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1705, 01
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Eur
. 511m
1705,1
Mercure
!
<36606943690010
<36606943690010
Bayer. Staatsbibliothek
2
6
06
MERCURE
GALANT
DEDIE'A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JANVIER, 1705.
A PARIS ,
Chez MICHEL BR INET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes quiferont reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant...
M. DCC V.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
[Ly a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume au Mercure , puis
que malgré les prieres reiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoje
pour efire employez , on neglige
de le faire , ce qui est
canfe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR:
de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encorequ'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
ffranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
JANVIER , 1705 .
E Sonnet qui fuit regarde
le furnom de
Grand , donné au Roy,
de l'aveu de toutes les Nations :
Je dis de toutes les Nations ,
puifqu'elles avoüent hautement
dans tous leurs écrits
A iij
6 MERCURE Y
publics que la grandeur de ce
Monarque eft ce qui les oblige
à luy faire la guerre, & qu'elles
craignent qu'un Souverain
qui leur paroift trop puiffant ,
& qui fait leur admiration , ne
s'emparaft de toute l'Europe ,
s'il avoit formé le deffein de la
conquerir.
LE
SONNE T.
E fapréme degré de la grandeur
humaine ,
Ce titre dont l'honneur eft fi prés des
Autels •
N'eft pas un ornement dont l'apparence
vaine
GALANT 7
Dépende du caprice , & du choix
des mortels.
S
Mais quoique du Tres - haut la
raifon fouveraine ,
Par la voix des humains faffe les
Heros tels ,
Jamais cette grandeur n'eftfinie &
certaine
Qu'aprés quelques effais de fesfoins
immortels.
Ainfi pour nous montrer le faifte
de la gloire
Tous les Grands que l'on voit difringuez
dans l'Hiftoire ,
Furent les Precurfeurs d'un Grand
plus achevé.
S
Ta grandeur même HENRY ,
je l'ofe dite encore ,
A iiij
8 MERCURE
Des grandeurs où LOUIS nouS
paroist élevé,
Aux François enchantez ne montra
que l'Aurore ?
Je vous ay déja parlé de M
le Marquis de Puyzieulx , Ambaffadeur
extraordinaire en
Suiffe , lorfqu'il fut nommé
dans le Chapitre tenu le troifiéme
du mois de Decembre
dernier , Chevalier des Ordres
du Roy ; mais je croy vous en
devoir parler plus amplement.
Il eft Lieutenant General, Gouverneur
des Ville & Fort d'Huningue
, & il étoit cy -devant
Commandant dans la haute
GALANT
9
& baffe Alface . Cette marque
d'honneur
luy a eſté donnée
avec toute la diftinction
& les
agrémens
dont le Roy ſçait
toûjours
accompagner fes graces
, & on peut dire avec un
aplaudiffement
general de la
Cour & du Public . Tout le
monde convient que cette récompenfe
eftoit deuë à ſa naif- ·
fance & aux grands fervices
qu'il rend depuis tant d'années
au Roy & à l'Etat , ayant fervi
Sa Majefté depuis cinquante
ans dans plufieurs emplois confiderables.
Il eft fils de Louis Brulart ,
10
MERCURE
Marquis 'de Sillery & de Puyzieulx
, Vicomte de Lude & de
Fontaine , Seigneur de Verzenay
, &c. & de Marie- Caterine
de la Roche - Foucault ,
fille de François de la Roche-
Foucault , Pair de France , &
de Gabrielle du Pleffis de Liancourt
; petit-fils de Pierre Brulart
, Marquis de Puyzieulx &
de Sillery , Seigneur de Marine
& de Berny , Vicomte de
Lude , Baron de Bourfeaux
Seigneur de Fontaine & de
Verfenay, & c. Secretaire d'Etat
fous Henry le Grand & fous
Louis XIII . dans laquelle CharGALANT
TI
ge il fut reçû l'an 1606. le
Roy l'honora l'année fuivante
de l'Office de Grand Treforier
de fes Ordres. Aprés la perte
que la France fit de ce grand
Prince , la Reine luy confia les
plus importantes affaires . Elle
P'employa à la negociation du
double mariage des Princeffes
de France & d'Eſpagne , & ly
envoya Ambaffadeur extraordinaire
pour en faire figner les
Contrats. Il fut auffi envoyé
fur la Frontiere pour l'échange
des deux Reines, & il cut l'honneur
de faluer le premier celle
de France fur la riviere d'An
12 MERCURE
daye. Ce fut luy qui voyant
que le fuccés du fiege de Montpelier
n'étoit pas fort affuré
mit adroitement l'affaire en
négociation & la traita avec
tant de conduite qu'il fit la
Paix avec les Huguenots , rendit
le Roy maistre de la Place
* & l'y fit entrer en armes . Sa
Majefté voulant reconnoiftre
ce fervice , le fit Chevalier de
fes Ordres en preſence du
Prince de Condé , avec aſſurance
de le recevoir au premier
Chapitre. Toute la France fçait
que durant fa faveur, il ne tint
qu'à luy d'eftre fait Duc & Pair.
GALANT 13
Il avoit épousé en premieres
noces Magdelaine de Neuville,
fille de Charles de Neuville ,
Seigneur d'Alincourt , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
du Lyonnois ; & en
fecondes noces Charlotte d'Etampes
de Valençay , fille de
Jean d'Etampes , Chevalier des
Ordres du Roy , Marquis de
Valançay , foeur d'Eleonor
Cardinal de Valançay , & d'Achilles
de Valançay , Archevêque
Duc de Reims . NicolasBrulart
, Marquis de Sillery & de
Puyziculx , Seigneur de Marine
& de Berny, Vicomte de Lude,
14 MERCURE
Seigneur de Verzenay, &c.Garde
des Seaux de France , Chancelier
de Navarre , & depuis
Chancelier de France,fon Pere,
fut employé fous les Regnes
d'Henry III. & d'Henry IV.
dans les affaires les plus importantes.
Henry III. l'envoya
Ambaffadeur en Suiffe en i 589.
Henry IV. le renvoya en
1595. Ambaſſadeur dans le
même pays. Il fe trouva à la
Paix de Vervins , & fut envoyé
ayec Monfieur de Biron , & le
Chancelier de Bellievre à Bruxelles
› pour y voir jurer le
Traité de Paix à l'Archiduc
GALANT
15
Albert, qui le confidera comme
un de ceux qui avoient le plus
contribué à la conclufion d'un
Ouvrage fi utile pour les deux
Couronnes , & fi avantageux
pour toute l'Europe . Le Roy
l'envoya Ambaffadeur à Rome
& c'eft dans ce voyage
qu'il conclud le Mariage avec
Marie de Medicis , en 1602 .
Il alla une troifiéme fois en
Suiffe pour y renouveller l'alliance.
A fon retour il fut crée
Garde des Sceaux en titre d'Of
fice. Ce fut au mois de Decembre
1604. L'année d'aprés il
joignit à cette Charge , celle de
16 MERCURE
Chancelier de Navarre ; & enfin
, en 1607. il fut honoré de
celle de Chancelier de France .
La Maifon de Brulart eft
tres-ancienne & illuftre dans
les Armes & dans la Robe , &
a produit de Grands Hommes.
Adam Brulart Chambellan de
France, vivoit en l'année 1087.
fous Philippe I. Il fut de la
premiere Croifade fous Godefroy
de Bouillon , paſſa en la
Terre- Sainte, & revint en France
aprés la conqueſte Jerufalem.
Il eut pour fils , Godefroy
Brulart , auffi Chambellan de
France , qui vivoit en 1148. &
GALANT 17
.
1151. & mourut dans la Guerre
que Philippe Auguſte eut
contre Hugues de Bourgogne.
Il laiffa Adam fecond , Chambellan
de France , qui commanda
deux cent Cuiraffiers devant
Avignon , que le Roy Louis
VIII. affiegea fur les Hereti
ques Albigeois , en 1224. Π
fut auffi-tôt aprés fa réduction,
affaffiné par la faction des mêmes
Albigeois . Le Pape Honorius
III. luy fit élever à fes dépens
, un Tombeau , avec un
Epitaphe glorieux pour la mémoire
, & pour fes Defcendans.
Son fils pofthume
, Jacques
Janvier 1705 .
B
18 MERCURE
Brulart , futpremier Maître de
la Chambre Ambulante , laquelle
étoit compofée des plus
grands Seigneurs , & qui feule
rendoit la Juftice dans tout le
Royaume , car il n'y avoit encore
aucun Parlement fixe ; &
immediatement
aprés luy, cette
Chambre Ambulante fut rendue
fédentaire à Paris , & a été
appellée dépuis , le Parlement.
Ce fut ce Jacques Brulart , qui
prononça le 28. Juin 1320 en
prefence de Philippe V. dit le
Long, ce celebre Arreft, qui adjugea
le Comté d'Artois à Mahaut
d'Artois , au préjudice de
a
GALANT 19
Robert d'Artois . Il mourut à
l'âge de 110. ans , comme le
porte fon Epitaphe , qui eſt à
Paris ,auCimetiere des SS.Innocens
. Son fils fut Noël Brulart ,
Maiftre des Engins & Machines
de Guerre , Charge qui a efté
enfuite exercée fous le nom de
celle de Grand Maiftre de l'Artillerie.
Il vivoit fous le Roy
Jean , & fut enterré avec fon
Pere auCimetiere des SS . Innocens.
Son fils Girard Brulard
Commandant cent hommes
d'ordonnance , fut tué à la
bataille d'Azincourt,l'an 1415 .
Il eut pour fils Nicolas Bru-
Bij
20 MERCURE
Brulart , un des Maiftres ou
Confeillers au Grand Confeil
du Roy , Charge dont
les honneurs & les fonctions
cftoient lleess. mefmes
mefmes que
celles qu'exercent les Maitres
des Requêtes d'aujourd'huy.
Il quitta cette dignité
pour remplir celle de Chambellan
de France , que lui remit
Jean Juvenal des Urfins
pere d'Ifabeau Juvenal des Urfins
, fa femme , l'année 1440.
fous le Roy Charles VII . Son
fils fut Pierre Brulart , Baron
de Hées & d'Agnés , Confeilfeiller
& Secretaire du Roy
mort en 1483. Son fils fut
GALANT 21
Jean Brulart , Baron d'Hées
& d'Agnés , Preſident aux Enquêtes
du Parlement de Paris .
Il fut depuis pourvû de la Charge
de Prefident à Mortier de
cette même Cour , vacante par
la mort de Robert Thibou ,
& le Roy Louis XII . luy en
donna les Proviſions en 1504.
mais il mourut avant que d'être
reçû ; il laiffa plufieurs enfans
, qui ont formé differentes
Branches. Il feroit trop
long de les raporter icy ; on
fe contentera de dire qu'elles
ont donné de grands Hommes
dans l'Epée & dans la Ro22
MERCURE
be. L'Aîné fut Pierre Brulart II .
mort en 1541. Il laiffa Pierre
Brulart III . Prefident aux Enquêtes
, mort en 1584. Ilavoit
époufé Marie Cauchon, Dame
de Sillery & de Puyfieulx , de
laquelle il eut auffi plufieurs enfans.
L'Aîné fut Nicolas Brulart
, Chancelier
de France ,
dont il a été cy- devant parlé.
Mr le Marquis de Puyficulx
eft l'Aîné & le Chef de la famille.
Trois de fes freres ont
été tuez au ſervice du Roy.
Louis , Chevalier de Malthe ,
tué en Portugal le 27. Juillet
1664. Charles , Comte de
GALANT 23
2
Briançon , tué au combat de
S. Godard en Hongrie le 1.
Aouft de la même année 1664.
& le roifiéme , connu fous le
nom de Chevalier de Sillery ,
fut tué à la Bataille de Sintzeim .
Ses autres freres font , Mr l'Evêque
de Soiffons , Prélat qui
remplit fi dignement les fonctions
de l'Epifcopat , & dont
le grand mérite & la profonde
érudition font affez l'Eloge ,
& Mr le Comte de Sillery.
Mr Le Marquis de Sillery
fon fils unique , Colonel d'un
Regiment d'Infanterie, fert actuellement
en Eſpagne
.
24 MERCURE
Ce qui fuit doit eftre regardé
comme un fort beau morceau
d'Hiftoire , & dans lequel
il y a beaucoup à apprendre.
De l'Ile de Montreal en Canada
, le 30. Otobre 1703 .
A Relation de mon voyage en
ce Pays - cy , Monfieur , ayant
fté reçué favorablement
de vous,
j'ay hazardé , croyant vous faire
plaifir & agir en amy , de mettre
fur le papier ce qu'on m'a raconté
d'une expedition militaire que nos
Canadiens , aidez des Sauvages
leurs alliez , ont fait dans la nouvelle
Angleterre , où ils ont attaqué
pris des Forts , tué où fait prifonniers
bon nombre d'Anglois &
ravage
w
i
GALANT 25
ravagé prés de trente lienes de leur
pays.
Il eft bon cependant que vous fachiez
avant que de commencer &
pour la fureté du fait que j'ay
apris ce que vous allez lire , dans
deux conferences que j'ay eu avec
l'Officier qui a commandé dans
cette entreprife , & qui en a efté le
Chef.
Cela fuppofé ,
permettez- moy ,
Monfieur , d'entrer d'abord en ma.
tiere & de vous dire fans autre Préface
, que les Sauvages a Abnakis
, nos alliez , ayant efté infor
mez de la guerre qui eft en Europe
entre les Couronnes de France &
d'Angleterre
, avoient fait écrire
plufieurs Lettres par le Pere de la
Chaffe , fefuite , leur Millionaire ,
à Mr le Marquis de Vaudreuil ,
Janvier 1705 .
C
26 MERCURE
Chevalier de POrdre Militaire de
faint Louis , & Commandant general
dans toute la nouvelle France,
pour luy demander la permilion ,
comme à leur b Pere , d'aller lever
la chache contre les Anglois
nos ennemis , qu'ils ont auſſi regardé
comme les leurs , depuis qu'ils
ont efté avertis qu'ils avoient formé
le deffein de les detruire dans une
Affemblée que lesdits Anglois
avoientfait propofer aufdits Sauvages
Abnakis , & dans laquelle
ils prétendoient les furprendre . Or
comme par ces Lettres ils demandoient
à Mr le Marquis de Va%-
dreül quelques Officiers des troupes
pour
les commander , & un nombre
de Canadiens François pour les
foutenir Mr le Commandant ge
neral de Canada nomma Mr de
GALANT 27
དུ
d Beaubafin Chefde ce parti , &
trois autres Officiers avec vings
Canadiens .
Il y en a auffi de ce nom dans la
nouvelle Angleterre .
b Ils appellerent ainfi Mr de Callieres
, Gouverneur de Canada , fur
tout depuis la celebre Paix faite par fon
moyen en 170i . entre treize Nations
Sauvages... Que le nom de Callieres
nous doit eftre aimable , puifqu'il nous
a procuré la Paix dans l'un & l'autre
monde ?
c Phrafe Sauvage , qui veut dire
déclarer la guerre ... enterrer la hache,
fignifie faire la Paix .
d Fils de Mr de la Valierie , Major de
la Ville de Montreal.
On s'affembla le 15. defuillet à
a faint François , Miffion des Jefuites
pour les Sauvages Abnakis
&peu de jours après , tout le monde.
Cij
28 MERCURE
fe rendithu Village defdits Abna-
Kis ; le nombre des Sauvages étoit
de deux cent ; à fçavoir , Abnakis
, Iroquois , Algonquins , Loups ,
&c.
▲ Village Sauvage éloigné de Kebec
d'environ quarante lieuës.
Le 21. de Juillet tous les Canadiens
& les Sauvages qui compofoient
le Parti , fe trouverent unis
& commencerent enfemble leur a
marche , ayant auparavant alfifté
a la Meffe quifut dite par le R.
P. Aubery , de la Compagnie de
Fefus.
a Commencement de la marche des
Canadiens contre les Anglois.
Le 25. du même mois les Sauvages
S'écarterent un peu pour chaſſer. Il
faut un peu plus de liberté à ces gens
GALANT 29
"
là qu'aux autres ; ils tuerent quatre
Caftors & un Ours , qui fervirent
à diminuer la faim que l'on
fentait.
Le 26. de Juillet ilfe trouva des
chutes d'eau formées par de groffes
pierres ou des rochers rapides dangereux
dans les Rivieres qu'on eut à
a traverser , &fur le foir on apperçut
un Canot de Sauvages Abnakes
venans de l'Acadie , b qui fuivit
les gens de fa Nation qui alloient
en guerre ; c'est - à - dire les Abnakis
du parti des François dont nous
parlons.
a On portoit des Canots pour traverfer
les Rivieres & les Lacs.
b Pays contigu à la nouvelle Angleterre
.
Le 28. du mois de Juillet , la petite
armée Canadienne trouva en
C iij .
30 MERCURE
Jon chemin an Lac appellé Skeffouau
qui a environ deux lieuës de
longueur , & on le traversa . Le foir
de ce jour l'armée campa à l'entrée
d'un autre Lac nommé Memraaubaiguay
qui eft long de dix lieuës,
& eft environné de hautes montagnes;
cefut dans ce Lacqu'on entra,
Le 29. Iuilles après qu'on cuft
celebré la Meßse , les François & les
Sauvages laffez de ramer &preßez
de la faim , fe mirent en partie à
terre pour chaffer , & avoir dequoy
contenter lear grand appetit ; on tua
feulement deux Chevreuils & an
Caftor qui furent plaftoft de vorezque
mangez par les Chaffeurs François
& Sauvages . Le repas fini , on a
chanta la guerre
.
Les Sauvages pour cela , fe mettent
en rond & s'affeyent fur le derriere ,
GALANT .31
excepté un qui vient fe promener en
dançant , tantoft d'un cofté , tantoft de
l'autre , chantant en mefme temps fes
exploits , & tenant les pieds droits &
prefque joints les uns contre les autres ;
celui-cy ayant dancé, les autres en font
autant chacun à fon tour. 1
Le 30. du mefme mois fut employé
à traverser le Lac cy- deffus
marqué , avec des Canots d'écorce
de bois de Bouleau de Pin &
d'autres.
Le 31. & dernier Iuillet , les
Sauvages de l'armée côtoyant ce Lac
long de dix lienës , toûjours en chaffant
& avançant , quoique le che
min en fust escarpé à caufe des montagnes,
tuerent un Ours & quelques
Caftors , ce qui donna occafion de
chanter encore la guerre.
4 Les Chanfens des Sauvages de l'A
C iiij
32. MERCURE
merique Septentrionale ne confiftent
qu'en deux ou trois mots qu'ils prononcent
du nez , & qu'ils repetent tant que
la dance dure , qui eft ordinairement
longue.
Le premier jour du mois d'Aouft ,
la petite armée compofée de Canadiens
& de Sauvages leurs alliez,
entrerent dans une Riviere fi profonde
& en mefme temps fi embaraßée
dejones & d'arbres ,que la plûpartfurent
obligez de fe jetter d'une
branche à l'autre , de marcher comme
en l'air, & de voler prefque à la
maniere des oifeaux qui vont de
branches en branches . La navigation
de cette riviere devenant de
plus en plus facheufe & difficile ,
La perche & l'aviron étant devenus
inutiles , on refolut de a cabaner
dans un marais qui eft formé par
·GALANT
33
ladite riviere , & eft rempli de
cabanes de Caftor.
a C'eſt-à-dire que tous les Canots
vinrent fe rendre les uns prés des autres
& que la moitié des rameurs fe repofa ,
puis elle reprit ; de cette maniere on ne
laiffe pas que de marcher toûjours ,
quoique lentement , il n'y a que les Maringoains
, ou Confins , fi c'eft en Eſté ,
qui defolent , fur tout la nuit.
b Pour faire ces Cabanes , les Caftors
font des trous au fond de l'eau & y enfoncent
des pieux difpofez en rond , fur
lefquels ils pofent leurs petites maifons
faites à peu prés comme des fours , avec
de la terre graffe , des herbes , des morceaux
de bois , fur tout des branches.
Ils font plufieurs étages dans ces Cabanes
, & ils montent au plus élevez , lorfque
les eaux augmentent. Les feparations
des étages , ou planchers , font de
joncs , ou d'autres longues herbes ; ces
animaux entrent dans ces Cabanes par
deffous l'eau.
34 MERCURE
Le 2. du moisfufdit , l'armée fut
contrainte de naviguer fur une riviere
pleine de joncs , d'arbres , de
broussailles , ce qui fit que plufieurs
laiffans leurs Canots avec leurs
avirons & leurs perches , qui ne
leurs pouvoient pas mesme fervir
pour a piquer de fond , s'élancerent
de branches en branches , & d'arbres
en arbres dont ils furent extraordinairement
fatiguéz,
a Piquer de fond c'eft refouler l'eau
ou naviguer contre le courant de l'eau ..
Le 3. Aouft , les Sauvages de
l'armée qui avoient à quitte les
François pour chaffer , ſe réunirent
à eux ce jour icy , pour traverser le
Lac Miskouaugamé qui fe rencontroit
dans la route. Le peu d'eau
quife trouva dans ce Lac obligéa
GALANT 35
blesGuerriers à traîner les Canots le
long de fes bords : pour furcroift de
peine , un assez vafte Marais bourbeux
&fale s'étant trouvé , ilfal
lut traifner les mefmes Canots dans
la c vafe , au bout duquel les Canoteurs
furent tres -furpris en marchant
, defe voir enfoncer dans de la
boüe jufqu'au ventre ; avec cela dès
digues qu'avoient fait des Caftors .
dans ces marais , s'oppofoient encire
à la marche de l'armée Canadienne
, tout en étoit plein , & il
fallut les rompre ( ce qui eft ungrand
crime chez les Sauvages ) pourfavorifer
la navigation . Le Lac
Nokigan fe rencontra avec un dutre
Petit Lac dans le chemin de nas
Guerriers , ils eftoient fi couverts
d'arbres renverſez par les Caftors
& de chaußées ou digues , & que plu
36. MERCURE
fieurs furent contraints de fe fervir
de leurs perches & de leurs avirons
pour faire un chenal e aux Canots,
en détournant quantité de branches
d'arbres entiers : cela fait , on
avança un peu jufqu'à ce qu'enfin
des rapides de chutes d'eau s'étant
prefentez , meflez de roches ", on
fit plufieurs f portages , ces Lacs
étantfort tortueux & ferpentans en
beaucoup d'endroits , ce qui rendoit
la route de l'armée plus longue.
a Les Sauvages ne fe gouvernent point
comme les François ou autres Nations ,
il leur faut un peu de liberté , autrement
ils fe débandent & vous laiffent .
b Le mot de Guerrier eft fort ufité en
Canada , fur tout chez les Sauvages ,
il fignifie tout homme qui eft brave ,
qui aime ou qui va à la guerre.
c Terre mouvante à demi feche au
bord des Rivieres.
GALANT 37
d Les digues des Caftors font faites
d'affez gros arbres qu'ils coupent avec
leurs dents , & trainent à la nage , les
rangeans de travers dans l'eau jufqu'au
fond , ces animaux jettent enfuite entre
ces arbres des herbes & de la terre graffe
qu'ils apportent fur leur queue ; ces
chauffées font quelquefois fongues de
deux cent pas ou environ , de dix à
quinze pieds de haut , & de fix d'épaif
feur. Il y a beaucoup de ces digues de
Caftors dans de petits Lacs qui font
dans l'Ifle de Montreal.
Mot ufité en Canada pour fignifier
le Canal ou chemin que tiennent ou
doivent tenir ceux qui navigent . C'eſt
un efpace d'eau entre deux terres ou
fonds ordinairement plats . Il faut fçavoir
bien les Chenaux du Fleuve S..
Laurent pour y naviguer fûrement .
f C'eft à dire que deux ou quatre perfonnes
aux deux bouts de chaqueCanot,
en firent le tranfport du pied des rapides
jufqu'au deffus , cela fe pratique dans
l'eau proche la terre, ou tout-à-fait hors
de l'eau & en terre ferme.
38 MERCURE
Le 4 jour du mois cité , toute
Parmée s'embarqua fur la petite
riviere appellée Kouvitegou , de
laquelle on entra dans une autre que
les Sauvages de l'Acadie nomment
Amininouffi ; celle-cy conduit à la
mer. Ce fut en cet endroit que fe
trouverent aßemblez les Sauvages
Acadiens qui devoient s'unir au
parti Canadien.
Le 5. de ce mois les Sauvages
des
environs
de la riviere dont on vient
de faire mention , s'étant mis à
chaffer le long du rivage , tuerent
deux Cerfs , ce qui donna lieu à
faire a chaudiere
, & de chanter la
guerre ; ce que les Sauvages
d'Ameriquefontfouvent
lorsqu'ils
vont
à quelque expedition
; on a dit
plus haut comment
fe chante la
guerre.
GALANT
39
>
a Faire chaudiere eft une façon de
parler Canadienne , qui vient des Sauvages.
Dans la cabanne Sauvage , les
viandes eftant cuites chacun vient
avec une micoine , c'eft une longue
cuilier de bois , & un ouragan qui eft
une maniere d'écuelle faite d'écorce de
bois de Bouleau ou autres , & s'affied
formant un rond ; cela fait , le plus confiderable
de l'affemblée nomme les
viandes dont on a fait chaudiere , les
unes aprés les autres , tout cela avec
emphafe ;
enfuite le chef du feftin ou
de la cabane , remplit les gamelles ou
ouragans d'un chacun , jufqu'à tant qu'il
n'y ait plus rien dans la chaudiere, &
il faut que chaque particulier mange
tout , à peine d'eftre regardé de travers
par celuy qui l'a invité ; la coûtume eft
cependant de faire un petit prefent aut
Chef ou Principal de la cabane pour
être exempt de l'obligation de fe gorger
de viande. Celuy qui regale , au
lieu de manger chante fes belles
?
40 MERCURE
actions de guerre ou celles de fes Anceftres.
Le feftin finit bien ſouvent
fans que qui que ce ſoit ait bû , & cela
parce que les Sauvages de l'Amerique
Septentrionale ne mangent prefque jamais
rien de falé , outre que leurs mets
font meflez de beaucoup de bouillon
qui eft fait de l'eau qu'ils y mettent
& du fuc de la viande.
Le 7. Aouft , on ne fit que débar
quer & rembarquer , à cause de la
quantité des Rochers & des groffes
pierres contre lefquelles les canots de
l'armée heurtoient à tous momens
dans les rivieres dont on à parlé :
tous ces portagesfinis, on fe remit en
canots fur une petite riviere nommée
par les Sauvages , Aminkanittegou
, & comme elle eftoit.prefque
couverte de Perdrix , on en tua un
bon nombre , les coups de fufils réfonnoient
de tous coftez, & aMrde Beau.
GALANT
41
bain le General de l'armée Canadienne
qui m'a fait le détail de
Pexpedition militaire que je décris
icy , fat bleffé à l'épaule d'un aſſez
gros grain de plomb qui venoit du
fufil d'un Sauvage qui ↳ chaffoit.
Il eft Lieutenant du détachement
de la Marine dans la nou- des
velle France . "
troupes
b Cette chaffe dans une circonftance
où il falloit fe preparer au combat, &
cette bleffure n'irriterent point M² de
Beaubaffin ; car outre fa moderation ,
il fçavoit que le Sauvage laiffoit tout
là , & s'en alloit , fi on luy faifoit le
moindre reproche , quoique raifon
nable . On en a vû fe pendre au fujet
d'une legere reprimende que leur faifoit
une mere , & c . Tel eft le genie &
le caractere du Sauvage de Canada.
Le 8. de ce mois- cy , on fit unportage
, & on traversa des montagnes
Janvier 1705.
D
42 MERCURE
efcarpées , remplies de broaffailles, de
Cedres renverfez, de Sapinspourris,
dans lefquels on en fonçoit comme
dans de la bouë.
Le 9. d'Aouft plufieurs qui s'étoient
détachez pour trouver du gibier
, vinrent ſe réunir au gros des
troupes , & on campa au lieu de la
refidence du Pere Aubery Jefuite
Miffionnaire des Sauvages Acadiens.
*
Le 10. da mefme mois , une pluie
abondante harcela l'armée fans
discontinuer
,
on combatit en
quelque maniere contre elle , malgré
fa longue durée , en marchant toùjours
avec vigueur.
Le 11. du mois cy- deſſus marqué,
on apprit auprés d'un Village de
Sauvages Abnakis de l'Acadie ,
que neuf Sauvages députez dudit
GALANT
43
Village eftoient partis en canot , il
y avoit quelques jours , pour venir
au devant du R. P. Aubery Jefuites
que ces Sauvages avoient relaché ,
ayant reçu des nonvelles de Partivée
de ce Pere par les gens dan
canot envoyé pour avertir tous les
Sauvages de fe trouver à un
rendez vous proche de la a mer.
L'armée continuantfa route , elle
paffa par un Village Abnaki, appelle
Navvakkavigou , abandonné
dés l'an 1702. en Automne , &
environ trois lieuës plus avant on
trouva un Village de la même b
Nation , ils le nomment en Acadie
Ameffouc Kauti . Là on reçût un
billet du P. Rafle de la Compagnie
de Jefus , adreßé au P. Auberifon
Confrere , dans lequel il luy marquoit
que les Sauvages de la Mif
Dij
44 MERCURE
fion eftoient partis pour defcendre a
la cmer &fe rendre au lieu indiqué
par les François , ily avoit
deja cinq oufix jours , & qquuee le d
canot qu'on avoit envoyé par ordre
de Mr de Beaubain pour les avertir
, n'avoit trouvé dans le Village
dont on vient de faire mention ,
que le Reverend Pere Rafle qui
écrivoit ce mot de Lettre , & un
Vieillard. Sur ces avis on marcha
àgrandpas , & aprés fept portages
en differens endroits
l'armée
Canadienne arriva enfin dans le
Pays ennemi ce fut ce jour- icy
qu'on commença à fe mettre en état
de n'eftre point furpris pour ces
effet on monta la garde , chacun
eut fon pofte marqué, les Sentinelles
furentpofées , & les Sauvages même
quifaifoient tout le gros de l'arGALANT
45
mèe , & qui n'ont pas d'ailleurs
coûtume de fe précautionner beaucoup
, fe tinrent fur le qui vive , à
la maniere des François - Canadiens
, s'eftans tous ralliez, felon que
la choſe enavoit efte reglée dans un
Confeil de guerre qui fut tenu la
veille.
a La mer de Canada proche la Baye
Françoife , entre l'Acadie & la nouvelle
Angleterre.
6 L'idée qu'on doit avoir icy d'une
nation Sauvage , eft bien differente de
celle qu'on en a en Europe , & ailleurs.
Icy une Nation qui ne confifte qu'en
quatre ou cinq cens perfonnes , & quelquefois
en moins , eft fouvent errante
depuis plufieurs années par exemple ,
la Nation des Algonquins . Chaque
Nation ne confifte d'ordinaire que dans
quelques Villages , quatre ou cinq, plus
Qu moins .
:
46 MERCURE
c Ducofté de la riviere S. Jean qui
eft entre l'Acadie & la nouvelle Angleterre
.
d Canot fe prend là dans le fens des
autres Vaiffeaux dont on parle er converfation
, ainfi on dit , un tel Navire
vint à Bord de l'Amiral , c'est- à- dire, les
perfonnes qui eftoient dedans .
á
Le 12. Aouft toute la petite armée
marcha en bon ordre , difpofée
en bataille , autant que le terrain
le permettoit , & elle avança fifort
qu'elle ne fe trouva plus qu'à environ
buit lieues de la à mer , ce qui
ne fefit pasfans avoir auparavant
Sauté quatre portages . On rencontra
dans la route un canot Abna-
Ki , fortant d'une riviere voisine ,
qui apprit aux Canadiens qu'il y
avoit un mois qu'il eftoit parti de
fon. Village pour la chaffe , & que
leur gens (des Abnakis ) devoient
"
GALANT
47
avoir eu une conference avec les
Anglois qui leur avoient fait des
prefens à cet effet , Les Sauvages
de ce canot ayans offert du gibier
du bled d'Inde & des b Bluets à
Parmée Canadienne , à cause des
Abnakis alliez des François qui
eftoient là ; on fit Chaudiere ,la
guerre fut chantée , & les exploits
des Sauvages y furent élevez jufqu'au
Ciel.
a La mer qui arrofe les coftes de l'Acadie
, & celles de la nouvelle Angleterre
.
b Le Bluet eft un petit fruit de couleur
bluatre à peu prés de la groffeur
de nos pois de France , rond & un peu
acide. Un arbriffeau de la groffeur du
Grofelier , ou environ , produit ce petit
fruit qui eft bon , fur tout lorfqu'il eſt
confi.
48 MERCURE
>
Le
13. du
mois
cité
, on
arriva
a
à la
mer
&
au
rendez
vous
marqué
,
ce lieu
s'appelle
Pouffipi
Kek
, aprés
avoir
traversé
une
vaste
plaine
remplie
de
b
Blues
, Le
Commandant
du
parti
&
les
Officiers
fe
trouverent
embaraffez
lorfqu'ils
apperçurent
que
plufieurs
Sauvages
de
l'armée
alliez
des
François
,
qui
ne
s'eftoient
pas
refouvenus
du
lieu
du
rendez
- vous
, s'eftoient
arreftez
à un
endroit
voifin
de
la
mer
&
proche
un
Vaiffeau
Anglois
;
mais
par
bonheur
leur
inquietude
ne
dura
pas
long
- temps
, ces
Sauvages
vinrent
enfin
ſe
joindre
au
gros
des
troupes
, &
apprirent
aux
Canadiens
que
les
Anglois
de
la
nouvelle
Angleterre
eftoient
encore
tout
interdits
du
coup
que
Mr
le
Chevalier
c de
la
Durantaje
avoit
fait
Sur
GALANT 49
fur eux depuis peu , & quils defireroient
avoir pour ce fujet une conference
avec toute la Nation des
Sauvages Abnakis ; que ces Sauvages.
cy y avoient confenti , leurs
difans cependant de venir à Ventrée
de leur riviere d'А Kibe K Kİ , com-'
me eftant le lieu le plus propre , &
en mefme temps le plus für pour
eux , croyans aufi que les Anglois
n'auroient pas la hardieffe d'y venir,
efperans d'éviter la conference qu'ils
Lears demandoient . Que neanmoins
Les Sauvages Abnakis du Village
le plus voifin des Anglois , s'eftant
arreſtez à un Fort defdits Anglois ,
ils avaient engagez ceux des autres.
Villages à les venir joindre , pour
Je trouver un nombre fuffifant &
capable de fe deffendre , en cas de
furprife. Comme on avoit eu avis
Janvier 1795.
E
50 MERCURE
par Mr de d Broüillan, Gouverneur
du Port Royal en Acadie , que le e
Gouverneurgeneral de la Nouvelle-
Angleterre , s'y eftoit rendu dans un
Vaiffeau, & qu'il les avoit invitez
à parler , c'est à dire , àfaire leurs
prapofitians , que les Abnakis luži,
avaient répondu que c'étoit à luy
à f commencer ; que ledit Goxneur
leur ayant repliqué qu'il mettrois
à la g voile , s'il ne parloient
bien.toft , à cause qu'il avoit le vent.
favorable , les Abnakis avoient
reparti , qu'ils s'eftonnoient de fa
précipitation , vû que luy qui fçavoit
la guerre , n'ignoroit pas que
dans une conference , ilfalloit avoir
le temps de parler & de pouvoÏK
répondres hqu'eux , quoique Sau
vages , ils n'en ufoient pas de mef
me, que dans les affaires importan
GALANT 51
tes ils nefe preffoient jamais, quel
ques ventsfavorables qu'ils euffent,
& qu'enfin s'il eftoit ſi i preffé , H
n'avoit qu'à partir. On apprit en
core par la meſme voye , que le fuf
die Gouverneur de la Nouvelle
Angleterre , loin de ſe rebuter de la
fierté decette réponſe des Sauvages,
il leur avoit fait I donner un boeuf
pour les regaler; que le feftinfini ,
les Anglois & les Sauvages , (Ab
nakis , voifins de la Nouvelle Angleterre
) s'arrangerent , de maniere
que ces derniers fe trouvoient au
milieu & entourez des premiers ;
f des Anglois ) dont ils fe défioient,
Les Sauvages ayans obfervé que les
Anglois tenoient la main fur leurs
m pistolets par deffous leurs habits ,
& d'une maniere qu'ils croyoient
m'en eftre pas apperçus i que les
E ij
52 MERCURE
Anglois parlerent les premiers , &
leurs dirent , aufujet de l'expedition
de Mr de la Durantaye , que l'on
n'avoitpoint encore vù un coup comme
le fien , & que l'on ne frapoit
pas fans en avoir donné occafion ;
que Mylord Cornbury les exhorta à
n nepoint fe mêler des differens qui
eftoient entre fa Nation & la
France ; que les François eftoient
auffi forts qu'eux , & que s'il voyoit
dans la fuite fon parti avoir quelques
avantages fur la leur , ils o
pourroient alors prendre leur refolution
, & proteger les interefts qu'ils
jugeroient à propos ; qu'il les laifferoit
agir avec le François , & que
pendant ce temps - là , ils demeuraffent
en repos fur leurs p nattes : il
ajoûta à cela que cette guerre dont
il avoit parle , finiroit pewt eftre
P
GALANT 53
cet * Automne . La harangue du
Gouverneur Anglois finie , les Abnakis
répondirent qu'ils q l'écou
teroient , & luy obeiroient ; mais
que l'Anglois devoit de fon coffe obferver
de ne point frapper le François
depuis Kebec jufqu'à Port-
Royal , c'est à dire tous ceux de la
Nouvelle France , renfermez dans
cet eſpace ; d'autant , difoient- ils ,
qu'ils regardoient les François comme
gens de leur Nation , & que
lorfqu'on les frappoit , c'eftoit eux
qu'on frappoit. Mylord Cornbury
repliqua aux Sauvages , leursfaifant
entendre qu'il leurs obétroi
aui , à condition que les François .
net déterreroient pas la bache contre
les Anglois , en venant par les:
terres ou par les rivieres des Abna .
* En
1705.
E iij
54 MERCURE
>
kis ; que pour eux leur chemin eftoit
par la mer. Ce fut ainsi que la conference
entre leGouverneur de Bafton
Capitale de la Nouvelle Angleterre
& les Sauvages Abnakis fi..
nit : ceux- cy s'en retournans rencontrerent
un canot de leurs ugens
venant de * Port - Royal , & qui
alloientfaire la guerre aux Anglois,
ils arrefterent ce x canot & encore
quatre autres qu'ils trouverent en
chemin naviguans pour le mefme
jujet que le premiers. Les Abnakis
reprefenterent à ces y Guerriers , que
venant d'avoir depuis peu une conference
avec l'Anglois , la chofe
eftait trop recente pour aller fi - toft
leverla z hache contre luy , * qu'il
falloit attendre & laiffer paffer
r quel
* Voy plus haut à la Notte
* Voy a la page Notte
GALANT
55
que temps. Cetavis n'empeſchapas
neanmoins trois defdits canots de
poursuivre leur pointe ; car ayant
mis à terre , ils fe jetterent fur des
femmes en a a tuerent quelques- unes
& en firent prifonnieres d'autres ,
mais des Sauvages ne porterent pas
loin la punition de leur defobéiffances
car ayant efté découverts
on courut deffus , & on enprit un , il
avoit efte bleffé à la joue par les
Anglois qui leur donnerent la
chaffe , Voila ce que Mr de Beau.
bafin , à la tefte de fon Parti , apprit
des Sauvages qu'il trouva au
rendez- vous proche de la Baye
Françoife qui eft enore l'Acadie &
la Nouvelle- Angleterre,
A
a Voy nos margin. cy-deffus , & c.
Les Bluets fe mangent auffi crûs ,
i'en ay mangé quelquefois de cette
E ij
56 MERCURE
maniere. Ce fruit fe coupe en Efté , &
les Sauvages en font leurs mets ordinai
res lorfque la viande ou le gibier leur
manque.
c Cet Officier s'eft rendu recommandable
dans plufieurs petits combats
contre les Iroquois qu'il a entierement
défait du cofté des Lacs d'en haut en
remontant le Fleuve de S. Laurent.
Je viens d'apprendre que le Roy l'avoit
fait Confeiller du Confeil Souverain
de Kebec , cette année 1703. lorfque
les Vaiffeaux la Seine & le Neptune
font arrivez en Canada en Septembre
& en Octobre.
d Mr de Broüillan a efté Gouverneur
en l'Iſle de Terre- neuve avant que
de l'eftre de l'Acadie.
e Milord Cornbury de la famille de
Clarendon , il eft parent de la Reine
d'Angleterre , ce Milord eftoit d'abord
du parti du Roy Jacques II. lorfque
le Prince d'Orange entra en Angleterre
; mais il abandonna fon Prince.
legitime pour fuivre l'Ufurpateur.
GALANT 57
fJugement des Sauvages d'Amerique ..
g Le Vaiffeau dans lequel eftoit venu
Milord Cornbury , eftoit là fur la cofte
de la mer de la nouvelle Angleterre.
b Police des Sauvages raifonnables
& de bon fens .
Le trop grand empreffement & le
peu d'attention de Mylord Cornbury,
ne menageant point affez les Sauvages
voifins de la nouvelle Angleterre , a eſté
caufe en partie de la defolation qui fut
portée dans fon Gouvernement.
Politique maligne du Gouverneur
Anglois ; il avoit en veuë d'attirer
les Abnaxis , & même tous les autres
Sauvages de differentes Nations pour
executer les volontez de la Reine d'Angleterre
qui lui avoit mandé d'attirer en
la nouvelle Angleterre le plus de Sauvages
qu'il pourroit , fous le prexte d'une
Paix ou d'un Traité avec eux, & de les
faire enfuite tous égorger. J'ay vû & lû
en l'Ifle de Montreal , une copie d'une
Lettre écrite à ce deffein , à Milord
Cornbury , par la Reine Anne.
58 MERCURE
m Laperfidie & la trahifon , vray caractere
des Anglois . Ils affembloient
les Sauvages , leurs voifins , pour leur
couper la gorge , fous pretexte de conferer
avec eux.
n Paroles du Gouverneur general de
la Nouvelle Angleterre aux Sauvages
voifins de Bafton Capitale de fon Gou
vernement.
• Milord Cornbury continue de par
ler aux Abnakis .
p Phrafe Sauvage P qui fignifie confer
ver la Paix. Le Gouverneur Anglois fe
fert du ftile Sauvage afin de fe tendre
plus intelligible ( quoiqu'il ne parlaft
que par Interprete. ) Les Sauvages fe
conchent dans leurs Cabanes fur des
nattes de paille de blé d'Inde.
9.
Ecouter & obéir, font deux termes
finonimes chez les Sauvages de l'Ame
rique Septentrionale.
Lieu de la refidence du Gouverneur
François en Acadie , où eft une Ville &
un Fort , avec un Port de mer.
Phrafe Sauvage qui veut dire lorf
GALANT
59
>
qu'on leur faifoit la guerre. Ainfi frap
per c'eft faire la guerre , chez les Americains
de Canada.
+ Expreffion Sauvage qui fignifie renouveller
,
recommencer la
guerre.
" Les Anglois vinrent affieger Kebec
fous la conduite de VVilliamphis en
1692. mais ils n'y trouverent leur
compte.'
pas
Les Sauvages fe fervent pour ar
mes offenfives & défenfives de Maffuës
, d'Arcs , de fléches , & du fufil ;
ils ont cette derniere arme des François
ou des Anglois .
Les Canots des Sauvages & auffi des
Canadiens-François , d'ufage , tant pour
le Commerce que pour la Guerre, font
communement d'écorce de bois de Bou
leau , longs de dix , vingt ou vingt-cinq
pieds au plus ; ils tiennent jufqu'à dix ,
douze & quinze perfonnes ; on eft à genoux
pour ramer , ils font garnis en dedans
de varangues de bois de Cedre qui
eft commun icy , fur tout le blanc, & de
barres du même bois qui les traverſent
60 MERCURE
dans leur largeur pour les tenir en eftat;
ils font profonds à peu prés d'un pied &
demi , cela va quelquefois jufqu'à deuxpieds.
Ces Canots font larges au milieu
& fe retreciffent aux deux bouts en formant
une efpece de bec retrouffé. Ces
fortes de Vaiffeaux tirent peu d'eau ;
lorfqu'il fe rencontre des rapides , on va
ranger les bords de la riviere , & on les
porte fur les épaules , & c'eft ce qu'on
appelle portage , dont on a parlé fou
vent dan cette Relation. Lorfqu'oa eft
arrivé au lieu que l'on defiroit , on les
porte à terre pour les attacher à des piquets
; car autrement le vent les emporteroit.
z Les Sauvages appellent ainfi ceux
d'entr'eux qui fe diftinguent par les armes.
aa Aprés que les Sauvages ont tué foit
avec leurs maffucs , fleches ou fufils, ils
enlevent la chevelure du mort & la
porte au bout de leurs arcs ou fufils , &
lorfqu'ils font arrivez à leurs Villages,
ils arborent cela à l'entrée de leurs cabanes
, en maniere de Trophées.
GALANT 61
1
nos
Le 14. Aouft , la petite armée
de la Nouvelle- France arrivaproche
la mer par une espece de marais,
duquel on découvrit un grand Vaif
feau. Un Abnari de l'armée eftoit
atlé la nuit précedente , avertir les
autres Sauvages Abnakis
amis , de l'arrivée du a François ,
& voicy ce qu'il rapporta des chofes
qui furent dites dans l'affemblée
defdits Abnakis avec deux autres
Sauvages. Qu'ils donnoient avis de
l'arrivée d'une grande ↳ Barque à
l'endroit où on avoit découvert un
gros Navire
; que de jeunes Abna-
Kis avoient ofec l'attaquer pour
s'en fervir, mais qu'ils avoient efté
retenus par les d Anciens , qui leur
avoient repréſenté qu'il falloit
attendre la marée montante (leflux
de la mer ) laquelle eftant venue
62 MERCURE
le Commandant de l'armée de Canada
s'eft embarqué avec les troupes
dans fes canots , lequel aprés
avoirnaviguée quelque temps dans
le marais dont on a parlé , entra
dans une Baye , à l'oppofite de la
quelle eftant parvenu , on fit un
petit portage ( on eftoit à terre alors)
pour arriver à un autre , & cela en
f marchant toûjours terre à terre ,
afin de n'eftre pas découvert du Vaiffeau
cy- deffus mentionné , qui eftoit
affez au large pour qu'il ne pust
voir les foldats Canadiens ; au bout
de cette marche cachée , on arriva à
une Ifle nommée par les Sauvages
Sibafkikadigou , ce fût là qu'on
trouva bon nombre de Sauvages al
liez des François affemblez , avec
le Pere de la Chaffe de la Compagnie
de Jefus , leur Miſſionnaire
GALANT 63
qui reçûrent parfaitement bien les
Canadiens- François & les g haranguerent
d'abord , aprés quoy ces
Sauvages conduisirent les François
à l'Eglife , ou pluſtoſt à la ħ cabane
où eftait la Chapelle de leur Miffionaire
, on y rendit graces. à Dieu
de l'heureuse arrivée de toute l'ar
mée au lieu aſſigné ; de là on fut à
une autre i cabane , dans laquelle
François- Canadiens & les Sau
vages fe complimenterent de pårs
& d'autre , & fe rendirent compte
du fuccès de leurs , marches. Les
Sauvages dirent aux François , que
le Navire qu'ils avoient vû eftoit
arrivé là pourfaire la Traite avec
eux , mais qu'ils l'avoient differée
juſqu'àdixjours. Les foldats Ērançois
furent regalez en m dance &
en chants deguerrepar les Abnakis;
les
T
Join
64 MERCURE
pour ce qui eft du Commandant
&
des autres Officiers , ils fouperent
chez le Pere de la Chaffe : lesfeftins
acherez & tous fatiguez également
de la dance & du chant , les Canadiens
furent conduits dans un affez
vafte lieu , qui n'eftoit que la
terre toute nue, pour fe coucher ; les
Abnakis qui leurs avoient preparez
ce lit fait ily a long- temps par
la nature n'en connoiffent point
d'autre que celuy - là , fur tout en
guerre , & en Paix pour toute pail
laffe , matelat , lit de plume , traverfin
, &c. ils n'ont qu'une natte
de paille ; ce fair cy Les Sauvages
Abnakis apprirent aux Canadiens-
François , qu'ils n'avoient plus que
cinq lieues jufqu'au premier Fort
des Anglois
.
Stile Sauvage , le fingulier pour le
pluriel .
GALANT 65
b Onpeut dire que les Barques dont
on fe fert en Canada & aux environs
font des efpeces de petits navires , elles
ont un maft de mifaine ou maft d'avant,
& un grand maft. Ces Barqués font de
trente , quarante Tonneaux , environ
plus ou moins , & ne vont qu'à la voile.
kis ,
Les Sauvages voifins de l'embou →
chure du Fleuve de S. Laurent dans la
mer , comme les Abnakis , les Socoles
Efquimaux de la terre de la
Brador & autres , fçavent faire de grandes
Chaloupes tres-legeres qui vont à
voiles & à rames , & dans lefquelles ils
fe mettent jufqu'à trente , & même da-"
vantage , pour furprendre à terre les
équipages & auffi les Vaiffeaux . L'année
que j'arrivay icy, j'appris en Septembre
que de tels Sauvages s'eltoient ren--
dus maiftres de plufieurs Barques Angloifes
de cette maniere ; ils ne fe jouent
gueres à cela que pendant la nuit ; car
generalement parlant le Sauvage ne fe
bat prefque jamais à découvert , ny fur
l'eau , ny fur terre .
Fanvier 1705.
E
66 MERCURE
d Ce font les Vieillards & les plus âgez
de chaque cabane pour lefquels les
jeunes ont un tres-grand refpect .
e Ceux qui ont un peu l'ufage des
termes des mots fçavent qu'on dit naviguer
, & non naviger , comme auffi
prendre le largue , & non pas le large ;
il en eft ainfi de plufieurs façons de par-
, propres aux gens qui hantent la ler
mer,
f Marcher , chez les gens de mer ou
de riviere, fe dit également fur mer ou
riviere & fur terre , au moins je l'ay vû
pratiquer ainfi fur l'Occean & dans le
fleuve S. Laurent.
g C'eſt communement le Chef du
Parti qui fait le difcours , ayant le Ca-
Jumet , c'eft à dire la pipe à la bouche .
Il est environné pendant ce temps-là de
tous les Sauvages qui fe mettent en
rond autour de luy , à une diftance raifonnable
, cette pipe ou calumet ( calumet
eft un mot Normand apporté en
Canada ) eft ordinairement fort longue.
Ils l'appellent Ponagan peca, calumet de
GALANT 67
Pair , avec ce long calumet ou pipe ils
vont par tout , elle eft refpectable à tous
les Sauvages du Nord , & prefque à
tous. Cette pipe eft , compofée d'un
tuyau de bois & d'une embouchure où
on met le tabac , qui eft de pierre ; le
tuyau eft de Sureau , il eft long de trois
quelquefois de quatre pieds , la bouche
où on met le feu avec le tabac , eft affez
ordinairement d'une pierre noire veinée.
de blanc , qui n'eft pas rare en Canada,
elle eft quelquefois d'autre couleur. Le
tout , c'eft à dire le tuyau & fon embou
chure à la figure à peu prés de nos mar
teaux de chaffe ; ce Pouagan peta eft
enjolivé de plumes d'Aigles , d'Outardes
, d'Oyes, &c. peintes en jaune, rouge,
blanc , & c.
La cabane du Miffionnaire eft bâtie
un peu plus folidement que les autres,
par exemple de planches.
i Les cabanes des Sauvages font com
munement baffes , elles n'ont que fix
ou fept pieds d'élevation , non compris
le faite qui eft rond chez de certains
Fij
68 MERCURE
Sauvages. Par exemple , chez les Iro
quois , Algonquins , &c. le toit eft donc
en maniere de voûte , le tout d'écorcé
d'arbre, mais écorce de fept , huit à dix
pieds de long & prefqu'auffi large ; une
ouverture ai milieu du toit fait le
tuyau de la cheminée , dont le foyer eft
à plate-terre , il eft compofé de trois ou
quatre cailloux . Des nates de pailles de
blé de Turquie de cofté & d'autre du
foyer forment leurs lits. Leurs tapifferies
, font des épics de blé d'Inde rangez
le long de quelques planches qui
font une espece de fecond étage.
C'eft un échange qui fe fait des
Marchandifes d'un Vaiffeau avec des
peaux de plufieurs fortes d'animaux
fauvages , ou d'autres chofes utiles , c'eft
un troc , dis-je , qui fe fait avec les habitans
d'une cofte de la mer , ou d'une
riviere , ou d'un lac ; le mot de Traite
eft fort ufité en Canada , ce Pays ne
fubfifte que par-là.
m Ces dances durent long-temps , &
s'il y a cinquante perfonnes dans la caGALANT
69
bane , il faut que l'invité ou les invitez à
la fefte , effuyent tout cela , s'ils ne veufent
encourir leurs difgraces ils dancent
tous chacun à fon tour , les pieds
prefque joints les uns contre les autres,
comme fi des Galeriens dancoient , &
cela en marmotant deux ou trois mots
qu'ils répetent fans ceffe , aufquels les
affiftans Sauvages répondent Hé, hé , hé,
dans le ton d'un fendeur de bois qui
fait h , hé. Hé h hé aprés chaque coup
de coignée.
Le 15. du mois d'Aouft ,fefte de la
fainte Vierge , toutes les Troupes
alfifterent
à la Meffe . Plus de deuse
cens perfonnes
, tant a Canadiens
.
que Sauvages
ycommunierent
, ceuxcy
pour faire le feftin qui dura tout
le jour, tuerent treize chiens , c'est la
plus grande marque
de leur refolution
à la guerre . Tous les mets de ce
grand repas qui fe fit à l'Alleman70
MERCURE
de , c'est- à - dire depuis le marinjufqu'au
foir, eftoient des morceaux de
chiens cuits & apprestez avec du b
blé- d'inde & des c Palourdes. Le
chien eft regardé chez les Sauvages
de l'Amerique feptentrionale pour
un morceau friand, c'eſt les regaler
délicieufement que de leur en faire
prefentpourleursfeftins lorsqu'on va
les voir , ils difent que les leurs font
meilleurs ( leurs chiens ) plus mortifiez
plus tendres que ceux des Canadiens
, cela vient peut- être de ce
qu'ils lesfont coucher debars en Hyver
& en Eſké. Au refte il ne faut
pas s'étonner fa les Sauvages font
des repas fi longs , c'eft lear coûtume
de manger jufqu'à tant qu'il ne
trouventplus rien dans la chaudiere,
leurs morceaux ne font interrompus
que par le calumet ou pipe qu'ils
GALANT 71
ent perpetuellement à la bouche
pour fumer , fi la matiere manque
pour exercer leurs dents . La nuit
eftant furvenue que l'on mangeoit
encore , les Sauvages ne quittant
pas pour cela leurs pipes , fe mirent
A dancer , chantans en leur langue ,
vive les hommes de la guerre ,
vive les guerriers ; car ces Meffieurs
fe piquent fort de bravoure
à quoy les autres affis fur le der
viere comme des Singes , répondoient
par le H Hé , hhé , dont on a
parlé cy- deſſus .
a Il faut fe fouvenir durant toute cette
Relation , qu'on entend par Canadiens,
des originaires de France mais nez en
Canada ; d'autres appellent cela , fi je
ne me trompe , creoles.
b Ce blé s'appelle en France , blé de
Turquie , Turquet , & c . Il eft icy ,bleu ,
rouge , jaune , & c. Le Sauvage n'a que
72 MERCURE
ce blé pour faire fon pain & fa foupe,
ce qu'ils appellent Sagamite .
Poiffons qu'on trouve enfermez entre
deux coquilles , femblables à celles
des Moules . Il y a beaucoup de Palourdes
és bords du fleuve S. Laurent .
Le 16. Aouft , on séjourna pour
tenir Confeil. Ily fut refolu que
les
Sauvages de l'Acadie ,fçavoir les
Abnakis les Micmas , les Socokis ,
&c. iroient attaquer deux Forts
Anglois , les plus proches du Campement
des foldats François . Les
noms de ces Forts font Kiafkebec ,
& l'autre Blagrine , & que les
Canadiens avec les Sauvages de
la Milion de Saint * François
avanceroient jusqu'à trois journées
de la par les bois , pour attaquer
les a coftes foutenues de fept ou buit
Voy , pag. Notte
>
Ferisi
GALANT
73
Forts ; les Sauvages Acadiens convinrent
avec Mr de Beaubafin
qu'après qu'ils auroient fait leur
coup , ils viendroient le rejoindre ,
& lui ameneroient fes b canots pour
le foûtenir , au cas qu'il fut infe .
riear aux ennemis & qu'il en fust
pourfuivi. Le foir de ce jour- là ily
eutfeftin de guerre , cela veut dire
qu'outre la bonne chere , les Micmas,
les Socokis & les autres Sauvages
chantent leurs exploits &
ceux de leurs Anceftres en dançant
& frappant de leurs maffués qu'ils
nomment caffe- teftes , fur un gros
piquet planté au milieu de la cabane
ou du c Village ; ilsfe fervent
aufi dans ces fortes de dances
d'une espece de tambour fur lequel
ils ne frappent qu'un coup feulement
Janvier 1705.
G
,
74 MERCURE
à la fois , tres -lentement & d'un
ron lugubre.
A
,
a Le mot de côte fe prend en Canada
pour des Seigneuries dont les habitations
ou maifons font éloignées les unes
des autres de deux ou de trois en trois
atpens, foit qquuee ccee foit le long de la mer,
foit que ce foit le long des lacs ou rivieainfi
on dit à Kebec la côte de Beauport
, la côte fainte Anne, &c. A Montreal
on dit la côte de faint Lambert , la
côte de Boucheville , &c. Ces côtes
quelquesfois ont des quatre & fix lieuës
d'étendues ou environ , plus ou moins, le
nom de Village eft inconnu dans laNouvelle
-France , auffi n'y dit-on jamais un
Payfan , un Villageois de telle côte, mais
un Habitant ; de la vient le mot d'habitation
au lieu de maifon.
b Les canots étoient neceffaires pour
la retraite le long des côtes de la mer ou
dans des rivieres & des lacs .
Je ne me contredis point en difant
GALANT
75
5
qu'on ne fe fert que du mot de côte en
Ĉanada , cela ne s'entendant que des
François ou des Creoles ; car les "Sauvages
demeurent enfemble , leurs cabanes
font toutes de file , un petit efpace entre
deux ; il y a comme une efpece de rue
entre chaque file , des pieux de bois de
Cedre ou d'autres bois font toutes leurs
murailles à l'entour de leurs Villages.
Ze 17. du mois fufdit, on demeura
encore là pour déliberer fur la marche
qu'on feroit. Dans le temps
qu'on tenoit le Confeil , les Sauvages
donnerent une fauffe alarme , en
criant qu'on eftoit découvert ; mais
le foir mefme de cejour dans le feftin
de guerre , on connut la fauſſeté du
bruit qui avoit couru .
Le 18. de ce mois les Canadiens
foutenus des Sauvages de la a Mif
fion de S. François , partirent fur
le foir pour executer ce dont on eftoit
Gij
76 MERCURE
convenu dans le Confeil de guerre
tenu le 16. d'Aouft. On marcha
toute la nuit en canot le long des
coftes de la mer , pendant laquelle on
paſſa vis- à- vis le Fort Anglois
nommé Kiafquebec , & ce à travers
plufieurs Ifles ; la petite armée navale
entra enfuite dans une Baye à
deux lieues au delà dudit Fort , au
fond de laquelle les canots furent
mis à couvert, Ce fut là qu'on attendit
le jour.
2
a Les Miffions chez les Sauvages
en Canada , s'entendent des Villages
dans lefquelles il y a un Preftre pour les
prefcher , catechifer & les entretenir
dans la Foy .
Le 19. d'Aouft , chacun ayantfon
petit a paquet , on marcha tout le
·jour au travers des bois qui eftoient
fi épais de b brouffailles , de ronces
GALANT 77
& d'épines qui s'élevoientforthaut,
qu'on n'apprehendoit pas d'eftie
découvert dans la route. On fit cette
marche quoique fatigante , pour
couvrir fon deffein.
a Le paquet des Sauvages en guerre ,
ne confifte ordinairement qu'en cinq ou
fix épics de blé dans un panier qu'ils appellent
Curagan , attaché à leurs côtez .
b Tous les bois de l'Amerique Septentrionale
font pleins de brouffailles que
les Canadiens appellent Frédoches. Il
faut eftre Sauvage pour s'en tirer fans
avoir rien perdu de fon corps & de fes
habits ; comme l'hyver eft rude à merveille
, long raisonnablement , on a foin
de les éclaircir. Je diray par occafion ,
& à ce propos , que l'ancien Evêque de
Kebec qui eft encore plein de vie, difoit
il y a quelque temps au Lieutenant de
Roy de Montreal qui me l'a redit , que
fi on continuoit à taut couper de bois ,
il n'y en auroit plus dans cinq cens ans
d'icy.
Giij
78 MERCURE
Le 20. l'armée s'eftant trouvée à
portée des Places qu'on vouloit attaquer
, le General la le General la partagea en
plufieurs bandes . Un des détachemens
, qui eftoit de quarante Sauvages
& deplufieurs François , fut
dans une cofte défendue de neuf
Forts ; ilfe tint caché juſqu'au lendemain
midy. On eftoit convenu de
cette heure , afin que chaque petit
Parti fe trouvast rendu aux endroits
differens qu'on avoit refolu d'attaquer
en mefme temps . Tous lespof
tes eftant diftribuez , le Commandant
à la tefte des plus braves , a
marcha avec vigueur jusqu'à une
cofte avancée & au delà de celle
où il avoit pofte fes differens Partis ,
elle eftoit foutenue d'un Fort de b
pierre ; la fin de la marche fe termina
par le paffage d'une riviere
GALANT 79
à la nage , les provifions & munitions
de gue re furent mifes fur des
radeaux. On n'eut pas fi - toft traverfé
cette riviere , qu'une playe
étonnante avec un orage épouvan
table furvenant , il fut impoffible
davancer , cependant chacun s'éa
tant animé , on pourſuivit la marche
& les troupes traverferent. encore
une autre riviere qui donna de
l'eau jufqu'à la ceinture , puis on
alla
camper
à l'autre bord.
a Il eft bon de faire remarquer icy
qu'on ne fe bat en Canada qu'à pied ; car
outre qu'il y a trop peu de chevaux en ce
Pays-cy , il n'eft pas encore affez découvert
pour s'y battre à cheval , quand
même on en auroit fuffifamment , tout
eft bois & plein de brouffailles ; ainſi
on comprend affez que ces forefts font
differentes de celle de Fontainebleau ou
du bois de Boulogne.
Giiij
80 MERCURE
y
La pierre n'eft pas trop rare icy, mais
ce font les Ouvriers pour la tailler & la
bien tailler , qui manquent. Les Forts
font prefque tous de bois , ce fera un
quarré par exemple , entouré de pieux
pointus par en haut , & élevez de huit
à dix pieds hors le rez - de- chauffée .
On formera des angles avec leurs
gorges & leurs flancs , on donnera
à cela quelques formes d'oreillons ; les
lignes razantes ny les fichantes ne font
pas fort obfervées , non plus que les longueurs
des courtines entre chaque
baftion.
Le 1. du mois cy- deffus marqué
, l'ordre eftant donné, tous marcherent
droit aux Habitations , en fe
couvrant neanmoins d'un bois aſſez
épais , pour n'eftre point vüs. La
marche fut reglee de telle maniere
qu'on n'y arriva qu'à midy ou environ
. On prit d'abord un Anglois
qui alloit chercher des chevaux dans
GALANT 81
le bois , on fe faifit encore de deux
autres & enfin on donna vigoureufement
dans les maifons des Habitans
jufqu'au Fort de pierre , ap.
pellé le Fort Sako , d'où l'artillerie
fit feu pendant tout le jour. On
laiffa ce Fort pour defcendre le long
de la riviere de Saxo & les François
aidez des Sauvages eſtant venus
aux mains avec les Habitans
de cette cofte , ceux- là leurs tuerent
quantité de gens , brûlerent grand
nombre de maifons ou habitations ,
s'emparerent d'une multitude prodigieufe
de beftiaux ; les Sauvages
de leur cofte eftoient defcendus en
partie en canot le long de ladite
riviere , & avoient fait un carnage
effroyable des Anglois , ils s'eftoient
de plus emparé d'une Barque dans
laquelle ils revinrent trouver le
82 MERCURE
gros des troupes de l'armée Canadienne.
Quelques - uns cependant des
differens Partis qui avoient poußé à
travers les habitations Angloifes,
ne s'étant pas trouvez au gros de
L'armée , on campa autour d'une
grande maifon appartenante à un
François fort accomodě & habitant
du lieu en les attendant ; ils vin-.
rent aſſez tard ; mais auſſi amène -
rent- ils un bon nombre de prifone
niers , hommes , femmes & enfans ;
Les Sauvagesfirent autant de a cris
qu'ils avoient tué de perfonnes . Le
Commandant voyant tout fon monde
affemblé , fit mettre des Sentinelles
autour de fon Camp & de la maifon
de l'habitant François , qui
eftoit comme le lieu du quartier des
Roy où eftoit le General. Onprit là
unpeu de repos , & autant que les
GALANT 83
>
circonftances & le temps le permettoient
a. Les Sauvages appellent ce cris SAKAKOUA
, ou cris de mort , autant de
cris , autant de perfonnes tuées ou aufquelles
ils ont enlevé la chevelure ; ils
font auffi le Sacacona lorfqu'ils ont enveloppé
leurs ennemis , foit dans les
bois , foit fur des lacs & des rivieres . Ce
cri fe fait en frappant legerement de la
paume de la main & prononçant le mot
fufdit.
les
Le 22. Aoust juſqu'à midi ,
François & leurs Alliez demeure
rent en paix aux environs de l'hae
bitation du François eftabli en la
Nouvelle - Angleterre ; l'aprédinée,
les Sauvages allerent infulter le
Fort de pierre dont on a parlé plus
baut , & ils en revinrent avec un
des leurs bleffé à la main, Sur le
84 MERCURE
foir toutes chofes eftans concertées , les
François avec les Sauvages marcherent
en bon ordre jufqu'au pied
dudit Fort. L'attaque fut chaude
& pleine de vigueur , la bravoure
y parut avec éclat , & aprés une
heure d'un combat opiniatré , les
Anglois fe virent obligez de fe rendre
à compofition ; ils demanderent
la viefauve & cela leurfut accordé.
On entra enfuite dans le Fort, toutes
les maifons quiy eftoient furent bru
lées aprés que le foldat fe fuft accomodé
des effets qu'il pouvoit emporter.
A la vûë de tout ce butin , Mr
de a Beaubafin difoit comme Annibal
: partagez entre vous le
fruit de la Victoire
, pour moy
je ne me referve que celuy de
la gloire . Les boeufs , moutons &
autres beftiaux qui se trouverent là
GALANT 85
Diet
OUT!
an
les
ren
rent
rié.
s furent égorgez pour faire des vivres
à l'armée. On trouva dans le Fort
de Sako , unefemme qui avoit eu le
bras caffé d'un coup de fufil , deux
hommes tuez & un autre qui avoit
une oreille emportée ; cela fait , Por_
dre fut donné aux Chefs des Brigades
de faire retourner leur monde à
la maifon de l'habitant François ,
& defaire bonne garde alentour. On
ne demeura pas long- temps là ; car
aui - toft que la nuit vint & que la
Lune fut levée, le Commandant des
troupes fit défiler les foldats le long
du rivage de la mer , & aprés une
marche affez fecrete jusqu'au coucher
de la Lune , on s'arrefta dans
un petit bois & ce fut- icy qu'on atde
tendit lejour.
utes"
bra.
per-
Mr
An.
s le
moy
ن م
S56
a J'eftime que fon grand coeur le faifoit
parler ainfi.
86 MERCURE
a
Le 23. du mefme mois , on continua
à marcher jufqu'à un bras de
mer que l'on paffa en a canot. Lorfqu'on
eat traverfé ce petit Golphe ,
on alla affieger un Fort placé fur
une longue pointe de terre qui avançoit
en mer & formée par la Baye
dont on vient de parler. Dans le
temps que les François aidez des
Sauvages preffoient les affiegez de
Je rendre , une affez grande b Barque
venant de c Bafton & amenant
du fecours ayant paru aux alliegeans
, ils jugerent à propos defe
retirer dans un bois voisin , où ils
camperent , non fans d coup ferir ;
car ils y trouverent plufieurs caba
nes & habitations Angloifes , dont
les habitans qui avoient ofé difputer
le terrain , eurent lieu d'eftre
fort fachez , puifque la plupart des
GALANT 87
leurs y demeurerent fur la place , e
Les Sauvages ne leurs donnant point
de quartier. Quelquesfoldats f Canadiens
fejetterent fur des troupeaux
de moutons qu'ils enleverent , &
celafervit àfaire g chaudière.
a Voila la commodité qu'il y a en
Canada , on marche à pied tant que le
terrain le permet , & file chemin eft in
terrompu par la mer ou par des rivieres,
on a des canots avec foy , qui n'étant que
d'écorce d'arbres & parconfequent fort
legers , font prefts à mettre à l'eau, & ne
fatiguent que peu à les poiter dans les
terres.
b On a dit cy-deffus dans les Notes ,
ce que c'étoit que ces barques , elles
ont un grand maft & un borcet, ou maſt
d'avant.
c Bafton eft la Ville Capitale de la
Nouvelle - Angleterre . Cette Ville eſt
fort peuplée.
d Les Canadiens fe battent dans les
88
MARCURE
bois comme dans les plaines , ils ont appris
cela des Sauvages avec lefquels ils
vivent ; les Anglois font plus pefans ,
leur.ventre plein de bière les empêche
de marcher.
e Les Anglois malgré leur reſiſtance ,
font défaits par les François- Canadiens.
fL'ufage eft tout-à-fait pour Canadien
& non Canadois .
g Terme Canadien qui fignifie faire
bouillir la marmitte , ce mot ou pluſtoſt
cette façon de parler vient desSauvages.
Le 24. d'Aouft l'armée poursuivit
fa route dans le Pais ennemi , brû.
lant les habitations à qui fe rencontroient,
aprés avoir pillé ce qui étoit
dedans ; comme cette marche fatiguoit
beaucoup lefoldat , on mit les
canots à Peau , & on paſſa à la
vue du fortqueles Abnakis de Nouaufouan
tenoient affiegé , & où ils
avoient manqué leur coap , penfant
GALANT 89
e
15.
ce
oft
sit.
4.
on.
git
Hi.
les
la
ils
ant
L'emporter d'emblée ; car ils avoient
tué le Commandant de ce Fortb
fon Lieutenant , qui par imprudence.
s'en eftoient écartez , mais les autres
Anglois s'eftant bien fortifiez
au dedans rendirent inutiles les efforts
defdits Sauvages . A l'arrivée
des François- Canadiens les Abna-
Kis Nouaufouaniens firent leurs cris
de mort d des Anglois qu'ils
avoient pris & qu'ils avoient tuez
le long des coftes de la mer & dans
leurs habitations . Mr de Beaubasfin
m'a dit qu'il en avoit compté
cent quatre- vingt - dix , autant de
cris , autant de perfonnes ; ceux cy,
c'est- à - dire les Canadiens , leur répondirent
de cent quarante -fix , en cris
s'entend • pour s'accommoder à la
maniere Sauvage. Ces cent quarante-
fix' cris fignifioient aux San
Janvier 1705
H
90 MERCURE
de
vages Alliez, que les François ha
bitans du Canada avec leurs Sauvages
, avoient tué le nombre qu'on
leur crioit. C'eft beaucoup en ce pays
icy , où on ne fait la guerre qu'à
pied , dans les bois , far des rivieres,
ou dans des côtes . Lefdits Sauvages.
Nouaufouan , avoient enlevé
aux Anglois furles côtes de la Mer
quatre Bâtimens , fous le canon &
à la vuedu Fort qu'ils avoient voulu
emporterd'affaut, Les Canadiens
ayant accepté l'offre que leurs firent
ces Sauvages de ces quatre petits
Navires on Barques , ils fe font
joints à eux pour tacher de fe rendre.
maitres de la Place que les Nouaufouaniens
avoient manqué ; voicy
ce que c'est que cette Place : elle eft
flanquée de Baftions bien terraffez,
& tout au tour d'une Paliſade de
GALANTA, 9.1
pieux élevez de douze à quinze pieds
hors de terre , avec des Guérites qui
répondoient aux gorges des Baftions
qui font munis de cing pieces de canon
, la Garrison eft de cinquante
bammes. Le Fort Anglois eftant en
cet état , n'empêcha point les Canadiens
fontenus des Sauvages leurs
Alliez , d'ouvrir la Tranchée pour
en approcher avec plus de fureté ,
&fur tout à caufe des Sauvages
qui ne veulent paint se battre à e
découvert.
a Le butin excite le foldat.
b Imprudence des Anglois.
Le SakaKoua des Sauvages.
d Autant d'homines , autant de cris,
c'eft la coûtume des Sauvages de Canada
; ces cris fe font d'un ton qui fair
trembler , lentement & à diverfes repriſes
.
Le fort des Sauvages eft de com-
Hij
92
MERCURE
batre dans les bois derriere des arbres,
dont ils fçavent parfaitement fe couvrir .
Le 25. dudit mois , jour de Saint
Louis , le Soldat François aidé du
Sauvage , commença à ouvrir la
Tranchée . Pour couvrir les Travailleurs
, il y eut ordre de faire
grand feu de moufqueterie fur les
Aliegez , ceux - cy répondirent à
coups de canons , qu'ils tirerent même
pendant la nuit , de temps à autre
& d'une maniere qu'ils fembloient
demander du fecours , & les
canonades des Anglois ne détournerent
point nos Travailleurs , ni ce
jour- là , ni la nuit fuivante , jufqu'à
midy du 26 Asust.

Le 26 du mois d'Aouft , deux
Vaiffeaux Anglois munis de pluplufieurs
pièces d'Artillerie avec un
nombreux Equipage , parurent en•
GALANT 93

tre le Fort & les Canadiens déja
retranchez à moitié. Ces Navires
ayant tiré une bordée fur les Alliégeans
, virerent de bord & en envoyerent
une autre ; comme cet épouventable
tonnerre & cette grele
de boulets continuoit , & que dail
leurs on ne fe voyoit point affez couvert
, n'ayant ni Gabions , ni bales
de laine pour empêcher le grand feu
des Ennemis , on quitta la pioche
pourfe fervir du mousquet , & onfe
es battit jufqu'à la nuit. Principalement
les Sauvages que la résistance
rendoit plas braves , avec quelques
François , s'étans jettez en mer par
le moyen de leurs Canots , firent des
décharges à fleur d'eau fur lesdits
Vaiffeaux , qui n'avoint pas lè mèmé
avantage fur les Canots , les
bords de ceux - là étant trop élevezs
94 MERCURE
les Navires neanmoins voulant abfolument
ravitailler le Fort aſſiege,
approcherent de terre leplus qu'il leur
fut poffible , & à travers une pluye
de balles de moufquet des Canadiens.
On remarqua que pas un feul
boules de plufieurs bordées que les
Anglois tirerent fur les François-
Canadiens alliégeans , n'atteint
qui que ce foit 3 la prudence cependant
demandant qu'on se campaſt
hors la portée du canon de ces Traupes
auxiliaires Angloiſes , on alla
fe couvrit d'un bois vaiſin , d'où l'on
fit unfeu continuel , tantſur le Fork
que fur les Vaiffeaux mouillez en
rade du Fort. Les Capitaines de
ces Vaiffeaux craignant de fecourir
troptard la Place , firent armer des
Chaloupes pour jetter des Troupes
dans la Place alegée , ce qu'apGALANT
91
perçevant les François aidez des
Sauvages , ils s'y oppoferent avec
une bravoure & une intrepidité fi
extraordinaire , qu'il ne fut pas
posible aux Commandans de ces
Navires , d'en venir à bout . Pendant
ces efcarmouches & ces diffe
rens efforts & des François & des
Anglois , qui estoient affurement
fort *fuperieurs en nombre , en for
ces , en munitions de guerre & ens
tout on confidera que non feule
ment les vivres manquoient, & pour
continuer un long ſiege , & paur retourner
en la nouvelle France ;
maispour examiner plus murement
toutes chofes , on tint confeil ,
Pavis des plus Sages fut : Que
Armée Canadienne eftant trop expofée
au canon des Vaiffeaux An-
* Les Anglois.
96 MERCURE
glois à Partillerie du Fort ; que
manquant auffi de munitions de bou .
che , il falloit fe défifter de l'entreprife
, prévoyant d'ailleurs qu'on n'y
reaffiroit pas ; les Navires fufdits
eftans mouillez vis à vis du Fort &
forts d' Equipage. On décampa donc,
le Soldat Canadien avec le Sau.
vage , ayant mis les Canots à l'eau,
on alla mouiller à une petite Ifle
voisine qui estoit hors de l'atteinte.
de l'Ennemi .
5. Le 28 jour du mois d'Aoust
Armée de Canada composée de
Français & de Sauvages s'eftant mife
dans des Canots , elle prit à peu
prés le même chemin dont elle s'eftoit
fervie en venant chez les Anglois
pour s'en retourner à Kebec. On
ne repetera point icy les noms des
Rivieres ou des Lacs , qu'il fallut
traverser
GALANT
97
traverser avec beaucoup de fatigues
& de dangers en même temps . Il
feroit ennuieux auſſi de parler encore
de ces Montagnes escarpées &
de ces bois épais, au milieu defquels
il fallut marcher & porter les Ca.
nots , les divers portages feroient
auſſi inatilement retracés , puifqu'on
a répassé par la même route
&s'il eft permis de parler airfi ,fur
les mêmes pas , où au moins , pour
dire les chofes avec toute l'exaiti.
tude pallible , prefque fur les mêmes
. Le 27. jour du Septembre fut
le dernierjour de la route qui étoit
d'environ cent cinquante lieues &
celuy de l'arrivée du parti Canadien
avec bon nombre de prifonniers
& beaucoup de butin , fans
que les François aïent perdu aucun
de leurs ; il s'eft trouvé cinq ou fix
Janvier 1705.
I
98 MERCURE
Sauvages feulement de tuez dans
cette expedition militaire dans la
nouvelle Angleterre.
Voila , Monfieur , Pétat des
differens Combats que les Cana.
diens aidez des Sauvages leurs Al
liez ont donné aux Anglois , juſqu'aux
portes de Bafton Capitale
& la principale ville des Anglois
dans l'Amerique Septentrionale.
Je fuis , &c.
Le Monaftere de la Trape
donne depuis le temps de fa
reformation , établie par le feu
Abbé Dom Jean - Armand le
Bouthillier de Rancé de
grands exemples de vertu & de
grands Sujets d'édification à
GALANT 99
S
fa
l'Eglife. Les pratiques de Penitence
qu'on y fuit y font portées
à un fi grand degré d'aufterité
qu'il femble même qu'on
n'oferoit leur comparer les
traits qu'on trouve dans les
vies des Peres du defert. L'efprit
du Reformateur anime
encore cette fainte Maiſon ,
& fi les étrangers qui y abordent
de toutes parts pour eftre
eux - mêmes témoins de ce
qu'on en public dans le monde
, y remarquent de temps en
temps quelque changement ,
c'eſt
parce que
la ferveur de
ccs faints Solitaires qui aug-
I
ij
100 MERCURE
mente chaque jour , bien loin
de fe refroidir , comme il eſt
fouvent arrivé dans les Ordres
nouvellement reformez , y donne
licu .Mais ce qu'il y a de plus
confolant pour les Religieux
qui habitent cette Maiſon , &
de plus touchant pour les étrangers
qui ont le bonheur d'en
cftre les témoins , ce font les
benedictions que Dieu verfe à
pleines mains , & les delices interieures
dont il comble ceux
dont fa providence ` termine
le cours de la vie. Ils meurent
tous dans cette douceur & dans
cette joye du coeur qui font
GALANT TOI
des gages affurez de predeſtination
, & on a foin de donner
au public la relation de leur
mort. J'ay toûjours efté prévenu
dans le defir que j'avois
de vous en parler , mais j'ay
efté averti de fi bonne heure ,
que je ne crains pas de l'eftre
fur la mort du Frere Alberic ,
arrivée dans ce Monaftere le
18. Décembre dernier. Il eft
mort d'une maladie qui eft
mortelle en ce lieu dés qu'on
en cft atteint , je veux dire d'un
mal de poitrine. Il eftoit du
Diocefe de Saint Pons ; il
avoit embraffé l'Etat Eclefiaf
y
I iij
102 MERCURE
tique dés qu'il avoit eſté dans
un âge à fe pouvoir déterminer
fur un état de vie. M' l'Evef
que de S. Pons , qui joignoit à
la tendreffe de pere qu'il avoit
pour luy , la plus haute eſtime
, luy avoit conferé l'Ordre
du Sousdiaconat
auffi-toft qu'il
cut atteint l'âge requis par les
Canons , & il luy deftinoit les
premiers emplois de fon Eglife
, comptant déja de partager
avec luy le poids du Miniftere
Apoftolique , lorfque Dieu qui
en vouloit faire un Saint , l'appela
dans la folitude. L'attrait
qu'il avoit toûjours eu pour la
GALANTM103
retraite , fe fit fentir avec plus
de force dans le temps où il
fembloit eftre plus utile au
monde. M' l'Evêque de Saint
Pons pour lequel il n'avoit rien
de caché , condamna d'abord,
ſon deſſein. Il tâcha de le luy
faire abandonner , & il ufa pour
cela de tous les moyens qu'une
picufe induſtrie luy fuggera ,
dans l'efprit de conferver afon
Eglife un fi pretieux fujet ; mais
enfin ce vertueux Prelat voïant
la volonté de Dieu trop marquée
dans la vocation de ce
jeune homme , confentit à fon
deffein aprés s'y eftre vaine-
I
iiij
104 MERCURE
ment oppofé durant trois ou
quatre années. Ce nouvel Elie
courut au defert dés qu'il euſt
obtenu l'agrément de fon Prelat
, & fa vocation y fut reconnuë
fi bonne , qu'il y reçut
l'habit de Novice peu de temps
aprés fon arrivée , & aprés
quelques jours d'épreuves ; il
n'eftoit pour lors âgé que
vingt - quatre ans & quelques
mois. M' l'Evêque de Saint
Pons qui apprit que fa fanté
s'affoibliffoit dans le Noviciat ,
fe fervit encore de ce moyen
pour le rappeller auprés de luy ;
il n'oublia rien pour y réüſſir ,
de
GALANT 105
mais ce fut toûjours inutilement.
Le temps du Noviciat
eſtant expiré , le Frerc Alberic
( c'eftoit le nom qu'on luy
avoit donné à fon entrée dans
la Religion ) fit fa Profeffion
entre les mains du Pere Abbé ,
& jura aux pieds des Autels de
de vivre & de mourir dans la
Regle de Cifteaux , telle qu'elle
eftoit obfervée dans le Monaftere
de la Trape . Aprés cet engagement
folemnel , le Frere
Alberic continua à marcher
dans les voyes du Seigneur
avec un zele & une ferveur qui
fe firent bien-toft remarquer.
106 MERCURE
Il ne trouvoit point d'affez
grandes aufteritez ; les mortifications
ordinaires de ce lieu ,
dont les gens du monde font
pourtant fi effrayez lors qu'ils
y vont , luy paroiffoient trop
communes ; il vouloit toûjours
aller au de-là du point de la
Regle , & il difoit fouvent que
les forces humaines pouvoient
aller plus loin ; enfin rien ne
l'arreftoit , & il trouvoit tout
aifé lorfqu'il eftoit queftion de
s'humilier & de fe mortifier.
Son zele même alloit fi loin
qu'il en fut furnommé le Petit
Reformateur , & que fes SupeGALANT
107
rieurs eurent fouvent befoin
de donner des bornes à fa . ferveur.
M' l'Evêque de Seez ,
dans le Dioceſe duquel la Trape
eft fituée , ayant efté luymême
le témoin de la vertu du
jeune Profés , & en entendant
dire tous les jours des chofes
furprenantes , voulut l'attacher
de plus prés au miniſtere
des Autels : il luy confera le
Diaconat, quelque obftacle que
fa profonde humilité y appor
taft ; & ce Prelat l'auroit élevé
au Sacerdoce , fi Dieu ne l'euft
pas fi-toft appellé à luy . Aprés
trois années de Religion le Fre108
MERCURE
re Alberic commença à s'appercevoir
d'un grand affoibliffement
d'eftomach & fa poitrine
fut bien-toft attaquée ;
fes Supericurs qui s'apperçurent
de fon mal , quelque foin
qu'il prift de le cacher , le mirent
à l'Infirmerie. Il y demeura
quelque temps ; il fut porté
à l'Eglife pour y recevoir les
derniers Sacremens huit jours
avant fa mort . Il les reçut avcc
une picté & un renouvellement
de ferveur qui toucherent tous
fes Freres. Tout le temps qui
fuivit cette fainte ceremonie
ne fut plus employé qu'à fe
GALANT 109
preparer au grand paffage de
1 Eternité;il n'en perdoit jamais
la penfée , & quoy qu'on luy
puft dire fur fa fanté & fur les
remedes qui pouvoient prolonger
fa vie , il penſoit toûjours
à la mort.Enfin
lejour qui preceda
celuy de fa mort,iſ avoüa
au Pere Abbé , qui l'examinoit
fur les difpofitions de fon coeur,
qu'il mouroit avec la confolation
de n'avoir pas eu une feule
penſée du monde depuis fon
entrée dans la Religion .
a
Mr de la Palu , Marquis de
Bouligneux , Lieutenant Gene
110 MERCURE
ques
neral des Armée du Roy, dont
je vous ay appris la mort, avoit
efté Menin de Monſeigneur
& dans toutes les occafions il
avoit donné de grandes marde
fa valeur & de fon intrepidité.
Il eftoit petit- fils de
Jean de la Palu , Comte de
Bouligneux,& de GabrielleDamas
de Thianges . Ce Jean de
la Palu étoit Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roy
& avoit cfté élû de la Nobleffe
du Duché de Bourgogne cn
1630 , 1631 & 1637. Il étoit
fils de Charles de la Palu , Seigneur
de Bouligneux , & EnGALANT
III
feigne de la Compagnie d'hommes
d'armes de Monfieur le
Grand Prieur de France , & de
Jaqueline de Saux , fille d'Alexandre
de Saux , Seigneur de
Torpes & Gouverneur d'Au-
-xonne. Charles étoit fils de
Jean de la Palu , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel, Seigneur
de Bouligneux , & de Jeanne
Clutin , fille de Charles Clutin
Seigneur de Ville Pariſis . Jean
de la Palu étoit fils de Richard
de la Palu , Colonel d'un Regiment
d'Infanterie au fiege de
Perpignan en l'an 1542. &de
Catherine de Foucher . Richard
112 MERCURE
fut fils d'Etienne de la Palu ,
Chevalier Seigneur de Meilly,
& de Louife de Salins , fille de
Guillaume de Salins , Chevalier
Seigneur de Raon au Comté
de Bourgogne. Ce fut Etienne
de la Palu qui forma la branche
de Bouligneux . Il étoit fecond
fils d'Antoine de la Palu,
Chevalier Seigneur de Jarnoffe,
& d'Agnés de Gelan , Dame
de Meilly. Antoine étoit fils
de Jean de la Palu , Chevalier
Signeur de Jarnoffe , de Bernay
, de Bernage & de Villereys
, lequel étoit fils puîné de
Guigues de la Palu , Chevalier
GALANT 113
Seigneur de Châtillon , de la
Palu , S. Mauris , de Remens ,
& c. Gui de la Palu étoit fils de
Gui de la Palu & d'Alix de
Charlieu , Dame de Jarnoffe .
Ce Gui étoit fils d'un autre Gui
& de fa feconde femme Claudine
du Plantey. Gui étoit fils,
de Jean de la Palu , & de Beatrix
de Grolée ; & celui- ci l'étoit de
Girard de la Palu , Chevalier
Seigneur de Châtillon , de S.
S Mauris , de Remens & de Vire-
Châtel . Girard fut fils de Gui
de la Palu , qui fut l'un des fils
de Guillaume de la Palu , Chevalier
Seigneur de Varembon
Fanvier 1705 .
K
114 MERCURE
>
& de Richemont , qui étoit fils
de Gui de la Palu , Chevalier
Seigneur de Varembon , qui
cut pour troifiéme fils Gui de
la Palu , Chanoine , puis Archidiacre
& Comte de l'Eglife
de Lyon , & Prevost de
Fourvieres. Il fut fils de Pierre
de la Palu , Seigneur de Varembon,
& pere de Guillaume
de la Palu , Chanoine & Comte
de l'Eglife de Lyon. Pierre
fut fils de Richard de la Palu
qui vivoit au commencement
du douzième fiecle. Pierre de
la Palu , Jacobin & Patriarche
de Jerufalem étoit de cette
Maifon
GALANT IIS
Mlle de Cormeil , Dame de
Cormeil connue dans le Vexin
François , y eft morte fubitement
dans un âge tres avancé.
Elle eftoit languiffante depuis
quelque temps , & la grande
maigreur où elle eftoit tom .
béc ne préjugeoit pas une
longue vie : cependant les Medecins
ne voyant aucun figne
certain de mort ne la condamnoient
pas encore; mais fentant
que fes forces diminuoient
confiderablement, & craignant
l'accident qui luy eft arrivé ,
elle fe preparoit journellement
au paffage qu'elle vient de faire.
Kij
116 MERCURE
Elle avoit fait fon Teftament
quelque temps avant ſa mort,
& elle fait heritiers , fes Neveux
, fils de M° de Menonville
fa foeur , mariée à M' de
Menonville

Gentilhomme
eftabli dans le Vexin François ,
& privé de la vue depuis quel
ques années . Mlle de Cormeil
eftoit fortie d'une tres-ancienne
Maiſon qui a donné beaucoup
d'Officiers de diftinction
dans les troupes du Roy
& de grands Sujets à l'Eglife .
Je
continue à vous envoyer
des Articles de ceux qui viGALANT
117
vent long-temps , puifque cela
vous fait plaifir , ainfi qu'à vos
vieux amis qui ont efté ravis
de trouver dans ma derniere
Lettre , celle de M'l'Eveſque de
Bayonne , dans laquelle il parle
d'un homme âgé de cent onze
ans , & remarié depuis quelques
années. Les Articles qui
fuivent vous feront voir que
l'on vit long-temps à Evreux ,
ce que l'on attribue à la bonté
du climat. Je viens d'apprendre
la mort de deux femmes qui y
font decedées , dont l'une étoit
âgée de cent trois ans ,
tre de cent fept. On y
ans , & l'auvoit
118 MERCURE
encore aujourd'huy un mary
& une femme qui quoique
dans un âge fort avancé ont
l'efprit tout - à - fait fain ; le
mary a quatre-vingt- onze ans,
& la femme qui fe porte tresbien
en a quatre - vingt - fix .
Cette Ville eft remplie deBourgeois
âgez de quatre-vingtquatre-
vingt- dix & qua- huit ,
du
nomtre
-vingt- douze ans ,
bre defquels eft M' Flambart.
Martin Gaudri , habitant
du Village d'Autrep en Picardie
, vient de mourir , âgé de
cent cinq ans.
Yous fçavez que lorſque le
GALANT 119
Roy cuft commencé à regner
par lui- même , auffi- toft apiés
fon mariage , les plus grand:
foins de Sa Majefté furent de
reformer les abus qui s'étoient
gliffez dans la Juftice & dans
les Finances, & de redonner de
la vigueur aux Loix . Ce Prince
refolut auffi d'employer tous
les moyens poffibles non-feulement
pour faire fleurir les
beaux Arts dans fon Royatme
, mais auffi pour les mettre
dans le plus haut point de perfection.
Il n'eut pas de peine ,
feu M ' Colbert qui les aimoit
naturellement
cltant entré
120 MERCURE
dans ce temps -là , dans le Minftere
, & ayant parfaitement
Tecondé fes intentions ; de maniere
que la Peinture , la Sculpture
& la Gravure firent tant
de progrez en peu de temps ,
que fi Rome fembloit encore
l'emporter pour quelques morceaux
antiques , Paris luy difputoit
avec avantage la beauté
des Ouvrages modernes . Peu
d'années aprés l'établiſſement
des Gobelins , où l'on trouvoit
une Pepiniere de tout ce
que la France avoit de plus
habiles Ouvriers en chaque
Art , tout Paris & tous les
étrangers
GALANT 121
pour
étrangers , qui s'y trouvoient
en foule , furent charmez de
la beauté des grands Tableaux
de l'Hiftoire d'Alexandre faits
par M ' Le Brun faire des
Tapifferies pour le Roy. Elles
furent fabriquées fur ces Tableaux
, & elles attirerent tant
d'admiration qu'il fuſt jugé à
propos de les faire graver , afin
que toutes les Nations du
monde puffent voir , par le
moyen des Eftampes
qu'elles ne pouvoient voir en
Original . Ces Eftampes furent
achetées mefme pour envoyer
chez les peuples les plus recu-
Fanvier 1705 .
L
CC
122 MERCURE
lez , & pour les avoir toujours
devant les yeux , on les mit
dans des bordures , & elles tinrent
rang de Tableaux dans
une infinité de lieux .
4
de
I
Les grandes Conqueftes du
Roy en l'année 1667. & en
1672. ayant donné lieu à feuM
Vander-Meulen , qui eftoit
cftabli aux Gobelins , de faire
de grands Tableaux des actions
les plus remarquables où
Sa Majefté s'eftoit trouvée en
perfonne , ces Tableaux eurent
le mefme fort que ceux de
l'hiftoire d'Alexandre. Ils furent
gravez de mefme & les
GALANT 123
Estampes en furent recher
chées prefque de toute la terre.
On grava enfuite toutes les
Fontaines de Verfailles , & enfin
prefque tout ce qui fe fir
de plus beau en Edifices , en
Peinture & en Sculpture fut
gravé , auffi bien que tous les
Tableaux du Roy , tant anciens
que modernes , & l'on
trouvoit parmi ces Eftampes
le grand Carouſel que Sa Majette
fit peu de temps aprés fon
Mariage. Il eftoit gravé par
feu M Silveftre , qui a auffi
gravé le Château de Meudon
, & qui a eu l'honneur de
2
Lij
124 MERCURE
montrer sandeffigner à Monfeigneur
le Dauphin. Je vous
ay parlé de la plupart de tous
cos ouvrages à mesure qu'ils
ont lefté gravez , mais je ne
vous ay encore rien dit de
ceux de M Jouvenet, Adjoint
à Recteur de l'Academic
Royales de Peinture & de
Sculpture, & dont les Ouvrages
de peinture font dans une
eftime generale. Content de fa
reputation , il ne s'eft point
empreffe de les faire graver ,
& peut-eftre mefme que le public
en feroit encore privé , fi
tous les amis & un nombre
GALANT 125
infini d'étrangers ne l'avoient
preffé de fuivre les exemples
des autres ; de maniere qu'il a
déja commencé à donner ſept
ou huit Eftampes au public.
Voicy ce que reprefentent les
quatre premieres .
de
Les Mages trouverent l'Enfant
avec Mariefa Mere & fe
profternant en terre ils l'adorerent.
Puis ouvrant leurs trefors ils luy
offrirent pour preſens de l'Or ,
l'Encens de la Myrrhe. En
S. Math. chap. 2. v. 11.
Cette Eftampe eft gravée par
M Loir, INTE
Liij
126 MERCURE
Voicy ce qui eft au bas de
la feconde Eftampe
.
Comme le pere & la mere de
l'Enfant Jefus le prefentoient
dans le Temple , afin d'accomplir
pour luy ce que la loy avoit ordonné,
un Viellard nommé Simeon
Le prit entre fes bras & benit le
Seigneur. En S. Luc chap. 2. v.
27.
Cette Eftampe eft gravée par
le mefme M Loir, or
On hit ce qui fuit au bas de
la troifiéme Eftampe.
Jefus ayant trouvé dans lé
GALANT 127
Temple des gens qui vendoient
des boeufs , des moutons & des
colombes , comme auffi des Changeurs
qui estoient affis à leurs Bureaux
, il fit un fouer avec des
cordes & les chaßsa tous du Temple
, iljetta par terre l'argent
des Changeurs & renverſa leurs
Bureaux. En S. Jean ch. 2. v.
14.
Cette Eftampe eft gravéc
par M' du Change.
Voicy ce qui eft au bas de la
quatriéme Eltampe.
Le Pharifien qui avgit invité
Jefus , voyant cette Femme pro-
Sternée à fes pieds , die on lug
L
iiij
128 MERCURE
même : fi cet Homme eftoit Prophete
, il fçauroit qu'elle eft pechereffe
; mais Jefus lui dit , Simon
; je vous déclare beaucoup
de pechez luy font remis,
parcequ'elle abeaucoup aimé Dieu.
En S. Luc Chap . 7.
que
Cette Eftampe eft auffi gra-
M' Duchange.
vec
par
Les Tableaux d'aprés lef
quels ces Eftampes font faites ,
ont reçu de fi grands applaudiffemens
de tout le public ,
lorfqu'ils ont efté expoſez à
fon jugement , que vous devez
juger par là de la beauté des
Eftampes , fur tout en appreGALANT
129
nant qu'elles ont efté gravées
par les plus excellens Graveurs
d'aujourd'huy.
ay
Je fuis ravi que vous ayez
eftéfatisfaite de ce que je vous
mandé ,
touchant ce qui
s'eft paffé au Parlement
& à la
Cour des Aides , aprés la S.
Martin , lorfque ces Corps
font rentrez & ont ouvert
leurs Audiences. Il m'eft tombé
depuis ce temps -là un tres
beau Difcours
entre les mains,
prononcé
au Prefidial
de Bourg
en Breffe. La Lettre qui fuit
vous inftruira
de tout ce qui
130 MERCURE
regarde ce difcours , que vous
trouverez enfuite de la même
Lettre.
A Lyon ce 20. Novembre
FE
1704.
E vous envoye Monfieur ,
un larcin que j'ay fait depuis
peu de jours , duquel je dois
efperer le pardon, vuifque j'enfais
en même temps la reftitution en
faveur du Public. C'est d'une
barangue quej'aytiréeparfurprife,
des mains de fon Auteur qui eft
Meffire Jaques du Tour-Wlliard ,
Seigneur de S. Nizier , Lieute,
nant General au Prefidial de
GALANT 131
Bourgen Breffe, Confeiller d'hon
neut au Parlement de Dombes ,
nommé pour la feconde fois l'un
de trois Sindics de la Nobleffe de
fa Province. Il eftd'une des plus
anciennes familles de Breffe . Ce
difcours fut prononcé à l'ouver
ture des Audiences aprés lafaint
Martin , & eft le troifiéme qu'il
afait , quoy quil foit fort jeune
, à la tefte de fon Corps , qui
eft tres - illuftre , non -feulement
par l'ancienneté de fa creation
& par l'étendue de fon ref
fort; mais encore plus par le me
rite perfonnel de ceux qui le compofent
, quifont tous d'unegrande
132 MERCURE
erudition & dont la pluspart font
Gentilhommes. L'ancien Préfident
de cette Compagnie eft Meffire
N... de Bachet, Seigneur de Mefe
riac , d'une ancienne nobleffe , lequel
dans un âge avancé conferve
cette vivacité de genie qui le fit
admirer de toute la Cour , lorf
qu'en 1660. il vint complimen
ter Sa Majesté en cette Ville de
Lyon . Il eft fils du celebre Claude
Gafpard de Bachet de Meferiac ,
duquel l'Hiftorien de l'Academie
Françoife fait un éloge tres-particulier;
& qui avoit efté choisi
par le grand Cardinal de Richelieu
, pour eftre des 40. AcademiGALANT
133
a
ciens dont il compofa cette Com
pagnie , dont l'inftitution a fait
tant d'honneurà fa memoire . Comme
vous avez fçu fans doute
Monfieur 15 ce qu'écrit Mr
Peliffon à l'honneurde cet Academicien,
je ne vous enparleray pas ;
afin de revenir à l'ouvrage qui
fait le fujet de cette Lettre , qui
fut prononcé avec beaucoup de
grace & qui a efté fort applaudi
par tous ceux à qui je l'ay communiqué.
Si fon Auteur fe chagrine
de fe voir dans le grand
jour, je me confoleray de l'avoir
faché pourfaireplaifir à tous ceux
qui le liront dans vostre receüil ,
134 MERCURE
& fur tout fi cet incident me met
en estat de vous perfuader que je
fuis , &c.
Voici le difcours dont il eft
parlé dans cette Lettre.
HARANGUE
fur le Secret.
De toutes les vertus d'un Magiftrat
, il n'en eft point de fi communement
negligée ou de fi imparfaitement
pratiquée que celle du
Secret.Apeine daigne-t- on la mettre
au rang des devoirs du Minif
tere , ou du moins on ne l'envisage
que comme un de ces devoirs de
bien-feance, qui tiennent plus de la
GALANT 135
perfection arbitraire d'un Confeil ,
que de l'indifpenfable neceffité d'u
ne Loy.
Cependant fi nous y prenons
garde , la fcience de fe tairefi utile
à tous les homme dans les differentes
fituations de la vie, devient
encore plus importante au Juge ,
dans l'adminiftration delicate de
Jes emplois.
Cette Science, qui luy acquiert
un Empireglorieux fur luy mesme
,forme une partie de fon autorite.
Elle fait respecter en luy
cette portion de la Majesté Royale,
dont le Prince fe depoüille en fa
faveur ; & comme le Secret eft
136 MERCURE
le grand reffort qui anime , qui
fait reüffir les entrepriſes de l'Etat
, qui en procure l'agrandiffement
le bon ordre ; c'est auffi
le Secret qui donne aux decifions
de la Justice , le caractere & le
poids dont elle ont befoin pour eftre.
reçues utilement dans le public.
Cette divine Fille du Ciel a
dans le monde & fon Temple &
fes Autels. Un religieux Silence
doit regner dans fon Sanctuaire :
Là fous un voile qui ne laiffe entrevoir
ny la grandeur ny les richeffes
, elle pefe dans de fideles
balances le droit des parties
toutes les paſſions fufpenduës , luy

GALANT 137
laiffent examiner fans prevention
les plaintes qu'on luy adreffe ,
& apres un examen grave &
ferieux elle fait enfin entendre
Oracle , qui prononcé par un
feul defes Miniftres,quoyque formé
du fuffrage de plufieurs , pourvoit
aux befoin des Peuples ,
n'offre à leur vûë qu'unſpectacle
myſterieux , dont il ne voit point
les refforts ; imitant en cela la conduite
adorable du fouverain Auteur
de toutes chofes , qui fait fans
ceffe du bien aux hommes , par des
voyes qu'il ne leur permet pas
d'approfondir ny de connoiftre.
C'est ainsi que celuy qui eft
Janvier 1705 .
M
138 MERCURE
fur la terre fa plus vive Image
( le Roy) n'a pas eftéjufques icy
moins incompréhensible dans le
fecretde fes entreprifes, qu'heureux
dans leur fuccés : Prince que l'on
peut dire n'avoirfi facilement
tant de fois refifté à tous les efforts
de l'Europe conjurée , qu'à
la faveur du voile de ce même
Secret , qui l'a rendu comme invincible
à fes ennemis les plus
penetrans les plus attentifs :
Prince dont les armes n'ont jamais
ceffé d'eſtre victorieuses, que
lorfqu'elles ont efté hors de portée
de recevoir fes ordres , ou lorsque
fon Secret a efté trahi par un Al-
1
GALANT 139
lié infidelle : Prince enfin qui fe
dérobant à toute la penetration du
Confeil de la Maifon d'Autri
che , eſtparvenu par milles évenements
memorables à cette fuperiorité
, toujours difputée aux
Rois fes Predeceffeurs , & qui
fait aujourd'huy regner dans l'un
& dans l'autre monde , Paugufte
fang de Bourbon , par fes
Negociations également fages er
impenetrables , dans lesquelles il
fit convenir les Chefs mefme de
de cette Maiſon toûjours jalouſe,
toûjours ennemie de la grandeur de
la France , de la justice de fes
vaftes prétentions.
7
Mij
140 MERCURE
Si c'eft aller contre l'intention
de la Justice que de répandre temerairement
au dehors ce qui fe
paffe dans l'interieur de fes murs
facrez , ce n'eft pas moins bleſſer
fon intereft & fa gloire.
Il feroir fans doute à defirer
que les Interpretes de fes Decrets ,
deftinez tous aux mefmes fonctions
, appliquez au mesme
les
culte , n'euffent tous auſſi que
mefmes fentimens & les mefmes
vues. Alors on pourroit publier
fans rifque ce qui auroit esté refolufans
contradiction, & le Secret
ne feroit plus une Loy du
Miniftere , fi toutes les autres
J
9
GALANT 141
Loix eftoient également ` connues
& obfervées par les Miniftres.
Mais la difference des efprits,
fource feconde de la difference des
fentimens, fait naiftre dans lesjugemens
, comme par tout ailleurs ,
des divifions & des difputes inévitables
. Ceux qui font prepofez.
pour decider du droit des Parties
font quelquefois reduits à appeller
eux-mefmes d'autres Juges ,
pour terminer les differens que
caufe la diverfité des opinions, &
pour déterminer l'équilibre.
L'erreur , l'incertitude , l'ignorance
, foibleffes infeparables des
hommes , peuvent deroberpourun
3
142 MERCURE
temps la verité la droiture des
intentions. Souvent fans eftre coupables
ny de negligence à la connoiſtre,
n'y dobſtination aprés l'
l'avoir
connue , elle échape à nos
recherches , & tout le merite de
l'attention des defirs , ne nous
fauve pas toujours du malheur de
la ſurpriſe & de l'illufion.
Faut-il aprés cela s'étonner fi
dans un Corps composé de divers
membres , dont chacun a fes vúes ,
fon intereft , fes paffions , il eſt
rare de trouver l'uniformité des
fentimens ? ce qui paroift juste à
l'un ne le femble pas à un autre :
telfe détermine par une raiſon qui
GALANT 143
ne frappe que luy feul : tel releve
fansy penfer une circonstance qui
devient par la reflexion des autres
le motif unique de la decifion ; co
qu'on appelle dans quelques-uns ,
fuperiorité de fcience , n'eſt au jugement
des autres qu'une fource
plus abondante de difficultez
de douter. Le bon fensfeul arrive
quelquefois au point d'équité que
la plus vafte & la plus profonde
érudition n'a pu entrevoir.
Tous ces effets differens , quoyque
communs à la foibleffe humaine
, forment parmy les Sages
mêmes des Partis oppoſez , que
la droiture & la conformité d'in144
MERCURE
a
tention'ne fçauroit réunir. Cette
contrarieté de fentimens , quelque
honteuse qu'elleparoiffe à l'homme
dans l'adminiſtration de la Justice,
quelque infeparable qu'elle foit de
la mifere de fa condition , ne feroit
prefque pas nuiſible au public , ſi
elle luy eftoit
connue
.
Un Jugementfuivi du Secret,
paffe pour l'ouvrage de tous les
Fuges. Cette opinion unefois établie
defarme l'opiniâtreté fait
taire la prévention , convainc ,
pour ainsi dire , l'amour propre
elle fait la fureté du Vainqueur
la confolation du Vaincu ; elle
éteint dans celuy- cy le frivol co
ruineux
GALANT
145
ruineux espoir des reffources , &
confirme dans celuy - là le fruit
légitime de la Victoire.
Un Plaideur qui fe croit condamné
tout d'une voix dans un
Tribunal , n'eftpas éloigné de croire
qu'il l'a efté avec juſtice , &
qu'il le feroit de même dans un
autre ; au lieu que fi trop inftruit
du fecret des fuffrages , il apprend
qu'il en a eu quelques - uns pour
luy , quoyque la pluralité luy ait
eſté contraire , ſes eſperances fe reveillent
; il fe flatte de faire entrer
d'autres Juges dans les mêmes
difpofitions où eftoient ceux
d'entre les premiers qui luy ont
Janvier 1705. N
146 MERCURE
efté favorables ; fon animofité ,
qui avoit efté jufques-là vague
fufpendue , de peur de la faire
tomber fur quelqu'un qui ne la
meritaft pas , s'arreſte à des objets
fixes & connus ; il fe donne
la temeraire liberté de traiter d'ignorants
, ceux qui n'ont pas fçu
eftre injuftes pour luy plaire ;
d'enteftez dans leurs fentimens ,
ceux qui ont preferé leur devoir
à des interefts humains ; & ne
voyant rien que par les yeux
fa paffion, contentd'un petit nombre
de fuffrages qu'il regarde ,
lapreuve de l'équité defa
comme
de
Caufe , il porte àgrands frais de
GALANT 147
Tribunal enTribunal une malbeureufe
conteftation décidée par tout
à fon prejudice , & perdpar la
criminelle indifcretion , & le lâche
dévouement defes faux Amis,
qui luy ont découvert les voix de
teurs Confreres , beaucoup plus
que par l'utilefeverité des fuges
integres , qui en le condamnant
tout d'un coup & fans nul égard,
abregent le mauvais cours des procés
, & lui épargnent un long tiffu
d'inquietudes & de dépens.
Il eft du devoir & de l'hon
neur du Juge de fermer fon coeur
aux efperances & aux contraintes
,pour ne l'ouvrir qu'à la Fu-
Nij
148 MERCURE
ftice : mais cette fermeté fi defirable
deviendroitplus facile & plus
commune , fi nous eftions plus attentifs
à ne rien découvrir de ce
qui s'eft paffe dans le Sanctuaire.
Alors la liberté desfuffragesferoit
entiere. L'ami équitable condamneroit
hardiment l'Ami injufte ,
pourvû qu'à la faveur du fecret,
il pust se dérober à fes reproches
a fa haine. La verité fortiroit,
pour ainfi dire , toute libre de fa
bouche , dés qu'on pourroit déméler
dans la foule les divers organes
qui l'auroient formée , & le
glaive de la Loy fraperoit fans
diftinction tous les coupables , fi la
GALANT 149
main qui porte le coup eftoit cachée.
Avecquelfoin ne devons- nous
donc pas éviter l'indifcretion dans
le Miniftere?puifqu'elle eftfi fouvent
la caufe ou l'occafion des injuftices
, & quand elle ne produiroit
pas toujours unfi grand mal,
le feuldanger d'y donner lieu quelquefois
, devroit nous tenir fans
ceffe là deffus dans unefcrupuleufe
referve . Ce qui nous en éloigne le
plus, c'eft la vanité. A-t'on ou
vert un Avis qui ait prévalu , on
s'en applaudit , on cherche à
s'en faire applaudir ; on fe donne
tout l'honneur qu'a remporté la
Niij
150 MERCURE
Justice. On infulte à la foibleffe
des autres. On craint de laiffer
ignorer au Plaideur les offices qu'on
luy a rendus . On luy montre avec
plaifir l'Auteur de fa fortune
defon repos. Onfe croit du moins
en droit par-là d'attirer fa reconnoiſſance
&ſon eſtime , fansfaire
attention
que
l'entrée de nos Tribunaux
eft interdite à de pareilles
vûes , & qu'unJuge dévoué par
fon eftat aux befoins des autres ,
leur doit fes foins & ſes fecours ,
& n'a rien à éxiger d'eux pour
de tels fervices : femblable à ces
Fontaines publiques , où le Voyageur
alteré vient librementfoula •
GALANT 151
gerfafoif , fansfe croire obligé de
remercier la Divinité qui préfide
àfa fource.
L'excellence de l'efprit , lafu
periorité de lumieres , ne font pas
"données à tous les Hommes . Maitres
de nos défauts , nous ne le
fommespas de ceux de la nature.
·Mais le Secret eft une vertu fi
fimple , fi à la portée de chacun ,
querien ne difpenfe de l'acquerir,
& qu'on a d'ailleurs tout fujet de
croire , qu'un homme qui neglige,
dans une matiere fi importante ,
une acquifition fifacile , n'eft guere
capable de bien ufer des dépofts-plus
précieux qu'il a entre les mains.
N iiij
152 MERCURE
:
Les Avocats , jaloux avec raifon
de la Nobleffe de leur employ,
ne sçauroient l'eſtre aſſez de la
pratique du Secret. Comme ils
font les premiers Fuges des affaires
, c'est auffi à eux que s'adref
fent les premieres plaintes de l'innocence
qu'on perfecute.
C'est à leur
penetration & à
leurs lumieres que
l'incertitude
vient
confidemment expofer fes
doutes ; la
prévention,fes erreurs;
la chicanne ,fes artifices ; l'ambition
, fesprojets ; la grandeur ,fes
avantages ; la fortune , fes vûës ;
la mifere , fes befoins.
Inftruits de tant de divers inGALANT
153
terefts pour les éclaircir & pour
les conduire , il ne peuvent ny les.
flatter par complaisance , ny les
trahir par indifcretion ; deſtinez
fur tout au Miniftere de la parole,
ils en doivent confacrer les talens
à la deffenfe de la verité , &ne
la faire jamais fervir aux artifices
de la médifance.
Ils ne doivent point chercher à
noircir les moeurs de ceux dont il
ne s'agit que de combattre les raifons,
mais conferver au milieu de
l'agitation & du tumulte , une
fcrupuleufe attention à dire ce que
la neceffité de la cauſe ne permet
de taire , & à taire ce que
pas
la
154 MERCURE
feule malignité des Parties vou
droit les obliger de dire .
Les Procureurs , qui par la Loy
indifpenfable de leur miniftere ont
la confiance des Plaideurs , ne doivent
rien negliger pour s'en rendre
dignes ; enforte que prétans à
tous un égal fecours , n'engageant
jamais les Riches dans des procedures
inutiles , ne refufant point
aux Pauvres celles qui leur font
neceffaires , renonçant à ces malbeureuſes
fubtilitez qui éternifent
les affaires , & à ces criminelles
indifcretions qui en violent
ou qui en alterent le Secret , ils
continuent àfe montrer de dignes
GALANT 155
Miniftres de la Justice.
Les Vaiffeaux de Guerre ,
Gardes-Coftes & Armateurs
Anglois, prennent, conduiſent
en Angleterre & y font adju
ger de bonne priſe tous les
Bâtimens Hollandois qui vont
dans les Ports de France ou qui
en reviennent , quoi qu'ils
ayent des congez ou paffeports
des Eftats pour faire
commerce avec la France , fuivant
la Declaration du Roy
publiée il y a deux mois , &
dans laquelle eft la liſte du peu
de
Marchandifes qu'ils peu
vent nous apporter & nous
156 MERCURE
vendre , fçavoir du poil de
Sanglier & autres menuës marchandifes
: cette mefme declaration
comprend auffi les fortes
de Marchandifes qu'ils peuvent
acheter de nous. Sur quoy
les Proprietaires des Vaiffeaux
pris fur les Hollandois , prétendent
que les Eftats fur les
paffepors defquels ils ont envoyé
de bonne foy leurs Vaiffaux
en France , doivent eſtre
garents & leur faire raifon
des prifes que les Anglois ont
faites & font encore tous les
jours fur eux en grand nombre
, tant eft grande la jalouſie
GALANT 157
qu'ils ont du Commerce Naval
de leurs Voifins & Alliez
qu'ils népargnent non plus en
Amerique qu'en Europe,
A Montpellier le 9. Janvier
1705 .
Il y a huit jours que Sales , le
feul Chef qui reftaft dans les
Montagnes eft venuse rendre avec
fa Troupes ils ont aporté leurs
Armes & donné caution . Ils difent
que Catinat n'eft point rentré
& croyent que Ravanel eft mort
d'une maladie qui depuis 3.mois
• ne luy permettoit que de vivre
158 MERCURE
d'un
peu
d'eau
de
vie
. Il nous
eft
revenu
depuis
fix
femaines
trois
où quatre
petits
Chefs
avec
leurs
petites
Troupes
, qui
ont
dit
la
même
chose
.
* La tranquilitéeft nonſeulement
dans toute la Plaine , mais encore
dans toutes les Montagnes. Les revoltez
qui fe font foumis rapellent
leurs Curez pour vivre paifiblement
avec eux ; les chemins
font libres, leCommerce rétabli.
On révoit les Bateleurs dans les
Marchez; les nouveaux Convertis
ne craignent plus rien de la
haine des anciens Catholiques; les
efprits fe calment tous les jours de
GALANT 159
plus en plus ; &fi nous n'avons
pas encore fi-tôt de bons Catholiques,
il fera du moins aifé de n'avoir
d'orefnavant dans la Province
que de bons François.
Monfieurle Maréchal de Villars
partit bier pour un employ
plus éclatant. La joye qu'il a remarquée
icy àfon arrivée , les régrets
& les larmes qu'il a vû à
fon départ, nefont pas , ce me femble,
une mediocre recompenfe pour
·les grands avantages qu'il aprocurez
à noftre Province.Bien des gens
d'efprit croyoient , quand il eſt arrivé
, que les maux où nous étions
plongez nefepouvoientguerir que
160 MERCURE
il
par des remedes entierement violens.
Chacun difoit qu'à la gangrene
il n'y a qu'un remede , &
qu'ilfautcouperproptement. Dieu
il mercy , en a jugé autrement ;
a craint que trop de rigueur , loin
d'éteindre le feu ne l'allumaft encore
plus vivement, & de proche
proche, & dans les Provinces
voifines ; enfin à force defoins &
d'activité , à force de poursuivre
•fans relâche & de montrer conftamment
la douceur d'un côté, &
la feverité de l'autre , il a fauvéà
Eftat plus decentfoixante e dix
mille perfonnes malades d'imagination
, à la verité , mais braves,
4
en
GALANT 161
nduftrieux tres laborieux , &
a rendu au Roy beaucoup de belles
Troupes qui le ferviront bienplus
utilement contre nos Ennemis , que
contre fes Sujets.
Il paroît depuis peu un petit
Livre , intitulé le Poëte Courtifan
, ou les intrigues d'Horace
la Cour d'Augufte . M' de
Sainville , Auteur de cet Ouvrage
, prétend qu'il peut fervir
aux perfonnes qui ont le
genie propre pour s'avancer
auprés des Grands . On y trouve
une maniere d'Hiftoire de
la vic & des Odes d'Horace
fi l'on peut appeller Hiftoire
Septembre 1705.
O
162 MERCURE
ce que cet Auteur dit des Odes
de ce Poëte , ayant donné dans
fon Ouvrage un détail Hiſtorique
des raifons qui ont porté
Horace à faire fes onze premieres
Odes . Ce détail eft fort
ingenieux & le tout enſemble
compofe une maniere d'Hiftoire
affez divertiffante
, & qui
peut faire plaifir aux Lecteurs ,
foit qu'ils la regardent comme
une verité , ou comme un jeu
de l'imagination
de celuy qui
a compofé cette Hiftoire , où
l'on trouve que les manieres de
la Cour d'Augufte
ont beau
coup de rapport à celles d'auGALANT
163
jourd'huy ; auffi l'efprit & la
galanterie regnoient - ils dans
cette Cour. Le ftile de cet
Ouvrage eſt aifé & naturel , &
On peut le lire avec plaifir . Il
fe vend chez le fieur Ribou
prés des grands Auguftins , à
Î'Image S. Louis .
On continuë de travailler
fur la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne, mais
je vous ay donné un fi grand
nombre de pieces , qui regardent
cette naiſſance , que tout
ce que je puis faire préfentement
, eft de vous marquer
l'ardeur du zele de ceux qui
O ij
164 MERCURI
continuent de la chanter. Te
eft celuy de M Briguet , Prêtre
de Lyon , qui a compofé
un difcours en profe fur le fujet
de cette naiffance , qu'il a
dédié à ce jeune Duc . Je n'ay
pas le temps de m'étendre d'avantage
fur cet Ouvrage , où
il fait voir la gloire de Louis
LE GRAND & de la Maifon
Royale , & le comble de bonheur
que cette heureuſe naiffance
affure à l'Estat & à la
Religion . Elle a efté celebrée
dans les lieux les plus reculez ,
& M Groyer de Boiferaud ,
premier Confeiller au Confeil
GALANT 165

Souverain de l'Ifle de Cayenne
& de la Terre- ferme de la
Guyanne a fait divers Ouyrages
en Vers fur ce ſujet , qui
ont efté prefentez au Roy. Il
y fait parler cette grande Terre
Fille aînée ou principale partie
de l'Amerique. On ne doit pas
s'en étonner puis qu'il y a 20 .
ans qu'il y demeure & qu'il y
a époufé Demoiſelle Catherine
Gentil -homme , qui non feulement
en eft la premiere créole
Françoiſe , mais qui a donné
encore en la perfonne de fes
enfans , les premiers fujets de
Sa Majefté . Si les premiers nez
166 MERCURE
dans les Illes jouiffent des Pri
vileges des Nobles , à plus
forte raifon cette Demoiſelle
& fes enfans nez & à naiſtre
en doivent - ils jouir , puis
qu'elle a le double avantage
d'eftre & la premiere créole
née en la Guyanne & la premiere
qui y ait donné des fujets
au Roy.
Je vous envoye , à mon ordinaire
, les 11. jettons de cette
année , qui ont cité frappez
à la Monnoye des Medailles,
dont M' de Launay eſt le Directeur.
Vous fçavez qu'il ne
fort rien de chez luy que d'aALANT
167
ainfi je vous diray
auté de cesJettons
,
de
Devifes , à
l'exception
siques-unes, on efte faiar
M de l'Academie
des
edailles
& des
Inſcriptions
.
Celle
que vous
trouverez
la
feconde
dans
l'Eftampe
que je
vous
envoye
, regarde
Madame
la
Ducheffe
de
Bourgogne
,
& a efté faite
par feu M de
Bellocq
, quelques
jours
avant
fa mort
, & celle des Bâtimens
,
eft de M Oudinet
, Garde
du
Cabinet
des Medailles
du Roy.
ne fçay fi quelques
autres.
rticuliers
ont part
aux onze
168
MERCUR
ous
envoy
Deviles
queje
Les
articles
qui
gardent
plufieurs
por
dccedecs
depuis
quelques
N
Monfieur le Comte de Pro
per de Furftemberg , fut tué
devant Landau le 2 1. de Novembre,
d'un coup de fauconneau
dans le temps qu'il alloit
monter la tranchée. Perfonne
n'ignore la grandeur de la Maifon
de Furftemberg qui eft
illuftre & ancienne dans la
VVeftphalie , ou depuis Frideric
qui vivoit en 1115. elle
a donné de grands hommes
l'Allemagne
I
une Bulle de
l'EmpeGALANT
169
l'Empereur aujourd'huy regnant
, & du 26. Avril 1660 .
dit qu'elle floriffoit dés le
temps de Charlemagne. Enfuite
ce Prince crée Barons
Libres tous ceux de cette Maifon.
Elle a cu divers Electeurs
de Mayence & de Cologne ,
plufieurs Chanoines dans les
Chapitres de Treves , de Cologne
, de Spire & de Munſter ,
plufieurs Chevaliers & Commandeurs
tant de l'Ordre Teutonique
que de celui de Livonie
, dit des Porte - Glaives, dont
Guillaume de Fuftemberg a été
grand Maître , il étoit fils de
Septembre 1705 .
P
170 MERCURE
Guillaume , Seigneur de Nche
men & de Sophie de VViten .
Il fe diftingua par fon courage
& par fa conduite dans fon
Ordre, & il en fut nommé Chef
vers l'an 1535. il fit la 1535. il fit la guerre
à Guillaume de Brandebourg
Archevêque de Riga , qu'il fit
prifonnier . Il fut pris dans la
guerre qu'il cut avec les Mofcovites
, & il fut mené priſonnier
en Moſcovie , où il mourut
en captivité . Les 2. derniers
Evêques de Strasbourg étoient
de cette Maifon. M' le Prince
Ragotzi a époufé leur niece ,
feeur de M le Comte de ReGALANT
171
ken Chanoine Capitulaire de
Strafbourg , & Abbé de S. Euroul
en Normandie .
re
Mr Mathias de Herment ,
Chevalier Seigneur de Souville,
Colonel du Regiment de Bourbonnois
& Chevalier de l'Ordre
Militaire de faint Louis. Il
a donné de frequentes marques
de fon courage pendant
les années qu'il a paffé au fervice
du Roy. Il s'eft trouvé
dans plufieurs actions d'éclat ,
où il a fait voir qu'il foûtenoit
la gloire du nom de Herment
avec autant de fuccés queCharles
& Pierre de Herment , fre-
Pij
172 MERCURE
a res , tuez à la bataille de Bouvines
, deſquels il deſcend en
Ligne collaterale . Pierre fut
fort confideré
du Roy Philippes
Augufte , qui donna cette
bataille , & il fut tué à coſté de
ce Roy, qui marqua un regret
fenfible de fa mort.CetOfficier
s'étoit diftingué dans plufieurs
autres occafions , & fur tout
dans des Combats finguliers
dont l'ufage étoit alorspermis.
Cette Maifon a formé diverfes
branches, qui toutes le font
fignalées dans la profeffion des
armes. Philippes de Herment,
Gentilhomme
Normand , fut
GALANT
173
fort confideré du Duc d'Alen
çon , qui le mena dans les Paysbas
, où il mourut avant le malheureux
fuccés des entrepriſes
de ce Prince.
M Paul Payen , Prefident
en la Cour des Aides ; il avoit
deux Abbayes. Sa mort a efté
fort fenfible à tous fes Confreres.
Il étoit un bon Juge,
éclairé , vigilant & d'une inte
grité qui avoit fouvent eſté
éprouvée. Il n'étoit pas
le feul
de fa Maifon qui s'eft diftingué
dans la Robe ; plufieurs perfonnes
de fon nom avoient
exercé des Emplois confidera-
Piij
174 MERCURE
bles avant lui dans la Magiſtrature
, & tous ont toûjours
marqué un grand defintereffement
dans l'exercice des Charges
& des Emplois où ils ont
efté appellez . MPayen étoit
exact dans tout ce qu'il faifoit,
& fon temps étoit toûjours
employé utilement . Les Pau
vres le regretteront ; il leur
donnoit beaucoup , & en ccla
ilfatisfaifoit exactement à cette
obligation particuliere des
gens d'Eglife.
:
McLouis Malet , Confeiller
honoraire au Parlement de
Paris. Il aimoit les gens de LetGALANT
175
8
re
tres ; il avoit beaucoup d'érudition
& fa Bibliotheque étoit
belle & bien choifie . Feu M
Pierre Malet , Confeiller au
Parlement de Dombes & Intendant
de feuë S. A. R. Mademoiſelle
, dans cette Principauté
, Parent de celuy dont je
vous apprends la mort , étoit
un des plus fçavans & des plus
éloquens Magiftrats du Royaume.
Les Harangues qu'il a prononcées
aux Ouvertures de ce
Parlement, étant reveſtu de la
Charge d'Avocat General , en
font foy ; elles font imprimées
& entre les mains de tout le
Pij
176. MERCURE
monde. M' Malet qui vient de
mourir n'étoit pas moins recommandable
par les qualitez
du coeur que par celles de l'efprit
. Il étoit amy zelé, officieux
& defintereffe.
M Nicolas de Louven
court , Maiftre des Comptes.
Il eft mort penetré des plus
hauts fentimens duChriftianif
me. Le nom de Louvencourt
eft connu il y a long- temps à
Paris . PlufieursMagiftrats l'ont
porté avec honneur , & quelques
Officiers d'Armée ont
donné en divers temps des
preuves que ceux de ce nom
י ל ד
GALANT
fçavoient manier les armes &
armes
les porter utilement pour le
fervice de leur Prince. Feu M
de
Louvencourt étoit generalement
aimé dans la Chambre
des Comptes . C'étoit un de ces
hommes bienfaifans à qui il eft
difficile de refufer fon eftime
4
& fon amitié. Il étoit coufin
germain de feu M Sanfon
Intendant à Rouen , mort depuis
quelques mois.
M Nicolas d'Orange des
Roches , Brigadier des Armées
du Roy , Commandeur de
l'Ordre Militaire de S. Louis
& Gouverneur de l'Hoftel
178 MERCURE
Royal des Invalides ; il avoit
cftéMaréchal des Logis desArmées
deS.M. & avoit fervilongtemps
avec une grande diftinction.
I alla faire fa cour au
Roy huit jours avant fa mort,
& jamais il ne parut dans une
plus grande fanté. Il avoit perdu
fon époufe quelques années
auparavant , qui étoit
dans une âge peu avancé.
M'des Roches étoit fort aimé
aux Invalides
. Son gouvernement
étoit doux & tranquille,
il avoit neanmoins le fecret de
fe faire craindre . Feu M de
Louvois qui avoit pris foin de
>
GALANT 179
fa fortune , en faifoit beaucoup
de cas . Sa Maiſon a donné
beaucoup d'Officiers aux
Troupes du Roy, & il a toûjours
paru que la valeur y étoit
hereditaire. Celuy qui donne
lieu à cet Article vivoit dans
une grande pieté. Ses heures
étoient reglés comme celles
d'un Religieux .
Le Gouvernement de l'Hoftei
Royal des Invalides a efté donné
à M. de Boivau qui en étoit
Lieutenant de Roy. Il eft du
Mâconnois , & generalement
cftimé.Il a fervi une bonne partic
de ſa vic, & ayant eſté eftro
180 MERCURE
pié, ila cu pour récompenſe la
Lieutenance de Roy des Invalides;
& leGouvernement ayant
la mort de M des
vaqué par
Roches
, le Roy
luy a donné
ce
Gouvernement
.
La Lieutenance de Roy va
cante par fa promotion , a cſté
donnée au Lieutenan: Colonel
du Regiment de Liftenay,dont
M le Marquis de Liftenay ,
Gentilhomme Francomtois eft
Colonel. Ce nouveau Lieutenant
de Roy a reçû plufieurs
bleffures au fervice de S. M.
Le Cordon rouge qu'avoit
feu M' des Roches , cy-devant
GALANT 181
Gouverneur des Invalides , a
efté donné à M' de la Vicuruë,
ancien Officier & Maréchal des
Logis de la Cavalerie ; il a auffi
reçû plufieurs bleffures au fervice
du Roy. Il fe trouva à la
bataille de Nevvinde , où il fe
diftingua fort à la tefte de fon
Regiment .
Dame N ... de Vignerot-
Dupont de Courlay , Ducheffe
d'Aiguillon , cft morte
dans un âge fort avancé , dans
le Monaftere des Filles du S.
Sacrement de la ruë Caffette,
dont elle avoit pris l'habit depuis
quelques années , fans s'ef182
MERCURE
tre pourtant engagée à en pro
feffer la Regle ; elle eftoit petite
Nicce de Monfieur le Cardinal
de Richelieu , & defcendoit
de Françoife du Pleffis de
Richelieu , Soeur de ce Cardinal
, mariée en premieres noces
à Jean de Beauveau , S ' de Pimpean
, & en fecondes à René
de Vignerot , S de Pont-de-
Courlay , en Poitou , dont les
enfans prirent le Nom & les
Armes du Pleffis- Richelieu .
Cette Maiſon tire fon origine
de la Terre du Pleffis , en Poitou
. Laurent du Pleffis , S de
Loriaque , en Chypre, fe fignaGALANT
183
la dés le Regne de Philippes-
Augufte. Il fe croifa pour l'expedition
d'Outre- mer , & fut
fait Chevalier au Morf. Guillaume
I. fon Neveu , S du
Pleffis , laiſſa deux Fils , dont
le puifné , Jean du Pleffis , paffa
en Angleterre , où il époufa en
premieres Nôces Chriftine de
Samford , & en fecondes , Marguerite
, Comteffe de Warvick.
Guillaume III. fervit tres-bien
fous les Regnes des Rois Jean
& Charles V. & il ordonna par
fon Teftament , que fi Pierre ,
fon fils aifné , quittoit le party
de la France , que Sauvage &
184 MERCURE
Jean du Pleffis fes fils puifnez
luy fuccedaffent en toutes fes
Terres. Pierre a continué jufqu'à
préfent la branche des Seidu
Pleffis . Sauvage fit
de
gneurs
la Tige de celle de Richelieu ,
par fon Mariage avec Perrine
Clerambault , foeur & heritiere
de Louis , S de Richelieu
& du Beçay , & elle fondit
vers le milieu du dernier ficcle
dans la Maifon de Vignerotde-
Pont-de- Courlai , qui n'eft
pas moins illuftre que celle du
Pleffis , & dont Monfieur le
Duc de Richelieu d'aujourd'huy
eft le Chef. Madame la
GALANT +185
Ducheffe
d'Aiguillon, qui vient
de mourir , eftoit Niece & heritiere
de feue
Madame la Ducheffe
d'Aiguillon , &
auparavant
M de Combalet , celebre
par la confiance
que le Cardinal
fon Oncle avoit eû en elle.
La Ville
d'Aiguillon
eſt dans
l'Agenois , elle eft fur le confluent
du Lot & de la Garonne .
Elle
foutint un fiege de
14mois
contre Jean Duc de Normandie
, & depuis Roy de France .
Dame N ... le
Coigneux ,
fille de feu M le Prefident le
Coigneux
, & Epoufe de M' le
Marquis
de Vibrai , eft morte
e
Fanvier 1705 .
186 MERCURE
dans le Palais de Luxembourg
où elle demeuroit . Elle avoit
été Dame d'Honneur de feuë
Madame la Ducheffe de Guife ;
elle laiffe M' le Marquis de Vibrai
, fon fils , Maréchal des
Camps & Armées du Roy ,
Epoux de Dame N... de Monteil-
Adhemar de Grignan , fille
de Mr N...Adhemar de Monteil
de Grignan , Lieutenant-
General de Provence , & de
Dame N ... de Rambouillet
de Montaufier , fa premiere
femme , foeur de feu Monfieur
le Duc de Montaufier . Cette
Dame qui a efté élevée aux
re
GALANT 187
Feuillantines de Paris , fe nommoit
eftant fille , d'Alerac. M
de Vibrai , qui donne lieu à cet
article , eftoit fort eftimée de
feue Madame la Ducheffe de
Guife. Sa Maifon eft ancienne
dans la Robe .
Dame Angelique d'Appougny
, époufe de M Gilles Michel
de Marefcot , Chevalier
Seigneur de Thoiry , Marq,
&c. Maréchal des Logis general
de la Cavalerie , Chevalier
de l'Ordre de S. Louis , & de S.
Lazare de Jerufalem & de Nôtre
Dame de Mont Carmel.
Cette Dame étoit univerfelle-
Qij
188 MERCURE
ment aimée , fes qualitez du
corps & de l'eſprit la rendoient
une perfonne tres- accomplie ;
& elle a efté regrettée de tous
ceux qui la connoiffoient. Sa
Maiſon eft noble & ancienne ;
& elle ne s'eft pas moins renduë
recommandable
par les perfonnes
de pieté qu'elle a produit.
Il femble même que cette
vertu étoit le caractere principal
de ceux qui ont portélenom
d'Appougny.La Maifon de Mr
Marcfcot , n'eft pas moins
confiderable par les perfonnes
de merite qui en font forties ,
que par les alliances qu'elle
GALANT 189
a faites, & par fon ancienneté.
Celuy qui en eft aujourd'huy
le Chefa fervi toute la vie avec
beaucoup de diftinction & de
valeur , c'eſt la juftice que luy
ont toûjours rendu ceux qui
l'ont connu. Ileft peu d'occa
fions d'éclat où il ne fe foit
trouvé , & oùil n'ait donné des
marques de fon courage & de
fon experience dans la difcipli
nemilitaire , où il faut eftre tres
verfé pour exercer la Charge
qu'il poffede.
Dame Marie, Jufte, Henriet
te de Gineftoux de la Tour
rete , Epoufe de Mre Gafton
200 MERCURE
+
Jean -Baptifte de Terrat , Chevalier
Marquis de Chantofme ,
& autres lieux , Chancelièr
Garde des Sceaux & Chef du
Confeil de feu Monfieur & de
S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans , mourut en cette
Ville au commencement
de
cette année d'une fauffe couche,
âgée d'environ trente ans.
Elle eftoit fille de feu Mre N ....
de Gineftoux , Marquis de la
Tourrete , Gentilhomme
des
plus qualifiez & originaire de
Provence , & de Dame N ...
Pianello de la Valette , foeur de
Mre N .... Pianello, Seigneur
GALANT 201
re
de la Valette , Treforier de
France à Lyon & Subdelegué
de Mrs les Intendans depuis
pluſieurs années ; M™ N.. Pianello
Prêtre Docteur en Droit
Canon , & de Dame N .. Pianello
Epouſe de Mr N.. d'O
zenet , Lieutenant de Roy de la
Citadelle de Châlon fur Saône.
La Maiſon de Gineftoux eft
fort ancienne & a produit des
Officiers d'Armée d'une gran
de diftinction , tels que furent
Henry & Jofué de Gineftoux
dans le fiecle paffe , dont le dernier
fe trouva au Siege de la
Rochelle. Il étoit à côté de
202 MERCURE
Louis XIII . lorfqu'il fit fon entrée
dans cette Ville le 30. Octobre
de l'an 1628. M Terrat
ne laiffe point d'enfans . Elle
cft morte dans de grands fentimens
de Religion .
Il paroît depuis peu un Livre
, dont le fuccés eft tres
grand, il eft intitulé : Geographie
Hiftorique ou Defeription de l'Univers
contenant la Situation ,l'Efrendue
, les Limites, la Qualité,
c. de fes principales parties .
Avec l'établissement des Empires
, Royaumes & autres Etats ,
leurs Gouvernemens tant anciens
que modernes , les noms qu'avoient
GALANT
203
voient autrefois leurs Habitans ,
ceux qu'ils ont aujourd'huy :
de même que la Religion , les
moeurs & les richeſſes de chaque
Nation and
Les Hommes Illuftres , les Bâ,
tailles & les évenemens les plus
remarquables.
La Genealogie abrégée des Empereurs
, des Rois des autres
Potentats du Monde , & l'Origine
de plufieurs Maifons confi
derables de l'Europe.
Par M de la Foreft de Bourgon
.
Je dois ajouter à ce Titre,
que ce Livre eft enrichi de plu-
Fanvier 1705 .
R
204 MERCURE
fieurs Cartes Geographiques.
L'auteur qui a fair plufieurs
voyages de long cours doit
parler avec plus de verité que
beaucoup d'autres , des chofes
qu'il a luy même vuës &
examinées , & ceux qui parlent
avec une pareille connoiffance,
doivent eltre plûtôt crûs , que
ceux qui n'écrivent que fur le
rapport d'autruy. Je n'entre
point dans le détail de cet Ouvrage
, dont je ne vous parle
que pour vous l'annoncer.
Je vous diray feulement qu'il
doit eftre parfait en fon genre ;
puifque M' Pouchard , qui eft
GALANT 205
du nombre de ceux qui font
commis pour examiner les Livres
que l'on doit imprimer,
& qui travaille aux Journaux
des Sçavans ,en a dit beaucoup
de bien, ce qu'il fait rarement ,
à moins qu'un Livre ne foit
parfaitement
bon. Celuy dont
je vous parle doit avoir quatre
Volumes , & l'on commence
a imprimer le fecond. Le premier
fe vend chez Pierre Aubouin
, fur le Quay des Anguftins
: Jean de Laune , rue de
la Harpe : Nicolas le Clerc ,
rue S. Jacques : Claude Gaffe ,
fur le Quay des Auguſtins : la
Rij
206 MERCURE

veuve Pierre Pluquet rue de
la Harpe : Pierre Ribou , fur le
Quay des Auguftins : Auguftin
Brunet , dans la grande
Salle du Palais: & Jacques Quillau
, ruë Galande.
Vous entendez fi fouvent
parler avantageufement de M
d'Argenfon que je ne doute
point que vous n'apprenicz
avec plaifir que le Roy , qui
luy avoit déja donné un Brevet
de retenuë de 100000. livres
fur fa Charge , vient de l'augmenter
de soooo . livres de
maniere qu'il eft préfentement
de soooo . écus . Ce n'eft pas
GALANT 207
feulement pour les fervices qu'il
rend dans la Charge, qu'il exerce
avec tout le zele , toute la
vivacité & toute l'application
imaginable , mais auffi pour les
affaires importantes & de confiance
que la Cour luy envoye
continuellement , & dont
il s'eft toûjours tres-bien acquité.
Jamais homme n'a cíté
plus laborieux & n'employa
plus de temps au travail. Ses
lumieres font vives ; fa penetration
eft grande. Il feroit dif
ficile de le tromper & de luy
faire prendre le Change dans
une affaire . Il examine tout luy
R iij
208 MERCURE
même, & cette grande application
ne l'a point empeſché de
donner le temps neceffaire pour
s'acquerir une parfaite connoiffance
des beaux Arts . Enfin on
peut affurer qu'il ny a point
d'employ dont ce Magiftrat
ne foit capable.

Mr le Marquis de Charoft
a époufé Mademoiſelle de Brulart.
Il eft de la maifon de Bethune
, Illuftre par fon ancienneté
, par les dignités dont elle
a efté illuftrée , & par les grandes
alliances qu'elle a faites.
Elle doit fon nom à la Ville de
Bethune , fur la Riviere de
GALANT 209
Brette , qui eft dans la Province
d'Artois dans les Païs - Bas . Elle
defcend de Robert I. dit Faiffeux
fieur de Richebourg &
d'Arras , qui vivoit au commencement
du onzième fiecle.
Il eut pour fils Robert II . qui
luy fucceda , & un autre fils qui
fit la tige des fieurs de Carençay
en Artois . La branche de Chanoft
commença en Philippe
de Bethune Baron & puís
Comte de Selles & de Charoft,
Bailly de Mante & de Meulan ,
Chevalier des Ordres du Roy
& fils puifné de François de
Bethune , & frere de Monfieur
>
Rij
210 MERCURE
le Duc de Sully , Surintendant
des Finances . Il mourut l'an
1649. âgé de 84. ans , aprés
avoir foutenu avec honneur
diverfes Ambaffades . Il avoit
pris Alliance en 1600. avec
Catherine de Bouteiller de Senlis
, fille de Philippe , fieur de
Moncieu,& en 1608. il en prit
une feconde avec Marie d'Alegre
, dont il n'eut point d'enfans
. Hyppolite , Comte de
Selles , dit le Comte de Bethune
, fut l'ainé , henry Archevêque
de Bourdeaux , le ſecond ,
& Loüis , Duc de Charoft ,
Gouverneur de Calais , le troiGALANT
211
fiéme ; c'eft ce Louis qui eut
tant de part aux bonnes graces
de Monfieur le Cardinal de
Richelieu qu'il gagna , comme
tout le monde fçait, par fa conftance
& par fon affiduité ; il
époufa en 1639. Marie Lefcalopier
, fille du Préſident de
& c'eſt l'Ayeul de
ce nom ,
Monfieur le Duc de Charoft
d'aujourd'huy
, & le Bifaycul
du jeune Marquis de Charoft.
Quant à la Maiſon de Brulart ,
je ne vous en diray plus rien ,
vous en ayant parlé dans cette
même Lettre .
M' de Fleury , Avocat Ge
neral de la Cour des Aydes , &
212 MERCURE
qui vient de fucceder à feu M
fon frere , en celle d'Avocat
General au Parlement , vend
la premiere à M d'Ombreval ;
l'agrément du Roy donné à
M d'Ombreval
, confolera
Meffieurs de la Cour des Aydes
, de la perte de M ' de Fleury
, qui , comme tout le monde
fçait , avoit porté le talent
de la parole à un fi grand degré
de perfection. Mª d'Om-
Breval n'eftoit encore qu'Avocat
, en attendant qu'il trouvaft
à acheter une Charge qui
luy convinft
, & pendant ce
temps-là , il s'appliquoit fort
GALANT 213
à l'étude , & fuivoit le Barreau .
Il a plaidé plufieurs Caufes avec
applaudiffement , & il eft connu
pour un homme tres - éloquent
& tres-propre à remplir
avec honneur les fonctions
d'Avocat General. Sa Famille
eft fort connue dans la Robe ;
ceux de ce nom qui s'y font attachez
luy ont fait honneur ,
& fc font tous rendu recommandables
par l'amour de la
Juſtice , qui femble avoir toujours
efté le caractere particulier
de cette Maiſon . M' d'Ombreval
qui fuccede à M² Fleury
, cft pleinde merite , il a joint
214 MERCURE
à l'étude de la Jurifprudence
celle des Lettres Humaines.
Son Pere eft mort Avocat Ge
neral de la Cour des Aydes , &
il eft neveu de M le Prefident
de Novion, & de M' l'Evêque
d'Evreux , & par confequent
petit-fils de feu Monfieur le
Premier Prefident de ce nom,
qui eftoit Chevalier des Ordres
du Roy.
M' l'Abbé d'Aramon,Pricur
de Sorbonne de la derniere année
, prononça un fort beau
difcours pour
Sorboniques le vendredy 12
Décembre, à dix heures du mala
clôture des
GALANTA 215
tin . L'Affemblée fut nombreufe
, & plufieurs Prélats s'y trouverent
. M' l'Abbé d'Aramon
prononça fon Difcours avec
les graces qui luy font naturelles
, & on y remarqua un
beau jeu de l'Eloquence Latine.
Il parla , en faifant l'éloge de la
Scholaſtique , de la foumiffion
& de l'ufage de la raifon , dont
il fit voir que la premiere démarche
confiftoit à connoître
qu'il y a une infinité de chofes
qui la furpaffent ; qu'il faut fçavoir
douter , affurer , fe foumettre
à propos ; il fit voif que
plufieurs pêchent contre ces
216 MERCURE
trois principes , & il dit aprés
S. Auguftin , que la raifon ne
fe foumettroit jamais , fi elle
ne jugeoit qu'il y a des occafions
où elle fe doit foumettre;
c'eft en parlant de la Foy & des
Myftcres qu'il fit cette remarque.
L'Eloge qu'il fit du Roy
& de la Famille Royale , fut
trouvé tres- delicat . M' l'Abbé
d'Aramon eft fils de ME N....
Sauvan d'Aramon , un des plus
celebres Avocats du Parlement
de Paris . M l'Abbé d'Aramont
eut l'honneur d'avoir
pour Préfident à fa Thefe de
Tentative feu Mr l'Evêque de
GALANT
217
Meaux ; & on peut dire que fi
le Soutenant fut honoré d'avoir
un tel Préſident , ce Préfident
euft lieu d'eftre content de
l'habileté du Soutenant.
Le College de Guienne éta
bli à
Bordeaux , eft un des plus
anciens de l'Europe ,
puiſqu'il
fleuriffoit même du temps que
les Gaules eftoient fous la domination
des Romains ; car
fuivant le rapport du fçavant
Scaliger , le Poëte Aufone
avoit enfeigné la Grammaire
& la Rhetorique avec tant de
reputation , que
l'Empereur
Valentinien premier , qui re-
:
y
218 MERCURE
A
gnoit environ so ans avant le
Roy Pharamond , l'appella à
Rome , où il eut l'honneur
d'eftre Precepteur de Gratien
& de Valentinien fecond , qui
furent Empereurs aprés la mort
de leur pere ; il fut de plus honoré
du Confulat par l'Empereur
Gratien , qui crut ne pouvoir
pas s'acquiter autrement
de l'obligation qu'il avoit à cet
illuftre Bordelois , de s'eftre
rendu , fous fa difcipline , le
plus éloquent & le plus poli
Prince de fon temps
.
Feu tres - Illuftre , & tresvertueux
Prince François , Chef
GALANT 219
du nom , & des Armes de Foix
de Candale , Fondateur de la
Chaire des Mathematiques
dans ce College de Guyenne,
chargea par le Contrat de Fondation
le Principal & le Profeſfeur
dans cette Chaire , de faire
prononcer au commencement
de chaque année par
deux Ecoliers , un Difcours fur
la grandeur & fur l'ancienneté
de la Maiſon de Foix de Candale.
Les Maire & Jurats de Bordeaux
, qui font Fondateurs ,
Seigneurs & Patrons de ce fameux
College , inftituez par le
Janvier 1705 .
S
220 MERCURE
1
même Contrat de Fondation,
Confervateurs de cette Chaire
des Mathematiques , & qui ne
font pas moins zelez à faire
fleurir les Sciences & les belles
Lettres dans leur College , que
vigilans & éxacts à faire obferver
toute forte de bonne
Police dans leur Ville , s'eftant
apperçus qu'on avoit depuis
long- temps négligé de remplir
cette claufe de la Fondation ,
au fujet du Panegyrique an
nuel , ont ordonné à M Bardin
Principal de ce College , &
à M Molagne , Profeffeur des
Mathematiques , de ſe confor
GALANT 221
mer ponctuellement à la Fondation.
b . Le 3. de ce mois ce devoir
fut rempli en prefence de M
les Magiftrats & de l'Univerfi
té. Ceux qui prononcerent
l'éloge deMonfieur de Candale,
font M' Lombard , fils aîné de
M' Lombard , Infpecteur general
de la Marine au départe
ment de Bordeaux , & M Bonneau
, natif de Cafteljalons.
Le premier fit l'ouverture par
un difcours Latin auffi ingenieux
qu'éloquent fur la gran
deur & fur l'ancienneté de la
Maifon de Foix de Candale , en
Sij
222 MERCURE
a
difant que les Pirenées qui ont
efté foumifes à fes Loix , retentiffent
encore de fon nom ; &
que le fang de fes Roys eft encore
allié à la plus grande partie
des Souverains de l'Europe. I
n'oublia point le grand nombre
de Cardinaux , d'Archevefques
& d'Evefques que cette
Maiſon a donné à l'Eglife
ainfi que le Cardinal Pierre de
Foix , premier du nom , lequel
aprés avoir obligé le Roy d'Aragon
, fon Protecteur , de fe
foumettre au Pontife legitime,
& éteint le Schifme qui divifoit
l'Eglife depuis plus d'un
GALANT 223
fiecle , fonda le celebre College
de Foix dans la Ville de Touloufe
, & l'enrichit d'une tresbelle
Bibliotheque. Ce jeune
Orateur s'étendit avec beaufur
les obliga
coup de
grace
tions que la Ville & principalement
les Monafteres de Bordeaux
ont à feuMonfieur François
de Foix de Candale . Son
difcours étant fini , M' l'Abbé
Maccarty , Docteur en Theologic
, argumenta contre luy
fur les Theoremes qu'il avoit
mis dans fa Thefe au fujet des
Paralleles . Le Soûtenant répondit
avec beaucoup de fermeté,
224 MERCURE
& démontra pluſieurs propriétez
admirables des Paralleles ,
avec beaucoup de folidité &
de juſteffe ; il en étendit l'uſage
par plufieurs Scholies , & principalement
dans la Marine ; il
montra entr'autres chofes
comment les Tables Loxodromiques
peuvent fervir à
réfoudre promptement les
principaux Problêmes Nautiques.
M' Bonneau ne fut
pas
moins heureux en répondant
à M' la Sale, fameux Medecin.
qui a donné depuis peu au Pu
blic un tres-beau Traité des
Maladies de la poitrine , dedié
GALANT 225
à M' Daquin , premier Medecin
de Sa Majefté , & qui difputa
contre luy fur la treifiéme
propofition du premier
Livre des Elemens d'Euclide.
Il la démontra avec beaucoup
de netteté , & en infera plufieurs
Corolaires . Il montra de
quelle maniere les Aftronomes
fe fervent de cette propofition
pour trouver l'excentricibe du
Soleil ; aprés quoy il continua
l'éloge du Fondateur , ce qu'il
fit avec beaucoup de grace ,
s'attachant à fa rare vertu , &
à fes autres belles qualitez perfonnelles.
Il fit voir que fon
226 MERCURE
érudition en Geometrie n'étoit
en rien inferieure à celle
d'Archimede , que ce qu'il fit
au fujet de l'infcription & circumfcription
des cinq corps
reguliers dans la Sphere , étoit
beaucoup au deffus de ce que
fit Archimede en compofant
une Sphere artificielle de criftal
, dans laquelle on voyoit
par le mouvement artificiel ,
ce qui fe fait naturellement
dans la machine du monde, &
dont , fi nous croyons Ovide,
Jupiter devint jaloux & la caffa
d'un coup de foudre , pour
montrer qu'il y avoit de la temerité
GALANT 227
merité à contrefaire l'ouvra→
ge des Dieux , ce qui eft tresbien
expliqué dans Claudian .
Le Roy a donné l'Abbaye
de Saint Amand à Monfieur
le Cardinal de Medicis , Protecteur
des Affaires de France
& d'Eſpagne. Saint Amand ,
Evefque de VVormes & Apô.
tre d'une partie des Pays- Bas ,
qui vivoit dans le feptiéme fiecle
, gouverna diverfes Eglifes,
& s'étant enfuite retiré prés de
Tournay , il y fonda cette Abbaye
qui porte fon nom. Il
mourut en l'année 661. âgé
quatre- vingt- dix ans. L'on
Janvier 1705.
de
T
228 MERCURE
voit l'Epitaphe de ce Fondateur
dans l'Eglife de faint Amand ,.
elle eft contenue dans les quatre
Vers fuivans .
Praful amavit oves proprias,&•
pavit Amandus ';
Idcirco fuperis femper Amandus
erit.
Ille Deum docuit ardenter Amandus
amandum ,
Et nobis igiturfemper Amandus
erit.
Quelques Auteurs difent
le Fondateur
de l'Abbaye
de faint Amand n'eſt pas
que
le
GALANT 229
+
meſme qui a gouverné l'Eglife
de VVormes ; mais leur opinion
eft infoûtenable , felon le
P. Mabillon , dans fon Livre De
Act. SS. Ord. Bened. Monfieur
le Cardinal de Medicis eft de
l'Illuftre Maifon de Medicis qui
a donné à l'Eglife un tresgrand
nombre de Cardinaux
& quatre Papes: Leon X. fait
Cardinal à l'âge de 14. ans ,
& Pape à trente- fix : Alexandre
de Medicis né en 1536. fait
Archeveſque de Florence en
1574. Cardinal en 1583. &
élû Pape fous le nom de Leon
XI. le 1. Avril de l'an 1605.
Tij
230 MERCUER
Clement VII . qui fucceda à
Adrien VI. en 152 3. & Pie IV.
qui fut élû en l'année 1559.II
étoit du celebre Marquis
pere
de
Marignan.
L'Abbaye de Marchienne
au Pont qu'avoit Monfieur le
Cardinal de Medicis , a efté
donnée à Monfieur le Cardinal
de Janfon . Cette Abbaye
a produit de grands Sujets.
Dans le quinziéme ficcle, Odo
Religieux de cette Maiſon , la
rendit recommandable par la
profonde connoiffance
qu'il
avoit des Langues Orientales.
C'eft de luy que venoit une
GALANT
231
partie des excellens écrits , dans
lefquels Marthe Marchine ,
Napolitaine , puifa toutes fes
connoiffances. Elle avoit un fi
merveilleux genie
pour les
Sciences
qu'elle appriſt ſans peinela
LangueLatine
, la Grecque
& l'Hebraique
& qu'elle faifoit
d'excellens
Vers . Jean Victor
Roffi , qui nous a caché fon
nom fous celuy de Janus Nicius
Epythreus
, a compofé
fon éloge , & rapporte
fon
Epitaphe
faite par Gafpar
de
Simeonibus
Secretaire
du
Pape Innocent
X. mais il ne
nous dit pas qu'elle
étoit re-
Tiij
232 MERCURE
devable d'une partie de fes lumieres
aux Memoires d'Odo ,
Religieux de l'Abbaye de Marchienne
, qui luy étoient tombez
entre les mains.
Le Roy a donné le Regiment
Royal à M' le Comte
d'Aubigné , fils de M' le Marquis
de Tigny , frere de M
l'Evefque de Noyon. Ce jeune
Colonel ayant efté quelque
temps Moufquetaire , leva un
Regiment d'Infanterie en
1702. à la tefte duquel il a fervi
depuis le commencement
de l'année 1703. avec une application
qui luy a attiré l'eſtiGALANT
233
me & la confideration des Generaux
, qui l'ont principalement
loüé de l'attention qu'il
apportoit à vouloir tout apprendre
dans leur metier . M
le Marquis de Tigny , fon pere,
eft chef de la branche aînée
de la Maiſon d'Aubigné. Celle
dont eft M˚ de Maintenon &
qui finit en la perfonne de Madame
la Ducheffe de Noailles ,
fille de feu Mr le Comte d'Aubigné
, Chevalier des Ordres
du Roy & Gouverneur de
Berry, & niece de cette Dame,
en fortit , par le mariage de
Pierre , fils de François , lequel
Tij
234 MERCURE
eut Jean , Favori & Chancelier
de Jeanne d'Albret , Reine de
Navarre & mere d'Henry IV.
Ce Jean fut fort eftimé de ce
Monarque auprés duquel il
étoit en grande faveur . Il mourut
à Geneve aprés avoir quitté
ce Prince enfuite de fa converfion.
Ce Jean étoit alors
Amiral de Bretagne , Gouver
neur d'Oleron & de Maillezais
& Gentilhomme de la Chambre
du Roy. Il nous refte de luy
une Hiftoire de France qui contient
le cours de foixante années,
c'eft- à- dire, depuis 1550 .
jufqu'en 1610. qui fut l'année
GALANT 235
de la mort d'Henry IV. Quoiqu'il
fuft de la Religion Proteftante
, il n'a pas laiſſé d'écrire
avec un defintereffement qui
luy a attiré des loüanges de tous
les Auteurs contemporains , &
de ceux qui font venus aprés
luy. On regarde fon ouvrage
comme un Chef- d'oeuvre en
fait d'Hiftoire , & quelques
Auteurs en font mefme plus
de celle de Mr de
de
cas
que
Thou
, qui
eft
cependant
fort
eftimée
. Henry
IV.aimoit
tendrement
d'Aubigné
: Otton
remarque
que
lorfque
dans
fon
Hiftoire
, il en
eſt
à la mort
,
236 MERCURE
de ce grand Prince " , il dit que
la plume luy tombe des mains,
& qu'il n'a plus la force de rien
écrire. Il finit fon Hiftoire par
un Poëme d'Anne de Rohan
fur la mort tragique de ce Monarque
. Jean d'Aubigné cut
pour fils, Conftant, Viceroy des
ifles de l'Amerique , où il paffa
en mil fix cent quarante- trois .
Il étoit pere de M de Maintenon
& de feu Mr le Comte
d'Aubigné
Cette Maiſon a efté feconde
dernier mort .
en
gens
tant
dans
les
premiers
ficcles
,
on trouve
en I110
. le Sire
de
de merite . En remonGALANT
237
fe
Doüé , qui fonda & bâtit l'Eglife
de Chinon , comme il ſe
voit encore par les armes & par
le Cartulaire de cette Eglife. La
Maifon d'Aubigné elt origi
naire d'Anjou , elle y a ſubſiſté
depuis le Sire de Doué , dont
j'ay parlé . Elle cft auffi établic
depuis plufieurs ficcles dans le
Poitou où la branche du jeune
Colonel , poffede de grandes
terres. Elle y a tenu un rang
confiderable, & elle y étoit déja
fur un grand pied dans le quinziéme
fiecle .
L'Hiftoire Univerſelle de Mr
d'Aubigné eſt en deux Volu238
MERCURE
mes in folio. Elle a efté revuë ,
corrigée par fes foins , & Imprimée
fur un trés beau papier,
& en de trés beaux caracteres ,
à Maillezais ,dont il eftoit Gouverneur
.
Quelques petites que foient
les expeditions , elles ne laiffent
pas d'avoir leur merite ,
quand la valeur & la bonne
conduite leur donnent le fuc
cez qu'on en avoit efperé. En
voicy un exemple que je croy
pouvoir raporter icy.
GALANT 239
Extrait d'une Lettre de Quebec
du 15. Novembre 1704 .
Le Printemps dernier ſept à
huit perfonnes , dont je fuis du
nombre , s'eftant joint pour armer
deux Barques avec cent hommes
commandez par Mr de la Grange
pour aller en courſe contre les
Anglois , ils ferendirent en Terreneuve,
au port de Bonneviſte , où
il y avoit quatre Vaiffeaux Anglois.
Ils les furprirent à deux
heures du matin ; ils eftoient dans
des Canots d'Ecorce quils avoient
portez avec eux. Ils fe rendirent
240 MERCURE
e
Maiftres de trois , mais comme
il n'y avoit qu'une Fregatte Angloife
de 20. Canons ,prefte à faire
voile , les autres n'eftant point en
eftat , ilsy mirent le feu. Au bruit,
le 4 ſe mit en deffenſe & empefcha
fon abordage , ily eut quel
ques-uns de nos Canadiens tuez
qui furent les feuls à cette expedition.
Ils fe rallierent tous dans
la Fregatte dont ils s'étoient rendu
maiftres , Canonnerent celle
qui reftoit dans le Port qu'ils coulerent
bas. Cela mit tout en alarme
; chacun ne fongea plus qu'à
fe fauver , ils virent deborderplus
de 60. à 80. Chaloupes ; mais
GALANT 241
comme ils eftoient foibles de monde
, quils craignoient qu'il nefurvinſt
quelque Vaiſſeau , & que
les Chaloupes ne fe ralliaffent,cela
les obligea de lever l'ancre . Ils
font revenus en ce Port de Quebet
avec leur Fregatte chargée de
Poiffon fec. Le Batiment avec les
agrééz a esté vendu 31500. liv.
du Pays , la Molüe verte à
12. livres le cent , fur le pied de
deux mille cinq cens quintaux.
Ils rapportent que s'ils avoient efté
encore cent hommes , ils auroient
enlevé l'établiffement de Bonnevifte
, où ils auroient trouvéàpillerpour
plus d'un million.
242 MERCURE
Ce pofte eft fituéfur la Cofte
Orientale de l'Ifle de Terre neuve,
à so. lieues du Fort de S. Jean ,
que les Anglois ont dans la même
Ifle , &à 50. lieues par terre
de Plaisance pofte confiderable que
nous occupons dans la même Ïſle.
Il y a un Couverneur , un Lieutenant
de Roy , un Major,& une
bonne garnifon , avec une Colonie
affez nombreuſe, occupée à la Culture
des Terres , & ala pefche de
la Molüe & duSaumon.
Bonnevifte eft une Bourgade
Angloife , aufond d'un Port , elle
eft commandéepar une affez bonne
Fortereffe . Les Anglois s'y occu-
1
GALANT 243
pen , comme nous , à l' Agriculture
& à la Pefche.
Mr de Vaudreuil , Gouverneur
General , a envoyé
pluſieurspartis
de François de Sauvages contre
les Anglois du cofté de Bafton ,
qui nous ont ramené quantité de
prifonniers , & qui ont fait beaucoup
de degats dans la Campagne.
Nos Sauvages Outaouas ont
declaré la guerre aux Iroquois ,
ontfaitplufieurs coups fureux
contre le Traité de Paix qui eftoit
entr'eux & nous. Ce qui a obligé
Mr le Gouverneur General',
d'envoyer chez ces Sauvages
afin quils euffent à rendre les pri-
Janvier 1705 .
V
18
244 MERCURE
fonniers Iroquois qu'ils avoient
faits ; ce qui eft caufe que les François
du Detroit ont pris les armes
pour lesy contraindre..
Il eft party dans le Wefp , un
detachement de cent François &
Sauvages pour fe rendre à Plaifance
, afin d'y faire la Courfe ,
pendant l'hyver dans les habita
tions Angloifes.
Les trois Morts qui fuivent
regardent trois perfonnes diftinguées
dans les belles Lettres
.
Dame Marie Catherine le
Jumel de Barneville , veuve
de M François de la Motte ,
re
GALANT 245
re
Comte d'Aulnoy. Elle eftoit
fille de feu Mr N... le Jumel
de Barneville qui avoit cfté
long-temps dans le ſervice , &
qui eftoit allié aux meilleures
Maifons de Normandie , fçavoir
à celles d'Eftouteville , de
Breteville & à pluſieurs autres
auffi confiderables . La mere de
M° d'Aulnoy s'eftoit remariée
en 2. Noces à feu M' le Marquis
de Gudaigne , & elle eft
morte à Madrit depuis 2. ou 3 .
ans; elle y eftoit honorée d'une
penfion confiderable que le feu
Roy d'Espagne luy avoit don
née pour un grand fervice
1
Vij
246 MERCURE
qu'elle avoit rendu à l'Eſtat ;
pendant qu'elle eftoit à Rome,
& le Roy Philippe V. la luy
avoit confervée. MⓇ d'Aulnoy
laiffe 4. filles : l'aînée eft mariée
à Mr Derre Gentilhomme , de
merite : le feconde a épousé
Mr de Preaux d'Antigni Gentilhomme
de la Province de
Berry , c'eſt une trés belle perfonne.
Les deux autres filles ne
font pas mariées , il y en a une
qui cft reftée en Eſpagne aprés
la mort de fa grande Mere. ,
auprés de laquelle elle avoit
efté élevée ; l'autre qui eft icy ,
a auffi demeuré long - temps
GALANT
247
en Eſpagne ; elle ont toutes
deux une penfion de S. M. C.
M d'Aulnoy donc je vous
aprens la mort , s'eftoit acquis
une grande reputation par fes
Ouvrages. Elle en avoit fait
plufieurs qui ont eu un grand
fuccés . Le premier qui a paru
eft le Voyage d'Espagne. Elle
écrivoit fur de bons memoires
, puis qu'elle avoit fait le
voyage avec lafeue Reine d'Efpagne
, fille de feu Monfieur.
Ses autres Ouvrages font les
Memoires de la Cour d'Espagne.
Ce Livre a efté imprimé 3. fois
en France , & une fois en Hol248
MERCURE
lande ; on y trouve une infinité
de faits Anecdotes qui intereſ
fent agréablement le Lecteur ,
& il paroift qu'elle eftoit
bien entrée dans le fecret du
Gouvernement, pendant le ſejour
qu'elle avoit fait en Efpagne
. Les Memoires de la Cour
d'Angleterre. Ils font érits avec
la même pureté. Cette Dame
a auffi donné plufieurs Contes
de Feés dont le fuccés a efté
grand. Elle a donné une Paraphrafe
fur le Miferere. Mais
celuy de fes Livres qui luy a
fait le plus d'honneur , ` eſt
Hyppolite , Comte de Douglas.

GALANT 249
C'eſtun vray chef d'oeuvre en
cegenre, & plufieurs perfonnes
en le lifant n'ont pu s'empécher
de repandre des larmes.
Le Prince de Bourbon-Carency
fort auffi de fa Plume. Le
dernier Ouvrage que cette fpirituelle
Dame a donné , et le
Comte de Warvick , Hiſtoire
Angloife qui a eu un grand
cours.
re
Mr Eftienne Pavillon , Confeiller
du Roy en fes Conſeils ,
cy- devant Avocat General au
Parlement de Metz , l'un des
40. de l'Academic Françoife ,
& de l'Academie des Medailles
250 MERCURE
& Infcriptions. Nicolas Pavil
lon , Avocat au Parlement de
Paris , vivoit en 1580. La
Croix du Maine dit , qu'il a eſté
Docte en Grec & en Latin , &
excellent Poëte. Nicolas Pavillon
, fon petit-fils , Evêque
d'Alet en Languedoc
, a beaucoup
fait parler de luy dans le
dernier ficcle : il mourut en
1678. La mere de feu M' Pavillon
paffoit pour une Dame
tres-fpirituelle. Feu M Pavillon
dont je vous apprens
la
mort , cftoit un de ces hommes
brillans , qui convertiffent en
or tout ce qu'ils touchent . En
effet
GALANT 251
effet , tout ce qu'il écrivoit fur
quelque matiere que ce fuft ,
eftoit fi ingenieux & fi rempli
de penfées brillantes , & fes ouvrages
eftoient fi achevez ,
qu'il eft difficile d'arriver à cette
perfection d'écrire , & l'on
peut dire qu'il faifoit des
Chefs-d'oeuvres en badinant ,
& que perfonne n'a mieux écrit
que luy dans le goût de Voiture.
Les Vers fuivans ont efté
faits fur la mort de ce gracieux .
Auteur. Comme ils peignent
bien fon caractere , je n'en diray
pas davantage.
Fanvier 1705. X
252 MERCURE
Pavillon ne vit plus ; les Amours en
gemiffent,
Apollon en verfe des pleurs ;
Des triftes regrets des neuf Soeurs
Leurs antres Sacrez retentißent.
Qui fût dés fesplus jeunes ans
Unir tant de rares Talens ?
Rival ingenieux d'Ovide
S'il vouloitflechir une Iris,
Les Graces dictoient fes écrits ;
Et l'Amour luyfervoit de Guide.
La Sageße bientôt fçût bannir de
fon coeur
Les vains amusemens de l'amoureufe
ardeur,
Par une adreße fans égale ,
Il prit foin deformer les moeurs,
En cachant fous l'apas de fes Vers
enchanteurs
"
Les traits d'une auftere Morale.
Les beaux Arts en luy raßemblez
GALANT 253
Firent par tout briller fa Gloire ;
Il n'ignora rien de l'Hiftoire ,
Et les temps les plus reculez
·Eftoient prefens à fa memoire.
Son Entretien eftoit charmant ,
Il poßedoit parfaitement
Tout ce qu'eut de meilleur , l'Italie,
& la Grece.
France,tu ne peux trop faire voir ta
trifteße ?
En le perdant , tu perds ton plus riche
Ornement.
La Republique des Lettres
vient de faire une perte confiderable
en la perfonne de M
N... de Charron de Villemarechal
; c'eftoit un de ces heureux
Genies , nez pour la cultu-
X ij
254 MERCURE
re des Sciences , & qui preferent
ce foin à celuy de toutes
les autres chofes de la vic . M
de Villemarechal avoit reçu
une excellente éducation , &
on ne fçait qui a efté le plus honoré
, ou le Docte Marcaffus,
connu par tant d'ouvrages fortis
de fa plume , qui la luy avoit
donnée , ou le Diſciple , qui
avoit cfté élevé par un fi Sçavant
Homme. Ses Amis fentoient
dans le commerce qu'ils
lioient avec luy , cette politeffe
& cette douceur de moeurs,
qui font toûjours le fruit d'une
riche inftruction , & qui feront
GALANT
255
ар-
long-temps le motif de leurs
juftes regrets. Le progrés qu'il
avoit fait dans les fciences
eftoit furprenant. Il avoit
pris plufieurs Langues qu'il
parloit auffi-bien que fa Langue
naturelle ; il feroit à fouhaitter
que ceux qui auront
pour leur part de fa fucceffion
fes papiers , vouluffent faire
part au Public de fes Ouvrages
manufcrits. On y trouveroit
des preuves convaincantes de
fa connoiffance dans les Langues
mortes & étrangeres . Les
deux Traductions Françoifes
qu'on le preffoit dans les der-
X iij
256 MERCURE
ر
fuf
niers jours de fa vie de donner
au Public , l'une de la Somme
de S. Thomas , & l'autre du Livre
d'un Medecin Anglois intitulé
, Religio Medici , font foy
de ce que je dis . On y trouve
un ftile aifé , dont le premier
de ces Ouvrages n'eſt pas
ceptible. A l'égard du Religio
Medici , le Traducteur travailloit
à le purger de certaines
penfees hardies , & qui fentent
trop l'efprit de tolerance , afin
de le faire imprimer
. On peut
voir ce qui a efté dit de ces deux
Traductions , & de leur Autheur
, dans un petit Liyre intiGALANT
257
tulé , Effais critiques de Profe e
de Poëfie , qui parut en 1703.
& dans l'Effay de Litterature du
mois de Novembre 1703 . M
de Villemarechal joignoit à
cette facilité de ftile , & à la
pureté de fon élocution , qu'il
marquoit fur tout dans la converſation
, un talent fingulier
pour la Poëfic. Il y réuffiffoit
dans tous les genres , & il avoit
un goût fin & delicat pour
juger des pieces des autres . Cela
a paru durant pluſieurs années
, dans les Conferences qui
fe tenoient chez luy les Jeudis
de chaque femaine. On y éxa-
X
iiij
258 MERCURE
venoient
minoit d'une manicre libre &
dégagée de la contrainte des
autres Affemblées , tous les
Ouvrages des Sçavans . Les
perfonnes qui y
eftoient capables d'en juger.
On avoit fouvent le plaifir d'y
entendre le fentiment des Dames
qui s'y trouvoient , & qui
donnoient beaucoup de relief
& beaucoup d'agrément à
cette Affemblée. M de Pringi
y brilloit beaucoup . Vous fçavez
qu'elle a un difcernement
fort jufte pour la découverte
des veritez les plus abftraites ,
& que dans la recherche qu'elle
GALANT 259
en fait , elle procede avec une
précifion qui fait juger de la
netteté & de la profondeur de
fon efprit. La confiance que
M' de Villemarechal avoit
en cette Dame , l'eftime qu'il
avoit pour elle , & le cas qu'il
faifoit de fes déciſions , doivent
naturellement faire partie de
fon éloge. Il eftoit fils de M
de Charron Intendant des Fi
nances & MⓇ des Requeftes , &
frere de feuë Me la Marêchale
du Pleffis-Pralin ; il n'eftoit
refté à M de Villemarêchal
que les biens de l'eſprit , avec
lefquels il fe tenoit bien parta260
MERCURE
gé. L'indifference qu'il a mar
qué toute la vie pour ceux de
la Fortune , & le peu de faveurs
qu'il en a reçu , doivent
luy affurer une place dans le
Supplément du Livre de Pierius-
Valerianus de Infelicitate
Litteratorum , fi on fait ce Supplément
. M de Villemarechal
avoit deux Soeurs , l'une
mariée à feu M de Maupeou
Maiftre des Comptes , & l'autre
à feu M' de Pradines . Il
eftoit allié à plufieurs Maifons
confiderables de la Robe ,
ent'autres à celle de Charron-
Mcfnars qui porte le même
nom que luy .
1
GALANT 261
Il
Le Roy a donné à Mr Sanguin
Marquis de Livry , premier
Maiftre d'Hoftel , & fils
de Mr Sanguin auffi premier
Maitre d'Hoftel de S. M. un
Brevet de retenue de 400000l.
y a long - temps que Mr le
Marquis de Livry fert le Roy
dans fa Maiſon , puifqu'il eftoit
Maiftre d'Hoftel ordinaire du
vivant de Mr Sanguin fon pere.
On ne peut s'acquiter avec plus
de zele & plus d'affiduité , plus
noblement , avec plus d'éclat
& avec plus de dignité de toutes
les fonctions de fa Charge ;
peut dire que ce Mar
& l'on
262 MERCURE
quis fait parfaitement bien les
honneurs de la Maifon du Roy,
& qu'en particulier il fait fort
bien les honneurs de la fienne.
Rien n'eft égal à la magnificence
avec laquelle il reçoit
tous ceux qui le vont voir à fa
maiſon de Livry ; & comme
c'eſt un pays de chaffe , il s'y
trouve fouvent des Compagnies
auffi illuftres que nombreuſes
.
Mr Philippe Sr de la Houffaye,
Capitaine de Cavalerie ,
a acheté le Regiment de Mr le
Comte d'Aubigné . Les ſervices
de Mr Philippe luy ont fait
GALANT 263
obtenir l'agrément de ce Regiment
. Il eftoit fort confideré
de feu Monfieur le Maréchal
de Luxembourg. Il eſt fils de
Mr Philippe, Commandant de
Mezieres & de Charleville .
Mr le Comte de Coignies
a vendu à Mr de Villiers , le
Regiment Royal Etranger de
Cavalerie.
Mr le Marquis de Bouzols
a vendu celuy de Royal Piémont
Etranger à Mr le Marquis
de la Tournelle, fils du feu
Gouverneur de Gravelines...
Mr de Lignerac , celuy du
Perche , Infanterie , à Mr le
264 MERCURE
Chevalier d'Entragues , & ce
Chevalier vend le fien à Mr de
Payanc.
Mr de Turmenyes , celuy
de Quercy , à Mr le Chevalier
de Miromefnil .
Mr. le Marquis de Monforeau
, celuy de Sourches , à Mr
de Vaudreuil , Lieutenant aux
Gardes , & petit-fils de feu Mr
le Prefident Roze.
Mr le Comte de Sezanne ,
celuy de Bretagne , à Mr Berthelot.
Le Regiment de Charlus a
efté vendu à Mr le Chevalier
de Bois de la Roche Vaulvire.
GALANT 265
Tous ces Mayant eſté trouvez
capables de remplir ces
nouveaux Emplois , le Roy
leur en a accordé l'agrément.
Les Députez des Etats de
Bretagne , & ceux des Etats
d'Artois , ont eu audience du
Roy & de toute la Famille
Royale. Les premiers ont efté
prefentez par Monfieur le
Comte de Touloufe Gouverneur
de Bretagne , & les autres
par Monfieur le Duc d'Elbeuf
Gouverneur de la Province
d'Artois. Ils ont cfté
conduits par Mr des Granges ,
Maiftre des Ceremonies. La pa266
MERCURE
role a eſté portée pour les Etats
de Bretagne par Mr l'Evefque
de Dol Député du Clergé de
la Province , & frere de Mr
d'Argenfon , & fon Compliment
qui a cfté trouvé auffi
brillant que delicat , a receu
des applaudiffemens de toute
la Cour. Mr l'Abbé de Seve ,
Docteur de Sorbonne, Grand-
Vicaire & neveu de Mr l'Evef
que d'Arras
& Député du
Clergé de cette Province, a parpour
les Etats d'Artois . Son
Difcours a paru auffi poli &
auffi fpirituel que vif & folide,
& S. M. qui a témoigné qu'elle

GALANT 267
en eftoit fort fatisfaite , a donné
de grandes louanges à ce
Difcours.
Il n'a point paru de Relations
publiques , & l'on en a
même vû trés peu de particulieres
de ce qui s'eft paffé depuis
le depart de M' de Poin
tis de Cadix , pour aller cher---
cher les Ennemis , jufqu'à fon
retour au mefme Cadix ; ainfi
le détail que je vous envoye ,
doit vous paroiftre auffi nouveau
que curieux .
Fanvier 170s ..
Y
268 MERCURE
Extrait d'une Lettre de Cadix
du
27. Decembre 1704 .
Eftant tous mouillez à la
grande Rade de Rhota , à 3. lieues
de Cadix , le 9. de ce mois , 13 .
Vaiffeaux de Guerre François
4. Galions de 50. à 60.canons ,
Mr dePointis n'ayant pas voulu
du s parce qu'il eftoit trop petit ,
4. Brulots & 2. Fregattes
Fregattes , on
tint ce jour-là Confeil , dans lequelil
fut arresté d'aller à Gibraltar
attaquer les Ennemis . Lelendemain
10. nous appareillâmes
pour cet effet , & le 11. nous
GALANT 269
à
1
le
14. le
allames par le travers du Détroit ,
5. lieues de distance , malgré
les vents d'Eft que nous eumes
toûjours , qui nous en deffendoient
l'entrée. Nous louvoyames continuellement
en attendant un vent
de Sur-oüeft , pour pouvoir entrer.
Nousne fimes point d'autres manoeuvres
le 12.le 13 .
15. & le 16. les vents eftant
toûjours contraires. Nous apprimes
ce jour-là qu'une garde des
Anglois , qui eftoit dans le Détroit ,
n'eut pas plutoft fait ſignal de
noftre reconnoiffance auxVaiffeaux
qui eftoient dans Gibraltar , qu'ils
appareillerent fur le champ pour
Yij
270 MERCURE
venir à nous ; ce fut le 1.3 . de ce
mois , apprehendant apparemment
que nous ne les furpriffions dans
la Baye . Comme le vent eftoitfort
foible , ils furent obligez de fe
faire remorquer par leurs Chaloupes
& par leurs Canots , &
eftant dans le Detroit, les courans
les entrainerent dans la Mediterranée.
Le 17. au point du jour ,
nous apperçumes 25. voiles qui
venoient de l'ouest & qui tafchoient
de s'approcher de nous , où
plútoft du Détroit; nous profitames
autant qu'il nous fut poffible du
foible vent d'Eft que nous cumes
d'abord , pour approcher ces 25.
GALANT 271
voiles , mais malheureusement le
vent d'Eft calma tout plat vers
le midy. Ces Vaiffeaux nous attendirent
tranquillement, trompez
par lespavillons Anglois &☛ Hollandois
que Mr de Pointis avoit
fait mettre àfon Eſcadre , & luy
même portoit pavillon bleu au
maft de Mifaine , ainfi que le
commandant Anglois qui eft a
Gibraltar. Si nous euffions eû dic
vent ce jour-là , il est inconteſtaque
ces 25. Batimens euffent
efté tous pris ; mais le calme parfait
que nous eumes , leur donna
lieu d'envoyer leurs Chaloupes
nous reconnoistre defort prés . La
ble
272 MERCURE
nuit du 17. au 18. nous fumes
toujours fous les armes. Un petit
vent variable d'Eft au Sud s'élevoit
de temps en temps , & nous
remarquames , malgrél'obscurité
de la nuit , 4. ou 5. Vaiffeaux qui
Le Détroit ,
taſchoient de gagner
entre la terre & nous , ce que
Mr de Pointis n'euft pas pluſtoft
apperçu qu'il envoya ordre à quel
que Vaiffeaux de fon Efcadre de
revirer deffus , & cet ordre ayant
efté executé , nous primes 3. VaiffauxEnnemispendant
cette nuit;
laplupart des autres Bâtimens ne
voulurent pas rifquer de paffer
arriverent vent arriere à la
GALANT 273
pointe du jour. Un de nos Vaiffeaux
nous fit fignal de 17. qui
faifoient route vers Lagos ; ils
venoient de débarquer des Troudes
& des munitions à Gibraltar.
Les vents eftant devenus tres -frais
au Sud-fur-Ouest , Mr de Pointis
ne pouvant doubler le Cap de
Trafalgar, pour aller au Détroit,
fut obligé de relafcher à Cadix
où il mouilla à l'entrée de la nuit.
Le 19. on conduifit chez le Conful
François les prifonniers faits
fur les 3. Vaiffeaux que nous
avions pris ; ils nous dirent qu'ils
eftoient le fecours d'Irlande , efcorté
par 4. Vaiffeaux de Guerrefeule274
MERCURE
ment: qu'ils avoient efté 3. jours
à Lisbonne , où ils avoient pris
1000. Portugais 3000. Anglois
qu'ils eftoient , dont nous
avons pris 400. avec beaucoup
d'Officiers. Le 20 , nous remîmès
à la voile , à lapetite pointe du
jour, & nous allames au Détroit
pour empefcher lefecours depaffer;
mais nous apprimes qu'il eftoit entré
à Gibraltar, le 19. au nombre
de 20. Batimens , & les Ennemis
eftant à préfentforts de 27.
à 28. Vaiffeaux , nous avons pris
le parti de nous retirer, n'y ayant
pas d'apparence d'aller attaquerles
Ennemis avec des forces ſi inferieures
GALANT 275
rieures aux leurs ; ainfi nous revinfmes
mouiller à la grande Rade
lejour de Noël , & nous allons
entrer dans le Pontal. Mr de Pointis
envoye un Courieren Cour pour
l'informer de toutes chofes , & fon
retour reglera noftre deſtinée.
Je croy devoir differer jufqu'à
ma Lettre de Fevrier à
vous entretenir des Nouveaux
Chevaliers des Ordres du Roy:
nommez par Sa Majefté , afin
de ne vous en parler qu'aprés
leur reception.b
Vous fçavez le retour de
Monfieur le Maréchal de Vil-
Fanvier 1705 .

2-6 MERCURE
lars à la Cour, aprés avoir mis
l'affaire des Cevennes dans
l'état que vous venez de voir
dans un des Articles de ma
Lettre. A peine cuft- il falué le
Royque Sa Majefté le nomma
Duc, & qu'il en reçût de grands
complimens de toute la Cour .
Vous fçavez avec quel zele &
quelle vivacité ce Maréchal, qui
n'a pas
moins d'efprit que de
valeur , a toûjours fervi le Roy,
Il eft hardi , infatigable , entreprenant
& n'a jamais rien
trouvé de difficile , auffi les
troupes fe font- elles un tresgrand
plaifir de marcher ſous
>
GALANT 277
fes ordres & de luy obeir.
Tous les Officiers qui font icy,
fe font empreffez de luy rendre
vifite , & brûlent d'envie.
de donner des marques de
leur courage , en combatant
fous luy.
r
Il y a eu en Breffe une ancienne
& illuftre famille de
Villars dont on affure que celle
de Monfieur le Maréchal de ce
nom eft fortic . Celle deBreffe a
manqué il y aprés de cinq cens
ans en la perfonne d'Agnés de
Villars , Dame de Villars & de
Chatellard derniere de la
Maifon , qui époufa Etienne,
Z ij
278 MERCURE
Sire de Thoiré, Ccs Seigneurs
de Villars poffedoient la terre
de Villars & la plus grande
partie du franc Lyonnois & du
Pays , qu'on appelle aujour .
d'huy Dombes , avec les mêmes
prerogatives que les Sires
de Coligny poffedoient Revermont
, les Sires de Baugé ,
la Breffe , & les Sires de Thoiré,
partie du Bugey. Cette petite
Souveraineté commença en la
perſonne d'Etienne , Sieurs de
Villars , qui vivoit fous Rodolphe
, où Raoul le faineant,
Roy de Bourgogne & de Provence
, à l'exemple de fes voiGALANT
279
fins , qui ſe mirent en poffelfion
de ces terres en fe prévalant
de la negligence & de
l'éloignement de ce Prince.
Childebert , Roy de France ,
fit la guerre તે un Seigneur de
Villars, qualifié Prince & Bourguignon
dans la Chronique de
faint Benigne de Dijon . Erienne
, Seigneur de Villars , vivoit
en l'an 1030. en cette même
année il eſt mis préſent à une
donation faite aux Chanoines
de l'Eglife de Mâcon , par Guichard
, Seigneur de Baujeu , &
Ricoaire deSalornay, fa femme ,
fous le Regne d'Henry I. Roy
Z iij
280 MERCURE
de France . Les Armes de cette
ancienne Maifon de Villars
font bandé d'or & de gueules
de fix pieces , cimier une
Autruche d'or , fupports deux
Autruches de même , & le cry
de Villars. La Maiſon de Thoiré
, ou celle de Villars eft fonduë
, eft pareillement fonduë
en celle de Savoye.
Il y a eu trois Archevefques
de Vienne confecutifs de la
Maifon de Villars . Perfonne
n'ignore que le Siege de Vienne
eft un des plus confiderables.
du Royaume , l'Archeveſque
prend la qualité de grand Pri
GALANT 281
mat des Gaules . Feu M le
de Marquis de Villars , pere
Monfieur le Maréchal , avoit
efté Ambaffadeur
en Espagne,
& avoit efté employé en plufieurs
occafions importantes
.
Il étoit Confeiller d'Etat d'épée
& Chevalier des Ordres
du Roy. On peut voir dans le
Difcorfo fopra lo stato della Cita
di Lyone , qui eft un difcours de
l'état de la Ville de Lyon , qui
eft joint à l'Hiftoire de Florence
de Jacopo Nardi , que
Junetin publia àLyon en 1581.
ce que le même Junctin , dont
il nous refte deux gros Volu282
MERCURE
mes .. d'Aftrologie judiciaire ,
dit de M' de Villars , qui vivoit
fur la fin de ce fiecle à
Lyon dans le temps que M' de
Mandelot , celebre
pour avoir
fait le Traité de Ligue avec les
Suiffes pour le Roy , en 1582 .
en étoit Gouverneur ; l'éloge
qu'il en fait eft grand . Le Pere
Menetrier en parle dans le Plan
de fa nouvelleHiftoire deLyon.
Mr le Comte de Beauveau ,
Capitaine des Gardes de M'l'Electeur
de Baviere , eft mort des
bleffures qu'il avoit receuës à la
bataille d'Hochftet . C'étoit un
Gentilhomme d'un grand me-
2
GALANT 283
IS
rite , & qui avoit donné en diverfes
occafions des preuves de
ſon courage . Il eſtoit de l'illuſ_
tre & ancienne maifon de Beauveau
, qui a produit tant de
Heros , & dont M de Sainte-
Marthe , ont donné il y a longtemps
une Hiftoire.Foulques S
deBeauveau, mourut l'an 1000 .
en la ville d'Angers . Geofroy
S'de Jarzé & de Beauveau ,vivoit
l'an 1060. auquel temps il donna
à l'Abbé de Saint Serge lez
Angers la Chapelle de Beauveau
, fondée de toute ancienneté
en l'honneur de S. Martin ,
pour y établir les Religieux de
284 MERCURE
fon Ordre. Geofroy II. du
nom , Seigneur de Beauveau ,
fut un grand Capitaine. Foulques
II. du nom , Seigneur de
Beauveau fon fils, mourut l'an
1137.Raoul Seigneur de Beauveau
fut fils de ce dernier , & il
fut pere de Foulques III. du
nom , Seigneur de Beauveau .
Mais ce qui fait plus d'honneur
à cette Maiſon , eft l'alliance
qu'elle a eu l'honneur d'avoir
avec la Maifon Royale de France
, depuis le mariage d'Ifabeau
de Beauveau , fille de Louis
de Beauveau , grand Sénéchal
de Provence , & premier Chevalier
de l'Ordre du Croiſſant ,
GALANT 285
& de Marguerite deChambley,
avec Jean de Bourbon Comte
de Vendofme , d'où font venus
François de Bourbon Comte
de Vendofme & de S. Paul,
quatriéme ayeul de Loüis LE
GRAND , & Louis de Bourbon
Prince de la Roche-fur-
Yon , qui a fait la branche des
Ducs de Montpenfier. Jean de
Beauveau, beau- pere du Comte
de Vendofme , épouſa en ſecondes
noces Jeanne deBaudricour
, dont il n'eut point d'enfans
, & en troifiémes , Anne de
Beauveau , fa parente , d'où
vint Alix , quoy qu'en difent
286 MERCURE
rs
M's de Sainte-Marthe , qui ne
luy donnent qu'une fille unique.
Jean de Beauveau , dont
je parle, donna la terre de Beauveau
à Jean fon frere , avec
d'autres terres , qui font demeurées
dans la branche des
aînez , qui a paffé en Lorraine ,
& dont Mr le Comte de Beauveau
, qui donne lieu à cet article
, eftoit forti .
M ' le Marquis de Valſemé
eft mort âgé de 8 3 ans . Il étoit
Capitaine- Lieutenant
des Gendarmes
d'Orleans , & s'eftoit
démis de cette Charge en faveur
de fon fils , à caufe de fon
GALANT 287
grand âge. Il eftoit neveu de
Monfieur le Maréchal de Praf
lin , & Monficur le Duc de
Choiſeul eft couſin germain de
M' de Valfemé , aujourd'huy
Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
d'Orleans. S. A. R:
Monfieur le Duc d'Orleans ,
avoit beaucoup de confidera
tion pour feu M de Valfemé
& pour tous ceux de fa Maifon
, & ce Prince par une bonté
genereuſe , vient de continuer
à laveuve du défunt , la
penſion qu'il luy donnoit .
Je viens d'apprendre la mort
de M' Vallée , premier Com288
MERCURE
mis des Finances ; je ne ſçay
pourquoy cette mort n'a point
efté publiée , mais je fuis perfuadé
qu'il ſera fort regretté
d'une infinité de gens , ayant
toûjours cherché à faire plaiſir
dans l' Employ qu'il a exercé.
Le Pere Meneftrier, Jeſuite,
étant déja fort avancé en âge ,
eft mort depuis quinze jours.
C'étoit un homme univerfel ,
comme font la plupart de ceux
de fon Corps. Il avoit prêché
avec fuccés dans plufieurs
Chaires , tant de Paris que des
Provinces de France . Jamais
homme n'a mieux fçû tout ce
GALANT 289
qui regardoit la décoration des
lieux où l'on devoit donner des
Feftes publiques . Il l'a fait voir
dans une infinité d'occafions ,
& la décoration des Galeries
du Louvre , à la naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, étoit de fon invention ;
en avoit fait toutes les Devifes
& toutes les Infcriptions
.
Cette décoration
paffa pour
une des belles chofes qui fe
foientvûes à Paris depuis longtemps
. La Fefte donnée par
Monfieur le Cardinal d'Eftrées,
à la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bretagne, eft auffi de
290 MERCURE
l'invention de ce Pere. Ce Spectacle
a paru tres - grand & tresmagnifique
, & tout Paris a
le voir. Il en avoit
couru pour
auffi compofé toutes les Devifes
& toutes les Infcriptions
.
Jamais homme n'a tant fait de
Devifes , & tant qu'il a vêcu , il
en a fourni à tous ceux qui en
ont eu befoin , & qui luy en
ont demandé . Il a donné au
Public plufieurs
Traitez des
Carroufels
, Jouftes & Tournois
, Mafcarades
& Ballets ,
avec des defcriptions
de toutes
les Feftes de cette nature , qui
fe font faites dans les principaGALANT
291
les Cours de l'Europe . Les Pe
res de fa Societé qui travaillent
au Journal de Trévoux , & qui
s'acquittent fi bien de tout ce
qu'ils font , donneront fans
doute au Public un Article plus
curieux & plus étendu que
moy , puifqu'ils doivent mieux
connoiftre ce Pere , & tout ce
qui le rendoit recommendable.
Il a fait auffi beaucoup
d'autres Ouvrages , du nombre
defquels eft une nouvelle Hiftoire
de la Ville de Lyon.
Je reprend le Siege de Verue
où je l'ay laiffé .
Janvier 1705.
A a
292 MERCURE
Au Camp devant Veruë le 21 .
Decembre
1704
.
Les huit pieces de la nouvelle
batterie commencerent à tirer la
nuit du 16. au 17. & celles des
anciennes firent feu fur les deffenfes
des ennemis. Mr Filtz , Co-
"lonel de Huffars fut détaché cette
même nuit avec trois Compagnies
de Huffars , deux de Grenadiers,
& deux cent cinquante chevaux
pour aller enlever un Regiment
de Huffars ennemis,établi à Sancta
Maria , de l'autre coſté du Pô ;
mais un deferteur du détachement
GALANT 293
de Mr Filtz les ayant avertis
ilsfe retirerent; deforte que nous
fifmes feulement dix prifonniers
& que nous n'enlevâmes que
vingt chevaux &troisEtendarts.
L. 18. les affiegez firentfau- .
ter un fourneau à l'angle du centre
de la Place- d armes , qui renverfa
deux embrafures de noftre
batterie & enterra deux pieces de
canon ; mais cela n'empêcha pas
lesfix autres de tirer pendant le
reste de la nuit , que l'on paffa à
reparer le defordre.
Le 19. Monfieur de Vendôme
paffa une partie du jour dans la
tranchée , & ordonna de percer le
Aa ij
294 MERCURE
chemin- couvert pour fe loger dans
le trou que la mine des ennemis
avoit fait. Son Alteffe fit établir
une nouvelle batterie pour tâcher
de demonter celle des ennemis . On
remit en batterie les deux pieces
qui avoient effé enterrées , aprés
quoy on commença deux heures
avant le jour , à tirer contre les
baftions qui font déja fort endommagez.
Le 20. noftre Mineur continuant
à travailler à l'ouverture
du chemin- couvert , donna avis
qu'il entendoit à trois pieds de luy,
celuy des ennemis . Sur cet avis ,
Monfieur de Vendôme fit charger
GALANT 295
promptement la mine , que l'on fit
fauter par ſon ordre , à une heure
aprés minuit. Elle réuffit de ma
la maçonnerie de laface
niere
que
gauche de la fauffe braye jufqu'à
Pangle , fut renversée dans le ·
foffe
Aujourd'huy pendant que
Monfieurde Vendôme étoit à l'angle
droit du chemin- couvert , les
affiegez ont faitfauter une fougade
qui a enterré huit hommes ,
en ableffé cinq, a renverse envi
ron trois toifes de Paliffades du
chemin-couverte a comblé le
puitspar où noſtre mineur s'avançoit
à la gauche. On doit travail296
MERCURE
ler cette nuit à reparer le domma
ge, & à faire fauter la contref
carpe du foffe , pour y defcendre
pour fe loger enfuite fur la
fauffe-braye , d'où l'on fe flatte
dattacher le Mineur au bastion .
Depuis le 211.. juſqu'au 26. il
ne fe paffa rien de fort confiderable.
On continua d'avan
cer les travaux & de battre les
deffenfes de la Place , & Monfieur
de Vendôme s'expofa
fouvent , & fut mefme couvert
de la terre que laboura le
canon des ennemis.
Je viens à la memorable
GALANT 297
A
Journée du 26. qui doit couvrir
de gloire tous les François
qui ont combatu ce jour-là ,
devant Veruë , puifqu'il eft
inoüi que fept cent hommes
attaquez en front, en queue &
par les flancs ayent reſiſté à
une petite armée qui étoit perfuadée
qu'il n'en refteroit aucun
, aprés fes premiers coups.
Cependant comme on n'a
point donné icy de Relations
détaillées de ce qui s'eft palle
dans cette grande journée, j'ay
crû devoir ramaffer tout ce
qu'en ont écrit quelques Officiers
Generaux , & des princi298
MERCURE
paux Officiers de l'armée , &
je vous envoye ces Relations
dont chacune contient des
faits qui ne fe trouvent point
dans les autres. La premiere eft
de Monfieur de Vendôme.
Vous fçavez que ce Prince
établit feulement les faits dans
fes Lettres , & que fa modeftie
le fait tellement tenir en
garde fur ce qu'il dit , de crainte
de parler à fon avantage
,
qu'elles font toûjours
peu
étenduës
; mais il fuffit qu'elles
établiffent
le fait : ce qui donne
lieu d'ajoûter
foy à ceux qui
l'écrivent avec plus de détail.
Du
GALANT 299
Du Camp devant Veruë le 27.
Décembre 1704.
Les Ennemis fortirent hier à
quatre heures apres midy , à lafaveur
d'un brouillard , & vinrent
avec toute leur Armée , Cavalerie
& Infanterie , attaquer noftre
Tranchée , par lefront , par le côté,
parles derrieres . Nos gens
fe voyant enveloppez de toutes
parts ne purent faire que tres
peu de refiftance ; mais l'Infante
rie de l' Armée arriva fipromptement
, qu'ils furent bien- toft rechaffez
de toutes nos Tranchées.
Janvier 1705. Bb
·
300 MERCURE
Ils n'eurent pas le temps de rien
gafter, & quoy qu'ils ayent fait
tout ce qu'ils ont pu pour enclouer
nos Canons & nos Mortiers , toute
noftre Artillerie eft dans le méme
eftat. Nos Grenadiers les ont
pouffez fi vivement , qu'il en eft
refté plus de trois cens fur laplace,
tant de noftre Batterie du Chemin
couvert que des autres. Les Ennemis
ont laiffé plus de 400
mes en tout fur le Champ de ba
taille :pour nous , nous n'avons
l'Hôpital que 30 bleſſez. Leur
Cavaleric eft venue fort prés du
Quartier general ; mais la noftre,
quoy qu'au nombre feulement dé
homà
GALANT 301
deux
400 Chevaux , aidée par
Compagnies de Grenadiers , l'a
obligée de fe retirer promptement.
avec perte d'une vingtaine d'hom
mes d'autant de chevaux.
Nous avons fait quantité de Prifonniers
, nous n'en fçavons pas
encore le nombre. Nous n'avons
perdu que
Mr d'Imecour
, Ma
réchal
de Camp
, & un Capitaine
de Grenadiers
, & nous
avons
parmi
les Prifonniers
qu'ont
fait
fur nous
les Ennemis
, Mr de
Chartogne
& huit Officiers
.
Toutes
les Relations
qui fuivent
font
neceffaires
, pour
faire
bien comprendre
ce qui s'eft
Bb ij
302 MERCURE
paffé dans cette glorieuſe journée
, & plus vous en lirez , plus
vous yprendrez de plaifir, puifque
vous trouverez des circonftances
nouvelles jufque dans
la derniere , qui eft beaucoup
plus ample que les autres , &
qui rend juſtice à beaucoup de
Perfonnes qui fe ſont diſtinguées.
Du Camp devant Veruë ce
27
Je
Décembre
1704.
me fers du Courrier de
S. A. pour vous faire le détail
›d'une Sortie que les Ennemis ont
GALANT 303
faite hier au foir , une heure
avant la nuit , au nombre de 900
hommes , qui , quoy qu'affez heureufe
poureux dans les commencemens
, ne leur a pas produit d'au
tre effet que le retardement d'un
jour. Comme il faifoit un petit
brouillard , ils en profiterent fi à
propos , qu'ils nous couvrirent
leurmarche , & s'avancerent par
un Ravin qui eftfur noftre Flanc
gauche au nombre d'environ
400 hommes , & marcherent
droit à une Batterie de fix pieces,
qui eft à la queue de la Tranchée,
,
fans trouver aucune refiftance. Ils
commencerent par mettre le feu à
Bb iij
304 MERCURE
l'Epaulement , & à rompre un
Merlon ; de là ils ſe coulerent par
noftre vieille paralleles qui n'eft
plus occupée , pour ſe joindre à
un corps égal foutenu comme la
gauche , qui marchoit fur
noftre droite , pendant que quelques
Troupes forties des Chemins
couverts attaquoient la tefte de la
Tranchée. Cette manoeuvre fit
plier les Troupes veritablement ,
les obligea defortirdes Boyaux
pour n'eftre pas invefties & accablées
de tous coftez , deforte que
les Ennemis s'y jetterent.
Mr de Chartogne , Lieutenant-
General , qui commandoit
GALANT 305
de
qui avoit relevé le matin Mr
de Chemerault, envoya Mr d'Imecour
, Marefchal de Camppour
charger les Ennemis , qui attaquoient
la queue
de la Tranchée ,
& qui ruinoient les deux Batteries
voifines. Il les repouffa d'a
bord , mais il y reçut un coup
Moufquet , dont il mourut une
heure aprés ; ce qui donna le temps
aux Ennemis de fe reconnoistre
& de tenir bon , juſqu'à ce que
des Trouppes fuffent arrivées du
Camp , qui les chafferent avec
une perte affez confiderable.
Comme S. A. n'eftoit qu'à un pas
de la Tranchée , d'où elle fortoit ,
Bb iiij
306 MERCURE
elle revint , fit charger ces Trou
pes elle-meſme , & chaẞsales Ennemis
de ces Boyaux , aprés quoy
elle fit attaquer les autres Boyaux,
quifurent regagnez avec la même
vigueur , auffi-bien que nos Batteries
de Bombes de Canons de la
Contrefearpe , dont les Ennemis
furent les maîtres pendant plus de
trois quarts d'heure. Ils enclouerent
tous les Canons & les Mortiers
, maisfimal , que c'est comme
s'ils n'avoient rienfait ; de forte
qu'un jour de travail a reparé la
Batterie des Palliẞades qui tirera
demain , les autres Batteries
&
Mortiers ont tiré ce matin à
GALANT 307
L'ordinaire. Mr de Chartogne , qui
eftoit reſtépourfoutenir la teſte de
la Tranchée ,y a efté fait prisonnier
, & bleẞé en deux endroits ;
fans cela , &fans la mort de Mr
d'Imecourt , nous aurions gagné
à cette affaire : car il eft certain
qu'elle ne nous coutepas 80 hommes
tuez ou bleffez , & que
Ennemisy ont perdu plus de
hommes , nous avons bien
so de leurs prifonniers
& plufieurs
Officiers.
les
300
à
45 a
Ils firentpafferun corps de Cavalerie
, qu'ils poufferent du cofté
du Quartier general ; mais Mr
de Chemerault marcha avec deux
308 MERCURE
troupes de Cavalerie , & un Bataillon
, qui le fit retirerplus vifte
qu'il n'eftoit venu.
que nous,
Voilà àpeu-prés le détail. Vous
verrez par là que cette affaire
nous eftplus avantageufe qu'aux
Ennemis , puifqu'ilsy ont perdu
beaucoup plus de monde
fans aucunfruit. Nous travaillons
à ladefcente du Foẞsé ; je croy
que le bonheur de noftre affaire ,
vient de ce que S. A. s'y est trouvée
,fans quoy les chofes auroient
peut- eftre tourné autrement. Les
Ennemis ont perdu un Officier General,
& 7. à 8. Officiers de
marque.
GALANT 309
Au Camp devant Veruë ce
27. Decembre 1704 .
• Il nous eft arrivé hier au foir
une affaire la plus heureuſe du
·monde par l'evenement, dont voicy
le détail.
Les Ennemis ayant efté avertis
par un Sergent du Regiment des
Vaiffeaux , qui a deferté depuis
3. ou 4. jours , que la gauche de
noftre tranchée eftoit dégarnie , &
qu'on n'y faifoit monter que 700.
hommes ,font venus , trois quarts
d'heure avant la nuit , à lafaveur
d'un brouillard , au nombre de
310 MERCURE
2000. hommes d'Infanterie au
moins, avec leur Cavalerie.Ils
ont debouché par l'ouvrage qu'ils
ont à la tefte de leur Pont , & ont
en même temps pouffé toute leur
Cavalerie dans la Plaine , qui eft
au pied de la Colline par où ils
font montez tout le long des Fortifications
de la Place.
Ils marchoient fur deux colonnes
, l'une à pris fur les hauteurs
derriere la tranchée , oùfont deux
de nos Batteries , l'autre est alléé
au centre.
Les Troupes de la tranché fe
voyant prifes par derriere & en
flanc ont efté obligées de fe jetter
GALANT
311
A
dans unfond qui eftfur la droite de
La Tranchée, qu'ils ont abandonnée
anx Ennemis. Monfieur de Vendome
, qui ne faifoitque d'enfortir
, s'y eft rejetté à la tefte des
Troupes , & le Regiment de Medoc
& de Lionnois , auxquels cet
alerte avoit faitprendre les armes,
font heureufement arrivez. En
mefme-temps Monfieur de Vendome
les a poftez pour arrefter les
Ennemis ; ce qu'ils ont fait jufqu'à
ce qu'il fut arrivé d'autres
Bataillons du Camp, qui venoient
en affez bon nombre . Les Ennemis
ontpris le party defe retirer ,
nepouvantle faire par lemê
312 MERCURE
me chemin qu'ils eftoient venus ,
depeur d'eftre coupez, ils fe font
jettez avec beaucoup de precipitateon
dans le chemin Couvert. Les
Bataillons qui les pouffoient vigoureufement
, & qui les chargeoient
en queue en ont tué une infinité,
fans qu'ils tournaffent la tefte pour
fe deffendre , & lors qu'ils ont efté
entaffez les unsfur les autres dans
le foffe , nos gens font montésfur
la Batterie & fur le Logement de
Contrefcarpe , & les ont tirez
bout portant. Il eft certain qu'il
leur en coute plus de 300. hommes
dans une heure de temps.
Ils ont efté les Maiftres de la
la
GALANT 313
le
Tranchée pendant plus de demibeure,
ont encloué noftre Canon
nos Mortiers. C'eftoit le plus
grand malheur qui nous puſt arriver
s'ils avoient eu le loifir de
faire comme il faut ; mais comme
ils eftoient preffez , & qu'ils
n'avoient pas de cloux proportionez
aux lumieres de nos pieces ,
quife font agrandies , ayant fervi
a plufieurs Sieges , il fe trouve
que le Canon tire mieux qu'auparavant
les Mortiers de même.
dés le point du jour on leur a
fait un feu continuel , à quoy ils
n'avoient pas lieu de s'attendre.
La Batterie de la Contrefcarpe
314
MERCURE
ne tirera que demain , à caufe
qu'ils y avoient mis le feu avec
des Fafcines goudronées
qu'on
éteint pendant la nuit. Un Trompette
de Monfieur de Savoye vient
de nous apprendre que Mr de
Chartogne
qui commandoit
la
Tranchée, dont on n'avoit nulle
nouvelle , eft bleffé legerement
&
fait prifonier avec 7. ou 8. Offi
ciers. Mr d'Imecourt
, qui venoit
deftre fait Marefchal
de Camp ,
a efté tué. L'Aide de Camp de
Tranchée nommé Monferrier
Capitaine
de Dragons Reformé
dans du Heron a les deux jambes
percées d'un coup de Moufquer
;
GALANT
315
d'ailleurs nous n'avons pas perdu
50. hommes. Nous avons pris
quantité d'Officiers
Ennemis. Voila
comme l'affaire s'eft paffée ; le
Siege n'en fera pas retardée.
Du Camp devant Verue le 27.
Decembre 1704.
Mrs de Chartogne , d'Imecourt
de Maulevrier- Langeron releverent
la Tranchée le 26. Mon
fieur de Vendôme s'y trouva de
fort bonne heure & aprés avoir
vifité les Ouvragss , il donna fes
ordres pour ceux de la nuit.
Il en partit une demi - heure
avant le coucher du Soleil. A
peine eftoit- il éloigné d'une portée
Janvier 1705. Cc
316 MERCURE
de fufil de la tranchée , qu'un bruit
confus qu'il entendit luy appriſt
qu'un gros corps d'Infanterie &
de Cavaltrie fortoit de Verue par
le cofté du Po , & marchoit à la
gauche de la Tranchée. Il n'en
doutapas voyant dans l'inſtantnos
gardes avancéesfe retirer , ju
geant que les Ennemis n'ofoient
entreprendre unefortie par ce che
min là qu'avec toute leur Armée,
il donna ordre en même temps de
faire marcherles Brigades lesplus
voifines de la Tranchée.
Les Ennemis favorifez d'un
broüillard , n'avoient efté decou
verts qu'en approchant de nos Pof
tes. Ils fortirent avec toute leur
GALANT 317
Infanterie & toute leur Cavalerie.
Partie de la Cavalerie remon
ta le Pô le long de la Prairie au
deffus de Verue , l'autre partiefe
coula au deffous dans le Vallon
pour donner de l'inquietude en
même temps à tous nos quartiers ,
pourfavorifer laretraite. Leur
Infanterie tombafur noftre Tran
chée , par le front , par les deux
flancs & par les derrieres. Vous
fçavez que nous attaquons Verue
par un plateau efcarpé par la
droite & parla gauche , & qu'on
arrivefur leplateau en defcendant
des hauteurs de Guerbignan qui le
dominent , & que c'eſt ſur le pen-
Ccij
318 MERCURE
K
blinos
chant des ces hauteurs que nous
avons ouvert la Tranchée& étapremieres
nos fecondes
Batteries. Le plus gros de l'Infanterie
des Ennemis coulant le long
de la gauche de noſtre attaque &
marcha droit à la hauteur de Guerbignan
, &fe rendit Maistre de
nos Batteries. Un autre Corps
montant par le glacis , & fe joile
gnant à ceux qui fortoient par
chemin Couvert, attaqua la Tran
chée par le front & par le flanc..
Mr de Chartogne detacha Mr de
Maulevrier avec 100. hommes
pourfortifier la garde des Batte
ries , prit le parti d'arrefter les
Ennemis dans le centre de la
GALANT 319
Tranchée, avecfix Compagnies de
Grenadiers qui luy reftoient.
Ce petit nombre ne put faire
que tres - peu de refiftance , fe
voyant envelopé de toutes parts.
Monfieur de Vendôme qui arriva
prés de Guerbignan , en même
temps que les Ennemis, d'où il effuia
une decharge de 30. pas ,
trouva 25. hommes épars. Il les
raſſembla & les pofta dans un
Fortin appellé le Cornichon; Mr
de Bezons qui le fuivoit ayant
crié à la garde de la Tranché qui
fe retiroit , que Monfieur de Ven
dome eftoit prefent, tous les Soldats
s'arrefterent dans le moment
320 MERCURE
auprés de luy & s'y rallierent,
Ils furent joints auffi- toft par les
Brigades de Lionnois , de la Marine
, de Normandie , de Maulevrier
& de Leuville. La garde
de la Tranchée retourna fur les
Ennemis . La Brigade de Lionnois
entra dans la Batterie d'où elle les
chaffa. Mr de Guerchy les
pourfuivit
l'épée à la main , à la tefte
des deux Compagnies de Grenadiers
des Vaiffeaux. Les autres
Brigades les coupant par lagauche,
obligerent la plus grande partie
de fe retirer par les Boyaux de la
Tranchée , dans lefquels elles les
venverferent à coups d'épée , juf
GALANT 321
qu'au de-là de la Batterie du chemin
Couvert , où les Grenadiers
ayant monté fur les epaulemens
& dans les embrafures , tuerent
plus de 200. hommes fur la Contrefcarpe
& dans le foffe. Quelquespelotons
de Soldats Ennemis
voulurent fe rallierfur le chemin
Couvert favorifez par deux
petits logemens que Monfieur de
Vodome avoit fait faire à la
droite & à la gauche , dont ils
s'eftoit rendu maiftres : mais ils en
furent encore chaffez l'épée à la
main. Le Combat dura cinqgros
quarts
d'heure. Les Ennemis s'é
tant rendu maiftres de la Tran
322 MERCURE
chée au commencement de l'action,
Mr d'Imecour yfut tué , & Mr
de Chartogne y fut fait prifon
nier avec Mrs d'Airon Lieutenant
Colonel de l'Ile de France ,
de Razilly Major de Medoc , de
Gadagne , Capitaine dans Piémont
, Champigny Capitaine dans
Lyonnois , Pogue Lieutenant dans
la Sare & Soulas Lieutenant
dans Medoc. Mr de Pointis Ca
pitaine dans le Regiment des
Fusiliers & Mrde Viffac Lieutenant
des Bombardiers ont efté
tuez. Mr de Monferrier , Aide
de Camp de Monfieur de Vendôme
, a esté bleffe. Les enne- •
mis
GALANT 323
mis avoient commandé des gens
pour enterrer nos canons & nos
mortiers , & pour mettre le feu
aux affuts ; ce qu'ils n'ontpufaire
qu'imparfaitement dans le peu de
temps qu'ils ont eſté maiſtres de la
tranchée ; car de vingt- deux pieces
que nous avons en batteries ,
quatorze ont tiré ce matin , les
huit autres ne font pas en eftat de
tirer , parce que nous en avons
rompu les embrafures en pourfuivant
les ennemis , mais elles tireront
demain. Il n'y a que trois
picces où les cloux foient reftez ,
on y met le feu par la lumiere ,
commefi les cloux n'y étoient pas
Janvier 1705 .
Dd
324 MERCURE
Onze mortiers de douze que nous
avons en batteries ont jetté aujourd'huy
des pierres & des bombes
pendant tout le jour. Les ennemis
ontperdu plus de cinq cens
hommes dans cette action , dont
plus de quatre censfont reſtezfur
la place. J'ay vú plus de quarante
de leurs prifonniers ; outre un
Lieutenant Colonel , deux Capitaines
& deux Lieutenans , ily
en a que l'on n'a pas encore amenez
au quartier general. Nous
n'avons eu que trente bleſſez qui
font à l'Hopital. Je ne çay pas
le nombre des morts , mais je ne
croy pas qu'il excede celuy des
bleffez.
GALANY 325
1
Pendant le temps de l'attaque,
la Cavalerie ennemie qui avoir
remonté le long du Pô , s'avança
fort prés du quartier general. La
noftre monta brusquement
à cheval
, & quoiqu'elle ne confiftaft
qu'en un détachement de quatre
cens chevaux , elle paffa deux ravins
devant celle des ennemis
protegée par deux Compagnies
de Grenadiers , elle les obligea de
fe retirer avec perte de vingt
hommes & d'autant de che
Vaux.
On ne fçauroit donner trop de
loüanges à M " d'Orgemont , de
Ddij
326 MERCURE
Guerchy, d'Eftaire de Chiuſac,
de Leuville & du Guerchois ,
qui ſe ſont diſtinguez d'une maniere
qui leur a attiré les aplaudiffemens
de toute l'armée.
Quant àMonfieurdeVendôme,
j'aurois tant de chofes à en dire
que je croy devoir plûtoft me
taire que d'en parler; ce que j'en
devrois dire , cftant au- deffus de
toute expreffion.Ce Prince s'expofe
tous les jours d'une manicre
qui fait apprehender toute
l'armée pour fa vie. Ce fut luy
qui remena les troupes à la tranchée,
qui les fit charger, & qui
effuya à leur tefte plufieurs déGALANT
327
charges de moufqueterie. Enfin
, il eft prefent à toutes les
actions perilleufes, & veut voir
tout par luy-même.
Il n'y a point de doute que
la journée du 26. de Decembre
ne fe foit paffee de la maniere
qu'elle cft marquée dans les Relations
que vous venez de lire ,
puifque la bonne foy fe trouve
toûjours dans les Rolations
des François , & que fi on n'y
peut trouver quelque chofe à
redire , c'eft qu'ils ne font jamais
contens de leurs exploits,
& qu'au lieu de groffir tous les
avantages qu'ils remportent ,
Dd iij
328 MERCURE
ils les diminuent toûjours . Enfin
, on voit un tres grand rapport
dans toutes ces Relations
écrites par differents Officiers,
qui , felon toutes les apparences,
ne fe les font point communiquées
, & dont l'un.campé
d'un cofté, & l'autre de l'autre ,
& ce qui empêche encore de
douter de la verité de ce qu'elles
contiennent , eft que l'éve,
noment n'a pas eſté avantageux
aux Ennemis . Cependant ceux
qui cherchent à tromper les
peuples d'Angleterre & de Hollande
, afin de les engager de
fournir avec moins de chagrin
GALANT 329
aux frais de la guerre , ont ofe
affurer dans leurs nouvelles publiques
, que les François avoient
perdu 3000. hommes dans cette
journée , fans faire refléxion
que les troupes Allemandes &
Savoyardes n'avoient envelopé
que 700. hommes qui gar,
doient la tranchée , le terrain
ne pouvant en contenir davantage
, & que Monfieur de Ven.
dofine, qui vint auffitoft à leur
fecours , ne fut pas plûtoft arrivé
que les Allemans & les Sa +
voyards prirent la fuite avec
toute la précipitation imaginable
de forte qu'ayant le
Dd iiij
330 MERCURE
dos tourné, il fut d'autant plus
aifé d'en tuer que tous les coups
porterent , & qu'ils n'avoient
qu'un lieu pour rentrer, appellé
la Porte du Secours , & que ne
pouvant tous rentrer en mêmele
temps par une feule
porte ,
carnage
fut grand. Il eſt conftant
, qu'outre
ceux de leurs
Officiers
qui ont cfté tuez en
cette occafion
, on leur en a pris
42. & que ceux qui ont écrit ,
aprés le combat
, les Relations
que je vous envoye
, n'étoient
pas encore
informez
de ce
grand nombre
de prifonniers
.
Ces faits font conftans
, & l'éGALANT
331
venement doit empêcher d'en
douter. Si les Ennemis avoient
fait un auffi grand carnage
qu'ils ont voulu le perfuader ,
ils ne fe feroient pas retirez
avec tant de précipitation , &
ils feroient demeurez plus longtemps
maiſtres du terrain qu'ils
avoient occupé d'abord : mais
on peut dire qu'ils n'ont fait que
venir, voir , & s'enfuir. Ce qui
fuit regarde les deux Officiers
Generaux de nos troupes, dont
l'un a cfté tué dans cette action
& l'autre eft mort depuis , de
fes bleffures.
M' d'Imecourt , Maréchal
332 MERCURE
de Camp, eftoit d'une Maiſon
qualifiée de Picardie , qui a produit
plufieurs Officiers d'une
grande valeur.MileMarquis
d'
mecourt ,fon pere , avoit fervi
avec beaucoup de diftinction
pendant toute la vie . Il eſt mort
Gouverneur
de Montmedy
. Il
étoit Colonel lorſque les enfans
entrerent dans le fervice , & il
cut le plaifir de les voir tous occuper
les premiers poftes du
Regiment qu'il commandoit ,
& de leur voir fournir leur carriere
avec beaucoup
de gloire.
M' d'Imecour
fon fils a
efté regretté de toute l'armée
, & fur tout de Monfieur
GALANT 333
le Duc de Vendofme , qui en
faifoit un cas particulier, & qui
en a même parlé en des termes
qui font beaucoup d'honneur
à fa memoire. M' d'Alba Lieutenant
Colonel de ſon Regi,
ment , homme generalement
eftimé, & d'un courage éprou
vé a eu le Regiment. C'eſt celuy
d'Auvergne qu'avoit le défunt
, & dont il eftoit fur le
point de fe défaire, parce qu'il
venoit d'eftre nommé Maré,
chal de Camp , & qu'il n'eft
permis qu'aux Brigadiers de
conferver des Regimens ,
moins d'en avoir une permif334
MERCURE
que
fion particuliere ; ce qui ne
s'accorde qu'à peu de perfon
nes . L'aîné des freres de feu
M' d'Imecourt eft Lieutenant
General , Lieutenant des Gendarmes
, & Gouverneur de
Montmedy. On peut dire
la valeur & le zele pour le fervice
du Roy font hereditaires
dans cette Famille .
M'de Chartogne, dont tou
tes les Relations avoient parlé
de la bleffure , comme d'une
bleffure tres- legere , mourut
4 heures aprés avoir efté fait
prifonnier. Monfieur le Duc
de Savoye , qui avoit des raiGALANT
335
fons pour empêcher que fa
mort ne fut fque , donna des
ordres par lefquels il défendit
de la publier : Il eftoit Lieutenant
General, & Directeur General
d'Infanterie. Sa valeur &
& fes belles actions l'avoient
élevé par degrez à ces deux
grands Emplois . Il avoit fervi
dans le Regiment d'Artois, où il
avoit cfté Capitaine de Grenadiers
, & Lieutenant Colonel
de ce Regiment . Il fut enfuite
Lieutenant de Roy de Barcelone
, dont il touchoit encore
les appointemens , lorfqu'il eft
mort. Il s'étoit tellement dif
336 MERCURE
tingué par un nombre infini
de belles qualitez , qu'il avoit
efté fait Officier General fans
avoir efté Colonel . Le Roy
a jugé à propos de fupprimer
aprés fa mort la Direction geferale
, perfuadé qu'il fuffifoit
que les troupes cuffent des Inf
pecteurs ; ainfi à mesure que
ceux qui ont des Directions
generales
viendront
à deceder ,
Icur Direction
fera fupprimée
.
Feu M de Chartogne
a vû
mourir avant luy deux de fes
enfans qui eftoient dans le fervice
, & dont il y avoit lieú d'efperer
beaucoup, puifqu'ils marGALANT
337
choient fur les traces de leur
pere.
Depuis la journée du 26. de
Decembre , jufqu'au 18. de
Janvier , il ne s'eft rien paffé
de confiderable devant Veruë,
& les combats ont efté plus
grands & plus fanglants fous
terre qu'ils n'y font ordinairement.
Monfieur de Vendofine .
ayant fait foutenir fes mineurs .
par des Grenadiers , 3. de nos
mineurs ont efté tuez dans ces
combats & les Ennemis en ont
perdu onze.
Le 4. de ce mois on vit arriver
de Turin 2. bataillons ,
338 MERCURE
l'un d'Aoft de 200. hommes ,
& l'autre de Tarantaife.
Le 9. il y avoit fept nouvelles
pieces de canon déja
arrivées , & vingt autres les devoient
fuivre de prés. La Relation
qui fuit vous apprendra
ce qui s'eft paffé depuis.
Au Camp devant Veruë ce 18 .
Janvier 1705 .
Depuis ma derniere Lettre il
n'y a rien icy de nouveau , finon
que
les mines que les ennemis ont
faitfauter , les nostres ont entierement
ruiné la courtine des
GALANT 339
fauffes-brayes les caponieres
le refte des murailles des deux baf
tions de l'attaque. La feconde envelope
eft auffi ruinée à un point
qu'on y peut monter , mefme à
cheval . On voit auffi le jour à tra
vers de la troifiéme envelope ,
elle eft auffi abbatuë à la hauteur
au moins de deux hommes ;fi bien
que fi quelque chofe empefche
Monfieur de Vendome de monter
à l'affaut , c'eſt qu'il veut que
cette troifiéme envelope foit auffi
entierement ruinée. La confequen
ce eft que tous les baftions font ou
minez , ou contreminez , & qu'-
avant l'affaut Son Alteffe vent
Janvier 1705 .
C
Ec
340 MERCURE
faire marcher les troupes fi viſt,
que les ennemis n'ayent pas le
temps de mettre le feu à leurs mines;
ce qui arrivera d'autantplus
furement que lesfauciffons de cha
cune des mines de chaque bastion
partent tous de derriere la derniere
envelope. Son Alteffe a fairfaire
une batterie nouvelle qui bat la
courtine qui eft entre le Donjon &
tes ouvrages de la Ville . Dés
cette courtineſera a bas, on pourra
monter avec de bonnes troupes par
cette breche , pour fe rencontrer le
jour de l'attaque avec les troupes
qui monteront par les breches
des bastions. On rend l'attaque
r
que
GALANT 341
plus fûre en la differant ainsi , &
on ruine l'armée des ennemis . On
ne nous tuë preſque perfonne à la
tranchée , il n'y a point dejour,
l'un portant l'autre , qu'il ne deferte
aux ennemis dix ou douze
fantaffins , er deux ou trois hommes
de cherial. Mr le Comte
d'Eſtain s'eft avancé avec toute
noftre Cavalerie , quelques Bataillons
huit, ou dix Compa
gnies de Grenadiers . On dit icy
que d'eftfeulement pour la fubfiftance
; mais il y a furement
quelque chofe de plus. Je neſçay
qu'en penser , fi ce n'est pour tom
ber fur quelque endroit qui puiffe
Ecij
342 MERCURE
ofter à Monfieur de Savoye la
communication de Turin ave
Veruë.
Les gelées ont ceẞé depuis trois
jours , il est tombé de la neige de
quatre pieds de haut. Il fait aujourd'huy
une petite pluye qui
découvrira bien-toft la terre . Si
elle continue le Pô deviendra af
fez hautpour emporter encore une
fois le Pont de Crefcentin .
Vous voyez que par la fitua
tion où le trouvoient le 18 .
toutes les chofes qui regardent
ce Siege , il y a lieu d'efperer
que la Place fera bien- toft
GALANT 343
prife , & je ne doute point
qu'elle ne fe foit rendue , ou
qu'elle ne foit emportée d'affaut
avant que vous receviez
ma Lettre. Jamais on a vû une
plus heureuſe difpofition , &
celuy qui a écrit cette Relation
fait voir qu'il entend parfaite
ment bien la guerre , & que
Monfieur de Vendôme la fçait
fi bien faire , qu'il eft impoffi
ble d'aller plus loin dans ce
métier.
Madame la Princeffe des Ur
fins arriva en cette Ville le 4.
de ce mois . Monfieur le Duc
344
MERCURE
a
& Madame la Ducheffe d'Albe
allerent affez loin au devant
d'elle . Ils partirent fur les neuf
heures du matin avec une fuite
digne de leur élevation , &
proportionnée
à l'éclat & à la
magnificence
dont ils vivent.
Leurs Excellences
étoient dans
un magnifique
Caroffe “ attelé
de huit chevaux : ils eftoicnt
fuivis par deux autres Carroffes
attelez de fix chevaux, dans
lefquels eftoient plufieurs Gentilshommes
de diftinction .
Leur Livrée eftoit nombreuſe ,
& ils eftoient accompagnez
de
plufieurs perſonnes à cheval.
GALANT 345
?
La magnificence les fuit partout.
Leurs Excellences ne rencontrerentMadame
laPrinceffe
des Urfins qu'à fept ou huit
lieues de Paris , ou d'autres
perfonnes de grande diftinction
de fon illuftre famille l'attendoient.
Aprés les civilitez
accoûtumées ,Madame la Princeffe
des Urfins entra dans le
Carroffe de Son Excellence
Madame la Ducheffe d'Albe.
Tout ce grand cortege fuivit
& on alla defcendre à l'Hoſtel
de leurs Excellences . Monfieur
le Duc d'Abbe donna la main
à Madame la Princeffe des Ur
346 MERCURE
fins pour la conduire dans fon
apartement. Elle ne fut pas fur
prife de la magnificence qu'elle
y trouva , elle avoit vûe à
Madrid avec beaucoup plus
d'étendue , dans l'Hoftel de
leursExcellences
. Plufieurs perfonnes
de la plus grande diftinction
, & de la famille de
Madame la Princeffe des Urfms
, demeurerent avec elle
chez leurs Excellences & furent
de la magnifique fefte
qu'elles y donnerent . Rien n'y
fut épargné , le foupé fut des
plus delicats & des plus fomptueux.
On y fervit cent plats
de
GALANT 347
i:
de viande chaude , & le deffert
y fut admiré & par la qualité
& par l'arrangement des
fruits , des confitures & des liqueurs
glacées qui le compofoient.
L'opulence & le bon
goût ne peuvent aller plus loin ,
& c'eft toûjours choſe nouvelle
en magnificence que ce
cui fe fait chez Monfieur le
Duc & chez Madame la Ducheffe
d'Albe : l'on peut diré ,
fans les flatter , que fi quelque
chofe peut avoir plus d'éclat
& de delicateffe que la reception
qu'ils font chez eux à
leurs amis , & à ceux qui leur
Fanvier 1705 .
Ff
!
348 MERCURE
rendent vifite , c'eft la maniere
dont Leurs Excellences fçavent
les recevoir. Madame la Princeffe
des Urfins ne fut ſurprife
ny de leurs fentimens pour
elle , ny de leurs manieres. Elle
leur témoigna , avec les graccs
qu'elle fçait donner à tout
ce qu'elle dit , & à tout ce
qu'elle fait , combien elle
cftoit fenfible. Peu de jours
aprés elle alla à Verſailles , où
elle fut reçûe avec cet accueil
que Sa Majefté fait toûjours à
la diftinction & au merite . Elle
y a demeuré pendant quelques
jours , & toute la Cour s'eft
y
GALANT 349
.
.empreffée à luy témoigner
l'eftime & l'affection qu'elle a
le fecret de s'attirer en tous
licux . Elle retourna à Verfailles
quelque temps aprés , & le
le Royluy donna de nouveaux
témoignages de fon eftime &
de fa bonté. Je ne vous dis
rica de la maniere dont elle a
efté reçûe chez Madame la
Ducheffe de Bourgogne . Vous
fçavez ce que cette Princeffe a
fait pour elle .
Le 25 de ce mois M le
Comte de Rupelmonde , fujet
du Roy d'Efpagne , époufa
Ffij
350 MERCURE
Mlle d'Alegre , feconde fille de
Mile Marquis d'Alegre Lieutenant
General des Armées du
Roy, & qui commande
celle
de la Mofelle . La Ceremonic
des Fiançailles fe fit le même
jour, fur le midy , dans l'Eglife
de S. Suplice , en preſence d'un
grand nombre de perfonnes
de la premiere qualité. Mª la
Marquife d'Alegre , qui ne fait
rien qu'avec beaucoup de Nobleffe
, donna un magnifique
.
repas à cette illuftre Affemblée.
Monfieur le Duc & Madame
la Ducheffe d'Albe furent de
cette Fefte ; & le foir du même
-
GALANT 351
jour, Leurs Excellences en donnerent
à cette occafion unc
des plus grandes que l'on ait
vues à Paris depuis long- temps .
La Nôce fe fit dans leur Hôtel,
&la ceremonie duMariage dans
leur Chapelle. Voicy le détail
de cette magnifique Felte . Sur
les fix heures du foir , ceux qui
en eftoient priez commencerent
à fe rendre chez Monfieur
le Duc d'Albe. Tout le pleinpied
de fon Appartement étoit
éclairé d'une infinité de groffes
bougies ; & celuy de Madame
la Ducheffe eftoit éclairé de
même. Ces deux Appartemens
Ffiij
352 MERCURE
font des plus beaux , & des
plus richement meublez. Il y
avoit dans celuy de Monfieur
le Duc , pluſieurs tables de jeu,
& dans une des pieces untres
beau Concert. Ceux qui aiment
la Mufique avoient de quoy
fe contenter en arrivant , &
ceux qui preferent le Jeu à
d'autres plaifirs , n'avoient qu'à
choifir à quel jeu ils vouloient
jouer. La jeuneffe prit le parti
de dancer ; & on commença
un petit Bal qui dura jufqu'à
neuf heures & demie , qu'on
fe mit à Table. On n'avoit
compté que fur trente cinq ou
GALANT 353
& plus quarante couverts
de quatre-vingt perfonnes s'y
trouverent
tous Sujets des
Rois de France & d'Espagne.
Tout autre que Monfieur le
Duc d'Albe auroit efté embaquart
d'heure
.
raffe , mais la grandeur & la
magnificence dont il vit , & le
nombre & l'attention de fes
domeftiques le tirerent bientôt
de peine. Le foupé n'en fut
pas differé d'un
On fervit dans le moment
deux grandes Tables , outre
celle qui eftoit préparée pour
lenombre des perfonnes qu'on
attendoit. Il ne s'en eft guere
Ffinj
354 MERCURE
,
vû de plus fomptueufe , de plus
delicate , ny de mieux fervie.
Un fort riche fur -tout d'Argent
, & d'un beau travail ,
chargé de plufieurs bougies
en rempliffoit & en ornoit le
milieu. La Table eftoit beaucoup
plus longue que large ,
mais bien proportionéc . Il y
avoit dans la longueur, à droite
& à gauche du fur-tout , trois
grands baffins de chaque coſté,
& le tout eftoit bordé de vingt
fix plats , & d'un pareil nombre
de hors- d'oeuvre. Il y cut
dans la même fymmetrie , trois
fervices de viande , & un d'enGALANT
355.
tremets . Quant au deffert , le
deffein en fut tout nouveau
& tout le monde avoua qu'il
ne s'en eftoit point encore vû
de mieux entendu , de plus
delicat , ny de plus agréable à
la vûë. Deux grandes corbeilles
d'environ trois pieds de
long , fur deux pieds de large ,
à cofté du fur-tout , s'élevoient
en forme de grottes , percé es
à jour de tous coftez . Les centres
en eftoient brillans , bien
colorez & chargez ainſi que
tout les dedans de ces grottes ,
des plus rares confitures fei
ches . Deux autres grandes cor356
MERCURE
beilles , d'un deffein different ,
fe voyoient enfuite dans le long
de la Table , & deux autres de
pareille grandeur dans le large
; elles eftoient également
chargées de differens compar
timens de confitures feiches des
plus exquifes . D'autres corbeilles
du plus beau & du plus rare
fruit , les accompagnoient de
- tous côtez , & le tout eftoit
bordé d'autant de compotes
differentes qu'il y avoit eu de
hors-d'oeuvres , à chacun des
autres fervices . De grands pots
d'argent remplis des Liqueurs
les plus exquifes , eftoient difGALANT
357
tribuez le long de la Table ;
& les liqueurs les plus eftimées
y furent prodiguées , ainfi
queles Vins les plus rares . Les
deux autres Tables furent fervies
avec une magnificence
égale , & fans aucune confufion.
On demeura prés de deux
heures à Table , & on fut diverti
durant ce temps-là par
une excellente Mufique. A peine
le Soupé fût- il fini , qu'on
recommança le Bal : on l'interrompit
auffi-tôt , qu'on futaverti
de l'arrivée de M' l'Evê
que de Blois , qui devoit faire
la Ceremonic , & on fe rendit
358 MERCURE
fit
à la Chapelle de cet Hôtel . Ce
Prélat , qui a toûjours autant
édifié par fa conduite , qu'il
inftruit par fes entretiens
,
d'abord un difcours , qui quoique
court , eftoit rempli de
l'onction , & de la force qui
accompagnent & ce qu'il dit &
ce qu'il fait . A l'iffuë de la Meffel,
on conduifit les nouveaux
Mariez à l'Hôtel d'Alegre. Les
Jardins de ces deux Hôtels fe
touchant , on les trouva tres
bien illuminez, & le veſtibule ,
le grand efcalier & l'appartement
de M° d'Alegre eftoient
illuminez , & éclairez de même.
GALANT
359
Pendant que l'on couchoit les
nouveaux Mariez , les filles
qui ne fe trouverent point à
cette Ceremonie , recommencerent
le Bal avec les meilleurs
Danceurs , dans l'appartement
de Monfieur le Duc d'Albe.
Tout le monde y revint aprés
le couché des nouveaux Mariez
: on y fervit encore toute
forte de glaces , des Liqueurs ,
des Oranges & des Confitures
fciches. Plufieurs perfonnes fe
remirent au jeu , & le Bal &
le jeu ne finirent qu'à quatre
heures du matin. On ne peut
affez exprimer de qu'elle ma360
MERCURE
niere noble & aifée, Monfieur
le Duc & Madame la Ducheffe
d'Albe font les honneurs chez .
eux , il fuffit de les avoir vûs ,
pour n'eftre plus furpris de
tout ce qu'on trouve en eux,
de grandeur & de politeffe.
Leurs manieres nobles & douces
& un caractere de bonté
qui fe répand dans tout ce
qu'ils font , leur attirent auſſi
le coeur de tous ceux qui les
approchent. C'est ce que fe difoient
à tous momens ceux qui
Le trouverent à cette grande
Fefte. Voicy les noms des
principales perſonnes qui en
GALANT 361
eftoient. Madame la Princeffe
des Urfins ; Madame la Maref
chale Ducheffe de Bouflers ;
Madame la Princeffe de Monbazon
; Madame la Ducheffe
d'Aumont ; M la Marquife de
Crequi fa belle foeur ; M la
Comteffe d'Egmont, Madame
la Ducheffe de Rohan; Mlle
de Rohan fa fille , & Mlle de
Furftemberg ; Madame la Ducheffe
de Chatillon ; Madame
la Ducheffe de S. Pierre ; M
la Comteffe de Solre & Mlle
de Solre fa fille , M˚ de Croiffi,
M la Marquife de Boufols
& Mlle de Croiffi fes filles ; M
362 MERCURE
la Marquife de Florenfac , M°
de Barbezieux
, M° de Meyercron
; M° de Beuvron ; M² de
Fimarcon ; Monfieur le Duc de
Coeflin ; Monfieur le Duc de
Chatillon ; Monfieur le Prince
de Bournonville ; Monfieur le
Duc de Bifache & M' fon
frere ; M' le Comte de Solre ,
M' le Marquis d'Urfé , Monfieur
le Prince de Bergue; Monfieur
le Prince d'Aquaviva ,
Monfieur le Prince de Robecq ;
M' le Comte Chacq ; M' le
Marquis de Crevecoeur , le fils
de M' de Meyercron ; M' le
Comte & M le Chevalier de
GALANT 363
S. Germain Beaupré ; M de
Carraccivolo ; M Pignatelli ,
& plufieurs autres. M la
Marquife d'Alegre en faifoit
les honneurs , ainfi que Monfieur
le Duc & Madame la Ducheffe
d'Albe . Il ne paroiffoit
pas que Leurs Excellences donnaffent
aucun ordre ; mais on
s'apercevoit bien que parmi le
grand nombre de leurs domeftiques,
elles eftoient óbeies par
tout , fans qu'il paruft aucun
embarras & aucune confufion .
Monfieur le Duc d'Albe qui
n'a rien tant à coeur que de
voir toûjours les deux Nations
Fanvier 1705 .
Gg
364 MERCURE
dans la liaiſon parfaite qui les
unit , eftoit charmé de voir
tant de dignes Sujets du Roy
fon Maître , lier une étroite
amitié , avec les François . C'eſt
dans cet efprit qu'il a eſté charmé
de ce Mariage, & qu'il en
a temoigné fa joye par des demonftrations
auffi éclatantes .
Outre l'eftime qu'il a pour la
Maifon d'Alegre , & le cas
qu'ilfait des nouveaux Mariez ,
il fe fent porté par des fentimens
dignes de luy à contri
buer de fon mieux à faire & à
entretenir de pareilles liaiſons
entre les deux Nations. Il ne
GALANT 365
tiendra ny à fon
affection
ny
à fon
zele , que
cet
exemple
ne foit
fuivi
de
beaucoup
d'autres
. Il a pour
les
interefts
de
fa patfie
, ce coeur
qui
a confacré
le nom
& les fervices
de
fes
Peres
, & il a pour
la France
, cette eſtime & cette affection
que les grands hommes
ne refuſent jamais à la juftice
& à la droite raifon.
leur
A l'égard des nouueaux Mariez
, ils ne font pas moins affortis
par leurs Perfonnes &
par leur âge , que par
naiffance & par leurs belles
qualitez. M' le Comte de Ru
Gg ij
366 MERCURE
pelmonde eft fort bien fait.
Il eſt d'une taille avantageuſe
,
il a l'abord noble , un acceuil
prévenant , le regard gratieux,
& tout ce qu'on voit en luy
parle à fon avantage. Il a de
la douceur dans fes difcours
& de la grace dans ſes manicres.
Il a des fentimens d'honneur
qui fe repandent dans fa
conduite ; & une attention à
fes devoirs qui paffe jufqu'au
moindres bien-feances . Qui le
connoît l'eſtime , & qui le voit
penfe toûjours quelque choſe
en fa faveur. Mla Comteffe de
Rupelmonde a tous les avanGALANT
367
tages de fon fexe, & d'une belle
éducation . Elle eft belle , elle a
de la douceur , elle eft polic, fa
raifon devance fon âge , & l'égalité
de fon humeur fait honneur
à fon fexe & à fa beauté.
Elle a un riche naturel , une
ame qui fe porte au bien d'ellemême
, & un coeur qui ne paroit
acceffible à aucune foibleffe.
Elle s'eft rendue comme
naturelle la pratique des vertus
, & elle trouve dans fon
fang , ce penchant au bien ,
que fon éducation & les exemples
domeftiques l'ont accoutumée
à écouter & à fuivre.
>
}
368 MERCURE
pas
On luy trouve tous les jours
quelque perfection nouvelle ,
& l'envie & la malice n'ont encore
pû faire découvrir en elle
aucun défaut , ny mefme luy
en faire fuppofer. On n'eſt
furpris de fa bonne grace aprés
l'avoir vu dancer , & on ne
s'étonne pas de luy trouver
tant de raifon & tant de con--
duite , quand on connoît l'efprit,
la vertu , le & merite de M
la Marquife d'Alegre , fa Mere,
qui a pris foin elle mefme de
l'élever,& qui n'a rien épargné
pour une éducation , qu'un
auffi riche naturel rendoit aifée,
GALANT 369
& dont les fuites ne
pouvoient
rien avoir de douteux . Je ne
vous diray rien icy de la Maifon
d'Alegre. Ce nom eſt ſi
grand & fi connu & je vous
en ay parlé en tant d'autres
rencontres
, que je ne ferois que
repeter ce que j'en ay dit , ou
vous parler de ce que vous fçavez
, & que perfonne
n'ignore.
Quant à M' le Comte de Rupelmonde
, il tire ſon origine
de la Maifon de
Boulogne
ainſi qu'il eft prouvé par de
bons Titres. Je ne vous donneray
icy qu'un extrait fuccint
de la Genealogie
de cette ancienne
Maifon.
370 MERCURE
LIGNE DIRECTE
de la Maifon de Boulogne-
Licques.
Euftache Cuens de Boulogne,
furnommé Auguienen , époufa
Yde , fille de Godefroy le Bon,
Duc de Bouillon & de Lorraine.
Godefroy de Bouillon ,
Baudoin , Roy de Jerufalem &
Euftache , Comte de Boulogne,
font iffus de ce mariage.
Euftache , Comte de Boulogne
époufa Maric , fille de Macome
, Roy d'Ecoffe , dont eft
iffu Euftache deB oulogne, qui¨
fut tué devant Rama en 1107.
deux de fes freres y perdirent
auffi la vic. Ce dernier avoit
époufé Gabine , fille de Bodebacque,
GALANT 371
Jacque , Seigneur de Wauvin.
Ils eurent pour enfant , Godefroy
de Boulogne , qui n'avoit
que trois ans lorfqu'Euftache
fon pere , fut tué. Euftache ,
fon Aycul , l'envoya à la Cour
de Baudoin fon grand onçle
& Roy de Jerufalem . Aprés
avoir fervi dans les armées , il
commanda fa Gendarmerie. Il
deffit les Sarrafins en plufieurs
rencontres , & il fut fait prifonnier
. On le conduifit à Antioche
, où il demeura en captivité.
Nogora , fille du Roy d'Anthioche
, touchée du merite &
du malheur de Godefroy , embraffa
fa Religion, ſe fit Chrêtienne
& l'époufa. Dans le
temps qu'ils fe fauvoient enfem
ble,ils furent atteints par ceux
Hh
Fanvier 1705 .
372 MERCURE
qui avoient ordre de les pourfaivre.
Godefroy fut tué dans
le combat , & Nogora fut ramenée
chez le Roy fon pere , où
elle accoucha d'un fils , nommé
Noradin de Boulogne . Il paffoit
pour un des plus braves Chevaliers
de fon temps , & pour ennemy
declaré des Chreftiens.
Philippe d'Alface , Comte de
Flandre , le retira d'entre les
mains des Chreftiens qui l'avoient
fait prifonnier , & le
mena en Flandre , où il le remit
entre les mains de fes parens &
de fes amis . Deux ans aprés No.
radin feconvertit. Il fut baptifé
à Bruges dans l'Eglife de faint
Donat & nommé Euftache
ainfi que fon Aycul. On luy
donna la Chatellenic de Lens.
GALANT 373
Enfin il retint les armes qu'il
avoitavant fa prifon. Il portoit
écartelé d'or & de fable. Il
époufa Matilde de Jauffe dont
il'eut Jean de Boulogne premier
du nom , Chaſtelain de Lens en
Artois . Il cut de Marie d'Enghien
fa femme , Baudoin de
Boulogne , Chatelain de Lens,
qui époufa Sara de Mello , &
en cut Jean de Boulogne , fe
cond du nom , pareillement
Chaſtelain de Lens. Il époufa
Ifabeau de Brimen , dont nâquit
Jean de Boulogne , troifiéme
du nom , auffi Chaſtelain,
de Lens. Marie d'Efne , Dame
du Conroy fut fa femme , dont
il cut François de Boulogne ,
Chatelain de Lens , & Seigneur
de Chamblinton . Il épousa Leo.
Hhij
374 MERCURE
nore de Licques , Dame & Baronne
dudit lieu , dont il cut
Jean de Boulogne quatrième du
nom , Chatelain de Lens , Seigneur
de la Comté de Raicourt,
de Comelin , Baron de Licques
& de Bommingue . Il époufa
Catherine de Bethune , fille du
Seigneur d'Havelzerthe , Ils
curent plufieurs enfans , & entr'autres
Charles de Boulogne,
Amiral de France , & Jean de
Boulogne , cinquième du nom ,
furnommé Agrive , Chaftelain
de Lens , Baron de Licques , &
de
Bommingue , Seigneur de
Raicourt & Comte de Stéen.
vorde , qui s'allia avee Marguerite
d'Allennes , Dame de Ternafet
& d'Efforbe . Jean de Boulogne
fixiéme du nom , Chaſte-
A
GALANT 375
lain de Lens , & Baron de Licques
fut leur fils . Il époufa
Jeanne de Stavelle dont il eut
Jacques de Boulogne , Chaftelain
de Lens , Baron de Licques
, Seigneur de Lyeres , &
ConfeillerChambellan de l'Empereur
Charles V. Il époufa
Jeanne de Fay , fille du Sei
gneur de Hully , Maistre d'Hô
tel de Charles VII. & de Louis
XI . Rois de France, de laquelle
il cut François deBoulogne, Seigneur
de Raicourt , Chatelain
de Lens . Il fe maria avec Barbe
de Morbecq de S. Omer. Phi
lippe de Boulogne fut fon fils.
Il eftoit Baron de Licques &
Gouverneur de Tournay. II ,
époufa Jeanne de Wilhem ,
dont il eut Philippe de Boulo-
Hhij
376 MERCURE
gne , Baron de Licques ; il fue
marié à Marguerite de Stéelant,
Servais de Boulogne , fon fils ,
Baron de Licques , & de V Viffekerke
, époufa Marguerite de
Robles , dont il eut Philippes
de Boulogne, Baron de Licques .
I fe maria avec Madelaine de
Baerlant & en eut N.... de
Boulogne , Baron de Licques ,
Comte de Rupelmonde , Baron
de VViffekerke , qui a épousé
N.... Baronne de Truches ,
Comteffe de Volfeg , fille de
Maximilien VVinebolde , Baron
de Truches , & de Claire
Ifabelle , Ducheffe d'Arambergh
, dont il a eu Maximilien
de Boulogne, Baron de Licques,
Comte de Rupelmonde qui
vient d'époufer Mlle d'Alegré,
GALANT 377
fille de Mr le Marquis d'Ale
gre , Commandant l'Armée du
Roy , fur la Mofelle.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé étoit la Bombe. Ceux qui
Font trouvé font , Mrs de Vaux,
Avocat au Parlement de Bretagne
, & Seneschal de la Thebaudays
: Bardet & fon ami
Dupleffis , Maitre Chirurgien
au Mans : Robinet proche S.
Pierre aux boeufs : Nochié de
Hoftel Nicolaï , rue Bourtibourg
Fleurant de Grimau
din : Ic Doyen de la Montagne
& fon ami Caron : le cadet barbier
du balcon d'Avignon :
l'Ami content de Verſailles :
l'Archimede de l'Ile Noftre
Dame & fon ami Pythagore de
378 MARCURE
:
la rue Geoffroy- l'ânier : l'aîné
des trois freres le Vainqueur
de la rue de Savoye & les
charmants Oifeaux du quartier
faint André. Miles Thain
de la rue neuve faint Paul , &
fon amie des Sales de la rue de
la Verrerie: Sauvage , du quartier
S. André : Saumon , de la
rue des Gravilliers & fon amio
le Vaffeur : la bergere climene
& fon berger Tirfis : l'Aimable
tante de Julie : la belle enrumée
de la belle étoille de la rue
S. Severin , & fon ami le banquier
la Précieufe de la même
rue: la petite Ecoille & fon ber
ger , auffi de la même rue S.
Severin Tamirifte & fa fille
Angelique: la plus belle & gracicule
Dame du CloîtreNoftreGALANT
379
2
Dame: lacadette des trois aimable
foeurs de la rue S. Jacques s
la groffe femme du coin de la
ruc de Savoye : du Rondet , le
grandvoyageur : & Dellille, Of
ficier d'efperance.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIGM E.
Mon corps eft dur eft plat , ma
taille eft inégale,
On me charge fouvent d'un augufte
blafon;
Quelfort plusglorieux ! cependant
on m'étale .
Au pied d'un foubre mur : fage précaution
Pendant Efte je fuis , en certains
lieux cachée ;
380 MERCURE
A lors humide &froide, on me tourne
le dos :
Mais en Hyverpar tout découver
te , échauffée ,
On vient auprès de moy conferer en
repos.
Le feu , qui fait changer ma con.
leur naturelle
>
M'altere lentement, Je tiens bon
contre lay
Pendant un fiècle entier,& mafubfance
eft telle,
Que je conferve encor ce qui mefert
&appuy .
La Prophetic fuivante eftoit
dans ma derniere Lettre Jela
remets icy , afin que l'explication
que je vais vous en donner
foit plus facile à comprendre
.
66. faira trois 22.
Maispoint trois 22. fairent 66.
GALANT 381
Le Berceau Couronné nous dira le
precis.
Gaulois verra pour comble de fes
voeux ,
66. de calcul en calcul
• Par quatre 22. encore trifayeul.
Cette Prophetic eft de Mr
Cudene de la Manon , Préfident
au Parlement d'Aix en
Provence Voicy de qu'elle maniere
il l'explique.
Je n'ay pû refuser à mon coeur de
donner au Public ce que j'ay penfe
fur l'heureufe naißance de Monfei
gneur le Duc de Bretagne.
J'ay pris mon temps dans le commencement
de cette année , pour mar.
quer an Roy ,fous le nom d'une Pro.
382 MERCURE
phetie, le fouhaitduplusfidèle &du
plus paffionné de fes Sujets.
Voicy de qu'elle maniereje m'explique.
66. c'est l'age du Rey , Monfeis
gneur ayant 44. ans, il eft vray de
dire que le Roy, a 22, ans plus qu
Monfeigneur.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
à 22. ans , Monseigneur en
ayant 44. il s'enfuit que Monfei.
gneur a 22. ans plus que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , lequel
ayant 22. ans , a 22. ans plus que
Monfeigneur le Duc de Bretagne
qui vient de naiftre.
En prenant le calculpar 66, ileſt
fort jufte ; mais partrois 22. ce n'eft
pas de même , quoy qu'il en feit
toutfe vaparte a la fource.
J'espere
GALANT 383
Tefpere & je fouhaite avec toute
la France , que cette Sacrée Tige fi
cherie du Ciel, & fiformidable àfes
envieux , voye naißtre un quarriéme
Prince , lequel ne fera pas moins
que les autres , l'émule de cette
vertu , qui depuis long temps fait
Ladmiration de soute la Terre..
Je vous envoye un Ouvrage
qui vient de tomber entre mes
mains , dont on parle icy beaucoup
, & qui fait faire divers
raifonnemens.
PORTRAIT
Du nouveau Grand Vifir ,
Achmet Pacha.
Le Grand Vizir que
le Sultan
Achmet III mit au mois deSeptem-
Ii
Janvier 1705 .
384 MERCURE
bre dernier à la place de Haffan
Pacha , fon beau frère , qu'il a de
pofé , fe nommé Achmet Pacha , &
n'eft communement connu en Turquie
, que fous le nom de Kalay
Lukoche.
Ce nom fignifie en langue Turque,
bien étamé , & luy vient de ce
qu'eftant à la Cour de Mahomet
IV. parmi les Baltagis , où portebaches
, qui font une espece de gardes
de Sa Hau effe ; le Sultan
voyant un jour Kalay Lukoche ,
d'une propreté qui luy eftoit affez or
dinaire , mais qui paroiffoit affectée,
au lieu de dire de luy qu'il eftoit
bien argenté ou bien doré , ce qui
auroit paru trop honorable pour luy
dans la bouche du Grand Seigneur ,
fe contenta de dire qu'il eftoit , bien
étamé. Depuis ce temps - là le nom
GALANT 38 ,
de Kalay Lukoche luy eft demeuré.
Ily a long- temps qu'il a occupé
les premieres places de l'Empire. Il
eftoit Capitan-Pacha , il y a 15.
ans. Il a fédepuis Pacha des Chateaux
des Dardanelles , de Diar
berkir , de Trebifonde à deux differentes
fois , de Sebaſte , de Bagdat
ou Babilone , Caïmacan ou Gouwerneur
de Conftantinople & Vicede
Chypre & de Candie. roy
6
Il s'eft diftingué prefque par tout
par une grande quantité d'ordonnances
, incommodes aux Chreftiens
& propres à les rendre ridicules aux
Turcs , & par tout il s'eft donné de
grands mouvemens pour faire obſerver
ces ordonnances.
Il amasfoit par cet artifice de
grandes femmes d'argent qui fervoient
à Pentretien de fon train toù-
Ti ij
386 MERCURE
jours beau & magnifique , & le
mettoient en eftat de fe faire des
amis dans l'interieur du Serrail
en s'attachant par des prefens on
par des penfions , les perfonnes qu'il
fçavoit avoir le plus d'accés aWprés
du Sultan , & entr'autres le
Kyzlar Aga , ou Chefdes Eunuques
Noirs , afin que dans les occafions
ilfist agir, en fafaveur , les Sul.
tanes favorites.
Ce moyen buy a reuſſiplus d'une
fais , pour éviter la mort. Car ayant
zoûjours paßé pour un homme ambitieux
qui afpiroit à fefaire grand
Vizir , ceux qui effoient dans l'emplay
, ont tenté plufieurs fois de fe
defaire de luy mais il a toûjours
eftéfì bien férvi au dedans du Serrail
, où en empefchant qu'on ne
prononçaft contre luy la Sentence de
2
GALANT 387
mort , ou en tecevant des avis furs
pour avoir le temps de s'éloigner de
la Cour , à propos , qu'il s'eft toùjours
tiré d'affaire,
Il eft agé d'environ 60 , ans . Sa
taille eft au deffus de la mediocre . Il
eft affez replet , mais cependant vif
& agiffant. Il a le vifage plein ,
le teint uni & les traits reguliers
à la reſerve des yeux qu'il a un peu
petits . Il est né en Cappadoce , du
côté de Cefarée, de parents Chretiens
& du Rite Grec , à ce qu'on aẞure i
il a fait effectivement remarquer
dans fa conduite le defaut ordinaire
aux Renegats, qui eft de chagriner les
Chreftiens avec affectation , de peur
qu'on ne les foupçonne d'avoir confervé
dans le coeur quelques reftes du
Chriftianifme. Les Grecs de Con-
Gantinople n'ont pas encore oublié
Ii iij
388 MERCURE
le mal qu'il leur fit , lorsqu'il en
eftoit Gouverneur , en lear òtant
l'Eglife defaint George , fousprè
texte qu'elle eftoit contigüe aux murailles
de la Ville , quoyque , malgrè
cette raiſon , ils fuſſent en pof-
Jelion de la deßervir depuis la
prife de cette Capitale d'Orient. Il
faut cependant avouer que Kalay
Lukoche a fait paroitre plus de
douceur & de moderation dans for
dernier Gouvernement , qui a efté
celuy de Candie.
Ilfçat pareillement fî bien gagner
l'affection du Bourgeois Turc
de Conftantinople, par fon applica
tion à y procarer l'abondance , lorf
qu'il en eftoit Gouverneur ily a dix
ans, que depuis ce temps - là on l'y a
toûjours regretté. Ilfut meſme appellé
pendant le dernierfoulévement
GALANT 389
arrivé danscette Ville , pour eftre le
ChefdesSoulevez mais il refufafagement
d'entrer dans cette querelle.
Onpeut direqu'il eft d'ailleurs redevable
de la vie à cettegrande Ville,
puifque le grand Vizir Elmar Mebemet,
ayant obtenu le confentement
du Sultan Mustapha 11, pourfaire
mourir Kalay Luxoche ,fous pretexte
qu'il avoit effe caufe de la
perte d'Azac , faute d'y avoir jetté
les fecours neceffaires , fuivant l'ordre
qu'il en avoit rec ; celui - cy
dans une fifacheuſe conjoncture trouva
dans Conftantinople des amis
fideles qui by tinrent caché pendant
plufieurs années , jusqu'à ce qu'Elmareftant
mort au combat de Zenta,
on trouva moyen d'obtenir la grace de
Kalay- lukoche , & de porter mê
me le Sultan à luy aligner une pen
390 MERCURE
fon fur la Bithinie . Kalay - luko.
che fut enfuite envoyé en Candicen
qualité de Viceroy ; il vient d'eftre
rappelle de cette Ifle pour eftre élevé
à la Charge de Grand Vizir
Il est vray que ce nouveau Miniftre
ne s'eft jamais fignalé dans
les combats contre les Chreftiens :
mais on eft perfuadé à Conftantino.
ples qu'il a beaucoup de valeur , &
on a toujours crû que fi le nouveau
Sultan avoit deffein de rompre avet
fes Voifins , ilfe fervirois de luy.
Ce n'est pas ordinairement par la
voye des armes qu'on parvient à la
Charge de Grand Vizir l'on peut
dire que ceux que l'on a vus faire
de grandes chofes à la tefte des atmées
, peu de temps après leur élevation
à cette premiere Charge de
' Empire , ont fouvent fait en mef
GALANT
391
me temps & leur coup d'effai &
leur coup de maiſtre.
Maisfois que les Princes voi
fins de l'Empire Ottoman ayent
beaucoup oupeu à craindre de Kalay-
lukoche , il eft für que les
Chreftiens qui font en Turquie , aimeroient
bien mieux le voir occupé
d'une guerre eftrangere , qu'avientif
durant la Paix , à inventer felon
fa coûtume , de nouvelles manieres
de les chagriner.
Les ennemis de la Franceferont
far tout affez embaraffez , quand il
s'agira de s'affarer que Kalaylukoche
n'entreprendra rien contre
le Traité de Carlovvitz ; puifqu'il
a toûjoursparu defaprouver ce Trai
té , ou qu'au moins il n'y a jamais
eu aucunepart , d'autant plus qu'il
eft conftant d'ailleurs que dans l'Em392
MERCURE
pire Ottoman , le public & le par
ticulier reffentent encore vivement
les difgraces de la derniere guerre ,
& qu'ony eft communement perfuadé
qu'on ne trouverid jamais une
plus belle occafion de reparer le tort
qu'elle afait à l'Empire Ottoman,
que celle que fournit la guerre préfente.
Pour peu donc que Kalay-lukoche
fe pique de foûtenir la hante
idée qu'on a de luy à Conftantinople
, il faut ou qu'il faſſe laguerre,
ou qu'il convainque du moins qu'il
en a le deffein , en faisant degrands
preparatifs .
2
Il paroift que ceux qui ont
fait ce portrait connoiffent parfaitement
bien la Cour Octo
mane , & qu'ils en peuvent rendre
un bon
compte,
GALANT 39
ر
Monfieur le Duc de Treime
a pris féance au Parlement en
qualité de Duc & Pair . L'Affemblée
eftoit auffi illuftre que
nombreuſe , & il eftoit accompagné
d'un grand nombre de
Ducs & Pairs. Le Rapporteur
fit un tres - bel éloge de ce Duc
dont je ne vous diray rien aujourd'huy
, vous en ayant parlé
lorfque le Roy luy donna le
Gouvernement de Paris , H traita
à difner le jour de fa réception
au Parlement tous les Ducs
qui avoient pris ce jour- là féance
avec luy. Il a auffi efté reçû
à l'Hotel de Ville en qualité
de Gouverneur. Meffieurs de
Ville luy donnerent ce jour- là'
un magnifique repas , auquel fe
trouverent plufieurs Ducs &
9
394 MERCURE
Pairs. 11 fit de grandes largeffes
au peuple en fortant de l'Hoftel
de Ville. Ily cut plufieurs fontaines
devin qui coulerent pendant
le repas , durant lequel le
canon fe fit entendre.
Quoique beaucoup d'exemples
ayent fouvent fait connoître
que les Allemans groffiffent
leurs avantages , lorfqu'ils font
affez heureux pour en remporter
, & qu'ils en fuppofent même
lorfque leur politique le
croit neceffaire pour le bien de
leurs affaires ; ils donnent toùjours
des Relations fi bien circonftantiées
de leurs pretendus
avantages , & ils les font répan-,
dre en tant d'endroits , d'où
elles nous viennent enfuite, que
quoique nous foyons en garde
contre
GALANT 395
-
contre ces Relations , nous ne
pouvons quelquefois nous empêcher
d'y ajouter foy en quelque
maniere. C'eft ce qui vient
d'arriver touchant le combat
donné entr'eux & les Mécontens
de Hongrie , dont on a publié
la deffaite entiere. Cet
avantage eft devenu moins confiderable
l'ordinaire fuivant ' , &
ayant enfuite diminué d'ordinaire
en ordinaire, à peine peutonfçavoir
prefentement au jufte
à qui l'avantage eft demeuré ,
les dernieres Lettres de Vienne
ne faifant monter la perte des
Mécontens qu'à quatorze cens
hommes . Peut - eftre que fi nous
fçavions ce que les Mécontens
mandent de leur cofté , nous
verrions qu'ils fe vantent auffi
Janvier 1705.
Kk
396 MERCURE
d'avoir remporté un grand
avantage fur les Imperiaux.
Quoiqu'il en foit , les affaires
des Mécontens paroiffent à peu
prés dans la mefme fituation
qu'elles eftoient avant qu'on
euft publié leur deffaite entiere
& l'on voit bien que le
Confeil de Vienne a jugé à propos
de la répandre , parce que
le bruit de cette deffaite imaginaire
pouvoit luy eftre de
quelque utilité pendant quelque
temps. A
La Cour a demeuré pendant
les huit derniers jours de ce
mois à Marly , & elle y a pris
les divertiffemens que les perfonnes
les plus feveres ne fe
refufent point dans cette faifon.
Elle est heureuſe que ces
GALANT
397
divertiffemens fe foient paffez
fous les yeux du Roy du Roy , ce qui
les rend plus épurez : quand je
dis fous les yeux du Roy , je
n'entens pas que ce Prince y ait
demeuré prefent pendant tout
le temps qu'ils ont duré , il en
voit feulement les commencement
& va enfuite travailler
avec fesMiniftres jufqu'à l'heure
du foupé. Les divertiffemens
qui ont régné pendant les huit
jours dont je viens de vous
parler , font la Mufique & le
Bal , alternativement , dans lequel
Madame la Madame la Princeffe
' Angleterre a brillé . On a
joué & chaffé pendant tous les
autres jours , & le Roy a toûjours
pris ce dernier divertiffement
, parce qu'il eſt utile à ſa
Kk ij
398 MERCURE
fanté , & que s'éloignant beau
coup des perfonnes qui l'accompagnent
il trouve moyen
par là de refver à fes affaires ,
en attendant l'occafion de tirer .
Le fecours de 1700 hommesintroduit
dans Gibraltar coute
cher aux Ennemis , puis qu'outre
les 400. homines pris par
M de Pointis , un Armateur
François en a auffi pris 400. de
maniere que de 2500: hommes
deftinez pour le fecours de cette
Place , il n'y eft entré que les
1700 hommes dont je viens de
vous parler ; & comme , felon
toutes les apparences , il n'en
retournera aucun ; on peut
compter que ce font 2500. hommes
perdus pour les Énnemis ,
GALANT 399
pendant cette campagne . Ces
Troupes font du nombre de
celles qui devoient fervir en
Portugal , où ces 500. hommes
fe trouveront de moins : ce qui
fait beaucoup murmurer les
Portugais , qui font tres foibles,
& ce qui augmente leur cha
grin , eft que l'on avoit choisi les
meilleures Troupes ; ainfi l'on
peut dire qu'il feroit plus avan
tageux aux Alliez que Gibraltar
euft efté pris plûtoft , puis
qu'ils auroient , non feulement
les 2500. hommes dont ils fe
trouvent privez , mais auffi toutes
les nombreuſes Troupes qui
ont peri dans Gibraltar , depuis
le commencement du ſiege , &
celles qui y periront encore ,
avant que la Place foit priſe ; je
Kk ij
400 MERCURE
7
dis foit prife , parcequ'il femble
qu'il n'y a pas lieu de douter
qu'elle ne fe rende roft ou tard;
fa Garniſon eſt meſme fort affoi.
blie depuis le fecours qui y eft
entré. Elle a fait plufieurs forties
, où elle a toûjours perdu
beaucoup de monde , fur tout
dans celle du 10 , & dans celle
de la nuit du 16 au 17. Si cette
Garnifon eft battuë dans le
temps qu'elle eſt plus forte
qu'elle ait encore efté , il y a
lieu de croire que lorfqu'elle
fera encore plus affoiblie qu'elle
n'eft , & que le Camp des deux
Couronnes aura groffi , il luy
fera impoffible de refifter longtemps
. La Flote ennemie qui
étoit dans la Baye decettePlace,
s'eft retirée dans l'Ocean , & n'y
GALANT 401
a laiffé que deux Fregattes . On
croit même que n'eftant pas en
état de tenir la Mer , & n'ayant
plus de Troupes, elle est allée
à Liſbonne . Il est vray que cette
Flote où d'autres Vaiffeaux
pourroient amener de nouveaux
fecours : mais comme cela ne fe
pourroit fans affoiblir entierement
l'Armée de Portugal , ce
ne feroit pas un avantage pour
les Alliez . Il leur feroit impor
tant que Gibraltar fuft pris
avant qu'ils euffent confommé
leurs meilleures Troupes pour
le fecours de cette Place , de.
vant laquelle il eft arrivé de
nouvelles troupes , & où l'on
en attend encore . Ce qu'il y a
de furprenant eft que quand les
Alliez feroient maiftres de cette
402 MERCURE
Place , elle leur feroit auffi inutile
que Tanger là cité aux An
glois , puis qu'ils ne pourroient,
non plus que ces derniers , avancer
dans le Païs , & qu'ils feroient
obligez de fe retirer &
d'abandonner la Place , comme
les Anglois ont abandonné Tanger
, & comme leurs Alliez ont
eux-mêmes abandonné leur deffein
fur Cadix & le Port de Ste
Marie , aprés avoir fait plufieurs
defcentes dans le Païs ,
fans pouvoir s'y eſtablir . Ainfi
de quelque maniere que l'affaire
tourne , qu'ils gardent Gibraltar
ou qu'ils en foient chaf
fez, cette entrepriſe leur auroit
toûjours efté fort ruineufe
puis qu'outre plus de 5000 .
hommes qu'elle leur auroit cous
GALANT 403
té , ils n'auront aucun fruit de
leurs Armemens.
On croit que la Garnifon de
Ciudad Rodrigo eſt entrée dans
te Portugal , où elle a enlevé
plus de 4000. Moutons .
C'eft une chofe furprenante ,
que depuis l'ouverture de la
Campagne , les Imperiaux ayent
toûjours publié qu'ils faifoient
marcher beaucoup de Troupes
pour joindre Mr le Comte de
Linange , afin que fon Armée
eftant groffie , elle fe puft faire
jour à travers de celle de Monfieur
le Grand Prieur , pour:
aller au fecours de Monfieur le
Duc de Savoye , qui demande
des Troupes à l'Empereur dépuis
le commencement de la
Campagne , qui envoye Courier
404 MERCURE
fur Courier à Vienne , & qui
depuis dix mois qu'il continne
les melmes inftances , avec la
meſme ardeur , n'a pas eftè ſecouru
par un feul Allmand . IÍ
eft vray que Mr le Comte de
Linange a reçu quelques Troupes
de renfort , mais elles l'ont
fi peu mis en eftat de forcer
Monfieur le Grand Prieur , que
dans le même temps que ces
troupes font arrivées à ce Comte
, ce Prince , pour marquer
qu'elles ne Pinquiétoient pas
beaucoup , a fait un detachement
pour joindre aux troupes
qui font le Blocus de la Mirandole
. Cette Place eft aux
abois . Il n'y a pas un homme dans
la Ville qui ait des fouliers . Le
blé commence à y manquer &
GALANT 405
l'on a toujours eſté fort embaraffé
à en faire de la farine , n'y
ayant
aucun
Moulin dans la
Ville. Les Troupes de Mr le
Comte de Linange ne fouffrent
guere moins ; l'Armée de Monfieur
le Grand Prieur qu'elles
ont en tefte , les empefche de
faire aucune courfe en avant ,
pour chercher de la fubfiftan .
ce , & elles font entre des Montagnes
chargées de neige , ce
qui'les incommode beaucoup, &
01ellesne peuvent fubfifter qu'avec
les provifions qui leur viennent
de tres loin , qu'elles achettent
cherement , & dont elles
n'ont pas leur fuffifance . D'un autre
côté Mr le Comte de Médavi
vient de remporter fix ou fept
autres avantages affez confide406
MERCURE
rables fur les Imperiaux , qui
font du cofté de Chiari , & dont
je ne vous fais point le détail,
parce qu'il fe trouve dans les
nouvelles publiques.
efté
En attendant la Lifte des
Chevaliers de Saint Louis , qui
ont efté nommez depuis trois
ou quatre mois , je vous envoye
les noms des Officiers des
Moufquetaires qui ont
nommez depuis peu . Dans la
premiere Compagnie , Mr la
Grauffe , Maréchal des Logis ;
Mrs Forgeville ,, du Faur &
de la Fontelaye , Brigadiers.
Mrs Panfier , la Chaffetiere ,
Dorau & S. Gilles , Sous - bri
gadiers.
Dans la feconde Mrs de
Chalais & de S. Laurent , Maréchaux
*
GALANT 407
réchaux des Logis Mrs Creiffat
, Marines , Kengard & Vignault
Brigadiers . Mr Bran-
Buan , Sous- brigadier.
Les dernières nouvelles de
Veruë font du 24. elles portent
que l'on continue à battrë
en brèche toutes les enceintes
du front attaqué. On n'a pas
voulu fè loger dans la feconde
enceinté à caufe des Mines que
les ennemis y ont faites & dont
les fauciffons font conduits juſ
que derriere la troifiéme les
deférteurs en comptent jufqu'à
quinze , dont ils affurent qu'on
a refolu de faire jouer une partie
lorfqué nous y aurons monté
du canon .
Monfieur de Vendofme pour
LI
Fanvier 1705.
408 MERCURE
.
éviter les rifques, & pour plus
grande fureré , a préferé de
marcher, lentement. Ce Prince
voudroit même obliger l'ennemi
à abandonner de luy même la
Ville & Je Château,fans l'y forcer
par un affaut, & dans cette
vûe on poulle une attaque vers
le Fortin del Ifle qui couvre les
Ponts , & dont la prife offeroic
toute communication de Crefcentin
avec la Garnifon de la
Place, qui n'a point de Magafins
, & qui ne fubfifte que par
le moyen des vivres qu'on luy
apporte chaque jour du Camp
de Monfieur de Savoye. Il arriye
tous les jours à celuy de
Monfieur de Vendofme quinze
ou vingt Deferteurs , qui difent
tous, que les Troupes de S. A.
D
GALANT 409
R. ne font point payées , qu'elles
fouffrent , qu'il en perit beaucoup
, que les Compagnies les
plus fortes ne font que io. à
T2: hommes , que les Piémontois
ne font que des enfans levez par
force , & qu'il n'y a point d'u
nion entr'eux & les Allemands.
Noftre Cavalerie qui a mare
ché du cofté de Turin s'eft
étendue le long du Pô , elle
mange le Pays , & empêche que
Monfieur de Savoye ne puiſſe
faire venir de Turin , par cau,
les Convois dont il a befoin Un
de nos Partis a efté jufqu'aux
portes de Turin , & y a enlevé.
deux Officiers qui fe prome
noient autour de la Ville , l'un
defquels oft un Major.
B
Ll ij
410 MERCURE
J'aurois beaucoup de choſes
à vous dire de la fituation pré
fente des affaires de l'Europe;
mais comme je me prépare à
vous en donner un eftat dans
mes Lettres , avant l'ouverture
de la Camgague , je ne vous
dis rien préfentement de beaucoup
de chofes affez curieuſes
& dignes de vôtre attention ,
dont je pourrois vous entretenir
aujourd'huy .
4
J'ay appris avec plaisir que
vos amis ont efté ravis de la
justice que j'ay renduë , à la
memoire de Monfieur le Car
dinal de Richelieu. J'ay feudepuis
ce temps- là que l'Auteur
a reconnu fa faute , qu'il
s'en repent , & qu'il cherche
à la reparer ce qu'il ne
GALANT 410
peut en faifant encore des paralleles
toutes comparaifons
eftant odiéules , fuivant les plus
anciens proverbes approu
vez par plufieurs fiéeles. On
ne peut éviter dans ces for
tes de paralleles de choquer
toujours quelqu'un . Ce qui chagrine
de grandes familles , & attire
fouvent à l'Auteur plus de
blâme que de loüange ; puifque
quand, dans ces occafions l'Auteur
feroit applaudi , comme
homme d'efprit , il ne l'eft jamais
comme honnête homme.
Mr l'Abbé Richard doit me
fçavoir gré de ce que je l'ay
plus épargné que n'a fait le
Journal des Sçavans . Je fuis ,
Madame , voſtre & c .
A Paris ce 31. Janvier 1705.
Lij
412 MERCURE
Page 263. où il ya Mr leComte ,
de Coignies a vendu à Mr de
Villiers Lifez à Mr de la Tournelle.
On debitera le Mercure le
de Mars
TABLE
Rélude ,
PR
Article touchant la Maiſon de
Puyficulx
1-8
Relation curieufe de Canada , 24
Premier Article des Morts 98
Estampes gravées, d'après les Ta
bleaux de Mr Jouvenet , 118
Difcours fur le Secret , fait à l'ouverture
du Préſidial de Bourg en
Breffe ,
Faiffeaux Hellandois pris par les
129
Anglois ,
155
Lettre de Montpellier , tonchant
L'affaire des Cevennes
Le Poete courtifan ,
157
161
Difcours fur la naiffance de Mon-
·feigneur le Ducde Bretagne, 163
Second Article des Morts ,
Geographie Hiftorique ,
168
202
Brevet de retenue donnépar le Roy
TABLE.
à Mr d'Argenſon , 206
Mariage de Mr le Marquis de
Charoft avec Mlle Brulart, 208
Charge d'Avocat general de la
Cour des Aides achetée par Mr
d'Ombreval ,
3
210
Difcours prononcé à la cloture des
Sorboniques 214
Fondation rétablie au College de

Guyenne à Bordeaux
217
Abbayes données par le Roy , 227
Regiment Royal donné à Mr le
Comte d'Aubigné , " 252
Extrait d'ane Lettre de Quebec ,
238 Troifiéme article des morts ; 244
Brevet de retenue donnépar le Ray
à Mrle Marquis de Livry , 261
Regiments achettez avec l'agrément.
du Roy. Il y a de l'erreur dans
cet Article , dont on trou
TABLE .
verra une correction à la fin
263 du Volume ,
Deputez des Etats de Bretagne &
Artois prefente au Ray , 205
Extrait d'une Lettre de Cadix ,
dans lequel on voit tous les mouvemens
faits par Mr de Pointis,
& la prife des Navires ennemis
fur lesquels il afait quatre
centprifonniers 267
Chevaliers des Ordres duRoy nemmez
par S. M. 475
Retour de Mr le Maréchal de Vil.
idem
lars,
Quatrième article des morts , 282
Saite du Siege de Werue , contenuE
enpluſieurs relations , 291
Arrivée de Me la Princeffe des
Urfins , avec les receptions qui
luy ons eftéfaites,
Détail de ce qui s'eft paffè à la cé-
243
TABLE.
remonie dumariage de Mr le Comte
de Rupelmonde avecMlle &Ale
gre, ni?
.R
249
* 377 Articles des Enigmes ,
Explication de la Prophetic qui
eftoit dans le dernier Mercure 380
Portrait du nouveau Grand Vazir
Achmet Pacha ,
12383
Seance prife au Parlement en quatité
de Duc & Pair , par Mrle
• Duc de Trefmes , avec la prife de
poffeffion du Gouvernement de
Paris par le mefme Duc, 393
Affaires des Mécontens , de Hon.
grie, m
Dernier Voyage de Marly,
Nouvelles de Gibraltar,
394
396
398
Nouvelles & Italie , des cofté de M?
le Grand Prieur ,
403
Nouveaux Chevaliers de Saint
Louise Louis
1406
TABL E.
Dernieres nouvelles du Siege de
Verue ,
Conclufion ,
407
410
Avis pourplacer les Fettons.
La Figure doit regarder la
page
, 166.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le