Fichier
Nom du fichier
1705, 02
Taille
10.20 Mo
Format
Nombre de pages
385
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
Eur. 511m
1705,2
Mercure
7
<36624504850016
<36624504850016
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIER
, 1705.
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant,
Ommeil eft impoffible dans la con
Concure
joncture prefente de ne pas groffic
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huitfols, quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations fevendront autant que
les Mercures .
Bayerischo
Staatel hok
München
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC V.
Avec Privilege du Roy.
AULECTEUR .
FLy alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume àu Mercure , puis
que malgré les prieres reite
rées qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR :
de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchiẞent le port.
MERCYRE
GALANT
FEVRIER, 1705 .
E croy ne pouvoir mieux
commencer ma Lettre
qu'en vous difant qu'il pa
roift depuis peu un Livre intitulé
Difcours historique du Regne de
LOUIS LE GRAND , XIV .
A iij
6. MERCURE
*
du nom , Roy de France & de
Navarre, Cet Ouvrage merite
l'attention de tous ceux qui
aiment le Roy , c'eſt-à- dire de
tous fes Sujets ; jamais Souveverain
n'ayant efté plus digne
de leur eftime & de leur amour.
M² Mirat de la Tour , Gouverneur
de Tulles , eft l'Auteur
de ce Livre. Il fe vend chez le
fieur Jean-Baptifte Coignard ,
ruë Saint Jacques , à la Bible
d'or .
Le dernier Combat Naval
a fait tant de bruit dans toute
l'Europe , & les Alliez fe font
donné tant de mouvemens.
GALANT 7
pour diminuer la gloire que les
François ont remportée dans
ce combat , qu'on ne peut en
donner trop de Relations , fur
tout lorfqu'elles font faites par
les premiers Officiers Generaux
de l'Armée. C'eft pourquoy je
vous envoye la Relation fuivante
, moins comme une nouvelle
que comme un beaumorceau
d'Hiftoire , qui doit eſtre
bon , & doit faire plaifir en
tout
temps .
A
iiij
8 MERCURE
DETAIL
Fait
par
M' le Chevalier d'Infreville,
premier Chef d'Efcadre
des Armées Navales
* du Roy, de la conduite qu'il
a tenue dans le dernierCombat
Naval , commandant les
fix premiers Vaiffeaux à la
tefte de l'avantgarde de l'Armée.
Dans le combat rendu le 24.
Aoust 1704. entre l'Armée du
Roy commandée par S. A. S.
Monfieur le Comte de Toulouſe ,
Amiral de France, & celle des AnGALANT
9
ن و ت ي
glois des Hollandois joints en-
Jemble , commandée par l'Amiral
Rook, jay mené , eftant montéfur
le S. Philippe de 88. Canons, portant
Pavillon de Viceamiral blanc
& bleu, lesfix premiers Vaiffeaux
de l'avantgarde de l'Armée , l'Eclatant,
l'Eole , l'Oriflame, l'Heureux,
& le Rubi . Nous en avons
foutenu le pofte ,fans rien perdre
du vent , que nous avons toûjours
tenu au plus prés pendant tout le
combat , que nous nous fommes
trouvez de beaucoup au vent de
toute l'Armée, que les Ennemis ont
combatue à la cofte d'Espagne proche
de Malaga avec l'avantage.
10 MERCURE
du vent qui eftoit à l'Eft, l'Armée
portant au Sud- Sud-Est , de
le Viceamiral Lake maniere que
montéfur un Vaiffeau de 92. canons,
commandant auffi les premiers
Vaiffeaux de l'avantgarde de l'armée
ennemie , en portant Pavillon
de Viceamiral bleu , au maſt d'avant,
fuivy deplufieurs Vaiffeaux
beaucoup plus grands que l'Heureux
l'Oriflame qui estoient mes
matelots , commandez par Mrs de
Saint Marc-Colbert & le Marquis
de Chasteaurenaud , & que
ne l'estoient encore les autres , tant
de la tefte que de la queue de ma
divifion , commandez par Mrs le
GALANT II
J
Chevalier de Belle -fontaine , de
Mons & de Belleville , dont les
Vaiffeaux n'eftantqu'à deuxponts,
n'eftoient auffi armez que depuis
foixante jufques àfoixante & dix
pieces de canon , tomba fur moy
par mon travers , commefur mes
deux matelots avec beaucoup d'audace
, foûtenu par un grand feu de
canon , tiré tant à boulets ronds
qu'à bales à deux teftes & à mitrailles
; nous le foûtinmes fans,
nous déranger par un feu plus
grand & fait à propos , en tenant
toujours le vent au plus prés ; enforte
qu'ayant forcéce Viceamiral,
aprés un combat opiniâtré¸ à met12
MERCURE
que
tre fes voiles , tant du petit hunier,
de la mifaine entierement fur
le mast , afin de fe laiffer culer,
pour eftre moins expoſe au grand
feu qui fortoit de nos batteries , il
laiffa pas de revenir à la charge,
en differens temps , faiſant refervirfes
voiles , dans la vûe , en
nous prétant toûjours le cofté , de
nous pouvoir rompre , & de nous
faire plier ; mais n'ayant pú y
réüffir, il s'éloigna enfin de notre travers
, eftantfort maltraité , pourſe
garantir d'un feu continuel qui en
fortoit , que nous connúmes bien à
fa manoeuvre qu'ilne pouvoit plus
foutenir. Cet avantage futfuivy
GALANT 13
d'un autre qui fut encore plus
grand ,puifque nous mîmes fonfecond
matelot placéà l'avant defon
vaiſſeau , & qui dans le temps
même avoit remplacé ce Viceamiral
avec beaucoup de valeur & de
fermeté, entierement hors de combat
, pour l'avoir démâté , nonob
ftant le grand feu de deux autres
vaiffeaux dont il eftoit foûtenu ,
pour avoir vû auffi tomber fa
grande hune en confufion fur fes
voiles pour lors en banniere , autant
endommagées de coups
non , quefes manoeuvres en general,
& le cofté de fon vaiffeau;
c'est ce quifut la cauſe que rebude
ca14
MERCURE
tez de l'efperance dont ils s'eftoient
flattez d'avoir avantagefur nous
dans le centre de ma divifion , où
je commandois , & qu'ils avoient
combattu avec beaucoup de va
leur,ilsfe contenterent dans lafuite
defe menager à certaines diftances,.
afin de n'avoir rien par leur travers,
en laiffant un tres -grand
vuide qui fuft capable par notre
feu de les embaraffer de plus en
plus ; c'eft en quoy nous aurions
réüffi, fi nous avions pú trouver
l'occafion de les pouvoir doubler
dans le temps même.
Cet avantage remportéfur le
Viceamiral Lake & fur les vaifGALANT
15
·
feaux de fa divifion , à la referve
des deux premiers de fon avantgarde
, deftinez pour s'oppofer à
Mrs de Bellefontaine & de
Mons , mais qui ne parurentfaire
d'autres mouvemens que ceux de
Les obferver, fans trop s'engager
fur eux, de crainte que Mr le
Chevalier de Bellefontaine monté
fur l'Eclatant, & M de Mons
fur l'Eole , aufquels il paroifſoit
par leur manoeuvre une extrême
envie de combatre , eftant à ma
teste , n'euffent occasion en les doublant,
aprés avoir reviréfur eux,
de les mettre entre deux feux, me
fit enviſager tout de nouveau de
16 MERCURE
quelle confequence il meparut pour
tout ce que j'envisageois de plus
avantageux en cette occafion , avec
les fix vaiffeaux que je commandois
, de n'avoirpluspar mes eaux
la divifion de M³ le Marquis de
Villette Murcay,montéfur le Fier
de 92. canons portant Pavillon
d'Amiral blanc & bleu , & dont
j'estois à la tefte de l'avantgarde ,
comme Viceamiral. Il avoit eftéderangé
de mes eaux , aprés quelheures
de combat & du tra
ques
versde l'Amiral Shovel, qui avec
les vaiffeaux qu'il commandoit ,
comme Amiral de l'avantgarde de
l'armée ennemie , en portant Pa-
ع و ت
GALANT 17
dans
villon blanc à croix rouge & par
les eaux,dans le commancement
du
combat de la divifion du Viceamiral
Lake que j'avois combattu ,
luy eftoit tombé en partage , &
cela par le feu qui ayant pris
fur fa dunette ainfi que
fa Chambre du confeil , par l'effet
d'une bombe , en avoit enlevé
bleffé ce qui s'y eftoit trouvé
d'Officiers , de Gardes de la Marine
, & de foldats deftinez pour
fairefeu du moufquet, lorsque l'on
en viendroit à la moufqueterie.
Un auffifâcheux dérangement
par l'effet de cette bombe , qu'on ne
pouvoit attendredeM de Villette,
Fevrier
1705.
B
18 MERCURE
quepar un cas auffi particulierque
celuy qui luy eftoit arrivé , &
dont tout autre n'auroit pû également
fe garentir, qui le mettoit
comme hors de combat , aprés avoir
combattu l'Amiral Shovel avec
toute la valeur & la fermetépoffible,
me fit trouver dans un affez
grand intervale de temps que nous
n'eftions plus occupez à nôtre travers
par le feu des vaiſſeaux ennemis
, que j'avois combattu , comme
entre la divifion du Viceamiral
Lake & celle de l'Amiral Shovel,
à la referve toutefois que les
premiers aiffeaux qui en formoient
la tefte n'eftoient point enGALANT
19
tore tout - à - fait parvenus à me
montrer le travers ; maisfeulement
jufques à une même distance que
s'eftoit à peu prés confervé au vent
avec les principaux vaiſſeaux de
fa divifion, ceViceamiral qui m'
toit tombé en partage dans le com
mencement du combat.
Quoique la fituation dans la
quelle je me trouvois pour lors de
me voir de moment à autre , comme
exposé avec un tres-petit nombre
de vaiffeaux à foutenir le feu
de ces deux divifions des Ennemis,
au nombre de vingt , tant au vent
que fous le vent de ma divifion
par qui naturellement je ne pou-
Bij
(20 MERCURE
vois manquer d'eftre envelopé
mis entre deux feux , la raiſon eft
que tres - difficilement pouvois – je
compter dans le temps même fur
M² de Villette , non plus que fur
les vaiffeaux de fa divifion , qui
crurent , aprés s'eftre dérangez de
ligne & de mes eaux , lors de l'accident
arrivé à fa poupe , devoir
fuivre fes mouvemens , vû l'état
où eftoit fon vaiſſeaupar ce contretemps
, & pour lors fous le vent,
mais de l'avant de la divifion de
l'Amiral Shovel, nous ne laiffa
mes pas nonobftant cela , à la teſte
de nôtre avantgarde , fans nous
démentir en rien , non plus qu'en
GALANT 21
ce qu'il faloit marquer de bonne
contenance , de faire voir par nôtre
manoeuvre aux Ennemis que rien
n'eftoit capable de nousfaire changer
de route.
Ce fut pour lors qu'eftant de
l'avant au vent, environ trois
lieües avec les vaiffeaux que je
commandois, de tout le gros de notre
armée, qu'à peine pouvionsnous
diftinguer par le trop d'éloi
gnement, &feparez dans le temps
même par la divifion de l'Amiral
Shovel de celle de M de Villette,
fur laquelle il s'eftoit laiffe tomber
en quittant fa ligne , aprés quelques
heures de combat , & cela
22 MERCURE
le
dans l'efperance de quelque avantage
fur luy , commefürfa divifion
, toûjours attentive àſa manoeuvre
àfes mouvemens , qu'il
parût à la poupe du vaiffeau
Fier , encorefumantepar l'effet de
la bombe , fur la fin de la journée
que le vent commençoit à manquer,
unfignal afin qu'on augmentât de
voile , en portant vent largue , ainſi
qu'il en fit la manoeuvre ; mais
fans d'autres vues , du moins autant
que je le pûs comprendre, que
celles de fe rallier au corps de ba
taille , d'où il eftoit éloigné , & en
la maniere enfin que la manoeuvre
s'en obferue dans une armée, avant
GALANT 23
la nuit , fuivant les ordres gene
raux aufquels tous les Comman →
dans à la tefte de leurs divifions
font dans l'obligation de s'affujettir;
j'en fuivy donc les mouve
mens avec les vaiffeaux de ma divifion
, m'attachant à fonfignal
& toûjours dans les mêmes vues
que j'avois penetré de Mª deVil.
lette de fe railler au corps de ba
taille , duquel fa divifion , comme
la mienne , eftoient fort éloignées,
parce que menant lespremiers vaiffeaux
de l'avantgarde de l'armée
depuis le commencement du combat
jufques à la fin , j'avois fait porter
les voiles neceffaires , qui tou24
MERCURE
tefois ne confiftoient qu'en celles du
grand& dupetithunier , de la mifaine
& de l'artimond, afin de donnerplus
d'occafion generalement à
tous les vaisseaux de l'armée de pou
voirplus aisément combattrefansfe
doubler eftantfur une même ligne,
ny fans s'embarraffer. C'est du
moins ce que les Commandans directement
à la tefte de l'armée, ne
peuvent manquer d'obferver dans
les occafions de combat.
Cette manoeuvre auroit pú
core me mieux réüſſir , aprés avoir
combattu avec avantage , fans
nous eftre jamais dérangez du
vent , les vaiffeaux du Viceamiral
GALANT 25
ral Lake ; mais toutefois fans les
avoir pú doubler , non plus que
Mrs de Bellefontaine & de Mons
qui estoient à ma tefte . Les vaif
feaux qui pendant le combat leur
eftoient tombez en partage , &
puifqu'en cas que j'euse en occafion
de le pouvoir tenter comme
dans leur centre , pour lors entierement
dégagé de mon travers, comme
de mes deux matelots , l'Amiral
Shovel qui eftoit à ma droite
en ligne avec quinze vaiffeaux
fous le vent de ma divifion , par
là feparée de celle de M de Vil
le mauvais état de fon
૨
lette ,
que
vaiſſeau
, causé
par
l'effet
de
la
Fevrier
1705: C
26 MERCURE
gros de
bombe, avoit fait tomber fous le
went, & qui dans la fuite n'au
roitpas manqué de revirerfurmoy
par mes eaux auroit pú en tirerpeut-
être un avantage d'autant
plus grand, éloigné autant que je
l'eftois avec ma divifion & de
beaucoup au vent tant du
·nôtre armée qquuee ddee celle celle de Mr de
Villette , àproportion par
bre qu'il m'auroit oppofé de vingt
vaiſſeaux, compris ceux duPavillon
bleu quej'avois déja combatu,
qu'il m'eût efté bien difficile , malgré
tous nos efforts pendant.le combat,
de pouvoir m'en tirer, fans
tomber dans le rifque d'eftre enfin
le
nomGALANT
27
envelope par un nombre de vaif
feaux auffi fuperieur à celuy que
j'aurois pú leur oppofer.
du
Le party que j'avois done pris
de demeurer ferme , ainſi que je
fis , comme entre ces deux divifions,
tant de l'Amiral Shovel que
Viceamiral Lake, quej'avois combatu
à la tefte de l'armée , me par
rut dans lafuite d'autant plus
vantageux que j'empêchaypar ma
manoeuvrel Amiral Shovel, dont
jepris toûjours foin d'obferver les
mouvemens,enmefurant auffidans
le temps même mes voiles avec
lesfiennes , de ne rien entreprendre
fur Mr de Villette , fort affoibly
Cij
28 MERCURE
par tout ce que l'effet de la bombe
tombée fur la dunette de fon vaiffeau
luy avoit caufé de contretemps
. A peine eftois-je donc parvenu
à demi-portée de Mr de Vil
lette & de fa divifion , avec les
vaiffeaux queje commandois , aprés
qu'il m'eût fait le fignal de
me rallier à luy, lorfqu'il fit porter
vent largue , que nous fumes
menacez d'un calme. Mr deVillette,
pourprevenir ce contre - temps
fe fit aider avec un rèſte de fraifcheur
fur l'eau , par les Galeres
d'Espagne qui avoient efté deftinées
pour eftre à notre tefte , mais
fous le vent pendant le combat ;
GALANT 29
que
en forte qu'ayant donné la remorà
nos vaiffeaux , que les courants
& le рец de vent empef
choient pour lors de fe manier ,
n'ayant paspermis aux Galeres de
nous demêler tous ,futla cause que
je ne puseftre aidé, eftant pour lors
tout à fait en calme , par la Galere
de Mr le Comte de Fonçalada General
des Galeres de Cartagene
,
que long-temps aprés , mais encore
fort inutilement, puisqu'eftant venu
à mes feux pour prendre mes
amares , ilne lesput conferverportées
fur fa Galere ,
de
temps ;
que
tres - peu
; la raison eft que fa
Chiourme , aprés plufieurs efforts,
Cij
30 MERCURE
en nageant toûjours en travers ,
pour me faire abbatre , n'ayantpu
enfinfurmonterles courans quiprenoient
mon vaisseau par le cofté,
obligea Mr le Comte de Fonçalada
d'abandonner mes amares ; mais
auffi dans le temps d'un fignal que
luyfit d'une fufée Mr le Duc de
Turcis General des Galeres d'Efpagne
, qui estoit la marque de ralliement
pour toutes les Galeres à
la fienne , du moins c'eft ce
me fit dire en s'éloignant de mon
vaiſſeau , aprés m'avoirfait faire
beaucoup d'honnêtetez .
qu'il
Quoique la maniere dont je me
trouvois pour
lors orienté
par
le
GALANT
31
calme, ne fuft differente de celle de
Mr deVillette & des autres vaiffeaux
qu'en ce qu'ils prefentoient
vers la partie du Nord - Nord-
Oüeft, & que tout au contraire
mon vaiffeau prefentoit vers le
Sud - Sud - Est , parce que nous
eſtions tous pour lors tout à fait en
calme , &parconfequentpeu éloignez
les uns des autres. Je ne laif
Saypas d'envoyer à Mr de Villet
te , quoique pendant une nuitfors
obfcure , & malgréla rapidité des
courans , Mr le Chevalierde Lan
ty Officier fur mon Bord, pour luy
donner avis de tout ce quej'en devois
apprehender, & qu'enfin ils
C iiij
32 MERCURE
dérangeaffent auffi-bien que
ne me
Mr des Herbiers ,commandant le
vaißeau l'Arrogant qui ſe trouvoit
dans le même cas où j'eftois.
Mr de Villette n'eut pas plutoft .
appris de mes nouvelles par Mrle
Chevalier de Lanty qu'il détacha
vers Mr le Duc de Turcis , le
priant de m'aider d'un plusgrand
nombre de Galeres ; il m'écrivit
dans le temps même un billet,par
lequel il me mandoit que fes Ga
leres ne l'ayant pas encore rejoint,
il n'eftoitpas encore en fonpouvoir
de m'en aider, & en la maniere
qu'il l'auroitfort fouhaitté , mais
qu'au moment qu'elles fe feroient
GALANT
33
par
le
le
ralliées à la fienne , il ne manqueroit
pas de m'en envoyer . Ce billet
de la part de Mr le Duc de
Turcis , ne me fut aporté que
lendemain
du mois ,
25.
Chevalier de Lanty , qui pourfe
garentir des courans , qui la nuit
même de la commiffion dontje l'avois
chargé, le portoient fur les
Ennemis , dont je diftinguois les
feux, avoit preferé de paẞerplutoft
la nuitfur le vaiffeau de Mr
Ducaffe , Chef d'Efcadre & premier
Matelot de Mr de Villette,
où le hazard le fit tomber , que
de fe mettre dans le rifque d'eftre
toujours manié
par
les
courans
34 MERCURE
eftant dans fa chaloupe , de ne pas
rencontrer mon vaiſeau pendant
une nuit auffi obfcure , nonobftant
neanmoins les feux d'augmentation
que j'avois fait placer àportée
de mes fanaux de poupe , où
j'avois mes feux ordinaires , afin
qu'il le puft mieux diftinguer.
Nous n'avions pas laiffé ,fans
attendre le retour du Chevalierde
Lanty à mon vaiffeau , de facommiffion
, d'employer tout ce qui étoit
du métier, afin de me faire
prefenter du même cofté où les autres
vaiẞeaux , tant de la diviſion
de Mr de Villette, que de la mienne
, à l'entrée de la nuit , avoient
GALANT
35
déja mis la proïe , mais toutefois
avecfi peu d'apparence de reüffir,
à caufe des courans par trop rapides
qui me prenoient par le travers
, qu'inutilement auffi de deffusmon
vaiffeau nous appliquionsnous
à démêler d'où pouvoit ve
nir la moindre fraîcheur , qui puſt
me raprocher de Mr de Villette.
Suivant ce qui nous paroiffoit dans
le temps mefme de la mer fort agitée
par les courans , l'on eut pu
compter fur un vent aſſez frais,
mais cela ne fervoit tout au contraire
qu'à nous déranger de plus
plus , & fans vent, puifque par
là nous nous trouvions infenfibleen
36 MERCURE
ment tranſportez par la dérive de
mon vaiffeau fur les Ennemis ,
dont nous diftinguions toujours les
feux , mais qu'ils éteignirent trois
beures avant le jour, & apparemment
pour me cacher la manoeuvre
à laquelle ils fe détermi
neroient defaireporter vers lapartie
du Nord, ou de celle du Sud,
au moment que le vent venant
s'élever leur en fourniroit l'occafion
; mais comme en de femblables
conjonctures
de temps , que
l'onfe trouve arrêtépar le calme ,
il arrrve fouvent que des vaiffeaux
, quoiqu'à peu de distance
Les uns des autres , & principale
à
GALANT 37
ment dans le temps de la bellefaifon
qui regnoit
pour lors , les uns
font fouvent
favorisez
la nuit
comme
le jour de certaines
fraîcheurs
, qui s'élevent
à la ſuperficie
de l'eau, qui pour lors contribuent
à ce qu'ilspuiffent
fe manier
,
enfaisant
fervir
leurs voiles, tandis
que les autres
, quoique
peu éloignez
d'eux
, n'en profitent
pas
toujours
également
par la raison du
calme , qui tout au contraire
les
arrefte
, fut la cauſe , incertain
comme
j'estois
pendant
la nuit des
mouvemens
des Ennemis
depuis
leurs feux éteints
, que bien loin
de porter
vers le Nord- Nord38
MERCURE
Oueſt aprés avoirpaſſé un filongtemps
en calme pendant une nuit
entiere , & qui auroit pu auffitoft
mefaire tomber parmy les Ennemis
que dans notre armée , que
je preferé à la faveur d'un vent
d'Ouest qui s'éleva une heure
demie avant le jour , de mettre
plutoft laproie au Sud-Sud- Ouest,
dans l'efperance en m'élevant,faifantfervir
mes voiles , en portant
à cet air de vent , de pouvoir con-
Server quelque avantagefur eux,
fuppofe auffi qu'ils euffent pris le
party de ne rien changer à la route
que les deux armées avoient fuivie
pendant le combat.
GALANT 39
Nous en fûmes comme convaincus
à la découverte , le jour
commençant à paroître , puifque
nous aperçumes une armée portant
fur nous, mais que Mr des Her
bierscommandant le vaiffeau l' Arrogant
qui venoit par mes eaux ,
ayant reconnu peu de temps aprés
pour la noftre , m'en ayant fait le
fignal en revirant , par un Pavilton
blanc qu'il mit à poupe pour
marque de reconnoiffance , fut la
cauſe qu'en moins d'une heure
nous nous ralliâmes à l'armée
malgré le contre-temps où j'eftois
·´tombépendant la nuit , le jour du
combat , de n'avoir pu eftré remor40
MERCURE
qué par la Galere de Mr le Comte
de Fonçalada
.
Le R.Pere Innocent de Sainte
Scholaftique , Carme Déchauffe
, mourut en cette Ville
le 24. Janvier dernier , âgé de
quatre - vingt - douze ans. Il
avoit eu l'honneur d'eftre Confeffeur
durant plufieurs années
de feue Son Alteffe Royale Mademoiſelle
. Sa vertu & fes lumieres
dans la conduite des
ames l'avoient fait choisir pour
cet employ. Il eft mort dans
une grande eftime & plein de
merite .
GALANT 41
M Alexis Barjot de Mouf
fy , Preftre , Docteur en Theologic
de la Faculté de Paris ,
Grand Archidiacre , Doyen &
Chanoine de l'Eglife de Rho .
dés , mourut en cette Ville le
Jeudy 22 Janvier dernier , univerfellement
regretté , à cauſe
de fa pieté , de fa charité à l'égard
des pauvres , & de l'intelligence
qu'il avoit dans le maniement
des affaires qui regardoient
fon miniftere. Il eftoit
fils de M Leonor Barjot II.
du nom , Seigneur de Mouffy ,
Confeiller du Roy en tous fes
Confeils & defeue Dame Eleo-
D Février
1705.-
42 MERCURE
>
noredeVoyer,fille de M™ Louis
de Voyer, Vicomte de Paulmy,
& de Dame Françoiſe de Larfe,
& grande tante de M' d'Argenfon
, aujourd'huy Lieutenant
General de Police. Leonor
Barjot eftoit fils de Leonor
Barjot I. du nom , Chevalier
Seigneur de Roncée , Negron ,
& Mouffy , & de Demoiselle
Renée de Beauveau , fille de
Mr André de Beauveau , Seigneur
de Pinpean , & de Demoiſelle
Philippe de Vaillac.
Ce Leonor Barjot eftoit fils de
Mr Claude Barjot , Confeiller
du Roy en fes Confeils , M
GALANT
43
re
des Requeftes de fon Hoftel ,
& Prefident en fon grand Con
feil , Seigneur de Mouffy & de
Roncée en Touraine , & de fa
premiere femme Demoifelle
Anne d'Availlole, fille de Charles
Seigneur de Roncée Negron.
Claude Barjot eftoit ſecond
fils de M Claude Barjot
III. du nom , Seigneur d'Orval
, & de Dame Antoinette le
Vifte , de la Maiſon de Saint
Bonnet en Lyonnois. Claude
Barjot eftoit forti du mariage
de Guillaume Barjot , Seigneur
d'Orval , & de Dame Thomaffe
de Gellé. Guillaume Barjot
Dij
44 MERCURE
re
re
eftoit fils de M Claude Barjot
Chevalier d'honneur de Madame
Anne de France , Soeur du
Roy Louis XI. & de Dame
Louife de Balzac.Claude Barjot
étoit fils de M Philibert Barjot
, qui fervit le Duc de Bourbon
en plufieurs occafions importantes,
& dont il fut enfuite
premier Ecuyer. Ce Prince
pour recompenfer fes fervices
luy donna fa Fille naturelle en
mariage, Philibert Barjot ,
avant d'eftre au fervice du Duc
de Bourbon , avoit efté Lieutenant
General au Bailliage du
Mâconnois . Il eftoit fecond fils.
GALANT 45
de Guillaume Barjot , Seigneur
de la Pallu & de la Salle , l'aîné
Guillaume Barjot ) Seigneur
de la Pallu , eftoit Maître d'Hôtel
du Roy Charles IX. Guillaume
Barjor eftoit fecond fils
d'un autre Guillaume Barjot ,
Secretaire du Roy : Claude
Barjot eftoit fon frere aîné , il
fut Maiftre des Comptes en la
Chambre de Dijon , & pere
de deux Prefidens . au Grand
Confeil. On voit dans le Chapitre
de Saint Jean de Lyon
une fondation du 31. Janvier
1537. que M André Barjot ,
Chanoine & Comte de S. Jean
re
46 MERCURE
rs
re
de Lyon , Mr Claude , & M
Guillaume Barjot , firent dans
l'Eglife de S. Nicolas de Beau`
jeu. La Maiſon de Barjot eſt
fortie des Comtes de Varax.
Les Seigneurs de la Pallu étoient
Barjot . M' d'Auneüil font les
puifnez de cette Maifon. Claude
Barjot , Seigneur d'Orval ,
dont j'ay parlé , eftoit l'ayeul
commun de M¹ d'Auneuil &
de Mouffy. L'aîné de fes enfans
fit la bianche de M d'Auneüil ,
& le fecond , fit celle de M
de Mouffy. M' le Comte du
Mazy,qui a été premier Ecuyer
de feue S. A. R. Mademoiſelle
,
IS
GALANT 47
eft à prefent chef de la branche
d'Auneüil. M' le Comte
d'Auneüil , qui a efté Meſtre de
Camp de Cavalerie , eft fon
frere auffi bien que Ml'Abbé
de Coligny , qui eft en Eſpagne
, avec Monfieur le Maréchal
de Teffé , & M' l'Abbé
d'Auncüil, Chanoine de la Sainte
Chapelle. Ils font fils de feu
Mr Louis Barjot , Chevalier ,
Marquis d'Auncüil , Maiftre
d'Hoftel ordinaire du feu Roy
Louis XIII. & Grand-Maiftre
des Eaux & Forefts de Lorraine
, & de Dame Ifabelle de
Beaumont ,fille du Marquis de
48 MERCURE
Saint Eftienne , Gouverneur
de
Chafteau-renaud & de Linchamp
, & Colonel d'un Regiment
d'Infanterie
. Cette Dame
cftoit niece du fameux Pere
Jofeph , & fille d'une de fes
foeurs
elle avoit efté Fille
d'honneur
de la Reine Mere..
;
Le chef de la branche de Mouf
re
fy eft M™ N ….. Barjot , Marquis
de Mouffy , cy – devant
Lieutenant de la Gendarmerie
.
Il a époufé N ... de Saumery ,
fille de M' le Marquis de Saumery
, Gouverneur
de Chambor
, qui avoit épousé la foeur
de feue Me Colbert. M le
Marquis
GALANT 49
re
Marquis de Mouffy, eft frere
aîné du Comte de Roncée , de
Frere N... Barjot Chevalier de
l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem
, & de Dame N ... Barjot,
Marquife de S. Germain de
Gorges . Ils font tous fortis du
mariage de M™ René Barjot ,
Marquis de Mouffy , & de Dame
Charlotte de Maillé , de la
branche de Maillé - Carmant ,
& par confequent parente de
feue Madame la Princeffe . Feu
M le Marquis de Mouffy
eftoit frere aîné de Mr l'Abbé
de Mouffy, qui donne lieu à cet
Article,ils eftoient tous neveux
E
Fevrier
1705 .
50 MERCURE
de feu Mr de Paulmy d'Argenfon
, Evefque de Rhodez , qui
attacha le fecond à fon Eglife ,
en luy en donnant une des principales
Dignitez. M' l'Abbé de
Mouffy cft mort dans un âge
affez avancé , & fort foûmis
aux ordres du Ciel. Il fut enterré
le 23. Janvier dans l'Eglife
de S. Jacques du Hautfa
Paroiffe. La fepulture
de cette Maiſon eft dans l'Egli-
Le de Sainte Opportune.
pas ,
M' l'Abbé de Mouffi eftoit.
Coufin germain de M. l'Abbé
de Voyer de Paulmy , qui l'eft
auffi de M' d'Argençon & de
GALANT 51
M' l'Evêque de Dol : ces deux
Abbez eftoient liez d'une tendre
amitié & M' l'Abbé de
Paulmy a donné à fon parent
des marques de fon attachementen
ne l'abandonnant
point durant toute fa maladie.
Ml'Abbé deMouffi portoit le
même nom & les mêmes armes
que M. l'Abbé d'Auneüül,
Prieur de Beaumont , Chanoine
de la Sainte Chapelle & l'un
des Juges de la Chambre Eccle
fiaftique. C'eft une perfonne
d'un grand merite , & d'un ef
prit tres-étendu.
Mademoiselle N... de Graval
E ij
52 MERCURE
de Monfures fille de M de
Graval prit l'Habit de Novice
dans la Franche Abbaye de
Noftre-Dame aux Bois , Fauxbourg
faint Germain , le Dimanche
18° Janvier 1705. Le
Pere Guibert de l'Oratoire fit
ledifcours de Vêture , qui fut
trouvé d'une grande beauté.
La Demoiſelle marqua une
grande fermeté dans cette action
qui fut édifiante par ſa
pieté , & par la joye qu'elle témoigna
de s'engager pour toujours
au fervice des Autels.
M° de Graval fa Mere , y affifta
; c'eft une Dame d'un grand
GALANT 53 .
merite : l'Affembléc fut belle
& nombreuſe .
Mademoiſelle N... de Bullion
d'Attilly , fille de feu M
N... de Bullion Marquis d'Attilly
& de Dame N... de Beauvau
Durivau de l'illuftre Maifon
de Beauvau , épouſe en fecondes
Noces de M' de Barville
, Gouverneur pour le Roy
d'un Fort fur la frontiere de
Savoye , a époufé depuis quelque
temps M' N... Rouffelin
Seigneur de Moncour. Le Pere
du nouveau Marié s'eft diftingué
dans fes emplois , ainfi qué
M' Rouffelin fon oncle mort
E iij
54 MERCURE
depuis peu. L'un & l'autre s'y
font acquis beaucoup de reputation
par leur probité &par
leur defintereffement. Leur fa
mille eft connue il y a longtemps
à Paris. Feu M" le Mar
quis d'Attilly pere de la nouvelle
Mariée étoit frere aîné
de M' le Marquis de Longchêne
, qui avoit époufé Mile
de Senneterre , foeur de feu
Monfieur le Duc dela Ferté &
fille du Marechal de ce nom.
L'un & l'autre étoient petit fils
de feu Mic Claude de Bullion ,
Marquis de Galardon ficur de
Bonelles . &c . Surintendant des
IC
GALANT 55
Finances , Garde des Sceaux des
Ordres du Roy & Preſident à
Mortier au Parlement de Paris,
qui a efté un des grands hommes
de la Robe du 17. fiecle,
& que les Roys Henry IV. &
Louis le Jufte fon Fils ont tres
fouvent employé en diverfes
Negociations , Ambaffades
Traitez & autres affaires importantes
. Il eftoit fils de Jeande
Bullion
M des Requeſtes
,
& de Charlotte
de la Moignon
,
& petit fils de Jean de Bullion
Confeiller
& Secretaire
du
Roy , & originaire
de la Ville
deMâcon
. En 1596. il fut reçû
E iiij
56 MERCURE
Confeiller au Parlement de
Paris , M des Requeftes en
1605. & enfuite admis dans le
Confeil Privé du Roy en qualité
de Confeiller d'Eftat ordinaire.
En 1632. le feu Roy
fatisfait de fa conduite & de
fes fervices luy donna la Surintendance
des Finances , &
enfuite la Charge de Garde des
Sceaux des Ordres de S. M. &
enfin ce Monarque crea en fa
fayeur un Office de Prefident à
Mortier, où il fut reçû au mois
de Fevrier 16 36. il mourut d'apoplexie
en 1640. il avoit
époufé Angelique Faure ,de laGALANT
57
quelle il acu Noël Seigneurde
Bonelles , Marquis de Galardon
, pere de M ' le Prevoſt de
Paris , Claude S de Longchêne
pere de M' le Marquis
d'Attilly & grand pere de la
Demoifelle qui donne lieu à
cet article.
On a compofé depuis peu
en faveur des jeunes gens un
traité intitulé. Methode abregée
& faitepour apprendre la Geogra
phie , où l'on décrit la forme de
Gouvernement de chaque pays
fes qualitez , les moeurs de fes
habitans , & ce qu'ily a de plus
remarquable , avec un abregé de
58 MERCURE
la Sphere. Cette Methode eft
un traité fait pour ceux qui ne
veulent s'appliquer à cette
fcience que pour en fçavoir autant
qu'il eft neceffaire à la plû
part des gens du monde. Comme
les Traitez qui font contenus
en plufieurs Volumes paroiffent
ordinairement ennuyeux
à ceux qui commencent
à apprendrelaGeographic,
on a cru qu'il falloit que cette
methode fuft plus courte; l'Au
teur neanmoins a jugé à propos
d'y joindre un peu d'Hif
toire , & de décrire en peu de
mots la forme du Gouverne
GALANT 59
4
ment de chaque Pays , fes qualitez,
les moeurs de fes habitans
& ce qu'on y trouve de plus
remarquable : Cette methode ,
qui comprend la Geographie
entiere,à laquelle on a joint un
Abregé de la Sphere , eft renfermée
dans un Volume in
douze , que l'on vend quarante
fols , chez Auguftin Brunet
dans la grande Salle du Palais ,
au quatrième Pilier , au Louis
Couronné.
LeRoy croyant devoir faire
Chevaliers
de fes Ordres quelques
Maréchaux de France d'u
ne naiffance auffi ancienne que
60 MERCURE
diftinguée & des plus illuftrées,
& qui d'ailleurs luy avoient rendu
de ſignalez fervices dans fes
Armées de terre & de mer, crut
auffi que ceux qui ne recevroient
pas cet honneur pour
roient en avoir quelque cha
grin , & fa bonté naturelle &
fa reconnoiffance
pour ceux
qui ont expofé leur fang avec
fuccés pour fa gloire & pour
celle de l'Etat , luy firent prendre
la réfolution de nominer
Chevaliers de fes Ordres tous
les Maréchaux de France qui
n'auroient pas eu cet honneur,
fi Sa Majefté n'eût fait une proGALANT
61
motion que de deux ou trois
feulement , c'eft pourquoy elle
les nomma tous. Vous fçavez
que Monfieur le Maréchal de
Catinat eft du nombre de ceux
qui furent nommez. A peine
ce Maréchal eut- il appris fa nomination
, qu'il donna au Roy
des preuves de la grandeur de
fon ame : preuves qui le met-›
tent au deffus de celles dont il
croyoit manquer, & qui le doivent
faire beaucoup plus eftimer
qu'un ou deux degrez de
Nobleffe de plus . Les Maréchaux
de France qui ont efté reçus
le jour de la Purification de
?
62 MERCURE
la Vierge , font Meffieurs les
Maréchaux
de Coeuvres
, de
Villars , de Chamilly , de Châteaurenaud
, de Vauban , de
Rofen & de Montrevel . Monfieur
le Maréchal d'Harcourt
fe trouvant indifpofé ce jourlà
, fa reception fut remife au
premier jour que les Chevaliers
s'affembleroient la Propour
ceffion que l'Ordre fait toutes
les Feftes qu'il celebre. Je ne
vous dis rien de la naiffance de
ces nouveaux Chevaliers qui
viennent de donner des preu
ves de quatre degrez de Nobleffe,
puifqu'outre que la naif
GALANT
63
fance de la plufpart eft tresconnue,
il n'y en a aucun dont
je ne vous aye parlé à fond ,
lorfqu'ils ont efté faits Maréchaux
de France , & même lorfqu'ils
ont efté nommez Lieute
nans Generaux . Quant à la ceremonie
qui s'obſerve à la reception
des nouveaux Chevaliers
, je vous en ay fi fouvent
parlé , & elle et imprimée en
tant d'endroits , que je ne fe
rois que groffit ma Lettre par
des chofes qui ne font ignorées
de perfonne , fi je vous en entretenois
encore. Je vous di-
Lay Leulement que la Meffe fut
64 MERCURE
celebrée par M' l'Abbé d'Eftrées
Prelat Commandeur de
l'Ordre du S. Efprit . Il officia
en croffe & en mitre , felon le
privilege des Abbez qui ſont
eroffez & mitrez , & commeil
tenoit ce jour-là la place d'un
Evêque Commandeur de l'Ordre
, le Roy voulut bien qu'il
cuftl'honneur d'officier en crof
fe & en mitre.
Il y eut au commencement
de ce mois au Palais Royal un
divertiffement qui charma tous
ceux qui eurent le bonheur de
s'y trouver. Plus de 80. Concertans
des plus habiles dans
GALANT 65
leur Arty firent une repetition
fous la conduite de M' Gervais
d'un Opera intitulé , Suite de
l'Opera de Renaud & d'Armide.
La furpriſe des Auditeurs fut
grande , & quoiqu'ils euffent
attendu beaucoup , ce qu'ils entendirent
fut trouvé beaucoup
au deffus de ce qu'ils atten-
`doient , & les applaudiffemens
donnez naturellement aux
beaux endroits , comme fi les
Auditeurs avoient efté de concert
de les donner en même
temps , furent fi grands , qu'ils
eftoient capables d'interrompre
les Concertans . Je croy
Fevrier
1705. F
66 MERCURE
ne devoir rien dire davantage
de ce divertiffement , finon
qu'il femble qu'Apollon Dieu
de la Mufique ait verfé fes connoiffances
dans le fein de quel
qu'autre Dieu : je dis de quel
qu'autre Dieu , parce qu'il eft
des hommes que leur naiffance
& leur merite mettent au def
fus des Dieux de la Fable.
Ce Concert eftant finy, S.
A. R. Monfieur le Duc d'Orleans
& tous ceux qui avoient
eu le plaifir d'entendre le Concert
dont je viens de vous parler
, allerent dans l'Appartement
de Mademoiselle , où
GALANT 67
cette Princeffe donnoit le Balà
plufieurs Princes & Princeffes ,
Seigneurs & Dames que cette
Princeffe y avoit fait inviter
Voicy leurs noms , non pas fclon
l'ordre de leur naiſſance ,
mais felon qu'ils font venus à
ma connoiffance . Je dois vous
dire auparavant que Mademoifelle
de Chartres & Mademoi
felle deValois accompagnoient
Mademoifelle.
Monfieur le Comte de la Marche..
Monfieur de Marfan.
Monfieur de Villeroy.
Fij
68 MERCURE
Monfieur de Coffe..
Monfieur d'Epinoy.
Monfieur de Soubife.
Monfieur le Marquis de Villequier.
Monfieur de Caftres.
Monfieur de Mayercroom .
Monfieur de Ratabon.
Monfieur de Rambouillet.
Monfieur de Lux.
Monfieur de Blanfac.
Meffieurs de la Motte.
Monfieur de Necfle .
Meffieurs Tamboneau.
Monfieur de Torrigny.
Monfieur de Tourville.
Monfieur de Rouvroy.
GALANT 69
Meffieurs de Liftenoy.
Mademoiſelle de Conty.
Madame de Rupelmonde .
Madame de Nangis .
Madame &Mademoiſelle d'Entragues.
Madame de
Langeron .
Madame Tamboncau.
Madame &Mademoiſelle d'Autefeuille
.
Madame & Mademoiſelle de
Courtenay.
Madame de Croiffy & Mefdemoifelles
fes filles.
Mademoiſelle de Villefranche.
70 MERCURE
Madame & Mademoifelle de
Guifcar.
Madame de Cayavel.
Madame & Mademoiſelle d'Ar
menonville.
Mademoiſelle de la Fare.
Madame & Mademoiſelle de
Luxembourg.
Mademoiſelle de Neuchaſtel.
Madame & Mademoifelle de
Chatillon.
Madame d'Arcos.
Madame de Rafetot.
Madame & Mademoifelle de
Bullion.
Madame & Mademoiſelle de
Villette ,
GALANT 71
Madame de Villers & deux
Dames avec elle.
Meſdames de Rouvroy & de
Feuquieres.
Mademoiſelle de Baufrémon.
Madame & Mademoiſelle de
Bouillon.
Mefdames de Flavacourt
d'Hautefeuille & de Caftelnau.
Madame de Foix & Madame
de Furftemberg.
Mefdemoiſelles de Bouchu &
de Boiffelau.
Madame de Ratabon.
On ne peut rien ajoûter à la
72 MERCURE
maniere magnifique & galanté
dont toutes les Dames eftoient
coëffécs , & l'on voyoit uneinfinité
de pierreries briller parmi
les fleurs que les jeunes perfonnes
employent aujourd'huy
dans leurs coëffures; de maniere
qu'en entrant dans la Salle du
Bal , on croyoit voir un parterre
émaillé de fleurs & de pierreries
de toutes fortes de cou
leurs
; ce qui obligeoit tous
ceuxqui entroient, a fe récrier
d'abord fur la beauté du galant
& brillant fpectacle dont leurs
yeux eftoient frappez . Mademoiſelle
ouvrit le Bal avec
Monfieur
GALANT 73
Monfieur le Comte de Marfan.
Le refte de fon habillement répondoit
à fa galante & riche
coëffure , mais l'un & l'autre fe
faifoient moins remarquer què
la bonne grace de Mademoifelle
, qui fait voir , quoy qu'encore
dans fa plus grande jeuneffe
, un efprit beaucoup au deffus
de fon âge , des manieres
nobles & aifées , & qui répondent
à toutce que l'on doit attendre
de la grandeur de fon
Sang.
Il y avoit dans l'appartement
de M la Comtefle de Maré
Gouvernante des Princeffes ,
Février
1705 . G
74 MERCURE
plufieurs tables où l'on joia ,
pendant tout le temps que
ra le Bal ; les Joücurs eftoient
Mellicurs
De Monafterol.
De Tury.
De
Perigny.
D'Eftampes
.
du-
Defgranges , & quelques autres.
Pendant que l'on dançoit
dans un appartement , & que
l'on joüoit dans l'autre , on ne
ceffa point de prefenter des rafraîchiffemens
, & la collation
fut magnifique & continuelle.
Les paroles de l'Air qui fuit
1
le
int
Sa
'n-
Gij
tant de
a mainefoitpas
dons
W
GALANT 75
"
font de ME du Mez de la Fleche
en Anjou.
AIR NOUVEAU.
Grand Dieu ! de qui dépend le
deftin des Monarques ,
Et qui de tes bontez, as donné tant
de
marques
Aceluy que nous poffedons ,
Daigne étendre tes foins fur fa
Maifon augufte,
Et fai qu'unfi grand Prince enrichi
de tes dons ,
Ne foit pas moins heureux , qu'il
eft vaillant & jufte.
Gij
76 MERCURE
La piece qui fuit eft bien digne
de la curiofité publique.
MEMOIRE
En forme de
MANIFESTE ,
Des raifons alleguées par les
Mécontens de Hongrie ,
pour juftifier leur dernier
foulevement.
CEft
avec une extrême injuſtice,
que l'on nous caracterife de
Podieux titre de Traîtres & de Rebelles
; il faut eftre nos ennemis declarez,
ouplongez dans une grofGALANT
77
fiere ignorance des Conftitutions du
Royaume de Hongrie , pour nous
traitterfi indignement. Quelque
juste qu'air efté la conduite de la
Nation Hongroife jufques à prefent
, nous nous croyons cependant
obligez de détromper ceux qui ont
conçu de fauffes idées de notre der
nier armement, qui n'a pour fondement
que le rétabliſſement de
nos anciens droits , privileges &
libertez, & nullement de nous
fouftraire de l'obéiffance des legitimes
Souverains
, que, la Nation
s'eft choifis ; maispour lefaire avec
plus d'ordre , nous marquerons fuc
cinctement quelle est notre origine
Giij
28 MERCURE
nos Conftitutions , quelquesuns
de nos principaux privileges ,
les infractions qu'on y a faites en
plufieurs rencontres , & enfin quelles
ont efté les raifons qui nous
ontforcé deprendre les armes,pour
nous conferver nos anciennes prérogatives
on paffera aſſez legerement
fur tous ces articles , évi
sant toutce quipourroit offenfer les
perfonnes facrées , à qui nous de-
-vons un profond refpect ; mais le
peu que nous en dirons , ne laiffera
pas de nous attirer la compaffion du
defintereffe, Lecteur judicieux
qui bien loin d'avoir de l'indigna
tion pour nous , plaindra des peu
GALANT 79
ples libres , qu'on a voulu rendre
efclaves.
Notre Nation eft auffi ancien
Le Pays que nous habitons
ne
que
nous fommes defcendus de ces anciens
Pannoniens , qui ont fait de
fi grandes conqueftes , fans que notre
Patrie aitjamais eſté veritablementfubjuguée
par aucun des plus
fameux Conquerans qui nous
ayent fait la guerre. Nous fommes
les arriere - Neveux de ces
Peuples belliqueux , quife font
toujours cboifts leurs Chefs &
leurs Capitaines , à qui on donnoit
-le feul pourvoir de commander,
non pas de punirs car nos peres
G iiij
80 MERCURE
eftoient fi libres , qu'ils ne reconnoifoient
pour
Maîtres
que
les
Dieux , & le châtiment des coupables
eftoit refervé aux Preftres
des Divinitez Payennes qu'on
adoroitpourlors.
3
Mais paffant des temps tenebreux
à ceux de la lumiere Evangelique
, dont nos peres furent éclairez
au commencement du di
xiéme fiecle , la Nation Hongroife
fut dépouillée de l'erreur & de la
barbarie Payenne , & embraſſa la
Foy,fans abandonnerfa gloire e
Ja valeur, s'eftant confervé cette
liberté de fe choisir des Princes.
Saint Etienne , premier Roy
GALANT 80
Chreftien de Hongrie eftant mon
fur le Trône , donna des regles
de Gouvernement à fes Peuples ,
qui reßembloient plutoft à des exhortations
d'un Pere à fes enfans,
qu'à des Loix d'un Souverain à
fes Sujets. AndréII. quiparvint
au Trône en 1205. ne fe contenta
pas feulement de confirmer toutes
les Conftitutions du Royaume,
don't quelques - unes avoient efté
alterées dans les Regnes précedens,
il voulut auffi mettre une espece
d'équilibre entre le pouvoir de la
Royauté & laJustice de la liberté;
il dépouilla l'une de ce qu'elle avoit
ufurpé, & rendit à l'autre ce
82 MERCURE
qu'elle avoit perdu. Ce fut en
1222. qu'il rendit cet Edit fameux
, par lequel il conforme an
Royaume de Hongrie tous fes
anciens droits & libertez , qui,
dit-il , ont efté alterez par l'in
jufte ambition de quelques
Rois feduits leur
par propre
paffion ou par de mauvais confeils
, qu'il eft de la juftice d'un
Roy d'écouter contre la Ma
jefté Royale les plaintes de fes-
Sujets , & de remedier aux defordres
que fes mauvais Confeillers
luy ont fait commettre .
Et fi ( ajoûte-t- il ) Nous ou quelqu'un
des Rois nos Succeffeurs
GALANT 83
entreprenons jamais de contrevenir
à la Conftitution que
Nous faifons aujourd'huy
Nous voulons que tous les Evefques
& Prelats , tous les
Seigneurs & Nobles du Royau
me , & chacun d'eux en parti
culier , leurs Succeffeurs , de
prefent & à l'avenir , ayent en
vertu des Prefentes
, à perpetuité
, le droit & la faculté de
s'opposer à nos entrepriſes , &
de Nous refifter à Nous & aux
Rois nos Succeffeurs, ſans pouvoir
eftre notez ny pourſuivis
comme Rebelles ; & afin qu'ils
n'ignorent point le contenu de
84 MERCURE
la prefente Loy , dont il fera
fait fept Originaux fcellez dur
Sceau d'or , les Etats du Royau
me font exhortez dé la faire lire
lors de l'Election des Rois nos
Succeffeurs , qui en jureront
Fobfervation avant & aprés le
Couronnement
.
Un des Originaux de cette Loy,
fut envoyé au Pape , pour eftre
confervé dans les Archives du
Vatican ; un autre devoit eſtre
mis entre les mains du Roy , pour
l'inftruire de fes obligations un
troifiéme entre celles du Palatin du
Royaume; les autres quatre &
dans les Archives facrées , comme
GALANT 85
eftoient celles des Chevaliers du
Temple.
maroz
Parmy les privileges de notre
Nation qui font beaucoupplus au
long dans cet Edit folem,
nel, nous avons la faculté d'élire
nos Rois , notre Couronne eftant
élective & non pas héreditaire ; la
Nation doit s'affembler en Diette
à tout le moins tous les trois ans
une fois, pour déliberer des affaires
generales particulieres . Ily
a quatre Ordres qui compoſent
cette Affemblée, 1 , le Clerce , 2 .
les Barons , 3 la Nobleffe , 4. &
enfin les Députez desVilles . Une
des principales prérogatives de la
I ,
86 MERCURE
Dieste , c'eft d'élire un Palatin qui
foit de la Nation, pour avoir l'entiere
direction de la Guerre & de
la Justice du Royaume. Enfin les
Gouvernemens des Provinces
Villes & Châteaux , ne peuvent
eftre donnez qu'à des Hongrois de
à moins que la Diette ne
nation ,
jugeat à propos d'en gratifier quelque
Eftranger, en reconnoiffance de
quelque importantfervice qu'il au
voit rendu à notre Patrie.
Voila en partie quellesfont nos
Conftitutions , nos Loix & nos
Privileges ; nous ne donnans notre
•Couronne , que fous les conditions
que le Roy que nous éliſons enjuGALANT
87
rera l'obfervation , e que s'ily
contre-vient , nous ferons exempts
du Serment de fidelité que nous
luy aurons prêté , & que nous
pourrons nous choisir un autre
Maître. Comme le Prince élú
peut refufer notre Couronne , s'il
trouve les conditions fous lesquel
les onda luy offre trop dures , n'estil
pas vray que s'il l'a une fois
ceptée , il nepeutpas avec honneur,
devant Dieu e devant les hommes
,fe difpenfer de l'obſervation
de cette capitulation , & que venant
à y manquer, les Hongrois
font en droit de refiftcr à fa tirannie
, fans pouvoir eftre taxez de
88 MERCURE
Traîtres ny de Rebelles à leur Roy?
Il n'est que trop conftant que de
puis que la Nation a choifi dans la
Maifon d'Autriche des Princes
pour nous gouverner , ces droits ,
ceslibertez cesprivileges, qu'ils
avoient eux-mêmes jurez d'obferver,
ont eftéfouvent violez.A
Dieu neplaife que nous imputions
-ce manque defoy aux Princes mémes;
nous ne l'attribuons qu'aux
-mauvais & pernicieux conſeils de
leurs Miniftres & de leurs Cour-
-tifans; nous en avonsfouventporté
nosplaintes , mais toujours inutilement,
fi quelquefois pour nous con-
•tenter, ou plutoft pour nous impofer
+
'
GALANT 89
filence,on a affemble des Diettes, on
ya d'abordpropofe deux chofes;l'ume
regardoit la levée de troupes &
de deniers , que l'on demandoit au
nom du Roy ou de l'Empereur ; la
feconde eftoit l'examen des griefs
de la Nation. On n'avoir pas plu
toft reglé la premiere , qu'on ne
fongeoit plus à l'autre quelquefois
on renvoyoit la décision àune
autre Diette ,fans cependanty rien
conclure. Telles fe font commencées
finies les dernieres Diettes tenues
à Caffovie , à Presbourg , à
Altembourg à Oedembourg.
On ne nous a jamais voulu
faire juſtice , lorſque nous nous
Fevrier 1705
. H
\
90 MERCURE
fommes plaints que toutes les Dignitez
& Charges du Royaume
eftoient données à des Allemans ;
même cette haute Dignité de Pa→
latin de Hongrie , qui ne peut eſtre
remplie que par un homme natu →
rel du Pays; ne l'avons-nous pas
wúëfous les Regnes des Princes de
la Maiſon d'Autriche entre les
mains des Sieurs Suoudi , Mansfeld,
Bafte, Tambaufer , Buquoy,
er plufieurs autres , à la honte &
à la confuſion des Hongrois ? Nos
Archevêchez nos Evêchez
font remplis par des Prelats étran
gers , de même que les principaux.
Gouvernemens , commefi la NoGALANT
91
bleffe de Hongrie en eftoit indigne.
Ceux d'entre nous qui font
profeffion de la Religion proteftante,
quelqu'autoriféequ'elle foitpar
les Loix du Royaume ,fefont vi
dépouillez fous les deux derniers
Regnes de la plupart de leur Tem
ples cor de leurs Colleges , pour en
gratifier cesfins & dangereux Politiques,
qui fe vantent degouver
ner de conduire à leur volonté
toutes les confciences des Princes
Catholiques de l'Europe.
S'ilfaloitfaire mention de tous
les griefs de la Nation , il faudroit
compofer un volume qui ne feroit
pas mediocre , on ne manqueroit
Hij
92 MERCURE
pas d'y remarquer l'aneantiſſement
de nos Ecolespubliques , l'aviliffement
des Magiftratures , la ruine
de notre Commerce , l'accablement
des nouveaux impofts , le facrifice
de nos braves Guerriers , qui dans
une infinité d'occafions ont efté expofez
temerairement & injuſtement,
fans avoir efté foûtenuspar
les Allemans , quoique ce fuftpour
leur querelle pour leur utilité
qu'on combattoit.
On nous a fait un crime de ce
que dans les guerres precedentes
nous fûmes obligez, pour nous dêlivrer
de la tirannie des Allemans
d'appeller les Turcs à notreſecours;
GALANT 93
mais enfin , qu'avons - nous fait ,
que les Princes de laMaifon d' Autriche
n'euffent fait avant nous ?
Pour peu qu'on foit verfé dans
l'Hiftoire de Hongrie , on n'ignore
pas que Ferdinand I. n'ait imploré
le fecours des Infideles , pour conquerir
, s'il luy avoit efté poffible ,
le Royaume de Hongrie ; il leur
ceda Bude , Cing- Eglifes , Gran
Albe- Royale , pour les frais de
guerre, & avoit même promis
au Sultan de luy faire payer un
tribut d'une Rifdaldre par chaque
Hongrois.
la
La Loy naturelle a toûjours
permis de faire des Alliances , mê94
MERCURE
me avec des Payens & des Infi
delles , pour conferver fon bien on
fa liberté ; lors que nous l'avons
fait , nous n'avons ni renoncé àla
Foi , ni traki nôtre patrie ; outre
l'exemple de Ferdinand que nous
venons de citer, plufieurs Princes
Chrétiens en ont agi de même 3
mais fi l'Hiftoire prophane nefuf
fifoit pas pour nous juftifier dans
cette rencontre , nous pourrions a→
voir recours à l'Ecriture fainte , où
nous trouverrions que Dieu ne fur
pas offenfé , lorfqu Abraham pour
délivrer Lothfon neveu , fit alliance
avec des Rois Idolatres.
On acheva de renverfer toutes
GALANT 95
nos Loix & nos Privileges dans
la Diette que l'Empereur convo¬
qua àPresbourg en 1687. carne
fe contentant pas de faire élire de
Son vivantpour Roy de Hongrie
1 Archiduc Jofeph , prefentement
Roy des Romains , il obligea auffi
les Députez de déclarer cette Com
rönne hereditaire àſa Famille , y
ajoûtant même que fi la branche
d'Autriche qui regne en Allemagne
venoit à s'éteindre , on appel-
Teroit à la fucceffion de la Couronne
de Hongrie, celle qui regnoit ex
Efpagne. Cependant le nouveau
Roy aprés fon Couronnement, fut
conduit fur un Trône devant l'Ea
96 MERCURE
glife des Freres de la Mifericorde,
où il jura de conferver les Privileges
de la Nation & du Royaume,&
de le défendre contre tous
fes Ennemis.
Ceferment n'a eftéfuivy d'au
cun effet , puisqu'au contraire on
nous a toûjours traité du depuis
comme des Peuples conquis & des
efctaves. Al'égard de l'heredité de
la Couronne , elle est tout- à-fait
nulle & injufte ; il ne faut pour
en eftre convaincu , que reflechir
que cette Diette ne fut compofee
que des creatures de l'Empereur,
qui avoit pour ainfi dire , remply
la Hongrie d'une puiſſante armée,
qui
GALANT 97
1
qui menaçoit d'incendie & de pillage
les terres & les biens de ceuxe
qui refuferoient leursfuffrages &
l'approbation de cette heredité. Ce
pendant beaucoup de Noblesse ne
voulant pas confentir au ren-verfement
de la plus augufte de nos
prérogatives , puifquefans doute il
n'y en a point quipuiffe eftre mife
nparallele à la faculté de pouvoir
élire & fe choisir un Roy , s'ef
fembla à Albe-Royale , où elle fit
les proteftations neceffaires contre
ec violement , on en envoya
des Copies avec des Lettres circulaires
dans toutes les Provinces &
principales Villes du Royaume.
Fevrier 1705
.
a
Bayerischo
Starfor kul
MOND DA
I
98 MERCURE
Maisquand cetteformalitéauroit
manqué, quand même la Diette
de Presbourg n'auroit pas efté
violentée à faire ce Decret d'heredité
, y a- t - il quelque perfonne
bien fenfée , qui pût foûtenir la
validité de cette nouveauté? Ne
conviendra-t-on pas au contraire,
qu'un
une Diette du Royaume de
Hongrie , pour generale & pour
libre qu'elle puiffe eftre , n'a pas
un pouvoirfuffifant pour renverfer
les Loix fondamentales d'un
Eftat ? Si au contraire on foûtient
que cette Diette a pû aneantirdans
un jour ce que nos peres ont étably
deplus folide pendant fept à
GALANT 99
J
nous
buitfiecles , on fera forcé de convenir
que par un même pouvoir
une autre Diette peut
détruire ce
que fit celle de 1687.
Nous n'avons parlé que des
griefs en general de la Ñations.
laiffons à notre illuftre Nobleffe,
le foinde reprefenter les leurs
particuliers. Plût au Ciel que tant
d'illuftrefang verféinjustement par
la main des Bourreaux , ne criat
plus vengeance devant Dieu &
devant les hommes ! Qu'on ne fe
fou vinst plus de ces celebres teftes
abbattues fur des échaffaux ! Qu'on
oubliât toutes ces dégradations igno
minieuſes ! Qu'on n'eût plus de
I ij
100 MERCURE
fenfibilité pour cette infinité de
Châteaux rafez, & que la confifcation
de tous nos biens ne fervit
qu'à détacher veritablement
notre coeur de la terre , pour P'élever
au Ciel!
de-
Enfin nous proteftons devant
Dieu & devant les hommes , que
nous honorons & respectons autant
le Sereniffime Empereur &
notre RoyJofeph 1. que nous
teftons ceux de leurs Confeillers
qui font caufe des troubles qui dé-
Jolent notre Patrie depuis fi longtemps
, qu'il ne tiendra pas à nous
le calme ne fuccede bien- toftà
Porage , & que nous ferons touque
1
GALANT I
jours des zelez & fideles Sujets
des Rois que la Nation libre nous
choifira , lorfqu'ils nous gouverneront
conformement aux Loix &
aux Conftitutions du Royaume ,
pour la confervation defquelles
nousfommes prefts de répandrejufques
à la derniere goutte de notre .
fang.
Puifque vous fouhaitez que
je m'étende davantage que je
n'ay fait le mois dernier , fur
l'article de la mort du Pere Meneftrier;
je vais fatisfaire voftre
curiofité › que je foupçonne
d'un peu de miſtere. Peut- eſtre
I iij
102 MERURE
avez-vous penſé , lorfque j'ay
dit que je laiffois dequoy faire
un tres-bel éloge , à ceux qui
parleroient après moy , que ce
que je difois n'étoit que pour
donner une plus haute idée de
ce Pere , & que je n'en fçavois
rien davantage ; mais vous allez
connoiftre que je ne dis jamais
rien contre la verité, même
dans les chofes où il eft permis
de ne la pas fuivre avec fervitude
. Voicy ce que je croy
devoir ajoûter à l'article de la
mort du P. dont vous fouhaittez
d'avoir la fuite de l'éloge .
Peu d'Auteurs des derniers
GALANT 103
1
ficcles ont fait plus d'honneur
à la France que ce fçavant
homme. La multitude d'Ouvrages
fortis de fa plume , le
talent qu'il avoit pour écrire
l'Hiftoire les découvertes
qu'il y a faites & les lumieres
qu'il avoit pour foüiller dans
l'antiquité la plus reculée , doivent
rendre la perte que nous
en venons de faire fenfible à
tous les
gens de Lettres , fur
tout aux Lyonnois ſes compatriotes.
Les peines qu'il a pris
dans ces derniers temps pour
écrire l'Hiftoire de fa Patrie ,
& pour la donner dans fa pu-
I iiij
104 MERCURE
reté , & purgée de toutes les
fauffes traditions , dont les Hif
toriens qui l'ont précedé l'avoient
embarraffée doivent
rendre fa memoire préticufe à
tous ceux qui s'intereffent pour
la gloire de la Ville de Lyon ,
& autant pour leur confolation
que pour conſerver à la
pofterité le fouvenir de tous
fes Ouvrages ; en voicy un détail
exact.
Le plus confiderable de tous
& celuy auquel il femble que
la mort luy ait donné le temps
de mettre la derniere main ,
eft fa grande Hiſtoire de Lyon
GALANT 105
en trois Volumes in folio . Le
premier contient l'origine de
cette Ville & fa fondation ,
qui fe trouve beaucoup plus
ancienne que Clampier , Paradin
& de Rubis ne l'ont crû.
Il y fait voir par des preuves
inconteftables qu'elle eft une
Colonie des Rhodiens, d'abord
établis dans le Languedoc
entre Agde & Beziers , & depuis
réfugiez en ce Pays - là
aprés avoir efté chaffez de celuy
où ils s'étoient établis enfuite
, ou par le paffage d'Annibal
& des Colonies des Romains
amenées par Marc- an106
MERCURE
toine & par Plancus ; il paffe à
la fondation du celebre Autel
dedié à la Ville de Rome & à
Augufte dont il examine fur
des monumens antiques , la
matiere , la forme , le lieu , les
Preftres , les Ceremonies , les
Jeux , les Sacrifices , les Nations
qui le bâtirent , par qui la dedicace
en fut faite , & en quel
temps fe fit l'établiffement des
grands chemins dont Lyon fut
Le centre ; de fes Gouverneurs
fous les Empereurs Romains ,
de fes Magiftrats , de fon Commerce
& de fa Religion , à
quoy il joint l'état préſent de
GALANT 107
1
de cette Ville , fa fituation , ſon
enceinte , &c. On voit enfin
la forme de fon Gouverncment
fous les Romains , fous
les Empereurs , fous les Comtes
fous les Rois de Bourgogne
fous l'Eglife & fous nos Rois.
Il traite aprés de la Senechauſféc
& des autres Tribunaux de
la Ville. La feconde Partie contient
l'Hiftoire purement Confulaire
, l'établiffement des
Corps de Communauté à
Lyon , les démélez des Habitans
avec le Clergé , la Protection
donnée par les Papes &
par les Rois aux Citoyens de
108 MERCURE
Lyon , les Confeillers & les
Echevins , leur création , leur
reduction à quatre & aux Prevofts
des Marchands , l'Hoftel
de Ville & les divers Tribunaux
qui en dépendent ; la nobleffe
du Confulat avec le dénombrement
des Confeillers , des
Echevins , des Prevofts des
Marchands avec leurs noms
qualitez , armories & ouvrages
publics faits fous chaque
Confulat;les Ceremonies Confulaires
, habits & les marques
d'honneur des Officiers du
Confulat , &c . La troifiéme
Partic contient l'Hiftoire Ec-
>
GALANT 109
clefiaftique de Lyon , qui en
eft auffi la partie la plus confiderable.
L'établiffement de la
Religion Chreftienne par S.
Pothin & S. Irenée , Difciples
de S. Policarpe , venus d'Afie
dans les Gaules ; les perſecutions
que cette Eglife naiffante
à fouffertes & fes Martyrs ; les
Cryptes ou les premiers Chrêtiens
fe retiroient pour vaquer
aux fervices de pieté , & pour
celebrer les divins Myfteres ;
les Fondations d'Aifnay & de
l'Ifle-Barbe qui ne furent d'abord
que des Cryptes , où ſe
retirerent quelques Anachore
110 MERCURE
tes pour fuir la perfecution ;
l'établiffement
du Clergé & la
fuite des Archevefques ; les do
nations faites à l'Eglife par les
Rois , les Empereurs , les Ducs ,
& les Comtes ; l'établiffement
des Paroiffes , des Chapitres ,
les Conciles , les Synodes , &c.
La Primatie & fes Officiers ; la
forme de l'Eglife Cathedrale ,
fes trois Eglifes , le nombre de
M's les Comtes, leur reception,
leurs preuves de Nobleſſe & la
maniere de les dreffer; les noms
& la fuite des Doyens , des
Archidiacres, Précentours & des
Chamarriers. Le Pere Menef
+
GALANT III
trier rejette abfolument l'opinion
de ceux qui croyent que
Plancus foit le Fondateur de
Lyon. Il rapporte un Paſſage
de Pline qui prouve démonftrativement
que cette Ville
fut bâtie au Pays des Segufiens
qui étoient des Peuples libres.
CetAuteur diftingue done dans
Lyon deux anciennes Villes ,
Lugudunum & Lugdunum ; l'une
déja bâtie où Lepide Silanus &
Plancus s'arrefterent ; felon
Dion , & l'autre qu'ils firent
bâtir leurs Soldats pour
"
par
mettre à couvert des infultes
des Allobroges , ceux qui
112 MERCURE
auroient cfté chaffez de Vienne .
Car les Habitans de Lugudunum
cherchant à vivre en paix
avec leurs voifins , ne voulurent
pas recevoir chez cux ces
Réfugiez ; mais ils fouffrirent
feulement qu'ils fe retirafſent
dans l'entre deux du Rhone
& de la Saone , & ce fut là la
fource de l'ancienne jaloufie
que Tacite dit qui étoit entre
ceux de Vienne & de Lyon ,
ce que nul Hiftorien de Lyon
n'a remarqué avant le Pere Meneſtrier.
Il fait voir enfuite que
l'Infcription de Gaïette , dont
parlent quelques Auteurs , ne
GALANT 113
peut fervir d'Epoque à la Fondation
de Lyon,& il développe
à ce fujet le Paffage de Dion.
Il remarque qu'étant en Italic
en 1670. il alla exprés à Gaïette
pour voir cette Infcription,
mais que la deffiance du Gouverneur
de la Citadelle où eft
cette Infcription , fut la cauſe
qu'il ne la pût voir.
L'Origine des Armoiries , cftun
ouvrage qui a auffi fait beaucoup
d'honneur au P. Meneftriere,
il y a recherché avec un
foin extraordinaire la veritable
époque de cette marque d'hon
neur, & aprés avoir refuté avec
Fevrier 1705
. K
114 MERCURE
beaucoup de folidité, Fauyn qui
en fon Theatre d'honneur fait
les armoiries auffi anciennes
que le monde , Segoin qui fondé
fur le 4 Livre des Annales
de Zonare Hiftorien Grec , en
attribué l'invention aux enfans.
de Noë; Diodore de Sicile, quí
en fait Auteurs les Egiptiens
le fentiment de ceux qui fe fondants
fur le 2 Chapitre des
Nombres foutiennent que les
Armoiries eftoient déja connuës,
lorfque les Hebreux fortirent
d'Egipte , & que les 12 .
Tribus réprefentoient les 12 .
fignes du Zodiaque , & qu'ainfi
e
GALANT 115
les 12. Tribus avoient pour ar
mes les Images de ces Conftellations
. Après avoir refuté, disje
, les fentimens ridicules de
ces Auteurs, & de ceux qui ont
formé les armoiries de Jofeph ,
d'Ephraïm & de Manaffe fur
des benedictions que Moyfe
donna aux Tribus (Deut. 3. ) qui
ont crû que Jofeph portoit un
Soleil & une Lune avec des
pommes d'or , Ephraïm & Manaffé
une tête de Taureau & des
cornes de Rhinoceros ; Ruben,
des Mandragores , en memoire
fans doute de celles qu'il porta
à fa mere ; il détermine la ve-
Kij
116 MERCURE
ritable Epoque des armoiries
au dixiéme ou à l'onzième fiecle
, puifque de tous les tombeaux
des Princes , des Sei-.
gneurs & des Gentils- hommes
faits avant ce temps - là , il n'en
eft aucun où l'on remarque des
armoiries. Les plus anciens
n'ont que des Croix & des Inſcriptions
Gothiques , avec les
repreſentations de ceux qui y
font enterrez. Clement IV.qui
mourut en 1268. eft le premier
de tous les Papes fur le Tombeau
duquel on mit des armoiries.
Le P. Meneſtrier remarque
que les Sceaux & les Mon¬
GALANT 117
1
e
noyes font des preuves de cette
verité ; puisqu'on n'y voit
point d'Armes que depuis le
11° fiecle , que Louis VII. dit
le Jeune , qui regnoir vers l'an
1150. eft le premier des nos
Rois qui ait cu un contre-fcel
d'une fleur de Lys : que le plus
ancien Sceau des Comtes de
Flandre oùl'on voit des armoiries
, eft celuy de Robert le
Frifon , attaché à un Acte de
l'an 1072. Il remarque encore
dans ce feavant traitté que les
armes parlantes , c'eſt-à -dire
celles qui expriment les furnoms
, ne font pas plus ancien118
MERCURE
nes que l'uſage des furnoms ,
qui commença au dixiéme fiele
Dauphiné
, par
cle :
que
exemple
, n'a
cu
ce nom
&
un
Dauphin
pour
Armes
que
longtemps
aprés
l'onziéme
fiecle
:
que
le
Royaume
de
Naples
n'a
point
d'autres
armes
que
celles
des
Ducs
d'Anjou
, du
Sang
Royal
de
France
, fes
anciens
Rois
: que
c'est
d'eux
auffi
que
la Provence
à uneFleur
de
Lys
&
un
Lambel
; &
que
l'un
&
l'autre
ne
les
ont
que
dépuis
le 13 ° ficcle
: que
le Por
tugal
n'en
a que
dépuis
la Ba
taille
d'Ourique
, qui
fe
donna
GALANT 119
au 12 ficcle , & que fi la Navarre
à des Chaînes & qu'elle
les ait reçûs de Sanche le fort ,
elles font du 13 fiecle : le P.
Meneftrier convient que de tout
temps il y a eu des marques
Symboliques, pour fe diftinguer
dans les Armées , & qu'on en
a fait les ornemens des Boucliers,
des cottes d'armes & des
habillemens de tête ; mais que
ces marques Symboliques n'ont
point efté dans ces premiers
temps , des marques hereditaires
de Nobleffe , & que c'est de
cette maniere que le P. Petra-
Sancta qui rapporte l'origine
120 MERCURE
des Armoiries aux temps He
roïques qui ont commencé
fous l'Empire des Affiriens
devroit s'expliquer ; qu'ainfi la
Colombe des Affiriens , les devifes
des Boucliers de ceux qui
combattirent devant la Ville
de Thébes , & dont Euripide
fait un fibeau détail ; que les
Symboles que Valerius Flaccus
donne aux Argonautes , doivent
paffer pour des marques
Symboliques & non pour
veritables Armoiries ;fans quoy
il faudroit donner la même denomination
aux figures qui
eftoient reprefentées fur les
D
des
Bou
GALANT 121
Boucliers de ceux qui alle
rent au Siege de Troye,& dont
Homere , Virgile & Pline parlent
; il renverſe en un mot
l'opinion de Philoftrate, de Xenophon
, & de Q. Curce qui
ont attribué le premier ufage
des Armoiries aux Medes &
aux Perfes dans l'établiſſement
de leurs Monarchies; il dit enfin
que les émaux qui entrent dans
les armoiries font ceux des anciens
jeux du cirque qui paſſe
rent aux tournois .
Nous avons du même Pere
un excellent Traité des Medailles
, un autre des Emblemes
Fevrier 1705. L
122 MERCURE
& des Devifes.
Devifes. On peut
dire
qu'il
a épuifé
fon
fujet
& qu'il
ne
refte
rien
à dire
aprés
luy
; &
il a fait
fur
les Medailles
tirées du Cabinet
du
R. P. de Chaife
, ' Hiftoire
du Regne
du
Roy dont
il a eu l'honneur
de prefenter
les deux
éditions
qui
s'en
font
faites
à S. M.
Cet
Auteur
étoit
original
pour
les
embel- liffemens
, pour
les decorations d'une
Maiſon
, & pour
l'ordre
d'une
fête
ou d'un
fpectacle
. Il
fit peindre
en 1662.dans
la cour du
College
de Lyon
l'Hiftoire de cette
Ville
en 24.
bas
reliefs
qui
en
repréfentent
les
prinGALANT
123
cipaux évenemens , & il avoit
formé 3. ou 4. ans auparavant
le deffein d'écrire l'Hiftoire du
Roy par les Medailles , par les
Jettons , par les Emblemes , par
les Deviles & par les autres
Monumens publics dont il préfenta
délors à S. M. une prémiere
idée en 16. devifes . Il eſt
Auteur de 4. Vers qui font
fous le Portrait de Vander-
Meulen qui a peint par figures
Allegoriques & Symboliques
les Conquêtes du Roy en plufieurs
Tableaux qui font à
Marly , les voicy.
Lij
124 MERCURE
C'eftde Louis le Grand le Pein
tre inimitable ,
Qui de fes plus beaux faits a
peint la verité;
Et quifans le fecours des couleurs
de la Fable
Le montre tel qu'il eft , à la
pofterité..
L'an 1658. le jour de la
Trinité le P. Meneftrier fit reprefenter
devant le Confulat
le magnifique Ballet dont on a
tant parlé. Le fujet de ce Ballet
regardoit les deſtinées de
Lyon. M' de la Salle eftoit aGALANT
125
S
lors Prevoft des Marchands ,
M's Bulliond Avocat du Roy,
Rombaud de Champrenard ,
Duguay élû enl'Election , & Hugues
André ficur de Fromentes
étoient Echevins. En 1660. à
l'occafion de la publication
de la Paix qui fe fit à Lyon
d'une maniere finguliere & fodemnelle
, il fit la de fcription
de la marche de tous les Corps
qui affifterent à cette ceremonic,
ainfi qu'unerelation de tous
les feux de joye , de la plus part
defquels il avoit fait le deffein,
ilseſtoient ornez d'inſcriptions,
& de devifes & il décrivit des Em-
Liij
126 MERCURE
blemes & des Decorations faites
fur le même ſujet au College
de la Trinité. On fit deux éditions
de cet Ouvrage , l'une
in folio avec toutes les figures
gravées en cuivre , & l'autre
in 8°
En 1663. il fit imprimer la
defcription des Peintures de la
Cour du College de Lyon ;
qu'il avoit fait peindre l'année
précedente & qui paffe pour un
chef - d'oeuvre. L'Hiftoire de
Lyon y eft reprefentée en plufieurs
Bas-reliefs , Medailles &
Infcriptions, ainfi que je l'ay déja
remarqué & il en intitula la
GALANT 127
defcription le Temple de la Sageffe
. Cet Ouvrage eft dedié a
M du Saufey Lieutenant particulier
en la Senechauffe &
Siege Prefidial
,
Prevost des
Marchands , & à M™ Pellot ,
Arthaud , Lamagne & Chapuis
de la Fay, Echevins .
En 1664. il fit l'appareil
pour la Reception de Monficur
le Cardinal Legat Flavio Chigi,
& il donna la deſcription de
l'Arc de Triomphe de la Ville
& de celuy de M¹³ les Comtes ,
avec la marche de l'entrée , les
Harangues de tous les Corps.
& les autres ceremonies . Il pars
Liiij
128 MERCURE
rut à Lyon deux années aprés
un deffein qui fut trouvé tresingenieux
, pour le feu de joye
que l'on fit à l'occafion du
Jubilé Solemnel , que le concours
de la Fête de faint Jean-
Baptifte avec la Fête Dieu ne
fait voir que
de fiecle en fiecle .
Le Temple de la reconnoiſſance
eftoit le ſujet du feu de joye ,
le R. P. Charonnier , alors Profeffeur
de Rhetorique au grand
College en eftoit l'Auteur , &
le R. Pere de la Chaife , aujourd'huy
Confeffeur du Roy , &
alors Profeffeur en Theologic
au College de la Trinité de cetGALANT
129
te Ville , publia un fçavant
Traité fur ce fujet , fur lequel
M' Arroy Docteur de Paris &
Theologal de Lyon fit auffi
imprimer un petit traité. C'eſt
fous le Confulat de Mr Paul
Mafcranny Prevoft des Marchands,
& mort M° de Requêtes
à Paris , d'André Falconnet,
d'Etienne Befton , de Pierre
Boiffe & d'Antoine Blauf, que
le P. Meneſtrier entre pritl'éloge
Hiftorique de la Ville de
Lyon , & fa grandeur Confulaire
fous les Romains & fous
nos Rois. Il y donne en forme
de Préface le jugement que
130 MERCURE
l'on doit faire des ouvrages
hiſtoriques
& dont on a exigé
de luy qu'il donnaft une nouvelle
édition dans fon projet
de l'hiftoire de Lyon dont je
parleray cy-aprés. Il parla fuccinctement
,au commencement
de cet ouvrage de l'origine de
Lyon dont il avoue qu'il n'étoit
pas alors fi bien inftruit
qu'il l'a efté depuis . Il y donna
un Catalogue
de quelques Au
teurs Lyonnois
qui ont écrit
fur diverfes matieres ; des Doeteurs
, des Medecins
Aggregés
au College de Medecine
de cette
Ville , des Jefuites qui ont
GALANT 1310
écrit lorfqu'ils refidoient au
College de Lyon avec un denombrement
des ouvrages
qui y ont fait :il y fit un plan
de l'Eglife de Lyon , des Ĉardinaux
& des Evefques Lyonnois
, des hommes Illuftres dans
la Robe & en divers emplois ,
des Gouverneurs , des Senechaux
, des Capitaines , des
Lieutenans de Roy, & des Lieutenans
des Senechaux : la defcription
de toutes les devifes
de la Ville ; l'établiffement du
Confulat , la Lifte des Confeilliers
Echevins depuis 1294 .
juſqu'à 1595. & les noms ar
132 MERCURE
mes & qualitez des Prevoſt des
Marchands & des Echevins depuis
l'an 1592 jufqu'à 1670.
où parut fon Ouvrage avec
les
infcriptions des ouvrages
publics faits de leur temps , &
une ample deſcription de l'Hôtel
de Ville & des Peintures
qui ont efté depuis ruinées
par l'incendie arrivé en 1674.
L'an 1694. le P. Meneftrier
voulut publier un Programme
de l'ouvrage qu'il entreprenoit,
& auquel il travailloit depuis
un fi grand nombre d'années ;
ce Programme n'eftoit pas dans
une feuille volante comme le
GALANT 133
font
ordinairement les autres ,
c'eftoit un
gros in 12. fous ce
•
titre : Les divers Caracteres des
Ouvrages hiftoriques, avec lePlan
d'une nouvelle biftoire de la Ville
de Lyon , le jugement de tous les
Auteurs qui en ont écrit , & des
differtations fur fa fondation &
fon nom , fur le passage d' Annibal
, la divifion des Champs , le titre
de Colonie Romaine, & les
deux Tables d'airain de l'Hoftel
deVille. Cet ouvrage eſt dedié
au P. de la Chaife ; il parle dans
fa preface de quatre hiftoires
de Lyon écrites dans l'efpace
d'un fiecle parParadin, de Ru ›
134 MERCURE
bis , Sever & le P. de S. Aubin,
outre le projet d'une cinquiéme
par le P. Pierre Bailloud Jefuite
, & que la mort empefcha
d'executer. M' de laValette
luy fournit mefme quelques .
cayers de cet ouvrage imparfait
, qui luy firent juger que
cet Auteur s'attachoit trop aux
Antiquitez fabuleuses. Il parle
dans la mefme Preface d'un
manufcrit qu'il a recouvré, &
qu'il cherchoit depuis . trente
ans ; c'eft un Traité du démêlé
des Habitans de cetteVille avec
Meffieurs des Chapitres de S.
Jean & de S. Jufte , dont trois
1
GALANT 135
Papes , trois Cardinaux , Saint-
Louis & un Duc de Bourgogne
furent les Arbitres . C'eft l'illuftre
Claude de Bellievre , premier
Prefident du Parlement
de Dauphiné , & pere du Chancelier
Pompone de Bellievre ,
qui a fauvé ce manufcrit du
naufrage dans lequel tant d'autres
monumens de l'hiftoire de
Lyon furent enveloppez par la
fureur des heretiques , qui pillerent
toutes les Eglifes , brûlerent
la plupart des titres , &
ruinerent les Monafteres l'an
1562. Heureufement deux ans
auparavant , cet illuftre Magi
136 MERCURE
ftrat avoit pris foin de tranfcrire
luy - mefme ce manufcrit
qui a pour titre : Tractatus de
Bellis & Induciis quæ fuerunt
inter Canonicos Sancti Joannis
Lugduni & Canonicos SanctiFufti
ex una parte, & Cives Lugdunenfes
ex altera , defumptus ex
Monafterii Atheniorum Bibliotheca.
Ce grand Magiftrat qui
avoit compofé un traité de Lugdunoprifco
, que le P. Meneſtrier
fe plaint de n'avoir pû encore
trouver , croyoit qu'il y avoit
cu autrefois une Academie d'A
theniens à Aifnay , & comme
il appelloit ce lieu -là Athenæum ,
GALANT 137
il en nomma auffi la Bibliotheque
Atheniorum Bibliotheca ; Biblioteque
dont malheureuſement
il ne reſte aucun veftige ,
& à la perte de laquelle , l'ignorance
de ceux qui en avoient la
conduite a peut-eſtre plus contribué
que la fureur des heretiques.
Le P. Meneftrier avoüe
enfin qu'il eft redevable aux
foins de M Pianelle de la Valette
ancien Prevoft des Marchands
de la découverte de cette
piece , & que ce Magiſtrat
a plus contribué que qui que
ce foit à la perfection de cet
Ouvrage par les memoires qu'il
Fevrier 1795
.
M
138 MERCURE
a fournis à l'Auteur.
Nous avons de ce Pere une
Relation de l'entrevûe d'unc
Reine de France & d'une autre
Princeffe mere & fille , dans la
Foreft de Clermont en Beau+
voifis , avec les Portraits de ces
Princeffes , & la maniere de leurs
habillemens. Il fit le deffein du
magnifique Service qui fut ce
lebré dans l'Eglife de Notre-
Dame pour feu Monfieur le
Prince , quelque temps aprés
fa mort. Il eut la conduite du
Feu d'artifice que Monfieur le
Cardinal d'Eftrées fit tirer dans
fa Cour l'année derniere en re-
H
GALANT 139
joüiffance de la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bretague;
il en donna deux relations ;
il changea quelque chofe à la
feconde. Nous avons eu de luy
dans les derniers jours de fa vie
une differtation fur l'ufage de
fe faire porter la queue , & il
avoit commencé un nouveau.
Journal litteraire qu'il devoit
publier tous les trois mois ſous
le titre de Bibliotheque fçavante
inftructive ; le premier volume
a paru . J'ay oublié de
vous marquer que ce Pere a
auffi donné au Public l'hiftoire
par medailles des Empereurs
Mij
140 MERCURE
Tibere , Caligula & Claude.
Le P. Meneftrier eftoit bon
Poëte ; nous avons de luy diverfes
pieces de Poëfie , des
Odes , des Madrigaux , des Elegies
& des Idylles . Mais un don
dont la nature l'avoit favorifé
d'une maniere étonnante , eſt
celuy de la memoire. Il en a
fait des effais extraordinaires
en plufieus occafions celebres.
Le P. Meneftrier n'eftoit pas
moins bon Orateur , il pref
choit avec facilité, il a fouvent
brillé dans la Chaire & fur tout
dans les Sermons qu'il faifoit
aux Prifes d'Habits des Reli
GALANT 141
•
gicules . Il n'eftoit pas le premier
homme de Lettres de fa
famille ; Jean - Baptifte Mencftrier
a fait d'excellens Traitez
fur les medailles. Claude Meneftrier
fon grand- oncle , Antiquaire
du Pape Urbain VIII.
publia auffi un excellent Traité
de Diana Ephefina. Le P. Meneftrier
eftoit né à Lyon, & il ne
laiffe qu'une foeur , dont la fille,
mariée depuis quelques années
à M Boiart Gardo -Jugo de In
Monnoye , ce qui répond à la
Charge de Confeiller , & frere
de M Boiart Elû en l'Election
de Mâcon, eft morte.
142 MERCURE
Il y a déja quelque temps
que les perfonnes dont je vais
vous apprendre la mort , font
decedées .
Frere Hubert de Culant de
Monceaux , Chevalier de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem ,
Commandeur de Haut Cavef
ne, Lieutenant & Grand Vicaire
de Monfieur le Grand
Prieur de France. Il eftoit d'une
ancienne famille deBerry,qui
a produit des hommes illuftres..
- Eudes S de Culant vivoit cn
1356. Il cut d'une premiere
femme Gilbert de Culant , &
de Marguerite de Joinville
GALANT 143
Dame de Mery , Louis de Culant
Amiral de France en 142 3.
Gilbert Si de Culant & de Châteauneuf
fur Cher, eut Charles
de Culant & Philippe Maréchal
de France & Senechal de
Limofin. Ce dernier rendit de
grands fervices au Roy Charles
VII. dans les guerres contre
les Anglois , il fut fait Maré
chal de France pendant le Sicge
de Pontoife en 1441. Il accompagna
le Dauphin à la
guerre d'Allemagne ; il fe trou
va à la Prife de Châtillon en
1453. & mourut peu de temps.
aprés. Il époufa Anne de Beau
144 MERCURE
1
jeu fille d'Edouard S' d'Amplepuis
, & il en eut Marie de
Culant femme de Jean de Caftelnau
S de Bretenoux . Pour
revenir à Gilbert de Culant ,
il fut pere de Charles qui fut
Chambellan du Roy & fon
Grand Maître d'Hôtel , Gouverneur
de Mante & de Paris.
En 1437. il fe trouva au Siege
de Montereau . Ilf pere
de
Loüis
Chambellan
du
Roy
&
Bailly
de
Berry
, qui
cut
de
Michelle
de
Chauvigny
fon
Epoufe
Gabriel
, de
qui
defcen
dent
les
autres
Sieurs
de
Cu
lant & de Brecy juſqu'aujour
dhuy .
GALANT 145
d'huy. Feu M' l'Abbé de Culant
mort à Belley auprés de
feu M' du Laurent dernier Evêque
fon
Maiſon.
parent , eftoit de cette
Dame Marie Therefe Feydeau
de Brou, Epouſe de Meffire
Jean Antoine de Meſmes ,
Chevalier Comte d'Avaux ,
Sire de Cramayel , Marquis de
S. Eftienne , Vicomte de Neufchâtel
& de Brie- Comte-Robert
Commandeur , Prevoft
& Maiftre des Ceremonies des
Ordres du Roy , Confeiller en
tous fes Confeils d'Eftat & Privé
, & Prefident à Mortier au
Fevrier
1705. N
146 MBR CURE
Parlement de Paris. Je vous ay
plufieurs fois parlé de laMaifon
de Feydeau de Brou , qui cft ancienne
dans la Robe ; on peut
confulter fur ce fujet Blanchard
dans fon hiftoire des Maiftres
des Requeftes & des Preſidens
à Mortier. Il fuffit prefentement
de remarquer que cette
Dame eftoit foeur de M Feydeau
Maiftre des Requeſtes &
de M l'Evêque d'Amiens , tous
deux diftinguez par leur merite
& par l'exactitude avec laquelle,
ils rempliffent les fonctions de
leur miniftere. Mela Prefidente
de Mcfmes eft morte âgée
GALANT 147
feulement de 30. ans . Dans un
teinps où il femble qu'on tient
au monde par de plus fortes
chaînes , elle l'a quitté fans regret
, & a marqué une ſoumiffion
parfaite aux ordres de Dieu
dans cette occafion , où il n'arfouvent
que les
с
rive que trop
ames
les plus fermes
& les plus
refolues
le démentent
. M' la
Prefident
de Mefmes
eft fils de
Jean Jacques
de Meſmes
3 ° du
nom , Comte
d'Avaux
& de
Neufchâtel
, Maiftre
des Requeftes
, puis Prefident
au Par
lement
de Paris , où il fut reçu
en 1672.
enfuite
Prevoft
&
?
Nij
148 MERCURE
Maiftre des Ceremonies des
Ordres du Roy par la demiffion
de Macé Bertrand S ' de la Bafiniere
fon beaupere. Il étoit de
plus Lecteur de la Chambte du
Roy , & l'un des 40. de l'Academie
Françoife , & frere aîné
de Jean Antoine de Meſmes
, Comte d'Avaux , Confeiller
d'Eftat , Ambaffadeur à
Venife & en Hollande , Plenipotentiaire
à la Paix de Nimegue
, & qui a cfté employé en
diverfes negociations importantes
. Ils eftoient tous fils de
Jean Antoine de Mefmes S
d'Irval & de Cramayel , Vi-
匪
GALANT 149.
comte de Vandeüil , Maiftre
des Requeftes , puis Confeiller
d'Eftat , & enfin Prefident au
Parlement , aprés la mort de
fon frere aîné , & de Dame
Anne Courtin fille de François
S de Brufelles MⓇ des Requeſtes
, & de Jeanne l'Eſcalopier.
Jean Jacques de Meſmes
eftoit le 3 fils de Jean Jacques
de Meſmes 2. du nom , Marquis
de Moigneville , ſecond
Prefident à Mortier au Parlement
, & qui avoit efté auparavant
Lieutenant Civil , & enfuite
Confeiller d'Eftat , &
d'Antoinette Groffaine, Dame
Niij
150 MERCURE
7
d'Irval & d'Avaux en Champagne
, & Vicomteffe de Preüil.
Jean Jacques eftoit fils de Henry
de Mefmes , qui à l'âge de
feize ans enfeigna publiquement
le Droit à Touloufe. Il
fut le Protecteur des gens de
Lettres de fon temps , & un
des plus beaux genies du 16°
fiecle. Il fut Confeiller d'Eſtat
& Chancelier de Navarre ; il
époufa Jeanne Hennequin . Il
eftoit fils de Jean Jacques de
Meſmeș 1. du nom, & deDame
Nicole Hennequin. Ce fut
luy qui prit le premier le party
dela Robe, fes ayeux ayant juſGALANT
151
qu'à lors porté les armes. Cette
Maiſon eft originaire d'Ecoffe,
elle vint s'établir en Guyenne
fous le regne de Philippe Augufte.
Henry de Melmes eft
nommé dans un livre d'hommage
à la Vicomteſſe de Marfanl'an
1279. Jeanne de Mcfmes
mariée l'an 1617. à François
Lambert S d'Herbigny,
M° des Requeſtes , & Confeiller
d'Etat , eftoit une Dame de
grand merite , & qui aimoit les
belles Lettres ; mais un de ceux
qui a fait le plus d'honneur à
cette Maiſon , eft Claude de
Mefmes 2 ° fils de Jean Jacques
N iiij
152 MERCURE
2. du nom , connu fous le nom
de Comte d'Avaux. Il a cfté
celebre par fes negociations
importantes ; il fut Confeiller
au Grand Confeil en 1619 .
M° des Requeſtes en 1623. &
peu aprés Confeiller d'Eftat.
En 1626. il fut Ambaſſadeur à
Venife , & il eut ordre avant
fon retour de paffer à Rome,
à Mantoüe , à Florence , à Turin
, & enfuite en Allemagne.
Il ne revint à la Cour qu'en
1631. On le renvoya quelque
temps aprés Ambaſſadeur en
Dannemarck , en Suede & en
Pologne. Il fut Surintendant
GALANT 153
des Finances avec le Prefident
de Bailleul ; il mourut en 1650.
Dame Anne Marie de Furftemberg
veuve de feu M' le
Comte de Louvenftein . Elle
eftoit mere de M° la Marquife
de Dangeau , & foeur de feu
Monfieur le Cardinal de Furftemberg
& de feu M' l'Evêque
de Strasbourg. Elle eſtoit auffi
foeur de Dame Marie Françoife
Comteffe Palatine de Neubourg.
La Sepulture de la Maifon
de Furftemberg eft dans
l'Abbaye des Religieufes de
Nidingen. Cette Maiſon eſt
divifée en diverfes branches ;
154 MERCURE
elle tire fon nom de la Ville de
Furftemberg en Suabe , qui a
titre de Principauté. Cette
Ville eft fituée dans la Foreſt
noire au pays de Baur. La Maifon
de Furftemberg a eſté feconde
en grands hommes. J'ay
fi fouvent parlé de cette Maifon
, que je ne pourrois m'empêcher
de tomber dans des redites
fi j'en donnois encore un
article étendu. Il fuffit de renvoyer
les Curieux à la Monarchia
univerfale di Greg: Leti, aux
Annales de Crufius , aux Genealogies
d'Hennigenfius , de
Ditmar Moller qui en a fait
GALANT 155
une particuliere de cette Maifon
, au livre de Infig. de Theodore
Hopping , & aux Monumens
de Jean Horrion , lib. 3 .
cap . 2. On trouverra dans tous
ces ouvrages de quoy fatisfaire
amplement fa curiofité fur la
Maiſon de Furftemberg. Celle
de Louvenftein eft tres -illuftre
& tres confiderable par
liances & par fes dignitez
.
Le Frere Jean , connu dans
le monde par les foins qu'il a
pris de bâtir & de reformer le
Convent des Hermites du
Mont Valerien , appellé vulgairement
le Calvaire , y eft
fes al156
MERCURE
mort , âgé d'environ 87. ans ,
& dans de grands fentimens de
pieté. Perfonne n'ignore les
traverfes que ce Solitaire a effuyées
pour donner un fondement
folide à fa maiſon , pour
réünir les Hermites qui eſtoient
autrefois difperfez fur la Montagne
, & qui ne vivant point
en communauté , avoient peine
par conſequent à reconnoître
un Superieur. Il les réünit,
leur fit bâtir des lieux reguliers,
les foumit à une regle , dont il
fit approuver les Statuts par feu
Monfieur l'Archevefque de
Paris , & fit nommer un SupeGALANT
157
ricur à ſa maiſon ; c'eſt aujourd'huy
M' l'Abbé Mador. Il
vint à bout de tout cela par la
protection de la Reine mere ,
qui l'eftimoit , & par les aumônes
confiderables qu'il tira
de plufieurs perfonnes qui avoient
pour luy une confideration
& une confiance particuliere
. Il fçut enfin ſe maintenir
dans la maifon dont il étoit
en quelque maniere le Fondateur
, puifqu'il l'avoit rétablie
.
-
re
Mr Pierre Dulaurens Evef
que & Seigneur de Belley ,
Prince du S. Empire , Docteur
158 MERCURE
de la Maifon & Societé de Sorbonne
, dont il eftoit Doyen
depuis la mort de feu M' Guichard
, quoiqu'il n'en fift pas
les fonctions , à cauſe de la Prelature,
cy- devant Grand Prieur
& Vicaire General de l'Ordre
de Clugny , mourut dans fon
Evêché le 17. du mois de Janvier
à cinq heures du matin ,
âgé de 89 , ans , il demanda luymefme
les derniers Sacremens ,
& figna de fa propre main le
teftament qu'il fit la veille de
fa mort. M' l'Evefque de Belley
mourut entre les bras de
fon Clergé , auquel , par un
GALANT 159
acte d'humilité bien édifiant ,
il demanda pardon , s'il avoit
eu avec luy quelque conteftation
dans le cours de fon Epifcopat.
M' Parra Doyen de ce
Chapitre , & qui eftoit prefent
avec tous les Chanoines , luy
répondit qu'ils avoient eu tort,
& que s'il revenoit en fanté ,
comme ils le fouhaittoient , ils
luy prouveroient par leurs refpects
.... A ces mots il rendit
l'ame à fon Createur. Ce Prelat
a fait heritier fon Seminaire,
& le Chapitre a nommé deux
Grands Vicaires : M' le Doyen
Parra pour la France, & M' de
7
160 MERCURE
Luifet , Archidiacre de cette Eglife
, pour la Savoye. Mªl'Abbé
de la Chaife , neveu du R.P.
de la Chaife Confeffeur du
Roy, qui depuis quelques années
gouvernoit ce Dioceſe
avec un grand zele , en qualité
de Grand Vicaire , eftant party
de Belley , aprés que M¹ l'Èveſque
cût rendu le dernier foupir.
Il avoit fuccedé à feu M*.
Jean Belin Evefque de Belley ,
qui cftoit auffi de l'Ordre de
Clugny. Il a gouverné fon
Dioceſe avec beaucoup de prudence
& de fageffe pendant environ
25. ans. Il a donné à
GALANT 161
fon Eglife & aux Pauvres tout
ce qu'il a pû leur laiffer ; il legua
au Chapitre de Belley il y
a déja quelques années fa Bibliotheque.
Il a apporté tous
fes foins pour établir dans fa
Ville Epifcopale un Seminaire.
Il voyoit avec regret que Belley
& une autre Ville Epifcopale
du Royaume fuffent les
feules , où il n'y eût point de
Seminaire. Il a uny un Prieuré
qu'il avoit, & qui eftoit le feul
Benefice qu'il eût avec fon Evefché
, à l'Ordre de S. Auguftin
de la Congregation de Sainte
Genevieve , dont il a appellé
Fevrier 1705.
162 MERCURE
quelques Religieux pour gouverner
fon Seminaire . Si cet
établiſſement n'a pas encore eu ,
toute fa perfection , il n'a pas
tenu àfeu M ' l'Evefque de Belley
, qui n'a rien oublié pour
tâcher de couronner le bon
oeuvre qu'il a fi bien commencé.
Il eftoit petit-fils d'André
Dulaurens premier Medecindu
Roy Henry IV. fi celebre
par les ouvrages qui nous reftent
de luy , & qui fut dans
une grande faveur ſous le regne
de ce Monarque. Il avoit
étudié en Medecine à Paris fous
Loüis Duret pendant ſept anGALANT
163
nées , aprés lefquelles ayant été
reçu Docteur , il alla exercer la
Medecine à Carcaſſonne , & de
là il vint à la Cour avec une
Comteffe de Tonnerre , à la recommandation
de laquelle il
fut fait Medecin du Roy par
quartier , & enfuite Profeffeur
Royal à Montpellier contre les
Statuts de l'Ecole. Il obtint
pour cet effet Arreft du Confeil
Privé , qu'il fit enregiſtrer
avec beaucoup de peine à Tou
loufe. Il fut nommé Medecin
de la Reine en 1603. & en
1606. premier Medecin du
Roy. Il mourut le 16. Aouft
Oij
164 MERCURE
de l'an 1609. dans de grands
fentimens de religion . Il avoit
deux freres , Gafpard Archevefque
d'Arles en 1603. c'étoit
un faint Prelat ; il mourut
en 1630. & Honoré Dulaurens
Archevefque d'Ambrun.
Celuy - cy fut premierement
Avocat General au Parlement
de Provence , & comme il avoit
du fçavoir & de la pieté ,
il ſe diſtingua dans les emplois
qu'on luy confia. Il publia en
1586. un excellent traité intitulé
Henoticon , de meſme que
celuy de l'Empereur Zenon, ou
Edit du Roy Henry III . pour
GALANT 165
réünir fes Sujets à l'Eglife Catholique
. Du Laurens eftoit
Catholique zelé ; ce zele luy fit
donner dans les fentimens de
la Ligue ; il fit mefme un voyage
à Rome pour cela , & depuis
il fe trouva en 1590. aux
Eftats affemblez à Paris , & il y
parla avec beaucoup de vehemence
. Quelques années aprés
eftant veuf , & ayant fait fa
paix avec Henry IV. ce Prince
eut la bonté de le nommer à
l'Archevefché d'Ambrun. Il
n'avoit eu de ſa femme , de la
famille d'Ulmo d'Aix , qu'une
fille qu'il maria dans une mai166
MERCURE
fon de qualité. Ainfi , dégagé
de tout ce qui pouvoit l'attacher
à la terre , il ne fongea
qu'à remplir les devoirs d'un
faint Prelat. Il y réüffit bien ,
& il mourut plein de merite le
24. Janvier de l'an 1612. a
Paris , où il avoit fait l'Oraifon
funebre de Marguerite d'Autriche
Epoufe de Philippe III.
Roy d'Eſpagne. La Maifon du
Laurens eft originaire de Provence
. Honoré du Laurens étoit
né à Aix . Cette Maiſon
eft alliée aux meilleures de la
Robe , à celle de Phelypeaux ,
Baltazard , Richebourg , & le
Fevre , &c.
GALANT 167
La Ville de Belley cft prés du
Rhône , elle eft Capitale du
Bugey, elle a Baillage, Election ,
& l'Éveſché cft fuffragant de
Beſançon . On dit qu'il eftoit
autrefois à Nyons dans le pays
de Vaux , & qu'il fuft transferé
à Belley. Cette Ville fut entierement
brûlée en 1385.
Amé VIII . Duc de Savoye la
fit rebâtir & entourer de murailles
avec diverfes tours . L'E
glife Cathedrale eft fous le vocable
de S. Jean Baptiſte ; le
Chapitre a cfté autrefois regulier
fous la regle de S. Auguftin
; il fut fecularifé en 1579.
168 MERCURE
Il eft compofé de quatre dignitez,
fçavoir le Doyen , l'Archidiacre
, l'Archipreftre & le
Primicier & de quelques Perfonnats.
L'Evefque eft Scigneur
temporel
de la Ville.
Audax cft le plus ancien dont
nous ayons connoiſſance ; il viil
a eu d'illuftres
voit en 412.
Succeffeurs
, & entre autres S.
Anthelme
qui avoit étéGeneral
des Chartreux
, & S. Artaut. Il
faut confulter
l'hiftoiredeBreffe
& de Bugey de M' Guichenon
,
& non pas Foderé
& Genan
qui ont bien conté des fables
fur cette Ville . Tornifcus
&
Migetius
h
GALANT 169
Migètius furent les fucceffeurs
d'Audax. Vincent qui fut le
quatriéme Evefque de cette
Ville affifta au Concile de Paris
tenu l'an 5.55. & à celuy de
Lyon de l'an 567. qui fut convoqué
à la pourſuite de Gontran
Roy de Bourgogne. C'eſt
par cet Evefque que M' l'Evef
que de Saluces commence fon
Catalogue des Evefques de Belley
; ainfi on voit qu'il n'a pas
eu connoiffance des trois premiers
ny des vingt- un ſuivans
jufqu'à l'Evefque Adabald . S.
Hippolite Abbé de S. Claude
fut le quatorziéme Evefque de
Fevrier
1705 . P
170 MERCURE
Belley ; il gift en l'Eglife de S.
Claude , il laiffa une grande
pinion de fa fainteté qui fut
confirmée par des miracles. Le
Cartulaire de l'Eglife de Saint
Claude en rend un beau témoignage
. Ponce trente- huitiéme
Evêque de Belley occupoit le
Siege l'an 1091. Il affifta à un
Concile Provincial tenu à Pierle
refcife à Lyon par l'Archevêque
Hugues
. Ponce
ſecond
fut
quarante
- uniéme
Evefque
;
il avoit cfté Comte
de Lyon ,
& il eftoit de l'ancienne
Maifon
de Balmes
, il fit plufieurs
livres . On trouve un bel éloge
GALANT 171
de ce Prelat dans un des trois
premiers Effais de Litterature.
S.Anthelme quarante-feptiéme
Evefque eftoit de la Maiſon de
Chignin en Savoye . S. Arthold
fut le quarante-neuviéme Evéque,
il eftoit Chartreux à Amieres
lorfqu'il fut élû. Jean
Pierre Camus Parifien , celebre
par plufieurs ouvrages fortis
de fa plume , fut le quatrevingt-
troifiéme Evefque , il fut
confacré l'an 1609. en l'Eglife
de Belley par S. François de Sales.
Jean de Paffclaigue ſon
fucceffeur eftoit du Dioceſe de
Bourges , & Vicaire General de
Pij
172 MERCUR
Æ
l'Ordre de Clugny , il a fait de
grands biens à fon Eglife , &
luy en auroit encore fait de
plus grands , s'il n'avoit plû à
la Providence d'en difpofer autrement
, & de permettre l'alienation
des deniers qu'il avoit
deftinez pour fon Eglife.
Le General Barfus eft mort
en Brandebourg , âgé de plus
-de 89. ans . Il s'étoit retiré depuis
quelque temps dans une
de fes Terres pour y prendre
quelque repos : Monfieur l'Electeur
de Brandebourg l'a fort
regretté , & s'eft expliqué en.
parlant de ce General d'une
GALANT 173
maniere qui fait beaucoup
d'honneur à fa memoire : il .
s'étoit avancé par fon merite
& quoy qu'il ne manquaſt pas
de naiffance , il ne devoit fon
élevation qu'à luy feul , & il
étoit monté par degrez au
pofte qu'il occupoit quelque
temps avant fa mort : le General
Barfus avoit efté employé
dans des Negotiations importes
pour le fervice de l'Electeur
fon Maiftre ; & dans la
Guerre que le Roy de Suede
fait depuis quelques années au
Roy Augufte, il avoit travaillé
à pacifier les troupes de Polo-
P
iij
174 MERCURE
gne. Il avoit un coufin de fon
nom qui fit beaucoup parler
de luy dans la derniere
guerre
& qui mourut au fervice du
Prince d'Orange , lorfqu'il
paffa en Angleterre en 1689 .
M' le Comte de Caunits ,
Confeiller d'Etat & Vice- chancelier
de l'Empire. C'étoit un
Miniftre d'une grande experience
& qui étoit au ſervice
de l'Empereur depuis plufieurs
années. Ses avis eftoient d'un
grand poids dans le Confeil
Aulique. Il étoit d'une Maiſon
qualifiée d'Allemagne & qui
avoit efté long-temps au ferGALANT
175
vice des Electeurs de Saxe. Le
Pere de celuy qui donne lieu
à cet article , étoit un des plus
habiles hommes qu'il y cuft en
Allemagne dans le dernier ficcle.
Il avoit des lumieres fur
la politique puifées dans une
longue experience , & le feu
Empereur Ferdinand en faifoit
un cas tres- particulier . Son
pere ayant quitté le ſervice de
I'Electeur de Saxe l'avoit amené
encore tout jeune à Vien
ne ; le Comte de Caunits
avoit de grandes alliances en
Hongrie , il y étoit allié aux
Frangipani , aux Nadafti &
Pij
176 MERCURE
même auxComtes de Serin. Ces
liaifons du fang ne l'empecherent
pas de leur donner des
marques de fa dureté dans les
derniers troubles de Hongrie.
Il auroit pû leur fauver la vie,
mais il voulut fe faire un merite
auprés de l'Empereur de
fon inflexibilité, ou pour mieux
parler , de fa cruauté.
Vous avez oùy parler des
18. Religieux de l'Abbaye de ·
la Trape de l'Ordre de Saint
Bernard , qui ont efté demandez
par Monfieur le Grand
Duc de Tofcane , pour établir
une Maifon de leur ReGALANT
177
forme dans l'Abbaye de Buon
Solaffo , qui eft dans fes Etats ,
& qui luy a efté accordée par
le Pape. Il y a déjà long- temps
que ces Peres font partis de la
Trape avec la permiffion du
Roy, & ils pourfuivent leur
route en édifiant tous ceux qui
les voyent. Un Religieux de la
Trape connu dans le monde
fous le nom du Comte d'Aria
Piemontois de naiffance , &
qui a fait autrefois une grande
figure à la Cour de Savoye , a
efté nomméAbbéde cetteMiffion
: le Frere Arfene,frere aîné
de M' le Marquis de Janſon ,
178 MERCURE
& de M' l'Abbé de Janſon ,
Abbé de Saint Valery , & qui
a porté dans le monde le nom
de Comte de Rofamberg, eft
du nombre des Religieux qui
vont en Italic . C'eft un faint
Religieux dont la ferveur a cfté
ungrandmotif d'édification depuis
qu'il a embraffé cetteregle.
Je vous envoye ce qui eft
tombé entre mes mains au fujet
de ce voyage. Ces Sts Religieux
arriverent à Conflans à
2. licües de cette Ville le 22 .
du mois de Janvier. Ils logerent
dans la Maiſon que Mdu
Seminaire des Bons- Enfans ont
GALANT 179.
en ce lieu. Le 2 3. ils y fe journerent
& Monfieur le Cardinal
de Noailles les y alla vifiter . Ils
enpartirent le 24. & ſe rendirent
en cette Ville où ils logerent
dans la Maifon des Peres de
l'Oratoire de la rue faint Honoré
. Ils y fejournerent le 25 .
& partirent le 26. pour prendre
la route de Lyon.
EXTRAIT
D'une Lettre écrite de l'Abbaye
de Monfieur le Cardinal
de Bouillon à Tournu
à 12.lieuës de Lyon, le
7. Fevrier 1705. par le con180
MERCURE
ducteur des 18. Peres de la
Trape qui vont à Florence.
Γ
Le
La fainte Compagnie eftoit attendue
icy desFeudy, qui étoit le 1
Feudy du mois de Fevrier 1705.
Son Eminence avoit differé la
Benediction du S. Sacrementjufques
à fix heures du foir , en attendant
noftre arrivée avec grande
impatience , fuivant ce que
frere Fandier avoit écrit à M
Serte , fon Majordome.
Son Eminence a reçû cettefainte
Compagnie avec beaucoup dejoye;
il avoit difpofe fa Maifon pour
les recevoir en commençant àenvoyer
coucher fes domestiques hors
GALANT 181
t.
ne
de l'Abbaye , afin de prendre leurs
lits , d'en faire un dortoirpour
cette fainte Compagnie. Je
vous fçaurois exprimer le bon
acceuil la bonne chere , qu'elle
fait à ces Peres , elle les a trai
tez à la maniere de la Trape
ayantfait acheter toute la Vaiffelle
de Terre de toute la ville
n'en ayant pu trouver assez,
elle en envoya chercher dans tous
les Convens. Son Eminence les
ayant fait fervir à fix plats chacun
, & ayant mangé avec eux
fans aucune diftinction de rang..
Son Eminence a toûjours donné
à laver les mains à tous les repas,
182 MERCURE
a affifté aux Prieres de l'Eglife,
quoy qu'elle fuftenrrumée ; &
afait fervir au Refectoire quatre
des premiers Chanoines de fon
Abbaye ; fon Eminence avoitfait
acheter des fabots & des pelles ,
afin que ces Peres s'en ferviffent
à la maniere de la Trape . Elle
leur fit faire l'Office à la maniere
dont ils ont accoutumé de le dire :
aprés la Meffe ils ofterent
toute la neige de la Cour portant
des fabots & fe fervant de pelles
, l'aprés dinée avec les mémes
fabots & pelles , ils ratifferent
toute la neige du Jardin. Son.
Eminence leur fit enfuite chanter
GALANT 183
Vefpres ; & le lendemain , elle
dit lagrande Meffe qui fut chantée
en Plein-chant, & elle Communia
tous les Religieux. Ce
n'eft pas peu d'avoir dix - huit
hommes à ma charge , mais bien
loin de m'en plaindre , je m'en louë
tres-fort , car il n'y en a pas un ,
qui manque à prier Dieu à tout
heurepour moy. Il y en a un dans
cette fainte Compagnie , qui doit
paffer pour un faint , ou il n'y en
aurajamais,puifqu'à tout moment
il s'accufe defes fautes , & demande
une rude penitence pourfe
mortifier , je ne sçaurois vous
exprimer le merite de ce faint
184 MERCURE
Religieux Enfuite eftant arrivez
à Chalons , M' l'Evêque
de Chalons nous retint dans fon
Seminaire , depuis le mercredy
jufqu'au Vendredy ; car la Saône
eftant gelée , nous ne pouvions
allerplus loin. Favois toutes les
peines du monde de faire fervir
en Poiffon dix- huit Peres , & au
defautje leur ay fait manger des
oeufs durs , & du fromage . Enfin
nous avons des Carroffes tout
preftspour allerà Lyon,par où nous
devons poursuivre notre route .
Cesfaints Religieux couchoient en
route dans des draps , & mangeoient
de tout hors de la viande,
GALANT 185
rs
Le fixiéme de ce mois , M
le Grand - Maître , & M's les
Chevaliers de l'Ordre Royal ,
Hofpitalier & Militaire de Nôtre-
Dame de Mont- Carmel ,
& de faint Lazare , cèlebrerent
la fefte de faint Lazare ,
qui avoit eſté remiſe à ce jourlà
, dans l'Eglife de l'Abbaye
de S. Germain des Prez : M
le grand Maître & les Chevaliers
eftoient revêtus de leurs
-
grands Manteaux
l'Eglife
eftoit ornée de riches Tapifferies
& l'Autel eftoit magnifiquement
paré. M' le Grand-
Maître reçût quatre Chevaliers
Fevrier
1705.
R
186 MERCURE
dans l'Ordre , fçavoir M' Jean
Augufte Picot de Dampierre ,
Lieutenant d'un des Vaiffeaux
du Roy, de la Maifon de Dampierre
de Champagne , M
Daniel de Montmorency, Capitaine
de Carabiniers dans le
Regiment duRoy, & M" Jeande
la Rochefoucaut de Magnac &
LouisJofeph de Rochechouart.
Ces deux derniers eftoient
éleves de l'Ordre . Les Maiſons
dont font fortis ces quatre
nouveaux Chevaliers font affez
connuës , fans qu'il ſoit beſoin
d'en dire d'avantage. L'Affemblée
fut nombreuſe & plufieurs
perfonnes de la preGALANT
187
rs
miere qualité de la Cour & de
la Ville s'y trouverent , du
nombre defquelles eftoient
Monfieur le Duc de Bouillon,
& plufieurs Ambaffadeurs &
Miniftres Eſtrangers , anſi que
M' l'Archevêque de Rouen ,
M's les Evêques de Laon , de
Carcaffonne , & de Soiffons
qui affifterent à cette Ceremo
nic. M' le Marquis de Dangeau
, Grand Maître , & une
partie des Chevaliers dînerent
avec les Religieux de l'Abbaye
dans leur Refectoire , & Monfieur
le Cardinal d'Eftrées, qui
avoit vû incognito la Cere
Q ij
188 MERCURE
monie , voulut bicn y dîner
IS
auffi avec Monfieur le Marefchab
de Coeuvres , & M
l'Abbé d'Eftrées , fes Neveux.
La feſte de S. Lazare , qui
ne fut celebrée Mrs les
par
Chevaliers de cet Ordre que
de 6. de ce mois arrive au mois
de Decembre , mais comme
on travailloit au Maiftre Autel
de l'Abbaye où la Ceremonie
s'eft faite , on ne la feftée que
dans le temps que je viens de
vous marquer. Voicy en quoy
confifte le travail de cet Autel.
On a fait une contre table
d'Autel , dont l'ordonnance
GALANT 189
eft tout à fait belle . Le plan
eft en ovale , fur lequel
eſt établi un focq de Marbre
au rez de chauffée. Au
deffus de ce focq eft pofé un
corps de pied- deftal , lequel
pied-deſtal regne fur les deux
côtez. Sur le devant eft le corps
de l'Autel , qui a dix pieds de
largeur , & par derrière , entre
fes pieds-deftaux , eſt un
petit Autel , dans lequel eft
enchaffé le Tombeau de Pierre
de faint Germain , Patron de
l'Abbaye , que l'on voit fous
cet Autel au travers d'unc
grille dorée. Au deffus du
,
190 MERCURE
corps des pieds- deftaux font fix
Bafes de matiere dure trois de
chaque côté , dorées & ornées
d'Architecture
, fur lefquelles
font pofées fix grandes
Colomnes
de douze pieds de haut,
d'unmarbre
extraordinaire
, qui
fait l'admiration
de tout Paris.
Elles ont efté aportées
d'Afrique
de la Ville de Lebeda , ou
Leptis-magna, où elles fervoient
à un bel édifice que l'Empereur
Severe avoit fait bâtir en
cette Ville-là, où il avoit pris
naiffance. Sur ces Colomnes
font pofez des Chapiteaux
do
rez de même matiere & de mê
GALANT 191
me ordre que les Bafes , ils font
ornez de rouleaux de feuilles,
& tres-delicatement travaillez.
Au deffus de ces Chapiteaux
eft pofée la Corniche qui eft
architravée , ornée d'Architecture
, de Modillon , de Rofes
, & le couronnement de
cet ouvrage eft un baldaquin ,
dont les courbes font contournez
d'une maniere agreable &
douce , & ornez d'Architecture
, & de feuillages . Cet Autel
a cfté fait dans le deffein de
placer en un lieu magnifique
le Chaffe de S. Germain , qui
eft une des plus belles de Fran192
MERURE
"
ce , & pour ce fujet , on a
placé entre les fix Colomnes
deuxgrandes confoles de marbre
blanc vêné de quatre à cinq
pieds de hauteur , fur lefquelles
font deux Anges dorez à
genoux , qui tiennent de leurs
mains la Chaffe en l'air , qui
remplit le vuide qui eft entre
les Colomnes. On voit fur le
devant un grand Ange de metal
doré , tout en l'air , qui
tient le S. Sacrement fufpendu
fous unepetite cuftode .Toutes
ces parties ramaffées enſemble
compofent tout le corps de
l'Autel, & font un effet merveilleux.
Vous
GALANT 193
Vous ferez furpriſe d'apprendre
que cet Autel eft fait
aux dépens des Religieux de
cette Abbaye, dont on ne peut
trop louer le zele .
M' le Marquis Sforza Marefcotti
, neveu du Cardinal
de ce nom , & Gentilhomme
Romain époufé la fille de
M' Lelio Falconieri. La Maifon
Marefcotti eft connue depuis
plufieurs fiecles dans l'Etat
Ecclefiaftique. Elle a donné
plufieurs Cardinaux au Sacré
College , & des Officiers
generaux aux Armées des Souverains
Pontifes. Au fiege de
Fevrier 1705 . R
194 MERCURE
Rome fait
par le Conneftable
de Bourbon , qui y fut tué ,
un Comte Marefcotti avoit
un des principaux Commandemens
dans cette grande Ville
, & donna en cette ocafion
des marques frequentes de fa
valeur. Le Pape Clement VII .
qui fut fauve par ſa fidelité
& par fa prudence luy donna
de grandes recompenfes , &
le fit Chevalier Romain. Monfieur
le Cardinal Marefcotti
à préfent vivant , cft un Pre- :
lat plein de merite , & qui a
de grandes lumieres . Le Pape
qui regne aujourd'huy l'a emGALANT
195
ployé en diverfesNegociations
importantes. M' le Marquis
Mareſcotti qui donne lieu à
cet article a fait quelques
Campagnes , où il a paru en
perfonne de fon rang & de
fa diftinction. La Demoifelle
qu'il a époufée joint aux agrémens
de fa perfonne , une
naiffance confiderable . Elle eft
alliée aux meilleures Maiſons
de Rome, & la frenne a donné
quantité de Prelats à cette
Cour . Cette Demoiſelle a efté
élevée avec de grands foins
& elle fçait plufieurs langues.
Rij
196 MERCURE
qui Mlle de
Grancey
vient d'époufer M' le Marquis
de Flavacourt
, eft fille de
M™ François Benedict de Rouxel
de Medavy , Marquis de
Grancey , premier Chef d'Eſcadre
des Armées navales de
Sa Majefté , & nommé Lieute
nant General. Il avoit fervy fur
terre avant que de fervir fur
mer ; il s'eftoit diſtingué en
Hongrie au Combat du Raab
à la tefte du Regiment de Grancey
qu'il commandoit
. Il paffa
fur fon bord pendant le fiege
de Candie le fecours que le Roi
y envoya fous les ordres de
GALANT 197
Monfieur le Maréchal de Navailles
, & mit pied à terre avec
fon Regiment, que le Roy luy
avoit confervé , quoiqu'il fervît
dans la Marine . En 1673. il
fe diftingua au Combat qui
fut donné dans la Manche , &
merita d'eftre fait Chef d'Efcadrefurnumeraire.
Il arrefta les
progrez des Hollandois dans la
Martinique, & avec deux Vaiffeaux
feulement il en battit
cinq ; il commanda au fiege de
Tabago les troupes de terre
fous les ordres de Monfieur le
Maréchal d'Eſtrées , & il trouva
le moyen d'y mettre du ca-
R
iij
198 MERCURE
non en batterie , qui contribua
à la priſe de cette Place. Il ramena
les débris de la Flotte qui
fe perdit à l'Ille Dane , & fit
une fi longue marche dans
l'eau pour gagner les terres ,
qu'elle luy caufa une fievre
lente qui le fit languir pendant
deux ans , fans qu'il quittât le
d'attention à
quafervice.
Son peu
fa guérifon le fit tomber dans
une éthifie , & à l'âge de
rante-cinq ans il devint poulmonique
par un rhume qu'il
gagna , pour avoir efté trop
long- temps dans l'eau . Il mourut
en 1679. le 9 , de SeptemGALANT
199
bre , ayant cfté nommé Lieutenant
General le 4. du même
mois. Il eftoit le fecond
fils de Jacques de Rouxel de
Mcdavy Comte de Grancey ,
Maréchal de France , & de Catherine
de Monchy d'Hoquincourt
foeur du Maréchal de ce
nom . Il avoit époufé Saine
Edmée de Rabo lange , de la
branche aînée & une des heritieres
de ce nom , qui luy donne
les alliances des Maifons de
Laval , d'Angennes & de Grandes
Mares .
Le nom de M' le Marquis
de Flavacourt eft de Fouilleufe.
R iiij
200 MERCURE
Il eſt de la branche aînée, qui eft
l'une des anciennes Maifons de
Picardie. Ceux de cette Maifon
ont fervy l'Eftat dans les
premieres Charges du Royaume
, & depuis cinq races ils
ont la Lieutenance de Roy au
Gouvernement
de Normandie
, Département du Vexin.
M' de Flavacourt , dont le furnom
eft Michel , eft fils de
Charles de Foüilleufe Lieutenant
de Roy au Gouvernement
de Normandie , & Grand
Bailly de Gifors . Ce Michel
eft le cinquième de la famille ,
qui poffede les mêmes Charges ;
GALANT 201
il eft prefentement Capitaine
aux Gardes , & eft allié par fes
grandes-meres aux Maifons de
Rohan , de Guemené , deVordes
, de Mornay & autres des
plus confiderables du Royaume.
M' le Marquis de Flavacourt
a un frere dans le Seminaire
de S. Magloire , qui y
remplit les devoirs de fon cftat
avec beaucoup d'édification .
Je ne vous dis rien de Mlle
de Grancey , dont le mariage
fait le fujet de cet article . Il
n'y a point de doute qu'elle ne
faffe briller le merite, l'efprit &
la vertu qui fe font toûjours
202
MERCURE
C
fait diftinguer dans celles qui
ont porté ce nom .
M'l'Abbé
de Grancey premier
Aumônier de S. A. R.
Monfieur le Duc d'Orleans ,
alla preſenter au Roy le contrat
de mariage de Mª de · Flavacourt
afin que Sa Majesté
fift l'honneur aux Epoux de figner
ce contrat ; il fut reçu du
Roy avec tout l'agrément imaginable.
Je vous ay fouvent
parlé de cet Abbé , qui pendant
plufieurs Sieges a expofé
fa vie aux perils les plus évidens ,
pour exhorter à la mort les
Soldats bleffez & mourans, &
GALANT 203
qui a fait voir en ces occafions
non feulement une pieté folide
, mais auffi toute l'intrepidité
qui eft ordinaire à ceux de
fa Maiſon.
La fituation des affaires prefentes
d'Italie demandant à Venifeun
Ambaffadeur de France,
éclairé , penetrant , prudent &
fage, Ml'Abbé de Pomponne
qui avoit efté nommé il y a
déja quelque temps à cette
Abaflade, eft party pour en
remplir les fonctions. Quoique
cet Abbé n'ait point encore
efté employé dans les Negociations
, on peut dire qu'il
204 MERCURE
en a fuccé l'efprit avec le lait ,
puifqu'il eft fils d'un homme
qui a confommé toute fa vie
dans les Ambaffades & dans le
Miniftere. Ainfi pour peu que
cet Abbé fe foit attaché à l'entendre
parler , & qu'il marche
fur fes traces , il n'y a point à
douter qu'il ne devienne dans
peu capable de remplir les plus
grand poftes du Miniftere auquel
on l'emploïc. D'ailleurs
cet Abbé ayant reçu fes inftructions
de M le Marquis
de Torcy , dont il eſt beaufrere
, il eft hors de doute qu'il
réüffira en tout , pourvû qu'il
GALANT 205
ne s'en écarte point. Il m'eſt
impoffible de parler de M' de
Torcy , fans vous dire que
quoique l'emploi de ce Miniſ
tre ne doive pas luy donner
lieu de fe faire toujours aimer
de tous les Eftrangers , il ne
laiffe pas de l'eftre de tous ceux
qui aiment la Juſtice , & qu'il
n'y en a aucun qui puiffe luy
refuſer ſon eſtime. Ce que je
vous dis n'eft point une loüange
, mais unfait generalement
reconnu. Jamais Miniftre n'a
paru plus doux , & plus honneſte
, & n'a eu l'accueil plus
gracieux. Enfin ceux qui en
206 MERCURE
fortant d'avec luy n'ont pas
lieu d'être contents de fes réponfes
, le font toujours de la
maniere dont ils leur parle , &
ceux qui les voient fans fçavoir
ce qui fe vient de paffer
croient qu'ils en fortent fort
contens . Auffi peut - on dire
que jamais Miniftre n'a mieux
entré dans les manieres obligeantes
du Prince , dont il reçoit
& dont il execute les ordres
.
Dans l'article de M d'Aubigné
, qui eſtoit dans ma derniere
lettre , je dis que Jean
d'Aubigné eftoit perc.de ConGALANT
207
e
ftant , & il en eftoit ayeul.
Agrippa mort à Geneve , eftoit
fils de Jean & pere de Conftant.
C'eft Agrippa qui a écrit
l'Hiftoire univerfelle en
trois Volumes. Le 3. eft rare
& a cfté imprimé à Loudun; ces
trois Volumes font dans la Bibliotheque
de M' Delpech , à
Paris . Cet Agrippa a pris foin
de compofer luy mefme fa vie,
dont il y a icy un manufcrit
efcrit de fa main. C'eft une
piece curieufe. La branche
aifnée ne poffede point de terres
en Poitu , comme je l'ayr
marqué , mais elle en a de
208 MERCURE
confiderables en Anjou.
Je vous envoye un Madrigal
de M' Moreau de Mautour,
Auditeur des Comptes. Il a été
fait fur la devife de l'année du
Jetton de la Marine 1704.cette
deviſe qui eft au revers du
portrait de S. A. S. Monfieur
le Comte de Toulouſe
, & qui
a été faite au fujet du dernier
combat naval , reprefente une
Aigle tenant la foudre de Jupiter
dans fes ferres , au deffus
d'une mer où l'on voit des vaif
feaux brifez , aux ces mois . Pe-
·lago fenfere tonantem .
GALANT 209
MADRIGAL .
Où font-ils ces Audacieux
Qui couvroient les deux Mers de
leur voiles nombreuſes ,
Et femblaientmenacer , & la Terre
& les Cieux ?
De nos armes victorieuſes ,
Ils n'ont que trop fenty les redoutables
coups :
Tant de vaiſſeaux armexflattoiens
Leur efperance ,
Ils croyoient ébranler & l'Espagne
& la France,
Louis a bravéleur couronx,
Sa foudre parmon bras les a diffipé
tons.
Fevrier
1705.
$
210 MERCURE
Les Vers qui fuivent regardent
encorc ce Prince .
Quel illuftre Heros fepréſente à mes
yeux ?
Combien de charmes l'environnent
!
Que de lauriers qui le couronnent!
C'est fans doute quelqu'un des
Dieux.
Cruels Tyrans des Eaux evitez.ſa
prefence ?
La mer calme pour lay s'irrita contre
vous
Il vous a fait fentir une fois fa
vaillance
Craignez à l'avenir d'éprouver fon
courroux.
GALANT 211
२
Jupiter luy remet fa fondre ;
Neptune Empire des Eaux.
Retirez vous trop indignes rivaux
N'attendezpas qu'il vous réduife en
poudre ?
Quel prodigieux changement !
Ceux que jufqu'à ce jour on a craint
dans le monde ;
Comme les feuls maitres de l'onde ,
Devant nôtre Heros fuyent en un
moment.
De toutesfes frayeurs Eſpagne eft
delivrée ,
Philippe ne craint plus les projets
de Anglois
Et dans cet heureux jour la France
C
raffurée,
Sur l'une & l'autre mer va redonner
des loix.
S ij
212 MERCURE
Je vous envoye un Air nouveau
, dont voicy les paroles.
AIR SPIRITUEL.
Que mon état eft déplorable ,
Qu'il eft digne de mes ennuis :
Infirme, revolté, malheureux &
coupable ,
Seigneur , voilà ce quejefuis.
Le Madrigal fuivant a efté fait
par un homme qu'une jolie
Veuve cherchoit à décrier, par.
ce qu'il luy avoit montré une
lettre de fon Amant .
MADRIGAL.
Pourpunir un Audacieux;
Qui vous a découvert un Secret qui
vous touches
弱
ே
3
2
nuis .
39
pabl
GALANT 213
Qu'eft - il befoin , Philis , des traits
de voftre bouche,
Quand vous pouvez tout par
vosyeux?
Entre les merveilleures Cures
de plufieurs & differents maux ,
faites par M' le Baron d'Almerigo,
feul Inventeur du nouveau
fecret de guerir prefque
toutes fortes de maladies de la
maniere donc vous verrez dans
la fuite de cet Article , la gueri
fon de M' Girin, Maiſtre d'Hô
tel de Madame la Marquife de
Virieu , qui demeure ruë Vantadour
à la Butte S. Roch , eft
fi furprenante qu'elle a attiré
214 MAR CURE
l'étonnement des perfonnes les
plus incredules . M' Girinayant
tout d'un coup eſté attaqué de
la Goutte Podagre aux pieds
& aux genoux , de la Goutte
fiatique à la Cuiffe droite laquelle
ayant perdu ſa nourriture
, eftoit devenue plus menuë
que le bras & la jambe
n'aïant que la peau fur les os, de
la gravelle dans les reins , &
d'un Rhumatifme dans les
bras , avec des douleurs fi violentes
que ne pouvant fouffrir
pendant trois mois d'eftre remué
, l'on ne pût faire fon lit
que deux fois , & aprés avoir
GALANT 215
gardé le lit pendant plus de fix
mois , ayant perdu toute efperance
de jamais marcher ; M
Girin , dis - je , s'eftant mis entre
les mains deM' d'Almerigo,
ce dernier a fi bien travaillé à fa
guerifon , fans l'application ni
l'ufage d'aucun remede , mais
feulement par le mélange de
l'urine du Malade avec une petite
quantité d'un remede fympatique
, que depuis la S. Jean ,
ainfi que M' Girin me l'a dit
luy mefme, il marche, & vaque .
à fes affaires , au lieu que pendant
les années précedentes il
216 MERCURE
fouffroit & paffoit l'hyver dans
fon lit.
M d'Almerigo donne le Catalogue
de tous les maux qu'il
guerit par fon remede ſymphatique.
Il demeure à Paris rue
neuve des petits Champs, vis - àvis
de l'Hôtel de l'Anglée,chez
un Perruquier , au premier Appartement.
On le trouve tous
les jours depuis 8. heures du
matin juſques à
Je ne vous aurois pas parlé
de cet article , fi les guerifons
par des remedes fympatiques
cftoient nouvelles ? La guerifon
des playes par la Poudre
IO.
de
GALANT 257
de Sympatic , n'eft aujourd'huy
inconnue à perſonne.
Son effet eft tout contraire à
celuy de la guerifon par la trans
fufion du fang. Car au lieu que
par la transfufion du fang , les
corpufcules morbifiques paffent
du malade dans l'animal ;au
contraire les corpufcules balfamiques
qui font dans le vitriol
dont on fait la Poudre de Sympatie
, paffent dans la playe du
malade. Mais enfin , l'une &
l'autre guerifon fe fait par
écoulemens des corpufcules, en
quoy confifte le mechanifme
occulte de la nature dans fes
T Fevrier
1705:
les
258 MERCURE
operations merveilleufes . On
ne peut rien fouhaitter de plus
curieux que ce que nous en
avons dans un excellent difcours
que le Chevalier d'Igby,
Anglois , prononça publiquement
devant l'Univerfité de
Montpellier , où il s'étoit retiré
pendant le Regne de Cromvvel.
On peut dire qu'il eft un
de ceux qui ont le plus contribué
à faire reconnoître la Philofophie
corpufculaire , dont
on avoit alors prefque perdu
l'idée. Voicy comme il apprend
à préparer cette merveilleufe
Poudre.
GALANT 259
On prend telle quantité que
l'on veut de vitriol romain ,vers
la fin de Juillet , ou vers le com →
mencement d'Aouft .
On fait diffoudre ce vitriol
dans de l'eau , celle de pluye eft
la meilleure ; aprés cela , on
filtre cette cau avec du papier
brouillard , on met cette eau
fur un peu de feu , afin qu'elle
s'évapore , & qu'on trouve au
fond du verre, le matin fuivant,
le vitriol en petites pierres d'un
tres-beau verd , qu'on expofe
au Soleil , afin qu'il s'y calcine.
On fait cette diffolution , fil
tration , coagulation , & calci-
Tij
260 MERCURE
nation trois fois , afin de rendre
la ſubſtance du vitriol plus
pure & plus homogene . Aprés
cela on expofe le tout aux rayons
du Soleil , afin que le vitriol
acheve de fe calciner , & de
blanchir parfaitement. Voila
ce qu'on appelle la Poudre de
Sympatie fimple : quand on la
veut composée , on y ajoûte
moitié de gomme Tragacante
ou Arabique , miſe en poudre
preſque impalpable. On garde
cette Poudre dans une petite
fiole de verre en un lieu bien
fec , parce que la moindre humidité
remettroit la Poudre en
GALANT 261
vitriol . Il y a des Curieux qui
employent ce vitriol comme il
vient de chez le Droguiſte , &
ils ne s'en trouvent pas mal.
Cette Poudre arrête les pertes
de fang , appaiſe la douleur des
dents , & diminuë extrêmement
toutes fortes de douleurs
en quelque endroit du corps
que ce foit. Le Pere Lana , Jefuite
, tres -habile Philofophe ,
ainfi qu'il paroît par ſon Ouvrage,
intitulé, Magifterium natura
& artis , dit qu'il s'eft fervi
fouvent avec fuccés de la Poudre
de Sympatie qu'il n'y a
dans fa préparation , telle que
T iij
262 MERCURE
je la viens de décrire , aucune
fuperftition , & encore moins
aucun pacte avec le Démon,
On peut voir là-deffus , Lana
de motu tranfpirat. lib. 2. artifici.
11.
11. Il faut auffi confulter Ba
con , & fur tout l'Hiftoire na
turelle d'Ulyffe Aldroüand en
13. volumes. Polydore Virgile
De rebus inventis & de perditis .
La Phyfique occulte qui explique
les phenomenes les plus cachez de
la nature , par M.L. L. de Val
lemont , Prêtre & Docteur en
Theologie , imprimée en 1693 .
Tous ces Traittez feront voir
que quand on prépare la Pou»
GALANT 263
dre de Sympatie , ce n'eft point
par le moyen de la fuperſtition,
comme l'ont crûquelquesigno
rans , mais uniquement par des
caufes & des principes tres- naturels.
Voicy encore quelques articles
des morts .
Madame la Princeffe Ame
lie Charlotte d'Honover, épou
fe de Monfieur l'Electeur de
Brandebourg , eft morte à Hanover
, où elle étoit allée dans
le deffein d'y paffer le Carna
val . Frederic , Duc & Electeur
Brandebourg , avoit épousé de
rcs
en 1 nôces , en 1672. Eli
Tiiij
264 MERCURE
1
zabeth Henriette, fille de Guillaume
Landgrave de Heffe- Caf
fel , & de Heudvvige Sophie ,
Soeur de l'Electeur Frederic
Guillaume fon Pere. Il n'en cut
qu'une fille , qui a épousé depuis
quelques années le Prince
Hereditaire de Heffe Caffel . En
1685. il époufa la Princeffe
qui vient de mourir , & quiac
coucha en 1693. du Prince Electoral
, qui eft le feul enfant
qu'elle ait cuë. Cette Princeffe
eft morte âgée d'un peu plus de
ans . Elle aimoit les Gens
de Lettres ; & étant à la Haye
avec Monfieur l'Electeur fon
35.
GALANT 265
Epoux , il y a quelques années,
elle voulut voir Mr Bayle,dont
l'Electeur d'Hanover fon frere
luy avoit fort parlé. Ce fçavant
homme eut lieu d'être fatisfait
de l'honeur qu'il reçût de cette
Princeffe : elle étoit fille unique
du Duc d'Hanover. La Maifon
de Brunfvvic , dont celle d'Hanover
eſt une Branche,reconoît
pour fon Chef, Azo d'Eſt, Marquis
de Tofcane , qui vivoit
dans le onzième fiécle : il fuivit
l'Empereur Conrad II. en
Allemagne , où il époufa Cu
negonde , foeur de Guelphe III.
de la famille des anciens Guel
266 MERCURE
phes , dont on affure qu'il fut
le dernier. Azo eut de ce maria
ge , Guelphe d'Eft , 1ª de ce
nom , furnommé le Robuste ,
qui époufa Judith fille de Baudoüin
V. dit de l'Ille, Comte de
de Flandres , & alors veuve de
Joftic , Comte de Kent , ftere
d'Harold Roy d'Angleterre .
L'Empereur Henry qui connoiffoit
la fidelité de Guelphe ,
l'inveftit en 1071. de la Bavierc
, aprés avoir condamné
& chaffe Othon , qui en étoir
Duc.Guelphe mouruten 1101
en allant à la Terre fainte. C'eft
de luy que defcend toute la
GALANT 267
Maifon de Brunfvvic . La Cour
deBrandebourg a fait une grande
perte par la mort de fa Sou¬
veraine. Elle aimoit non fculement
les Gens de Lettres & de
mérite , ainfi que je viens de
vous le marquer , mais elle étoit
ttes -magnifique en toutes cho
fes , & vivoit en Reine . Ceux
qui excclloient dans les beaux
Arts étoient bien venus auprés
de cette Princeffe , qui avoit du
goût pour tous leurs Ouvrages,
& qui faifoit reffentir des effets
de fa magnificence & de fa liberalité
à ceux qui étoient diſtinguez
par un vray mérite , &
268 MERCURE
gequi
avoient l'honneur de l'ap
procher. Quoique fon ame fuft
naturellement portée à la
nerofité , les exemples qu'elle
en voyoit tous les jours dans le
Prince fon Epoux , l'animoient
encore à foûtenir avec plus d'éclat
cette vertu Roïale .
Mre Nicolas Camus , Chevalier
, Seigneur de Poncarré ,
Confeiller du Roy en tous fes
Confeils , & d'Honneur en tous
fesParlemens :fa place a été don
née à Mr le Rebours Confeiller
en la cinquiéme Chambre des
Enquêtes du Parlement de Paris.
Mr le Rebours eft Oncle
GALANT 269
de M° de Chamillart : il paffe
pour unparfaitement honnefte
homme , & a acquis beaucoup
d'eftime dans l'exercice de fa
Charge. Je vous ay parlé plufieurs
fois de fa Maiſon , qui eft
ancienne dans le Parlement . Mr
de Poncarré laiffe de feuë Dame
N... Durand , fille de feu
Me N ... Durand M° des
Comptes , & d'une tres -ancienne
famille du Parlement, Mr le
premier Prefident du Parlement
de Rouen : Mr Durand ,
qui a pris le nom de Durand ,
ainfi qu'il lui a été ordonné par
le Teftament de fa mere , & M
270 MERCURE
de Saron , femme de Mr Bochart
de Saron Confeiller au
Parlement. Mr de Poncarré
étoit heritier de la Maifon de
la Marguerie , qui a donné
des Confeillers d'Etat , & un
Premier Prefident au Parlement
d'Aix. Antoine Camus
, Chevalier , Marquis de
Millebois , Prefident à Mortier
au Parlement de Paris , a
fait beaucoup d'honneur à ce
nom : il ne laiffa qu'une fille
mariée en premieres nôces à
Claude Depinart Gentilhomme
de la Chambre du Roy,premier
Baron de Valois , & MarGALANT
271
quis de Comblefi , & en deuxiémes,
à Mre François Chrif
tofle de Levi , Duc de Danville
, Gouverneur du Limofin ,
& Capitaine de Fontainebleau,
Elle n'a point laiffé d'enfans de
ce fecond mariage. La Maiſon
de Camus a plufieurs branches :
il y en a 4. ou 5. dans le Lyonnois
& le Dauphiné. Feu l'Evê
que de Belley Pierre Camus ,
qui a fait un fi grand nombre
d'Ouvrages , & qui quitta fon
Evefché par un principe d'humilité
, pour venir confacrer le
refte de fes jours au fervice des
pauvres dans l'Hôpital des In272
MERCURE
1
curables où il eft mort , & eft
enterré , étoit de cette Maiſon.
Mr le premier Prefident de
Rouen avoit épousé en premieres
nôces , Dame N ... le Boulanger
, fille du Preſident de ce
nom ; & en fecondes , Dame
N ... de Bragelogne , d'une
maifon fort confiderable en
cette Ville , & fort illuftrée . :
M' de Coqfontaine Lieutenant
Colonel du Dauphin
étranger eft mort d'Apoplexic.
Il avoit fervi pendant une
grande partiede fa vie. Il avoit
herité de fon pere & de fon
grand pere l'inclination pour
les
GALANT 273
,
les armes. Ce dernier les avoit
portées avec beaucoup de diftinction
fous le feu Roy Louis
XIII. & Monfieur le Cardinal
de Richelieu l'employa avec
fuccés à la guere de laValteline .
Celuy qui vient de mourir avoit
cu pour recompenfe de fes
fervices le Gouvernement
d'Obernheim en Alface , & un
Fief de 1200. livres de revenu
qui y avoit efté uni. L'un &
F'autre ont efté donnez a M'de
Bruchfal , Aide-major des Gardes
du Corps , qui fert dans
cet Illuftre Corps depuis plu
fieurs années avec une grande
Fevrier 1705. V
274 MBRCURE
diftinction.
re
Mr André Annibal Rouil
let fieur de Beauchamps , cy
devant Secretaire du Confeil
d'Etat, Direction & Finances de
Sa Majefté . Il eftoit generale
ment eftimé de tous ceuxqui le
connoiffoient . Il avoit dans l'exercice
de fa Charge beaucoup
de vigilance & d'exactitude.
L'Academie Françoife avoit
fait une grande perte en la
perfonne de M' Pavillon , dont
je vous appris la mort le mois
paffé , & elle a cfté avantageufement
reparée par le choix
que cette Compagnie a fait en
GALANT 275
nommant pour remplir fa
place , M' l'Evefque de Soif
fons , qui joint à l'éclat de fa
naiffance , & à beaucoup d'é
rudition , toutes les qualitez
qui font à fouhaiter dans un
Grand Brelat. J'attens à vous
en dire d'avantage , qu'il ait
pris feance dans ce Corps.
M Pavillon cftoit auffi pen .
fionnaire de l'Academie des
Infcriptions , & des Medailles,
& cette place a efté donnée a
un tres-digne fujet . C'eft Mi
de la Marque Tilladet , dont
la famille elt tres- diftinguée
& qui a merité les graces du
Vij
276 MERCURE
Roy par fon extreme applica
tion à tout ce qui regarde les
avantages de cetteCompagnie,
dans laquelle il y a eu en mê
me temps deux places d'Affociez
à remplir. L'une a efte
donnée à M. Moreau de Mautour
, Auditeur de la Cham
bre des Comptes de Paris.Vous
fçavez qu'il a beaucoup d'ácquis
dans les belles Lettres ,
& qu'il joint à la connoiffance
des Medailles , un heureux talent
pour la Poëfie. Il eftoit déja
membre de l'Academie des
Inſcriptions , ainſi que M Simon
qu'on y voit briller beauGALANT
277
coup, & qui eft monté à l'au
tre place d'Affocié.
Le changement
a efté encore
plus grand pour les places
des éleves , & il y en a eu quatre
à remplir. La premiere demeu
rée vacante par la mort de Må
Duché , fut donnée dés l'autre
mois à MDanché
, qui a fait
connoiftre fon nom par divers
Ouvrages . Ceux qui ont eu les
trois autres font M' de Bofe ,
dont il a paru des differtations
fur les Medailles
qui luy ont
acquis beaucoup d'eftime ; M.
l'Abbé Mafficu , tres bon
Orateur , qui poffede la langue
7
278 MERCURE
Latiné , & la lange Grecque
auffi parfaitement que la Françoife
, & M Vallois . On affure
qu'il eft digne de fon nom ,
& c'est beaucoup dire , puifque
feu M' Vallois fon Pere ,
& M'Vallois fon Oncle, l'ont
rendu très -illuftre parmy les
fçavans.
Monfeigneur le Dauphin
donnale Lundy 16. de ce mois
un Bal , où tous les Mafques
devoient entrer c'eft-à- dire
autant de perfonnes mafquées
que les lieux où l'on donnoit le
Bal pouvoient en contenir. Jel
ne vous dis rien de la maniere
GALANT 279
dont eftoient ornez les lieux
où l'on dança. Vous connoiffez
la magnificence & le bon
gout de Monfeigneur , &vous
vous en imaginerez plus que je
ne pourrois vous en dire. La
Collation eftoit dreffée dans
la Salle de Gardes de ce Prince.
Elle confiftoit en 60. grandes
Corbeilles qu'il auroit fallu
plus de 60. hommes pour
porter , fi elles avoient pûpénetrer
dans tous les lieux ou
elles devoient eſtre portées. Il
y avoit outre cela une tresgrande
quantité de toutes fortes
de rafraichiffemens qui oc280
MERCURE
&
cupoient encore un tres-grand
nombre de perfonnes , & rien
n'eftoit plus beau à voir que le
mélange des fleurs , des fruits,
des confitures feiches & des
autres chofes qui entrent dans
les Collations & qui formoient
celle dont je vous parle. Il fe
trouva à ce Bal une fi prodigieufe
quantité de Mafques
tant de Verſailles que de Paris ,
qu'on peut dire que de cent
Mafques , à peine un feul au
roit-il pu entrer à ce Bal fi pendant
prés de fix heures qu'il
dura , plufieurs mafques aprés
avoir demeuré quelque temps
dans
GALANT 281
dans l'Affemblée n'eftoient
fortispour
faire
place à d'autres.
La Cour
de France
eft G
nombreuſe
& Paris
eft fi rempli
de perfonnes
qui aiment
le
plaifir
, & qui fe trouvent
en
eftat
de le gouter
, que quand
tous
les Appartemens
, la Galerie
& les Salons
de Verfailles
auroient
efté ouverts
aux maf
ques
, tant
de lieux
differents
& fi fpacieux
n'auroient
pû
les contenir
à la fois.
Madame la Ducheffe de
Bourgogne voulant fe donner
le
divertiffement
que prennent
ceux qui vont incognito , dans
Fevrier 1705
. X
282 MERCURE
les Affemblées , y alla mafquée
avec une Andrienne &
Madame la Ducheffe d'Or+
leans avec un habit pareil à
ceux avec lefquels la Reine
Gatherine de Medicis eft re
prefenté dans les portraits que
nous avons de cette Princeffe .
Comme cet habit peut eſtre
orné de beaucoup de pierreries
, & que celuy de Madame
la Ducheffe d'Orleans en eftoit
tout rempli , cet habit parut
d'une grande richeffe & de la
plus éblouiffante magnificence.
Plufieurs Volumes ne me fuffiroient
pas , fi je voulois vous
GALANT 283
parler de la richeffer, de la ga+
lanterie , de la bizarrerie & enfin
de la varieté des habits de
tous les mafques qui fe trou
verent à ce Bal . Il ny a que la
France qui puiffe faire voir
une fi grande affluence , à la
fois , de tant de perfonnes pa
rées , & tant de richeffes en
même temps , les broderiés
& les eftoffes d'Or & d'Argent
pour des habits faits exprés
n'ayant point efté épargnées,
Je ne dis rien des pierreries :
con fçait que la France en eft
remplie & que tous les Eftats
du monde n'en pouroient pas
+
Xij
284 MERCURE
fournir au tant qu'il s'en trou
ve ence Royaume . Tant d'agréable
varieté & tant de richeffes
attirerent moins les
yeux pendant le Bal , que
les manieres de Monfei
gneur le Dauphin, qui n'eftant
point maſqué, afin devoir plus .
aifement ce qui fe paffoit , &
de donner à tous ceux qui ve
noient à fon Bal le plaifir de
le voir s'embloit fans defcendre
du rang que fa naiffance
l'oblige de garder ,
avoir la
bonte de s'intereffer à tout ce
qui fe paffoit . Auffi d'un coup
d'oeil ce Prince fembloit - il
GALANT 285
fouvent empefcher le deforla
grande confufion
dre
que
eftoit
fur
le
point
de
faire
naiftre
. Ce
que
je
dis
icy
n'eſt
point
de
moy
&
jen'ay
point
imaginé
qu'il
devoit
eſtre
ainfi
fur
les
bontez
de
ce
Prince
qui
me
font
connues
. Je
dois
rendre
juftice
à ceux
à qui
elle
eft
due
.
Cette
remarque
eft
de
Monfieur
l'Ambaffadeur
d'Ef
pagne
qui
dit
aprés
le
Bal
, que
pendant
qu'il
eftoit
attentif
aux
bontez
&
aux
manieres
gracieufes
de
Monfeigneur
le
Dauphin
, il ne
pouvoit
s'em-
Xij
286 MERCURE
pefcher de faire reflexion fur
le bonheur de la France , qui
eftoit gouvernée , de l'aveu de
toutes les Nations amies & ennemies,
par le plus grand Prince
du monde , & qui avoit un
fils qui l'imitoit parfaitement.
Monfeigneur reconnut Ma
dame la Ducheffe d'Albe , &
ce Prince eut une attention
toute particuliere pour faire
placer cette Ducheffe . Elle
eftoit habillée de la maniere
dont les Dames du Palais de
Madrid fe prefentent à la
Reine d'Efpagne , & excepté
le mafque , fon habit ne difGALANT
287
feroit en rien de celuy qu'elle
auroit cû , fi elle avoit cfté à
Madrid & qu'elle cuft efté
faire fa Cour . Cet habillement
eft bien different de ceux qui
ont fouvent paru icy dans des
entrées de Ballets , Bals & Mafcarades
& l'on pourroit dire
que les habits à l'Eſpagnole que
l'on nous a fait voir icy , jufqu'à
préfent , dans ces fortes
d'occafions , reffemblent peu
la maniere dont Madame la
Ducheffe d'Albe eftoit vetuë ,
au Bal de Monfeigneur , les
autres habits ayant plus de
rapport à ceux des Payfannes
à
X
iiij
288 MERCURE
d'Eſpagne , qu'à ceux des Dames
de la Cour . Pomon nu
Monfieur le Conneftable
de Navarre , fils de Monfieur
le Duc d'Albe , parut dans le
même Bal, habillé magnifiquement
à la Turque. Monfieur.
le Comte de Galvé , qui eſt
depuis peu icy dança parfaite
ment bien fans eftre reconnu
de Monfeigneur , ce Comte
ofta fon mafque & Monfei
gneur luy fit compliment fur
fa belle dance. Quoyqu'il n'ait
fait que tres peu de fe jour à
la Cour , il s'y cft acquis l'eftime
de tous ceux qui l'ont vû:
GALANT 289
4
Il a un air noble & diftingué
On connoiſt également par
ce qu'il fait & par ce qu'il dit,
& l'éclat de fa naiffance & fon
merite perfonnel. Il eft frere
de Monfieur le Duc de l'Infan
tado & de Paftrana , qui réus
nit en luy les deux Illuftres
& ancienes Maifons de Silva
& de Mendoza . Monfieur le
Comte de Galvé eft Gentilhomme
de la Chambre de Sa
Majefté Catholique
& Colonel
d'un Regiment d'Infanterie.
Il a fervi en Italie avec
beaucoup de diftinction.
Ce que vous allez lire eft
290 MERCURE
peu
d'un grand exemple , qui fera
fuivi je vous l'envoye de
la maniere dont il eft tombé entre
mes mains , ayant des raifons
pour n'y pas changer une
feule fyllabe .
EXTRAIT
D'une Lettre écrite de Grenoble
par un Curé du Diocefe,
dans le mois de Janvier
1705 : au fujet de Monfieur
le Cardinal le Camus .
Je ne fçayfi vous avez appris
que le fruit qu'a retiré fon Eminence
d'une derniere Retraite , a
GALANT 291
efté defe défaproprier premierement
de vingt-quatre millelivres , pour
quatre Chanoines dans l'Eglife
Paroiffiale de faint Louis , que le
Roy a fait batir il y a quelques
années.
Secondement , de trente-mille
livres , en faveur des Prêtres de
l'Oratoire , avec cinq places pour
cing Seminaristes , & dontfix mille
livres font pour aider à achever
le bâtiment du Seminaire , y ayant
trois cens livres par an , destinées
pour une Dominicale dans leur
Eglife.
Troifiémement , de vingt-cing.
mille livres , pour marier chaque
292 MERCURE
année treize filles, faire apprendre
métier à treizegarçons alternativement.
Quatriemement , de quatre cens
cinquante livres de rente , pourêtre
diftribuées tous les anspar les Mif
fionnaires de faint Fofeph.
Cinquièmement, de quatre cens
livres de rente annuelle ,
pour être
diftribuées
par des Meffieurs de
Grenoble
, qui ont foin de vifiter
lespauvres honteux.
Toutes ces éminente's charitez
font executées par des Contrats de
Donation faits entre- vifs .
Ily a quelques jours , que me
faifant l'honneur de me parler de
GALANT 293
fes
cela , il me dit que c'etoit pour racheter
fes pechez , & fur tout ,
négligences & fes omiffions :
ajoûta joignant les mains ,
les larmes aux yeux , ab alienis
parce fervo tuo , puis , priez
bien Dieu pour moi . Oui , répondis
-je , Monfeigneur
, afin
qu'il augmente en vous fes
dons , & la grace de faire de
plus en plus un fi bon & fi faint
ufage de vos biens.
Je vous envoye ce que
Meffieurs de l'Académie Françoife
viennent de faire publier.
294 MERCURE
PRIX
D'ELOQUENCE
ET
DE POESIE
Pour l'année M. DCCV .
L
le
Académie Françoife fait
Sçavoir au public , que
vingt- cinquièmejour d'Aouſt prochain
, Fefte de faint Louis Elle
donnera le Prix d'Eloquence , fordé
par M. de Balzac , de l'Académie
Françoife. Le ſujet fera ,
GALANT 295
Que la juftice & la verité font
les plus fermes appuis du Throne
des Roys : conformément à
ces paroles des Proverbes , chap.
29. v . 14. Rex qui judicat in
veritate pauperes , Thronus
ejus firmabitur in æternum , &c.
Il faudra que le Difcours ne foit
que de demi-heure de lecture tout
plus , & qu'il finiffe par une
courtepriere àfefus-Chrift.
་
On ne recevra aucun difcours
fans une Approbation fignée de
de deux Docteurs de la Faculté de
Theologie de Paris , yréfidant
actuellement.
Le mefme jour Elle donnera
296 MERCURE
le Prix de Poefie fondé par M.
de Clermont de Tonnerre , Evef
que & Comte de Noyon , Pair
de France, & l'un des Quarante
de l'Académie Lefujetfera , La
gloire & le bonheur du Roy
dans les Princes fes Enfants, & c.
Ilfera permis d'y joindre tel autre
fujet de louange que chacun
voudra , furquelques actions particulieres
de Sa Majesté , ou fur
toutes enfemble , pourveu qu'on
n'excede point cent Vers. Et ony
adjouſtera une courtepriere à Dieu
pour le Roy , feparée du corps de
l'Ouvrage , & de telle meſure de
Vers qu'on voudra.
GALANT 297
Toutes perfonnes feront receuës
à compoſerpour ces deux Prix ,
bormis les Quarante de l'Académie
qui doivent en eftre les Juges.
Les Autheurs ne mettrontpoint
leur nom à leurs Ouvrages , mais
une marque ou paraphe , avec un
paffage de l'Ecriture- Sainte , pour
les Difcours de Profe;&telle autre
Sentence qu'il leur plaira , pour
les Pieces de Poefie.
Comme on a differé plus qu'à
L'ordinaire àpropofer lesfujetspour
Le Prix de l'Eloquence & de la
Poëfie , il fuffira que ceux qui
prétendront , faffent remettre leurs
Ouvrages dans le dernier jour du
Fevrier
1705. Y
298 MERCURE
mois de Juin prochain , entre les
mains de M. l'Abbé Regnier , Secretaire
perpetuel de l'Académie
Françoife , à l'Hotel de Crequy,
fur le Quay Malaqueft.
Et en fon abfence ,
Chez Jean-Baptifte Coignard,
Libraire ordinaire Imprimeur
du Roy , & de l'Académie Francoife
, rue faintJacques , prés S.
Yves , à la Bible d'or.
M Jacques Louis de Caponne
, Marquis de Courtebonne
, Lieutenant general des
Armées du Roy , & du Païs
d'Artois , Directeur general de
GALANT 299
la Cavalerie de France, & Gou
verneur de Hefdin , mourut le
17. de ce mois , âgé de 52.ans.
La Maiſon de Caponne , originaire
de Dauphiné , & enſuite
établie dans le Lyonnois , eft
alliée à tout ce qu'il y a de plus
confiderable dans ces deuxProvinces
, & dans celles de Forest
& d'Auvergne. Elle touche de
prés par des alliances , aux Maifons
de Bonne Lefdiguieres
de Hoftung Tallard, de Layer,
du Martel , de Gauteron , de
Falcoz la Blache , de St Chamond
, de Seve , de la Chaife,
dont oft le Reverend Pere Con-
Y ij
300 MERCURE
feffeur du Roy , de Villars , de
Chapponney , & à une infini
té d'autres dont le détail feroit
trop long. La valeur a toûjours
femblé heditaire dans la maifon
de Caponne : ce fut un
Gilles de Caponne qui deffendit
à Lyon les interefts du Roy
pendant les fureurs de la Ligue
; ce fut auffi Philippe de
Caponne qui fut choisi pour
un des mediateurs du demêlé
que le Chapitre de la Cathedrale
de la mefme Ville avoit
avec le Corps de Ville pour
Seigneurie directe de Lyon. Le
pere & l'ayeul de M ' de Courla
GALANT 301
rebonne ont porté les Armes
avecbeaucoup de gloire : ils fe
diftinguerent pour la bonne
caufe durant les guerres civiles.
Celui qui donne lieu à cet article,
eft univerfellement regretté
: c'étoit un bon Officier , il
entendoit parfaitement la Cavalerie
, dans laquelle il avoit
fervi depuis fa plus grande jeuneffe,
Les marques de diftinction
qu'il avoit reçûës du Roy,
en apprendront plus à la pofte
rité que tout ce que j'en pourrois
dire .
MN..... Briçonnet Che
302 MERCURE
valier Comte d'Auteuil , Seigneur
d'Autouillet , Millemont
, Andelu, Villarceaux, S.
Suplex, &c. Confeiller du Roy
en fes Confeils , & Prefident
honoraire aux Enquestes du
Parlement de Paris , eft mort
dans un âge affez avancé.
Sa Famille feconde en perfonnes
illuftres , eft originaire de
Touraine , où elle eft confiderable
depuis le regne de
Charles V. & de Charles VI.
c'eft en ce temps que vivoit
Bertrand Briçonnet , M des
Requeftes de l'Hôtel , Aycul
de Jean S. de Vadanes , &c.
GALANT 303
Secretaire du Roy, & Receveur
general des Finances en
1468. celui-cy époufa Jeanne
Berthelot , dont il eût Guillaume
qui fuit ; Guillaume Cardinal
du titre de S' de Praxedé
, Evêque de S. Malo , &
de Nifmes , & puis Archevêque
de Rheims Robert Archevêque
de Rheims, & Chancelier
de France ; Jean Secretaire
de Louis XI. Martin ,
d'Octeur de Paris , Grand Archidiacre
de Rheims; & Pierre-
Guil aume Briçonnet époufa
Jeanne Brinon , dont il eut divers
enfans ; Entr'autres , Mi304
MERCURE
chel Evêque de Lodeve , mort
en 1574 , ayant refigné cette
Prelature à Claude fon neveu,
fils de Guillaume Briçonner ,
S' de Glatigny, & de Claude
de Leneville . Il feroit inutile
de nommer les autres , puifque
nous avons un hiftoire de cette
maifon écrite par Gui de
Britonneau. Il fuffit de remarquer
qu'outre 8. ou 10. Confeillers
& Prefidens aux Enquêtes
du Parlement de Paris ,
elle a eu des Prefidens & Maitres
des Comptes , des Maîtres
des Requêtes , des Intendans
de Juftice & d'autres Officiers .
Ceux
GALANT 305
Ceuxqui ont fait le plus d'honneur
à ce nom , font Robert
Archevêque de Rheims , Chancelier
de France & Abbé de
S. Waaft d'Arras qui vivoit fur
la fin du 15. fiècle , fous le reg.
ne de Louis XI. & de Charles
VIII. Ce CSEPrelat étoit tres propre
pour les grandes affaires
il avoit cſté Tréſorier de S.
Martin de Tours, & il eût l'Archevêché
de Rheims aprés
Pierre de Layal . Il exerça pendant
quelque tems laCharge de
Garde des Sceaux & fut enfuite
pourveu de celle de Chancelier
de France par lettres don-
Fevrier
1705 .
lettres
411.09
306 MERCURE
nées à Turin , le 30. Aouft de
l'an 1495 ; mais il n'en jouit
pas long-temps , étant mort le
3. Juin de l'an 1497. à Moulins
, où il fut enterré dans l'EglifeCollegiale
de nôtre Dame .
Et le Cardinal Guillaume Briçonnet
fon frere , quiluy fuc
ceda , & fut nommé à l'Arche
vêché de Rheims aprés avoir
efté Evêque de S. Malo , & de
Nifmes . Il fut Archevêque de
Narbonne en 1507. Alexandre
VI . l'honnora de la pourpre
en 1495. à la priere de
Charles VIII . & il fe trouva
au Confiftoire. N'eftant enLGALANT
307
core qu'Evêquede S. Malo , il
eftoit Treforier general des Fihances
de ce Roy , dont il eftoit
te principal Miniftre , & celuy
qui avoit leplus de partà fa faveur
. Ils oppofa autant qu'il
duy fut poffible à l'expedition
de Naples ; mais il ne pût empêcher
le Roy de partir . C'cft
enquoy Paul joue le Cardinal
Bembo & Guichardin fe
trompent lorfqu'ils difent que
ce fut luy qui obligea ce Roy
d'entreprendre cette expedi
tion. Il eft bien vray que dans
le commencement il favorifa .
ce deffein,mais il luy fut enfuite
Z ij
308 MERCURE
tout - à - fait contraire . Jule
fecond le priva de la pour
pre , parce qu'il avoit travaillé
contre luy au Conciliabule de
Pife ; mais Leon X. la luy ren
dit, Ilmourut le 14.Decembre
de l'an 15 14. Avant que d'être
dans les Ordres , il avoit cfté
marié avec Raoulette de Beau
ne, dont il eut deux fils , Guillaume
Evêque de Meaux ,
Denys Evêque de Lodeve, tous
deux grands Prelats . Et l'on vic
un jour,le pere officiantpontifi
calement avec fes 2. fils , dont
l'un fervoit de Diacre & l'autre
de Sousdiacre. Il a fait un perit
&
GALANT 309
re
Manuel de prieres , & il publia
auffi des Ordonnances finodales,
pendant qu'il fut à S.Malo,
que les Evêques fes Succeffeurs
fe font honneur d'obferver .
Daine Françoife Jubert ,
yeuve de M Louis de Brinon,
Confeiller en la Grand Chambre
du Parlement, de Normari
die mourut à Rouen le
dix-fept de ce mois. Elle étoit
foeur de feu M Jacque Jubert
, Marquis du Thil , Confeiller
d'Etat &c. Nicce
de feu M Jacque Danés Evêque
de Toulon , & coufine
Germaine de feue Madame la
re
Z iij
310 MERCURE
Chanceliere Boucherat. Elle a
terminé une vie tres-chrétienne
par une fainte mort ; quoy
que cette Dame fuft d'un âge
tres avancé , elle ne laiffe pas
d'être fort regrettée dans fa
Famille.
M' le Chevalier du Liſcoët,
eft mort depuis quelques
jours . Il eftoit Capitaine Co
lonel de la Garde Suiffe de
S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans . Cette Charge avoit
efté poffedée par M le Mar
quis d'Arquien , aujourd'huy
Cardinal , & pere de la Reine
GALANT 311
Douairiere de Pologne. Elle eft
tres confiderable, puifque les
Suiffes que ce Capitaine commande
forment un détachement
tiré des Suiffes du Roy:
ce qui leur donne le privilege
de prendre les armes , & de fe
mefler avec les Suiffes de S,
M. lorſqu'elle vient au Palais
Royal : Privilege que les gardes
du Corps de S. A. R. n'ont pas,
puiſqu'il mettent les Armes
bas , lorfque le Roy vient au
Palais Roïal , & que fes Gardes
du Corps enprennent poffeffion.
Ayant commencé à vous
Z
iiij
312 MERCURE
envoyer le Siege de Verue par
Relations , je continue de mê
me . Ces Relations font les Pie
ces originales , fur lesquelles
on a fait les abregez qui fe
trouvent dans toutes les nouvelles
publiques de ce Siege ,
qui ont efté imprimées.
Au Camp devant Veruë le
27. Janvier. 1705.
→ Le dégel a continué le 16, le
17. le 18. le 19. & le 20. avec
pluie & neige fondue fans interruption
; Tout le travail s'eftbornépendant
unſi mauvais temps
#GALANT 313
à reparer les Tranchées & à les
foutenir. On a fait tres peu de
feu, de part d'autre. Il ne
reftoit plus dans la Batterie
nous
du chemin convert , le 20. au matin
, qu'une piece en eftat de tirer,
Le Soleil recommença heureufement
ce jour-là à paroiftre. On
travailla¸ au moyen d'une gran
de quantité de fafcines , à mettre
les Troupes avec moins d'incommodité
dans la Tranchée.
* M le Comte d'Eftain ayant
eſté informé que les Ennemis
avoient envoyé quelque Infanterie
occuper le Village de fancto
Moro ,fitué à une lieue demie
314 MERCURE
deTurin , dans l'endroit où le Pa
fe rapproche le plus prés de la
Montagne , détachale 19. aufoir
trois Compagnies de Grenadiers ,
fçavoir celle de Crancey , une du
Royalla Marine & celle de Breffe
avec cent cinquante hommes
détachez ; le tout commandé par
M de Mailly , Capitaine des
Grenadiers de Grancey , qui eftant
informé que les Ennemis avoient
barré les avenues par la plaine, \
prit le chemin de la Colline , par
une route prefqu'impraticable
,
à caufe des boues , & defcendit
dans le village deux heures avant
jour , ayant laiffé la Colline
T
GALANT 35
mit
gardée. Il trouva les Ennemis
fous les Armes , les enfonça,
tua tout ce quifit reſiſtance,
le refte enfuite erprit un Lieutenant
, un Sergent,& quinze Soldatsprifonniers,
queM le Comte
d'Eftain envoya le 21.au Camp.
Le Comte de Roüere , Major du
Regiment de Tana , avoit eftépris
deux jours auparavant , infortant
de Turi fur des chevaux de
pofte , pour aller reconnoistre par
ordre de M. de Staremberg le vil
lage de Sancto Moro, & les
Collines qui enfont Voifines. La
Cavalerie des Ennemis , qui s'étoit
portée de l'autre cofté du Pô
316 MERCURE
* Settino & à Brandifio , où il eſt
ordinairement le plus guéable à
marché du coftéde Montcaller
de Quiers , dés qu'il a commencé à
groffir par le degel. Les Ennemiş
leverent le Pont de Crefcentin le
mêmejour.“ mais ils le rétablirent
le lendemain , la cruë d'éau n'atpas
eftéfort rapide.vindɔ
eft arrivé prefque tous les
jours douze ou quinze Deſerteurs
tant à pied qu'à cheval , & de egyideto
puis quelque temps beaucoup plus
d'Allemans que de Piemontois
de François , dont il nous effrevenu
un affez bon nombre dans les .
commencement. Nous avons eff
yant pas
EGALANT
317
environ trente hommes bleffez depuis
le 16. prefque tous par des
pierres , dont les Ennemis jettent
quantité.
Le mauvais temps a encore
continué jusqu'au 24. M du
Gaft, de Crouy & de Conock releverent
la Tranchée le 25. on
commença une redoute à environ
deux cens toifes de la gauche de
noftre attaque , fur un plateau
efcarpépar lefront & par leflane
gauche de la droite , duquel on a
tiré une ligne de communication
jufqu'à la gauche de noftre attaque
parallelle à tous les ou-
@rages de Veruë , quife prefen
318 MERCURE
1
་
tent à nous de ce côté- cy. Le Plateau
eft vis-à- vis & à la demi
portée du fufil du Donjon , dont
"il eft feparé par un fond precipité.
L'Intention de Monfieur le
Duc de Vendofme eft d'établir
dans cette redoute quatre pieces de
24; & furlagauche d'icelle cing
autres pieces de 24. qu'elle
gera ,pour battre un petit ouvrage
de Maçonnerie qui eftaupied
la gauche de l'efcarpement duDonjon,
comme un espece de basfort, lequeljoint
lapetiteplaine qui eft entre
Verue & lepont du Pô , &
qui protége les ouvrages qui en
font la communication , d'où l'on
proteà
GALANT: £319
pourra chaffer les Ennemis , lors
qu'on feferarendu Maitre de cet
Ouvrage , comme on l'efpere.
Les ennemis ne s'apperçûrent
de nôtre travail
que
trois heures
aprés qu'ilfutcommencé. Nous n'y
eumes qu'un homme bleffé pendant
toute la nuit: nous en eumes 6 .
bleffez dans l'ancienne tranchée
les ennemis y
par les pierres que
Sont jettez. Mr de Conock Colonel
Irlandois a efté blessé dans la
tranchée d'un éclat de bombe au
bras.
Mr de Mauroy releva hier
26. la tranchée avec Mrle Comte
d'Eftaires , & M d'Egrigny.
320 MERCURE
On travailla à perfectionner les
ouvrages commencez, On acheva
la communication depuis la
droite de la nouvelle redoute, jufqu'à
la gauche de l'ancienne at
taque . Qu commença une feconde
communication par les derrieres
pourypouvoir arriver par les
deux redoutes que Monfieur de
Vendofme a fait faire pour affi
rer nos flancs gauches , depuis la
fortie que les Ennemisfirent le 26.
de l'autre mois. Tous ces nouveaux
ouvrages ont leur gauche
affurée par l'efcarpement du terrainfur
lequel ils font placez , er
& quoi qu'ils en embraſſent le
GALANT 32!
ncceffaire
double de celuy que nous occupions
auparavant , iln'eftpas nece
de fortifier la garde de la tranchée,
à
il fert de protection
. On rétablit cette mefmenuit,
une partie des defordres qu'avoit
caufe le mauvais temps dans nos
elles!
travaux anciens. On continua ce
que
les
logementqu'on a fait dans le fof
fe, parallele aux breches , laiffant
le revêtement derriere foy,
pour prevenir les mines.
Ennemis auroient pu faire fous le
foffe , pendant la difcontinuation
de nos travaux , causée par le
mauvais temps , onfit un puiss
d'environ dix-huit pieds de pro
A a
Fevrier
1705 .
322 MERCURE
fondeur, pour eftre en eftat de les
découvrir de les faire fouffler
-Les ennemis ontmis cinqpieces de
canon tantfur le donjon , que fur
quelques ouvrages qui le joignent ,
d'où ilsplongent quelques coupsfur
"noftre nouvel établiſſement , mais
on travaille à élever les épaulemens,
l'on approfondit les boyaux
on ajettéla nuit une grande
quantité de pierres de part &
d'autre , dont nous avons eu deux
hommes tuez, & quatre blessé.
· Le canon du Donjon en a tué deux
autres.
Sept pieces de 24. nouvelleGALANT
323
lement arrivées , battent avecfuccés
la deuxième & la troifiéme enceinte
on a retiré de la batterie
du chemin couvertles pieces défecsueufes
il n'y en reste que quatre
qui continuent à battre le pied de
la fauffe braye de la gauche : on
établit dans le terrain que les autres
occupoient quatre mortierspour
jetter des pierres fur les breches ,
fans craindre d'incommodernospof-
~tes avancez. Les ennemis ont roulé
fur les deux decombres de la
breche , cing gros chevaux de fri-
Ake.
Il est arrivé cette nuit quatre
deferteurs à pied , un à che324
MERCURE
val il en arriva douze le 26.
huit fentinelles defertèrent de
Veruë la nuit du 24. Les ennemis
ont détaché quinze Cavaliers par
compagnie de tous leurs Regimens
"de Cavalerie & de Dragons , pour
s'opposer à M' leComte d'Estain,
qui a refferré les quartiers entre
Gaffo , Caftagneto & Laviane.
Monfieur de Vandome en a retiré
douze efcadrons à caufe de la confommation
desfourages. Ils arri
vent aujourd'hui àTrin , où il y
en a déja neufqui fourniront avec
eux quatre-cens chevaux pour
faire icy le fervice de la tranchée,
lef
feront relevez tous les quatre
GALANT 325
Jours , apportant icy leurs fourages.
Du 30. Janvier 1705. 16
a
On a employé le 27. le 28.
le 29.&le 30. à mettre nos anciennes
batteries en état de recevoir
tes vingt pieces de 24. qui nous
font arrivées de France , dont on
en a mis aujourd'hui trois en batterie
: "'on a auſſiperfectionné les
nouveaux ouvrages pour les bat
teries de la gauche , qui doivent
battre la communication. On ne
mettra point de canon dans la Redoute
, parce qu'elleferoit trop bat
326 MERCURE
1
tuë de celui du Donjon ; mais on
en établitfept piecesfur l'Escarpe
gauche du Plateau , lesquellesfe
rontcouvertes par le Plateau , &
par la Redoute que l'on y a¨conftruite.
On a tracé une nouvelle batterie
de treize pieces dans le centre
de la communication de l'ancien
la
nouvelle
, pour
ne attaque à la nouvelle ,
battre la Courtine quijoint le Donjon
aux Baftions , par où nous
avons commencé l'attaque. Onprérend
que cette Courtine n'eft point
terraffée derriere elle n'a qu'un
foffe paliffadé devant elle , & le
terrain qui eft au deçà des palif
GALANT 327
fades, eft un glacis precipité.
Les Ennemis ont
prefentement
sing mortiers dont ils tirent continuellement
des pierres , qui nous
tuent ou bieffent buit & dix hom
mes par nuit. Ils ontfait un grand
feu de canon & de grenades du
côté de la nouvelle attaque : ils
jetterent hier une grande quantité
de grenades dans le logement du
foffe de l'ancienne attaque , qui ne
firent aucun mal , parce qu'on en
avoit retiréla Gardefous la galerie
par où l'on y defcend. M de Salieres
, General de l'Artillerie ,fut
bier bleſsé legerement d'un éclat de
grenade au talon dont le cuir d'un
328 MERCURE
gros foulier lui para l'effort. Mr.
de Villemur , Capitaine dans Medoc
, a efté blessé aujourd'hui à
mortd'unepierre qui lui afracaffé
la tefte & fait perdre connoiffance.
Monfieur de Vandôme a ordonné
qu'on plaçat la nuit dans lës
boyaux les plus reculez , une partie
de la Garde de la tranchée , pour
la mettre à couvert des pierres ,
l'on a fait des blindages de
fafcines pour
couvrir les compagnies
de Grenadiers , qui en tiennent
la tefte . La gelée qui conti
nue depuis le 26. a efté tres fa
vorable pourtes nouveaux ou vra,
ges
GALANT 329
ges pour voiturer le canon .
La défertion continue dans l'armée
des Ennemis . Il arriva hier
dix Allemands àpied : ils difent
qu'ily a fix femainesque les Trou
pes de l'Empereur n'ont reçû aucune
folde,
Au Camp devant Veruë , le
28. Janvier 1705 .
Le Siege de Veruë dure plus
long-tems que l'on ne s'étoit imaginé
: les breches des trois encein
ses font belles & affez grandes
pour y monter facilement ; mais
comme Son Alteffe eft parfaite-
Fevrier
1705. Bb
330 MERCURE
ment bien informée des mines qui
font fous tous les ouvragespar où
ilfautpaffer quand on montera à
l'aßaut , des coupures & des retranchemens
qu'ils y ont pour
donner le temps aux mines defau
ter ; ce Prince a réſolu auparade
l'attaquer , deferenvant
que
dre maître de la communication
' ont les Ennemis du Pô à la
qu'ont
Place ; il a pour cet effet fait faire
deux batteries proche le retranchement
de communication : lapremiere
eft defix pieces , qui doit abbattre
le pan de muraille qui defcend
du Donjon jusqu'à un ouvrage
qui est tout-à-fait au bas
GALANT 331
:
qui doit être auffirenverse par
la mênie batterie la feconde eft
de quatorzepieces , & doit enfiler
toute la longueur des retranchemens
, & abbatre l'ouvrage quarré
que les Ennemis ont à la tefte de
leurpont . Les vingtpieces quicompofent
les deux batteries , viennent
de France , & n'ont point encore
tiré. On a pour mettre les deux
batteries en fûreté , tiré un boyau
qui y vient de la tranchée , de
deux-cent toifes de long. Si cette
nouvelle attaque reuffit comme
j'efpere , l'on ne doute pas que
Alteffe pour couronner l'ouvrage
de cette grande Campagne , ne
Son
Bb ij
332 MERCURE
prenne encore prifonnier de guerre
tout ce quife trouvera dans laVille
& le Château de Verüe , &
que l'affaire ne foit bien plûtôtfinie.
La Cavalerie qui eftfous les
ordres de Mrd'Eftain est toujours
campéedepuisfaint Sebastien , vis
-à- vis Chivas , jufqu'à Gaffo , le
long du Pô : ce Comte a tirebeaucoup
de contributions de tout ce
pays-là , & de tous les habitans
qui ont bien voulu demeurer dans
leurs maifons.
On a brûlé aux environs de
Turin quatre- cent cinquante caffines
, appartenantes à tous ceux
qui n'ontpas voulu quitter les ar-
43
GALANT 333
mespourretourner dans leurs maifons.
Nos Huffars fous
la conduite
de Mr de Filtz , ont pillé de
l'autre cofté du Pô le faux-bourg
de Turin , ont dépouillé foixante
perfonnes tant hommes que fem
mes, & ont fait un butin tresconfiderable.
Cent hommes fortis de la Mirandole
avec leurs armespour aller
couperdu bois , ont efté coupez par
des Troupes du blocus , conduites
par Mr de Barville ; ils fe font
fettez dans une caffine ; & apres
s'eftre deffendus affez de temps , ils
fefontrendus ils ont eu quinze
hommes tuez , & foixante &
Bb
iij
334 MERCURE
quinze faits prifonniers. Nous
avons perdu en cette occafion
un Capitaine de Vivarets , &
point de foldats.
Au Camp devant Veruë le
28. Janvier.
Depuis cinq ou fix jours que
La neige & la pluye ont ceffé il
gele icy confiderablement, de forte
que nos tranchées font devenuës
praticables. Les affiegez tirent à
prefentfur nous de douze pieces de
& de canon
quatre
mortiers
qu'ils chargent de bombes de
grenades de pierres , ce qui
GALANT 335
nous incommode beaucoup.
Le canon que l'on nous envoyoit
de France eft enfin arrivé , fix
pieces feront mifes dans une Batterie
uniquement destinée à tirer
contre la muraille qui couvre les
retranchemens qui affurent la communication
de laplace avec le camp.
de Monfieur de Savoye , & nous
comptons que cette muraille fera
abfolument renversée en cinq ou
fix jours. Nous préparons encore
d'autres Batteries pour battre à
revers & pour taſcher d'enfiler
ces retranchemens. On y travaille
avec chaleur , de même qu'à la
perfection d'un boyau que nous
B b iiij
C
336 MERCURE
avons commencé la nuit du 25 .
au 26. pour mettre ces Batteries
en fureté. On feflatte que par ce
moyen on fera la garniſon prifonniere
de guerre , fi elle ne prend
la parti d'abandonner volontai
rement la Place , avant que nos
approches foyent plus avancées.
Monfieur de Vendôme a jugé à
propos d'en ufer ainfi pour menager
les troupes du Roy , qui demandent
avec une ardeurextraor
dinaire qu'on donne un affaut
general au
au corps de la Ville , dont
les enceintes font à la veritéprefqu'entierement
ruinées , mais elles
font farcies d'une quantité prodi-
}
GALANT 337
gieufe de mines , fuivant le rapport
unanime de tous les diferteurs.
.008
M le Comte d'Eftain avec
La plus grande partie de fon déta
chement campe à Saint Sebastien,
vis- à- vis de Chivas , le Pô en
tre deux. Il a estendu les contributions
jufqu'au de la de Turin & a
exigé desfommes confiderables. Il
afait bruler plus de 500. caffines
aux environs de cette Place les
payfans n'ayant pas voulu mettre
les armes bas les habiter.
M² Filtz à la tête de nos Huffars
a auſſi brulé & pillé un des
›
。
338 MERCURE
Fauxbourg de Turin. On a fait
dans ces differentes expeditions
plus de 300. prifonniers.
Au Camp devant Veruë le
30. Janvier.
Noussommespréfentement dans
la difpofition de mettre quarante
pieces de canon en batterie pour
faire une nouvelle attaque , eftant
impoffible de reuffir & de prendre
la Place par le côté que nous
avons attaqué , parce que tous les
fouterainsyfont minez es contreminez.
M de Lapara arriva icy
Dimanche dernier. M' de CoGALANT
339
nock , Colonel Irlandois a efté
bleffé a la Tranchée.
Au Camp devant Veruë le
2. Février..
On a ouvert une nouvelle
Tranchéefur la gauche , prés du
Donjon , qui envelope mieux la
Place qu'elle ne l'eftoit, & empefche
les affiegez de faire des
forties de ce côte-là , qui eft précifement
ce luy par où ils firent le
26. Decembre dernier la grande
fortie dont on a tant parlé. Cette
nouvelle attaque tient fort an
coeur aux Ennemis , parce que
340 MERCURE
qu'à
nos travaux eftant pouſſez juſ
une hauteur affez voisine.
du Donjon , de la quelle on voit
Le Pont de communication de Cref
centin à Veruë , ony a eſtabli
une Batterie de fept pieces de canon
, qui ne peut manquer
commoder extremement les affiegez
& de les obliger à fe rendre
plutôt qu'ils n'auroient fait.
d'in-
Au Camp devant Veruë le
6. Fevrier.
Nous avons trois pieces de canon
à une des Batteries de la :
gauche , & douze qui tirent fur
GALANT 341
le Fort de l'Ifle. On doit mettre
inceffament quatrepieces de vingtquatre
en batterie auprés de cellelà
pour battre en brêche le bas
Fort de Moçonnerie qu'ilfera aifé
de ruiner. Monfieur de Vendôme
paroit toûjours déterminé à faire
infulter les ouvrages qui couvrent
la communication de Veruë à Cref
centin , dans le temps qu'on donnera
l'effaut general. Les déferteurs
affurent que les foffez du
Fort de l'Ifle nefont prefque rien ,
foit qu'on n'ait pu creufer dans un
terrein fi bas , foit que
les débordements
du Po ayent éboulé les
terres des taluds. Sur ce pied , ce
342 MERCURE
Fort ne fera guere foutenable ,
lorfque noftre canon en aura rom →
pu quelques paliffades .
Au Camp devant Veruë le
10. Fevrier.
Monfieur le Duc de Vendôme
Se prépare àfaire donner un afſaut
general aux trois enveloppes de
la Place , & à une redoute qui
favorife la communication de la
Ville au Pont du Pô. M' de Lapara
a approuvé tous les Ou-
•vrages . Tout le canon qu'on attendoit
eft non feulement arrivé,
mais il eft auffi déja en batteries
A
GALANT 343
Extrait d'une Lettre de Verfailles.
La neige tombe fi abondamment
a Veruë qu'on ne peut rien
faire que de fe défendre contre
elle. Un Courier de Monfieur
de Vendôme parti du Camp
le dix , a raporté que le canon
venu de France eft en batterie
, qu'il bat la troifiéme enceinte
, que dans huit jours la
breche ferafi confiderable, qu'alors
on pourra non feulement donner
l'affaut à la Place , mais auſſi
qu'on eſpere même de pouvoir le
344 MARCURE
donner en même- temps au bonnet
a preftre , qui couvre la tefte du
Pont. M' de Lapara arriva au
Camp, le dix au matin. Il a efté
long-temps enfermé avec Monfieur
de Vendôme. Noftre Cava
lerie qui s'eftoit approchée de
Turin eft revenue à Aſt , où elle
vaſe repoſer.
2^
Au Camp devant Veruë le
14. Fevrier.a
M de Lapara aprés avoirbien
examiné tous les Ouvrages , à pris
le parti de continuer ce qu'on
avoit commencé. On paroit difGALANT
345
pofe à attaquer le fort de l'Ifle ,
fi- tôt que l'ouverture de la troifiéme
enceintefera fuffifante pour
y donner affaut. Ón ſe flatte de
couper par-là la communication
qui eft entre Crefcentin & Veruë
, e de mettre la garnifon de
la place hors d'eftat de pouvoir
faire une retraite. Nous avons
trois pieces de douze dans la batterie
la plus avancée de la nouvelle
attaque de la gauche , ces
trois pieces depuis trois jours tirent
avecun effet extraordinaire , puifque
, fuivant le rapport des deferteurs
, elles ont coulé à fond deux
batteaux du Pont des Ennemis ,
Cc Fevrier
1705.
346 MERCURE
brife plufieurs paliffades dans le
fort de l'Ifle , & fort incommodé
deux Regimens qui font dans ce
fort pour le défendre , oùpourfou
tenir la Place en cas d'attaque.
On traville à placerfix pieces de
-vingt-quatre dansle même endroit,
pour achever de rompre les paliffades
& pour ruiner le bas Fort
de Maçonnerie. Il gele fifort depuis
hier que fi le temps continue
vingt-quatre heures feulement ,
les boues porteroient le canon. Il
nous enrefte quelquespieces à une
lieue d'icy , que nous allons faire
venir , parce que nous trouverons
moyen de les employer utilement.
GALANT 347
Lebtuit vient de fe répandre que
Monfieur de Savoye craignant l'ecoulement
des eaux , avoit fait
retirer des mines une partie de la
poudre.
Voicy l'Extrait d'une Lettre
de Verfailles , où il eft parlé de
l'avantage remporté le deuxiéme
de ce mois , par les Troupes
de Monfieur le Grand
Prieur , fur celles du Comte
de Linange
.
OM de Moheria arriva icy
le treize de la part de Monfieur
le Grand Prieur , pour rendre
compte au Roy du dernier combat
Ccij
348 MERCURE
qui s'eft donné en Italie . S. A
fe mit en marche le dernier jour.
de Fanvier , à la tefte d'onze cens
Chevaux , & de quinze cens Fantaffeins
avec quatre pieces de canon
de douze livres de bale, é
deux de buit livres . Elle s'avança
fur le bord du Lac de Garde , entre
ce Lac & l'Adige & aprés
avoir pris un poſte important entre
Guarda & Pefguiera elle
marcha au Colonel Pafté , qui
avoit raffemblé fes quartiers du
cofté de Guarda & de Rivole. On
remarqua de deffus les hauteurs
que ce Colonel qui avoit mis fes
Troupes en bataille , avoit au
GALANT
349
moins mille Chevaux & deux.
mille cinq cens Fantaſſins ; cependant
à l'approche des Troupes du
Roy, celles de l'Empereurfe retire
rent à la faveur des defilés des montagnes
; une partie de nos Dragons
tomba fur un bataillon d'Heidu
ques , luy enleva fix Drapeaux ,
en tua un grand nombre es fit
plufieurs prifonniers. Un autre
détachement de nos Grenadiers défit
trois troupes de Guiraffiers ,
commandéespar le Baron d'Eltz ,
qui fe trouve parmi les prifonniers
. Plus de fix vingt Cuiraffieursfurent
tuez dans cette occafion
, & quelques pelotons d'In350
MERCURE
fanterie qui devoient les foutenir,
mirent bas les armes . Les Ennemis
eurent environ trois cens hommes
tuez & autant defaits prifonniers
du nombres defquelsfont
plufieurs Officiers de diftinction.
Nous n'avons perdu que deux
Officiers & cing ou fix Dragons.
M le Comte de Medavis'é
tant avancé dans le même temps
avec un corps de quinze cens
Chevaux , vers les quartiers du
Comte de Linange , pour faire
diverfion , M de Lautrec que
M'de Medavi avoit détachéavec
quatre cens Chevaux , ayant efté
coupé par le General Visconti ,
GALANT 351
M'de Lautrec fe fit jour au travers
des Ennemis ; mais ayant
dangereufement , ilfut efté blessé
fait prifonnier, & fa troupe rejoignit
en bon ordreM le Comte
de Medarvi.
L'action de M' de Lautrec
.eft de la plus grande intrepidité.
Il venoit de fe faire jour
au travers des Ennemis, & il eft
aifé de juger que puis qu'il avoit
paffé au milieu d'eux , ils devoient
avoir perdu beaucoup
de monde. Aprés une fi belle
& fi vigoureuſe action il
apperçut deux gros corps
352 MERCURE
qui venoient pour l'attaquer
à droite & à gauche , & aprés
avoir refvé un peu de temps 3
ce qu'il pouvoit faire , pour
fauver les Troupes du Roy
qui auroient cité attaquées de
tous côtez , il prit le parti de
percer encore une fois le corps
qu'il avoit déja traverſe : ce
qu'il fit avec une vigueur extraordinaire
, avant que les
deux corps le puffent joindre.
Il reüffit dans fon deffein ,
mais ce ne fut pas fans faire
quelque perte ; fes troupes devant
eftre fatiguées des coups
qu'elle avoient donnez pour ſe
faire
GALANT
353
faire jour la premiere fois ; cependant
cette action auroit
efté entierement à noftre avan
tage s'il n'avoit point efte
bleffé. Il fut porté à Breſcia
chez le General Viſconti qui
auroit mieux aimé n'avoir
point ce prifonnier & que ces
troupes euffent efté moins
maltraitées . En effet , la fuite
a fait voir qu'elles l'ont efté
beaucoup, & que M' de Lau
trec a beaucoup moins perdu ,
la plupart des foldats qui s'étoient
difperfez étant revenus.
On affure qu'outre les fix
Drapeaux apportez par M'de
Fevrier
1705 .
Dd
354 MERCURE
Moheria , les Ennemis en ont
encore perdu deux . On en auroit
pris d'avantage , mais les
Ennemis , qui eſtoient par pe
lotons , avoient grand ſoin de
ne fe point laiffer approcher.
M le Comte du Soupat ,
qui commandoit dans la Citadelle
de Mantoüe pendant le
blocus de cette place , ayant
reçu ordre du Roy d'aller fervir
en Eſpagne , fous les ordres
de Monfieur le Maréchal
de Teffé , a efté fait à fon arrivée
Lieutenant de Roy de la
Ville de Ciudad Rodrigo , qui
eft la derniere villed'Espagne du
GALANT 355.
côté du Portugal , & la place la
plus importante fans difficul
té. Ce choix marque que M²
le Comte du Soupat s'eft fort
diftingué pendant le blocus
de Mantoue , & que l'on eft
tres content de fes fervices .
Don Melchior d'Avellane
da , ci- devant Gouverneur de
Ceuta , à eu le Gouvernement
de Cadix , vacant par la demiffion
de D. Scipion Brancaccio
qui a demandé la permiffion
de quitter le fervice ,
à caufe de fa mauvaife fanté.
Ce nouveau Gouverneur cft
d'une tres ancienne Maiſon
Dd ij
356 MERCURE
Efpagnole , & il eft de la mê
me Maiſon que le celebre Auteur
qui fit un D. Quichotte
de la Manche , dans le mê
me temps que Miguel de Ceryante
fit le fien ; du premier
defquels nous avons eu depuis
peu la premiere Traduction
Françoife. D. Scipion Brancaccio
eft de la même Maifon
que M' le Duc de Brancas qui
eft en France. Cadix eft une
Ifle prés de la Cofte Occidentale
de l'Andaloufie , au Nord
du détroit de Gibraltar. Onla
nommoit autrefois l'IfleFunon,
parceque cette Décffe y eftoit
i La..
GALANT 357
adorée par les Payens. Enfuite
on la nomma Gades , d'où s'eft
formé le nom de Cadix . Salongueur
eft de fept licües & fa
largeur de trois ; elle eft jointe
à la Terre-ferme du côté d'Orient
, par un Pont appellé lé
Pont du Sac. L'entrée de la
Baye de Cadix eft fort dange
reufe. Il y a lieu d'efperer beaucoup
du nouveau Gouverneur
de Cadix , puifqu'il a déja donné
de grandes marques de fa
valeur & de fa conduite , en
deffendant Ceuta.
La Republique de Gennes a
aggrégé au Corps de ſa No-
Dd iij
358 MERCURE
bleffe M le Marquis Pery ,
Maréchal de Camp , & Colo,
nel d'un Regiment Italien au
fervice du Roy. Il eft à remarquer
que les Eftrangers qui
font faits Maréchaux deCamp,
& qui ont des Regimens , ont
la permiffion de les conferver.
La Nobleffe de Gennes a fes
vingt - huit Alberges , auxquels
toute la Nobleffe doit
être aggregée , & elle diftingue
entre ces vingt - huit Corps ,
ceux qui font des Familles Illuftres
comme les Spinola ,
les Doria , les Grimaldi , les
Fieſchi , &c. & ceux qui n'ont
>
GALANT 359
Γ
que des noms d'aggregation ,
comme Catanei, Imperiali, &c.
M le Marquis Pery qui vient
d'être aggregé à cette Nobleffe
, fert depuis long - tems
en France avec beaucoup de
diftinction. Son nom eft d'un
grand relief dans la République
de Gennes
Le 16. du mois de Janvier,
Mr le Baron de Leyen , Grand-
Prevoſt du Chapitre de Mayen
ce, reçût la nouvelle, qu'il avoie
efté élû Evefque d'Aiſchtet.
L'Eglife de Mayence eft tresancienne
: le premier Evefque
qu'elle ait eu,cft faint Crefcent,
Dd iiij
360 MERCUR
:
Difciple de faint Paul. Saint Bor
niface qui vivoit dans le 8 ° fiécle
, en fut le premier Arche
veſque. Aiſchtet eſt dans le
païs de Nordgavv, fur les con
fins du haut Palatinat , de la
Baviere & de la Franconie ,
dans le Cercle de Franconie en
Allemagne. Cet Eveſché fut
établi l'an 748. par faint Bo
niface , dont je viens de parler,
& fondé par le Comte Suigger
de Hirchsberg , & faint Wilifbald
en fut le premier Evefque.
GebhardComtede Hirchsberg
,
dernier de fa famille , legua a
cet Eveſché le Comté de Berc-
3)
GALANT 361
36г
hingemvers l'an 1 300. On admire
dans cette Eglife un Soleil
pour le Saint-Sacrement , dont
Jean Conrad de Gemmingen
fit prefent à fon Eglife l'an
1611. Il eft du poids de 40 .
marcs d'or , & enrichi de 350 .
diamans , & de 1400. perles .
Cette Eglife a eu de faints Evefques.
Mr le Comte & Baron
de Leyen eft d'une des plus
anciennes maiſons d'Allema
gne : elle y eft établie dés le
tems de l'Empereur Rodolphe,
tige de la Maifon d'Autriche :
ceux de ce nom qui s'établirent
les premiers en Allema
362 MERCURE
gne , y fuivirent cet Empereur
lorfqu'il alla y recevoir la Cou
ronne Imperiale. Leurs biens
étoient à deux ou trois lieuës
du Château d'Hapfbourg , ancien
manoir de la maifon d'Autriche
, & dans le territoire de
Bâle. Le nouvel Evefque d'Aif
chtet eft un Prélat fort diftingué
par fon mérite perfonnel ,
& par l'application qu'il a bien
voulu donner aux Sciences ,
malgré l'uſage où font les Allemans
de les négliger. Comme
il n'eft pas fort âgé
fort agé , il y a
lieu d'efperer qu'il gouverne
Fa long- temps ce Diocefe.
GALANT 363
Mr de Tilladet a vendu fa
Sous-Lieutenance des Gendarmes
Ecoffois à Mr d'Aurillart
Enfeigne des Gendarmes Dauphins.
Mr de Tillader eft Petit
- Neveu de feu Monfieur
le Chancelier Le Tellier. Mr
d'Aurillart eft d'une tres -ancienne
maifon , originaire depuis
plufieurs fiécles de la Province
de Normandie , d'où elle
eft fortie pour s'établir dans la
Provence où elle cft à prefent.
Plufieurs Officiers de ce nom
ont porté les Armes avec beau→
coup de diftinction ; & celui
qui donne lieu à cet article ,
364 MERCURE
a fervi depuis fa plus grande
jeuneffe , & a fouvent donne
des marques de fa valeur, 19
7 Mr de Verceil a vendu fon
Regiment de Dragons à Mr
le Comte du Roure . Mr de
Verceil fe trouva à la tefte de
fon Regiment à la Bataille que
Monfieur le Maréchal de Vil
lars gagna en Allemagne , qui
ouvrit le chemin de la Foreftnoire
. Mr de Verceil s'y dif
tingua , & tous les Officiers dé
ce Regiment s'attirerent des
éloges de ce Maréchal. L'Officier
qui achette ce Regiment
eft connu par les frequentes
GALANT 365
marques de valeur qu'il a données
en plufieurs occafions . Il
étoit au Combat que Monfieur
le Maréchal de Tallard donna
un peu avant la prife de Landau.
On ne peut fe diftinguer
davantage qu'il fit . Il a depuis
ce temps -là continué de ſe ſignaler
.
Mr le Comte de Bonnelles
achette le Regiment Royal
Piémont , & a vendu celui de
Tournefis , Infanterie , qu'il
avoit , à un Capitaine de Dragons
du Regiment de Vaſſé .
Mr de Silly ayant eſté fait
Maréchal de Camp , a vendu le
366 MERCURE
Regiment de Cavalerie d'Or
leans , à Mr de Jouy , qui étoit
Major de ce Regiment. Mr
de Jouy eft depuis long -temps
fort eftimé des Troupes , & der
Regiment dont il eftoit Major ,
fouhaittant de l'avoir pour Colonel
,& Monfieur le Duc d'Or
pour
lui
unc
leans ayant auffi
cftime toute particuliere , S.
A. R. lui a facilité les moïens
d'acheter ce Regiment
, & a
auffi contribué à cet achat.
Monfieur le Duc d'Orleans
voulant que fes Regimens ne
foient commandez
que par des
Officiers d'un nom & d'un mé
GALANT 367
rite diftinguez , a obtenu du
Roy l'agrément du Regiment
de Chartres , Cavalerie , pour
Mr d'Entragues. Je ne vous
dis rien de fa Maiſon , qui eft
tres connue. Il eft frere de Mr
le Marquis d'Entragues , qui
commandoit le Regiment des
Vaiffeaux , & qui fut tué à
Cremone , où il combattit des
premiers pour en chaffer les
Ennemis ; Son Regiment, dont
il devoit faire la Revûë le jour
que les Imperiaux avoient médité
de furprendre la Place ,
s'étant trouvé fous les Armes.
dés la pointe du jour , de ma
368 MERCURE
niére que la meilleure partie du
fuccés de cette grande Journée
eft dûë à ce Colonel. , Le
Regiment de Chartres vaquoit
parce que Monfieur le Duc
de Brancas qui le commandoit,
a efté nommé Maréchal de
Camp.CeDuca fouvent donné
des marques de fa valeur, & fur
tout au Siége de Keyſervvert ,
où il s'eft diftingué d'une maniere
fi éclatante , que toutes
les Relations que l'on fit de ce
Siége , eftoient remplies de fes
loüanges.
Mr de Senneterre a vendu
fon Regiment de Dragons à
NGALANT
369
Mr de Belabre ,
Capitaine dans
Beringhen
, Cavaleric
.
Le Roy a donné quinze cens
livres de Penfion à Mr de Pionfac,
cy- devant Lieutenant- Colonel
du Regiment de Navarre
, & qui par fa grande fermeté
a merité cette penfion ,
& le Regiment dont il a efté
pourvû,
Mr le Commandeur de Forville
, Chef- d'Efcadre des Galeres
du Roy , a efté auffi gratifié
d'une
augmentation de ſa
Penfion ce qui fait voir que
Sa Majefté eft tres contente de
Les
fervices.sin dech , kura
Fevrier 1705. Ec
370 MERCURE
Le mot de l'Enigme du mois
dernier , eftoit la Plaque de
Cheminée. Ceux qui l'ont !
trouvé font M de Beaure- b
gard , Avocat au Parlement
de Bretagne : du Heftrey & le
petit Benoit de Rouen : Domi
nique Bertrand de Lion : Baray
det & fon ami Dupleffis ?
maiſtre Chirurgien au Mans :
Minoche : Breton joli homme
& toûjours galant: Robinet,/
proche St Pierre aux Boeufs :
Allard : l'Auteur de la galan
terie faite le Mercredy gras a
Mlle Bru ... : le fpirituel Picard
, de la rue de Richelieu
GALANT 371
Pierre Marc & fon Abbé Martial
de la Porte S. Honoré
l'Echo fidele . Le gros Dinde
de la rue des deux boules , le
fils aîné du Grand Vizir de
Soiffons le grand Neveu de
la rue Vaugirard , & le maus
vais garçon du quartier . Miles
Thain de la rue neuve S. Paul, i
avec fon amie des Sales de la
rue de la Verrerie : le Vaffeuri
lagencreufe & Ogede : Jeanne
Rouleau & Catherine : Ri
chard : la cruelle Saumon : les
Dames de la grande allée : la
belle du point du jour , de la..
ruë S. Martin , avec fon bon
Ec ij
372 MERCURE
amy le prétieux : Tamiriſte &
fa fille Angelique : la plus belle
&gracieuſe Dame du Cloître
Notre-Dame : l'aimable Demoiſelle
du même lieu , & fon
aimable Berger : la Bergere Climene
& fon Berger Tircis , de
la place Royale : la niece de
l'aimable Reclufe : la groffe
femme & fa fille Catin de la
ruë de Savoye la belle Bergere
de la Baftille & fon cher :
frere : & la belle Javotte de la
Mazarine.
L'Enigme qui fuit eft de M
d'Aubicourt
,
GALANT 373
ENIGME.
Depuis Noe j'étois fur terre en
grand mépris.
* Sous Tibere on me voit paroître
venerable.
A Rome le Senat & le peuple
Surpris
Nepurent m'empêcherd'être confiderable.
2
Si pour me ravilir l'on a tour
entrepris:
Ce projet toujours vain m'eft encor
favorable.
Malgré mes detracteurs mon me-
Write eftfans prix.
Sur leur perte je fonde un Empire
durable.
374 MERCURE
S
L'Univers me respecte , & mon
nom reveré
Même aux Thrones des Rois
Je trouve prefere
Une marque d'Opprobre eft de
gloire faivie:
S
Ce qui fit des humains le plus
malheureux fort
Le fpectacle fanglant d'une tra .
gique mort ,
Fait lafolids efpoir du bonheur
de la vie.
Mª de Murard Seigneur de
Biligneux Confeiller au Parlement
& fils de feu M Hicrôme
de Murard Seigneur de
re
GALANT 375
Biligneux & Confeiller au même
Parlement , a époufé dans
l'Eglife de S. Nicolas du Chardonnet
Demoiſelle Helene
Antoinette du Quefnay fille
de feu M François du
Quefnay Seigneur de Chateau
pair & des Granges , Maiftre
d'Hôtel du Roy & de feue
S. A. R. Madame la Ducheffe
Doüairiere d'Orleans . M l'Abbé
du Quefnay , Bachelier de
Sorbonne , & Chanoine en
l'Eglife Royale de Mante , fit
la ceremonie & parla avec
beaucoup d'onction & de délicateffe
. Son difcours fut trou
376 MBR CURE
rs
ve beau &rempli de penſées fines
& d'heureufes applications
de l'Ecriture : M de Murard
eft allié de M' le Prefident
de Blamont , de M's le Feron
Seigneur de Louvre en Pariſis,
de M Chaffepot de Beaus
mont , & de plufieurs autres
familles confiderables ; & à
même l'honneur d'appartenir
à Monfieur le Chancelier
ainfi que M. de Murard à
l'honneur d'eftre alliée de M :
Chavelin , Confeiller d'Etat
ordinaire. M' du Quefnay
pere de cette nouvelle Mariée
fe trouva prés Monfieur le
Comte
GALANT
377
ge
Comte de Soiffons à la bataille
de Sedan ; il fut bleffé au Siede
Fontarabie & s'étoit auparavant
diftingué fur le Vaiffeau
Amiral de la Flotte Françoife
à la reduction de
où la France remporta une Victoire
complette fur l'Espagne.
Le Combat de Staffarde en Italie
donné en 1693. le 4.Octobre ,
coute auffi à cette Dame le fecond
de fes freres tué à la tête .
du Regiment de Quercy , proche
de Mr de la Hoguette . Il y eut
le foir un répas magnifique &
une illumination des plus brillantes
.
·
Le Roy a honoré Monfieur.
le Duc d'Albe & Madame la
Ducheffe d'Albe d'une diftinction
qui n'eſt pas ordinaire . Sa
Fevrier 1705. Ff
378 MERCURE
Majefté fit dire à ces deux Excellences
, qu'elle feroit fort
aiſe de les voir à Marly , où ne
vont pendant le féjour qu'y fait
S. M. que les perfonnes de la
Cour , qui font nommées par
Elle-même. Leurs Excellences
fort fenfibles à cet honneur , y
allerem le Lundy- gras . S. M.
leur fit un accueil qu'il feroit
difficile de bien exprimer , &
que Leurs Excellences n'auroient
jamais pû ny prétendre ,
ny efperer. Toute la Famille
Royale , à commencer par Monfeigneur
, en ufa pour Elles de
même. Leurs Excellences y arriverent
fur les quatre heures .
Aprés qu'elles eurent falué le
Roy, & qu'elles eurent rendu
visite à toutes les perfonnes de
GALANT 379
Ja Famille Royale , on leur fervit
une magnifique Collation .
Monheur le Maréchal Duc de
Bouflers conduifoit Monfieur le
Duc , & Madame la Princeffe des
Urfins , Madamela Ducheffe d'Albe.
Sur les fept heures on commença
le Bal . Toutes les perfonnes
de la Cour qui avoient
efté nommées pour Marly , y
parurent avec tout l'éclat & toute
la magnificence que l'on peut
imaginer. Le Roy d'Angleterre
ouvrit le Bal avec la Princeffe fa
foeur : toute la Cour demeura de
bout pendant qu'ils dançerent :
on admira leur bonne grace à
dancer , comme on a coûtume
d'admirer tout ce qu'ils font l'un
& l'autre. Ce Bal fut des plus
beaux , il dura jufqu'à dix heu
Fij
380 MERCURE
res. Le Roy fe mit à table , &
Madame la Ducheffe d'Albe eut
l'honneur de manger avec S. M.
Aprés le foupé on fe mit au jeu.
Sur le minuit le Roy alla fe cou
cher. Monfieur le Duc d'Albe
eut le Bougeoir. S. M. lui parla
avec les manieres nobles & gracieufes
qui lui font fi particulieres
& fi naturelles en même
tems . Ce Prince lui fit auffi
l'honneur de lur parler quelque
fois en Espagnol dans toute la
nobleffe & la délicateffe de cette
Langue. Le jeu & les autres
divertiffemens continuerent aprés
que le Roy fut couché .
Leurs Majeftez Britanniques
& la Princeffe d'Angleterre s'en
retournerent à S. Germain ;
& Monfieur le Duc & Madame
GALANT 381
fa Ducheffe d'Albe , entre deux
& trois heures aprés minuit
allerent coucher à Verfailles
dans leur Hôtel , comblez des
honneurs qu'ils avoient reçûs ,
& penetrez de cette reconnoif
fance vive & finceré que les perfonnes
de leur élevation & de
leur délicateffe fçavent fenir
avec plus d'étenduë qué d'autres.
Leurs Excellences n'ont
guere efté moins enchantées de
la fituation , du féjour , des Pavillons
, des Jardins & des vûës
de Marly, & de la maniere aifée
& délicate dont la Cour s'y
amufe & s'y divertit , en préfence
même du Roy .
Les divertiffemens qui avoient
commencé à Marly dés le jour
de l'arrivée du Roy , continue-
Ffiij
382 MERCURE
rent le lendemain mardi , dernier
jour du Carnaval. Il y cuc
ce jour- là un Bal ferieux avant
le foupé , c'est - à- dire en ha
bits Erançois. Perfonne n'ignore
que les pierreries font beaucoup
plus d'effet fur les habits.
des Dames, parce que les parures
qui font faites exprés pour
leur fervir d'ornemens , font
avantageufement placées. Ce Bal
eftant fini , & le Roy ayant fou
pé , on en commença un autre
où toutes les perfonnes qui
avoient efté nommées pour Marly,
parurent fous differens habits
de Mafques . La varieté , la
richeffe & la bizarrerie de plufieurs
habits , firent beaucoup
de plaifir , chacun ayant pris
foin d'inventer des habits qui
GALANT 383
puffent empêcher qu'on les reconnuft
. Il y avoit mefme des
perfonnes d'une mefme taille ,
qui eftoient convenuës de meta
tre des habits femblables , afin
d'embaraffer ceux qui auroient
pû les reconnoiftre à leur tail
le. Enfin , ce divertiffement fut
des plus complets , & la joye
fut parfaite. Il y a lieu de croire
que le Carnaval ne s'eſt pas paffé
de même à Vienne , puifque
de fes Remparts on voyoit fumer
les lieux où le Comte Caroli
, à la tefte de cinq mille
nommes qu'il commandoit ,
avoit mis le feu . Ces lieux font
Vuitfamen, Raunevvart , Oberrolingen,
Schandorff , Neckeldorff
, Vviffelbourg , Rokavv ,
Zurendorf , & la plus grande
""
384 MERCURE
partie de Heyboden . De pareils
faits , & qui ne paroiffent point
douteux , font affez connoiftre
combien la nouvelle de la défaite
entiere des Mécontens , étoit
fauffe ; mais il part plus de ces
Relations du Confeil de Vien
ne , que des Relations veritables
; auffi font elles forgées
dans le Confeil , où la feule po
litique les fait inventer aux dé
pens de la verité & de ce qu'on
en pourra dire lorfqu'elle fera
connue , mais onfe met peu en
peine dans ceConfeil de la fuite,
pourvû que dans le temps préfent
, on pare les coups dangereux
d'un peuple effraïé , qu'on
trouve enfuite le moyen d'appaifer
& d'éblouir de nouveau
d'autres mano uvres.
par
GALANT 385
On ne s'eft guere plus diverti
en Hollande qu'à Vienne , &
l'on ne feint point d'y avoüer
que l'argent n'y a jamais manqué
de la maniere qu'il fait
aujourd'huy. Les Estats ne s'en
cachent point & ils l'avoüent
hautement dans leurs déliberations
C'eft ce qui fait qu'aprés
avoir refufé aux Anglois de mettre
cinq mille hommes fur leur
Flotte, ils n'ont pû en accorder
que deux à leurs inftances reïterées
ce qui n'a pas fatisfait
les Anglois , qui ayant refolu
auparavant d'en mettre dix mil .
le fur leur Flotte , viennent de
déclarer qu'ils n'y en mettront
que cinq mille , ce qui ne fera
pas avantageux aux Alliez &
ne fera pas avancer les affaires
386 MERCURE
de Portugal , qui felon toutes
les Lettres d'Angleterre & de
Hollande & de Portugal même,
font en tres mauvais eftat , les
provifions les munitions &
les troupes même y manquant ,
& il y a même apparence que
le Roy leur manquera auffi
bien tôt , fi les dernieres nou 、
velles qui en font venues font
veritables
. Elles portent que
S. M. P. avoit reçu le viatique
le premier jour de Janvier , &
que les Medeeins & Chirurgiens
de Monfieur de Schomberg
l'avoient viſité , & avoient
affuré qu'il n'y avoit plus aucune
reffource pour la fanté de
ce Prince . Si ce Monarque vient
´à déceder , fa mort ne remettra
pas le calme entre les
3
GALANT 387
troupes Angloifes & Portugai
fes , qui font fort des - unies ,
& même animées les unes contre
les autres. Il y a des Lettres
de Lisbonne qui portent que le
Roy de Portugal avoit confeillé
à la Reine douairiere d'Angleterre
qu'il laiffe Regente de fes
Eftats de s'accommoder , s'il
mouroit , avec S. M. T. C. &
l'on ne doute point que la plus
grande partie des membres du
Confeil qui n'a pas approuvé la
guerre préfente , ne foit de cet
avis , qui fe trouve autorité par
le peuple qui ne voit qu'avec
peine , en Portugal , des trou
pes Ennemies de fa Religion , &
que rien ne peut empelcher de
continuer d'en tourner tous les
jours , fes myfteres en derifion.
388 MERCURE
Je ne fçaurois finir fans vous
parler encore du Siege de Ve--
ruë. Voicy ce que portent les
dernieres nouvelles de ce Siege.
Au Camp devant Veruë le
16. Fevrier.
"
Le mauvais temps nous incommode
beaucoup. On travaille icy
actuellement à faire des machines
infernales , que l'on a refolu de
faire defcendre par le Pb , fur le
Pont de communication des Enne
mis , afin de tafcher de le rompre ,
parce que tandis qu'il durera le
Siege de Veruëfera difficile Mr le
Comte d'Eftain a quitté les poftes
qu'il occupoit au deffous de Turin ,
pour aller du côté d'Aſti où il trouvera
de lafubfiftance . Les deferteurs.
affurent
GALANT 389
affurent que Mr de Vaubecourt inquiéte
beaucoup les Ennemis . Mr
Douville doit verir Commander
Artillerie en ce Pays - cy.
Voicy les dernierés nouvelles
de l'Armée de Monfieur le
Grand Prieur .
A Caftiglionne le 15 Février .
Monfieur le Grand Prieur eft arrivé
icy. L'Armée Ennemie eft dans
an perpetuel mouvement . Le Comte
de Linange a fait charger & décharger
, plufieurs fois , les gros
bagages ; il les a encore fait recharger
depuis. On nefçait pas fon
deffein , mais nous fommes en eftat
de luy faire tefte.
Fevrier
1705 . Gg
390 MERCURE
Quand on eft dans une fi
grande incertitude de ce que
l'on doit faire , il paroift qu'on
eft fort peu affuré du fuccés des
projets dont ont s'eftoit d'abord
flaté. Mr le Comte de Linange
n'a point ceffé de menacer pendant
toute la campagne , &
Monfieur le Grand Prieur n'a
point ceffé d'agir , mais d'une
maniere fi aifée , fi peu embaraffée,
& avec tant de confiance
qu'ilfembloit être affure du fuccés
de tout ce qu'il entreprénoit
.Il est beaucoup menacé& il
paroift qu'il craint peu , & files
Ennemis groffiffent fuivant ce
qu'ils n'ont point ceffé de publier
depuis plus de fix mois , il
Y à lieu de croire que ce ne fera
que pour augmenter la gloire
GALANT 391
de ce Prince , dont le fang froid
& l'air tranquille dans les occafions
les plus chaudes , décon
certent les Ennemis & marquent
une interpidité extraordinaire.
Je vous envoye la fuite du
Siege de Gibraltar .
A Madrid le 15. Fevrier.
Les dernieres nouvelles du Camp
devant Gibraltar , portent que
Monfieur le Maréchal de Teſſé n'a
dù y
arriver que le IO. de ce
mois que Mc le Marquis de Vil
ladarias s'eftant mis le 7.
à la
Tete des Grenadiers François &
Efpagnols ; il attaqua l'épée à la
main le Pafté & la Contrefcarpe :
qu'il s'en rendit Maistre , & fit
Gg ij
392 MERCURE
prifonniers tous ceux qui deffendoient
ces Poftes , mais que comme
ilfe logeoit aupied de la muraille
il fut attaqué par toute la garnifon
, ce qui l'obligea d'abandonner
ces deux Poftes , & de fe retirer
avec quelque perte. Les Ennemis
y en ont fait une plus grande de
Soldats & d'Officiers de diftinction,
fuivant le raport des Deferteurs &
ce qui fe voit par les beaux habits
que nos Grenadiers ont gagnez
dans l'action. Le Prince & Armftat
demanda enfuite la Permiffion
de retirerfes morts . On a pris deux
Capitaines Anglois . Il nous vient
chaque jourplufieurs Deferteurs , qui
affurent tous que la garnison manque
de vivres.
D'autres nouvelles portent
que deux Compagnies de nouGALANT
393
velles levées ayant commencé,
par l'effet d'une terreur panique
, à fe retirer auffi - tôt qu'on
fe fut rendu Maiftre de la Hauteur
, leur retraite avoit jetté
un tel defordre dans les Troupes
que la confufion s'y eftant
mife , elles avoient efté obligées
de fe retirer aprés que les
deux nations curent à l'envi
l'une de l'autre , & par une noble
émulation, fait des Merveilles
dans cette occafion .
On écrit de Rome que Sa
Sainteté a fait faire une nouvelle
Edition de la Traduction
Latine de la Morale de Grenoble,
pour rendre ce Livre commun
en Italie . Cet ouvrage
qui eft generalement eftimé , a
eftédabord traduit en Latin par
Giij
394 MERCURE
Mr Morus fçavant Prêtre Anglois
, qui a long - temps eu la direction
du Seminaire de Montefiafcone
, qui a enfuite efté
Recteur de l'Univerfité de Paris
, & qui eft à prefent principal
du College de Navarre .'
Il vient encore d'être traduit
à Rome par ordre du Pape , &
de fçavans Cardinaux y ont travaillé
& l'ont enrichi d'excellentes
Notes de la façon du favant
Cardinal d'Aguirre , Sa
Sainteté a fait faire cette derniere
Edition in folio . Elle a de
plus fait faire une nouvelle Edition
d'un excellent Livre compofé
autrefois par un fçavant
Cardinal , & dont les Exemplaires
étoient devenus fort ra,
res, Cet Ouvrage qui eft intitu
ex
GALANT 395
Inftitutiones Theologice
A
à
fourni la matiere & le fond du
Cathechifme du Concile de
Trente; cette excellente Regle
de nôtre foy , & l'abregé de la
Morale Chrêtienne . Ces deux
Livres dont le Pape vient d'enrichir
l'Eglife font munis des
plus magnifiques Approbations,
& ils feront à l'avenir entre les
mains de tous les Paſteurs ;
Le Fameux Peintre Luca Giordano
eft mort à Naples. Il n'a
pû achever plufieurs Tableaux
commencés pour la Chapelle
du Roy d'Espagne à Madrid ,
que le Viceroy a fait porter au
Palais . On dit que cet Excellent
homme s'eftoit attaché dés
fa plus grande Jeuneffe à imiter
les ouvrages du celebrer Paul.
396 MERCURE
Veronefe , Peintre Italien &
connu fous le nom de Paul Cagliari
, qui avoit efté elevé par
Antonio Badille un de fes Oncles.
Il y a en effect une grande
conformité entre les Deffeins
deLuca Giordano , & ceux du Veronefe.
Celui ci s'attacha beaucoup
au Coloris & Peignitfort
dans le Gourdu Titien , & Luca
Giordano excelloit auffi dans
le Coloris . Ses ouvrages approchoient
auffi de ceux du Tintoret
, qui excelloit pour la force
de la Repreſentation , & pour
le deffein.
Je dois ajoûter à l'article de
la mort de Mr le Marquis de
Courtebonne , que ce Marquis
fe nomme Louis de Calonne , &
non de Caponne & de CourteGALANT
397
bourne , & non de Courte bonne,
ainfi que je vous l'ay marqué.
Ce Marquis eft mort d'une maladie
violente qui l'a emporté en
quatre jours . L'on ne peut être
plus regretté qu'il l'a efté par
tous les gens affectionnez au fervice
du Roy , auffi bien que par
Sa Majesté - même , qui depuis
plufieurs Campagnes avoit témoigné
publiquement la fatisfaction
qu'Elle avoit des mar
ques de valeur & de capacité
qu'il avoit données dans des
occafions d'éclat , & fort importantes
. C'est pourquoy le Roy
vient d'accorder à fes Enfans
25000. écus à prendre fur le Gouvernement
de Heldin , qu'il a
donné àMrleMarquis d'Havrincourt
, qui a commandé les Dra398
MERCURE
gons d'Artois . Mr le Comte de
Courtebourne , & à prefent Mar
quis de Courtebourne , fils aîné
du feu Marquis de ce nom , cſt
Capitaine dans la Mestre de
Camp generale de Cavalerie.
H fert depuis quelques années,
& s'eft trouvé en plufieurs occafions
perilleufes , où il a donné
des marques de fa valeur. Le
Défunt étoit frere de Madame
la Baronne de Breteüil.
La Charge de feu Mr du Lif
coër dont je vous ay appris la
mort , a eſté donnée à Mr le
Marquis de Nancré . Il eft fils de
feu Mr le Comte de Nancré ,
Lieutenant general des Armées
du Roy , qui eft mort Gouverneur
d'Arras , aprés avoir efté
Gouverneur du Quefnoy , &
GALANT
399
d'Ath & de Dame N.... de
Montgomery fa Mere . Mr le
Marquis de Nancré a fervi pendant
dix -fept années dans le Regiment
du Roy, Cavalerie, dont
il a efté Lieutenant Colonel .
C'est un homme d'un efprit &
d'un mérite diftingue ; & le
choix que S. A. R. Monfieur le
Duc d'Orleans vient de faire ,
en est une preuve.
Tout le prépare en Espagne
pour l'ouverture de la Campagne
contre le Portugal ; & les
Levées s'y font avec d'autant
plus de fuccés , que le fond des
nouveaux Impoſts eft unique
ment deftiné pour les affaires de
la guerre ce qui fait que les
peuples ont confenti avec joye
à cette Levée , & qu'ils les
400 MERCURE
payent avec plaifir. Le Roy
d'Espagne apprit dans le même
temps , qu'il alloit recevoir de
nouvelles fommes , qui pourroient
auffi y contribuer beaucoup
, puifqu'on luy a mandé
qu'il étoit arrivé deux Vaiffeaux
à Cadix , dont l'un eft la Capitane
de l'Armadille de Bailovento
, commandée par Don André
de Arriola ;. & l'autre , un Navire
particulier de Don Diego
Sanchez , envoyez par le Duc
d'Albuquerque , Viceroy de la
nouvelle Efpagne , & qui avoient
apporté des fommes confiderables
. Je viens de voir des Lettres
de Cadix , qui portent que
fur le Vaiffeau commandé pár
Don Diego Sanchez , il y avoit
douze cent mille Piaftres pour
le
GALANT 401
le Roy, & que cette fomme pro :
venoit du Don gratuit que les
Habitans du païs font à Sa Majefté
Catholique , mais que Mon.
fieur le Duc d'Albuquerque
n'avoit ofé rifquer une plus
groffe fomme . Les mefmes Lettres
ajoûtent qu'il y avoit fur
la Capitane douze - cent mille
Piaftres pour le compte des Né .
gocians ; &
douze - cent
pour
mille autres Piaftres de Marchandifes
. Et comme S. M. C.
doit recevoir fon droit fur. tout
ce que cette Capitane a apporté
, ce que ce Monarque n'attendoit
pas , il lieu de croire
que rien ne lui manquera pour
les frais de la guerre . Les mêmes
Lettres ajoûtent que Monfieur
le Maréchal de Teffé eftoit
Fevrier 1705. Hh
ya
402 MERCURE
arrivé le 11. devant Gibraltař
que ce Maréchal avoit affuré
qu'il efperoit le rendre bientôt
maiftre de la Place , pourvu que
rien ne luy manquait ; & qu'à
peine avoit- il fait cette déclaration
, que toutes les chofes
neceffaires pour l'avancement
de ce Siége avoient commencé
à arriver au Camp.
Leurs Alteffes Sereniffimes
Monfieur & Madame la Ducheffe
du Maine ont donné à
Sceaux le dernier Dimanche
& le dernier Mardi du Carnaval
des Feftes auffi magnifiques
que galantes . Il y eut le Dimanche
un grand bal où il fe trouva
peu de mafques parce qu'on devoit
recevoir le mardi fuivant
tous ceux qui viendroient mafGALANT
403
quez à Sceaux. Parmi les mal
ques qui s'y trouverent le Di
manche quatre perfonnes de
conditions habillées en Arlequins
, dancerent enſemble des
dances Arlequines dans lefquelles
elles imiterent parfaitement
bien les perfonnages qu'elles
reprefentoient .
Madame la Ducheffe du Maine
dont on connoift l'esprit , le bon
gouft & les manieres honneftes
en fur charmée , elle voulur
fçavoir leurs noms & elle leur
dit mille chofes obligeantes
fuivant fa maniere ordinaire.
La collation qui fuft fervie
ce jour- là fut des plus magnifiques.
Le mardi, l'affluence des maf
ques qui vinrent de Verfailles
Hhij
404 MERCURE
& de Paris , fur fi grande que
l'on compta aux environs de
Sceaux trois cens foixante &
dix -huit carroffes , outre ceux
qui s'eftoient retirez pendant
la nuit aux hôtelleries du Bourg
la Reyne , & dans d'autres maifons
voisines.
Le même jour en fortant du
foupé , avant que le bal commençaft
, il y cuft un divertif
fement des plus nouveaux &
des mieux entendus : il n'y entra
point de maſques & il ny
eut que les perfonnes de cette
Cour.Il y avoit une reprefenta
tion du Parnaffe . Apollon , les
neuf Mufes & le Cheval Pegaze
étoient diftribuez avec
beaucoup d'art fur cette double
montagne.
GALANT 405
Apollon.
Mr de Malezicux .
Uranie.
Madame la Ducheffe du Maine.
Clio.
Mademoiſelle d'Enguien .
Enterpe.
Mademoiſelle de Rohan.
Calliope.
Mademoiſelle de Nevers.
Erato.
Mlle de Moras.
Melpomene.
Mlle de Malezieu .
Thalie.
Mlle de Chambonas.
Terpficore.
Mlle de Langeron,
Polimnie
Mlle de Choifeul .
Hh iij
406 MERCURE
Les neuf Sciences ou Arts
qui ont le plus de raport aux
neuf Mufes , vinrent leur offrir
un tribut en vers , qui fu
rent lûs par elles . Mercure
reprefenté
par Mr le Marquis
de
Gavaudun
les conduifoit
: tous
les habits
& les attributs
repondoient
aux caracteres
.
Ce divertiffement fut pouffé
plus loin , mais comme je ne fuis
pas affez bien informé de ce
qui regarde la fuite , je ne vous
en diray rien. Le bal fut enfuite
ouvert & l'on peut dire que
toute la maifon de Sceaux fut
remplie d'un nombre infini de
mafques , dont la varieté des
habits eftoit fi grande qu'il auroit
fallu des mois entiers pour
les examiner , fi on avoit vouGALANT
407
Iu s'attacher à les confiderer.
Les rafraîchiffemens & les li
queurs furent fervies en abondance
; mais quoique la profufion
fuft grande , & qu'il fem-
-blât que l'on vuidât plûtoft
des tonneaux que des bouteil-
Tes , à peine en avoit- on porté
dans les lieux où tous les maf
ques eftoient répandus , que
tout difparoiffoit enfin chacun
s'en retourna content de
cette Fête que l'on pourroit
nommer une Fête Royale..
Il cft arrivé aujourd'hui un Courrier de
Mr de Vandôme qui a raporré que de
-main premier de Mars à 2 , heures du
matin on devoit donner un affaut general
à Verue , ainfi vous apprendrez ce.
qui fe fera paffé à cet affaut environ dans
le temps que vous recevrez ma Lettre .
LeRoy fera la Revuë de fes 4. Com408
MERCURE
pagnies des Gardes du Corps le 11, & ¢
12. du mois prochain à Marly , & elles
partiront enfuite fans fçavoir leur deftination.
Je fuis Madame , & c.
A Paris le 28. Février 1705.
ERRATA.
Page 47. ligne 6. Coligny , lifez Tes
Ligny.
Pag. 105. lig. 5. Clampier lif, Champier.
AVIS.
On diftribuerafans faute le Mercure
le Samedy 4. d'Avril.c
P
TABLE .
Relude.
Relation dudernier CombatNaval,
faitepar Mrle Chevalier d'Infreville
, premier Chef- d'Efcadre.
6
Premier Article des Morts. 40
Mariage. 53
TABLE .
Nouveau Traité pour apprendre
La Geographie.
59
Réception des nouveaux Chevaliers
de l'Ordre du S. Efprit.
Divertiffemens donnez au Palais-
Royal par S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans , & par Mademoiselle.
Memoire en forme de Manifefte des
Mécontens de Hongrie.
Second Article des Morts .
64
76
ΙΟΙ
Départ de 18. Reli gieuxde la
Trape , demandez par Monfieur
be Grand Duc de Tofcane , &
ce qui fe paffe dans leur Marche
.
176
Fefte de Notre- Dame de Mont-
Carmel , & de S. Lazare , celebrée
en l'Abbaye de S. Germain
des Prez, avec la Réception
de quelques nouveaux CheTABLE
.
valiers , & une Deſcription da
nouveau Maitre- Autel de l'Eglife
de cette Abbaye.
Mariages.
185
193
Départ de Mr Abbé de Pampanne
pourl'Ambaffade de Venife . 203
Fautes corrigées , qui s'étaient trouvées
le mois dernier dans la Ge
nealogie de la Maifon d'Aubi-
206
gné.
Madrigalfurla Devife du Ietton de
la Marine de l'année 1704 208
Stances à la loüange de Monfieur
le Comte de Toulouse.
Madrigal.
210
212
Cure faite par des Remedes Sympatiques...
Troisième Article des Morts .
213
263
Places données à l'Académie Françoife
, & à celle des Infcriptions
. 274
TABLE.
Bal donné par Monseigneur le
Dauphin. 278
Extrait d'une Lettre écritte par un
Curé du Diocefe de Grenoble . 290
Prix d'Eloquence & de Poefie pour
L'année 1705 .
Quatrième Article des Morts . 198
Suite du Siége de Veruë par Re-
293
311
lations .
Avantage remporté par l'Armée de
Monfieur le Grand- Prieur. 347
Lieutenance de Roy de Ciudad, Rodrigo
donnée.
354
Gouvernement de Cadix donné. 355
Mi le Marquis de Pety , aggregé
à la Nobleffe de Gennes. 357
Election d'un nouvel Evêque d'Aifchftet.
C
359
Agrément de Charges & de Regimens
donnez
Penfions données.
363
369
Articles des Enigmes : 370
TABLE.
Mariages.
Carnaval de Marly.
Nouvelles de divers endroits.
Suite du Siege de Veruë.
374
377
383
388
Suite des Nouvelles de l'Armée de
Monfieur le Grand- Prieur. 389
Seconde fuite des Nouvelles de Gibraltar.
391
Morale de Grenoble traduite en Latinparordre
de Sa Sainteté. 393
Cinquième article des Morts. 395
Second article de la mort de Mr de
Courtebourne
.
396
Charge donnée à Mr le Marquis de
Nancré
Nouvelles d'Espagne.
398
Carnaval de Sceaux ,
399
402
Nouvelles diverfes , 4.07
Avis pour placer les Figures.
L'air Grand Dieu , &c. page 75
L'air Que mon eftat , & c.page 212
1705,2
Mercure
7
<36624504850016
<36624504850016
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIER
, 1705.
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant,
Ommeil eft impoffible dans la con
Concure
joncture prefente de ne pas groffic
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huitfols, quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations fevendront autant que
les Mercures .
Bayerischo
Staatel hok
München
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC V.
Avec Privilege du Roy.
AULECTEUR .
FLy alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume àu Mercure , puis
que malgré les prieres reite
rées qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR :
de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchiẞent le port.
MERCYRE
GALANT
FEVRIER, 1705 .
E croy ne pouvoir mieux
commencer ma Lettre
qu'en vous difant qu'il pa
roift depuis peu un Livre intitulé
Difcours historique du Regne de
LOUIS LE GRAND , XIV .
A iij
6. MERCURE
*
du nom , Roy de France & de
Navarre, Cet Ouvrage merite
l'attention de tous ceux qui
aiment le Roy , c'eſt-à- dire de
tous fes Sujets ; jamais Souveverain
n'ayant efté plus digne
de leur eftime & de leur amour.
M² Mirat de la Tour , Gouverneur
de Tulles , eft l'Auteur
de ce Livre. Il fe vend chez le
fieur Jean-Baptifte Coignard ,
ruë Saint Jacques , à la Bible
d'or .
Le dernier Combat Naval
a fait tant de bruit dans toute
l'Europe , & les Alliez fe font
donné tant de mouvemens.
GALANT 7
pour diminuer la gloire que les
François ont remportée dans
ce combat , qu'on ne peut en
donner trop de Relations , fur
tout lorfqu'elles font faites par
les premiers Officiers Generaux
de l'Armée. C'eft pourquoy je
vous envoye la Relation fuivante
, moins comme une nouvelle
que comme un beaumorceau
d'Hiftoire , qui doit eſtre
bon , & doit faire plaifir en
tout
temps .
A
iiij
8 MERCURE
DETAIL
Fait
par
M' le Chevalier d'Infreville,
premier Chef d'Efcadre
des Armées Navales
* du Roy, de la conduite qu'il
a tenue dans le dernierCombat
Naval , commandant les
fix premiers Vaiffeaux à la
tefte de l'avantgarde de l'Armée.
Dans le combat rendu le 24.
Aoust 1704. entre l'Armée du
Roy commandée par S. A. S.
Monfieur le Comte de Toulouſe ,
Amiral de France, & celle des AnGALANT
9
ن و ت ي
glois des Hollandois joints en-
Jemble , commandée par l'Amiral
Rook, jay mené , eftant montéfur
le S. Philippe de 88. Canons, portant
Pavillon de Viceamiral blanc
& bleu, lesfix premiers Vaiffeaux
de l'avantgarde de l'Armée , l'Eclatant,
l'Eole , l'Oriflame, l'Heureux,
& le Rubi . Nous en avons
foutenu le pofte ,fans rien perdre
du vent , que nous avons toûjours
tenu au plus prés pendant tout le
combat , que nous nous fommes
trouvez de beaucoup au vent de
toute l'Armée, que les Ennemis ont
combatue à la cofte d'Espagne proche
de Malaga avec l'avantage.
10 MERCURE
du vent qui eftoit à l'Eft, l'Armée
portant au Sud- Sud-Est , de
le Viceamiral Lake maniere que
montéfur un Vaiffeau de 92. canons,
commandant auffi les premiers
Vaiffeaux de l'avantgarde de l'armée
ennemie , en portant Pavillon
de Viceamiral bleu , au maſt d'avant,
fuivy deplufieurs Vaiffeaux
beaucoup plus grands que l'Heureux
l'Oriflame qui estoient mes
matelots , commandez par Mrs de
Saint Marc-Colbert & le Marquis
de Chasteaurenaud , & que
ne l'estoient encore les autres , tant
de la tefte que de la queue de ma
divifion , commandez par Mrs le
GALANT II
J
Chevalier de Belle -fontaine , de
Mons & de Belleville , dont les
Vaiffeaux n'eftantqu'à deuxponts,
n'eftoient auffi armez que depuis
foixante jufques àfoixante & dix
pieces de canon , tomba fur moy
par mon travers , commefur mes
deux matelots avec beaucoup d'audace
, foûtenu par un grand feu de
canon , tiré tant à boulets ronds
qu'à bales à deux teftes & à mitrailles
; nous le foûtinmes fans,
nous déranger par un feu plus
grand & fait à propos , en tenant
toujours le vent au plus prés ; enforte
qu'ayant forcéce Viceamiral,
aprés un combat opiniâtré¸ à met12
MERCURE
que
tre fes voiles , tant du petit hunier,
de la mifaine entierement fur
le mast , afin de fe laiffer culer,
pour eftre moins expoſe au grand
feu qui fortoit de nos batteries , il
laiffa pas de revenir à la charge,
en differens temps , faiſant refervirfes
voiles , dans la vûe , en
nous prétant toûjours le cofté , de
nous pouvoir rompre , & de nous
faire plier ; mais n'ayant pú y
réüffir, il s'éloigna enfin de notre travers
, eftantfort maltraité , pourſe
garantir d'un feu continuel qui en
fortoit , que nous connúmes bien à
fa manoeuvre qu'ilne pouvoit plus
foutenir. Cet avantage futfuivy
GALANT 13
d'un autre qui fut encore plus
grand ,puifque nous mîmes fonfecond
matelot placéà l'avant defon
vaiſſeau , & qui dans le temps
même avoit remplacé ce Viceamiral
avec beaucoup de valeur & de
fermeté, entierement hors de combat
, pour l'avoir démâté , nonob
ftant le grand feu de deux autres
vaiffeaux dont il eftoit foûtenu ,
pour avoir vû auffi tomber fa
grande hune en confufion fur fes
voiles pour lors en banniere , autant
endommagées de coups
non , quefes manoeuvres en general,
& le cofté de fon vaiffeau;
c'est ce quifut la cauſe que rebude
ca14
MERCURE
tez de l'efperance dont ils s'eftoient
flattez d'avoir avantagefur nous
dans le centre de ma divifion , où
je commandois , & qu'ils avoient
combattu avec beaucoup de va
leur,ilsfe contenterent dans lafuite
defe menager à certaines diftances,.
afin de n'avoir rien par leur travers,
en laiffant un tres -grand
vuide qui fuft capable par notre
feu de les embaraffer de plus en
plus ; c'eft en quoy nous aurions
réüffi, fi nous avions pú trouver
l'occafion de les pouvoir doubler
dans le temps même.
Cet avantage remportéfur le
Viceamiral Lake & fur les vaifGALANT
15
·
feaux de fa divifion , à la referve
des deux premiers de fon avantgarde
, deftinez pour s'oppofer à
Mrs de Bellefontaine & de
Mons , mais qui ne parurentfaire
d'autres mouvemens que ceux de
Les obferver, fans trop s'engager
fur eux, de crainte que Mr le
Chevalier de Bellefontaine monté
fur l'Eclatant, & M de Mons
fur l'Eole , aufquels il paroifſoit
par leur manoeuvre une extrême
envie de combatre , eftant à ma
teste , n'euffent occasion en les doublant,
aprés avoir reviréfur eux,
de les mettre entre deux feux, me
fit enviſager tout de nouveau de
16 MERCURE
quelle confequence il meparut pour
tout ce que j'envisageois de plus
avantageux en cette occafion , avec
les fix vaiffeaux que je commandois
, de n'avoirpluspar mes eaux
la divifion de M³ le Marquis de
Villette Murcay,montéfur le Fier
de 92. canons portant Pavillon
d'Amiral blanc & bleu , & dont
j'estois à la tefte de l'avantgarde ,
comme Viceamiral. Il avoit eftéderangé
de mes eaux , aprés quelheures
de combat & du tra
ques
versde l'Amiral Shovel, qui avec
les vaiffeaux qu'il commandoit ,
comme Amiral de l'avantgarde de
l'armée ennemie , en portant Pa-
ع و ت
GALANT 17
dans
villon blanc à croix rouge & par
les eaux,dans le commancement
du
combat de la divifion du Viceamiral
Lake que j'avois combattu ,
luy eftoit tombé en partage , &
cela par le feu qui ayant pris
fur fa dunette ainfi que
fa Chambre du confeil , par l'effet
d'une bombe , en avoit enlevé
bleffé ce qui s'y eftoit trouvé
d'Officiers , de Gardes de la Marine
, & de foldats deftinez pour
fairefeu du moufquet, lorsque l'on
en viendroit à la moufqueterie.
Un auffifâcheux dérangement
par l'effet de cette bombe , qu'on ne
pouvoit attendredeM de Villette,
Fevrier
1705.
B
18 MERCURE
quepar un cas auffi particulierque
celuy qui luy eftoit arrivé , &
dont tout autre n'auroit pû également
fe garentir, qui le mettoit
comme hors de combat , aprés avoir
combattu l'Amiral Shovel avec
toute la valeur & la fermetépoffible,
me fit trouver dans un affez
grand intervale de temps que nous
n'eftions plus occupez à nôtre travers
par le feu des vaiſſeaux ennemis
, que j'avois combattu , comme
entre la divifion du Viceamiral
Lake & celle de l'Amiral Shovel,
à la referve toutefois que les
premiers aiffeaux qui en formoient
la tefte n'eftoient point enGALANT
19
tore tout - à - fait parvenus à me
montrer le travers ; maisfeulement
jufques à une même distance que
s'eftoit à peu prés confervé au vent
avec les principaux vaiſſeaux de
fa divifion, ceViceamiral qui m'
toit tombé en partage dans le com
mencement du combat.
Quoique la fituation dans la
quelle je me trouvois pour lors de
me voir de moment à autre , comme
exposé avec un tres-petit nombre
de vaiffeaux à foutenir le feu
de ces deux divifions des Ennemis,
au nombre de vingt , tant au vent
que fous le vent de ma divifion
par qui naturellement je ne pou-
Bij
(20 MERCURE
vois manquer d'eftre envelopé
mis entre deux feux , la raiſon eft
que tres - difficilement pouvois – je
compter dans le temps même fur
M² de Villette , non plus que fur
les vaiffeaux de fa divifion , qui
crurent , aprés s'eftre dérangez de
ligne & de mes eaux , lors de l'accident
arrivé à fa poupe , devoir
fuivre fes mouvemens , vû l'état
où eftoit fon vaiſſeaupar ce contretemps
, & pour lors fous le vent,
mais de l'avant de la divifion de
l'Amiral Shovel, nous ne laiffa
mes pas nonobftant cela , à la teſte
de nôtre avantgarde , fans nous
démentir en rien , non plus qu'en
GALANT 21
ce qu'il faloit marquer de bonne
contenance , de faire voir par nôtre
manoeuvre aux Ennemis que rien
n'eftoit capable de nousfaire changer
de route.
Ce fut pour lors qu'eftant de
l'avant au vent, environ trois
lieües avec les vaiffeaux que je
commandois, de tout le gros de notre
armée, qu'à peine pouvionsnous
diftinguer par le trop d'éloi
gnement, &feparez dans le temps
même par la divifion de l'Amiral
Shovel de celle de M de Villette,
fur laquelle il s'eftoit laiffe tomber
en quittant fa ligne , aprés quelques
heures de combat , & cela
22 MERCURE
le
dans l'efperance de quelque avantage
fur luy , commefürfa divifion
, toûjours attentive àſa manoeuvre
àfes mouvemens , qu'il
parût à la poupe du vaiffeau
Fier , encorefumantepar l'effet de
la bombe , fur la fin de la journée
que le vent commençoit à manquer,
unfignal afin qu'on augmentât de
voile , en portant vent largue , ainſi
qu'il en fit la manoeuvre ; mais
fans d'autres vues , du moins autant
que je le pûs comprendre, que
celles de fe rallier au corps de ba
taille , d'où il eftoit éloigné , & en
la maniere enfin que la manoeuvre
s'en obferue dans une armée, avant
GALANT 23
la nuit , fuivant les ordres gene
raux aufquels tous les Comman →
dans à la tefte de leurs divifions
font dans l'obligation de s'affujettir;
j'en fuivy donc les mouve
mens avec les vaiffeaux de ma divifion
, m'attachant à fonfignal
& toûjours dans les mêmes vues
que j'avois penetré de Mª deVil.
lette de fe railler au corps de ba
taille , duquel fa divifion , comme
la mienne , eftoient fort éloignées,
parce que menant lespremiers vaiffeaux
de l'avantgarde de l'armée
depuis le commencement du combat
jufques à la fin , j'avois fait porter
les voiles neceffaires , qui tou24
MERCURE
tefois ne confiftoient qu'en celles du
grand& dupetithunier , de la mifaine
& de l'artimond, afin de donnerplus
d'occafion generalement à
tous les vaisseaux de l'armée de pou
voirplus aisément combattrefansfe
doubler eftantfur une même ligne,
ny fans s'embarraffer. C'est du
moins ce que les Commandans directement
à la tefte de l'armée, ne
peuvent manquer d'obferver dans
les occafions de combat.
Cette manoeuvre auroit pú
core me mieux réüſſir , aprés avoir
combattu avec avantage , fans
nous eftre jamais dérangez du
vent , les vaiffeaux du Viceamiral
GALANT 25
ral Lake ; mais toutefois fans les
avoir pú doubler , non plus que
Mrs de Bellefontaine & de Mons
qui estoient à ma tefte . Les vaif
feaux qui pendant le combat leur
eftoient tombez en partage , &
puifqu'en cas que j'euse en occafion
de le pouvoir tenter comme
dans leur centre , pour lors entierement
dégagé de mon travers, comme
de mes deux matelots , l'Amiral
Shovel qui eftoit à ma droite
en ligne avec quinze vaiffeaux
fous le vent de ma divifion , par
là feparée de celle de M de Vil
le mauvais état de fon
૨
lette ,
que
vaiſſeau
, causé
par
l'effet
de
la
Fevrier
1705: C
26 MERCURE
gros de
bombe, avoit fait tomber fous le
went, & qui dans la fuite n'au
roitpas manqué de revirerfurmoy
par mes eaux auroit pú en tirerpeut-
être un avantage d'autant
plus grand, éloigné autant que je
l'eftois avec ma divifion & de
beaucoup au vent tant du
·nôtre armée qquuee ddee celle celle de Mr de
Villette , àproportion par
bre qu'il m'auroit oppofé de vingt
vaiſſeaux, compris ceux duPavillon
bleu quej'avois déja combatu,
qu'il m'eût efté bien difficile , malgré
tous nos efforts pendant.le combat,
de pouvoir m'en tirer, fans
tomber dans le rifque d'eftre enfin
le
nomGALANT
27
envelope par un nombre de vaif
feaux auffi fuperieur à celuy que
j'aurois pú leur oppofer.
du
Le party que j'avois done pris
de demeurer ferme , ainſi que je
fis , comme entre ces deux divifions,
tant de l'Amiral Shovel que
Viceamiral Lake, quej'avois combatu
à la tefte de l'armée , me par
rut dans lafuite d'autant plus
vantageux que j'empêchaypar ma
manoeuvrel Amiral Shovel, dont
jepris toûjours foin d'obferver les
mouvemens,enmefurant auffidans
le temps même mes voiles avec
lesfiennes , de ne rien entreprendre
fur Mr de Villette , fort affoibly
Cij
28 MERCURE
par tout ce que l'effet de la bombe
tombée fur la dunette de fon vaiffeau
luy avoit caufé de contretemps
. A peine eftois-je donc parvenu
à demi-portée de Mr de Vil
lette & de fa divifion , avec les
vaiffeaux queje commandois , aprés
qu'il m'eût fait le fignal de
me rallier à luy, lorfqu'il fit porter
vent largue , que nous fumes
menacez d'un calme. Mr deVillette,
pourprevenir ce contre - temps
fe fit aider avec un rèſte de fraifcheur
fur l'eau , par les Galeres
d'Espagne qui avoient efté deftinées
pour eftre à notre tefte , mais
fous le vent pendant le combat ;
GALANT 29
que
en forte qu'ayant donné la remorà
nos vaiffeaux , que les courants
& le рец de vent empef
choient pour lors de fe manier ,
n'ayant paspermis aux Galeres de
nous demêler tous ,futla cause que
je ne puseftre aidé, eftant pour lors
tout à fait en calme , par la Galere
de Mr le Comte de Fonçalada General
des Galeres de Cartagene
,
que long-temps aprés , mais encore
fort inutilement, puisqu'eftant venu
à mes feux pour prendre mes
amares , ilne lesput conferverportées
fur fa Galere ,
de
temps ;
que
tres - peu
; la raison eft que fa
Chiourme , aprés plufieurs efforts,
Cij
30 MERCURE
en nageant toûjours en travers ,
pour me faire abbatre , n'ayantpu
enfinfurmonterles courans quiprenoient
mon vaisseau par le cofté,
obligea Mr le Comte de Fonçalada
d'abandonner mes amares ; mais
auffi dans le temps d'un fignal que
luyfit d'une fufée Mr le Duc de
Turcis General des Galeres d'Efpagne
, qui estoit la marque de ralliement
pour toutes les Galeres à
la fienne , du moins c'eft ce
me fit dire en s'éloignant de mon
vaiſſeau , aprés m'avoirfait faire
beaucoup d'honnêtetez .
qu'il
Quoique la maniere dont je me
trouvois pour
lors orienté
par
le
GALANT
31
calme, ne fuft differente de celle de
Mr deVillette & des autres vaiffeaux
qu'en ce qu'ils prefentoient
vers la partie du Nord - Nord-
Oüeft, & que tout au contraire
mon vaiffeau prefentoit vers le
Sud - Sud - Est , parce que nous
eſtions tous pour lors tout à fait en
calme , &parconfequentpeu éloignez
les uns des autres. Je ne laif
Saypas d'envoyer à Mr de Villet
te , quoique pendant une nuitfors
obfcure , & malgréla rapidité des
courans , Mr le Chevalierde Lan
ty Officier fur mon Bord, pour luy
donner avis de tout ce quej'en devois
apprehender, & qu'enfin ils
C iiij
32 MERCURE
dérangeaffent auffi-bien que
ne me
Mr des Herbiers ,commandant le
vaißeau l'Arrogant qui ſe trouvoit
dans le même cas où j'eftois.
Mr de Villette n'eut pas plutoft .
appris de mes nouvelles par Mrle
Chevalier de Lanty qu'il détacha
vers Mr le Duc de Turcis , le
priant de m'aider d'un plusgrand
nombre de Galeres ; il m'écrivit
dans le temps même un billet,par
lequel il me mandoit que fes Ga
leres ne l'ayant pas encore rejoint,
il n'eftoitpas encore en fonpouvoir
de m'en aider, & en la maniere
qu'il l'auroitfort fouhaitté , mais
qu'au moment qu'elles fe feroient
GALANT
33
par
le
le
ralliées à la fienne , il ne manqueroit
pas de m'en envoyer . Ce billet
de la part de Mr le Duc de
Turcis , ne me fut aporté que
lendemain
du mois ,
25.
Chevalier de Lanty , qui pourfe
garentir des courans , qui la nuit
même de la commiffion dontje l'avois
chargé, le portoient fur les
Ennemis , dont je diftinguois les
feux, avoit preferé de paẞerplutoft
la nuitfur le vaiffeau de Mr
Ducaffe , Chef d'Efcadre & premier
Matelot de Mr de Villette,
où le hazard le fit tomber , que
de fe mettre dans le rifque d'eftre
toujours manié
par
les
courans
34 MERCURE
eftant dans fa chaloupe , de ne pas
rencontrer mon vaiſeau pendant
une nuit auffi obfcure , nonobftant
neanmoins les feux d'augmentation
que j'avois fait placer àportée
de mes fanaux de poupe , où
j'avois mes feux ordinaires , afin
qu'il le puft mieux diftinguer.
Nous n'avions pas laiffé ,fans
attendre le retour du Chevalierde
Lanty à mon vaiffeau , de facommiffion
, d'employer tout ce qui étoit
du métier, afin de me faire
prefenter du même cofté où les autres
vaiẞeaux , tant de la diviſion
de Mr de Villette, que de la mienne
, à l'entrée de la nuit , avoient
GALANT
35
déja mis la proïe , mais toutefois
avecfi peu d'apparence de reüffir,
à caufe des courans par trop rapides
qui me prenoient par le travers
, qu'inutilement auffi de deffusmon
vaiffeau nous appliquionsnous
à démêler d'où pouvoit ve
nir la moindre fraîcheur , qui puſt
me raprocher de Mr de Villette.
Suivant ce qui nous paroiffoit dans
le temps mefme de la mer fort agitée
par les courans , l'on eut pu
compter fur un vent aſſez frais,
mais cela ne fervoit tout au contraire
qu'à nous déranger de plus
plus , & fans vent, puifque par
là nous nous trouvions infenfibleen
36 MERCURE
ment tranſportez par la dérive de
mon vaiffeau fur les Ennemis ,
dont nous diftinguions toujours les
feux , mais qu'ils éteignirent trois
beures avant le jour, & apparemment
pour me cacher la manoeuvre
à laquelle ils fe détermi
neroient defaireporter vers lapartie
du Nord, ou de celle du Sud,
au moment que le vent venant
s'élever leur en fourniroit l'occafion
; mais comme en de femblables
conjonctures
de temps , que
l'onfe trouve arrêtépar le calme ,
il arrrve fouvent que des vaiffeaux
, quoiqu'à peu de distance
Les uns des autres , & principale
à
GALANT 37
ment dans le temps de la bellefaifon
qui regnoit
pour lors , les uns
font fouvent
favorisez
la nuit
comme
le jour de certaines
fraîcheurs
, qui s'élevent
à la ſuperficie
de l'eau, qui pour lors contribuent
à ce qu'ilspuiffent
fe manier
,
enfaisant
fervir
leurs voiles, tandis
que les autres
, quoique
peu éloignez
d'eux
, n'en profitent
pas
toujours
également
par la raison du
calme , qui tout au contraire
les
arrefte
, fut la cauſe , incertain
comme
j'estois
pendant
la nuit des
mouvemens
des Ennemis
depuis
leurs feux éteints
, que bien loin
de porter
vers le Nord- Nord38
MERCURE
Oueſt aprés avoirpaſſé un filongtemps
en calme pendant une nuit
entiere , & qui auroit pu auffitoft
mefaire tomber parmy les Ennemis
que dans notre armée , que
je preferé à la faveur d'un vent
d'Ouest qui s'éleva une heure
demie avant le jour , de mettre
plutoft laproie au Sud-Sud- Ouest,
dans l'efperance en m'élevant,faifantfervir
mes voiles , en portant
à cet air de vent , de pouvoir con-
Server quelque avantagefur eux,
fuppofe auffi qu'ils euffent pris le
party de ne rien changer à la route
que les deux armées avoient fuivie
pendant le combat.
GALANT 39
Nous en fûmes comme convaincus
à la découverte , le jour
commençant à paroître , puifque
nous aperçumes une armée portant
fur nous, mais que Mr des Her
bierscommandant le vaiffeau l' Arrogant
qui venoit par mes eaux ,
ayant reconnu peu de temps aprés
pour la noftre , m'en ayant fait le
fignal en revirant , par un Pavilton
blanc qu'il mit à poupe pour
marque de reconnoiffance , fut la
cauſe qu'en moins d'une heure
nous nous ralliâmes à l'armée
malgré le contre-temps où j'eftois
·´tombépendant la nuit , le jour du
combat , de n'avoir pu eftré remor40
MERCURE
qué par la Galere de Mr le Comte
de Fonçalada
.
Le R.Pere Innocent de Sainte
Scholaftique , Carme Déchauffe
, mourut en cette Ville
le 24. Janvier dernier , âgé de
quatre - vingt - douze ans. Il
avoit eu l'honneur d'eftre Confeffeur
durant plufieurs années
de feue Son Alteffe Royale Mademoiſelle
. Sa vertu & fes lumieres
dans la conduite des
ames l'avoient fait choisir pour
cet employ. Il eft mort dans
une grande eftime & plein de
merite .
GALANT 41
M Alexis Barjot de Mouf
fy , Preftre , Docteur en Theologic
de la Faculté de Paris ,
Grand Archidiacre , Doyen &
Chanoine de l'Eglife de Rho .
dés , mourut en cette Ville le
Jeudy 22 Janvier dernier , univerfellement
regretté , à cauſe
de fa pieté , de fa charité à l'égard
des pauvres , & de l'intelligence
qu'il avoit dans le maniement
des affaires qui regardoient
fon miniftere. Il eftoit
fils de M Leonor Barjot II.
du nom , Seigneur de Mouffy ,
Confeiller du Roy en tous fes
Confeils & defeue Dame Eleo-
D Février
1705.-
42 MERCURE
>
noredeVoyer,fille de M™ Louis
de Voyer, Vicomte de Paulmy,
& de Dame Françoiſe de Larfe,
& grande tante de M' d'Argenfon
, aujourd'huy Lieutenant
General de Police. Leonor
Barjot eftoit fils de Leonor
Barjot I. du nom , Chevalier
Seigneur de Roncée , Negron ,
& Mouffy , & de Demoiselle
Renée de Beauveau , fille de
Mr André de Beauveau , Seigneur
de Pinpean , & de Demoiſelle
Philippe de Vaillac.
Ce Leonor Barjot eftoit fils de
Mr Claude Barjot , Confeiller
du Roy en fes Confeils , M
GALANT
43
re
des Requeftes de fon Hoftel ,
& Prefident en fon grand Con
feil , Seigneur de Mouffy & de
Roncée en Touraine , & de fa
premiere femme Demoifelle
Anne d'Availlole, fille de Charles
Seigneur de Roncée Negron.
Claude Barjot eftoit ſecond
fils de M Claude Barjot
III. du nom , Seigneur d'Orval
, & de Dame Antoinette le
Vifte , de la Maiſon de Saint
Bonnet en Lyonnois. Claude
Barjot eftoit forti du mariage
de Guillaume Barjot , Seigneur
d'Orval , & de Dame Thomaffe
de Gellé. Guillaume Barjot
Dij
44 MERCURE
re
re
eftoit fils de M Claude Barjot
Chevalier d'honneur de Madame
Anne de France , Soeur du
Roy Louis XI. & de Dame
Louife de Balzac.Claude Barjot
étoit fils de M Philibert Barjot
, qui fervit le Duc de Bourbon
en plufieurs occafions importantes,
& dont il fut enfuite
premier Ecuyer. Ce Prince
pour recompenfer fes fervices
luy donna fa Fille naturelle en
mariage, Philibert Barjot ,
avant d'eftre au fervice du Duc
de Bourbon , avoit efté Lieutenant
General au Bailliage du
Mâconnois . Il eftoit fecond fils.
GALANT 45
de Guillaume Barjot , Seigneur
de la Pallu & de la Salle , l'aîné
Guillaume Barjot ) Seigneur
de la Pallu , eftoit Maître d'Hôtel
du Roy Charles IX. Guillaume
Barjor eftoit fecond fils
d'un autre Guillaume Barjot ,
Secretaire du Roy : Claude
Barjot eftoit fon frere aîné , il
fut Maiftre des Comptes en la
Chambre de Dijon , & pere
de deux Prefidens . au Grand
Confeil. On voit dans le Chapitre
de Saint Jean de Lyon
une fondation du 31. Janvier
1537. que M André Barjot ,
Chanoine & Comte de S. Jean
re
46 MERCURE
rs
re
de Lyon , Mr Claude , & M
Guillaume Barjot , firent dans
l'Eglife de S. Nicolas de Beau`
jeu. La Maiſon de Barjot eſt
fortie des Comtes de Varax.
Les Seigneurs de la Pallu étoient
Barjot . M' d'Auneüil font les
puifnez de cette Maifon. Claude
Barjot , Seigneur d'Orval ,
dont j'ay parlé , eftoit l'ayeul
commun de M¹ d'Auneuil &
de Mouffy. L'aîné de fes enfans
fit la bianche de M d'Auneüil ,
& le fecond , fit celle de M
de Mouffy. M' le Comte du
Mazy,qui a été premier Ecuyer
de feue S. A. R. Mademoiſelle
,
IS
GALANT 47
eft à prefent chef de la branche
d'Auneüil. M' le Comte
d'Auneüil , qui a efté Meſtre de
Camp de Cavalerie , eft fon
frere auffi bien que Ml'Abbé
de Coligny , qui eft en Eſpagne
, avec Monfieur le Maréchal
de Teffé , & M' l'Abbé
d'Auncüil, Chanoine de la Sainte
Chapelle. Ils font fils de feu
Mr Louis Barjot , Chevalier ,
Marquis d'Auncüil , Maiftre
d'Hoftel ordinaire du feu Roy
Louis XIII. & Grand-Maiftre
des Eaux & Forefts de Lorraine
, & de Dame Ifabelle de
Beaumont ,fille du Marquis de
48 MERCURE
Saint Eftienne , Gouverneur
de
Chafteau-renaud & de Linchamp
, & Colonel d'un Regiment
d'Infanterie
. Cette Dame
cftoit niece du fameux Pere
Jofeph , & fille d'une de fes
foeurs
elle avoit efté Fille
d'honneur
de la Reine Mere..
;
Le chef de la branche de Mouf
re
fy eft M™ N ….. Barjot , Marquis
de Mouffy , cy – devant
Lieutenant de la Gendarmerie
.
Il a époufé N ... de Saumery ,
fille de M' le Marquis de Saumery
, Gouverneur
de Chambor
, qui avoit épousé la foeur
de feue Me Colbert. M le
Marquis
GALANT 49
re
Marquis de Mouffy, eft frere
aîné du Comte de Roncée , de
Frere N... Barjot Chevalier de
l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem
, & de Dame N ... Barjot,
Marquife de S. Germain de
Gorges . Ils font tous fortis du
mariage de M™ René Barjot ,
Marquis de Mouffy , & de Dame
Charlotte de Maillé , de la
branche de Maillé - Carmant ,
& par confequent parente de
feue Madame la Princeffe . Feu
M le Marquis de Mouffy
eftoit frere aîné de Mr l'Abbé
de Mouffy, qui donne lieu à cet
Article,ils eftoient tous neveux
E
Fevrier
1705 .
50 MERCURE
de feu Mr de Paulmy d'Argenfon
, Evefque de Rhodez , qui
attacha le fecond à fon Eglife ,
en luy en donnant une des principales
Dignitez. M' l'Abbé de
Mouffy cft mort dans un âge
affez avancé , & fort foûmis
aux ordres du Ciel. Il fut enterré
le 23. Janvier dans l'Eglife
de S. Jacques du Hautfa
Paroiffe. La fepulture
de cette Maiſon eft dans l'Egli-
Le de Sainte Opportune.
pas ,
M' l'Abbé de Mouffi eftoit.
Coufin germain de M. l'Abbé
de Voyer de Paulmy , qui l'eft
auffi de M' d'Argençon & de
GALANT 51
M' l'Evêque de Dol : ces deux
Abbez eftoient liez d'une tendre
amitié & M' l'Abbé de
Paulmy a donné à fon parent
des marques de fon attachementen
ne l'abandonnant
point durant toute fa maladie.
Ml'Abbé deMouffi portoit le
même nom & les mêmes armes
que M. l'Abbé d'Auneüül,
Prieur de Beaumont , Chanoine
de la Sainte Chapelle & l'un
des Juges de la Chambre Eccle
fiaftique. C'eft une perfonne
d'un grand merite , & d'un ef
prit tres-étendu.
Mademoiselle N... de Graval
E ij
52 MERCURE
de Monfures fille de M de
Graval prit l'Habit de Novice
dans la Franche Abbaye de
Noftre-Dame aux Bois , Fauxbourg
faint Germain , le Dimanche
18° Janvier 1705. Le
Pere Guibert de l'Oratoire fit
ledifcours de Vêture , qui fut
trouvé d'une grande beauté.
La Demoiſelle marqua une
grande fermeté dans cette action
qui fut édifiante par ſa
pieté , & par la joye qu'elle témoigna
de s'engager pour toujours
au fervice des Autels.
M° de Graval fa Mere , y affifta
; c'eft une Dame d'un grand
GALANT 53 .
merite : l'Affembléc fut belle
& nombreuſe .
Mademoiſelle N... de Bullion
d'Attilly , fille de feu M
N... de Bullion Marquis d'Attilly
& de Dame N... de Beauvau
Durivau de l'illuftre Maifon
de Beauvau , épouſe en fecondes
Noces de M' de Barville
, Gouverneur pour le Roy
d'un Fort fur la frontiere de
Savoye , a époufé depuis quelque
temps M' N... Rouffelin
Seigneur de Moncour. Le Pere
du nouveau Marié s'eft diftingué
dans fes emplois , ainfi qué
M' Rouffelin fon oncle mort
E iij
54 MERCURE
depuis peu. L'un & l'autre s'y
font acquis beaucoup de reputation
par leur probité &par
leur defintereffement. Leur fa
mille eft connue il y a longtemps
à Paris. Feu M" le Mar
quis d'Attilly pere de la nouvelle
Mariée étoit frere aîné
de M' le Marquis de Longchêne
, qui avoit époufé Mile
de Senneterre , foeur de feu
Monfieur le Duc dela Ferté &
fille du Marechal de ce nom.
L'un & l'autre étoient petit fils
de feu Mic Claude de Bullion ,
Marquis de Galardon ficur de
Bonelles . &c . Surintendant des
IC
GALANT 55
Finances , Garde des Sceaux des
Ordres du Roy & Preſident à
Mortier au Parlement de Paris,
qui a efté un des grands hommes
de la Robe du 17. fiecle,
& que les Roys Henry IV. &
Louis le Jufte fon Fils ont tres
fouvent employé en diverfes
Negociations , Ambaffades
Traitez & autres affaires importantes
. Il eftoit fils de Jeande
Bullion
M des Requeſtes
,
& de Charlotte
de la Moignon
,
& petit fils de Jean de Bullion
Confeiller
& Secretaire
du
Roy , & originaire
de la Ville
deMâcon
. En 1596. il fut reçû
E iiij
56 MERCURE
Confeiller au Parlement de
Paris , M des Requeftes en
1605. & enfuite admis dans le
Confeil Privé du Roy en qualité
de Confeiller d'Eftat ordinaire.
En 1632. le feu Roy
fatisfait de fa conduite & de
fes fervices luy donna la Surintendance
des Finances , &
enfuite la Charge de Garde des
Sceaux des Ordres de S. M. &
enfin ce Monarque crea en fa
fayeur un Office de Prefident à
Mortier, où il fut reçû au mois
de Fevrier 16 36. il mourut d'apoplexie
en 1640. il avoit
époufé Angelique Faure ,de laGALANT
57
quelle il acu Noël Seigneurde
Bonelles , Marquis de Galardon
, pere de M ' le Prevoſt de
Paris , Claude S de Longchêne
pere de M' le Marquis
d'Attilly & grand pere de la
Demoifelle qui donne lieu à
cet article.
On a compofé depuis peu
en faveur des jeunes gens un
traité intitulé. Methode abregée
& faitepour apprendre la Geogra
phie , où l'on décrit la forme de
Gouvernement de chaque pays
fes qualitez , les moeurs de fes
habitans , & ce qu'ily a de plus
remarquable , avec un abregé de
58 MERCURE
la Sphere. Cette Methode eft
un traité fait pour ceux qui ne
veulent s'appliquer à cette
fcience que pour en fçavoir autant
qu'il eft neceffaire à la plû
part des gens du monde. Comme
les Traitez qui font contenus
en plufieurs Volumes paroiffent
ordinairement ennuyeux
à ceux qui commencent
à apprendrelaGeographic,
on a cru qu'il falloit que cette
methode fuft plus courte; l'Au
teur neanmoins a jugé à propos
d'y joindre un peu d'Hif
toire , & de décrire en peu de
mots la forme du Gouverne
GALANT 59
4
ment de chaque Pays , fes qualitez,
les moeurs de fes habitans
& ce qu'on y trouve de plus
remarquable : Cette methode ,
qui comprend la Geographie
entiere,à laquelle on a joint un
Abregé de la Sphere , eft renfermée
dans un Volume in
douze , que l'on vend quarante
fols , chez Auguftin Brunet
dans la grande Salle du Palais ,
au quatrième Pilier , au Louis
Couronné.
LeRoy croyant devoir faire
Chevaliers
de fes Ordres quelques
Maréchaux de France d'u
ne naiffance auffi ancienne que
60 MERCURE
diftinguée & des plus illuftrées,
& qui d'ailleurs luy avoient rendu
de ſignalez fervices dans fes
Armées de terre & de mer, crut
auffi que ceux qui ne recevroient
pas cet honneur pour
roient en avoir quelque cha
grin , & fa bonté naturelle &
fa reconnoiffance
pour ceux
qui ont expofé leur fang avec
fuccés pour fa gloire & pour
celle de l'Etat , luy firent prendre
la réfolution de nominer
Chevaliers de fes Ordres tous
les Maréchaux de France qui
n'auroient pas eu cet honneur,
fi Sa Majefté n'eût fait une proGALANT
61
motion que de deux ou trois
feulement , c'eft pourquoy elle
les nomma tous. Vous fçavez
que Monfieur le Maréchal de
Catinat eft du nombre de ceux
qui furent nommez. A peine
ce Maréchal eut- il appris fa nomination
, qu'il donna au Roy
des preuves de la grandeur de
fon ame : preuves qui le met-›
tent au deffus de celles dont il
croyoit manquer, & qui le doivent
faire beaucoup plus eftimer
qu'un ou deux degrez de
Nobleffe de plus . Les Maréchaux
de France qui ont efté reçus
le jour de la Purification de
?
62 MERCURE
la Vierge , font Meffieurs les
Maréchaux
de Coeuvres
, de
Villars , de Chamilly , de Châteaurenaud
, de Vauban , de
Rofen & de Montrevel . Monfieur
le Maréchal d'Harcourt
fe trouvant indifpofé ce jourlà
, fa reception fut remife au
premier jour que les Chevaliers
s'affembleroient la Propour
ceffion que l'Ordre fait toutes
les Feftes qu'il celebre. Je ne
vous dis rien de la naiffance de
ces nouveaux Chevaliers qui
viennent de donner des preu
ves de quatre degrez de Nobleffe,
puifqu'outre que la naif
GALANT
63
fance de la plufpart eft tresconnue,
il n'y en a aucun dont
je ne vous aye parlé à fond ,
lorfqu'ils ont efté faits Maréchaux
de France , & même lorfqu'ils
ont efté nommez Lieute
nans Generaux . Quant à la ceremonie
qui s'obſerve à la reception
des nouveaux Chevaliers
, je vous en ay fi fouvent
parlé , & elle et imprimée en
tant d'endroits , que je ne fe
rois que groffit ma Lettre par
des chofes qui ne font ignorées
de perfonne , fi je vous en entretenois
encore. Je vous di-
Lay Leulement que la Meffe fut
64 MERCURE
celebrée par M' l'Abbé d'Eftrées
Prelat Commandeur de
l'Ordre du S. Efprit . Il officia
en croffe & en mitre , felon le
privilege des Abbez qui ſont
eroffez & mitrez , & commeil
tenoit ce jour-là la place d'un
Evêque Commandeur de l'Ordre
, le Roy voulut bien qu'il
cuftl'honneur d'officier en crof
fe & en mitre.
Il y eut au commencement
de ce mois au Palais Royal un
divertiffement qui charma tous
ceux qui eurent le bonheur de
s'y trouver. Plus de 80. Concertans
des plus habiles dans
GALANT 65
leur Arty firent une repetition
fous la conduite de M' Gervais
d'un Opera intitulé , Suite de
l'Opera de Renaud & d'Armide.
La furpriſe des Auditeurs fut
grande , & quoiqu'ils euffent
attendu beaucoup , ce qu'ils entendirent
fut trouvé beaucoup
au deffus de ce qu'ils atten-
`doient , & les applaudiffemens
donnez naturellement aux
beaux endroits , comme fi les
Auditeurs avoient efté de concert
de les donner en même
temps , furent fi grands , qu'ils
eftoient capables d'interrompre
les Concertans . Je croy
Fevrier
1705. F
66 MERCURE
ne devoir rien dire davantage
de ce divertiffement , finon
qu'il femble qu'Apollon Dieu
de la Mufique ait verfé fes connoiffances
dans le fein de quel
qu'autre Dieu : je dis de quel
qu'autre Dieu , parce qu'il eft
des hommes que leur naiffance
& leur merite mettent au def
fus des Dieux de la Fable.
Ce Concert eftant finy, S.
A. R. Monfieur le Duc d'Orleans
& tous ceux qui avoient
eu le plaifir d'entendre le Concert
dont je viens de vous parler
, allerent dans l'Appartement
de Mademoiselle , où
GALANT 67
cette Princeffe donnoit le Balà
plufieurs Princes & Princeffes ,
Seigneurs & Dames que cette
Princeffe y avoit fait inviter
Voicy leurs noms , non pas fclon
l'ordre de leur naiſſance ,
mais felon qu'ils font venus à
ma connoiffance . Je dois vous
dire auparavant que Mademoifelle
de Chartres & Mademoi
felle deValois accompagnoient
Mademoifelle.
Monfieur le Comte de la Marche..
Monfieur de Marfan.
Monfieur de Villeroy.
Fij
68 MERCURE
Monfieur de Coffe..
Monfieur d'Epinoy.
Monfieur de Soubife.
Monfieur le Marquis de Villequier.
Monfieur de Caftres.
Monfieur de Mayercroom .
Monfieur de Ratabon.
Monfieur de Rambouillet.
Monfieur de Lux.
Monfieur de Blanfac.
Meffieurs de la Motte.
Monfieur de Necfle .
Meffieurs Tamboneau.
Monfieur de Torrigny.
Monfieur de Tourville.
Monfieur de Rouvroy.
GALANT 69
Meffieurs de Liftenoy.
Mademoiſelle de Conty.
Madame de Rupelmonde .
Madame de Nangis .
Madame &Mademoiſelle d'Entragues.
Madame de
Langeron .
Madame Tamboncau.
Madame &Mademoiſelle d'Autefeuille
.
Madame & Mademoiſelle de
Courtenay.
Madame de Croiffy & Mefdemoifelles
fes filles.
Mademoiſelle de Villefranche.
70 MERCURE
Madame & Mademoifelle de
Guifcar.
Madame de Cayavel.
Madame & Mademoiſelle d'Ar
menonville.
Mademoiſelle de la Fare.
Madame & Mademoiſelle de
Luxembourg.
Mademoiſelle de Neuchaſtel.
Madame & Mademoifelle de
Chatillon.
Madame d'Arcos.
Madame de Rafetot.
Madame & Mademoifelle de
Bullion.
Madame & Mademoiſelle de
Villette ,
GALANT 71
Madame de Villers & deux
Dames avec elle.
Meſdames de Rouvroy & de
Feuquieres.
Mademoiſelle de Baufrémon.
Madame & Mademoiſelle de
Bouillon.
Mefdames de Flavacourt
d'Hautefeuille & de Caftelnau.
Madame de Foix & Madame
de Furftemberg.
Mefdemoiſelles de Bouchu &
de Boiffelau.
Madame de Ratabon.
On ne peut rien ajoûter à la
72 MERCURE
maniere magnifique & galanté
dont toutes les Dames eftoient
coëffécs , & l'on voyoit uneinfinité
de pierreries briller parmi
les fleurs que les jeunes perfonnes
employent aujourd'huy
dans leurs coëffures; de maniere
qu'en entrant dans la Salle du
Bal , on croyoit voir un parterre
émaillé de fleurs & de pierreries
de toutes fortes de cou
leurs
; ce qui obligeoit tous
ceuxqui entroient, a fe récrier
d'abord fur la beauté du galant
& brillant fpectacle dont leurs
yeux eftoient frappez . Mademoiſelle
ouvrit le Bal avec
Monfieur
GALANT 73
Monfieur le Comte de Marfan.
Le refte de fon habillement répondoit
à fa galante & riche
coëffure , mais l'un & l'autre fe
faifoient moins remarquer què
la bonne grace de Mademoifelle
, qui fait voir , quoy qu'encore
dans fa plus grande jeuneffe
, un efprit beaucoup au deffus
de fon âge , des manieres
nobles & aifées , & qui répondent
à toutce que l'on doit attendre
de la grandeur de fon
Sang.
Il y avoit dans l'appartement
de M la Comtefle de Maré
Gouvernante des Princeffes ,
Février
1705 . G
74 MERCURE
plufieurs tables où l'on joia ,
pendant tout le temps que
ra le Bal ; les Joücurs eftoient
Mellicurs
De Monafterol.
De Tury.
De
Perigny.
D'Eftampes
.
du-
Defgranges , & quelques autres.
Pendant que l'on dançoit
dans un appartement , & que
l'on joüoit dans l'autre , on ne
ceffa point de prefenter des rafraîchiffemens
, & la collation
fut magnifique & continuelle.
Les paroles de l'Air qui fuit
1
le
int
Sa
'n-
Gij
tant de
a mainefoitpas
dons
W
GALANT 75
"
font de ME du Mez de la Fleche
en Anjou.
AIR NOUVEAU.
Grand Dieu ! de qui dépend le
deftin des Monarques ,
Et qui de tes bontez, as donné tant
de
marques
Aceluy que nous poffedons ,
Daigne étendre tes foins fur fa
Maifon augufte,
Et fai qu'unfi grand Prince enrichi
de tes dons ,
Ne foit pas moins heureux , qu'il
eft vaillant & jufte.
Gij
76 MERCURE
La piece qui fuit eft bien digne
de la curiofité publique.
MEMOIRE
En forme de
MANIFESTE ,
Des raifons alleguées par les
Mécontens de Hongrie ,
pour juftifier leur dernier
foulevement.
CEft
avec une extrême injuſtice,
que l'on nous caracterife de
Podieux titre de Traîtres & de Rebelles
; il faut eftre nos ennemis declarez,
ouplongez dans une grofGALANT
77
fiere ignorance des Conftitutions du
Royaume de Hongrie , pour nous
traitterfi indignement. Quelque
juste qu'air efté la conduite de la
Nation Hongroife jufques à prefent
, nous nous croyons cependant
obligez de détromper ceux qui ont
conçu de fauffes idées de notre der
nier armement, qui n'a pour fondement
que le rétabliſſement de
nos anciens droits , privileges &
libertez, & nullement de nous
fouftraire de l'obéiffance des legitimes
Souverains
, que, la Nation
s'eft choifis ; maispour lefaire avec
plus d'ordre , nous marquerons fuc
cinctement quelle est notre origine
Giij
28 MERCURE
nos Conftitutions , quelquesuns
de nos principaux privileges ,
les infractions qu'on y a faites en
plufieurs rencontres , & enfin quelles
ont efté les raifons qui nous
ontforcé deprendre les armes,pour
nous conferver nos anciennes prérogatives
on paffera aſſez legerement
fur tous ces articles , évi
sant toutce quipourroit offenfer les
perfonnes facrées , à qui nous de-
-vons un profond refpect ; mais le
peu que nous en dirons , ne laiffera
pas de nous attirer la compaffion du
defintereffe, Lecteur judicieux
qui bien loin d'avoir de l'indigna
tion pour nous , plaindra des peu
GALANT 79
ples libres , qu'on a voulu rendre
efclaves.
Notre Nation eft auffi ancien
Le Pays que nous habitons
ne
que
nous fommes defcendus de ces anciens
Pannoniens , qui ont fait de
fi grandes conqueftes , fans que notre
Patrie aitjamais eſté veritablementfubjuguée
par aucun des plus
fameux Conquerans qui nous
ayent fait la guerre. Nous fommes
les arriere - Neveux de ces
Peuples belliqueux , quife font
toujours cboifts leurs Chefs &
leurs Capitaines , à qui on donnoit
-le feul pourvoir de commander,
non pas de punirs car nos peres
G iiij
80 MERCURE
eftoient fi libres , qu'ils ne reconnoifoient
pour
Maîtres
que
les
Dieux , & le châtiment des coupables
eftoit refervé aux Preftres
des Divinitez Payennes qu'on
adoroitpourlors.
3
Mais paffant des temps tenebreux
à ceux de la lumiere Evangelique
, dont nos peres furent éclairez
au commencement du di
xiéme fiecle , la Nation Hongroife
fut dépouillée de l'erreur & de la
barbarie Payenne , & embraſſa la
Foy,fans abandonnerfa gloire e
Ja valeur, s'eftant confervé cette
liberté de fe choisir des Princes.
Saint Etienne , premier Roy
GALANT 80
Chreftien de Hongrie eftant mon
fur le Trône , donna des regles
de Gouvernement à fes Peuples ,
qui reßembloient plutoft à des exhortations
d'un Pere à fes enfans,
qu'à des Loix d'un Souverain à
fes Sujets. AndréII. quiparvint
au Trône en 1205. ne fe contenta
pas feulement de confirmer toutes
les Conftitutions du Royaume,
don't quelques - unes avoient efté
alterées dans les Regnes précedens,
il voulut auffi mettre une espece
d'équilibre entre le pouvoir de la
Royauté & laJustice de la liberté;
il dépouilla l'une de ce qu'elle avoit
ufurpé, & rendit à l'autre ce
82 MERCURE
qu'elle avoit perdu. Ce fut en
1222. qu'il rendit cet Edit fameux
, par lequel il conforme an
Royaume de Hongrie tous fes
anciens droits & libertez , qui,
dit-il , ont efté alterez par l'in
jufte ambition de quelques
Rois feduits leur
par propre
paffion ou par de mauvais confeils
, qu'il eft de la juftice d'un
Roy d'écouter contre la Ma
jefté Royale les plaintes de fes-
Sujets , & de remedier aux defordres
que fes mauvais Confeillers
luy ont fait commettre .
Et fi ( ajoûte-t- il ) Nous ou quelqu'un
des Rois nos Succeffeurs
GALANT 83
entreprenons jamais de contrevenir
à la Conftitution que
Nous faifons aujourd'huy
Nous voulons que tous les Evefques
& Prelats , tous les
Seigneurs & Nobles du Royau
me , & chacun d'eux en parti
culier , leurs Succeffeurs , de
prefent & à l'avenir , ayent en
vertu des Prefentes
, à perpetuité
, le droit & la faculté de
s'opposer à nos entrepriſes , &
de Nous refifter à Nous & aux
Rois nos Succeffeurs, ſans pouvoir
eftre notez ny pourſuivis
comme Rebelles ; & afin qu'ils
n'ignorent point le contenu de
84 MERCURE
la prefente Loy , dont il fera
fait fept Originaux fcellez dur
Sceau d'or , les Etats du Royau
me font exhortez dé la faire lire
lors de l'Election des Rois nos
Succeffeurs , qui en jureront
Fobfervation avant & aprés le
Couronnement
.
Un des Originaux de cette Loy,
fut envoyé au Pape , pour eftre
confervé dans les Archives du
Vatican ; un autre devoit eſtre
mis entre les mains du Roy , pour
l'inftruire de fes obligations un
troifiéme entre celles du Palatin du
Royaume; les autres quatre &
dans les Archives facrées , comme
GALANT 85
eftoient celles des Chevaliers du
Temple.
maroz
Parmy les privileges de notre
Nation qui font beaucoupplus au
long dans cet Edit folem,
nel, nous avons la faculté d'élire
nos Rois , notre Couronne eftant
élective & non pas héreditaire ; la
Nation doit s'affembler en Diette
à tout le moins tous les trois ans
une fois, pour déliberer des affaires
generales particulieres . Ily
a quatre Ordres qui compoſent
cette Affemblée, 1 , le Clerce , 2 .
les Barons , 3 la Nobleffe , 4. &
enfin les Députez desVilles . Une
des principales prérogatives de la
I ,
86 MERCURE
Dieste , c'eft d'élire un Palatin qui
foit de la Nation, pour avoir l'entiere
direction de la Guerre & de
la Justice du Royaume. Enfin les
Gouvernemens des Provinces
Villes & Châteaux , ne peuvent
eftre donnez qu'à des Hongrois de
à moins que la Diette ne
nation ,
jugeat à propos d'en gratifier quelque
Eftranger, en reconnoiffance de
quelque importantfervice qu'il au
voit rendu à notre Patrie.
Voila en partie quellesfont nos
Conftitutions , nos Loix & nos
Privileges ; nous ne donnans notre
•Couronne , que fous les conditions
que le Roy que nous éliſons enjuGALANT
87
rera l'obfervation , e que s'ily
contre-vient , nous ferons exempts
du Serment de fidelité que nous
luy aurons prêté , & que nous
pourrons nous choisir un autre
Maître. Comme le Prince élú
peut refufer notre Couronne , s'il
trouve les conditions fous lesquel
les onda luy offre trop dures , n'estil
pas vray que s'il l'a une fois
ceptée , il nepeutpas avec honneur,
devant Dieu e devant les hommes
,fe difpenfer de l'obſervation
de cette capitulation , & que venant
à y manquer, les Hongrois
font en droit de refiftcr à fa tirannie
, fans pouvoir eftre taxez de
88 MERCURE
Traîtres ny de Rebelles à leur Roy?
Il n'est que trop conftant que de
puis que la Nation a choifi dans la
Maifon d'Autriche des Princes
pour nous gouverner , ces droits ,
ceslibertez cesprivileges, qu'ils
avoient eux-mêmes jurez d'obferver,
ont eftéfouvent violez.A
Dieu neplaife que nous imputions
-ce manque defoy aux Princes mémes;
nous ne l'attribuons qu'aux
-mauvais & pernicieux conſeils de
leurs Miniftres & de leurs Cour-
-tifans; nous en avonsfouventporté
nosplaintes , mais toujours inutilement,
fi quelquefois pour nous con-
•tenter, ou plutoft pour nous impofer
+
'
GALANT 89
filence,on a affemble des Diettes, on
ya d'abordpropofe deux chofes;l'ume
regardoit la levée de troupes &
de deniers , que l'on demandoit au
nom du Roy ou de l'Empereur ; la
feconde eftoit l'examen des griefs
de la Nation. On n'avoir pas plu
toft reglé la premiere , qu'on ne
fongeoit plus à l'autre quelquefois
on renvoyoit la décision àune
autre Diette ,fans cependanty rien
conclure. Telles fe font commencées
finies les dernieres Diettes tenues
à Caffovie , à Presbourg , à
Altembourg à Oedembourg.
On ne nous a jamais voulu
faire juſtice , lorſque nous nous
Fevrier 1705
. H
\
90 MERCURE
fommes plaints que toutes les Dignitez
& Charges du Royaume
eftoient données à des Allemans ;
même cette haute Dignité de Pa→
latin de Hongrie , qui ne peut eſtre
remplie que par un homme natu →
rel du Pays; ne l'avons-nous pas
wúëfous les Regnes des Princes de
la Maiſon d'Autriche entre les
mains des Sieurs Suoudi , Mansfeld,
Bafte, Tambaufer , Buquoy,
er plufieurs autres , à la honte &
à la confuſion des Hongrois ? Nos
Archevêchez nos Evêchez
font remplis par des Prelats étran
gers , de même que les principaux.
Gouvernemens , commefi la NoGALANT
91
bleffe de Hongrie en eftoit indigne.
Ceux d'entre nous qui font
profeffion de la Religion proteftante,
quelqu'autoriféequ'elle foitpar
les Loix du Royaume ,fefont vi
dépouillez fous les deux derniers
Regnes de la plupart de leur Tem
ples cor de leurs Colleges , pour en
gratifier cesfins & dangereux Politiques,
qui fe vantent degouver
ner de conduire à leur volonté
toutes les confciences des Princes
Catholiques de l'Europe.
S'ilfaloitfaire mention de tous
les griefs de la Nation , il faudroit
compofer un volume qui ne feroit
pas mediocre , on ne manqueroit
Hij
92 MERCURE
pas d'y remarquer l'aneantiſſement
de nos Ecolespubliques , l'aviliffement
des Magiftratures , la ruine
de notre Commerce , l'accablement
des nouveaux impofts , le facrifice
de nos braves Guerriers , qui dans
une infinité d'occafions ont efté expofez
temerairement & injuſtement,
fans avoir efté foûtenuspar
les Allemans , quoique ce fuftpour
leur querelle pour leur utilité
qu'on combattoit.
On nous a fait un crime de ce
que dans les guerres precedentes
nous fûmes obligez, pour nous dêlivrer
de la tirannie des Allemans
d'appeller les Turcs à notreſecours;
GALANT 93
mais enfin , qu'avons - nous fait ,
que les Princes de laMaifon d' Autriche
n'euffent fait avant nous ?
Pour peu qu'on foit verfé dans
l'Hiftoire de Hongrie , on n'ignore
pas que Ferdinand I. n'ait imploré
le fecours des Infideles , pour conquerir
, s'il luy avoit efté poffible ,
le Royaume de Hongrie ; il leur
ceda Bude , Cing- Eglifes , Gran
Albe- Royale , pour les frais de
guerre, & avoit même promis
au Sultan de luy faire payer un
tribut d'une Rifdaldre par chaque
Hongrois.
la
La Loy naturelle a toûjours
permis de faire des Alliances , mê94
MERCURE
me avec des Payens & des Infi
delles , pour conferver fon bien on
fa liberté ; lors que nous l'avons
fait , nous n'avons ni renoncé àla
Foi , ni traki nôtre patrie ; outre
l'exemple de Ferdinand que nous
venons de citer, plufieurs Princes
Chrétiens en ont agi de même 3
mais fi l'Hiftoire prophane nefuf
fifoit pas pour nous juftifier dans
cette rencontre , nous pourrions a→
voir recours à l'Ecriture fainte , où
nous trouverrions que Dieu ne fur
pas offenfé , lorfqu Abraham pour
délivrer Lothfon neveu , fit alliance
avec des Rois Idolatres.
On acheva de renverfer toutes
GALANT 95
nos Loix & nos Privileges dans
la Diette que l'Empereur convo¬
qua àPresbourg en 1687. carne
fe contentant pas de faire élire de
Son vivantpour Roy de Hongrie
1 Archiduc Jofeph , prefentement
Roy des Romains , il obligea auffi
les Députez de déclarer cette Com
rönne hereditaire àſa Famille , y
ajoûtant même que fi la branche
d'Autriche qui regne en Allemagne
venoit à s'éteindre , on appel-
Teroit à la fucceffion de la Couronne
de Hongrie, celle qui regnoit ex
Efpagne. Cependant le nouveau
Roy aprés fon Couronnement, fut
conduit fur un Trône devant l'Ea
96 MERCURE
glife des Freres de la Mifericorde,
où il jura de conferver les Privileges
de la Nation & du Royaume,&
de le défendre contre tous
fes Ennemis.
Ceferment n'a eftéfuivy d'au
cun effet , puisqu'au contraire on
nous a toûjours traité du depuis
comme des Peuples conquis & des
efctaves. Al'égard de l'heredité de
la Couronne , elle est tout- à-fait
nulle & injufte ; il ne faut pour
en eftre convaincu , que reflechir
que cette Diette ne fut compofee
que des creatures de l'Empereur,
qui avoit pour ainfi dire , remply
la Hongrie d'une puiſſante armée,
qui
GALANT 97
1
qui menaçoit d'incendie & de pillage
les terres & les biens de ceuxe
qui refuferoient leursfuffrages &
l'approbation de cette heredité. Ce
pendant beaucoup de Noblesse ne
voulant pas confentir au ren-verfement
de la plus augufte de nos
prérogatives , puifquefans doute il
n'y en a point quipuiffe eftre mife
nparallele à la faculté de pouvoir
élire & fe choisir un Roy , s'ef
fembla à Albe-Royale , où elle fit
les proteftations neceffaires contre
ec violement , on en envoya
des Copies avec des Lettres circulaires
dans toutes les Provinces &
principales Villes du Royaume.
Fevrier 1705
.
a
Bayerischo
Starfor kul
MOND DA
I
98 MERCURE
Maisquand cetteformalitéauroit
manqué, quand même la Diette
de Presbourg n'auroit pas efté
violentée à faire ce Decret d'heredité
, y a- t - il quelque perfonne
bien fenfée , qui pût foûtenir la
validité de cette nouveauté? Ne
conviendra-t-on pas au contraire,
qu'un
une Diette du Royaume de
Hongrie , pour generale & pour
libre qu'elle puiffe eftre , n'a pas
un pouvoirfuffifant pour renverfer
les Loix fondamentales d'un
Eftat ? Si au contraire on foûtient
que cette Diette a pû aneantirdans
un jour ce que nos peres ont étably
deplus folide pendant fept à
GALANT 99
J
nous
buitfiecles , on fera forcé de convenir
que par un même pouvoir
une autre Diette peut
détruire ce
que fit celle de 1687.
Nous n'avons parlé que des
griefs en general de la Ñations.
laiffons à notre illuftre Nobleffe,
le foinde reprefenter les leurs
particuliers. Plût au Ciel que tant
d'illuftrefang verféinjustement par
la main des Bourreaux , ne criat
plus vengeance devant Dieu &
devant les hommes ! Qu'on ne fe
fou vinst plus de ces celebres teftes
abbattues fur des échaffaux ! Qu'on
oubliât toutes ces dégradations igno
minieuſes ! Qu'on n'eût plus de
I ij
100 MERCURE
fenfibilité pour cette infinité de
Châteaux rafez, & que la confifcation
de tous nos biens ne fervit
qu'à détacher veritablement
notre coeur de la terre , pour P'élever
au Ciel!
de-
Enfin nous proteftons devant
Dieu & devant les hommes , que
nous honorons & respectons autant
le Sereniffime Empereur &
notre RoyJofeph 1. que nous
teftons ceux de leurs Confeillers
qui font caufe des troubles qui dé-
Jolent notre Patrie depuis fi longtemps
, qu'il ne tiendra pas à nous
le calme ne fuccede bien- toftà
Porage , & que nous ferons touque
1
GALANT I
jours des zelez & fideles Sujets
des Rois que la Nation libre nous
choifira , lorfqu'ils nous gouverneront
conformement aux Loix &
aux Conftitutions du Royaume ,
pour la confervation defquelles
nousfommes prefts de répandrejufques
à la derniere goutte de notre .
fang.
Puifque vous fouhaitez que
je m'étende davantage que je
n'ay fait le mois dernier , fur
l'article de la mort du Pere Meneftrier;
je vais fatisfaire voftre
curiofité › que je foupçonne
d'un peu de miſtere. Peut- eſtre
I iij
102 MERURE
avez-vous penſé , lorfque j'ay
dit que je laiffois dequoy faire
un tres-bel éloge , à ceux qui
parleroient après moy , que ce
que je difois n'étoit que pour
donner une plus haute idée de
ce Pere , & que je n'en fçavois
rien davantage ; mais vous allez
connoiftre que je ne dis jamais
rien contre la verité, même
dans les chofes où il eft permis
de ne la pas fuivre avec fervitude
. Voicy ce que je croy
devoir ajoûter à l'article de la
mort du P. dont vous fouhaittez
d'avoir la fuite de l'éloge .
Peu d'Auteurs des derniers
GALANT 103
1
ficcles ont fait plus d'honneur
à la France que ce fçavant
homme. La multitude d'Ouvrages
fortis de fa plume , le
talent qu'il avoit pour écrire
l'Hiftoire les découvertes
qu'il y a faites & les lumieres
qu'il avoit pour foüiller dans
l'antiquité la plus reculée , doivent
rendre la perte que nous
en venons de faire fenfible à
tous les
gens de Lettres , fur
tout aux Lyonnois ſes compatriotes.
Les peines qu'il a pris
dans ces derniers temps pour
écrire l'Hiftoire de fa Patrie ,
& pour la donner dans fa pu-
I iiij
104 MERCURE
reté , & purgée de toutes les
fauffes traditions , dont les Hif
toriens qui l'ont précedé l'avoient
embarraffée doivent
rendre fa memoire préticufe à
tous ceux qui s'intereffent pour
la gloire de la Ville de Lyon ,
& autant pour leur confolation
que pour conſerver à la
pofterité le fouvenir de tous
fes Ouvrages ; en voicy un détail
exact.
Le plus confiderable de tous
& celuy auquel il femble que
la mort luy ait donné le temps
de mettre la derniere main ,
eft fa grande Hiſtoire de Lyon
GALANT 105
en trois Volumes in folio . Le
premier contient l'origine de
cette Ville & fa fondation ,
qui fe trouve beaucoup plus
ancienne que Clampier , Paradin
& de Rubis ne l'ont crû.
Il y fait voir par des preuves
inconteftables qu'elle eft une
Colonie des Rhodiens, d'abord
établis dans le Languedoc
entre Agde & Beziers , & depuis
réfugiez en ce Pays - là
aprés avoir efté chaffez de celuy
où ils s'étoient établis enfuite
, ou par le paffage d'Annibal
& des Colonies des Romains
amenées par Marc- an106
MERCURE
toine & par Plancus ; il paffe à
la fondation du celebre Autel
dedié à la Ville de Rome & à
Augufte dont il examine fur
des monumens antiques , la
matiere , la forme , le lieu , les
Preftres , les Ceremonies , les
Jeux , les Sacrifices , les Nations
qui le bâtirent , par qui la dedicace
en fut faite , & en quel
temps fe fit l'établiffement des
grands chemins dont Lyon fut
Le centre ; de fes Gouverneurs
fous les Empereurs Romains ,
de fes Magiftrats , de fon Commerce
& de fa Religion , à
quoy il joint l'état préſent de
GALANT 107
1
de cette Ville , fa fituation , ſon
enceinte , &c. On voit enfin
la forme de fon Gouverncment
fous les Romains , fous
les Empereurs , fous les Comtes
fous les Rois de Bourgogne
fous l'Eglife & fous nos Rois.
Il traite aprés de la Senechauſféc
& des autres Tribunaux de
la Ville. La feconde Partie contient
l'Hiftoire purement Confulaire
, l'établiffement des
Corps de Communauté à
Lyon , les démélez des Habitans
avec le Clergé , la Protection
donnée par les Papes &
par les Rois aux Citoyens de
108 MERCURE
Lyon , les Confeillers & les
Echevins , leur création , leur
reduction à quatre & aux Prevofts
des Marchands , l'Hoftel
de Ville & les divers Tribunaux
qui en dépendent ; la nobleffe
du Confulat avec le dénombrement
des Confeillers , des
Echevins , des Prevofts des
Marchands avec leurs noms
qualitez , armories & ouvrages
publics faits fous chaque
Confulat;les Ceremonies Confulaires
, habits & les marques
d'honneur des Officiers du
Confulat , &c . La troifiéme
Partic contient l'Hiftoire Ec-
>
GALANT 109
clefiaftique de Lyon , qui en
eft auffi la partie la plus confiderable.
L'établiffement de la
Religion Chreftienne par S.
Pothin & S. Irenée , Difciples
de S. Policarpe , venus d'Afie
dans les Gaules ; les perſecutions
que cette Eglife naiffante
à fouffertes & fes Martyrs ; les
Cryptes ou les premiers Chrêtiens
fe retiroient pour vaquer
aux fervices de pieté , & pour
celebrer les divins Myfteres ;
les Fondations d'Aifnay & de
l'Ifle-Barbe qui ne furent d'abord
que des Cryptes , où ſe
retirerent quelques Anachore
110 MERCURE
tes pour fuir la perfecution ;
l'établiffement
du Clergé & la
fuite des Archevefques ; les do
nations faites à l'Eglife par les
Rois , les Empereurs , les Ducs ,
& les Comtes ; l'établiffement
des Paroiffes , des Chapitres ,
les Conciles , les Synodes , &c.
La Primatie & fes Officiers ; la
forme de l'Eglife Cathedrale ,
fes trois Eglifes , le nombre de
M's les Comtes, leur reception,
leurs preuves de Nobleſſe & la
maniere de les dreffer; les noms
& la fuite des Doyens , des
Archidiacres, Précentours & des
Chamarriers. Le Pere Menef
+
GALANT III
trier rejette abfolument l'opinion
de ceux qui croyent que
Plancus foit le Fondateur de
Lyon. Il rapporte un Paſſage
de Pline qui prouve démonftrativement
que cette Ville
fut bâtie au Pays des Segufiens
qui étoient des Peuples libres.
CetAuteur diftingue done dans
Lyon deux anciennes Villes ,
Lugudunum & Lugdunum ; l'une
déja bâtie où Lepide Silanus &
Plancus s'arrefterent ; felon
Dion , & l'autre qu'ils firent
bâtir leurs Soldats pour
"
par
mettre à couvert des infultes
des Allobroges , ceux qui
112 MERCURE
auroient cfté chaffez de Vienne .
Car les Habitans de Lugudunum
cherchant à vivre en paix
avec leurs voifins , ne voulurent
pas recevoir chez cux ces
Réfugiez ; mais ils fouffrirent
feulement qu'ils fe retirafſent
dans l'entre deux du Rhone
& de la Saone , & ce fut là la
fource de l'ancienne jaloufie
que Tacite dit qui étoit entre
ceux de Vienne & de Lyon ,
ce que nul Hiftorien de Lyon
n'a remarqué avant le Pere Meneſtrier.
Il fait voir enfuite que
l'Infcription de Gaïette , dont
parlent quelques Auteurs , ne
GALANT 113
peut fervir d'Epoque à la Fondation
de Lyon,& il développe
à ce fujet le Paffage de Dion.
Il remarque qu'étant en Italic
en 1670. il alla exprés à Gaïette
pour voir cette Infcription,
mais que la deffiance du Gouverneur
de la Citadelle où eft
cette Infcription , fut la cauſe
qu'il ne la pût voir.
L'Origine des Armoiries , cftun
ouvrage qui a auffi fait beaucoup
d'honneur au P. Meneftriere,
il y a recherché avec un
foin extraordinaire la veritable
époque de cette marque d'hon
neur, & aprés avoir refuté avec
Fevrier 1705
. K
114 MERCURE
beaucoup de folidité, Fauyn qui
en fon Theatre d'honneur fait
les armoiries auffi anciennes
que le monde , Segoin qui fondé
fur le 4 Livre des Annales
de Zonare Hiftorien Grec , en
attribué l'invention aux enfans.
de Noë; Diodore de Sicile, quí
en fait Auteurs les Egiptiens
le fentiment de ceux qui fe fondants
fur le 2 Chapitre des
Nombres foutiennent que les
Armoiries eftoient déja connuës,
lorfque les Hebreux fortirent
d'Egipte , & que les 12 .
Tribus réprefentoient les 12 .
fignes du Zodiaque , & qu'ainfi
e
GALANT 115
les 12. Tribus avoient pour ar
mes les Images de ces Conftellations
. Après avoir refuté, disje
, les fentimens ridicules de
ces Auteurs, & de ceux qui ont
formé les armoiries de Jofeph ,
d'Ephraïm & de Manaffe fur
des benedictions que Moyfe
donna aux Tribus (Deut. 3. ) qui
ont crû que Jofeph portoit un
Soleil & une Lune avec des
pommes d'or , Ephraïm & Manaffé
une tête de Taureau & des
cornes de Rhinoceros ; Ruben,
des Mandragores , en memoire
fans doute de celles qu'il porta
à fa mere ; il détermine la ve-
Kij
116 MERCURE
ritable Epoque des armoiries
au dixiéme ou à l'onzième fiecle
, puifque de tous les tombeaux
des Princes , des Sei-.
gneurs & des Gentils- hommes
faits avant ce temps - là , il n'en
eft aucun où l'on remarque des
armoiries. Les plus anciens
n'ont que des Croix & des Inſcriptions
Gothiques , avec les
repreſentations de ceux qui y
font enterrez. Clement IV.qui
mourut en 1268. eft le premier
de tous les Papes fur le Tombeau
duquel on mit des armoiries.
Le P. Meneſtrier remarque
que les Sceaux & les Mon¬
GALANT 117
1
e
noyes font des preuves de cette
verité ; puisqu'on n'y voit
point d'Armes que depuis le
11° fiecle , que Louis VII. dit
le Jeune , qui regnoir vers l'an
1150. eft le premier des nos
Rois qui ait cu un contre-fcel
d'une fleur de Lys : que le plus
ancien Sceau des Comtes de
Flandre oùl'on voit des armoiries
, eft celuy de Robert le
Frifon , attaché à un Acte de
l'an 1072. Il remarque encore
dans ce feavant traitté que les
armes parlantes , c'eſt-à -dire
celles qui expriment les furnoms
, ne font pas plus ancien118
MERCURE
nes que l'uſage des furnoms ,
qui commença au dixiéme fiele
Dauphiné
, par
cle :
que
exemple
, n'a
cu
ce nom
&
un
Dauphin
pour
Armes
que
longtemps
aprés
l'onziéme
fiecle
:
que
le
Royaume
de
Naples
n'a
point
d'autres
armes
que
celles
des
Ducs
d'Anjou
, du
Sang
Royal
de
France
, fes
anciens
Rois
: que
c'est
d'eux
auffi
que
la Provence
à uneFleur
de
Lys
&
un
Lambel
; &
que
l'un
&
l'autre
ne
les
ont
que
dépuis
le 13 ° ficcle
: que
le Por
tugal
n'en
a que
dépuis
la Ba
taille
d'Ourique
, qui
fe
donna
GALANT 119
au 12 ficcle , & que fi la Navarre
à des Chaînes & qu'elle
les ait reçûs de Sanche le fort ,
elles font du 13 fiecle : le P.
Meneftrier convient que de tout
temps il y a eu des marques
Symboliques, pour fe diftinguer
dans les Armées , & qu'on en
a fait les ornemens des Boucliers,
des cottes d'armes & des
habillemens de tête ; mais que
ces marques Symboliques n'ont
point efté dans ces premiers
temps , des marques hereditaires
de Nobleffe , & que c'est de
cette maniere que le P. Petra-
Sancta qui rapporte l'origine
120 MERCURE
des Armoiries aux temps He
roïques qui ont commencé
fous l'Empire des Affiriens
devroit s'expliquer ; qu'ainfi la
Colombe des Affiriens , les devifes
des Boucliers de ceux qui
combattirent devant la Ville
de Thébes , & dont Euripide
fait un fibeau détail ; que les
Symboles que Valerius Flaccus
donne aux Argonautes , doivent
paffer pour des marques
Symboliques & non pour
veritables Armoiries ;fans quoy
il faudroit donner la même denomination
aux figures qui
eftoient reprefentées fur les
D
des
Bou
GALANT 121
Boucliers de ceux qui alle
rent au Siege de Troye,& dont
Homere , Virgile & Pline parlent
; il renverſe en un mot
l'opinion de Philoftrate, de Xenophon
, & de Q. Curce qui
ont attribué le premier ufage
des Armoiries aux Medes &
aux Perfes dans l'établiſſement
de leurs Monarchies; il dit enfin
que les émaux qui entrent dans
les armoiries font ceux des anciens
jeux du cirque qui paſſe
rent aux tournois .
Nous avons du même Pere
un excellent Traité des Medailles
, un autre des Emblemes
Fevrier 1705. L
122 MERCURE
& des Devifes.
Devifes. On peut
dire
qu'il
a épuifé
fon
fujet
& qu'il
ne
refte
rien
à dire
aprés
luy
; &
il a fait
fur
les Medailles
tirées du Cabinet
du
R. P. de Chaife
, ' Hiftoire
du Regne
du
Roy dont
il a eu l'honneur
de prefenter
les deux
éditions
qui
s'en
font
faites
à S. M.
Cet
Auteur
étoit
original
pour
les
embel- liffemens
, pour
les decorations d'une
Maiſon
, & pour
l'ordre
d'une
fête
ou d'un
fpectacle
. Il
fit peindre
en 1662.dans
la cour du
College
de Lyon
l'Hiftoire de cette
Ville
en 24.
bas
reliefs
qui
en
repréfentent
les
prinGALANT
123
cipaux évenemens , & il avoit
formé 3. ou 4. ans auparavant
le deffein d'écrire l'Hiftoire du
Roy par les Medailles , par les
Jettons , par les Emblemes , par
les Deviles & par les autres
Monumens publics dont il préfenta
délors à S. M. une prémiere
idée en 16. devifes . Il eſt
Auteur de 4. Vers qui font
fous le Portrait de Vander-
Meulen qui a peint par figures
Allegoriques & Symboliques
les Conquêtes du Roy en plufieurs
Tableaux qui font à
Marly , les voicy.
Lij
124 MERCURE
C'eftde Louis le Grand le Pein
tre inimitable ,
Qui de fes plus beaux faits a
peint la verité;
Et quifans le fecours des couleurs
de la Fable
Le montre tel qu'il eft , à la
pofterité..
L'an 1658. le jour de la
Trinité le P. Meneftrier fit reprefenter
devant le Confulat
le magnifique Ballet dont on a
tant parlé. Le fujet de ce Ballet
regardoit les deſtinées de
Lyon. M' de la Salle eftoit aGALANT
125
S
lors Prevoft des Marchands ,
M's Bulliond Avocat du Roy,
Rombaud de Champrenard ,
Duguay élû enl'Election , & Hugues
André ficur de Fromentes
étoient Echevins. En 1660. à
l'occafion de la publication
de la Paix qui fe fit à Lyon
d'une maniere finguliere & fodemnelle
, il fit la de fcription
de la marche de tous les Corps
qui affifterent à cette ceremonic,
ainfi qu'unerelation de tous
les feux de joye , de la plus part
defquels il avoit fait le deffein,
ilseſtoient ornez d'inſcriptions,
& de devifes & il décrivit des Em-
Liij
126 MERCURE
blemes & des Decorations faites
fur le même ſujet au College
de la Trinité. On fit deux éditions
de cet Ouvrage , l'une
in folio avec toutes les figures
gravées en cuivre , & l'autre
in 8°
En 1663. il fit imprimer la
defcription des Peintures de la
Cour du College de Lyon ;
qu'il avoit fait peindre l'année
précedente & qui paffe pour un
chef - d'oeuvre. L'Hiftoire de
Lyon y eft reprefentée en plufieurs
Bas-reliefs , Medailles &
Infcriptions, ainfi que je l'ay déja
remarqué & il en intitula la
GALANT 127
defcription le Temple de la Sageffe
. Cet Ouvrage eft dedié a
M du Saufey Lieutenant particulier
en la Senechauffe &
Siege Prefidial
,
Prevost des
Marchands , & à M™ Pellot ,
Arthaud , Lamagne & Chapuis
de la Fay, Echevins .
En 1664. il fit l'appareil
pour la Reception de Monficur
le Cardinal Legat Flavio Chigi,
& il donna la deſcription de
l'Arc de Triomphe de la Ville
& de celuy de M¹³ les Comtes ,
avec la marche de l'entrée , les
Harangues de tous les Corps.
& les autres ceremonies . Il pars
Liiij
128 MERCURE
rut à Lyon deux années aprés
un deffein qui fut trouvé tresingenieux
, pour le feu de joye
que l'on fit à l'occafion du
Jubilé Solemnel , que le concours
de la Fête de faint Jean-
Baptifte avec la Fête Dieu ne
fait voir que
de fiecle en fiecle .
Le Temple de la reconnoiſſance
eftoit le ſujet du feu de joye ,
le R. P. Charonnier , alors Profeffeur
de Rhetorique au grand
College en eftoit l'Auteur , &
le R. Pere de la Chaife , aujourd'huy
Confeffeur du Roy , &
alors Profeffeur en Theologic
au College de la Trinité de cetGALANT
129
te Ville , publia un fçavant
Traité fur ce fujet , fur lequel
M' Arroy Docteur de Paris &
Theologal de Lyon fit auffi
imprimer un petit traité. C'eſt
fous le Confulat de Mr Paul
Mafcranny Prevoft des Marchands,
& mort M° de Requêtes
à Paris , d'André Falconnet,
d'Etienne Befton , de Pierre
Boiffe & d'Antoine Blauf, que
le P. Meneſtrier entre pritl'éloge
Hiftorique de la Ville de
Lyon , & fa grandeur Confulaire
fous les Romains & fous
nos Rois. Il y donne en forme
de Préface le jugement que
130 MERCURE
l'on doit faire des ouvrages
hiſtoriques
& dont on a exigé
de luy qu'il donnaft une nouvelle
édition dans fon projet
de l'hiftoire de Lyon dont je
parleray cy-aprés. Il parla fuccinctement
,au commencement
de cet ouvrage de l'origine de
Lyon dont il avoue qu'il n'étoit
pas alors fi bien inftruit
qu'il l'a efté depuis . Il y donna
un Catalogue
de quelques Au
teurs Lyonnois
qui ont écrit
fur diverfes matieres ; des Doeteurs
, des Medecins
Aggregés
au College de Medecine
de cette
Ville , des Jefuites qui ont
GALANT 1310
écrit lorfqu'ils refidoient au
College de Lyon avec un denombrement
des ouvrages
qui y ont fait :il y fit un plan
de l'Eglife de Lyon , des Ĉardinaux
& des Evefques Lyonnois
, des hommes Illuftres dans
la Robe & en divers emplois ,
des Gouverneurs , des Senechaux
, des Capitaines , des
Lieutenans de Roy, & des Lieutenans
des Senechaux : la defcription
de toutes les devifes
de la Ville ; l'établiffement du
Confulat , la Lifte des Confeilliers
Echevins depuis 1294 .
juſqu'à 1595. & les noms ar
132 MERCURE
mes & qualitez des Prevoſt des
Marchands & des Echevins depuis
l'an 1592 jufqu'à 1670.
où parut fon Ouvrage avec
les
infcriptions des ouvrages
publics faits de leur temps , &
une ample deſcription de l'Hôtel
de Ville & des Peintures
qui ont efté depuis ruinées
par l'incendie arrivé en 1674.
L'an 1694. le P. Meneftrier
voulut publier un Programme
de l'ouvrage qu'il entreprenoit,
& auquel il travailloit depuis
un fi grand nombre d'années ;
ce Programme n'eftoit pas dans
une feuille volante comme le
GALANT 133
font
ordinairement les autres ,
c'eftoit un
gros in 12. fous ce
•
titre : Les divers Caracteres des
Ouvrages hiftoriques, avec lePlan
d'une nouvelle biftoire de la Ville
de Lyon , le jugement de tous les
Auteurs qui en ont écrit , & des
differtations fur fa fondation &
fon nom , fur le passage d' Annibal
, la divifion des Champs , le titre
de Colonie Romaine, & les
deux Tables d'airain de l'Hoftel
deVille. Cet ouvrage eſt dedié
au P. de la Chaife ; il parle dans
fa preface de quatre hiftoires
de Lyon écrites dans l'efpace
d'un fiecle parParadin, de Ru ›
134 MERCURE
bis , Sever & le P. de S. Aubin,
outre le projet d'une cinquiéme
par le P. Pierre Bailloud Jefuite
, & que la mort empefcha
d'executer. M' de laValette
luy fournit mefme quelques .
cayers de cet ouvrage imparfait
, qui luy firent juger que
cet Auteur s'attachoit trop aux
Antiquitez fabuleuses. Il parle
dans la mefme Preface d'un
manufcrit qu'il a recouvré, &
qu'il cherchoit depuis . trente
ans ; c'eft un Traité du démêlé
des Habitans de cetteVille avec
Meffieurs des Chapitres de S.
Jean & de S. Jufte , dont trois
1
GALANT 135
Papes , trois Cardinaux , Saint-
Louis & un Duc de Bourgogne
furent les Arbitres . C'eft l'illuftre
Claude de Bellievre , premier
Prefident du Parlement
de Dauphiné , & pere du Chancelier
Pompone de Bellievre ,
qui a fauvé ce manufcrit du
naufrage dans lequel tant d'autres
monumens de l'hiftoire de
Lyon furent enveloppez par la
fureur des heretiques , qui pillerent
toutes les Eglifes , brûlerent
la plupart des titres , &
ruinerent les Monafteres l'an
1562. Heureufement deux ans
auparavant , cet illuftre Magi
136 MERCURE
ftrat avoit pris foin de tranfcrire
luy - mefme ce manufcrit
qui a pour titre : Tractatus de
Bellis & Induciis quæ fuerunt
inter Canonicos Sancti Joannis
Lugduni & Canonicos SanctiFufti
ex una parte, & Cives Lugdunenfes
ex altera , defumptus ex
Monafterii Atheniorum Bibliotheca.
Ce grand Magiftrat qui
avoit compofé un traité de Lugdunoprifco
, que le P. Meneſtrier
fe plaint de n'avoir pû encore
trouver , croyoit qu'il y avoit
cu autrefois une Academie d'A
theniens à Aifnay , & comme
il appelloit ce lieu -là Athenæum ,
GALANT 137
il en nomma auffi la Bibliotheque
Atheniorum Bibliotheca ; Biblioteque
dont malheureuſement
il ne reſte aucun veftige ,
& à la perte de laquelle , l'ignorance
de ceux qui en avoient la
conduite a peut-eſtre plus contribué
que la fureur des heretiques.
Le P. Meneftrier avoüe
enfin qu'il eft redevable aux
foins de M Pianelle de la Valette
ancien Prevoft des Marchands
de la découverte de cette
piece , & que ce Magiſtrat
a plus contribué que qui que
ce foit à la perfection de cet
Ouvrage par les memoires qu'il
Fevrier 1795
.
M
138 MERCURE
a fournis à l'Auteur.
Nous avons de ce Pere une
Relation de l'entrevûe d'unc
Reine de France & d'une autre
Princeffe mere & fille , dans la
Foreft de Clermont en Beau+
voifis , avec les Portraits de ces
Princeffes , & la maniere de leurs
habillemens. Il fit le deffein du
magnifique Service qui fut ce
lebré dans l'Eglife de Notre-
Dame pour feu Monfieur le
Prince , quelque temps aprés
fa mort. Il eut la conduite du
Feu d'artifice que Monfieur le
Cardinal d'Eftrées fit tirer dans
fa Cour l'année derniere en re-
H
GALANT 139
joüiffance de la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bretague;
il en donna deux relations ;
il changea quelque chofe à la
feconde. Nous avons eu de luy
dans les derniers jours de fa vie
une differtation fur l'ufage de
fe faire porter la queue , & il
avoit commencé un nouveau.
Journal litteraire qu'il devoit
publier tous les trois mois ſous
le titre de Bibliotheque fçavante
inftructive ; le premier volume
a paru . J'ay oublié de
vous marquer que ce Pere a
auffi donné au Public l'hiftoire
par medailles des Empereurs
Mij
140 MERCURE
Tibere , Caligula & Claude.
Le P. Meneftrier eftoit bon
Poëte ; nous avons de luy diverfes
pieces de Poëfie , des
Odes , des Madrigaux , des Elegies
& des Idylles . Mais un don
dont la nature l'avoit favorifé
d'une maniere étonnante , eſt
celuy de la memoire. Il en a
fait des effais extraordinaires
en plufieus occafions celebres.
Le P. Meneftrier n'eftoit pas
moins bon Orateur , il pref
choit avec facilité, il a fouvent
brillé dans la Chaire & fur tout
dans les Sermons qu'il faifoit
aux Prifes d'Habits des Reli
GALANT 141
•
gicules . Il n'eftoit pas le premier
homme de Lettres de fa
famille ; Jean - Baptifte Mencftrier
a fait d'excellens Traitez
fur les medailles. Claude Meneftrier
fon grand- oncle , Antiquaire
du Pape Urbain VIII.
publia auffi un excellent Traité
de Diana Ephefina. Le P. Meneftrier
eftoit né à Lyon, & il ne
laiffe qu'une foeur , dont la fille,
mariée depuis quelques années
à M Boiart Gardo -Jugo de In
Monnoye , ce qui répond à la
Charge de Confeiller , & frere
de M Boiart Elû en l'Election
de Mâcon, eft morte.
142 MERCURE
Il y a déja quelque temps
que les perfonnes dont je vais
vous apprendre la mort , font
decedées .
Frere Hubert de Culant de
Monceaux , Chevalier de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem ,
Commandeur de Haut Cavef
ne, Lieutenant & Grand Vicaire
de Monfieur le Grand
Prieur de France. Il eftoit d'une
ancienne famille deBerry,qui
a produit des hommes illuftres..
- Eudes S de Culant vivoit cn
1356. Il cut d'une premiere
femme Gilbert de Culant , &
de Marguerite de Joinville
GALANT 143
Dame de Mery , Louis de Culant
Amiral de France en 142 3.
Gilbert Si de Culant & de Châteauneuf
fur Cher, eut Charles
de Culant & Philippe Maréchal
de France & Senechal de
Limofin. Ce dernier rendit de
grands fervices au Roy Charles
VII. dans les guerres contre
les Anglois , il fut fait Maré
chal de France pendant le Sicge
de Pontoife en 1441. Il accompagna
le Dauphin à la
guerre d'Allemagne ; il fe trou
va à la Prife de Châtillon en
1453. & mourut peu de temps.
aprés. Il époufa Anne de Beau
144 MERCURE
1
jeu fille d'Edouard S' d'Amplepuis
, & il en eut Marie de
Culant femme de Jean de Caftelnau
S de Bretenoux . Pour
revenir à Gilbert de Culant ,
il fut pere de Charles qui fut
Chambellan du Roy & fon
Grand Maître d'Hôtel , Gouverneur
de Mante & de Paris.
En 1437. il fe trouva au Siege
de Montereau . Ilf pere
de
Loüis
Chambellan
du
Roy
&
Bailly
de
Berry
, qui
cut
de
Michelle
de
Chauvigny
fon
Epoufe
Gabriel
, de
qui
defcen
dent
les
autres
Sieurs
de
Cu
lant & de Brecy juſqu'aujour
dhuy .
GALANT 145
d'huy. Feu M' l'Abbé de Culant
mort à Belley auprés de
feu M' du Laurent dernier Evêque
fon
Maiſon.
parent , eftoit de cette
Dame Marie Therefe Feydeau
de Brou, Epouſe de Meffire
Jean Antoine de Meſmes ,
Chevalier Comte d'Avaux ,
Sire de Cramayel , Marquis de
S. Eftienne , Vicomte de Neufchâtel
& de Brie- Comte-Robert
Commandeur , Prevoft
& Maiftre des Ceremonies des
Ordres du Roy , Confeiller en
tous fes Confeils d'Eftat & Privé
, & Prefident à Mortier au
Fevrier
1705. N
146 MBR CURE
Parlement de Paris. Je vous ay
plufieurs fois parlé de laMaifon
de Feydeau de Brou , qui cft ancienne
dans la Robe ; on peut
confulter fur ce fujet Blanchard
dans fon hiftoire des Maiftres
des Requeftes & des Preſidens
à Mortier. Il fuffit prefentement
de remarquer que cette
Dame eftoit foeur de M Feydeau
Maiftre des Requeſtes &
de M l'Evêque d'Amiens , tous
deux diftinguez par leur merite
& par l'exactitude avec laquelle,
ils rempliffent les fonctions de
leur miniftere. Mela Prefidente
de Mcfmes eft morte âgée
GALANT 147
feulement de 30. ans . Dans un
teinps où il femble qu'on tient
au monde par de plus fortes
chaînes , elle l'a quitté fans regret
, & a marqué une ſoumiffion
parfaite aux ordres de Dieu
dans cette occafion , où il n'arfouvent
que les
с
rive que trop
ames
les plus fermes
& les plus
refolues
le démentent
. M' la
Prefident
de Mefmes
eft fils de
Jean Jacques
de Meſmes
3 ° du
nom , Comte
d'Avaux
& de
Neufchâtel
, Maiftre
des Requeftes
, puis Prefident
au Par
lement
de Paris , où il fut reçu
en 1672.
enfuite
Prevoft
&
?
Nij
148 MERCURE
Maiftre des Ceremonies des
Ordres du Roy par la demiffion
de Macé Bertrand S ' de la Bafiniere
fon beaupere. Il étoit de
plus Lecteur de la Chambte du
Roy , & l'un des 40. de l'Academie
Françoife , & frere aîné
de Jean Antoine de Meſmes
, Comte d'Avaux , Confeiller
d'Eftat , Ambaffadeur à
Venife & en Hollande , Plenipotentiaire
à la Paix de Nimegue
, & qui a cfté employé en
diverfes negociations importantes
. Ils eftoient tous fils de
Jean Antoine de Mefmes S
d'Irval & de Cramayel , Vi-
匪
GALANT 149.
comte de Vandeüil , Maiftre
des Requeftes , puis Confeiller
d'Eftat , & enfin Prefident au
Parlement , aprés la mort de
fon frere aîné , & de Dame
Anne Courtin fille de François
S de Brufelles MⓇ des Requeſtes
, & de Jeanne l'Eſcalopier.
Jean Jacques de Meſmes
eftoit le 3 fils de Jean Jacques
de Meſmes 2. du nom , Marquis
de Moigneville , ſecond
Prefident à Mortier au Parlement
, & qui avoit efté auparavant
Lieutenant Civil , & enfuite
Confeiller d'Eftat , &
d'Antoinette Groffaine, Dame
Niij
150 MERCURE
7
d'Irval & d'Avaux en Champagne
, & Vicomteffe de Preüil.
Jean Jacques eftoit fils de Henry
de Mefmes , qui à l'âge de
feize ans enfeigna publiquement
le Droit à Touloufe. Il
fut le Protecteur des gens de
Lettres de fon temps , & un
des plus beaux genies du 16°
fiecle. Il fut Confeiller d'Eſtat
& Chancelier de Navarre ; il
époufa Jeanne Hennequin . Il
eftoit fils de Jean Jacques de
Meſmeș 1. du nom, & deDame
Nicole Hennequin. Ce fut
luy qui prit le premier le party
dela Robe, fes ayeux ayant juſGALANT
151
qu'à lors porté les armes. Cette
Maiſon eft originaire d'Ecoffe,
elle vint s'établir en Guyenne
fous le regne de Philippe Augufte.
Henry de Melmes eft
nommé dans un livre d'hommage
à la Vicomteſſe de Marfanl'an
1279. Jeanne de Mcfmes
mariée l'an 1617. à François
Lambert S d'Herbigny,
M° des Requeſtes , & Confeiller
d'Etat , eftoit une Dame de
grand merite , & qui aimoit les
belles Lettres ; mais un de ceux
qui a fait le plus d'honneur à
cette Maiſon , eft Claude de
Mefmes 2 ° fils de Jean Jacques
N iiij
152 MERCURE
2. du nom , connu fous le nom
de Comte d'Avaux. Il a cfté
celebre par fes negociations
importantes ; il fut Confeiller
au Grand Confeil en 1619 .
M° des Requeſtes en 1623. &
peu aprés Confeiller d'Eftat.
En 1626. il fut Ambaſſadeur à
Venife , & il eut ordre avant
fon retour de paffer à Rome,
à Mantoüe , à Florence , à Turin
, & enfuite en Allemagne.
Il ne revint à la Cour qu'en
1631. On le renvoya quelque
temps aprés Ambaſſadeur en
Dannemarck , en Suede & en
Pologne. Il fut Surintendant
GALANT 153
des Finances avec le Prefident
de Bailleul ; il mourut en 1650.
Dame Anne Marie de Furftemberg
veuve de feu M' le
Comte de Louvenftein . Elle
eftoit mere de M° la Marquife
de Dangeau , & foeur de feu
Monfieur le Cardinal de Furftemberg
& de feu M' l'Evêque
de Strasbourg. Elle eſtoit auffi
foeur de Dame Marie Françoife
Comteffe Palatine de Neubourg.
La Sepulture de la Maifon
de Furftemberg eft dans
l'Abbaye des Religieufes de
Nidingen. Cette Maiſon eſt
divifée en diverfes branches ;
154 MERCURE
elle tire fon nom de la Ville de
Furftemberg en Suabe , qui a
titre de Principauté. Cette
Ville eft fituée dans la Foreſt
noire au pays de Baur. La Maifon
de Furftemberg a eſté feconde
en grands hommes. J'ay
fi fouvent parlé de cette Maifon
, que je ne pourrois m'empêcher
de tomber dans des redites
fi j'en donnois encore un
article étendu. Il fuffit de renvoyer
les Curieux à la Monarchia
univerfale di Greg: Leti, aux
Annales de Crufius , aux Genealogies
d'Hennigenfius , de
Ditmar Moller qui en a fait
GALANT 155
une particuliere de cette Maifon
, au livre de Infig. de Theodore
Hopping , & aux Monumens
de Jean Horrion , lib. 3 .
cap . 2. On trouverra dans tous
ces ouvrages de quoy fatisfaire
amplement fa curiofité fur la
Maiſon de Furftemberg. Celle
de Louvenftein eft tres -illuftre
& tres confiderable par
liances & par fes dignitez
.
Le Frere Jean , connu dans
le monde par les foins qu'il a
pris de bâtir & de reformer le
Convent des Hermites du
Mont Valerien , appellé vulgairement
le Calvaire , y eft
fes al156
MERCURE
mort , âgé d'environ 87. ans ,
& dans de grands fentimens de
pieté. Perfonne n'ignore les
traverfes que ce Solitaire a effuyées
pour donner un fondement
folide à fa maiſon , pour
réünir les Hermites qui eſtoient
autrefois difperfez fur la Montagne
, & qui ne vivant point
en communauté , avoient peine
par conſequent à reconnoître
un Superieur. Il les réünit,
leur fit bâtir des lieux reguliers,
les foumit à une regle , dont il
fit approuver les Statuts par feu
Monfieur l'Archevefque de
Paris , & fit nommer un SupeGALANT
157
ricur à ſa maiſon ; c'eſt aujourd'huy
M' l'Abbé Mador. Il
vint à bout de tout cela par la
protection de la Reine mere ,
qui l'eftimoit , & par les aumônes
confiderables qu'il tira
de plufieurs perfonnes qui avoient
pour luy une confideration
& une confiance particuliere
. Il fçut enfin ſe maintenir
dans la maifon dont il étoit
en quelque maniere le Fondateur
, puifqu'il l'avoit rétablie
.
-
re
Mr Pierre Dulaurens Evef
que & Seigneur de Belley ,
Prince du S. Empire , Docteur
158 MERCURE
de la Maifon & Societé de Sorbonne
, dont il eftoit Doyen
depuis la mort de feu M' Guichard
, quoiqu'il n'en fift pas
les fonctions , à cauſe de la Prelature,
cy- devant Grand Prieur
& Vicaire General de l'Ordre
de Clugny , mourut dans fon
Evêché le 17. du mois de Janvier
à cinq heures du matin ,
âgé de 89 , ans , il demanda luymefme
les derniers Sacremens ,
& figna de fa propre main le
teftament qu'il fit la veille de
fa mort. M' l'Evefque de Belley
mourut entre les bras de
fon Clergé , auquel , par un
GALANT 159
acte d'humilité bien édifiant ,
il demanda pardon , s'il avoit
eu avec luy quelque conteftation
dans le cours de fon Epifcopat.
M' Parra Doyen de ce
Chapitre , & qui eftoit prefent
avec tous les Chanoines , luy
répondit qu'ils avoient eu tort,
& que s'il revenoit en fanté ,
comme ils le fouhaittoient , ils
luy prouveroient par leurs refpects
.... A ces mots il rendit
l'ame à fon Createur. Ce Prelat
a fait heritier fon Seminaire,
& le Chapitre a nommé deux
Grands Vicaires : M' le Doyen
Parra pour la France, & M' de
7
160 MERCURE
Luifet , Archidiacre de cette Eglife
, pour la Savoye. Mªl'Abbé
de la Chaife , neveu du R.P.
de la Chaife Confeffeur du
Roy, qui depuis quelques années
gouvernoit ce Dioceſe
avec un grand zele , en qualité
de Grand Vicaire , eftant party
de Belley , aprés que M¹ l'Èveſque
cût rendu le dernier foupir.
Il avoit fuccedé à feu M*.
Jean Belin Evefque de Belley ,
qui cftoit auffi de l'Ordre de
Clugny. Il a gouverné fon
Dioceſe avec beaucoup de prudence
& de fageffe pendant environ
25. ans. Il a donné à
GALANT 161
fon Eglife & aux Pauvres tout
ce qu'il a pû leur laiffer ; il legua
au Chapitre de Belley il y
a déja quelques années fa Bibliotheque.
Il a apporté tous
fes foins pour établir dans fa
Ville Epifcopale un Seminaire.
Il voyoit avec regret que Belley
& une autre Ville Epifcopale
du Royaume fuffent les
feules , où il n'y eût point de
Seminaire. Il a uny un Prieuré
qu'il avoit, & qui eftoit le feul
Benefice qu'il eût avec fon Evefché
, à l'Ordre de S. Auguftin
de la Congregation de Sainte
Genevieve , dont il a appellé
Fevrier 1705.
162 MERCURE
quelques Religieux pour gouverner
fon Seminaire . Si cet
établiſſement n'a pas encore eu ,
toute fa perfection , il n'a pas
tenu àfeu M ' l'Evefque de Belley
, qui n'a rien oublié pour
tâcher de couronner le bon
oeuvre qu'il a fi bien commencé.
Il eftoit petit-fils d'André
Dulaurens premier Medecindu
Roy Henry IV. fi celebre
par les ouvrages qui nous reftent
de luy , & qui fut dans
une grande faveur ſous le regne
de ce Monarque. Il avoit
étudié en Medecine à Paris fous
Loüis Duret pendant ſept anGALANT
163
nées , aprés lefquelles ayant été
reçu Docteur , il alla exercer la
Medecine à Carcaſſonne , & de
là il vint à la Cour avec une
Comteffe de Tonnerre , à la recommandation
de laquelle il
fut fait Medecin du Roy par
quartier , & enfuite Profeffeur
Royal à Montpellier contre les
Statuts de l'Ecole. Il obtint
pour cet effet Arreft du Confeil
Privé , qu'il fit enregiſtrer
avec beaucoup de peine à Tou
loufe. Il fut nommé Medecin
de la Reine en 1603. & en
1606. premier Medecin du
Roy. Il mourut le 16. Aouft
Oij
164 MERCURE
de l'an 1609. dans de grands
fentimens de religion . Il avoit
deux freres , Gafpard Archevefque
d'Arles en 1603. c'étoit
un faint Prelat ; il mourut
en 1630. & Honoré Dulaurens
Archevefque d'Ambrun.
Celuy - cy fut premierement
Avocat General au Parlement
de Provence , & comme il avoit
du fçavoir & de la pieté ,
il ſe diſtingua dans les emplois
qu'on luy confia. Il publia en
1586. un excellent traité intitulé
Henoticon , de meſme que
celuy de l'Empereur Zenon, ou
Edit du Roy Henry III . pour
GALANT 165
réünir fes Sujets à l'Eglife Catholique
. Du Laurens eftoit
Catholique zelé ; ce zele luy fit
donner dans les fentimens de
la Ligue ; il fit mefme un voyage
à Rome pour cela , & depuis
il fe trouva en 1590. aux
Eftats affemblez à Paris , & il y
parla avec beaucoup de vehemence
. Quelques années aprés
eftant veuf , & ayant fait fa
paix avec Henry IV. ce Prince
eut la bonté de le nommer à
l'Archevefché d'Ambrun. Il
n'avoit eu de ſa femme , de la
famille d'Ulmo d'Aix , qu'une
fille qu'il maria dans une mai166
MERCURE
fon de qualité. Ainfi , dégagé
de tout ce qui pouvoit l'attacher
à la terre , il ne fongea
qu'à remplir les devoirs d'un
faint Prelat. Il y réüffit bien ,
& il mourut plein de merite le
24. Janvier de l'an 1612. a
Paris , où il avoit fait l'Oraifon
funebre de Marguerite d'Autriche
Epoufe de Philippe III.
Roy d'Eſpagne. La Maifon du
Laurens eft originaire de Provence
. Honoré du Laurens étoit
né à Aix . Cette Maiſon
eft alliée aux meilleures de la
Robe , à celle de Phelypeaux ,
Baltazard , Richebourg , & le
Fevre , &c.
GALANT 167
La Ville de Belley cft prés du
Rhône , elle eft Capitale du
Bugey, elle a Baillage, Election ,
& l'Éveſché cft fuffragant de
Beſançon . On dit qu'il eftoit
autrefois à Nyons dans le pays
de Vaux , & qu'il fuft transferé
à Belley. Cette Ville fut entierement
brûlée en 1385.
Amé VIII . Duc de Savoye la
fit rebâtir & entourer de murailles
avec diverfes tours . L'E
glife Cathedrale eft fous le vocable
de S. Jean Baptiſte ; le
Chapitre a cfté autrefois regulier
fous la regle de S. Auguftin
; il fut fecularifé en 1579.
168 MERCURE
Il eft compofé de quatre dignitez,
fçavoir le Doyen , l'Archidiacre
, l'Archipreftre & le
Primicier & de quelques Perfonnats.
L'Evefque eft Scigneur
temporel
de la Ville.
Audax cft le plus ancien dont
nous ayons connoiſſance ; il viil
a eu d'illuftres
voit en 412.
Succeffeurs
, & entre autres S.
Anthelme
qui avoit étéGeneral
des Chartreux
, & S. Artaut. Il
faut confulter
l'hiftoiredeBreffe
& de Bugey de M' Guichenon
,
& non pas Foderé
& Genan
qui ont bien conté des fables
fur cette Ville . Tornifcus
&
Migetius
h
GALANT 169
Migètius furent les fucceffeurs
d'Audax. Vincent qui fut le
quatriéme Evefque de cette
Ville affifta au Concile de Paris
tenu l'an 5.55. & à celuy de
Lyon de l'an 567. qui fut convoqué
à la pourſuite de Gontran
Roy de Bourgogne. C'eſt
par cet Evefque que M' l'Evef
que de Saluces commence fon
Catalogue des Evefques de Belley
; ainfi on voit qu'il n'a pas
eu connoiffance des trois premiers
ny des vingt- un ſuivans
jufqu'à l'Evefque Adabald . S.
Hippolite Abbé de S. Claude
fut le quatorziéme Evefque de
Fevrier
1705 . P
170 MERCURE
Belley ; il gift en l'Eglife de S.
Claude , il laiffa une grande
pinion de fa fainteté qui fut
confirmée par des miracles. Le
Cartulaire de l'Eglife de Saint
Claude en rend un beau témoignage
. Ponce trente- huitiéme
Evêque de Belley occupoit le
Siege l'an 1091. Il affifta à un
Concile Provincial tenu à Pierle
refcife à Lyon par l'Archevêque
Hugues
. Ponce
ſecond
fut
quarante
- uniéme
Evefque
;
il avoit cfté Comte
de Lyon ,
& il eftoit de l'ancienne
Maifon
de Balmes
, il fit plufieurs
livres . On trouve un bel éloge
GALANT 171
de ce Prelat dans un des trois
premiers Effais de Litterature.
S.Anthelme quarante-feptiéme
Evefque eftoit de la Maiſon de
Chignin en Savoye . S. Arthold
fut le quarante-neuviéme Evéque,
il eftoit Chartreux à Amieres
lorfqu'il fut élû. Jean
Pierre Camus Parifien , celebre
par plufieurs ouvrages fortis
de fa plume , fut le quatrevingt-
troifiéme Evefque , il fut
confacré l'an 1609. en l'Eglife
de Belley par S. François de Sales.
Jean de Paffclaigue ſon
fucceffeur eftoit du Dioceſe de
Bourges , & Vicaire General de
Pij
172 MERCUR
Æ
l'Ordre de Clugny , il a fait de
grands biens à fon Eglife , &
luy en auroit encore fait de
plus grands , s'il n'avoit plû à
la Providence d'en difpofer autrement
, & de permettre l'alienation
des deniers qu'il avoit
deftinez pour fon Eglife.
Le General Barfus eft mort
en Brandebourg , âgé de plus
-de 89. ans . Il s'étoit retiré depuis
quelque temps dans une
de fes Terres pour y prendre
quelque repos : Monfieur l'Electeur
de Brandebourg l'a fort
regretté , & s'eft expliqué en.
parlant de ce General d'une
GALANT 173
maniere qui fait beaucoup
d'honneur à fa memoire : il .
s'étoit avancé par fon merite
& quoy qu'il ne manquaſt pas
de naiffance , il ne devoit fon
élevation qu'à luy feul , & il
étoit monté par degrez au
pofte qu'il occupoit quelque
temps avant fa mort : le General
Barfus avoit efté employé
dans des Negotiations importes
pour le fervice de l'Electeur
fon Maiftre ; & dans la
Guerre que le Roy de Suede
fait depuis quelques années au
Roy Augufte, il avoit travaillé
à pacifier les troupes de Polo-
P
iij
174 MERCURE
gne. Il avoit un coufin de fon
nom qui fit beaucoup parler
de luy dans la derniere
guerre
& qui mourut au fervice du
Prince d'Orange , lorfqu'il
paffa en Angleterre en 1689 .
M' le Comte de Caunits ,
Confeiller d'Etat & Vice- chancelier
de l'Empire. C'étoit un
Miniftre d'une grande experience
& qui étoit au ſervice
de l'Empereur depuis plufieurs
années. Ses avis eftoient d'un
grand poids dans le Confeil
Aulique. Il étoit d'une Maiſon
qualifiée d'Allemagne & qui
avoit efté long-temps au ferGALANT
175
vice des Electeurs de Saxe. Le
Pere de celuy qui donne lieu
à cet article , étoit un des plus
habiles hommes qu'il y cuft en
Allemagne dans le dernier ficcle.
Il avoit des lumieres fur
la politique puifées dans une
longue experience , & le feu
Empereur Ferdinand en faifoit
un cas tres- particulier . Son
pere ayant quitté le ſervice de
I'Electeur de Saxe l'avoit amené
encore tout jeune à Vien
ne ; le Comte de Caunits
avoit de grandes alliances en
Hongrie , il y étoit allié aux
Frangipani , aux Nadafti &
Pij
176 MERCURE
même auxComtes de Serin. Ces
liaifons du fang ne l'empecherent
pas de leur donner des
marques de fa dureté dans les
derniers troubles de Hongrie.
Il auroit pû leur fauver la vie,
mais il voulut fe faire un merite
auprés de l'Empereur de
fon inflexibilité, ou pour mieux
parler , de fa cruauté.
Vous avez oùy parler des
18. Religieux de l'Abbaye de ·
la Trape de l'Ordre de Saint
Bernard , qui ont efté demandez
par Monfieur le Grand
Duc de Tofcane , pour établir
une Maifon de leur ReGALANT
177
forme dans l'Abbaye de Buon
Solaffo , qui eft dans fes Etats ,
& qui luy a efté accordée par
le Pape. Il y a déjà long- temps
que ces Peres font partis de la
Trape avec la permiffion du
Roy, & ils pourfuivent leur
route en édifiant tous ceux qui
les voyent. Un Religieux de la
Trape connu dans le monde
fous le nom du Comte d'Aria
Piemontois de naiffance , &
qui a fait autrefois une grande
figure à la Cour de Savoye , a
efté nomméAbbéde cetteMiffion
: le Frere Arfene,frere aîné
de M' le Marquis de Janſon ,
178 MERCURE
& de M' l'Abbé de Janſon ,
Abbé de Saint Valery , & qui
a porté dans le monde le nom
de Comte de Rofamberg, eft
du nombre des Religieux qui
vont en Italic . C'eft un faint
Religieux dont la ferveur a cfté
ungrandmotif d'édification depuis
qu'il a embraffé cetteregle.
Je vous envoye ce qui eft
tombé entre mes mains au fujet
de ce voyage. Ces Sts Religieux
arriverent à Conflans à
2. licües de cette Ville le 22 .
du mois de Janvier. Ils logerent
dans la Maiſon que Mdu
Seminaire des Bons- Enfans ont
GALANT 179.
en ce lieu. Le 2 3. ils y fe journerent
& Monfieur le Cardinal
de Noailles les y alla vifiter . Ils
enpartirent le 24. & ſe rendirent
en cette Ville où ils logerent
dans la Maifon des Peres de
l'Oratoire de la rue faint Honoré
. Ils y fejournerent le 25 .
& partirent le 26. pour prendre
la route de Lyon.
EXTRAIT
D'une Lettre écrite de l'Abbaye
de Monfieur le Cardinal
de Bouillon à Tournu
à 12.lieuës de Lyon, le
7. Fevrier 1705. par le con180
MERCURE
ducteur des 18. Peres de la
Trape qui vont à Florence.
Γ
Le
La fainte Compagnie eftoit attendue
icy desFeudy, qui étoit le 1
Feudy du mois de Fevrier 1705.
Son Eminence avoit differé la
Benediction du S. Sacrementjufques
à fix heures du foir , en attendant
noftre arrivée avec grande
impatience , fuivant ce que
frere Fandier avoit écrit à M
Serte , fon Majordome.
Son Eminence a reçû cettefainte
Compagnie avec beaucoup dejoye;
il avoit difpofe fa Maifon pour
les recevoir en commençant àenvoyer
coucher fes domestiques hors
GALANT 181
t.
ne
de l'Abbaye , afin de prendre leurs
lits , d'en faire un dortoirpour
cette fainte Compagnie. Je
vous fçaurois exprimer le bon
acceuil la bonne chere , qu'elle
fait à ces Peres , elle les a trai
tez à la maniere de la Trape
ayantfait acheter toute la Vaiffelle
de Terre de toute la ville
n'en ayant pu trouver assez,
elle en envoya chercher dans tous
les Convens. Son Eminence les
ayant fait fervir à fix plats chacun
, & ayant mangé avec eux
fans aucune diftinction de rang..
Son Eminence a toûjours donné
à laver les mains à tous les repas,
182 MERCURE
a affifté aux Prieres de l'Eglife,
quoy qu'elle fuftenrrumée ; &
afait fervir au Refectoire quatre
des premiers Chanoines de fon
Abbaye ; fon Eminence avoitfait
acheter des fabots & des pelles ,
afin que ces Peres s'en ferviffent
à la maniere de la Trape . Elle
leur fit faire l'Office à la maniere
dont ils ont accoutumé de le dire :
aprés la Meffe ils ofterent
toute la neige de la Cour portant
des fabots & fe fervant de pelles
, l'aprés dinée avec les mémes
fabots & pelles , ils ratifferent
toute la neige du Jardin. Son.
Eminence leur fit enfuite chanter
GALANT 183
Vefpres ; & le lendemain , elle
dit lagrande Meffe qui fut chantée
en Plein-chant, & elle Communia
tous les Religieux. Ce
n'eft pas peu d'avoir dix - huit
hommes à ma charge , mais bien
loin de m'en plaindre , je m'en louë
tres-fort , car il n'y en a pas un ,
qui manque à prier Dieu à tout
heurepour moy. Il y en a un dans
cette fainte Compagnie , qui doit
paffer pour un faint , ou il n'y en
aurajamais,puifqu'à tout moment
il s'accufe defes fautes , & demande
une rude penitence pourfe
mortifier , je ne sçaurois vous
exprimer le merite de ce faint
184 MERCURE
Religieux Enfuite eftant arrivez
à Chalons , M' l'Evêque
de Chalons nous retint dans fon
Seminaire , depuis le mercredy
jufqu'au Vendredy ; car la Saône
eftant gelée , nous ne pouvions
allerplus loin. Favois toutes les
peines du monde de faire fervir
en Poiffon dix- huit Peres , & au
defautje leur ay fait manger des
oeufs durs , & du fromage . Enfin
nous avons des Carroffes tout
preftspour allerà Lyon,par où nous
devons poursuivre notre route .
Cesfaints Religieux couchoient en
route dans des draps , & mangeoient
de tout hors de la viande,
GALANT 185
rs
Le fixiéme de ce mois , M
le Grand - Maître , & M's les
Chevaliers de l'Ordre Royal ,
Hofpitalier & Militaire de Nôtre-
Dame de Mont- Carmel ,
& de faint Lazare , cèlebrerent
la fefte de faint Lazare ,
qui avoit eſté remiſe à ce jourlà
, dans l'Eglife de l'Abbaye
de S. Germain des Prez : M
le grand Maître & les Chevaliers
eftoient revêtus de leurs
-
grands Manteaux
l'Eglife
eftoit ornée de riches Tapifferies
& l'Autel eftoit magnifiquement
paré. M' le Grand-
Maître reçût quatre Chevaliers
Fevrier
1705.
R
186 MERCURE
dans l'Ordre , fçavoir M' Jean
Augufte Picot de Dampierre ,
Lieutenant d'un des Vaiffeaux
du Roy, de la Maifon de Dampierre
de Champagne , M
Daniel de Montmorency, Capitaine
de Carabiniers dans le
Regiment duRoy, & M" Jeande
la Rochefoucaut de Magnac &
LouisJofeph de Rochechouart.
Ces deux derniers eftoient
éleves de l'Ordre . Les Maiſons
dont font fortis ces quatre
nouveaux Chevaliers font affez
connuës , fans qu'il ſoit beſoin
d'en dire d'avantage. L'Affemblée
fut nombreuſe & plufieurs
perfonnes de la preGALANT
187
rs
miere qualité de la Cour & de
la Ville s'y trouverent , du
nombre defquelles eftoient
Monfieur le Duc de Bouillon,
& plufieurs Ambaffadeurs &
Miniftres Eſtrangers , anſi que
M' l'Archevêque de Rouen ,
M's les Evêques de Laon , de
Carcaffonne , & de Soiffons
qui affifterent à cette Ceremo
nic. M' le Marquis de Dangeau
, Grand Maître , & une
partie des Chevaliers dînerent
avec les Religieux de l'Abbaye
dans leur Refectoire , & Monfieur
le Cardinal d'Eftrées, qui
avoit vû incognito la Cere
Q ij
188 MERCURE
monie , voulut bicn y dîner
IS
auffi avec Monfieur le Marefchab
de Coeuvres , & M
l'Abbé d'Eftrées , fes Neveux.
La feſte de S. Lazare , qui
ne fut celebrée Mrs les
par
Chevaliers de cet Ordre que
de 6. de ce mois arrive au mois
de Decembre , mais comme
on travailloit au Maiftre Autel
de l'Abbaye où la Ceremonie
s'eft faite , on ne la feftée que
dans le temps que je viens de
vous marquer. Voicy en quoy
confifte le travail de cet Autel.
On a fait une contre table
d'Autel , dont l'ordonnance
GALANT 189
eft tout à fait belle . Le plan
eft en ovale , fur lequel
eſt établi un focq de Marbre
au rez de chauffée. Au
deffus de ce focq eft pofé un
corps de pied- deftal , lequel
pied-deſtal regne fur les deux
côtez. Sur le devant eft le corps
de l'Autel , qui a dix pieds de
largeur , & par derrière , entre
fes pieds-deftaux , eſt un
petit Autel , dans lequel eft
enchaffé le Tombeau de Pierre
de faint Germain , Patron de
l'Abbaye , que l'on voit fous
cet Autel au travers d'unc
grille dorée. Au deffus du
,
190 MERCURE
corps des pieds- deftaux font fix
Bafes de matiere dure trois de
chaque côté , dorées & ornées
d'Architecture
, fur lefquelles
font pofées fix grandes
Colomnes
de douze pieds de haut,
d'unmarbre
extraordinaire
, qui
fait l'admiration
de tout Paris.
Elles ont efté aportées
d'Afrique
de la Ville de Lebeda , ou
Leptis-magna, où elles fervoient
à un bel édifice que l'Empereur
Severe avoit fait bâtir en
cette Ville-là, où il avoit pris
naiffance. Sur ces Colomnes
font pofez des Chapiteaux
do
rez de même matiere & de mê
GALANT 191
me ordre que les Bafes , ils font
ornez de rouleaux de feuilles,
& tres-delicatement travaillez.
Au deffus de ces Chapiteaux
eft pofée la Corniche qui eft
architravée , ornée d'Architecture
, de Modillon , de Rofes
, & le couronnement de
cet ouvrage eft un baldaquin ,
dont les courbes font contournez
d'une maniere agreable &
douce , & ornez d'Architecture
, & de feuillages . Cet Autel
a cfté fait dans le deffein de
placer en un lieu magnifique
le Chaffe de S. Germain , qui
eft une des plus belles de Fran192
MERURE
"
ce , & pour ce fujet , on a
placé entre les fix Colomnes
deuxgrandes confoles de marbre
blanc vêné de quatre à cinq
pieds de hauteur , fur lefquelles
font deux Anges dorez à
genoux , qui tiennent de leurs
mains la Chaffe en l'air , qui
remplit le vuide qui eft entre
les Colomnes. On voit fur le
devant un grand Ange de metal
doré , tout en l'air , qui
tient le S. Sacrement fufpendu
fous unepetite cuftode .Toutes
ces parties ramaffées enſemble
compofent tout le corps de
l'Autel, & font un effet merveilleux.
Vous
GALANT 193
Vous ferez furpriſe d'apprendre
que cet Autel eft fait
aux dépens des Religieux de
cette Abbaye, dont on ne peut
trop louer le zele .
M' le Marquis Sforza Marefcotti
, neveu du Cardinal
de ce nom , & Gentilhomme
Romain époufé la fille de
M' Lelio Falconieri. La Maifon
Marefcotti eft connue depuis
plufieurs fiecles dans l'Etat
Ecclefiaftique. Elle a donné
plufieurs Cardinaux au Sacré
College , & des Officiers
generaux aux Armées des Souverains
Pontifes. Au fiege de
Fevrier 1705 . R
194 MERCURE
Rome fait
par le Conneftable
de Bourbon , qui y fut tué ,
un Comte Marefcotti avoit
un des principaux Commandemens
dans cette grande Ville
, & donna en cette ocafion
des marques frequentes de fa
valeur. Le Pape Clement VII .
qui fut fauve par ſa fidelité
& par fa prudence luy donna
de grandes recompenfes , &
le fit Chevalier Romain. Monfieur
le Cardinal Marefcotti
à préfent vivant , cft un Pre- :
lat plein de merite , & qui a
de grandes lumieres . Le Pape
qui regne aujourd'huy l'a emGALANT
195
ployé en diverfesNegociations
importantes. M' le Marquis
Mareſcotti qui donne lieu à
cet article a fait quelques
Campagnes , où il a paru en
perfonne de fon rang & de
fa diftinction. La Demoifelle
qu'il a époufée joint aux agrémens
de fa perfonne , une
naiffance confiderable . Elle eft
alliée aux meilleures Maiſons
de Rome, & la frenne a donné
quantité de Prelats à cette
Cour . Cette Demoiſelle a efté
élevée avec de grands foins
& elle fçait plufieurs langues.
Rij
196 MERCURE
qui Mlle de
Grancey
vient d'époufer M' le Marquis
de Flavacourt
, eft fille de
M™ François Benedict de Rouxel
de Medavy , Marquis de
Grancey , premier Chef d'Eſcadre
des Armées navales de
Sa Majefté , & nommé Lieute
nant General. Il avoit fervy fur
terre avant que de fervir fur
mer ; il s'eftoit diſtingué en
Hongrie au Combat du Raab
à la tefte du Regiment de Grancey
qu'il commandoit
. Il paffa
fur fon bord pendant le fiege
de Candie le fecours que le Roi
y envoya fous les ordres de
GALANT 197
Monfieur le Maréchal de Navailles
, & mit pied à terre avec
fon Regiment, que le Roy luy
avoit confervé , quoiqu'il fervît
dans la Marine . En 1673. il
fe diftingua au Combat qui
fut donné dans la Manche , &
merita d'eftre fait Chef d'Efcadrefurnumeraire.
Il arrefta les
progrez des Hollandois dans la
Martinique, & avec deux Vaiffeaux
feulement il en battit
cinq ; il commanda au fiege de
Tabago les troupes de terre
fous les ordres de Monfieur le
Maréchal d'Eſtrées , & il trouva
le moyen d'y mettre du ca-
R
iij
198 MERCURE
non en batterie , qui contribua
à la priſe de cette Place. Il ramena
les débris de la Flotte qui
fe perdit à l'Ille Dane , & fit
une fi longue marche dans
l'eau pour gagner les terres ,
qu'elle luy caufa une fievre
lente qui le fit languir pendant
deux ans , fans qu'il quittât le
d'attention à
quafervice.
Son peu
fa guérifon le fit tomber dans
une éthifie , & à l'âge de
rante-cinq ans il devint poulmonique
par un rhume qu'il
gagna , pour avoir efté trop
long- temps dans l'eau . Il mourut
en 1679. le 9 , de SeptemGALANT
199
bre , ayant cfté nommé Lieutenant
General le 4. du même
mois. Il eftoit le fecond
fils de Jacques de Rouxel de
Mcdavy Comte de Grancey ,
Maréchal de France , & de Catherine
de Monchy d'Hoquincourt
foeur du Maréchal de ce
nom . Il avoit époufé Saine
Edmée de Rabo lange , de la
branche aînée & une des heritieres
de ce nom , qui luy donne
les alliances des Maifons de
Laval , d'Angennes & de Grandes
Mares .
Le nom de M' le Marquis
de Flavacourt eft de Fouilleufe.
R iiij
200 MERCURE
Il eſt de la branche aînée, qui eft
l'une des anciennes Maifons de
Picardie. Ceux de cette Maifon
ont fervy l'Eftat dans les
premieres Charges du Royaume
, & depuis cinq races ils
ont la Lieutenance de Roy au
Gouvernement
de Normandie
, Département du Vexin.
M' de Flavacourt , dont le furnom
eft Michel , eft fils de
Charles de Foüilleufe Lieutenant
de Roy au Gouvernement
de Normandie , & Grand
Bailly de Gifors . Ce Michel
eft le cinquième de la famille ,
qui poffede les mêmes Charges ;
GALANT 201
il eft prefentement Capitaine
aux Gardes , & eft allié par fes
grandes-meres aux Maifons de
Rohan , de Guemené , deVordes
, de Mornay & autres des
plus confiderables du Royaume.
M' le Marquis de Flavacourt
a un frere dans le Seminaire
de S. Magloire , qui y
remplit les devoirs de fon cftat
avec beaucoup d'édification .
Je ne vous dis rien de Mlle
de Grancey , dont le mariage
fait le fujet de cet article . Il
n'y a point de doute qu'elle ne
faffe briller le merite, l'efprit &
la vertu qui fe font toûjours
202
MERCURE
C
fait diftinguer dans celles qui
ont porté ce nom .
M'l'Abbé
de Grancey premier
Aumônier de S. A. R.
Monfieur le Duc d'Orleans ,
alla preſenter au Roy le contrat
de mariage de Mª de · Flavacourt
afin que Sa Majesté
fift l'honneur aux Epoux de figner
ce contrat ; il fut reçu du
Roy avec tout l'agrément imaginable.
Je vous ay fouvent
parlé de cet Abbé , qui pendant
plufieurs Sieges a expofé
fa vie aux perils les plus évidens ,
pour exhorter à la mort les
Soldats bleffez & mourans, &
GALANT 203
qui a fait voir en ces occafions
non feulement une pieté folide
, mais auffi toute l'intrepidité
qui eft ordinaire à ceux de
fa Maiſon.
La fituation des affaires prefentes
d'Italie demandant à Venifeun
Ambaffadeur de France,
éclairé , penetrant , prudent &
fage, Ml'Abbé de Pomponne
qui avoit efté nommé il y a
déja quelque temps à cette
Abaflade, eft party pour en
remplir les fonctions. Quoique
cet Abbé n'ait point encore
efté employé dans les Negociations
, on peut dire qu'il
204 MERCURE
en a fuccé l'efprit avec le lait ,
puifqu'il eft fils d'un homme
qui a confommé toute fa vie
dans les Ambaffades & dans le
Miniftere. Ainfi pour peu que
cet Abbé fe foit attaché à l'entendre
parler , & qu'il marche
fur fes traces , il n'y a point à
douter qu'il ne devienne dans
peu capable de remplir les plus
grand poftes du Miniftere auquel
on l'emploïc. D'ailleurs
cet Abbé ayant reçu fes inftructions
de M le Marquis
de Torcy , dont il eſt beaufrere
, il eft hors de doute qu'il
réüffira en tout , pourvû qu'il
GALANT 205
ne s'en écarte point. Il m'eſt
impoffible de parler de M' de
Torcy , fans vous dire que
quoique l'emploi de ce Miniſ
tre ne doive pas luy donner
lieu de fe faire toujours aimer
de tous les Eftrangers , il ne
laiffe pas de l'eftre de tous ceux
qui aiment la Juſtice , & qu'il
n'y en a aucun qui puiffe luy
refuſer ſon eſtime. Ce que je
vous dis n'eft point une loüange
, mais unfait generalement
reconnu. Jamais Miniftre n'a
paru plus doux , & plus honneſte
, & n'a eu l'accueil plus
gracieux. Enfin ceux qui en
206 MERCURE
fortant d'avec luy n'ont pas
lieu d'être contents de fes réponfes
, le font toujours de la
maniere dont ils leur parle , &
ceux qui les voient fans fçavoir
ce qui fe vient de paffer
croient qu'ils en fortent fort
contens . Auffi peut - on dire
que jamais Miniftre n'a mieux
entré dans les manieres obligeantes
du Prince , dont il reçoit
& dont il execute les ordres
.
Dans l'article de M d'Aubigné
, qui eſtoit dans ma derniere
lettre , je dis que Jean
d'Aubigné eftoit perc.de ConGALANT
207
e
ftant , & il en eftoit ayeul.
Agrippa mort à Geneve , eftoit
fils de Jean & pere de Conftant.
C'eft Agrippa qui a écrit
l'Hiftoire univerfelle en
trois Volumes. Le 3. eft rare
& a cfté imprimé à Loudun; ces
trois Volumes font dans la Bibliotheque
de M' Delpech , à
Paris . Cet Agrippa a pris foin
de compofer luy mefme fa vie,
dont il y a icy un manufcrit
efcrit de fa main. C'eft une
piece curieufe. La branche
aifnée ne poffede point de terres
en Poitu , comme je l'ayr
marqué , mais elle en a de
208 MERCURE
confiderables en Anjou.
Je vous envoye un Madrigal
de M' Moreau de Mautour,
Auditeur des Comptes. Il a été
fait fur la devife de l'année du
Jetton de la Marine 1704.cette
deviſe qui eft au revers du
portrait de S. A. S. Monfieur
le Comte de Toulouſe
, & qui
a été faite au fujet du dernier
combat naval , reprefente une
Aigle tenant la foudre de Jupiter
dans fes ferres , au deffus
d'une mer où l'on voit des vaif
feaux brifez , aux ces mois . Pe-
·lago fenfere tonantem .
GALANT 209
MADRIGAL .
Où font-ils ces Audacieux
Qui couvroient les deux Mers de
leur voiles nombreuſes ,
Et femblaientmenacer , & la Terre
& les Cieux ?
De nos armes victorieuſes ,
Ils n'ont que trop fenty les redoutables
coups :
Tant de vaiſſeaux armexflattoiens
Leur efperance ,
Ils croyoient ébranler & l'Espagne
& la France,
Louis a bravéleur couronx,
Sa foudre parmon bras les a diffipé
tons.
Fevrier
1705.
$
210 MERCURE
Les Vers qui fuivent regardent
encorc ce Prince .
Quel illuftre Heros fepréſente à mes
yeux ?
Combien de charmes l'environnent
!
Que de lauriers qui le couronnent!
C'est fans doute quelqu'un des
Dieux.
Cruels Tyrans des Eaux evitez.ſa
prefence ?
La mer calme pour lay s'irrita contre
vous
Il vous a fait fentir une fois fa
vaillance
Craignez à l'avenir d'éprouver fon
courroux.
GALANT 211
२
Jupiter luy remet fa fondre ;
Neptune Empire des Eaux.
Retirez vous trop indignes rivaux
N'attendezpas qu'il vous réduife en
poudre ?
Quel prodigieux changement !
Ceux que jufqu'à ce jour on a craint
dans le monde ;
Comme les feuls maitres de l'onde ,
Devant nôtre Heros fuyent en un
moment.
De toutesfes frayeurs Eſpagne eft
delivrée ,
Philippe ne craint plus les projets
de Anglois
Et dans cet heureux jour la France
C
raffurée,
Sur l'une & l'autre mer va redonner
des loix.
S ij
212 MERCURE
Je vous envoye un Air nouveau
, dont voicy les paroles.
AIR SPIRITUEL.
Que mon état eft déplorable ,
Qu'il eft digne de mes ennuis :
Infirme, revolté, malheureux &
coupable ,
Seigneur , voilà ce quejefuis.
Le Madrigal fuivant a efté fait
par un homme qu'une jolie
Veuve cherchoit à décrier, par.
ce qu'il luy avoit montré une
lettre de fon Amant .
MADRIGAL.
Pourpunir un Audacieux;
Qui vous a découvert un Secret qui
vous touches
弱
ே
3
2
nuis .
39
pabl
GALANT 213
Qu'eft - il befoin , Philis , des traits
de voftre bouche,
Quand vous pouvez tout par
vosyeux?
Entre les merveilleures Cures
de plufieurs & differents maux ,
faites par M' le Baron d'Almerigo,
feul Inventeur du nouveau
fecret de guerir prefque
toutes fortes de maladies de la
maniere donc vous verrez dans
la fuite de cet Article , la gueri
fon de M' Girin, Maiſtre d'Hô
tel de Madame la Marquife de
Virieu , qui demeure ruë Vantadour
à la Butte S. Roch , eft
fi furprenante qu'elle a attiré
214 MAR CURE
l'étonnement des perfonnes les
plus incredules . M' Girinayant
tout d'un coup eſté attaqué de
la Goutte Podagre aux pieds
& aux genoux , de la Goutte
fiatique à la Cuiffe droite laquelle
ayant perdu ſa nourriture
, eftoit devenue plus menuë
que le bras & la jambe
n'aïant que la peau fur les os, de
la gravelle dans les reins , &
d'un Rhumatifme dans les
bras , avec des douleurs fi violentes
que ne pouvant fouffrir
pendant trois mois d'eftre remué
, l'on ne pût faire fon lit
que deux fois , & aprés avoir
GALANT 215
gardé le lit pendant plus de fix
mois , ayant perdu toute efperance
de jamais marcher ; M
Girin , dis - je , s'eftant mis entre
les mains deM' d'Almerigo,
ce dernier a fi bien travaillé à fa
guerifon , fans l'application ni
l'ufage d'aucun remede , mais
feulement par le mélange de
l'urine du Malade avec une petite
quantité d'un remede fympatique
, que depuis la S. Jean ,
ainfi que M' Girin me l'a dit
luy mefme, il marche, & vaque .
à fes affaires , au lieu que pendant
les années précedentes il
216 MERCURE
fouffroit & paffoit l'hyver dans
fon lit.
M d'Almerigo donne le Catalogue
de tous les maux qu'il
guerit par fon remede ſymphatique.
Il demeure à Paris rue
neuve des petits Champs, vis - àvis
de l'Hôtel de l'Anglée,chez
un Perruquier , au premier Appartement.
On le trouve tous
les jours depuis 8. heures du
matin juſques à
Je ne vous aurois pas parlé
de cet article , fi les guerifons
par des remedes fympatiques
cftoient nouvelles ? La guerifon
des playes par la Poudre
IO.
de
GALANT 257
de Sympatic , n'eft aujourd'huy
inconnue à perſonne.
Son effet eft tout contraire à
celuy de la guerifon par la trans
fufion du fang. Car au lieu que
par la transfufion du fang , les
corpufcules morbifiques paffent
du malade dans l'animal ;au
contraire les corpufcules balfamiques
qui font dans le vitriol
dont on fait la Poudre de Sympatie
, paffent dans la playe du
malade. Mais enfin , l'une &
l'autre guerifon fe fait par
écoulemens des corpufcules, en
quoy confifte le mechanifme
occulte de la nature dans fes
T Fevrier
1705:
les
258 MERCURE
operations merveilleufes . On
ne peut rien fouhaitter de plus
curieux que ce que nous en
avons dans un excellent difcours
que le Chevalier d'Igby,
Anglois , prononça publiquement
devant l'Univerfité de
Montpellier , où il s'étoit retiré
pendant le Regne de Cromvvel.
On peut dire qu'il eft un
de ceux qui ont le plus contribué
à faire reconnoître la Philofophie
corpufculaire , dont
on avoit alors prefque perdu
l'idée. Voicy comme il apprend
à préparer cette merveilleufe
Poudre.
GALANT 259
On prend telle quantité que
l'on veut de vitriol romain ,vers
la fin de Juillet , ou vers le com →
mencement d'Aouft .
On fait diffoudre ce vitriol
dans de l'eau , celle de pluye eft
la meilleure ; aprés cela , on
filtre cette cau avec du papier
brouillard , on met cette eau
fur un peu de feu , afin qu'elle
s'évapore , & qu'on trouve au
fond du verre, le matin fuivant,
le vitriol en petites pierres d'un
tres-beau verd , qu'on expofe
au Soleil , afin qu'il s'y calcine.
On fait cette diffolution , fil
tration , coagulation , & calci-
Tij
260 MERCURE
nation trois fois , afin de rendre
la ſubſtance du vitriol plus
pure & plus homogene . Aprés
cela on expofe le tout aux rayons
du Soleil , afin que le vitriol
acheve de fe calciner , & de
blanchir parfaitement. Voila
ce qu'on appelle la Poudre de
Sympatie fimple : quand on la
veut composée , on y ajoûte
moitié de gomme Tragacante
ou Arabique , miſe en poudre
preſque impalpable. On garde
cette Poudre dans une petite
fiole de verre en un lieu bien
fec , parce que la moindre humidité
remettroit la Poudre en
GALANT 261
vitriol . Il y a des Curieux qui
employent ce vitriol comme il
vient de chez le Droguiſte , &
ils ne s'en trouvent pas mal.
Cette Poudre arrête les pertes
de fang , appaiſe la douleur des
dents , & diminuë extrêmement
toutes fortes de douleurs
en quelque endroit du corps
que ce foit. Le Pere Lana , Jefuite
, tres -habile Philofophe ,
ainfi qu'il paroît par ſon Ouvrage,
intitulé, Magifterium natura
& artis , dit qu'il s'eft fervi
fouvent avec fuccés de la Poudre
de Sympatie qu'il n'y a
dans fa préparation , telle que
T iij
262 MERCURE
je la viens de décrire , aucune
fuperftition , & encore moins
aucun pacte avec le Démon,
On peut voir là-deffus , Lana
de motu tranfpirat. lib. 2. artifici.
11.
11. Il faut auffi confulter Ba
con , & fur tout l'Hiftoire na
turelle d'Ulyffe Aldroüand en
13. volumes. Polydore Virgile
De rebus inventis & de perditis .
La Phyfique occulte qui explique
les phenomenes les plus cachez de
la nature , par M.L. L. de Val
lemont , Prêtre & Docteur en
Theologie , imprimée en 1693 .
Tous ces Traittez feront voir
que quand on prépare la Pou»
GALANT 263
dre de Sympatie , ce n'eft point
par le moyen de la fuperſtition,
comme l'ont crûquelquesigno
rans , mais uniquement par des
caufes & des principes tres- naturels.
Voicy encore quelques articles
des morts .
Madame la Princeffe Ame
lie Charlotte d'Honover, épou
fe de Monfieur l'Electeur de
Brandebourg , eft morte à Hanover
, où elle étoit allée dans
le deffein d'y paffer le Carna
val . Frederic , Duc & Electeur
Brandebourg , avoit épousé de
rcs
en 1 nôces , en 1672. Eli
Tiiij
264 MERCURE
1
zabeth Henriette, fille de Guillaume
Landgrave de Heffe- Caf
fel , & de Heudvvige Sophie ,
Soeur de l'Electeur Frederic
Guillaume fon Pere. Il n'en cut
qu'une fille , qui a épousé depuis
quelques années le Prince
Hereditaire de Heffe Caffel . En
1685. il époufa la Princeffe
qui vient de mourir , & quiac
coucha en 1693. du Prince Electoral
, qui eft le feul enfant
qu'elle ait cuë. Cette Princeffe
eft morte âgée d'un peu plus de
ans . Elle aimoit les Gens
de Lettres ; & étant à la Haye
avec Monfieur l'Electeur fon
35.
GALANT 265
Epoux , il y a quelques années,
elle voulut voir Mr Bayle,dont
l'Electeur d'Hanover fon frere
luy avoit fort parlé. Ce fçavant
homme eut lieu d'être fatisfait
de l'honeur qu'il reçût de cette
Princeffe : elle étoit fille unique
du Duc d'Hanover. La Maifon
de Brunfvvic , dont celle d'Hanover
eſt une Branche,reconoît
pour fon Chef, Azo d'Eſt, Marquis
de Tofcane , qui vivoit
dans le onzième fiécle : il fuivit
l'Empereur Conrad II. en
Allemagne , où il époufa Cu
negonde , foeur de Guelphe III.
de la famille des anciens Guel
266 MERCURE
phes , dont on affure qu'il fut
le dernier. Azo eut de ce maria
ge , Guelphe d'Eft , 1ª de ce
nom , furnommé le Robuste ,
qui époufa Judith fille de Baudoüin
V. dit de l'Ille, Comte de
de Flandres , & alors veuve de
Joftic , Comte de Kent , ftere
d'Harold Roy d'Angleterre .
L'Empereur Henry qui connoiffoit
la fidelité de Guelphe ,
l'inveftit en 1071. de la Bavierc
, aprés avoir condamné
& chaffe Othon , qui en étoir
Duc.Guelphe mouruten 1101
en allant à la Terre fainte. C'eft
de luy que defcend toute la
GALANT 267
Maifon de Brunfvvic . La Cour
deBrandebourg a fait une grande
perte par la mort de fa Sou¬
veraine. Elle aimoit non fculement
les Gens de Lettres & de
mérite , ainfi que je viens de
vous le marquer , mais elle étoit
ttes -magnifique en toutes cho
fes , & vivoit en Reine . Ceux
qui excclloient dans les beaux
Arts étoient bien venus auprés
de cette Princeffe , qui avoit du
goût pour tous leurs Ouvrages,
& qui faifoit reffentir des effets
de fa magnificence & de fa liberalité
à ceux qui étoient diſtinguez
par un vray mérite , &
268 MERCURE
gequi
avoient l'honneur de l'ap
procher. Quoique fon ame fuft
naturellement portée à la
nerofité , les exemples qu'elle
en voyoit tous les jours dans le
Prince fon Epoux , l'animoient
encore à foûtenir avec plus d'éclat
cette vertu Roïale .
Mre Nicolas Camus , Chevalier
, Seigneur de Poncarré ,
Confeiller du Roy en tous fes
Confeils , & d'Honneur en tous
fesParlemens :fa place a été don
née à Mr le Rebours Confeiller
en la cinquiéme Chambre des
Enquêtes du Parlement de Paris.
Mr le Rebours eft Oncle
GALANT 269
de M° de Chamillart : il paffe
pour unparfaitement honnefte
homme , & a acquis beaucoup
d'eftime dans l'exercice de fa
Charge. Je vous ay parlé plufieurs
fois de fa Maiſon , qui eft
ancienne dans le Parlement . Mr
de Poncarré laiffe de feuë Dame
N... Durand , fille de feu
Me N ... Durand M° des
Comptes , & d'une tres -ancienne
famille du Parlement, Mr le
premier Prefident du Parlement
de Rouen : Mr Durand ,
qui a pris le nom de Durand ,
ainfi qu'il lui a été ordonné par
le Teftament de fa mere , & M
270 MERCURE
de Saron , femme de Mr Bochart
de Saron Confeiller au
Parlement. Mr de Poncarré
étoit heritier de la Maifon de
la Marguerie , qui a donné
des Confeillers d'Etat , & un
Premier Prefident au Parlement
d'Aix. Antoine Camus
, Chevalier , Marquis de
Millebois , Prefident à Mortier
au Parlement de Paris , a
fait beaucoup d'honneur à ce
nom : il ne laiffa qu'une fille
mariée en premieres nôces à
Claude Depinart Gentilhomme
de la Chambre du Roy,premier
Baron de Valois , & MarGALANT
271
quis de Comblefi , & en deuxiémes,
à Mre François Chrif
tofle de Levi , Duc de Danville
, Gouverneur du Limofin ,
& Capitaine de Fontainebleau,
Elle n'a point laiffé d'enfans de
ce fecond mariage. La Maiſon
de Camus a plufieurs branches :
il y en a 4. ou 5. dans le Lyonnois
& le Dauphiné. Feu l'Evê
que de Belley Pierre Camus ,
qui a fait un fi grand nombre
d'Ouvrages , & qui quitta fon
Evefché par un principe d'humilité
, pour venir confacrer le
refte de fes jours au fervice des
pauvres dans l'Hôpital des In272
MERCURE
1
curables où il eft mort , & eft
enterré , étoit de cette Maiſon.
Mr le premier Prefident de
Rouen avoit épousé en premieres
nôces , Dame N ... le Boulanger
, fille du Preſident de ce
nom ; & en fecondes , Dame
N ... de Bragelogne , d'une
maifon fort confiderable en
cette Ville , & fort illuftrée . :
M' de Coqfontaine Lieutenant
Colonel du Dauphin
étranger eft mort d'Apoplexic.
Il avoit fervi pendant une
grande partiede fa vie. Il avoit
herité de fon pere & de fon
grand pere l'inclination pour
les
GALANT 273
,
les armes. Ce dernier les avoit
portées avec beaucoup de diftinction
fous le feu Roy Louis
XIII. & Monfieur le Cardinal
de Richelieu l'employa avec
fuccés à la guere de laValteline .
Celuy qui vient de mourir avoit
cu pour recompenfe de fes
fervices le Gouvernement
d'Obernheim en Alface , & un
Fief de 1200. livres de revenu
qui y avoit efté uni. L'un &
F'autre ont efté donnez a M'de
Bruchfal , Aide-major des Gardes
du Corps , qui fert dans
cet Illuftre Corps depuis plu
fieurs années avec une grande
Fevrier 1705. V
274 MBRCURE
diftinction.
re
Mr André Annibal Rouil
let fieur de Beauchamps , cy
devant Secretaire du Confeil
d'Etat, Direction & Finances de
Sa Majefté . Il eftoit generale
ment eftimé de tous ceuxqui le
connoiffoient . Il avoit dans l'exercice
de fa Charge beaucoup
de vigilance & d'exactitude.
L'Academie Françoife avoit
fait une grande perte en la
perfonne de M' Pavillon , dont
je vous appris la mort le mois
paffé , & elle a cfté avantageufement
reparée par le choix
que cette Compagnie a fait en
GALANT 275
nommant pour remplir fa
place , M' l'Evefque de Soif
fons , qui joint à l'éclat de fa
naiffance , & à beaucoup d'é
rudition , toutes les qualitez
qui font à fouhaiter dans un
Grand Brelat. J'attens à vous
en dire d'avantage , qu'il ait
pris feance dans ce Corps.
M Pavillon cftoit auffi pen .
fionnaire de l'Academie des
Infcriptions , & des Medailles,
& cette place a efté donnée a
un tres-digne fujet . C'eft Mi
de la Marque Tilladet , dont
la famille elt tres- diftinguée
& qui a merité les graces du
Vij
276 MERCURE
Roy par fon extreme applica
tion à tout ce qui regarde les
avantages de cetteCompagnie,
dans laquelle il y a eu en mê
me temps deux places d'Affociez
à remplir. L'une a efte
donnée à M. Moreau de Mautour
, Auditeur de la Cham
bre des Comptes de Paris.Vous
fçavez qu'il a beaucoup d'ácquis
dans les belles Lettres ,
& qu'il joint à la connoiffance
des Medailles , un heureux talent
pour la Poëfie. Il eftoit déja
membre de l'Academie des
Inſcriptions , ainſi que M Simon
qu'on y voit briller beauGALANT
277
coup, & qui eft monté à l'au
tre place d'Affocié.
Le changement
a efté encore
plus grand pour les places
des éleves , & il y en a eu quatre
à remplir. La premiere demeu
rée vacante par la mort de Må
Duché , fut donnée dés l'autre
mois à MDanché
, qui a fait
connoiftre fon nom par divers
Ouvrages . Ceux qui ont eu les
trois autres font M' de Bofe ,
dont il a paru des differtations
fur les Medailles
qui luy ont
acquis beaucoup d'eftime ; M.
l'Abbé Mafficu , tres bon
Orateur , qui poffede la langue
7
278 MERCURE
Latiné , & la lange Grecque
auffi parfaitement que la Françoife
, & M Vallois . On affure
qu'il eft digne de fon nom ,
& c'est beaucoup dire , puifque
feu M' Vallois fon Pere ,
& M'Vallois fon Oncle, l'ont
rendu très -illuftre parmy les
fçavans.
Monfeigneur le Dauphin
donnale Lundy 16. de ce mois
un Bal , où tous les Mafques
devoient entrer c'eft-à- dire
autant de perfonnes mafquées
que les lieux où l'on donnoit le
Bal pouvoient en contenir. Jel
ne vous dis rien de la maniere
GALANT 279
dont eftoient ornez les lieux
où l'on dança. Vous connoiffez
la magnificence & le bon
gout de Monfeigneur , &vous
vous en imaginerez plus que je
ne pourrois vous en dire. La
Collation eftoit dreffée dans
la Salle de Gardes de ce Prince.
Elle confiftoit en 60. grandes
Corbeilles qu'il auroit fallu
plus de 60. hommes pour
porter , fi elles avoient pûpénetrer
dans tous les lieux ou
elles devoient eſtre portées. Il
y avoit outre cela une tresgrande
quantité de toutes fortes
de rafraichiffemens qui oc280
MERCURE
&
cupoient encore un tres-grand
nombre de perfonnes , & rien
n'eftoit plus beau à voir que le
mélange des fleurs , des fruits,
des confitures feiches & des
autres chofes qui entrent dans
les Collations & qui formoient
celle dont je vous parle. Il fe
trouva à ce Bal une fi prodigieufe
quantité de Mafques
tant de Verſailles que de Paris ,
qu'on peut dire que de cent
Mafques , à peine un feul au
roit-il pu entrer à ce Bal fi pendant
prés de fix heures qu'il
dura , plufieurs mafques aprés
avoir demeuré quelque temps
dans
GALANT 281
dans l'Affemblée n'eftoient
fortispour
faire
place à d'autres.
La Cour
de France
eft G
nombreuſe
& Paris
eft fi rempli
de perfonnes
qui aiment
le
plaifir
, & qui fe trouvent
en
eftat
de le gouter
, que quand
tous
les Appartemens
, la Galerie
& les Salons
de Verfailles
auroient
efté ouverts
aux maf
ques
, tant
de lieux
differents
& fi fpacieux
n'auroient
pû
les contenir
à la fois.
Madame la Ducheffe de
Bourgogne voulant fe donner
le
divertiffement
que prennent
ceux qui vont incognito , dans
Fevrier 1705
. X
282 MERCURE
les Affemblées , y alla mafquée
avec une Andrienne &
Madame la Ducheffe d'Or+
leans avec un habit pareil à
ceux avec lefquels la Reine
Gatherine de Medicis eft re
prefenté dans les portraits que
nous avons de cette Princeffe .
Comme cet habit peut eſtre
orné de beaucoup de pierreries
, & que celuy de Madame
la Ducheffe d'Orleans en eftoit
tout rempli , cet habit parut
d'une grande richeffe & de la
plus éblouiffante magnificence.
Plufieurs Volumes ne me fuffiroient
pas , fi je voulois vous
GALANT 283
parler de la richeffer, de la ga+
lanterie , de la bizarrerie & enfin
de la varieté des habits de
tous les mafques qui fe trou
verent à ce Bal . Il ny a que la
France qui puiffe faire voir
une fi grande affluence , à la
fois , de tant de perfonnes pa
rées , & tant de richeffes en
même temps , les broderiés
& les eftoffes d'Or & d'Argent
pour des habits faits exprés
n'ayant point efté épargnées,
Je ne dis rien des pierreries :
con fçait que la France en eft
remplie & que tous les Eftats
du monde n'en pouroient pas
+
Xij
284 MERCURE
fournir au tant qu'il s'en trou
ve ence Royaume . Tant d'agréable
varieté & tant de richeffes
attirerent moins les
yeux pendant le Bal , que
les manieres de Monfei
gneur le Dauphin, qui n'eftant
point maſqué, afin devoir plus .
aifement ce qui fe paffoit , &
de donner à tous ceux qui ve
noient à fon Bal le plaifir de
le voir s'embloit fans defcendre
du rang que fa naiffance
l'oblige de garder ,
avoir la
bonte de s'intereffer à tout ce
qui fe paffoit . Auffi d'un coup
d'oeil ce Prince fembloit - il
GALANT 285
fouvent empefcher le deforla
grande confufion
dre
que
eftoit
fur
le
point
de
faire
naiftre
. Ce
que
je
dis
icy
n'eſt
point
de
moy
&
jen'ay
point
imaginé
qu'il
devoit
eſtre
ainfi
fur
les
bontez
de
ce
Prince
qui
me
font
connues
. Je
dois
rendre
juftice
à ceux
à qui
elle
eft
due
.
Cette
remarque
eft
de
Monfieur
l'Ambaffadeur
d'Ef
pagne
qui
dit
aprés
le
Bal
, que
pendant
qu'il
eftoit
attentif
aux
bontez
&
aux
manieres
gracieufes
de
Monfeigneur
le
Dauphin
, il ne
pouvoit
s'em-
Xij
286 MERCURE
pefcher de faire reflexion fur
le bonheur de la France , qui
eftoit gouvernée , de l'aveu de
toutes les Nations amies & ennemies,
par le plus grand Prince
du monde , & qui avoit un
fils qui l'imitoit parfaitement.
Monfeigneur reconnut Ma
dame la Ducheffe d'Albe , &
ce Prince eut une attention
toute particuliere pour faire
placer cette Ducheffe . Elle
eftoit habillée de la maniere
dont les Dames du Palais de
Madrid fe prefentent à la
Reine d'Efpagne , & excepté
le mafque , fon habit ne difGALANT
287
feroit en rien de celuy qu'elle
auroit cû , fi elle avoit cfté à
Madrid & qu'elle cuft efté
faire fa Cour . Cet habillement
eft bien different de ceux qui
ont fouvent paru icy dans des
entrées de Ballets , Bals & Mafcarades
& l'on pourroit dire
que les habits à l'Eſpagnole que
l'on nous a fait voir icy , jufqu'à
préfent , dans ces fortes
d'occafions , reffemblent peu
la maniere dont Madame la
Ducheffe d'Albe eftoit vetuë ,
au Bal de Monfeigneur , les
autres habits ayant plus de
rapport à ceux des Payfannes
à
X
iiij
288 MERCURE
d'Eſpagne , qu'à ceux des Dames
de la Cour . Pomon nu
Monfieur le Conneftable
de Navarre , fils de Monfieur
le Duc d'Albe , parut dans le
même Bal, habillé magnifiquement
à la Turque. Monfieur.
le Comte de Galvé , qui eſt
depuis peu icy dança parfaite
ment bien fans eftre reconnu
de Monfeigneur , ce Comte
ofta fon mafque & Monfei
gneur luy fit compliment fur
fa belle dance. Quoyqu'il n'ait
fait que tres peu de fe jour à
la Cour , il s'y cft acquis l'eftime
de tous ceux qui l'ont vû:
GALANT 289
4
Il a un air noble & diftingué
On connoiſt également par
ce qu'il fait & par ce qu'il dit,
& l'éclat de fa naiffance & fon
merite perfonnel. Il eft frere
de Monfieur le Duc de l'Infan
tado & de Paftrana , qui réus
nit en luy les deux Illuftres
& ancienes Maifons de Silva
& de Mendoza . Monfieur le
Comte de Galvé eft Gentilhomme
de la Chambre de Sa
Majefté Catholique
& Colonel
d'un Regiment d'Infanterie.
Il a fervi en Italie avec
beaucoup de diftinction.
Ce que vous allez lire eft
290 MERCURE
peu
d'un grand exemple , qui fera
fuivi je vous l'envoye de
la maniere dont il eft tombé entre
mes mains , ayant des raifons
pour n'y pas changer une
feule fyllabe .
EXTRAIT
D'une Lettre écrite de Grenoble
par un Curé du Diocefe,
dans le mois de Janvier
1705 : au fujet de Monfieur
le Cardinal le Camus .
Je ne fçayfi vous avez appris
que le fruit qu'a retiré fon Eminence
d'une derniere Retraite , a
GALANT 291
efté defe défaproprier premierement
de vingt-quatre millelivres , pour
quatre Chanoines dans l'Eglife
Paroiffiale de faint Louis , que le
Roy a fait batir il y a quelques
années.
Secondement , de trente-mille
livres , en faveur des Prêtres de
l'Oratoire , avec cinq places pour
cing Seminaristes , & dontfix mille
livres font pour aider à achever
le bâtiment du Seminaire , y ayant
trois cens livres par an , destinées
pour une Dominicale dans leur
Eglife.
Troifiémement , de vingt-cing.
mille livres , pour marier chaque
292 MERCURE
année treize filles, faire apprendre
métier à treizegarçons alternativement.
Quatriemement , de quatre cens
cinquante livres de rente , pourêtre
diftribuées tous les anspar les Mif
fionnaires de faint Fofeph.
Cinquièmement, de quatre cens
livres de rente annuelle ,
pour être
diftribuées
par des Meffieurs de
Grenoble
, qui ont foin de vifiter
lespauvres honteux.
Toutes ces éminente's charitez
font executées par des Contrats de
Donation faits entre- vifs .
Ily a quelques jours , que me
faifant l'honneur de me parler de
GALANT 293
fes
cela , il me dit que c'etoit pour racheter
fes pechez , & fur tout ,
négligences & fes omiffions :
ajoûta joignant les mains ,
les larmes aux yeux , ab alienis
parce fervo tuo , puis , priez
bien Dieu pour moi . Oui , répondis
-je , Monfeigneur
, afin
qu'il augmente en vous fes
dons , & la grace de faire de
plus en plus un fi bon & fi faint
ufage de vos biens.
Je vous envoye ce que
Meffieurs de l'Académie Françoife
viennent de faire publier.
294 MERCURE
PRIX
D'ELOQUENCE
ET
DE POESIE
Pour l'année M. DCCV .
L
le
Académie Françoife fait
Sçavoir au public , que
vingt- cinquièmejour d'Aouſt prochain
, Fefte de faint Louis Elle
donnera le Prix d'Eloquence , fordé
par M. de Balzac , de l'Académie
Françoife. Le ſujet fera ,
GALANT 295
Que la juftice & la verité font
les plus fermes appuis du Throne
des Roys : conformément à
ces paroles des Proverbes , chap.
29. v . 14. Rex qui judicat in
veritate pauperes , Thronus
ejus firmabitur in æternum , &c.
Il faudra que le Difcours ne foit
que de demi-heure de lecture tout
plus , & qu'il finiffe par une
courtepriere àfefus-Chrift.
་
On ne recevra aucun difcours
fans une Approbation fignée de
de deux Docteurs de la Faculté de
Theologie de Paris , yréfidant
actuellement.
Le mefme jour Elle donnera
296 MERCURE
le Prix de Poefie fondé par M.
de Clermont de Tonnerre , Evef
que & Comte de Noyon , Pair
de France, & l'un des Quarante
de l'Académie Lefujetfera , La
gloire & le bonheur du Roy
dans les Princes fes Enfants, & c.
Ilfera permis d'y joindre tel autre
fujet de louange que chacun
voudra , furquelques actions particulieres
de Sa Majesté , ou fur
toutes enfemble , pourveu qu'on
n'excede point cent Vers. Et ony
adjouſtera une courtepriere à Dieu
pour le Roy , feparée du corps de
l'Ouvrage , & de telle meſure de
Vers qu'on voudra.
GALANT 297
Toutes perfonnes feront receuës
à compoſerpour ces deux Prix ,
bormis les Quarante de l'Académie
qui doivent en eftre les Juges.
Les Autheurs ne mettrontpoint
leur nom à leurs Ouvrages , mais
une marque ou paraphe , avec un
paffage de l'Ecriture- Sainte , pour
les Difcours de Profe;&telle autre
Sentence qu'il leur plaira , pour
les Pieces de Poefie.
Comme on a differé plus qu'à
L'ordinaire àpropofer lesfujetspour
Le Prix de l'Eloquence & de la
Poëfie , il fuffira que ceux qui
prétendront , faffent remettre leurs
Ouvrages dans le dernier jour du
Fevrier
1705. Y
298 MERCURE
mois de Juin prochain , entre les
mains de M. l'Abbé Regnier , Secretaire
perpetuel de l'Académie
Françoife , à l'Hotel de Crequy,
fur le Quay Malaqueft.
Et en fon abfence ,
Chez Jean-Baptifte Coignard,
Libraire ordinaire Imprimeur
du Roy , & de l'Académie Francoife
, rue faintJacques , prés S.
Yves , à la Bible d'or.
M Jacques Louis de Caponne
, Marquis de Courtebonne
, Lieutenant general des
Armées du Roy , & du Païs
d'Artois , Directeur general de
GALANT 299
la Cavalerie de France, & Gou
verneur de Hefdin , mourut le
17. de ce mois , âgé de 52.ans.
La Maiſon de Caponne , originaire
de Dauphiné , & enſuite
établie dans le Lyonnois , eft
alliée à tout ce qu'il y a de plus
confiderable dans ces deuxProvinces
, & dans celles de Forest
& d'Auvergne. Elle touche de
prés par des alliances , aux Maifons
de Bonne Lefdiguieres
de Hoftung Tallard, de Layer,
du Martel , de Gauteron , de
Falcoz la Blache , de St Chamond
, de Seve , de la Chaife,
dont oft le Reverend Pere Con-
Y ij
300 MERCURE
feffeur du Roy , de Villars , de
Chapponney , & à une infini
té d'autres dont le détail feroit
trop long. La valeur a toûjours
femblé heditaire dans la maifon
de Caponne : ce fut un
Gilles de Caponne qui deffendit
à Lyon les interefts du Roy
pendant les fureurs de la Ligue
; ce fut auffi Philippe de
Caponne qui fut choisi pour
un des mediateurs du demêlé
que le Chapitre de la Cathedrale
de la mefme Ville avoit
avec le Corps de Ville pour
Seigneurie directe de Lyon. Le
pere & l'ayeul de M ' de Courla
GALANT 301
rebonne ont porté les Armes
avecbeaucoup de gloire : ils fe
diftinguerent pour la bonne
caufe durant les guerres civiles.
Celui qui donne lieu à cet article,
eft univerfellement regretté
: c'étoit un bon Officier , il
entendoit parfaitement la Cavalerie
, dans laquelle il avoit
fervi depuis fa plus grande jeuneffe,
Les marques de diftinction
qu'il avoit reçûës du Roy,
en apprendront plus à la pofte
rité que tout ce que j'en pourrois
dire .
MN..... Briçonnet Che
302 MERCURE
valier Comte d'Auteuil , Seigneur
d'Autouillet , Millemont
, Andelu, Villarceaux, S.
Suplex, &c. Confeiller du Roy
en fes Confeils , & Prefident
honoraire aux Enquestes du
Parlement de Paris , eft mort
dans un âge affez avancé.
Sa Famille feconde en perfonnes
illuftres , eft originaire de
Touraine , où elle eft confiderable
depuis le regne de
Charles V. & de Charles VI.
c'eft en ce temps que vivoit
Bertrand Briçonnet , M des
Requeftes de l'Hôtel , Aycul
de Jean S. de Vadanes , &c.
GALANT 303
Secretaire du Roy, & Receveur
general des Finances en
1468. celui-cy époufa Jeanne
Berthelot , dont il eût Guillaume
qui fuit ; Guillaume Cardinal
du titre de S' de Praxedé
, Evêque de S. Malo , &
de Nifmes , & puis Archevêque
de Rheims Robert Archevêque
de Rheims, & Chancelier
de France ; Jean Secretaire
de Louis XI. Martin ,
d'Octeur de Paris , Grand Archidiacre
de Rheims; & Pierre-
Guil aume Briçonnet époufa
Jeanne Brinon , dont il eut divers
enfans ; Entr'autres , Mi304
MERCURE
chel Evêque de Lodeve , mort
en 1574 , ayant refigné cette
Prelature à Claude fon neveu,
fils de Guillaume Briçonner ,
S' de Glatigny, & de Claude
de Leneville . Il feroit inutile
de nommer les autres , puifque
nous avons un hiftoire de cette
maifon écrite par Gui de
Britonneau. Il fuffit de remarquer
qu'outre 8. ou 10. Confeillers
& Prefidens aux Enquêtes
du Parlement de Paris ,
elle a eu des Prefidens & Maitres
des Comptes , des Maîtres
des Requêtes , des Intendans
de Juftice & d'autres Officiers .
Ceux
GALANT 305
Ceuxqui ont fait le plus d'honneur
à ce nom , font Robert
Archevêque de Rheims , Chancelier
de France & Abbé de
S. Waaft d'Arras qui vivoit fur
la fin du 15. fiècle , fous le reg.
ne de Louis XI. & de Charles
VIII. Ce CSEPrelat étoit tres propre
pour les grandes affaires
il avoit cſté Tréſorier de S.
Martin de Tours, & il eût l'Archevêché
de Rheims aprés
Pierre de Layal . Il exerça pendant
quelque tems laCharge de
Garde des Sceaux & fut enfuite
pourveu de celle de Chancelier
de France par lettres don-
Fevrier
1705 .
lettres
411.09
306 MERCURE
nées à Turin , le 30. Aouft de
l'an 1495 ; mais il n'en jouit
pas long-temps , étant mort le
3. Juin de l'an 1497. à Moulins
, où il fut enterré dans l'EglifeCollegiale
de nôtre Dame .
Et le Cardinal Guillaume Briçonnet
fon frere , quiluy fuc
ceda , & fut nommé à l'Arche
vêché de Rheims aprés avoir
efté Evêque de S. Malo , & de
Nifmes . Il fut Archevêque de
Narbonne en 1507. Alexandre
VI . l'honnora de la pourpre
en 1495. à la priere de
Charles VIII . & il fe trouva
au Confiftoire. N'eftant enLGALANT
307
core qu'Evêquede S. Malo , il
eftoit Treforier general des Fihances
de ce Roy , dont il eftoit
te principal Miniftre , & celuy
qui avoit leplus de partà fa faveur
. Ils oppofa autant qu'il
duy fut poffible à l'expedition
de Naples ; mais il ne pût empêcher
le Roy de partir . C'cft
enquoy Paul joue le Cardinal
Bembo & Guichardin fe
trompent lorfqu'ils difent que
ce fut luy qui obligea ce Roy
d'entreprendre cette expedi
tion. Il eft bien vray que dans
le commencement il favorifa .
ce deffein,mais il luy fut enfuite
Z ij
308 MERCURE
tout - à - fait contraire . Jule
fecond le priva de la pour
pre , parce qu'il avoit travaillé
contre luy au Conciliabule de
Pife ; mais Leon X. la luy ren
dit, Ilmourut le 14.Decembre
de l'an 15 14. Avant que d'être
dans les Ordres , il avoit cfté
marié avec Raoulette de Beau
ne, dont il eut deux fils , Guillaume
Evêque de Meaux ,
Denys Evêque de Lodeve, tous
deux grands Prelats . Et l'on vic
un jour,le pere officiantpontifi
calement avec fes 2. fils , dont
l'un fervoit de Diacre & l'autre
de Sousdiacre. Il a fait un perit
&
GALANT 309
re
Manuel de prieres , & il publia
auffi des Ordonnances finodales,
pendant qu'il fut à S.Malo,
que les Evêques fes Succeffeurs
fe font honneur d'obferver .
Daine Françoife Jubert ,
yeuve de M Louis de Brinon,
Confeiller en la Grand Chambre
du Parlement, de Normari
die mourut à Rouen le
dix-fept de ce mois. Elle étoit
foeur de feu M Jacque Jubert
, Marquis du Thil , Confeiller
d'Etat &c. Nicce
de feu M Jacque Danés Evêque
de Toulon , & coufine
Germaine de feue Madame la
re
Z iij
310 MERCURE
Chanceliere Boucherat. Elle a
terminé une vie tres-chrétienne
par une fainte mort ; quoy
que cette Dame fuft d'un âge
tres avancé , elle ne laiffe pas
d'être fort regrettée dans fa
Famille.
M' le Chevalier du Liſcoët,
eft mort depuis quelques
jours . Il eftoit Capitaine Co
lonel de la Garde Suiffe de
S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans . Cette Charge avoit
efté poffedée par M le Mar
quis d'Arquien , aujourd'huy
Cardinal , & pere de la Reine
GALANT 311
Douairiere de Pologne. Elle eft
tres confiderable, puifque les
Suiffes que ce Capitaine commande
forment un détachement
tiré des Suiffes du Roy:
ce qui leur donne le privilege
de prendre les armes , & de fe
mefler avec les Suiffes de S,
M. lorſqu'elle vient au Palais
Royal : Privilege que les gardes
du Corps de S. A. R. n'ont pas,
puiſqu'il mettent les Armes
bas , lorfque le Roy vient au
Palais Roïal , & que fes Gardes
du Corps enprennent poffeffion.
Ayant commencé à vous
Z
iiij
312 MERCURE
envoyer le Siege de Verue par
Relations , je continue de mê
me . Ces Relations font les Pie
ces originales , fur lesquelles
on a fait les abregez qui fe
trouvent dans toutes les nouvelles
publiques de ce Siege ,
qui ont efté imprimées.
Au Camp devant Veruë le
27. Janvier. 1705.
→ Le dégel a continué le 16, le
17. le 18. le 19. & le 20. avec
pluie & neige fondue fans interruption
; Tout le travail s'eftbornépendant
unſi mauvais temps
#GALANT 313
à reparer les Tranchées & à les
foutenir. On a fait tres peu de
feu, de part d'autre. Il ne
reftoit plus dans la Batterie
nous
du chemin convert , le 20. au matin
, qu'une piece en eftat de tirer,
Le Soleil recommença heureufement
ce jour-là à paroiftre. On
travailla¸ au moyen d'une gran
de quantité de fafcines , à mettre
les Troupes avec moins d'incommodité
dans la Tranchée.
* M le Comte d'Eftain ayant
eſté informé que les Ennemis
avoient envoyé quelque Infanterie
occuper le Village de fancto
Moro ,fitué à une lieue demie
314 MERCURE
deTurin , dans l'endroit où le Pa
fe rapproche le plus prés de la
Montagne , détachale 19. aufoir
trois Compagnies de Grenadiers ,
fçavoir celle de Crancey , une du
Royalla Marine & celle de Breffe
avec cent cinquante hommes
détachez ; le tout commandé par
M de Mailly , Capitaine des
Grenadiers de Grancey , qui eftant
informé que les Ennemis avoient
barré les avenues par la plaine, \
prit le chemin de la Colline , par
une route prefqu'impraticable
,
à caufe des boues , & defcendit
dans le village deux heures avant
jour , ayant laiffé la Colline
T
GALANT 35
mit
gardée. Il trouva les Ennemis
fous les Armes , les enfonça,
tua tout ce quifit reſiſtance,
le refte enfuite erprit un Lieutenant
, un Sergent,& quinze Soldatsprifonniers,
queM le Comte
d'Eftain envoya le 21.au Camp.
Le Comte de Roüere , Major du
Regiment de Tana , avoit eftépris
deux jours auparavant , infortant
de Turi fur des chevaux de
pofte , pour aller reconnoistre par
ordre de M. de Staremberg le vil
lage de Sancto Moro, & les
Collines qui enfont Voifines. La
Cavalerie des Ennemis , qui s'étoit
portée de l'autre cofté du Pô
316 MERCURE
* Settino & à Brandifio , où il eſt
ordinairement le plus guéable à
marché du coftéde Montcaller
de Quiers , dés qu'il a commencé à
groffir par le degel. Les Ennemiş
leverent le Pont de Crefcentin le
mêmejour.“ mais ils le rétablirent
le lendemain , la cruë d'éau n'atpas
eftéfort rapide.vindɔ
eft arrivé prefque tous les
jours douze ou quinze Deſerteurs
tant à pied qu'à cheval , & de egyideto
puis quelque temps beaucoup plus
d'Allemans que de Piemontois
de François , dont il nous effrevenu
un affez bon nombre dans les .
commencement. Nous avons eff
yant pas
EGALANT
317
environ trente hommes bleffez depuis
le 16. prefque tous par des
pierres , dont les Ennemis jettent
quantité.
Le mauvais temps a encore
continué jusqu'au 24. M du
Gaft, de Crouy & de Conock releverent
la Tranchée le 25. on
commença une redoute à environ
deux cens toifes de la gauche de
noftre attaque , fur un plateau
efcarpépar lefront & par leflane
gauche de la droite , duquel on a
tiré une ligne de communication
jufqu'à la gauche de noftre attaque
parallelle à tous les ou-
@rages de Veruë , quife prefen
318 MERCURE
1
་
tent à nous de ce côté- cy. Le Plateau
eft vis-à- vis & à la demi
portée du fufil du Donjon , dont
"il eft feparé par un fond precipité.
L'Intention de Monfieur le
Duc de Vendofme eft d'établir
dans cette redoute quatre pieces de
24; & furlagauche d'icelle cing
autres pieces de 24. qu'elle
gera ,pour battre un petit ouvrage
de Maçonnerie qui eftaupied
la gauche de l'efcarpement duDonjon,
comme un espece de basfort, lequeljoint
lapetiteplaine qui eft entre
Verue & lepont du Pô , &
qui protége les ouvrages qui en
font la communication , d'où l'on
proteà
GALANT: £319
pourra chaffer les Ennemis , lors
qu'on feferarendu Maitre de cet
Ouvrage , comme on l'efpere.
Les ennemis ne s'apperçûrent
de nôtre travail
que
trois heures
aprés qu'ilfutcommencé. Nous n'y
eumes qu'un homme bleffé pendant
toute la nuit: nous en eumes 6 .
bleffez dans l'ancienne tranchée
les ennemis y
par les pierres que
Sont jettez. Mr de Conock Colonel
Irlandois a efté blessé dans la
tranchée d'un éclat de bombe au
bras.
Mr de Mauroy releva hier
26. la tranchée avec Mrle Comte
d'Eftaires , & M d'Egrigny.
320 MERCURE
On travailla à perfectionner les
ouvrages commencez, On acheva
la communication depuis la
droite de la nouvelle redoute, jufqu'à
la gauche de l'ancienne at
taque . Qu commença une feconde
communication par les derrieres
pourypouvoir arriver par les
deux redoutes que Monfieur de
Vendofme a fait faire pour affi
rer nos flancs gauches , depuis la
fortie que les Ennemisfirent le 26.
de l'autre mois. Tous ces nouveaux
ouvrages ont leur gauche
affurée par l'efcarpement du terrainfur
lequel ils font placez , er
& quoi qu'ils en embraſſent le
GALANT 32!
ncceffaire
double de celuy que nous occupions
auparavant , iln'eftpas nece
de fortifier la garde de la tranchée,
à
il fert de protection
. On rétablit cette mefmenuit,
une partie des defordres qu'avoit
caufe le mauvais temps dans nos
elles!
travaux anciens. On continua ce
que
les
logementqu'on a fait dans le fof
fe, parallele aux breches , laiffant
le revêtement derriere foy,
pour prevenir les mines.
Ennemis auroient pu faire fous le
foffe , pendant la difcontinuation
de nos travaux , causée par le
mauvais temps , onfit un puiss
d'environ dix-huit pieds de pro
A a
Fevrier
1705 .
322 MERCURE
fondeur, pour eftre en eftat de les
découvrir de les faire fouffler
-Les ennemis ontmis cinqpieces de
canon tantfur le donjon , que fur
quelques ouvrages qui le joignent ,
d'où ilsplongent quelques coupsfur
"noftre nouvel établiſſement , mais
on travaille à élever les épaulemens,
l'on approfondit les boyaux
on ajettéla nuit une grande
quantité de pierres de part &
d'autre , dont nous avons eu deux
hommes tuez, & quatre blessé.
· Le canon du Donjon en a tué deux
autres.
Sept pieces de 24. nouvelleGALANT
323
lement arrivées , battent avecfuccés
la deuxième & la troifiéme enceinte
on a retiré de la batterie
du chemin couvertles pieces défecsueufes
il n'y en reste que quatre
qui continuent à battre le pied de
la fauffe braye de la gauche : on
établit dans le terrain que les autres
occupoient quatre mortierspour
jetter des pierres fur les breches ,
fans craindre d'incommodernospof-
~tes avancez. Les ennemis ont roulé
fur les deux decombres de la
breche , cing gros chevaux de fri-
Ake.
Il est arrivé cette nuit quatre
deferteurs à pied , un à che324
MERCURE
val il en arriva douze le 26.
huit fentinelles defertèrent de
Veruë la nuit du 24. Les ennemis
ont détaché quinze Cavaliers par
compagnie de tous leurs Regimens
"de Cavalerie & de Dragons , pour
s'opposer à M' leComte d'Estain,
qui a refferré les quartiers entre
Gaffo , Caftagneto & Laviane.
Monfieur de Vandome en a retiré
douze efcadrons à caufe de la confommation
desfourages. Ils arri
vent aujourd'hui àTrin , où il y
en a déja neufqui fourniront avec
eux quatre-cens chevaux pour
faire icy le fervice de la tranchée,
lef
feront relevez tous les quatre
GALANT 325
Jours , apportant icy leurs fourages.
Du 30. Janvier 1705. 16
a
On a employé le 27. le 28.
le 29.&le 30. à mettre nos anciennes
batteries en état de recevoir
tes vingt pieces de 24. qui nous
font arrivées de France , dont on
en a mis aujourd'hui trois en batterie
: "'on a auſſiperfectionné les
nouveaux ouvrages pour les bat
teries de la gauche , qui doivent
battre la communication. On ne
mettra point de canon dans la Redoute
, parce qu'elleferoit trop bat
326 MERCURE
1
tuë de celui du Donjon ; mais on
en établitfept piecesfur l'Escarpe
gauche du Plateau , lesquellesfe
rontcouvertes par le Plateau , &
par la Redoute que l'on y a¨conftruite.
On a tracé une nouvelle batterie
de treize pieces dans le centre
de la communication de l'ancien
la
nouvelle
, pour
ne attaque à la nouvelle ,
battre la Courtine quijoint le Donjon
aux Baftions , par où nous
avons commencé l'attaque. Onprérend
que cette Courtine n'eft point
terraffée derriere elle n'a qu'un
foffe paliffadé devant elle , & le
terrain qui eft au deçà des palif
GALANT 327
fades, eft un glacis precipité.
Les Ennemis ont
prefentement
sing mortiers dont ils tirent continuellement
des pierres , qui nous
tuent ou bieffent buit & dix hom
mes par nuit. Ils ontfait un grand
feu de canon & de grenades du
côté de la nouvelle attaque : ils
jetterent hier une grande quantité
de grenades dans le logement du
foffe de l'ancienne attaque , qui ne
firent aucun mal , parce qu'on en
avoit retiréla Gardefous la galerie
par où l'on y defcend. M de Salieres
, General de l'Artillerie ,fut
bier bleſsé legerement d'un éclat de
grenade au talon dont le cuir d'un
328 MERCURE
gros foulier lui para l'effort. Mr.
de Villemur , Capitaine dans Medoc
, a efté blessé aujourd'hui à
mortd'unepierre qui lui afracaffé
la tefte & fait perdre connoiffance.
Monfieur de Vandôme a ordonné
qu'on plaçat la nuit dans lës
boyaux les plus reculez , une partie
de la Garde de la tranchée , pour
la mettre à couvert des pierres ,
l'on a fait des blindages de
fafcines pour
couvrir les compagnies
de Grenadiers , qui en tiennent
la tefte . La gelée qui conti
nue depuis le 26. a efté tres fa
vorable pourtes nouveaux ou vra,
ges
GALANT 329
ges pour voiturer le canon .
La défertion continue dans l'armée
des Ennemis . Il arriva hier
dix Allemands àpied : ils difent
qu'ily a fix femainesque les Trou
pes de l'Empereur n'ont reçû aucune
folde,
Au Camp devant Veruë , le
28. Janvier 1705 .
Le Siege de Veruë dure plus
long-tems que l'on ne s'étoit imaginé
: les breches des trois encein
ses font belles & affez grandes
pour y monter facilement ; mais
comme Son Alteffe eft parfaite-
Fevrier
1705. Bb
330 MERCURE
ment bien informée des mines qui
font fous tous les ouvragespar où
ilfautpaffer quand on montera à
l'aßaut , des coupures & des retranchemens
qu'ils y ont pour
donner le temps aux mines defau
ter ; ce Prince a réſolu auparade
l'attaquer , deferenvant
que
dre maître de la communication
' ont les Ennemis du Pô à la
qu'ont
Place ; il a pour cet effet fait faire
deux batteries proche le retranchement
de communication : lapremiere
eft defix pieces , qui doit abbattre
le pan de muraille qui defcend
du Donjon jusqu'à un ouvrage
qui est tout-à-fait au bas
GALANT 331
:
qui doit être auffirenverse par
la mênie batterie la feconde eft
de quatorzepieces , & doit enfiler
toute la longueur des retranchemens
, & abbatre l'ouvrage quarré
que les Ennemis ont à la tefte de
leurpont . Les vingtpieces quicompofent
les deux batteries , viennent
de France , & n'ont point encore
tiré. On a pour mettre les deux
batteries en fûreté , tiré un boyau
qui y vient de la tranchée , de
deux-cent toifes de long. Si cette
nouvelle attaque reuffit comme
j'efpere , l'on ne doute pas que
Alteffe pour couronner l'ouvrage
de cette grande Campagne , ne
Son
Bb ij
332 MERCURE
prenne encore prifonnier de guerre
tout ce quife trouvera dans laVille
& le Château de Verüe , &
que l'affaire ne foit bien plûtôtfinie.
La Cavalerie qui eftfous les
ordres de Mrd'Eftain est toujours
campéedepuisfaint Sebastien , vis
-à- vis Chivas , jufqu'à Gaffo , le
long du Pô : ce Comte a tirebeaucoup
de contributions de tout ce
pays-là , & de tous les habitans
qui ont bien voulu demeurer dans
leurs maifons.
On a brûlé aux environs de
Turin quatre- cent cinquante caffines
, appartenantes à tous ceux
qui n'ontpas voulu quitter les ar-
43
GALANT 333
mespourretourner dans leurs maifons.
Nos Huffars fous
la conduite
de Mr de Filtz , ont pillé de
l'autre cofté du Pô le faux-bourg
de Turin , ont dépouillé foixante
perfonnes tant hommes que fem
mes, & ont fait un butin tresconfiderable.
Cent hommes fortis de la Mirandole
avec leurs armespour aller
couperdu bois , ont efté coupez par
des Troupes du blocus , conduites
par Mr de Barville ; ils fe font
fettez dans une caffine ; & apres
s'eftre deffendus affez de temps , ils
fefontrendus ils ont eu quinze
hommes tuez , & foixante &
Bb
iij
334 MERCURE
quinze faits prifonniers. Nous
avons perdu en cette occafion
un Capitaine de Vivarets , &
point de foldats.
Au Camp devant Veruë le
28. Janvier.
Depuis cinq ou fix jours que
La neige & la pluye ont ceffé il
gele icy confiderablement, de forte
que nos tranchées font devenuës
praticables. Les affiegez tirent à
prefentfur nous de douze pieces de
& de canon
quatre
mortiers
qu'ils chargent de bombes de
grenades de pierres , ce qui
GALANT 335
nous incommode beaucoup.
Le canon que l'on nous envoyoit
de France eft enfin arrivé , fix
pieces feront mifes dans une Batterie
uniquement destinée à tirer
contre la muraille qui couvre les
retranchemens qui affurent la communication
de laplace avec le camp.
de Monfieur de Savoye , & nous
comptons que cette muraille fera
abfolument renversée en cinq ou
fix jours. Nous préparons encore
d'autres Batteries pour battre à
revers & pour taſcher d'enfiler
ces retranchemens. On y travaille
avec chaleur , de même qu'à la
perfection d'un boyau que nous
B b iiij
C
336 MERCURE
avons commencé la nuit du 25 .
au 26. pour mettre ces Batteries
en fureté. On feflatte que par ce
moyen on fera la garniſon prifonniere
de guerre , fi elle ne prend
la parti d'abandonner volontai
rement la Place , avant que nos
approches foyent plus avancées.
Monfieur de Vendôme a jugé à
propos d'en ufer ainfi pour menager
les troupes du Roy , qui demandent
avec une ardeurextraor
dinaire qu'on donne un affaut
general au
au corps de la Ville , dont
les enceintes font à la veritéprefqu'entierement
ruinées , mais elles
font farcies d'une quantité prodi-
}
GALANT 337
gieufe de mines , fuivant le rapport
unanime de tous les diferteurs.
.008
M le Comte d'Eftain avec
La plus grande partie de fon déta
chement campe à Saint Sebastien,
vis- à- vis de Chivas , le Pô en
tre deux. Il a estendu les contributions
jufqu'au de la de Turin & a
exigé desfommes confiderables. Il
afait bruler plus de 500. caffines
aux environs de cette Place les
payfans n'ayant pas voulu mettre
les armes bas les habiter.
M² Filtz à la tête de nos Huffars
a auſſi brulé & pillé un des
›
。
338 MERCURE
Fauxbourg de Turin. On a fait
dans ces differentes expeditions
plus de 300. prifonniers.
Au Camp devant Veruë le
30. Janvier.
Noussommespréfentement dans
la difpofition de mettre quarante
pieces de canon en batterie pour
faire une nouvelle attaque , eftant
impoffible de reuffir & de prendre
la Place par le côté que nous
avons attaqué , parce que tous les
fouterainsyfont minez es contreminez.
M de Lapara arriva icy
Dimanche dernier. M' de CoGALANT
339
nock , Colonel Irlandois a efté
bleffé a la Tranchée.
Au Camp devant Veruë le
2. Février..
On a ouvert une nouvelle
Tranchéefur la gauche , prés du
Donjon , qui envelope mieux la
Place qu'elle ne l'eftoit, & empefche
les affiegez de faire des
forties de ce côte-là , qui eft précifement
ce luy par où ils firent le
26. Decembre dernier la grande
fortie dont on a tant parlé. Cette
nouvelle attaque tient fort an
coeur aux Ennemis , parce que
340 MERCURE
qu'à
nos travaux eftant pouſſez juſ
une hauteur affez voisine.
du Donjon , de la quelle on voit
Le Pont de communication de Cref
centin à Veruë , ony a eſtabli
une Batterie de fept pieces de canon
, qui ne peut manquer
commoder extremement les affiegez
& de les obliger à fe rendre
plutôt qu'ils n'auroient fait.
d'in-
Au Camp devant Veruë le
6. Fevrier.
Nous avons trois pieces de canon
à une des Batteries de la :
gauche , & douze qui tirent fur
GALANT 341
le Fort de l'Ifle. On doit mettre
inceffament quatrepieces de vingtquatre
en batterie auprés de cellelà
pour battre en brêche le bas
Fort de Moçonnerie qu'ilfera aifé
de ruiner. Monfieur de Vendôme
paroit toûjours déterminé à faire
infulter les ouvrages qui couvrent
la communication de Veruë à Cref
centin , dans le temps qu'on donnera
l'effaut general. Les déferteurs
affurent que les foffez du
Fort de l'Ifle nefont prefque rien ,
foit qu'on n'ait pu creufer dans un
terrein fi bas , foit que
les débordements
du Po ayent éboulé les
terres des taluds. Sur ce pied , ce
342 MERCURE
Fort ne fera guere foutenable ,
lorfque noftre canon en aura rom →
pu quelques paliffades .
Au Camp devant Veruë le
10. Fevrier.
Monfieur le Duc de Vendôme
Se prépare àfaire donner un afſaut
general aux trois enveloppes de
la Place , & à une redoute qui
favorife la communication de la
Ville au Pont du Pô. M' de Lapara
a approuvé tous les Ou-
•vrages . Tout le canon qu'on attendoit
eft non feulement arrivé,
mais il eft auffi déja en batteries
A
GALANT 343
Extrait d'une Lettre de Verfailles.
La neige tombe fi abondamment
a Veruë qu'on ne peut rien
faire que de fe défendre contre
elle. Un Courier de Monfieur
de Vendôme parti du Camp
le dix , a raporté que le canon
venu de France eft en batterie
, qu'il bat la troifiéme enceinte
, que dans huit jours la
breche ferafi confiderable, qu'alors
on pourra non feulement donner
l'affaut à la Place , mais auſſi
qu'on eſpere même de pouvoir le
344 MARCURE
donner en même- temps au bonnet
a preftre , qui couvre la tefte du
Pont. M' de Lapara arriva au
Camp, le dix au matin. Il a efté
long-temps enfermé avec Monfieur
de Vendôme. Noftre Cava
lerie qui s'eftoit approchée de
Turin eft revenue à Aſt , où elle
vaſe repoſer.
2^
Au Camp devant Veruë le
14. Fevrier.a
M de Lapara aprés avoirbien
examiné tous les Ouvrages , à pris
le parti de continuer ce qu'on
avoit commencé. On paroit difGALANT
345
pofe à attaquer le fort de l'Ifle ,
fi- tôt que l'ouverture de la troifiéme
enceintefera fuffifante pour
y donner affaut. Ón ſe flatte de
couper par-là la communication
qui eft entre Crefcentin & Veruë
, e de mettre la garnifon de
la place hors d'eftat de pouvoir
faire une retraite. Nous avons
trois pieces de douze dans la batterie
la plus avancée de la nouvelle
attaque de la gauche , ces
trois pieces depuis trois jours tirent
avecun effet extraordinaire , puifque
, fuivant le rapport des deferteurs
, elles ont coulé à fond deux
batteaux du Pont des Ennemis ,
Cc Fevrier
1705.
346 MERCURE
brife plufieurs paliffades dans le
fort de l'Ifle , & fort incommodé
deux Regimens qui font dans ce
fort pour le défendre , oùpourfou
tenir la Place en cas d'attaque.
On traville à placerfix pieces de
-vingt-quatre dansle même endroit,
pour achever de rompre les paliffades
& pour ruiner le bas Fort
de Maçonnerie. Il gele fifort depuis
hier que fi le temps continue
vingt-quatre heures feulement ,
les boues porteroient le canon. Il
nous enrefte quelquespieces à une
lieue d'icy , que nous allons faire
venir , parce que nous trouverons
moyen de les employer utilement.
GALANT 347
Lebtuit vient de fe répandre que
Monfieur de Savoye craignant l'ecoulement
des eaux , avoit fait
retirer des mines une partie de la
poudre.
Voicy l'Extrait d'une Lettre
de Verfailles , où il eft parlé de
l'avantage remporté le deuxiéme
de ce mois , par les Troupes
de Monfieur le Grand
Prieur , fur celles du Comte
de Linange
.
OM de Moheria arriva icy
le treize de la part de Monfieur
le Grand Prieur , pour rendre
compte au Roy du dernier combat
Ccij
348 MERCURE
qui s'eft donné en Italie . S. A
fe mit en marche le dernier jour.
de Fanvier , à la tefte d'onze cens
Chevaux , & de quinze cens Fantaffeins
avec quatre pieces de canon
de douze livres de bale, é
deux de buit livres . Elle s'avança
fur le bord du Lac de Garde , entre
ce Lac & l'Adige & aprés
avoir pris un poſte important entre
Guarda & Pefguiera elle
marcha au Colonel Pafté , qui
avoit raffemblé fes quartiers du
cofté de Guarda & de Rivole. On
remarqua de deffus les hauteurs
que ce Colonel qui avoit mis fes
Troupes en bataille , avoit au
GALANT
349
moins mille Chevaux & deux.
mille cinq cens Fantaſſins ; cependant
à l'approche des Troupes du
Roy, celles de l'Empereurfe retire
rent à la faveur des defilés des montagnes
; une partie de nos Dragons
tomba fur un bataillon d'Heidu
ques , luy enleva fix Drapeaux ,
en tua un grand nombre es fit
plufieurs prifonniers. Un autre
détachement de nos Grenadiers défit
trois troupes de Guiraffiers ,
commandéespar le Baron d'Eltz ,
qui fe trouve parmi les prifonniers
. Plus de fix vingt Cuiraffieursfurent
tuez dans cette occafion
, & quelques pelotons d'In350
MERCURE
fanterie qui devoient les foutenir,
mirent bas les armes . Les Ennemis
eurent environ trois cens hommes
tuez & autant defaits prifonniers
du nombres defquelsfont
plufieurs Officiers de diftinction.
Nous n'avons perdu que deux
Officiers & cing ou fix Dragons.
M le Comte de Medavis'é
tant avancé dans le même temps
avec un corps de quinze cens
Chevaux , vers les quartiers du
Comte de Linange , pour faire
diverfion , M de Lautrec que
M'de Medavi avoit détachéavec
quatre cens Chevaux , ayant efté
coupé par le General Visconti ,
GALANT 351
M'de Lautrec fe fit jour au travers
des Ennemis ; mais ayant
dangereufement , ilfut efté blessé
fait prifonnier, & fa troupe rejoignit
en bon ordreM le Comte
de Medarvi.
L'action de M' de Lautrec
.eft de la plus grande intrepidité.
Il venoit de fe faire jour
au travers des Ennemis, & il eft
aifé de juger que puis qu'il avoit
paffé au milieu d'eux , ils devoient
avoir perdu beaucoup
de monde. Aprés une fi belle
& fi vigoureuſe action il
apperçut deux gros corps
352 MERCURE
qui venoient pour l'attaquer
à droite & à gauche , & aprés
avoir refvé un peu de temps 3
ce qu'il pouvoit faire , pour
fauver les Troupes du Roy
qui auroient cité attaquées de
tous côtez , il prit le parti de
percer encore une fois le corps
qu'il avoit déja traverſe : ce
qu'il fit avec une vigueur extraordinaire
, avant que les
deux corps le puffent joindre.
Il reüffit dans fon deffein ,
mais ce ne fut pas fans faire
quelque perte ; fes troupes devant
eftre fatiguées des coups
qu'elle avoient donnez pour ſe
faire
GALANT
353
faire jour la premiere fois ; cependant
cette action auroit
efté entierement à noftre avan
tage s'il n'avoit point efte
bleffé. Il fut porté à Breſcia
chez le General Viſconti qui
auroit mieux aimé n'avoir
point ce prifonnier & que ces
troupes euffent efté moins
maltraitées . En effet , la fuite
a fait voir qu'elles l'ont efté
beaucoup, & que M' de Lau
trec a beaucoup moins perdu ,
la plupart des foldats qui s'étoient
difperfez étant revenus.
On affure qu'outre les fix
Drapeaux apportez par M'de
Fevrier
1705 .
Dd
354 MERCURE
Moheria , les Ennemis en ont
encore perdu deux . On en auroit
pris d'avantage , mais les
Ennemis , qui eſtoient par pe
lotons , avoient grand ſoin de
ne fe point laiffer approcher.
M le Comte du Soupat ,
qui commandoit dans la Citadelle
de Mantoüe pendant le
blocus de cette place , ayant
reçu ordre du Roy d'aller fervir
en Eſpagne , fous les ordres
de Monfieur le Maréchal
de Teffé , a efté fait à fon arrivée
Lieutenant de Roy de la
Ville de Ciudad Rodrigo , qui
eft la derniere villed'Espagne du
GALANT 355.
côté du Portugal , & la place la
plus importante fans difficul
té. Ce choix marque que M²
le Comte du Soupat s'eft fort
diftingué pendant le blocus
de Mantoue , & que l'on eft
tres content de fes fervices .
Don Melchior d'Avellane
da , ci- devant Gouverneur de
Ceuta , à eu le Gouvernement
de Cadix , vacant par la demiffion
de D. Scipion Brancaccio
qui a demandé la permiffion
de quitter le fervice ,
à caufe de fa mauvaife fanté.
Ce nouveau Gouverneur cft
d'une tres ancienne Maiſon
Dd ij
356 MERCURE
Efpagnole , & il eft de la mê
me Maiſon que le celebre Auteur
qui fit un D. Quichotte
de la Manche , dans le mê
me temps que Miguel de Ceryante
fit le fien ; du premier
defquels nous avons eu depuis
peu la premiere Traduction
Françoife. D. Scipion Brancaccio
eft de la même Maifon
que M' le Duc de Brancas qui
eft en France. Cadix eft une
Ifle prés de la Cofte Occidentale
de l'Andaloufie , au Nord
du détroit de Gibraltar. Onla
nommoit autrefois l'IfleFunon,
parceque cette Décffe y eftoit
i La..
GALANT 357
adorée par les Payens. Enfuite
on la nomma Gades , d'où s'eft
formé le nom de Cadix . Salongueur
eft de fept licües & fa
largeur de trois ; elle eft jointe
à la Terre-ferme du côté d'Orient
, par un Pont appellé lé
Pont du Sac. L'entrée de la
Baye de Cadix eft fort dange
reufe. Il y a lieu d'efperer beaucoup
du nouveau Gouverneur
de Cadix , puifqu'il a déja donné
de grandes marques de fa
valeur & de fa conduite , en
deffendant Ceuta.
La Republique de Gennes a
aggrégé au Corps de ſa No-
Dd iij
358 MERCURE
bleffe M le Marquis Pery ,
Maréchal de Camp , & Colo,
nel d'un Regiment Italien au
fervice du Roy. Il eft à remarquer
que les Eftrangers qui
font faits Maréchaux deCamp,
& qui ont des Regimens , ont
la permiffion de les conferver.
La Nobleffe de Gennes a fes
vingt - huit Alberges , auxquels
toute la Nobleffe doit
être aggregée , & elle diftingue
entre ces vingt - huit Corps ,
ceux qui font des Familles Illuftres
comme les Spinola ,
les Doria , les Grimaldi , les
Fieſchi , &c. & ceux qui n'ont
>
GALANT 359
Γ
que des noms d'aggregation ,
comme Catanei, Imperiali, &c.
M le Marquis Pery qui vient
d'être aggregé à cette Nobleffe
, fert depuis long - tems
en France avec beaucoup de
diftinction. Son nom eft d'un
grand relief dans la République
de Gennes
Le 16. du mois de Janvier,
Mr le Baron de Leyen , Grand-
Prevoſt du Chapitre de Mayen
ce, reçût la nouvelle, qu'il avoie
efté élû Evefque d'Aiſchtet.
L'Eglife de Mayence eft tresancienne
: le premier Evefque
qu'elle ait eu,cft faint Crefcent,
Dd iiij
360 MERCUR
:
Difciple de faint Paul. Saint Bor
niface qui vivoit dans le 8 ° fiécle
, en fut le premier Arche
veſque. Aiſchtet eſt dans le
païs de Nordgavv, fur les con
fins du haut Palatinat , de la
Baviere & de la Franconie ,
dans le Cercle de Franconie en
Allemagne. Cet Eveſché fut
établi l'an 748. par faint Bo
niface , dont je viens de parler,
& fondé par le Comte Suigger
de Hirchsberg , & faint Wilifbald
en fut le premier Evefque.
GebhardComtede Hirchsberg
,
dernier de fa famille , legua a
cet Eveſché le Comté de Berc-
3)
GALANT 361
36г
hingemvers l'an 1 300. On admire
dans cette Eglife un Soleil
pour le Saint-Sacrement , dont
Jean Conrad de Gemmingen
fit prefent à fon Eglife l'an
1611. Il eft du poids de 40 .
marcs d'or , & enrichi de 350 .
diamans , & de 1400. perles .
Cette Eglife a eu de faints Evefques.
Mr le Comte & Baron
de Leyen eft d'une des plus
anciennes maiſons d'Allema
gne : elle y eft établie dés le
tems de l'Empereur Rodolphe,
tige de la Maifon d'Autriche :
ceux de ce nom qui s'établirent
les premiers en Allema
362 MERCURE
gne , y fuivirent cet Empereur
lorfqu'il alla y recevoir la Cou
ronne Imperiale. Leurs biens
étoient à deux ou trois lieuës
du Château d'Hapfbourg , ancien
manoir de la maifon d'Autriche
, & dans le territoire de
Bâle. Le nouvel Evefque d'Aif
chtet eft un Prélat fort diftingué
par fon mérite perfonnel ,
& par l'application qu'il a bien
voulu donner aux Sciences ,
malgré l'uſage où font les Allemans
de les négliger. Comme
il n'eft pas fort âgé
fort agé , il y a
lieu d'efperer qu'il gouverne
Fa long- temps ce Diocefe.
GALANT 363
Mr de Tilladet a vendu fa
Sous-Lieutenance des Gendarmes
Ecoffois à Mr d'Aurillart
Enfeigne des Gendarmes Dauphins.
Mr de Tillader eft Petit
- Neveu de feu Monfieur
le Chancelier Le Tellier. Mr
d'Aurillart eft d'une tres -ancienne
maifon , originaire depuis
plufieurs fiécles de la Province
de Normandie , d'où elle
eft fortie pour s'établir dans la
Provence où elle cft à prefent.
Plufieurs Officiers de ce nom
ont porté les Armes avec beau→
coup de diftinction ; & celui
qui donne lieu à cet article ,
364 MERCURE
a fervi depuis fa plus grande
jeuneffe , & a fouvent donne
des marques de fa valeur, 19
7 Mr de Verceil a vendu fon
Regiment de Dragons à Mr
le Comte du Roure . Mr de
Verceil fe trouva à la tefte de
fon Regiment à la Bataille que
Monfieur le Maréchal de Vil
lars gagna en Allemagne , qui
ouvrit le chemin de la Foreftnoire
. Mr de Verceil s'y dif
tingua , & tous les Officiers dé
ce Regiment s'attirerent des
éloges de ce Maréchal. L'Officier
qui achette ce Regiment
eft connu par les frequentes
GALANT 365
marques de valeur qu'il a données
en plufieurs occafions . Il
étoit au Combat que Monfieur
le Maréchal de Tallard donna
un peu avant la prife de Landau.
On ne peut fe diftinguer
davantage qu'il fit . Il a depuis
ce temps -là continué de ſe ſignaler
.
Mr le Comte de Bonnelles
achette le Regiment Royal
Piémont , & a vendu celui de
Tournefis , Infanterie , qu'il
avoit , à un Capitaine de Dragons
du Regiment de Vaſſé .
Mr de Silly ayant eſté fait
Maréchal de Camp , a vendu le
366 MERCURE
Regiment de Cavalerie d'Or
leans , à Mr de Jouy , qui étoit
Major de ce Regiment. Mr
de Jouy eft depuis long -temps
fort eftimé des Troupes , & der
Regiment dont il eftoit Major ,
fouhaittant de l'avoir pour Colonel
,& Monfieur le Duc d'Or
pour
lui
unc
leans ayant auffi
cftime toute particuliere , S.
A. R. lui a facilité les moïens
d'acheter ce Regiment
, & a
auffi contribué à cet achat.
Monfieur le Duc d'Orleans
voulant que fes Regimens ne
foient commandez
que par des
Officiers d'un nom & d'un mé
GALANT 367
rite diftinguez , a obtenu du
Roy l'agrément du Regiment
de Chartres , Cavalerie , pour
Mr d'Entragues. Je ne vous
dis rien de fa Maiſon , qui eft
tres connue. Il eft frere de Mr
le Marquis d'Entragues , qui
commandoit le Regiment des
Vaiffeaux , & qui fut tué à
Cremone , où il combattit des
premiers pour en chaffer les
Ennemis ; Son Regiment, dont
il devoit faire la Revûë le jour
que les Imperiaux avoient médité
de furprendre la Place ,
s'étant trouvé fous les Armes.
dés la pointe du jour , de ma
368 MERCURE
niére que la meilleure partie du
fuccés de cette grande Journée
eft dûë à ce Colonel. , Le
Regiment de Chartres vaquoit
parce que Monfieur le Duc
de Brancas qui le commandoit,
a efté nommé Maréchal de
Camp.CeDuca fouvent donné
des marques de fa valeur, & fur
tout au Siége de Keyſervvert ,
où il s'eft diftingué d'une maniere
fi éclatante , que toutes
les Relations que l'on fit de ce
Siége , eftoient remplies de fes
loüanges.
Mr de Senneterre a vendu
fon Regiment de Dragons à
NGALANT
369
Mr de Belabre ,
Capitaine dans
Beringhen
, Cavaleric
.
Le Roy a donné quinze cens
livres de Penfion à Mr de Pionfac,
cy- devant Lieutenant- Colonel
du Regiment de Navarre
, & qui par fa grande fermeté
a merité cette penfion ,
& le Regiment dont il a efté
pourvû,
Mr le Commandeur de Forville
, Chef- d'Efcadre des Galeres
du Roy , a efté auffi gratifié
d'une
augmentation de ſa
Penfion ce qui fait voir que
Sa Majefté eft tres contente de
Les
fervices.sin dech , kura
Fevrier 1705. Ec
370 MERCURE
Le mot de l'Enigme du mois
dernier , eftoit la Plaque de
Cheminée. Ceux qui l'ont !
trouvé font M de Beaure- b
gard , Avocat au Parlement
de Bretagne : du Heftrey & le
petit Benoit de Rouen : Domi
nique Bertrand de Lion : Baray
det & fon ami Dupleffis ?
maiſtre Chirurgien au Mans :
Minoche : Breton joli homme
& toûjours galant: Robinet,/
proche St Pierre aux Boeufs :
Allard : l'Auteur de la galan
terie faite le Mercredy gras a
Mlle Bru ... : le fpirituel Picard
, de la rue de Richelieu
GALANT 371
Pierre Marc & fon Abbé Martial
de la Porte S. Honoré
l'Echo fidele . Le gros Dinde
de la rue des deux boules , le
fils aîné du Grand Vizir de
Soiffons le grand Neveu de
la rue Vaugirard , & le maus
vais garçon du quartier . Miles
Thain de la rue neuve S. Paul, i
avec fon amie des Sales de la
rue de la Verrerie : le Vaffeuri
lagencreufe & Ogede : Jeanne
Rouleau & Catherine : Ri
chard : la cruelle Saumon : les
Dames de la grande allée : la
belle du point du jour , de la..
ruë S. Martin , avec fon bon
Ec ij
372 MERCURE
amy le prétieux : Tamiriſte &
fa fille Angelique : la plus belle
&gracieuſe Dame du Cloître
Notre-Dame : l'aimable Demoiſelle
du même lieu , & fon
aimable Berger : la Bergere Climene
& fon Berger Tircis , de
la place Royale : la niece de
l'aimable Reclufe : la groffe
femme & fa fille Catin de la
ruë de Savoye la belle Bergere
de la Baftille & fon cher :
frere : & la belle Javotte de la
Mazarine.
L'Enigme qui fuit eft de M
d'Aubicourt
,
GALANT 373
ENIGME.
Depuis Noe j'étois fur terre en
grand mépris.
* Sous Tibere on me voit paroître
venerable.
A Rome le Senat & le peuple
Surpris
Nepurent m'empêcherd'être confiderable.
2
Si pour me ravilir l'on a tour
entrepris:
Ce projet toujours vain m'eft encor
favorable.
Malgré mes detracteurs mon me-
Write eftfans prix.
Sur leur perte je fonde un Empire
durable.
374 MERCURE
S
L'Univers me respecte , & mon
nom reveré
Même aux Thrones des Rois
Je trouve prefere
Une marque d'Opprobre eft de
gloire faivie:
S
Ce qui fit des humains le plus
malheureux fort
Le fpectacle fanglant d'une tra .
gique mort ,
Fait lafolids efpoir du bonheur
de la vie.
Mª de Murard Seigneur de
Biligneux Confeiller au Parlement
& fils de feu M Hicrôme
de Murard Seigneur de
re
GALANT 375
Biligneux & Confeiller au même
Parlement , a époufé dans
l'Eglife de S. Nicolas du Chardonnet
Demoiſelle Helene
Antoinette du Quefnay fille
de feu M François du
Quefnay Seigneur de Chateau
pair & des Granges , Maiftre
d'Hôtel du Roy & de feue
S. A. R. Madame la Ducheffe
Doüairiere d'Orleans . M l'Abbé
du Quefnay , Bachelier de
Sorbonne , & Chanoine en
l'Eglife Royale de Mante , fit
la ceremonie & parla avec
beaucoup d'onction & de délicateffe
. Son difcours fut trou
376 MBR CURE
rs
ve beau &rempli de penſées fines
& d'heureufes applications
de l'Ecriture : M de Murard
eft allié de M' le Prefident
de Blamont , de M's le Feron
Seigneur de Louvre en Pariſis,
de M Chaffepot de Beaus
mont , & de plufieurs autres
familles confiderables ; & à
même l'honneur d'appartenir
à Monfieur le Chancelier
ainfi que M. de Murard à
l'honneur d'eftre alliée de M :
Chavelin , Confeiller d'Etat
ordinaire. M' du Quefnay
pere de cette nouvelle Mariée
fe trouva prés Monfieur le
Comte
GALANT
377
ge
Comte de Soiffons à la bataille
de Sedan ; il fut bleffé au Siede
Fontarabie & s'étoit auparavant
diftingué fur le Vaiffeau
Amiral de la Flotte Françoife
à la reduction de
où la France remporta une Victoire
complette fur l'Espagne.
Le Combat de Staffarde en Italie
donné en 1693. le 4.Octobre ,
coute auffi à cette Dame le fecond
de fes freres tué à la tête .
du Regiment de Quercy , proche
de Mr de la Hoguette . Il y eut
le foir un répas magnifique &
une illumination des plus brillantes
.
·
Le Roy a honoré Monfieur.
le Duc d'Albe & Madame la
Ducheffe d'Albe d'une diftinction
qui n'eſt pas ordinaire . Sa
Fevrier 1705. Ff
378 MERCURE
Majefté fit dire à ces deux Excellences
, qu'elle feroit fort
aiſe de les voir à Marly , où ne
vont pendant le féjour qu'y fait
S. M. que les perfonnes de la
Cour , qui font nommées par
Elle-même. Leurs Excellences
fort fenfibles à cet honneur , y
allerem le Lundy- gras . S. M.
leur fit un accueil qu'il feroit
difficile de bien exprimer , &
que Leurs Excellences n'auroient
jamais pû ny prétendre ,
ny efperer. Toute la Famille
Royale , à commencer par Monfeigneur
, en ufa pour Elles de
même. Leurs Excellences y arriverent
fur les quatre heures .
Aprés qu'elles eurent falué le
Roy, & qu'elles eurent rendu
visite à toutes les perfonnes de
GALANT 379
Ja Famille Royale , on leur fervit
une magnifique Collation .
Monheur le Maréchal Duc de
Bouflers conduifoit Monfieur le
Duc , & Madame la Princeffe des
Urfins , Madamela Ducheffe d'Albe.
Sur les fept heures on commença
le Bal . Toutes les perfonnes
de la Cour qui avoient
efté nommées pour Marly , y
parurent avec tout l'éclat & toute
la magnificence que l'on peut
imaginer. Le Roy d'Angleterre
ouvrit le Bal avec la Princeffe fa
foeur : toute la Cour demeura de
bout pendant qu'ils dançerent :
on admira leur bonne grace à
dancer , comme on a coûtume
d'admirer tout ce qu'ils font l'un
& l'autre. Ce Bal fut des plus
beaux , il dura jufqu'à dix heu
Fij
380 MERCURE
res. Le Roy fe mit à table , &
Madame la Ducheffe d'Albe eut
l'honneur de manger avec S. M.
Aprés le foupé on fe mit au jeu.
Sur le minuit le Roy alla fe cou
cher. Monfieur le Duc d'Albe
eut le Bougeoir. S. M. lui parla
avec les manieres nobles & gracieufes
qui lui font fi particulieres
& fi naturelles en même
tems . Ce Prince lui fit auffi
l'honneur de lur parler quelque
fois en Espagnol dans toute la
nobleffe & la délicateffe de cette
Langue. Le jeu & les autres
divertiffemens continuerent aprés
que le Roy fut couché .
Leurs Majeftez Britanniques
& la Princeffe d'Angleterre s'en
retournerent à S. Germain ;
& Monfieur le Duc & Madame
GALANT 381
fa Ducheffe d'Albe , entre deux
& trois heures aprés minuit
allerent coucher à Verfailles
dans leur Hôtel , comblez des
honneurs qu'ils avoient reçûs ,
& penetrez de cette reconnoif
fance vive & finceré que les perfonnes
de leur élevation & de
leur délicateffe fçavent fenir
avec plus d'étenduë qué d'autres.
Leurs Excellences n'ont
guere efté moins enchantées de
la fituation , du féjour , des Pavillons
, des Jardins & des vûës
de Marly, & de la maniere aifée
& délicate dont la Cour s'y
amufe & s'y divertit , en préfence
même du Roy .
Les divertiffemens qui avoient
commencé à Marly dés le jour
de l'arrivée du Roy , continue-
Ffiij
382 MERCURE
rent le lendemain mardi , dernier
jour du Carnaval. Il y cuc
ce jour- là un Bal ferieux avant
le foupé , c'est - à- dire en ha
bits Erançois. Perfonne n'ignore
que les pierreries font beaucoup
plus d'effet fur les habits.
des Dames, parce que les parures
qui font faites exprés pour
leur fervir d'ornemens , font
avantageufement placées. Ce Bal
eftant fini , & le Roy ayant fou
pé , on en commença un autre
où toutes les perfonnes qui
avoient efté nommées pour Marly,
parurent fous differens habits
de Mafques . La varieté , la
richeffe & la bizarrerie de plufieurs
habits , firent beaucoup
de plaifir , chacun ayant pris
foin d'inventer des habits qui
GALANT 383
puffent empêcher qu'on les reconnuft
. Il y avoit mefme des
perfonnes d'une mefme taille ,
qui eftoient convenuës de meta
tre des habits femblables , afin
d'embaraffer ceux qui auroient
pû les reconnoiftre à leur tail
le. Enfin , ce divertiffement fut
des plus complets , & la joye
fut parfaite. Il y a lieu de croire
que le Carnaval ne s'eſt pas paffé
de même à Vienne , puifque
de fes Remparts on voyoit fumer
les lieux où le Comte Caroli
, à la tefte de cinq mille
nommes qu'il commandoit ,
avoit mis le feu . Ces lieux font
Vuitfamen, Raunevvart , Oberrolingen,
Schandorff , Neckeldorff
, Vviffelbourg , Rokavv ,
Zurendorf , & la plus grande
""
384 MERCURE
partie de Heyboden . De pareils
faits , & qui ne paroiffent point
douteux , font affez connoiftre
combien la nouvelle de la défaite
entiere des Mécontens , étoit
fauffe ; mais il part plus de ces
Relations du Confeil de Vien
ne , que des Relations veritables
; auffi font elles forgées
dans le Confeil , où la feule po
litique les fait inventer aux dé
pens de la verité & de ce qu'on
en pourra dire lorfqu'elle fera
connue , mais onfe met peu en
peine dans ceConfeil de la fuite,
pourvû que dans le temps préfent
, on pare les coups dangereux
d'un peuple effraïé , qu'on
trouve enfuite le moyen d'appaifer
& d'éblouir de nouveau
d'autres mano uvres.
par
GALANT 385
On ne s'eft guere plus diverti
en Hollande qu'à Vienne , &
l'on ne feint point d'y avoüer
que l'argent n'y a jamais manqué
de la maniere qu'il fait
aujourd'huy. Les Estats ne s'en
cachent point & ils l'avoüent
hautement dans leurs déliberations
C'eft ce qui fait qu'aprés
avoir refufé aux Anglois de mettre
cinq mille hommes fur leur
Flotte, ils n'ont pû en accorder
que deux à leurs inftances reïterées
ce qui n'a pas fatisfait
les Anglois , qui ayant refolu
auparavant d'en mettre dix mil .
le fur leur Flotte , viennent de
déclarer qu'ils n'y en mettront
que cinq mille , ce qui ne fera
pas avantageux aux Alliez &
ne fera pas avancer les affaires
386 MERCURE
de Portugal , qui felon toutes
les Lettres d'Angleterre & de
Hollande & de Portugal même,
font en tres mauvais eftat , les
provifions les munitions &
les troupes même y manquant ,
& il y a même apparence que
le Roy leur manquera auffi
bien tôt , fi les dernieres nou 、
velles qui en font venues font
veritables
. Elles portent que
S. M. P. avoit reçu le viatique
le premier jour de Janvier , &
que les Medeeins & Chirurgiens
de Monfieur de Schomberg
l'avoient viſité , & avoient
affuré qu'il n'y avoit plus aucune
reffource pour la fanté de
ce Prince . Si ce Monarque vient
´à déceder , fa mort ne remettra
pas le calme entre les
3
GALANT 387
troupes Angloifes & Portugai
fes , qui font fort des - unies ,
& même animées les unes contre
les autres. Il y a des Lettres
de Lisbonne qui portent que le
Roy de Portugal avoit confeillé
à la Reine douairiere d'Angleterre
qu'il laiffe Regente de fes
Eftats de s'accommoder , s'il
mouroit , avec S. M. T. C. &
l'on ne doute point que la plus
grande partie des membres du
Confeil qui n'a pas approuvé la
guerre préfente , ne foit de cet
avis , qui fe trouve autorité par
le peuple qui ne voit qu'avec
peine , en Portugal , des trou
pes Ennemies de fa Religion , &
que rien ne peut empelcher de
continuer d'en tourner tous les
jours , fes myfteres en derifion.
388 MERCURE
Je ne fçaurois finir fans vous
parler encore du Siege de Ve--
ruë. Voicy ce que portent les
dernieres nouvelles de ce Siege.
Au Camp devant Veruë le
16. Fevrier.
"
Le mauvais temps nous incommode
beaucoup. On travaille icy
actuellement à faire des machines
infernales , que l'on a refolu de
faire defcendre par le Pb , fur le
Pont de communication des Enne
mis , afin de tafcher de le rompre ,
parce que tandis qu'il durera le
Siege de Veruëfera difficile Mr le
Comte d'Eftain a quitté les poftes
qu'il occupoit au deffous de Turin ,
pour aller du côté d'Aſti où il trouvera
de lafubfiftance . Les deferteurs.
affurent
GALANT 389
affurent que Mr de Vaubecourt inquiéte
beaucoup les Ennemis . Mr
Douville doit verir Commander
Artillerie en ce Pays - cy.
Voicy les dernierés nouvelles
de l'Armée de Monfieur le
Grand Prieur .
A Caftiglionne le 15 Février .
Monfieur le Grand Prieur eft arrivé
icy. L'Armée Ennemie eft dans
an perpetuel mouvement . Le Comte
de Linange a fait charger & décharger
, plufieurs fois , les gros
bagages ; il les a encore fait recharger
depuis. On nefçait pas fon
deffein , mais nous fommes en eftat
de luy faire tefte.
Fevrier
1705 . Gg
390 MERCURE
Quand on eft dans une fi
grande incertitude de ce que
l'on doit faire , il paroift qu'on
eft fort peu affuré du fuccés des
projets dont ont s'eftoit d'abord
flaté. Mr le Comte de Linange
n'a point ceffé de menacer pendant
toute la campagne , &
Monfieur le Grand Prieur n'a
point ceffé d'agir , mais d'une
maniere fi aifée , fi peu embaraffée,
& avec tant de confiance
qu'ilfembloit être affure du fuccés
de tout ce qu'il entreprénoit
.Il est beaucoup menacé& il
paroift qu'il craint peu , & files
Ennemis groffiffent fuivant ce
qu'ils n'ont point ceffé de publier
depuis plus de fix mois , il
Y à lieu de croire que ce ne fera
que pour augmenter la gloire
GALANT 391
de ce Prince , dont le fang froid
& l'air tranquille dans les occafions
les plus chaudes , décon
certent les Ennemis & marquent
une interpidité extraordinaire.
Je vous envoye la fuite du
Siege de Gibraltar .
A Madrid le 15. Fevrier.
Les dernieres nouvelles du Camp
devant Gibraltar , portent que
Monfieur le Maréchal de Teſſé n'a
dù y
arriver que le IO. de ce
mois que Mc le Marquis de Vil
ladarias s'eftant mis le 7.
à la
Tete des Grenadiers François &
Efpagnols ; il attaqua l'épée à la
main le Pafté & la Contrefcarpe :
qu'il s'en rendit Maistre , & fit
Gg ij
392 MERCURE
prifonniers tous ceux qui deffendoient
ces Poftes , mais que comme
ilfe logeoit aupied de la muraille
il fut attaqué par toute la garnifon
, ce qui l'obligea d'abandonner
ces deux Poftes , & de fe retirer
avec quelque perte. Les Ennemis
y en ont fait une plus grande de
Soldats & d'Officiers de diftinction,
fuivant le raport des Deferteurs &
ce qui fe voit par les beaux habits
que nos Grenadiers ont gagnez
dans l'action. Le Prince & Armftat
demanda enfuite la Permiffion
de retirerfes morts . On a pris deux
Capitaines Anglois . Il nous vient
chaque jourplufieurs Deferteurs , qui
affurent tous que la garnison manque
de vivres.
D'autres nouvelles portent
que deux Compagnies de nouGALANT
393
velles levées ayant commencé,
par l'effet d'une terreur panique
, à fe retirer auffi - tôt qu'on
fe fut rendu Maiftre de la Hauteur
, leur retraite avoit jetté
un tel defordre dans les Troupes
que la confufion s'y eftant
mife , elles avoient efté obligées
de fe retirer aprés que les
deux nations curent à l'envi
l'une de l'autre , & par une noble
émulation, fait des Merveilles
dans cette occafion .
On écrit de Rome que Sa
Sainteté a fait faire une nouvelle
Edition de la Traduction
Latine de la Morale de Grenoble,
pour rendre ce Livre commun
en Italie . Cet ouvrage
qui eft generalement eftimé , a
eftédabord traduit en Latin par
Giij
394 MERCURE
Mr Morus fçavant Prêtre Anglois
, qui a long - temps eu la direction
du Seminaire de Montefiafcone
, qui a enfuite efté
Recteur de l'Univerfité de Paris
, & qui eft à prefent principal
du College de Navarre .'
Il vient encore d'être traduit
à Rome par ordre du Pape , &
de fçavans Cardinaux y ont travaillé
& l'ont enrichi d'excellentes
Notes de la façon du favant
Cardinal d'Aguirre , Sa
Sainteté a fait faire cette derniere
Edition in folio . Elle a de
plus fait faire une nouvelle Edition
d'un excellent Livre compofé
autrefois par un fçavant
Cardinal , & dont les Exemplaires
étoient devenus fort ra,
res, Cet Ouvrage qui eft intitu
ex
GALANT 395
Inftitutiones Theologice
A
à
fourni la matiere & le fond du
Cathechifme du Concile de
Trente; cette excellente Regle
de nôtre foy , & l'abregé de la
Morale Chrêtienne . Ces deux
Livres dont le Pape vient d'enrichir
l'Eglife font munis des
plus magnifiques Approbations,
& ils feront à l'avenir entre les
mains de tous les Paſteurs ;
Le Fameux Peintre Luca Giordano
eft mort à Naples. Il n'a
pû achever plufieurs Tableaux
commencés pour la Chapelle
du Roy d'Espagne à Madrid ,
que le Viceroy a fait porter au
Palais . On dit que cet Excellent
homme s'eftoit attaché dés
fa plus grande Jeuneffe à imiter
les ouvrages du celebrer Paul.
396 MERCURE
Veronefe , Peintre Italien &
connu fous le nom de Paul Cagliari
, qui avoit efté elevé par
Antonio Badille un de fes Oncles.
Il y a en effect une grande
conformité entre les Deffeins
deLuca Giordano , & ceux du Veronefe.
Celui ci s'attacha beaucoup
au Coloris & Peignitfort
dans le Gourdu Titien , & Luca
Giordano excelloit auffi dans
le Coloris . Ses ouvrages approchoient
auffi de ceux du Tintoret
, qui excelloit pour la force
de la Repreſentation , & pour
le deffein.
Je dois ajoûter à l'article de
la mort de Mr le Marquis de
Courtebonne , que ce Marquis
fe nomme Louis de Calonne , &
non de Caponne & de CourteGALANT
397
bourne , & non de Courte bonne,
ainfi que je vous l'ay marqué.
Ce Marquis eft mort d'une maladie
violente qui l'a emporté en
quatre jours . L'on ne peut être
plus regretté qu'il l'a efté par
tous les gens affectionnez au fervice
du Roy , auffi bien que par
Sa Majesté - même , qui depuis
plufieurs Campagnes avoit témoigné
publiquement la fatisfaction
qu'Elle avoit des mar
ques de valeur & de capacité
qu'il avoit données dans des
occafions d'éclat , & fort importantes
. C'est pourquoy le Roy
vient d'accorder à fes Enfans
25000. écus à prendre fur le Gouvernement
de Heldin , qu'il a
donné àMrleMarquis d'Havrincourt
, qui a commandé les Dra398
MERCURE
gons d'Artois . Mr le Comte de
Courtebourne , & à prefent Mar
quis de Courtebourne , fils aîné
du feu Marquis de ce nom , cſt
Capitaine dans la Mestre de
Camp generale de Cavalerie.
H fert depuis quelques années,
& s'eft trouvé en plufieurs occafions
perilleufes , où il a donné
des marques de fa valeur. Le
Défunt étoit frere de Madame
la Baronne de Breteüil.
La Charge de feu Mr du Lif
coër dont je vous ay appris la
mort , a eſté donnée à Mr le
Marquis de Nancré . Il eft fils de
feu Mr le Comte de Nancré ,
Lieutenant general des Armées
du Roy , qui eft mort Gouverneur
d'Arras , aprés avoir efté
Gouverneur du Quefnoy , &
GALANT
399
d'Ath & de Dame N.... de
Montgomery fa Mere . Mr le
Marquis de Nancré a fervi pendant
dix -fept années dans le Regiment
du Roy, Cavalerie, dont
il a efté Lieutenant Colonel .
C'est un homme d'un efprit &
d'un mérite diftingue ; & le
choix que S. A. R. Monfieur le
Duc d'Orleans vient de faire ,
en est une preuve.
Tout le prépare en Espagne
pour l'ouverture de la Campagne
contre le Portugal ; & les
Levées s'y font avec d'autant
plus de fuccés , que le fond des
nouveaux Impoſts eft unique
ment deftiné pour les affaires de
la guerre ce qui fait que les
peuples ont confenti avec joye
à cette Levée , & qu'ils les
400 MERCURE
payent avec plaifir. Le Roy
d'Espagne apprit dans le même
temps , qu'il alloit recevoir de
nouvelles fommes , qui pourroient
auffi y contribuer beaucoup
, puifqu'on luy a mandé
qu'il étoit arrivé deux Vaiffeaux
à Cadix , dont l'un eft la Capitane
de l'Armadille de Bailovento
, commandée par Don André
de Arriola ;. & l'autre , un Navire
particulier de Don Diego
Sanchez , envoyez par le Duc
d'Albuquerque , Viceroy de la
nouvelle Efpagne , & qui avoient
apporté des fommes confiderables
. Je viens de voir des Lettres
de Cadix , qui portent que
fur le Vaiffeau commandé pár
Don Diego Sanchez , il y avoit
douze cent mille Piaftres pour
le
GALANT 401
le Roy, & que cette fomme pro :
venoit du Don gratuit que les
Habitans du païs font à Sa Majefté
Catholique , mais que Mon.
fieur le Duc d'Albuquerque
n'avoit ofé rifquer une plus
groffe fomme . Les mefmes Lettres
ajoûtent qu'il y avoit fur
la Capitane douze - cent mille
Piaftres pour le compte des Né .
gocians ; &
douze - cent
pour
mille autres Piaftres de Marchandifes
. Et comme S. M. C.
doit recevoir fon droit fur. tout
ce que cette Capitane a apporté
, ce que ce Monarque n'attendoit
pas , il lieu de croire
que rien ne lui manquera pour
les frais de la guerre . Les mêmes
Lettres ajoûtent que Monfieur
le Maréchal de Teffé eftoit
Fevrier 1705. Hh
ya
402 MERCURE
arrivé le 11. devant Gibraltař
que ce Maréchal avoit affuré
qu'il efperoit le rendre bientôt
maiftre de la Place , pourvu que
rien ne luy manquait ; & qu'à
peine avoit- il fait cette déclaration
, que toutes les chofes
neceffaires pour l'avancement
de ce Siége avoient commencé
à arriver au Camp.
Leurs Alteffes Sereniffimes
Monfieur & Madame la Ducheffe
du Maine ont donné à
Sceaux le dernier Dimanche
& le dernier Mardi du Carnaval
des Feftes auffi magnifiques
que galantes . Il y eut le Dimanche
un grand bal où il fe trouva
peu de mafques parce qu'on devoit
recevoir le mardi fuivant
tous ceux qui viendroient mafGALANT
403
quez à Sceaux. Parmi les mal
ques qui s'y trouverent le Di
manche quatre perfonnes de
conditions habillées en Arlequins
, dancerent enſemble des
dances Arlequines dans lefquelles
elles imiterent parfaitement
bien les perfonnages qu'elles
reprefentoient .
Madame la Ducheffe du Maine
dont on connoift l'esprit , le bon
gouft & les manieres honneftes
en fur charmée , elle voulur
fçavoir leurs noms & elle leur
dit mille chofes obligeantes
fuivant fa maniere ordinaire.
La collation qui fuft fervie
ce jour- là fut des plus magnifiques.
Le mardi, l'affluence des maf
ques qui vinrent de Verfailles
Hhij
404 MERCURE
& de Paris , fur fi grande que
l'on compta aux environs de
Sceaux trois cens foixante &
dix -huit carroffes , outre ceux
qui s'eftoient retirez pendant
la nuit aux hôtelleries du Bourg
la Reyne , & dans d'autres maifons
voisines.
Le même jour en fortant du
foupé , avant que le bal commençaft
, il y cuft un divertif
fement des plus nouveaux &
des mieux entendus : il n'y entra
point de maſques & il ny
eut que les perfonnes de cette
Cour.Il y avoit une reprefenta
tion du Parnaffe . Apollon , les
neuf Mufes & le Cheval Pegaze
étoient diftribuez avec
beaucoup d'art fur cette double
montagne.
GALANT 405
Apollon.
Mr de Malezicux .
Uranie.
Madame la Ducheffe du Maine.
Clio.
Mademoiſelle d'Enguien .
Enterpe.
Mademoiſelle de Rohan.
Calliope.
Mademoiſelle de Nevers.
Erato.
Mlle de Moras.
Melpomene.
Mlle de Malezieu .
Thalie.
Mlle de Chambonas.
Terpficore.
Mlle de Langeron,
Polimnie
Mlle de Choifeul .
Hh iij
406 MERCURE
Les neuf Sciences ou Arts
qui ont le plus de raport aux
neuf Mufes , vinrent leur offrir
un tribut en vers , qui fu
rent lûs par elles . Mercure
reprefenté
par Mr le Marquis
de
Gavaudun
les conduifoit
: tous
les habits
& les attributs
repondoient
aux caracteres
.
Ce divertiffement fut pouffé
plus loin , mais comme je ne fuis
pas affez bien informé de ce
qui regarde la fuite , je ne vous
en diray rien. Le bal fut enfuite
ouvert & l'on peut dire que
toute la maifon de Sceaux fut
remplie d'un nombre infini de
mafques , dont la varieté des
habits eftoit fi grande qu'il auroit
fallu des mois entiers pour
les examiner , fi on avoit vouGALANT
407
Iu s'attacher à les confiderer.
Les rafraîchiffemens & les li
queurs furent fervies en abondance
; mais quoique la profufion
fuft grande , & qu'il fem-
-blât que l'on vuidât plûtoft
des tonneaux que des bouteil-
Tes , à peine en avoit- on porté
dans les lieux où tous les maf
ques eftoient répandus , que
tout difparoiffoit enfin chacun
s'en retourna content de
cette Fête que l'on pourroit
nommer une Fête Royale..
Il cft arrivé aujourd'hui un Courrier de
Mr de Vandôme qui a raporré que de
-main premier de Mars à 2 , heures du
matin on devoit donner un affaut general
à Verue , ainfi vous apprendrez ce.
qui fe fera paffé à cet affaut environ dans
le temps que vous recevrez ma Lettre .
LeRoy fera la Revuë de fes 4. Com408
MERCURE
pagnies des Gardes du Corps le 11, & ¢
12. du mois prochain à Marly , & elles
partiront enfuite fans fçavoir leur deftination.
Je fuis Madame , & c.
A Paris le 28. Février 1705.
ERRATA.
Page 47. ligne 6. Coligny , lifez Tes
Ligny.
Pag. 105. lig. 5. Clampier lif, Champier.
AVIS.
On diftribuerafans faute le Mercure
le Samedy 4. d'Avril.c
P
TABLE .
Relude.
Relation dudernier CombatNaval,
faitepar Mrle Chevalier d'Infreville
, premier Chef- d'Efcadre.
6
Premier Article des Morts. 40
Mariage. 53
TABLE .
Nouveau Traité pour apprendre
La Geographie.
59
Réception des nouveaux Chevaliers
de l'Ordre du S. Efprit.
Divertiffemens donnez au Palais-
Royal par S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans , & par Mademoiselle.
Memoire en forme de Manifefte des
Mécontens de Hongrie.
Second Article des Morts .
64
76
ΙΟΙ
Départ de 18. Reli gieuxde la
Trape , demandez par Monfieur
be Grand Duc de Tofcane , &
ce qui fe paffe dans leur Marche
.
176
Fefte de Notre- Dame de Mont-
Carmel , & de S. Lazare , celebrée
en l'Abbaye de S. Germain
des Prez, avec la Réception
de quelques nouveaux CheTABLE
.
valiers , & une Deſcription da
nouveau Maitre- Autel de l'Eglife
de cette Abbaye.
Mariages.
185
193
Départ de Mr Abbé de Pampanne
pourl'Ambaffade de Venife . 203
Fautes corrigées , qui s'étaient trouvées
le mois dernier dans la Ge
nealogie de la Maifon d'Aubi-
206
gné.
Madrigalfurla Devife du Ietton de
la Marine de l'année 1704 208
Stances à la loüange de Monfieur
le Comte de Toulouse.
Madrigal.
210
212
Cure faite par des Remedes Sympatiques...
Troisième Article des Morts .
213
263
Places données à l'Académie Françoife
, & à celle des Infcriptions
. 274
TABLE.
Bal donné par Monseigneur le
Dauphin. 278
Extrait d'une Lettre écritte par un
Curé du Diocefe de Grenoble . 290
Prix d'Eloquence & de Poefie pour
L'année 1705 .
Quatrième Article des Morts . 198
Suite du Siége de Veruë par Re-
293
311
lations .
Avantage remporté par l'Armée de
Monfieur le Grand- Prieur. 347
Lieutenance de Roy de Ciudad, Rodrigo
donnée.
354
Gouvernement de Cadix donné. 355
Mi le Marquis de Pety , aggregé
à la Nobleffe de Gennes. 357
Election d'un nouvel Evêque d'Aifchftet.
C
359
Agrément de Charges & de Regimens
donnez
Penfions données.
363
369
Articles des Enigmes : 370
TABLE.
Mariages.
Carnaval de Marly.
Nouvelles de divers endroits.
Suite du Siege de Veruë.
374
377
383
388
Suite des Nouvelles de l'Armée de
Monfieur le Grand- Prieur. 389
Seconde fuite des Nouvelles de Gibraltar.
391
Morale de Grenoble traduite en Latinparordre
de Sa Sainteté. 393
Cinquième article des Morts. 395
Second article de la mort de Mr de
Courtebourne
.
396
Charge donnée à Mr le Marquis de
Nancré
Nouvelles d'Espagne.
398
Carnaval de Sceaux ,
399
402
Nouvelles diverfes , 4.07
Avis pour placer les Figures.
L'air Grand Dieu , &c. page 75
L'air Que mon eftat , & c.page 212
Qualité de la reconnaissance optique de caractères