas fans doute ce primò
die Azymorum pour le premierjournaturel
qui eft le quinze ;
car vous feriez par là que Jeſus-
Chrift ordonneroit la preparation
de la Pâque 24. heures plus tard
qu'il nefaut ce qui feroit fi contraire
à la Loy qu'il eft inutile de
le refuter outre que le 13. Chap . de
le premierepartie de voftre Ouvra
ge, tit. 1. pag. 2.5. me perfuade
mo
GALANT 23
affez que vous n'entrerez jamais
dans ce fentiment ; maisparce que·
vous affoibliffez la force des
paffages dans voftre traduction
il est bon d'en examiner un
quel qu'il foit , pourveu qu'il
foit de l'Evangile. Je prens celuy
de Saint Matthieu , où je vois
clairement que Fefus- Chrift fit lä
! Pâque legale la veille de fa mort,
puifqu'ildit : Prima autem dic
azymorum accefferunt Difcipuli
ad Jefum dicentes ; ubi vis:
paremus tibi comedere Pafcha?
at Jeſus dixit , ite in civitatem
ad quemdam , & dicite ei , magifter
dicit , tempus meum
24 MERCURE
·
propè eft , apud te facio Paſcha
cum difcipulis meis, & fecerunt
Difcipuli ficut conftituit illis
Jefus ; & paraverunt Paſcha . Il
eft clairpar cepaffage que les Difciples
preparerent veritablement la
Pâque , c'est-à-dire , l'Agneau
Pafchal ordonnépar la Loy ; Saint
Marc , ny S. Luc ne vont pas
contre ma Doctrine,fil'on les prend
dans le veritable fens , eftant certain
qu'ils auroient écrit , & paraverunt
quæ Pafcha , requirit:
exigit , ou quelque chofe femblable
, non pas ; paraverunt
Pafcha , comme ils font , s'il falloit
croire que les deux Difciples
preparerent
GALANT
25
"
ر
preparerent feulement ce qu'ilfalloitpourla
celebrer. Si vous dites
vray mon Reverend Pere , la
Loy de Dieu ne fubfifte plus , auffi
ne sous en mettez- vouspas fort
en peine , puifque vous lepubliez
hautement dans votre fecondChapitre
& ailleurs .Je nesçaurois cependant
me perfuader ce que vous
dites - là , parce que l'Ecriture
m'apprend que toutes les Pafques
fe devoient faire avec les mêmes
ceremonies que la premiere , &
c'est ce que je foutiens. Jugez - en
vous- mêmes par le paffage que je
Jous raporte ; Cuftodi verbum
iftud legitimum tibi & filiis tuis
Mars
1705 . C
26 MERCURE
ufque in æternum . cùmque
introïeritis terram quàm Dominus
daturus eft vobis , ut
pollicitus eft , obfervabitis ceremonias
iftas , lifez le 14. verf.
le 17.& 42 , du même Chap . vous
ny trouverez rien qui ne mefoit
favorable ;joignez-y le 3. le 5.0
le 10. du même livre, vous y verrez
qui de nous deux eft le mieux
fondé :fi vous pefez enfin le 3. le
5. le 14. verfets du 9. Chap.
des Nomb. vous conviendrez que
tout y eft contre vous. Je viens
maintenant au renversement general
de cette Loy que je remarque
dans voftre Syfteme . Premierement
GALANT 27
vous transferez lapreparation de
cet Agneau Pafcal qui fe faifoit le
dix deNifan au 13.du même mois,
Secondement vous faites immoler
la Pâque dans le Temple ,
tandis que chaque famille doit
l'immoler chezfoy, à quoy L'Evangile
s'accorde parfaitement
bien : Philon celebre Auteur
vous declarez hautement Schif
matique , le dit en termes bien
formels ;Lactance S. Auguſtin
leprouvent dans l'endroitque vous
combattez , en nous voulant infinuer
que ces deux graves Auteurs
ignoroient ce que les Juifs pratiquoient
de leur temps ce qu'ils
que
Cij
28 MERCURE
leur voyoient peut- eftrefaire.Troifiemement
vous faites repandre au
pied de l'Autelle fang de cet Agneau
, tandis que
que l'on doit en afperger
le haut& les deuxpoteaux
de laporte de la maison où l'on l'a
tué, &quand bienje n'auroispas
raifon je trouve le Levitique
1 .
11.7.8 . & leDeuteronome
12.
17. qui vousfont contraires. Quatriémement
vous faites que
Juifs ne mangentpoint cet Agneau
tout entier , contre le Commandement
exprés que Dieu leur en avoit
fait, puifque vous en faites brúler
lagraiffe fur l'Autel. Je ne dis
rien de la poſture , me contentant
les
GALANT 29
5
de vous prierinftamment de m'apprendre
quel est le verfet de l'Écriture
qui obligea les Ifraëlites à
le manger debout ; chez qui vous
avez trouvéque Jesus-Chrift
fes Apôtres eftoient affis quand il
fit fon dernier repas , & quel eft
l'Evangile qui donne lieu de croire
Jefus - Chriftne communia pas
Judas avec le refte des Apoftres.
Cinquièmement vous faites faire
àce Peuple deux repas confecutifs
la Loy ne parle que d'un
que
bien
que
t
S
t
feul ; vous obligez enfin par vôtre
tour ingenieux la plus grande
partie des Juifsàfuprimer la Paque
, ny ayantfelon voſtre Syſteme
C iij
30 MERCURE
que ceux qui estoient , ou qui s'étoient
rendus à Jerufalem quipuf
fent la celebrer dans le temps que la
Loy les obligeoit à la faire le 14.
de la Lunc de Nifan ,fonspeine de
la vie,àmoins qu'ils nefuſſentimpurs
où loin de chez eux , eftant en
voyageparmy leur nation; car alors
ils de voient la transferèr
au 14 .
Second moit, & non plus tard. Je
prouve que plus des deux tiers du
Peuple ne pouvoient pas faire la
Pâque felon voftre Syſteme dans
le temps portépar la Loy. Premierement
aucune femme , parce qu'il
n'y avoir que les males qui dûſſent
fe rendre à Ferufalem ; cette Loy
du
GALANT ZI
cette
même n'estoit pas fi étroitement
commandée , que l'on nepuft s'en
exempter , comme l'on voit chez
Jofeph dans fes antiquitez l . 17 .
ch . 11. maisfurtoutpar les Villes
par les Châteaux que lesfuifs
deffendirent aprés la deftruction de
Metropole.Etfi vous rapellez
la chofe de plus loin , vous verrez
que perfonne ne fit la Pâque lors
qu'Aristobulus eftoit affiege dans le
Temple par Hircanusfonfrere,&
par Aretas Roy des Arabes, s'il
eft vray, comme vous avez preten
du leprouver, qu'il la faille immoler
dans le Temple . Où pouvoir
outre cela loger unfigrand Peuples
Cij
32 MERCURE
Philon comprend cette difficulté
lors qu'il nous dit dans voftre Livre
qu'unefeule region ou unefeule
Ville , felon voftre Systeme , ne
peut pas contenir une nation fi
nombreuſe qui s'est répanduë dans
tout le monde ; car enfin je n'exagere
point lors que je dis que faire
refter tout le Peuple JuifdansFerufalem
, c'est renfermer toute la
France dans unfeul Paris , chofe
inconcevable ! dont le Public
conviendra fi je vous prouve un
jour par l'Ecriture
qu'il y avoit
pour le moins douze millions de
Juifs du tempsdeDavid .Je vous
prie, au refte , de me marquer l'enGALANT
33
que
droit de l'Ecriture qui permet aus
Juifs de differer leur Pâque , juf
ques au 14. du fecond mois, parce
la Ville de Jerufalem n'étoit
pas affez grande pour les contenir
tous faites-moy voir qu'il
faille arrefter une Chambre le 13 .
comme vous l'écrivez carfans cela
fes endroits me paroiffent fufpects,
veu ce que vous dites à votrepage
140. & au 10. & II . verfets du
9. ch.des Nomb. que vous raportez
. Les enfans en fecond lieu ,
les nourrices , les malades , leurs
gardes & les bergers y auroient
manqué ; les premiers par l'impof
fibilité où l'embarras qu'auroit cau
34 MERCURE
fe le trajet, & les derniers à caufe
des Troupeaux , par ce que tout
feroit mort ou fe feroit égaré pendant
leur abfence , à moins qu'il
n'euſſent tout amené avec eux, ce
qui n'auroit pas affurement diminué
la difficulté de faire refter
tout cepeuple dans cette feule Ville.
Vous n'en trouverez plus fi
vous faites immoler la Pâque
dans la maison de chaque particulier,
comme je l'ay deja dit , com
me la Loy le porte, comme Philon
& les Docteurs que vous citez le
veulent , comme on le lit chez
Lactance, chés S. Auguftin & dans
l'Evangile, C'eft dans ce Syfteme
GALANT 35
que tout eft aplani. Philon n'eft
plus un Schifmatique
comme vous
voulez , s'il n'y a quelqu'autre
raifon qui le prouve ; les conftitutions
Apoftoliques , ny l'Hymne
de S. Thomas ne font point rejettez
; la troifiéme ſtrophe du Pangelingua
que vous paſſezfousfi
lence fe trouve exempte de cenfure
; le Concile de Trente refte
dans fon entier; l'Inquifition n'eft
plus accufée de faveur , defurprife
, d'ignorance , ny d'injustice
dans le châtiment qu'elle excerça
contre Vechietas , qui eut la hardieffe
d'écrire & de foûtenir que
Jefus - Chrift n'avoit pas inftitué
36 MERCURE
que
vous
la Sainte Euchariftie avec dupain
Azyme fentiment pour lequel
vous panchez , bien qu'on ne le
life pas ouvertement dans vôtre
Ouvrage. De-là vient
-avez introduit un buitiéme jour
des Azymes , au prejudice de fo-
Seph , auquel vous faites violence
pour le faire venirdans votrefentiment
, bien que Dieu faffe commencer
ces Azymes à l'heure meme
de la Pâque , parce que ce
n'est qu'une même fefte , comme je
l'ay dit. Enfin nôtre Vulgate n'eft
plus corrigée dans mon Systeme,
parce que je n'ay pas besoin de
dire comme vous , que le Texte
GALANT 37
:
Hebreu n'y est pas exprimé dans
toute fa force fentiment dont
vous vousfaites un merite & que
je ne voudrois pas foûtenir. Je
veux àprefent vous accorder qu'il
faille immoler la Pâque dans le
Temple ; que l'on y
l'on y doive comparoitre
à une heure aprés midy,
pour le plus tard; que cet Agneau
doive être prepare felon toutes les
maximes
que vous en prefcrivez C
fút
aprés les Rabins ; je vous dis que
les Apôtres l'ont fait parce que
rien ne m'oblige à croire que ce
fur le tard , comme vous le vonlez
, qu'ils demanderent à Jeſus-
Chrift quel étoit l'endroit où il
38 MERCURE
:
vouloit qu'ils luy preparaffent la
Pâque prenez s'il vousplaît les
Evangiles , vous n'y trouverez
pas un feul mot qui m'empêche de
croire que les Apôtres luy tinrent
ce difcours le matin de ce premier
jours des Azymes ,qui eft le 14. de
Nifan ; ils eurent donc le tems de
preparer à l'heure qu'ilfalloit;
Jefus- Chrift vint enfuite avec le
refte des Apôtres , é la mangea
quand l'heurefut venuë. Si vous
convenez enfin qu'ils mangerent
une Pâque commemorative ; n'éla
toit- ce
pas celle qui fe faifoit le
14. de Nifan , en memoire de
celle que les Ifraëlites firent auGALANT
39
1
tres-fois par l'ordre de Dieu lorfqu'il
voulut les delivrer de la fervitude
d'Egypte , & qu'il leur
ordonna de renouveller tous les
ans à pareil jour , & à la même
heure , comme je l'ay dit cy - deffus?
Si vous me le conteftez , faitesmoy
voir, je vous prie , l'autori
té de l'Ecriturefur laquelle vous
fondez cette Pâque commemorative
au 13. de Niſan , car pour
moy je n'y trouve rien qui favorife
vôtre opinion , & fur tout
dans ce tems où les Loix des
Juifs étoient dans toute leur vigueur
, comme vous le reconnoiffez
vous même dans la dou40
MERCURE
bleprifon de S.Jean-Baptifle . N'ou
bliez pas s'il vous plaît d'aporter
au moins un Paffage qui meprouve
que la folemnité de cette Fête ,
commençoit dans ce pretendu moment
, par la recherche du Pain
levé par un repas . Vous voyez
maintenant l'intereft que vous
avez, mon Reverend Pere , de
lever tous les doutes que je vous
propofe , & de combattre en mê-
"me-temps tout ce que j'établis ; car
fi vous ne lefaites pas ,
le
Verfet
de S. Jean ( qui eft lefujet de tout
votre Livre ) demande encore fa
veritable explication ; Les trois
Pâques d'Ezechias , deFoſias , &
GALANT 41
>
d'Efdras , la demandent auffi ;
tous vos Rabins font farcis de
contes & de fables ; votre Ouvra
ge tombe par confequent , & tous
vos Sectateurs ne fçavent plus que
dire. Je me flatte qu'il n'en fera
pas de même de mon opinion ,
quand elle paroîtra , parce que
jexpliqueray ces difficultez apparentes
par l'Ecriture même , en
luy donnant un fens aife , facile ,
naturel , celuy que tout le monde
a déja reçû comme le veritable.
Votre réponſe ou votre filence me
determineront fur ce projet ; mais
parce que vous proteftez dans l'a
vertiffement qui precede vos Re-
ن ب
Mars
1705.
D
42 MERCURE
flexionsfur la Lettre d'un Docteur
de Sorbone , à un Docteur de la
même Maiſon , & fur l'Hiftoire
Evangelique du R. P. Pezron
de l'Ordre de Cifteaux , qu'à moins
que des perfonnes de reputation &
d'une érudition diftinguée , ne propofent
quelques difficultez de confequence
, qui n'ayent point encore
efté affez éclaircies , vous garderez
abfolument le filence fur cette
Queftion ; je fais inferercett: Lettre
que vous receverz par la
Pofte , dans le Mercure Galant
dans lesJournaux des Sçavans que
l'on imprime à Paris & à Trevoux
, afin de vous y engager.
GALANT 43
Je
ne vous dis rien de la double
prifon de S.Jean-Baptifte , la refervant
pour mon Livre , où vous
verrez Scaliger avec nos fameux
Mathematiciens
fort embarraffez
,
les calculs de tous nos Chronologiſtes
entierementfaux. Je fuis
avec refpect, &c.
Cette Differtation eſt accompagnée
de plufieurs citations
, qui n'ont pû entrer dans
ce Volume , à caufe du
marge.
peu
dc
Le Pere de la Forge ayant efté
élû l'Eté dernier General des
Mathurins , dans un Chapitre
Cij
44 MERCURE
general tenu à Paris , ainfi que
je vous l'ay marqué , partit fur
la fin du même Eté pour aller
vifiter les Couvents que fon
Ordre a en Espagne. Il alla d'abord
à Barcelone où il arriva
le 9. d'Octobre de l'année derniere.
Le P. Miniftre du Couvent
de Barcelone , qui avoit
refolu d'aller au devant de luy
juſqu'à Perpignan , diftant de
trois grandes journées de Barcelone
, n'ayant appris ſa marche
que le neuf au matin , partit
auffi - toft pour le joindre au
lieu où ce General devoit diner
, auquel il le trouva . Ils
GALANT 45
partirent enfemble l'aprefdinée
, & fuivant les ordres qui
avoient eſté donnez par le P..
Miniftre , ils trouverent à une
lieuë de Barcelone , fept caroffes
remplis de perfonnes de
diftinction , & de plufieurs Re
ligieux de l'Ordre. Le P. General
monta avec quatre perfonnes
des plus qualifiées d'entre
celles qui étoient venuës
au devant de luy , dans un ca
roffe magnifique . Il trouva en
arrivant au Couvent que l'Ordre
a dans Barcelone , les Religieux
qui l'attendoient proceffionnellement
. Il defcendit
46 MERCURE
de caroffe , les fuivit au bruit
des Trompettes , des Hautbois,
& de quantité d'autres Inftrumens.
Il entra dans l'Eglife où
le Te Deum fut chanté alternativement
avec l'Orgue & laMufique
, & au fon de plufieurs Inftrumens
qui ne font pas d'ufage
en France. Le Te Deum étant
fini , & le P. General ayant fait
fa priere fur un carreau au pied
du grand Autel , il fe piaça dans
un fauteuil , où tous les Reli- .
gieux vinrent luy jurer obéïffance
, en luy baifant les mains .
Ce qu'il y eut de particulier , eft
que parmile nombre d'environ
GALANT 47
cinquante Religieux qui forment
la Communauté , le P.
Piguerolles , élû General pour
l'Eſpagne en 1688. luy jura la
même obéiffance que les autres.
Aprés cette ceremonie , il fut
conduit dans l'appartement
qu'on luy avoit préparé au fon
des Trompettes,des Hautbois,
des Violons , des Baffes de vio
le , & d'une grande Symphonie.
A peine fut -il entré dans
fa Chambre , qu'il fut compli
menté par un Gentilhomme,
de la part de M' le Viceroy de
Catalogne , & par un Ecclefiaftique
de la part de Mª l'E48
MERCURE
vêque de Barcelone . Pluſieurs
Gentils -hommes monterent
dans la même chambre , &
toute la Compagnie fut regalée
de liqueurs glacées. Le ro .
au matin le Viceroy envoya à
ce General un Gentilhomme ,
pour luy dire qu'il vouloit le
prévenir en luy rendant viſite ;
mais le P. de la Forge y alla luimême
fur l'heure. M'l'Evêque
lui envoya demander comment
il avoit paſſe la nuit , & le vint
voir l'aprefdînée , les Evêques
en ufant ainfi en Eſpagne , à
l'égard des Generaux d'Ordre.
Toute la journée fe paffa à recevoir
211
GALANT 49.
I
2
.
C
cevoir des complimens & des
5 vifites. Le Couvent de Barcelone
eft fort beau. Il y a trois
Cloîtres l'un fur l'autre , bien
percez par de belles arcades , &
foutenus par des colonnes tresdelicates.
Toute la façade du
dedans du Cloître eft d'une belle
pierre grife . L'Eglife eft auffi
d'une grande beauté ; ainfi que
le Refectoire qui eft vouté &
revêtu tout autour d'une maniere
de lambris de carreaux
d'Hollande , à la hauteur de dix
5 pieds. Il y a dans la Maifon
une magnifique Apoticairerie.
Le General arriva le 6. de
j
e
C
t
Mars
1705.
E
50 MARCURE
Novembre à Saragoffe, Capitale
du Royaume d'Arragon.
Les Peres Mathurins y ont un
Couvent des plus magnifiques;
il a efté commencé par Charlequint
& par le Pape Adrien
VI. Les Mathurins ont outre
ce Couvent un College
dans la Ville, & il y a tant dans
l'un que dans l'autre au moins
foixante Religieux . Le Pere
General y a reçû tous les honneurs
poffibles , & il a cſté vifité
par M' l'Archevêque de
Saragoffe , Viceroy du Royaume
d'Arragon.
Ce General continuant fa
GALANT 51
marche vers Madrid , y arriva
le 27. de Novembre. Il étoit
dans le Caroffe de Monfieur
le Duc d'Arcos , frere de Madame
la Ducheffe d'Albe . Cc
Duc avoit cfté au devant de
luy à plus d'une lieuë de Madrid,
avec un grand cortege de
Caroffes. Le P. General alla
defcendre au Couvent des Mathurins
qui eft le plus beau
Couvent de Madrid & dans
lequel il y a quatre- vingt Religieux
; auffi eft - il d'une magnificence
extraordinaire . Ce
General y fut tres bien reçû.Le
3 jour de fon arrivée il cut
с
E ij
52 MERCURE
une audience publique du Roy
& de la Reine avec les ceremonies
accoutumées en de pareilles
audiences , & huit ou dix
jours enfuite il eut une audience
particuliere du Roy , dans
laquelle S. M. C. luy dit plufieurs
chofes obligeantes , & luy
marqua le plaifir qu'elle avoit
de levoir à Madrid. Je ne puis
m'empeſcher d'ajouter icy ce
que j'ay vû dans une lettre de
ce Pere. Voicy en propres termes
ce que contient l'article
dont j'ay jugé à propos de
vous faire part. Fay eſtéfort
content aujourd'huy d'entendre
GALANT 53
dire à une des plus grandes Dames
d'Espagne , qu'à chercher de
l'Orient à l'Occident , on ne pourroit
mieux trouver que les Efpagnols
ont dans laperfonne du Prince
& dans celle de la Princeffe .
Il est vray qu'elle est charmante
& qu'on en peut efperer les plus
grandes chofes pour fon fexe &
pour fon rang. Le Roy est tresbien
fait , il est d'une douceur qui
enchante , & ce Prince a par deffus
cela , tout l'efprit & toute la
penetration poffible.
Ce Pere aprés avoir eſté régalé
à Madrid par plufieurs
Grands d'Eſpagne , pourſuivit
E
iij
54 MERCURE
fon voïage pour viſiter le refte
des Couvens de fon Ordre. Si
j'apprens ce qui s'eſt paſſé dans
ces vifites , je vous en feray
part .
En achevant cet article , on
vient de me faire voir une Lettre
écrite de Grenade , du 17 .
Fevrier, par un homme qui accompagne
le General des Mathurins
dans fon voyage. Voicy
un extrait de cette Lettre.
Le deffein du P. General étoit
d'aller de Seville à Malaga , où ой
fon Ordre a une tres - belle Maifon
; mais deux jours de pluye en
GALANT
55
ayant rendu les chemins impraticables
, le Superieur l'eft venu
trouver. Il apprit de ce Superieur
quependant le dernier combat Naval,
deux Communautez de Religieufes
, & te Chapitre de la Ca
thedrale de Malaga s'étoient retirez
chez les Mathurins , où on
leur donna des appartemens ſeparez
: Que depuis dix heures jufqu'à
la nuit , le bruit du canon
ébranloit toute la Ville : qu'ony
étoit tres-confterné, & que de leur
Maifon qui eft tres-élevée & diftante
de la Mer d'un quart
lieuë , on voyoit le feu & lafumée
de l'artillerie que le lende
de.
E iij
56 MERCURE
main la confternation fut encore
grande pendant toute la journée ,
parce qu'on ne fçavoit pas encore à
qui la victoire eftoit demeurée; mais
que lejourfuivant onfut fort réles
Ennemis
jouy
d'apprendre que
avoientperdu la bataille.
Pour vous donner des nouvelles
de Grenade où nousfommes prefentement,
je vous diray que laville eft
dans une fituation tres-fertile &
dans un climat tres-doux , quoique
les montagnes dont elle est au pied
foientfi élevées qu'ellesfont en tout
•temps couvertes de neiges ; ce qui eft
fortfavorablepourboire frais dans
les grandes chaleurs. Mr l'AicheGALANT
57
vêque honora prévint defa vifite
le P. General. C'est un Prélat
tres-gracieux & fort affectionné
aux deux Couronnes , & le nom
de Louis XIV. eft revere dans
Grenade. La Cathedrale eft la
plus belle d'Espagne , &fur tout
dansfon Sanctuaire, qui eft d'une
richeffe , d'un goût d'une architecture
admirable ; ce qui m'aparu
de plus curieux eft le Château
des Rois Maures appellé la Alhambra.
Les dehors de ce Château
ne marquent pas beaucoup ; mais
tous les appartemens du dedans
d'une structure morefque , font
d'ungoût fingulier & bien enten .
58 MERCURE
duspour les delices & pourlafraicheur,
dans un climat où les chaleurs
font grandes. Tous les appartemens
enfont voutez les voutes
les murailles enrichies de fculptures
, de Lettres de chiffres
arabefques ; ces appartemens font
auffi lambrissez en porcelaine &
pavez d'un beau marbre blanc. Il
y a une diftribution d'eau fi abondante
qu'il y a des fontaines jailliffantes
en chaque chambre , un
lieu deftiné pour les bains , un
pour lesparfums & un autrepour
la deffenfe , en cas de Siége. Et
en cas qu'on coupaft les eaux
qui viennent de loin , il y a un
GALANT 59
refervoir d'une grandeur immenſe
en forme de deux Eglifes fouterraines
, que l'on vuide de temps en
temps, pour le nettoyer , & qu'on
remplit enfuite pour fournir de
l'eau à la Ville entiere dans le
befoin.Ceux qui n'ont pas dequoy
boire à la neige y en vont querir
pendant les grandes chaleurs.
Charlequint avoit dans le même
endroit commencé un magnifique
Palais,qui n'a point eftéachevé. Il
y a uneCouren Collonnades d'un
marbre quiparoîtroit tres-précieux
s'il eftoitpoli , mais quoique brut,
l'ouvrage eft tres- eftimable.
Je fuis ravi que par tout où je
60 MERCURE
la
paffe, on me témoigne lagrande
finguliere estime qu'on a pour
perfonne , pour la puiſſance &
pour les auguftes qualitez du Roy
de France notre Souverain. :
Je vous parlai dans ma Lettre
du mois de Septembre 1700.
d'une celebre ceremonie qui fe
fit à Alby au fujet de la Tranflation
des Reliques de Saint
Clair , premier Evêque de cette
Ville & Apoftre de l'Albigcois .
M' le Goux de la Berchere qui
eftoit alors Archevêque d'Alby
& maintenant Archevêque &
Primat de Narbonne , en proGALANT
61
nonçant le jour de la Ceremonie
le Panegyrique
de S. Clair,
fit voeu de donner une Chaffe
d'argent pour conferver la Relique
qu'il procuroit à l'Eglife.
d'Alby. Il vient de s'acquiter
de ce voeu d'une maniere digne
de luy.
Le 31. du mois de Decembre
dernier il fit preſenter au
Chapitre de l'Eglife Metropolitaine
d'Alby une riche Chaffe
d'argent tres-delicatement travaillée
; c'eſt une Moſaïque d'un
bon goût. Ce même jour la
Relique fuft expofée pendant
toute la journée à la veneration
62 MERCURE
du peuple , & aprés Vefpres
elle fut portée en Proceflion
autour de la celebre Egliſe de
Sainte Cecile , & enfuite depofée
dans la magnifique Chapelle
de Saint Clair que Mr de
Narbonne a fait orner de peintures.
L'Eglife d'Alby n'avoit point
de Relique confiderable de ſon
premier Evêque ; c'eſt à Mr de
Narbonne qu'elle eft redevable
de celle qu'elle poffede prefentement.
C'eſt auffi ce grand
Prelat qui a renouvellé le culte
de cet Apôtre de l'Albigeois ,
qu'on ne peut plus invoquer à
GALANT 63
Alby fans fe fouvenir de celuy
quiluy a procuré unfi precieux
depoft.
C'a efté auffi pour entretenir
la pieté des Fidéles pour ce
grand Saint que Mr de Narbonne
a fondéune baffe Meffe
chaque Mecredy de l'année
dans la Chapelle de Saint Clair,
qui eft toûjours celebrée par
un Chanoine de l'Eglife Metropolitaine,
& où il y a grand
concours de Peuple.
Auffi- toft que le Chapitre de
l'Eglife d'Alby cut reçû ce beau
Monument de la pieté & de la
Religion de Mr l'Archevêque
64 MERCURE
de Narbonne, il crût qu'il étoit
de fondevoir de marquer à cet
illuftre Prelat fa reconnoiffan
ce ; c'eft ce qu'il fit au commencement
du mois de Janvier dernier
par une Lettre tres -refpectueufe
, à laquelle Mr de
Narbonne a repondu d'une maniere
tres- obligeante. Pendant
plus de dix- ſept ans d'Epiſcopat
il y a toûjours eu une union
tres-parfaite entre ce grand Prelat
& cette illuftre Compagnie,
il femble que cet efprit de paix,
foit refervé à Mr deNarbonne .
Dans toutes les Eglifes qui ont
eu le bonheur de l'avoir pour
.
GALANT 65
Pafteur , il a toûjours laiffé des
fruits de paix , d'union & de
charité . L'Eglife d'Alby l'amis
au nombre de fes plus illuftres
Pafteurs, & elle l'honore comme
le Reftaurateur de la Difcipline
Ecclefiaftique . Trente années
d'un Epifcopat laborieux
& paffé dans des vifites continuelles
n'ont pu ralentir l'ar
deur de fon zéle . L'année derniere
les Eftats de la Province
de Languedoc ne furent pas
plûtôt fins qu'il commença la
vifite du Dioceſe deNarbonne
,
qu'il n'interrompit que lors que
les affaires de la Province Pobli-
Mars 1705
. F
66 MERCURE
gerent d'aller en Cour , où fon
habileté dans les affaires de l'Efon
tat ne parut pas moins que
zéle & fa vigilance éclatent dans
gouvernement de fon Diole
céfe .
Je vous envoye deux Lettres
fur une nouvelle décou
verte d'Eau Minerale. Vous
trouverez dans la premiere ,
de quelle maniere cette découverte
a efté faite , & la feconde
vous apprendra les qualitez &
les vertus de cette Eau .
Ily a quelques mois que l'on
1
GALANT 67
fit dans la ville d'Aix en Pro
vence , une découverte qui merite
d'êtrefçûë , dont les Sçavans
ne feront pas fâchez d'eftre inftruits.
En abattant une Maiſon
qui menaçoit ruine , &qui appartenoit
aux Procureurs du Païs ,
on decouvrit aux côtez, des reftes
de chapiteaux , de corniches , e
d'autres monumens antiques ; ce
qui fit penſer aux ouvriers qu'ily
avoitpeut- eſtre eû autrefois dans
cet endroit-là quelque édifice confiderable.
Ils chercherent& trouverent
dans cesprecieux debris une
fource d'eau chaude , qui fortit de
terre àgros boüillons. Onfut dés-
Fij
68 MERCURE
lors perfuadé que c'étoit veritablement
dans cet endroit que les
Bains de Sextius étoientfituez; &
on n'en douta plus aprés qu'on eut
trouvé dans le même lieu , quantité
de Medailles & d'Infcriptions
qui confirmerent d'une maniere inconteſtable
ce que l'on s'étoit imaginé.
Cette découverte eft d'autant
plus confiderable , qu'outre que l'origine
& la fondation de la ville
d'Aix en deviendront par-là plus
affurées , la fource a une vertu
admirable pour guerir plufieurs
maladies , que les Medecins regardent
comme incurables & pour
lefquelles ils n'ont aucun remedt.
GALANT 69
Plufieursperfonnes en ont déja fait
une falutaire experience ; & on
voit aller à ces Eaux une infinité
de monde qui les rendront bien-tôt
auffi renommées que celles de Digne
& de Balaruc. Outre qu'elles ne
cedent en rien à celles- cy , elles ont
fur les premieres , qui font toutefois
tres -celebres , l'avantage d'a
voir une odeur moins défagreable.
Il feroit à fouhaiter qu'il y
euft à Aix des gens capables
affez amateurs de l'Antiquité
pour nous donner l'explication des
diverfes Inferiptions qui ont efté
trouvées dans ce trefor foûterrain.
M de Chafteüil Gallaup , de qui
on
د
70 MERCURE
je tiens la nouvelle de cette découverte
, eft tres - capable de la
donner , s'il en veut prendre la
peine. Le goût qu'il a pour les
belles Lettres, les lumieres qu'u
ne longue application luy a données
fur tout ce qui regarde l'Hiftoire
de Provence& de la ville d'Aix?
fa patrie , nous affureroient du
fuccés & de la certitude de fes
conjectures fur la découverte qui
a eftéfaite , s'il vouloit en faire
part au Public.
GALANT 71
LETTRE
Ecrite à M. M. M. fur la nouvelle
découverte d'une nouvelle
fource d'Eau Minerale
, faite à Aix en Provence.
MONSIEUR,
ប
Pour vous donner quelque
éclairciffementfur la nature fur
les proprietez de l'Eau chaude
qu'on vient de découvrir dans la
ville d'Aix , je dois vous dire ce
qui s'eſt paſſé au sujet de cette découverte
, &y ajouter les experiences
que j'en ay faites pour en
développer les principes , eftimant
72 MERCURE
Fe
qu'il n'enfautpas davantagepour
vous , Monfieur , dont le difcernement
eft fi furfur tout ce qui
concerne la Medecine.
ne m'arrêterai pas à vous
décrire la fituation & la beauté
de cette Ville , ny celle de fon territoiresy
aiantfait vos études pris
tous vos degrez; vousfçavez auffi
bien que moy , qu'elle abonde en
tout ce qui eft neceffaire pour paffer
la vie avec douceur : que les
rues enfont grandes & bien perles
édifices en fontfompcées
:
que
tueux
, &
qu'on
y
voit
encore
de
fort
beaux
reftes
de
l'Antiquité
;
fsavoir
,Tombeaux
, Infcriptions
,
Colomnes
GALANT 73
Colomnes , & autres chofes tresconfiderables
que l'injure du temps
a enpartie ou tout-à faitruinées.
Strabon rapporte que Caius Sextius
, General & Conful des Romains
, la fit batir l'an 631. de la
fondation de Rome , aprés avoir
foumis ce pays aux Romains , &
qu'il la nomma en latin , Aquæ
fextiæ, à l'occafon des bains d'eaux
chaudes qu'il y fit conftruire l'an
avant la naissance de Nôtre Seigneur
120.je laiffe aux Hiftoriens
ces matieres pour venir à ce que
vous me demandez.
Cette fource fut trouvée l'Esté
dernier , proche les murailles de
Mars
1705 .
G
74 MERCURE
la Ville, au quartier des Reverends
Pere de l'Obfervance , fous les debris
d'une ancienne maison . Ceux
qui s'en apperceurent les premiers
la trouverent plus chaude & plus
pure que les autres , dont les habitansfe
fervent à diversuſages &
qu'on a fait conduire en plufieurs
quartiers de la Ville pourfervir à
des tres-belles fontaines & particulierement
au Cours d'Orbitelle,
ou par la multitude des tuyaux &
par la varieté des jets d'eau qui
tombent dans de grands baffins , elles
font l'admiration des étrangers,
leplaifir de ceux qui s'y promenent.
Dant lætos ludere fontes .
GALANT
75
Famais
découverte
n'aplusfait
de bruit; chacun a voulu voir cette
eau dans fafource , tout le mon
de en aparlé , elle a efté
approuvée
de tous ceux qui aiment la verité;
ceux au
contraire qui ont
intereft
qu'elle foit voilée, ont tâché d'en
faire la critique ;
cependant les cures
fingulieres , & les effets avantageux
qu'un grand
nombre
de
perfonnes en a
reffenti ne
permettentpas
de douter de la vertu & de
l'efficacité de nôtre cau : En effet
plufieurs
malades laffez de mener
une vie
languiffante
attirez par la
feule
nouveauté de la
découverte
de tout âge , de toutfexe , & de
Gij
76 MERCURE
toutes conditions , en ont bû l'Esté
dernier,même dans la Canicule.On
peut dire , quoy qu'ils ayent agi
en cela fans aucune confideration
fans avoir égard à la difference
temperamens ny des maladies ,
·fans avis de Medecin & dans une
faifon peu convenable à cette forte
de remede qu'ils ont pourrecouvré
leur fanté
des
tant
,
par l'uſage de cette Eau , ou du
moins un foulagement tres-confiderable.
Sic tamen non luditur
de corio humano .
La reputation de cette Eau ,
fondéefur les effets auffiſurprenans
que falutaires qu'elle produifoit
GALANT 77
人
alors , attira dans cette Ville, l'Automne
dernier , un grand nombre,
d'Etrangers, qui ayant trouvé une
parfaite guerifon de leurs indifpofitions
s'en retournerentfort.contents,
en loüant & beniſſant le Seigneur
d'avoirpermis qu'on trouvat dans
le creux d'un rocher une fontaine fi
falutaire . Qui convertit rupem
in fontes aquarum
.
Cette eau n'a commencé de rejaillir
que quand on a eu percé le
rocher qui la couvroit , & nous ne
fommes redevables de ce bien, aprés
Dieu ( qui eft fans doute le plus
grand qu'onpuftprocurer aux Citoyens
de cette Fille & àfes voi-
Giij
78 MERCURE
fins) qu'aux foins & aux_ordres
de Mrs les Confuls & Procureurs
de cepays, qui veillent beaucoup
plus à ce qui peut eſtre utile
& avantageux au public, qu'à ce
qui concerne leur propre gloire.
Hujus vobis gloria facti jufta
manet.
Ily a prefentement 4. tuyaux
qui dégorgent cette Eau , dans une
cave découverte , maçonnée de briques
& de pierres pour éviter la
preffe des burveurs , & afin que
chacun en puiße prendre fans s'incommoder.
auſſi
legere
que
Cette Eau eft tres-claire , auffi
de l'eau de pluye , ea
GALANT
79
auuffi potable que la meilleure can
de fontaine. Elle eft fans aucune
faveur
n'a aucune odeur ; elle
' eft ny extremement
chaude , ny
d'une ſubſtance
tres -fubtile , parce
qu'elle n'eft impregnée
que des eff
prits des mineraux
qui entrent dans
fa compofition
, comme on pourra
voir dans lafuite par l'analife que
j'en ayfaite ; c'est pour cela qu'elle
eft tres- amie de la nature
Peftomach
, dont elle penetre &
débouche
toutes les obftructions
.
fortifie toutes les parties en dégageant
leur chaleur naturelle & en
les rétabliſſant
chacune en leurpremier
temperament
; elle eft diurede
و
G iiij
80 MERCURE
tique , purgative & quelquefois
fudorifique fuivant les difpofi
tions qu'elle rencontre dans lesfujets.
ر
Ily apeu de maladies exterieures
dans l'habitude du corps
qu'elle ne puiffe emporter , particulierement
en ufant des anciens bains
qu'on
'on trouve autant admirables
en leurftructure qu'en leurs materiaux
, & dont l'hiftoire nous affure
que les vertus n'estoient pas
moindres.
GALANT 81
ANALYSE.
Z
Chimique-mechanique de l'Eau
chaude minerale d'Aix .
Quoique les malades , contens
de recoururer leurfanté , s'inquiettent
peu defçavoir la quantitéprecife
des parties minerales. que cette
Éau charrie , ny comment s'y fait
la diffolution du mineral quiy domine';
je croypourtant qu'on l'eftimera
davantage , à mesure qu'on
en découvrira la nature par une
exacte Analyſe , d'autant mieux
que nous fommes dans un fiécle
où l'on ne fe contente pas de voir
و
82 MERCURE
quelsfont les effets des medicamens;
mais où l'on veut aufft empenetrer
la cauſe phyſique de l'action.
Le raisonnement ne nous mene
pas loin lorfqu'il s'agit d'expliquer
la vertu des Eaux minerales,
nosfens font trop groffierspour en
découurir les parties , & la Chymie
qui eft la Sage - femme qui
aide la nature à produire à decouvert
fes enfantemens , nous
fait feulement trouver presque
dans tous les corps du fel , duſoufre,
du mercure, de l'eau , & de
la terre , par elle nous nepouvons
connoiftre que leur volatilité
ou fixité ; car le feu dont la
GALANT 83
Chymie fe fert comme d'unique
couteau , remuant parfa grande
activité les parties d'un mixte
en rompt l'union & en continuant
de les agiter & de les divifer, celles
qui font les plus volatiles fe feparent
des autres , les plus fixes
demeurent dans le feu ; mais cette
Analyfe ne fuffit pas pour faire
connoiftre les vertus effentielles
de noftre eau , il faut employer
d'autres moyens & fe fervir de
la mechanique pour découvrir la
nature lesproprietez de cesprincipes
que lefeu afeparez. Deforte
ce feroit peu de chofe de tirer
le fel de cette Eau par évapoque
84 MERCURE
>
ration , de tirer de ce fel l'efprit
les autres principes par des
feux graduez ; il faut les mêler
avec diverfes liqueurs , comme
l'efprit de nitre , de vitriol , la
diffolution du fublimé corrofif,
T'huile de tartre par défaillance,
les teintures de rofes , de violetes,
de tournefol , avec lefang&
la Lymphe des animaux. Par
exemple files principes qu'on retire
de cette Eau fermente avec
l'efpritde nitre ou de vitriol , s'ils
diffolvent le fang& la Lymphe,
on conclut que ce font des alkali ,
& qu'ils en ont les qualitez. S'ils
ne fermentent pas avec l'esprit de
GALANT 85
nitre ou de vitriol ; mais bien
avec l'huile de tartre par défaillance
, s'ils coagulent le fang ou
la Lymphe , on juge que ce font
des acides , quiproduiront les effets
qui leur font propres. C'est par
cette double voye que j'ay tâché
de m'affurer d'où nôtre Eau tiroit
La force.
Je mis une bonne quantité de
l'Eau de cette nouvelle fource
dans une terrine de grez , où
ayant fait évaporer à un feu lent
toute l'humidité, je diffous les refidences
dans l'Eau commune , que
je filtray enfuite par un papier
gris , dont je fis encore évaporer
86 MERCURE
toute l'humidité. Il me resta un
fel de couleur rouffe tirantfur le
blanc , qui pique les fibres nerveufes
de la langue comme le falpêtre.
Fay fait auffi divers mélanges
de cette Eau avec plufieurs
liqueurs minerales , pour obferver
les fermentations & les precipitations
qui en refulteroient.
Je mêlay de l'efprit de fouffre
avec l'Eau de cette Fontaine
qui
s'étoit refroidie , & jefentis d'abord
une chaleur en maniant la
phiole , je mélay auffi égales parties
de cette Eau , & de diffolution
de couperofe , & je vis au
fonds de la bouteille une precipiGALANT
87
tation de quelque matiere rouffe.
Du mélange de cette Eau avec
égale partie de l'Eau de chaux , il
s'en fit une d'une matiere blanchâtre.
Cette Eau chaude ne prend
autre couleur par le mélange de
la poudre de noix de galles , que
celle de la poudre même , que l'ef
prit de vitriol verfé par deſſus
fait point changer ; ce qui est une
marque qu'elle n'estpas vitriolique.
Cette teinture ne changepoint
auffipar l'addition de l'huile de tartre
faite par défaillance , ce qui
doit nous faire croire qu'elle n'eft
pas alumineufe. Ayant enfuite
88 MERCURE
mêlé de l'esprit de fel commun ,
du fublimé corrofif, dufel armoniac
, chacun feparement avec nôtre
Eau ; il neparut aucun changement
ny en couleur ny en chaleur.
Le fel de l'Eau de cette fontaine
eft different du fel commun .
Ilfermente avec les acides & en
adoucit les pointes. Ny cette Eau,
ny la diffolution de fon fel , ny le
fel même jettez fur le lait froid
ou bouillant, ny caufent aucune alteration
fenfible.
On tire par la diftillation de
cette Eau , une liqueur fpiritueufe
; mais on a bien de la peine
d'en tirer quelques efprits dégaGALANT
89
gez de leur phlegme ; parce que
Les fubftances minerales font fi intimement
& fi étroitement unies
dans les parties de nôtre Eau ,
qu'on ne peut prefque point les en
Separer : d'où vient qu'lle eft auffi
transparente qu'une Eau tres pure
tres - fimple.
Il me semble que
de ces expe
riences on peut conclurre , que ce
qui fait la vertu de notre Eau ,
eft particulierement un esprit volatil
nitro-fulfure , qui refulte de
l'union qui fe fait dans la terre
de l'acide de l'air avec des fels
alkali , par le moyen de la fermentation
des circulations na-
Mars 1705.
H.
90 MERCURE
turelles ; & cet efprit comme un
diffolvant specifique, détache quantité
de particules fulfurées les plus
pures , qui rendent cette Eau balfamique
& tres-amie de la nature
, d'où l'on voit que l'esprit mineral
dont cette Eau eft impregnée,
& duquel coulent comme d'un
principe fecond tant d'effets furprenans
pour une infinité de maladies,
n'eft pas un acide purement
vitriolique mais plutôt nitroaërien
embarraffé dans les pores
desfels alkali.
La chaleur de notre Eau vient
des particules falines foufrées
qu'elle rencontre dans fon chemin ,
GALANT 91
&qu'elle entraîne avec elle dans
les entrailles de la terre , dont il
fe fait une effervescence qui luy
communique cette chaleur. Cette
opinion eft plus vrai -femblable ,
que de dire que la chaleur des
Eaux minerales vient d'un feu
foûterrain.
A quelles maladies eft propre
l'Eau chaude d'Aix , &
comment elle opere,
Fay déja dit que dés que cette
fource fuft decouverte une infinité
de perfonnes bûrent de cette Eau
indifferemment pour toutes fortes
Hij
92 MERCURE
:
de maladies cependant comme
je ne prétens pas la faire paſſer
pour un remede univerfel , ny établir
le falut de tous les malades.
fur fon efficacité , je vais marquer
les principales dont plufieurs
perfonnes ont efté gueries.
L'indigeftion d'eftomach , l'appetit
dépravé, diminué ou perdu
Conteſté reparez , par la diffolution
le denouement des glaires
vifcofitez qu'elle precipite , &
qu'elle entraîne par la voie des inteftins
, par celle des urines .
Enfin la filtration du ferment ſtomachalfe
faifant mieux à travers
la membrane glandée , l'appetit
des
GALANT
93
reprend une nouvelle vigueur.
Cette Eau convient aux vomiffemens
qui fuccedent au gonflement
& à l'abondance des matieres
craffes qui alterent le ferment
digeftif , elle fondlesphlegmes
qui embarraſſent la circulation
des humeurs:
Les affections du bas ventre.
comme lienterie, diffenterie ,colique,
ont efté emportées par fon moyen;
parce qu'elle détrempe dans fa cour-
Je lesfels bilieux & attrabilaires ,
acres , aigres oufalez , & par fa
vertu balfamique , elle rafermit
Les fibres relachées.
Elle est beacoup plus efficace
94 MERCURE
que toutes les autresfources d'Eaux
chaudes d'Aix qui ont toujours esté
dans une grande eftime pour les
maladies des reins & de la veffie
pour la gravelle , & pour les difficultez
d'uriner , parce qu'elle
entraîne cette matiere terreftre ,
cette craffe , ce bol qui eft aifement
converti en fable par l'action du
ferment , elle enleve auſſicet accide
quifait la ftrangurie .
Les pertes defang auxfemmes,
les fleurs blanches , & le flux de
fang hemorroidal s'adouciffent ou
ceffent entierement , par le refferrement
des humeurs acres.
Les langueurs & défaillances
GALANT 95
provenant de la circulation du
fang, ou de la diffipation des efprits
, font reparées par cette Eau;
de même que les tenfions de l'abdomen
, les hydropifies , l'icleritie ou
jauniffe , la pâleur & la boufiffure
du visage.
Lafciatique , les rhumatifmes,
les contractions des nerfs, lagoute,
les vertiges, l'épilepfie, & ce qu'on
appelle communement vapeur dans
les paffions byfteriques , hypocondriaques
& fcorbutiques ; toutes
ces maladies ne tirant leur origine
que des nerfs plus ou moins irritez
picotez, des efprits agitez ,
diffipez , alterez , ou troublez ,
96 MERCURE
l'ana
peuvent eftre vaincuëspar
logie qu'ily a entre nos efprits &
ceux que noftre Eau contient, qui
font d'une même nature volatile,
balfamique , nitro-aërienne , par
où ils font plûtoft réanimez , revivifiez,
qu'alterez ou détruits ;
&par raport à la caufe materielle
qui est une humeur acre, bilienfe ,
melancolique , attrabilaire , plus
ou moins abondante , exaltée e
fermentée , dont les pointes font
rompues , adoucies & precipitées
avec le tems par cette même fubftance
volatile nitro -fulfurée que
nôtre Eau renferme , & qu'elle
charrie avec elle par les voyes des
·felles
GALANT
97
felles & des urines.
Enfin les ulceres , les chancres
toutes les maladies cutanées ,
comme gâles , dartres autres ,
font emportées ou du moins adoucies
en lavant & en fomentant
de notre Eau les parties malades
ou bien en s'y baignant.
Ily adéja fix bains d'achevez
dont on pourra fe fervir dans le
printemps prochain.
De quelle maniere on doit
prendre les Eaux & les bains .
Avant
que
de boire les Eaux
minerales , on doit confulter les
Mars
1705. I
98 MERCURE
Medecins particulierement ceux
des lieux , pourapprendre d'eux le
regime qu'on doit garder, la quantité
e combien de jours on endoit
boire , & les moyens d'éviter ou de
calmer les accidens qui arrivent
quelquefois.
Les faifons les plus proprespour
prendre les Eaux chaudes , font le
Printemps & l'Automne ; ceux
qui font pletoriques & remplis de
mauvais fucs doivent fe faire
faigner & purger, aprés quoy on
peut defcendre à la fontaine , &
"boire fuivant la portée de fon
eftomach ; il eft mieux de ne pas
s'en raffafier au commencement ;
GALANT 99
mais d'en prendre feulement deux
ou trois verres defuite , & puis
fepromener undemy quart d'heure
aprés lequel on retourne boire ; en
continuant de même jusqu'à ce
qu'on fente quelque repugnance à
en boire davantage, & celapen
dant dix , douze , quinze jours ,
plus ou moins ; ce que le Medecin
doit reglerfuivant le temperament
l'estat de la maladie.
L'heure la plus convenable eft
de fix àfept du matin , parce que
lefommeil qui repare lesforces ne
doit pas eftre interrompu . On doit
dîner trois ou quatre heures aprés
avoir pris les Eaux ; on doit avoir
I ij
100 MERCURE
dé
alors rendu toute l'Eau qu'on a
prife , & quand même on n'auroit
pas tout rendu , cela ne doitpas
tourner de dîner à l'heure réglée.
Les viandes les plus fimples font
lesplus convenables. On peut boire
fon vin unpeu moins trempéque de
coûtume ; les ragouts , la patifferie
, les entremets , en un mot les
grands repas ne font pas propres
ceux qui boivent de cette Eau.
Onpeut cependant aprés lafoupeſe
faire fervir du rôti , comme du
・mouton qui eft excellent dans Aix,
du veau , de la volaille ; mais le
tout avec moderation.
Si enprenant les Eaux , il arGALANT
IOI
rive des vomiffemens ou des devoyemens
, il nefautpas s'effrayer
ny intercepter tout-à-coup le cours
des matieres viciées , dont le reflux
deviendroit trés prejudiciable , il
fuffit de diminuer la quantité de
l'Eau , ou d'en interrompre l'uſage
pour quelquesjours ; car ces accidens
s'arrêtent d'eux- mêmes , e
on peut reprendre les Eaux s'ils
font opiniâtres , il faut avoirrecours
à un Medecin .
· Les femmes ne doiventpas boire
pendant le cours de leurs regles .
Celles qui les prennent pour devenir
bien reglées , doivent faire
diffondre dans le premier verre du
I
iij
102 MERCURE
que
fel d'abfinthe, d'armoife , ou quelautre
, capable d'exciter une
doucefermentation, &defondre
les caufes du retardement.
Il vaut toûjours mieux boire les
Eaux minerales à leurfource que
de lesfaire porter chezfoy. Neanmoins
ceux qui ne peuvent pas
venir aux fontaines , peuvent les
prendre chez eux ,
chauffer au bain Marie ; quelquefois
les accidens & les fymptômes
des maladies difparoiffent , & la
caufe & le foyer reftent pour un
peu plus de temps. Pourlors afin
de furmonter entierement ces indifpofitions
, il faut retourner dans
en
les
faifant
GALANT 103
une autre faifon à la fontaine
& aux bains;il eft neceſſaire même,
pour prevenir certaines maladies
dy venirfouvent.
à
Si j'avois écrit , Monfieur ,
une perfonne qui nefuſt pas autant
éclairée
que vous
vous l'eftes , j'aurois
beaucoup plus raifonné fur tous
les phenomenes precedens pour luy
faire mieux connoître la vertu admirable
de nôtre Eau; mais n'ayant
autre deffein que
de vous donner
une idée de cette découverte , ainfi
que vous me marquez par vôtre
Lettre,j'ay crú devoir expoferfimplement
lesfaits d'une maniere concife
& ferrée dont je vous laiffe-
I iiij
104 MERCURE
ray tirer les confequences ,pour lef
quelles j'auray toute la deference
poffible.
Monfieur le Duc d'Aquasparta
eft mort à Rome , dans
un âge fort avancé . Il eftoit
d'une tres-ancienne Maiſon d'Italic
, alliée de prés à celle des
Cerchi , des Seigneurs d'Anconé
, du Chateau de Val-de-
Sienne , qui produifit dans le
treiziéme fiecle l'Illuftre Æmiliana
de . Cerchi , qui fonda la
Congregation des Terzins dans
l'Eglife de Sainte Croix de Florence.
Elle mourut âgée feuleGALANT
105
་
ment de vingt- fept ans , & nous
avons fa vie écrite en huit langues
differentes. La Maiſon
d'Aquas- parta eft auffi alliée à
celles des Urfins, des Colonnes,
des Marefcotti , des Barberins ,
& enfin à celle des Cefarini qui
a produit des Cardinaux. Virginio
Cefarini , fils de Julien
Cefarini Duc de Citta - nuova
& de Livia Urfini , deſcendoit
d'une Aquas-parta. La Maiſon
de Cefi eft des plus illuftres , &
eft la même que celle d'Aquasparta.
Paul Emile Cefi fut fait
Cardinal par Leon X. auſſi bien
qu'un autre Prelat du même
106 MERCURE
nom . Le Duc qui vient de mourir
defcend d'Angelo de Cefi ,
Duc d'Aquas - parta , & fils de
Frederic de Cefi , qui s'acquit
beaucoup de reputation fous
le Pontificat d'Urbain VIII.
en 1627. & 1630. Il eftoit bon
Philofophe , il fçavoit les Mathematiques
, les belles Lettres,
les Mecaniques , & s'attachoit
particulierement à la Phyſique .
Nous avons divers ouvrages de
fa façon. Les plus confiderables
font , Apicarium :de Coelo : Metallophitum
: Tabula Philofophica:
Moralia: Paradoxa : Monita,
c. Le Duc d'Aquas-parta étaGALANT
107
blit à Rome l'Academie de gli
Linc , & mourut vers l'an
1648. Pietro Donate Cefi fut
fait Cardinal par Urbain VIII .
qui le fit d'abord fon Treforier
general , & enfuite Cardinal en
1641. Il mourut en 1652. Le
Cardinal Paul Emile , dont j'ay
parlé , eftoit fils d'Angelo de
Cefi , Comte de Menzano , &
de Francifca Carula. La Maiſon
de Cefi ou Cefis , des Ducs d'Aquas-
parta eft des plus illuftres
de Rome , où elle eft venue de
la Province de Spolette , dans
le territoire de laquelle on voit
encore un Chafteau du nom
108 MERCURE
de Cefis . Cette Maiſon quitta
Spolette pour venir s'établir à
Rome vers l'an 1400. Il faut
confulter Janus Nicius Erithræus
, & le fçavant & illuftre
Grec , Leo Allatius.
re
Dame Elizabeth - Marguerite
le Clerc de Leffeville , Epoufe
de Me Jacques Sadoc ,
Seigneur de Grandval , Chevalier
de l'Ordre de Saint Louis ,
Colonel de Dragons & Brigadier
des Armées du Roy , &
auparavant veuve de M Ga
briel Portail , Seigneur de Frefncau
, Confeiller du Roy en fa
Cour de Parlement , mourut
e
GALANT 109.
dans le mois de Fevrier dernier.
M' de Grandval eft d'une tresancienne
Maiſon , alliée aux
plus confiderables de la Province
de Normandie. M' de
Grandval , Capitaine dans le
Regiment de Feugeres , diſtingue
par fon merite &
par fa
valeur , cft fon parent. Feu M
Portail premier mary de la Dame
qui donne lieu à cet article ,
eftoit fort confidéré dans le
Parlement
. Ceux qui portent
fon nom aujourd'huy , luyfont
beaucoup d'honneur . M' Portail
Confeiller au Parlement &
M' le premier Avocat General
10 MERCURE
fonfils,fontdans une haute confideration.
Lamaifon de le Clerc
de Leffeville n'eft pas moins
confiderable.M' le Prefident de
Leffeville a un fils Religieux de
la Trape , & plufieurs neveux .
Confeillers au Parlement. Nicolas
le Clerc Curé de S. André
des Arcs à Paris, & Doyen de la
Faculté de Theologie de cette
Ville , fleuriffoit vers l'an 15 30.
C'étoitunPaſtcur extrêmement
zelé , fçavant , & grand ennemi
des Novateurs. Robert Cenalis
, Evêque d'Avranches, fait
fon éloge en luy dediant un de
fes ouvrages , dans lequel il
GALANT 1[I
traite des moyens de reprimer
l'infolence des heretiques . Hubert
le Clerc a laiffé quelques
Poëfies facrées , & mourut en
1615. âgé de quatre-vingt quatre
ans à Lille en Flandres , où
l'on voit fon Epitaphe dans
l'Eglife de S. Pierre . Nicolas le
Clerc vivoit en 1566. & avoit
traduit du Grec en Latin quelquesouvrages
de S. Hippolitte.
Jean le Clerc , dit Buffy , fut fait
Gouverneur de la Baftille par le
Duc de Guife pendant la Ligue.
Dame N... de Normanville
fille de M N... de Nor112
MERCURE
re
-
manville , Gentilhomme des
plus qualifiez de la Province de
Normandie , a épousé M™ N..
du Premont , Gentilhomme
plein de merite & diftingué
par fa naiffance , qui l'allie aux
Maifons de Barneville , &
Maillé Benard. M' de Normanville
eft allié de MⓇ la Prefidente
de Chailli , qui porte
le même nom que luy , & qui
a efté élevée à S. Cyr. Il eft
allié aux Maifons de Briquemaure
, de la Tour , & de Ris,
de Normandie. Ce Gentil .
homme à infiniment d'efprit,
ce qu'il a fait connoiſtre par
GALANT 113
CS
noces
plufieurs Ouvrages . MⓇ du
Premont eft fortie du premier
mariage de M de Normanville
qui a époufé en 2
le foeur de MⓇ Brigallier , Religieufe
du Monaftere des Filles-
Dieu dans la rue S. Denis , de
l'Ordre de Fontevrault . Cette
Dame eft fort connuë par fon
efprit & par l'étendue de fes
lumieres. Elle juge parfaitement
de tous les Ouvrages de
litterature . Elle cft confultéc
par les perſonnes les plus habiles
, & elle a acquis dans le
monde la réputation de joindre
à une grande vertu beau-
Mars
1705 K
114 MERCURE
coup d'erudition
.
M' le Marquis d'Avrincourt,
dont je vous ay parlé le mois
dernier , & qui a eu l'agrément
du Roy pour acheter le Gou
vernement d'Heſdin , vacant
par la mort de M' le Marquis.
de Courtebourne , épouſa au
commencement de ce mois.
Mlle d'Olmont. Certe Demoiſelle
a beaucoup de merite
, elle eft parente de Madame
la Ducheffe de Ventadour,
elle a un frere Major du Regiment
du Roy,avec Brevet de
Colonel , & le Commandeur
d'Olmont, qui fert depuis longGALANT
115
temps dans la Marine , eft fon
oncle. L'avantage qu'elle a cu
d'être élevée auprés de Madame
de Maintenon, fait fon éloge.
Elle eft fortie d'auprés de
cette Dame d'une maniere qui
fait voir combien elle la confideroit
, auffi étoit - elle cftimée
de toute la Cour , qui ne fe laiffe
jamais furprendre par le
faux merite. Madame la Du
cheffe de Bourgogne l'eftimoit
beaucoup , & luy a donné des
marques de la confideration
qu'elle avoit pour elle.
Kij
116 MERCURE
L'article qui fuit eft fi rem
pli d'erudition , que je vous
l'envoye de la maniere qu'il
m'a efté donné.
· Dans tous les éloges qui ont
paru jufqu'à prefent du Pere
Menetrier, perfonne n'a parlé de
ce qu'il dit dans fes Ouvrages.
touchant la rufe que les Romains
employerentpour ravoir leursfemms
esclaves , qu'ils avoient efté
obligés d'accorder aux Gaulois en
en la perfonne d' Atepomanus , que
l'on croit être le frere de Momorus
; Tutola , Philotis , ou Retiane
monterent une nuit fur un
GALANT 117
arbre avec des flambeaux allumés
&firentfigne aux Romains qu'il
étoit temps de venir leur rendre la
liberté pendant que les Gaulois
étoient endormis . Les Romains
qui étoient convenus de ce ſtratagêmefortirentfur
les Gaulois , les
égorgerent & ramenerent leurs
efclaves.Quoi qu'ilparoiffe quelque
chofe defabuleux dans ce recit
que Plutarque le raconte differemment
dans fes Paralelles & dans
la vie de Camille , il ne laiffe
pas de nommer expreffement Atepomanus.
Il est vray que Plutarque
luy fait demander des Dames
Romaines pour des deffeins moins
118 MERCURE
honnefies que ceux d'en faire leurs
femmes , & je m'étonne avec le
P. Menetrier que feu M' l'Abbé
Tallemant aitretranché de la vie
de Camille cette Hiftoire qui eft
dans le Grec , & dans toutes les
Traductions Latines , & dans
celle d'Amiot Evêque d'Auxerre.
Les fentimens des Hiftoriens fur
lepaffage d'Annibal à Lyon ,font
fortpartagez. Le Pere Labbé dit
qu'ayant composé une lettre où il
parloit de ce voyage & du paffage
d'Annibal à l'endroit où le
Rhone & la Sône font Sônefont une Ifle,
M³ de Marca devant lequel il la
lút,luy dit, Mon Pere, étes vous
GALANT 119
pas
;
fi bon de croire qu'Annibal
ait paffé par cet endroit - là
pour moy je croy que cela fe
doit entendre de l'Ile que fait
le Rhône avec l'Ifere & non
la Saône : Ce qui eft confir
mépar la reflexion de Cluvier qui
a corrigé Polybe en cette occaſion.
Le Pere Menetrier a fuivi le fentiment
du P. Labbé, & dit qu'-
ayant lû avec attention l'Hiftoire
de Polybe dont il fait un grand
cas , il n'a pu d'outer un moment
que lepaffage d'Annibal à Lyon,
ne fût une verité tres conftante,
pour en établir lapreuve , cer
Auteur fait un détail exact &
120 MERCURE
•
a
fuccinctde tout le chemin qu' Annibalfit
depuis le passage desPirenées
jufqu'au paffage des Alpes : détail
qu'il tire des Memoires de Polybe.
Du refte ce Perefe moque de
Cluvier qui n'a écrit que depuis
unfiécle, & qui dans cette aoccafion
ne doit pasêtre preferé à Tute- live
ny même à Plutarque ; il eft vray
que Polybe dit expreffement
qu'-
Annibal fit en dix jourprés de cent
milles de chemin lelong du Rhône,
quifont cinquante licues , lefquelles
il fit en côtoyant toûjours lepays
des Allobroges , qui s'étend depuis
l'embouchure
de l'Ifere dans le Rhone
jufqu'à Geneve, qui eft du pays
des
GALANT 121
2
" desAllobroges;ainfiilfaut neceffai
rement conclure que depuis la pointe
du confluent du Rhône & de la
Saone, qui eft la pointe de cette Ifle
que Polybe compare au Delta d'E
"gypte ; il marcha jufqu'à Seyffel,
monta les Alpes de Valais & de
Sion , pour defcendre enfuite dans
la Val- d'Aoft & faire ces 1200 .
ftades des Alpes dont parle Polybe,
quifont cent-cinquante mille d'Ita-
75.lieues de France. Il ne
fautpas s'arrester à ce qu'en a écrit
Titelive , n'ayant pas efté dans ces
pays comme Polybe, il apú fe trom
per en beaucoup de chofes , particu
lierement en nommant des Peuples
lie ,
Mars
1705 .
I
122 MERCURE
3.
dont Polybe neditpas un mot; mais
il convient avec luy qu'il paſſa en
cer endroit où eft a prefent Lyon,
Plutarque dit la même chofe.
Aprésavoirparlé du paffage d' An
nibal , le P. Menetrier a donné fes
conjecturesfur l'occafion qui a fait
donner le nom d'Ifle à ce triangle
de terre que font le Rhone & la
Saone. Cet espace luy paroît avoir
efté autrefois une veritable Ile de
forme triangulaire , parce que ce
qui eft à prefent l'Hôtel de Ville
la Place des Terreaux , celle de la
grande Boucherie , celle qui eft
derriere jufqu'à la Saone , étoit an
ciennement un foffe qui s'étendoit
GALANT
123
d'une Riviere à l'autre , c'étoit
là que fe tenoient à couvert les batteaux
de ceux qui trafiquoientfur
il a même
l'une & fur l'autre Riviere, & ce
Canal eftoit fi ancien qu'il avoit
un nom Grec depuis la premiere
fondation de Lyon ;
efté vu de nos jours & c'étoit
avant l'an 1646. le lieu où l'on
s'exerçoit à tirer de l'arquebuſe, &
Hôtel de Ville a efté bâti dans
Fendroit où il eftoit fitué. Le P.
Menetrier parle enfuite des Cotonies
Romaines amenées à Lyon ?
de l'Autel confacré à Augufte &
bâti aux frais de 60. Nations
dont il nous refte la figure des
Lij
124 MERCURE
deux Colonnes qui flanquoient
cet Autel & qui foûtiennent aujourd'huy
te Choeur de l'Eglife
d Aifnay. Le P. Menetrier conjecture
que la diverfité des Medailles
des Colonies vient de la
diverfité des Champs affignez :
que ceux où l'on voit des fignes
militaires étoient ,
occupatorii
agri , c'est-à-dire , des terres conquifes
par les foldats , que ceux
où ily ades Boeufs & des Charruës
eftoient les Champs achetés ou
donnezpar les Quefteurspour eftre
cultivés au profit de la Republique,
Gainfi des autres. Notre Auteur
croit donc que le Lion qui eft dans
GALANT 125
la Medaille d'Antoine eftoit la
devife des Segufiens , Peuples
libres , chez qui fu établie une
Colonie de Romains par Marc
Antoine ; ce n'eft pas qu'on doive
la Ville de Lyon a tiré
croire
que
&
de là le nom qu'elle a aujourd'huy,
&l'Armoirie qu'elleporte , puifque
les Armoiries n'étant en ufage
que depuis l'an 1000. ou 1100.ainfi
que le même Auteur l'a fait voir
dans fon Origine du Blazon ,
le nom de Lyon ayant eftéformé de
Lugdunum , comme celuy de
Noyon de Noviodunum , il n'y
a nulle apparence qu'il y ait en
d'autre raison de ce Lion qui eft
Liij
126 MERCURE
dans les Armoiries de la Ville de
Lyon que le raport du nom de
cette Ville en nôtre Langue au
nom de cet Animal . Et pour
donner un plus grand jour à l'explication
de plufieurs Medailles
& à plufieurs points de l'Hiftoire
ancienne , le Pere Menestrier
tranfcrit dans fon Hiftoire le commencement
de l'ouvrage d'Hygens
, puis qu'auffi bien ayant
d'abord efté publié defectueux &
fans commencement ,fur l'exem
plaire de la Bibliotheque de Saint
Bertin , le fçavant Gentian Heruet
a donné le moyen de l'avoir plus
entierfur un exemplaire d'Italie.
GALANT 127
En voicy le Titre : Hygeni Augufti
liberi de limitibus conftituendis.
Noftre Autheur remarque donc
que Plancus s'attacha à Cefar l'an
721. que depuis 710. il n'eftoit
point venu dans les Gaules , &
qu'il n'avoit pu mener à Lyon des
colonies. Lyon n'eftoit encore que
Municipe ; il le fut même longtemps
avant que d'eftre Colonie
Romaine ; ce que malgré le témoignage
exprés de Seneque , nul
Hiftorien n'a remarqué avant le
Pere Meneftrier. Seneque, en effet,
nous indique le temps auquel cette
Ville devint Colonie Romaine
Lisij
128 MERCURE
lorfque raillant fur la mort de
l'Empereur Claude qui estoit né à
Lyon , il introduit la Fiévre qui
dit à Hereule , Marci municipem
vides. Onpeutconfulter Aulugelle
pourfçavoir ce que c'eftoit
que Municipe , & pour mieux
connoiftre l'eftat de Lyon avant
le Senatus - Confulte de Claude,
Plancus eftant peu de temps avant
Gouverneur de la Syrie pour Antoine.
Le Senatus - Confulte de
l'Empereur Claude reçoit de grands
éclairciffemens du chapitre d'Aulugelle.
Ce n'eftpasfeulement dans
les deux Tables d'airain confervées
à l'Hoftel de Ville , où Lyon eft
GALANT
129
appellé Colonia Claudia copia ,
mais auffi dans plufieurs Infcriptions
antiques, qui nous apprennent
que Lyon demeura Municipe jufqu'à
l'Empereur Claude. A l'égard
du temps
de ce Senatus-Confulte
, Tacite l'a marqué expreſſement
fous le Confulat d'Aulus.
Vitellius & de Lucius Vipfanius,
c'eft- à- dire l'an 800. de Rome,
L'année que Claude & Vitellius
firent en qualité de Cenfeurs le
84. Luftre, ou la revûë de Rome
pour en dreffer l'estat en corriger
les abus. Paradin en parlant
d'une troifiéme Table où il fallois
que fuftgravéle Decret du Senat
130 MERCURE
dont parle Tacite , & qui fuivit
la Harangue que l'Empereur
Claude fit au Senat pourfaire en
forte que
le droit de monter aux
Dignitezfut accordé à ceux d'Autun
, à caufe de l'ancienne alliance
qu'ils avoient avec les Romains ,
dit : & Dieu veüille qu'elle fe
trouve quelque jour comme
ces deux furent trouvées l'an
1529. Le P. Menetrier attaque
en cet endroit Paradin & Rubis ,
qui raiſonne encore plus mal
Paradin , & fait voir Tes
Tables de Lyon font toute autre
chofe que la Harangue de l'Empereur
Claude , & aprés avoir
que
que
GALANT
131
ges
donné les anciens noms des Villadu
Mont d'or, tirez des anciens
Titres , il promet dans fon Introduction
à l'Hiftoire , c . deparler
plus amplement de la Colonie amenée
à Lyonpar Plancusfous l'Empire
d'Augufte , & il a tenu fa
parole dans les Differtations qu'il
en a données.
Le P. Menestrier fait voir que
PEglife de S. Nifier , aujourd'huy
Collegiale a efté autrefois Cathedrale
que
6
les Reliques de S.
Nifiery furent apportées d'Afrique
& que l' Archevêque Louis
de Villars , un des ancestres du
Maréchal de ce nom , en fit une
Collegiale , l'an 1305 .
132 MERCURE
Ce Pere avoit déja publié deux
Volumes de fa Bibliotheque curieufe
& inftructive on en attend
la fuite des Peres de fa Compagnie.
On trouve à lafin duſecond
Tome une differtation fur un
Feu inventé par le P. Thomas
qui eft fort intereffante ; & qui
doit faire plaifir aux Sçavans.
S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans alla au commencement
de ce mois aux Galleries
du Louvre , chez M' de Launay
, Directeur de la Monnoye
des Medailles du Roy , & comme
ce Prince a un efprit vafte
GALANT 133
& infini & qu'il n'y a rien dont
il n'ait une parfaite connoiffance
, il parla avec une profonde
érudition de tout ce que
l'on fit en fa prefence.
:
M' de Launayfit fraper fur
le champ trois Medailles , dont
la premiere reprefentoit la Famille
Royale La feconde la
bataille de Caffel : & la troifiéme,
la prife de S. Omer. Vous
fçavez la part qu'il devoit prendre
à ces deux dernieres Medailles
. On fit auffi fabriquer
devant ce Prince quantité de
Jettons , & enfuite on le conduifit
dans les lieux où M' de
3.
134 MERCURE
Launay fait fabriquer tous les
Ouvrages d'Orfevrerie qu'il
fait pour Sa Majeſté .
Ce Prince parut tres- fatisfait
de tous les travaux , &
parla avec éloge de la difpofition
, de l'arrangement & des
Ouvrages qui fe fabriquent
dans ces lieux. S. A. R. fçachant
que M' de Launay a de
tres- beaux Taleaux originaux
des plus grands Maiftres , elle
fouhaitta d'aller dans les lieux
où ils font pofez , & comme
ce Prince a un gouſt admirable
pour la Peinture ,
il cut une fatisfation tresfenfible
en les voyant , & il
GALANT
135
en parla en parfait connoiffeur.
S. A. R. vit auffi la Gallerie
où font les Poinçons , &
les Quarrez qui fervent à fraper
les Medailles & elle trouva
le tout dans un fi bel ordre
que M' de Launay doit être
content d'avoir eu l'approbation
d'un Prince fi éclairé , &
qui parle de toutes chofes avec
une jufteffe extraordinaire ; ce
qui fut remarqué dans tout ce
qu'il dit, & dans toutes les queftions
que ce Prince fit en
voyant travailler.
Je ne puis m'empeſcher de
vous dire que nous n'avons
136 MERCURE
rien à Paris qui foit plus digne
de la curiofité des Etrangers ,
que tout ce qui fe voit chez
M' de Launay.
Mr L'Archevêque de Genes
mourut dans cetteVille au commencement
du mois de Février.
C'étoit un faint Prélat qui confacroit
tout fon temps aux
fonctions de fon miniftere , &
à l'inftruction de fon troupeau.
Il a fait de grands biens aux
Pauvres durant le cours de fon
Epifcopat. Il en étoit le Pere
auffi bien que le Paſteur , & les
regrets qu'ils ont marqué à ſa
mort doivent fervir à ſon éloGALANT
137
ge. Ce Prelat étoit d'une Mak
fon qualifiée de l'Etat de Genes,
& qui a donné plufieurs Senateurs
à la Republique. Il étoit
homme de Lettres , & il pro
tegeoit ceux qui s'y attachoient.
Ainfi il aura un jour place dans
la Bibliotheque des Auteurs ,
& des Gens de Lettres de l'Etat
de Cenés , compofée par
Raphaël Soprani
qu'on en donne un fupplement.
Il y a eu de tout temps
des Perfonnes d'une profonde
érudition à Genes , & il ne faut
pas douter que l'Academie de
*
Mars
1705.
en cas
M
138 MERCURE
Gliador Mentati qui eft établie
en cette Ville , ne contribue à
luy en donner , & à y entrete
nir l'amour des Lettrés . L'Abbé
Giuſtiniani a auffi compofé
une Bibliotheque des hommes
Illuftres de Genes , fort eftimée
des Sçavans & de ceux qui s'attachent
aux Sciences.)
Mr l'Abbé de Magny, Doyen
de l'Eglife Royale de S. Martin
de Tours, Abbé de S. Crefpin,
nommé par S. M. à l'Evêché
d'Oleron en Bearn , & preconifé
avec un bref de retention
de fon Doyenné pour 5.années,
mourut à Tours en fa maifon
GALANT 129
Decanale le 26. du mois de Fé
vrier dernier . On peut dire que
ce n'eft pas par des vûës d'am
bition que cet Abbé avoit accepté
l'Évêché d'Oleron , puif
que pour le remplir il étoit obligé
de quitter la premiereDigni
té d'un des plus beaux Chapi
tres du Royaume & le païs le
plus delicieux de la France,puifqu'il
en eft furnommé le Jardin ,"
pour aller paffer fes jours aux
pieds des montagnes des Pirenées
dans un Benefice qui n'étoit
pas plus confiderable que
celuy qu'il quittoit ; c'eftpourquoy
le Pape luy en avoit ac-
M ij
140 MERCURE
cordé la
retention pendant s
ans. L'Eglife de S. Martin de
Tours a
l'honneur d'avoir parmy
fes Chanoines
d'honneur
le Roy de France , le Duc de
Savoye , & autrefois
les Rois
d'Angleterre
lorfqu'ils
cftoient
Catholiques
. L'Evêque
de Poitiers
cft auffi Chanoine de cette
celebre Eglife , & il prendor-
* dinairement
poffeffion de cette
dignité avant quede monter ſur
fon Siége Epifcopl. L'Eglife
de S. Martin de Tours a une
tres - belle Bafilique qui n'eft pas
moins admirée de tous les
étrangers qui la vont voir que
GALANT 141
;
de
mais cet
des François ; ainſi on doit juger
qu'on ne quitte ordinairement
la dignité qu'avoit feu Mr
l'Abbé deMagny, que pour
grands Benefices
Abbé fe croyant veritablement
appellé à la conduite des Ames,
il avoit fait peu d'attention à fes
interefts , & il eftoit preft d'entrer
dans une carriere remplie
de travaux difficiles , lors que
Dieu a confommé fa vie par une
fainte mort ; en effet fes Bulles
font arrivées 7.ou 8. jours aprés
fon decés ; je vous parlay amplement
de luy lors de fa nomination.
142 MERCURE
Meffire Armand Triſtan de
la Baume de Suze Archevêque
d'Auch , & Abbé de Nôtre-
Dame de Quarante , mourut à
Paris le 4. de cemois aprés une
longue maladic; il avoit eſté d'abord
Evêque de Tarbes, & enfuite
de S. Omer , & dans toutes
les dignitez Ecclefiaftiques
qu'il avoit poffedées , il avoit
marqué un grand zéle
pour les
devoirs de fa profeffion & une
grande étendue de lumieres
dans les affaires dont il avoit été
chargé . Il eftoit frere de Louis
François , Comte de Suze & fils
d'Anne de la Baume, Comte de
GALANT 143
Rochefort, & de Dame Catherine
de la Croix Chevieres. Il
eftoit neveu de Louis François
de la Baume, Evêque de Viviers,
qui avoit efté facré Evêque de
Pompeiopolis, le 14.May 1 618 .
& Coadjuteur de Jean de l'Hôtel
Evefque de Viviers , auquel
il fucceda l'an 1621. La Maiſon
de la Baume Suze eft une Mai
fon ancienne de Dauphiné, où
Suze a Titre de Comté. Au
commencement du penultieme
fiécle Pierre de la Baume fe fit
eftimer par fon courage & fut
pere de Roftaing Evefque d'O
range,mort le 24, Juillet 1555.
144 MERCURE
Guillaume de la Baume eut
beaucoup de credit , & fut pere
de François , Chevalier des
Ordres du Roy & Lieutenant
General en Provence ; il y alla
exercer cette Charge en 1578 .
mais n'ayant pû refifter au parti
du Comte de Carces , qui luy
eftoit oppofé , il revint à Suze
& depuis en 1587. il fe faifit de
Montelimart & enleva cette
Ville aux Huguenots qui la reprirent
peu de temps aprés . Le
Comte de Suze y fut tué avec
deux mille hommes de fes
Troupes, & fon fils y fut fait
prifonnier ; c'eſtoit Rofaing
de
GALANT 145
de la Baume qu'il avoit eu de
Françoife deLevi deVantadour .
Il cut d'elle quelques autres enfans
, & entr'autres la celebre
Marquife de Buous . Roftaing
époufa Madelaine des Prés
Monpezat , fille d'Emanuel
Philibert Marquis de Villars
& d'Henriette de Savoye il
en eut Honoré de la Baume ,
tué au fervice de nos Rois, &
de Catherine de Breffieu
Meüillon, fa feconde femme ,
il eut Anne de la Baumé Pere
de Mr l'Archevêque d'Auch.
La celebre Comteffe de la Suze
a fait beaucoup d'honneur à
Mars 1705. N
146 MERCURE
cenom & pourroit paffer pour
une dixiéme Mufc.
Meffire N... Cenami , Prêtre
de l'Ordre de S. Benoift de la
Congregation de Clugny , &
Pricur Clauftral du Moutiers ,
auprés de Moulins enBourbonnois
, eft mort dans cette Ville
dans la Communauté des Prêtres
de la Parroiffe de S. Gervais,
où il s'étoit retiré depuis quelque
temps.Le talent de la Predication
luy avoit acquis dans le
monde une grande réputation,
& elle auroit encore efté plus
confiderable fi la mort ne l'cuft
enlevé au milieu de fa courfe
GALANT
147
& fur le point de
commencer
une nouvelle Miffion . Il avoit
efté choisi pour prêcher le Carême
à la Paroiffe de S. Côme ,
& il y avoit déja prêché le jour
de la Purification fuivant l'ufage
de ceux qui doivent prêcher
le Carême. Il avoit annoncé la
parole de Dieu dans les meilleures
Chaires du
Royaume , à
Lyon, à Dijon , à Moulins , à
Grenoble, & en plufieurs autres
lieux : Monfieur le Cardinal le
Camus avoit pour luy une
eftime finguliere , & l'avoit
fouvent employé dans fa Cathedrale.
Mr Cenami brilloit
Nij
148 MERCURE
dans les Panegyriques & dans les
Piéces d'éloquence. L'Oraifon
funebre de feu Mr Brulart premier
Prefident du Parlement
rs
de Dijon , qu'il prononça devant
M's du Parlement , fut
tres -applaudie , & elle fut imprimée
quelque reſiſtance qu'il
y apportaft. Le Panegyrique
de S. Jean qu'il prononça l'année
derniere dans l'Eglife de
S.Jean le Rond, devant M™ du
Chapitre de Nôtre- Dame , &
le Panegyrique de S.Denis , prononcé
en la même année dans
1'Eglife de S. Paul , luy firent
beaucoup d'honneur. Íl eſtoit
GALANT 149
du
nommé pour prêcher le Carême
prochain à la Paroiffe de
Verfailles . Enfin il ne manquera
rien à fon éloge lors qu'onfçau
ra qu'il avoit l'approbation
P.Maffillon, & que ce Pere a dit
plufieurs fois que Mr Cenami
l'égaloit.Le talent de la Predication
n'étoit pas le feul qu'euft
cet Abbé. Il a traduit plufieurs
piéces de Poëfie Latine du P.
d'Augieres Jefuite, qui ont eſté
trouvées auffi bonnes que leurs
Originaux. M" les Evêques
d'Autun, oncle& neveu, avoient
unc finguliere confideration
pour Mr l'Abbé Cenami, qu'ils
N iij
150 MERCURE
avoient voulu attirer plufieurs
fois à Autun. La famille de MTS
Cenami eft originaire d'Italie
& établie à Lyon . Mr le Sacriftain
de S. Paul de Lyon &
Curé de S.Laurent , eft frere de
celuy qui vient de mourir .
M' Quentin de Richebourg,
M° des Requeſtes & Confeiller
honoraire au Parlement de
Paris , eft auffi decedé . Il laiffe
un fils auffi M des Requeftes ,
de Dame N ... Baltazard ,
d'une ancienne Famille dans la
Robe de Paris , & niéce de feu
Me Pierre du Laurens dernier
Evêque de Belley. M" de Rire
GALANT 151
,
chebourg font alliez aux
plus anciennes Maifons du Parlement.
Jacques Defligneris ,
Préfident au Parlement de Paris
& cadet d'une ancienne
Famille du pays de Beauce ,
étoit petit-fils d'une Quentin.
Ce grand Magiftrat avoit cſté
Lieutenant General au Baillage
d'Amiens , enfuite Confeiller
au Parlement de Paris ; & enfin
Prefident de la 3 ° Chambre
des Enquestes. En 1544.
il alla au Concile de Trente
par ordre du Roy , Henry II .
Il y foûtint avec beaucoup de
courage , les Libertez de l'Égli- ily
Nij
152 MERCURE
fe Gallicane. Il mourut 2. ans
aprés , le 11. Aouſt 1556. Il
faut voir Blanchard . Le fameux
Raimond Diocre Predicateur
celebre , & Chanoine de Nôtre
Dame de Paris , mort en reputation
de fainteté , en l'an 1084 .
dans le
temps
que Guillaume
de
Montfort
étoit
Evêque
de
cette
Ville , étoit auffi petit
fils
d'une
Quentin
. C'eſt
de ce
Chanoine
dont
on a dit des
choſes
ſingulieres
adoptées
par
quelques
-uns , & rejettées
par
d'autres
. Quoy
qu'il en foit
il s'étoit
fait une
grande
reputation
dans
toute
l'Europe
par
}
GALANT 13
fes Sermons & par ſa vaſte &
profonde érudition . Marie
Jeanne Quentin , mere de M
de Caumartin Intendant des Finances
, étoit foeur de feu M
de Richebourg . Feu M' Quentin
de Richebourg s'étoit acquis
dans le Confeil une tresgrande
reputation , tant à
caufé de fes lumiéres , que de
fa probité , & auffi étoit-il des
plus employez .
Les deux pieces qui fuivent
doivent fervir à égaïer une fi
trifte matiere.
154 MERCURE
A MONSIEUR
***
Votre queſtion , Monſieur, eſt
finguliere.Vous medemandez quel
eft le beau temps des Mufes , &
celuy qui leur plaift davantage.
Il n'en eft point fait mention dans
la Poëtique des Anciens & des
Modernes. Ilfautpourtant , fans
rien decider faire un effay fur ce
fujet. Dans le jour , les Mufes
choififfent les heures du matin ,
Aurora mufis amica. L'Aurore
eft favorable aux Mufes.
C'est parce que l'efprit est alors
libre , & qu'il jouit d'un repos
GALANT 155
que
qui n'est pas troublé du bruit
le jour avancé excite. Entre les
mois , celuy de May femble être
le mois favory des neuf- Soeurs.
Ce mois eft composé d'un humide,
doux , d'un chaud moderé , ce
qui le rend propre à la production.
Ce mois eft gay , cette gayeté les
anime
, les rayons du Soleily
fontfi temperez, qu'on diroitque
fesjours ont la douceur & la beauté
de l'Aurore ; c'eft auffi le mois
du Roffignol , ce Prince des Chande
l'air. Quant aux Saifons ,
les Mufes preferent aux autres
le Printems , & l'Automne : Il
y a dans l'un des fleurs & dans
tres
156 MERCURE
و
l'autre des fruits : Auffi doit-ily
avoir dans les Vers du beau &
de l'utile ; de l'agrément , & du
goût. Milton, cegrand Poëte , qui
faifoit également de beaux vers en
Anglois en Latin , ne traailloit
que dans ces deux Saifons.
Il touchoit admirablement dans le
Printems & dans l'Automne ,
la Lyred'Apollon ; mais il la laiffoit
defacordée pendant l'Hyver
l'Efté. Je fuis cet exemple
dans ces petits vers Latins &
François.
Vere atque Autumno fua condunt
carmina Muſæ ,
GALANT 157
Non Eftas nec Hyems tempora
commoda funt ;
Arida vel torpens vena eſt his
partibus Anni ,
Temperiem pofcunt aeris
Aonides.
IMITATION.
Dans l'Automne & dans le
Printems ,
Lorfque les fleurs naiffent de
Flore
,
Où que Pomone fes fruits
dore ,
Les Muſes compofent leurs
Chants ,
Mais l'Efté fait tarir leur
veinc.
158 MERCURE
L'Hyver elle coule avec
peine.
Si l'air n'eft temperé dans le
facré vallon ,
On n'y trouve pas Apollon .
Le Madrigal qui fuit doit
eftre de faifon dans un temps
de nouvelles Il eft de Mr Chau.
veau de Chartres qui a donné
au Public deux Volumes d'hiftoires
galantes & comiques &
plufieurs petits contes en vers ,
qui ont efté bien reçûs.
GALANT
159
LE NOUVELISTE BOSSU.
MADRIGAL:
Un petit boſſu pointilleux.
Voulantfe railler d'un boiteux ,
Luy demanda ,quelles nouvelles ,
Vous qui marchez d'un & d'autre
cofté ?
L'autrepour reprimerfafotte vanité,
Zuy répondit en verité ,
Je n'en aypoint apris de belles.
C'eft de vous, Compere Niquet,
Qu'on doit en attendre de telles,
Puifque vous portez le paquet.
Le. 9. de Janvier il y eut une
affemblée au College de Propa160
MERCURE
y
gandafide , dans la grande Salle
oùfe tient ordinairement l'Academie
des Conferences fur le
Droit & fur l'Hiftoire Ecclefiaftique.
MrleChevalier Maffei
prononça un éloge tres - éloquent
de feu Mr l'Evêque de
Meaux , & il s'étendit fort fur
les fervices que ce Prelat avoit
rendus à l'Eglife Catholique
par quantité d'excellens ouvradeffendre
la Foy congcs,
pour
tre les heretiques, & pour combattre
toutes les erreurs des derniers
temps. Il fit un detail circonftancie
de tous les ouvrages
de ce grand Prelat , & celuy
GALANT 161
fur lequel il s'étendit le plus fut
l'hiſtoire des variations des Egli-
Les proteftantes. Tout le monde
, dit l'Orateur , attendoit ce
grand Ouvrage annoncé depuis
plufieurs années , comme une preuve
invincible , fous le poids de laquelle
la reformation devoit demeurer
accablée. L'attente nefut
pas vaine.L'Auteur tira des variations
& des traits de legereté &
d'inconftance qui parurent dans les
premiers reformateurs , des conclufions
ruineufes au parti proteftant.
Mr de Meaux dans cet excellent
Ouvrage , remontejufqu'au commencementde
la reformation , dont
Mars 1705
.
?
162 MERCURE
il découvre les injuftes motifs &
le rapide progrés que Dieu ne permitfans
doute qu'en haine des defordres
defon Peuple, peut- eftre
des Miniftres defes Autels. L'O
rateur parla enfuite du Schifme
de Luther que Mr de Meaux
parcourt avecbeaucoup d'exactitude.
Cet Herefiarque , que fes
indignes admirateurs appelloient ,
le Tonnerre & la Trompette
qui tira le monde d'une profonde
lethargie, anima laplume
de notre grand Prelat , continue
le Panegyrifte : Il démontra d'une
maniere égalementfolide, lafauffeté
& l'illufion de fes dogmes ,
GALANT 163
en parlant de la ligue de Smalcade.
Il la reprefenta comme une rebellion
declarée comme lafuite
des difcours feditieux de Luther.
L'endroit enfin de cet Ouvrage
incomparable fur lequel l'Ŏrateur
répandit plus de loüange,
fut celuy où feu Mr l'Evêque
de Meaux deffendit la primauté
du Pape & la qualité de
Chef de l'Eglife, contre les attaques
des Proteftans ; il finit
par les louanges qu'il donna à
ce Prelat fur le zéle qu'il marqua
dans les dernieres années
de fa vie , lorfqu'il fembloit
que quelques étincelles de l'he-
O ij
164 MERCURE
refie de Molinos vouloient
troubler la paix de l'Eglife . En
parlant de Michel Molinos le
Chef & l'Auteur d'une Secte
deteftable , il toucha quelque
chofe du Cardinal Petrucci ,
Le Cardinal Ottoboni affifta
à ce difcours avec Don Annibal
Albani Neveu du Pape, &
un grand nombre de Prelats ,
& de perfonnes diftinguées
qui virent , avec édification, la
memoire d'un Evêque dont les
travaux avoient efté utiles à l'Eglife
, honorée d'une maniere
dont il y a fort peu d'exemples.
L'Orateur reçût de grands applaudiffemens.
GALANT 165
fa
M le Baron de Leyen , qui
avoit efté élû Evefque d'Aichftet
, s'eftant excufé d'accepter
cette Dignité , le Chapitre de
cette Egliſe a élû en ſa place
M' le Baron Knobel de Katzenellebogen.
Ce dernier reparera
avantageuſement
la perte
que le Chapitre d'Aichſtet
vient de faire par la mort de
fon dernier Evefque , & par le
refus de M le Baron de Leyen.
Il defcend d'une ancienne famille
d'Allemagne , dans laquelle
il fe conferve une vieille
tradition que le Cardinal de
Preneſte ( Conon ) fils d'Egi
166 MERCURE
non , Comte d'Urrac en Allemagne
, & un de ceux qui établirent
la Congregation Arrofiane
de l'Ordre de S. Benoist, étoit
petit-fils d'une Camille Knobel
de Katzenellebogen
. Le
Pape Pafchal II . donna en 1107 .
le Chapeau de Cardinal à ce
Prelat , & le nomina en même
temps à l'Evêché
de Preneste
,
aujourd'huy Palestrine. Il l'envoya
enfuite en Orient , où il
tint un Concile dans la Ville
de Jerufalem contre l'Empe-
-reur Henry V. qu'il excommunia
, parce qu'il avoit maltraité
le Pape. Cette excommunicaGALANT
167
tion fut confirmée en plufieurs
Affemblées qui fe tinrent en
divers Royaumes de l'Europe .
Gelafe II. qui fucceda à Pafchal
, n'eut pas moins d'eſtime
pour le Cardinal Conon. Il
l'envoya Legat à latere en Allemagne
, où il réunit tous les
Electeurs
& Princes de l'Empi
re contre Henry qu'il excommunia
une ſeconde fois , dans
le Concile de Cologne
. Le
zele de ce Prelat parut encore
dans le Concile de Soiffons , où
il condamna l'Herefiarque
Abaillard
, avec fes écrits qu'il fit
brûler
. Conon refuſa genereu168
MERCURE
fement le Pontificat qu'on luy
offrit , aprés la mort de Gelafe
II. & il fit élire Guy , Archevêque
de Vienne , qui prit le
nom de Calixte II . La Maifon
du nouvel Evêque d'Aichfter
cft alliée à celles de Wirtemberg
& à plufieurs autres illuftres
Maifons .
Le Roy d'Efpagne a nommé
à l'Evêché de Portorico le Pere
Domingo Perez Urbano , de
l'Ordre des Trinitaires . Ce nouveau
Prelat porte un nom bien
celebre en Eſpagne. Antonio
Perez , Archevêque de Tarragonne
, & enfuite d'Avila eftoit
de
1
GALANT 169
de l'Ordre de S. Benoift : il fut
General de fa
Congregation en
Efpagne. Il avoit efte d'abord
nommé à
l'Evêché d'Urgel
enfuite à celuy de Lerida , d'où il
fut transferé à l'Archevêché de
Tarragonne. Il mourut à Madrid
l'an 1637. âgé de 68. ans.
Il a laiffé des
Commentaires fur
la Regle de S. Benoiſt. Un autre
Antonio Perez , fils de Gonfalvo
Perez,Secretaire de Charlesquint
, s'avança fous Philippe
II. qui l'exila enfuite. Perez fe
refugia en France , où il mourut
en 16.10 . Nous avons de luy
des Lettres tres -
ingenieuſes .
Mars
1705 . Р
170 MERCURE
す
Antonio Perez Profeffeur en
Droit dans l'Univerfité de Louvain
, fuivit fon pere qui eftoit
un des Domeſtiques de l'Infan→
te Elifabeth , femme de l'Ar
chiduc Albert , lorfqu'elle vint
en 1599. dans les Pays- bas. Il
a donné au Public Inftitutiones
Imperiales. Jean Perez de Saavreda
eftoit de Cordoue. Il
fouffrit de grandes perfecu
tions pour introduire l'Inquifition
en Portugal , par ordre
du Pape Paul IV. Ce Tribunal
s'y eft maintenu depuis ce
temps-là . Jacques Perez de l'Ordre
des Hermites de S. AugufGALANT
171
tin , fut Evêque de Chryfopo.
lis , il a fait des Commentaires
fur les Pfeaumes . Jerôme Perez
de l'Ordre de la Mercy vivoit
en
2
5. Il laiffa des Commen
taires fur S. Thomas . Portorico
eft une Ifle fituée dans la Mer
du Nord , vers l'Amerique , à
l'entrée du Golfe de Mexique,
& à l'Orient de l'Ifle de San
Domingo ou d'Hifpaniola . L'If
le de Portorico contient quinze
cens hommes capables de
porter les armes. Il faut voir
de Laet dans fon Hiftoire du
nouveau Monde. Le Religieux
qui vient d'eftre pourvû de cet
Pij
172 MERCURE
Evêché , eft generalement.efti
mé en Eſpagne. muto vul
Le R. Pere Froylan Diaz , de
l'Ordre de S. Dominique , &
Confeffeur du feu Roy d'Efpa
gne Charles II . a eſté pourvû
de l'Evêché d'Avila , qu'il a d'abord
fait quelque difficulté
d'accepter. La conduite de cè
Pere avoit efté rendue fufpecte
au Roy d'Eſpagne ; elle a même
efté examinée par des Commif
faires nommez pour ce fujet ;
mais ayant eu le bonheur de ſe
juftifier , le Roy ne s'eft pas
contenté de le déclarer inno
cent , & en confideration du
IGALANT 173
feu Roy fon grand oncle , de
luy donner une penſion confiderable
, & de luy affigner des
revenus pour entretenir un
équipage , mais Sa Majesté Catholique
l'a auffi nommé à cet
Evêché, qui eft venu à vacquer.
Avila fur l'Adaïa , Abula , Arbacuta
, & Albicella , cft une Ville
d'Eſpagne dans la vieille Caf-
-tille , avec Evêché Suffragant de
Compoſtelle . Cette Ville eft
celebre par la naiffance de Sainte
Therefe . C'eft une Ville affez
ancienne , Ptolomée en parle
fous un nom Grec qu'elle portoit
alors . Elle eft prefque au
Piij
174 MERCURE
pied des Montagnes qui portent
le nom d'Avila , Sierras di Avila.
Il ne faut pas confondre
cette Ville avec celle du même
nom , qui eft fur la riviere de
Napo , qui eft une petite Ville
de l'Amerique meridionale
dans le Perou & dans la Province
de los Quixos. Elle eft du
cofté deQuito. Pluficurs grands
hommes ont porté le nom d'Avila
; Diego d'Avila de l'Ordre
des Trinitaires ; François d'Avila
de l'Ordre de S. Dominique
; François d'Avila, Chanoine
Efpagnol ; Gilles Gonçales
Áď'Avila , Hiſtoriographedu
W GALANT 175
Roy d'Eſpagne , natif d'Avila
mêine & mort en 1658. Gildos
Gonçales d'Avila , de Tolede
, & de la Compagnie
de
Jefus , & qui mourut en 1596 .
âgés de 63. ans. Il faut voir
Nicol. Antonio. Bibl. Script.
Hifp. & Alegambe.
T
L'ouvrage que je vous envoye
eft de feu M Philebert
Mareffal ,Bachelier en Theologie
, fçavant Ecclefiaftique &
fort estimé de feu M' Faure ,
Evêque d'Amiens. Il eftoit
Chanoine de Picquigny , &
mourut en 1688. Comme cet
ouvrage eft de faifon , j'ay crû
Piiij
176
MERCURE
devoir vous
l'envoyer prefera
blement à
beaucoup
d'autres
qui me reftent , & qui ne pour
ront fi toft trouver place dans
mes Lettres, à caufe que les nouvelles
courantes , & fur tout
celles de la
guerre , en occu
pe la plus grande partie.
DISSERTATION
fur la Lune
Pafchalco
La Pâque des Chrétiens n'eft
jamais dans la Lune de Mars ;
mais toujours dans celle d'Avril ;
c'eft cependant une erreur prefque
univerfelle que l'opinion contraires
GADANT 177
au moinsparmi le Peuple,qui veut
que la Paquefoir toujours en Mars
ou dans la Lune de Mars. Mais
pour en defabufer les plus prevenus
; on préfume qu'il fuffiroit
qu'ils vouluffent reflechir fur ces
trois propofitions , qu'ils ne peuvent
d'ailleurs raisonnablement
conteſter.
L
1. Que la Pâque des Juifsfe
faifoit le 14. dupremier mois .
O
2. Que ce premier mois n'eftpas
celuy de Mars , qui eft un mois
folaire , mais un mois lunaire.
3° . Que les Chrétiens pourfaire
leurPâquefe fervent encore de la
même Lune , qui eft aſſurement
the
178 MERCURE
G
celle d' Avril
La premiere de ces propofitions
eft auffi certaine que l'Ecriture meme,
& ilfuffit d'en raporter les
termes qui fe lifent au chap: 23.
du Levit. . 5. Menfe primo
quartadecima die menfis ad
vefperam Phafe Domini eft ,
&c. Dans les Nombres 28. 16 .
dans l'Exod. 12. $. 2. 6. &
18. rien n'eſt plus clair.
3. La feconde propofition fe prouve
par
deux raifons.
1. Parce qu'il n'eft pas vrayfemblable
que par ce premier mois
dans lequel Dieu commanda à
Moife de celebrer la Pâque , on
?
EGALANT 179
ce
3
doive entendre celuy de Mars ,
qui n'étoit pas encore inftitué ; car
Commandement futfait à Moi-
Se peu de tempsavant la fortie des
Juifs de l'Egypte , environ l'an
2513. aprés la creation du monde ,
felon la Chronologie quife trouve
à la fin de la Bible de Vitré de
l'Hiftoire du vieux &du nouveau
TeftamentparMr de Royaumont:
&le mois de Mars qui eft le premier
des Romains ,fuivant ce vers
d'Ovide :
Martis erat primus menfis ,
venerifque fecundus .
n'a esté inftitué que par Romulus
I qui fut lepremier d'entr'eux qui
180 MERCURE
nous•
apprend que
qui diftribua l'année par mois ) que
747. ans aprés ; car Florus dans
l'abregédupremier Livre de l'Empire
des Romains,
cet Empire n'a commencé que 700 ..
ans avantAugufte,lequel étoit dans
la quarantiéme année de fon regne
lors de la Naiffance de Jefus-
Christ , l'an 4000. du monde.
2º. Si le mois de Mars étoit
ce premier mois , fixé dans l'Ecriture
pour la celebration de la Pacelle
des Chrétiens fe devroit
encore faire le Dimanche d'aprés
le 14. de ce mois comme on verra
que,
dans la fuite confequemment
elle ne feroit jamais plus retardée
GALANT 181
&
que quand elle tomberoit le 21 .
feroit fouvent plus avancée ; cependant
l'usage de l'Eglife nous
fait connoiftre qu'elle ne peut eftre
plus avancée que le 22. de Mars,
& qu'elle peut eftre retardée juf
qu'au 25. d'Avril. Voicifur ce
fujet les paroles du 8. Canon des
Apôtres. Si quis Epifcopus aut
Prefbiter , aut Diaconus , fanctum
Pafchæ diem ante vernale
æquinoctium , cum judæis celebraverit,
abjiciatur.
Ce premier mois n'eftoit doncpas
celuy de Mars, qui eft un mois So-
·laire , mais un mois de Lune. En
effet lepremier mois de l'année le
182 MERCURE
*
gale desJuifs , dont l'Ecriture dite
Menfis ifte vobis principium
menfium : primus erit in menfibus
anni. Exod . 12. 2. eftoit
celui de Nifan,dans lequel ilsfaifoient
leurPâque : Menfis Nifan,
( ditRabanus) primus eft in menfibus
anni , in quo etiam Paf
cha celebrant Hebræi. Or felon
Jofeph : Reliquerunt Ægyptum
menfe Xantico , Lunâ quintadecima
. Les Hebreux fortirent
de l'Egypte immediatement aprés
y avoir celebré la Pâque pour la
premierefois le quinzieme du mois
Xantic ; qu'il explique ailleurs
eftre celuy de Nifan : Moyfes
GALANT 183
O
que
autem Nifan , qui eft Xanticus,
menfem primum in fuis factis
ordinavit, quod per hunc Hebræos
ex Ægypto eduxiſſet :
cumdem etiam omnium quæ
ad rem divinam pertinerent
exordium fecit. Antiq. lib. 1 .
cap . 3. où l'on voitclairement
par le mois Xantic , ou Nifan ,
Jofeph entend un mois de Lune
faifant aucune diftinction entre
le mois la Lune : Reliquerunt
Ægyptum menfe Xantico , Lunâ
quintadecimâ.Ce qui eft con
forme à l'Ecriturequi ordonne dans
Les Nombres ch.28 . v . 16.defaire
la Pâque le 14. jour du premier
1184 MERCURE
mois Menfe autem primo ,
quartadecimâ die menfis , phaſe
Domini erit.
Mais la Rubrique du Breviaire
leve toute difficulté quand elle dit
en parlant des Festes mobiles. Is
vero apud Hebræos vocatur
primus menfis , cujus 14ª Luna
vel cadit in diem verni æqui
noctii quod die 21. Martii
contingit , vel propius ipfum
fequitur. Carfi ce premier mois
eft celuy dont le 14. tombe au
jour de l'equinoxe du Printems ,
qui eft le 21. de Mars ou imme
diatement aprés ; il restepour con-
Stant qu'il est tres- different de celui
·
GALANT 185
de Mars quec'est un mois de Lu-
•ne & que c'est de la même d'où
provenoit la variation de la Pâque,
qui fe trouvoit quelquefois plus
d'autrefois plus retar- avancée,
dée felon la difpofition de la Lune
avec cette equinoxe; car cettefefte ,
qui fe devoit toûjours celebrer le
14. du premier mois , pouvoit
tomber le jour même de l'equinoxe,
jamais auparavant ; mais au contraire
plus fouvent aprés.
C'est auffi le fentiment de Mr.
Gaffendidansfon Inftitution Aftronomique
, chap . 26. conformement
à la Loy des Juifs , raportée par
Fofeph & par les Rabins . Voyez
Mars 1705
.
186 MERCURE
les reflexionsfur la Religion Chre
tiennepar Mr Ferrand; page 272.
276. auffi-bien que Cornelius
à Lapide dans fon Commentaire
furS. Mathieu , c.26. 15. dont
voicy les termes Pafcha autem
celebratur die 14. menſis primi
ad vefperam, puta in plenilunio
menfis primi , Nifan dicti , qui
erat is in quem cadebat pleni-
Junium incidens in æquinocstium
vernum , vel illud proxime
fequens. Ce qui prouve invinciblement
que ce premier mois
-de l'année legale desJuifs étoit un
mois de Lune.
La troifiéme propofition , fea#
GALANT 187
voir que les Chrétiens d'aujour
d'hui pour déterminer le temps de
leurPâque fe fervent encore de la
même Lune , dontfe fervoient les
Juifs pour celebrer la leur , refulte
de la rubrique du Breviaire , de
Feftis mobilibus : qui le declare
notamment & fans équivoqué ,
lorfqu'elle dit que toute la difference
qui s'y trouve , eft que fi le
14. de la Lune qui peut arriver le
24. de Mars ou immediatement
-aprés , auquel jour l'equinoxe a
efté determiné ,felon le moyen mouvement
du Soleil , par le Pape Silveftre
, par les Peres des Con-
-ciles de Nicée , d'Arles , d Antio-
Qij
188 MERCURE
che , de plufieurs autres , pour
garder l'uniformité dans touteBE-s
glife , fi , dis-je, ce 14. de la Lunes
vient à tomber un Dimanche , la
Pâque eft transferée au Dimanche
fuivant , afin de ne pouvoir eftre
accufe deJudaïfer.Ne cum Judais
conveniamus , fi forte dies 14.
Lunæ caderet in dominicam.
Refte donc à prouver , aprés
toutes ces propofitions , que cette
premiere Lune eft celle d'Avril
c'eft ce quiferaaife à conclure quand
on aura montré que la Lune appartient
toujours au mois dans lequel
elle'finit's parce que celle de Pâque
qui ne commence jamais avant les
GALANT 1891
buit de Marspour être àfon 14. le
21. dudit mois , au plûtor , nepeut
finir qu'en Avril ; à moins que
par embolisme elle ne finiffe quel
quesjours en May ; & en ce cas ,
elle eft cenfée être Lune d'Avril.
C'est ce que les Compuriftes appel
lent : Error terminationis.
Jex Fe dis donc
que la
Lune
apar
tient
toûjours
au mois
dans
lequel
elle
finit
, fuivant
cette
maxime
de Sacrobofco
, dans
fon
traité
, de
Computu
Ecclefiaftico
, chap
.
des
mois
Lunaires
: In quo
com-
>
pletur
, Menfi
Lunatio
detur
.
Cette
maxime
eft fi
raisonnable
,
que
quand
elle
neferoit
pas
il
*
190 MERCURE
ققش
faudroit neceffairement
l'établir
ainfi . En voicy la raison.
Supofons que cette question n'ait
jamais efté agitée ; & qu'au mois
de Janvier la Lune commence
avec le mois cette Lune feroit
affurement la Lune de Janvier,
puis qu'elle y commenceroit
qu'elley finiroit; par confequent la
fuivante feroit celle de Février ;
la troifiéme celle de Mars, & ainfi
des autres. Cependant , la Lune
de Février dans cette fupofition
,
commenceroit
en Fanvier , & finiroit
en Février , parce que
cours Synodique de la Lune n'étant
29. jours 12. beures 44. que
de
le
GALANT 191
TOLLER
minutes 3. fecondes , la Lune
de Février commençant immedia
tement aprés celle de Janvier , feroit
au plus tard à fon premierjour
le 30 dudit mois de Janvier ; la
Lune de Mars enfuite commenceroit
en Février & finiroit en
Mars ; celle d'Avril , & ainfi
des autres; de telle forte qu'en recommençant
l'Année
qui devroit apartenir à Janvier
commenceroit onze jours dans le
mois de Decembre, & finiroit autant
dejours avant la fin de Fanvier
parce que douze Lunes ne
font qu'environ 354 jours ; &
douze mois Solaires environ 365.
la Lune
192 MERCURE
qui font onze jours davantage ;
d'où il faut neceffairement conclure
que la Lune n'apartient pas
au mois dans lequel elle commence,
mais à celuy dans lequel ellefinit;
& confequemment que
de Pâque , qui finit toûjours en
Avril , eft incontestablement la
Lune d'Avril.
la Lune
C'est pourquoi Sacrobofco , qui
a traité cette matiere exprés , &
à qui par confequent on doit plutôt
ajouter foy qu'à tout autre,
qui n'en a parlé que par occafion,
&fans y avoir reflechi , dit pofitivement
dons fon Comput Ecclefiaftique
, en parlant des Feftes
Mobiles,
GALANT 193
1
Mobiles , que le terme de Pâque
eft toûjours le 14 de la Lune d'Avril;
& que la raison pourquoy.
la Pâque n'est point fixée à un
jourcertain , c'eſtparce que les Lunes
d'Avrilfont quelquefois plus
avancées, & quelque fois moinss
à cause que la premiere , ( c'eft
à dire la plus avancée ) doit commencer
aprés les Nones de Mars,
qui eft le huitiéme; & la dernie
re , ou la plus retardée , au cinquiéme
d'Avril.
D'où l'on peut encore - inferer
que le premier
mois Solaire des
Hebreux , eft celuy qui corref
pond à notre mois d'Avril : car
Mars 1705. R
194 MERCURE
leur premier mois Solaire eft celuy
dont la Lune eft au 14. le 21 de
Mars , ou immediatement aprés,
comme nous avons deja dit. Or
c'eft la Lune d'Avril qui eft en
fon 14 à l'Equinoxe du Printems,
parce qu'elle finit toûjours dans le
mois d'Avril ; & par confequent
c'est le mois qui répond à nôtre
mois d'Avril , qui eft le premier
mois Solaire des Hebreux. En
effet , Menfis Nifan refpondet
Aprili. Dit Fanfenius d'Ipre , fur
la Genefe . Menfis Pandicus apud
Athenienfes, ( dit Rabanus, ) ipfc
cft qui apud nos Aprilis nuncupatur
, & apud hebræos Nifan.
"
GALANT 195
Ce fentimentfe trouve encore
conforme à celuy de Gratian , dans
fes Decrets , primâ parte , diftinct.
76. Cap. hujus; dont voici
les termes primus enim menfis
apud illos , ( en parlant des Hebreux
, ( eft Aprilis ,
quartus
Julius. &c. la glofe fur le Chap.
Celebritatem. Dift. 3. de la Con
fecration. Part. 3. l'explique encore
de même. Pafcha debet celebrari
poft decimam quartam
diem
Lunationis Aprilis , qui
eft primus Menfis fecundum
hebræos . La Pâque fe doit celebrer
aprés le 14. jour de la Lune
d'Avril , qui eft le premier mois
Rij
196 MERCURE
==
chez les Hebreux. Il ne fe peut
vien de plus clair , ny de plus pofitif,
pour conclure qu'en effet la
Pâque des Chrétiens n'eft jamais
dans la Lune de Mars mais
toujours dans celle d'Avril ; puifle
premier mois de l'Année legale
des fuifs , dans lequel Dieu leur
avoit ordonné de faire la Pâque ,
dans lequel les Chrétiens la
font encore , eftun mois de Lune;
que cette Lune eft celle d'A
uril; qu'on peut apeller le premier
mois Solaire des Hebreux.
GALANT 197
TM l'Abbé de Quelus , Au
mônier du Roy , & qui a eſté
nommé à l'Evêché d'Auxerre
s'eftant retiré au Seminaire de
S. Magloire pour fe préparer à
fon Sacre , en fortit au comhencement
de ce mois
, & f
par Monfieur
le Cardinal
de Noailles , affifté de M' l'Evêque
de Senlis & de M' l'Evêque
de Troyes . Cette ceremonie
fe fit aux Carmes déchauf
fez. Tout ce qu'il y a de Cardinaux
& de Prelats à Paris s'y
trouverent , ainfi qu'un grand
nombre de perfonnes de la
plus haute diftinction de la
Riij
198 MERCURE
Cour & de la Ville. Monfieur
le Cardinal de Noailles traita
à dîner les deux Evêques qui .
l'avoient affifté dans cette ceremonie
, &M' l'Evêque d'Auxerre.
On a imprimé chez le S ' Auguſtin
Brunet dans la grande
Salle du Palais ,de nouveaux Elemens
des Mathematiques . Cet
ouvrage contient un Traité de
Geometrie fort exact ; un Traité
d'Arithmetique, & un Traité
d'Algebre , le tout compris
dans unvolume in 12. M' Polynier
eft Auteur de ces nouveaux
Elemens ; la lecture en fait au-
C
GALANT 199
tant de plaifir que l'uſage en eft
utile . Je ne vous entretiendray
pas plus au long de l'excellence
de ces Sciences ; puifque tout
le monde fçait que les Mathematiques
font prefentement
cultivées avec plus de foin
& avec plus d'ardeur qu'elles
ne l'ont jamais eſté ; elle's
deviennent une des plus ferieufes
& des plus belles occupations
de la jeune Nobleffe
, & generalement de tous
les beaux efprits. Plufieurs de
nos Rois ont donné des mar
ques fi particulieres de leur efti
me en faveur de ces Sciences
R iiij
200 MERCURE
qu'ils ont établi dans plufieurs
endroits du Roïaume un grand
nombre d'Ecoles publiques
pour en inftruire leurs Sujets
rendre l'Etat auffi flo-
&
pour
riflant
en habiles
gens , qu'il eft
fertile en braves
guerriers
.
Ces Elemens
aprés avoir fubi
la plus fevere
critique
, n'ont
été
precifément
attaquez
qu'en
un feul endroit. Vous en jugerez
par l'expoſition
de la chofe
même , aprés que vous
aurez
connu
l'eftat de la queftion
que
voicy.
On a accufé M' Polynier d'avoir
démontré la feconde proGALANT
201
pofition des proportions par
la premiere partie de la huitiéme
propofition , qui dépend
elle - même de cette feconde
propofition. Voicy de quelle
maniere ceux qui ont pris fa
deffenfe ont répondu. Il faut
obferver que la buitiéme propofition
tend à faire voir. que deux
grandeurs égales ont même
rapport à une troifiéme. Il fuffit
d'avoir une legere teinture des
premiers Elemens de Mathematiquespourjugerfacilementſiceux
qui ont infulté M Polynier en
cette occafion , ont eu le moindre
fondement , pourfaire voir que
202 MERCURE
cettefeconde propofition ne dépend
en aucune maniere de la huitième ,
en voicy l'énoncé& la demonftra
tion.
Le produit des termes extrêmes
d'une proportion geometrique
eft toûjours égal au produit des
termes
moyens .
DEMONSTRATION.
Soient ces quatre grandeurs en
proportion geometrique a àb commec
à d : je dis que le produit des
termes extrêmes qui eſt a d , eſt
égal au produit des termes moyens´
qui eft bc.
GALANT 203
Je nommeray x l'exposant du
rapport de a à b , c'est- à - dire que
le quotient de a divifepar bfera
x ; le produit bx du quotient x
multiplié par le divifeur b fera
égal à la grandeur à divifez a.
Le rapport de c à deft égal
celuy de a à b , par la fuppofition.
Fauray donc auffi le quotient de c
divife par d'égal àx , & enfin
dxfera égal à c.
Je viens de démontrer que l'antecedent
c est égal à dx : prefentement
je démontre que le rapport bx
à b est égal au rapport de a à b;
le rapport de dx à d eft
& que
égal à celuy de c à d .Fay nommé
204 MERCURE
x l'expofant du rapport de a à b;
il est évident que l'exposant du
rapport de bx ab eft auffix . Donc
bx eft à b comme a à b. Je trouwe
de même que l'exposant du
rapport de c à deftant appellé x ,
l'expofant du rapport de dx à deft
auffix. Donc dx eft à d comme c
eft à d.
En la place de la grandeur a je
puis donc fubftituer bx , & en la
place de c je puis auffi luy ſubſtituer
dx. Enfin au lieu de cetteproportion
, a eft à b comme c est à d,
jauray fon équivalente , fçavoir
bx à b comme dx à d .
Il paroift évidemment que le
:
GALANT 205
produit des termes extrêmes de cette
derniereproportion eft égal au produit
des termes moyens ; c'est- àdire
que bxd eft égal à bdx ; buif
que de part & d'autre de l'égalité
on apperçoit les mêmes grandeurs.
Or multiplier l'un par l'autre les
deux termes extrêmes , & l'un par
l'autre les deux termes moyens. de
cette feconde proportion , c'est la
même chofe que multiplier l'un par
l'autre les deux termes extrêmes ,
&l'un par l'autre les deux termes
moyens de la premiere proportion ;
puifqu'on vient de voir que ces
deux proportions font égales en
toutes manieres. Donc ad eft égal
206 MERCURE
à bc : ce qu'il falloit démontrer
.
Cette démonstrasion ne dépend
donc nullement de la propofition
buitiéme. Elle eft exposée encore
beaucoup plus clairement dans
le Livre dont elle est tirée ; parce
que
les définitions & les
axiomes qu'elle fuppofe yfont citez
exactement. Outre qu'il s'y
trouve encore une recapitulation
qui eft omife icy , parce que
rité que l'on nous yfait voirfuffit
pour montrer l'injustice de la Critique.
la ve
Ce livre eft in octavo , & le
55. fols.
prix eft de
GALANT 207
Il paroift depuis peu un autre
livre nouveau qui fe vend
chez le St Jean Guilletat , ruë
S. Jacques à la Bonne-foy , prés
la rue des Mathurins. Ce livre
qui eft de la compofition de
M' Fromentin , eſt un Traitédu
Bonheur. L'Auteur entreprend
de prouver dans ce Traité de
Morale que tous ceux qui fe
plaignent de la Fortune font
dans l'erreur ; que chacun
peut eftre l'Artiſan de fon bonheur
; que Dieu n'a point
créé l'homme pour eftre malheureux
; & que ce feroit en
quelque forte contredire fa
208 MERCURE
a
Sageffe que d'eftre dans ce
fentiment. L'Auteur fait voir
que Dieu a rendu l'Homme
fouverain ſur la terre , qu'il a
foûmis tous les animaux à fon
pouvoir , & qu'il l'a comblé de
richeffes ; qu'il ne luy en a
pas donné la proprieté , mais
la jouiſſance, parce qu'il a voulu
que l'homme preferaft les delices
de l'efprit aux plaifirs fenfibles
du corps ; & que c'eſt dans
ces biens fpirituels , qui font
les vrais biens , qu'il doit trouver
fa felicité , & non dans les
autres qui n'étant que paffagers
& periffables ne le peuvent renGALANT
209
dre veritablement heureux. Il
affure que dés que l'homme a
lufage de la raifon il eft non
feulement heureux dans tous
les âges , & dans toutes les conditions
de la vie , mais qu'il ne
ceffe
pas de
l'être
dans
les
differentes
fituations
où
il fe trouve
, quoy qu'au fentiment
du
vulgaire , il paroiffe tres - miferable.
Voila le plan de l'Ou
vrage de cet Auteur . Cet Ouvrage
eft divifé en 5. parties
qui contiennent
plufieurs Chapitres.
La lecture en doit être
tres-utile. Le ftile en eft beau &
ce Livre fé peut lire avec plaifir .
Mars 1705
.
J
S
210 MERCURE
M² Mariotte , Secretaire &
Greffier des Eftats de Languedoc
, vient de donner au Public
une Carte gravée par M
Picard le Romain , de la Seance
ordinaire de leur affembléc .
Cet Ouvrage a efté trouvé par
les Perfonnes de bon gouſt ,
bien imaginé , & bien execu
té. Monfieur le Duc du Maine,
Gouverneur de Languedoc ,
l'ayant jugé digne d'être prefenté
au Roy , Sa Majeſté s'ar
refta en voyant cette feance ,
la trouva curieufe , & voulut
bien même faire l'honneur à
l'Autheur de loüer fa penſée.
GALANT 21E
On trouve cette Carte chez
M' Picard Graveur demeurant
dans la rue S. Jacques prés la
la Fontaine S. Severin ,
Bufte de Monſeigneur le Dau
phin .
au
33
Meffire N...Cybo Patriar
che titulaire de Conftantinople
& frere du feu Cardinal
Cybo Doyen du Sacré Collége,
mourut à Maffa dans un âge
fort avancé , dans le mois de
Février dernier. Il eftoit fils de
Charles Cybo Prince de Maffa,
tres- eftimé
par fon efprit , par
fon courage & par fon inclination
bien-faifante , & de Dona
Sij
212 MERCURI
Brigida Spinola : Son frere aîné
étoit Alberic II . du nom , Prince
de Maffa, Marquis & Seigneur
Souverain de Carrera , Lavenza
& Duc d'Ajetto , qui a laiffe
une grande pofterité de Fulvia
Pic , fille d'Alexandre
Pic, Prince
de la Mirande, &grande Tan
te du jeune Prince de la Mirandole.
Charles Cybo étoit fils
aîné d'Alderame
Cybo , qui fe
trouva à la bataille de Lepante
& qui aimoit les Arts & les
Sciences , & de Marfife d'Eft
fon époufe ; celuy - cy eftoit fils
d'AlbericCybo
que l'Empereur
Maximilien
I. fit Prince de
.
#GALANT 213
Maffa , qui fe fignala à la ba
taille de S. Quentin , & en pluficurs
autres occafions , & le
quel on a remarqué avoir cu
part à l'eftime de quatorze Pa
pes , de fix Rois de France ,
de fix Empereurs & de trois
Rois d'Efpagne . Il avoit époufé
Elizabeth de la Rouere , fille
de François Marie Duc d'Urbin
dont il eut Alderame duquel
je viens de parler. Il devint l'aî
né de la maifon par la mort de
Jules Cybo fon frere , qui eut
la tête tranchée par ordre de
l'Empereur , pour avoir entre
tenu des intelligences avec les
214 MERCURE
Fiefques , qui vouloient établir
les François dans l'Eftat de Gennes
. Ce Prince infortuné ne
laiffa point d'enfans de Perrette
Doria fon époufe ; il eftoit fils
de Laurent Cybo , Comte de
Ferentillo, Capitaine de la Garde
du Pape Clement VII. &
General de fes Armées , & de
Richarde Malefpines
, Marquife
de Maffa . C'eft cette Dame qui
le fit perir pour faire tomber
toute la fucceffion à Alberic
fon fecond fils . Laurent Cybo
eftoit fils de François Cybo ,
Comte de Languilla &General
de l'Eglife & de Madelaine de
GALANT 215
Medicis foeur de Leon X. François
Cybo eftoit fils du Pape
Innocent VIII . ( Jean Baptifte
Cybo ) qui l'avoit cu eftant encor
jeune d'une Demoiſelle Napolitaine.
La Maiſon de Cybo
eft une des plus anciennes de
toute l'Italic , elle eftoit confiderable
dés le dixiéme fiécle
fous l'Empereur Othon I. qui
recompenfa les fervices de Guy
Cybo par le don de plufieurs
Terres .
M' l'Abbé de
Chamilly ,
Abbé de la Couture eft mort
au Mans , dans de grands fentimens
de pieté. Il avoit paffe
216 MERCURE
la plus grande partie de fa vie
dans une attention continuelle
aux devoirs de fon état ; &
rien ne l'en avoit jamais pû detourner
un feul moment.
L'honneur qu'il avoit de toucher
de prés à Meffire François
de Bouton, Comte de Chamilly
, Chevalier des Ordres
du Roy, & Maréchal de France
, & à M le Comte de Chamilly
, qui a cfté Ambaſſadeur
en Dannemarc , le diſtinguoit
moins dans le monde que la
folide vertu dont il avoit toû
jours fait une conftante profeffion.
La Maifon de Bouton.
a
de
GALANT 217
de Chamilly eft originaire de
Bourgogne , où elle eft connue
depuis que les Souverains de
ce Pays là , unirent à leurs Etats
les dix-fept Provinces des Pays
Bas. La Reine des Romains ,
Marie heritiere de tous cesEtats,
& épouſe de l'Empereur Maximilien
, avoit auprés d'elle
un George Bouton qui la fervoit
en qualité d'Ecuyer , &
lors que le Duc Charles le Temeraire
, fon pere , prit priſonnier
à Peronne , le Roy Louis
XI. Il avoit pour
Gentilhomme
de fa
Chambre Philipe de
Bouton , qui fut toûjours at
Mars 1705
T
218 MERCURE
taché à ſon ſervice , & qui ſe
trouva auprés de ce Prince lors
qu'il fut tué au Siége de Nancy.
Cettte Maiſon eft auffi tres
confiderable par fes alliances ,
& par fes dignitez .
Vous avez apris la bleffure
de M' le Comte de Lautrec, &
je vous donnay le mois paffé
un long détail de l'action dans
laquelle ce Comte a eſté bleffé.
On a crû long- temps que fa
bleffure n'étoit pas mortelle ,
on s'étoit flaté de revoir encore
dans le fervice un fr brave
homme & d'une intrepidité fi
reconnue. Il fut porté à Bref
GALANT 219
cia , aprés avoir efté bleffé , où
il fut vifité des Perfonnes les
plus diftinguées de la Ville , &
d'un grand nombre d'Officiers
Allemans qui ne pouvant s'empefcher
de louer la valeur dans
leur ennemi même , luy donnerent
mille louanges , & qui,
tant qu'il a cfté malade , n'ont
pas manqué d'envoyer plufieurs
fois tous les jours demander
des nouvelles de fa
fanté.
Il y a long - temps que les
Comtes de Lautrec font connus
en France. Ceux qui portoient
cette qualité fous les ré-
Tij
TEO THA YAR
220 MERCURE
gnes de Louis XII, & de François
I. firent beaucoup parler
d'eux en Italie , où ils curent
des Commandemens confiderables
. Les Vicomtes de Lautrec
ont toûjours tenu un rang confiderable
parmy les les grands Seigneurs
de Languedoc. Les derniers
Comtes de Foix eurent le
Vicomté de Lautrec par conceffion
du Roy Philipes de Valois
, & par mariages ou par
alliances, les Seigneurs de Ventadour
, de Bioule, d'Arpajon ,
de Bernois , de Montredon , de
Monfa , &c. ont eû la même
qualité de Vicomtes deLautrec,
GALANT 221
celuy qui vient de mourir touchoit
de prés à toutes ces grandes
Maifons. Pour être pleine
ment inftruit de la fucceffion
directe des Seigneurs de Lautrec
, il faut confulter le traité
du Domaine du Roy de Dupuis
, l'Hiftoire des Comtes de
Touloufe , les Memoires de
Languedoc de Catel , & la Genealogie
de la Maiſon de Foix.
Lautrec qui a donné le nom
aux Vicomtes de Lautrec eft
une petite Ville de France en
Languedoc , dans l'Albigeois ,
Elle eft à 2. lieues de Caftres,
fituée fur une montagne qui
Tuj
222 MERCURE
produit d'excellens vins , il y
avoit autrefois un Château
qui eft ruiné. Le Chapitre de
S. Pierre de Burlas y efté tranfferé
depuis les troubles de la
Religion .
a
Feu M' de Lautrec eft fils
de M' le Marquis d'Ambres ,
Lieutenant General en Languedoc
, qui a eu le chagrin de
voir mourir un fils qui foutenoit
fi bien l'éclat de fa naiffance
, & la valeur de fon fang.
Le Roy a donné fon Regiment
à M' le Marquis de Vignolles
fon frere , Capitaine dans le
même Corps
.,
GALANT 223
M la Marquife de Salins eft
morte agée d'environ 30 ans,
Elle étoit poulmonique ; & il y
avoit deja long-temps qu'elle
attendoitla
mort avec une gran
de refignation à la volonté de
Dieu.
M' le Marquis de Salins , ſon
époux âgé d'environ 35. à 36 .
ans en a efté fi vivement touché
, qu'il eft auffi mort de chagrin
. 8. jours aprés ſon épouſe:
d'où l'on de la
peut juger parfaite
union de leurs coeurs. Ils
font tous deux enterrez à S.
Paul.
Tiiij
224 MERCURE
Dans la derniere nomination
des Officiers Generaux ,
Mr le Comte de Renepont
n'avoit pas efté nommé Marê
chal de Camp , parce qu'on l'avoit
oublié fur le Memoire des
Brigadiers de l'Armée d'Italie
qui eft fous les ordres de Monfieur
le grand Prieur de France.
Il commande la Cavalerie dans
cette Armée ; mais le Roy l'a
nommé Marechal de Camp &
luy a donné fon rang du 26.
Octobre aprés celuy qui avoit
efté le dernier nommé & S. M.
a donné à Mr le Marquis de
Ponts , fon fils aîné , fon RegiGALANT
225
114
ment de Cavalerie ; ce Regiment
portera toûjours le nom
de Renepont. Il a deux autres
fils Capitaines dans ce Regi
ment qui font Mr le Comte de
Senlis & Mr le Chevalier de
Renepont , & un quatriéme
Chevalier de minoritédugrand
Prieuré de France qui va faire
fes Caravanes, afin de fervir à
fon retour dans ce Regiment.
Mr le Comte de Ponts,fon aîné
a efté tué Major de ce Regiment
âgé de 23. ans : Sa Majefté
luy ayant donné une Compagnie
à 14. ans aprés la bataille
de la Marfaille, lorfqu'elle
•
226 MERCURE
donna ce Regiment à Mr le
Comte de Renepont fon Pere.
Il a fervi autrefois fous le nom
de Regiment de des Fourneaux
& eft fort ancien. La maiſon
des de Ponts Renepont eft fort
ancienne & originaire de Bretagne
, ainſi qu'il fe voit dans
le Conneftable du Quefclin.
Gilbin de Ponts acheta il y a
plus de trois cens ans les Terres
de Renepont & Malroy , proche
l'Abbaye de Clairvaux .Elle
cft alliée par les de Ponts aux
maifons de Choiſeul , de Legruier
, de Fontaine , de Luce,
de Genne , d'Ancienville, dont
GALANT 227
il ya cu un grand Maiſtre de
l'Artillerie
& grand Prieur de
France , de Quinquanpois
d'Amboife
Vignory , & d'Alamont
, & par la maiſon de Catherine
Bouteillier
de Senlis ,
Mere de Mr le Comte de Renepont,
elle eſt alliée aux maifons
d'Eftrées , & de Bethune ,
la Mere de Meffieurs d'Eftrées
étantBethune
& fille d'une Bouteillier
de Senlis : elle a auffi deux
alliances avec la maifon de Harlay,
la foeur de Monfieur le premier
Prefident du Parlement
de
Paris, ayant époufé Mr le Mar228
MERCURE
quis de Mouffi Colonel du Regiment
de la Reine & Brigadier,
qui fut tué à la bataille de Turquem
& ne laiffa pas d'enfant.
Le bien de cette maiſon eſt
confiderable & appartient à Mr
le Marquis de Rottelin . Cette
Catherine le Bouteillier de Senlis
eftoit fille d'Antoinette d'Araucour
& cut pour ayeuls N.....
de Ludre & Catherine de Gournay
de deux maifons illuftres
de Lorraine. Le fecond fils de
Mr le Comte de Renepont
Capitaine dans ce Regiment ,
porte le nom de Comte de
GALANT 229
Senlis , pour ne point laiffer
perir ce nom. Il y a plus de
quatre cens ans qu'un de Senlis
eftoit Chancelier de France ,
cette maifon poffedoit de grande
Terres , fçavoir celles de
Chantilly , d'Hermenonville ,
de Mouffi , de Grigneu , &c .
Mr le Comte de Vigneufe qui
eftoit frere de Catherine le Bouteillier
de Senlis eft mort à la bataille
de Rethel Meftre de
Camp d'un Regiment de Cavalerie
; cette maifon eft originaire
de l'Ile de France &
poffedoit la Charge de grand
Bouteiller de France .
230 MERCURE
Paulin le Boutellier de Senlis
leur ayeul , fut envoyé par
Henry III. pour cftre Gouverneur
de Monfeigneur leDuc
de Bar fon beau - frere. Mr le
Comte de Vigneufe n'a cu
qu'une fille mariée à Mr le
Comte d'Apremont , Couſin
Germain de feuë Madame la
Ducheffe de Lorraine, elle eftoit
niéce de Catherine le Bouteillier
de Senlis , mere de Mr le
Comte de Renepont & de E ...
de Ponts Renepont Abbé de
Macherez.
Quoique, lorfque j'ay com-
GALANT 231
mencé à vous adreffer mes Lettres
, je me fois propofé de n'y
jamais rien mettre qui puft chagriner
perfonne , je ne fçay fi
cette Loy que j'ay crû me devoir
impoſer , doit avoir lieu ,
lorfqu'il s'agit de juftifier des
perfonnes attaquées injuftement.
Toutes les veritez font
permifes dans le Barreau , &
même celles qui chagrinent ,
pour ne pas dire davantage ,
ceux contre lefquels on fe deffend
& dont on repouffe les
injures & les calomnies . Je dois
vous dire à cette occafion qu'il
court depuis peu une Lettre
232 MERCURE
imprimée , intitulée Réponse
de Mr de Rouviere Maître Apoticaire
, à la Lettre de Mr Biet
auffi Maître Apoticaire adreffée à
Mrs les Doyen , Docteurs &
Profeffeurs en Pharmacie de la
Faculté de Medecine de Paris,
aux Maîtres & Gardes en charge
des Marchands Apoticaires de la
même Ville.
Cette Lettre de Mr Biet eft.
fi remplie de calomnies , qu'à
peine a- t-elle vû le jour qu'elle a
cfté regardée avec indignation
de tous ceux qui ont bien voulu
fe donner la peine de la lire.
Mr de Rouviere qu'elle attaGALANT
233
que eft recommandable du côté
de l'honnefte homme & par un
profond fçavoir dans la profef
fion dont il fe mêle & par une
longue experience. Il eft Apoticaire
des Camps & Armées du
Roy où il a fervi long - temps.
Il a auffi l'honneur d'eftre Apoticaire
de la petite Ecurie de Sa
Majefte , il fert en cette qualité
plufieurs perfonnes de la plus
haute diſtinction , non -feulement
par la grandeur de leur
naiffance , mais auffi par les
grands poftes qu'elles occupent
dans l'Eglife & dans l'Epée, qui
font toutes cas de ce fçavant
Mars 1705
. V714
234 MERCURE
?
D Artifte , non-feulement parce
qu'il efttres habile dans ſa profeffion
, mais auffi à caufe de
fon merite perfonnel . Il vient
de le faire voir dans fa réponfe
à M'Biet dans laquelle ila confervé
une moderation fi grande
que l'on s'eft cftonné comment
il a pû répondre à un fi
grand torrent d'injures avec
une fi grande fageffe . Je ne vous
parlerois pas du demêlé de deux
particuliers , s'il ne s'agiffoit
point de l'intereft public, puifque
cette querelle eft née à l'oc
cafion de la Theriaque, & commele
public s'en fert , il eft bon
GALANT 235
qu'il foit informé qu'il n'y a
rien à redire à celle de Mr de
Rouviere , & fi elle n'avoit pas
efté trouvée parfaitement bonne
, & qu'elle n'euft pas produit
des effets merveilleux , Mr
de Rouviere n'en auroit pas fait
tant de fois & en fi grande quantité.
Il n'y arien à repliquer làdeffus
, & je laiffe à tous ceux
qui en ont ufé à faire l'éloge de
fa bonté. Je diray ſeulement
que lorfque cet habile Artiſte
en fit la premiere fois , tout fe
paffa avec tant d'éclat & en prefence
de tant de Sçavans & de
tant de perfonnes de diftinction
Vij
236: MERCURE
que la jaloufie commença des
lors à s'emparer de l'efprit de
quelques perfonnes qui profeft
fent le même Art. Tant il eft .
vray que les grands fuccés en
quelque profeffion que ce foit,
attirent toûjours de la jaloufie ,
avec les louanges les plus legitimement
dûës .
Il paroift hors de doute que
ce qui a efté écrit contre Mr de
Rouviere eft de M'Biet Maiftre
Apoticaire. Premierement
parce que plufieurs Apoticaires
ayant vû paroiftre ce Libelle &
l'ayant condamné dirent à
?
>
Mr de Rouviere & à Mr Bict
GALANT 237
qu'ils les vouloient accommoder
, jugeant bien que Mr de
Rouviere devoit repouffer des?
injures fi atroces & des calomnics
fi vifibles , & ne croyant
pas qu'il le feroit avec tant
d'honnefteté ; ce qui empêche
encore de douter que M² Biet
eftl'Auteur de cette Satyre eft ?
qu'on n'en fait point de miſtere
dans le Corps des Apoticaires,
& que l'on trouve au bas les
deux atteftations qui ont efté
données à Mr Biet touchant la
Theriaque qu'il fit publiquement
il y a 7. ou 8. mois par
Meffieurs les Doyen , Docteurs
238 MERCURE
& Profeffeurs en Pharmatie de
la Faculté de Medecine de Paris
& par les Maiftres & Gardes en
Charge desApoticaires de cette
Ville . Je n'aurois pas nommé
M' Biet fi je n'avois d'auffi
fortes preuves que le Libelle
dont il s'agit vient de luy.
Je vous fais part de ce qui
fuit de la maniere qu'il m'a ché
envoyé.
J
GALANT 239
RELATION
Des Ceremonies faites à la be
nediction de la premiere
pierre du Port Saint Charle ,
fur la Mer Mediterrannée ,
à l'embouchure de la rivicre
d'Aude , prés de Narbonne
.
la
S'ily a lieu d'admirer que
France refifte tout à lafois à tant
d'Ennemis liguez contre elle , on
ne doit pas moins admirer que dans
ce mêmetemps on faffe au dedans
du Royaume desOuvragespublics,
comme fi l'on eftoit dans la plus
240 MERCURE
dela
profonde paix & qu'on travaille
toujourspourla commodité
pour
Futilité publique , tandis que tout
le refte de l'Europe ne retentit que,
des frayeurs de la guerre &
defolation de plufieurs Eftats.
C'est ce qu'on voit dans les travaux
d'un nouveauPort qu'onfait
maintenant à l'emboucheure
de la
riviere d'Aude , prés de Narbonne.
Les Romains y avoient déja
fait un canal qui eft un ouvrage
digne d'eux ; il eft bafti dans
l'Etang , il a en tout temps vingtcinqpieds
d'eau , & ilporte toute
forte debaftimens,fans qu'on puiffe
s'écarter dans l'Eftangjufqu'à ce
qu'on
GALANT
241
qu'on ait gagné la riviere d'Aude
qui conduit à Narbonne ; mais ce
canal n'eftant que pour la communication
de la Mer avecNarbonne,
& la Merjettant dans tout le Gol
phe de Leonbeaucoup de fable , les
grands bâtimens nepouvoientpoint
entrer dans le Grau , & plufieurs
y faifoient naufrageparce qu'il n'y
avoit pas un lieu de feureté fur
cette cofte.
On a donc conçu le deffein de
faire unport au Grau de la Nouvelle
par le moyen d'un mole ou
d'une jettée de pierre qui aura environ
trois cens toifes dans la mer ,
& qui ouvrira
naturellement l'er
Mars 1705. X
242 MERCURE
trée la communication de la
Mer à ce beau canal des Romains,
"
pour entrer dans les étangs de Nar-
"bonne ; deforte que les plus grands
bâtimens entreront & fortiront àla
voile avec leur chargement , de
même qu'il est arrivé au Grau
d' Agde. Ce nouveau Port s'entretiendrapar
luy- même dans un eſtat
parfait , & lesfables s'arreſtant au
derriere de lajettée , ily aura naturellement
jufqu'à quinze pieds
d'eau aux endroits où il n'y en a
deux ou troispieds, & il pourra
contenir dansfa longueurjuſqu'à
deux mille bastimens.
Ex
que
*
Ce projet ayant esté porté à la
GALANT
243
Cour, le Roy qui veille toûjours à
la felicité de fes Sujets, l'a approudonné
ſes ordres pour l'exe
vé
fe cuter. Les Eftats de la Province
mirentauffi-toft en devoir d'y faire
travailler. Mr l'Archevêque de
Narbonne , Préfidentné de cette
Affemblée s'eft chargépar le zéle
qu'il apour tout ce qui regardefon
Diocéfe, d'y faire mettre au auplutoft
la main , & enfin le 12. de Novembre
dernier tout s'est trouvé
en eftat d'y pofer lapremiere pierre
& de l'y benir.
Mr de Montaigu , Ingenieur
Chef au port de S. Louis de
Cette, connu parfes longs fervi-
X ij
244 MERCURE
ces & parfon habileté fe rendit au
Grau de la Nouvelle par ordre de
la Cour , pourfaireplanter les piquets,&
pour executer le devis qui
en avoit efté fait par Mr de Řiquet
, Lieutenant de Roy au Gouvernement
d'Antibe & Ingenieur
general , & Mr Graffet Curé de
Sigean fit la ceremonie ce Port
fe trouvant dans l'étenduë de fa
Parroiffe . On commença par une
Meffe folemnelle à la Nouvelle ,
on affifterentplufieursperfonnes de
qualité , où il fe trouva un
&
concours extraordinaire de Peuple .
7ly eut plufieurs Salves de toute
Artillerie du Grau , un con-
›
"
GALANT 245
cert de hautbois e de violons.
Aprés la Meffe , la Proceffion
s'embarqua , fans ceffer de chanter,
l'on montafur des Barques
que les Entrepreneurs avoient eu
foin de faire conduire . On alla
en pleine Mer à l'endroit où doit
commencer la jettée , & l'on y
fit la benediction avec les ceremonies
ordinaires.M de Montaigu
fit alors fes liberalitez aux Ouvriers
aux Matelots d'une
maniere digne du grandRoy qu'il
fert, & il reprefenta que comme
c'étoit la coûtume de donner aux
Ports le nom de quelque Saint en
le mettant fous fa protection , on
X.iij
246 MERCURE
re
devoit donner à celuy- cy le nom
de S.Charles , pour memoire éternelle
de la reconnoiffance qu'on
devoit à Me Charles le Goux
de la Berchere , Archevêque &
Primat de Narbonne, qui en avoit
procuré l'execution. M' le Curé
en fit donc la dedicace au bruit de
toute l'artillerie meſlée du fon des
haut-bois & des violons , & il
jetta enfuitte lapierre dans la Mer
parmi les acclamations univerfelles
de Vive le Roy. On y avoit
attaché une plaque de Bronze fur
Laquelle on avoitgravéune Infcription
, qu'on a auffi fait graver
fur unepierre , pour la placer hors
de l'eau , & qui marque le temps ,
GALANT 247
la difficulté de cette entreprise,
pour laquelle il afallu baſtir dans
une plage orageuse , par le moyen
d'unejettée dans la mer, & changer
la fituation des lieux , & de
la nature. Cette Infcription eft
dans les termes fuivants.
י ז ד מ ו
SUB LUDOVICO MAGNO,
PROMOVENTE CAROLO LE GOUX
DE LA BERCHERE ,
NARB. ARCH . ET PRIMATE,
AUSPICE DIVO CAROLO ,
IN MALEFIDA NUPER STATIONE CONSTRUCTUS
NUNC PORTUS ; 8.
FRÆNATA REPAGULIS ÆQUORA;
REPARATUS ORBIS ;
ANNO M. DCCIV.
X
iiij
248 MERCURE
La ceremonie ayant esté longue,
le temps changea fur la fin , les
vens s'efleverent
bientôt ce
fut une tempefte. La beauté du
jour l'empressement d'un chacun
pour affifter à cette fefte
avoient empeché de prendre toutes
les precautions neceffaires . On s'étoit
fervi de toutes fortes de Barques,
& plufieurs fe trouvérent
dans un danger évident. Cepen-
"dant par une
par une faveur particuliere
du Ciel, le temps revint au beau,
pendant qu'on difoit les Prieres
qu'on fait en cette benediction contre
les orages , & l'on revint avec
joye. C'est à cette occafion que M
GALANT 249
Abbé Leonard Chanoine de l'Eglife
Primatiale de Narbonne fit
fur le champ le Madrigal fui-
Vant
Graces au Ciel, à fes bien - faits,
Loüis d'un nouveau Port enri
chit fes Sujets..
En vain Eole à la naiſſance ,
De fon progrés eft irrité :
De Neptune en vain la puif
fance
S'oppofe à fa tranquilité
Le Ciel paroît ferein , Dieu diffipe
l'orage ,
Sa bonté propice à nos voeux ,
Par ce prodige nous préfage
La feureté du Port & fon accés
heureux .
250 MERCURE
Mr Bouffonel qui avoit eu l'a
conduite de la Fefte donna un magnifique
repas à toute la Compagnie.
dans une Maifon de campagne ,
au voisinage . Ony but à lafanté
du Roy & de toute la Famille
Royale , au bruit de plufieurs décharges
de toute l'Artillerie ; les
Violons & les Hautbois fe firent
entendre à l'envi , & chacun prit
part à une Fefte dont chacun espere
retirer quelque profit. Cela donnera
lieu aux Geographes de faire une
additionfur leurs Cartes , & la
pofterité la plus reculée jouira des
avantages des commoditez
d'une reparation fi utile &fi neceffaire.
GALANT 251
ceux qui
Quatre bandits s'eftant mis.
à la tefte de 20. hommes pour
tâcher de rallumer la guerre
dans les Cevennes
ont abandonné le fanatifme
& ont accepté l'amnistie que
le Roy a eu la bonté de leur accorder
, fe font attroupez pour
marcher à eux , les ont affiegez
dans les montagnes & les ont
pris. Mr de Bâville qui a mandé
cette nouvelle , ajoûte qu'ils
l'ont prié de faire fortir du
Royaume ces feditieux , afin
qu'ils ne puiffent à l'avenir
troubler la paix , qui eft parfaitement
rétablie dans les Cevennes.
252 MERCURE
Mr le ComteJorger Chevalier
de la Toifon d'or , Confeiller
d'Eftat & Lieutenant general
de la baffe Autriche,monrut
à Vienne le 17. de Février
âgé de 81. ans . Ce Comte recommandable
par luy - même
& par fes lumieres puifées dans
une longue experience étoit parent
du celebre Melchior Goldaft
Jurifconfulte Allemand
qui fleuriffoit au commencement
du dernier fiécle , & qui
eftoit natif de Bischofffell en
Suiffe , d'où le Duc de Saxe le
tira pour en faire fon Confeiller
. Il laiffa plufieurs ouvrages
GALANT 253
qui l'ont fait
confiderer parmy
les Proteftans
, le plus
confiderable
eft le Recueil
de divers
Traités
qu'il
a fait en trois
volumes
in folio
, imprimés
en
1612.1613
. & 1614.
fous
ce Titre
: Monarchia
S. Romani
Im
;
perii five tractatus de Jurifdictione
imperialifeu Regia, & Pontificia
feu Sacerdotali de que poteftate
Imperatorisfive Regis , ac Papa
cum diftinctione utriufque regiminis
, politici & Ecclefiaftici.
Goldaft publia d'autres Livres ,
du nombre defquels eft le Catalogue
des Ecrivains de l'Hiftoire
de Boheme & d'Allema254
MARCURE
gne. C'étoit un homme extrêmement
laborieux & dont plufieurs
Auteurs parlent avec éloge
. On a imprimé en 1688. un
Recueil de Lettres qui luy ont
efté écrites. Le Comte Jorger
avoit cu une grande partie de
fes Manufcrits , & il avoit même
fait d'excellentes notes fur
quelques uns.
Dame Anne de Frezeau de
la Frezeliere , Veuve de M
RenéJofeph de Rouxellé,Chevalier
Seigneur Comte de la
Roche - Millay , Marquis de
Saché , mourut dans fon Château
de Gizeux en Anjou le 7.
GALANT 255
re
Mars âgée de 73.ans.La maiſon
de Rouxellé eft une des plus
anciennes de Touraine ; elle
eft alliée à celles de Montmo
rency , de la Trimouille , de la
Rochefoucaud & d'Aumont.
Cette Dame eftoit fille de M
Ifaac de Frezeau , Marquis de
la Frezeliere Maréchal de Camp
& Colonel du Regiment de
Touraine , qui eftoit l'aîné de
la maifon de la Frezeliere , laquelle
eft illuftrée par les plus
grandes alliances du Royaume ,
& par beaucoup de Charges &
de Dignitez confiderables . Il y
en a peu auffi en France qui
256 MERCURE
puiffent prouver une auffi grande
ancienneté , puifqu'elle remonte
par filiations fuivies juf
qu'en l'an 1030. fans aucune
méfalliance. Il s'eft établi une
branche de cette maifon en Ecoffe,
par Simon Frezel Chevalier,
quiy paffa en l'an 1068. qui
s'eft fort multipliée & cft fi illuftrée
qu'il ya trois Milords de ce
nom , dont Milord Lowat, qui
eft l'aîné & le Chef de cette
branche , eft actuellement en
France, oùil a paffé pour offrir
fes fervices à fon Roy legitime,
aprés l'avoir proclamé en fon
pays.
GALANT 257
Dame Charlotte de Farou
de Saint Marcolle , eft decedée
en fon Château de la Zaille en
Loudunois , le quatorze Mars
1705. âgée de quatre- vingt
trois ans. C'eftoit une Dame
d'une des meilleures maifons
de Poitou , & fes bonnes
qualitez ſurpaſſoient l'éclat de
fa naiffance. On peut dire que
toutes les vertus étoient réu
nies en fa perfonne , & qu'elle
eut peu d'égales en ſageſſe , en
prudence & enbonne conduite
te. Elle eftoit veuve en premiere
nôces de M Adolphe de
Börftel , Chevalier Seigneur de
Mars
170S .
rc
Y
258 MERCURE
la Zaille & autres lieux que M
Balzac marque dans fes Lettres
avoir efté envoyé Ambaffadeur
en France à l'âge de dixhuit
ans , par le Roy de Boheme
& par les Princes de l'Empire,
auprés du feu Roy Louis
le Jufte de glorieufe memoire ;
& lors que fes négociations furent
finies , voulant s'établir
en ce Royaume , ce Monarque
luy accorda des Lettres de
naturalité , & l'honora d'une
Charge de Gentilhomme ordidinaire
de fa Chambre. On a
generalement rendu juſtice à
fon rare mérite , il a eu l'aproGALANT
259
bation , l'eftime & l'amitié des
Rois , des Princes & des grands.
Seigneurs de fon temps. La
Maifon de Börſtel n'étant pas
affez connue en France , je me
ferviray de cette occafion pour
dire qu'elle eft des plus anciennes
, & des plus illuftres d'Allemagne.
Elle eft originaire de
Zelande , & un Seigneur de
Börſtel à qui les Villes de Fleffingue
& deWert apartenoient,
époufa la derniere Comteffe de
Hollande , & par ſon mariage
devint Souverain de cette Province
, que le Duc de Brabant
par la fuite ufurpa fur luy
Y ij
260 MERCURE
Aprés cette ufurpation , plufieurs
de cette Maifon s'établi
rent dans la haute Saxe , où ils
baſtirent le Château de Börſtel ,
affez remarquable dans la Carte
; & l'on voit que dés le temps
de l'Empereur Othon I. ils
y étoient déja en tres - grande
diftinction , & qu'ils avoient s
les premiers Emplois de l'Etat ,
dans le Miniftere , dans la Guer
re & dans les Ambaſſades.
Mr Conrard de Börſtel pere.
d'Adolphe 5 Chevalier , Seigneur
de Guften , Plotska ,
Wefteregelen , Ilberftet , & aus
tre lieux , étoit premier Minif
с
GALANT 261
tre d'Etat des Princes d'Anhalt ,
& Gouverneur general de cette
Principauté. Čet Adolphe s
a cu deux neveux dont l'un ,
Fredéric de Börftel a eſté Capitaine
des Gardes du Corps
du feu Roy de Suede , Colonel
du Regiment de VVeftergothic,
Gouverneur de Gottembourg
, & Bahous , & General
Major des Armées de Sa
Majefté Suedoife , qui le fit en
confideration de fes fervices
Baron du Royaume ; & l'autre
Erneft Amedée de Börſtel
grand Echanfon de feu fon Alreffe
Electorale deBrandebourg
262 MERCURE
Colonel du Regiment de fes
Gardes , General - Major de
fes Armées , & Gouverneur du
Duché de Magdebourg , lequel
Gouvernement eft encore
poffedé par Jean Henry de
Börftel. Il y a auffi une Demoiſelle
de Börſtel qui a cu
l'honneur d'être Fille d'honneur
de feue Madame l'Electrice
Palatine , Mere de Madame;
& fa mere a efté Gouvernante
de Monfieur l'Electeur de Brandebourg
, & elle a prefentement
un neveu qui eft premier
Gentilhomme de la Chambre
du Prince Electoral. Elle s'eft
GALANT 263.
mariée en France à M' de Dou
meny Lieutenant de Grenadiers
au Regiment des Gardes
Françoifes , & le Roy l'a gratifié
d'une penfion. La Dame
de Farou , de fon mariage avec
M' de Börſtel n'a eu qu'un fils
unique , que la fituation de fes
affaires , aprés avoir eu l'honneur
de fervir quelque temps
le Roy , a obligé de ne pas fuivre
l'intention qu'il avoit de
confacrer fes jours au fervice de
Sa Majefté , mais s'étant marié
avec une Demoiſelle alliée de
Monfieur le Chancelier, du cô
té des Prefidents Cottercau de
264 MERCURE
Tours , & coufine de M' le
Marquis de Rafilly Lieutenant
General pour le Roy en Touraine
, & Sous- Gouverneur de
Meffeigneurs
les Enfans de
France , & de MⓇ de Sainctot ,
dont le mary eft Introducteur
des Ambaffadeurs
, il fe trouye
avec une nombreuſe famille
, & a deux fils de grande efperance
, dont l'aîné qui fert
depuis douze ans dans la Marine
, eft Enfeigné des Vaiffeaux
du Roy , & le cadet eft
Commiffaire Provincial de l'Artillerie
, qui a eu l'honneur
d'être Page de fon Alteffe Screniffime
GALANT 265
re
reniffime Monfieur le Duc du
Mayne. En fecondes nôces ,
la Dame de Farou avoit époufé
M Jofeph le Brun , Chevalier
, Seigneur de la Broffe,
Gouverneur de la Ville & du
Château de Chinon.
*
LETTRE
écrite de Condom le 12. Mars ,
touchant la mort d'un homme
âgé de 110. ans .
Ilfaut que je vous faffe part
d'une nouvelle qui merite d'eftre
écrite. Quoi qu'il ne s'agiffe que de
la mort d'un Païfan , les circon◄
Mars
1705 .
Z
266 MERCURE
Stances qui l'ontprecedée legrand
age de cet homme la rendent celebre
dans ces Cantons. Je croy vous
avoirparlé de ce Vieillardpendant
que vous eftiez icy. Ilfe nommoit
François Defbarats ; il eftoit
Metayer d'une Metairie quej'ay
à trois quarts de lieuës d'icy ; il
mourut le 6. du mois dernier, aprés
une fiévre d'un mois , ayant paffé
les quatorze derniers jours de fa
vie fans prendre autre nourriture
qu'un peu de vin ; il a parlé &
confervé fon bon fens jufques au
dernier moment ; deforte qu'il s'eft
trouvé en eftat de faire unTeftament
pour le reglement de fa faGALANT
267
mille, & ceTeftament n'a eftéfait
que peu de jours avant fa mort
qui eft arrivée à la cent-dixiéme
année defon age. Ce bon fens &
cette force queje vous marque dans
les derniersjours de fa vie ne vous
furprendrontpas, aprés que je vous
auray dit qu'il venoit entendre la
Meffe à Condom, defon pied,pendant
tout l'Hyver les jours de Fêtes
les Dimanches , & queje vous
aurayfait le recitd'une action qu'il
fit il y a trois ans. Il avoit en cherchant
quelque chofe avec une lampe
fous fon lit , mis
le feu à lapaille du lit, il eftoitfeul
dans la Metairie,quifans difficulté
par
accident
Z ij
268 MERCURE
fe feroit toute embrasée,fans la
prefence & la force d'efprit de ce
bon Vicillard , lequel voyant l'accroißement
du feu à fon lit , prit
tout l'équipage quoique enflammé,
le porta hors de la maiſon, où il
futplus en commodité d'arrefter le
feu , d'éviter qu'il ne prift au
plancher de la chambre qui eftoit
fort bas & fortfec. Il luy en coûta
un ceil de cette affaire-là; car s'eftant
brûlé lajouëfort avant, il luy reſta
unefluxionfur l'oeil qui luy fit perdre
la vuede ce côté- là. Je ne vous,
impofe en rien de ce que je vous
écris.Cela s'eft pafféfous mesyeux
& plufieurs autres perſonnes ont
GALANT 269
eſté informées de ce queje vous raconte.
On trouve peu de gens de
cet âge qui confervent cette fermeté
ce jugement. Jefuis,&c .
C'eft une chofe furprenante
& digne de la plus haute admiration
& du plus grand étonnement
, que depuis un affez
grand nombre d'années que
Philippe V. eft monté fur le
Thrône d'Eſpagne, il ne vienne
que de trouver le temps d'aller
voir l'Efcurial , quoique cette
Maifon nefoit qu'à 6. lieuës de
Madrid , que l'on en parle par
toute la Terre , & qu'elle paffe
Z iij
276 MERCURE
pour une des merveilles du
monde ; mais ce Prince n'a
eu d'autre occupation
depuis
qu'il eft fur le Thrône que celle
des affaires de fon Etat. Il partit
peu de temps aprés fon élevation
à la Couronne
pour la
Catalogne , où il fit un affez
long fejour pour y regler beaucoup
de chofes ; il paffa enfuite
en Italie , où il vifita la plus
grande partie des differens
Etats qu'il y poffede , &fa prefence
& fes manieres engageantes
, fans defcendre pourtant
de ce qu'il doit à fon rang ,.
luy engagerent plus les Peuples
GALANT 271
& l'affurerent plus de leur fidelité
que le droit qu'il a de
leur commander . Ce Prince ne
donna pas en Italie de moindres
marques de fa valeur & de fa
bonté . Il fe trouva en perfonne
à la défaite du General Annibal
Visconti & à la bataille de
Luzzara qu'il eut le bonheur
de gagner. Les affaires d'Italie
ne demandant plus fa prefenil
retourna à Madrid , où
par le bon ordre qu'il avoit donné,
il trouva toutes chofes dans
la même tranquilité qu'il les
avoit laiffées . Ils'appliqua avec
toute l'affiduité imaginable au
ce ,
Z
iiij
272 MERCURE
maniment des affaires , fans que
la vûë d'aucun plaifir l'en puſt
détourner , & la guerres'eftant
allumée entre l'Eſpagne & le
Portugal , il fe mit à la tefte de
fon Armée , fit fuir fes Ennemis
par tout où il en trouva ,
prit un grand nombre de Places
& fit prefque toute leur Armée
prifonniere de guerre.
continua à fon retour à Madrid
de donner la même application
aux affaires, & quoiqu'il fuftextrêmement
fouhaité à l'Efcurial
, les Religieux qui font en
poffeffion de ce Convent qui
bruloient du defir de l'y voir ,
II
GALANT 273
fa
à caufe des grandes chofes
qu'ils en avoient ouy dire ,
reputation ayant toûjours augmenté
depuis qu'il eftoit fur le
Trône d'Efpagne , ce Monar
que ne put neanmoins fatisfaire
au defir de ces Religieux
n'y à l'impatience qu'il avoit de
voir ce beau lieu , qu'au mois de
Février dernier ; mais à peine
eut-il le temps d'en examiner
toutes les beautez & de ref
pirer l'air de la Campagne ,
qu'ayant reçû des depefches importantes
qui luy furent apportées
par Monfieur le Duc
de Gramont , il partit auſh-tôt
274 MERCURE
pour Madtid , afin de delibe
rer avec fon Confeil fur les affaires
auffi preffantes
qu'impor
tantes, dont il eftoit queſtion ;
ainfi ces affaires l'obligerent
de
quitter l'Efcurial
prefqu'aufftoft
aprés fon arrivée , comme
elles l'avoient
empêché
d'y aller
pendant
plufieurs
années . On
avoit obfervé à l'arrivée de leurs
Majeftez
l'ufage que l'on a d'il
luminer
ce fameux Monaftere
la premiere
fois que les Rois y
viennent
. Il le fut en cette occafion
avec beaucoup
de ma
gnificence
. La façade exterieure
& les dedans eftoient
éclairez
GALANT 275
de plus de quarante mille lumieres.
Le Te Deum fut chanté en
Mufique dans l'Eglife du Monaftere
des Jeronymites qui affifterent
tous à cette ceremonie
revêtus de Chapes tres - riches .
Ils firent voir enfuite au Roy
les Reliques , les precieux Or→
nemens & les autres raretez de
ce lieu . Les jours fuivants leurs
Majeftez prirent dans le Parc
le divertiffement de la Chaffe
tres- abondante . Sa Ma-
A
qui eft
jefté en partant de ce lieu voula
fatisfaction lut
marquer
qu'elle avoit de la reception que
luy firent les Religieux, & nom276
MERCURE
ma le Prieur à l'Evêché de Mon,
donedo.en Galice. La Galice
eſt une Province d'Efpagne qui
a cu autrefois titre de Royaume.
Elle a l'Ocean Atlantique
au Couchant , & le Royaume
des Afturies au Levant.
. ~ L'Eſcurial eſt un petit Village
à 6. licues de Madrid , où
eft un Palais du Roy d'Espagne
qui renferme un Monaftere &
un College. Ce Palais contient
de fuperbes appartemens bâtis
à l'Italienne . Le Monaftere renferme
4. Cloîtres outre celuy
de l'Apotiquairerie. L'Eglife
dediée à S. Laurent eft d'une
GALANT 277
belle ftructure , le grand Autel
eft élevé de 17. degrez de porphire
& environné de quatre
rangs de colomnes de jafpe .
Sous ce grand Autel il y aune
Chapelle voûtée où repofent
les Corps des Rois d'Espagne.
Ce magnifique Sepulchre a efté
bâti par l'ordre de Philippes
IV. & fe nomme Pantheon
parce que ſa ſtructure eft priſe
fur le deffein du Pantheon de
Rome.
M' l'Abé de Mouffi , Doyen
& Grand Archidiacre de l'E
glife Cathedrale de Rodez
4
1
278 MERCURE
ayant laiffé par fa mort cette
dignité vacante ; M' l'Evêque
de Rodez en a pourvû
M l'Abbé de Luzignan , fon
neveu , & fon Grand-Vicaire .
Nommer feulement cet Abbé,
c'eft faire en même- temps l'éloge
de fa perfonne , & celuy
de fa naiffance ; il eft au gré de
tout le monde , & eft de l'illuftre
Maifon dont il
nom .
porte
le
Sa branche fe fepara
dans le commencement du
douzième Siècle de fa tige , par
Simon de Luzignan , Sire de
l'Ezay , l'un des fils d'Hugues
feptième du nom , furnommé
GALANT 279
le Brun , Sire de Luzignan, chef
des Maifons Royales de Jerufalem
& de Chipre , des Comtes
de la Marche , des Seigneurs
de Partenay , d'Archiac , de S.
Geflais , de l'Ezay , de la Rochefoucault,
& de plufieurs autres
qui fe glorifient d'avoir
pris leur origine dans le fein
de Melluzine , cette Fée dont
on raconte tant de´fi grandes
merveilles .
M' le Comte de Luzignan Pere
de l'Abbé de ce nom , eft par
fon merite l'objet de l'eftime
& de la veneration publique.
M' le Marquis de l'Ezay , &
280 MERCURE
M' le Commandeur du Luzignan
, qui cft l'homme du Roy
Malthe , font fes freres. I
avoit une foeur qui étoit mere
de M' le Comte de la Roche-
Aymond & de M' l'Evêque
du Puy.
M' le Marquis de Luzignan
frere de M. l'Abbé de Luzignan
a époufé la Dame heritiere
d'Eftiffac - la - Rochefou
cault.
L'Eglife de Rodez eft une
des premieres & des plus illuftres
du Royaume ; on en attribue
l'établiſſement à S. Martial
Apôtre des Aquitaines . Elle a
GALANT 281
7
prefque toûjours eu des Evêques
& des Chanoines des plus
grandes Maifons. On a remarqué
qu'à l'élection du Bienheureux
Evêque François d'Eltaing
, faite à la fin du quinziéme
fiecle , affifterent des Chanoines
des Maifons de la Tour
d'Auvergne , de la branche de
Turenne ; de Melun ; de Polignac
; de Turenne de la branche
de Saoürffac ; de Chalançon
; de Tournon , & de Cenaret,
dont quelques uns furent
depuis élevez à la dignité Epif
copale de Rodez , & des Siéges
voifins.
Mars
1705- A a
282 MERCURE
J'ay enfin efté affez heureux
pour trouver la Lifte que vous
avez fouhaité d'avoir , & je
vous l'envoye .
OFFICIERS
de l'Efcadre des Vaiffeauxe
de Malte.
Le S. Jean , 64, Canons
400. hommes.
Commandant General ,
Le Commandeur Frere Antoine
Caftel de S. Pierre , de la
Langue & Prieuré de France.
Capitaine enfecond ,
a
GALANT 283
Le Chevalier Frere François
de Cheveftre Cintray , do
France, ob ka
Premier Lieutenant,
Le Chevalier Frere Felix-
Orlandini , d'Italie.
Second
Lieutenant ,
Le Chevalier Frere Franciſco
Guerrero ,
d'Arragon .
Premiere Enfeigne ,
Le Chevalier Frere François
Groüin , de la Roumagere,
d'Auvergne ,
Seconde
Enfeigne ,
Le Chevalier Noble Lau
rent de Vente des Pennes , de
Provence.
Aa ij
284 MERCURE
:
Troifiéme Enfeigne,
Le Chevalier Noble Afranca
Petrucci , d'Italic .
$.
Quatrième Enfeigne
Le Chevalier Noble
de Broglia dob
Major ,
Le Chevalier Frere Claude
de la Cofte Simianes , de Provence.
Provediteur,
Le Chevalier , Frere Guillaume
Sannazaro , d'Italic.
Caravanistes ,
Cotoner , Manfi , Chateauvert
, Guerin .
GALANT 285
Le S. Jaques 56. Canons ,
AL 350. hommes.
Premier Capitaine ,
Le Commandeur Frere
François des Bans de Mareuil,
de la Langue de France,Prieuré
d'Aquitaine.
Second Capitaine ,
Le Chevalier Frere Pierre
Jean Baptiſte de Perfi , d'Aqui
taine , fon neveu .
Premier Lieutenant,
Le Chevalier Frere Henry
Louis de la Marie , de France.
Second Lieutenant ,
Le Chevalier Frere .
286 MERCURE
Premier Enfeigne ,
Le Chevalier Frere François
, Louis Nicolas de Marfay,
d'Auvergne.
Second Enfeigne
Le Chevalier Noble Jean
Baptiſte de Thibaut , de la
Carte.
Troifiéme Enfeigne ,
Le Chevalier Noble André
de Grille , de Provence.Com/
Caravaniftes.
Martainville , Pagani , du
Chatellier , des Chaftelliers.
54.
La Sainte Catherine ,
Canons 350. hommes.
GALANT 287
Premier Capitaine.
Le Chevalier Frere Jofeph
de Langon, d'Auvergne.
Second Capitaine.
Le Chevalier Frere Dom
Emanuel de Olondrez , de Navarre.
Premier Lieutenant.
Le Chevalier Frere Ignace
de Clermont Chattes , de Pro
vence. -
Second Lieutenant.
Le Chevalier Frere Alexis
d'Alogny de la Croix , d'Aqui
taine.
Premier Enfeigne..
Le Chevalier Frere Blaife Ni288
MERCURE
colas Albani d'Italie .
#
Second Enfeigne.
Le Chevalier Noblé Jean
François de Monchy d'Oquincourt
, de France.
Troifiéme Enfeigne.
Le Chevalier Frere Ferdinand
de Langon , d'Auvergne.
Caravaniftes.
Saint André , Madon , du
Guaſt, un Eſpagnol.
· La Fregate de fon Eminence.
La Notre-Dame du Pilar S.
Jofeph , 30. Canons & 250.
hommes.
Premier
GALANT 289
1
Premier Capitaine.
Le Commandeur Frere Octave
Scarampi , d'Italic. 31
Second Capitaine.
Le Chevalier Frere Adrien
de Langon, d'Auvergne.
Premier Lieutenant.
Le Chevalier Frere Gabriel
Charles de Chaumont d'Avernes
, de France .
Premier Enfeigne
96 +Le Chevalier Frere Dom
Cajetan Puxadas , d'Aragon .
Second Enfeigne
.
Le Chevalier Noble Antoine
Jean - Baptifte de Fleurigny ,
de France.
Mars
1705.
Bb
290 MERCURE
Troifiéme Enfeigne.
Le Chevalier Noble Dominique
de Ricard laJary, de Provence.
Caravaniftes.
Deux Freres Efpagnols.
Les Capitaines & les Lieutenants
doivent avoir fait leurs
voeux ; l'Efcadre a dû mettre
à la Mer le 18. de ce mois .
GALANT 291
- tas ga
RELATION
De ce qui s'eft paffé dans les Réjouiffances
faites par
par la Nation
Françoife de Smirne , à
l'occafion de la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bretagne
.
Mr le Comte de Pontchartrain
ayant fait l'honneur à Mr Royer ,
Conful de Smirne, de luy mander la
Naiffance de Monseigneur le Duc
-de Bretagne , il luy ordonna de
de faire des Réjoütßances avec la
Nation ; au fajet d'un evenement
fi heureux autant que le Pais le
pourroit permettre. Ce Magiftrat
qui n'a pas moins de gèle pour ce qui
regarde Sa Majefté , que d'attention
à tout ce qui a du raport à fon
co.m
Bb ij
292 MERCURE
trouva
employ , n'eut pas plutoft reçu cet or
dre qu'ilfit affembler la Nation pour
lay enfaire part. It feroit difficile
de nommer ceux qui en eurent le plus
de joye. Learempreffement &feconder
les intentions de leur Conful pour le
quel ils ont de l'eftime & de l'amitie
autant qu'il en a pour eux , eft
au delà de toute expresion & le
foin de la Fefte qu'on à propos
defaire en cette rencontrefut donne
à Melieursles Deputez & comme
dans unpays où la magnificence
des Nations étrangeres paroift au.
tant par des preſens , que par d'au
tres marques exterieures, il eftoit neceffaire
de faire voir à cet égard
quelle eftoit celle de noftre Nation
pourunfujet qui luy faifoit tant
plaifir , on envoya dufucre , du caffè
des veftes de drap au Cady & à
de
GALANI 293
sen
fes Officiers, On fit encore les mèmes
prefens de veftes au Commandant
des Janifaires , au Doüaniet , au
Vayvode, & à quelques Grands de
la Ville , en leur apprenant qu'un
Prince eftoit né àla France , que Sa
Majefte , de même que fes Sujets
avoientle bonheur de voir la quatriéme
generation dans cette naiffance
, & qu'on vouloit bien accompagner
cette nouvelle d'une bonneteté
de la part du Conful , & de la
Nation. Il est inutile de dire de
quelle maniere ce compliment fat receu
, puifqu'il eft aifé de fe l'imaginer;
& les Turcsparurent tres -fenfibles
à tout ce qui leur fat dit & en.
voyé de notrepart. On fit la méme
liberalité à fix Dogmans de France
actuellement fervans , aux trois Janilaires
de la porte du Conful ,
Bb ij
294 MERCURE
à un quatrième qui fut employé pour
le ceremonial de la fefte , & on don
na à chacun des Drogmans une veſte
de drap bleu , & une de drap vert à
chaque Janiffaire. On prepara enfuite
la Maifon Confulaire , qui au
moyen des Galleries qui regnent autour
de la Cour , & par celles qui répondent
à la Marine, fe trouve par
faitement bien difpofée pour le def
fein & pour la beauté d'une Festes
on n'épargna pas la Mirthe & le
Laurier auxportes , le long & aux
piliers de toutes ces galeries par des
Arcs de triomphe & par d'autres figures
. On éleva des piramides fur
lafaçade de la Cour pour y placer
des Gobelets Fleurdelifex que Pon
mit au nombre de plus de quatre
mille, an bas, & fur le haut des baluftres
de ces galeries , avec une in.
GALANT 295
finité de Lamprons , de Banderolles
& des bandes d'Oripeas , Les Armes
du Roy , celles de Monfeignear
le Duc de Bretagne , & de la Kille
de Marfeille eftoient dans cette
façade , au bas de laquelle & an
plein piedde la Cour ily avait un
Cabinet de verdure avec une fontaine
de vin , an deffus de laquelle
eftoit cette infcription : Princeps
natus eſt nobis ; accedite fitienres
, græco more bibite , &
alacri animo dicite , io paan ,
& io bis dicite paan. Les chofes
eftant dans cet eftat , le 24.
Novembre Mrs les Marchands de
la Nation fe rendirent à la Maifon
Confulaire , où aprés que Mr
le Conful lear cuft diftribué un nænd
de ruban blanc à chacun , qu'ils
mirent àleurs chapeaux ainfi que lui,
Bb iiij
296 MERCURE
on fervit un dejekné , & dans le
même infant que ce Magiftrat but
MlaSantédu Roy , de Monfeigneur
de Duc de Bretagne & de toute la
famille Royale , & que la Nation
eutfuivifon exemple, on arbora
le Pavillon de la Marine , on mit
lefeu à cent boëtes , le canon des
Vaiffeaux tira , la fontaine de
vin fut ouverte. Il n'en falus pas
davantage pour obliger le peuple ,
qui attendait impatiemment le commencement
de cette Fefte , d'accouvird'abordà
la Maiſon Confulaire.
Toutesfortes de Nations s'y rendi.
rent slony but lejour & la nuit du
bon vin de cette Fontaine , qui en
fourniffet abondamment à tout le
monde kon n'entendit durant
tout ce temps- là que des acclamations
\qui marquoient affez la part
GALANT 297
que les gens du pays prenoient à
notre joye ; &comme Mr le Conful
de Veniſe avoit deja donné des dé
monftrations de la fienne , auſſi bien
que les perfonnes de fa Nation ,
noftre Conful pour honorer davantage
cette Feffe , l'envoya prier
en Ceremonie d'y vouloir affter ;
en forte que fur les quatre heures
aprés midy , s'eftant rendu avec fa
Nation , qui fut auffi priée, à l
Maifon Confulaire , où la noftre
eftoit deja , on alla enſemble avec
le ceremonial ordinaire , & anfon
des violons à l'Eglife des Reverends
Peres Capucinsqui eftoit tout - à-fait
bien illuminée & ornée , & où l'on
chanta le Te Deum , au bruit de
cent boëtes & du canon des Kaif
feaux Aufortirde l'Eglife les Re
verends Peres Capucins , qui vou
298. MERCURE
lurent à leur tour donner des marques
d'allegreffe, ayant preparé une
pièce en vers dont leurs écoliers
eftoient les Acteurs , elle fut repre.
fentée dans leur Cour où ils avoient
fait dreffer un Theatre avec beau
coup de propreté & de bon gouft. On
diftribua enfortant quelques aumbnes,
&onfe retira enfuite avec le
même ordre à la Maison Confulaire,
à la clarté de plus de quaranteflam
beaux de cire blanche ; & comme
on avoit profité du temps que
l'on
eftoit aux Capucins pour allumer
les Lamprons & les Gobelets, on vit
lors qu'onfut à la porte; une illumination
quifurprit tous les spectateurs
parfa beauté , & par fa magnificence,
& l'on nefut pas plutoft aux
appartemens d'en haut qu'on ap
perçut dans toutes les chambres unc
GALANT 299
infinite de luftres garnis de bougies;
en forte que la maifon paroiffoit tou
te en feu par le dehors & par le dedans.
Des qu'on fut dans la grande
Salle, on porta des verres aux deux
Confuls , & aux deux Nations ;
l'on but enfemble à la fanté du Roy ,
ce quifut accompagnée d'unefalve de
cent Boetes ,& d'une falve de Canon ,
Peu de temps aprés on fervit à fouper
, & l'on couv'it deux tables
dont Pane eftoit de quarante couverts,
& l'autre de vingt - cinq. La premiere
eftoit pour les deux Confuls , &
pour les principaux Marchands des
deux Nations ; & la feconde , qui
eft it tenue par lefils du Conful de
France , eftoit pour les François un
peu moins diftinguer. Ily avoit trois
autres tables dans les autres Chambres
de la maison , l'une pour les
J
300 MERCURE
Drogmans de France & der enife, la
feconde pour les Ecrivains des Mar-
Burles
chands, & la troisième pour les Artifans';
ce qui compofoit en sour plus
de cent cinquante perfonne Rien
ne manqua à la magnificence de toutesces
tables , & l'on ne peutfur tous
rienajouter à celle des deux tables de
la Salle Confulaire , larrangement,
la propreté, & le bon gouft s'y trou
voientaufouverain degré; les Venitiens
; & tous les autres étrangers
qui vinrent durant le repas , en fu
remtésonnez, &principalement lorfqu'ils
virent la quantité des confitures
qu'on fervit au fruilt. On but
d'abord à la fanté de Monseigneur
le Duc de Bretagne , & de la Famille
Royales & enfuite celle de la
Republique de Venife on continua
par celles de Mrs les Ambaffadeurs
GALANT
30r
de France, & de Venife ; on n'oublia
pas les de Les deux Confuls , & lesdad
Nations toutes ces fantez furent Ce
accompagnées de plufieurs décharges .
de Canons On tint table longtemps
; tout le monde eftoit enjoye,
& les liqueurs nefurent pas épargnées
. Au fortir de table , on alla
à un apartement de la Marine, ou
les Dames commençoient à s'affem
bler; ony dança long- temps aufon
des Inftrumens , aprés quai , any fervit
une collation où les confitures
étoient en abondance ; l'on en don
na à des Turcs de confecration
qui vinrent pour voir la feste , con
leur fervit encore du Caffe , & des
Liqueurs, de même qu'à tous ceux
qui en demandoient enforte qu'une
infinité de gens pafferent la nuit ,
Parmi lesquels étoient Mr le Conful
302 MERCUR
£
de Venife avec la plus grandepartit
defa Nation. Les Couventsfi
rent leurs feftes en particulièr ; les
Dragmans & les Cenfans Juifs de
la nation , aufquels on diftribua
quelque argent firent aui la leur.
Les Janiffaires de la maison Con-
Julaire eurent foin de donner des pipes
, & du Caffé à tous les Muffulmans
qui fe prefenterent à la porte;
& perfonne enfin ne s'en retourna
mécontent ; eftant remarquable que
parmi un concours de plus de neufà
dix milleperfonnes qui vinrent fuc
celivement pour voir cette fefte , on
n'ait pas oui parler de la moindre
querelle , n'y d'aucun accident arrivé
à qui que ce foit , quoique la
nuit , ilfe foit trouvé des Grecs &
des Armeniens couchez dans les rües
que le vin avoitfurpris : Ce qui peut
GALANT 303
Ex
bien être un effet de la prévoyance de
notre Conful , qui avoit pris à cet
égard des juftes meſures auprès des
Commandans de la Ville. On ne
doit pas paffer fous filence , que les
Reverends Peres Jefuites voulans de
leur cofté donner des marques de leur
joye en faveur du Prince , dont nous
avons celebré la naiffance , compo
ferent un Difcours fur ce fujet , qui
fut prononcé par un des enfans de
Mr Barbier premier Drogman le
du même mois , dans leur Eglife,
qu'ils prirent le foin d'orner proprement
& de bien illuminer. Ce
Difcours futfuivi de quelque Vers,
que cinq ou fixde leurs écoliers reciterent
à la louange du Roy ; aprés
quei Mr Duranti Evêque de Sca-
Pia , & Adminiſtrateur des Eglifes
de Smirne & de Scio , chanta
27.
304 MERCURE
Pontificalement le Te Deum , où
Mrs les Confuls de France & de
Yenife afterent avec Mrs les
Marchands des deux Nations , &
une infinité d'autres perfonnes ,
Mr le Marquis de Baliviere ,
Commandant à Thionville ,
ayant fçu qu'un Parti de trois
cent Huffars & de deux cent
Fantaffins Allemans devoit
faire une courfe dans le Pays
Meflin , & qu'il devoit paffer
entre deux Poftes dans lesquels
il y avoit quelques troupes , en
envoya de nouvelles dans ces
deux Poftes , avec ordre de laiffers
paffer les ennemis fans fe
découvrir. I fortit le 10. de ce
mois à cinq heures du foir avec
une partie de la Garnifon de
GALANT 305
Thionville , & d'alla embufquer
au delà des deux Poftes dont je
viens de vous parler . Il y at
rendit les Ennemis qui parurent
le mau matin. Il les attaqua
& les pouffa vivement avec
grande perte de leur part , &
lorfqu'ils furent entre les deux
Poltes cy -deffus marquez , ils
furent battus en flanc des deux
coftez , de maniere qu'ils furent
prefque tous défaits & que
ceux qui refterent eurent beaucoup
de peine à fe fauver. Le
Commandant du Parti & le
refte des prifonniers ont efte
conduits à Metz , avec un grand
nombre de chevaux . proble
Un Officier des Huffars ennemis
,fameux Partifan , demandoit
avec hauteur quelques
Mars 1705
. Cc
306 MERCURE
hommes qu'un de nos Partis luy
avoit pris, & menaçoit de couper
la tefte à tous les François qui
tomberoient entre fes mains.
Ce Partifan étant forti avea
quarante de fes plus braves
Huffars pour aller à la petite
guerre , il a efté enveloppé
attaqué & battu par un autre
de nos Partis & ayant efté
bleffé dans l'action & fait pris
fonnier , il a ofté conduit à
Saar - Louis avec douze hommes
de fa troupe, ent.
L'Eſtampe que je vous envaye
portant fon explication
je ne vous en diray rien davan
tage.
Mr Thomaffin , fameux Graveur
, qui loge à la rue laint
Jacques à l'image faints Jeans
GALANT 307
vis -à - vis la rue du Plâtre, vient
de mettre au jour un Portrait
du Roy gravé d'aprés Mr Rigault
qui fait honneur à l'Art
qu'il profeffe. Cet ouvrage doit
eftre estimé à caufe de la beauté
de la
gravure › du Prince
qu'il reprefente
, & de la pagfaite
reffemblance
.
12
31 Voicy un état de tous les Re.
-gimens qui ont cfté donnez depuis
ma derniere Lettre de
ceux qui ont efté vendus , des
Gouvernemens donnez par le parole
Roy , & des autres graces faites
par Sa Majesté , ainsi que des
Emplois militaires achetez .
Le Roy a donné le Regiment
de Dragons qu'avoit feu Mr le
Comte de Lautrec à Mr le Mar-
Ccij
308 MERCURE
quis de Vignolles fon frere , &
le Regiment de Mride Vignol.p
les à Mr de Châteaumorants \lem
plusia
lus ancien Colonel réformé de
l'armée d'Italie.M M
Celuy de Bourbon qu'avoit
Mr de Vieuxpont , a efté donnési
à Mrode Laval. #2 sb 1M sb sin
Mod'Entragues a traité du s
Regiment d'Orleans , Infante - l
ric , & il a donné en payement
fon Regiment à Mr le Chevalier
de Brancas , frere de Mr de J
Brancas qui a vendu celui d'Or A
leans à Mr d'Entragues , ob M
Mr de Pujol a acheté le Res
giment de Santerre de Mole
Chevalier de Croiffy.Mobi
Mr de Caſteja celuy de Toure
nefis.M inob . , angr1918 ob
Me de Villaine , patit- fils de
neg
GALANT 309
Mr Dongbis celui de Medoc , p
qu'avoit Meble Comte de Cha-si
millart.comuseiâdƆ » b › M¨ £ aðl
Mole Marquis deMauny, fils
q
de Mr le Marquis d'Estampes
& Guidon des Gendarmes d'Or.
leans , la sacheté cette Compa
gnie de Mr de Saint Chriftophe, &
à qui Monfieur le Duc d'Or
leans a donné un logement dans
le Palais Royal & une penfione
Celle de Mr le
Cheva
duch
Lifcoüet a efté donnée à Molell
Marquis de Saffenageup 28508d
Mr de Tournemine a venduel
à Mride Vercilly la Compagnie
des Gendarmes de la Reine, &
Mr de Marbeuf , Lieutenant
Colonel du Regiment de Dra
gons de Bretagne , dont Mr.dem
Vettilly étoie ci-devant Colo-1
310 MERCURE
nel , a acheté ce Regiment.
Le Roy a donné des Brevets
de Mestres de Camp à Mr de
Gallion , Exempt des Gardes du
Corps.
1
I
A Mr de Bonaffe , Lieutenant
Colonel de Ruffec , b
A Mr de Rocaucourt , an
cien Lieutenant Colonel.
A Mr de Baffompierre , an
cien Capitaine de Cavalerie . i
ར A Mr de Coadelers , Lieute
nant de Grenadiers dans le Regiment
des Gardes Françoifes.
As Mr d'Audifré , l'un des
Aide-Majors de ce Regiment.
Et àMr de Soury, Officier dans
le Regiment des Gardes Suiffes.
Le Roy a fait Maréchal de
Camp Milord Clare , & Brigadiers,
Mrle Chevalier de Saint
GALANT 311
Pierre , Lieutenant Colonel du
Regiment de Robecqs Mr de
Chatte , Colonel Irlandois reformé,
& le Lieutenant Colonel
de Provence.
Mr de Marcé a efté nommé
pour commander à Saar- Louis
fous les ordres de Mr de Choify,
Lieutenant General & Gouver
neur de cette Place , mr de Bohan
, Maréchal de Camp , qui y
commandoit fous ce Gouverneur
, ayant eftés pourvûs du
Gouvernements de Longvvi
Yaqant par la mort de Mr. de
Villerte de Naves, inkubidi
Sa Majefté a donné à Mr Duelos
Exempt des Gardes du
Corps , la Majorité de la Ville
de Saintes poden st
Er elle a accordé à Mr le
312 MERCURE
Comte de Grignan un Brever
de retenuë de deux cent mille
livres fur fa Charge de Lieutenant
General de Provence.
La revue des quatre Compagnies
des Gardes du Corps fe fit
le 12. & de 13. de ce mois dans la
Bellevedere de Marly , depuis dix
heures jufqu'à midy trois quarts.
Le Roy dit plufieurs fois qu'il
en eftoit content, que fes Gardes
n'avoient jamais efté ny plus beaux
ny mieux montez. uzin
La Revue étant finie , Mr de
Gaffion s'approcha du Roy &
luy demanda fi Sa Majesté étoit
fatisfaite de fa Brigade. Elle
répondit , qu'elle la trouvoit tresbelle
, & qu'il n'y manquoit rien.
Mr de Gaffion qui fert de Lieutenant
General , repliqua que
Sa
GALANT
313
་
Sa Majesté luy faisant l'honneur
de l'employer ailleurs , il ne pouvoit
fe trouver à la tefte de fa Brigade
; qu'il n'eftoit pas juste qu'il
occupaft un Pofte qu'un ausre remplirait
tres-bien ; il ajoûta , que
cela étoit contre les interefts de Sa
Majefté ; qu'il luy rendoit la Brigade
pour en difpofer comme il luy
plairoit. Le Roy charmé de ce
difcours luy parla avec tant de
bonté , que Mr de Gaffion fe
retira les larmes aux yeux. Mr
de Neuchelles fupplia le Roy
de luy accorder cette Brigade ,
que Sa Majefté luy accorda fur
le champ , comme au plus ancien
. Mr le Chevalier de Baliviere
eft monté à la Lieute
ance , par la demiffion de Mr
de Gallion ; & Mr de Paris-
Dd
Mars
1705.
•
314 MERCURE
$
Fontaine a cfté gratifié de la
Penfion de premier Exempt . Le
Roya nommé Mr de Monteffon ,
Lieutenant General , pour commander
fes Gardes pendant la
Campagne. Le Bâton d'Exempt
de Mr de Neuchelle a cfté donné
à Mr de Ligondez.
Sa Majesté fit le 19. dece
mois dans les avenues du Château
de Verſailles , la revue de
fes Gardes Françoiſes & Suiffes .
Ces Corps font fi beaux , les
Officiers en font fi leftes , & les
Soldats fi bien choifis & fi bien
faits , & leurs habits uniformes
font un fi bel effet que
cette Revue fuft faite en
préfence d'une infinité de perfonnes
qui étoient venuës de
Paris pour la voir. Le Roy en
fut extrémement fatisfait & le
6
GALANT
315
témoigna tant aux Colonels
Generaux de ces deux Regimens
qu'aux autres Officiers .
Rien n'eft comparable aux foins
& à l'activité de Monfieur le
Duc de Guiche pour tout ce
qui peut regarder la beauté &
la bonté du Regiment des Gardes
Françoifes , & je vous ay
déja marqué que ce Regiment
fut à peine de retour de la
Campagne derniere , qu'il fe
trouva complet . Jugez du bon
état où il devoit eftre , à la Revue
dont je vous parle.
Mr de Cronftrom , Envoyé
Extraordinaire de Suede, & qui
remplit avec autant d'éclat que
d'efprit les fonctions de cet employ
, fe rendit il y a quelques
jours à Versailles avec un bril-
Dd ij
316 MERCURE
lant équipage , & alla avec une
nombreuſe fuite , & conduit par
Mr le Baron de Breteuil , Introducteur
des Ambaffadeurs ,
à l'Audience du Roy . Il complimenta
Sa Majesté au nom du
Roy de Suede , fur la naiffance
de Monfeigneur le Duc de Bretagne.
Sa Majefté reçut fon
Compliment avec plaifir , étant
fait de la part d'un Monarque
auffi diftingué par fa valeur que
par fa juftice , & qui ne fçait
pas moins impofer la Loy à fes
ennemis qu'à fes paffions . Il y
avoit à la fuite de cet Envoyé
un Officier qui n'a que des bras
poftiches & qui ne laiffe pas que
d'écrire. Sa Majesté qui en avoit
déja entendu parler voulut voir
cec Officier , & luy fit diverfes
queftions fur ce fujet . C'eft en
GALANT 317
France où il a trouvé ces nouveaux
bras , & ils ont efté faits
par le Pere Sebaftien , Carme ,
& de l'Academic Royale des
Sciences, où il a efté parlé dans
plufieurs Séance publiques de
ce merveilleux fecret .
L'Allemagne étant la partie
de l'Europe où les plus grands
févenemens de cette Guerre fe
font paffez , & où felon toutes les
apparences il s'en paffera encore
de grands , la defcription de
cet Empire ne peut qu'être bien
reçeue des curieux , & des perfonnes
intereffées aux évenemens
de la guerre prefente . Mr
de Fér , qui depuis long- temps
travaille fur ce fujet , vient d'en
donner uue grande Carte femblable
à celle d'Eſpagne qu'il
Dd iij
318 MERCURE
donna l'année derniere, c'eft - à
dire que l'Hiftoire , la Chronologie
& la Genealogie accompagnent
agreablement la Geographie;
les foins qu'on a pris de
cet Ouvrage,font qu'il peut être
regardé comme un des plus
beaux en ce genre . Lemême Auteur
donnera dans tout le mois
d'Avril prochain une Carte de
plufieurs feuilles tres particu
liere du Cours de la Mofelle , de
la Saare , & du Rhin ,depuis les
Villes Foreftieres jufqu'à Cologne,
dans laquelle on pourra remarquer
les lieux où fe feront
les mouvemens des Armées . Il
mettra en même temps au jour
uue Carte du pays Meffin tresexacte
, une Carte d'Efpagne
d'une grande feuille & la
GALANT 319
fixiéme & derniere partie de
l'Atlas curieux .
Mr d'Uffon a efté nommé
pour comander à Nice & fur la
cofte de ce Comté .
Mr le Marquis de Gramont
commandera
Comté .
en Franche-
Monfieur le Maréchal de Chamilly
aura fous fes ordres Mr
de Congis en Poitou , & Mr le
Comte de Chamilly dans l'Aunix.
a
Mr le Maréchal de Châteaurenaud
qui doit commander en
Bretagne , aura auffi fous fes ordres
Mr de Polaftron , Mr le
Marquis de Thianges & Mr de
Clodoré...
Mr de Moncault fervira en
Dd
üij
320 MERCURE
Normandie fous Mr de Matignon
.
Mr le Chevalier de Cafaux
Capitaine d'Infanterie a efté
fait Aide- Major general de
l'Armée de Monfieur le Maré.
chal de Marcin .
;
3
te
Monfieur le Prince a nommé
Colonel de fon Regiment de
Cavalerie de Condé , Mrades
Montpipau Capitaine dans les
Regiment du Maine , Mr de Cerifi
, qui eftoit Colonel du Regiment
de Condé, ne pouvant .
plus fervir à caufe de fes incom- s
moditez .
Il est temps de reprendre,
la fuite du Siege de Veruë Je
commence par la Lettre fuivante.
GALANT 320
Au Camp devant Veruë le 27.
Février.
Depuis 4.ou cinqjours nous joüiffons
du plus beau temps du monde ;
prefque toutes les neiges fontfondues
&les chemins commencent àfe def
feicher.Left arrivéce matin unpetit
accident à Monfieur le Duc de Sa
voye. Je vous ay mandé qu'il avoit
des Fourneauxfous tous les ouvrages
que nous attaquions , pour nous
faire fauter quand on s'en feroit
emparé. Il deferta hierdeux de fes
habiles bombardiers qui demanderent
a Monfieurde Vendofme à diriger
deux de nos mortiers ; ce qu'on
leur a accordé. Ils ont mis ce matin
le feu à un Sauciffon qui communiquoit
à trois Fourneaux qui ont fait
322 MERCUR E
Jauter Angle de l'épaule du Baftion
de la droite de noftre attaque. Cet
effet rend la breche confiderable de
la premiere & feconde enceinte, de
maniere qu'ony monteroit en caraſſe ,
je nefçayfi l'on s'y établita, Nous
n'avous prefentement d'autre objet
que la troisième enceinte, qui eft déja
bien maltraitée. L'onparle d'atta.
quer inceffamment la communica
tion & de monter à l'affaut de la
Ville en même tems, le tout eft miné
jufqu'auxfondemens.
Je dois prefentement vous
parler de l'attaque du Fort de
Veruë & des retrachemens qui
le couvroient . Vous en trouverez
un détail fort exact dans
la Lettre fuivante.
GALANT 323
Au Camp devant Veruë , le
2. Mars.
>
Je me donne l'honneur de vous
faire part en defcendant de
cheval , de l'action qui s'eft paffee
cette nuit avec tout le fuccez &
avec tout le bonheur que l'on pouvoit
fouhaitter. C'est l'attaque
du Fort de l'Ifle & de l'ouvrage
de la tefte du Pont des ennemis
que nous avons emportez avec
toute la valeur poffible , quoyque
ces ouvrages fuffent bien paliffadez,
& qu'ayant efté faits avec
tout le foin imaginable , ils fuf324
MERCURE
fent gardez par deux bataillons
ennemis. Monfieur de Vendôme
ayant refolu de forcer ces deux
ouvrages la nuit du premier au
deuxième , il fit avec Mr de Vaubecourt
la difpofition
des troupes
pour l'attaque du haut Pô , qu'il
ne declara qu'à deux ou trois pers
fonnes & ilfit attaquer le cofté
du bas Pôpar Mr de las Torres
fuivant la difpofition que voici,
.8
Difpofition de l'attaque du
haut Pô.
Mr de Paubecourt.
Attaque du Pont.
Mr de
Mauroy.
Mr de Leuville.
GALANT 325
Compagnie de Grenadiers .
Zeuville.
La Saare.
Bataillons qui foutenoient les
Grenadiers , Naye
La Saare.
Croy.
Labour. I
Mr Deftouches.
Auvergne.
Face du cofté du Pô .
2. Compagnies
Grancey.
Cambrefis 1. Bataillon,
Breffe.
I
Baligny.
1
Face & flanc interieur du Baftion
de la gauche .
Mr d'Eftaires.
Mr.de Colandre.
Normandie.
Flandre.
3. Compagnies
326 MERCURE
Normandie.
Courtine .
Mr de Siougeac,
Mr
Dautrey.
Bourgogne
3 Bataillons
2. Compagnies
1
2. Bataillons
L'Ile de France.
Beauce.
Auvergne.
Face & flanc interieur du Baf
tion de la droite.
Mr le Comte de Coni
Mr Lambert.
Piemont.
Perigord.
Piemont.
3. Compagnies
I
3:
Bataillons
Six Grenadiers des Compagnies
qui ont attaqué le Fort portoient
chacunfix Grenades , cinqportoient
des efchelles & dix portoient des
haches , & chaquefoldat avoit 30.
coups à tirer.
GALANT 327
Travailleurs avec Mr de Mauroy
.
60. de Pifle de France avec 20 .
haches & 40. gabions . Als
Avec des troupes du Fort ,
100. De Flandre. Gabions 50
5o. De Grancey.
Gabions 50
50. De Bourgogne .
500, Sacs à Terre.
Avec l'Artillerie .
100. de Bourgogne avec 100. Ga .
bions.
Avec Mr de Lorme.
100. de la Saare.
100. de Grancey.
Difpofition de l'attaque du bas
Pô.
Mr le Comte de las Torres.
Attaque du bas Pô .
Mr d'Orgemont.
Mt du Guerchois .
Mr le Prince Pio.
328 MERCURE
Mr de Teffé.
Grenadiers..
Lombardie.
Borezan.
Louvigny.
Telle.
Vendôme.
Compagnies
Hohner I
I
I
Grenadiers qui foûtenoient.
2
I
Face & flanc interieur du Baftion
de la droite .
Mr de Morangiez.
Mr de Choifinet.
La Marine.
Morangiez
Tournefis .
3. Compagnies.
I
I
Anjou.
Medoc.
Lombardie.
Bovezan.
Louvigny.
La Marine.
2. Bataillons
I
I
I
3
GALANT 329
Courtine .
Mr de Bonelles..
Lionnois .
Maulevrier
Toutes les Troupes s'aſſemblerent
à l'entrée de la nuit à un Pont
a
qu'il falloit paffer pour aller devant
l'Ifle. Elles commencerent
àpaffer le Pont à dix heures
avec beaucoup de filence . On les
mit en bataille en débouchant , &
on marcha droit aux Forts que l'on
devoit attaquer à deux heures du
matin, aprés qu'on auroit donné
le fignal , qui estoit de douze
bombes qu'on devoit tirer. Tout
cela s'executa fi àpropos & avec
Mars 1705
. Ec
330 MERCURE
tant d'ordre que nous ne fúmes
découverts qu'à la portée de pif
rolet , par une fentinelle ennemie
qui cria , qui vive. Ace mot not
"Grenadiers fe jetterens dans le
foffé , couperent les paliffades à
coups de hache , monterentfur
les parapets , par le moyen des
efchelles qu'ils avoient portéen
Le defordrefutfi grandparmi les
Ennemis qu'après avoirfait trois
décharges , ils ne fongerent plus
qu'à fe fauver; mais comme nons
eftions déja entrez dans l'ouvrage
de la tefte du Pont , itsfe
trouverent hors d'eftat de faire
retraite & de recevoir du ſecours
#GALANT 331
par le Pont; parce que la premie
re chose que firent nos Grenadiers,
se fut de le rompre pour ofter
toute communication avec les troupes
du Camp de Crefcentin , lef
quelles parurent toutes de l'autre
coſtés du Bâ , & firent feu fur
mousfans aucun effet. Enfin nous
avonsfait 193. prisonniers parmi
lefquels font le Colonel & le
Lieutenant Colonel qui comman
doient dans les deux Forts , nons
avons pris deux Drapeaux gr
nous n'avons eu que fix Grenadiers
tuez & feize bleſſez. Suiant
le cours ordinaire des affaires
de la guerre , on fe feroit eftimé
Ec ij
332 MERCURE
a
t
heureux de n'yperdre que cinq cens
hommes. Pendant que les chofes
fe paffoient ainfi du cofté des
Forts , on fit une on fit fauße attaque
à la bréche , mais on avoit dé
fendu aux troupes qu'on y emplaya
d'y eftablir de logement , fi
les affiégez nefaifoient pasjouer
leurs mines , ce qu'ils ne quee
juge
rent pas à propos de faire.
On ferafommer demain Veruë.
Nous verrons ce que rrpondra le
Gouverneur. Si la Garnifon
refufe de capituler , elle court
rifque d'eftre emportée d'affaut ,
à prefent qu'elle ne communique
plus avec le Camp‹ de Monfieur
le Duc de Savoye ..
#GALANT 333
Il y a une autre Rélâtion qui
porte que les Ennemis eftoient
fi peu préparez à cette attaque ,
tque le Commandant du Fort
que
a efté pris en robe de Chambre,
& qu'on fe faifit de quatre ca
nons pendant l'attaque.
Plus l'on examinera cette
action , plus on en trouvera les
circonftances glorieufes pour
Monfieur de Vendôme , & l'on
verra qu'il ny a pas moins de
de tefte que de coeur dans tout
ce qu'il entreprend. Il avoit
quelques jours auparavant fait
répandre le bruit qu'il devort
donner plufieurs affauts à la
place , & il avoit pris des mefures
pour que les Ennemis en
fuffent avertis , & ils le furent
f bien qu'ils tournerent toute
334 MERCURB
+
leur attention du cofté de la
Place ce qui a efté caufe que
le Gouverneur du Fort qui në
penfoit rienmoins qu'à l'affaut
qu'on loy a donnés, a cité pris
ens robe de chambre.Tue 11437
Je vous manday à la fin de ma
Lettre du mois dernier que Mp
Jc Duc de Vendofme devoinam
taquer le Fort du Pont de Vau
ruë & les retranchemens qui de
couvroient , le premier de ca
mois à deux heures du matin .
Iha executé ce projet, de même
qu'il l'avoit mandé au Roy plus
de huit jours auparavant. Ce
Prince n'avoit mis le Siege deyant
Veruë que dans le deffein
d'attaquer d'abord le Fort & les
retranchemens qu'il n'a pris que
le premier de Mars , & ilavoir
SEALANT 335
auffi refolu d'attaquer Monfieur
le Duc deSavoye dans fon Camp
de Crefcentin . Ceux qui ont
fait attention à tout ce qui s'eft
paffé à ce Siege doivent le fous
venir qu'il s'eftoit mis en mar
che pour ces expeditions quelques
jours après l'avoir commencés,
& que le Pô groffi Ten
une nuit avoit empéché l'exer
cution de fes deffeins dont il
n'avoit pas laiffé neanmoins de
tirer de grands avantages, puif
que des deferreurs ayant averti
Monfieur le Duc de Savoye de
ce que ce Prince eftoit fur le
point d'executer , il degarnit
les hauteurs de Guerbignan
pour fortifier fon Camp : ce qui
donna lieu à Monfieur de Vendofme
de s'en faifirjainfi que des
336 MERCURE
•
équipages qui avoient eſté laiffez
fur ces hauteurs Depuis ce
temps -là S. A. n'a pû mettre fon
premier projet en execution ,
les neiges & les pluyes l'en
ayant toûjours empêché juf
qu'au temps qu'il l'a executé,
Cependant comme ces mêmes
neiges & les continuelles crues
des Eaux l'empêchoient
d'a
vancer le Siege, il a culaprecau
tion de faire cantonner les trout
pes ; de forte qu'on peut dire
qu'elles n'eftoient en campagne
& qu'elles ne fouffroient que le
jour qu'elles alloient à la tranchée
, auffi la longueur du Sicge
n'a pas efté fi prejudiciable
aux Troupes que l'on s'eft imaginé,
& l'on peut dire que par
le feu continuel de Canons que
l'on
GALANT 337
l'on faifoit contre la Place &
par
onombre
de bombes
que
l'on y jettoit , les Ennemis perdoient
beaucoup plus que nous,
eftant de toutes maniere accablez
de nos feux , & nous faifant
peu reffentir les leurs, parce
que nôtre canon qui battoit
continuellement les enceintes
de la place, démontoit le leur &
les empefchoit de paroiftre .
Dés que le beau temps a paru
Monfieur de Vendofme en a
profité , comme vous pouvez
voir par les Rélations fuivantes ,
& que les Regimens d'Aoft &
de Tarentaife , qui font deux
des meilleurs Regimens de
Monfieur le Duc de Savoye ,
ont efté entierement perdus
pour ce Prince . Monfieur de
Mars 1705
. + Ff**
338 MERCURE
Vendofme qui avoit pris toutes
les mefures imaginables , pour
que fon deffein ne fuft point dé
Couvert , n'en avoit pas même
confiéle fecret , & c'eft par cette
raifon qu'il fit monter la tranchée
par Mr le Comte de Vaubecourt
, qu'il envoya querir
aprés qu'elle eut efté montée ),
afin de mettre fon projet , pour
lequel il avoit fait preparer
toutes chofes ( fans qu'on fçuſt
fon deffein ) en execution. Ce
Prince avoit auffi pris deux autres
précautions tres- necefcire
& dignes de l'attention
d'un grand Capitaine ; comme
il fçait , qu'en de pareillest occafions
il y a fouvent des deferteurs
qui vont avertir les Ennemis
pour entirer de groffes
GALANT 339
récompenfes , il avoit fait mettre
beaucoup d'Officiers fur les
ailles , afin qu'aucun Soldat ne
pût deferter ; ce qui luy reüffic
heureufement. Il avoit cu aut
La précaution de faire dreffer
deux batteries de canon fur le
bord du Pô , qui firent tout l'ef
fet qu'il ca avoit cfperé ; car
Monfieur de Savoye ayant voulu
faire marcher fes troupes à la
clarté de plufieurs lanternes,
notre canon donna dans les
lieux où ces lumieres paroiffoient
, de maniere que les Ennemis
ayant perdu beaucoup de
monde , & en eftant fort incommodez
, furent obligez de fe reatirer.
nl prac
Voicy encore un extrait d'une
>lettre de Verſailles fur l'attaque
Ff ij
34° MERCURE
duFort de communication dont
je viens de vous parler.
A Verfailles le 9. Mars .
Il vient d'arriver un Courrier de
Monfieur de Vendofme parti du
deux de ce mois. La nuit du pre.
mier au deux , fur les trois heures ,
Monfieur de Vendofme fit attaquer
le Fort de l'Ile , où estoient les deux
bataillons d'Aoft & de Tarentaife.
Le Fortfut efcalade , on tua tout ce
qui eftoit dedans ala referve de deux
ents
& de 24. Officiers que
Pon fit prfonniers , nos Soldats fe
Laffant de tuer. Nous n'avons perdu
dans cette affaire que dix hommes.
Dés que le Fort fut pris , onfit tirer
Le Canon du Fort même furle Pont,
quifut rompu , & dont huit batteaux
GALANT 341
furent emportez par le courant de la
riviere ; ce qui a achevé d'ofter toute
communication deCrefcentin à Veruë.
On a mis dans le Fort Mr de Mauroy,
Maréchal de Camp , poury commander.
La Lettre qui fuit continuera
de vous faire voir ce qui s'est
paffé au Siege depuis la prife du
Fort de conmunication .
Au Camp devant Verruë ce
9. Mars .
Par ma derniere du 7. Je vous
manday qu'on devoit monter à l'affaut
à toutes les enceintes de notre at
Fique . Effectivement toutes les mefures
eftoient prifes pour cela & le
jeur & l'heurefixée; mais on a chan
Ffiij
342 MERCURE
gé dedeffein tout à coup & Monfieur
de Vendofme fachant que la Gar
nifon n'a que tres -peu de vivres ,
mieux aimé prendre le parti d'affamer
les Aliegez que de rifquer le
moindre Grenadier. On ne fera cependantpas
dans l'inaction de noftre
cofté
Mr de Lapara fait conftruire un
Pont au deffous de Verne & noftte
Cavalerie & tous nos Grenadiers
Pafferont le Po , felon le projet refolu
pour s'approcher de Crefcentin ,
ily a apparence que Mr de Savoye
l'abandonnera , & il a deja commence
à en faire fortir fes meilleurs
effets . La proximité de Grefcentin
Verue a donné lieu à Monfieur de
Savoye d'entretenir un commerce de
Lettres avecfa garnison par le moyen
dune efpece de bombes qui ne font
GALANT 343
f
chargées quede terre & qui ne crèvent
paint. Monfieur le Duc de Savoye
demandé à échanger les derniers prifonniers
que nous luy avons fait en
nous emparantde fa communication.
Noftre Generaly a confenti, & cela
s'executa hier. On fe preße de finir
cette affaire- cy pour en commencer
une autre. Mr le Marquis d'Aix a
efté faitprifonnier en voulant fe jetter
dans Verue..
Les Lettres de Milandu 10, partent
que les Payfans de Montferrat
avoient arresté& conduit pifonnier
le General Taun , allant avec an
guide de Gennes à Tarin à fon retour
de Vienne , où Monfieur le Duc de
Savoye & le General Staremberg
Pavoient envoyé peu de temps auparavant
pour reprefenter à l'Empereur
la mauvaise fituation où eftoient les
affaires en Piémont.
FF INJ
344 MERCURE
Vous trouverez la prife de
Crefcentin dans la Lertre de
Monfieur de Vendôme que vous
allez lire .
NOR
Au camp devant Veruë .
le 14. Mars
Fefis faire hier un pont au deffous
de Verue, au moyen duquel
je devois inveſtir avec toute la
cavalerie de cette armée & un
corps d'infanterie confiderable , le
camp de Crefcentin , pour obliger
les ennemis à l'abandonner ,
mais ils n'ont pas attendu d'y être
forcez. Si-toft qu'ils ont efté informez
de nos mouvemens , ils
GALANT 345
fe font retirez de ce pofte , & ont
repaffe aujourd'huy la Doire fur
leur pont avec toutes leurs troupes.
Fay paffe le Pô dans le même
temps avec 250. chevaux & 8 .
compagnies de Grenadiers , & je
me fuis faifi de Crefcentin fans
aucune refiftance.
La fuite de ce fiége & le détail
de ce qui s'eft paffé au dé
part de Monfieur de Savoye de
Crefcentin , paroiffent dans la
Lettre que voicy.
Au camp devant Veruë le 15 .
La nouvelle batterie de 3. pieces
de 24. dans le bastion de la
346 MERCURE
gauche du fort de l'Ifle fut achevée,
& commença à tirer le 13 .
Elle voit les revers du Donjon
du coſté du Pô, incommode
fort les affiegez dans les appen
tis qu'ils ontfaitspourmettre leurs
malades leurs bleffez. On vit
le même jour filer du cofté de Chiwas
une quantité confiderable de
chariots chargez de munitions de
guerre.
DM
On a commencé noftrepont à une
portée de canon de la droite de l'ar
mée fous les hauteurs de Mon-
Seftin.
Les ennemis ont mis le feu aux
faſcinages & auxpaliſſades de la
GALANT 347
communication depuis Crefcentin
juſqu'au Pô , & nos prifonniers
qui ont efté échangez , ont rapporté
qu'ils avoient trouvé le même
jour 13. en revenant à noftre
camp , l'Hôpital de Crefcentinfur
le chemin de Turin.
L'aprefdinée de ce même jour
une partie des bagages de l'armée
ennemie défila , & Monfieur le
Duc de Savoye vint en perfonne
reconnoiftre le pont , auquel Monfieur
de Vendofme faifoit tra-
Dailler.
Le 14. les ennemis battirent
la generale deux heures avant le
ils jour, partirent de Crefcen348
MERCURE
tin à la pointe du jour. Monſieur
de Savoye qui conduifoit l'arrieregarde
, ne fortit de fon ancien
camp qu'à fept heures du matin
aprés avoir fait rompre les digues
qui retenoient les eaux , & for
moient une inondation autour de
te
Crefcentin.
Ceux qui difent avoir compté
le nombre des troupes forties du
"Crefcentin , ne s'accordent pas entreux
, les uns affurant qu'il n'en
eft forti que 2000. hommes de
pied, les autres foutenant qu'il
eu eft forti trois mille.
Noftre pont fut achevé le 14.
Monfieur de Vendofme paffa
GALANT 349
deffus le même jour à la tefte de
250. cheuaux & de huit compagnies
de Grenadiers , aprés
avoir fait reconnoiftre le païs
chaffe quelques troupes de Huf
fars , qui estoient reftez pour ob-
Jerver nos mouvemens , S. A. s'avança
jufqu'à la portée du fufil
de Crefcentin . Les habitans en
fortirent en foule pour venir implorer
la clemence du Roy . Mon-
Tieur de Vendofme y laiffa les 8.
compagnies de Grenadiers , quiferont
relevées aujourd'hui par quelques
bataillons.
la
Monfieur de Savoye a repaſſe
Doire , & a dirige fa marche
350 MERCURE
Den
du cofté de Chivas. Nous avons
profité de dix -huit batteaux du
pont des ennemis qui eftoient demeurez
échouez, & d'une groffe
chaîne deferfoûtenue par des colonnes
de bois plantées dans le Pô,
en forme d'eftacade , pour allurer
le pont. Monfieur de
a ordonné qu'on remontât aujour
d'huy le fien , leplusprés quefaife
pourra de fon armée & de
Crefcentin. S. A. compte que
décampement de Monfieur de Savoye,
& la difette des vivres
confirmée par tous les deferteurs
par les habitans de Crefcentin
, forceront le Couverneur de
+
le
1
GALANT 351
Veruë à capituler dans peu de
jours, opuš
-shOn tire trés-peu de canon de
part d'autre du cofté des bréches
, dont il paroît que
les affie
gez ont détourné les decombres ,
mais on jettependant la nuit une
trés-grande quantité de pierres.
12.Les affiegez firent fortir hier
au foir les païfans qui font dans
Verue , mais ils ont efté obligez
de rentrer dans la place , parce
qu'on leur déclara qu'on feroit ti
rer fur eux. Les deferteurs qui
nous font venus aujourd'huy confirment
que chaque foldat de la
garnifon a efté reduit par jour à
C
352 MERCURE
neuf onces depain , & à un morceau
de lard gros comme le pouce.
Je dois ajoûter icy la defcription
du Camp de Crefcentin ,
qui vous fera connoiftre qu'il
falloit que Monfieur le Duc de
Savoye cuft bien peu de troupes
puifqu'il a abandonné un Camp
qui lui étoit fi avantageux , &
où il n'étoit pas ailé de le forcer.
Ce Camp eft tres - fort par
lui- même ayant la Doria pour
retranchement d'un cofté , &
un Canal trés - bien fortifié , &
qui faifant un angle fe jette
enfuite dans le Pô , de farre qu'il
forme une espece d'lfle. A l'égard
du Camp de Chivas , on
écrit que ce Camp eft bon , mais
qu'il a befoin de beaucoup de
GALANT 353
troupes pour eftre deffenda , &
que Monfieur de Savoye en
ayant tres - peu , il n'y a pas d'apparence
qu'il le garde longtemps.
Les Lettres du 19. portent
que Monfieur de Savoye a mis
dans Chivas fon Infanterie qui
elt au nombre de deux mille
cinq cens hommes , & fa Cavalerie
dans les Villages des environs
de la Doria , & que Monfieur
de Vendôme a laffé dans
Crefcentin Mr de
Morangiez
pour y commander , & que . Son
Alteffe a envoyé fa Cavalerie à
Tria & aux environs de cette
Place fous les ordres de мr le
Comte d'Eftain .
L'Article du Siege de Gibraltar
de ma derniere Lettre finif-
Mars
1705 .
Gg
354 MERCURE
foit à l'arrivée de Monfieur le
Maréchal de Teffé . La pluye
n'avoit point difcontinué depuis
fix jours lorsque ce Maréchal
arriva au Camp , & comme elle
continua encore plufieurs jours
depuis fon arrivée , & que les
dernieres nouvelles de ce Siege
3ne
ne marquent pas mefme qu'elles
y ayent entierement ceſſé , loin
qu'il fuft poffible de rien entreprendre
contre la Place , le
mauvais temps ne permettoit
pas mefme de rétablir tout ce
que la pluye y avoit ruiné cependant
les Efpagnols avoient
fi bien pris leurs mesures pour
faire conduire au Camp pluheurs
des chofes qui y manquoient
qu'elles y arriverent en
mefme temps que Monfieur le
GALANT 355
Maréchal de Teffé ; c'est- àdire
le 10. de Fevrier . Les enanemis
de leur cofté ayant eu na
Ivdab favorable firent entrer
dans Gibraltar des fecours
plufieurs repriſes . Lorfque Monheur
le Maréchal de Teffé arriva
devant cette Place , il reeur
des complimens de la part
de Monfieur le Prince d'Armftat
,qui luy envoya d'exceldent
vin , dans le deffein de luy
faire croire que la Place n'en
manquoit pas. Je ne dois pas
oublier de vous dire , pour détruire
tous les bruits qui ont
couru qu'auffi - toft aprés l'arrivée
de Monfieur de Teffé , il fe
forma une parfaite intelligence
entre ce Maréchal & Monfieur
Je Marquis de Villadariasi que
Ggij
356 MERCURE
-Monfieur de Teffé a parlé fort
avantageufement de ce Marquis
dans plufieurs de fes Lettres ,
& que ce Marquis veut bien
fervir fous ce - General.
Je vais vous parler d'un fait
dont il n'a point efté parlé dans
aucune des nouvelles publiques
de France cependant il
paroift qu'il n'y a pas lieu d'en
douter puifqu'il eft écrit, nonfeulement
par les ennemis , mais
même par Mr Tulk , Lieute
nant Colonel , qui fert à Gibral
tar. Imande à fa femme qui
demeure à Rotterdam , dans une
Lettre dattée de Gibraltar du
131
de Fevrier , qu'aprés eftre entré
dans le Détroit avec les Baftimens
fur lesquels eftoient le fecours
& les munitions que les Anglois
GALANT 357
+
avoient deffein de faireentrer dans
cette Place, ils rencontrerent prés de
la Baye quelques Vaiffeaux avec
Pavillon Hollandois , & dont ils
ne fe défioient point , mais qu'ayant
arboré Pavillon François , ils lėš
attaquerent lorfqu'ils furent à portée
; qu'il avoit vû prendre trois de
leurs Batimens & un autre couler à
fonds que celuy fur lequel il eftoit.
avoit eu le bonheur de fe fauver dans
la Baye de Gibraltar, & qu'il étoit
entré dans la Place avec les cing
Compagnies du Regiment de
Valle qu'il commande & qui
font enfemble trois cens hommes que
le Colonel de ce Regiment avoit efte
tuè & le Major Kapel- Fox & que
les François pourſuivoient les autres
Vaiffeaux qui s'étoient jettez fur
les Coftes de Barbarie .
338 MERCURE
Mr de Pointis partit lenz de
Fevrier de Cadix avec fon Ef
cadre & plufieurs Bâtimens de
charge , pour fe rendre devant
Gibraltar , où il arriva heureufement
le 26. A peine Monfieur
le Maréchal de Tefféeut- il
fçû fon arrivée qu'il partit du
Camp pour aller conferer avec
Juy le temps fe trouva fi mai
vais à fon retour que pour revesir
il ne put faire pendant
toute une journée que le cha.
min qu'il auroit fait engpeu
d'heures , fi le temps avoit efte
plus beau ; ce qui fait connoître
qu'il a efté impoffible d'avancer
les travaux devant la Place ,
tant que le mauvais tems a duré
& qu'il duroit encore aprés
l'arrivée de Mr de Pointis.
GALANT 259
Plufieurs Lettres écrites longtemps
aprés fon arrivée , marquent
que les pluyes continuoient
encore, see , stude
Los houvelles de Gibraltar
du commencement de Mars ,
portent qu'un Vaiffeau François
qui croifoit vers le Détroit ,
envavoit pris un des ennemi
chargé de munitions & de vivres
pour la Garnison de cette
Place , qui fuivant le rapport
des Deferteurs fouffroit beaucoup,
quoique le Prince d'Armftat
témoignaft vouloir le dé
fendre jufqu'à l'extremité.
Les dernieres Lettres de Ma
drid du 14. portent que мr Du
caffe étoit arrivé le 9. qu'on
avoit debarqué à Alicante da
Vaiffeau du Roy l'Entreprenant ,
360 MERCURE
cent milliers de poudre pour le
Camp de Gibraltar , dont le
Siege continuoit avec efperance
de fuccés , depuis le fecours.
de canons & de munitions qu'on
y avoit envoyez ; & que l'Ef
cadre de Mr de Pointis avoit
j
efté renforcée de quatre Vaiffeaux,
Ileft temps de vous parler de
tour ce qu'a fait Monfieur le
-Duc de la Feuillade depuis le
peu de temps qu'il eft en campagne.
Un grand défir d'acquérir
de la gloire anime fa valeur
& toutes les actions . Ife fait
ún extreme plaifir de rendre
compte à la Cour de tout ce que
font de remarquable tous ceux
qui fe diftinguent , & fa generofité
eft fi generalement reconnuë
GALANT 361
nuë qu'on luy a fouvent vû demander
pour d'autres , des chofes
qui luy devoient appartenir ;
ainfi l'on ne doit pas être furpris
d'apprendre que les troupes
le font un tres - grand plaifir de
fervir fous un General de ce caractere
.
Il donna ordre à Mr de Nar
bonne de paffer le Vaar le 4. de
ce mois au point du jour , ce
qu'il fit fans aucun obftacle , &
il alla camper à Simiere où
Monfieur le Duc de la Feüillade
arriva le 5. Il avoit donné
ordre dés le 4. au foir qu'on
occupaft le pofte de la Trinité,
qui eft le feul endroit par où
les troupes venant par le Col
de Tende , auroient pû paffer
pour fe jetter dans Nice , où
Mars 1705: Hh
362 MERCURE
dans Ville Franche . Monfieur
le Duc de la Feuillade partic
le 6. au matin fur les avis qu'il
reçue par Monfieur le Prince de
Monaco que 4. à 500 hommes
levez en Suiffes , & en d'autres
lieux pour la Reine d'Angleterre
, & qui portoient le nom
de Gardes de cette Princeffe
étoient en marche pour fe jetter
dans ces deux Places . Il
marcha au point du jour avec
fept Bataillons , & étant arrivé
auprés de la Place, il fit fommer
le Gouverneur qui demanda ju
qu'à la nuit pour le déterminer,
ce que Monfieur le Duc de la
Feuillade luy accorda . La nuit
étant venuë , & le Gouverneur
ne s'étant point rendu , ilfit
atraquer le pofte des Capucins,
325)
GALANT
363
1
"
par le 2. Bataillon de Dauphi
né, qui s'en empara malgré le
feu du Canon du Fort , & de
deux fregattes Angloifes qui
étoient dans le Port , & il fic
auffi tôt de fon cofté attaquer
la Ville par le Bataillon de
Flandre , & de l'autre par le
premier Bataillon de Dauphiné
qui l'emporterent l'éfpée à la
main. Ily avoit dedans foixante
& dix Soldats des Bataillons
de la Croix- Blanche , & de S.
Lazare avec 30. Marelots dest
deux Fregattes Angloifes . Le
Gouverneur avoit demandé un '
plus grand fecours d'hommes &
quelque Artillerie auxOfficiers
de ces Fregattes , qui n'avoient
voulu donner que 30. hommes
& 30. pieces de Canon . Cette
Hh ij
364 MERCURE
petite garnifon ayant été faite
prifonniere de Guerre , la Vil.
le s'attendoit d'être pillée, mais
Monfieur de la Feuilladeempefcha
le pillage en ordonnant
aux Habitans de cette Ville où
il y a un grand Magafin d'Ecarlate
d'en donner à chaque
Officier pour un habit , & de
diftribuer deux cent louis d'or
aux Soldats . Nous n'avons perdu
perfonne dans cette expedition
; mais les vents contraires
empefchoient l'arrivée de nôtre
Flote , ce qui retardoit l'execution
des projets de Monfieur le
Duc de la Feüillade , parce
qu'elle portoit toutes les munitions
de Guerre ; cependant ce
Duc aprés la prife de Ville-
Franche n'avoit pas laiffé de
GALANT
365
faire inveſtir le Château dont
l'attaque a efté differée par les
raifons que je viens de dire ,
Monfieur de la Feüillade fit
auffi inveftir Nice par feize Bataillons
, & deux Regimens de
Dragons. La Lettre que vous
allez lire vous apprendra la
fuite des expeditions de ce
Duc.
Au Camp de Simiere , prés de
Nice le 11 Mars.
Sur les avis certains que Monfieur
le Duc de la Feüillade reçût
que le bataillon de la Reine & Angleserre
& les 600. hommes de milice
qui efloient venus juſqu'à Torbia
eftoient partis le 8. entre mily &une
heure pour s'en retourner à Sopella
Hh iij
366 MERCURE
bre de
dans
14
& que Mr de Senantes fils de Mr le
Marquis de Carail qui commandoit
ces Troupes avoit écrit à fan Pere
qu'ilfalloit raffembler les reftes des
milices des montagnes jusqu'au nom
à 1500. hommes, & tenter
abfolument defejtter dans Nice on
Villefranche , ilprit fon parti
dans l'inftant de lesfuprendre & de
lesfaire attaquerdans Sofpello, qu'il
fçavoit être toutouvert ,exceptéun af-
Sezban reduit pour contenir tout au
plus 200. hommes. Pour cet effet ils
détacha le 9 à midyMrleChevalier ୨
de Mianne avec 300. Grenadiers ,
300 Fantafins & 260. Dragons
choifis, & lay donna ordre de les at
taquer dés qu'il les auroitjoints . Ilfit
une fi grande diligence qu'il arriva
le même jour à Sofpelloà 9 heures du
fair avec la Tefte de (es Troupes , le
9.
GALANT 367
refte ayantpeine à fuivre . Les Ennemis
qui ne furent avertis qu'un
quart d'heure auparavant , eftoient
dans un figrand defordre que Mr de
Mianne s'eneftant apperceu , les attaqua
vigoureuſement avec le peu de
troupes qu'il avoit ; il les mit entierement
en déroute , il y a eu 60.
Soldats du bataillon de la Reine
d'Angleterre tuez fur la place
quantité de bleßez, dont on nefait
point le nombre , & 60. prifonniers .
Il nous vient outre cela à tout memens
des Deferteurs. Tout le refle
s'eft difperfédans la montagne , les
milices , qui fejetterent au premier
coup dans tous les precipicesfansfai
re ferme un moment , ont esté fi effrayées
de cette action à laquelle elles
ne s'attendoient pas , qu'ily a lieu
de douter que Mr de Semantes avec
368 MERCURE
THA
se qu'il en pourroit ramaffer ,
tenter une nouvelle entrepriſe
0302.
Du dudit mois, Rot
Monfieur de la Feuillade vient de
Se rendre maitre de Torbia , ily
avoit dedans 10. Soldats & 50.
Payfans , qui fefont rendus fans
tirer un coup.
Mr Le Chevalier de Roanez
vient d'arriver à Antibes avecquatre
Galeres.
Les Lettres du 19. du Camp
devant Nice portent qué Monfieur
le Duc de laFeüillade a fait
ouvrir la tranchée la nuit du
15 , au 16. à 700 toifes de cette
Place que pendant cette nuit
on avoi tfait 300 , toifes de trenGALANT
269
chée que pendant la nuit du 16.
au 17.on en avoit fait 100. toiles,
que le lendemainon en avoit fait
encore 1oo . toifes & que l'onavoit
cftabli une batterie de deux
pieces de Canon de 12. livres de
bale , que l'on continuoit à pouf
fer la trenchée avec fuccés , &
que Mr deMiane avoit été bleffé
la derniere nuit d'une pierre
qu'une bombe avoit fait écarter
& qui luy avoit fendu la joüe
jufqu'à la machoire.
Monfieur le Duc de la Feüillade
a fous luy trois Lieutenans
Generaux qui font Mrs de Ge-
Vaudan , de Narbonne & deBerulle
, & trois Maréchaux de
Camp, fçavoir Mrs de Robecq ,
9de Polignac & de Vergerot.2
Mr le Marquis Tilladet
370 MERCURE
venda fa charge de Sous . Lieutenant
des Gendarmes Ecoffois
, à Monfieur d'Auvillare
Enfeigne des Gendarmes Dauphins
& a acheté le Regi
ment de Mr le Comte de Fimarcon,
fon frere , Maréchal
de Camp de la derniere pro
motion . Je ne vous ne parleray
point de cette Maiſon , dont
le nom eft Caffagnec - Lomagne
& qui eft la branche Cadette
des Comtes fouverains de ce
nom . Elle a produit des hommes
illuftres depuis deux Sie
cles , & elle eftoit tres - diftinguée
dés l'an 1280. Les Coutumes
du païs d'Armagnac en
fourniffent,des preuves inconteftables.
Le mot de l'Enigme du mois
GALANT 371
paffe eftoit La Croix . Ceux qui
l'ont trouvé font Mrs Duparc,
Enfeigne dans les Troupes du
Roy : Le Blanc , du Quefnoy:
le petit Duval , d'Andely :
Barder , & fon ami Dupleffis ,
Me Chirurgien au Mans le
Brun, Me de penſion : Robinet,
proche S. Pierre aux Boeufs , le
Recteur de Chambery : l'Abbé
Jean le nouveau don Rodriguez
le heras du Canada : le
petit Loup de Verfailles & fa
Mareine l'Echo fidele : &
Piquet, Imprimeur. Miles de la
Mare & fa fille d'Hozier :
Tamirifte la Nymphe Foreltiere
de S. Germain en Laye :
la belle & fincere Italienne , &
la plus belle & gratieule Dame
du Cloître Notre- Dame.
:
:
372 MERCURE
J
L'Enigme qui fuit donnera
de l'occupation à vos amis .
ENIGM E.
D'une autorite fainte , incapable
d'erreur ,
Je fuis l'ouvrage pur. Fadis je fus
auftere ,
Et dans les heureux temps où regna
la ferveur ,
On fournit à l'envi mapenible carriere.
La fenfualité d'un oeil jaloux le
vit
Et pour me fupplanter mettant tout
en ufage ,
A cent pretextes vains , enfin élle
joignit ,
Des Docteurs relâchez le prophane
langage.
C'eft
GALANT 373
Ceft ainfi qu'elle a feû lachement
prévaloir
Ony, depuis trop long- temps on meprife
, on élude
Mes falutaires loix , & leur facré
pouvoir
N'est presque reveré que dans la
folitude.
Au torrent de l'abus s'oppofe vainement
re
L'oracle, dés le jour que je viens à
parètre
Qui dans le Templefains parle
dit gravement :
Omoriel, fouvien- toy du neant de
ton eftre !
La Gaillarde commandée par
Mr du Clair & armée en courſe
par des particuliers , eft arrivée
à la Rade de la Rochelle . Sa
Mars 1705. Ii
374 MERCURE
cargaifon confifte en plus de
cent mille piaftres , en Cocheville
, en Indigo & en Tabac.
pour plus de trois millions . Le
tout a efté chargé à fret par
des particuliers . Cette Fregatte
a fait une prife qui a efté
venduë aux Ifles . Je puis vous
affurer que cette nouvelle eft
vraye .
Puifque vous fouhaitez que je
vous marque en peu de paroles
la fituation - où fe trouvent les
affaires de la guerre dans le moment
que je vous écris , je vais
fatisfaire voftre curiofité le
mieux qu'il me fera poffible ;
mais je ne vous réponds pas
qu'il n'y ait rien de changé dans
le moment que vous recevrez
ma Lettre .
il
GALANT 375
L'Empereur s'apliquant pref
qu'uniquement à tout ce qui re
garde la guerre de Hongrie , &
faifant tourner prefque toutes
fes forces de ce cofté - là , les
Anglois & les Hollandois fe
plaignent de ce qu'il ne veut
entrer dans aucun des temperamens
qui pourroient luy
faire conclure un accommodement
avec des Sujets qui ont
quelques raifons de fe plaindre.
Ils menacent mefme & reprochent
à l'Empereur les fervices
qu'ils luy ont rendus ; mais
S. M. I. fe met peu en peine
de leurs menaces , perfuadée
que fi elles avoient effet , ils
s'en reffentiroient audi bica
que luy. Les Hollandois de leur
café ne font en guere meilleure
-
Ii ij
376 MERCURE
intelligence avec les Anglois ,
que les Anglais & cux font avec
l'Empereur. L'Angleterre veut
abfolument que la Hollande
rompe le commerce qu'elle fair
avec la France , & a fait arrê
ter plufieurs de fes vaiffeaux
qui fervoient à ce commerce.
La Hollande en demande la reftitution,
& menace même d'accorder
des repreſailles , fion ne
les luy rend , & de ne rien fournir
pour la guerre de Portugal.
Elle fait connoistre hautement
qu'elle eft convaincue que cette
guerre ne peut réüllir , & declare
qu'elle n'aura plus que
cette année la complaifance dy
envoyer du monde & des vaiffeaux.
Elle eft perfuadée que la
Religion donne de l'horreur
GALANT 377
3
aux Portugais pour cette guers
re , que les Grands du Royaume
& les Miniftres n'afpirent
qu'à la paix , & que le Roy
même cherche les moyens d'en
fortir . Quant aux Anglois , ils
font tellement portez pour la
continuer qu'ils ont fait un
Traité avec le Roy de Maroc
pour luy aider à prendre Ceu
ta , & pour luy faciliter les
moyens de faire des conqueftes
en Efpagne, S. M. C. leur eft
tres - obligée de ce Traité qui
luy donnera moyen de trouver
de l'argent & des foldats en Efpagne,
encore plus qu'elle n'auroit
fait , quoi que fon armée ,
qui doit agir contre le Portu
gal , foit de 3000c , hommes d'infanterie
& de 8000. chevaux ;
Ii iij
378 MERCURE
mais il y a lieu de croire que ce
nombre augmentera, cette guer.
re devenant de plus en plus une
guerre de Religion , & n'eftant
faire que pour défendre l'entrée
d'Eſpagne aux Anglois ,
aux Hollandois & aux Maures
, qui profeffent tous des Religions
contraires à la Catholique
, qui regne uniquement en
Efpagne , & pour laquelle les ,
Efpagnols répandroient jufqu'à
da derniere goutte de leur fang,
ainfi que pour la confervation
de leur Roy ; ces peuples ayant
toûjours efté attachez à leur
Religion avec une conſtance
inébranlable , & à leurs Rois.
avec une inviolable fidelité . On
ene fçauroit affez s'eftonner du
Traité que les Anglois ont fait
A
GALANT 379
ཎྞཱ ,
avec le Roy de Maroc , & l'Archiduc
doit eftre le premier
s'en plaindre , puiſqu'il ſemble
qu'ils veulent le faire partager
la Couronne d'Espagne avec les
Maures. Lear politique eft inconcevable
, & il leur feroit impoffible
de mieux faire , s'ils
avoient deffein d'agir contre
leurs intereſts. Pendant que
tout le prépare du cofté d'Éfpagne
& de Portugal pour l'on
verture de la Campagne , Monfieur
le Duc de Savoye continuë
de demander du ſecours
avec les plus fortes inftances.
On luy en promet depuis un
an. Il y a trois mois que Monfieur
le Prince Eugene eft nommé
pour le commander. Co
Prince eft fur le point de pare
19
380 MERCURE
tir il y a plus de deux mois
mais ne voulant point rifquer
fa reputation , il ne veut point
marcher que ce fecours ne foit
déja avancé. Il follicite tous.
les jours l'Empereur , mais plus
la faifon avance , plus les Mé .
contents font de progrez, &
moins l'Empereur fe trouve en
eftat de luy donner les troupes
qui ont efté plufieurs fois fur
le point de marcher . Les Danois
ne veulent point partir
fans qu'on leur ait pavé ce qui
leur eft dû, & cette affaire n'eft
pas encore terminée Les troupes
de Brandebourg , qui doivent
paferen Italie , felon le Traité
fait avec M Marlborough ont
toujours differé leur marche
depuis plus de trois mois , fous
GALANT 381
divers pretextes , mais l'on com
mence à affurer qu'une partie a
commencé à marcher le 24 de
ce mois. Voila en quoy confif
tent les Troupes qui doivent al
ler fecourir Monfieur le Duc de
Savoye , aufquelles fe doivent
joindre quatre Regimens de
Monfieur l'Electeur Palatin ;
mais ces Troupes ont bien du
chemin à faire avant que d'arri
ver devant Veruë pour le fecourir
, & tous les difcours que
les Alliez tiennent là- deffus ne
peuvent éblouir les peuples les
plus groffiers : cependant Monfieur
le Grand Prieur , qui doit
le premier avoir affaire à ces
Troupes fi long- temps promifes
, & encore plus long- temps
attendües , fe met en état de les
382 MERCURE
$
bien recevoir, & s'eſt ſervi d'une
précaution qui les doit fort em.
baraffer , & qui en fera perir
beaucoup fi elles ofent avancer ,
puifqu'il a fait conſumer ou fait
enlever tous les vivres , & tous
les fourages des lieux par où
elles doivent paffer pour venir
à luy . Pendant toutes ces menaces
des Ennemis , les recruës
de l'Armée de Monfieur le Duc
de Vendofine avancent journellement
, & il recevra bientoft
plus de 20000 hommes.
Les Troupes qui font emploïcés
dans le Comté de Nice pourront
auffi avancer , aprés leur
expedition , & les Ennemis auront
beſoin de toutes les Trou-
'pes qu'il publient qu'ils auront
en Italie, non pas pour attaquer,
I
GALANT 383
mais pour le deffendre . Quant
aux affaires de la Guerre qui
regardent le Rhin , la Mofelle,
la Meufe & la Flandre , il feroit
malaifé d'en parler jufte . Il
paroît que les plus grands efforts
de part & d'autre doivent être
fur la Mofelle , & que les autres
Armées ne feront formées que
de ce que l'on ne jugera pas à
propos d'envoier de ce cofté là .
Il y a trois mois que les Enne
mis menaçojent beaucoup , mais
ils ont changé de ton & de manieres
, & il y a même lieu de
préfumer qu'aprés tures leurs
menaces , ils feront reduits à fe
deffendre .
P
Vous trouverez dans la Lettre
que vous allez lire , en quel
état étoit le frege de Verue le
384 MERCURE
jour qu'elle à efté écrite.
Au Camp devant Veruë le 20.
Mars. Sing
25
• Les affragencontinuent àfe défen
dr . Lagarnifon s'eft retirée dans lt
Donjon . La brécke dès trois enceintes
eft figrande que 6. bataillonsy peùvent
monter. On croit toûjours qu'on
ne donnerapointd'affaut à cauſe des
mines ; parce qu'on efpere d'obliger
dans peu la garnifon àſe rendre pris
fonniere de guerre par la faim
nayant de vivres tout au plus que
pour jufqu'au 28. de ce mois ; joint
à cela que nous avons 32. pieces de
canon dix mortiers qui titent
de toutes parts. Monfieur de Vendofme
a ordonné qu'on fift tirer 6a.
coups parjour à chaque piece de ca.
GALANT 385
mon , & a fait redoubler le fervice
de mor tiers,
1l eft à remarquer que la gar
nifon s'étant retirée dans le
Donjon , qui eft le lieu où l'on
fe retire ordinairement pour
capituler , lors qu'il y a de ces
fortes de fortifications dans une
Ville , la Ville doit être prefque
regardée comme ſi l'on en
étoit en poffeffion , puifqu'elle
ne fe deffend plus .
Vous trouverez dans la Lettre
fuivante des nouvelles du
fiege de Nice , & vous y verrez
la justice que l'Officier qui
écrit rend au zele , & à l'acti
vité de Monfieur le Duc de la
Feüillade.
Mars
1705: Kk
386 MERCURE
Au Camp devant Nice
le 20. Mars.
28-129030 231-800 A 19713 Tauq
1107
La trenchée eft à prefent à deux
cent toifes de la Place. Ily auroit
eu plus de diligence fans la pluye
qu'il a fait pendant deux jours, qui
a rempli la trenchée d'eau. On ne
feauroit gueres plus avancer fans
Le fecours du canon & des munitions ,
gue l'on attend icy depuis dix jours.
Vous avons deux mortiers avec lefquels
on a jette environ 150. bombes
dans la Ville , dont une a mis
Le feu dans un Magafin de fourage;
qui a efte entierement bruflé , fans
avoir neanmoins fait aucun dommage
aux maisons. Monfieur le
Duc de la Feuillade a fait venir
deux pieces de canon d'Antibes ,
4
1
CALANT 387
qu'on a mis bien mis hier en batterie
, &
dont on doit fe fervir
aujourd'huy
a
boulets
rouges . Il ne
pour tirer à boulets
fou
paroitpas que le Gouverneur veüille
fe rendre qu'il n'y foit forcé par une
breche. Ilfait un feu continuel far
la trenchée & par tout ailleurs on
il paroit du monde. Il a environ
30 pieces enbatteries tant à la vil
le qu'au Chateau , nous n'avons eu
cependant jufqu'à prefent que 30 .
foldats tuez ou bleßez. Noftre General
eft continuellement
en mouvement
, tant à Ville - Franche qu'icy
; ilfe trouve par tout , vifitant
tous les jours la trenchée & les poftes
des Grenadiers , qui font à la
tefte des ouvrages
, où il s'expofe
beaucoup.
On a debarqué le canon , les petits
mortiers & beaucoup de munitions
Kk ij
388 MERCURE
que Mr de Roannez a amenez fur
les galerės. Mr les Chevalier de
Rage andùmpartir sæujourd'huy de
Toulon pour venthighmA 5: 103
L'attaque du Chateau de Ville-
Franches a esté faite le même jour
que nous avons ouvert icyla trenchée
Aaffi-tôt qu'ilfera pris en
S'attachera aux Forts de Montalban
, & de S. Hofpitio
:
Mr le Marquis de Gevandan
eft entré avec cinq Bataillons dans
Pignerol , où il resterand to get
Je vous ay parlé de l'ouvertu
re de la tranchée devant Nice,
mais je ne vous ay pas dit qu'el-
Je fut ouverte par Mr de Vergetor
& par les deux Bataillons
de Sourches , & par 3. Compagnies
de Grenadiers. Mr le
Gouthail premier Brigadier des
GALANT 389
"
Ingenieursa la conduite de Pactaque
, & Mr Filey Maréchal
de Campo fait la fonction dans
eette Armée de principal Ingenieur.
Ilen fervoir à Landau
lorfque cette Place fut repriſe
par Monfieur le Maréchal de
Tallard . On affure qu'on tire
du Château de Nice s. ou 600 .
coups par jour ; mais que les
travaux des Affiegeans font fi
bons qu'il n'y a encore eu que
fept ou huit Soldats tuez des
éclats de Canone va quevel
Le Roy a donné à Mr de
Bourbitou , Colonel d'un Regiment
d'Infanterie , fon agré
ment pour acheter une Lieutenance
dans le Regiment des
Gardes Francoifes , en confervant
fon rang de Colonel , Mr
Kk iij
390 MERCURE
de Biofe a acheté le Regiment
qu'avoit Mr de Bourbitous
Dorsovs saving mol , iobase
J'apprens dans cell moment
les nouvelles fuivantes , je croy
qu'elles feront confirmées par
le temps.
I as pobladm
Les Mécontens ont pouffé
les Imperiaux jufque dans les
retranchemens des Fauxbourgs
> de Vienne & leur ont tué
beaucoup de monde.
Monfieur le Prince Eugene
n'eft pas parti pour aller en
Italie , comme on l'avoit dit .
On affure que l'Empereur a
contremandé la plus grande
partie des Troupes qui y des
voient paffers pour les envoyer
en Hongrie contre les
Mecontens.
GALANT 391
-
Tous les Vaiffeaux que Monfeur
le Duc de la Feüillade
attendoit ,font arrivez avec toute
l'Artillerie , & les Munitionsal
-
25evila
Mr. Amelot a efté nommé
Ambaffadeur en Espagne à la
place de Monfieur le Duc de
Gramont . Trois ordinaires
d'Angleterre ont manqué. Je
fuis , Madame , vôtre & c .
à Paris ce 31. Mars 1705、
as molla AVIS . AVIS 260 fiya
On debiterale Mercure
d'Avril le 6. de May .
› Avis pour placer l'Eftampe,
Elle doit regarder la page. 306.
TABLE
P
Core A & biroman
• Relude radost benoitamisto♬
Lettre fur le Traité de la Pâque,
mejiwarshi
Journal du voyage du General des
Mathurins en Espagne,
Ceremoniefaite à Alby.
43
60
Deux, Lettresfur une nouvelle dé-
Couverte d'Eau Minerale à Aix
en Provence.
Premier article des morts.
Mariage.
Article templi d'erudition.
66
104
114
116.
S. A. R. Monfieur le Duc d'Orleans
vifite le cabinet des Médailles &
tout ce qu'ily a de curieux dans
ce lieu
132
Second article des morts. Med 136
Le beau temps des Mufes,sexy 154
Madrigal.
Blog e de Mr l'Evefque de Meaux
158
TABLE
prononcé à Rome.
Nominations d'Evêchezen Allemague
& en Espagne.
193165
Differtationfur la Lune Pafchale, 232Jas
10 to payou 25
Sacre de Mr Evêque d'Auxerre,
175
1197
M
19258198
207
Nouveaux Elemens de Mathematique
and b sum
Traité du Bonheur.
Carte qui reprefente la feance des
Eftats de Languedoc.
Traifiéme article des morts .
210
11
Rang de Maréchal de Camp donné a
Mr le Comte de Renepont & Jon
Regiment donné à fon fils . 224
Reponfe de Mr de Rouviere à un
Libelle diffamatoire , dans lequel
le publicfe trouve intereffe. "230
Relation des Ceremonies faites à
la benediction de lapremierepier
TABLE
~ re du Port S. Charles fur la Mer
20Mediterranée à l'embouchure de
la Riviere d'Aude,prés de Nar-
Abonne T
238
255
Article des Cevennes.
Quatrieme article des morts , par
mi lesquels on trouve la mort d'un
homme agéde 110. ans. 252
Koyage du Roy d'Espagne à Ef-
" curial. 269
277
282
·Benefice donné à Mr l'Abbé de
Luzignan.
Life des Officiers de l'Efcadre des
Vaiffeaux de Malthe
Relation de ce qui s'et paffe dans
les réjouiflancesfaites par la Na.
tion Françoife de Smirne à l'ot,
cafion de la Naiffance de Monfeigneur
le Ducde Bretagne . 291
Avantages remportez par deux de
nospartis
304
TABLE
Portrait du Roygravépar Mr Thomafin
d'aprés Mr Rigault . 306
Eftat de tous les Regimens donnez ,
de ceux qui ont efté vendus depuis
3 maderniere Lettres des Gouvernemens
donnez par le Roy && des
autres graces faites par S. M.
ainfi que des emplois militaires
achetez.
Revuefaite par le Roy des 4. Com
pagnies des Gardes du Corps. 312
Revue des Gardes Françoifes &
307
Suiffes.
314
Audience donnée par le RoyalEnvoyé
extrordinaire de Suede. 315
Nouvelle Carte
d'Allemagne 317
Officiers nommez pour commander en
divers endroits,
83-319
Mr de Montpipau eft nommé Colonel
du Regiment de Condé & MT
de Cafaux Aide- Major general
TABLE.
de l'Armée de Mr le Maréchal
1797 73 20 de Marcin.
Suite du Siege de Veruë, idem.
Retraite de Monfieur le Duc de Sa-
→ voye de Crefcentin, & ce qui s'eft
paffé depuis fa retraite. 344
Suite du Siege de Gibraltar.353
Détail de tout ce qu'a fait Mr le
Duc de la Feuillade depuis fon
* depart pour Villefrauche. 360
Fregatte arrivée à la Rochelle dont
la charge eft eftimée plus de
millions.
4.
373
Situation prefente des affaires de la
guerre. 374
Suite du Siege de Veruë. 385
Suite du Siege de Nice. 385
Agrémens donner pour des Regimens.
389
Nouvelles diverfes. 390 &391
m
17053
Mercure
t
T
<36624505200012
<36624505200012
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MARS , 170s .
A
PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Con
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffic
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix , Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC V.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Sharsh bliothek
ten
.
AULECTEUR.
a
ILy alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres rèiterées
qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires
qu'on envoje
pour efire employez , on ne
glige de le faire , ce qui est
cause qu'il y en a quantité
AU LECTEUR :
de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
MARS
1705.
EPere Gaillard, Jefuite,
qui prêche le Carême
Verfailles devant le à
Roy , ayant préché ſuivant l'ufage
ordinaire , le jour de la
Purification , devant ce même
Prince , reçut de grands applau-
A iij
6 MERCURE
diſſemens . Voicy quelques fragmens
de ce premier Sermon ,
qui ont été retenus par des perfonnes
dont la mémoire cft des
plus heureuſes.
Aprés que ce Pere eût loüé le
Roy fur la pieté , & fur ſes autres
vertus Chrétiennes
, il parla
ainfi à ce grand Prince : Que
fert au bien des Peuples e à la
douceur de leursjours que le Prince
place les bornes de fon empire audelà
des Terres de fes ennemis :
Qu'ilfaffe de leurs Souverainetez
des Provinces
de fon Royaume
:
Qu'il leur foit également Superieurpar
les fiéges & par les baGALANT
7
tailles : Que les Nationsfe liguent
enfemble pour fe défendre & pour
l'arrêter : Que leur Monarque ait
la confolation de voir les Princes
fes petits-fils foûtenir ou accroitre
fes deftinées ; fuivre les traces augustes
de leur victorieux Pere, &
imiterfa bonté , fa docilité , fon
équité , fa vigilance & fon intrepidité
; fi trifte & inquiet, j'y vivois
dans l'oppreffion ; fi à couvert
des courfes de l'ennemi ,je me trouvois
expofe dans les places où dans
les rues d'une Ville au fer d'un
affaffin , e que je craigniffe moins
dans l'horreur de la nuit d'êtrepillé
où égorgé dans d'epaiffes forests,
A
iinj
8 MERCURE
que dans fes carrefours ; fi foible
feul de mon parti , j'avois à
fouffrir dans ma retraite , du voifinage
d'un Grand, &fi l'on avoit
moins pourvû à me faire justice
defes entrepriſes ; fi je n'avois pas
fous ma main autant de maîtres
& d'excellens maîtres pour
élever
mes enfans dans les Sciences , où
dans les Arts , qui feront un jour
leur établissement ; & fi enfin par
les ordres du Prince , je n'étois pas
auffi content de ma fortune , qu'il
doit lui- même par fes vertus l'être
de la fienne. Dans un autre endroit
cetOrateur continua ainfi :
Sous un très-grand Roy ceux qui
GALANT 9
que
>
tiennent les premieres places , n'ont
des devoirs faciles que l'on
remplit fanspeine ; Tout coule de
fource. L'autorité & le genic du
Prince , qui eft à leur tête , leur
applaniffent les chemins, leur épargnent
les difficultez Que de dons du
Cielnefaut-ilpaspour bien regner!
Une naiffance auguste , un air
d'Empire & d'autotorité, un vifage
qui rempliffe la curiofité des
Peuples empreffezà voir le Prince
, & qui conferve le refpect dans
le Courtifan : Il faut qu'il ait
l'efpritfacile& infinuant ; le coeur
ouvert & fincere,& dont on croye
voir le fond, & ainfi tres-propre
10 MERCURE
àfe faire des amis , des creatures
& des Alliez un fecret toutefoisprofond
& impenetrable dans
fes motifs & dans fesprojets ; qu'il
ait du ferieux & ddee llaa gravité
dans le public ; qu'il ait une maniere
de faire des graces qui foit
comme unfecond bienfait ; qu'il ait
une étendue de connoiffance , qui
buy faſſe tout voir par ses yeux;
qu'il agiffe immediatement & par
lui-même ; Que fes Generaux ne
foient, quoy qu'éloignez de luy
que fes Lieutenans ; les Miniftres
que les Miniftres. Ilfaut en un
mot, qu'un Prince fçache vaincre
ufer de la victoire ; qu'il fçache
GALANT II
donner des regles à une vaste ambition
, & qu'il apprenne à ſes enfans
jufqu'où l'on doit conquerir.
Ces admirables vertus que chacun
renferme dans l'idée qu'il feforme
d'un veritable Souverain, nefontles
elles pas ·le portrait naturel du
grand Monarque qui commande
en France ? Ne peignent-elles pas
SIRE,V.M. au naturel ? & un
Monarque , qui comme vous ,
raſſemble toutes en fa perfonne
n'eft-il pas bien digne du nom de
GRAND , que toutes les Nations
de l'Europe , celles-mêmes lesplus
conjurées à vôtre perte , n'ont pú
refufer de vous donner , & que
12 MERCURE
vous avez enfin obtenu du confentement
unanime de tous les Peuples
de la terre , ce qui eft plus
beau , SIRE , fans l'avoir demandé.
Je croy ne pouvoir vous envoyer
le difcours fuivant dans
un temps plus convenable à
fon fujet.
COPIE.
D'une Lettre écrite au Pere
Lamy , Prêtre de l'Oratoire,
fur fon Traité de la Pâque.
MON R. PERE ,
Favois prouvé par une de mes
Lettres à un Abbé de mes Amis
GALANT 13
que Fefus-Chrift n'avoit pas efté
crucifié tout nud , bien qu'il eût efté
dépouillée
j'écrivois contre fa
reponse , lors que tombant fur le
verfet de S.Jean qui vous fait
avancer queJesus-Chriſt nefit pas
la Pâque legale la veille de fa
mort, je crus que la difficulté qu'il
me faifoit naitre venoit de mon
peu de capacité & de mon infuffifance.
Je m'attachay d'abord à
ce verfet pourle concilier avec les
trois Evangeliftes
, qui luy fant
oppofez en apparence , & j'eus le
bonheur d'y réuffir en moins de trois
femaines. Favois laißé croupir
pendant quelques années cette im-'
14 MERCURE
a
portante Decifion , lors que achetant
l'Ouvrage
que Scaliger afait
De Emendatione
Temporum
,
j'y vis les difputes qu'elle avoit
caufe jufques à partager l'Eglife ;
la Grecque difant que Jesus - Chrift
avoit anticipé
ce repas misterieux
,
& la Romaine foutenant
l'opi- -
nion contraire
. Jy vis comme ce
celebre Auteur avoit autre fois
fuivy la derniere , & comme il
avoit quitté fon fentiment
pour
embraffer
celuy de la Greque ; jy
vis fes raifons pour la foutenir,
dont connoiffant
la foibleffe
, &
même la faufſeté
, je refolus de
donner au Public
ce que j'avois
GALANT 15
découvert par l'Ecriture même.Je
témoignay mon intention à un Libraire
de cette Ville , qui m'aprit
que vous aviez travaillé für ce
même fujet , j'achetay vôtre Ouvrage
; je l'examinay & je connus
d'abord lefort & lefoible de
vos raifons& de celles de tous vos
Adverfaires. N'en étant donc
point contentpar les difficultez infurmontables
qu'il mefait naitre,
Souffrez , mon Reverend Pere ,
que je vous les propoſe pour que
vous meffaaffffiieezz la faveur de me
les lever par une de vos reponses.
Je commence par les Azymes :
Vous dites qu'il n'étoit pas permis
16 MERCURE
·
de faire aucune oeuvre fervile
pendant ces fept jours ; je ne le
trouve point dans l'Ecriture , ny
ne l'y trouveray jamais , fi vous
me refufez la grace de m'en apprendre
le Livre & le Chapitre.
Elle parle , je le fçay , du premier
& du feptieme comme de
deux Feftes folemnelles , mais elle
ne dit rien des cinq qui font entre
deux , Moife aiant pris garde de
ne pas écrire dans votre fens , par
ce qu'il eft entierement oppose à
l'ordre qu'il
Dieu par fon Ange. Septem. diebus
, dit ce. Legiflateur , Azyma
comedetis ; in primo die non
en avoit reçeu de
GALANT
17
erit fermentum in domibus veftris
: quicumque comederit fermentatum
peribit anima illa
de Ifraël , à primo die ufque ad
diem feptimum. Dies prima
erit fancta atque folemnis , &
dies feptima eâdem feftivitate
venerabilis ; nihil operis facietis
in eis , exceptis his quæ ad
veſcendum pertinent , il
femble , où je me trompefort , mon
Reverend Pere , que ces mots ; nihil
operis facietis in eis , fe raportent
à dies prima & dies feptima
, & non pas à ceux là ; ſeptem
diebus Azyma comedetis,
parce que s'il avoit falu s'abſte
Mars
1705. B
J
me
18 MERCURE
1
ces
nir des oeuvres ferviles pendant
fept jours , Dieu auroit dit
fans doute; feptem diebus Azyma
comedetis , nihilque operis
facietis in eis , &c. ce quiferoit
clair. Pefez , je vous prie , ce que
j'avance , conferez-le avec le Levitique,
vous trouverez , je m'en
flatte, queje n'aypas tort ; joignezy
le 28. ch. des Nomb. depuis le
17. verfetjufques au vingt-fixiéme.
Examinez le Deuteronome de-.
puis le 1. verfetjufques au 9. vous
direzfans doute avec moi queDieu
n'ajamais exigé defonPeuple qu'il
fift 7. Fiftes continues , que Mr de-
Sacy s'eft trompé en traduifant ce
GALANT 19
ne
verfet , qooique Scaliger plu
fieurs graves Auteurs l'ayent ainsi
crú ; quoique , dis-je , vous l'ayez
approuvé mêmefoutenu . Je
dis rien decesfept& huit jours des
Azymes que vousfaites commen
cer à lafin du 1 3. ou au commence→
mentdu 14. du mois , le refervant
pour une autre occafion , afin de
pafferinceffament à la Pâque. Je
vous prie pour cet effet de remar
quer que cette Fefte & celle des
Azymes eft la même , qu'elle com
mence par confequent en même
temps , bien vous les diftinguiez
& que vous faffiez com
mencer la derniere 24 heures avant
que
Bij
20 MERCURE
la Pâque , qui commençoit precifement
au coucher du Soleil du 14...
de la Lune de Nifan . Si donc la
Pâque & les Azymes commen
çoient le même foir & au même
moment, comme l'on ne peut le nier
àcaufe de l'Exode, qui dit de l'Agneau
Paſcal ; Et fervabitis cun
ufque ad quartam decimam
menfis hujus , immolabitque
eum univerfa multitudo filiorum
Ifraël ad vefperam , e
touchant les Azymes ; Primò
menſe, quartâ decimâ die menfis
ad vefperam comederis Azyma
, &c. Si donc , dis-je , la Fefte.
de Pâque où des Azymes commen→
GALANT 21
cele 14.aufoir, que S.Matthieu
nous dife ; Primâ autem die Azy?
morum accefferunt Difcipuliad
Jefum dicentes , ubi vis paremus
tibi comedere Pafcha ,
& Saint Marc : Et primo dic
Azymorum , quando Paſcha
iminolabant , dicunt ei Diſci
puli ; quò vi's camus & paremus
tibi ut manduces Pafcha-
S. Lucenfin,venit autem dies
Azymorum in quâ neceffe erat
occidi Pafcha, & mifiit Petrum.
& Joannem dicens :euntes parate
nobis Pafcha , ut manducemus,
c.Sidonc,dis je , la Fefte de
Pâque celle des Azymes com
22 MERCURE
mencent dans le même moment, &
que lepremierjourdes Azymes qui
eftparconfequent le 1. de la Pâque,
auquel il falloit l'immoler , Jefus
Chriftenvoye Pierre &Jean pour
la preparer , Jefus- Chrift la mangea
quand l'heurefuft venue.Vous
ne prendrez pas fans doute ce primò
die Azymorum pour le premierjournaturel
qui eft le quinze ;
car vous feriez par là que Jeſus-
Chrift ordonneroit la preparation
de la Pâque 24. heures plus tard
qu'il nefaut ce qui feroit fi contraire
à la Loy qu'il eft inutile de
le refuter outre que le 13. Chap . de
le premierepartie de voftre Ouvra
ge, tit. 1. pag. 2.5. me perfuade
mo
GALANT 23
affez que vous n'entrerez jamais
dans ce fentiment ; maisparce que·
vous affoibliffez la force des
paffages dans voftre traduction
il est bon d'en examiner un
quel qu'il foit , pourveu qu'il
foit de l'Evangile. Je prens celuy
de Saint Matthieu , où je vois
clairement que Fefus- Chrift fit lä
! Pâque legale la veille de fa mort,
puifqu'ildit : Prima autem dic
azymorum accefferunt Difcipuli
ad Jefum dicentes ; ubi vis:
paremus tibi comedere Pafcha?
at Jeſus dixit , ite in civitatem
ad quemdam , & dicite ei , magifter
dicit , tempus meum
24 MERCURE
·
propè eft , apud te facio Paſcha
cum difcipulis meis, & fecerunt
Difcipuli ficut conftituit illis
Jefus ; & paraverunt Paſcha . Il
eft clairpar cepaffage que les Difciples
preparerent veritablement la
Pâque , c'est-à-dire , l'Agneau
Pafchal ordonnépar la Loy ; Saint
Marc , ny S. Luc ne vont pas
contre ma Doctrine,fil'on les prend
dans le veritable fens , eftant certain
qu'ils auroient écrit , & paraverunt
quæ Pafcha , requirit:
exigit , ou quelque chofe femblable
, non pas ; paraverunt
Pafcha , comme ils font , s'il falloit
croire que les deux Difciples
preparerent
GALANT
25
"
ر
preparerent feulement ce qu'ilfalloitpourla
celebrer. Si vous dites
vray mon Reverend Pere , la
Loy de Dieu ne fubfifte plus , auffi
ne sous en mettez- vouspas fort
en peine , puifque vous lepubliez
hautement dans votre fecondChapitre
& ailleurs .Je nesçaurois cependant
me perfuader ce que vous
dites - là , parce que l'Ecriture
m'apprend que toutes les Pafques
fe devoient faire avec les mêmes
ceremonies que la premiere , &
c'est ce que je foutiens. Jugez - en
vous- mêmes par le paffage que je
Jous raporte ; Cuftodi verbum
iftud legitimum tibi & filiis tuis
Mars
1705 . C
26 MERCURE
ufque in æternum . cùmque
introïeritis terram quàm Dominus
daturus eft vobis , ut
pollicitus eft , obfervabitis ceremonias
iftas , lifez le 14. verf.
le 17.& 42 , du même Chap . vous
ny trouverez rien qui ne mefoit
favorable ;joignez-y le 3. le 5.0
le 10. du même livre, vous y verrez
qui de nous deux eft le mieux
fondé :fi vous pefez enfin le 3. le
5. le 14. verfets du 9. Chap.
des Nomb. vous conviendrez que
tout y eft contre vous. Je viens
maintenant au renversement general
de cette Loy que je remarque
dans voftre Syfteme . Premierement
GALANT 27
vous transferez lapreparation de
cet Agneau Pafcal qui fe faifoit le
dix deNifan au 13.du même mois,
Secondement vous faites immoler
la Pâque dans le Temple ,
tandis que chaque famille doit
l'immoler chezfoy, à quoy L'Evangile
s'accorde parfaitement
bien : Philon celebre Auteur
vous declarez hautement Schif
matique , le dit en termes bien
formels ;Lactance S. Auguſtin
leprouvent dans l'endroitque vous
combattez , en nous voulant infinuer
que ces deux graves Auteurs
ignoroient ce que les Juifs pratiquoient
de leur temps ce qu'ils
que
Cij
28 MERCURE
leur voyoient peut- eftrefaire.Troifiemement
vous faites repandre au
pied de l'Autelle fang de cet Agneau
, tandis que
que l'on doit en afperger
le haut& les deuxpoteaux
de laporte de la maison où l'on l'a
tué, &quand bienje n'auroispas
raifon je trouve le Levitique
1 .
11.7.8 . & leDeuteronome
12.
17. qui vousfont contraires. Quatriémement
vous faites que
Juifs ne mangentpoint cet Agneau
tout entier , contre le Commandement
exprés que Dieu leur en avoit
fait, puifque vous en faites brúler
lagraiffe fur l'Autel. Je ne dis
rien de la poſture , me contentant
les
GALANT 29
5
de vous prierinftamment de m'apprendre
quel est le verfet de l'Écriture
qui obligea les Ifraëlites à
le manger debout ; chez qui vous
avez trouvéque Jesus-Chrift
fes Apôtres eftoient affis quand il
fit fon dernier repas , & quel eft
l'Evangile qui donne lieu de croire
Jefus - Chriftne communia pas
Judas avec le refte des Apoftres.
Cinquièmement vous faites faire
àce Peuple deux repas confecutifs
la Loy ne parle que d'un
que
bien
que
t
S
t
feul ; vous obligez enfin par vôtre
tour ingenieux la plus grande
partie des Juifsàfuprimer la Paque
, ny ayantfelon voſtre Syſteme
C iij
30 MERCURE
que ceux qui estoient , ou qui s'étoient
rendus à Jerufalem quipuf
fent la celebrer dans le temps que la
Loy les obligeoit à la faire le 14.
de la Lunc de Nifan ,fonspeine de
la vie,àmoins qu'ils nefuſſentimpurs
où loin de chez eux , eftant en
voyageparmy leur nation; car alors
ils de voient la transferèr
au 14 .
Second moit, & non plus tard. Je
prouve que plus des deux tiers du
Peuple ne pouvoient pas faire la
Pâque felon voftre Syſteme dans
le temps portépar la Loy. Premierement
aucune femme , parce qu'il
n'y avoir que les males qui dûſſent
fe rendre à Ferufalem ; cette Loy
du
GALANT ZI
cette
même n'estoit pas fi étroitement
commandée , que l'on nepuft s'en
exempter , comme l'on voit chez
Jofeph dans fes antiquitez l . 17 .
ch . 11. maisfurtoutpar les Villes
par les Châteaux que lesfuifs
deffendirent aprés la deftruction de
Metropole.Etfi vous rapellez
la chofe de plus loin , vous verrez
que perfonne ne fit la Pâque lors
qu'Aristobulus eftoit affiege dans le
Temple par Hircanusfonfrere,&
par Aretas Roy des Arabes, s'il
eft vray, comme vous avez preten
du leprouver, qu'il la faille immoler
dans le Temple . Où pouvoir
outre cela loger unfigrand Peuples
Cij
32 MERCURE
Philon comprend cette difficulté
lors qu'il nous dit dans voftre Livre
qu'unefeule region ou unefeule
Ville , felon voftre Systeme , ne
peut pas contenir une nation fi
nombreuſe qui s'est répanduë dans
tout le monde ; car enfin je n'exagere
point lors que je dis que faire
refter tout le Peuple JuifdansFerufalem
, c'est renfermer toute la
France dans unfeul Paris , chofe
inconcevable ! dont le Public
conviendra fi je vous prouve un
jour par l'Ecriture
qu'il y avoit
pour le moins douze millions de
Juifs du tempsdeDavid .Je vous
prie, au refte , de me marquer l'enGALANT
33
que
droit de l'Ecriture qui permet aus
Juifs de differer leur Pâque , juf
ques au 14. du fecond mois, parce
la Ville de Jerufalem n'étoit
pas affez grande pour les contenir
tous faites-moy voir qu'il
faille arrefter une Chambre le 13 .
comme vous l'écrivez carfans cela
fes endroits me paroiffent fufpects,
veu ce que vous dites à votrepage
140. & au 10. & II . verfets du
9. ch.des Nomb. que vous raportez
. Les enfans en fecond lieu ,
les nourrices , les malades , leurs
gardes & les bergers y auroient
manqué ; les premiers par l'impof
fibilité où l'embarras qu'auroit cau
34 MERCURE
fe le trajet, & les derniers à caufe
des Troupeaux , par ce que tout
feroit mort ou fe feroit égaré pendant
leur abfence , à moins qu'il
n'euſſent tout amené avec eux, ce
qui n'auroit pas affurement diminué
la difficulté de faire refter
tout cepeuple dans cette feule Ville.
Vous n'en trouverez plus fi
vous faites immoler la Pâque
dans la maison de chaque particulier,
comme je l'ay deja dit , com
me la Loy le porte, comme Philon
& les Docteurs que vous citez le
veulent , comme on le lit chez
Lactance, chés S. Auguftin & dans
l'Evangile, C'eft dans ce Syfteme
GALANT 35
que tout eft aplani. Philon n'eft
plus un Schifmatique
comme vous
voulez , s'il n'y a quelqu'autre
raifon qui le prouve ; les conftitutions
Apoftoliques , ny l'Hymne
de S. Thomas ne font point rejettez
; la troifiéme ſtrophe du Pangelingua
que vous paſſezfousfi
lence fe trouve exempte de cenfure
; le Concile de Trente refte
dans fon entier; l'Inquifition n'eft
plus accufée de faveur , defurprife
, d'ignorance , ny d'injustice
dans le châtiment qu'elle excerça
contre Vechietas , qui eut la hardieffe
d'écrire & de foûtenir que
Jefus - Chrift n'avoit pas inftitué
36 MERCURE
que
vous
la Sainte Euchariftie avec dupain
Azyme fentiment pour lequel
vous panchez , bien qu'on ne le
life pas ouvertement dans vôtre
Ouvrage. De-là vient
-avez introduit un buitiéme jour
des Azymes , au prejudice de fo-
Seph , auquel vous faites violence
pour le faire venirdans votrefentiment
, bien que Dieu faffe commencer
ces Azymes à l'heure meme
de la Pâque , parce que ce
n'est qu'une même fefte , comme je
l'ay dit. Enfin nôtre Vulgate n'eft
plus corrigée dans mon Systeme,
parce que je n'ay pas besoin de
dire comme vous , que le Texte
GALANT 37
:
Hebreu n'y est pas exprimé dans
toute fa force fentiment dont
vous vousfaites un merite & que
je ne voudrois pas foûtenir. Je
veux àprefent vous accorder qu'il
faille immoler la Pâque dans le
Temple ; que l'on y
l'on y doive comparoitre
à une heure aprés midy,
pour le plus tard; que cet Agneau
doive être prepare felon toutes les
maximes
que vous en prefcrivez C
fút
aprés les Rabins ; je vous dis que
les Apôtres l'ont fait parce que
rien ne m'oblige à croire que ce
fur le tard , comme vous le vonlez
, qu'ils demanderent à Jeſus-
Chrift quel étoit l'endroit où il
38 MERCURE
:
vouloit qu'ils luy preparaffent la
Pâque prenez s'il vousplaît les
Evangiles , vous n'y trouverez
pas un feul mot qui m'empêche de
croire que les Apôtres luy tinrent
ce difcours le matin de ce premier
jours des Azymes ,qui eft le 14. de
Nifan ; ils eurent donc le tems de
preparer à l'heure qu'ilfalloit;
Jefus- Chrift vint enfuite avec le
refte des Apôtres , é la mangea
quand l'heurefut venuë. Si vous
convenez enfin qu'ils mangerent
une Pâque commemorative ; n'éla
toit- ce
pas celle qui fe faifoit le
14. de Nifan , en memoire de
celle que les Ifraëlites firent auGALANT
39
1
tres-fois par l'ordre de Dieu lorfqu'il
voulut les delivrer de la fervitude
d'Egypte , & qu'il leur
ordonna de renouveller tous les
ans à pareil jour , & à la même
heure , comme je l'ay dit cy - deffus?
Si vous me le conteftez , faitesmoy
voir, je vous prie , l'autori
té de l'Ecriturefur laquelle vous
fondez cette Pâque commemorative
au 13. de Niſan , car pour
moy je n'y trouve rien qui favorife
vôtre opinion , & fur tout
dans ce tems où les Loix des
Juifs étoient dans toute leur vigueur
, comme vous le reconnoiffez
vous même dans la dou40
MERCURE
bleprifon de S.Jean-Baptifle . N'ou
bliez pas s'il vous plaît d'aporter
au moins un Paffage qui meprouve
que la folemnité de cette Fête ,
commençoit dans ce pretendu moment
, par la recherche du Pain
levé par un repas . Vous voyez
maintenant l'intereft que vous
avez, mon Reverend Pere , de
lever tous les doutes que je vous
propofe , & de combattre en mê-
"me-temps tout ce que j'établis ; car
fi vous ne lefaites pas ,
le
Verfet
de S. Jean ( qui eft lefujet de tout
votre Livre ) demande encore fa
veritable explication ; Les trois
Pâques d'Ezechias , deFoſias , &
GALANT 41
>
d'Efdras , la demandent auffi ;
tous vos Rabins font farcis de
contes & de fables ; votre Ouvra
ge tombe par confequent , & tous
vos Sectateurs ne fçavent plus que
dire. Je me flatte qu'il n'en fera
pas de même de mon opinion ,
quand elle paroîtra , parce que
jexpliqueray ces difficultez apparentes
par l'Ecriture même , en
luy donnant un fens aife , facile ,
naturel , celuy que tout le monde
a déja reçû comme le veritable.
Votre réponſe ou votre filence me
determineront fur ce projet ; mais
parce que vous proteftez dans l'a
vertiffement qui precede vos Re-
ن ب
Mars
1705.
D
42 MERCURE
flexionsfur la Lettre d'un Docteur
de Sorbone , à un Docteur de la
même Maiſon , & fur l'Hiftoire
Evangelique du R. P. Pezron
de l'Ordre de Cifteaux , qu'à moins
que des perfonnes de reputation &
d'une érudition diftinguée , ne propofent
quelques difficultez de confequence
, qui n'ayent point encore
efté affez éclaircies , vous garderez
abfolument le filence fur cette
Queftion ; je fais inferercett: Lettre
que vous receverz par la
Pofte , dans le Mercure Galant
dans lesJournaux des Sçavans que
l'on imprime à Paris & à Trevoux
, afin de vous y engager.
GALANT 43
Je
ne vous dis rien de la double
prifon de S.Jean-Baptifte , la refervant
pour mon Livre , où vous
verrez Scaliger avec nos fameux
Mathematiciens
fort embarraffez
,
les calculs de tous nos Chronologiſtes
entierementfaux. Je fuis
avec refpect, &c.
Cette Differtation eſt accompagnée
de plufieurs citations
, qui n'ont pû entrer dans
ce Volume , à caufe du
marge.
peu
dc
Le Pere de la Forge ayant efté
élû l'Eté dernier General des
Mathurins , dans un Chapitre
Cij
44 MERCURE
general tenu à Paris , ainfi que
je vous l'ay marqué , partit fur
la fin du même Eté pour aller
vifiter les Couvents que fon
Ordre a en Espagne. Il alla d'abord
à Barcelone où il arriva
le 9. d'Octobre de l'année derniere.
Le P. Miniftre du Couvent
de Barcelone , qui avoit
refolu d'aller au devant de luy
juſqu'à Perpignan , diftant de
trois grandes journées de Barcelone
, n'ayant appris ſa marche
que le neuf au matin , partit
auffi - toft pour le joindre au
lieu où ce General devoit diner
, auquel il le trouva . Ils
GALANT 45
partirent enfemble l'aprefdinée
, & fuivant les ordres qui
avoient eſté donnez par le P..
Miniftre , ils trouverent à une
lieuë de Barcelone , fept caroffes
remplis de perfonnes de
diftinction , & de plufieurs Re
ligieux de l'Ordre. Le P. General
monta avec quatre perfonnes
des plus qualifiées d'entre
celles qui étoient venuës
au devant de luy , dans un ca
roffe magnifique . Il trouva en
arrivant au Couvent que l'Ordre
a dans Barcelone , les Religieux
qui l'attendoient proceffionnellement
. Il defcendit
46 MERCURE
de caroffe , les fuivit au bruit
des Trompettes , des Hautbois,
& de quantité d'autres Inftrumens.
Il entra dans l'Eglife où
le Te Deum fut chanté alternativement
avec l'Orgue & laMufique
, & au fon de plufieurs Inftrumens
qui ne font pas d'ufage
en France. Le Te Deum étant
fini , & le P. General ayant fait
fa priere fur un carreau au pied
du grand Autel , il fe piaça dans
un fauteuil , où tous les Reli- .
gieux vinrent luy jurer obéïffance
, en luy baifant les mains .
Ce qu'il y eut de particulier , eft
que parmile nombre d'environ
GALANT 47
cinquante Religieux qui forment
la Communauté , le P.
Piguerolles , élû General pour
l'Eſpagne en 1688. luy jura la
même obéiffance que les autres.
Aprés cette ceremonie , il fut
conduit dans l'appartement
qu'on luy avoit préparé au fon
des Trompettes,des Hautbois,
des Violons , des Baffes de vio
le , & d'une grande Symphonie.
A peine fut -il entré dans
fa Chambre , qu'il fut compli
menté par un Gentilhomme,
de la part de M' le Viceroy de
Catalogne , & par un Ecclefiaftique
de la part de Mª l'E48
MERCURE
vêque de Barcelone . Pluſieurs
Gentils -hommes monterent
dans la même chambre , &
toute la Compagnie fut regalée
de liqueurs glacées. Le ro .
au matin le Viceroy envoya à
ce General un Gentilhomme ,
pour luy dire qu'il vouloit le
prévenir en luy rendant viſite ;
mais le P. de la Forge y alla luimême
fur l'heure. M'l'Evêque
lui envoya demander comment
il avoit paſſe la nuit , & le vint
voir l'aprefdînée , les Evêques
en ufant ainfi en Eſpagne , à
l'égard des Generaux d'Ordre.
Toute la journée fe paffa à recevoir
211
GALANT 49.
I
2
.
C
cevoir des complimens & des
5 vifites. Le Couvent de Barcelone
eft fort beau. Il y a trois
Cloîtres l'un fur l'autre , bien
percez par de belles arcades , &
foutenus par des colonnes tresdelicates.
Toute la façade du
dedans du Cloître eft d'une belle
pierre grife . L'Eglife eft auffi
d'une grande beauté ; ainfi que
le Refectoire qui eft vouté &
revêtu tout autour d'une maniere
de lambris de carreaux
d'Hollande , à la hauteur de dix
5 pieds. Il y a dans la Maifon
une magnifique Apoticairerie.
Le General arriva le 6. de
j
e
C
t
Mars
1705.
E
50 MARCURE
Novembre à Saragoffe, Capitale
du Royaume d'Arragon.
Les Peres Mathurins y ont un
Couvent des plus magnifiques;
il a efté commencé par Charlequint
& par le Pape Adrien
VI. Les Mathurins ont outre
ce Couvent un College
dans la Ville, & il y a tant dans
l'un que dans l'autre au moins
foixante Religieux . Le Pere
General y a reçû tous les honneurs
poffibles , & il a cſté vifité
par M' l'Archevêque de
Saragoffe , Viceroy du Royaume
d'Arragon.
Ce General continuant fa
GALANT 51
marche vers Madrid , y arriva
le 27. de Novembre. Il étoit
dans le Caroffe de Monfieur
le Duc d'Arcos , frere de Madame
la Ducheffe d'Albe . Cc
Duc avoit cfté au devant de
luy à plus d'une lieuë de Madrid,
avec un grand cortege de
Caroffes. Le P. General alla
defcendre au Couvent des Mathurins
qui eft le plus beau
Couvent de Madrid & dans
lequel il y a quatre- vingt Religieux
; auffi eft - il d'une magnificence
extraordinaire . Ce
General y fut tres bien reçû.Le
3 jour de fon arrivée il cut
с
E ij
52 MERCURE
une audience publique du Roy
& de la Reine avec les ceremonies
accoutumées en de pareilles
audiences , & huit ou dix
jours enfuite il eut une audience
particuliere du Roy , dans
laquelle S. M. C. luy dit plufieurs
chofes obligeantes , & luy
marqua le plaifir qu'elle avoit
de levoir à Madrid. Je ne puis
m'empeſcher d'ajouter icy ce
que j'ay vû dans une lettre de
ce Pere. Voicy en propres termes
ce que contient l'article
dont j'ay jugé à propos de
vous faire part. Fay eſtéfort
content aujourd'huy d'entendre
GALANT 53
dire à une des plus grandes Dames
d'Espagne , qu'à chercher de
l'Orient à l'Occident , on ne pourroit
mieux trouver que les Efpagnols
ont dans laperfonne du Prince
& dans celle de la Princeffe .
Il est vray qu'elle est charmante
& qu'on en peut efperer les plus
grandes chofes pour fon fexe &
pour fon rang. Le Roy est tresbien
fait , il est d'une douceur qui
enchante , & ce Prince a par deffus
cela , tout l'efprit & toute la
penetration poffible.
Ce Pere aprés avoir eſté régalé
à Madrid par plufieurs
Grands d'Eſpagne , pourſuivit
E
iij
54 MERCURE
fon voïage pour viſiter le refte
des Couvens de fon Ordre. Si
j'apprens ce qui s'eſt paſſé dans
ces vifites , je vous en feray
part .
En achevant cet article , on
vient de me faire voir une Lettre
écrite de Grenade , du 17 .
Fevrier, par un homme qui accompagne
le General des Mathurins
dans fon voyage. Voicy
un extrait de cette Lettre.
Le deffein du P. General étoit
d'aller de Seville à Malaga , où ой
fon Ordre a une tres - belle Maifon
; mais deux jours de pluye en
GALANT
55
ayant rendu les chemins impraticables
, le Superieur l'eft venu
trouver. Il apprit de ce Superieur
quependant le dernier combat Naval,
deux Communautez de Religieufes
, & te Chapitre de la Ca
thedrale de Malaga s'étoient retirez
chez les Mathurins , où on
leur donna des appartemens ſeparez
: Que depuis dix heures jufqu'à
la nuit , le bruit du canon
ébranloit toute la Ville : qu'ony
étoit tres-confterné, & que de leur
Maifon qui eft tres-élevée & diftante
de la Mer d'un quart
lieuë , on voyoit le feu & lafumée
de l'artillerie que le lende
de.
E iij
56 MERCURE
main la confternation fut encore
grande pendant toute la journée ,
parce qu'on ne fçavoit pas encore à
qui la victoire eftoit demeurée; mais
que lejourfuivant onfut fort réles
Ennemis
jouy
d'apprendre que
avoientperdu la bataille.
Pour vous donner des nouvelles
de Grenade où nousfommes prefentement,
je vous diray que laville eft
dans une fituation tres-fertile &
dans un climat tres-doux , quoique
les montagnes dont elle est au pied
foientfi élevées qu'ellesfont en tout
•temps couvertes de neiges ; ce qui eft
fortfavorablepourboire frais dans
les grandes chaleurs. Mr l'AicheGALANT
57
vêque honora prévint defa vifite
le P. General. C'est un Prélat
tres-gracieux & fort affectionné
aux deux Couronnes , & le nom
de Louis XIV. eft revere dans
Grenade. La Cathedrale eft la
plus belle d'Espagne , &fur tout
dansfon Sanctuaire, qui eft d'une
richeffe , d'un goût d'une architecture
admirable ; ce qui m'aparu
de plus curieux eft le Château
des Rois Maures appellé la Alhambra.
Les dehors de ce Château
ne marquent pas beaucoup ; mais
tous les appartemens du dedans
d'une structure morefque , font
d'ungoût fingulier & bien enten .
58 MERCURE
duspour les delices & pourlafraicheur,
dans un climat où les chaleurs
font grandes. Tous les appartemens
enfont voutez les voutes
les murailles enrichies de fculptures
, de Lettres de chiffres
arabefques ; ces appartemens font
auffi lambrissez en porcelaine &
pavez d'un beau marbre blanc. Il
y a une diftribution d'eau fi abondante
qu'il y a des fontaines jailliffantes
en chaque chambre , un
lieu deftiné pour les bains , un
pour lesparfums & un autrepour
la deffenfe , en cas de Siége. Et
en cas qu'on coupaft les eaux
qui viennent de loin , il y a un
GALANT 59
refervoir d'une grandeur immenſe
en forme de deux Eglifes fouterraines
, que l'on vuide de temps en
temps, pour le nettoyer , & qu'on
remplit enfuite pour fournir de
l'eau à la Ville entiere dans le
befoin.Ceux qui n'ont pas dequoy
boire à la neige y en vont querir
pendant les grandes chaleurs.
Charlequint avoit dans le même
endroit commencé un magnifique
Palais,qui n'a point eftéachevé. Il
y a uneCouren Collonnades d'un
marbre quiparoîtroit tres-précieux
s'il eftoitpoli , mais quoique brut,
l'ouvrage eft tres- eftimable.
Je fuis ravi que par tout où je
60 MERCURE
la
paffe, on me témoigne lagrande
finguliere estime qu'on a pour
perfonne , pour la puiſſance &
pour les auguftes qualitez du Roy
de France notre Souverain. :
Je vous parlai dans ma Lettre
du mois de Septembre 1700.
d'une celebre ceremonie qui fe
fit à Alby au fujet de la Tranflation
des Reliques de Saint
Clair , premier Evêque de cette
Ville & Apoftre de l'Albigcois .
M' le Goux de la Berchere qui
eftoit alors Archevêque d'Alby
& maintenant Archevêque &
Primat de Narbonne , en proGALANT
61
nonçant le jour de la Ceremonie
le Panegyrique
de S. Clair,
fit voeu de donner une Chaffe
d'argent pour conferver la Relique
qu'il procuroit à l'Eglife.
d'Alby. Il vient de s'acquiter
de ce voeu d'une maniere digne
de luy.
Le 31. du mois de Decembre
dernier il fit preſenter au
Chapitre de l'Eglife Metropolitaine
d'Alby une riche Chaffe
d'argent tres-delicatement travaillée
; c'eſt une Moſaïque d'un
bon goût. Ce même jour la
Relique fuft expofée pendant
toute la journée à la veneration
62 MERCURE
du peuple , & aprés Vefpres
elle fut portée en Proceflion
autour de la celebre Egliſe de
Sainte Cecile , & enfuite depofée
dans la magnifique Chapelle
de Saint Clair que Mr de
Narbonne a fait orner de peintures.
L'Eglife d'Alby n'avoit point
de Relique confiderable de ſon
premier Evêque ; c'eſt à Mr de
Narbonne qu'elle eft redevable
de celle qu'elle poffede prefentement.
C'eſt auffi ce grand
Prelat qui a renouvellé le culte
de cet Apôtre de l'Albigeois ,
qu'on ne peut plus invoquer à
GALANT 63
Alby fans fe fouvenir de celuy
quiluy a procuré unfi precieux
depoft.
C'a efté auffi pour entretenir
la pieté des Fidéles pour ce
grand Saint que Mr de Narbonne
a fondéune baffe Meffe
chaque Mecredy de l'année
dans la Chapelle de Saint Clair,
qui eft toûjours celebrée par
un Chanoine de l'Eglife Metropolitaine,
& où il y a grand
concours de Peuple.
Auffi- toft que le Chapitre de
l'Eglife d'Alby cut reçû ce beau
Monument de la pieté & de la
Religion de Mr l'Archevêque
64 MERCURE
de Narbonne, il crût qu'il étoit
de fondevoir de marquer à cet
illuftre Prelat fa reconnoiffan
ce ; c'eft ce qu'il fit au commencement
du mois de Janvier dernier
par une Lettre tres -refpectueufe
, à laquelle Mr de
Narbonne a repondu d'une maniere
tres- obligeante. Pendant
plus de dix- ſept ans d'Epiſcopat
il y a toûjours eu une union
tres-parfaite entre ce grand Prelat
& cette illuftre Compagnie,
il femble que cet efprit de paix,
foit refervé à Mr deNarbonne .
Dans toutes les Eglifes qui ont
eu le bonheur de l'avoir pour
.
GALANT 65
Pafteur , il a toûjours laiffé des
fruits de paix , d'union & de
charité . L'Eglife d'Alby l'amis
au nombre de fes plus illuftres
Pafteurs, & elle l'honore comme
le Reftaurateur de la Difcipline
Ecclefiaftique . Trente années
d'un Epifcopat laborieux
& paffé dans des vifites continuelles
n'ont pu ralentir l'ar
deur de fon zéle . L'année derniere
les Eftats de la Province
de Languedoc ne furent pas
plûtôt fins qu'il commença la
vifite du Dioceſe deNarbonne
,
qu'il n'interrompit que lors que
les affaires de la Province Pobli-
Mars 1705
. F
66 MERCURE
gerent d'aller en Cour , où fon
habileté dans les affaires de l'Efon
tat ne parut pas moins que
zéle & fa vigilance éclatent dans
gouvernement de fon Diole
céfe .
Je vous envoye deux Lettres
fur une nouvelle décou
verte d'Eau Minerale. Vous
trouverez dans la premiere ,
de quelle maniere cette découverte
a efté faite , & la feconde
vous apprendra les qualitez &
les vertus de cette Eau .
Ily a quelques mois que l'on
1
GALANT 67
fit dans la ville d'Aix en Pro
vence , une découverte qui merite
d'êtrefçûë , dont les Sçavans
ne feront pas fâchez d'eftre inftruits.
En abattant une Maiſon
qui menaçoit ruine , &qui appartenoit
aux Procureurs du Païs ,
on decouvrit aux côtez, des reftes
de chapiteaux , de corniches , e
d'autres monumens antiques ; ce
qui fit penſer aux ouvriers qu'ily
avoitpeut- eſtre eû autrefois dans
cet endroit-là quelque édifice confiderable.
Ils chercherent& trouverent
dans cesprecieux debris une
fource d'eau chaude , qui fortit de
terre àgros boüillons. Onfut dés-
Fij
68 MERCURE
lors perfuadé que c'étoit veritablement
dans cet endroit que les
Bains de Sextius étoientfituez; &
on n'en douta plus aprés qu'on eut
trouvé dans le même lieu , quantité
de Medailles & d'Infcriptions
qui confirmerent d'une maniere inconteſtable
ce que l'on s'étoit imaginé.
Cette découverte eft d'autant
plus confiderable , qu'outre que l'origine
& la fondation de la ville
d'Aix en deviendront par-là plus
affurées , la fource a une vertu
admirable pour guerir plufieurs
maladies , que les Medecins regardent
comme incurables & pour
lefquelles ils n'ont aucun remedt.
GALANT 69
Plufieursperfonnes en ont déja fait
une falutaire experience ; & on
voit aller à ces Eaux une infinité
de monde qui les rendront bien-tôt
auffi renommées que celles de Digne
& de Balaruc. Outre qu'elles ne
cedent en rien à celles- cy , elles ont
fur les premieres , qui font toutefois
tres -celebres , l'avantage d'a
voir une odeur moins défagreable.
Il feroit à fouhaiter qu'il y
euft à Aix des gens capables
affez amateurs de l'Antiquité
pour nous donner l'explication des
diverfes Inferiptions qui ont efté
trouvées dans ce trefor foûterrain.
M de Chafteüil Gallaup , de qui
on
د
70 MERCURE
je tiens la nouvelle de cette découverte
, eft tres - capable de la
donner , s'il en veut prendre la
peine. Le goût qu'il a pour les
belles Lettres, les lumieres qu'u
ne longue application luy a données
fur tout ce qui regarde l'Hiftoire
de Provence& de la ville d'Aix?
fa patrie , nous affureroient du
fuccés & de la certitude de fes
conjectures fur la découverte qui
a eftéfaite , s'il vouloit en faire
part au Public.
GALANT 71
LETTRE
Ecrite à M. M. M. fur la nouvelle
découverte d'une nouvelle
fource d'Eau Minerale
, faite à Aix en Provence.
MONSIEUR,
ប
Pour vous donner quelque
éclairciffementfur la nature fur
les proprietez de l'Eau chaude
qu'on vient de découvrir dans la
ville d'Aix , je dois vous dire ce
qui s'eſt paſſé au sujet de cette découverte
, &y ajouter les experiences
que j'en ay faites pour en
développer les principes , eftimant
72 MERCURE
Fe
qu'il n'enfautpas davantagepour
vous , Monfieur , dont le difcernement
eft fi furfur tout ce qui
concerne la Medecine.
ne m'arrêterai pas à vous
décrire la fituation & la beauté
de cette Ville , ny celle de fon territoiresy
aiantfait vos études pris
tous vos degrez; vousfçavez auffi
bien que moy , qu'elle abonde en
tout ce qui eft neceffaire pour paffer
la vie avec douceur : que les
rues enfont grandes & bien perles
édifices en fontfompcées
:
que
tueux
, &
qu'on
y
voit
encore
de
fort
beaux
reftes
de
l'Antiquité
;
fsavoir
,Tombeaux
, Infcriptions
,
Colomnes
GALANT 73
Colomnes , & autres chofes tresconfiderables
que l'injure du temps
a enpartie ou tout-à faitruinées.
Strabon rapporte que Caius Sextius
, General & Conful des Romains
, la fit batir l'an 631. de la
fondation de Rome , aprés avoir
foumis ce pays aux Romains , &
qu'il la nomma en latin , Aquæ
fextiæ, à l'occafon des bains d'eaux
chaudes qu'il y fit conftruire l'an
avant la naissance de Nôtre Seigneur
120.je laiffe aux Hiftoriens
ces matieres pour venir à ce que
vous me demandez.
Cette fource fut trouvée l'Esté
dernier , proche les murailles de
Mars
1705 .
G
74 MERCURE
la Ville, au quartier des Reverends
Pere de l'Obfervance , fous les debris
d'une ancienne maison . Ceux
qui s'en apperceurent les premiers
la trouverent plus chaude & plus
pure que les autres , dont les habitansfe
fervent à diversuſages &
qu'on a fait conduire en plufieurs
quartiers de la Ville pourfervir à
des tres-belles fontaines & particulierement
au Cours d'Orbitelle,
ou par la multitude des tuyaux &
par la varieté des jets d'eau qui
tombent dans de grands baffins , elles
font l'admiration des étrangers,
leplaifir de ceux qui s'y promenent.
Dant lætos ludere fontes .
GALANT
75
Famais
découverte
n'aplusfait
de bruit; chacun a voulu voir cette
eau dans fafource , tout le mon
de en aparlé , elle a efté
approuvée
de tous ceux qui aiment la verité;
ceux au
contraire qui ont
intereft
qu'elle foit voilée, ont tâché d'en
faire la critique ;
cependant les cures
fingulieres , & les effets avantageux
qu'un grand
nombre
de
perfonnes en a
reffenti ne
permettentpas
de douter de la vertu & de
l'efficacité de nôtre cau : En effet
plufieurs
malades laffez de mener
une vie
languiffante
attirez par la
feule
nouveauté de la
découverte
de tout âge , de toutfexe , & de
Gij
76 MERCURE
toutes conditions , en ont bû l'Esté
dernier,même dans la Canicule.On
peut dire , quoy qu'ils ayent agi
en cela fans aucune confideration
fans avoir égard à la difference
temperamens ny des maladies ,
·fans avis de Medecin & dans une
faifon peu convenable à cette forte
de remede qu'ils ont pourrecouvré
leur fanté
des
tant
,
par l'uſage de cette Eau , ou du
moins un foulagement tres-confiderable.
Sic tamen non luditur
de corio humano .
La reputation de cette Eau ,
fondéefur les effets auffiſurprenans
que falutaires qu'elle produifoit
GALANT 77
人
alors , attira dans cette Ville, l'Automne
dernier , un grand nombre,
d'Etrangers, qui ayant trouvé une
parfaite guerifon de leurs indifpofitions
s'en retournerentfort.contents,
en loüant & beniſſant le Seigneur
d'avoirpermis qu'on trouvat dans
le creux d'un rocher une fontaine fi
falutaire . Qui convertit rupem
in fontes aquarum
.
Cette eau n'a commencé de rejaillir
que quand on a eu percé le
rocher qui la couvroit , & nous ne
fommes redevables de ce bien, aprés
Dieu ( qui eft fans doute le plus
grand qu'onpuftprocurer aux Citoyens
de cette Fille & àfes voi-
Giij
78 MERCURE
fins) qu'aux foins & aux_ordres
de Mrs les Confuls & Procureurs
de cepays, qui veillent beaucoup
plus à ce qui peut eſtre utile
& avantageux au public, qu'à ce
qui concerne leur propre gloire.
Hujus vobis gloria facti jufta
manet.
Ily a prefentement 4. tuyaux
qui dégorgent cette Eau , dans une
cave découverte , maçonnée de briques
& de pierres pour éviter la
preffe des burveurs , & afin que
chacun en puiße prendre fans s'incommoder.
auſſi
legere
que
Cette Eau eft tres-claire , auffi
de l'eau de pluye , ea
GALANT
79
auuffi potable que la meilleure can
de fontaine. Elle eft fans aucune
faveur
n'a aucune odeur ; elle
' eft ny extremement
chaude , ny
d'une ſubſtance
tres -fubtile , parce
qu'elle n'eft impregnée
que des eff
prits des mineraux
qui entrent dans
fa compofition
, comme on pourra
voir dans lafuite par l'analife que
j'en ayfaite ; c'est pour cela qu'elle
eft tres- amie de la nature
Peftomach
, dont elle penetre &
débouche
toutes les obftructions
.
fortifie toutes les parties en dégageant
leur chaleur naturelle & en
les rétabliſſant
chacune en leurpremier
temperament
; elle eft diurede
و
G iiij
80 MERCURE
tique , purgative & quelquefois
fudorifique fuivant les difpofi
tions qu'elle rencontre dans lesfujets.
ر
Ily apeu de maladies exterieures
dans l'habitude du corps
qu'elle ne puiffe emporter , particulierement
en ufant des anciens bains
qu'on
'on trouve autant admirables
en leurftructure qu'en leurs materiaux
, & dont l'hiftoire nous affure
que les vertus n'estoient pas
moindres.
GALANT 81
ANALYSE.
Z
Chimique-mechanique de l'Eau
chaude minerale d'Aix .
Quoique les malades , contens
de recoururer leurfanté , s'inquiettent
peu defçavoir la quantitéprecife
des parties minerales. que cette
Éau charrie , ny comment s'y fait
la diffolution du mineral quiy domine';
je croypourtant qu'on l'eftimera
davantage , à mesure qu'on
en découvrira la nature par une
exacte Analyſe , d'autant mieux
que nous fommes dans un fiécle
où l'on ne fe contente pas de voir
و
82 MERCURE
quelsfont les effets des medicamens;
mais où l'on veut aufft empenetrer
la cauſe phyſique de l'action.
Le raisonnement ne nous mene
pas loin lorfqu'il s'agit d'expliquer
la vertu des Eaux minerales,
nosfens font trop groffierspour en
découurir les parties , & la Chymie
qui eft la Sage - femme qui
aide la nature à produire à decouvert
fes enfantemens , nous
fait feulement trouver presque
dans tous les corps du fel , duſoufre,
du mercure, de l'eau , & de
la terre , par elle nous nepouvons
connoiftre que leur volatilité
ou fixité ; car le feu dont la
GALANT 83
Chymie fe fert comme d'unique
couteau , remuant parfa grande
activité les parties d'un mixte
en rompt l'union & en continuant
de les agiter & de les divifer, celles
qui font les plus volatiles fe feparent
des autres , les plus fixes
demeurent dans le feu ; mais cette
Analyfe ne fuffit pas pour faire
connoiftre les vertus effentielles
de noftre eau , il faut employer
d'autres moyens & fe fervir de
la mechanique pour découvrir la
nature lesproprietez de cesprincipes
que lefeu afeparez. Deforte
ce feroit peu de chofe de tirer
le fel de cette Eau par évapoque
84 MERCURE
>
ration , de tirer de ce fel l'efprit
les autres principes par des
feux graduez ; il faut les mêler
avec diverfes liqueurs , comme
l'efprit de nitre , de vitriol , la
diffolution du fublimé corrofif,
T'huile de tartre par défaillance,
les teintures de rofes , de violetes,
de tournefol , avec lefang&
la Lymphe des animaux. Par
exemple files principes qu'on retire
de cette Eau fermente avec
l'efpritde nitre ou de vitriol , s'ils
diffolvent le fang& la Lymphe,
on conclut que ce font des alkali ,
& qu'ils en ont les qualitez. S'ils
ne fermentent pas avec l'esprit de
GALANT 85
nitre ou de vitriol ; mais bien
avec l'huile de tartre par défaillance
, s'ils coagulent le fang ou
la Lymphe , on juge que ce font
des acides , quiproduiront les effets
qui leur font propres. C'est par
cette double voye que j'ay tâché
de m'affurer d'où nôtre Eau tiroit
La force.
Je mis une bonne quantité de
l'Eau de cette nouvelle fource
dans une terrine de grez , où
ayant fait évaporer à un feu lent
toute l'humidité, je diffous les refidences
dans l'Eau commune , que
je filtray enfuite par un papier
gris , dont je fis encore évaporer
86 MERCURE
toute l'humidité. Il me resta un
fel de couleur rouffe tirantfur le
blanc , qui pique les fibres nerveufes
de la langue comme le falpêtre.
Fay fait auffi divers mélanges
de cette Eau avec plufieurs
liqueurs minerales , pour obferver
les fermentations & les precipitations
qui en refulteroient.
Je mêlay de l'efprit de fouffre
avec l'Eau de cette Fontaine
qui
s'étoit refroidie , & jefentis d'abord
une chaleur en maniant la
phiole , je mélay auffi égales parties
de cette Eau , & de diffolution
de couperofe , & je vis au
fonds de la bouteille une precipiGALANT
87
tation de quelque matiere rouffe.
Du mélange de cette Eau avec
égale partie de l'Eau de chaux , il
s'en fit une d'une matiere blanchâtre.
Cette Eau chaude ne prend
autre couleur par le mélange de
la poudre de noix de galles , que
celle de la poudre même , que l'ef
prit de vitriol verfé par deſſus
fait point changer ; ce qui est une
marque qu'elle n'estpas vitriolique.
Cette teinture ne changepoint
auffipar l'addition de l'huile de tartre
faite par défaillance , ce qui
doit nous faire croire qu'elle n'eft
pas alumineufe. Ayant enfuite
88 MERCURE
mêlé de l'esprit de fel commun ,
du fublimé corrofif, dufel armoniac
, chacun feparement avec nôtre
Eau ; il neparut aucun changement
ny en couleur ny en chaleur.
Le fel de l'Eau de cette fontaine
eft different du fel commun .
Ilfermente avec les acides & en
adoucit les pointes. Ny cette Eau,
ny la diffolution de fon fel , ny le
fel même jettez fur le lait froid
ou bouillant, ny caufent aucune alteration
fenfible.
On tire par la diftillation de
cette Eau , une liqueur fpiritueufe
; mais on a bien de la peine
d'en tirer quelques efprits dégaGALANT
89
gez de leur phlegme ; parce que
Les fubftances minerales font fi intimement
& fi étroitement unies
dans les parties de nôtre Eau ,
qu'on ne peut prefque point les en
Separer : d'où vient qu'lle eft auffi
transparente qu'une Eau tres pure
tres - fimple.
Il me semble que
de ces expe
riences on peut conclurre , que ce
qui fait la vertu de notre Eau ,
eft particulierement un esprit volatil
nitro-fulfure , qui refulte de
l'union qui fe fait dans la terre
de l'acide de l'air avec des fels
alkali , par le moyen de la fermentation
des circulations na-
Mars 1705.
H.
90 MERCURE
turelles ; & cet efprit comme un
diffolvant specifique, détache quantité
de particules fulfurées les plus
pures , qui rendent cette Eau balfamique
& tres-amie de la nature
, d'où l'on voit que l'esprit mineral
dont cette Eau eft impregnée,
& duquel coulent comme d'un
principe fecond tant d'effets furprenans
pour une infinité de maladies,
n'eft pas un acide purement
vitriolique mais plutôt nitroaërien
embarraffé dans les pores
desfels alkali.
La chaleur de notre Eau vient
des particules falines foufrées
qu'elle rencontre dans fon chemin ,
GALANT 91
&qu'elle entraîne avec elle dans
les entrailles de la terre , dont il
fe fait une effervescence qui luy
communique cette chaleur. Cette
opinion eft plus vrai -femblable ,
que de dire que la chaleur des
Eaux minerales vient d'un feu
foûterrain.
A quelles maladies eft propre
l'Eau chaude d'Aix , &
comment elle opere,
Fay déja dit que dés que cette
fource fuft decouverte une infinité
de perfonnes bûrent de cette Eau
indifferemment pour toutes fortes
Hij
92 MERCURE
:
de maladies cependant comme
je ne prétens pas la faire paſſer
pour un remede univerfel , ny établir
le falut de tous les malades.
fur fon efficacité , je vais marquer
les principales dont plufieurs
perfonnes ont efté gueries.
L'indigeftion d'eftomach , l'appetit
dépravé, diminué ou perdu
Conteſté reparez , par la diffolution
le denouement des glaires
vifcofitez qu'elle precipite , &
qu'elle entraîne par la voie des inteftins
, par celle des urines .
Enfin la filtration du ferment ſtomachalfe
faifant mieux à travers
la membrane glandée , l'appetit
des
GALANT
93
reprend une nouvelle vigueur.
Cette Eau convient aux vomiffemens
qui fuccedent au gonflement
& à l'abondance des matieres
craffes qui alterent le ferment
digeftif , elle fondlesphlegmes
qui embarraſſent la circulation
des humeurs:
Les affections du bas ventre.
comme lienterie, diffenterie ,colique,
ont efté emportées par fon moyen;
parce qu'elle détrempe dans fa cour-
Je lesfels bilieux & attrabilaires ,
acres , aigres oufalez , & par fa
vertu balfamique , elle rafermit
Les fibres relachées.
Elle est beacoup plus efficace
94 MERCURE
que toutes les autresfources d'Eaux
chaudes d'Aix qui ont toujours esté
dans une grande eftime pour les
maladies des reins & de la veffie
pour la gravelle , & pour les difficultez
d'uriner , parce qu'elle
entraîne cette matiere terreftre ,
cette craffe , ce bol qui eft aifement
converti en fable par l'action du
ferment , elle enleve auſſicet accide
quifait la ftrangurie .
Les pertes defang auxfemmes,
les fleurs blanches , & le flux de
fang hemorroidal s'adouciffent ou
ceffent entierement , par le refferrement
des humeurs acres.
Les langueurs & défaillances
GALANT 95
provenant de la circulation du
fang, ou de la diffipation des efprits
, font reparées par cette Eau;
de même que les tenfions de l'abdomen
, les hydropifies , l'icleritie ou
jauniffe , la pâleur & la boufiffure
du visage.
Lafciatique , les rhumatifmes,
les contractions des nerfs, lagoute,
les vertiges, l'épilepfie, & ce qu'on
appelle communement vapeur dans
les paffions byfteriques , hypocondriaques
& fcorbutiques ; toutes
ces maladies ne tirant leur origine
que des nerfs plus ou moins irritez
picotez, des efprits agitez ,
diffipez , alterez , ou troublez ,
96 MERCURE
l'ana
peuvent eftre vaincuëspar
logie qu'ily a entre nos efprits &
ceux que noftre Eau contient, qui
font d'une même nature volatile,
balfamique , nitro-aërienne , par
où ils font plûtoft réanimez , revivifiez,
qu'alterez ou détruits ;
&par raport à la caufe materielle
qui est une humeur acre, bilienfe ,
melancolique , attrabilaire , plus
ou moins abondante , exaltée e
fermentée , dont les pointes font
rompues , adoucies & precipitées
avec le tems par cette même fubftance
volatile nitro -fulfurée que
nôtre Eau renferme , & qu'elle
charrie avec elle par les voyes des
·felles
GALANT
97
felles & des urines.
Enfin les ulceres , les chancres
toutes les maladies cutanées ,
comme gâles , dartres autres ,
font emportées ou du moins adoucies
en lavant & en fomentant
de notre Eau les parties malades
ou bien en s'y baignant.
Ily adéja fix bains d'achevez
dont on pourra fe fervir dans le
printemps prochain.
De quelle maniere on doit
prendre les Eaux & les bains .
Avant
que
de boire les Eaux
minerales , on doit confulter les
Mars
1705. I
98 MERCURE
Medecins particulierement ceux
des lieux , pourapprendre d'eux le
regime qu'on doit garder, la quantité
e combien de jours on endoit
boire , & les moyens d'éviter ou de
calmer les accidens qui arrivent
quelquefois.
Les faifons les plus proprespour
prendre les Eaux chaudes , font le
Printemps & l'Automne ; ceux
qui font pletoriques & remplis de
mauvais fucs doivent fe faire
faigner & purger, aprés quoy on
peut defcendre à la fontaine , &
"boire fuivant la portée de fon
eftomach ; il eft mieux de ne pas
s'en raffafier au commencement ;
GALANT 99
mais d'en prendre feulement deux
ou trois verres defuite , & puis
fepromener undemy quart d'heure
aprés lequel on retourne boire ; en
continuant de même jusqu'à ce
qu'on fente quelque repugnance à
en boire davantage, & celapen
dant dix , douze , quinze jours ,
plus ou moins ; ce que le Medecin
doit reglerfuivant le temperament
l'estat de la maladie.
L'heure la plus convenable eft
de fix àfept du matin , parce que
lefommeil qui repare lesforces ne
doit pas eftre interrompu . On doit
dîner trois ou quatre heures aprés
avoir pris les Eaux ; on doit avoir
I ij
100 MERCURE
dé
alors rendu toute l'Eau qu'on a
prife , & quand même on n'auroit
pas tout rendu , cela ne doitpas
tourner de dîner à l'heure réglée.
Les viandes les plus fimples font
lesplus convenables. On peut boire
fon vin unpeu moins trempéque de
coûtume ; les ragouts , la patifferie
, les entremets , en un mot les
grands repas ne font pas propres
ceux qui boivent de cette Eau.
Onpeut cependant aprés lafoupeſe
faire fervir du rôti , comme du
・mouton qui eft excellent dans Aix,
du veau , de la volaille ; mais le
tout avec moderation.
Si enprenant les Eaux , il arGALANT
IOI
rive des vomiffemens ou des devoyemens
, il nefautpas s'effrayer
ny intercepter tout-à-coup le cours
des matieres viciées , dont le reflux
deviendroit trés prejudiciable , il
fuffit de diminuer la quantité de
l'Eau , ou d'en interrompre l'uſage
pour quelquesjours ; car ces accidens
s'arrêtent d'eux- mêmes , e
on peut reprendre les Eaux s'ils
font opiniâtres , il faut avoirrecours
à un Medecin .
· Les femmes ne doiventpas boire
pendant le cours de leurs regles .
Celles qui les prennent pour devenir
bien reglées , doivent faire
diffondre dans le premier verre du
I
iij
102 MERCURE
que
fel d'abfinthe, d'armoife , ou quelautre
, capable d'exciter une
doucefermentation, &defondre
les caufes du retardement.
Il vaut toûjours mieux boire les
Eaux minerales à leurfource que
de lesfaire porter chezfoy. Neanmoins
ceux qui ne peuvent pas
venir aux fontaines , peuvent les
prendre chez eux ,
chauffer au bain Marie ; quelquefois
les accidens & les fymptômes
des maladies difparoiffent , & la
caufe & le foyer reftent pour un
peu plus de temps. Pourlors afin
de furmonter entierement ces indifpofitions
, il faut retourner dans
en
les
faifant
GALANT 103
une autre faifon à la fontaine
& aux bains;il eft neceſſaire même,
pour prevenir certaines maladies
dy venirfouvent.
à
Si j'avois écrit , Monfieur ,
une perfonne qui nefuſt pas autant
éclairée
que vous
vous l'eftes , j'aurois
beaucoup plus raifonné fur tous
les phenomenes precedens pour luy
faire mieux connoître la vertu admirable
de nôtre Eau; mais n'ayant
autre deffein que
de vous donner
une idée de cette découverte , ainfi
que vous me marquez par vôtre
Lettre,j'ay crú devoir expoferfimplement
lesfaits d'une maniere concife
& ferrée dont je vous laiffe-
I iiij
104 MERCURE
ray tirer les confequences ,pour lef
quelles j'auray toute la deference
poffible.
Monfieur le Duc d'Aquasparta
eft mort à Rome , dans
un âge fort avancé . Il eftoit
d'une tres-ancienne Maiſon d'Italic
, alliée de prés à celle des
Cerchi , des Seigneurs d'Anconé
, du Chateau de Val-de-
Sienne , qui produifit dans le
treiziéme fiecle l'Illuftre Æmiliana
de . Cerchi , qui fonda la
Congregation des Terzins dans
l'Eglife de Sainte Croix de Florence.
Elle mourut âgée feuleGALANT
105
་
ment de vingt- fept ans , & nous
avons fa vie écrite en huit langues
differentes. La Maiſon
d'Aquas- parta eft auffi alliée à
celles des Urfins, des Colonnes,
des Marefcotti , des Barberins ,
& enfin à celle des Cefarini qui
a produit des Cardinaux. Virginio
Cefarini , fils de Julien
Cefarini Duc de Citta - nuova
& de Livia Urfini , deſcendoit
d'une Aquas-parta. La Maiſon
de Cefi eft des plus illuftres , &
eft la même que celle d'Aquasparta.
Paul Emile Cefi fut fait
Cardinal par Leon X. auſſi bien
qu'un autre Prelat du même
106 MERCURE
nom . Le Duc qui vient de mourir
defcend d'Angelo de Cefi ,
Duc d'Aquas - parta , & fils de
Frederic de Cefi , qui s'acquit
beaucoup de reputation fous
le Pontificat d'Urbain VIII.
en 1627. & 1630. Il eftoit bon
Philofophe , il fçavoit les Mathematiques
, les belles Lettres,
les Mecaniques , & s'attachoit
particulierement à la Phyſique .
Nous avons divers ouvrages de
fa façon. Les plus confiderables
font , Apicarium :de Coelo : Metallophitum
: Tabula Philofophica:
Moralia: Paradoxa : Monita,
c. Le Duc d'Aquas-parta étaGALANT
107
blit à Rome l'Academie de gli
Linc , & mourut vers l'an
1648. Pietro Donate Cefi fut
fait Cardinal par Urbain VIII .
qui le fit d'abord fon Treforier
general , & enfuite Cardinal en
1641. Il mourut en 1652. Le
Cardinal Paul Emile , dont j'ay
parlé , eftoit fils d'Angelo de
Cefi , Comte de Menzano , &
de Francifca Carula. La Maiſon
de Cefi ou Cefis , des Ducs d'Aquas-
parta eft des plus illuftres
de Rome , où elle eft venue de
la Province de Spolette , dans
le territoire de laquelle on voit
encore un Chafteau du nom
108 MERCURE
de Cefis . Cette Maiſon quitta
Spolette pour venir s'établir à
Rome vers l'an 1400. Il faut
confulter Janus Nicius Erithræus
, & le fçavant & illuftre
Grec , Leo Allatius.
re
Dame Elizabeth - Marguerite
le Clerc de Leffeville , Epoufe
de Me Jacques Sadoc ,
Seigneur de Grandval , Chevalier
de l'Ordre de Saint Louis ,
Colonel de Dragons & Brigadier
des Armées du Roy , &
auparavant veuve de M Ga
briel Portail , Seigneur de Frefncau
, Confeiller du Roy en fa
Cour de Parlement , mourut
e
GALANT 109.
dans le mois de Fevrier dernier.
M' de Grandval eft d'une tresancienne
Maiſon , alliée aux
plus confiderables de la Province
de Normandie. M' de
Grandval , Capitaine dans le
Regiment de Feugeres , diſtingue
par fon merite &
par fa
valeur , cft fon parent. Feu M
Portail premier mary de la Dame
qui donne lieu à cet article ,
eftoit fort confidéré dans le
Parlement
. Ceux qui portent
fon nom aujourd'huy , luyfont
beaucoup d'honneur . M' Portail
Confeiller au Parlement &
M' le premier Avocat General
10 MERCURE
fonfils,fontdans une haute confideration.
Lamaifon de le Clerc
de Leffeville n'eft pas moins
confiderable.M' le Prefident de
Leffeville a un fils Religieux de
la Trape , & plufieurs neveux .
Confeillers au Parlement. Nicolas
le Clerc Curé de S. André
des Arcs à Paris, & Doyen de la
Faculté de Theologie de cette
Ville , fleuriffoit vers l'an 15 30.
C'étoitunPaſtcur extrêmement
zelé , fçavant , & grand ennemi
des Novateurs. Robert Cenalis
, Evêque d'Avranches, fait
fon éloge en luy dediant un de
fes ouvrages , dans lequel il
GALANT 1[I
traite des moyens de reprimer
l'infolence des heretiques . Hubert
le Clerc a laiffé quelques
Poëfies facrées , & mourut en
1615. âgé de quatre-vingt quatre
ans à Lille en Flandres , où
l'on voit fon Epitaphe dans
l'Eglife de S. Pierre . Nicolas le
Clerc vivoit en 1566. & avoit
traduit du Grec en Latin quelquesouvrages
de S. Hippolitte.
Jean le Clerc , dit Buffy , fut fait
Gouverneur de la Baftille par le
Duc de Guife pendant la Ligue.
Dame N... de Normanville
fille de M N... de Nor112
MERCURE
re
-
manville , Gentilhomme des
plus qualifiez de la Province de
Normandie , a épousé M™ N..
du Premont , Gentilhomme
plein de merite & diftingué
par fa naiffance , qui l'allie aux
Maifons de Barneville , &
Maillé Benard. M' de Normanville
eft allié de MⓇ la Prefidente
de Chailli , qui porte
le même nom que luy , & qui
a efté élevée à S. Cyr. Il eft
allié aux Maifons de Briquemaure
, de la Tour , & de Ris,
de Normandie. Ce Gentil .
homme à infiniment d'efprit,
ce qu'il a fait connoiſtre par
GALANT 113
CS
noces
plufieurs Ouvrages . MⓇ du
Premont eft fortie du premier
mariage de M de Normanville
qui a époufé en 2
le foeur de MⓇ Brigallier , Religieufe
du Monaftere des Filles-
Dieu dans la rue S. Denis , de
l'Ordre de Fontevrault . Cette
Dame eft fort connuë par fon
efprit & par l'étendue de fes
lumieres. Elle juge parfaitement
de tous les Ouvrages de
litterature . Elle cft confultéc
par les perſonnes les plus habiles
, & elle a acquis dans le
monde la réputation de joindre
à une grande vertu beau-
Mars
1705 K
114 MERCURE
coup d'erudition
.
M' le Marquis d'Avrincourt,
dont je vous ay parlé le mois
dernier , & qui a eu l'agrément
du Roy pour acheter le Gou
vernement d'Heſdin , vacant
par la mort de M' le Marquis.
de Courtebourne , épouſa au
commencement de ce mois.
Mlle d'Olmont. Certe Demoiſelle
a beaucoup de merite
, elle eft parente de Madame
la Ducheffe de Ventadour,
elle a un frere Major du Regiment
du Roy,avec Brevet de
Colonel , & le Commandeur
d'Olmont, qui fert depuis longGALANT
115
temps dans la Marine , eft fon
oncle. L'avantage qu'elle a cu
d'être élevée auprés de Madame
de Maintenon, fait fon éloge.
Elle eft fortie d'auprés de
cette Dame d'une maniere qui
fait voir combien elle la confideroit
, auffi étoit - elle cftimée
de toute la Cour , qui ne fe laiffe
jamais furprendre par le
faux merite. Madame la Du
cheffe de Bourgogne l'eftimoit
beaucoup , & luy a donné des
marques de la confideration
qu'elle avoit pour elle.
Kij
116 MERCURE
L'article qui fuit eft fi rem
pli d'erudition , que je vous
l'envoye de la maniere qu'il
m'a efté donné.
· Dans tous les éloges qui ont
paru jufqu'à prefent du Pere
Menetrier, perfonne n'a parlé de
ce qu'il dit dans fes Ouvrages.
touchant la rufe que les Romains
employerentpour ravoir leursfemms
esclaves , qu'ils avoient efté
obligés d'accorder aux Gaulois en
en la perfonne d' Atepomanus , que
l'on croit être le frere de Momorus
; Tutola , Philotis , ou Retiane
monterent une nuit fur un
GALANT 117
arbre avec des flambeaux allumés
&firentfigne aux Romains qu'il
étoit temps de venir leur rendre la
liberté pendant que les Gaulois
étoient endormis . Les Romains
qui étoient convenus de ce ſtratagêmefortirentfur
les Gaulois , les
égorgerent & ramenerent leurs
efclaves.Quoi qu'ilparoiffe quelque
chofe defabuleux dans ce recit
que Plutarque le raconte differemment
dans fes Paralelles & dans
la vie de Camille , il ne laiffe
pas de nommer expreffement Atepomanus.
Il est vray que Plutarque
luy fait demander des Dames
Romaines pour des deffeins moins
118 MERCURE
honnefies que ceux d'en faire leurs
femmes , & je m'étonne avec le
P. Menetrier que feu M' l'Abbé
Tallemant aitretranché de la vie
de Camille cette Hiftoire qui eft
dans le Grec , & dans toutes les
Traductions Latines , & dans
celle d'Amiot Evêque d'Auxerre.
Les fentimens des Hiftoriens fur
lepaffage d'Annibal à Lyon ,font
fortpartagez. Le Pere Labbé dit
qu'ayant composé une lettre où il
parloit de ce voyage & du paffage
d'Annibal à l'endroit où le
Rhone & la Sône font Sônefont une Ifle,
M³ de Marca devant lequel il la
lút,luy dit, Mon Pere, étes vous
GALANT 119
pas
;
fi bon de croire qu'Annibal
ait paffé par cet endroit - là
pour moy je croy que cela fe
doit entendre de l'Ile que fait
le Rhône avec l'Ifere & non
la Saône : Ce qui eft confir
mépar la reflexion de Cluvier qui
a corrigé Polybe en cette occaſion.
Le Pere Menetrier a fuivi le fentiment
du P. Labbé, & dit qu'-
ayant lû avec attention l'Hiftoire
de Polybe dont il fait un grand
cas , il n'a pu d'outer un moment
que lepaffage d'Annibal à Lyon,
ne fût une verité tres conftante,
pour en établir lapreuve , cer
Auteur fait un détail exact &
120 MERCURE
•
a
fuccinctde tout le chemin qu' Annibalfit
depuis le passage desPirenées
jufqu'au paffage des Alpes : détail
qu'il tire des Memoires de Polybe.
Du refte ce Perefe moque de
Cluvier qui n'a écrit que depuis
unfiécle, & qui dans cette aoccafion
ne doit pasêtre preferé à Tute- live
ny même à Plutarque ; il eft vray
que Polybe dit expreffement
qu'-
Annibal fit en dix jourprés de cent
milles de chemin lelong du Rhône,
quifont cinquante licues , lefquelles
il fit en côtoyant toûjours lepays
des Allobroges , qui s'étend depuis
l'embouchure
de l'Ifere dans le Rhone
jufqu'à Geneve, qui eft du pays
des
GALANT 121
2
" desAllobroges;ainfiilfaut neceffai
rement conclure que depuis la pointe
du confluent du Rhône & de la
Saone, qui eft la pointe de cette Ifle
que Polybe compare au Delta d'E
"gypte ; il marcha jufqu'à Seyffel,
monta les Alpes de Valais & de
Sion , pour defcendre enfuite dans
la Val- d'Aoft & faire ces 1200 .
ftades des Alpes dont parle Polybe,
quifont cent-cinquante mille d'Ita-
75.lieues de France. Il ne
fautpas s'arrester à ce qu'en a écrit
Titelive , n'ayant pas efté dans ces
pays comme Polybe, il apú fe trom
per en beaucoup de chofes , particu
lierement en nommant des Peuples
lie ,
Mars
1705 .
I
122 MERCURE
3.
dont Polybe neditpas un mot; mais
il convient avec luy qu'il paſſa en
cer endroit où eft a prefent Lyon,
Plutarque dit la même chofe.
Aprésavoirparlé du paffage d' An
nibal , le P. Menetrier a donné fes
conjecturesfur l'occafion qui a fait
donner le nom d'Ifle à ce triangle
de terre que font le Rhone & la
Saone. Cet espace luy paroît avoir
efté autrefois une veritable Ile de
forme triangulaire , parce que ce
qui eft à prefent l'Hôtel de Ville
la Place des Terreaux , celle de la
grande Boucherie , celle qui eft
derriere jufqu'à la Saone , étoit an
ciennement un foffe qui s'étendoit
GALANT
123
d'une Riviere à l'autre , c'étoit
là que fe tenoient à couvert les batteaux
de ceux qui trafiquoientfur
il a même
l'une & fur l'autre Riviere, & ce
Canal eftoit fi ancien qu'il avoit
un nom Grec depuis la premiere
fondation de Lyon ;
efté vu de nos jours & c'étoit
avant l'an 1646. le lieu où l'on
s'exerçoit à tirer de l'arquebuſe, &
Hôtel de Ville a efté bâti dans
Fendroit où il eftoit fitué. Le P.
Menetrier parle enfuite des Cotonies
Romaines amenées à Lyon ?
de l'Autel confacré à Augufte &
bâti aux frais de 60. Nations
dont il nous refte la figure des
Lij
124 MERCURE
deux Colonnes qui flanquoient
cet Autel & qui foûtiennent aujourd'huy
te Choeur de l'Eglife
d Aifnay. Le P. Menetrier conjecture
que la diverfité des Medailles
des Colonies vient de la
diverfité des Champs affignez :
que ceux où l'on voit des fignes
militaires étoient ,
occupatorii
agri , c'est-à-dire , des terres conquifes
par les foldats , que ceux
où ily ades Boeufs & des Charruës
eftoient les Champs achetés ou
donnezpar les Quefteurspour eftre
cultivés au profit de la Republique,
Gainfi des autres. Notre Auteur
croit donc que le Lion qui eft dans
GALANT 125
la Medaille d'Antoine eftoit la
devife des Segufiens , Peuples
libres , chez qui fu établie une
Colonie de Romains par Marc
Antoine ; ce n'eft pas qu'on doive
la Ville de Lyon a tiré
croire
que
&
de là le nom qu'elle a aujourd'huy,
&l'Armoirie qu'elleporte , puifque
les Armoiries n'étant en ufage
que depuis l'an 1000. ou 1100.ainfi
que le même Auteur l'a fait voir
dans fon Origine du Blazon ,
le nom de Lyon ayant eftéformé de
Lugdunum , comme celuy de
Noyon de Noviodunum , il n'y
a nulle apparence qu'il y ait en
d'autre raison de ce Lion qui eft
Liij
126 MERCURE
dans les Armoiries de la Ville de
Lyon que le raport du nom de
cette Ville en nôtre Langue au
nom de cet Animal . Et pour
donner un plus grand jour à l'explication
de plufieurs Medailles
& à plufieurs points de l'Hiftoire
ancienne , le Pere Menestrier
tranfcrit dans fon Hiftoire le commencement
de l'ouvrage d'Hygens
, puis qu'auffi bien ayant
d'abord efté publié defectueux &
fans commencement ,fur l'exem
plaire de la Bibliotheque de Saint
Bertin , le fçavant Gentian Heruet
a donné le moyen de l'avoir plus
entierfur un exemplaire d'Italie.
GALANT 127
En voicy le Titre : Hygeni Augufti
liberi de limitibus conftituendis.
Noftre Autheur remarque donc
que Plancus s'attacha à Cefar l'an
721. que depuis 710. il n'eftoit
point venu dans les Gaules , &
qu'il n'avoit pu mener à Lyon des
colonies. Lyon n'eftoit encore que
Municipe ; il le fut même longtemps
avant que d'eftre Colonie
Romaine ; ce que malgré le témoignage
exprés de Seneque , nul
Hiftorien n'a remarqué avant le
Pere Meneftrier. Seneque, en effet,
nous indique le temps auquel cette
Ville devint Colonie Romaine
Lisij
128 MERCURE
lorfque raillant fur la mort de
l'Empereur Claude qui estoit né à
Lyon , il introduit la Fiévre qui
dit à Hereule , Marci municipem
vides. Onpeutconfulter Aulugelle
pourfçavoir ce que c'eftoit
que Municipe , & pour mieux
connoiftre l'eftat de Lyon avant
le Senatus - Confulte de Claude,
Plancus eftant peu de temps avant
Gouverneur de la Syrie pour Antoine.
Le Senatus - Confulte de
l'Empereur Claude reçoit de grands
éclairciffemens du chapitre d'Aulugelle.
Ce n'eftpasfeulement dans
les deux Tables d'airain confervées
à l'Hoftel de Ville , où Lyon eft
GALANT
129
appellé Colonia Claudia copia ,
mais auffi dans plufieurs Infcriptions
antiques, qui nous apprennent
que Lyon demeura Municipe jufqu'à
l'Empereur Claude. A l'égard
du temps
de ce Senatus-Confulte
, Tacite l'a marqué expreſſement
fous le Confulat d'Aulus.
Vitellius & de Lucius Vipfanius,
c'eft- à- dire l'an 800. de Rome,
L'année que Claude & Vitellius
firent en qualité de Cenfeurs le
84. Luftre, ou la revûë de Rome
pour en dreffer l'estat en corriger
les abus. Paradin en parlant
d'une troifiéme Table où il fallois
que fuftgravéle Decret du Senat
130 MERCURE
dont parle Tacite , & qui fuivit
la Harangue que l'Empereur
Claude fit au Senat pourfaire en
forte que
le droit de monter aux
Dignitezfut accordé à ceux d'Autun
, à caufe de l'ancienne alliance
qu'ils avoient avec les Romains ,
dit : & Dieu veüille qu'elle fe
trouve quelque jour comme
ces deux furent trouvées l'an
1529. Le P. Menetrier attaque
en cet endroit Paradin & Rubis ,
qui raiſonne encore plus mal
Paradin , & fait voir Tes
Tables de Lyon font toute autre
chofe que la Harangue de l'Empereur
Claude , & aprés avoir
que
que
GALANT
131
ges
donné les anciens noms des Villadu
Mont d'or, tirez des anciens
Titres , il promet dans fon Introduction
à l'Hiftoire , c . deparler
plus amplement de la Colonie amenée
à Lyonpar Plancusfous l'Empire
d'Augufte , & il a tenu fa
parole dans les Differtations qu'il
en a données.
Le P. Menestrier fait voir que
PEglife de S. Nifier , aujourd'huy
Collegiale a efté autrefois Cathedrale
que
6
les Reliques de S.
Nifiery furent apportées d'Afrique
& que l' Archevêque Louis
de Villars , un des ancestres du
Maréchal de ce nom , en fit une
Collegiale , l'an 1305 .
132 MERCURE
Ce Pere avoit déja publié deux
Volumes de fa Bibliotheque curieufe
& inftructive on en attend
la fuite des Peres de fa Compagnie.
On trouve à lafin duſecond
Tome une differtation fur un
Feu inventé par le P. Thomas
qui eft fort intereffante ; & qui
doit faire plaifir aux Sçavans.
S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans alla au commencement
de ce mois aux Galleries
du Louvre , chez M' de Launay
, Directeur de la Monnoye
des Medailles du Roy , & comme
ce Prince a un efprit vafte
GALANT 133
& infini & qu'il n'y a rien dont
il n'ait une parfaite connoiffance
, il parla avec une profonde
érudition de tout ce que
l'on fit en fa prefence.
:
M' de Launayfit fraper fur
le champ trois Medailles , dont
la premiere reprefentoit la Famille
Royale La feconde la
bataille de Caffel : & la troifiéme,
la prife de S. Omer. Vous
fçavez la part qu'il devoit prendre
à ces deux dernieres Medailles
. On fit auffi fabriquer
devant ce Prince quantité de
Jettons , & enfuite on le conduifit
dans les lieux où M' de
3.
134 MERCURE
Launay fait fabriquer tous les
Ouvrages d'Orfevrerie qu'il
fait pour Sa Majeſté .
Ce Prince parut tres- fatisfait
de tous les travaux , &
parla avec éloge de la difpofition
, de l'arrangement & des
Ouvrages qui fe fabriquent
dans ces lieux. S. A. R. fçachant
que M' de Launay a de
tres- beaux Taleaux originaux
des plus grands Maiftres , elle
fouhaitta d'aller dans les lieux
où ils font pofez , & comme
ce Prince a un gouſt admirable
pour la Peinture ,
il cut une fatisfation tresfenfible
en les voyant , & il
GALANT
135
en parla en parfait connoiffeur.
S. A. R. vit auffi la Gallerie
où font les Poinçons , &
les Quarrez qui fervent à fraper
les Medailles & elle trouva
le tout dans un fi bel ordre
que M' de Launay doit être
content d'avoir eu l'approbation
d'un Prince fi éclairé , &
qui parle de toutes chofes avec
une jufteffe extraordinaire ; ce
qui fut remarqué dans tout ce
qu'il dit, & dans toutes les queftions
que ce Prince fit en
voyant travailler.
Je ne puis m'empeſcher de
vous dire que nous n'avons
136 MERCURE
rien à Paris qui foit plus digne
de la curiofité des Etrangers ,
que tout ce qui fe voit chez
M' de Launay.
Mr L'Archevêque de Genes
mourut dans cetteVille au commencement
du mois de Février.
C'étoit un faint Prélat qui confacroit
tout fon temps aux
fonctions de fon miniftere , &
à l'inftruction de fon troupeau.
Il a fait de grands biens aux
Pauvres durant le cours de fon
Epifcopat. Il en étoit le Pere
auffi bien que le Paſteur , & les
regrets qu'ils ont marqué à ſa
mort doivent fervir à ſon éloGALANT
137
ge. Ce Prelat étoit d'une Mak
fon qualifiée de l'Etat de Genes,
& qui a donné plufieurs Senateurs
à la Republique. Il étoit
homme de Lettres , & il pro
tegeoit ceux qui s'y attachoient.
Ainfi il aura un jour place dans
la Bibliotheque des Auteurs ,
& des Gens de Lettres de l'Etat
de Cenés , compofée par
Raphaël Soprani
qu'on en donne un fupplement.
Il y a eu de tout temps
des Perfonnes d'une profonde
érudition à Genes , & il ne faut
pas douter que l'Academie de
*
Mars
1705.
en cas
M
138 MERCURE
Gliador Mentati qui eft établie
en cette Ville , ne contribue à
luy en donner , & à y entrete
nir l'amour des Lettrés . L'Abbé
Giuſtiniani a auffi compofé
une Bibliotheque des hommes
Illuftres de Genes , fort eftimée
des Sçavans & de ceux qui s'attachent
aux Sciences.)
Mr l'Abbé de Magny, Doyen
de l'Eglife Royale de S. Martin
de Tours, Abbé de S. Crefpin,
nommé par S. M. à l'Evêché
d'Oleron en Bearn , & preconifé
avec un bref de retention
de fon Doyenné pour 5.années,
mourut à Tours en fa maifon
GALANT 129
Decanale le 26. du mois de Fé
vrier dernier . On peut dire que
ce n'eft pas par des vûës d'am
bition que cet Abbé avoit accepté
l'Évêché d'Oleron , puif
que pour le remplir il étoit obligé
de quitter la premiereDigni
té d'un des plus beaux Chapi
tres du Royaume & le païs le
plus delicieux de la France,puifqu'il
en eft furnommé le Jardin ,"
pour aller paffer fes jours aux
pieds des montagnes des Pirenées
dans un Benefice qui n'étoit
pas plus confiderable que
celuy qu'il quittoit ; c'eftpourquoy
le Pape luy en avoit ac-
M ij
140 MERCURE
cordé la
retention pendant s
ans. L'Eglife de S. Martin de
Tours a
l'honneur d'avoir parmy
fes Chanoines
d'honneur
le Roy de France , le Duc de
Savoye , & autrefois
les Rois
d'Angleterre
lorfqu'ils
cftoient
Catholiques
. L'Evêque
de Poitiers
cft auffi Chanoine de cette
celebre Eglife , & il prendor-
* dinairement
poffeffion de cette
dignité avant quede monter ſur
fon Siége Epifcopl. L'Eglife
de S. Martin de Tours a une
tres - belle Bafilique qui n'eft pas
moins admirée de tous les
étrangers qui la vont voir que
GALANT 141
;
de
mais cet
des François ; ainſi on doit juger
qu'on ne quitte ordinairement
la dignité qu'avoit feu Mr
l'Abbé deMagny, que pour
grands Benefices
Abbé fe croyant veritablement
appellé à la conduite des Ames,
il avoit fait peu d'attention à fes
interefts , & il eftoit preft d'entrer
dans une carriere remplie
de travaux difficiles , lors que
Dieu a confommé fa vie par une
fainte mort ; en effet fes Bulles
font arrivées 7.ou 8. jours aprés
fon decés ; je vous parlay amplement
de luy lors de fa nomination.
142 MERCURE
Meffire Armand Triſtan de
la Baume de Suze Archevêque
d'Auch , & Abbé de Nôtre-
Dame de Quarante , mourut à
Paris le 4. de cemois aprés une
longue maladic; il avoit eſté d'abord
Evêque de Tarbes, & enfuite
de S. Omer , & dans toutes
les dignitez Ecclefiaftiques
qu'il avoit poffedées , il avoit
marqué un grand zéle
pour les
devoirs de fa profeffion & une
grande étendue de lumieres
dans les affaires dont il avoit été
chargé . Il eftoit frere de Louis
François , Comte de Suze & fils
d'Anne de la Baume, Comte de
GALANT 143
Rochefort, & de Dame Catherine
de la Croix Chevieres. Il
eftoit neveu de Louis François
de la Baume, Evêque de Viviers,
qui avoit efté facré Evêque de
Pompeiopolis, le 14.May 1 618 .
& Coadjuteur de Jean de l'Hôtel
Evefque de Viviers , auquel
il fucceda l'an 1621. La Maiſon
de la Baume Suze eft une Mai
fon ancienne de Dauphiné, où
Suze a Titre de Comté. Au
commencement du penultieme
fiécle Pierre de la Baume fe fit
eftimer par fon courage & fut
pere de Roftaing Evefque d'O
range,mort le 24, Juillet 1555.
144 MERCURE
Guillaume de la Baume eut
beaucoup de credit , & fut pere
de François , Chevalier des
Ordres du Roy & Lieutenant
General en Provence ; il y alla
exercer cette Charge en 1578 .
mais n'ayant pû refifter au parti
du Comte de Carces , qui luy
eftoit oppofé , il revint à Suze
& depuis en 1587. il fe faifit de
Montelimart & enleva cette
Ville aux Huguenots qui la reprirent
peu de temps aprés . Le
Comte de Suze y fut tué avec
deux mille hommes de fes
Troupes, & fon fils y fut fait
prifonnier ; c'eſtoit Rofaing
de
GALANT 145
de la Baume qu'il avoit eu de
Françoife deLevi deVantadour .
Il cut d'elle quelques autres enfans
, & entr'autres la celebre
Marquife de Buous . Roftaing
époufa Madelaine des Prés
Monpezat , fille d'Emanuel
Philibert Marquis de Villars
& d'Henriette de Savoye il
en eut Honoré de la Baume ,
tué au fervice de nos Rois, &
de Catherine de Breffieu
Meüillon, fa feconde femme ,
il eut Anne de la Baumé Pere
de Mr l'Archevêque d'Auch.
La celebre Comteffe de la Suze
a fait beaucoup d'honneur à
Mars 1705. N
146 MERCURE
cenom & pourroit paffer pour
une dixiéme Mufc.
Meffire N... Cenami , Prêtre
de l'Ordre de S. Benoift de la
Congregation de Clugny , &
Pricur Clauftral du Moutiers ,
auprés de Moulins enBourbonnois
, eft mort dans cette Ville
dans la Communauté des Prêtres
de la Parroiffe de S. Gervais,
où il s'étoit retiré depuis quelque
temps.Le talent de la Predication
luy avoit acquis dans le
monde une grande réputation,
& elle auroit encore efté plus
confiderable fi la mort ne l'cuft
enlevé au milieu de fa courfe
GALANT
147
& fur le point de
commencer
une nouvelle Miffion . Il avoit
efté choisi pour prêcher le Carême
à la Paroiffe de S. Côme ,
& il y avoit déja prêché le jour
de la Purification fuivant l'ufage
de ceux qui doivent prêcher
le Carême. Il avoit annoncé la
parole de Dieu dans les meilleures
Chaires du
Royaume , à
Lyon, à Dijon , à Moulins , à
Grenoble, & en plufieurs autres
lieux : Monfieur le Cardinal le
Camus avoit pour luy une
eftime finguliere , & l'avoit
fouvent employé dans fa Cathedrale.
Mr Cenami brilloit
Nij
148 MERCURE
dans les Panegyriques & dans les
Piéces d'éloquence. L'Oraifon
funebre de feu Mr Brulart premier
Prefident du Parlement
rs
de Dijon , qu'il prononça devant
M's du Parlement , fut
tres -applaudie , & elle fut imprimée
quelque reſiſtance qu'il
y apportaft. Le Panegyrique
de S. Jean qu'il prononça l'année
derniere dans l'Eglife de
S.Jean le Rond, devant M™ du
Chapitre de Nôtre- Dame , &
le Panegyrique de S.Denis , prononcé
en la même année dans
1'Eglife de S. Paul , luy firent
beaucoup d'honneur. Íl eſtoit
GALANT 149
du
nommé pour prêcher le Carême
prochain à la Paroiffe de
Verfailles . Enfin il ne manquera
rien à fon éloge lors qu'onfçau
ra qu'il avoit l'approbation
P.Maffillon, & que ce Pere a dit
plufieurs fois que Mr Cenami
l'égaloit.Le talent de la Predication
n'étoit pas le feul qu'euft
cet Abbé. Il a traduit plufieurs
piéces de Poëfie Latine du P.
d'Augieres Jefuite, qui ont eſté
trouvées auffi bonnes que leurs
Originaux. M" les Evêques
d'Autun, oncle& neveu, avoient
unc finguliere confideration
pour Mr l'Abbé Cenami, qu'ils
N iij
150 MERCURE
avoient voulu attirer plufieurs
fois à Autun. La famille de MTS
Cenami eft originaire d'Italie
& établie à Lyon . Mr le Sacriftain
de S. Paul de Lyon &
Curé de S.Laurent , eft frere de
celuy qui vient de mourir .
M' Quentin de Richebourg,
M° des Requeſtes & Confeiller
honoraire au Parlement de
Paris , eft auffi decedé . Il laiffe
un fils auffi M des Requeftes ,
de Dame N ... Baltazard ,
d'une ancienne Famille dans la
Robe de Paris , & niéce de feu
Me Pierre du Laurens dernier
Evêque de Belley. M" de Rire
GALANT 151
,
chebourg font alliez aux
plus anciennes Maifons du Parlement.
Jacques Defligneris ,
Préfident au Parlement de Paris
& cadet d'une ancienne
Famille du pays de Beauce ,
étoit petit-fils d'une Quentin.
Ce grand Magiftrat avoit cſté
Lieutenant General au Baillage
d'Amiens , enfuite Confeiller
au Parlement de Paris ; & enfin
Prefident de la 3 ° Chambre
des Enquestes. En 1544.
il alla au Concile de Trente
par ordre du Roy , Henry II .
Il y foûtint avec beaucoup de
courage , les Libertez de l'Égli- ily
Nij
152 MERCURE
fe Gallicane. Il mourut 2. ans
aprés , le 11. Aouſt 1556. Il
faut voir Blanchard . Le fameux
Raimond Diocre Predicateur
celebre , & Chanoine de Nôtre
Dame de Paris , mort en reputation
de fainteté , en l'an 1084 .
dans le
temps
que Guillaume
de
Montfort
étoit
Evêque
de
cette
Ville , étoit auffi petit
fils
d'une
Quentin
. C'eſt
de ce
Chanoine
dont
on a dit des
choſes
ſingulieres
adoptées
par
quelques
-uns , & rejettées
par
d'autres
. Quoy
qu'il en foit
il s'étoit
fait une
grande
reputation
dans
toute
l'Europe
par
}
GALANT 13
fes Sermons & par ſa vaſte &
profonde érudition . Marie
Jeanne Quentin , mere de M
de Caumartin Intendant des Finances
, étoit foeur de feu M
de Richebourg . Feu M' Quentin
de Richebourg s'étoit acquis
dans le Confeil une tresgrande
reputation , tant à
caufé de fes lumiéres , que de
fa probité , & auffi étoit-il des
plus employez .
Les deux pieces qui fuivent
doivent fervir à égaïer une fi
trifte matiere.
154 MERCURE
A MONSIEUR
***
Votre queſtion , Monſieur, eſt
finguliere.Vous medemandez quel
eft le beau temps des Mufes , &
celuy qui leur plaift davantage.
Il n'en eft point fait mention dans
la Poëtique des Anciens & des
Modernes. Ilfautpourtant , fans
rien decider faire un effay fur ce
fujet. Dans le jour , les Mufes
choififfent les heures du matin ,
Aurora mufis amica. L'Aurore
eft favorable aux Mufes.
C'est parce que l'efprit est alors
libre , & qu'il jouit d'un repos
GALANT 155
que
qui n'est pas troublé du bruit
le jour avancé excite. Entre les
mois , celuy de May femble être
le mois favory des neuf- Soeurs.
Ce mois eft composé d'un humide,
doux , d'un chaud moderé , ce
qui le rend propre à la production.
Ce mois eft gay , cette gayeté les
anime
, les rayons du Soleily
fontfi temperez, qu'on diroitque
fesjours ont la douceur & la beauté
de l'Aurore ; c'eft auffi le mois
du Roffignol , ce Prince des Chande
l'air. Quant aux Saifons ,
les Mufes preferent aux autres
le Printems , & l'Automne : Il
y a dans l'un des fleurs & dans
tres
156 MERCURE
و
l'autre des fruits : Auffi doit-ily
avoir dans les Vers du beau &
de l'utile ; de l'agrément , & du
goût. Milton, cegrand Poëte , qui
faifoit également de beaux vers en
Anglois en Latin , ne traailloit
que dans ces deux Saifons.
Il touchoit admirablement dans le
Printems & dans l'Automne ,
la Lyred'Apollon ; mais il la laiffoit
defacordée pendant l'Hyver
l'Efté. Je fuis cet exemple
dans ces petits vers Latins &
François.
Vere atque Autumno fua condunt
carmina Muſæ ,
GALANT 157
Non Eftas nec Hyems tempora
commoda funt ;
Arida vel torpens vena eſt his
partibus Anni ,
Temperiem pofcunt aeris
Aonides.
IMITATION.
Dans l'Automne & dans le
Printems ,
Lorfque les fleurs naiffent de
Flore
,
Où que Pomone fes fruits
dore ,
Les Muſes compofent leurs
Chants ,
Mais l'Efté fait tarir leur
veinc.
158 MERCURE
L'Hyver elle coule avec
peine.
Si l'air n'eft temperé dans le
facré vallon ,
On n'y trouve pas Apollon .
Le Madrigal qui fuit doit
eftre de faifon dans un temps
de nouvelles Il eft de Mr Chau.
veau de Chartres qui a donné
au Public deux Volumes d'hiftoires
galantes & comiques &
plufieurs petits contes en vers ,
qui ont efté bien reçûs.
GALANT
159
LE NOUVELISTE BOSSU.
MADRIGAL:
Un petit boſſu pointilleux.
Voulantfe railler d'un boiteux ,
Luy demanda ,quelles nouvelles ,
Vous qui marchez d'un & d'autre
cofté ?
L'autrepour reprimerfafotte vanité,
Zuy répondit en verité ,
Je n'en aypoint apris de belles.
C'eft de vous, Compere Niquet,
Qu'on doit en attendre de telles,
Puifque vous portez le paquet.
Le. 9. de Janvier il y eut une
affemblée au College de Propa160
MERCURE
y
gandafide , dans la grande Salle
oùfe tient ordinairement l'Academie
des Conferences fur le
Droit & fur l'Hiftoire Ecclefiaftique.
MrleChevalier Maffei
prononça un éloge tres - éloquent
de feu Mr l'Evêque de
Meaux , & il s'étendit fort fur
les fervices que ce Prelat avoit
rendus à l'Eglife Catholique
par quantité d'excellens ouvradeffendre
la Foy congcs,
pour
tre les heretiques, & pour combattre
toutes les erreurs des derniers
temps. Il fit un detail circonftancie
de tous les ouvrages
de ce grand Prelat , & celuy
GALANT 161
fur lequel il s'étendit le plus fut
l'hiſtoire des variations des Egli-
Les proteftantes. Tout le monde
, dit l'Orateur , attendoit ce
grand Ouvrage annoncé depuis
plufieurs années , comme une preuve
invincible , fous le poids de laquelle
la reformation devoit demeurer
accablée. L'attente nefut
pas vaine.L'Auteur tira des variations
& des traits de legereté &
d'inconftance qui parurent dans les
premiers reformateurs , des conclufions
ruineufes au parti proteftant.
Mr de Meaux dans cet excellent
Ouvrage , remontejufqu'au commencementde
la reformation , dont
Mars 1705
.
?
162 MERCURE
il découvre les injuftes motifs &
le rapide progrés que Dieu ne permitfans
doute qu'en haine des defordres
defon Peuple, peut- eftre
des Miniftres defes Autels. L'O
rateur parla enfuite du Schifme
de Luther que Mr de Meaux
parcourt avecbeaucoup d'exactitude.
Cet Herefiarque , que fes
indignes admirateurs appelloient ,
le Tonnerre & la Trompette
qui tira le monde d'une profonde
lethargie, anima laplume
de notre grand Prelat , continue
le Panegyrifte : Il démontra d'une
maniere égalementfolide, lafauffeté
& l'illufion de fes dogmes ,
GALANT 163
en parlant de la ligue de Smalcade.
Il la reprefenta comme une rebellion
declarée comme lafuite
des difcours feditieux de Luther.
L'endroit enfin de cet Ouvrage
incomparable fur lequel l'Ŏrateur
répandit plus de loüange,
fut celuy où feu Mr l'Evêque
de Meaux deffendit la primauté
du Pape & la qualité de
Chef de l'Eglife, contre les attaques
des Proteftans ; il finit
par les louanges qu'il donna à
ce Prelat fur le zéle qu'il marqua
dans les dernieres années
de fa vie , lorfqu'il fembloit
que quelques étincelles de l'he-
O ij
164 MERCURE
refie de Molinos vouloient
troubler la paix de l'Eglife . En
parlant de Michel Molinos le
Chef & l'Auteur d'une Secte
deteftable , il toucha quelque
chofe du Cardinal Petrucci ,
Le Cardinal Ottoboni affifta
à ce difcours avec Don Annibal
Albani Neveu du Pape, &
un grand nombre de Prelats ,
& de perfonnes diftinguées
qui virent , avec édification, la
memoire d'un Evêque dont les
travaux avoient efté utiles à l'Eglife
, honorée d'une maniere
dont il y a fort peu d'exemples.
L'Orateur reçût de grands applaudiffemens.
GALANT 165
fa
M le Baron de Leyen , qui
avoit efté élû Evefque d'Aichftet
, s'eftant excufé d'accepter
cette Dignité , le Chapitre de
cette Egliſe a élû en ſa place
M' le Baron Knobel de Katzenellebogen.
Ce dernier reparera
avantageuſement
la perte
que le Chapitre d'Aichſtet
vient de faire par la mort de
fon dernier Evefque , & par le
refus de M le Baron de Leyen.
Il defcend d'une ancienne famille
d'Allemagne , dans laquelle
il fe conferve une vieille
tradition que le Cardinal de
Preneſte ( Conon ) fils d'Egi
166 MERCURE
non , Comte d'Urrac en Allemagne
, & un de ceux qui établirent
la Congregation Arrofiane
de l'Ordre de S. Benoist, étoit
petit-fils d'une Camille Knobel
de Katzenellebogen
. Le
Pape Pafchal II . donna en 1107 .
le Chapeau de Cardinal à ce
Prelat , & le nomina en même
temps à l'Evêché
de Preneste
,
aujourd'huy Palestrine. Il l'envoya
enfuite en Orient , où il
tint un Concile dans la Ville
de Jerufalem contre l'Empe-
-reur Henry V. qu'il excommunia
, parce qu'il avoit maltraité
le Pape. Cette excommunicaGALANT
167
tion fut confirmée en plufieurs
Affemblées qui fe tinrent en
divers Royaumes de l'Europe .
Gelafe II. qui fucceda à Pafchal
, n'eut pas moins d'eſtime
pour le Cardinal Conon. Il
l'envoya Legat à latere en Allemagne
, où il réunit tous les
Electeurs
& Princes de l'Empi
re contre Henry qu'il excommunia
une ſeconde fois , dans
le Concile de Cologne
. Le
zele de ce Prelat parut encore
dans le Concile de Soiffons , où
il condamna l'Herefiarque
Abaillard
, avec fes écrits qu'il fit
brûler
. Conon refuſa genereu168
MERCURE
fement le Pontificat qu'on luy
offrit , aprés la mort de Gelafe
II. & il fit élire Guy , Archevêque
de Vienne , qui prit le
nom de Calixte II . La Maifon
du nouvel Evêque d'Aichfter
cft alliée à celles de Wirtemberg
& à plufieurs autres illuftres
Maifons .
Le Roy d'Efpagne a nommé
à l'Evêché de Portorico le Pere
Domingo Perez Urbano , de
l'Ordre des Trinitaires . Ce nouveau
Prelat porte un nom bien
celebre en Eſpagne. Antonio
Perez , Archevêque de Tarragonne
, & enfuite d'Avila eftoit
de
1
GALANT 169
de l'Ordre de S. Benoift : il fut
General de fa
Congregation en
Efpagne. Il avoit efte d'abord
nommé à
l'Evêché d'Urgel
enfuite à celuy de Lerida , d'où il
fut transferé à l'Archevêché de
Tarragonne. Il mourut à Madrid
l'an 1637. âgé de 68. ans.
Il a laiffé des
Commentaires fur
la Regle de S. Benoiſt. Un autre
Antonio Perez , fils de Gonfalvo
Perez,Secretaire de Charlesquint
, s'avança fous Philippe
II. qui l'exila enfuite. Perez fe
refugia en France , où il mourut
en 16.10 . Nous avons de luy
des Lettres tres -
ingenieuſes .
Mars
1705 . Р
170 MERCURE
す
Antonio Perez Profeffeur en
Droit dans l'Univerfité de Louvain
, fuivit fon pere qui eftoit
un des Domeſtiques de l'Infan→
te Elifabeth , femme de l'Ar
chiduc Albert , lorfqu'elle vint
en 1599. dans les Pays- bas. Il
a donné au Public Inftitutiones
Imperiales. Jean Perez de Saavreda
eftoit de Cordoue. Il
fouffrit de grandes perfecu
tions pour introduire l'Inquifition
en Portugal , par ordre
du Pape Paul IV. Ce Tribunal
s'y eft maintenu depuis ce
temps-là . Jacques Perez de l'Ordre
des Hermites de S. AugufGALANT
171
tin , fut Evêque de Chryfopo.
lis , il a fait des Commentaires
fur les Pfeaumes . Jerôme Perez
de l'Ordre de la Mercy vivoit
en
2
5. Il laiffa des Commen
taires fur S. Thomas . Portorico
eft une Ifle fituée dans la Mer
du Nord , vers l'Amerique , à
l'entrée du Golfe de Mexique,
& à l'Orient de l'Ifle de San
Domingo ou d'Hifpaniola . L'If
le de Portorico contient quinze
cens hommes capables de
porter les armes. Il faut voir
de Laet dans fon Hiftoire du
nouveau Monde. Le Religieux
qui vient d'eftre pourvû de cet
Pij
172 MERCURE
Evêché , eft generalement.efti
mé en Eſpagne. muto vul
Le R. Pere Froylan Diaz , de
l'Ordre de S. Dominique , &
Confeffeur du feu Roy d'Efpa
gne Charles II . a eſté pourvû
de l'Evêché d'Avila , qu'il a d'abord
fait quelque difficulté
d'accepter. La conduite de cè
Pere avoit efté rendue fufpecte
au Roy d'Eſpagne ; elle a même
efté examinée par des Commif
faires nommez pour ce fujet ;
mais ayant eu le bonheur de ſe
juftifier , le Roy ne s'eft pas
contenté de le déclarer inno
cent , & en confideration du
IGALANT 173
feu Roy fon grand oncle , de
luy donner une penſion confiderable
, & de luy affigner des
revenus pour entretenir un
équipage , mais Sa Majesté Catholique
l'a auffi nommé à cet
Evêché, qui eft venu à vacquer.
Avila fur l'Adaïa , Abula , Arbacuta
, & Albicella , cft une Ville
d'Eſpagne dans la vieille Caf-
-tille , avec Evêché Suffragant de
Compoſtelle . Cette Ville eft
celebre par la naiffance de Sainte
Therefe . C'eft une Ville affez
ancienne , Ptolomée en parle
fous un nom Grec qu'elle portoit
alors . Elle eft prefque au
Piij
174 MERCURE
pied des Montagnes qui portent
le nom d'Avila , Sierras di Avila.
Il ne faut pas confondre
cette Ville avec celle du même
nom , qui eft fur la riviere de
Napo , qui eft une petite Ville
de l'Amerique meridionale
dans le Perou & dans la Province
de los Quixos. Elle eft du
cofté deQuito. Pluficurs grands
hommes ont porté le nom d'Avila
; Diego d'Avila de l'Ordre
des Trinitaires ; François d'Avila
de l'Ordre de S. Dominique
; François d'Avila, Chanoine
Efpagnol ; Gilles Gonçales
Áď'Avila , Hiſtoriographedu
W GALANT 175
Roy d'Eſpagne , natif d'Avila
mêine & mort en 1658. Gildos
Gonçales d'Avila , de Tolede
, & de la Compagnie
de
Jefus , & qui mourut en 1596 .
âgés de 63. ans. Il faut voir
Nicol. Antonio. Bibl. Script.
Hifp. & Alegambe.
T
L'ouvrage que je vous envoye
eft de feu M Philebert
Mareffal ,Bachelier en Theologie
, fçavant Ecclefiaftique &
fort estimé de feu M' Faure ,
Evêque d'Amiens. Il eftoit
Chanoine de Picquigny , &
mourut en 1688. Comme cet
ouvrage eft de faifon , j'ay crû
Piiij
176
MERCURE
devoir vous
l'envoyer prefera
blement à
beaucoup
d'autres
qui me reftent , & qui ne pour
ront fi toft trouver place dans
mes Lettres, à caufe que les nouvelles
courantes , & fur tout
celles de la
guerre , en occu
pe la plus grande partie.
DISSERTATION
fur la Lune
Pafchalco
La Pâque des Chrétiens n'eft
jamais dans la Lune de Mars ;
mais toujours dans celle d'Avril ;
c'eft cependant une erreur prefque
univerfelle que l'opinion contraires
GADANT 177
au moinsparmi le Peuple,qui veut
que la Paquefoir toujours en Mars
ou dans la Lune de Mars. Mais
pour en defabufer les plus prevenus
; on préfume qu'il fuffiroit
qu'ils vouluffent reflechir fur ces
trois propofitions , qu'ils ne peuvent
d'ailleurs raisonnablement
conteſter.
L
1. Que la Pâque des Juifsfe
faifoit le 14. dupremier mois .
O
2. Que ce premier mois n'eftpas
celuy de Mars , qui eft un mois
folaire , mais un mois lunaire.
3° . Que les Chrétiens pourfaire
leurPâquefe fervent encore de la
même Lune , qui eft aſſurement
the
178 MERCURE
G
celle d' Avril
La premiere de ces propofitions
eft auffi certaine que l'Ecriture meme,
& ilfuffit d'en raporter les
termes qui fe lifent au chap: 23.
du Levit. . 5. Menfe primo
quartadecima die menfis ad
vefperam Phafe Domini eft ,
&c. Dans les Nombres 28. 16 .
dans l'Exod. 12. $. 2. 6. &
18. rien n'eſt plus clair.
3. La feconde propofition fe prouve
par
deux raifons.
1. Parce qu'il n'eft pas vrayfemblable
que par ce premier mois
dans lequel Dieu commanda à
Moife de celebrer la Pâque , on
?
EGALANT 179
ce
3
doive entendre celuy de Mars ,
qui n'étoit pas encore inftitué ; car
Commandement futfait à Moi-
Se peu de tempsavant la fortie des
Juifs de l'Egypte , environ l'an
2513. aprés la creation du monde ,
felon la Chronologie quife trouve
à la fin de la Bible de Vitré de
l'Hiftoire du vieux &du nouveau
TeftamentparMr de Royaumont:
&le mois de Mars qui eft le premier
des Romains ,fuivant ce vers
d'Ovide :
Martis erat primus menfis ,
venerifque fecundus .
n'a esté inftitué que par Romulus
I qui fut lepremier d'entr'eux qui
180 MERCURE
nous•
apprend que
qui diftribua l'année par mois ) que
747. ans aprés ; car Florus dans
l'abregédupremier Livre de l'Empire
des Romains,
cet Empire n'a commencé que 700 ..
ans avantAugufte,lequel étoit dans
la quarantiéme année de fon regne
lors de la Naiffance de Jefus-
Christ , l'an 4000. du monde.
2º. Si le mois de Mars étoit
ce premier mois , fixé dans l'Ecriture
pour la celebration de la Pacelle
des Chrétiens fe devroit
encore faire le Dimanche d'aprés
le 14. de ce mois comme on verra
que,
dans la fuite confequemment
elle ne feroit jamais plus retardée
GALANT 181
&
que quand elle tomberoit le 21 .
feroit fouvent plus avancée ; cependant
l'usage de l'Eglife nous
fait connoiftre qu'elle ne peut eftre
plus avancée que le 22. de Mars,
& qu'elle peut eftre retardée juf
qu'au 25. d'Avril. Voicifur ce
fujet les paroles du 8. Canon des
Apôtres. Si quis Epifcopus aut
Prefbiter , aut Diaconus , fanctum
Pafchæ diem ante vernale
æquinoctium , cum judæis celebraverit,
abjiciatur.
Ce premier mois n'eftoit doncpas
celuy de Mars, qui eft un mois So-
·laire , mais un mois de Lune. En
effet lepremier mois de l'année le
182 MERCURE
*
gale desJuifs , dont l'Ecriture dite
Menfis ifte vobis principium
menfium : primus erit in menfibus
anni. Exod . 12. 2. eftoit
celui de Nifan,dans lequel ilsfaifoient
leurPâque : Menfis Nifan,
( ditRabanus) primus eft in menfibus
anni , in quo etiam Paf
cha celebrant Hebræi. Or felon
Jofeph : Reliquerunt Ægyptum
menfe Xantico , Lunâ quintadecima
. Les Hebreux fortirent
de l'Egypte immediatement aprés
y avoir celebré la Pâque pour la
premierefois le quinzieme du mois
Xantic ; qu'il explique ailleurs
eftre celuy de Nifan : Moyfes
GALANT 183
O
que
autem Nifan , qui eft Xanticus,
menfem primum in fuis factis
ordinavit, quod per hunc Hebræos
ex Ægypto eduxiſſet :
cumdem etiam omnium quæ
ad rem divinam pertinerent
exordium fecit. Antiq. lib. 1 .
cap . 3. où l'on voitclairement
par le mois Xantic , ou Nifan ,
Jofeph entend un mois de Lune
faifant aucune diftinction entre
le mois la Lune : Reliquerunt
Ægyptum menfe Xantico , Lunâ
quintadecimâ.Ce qui eft con
forme à l'Ecriturequi ordonne dans
Les Nombres ch.28 . v . 16.defaire
la Pâque le 14. jour du premier
1184 MERCURE
mois Menfe autem primo ,
quartadecimâ die menfis , phaſe
Domini erit.
Mais la Rubrique du Breviaire
leve toute difficulté quand elle dit
en parlant des Festes mobiles. Is
vero apud Hebræos vocatur
primus menfis , cujus 14ª Luna
vel cadit in diem verni æqui
noctii quod die 21. Martii
contingit , vel propius ipfum
fequitur. Carfi ce premier mois
eft celuy dont le 14. tombe au
jour de l'equinoxe du Printems ,
qui eft le 21. de Mars ou imme
diatement aprés ; il restepour con-
Stant qu'il est tres- different de celui
·
GALANT 185
de Mars quec'est un mois de Lu-
•ne & que c'est de la même d'où
provenoit la variation de la Pâque,
qui fe trouvoit quelquefois plus
d'autrefois plus retar- avancée,
dée felon la difpofition de la Lune
avec cette equinoxe; car cettefefte ,
qui fe devoit toûjours celebrer le
14. du premier mois , pouvoit
tomber le jour même de l'equinoxe,
jamais auparavant ; mais au contraire
plus fouvent aprés.
C'est auffi le fentiment de Mr.
Gaffendidansfon Inftitution Aftronomique
, chap . 26. conformement
à la Loy des Juifs , raportée par
Fofeph & par les Rabins . Voyez
Mars 1705
.
186 MERCURE
les reflexionsfur la Religion Chre
tiennepar Mr Ferrand; page 272.
276. auffi-bien que Cornelius
à Lapide dans fon Commentaire
furS. Mathieu , c.26. 15. dont
voicy les termes Pafcha autem
celebratur die 14. menſis primi
ad vefperam, puta in plenilunio
menfis primi , Nifan dicti , qui
erat is in quem cadebat pleni-
Junium incidens in æquinocstium
vernum , vel illud proxime
fequens. Ce qui prouve invinciblement
que ce premier mois
-de l'année legale desJuifs étoit un
mois de Lune.
La troifiéme propofition , fea#
GALANT 187
voir que les Chrétiens d'aujour
d'hui pour déterminer le temps de
leurPâque fe fervent encore de la
même Lune , dontfe fervoient les
Juifs pour celebrer la leur , refulte
de la rubrique du Breviaire , de
Feftis mobilibus : qui le declare
notamment & fans équivoqué ,
lorfqu'elle dit que toute la difference
qui s'y trouve , eft que fi le
14. de la Lune qui peut arriver le
24. de Mars ou immediatement
-aprés , auquel jour l'equinoxe a
efté determiné ,felon le moyen mouvement
du Soleil , par le Pape Silveftre
, par les Peres des Con-
-ciles de Nicée , d'Arles , d Antio-
Qij
188 MERCURE
che , de plufieurs autres , pour
garder l'uniformité dans touteBE-s
glife , fi , dis-je, ce 14. de la Lunes
vient à tomber un Dimanche , la
Pâque eft transferée au Dimanche
fuivant , afin de ne pouvoir eftre
accufe deJudaïfer.Ne cum Judais
conveniamus , fi forte dies 14.
Lunæ caderet in dominicam.
Refte donc à prouver , aprés
toutes ces propofitions , que cette
premiere Lune eft celle d'Avril
c'eft ce quiferaaife à conclure quand
on aura montré que la Lune appartient
toujours au mois dans lequel
elle'finit's parce que celle de Pâque
qui ne commence jamais avant les
GALANT 1891
buit de Marspour être àfon 14. le
21. dudit mois , au plûtor , nepeut
finir qu'en Avril ; à moins que
par embolisme elle ne finiffe quel
quesjours en May ; & en ce cas ,
elle eft cenfée être Lune d'Avril.
C'est ce que les Compuriftes appel
lent : Error terminationis.
Jex Fe dis donc
que la
Lune
apar
tient
toûjours
au mois
dans
lequel
elle
finit
, fuivant
cette
maxime
de Sacrobofco
, dans
fon
traité
, de
Computu
Ecclefiaftico
, chap
.
des
mois
Lunaires
: In quo
com-
>
pletur
, Menfi
Lunatio
detur
.
Cette
maxime
eft fi
raisonnable
,
que
quand
elle
neferoit
pas
il
*
190 MERCURE
ققش
faudroit neceffairement
l'établir
ainfi . En voicy la raison.
Supofons que cette question n'ait
jamais efté agitée ; & qu'au mois
de Janvier la Lune commence
avec le mois cette Lune feroit
affurement la Lune de Janvier,
puis qu'elle y commenceroit
qu'elley finiroit; par confequent la
fuivante feroit celle de Février ;
la troifiéme celle de Mars, & ainfi
des autres. Cependant , la Lune
de Février dans cette fupofition
,
commenceroit
en Fanvier , & finiroit
en Février , parce que
cours Synodique de la Lune n'étant
29. jours 12. beures 44. que
de
le
GALANT 191
TOLLER
minutes 3. fecondes , la Lune
de Février commençant immedia
tement aprés celle de Janvier , feroit
au plus tard à fon premierjour
le 30 dudit mois de Janvier ; la
Lune de Mars enfuite commenceroit
en Février & finiroit en
Mars ; celle d'Avril , & ainfi
des autres; de telle forte qu'en recommençant
l'Année
qui devroit apartenir à Janvier
commenceroit onze jours dans le
mois de Decembre, & finiroit autant
dejours avant la fin de Fanvier
parce que douze Lunes ne
font qu'environ 354 jours ; &
douze mois Solaires environ 365.
la Lune
192 MERCURE
qui font onze jours davantage ;
d'où il faut neceffairement conclure
que la Lune n'apartient pas
au mois dans lequel elle commence,
mais à celuy dans lequel ellefinit;
& confequemment que
de Pâque , qui finit toûjours en
Avril , eft incontestablement la
Lune d'Avril.
la Lune
C'est pourquoi Sacrobofco , qui
a traité cette matiere exprés , &
à qui par confequent on doit plutôt
ajouter foy qu'à tout autre,
qui n'en a parlé que par occafion,
&fans y avoir reflechi , dit pofitivement
dons fon Comput Ecclefiaftique
, en parlant des Feftes
Mobiles,
GALANT 193
1
Mobiles , que le terme de Pâque
eft toûjours le 14 de la Lune d'Avril;
& que la raison pourquoy.
la Pâque n'est point fixée à un
jourcertain , c'eſtparce que les Lunes
d'Avrilfont quelquefois plus
avancées, & quelque fois moinss
à cause que la premiere , ( c'eft
à dire la plus avancée ) doit commencer
aprés les Nones de Mars,
qui eft le huitiéme; & la dernie
re , ou la plus retardée , au cinquiéme
d'Avril.
D'où l'on peut encore - inferer
que le premier
mois Solaire des
Hebreux , eft celuy qui corref
pond à notre mois d'Avril : car
Mars 1705. R
194 MERCURE
leur premier mois Solaire eft celuy
dont la Lune eft au 14. le 21 de
Mars , ou immediatement aprés,
comme nous avons deja dit. Or
c'eft la Lune d'Avril qui eft en
fon 14 à l'Equinoxe du Printems,
parce qu'elle finit toûjours dans le
mois d'Avril ; & par confequent
c'est le mois qui répond à nôtre
mois d'Avril , qui eft le premier
mois Solaire des Hebreux. En
effet , Menfis Nifan refpondet
Aprili. Dit Fanfenius d'Ipre , fur
la Genefe . Menfis Pandicus apud
Athenienfes, ( dit Rabanus, ) ipfc
cft qui apud nos Aprilis nuncupatur
, & apud hebræos Nifan.
"
GALANT 195
Ce fentimentfe trouve encore
conforme à celuy de Gratian , dans
fes Decrets , primâ parte , diftinct.
76. Cap. hujus; dont voici
les termes primus enim menfis
apud illos , ( en parlant des Hebreux
, ( eft Aprilis ,
quartus
Julius. &c. la glofe fur le Chap.
Celebritatem. Dift. 3. de la Con
fecration. Part. 3. l'explique encore
de même. Pafcha debet celebrari
poft decimam quartam
diem
Lunationis Aprilis , qui
eft primus Menfis fecundum
hebræos . La Pâque fe doit celebrer
aprés le 14. jour de la Lune
d'Avril , qui eft le premier mois
Rij
196 MERCURE
==
chez les Hebreux. Il ne fe peut
vien de plus clair , ny de plus pofitif,
pour conclure qu'en effet la
Pâque des Chrétiens n'eft jamais
dans la Lune de Mars mais
toujours dans celle d'Avril ; puifle
premier mois de l'Année legale
des fuifs , dans lequel Dieu leur
avoit ordonné de faire la Pâque ,
dans lequel les Chrétiens la
font encore , eftun mois de Lune;
que cette Lune eft celle d'A
uril; qu'on peut apeller le premier
mois Solaire des Hebreux.
GALANT 197
TM l'Abbé de Quelus , Au
mônier du Roy , & qui a eſté
nommé à l'Evêché d'Auxerre
s'eftant retiré au Seminaire de
S. Magloire pour fe préparer à
fon Sacre , en fortit au comhencement
de ce mois
, & f
par Monfieur
le Cardinal
de Noailles , affifté de M' l'Evêque
de Senlis & de M' l'Evêque
de Troyes . Cette ceremonie
fe fit aux Carmes déchauf
fez. Tout ce qu'il y a de Cardinaux
& de Prelats à Paris s'y
trouverent , ainfi qu'un grand
nombre de perfonnes de la
plus haute diftinction de la
Riij
198 MERCURE
Cour & de la Ville. Monfieur
le Cardinal de Noailles traita
à dîner les deux Evêques qui .
l'avoient affifté dans cette ceremonie
, &M' l'Evêque d'Auxerre.
On a imprimé chez le S ' Auguſtin
Brunet dans la grande
Salle du Palais ,de nouveaux Elemens
des Mathematiques . Cet
ouvrage contient un Traité de
Geometrie fort exact ; un Traité
d'Arithmetique, & un Traité
d'Algebre , le tout compris
dans unvolume in 12. M' Polynier
eft Auteur de ces nouveaux
Elemens ; la lecture en fait au-
C
GALANT 199
tant de plaifir que l'uſage en eft
utile . Je ne vous entretiendray
pas plus au long de l'excellence
de ces Sciences ; puifque tout
le monde fçait que les Mathematiques
font prefentement
cultivées avec plus de foin
& avec plus d'ardeur qu'elles
ne l'ont jamais eſté ; elle's
deviennent une des plus ferieufes
& des plus belles occupations
de la jeune Nobleffe
, & generalement de tous
les beaux efprits. Plufieurs de
nos Rois ont donné des mar
ques fi particulieres de leur efti
me en faveur de ces Sciences
R iiij
200 MERCURE
qu'ils ont établi dans plufieurs
endroits du Roïaume un grand
nombre d'Ecoles publiques
pour en inftruire leurs Sujets
rendre l'Etat auffi flo-
&
pour
riflant
en habiles
gens , qu'il eft
fertile en braves
guerriers
.
Ces Elemens
aprés avoir fubi
la plus fevere
critique
, n'ont
été
precifément
attaquez
qu'en
un feul endroit. Vous en jugerez
par l'expoſition
de la chofe
même , aprés que vous
aurez
connu
l'eftat de la queftion
que
voicy.
On a accufé M' Polynier d'avoir
démontré la feconde proGALANT
201
pofition des proportions par
la premiere partie de la huitiéme
propofition , qui dépend
elle - même de cette feconde
propofition. Voicy de quelle
maniere ceux qui ont pris fa
deffenfe ont répondu. Il faut
obferver que la buitiéme propofition
tend à faire voir. que deux
grandeurs égales ont même
rapport à une troifiéme. Il fuffit
d'avoir une legere teinture des
premiers Elemens de Mathematiquespourjugerfacilementſiceux
qui ont infulté M Polynier en
cette occafion , ont eu le moindre
fondement , pourfaire voir que
202 MERCURE
cettefeconde propofition ne dépend
en aucune maniere de la huitième ,
en voicy l'énoncé& la demonftra
tion.
Le produit des termes extrêmes
d'une proportion geometrique
eft toûjours égal au produit des
termes
moyens .
DEMONSTRATION.
Soient ces quatre grandeurs en
proportion geometrique a àb commec
à d : je dis que le produit des
termes extrêmes qui eſt a d , eſt
égal au produit des termes moyens´
qui eft bc.
GALANT 203
Je nommeray x l'exposant du
rapport de a à b , c'est- à - dire que
le quotient de a divifepar bfera
x ; le produit bx du quotient x
multiplié par le divifeur b fera
égal à la grandeur à divifez a.
Le rapport de c à deft égal
celuy de a à b , par la fuppofition.
Fauray donc auffi le quotient de c
divife par d'égal àx , & enfin
dxfera égal à c.
Je viens de démontrer que l'antecedent
c est égal à dx : prefentement
je démontre que le rapport bx
à b est égal au rapport de a à b;
le rapport de dx à d eft
& que
égal à celuy de c à d .Fay nommé
204 MERCURE
x l'expofant du rapport de a à b;
il est évident que l'exposant du
rapport de bx ab eft auffix . Donc
bx eft à b comme a à b. Je trouwe
de même que l'exposant du
rapport de c à deftant appellé x ,
l'expofant du rapport de dx à deft
auffix. Donc dx eft à d comme c
eft à d.
En la place de la grandeur a je
puis donc fubftituer bx , & en la
place de c je puis auffi luy ſubſtituer
dx. Enfin au lieu de cetteproportion
, a eft à b comme c est à d,
jauray fon équivalente , fçavoir
bx à b comme dx à d .
Il paroift évidemment que le
:
GALANT 205
produit des termes extrêmes de cette
derniereproportion eft égal au produit
des termes moyens ; c'est- àdire
que bxd eft égal à bdx ; buif
que de part & d'autre de l'égalité
on apperçoit les mêmes grandeurs.
Or multiplier l'un par l'autre les
deux termes extrêmes , & l'un par
l'autre les deux termes moyens. de
cette feconde proportion , c'est la
même chofe que multiplier l'un par
l'autre les deux termes extrêmes ,
&l'un par l'autre les deux termes
moyens de la premiere proportion ;
puifqu'on vient de voir que ces
deux proportions font égales en
toutes manieres. Donc ad eft égal
206 MERCURE
à bc : ce qu'il falloit démontrer
.
Cette démonstrasion ne dépend
donc nullement de la propofition
buitiéme. Elle eft exposée encore
beaucoup plus clairement dans
le Livre dont elle est tirée ; parce
que
les définitions & les
axiomes qu'elle fuppofe yfont citez
exactement. Outre qu'il s'y
trouve encore une recapitulation
qui eft omife icy , parce que
rité que l'on nous yfait voirfuffit
pour montrer l'injustice de la Critique.
la ve
Ce livre eft in octavo , & le
55. fols.
prix eft de
GALANT 207
Il paroift depuis peu un autre
livre nouveau qui fe vend
chez le St Jean Guilletat , ruë
S. Jacques à la Bonne-foy , prés
la rue des Mathurins. Ce livre
qui eft de la compofition de
M' Fromentin , eſt un Traitédu
Bonheur. L'Auteur entreprend
de prouver dans ce Traité de
Morale que tous ceux qui fe
plaignent de la Fortune font
dans l'erreur ; que chacun
peut eftre l'Artiſan de fon bonheur
; que Dieu n'a point
créé l'homme pour eftre malheureux
; & que ce feroit en
quelque forte contredire fa
208 MERCURE
a
Sageffe que d'eftre dans ce
fentiment. L'Auteur fait voir
que Dieu a rendu l'Homme
fouverain ſur la terre , qu'il a
foûmis tous les animaux à fon
pouvoir , & qu'il l'a comblé de
richeffes ; qu'il ne luy en a
pas donné la proprieté , mais
la jouiſſance, parce qu'il a voulu
que l'homme preferaft les delices
de l'efprit aux plaifirs fenfibles
du corps ; & que c'eſt dans
ces biens fpirituels , qui font
les vrais biens , qu'il doit trouver
fa felicité , & non dans les
autres qui n'étant que paffagers
& periffables ne le peuvent renGALANT
209
dre veritablement heureux. Il
affure que dés que l'homme a
lufage de la raifon il eft non
feulement heureux dans tous
les âges , & dans toutes les conditions
de la vie , mais qu'il ne
ceffe
pas de
l'être
dans
les
differentes
fituations
où
il fe trouve
, quoy qu'au fentiment
du
vulgaire , il paroiffe tres - miferable.
Voila le plan de l'Ou
vrage de cet Auteur . Cet Ouvrage
eft divifé en 5. parties
qui contiennent
plufieurs Chapitres.
La lecture en doit être
tres-utile. Le ftile en eft beau &
ce Livre fé peut lire avec plaifir .
Mars 1705
.
J
S
210 MERCURE
M² Mariotte , Secretaire &
Greffier des Eftats de Languedoc
, vient de donner au Public
une Carte gravée par M
Picard le Romain , de la Seance
ordinaire de leur affembléc .
Cet Ouvrage a efté trouvé par
les Perfonnes de bon gouſt ,
bien imaginé , & bien execu
té. Monfieur le Duc du Maine,
Gouverneur de Languedoc ,
l'ayant jugé digne d'être prefenté
au Roy , Sa Majeſté s'ar
refta en voyant cette feance ,
la trouva curieufe , & voulut
bien même faire l'honneur à
l'Autheur de loüer fa penſée.
GALANT 21E
On trouve cette Carte chez
M' Picard Graveur demeurant
dans la rue S. Jacques prés la
la Fontaine S. Severin ,
Bufte de Monſeigneur le Dau
phin .
au
33
Meffire N...Cybo Patriar
che titulaire de Conftantinople
& frere du feu Cardinal
Cybo Doyen du Sacré Collége,
mourut à Maffa dans un âge
fort avancé , dans le mois de
Février dernier. Il eftoit fils de
Charles Cybo Prince de Maffa,
tres- eftimé
par fon efprit , par
fon courage & par fon inclination
bien-faifante , & de Dona
Sij
212 MERCURI
Brigida Spinola : Son frere aîné
étoit Alberic II . du nom , Prince
de Maffa, Marquis & Seigneur
Souverain de Carrera , Lavenza
& Duc d'Ajetto , qui a laiffe
une grande pofterité de Fulvia
Pic , fille d'Alexandre
Pic, Prince
de la Mirande, &grande Tan
te du jeune Prince de la Mirandole.
Charles Cybo étoit fils
aîné d'Alderame
Cybo , qui fe
trouva à la bataille de Lepante
& qui aimoit les Arts & les
Sciences , & de Marfife d'Eft
fon époufe ; celuy - cy eftoit fils
d'AlbericCybo
que l'Empereur
Maximilien
I. fit Prince de
.
#GALANT 213
Maffa , qui fe fignala à la ba
taille de S. Quentin , & en pluficurs
autres occafions , & le
quel on a remarqué avoir cu
part à l'eftime de quatorze Pa
pes , de fix Rois de France ,
de fix Empereurs & de trois
Rois d'Efpagne . Il avoit époufé
Elizabeth de la Rouere , fille
de François Marie Duc d'Urbin
dont il eut Alderame duquel
je viens de parler. Il devint l'aî
né de la maifon par la mort de
Jules Cybo fon frere , qui eut
la tête tranchée par ordre de
l'Empereur , pour avoir entre
tenu des intelligences avec les
214 MERCURE
Fiefques , qui vouloient établir
les François dans l'Eftat de Gennes
. Ce Prince infortuné ne
laiffa point d'enfans de Perrette
Doria fon époufe ; il eftoit fils
de Laurent Cybo , Comte de
Ferentillo, Capitaine de la Garde
du Pape Clement VII. &
General de fes Armées , & de
Richarde Malefpines
, Marquife
de Maffa . C'eft cette Dame qui
le fit perir pour faire tomber
toute la fucceffion à Alberic
fon fecond fils . Laurent Cybo
eftoit fils de François Cybo ,
Comte de Languilla &General
de l'Eglife & de Madelaine de
GALANT 215
Medicis foeur de Leon X. François
Cybo eftoit fils du Pape
Innocent VIII . ( Jean Baptifte
Cybo ) qui l'avoit cu eftant encor
jeune d'une Demoiſelle Napolitaine.
La Maiſon de Cybo
eft une des plus anciennes de
toute l'Italic , elle eftoit confiderable
dés le dixiéme fiécle
fous l'Empereur Othon I. qui
recompenfa les fervices de Guy
Cybo par le don de plufieurs
Terres .
M' l'Abbé de
Chamilly ,
Abbé de la Couture eft mort
au Mans , dans de grands fentimens
de pieté. Il avoit paffe
216 MERCURE
la plus grande partie de fa vie
dans une attention continuelle
aux devoirs de fon état ; &
rien ne l'en avoit jamais pû detourner
un feul moment.
L'honneur qu'il avoit de toucher
de prés à Meffire François
de Bouton, Comte de Chamilly
, Chevalier des Ordres
du Roy, & Maréchal de France
, & à M le Comte de Chamilly
, qui a cfté Ambaſſadeur
en Dannemarc , le diſtinguoit
moins dans le monde que la
folide vertu dont il avoit toû
jours fait une conftante profeffion.
La Maifon de Bouton.
a
de
GALANT 217
de Chamilly eft originaire de
Bourgogne , où elle eft connue
depuis que les Souverains de
ce Pays là , unirent à leurs Etats
les dix-fept Provinces des Pays
Bas. La Reine des Romains ,
Marie heritiere de tous cesEtats,
& épouſe de l'Empereur Maximilien
, avoit auprés d'elle
un George Bouton qui la fervoit
en qualité d'Ecuyer , &
lors que le Duc Charles le Temeraire
, fon pere , prit priſonnier
à Peronne , le Roy Louis
XI. Il avoit pour
Gentilhomme
de fa
Chambre Philipe de
Bouton , qui fut toûjours at
Mars 1705
T
218 MERCURE
taché à ſon ſervice , & qui ſe
trouva auprés de ce Prince lors
qu'il fut tué au Siége de Nancy.
Cettte Maiſon eft auffi tres
confiderable par fes alliances ,
& par fes dignitez .
Vous avez apris la bleffure
de M' le Comte de Lautrec, &
je vous donnay le mois paffé
un long détail de l'action dans
laquelle ce Comte a eſté bleffé.
On a crû long- temps que fa
bleffure n'étoit pas mortelle ,
on s'étoit flaté de revoir encore
dans le fervice un fr brave
homme & d'une intrepidité fi
reconnue. Il fut porté à Bref
GALANT 219
cia , aprés avoir efté bleffé , où
il fut vifité des Perfonnes les
plus diftinguées de la Ville , &
d'un grand nombre d'Officiers
Allemans qui ne pouvant s'empefcher
de louer la valeur dans
leur ennemi même , luy donnerent
mille louanges , & qui,
tant qu'il a cfté malade , n'ont
pas manqué d'envoyer plufieurs
fois tous les jours demander
des nouvelles de fa
fanté.
Il y a long - temps que les
Comtes de Lautrec font connus
en France. Ceux qui portoient
cette qualité fous les ré-
Tij
TEO THA YAR
220 MERCURE
gnes de Louis XII, & de François
I. firent beaucoup parler
d'eux en Italie , où ils curent
des Commandemens confiderables
. Les Vicomtes de Lautrec
ont toûjours tenu un rang confiderable
parmy les les grands Seigneurs
de Languedoc. Les derniers
Comtes de Foix eurent le
Vicomté de Lautrec par conceffion
du Roy Philipes de Valois
, & par mariages ou par
alliances, les Seigneurs de Ventadour
, de Bioule, d'Arpajon ,
de Bernois , de Montredon , de
Monfa , &c. ont eû la même
qualité de Vicomtes deLautrec,
GALANT 221
celuy qui vient de mourir touchoit
de prés à toutes ces grandes
Maifons. Pour être pleine
ment inftruit de la fucceffion
directe des Seigneurs de Lautrec
, il faut confulter le traité
du Domaine du Roy de Dupuis
, l'Hiftoire des Comtes de
Touloufe , les Memoires de
Languedoc de Catel , & la Genealogie
de la Maiſon de Foix.
Lautrec qui a donné le nom
aux Vicomtes de Lautrec eft
une petite Ville de France en
Languedoc , dans l'Albigeois ,
Elle eft à 2. lieues de Caftres,
fituée fur une montagne qui
Tuj
222 MERCURE
produit d'excellens vins , il y
avoit autrefois un Château
qui eft ruiné. Le Chapitre de
S. Pierre de Burlas y efté tranfferé
depuis les troubles de la
Religion .
a
Feu M' de Lautrec eft fils
de M' le Marquis d'Ambres ,
Lieutenant General en Languedoc
, qui a eu le chagrin de
voir mourir un fils qui foutenoit
fi bien l'éclat de fa naiffance
, & la valeur de fon fang.
Le Roy a donné fon Regiment
à M' le Marquis de Vignolles
fon frere , Capitaine dans le
même Corps
.,
GALANT 223
M la Marquife de Salins eft
morte agée d'environ 30 ans,
Elle étoit poulmonique ; & il y
avoit deja long-temps qu'elle
attendoitla
mort avec une gran
de refignation à la volonté de
Dieu.
M' le Marquis de Salins , ſon
époux âgé d'environ 35. à 36 .
ans en a efté fi vivement touché
, qu'il eft auffi mort de chagrin
. 8. jours aprés ſon épouſe:
d'où l'on de la
peut juger parfaite
union de leurs coeurs. Ils
font tous deux enterrez à S.
Paul.
Tiiij
224 MERCURE
Dans la derniere nomination
des Officiers Generaux ,
Mr le Comte de Renepont
n'avoit pas efté nommé Marê
chal de Camp , parce qu'on l'avoit
oublié fur le Memoire des
Brigadiers de l'Armée d'Italie
qui eft fous les ordres de Monfieur
le grand Prieur de France.
Il commande la Cavalerie dans
cette Armée ; mais le Roy l'a
nommé Marechal de Camp &
luy a donné fon rang du 26.
Octobre aprés celuy qui avoit
efté le dernier nommé & S. M.
a donné à Mr le Marquis de
Ponts , fon fils aîné , fon RegiGALANT
225
114
ment de Cavalerie ; ce Regiment
portera toûjours le nom
de Renepont. Il a deux autres
fils Capitaines dans ce Regi
ment qui font Mr le Comte de
Senlis & Mr le Chevalier de
Renepont , & un quatriéme
Chevalier de minoritédugrand
Prieuré de France qui va faire
fes Caravanes, afin de fervir à
fon retour dans ce Regiment.
Mr le Comte de Ponts,fon aîné
a efté tué Major de ce Regiment
âgé de 23. ans : Sa Majefté
luy ayant donné une Compagnie
à 14. ans aprés la bataille
de la Marfaille, lorfqu'elle
•
226 MERCURE
donna ce Regiment à Mr le
Comte de Renepont fon Pere.
Il a fervi autrefois fous le nom
de Regiment de des Fourneaux
& eft fort ancien. La maiſon
des de Ponts Renepont eft fort
ancienne & originaire de Bretagne
, ainſi qu'il fe voit dans
le Conneftable du Quefclin.
Gilbin de Ponts acheta il y a
plus de trois cens ans les Terres
de Renepont & Malroy , proche
l'Abbaye de Clairvaux .Elle
cft alliée par les de Ponts aux
maifons de Choiſeul , de Legruier
, de Fontaine , de Luce,
de Genne , d'Ancienville, dont
GALANT 227
il ya cu un grand Maiſtre de
l'Artillerie
& grand Prieur de
France , de Quinquanpois
d'Amboife
Vignory , & d'Alamont
, & par la maiſon de Catherine
Bouteillier
de Senlis ,
Mere de Mr le Comte de Renepont,
elle eſt alliée aux maifons
d'Eftrées , & de Bethune ,
la Mere de Meffieurs d'Eftrées
étantBethune
& fille d'une Bouteillier
de Senlis : elle a auffi deux
alliances avec la maifon de Harlay,
la foeur de Monfieur le premier
Prefident du Parlement
de
Paris, ayant époufé Mr le Mar228
MERCURE
quis de Mouffi Colonel du Regiment
de la Reine & Brigadier,
qui fut tué à la bataille de Turquem
& ne laiffa pas d'enfant.
Le bien de cette maiſon eſt
confiderable & appartient à Mr
le Marquis de Rottelin . Cette
Catherine le Bouteillier de Senlis
eftoit fille d'Antoinette d'Araucour
& cut pour ayeuls N.....
de Ludre & Catherine de Gournay
de deux maifons illuftres
de Lorraine. Le fecond fils de
Mr le Comte de Renepont
Capitaine dans ce Regiment ,
porte le nom de Comte de
GALANT 229
Senlis , pour ne point laiffer
perir ce nom. Il y a plus de
quatre cens ans qu'un de Senlis
eftoit Chancelier de France ,
cette maifon poffedoit de grande
Terres , fçavoir celles de
Chantilly , d'Hermenonville ,
de Mouffi , de Grigneu , &c .
Mr le Comte de Vigneufe qui
eftoit frere de Catherine le Bouteillier
de Senlis eft mort à la bataille
de Rethel Meftre de
Camp d'un Regiment de Cavalerie
; cette maifon eft originaire
de l'Ile de France &
poffedoit la Charge de grand
Bouteiller de France .
230 MERCURE
Paulin le Boutellier de Senlis
leur ayeul , fut envoyé par
Henry III. pour cftre Gouverneur
de Monfeigneur leDuc
de Bar fon beau - frere. Mr le
Comte de Vigneufe n'a cu
qu'une fille mariée à Mr le
Comte d'Apremont , Couſin
Germain de feuë Madame la
Ducheffe de Lorraine, elle eftoit
niéce de Catherine le Bouteillier
de Senlis , mere de Mr le
Comte de Renepont & de E ...
de Ponts Renepont Abbé de
Macherez.
Quoique, lorfque j'ay com-
GALANT 231
mencé à vous adreffer mes Lettres
, je me fois propofé de n'y
jamais rien mettre qui puft chagriner
perfonne , je ne fçay fi
cette Loy que j'ay crû me devoir
impoſer , doit avoir lieu ,
lorfqu'il s'agit de juftifier des
perfonnes attaquées injuftement.
Toutes les veritez font
permifes dans le Barreau , &
même celles qui chagrinent ,
pour ne pas dire davantage ,
ceux contre lefquels on fe deffend
& dont on repouffe les
injures & les calomnies . Je dois
vous dire à cette occafion qu'il
court depuis peu une Lettre
232 MERCURE
imprimée , intitulée Réponse
de Mr de Rouviere Maître Apoticaire
, à la Lettre de Mr Biet
auffi Maître Apoticaire adreffée à
Mrs les Doyen , Docteurs &
Profeffeurs en Pharmacie de la
Faculté de Medecine de Paris,
aux Maîtres & Gardes en charge
des Marchands Apoticaires de la
même Ville.
Cette Lettre de Mr Biet eft.
fi remplie de calomnies , qu'à
peine a- t-elle vû le jour qu'elle a
cfté regardée avec indignation
de tous ceux qui ont bien voulu
fe donner la peine de la lire.
Mr de Rouviere qu'elle attaGALANT
233
que eft recommandable du côté
de l'honnefte homme & par un
profond fçavoir dans la profef
fion dont il fe mêle & par une
longue experience. Il eft Apoticaire
des Camps & Armées du
Roy où il a fervi long - temps.
Il a auffi l'honneur d'eftre Apoticaire
de la petite Ecurie de Sa
Majefte , il fert en cette qualité
plufieurs perfonnes de la plus
haute diſtinction , non -feulement
par la grandeur de leur
naiffance , mais auffi par les
grands poftes qu'elles occupent
dans l'Eglife & dans l'Epée, qui
font toutes cas de ce fçavant
Mars 1705
. V714
234 MERCURE
?
D Artifte , non-feulement parce
qu'il efttres habile dans ſa profeffion
, mais auffi à caufe de
fon merite perfonnel . Il vient
de le faire voir dans fa réponfe
à M'Biet dans laquelle ila confervé
une moderation fi grande
que l'on s'eft cftonné comment
il a pû répondre à un fi
grand torrent d'injures avec
une fi grande fageffe . Je ne vous
parlerois pas du demêlé de deux
particuliers , s'il ne s'agiffoit
point de l'intereft public, puifque
cette querelle eft née à l'oc
cafion de la Theriaque, & commele
public s'en fert , il eft bon
GALANT 235
qu'il foit informé qu'il n'y a
rien à redire à celle de Mr de
Rouviere , & fi elle n'avoit pas
efté trouvée parfaitement bonne
, & qu'elle n'euft pas produit
des effets merveilleux , Mr
de Rouviere n'en auroit pas fait
tant de fois & en fi grande quantité.
Il n'y arien à repliquer làdeffus
, & je laiffe à tous ceux
qui en ont ufé à faire l'éloge de
fa bonté. Je diray ſeulement
que lorfque cet habile Artiſte
en fit la premiere fois , tout fe
paffa avec tant d'éclat & en prefence
de tant de Sçavans & de
tant de perfonnes de diftinction
Vij
236: MERCURE
que la jaloufie commença des
lors à s'emparer de l'efprit de
quelques perfonnes qui profeft
fent le même Art. Tant il eft .
vray que les grands fuccés en
quelque profeffion que ce foit,
attirent toûjours de la jaloufie ,
avec les louanges les plus legitimement
dûës .
Il paroift hors de doute que
ce qui a efté écrit contre Mr de
Rouviere eft de M'Biet Maiftre
Apoticaire. Premierement
parce que plufieurs Apoticaires
ayant vû paroiftre ce Libelle &
l'ayant condamné dirent à
?
>
Mr de Rouviere & à Mr Bict
GALANT 237
qu'ils les vouloient accommoder
, jugeant bien que Mr de
Rouviere devoit repouffer des?
injures fi atroces & des calomnics
fi vifibles , & ne croyant
pas qu'il le feroit avec tant
d'honnefteté ; ce qui empêche
encore de douter que M² Biet
eftl'Auteur de cette Satyre eft ?
qu'on n'en fait point de miſtere
dans le Corps des Apoticaires,
& que l'on trouve au bas les
deux atteftations qui ont efté
données à Mr Biet touchant la
Theriaque qu'il fit publiquement
il y a 7. ou 8. mois par
Meffieurs les Doyen , Docteurs
238 MERCURE
& Profeffeurs en Pharmatie de
la Faculté de Medecine de Paris
& par les Maiftres & Gardes en
Charge desApoticaires de cette
Ville . Je n'aurois pas nommé
M' Biet fi je n'avois d'auffi
fortes preuves que le Libelle
dont il s'agit vient de luy.
Je vous fais part de ce qui
fuit de la maniere qu'il m'a ché
envoyé.
J
GALANT 239
RELATION
Des Ceremonies faites à la be
nediction de la premiere
pierre du Port Saint Charle ,
fur la Mer Mediterrannée ,
à l'embouchure de la rivicre
d'Aude , prés de Narbonne
.
la
S'ily a lieu d'admirer que
France refifte tout à lafois à tant
d'Ennemis liguez contre elle , on
ne doit pas moins admirer que dans
ce mêmetemps on faffe au dedans
du Royaume desOuvragespublics,
comme fi l'on eftoit dans la plus
240 MERCURE
dela
profonde paix & qu'on travaille
toujourspourla commodité
pour
Futilité publique , tandis que tout
le refte de l'Europe ne retentit que,
des frayeurs de la guerre &
defolation de plufieurs Eftats.
C'est ce qu'on voit dans les travaux
d'un nouveauPort qu'onfait
maintenant à l'emboucheure
de la
riviere d'Aude , prés de Narbonne.
Les Romains y avoient déja
fait un canal qui eft un ouvrage
digne d'eux ; il eft bafti dans
l'Etang , il a en tout temps vingtcinqpieds
d'eau , & ilporte toute
forte debaftimens,fans qu'on puiffe
s'écarter dans l'Eftangjufqu'à ce
qu'on
GALANT
241
qu'on ait gagné la riviere d'Aude
qui conduit à Narbonne ; mais ce
canal n'eftant que pour la communication
de la Mer avecNarbonne,
& la Merjettant dans tout le Gol
phe de Leonbeaucoup de fable , les
grands bâtimens nepouvoientpoint
entrer dans le Grau , & plufieurs
y faifoient naufrageparce qu'il n'y
avoit pas un lieu de feureté fur
cette cofte.
On a donc conçu le deffein de
faire unport au Grau de la Nouvelle
par le moyen d'un mole ou
d'une jettée de pierre qui aura environ
trois cens toifes dans la mer ,
& qui ouvrira
naturellement l'er
Mars 1705. X
242 MERCURE
trée la communication de la
Mer à ce beau canal des Romains,
"
pour entrer dans les étangs de Nar-
"bonne ; deforte que les plus grands
bâtimens entreront & fortiront àla
voile avec leur chargement , de
même qu'il est arrivé au Grau
d' Agde. Ce nouveau Port s'entretiendrapar
luy- même dans un eſtat
parfait , & lesfables s'arreſtant au
derriere de lajettée , ily aura naturellement
jufqu'à quinze pieds
d'eau aux endroits où il n'y en a
deux ou troispieds, & il pourra
contenir dansfa longueurjuſqu'à
deux mille bastimens.
Ex
que
*
Ce projet ayant esté porté à la
GALANT
243
Cour, le Roy qui veille toûjours à
la felicité de fes Sujets, l'a approudonné
ſes ordres pour l'exe
vé
fe cuter. Les Eftats de la Province
mirentauffi-toft en devoir d'y faire
travailler. Mr l'Archevêque de
Narbonne , Préfidentné de cette
Affemblée s'eft chargépar le zéle
qu'il apour tout ce qui regardefon
Diocéfe, d'y faire mettre au auplutoft
la main , & enfin le 12. de Novembre
dernier tout s'est trouvé
en eftat d'y pofer lapremiere pierre
& de l'y benir.
Mr de Montaigu , Ingenieur
Chef au port de S. Louis de
Cette, connu parfes longs fervi-
X ij
244 MERCURE
ces & parfon habileté fe rendit au
Grau de la Nouvelle par ordre de
la Cour , pourfaireplanter les piquets,&
pour executer le devis qui
en avoit efté fait par Mr de Řiquet
, Lieutenant de Roy au Gouvernement
d'Antibe & Ingenieur
general , & Mr Graffet Curé de
Sigean fit la ceremonie ce Port
fe trouvant dans l'étenduë de fa
Parroiffe . On commença par une
Meffe folemnelle à la Nouvelle ,
on affifterentplufieursperfonnes de
qualité , où il fe trouva un
&
concours extraordinaire de Peuple .
7ly eut plufieurs Salves de toute
Artillerie du Grau , un con-
›
"
GALANT 245
cert de hautbois e de violons.
Aprés la Meffe , la Proceffion
s'embarqua , fans ceffer de chanter,
l'on montafur des Barques
que les Entrepreneurs avoient eu
foin de faire conduire . On alla
en pleine Mer à l'endroit où doit
commencer la jettée , & l'on y
fit la benediction avec les ceremonies
ordinaires.M de Montaigu
fit alors fes liberalitez aux Ouvriers
aux Matelots d'une
maniere digne du grandRoy qu'il
fert, & il reprefenta que comme
c'étoit la coûtume de donner aux
Ports le nom de quelque Saint en
le mettant fous fa protection , on
X.iij
246 MERCURE
re
devoit donner à celuy- cy le nom
de S.Charles , pour memoire éternelle
de la reconnoiffance qu'on
devoit à Me Charles le Goux
de la Berchere , Archevêque &
Primat de Narbonne, qui en avoit
procuré l'execution. M' le Curé
en fit donc la dedicace au bruit de
toute l'artillerie meſlée du fon des
haut-bois & des violons , & il
jetta enfuitte lapierre dans la Mer
parmi les acclamations univerfelles
de Vive le Roy. On y avoit
attaché une plaque de Bronze fur
Laquelle on avoitgravéune Infcription
, qu'on a auffi fait graver
fur unepierre , pour la placer hors
de l'eau , & qui marque le temps ,
GALANT 247
la difficulté de cette entreprise,
pour laquelle il afallu baſtir dans
une plage orageuse , par le moyen
d'unejettée dans la mer, & changer
la fituation des lieux , & de
la nature. Cette Infcription eft
dans les termes fuivants.
י ז ד מ ו
SUB LUDOVICO MAGNO,
PROMOVENTE CAROLO LE GOUX
DE LA BERCHERE ,
NARB. ARCH . ET PRIMATE,
AUSPICE DIVO CAROLO ,
IN MALEFIDA NUPER STATIONE CONSTRUCTUS
NUNC PORTUS ; 8.
FRÆNATA REPAGULIS ÆQUORA;
REPARATUS ORBIS ;
ANNO M. DCCIV.
X
iiij
248 MERCURE
La ceremonie ayant esté longue,
le temps changea fur la fin , les
vens s'efleverent
bientôt ce
fut une tempefte. La beauté du
jour l'empressement d'un chacun
pour affifter à cette fefte
avoient empeché de prendre toutes
les precautions neceffaires . On s'étoit
fervi de toutes fortes de Barques,
& plufieurs fe trouvérent
dans un danger évident. Cepen-
"dant par une
par une faveur particuliere
du Ciel, le temps revint au beau,
pendant qu'on difoit les Prieres
qu'on fait en cette benediction contre
les orages , & l'on revint avec
joye. C'est à cette occafion que M
GALANT 249
Abbé Leonard Chanoine de l'Eglife
Primatiale de Narbonne fit
fur le champ le Madrigal fui-
Vant
Graces au Ciel, à fes bien - faits,
Loüis d'un nouveau Port enri
chit fes Sujets..
En vain Eole à la naiſſance ,
De fon progrés eft irrité :
De Neptune en vain la puif
fance
S'oppofe à fa tranquilité
Le Ciel paroît ferein , Dieu diffipe
l'orage ,
Sa bonté propice à nos voeux ,
Par ce prodige nous préfage
La feureté du Port & fon accés
heureux .
250 MERCURE
Mr Bouffonel qui avoit eu l'a
conduite de la Fefte donna un magnifique
repas à toute la Compagnie.
dans une Maifon de campagne ,
au voisinage . Ony but à lafanté
du Roy & de toute la Famille
Royale , au bruit de plufieurs décharges
de toute l'Artillerie ; les
Violons & les Hautbois fe firent
entendre à l'envi , & chacun prit
part à une Fefte dont chacun espere
retirer quelque profit. Cela donnera
lieu aux Geographes de faire une
additionfur leurs Cartes , & la
pofterité la plus reculée jouira des
avantages des commoditez
d'une reparation fi utile &fi neceffaire.
GALANT 251
ceux qui
Quatre bandits s'eftant mis.
à la tefte de 20. hommes pour
tâcher de rallumer la guerre
dans les Cevennes
ont abandonné le fanatifme
& ont accepté l'amnistie que
le Roy a eu la bonté de leur accorder
, fe font attroupez pour
marcher à eux , les ont affiegez
dans les montagnes & les ont
pris. Mr de Bâville qui a mandé
cette nouvelle , ajoûte qu'ils
l'ont prié de faire fortir du
Royaume ces feditieux , afin
qu'ils ne puiffent à l'avenir
troubler la paix , qui eft parfaitement
rétablie dans les Cevennes.
252 MERCURE
Mr le ComteJorger Chevalier
de la Toifon d'or , Confeiller
d'Eftat & Lieutenant general
de la baffe Autriche,monrut
à Vienne le 17. de Février
âgé de 81. ans . Ce Comte recommandable
par luy - même
& par fes lumieres puifées dans
une longue experience étoit parent
du celebre Melchior Goldaft
Jurifconfulte Allemand
qui fleuriffoit au commencement
du dernier fiécle , & qui
eftoit natif de Bischofffell en
Suiffe , d'où le Duc de Saxe le
tira pour en faire fon Confeiller
. Il laiffa plufieurs ouvrages
GALANT 253
qui l'ont fait
confiderer parmy
les Proteftans
, le plus
confiderable
eft le Recueil
de divers
Traités
qu'il
a fait en trois
volumes
in folio
, imprimés
en
1612.1613
. & 1614.
fous
ce Titre
: Monarchia
S. Romani
Im
;
perii five tractatus de Jurifdictione
imperialifeu Regia, & Pontificia
feu Sacerdotali de que poteftate
Imperatorisfive Regis , ac Papa
cum diftinctione utriufque regiminis
, politici & Ecclefiaftici.
Goldaft publia d'autres Livres ,
du nombre defquels eft le Catalogue
des Ecrivains de l'Hiftoire
de Boheme & d'Allema254
MARCURE
gne. C'étoit un homme extrêmement
laborieux & dont plufieurs
Auteurs parlent avec éloge
. On a imprimé en 1688. un
Recueil de Lettres qui luy ont
efté écrites. Le Comte Jorger
avoit cu une grande partie de
fes Manufcrits , & il avoit même
fait d'excellentes notes fur
quelques uns.
Dame Anne de Frezeau de
la Frezeliere , Veuve de M
RenéJofeph de Rouxellé,Chevalier
Seigneur Comte de la
Roche - Millay , Marquis de
Saché , mourut dans fon Château
de Gizeux en Anjou le 7.
GALANT 255
re
Mars âgée de 73.ans.La maiſon
de Rouxellé eft une des plus
anciennes de Touraine ; elle
eft alliée à celles de Montmo
rency , de la Trimouille , de la
Rochefoucaud & d'Aumont.
Cette Dame eftoit fille de M
Ifaac de Frezeau , Marquis de
la Frezeliere Maréchal de Camp
& Colonel du Regiment de
Touraine , qui eftoit l'aîné de
la maifon de la Frezeliere , laquelle
eft illuftrée par les plus
grandes alliances du Royaume ,
& par beaucoup de Charges &
de Dignitez confiderables . Il y
en a peu auffi en France qui
256 MERCURE
puiffent prouver une auffi grande
ancienneté , puifqu'elle remonte
par filiations fuivies juf
qu'en l'an 1030. fans aucune
méfalliance. Il s'eft établi une
branche de cette maifon en Ecoffe,
par Simon Frezel Chevalier,
quiy paffa en l'an 1068. qui
s'eft fort multipliée & cft fi illuftrée
qu'il ya trois Milords de ce
nom , dont Milord Lowat, qui
eft l'aîné & le Chef de cette
branche , eft actuellement en
France, oùil a paffé pour offrir
fes fervices à fon Roy legitime,
aprés l'avoir proclamé en fon
pays.
GALANT 257
Dame Charlotte de Farou
de Saint Marcolle , eft decedée
en fon Château de la Zaille en
Loudunois , le quatorze Mars
1705. âgée de quatre- vingt
trois ans. C'eftoit une Dame
d'une des meilleures maifons
de Poitou , & fes bonnes
qualitez ſurpaſſoient l'éclat de
fa naiffance. On peut dire que
toutes les vertus étoient réu
nies en fa perfonne , & qu'elle
eut peu d'égales en ſageſſe , en
prudence & enbonne conduite
te. Elle eftoit veuve en premiere
nôces de M Adolphe de
Börftel , Chevalier Seigneur de
Mars
170S .
rc
Y
258 MERCURE
la Zaille & autres lieux que M
Balzac marque dans fes Lettres
avoir efté envoyé Ambaffadeur
en France à l'âge de dixhuit
ans , par le Roy de Boheme
& par les Princes de l'Empire,
auprés du feu Roy Louis
le Jufte de glorieufe memoire ;
& lors que fes négociations furent
finies , voulant s'établir
en ce Royaume , ce Monarque
luy accorda des Lettres de
naturalité , & l'honora d'une
Charge de Gentilhomme ordidinaire
de fa Chambre. On a
generalement rendu juſtice à
fon rare mérite , il a eu l'aproGALANT
259
bation , l'eftime & l'amitié des
Rois , des Princes & des grands.
Seigneurs de fon temps. La
Maifon de Börſtel n'étant pas
affez connue en France , je me
ferviray de cette occafion pour
dire qu'elle eft des plus anciennes
, & des plus illuftres d'Allemagne.
Elle eft originaire de
Zelande , & un Seigneur de
Börſtel à qui les Villes de Fleffingue
& deWert apartenoient,
époufa la derniere Comteffe de
Hollande , & par ſon mariage
devint Souverain de cette Province
, que le Duc de Brabant
par la fuite ufurpa fur luy
Y ij
260 MERCURE
Aprés cette ufurpation , plufieurs
de cette Maifon s'établi
rent dans la haute Saxe , où ils
baſtirent le Château de Börſtel ,
affez remarquable dans la Carte
; & l'on voit que dés le temps
de l'Empereur Othon I. ils
y étoient déja en tres - grande
diftinction , & qu'ils avoient s
les premiers Emplois de l'Etat ,
dans le Miniftere , dans la Guer
re & dans les Ambaſſades.
Mr Conrard de Börſtel pere.
d'Adolphe 5 Chevalier , Seigneur
de Guften , Plotska ,
Wefteregelen , Ilberftet , & aus
tre lieux , étoit premier Minif
с
GALANT 261
tre d'Etat des Princes d'Anhalt ,
& Gouverneur general de cette
Principauté. Čet Adolphe s
a cu deux neveux dont l'un ,
Fredéric de Börftel a eſté Capitaine
des Gardes du Corps
du feu Roy de Suede , Colonel
du Regiment de VVeftergothic,
Gouverneur de Gottembourg
, & Bahous , & General
Major des Armées de Sa
Majefté Suedoife , qui le fit en
confideration de fes fervices
Baron du Royaume ; & l'autre
Erneft Amedée de Börſtel
grand Echanfon de feu fon Alreffe
Electorale deBrandebourg
262 MERCURE
Colonel du Regiment de fes
Gardes , General - Major de
fes Armées , & Gouverneur du
Duché de Magdebourg , lequel
Gouvernement eft encore
poffedé par Jean Henry de
Börftel. Il y a auffi une Demoiſelle
de Börſtel qui a cu
l'honneur d'être Fille d'honneur
de feue Madame l'Electrice
Palatine , Mere de Madame;
& fa mere a efté Gouvernante
de Monfieur l'Electeur de Brandebourg
, & elle a prefentement
un neveu qui eft premier
Gentilhomme de la Chambre
du Prince Electoral. Elle s'eft
GALANT 263.
mariée en France à M' de Dou
meny Lieutenant de Grenadiers
au Regiment des Gardes
Françoifes , & le Roy l'a gratifié
d'une penfion. La Dame
de Farou , de fon mariage avec
M' de Börſtel n'a eu qu'un fils
unique , que la fituation de fes
affaires , aprés avoir eu l'honneur
de fervir quelque temps
le Roy , a obligé de ne pas fuivre
l'intention qu'il avoit de
confacrer fes jours au fervice de
Sa Majefté , mais s'étant marié
avec une Demoiſelle alliée de
Monfieur le Chancelier, du cô
té des Prefidents Cottercau de
264 MERCURE
Tours , & coufine de M' le
Marquis de Rafilly Lieutenant
General pour le Roy en Touraine
, & Sous- Gouverneur de
Meffeigneurs
les Enfans de
France , & de MⓇ de Sainctot ,
dont le mary eft Introducteur
des Ambaffadeurs
, il fe trouye
avec une nombreuſe famille
, & a deux fils de grande efperance
, dont l'aîné qui fert
depuis douze ans dans la Marine
, eft Enfeigné des Vaiffeaux
du Roy , & le cadet eft
Commiffaire Provincial de l'Artillerie
, qui a eu l'honneur
d'être Page de fon Alteffe Screniffime
GALANT 265
re
reniffime Monfieur le Duc du
Mayne. En fecondes nôces ,
la Dame de Farou avoit époufé
M Jofeph le Brun , Chevalier
, Seigneur de la Broffe,
Gouverneur de la Ville & du
Château de Chinon.
*
LETTRE
écrite de Condom le 12. Mars ,
touchant la mort d'un homme
âgé de 110. ans .
Ilfaut que je vous faffe part
d'une nouvelle qui merite d'eftre
écrite. Quoi qu'il ne s'agiffe que de
la mort d'un Païfan , les circon◄
Mars
1705 .
Z
266 MERCURE
Stances qui l'ontprecedée legrand
age de cet homme la rendent celebre
dans ces Cantons. Je croy vous
avoirparlé de ce Vieillardpendant
que vous eftiez icy. Ilfe nommoit
François Defbarats ; il eftoit
Metayer d'une Metairie quej'ay
à trois quarts de lieuës d'icy ; il
mourut le 6. du mois dernier, aprés
une fiévre d'un mois , ayant paffé
les quatorze derniers jours de fa
vie fans prendre autre nourriture
qu'un peu de vin ; il a parlé &
confervé fon bon fens jufques au
dernier moment ; deforte qu'il s'eft
trouvé en eftat de faire unTeftament
pour le reglement de fa faGALANT
267
mille, & ceTeftament n'a eftéfait
que peu de jours avant fa mort
qui eft arrivée à la cent-dixiéme
année defon age. Ce bon fens &
cette force queje vous marque dans
les derniersjours de fa vie ne vous
furprendrontpas, aprés que je vous
auray dit qu'il venoit entendre la
Meffe à Condom, defon pied,pendant
tout l'Hyver les jours de Fêtes
les Dimanches , & queje vous
aurayfait le recitd'une action qu'il
fit il y a trois ans. Il avoit en cherchant
quelque chofe avec une lampe
fous fon lit , mis
le feu à lapaille du lit, il eftoitfeul
dans la Metairie,quifans difficulté
par
accident
Z ij
268 MERCURE
fe feroit toute embrasée,fans la
prefence & la force d'efprit de ce
bon Vicillard , lequel voyant l'accroißement
du feu à fon lit , prit
tout l'équipage quoique enflammé,
le porta hors de la maiſon, où il
futplus en commodité d'arrefter le
feu , d'éviter qu'il ne prift au
plancher de la chambre qui eftoit
fort bas & fortfec. Il luy en coûta
un ceil de cette affaire-là; car s'eftant
brûlé lajouëfort avant, il luy reſta
unefluxionfur l'oeil qui luy fit perdre
la vuede ce côté- là. Je ne vous,
impofe en rien de ce que je vous
écris.Cela s'eft pafféfous mesyeux
& plufieurs autres perſonnes ont
GALANT 269
eſté informées de ce queje vous raconte.
On trouve peu de gens de
cet âge qui confervent cette fermeté
ce jugement. Jefuis,&c .
C'eft une chofe furprenante
& digne de la plus haute admiration
& du plus grand étonnement
, que depuis un affez
grand nombre d'années que
Philippe V. eft monté fur le
Thrône d'Eſpagne, il ne vienne
que de trouver le temps d'aller
voir l'Efcurial , quoique cette
Maifon nefoit qu'à 6. lieuës de
Madrid , que l'on en parle par
toute la Terre , & qu'elle paffe
Z iij
276 MERCURE
pour une des merveilles du
monde ; mais ce Prince n'a
eu d'autre occupation
depuis
qu'il eft fur le Thrône que celle
des affaires de fon Etat. Il partit
peu de temps aprés fon élevation
à la Couronne
pour la
Catalogne , où il fit un affez
long fejour pour y regler beaucoup
de chofes ; il paffa enfuite
en Italie , où il vifita la plus
grande partie des differens
Etats qu'il y poffede , &fa prefence
& fes manieres engageantes
, fans defcendre pourtant
de ce qu'il doit à fon rang ,.
luy engagerent plus les Peuples
GALANT 271
& l'affurerent plus de leur fidelité
que le droit qu'il a de
leur commander . Ce Prince ne
donna pas en Italie de moindres
marques de fa valeur & de fa
bonté . Il fe trouva en perfonne
à la défaite du General Annibal
Visconti & à la bataille de
Luzzara qu'il eut le bonheur
de gagner. Les affaires d'Italie
ne demandant plus fa prefenil
retourna à Madrid , où
par le bon ordre qu'il avoit donné,
il trouva toutes chofes dans
la même tranquilité qu'il les
avoit laiffées . Ils'appliqua avec
toute l'affiduité imaginable au
ce ,
Z
iiij
272 MERCURE
maniment des affaires , fans que
la vûë d'aucun plaifir l'en puſt
détourner , & la guerres'eftant
allumée entre l'Eſpagne & le
Portugal , il fe mit à la tefte de
fon Armée , fit fuir fes Ennemis
par tout où il en trouva ,
prit un grand nombre de Places
& fit prefque toute leur Armée
prifonniere de guerre.
continua à fon retour à Madrid
de donner la même application
aux affaires, & quoiqu'il fuftextrêmement
fouhaité à l'Efcurial
, les Religieux qui font en
poffeffion de ce Convent qui
bruloient du defir de l'y voir ,
II
GALANT 273
fa
à caufe des grandes chofes
qu'ils en avoient ouy dire ,
reputation ayant toûjours augmenté
depuis qu'il eftoit fur le
Trône d'Efpagne , ce Monar
que ne put neanmoins fatisfaire
au defir de ces Religieux
n'y à l'impatience qu'il avoit de
voir ce beau lieu , qu'au mois de
Février dernier ; mais à peine
eut-il le temps d'en examiner
toutes les beautez & de ref
pirer l'air de la Campagne ,
qu'ayant reçû des depefches importantes
qui luy furent apportées
par Monfieur le Duc
de Gramont , il partit auſh-tôt
274 MERCURE
pour Madtid , afin de delibe
rer avec fon Confeil fur les affaires
auffi preffantes
qu'impor
tantes, dont il eftoit queſtion ;
ainfi ces affaires l'obligerent
de
quitter l'Efcurial
prefqu'aufftoft
aprés fon arrivée , comme
elles l'avoient
empêché
d'y aller
pendant
plufieurs
années . On
avoit obfervé à l'arrivée de leurs
Majeftez
l'ufage que l'on a d'il
luminer
ce fameux Monaftere
la premiere
fois que les Rois y
viennent
. Il le fut en cette occafion
avec beaucoup
de ma
gnificence
. La façade exterieure
& les dedans eftoient
éclairez
GALANT 275
de plus de quarante mille lumieres.
Le Te Deum fut chanté en
Mufique dans l'Eglife du Monaftere
des Jeronymites qui affifterent
tous à cette ceremonie
revêtus de Chapes tres - riches .
Ils firent voir enfuite au Roy
les Reliques , les precieux Or→
nemens & les autres raretez de
ce lieu . Les jours fuivants leurs
Majeftez prirent dans le Parc
le divertiffement de la Chaffe
tres- abondante . Sa Ma-
A
qui eft
jefté en partant de ce lieu voula
fatisfaction lut
marquer
qu'elle avoit de la reception que
luy firent les Religieux, & nom276
MERCURE
ma le Prieur à l'Evêché de Mon,
donedo.en Galice. La Galice
eſt une Province d'Efpagne qui
a cu autrefois titre de Royaume.
Elle a l'Ocean Atlantique
au Couchant , & le Royaume
des Afturies au Levant.
. ~ L'Eſcurial eſt un petit Village
à 6. licues de Madrid , où
eft un Palais du Roy d'Espagne
qui renferme un Monaftere &
un College. Ce Palais contient
de fuperbes appartemens bâtis
à l'Italienne . Le Monaftere renferme
4. Cloîtres outre celuy
de l'Apotiquairerie. L'Eglife
dediée à S. Laurent eft d'une
GALANT 277
belle ftructure , le grand Autel
eft élevé de 17. degrez de porphire
& environné de quatre
rangs de colomnes de jafpe .
Sous ce grand Autel il y aune
Chapelle voûtée où repofent
les Corps des Rois d'Espagne.
Ce magnifique Sepulchre a efté
bâti par l'ordre de Philippes
IV. & fe nomme Pantheon
parce que ſa ſtructure eft priſe
fur le deffein du Pantheon de
Rome.
M' l'Abé de Mouffi , Doyen
& Grand Archidiacre de l'E
glife Cathedrale de Rodez
4
1
278 MERCURE
ayant laiffé par fa mort cette
dignité vacante ; M' l'Evêque
de Rodez en a pourvû
M l'Abbé de Luzignan , fon
neveu , & fon Grand-Vicaire .
Nommer feulement cet Abbé,
c'eft faire en même- temps l'éloge
de fa perfonne , & celuy
de fa naiffance ; il eft au gré de
tout le monde , & eft de l'illuftre
Maifon dont il
nom .
porte
le
Sa branche fe fepara
dans le commencement du
douzième Siècle de fa tige , par
Simon de Luzignan , Sire de
l'Ezay , l'un des fils d'Hugues
feptième du nom , furnommé
GALANT 279
le Brun , Sire de Luzignan, chef
des Maifons Royales de Jerufalem
& de Chipre , des Comtes
de la Marche , des Seigneurs
de Partenay , d'Archiac , de S.
Geflais , de l'Ezay , de la Rochefoucault,
& de plufieurs autres
qui fe glorifient d'avoir
pris leur origine dans le fein
de Melluzine , cette Fée dont
on raconte tant de´fi grandes
merveilles .
M' le Comte de Luzignan Pere
de l'Abbé de ce nom , eft par
fon merite l'objet de l'eftime
& de la veneration publique.
M' le Marquis de l'Ezay , &
280 MERCURE
M' le Commandeur du Luzignan
, qui cft l'homme du Roy
Malthe , font fes freres. I
avoit une foeur qui étoit mere
de M' le Comte de la Roche-
Aymond & de M' l'Evêque
du Puy.
M' le Marquis de Luzignan
frere de M. l'Abbé de Luzignan
a époufé la Dame heritiere
d'Eftiffac - la - Rochefou
cault.
L'Eglife de Rodez eft une
des premieres & des plus illuftres
du Royaume ; on en attribue
l'établiſſement à S. Martial
Apôtre des Aquitaines . Elle a
GALANT 281
7
prefque toûjours eu des Evêques
& des Chanoines des plus
grandes Maifons. On a remarqué
qu'à l'élection du Bienheureux
Evêque François d'Eltaing
, faite à la fin du quinziéme
fiecle , affifterent des Chanoines
des Maifons de la Tour
d'Auvergne , de la branche de
Turenne ; de Melun ; de Polignac
; de Turenne de la branche
de Saoürffac ; de Chalançon
; de Tournon , & de Cenaret,
dont quelques uns furent
depuis élevez à la dignité Epif
copale de Rodez , & des Siéges
voifins.
Mars
1705- A a
282 MERCURE
J'ay enfin efté affez heureux
pour trouver la Lifte que vous
avez fouhaité d'avoir , & je
vous l'envoye .
OFFICIERS
de l'Efcadre des Vaiffeauxe
de Malte.
Le S. Jean , 64, Canons
400. hommes.
Commandant General ,
Le Commandeur Frere Antoine
Caftel de S. Pierre , de la
Langue & Prieuré de France.
Capitaine enfecond ,
a
GALANT 283
Le Chevalier Frere François
de Cheveftre Cintray , do
France, ob ka
Premier Lieutenant,
Le Chevalier Frere Felix-
Orlandini , d'Italie.
Second
Lieutenant ,
Le Chevalier Frere Franciſco
Guerrero ,
d'Arragon .
Premiere Enfeigne ,
Le Chevalier Frere François
Groüin , de la Roumagere,
d'Auvergne ,
Seconde
Enfeigne ,
Le Chevalier Noble Lau
rent de Vente des Pennes , de
Provence.
Aa ij
284 MERCURE
:
Troifiéme Enfeigne,
Le Chevalier Noble Afranca
Petrucci , d'Italic .
$.
Quatrième Enfeigne
Le Chevalier Noble
de Broglia dob
Major ,
Le Chevalier Frere Claude
de la Cofte Simianes , de Provence.
Provediteur,
Le Chevalier , Frere Guillaume
Sannazaro , d'Italic.
Caravanistes ,
Cotoner , Manfi , Chateauvert
, Guerin .
GALANT 285
Le S. Jaques 56. Canons ,
AL 350. hommes.
Premier Capitaine ,
Le Commandeur Frere
François des Bans de Mareuil,
de la Langue de France,Prieuré
d'Aquitaine.
Second Capitaine ,
Le Chevalier Frere Pierre
Jean Baptiſte de Perfi , d'Aqui
taine , fon neveu .
Premier Lieutenant,
Le Chevalier Frere Henry
Louis de la Marie , de France.
Second Lieutenant ,
Le Chevalier Frere .
286 MERCURE
Premier Enfeigne ,
Le Chevalier Frere François
, Louis Nicolas de Marfay,
d'Auvergne.
Second Enfeigne
Le Chevalier Noble Jean
Baptiſte de Thibaut , de la
Carte.
Troifiéme Enfeigne ,
Le Chevalier Noble André
de Grille , de Provence.Com/
Caravaniftes.
Martainville , Pagani , du
Chatellier , des Chaftelliers.
54.
La Sainte Catherine ,
Canons 350. hommes.
GALANT 287
Premier Capitaine.
Le Chevalier Frere Jofeph
de Langon, d'Auvergne.
Second Capitaine.
Le Chevalier Frere Dom
Emanuel de Olondrez , de Navarre.
Premier Lieutenant.
Le Chevalier Frere Ignace
de Clermont Chattes , de Pro
vence. -
Second Lieutenant.
Le Chevalier Frere Alexis
d'Alogny de la Croix , d'Aqui
taine.
Premier Enfeigne..
Le Chevalier Frere Blaife Ni288
MERCURE
colas Albani d'Italie .
#
Second Enfeigne.
Le Chevalier Noblé Jean
François de Monchy d'Oquincourt
, de France.
Troifiéme Enfeigne.
Le Chevalier Frere Ferdinand
de Langon , d'Auvergne.
Caravaniftes.
Saint André , Madon , du
Guaſt, un Eſpagnol.
· La Fregate de fon Eminence.
La Notre-Dame du Pilar S.
Jofeph , 30. Canons & 250.
hommes.
Premier
GALANT 289
1
Premier Capitaine.
Le Commandeur Frere Octave
Scarampi , d'Italic. 31
Second Capitaine.
Le Chevalier Frere Adrien
de Langon, d'Auvergne.
Premier Lieutenant.
Le Chevalier Frere Gabriel
Charles de Chaumont d'Avernes
, de France .
Premier Enfeigne
96 +Le Chevalier Frere Dom
Cajetan Puxadas , d'Aragon .
Second Enfeigne
.
Le Chevalier Noble Antoine
Jean - Baptifte de Fleurigny ,
de France.
Mars
1705.
Bb
290 MERCURE
Troifiéme Enfeigne.
Le Chevalier Noble Dominique
de Ricard laJary, de Provence.
Caravaniftes.
Deux Freres Efpagnols.
Les Capitaines & les Lieutenants
doivent avoir fait leurs
voeux ; l'Efcadre a dû mettre
à la Mer le 18. de ce mois .
GALANT 291
- tas ga
RELATION
De ce qui s'eft paffé dans les Réjouiffances
faites par
par la Nation
Françoife de Smirne , à
l'occafion de la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bretagne
.
Mr le Comte de Pontchartrain
ayant fait l'honneur à Mr Royer ,
Conful de Smirne, de luy mander la
Naiffance de Monseigneur le Duc
-de Bretagne , il luy ordonna de
de faire des Réjoütßances avec la
Nation ; au fajet d'un evenement
fi heureux autant que le Pais le
pourroit permettre. Ce Magiftrat
qui n'a pas moins de gèle pour ce qui
regarde Sa Majefté , que d'attention
à tout ce qui a du raport à fon
co.m
Bb ij
292 MERCURE
trouva
employ , n'eut pas plutoft reçu cet or
dre qu'ilfit affembler la Nation pour
lay enfaire part. It feroit difficile
de nommer ceux qui en eurent le plus
de joye. Learempreffement &feconder
les intentions de leur Conful pour le
quel ils ont de l'eftime & de l'amitie
autant qu'il en a pour eux , eft
au delà de toute expresion & le
foin de la Fefte qu'on à propos
defaire en cette rencontrefut donne
à Melieursles Deputez & comme
dans unpays où la magnificence
des Nations étrangeres paroift au.
tant par des preſens , que par d'au
tres marques exterieures, il eftoit neceffaire
de faire voir à cet égard
quelle eftoit celle de noftre Nation
pourunfujet qui luy faifoit tant
plaifir , on envoya dufucre , du caffè
des veftes de drap au Cady & à
de
GALANI 293
sen
fes Officiers, On fit encore les mèmes
prefens de veftes au Commandant
des Janifaires , au Doüaniet , au
Vayvode, & à quelques Grands de
la Ville , en leur apprenant qu'un
Prince eftoit né àla France , que Sa
Majefte , de même que fes Sujets
avoientle bonheur de voir la quatriéme
generation dans cette naiffance
, & qu'on vouloit bien accompagner
cette nouvelle d'une bonneteté
de la part du Conful , & de la
Nation. Il est inutile de dire de
quelle maniere ce compliment fat receu
, puifqu'il eft aifé de fe l'imaginer;
& les Turcsparurent tres -fenfibles
à tout ce qui leur fat dit & en.
voyé de notrepart. On fit la méme
liberalité à fix Dogmans de France
actuellement fervans , aux trois Janilaires
de la porte du Conful ,
Bb ij
294 MERCURE
à un quatrième qui fut employé pour
le ceremonial de la fefte , & on don
na à chacun des Drogmans une veſte
de drap bleu , & une de drap vert à
chaque Janiffaire. On prepara enfuite
la Maifon Confulaire , qui au
moyen des Galleries qui regnent autour
de la Cour , & par celles qui répondent
à la Marine, fe trouve par
faitement bien difpofée pour le def
fein & pour la beauté d'une Festes
on n'épargna pas la Mirthe & le
Laurier auxportes , le long & aux
piliers de toutes ces galeries par des
Arcs de triomphe & par d'autres figures
. On éleva des piramides fur
lafaçade de la Cour pour y placer
des Gobelets Fleurdelifex que Pon
mit au nombre de plus de quatre
mille, an bas, & fur le haut des baluftres
de ces galeries , avec une in.
GALANT 295
finité de Lamprons , de Banderolles
& des bandes d'Oripeas , Les Armes
du Roy , celles de Monfeignear
le Duc de Bretagne , & de la Kille
de Marfeille eftoient dans cette
façade , au bas de laquelle & an
plein piedde la Cour ily avait un
Cabinet de verdure avec une fontaine
de vin , an deffus de laquelle
eftoit cette infcription : Princeps
natus eſt nobis ; accedite fitienres
, græco more bibite , &
alacri animo dicite , io paan ,
& io bis dicite paan. Les chofes
eftant dans cet eftat , le 24.
Novembre Mrs les Marchands de
la Nation fe rendirent à la Maifon
Confulaire , où aprés que Mr
le Conful lear cuft diftribué un nænd
de ruban blanc à chacun , qu'ils
mirent àleurs chapeaux ainfi que lui,
Bb iiij
296 MERCURE
on fervit un dejekné , & dans le
même infant que ce Magiftrat but
MlaSantédu Roy , de Monfeigneur
de Duc de Bretagne & de toute la
famille Royale , & que la Nation
eutfuivifon exemple, on arbora
le Pavillon de la Marine , on mit
lefeu à cent boëtes , le canon des
Vaiffeaux tira , la fontaine de
vin fut ouverte. Il n'en falus pas
davantage pour obliger le peuple ,
qui attendait impatiemment le commencement
de cette Fefte , d'accouvird'abordà
la Maiſon Confulaire.
Toutesfortes de Nations s'y rendi.
rent slony but lejour & la nuit du
bon vin de cette Fontaine , qui en
fourniffet abondamment à tout le
monde kon n'entendit durant
tout ce temps- là que des acclamations
\qui marquoient affez la part
GALANT 297
que les gens du pays prenoient à
notre joye ; &comme Mr le Conful
de Veniſe avoit deja donné des dé
monftrations de la fienne , auſſi bien
que les perfonnes de fa Nation ,
noftre Conful pour honorer davantage
cette Feffe , l'envoya prier
en Ceremonie d'y vouloir affter ;
en forte que fur les quatre heures
aprés midy , s'eftant rendu avec fa
Nation , qui fut auffi priée, à l
Maifon Confulaire , où la noftre
eftoit deja , on alla enſemble avec
le ceremonial ordinaire , & anfon
des violons à l'Eglife des Reverends
Peres Capucinsqui eftoit tout - à-fait
bien illuminée & ornée , & où l'on
chanta le Te Deum , au bruit de
cent boëtes & du canon des Kaif
feaux Aufortirde l'Eglife les Re
verends Peres Capucins , qui vou
298. MERCURE
lurent à leur tour donner des marques
d'allegreffe, ayant preparé une
pièce en vers dont leurs écoliers
eftoient les Acteurs , elle fut repre.
fentée dans leur Cour où ils avoient
fait dreffer un Theatre avec beau
coup de propreté & de bon gouft. On
diftribua enfortant quelques aumbnes,
&onfe retira enfuite avec le
même ordre à la Maison Confulaire,
à la clarté de plus de quaranteflam
beaux de cire blanche ; & comme
on avoit profité du temps que
l'on
eftoit aux Capucins pour allumer
les Lamprons & les Gobelets, on vit
lors qu'onfut à la porte; une illumination
quifurprit tous les spectateurs
parfa beauté , & par fa magnificence,
& l'on nefut pas plutoft aux
appartemens d'en haut qu'on ap
perçut dans toutes les chambres unc
GALANT 299
infinite de luftres garnis de bougies;
en forte que la maifon paroiffoit tou
te en feu par le dehors & par le dedans.
Des qu'on fut dans la grande
Salle, on porta des verres aux deux
Confuls , & aux deux Nations ;
l'on but enfemble à la fanté du Roy ,
ce quifut accompagnée d'unefalve de
cent Boetes ,& d'une falve de Canon ,
Peu de temps aprés on fervit à fouper
, & l'on couv'it deux tables
dont Pane eftoit de quarante couverts,
& l'autre de vingt - cinq. La premiere
eftoit pour les deux Confuls , &
pour les principaux Marchands des
deux Nations ; & la feconde , qui
eft it tenue par lefils du Conful de
France , eftoit pour les François un
peu moins diftinguer. Ily avoit trois
autres tables dans les autres Chambres
de la maison , l'une pour les
J
300 MERCURE
Drogmans de France & der enife, la
feconde pour les Ecrivains des Mar-
Burles
chands, & la troisième pour les Artifans';
ce qui compofoit en sour plus
de cent cinquante perfonne Rien
ne manqua à la magnificence de toutesces
tables , & l'on ne peutfur tous
rienajouter à celle des deux tables de
la Salle Confulaire , larrangement,
la propreté, & le bon gouft s'y trou
voientaufouverain degré; les Venitiens
; & tous les autres étrangers
qui vinrent durant le repas , en fu
remtésonnez, &principalement lorfqu'ils
virent la quantité des confitures
qu'on fervit au fruilt. On but
d'abord à la fanté de Monseigneur
le Duc de Bretagne , & de la Famille
Royales & enfuite celle de la
Republique de Venife on continua
par celles de Mrs les Ambaffadeurs
GALANT
30r
de France, & de Venife ; on n'oublia
pas les de Les deux Confuls , & lesdad
Nations toutes ces fantez furent Ce
accompagnées de plufieurs décharges .
de Canons On tint table longtemps
; tout le monde eftoit enjoye,
& les liqueurs nefurent pas épargnées
. Au fortir de table , on alla
à un apartement de la Marine, ou
les Dames commençoient à s'affem
bler; ony dança long- temps aufon
des Inftrumens , aprés quai , any fervit
une collation où les confitures
étoient en abondance ; l'on en don
na à des Turcs de confecration
qui vinrent pour voir la feste , con
leur fervit encore du Caffe , & des
Liqueurs, de même qu'à tous ceux
qui en demandoient enforte qu'une
infinité de gens pafferent la nuit ,
Parmi lesquels étoient Mr le Conful
302 MERCUR
£
de Venife avec la plus grandepartit
defa Nation. Les Couventsfi
rent leurs feftes en particulièr ; les
Dragmans & les Cenfans Juifs de
la nation , aufquels on diftribua
quelque argent firent aui la leur.
Les Janiffaires de la maison Con-
Julaire eurent foin de donner des pipes
, & du Caffé à tous les Muffulmans
qui fe prefenterent à la porte;
& perfonne enfin ne s'en retourna
mécontent ; eftant remarquable que
parmi un concours de plus de neufà
dix milleperfonnes qui vinrent fuc
celivement pour voir cette fefte , on
n'ait pas oui parler de la moindre
querelle , n'y d'aucun accident arrivé
à qui que ce foit , quoique la
nuit , ilfe foit trouvé des Grecs &
des Armeniens couchez dans les rües
que le vin avoitfurpris : Ce qui peut
GALANT 303
Ex
bien être un effet de la prévoyance de
notre Conful , qui avoit pris à cet
égard des juftes meſures auprès des
Commandans de la Ville. On ne
doit pas paffer fous filence , que les
Reverends Peres Jefuites voulans de
leur cofté donner des marques de leur
joye en faveur du Prince , dont nous
avons celebré la naiffance , compo
ferent un Difcours fur ce fujet , qui
fut prononcé par un des enfans de
Mr Barbier premier Drogman le
du même mois , dans leur Eglife,
qu'ils prirent le foin d'orner proprement
& de bien illuminer. Ce
Difcours futfuivi de quelque Vers,
que cinq ou fixde leurs écoliers reciterent
à la louange du Roy ; aprés
quei Mr Duranti Evêque de Sca-
Pia , & Adminiſtrateur des Eglifes
de Smirne & de Scio , chanta
27.
304 MERCURE
Pontificalement le Te Deum , où
Mrs les Confuls de France & de
Yenife afterent avec Mrs les
Marchands des deux Nations , &
une infinité d'autres perfonnes ,
Mr le Marquis de Baliviere ,
Commandant à Thionville ,
ayant fçu qu'un Parti de trois
cent Huffars & de deux cent
Fantaffins Allemans devoit
faire une courfe dans le Pays
Meflin , & qu'il devoit paffer
entre deux Poftes dans lesquels
il y avoit quelques troupes , en
envoya de nouvelles dans ces
deux Poftes , avec ordre de laiffers
paffer les ennemis fans fe
découvrir. I fortit le 10. de ce
mois à cinq heures du foir avec
une partie de la Garnifon de
GALANT 305
Thionville , & d'alla embufquer
au delà des deux Poftes dont je
viens de vous parler . Il y at
rendit les Ennemis qui parurent
le mau matin. Il les attaqua
& les pouffa vivement avec
grande perte de leur part , &
lorfqu'ils furent entre les deux
Poltes cy -deffus marquez , ils
furent battus en flanc des deux
coftez , de maniere qu'ils furent
prefque tous défaits & que
ceux qui refterent eurent beaucoup
de peine à fe fauver. Le
Commandant du Parti & le
refte des prifonniers ont efte
conduits à Metz , avec un grand
nombre de chevaux . proble
Un Officier des Huffars ennemis
,fameux Partifan , demandoit
avec hauteur quelques
Mars 1705
. Cc
306 MERCURE
hommes qu'un de nos Partis luy
avoit pris, & menaçoit de couper
la tefte à tous les François qui
tomberoient entre fes mains.
Ce Partifan étant forti avea
quarante de fes plus braves
Huffars pour aller à la petite
guerre , il a efté enveloppé
attaqué & battu par un autre
de nos Partis & ayant efté
bleffé dans l'action & fait pris
fonnier , il a ofté conduit à
Saar - Louis avec douze hommes
de fa troupe, ent.
L'Eſtampe que je vous envaye
portant fon explication
je ne vous en diray rien davan
tage.
Mr Thomaffin , fameux Graveur
, qui loge à la rue laint
Jacques à l'image faints Jeans
GALANT 307
vis -à - vis la rue du Plâtre, vient
de mettre au jour un Portrait
du Roy gravé d'aprés Mr Rigault
qui fait honneur à l'Art
qu'il profeffe. Cet ouvrage doit
eftre estimé à caufe de la beauté
de la
gravure › du Prince
qu'il reprefente
, & de la pagfaite
reffemblance
.
12
31 Voicy un état de tous les Re.
-gimens qui ont cfté donnez depuis
ma derniere Lettre de
ceux qui ont efté vendus , des
Gouvernemens donnez par le parole
Roy , & des autres graces faites
par Sa Majesté , ainsi que des
Emplois militaires achetez .
Le Roy a donné le Regiment
de Dragons qu'avoit feu Mr le
Comte de Lautrec à Mr le Mar-
Ccij
308 MERCURE
quis de Vignolles fon frere , &
le Regiment de Mride Vignol.p
les à Mr de Châteaumorants \lem
plusia
lus ancien Colonel réformé de
l'armée d'Italie.M M
Celuy de Bourbon qu'avoit
Mr de Vieuxpont , a efté donnési
à Mrode Laval. #2 sb 1M sb sin
Mod'Entragues a traité du s
Regiment d'Orleans , Infante - l
ric , & il a donné en payement
fon Regiment à Mr le Chevalier
de Brancas , frere de Mr de J
Brancas qui a vendu celui d'Or A
leans à Mr d'Entragues , ob M
Mr de Pujol a acheté le Res
giment de Santerre de Mole
Chevalier de Croiffy.Mobi
Mr de Caſteja celuy de Toure
nefis.M inob . , angr1918 ob
Me de Villaine , patit- fils de
neg
GALANT 309
Mr Dongbis celui de Medoc , p
qu'avoit Meble Comte de Cha-si
millart.comuseiâdƆ » b › M¨ £ aðl
Mole Marquis deMauny, fils
q
de Mr le Marquis d'Estampes
& Guidon des Gendarmes d'Or.
leans , la sacheté cette Compa
gnie de Mr de Saint Chriftophe, &
à qui Monfieur le Duc d'Or
leans a donné un logement dans
le Palais Royal & une penfione
Celle de Mr le
Cheva
duch
Lifcoüet a efté donnée à Molell
Marquis de Saffenageup 28508d
Mr de Tournemine a venduel
à Mride Vercilly la Compagnie
des Gendarmes de la Reine, &
Mr de Marbeuf , Lieutenant
Colonel du Regiment de Dra
gons de Bretagne , dont Mr.dem
Vettilly étoie ci-devant Colo-1
310 MERCURE
nel , a acheté ce Regiment.
Le Roy a donné des Brevets
de Mestres de Camp à Mr de
Gallion , Exempt des Gardes du
Corps.
1
I
A Mr de Bonaffe , Lieutenant
Colonel de Ruffec , b
A Mr de Rocaucourt , an
cien Lieutenant Colonel.
A Mr de Baffompierre , an
cien Capitaine de Cavalerie . i
ར A Mr de Coadelers , Lieute
nant de Grenadiers dans le Regiment
des Gardes Françoifes.
As Mr d'Audifré , l'un des
Aide-Majors de ce Regiment.
Et àMr de Soury, Officier dans
le Regiment des Gardes Suiffes.
Le Roy a fait Maréchal de
Camp Milord Clare , & Brigadiers,
Mrle Chevalier de Saint
GALANT 311
Pierre , Lieutenant Colonel du
Regiment de Robecqs Mr de
Chatte , Colonel Irlandois reformé,
& le Lieutenant Colonel
de Provence.
Mr de Marcé a efté nommé
pour commander à Saar- Louis
fous les ordres de Mr de Choify,
Lieutenant General & Gouver
neur de cette Place , mr de Bohan
, Maréchal de Camp , qui y
commandoit fous ce Gouverneur
, ayant eftés pourvûs du
Gouvernements de Longvvi
Yaqant par la mort de Mr. de
Villerte de Naves, inkubidi
Sa Majefté a donné à Mr Duelos
Exempt des Gardes du
Corps , la Majorité de la Ville
de Saintes poden st
Er elle a accordé à Mr le
312 MERCURE
Comte de Grignan un Brever
de retenuë de deux cent mille
livres fur fa Charge de Lieutenant
General de Provence.
La revue des quatre Compagnies
des Gardes du Corps fe fit
le 12. & de 13. de ce mois dans la
Bellevedere de Marly , depuis dix
heures jufqu'à midy trois quarts.
Le Roy dit plufieurs fois qu'il
en eftoit content, que fes Gardes
n'avoient jamais efté ny plus beaux
ny mieux montez. uzin
La Revue étant finie , Mr de
Gaffion s'approcha du Roy &
luy demanda fi Sa Majesté étoit
fatisfaite de fa Brigade. Elle
répondit , qu'elle la trouvoit tresbelle
, & qu'il n'y manquoit rien.
Mr de Gaffion qui fert de Lieutenant
General , repliqua que
Sa
GALANT
313
་
Sa Majesté luy faisant l'honneur
de l'employer ailleurs , il ne pouvoit
fe trouver à la tefte de fa Brigade
; qu'il n'eftoit pas juste qu'il
occupaft un Pofte qu'un ausre remplirait
tres-bien ; il ajoûta , que
cela étoit contre les interefts de Sa
Majefté ; qu'il luy rendoit la Brigade
pour en difpofer comme il luy
plairoit. Le Roy charmé de ce
difcours luy parla avec tant de
bonté , que Mr de Gaffion fe
retira les larmes aux yeux. Mr
de Neuchelles fupplia le Roy
de luy accorder cette Brigade ,
que Sa Majefté luy accorda fur
le champ , comme au plus ancien
. Mr le Chevalier de Baliviere
eft monté à la Lieute
ance , par la demiffion de Mr
de Gallion ; & Mr de Paris-
Dd
Mars
1705.
•
314 MERCURE
$
Fontaine a cfté gratifié de la
Penfion de premier Exempt . Le
Roya nommé Mr de Monteffon ,
Lieutenant General , pour commander
fes Gardes pendant la
Campagne. Le Bâton d'Exempt
de Mr de Neuchelle a cfté donné
à Mr de Ligondez.
Sa Majesté fit le 19. dece
mois dans les avenues du Château
de Verſailles , la revue de
fes Gardes Françoiſes & Suiffes .
Ces Corps font fi beaux , les
Officiers en font fi leftes , & les
Soldats fi bien choifis & fi bien
faits , & leurs habits uniformes
font un fi bel effet que
cette Revue fuft faite en
préfence d'une infinité de perfonnes
qui étoient venuës de
Paris pour la voir. Le Roy en
fut extrémement fatisfait & le
6
GALANT
315
témoigna tant aux Colonels
Generaux de ces deux Regimens
qu'aux autres Officiers .
Rien n'eft comparable aux foins
& à l'activité de Monfieur le
Duc de Guiche pour tout ce
qui peut regarder la beauté &
la bonté du Regiment des Gardes
Françoifes , & je vous ay
déja marqué que ce Regiment
fut à peine de retour de la
Campagne derniere , qu'il fe
trouva complet . Jugez du bon
état où il devoit eftre , à la Revue
dont je vous parle.
Mr de Cronftrom , Envoyé
Extraordinaire de Suede, & qui
remplit avec autant d'éclat que
d'efprit les fonctions de cet employ
, fe rendit il y a quelques
jours à Versailles avec un bril-
Dd ij
316 MERCURE
lant équipage , & alla avec une
nombreuſe fuite , & conduit par
Mr le Baron de Breteuil , Introducteur
des Ambaffadeurs ,
à l'Audience du Roy . Il complimenta
Sa Majesté au nom du
Roy de Suede , fur la naiffance
de Monfeigneur le Duc de Bretagne.
Sa Majefté reçut fon
Compliment avec plaifir , étant
fait de la part d'un Monarque
auffi diftingué par fa valeur que
par fa juftice , & qui ne fçait
pas moins impofer la Loy à fes
ennemis qu'à fes paffions . Il y
avoit à la fuite de cet Envoyé
un Officier qui n'a que des bras
poftiches & qui ne laiffe pas que
d'écrire. Sa Majesté qui en avoit
déja entendu parler voulut voir
cec Officier , & luy fit diverfes
queftions fur ce fujet . C'eft en
GALANT 317
France où il a trouvé ces nouveaux
bras , & ils ont efté faits
par le Pere Sebaftien , Carme ,
& de l'Academic Royale des
Sciences, où il a efté parlé dans
plufieurs Séance publiques de
ce merveilleux fecret .
L'Allemagne étant la partie
de l'Europe où les plus grands
févenemens de cette Guerre fe
font paffez , & où felon toutes les
apparences il s'en paffera encore
de grands , la defcription de
cet Empire ne peut qu'être bien
reçeue des curieux , & des perfonnes
intereffées aux évenemens
de la guerre prefente . Mr
de Fér , qui depuis long- temps
travaille fur ce fujet , vient d'en
donner uue grande Carte femblable
à celle d'Eſpagne qu'il
Dd iij
318 MERCURE
donna l'année derniere, c'eft - à
dire que l'Hiftoire , la Chronologie
& la Genealogie accompagnent
agreablement la Geographie;
les foins qu'on a pris de
cet Ouvrage,font qu'il peut être
regardé comme un des plus
beaux en ce genre . Lemême Auteur
donnera dans tout le mois
d'Avril prochain une Carte de
plufieurs feuilles tres particu
liere du Cours de la Mofelle , de
la Saare , & du Rhin ,depuis les
Villes Foreftieres jufqu'à Cologne,
dans laquelle on pourra remarquer
les lieux où fe feront
les mouvemens des Armées . Il
mettra en même temps au jour
uue Carte du pays Meffin tresexacte
, une Carte d'Efpagne
d'une grande feuille & la
GALANT 319
fixiéme & derniere partie de
l'Atlas curieux .
Mr d'Uffon a efté nommé
pour comander à Nice & fur la
cofte de ce Comté .
Mr le Marquis de Gramont
commandera
Comté .
en Franche-
Monfieur le Maréchal de Chamilly
aura fous fes ordres Mr
de Congis en Poitou , & Mr le
Comte de Chamilly dans l'Aunix.
a
Mr le Maréchal de Châteaurenaud
qui doit commander en
Bretagne , aura auffi fous fes ordres
Mr de Polaftron , Mr le
Marquis de Thianges & Mr de
Clodoré...
Mr de Moncault fervira en
Dd
üij
320 MERCURE
Normandie fous Mr de Matignon
.
Mr le Chevalier de Cafaux
Capitaine d'Infanterie a efté
fait Aide- Major general de
l'Armée de Monfieur le Maré.
chal de Marcin .
;
3
te
Monfieur le Prince a nommé
Colonel de fon Regiment de
Cavalerie de Condé , Mrades
Montpipau Capitaine dans les
Regiment du Maine , Mr de Cerifi
, qui eftoit Colonel du Regiment
de Condé, ne pouvant .
plus fervir à caufe de fes incom- s
moditez .
Il est temps de reprendre,
la fuite du Siege de Veruë Je
commence par la Lettre fuivante.
GALANT 320
Au Camp devant Veruë le 27.
Février.
Depuis 4.ou cinqjours nous joüiffons
du plus beau temps du monde ;
prefque toutes les neiges fontfondues
&les chemins commencent àfe def
feicher.Left arrivéce matin unpetit
accident à Monfieur le Duc de Sa
voye. Je vous ay mandé qu'il avoit
des Fourneauxfous tous les ouvrages
que nous attaquions , pour nous
faire fauter quand on s'en feroit
emparé. Il deferta hierdeux de fes
habiles bombardiers qui demanderent
a Monfieurde Vendofme à diriger
deux de nos mortiers ; ce qu'on
leur a accordé. Ils ont mis ce matin
le feu à un Sauciffon qui communiquoit
à trois Fourneaux qui ont fait
322 MERCUR E
Jauter Angle de l'épaule du Baftion
de la droite de noftre attaque. Cet
effet rend la breche confiderable de
la premiere & feconde enceinte, de
maniere qu'ony monteroit en caraſſe ,
je nefçayfi l'on s'y établita, Nous
n'avous prefentement d'autre objet
que la troisième enceinte, qui eft déja
bien maltraitée. L'onparle d'atta.
quer inceffamment la communica
tion & de monter à l'affaut de la
Ville en même tems, le tout eft miné
jufqu'auxfondemens.
Je dois prefentement vous
parler de l'attaque du Fort de
Veruë & des retrachemens qui
le couvroient . Vous en trouverez
un détail fort exact dans
la Lettre fuivante.
GALANT 323
Au Camp devant Veruë , le
2. Mars.
>
Je me donne l'honneur de vous
faire part en defcendant de
cheval , de l'action qui s'eft paffee
cette nuit avec tout le fuccez &
avec tout le bonheur que l'on pouvoit
fouhaitter. C'est l'attaque
du Fort de l'Ifle & de l'ouvrage
de la tefte du Pont des ennemis
que nous avons emportez avec
toute la valeur poffible , quoyque
ces ouvrages fuffent bien paliffadez,
& qu'ayant efté faits avec
tout le foin imaginable , ils fuf324
MERCURE
fent gardez par deux bataillons
ennemis. Monfieur de Vendôme
ayant refolu de forcer ces deux
ouvrages la nuit du premier au
deuxième , il fit avec Mr de Vaubecourt
la difpofition
des troupes
pour l'attaque du haut Pô , qu'il
ne declara qu'à deux ou trois pers
fonnes & ilfit attaquer le cofté
du bas Pôpar Mr de las Torres
fuivant la difpofition que voici,
.8
Difpofition de l'attaque du
haut Pô.
Mr de Paubecourt.
Attaque du Pont.
Mr de
Mauroy.
Mr de Leuville.
GALANT 325
Compagnie de Grenadiers .
Zeuville.
La Saare.
Bataillons qui foutenoient les
Grenadiers , Naye
La Saare.
Croy.
Labour. I
Mr Deftouches.
Auvergne.
Face du cofté du Pô .
2. Compagnies
Grancey.
Cambrefis 1. Bataillon,
Breffe.
I
Baligny.
1
Face & flanc interieur du Baftion
de la gauche .
Mr d'Eftaires.
Mr.de Colandre.
Normandie.
Flandre.
3. Compagnies
326 MERCURE
Normandie.
Courtine .
Mr de Siougeac,
Mr
Dautrey.
Bourgogne
3 Bataillons
2. Compagnies
1
2. Bataillons
L'Ile de France.
Beauce.
Auvergne.
Face & flanc interieur du Baf
tion de la droite.
Mr le Comte de Coni
Mr Lambert.
Piemont.
Perigord.
Piemont.
3. Compagnies
I
3:
Bataillons
Six Grenadiers des Compagnies
qui ont attaqué le Fort portoient
chacunfix Grenades , cinqportoient
des efchelles & dix portoient des
haches , & chaquefoldat avoit 30.
coups à tirer.
GALANT 327
Travailleurs avec Mr de Mauroy
.
60. de Pifle de France avec 20 .
haches & 40. gabions . Als
Avec des troupes du Fort ,
100. De Flandre. Gabions 50
5o. De Grancey.
Gabions 50
50. De Bourgogne .
500, Sacs à Terre.
Avec l'Artillerie .
100. de Bourgogne avec 100. Ga .
bions.
Avec Mr de Lorme.
100. de la Saare.
100. de Grancey.
Difpofition de l'attaque du bas
Pô.
Mr le Comte de las Torres.
Attaque du bas Pô .
Mr d'Orgemont.
Mt du Guerchois .
Mr le Prince Pio.
328 MERCURE
Mr de Teffé.
Grenadiers..
Lombardie.
Borezan.
Louvigny.
Telle.
Vendôme.
Compagnies
Hohner I
I
I
Grenadiers qui foûtenoient.
2
I
Face & flanc interieur du Baftion
de la droite .
Mr de Morangiez.
Mr de Choifinet.
La Marine.
Morangiez
Tournefis .
3. Compagnies.
I
I
Anjou.
Medoc.
Lombardie.
Bovezan.
Louvigny.
La Marine.
2. Bataillons
I
I
I
3
GALANT 329
Courtine .
Mr de Bonelles..
Lionnois .
Maulevrier
Toutes les Troupes s'aſſemblerent
à l'entrée de la nuit à un Pont
a
qu'il falloit paffer pour aller devant
l'Ifle. Elles commencerent
àpaffer le Pont à dix heures
avec beaucoup de filence . On les
mit en bataille en débouchant , &
on marcha droit aux Forts que l'on
devoit attaquer à deux heures du
matin, aprés qu'on auroit donné
le fignal , qui estoit de douze
bombes qu'on devoit tirer. Tout
cela s'executa fi àpropos & avec
Mars 1705
. Ec
330 MERCURE
tant d'ordre que nous ne fúmes
découverts qu'à la portée de pif
rolet , par une fentinelle ennemie
qui cria , qui vive. Ace mot not
"Grenadiers fe jetterens dans le
foffé , couperent les paliffades à
coups de hache , monterentfur
les parapets , par le moyen des
efchelles qu'ils avoient portéen
Le defordrefutfi grandparmi les
Ennemis qu'après avoirfait trois
décharges , ils ne fongerent plus
qu'à fe fauver; mais comme nons
eftions déja entrez dans l'ouvrage
de la tefte du Pont , itsfe
trouverent hors d'eftat de faire
retraite & de recevoir du ſecours
#GALANT 331
par le Pont; parce que la premie
re chose que firent nos Grenadiers,
se fut de le rompre pour ofter
toute communication avec les troupes
du Camp de Crefcentin , lef
quelles parurent toutes de l'autre
coſtés du Bâ , & firent feu fur
mousfans aucun effet. Enfin nous
avonsfait 193. prisonniers parmi
lefquels font le Colonel & le
Lieutenant Colonel qui comman
doient dans les deux Forts , nons
avons pris deux Drapeaux gr
nous n'avons eu que fix Grenadiers
tuez & feize bleſſez. Suiant
le cours ordinaire des affaires
de la guerre , on fe feroit eftimé
Ec ij
332 MERCURE
a
t
heureux de n'yperdre que cinq cens
hommes. Pendant que les chofes
fe paffoient ainfi du cofté des
Forts , on fit une on fit fauße attaque
à la bréche , mais on avoit dé
fendu aux troupes qu'on y emplaya
d'y eftablir de logement , fi
les affiégez nefaifoient pasjouer
leurs mines , ce qu'ils ne quee
juge
rent pas à propos de faire.
On ferafommer demain Veruë.
Nous verrons ce que rrpondra le
Gouverneur. Si la Garnifon
refufe de capituler , elle court
rifque d'eftre emportée d'affaut ,
à prefent qu'elle ne communique
plus avec le Camp‹ de Monfieur
le Duc de Savoye ..
#GALANT 333
Il y a une autre Rélâtion qui
porte que les Ennemis eftoient
fi peu préparez à cette attaque ,
tque le Commandant du Fort
que
a efté pris en robe de Chambre,
& qu'on fe faifit de quatre ca
nons pendant l'attaque.
Plus l'on examinera cette
action , plus on en trouvera les
circonftances glorieufes pour
Monfieur de Vendôme , & l'on
verra qu'il ny a pas moins de
de tefte que de coeur dans tout
ce qu'il entreprend. Il avoit
quelques jours auparavant fait
répandre le bruit qu'il devort
donner plufieurs affauts à la
place , & il avoit pris des mefures
pour que les Ennemis en
fuffent avertis , & ils le furent
f bien qu'ils tournerent toute
334 MERCURB
+
leur attention du cofté de la
Place ce qui a efté caufe que
le Gouverneur du Fort qui në
penfoit rienmoins qu'à l'affaut
qu'on loy a donnés, a cité pris
ens robe de chambre.Tue 11437
Je vous manday à la fin de ma
Lettre du mois dernier que Mp
Jc Duc de Vendofme devoinam
taquer le Fort du Pont de Vau
ruë & les retranchemens qui de
couvroient , le premier de ca
mois à deux heures du matin .
Iha executé ce projet, de même
qu'il l'avoit mandé au Roy plus
de huit jours auparavant. Ce
Prince n'avoit mis le Siege deyant
Veruë que dans le deffein
d'attaquer d'abord le Fort & les
retranchemens qu'il n'a pris que
le premier de Mars , & ilavoir
SEALANT 335
auffi refolu d'attaquer Monfieur
le Duc deSavoye dans fon Camp
de Crefcentin . Ceux qui ont
fait attention à tout ce qui s'eft
paffé à ce Siege doivent le fous
venir qu'il s'eftoit mis en mar
che pour ces expeditions quelques
jours après l'avoir commencés,
& que le Pô groffi Ten
une nuit avoit empéché l'exer
cution de fes deffeins dont il
n'avoit pas laiffé neanmoins de
tirer de grands avantages, puif
que des deferreurs ayant averti
Monfieur le Duc de Savoye de
ce que ce Prince eftoit fur le
point d'executer , il degarnit
les hauteurs de Guerbignan
pour fortifier fon Camp : ce qui
donna lieu à Monfieur de Vendofme
de s'en faifirjainfi que des
336 MERCURE
•
équipages qui avoient eſté laiffez
fur ces hauteurs Depuis ce
temps -là S. A. n'a pû mettre fon
premier projet en execution ,
les neiges & les pluyes l'en
ayant toûjours empêché juf
qu'au temps qu'il l'a executé,
Cependant comme ces mêmes
neiges & les continuelles crues
des Eaux l'empêchoient
d'a
vancer le Siege, il a culaprecau
tion de faire cantonner les trout
pes ; de forte qu'on peut dire
qu'elles n'eftoient en campagne
& qu'elles ne fouffroient que le
jour qu'elles alloient à la tranchée
, auffi la longueur du Sicge
n'a pas efté fi prejudiciable
aux Troupes que l'on s'eft imaginé,
& l'on peut dire que par
le feu continuel de Canons que
l'on
GALANT 337
l'on faifoit contre la Place &
par
onombre
de bombes
que
l'on y jettoit , les Ennemis perdoient
beaucoup plus que nous,
eftant de toutes maniere accablez
de nos feux , & nous faifant
peu reffentir les leurs, parce
que nôtre canon qui battoit
continuellement les enceintes
de la place, démontoit le leur &
les empefchoit de paroiftre .
Dés que le beau temps a paru
Monfieur de Vendofme en a
profité , comme vous pouvez
voir par les Rélations fuivantes ,
& que les Regimens d'Aoft &
de Tarentaife , qui font deux
des meilleurs Regimens de
Monfieur le Duc de Savoye ,
ont efté entierement perdus
pour ce Prince . Monfieur de
Mars 1705
. + Ff**
338 MERCURE
Vendofme qui avoit pris toutes
les mefures imaginables , pour
que fon deffein ne fuft point dé
Couvert , n'en avoit pas même
confiéle fecret , & c'eft par cette
raifon qu'il fit monter la tranchée
par Mr le Comte de Vaubecourt
, qu'il envoya querir
aprés qu'elle eut efté montée ),
afin de mettre fon projet , pour
lequel il avoit fait preparer
toutes chofes ( fans qu'on fçuſt
fon deffein ) en execution. Ce
Prince avoit auffi pris deux autres
précautions tres- necefcire
& dignes de l'attention
d'un grand Capitaine ; comme
il fçait , qu'en de pareillest occafions
il y a fouvent des deferteurs
qui vont avertir les Ennemis
pour entirer de groffes
GALANT 339
récompenfes , il avoit fait mettre
beaucoup d'Officiers fur les
ailles , afin qu'aucun Soldat ne
pût deferter ; ce qui luy reüffic
heureufement. Il avoit cu aut
La précaution de faire dreffer
deux batteries de canon fur le
bord du Pô , qui firent tout l'ef
fet qu'il ca avoit cfperé ; car
Monfieur de Savoye ayant voulu
faire marcher fes troupes à la
clarté de plufieurs lanternes,
notre canon donna dans les
lieux où ces lumieres paroiffoient
, de maniere que les Ennemis
ayant perdu beaucoup de
monde , & en eftant fort incommodez
, furent obligez de fe reatirer.
nl prac
Voicy encore un extrait d'une
>lettre de Verſailles fur l'attaque
Ff ij
34° MERCURE
duFort de communication dont
je viens de vous parler.
A Verfailles le 9. Mars .
Il vient d'arriver un Courrier de
Monfieur de Vendofme parti du
deux de ce mois. La nuit du pre.
mier au deux , fur les trois heures ,
Monfieur de Vendofme fit attaquer
le Fort de l'Ile , où estoient les deux
bataillons d'Aoft & de Tarentaife.
Le Fortfut efcalade , on tua tout ce
qui eftoit dedans ala referve de deux
ents
& de 24. Officiers que
Pon fit prfonniers , nos Soldats fe
Laffant de tuer. Nous n'avons perdu
dans cette affaire que dix hommes.
Dés que le Fort fut pris , onfit tirer
Le Canon du Fort même furle Pont,
quifut rompu , & dont huit batteaux
GALANT 341
furent emportez par le courant de la
riviere ; ce qui a achevé d'ofter toute
communication deCrefcentin à Veruë.
On a mis dans le Fort Mr de Mauroy,
Maréchal de Camp , poury commander.
La Lettre qui fuit continuera
de vous faire voir ce qui s'est
paffé au Siege depuis la prife du
Fort de conmunication .
Au Camp devant Verruë ce
9. Mars .
Par ma derniere du 7. Je vous
manday qu'on devoit monter à l'affaut
à toutes les enceintes de notre at
Fique . Effectivement toutes les mefures
eftoient prifes pour cela & le
jeur & l'heurefixée; mais on a chan
Ffiij
342 MERCURE
gé dedeffein tout à coup & Monfieur
de Vendofme fachant que la Gar
nifon n'a que tres -peu de vivres ,
mieux aimé prendre le parti d'affamer
les Aliegez que de rifquer le
moindre Grenadier. On ne fera cependantpas
dans l'inaction de noftre
cofté
Mr de Lapara fait conftruire un
Pont au deffous de Verne & noftte
Cavalerie & tous nos Grenadiers
Pafferont le Po , felon le projet refolu
pour s'approcher de Crefcentin ,
ily a apparence que Mr de Savoye
l'abandonnera , & il a deja commence
à en faire fortir fes meilleurs
effets . La proximité de Grefcentin
Verue a donné lieu à Monfieur de
Savoye d'entretenir un commerce de
Lettres avecfa garnison par le moyen
dune efpece de bombes qui ne font
GALANT 343
f
chargées quede terre & qui ne crèvent
paint. Monfieur le Duc de Savoye
demandé à échanger les derniers prifonniers
que nous luy avons fait en
nous emparantde fa communication.
Noftre Generaly a confenti, & cela
s'executa hier. On fe preße de finir
cette affaire- cy pour en commencer
une autre. Mr le Marquis d'Aix a
efté faitprifonnier en voulant fe jetter
dans Verue..
Les Lettres de Milandu 10, partent
que les Payfans de Montferrat
avoient arresté& conduit pifonnier
le General Taun , allant avec an
guide de Gennes à Tarin à fon retour
de Vienne , où Monfieur le Duc de
Savoye & le General Staremberg
Pavoient envoyé peu de temps auparavant
pour reprefenter à l'Empereur
la mauvaise fituation où eftoient les
affaires en Piémont.
FF INJ
344 MERCURE
Vous trouverez la prife de
Crefcentin dans la Lertre de
Monfieur de Vendôme que vous
allez lire .
NOR
Au camp devant Veruë .
le 14. Mars
Fefis faire hier un pont au deffous
de Verue, au moyen duquel
je devois inveſtir avec toute la
cavalerie de cette armée & un
corps d'infanterie confiderable , le
camp de Crefcentin , pour obliger
les ennemis à l'abandonner ,
mais ils n'ont pas attendu d'y être
forcez. Si-toft qu'ils ont efté informez
de nos mouvemens , ils
GALANT 345
fe font retirez de ce pofte , & ont
repaffe aujourd'huy la Doire fur
leur pont avec toutes leurs troupes.
Fay paffe le Pô dans le même
temps avec 250. chevaux & 8 .
compagnies de Grenadiers , & je
me fuis faifi de Crefcentin fans
aucune refiftance.
La fuite de ce fiége & le détail
de ce qui s'eft paffé au dé
part de Monfieur de Savoye de
Crefcentin , paroiffent dans la
Lettre que voicy.
Au camp devant Veruë le 15 .
La nouvelle batterie de 3. pieces
de 24. dans le bastion de la
346 MERCURE
gauche du fort de l'Ifle fut achevée,
& commença à tirer le 13 .
Elle voit les revers du Donjon
du coſté du Pô, incommode
fort les affiegez dans les appen
tis qu'ils ontfaitspourmettre leurs
malades leurs bleffez. On vit
le même jour filer du cofté de Chiwas
une quantité confiderable de
chariots chargez de munitions de
guerre.
DM
On a commencé noftrepont à une
portée de canon de la droite de l'ar
mée fous les hauteurs de Mon-
Seftin.
Les ennemis ont mis le feu aux
faſcinages & auxpaliſſades de la
GALANT 347
communication depuis Crefcentin
juſqu'au Pô , & nos prifonniers
qui ont efté échangez , ont rapporté
qu'ils avoient trouvé le même
jour 13. en revenant à noftre
camp , l'Hôpital de Crefcentinfur
le chemin de Turin.
L'aprefdinée de ce même jour
une partie des bagages de l'armée
ennemie défila , & Monfieur le
Duc de Savoye vint en perfonne
reconnoiftre le pont , auquel Monfieur
de Vendofme faifoit tra-
Dailler.
Le 14. les ennemis battirent
la generale deux heures avant le
ils jour, partirent de Crefcen348
MERCURE
tin à la pointe du jour. Monſieur
de Savoye qui conduifoit l'arrieregarde
, ne fortit de fon ancien
camp qu'à fept heures du matin
aprés avoir fait rompre les digues
qui retenoient les eaux , & for
moient une inondation autour de
te
Crefcentin.
Ceux qui difent avoir compté
le nombre des troupes forties du
"Crefcentin , ne s'accordent pas entreux
, les uns affurant qu'il n'en
eft forti que 2000. hommes de
pied, les autres foutenant qu'il
eu eft forti trois mille.
Noftre pont fut achevé le 14.
Monfieur de Vendofme paffa
GALANT 349
deffus le même jour à la tefte de
250. cheuaux & de huit compagnies
de Grenadiers , aprés
avoir fait reconnoiftre le païs
chaffe quelques troupes de Huf
fars , qui estoient reftez pour ob-
Jerver nos mouvemens , S. A. s'avança
jufqu'à la portée du fufil
de Crefcentin . Les habitans en
fortirent en foule pour venir implorer
la clemence du Roy . Mon-
Tieur de Vendofme y laiffa les 8.
compagnies de Grenadiers , quiferont
relevées aujourd'hui par quelques
bataillons.
la
Monfieur de Savoye a repaſſe
Doire , & a dirige fa marche
350 MERCURE
Den
du cofté de Chivas. Nous avons
profité de dix -huit batteaux du
pont des ennemis qui eftoient demeurez
échouez, & d'une groffe
chaîne deferfoûtenue par des colonnes
de bois plantées dans le Pô,
en forme d'eftacade , pour allurer
le pont. Monfieur de
a ordonné qu'on remontât aujour
d'huy le fien , leplusprés quefaife
pourra de fon armée & de
Crefcentin. S. A. compte que
décampement de Monfieur de Savoye,
& la difette des vivres
confirmée par tous les deferteurs
par les habitans de Crefcentin
, forceront le Couverneur de
+
le
1
GALANT 351
Veruë à capituler dans peu de
jours, opuš
-shOn tire trés-peu de canon de
part d'autre du cofté des bréches
, dont il paroît que
les affie
gez ont détourné les decombres ,
mais on jettependant la nuit une
trés-grande quantité de pierres.
12.Les affiegez firent fortir hier
au foir les païfans qui font dans
Verue , mais ils ont efté obligez
de rentrer dans la place , parce
qu'on leur déclara qu'on feroit ti
rer fur eux. Les deferteurs qui
nous font venus aujourd'huy confirment
que chaque foldat de la
garnifon a efté reduit par jour à
C
352 MERCURE
neuf onces depain , & à un morceau
de lard gros comme le pouce.
Je dois ajoûter icy la defcription
du Camp de Crefcentin ,
qui vous fera connoiftre qu'il
falloit que Monfieur le Duc de
Savoye cuft bien peu de troupes
puifqu'il a abandonné un Camp
qui lui étoit fi avantageux , &
où il n'étoit pas ailé de le forcer.
Ce Camp eft tres - fort par
lui- même ayant la Doria pour
retranchement d'un cofté , &
un Canal trés - bien fortifié , &
qui faifant un angle fe jette
enfuite dans le Pô , de farre qu'il
forme une espece d'lfle. A l'égard
du Camp de Chivas , on
écrit que ce Camp eft bon , mais
qu'il a befoin de beaucoup de
GALANT 353
troupes pour eftre deffenda , &
que Monfieur de Savoye en
ayant tres - peu , il n'y a pas d'apparence
qu'il le garde longtemps.
Les Lettres du 19. portent
que Monfieur de Savoye a mis
dans Chivas fon Infanterie qui
elt au nombre de deux mille
cinq cens hommes , & fa Cavalerie
dans les Villages des environs
de la Doria , & que Monfieur
de Vendôme a laffé dans
Crefcentin Mr de
Morangiez
pour y commander , & que . Son
Alteffe a envoyé fa Cavalerie à
Tria & aux environs de cette
Place fous les ordres de мr le
Comte d'Eftain .
L'Article du Siege de Gibraltar
de ma derniere Lettre finif-
Mars
1705 .
Gg
354 MERCURE
foit à l'arrivée de Monfieur le
Maréchal de Teffé . La pluye
n'avoit point difcontinué depuis
fix jours lorsque ce Maréchal
arriva au Camp , & comme elle
continua encore plufieurs jours
depuis fon arrivée , & que les
dernieres nouvelles de ce Siege
3ne
ne marquent pas mefme qu'elles
y ayent entierement ceſſé , loin
qu'il fuft poffible de rien entreprendre
contre la Place , le
mauvais temps ne permettoit
pas mefme de rétablir tout ce
que la pluye y avoit ruiné cependant
les Efpagnols avoient
fi bien pris leurs mesures pour
faire conduire au Camp pluheurs
des chofes qui y manquoient
qu'elles y arriverent en
mefme temps que Monfieur le
GALANT 355
Maréchal de Teffé ; c'est- àdire
le 10. de Fevrier . Les enanemis
de leur cofté ayant eu na
Ivdab favorable firent entrer
dans Gibraltar des fecours
plufieurs repriſes . Lorfque Monheur
le Maréchal de Teffé arriva
devant cette Place , il reeur
des complimens de la part
de Monfieur le Prince d'Armftat
,qui luy envoya d'exceldent
vin , dans le deffein de luy
faire croire que la Place n'en
manquoit pas. Je ne dois pas
oublier de vous dire , pour détruire
tous les bruits qui ont
couru qu'auffi - toft aprés l'arrivée
de Monfieur de Teffé , il fe
forma une parfaite intelligence
entre ce Maréchal & Monfieur
Je Marquis de Villadariasi que
Ggij
356 MERCURE
-Monfieur de Teffé a parlé fort
avantageufement de ce Marquis
dans plufieurs de fes Lettres ,
& que ce Marquis veut bien
fervir fous ce - General.
Je vais vous parler d'un fait
dont il n'a point efté parlé dans
aucune des nouvelles publiques
de France cependant il
paroift qu'il n'y a pas lieu d'en
douter puifqu'il eft écrit, nonfeulement
par les ennemis , mais
même par Mr Tulk , Lieute
nant Colonel , qui fert à Gibral
tar. Imande à fa femme qui
demeure à Rotterdam , dans une
Lettre dattée de Gibraltar du
131
de Fevrier , qu'aprés eftre entré
dans le Détroit avec les Baftimens
fur lesquels eftoient le fecours
& les munitions que les Anglois
GALANT 357
+
avoient deffein de faireentrer dans
cette Place, ils rencontrerent prés de
la Baye quelques Vaiffeaux avec
Pavillon Hollandois , & dont ils
ne fe défioient point , mais qu'ayant
arboré Pavillon François , ils lėš
attaquerent lorfqu'ils furent à portée
; qu'il avoit vû prendre trois de
leurs Batimens & un autre couler à
fonds que celuy fur lequel il eftoit.
avoit eu le bonheur de fe fauver dans
la Baye de Gibraltar, & qu'il étoit
entré dans la Place avec les cing
Compagnies du Regiment de
Valle qu'il commande & qui
font enfemble trois cens hommes que
le Colonel de ce Regiment avoit efte
tuè & le Major Kapel- Fox & que
les François pourſuivoient les autres
Vaiffeaux qui s'étoient jettez fur
les Coftes de Barbarie .
338 MERCURE
Mr de Pointis partit lenz de
Fevrier de Cadix avec fon Ef
cadre & plufieurs Bâtimens de
charge , pour fe rendre devant
Gibraltar , où il arriva heureufement
le 26. A peine Monfieur
le Maréchal de Tefféeut- il
fçû fon arrivée qu'il partit du
Camp pour aller conferer avec
Juy le temps fe trouva fi mai
vais à fon retour que pour revesir
il ne put faire pendant
toute une journée que le cha.
min qu'il auroit fait engpeu
d'heures , fi le temps avoit efte
plus beau ; ce qui fait connoître
qu'il a efté impoffible d'avancer
les travaux devant la Place ,
tant que le mauvais tems a duré
& qu'il duroit encore aprés
l'arrivée de Mr de Pointis.
GALANT 259
Plufieurs Lettres écrites longtemps
aprés fon arrivée , marquent
que les pluyes continuoient
encore, see , stude
Los houvelles de Gibraltar
du commencement de Mars ,
portent qu'un Vaiffeau François
qui croifoit vers le Détroit ,
envavoit pris un des ennemi
chargé de munitions & de vivres
pour la Garnison de cette
Place , qui fuivant le rapport
des Deferteurs fouffroit beaucoup,
quoique le Prince d'Armftat
témoignaft vouloir le dé
fendre jufqu'à l'extremité.
Les dernieres Lettres de Ma
drid du 14. portent que мr Du
caffe étoit arrivé le 9. qu'on
avoit debarqué à Alicante da
Vaiffeau du Roy l'Entreprenant ,
360 MERCURE
cent milliers de poudre pour le
Camp de Gibraltar , dont le
Siege continuoit avec efperance
de fuccés , depuis le fecours.
de canons & de munitions qu'on
y avoit envoyez ; & que l'Ef
cadre de Mr de Pointis avoit
j
efté renforcée de quatre Vaiffeaux,
Ileft temps de vous parler de
tour ce qu'a fait Monfieur le
-Duc de la Feuillade depuis le
peu de temps qu'il eft en campagne.
Un grand défir d'acquérir
de la gloire anime fa valeur
& toutes les actions . Ife fait
ún extreme plaifir de rendre
compte à la Cour de tout ce que
font de remarquable tous ceux
qui fe diftinguent , & fa generofité
eft fi generalement reconnuë
GALANT 361
nuë qu'on luy a fouvent vû demander
pour d'autres , des chofes
qui luy devoient appartenir ;
ainfi l'on ne doit pas être furpris
d'apprendre que les troupes
le font un tres - grand plaifir de
fervir fous un General de ce caractere
.
Il donna ordre à Mr de Nar
bonne de paffer le Vaar le 4. de
ce mois au point du jour , ce
qu'il fit fans aucun obftacle , &
il alla camper à Simiere où
Monfieur le Duc de la Feüillade
arriva le 5. Il avoit donné
ordre dés le 4. au foir qu'on
occupaft le pofte de la Trinité,
qui eft le feul endroit par où
les troupes venant par le Col
de Tende , auroient pû paffer
pour fe jetter dans Nice , où
Mars 1705: Hh
362 MERCURE
dans Ville Franche . Monfieur
le Duc de la Feuillade partic
le 6. au matin fur les avis qu'il
reçue par Monfieur le Prince de
Monaco que 4. à 500 hommes
levez en Suiffes , & en d'autres
lieux pour la Reine d'Angleterre
, & qui portoient le nom
de Gardes de cette Princeffe
étoient en marche pour fe jetter
dans ces deux Places . Il
marcha au point du jour avec
fept Bataillons , & étant arrivé
auprés de la Place, il fit fommer
le Gouverneur qui demanda ju
qu'à la nuit pour le déterminer,
ce que Monfieur le Duc de la
Feuillade luy accorda . La nuit
étant venuë , & le Gouverneur
ne s'étant point rendu , ilfit
atraquer le pofte des Capucins,
325)
GALANT
363
1
"
par le 2. Bataillon de Dauphi
né, qui s'en empara malgré le
feu du Canon du Fort , & de
deux fregattes Angloifes qui
étoient dans le Port , & il fic
auffi tôt de fon cofté attaquer
la Ville par le Bataillon de
Flandre , & de l'autre par le
premier Bataillon de Dauphiné
qui l'emporterent l'éfpée à la
main. Ily avoit dedans foixante
& dix Soldats des Bataillons
de la Croix- Blanche , & de S.
Lazare avec 30. Marelots dest
deux Fregattes Angloifes . Le
Gouverneur avoit demandé un '
plus grand fecours d'hommes &
quelque Artillerie auxOfficiers
de ces Fregattes , qui n'avoient
voulu donner que 30. hommes
& 30. pieces de Canon . Cette
Hh ij
364 MERCURE
petite garnifon ayant été faite
prifonniere de Guerre , la Vil.
le s'attendoit d'être pillée, mais
Monfieur de la Feuilladeempefcha
le pillage en ordonnant
aux Habitans de cette Ville où
il y a un grand Magafin d'Ecarlate
d'en donner à chaque
Officier pour un habit , & de
diftribuer deux cent louis d'or
aux Soldats . Nous n'avons perdu
perfonne dans cette expedition
; mais les vents contraires
empefchoient l'arrivée de nôtre
Flote , ce qui retardoit l'execution
des projets de Monfieur le
Duc de la Feüillade , parce
qu'elle portoit toutes les munitions
de Guerre ; cependant ce
Duc aprés la prife de Ville-
Franche n'avoit pas laiffé de
GALANT
365
faire inveſtir le Château dont
l'attaque a efté differée par les
raifons que je viens de dire ,
Monfieur de la Feüillade fit
auffi inveftir Nice par feize Bataillons
, & deux Regimens de
Dragons. La Lettre que vous
allez lire vous apprendra la
fuite des expeditions de ce
Duc.
Au Camp de Simiere , prés de
Nice le 11 Mars.
Sur les avis certains que Monfieur
le Duc de la Feüillade reçût
que le bataillon de la Reine & Angleserre
& les 600. hommes de milice
qui efloient venus juſqu'à Torbia
eftoient partis le 8. entre mily &une
heure pour s'en retourner à Sopella
Hh iij
366 MERCURE
bre de
dans
14
& que Mr de Senantes fils de Mr le
Marquis de Carail qui commandoit
ces Troupes avoit écrit à fan Pere
qu'ilfalloit raffembler les reftes des
milices des montagnes jusqu'au nom
à 1500. hommes, & tenter
abfolument defejtter dans Nice on
Villefranche , ilprit fon parti
dans l'inftant de lesfuprendre & de
lesfaire attaquerdans Sofpello, qu'il
fçavoit être toutouvert ,exceptéun af-
Sezban reduit pour contenir tout au
plus 200. hommes. Pour cet effet ils
détacha le 9 à midyMrleChevalier ୨
de Mianne avec 300. Grenadiers ,
300 Fantafins & 260. Dragons
choifis, & lay donna ordre de les at
taquer dés qu'il les auroitjoints . Ilfit
une fi grande diligence qu'il arriva
le même jour à Sofpelloà 9 heures du
fair avec la Tefte de (es Troupes , le
9.
GALANT 367
refte ayantpeine à fuivre . Les Ennemis
qui ne furent avertis qu'un
quart d'heure auparavant , eftoient
dans un figrand defordre que Mr de
Mianne s'eneftant apperceu , les attaqua
vigoureuſement avec le peu de
troupes qu'il avoit ; il les mit entierement
en déroute , il y a eu 60.
Soldats du bataillon de la Reine
d'Angleterre tuez fur la place
quantité de bleßez, dont on nefait
point le nombre , & 60. prifonniers .
Il nous vient outre cela à tout memens
des Deferteurs. Tout le refle
s'eft difperfédans la montagne , les
milices , qui fejetterent au premier
coup dans tous les precipicesfansfai
re ferme un moment , ont esté fi effrayées
de cette action à laquelle elles
ne s'attendoient pas , qu'ily a lieu
de douter que Mr de Semantes avec
368 MERCURE
THA
se qu'il en pourroit ramaffer ,
tenter une nouvelle entrepriſe
0302.
Du dudit mois, Rot
Monfieur de la Feuillade vient de
Se rendre maitre de Torbia , ily
avoit dedans 10. Soldats & 50.
Payfans , qui fefont rendus fans
tirer un coup.
Mr Le Chevalier de Roanez
vient d'arriver à Antibes avecquatre
Galeres.
Les Lettres du 19. du Camp
devant Nice portent qué Monfieur
le Duc de laFeüillade a fait
ouvrir la tranchée la nuit du
15 , au 16. à 700 toifes de cette
Place que pendant cette nuit
on avoi tfait 300 , toifes de trenGALANT
269
chée que pendant la nuit du 16.
au 17.on en avoit fait 100. toiles,
que le lendemainon en avoit fait
encore 1oo . toifes & que l'onavoit
cftabli une batterie de deux
pieces de Canon de 12. livres de
bale , que l'on continuoit à pouf
fer la trenchée avec fuccés , &
que Mr deMiane avoit été bleffé
la derniere nuit d'une pierre
qu'une bombe avoit fait écarter
& qui luy avoit fendu la joüe
jufqu'à la machoire.
Monfieur le Duc de la Feüillade
a fous luy trois Lieutenans
Generaux qui font Mrs de Ge-
Vaudan , de Narbonne & deBerulle
, & trois Maréchaux de
Camp, fçavoir Mrs de Robecq ,
9de Polignac & de Vergerot.2
Mr le Marquis Tilladet
370 MERCURE
venda fa charge de Sous . Lieutenant
des Gendarmes Ecoffois
, à Monfieur d'Auvillare
Enfeigne des Gendarmes Dauphins
& a acheté le Regi
ment de Mr le Comte de Fimarcon,
fon frere , Maréchal
de Camp de la derniere pro
motion . Je ne vous ne parleray
point de cette Maiſon , dont
le nom eft Caffagnec - Lomagne
& qui eft la branche Cadette
des Comtes fouverains de ce
nom . Elle a produit des hommes
illuftres depuis deux Sie
cles , & elle eftoit tres - diftinguée
dés l'an 1280. Les Coutumes
du païs d'Armagnac en
fourniffent,des preuves inconteftables.
Le mot de l'Enigme du mois
GALANT 371
paffe eftoit La Croix . Ceux qui
l'ont trouvé font Mrs Duparc,
Enfeigne dans les Troupes du
Roy : Le Blanc , du Quefnoy:
le petit Duval , d'Andely :
Barder , & fon ami Dupleffis ,
Me Chirurgien au Mans le
Brun, Me de penſion : Robinet,
proche S. Pierre aux Boeufs , le
Recteur de Chambery : l'Abbé
Jean le nouveau don Rodriguez
le heras du Canada : le
petit Loup de Verfailles & fa
Mareine l'Echo fidele : &
Piquet, Imprimeur. Miles de la
Mare & fa fille d'Hozier :
Tamirifte la Nymphe Foreltiere
de S. Germain en Laye :
la belle & fincere Italienne , &
la plus belle & gratieule Dame
du Cloître Notre- Dame.
:
:
372 MERCURE
J
L'Enigme qui fuit donnera
de l'occupation à vos amis .
ENIGM E.
D'une autorite fainte , incapable
d'erreur ,
Je fuis l'ouvrage pur. Fadis je fus
auftere ,
Et dans les heureux temps où regna
la ferveur ,
On fournit à l'envi mapenible carriere.
La fenfualité d'un oeil jaloux le
vit
Et pour me fupplanter mettant tout
en ufage ,
A cent pretextes vains , enfin élle
joignit ,
Des Docteurs relâchez le prophane
langage.
C'eft
GALANT 373
Ceft ainfi qu'elle a feû lachement
prévaloir
Ony, depuis trop long- temps on meprife
, on élude
Mes falutaires loix , & leur facré
pouvoir
N'est presque reveré que dans la
folitude.
Au torrent de l'abus s'oppofe vainement
re
L'oracle, dés le jour que je viens à
parètre
Qui dans le Templefains parle
dit gravement :
Omoriel, fouvien- toy du neant de
ton eftre !
La Gaillarde commandée par
Mr du Clair & armée en courſe
par des particuliers , eft arrivée
à la Rade de la Rochelle . Sa
Mars 1705. Ii
374 MERCURE
cargaifon confifte en plus de
cent mille piaftres , en Cocheville
, en Indigo & en Tabac.
pour plus de trois millions . Le
tout a efté chargé à fret par
des particuliers . Cette Fregatte
a fait une prife qui a efté
venduë aux Ifles . Je puis vous
affurer que cette nouvelle eft
vraye .
Puifque vous fouhaitez que je
vous marque en peu de paroles
la fituation - où fe trouvent les
affaires de la guerre dans le moment
que je vous écris , je vais
fatisfaire voftre curiofité le
mieux qu'il me fera poffible ;
mais je ne vous réponds pas
qu'il n'y ait rien de changé dans
le moment que vous recevrez
ma Lettre .
il
GALANT 375
L'Empereur s'apliquant pref
qu'uniquement à tout ce qui re
garde la guerre de Hongrie , &
faifant tourner prefque toutes
fes forces de ce cofté - là , les
Anglois & les Hollandois fe
plaignent de ce qu'il ne veut
entrer dans aucun des temperamens
qui pourroient luy
faire conclure un accommodement
avec des Sujets qui ont
quelques raifons de fe plaindre.
Ils menacent mefme & reprochent
à l'Empereur les fervices
qu'ils luy ont rendus ; mais
S. M. I. fe met peu en peine
de leurs menaces , perfuadée
que fi elles avoient effet , ils
s'en reffentiroient audi bica
que luy. Les Hollandois de leur
café ne font en guere meilleure
-
Ii ij
376 MERCURE
intelligence avec les Anglois ,
que les Anglais & cux font avec
l'Empereur. L'Angleterre veut
abfolument que la Hollande
rompe le commerce qu'elle fair
avec la France , & a fait arrê
ter plufieurs de fes vaiffeaux
qui fervoient à ce commerce.
La Hollande en demande la reftitution,
& menace même d'accorder
des repreſailles , fion ne
les luy rend , & de ne rien fournir
pour la guerre de Portugal.
Elle fait connoistre hautement
qu'elle eft convaincue que cette
guerre ne peut réüllir , & declare
qu'elle n'aura plus que
cette année la complaifance dy
envoyer du monde & des vaiffeaux.
Elle eft perfuadée que la
Religion donne de l'horreur
GALANT 377
3
aux Portugais pour cette guers
re , que les Grands du Royaume
& les Miniftres n'afpirent
qu'à la paix , & que le Roy
même cherche les moyens d'en
fortir . Quant aux Anglois , ils
font tellement portez pour la
continuer qu'ils ont fait un
Traité avec le Roy de Maroc
pour luy aider à prendre Ceu
ta , & pour luy faciliter les
moyens de faire des conqueftes
en Efpagne, S. M. C. leur eft
tres - obligée de ce Traité qui
luy donnera moyen de trouver
de l'argent & des foldats en Efpagne,
encore plus qu'elle n'auroit
fait , quoi que fon armée ,
qui doit agir contre le Portu
gal , foit de 3000c , hommes d'infanterie
& de 8000. chevaux ;
Ii iij
378 MERCURE
mais il y a lieu de croire que ce
nombre augmentera, cette guer.
re devenant de plus en plus une
guerre de Religion , & n'eftant
faire que pour défendre l'entrée
d'Eſpagne aux Anglois ,
aux Hollandois & aux Maures
, qui profeffent tous des Religions
contraires à la Catholique
, qui regne uniquement en
Efpagne , & pour laquelle les ,
Efpagnols répandroient jufqu'à
da derniere goutte de leur fang,
ainfi que pour la confervation
de leur Roy ; ces peuples ayant
toûjours efté attachez à leur
Religion avec une conſtance
inébranlable , & à leurs Rois.
avec une inviolable fidelité . On
ene fçauroit affez s'eftonner du
Traité que les Anglois ont fait
A
GALANT 379
ཎྞཱ ,
avec le Roy de Maroc , & l'Archiduc
doit eftre le premier
s'en plaindre , puiſqu'il ſemble
qu'ils veulent le faire partager
la Couronne d'Espagne avec les
Maures. Lear politique eft inconcevable
, & il leur feroit impoffible
de mieux faire , s'ils
avoient deffein d'agir contre
leurs intereſts. Pendant que
tout le prépare du cofté d'Éfpagne
& de Portugal pour l'on
verture de la Campagne , Monfieur
le Duc de Savoye continuë
de demander du ſecours
avec les plus fortes inftances.
On luy en promet depuis un
an. Il y a trois mois que Monfieur
le Prince Eugene eft nommé
pour le commander. Co
Prince eft fur le point de pare
19
380 MERCURE
tir il y a plus de deux mois
mais ne voulant point rifquer
fa reputation , il ne veut point
marcher que ce fecours ne foit
déja avancé. Il follicite tous.
les jours l'Empereur , mais plus
la faifon avance , plus les Mé .
contents font de progrez, &
moins l'Empereur fe trouve en
eftat de luy donner les troupes
qui ont efté plufieurs fois fur
le point de marcher . Les Danois
ne veulent point partir
fans qu'on leur ait pavé ce qui
leur eft dû, & cette affaire n'eft
pas encore terminée Les troupes
de Brandebourg , qui doivent
paferen Italie , felon le Traité
fait avec M Marlborough ont
toujours differé leur marche
depuis plus de trois mois , fous
GALANT 381
divers pretextes , mais l'on com
mence à affurer qu'une partie a
commencé à marcher le 24 de
ce mois. Voila en quoy confif
tent les Troupes qui doivent al
ler fecourir Monfieur le Duc de
Savoye , aufquelles fe doivent
joindre quatre Regimens de
Monfieur l'Electeur Palatin ;
mais ces Troupes ont bien du
chemin à faire avant que d'arri
ver devant Veruë pour le fecourir
, & tous les difcours que
les Alliez tiennent là- deffus ne
peuvent éblouir les peuples les
plus groffiers : cependant Monfieur
le Grand Prieur , qui doit
le premier avoir affaire à ces
Troupes fi long- temps promifes
, & encore plus long- temps
attendües , fe met en état de les
382 MERCURE
$
bien recevoir, & s'eſt ſervi d'une
précaution qui les doit fort em.
baraffer , & qui en fera perir
beaucoup fi elles ofent avancer ,
puifqu'il a fait conſumer ou fait
enlever tous les vivres , & tous
les fourages des lieux par où
elles doivent paffer pour venir
à luy . Pendant toutes ces menaces
des Ennemis , les recruës
de l'Armée de Monfieur le Duc
de Vendofine avancent journellement
, & il recevra bientoft
plus de 20000 hommes.
Les Troupes qui font emploïcés
dans le Comté de Nice pourront
auffi avancer , aprés leur
expedition , & les Ennemis auront
beſoin de toutes les Trou-
'pes qu'il publient qu'ils auront
en Italie, non pas pour attaquer,
I
GALANT 383
mais pour le deffendre . Quant
aux affaires de la Guerre qui
regardent le Rhin , la Mofelle,
la Meufe & la Flandre , il feroit
malaifé d'en parler jufte . Il
paroît que les plus grands efforts
de part & d'autre doivent être
fur la Mofelle , & que les autres
Armées ne feront formées que
de ce que l'on ne jugera pas à
propos d'envoier de ce cofté là .
Il y a trois mois que les Enne
mis menaçojent beaucoup , mais
ils ont changé de ton & de manieres
, & il y a même lieu de
préfumer qu'aprés tures leurs
menaces , ils feront reduits à fe
deffendre .
P
Vous trouverez dans la Lettre
que vous allez lire , en quel
état étoit le frege de Verue le
384 MERCURE
jour qu'elle à efté écrite.
Au Camp devant Veruë le 20.
Mars. Sing
25
• Les affragencontinuent àfe défen
dr . Lagarnifon s'eft retirée dans lt
Donjon . La brécke dès trois enceintes
eft figrande que 6. bataillonsy peùvent
monter. On croit toûjours qu'on
ne donnerapointd'affaut à cauſe des
mines ; parce qu'on efpere d'obliger
dans peu la garnifon àſe rendre pris
fonniere de guerre par la faim
nayant de vivres tout au plus que
pour jufqu'au 28. de ce mois ; joint
à cela que nous avons 32. pieces de
canon dix mortiers qui titent
de toutes parts. Monfieur de Vendofme
a ordonné qu'on fift tirer 6a.
coups parjour à chaque piece de ca.
GALANT 385
mon , & a fait redoubler le fervice
de mor tiers,
1l eft à remarquer que la gar
nifon s'étant retirée dans le
Donjon , qui eft le lieu où l'on
fe retire ordinairement pour
capituler , lors qu'il y a de ces
fortes de fortifications dans une
Ville , la Ville doit être prefque
regardée comme ſi l'on en
étoit en poffeffion , puifqu'elle
ne fe deffend plus .
Vous trouverez dans la Lettre
fuivante des nouvelles du
fiege de Nice , & vous y verrez
la justice que l'Officier qui
écrit rend au zele , & à l'acti
vité de Monfieur le Duc de la
Feüillade.
Mars
1705: Kk
386 MERCURE
Au Camp devant Nice
le 20. Mars.
28-129030 231-800 A 19713 Tauq
1107
La trenchée eft à prefent à deux
cent toifes de la Place. Ily auroit
eu plus de diligence fans la pluye
qu'il a fait pendant deux jours, qui
a rempli la trenchée d'eau. On ne
feauroit gueres plus avancer fans
Le fecours du canon & des munitions ,
gue l'on attend icy depuis dix jours.
Vous avons deux mortiers avec lefquels
on a jette environ 150. bombes
dans la Ville , dont une a mis
Le feu dans un Magafin de fourage;
qui a efte entierement bruflé , fans
avoir neanmoins fait aucun dommage
aux maisons. Monfieur le
Duc de la Feuillade a fait venir
deux pieces de canon d'Antibes ,
4
1
CALANT 387
qu'on a mis bien mis hier en batterie
, &
dont on doit fe fervir
aujourd'huy
a
boulets
rouges . Il ne
pour tirer à boulets
fou
paroitpas que le Gouverneur veüille
fe rendre qu'il n'y foit forcé par une
breche. Ilfait un feu continuel far
la trenchée & par tout ailleurs on
il paroit du monde. Il a environ
30 pieces enbatteries tant à la vil
le qu'au Chateau , nous n'avons eu
cependant jufqu'à prefent que 30 .
foldats tuez ou bleßez. Noftre General
eft continuellement
en mouvement
, tant à Ville - Franche qu'icy
; ilfe trouve par tout , vifitant
tous les jours la trenchée & les poftes
des Grenadiers , qui font à la
tefte des ouvrages
, où il s'expofe
beaucoup.
On a debarqué le canon , les petits
mortiers & beaucoup de munitions
Kk ij
388 MERCURE
que Mr de Roannez a amenez fur
les galerės. Mr les Chevalier de
Rage andùmpartir sæujourd'huy de
Toulon pour venthighmA 5: 103
L'attaque du Chateau de Ville-
Franches a esté faite le même jour
que nous avons ouvert icyla trenchée
Aaffi-tôt qu'ilfera pris en
S'attachera aux Forts de Montalban
, & de S. Hofpitio
:
Mr le Marquis de Gevandan
eft entré avec cinq Bataillons dans
Pignerol , où il resterand to get
Je vous ay parlé de l'ouvertu
re de la tranchée devant Nice,
mais je ne vous ay pas dit qu'el-
Je fut ouverte par Mr de Vergetor
& par les deux Bataillons
de Sourches , & par 3. Compagnies
de Grenadiers. Mr le
Gouthail premier Brigadier des
GALANT 389
"
Ingenieursa la conduite de Pactaque
, & Mr Filey Maréchal
de Campo fait la fonction dans
eette Armée de principal Ingenieur.
Ilen fervoir à Landau
lorfque cette Place fut repriſe
par Monfieur le Maréchal de
Tallard . On affure qu'on tire
du Château de Nice s. ou 600 .
coups par jour ; mais que les
travaux des Affiegeans font fi
bons qu'il n'y a encore eu que
fept ou huit Soldats tuez des
éclats de Canone va quevel
Le Roy a donné à Mr de
Bourbitou , Colonel d'un Regiment
d'Infanterie , fon agré
ment pour acheter une Lieutenance
dans le Regiment des
Gardes Francoifes , en confervant
fon rang de Colonel , Mr
Kk iij
390 MERCURE
de Biofe a acheté le Regiment
qu'avoit Mr de Bourbitous
Dorsovs saving mol , iobase
J'apprens dans cell moment
les nouvelles fuivantes , je croy
qu'elles feront confirmées par
le temps.
I as pobladm
Les Mécontens ont pouffé
les Imperiaux jufque dans les
retranchemens des Fauxbourgs
> de Vienne & leur ont tué
beaucoup de monde.
Monfieur le Prince Eugene
n'eft pas parti pour aller en
Italie , comme on l'avoit dit .
On affure que l'Empereur a
contremandé la plus grande
partie des Troupes qui y des
voient paffers pour les envoyer
en Hongrie contre les
Mecontens.
GALANT 391
-
Tous les Vaiffeaux que Monfeur
le Duc de la Feüillade
attendoit ,font arrivez avec toute
l'Artillerie , & les Munitionsal
-
25evila
Mr. Amelot a efté nommé
Ambaffadeur en Espagne à la
place de Monfieur le Duc de
Gramont . Trois ordinaires
d'Angleterre ont manqué. Je
fuis , Madame , vôtre & c .
à Paris ce 31. Mars 1705、
as molla AVIS . AVIS 260 fiya
On debiterale Mercure
d'Avril le 6. de May .
› Avis pour placer l'Eftampe,
Elle doit regarder la page. 306.
TABLE
P
Core A & biroman
• Relude radost benoitamisto♬
Lettre fur le Traité de la Pâque,
mejiwarshi
Journal du voyage du General des
Mathurins en Espagne,
Ceremoniefaite à Alby.
43
60
Deux, Lettresfur une nouvelle dé-
Couverte d'Eau Minerale à Aix
en Provence.
Premier article des morts.
Mariage.
Article templi d'erudition.
66
104
114
116.
S. A. R. Monfieur le Duc d'Orleans
vifite le cabinet des Médailles &
tout ce qu'ily a de curieux dans
ce lieu
132
Second article des morts. Med 136
Le beau temps des Mufes,sexy 154
Madrigal.
Blog e de Mr l'Evefque de Meaux
158
TABLE
prononcé à Rome.
Nominations d'Evêchezen Allemague
& en Espagne.
193165
Differtationfur la Lune Pafchale, 232Jas
10 to payou 25
Sacre de Mr Evêque d'Auxerre,
175
1197
M
19258198
207
Nouveaux Elemens de Mathematique
and b sum
Traité du Bonheur.
Carte qui reprefente la feance des
Eftats de Languedoc.
Traifiéme article des morts .
210
11
Rang de Maréchal de Camp donné a
Mr le Comte de Renepont & Jon
Regiment donné à fon fils . 224
Reponfe de Mr de Rouviere à un
Libelle diffamatoire , dans lequel
le publicfe trouve intereffe. "230
Relation des Ceremonies faites à
la benediction de lapremierepier
TABLE
~ re du Port S. Charles fur la Mer
20Mediterranée à l'embouchure de
la Riviere d'Aude,prés de Nar-
Abonne T
238
255
Article des Cevennes.
Quatrieme article des morts , par
mi lesquels on trouve la mort d'un
homme agéde 110. ans. 252
Koyage du Roy d'Espagne à Ef-
" curial. 269
277
282
·Benefice donné à Mr l'Abbé de
Luzignan.
Life des Officiers de l'Efcadre des
Vaiffeaux de Malthe
Relation de ce qui s'et paffe dans
les réjouiflancesfaites par la Na.
tion Françoife de Smirne à l'ot,
cafion de la Naiffance de Monfeigneur
le Ducde Bretagne . 291
Avantages remportez par deux de
nospartis
304
TABLE
Portrait du Roygravépar Mr Thomafin
d'aprés Mr Rigault . 306
Eftat de tous les Regimens donnez ,
de ceux qui ont efté vendus depuis
3 maderniere Lettres des Gouvernemens
donnez par le Roy && des
autres graces faites par S. M.
ainfi que des emplois militaires
achetez.
Revuefaite par le Roy des 4. Com
pagnies des Gardes du Corps. 312
Revue des Gardes Françoifes &
307
Suiffes.
314
Audience donnée par le RoyalEnvoyé
extrordinaire de Suede. 315
Nouvelle Carte
d'Allemagne 317
Officiers nommez pour commander en
divers endroits,
83-319
Mr de Montpipau eft nommé Colonel
du Regiment de Condé & MT
de Cafaux Aide- Major general
TABLE.
de l'Armée de Mr le Maréchal
1797 73 20 de Marcin.
Suite du Siege de Veruë, idem.
Retraite de Monfieur le Duc de Sa-
→ voye de Crefcentin, & ce qui s'eft
paffé depuis fa retraite. 344
Suite du Siege de Gibraltar.353
Détail de tout ce qu'a fait Mr le
Duc de la Feuillade depuis fon
* depart pour Villefrauche. 360
Fregatte arrivée à la Rochelle dont
la charge eft eftimée plus de
millions.
4.
373
Situation prefente des affaires de la
guerre. 374
Suite du Siege de Veruë. 385
Suite du Siege de Nice. 385
Agrémens donner pour des Regimens.
389
Nouvelles diverfes. 390 &391
Qualité de la reconnaissance optique de caractères