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1704, 11
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Eur
. 51122
1704,11
Mercure
..
<36624504910019
<36624504910019
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
NOVEMBRE , 1704 .
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Ommeil eftimpoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffr
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui ferent reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payeta que trente-cinq .
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DC CIV.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
TLy a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis, qui a
efté mis depuis tant d'années»
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres reitem
rées qu'onafaitesd'écrireen
caracteres lifibles les Namss
propres quife trouventdans
les Memoires qu'on envojar
pour eftre employez , on new
glige de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
"
AU LECTEUR :
dedéfigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,"
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& que l'on employera
tous les bonsOuvrages àleur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE , 1704 .
Ba
E vous envoye une Paraphrafe
du Pleaume 101 .
appliquée au Roy.
Eatus vir , qui timet Dominum,
in mandatis ejus volet nimis .
L'homme qui craint le Ciel , & qui fuivant
les loix 2
A iij
6 MERCURE
Ne cherche d'autre fruit , ny d'autre récompenfe
Que le plaifir de fon obéïffance ,
Sera le plus heureux des hommes & des
Rois.
Potens in terra eritfemen ejus
Son nom , fonfang , fa gloire & fa felicité
,
Dont l'éclat a bien mieux que celuy du
tonnerre
Surpris & fait trembler toute la ter
re,
Paffent de fils en fils à la Pofterité.
·generatio reitorum benedicetur.
C'eft ainfi que du Ciel les Juftes font
benis.
Du Ciel qui pour hâter l'effet de fes promeffes
Prévient leurs voeux & répand fes largeffes
GALANT
7
Avec plus de bonté qu'il n'a même promis
.
Gloria divitiæ in domo ejus ,
Les biens , l'autorité , le thrône, la grandeur
,
Pour les autres Mortels , monuments peu
durables ,
Sont pour luy des titres inéfaçables
Dont la crainte de Dieu raffure la fplen
deur.
Juftitia ejus manet in fecalum feculi.
Les fiecles à venir & les plus reculez
Verront ce qu'il a fait en le voyant revi
vre ,
En fes Neveux fideles à le fuivre.
Ses Empires jamais ne feront ébranlez .
Exortum eft in tenebris lumen
rectis corde , mifericors & miferator
&juftus.
A iiij
8 MERCURE
De la Difcorde en vain paroît l'affreufe
nuit ,
Par un trait de Juſtice égale à fa clemence
,
Le Seigneur fait éclater fa puiffance ,
Et loin de fes Etats la Difcorde s'enfuit.
Fucundus homo , qui miferetur &
commodat , difponet fermones fuos in
judicio , quia in æternum non commovebitur.
De l'homme genereux, ſage dans ſes dilcours
,
Senfible aux affligez , à fes amis fidelle
Le fang , le nom , la gloire eft éternelle
,
Et rien ne peut troubler ny.fon
coeur ,
ny fes jours.
· In memorià æternà erit juſtus , ab
auditione malà non timebit.
Sa memoire à l'abri des plus triftes revers
,
GALANT
9
Le Jufte ne craint pas qu'on vienne à fes
oreilles
Publier que l'éclat de fes merveilles
Irrite fes Voifins , & choque l'Univers.
Paratum cor ejus fperare in Do.
mino , confirmatum eft cor ejus ,
Le Seigneur eft fon Dieu , le Ciel eft fon
appuy ;
Sa voix eft fon confeil , & fon bras fa
puiffance.
C'eft Dieu feul qu'il appelle à fa défenfe
,
Toûjours preft à n'avoir d'efperance
qu'en luy.
Donec defpiciat inimicos fuos.
De cent Peuples divers tous les Princes
liguez
Ne font aucun effort qui ne ferve à fa
gloire ,
Toûjours forcé d'aller à la Victoire
10 MERCURE
Il les voit malgré luy confus & fubju→
guez.
Difperfit dedit pauperibus juftitia
ejus manet in fæculum fæculi .
Les Peuples & les Rois comblez de fes
bienfaits
Beniffant les faveurs de ſes mains liberales
,
Font que l'éclat de fes vertus royales
Avecque fon bonheur ne finira jamais,
» ë
cornu ejus exaltabituringloria;
Sa puiffance portée au de- là de nos
voeux ,
Doit s'élever encor fi haut , que pour le
croire ,
Sans écouter ce qu'en dira l'Hiftoire,
On ne confultera que fes dignesNeveux .
Peccator videbit& irafcetur, dentibus
fuis fremet
GALANT II
De fes profperitez , jaloux à la fureur ,
Les Princes fes voiſins grincent les dents
de rage ;
Mais le Soleil , au milieu de l'orage ,
Ne fait
que
mieux connoiftre , & fentir
fon ardeur.
& tabefcet ; defiderium peceatorum
peribit.
Heureux , Grand , Immortel, le pecheur
le verra ,
Le pecheur , qui ſeichant de dépit &
d'envie ,
Voudra couperfonbonheur &fa vie,
Mais avec fes defirs, lepecheur perira.
Cette Paraphrafe eft de
M' l'Abbé Grimaud , fameux
Prédicateur.
12 MERCURE
Quoique l'Europe foit feconde
en grandes nouvelles ,
je croy que vous ne laifferez
pas de voir avec plaifir celles
que je vous envoye des autres
parties du monde.
EXTRAIT
D'une Lettre de Pondichery ,
Ville & Fortereffe appartenant
à la Royale Compagnie
des Indes Orientales
fur la Cofte de Coromandel
, où eft aujourd'huy
la
principale Facturie ou Comptoir
de cette Compagnie.
GALANT À 13:
Du 8. Fevrier 1704 .
Ranguezeebe , Empereur du
Mogol , vit encore & est
auffi respecté que jamais dans fes
Etats , quoiqu'ils foient d'une
étendue prefqu' immenfe tant de
l'Orient à l'Occident , que du
Midy au Septentrion . Il est attaché
uniquement, & n'a d'attention
que pour détruire les Mayates
, Peuples de la partie Meridionale
de la Peninfule de l'Inde,
& Sujets d'une espece de Roitelet,
ou petit Souverain , fils du fameux
Sivagy fi celebre il y a
14 MERCURE
environ trente ans parfa revolte
contre Oranguezeebe . Il leur enleve
chaque année une Place , à
quoy fe borne ordinairement fa
Campagne , où il ne manque jamais
de fe trouver en perfonne ,
pendant que partie de fes troupes
difperfees en diverfes Provinces ,
pillent & defolent trois ou quatre
Royaumes .
Les Sultans , fils de ce grand
Prince , ont leurs parties faites ,
& n'attendent que fa mort pour
agir. Ily aplufieurs Princes dans
cette Famille qui viennent de ces
trois fils : heureux fera celuy qui
l'emporterafurfesfreres.Lorfqueje
GALANT 15
parle des trois fils d'Oranguezeebe,
je n'y metspas Sultan Agbat qui eft :
enPerfe, quifans doute remuëra
auffi ; car il eft appuyé des Rafepouts,
Peuples les plus belliqueux
de toutes les Indes.Il comptefortfur
le fecours du Sophy , entre les bras
duquel il s'eftjetté ily a déja dixneuf
ou vingt ans & qui le
confidere l'entretient à la Cour
avec beaucoup de fplendeur& de
fafte. Ce fera une terrible revolution
à ce changement de Regne.
Les Flibuftiers des Iles de:
l'Amerique donnent bien des affaires
aux Nations de l'Europe.
qui font aux Indes , qu'Orangue16
MERCURE
Zeebe veut rendre refponfables des
Vaiffeaux qu'ils prennent fur fes
Sujets. Ils en ont encore enlevé
deux l'année derniere qui venoient
de Moka , Por proche de l'embouchure
de la mer rouge fur la
cofte du Royaume d'Hyemen , ou
Arabie heureufe ; c'est d'où nous
vient le Caffé qui ne croift en
autre lieu du monde , qu'en ce
Pays-là , & qui enfournit prefqu'à
toute la terre.
Il a paßé fur un des deux
Vaiffeaux de la Compagnie qui
arriverent l'année passée à noftre
rade , Mr le Patriarche d' Anthioche
nommé par le Pape jour paf'
GALANT 17
•
fer en la Chine , & y prendre
connoiffance des differens qui y divifent
les Miffionnaires fur la
Religion. Ce Patriarche eft une
perfonne de grande diftinction,
d'un merite fingulier ayant le caractere
de Legat à latere. Il a
plufieurs Miffionnaires avec luy
d'une pieté exemplaire. Il fe remet
au mois de Juin prochain pour
paffer dans la Chinefur des Vaiffeaux
Anglois , fur lesquels il
s'embarquera à Madrafpatan ,
Ville Fortereffe dans noftre
voisinage , appartenant à la Compagnie
Angloife.
L'on tient icy la mort du Roy
Novembre 1704. B
18 MERCURE
que
la
de Siam toute affurée , auffi-bien
guerre dans ce Royaume
entre les prétendans à cette Couronne.
Nous n'avons point de
Lettres de ce Pays-là depuis l'année
derniere , mais unefeule de la
Chine d'un de Mrs nos Evefques
François , qui eft l'Evefque de
Soure , Miffionnaire Breton. Les.
Arabes de Mafcate dont je vous
entretins l'année paffée , continuent
leurs courfes fur toutes les
Nations , fur lesquelles ils prennent
tous les jours des Vaiffeaux,
principalementfur la cofte de Malabare
. Ils ont des Vaiffeaux depuis
trente jufqu'à cinquante ca
GALANT 19
nons. Je croy vous avoir mandé
qu'il y a quelques années qu'ils
s'emparerent de Mafcate , Place
forte des Portugais , Nation fi
redoutable autrefois dans toutes
les Indes. Elle y eft devenue fi
foible , pour ne pas dire fi méprifable
, qu'ily a peu d'apparence
qu'elle puiffe jamais recouvrer
Mafcate une des plus fortes places
qu'elle enft dans ce Pays-là , tant
par fa fituation avantageufe ,
queparfes ouvrages , & une tresnombreuſe
Artillerie de fonte ; ce
qui a rendu tres-redoutables dans
les Indes les Arabes qui s'en font
rendus les maiftres , & qui obeif-
Bij
20 MERCURE
fent à un Prince de leur Nation
tres-belliqueux.
Nous avons appris depuis peu
que quatre ou cinq Fregattes Flibuftieres
fe font detachées des autres
pour retourner vers S. Domingue
, dans le deffein¸ à ce qu'on
a appris de celles qui font restées
aux Indes , de tenter quelque entrepriſe
remarquablefur leur route
qui puiffe leur procurer leur pardon,
quand ils feront arrivez à
S. Domingue , pour en eftre partis
fans commiffion ny congé. L'on
croit icy que cette expedition regarde
l'Ifle de fainte Helene occupée
par les Anglois depuis quinze
GALANT 21
ou vingt ans. Laplupart de ces
Baftimens Flibuftiers font venus
aux Indes par la mer du Sud ;foit
enpaffant par le detroit de Magellan
, foit en traversantpar terre
I Amerique Espagnole , au delà de
laquelle ils ontfurpris des Baftimens
fur lesquels aprés plufieurs
courfesfur les coftes de la Nouvelle
Espagne, du Perou & du Chily,
ils ont paßé aux Ifles Philippines,
& de là dans l'Inde. Ils s'y ren
dent encore redoutables à toutes les
Nations, & pouffent leurs croifieres
jufques dans la mer rouge.
Ils y ont
ont fait plufieurs prifes confiderables
principalement fur les
ג
22 MERCURE
>
la
Sujets du Mogol & d'autres
Princes Mahometans des Indes ,
dont les Baftimens navigent
dans cette mer tant pour leur
negoce ,que pour y porter annuellement
de riches prefens pour
Meque , où eft le Tombeau de
Mahomet , & où vont en Pelerinage
des Caravanes entieres
tant par mer que par terre ,
d'Afrique , que de toutes les parties
du Lervant où l'on fait profeffion
de la Religion Mahometane.
tant
Je vous diray au fujet de la
question que vous m'avez faite
fur le Peuple que nous avons icy,
GALANT
23
les
qu'outre prés de quatre cent , tant
François que Portugais & d'autres
Nations de l'Europe tous Catholiques
, ily a principalement
dans nos Fauxbourgs plus de quarante
mille Indiens , & fur tout
Malabares exerçans divers Meftiers.
Ily a particulierement des
Tifferans , des Peintres pour
Toiles & d'autres fortes d'ouvriers
dont les uns ont leurs Pagodes
, & les autres des Chap
pelles ayant efté convertis &
baptifez par les Peres Jefuites
que nous avons icy. Nous avons
auffi dans l'étendue de noftre Dif
trictou Domaine à quatre où cinq
24 MERCURE
lieues à la ronde de cette Place
acquis par les Hollandois , qui
nous l'ont vendu quand ils nous
ont reftitué cette Place en vertu
d'un Article du Traité de Paix
de Rifwick ; nous avons , dis-je,
dans cette étendue trente ou qua
rante tantVillages que Bourgades,
dont les Habitans Indiens au
nombre de plus de trente mille
travaillent principalement
en toi
les tant blanches que peintes ,qu'ils
viennent vendre icy au Comptoir
de la Compagnie
, ce qui fait partie
des Chargemens des Vaiffeaux
qu'elle y envoye tous les ans. Et
ce qui nous attire tant de peuples
de
GALANT
25
de diverfes Contrées des Indes ,
eft l'affurance qu'ils ont d'eftre
payez comptant des Marchandi-
Les qu'ils nous apportent , & dont
ils ont fouvent reçu une partie du
les
befoins
prix par avance pour.
pour la fubfiftance de leurs
familles.
2
EXTRAIT
Des Lettres de M' l'Evefque de
Babylone , écrite d'Hifpahan
à M' de Saint- Olon fon
frère , dans les mois de Novembre
1703. & Janvier
1704 .
Le R. P.
Zapolosky Jefuite ,
Novembre 1704. C
26 MERCURE
Ambaffadeur de Pologne , fitfor
entrée à Hifpahan le 4. Juillet
dernier avec un Cortege affez
nombreux. Il menoit avec luy
deux autres Peres & un Novice,
un Tambour , deux Trompettes
un Porte Enfeigne , dix Soldats
armez de Lances avec des Banderolles
rouges & blanches , &
quarante hommes à cheval ; je
l'accompagnois auffi fur une mule
blanche bien ornée. On le logea
dans le Palais du deffunt Arche-
•vefque d' Ancyre. Il n'a cependant
rien pú obtenir de cette Cour, pas
mefme la permiffion de baftir une
Eglife à Chamaquie. La multiGALANT
27
tude de femblables Ambaſſades en
gafte le meftier. Il eft reparty le
16. Octobre pour s'en retourner;
mais j'apprens qu'il eft mort en
chemin , & que fes Compagnons
ontportéfes os à Tauris,où ils ont
efté enterrez en grande Pompe.
LeR. P. Rhent , Secretaire defon
Ambaffade , eft encore icy.
La Flotte des Portugais qui
étoit à Congofit voile au mois de
Septembre pour s'en retourner à
Goa , aprés avoir inutilement attendu
pendant trois ans les troupes
Perfiennes tant promifes par le
Sophy pour la guerre de Mafcary;
-ainfi l'on peut dire que le deffein
1
C ij
28 MERCURE
de cette Guerre s'en est allé en
mée.
fu
Celui- cy ayant fçû qu'un de
nos Miffionnaires de Zulpha avoir
chez luy une Laye de Sanglier
avecfept Marcaffins l'envoya enlever
, lafit tuer en fapréſence
coup de canon. તે
On dit
que
les affaires des
Compagnies Angloife & Hollandoife
font toujours brouillées avec
les Mogontains à Surate , & aucun
Vaiffeau n'en est venu depuis
long-temps.
Un des premiers Eunuques
Nazir ou Grand Maistre de la
Maifon du Sophy eft party deGALANT
29.
puis peu avecplufieurs Dames du
Serrail , & environ dix mille
perfonnes pour les grands Pelerinages
de la Secte de Haly , qui
font Machet , Bagdad , & la
"Mecque ;& l'on dit qu'il y porte
trente mille Tomans de prefens.
Ce Nazir eft grand ennemy des
Chreftiens;mais on donne fa Charge
un autre Eunuque blanc ,
nommé Ibrahim Aga qui eft plus.
benin.
La Nation Georgienne a maintenant
le deffus dans cette Cour ,
ypoffede les principales Charges
de la Couronne .
Le bruit avoit couru icy que
Ciij
30 MERCURE
Orenguezeebe , Grand Mogol ,
qui a prés de cent ans , étoit mort,
mais comme il ne fe confirme pass
le Pere Fortuné, Carme déchauẞé
Genois , qui en attend icy le decés
ily aplus d'un an ,pour aller congratuler
le nouveau Monarque
de la part de l'Empereur, eft contraint
de differer fon Ambaffade.
EXTRAIT
D'une Lettre de Marſeille ,
du 1. Septembre 1704 .
On a appris par des Vaiffeaux
Marchands arrivez à Marseille
de Conftantinople , de Smyrne &
GALANT 31
a
de diverfes Echelles du Levant ,
dont cinq ou fix venoient d' Alexandrie
, für lefquels il y a huit
ou dix mille balots de Caffé. On
dis-je , apris par ces Vaiffeaux
du Caire , du premierJuin , qu'il
regne une extrême famine à la
Meque dans cette partie de
l'Arabie , où il n'a pas encore plû
cette année . L'ancien Cherif qui
avoit tant exercé de tyrannies
avoitpar ordre du Grand Seigneur
cedé fes Etats à fonfils ; mais fe
repentant de fa demiffion , il s'eft
uny avec fes Neveux pour rentrer
dans le Gouvernement , cela a
joint la guerre à la famine . Le
C iiij
32 MERCURE
jeune Cherif a envoyé demander
icy du fecours qu'on a deliberé de
luy envoyer aprés le retour du
Courier qui en porte l'avis à la
Porte . Il n'eft cependant jufqu'icy
arrivé aucun Vaiffeau des Indes
à Gidda, & l'on craint fort qu'il
n'en vienne pas cette année ce
qui mettroit les Cherifs dans la
neceffité de ruiner les Marchands
de Gidda , pour avoir au deffaut
des droits de leurs Douanes dequoy
fournir à leurs Soldats.
ر
Les mêmes Lettres du Caire
contiennent les nouvelles fuivantes.
GALANT
33
le
Mr du Roule nommé par
Roy Envoyé Extraordinaire en
Ethiopie eft arrivé icy depuis un
mois , & partira d'Egypte vers
la fin de Septembre. Ilmene avec
luy Mr Hipy , Medecin treshabile
en la Botanique , qui
enrichira bien cette Science , fi
Dieu le conferve , & que le voyage
d'Ethiopie s'acheve.
1.
d'EMr
Poncet, Medecin François,
qui a déja fait le voyage
thiopie , dont il a guery de la lepre
le Roy de ce Pays-là , appellé
le Grand Negus ou Preſte Jan,
arrivé en Egypte vers le mois
d'Aouft de l'année passée , en par34
MERCURE
tit pour l'Ethiopie par la mer
rouge vers la fin d'Octobre avec
Mr Murat & un Pere Jefuite ;
mais ce deffein n'a pas efté heureux
jufqu'icy. Le Pere Jefuite
eft revenu de Gidda , Port de la
Meque fur la mer rouge dans
l'Arabie. Mr Poncet a continué
fa route à Moka , autre Portfa
meux , fur la mefmeCofte , vers
l'embouchure de cette mer , dans
le Royaume d'Hyemen ou Arabie
heureuſe , où croift uniquement
le Caffe , d'où il nous vient par
Suez , d'où il fe transporte par
terre au Caire, à dos de Chameaux,
d'où l'on l'envoye enfuite à AleGALANT
35
-
xandrie pour y eftre embarqué.
Le Medecin s'étant brouillé à
Gidda avec Mr Murat , ce dernier
aprés y avoir efté depoüillé
de tout ce qu'il emportoit , s'eft
embarquépourSuaken afin de continuer
fa route vers l'Ethiopie
dont Suaken eft le Port le plus
prochefur la mefme mer rouge
Sous l'obéifance du Grand
Seigneur qui y entretient un Bacha
& une Garnifon. Ce Port
eft fituéfur la cofte Occidentale de
cette mer.
Mr Murat mande de Gidda
à noftre Conful du Caire , qu'avant
que de s'embarquer pour
36 MERCURE
Suaken , il fignalera fon zele en
vers le Roy & Mr du Roule ,
qu'ilfe propofe de venir recevoir
à Sennaar , Capitale du Royau-
・me de ce nom , fituée fur la rive
Occidentale du haut Nil , par
où avoit passé Mr Poncet à fon
precedent voyage en Ethiopie.
Je vous envoye un Ouvrage
qu'on lit icy avec beaucoup
de plaifir . Il en a couru des
copies differentes , celle
que
je vous envoye eft la plus châtiée.
GALANT 37
CARACTERES
DES RR . PP.
MAURE ET MASSILLON.
D
Eux nouveaux Orateurs
fortis d'une même Province ,
élevez dans une même Congregation
, illuftres par des talens differens
, s'emparent des fuffrages
qui fembloient n'eftre dus qu'à
Bourdaloüe
. Ils entrent en vogue
·le premier jour qu'ils montent en
Chaire ; un Avent fait la reputation
de l'un ; un Čarefme place
l'autre au deffus de tous les bommes
éloquens.
38 MERCURE
Celuy-là poffede tous les avantages
du dehors :fa phiſionomie eſt
agreable , fa voix nette , & fon
action tres - formée. Il prononce
auſſi bien qu'il écrit ; ſa compoſition
eft delicate , &fa maniere de
debiter tres -prévenante. Il traite
bien les Myfteres , il brille dans
les Panegyriques , & fur tout il
excelle dans la Morale. Ses Dif
cours ne font gueres moinsfolides
que fleuris , ny fes defcriptions
moins vives que regulieres ; fon
feu diminue rarement ; fa juſteſſe
n'altere jamais la vivacité defon
ftile. Il connoift parfaitement le
coeur de l'homme ; on fe découvre
GALANT
39
dans les Portraits qu'il ébauche ;
rien ne manque à ceux qu'il acheve.
Au refte , ce ne font point de
ces
Peintures vagues ,
vagues , la reffemblance
y eft entiere ; ce ne font
point auffi des images prophanes ;
plus propres pour faire aimer le
vice agréablement repreſenté , qu'à
en inspirer de l'horreur. Il peint
en Orateur chrétien ; il n'imite
:
pas ces hommes qui par un faux
zele fubtilifent les traits d'une
·Sainteté mondaine avec les douces
corrections de l'Evangile trop
jeune pour eftre confommé , mais
doué d'un beau genie qu'il doit à
lay-même , il poffede ce que les
40 MERCURE
des
autres ne peuvent obtenir que
années & d'un long travail. Il
remplit avec adreffe fesfentimens
avec de riches expreffions ,fes raifonspardes
traits éblouiffans , fes
dernieres preuves par de nombreux
détails. Sa vehemencefupplée à ce
qui luy en est échapé.Il n'apasl'injufte
vanité defe faire honneur des
penfees qu'il doit aux Peres de
l'Eglife . Il ne les nomme pourtant.
pas toujours content de les citer
lorfque leur autorité eſt neceſſaire.
L'Art n'eft pas toujours également
déguife dans toutesfes pieces ; elles
font admirer fon efprit , & fije
Lofe dire , elles le découvrent quelGALANT
41
quefois un peu trop : non pas que
l'Orateur affecte de le produire , il
luy feroit difficile de le cacher ; on
en découvre même beaucoup plus
dans les occafions où ilfemble avoir
voulu eftre fimple & naturel.
D'auffi belles difpofitions nous donnent
de grandes efperances : il aura
peu d'égaux quand il les aura
remplies : il pourra même les furpaffer
; & la Cour où il a para
n'a pas efté l'écueil de fa reputation.
44
Celuy- cy a l'air a grave , la voix
touchante
, le geste infinuant
: il
n'a pas les grands mouvemens
des
déclamateurs
impetueux
, ny les
Novembre 1704.
D
42 MERCURE
manieres baffes & rampantes des
froids Orateurs. Plus on l'écoute,
plus on fe fait à fon action : elle
eftfinguliere , & il entend bien à
la ménager. Sapréfence perfuade
ce qu'il va dire , & ce qu'il dit
acheve de convaincre. Son ftile
nourri des faintes Ecritures , eft
tel que les habiles y trouvent de
la profondeur , fans que
le trouvent obfcur ný trop élevé ;
fecond en belles applications , original
dans fes portraits , concis
dans fes narrations ; les lieux
communs ne le font pas entre fes
mains , il dit des chofes que les
autres n'ont jamais dit, & il pa
les autres
GALANT
43
des
roit même l'inventenr de celles
qu'il tient des Peres. Auffi moderé
que jufte dans fes ouvrages ;
délicat & non recherchédans celuy
termes , il neglige les ornemens
qu'il ne croitpas de voir fervir
à la dignité de l'Evangile.
Ses difcours font fimples en apparence.
Quelle onction , fur tout
dans fa maniere de parler ! qui
ravit les Auditeurs & les laiffe
dans l'incertitude de fçavoir ce
qu'ils admirent davantage , ou le
zele de l'Apoftre , ou la fineffe de
l'Orateur. On diroir que l'éloquence
a des regles particulieres
pour lui , & des fecrets refervez
C
Dij
44 MERCURE
fon efprit. Tout devient éloquent
dansfa bouche , & fa bouche
ne prononce que des oracles ;
par un mot il explique un fentiment,
&par quelques fentimens
il épuife un fujer. Soit qu'il cite
ou qu'il invente ,foit qu'il éta
bliſſe des principes , ou qu'il tire
des confequences
, foit qu'ilſe jette
dans la morale ; ou qu'il revienne
aux points de doctrine , on trouve
fes reflexions
folides , fes raifon
nemens finis & fes preuves complettes.
Tout chez luy coule de
Source ; il n'a rien avancé d'inutile
; il n'a rien obmis que ce qu'il
a dú taire. Habile Theologien
GALANT
45
2
A
il femble que les mifterês de la
Religion ceffent de l'estre quand il
les développe ; bien loin de propofer
à noftre foy des chofes obfeures
, il les rend fi intelligibles que
l'on n'a prefque plus befoin defoy
pourles croire. Cefont des veritez
qu'il dénoues autant capable de
publier le merite des Saints , que
de toucher les pecheurs efficacement.
Ses panegyriques égalent
fes difcours moraux , & tous ont
un fi grand prix que pour trop
valoir , ils nous oftent la liberté de
fçavoir en quoy il excelle. La derniere
fois qu'on l'entend eft celle
qu'on tâche de ne l'avoir pas en46
MERCURE
tendu . On trouve qu'il s'y eft
furpaßé & qu'il fe furpaffe tous
les jours , incapable d'eſtre furpaßé
par d'autres. Sa réputation
Fa bien-toftporté à la Cour; ily a
annoncé avec éloge les veritez de
la Religion en prefence du Roy qui
les craint. Il a commencé auffiglorieufement
que les autres voudroient
finir.
excel-
Celui- là fert de modele à ceux
qui afpirent à la Chaire : celui- cy
eft le modele de ceux qui y
lent déja. En un mot , l'un a peu
d'égaux , & l'autre eft inimitable.
Monfieur le Duc de ManGALANT
47
toüe paſſa à Lyon dans le mois
d'Octobre , il ne s'y arreſta que
demie heure . Madame & Ma
demoiſelle d'Elbeuf y arriverent
quelques jours aprés luy ;
elles y fejournerent cinq ou fix
jours. Elles allerent aux Carmelites
le jour de fainte Therefe.
MⓇ de Villeroy qui en eft
Prieure leur donna un repas.
magnifique. Elles entrerent le
lendemain dans l'Abbaye de
faint Pierre ; M° de Chaulnes
qui en eft Abbeffe les y reçut
avec beaucoup de magnificence.
Elles ont efté plufieurs fois
à l'Opera , où la beauté de Ma48
MERCURE
demoiſelle d'Elbeuf a paru
relevée d'un fort grand nombre
de pierreries . Elles ont efté
par eau jufqu'à Marſeille , où
deux Galeres les attendoient.
Les Dames de Lyon qui les
accompagnerent
jufqu'à la
Barque qu'on leur avoit préparée
, verferent beaucoup de
larmes en les quittant , Mademoifelle
d'Elbeuf ayant
mé tout le monde par fes belles
manieres . On luy a préfenté
pendant fon fejour plufieurs
Ouvrages en Vers remplis des
louanges de cette Princeffe.
char-
Dame
GALANT 49
Dame Jeanne de Raucourt
veuve de feu M' Laure , Secretaire
du Roy , eft decedée en
ſa maiſon à Bagnolet , prés de
Paris , âgée de 92. ans.
Le Prince de Bevintem de la
Maifon de Wolfembutel , eft
mort de maladie . Il s'eft diftingué
dans plufieurs occaſions
militaires , où il a donné des
preuves certaines de fa fermeté.
& de fon courage. La Maiſon
de Wolfembutel eft une branche
de l'Illuftre Maiſon de
Brunfvvick. Elle fe forma en
la perfonne d'Henry Duc de
Calemberg & de Wolfembu
Novembre 1704.
E
50 MERCURE
tel , qui fut le dernier des
enfans de Magnus Torquatus ,
& qui époufa en premieres
noces Sophie , fille de Boleflas ,
Duc de Pomeranie , & en fecondes
, Marguerite , fille de
Guillaume , Landgrave de Heffe.
Il ne laiffa qu'Henry & Guil
laume , dit le Vieil & le Victovieux
, qui continua la poſteri-
› parce qu'Henry ne laiffa
qu'une fille. La Maiſon de
Brunfvvick & de Lunebourg
2 pour tige Azo d'Eſte , Mar
quis de Tofcane , qui vivoitau
commencement du onzième
fiecle. Il fuivit l'Empereur ConGALANT
51
rad II . en Allemagne , où il
épouſa Cunegonde , foeur de
Guelphe III . de la famille des
anciens Guelphes , dont on
croit communement qu'il fut
le dernier. Brunfvvick eft un
Pays d'Allemagne dans la baſſe
Saxe , avec titre de Duché . La
Ville qui porte ce nom en eft
la Capitale. Elle fut bâtie en
868. par Brunon , fils d'Alphonse
Duc de Saxe , qui luy
donna fon nom. Quant à
Wolfembutel , c'eſt une Ville
& Fortereffe d'Allemagne, auffi
dans la baffe Saxe. C'eft le lieu
de la refidence des Ducs de
י ו
E ij
52 MERCURE
Brunfvvic Wolfembutel , dont
eftoit le Prince de Bevintem .
Dom Fernando Manuel
Archevefque de Burgos , eft
mort dans fa Ville Epifcopale ,
eftimé & regretté de tous fes
Diocefains . Il a gouverné ſon
Dioceſe avec une prudence &
une fageffe qui rendront famemoire
tres-précieufe aux Efpagnols.
Il eftoit d'une famille
qui a produit en divers temps
de faints Perfonnages. Burgos
fur l'Orlança , cft une Ville
d'Eſpagne , Capitale de la vieille
Caftille. L'Archevefché a
cfté érigé par Gregoire XIII.
GALANT
53
Cette Ville eft des plus belles ,
des plus grandes , & des mieux
peuplées de toute l'Eſpagne.
Elle eft fituée fur le penchant
d'une colline , qui a un Château
affez fort fur le fommet,
& au pied la riviere d'Orlança ,
qu'on y paffe fur divers Ponts .
L'Eglife Cathedrale eſt tresmagnifique.
Il y aun College
de Jefuites . Le Monaftere du
Crucifix des Auguftins y eft
auffi tres - celebre, Burgos eft
une Ville de commerce. Le
Siege Epifcopal y fut transferé
de l'ancienne Ville d'Auca en
1075. & Gregoire XIII. l'é-
E iij
54 MERCURE
Suf
rigeaen Archeveſché à la priere
de Philippes II . Il a pour
fragans Pampelune , Calahorra
, & Palencia. Les Evêques de
Burgos ont fouvent publié des
Ordonnances dans les Synodes
qu'ils ont eu foin d'affembler
pour le bien & l'avantage de
leur Dioceſe . Gonzalés , qui en
eftoit Evêque , en celebra un
en 1377. Jean de Cabeça de
Vaca en affembla un autre en
1411. Louis de Cunna en
1474. & Paſchal en 1499. &
1500. Voyez le Livre 8. de
Mariana , ce fameux Jefuite
qui donna au public un Livre
GALANT 55
fur l'obéiffance dûë aux Rois.
Meffire Louis Marcel , Bachelier
en Theologie de la Faculté
de Paris , & Curé de Saint
Jacques du Haut- pas , mourut
le Mardy 4. de ce mois , jour
de Saint Charles , fur les deux
ou trois heures aprés midy
avec les faintes difpofitions
dans lesquelles il avoit toûjours
vécu. C'eftoit le plus ancien
Curé de Paris , & il a gouverné
la Cure de S. Jacques 38. années.
M's les Curez de Paris
dont il eftoit le Doyen ont voulu
affifter à fon enterrement qui
fe fit le Vendredi matin
7.
de
É
iiij
56 MERCURE
Novembre dans l'Eglife de S.
Jacques. M' Marcel avoit reſigné
deux fois fa Cure , mais la
refignation n'ayant eu aucun
effet , foit par la mort prematurée
d'un des Refignataires ,
& le refus de l'autre , & Monficur
le Cardinal de Noailles
ayant fouhaité que ce digne
Paſteur ne fe démniſt point de
fa Cure , quelque defir qu'il
cuft de fe retirer . M' Marcel
crut enfin que la Providence
vouloit qu'il mouruft en place.
C'eft fes foins que l'Eglife
de Saint Jacques du Haut-pas ,
une des plus belles de Paris , a
par
GALANT 57
efté bâtie. Il
commença ce
grand édifice avec cinquante
écus , & il fçut trouver dans
les reffources de la Providence
dequoy élever ce magnifique
bâtiment , & c'eſt à feuë
Madame de Longueville
dont
il avoit entierement la confiance
, que l'honneur en eft dû.
M'Defmoulins
, ancien Curé
d'Argenteuil
, prit poffeffion
de cette Cure une heure aprés
l'Enterrement
.
Il paffoit tous les ans par les
mains de M Marcel de fort
grandes fommes deſtinées pour
les Pauvres , & qui luy eſtoient
$8 MERCURE
confiées par des perfonnes auffi
diftinguées par leur charité que
par leur naiffance.
M' le Marquis de Grignan
mourut dés le mois paffé à
Thionville de la petite verole.
Il étoit Brigadier & Colonel
de Cavalerie . Il avoit toutes
les bonnes qualitez de fa profeffion
& de fa naiffance. On
n'avoit rien negligé dans fon
éducation , & peu de gens de
fon âge & de fa qualité en ont
moins negligé que luy les principes
& la fuite. Il a merité
l'eftime & l'approbation de
tous ceux qui l'ont connu. Il
GALANT
59
étoit amy folide , digne Officier
& parfaitement honnefte
homme ; il ne negligeoit aucun
de fes devoirs , & il s'attachoit
à ceux de la Religion par
preference. Il s'étoit diftingué
dans plufieurs occafions , & il
ne s'eſt jamais attiré aucun blâme.
Il étoit fils de Meffire
Adhemar de Monteil de Caftelane,
Comte de Grignan, Chevalier
des Ordres du Roy , &
feul Lieutenant de Roy en Provence
où il eft regardé avec
tendreffe & veneration . Sa
mere eft Marguerite de Montmoron
de Sevigny . Elle a tous.
60 MERCURE
fa
les avantages les plus éclatans
de fon fexe & de fa qualité ,
& elle n'eft pas moins diftinguée
par fon efprit que par
beauté. Le vray nom de M
de Grignan eft Caftelane ; leur
origine vient d'un Cadet des
Comtes de Provence . Ils ont
donné de grands Hommes à
l'Epée & àl'Eglife
; ils portent
le nom de Grignan depuis lc
Regne de François I. Le Comte
de Grignan , Chevalier de
l'Ordre de Saint Michel fous
ce Monarque , avoit cfté Ambaffadeur
de France à Rome
& eft mort fans laiffer de pof-
,
GALANT 61
.
terité. Sa foeur avoit épouſe
l'aîné de la Maifon de Caftelane
, & il laiffa à leurs enfans
cette Comté, à condition qu'ils
en porteroient le nom . Il étoit
Seigneur de Montelimar , &
c'eft de là que viennent leurs
noms d'Adhemar de Monteil
qui étoient ceux de l'Ambaffadeur
à Rome dont je viens
de vous parler. Depuis ce
temps -là ils fe font alliez à de
grandes Maifons, comme celles
de Caderouffe , d'Ancefune ,
d'Ornano & d'autres femblables
. M le Comte de Grignan
pere de celuy qui vient de mou62
MERCURE
rir , a efté marié trois fois. En
premiere noces avec Angelique-
Marie d'Angennes de
Rambouillet, foeur de feu Madame
la Ducheffe de Montaufier
en fecondes noces , avec
Marie- Angelique du Puy - du-
Fou & de Champagne , foeur
de Me la Doüairiere de Mirepoix
, mere des deux derniers
Marquis de Mirepoix : & en
troifiéme noces M' le Comte
de Grignan a épouſe Mlle de
Sevigny dont il a eu trois enfans
: celuy qui vient de mourir
, fans enfans : M° la Marquife
de Simiane : & une fille
GALANT 63
Religieufe de la Vifitation
Aix en Provence . Le dernier
mort avoit époufé Mlle de
Saint-Amant dont la pieté &
la vertu la font honorer de
tous ceux qui la connoiſſent .
Elle eft foeur de M la Marquife
de Salins. M' le Comte
de Grignan a encore deux filles
du premier lit , dont l'une vit
d'une maniere tout a fait détachée
du monde ; & la feconde
eft M la Marquife de
Vibray. Il a auffi deux freres ,
dont l'un eft M' l'Evefque de
Carcaffone , l'autre M' le Chevalier
de Grignan , Menin de
1
64 MERCURE
Monfeigneur . Il avoit encore
un autre frere qui étoit Archevefque
d'Arles , qui avoit fuccedé
dans cet Archevefché à
leur oncle commun , Prelat
d'un grand merite & Commandeur
des Ordres du Roy.
Grignan eſt une Ville &
Comté de Provence dans les
Terres qu'onappelle adjacentes.
Elle a donné le nom à l'illuftre .
Maifon de Grignan , dont les
Chefs ont eu droit de Souveraineté
dans cette Terre . Cette
Maiſon étoit d'un grand éclat
dans le dixiéme & dans l'onziéme
fiecle . Noftradamus
GALANT 65
parle de Gerard Adhemar de
Grignan , qui rendit hommage
pour les terres de fa Baronie à
Raymond Beranger II . l'am
1164. L'Empereur Frederic L
dit Barberouffe , luy accorda
plufieurs privileges. M le
Comte de Grignan d'aujour
d'huy defcend aprés vingt ge
nerations de Gafpard de Caf
telane qui fucceda à Adhemar
de Monteil I. Comte de Grignan
, fons oncle. Il étoit
I
filsde Blanche Adhemar de
Monteil , foeur de ce Comte ,
qui au retour de fon Ambaffade
fat Lieutenant General
Novembre
17.04
. F
66 MERCURE
de Provence , Lionnois , Foreft
& Baujollois.
Je vous envoye un Mani-
-fefte qui a reçû icy de tresgrands
applaudiffemens , nonfeulement
à caufe de la folidité
des raifons & des faits
hiftoriques qui le rempliffent ,
mais auffi parce qu'il eft écrit
d'une maniere auffi noble
qu'aifée , & que la fublimité
s'y trouve avec la netteté , ce
qui le voit rarement . Il feroit
à propos pour la juftification
pour la gloire de Son Alteffe
Electorale de Baviere, que
cet Ouvrage fuſt vû de toute
&
GALANT 67
la terre , & je vous l'envoye ,
parceque mes Lettres fe répandent
dans toute l'Europe
aprés que vous avez fatisfait
voftre curiofité en les lifant.
MANIFESTE
DE L'ELECTEUR
DE BAVIERE.
L4guerre qui depuis deux ans
s'eft allumée dans l'Empire
peut devenir fi funefte au Corps
Germanique qu'un Prince qui eft
un de fes principaux membres , ne
peutfe juftifier avec trop d'attention
du foupçon d'en eftre l'auteur.
Fij
68 MERCURE
C'eft fur les Princes qui font l'a
caufe de cette guerre , que l'averfion
publique doit retomber : ceux
qui font forcez de la faire pourfe
défendre feront toujours exempts
de blâme , quelques triftes fuites
qu'elle puiffe avoir.
Je ne puis done laiffer plus
long-temps fans réponſe une infinité
d'écrits que mes ennemis ont
répandus avec empreſſement pour
me rendre odieux & me faire
paffer pour le perturbateur du rede
ma Patrie. Un plus long
filence contribueroit à ternir ma
renommée.
pos
Bien que j'aye differé de ré
GALANT 69
pondre aux écrits de mes ennemis ,
je n'étois pas moins en état de
détruire leurs vains reproches,
de pouvoir mefme leur en faire de
mieux fondez : Mais je me flattois
qu'ils ne s'obstineroient plus à
me faire une guerre injufte, quand
ils auroient perdu l'efperance defe
Kendre fi facilement les maiſtres de
ma deſtinée , le feul motif qui leur
ait mis les armes à la main contre
moy:
Je me taifois dans cette penſée ,
pour ne pas échauffer encore des
efprits déja trop irritez , & pour
ne pas mettre de nouveaux obftar
ales au rétabliffement de la tran70
MERCURE
quillité de l'Empire. Plus les
raifons qu'une jufte défense m'obligeoit
d'alleguer étoient fortes
plus elles devoient aigrir les premiers
auteurs de ces écrits ; & je
n'ignorois pas qu'ils auroientplus
de reffentiment contre moy pouren
avoirfait voir la foibleffe & la
mauvaise foy , que pour avoir
pris leurs Places , & défait leurs
armées.
Les efperances d'un prompt accommodement
font évanoïies ; &ª
je ne dois plus ménager la reputa
tion de mes ennemis aux dépens
de la mienne.
L'Empereur ne s'eft pas contente
GALANT 71 75
4
dans les differens écrits qu'il a pu
blié contre moy , de me dépeindre
comme un Prince ambitieux , qui
au mépris de mes fermens , & des
loix de l'Empire , dontj'ay l'hon
neur d'eftre le premier Electeur
feculier , avoit pris des liaiſons.
criminelles avec les étrangers
contre les interefts de ma Patrie..
Il m'a encore accufé d'ingratitude ;
& il m'a reproché de manquer de
reconnoiffance
pour les bienfaits
que ma Maiſon a reçus de lafienne.
Ces deux reproches me font
également injurieux. Heureufemantje
fuis en estat de me juftifier
avec avantage de l'um & de l'an72
MERCURE
tre. Je n'ay rienfait contre les loix
de l'Empire ; & fi j'ay ceffé d'avoir
pour l'Empereur l'attachement
qu'un Electeur de Baviere
devoit conferver pour le Chef de
la Maifon d'Autriche , c'est qu'il
a exigé de moy ce que mon bonneur
ne me permet pas de faire
& qu'il a manqué le premier à la
reconnoiffance qu'il devoit à ma
Maifon , aprés les fervices que
nous avons rendus mes Anceftres
es moy àfes Predeceffeurs , & à
luy-même
Le fimple recit de ce qui s'eft
paffe depuis la Paix de Rifwick
jufques au combat de Schardings
que
GALANT 73
que
l'a
que je donnay ily a un an contre
Troupes de l'Empereur , qui
eftoient entrées dans mes Etats ,
fuffira pour juftifier ce que j'avance,
& pour montrer que ce Prince
eft l'auteur de la guerre , & l'auteur
d'uneguerre injufte. On verra
Sa Majesté Imperiale me
declarée uniquement
parce que
jay refufé de la faire pour aider
à déthroner le Roy d'Espagne mon
Neveu, & parce que je n'ay pas
voulu , prenant les armes contre
la France , violer fans fujet le
Traité folemnel que j'avois figné
àRifwick avec le Roy Tres- Chrêtien.
>
Novembre 1704.
G
74 MERCURE
A
Lorſque cette Paixe fut concluë” ,
je me trouvois Gouverneur
pour
le Roy d'Espagne
des Pays - Bas
Efpagnols
, qui depuis Charlesquint
font un Cercle de l'Empire.
Les Puiffances
engagées dans la
guerre avoientfongé en la termi
nant à prévenir les occaſions qui
pouvoient la faire recommencer.La
fucceffion du feu Roy d'Espagne
Charles II. qui ne laiffoit point
d'enfans , dont la mauvaiſe
fantéfaifoit regarderla mort commepeu
éloignée , menaçoit l'Europe
d'y rallumer inceſſamment le
feu de la guerre qu'on vouloit
éteindre. L'Empereur ne diffimu
GALANT 75
loit pas les prétentions qu'il avoit
à cettefucceffion; & Monfieur le
Dauphin , mon Beau -frere , ne
cachoitpas la refolution où il eftoit
de faire valoir les fiennes.
Tout le monde jetta les yeux
furlefils unique que j'avois eu de
mon premier mariage avec l'Ar
chiducheffe
Marie-Antoinettefille
de l'Empereur
de l'Infante
Marguerite
foeurdu Roy d'Eſpagne
Charles II. comme fur un
Prince qui avoit fes prétentions à
la Couronne d'Espagne , & qu'il
eftoit de l'intereft des Nations de
placerfur le Throne de cette Monarchie.
Gij
76 MERCURE
La tranquillité de l'Europe pa
roiffoit affermie , fi ce jeune Prince
eftoit deſtiné à fucceder à Charles
II. fon élevation éloignoit laguerre
en épargnant aux Maifons de
France & d'Autriche le chagrin de
voir un Prince d'une Maifon rèvale
affisfur leThrône d'Espagne.
La France embrasfoit avec joye un
expedient qui luy épargnoit une
querelle longue & d'un fuccés incertain.
Toutes les Puiffances defin
tereffées y applaudiffoient , &
l'Empereur qui s'y feroit oppofe
feul s'y feroit oppofe vainement.
Il eft à croire que les mesures qui
furent prifes alors auroient rendu
GALANT 77
a
granla
Paix de Rifwick longue & durable
,fi le Prince mon fils n'eftoit
mort feize mois aprés qu'elle cuft
eftéfignée. L'étoile fatale à tous
ceux qui font obftacle à la
deur de la Maifon d'Autriche ,
étoile qui depuis quarante ans l'a
fi bien fervie en Hongrie & en
Espagne , emporta ce jeune Prince .
Il mourut d'une indifpofition treslegere
, & qui l'avoit attaquéplufieurs
foisfans danger, avant qu'il
fuft destiné à porter la Couronne
d'Espagne
.
Je merenfermay aprés la perte
de mon fils dans mes fonctions de
Gouverneur des Pays -bas , & je
G iij
78 MERCURE
prispeudepartaux negociationsqui
fe firent enfuite pour prévenir la
guerre que lesprétentions des Mai-
Jons de France& d'Autriche pouvoient
rallumer en Europe. Comme
Electeur j'attendois lapartqu'y
prendroit l'Empire , pour m'y intereffer;
& comme Gouverneur des
Pays-bas , mon devoir m'obligeoit
d'executer à la mort du Royd'Ef
pagne les ordres qui meferoient envoyez
de la Cour de Madrid.
Ceuxqueje reçûs quand cette mort
fut arrivée , furent de faire reconnoiftre
le Duc d'Anjou fous le
nom de Philippes Cinquième pour
Souverain des Provinces où je
GALANT 79
·
commandois. F'executay ces ordres
comme j'estois obligé de le faire ,
je diray même que ce fut avec
joye. L'avenement du Duc d'Anjou
à la Couronne d'Espagne épargnoit
à l'Empire les terreurs qu'il
auroitpúprendre fi quelque autre
Prince fuft monté fur le Throne
de cette Monarchie , je voyois
avec plaisir l'avancement d'un de
mes Neveux , le fils d'une foeur
pour laquelle j'ay toujours confervél'amitié
la plus tendre.
Feus la fatisfaction de voir
que tous ceux à qui le feu Roy
d'Espagne avoit confié les Gourser
nemens de fes vaftes Etats , furent
G iiij
80 MERCURE
Fe
auffifidelles que moy à la Monarchie
Espagnole : ils obéirent fans
deliberer , & la volonté du Roy
mort fut fuivie avec autant
d'exactitude
& de zele , que fi ce
Prince avoit encore efté vivant.
me flattois alors que la Providence
vouloit la continuation de
la Paix. Il eftoit difficile d'eftre
dans d'autres fentimens pour peu
・qu'on on fift attention à la facilité
avec laquelle un Prince de la
Maifon deFrance eftoit montéfur
le Thrône d'Espagne
, malgré les
mefures que le Confeil de Vienne
avoit prifes pour l'en empêcher
.
L'Europe eft affez inftruite que
GALANT 81
durant la plus grande partie du
precedent regne , ce Confeil avoit
efté comme le maistre des deliberations
de la Cour de Madrid.
Les étrangersfuivirent l'exemple
des Espagnols : ils reconnurent
prefque tous Philippes Cinquième .
pour Roy d'Espagne , & l'Angleterre
& la Hollande aprés avoir
deliberé quelque temps fe déterminerent
enfin à la même démarche
que les autres Puiffances avoient
faite. L'Empereur ne peut me
traiter en ennemi pour avoir reconnu
le nouveau Roy ,fans marquer
de la mauvaiſe volonté à ceux qui
font aujourd'huy fes plus fidelles
Alliez.
82 MERCURE
Ilferoit inutile d'entrer dans le
détail de ce qui fe paffa dans les
Pays-bas depuis la mort du Roy
d'Espagne jufques à mon retour
dans mes Etats. Quand je fis entrer
les Troupes de France dans les
Places de mon Gouvernement
où
les Hollandois avoient des Garnifons
; je ne fis qu'obéir aux ordres
de la Cour de Madrid à qui le
`procedé des Etats Generaux qui
differoient encore de reconnoiftre
Philippes Cinquième , donnoit de
juftes défiances de leurs intentions.
L'efperance de voir durer la
paix de Riſwick , fut bien-toft
GALANT 83
troublée. L'Empereur qui faifoit
gloire lorfque les Tures affiegeoient
fa Capitale , de s'abandonnerà la
Providence , ne regarda point en
·cette occafion , la foûmiffion a fes
ordres comme une vertu. Il ne
pouvoit fe cacher neanmoins , que
le Teftament du feu Roy d'Espa
gne ne fuft ,pour ainfi dire , l'ouorage
du Ciel. Ce Roy s'y étoit
déterminé de luy-même longtemps
avant de le faire , malgré
la paffion naturelle aux Princes
de la Maifon d'Autriche , pour
la grandeur de leur nom ; il avoit
efte confirmé dans fa refolution
par le Pape Innocent XII. qu'il
84 MERCURE
avoit confulté plufieurs mois
avantfa mort ,fur la difpofition
qu'il vouloit faire de fes Etats.
Mais la pieté de l'Empereur ne
l'empêcha point de s'oppofer à un
ordre de la Providence fi bien
marqué. Il ne s'épouvanta point
des fuites , des liaifous qu'il falloit
prendre, ny du fang Chretien
qui alloit eftre répandu dans fa
querelle. Déterminé à faire la
guerre , it refufa de reconnoiftre
Philippes V. pour Roy d'Espagne.
Il compta pour rien le confente
ment unanime des Espagnols
pour fe ſe foumettre à ce Prince ,
Jans fe fouvenir que douze ans
1
1
GALANT 85
auparavant il avoit fait un fi
grand cas du confentement des
Anglois , à éleverfur leur Trône
Guillaume III. qu'il l'avoitfans
héfiter reconnu pour Roy d'Angleterre.
Ce même Roy, qui depuis treize
ans , avoit beaucoup de part aux
affaires de l'Europe , voyoit avec
douleur l'élevation de Philippes V.
L'Empereur jugea ne pouvoir
sadreffer à un genie plus capable
de concerter des projets , & de
former une Ligue affez puiſſante
pourdéthroner le Roy mon neveu.
Le credit du Roy d'Angleterre
dans fes Etats & en Hollande
86 MERCURE
ع و ب
a
faifait croire qu'il viendroit à
bout de déterminer ces deux Puiffances
à fe joindre à l'Empereur,
lesliaifons étroites qu'il avoit
toujours confervé avec les Princes
Proteftans d' Allemagne , ne laiffoient
pas douter qu'il n'en fift
entrer un grand nombre dans fon
party. On peut dire en effet , que
le Traité de Ligue qui fut
figné par ces Puiffances vers la
fin de l'année 1701. avoit esté
conclu deflors , c'est- à- dire , dés
les premiers mois de la meſme
que
année.
On ne pouvoit douter que les
Princes liguez , ne fiffent tous
GALANT 87
Leurs efforts pour obliger le Corps
Germanique d'entrer avec eux
dans la
guerre à laquelle ils fe
préparoient. Cette guerre neanmoins
étoit injufte & contraire
aux veritables interefts de l'Allemagne.
Ilfuffifoit à l'Empire,que
le nouveau Roy d'Espagne vouluft
bien reconnoiftre fes droits fur les
Etats de la Monarchie Eſpagnole
qui enfont mouvants. Philippes
V. avoit fatisfait à ce devoir.
Avant d'eftre arrivé à Madrid,
il avoit fait demander à Vienne
l'inveftiture du Duché de Milan.
Le Deputé du feu Roy Charles
II. à la Diette de Ratisbonne ,
88 MERCURE
avoit reçu les pouvoirs neceſſaires
pour continuer d'y agir pour luy
en la mefme qualité.
que
Il étoit indifferent à l'Empire ,
la Couronne d'Espagne tombaft
fur un Prince de la Maifon
de France , ou fur un Prince de
la Maifon d'Autriche. S'il euſt
eu mesme àfaire des voeux pour
le Duc d'Anjou ou pour l'Archi-
・duc , il femble que ces voeux auroient
dû tourner du coſté du premier.
La grandeur la puiſſance
où la Maifon d' Autriche eft montée
, ne menace déja que trop. la
liberté de l'Allemagne , fans que
Laugmentation de credit que
donGALANT
89
neroit à un Empereur un frere
Roy d'Espagne , s'y joigne encore.
L'Empire ne peut avoir oublié le
danger qu'il courut d'eftre changé
en un Etat Monarchique , du
temps de Charles-Quint & defon
frere Ferdinand. Il ne pouvoit
donc avec prudence , entrer dans
la querelle de l'Empereur , ny
manquer à l'obfervation du Traité
de Rifwik ,fil'on ne veut compter
des terreurs fondées fur les évemens
incertains d'un avenir éloigné
entre les cauſes d'une guerre
legitime.
D'ailleurs , la forme du Gouvernement
de l'Empire a befoin
Novembre 1704. H
90 MERCURE
de la Paix , pour fe maintenir.
Elle feule y affure la liberté pules
droits des particulivre
le foible
blique
liers . La
guerre y
à l'invasion du plus fort , dont les
ufurpations font refpectées , parce
que fes fecours font devenus neceffaires
, & les uns comme les
autres font expofez alors aux
caprices , & aux vûës d'un Empereur
armé aux dépens mefme de
l'Empire. Comme il eft en poffef
fion pendant la guerre d'eftre feul
executeur des refolutions du Corps
Germanique , avec un pouvoir
abfolu qui le difpenfe de prendre
l'avis des Colleges furfa conduite,
1
GALANT
91
d'en
rendre
compte,
de
mesme que
'il eft en état
d'augmenter
fon autorité
, de
mortifier
ceux
qui ofent
citer
les Loix
contre
fes
volontez
,
de lever
à fon gré les mois
Romains
, de fe rendre
e -fe
le Maiftre
des Elections & de mettre des
Garnifons où bon luyfemble, fous
le fpecieux pretexte de s'affurer
des malintentionnez.
Un Empereur trouvé encore
mille occafions dans laguerre, d'enrichir
par des quartiers d'hyver
arbitraires les Princes & les Generaux
des Cercles quife devoient
à fes interefts ; enfin de faire chaque
jour de nouvelles violences ,
Hij
92 MERCURE
qu'il couvre du pretexte apparent
de la neceffitédes temps & du bien
public , qui ne permet pas d'agir
conformement aux regles prefcrites
par les Conftitutions de l'Empire.
La guerre contre les Couronnes
de France & d'Espagne , dans
laquelle on vouloit engager l'Empire
, étoit d'autant plus dangereufe
pour l'Allemagne
, qu'elle
avoitpour but l'agrandiffement
de
la Maifon d'Autriche. Quel
qu'en fut le fuccés, elle ne pouvoit
efire que funefte pour la Patrie.
Les evenemens heureux devoient
augmenter les forces de l'EmpeGALANT
93
reur , déja trop puiſſant pour eftre
Le Chef d'une Republique , depuis
que la Bohême , la Tranfylvanie
& la Hongrie entiere,font
des Etats hereditaires dans fa
Maifon. Les évenemens malheureux
pouvoient renverser la forme
du Gouvernement de l'Empire
,fapper les fondemens qui le
foutiennent , le plonger dans la
confuſion , mettre quelques-uns des
Princes Proteftans en état de fe
faifir des biens Ecclefiaftiques qui
font à leur bien-feance , & qui
depuis long temps font l'objet de
leurs defirs & le motif de leur
conduite. Enfin , le mauvais état
94 MERCURE
des affaires de l'Empire , ne sçauroit
manquer de donner au plus
fort , l'envie & l'occafion de fe
faifir du patrimoine du foibles
defordre qui a caufe la destruction
de tous les Gouvernements Republiquains.
L'amour que j'aypour ma Patrie
, ne me permettoit pas de prévoir
les malheurs dont elle étoit
menacée, fans me mettre en devoir
de les prevenir. Connoiffant l'Allemagne
, j'aprehendois avec raifon
, les mauvaifesfuites de-l'bumeur
inquiete des uns c de la
foibleffe des autres. Des perfonnés
qui occupent les premieres Digni
GALANT 95
tez de l'Empire , me follicitoient
tous les jours de revenir dans mes
Etats. Elles me regardoient comme
un Prince capable de fe mettre
à la tefte de ceux qui voudroient
s'opposer aux voyes violentes que
la Cour de Vienne eft accoûtumée
de mettre en usage pour forcer les
Membres du Corps Germanique à
prendre parti dans fes querelles
particulieres. Feme rendis donc en
Baviere au commencement de
l'année . 1701. Les Cercles de
Franconie de Suabe 'm'invi
terent auffi- toft d'entrer dans un
Traité d'affociation qu'ils avoient
fignépour fe deffendre de prendre
96 MERCURE
part à aucune guerre étrangere.
Ils meprefferent en mefme temps
d'armer conjointement , pour eftre
en état de refifter aux Puissances
qui font en poffeffion de traiter en
ennemi tous ceux qui refuſent de
fe ranger au nombre de leurs Alliez.
Nos troupes devoient encore
fervir à donner de la confiance
aux perfonnes bien intentionnées,
qui voudroient entrer dans une
Alliance destinée à maintenir la
paix dans l'Empire. Chaque jour
je recevois des affurances de la
part des particuliers qui compaforent
ces Cercles , d'eftre fidelles à
l'Alliance qu'ils me follicitoient de
conclure
GALANT
97
conclure.
L'Electeur de Mayence .
Directeur du Cercle du Bas- Rhin,
& Directeur du Cercle de Franconie
en qualité
d'Evefque de
Bamberg , en figna avec moy le
Traité à Heilbron. *
a
a
Je n'épargnois cependant , ny
foins ny dépense pour mettre la
Baviere à l'abry d'une invafion
&pouravoir un corps de troupes
preft à fecourirceux de mes Alliez
qu'on oferoit attaquer. L'exemple
de l'Electeur Ferdinand Marie.
mon pere , m'apprennoit qu'un
Electeur de Baviere qui veut
s'exempter de prendre part aux
!
* Au mois d'Aouft 1701 .
Novembre
1704. I
**
98 MERCURE
querelles de la Maiſon d'Autri
che, doit eftre armé. Če ne furqu'à
l'aide defes troupes , qu'ilfe maintint
dans uneheureuſe Neutralité
durant la guerre qui preceda la
Paix de Nimegue
.
Pendant ces negociations
l'armée
de l'Empereur
étoit defcenduë
en Italie , les fervices fecrets
dont elle y fut aidée , luy avoient
fait obtenir des fuccés aufquels on
ne devoit pas s'attendre. Ils acheverent
de déterminer
l'Angleterre
la Hollande
à commencer
la
guerre, & firent efperer à la Cour
de Vienne de forcer enfin le Corps
Germanique
à fe déclarer en fa
faveur.
GALANT 99
que On ne pouvoit plus douter
l'Empereur ne fuft déterminé à
employer la violence contre ceux
quiss'oppoferoientaux fuccés de fes
intentions. Ses nouveaux Alliez,
les Anglois les Hollandois
s'étoient parfes ordres , rendus les
•maistres de plufieurs Places de
L'Electeur de Cologne mon frere
les Ducs de Brunfwick, Wolfembuttel
avoient vú envahir leurs
›
que
les uns ny les
chofe
Pays : Bien
autres n'euffent
fait autre
contre l'Empereur
, que prendre
les mesures neceffaires
pour demeurer
neutres. D'autres
Princes
s'étoient
laiffez feduire
à des ma-
I ij
100 MERCURE
nieres moins violentes. L'Evef
que de Wirtzbourg& les Marck
Graves d'Anfpack & de Bareith
avoient esté amenez au point de
vendre leurs troupes à l'Empereur
& aux Hollandois .
Ma deſtinée n'étoit pas incertaine
, dés que j'étois refolu de ne
à la point prendre de part la
guerre
.
Fétois environné d'ennemis puiffans
mes amis intimidez ou
féduits , m'abandonnoient
tous les
jours. C'est ce qui mefit prendre
la refolution d'occuper Ulm. Je
ne pouvois , fans eftre le maitre
de cette Place , empêcher l'invafion
de mes Etats ,& le procedé
GALANT IOr
1
ໃ.
2 น
Le
Fre
adu
Cerele de Suabe qui refufoit de
tenir des promeffes tant de fois
réiterées , fur la foy defquelles
j'avois fait beaucoup de depenfe
pour eftre plutoft armé , me difpenfoit
d'avoirpour luy des égards
trop fcrupuleux aux dépens de ma
proprefûreté.J'étois en droit d'exide
ce Cercle , des dédomagemens
, & la conduite que j'ay tenuë
en me faififfant d'une de fes
Villes , à beaucoup d'exemple
Allemagne.
ger
ع و ب
en
La Cour de Vienne qui fouhaitoit
ardemment la déclaration
des Cercles de Suabe e de Franconie
, pour les faire fervir à la
I iij
102 MERCURE
fubfiftance de fes troupes , n'avoir ,
rien épargné pour l'obtenir. On
feair ce qu'il en a coufté à l'Empereur
pour gagner les particuliers
qui les ont livrez aux quartiers
d'hyver de fes foldats , &
aux exactions de fes Officiers.
Enfin , la Diette de Ratifbonne
s'expliqua. Le Refultat des
trois Colleges fut de déclarer la
guerre à la France , pour déthrôner
le Roy d'Espagne mon Neveu
: ilferoit à fouhaiter , pour
l'bonneur de la Nation Allemande,
qui paffe depuis fi longtemps pour
une des premieres en fidelité cómme
Le 28. Septembre 1702 .
GALANT 103
ut
ur
en valeur , que le Reſultat des
trois Collegesfuft anéanti , e que
la memoire en fuft dérobée à la
pofterité. Elle verra dans ce Re
fultat , que l'Empire qui a tou
jours efté ſi refervé à déclarer la
guerre aux Puiffances Chreftiennes
, la déclare a un Roy , quipour
ne point troubler la Paix , ne
s'étoit pas oppofe aux Lignes de
Germeshein, & qui s'étoit abftenu
de faire les démarches les plus
convenables à fes intereſts , pour
éviter de donner le moindre ombrage
à l'Allemagne ; la pofterité
verra , dis-je , que l'Empire luy
déclare la
guerre pour des cauſes
I шij
104 MERCURE
fi legeres , que jamis on n'avoit
daigné en demander fatisfaction ,
ou pour des fujets qui ne concernants
pas le Corps Germanique ,
ne peuvent luy fournir un motif
legitime de faire la guerre.
L'Empire , qui ne prétend rien
à la fucceffion d'Espagne , n'eft
pas en droit d'attaquer ceux qui
s'en font mis en poffeffion , comme
s'ils luy détenoient fon patrimoine.
Il n'a pas plus de droit de le faire
Juge des parties qui prétendoient
à cettefucceffion . Lefeul
intereft qu'il eut dans cette querelle
, étoit de maintenir la Souveraineté
de l'Empire fur les
comme
GALANT 105
Cerque,
orif
n'ef
mme
oine.
faire
pri-
Sext
дива
Sonles
Etats de la Monarchie Espagnole
qui en relevent. Le Roy Catho
lique n'avoit jamais refufé de la
reconnoiftre. L'Empire n'a pas
plus de raifon d'alleguer fes al
liances avec les Espagnols , comme
un juſte motif de la prife des ar
mes. On n'avoit pas donné Audience
à Ratisbonne à des Ambaffadeurs
de cette Nation qui fuffent
venus implorer le fecours de
l'Empire contre un Prince qui auroit
employé laforce pour le faire
leur Souverain. Tous les Peuples
qui compofent la Monarchie d'Ef
pagne , s'étoient foumis à Philippes
V. d'un confentement una106
MERCURE
nime. Il n'avoit point fallu em
ployer la moindre violence dans
aucun des nombreux Etats dont
elle eft composée , pour yfaire
recevoir ce Prince. L'Empire étoit
Allié des Espagnols ; mais il
n'étoit pas leur Maistre ny lear
Tuteur , pour avoir le droit de
juger , s'ils avoient raison d'étre
contens , & pour les troubler dans
un état dont ils étoient fatisfaits.
Les autres motifs rapportez
dans le Refultat des trois Colleges,
comme de juftes raifons de faire la
à la France , ne font pas guerre
plus équitables . Les violences faites
à l'Electeur Palatin & au
GALANT 107
222re
Fout.
ear
de
étre
any
its.
tex
Pres
rela
pas
fai
de
Prince de Montbeliard , font des
violences imaginaires. Quand le
Roy de France a obligé le Prince
Montbeliard à ne point toucher
à la Religion Catholique dans fes·
Etats , & quand il s'eft mis en
devoir de contraindre , pardes executions
militaires , l'Electeur Palatin
de payer lesfommes qu'il devoit
donner à la Ducheffe douai→
riere d'Orleans , il n'a rien fait
contre la Paix de Rifwick. Larticle
quatrième de cette Paix obligeoit
le Prince de Montbeliard à
laißer la Religion Catholique dans
fon pays , au même eftat où elle
eftoit quand elle fut concluë. Par
108 MERCURE
un article ajoûté au même Traité,
l'Electeur Palatin s'eftoit foumis
aux executions militaires de la
France , s'il manquoit à faire certainspayemens
dans les temps marquez.
Ces Princes n'avoient pas
imploré la protection de l'Empire
contre les violences du Roy de
France ; la Diette ne s'eftoit pas
plainte que ce Monarque refufaft
de luy donner fatisfaction .
Les autres griefs qui font alleguez
dans le Reſultat des trois
Colleges , loin de pouvoir paßer
pour les juftes motifs d'une guerre
neceffaire , ne fuffiroient pas pour
faire partir un Envoyé extraor
GALANT
109
45
#
ois
Ber
rre
Our
dinaire avec commiffion de s'en
plaindre. Les affuts de canon qui
pouvoient manquer dans Philifbourg
, quand la France remit la
Place entre les mains de l'Empereur
: la reftitution de Brifack differée
de quelques mois , par les
difficultez quife trouverent à démolir
fon Pont , mais executée
longtemps avant la Declaration
de la guerre , ne fçauroit paffer
pour unfujet de la faire.
Le Baron Mean qui avoit efté
enlevé , pouvoit eftre rendu fi
l'Empereur avoit fi fort à coeur
la détention d'un Sujet de l'Electeur
de Cologne , c'eftoit la ma110
MERCURE
tiere d'une negociation , & non le
Sujet d'uneguerre. Les armesfontelles
le premier moyen où les Prin
ces Chreftiens doivent avoir recourspour
obtenir lesfatisfactions
qu'ils croyentleur eftre dûes ?
Enfin , le Roy de France n'arooitpas
violéla Paix de Rifwick,
parce que des Regimens de fes
Troupes avoient efté mis engarnifon
dans quelques Places de l'Electorat
de Cologne & de l'Evêché
de Liege. Ces Troupes n'étoient
pas entrées dans l'Empire
•comme ennemies : elles n'y avoient
point ravagé le Plat-pays ny af
fiegeles Places. L'Electeur de CoGALANT
III
12.
ion
logne les y avoit appellées des
Pays-bas Catholiques ou du Cercle
de Bourgogne ,pourfe garantir
des menées de fes voifins inquiets
en eftat d'entreprendre defe fai
fir de diverspoftes de fonElectorat.
Il eftoit parlé de moy dans ce
Refultat : L'Empereur y avoit
wick
PE
Evê
mpire
olent
af-
Co
Je fait ordonner , que fans égards à
mes prétentions , je retirerois inceffamment
mesTroupes de la Villle
d'Ulm , & que je ferois obligé de
joindre mes forces à celles des Alliez
, pour faire la guerre à la
France , dethroner le Roy
d'Espagne mon Neven . Je ne
crús pas que l'Empereur fuft
112 MERCURE
le maistre de mon honneur , ny
que pour le fervir jefuſſe tenu de
de foy, & de rompre
manquer
fans fujet , le Traité que luy &
moy avions figné à Rifwick. Je
fçavois que le Refultat des trois
Colleges eftoit lefruit de fes intrigues
& de fes menaces. Perfonne
n'ignoroit en Allemagne les avantages
& les domaines qui avoient
efté promis ou diftribuez , & les
difgraces dont plufieurs Membres
de l'Empire avoient efté menacez.
La plus faine partie cut refuſedy
foufcrire ,fans la terreur.que
pereur &fes amis avoient répan
due par toute l'Allemagne . Mais
l'Em
GALANT
113
2722
les
res
L'exemple des Ducs de Brunfwik-
Wolfembutel eftoit récent , & on
aimoit mieux donner les mains à
l'injustice , que de s'exposer à en
fouffrirfoy-même.
La fidelité conftante de mes
Sujets , la valeur de mes Troupes
me mettoient en eftat de la re
pouffer : Jefis ce que la plupart des
Princes de l'Empire auroient fait ,
s'ils fe fuffent trouvez dans une
fituation telle
que
la mienne: Fe
refufay tous les offres que
l'Em
dy pereur me fit faire pour prendre
part àfa querelle : elle n'en devepas
plus juftepar les avanta-
Em
in-
S
noit
ges qu'il me faifoit pour y entrer,
Novembre 1704. K
114 MERCURE
Ma refolution eftoit de demeurer
dans la neutralité, & de ne point
prendre partà une guerre quejene
pouvois approuver. Mais l'Empereur
avoitfait gliffer un article
dans le Refultat des trois Colleges
pour
n'accorder aucune neutralité
"dans l'Empire , quoique cette guerrefust
offensive , & que
les Mem
bres du Corps Germanique ne duf
fent pas eftreforcez d'y entrer..
Cetarticle me jettoit dans la neceffité
d'y prendre part : La liberté
de choisir le parti auquel je me
joindrois , eftoit la feule qui me
reftât. Ilfalloit devenir l'Alliéde
l'Empereur ou du Roy de France,
GALANT 115
ver
oint
jene
Eme
ticle
leges ,
guer-
Mem
ne duf
yer..
slam
liberté
je
me
qui me
Alliede
France
Je me déterminay en faveur du
party que je jugeay le plus jufte ,
& je me rreeffoolluuss à courir toute
forte de hafards plutoft que d'avoir
la foibleffe de plierfous les menaces
injuftes de la Cour de Vienne ,
quandje luy pouvois refifter ..
Je ne fis en cela qu'imiter l'exem
ple de tous les Princes d'Allemagne,
pouffez à boutpar laMaifon d Au
triche : je ne fis qu'imiter ce quefit
Maurice, Electeur de Saxe. Bien
que ce Prince eut obligation defon
Electorat à Charles - Quint , qui
avoit dépouilléfon cousin Jean Fre
deric , pour l'en reveftir , Maurice
ne fefiepas unfcrupule , pourfau-
Kijj
116 MERCURE
ce ,
ver les libertez de l'Empire defi
gneravec Henry II. Roy de Franle
Traité de 1551. Traité qui
obligea cet.Empereur de rendre à la
nation , par lapacification de Paffau
, les droits & les privileges
qu'il luy avoit ôtez injuſtement.
Je ne fis en cela, quefuivre l'exemple
de l'Electeur de Treves , des
Princes de Heffe & de tant d'autres
Membres du Corps Germa
nique quifejoignirent à la France
pendant les troubles qui precederent
la Paix de Weftphalie.
Je fouhaitois trop ardemment
la continuation de la Paix , pour
commencer la guerre. Qu'elles que
GALANT nz 117
-an-
D
ala
Paf
leges
ment.
xemdes
.
ſi fuffent les occaſions d'agir contre
un ennemi déclaré dont je man ,
quois de profiter , je perſiſtay toû
jours dans la refolution d'attendre
qu'on m'attaquaft. Les Generaux
qui devoient commander les troupes
destinées à agir contre moy
étoient déja nommez à Vienne s
elles s'affembloient fur ma frontiere
, je fçavois par quel endroits
elles devoient faire irruption dans
mes Etats ; les nouvelles publiques
difoient mefme les Villes qui
feroient attaquées les premieres
& la conduite de l'Empereur à
L'égard de mon Frere l'Electeur de
Cologne , étoit une preuve que je
erma-
France
derent
ament
pour
esque
118 MERCURE
neferois point menagé. J'évitay
cependant, d'agir à l'offensive , &
mefme aprés le Refultat des trois
Colleges , jay toûjours retenu mes
troupes jusques à l'irruption de
celles de l'Empereur dans mes
Etats.
Quandj'aurois agy avec moins
de moderation, mes ennemis n'au
roient pas eu raifon de m'accufer
d'avoir commencé la guerre dans
l'Empire , mais je voulois leur
ofter jusques au pretexte de le
faire. Si la paffion de la Courde
Vienne m'empefchoit d'attendre
defa part , un retour vers lajufti
ec , je n'étois pas fans efperance.
GALANT
119
que les remontrances des perfonnes
bien intentionnées dont le Corps
Germanique n'est jamais entierement
dépourvû , pourroient l'oblis
ger à ceffer fa perfecution contrè
ma Maifon. Enfin les Souverains
qui ont coûtume de faire laguerre
3 on Perfonne , ne s'y engagentqu'à
l'extrémité : Ceux qui de tout
temps fe fontfait une babitude de
refter tranquilles dans leurs Ca
pitales au milieu des amuſemens
42 de la Paix , tandis
re
que
d'autres
combattent pour leurs querelles les
plus importantes, fontplus hardis
"ils
entreprennent la guerre plus
volontiers. L'Empereur la com →
120 MERCURE
•
mença , &fon armée commit les
premieres
hoftilitez
dans la Baviere.
Les premiers fuccés me furent
favorables
, mais je ne pouvois
fans prefomption
, entrepren
dre de foûtenir
la guerre avec mes
feules forces trop de troupes s'affembloient
contre moy , pour nepas.
craindre
leur nombre
. Facceptay
le fecours que m'offrit le Roy Tres-
Chreftien. Les troupes qu'il m'envoya
forcerent des obftacles qu'on
avoit crú infurmontables
à Vienne,
&mejoignirent
dans le temps
que mes ennemis publioient
défaite..
Un plus long détail de ce qui
s'eft
GALANT 121
s'eftpaſſé dans cette guerre ,feroit
inutile quand ils'agit de la juftice
de ma caufe. En faisant une vive
guerre à l'Empereur mon agreffeurs
j'ai toujours respecté l'Empire
autant que la neceffité d'une
jufte deffenſe me l'a púpermettre.
Je n'ai refufe la neutralité à per
fonne , j'ay traité en amy tout
ce qui a bien voulu ne fe pas
mettre au nombre de mes ennemis.
Fay même oublié quelquefois
les régles lesplus communes
de la prudence ordinaire , pour
avoir occafion de marquer à l'Empire
l'envie que j'ay d'y voirla
tranquillité rétablie, menc
Novembre 1704. L
122 MERCURE
La Ville d'Auſbourg , dont la
fituation donne tant d'avantages
pour attaquer ou pour deffendre
mes Etats , avoit demandé la
neutralité que je lui avois act
cordée. Des avis dont l'évene→
ment n'a que trop fait voir la
certitude , m'apprenoient l'intelligence
de fes habitans avec mes
ennemis qu'ils y vouloient introduire.
Malgré la facilité quej'avois
de me rendre le maistre d'une
place peuforte ,fans garnifon ,
fituée au milieu de mes Etats ,je
n'en voulus rien faire. Faimay
mieux courir quelque rifque , que
de manquer de donner à l'Empire
mardan
GALANT 123
une preuve autentique de mamo
deration , er de la droiture de mes
fentimens. Mes ennemis profitans
de ma bonnefoy, y furent reçus
Ø je n'ai reparé que par le gain
d'une bataille & un fiege penible,
les mauvaisesfuites de mes bonnes
intentions.
•Il convenoit à mes affaires , de
me rendre le maistre du pont e
de la Ville de Rarifbonne dés le
commencement de la Campagne
derniere. Si cette expedition eftoit
importante , elle eftoit en mefme
temps tres-facile. Combien de démarches
n'ai je pas faites neantmoins
pour obtenir de la Cour de
Lij
124 MERCURE
Vienne , que cette Ville demeuraft
neutre ? J'ai attendu l'extremité à
m'en affurer , & je ne l'ai fait
qu'aprés que les délais affectez de
'Empereur , & la marche des
troupes qu'il y devoit introduire ,
meurent
pleinement
convaincu
qu'il vouloit s'en rendre le maître
, & qu'il eftoitfur le point de
l'executer.
• Quels égards n'ai-je pas témoigné
pour les Députez qui compofent
la Diette ? Quelles circonf
pections n'ai-je pas apportées , afin
les mesures que j'estois obligé
de prendre pour la fureté de mes
•Eftats ne troublaffent point la lique
GALANT 125
berté defes déliberations ? Avec
quelle chaleur , mefme depuis que
je me fus affuré de la place , ne
preffai-je point qu'on obtint de la
Cour de Vienne un acte de neu
tralité , qui ne futfujet ny aux
exceptions ny aux équivoques ,
afin que fans trop m'expoſer , je
puffe retirer mes troupes d'uneplace
que l'Empereur & moy nous
devions regarder comme le Sanc
tuaire de l'Allemagne ? Dés que cet.
acteparut en bonne forme , je renonçai
à tous les avantages que je
pouvois tirer de la neceffité où je.
m'estois trouvéde me faifir de cette.
Ville , & je témoignai par une
Liij
126 MERCURE
démarche à laquelle mon inclina
tion feule pouvoit me porter, le
respectque j'aypour l'Empire, &
la fincere amitié que je conferve
pour la plus grande partie des membres
qui le compofent. Je Sçay imputer
la démarche qu'ils ont faite
contre moy auxféductions & aux
menaces de mes ennemis ; & j'ai
plus d'égardauxfentimens de leur
coeur qui me font connus , qu'à là
declaration forcée à laquelle ils ont
efté contraints.
Pourroient-ils ne pas voir que
ma cauſe eft celle de la patrie ;
La Maison d'Autriche
, aprés
plufieurs infractions des ConftituGALANT
127
tions de l'Empire , n'avoit plus
qu'une démarche à faire pour le
changer en un Eftat Monarchi
que. C'eftoit defe rendre maistreffe
de luy faire faire à fon gré , la
paix on laguerre. C'est ce qu'elle
vient de tenter. Beaucoup, manque
deforcesfuffifantes ; d'autresfaute
de courage , quelques unpour s'eftre
laiſſez féduire ; tous enfin ont témoigné
une patience inconnuë autrefois
en Allemagne. Ma Maiſon
s'est trouvée la feule qui ait eu enfemble
lesforces & la vertu necef-
; fairepour s'opposer au torrent. S'il
nous entraînoit rien n'arreſteroit
plus fa courſe. Aprés avoir exae
Lij
128 MERCURE
"
miné maconduite ,fil'on veutbien
faire attention à celle que l'Empe
reur a tenue depuis la paix de
Rifwik , il fera facile de connoiftre
l'Auteur des troubles de l'Allemagne.
On verra que le repos de l'Europe
a efté dansfes mains, qu'au
préjudice de fes veritables intereſts,
il a refufé de l'affermir.
Les Puiffances , quipour le bien
de la paix , avoient refolu de faire
valoir les droits du Prince Elec
toral monfils , à la fucceffion d'Ef
pagne ayant vú leurs mesures
déconcertées par la mort peu attendue
de cet enfant , en privent de
nouvelles pour prévenir la guerre.
GALANT 129
12
en
res
C.
Elles conclurent le fameux traité
de
partage.
Espagnols
ontreconnu
dans lafuite
lesprétentions
à leur Couronne
pour
tes mieux
fondées
, la France
,
dis-je ,y cedoit
à l'Empereur
pour
Archiduc
, lapartie
la plus confi
derable
des Eftats
qui la compofent
.
Elle ne prenoit
rien en comparaison
.
de ce qu'elle
abandonnoit
à la Maifon
d Autriche
. Les hommes
fe
trompent
fouvent
, quand
ils chercheni
à penetrer
l'avenir
dont
le
Seigneur
a refervé
la connoiffance
à luy feut ; mais
on peut
affurer
fans temerité
, que lapaix
del'Eu
rope auroit
efté affermie
pour
longe.
La France , dont les
130 MERCURE
temps , fifa Majefté Imperiale
avoit acceptéce traité quandil luy
fut communiqué.
pûr
Ce Prince qui accufe les autres
d'eftre les perturbateurs du repos
public, refufa de lefigner. Il neput
fe refoudre à rien facrifier de fes
pretentions , pour en obtenir la
meilleure partie. Il prefera des ef-.
perances incertaines , qui ne pou
voient réuffir qu'aprés une guerre
longue & cruelle , à la gloire de
contribuer à l'affermiſſement de la
paix dans la Chreftienté , e au
plaifir de mettre fans effufion de
fang, la Couronne d'Espagne fur
la tefte de fon fecond fils.
GALANT 131
27
Yesbos
โล
sef
erre
de
Sur
a
L'évenement a fait voir la va
nité de ces efperances. Le Teftament
du Roy Charles II. qui devoit
estre d'un grand poids , ne fe
trouva point conforme à l'attente
de Sa Majefté Imperiale , & la
Couronne d'Espagne paſſa à ſa
mortfur la tefte d'un Prince de la
Maifon de France . La Cour de
Vienne déterminée à la guerre , en
treprit deflors de faire la cauſe de
L'Empire de fa querelle particulie
re . L'Electeurde Cologne mon fre
re , dont les Etats eftoient les plus
expoſez aux malheurs de la guer
re par leur fituation & le peu de
Placesfortes qui les couvrent , prit
132 MERCURE
des mesurespour les engarentirpar
une neutralité , comme le feul
moyen de prévenir leur entiére defolation.
Il obtint fans peine , le
confentement des Couronnes de
France & d'Espagne à cette neutralité
, & il fit folliciter l'Empereurpar
le Comte Schlick , de lug
accorder le fien . Le refus fut précis
, & il eftoit facile de prévoir,
les Hollandois qui venoient
de figner un Traité de Ligue offenfive
& deffenfive avec l'Empereur,
s'expliqueroient auffi ouver
tement que Sa Majesté Imperiale
quand la guerreferoit commencée.
Lorfque l'Electeur de Cologne les
que
1
GALANT
133
Luz
pri...
pient
impe
ver
riale
ncée.
eles
fit preffer de confentir à la neutratité
de fes Etats , ils répondirent
qu'il eftoit inutile d'entrer en negociation
à cet égard , quand la
Paix duroit encore . Ils ne pouvoient
mieux donner à entendre
1
par quelles expeditions ils voutoient
commencer la guerre .
L'Electeur de Cologne chercha
inutilement du fecours dans l'Empire
. L'affociation du Cercle du bas
Rhin , fut empêchée par l'Electeur
Palatin . Ce Prince qui depuis
longtemps ne cherche qu'à détruire
te Chapitre de Cologne par l'Ecteur
l'Electeur
ق ق ش
par Son
Chapitre , fouleva encore contre
134 MERCURE
mon frere , à l'aide d'un autre ef
prit brouillon & feditieux , quel
ques - uns de fes Chanoines malintentionnez,
Les Hollandois ce
pendant affembloient leurs Troupes
fur la frontiere de l'Electorat
de Cologne ; elles y élevoient des
l'Electeur Palatin rece- Forts ,
voitdans fes Etats ces Troupes veritablement
étrangeres dans l'Empire.
Dans cette extremité , l'Elec
teur mon frere eutrecours au Cercle
de Bourgogne. Il reçut fes trou
pes dans quelques- unes defes Pla
ces , aprés leur avoir fait prêter
ferment de n'obeir qu'àfes ordres
GALANT 135
el
це
mai
rox
tora
tir.
rece
ve
Em
C
de ne point agir contre l'Empereur
ny l'Empire. Il eut foin de
prevenir lesfoupçons que l' Alle~
magne auroit pú prendre de cette
démarche , & rendit compte de fa
conduite à la Diette. Il en infor
l'Empereur luy-même.
La Maison d'Autriche a donné
es plufieurs exemples du procedé qu'il
avoit tenu . Elle fir entrer les troupes
des Pays-bas Espagnols on du
El Cercle de Bourgogne ,fous les or
dres du Prince de Parme , dans les
Etats de l'Electorat de Cologne ,
pour dépoffeder Gebbard-Truchfes
&pendant les guerres du Palati
"nat , l'Empereur Ferdinand II. fir
strow
Es Pla
prêter
rdres
136 MERCURE
venir dans l'Empire des mêmes
troupes. S'il y avoit des François
qui ne font pasfujets de l'Empire,
parmi les troupes que mon frere
reçut dansfes Places ; N'y avoit-il
pas des Espagnols & des Italiens
quifont auffi étrangers dans l'Empire
,parmy celles que Gonfalve de
Cordoue amena dans le Palatinat
eu 1622 ? L'Armée du Prince de
Parme n'eftoit- elle pas remplie de
corps de ces nations ? Ces deux
armées eftoient entrées hoſtilement
dans l'Empire, & les troupes que
mon frere appella n'y vinrent que
pour garder quelques Places....
Les précautions que l'Electeur
GALANT 137
in
it-i
118
Em
tina
liede
deva
етет
es que
atque
ወ
Clewt
t
de Cologne avoit prifes en bon
Prince pour le bien de fes Eflats,
Luy firent un crime à Vienne.
L'Empereur , fans faire attention
que fuivant les Conftitutions
de l'Empire , le Traité de Weftphalie
le vingt-buitiéme article
de fa propre Capitulation ,
be Confeil Aulique n'eftoit pas
Fuge competent d'un Electeur de
Cologne , le livra aux procedures
temeraires de ce Tribunal devoué
à la Maifon d'Autriche ,
par des raisons que perfonne n'ignore
en Allemagne..
L'Electeur de Cologne proteſta.
contre fes procedures ;
Novembre
en ap-
1704.
M
138 MERCURE
*
pella à l'Affemblée de l'Empi
re : Il écrivit même à fa Majesté
Imperiale , une Lettre auffi refpectueuse
que forte. L'Empereur
malgré tant de raifons de faire
furfeoir les procedures du Confeil
Aulique , les fit continuer avec
chaleur. Sans avoir égard au
rang que la Maison de Baviere
tient depuis fi long-temps en Allemagne
; il s'emporta jufqu'à faire
mettre l'Electeur de Cologne
au ban de l'Empire , fi dans un
temps fort court il nedonnoit fa
tisfaction des griefs déraisonnables
ou mal - fondez. Un plus
* Du 19. Mars 1702 .
GALANT
139
ax
ere
Ye
un
nalus
2
long détail de la caufe de mon
frere feroit inutile , puifqu'il l'a
fi bien éclaircie dans la Lettre
dont j'ai fait mention.
L'Empereur , loin de luyfaire
justice fur ce qui s'étoit déja paffé,
fit executer la Sentence du Confit
feil Aulique par les Hollandois
& les Anglois : Il fe fervit de
Puiffances étrangeres & Protef
tantes ,pourdépoffederun Electeur
Archevêque
de Cologne , qui n'avoit
commis d'autre crime , que de
s'eftre mis en devoir de maintenir
la paix dans fes Eftats , & d'avoir
refufe d'entrer dans une
guerre que l'Empereur
faifoit
Mij
140 MERCURE
comme Prince de la Maifon d'Autriche
, pour détrôner le Roy d'Ef
pagnes guerre à laquelle juſqu'àlors
l'Empire n'avoit pris aucune
part.
L'Empereurcontre toutejuftice,
mit encore en fequeftre l'Eveſché
de Heildesheim , dont la jouiſſance
appartenoit à l'Electeur monfrère,
entre les mains d'un Prince Protef
tant , au peril que ce Benefice n'ex
fortejamais , & qu'il ait unjour
le mesme fort que tant d'autres
biens Ecclefiaftiques , que les malbeurs
des temps obligerent defécu
larifer à la Paix de Weftphalie.
L'Empirefous Charles-Quint
GALANT 141
卟
C
ON
YB
CU
avoit reçût d'un commun confentement
le Cercle de Bourgogne au
nombre de ceux qui compofent
Corps Germanique , & il avoit
affigné à fon Deputé une Sceance
honorable dans les Diettes. L'Empereur
,fuivant l'article troifiéme
de la Capitulation qu'il a juré
d'obferver , ne pouvoit luy offer
en vertu d'une Déliberation de
qu
l'Empire , le rang qu'il tenoit par
une Déliberation de l'Empire.
Comme s'il avoit efté Souverain
abfolu du Corps Germanique , il
obligea defa propre autorité
Député à fortir de Ratiſbonne où
La Diette étoit affemblée
; ce
142 MERCURE
Il est libre à tous les Souverains
qui composent le Corps Ger
manique , d'eftre armez
d'eftre armez dans leurs
Etats lorfqu'ils le jugent à propos.
C'est un droit qui eft confirmé par
les deux actes les plus autentiques
qui fe foientfaits en Allemagne
dans le fiecle dernier , le Traité de
Weftphalie & la Capitulation de
l'Empereur regnant. Les Ducs de
·Brunfwik - Wolfenbuttel avoient
levé quelques troupes. Le Confeil
de Vienne apprehenda qu'elles ne
ferviffent à repouffer la violence
dont elle ufe ordinairement contre
les membres de l'Empire quirefu
fent d'entrer aveuglement dans
GALANT 143
र
Ent
B
tre
fon parti. Elle trouva le moyen
d'engagerla Maifon de Brunfwik,
Zell & Hannover,pour laquelle
l'Empereur afait des chofes fi extraordinaires
d'entrer à main armée
dans les Etats de Wolfenbut
teles d'obliger par la violence ,
les Ducs de ce nom à figner un
Traité qui les privoit de leurs troupes
, & les mettoit dans la neceffité
de s'abandonner au torrent.c
quences Princes
On allegnoit que c
avoient pris des liaifons avec la
Ace France. Quand mefme on auroit
donné des preuves de ces liaiſons ,
elles n'étoient ny contre les Loix
ny contre les interests de l'Empire.
ins
<
144 MERCURE
4
La Paix de Rifwick qui duroit
encore, avoit pleinement reconcilié
la France avec le Corps Germanique
les Princes qui le compofentfont
confirmez par la Paix
de Weftphalie , dans le droit de
contracter avec les Puiffances
étrangeres , les alliances qui conviennent
à leurs interefts. On ne
fçauroit avoir encore oublié en Al-
<
lemagne la Ligue * du Rhin on
l'Alliance conclue entre le Roy
Tres-Chreftien d'une part, & les
trois Electeurs Ecclefiaftiques
joints à plufieurs autres Princes
Seculiers de l'autre. Aprés que la
Signée à Mayencole 15. Aouſt 1658.
Cour
GALANT 145
あ
1
"
0
aces
Qur
Cour de Vienne a répandu la terreur
en Allemagne par de telles
violences , n'a-t- elle pas tort de me
reprocher , comme une preuve que
je foutiens une mauvaiſe cauſe ,
que je fuisfeul de mon party ?
Le treiziéme article de la Capitulation
de l'Empereur , qui
L'oblige d'observer le Traité de
Weftphalie comme étant figné par
le Corps de l'Empire , l'obligeoit
auffi à l'obſervation du Traité de
Rifwick. Ce Traité n'eſt qu'un
renouvellement de celuy de Weftphalie
, & il avoit estéfigné de
mefmepartoutle Corps Germanique.
Quoique la France l'obfervaft
Novembre 1704 . N
146 MERCURE
exactement , l'Empereur n'apas
laiffé de le violer au mépris de
tous ceux qui l'avoient figné avec
luy. Il avoit affiegé & pris Landau
avant que la Diette de Ratifbonne
eut conclu de declarer la
guerre à la France. C'est une infraction
d'un Traitéfolemnele
defa Capitulation , qu'il ne peut
excufer en alleguant la neceffitéde
prevenir un ennemi vigilant. La
France ne cherchoit qu'a maintenir
la Paix avec l'Empire. Quand
mefme elle auroit formé quelque
entrepriſe contre fa tranquillité ,
l'Empereur ne pouvoit rompre
paix de Rifwick, & attaquer une
la
GALANT
147
4
d
14
place dont elle étoit enpoffeffion par
des Traitezfignez avec le Corps
Germanique , qu'aprés avoir pris
l'avis des Electeurs. Mais il n'ofa
les confulter, de crainte de les trouver
oppofez à fes intentions . Il
rompit de fa feule autorité , une
Paix quel'Empire en Corps avoit
fignée La guerre ne pouvoit
commencer affez-toft àſon gré.
Quelques puiffent estrefesfuc
cés , je me flatte qu'ils ne m'attireront
jamais
l'averfion de mes
compatriotes. C'eft fur ceux qui
m'ont attaqué , & qui m'ont déclaré
une guerre injufte quandje
ne parlois que depaix , qu'elle doit
Nij
148 MERCURE
retomber. Ils ne m'auroient pas en
pour ennemi , s'ils avoient bien
voulu me laifferfuivre l'exemple
de l'Electeur Ferdinand- Marie
mon pere , dont la memoire eft encore
en benediction dans la Baviere
, pour eftre resté neutre pendant
la guerre qui preceda la Paixe
de Nimegue
.
Quand l'Empereur m'a reproché
de manquer de reconnoiffance
pour
les bienfaits que ma Maiſon a reçûs
de lafienne , l'intention de fa
MajeftéImperiale n'a pas efté apparemment
de remonter bien haut
dans l'Hiftoire. On y trouveroit
quema Maiſon étoit déja une des
GALANT 149
#
plus illuftres de l'Allemagne
quand celle deHapfbourg n'y étoit
pas encore bien celebre . Un des
premiers évenemens qui ait rendu
celebre la Maifon de Hapfbourg ,
ce fut la victoire que remporta
P'Empereur Louis de Baviere, fur
IX un Prince de cette Maifon qui
l'avoit attaqué mal à propos , &
qu'il fit fon prifonnier. Ces premiers
temps ne font pas favora
bles à la Maifon d' Autriche : Ils
f font trop voisins de ceux où vivoit
Ottocare , & il n'eft pas
avantageux à Sa Majeflé Imperiale
qu'on examine à quel titre
elle & moy nous poffedons bes
The
CHT.
12-
FOLL
Niij
150 MERCURE
Provinces qui compofent nos
Etats .
le
Je ne crois pas mesme que
deffein de l'Empereur ait efté de
remonter jusqu'aufeiziéme fiecle :
je veux dire à la ceffion * injufte
infoutenable que l'Empereur
Maximilien 1. fe fit faire de
Kufftein , & d'un nombre confiderable
de Villes des Etats de Ba
viere qu'il joignit à l'Autriche
& au Tirol, ou aux guerres que
les differents de Religion exciterent
dans l'Empire. Guillaume
Duc de Baviere , qui fe mit à la
tefte des Catholiques confederez ,
* En
1505.
GALANT 151
S pour s'opposer aux Proteftants
liguez a Smalcade , ne fut pas
affez bien recompenfe des fervices
qu'il avoit rendus à la Maiſon
d'Autriche , pour croire qu'on ait
entendu parler de luy.
W
Ba-.
me
ila
む
C'est dans le dernier fiecle qu'il
faut chercher les bienfaits que ma
Maifon a reçus de celle d'Autriche
, il eft fenfible que la Cour
de Vienne a entendu parler de la
Dignité Electorale & du Haut-
Maximilien mon
Palatinat
que
ayeul
reçût
de l'Empereur
Ferdinand
II. Avant
d'examiner
les
Services
que
ce mefme
Maximilien
avoit
rendus
à la
Maiſon
N iiij
152 MERCURE
d'Autriche , il eft bon d'expofer en
quoy confiftoit ce bienfait tant
vanté.
Frederic , Electeur Palatin de
la Maifon de Baviere , aprés
avoir efté chaffé de la Bohême
dont il avoit voulu fefaire Roy,
avoit efté mis au Ban de l'Empire
& dépouillé de fes Dignitez &
de fes Etats hereditaires . On ne
pouvoit fans injuftice refuser à
Maximilien mon ayeul , la Dignité
d'Electeur dont on dépouilloit
Frederic
.
Cette Dignité eft tres- ancienne
dans ma Maiſon : Suivant le
Concordat qui fut fait à Pavie
GALANT 153
&
me
1 ท
Di
enne
e
entre l'Empereur Louis de Ba- .
viere dont je defcends & Adolphe
de Baviere , fils de Rodolphe
de Bavieres lequel Rodolphe étoit
frere de l'Empereur Louis , &
auteur de la branche Rodolphine
dont étoit iffu l'Electeur dépouillés
fuivant , dis-je , le Concordat de
Pavie , la Dignité Electorale qui
appartenoit à la Maifon de Baviere
, devoit eftre poffedée alternativement
par les Chefs des
deux branches qui la compofoient
deflors. Quelque temps aprés ce
Concordat , l'Empereur Charles
IV. Pennemi declaré des Princes
de ma branche , publia la Bulle
154 MERCURE
d'or, & il regla dans le Chapitre
VII. que les fils aînez des
Electeurs fuccederoient toûjours à
leurs peres. C'étoit un Prince de
la branche Rodolphine , qui jouiffoit
de l'Electorat qui étoit dans
ma Maiſon quandcette Bulle fut
publiée. Son fils prenant droit fur
la Bulle d'or , fe maintint en poffeffion
de l'Electorat, qui fuivant
le Concordat de Pavie , devoit
paffer à l'aîné de mabranche. Son
ufurpationfut imitéepar fes def
cendants , malgré les proteftations
& les oppofitions de mes Ancêtres
fi fouvent réiterées , & renouvellées
encore en pleine Diette
GALANT 155
三級
Sen
par
le Duc Guillaume de Baviere
mon bifayeul , & pere de l'Electeur
Maximilien. Ce Prince
avant la profcription de Frederic
Electeur Palatin , avoit de juftes
prétentions à fon Electorat ; la
felonie de Frederic ne fut qu'une
occafion de rendre juftice à ma
branche , qui étoit déja compriſe
dans l'Inveftiture de cette Di
gnité. Ainfi je puis avancer que
Empereur Ferdinand II. ne fit
pas une grace à mon ayeul quand
il engagea la Diette à le recevoir
en la place de l'Electeurprofcrit.
On peut dire la mefme chofe de
la partie du Haut-Palatinat qui
3
156 MERCURE
luyfut cedée. Maximilien n'eftoit
pas fans pretentions fur ce pais.
Mais foit grace , foir juſtice , il
luy en coûta cher pour l'obtenir.
L'Electeur Maximilien ne reçut
de l'Empereur Ferdinand une Inveftiture
qui luy eftoit dûë , qu'à
condition de remettre à ce Prince
la fomme de treize millions de florins
du Rhin que Ferdinand devoit
par un compte rérveſta de toutes
les formalitez : fomme pour la
fureté de laquelle il avoit engagé à
mon ayeul , une partie de l'Autriche.
Lapaix de Weftphalie où cette
convention eft inferée , en confervera
à jamais la memoire.
GALANT 157
Les fervices que
l'Electeur
Maximilien avoit rendus à cet
Empereur , meritoient cependant
qu'il tint avec luy une conduite
moins intereffée. Loin de luyfaire
cett
afer.
acheter la juftice , Ferdinand II.
pouvoit bien le recompenfer de fon
propre patrimoine , fans que fa
pofterite put luy reprocher d'avoir
efté prodigue. L'Empereur Mathias
, coufin de Ferdinand , eftoit
mortfans luy avoirlaiffé beaucoup
d'amis dans l'Empire , & une partie
des Provinces qui compofent
aujourd'huy les païs hereditaires,
refufoit mefme de le reconnoiftre
pour Souverain. Maximilien
* En 1619.
*
158 MERCURE
mon ayeul , avoit déja du credit
beaucoup de reputation en Allemagne.
Frederic , Electeur Patatin
, vint le trouver à Munick
pour le perfuader de fefaire Empereur
, & il luy offrit avec
voix , celles des Electeurs de
Sa
Mayence & de Brandebourg.
Ferdinand Electeur de Cologne,
frere de Maximilien y auroit
joint la fienne. Son élection paroiffoit
infaillible , puiſqu'il eftoit
ainfi affuré de la pluralité des
voix. Mais mon ayeul refufa
tant de grandeur pour les procurer.
à fon amy. Ferdinand vint àfa
Cour , le prier d'entrer dans fes
GALANT 159
interests , il s'engagea à le fervir,
il contribua autant qu'aucun
autre Prince à fon élection.
Les fervices que le mefme Maximilien
rendit dans la fuite au
nouvel Empereur , & à Ferdinand
111. fon fils ,foit dans la
guerre de Bohême où il eut la meil
leure part , foitdans toutes les traverfes
que la Maifon d' Autriche
effuyajufqu'à lapaix de Weftphalie
, fontune partie confiderable de
d'histoire de ces temps-là . Ce fut
fluy qui gagna la bataille de Prague,
& fes troupesfurent toûjours
les plusfidelles à la Maison d' Autriche
comme lespremieres en cam-
DArer
160 MERCURE
pagne. Il refufa plufieurs fois la
neutralité qui luy fut offerte par
la France & par la Suede , aux
conditions les plus avantageuſes
.
Il laiffa mêmeravagerfes propres
Eftats & pillerfa Capitalepar les
Suedois , plûtoft que de détourner
les forces de fon parti , auffi longtemps
qu'il les crut occupées ailleursplus
utilement.
L'Empereur lui-mefme , a des
obligations eẞsentielles à l'Electeur
Ferdinand Marie mon pere , qu'il
ne peut avoir oubliées quelque peu
de ménagement qu'ilgardepourfes
enfans. L'Empereur Ferdinand
III. pere de l'Empereur regnant,
GALANT 161
eftoit mort fans avoir pu le faire
élire Roy des Romains , & de
puiffans ennemis au dedans & au
dehors de l'Allemagne , traversoient
fon election à l'Empire . Les Puiffances
qui avoient intereft de s'oppofer
à la grandeur de la Maifon
d'Autriche , offroient toutes leurs
fecours ou leurs voix à l'Electeur
Ferdinand Marie , s'il vouloitdif
puter la Couronne Imperiale. Il
les refufa par generofité , &
contribua de fon fuffrage & defes
bons offices à la mettre fur la tefte
du mefme Prince qui perfecute
aujourd'huy fa pofterité.
a
à
it
Qu'on n'impute qu'à la neceffité
Novembre 1704. O
162 MERCURE
de me juftifier du reproche d'ingra
titude que l'Empereur m'afait , ce
queje dis des fervices que je luy
ay rendu même. Si les bienmoy
faits reprochez font une offenfe
c'eft luy qui ma mis dans la neceffité
de la faire. Apeine avoisje
paffé l'âge que les Conftitutions
de l'Empire ont preferit aux Electeurs
,pour entrer dans l'adminif
ftration de leurs Eftats , que
Ville de Vienne fut affiegée. Sije
n'avois confulté que mes interefts,
je me ferois contenté , comme plufieurs
autres Princes , d'envoyer
un leger contingentjoindre l'armée
qui s'affembloit pour la fecourir.
la
GALANT 163
Fy marchay en perfonne à lateſte
d'une armée que je levai ; ¡y
menai les troupes du Cercle de
Suabe , quifans moy n'y feroient
point allées , & l'Empereur a dû
eftre informé fi ma prefence fut
inutile à la délivrance de fa Capitale.
Les dégoufts que je recevoisfou
vent pour les quartiers d'hyver ou
pour le Commandement ne me re-
"buterent pas : j'épuifay mes Etats
d'hommes & d'argent pour le ferrvice
de l'Empereur ; je fis en per
fonne les cinq Campagnes quifuivirent
le Siege de Vienne ; je contribuay
à toutes les conqueftes qui
O ij
164 MERCURE
font aujourd'huy une partie conftderable
des Etats de la Maifon
d'Autriche , le paffage de la Save
la prife de Belgrade qui portoient
un coup mortel à l'Empire
Ottoman,furent mon ouvrage, &
je me diftinguay affez pendant tout
le cours de cette guerre pour devenir
l'objet principal de la haine &
des imprecations des infidelles.
Ce n'eftoit pas les marques de
reconnoiffances que je recevois de
l'Empereur , qui me donnoient tant
de zele pour fon fervice. Il ne
pouvoit ignorer que je neſouhaitaffe
de joindre à mes Etats quelques
Bailliages de la haute Autri-
1
GALANT 165
che qui estoient à ma bien-feance.
Famais il ne daigna me les offrir
quoy que leur valeur n'égalaſtpas
la cinquantiéme partie des fommes.
qu'une guerre dont il retiroitfeul
les avantages , m'avoit coûtée.
Elles fe montoient à trente- deux
millions de florins du Rhin.
Si Sa Majesté Imperiale me don
na l'Archiducheffe Marie- Antoi →
nette , qu'elle avoiteu de l'Infan
te d'Espagne fa premiere femme ,
ce ne fut qu'aprés m'avoir fait
faire toutes les renonciations odieu
fes qu'elle jugea à propos d'exiger;
aprés avoir pris toutes les mefures
qui pouvoientmettre obstacle
a
166 MERCURE
à la grandeur où ma Maiſonpouvoit
monter à la faveur de ce mariage
. Quoy qu'ilpuft arriver dans
la fuite , l'Empereur avoitpris des
précautions qui me difpenfoient de
luy en avoir obligation ..
Je ne laiffay pas de continuer
à fervir en Hongrie à la tefte de
mes Troupes , jusqu'à la guerre
qui preceda la Paix de Rifwick.
Maxilien- Philippes , Electeur de
Cologne , & fils d' Albert de Baviere
mon grand- oncle vint à
mourir. L'intereft qu'avoir l'Empereur
de s'opposer au competiteur
de mon frere à cet Electorat, luy fit
prendre leparty de ma Maifon, qui
GALANT 167
eftoitplus àportée qu'une autre de
le faire exclure : elle avoit parelle
- même de puifans amis dans le
Chapitre de Cologne , qui depuis
plus de cent ans a toujours shoift
fes Electeurs dans la Maifon de
Baviere. Ce competiteur eftoit le
Cardinal de Furftemberg , dont
l'Empereur devoir craindre le ref
fentiment aprés l'avoir retenu qua
tre ans dans une prifon dure
injufte.
Monfrerefut élu , mais il per
dit la faveur defa Majesté Imperiale,
fitoftqu'il n'eutplus befoin de
lui,pourexclure un competiteur redouté.
Lorsque l'Evêché de Liege
168 MERCURE
vaquaparla mort du Baron d'Elderen
, mon frère n'eut point d'obligation
defon élection à l'Empereur.
Il l'avoit traversée de tout
fon pouvoir, & il ne tint pas à
luy qu'un autre ne fuft choisi pour
Coadjuteur de Heildesheim
, lorfque
mon frere fut nommé à cette
Dignité. Cependantje m'eftois rangé
avecchaleurdu parti de fa Majefté
Imperiale
, dans la guerre qui
venoit de s'allumer en Europe . Je
ne luy avois pas même , comme
beaucoup d'autres , fait acheter ny
ma declaration
ny mes fecours ,
je n'avois pas examiné les raifons
que j'aurois pu avoir de ne point
épouser
GALANT 169
tre
in
14-
m
ny.
م ی ر م
Lons
fer
époufer fa querelle avec tant de
vivacité.
Mon frere l'Electeur de Cologne
& moy , nous pouẞâmes encore
la complaifance pour la Cour
de Vienne , jusques à ne pas contredire
deflors l'érection du neuviéme
Electorat en faveur du Duc
de Brunfwick - Hannover. Cette
érection eftoit en elle-méme une violation
manifefte de la Bulle-d'or ,
du Traité de Weſtphalie & de la
propre Capitulation de l'Empereur.
Nous n'ignorions pas même
entierement les étranges conventions
qui avoient efté faites à cet
egardpar un Traité fecret. Nous
Novembre
1704. Р
170 MERCURE
eftions informez en quelque ma
niere , que pour le prix defon bienfait
, l'Empereur avoit exigé de
ce Prince qu'il s'obligeaft pour luy
comme pour fes defcendans , de ne
donner jamais leursfuffrages dans
les élections , qu'aux Princes de la
Maifon d'Autriche , & que fa
MajeftéImperiale avoit encore obtenu
de luy une autre condition
auffi peu compatible avec la Dignité
& le devoir d'un Electeur.
Fentens parler de l'obligation où
entra le Ducde Brunswick- Hannover
, de procurer que l'Empereur
comme Roy de Bohême eut un
fuffrage dans le College Electoral
GALANT 171
כ י
in
r.
pe-
Fun
pral
hors des élections ; fuffrage odieux
qui troubleroit l'ordre des Séances ,
qui feroit accompagné d'inconve» .
niens infinis, & qui banniroitab
folument la liberté des déliberations
du premier College de l'Em-
-pire.
Mon frere & moy , nous contribuâmes
encore de nos bons offices
de nos fuffrages , à l'élection du
Roy des Romains qui n'avoit pas
encore l'âge neceffaire pour eftre
élevé à cette Dignité. Ce ne fut
point en vue d'exclure de ce rang
un competiteurfufpect , que je me
joignis au party de l'Empereur
pourprocurer l'élection de fonfils,
Pij
172 MERCURE
Mon attachement pourfa Maifon
, fut la feule caufe d'une démarche
à laquelle peu deperfonnes
s'attendoient , & qu'il paroiffoit
que je ne pouvois faire fans m'oùblier
moy-même.
7
Les fervices que je rendis enfuite
à Sa Majefte Imperiale en Al-
·lemagne & en Italie , furent auffi
mal reconnus que l'avoient esté les
precedens. Quand je demanday
Madrid le Gouvernement des
Pays-bas Efpagnols , aux mêmes
conditions que l'avoit eu l'ArchiducLeopold,
pourle tenir comme
Prince de la Maifon d' Autriche
dont eftoit l'Electrice Marie-AnGALANT
173
es
nes
hi
ime
An
·
we , femme de Maximilien mon
ayeul , l'Empereurfout mettre mille
obstacles à mes prétentions. Les
fervices de ma Maifon , ny ceux
que je rendois tous les jours , ne
purent obtenir qu'il ne s'oppofaft
pas au fuccés d'un deffein qu'il
s'eftoit obligé de favorifer quand
j'époufay Archiducheffe fa fille.
Il me traverfa en Espagne , & il
yfutfi bienfervy , que malgré la
forte amitiédufeuRoy Charles II.
pourmoy , il me il mefut impoffible d'en
obtenir ce que j'avois demandé.
Les interefts de ma premiere
iche femme qui vivoit encore , me fi
rent accepter le mefme Gouverne-
P iij
174 MERCURE
ment à des conditions differentes
de celles que j'avois que j'avois demandées
&je me trouvay à Bruxelles
quand elle mourut à Vienne. Ce
n'est que contre l'Empereur que je
dois meplaindre dupeu de confiance
qu'elle parut me témoigner dans
la difpofition qu'elle fit de fes pier
reries. Sa Majesté Imperiale s'en
fit laiffer la garde qui m'appartetenoit
jufques à la majorité de mon
fils ,foit envie de me mortifier, foit
deffein de s'en rendre le maître ;
l'Empereur
fe fervit du pouvoir
d'un pere fur une fille qui meurt
entre fes bras , pour faire faire à
l'Electrice un Teftament dont je
GALANT 175
n
;
Dir
rt
je
ne puis croire encore qu'elle ait efté
capable.
Je ne déguiferay point combien
defemblablesprocedez mefaifoient
depeine, Les fervices importants
que j'avois rendus à l'Empereur,
meritoient qu'il tint une autre conduite
à mon égard. Les remontrances
que je luy faifoisfaire l'aigriffoient
loinde l'attendrir , & cha
quejour je recevois de nouvelles
preuves de fon peu de reconnoiffance
pour mon attachement à fa
Maifon . C'est ce qui m'avoitfait
prendre le parti de vivre dans l'indifference
avec la Cour de Vienne ,
&de neplus mefacrifier pourfes
Pij
176 MERCURE
interefts , que quand ilsfe trouveroient
joints avec ceux de l'Em-.
pire.
Aprés avoir expofe le procedé
de l'Empereur le mien , je laiſſe
àjuger à l'Empire & à l'Europe
entiere , qui de nous deux peut eftre
асси
cufé de faire une guerre injuſte ,
& à qui onpeut reprocher de manquerde
reconnoiffance . Je n'aypris
les armes que pour me deffendre ;
mes Ancestres & moy nous
avons rendu à la Maison d'Autriche
des fervices effentiels , fans
avoir jamais reçû que de foibles
marques defareconnoiffance. :
GALANT 177
25
ns
les
Le Roy a donné l'Abbaye
de Beaulieu Diocefe de S. Malo
, à l'Abbé Bargedé , Grand-
Vicaire de Nevers. Il y a longtemps
que cet Abbé travaille
dans le Diocefe de Nevers. Le
grand âge de M' l'Evefque de
Nevers , & fes infirmitez , le
mettent fouvent hors d'état de
travailler par luy-même ; il
laiffé depuis quelques années la
plus grande partie des foins de
fon Eglife à ce Grand-Vicaire.
Il eſt un excellent Canonifte ,
& s'eft de tout temps attaché
à la Jurifprudence Ecclefiafti
que , fcience qui convient fort
a
178 MERCURE
à un Grand - Vicaire.
Celle de Villemagne , Diocefe
de Beziers , à M' l'Abbé
Gayet , Grand-Vicaire de Beziers
. M' l'Abbé Gayet a demeuré
plufieurs années à Paris ,
où il s'eft exercé dans les meilleures
Chaires au Miniftere Evangelique
, pour lequel il a
beaucoup de talent . Il fit il y a
prés de trois années le Sermon
de la Cene devant le Roy , avec
beaucoup de fuccés. M' du
Rouffet ayant eſté nommé Evêque
de Beziers il y a deux ans
& demy, le fit fon Grand-Vicaire
.
GALANT 179
Ja
30.
ec
du
ve
ans
Vi-
Celle d'Ahun , Dioceſe de
Limoges , Ordre de S. Benoiſt,
à M l'Abbé Geneys. L'Abbaye
d'Ahun a produit de
grand fujets . Le dernier Abbé
étoit fort confideré de feu M
d'Urfé Evêque de Limoges.
Celuy qui vient de luy fucceder
eft rempli de merite , & treseftimable
par les qualités de
l'efprit & par celles qui font un
bon Miniftre du Seigneur. Il
eſt bon Theologien & grand
Scolaſtique.
Le Prieuré de S. Geofmes ,
Diocefe de Langres à M² l'Ab
bé Heron, Treforier de la Sain180
MERCURE
te Chapelle de Vincennes & auparavant
Aumônier de la Reine
. Cet Abbé eft Docteur dé
Sorbonne ; il eft connu par un
merite tres- diftingué & par des
talens tres-particuliers . Les ouvrages
fortis de fa plume luy
ont fait beaucoup d'honneur .
Ils font écrits avec beaucoup
de delicateffe . Celuy qu'il a fait
pour l'inftruction des jeunes
Penfionnaires a eu un fuccés
extraordinaire , & l'on en a fait
deux ou trois éditions.M'l'Ab,
be Heron eft tres confideré
dans fa Faculté .
L'Abbaye de S. Martin de
GALANT 181
les
Dulur
zur.
Sup
fait
nes
ccés
fait
Ab
deré
En de
"
Mondée , Dioceſe de Lizieux ,
Ordre de Prémontré à Dom
L'hermite. Ce Religieux eft un
des principaux ornemens de
fon Ordre. Il y a efté élevé aux
charges dés qu'il a pû les remplir
: & il s'en eft acquité avec
beaucoup de fatisfaction de la
de fes Superieurs , & de
ceux qui luy étoient foumis.
Sa douceur & fon humilité ont
toujours donné un grand luftre
à toutes les autres vertus .
part
Celle des Religieufes de Nô.
tre-Dame de Nevers , Ordre de
S. Benoift , à M de Charlus.
La Maifon de Charlus eft une
1
182 MERCURE
branche de l'illuftre Maifon de
Levy.M'de Charlus font Licutenants
de Roy de Bourbonnois
; M le Marquis de Charlus
le fils a époufé une fille de
Monfieur le Duc de Chevreu
fe, & M le Marquis de Châteaumorant
de la Maifon de
Levi a épousé une de fes foeurs.
Celle de Fabas Ordre de S.
Benoift de Cifteaux , Dioceſe
de Comminges à MⓇ de Villepaffans.
Cette Dame eft d'une
tres-grande Maiſon ; mais les
qualités de fon efprit & l'exacte
profeffion qu'elle a toujours
fait des vertus Religieuſes , la
GALANT 183
น
-11-
de
Cu
Châ
a de
eurs.
de S.
་
ocefe
Pilleund
is les
xacte
doivent encore rendre plus
confiderable. Le choix que le
Roy a fait de cette Dame confolera
les Religieufes de Fabas
de la perte qu'elles ont faites
de leur Abbeffe qui étoit une
perfonne d'une vertu eminente
& d'un merite fingulier.
Celle du Lieu-Notre - Dame
d'Orleans à M° de la Frette.
Ce nom eft fort connu ; M' le
Marquis de la Frette luy a fait
beaucoup d'honneur . La Da-
-me qui donne lieu à cet article
ne luy en fera pas moins , & on
jours peut tout efperer de fon gouvernement
, puifqu'elle joint
es , la
184 MERCURE
une grande prudence aux lumieres
de fon efprit.
Et la Treforerie de la Sainte
Chapelle de Vincennes , vacante
par la démiſſion de M' l'Ab
bé Heron à M' l'Abbé Bochart
de Saron , Grand- Vicaire de
Clermont. Cet Abbé eft fils
de M Bochart de Saron M
des Requeftes , & frere aîné de
M' de Saron Confeiller au Parlement
, qui a époufé Dame
N... Camus de Pontcarré,fille
de feu M' de Pontcarré Confeiller
d'honneur au Parlement,
& foeur de M' le premier Prefi
dent du Parlement de Rouen
GALANT 185
En
Ine
M'I'Abbé de Saron a auffi un
frère Chanoine de Nôtre- Dame,
& il eft neveu de M ' l'Evêque
de Clermont qui l'a
choifi pour fon Grand-Vicaire .
Cet Abbé a un grand talent
pour l'éloquence de la Chaire ,
paru dans les plus celebres
il a
de Paris. Il fut choifi
étoit
par
ordre
du
Roy
pour
faire
l'Oraiſon Funebre
de feu Monfieur
, au Val
- de- Grace
, lors
qu'on
y
inhuma
fon
coeur
qui
y
en
dépoft
depuis
fix
femaines
. Il prononça
dans
cette occafion
un
difcours
des
plus éloqueus
; une
partie
du
Par- Novembre
1704.
e
186 MERCURE
lement s'y trouva , & Mª l'Evêque
de Strafbourg, quil'étoit
alors de Tyberiade , qui officioit
, y fut accompagné d'un
grand nombre de Prelats qui
tous donnerent à M' l'Abbé
de Saron les louanges qu'il meritoit.
Ce même Abbé prêcha
le jour de la Vifitation de cette
année dans l'Eglife des Dames
de la Vifitation de Chaillot ,
en préſence d'une illuſtre affemblée.
La Reine d'Angleterre ,
accompagnée de toute la Cour
d'Angleterre s'y trouva. Il y
reçut de tres - grands éloges ,
& on peut dire qu'il traita cetGALANT
187
te matiere avec toute la force
dont elle peut être fufceptible.
La maifon de Bochart eſt divifée
en deux branches . M' l'E
vêque de Valence , & M² le
Treforier de la Sainte Chapelle
du Palais & auparavant
Doyen de Chartres , & M' le
Doyen de Lille en Flandres ,
font de la feconde branche .
Perfonne n'ignore qu'il y a eu
un Premier Prefident de la maifon
de Bochart , qui fans contredit
eft une des plus nobles
& des plus anciennes du Parlement
de Paris , où elle eft
connue depuis l'inſtitution de
Q ij
188 MERCURE
cet augufte Tribunal . Elle a
produit dans tous les fiecles.
d'excellens fujets. L'Abbé qui
donne lieu à cet article a paffé
plufieurs années à S.Magloire ;
il a acquis beaucoup d'eftime
dans ce Seminaire , & l'on s'y
fouvient encore de luy avec
beaucoup de veneration . Il eſt
l'aîné de fa maiſon ; mais un
mouvement fecret de la grace
l'arracha du monde dans le
temps qu'il y alloit faire une
brillante figure.
Le Cardinal Charles Barberin
eft mort à Rome dans un
âge extrêmement avancé le SaGALANT
189
Γ
e
medy 8. d'Octobre , il vaque
par fa mort un dix- feptiéme
lieu dans le facré College . Il
avoit eſté longtemps malade
& il eft mort dans la 52 ° année
de fon Cardinalat , ayant eu le
Chapeau le 23. Juin 1653. Il
étoit né le 1 Juin 1630. Il
laiffe le titre de S. Laurent , in
Lucina, vacant : la dignité d'Archiprêtre
de l'Eglife de S. Pierre
: la place de Chefd'Ordre des
Cardinaux Prêtres , à laquelle
le Cardinal Nerli a fuccedé ,
& plufieurs autres Benefices,
Il avoit déja refigné au Cardinal
François Barberin ſon ne-
•
190 MERCURE
veu les Abbayes de Subiaco &
de Farfa , & le Pape luy a encore
donné celle de Grotta-
Ferrata , fur laquelle il avoit
déja douze mille livres de penfion.
Le Cardinal Charles Barberin
a fait fon executeur Tef
tamentaire Dom Oratio Albani
, avec le Cardinal François
Barberin fon neveu , auquel il
donne fes biens avec fubftitution
en faveur des enfansduprince
dePaleſtrine fon autre neveu ,
& il leur fubftitue ceux de fes
foeurs, époufes des Duc de Gaëtan
, & du Prince Borromée , &
à leur défaut le Duc de ModeGALANT
191
ne auffi fils d'une de fes foeurs.
Il a donné au Pape les belles
Tapifleries du feu Pape Urbain
VIII , à chacun des Rois de
France & d'Espagne , un Tableau
de même qu'aux Cardinaux
de Bouillon , d'Eftrées
Portocarrero, de Janſon , & à
plufieurs autres Cardinaux
un autre Tableau à la Reine
Doüairiere de Pologne , & une
Croix de diamans à la petite
Princeffe qui eft avec elle. Il
recompenfe fes Gentilshommes
chacun d'une penfion de
450. livres de rente avec
18000. livres qu'il laiffe pour
>
192 MERCURE
diftribuer à fes bas domefti
ques. Il a fondé pour les Pretres
qu'il avoit auprés de luy
des Chapelles de 420. livres
de rente chacune. Il avoit or
donné que fes funerailles fe
fiffent fans ceremonie dans l'Eglife
de S. Andrea Della-Valle ,
où eft la fepulture de fa Mai
fon ; cependant le Cardinal
François fon neveu luy en a
fait faire de tres -magnifiques ,
aufquelles le Sacré College a
affifté. Sa mort quoi qu'arrivée
dans un âge tres avancé a efté
fort fenfible à toute la Cour
de Rome à cause de l'eftime
que
GALANT 193
a
que fa vertu , fa bonté & fa
magnificence
luy avoient acquifes.
Il avoit donné des preuves
de cette derniere lors qu'il
fut honoré du caractere de Legat
à Latere , pour aller complimenter
le Roy d'Espagne
durant le fejour que ce Prince
fit à Naples
. Il y parut durant
plufieurs jours avec un éclat
digne d'un Souverain
: la dépenfe
prodigicufe
qu'il y fit
& l'argent qu'il y répandit luy
avoient gagné le coeur de tous
les Habitans
de cette grande
Ville. Il eft mort avec de
grands fentimens
de Religion ;
Novembre
1704
. R
194 MERCURE
& tres perfuadé de la vanité
des grandeurs humaines. H
avoit eu le temps de s'en de
fabuſer durant le cours de fa
longue maladie , fa patience
& fa douceur dans cette occafion
préjugeoient la tranquillité
de fon ame , & la fainte difpofition
où il fe trouvoit pour
cxecuter les ordres du Ciel.Ce
Cardinal avoit toûjours marqué
un grand attachement
pour la France , & il confervoit
un tendre fouvenir des
bons offices & de l'azile que
fon pere & fes oncles y avoient
trouvé , aprés la mort d'Ur¬
•
EGALANT
195
bain VIII.sau
commencement
du
Pontificat
d'Innocent X ,
qui fembloit avoir juré la ruine
&
l'extinction de cette gran
de Maifon.. Il avoit raffemblé
une affez belle
Bibliotheque ,
& il avoit
toûjours fait un cas
fingulier des gens de Lettres ;
il les protegeoit
& leur faifoit
du bien dans toutes les occafions
qui s'en
prefentoient
auffi le
regardoient-ils en Italie
comme leur Mecene . Il
étoit petit - neveu
d'Urbain
VIII. & fils de Thadée Barberin,
Prince de Paleftrine & Prefet
de Rome , mort à Paris au
Rij
196 MERCURE
mois de Novembre 1647. &
d'Anne Colonne . Ce Prince.
laiffa encore de fon mariage ,
Nicolas Barberin , Chevalier
de Malthe & Grand Prieur de
Rome , qui fe fit depuis Carme
dechauffe , & dom Maffée Barberin
qui a continué la pofterité,
& qui d'OlympeJuſtiniani,
petite nicce du Pape Innocent
X. a laiffé plufieurs enfans
entr'autres le Prince de Paleftrine
d'aujourd'huy , & le Cardinal
François Barberin . Le
Prince Thadée Barberin laiffa
encore Laurence Barberin , mariée
l'an 1654 à FrançoisGALANT
197
Marie d'Eft , Duc de Modene,
& mere de Monfieur le Duc de
Modene d'aujourd'huy. Cette
Princeffe fut la troifiéme femme
du Duc de Modene , qui
avoit eu de la premiere ( Marie
fille de Rainuce Farnefe Duc
de Parme ) Alfonfe,qui de Laure
Martinozzi niéce du Cardinal
Mazarin, a eu François d'Eft
< z du nom , dernier Duc de
Modene. Dom Thadée Barberin
eftoit frere de François Barberin
Evefque d'Oftie , Doyen
du facré College , & Vicechancelier
de l'Eglife , & du Cardinal
Antoine , Archevêque de
R iij
198 MERCURE
Reims & grand Aumônier de
France , & ils eftoient tous fils
de Charles II Duc de Monterotondo
& d'Acati , & de Conftance
Magaloti . Charles étoit
frere du Pape Urbain VIII.
(Maffée Barberin autant illuftre
par fon efprit que par fa dignité)
& du Cardinal de faint Onuphre
, que le Pape Urbain VIII .
fon frere tira de l'Ordre des
Capucins , où il eftoit fimple
Frere lai, & connu fous le nom
de Frere Antoine . Il fut enfuite
grand Penitencier & Bibliothecaire
Apoftolique. Ils eftoient
tous enfans d'Antoine Barbe
GALANT 199
I
rin 2 du nom , & de Camille
Barbadore. Antoine l'étoit
d'Antoine I. lequel étoit fils de
Frederic Barberin , qui vivoit
en 1 5oo. La maifon de Barberin
eft noble & ancienne. Les
Seigneurs de ce nom demeu
roient autrefois à Semifondé
dans la Tofcane , mais cette
Ville ayant efté ruinée durant
les guerres des Florentins & de
ceux de Fiefole,vers l'an 1024 .
ils fe retirerent à Florence ou
ils ont efté fort confidercz durant
plufieurs fiecles , & où
ils ont poffedé les principales
Charges de la Republique . Ily
R iiij
200 MERCURE
a cu pluſieurs perfonnes de lettres
dans la maifon des Barberins,
Urbain VIII. eftoit un des
meilleurs Poëtes du dernier fie->
cle. On lit encore fes vers latins
avec plaifir.
с
Le Pere Barthelemyl'Hôpi
tal , Superieur general de la
Congregation de la Doctrine
Chreftienne , mourut en cette
Ville à la maifon de S. Char→
les le 3 Novembre âgé de 65 .
ans. Il avoit paffé dans toutes
les Charges de fa Congregation
, & il les avoit rempliesavec
une edification qui luy
avoit fait meriter une cftime
GALANT 201
univerfelle. Ce Pere eftoit un
des plus fçavans hommes de
France dans la connoiffance
exacte de la Morale Chreftien
ne ; il s'y eftoit appliqué dés
fes plus tendres années ; & on
peut dire qu'il n'ignoroit rien
de cette immenfe étendue de
matieres qu'elle renferme. Il
eftoit encore bon Theologien
Scholaftique. Il avoit lû plufieurs
fois la Somme de faint
Thomas , & il en avoit fait
d'excellens Abbregez qui ont
beaucoup ferviaux Profeffeurs
de fa
Congregation. Le gouvernement
du Pl'Hôpital étoit
202 MERCURE
doux & paiſible , quoy qu'il
ne fe relachaft jamais rien de
ce qui regardoit la difcipline
religieufe : il avoit l'art de fe
faire obeir fans fe faire crain
dre , & il joignoit la tendreffe
d'un Pere avec l'exactitude
d'un Superieur. Sa patience &
fa refignation aux ordres de
Dicu ont efté de grands fujets
d'édification dans fa derniere
maladie. Il ne s'eſt jamais plaint,
offrant toûjours ce qu'il fouffroit
à Dieu , avec un tel épanchement
de coeur , qu'il faifoit
fondre en larmes les Freres qui
le fervoient & qui l'affiftoient
GALANT 203
dans fes derniers momens. Il
elt mort enfin de la mort des
Juftes , an
Mr N.... de Thuifi Confeiller
du Roy , & MⓇ des Requeſtes
ordinaire de ſon Hô
tel , mourut en Champagne le
Jeudy fixiéme de ce mois.
Il laiffe de Dame N... d'Hauf
fonville de Vaubecourt trois
garçons & une fille mariée à
M' de la Martelliere M° des
Requeftes. L'aîné des fils eft M²
de Thuifi , pere de Dame N...
le Fevre de Caumartin : M
l'Abbé de Thuifi grand Archi
diacre de Châlons fur Marne,
204 MERCURE
& M le Chevalier de Thuiff
nommé de Paffy. Mª de Thuifi
la mere eft foeur de pere de M²
le Comte de Vaubecourt Lieutenant
general des Armées du
Roy, de M' l'Evêque de Montauban
, & de Mla Comteffe
de Neirg. Elle eft fæeur de pere
& de mere de feuë M la Comteffe
de l'Aubefpin. La maiſon
de Thuifi eft confiderable en
Champagne , où elle poffede
de grands biens. Elle a produit
d'excellens fujets, & ily a longtemps
qu'elle eft connue dans
le Parlement de Paris . M de
Thuifi qui donne lieu à cet arGALANT
205
ticle eftoit bon Juge , éclairé ,
incorruptible , laborieux &
fort exact dans les fonctions
de fon miniftere.
Je vous envoye une Lettre
de M l'Abbé de Longueville
Harcoüet , qui vous fera voir
qu'on reconnoift en France le
vrai merite , & qu'on luy rend
juftice. Comme vous aimez
auffi le vrai merite , je ne doute
point que la lecture de cette
Lettre ne vous faffe beaucoup
de plaifir . Elle eft écrite d'une
maniere qui fait voir que le fpirituel
Abbé, qui en eft l'auteur,
206 MERCURE
eft bien perfuadé de tout ce que
contient fa Lettre.sca
Le départ de Mr le Marquis
& de Me la Marquiſe de Mulazzano
Envoyé Extraordinaire
de Génes eft arrivé ; Nous avons,
Monfieur , perdu à Fontainebleau
ces deux perfonnes , dont l'esprit ,
le merite & lapoliteffe foutenoient
admirablement la dignité qui les
diftinguoit. Paris les regrette la
Cour s'en afflige ; leurs amis en
font touchez , beaucoup les ont
pleurez tous les redemandent.
Si ce Seigneur a fçu tres- habilement
manier dans des temps auffi
GALANT
207
difficiles , la politique d'un Etat
exposé , comme fa Republique ,
que
l'Autriche jette
aux troubles
dans l'Italie pour la
fucceffion
d'Espagne
, qu'elle
voudroit
eten,
dre jusqu'à la Ville mefme de Gé
nes. On peut affurer que cette
Dame a
contribué ,plus qu'on ne
peut
l'exprimer , à tout ce qui
pouvoit
rendre magnifique
, delicieus
fe & Splendide
la maison d'un
Miniftre de ce rang , par l'agreable
concours des perfonnes de confideration
, qui certainsjoursyfor
moient de ces
affemblées , qui pour
eftre
nombreuses , n'en eftoient pas
moins choifies.Ce que le Roy luy a
208 MERCURE
fon
fait l'honneur de luy dire , vous
perfuadera jufqu'où ce départ eft
fenfible. N'attribuez pas à la civilité
du plus grand Monarque,
ce qui n'est qu'un pur effet de
difcernement; e fi vous don
nez quelque chose à fa bonté , táchez
, Monfieur , de ne rien dérober
à fa justice. Voicy les propres
expreffions de Sa Majeſté. ・・・・・
Toute la France avec moy ,
Vous regrette , Madame , on eft
fâché de votre départ ; il n'y a
que l'efperance de vous revoir,
qui nous confole. Je ne puis
eftre plus fatisfait de votre
époux. Je fouhaiteray toujours
-
GALANT 209
les eccafions de vous faire plaifir
ce fera m'en faire à moymême,
par la forte envie que
j'en ay.
Peut on , Monfieur , ajouter
à la valeur de ces termes , precis
obligeants ? Ce font autant
de paroles d'or chacune eſtant un
éloge achevé Et quelle gloire
pour le Senat de Génes , que fes
Envoyez , fe trouvent dignes
den meriter de Louis le Grand
Fay l'honneur d'être &c,
Je vous envoye un Air nouveau
, dont voicy les paroles.
c
Novembre
1704. S
210 MERCURE
AIR NOUVEAU.
O Dienx ! quand rendrez- vous à
mes juftes defirs
L'aimable objet de mes tendres
Soupirs
M
Depuis fon abfence cruelle
Une douleur toujours nouvelle ,
Mejette à chaque inftant ,
Dans un defefpoir éclatant.
Vous , qui voyez mes cris & ma
peine mortelle
O Dieux ! quand rendrez- vous à
mes juftes defers,
L'aimable objet de mes tendres
Soupirs ?
Le Mecredy 12. de ce mois
lendemain de la felte de S.Mares
101S
ar
suposto
30
GALANT 201
tin , on fit l'ouverture du Parlement
, aprés la Meffe qui fut
celebrée dans la Chapelle de
la Grande Salle du Palais par
M' de Chamillart Evêque de
Senlis. Monfieur le premier .
Prefident fuivi de ce Prelat , &
de Ms les Confeillers de la
Cour en robes rouges , fe rendit
en la grande Chambre , où
aprés avoir pris place dans les
hauts fieges , Monfieur le premier
Prefident fit un compli
ment à cet illuftre Prelat , fur
le Sacrifice qu'il venoit de celebrer
, pour implorer du ciel les
graces neceffaires à Meffieurs ,
Sij
212 MERCURE
a
pour s'acquitter des obligations
importantes attachées à
la dignité de leur miniftere.
Il dit , que les Prieres de Mr l'Evêque
de Senlis ne pouvoient eftre
que tres- agreables à Dieu , & dès
plus efficaces , puis qu'elles eftoient
l'effet defå pieté, & que les vertus
eftoient hereditaires dans fa famille
. Il continua l'Eloge de ce
Prelat avec des termes choifis,
& remplis de cette politeffe qui
lui eft fi familiere ; & il finit
par des remercimens que
Compagnie l'avoit chargé de
lui faire , & l'exhorta de continuer
les prieres pour obtenir
la
GALANT 213
du Ciel une paix defirée par
toute l'Europe , où la guerreeftoit
allumée de tous coftez .
-Ml'Evêque de Senlis ré
pondit à ce compliment par le
difcours fuivant .
Monfieur , je connois le prix
de l'honneur que vous m'avezfait
en me choiſiſſant pour cette auguste
ceremonie . Jefçay , Meffieurs que
rien n'eftfi glorieux que de meriter
l'attention du premier Senat du
monde ;plus diftinguépar les qua
litez perfonnelles de ceux qui le
compofent , queparfes preeminences
, & qui doit moins fa gloire
214 MERCURE
:
teurs ,
770306
l'eclat de fes prerogatives qu'à la
fageffe defes decifions.
Cet illuftre Corps , où l'inno
cence trouve toûjours un azile affuré
les loix de vigilans Protec
où l'on prononce des Arrefts
qui reforment , & qui jugent
lesJuſtices mefmes.assoc
Cerilluftre Corps a , Monſieur,
Pavantage de vous voir àfa tefte :
Vous en qui nous refpectons l'ima
ge vivante de ces Magiftrats , vos
ayeux qui ont donnéplus d'eclat à
leurhaute dignité , qu'ils n'en ont
receu d'elle : quipardes voyésfain
ses & incorruptibles ont merité le
titre glorieux de Peres du peuple ,
à
GALANT 215
en confervant un fidele attachementpour
les droitsfacrez de l'autorité
royale , dont ils ont efté le
on
plus ferme appui & le foutien le
plus inébranlable.
à
Ces grands hommes ont efté
Padmiration de leur fiecle comme
vous eftes l'admiration du noſtre
par cet efprit fuperieur qui voit
& qui penetre tout , qui fuffit
tout par l'étendue defes lumieres
qui ne connoift les paffions quepour
les reprimer; par cette exacte
droiture que l'envie la plus maligne
ne peut s'empêcher de respecter.
Ce font ces rares qualitez qui
vous attirent la veneration uni216
MERCURE
verfelle c'eft parelles que votas
avez acquis l'eftime & la confiance
d'un Roy , qui ne l'accorde jamais
qu'à la vertu laplus folide.
Animez de la prefence & de
l'esprit d'unfrilluftre Chef, quels
exemples , Meffieurs , ne donnezvous
pas à tous lesfuges de la terre
par lafolidité
de vosjugeniens ! *
Heureufes les Eglifes, qui comme
la mienne , ont l'avantage d'étre
renfermées dans votre reffort.
Vous prevenez nos defirs vous
foulagez nos peines & bien loin
que vous vouliez diminuer les
droits qui font attachez à noftre
par l'integrité
Lacré
GALANT 217
facré Caractere ; vous aidez de
vôtre autorité les Prelats qui veulent
remplir leurs devoirs , en puniffant
avec ſeverité ces infames
Miniftres des Autels , qui ofent
prefenter au peuple le Saint des
Saints dans des mains facrileges.
Que ne doit point l'Eglife de
France à vosfages decifions , fi conformes
à celles de l'Eglife univer
felle ?Vous eftes les difpenfateurs
fideles de la Justice du plus jufte de
tous les Rois ; c'eft à vous à qui il
a confié ce redoutable & precieux
depoft defa justice fouverainepour
ladminiftrer àfesfujets. Vous fuivezfesfaintes
intentions. Ses loix
Novembre 1704. T
a
218 MERCURE
font votre unique regle , comme la
raiſon & l'équitéfont lafeule regle
defes loix.
P
Il ne m'apartient pas , Mef
feurs , d'entreprendre defaire l'Éloge
du Roy devant une Compagnie
toute remplie de la Majefté
Royale , & devant le veritable
trône de nos Rois.
Que tout l'Unisers parle de
la grandeur & de la puissance due
Roy , le caractere dontje fuis honoré
, m'empêche de louer en luy
d'autres vertus que fapieté & fon
zele pour la Religion ? Vertus dont
Le Seigneur le recompenfe même
dans ce monde , en luydonnant une
GALANT 219
fi nombreufe pofterité , que nous
n'aprenons point dans nos hiftoires
qu'aucun de nos Rois en ait pu voir
defes yeux unefemblable ; & pour
comble de bonheur une Princeffe
digne du trône où elle est destinée,
& qui fait les delices & l'orne
ment de la Cour
Telle eft la benedictionque Dieu
promet dans l'Ecriture à ceux qui
luy fontfideles , & qui mettent
toute leur force dans la confiance
qu'ils ont enfa mifericorde.
Que le Ciel continue de verfer
furle Roi l'abondance defesgraces?
Qu'il le rende vainqueur de fes
ennemis : Qu'il foutienne la justice
Tij
220 MERCURE
de fa caufe : mais qu'il nous con
ferve long- temps un Roy fi neceffaire
à la France : qu'il augmente
Le nombre de fes années afin
qu'aprés avoir inftruit dans le
grand art de regner fon fils &
fon petit fils , il puiffe inftruire
encore ce jeune Prince qui fait
fa joye , & qui affure nos ef
perances.
.
Ce font , Meffieurs , les voeux
finceres que je fais continuellement
dans le Saint Sacrifice de l'Autel,
La grandeur & lagloire de cette
augufte Compagnie eft tellement
attachée à la Royauté , qu'on prie
pour Vous , lorfque l'on demande
.
GALANT 221
à Dieu de combler le Roy & fa
Maiſon Royale de la plénitude de
fes benedections:
Ce difcours fut trouvé d'une
grande jufteffe & d'une
grande politeffe , & tout-à-fait
convenable au fujet . On n'attendoit
pas
moins de M l'Evêque
de Senlis , aprés le difcours
qu'il prononça à l'Academie
Françoife , le jour de fa
reception dans cette fçavante
Compagnie, où l'on dit à haute
voix , qu'il s'en eftoit peu fait
d'auffi beaux dans une pareille
occafion. On luy rendit juftice
, puis qu'il eft tres- conftant
Tiij
222 MERCURE
qu'il n'y a rien d'exageré dans
ces louanges , & que la verité
feule a fait ouvrir la bouche à
ceux qui en ont parlé de cette
maniere.
+
L'Ouverture des Audiences
de la Cour des Aides fut faite
le même jour. M' le Camus
premier Prefident , les commença
par deux ou trois Difcours
qu'il adreffa d'abord aux
Huiffiers & aux Greffiers , &
enfuite à M" les Gens du Roy
& à Mrs les Confeillers . Il exhorta
les uns & les autres à continuer
à remplir dignement les
obligations de leurs emplois .
GALANT 223
Il adreffa enfuite la parole
Ms les Confeillers . Il fit voir
que l'ondevoit s'attacher à la perfeverance
dans l'obfervation de la
Loy. Il marqua , que ce n'eftoit
pas affez d'avoir de beaux commencemens
, des talens heureux ,
un efprit vaſte , étendu , de lafcience
, un bon coeur, & une experienconfommée
: mais qu'il eftoit encore
neceffaire d'avoir une continuelle
attentionfurfoy-même , de
Se deffendre des préjugez : despréventions,
& d'une infinité d'autres
écueils où le Magiftrat leplus
éclairé eftoit en danger de fe perdre.
Il marqua artiftement les
ce
Tij
224 MERCURE
routes que l'on devoit fuivre
pour foûtenir la bonne reputation
, la pureté de coeur , &
l'eftime du Public ; enfin en
donnant l'idée d'un parfait &
vertueux Magiſtrat , on trouva
que cet illuftre Chef donnoit
un veritable portrait de luymême
. Il y a longtemps qu'il
remplit dignement ce pofte important
, & on trouva dans fon
difcours le même feu , la même
vivacité & la même éloquence
que l'on a remarqué dans tous
ceux qu'il a prononcez tous les
ans depuis trente-un an..
Si ce difcours fut écouté &
GALANT 225
admiré du nombreux Auditoire
qui eut le plaifir de l'entendre
, celuy qui fut enfuite prononcé
par M Bellanger troificme
Avocat General , qui a efté
reçû dans cette Charge depuis
quelques mois ne le fut pas
moins.Il avoit pour objet l'application
que ceux qui entroient
dans toutes fortes d'emplois
, & fur tout dans la Magiftrature
, devoient avoir pour
bien commencer. Il fit des peintures
vives & naturelles , & ingenieufement
diverfifiées des
motifs & des cauſes qui engageoient
quantité de perfonnes
226 MERCURE
d'entrer dans cet employ, les
uns parce qu'ils fe trouvoient
obligez par bienséance de remplir
les places de leurs peres
& de leurs parens , par une
efpece de fucceffion & d'heritage;
d'autres pour employer
une partie des fortunes &
des biens dont ils fe trouvoient
en poffeffion ; d'autres
flattez
l'ambition ou par
l'efperance de fe diftinguer ou
de s'avancer dans une plus
grande fortune ou dans des dignitez
plus élevées : qu'il y en
avoit qui fe perfuadoient qu'il
fuffifoit d'eftre Magiftrat, &qui
par
-GALANT 227
ne fe mettoient pas en peine de
connoiftre l'importance & l'é
tendue des obligations de leurs
emplois : & enfin d'autres qui
n'afpiroient qu'àtrouver des occafions
de fe faire confiderer, &
de facrifier leur honneur & leur
confcience au plaifir de rendre
fervice à leurs amis , ou d'eftre
efclaves de la faveur : que les uns
ny les autres ne confultoient
point leur coeur , & s'il eftoit
formé pour remplir tous fes
devoirs & fans faire l'examen
des qualitez neceffaires pour
remplir une dignité fi glorieufe
& fi éminente. Il en traça les
228 MERCURE
caracteres avec tout l'efprit &
toutela force imaginable. Il en
fit des applications fpirituelles
à M' le premier Preſident & à
tout le' refte d'une Compagnie
& protcfta qu'il s'attacheroit à
en fuivre les exemples , & ceux
des grands hommes qui l'avoient
precedé, & dont il avoit
l'honneur de remplir la place.
Le mefme jour 12. de Novembre
l'Academie Royale des
Sciences tint fon Affemblée
publique de la S. Martin. D'abord
M' de la Hire lût la Defcription
d'un Niveau d'une
conftruction nouvelle & fort
GALANY: 229
T
ingenieufe qu'il a inventé, quoi
qu'il y ait déja plufieurs Inftru
mens de cette efpece , dont un
des meilleurs a cfté auffi inventé
par luy. M' Mery parla enfuite
fur les mouvemens d'une
Membrane de l'oeil qu'on appelle
l'Iris , & qui entoure l'ouverture
de la Prunelle. Elle fe
dilate dans l'obſcurité , & ſe
refferre à la lumiere , & par
confequent l'ouverture de la
Prunelle fuit ces changemens.
Ce mouvement de dilatation
& de refferrement dans l'Iris ,
caufé par le plus ou le moins
de lumiere , eft affés difficile à
* ་
230 MERCURE
expliquer mechaniquement , &
M Mery y fit bien paroiftre
cette grande connoiffance qu'il
a de toute la mechanique du
corps des Animaux , & qui lui
a donné la reputation d'un des
plus grands Anatomiftes de
l'Europe. Aprés luy M' Amoncons
expliqua une Correction
qu'il a faite au Barometre , qui
ne devant varier que par le
changement de la pefanteur de
l'air varie auffi par les differens
degrez de chaleur , & par
confequent eft faux en partie.
Cette matiere fembloit luy ap
partenir particulierement, par
GALANT 231
ce qu'il a déja corrigé le Thermometre
avec beaucoup de
fuccés , en luy donnant un
principe fixé & certain qu'il n'avoit
pas auparavant. Enfin M
Geoffroy expliqua la ' maniere
qu'il a trouvée de recompofer
le fouffre commun diffous en
fes principes. Il parla à cette
occafion d'une operation curieuſe
, par laquelle il fait une
matiere , qui felon les épreu
ves qu'on en fait , doit eftre du
fer. Cela donneroit une grande
ouverture pour expliquer la
formation des Metaux , & ce
qui eſt encore plus confidera232
MERCURE
ble , pour en faire artificiellement.
A la fin de chaque difcours
M ' l'Abbé Bignon qui
préſidoit , reprit ſelon ſa coûtume
tout ce qui avoit eſté dit,
donna des éclairciffemens qui
amenoient toutes ces découvertes
fçavantes à la porteé du
Public , & y ajoûta de luimême
des reflexions qui embeliffoient
tout.
Je me trouve obligé de remettre
au mois prochain l'Article
de ce qui s'eft paffé à l'ouverture
de l'Academie des Infcriptions
.
GALANT 233
Le 17. du mefme mois , on
fit l'ouverture des Audiences
du Parlement en la Grande
Chambre. M' Portail , fecond
Avocat General, les commença
par un difcours qu'il adrefla
aux Avocats, où il leur expofa
toutes les qualitez qui étoient
neceffaires à leur état pour acquerir
la perfection & la veritable
gloire. Il en marqua la
grandeur & l'importance par
les differens caracteres & les
portraits ingenieux de toutes
ces rares & merveilleufes qualitez
. Il donna des idées brillantes
de la ſcience , de l'ap-
Novembre 1704. V
234 MERCURE
plication à la connoiffance des
Loix , des Maximes , des Coû
tumes , des Ordonnances , des
Auteurs du Droit , de la difpo
fition du coeur , de la docilité ,
de la probité , de la compofition
, du choix des matieres
de la maniere de les traitter
fans fortir de fon fujet , de ne
point s'attacher à faire des dif
fertations inutiles
& ennuyeufes
, & de ne point fe charger
des Caufes qui font au deflus
de leur genie. Il apliqua en cet
endroit les deffenfes qui furent
faites autrefois aux Peintres
& aux Sculpteurs qui n'éGALANT
235
toient pas du
premier rang
A
de faire des Portraits & des
Statues du Grand Alexandre.
Il fit auffi une agreable comparaifon
des Avocats qui nez
avec de rares talens , fe confiant
à la beauté de leur genie /
& à leur efprit,ne s'attachoient
point au travail . Il les comà
ces Pierres preticufes
qui n'avoient point d'éclat
avant que d'avoir efté polies
par les Ouvriers . Il continua
ce fujet avec une éloquence &
des expreffions qui le firent
admirer du grand nombre de
perfonnes qui compofoient
pára
TH
Vij
236 MERCURE
l'Auditoire. Il fit des peintures
vives & merveilleufes de quan
tité d'Avocats qui avoient
brillé dans les derniers temps,
& que l'on reconnoiffoit par
le Tableau naturel qu'il fit de
leurs qualitez differentes . Illes
exhorta à fuivre ces parfaits
modeles , & il fit voir toute
l'élevation , toute l'éloquence,
toute la vivacité & toute la
grace imaginable. Monfieur le
Premier Prefident aprés avoir
fait l'éloge de ce grand Magiftrat
, exhorta les Avocats à
profiter des maximes que M
Portail avoit établies , & à fui
GALANT 237
25
vre ce qui venoit de leur eftre
fi parfaitement expofé. Le
Mereredy19 . M Da gueſ
feau , Procureur General, com
mença les Mercuriales à huis
clos , dans la mefme Grande
Chambre. Son difcours fut
fur l'efprit que l'on devoit
avoir dans toutes fortes de
Profeffions , & entr'autres dans
laMagiftrature.Il traita ce fujet
avec tout l'élevation & l'éloquence
poffible. Il fit la difference
des genies & des efprits
, & de l'ufage que l'on en
devoit faire . Les termes étoient
choifis , fon imagination parur
238 MERCURE
vive & élevée , fon expreffion
étoit riche , & tout cela fut
foûtenu avec folidité & des
recherches curieuſes que l'érudition
de ce grand Magiftrat
lui fournit aifement . Monfieur
le Premier Prefident prit enfuite
la parole , & fit voir que
l'on ne devoit point prendre
de meilleurs modeles que ceux
de ces anciens Philofophes qui
s'attachoient inviolablement à
la recherche de la verité , & à
la pureté des moeurs .
Il eft temps de vous parler de
la fuite du fiege de Verue ,
GALANT 239
dont je vous ay donné le com
mencement dans ma derniere
Lettre. Et comme vous n'avez
témoigné que vous & vos amis
preniez beaucoup de plaifir à
voir la fuite de ce grand fiege
dans les Relations originales
des Officiers Generaux , & dans
les Lettres mêmes de Monfieur
de Vendofme , je vais continuer
comme j'ay commencé
& de cette maniere vous devez
eftre perfuadée que vous fçau
rez jufqu'à la moindre circonf
tance de ce qui fera paſſe pendant
ce fiege ; ce qui manque
dans quelques Relations , fe
240 MERCURE
trouvant dans les autres.
Au Camp devant Verue ,
le 31. Novembre
Nous nous rendimes hier maîtres
du chemin couvert de Guerbignan
. Mr de Chartogne fit fon
Logement fur la gauche , Mr de
Bouligneux dans le Centre , &
Mr le Marquis de Grancey à la
droite , à un ouvrage qui eft à la
tefte de Guerbignan , qui eft un
efpece d'ouvrage a corne. Quand
ileut commencé à fe logerfur l'angle
du chemin couvert , voyant
qu'il ne fortoit pas un grandfeu
de
GALANT 241
de l'ouvrage , ilyfit entrer un Sergent
& dix hommes qui y trouvant
fortpeu de mondefurentfoutenus
par une Compagnie de Grenadiers
, chafferent les ennemis &
tuerent une partie de ce qui eftoit
dedans ; mais un moment aprés ,
les ennemis firent fauter deuxfou
gaffes , lefquelles par bonheur n'enleverent
qu'un Soldat. Une demie
heure aprés
aprés on enfitfauter encore
une plus confiderable qui nefit mal
à perfonne. Les ennemis croyant
que cette derniere auroit mis nos
Troupes en defordre , voulurent
profiter de cette occafion , pour regagnercetouvrage
l'épée àla main,
Novembre 1704. X
242 MERCURE
mais Mr le Marquis de Grancey
qui voyoit bien qu'apparemment
toutes les mines eftoient fautées ,
puifqu'ils vouloient y rentrer
marcha avec des Troupes nouvellespourfoûtenir
celles qu'ily avoit
fait entrer , & enfin demeura maître
de ce Pofte , où il fit un logement
à la gorge. Cela ſe paſſa à
une heure aprés midy . L'action dura
trois heures & fut tres- vive.
Nous y avons eu quatre - vingt
hommes tuez ou bleſſez , & les
ennemis plus de quatre cent. L
GALANT 243
Au Camp devant Veruë, le 3rg
Octobre 1704.
Je me donne l'honneur de vous
écrire pour vous faire fçavoir ce qui
s'eft paffé au logement des angles da
chemin couvert , qui fut refolu pour
avancer noftre fiege & gagner le
temps qui nous eft plus precieux
mille fois qu'on nepeut s'imaginer.
Comme depuis ma derniere Lettre
nos travaux fe font trouvez affez
avancez pour tenter ce logement ,
Monfieur le Ducde Vendofme, aprés
avoir reconnu les fappes ,lui - mefme,
àdix heures du matin, aſſembla un
Confeil de Guerre dans la tranchée,
où ilfut refolu d'établir ce logement
fur les trois angles de la droite , du
centre & de la gauche ; & pour cet
Xij
244 MERCURE
effet qu'il fortiroit des boyaux les
plus proches de ces angles un Lieutenant
avec vingt Grenadiers &
des travailleurs , pour aller droit
aux paliffades , & que cela feroit
foutenu des Compagnies de Grenadiers
de la tranchée & des piquets .
Cela fat executé comme on l'avoit
projeté. -
La droite que commamdoit Mr
le Marquis de Bouligneux , Lieutenant
General , pouffa beaucoup
plus loin qu'on ne l'avoit efperé,
Car , non-feulement les Grenadiers
entrerent dans le chemin couvert
mais ils fe rendirent maiftres du
petit ouvrage à corne qui eft detaché
da Fort , où il n'y avoit communication
que par un boyau paliffadé
qui regnoit fur la creste de la
bauteur. Ce pofie ne nous a couft
८
GALANT 245
;
y
avoit que tres- peu de monde . Il
trois mines dont Pune eftoit tres
confiderable
mais la precipitation
,
avec laquelle les ennemis y mirent
le feu , fut caufe qu'elles ne nous ont
fait aucun mal que celuy de faire
fauter quatre Grenadiers qui ne furent
qu'étourdis
& qui fe portent
bien à préfent
.
Le logement du centre nefut pas
fi heureux ; car nos Grenadiers yft.
rent reçus avec un ft grand feu ,
qu'ils furent obligez de fe retirer
aprés avoir efté abandonnez des
travailleurs , Le Capitaine y refta
quelque temps avec for Lieutenant
& un Grenadier , mais il fut obligé
de fe retirer aprés avoir reçû un coup
de moufquet qui luy caffa le bras &.
luy entra dans le corps . Comme tou
Les les troupes des ennemis étoient
X iij
246 MERCURE
accourues aufeu , tous leurs ouvTA=
ges & le chemin couvert fe trouvetent
fi garnis que l'on ne jugeapas
àpropos d'hazarder une feconde tentative,
L'attaque de la gauche étoit
commandée par Mr de Chartogne ,
Maréchal de Camp. Les Grena
diers fe jetterent jufques deffus la
paliffade , d'où il fortit un feu ft.
terrible qu'ils furent obligezdeplier
d'abord; mais ilsy retournerent dans
le moment & s'y maintinrent avec
tant defermeté qu'ils donnerent le
temps aux travailleurs de s'y loger,
malgré lefeu de moufqueterie & de
grenades que les ennemis faifoient ,
tous leurs bataillons s'y étant avancez
avec leurs Drapeaux. L'affaire
a duré depuis une heure aprés midy
jufqu'à quatre heures , mais le feu
I
GALANT 247
de grenades n'a pas di 'continué
jufqu'au jour. Ils y ont joint quelques
barils foudroyans , qui ne laiffent
pas a'incommoder beaucoup
quandils tombent dans les tranchées.
Nous avons perdu prés de cent hommes
, dont il y a environ cinquante
tuez & environ cinquante bleffeze
Nous avons appris par des Deferteurs
que les ennemis ont perdu prés
de quatre cens hommes , &
que notre
canon & nos pierres les avoient
beaucoup inccommodez , & que Mr
de Staremberg avoit esté blessé à la
jambe , mais legerement .
Il y a eu dix Officiers tuez ow
bleſſez; fçavoir , un Capitaine &
deux Lieutenans de Grenadiers
tuez, & deux Capitaines de Grenadiers
& cinq autres Officiers fort
bleßez
X iiij
248 MERCURE
Le Mineur travaille à l'angle de
la gauche , & va à l'angle ducentre
, où l'on a marqué le logement.
Selon les apparences les minesferont
en eftat de fauter mardy matin 4.
Novembre. Ainfi nous comptons
qu'ily aura un aßaut general ce
jour- là. Il faut efperer que le fuccés
en fera beureux. Nous voyons
la manoeuvre que les ennemis
firent hier , que Monfieur de
Savoye fera tous fes efforts pour le
foutenir.
bien
par
J'ay oublié de vous marquer
que Mr de V Vartigny , Colonel
des Dragons Dauphins ,
avoit efté tué avant
action.
cette
品
GALANT
249
Au Camp devant Veruë le
31. Octobre 1704.
Monfieurde Vendofme fit mar
cher avant hier cent Grenadiers
choifis avec des Travailleurs pour
aller s'emparer de la Contrefcarpe
du Fort. Un Sergent de la Marine
étant montéfur le chemin couvert
avec quelques Grenadiers , fuivis
de nos Travailleurs au travers des
fafcines , sy logerent nonobſtant
le grandfeu des ennemis , mais nos
gens du centre qui étoientplus éloignez,
ayant voulu avancer , les
ennemis qui les voyoientfirent unfi
250 MERCURE
1
grandfeufur eux qu'ils les oblige
rent de fe jetter dans le boyau , &
comme les ennemis parurent avec
toutes leursforcesfur l'angle de la
contrefcarpe de Guerbignan , ils
chafferent par deux fois nos gens
& nos travailleurs , quoy qu'ils
cuffent pofe leurs fafcines ; mais
Monfieur de Vendofme ayant fait
redoubler le feu de la tranchée &
des batteries , celuy des ennemis
ceffa , & l'on s'empara de ce pofte..
Nous attaquames hier l'angle du
Centre , mais legrand feu des ennemis
nous obligea de rentrer dans
le Boyau , on s'y est cependant logé
cette nuitparlafappe, fans y avoir
GALANT 251
perdu unfeul homme . L'affaire qui
fe paffa bier nous coute environ
cent hommes , nousy avons eú Mr
de Prechac Capitaine dans Piémont
, Mrle Camus d'Ivours
Commiffaire d' Artillerie tuez, &
cinq ou fix Officiers fubalternes
bleffez. On a appris par quelques
Deferteurs , que Monfieur de Sa
voyey avoit perdu plus de quatre
cent hommes , que Mrde Starembergavoit
esté blesséàlajambe,
que Mr de Digals Colonel Allemand
avoit eu le bras percé.
Le Mineur eft logéfur les paliffades
des Angles de la droite
de la gauche , il fera demain au
252 MERCURE
Centre , & l'on pourra dans quatre
ou cinq jours faire jouer les
Mines.
Je paffe aux nouvelles du 6.
qui font tres- curieufes , & qui
donnent beaucoup de gloire à
Monfieur de Vendofme ; ce
Prince ayant fait voir en cette
occafion que fa conduite égale
fa valeur , & que tout ce qu'il
imagine manque rarement de
réuffir , malgré les elemens , &
tous les incidens qui peuvent
empefcher une grande entreprife
de réüffir.
GALANT 253
Au Camp devant Veruë le
6. Novembre .
Je vous l'avois bien promis , Mon.
feur , que les ennemis feroient attaquez
aujourd'hui dans leurs retran
chemens , ce qui a efté execute "enfuite
de l'effet des mines , qui ont eu
tout le fuccés qu'on en pouvoit efperer.
Monfieur de Vendofme , pour
parvenir à faire réussir fon deffein ,
commanda hier au foir environ trois
mille chevaux , qui devoient porter
chacun un Fantaſſin en croupe, avec
mille ou douze cent Mulets des vie
vres & de l'Artillerie , pour porter
autant de Soldats , avec ordre de
faire deux ou trois voyages , & de
paffer tous le Pò , en refolution d'at254
MERCURE
taquer les ennemis dans leur Camp
fous Crefcentin , pendant que quatorze
Bataillons & plufieurs Compagnies
de Grenadiers après l'effet
des Mines feroient entrez l'épée à
la main dans les retranchemens des
ennemis fur la hauteur de Guerbignan
, pofte avantageux , & dont
ilfalloit eftre maistre avant que de
pouvoir approcher la Ville & le
Chasteau de Verue ; & d'où lon
peut les battre avec fuperiorisé par
l'élevation du terrein. Les ennemis
ayant efté avertis de nos mouvemens
par trois de nos Deferteurs , fe mirent
en bataille dans leur camp de
Crefcentin , & ne s'y fentant pas
aßés forts , fe font trouvez obligez
de faire repaẞer le Po àleurs troupes
, & d'abandonner leurs forts &
leurs retranchemens fur ladite hauGALANT
255
deur , pour fauver par là Monfieur
de Savoye avectous les Officiers generaux
Allemands , qui pour lors
efoient avec armes & bagages dans
Crefcentin , ne s'attendant pas à
cette diverfion ; mais une heute avant
l'execution de ce projet , le Pô
a fifort große par des pluyes conti
nuelles qu'ilfait depuis deux jours,
qu'il n'a pas eftépoffible de le paffer,
mais Monfieur de Vendofme a fi
bienfceuprofiter des mouvemens que
Les nostres avoientfaitfaire aux en
nemis , que lefignal ayant efté don
né defairejouer les mines , les troupes
commandées pour l'attaque des
Forts , y font entrées l'épée à la
main , & s'yfont non feulement logées
, mais ont encore avancéfiprés
de la Place , que dans deux jours
au plus tardnous ferons en estat de
256 MERCURE
>
car il
la battre en bréche . Il est heureus
que les ennemis ayent pris le change
, & que Monfieur de Vendofme
ne leur ait pas donné le temps de revenir
occuper la hauteur
оссирет
auroit efté tres-rifqueux de les y attaquer.
Cela nous fait voir que ce
Generalenfcait plus qu'un autre, &
fçait profiterdes momens . Son bon
beur outre cela est fort grandde n'avoir
pu paffer le Pò , parce qu'il
auroit efté tres-difficile de le repaffer
aprés cette cruë d'eau. Les pluyes
qu'il fait retarderont noftre entrepri
fe , & nous comptons d'en avoirjuſ
qu'au commencement du mois prochain.
Voici de quelle maniere Monfieur
de Vendofme a parlé luimême
de cette action.
GALANT 257
COPIE
De la Lettre de Monfieur de
Vendofme , du Camp de
Verue , le 6. Novembre
1704.
Ayant été informé que toute l'Infanterie
des ennemis eftoit dans le
retranchement de Guerbignan , &
qu'il n'y avoit que de la Cavalerie
dans le Camp de Crefcentin , je devois
paẞer ce matin avec quarante-
fept Efcadrons & vingt Bataillons
à la faveur de plufieurs guez
qui font à un demi mille au deffus
du Camp des ennemis , & que j'avois
fait reconnoiftre quelques jours
auparavant , & on devoit en méme
Novembre 1704. Y
2,8 MERCURE
temps attaquer les retranchemens de
Guerbignan , & donner un affaut
per la breche qui eftoit deja trescofiderable
; mais trois Deferteurs
ayant averti Monfieur le Duc de
Savoye de nos mouvemens, il a fait
repafler le Po avec precipitation à
toute fon Infanterie , &nous a abandonnéle
Fort , & tous les retranchemens
où nous fomme's logez. Nous
allons ouvrir prefentement la tranchée
devant Verrue , & j'espere que
nous ferons maiftres en peu de temps:
de cette Place. J'oubliois de vous
que
les ennemis ont abandonné
avec tant de precipitation les retranchemens
de Guerbignan, qu'ils y
ont laiffe plus de trois cent tentes,
& une quantité prodigieufe de coffres
& Equipages des Officiers
qu'on n'a pas eu le temps d'empor
dire
GALANT
259
ter. L'affreuse pluye qu'il a faite
Scette nuit nous a empefché de marcher
, de forte que les rendus nous
ont fervi au lieu de nous nuire.
Monfieur de Vendofme par-
Tant de luy avec trop de modeftie
dans fa lettre , la relation
qui fuit vous fera admirer ce
Prince , en vous faiſant voir de´
quelle maniere il avoit conduic
ce grand deffein .
Au Camp devant Veruë le 6.
Novembre
1704 .
Je continue avec d'autant plus de
plaifir à vous donner des nouvelles
de noftre fiege , que celles- cy nepeuvent
que fervir à augmenter l'idée
que vous avez de noftre General, &
Y ij
260 MERCURE
*
vous faire connoiſtre qu'il eſt infiniment
au deffus de ce que l'on avoit
pù s'en imaginer, n'y ayant que luy
qui puiffe penfer auſſi juſte & avec
autant d'elevation que nous le
voyons faire tous les jours :
Vous ne vous feriez jamais attendu
non plus que nous qu'il cuft
fait le projet d'attaquer les ennemis
dans leur Camp en paffant le Pà ,
avec une partie de fon armée , foit
à gué ,foit à la nage , & en mesme
temps de donner un affaut aux
Cafines retranchées , & au Fort de
Guerbignan C'étoit cependant ce
que nous eufions fait aujourd'huy
& ce qui auroit efté executé tresheureufementfans
le temps épouventable
qu'il a fait depuis hier aufoir
cinq heures & dont vous allez
voir la fuite. Noftre Artillerie
GALANT 261
1
n'ayant pu faire une breche affez
confiderable pour monter à l'affaut
de ces retranchemens , ( que l'on di
fait dans toute l'Italie devoir eftre
Recueil de noftre armée ) il a falu
prendre la voye des mines dont le
travail a duréjuſques au jour d'hier,
parce qu'on a jugé à propos d'at
tendre qu'elles fuffent achevées ,
tant pour favorifer l'attaque des
retranchemens • que pour y attirer
نم
toute l'attention des ennemis ,
nous faciliter par ce moyen l'attaque
de leur Camp.
Son Alteffe pour eftre plus en
force fit avancer hier trois brigades
de Cavalerie qui étoient à Trin
aux ordres de Mr de Raffey , &
mille Chevaux qui étoient dans le
Montferat , commandez par Mr le
Comte de Goas. Les Majors des
262 MERCURE
Brigades étant aſſemblez hier à
quatre heures aprés midy chez Son
Alteffe; Il fut ordonné , aprés avoir
bien reconnu les paßages , que quatre
Regimens de Dragons comman➡
dez par Mr le Comte de Senneterre
feroient l'avant garde avec un Grenadier
derriere chaque Dragon , &
des mulets chargez de munitions &
d'outils. Cette avantgarde devoit
aftrefuivie de ving-huit Eſcadronss
chaque Cavalier ayant en croupe
un Fantaffin , & de quatre cent
cinquante mulets des vivres qui
devoient auffi paßer la riviere &
porter le refte des vingt Bataillons
deftin z à l'execution de ce projet.
Dans cette difpofition il n'y avoit
plus qu'à faire des voeux pour
la
continuation du beau temps . Mais
foit que Dieu n'ait pas refolu la
GALANT 263
perte entiere de Monfieur de Savoye,
foit qu'il l'ait differée , la pluye eft
furvenue depuis hier cinq heures du
foir , & aduré jusqu'à prefent avec
tant de violence , que le Po ne s'eft
pas trouvé praticable , & que nos
troupes , aupoint dujour , n'étoient
plus en état de le paßer pour executer
une entrepriſe fi hardie.
Noftre manoeuvre n'a pas laißé
de produire un effet merveilleux ;
puifqu'elle a obligé Monfieur le
Duc de Savoye d'abandonner le
Fort de Guerbignan pour jetter fes
forces de l'autre cofté du Pô , &
nous en difputer le paßage.
Monfieur le Duc de Vendofme
n'eftant pas für ce matin du parti
que pouvoit avoir pris Monfieurde
Savoye , & faifant fa principale
affaire d'attaquer le Fort de Guer
264 MERCURE
bignan , avoit fait commander fix
Bataillons, outre les fix de tranchée,
qu'il avoit placez fur le bord du Pà,
& fix autres Bataillons encore à
portée de la tranchée . Si- toft que
Son Alteße vit qu'elle ne pouvoit
paßer le Pò , elle vint à la tran
chée , fit mettre le feu aux mines
& fit monter dans le Fort. Tout
cela s'executa fansperdre un homme;
Le mouvement que nous avionsfait
la nuit , ayant determiné les ennemis
à abandonner leurs retranche,
mens , aprés avoirfait fauter quelques
fourneaux. Cet évenement eft
d'autant plus heureux , que rien
prefentement ne peut empefcher le
frege de Verue. Il est vray que file
mauvais temps continuë , nous fouffrirons
infiniment ; mais nous y
fammes determinez , pourvû que
*
nous
GALANT 265
nous en venions à bout. La mine
qui eftoit chargée de trois mil fix
cens livres de poudre a fait tout
trembler à trois milles à la ronde.
Elle nous a tué huit Grenadiers ,
en a bleße vingt- cinq ; c'est un
malheur.
C'eft Mrle Comte de Chemerault
qui eft de tranchée cette nuit. Il a
fait un temps épouventable , mais
cela ne l'embarraße pas beaucoup.
Nous avons cependant de l'eau dans
nos tranchées iufqu'aux genoux.
1.
Il femble que M l'Abbé
Richard fe foit engagé de donner
tous les ans au public un
Livre de fa
compofition . Depuis
plufieurs années je vous ay
annoncé plufieurs de fes ouvra-
Novembre 1704. Z
266 MERCURE
ges qui ont eu un fort grand
cours parmi les Sçavans. La
Vie du fameux Pere Jofeph eft
le dernier dont je vous ay parlé
avec éloge. En voicy un tout
nouveau , qui fait ſouhaiter à
la Republique des Lettres que
fon Auteur vive longtemps ,
afin qu'il continue à l'enrichir
de fes oeuvres . C'eft le Paralelle
du Cardinal Ximenes Premier
Miniftre d'Espagne , & du Cardinal
de Richelieu Premier Miniftre
de France. Il y a peu
fujets qui intereffent aujour
d'huy davantage . On trouve
dans un petit volume la vię
de
GALANT 267
des deux plus grands Miniftres
qui ayent jamais eſté dans ces
deux grandes Monarchies. Milde
Traits divertiffent le Lect
teur & l'inftruiſent de ce qui
fe trouvoit alors de plus fecret
dans ces deux Royaumes . Cet
ouvrage eft dedié à S. A. Royade
Monfieur le Duc d'Orleans,
Il y a peu de Princes dans le
monde auffi capables de juger
d'unouvrage d'efprit . Ilfevend
à Paris chez la Veuve Barbin &
chez le S Cavelier au Palais , &
dans la rue S. Jacques , chez les
Ss Boudot & Cellier.
rs
La Veuve de Jacques Grou ,
Z ij
268 MERCURE
ruë de la Huchette , au Soleil
d'or, vend auffi une Paftorale
Lyrique , de la compofition de
M' de Meffange. Cet ouvrage
qu'il a fait à l'occafion de la
naiffance de Monfeigneur le
Duc de Bretagne , a pour titre ,
Les nouveaux avantages remportez
en Savoye , en Piémont , &
fur Mer. On peut dire que M
de Meſſange eſt univerſel
& que quoy qu'il s'attache
fouvent à des ouvrages ferieux
& d'une profonde erudition
, il ne laiffe pas de s'occuper
quelquefois à faire des
Vers ; & qu'il réuffit parfaiteGALANT
269
ment en ce genre d'écrire .
1
M Nicolas Langlois Libraire
& Marchand d'Eftampes ,
appellées communement Ima
ges , ou Taille - douce , vient de
mettre en lumiere le beau Recücil
des Veües & Perfpectives
des plus belles Maiſons de Paris
, & des Chafteaux de- France.
Sçavoir : Verfailles , Marly , S.
Cloud , Fontainebleau , Chantilly
, & autres. Toutes ces
Tailles- douces font originales
faites par Mr Perelle & autres
excellens: Graveurs. Elles contiennent
avec plufieurs augmentations
environ deux cent
Zij
270 MERCURE
cinquante Figures dans un volume
infolio .
On trouve auffi chez ledit
Langlois plufieurs Livres qui
regardent la Science & la Pieté :
ils font fur la Peinture , l'Architecture
, la Geographie
, &
für l'Hiftoire. On y trouve
auffides Figures & toute forte
d Eftampes des plus habiles
Graveurs fur divers fujets. Des
Cartes Geographiques
, des
Canons pour la Meffe , des Def
fins pour toutes fortes d'Artifans
& Ouvriers
, & pour
perfonnes qui font bâtir ; les
habillemens à la mode ; les Porles
GALANT 271
pour
;
traits de la Cour de France &
des Cours Etrangeres ; des Jeux
pour apprendre les Sciences &
fe recréer les ouvrages
de la magnificence du Roy , &
tout ce qu'on peut fouhaiter
de curieux dans les Marchandifes
de Librairie & d'Eftampes
. Ledit Nicolas Langlois
demeure toûjours rue Saint
Jacques , à la Victoire , au coin
de la rue de la Parcheminerie.
Le Public eft averti de ne pas
fe méprendre à fon adreſſe
d'autres Marchands portant ce
même nom.
ㅓ
Le même continue l'Hiftoi
Z iiij
272 MERCURE
re du Roy en Almanachs , &
vient de mettre au jour la naiffance
de Monſeigneur le Duc
de Bretagne , avec tout ce qui
s'eft paffe de remarquable pour
celebrer cette heureufe naiffance.
Ce fujet eft parfaitement
bien executé , tant par l'ordonnance
du Deffin & la beauté
des graveures , que par la reffemblance
des Portraits & le
choix des plus beaux ſujets de
l'année.
M' Michel Mafcitti , Italien
a fait graver icy un Livre de
douze Sonnates. Six à Violon
feul avec la Baffe , & fix à deux
GALANT 273
Violons avec laBaffe Celivre eft
dedié à S.A.R. Monfieur leDuc
d'Orleans , & fe vend à l'entrée
de la rue S. Honoré, chez le S
Foucaultàl'Enfeigne de laRegle
d'or.Le prix duLivre eft de huit
livres fans être relié. L'Auteur
decetouvrages
eft acquis
beau
coup
de reputation
depuis
qu'il
eft
à Paris
. Il a eu le bonheur
de
plaire
au
grand
Prince
que
je viens
de nommer
, qui
ne fe
trompe
jamais
en gens
de merite
. M
Mafcitti
a eu l'honneur
de jouer
devant
le Roy
devant
Monſeigneur
le Dau--
phin
, & par
confequent
devant
274 MERCURE
toute la Cour , dont il a efté
fort applaudi. Le grand debit
de fon Livre , dont il ne refte
preſque plus , en fait voir la
bonté .
• M le Clerc , Libraire , rue S.
Jacques proche S. Yves , à l'I
mage S. Lambert , vient de
mettre au jour un Livre intitulé
, les Pfeaumes de David
les Cantiques de l'ancien & du
nouveau Teftament , mis en Vers
François fur les plus beaux airs
des meilleurs Auteurs , tant anciens
que modernes , notezpour en
faciliter le chant. Ce Livre , qui
eft de la compofition de M
GALANT 275
l'Abbé Pellegrin , eft dedié au
Roy, & l'Epitre a cité fortap
plaudie de ceux qui fe piquent
de fe connoiftte en ce genre
d'écrire , & ceux qui ont commencé
la lecture de ce Livre
par cette Epitre , en ont d'abord
cu bonne opinion. Auffi
n'eft- ce pas un coup d'effay
pour M l'Abbé Pellegrin
puifqu'il a déja fait plufieurs
ouvrages à peu prés de même
nature. Ce dernier eft bien con
fiderable , puiſqu'il a mis cent
cinquante Pfeaumes en "Vers
& que ces Vers font
propres
à
eftre chantez
; c'eft- à-dire qu'ils
276 MERCURE
font aifez & naturels ; ce qui
manque à la plufpart des ouvrages
de Vers , même à ceux
où l'on eft point afſujetti par
toutes les chofes que demande
le chant . M ' l'Abbé Pellegrin
fait voir dans fa Preface les raifons
qu'il a eu de s'effujettir aux
plus beaux airs de ce temps ,
ou plutoft l'impoffibilité où il
s'eft trouvé de faire autrement.
Le Latin cft à côté des Vers ,
& l'on trouve à la teſte de chaque
Pleaume un Argument qui
en explique le fujet .
M Barréme vient de mettre
au jour un Livre intitulé le LiGALANT
277
ure neceffaire à toutes les Profef
fions , &c. Il me faudroit plus
de temps & plus de place que
toutes les nouvelles de ce mois
ne me laifferont dans cette Lettre
pour vous parler de ce livre ,
avec toute l'étendue neceffaire
pour vous en faire bien connoiftre
l'utilité ; c'est pourquoy
je remets au mois prochain à
vous en parler plus au long.
Pierre de Lange , dit la Croix,
né au Bourg de Brioufe en Normandie
, en Septembre 1599.
fervit dans l'Artillerie fous M
le Baron de Pretot , Lieutenant
general de l'Artillerie, qui mou
278 MERCURE
rut en 1621. fut Sergent d'une
Compagnieau Siege & à la prife
de la Rochelle en 1628. &
eſtoit en 1644.à la priſe d'un
Gallion qui portoit une Sultanc
à la Meque , eftant Valet de
Chambre de M' le Chevalier
de Sainte Marie Dafpres ; il fe
retira en la Paroiffe d'Auvers ,
proche de Carentan , où il ſe
maria en 165 5. & en fecondes
noces en 169 .joüiffant d'une
parfaite fanté jufques au mois
de Novembre 1704. qu'il eft
decedé âgé de cent cinq ans
furle point de feremarier pour
la troifiéme fois. 1...
GALANT 279
M Samfon , Intendant de
Rouen , mourut le premier de
Novembre. Je vous parlay de
ce Magiftrat lorfqu'il paffa à
l'Intendance de Rouen ; ainfi
il ne me refte rien à vous dire
de fa famille , & je ne dois
parler à prefent que de fes
qualitez perfonnelles . Il étoit
doux , bienfaifant , exact à
rendre la juftice , ferme dans
toutes les occafions qui regardoient
le fervice de Dieu & de
l'Etat ; toûjours plus prompt
à écoûter les pauvres que les
gens de confideration ; il avoit
mefme pour ceux -là une pré280
MERCURE
dilection qui forme un préjugé
legitime de predeftination enfa
faveur. On affure qu'on n'en a
jamais renvoyé un feul de chez
luy les mains vuides. Les occupations
continuelles de fonemploy
ne luy faifoient rien retrancher
de celles d'un bon
Chreftien , il étoit auffi exact
aux plus fimples pratiques de
la Religion que fi le poids des
affaires d'une des plus grandes
Provinces du Royaume ne fuft
pas tombé fur luy. On ne peut
douter qu'une telle conduite
& un fi grand amour pour la
juftice ne luy ayent merité une
GALANT 281
Lainte mort. En effet , M
Samfon cft mort dans les fentimens
les plus vifs de la Religion.
Il en avoit cfté penetré
toute fa vie , & il femble qu'à
la mort fa ferveur fe foit augmentée.
Il a efté univerfellement
regretté en Normandie ,
quoiqu'il n'y fuft que depuis
quelques mois.
MleMarquis de Wartigny
qui a efté tué devant les retranchemens
deVeruë étoit Colonel
des Dragons Dauphins , & Maréchal
de Camp . Il étoit
che parent de Madame la Ducheffe
d'Aumont , puifqu'il
Novembre 1704. Aa
pro282
MERCURE
portoit le mefme nom & les
mefmes Armes que cette Dame
, & qu'il étoit auffi-bien
de la Maifon de qu'elle
Brouilly
de Pienne , qui eft une
des plus anciennes
& des plus
confiderables
du Royaume
,
elle étoit déja connue
du temps
de Saint Louis qui fut accom →
pagné dans fon premier
voya→
ge du Levant par un Geoffroy
de Brouilly
, qui y mourut
de la
diffenterie
. Camille
de Brouilly
fe trouva à la bataille de Forroue
& contribua
avec le
Corps qu'il commandoit
à favorifer
la retraitte
de Charles
>
GALANT 283
VIII. contre lequel tant de
Puiffances étoient conjurées ,
qu'il paroiffoit moralement
impoffible que ce Prince puft
échapper des pieges de fes en
nemis fans une Providence
particuliere de Dieu , qui n'a
jamais manqué de fecourir la
France dans les plus preffans
befoins. M le Marquis de
VVartigny qui donne lieu à
cet Article , n'étoit pas moins
eftimé à la Cour que parmy les
Gens de guerre. Il fe diftingua
beaucoup en Savoye au com →
mencement de cette guerre , à
la tefte de fon Regiment de
Aa ij
284 MERCURE
Dragons . On parle de luy à
Chambery avec beaucoup
d'eftime , où il fit beaucoup de
dépenfe pendant le quartier
d'hyver qu'il y paffa. Sa politeffe
parmi les Dames , fa generofité
parmi les Gens de
guerre & fon courage dans les
occafions les plus perilleufes
luy avoient acquis une eftime.
univerfelle.
Il me refte plufieurs Articles
de morts dont je ne vous
feray part que le mois prochain.
Il y a quelques fautes dans
l'article de la mort de M le
GALANT 285
Prefident de Mucie,que je vous
envoyay le mois paffe. Il n'étoit
pas grand Maistre des Eaux &
Forefts de Bourgogne , mais
Intendant de la Marine en ce
Pays -là, 20
M Fyot , Confeiller au Parlement
de Paris , n'eft point
Auteur du Livre intitulé dans
ma derniere Lettre , Le Parfait
Magiftrat , & dont le veritable
Titre eft Effaisfur l'idée du par
fait Magiftrat. Ce Livre eft
d'une perfonne aggregée dans
une des Academics du Royaume
qui font compofées de
Perfonnes de Lettres .
286 MERCURE
L'entrepriſe des ennemis
pour ſurprendre l'un & l'autre
Brifack a fait beaucoup de
bruit , & on en a reçû icy plu
fieurs Relations. Je vous en
envoye trois afin que vous
connoiffiez mieux toutes les
circonftances de cette entreprife
, & de quelle maniere elle
a échoué.
A Rouffach , le 11. Novem
bre 1704-
Je croirois manquer à mon devoir
,fije ne vous faifois part
d'un accident qui a manqué de
GALANT 287
nous arriver hier. Je vous diray
que Mr le Prince Eugene étant
arrivé à Fribourg , a faitfortir
neufBataillons & foixante Chariots
chargez d'armes
mes qui paroiffoient neanmoins
eftre chargez de foin. Il fit habiller
deux cens Officiers en Payfans
, les uns paffoientpour Char
tiers , & les autres comme Ou
vriers qui allaient travailler à la
d'homde
plus il y a fortification
douze cens Payfans des environs
de Fribourg qui travaillent ac
tuellement à Brifack , & quife
relevent tous les Lundis. Si bien
qu'hier au matin à la porté on288
MERCURE
vrante ces foixante Chariots
étoient tous preſts à entrer , & il
y en avoit déja quatre dans la
Place , lorfqu'un Commis des
Entrepreneurs
des Fortifications
dit à la fentinelle que ce n'étoit
pas là des Chariots de foin &
qu'il y avoir quelque chofe de
particulier dedans. En même
temps il mit l'épée à la main,
l'enfonça de toute la force dansle
Chariot , fi bien qu'on entendit
une voix dans ce Chariot , qui
cria , ah ! je fuis mort. On fit
auffi-toft-fonner le tocfin , & bat
tre la generale pour affembler
la Garnison. On les a chaffez
13.
avec
GALANT 289
avec cent hommes , & presque
tous les Officiers tuez & vingtcinq
prifonniers. Nous y avons
perdu troisfoldats , & les deux
Officiers de garde fort bleffez.
Leur deffein étoit de prendre les
deux Brifack , en
en quoy ils auroient
peut- eftre réuffis'ils avoient
pú fe rendre maistre de la Porte
du vieux Brifack.
Je paffe à la feconde relation .
Je ne doute pas que vous nefoyez
bien aife de fçavoir la nouvelle que
nous venons d'aprendrepar un Cou
rier exprés . Les ennemis ayant ex
deffein de s'emparer du vieux & du
Novembre 1704. Bb
290 MERCURE
nouveau Brifack Vous fçavezqu'il
y a douzecent Paifans duBrifgaude
commandez, qui travaillent actuellement
à quelques Ouvrages defdites
Places en deça du Rhin , foit aux
eaux ou aux fortifications , lefquels
Paifansfont relevez tous les lundis
par unpareil nombre . Les ennemis
fe font fervis de cet expedient pour
réülfir dans leur deffein ; hier qu'il
faifoit un grandbrouillard à nepas
voir de quatre pas , ils envoyerent
fur les huit heures du matin cinquante
Chariots chargez de foin en
apparence , pour livrer aux magazins
du Roy, dans lesquels ily avoit
quantité d'armes & de poudre , &
plufieurs foldats cachez. Ils eftoient
conduits par des Officiers deguifez.
Les Chariots eftoient entourez
douze cent Grenadiers deguifez en
de
GALANT 291
Paifans qui avoient des pelles &
des pioches comme les pionniers ont
ordinairement quand ils viennent
relever leurs camarades ; tout cela
fe préfenta à la premiere porte , &
on les laiffa entrer & defiler avec
les Chariots. Lors qu'ils furent à la
derniere porte, comme ils croyaient la
Ville prife , ils fe prefferent un pea
trop pour entrerplus vifte , en farte
que la Sentinelle voyant qu'ils
embarrafoient le pont & la porte ,
lesfit arrefter ; ceux qui conduifoient
les Chariots voulurent refifter à la
Sentinelle , afin de paßer. La Sentinelle
s'opiniarra davantage , &
donna un coup Defponton dans un
des Chariots de foin Il attrapa
quelqu'un qui fe mit à crier mein
Goth, ce qui veut dire mon Dieu .
Il appella aufz- toft la Garde , &
K
Bbij
292 MERCURE
"
Je mit à crier aux Armes. Mr de
Raoußet Lieutenant de Roy , Com
mandant dans la Place , accourut
aali - toft avec ce qu'il put aßembler
de foldats & de bourgeois ; ilfit entrer
les deux Chariots qui eftoient fur
le Pont-levis , & qui bouchoient la
porte , &fit auli -toft lever le Pont,
&fermer la herfe . En même temps
toute la garnifon fe rendit fur les
remparts avec tous les Bourgeois qui
ontfait des merveilles ; & àgrands
coups defufils & de canon on les a
chaffez de la Demi- lune de la por✩
te du cofté de Fribourg dont ils s'étoient
déja emparez , & avoient
égorgé le Corps de garde que nousy
avions . Il y avoit huit Bataillons
& trois cent chevaux à la portée da
fufil de la Ville qui devoient y entrer
, auffi-toft que les Grenadiers
.
GALANT 293
auroient efté maiftres de laPorte.On
affura que le Prince Eugene y étoit
en perfonne ; mais graces au Ciel ,
tear deffein n'apas réui.
La Relation qui fuit eft la
plus ample & la mieux circonftantiée
, & quoy qu'elle ait en
partie déja efté renduë publique
, j'ay crû que je la devois
mettre icy ; toutes les trois faifant
un corps complet, dans lcquel
on voit toutes les circonftances
d'un fait fimemorable ,
& de la feconde entrepriſe de
cette nature manquée parMonficur
le Prince Eugene . Ce qui
eſt d'autant plus gloricux aux
Bb iij
294 MERCURE
François , que ces entrepriſes
ont efté bien concertées , &
qu'avec une poignée de monde
ils ont fait reculer de petites
armées , s'il m'eft permis
de parler ainfi.
A Brifack le.10 . Novembre
1704.
•· Les ennemis ayant concerté de
furprendre le vieux Brifack , le
Gouverneur de Fribourg en partit
avec deux mille hommes &
quantité de Chariots , dont les
uns eftoient chargez d'armes , les
autres de Grenades , Fufées &
GALANT 295
Goudron , & d'autres de Soldats.
Ils eftoient couverts de perches
avec du foin par deffus , en forte.
qu'ilfembloit que c'étoitdes Chariots
de foin de contribution , comme
il en vient tous les jours. Ils
arriverent à huit heures du matin
par un fi grand brouillard qu'à
peine pouvoit- on voir à vingt pas
de foy. Ils eftoient conduits par
des Officiers deguifez en Chartiers.
Ils commencerent à enfiler
porte , il en entra trois dans
la Ville , dont deux eftoient chargez
d'hommes , & l'autre d'armes.
Mr Biorn, Irlandois, Com
mis des Entrepreneurs qui plaçoit
نم
Bb
iij
296 MERCURE
les Païfans qui arrivoient pour
travailler , vit prés de l'entrée de
la Porte - neuve trente - hommes
deguifez en Païfans , & qui n'en
avoient pas l'air. Il entra d'abord
en foupçon, leur demanda qui
ils eftoient , ilsparurent interdits,
& nefurent que répondre. Il e
va la cannefureux & les frappa
, difant , que s'ils eftoient venus
pour travailler ils devoient
fe prefenter commeles autres . Sur
quoy ces gens -là fe jetterent à un
de leurs Chariots chargé d'armes
qui estoit à cofté d'eux ; & tirerent
des fufils. Le Commis fit
deux ou trois pas en arriere ,
1
GALANT
297
effuya à brule-pourpoint quinze
on vingt coups fans eftre bleſſe.
Il fe jetta dans le foffé, & fe
coucha dans des rofeaux , le ventre
contre terre. Ils tirerent encore
plufieurs coups fur luy fans le
bleffer à cause du grand brouillard
, pendant qu'il crioit à lerte
à lerte : ce qui donna le temps au
Corps-de-garde avancé de la Demi-
lune, & à celui de la Porte de
prendre les armes. Ils voulurent
lever le Pont- levis , mais il
avoit des Chariots deffus que
ennemis avoient arreftez exprés.
Les Officiers & foldats qui étoient
dans les deux Chariots déja enles
298 MERCURE
K
trez dans la Ville entendant le
bruitfortirent tout d'un coup tous
armez, & voulurent ſejetterfur
la garde de la porte , mais ils furent
repouffez , eurent cinq
hommes tuez prés de la Porte en
dedans de la Ville , les autres s'en-.
fuirent , partie dedans , partie
dehors. On ferma la premierepor
te faite en grillage , au travers de
laquelle on tiroit fur les ennemis ,
en forte qu'ils n'ofoientſe preſenter
devant. Mr de Bonneval Capitaine
des Grenadiers du Regiment
de Guitault qui estoit de
garde à la porte y laiffa la moitié.
de la garde , monta avec le reste
GALANT 299
fur le rempart , & fit unfi grand
feu furle Pont , qu'il tua environ
quarante hommes , & en bleſſa.
plufieurs , ce qui les obligea à fe retirer
voyant leur coup manqué.
Cet Officier reçût un coup dans
fon chapeau. Mr de Raouffet ,
Lieutenant de Roy , Commandant
dans la Place , s'eft portépar
tout avec une preſence d'esprit extraordinaire
,& on peut dire qu'il
afait en cette occafion tout ce qu'un
brave e habile Commandant
peut faire. Ily avoit quinze ou
feize foldats dans le foẞé qui lui
ont demandé quartier qu'il leur a
accordé. Le Lieutenant qui com300
MERCURE
ن م
mandoit douze hommes au Corps
de garde avancé, s'eft jettefur un
Officier qui lui prefentoit le piftolet
qu'il lui faifit , & l'a tuéavec
ce mefme piftolet. Le Lieutenant
areceu un coup de bayonnette ,
eft mortle mêmejour defes bleſſum
res. Nous avons eu en cette affaire
la Sentinelle de la Garde avancée
, celle du Pont , & quatre au→
tres foldats bien bleffez. Nous
avons faitfeize prifonniers , &
tué environ quarante hommesprefque
tous Officiers , entre autres le
Major de Bareith. Nous leur
avons pris cinqou fix bleffez , au
nombre defquels eft le Lieutenant
GALANT
3or
Colonel
d'Ofnabruck , qui eftoit
chargé de cette
expedition , qui a
efté blefféfur le Pont , & qui
l'épaule toute fracaffée , en forte
qu'il ne fçauroit en réchaper. On
l'a interrogé , & il a dit , qu'ils
eftoient deux mille hommes , ou
plutoft deux mille poltrons , qu'ils
contoient leur entrepriſe fûre , &
que ce qui les a deconcertez
, a
que la Cavalerie s'eft perduë en
chemin, & n'est pas arrivée , &
qu'elle avoit le mot pour paſſer à
toute bride dans la Ville lorsque le
pontferoit embaraffé
de leurs Cha
riots. Enfin c'eftun miracle comme
on a pú parer ce coup . Tous les
efté
302 MERCURE
Bourgeois ont pris les armes de
bon
coeur.
M' le Marquis de Nangis
épouſe Mlle de la Hoguette.
Il eft fils de feu M' le Marquis
de Nangis qui fut tué au fervice
du Roy dans la derniere
guerre , & de M la Comteffe
de Blanzac , foeur unique de feu
M' le Marquis de Rochefort ,
Colonel du Regiment de Bourbonnois
qui fe diftingua à l'affaire
de Steinkerque . Par la
mort de fon frere , elle eft de
meurée feule heritiere de la
Maifon de Rochefort , dont le
GALANT 303
•
nom eft d'Alongny. Madame
la Maréchale de Rochefort ,
fa mere , eft fille de Mᵒla Marquife
de Laval. Elle a efté
Dame d'Atour de feuë Madame
la Dauphine , & elle eft
Dame d'honneur de Madame
la Ducheffe d'Orleans. M' le
Comte de Blanzac , dé la Mais
fon & du nom de la Rochefoucault
, épouſa la veuve de
feu M' le Marquis de Nangis,
elle n'avoit que ce fils unique,
qui étoit M le Marquis de
Brichanteau ( c'eft le nom de
de cette Maiſon. )M' le Comte
de Blanzac , Lieutenant Gene304
MERCURE
ral eft cadet de M' le Comte
de Rouffy , Lieutenant General
, qui commande la Gendarmerie.
Il eft auffi frere de M
le Marquis de Roye , Lieute
nant General des Galeres , &
de M' le Chevalier de Royé.
Mile de la Hoguette eft fille
unique de feu M le Marquis
de la Hoguette, Souflieutenant
de la premiere Compagnie des
Moufquetaires , Lieutenant
General , Commandant en
Savoye & tué à la bataille de la
Marfaille. Elle eft niece de M
l'Archevefque de Sens , Confeiller
d'Etat , & Prelat d'un
GALANT 305
grand merite , & petite niece
de feu M' de Perefixe , Precepteur
du Roy & Archevefque
de Paris.
à
M' le Marquis de Nangis
eſt tres-bien fait de ſa perſonne
; il a de l'efprit & il a l'approbation
de la Cour & de
l'armée. Il fit un voyage
Rome aprés avoir fini fes exercices
, où il s'attira l'eftime du
Pape & l'affection de tout ce
que l'Italie a de plus grand. Il
aime le meftier de la guerre ,
& il paffe déja pour un fort
bon Officier. Sa Maifon eft ..
une des plus anciennes du
Novembre 1704. C &
305 MERCURE
Royaume & a toûjours fuivi
la Profeffion des armes . Un de
fes ayeux fe trouva à la tefte
d'un Corps confiderable à la
fameufe journée de Fontaine
Françoiſe
, que l'on peut appeller
le Tombeau de la Ligue.
Le fils de celui-là parut avec
diftinction dans tous les combats
que les Generaux d'Henry
IV . donnerent. Et le fils de ce
dernier fe trouva à la tefte d'un
Regiment au memorable ſiege
de la Rochelle .
La Reine
d'Espagne ayant
fouhaité d'avoir un Portrait du
GALANT 307
}
Roy qui fut bien reffemblant,
Sa Majefté luy en a envoyé un
en émail , enrichi de diamans .
Cette Princeffe l'a reçû avec
une joye qu'il feroit difficile
d'exprimer. Elle fit paroiftre
d'abord beaucoup d'admira
tion , & aprés en avoir examiné
tous les traits & fait quel
ques queftions en demandant
s'ils étoient bien reffemblans ,.
elle adreffa la parole à ce Portrait
en luy difant les chofes du
monde les plus tendres & les
plus delicates. Et Sa Majefté
ajoûta à ſes expreſſions remplies
d'admiration & de ten-
Cc ij
308 MERCURE
dreſſe, des reflexions beaucoup
au deffus de fon âge & dignes
de fon coeur & de fon efprito
Elle finit cet entretien en difant
, ab quel dommage qu'il ne
puiffe pas nous répondre ! que nous
y-perdons , & que nous entendrions
de belles chofes ! Cela confirme
bien ce que je vous ay
dit de cette Princeffe dans plus
de vingt de mes Lettres , & je
dois ajoûter icy que Monfieur
le Duc de Gramont ayanr vû
cette Princeffe
>
la
pour premiere
fois fut tellement
frappé de la beauté de fon
efprit , de fes lumieres & de fa
GALANT 309
1-
penetration , qu'il écrivit icy
que fon efprit étoit fi fuperieur
qu'il n'y avoit rien au deffus ,
& qu'elle étoit capable des
plus grandes choſes .
L'Article qui fuit fatisfera
la curiofité de ceux qui s'y intereffent.
310 MERCURE
ETAT
DES OFFICIERS
GENERAUX
Qui doivent fervir pendant
l'Hyver.
FLANDRE ESPAGNOLE.
Sous les ordres de Monfieur
le Maréchal de Villeroy.
LIEUTENANS GENERAUX .
M' le Comte de Gacé.
à Anvers.
GALANT 311
M'
d'Artaignan.
à Namur.
M ' le Comte de la Mothe Hou
dancourt. du cofté de la mer.
M' le Duc de Villeroy.
à Bruxelles.
M' le Chevalier de Courcelles
à Luxembourg.
M' le Comte de Horn.
à .
MARE'CHAUX DE CAMP
M' de Puyguion,
M' le Prince de Talmont.
à Bruxelles.
M' de la Connelaye.
M' de Montgeorge.
312 MERCURE
BRIGADIERS D'INFANTERIE.
M' de Tournin .
M' de Villefort.
BRIGADIERS DE CAVALERIE.
M' le Comte de Nill.
M' le Marquis de Bar .
M' le Chevalier de Baliviere.
ALSACE.
Sous les ordres de Monfieur
le Maréchal de Marcin.
LIEUTENANS GENERAUX.
M' de Laubanie .
M' le Comte de Vaillac.
Maréchaux
GALANT
313
MARE'CHAUX DE CAMP.
M' le Marquis de Cilly , des
Dragons .
"M" le Marquis de Broglio .
BRIGADIER D'INFANTERIE.
M' de
Permangle .
BRIGADIER DE CAVALERIE .
Mª d'Anlezy. TU
LA MOSELLE.
Sous les ordres de M' le Marquis
d'Alegre,
Novembre
1704. Dd
314 MERCURE
MARECHAUX DE CAMP.
Mr de Baliviere.
Mr de Streiff.
M' de Bohan.
BRIGADIER D'INFANTERIE
M' le Chevalier de Pont de
Talende.
BRIGADIER DE CAVALERIE
M' de Quadt.
LORRAINE.
LIEUTENANT GENERAL:
M' le Comte de Druy , Commandant.
BRIGADIER DE CAVALERIE,
M' le Marquis de Beauvau.
GALANT 315:
Quoy que l'extrait que vous
allez lire parle d'abord de la
Bataille navale , dont je vous ay
envoyé tant de relations , que
cette matiere n'excite peut-être
plus voftre curiofité ; je puis
vous affurer que ce que vous y
trouverez fur ce fujet , vous
fera un extrême plaifir : que
l'avanture du Miniftre de Maroc
vous divertira ; & que vous
trouverez dans cet extrait quan
tité de chofes , curicufes touchant
le Siege de Gibraltar,
Dd it
316 MERCURE
EXTRAIT
D'une Lettre de Cadix du 20 ,
Octobre , d'un Officier General
du détachement de
l'Armée Navale, fous le commandement
de M ' de Pointis
, Chefd'Eſcadre & Maréchal
de Camp au Siege de
Gibraltar.
La difpofition des Galeres tant
de France que d'Espagne eftoit
telle pendant le combat du 24.
Aout . Mr le Marquis de Roye
avec fix de fes Galeres , eftoit au
Corps de Bataille , les fix autres
Galeres Françoifes commandées
GALANT 317
par Mr de Forville , à l'Arriere-
garde. Et à l'Avant-garde
eftoient nos douze Galeres Ef
*pagnoles , commandées par Mr. le
Duc de Turfis , qui devoitfe tenir
par le travers de Mr de Villette ,
Mr de Foncalada , comman
dant celles d'Espagne par le travers
de Mr d'Infreville , c'est-àdire
, prés de nous . Ces vingt- quatre
Galeres ainfi difpofées devoient
former une ligne fous le vent à
nous hors de la portée du canon des
ennemis , mais neanmoins àportée
de nous fecourir dans les occafions.
Nos Galeres de France firent tout
se qu'on peut faire en pareille ren-
Dd iij
318 MERCURE
contre , fe tenant ft prés de nos
Vaiffeaux que Monfieur l'Amiral
dans le plus grand feu ayant remarqué
Mr le Marquis de Roje
qui fe tenoit à la portée du piflolet
de luy , luy envoya dire par
un Officier de nepas s'expofer ainsi
inutilement, de s'éloigner , mais
Mr le Marquis de Roye repliqua.
l'Officier , qu'il ne luy paroiffoit
pas extraordinaire de fe voir expofe
, puifque Son Alteffe Serenif
fime l'estoit elle-même. Cer Officier
retourna à Bord avec cette réponſe
, mais Monfieur l'Amiral le
renvoya une feconde fois , avec
ordre de dire à Mrle Marquis de
GALANT 319
Roye de fe retirer plus loin , ce
qu'il fit alors , fe tenant pen-.
dant le combat à la portée du
moufquet de Monfieur l'Amiral..
Les autres Galeres fuivirent cet
exemple. L' Ardent qui eftoit le
ferre -file de noftre ligne ,fe trouva
à la pointe du jour hors d'eftat de
pouvoir attraper fon pofte , ce que
Mr de Forville n'eut pas plutoft
apperçu, qu'il détacha deux de fes:
Galeres , dont celle de Mr de Saint
Michel en eftoit une ,pourluy aller
donner la remorque ; ce qu'elles
firent de bonne grace , & le mirent
dans fon pofte , malgré le feu des
Ennemis , firent que Mr d'A
Dd ij
320 MERCURE
ligre , qui commandoit ce Vaiffeau,
s'acquit une gloire , dont fans elles
il auroit perdu l'occafion.
Ily eut deux Galeres d'Espagne
qui ne s'éloignerent pas beaucoup
de Mr de Bellifle. Erard , & qui
allerent prendre fa remorque fi-toft
qu'il enfit lefignal , fous lefeu des
Ennemis. Le Vaiffeau de la tefte
des Ennemis eftoit de foixante-dix
Canons , à peuprés de noftre force,
maisfoit qu'il apprehendaft d'eftre
doublé , ou autre chofe , il ne s'approcha
jamais de nous à la moufqueterie
, ayant toûjours fon artimon
bordépourfe tenir au vent ,
ce qui impatienta plufieurs fois
GALANT 321
noftre Commandeur de Belle-Fontaine
qui le laiffa tirerprés de trois
quarts d'heure fans luy répondre
afin qu'il s'approchaft ; mais
voyant qu'il ne vouloit que canonner
, nous commençâmes à luy
répondre. Comme nous eſtions loin
l'un de l'autre , Mr de Belle-Fontaine
s'apperçut que nous perdions
beaucoup de coups auffi bien que
luy , ainfi ne voulant pas dépenfer
fapoudre & fes balles inutilement,
il ordonna qu'on ne tiraft que
la batrerie baffe , qui eftoit toute
vingt - quatre . Alors nous ne
tirâmes pas un coup qui neportaft,
& qui ne fuft pointé ou par un
de
de
322 MERCURE
Officier ou par notre premier mar
tre Canonnier , ce qui ne faifoit
pas tant de feu , mais les coups
portoientplusjufte ; ce que nous remarquionsMr
de Belle-fontaine
moy eftant l'un auprés de l'autre.
Quant à noftre ennemy , il faifoit
unfeu enragé de toutes fes batteries
plutoftpourfe cacher dans lafumée
quepour nousfaire mal ; car il de
voit voir comme nous que les baulets
defes canons ne venoient à nous
que par ricochets , & qu'ils tomboient
presque tous à l'eau. Enfin
ilfut pourtant le premier qui s'ennuya
de la canonnade , car nous
vimes fon Canot & La Chaloupe
GALANT 323
devant fon Vaiffeau qui nagoient
pour le faire revirer de bord; il ne
tira plus , mais il ne put revirer à
cauſe qu'il y avoit unpeu de Mer..
Mr de Villette ayant efté maltraité
de cette bombe , fut obligé
d'arriver pours'accommoder , ainfi
toute l'Avant-garde arriva com
me luy l'une aprés l'autre environ
la portée du moufquet, & làſe
tint en panne, L'Avant -garde des
ennemis contre laquelle nous nous
eſtions battus depuis dix heures du
matin juſqu'à prés de quatre heures
aprés midy , fe tint cois n'ofa
jamais arriver fur nous , quoy
qu'ils viffent le feu dans l'arriere
324 MERCURE
la
du Vaiffeau de Mrde Villette . Ils
ont voulu par là cacher leur enterie
deffaite , en publiant qu'ils
nous avoientfait plier à l'Avantgarde.
Si cela eft , il faut que
Reine d'Angleterre faffe faire le
procés à tous les Capitaines de l'Avant-
garde , puifque nous ayant
fait plier vers
aprés midy , ils auroient eu affez de
temps pournous charger nous défaire
entierement avant la nuitſi
cela eftoit vray, mais nous fommes
furs qu'ils porteront en Angleterre
des marques juftificatives de leur
fageconduitefurcela, Ilsfontfeulement
bienheureux d'avoir eu le
Les quatre heures
GALANT 325
ventfur nous pendant tout le jour ,
&fi nous l'avions eu comme eux ,
'il est évident qu'ils eftoientperdus
Jans reffource , & qu'il n'enferoit
pas retourné vingt Vaiffeaux en
Angleterre. Nous n'eûmes dans
nôtrel aiffeau que 10 hommes hors
de combat 4. tuez 6. bleffez",
dont 3.font morts deleurs bleffures.
Le détachement qu'afait Monfieur
l'Amiralpourle Siege de Gibraltar
eft composé des 1.3 . Vaiffeauxfuivans.
Le Magnanime ,
le Lys , l'Eclatant , l'Arrogant , le
Marquis, le Vermandois, le Mau.
re , l'Ardent , le Diamant , Eole,
le S. Louis , le Rubi , & le Mer
.
326 MERCURE
cure. Les Fregattes font , l'Oi
feau , l'Hercule , l'Etoille , & la
Sybille & les Brulots font , le
Croiffant , armé en Fregatte , &
la Turquoife , & deux Galiottes
à Bombes.
Nous apprenons tous les jours
par des Anglois mefmes , qu'ils ont
efté bien étrillez , malgré la confiance
qu'avoit eu Rook de remporterfur
nous une victoire aisée,
par le grand nombre de Vaiffeaux
qu'il avoitplus que nous , ce qui
l'avoit porté à engager un Miniftre
du Roy de Maroc de s'embarquer
dansfon Armée pour voir
la capilotade , où ilavoit aſſuré ce
GALANT 327
Maure qu'il nous mettroit en
moins de deux heures de combat
Ce Miniftre s'eft embarqué fur
une de leurs Fregattes dans cette
confiance. Il a étéprefent à ce combat
, & s'en eft retournéfort mal
édifié de la promeffe de Rook , à qui
il a dit qu'il lay étoit arrivé ce
qu'il avoit promis de faire aux
François , que s'il ne tient pas
mieuxfespromeffes,ils avoient bien
l'air de ne traiter jamais enſemble.
Nous apprimes par deux Deferteurs
en arrivant le 4. d'Octobre
dans la Baye de Gibraltar, que
le.P.d Armftatqui commande dans
La Ville , ne s'attendoit pas à nôtre
328 MERCURE
vifite, & qu'il avoit dit en nous
voyant paroiftre , que nous étions
un detachement de l'armée deMonfieur
le Comte de Toulouse qu'il
renvoyoit en Ponant defarmer. Ils
nous raporterent qu'ily avoit deux
mille hommes dans la Place , dont
il yavoit déja trois ou quatre cent
malades. Dés que le P. d'Armftat
fe vit affuré par noftre débarquement
proche du Camp du Marquis
de Villadarias , le fiege
eftoitferieux , & qu'il alloit eftre
attaqués on reconnut du Camp
qu'il fe donnoit de grands mouve
mens , faifant jouer beaucoup de
fourneaux fur toutfur lepenchant
que
GALANT 329
de la Montagne , où il a trouvé
moyen d'établir une batterie de
deux Canons. Mrs de noftre Artillerie
, &fur toutMr de Combe
qui la commande , & Mr de Claveaux
Capitaine de Galiottes à
bombes , fe promettent de demonter
bien-toft ces deuxpieces de Canon
auffi-toft que leurs mortiers feront
en batterie.
Nous avons remarqué que le
P.d'Armftatavoit fait une groffe
faute de n'avoirpasfait bruler les
Rofeaux d'une demipique de haut
qui font à deux cent toifes du Baf
tion que nous voulons attaquer,
qu'il auroit encore mieux fait de
Ee...
Novembre1704.
330 MERCURE
faire couper & tranfporterdans fa
place pour en faire des faſcines ;
ces Rofeaux d'ailleurspouvantfa
ciliter nos aproches fans eftre vús
de laplace. On doit establir aupremier
journos Batteries , qui feront
de quarante Canons de vingtquatre
&&de trente -fix livres de
balles , dont il y en avoit déja quatorze
deplacez à l'endroit où l'on
eftablira leur platte forme.
Les chofes eftoient en cet eftat
quandnous partimes le 12 , de Gibraltar
pour Cadix , qui n'en eft
qu'à dix-huit lieuës avec nos treize
Vaiffeaux, fous le commandement
de Mr des Herbiers , comme
• plus ancien Capitaine,
GALANT 331
Nous mouillames le même jour
à Cadix à quatre heures aprés midy
à la faveurd'un vent d'Eft.
Mr de Pointis , & Mrle Che--
valier de Villars font restez au
Camp devant Gibraltar avec nos:
trois mille hommes de troupes poftées
à la tefte de ce Camp.
Mr de Ricoard Intendant de
noftre détachement gint hier icy
de l'armée , nous aprit que trois
cent des Affiegez, ayant fait une
fortie , avoient efté repouſſez jusques
dans leurs barrieres ; y ayant
eu fept ou buit hommes de
fans que nous en ayons perdu aucun.
Cet Intendant , qui l'est auffi
tuez
Ecij
332 MERCURE
de l'Armée , a aporté un ordre de
Mr de Pointispour difpofer cin
quante deux Chaloupes tant Francoifes
qu'Espagnoles qui feront
commandées par Mr des Herbiers
,&fous luipar Mrs de S.
Clair & de Gaffaro Capitaines de
Vaiffeaux, & fur lesquelles doivent
estre embarquez quinze cent
hommes , tant des troupes de la
Marine , que des Equipages de nos
13.Vaiffeaux, outre les Gardes de
la Marine qui fontprés de cent.
3.Cet Armement que nous appellons
l'Armée fubtile eft deftiné
à tenter une attaque du cofté où eft
une Chapelle qu'on appelle Notre
GALANT 333
Dame d'Europe , & par où le P.
d' Armftat fe rendit maiftre de la
Place. Nous allons mettre nos treize
Vaiffeaux dans le port du Pontalpour
les radouber.
M'de Lamoignon de Cour
fon Maiftre des Requeſtes , &
fils de Mr Baville , Confeiller
d'Estat ordinaire , & Intendant
en Languedoc , a eſté nommé
Intendant de Rouen , à la place
de feu M' Sanfon. Il eft petitfils
de feu Monfieur le premier
Prefident de Lamoignon , &
neveu du Prefident à Mortier
de ce nom. Cette Famille eft fi
334 MERCURE
confiderable par elle - mefme ,
& fi illuftrée , que fi ce nouvel
Intendant marche fur les tra
ces de tous ceux qui ont porté,
& qui portent fon nom ; il n'y
a pas lieu de douter , qu'il
ne rempliffe fon employ avec
beaucoup de gloire , & qu'il ne
fervele Roy & l'Eftat avec au
tant de zele que de fidelité .
M Dugué fils de feu M
Dugué Preſident en la Chambre
des Comptes de Dijon a
efté nommé Intendant de la
Marine de Dunkerque . Il y a
long - temps qu'il donne des
preuves de fa capacité dans les
GALANT 335
Ifles de l'Amerique. La famille
de M¹ Dugué eft confiderable
dans la robe . Feu M' le Prefidet
Dugué eftoit un des plus
habiles hommes du Royaume.
L'Intendance des Ifles de l'A- .
merique a efté donnée à M. de
Vaucreffon fils de M Arnoult,
Intendant de Marine ; cejeune
Magiftrat marche fur les pas
de fon pere qui a une parfaite
intelligence de la Marine . Feu
M' de Seignelay en faifoit un
cas fingulier , & il le confultoit
dans toutes les affaires importantes
qui regardoient la Ma
rine.
336 MERCURE
M de Gatine a fervi longtemps
le Roy dans les premiers
emplois de la Marine , & n'a
demandé permiffion de quitter
l'Intendance de Dunkerque
que pour ſe retirer à S. Victor
à caufe de fes infirmitez , &
que pour ne s'occuper d'orelnavant
que du foin de fon fa
luc, wol odorem bendklenl
Mr Pierre Honoré de Sayn,
Chanoine de l'Eglife Nôtre-
Dame de Paris eft mort . Il étoit
fort confideré dans fon Chapitre
, tant pour fa vertu que
pour fon efprit , dont il avoit
donné des marques en pluſieurs
occafions
GALANT 337
Occafions où il avoit efté employé
pour
les affaires de fa
Compagnie. Il eftoit bon
Theologien , & il avoit fait
fes Humanitez avec beaucoup
de fuccés. Monfieur le Cardinal
de Noailles a nommé à fon
Canonicat M'l'Abbé deNoailles
fon neveu , fils de Monfieur
le Maréchal de Noailles . Ce
jeune Abbé qui a eſté élevé au
College du Pleffis , s'y cft toû
jours diftingué par fon efprit .
Sa memoire eft des plus heureuſes
, & il luy feroit plus difficile
d'oublier quelque chofe,
qu'il ne feroit aifé à beaucoup
Novembre 1704. .Ff
-
338 MERCURE
d'autres de l'apprendre. Ainfi
il y a lieu d'efperer qu'il marchera
un jour fur les traces de
MonfieurleCardinal fon oncle.
Il est temps de vous parler .
du retour de Monfieur le Comte
de Touloufe , aprés une fi
longue & fi glorieuſe campagne.
Ce Prince ayant non
feulement fait voir toute la
valeur , & toute l'intrepidité
imaginable au milieu des
plus grands perils , quoy qu'il
le trouvaft dans le feu pour la
premiere fois , ce qui doit caufer
de l'émotion à ceux qui
manquent le moins de couraGALANT
339
ge , & qui doivent cftre un
jour au rang des plus grands
Capitaines ; cependant , quoy
qu'il vit tomber à fes coftez
ceux qui eftoient les plus proches
de fa Perfonne , & qu'il
ne ceffaft point d'eftre pendant
toute une journée au milieu
des flâmmes , & expofé aux
plus grands perils , il ne fit pas
un pas en arriere pour reculer.
Il continua toûjours à donner
fes ordres avec autant de fang
froid que de prefence d'efprit .
L'ardeur avec laquelle ce Prince
avoit toûjours fouhaité d'en
venir aux mains avec les enne-
Ffij
34° MERCURE
mis , & ce qu'il avoit fait de
fon
propre mouvement
pour
mettre la Flote en eftat de
partir, devoient faire attendre
de fon courage tout ce que
l'on en a vû lors qu'il s'eft
trouvé dans l'occafion .
Le 2. de ce mois dés le matin
on découvrit à Toulon , de
fort loin, l'armée Navale qu'un
vent forcé de Nord - Oueſt ,
empeſcha d'entrer dans la rade.
Le lendemain matin le vent s'étant
un peu calmé , tous les
Vaiffeaux entrerent , & dés que
le Vaiffeau Amiral eut mouillé ,
GALANT 341
le Corps de Ville alla à bord ,
faire la reverence à S. A S.
M' Flamenq premier Conſeiller
porta la parole , & luy fit un
compliment dont ce Prince
parut tres- fatisfait. Il mit
pied à terre à l'entrée de la nuit
dans l'Arfenal , d'où s'étant dérobé
des perſonnes qui le fuivoient
, il paffa feul à pied tout
le long du Port , dont toutes
les maifons eftoient illuminées ,
particulierement l'Hôtel de
Ville
;
le tout accompagné ,
d'infcriptions & de feftons qui
couvroient tout le balcon ; au
deffous duquel il paffa fans être
Ff üj
&
342 MERCURE
rs
reconnu de perfonne , & gagna
la rue S. Michel , où il trouva
les mefmes illuminations , ainfi
que dans toute la Ville . Il fe
rendit enfuite à la Cathedrale,
où il fut joint par toutes les
perſonnes de ſa ſuite , & où il
fit fa priere. M les Maire &
Confuls avoient fait dreffer un
grand bucher entre les quatre
coins qui font à la traverſe de
l'Hôtel de Ville au Port . Pour
faire plus d'honneur à la feſte ,
ils prierent M' le Marquis de
Chalmazel Commandant , de
vouloir l'allumer avec eux , ce
qui fut fait en cérémonie au
GALANT 343
fon des Tambours , des Fiffres
& des Trompettes , & au bruit
de l'Artillerie. Au retour de la
marche qu'on fit en Corps , en
montant par la ruë de la Halle,
& en revenant par la rue S. Michel
, tout le monde crioit , V
ve le Roy , & Monfieur l'Amiral.
Tous les Habitans firent
paroître une joye extraordinalre
en cette occafion. Toute la
Ville paroiffoit en feu tant par
les illuminations , que par les
flambeaux qui éclairoient les
'Officiers de Ville & les buchers
qui étoient allumez tout le long
des ruës. S. A. S. qui étoit allée
Ff ij
344 MERCURE
defcendre chez M' de Vauvré,
vit de fon balcon la marche du
Corps de Ville , lorſqu'on traverfa
de la Halle à la rue Sainte
Urfule ; ce qui fit plaifir à ce
Prince , puifqu'il eut la bonté
de dire , Qu'il recevoit d'autant
plus volontiers ces demonſtrations
de joye des Habitans de Toulon ,
qu'il eftoit perfuadé qu'elles partoientdufonds
de leur coeur. Le 4.
un peu avant cinq heures du
matin S. A. S. partit en chaife
de pofte avec M le Marquis
d'O, au bruit de l'artillerie de
la Ville.
Le portrait de ce Prince qu'on
GALANT 345
avoit expofé fur le balcon de
l'Hôtel de Ville , eftoit orné de
l'infcription fuivante , & du
Madrigal qui l'accompagne ;
l'un & l'autre de la compofition
de M' Irotebus Avocat.
VICTORI
ANAVALI PUGNA ADVERSUS
ANGLOS ET BATAVOS
REDUCI.
MADRIGAL.
Au milieu des fureurs de Neptune
A
& de Mars ,
Prefervé de mille hazards į
346 MERCURE
Que (fansfremir ) nous ne pouvions
entendre.
Vous revenez vainqueur, GRAND
PRINCE ? l'heureux jour !
Quelles graces au Ciel ne devons
nous pas rendre
Et de votre victoire & de votre
retour!
Monfieur le Comte de Touloufe
qui n'avoit pas voulu entrer
dans Toulon que tous fes
Vaiffeaux ne fuffent en place ,
ayant donné tous les ordres neceffaires
pour ce qui regardoit
le fervice du Roy , partit pour
fe rendre en Cour , où ce Prince
arriva le 10. de ce mois. Il
fut reçû avec toutes les dé- y
GALANT 347
monſtrations de joye imaginable.
Chacun
s'empreffa pour le
le feliciter fur fa
voir &
pour
glorieufe
campagne
, & fur fon
heureux
retour
; & toutes
les
Dames
luy firent
compliment
,
& luy
donnerent
de
grandes
loüanges
.
Il eft temps de reprendre
l'article du Siege de Gibraltar .
Vous en trouverez une eſpece
de Journal dans plufieurs Lettres
que je vous envoye , fuivant
ce que vous avez fouhaité.
Vous trouverez plufieurs
de ces Lettres qui parlent des
348 MERCURE
mefmes articles , & fur tout de
celuy de la Galiote des Ennemis
brûlée ; mais comme il n'y
en a pas une qui ne marque
quelque circonftance qui ne ſe
trouve pas dans les autres , on
ne peut mieux eftre inftruit d'u
ne action importante , que par
cette diverfité.
Du Camp devant Gibraltar ,
Octobre 1704
ce
25.
Vous eftes informé à prefent ,
Monfieur , que Monfieur l' Amiral
a fait un détachement devant Malaga
de trois mille hommes de troupes
de la Marine , qu'il a tirez de
fes Vaiffeaux qui composent fix
GALANT
349
Bataillons commandez chacun par
un Capitaine de Vaiffeau ,fervant
comme Colonels , & les Capitaines
de Fregates comme Lieutenans Colonels.
Fay l'honneur de commander
le fecond Bataillon , & Mr de Radon
fert avec moy comme Lieutenant
Colonel. Monfieur Amiral
détacha en mefme temps des Capitaines
& Officiers d'Artillerie , &
des Canonniers à proportion , pour
fervir l'artillerie que nous avons
débarquée. Vous fçavez bien que
Mr de Pointis commande icy la
Marine comme LieutenantGeneral,
& Mr le Comte de Villars , Capi.
taine de Vaiffeau , comme Maréchal
de Camp. Nous avons trouvé
icy un corps de troupes Espagnoles
de plufieurs Regimens . Les Batail
lons des Gardes Espagnoles & Val
350 MERCURE
lonnes qui font icy peuvent paffer
pour de bonnes troupes . Je ne puis
vous dire pofitivement de combien
eft compofee noftre petite arméezmais
je doute qu'elle foit de plus de fept
à buit mille hommes . Le grand
nambre d'Officiers des deux Nations
fortifiera fans doute ce petit corps.
Mr Renault fert de premier Ingenieur.
Ilfe promet d'enlever cette
Place. Mr de Villars autre Inge.
nieur , vient d'arriver. Nous femmes
remplis de bonne volonté , &
nous apprendrons un mestier où nous
autres Marins nous fommes fort no.
vices ; nos troupes n'ont pas un mo »
ment de relache. Il eft conftant que
quand nos batteries feront établies,
nous ferons breche infailliblement,
L'on tente auffi de faire diverfion.
par une attaque par mer que l'on
GALANT
351
fera. Il vient cinquante chaloupes
on bateaux de Cadix commandez
par les Officiers de nos Vaiffeaux
qui nous ont ammenez icy. Cette
armadille paſſe par la riviere qui
forme l'Ile de Cadix & qui eft
dansPentrée duDetroit à huit lieuës
dicy. On les affemble tous les jours.
Voila ce qui fe paffe en ce Pays - ty .
S'ily a de l'honneur & de lafatigue
nous les parta dans cette guerre
geons avecplufieurs Grands d'Efpagne
qui font dans cette petite ar
mée , comme Meffieurs le Duc d'Of
fone , le Comie Daguilar
, le Duc -
Davre & autres de mefme diftin-
Elion.
A Madrid ce 30. Octobre 17043
Par les Lettres de Mile Mar
352 MERCURE
1
mais
que
quis de Villadarias du Camp devant
Gibraltar du 22. & du 23. de
te mois , nous avons appris que les
playes continuelles l'avoient empefché
de faire ouvrir la tranchée ;
le temps étant devenu
plusferein on l'avoit ouverte le 21 .
que quoique la pluye euft recommencé
on avoit continué avec tant
de fucccés que le lendemain matin
ily avoit déja quatre cent toiſes
de tranchée , & que tous nos gensy
étoient à couvert : que ces travaux.
s'étoient faits fans oppofition des
ennemis : & que nos Officiers Generaux
étoient Mr le Comte d'Aguilar
Lieutenant General , Mr
Renaud , Maréchal de Camp &
Mr le Comte de Villars . Mr le
Marquis de Villadarias y alla en
perfonae &ydemeura juſqu'à cinq
:
GALANT 353
beures & demie du matin. Il mande
parfa Lettre du 23. que les travaux
s'étoient continuez de mefme ; mais
qu'étant déja fort près de la Place,
les alliegez avoient commencé à
faire un grandfeu de leur artillerie
& de leur moufqueterie ; que jufques
là on n'y avoit perdu qu'un foldas
François , un Cavalier & un cheval
tué & un foldat bleßé . Monfeur
le Duc d'Havré Lieutenant
General étoit de jour , & Monfieur
le Duc d'Offonne qui eft à ce
fiege en qualité de Volontaire , fe
trouve dans toutes les occafions périllenfes.
La nuit fuivante on devoit
avoir une batterie de quatre
pieces de canon & de quatre mor—
tiers , pour s'opposer au feu que
faifoient les ennemis du haut de
la montagne. Mr de Villadarias
Novembre 1704 Gg
354 MERCURE
ajoute qu'il efpere de prendre cette
Place en peu de temps .
f
Un autre Lettre dit que les ennemis
ont rebordé leurs murailles de
facs de laine pour empeſcher l'effet
de noftre canon.
A Bayonne le 15. Novembre
1704.
Voicy les nouvelles que nous
avons reçûës de Madrid. Le 27.
Octobre les François , à la tefte defquels
étoit Mr Gabaret avec cinq
chaloupes armées , attaquerent avec
toute l'intrepidité poffible ane Galiotte
à bombes qui étoit attachée
au vieux Mole de Gibraltar, é
qui nous incommodoit beaucoup , la
brülerent , & les bombes dont elle
étoit chargée , tomberent dans la
GALANT 355
Ville , où elles firent un grand
dommage.
On s'eft attaché à ruïner un ouvrage
nommé El Paſtelilo , par une
batterie de trente pieces de canon
qui commença à tirer le premier
Novembre & y a fait déja une
grande breche. Cette batterie auroit
eu encore un meilleur effet ,fans
les pluyes continuelles qui ont re-
·tardé.
Les Deferiears fortis de la Place
affurent que le Prince d'Amftat fe
fie plus à cent foixante Espagnols
qu'il a dans la Place qu'aux Anglois
qui defertent continuellement.
Ces deferteurs affurent aufiq
vivres manquent dans la Place .
On efpere qu'elle fe rendra avant
La fin de ce mois,
que
les
Gg ij
356 MERCURE
Du Camp devant Gibraltar le
27. Octobre 1704.
La tranchée a efté ouverte le 21
nous travaillons à eftablir une batterie
de trente pieces de canon pour
battre le front de l'attaque qui eft
fort petit , &fur lequel les ennemis
ont trente-quatre pieces , & le long
du Mole trente , qui voyent noftre
batterie en flanc , & qui n'enfont
éloignées que de trois cent cinquante
toifes. Les fafcines qu'il a fallu
faire venir icy & les gabions , joint
à la pluye exceive , nous caufent
beaucoup de retardement. Mr de la
Rerie vient d'arriver Nous n'avons
point d'Officiers d'Artillerie, ce qui
fait qu'ilfaut que nous enfervions
Nous avons vingt- huit pieces de
GALANT 357:
canon de vingt- quatre livres, douze
de trente-fix , huit de fix , & douze
mortiers. Nous avons quatorze ba
taillons dont plufieurs font fort foibles
, deux Compagnies de Cava
lerie & trois mille hommes des trou
pes de la Marine. Je ne puis vous
rien dire de la réuite , fi la pluye
continue. Le Prince d'Armftat eft
dans la Place avec plus de deux
mille hommes.
Du Camp devant Gibraltar
le 28. Octobre 1704.
3
Il y a quatre jours que je me
donnay l'honneur de vous écrire ;
mais il me semble que ma Lettre
eftoit conçue d'une maniere à vous .
358 MERCURE
faire aprehender une fuite pew
heureuse de ce fiege ; c'eſtpourquoy
je crois qu'il eft à propos de vous.
dire que je mettois les chofes au
pire, queje penfe avec tous le.
monde que nous enleverons cette
Place. Il ne vous a pas paru , par
ma derniere que nous fuſſions en
core fort avancez; cependant avec
quelques jours de plus, j'efpere que
l'on ira au but que l'on s'eftpropofé.
Je vous ay dit que depuis
de jours nous avions ouvert
la tranchée. Noftre premiere batpeu
terie de quatre canons & de deux
mortiers commença à tirer feulement
le 26. avecfuccés. Un petit
GALANT 359.
*
· ouvrage avancé , d'où tirent continuellement
deux mortiers des af
fiegez eft déja fort en defordre.
Si nous ne faifons pas grand mal
à quelques canons
canons des ennemis qui
font en batterie fur la montagne
,
auffi jufqu'à prefent ne nous en
ont-ils point fait. Je vous ay
mandé que Mr Renault,Ingenieur
conduifoit ce fuege , il en a bonne
opinion ; quoique Mr le Prince
d' Armftat avec deux mille hommes
de garnifonfoitdans la Place.
On a lieu d'augurer qu'il doit
avoir beaucoup de malades par le
peu de feu que les affiegezfont
par le peu d'oppofition qu'ils
&
360 MERCURE
ne
puis
ont fait à l'avancement de nos
tranchées. Nous n'avons jamais
aprehendé de fortie , auffi n'en
n'ont-ils point fait. Je
vous dire poſitivement quand nôtre
grande batterie battera en breche.
Il fautque je vous diſe une
petite action de mer qui s'eft passée
la nuit derniere. Les ennemis depuis
trois jours avoient fait avan
cer une Galiote à bombes de trois
mortiers. Elle tiroit continuellement
depuis ce temps-là , & incommodoitfort
nos tranchées. Mr
de Pointis refolut de l'enlever ou
de la brûler. Pour cet effet on arma
une Tartane en Brulot. La
conduite
GALANT 361
conduite en fut donnée à Mr. le
Chevalier de Gabaret , Capitaine
deBrulot. Mr de Pointis voulut
Tl'escorter luy - mefme en canot a vec
les Chaloupes des quatre Fregates
qui font icy. La chofe fut fi bien
menée la Bombarde
a efté
que
accrochée & brûlée , malgrélefeu
de quarante Grenadiers qui étoient
deffus , & celuy defes canons &
de ceuxde terre, du canon de la
Place: Cela s'eft fait fi brufquement
que nous n'y avons perdu
que quatre hommes. Mr le Chevalier
de Gabaret a efté blessé au
bras , & fon Lieutenant. C'eft
une action tres-belle , & la con-
Novembre 1704, Hh
362 MERCURE
duite en eft due à Mr de Pointis.
Quand tous nos bateaux & cha
loupes feront venus de Cadix ,
nous ferons une diverfion desforces
de l'ennemy. Voilà ce qui s'eft
paſſéjusqu'à preſent. Mr de Villadarias
qui eft le General , nous
fait efperer que les vivres viendront
en abondance.
Au Camp devant Gibraltar ;
le 28. Octobre 1704.
On vient de me dire qu'il partiroit
un Courier cette nuit , j'en
profite avec d'autant plus de plaifir
que je commence à avoir bonne
opinion de notre entrepriſe , qui juf
ques à prefent m'avoit paru fort
GALANT 363
dauteufe. Cependant le peu d'oppo
fition que les affiegez ont fait à nos
approches me fait croire qu'il leur
manque quelque chofe , & je croirois
bien qu'il ne font pasfurs d'une
partie de leurgarnisons puifque jufqu'aprefent
ils n'ont point fait de
fartie , s'étant contentez de canoner
& de bombarder nos retranchements
, où n'avons perduque quel- .
que Soldats , où nous n'avons eu
que deux Officiers bleffez. Il y en a
eu deux autres de bleffez fur Mer
cette nuit > en executant le projet
aßez hardi , que Mr de Pointis
avoit conçu , d'aller brûler une Galiotte
dont les bombes nous incommodoient
fort , & qui étoit fous le
fufil du vieux Mole. Mr de Gabaret
Pa heureufement executé , ayant
aborde & brûlé cette Galiotte avec
Hhij
364 MERCURE
une Tartane qu'il avoit preparée ;
& c'eft luy & fon Lieutenant qui
ont efte bleffezcette nuit. Mr dePointis
étoit en perſonne à cette action.
Comme ily avoit de lapoudre dans
cette Galiote & quelques bombes
chargées , elle a fauté peu de temps
aprés qu'on y a eu mis le feu. Ce
qu'il y a de certain , c'eſt que cette
affaire leur donnera une bonne idée
de notre Marine, & qu'ellefait un
bon effet dans notre Camp.
Au Camp devant Gibraltar
le 2. Novembre 1704
Vous fçavezfans doute qu'ily a
icyfix bataillons , de cinq cens hom
mes chacun , des troupes de la Ma..
rine , commandezpar Mr-de Court,
GALANT 365
la Maifon-Fort , du Tertre , Saint-
Hermine , Vexin , & de Pole. Mr
Court fait lafonction de Brigadier
par la promotion de Mr de Villars ,
qui a eftéfait Marefchal de Camp
pur le Roy d'Espagne . Depuis le 21.
que la tranchés a efté ouverte , les
· Ennemis n'ont pas fait un grand
feu. Nous n'avons eu jusqu'àpre-
•fent que douze ou quinze Soldats
tuez, & environ vingt bleßez Mr
-de Luns Lieutenant de Vaiffeau ,
a eu unejambe caffée , Galiffet , le
poignet percépar un accident de mé
prife ; le petit Gabaret &ſon Lieutenant
de Brûlotfont bleẞez , le premier
d'un coup de pistolet au bras
dans les chairs , & l'autre dans
lomoplatte affez dangereufement.
L'action qui leur a caufe ces bleffures
merite d'être louée . Une Ga-
Hh iij
366 MERCURE
臀
liote à bombes eftant fortie il y a
quelques jours du mole des Anglois
où elle eftoit pourſe mettre à couvert
du vieux Mole , & voulant plus
aifément bombarder nos tranchées ,
il fut réfolu de la brûler , avec une
Tartane mife en brûlot , que Mr
Gabaret mena dans une nuit obfcure
aui bien que s'il euft efté en plein
jour , & qu'on n'euft point tiré fur
lay. Il s'avifa d'une rufe où vous
trouverez de lafermeté ; car ne diftinguant
point ny la Galiote , ny
deux autres Baftimens qui estoient
au même Mole ; il parla aux Anglois
qui luy tirerent un coup de canon
dela Galiote , après l'avoir reconnu
à la lueur du feu , il leur répondit
en les abordant , C'eft à
vous à qui j'en veux , & vous
ferez bien - toft grillez . Ce qui
GALANT 367
atriva comme il le leur avoit promis
; mais il auroit eu de la peine
à réuffer fans le fecours de Mr le
Chevalier de Tourouvre qui aborda
Le Brulot & la Chaloupe de Mr
Gabaret , quiferois reftefous le Blubot
, faute de gens pour poußer au
large la Tartane , la plupart des
gens de fon équipage ayant efté tuez.
ou blessez.
Nous avons jufqu'àprefent trois
pieces de canon & quatre mortiers en
batterie. Nous femmes à trois cens
toifes de la Place , & nous travaillons
à mettre notre grande batterie
en eftat ; mais nous avons de la
peine à avoir des fafcines . Nous
avons une reſource dans cinquante
batteaux que Mr de Pointis a fait
venir de Cadix avec prés de deux
mille hommes , tant Soldats que
Hh iiij
368 MERCURE
Matelots , qui pourront voiturer les
gabions & les faſcines , en attendant
qu'ils foient_employez à un
coup- de-main pour la fauße attaque,
quipourra bien devenir la bonne.
J'efpere qu'avant lafin du mois
Mr le Prince d' Armftat aura liew
de fe repentir de s'eftre enfermé
dans cette Place. Deux defertears
Anglois qui en font fortis, ont rapporté
que la garnifon eft composée de
deux mille hommes Anglois fans les
Espagnols , qui à ce qu'ils difent ,
compofent la garde du Prince d' Amrftat.
Ils affurent qu'il eft mort beaucoup
d'hommes de cette Garnifon ,
&qu'ily a ungrand nombre de mabades
que ceux qui fervent font
tres fatiguez : & que ce Prince les
entretient toujours dans l'esperance
Run prompt fecours . Ils ajoutent
GALANT 369
qu'on fait courir le bruit qu'il a un
Batiment de vingt- deux rames pour
s'y embarquer , lorsqu'il fera hors
d'eftat de pouvoir refifter , pour fe
fauver.
Je crois devoir ajoûter icy
l'Extrait fuivant , il eft tiré d'une
Lettre de Cadix du 3. Novembre.
Mr de Combes Commiffaire
d' Artillerie mene le fiege de Gibraltar
avec unegrande vigueur.
Il a penſe eſtre tué d'un bouler de
canon des ennemis qui demonta un
canon dans fa batterie qu'il fit remettre
en place incontinent. Tous
370 MERCURE
nos Generaux & Officiers travail
lent avec chaleur, & ont cette affaire
fort à coeur , ne perdant pas
un moment de temps pour emporter
cette Place avant que le fecours
d'Angleterrefoit arrivé; car il ne
faut pas croire que le Prince
d' Armftat y eftant enfermé , ils
abandonnent cette Place. Mais on
croit
que
Gibraltar fera à nous
dans le 15. ou le 20. de ce mois
tout au plus tard; & il eft prés
qu'impoffible que le fecours puiffe
eftre arrivé dans ce temps-là.
Les Affiegez avoientdevant le
Baftion attaqué une Galiote , où
il y avoit deux Mortiers qui inGALANT
371
commodoient nos gens , tellement
que pour remedier à cela Mr de
Pointis ordonna à Mr de Gabaret
qui commande le Brulot le
Croiffant devant Gibraltar, d'armer
une Tartane en Brulot , &
d'y mettre les artifices neceffaires,
pour aller brulerla Galiote a bombes
des ennemis ; ce que Mr de
Gabaret homme de coeur
ن و م
d'honneur
eut promptement executé. Il
s'approcha de nuit , eftant remorqué
par les quatre Chaloupes de
nos Fregates qui yfont , aborda la
Galiote des ennemis
On dit
que
la brula.
Mr de Pointis eftoit
dans fon Canot pour mieux voir
372 MERCURE
cette expedition dont il a efté fort
fatisfait , loüant la conduite avec
laquelle MrGabaret avoit mené
cette affaire.
Nos Fregates qui font devant
Gibraltaront faitdeux prifes Angloifes
venant de Ligourne, char
gées de Vin de Florence & autres
marchandifes. Ce Vinnepouvoit
venir plus à propos. Il fait
bien plaifir à nos Generaux & à
nos Officiers. Ces deux prifes venoient
bonnement mouiller à Gibraltar
, lorsque nos Fregates
les
attaquerent
, & les prirent aprés
quelque
refiftance
. Mr Gouyon
qui commande
l'Eſtoille , a eufon
GALANT
373
Lieutenant tué & quatre hommes
de fon Equipage. On dit que nous
´n'avons encore perdu dans tout le
fiege qu'onze hommes , & Mr de
Lunes Major d'un Bataillon a cu
une jambe fracaffée d'un éclat de
Bombe.
+
Noftre Armée fubtile de cinquante-
deux Chaloupes ou environ
, partit d'icy le 27. du paſſé.
Le lendemain une tempefte de vent
d'Eft commença , qui obligea dixhuit
Chaloupes de relacher à laris
viere de San Pedro , quoy qu'elles
fuffent à l'entrée de Gibraltar.Les
autres ont eftéaffés heureuſes pour
attraperTarif, mauvais Port où
374 MERCURE
ſe
elles auront beaucoupfouffert. Nos
dix-huit Chaloupes qui ont relaché
à San Pedro , voyant lafin de
leurs vivres , revinrenticy le 31 .
pour en reprendre d'autres ,
tenir preftes à partir au premier
temps favorable quifut le lendemain.
Ainfi ,fans perdre de temps
elles repartirent ce mêmejour , &
comme il a fait affés beau depuis,
nous ne doutonspresque pas qu'elles
nefoient arrivées ; & affurement
leur arrivée rejoüira beaucoup
Mr de Pontis . On peut en
efperer beaucoup de fecours ; car
ellesfont toutes commandéespar des
Officiers du meftier , qui ne cherGALANT
375%
chent rien avec tant d'ardeur que·
les occafions de fe diftinguer ; &
je m'affure que vous en entendrez
parler danspeu. On dit une de ces
Chaloupes perie par le gros temps
avecfon monde, & qu'il n'y a cu
que l'Officier qui a eu le bonheur
de fefauverdu naufrage.
On vient de donner un Jugement
en Efpagne qui merite
d'eftre fçû . Voici le fait.
Le Grand
Inquifiteur pretendoit
qu'il avoit dans tous
les Jugemens
une voix decifive
, c'eft-à-dire qu'il pouvoit
decider feul , quoique tous les
376 MERCURE
autres Juges de fon Tribunal.
fuffent d'un avis contraire au
fien . Les Parties pretendoient
qu'il n'avoit qu'une voix double
, c'eft- à- dire que dans un
partage la fienne en valoit
deux . Cette affaire eftoit devenuë
d'une grande confequence
.
par le grand nombre de gens
qui y prenoient part. Le Roy
& le Confeil ont enfin decidé
le Grand Inquifiteur n'auroit
qu'une double voix. Ce
Grand Inquifiteur
eft Evêque
de Segovie , & il s'appelle
Dom Baltazard de Mendoza,
Il a répondu lors qu'on luy
que
GALANT 377
fignifia cet Arreft , qu'il eftoit
trop heureux que le Roy & fon
Confeil le délivraffent des fcrupules
qui lui revenoient de ce Privilege
; & il s'y eft foumis.
Ce Jugement a attiré beaucoup
de louanges au Roy d'Efpagne
& à fon Confeil , & il
doit paroiftre jufte , puifque la
Partie mefme ne s'en plaint pas..
Un pareil Jugement ne peut
paroiftre qu'équitable
dans
tous les endroits du monde ,
& il n'y a qu'à examiner le fait
pour en demeurer d'accord...
Le mot de l'Enigme du mois
Novembre
1704
Li
378 MERCURE
dernier eftoit la Lanterne magi
que. Quoique cette Enigme
foit fort belle & que les rapports
en foient fort juftes ,
elle eft fi peu connuë qu'il ne
faut pas s'étonner fi les Devineurs
ne font pas en grand
nombre , & fi plufieurs ont crû
le veritable mot étoit le
que
Songe ou le Soleil . Ceux qui
en ont trouvé le veritable fens,
font , M l'Abbé Boutard : de
Penavaly : de Lorme : Duret :
de Formont Groyer de Boiferaud
, Confeiller au Confeil
Souverain de Cayenne :
Mauduit de la Montagne
IS
2
GALANT 379
fon
fon
amy
amy Rohaut le jeune &
l'Archimede de l'Ifle
Noftre- Dame :
Mlle Malerfaut : Fanchon
le Sueur , la blonde Angelique
des quinze-vingt : & la plus
belle & gracieuſe Dame du
Cloiftre Noftre- Dame.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , elle eft de M Jean
Th ...... de la Rochelle.
ENIGM E.
Fe fuis un corps desplusgonflez,
Quoique fee comme un hidropique ,
Jay le dos & la taille antique.
Ii ij
380
MERCURE
Jay deux yeux grands & noirsfur
mon ventre placez
Sans langue &fans bouche je crie.
Il me faut pour mon entretien
Des tripes de chat ou de chien ;
Cependant
de manger je n'eus jamais
envie.
S
Si l'on me flatte en me touchant,
Je fuis d'une douceur charmante ;
Mais fi tropfort l'on me tourmente,
Lørs je gronde , & tout bas n'obeis
qu'enjurant.
S
Le temps par qui toutperdfon prix,
Ne merend que plus precieuſe
Ma vieilleffe m'eft glorienfe ,
Et toûjours à cent ansje valus plus
qu'àfix
A
བ
611
4 1967 19
GALANT 381
L'Air que je vous envoye eft.
fur des Vers qui font dans ma
derniere Lettre , & qui ont efté
faits à l'occafion de la mort
d'une petite Chienne nomméc
Life.
AIR NOUVEAU.
Lapauvre Life entre vos bras
Afinifes deftinées .
Pour moyje ne me plaindrois pas
Sij'y finiffois mes années.
Pourroit- on plus heureusement
Entrer dedans le monument ?
Life , que je te porte envie
Et que ton fort me paroit bean
D'avoir entrédans le tombeau
Enfortant des bras de Silvie ?
"
382 MERCURE
Jevous envoyeun article qui
en renferme plufieurs , puifqu'il
contient des agrémens de
Regimens donnez par le Roy ,
ainfi que des Gouvernemens &
des Penfions , & d'autres arti
cles de cette nature .
M' le Comte de Coigny a
cu l'agrément du Roy pour la
Charge de Colonel general des
Dragons , & a conclu fon traité
avec Monfieur le Duc de
Guiche. Quand on obtient à
fon âge l'agrément d'une fi
grande Charge & fi importan
te , il n'y a point à douter qu'on.
n'ait un merite diſtingué dans
GALANT 383
le mêtier dont on fe mêle.
M' le Chevalier de Treffemanes
a l'infpection qu'avoit
M' de Maifoncelles , & celledes
Troupes de Dauphiné , de
Provence , & de Savoye , a efté
donnée à Mª du Verger , cydevant
Lieutenant Colonel du
Royal Comtois.
Le Gouvernement de Montlouis
dans les Pyrenées , vacant
par la mort de M' de Nanclas ,
a efté donnée à M' de Perthuis,
Lieutenant de Roy de Collioure.
M' le Chevalier d'Hautefort
, Capitaine de Vaiſſeau &
384 MERCURE
frere de M' de Surville , a efte
nommé premier Ecuyer de
Monfieur le Comte de Toulouſe
, à la place de feu M' de
Relingue. Il eft diftingué par
fa naiſſance & par fa valeur . Il
faut avoir beaucoup d'acquis
dans la Marine pour avoir efté
jugé digne de remplir un pofte
qui a efté occupé par feu M
de Relingue.
Le Roy a donné l'agrément
du Regiment des Dragons
Dauphins à M² de Vatteville ;
de celuy de M' de Dreux à M
de Soyecourt ; de celuy de
Fourquevaux à M' de la Tour
qui
1
GALANT 385
qui en eftoit Lieutenant Colonel
; & M de Luzancy à fon
retour d'Efpagne , a euun Brevet
de Colonel. M' le Chevalier
Vigoureux qui eftoit le plus
ancien Capitaine de Fourquevaux
, ena efté fait Lieutenant
Colonel , & M de Nancré
a cfté auffi nommé Lieutenant
Colonel du Regiment
de Duras..
M' de Rabutin , Lieutenant
Colonel d'Infanterie , & qui
fervoit en Efpagne , a quitté le
fervice avec une penfion .
M' de Beauharnois , Intendant
en Canada , a efté nommé
Novembre 1704. Kk
386 MERCURE
Intendant general de la Marine
, à la place de feu M' d'Herbaut.
M' de Beauharnois eft
parent de celuy auquel il fuccede.
On luy a envoyé avis du
choix que le Roy a fait deluy
pour cet employ , avec ordre
de repaffer en France. Je vous
ay déjà parlé de luy lorſqu'il
partit pour aller en Canada , où
il y a lieu de croire que fes fervices
ont efté agreables , puifqu'on
le rappelle pour remplir
un employ plus confiderable.
M le Marquis de Lanion
a acheté le Regiment de Saintonge
, de Mr de Bligny , &
GALANT 387
vend le fien à fon frere le Chevalier
, qui eſt fon cadet.
Quoy que je fois perfua
dé de la verité de la plus
grande partie de ces articles
voudrois pas affurer
je ne
qu'ils fuffent tous veritables .
Toutes les affaires commencées
ne s'achevent pas toujours
, & l'on parle quelquefois
trop vifte , lorſqu'il s'agit de
nouvelles ; mais fuppofe qu'il
y cult quelque chofe de faux
parmi ceux que vous venez de
lire , l'erreur ne porteroit préjudice
à perfonne.
Je vous envoye une Rela-
Kk ij
388 MERCURE
tion tres-curieufe , & que je
vous garentis veritable , quoy
que toutes les nouvelles publiques
qui fe debitent n'ayent
point parlé des faits qu'elle contient.
Au Camp devant Veruë ce 1 3.
Octobre 1704.
Nous avons bien racheté le
bean temps que nous avons eu
jufqu'aufix de ce mois ; depuis ce
jour la pluye n'ayant pas diſcontinué
avec une violence qui n'a
point d'exemple : en un mot je ne
puis vous en donner une idée
GALANT 389
ny
plus jufte , qu'en vous difant que
les chemins de Namur, ny ceux¸
de Rinsfeld , felon ceux qui y
eftoient , n'ont jamais eftéfi mauvais
, les foldats eftant dans l'eau
dans la bouë jufqu'au ventre,
n'eftantpas poffible de refter dans
la tranchée , tant elle eft inondée.
A la defcription que je vous
fais de la fituation où nous fommes
, je me perfuade aifement que
vous vous imaginez que l'Officier
le Soldaty murmurent,
nous fongeonspluftoft à la retraite
qu'à fuivre noftre projet ; mais je
puis vous affurer qu'ilfemble que
cela ferve pluftoft à animer les
que
Kkiij
390 MERCURE
troupes qu'à les décourager,qu'elles
fe mettent dans l'eau & dans la
boue, pendant vingt-quatre heures
avec une patience qui paffe
l'imagination , & que l'on n'entend
tenir d'autre langage , mefme
par les moindres Soldats , finon
qu'il faut prendre Veruë , ou
perir à la peine. Quoique cette
armée- cy fort au deffus de tout ce
que l'on en peut dire , je ne doute
pas qu'il ne faille attribuer cette
fermeté au zele que
la gloire du Roy , & à l'amitié
qu'on a pour Monfieur le Duc de
Vendofme.
l'on a
pour
Comme la pluye a commencé
GALANT 391
avant que nous avons pu faire
nos batteries pour battre Verue" ,
y conduire noftre canon , les
chemins fe font trouvezfi impraticables
qu'il n'a pas efté poffible
aux chevaux de le tirer. Son Alteffe
a pris le parti de le faire
conduire à force d'hommes , en
chargeant chaque Brigade de mettre
une piece en batterie , moyennant
une fomme que ce Prince
leur a donnépour chaquepiece
pour chaque gros mortier avec fon
affuft. Cela a fibien réuſſi qu'ils
en ont conduit vingt pieces de
vingt-quatre aux batteries , ce que
l'on croyoit impoffible ; mais avec
392 MERCURE
de l'argent & de l'eau de vie te
matin à la tranchée , il n'y a rien
dont on ne vienne à bout.
Les ennemis font un feu d'artres-
confiderable : ils autillerie
nos
ront beau jeu jufqu'à ce que
batteries foient en estat de tirer ;
mais du moment qu'elles tireront,
je ne croy pas que les leurs fe faf
fent entendre long- temps , Veruë
eftant fitué de maniere à ne pas
perdre un coup de canon ny une.
bombe. Il nous ont tué ou bleẞé
depuis hier dix ou douze foldats
avec leur canon. Un Aide-major
du Regiment de Leuville a eu la
jambe emportée , Mr de Percy
GALANT 393
que le Roy a fait depuis quinze
jours Major general de noftre armée
, vient d'avoir la cuiffe caßée
en deux endroits. J'en fuis tresfâché
parce que le Roy perd un
tres- digne Officier. Nous efperons
que nos batteries tireront au plus
tard le 16. Son Alteffe a envoyé
cantonner la Cavalerie & n'a
deux cens chevaux
gardé que
trois
Compagnies
de Huffars
. Si
Le temps
fe remet
au beau ce foir ,
comme
il y a apparence
, je croy
qu'elle
fera revenir
quinze
on
feize
cens chevaux
icy.
Monfieur de Vendôme or394
MERCURE
donna le 17. qu'on travaillaft
à une quatriéme batterie à quatre-
vingt toifes des paliffades .
On la commença la nuit du 17.
au 18. & elle fut continuée à la
faveur d'un brouillard qui continua
pendant toute la journée
du 18.
Je vous ay déja dit que la
plufpart des relations qui fe
publient icy de nos: Places af
fiegées , font autant de fables ,
à moins qu'elles ne foient faites
par des perfonnes forties de
ces Places , dont on fort difficilement
, ainfi le zele fait fouvent
inventer tout ce qu'onatGALANT
395
&
tribue aux Affiegez , ou fait
groffir ce qui échape du Camp
des Ennemis touchant leurs
actions. Les Ennemis de leur
cofté affoibliffent autant qu'ils
peuvent ce que les Affiegez
font de plus confiderable ,
augmentent les avantages que
remportent leurs Troupes ; de
maniere qu'il eft rare de fçavoir
la verité , à moins de l'apprendre
de quelqu'un qui foit
forti de la Place. C'eſt par cette
raifon
que je croy que ce que
je vous envoye du commencement
du Siege de Landau , eſt
veritable :
: ce qui doit m'excu396
MERCURE
fer fi je vous l'envoye fi tard ,
mais il ne laiffera pas de paroître
nouveau, puifqu'il n'a point
encore efté rendu public . Je
vous envoye ce qui m'cft combé
entre les mains , de la maniere
que je l'ay reçu .
Le nommé Chevalier , Soldat
dans la Compagnie de Guenet ,
dans les Galiottes , vient d'arri
ver de Landau , d'où il eft forti
lc 18° d'Octobre , entre fept&
huit heures du foir , chargé d'un
petit pacquet que Mrde Laubanie
luy avoit donnépour remettre à
Monfieurle Maréchal de Villeroy,
croyant
GALANT 397
royant qu'il le trouveroit encore
en Alface , avec ordre eenn ccaass qu'il
fuft arresté , de jetter fon pacquet,
se qu'ilfit voyant qu'il alloit eftre
pris. Ilfut mené au Roy des Romains
, qui l'a fort questionné ,
pourfçavoir de luy où eftoient les
Mines , l'affurant qu'il luy don
neroit dix Ducats de chaque Miqu'il
indiqueroit, qu'autrement
il le feroit mourir. Il dit avoir
répondu , qu'il n'en fçavoit aucune,
que M. de Laubanie eftoit
trop fecret pour en laiffer la
connoiffance à d'autres qu'aux
Mineurs que fur fa réponſe
on le mena en prifon dans une
;
Novembre
1704. LI
398 MERCURE
grange , où il y avoit cinq de
ferteurs de la Place : qu'il y fut
queſtionné
juſqu'à neuf fois
par le Prince Louis , & par plu
fieurs Generaux , qui luy firent
des grandes menaces , s'il ne
difoit la verité. Enfin la nuit du
22. au 23. il fe fauva avec les
cinq deferteurs , & ils ont paffé
au de- là du Rhin pour venir par
derriere les Montagnes
de la Suabe
retomber dans la Suiffe , d'où
il est arrivéfeul , les cinq deferteurs
l'ayant quitté.
Je viens de l'envoyer par eau
à Strasbourg, pour vous aller trouver
& pourqu'il vous diſe verba-
3
GALANT 399
a
lement , que Mr de Laubanie l'avoit
chargé, au cas qu'il fuſt arresté,
& qu'il puft fe fauver, de
dire à Monfieur le Maréchal de
Villeroy qu'il feroit tout fon poffi
blepour tenirjusqu'au 15. du mois.
prochain. Voicy ce qu'il m'a rapporté
du Siege depuis le commencement
jusqu'au 18. &22 .
qu'il
s'eft fauvé des ennemis. Il dit que
les ennemis ont invefti la Place le
8. Septembre àfept heures du matin
; qu'ils ont ouvert la tranchée
la nuit du 12. au 13. à noftre
même attaque ; qu'ils ont commen→
cé à battre la Place le premier Oc→
tobre avec vingt-trois pieces de ca-
LI ij
400 MERCURE
non de douze & de feize ; que le
3. du mois la batterie des Brandebourgeois
de quarante -fept pieces
de canon defeize & de 24. avoit
commencé à tirer ; que Le IO.
une autre batterie de huir pieces de
feize avoit auffi tiré : &que la.
nuit du 14. au 15. une batterie
defixpieces defix de calibre , avoit
commencé àtirerfurl' Edufe ,fans.
l'avoir touché qued'unfeulboulet,
à quoy l'on avoit remedié avant le
jour, par les foins de Mrdu Gafquet
& des Ingenieurs , dont Mr
Julien avoit eftéfeul bleffe legerement.
Il ajoûta que le 15. les ennemis
GALANT 401
avoient attaqué pris la Lunette,
& qu'ils en demeurerent les
maiftres, environ un quart d'heure,
Mr de Laubanie les en ayant chaf
fez avec beaucoup de perte de leur
cofte, & fept Officiers Majors
Capitaines , Lieutenans & trente
- deux Soldats amenez priſonniers
dans la Place ; qui furent
renvoyez dans leur Camp deux
jours aprés:
Que le 16. ils attaquerent encore
la lunette & la prirent fans.
s'y pouvoirpofter à caufe des mines
qu'ils apprehendoient, & que
lon fit fauter en y mettant lefeu.
Trois Capitaines de Touloufe e
Ll iij
402 MERCURE
un Suiſſe furent tuez à cette deffenfe.
Le mefme affura que le 2. 1 .
au foir les ennemis avoient attaqué
pris le chemin convert
qu'ils n'avoient pú garder , Mr
de Laubanie les en ayant chaffez
dans le moment. Ils ont perdu à
cette attaque avec plus de buit
cent hommes, plufieurs Officiers de
marque , & entr'autres un Officier
general. De noſtre coſté Mr
de Beaufermé a efté tué, & fon
Major à la derniere fortie le 120
de ce mois , comme auffile Lieute
nant Colonel du Regiment de S.
André, & un Capitaine des Gre
nadiers de Touloufe. Mr de LauGALANT
403
banie afait quatreforties qui luy
ont tout-à -fait bien réuſſi , juſqu'à
avoir chaßé les ennemis de
leur troifiéme paralelle . Ce Gouverneurfut
blessé à l'entrée de la
communication du chemin couvert
à la lunette dans le temps de la
premiere attaque, d'ungros caillou
an cofté droit à la tefte des gros
&
graviers qu'une bombe afait fau
ter , eftant tombéefort prés de luy
Il ne laiſſapas de bien donner ſes
ordres : le Lieutenant de Roy fur
auſſi bleẞé à la teſte, &commen
çoit à agir lorfque ledit Chevalier
eft parti de Landau. Mr du Gafquet
que l'on avoit dit tué des ce
404 MERCURE
temps-là , fe portoit fort bien.
Voilà ce que j'ay pû tirer de ce
Soldat qui parloit mieux Alle-.
mand que François. Il vous dira
que le 21. la Cavalerie & l.Infanterie
Hollandoifes partirent
pour aller à Traerbach.
Ace moment arrive un de mes
gens qui eft parti Vendredy du
Camp de Landau , qui me dit que
Feudy 23. Mr de Laubanie avoit
fait une fortie fur la nouvelle
batterie des ennemis qui avoit
duré une demie- heure où ily avoit
eu bien du monde de tué, & que
tes ennemis n'avoient pas encore
GALANT 405
t
le
le chemin convert ; mais que
lendemain matin il y avoit eu un
grand feu de moufqueterie ,
qu'il croit qu'ils auront attaqué le
chemin convert ; mais il n'a pú
fçavoir s'ils l'ont emporté ou non ;
car on commença aprés cette décharge
à tirer le canon à force fur
la demie-lune , & hier on ne tira
pas tout lejour. Cet homme medit
qu'ils n'auroient pas encore de
quinze jours la Place quand ils
auroient le chemin couvert.
Je fuis heureux à avoir des
nouvelles du dedans de laPlace,
& je viens d'apprendre par une
406 MERCURE
Lettre de Strasbourg du 9. de
ce mois qu'un Sergent de
Landauqui avoit trouvé moïen
de traverfer l'armée ennemie ,
& qui venoit d'y arriver , avoit
rapporté que les ennemis avoient
emporté la contrefcarpe
le s . qu'ils y avoient perdu
plus de mille hommes ; qu'il
n'y avoit eu depuis le commencement
du fiege que huit cent
hommes tant tuez que malades
dans la Place , & que M' de
Laubanie avoit fait un retranchement
à la moitié de la Ville,
pour s'y deffendre en cas qu'il
fuft forcé fur la bréche , à la
GALANT -
407
quelle les ennemis n'avoient
pas encore travaillé.
Je n'entreray point aujourd'huy
dans le détail de tout ce
que je pourrois vous dire touchant
les nouvelles d'Angleterre
, je vous apprendray dans
peu des nouvelles tres -curieufes
fur cet article. Je vous feray
connoiftre pourquoy la
Princeffe de Dannemarck n'a
point parlé dans la harangue
qu'elle a faite à l'ouverture du
Parlement , du gain prétendu
en Angleterre de la bataille
navale .Je vous diray pourquoy
408 MERCURE
les Seigneurs n'ont parlé que
du fuccés des affaires de terre ,
quoiqu'àbeaucoup prés il n'ait
pas efté general pendant cette
Campagne & je vous feray
voir pourquoy la Chambre
des Communes n'a pas parlé
comme celle des Seigneurs, &
les interefts particuliers & politiques
qui l'ont engagée à
marquer qu'elle étoit perfuadée
du gain de la bataille navale
; quoique tous fes Membres
ne fe foient jamais flattez
d'une chofe qui atoujours paru
fi contraire à la raifon & au
bon fens, Je vous donneray un
tresGALANT
409
"
res beau morceau d'Hiftoire
qui expliquera tout ce myftere.
Cependant je vous diray , ce
qui eft fi public que je ne doute
point que vous ne le fçachiez
déja ; fçavoir que le Parlement
a accordé des fubfides de terre
pour une armée plus nombreuſe
de dix mille hommes que celle
de cette année , & qu'il n'a rien
accordé à l'égard de l'augmentation
des forces de mer. Du
refte il y paroift quelque levain
de brouillerie nouvelle , & que
l'affaire de la Conformité occafionnelle
fera remife fur le tapis.
Quant à la Hollande , cet Etat
commence à eftre bien dechiré.
par les factions , & les plus fages
s'apperçoivent bien qu'un
Gouvernement Arbitraire eſt
Novembre 1704. Mm
410 MERCUR ♬
fouvent plus avantageux qu'un
Gouvernement Républicain.
Le mot de Republique à fouvent
ébloui , fans aucun fondement
folide , mais feulement
parce que les Republiques ont
efté établies fur le pied d'Etats
libres , quoiqu'elles ayent beaucoup
plus de Maiftres que les
Etats Monarchiques , & que
par confequent elles foient fouvent
remplies de guerres inteſtines
aufquelles les Etats Monarchiques
ne font pas expofez.
Elles croyent n'avoir point de
Souverains . Elles en ont prefqu'autant
qu'elles ont de Sujets
élevez . Chacun y veutregner,
& chacun n'y fonge qu'à fes
propres interefts . C'eft pourquoy
il eft rare de voir des Re
GALANT 411
publiques qui s'agrandiffent. Je
ne croyois pas toucher cet Article
qui demanderoit plus d'étendue
, & quand je l'ay commencé
je voulois feulement
vous dire
que tour eft aujour
d'huy en combuftion en Holfande
entre les principaux Chefs
de la Republique , chacun vou-
Tant remplir les premieres Places
& les premiers Emplois.
Les nouvelles de Gibraltar
du 9. de ce mois portent qu'une
batterie de vingt pieces de canon
battoit en brèche la Tour
& une Courtine de la Place
avec fuccés que la bréche eſtoir
déja fort grande ; que ce jourlà
le Chevalier Lake entra dans
la Baye avec onze Vaiffeaux &
plufieurs Bâtimens de charge
Mm ij
412 MERCUR
E
& qu'il jetta des provifions &
des munitions dans la Ville.
Les Ennemis mirent le feu à un
de nos Brûlots. Nous avions
trois Fregattes , dont l'une fe
fauva. On fit échouer les deux
autres à la Cofte , & on y fit mettre
enfuite le feu , de crainte
que les ennemis ne s'en faififfent.
Lors qu'ils arriverent,
ils furent reçus au bruit d'une
batterie de dix canons qui
les incommoda beaucoup , & ils
n'auroient pu s'empêcher d'effuyer
tout le feu de cette batterie
, s'ils ne s'eftoient tenus
un peu éloignez . Mr de Pointis
prit en même temps la pofte
pour fe rendre à Cadix , afin de
revenir combattre les Ennemis,
avec les treize Vaiffeaux qui y
GALANT 413
font. Mr de Villadarias a mandé
en même temps qu'il avoit
reçu deux Bataillons , & qu'il
efperoit , nonobftant l'arrivée
des ennemis , aller fon chemin ,
& emporter dans peu la Place ..
Vous fçavez l'arrivée de Monfieur
le Maréchal de Teffé à
Madrid. On y eſt bien perſuadé
de la valeur , de fon intelligence
dans le mêtier de la guerre ,
& des fervices qu'il rendra à la
Couronne, puifqu'à peine a t- on
fçû fon arrivée , qu'on a appris
que Sa Majefté Catholique l'avoit
fait Grand d'Espagne ; ainfi
les Efpagnols obéiront avec
joye à un Grand de leur nation ,
& les François fuivront avec
confiance au combat un Maréchal
de France.
Mm. ij
414 MERCURE
2
Enfin c'eft aujourd'huy qué
l'on peut affurer que l'affaire
des Cevennes eft entierement
finie. Ravanel eftoit le feul
Chef qui leur reftoit. Monfieur
le Maréchal de Villars
avoit mis fa teſte à prix , & il
est venu l'offrir luy- même , en
fe confiant en la genereufe bonté
des François . Monfieur le
Maréchal de Villars qui fçair
les intentions du Roy , & qui
connoift la bonté inépuisable
du coeur de Sa Majelté , luy a
pardonné ; & ce procedé auf
clement que genereux a obligé
huit Officiers Fanatiques , qui
eftoient les feuls qui reftoient , à
fe rendre , & ayant éprouvé la
méme bonté , ils ont fait revenir
fix-vingt hommes . On affuGALANT
415
re qu'il ne reste plus que quelques
voleurs dans les Montagnes
,où il y en a toûjours eu .
Le 22. de ce mois on pouffa la
tranchée devant Veruë à fix
toifes du chemin couvert , & on
efperoit eftre le 6. de Decem
bre maistre de cette Place &
faire la garnifon prifonniere de
guerre. On doit admirer Monfeur
de Vendofme , qui juge
toûjours jufte , ayant dit lorf
qu'il fit ouvrir la tranchée , qu'il
comptoit que la Place pourroit
tenir environ jufqu'au 5 de Decembre.
Les ennemis firent une
fortie le 21. au nombre de 150 .
hommes , & le bruit fe répandit
aprés cette fortie , que le Comandant
de la place avoit efté tué.
Tout ce que je pourrois vous
416 MERCURE
endire
de l'Armée de Monfieur le
Grand Prieur ne ferviroit qu'à
vous faire connoiftre qu'il a fi
bien tenu refpect M le
Comte de Linange pendant
toute la Campagne , que ce
Comte n'a encore ofé avancer ,
& qu'il n'ofe encore defcendre
des Montagnes. Il a paffé toute
fa Campagne à publier qu'il luy
venoit de grands fecours , & à
menacer ; mais il s'eft trouvé à
la fin de la Campagne auffi peu
avancé qu'au commencement ,
& l'on peut dire qu'il n'a efté
'd'aucune utilité à Monfieur le
Duc de Savoye , puifque Monfieur
de Vendofme n'avoit pas
befoin de plus de Troupes qu'il
en avoit , pour venir à bout des
entreprifes qui luy ont fi heuGALANT
417
reufement & fi glorieufement
reüffi .
Selon toutes les apparences
les Conferences tenues entre
les Miniftres de l'Empereur ,
d'Angleterre , de Hollande &
des Envoyez des Mécontens
font rompues d'une maniere à
n'eftre pas renouées , & les conteftations
ont efté plus grandes
entre les Miniftres de l'Empereur
, d'Angleterre & de Hollande
, qu'elles ne l'ont efté avec
les Envoyez des Mécontens ;
chacun agiffant par des motifs
differens , & demeurant obſtiné
dans fon opinion . L'Empereur
de fon cofté ne vouloit rien accorder
, la Maiſon d'Autriche
demeurant toûjours dans fa fierté
ordinaire , & aimant mieux
418 MERCURE
tout rifquer qué de fe relâcher
en rien , fur tout dans un temps
où elle eft perfuadée que fes
Alliez l'affifteront de tout leur
pouvoir , la politique voulant
que felon le plan qu'ils fe font
formez , ils agiffent ainfi pour
leur propres intèrefts , & c'eft
par cette raison qu'elle eft coû
jours à charge à fes Alliez , dont
quelques-uns commencent à fe
repentir d'ettre entrez en guerre
voyant que leurs Etats s'épuifent
d'hommes & d'argent ,
& qu'ils le trouvent encore
dans la mefme fituation où ils
étoient lorsque la guerre a commencé.
Cependant l'affaire des
Mécontens devient tres ferieufe.
Ils n'ont cû depuis l'ouver
ture de la prefente guerre que
GALANT 419
cing mille hommes de troupes
reglées & payées , & quoiqu'on
en ait vu plus de cinquante mille
fur pied , ces troupes n'eftoient
en campagne que pour y vivre
feulement lorfqu'elles eftoient
dans leur pays , & profiter du
butin qu'elles faifoient lorf
qu'elles eftoient en pays ennemy
. Elles fe retiroient à la fin
de la Campagne, & quoique ces
troupes fuffent fidelles , nombreufes
& aguerries , le Prince
Ragotski ne pouvoit néanmoins
compter qu'il cuft une armée
affurée & qui fuft à ſes ordress
mais les chofes vont changer de
face & ce Prince aura au premier
jour vingt mille hommes
de troupes foudoyées , & qu'il
pourra faire marcher & agir en
420 MERCURE
tout temps. Il ne fera pas moins
fecondé des autres Troupes
dont je viens de parler au contraire
, cesTroupes voyant à leur
teſte 20000 , hommes de Troupes
reglées & aguerries qui ne les
abandonneront point , fe mettront
en campagne avec plus de
plaifir & plus de confiance , par
ce que le peril fera moins grand
pour elles , & qu'elles feront
foûtenues dans tout ce qu'elles
pourront entreprendre de perilleux.
S'il eft ainfi , il eft à
croire que les unes & les autres
groffiront toûjours & que
P'Empereur trouvera d'autant
plus de befogne de ce côté- là,
que ces Troupes font aguerries
, faites à la fatigue , & capables
de combattre en tout
temps.
GALANT 421
temps. Ce qui doit bien traverfer
la joye qu'il auroit pu avoir
de la prife de Landau , s'il eft
vray qu'il en puiffe avoir de la
conquefte d'une Place fi cherement
achetée , qu'il vaudroit
mieux qu'il n'euft jamais fait
cette conquefte , & qu'il n'euft
pas épuisé le fang le plus aguerride
toute l'Allemagne. Je parle
de la prife de Landau dont
Jentens feulement parler dans
le moment que je ferme ma Lettre
, fans fçavoir encore aucun
détail de ce qui s'eft paffé en
cette occafion . Je me préparois.
à vous parler de la fuite de ce
qui s'est fait à ce fiege depuis
les . de ce mois ou finit l'article
que je vous ay envoyé ; mais
commme on le pourra mieux
Novembre 1704. Nn
422 MERCURE
fçavoir de ceux qui étoient dans
la Place , c'eft d'eux qu'il faut
apprendre la fuite de ce grand
& memorable fiege , ou plutoft
qu'il le faut apprendre entier ;
parce que tout ce que l'on dit
du dedans d'une Place affiegée ,
tandis que le fiege dure , eft fou
vent bien imparfait. Il faut
donc entendre parler les Braves
qui fe font couverts de tant de
gloire , avant que de parler davantage
de ce fiege. On dit que
MrdeLaubanie a obtenu les mêmes
conditions qui furent accordées
à Mile Comte de Frize ,
lors qu'il rendit cette Place à
Monfieur le Maréchal de Tallard
; fi cela eft veritable , les
Ennemis le font beaucoup relâché
, puifqu'ils avoient public
GALANT 423
dés le commencement du fiege
qu'ils vouloient faire la Garnifon
prifonniere de guerre , &
que Mr de Laubanie n'auroit
point d'autre capitulation que
celle que Monfieur de Vendof
me accorderoit à la garnifon
d'Ivrée. Ils fe font pourtant
démentis ; mais il n'eft pas
aifé de tenir parole en de pareilles
occafions , & fur tout lorfqu'on
a des François à combatre.
On affure que ce fut le 23. de
ce mois à dix heures du matin ,
que Mr de Laubanie fit battre
la chamade ; qu'il doit eftre
conduit à Strasbourg avec fa
Garnifon , & que l'on a com
mandé un tres grand nombre
de Chariots pour mettre les
malades & les bleffez , & pour
ཐ
·
Nn ij
424 MBRCURE
..
conduire les équipages La deffenfe
a esté fi longue & fivigoureufe
, & les mefmes Poftes ont
efté pris & repris tant de fois ,
qu'il s'eft plus paffé d'actions
confiderables à ce Siege feul ,
qu'il ne s'en fait ordinairement
à plufieurs Sieges enfemble ,
mefme des plus fameux, De maniere
que fi la poudre ou quelque
autre chofe à peu prés de
cette nature y avoit manqué,
on n'en devroit point paroiftre
furpris, puifque tout ce qui s'eft
fait déclarant à ce Siege doit
avoir épuifé les magafins les
plus vaftes & les mieux remplis.
,
Les Ennemis jugeant qu'ils
feroient long - temps devant
Traërback , fansfe rendre maîtres
de cette Fortereffe , s'ils
GALANT 425
J. fit
attendoient que le canon y euft
fait bréche , à caufe de la difficulté
qu'il y a de tirer de bas
en haut , & que les coups
tirez
de cette forte font fort foibles ,
refolurent d'emporter ce Château
par efcalade , fans y avoir
fait de bréche. Le Gouverneur
qui s'en apperçut
toute la manoeuvre neceffaire
pour faire croire qu'il ne fe
doutoit de rien . Il leur laiffa
prendre toutes leurs mefures .
Il les vit approcher & planter
leurs échelles , & dans le moment
qu'ils voulurent mettre
leur deffein en execution , il
les fit charger avec tant de
vigueur , que de cinq cent
hommes qui avoient efté choi.
fis pour cette entreprife , il
Nnüj
426 MERCURE
n'en refta pas cinquante , tout
le reste ayant, efté tué ou
bleffé . Jefuis , Madame , &c . -
A Paris , le 30. Novembre 17040
APOSTILLE.
Il vient d'arriver des nouvelles qui
portent que Mr de Laubanie voyant que
les Ennemis bombardoient un de fes
Magasins àpoudre , & craignant que ce
Magafin ne fautaft , il avoit fait battre la
chamade afin que pendant que l'on tra
vailleroit aux préliminaires de la Capitulation
, toutes les hoftilitez eftant ceffées
, il puft faire tranfporter ailleurs les
poudres du Magafin bombardé. Les.
mêmes nouvelles portent que cette rufe,
permife en guerre, avoit réüffi , & que la
Capitulation ne s'étant point concluë ,
les hoftilitez avoient recommencé de
part & d'autre, Ceux qui avoient publié
davantage que la chamade battuë ,
avoient inventé le refte .
16
A VIS.
On vendra le Mercure du mois pra
chain , le 2. Janvier 1705,
TABLE.
PAraphrafe du Pfeaume 101. appliquée
au Roy.
Extrait d'une Lettre de Pondichery.
Ville & Fortereffe appartenant
à la Royale Compagnie des Indes
Orientales fur la cofte de Co-
Aromandel,
I2
Extrait des Lettres de Mr l'Evê A
25
que de Babylone‹ écrites d'Hifpaban
,
Extrait d'une Lettre de Marfeille
, contenant plufieurs nouvelles
du Levant ,
30
36
Caracteres des RR. PP. Maure
& Maffillon ,
Reception faite à Lyon à Madame
& à Mademoiſelle d'Elbeuf, 46
Premier article des morts ,
Manifefte de l'Electeur de Bavie-
49
ra 66
TABLE.
188
Benefices donnez par le Roy , 177
Second article des morts ,
Lettre fur le départ de Mr & de
Madame l'Envoyée de Gennes ,
L'ouverture da Parlement,
205
210
Ouverture des Audiances de la Cour
222 des Aides ,
Ouverture de l'Academie Royale
des Sciences , & de l'Academie
des Infcriptions , i
228
Ouverture des Audiances du Parlement
, 233
238 uite dufiege de Veruë ,
Paralelle du Cardinal Ximenes ,
& du Cardinal de Richelies ,
265
Paftorale fur les nouveaux avantages
remportez en Savoye , en
Piémont , &fur mer, 267
Estampes anciennes & modernes qui
TABLE.
fe trouvent chez le fieur Nicolas
Langlois,
Livre de Sonnates ,
269
20090099272
Les Pfeaumes de David , & les
Cantiques de l'ancien & du nouveau
Teftament mis en vers
François fur les plus beaux airs
des meilleurs Auteurs , tant anciens
que modernes , 274
Le livre neceffaire à toutes les Proe
fellions ,
Troifiéme article des morts,
Fantes corrigées,
276
277
284
Entrepriſe tentée fur Briſack , 286
3.021 Mariage ,
Porrtrait du Roy envoyé à la Reine
d'Espagne par Sa Majesté, & ce
que cette Princeffe dit à cette oc-
"
cafion , 306
Eftat des Officiers generaux qui
doivent fervirpendant l'hiver,
310%
TABLE.
Extrait d'une lettre de Cadix 315
Intendances données ,
8333
Quatrième article des morts336.
Canonicat de Noftre Dame donné,
idem
Rejouiffances faites à Toulon à l'ar-
Crivée de Monfieur le Comte de
Touloufe,&l'arrivée de ce Prince
à Versailles,
338
347 Suite du fiege de Gibraltar,
Jugement donnépar le Confeil d'E
tat d'Espagne ,
Articles des Enigmes
75375
3 2
377
Article contenant des agrémens de
Regimens donnez par le Roy ,
ainfi que des Gouvernemens &
des Penfions , 382
Nouvelle relation du fiege de Veruë
,
Suite dufiege de Landau
387
394
TABLE.
Nouvelles & Angleterre & de Hol
Lande ›
200407
Suite des nouvelles de Gibraltar ,
Nouvelles de Madrid
411
413
Fin de l'affaire des Cevennes , 414
Dernieres nouvelles du Siege de
Veruë,
415
Nouvelles de l'armée de Monfieur
le Grand Prieur ,
Affaires des Mécontens ,
Nouvelles de Landau.
idem
417
423
Efcalade de Traerback ,fatale aux
Ennemis.
424
Chamade battuě à Landau , par
une rufe de guerre.
Avis,
426
idem .
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
O Dieux ! &c. doit regarder
la page 211 .
L'Air qui commence par
La pauvre Life , &c. doit regarder
la page 380.
. 51122
1704,11
Mercure
..
<36624504910019
<36624504910019
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
NOVEMBRE , 1704 .
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Ommeil eftimpoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffr
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui ferent reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payeta que trente-cinq .
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DC CIV.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
TLy a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis, qui a
efté mis depuis tant d'années»
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres reitem
rées qu'onafaitesd'écrireen
caracteres lifibles les Namss
propres quife trouventdans
les Memoires qu'on envojar
pour eftre employez , on new
glige de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
"
AU LECTEUR :
dedéfigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,"
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& que l'on employera
tous les bonsOuvrages àleur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE , 1704 .
Ba
E vous envoye une Paraphrafe
du Pleaume 101 .
appliquée au Roy.
Eatus vir , qui timet Dominum,
in mandatis ejus volet nimis .
L'homme qui craint le Ciel , & qui fuivant
les loix 2
A iij
6 MERCURE
Ne cherche d'autre fruit , ny d'autre récompenfe
Que le plaifir de fon obéïffance ,
Sera le plus heureux des hommes & des
Rois.
Potens in terra eritfemen ejus
Son nom , fonfang , fa gloire & fa felicité
,
Dont l'éclat a bien mieux que celuy du
tonnerre
Surpris & fait trembler toute la ter
re,
Paffent de fils en fils à la Pofterité.
·generatio reitorum benedicetur.
C'eft ainfi que du Ciel les Juftes font
benis.
Du Ciel qui pour hâter l'effet de fes promeffes
Prévient leurs voeux & répand fes largeffes
GALANT
7
Avec plus de bonté qu'il n'a même promis
.
Gloria divitiæ in domo ejus ,
Les biens , l'autorité , le thrône, la grandeur
,
Pour les autres Mortels , monuments peu
durables ,
Sont pour luy des titres inéfaçables
Dont la crainte de Dieu raffure la fplen
deur.
Juftitia ejus manet in fecalum feculi.
Les fiecles à venir & les plus reculez
Verront ce qu'il a fait en le voyant revi
vre ,
En fes Neveux fideles à le fuivre.
Ses Empires jamais ne feront ébranlez .
Exortum eft in tenebris lumen
rectis corde , mifericors & miferator
&juftus.
A iiij
8 MERCURE
De la Difcorde en vain paroît l'affreufe
nuit ,
Par un trait de Juſtice égale à fa clemence
,
Le Seigneur fait éclater fa puiffance ,
Et loin de fes Etats la Difcorde s'enfuit.
Fucundus homo , qui miferetur &
commodat , difponet fermones fuos in
judicio , quia in æternum non commovebitur.
De l'homme genereux, ſage dans ſes dilcours
,
Senfible aux affligez , à fes amis fidelle
Le fang , le nom , la gloire eft éternelle
,
Et rien ne peut troubler ny.fon
coeur ,
ny fes jours.
· In memorià æternà erit juſtus , ab
auditione malà non timebit.
Sa memoire à l'abri des plus triftes revers
,
GALANT
9
Le Jufte ne craint pas qu'on vienne à fes
oreilles
Publier que l'éclat de fes merveilles
Irrite fes Voifins , & choque l'Univers.
Paratum cor ejus fperare in Do.
mino , confirmatum eft cor ejus ,
Le Seigneur eft fon Dieu , le Ciel eft fon
appuy ;
Sa voix eft fon confeil , & fon bras fa
puiffance.
C'eft Dieu feul qu'il appelle à fa défenfe
,
Toûjours preft à n'avoir d'efperance
qu'en luy.
Donec defpiciat inimicos fuos.
De cent Peuples divers tous les Princes
liguez
Ne font aucun effort qui ne ferve à fa
gloire ,
Toûjours forcé d'aller à la Victoire
10 MERCURE
Il les voit malgré luy confus & fubju→
guez.
Difperfit dedit pauperibus juftitia
ejus manet in fæculum fæculi .
Les Peuples & les Rois comblez de fes
bienfaits
Beniffant les faveurs de ſes mains liberales
,
Font que l'éclat de fes vertus royales
Avecque fon bonheur ne finira jamais,
» ë
cornu ejus exaltabituringloria;
Sa puiffance portée au de- là de nos
voeux ,
Doit s'élever encor fi haut , que pour le
croire ,
Sans écouter ce qu'en dira l'Hiftoire,
On ne confultera que fes dignesNeveux .
Peccator videbit& irafcetur, dentibus
fuis fremet
GALANT II
De fes profperitez , jaloux à la fureur ,
Les Princes fes voiſins grincent les dents
de rage ;
Mais le Soleil , au milieu de l'orage ,
Ne fait
que
mieux connoiftre , & fentir
fon ardeur.
& tabefcet ; defiderium peceatorum
peribit.
Heureux , Grand , Immortel, le pecheur
le verra ,
Le pecheur , qui ſeichant de dépit &
d'envie ,
Voudra couperfonbonheur &fa vie,
Mais avec fes defirs, lepecheur perira.
Cette Paraphrafe eft de
M' l'Abbé Grimaud , fameux
Prédicateur.
12 MERCURE
Quoique l'Europe foit feconde
en grandes nouvelles ,
je croy que vous ne laifferez
pas de voir avec plaifir celles
que je vous envoye des autres
parties du monde.
EXTRAIT
D'une Lettre de Pondichery ,
Ville & Fortereffe appartenant
à la Royale Compagnie
des Indes Orientales
fur la Cofte de Coromandel
, où eft aujourd'huy
la
principale Facturie ou Comptoir
de cette Compagnie.
GALANT À 13:
Du 8. Fevrier 1704 .
Ranguezeebe , Empereur du
Mogol , vit encore & est
auffi respecté que jamais dans fes
Etats , quoiqu'ils foient d'une
étendue prefqu' immenfe tant de
l'Orient à l'Occident , que du
Midy au Septentrion . Il est attaché
uniquement, & n'a d'attention
que pour détruire les Mayates
, Peuples de la partie Meridionale
de la Peninfule de l'Inde,
& Sujets d'une espece de Roitelet,
ou petit Souverain , fils du fameux
Sivagy fi celebre il y a
14 MERCURE
environ trente ans parfa revolte
contre Oranguezeebe . Il leur enleve
chaque année une Place , à
quoy fe borne ordinairement fa
Campagne , où il ne manque jamais
de fe trouver en perfonne ,
pendant que partie de fes troupes
difperfees en diverfes Provinces ,
pillent & defolent trois ou quatre
Royaumes .
Les Sultans , fils de ce grand
Prince , ont leurs parties faites ,
& n'attendent que fa mort pour
agir. Ily aplufieurs Princes dans
cette Famille qui viennent de ces
trois fils : heureux fera celuy qui
l'emporterafurfesfreres.Lorfqueje
GALANT 15
parle des trois fils d'Oranguezeebe,
je n'y metspas Sultan Agbat qui eft :
enPerfe, quifans doute remuëra
auffi ; car il eft appuyé des Rafepouts,
Peuples les plus belliqueux
de toutes les Indes.Il comptefortfur
le fecours du Sophy , entre les bras
duquel il s'eftjetté ily a déja dixneuf
ou vingt ans & qui le
confidere l'entretient à la Cour
avec beaucoup de fplendeur& de
fafte. Ce fera une terrible revolution
à ce changement de Regne.
Les Flibuftiers des Iles de:
l'Amerique donnent bien des affaires
aux Nations de l'Europe.
qui font aux Indes , qu'Orangue16
MERCURE
Zeebe veut rendre refponfables des
Vaiffeaux qu'ils prennent fur fes
Sujets. Ils en ont encore enlevé
deux l'année derniere qui venoient
de Moka , Por proche de l'embouchure
de la mer rouge fur la
cofte du Royaume d'Hyemen , ou
Arabie heureufe ; c'est d'où nous
vient le Caffé qui ne croift en
autre lieu du monde , qu'en ce
Pays-là , & qui enfournit prefqu'à
toute la terre.
Il a paßé fur un des deux
Vaiffeaux de la Compagnie qui
arriverent l'année passée à noftre
rade , Mr le Patriarche d' Anthioche
nommé par le Pape jour paf'
GALANT 17
•
fer en la Chine , & y prendre
connoiffance des differens qui y divifent
les Miffionnaires fur la
Religion. Ce Patriarche eft une
perfonne de grande diftinction,
d'un merite fingulier ayant le caractere
de Legat à latere. Il a
plufieurs Miffionnaires avec luy
d'une pieté exemplaire. Il fe remet
au mois de Juin prochain pour
paffer dans la Chinefur des Vaiffeaux
Anglois , fur lesquels il
s'embarquera à Madrafpatan ,
Ville Fortereffe dans noftre
voisinage , appartenant à la Compagnie
Angloife.
L'on tient icy la mort du Roy
Novembre 1704. B
18 MERCURE
que
la
de Siam toute affurée , auffi-bien
guerre dans ce Royaume
entre les prétendans à cette Couronne.
Nous n'avons point de
Lettres de ce Pays-là depuis l'année
derniere , mais unefeule de la
Chine d'un de Mrs nos Evefques
François , qui eft l'Evefque de
Soure , Miffionnaire Breton. Les.
Arabes de Mafcate dont je vous
entretins l'année paffée , continuent
leurs courfes fur toutes les
Nations , fur lesquelles ils prennent
tous les jours des Vaiffeaux,
principalementfur la cofte de Malabare
. Ils ont des Vaiffeaux depuis
trente jufqu'à cinquante ca
GALANT 19
nons. Je croy vous avoir mandé
qu'il y a quelques années qu'ils
s'emparerent de Mafcate , Place
forte des Portugais , Nation fi
redoutable autrefois dans toutes
les Indes. Elle y eft devenue fi
foible , pour ne pas dire fi méprifable
, qu'ily a peu d'apparence
qu'elle puiffe jamais recouvrer
Mafcate une des plus fortes places
qu'elle enft dans ce Pays-là , tant
par fa fituation avantageufe ,
queparfes ouvrages , & une tresnombreuſe
Artillerie de fonte ; ce
qui a rendu tres-redoutables dans
les Indes les Arabes qui s'en font
rendus les maiftres , & qui obeif-
Bij
20 MERCURE
fent à un Prince de leur Nation
tres-belliqueux.
Nous avons appris depuis peu
que quatre ou cinq Fregattes Flibuftieres
fe font detachées des autres
pour retourner vers S. Domingue
, dans le deffein¸ à ce qu'on
a appris de celles qui font restées
aux Indes , de tenter quelque entrepriſe
remarquablefur leur route
qui puiffe leur procurer leur pardon,
quand ils feront arrivez à
S. Domingue , pour en eftre partis
fans commiffion ny congé. L'on
croit icy que cette expedition regarde
l'Ifle de fainte Helene occupée
par les Anglois depuis quinze
GALANT 21
ou vingt ans. Laplupart de ces
Baftimens Flibuftiers font venus
aux Indes par la mer du Sud ;foit
enpaffant par le detroit de Magellan
, foit en traversantpar terre
I Amerique Espagnole , au delà de
laquelle ils ontfurpris des Baftimens
fur lesquels aprés plufieurs
courfesfur les coftes de la Nouvelle
Espagne, du Perou & du Chily,
ils ont paßé aux Ifles Philippines,
& de là dans l'Inde. Ils s'y ren
dent encore redoutables à toutes les
Nations, & pouffent leurs croifieres
jufques dans la mer rouge.
Ils y ont
ont fait plufieurs prifes confiderables
principalement fur les
ג
22 MERCURE
>
la
Sujets du Mogol & d'autres
Princes Mahometans des Indes ,
dont les Baftimens navigent
dans cette mer tant pour leur
negoce ,que pour y porter annuellement
de riches prefens pour
Meque , où eft le Tombeau de
Mahomet , & où vont en Pelerinage
des Caravanes entieres
tant par mer que par terre ,
d'Afrique , que de toutes les parties
du Lervant où l'on fait profeffion
de la Religion Mahometane.
tant
Je vous diray au fujet de la
question que vous m'avez faite
fur le Peuple que nous avons icy,
GALANT
23
les
qu'outre prés de quatre cent , tant
François que Portugais & d'autres
Nations de l'Europe tous Catholiques
, ily a principalement
dans nos Fauxbourgs plus de quarante
mille Indiens , & fur tout
Malabares exerçans divers Meftiers.
Ily a particulierement des
Tifferans , des Peintres pour
Toiles & d'autres fortes d'ouvriers
dont les uns ont leurs Pagodes
, & les autres des Chap
pelles ayant efté convertis &
baptifez par les Peres Jefuites
que nous avons icy. Nous avons
auffi dans l'étendue de noftre Dif
trictou Domaine à quatre où cinq
24 MERCURE
lieues à la ronde de cette Place
acquis par les Hollandois , qui
nous l'ont vendu quand ils nous
ont reftitué cette Place en vertu
d'un Article du Traité de Paix
de Rifwick ; nous avons , dis-je,
dans cette étendue trente ou qua
rante tantVillages que Bourgades,
dont les Habitans Indiens au
nombre de plus de trente mille
travaillent principalement
en toi
les tant blanches que peintes ,qu'ils
viennent vendre icy au Comptoir
de la Compagnie
, ce qui fait partie
des Chargemens des Vaiffeaux
qu'elle y envoye tous les ans. Et
ce qui nous attire tant de peuples
de
GALANT
25
de diverfes Contrées des Indes ,
eft l'affurance qu'ils ont d'eftre
payez comptant des Marchandi-
Les qu'ils nous apportent , & dont
ils ont fouvent reçu une partie du
les
befoins
prix par avance pour.
pour la fubfiftance de leurs
familles.
2
EXTRAIT
Des Lettres de M' l'Evefque de
Babylone , écrite d'Hifpahan
à M' de Saint- Olon fon
frère , dans les mois de Novembre
1703. & Janvier
1704 .
Le R. P.
Zapolosky Jefuite ,
Novembre 1704. C
26 MERCURE
Ambaffadeur de Pologne , fitfor
entrée à Hifpahan le 4. Juillet
dernier avec un Cortege affez
nombreux. Il menoit avec luy
deux autres Peres & un Novice,
un Tambour , deux Trompettes
un Porte Enfeigne , dix Soldats
armez de Lances avec des Banderolles
rouges & blanches , &
quarante hommes à cheval ; je
l'accompagnois auffi fur une mule
blanche bien ornée. On le logea
dans le Palais du deffunt Arche-
•vefque d' Ancyre. Il n'a cependant
rien pú obtenir de cette Cour, pas
mefme la permiffion de baftir une
Eglife à Chamaquie. La multiGALANT
27
tude de femblables Ambaſſades en
gafte le meftier. Il eft reparty le
16. Octobre pour s'en retourner;
mais j'apprens qu'il eft mort en
chemin , & que fes Compagnons
ontportéfes os à Tauris,où ils ont
efté enterrez en grande Pompe.
LeR. P. Rhent , Secretaire defon
Ambaffade , eft encore icy.
La Flotte des Portugais qui
étoit à Congofit voile au mois de
Septembre pour s'en retourner à
Goa , aprés avoir inutilement attendu
pendant trois ans les troupes
Perfiennes tant promifes par le
Sophy pour la guerre de Mafcary;
-ainfi l'on peut dire que le deffein
1
C ij
28 MERCURE
de cette Guerre s'en est allé en
mée.
fu
Celui- cy ayant fçû qu'un de
nos Miffionnaires de Zulpha avoir
chez luy une Laye de Sanglier
avecfept Marcaffins l'envoya enlever
, lafit tuer en fapréſence
coup de canon. તે
On dit
que
les affaires des
Compagnies Angloife & Hollandoife
font toujours brouillées avec
les Mogontains à Surate , & aucun
Vaiffeau n'en est venu depuis
long-temps.
Un des premiers Eunuques
Nazir ou Grand Maistre de la
Maifon du Sophy eft party deGALANT
29.
puis peu avecplufieurs Dames du
Serrail , & environ dix mille
perfonnes pour les grands Pelerinages
de la Secte de Haly , qui
font Machet , Bagdad , & la
"Mecque ;& l'on dit qu'il y porte
trente mille Tomans de prefens.
Ce Nazir eft grand ennemy des
Chreftiens;mais on donne fa Charge
un autre Eunuque blanc ,
nommé Ibrahim Aga qui eft plus.
benin.
La Nation Georgienne a maintenant
le deffus dans cette Cour ,
ypoffede les principales Charges
de la Couronne .
Le bruit avoit couru icy que
Ciij
30 MERCURE
Orenguezeebe , Grand Mogol ,
qui a prés de cent ans , étoit mort,
mais comme il ne fe confirme pass
le Pere Fortuné, Carme déchauẞé
Genois , qui en attend icy le decés
ily aplus d'un an ,pour aller congratuler
le nouveau Monarque
de la part de l'Empereur, eft contraint
de differer fon Ambaffade.
EXTRAIT
D'une Lettre de Marſeille ,
du 1. Septembre 1704 .
On a appris par des Vaiffeaux
Marchands arrivez à Marseille
de Conftantinople , de Smyrne &
GALANT 31
a
de diverfes Echelles du Levant ,
dont cinq ou fix venoient d' Alexandrie
, für lefquels il y a huit
ou dix mille balots de Caffé. On
dis-je , apris par ces Vaiffeaux
du Caire , du premierJuin , qu'il
regne une extrême famine à la
Meque dans cette partie de
l'Arabie , où il n'a pas encore plû
cette année . L'ancien Cherif qui
avoit tant exercé de tyrannies
avoitpar ordre du Grand Seigneur
cedé fes Etats à fonfils ; mais fe
repentant de fa demiffion , il s'eft
uny avec fes Neveux pour rentrer
dans le Gouvernement , cela a
joint la guerre à la famine . Le
C iiij
32 MERCURE
jeune Cherif a envoyé demander
icy du fecours qu'on a deliberé de
luy envoyer aprés le retour du
Courier qui en porte l'avis à la
Porte . Il n'eft cependant jufqu'icy
arrivé aucun Vaiffeau des Indes
à Gidda, & l'on craint fort qu'il
n'en vienne pas cette année ce
qui mettroit les Cherifs dans la
neceffité de ruiner les Marchands
de Gidda , pour avoir au deffaut
des droits de leurs Douanes dequoy
fournir à leurs Soldats.
ر
Les mêmes Lettres du Caire
contiennent les nouvelles fuivantes.
GALANT
33
le
Mr du Roule nommé par
Roy Envoyé Extraordinaire en
Ethiopie eft arrivé icy depuis un
mois , & partira d'Egypte vers
la fin de Septembre. Ilmene avec
luy Mr Hipy , Medecin treshabile
en la Botanique , qui
enrichira bien cette Science , fi
Dieu le conferve , & que le voyage
d'Ethiopie s'acheve.
1.
d'EMr
Poncet, Medecin François,
qui a déja fait le voyage
thiopie , dont il a guery de la lepre
le Roy de ce Pays-là , appellé
le Grand Negus ou Preſte Jan,
arrivé en Egypte vers le mois
d'Aouft de l'année passée , en par34
MERCURE
tit pour l'Ethiopie par la mer
rouge vers la fin d'Octobre avec
Mr Murat & un Pere Jefuite ;
mais ce deffein n'a pas efté heureux
jufqu'icy. Le Pere Jefuite
eft revenu de Gidda , Port de la
Meque fur la mer rouge dans
l'Arabie. Mr Poncet a continué
fa route à Moka , autre Portfa
meux , fur la mefmeCofte , vers
l'embouchure de cette mer , dans
le Royaume d'Hyemen ou Arabie
heureuſe , où croift uniquement
le Caffe , d'où il nous vient par
Suez , d'où il fe transporte par
terre au Caire, à dos de Chameaux,
d'où l'on l'envoye enfuite à AleGALANT
35
-
xandrie pour y eftre embarqué.
Le Medecin s'étant brouillé à
Gidda avec Mr Murat , ce dernier
aprés y avoir efté depoüillé
de tout ce qu'il emportoit , s'eft
embarquépourSuaken afin de continuer
fa route vers l'Ethiopie
dont Suaken eft le Port le plus
prochefur la mefme mer rouge
Sous l'obéifance du Grand
Seigneur qui y entretient un Bacha
& une Garnifon. Ce Port
eft fituéfur la cofte Occidentale de
cette mer.
Mr Murat mande de Gidda
à noftre Conful du Caire , qu'avant
que de s'embarquer pour
36 MERCURE
Suaken , il fignalera fon zele en
vers le Roy & Mr du Roule ,
qu'ilfe propofe de venir recevoir
à Sennaar , Capitale du Royau-
・me de ce nom , fituée fur la rive
Occidentale du haut Nil , par
où avoit passé Mr Poncet à fon
precedent voyage en Ethiopie.
Je vous envoye un Ouvrage
qu'on lit icy avec beaucoup
de plaifir . Il en a couru des
copies differentes , celle
que
je vous envoye eft la plus châtiée.
GALANT 37
CARACTERES
DES RR . PP.
MAURE ET MASSILLON.
D
Eux nouveaux Orateurs
fortis d'une même Province ,
élevez dans une même Congregation
, illuftres par des talens differens
, s'emparent des fuffrages
qui fembloient n'eftre dus qu'à
Bourdaloüe
. Ils entrent en vogue
·le premier jour qu'ils montent en
Chaire ; un Avent fait la reputation
de l'un ; un Čarefme place
l'autre au deffus de tous les bommes
éloquens.
38 MERCURE
Celuy-là poffede tous les avantages
du dehors :fa phiſionomie eſt
agreable , fa voix nette , & fon
action tres - formée. Il prononce
auſſi bien qu'il écrit ; ſa compoſition
eft delicate , &fa maniere de
debiter tres -prévenante. Il traite
bien les Myfteres , il brille dans
les Panegyriques , & fur tout il
excelle dans la Morale. Ses Dif
cours ne font gueres moinsfolides
que fleuris , ny fes defcriptions
moins vives que regulieres ; fon
feu diminue rarement ; fa juſteſſe
n'altere jamais la vivacité defon
ftile. Il connoift parfaitement le
coeur de l'homme ; on fe découvre
GALANT
39
dans les Portraits qu'il ébauche ;
rien ne manque à ceux qu'il acheve.
Au refte , ce ne font point de
ces
Peintures vagues ,
vagues , la reffemblance
y eft entiere ; ce ne font
point auffi des images prophanes ;
plus propres pour faire aimer le
vice agréablement repreſenté , qu'à
en inspirer de l'horreur. Il peint
en Orateur chrétien ; il n'imite
:
pas ces hommes qui par un faux
zele fubtilifent les traits d'une
·Sainteté mondaine avec les douces
corrections de l'Evangile trop
jeune pour eftre confommé , mais
doué d'un beau genie qu'il doit à
lay-même , il poffede ce que les
40 MERCURE
des
autres ne peuvent obtenir que
années & d'un long travail. Il
remplit avec adreffe fesfentimens
avec de riches expreffions ,fes raifonspardes
traits éblouiffans , fes
dernieres preuves par de nombreux
détails. Sa vehemencefupplée à ce
qui luy en est échapé.Il n'apasl'injufte
vanité defe faire honneur des
penfees qu'il doit aux Peres de
l'Eglife . Il ne les nomme pourtant.
pas toujours content de les citer
lorfque leur autorité eſt neceſſaire.
L'Art n'eft pas toujours également
déguife dans toutesfes pieces ; elles
font admirer fon efprit , & fije
Lofe dire , elles le découvrent quelGALANT
41
quefois un peu trop : non pas que
l'Orateur affecte de le produire , il
luy feroit difficile de le cacher ; on
en découvre même beaucoup plus
dans les occafions où ilfemble avoir
voulu eftre fimple & naturel.
D'auffi belles difpofitions nous donnent
de grandes efperances : il aura
peu d'égaux quand il les aura
remplies : il pourra même les furpaffer
; & la Cour où il a para
n'a pas efté l'écueil de fa reputation.
44
Celuy- cy a l'air a grave , la voix
touchante
, le geste infinuant
: il
n'a pas les grands mouvemens
des
déclamateurs
impetueux
, ny les
Novembre 1704.
D
42 MERCURE
manieres baffes & rampantes des
froids Orateurs. Plus on l'écoute,
plus on fe fait à fon action : elle
eftfinguliere , & il entend bien à
la ménager. Sapréfence perfuade
ce qu'il va dire , & ce qu'il dit
acheve de convaincre. Son ftile
nourri des faintes Ecritures , eft
tel que les habiles y trouvent de
la profondeur , fans que
le trouvent obfcur ný trop élevé ;
fecond en belles applications , original
dans fes portraits , concis
dans fes narrations ; les lieux
communs ne le font pas entre fes
mains , il dit des chofes que les
autres n'ont jamais dit, & il pa
les autres
GALANT
43
des
roit même l'inventenr de celles
qu'il tient des Peres. Auffi moderé
que jufte dans fes ouvrages ;
délicat & non recherchédans celuy
termes , il neglige les ornemens
qu'il ne croitpas de voir fervir
à la dignité de l'Evangile.
Ses difcours font fimples en apparence.
Quelle onction , fur tout
dans fa maniere de parler ! qui
ravit les Auditeurs & les laiffe
dans l'incertitude de fçavoir ce
qu'ils admirent davantage , ou le
zele de l'Apoftre , ou la fineffe de
l'Orateur. On diroir que l'éloquence
a des regles particulieres
pour lui , & des fecrets refervez
C
Dij
44 MERCURE
fon efprit. Tout devient éloquent
dansfa bouche , & fa bouche
ne prononce que des oracles ;
par un mot il explique un fentiment,
&par quelques fentimens
il épuife un fujer. Soit qu'il cite
ou qu'il invente ,foit qu'il éta
bliſſe des principes , ou qu'il tire
des confequences
, foit qu'ilſe jette
dans la morale ; ou qu'il revienne
aux points de doctrine , on trouve
fes reflexions
folides , fes raifon
nemens finis & fes preuves complettes.
Tout chez luy coule de
Source ; il n'a rien avancé d'inutile
; il n'a rien obmis que ce qu'il
a dú taire. Habile Theologien
GALANT
45
2
A
il femble que les mifterês de la
Religion ceffent de l'estre quand il
les développe ; bien loin de propofer
à noftre foy des chofes obfeures
, il les rend fi intelligibles que
l'on n'a prefque plus befoin defoy
pourles croire. Cefont des veritez
qu'il dénoues autant capable de
publier le merite des Saints , que
de toucher les pecheurs efficacement.
Ses panegyriques égalent
fes difcours moraux , & tous ont
un fi grand prix que pour trop
valoir , ils nous oftent la liberté de
fçavoir en quoy il excelle. La derniere
fois qu'on l'entend eft celle
qu'on tâche de ne l'avoir pas en46
MERCURE
tendu . On trouve qu'il s'y eft
furpaßé & qu'il fe furpaffe tous
les jours , incapable d'eſtre furpaßé
par d'autres. Sa réputation
Fa bien-toftporté à la Cour; ily a
annoncé avec éloge les veritez de
la Religion en prefence du Roy qui
les craint. Il a commencé auffiglorieufement
que les autres voudroient
finir.
excel-
Celui- là fert de modele à ceux
qui afpirent à la Chaire : celui- cy
eft le modele de ceux qui y
lent déja. En un mot , l'un a peu
d'égaux , & l'autre eft inimitable.
Monfieur le Duc de ManGALANT
47
toüe paſſa à Lyon dans le mois
d'Octobre , il ne s'y arreſta que
demie heure . Madame & Ma
demoiſelle d'Elbeuf y arriverent
quelques jours aprés luy ;
elles y fejournerent cinq ou fix
jours. Elles allerent aux Carmelites
le jour de fainte Therefe.
MⓇ de Villeroy qui en eft
Prieure leur donna un repas.
magnifique. Elles entrerent le
lendemain dans l'Abbaye de
faint Pierre ; M° de Chaulnes
qui en eft Abbeffe les y reçut
avec beaucoup de magnificence.
Elles ont efté plufieurs fois
à l'Opera , où la beauté de Ma48
MERCURE
demoiſelle d'Elbeuf a paru
relevée d'un fort grand nombre
de pierreries . Elles ont efté
par eau jufqu'à Marſeille , où
deux Galeres les attendoient.
Les Dames de Lyon qui les
accompagnerent
jufqu'à la
Barque qu'on leur avoit préparée
, verferent beaucoup de
larmes en les quittant , Mademoifelle
d'Elbeuf ayant
mé tout le monde par fes belles
manieres . On luy a préfenté
pendant fon fejour plufieurs
Ouvrages en Vers remplis des
louanges de cette Princeffe.
char-
Dame
GALANT 49
Dame Jeanne de Raucourt
veuve de feu M' Laure , Secretaire
du Roy , eft decedée en
ſa maiſon à Bagnolet , prés de
Paris , âgée de 92. ans.
Le Prince de Bevintem de la
Maifon de Wolfembutel , eft
mort de maladie . Il s'eft diftingué
dans plufieurs occaſions
militaires , où il a donné des
preuves certaines de fa fermeté.
& de fon courage. La Maiſon
de Wolfembutel eft une branche
de l'Illuftre Maiſon de
Brunfvvick. Elle fe forma en
la perfonne d'Henry Duc de
Calemberg & de Wolfembu
Novembre 1704.
E
50 MERCURE
tel , qui fut le dernier des
enfans de Magnus Torquatus ,
& qui époufa en premieres
noces Sophie , fille de Boleflas ,
Duc de Pomeranie , & en fecondes
, Marguerite , fille de
Guillaume , Landgrave de Heffe.
Il ne laiffa qu'Henry & Guil
laume , dit le Vieil & le Victovieux
, qui continua la poſteri-
› parce qu'Henry ne laiffa
qu'une fille. La Maiſon de
Brunfvvick & de Lunebourg
2 pour tige Azo d'Eſte , Mar
quis de Tofcane , qui vivoitau
commencement du onzième
fiecle. Il fuivit l'Empereur ConGALANT
51
rad II . en Allemagne , où il
épouſa Cunegonde , foeur de
Guelphe III . de la famille des
anciens Guelphes , dont on
croit communement qu'il fut
le dernier. Brunfvvick eft un
Pays d'Allemagne dans la baſſe
Saxe , avec titre de Duché . La
Ville qui porte ce nom en eft
la Capitale. Elle fut bâtie en
868. par Brunon , fils d'Alphonse
Duc de Saxe , qui luy
donna fon nom. Quant à
Wolfembutel , c'eſt une Ville
& Fortereffe d'Allemagne, auffi
dans la baffe Saxe. C'eft le lieu
de la refidence des Ducs de
י ו
E ij
52 MERCURE
Brunfvvic Wolfembutel , dont
eftoit le Prince de Bevintem .
Dom Fernando Manuel
Archevefque de Burgos , eft
mort dans fa Ville Epifcopale ,
eftimé & regretté de tous fes
Diocefains . Il a gouverné ſon
Dioceſe avec une prudence &
une fageffe qui rendront famemoire
tres-précieufe aux Efpagnols.
Il eftoit d'une famille
qui a produit en divers temps
de faints Perfonnages. Burgos
fur l'Orlança , cft une Ville
d'Eſpagne , Capitale de la vieille
Caftille. L'Archevefché a
cfté érigé par Gregoire XIII.
GALANT
53
Cette Ville eft des plus belles ,
des plus grandes , & des mieux
peuplées de toute l'Eſpagne.
Elle eft fituée fur le penchant
d'une colline , qui a un Château
affez fort fur le fommet,
& au pied la riviere d'Orlança ,
qu'on y paffe fur divers Ponts .
L'Eglife Cathedrale eſt tresmagnifique.
Il y aun College
de Jefuites . Le Monaftere du
Crucifix des Auguftins y eft
auffi tres - celebre, Burgos eft
une Ville de commerce. Le
Siege Epifcopal y fut transferé
de l'ancienne Ville d'Auca en
1075. & Gregoire XIII. l'é-
E iij
54 MERCURE
Suf
rigeaen Archeveſché à la priere
de Philippes II . Il a pour
fragans Pampelune , Calahorra
, & Palencia. Les Evêques de
Burgos ont fouvent publié des
Ordonnances dans les Synodes
qu'ils ont eu foin d'affembler
pour le bien & l'avantage de
leur Dioceſe . Gonzalés , qui en
eftoit Evêque , en celebra un
en 1377. Jean de Cabeça de
Vaca en affembla un autre en
1411. Louis de Cunna en
1474. & Paſchal en 1499. &
1500. Voyez le Livre 8. de
Mariana , ce fameux Jefuite
qui donna au public un Livre
GALANT 55
fur l'obéiffance dûë aux Rois.
Meffire Louis Marcel , Bachelier
en Theologie de la Faculté
de Paris , & Curé de Saint
Jacques du Haut- pas , mourut
le Mardy 4. de ce mois , jour
de Saint Charles , fur les deux
ou trois heures aprés midy
avec les faintes difpofitions
dans lesquelles il avoit toûjours
vécu. C'eftoit le plus ancien
Curé de Paris , & il a gouverné
la Cure de S. Jacques 38. années.
M's les Curez de Paris
dont il eftoit le Doyen ont voulu
affifter à fon enterrement qui
fe fit le Vendredi matin
7.
de
É
iiij
56 MERCURE
Novembre dans l'Eglife de S.
Jacques. M' Marcel avoit reſigné
deux fois fa Cure , mais la
refignation n'ayant eu aucun
effet , foit par la mort prematurée
d'un des Refignataires ,
& le refus de l'autre , & Monficur
le Cardinal de Noailles
ayant fouhaité que ce digne
Paſteur ne fe démniſt point de
fa Cure , quelque defir qu'il
cuft de fe retirer . M' Marcel
crut enfin que la Providence
vouloit qu'il mouruft en place.
C'eft fes foins que l'Eglife
de Saint Jacques du Haut-pas ,
une des plus belles de Paris , a
par
GALANT 57
efté bâtie. Il
commença ce
grand édifice avec cinquante
écus , & il fçut trouver dans
les reffources de la Providence
dequoy élever ce magnifique
bâtiment , & c'eſt à feuë
Madame de Longueville
dont
il avoit entierement la confiance
, que l'honneur en eft dû.
M'Defmoulins
, ancien Curé
d'Argenteuil
, prit poffeffion
de cette Cure une heure aprés
l'Enterrement
.
Il paffoit tous les ans par les
mains de M Marcel de fort
grandes fommes deſtinées pour
les Pauvres , & qui luy eſtoient
$8 MERCURE
confiées par des perfonnes auffi
diftinguées par leur charité que
par leur naiffance.
M' le Marquis de Grignan
mourut dés le mois paffé à
Thionville de la petite verole.
Il étoit Brigadier & Colonel
de Cavalerie . Il avoit toutes
les bonnes qualitez de fa profeffion
& de fa naiffance. On
n'avoit rien negligé dans fon
éducation , & peu de gens de
fon âge & de fa qualité en ont
moins negligé que luy les principes
& la fuite. Il a merité
l'eftime & l'approbation de
tous ceux qui l'ont connu. Il
GALANT
59
étoit amy folide , digne Officier
& parfaitement honnefte
homme ; il ne negligeoit aucun
de fes devoirs , & il s'attachoit
à ceux de la Religion par
preference. Il s'étoit diftingué
dans plufieurs occafions , & il
ne s'eſt jamais attiré aucun blâme.
Il étoit fils de Meffire
Adhemar de Monteil de Caftelane,
Comte de Grignan, Chevalier
des Ordres du Roy , &
feul Lieutenant de Roy en Provence
où il eft regardé avec
tendreffe & veneration . Sa
mere eft Marguerite de Montmoron
de Sevigny . Elle a tous.
60 MERCURE
fa
les avantages les plus éclatans
de fon fexe & de fa qualité ,
& elle n'eft pas moins diftinguée
par fon efprit que par
beauté. Le vray nom de M
de Grignan eft Caftelane ; leur
origine vient d'un Cadet des
Comtes de Provence . Ils ont
donné de grands Hommes à
l'Epée & àl'Eglife
; ils portent
le nom de Grignan depuis lc
Regne de François I. Le Comte
de Grignan , Chevalier de
l'Ordre de Saint Michel fous
ce Monarque , avoit cfté Ambaffadeur
de France à Rome
& eft mort fans laiffer de pof-
,
GALANT 61
.
terité. Sa foeur avoit épouſe
l'aîné de la Maifon de Caftelane
, & il laiffa à leurs enfans
cette Comté, à condition qu'ils
en porteroient le nom . Il étoit
Seigneur de Montelimar , &
c'eft de là que viennent leurs
noms d'Adhemar de Monteil
qui étoient ceux de l'Ambaffadeur
à Rome dont je viens
de vous parler. Depuis ce
temps -là ils fe font alliez à de
grandes Maifons, comme celles
de Caderouffe , d'Ancefune ,
d'Ornano & d'autres femblables
. M le Comte de Grignan
pere de celuy qui vient de mou62
MERCURE
rir , a efté marié trois fois. En
premiere noces avec Angelique-
Marie d'Angennes de
Rambouillet, foeur de feu Madame
la Ducheffe de Montaufier
en fecondes noces , avec
Marie- Angelique du Puy - du-
Fou & de Champagne , foeur
de Me la Doüairiere de Mirepoix
, mere des deux derniers
Marquis de Mirepoix : & en
troifiéme noces M' le Comte
de Grignan a épouſe Mlle de
Sevigny dont il a eu trois enfans
: celuy qui vient de mourir
, fans enfans : M° la Marquife
de Simiane : & une fille
GALANT 63
Religieufe de la Vifitation
Aix en Provence . Le dernier
mort avoit époufé Mlle de
Saint-Amant dont la pieté &
la vertu la font honorer de
tous ceux qui la connoiſſent .
Elle eft foeur de M la Marquife
de Salins. M' le Comte
de Grignan a encore deux filles
du premier lit , dont l'une vit
d'une maniere tout a fait détachée
du monde ; & la feconde
eft M la Marquife de
Vibray. Il a auffi deux freres ,
dont l'un eft M' l'Evefque de
Carcaffone , l'autre M' le Chevalier
de Grignan , Menin de
1
64 MERCURE
Monfeigneur . Il avoit encore
un autre frere qui étoit Archevefque
d'Arles , qui avoit fuccedé
dans cet Archevefché à
leur oncle commun , Prelat
d'un grand merite & Commandeur
des Ordres du Roy.
Grignan eſt une Ville &
Comté de Provence dans les
Terres qu'onappelle adjacentes.
Elle a donné le nom à l'illuftre .
Maifon de Grignan , dont les
Chefs ont eu droit de Souveraineté
dans cette Terre . Cette
Maiſon étoit d'un grand éclat
dans le dixiéme & dans l'onziéme
fiecle . Noftradamus
GALANT 65
parle de Gerard Adhemar de
Grignan , qui rendit hommage
pour les terres de fa Baronie à
Raymond Beranger II . l'am
1164. L'Empereur Frederic L
dit Barberouffe , luy accorda
plufieurs privileges. M le
Comte de Grignan d'aujour
d'huy defcend aprés vingt ge
nerations de Gafpard de Caf
telane qui fucceda à Adhemar
de Monteil I. Comte de Grignan
, fons oncle. Il étoit
I
filsde Blanche Adhemar de
Monteil , foeur de ce Comte ,
qui au retour de fon Ambaffade
fat Lieutenant General
Novembre
17.04
. F
66 MERCURE
de Provence , Lionnois , Foreft
& Baujollois.
Je vous envoye un Mani-
-fefte qui a reçû icy de tresgrands
applaudiffemens , nonfeulement
à caufe de la folidité
des raifons & des faits
hiftoriques qui le rempliffent ,
mais auffi parce qu'il eft écrit
d'une maniere auffi noble
qu'aifée , & que la fublimité
s'y trouve avec la netteté , ce
qui le voit rarement . Il feroit
à propos pour la juftification
pour la gloire de Son Alteffe
Electorale de Baviere, que
cet Ouvrage fuſt vû de toute
&
GALANT 67
la terre , & je vous l'envoye ,
parceque mes Lettres fe répandent
dans toute l'Europe
aprés que vous avez fatisfait
voftre curiofité en les lifant.
MANIFESTE
DE L'ELECTEUR
DE BAVIERE.
L4guerre qui depuis deux ans
s'eft allumée dans l'Empire
peut devenir fi funefte au Corps
Germanique qu'un Prince qui eft
un de fes principaux membres , ne
peutfe juftifier avec trop d'attention
du foupçon d'en eftre l'auteur.
Fij
68 MERCURE
C'eft fur les Princes qui font l'a
caufe de cette guerre , que l'averfion
publique doit retomber : ceux
qui font forcez de la faire pourfe
défendre feront toujours exempts
de blâme , quelques triftes fuites
qu'elle puiffe avoir.
Je ne puis done laiffer plus
long-temps fans réponſe une infinité
d'écrits que mes ennemis ont
répandus avec empreſſement pour
me rendre odieux & me faire
paffer pour le perturbateur du rede
ma Patrie. Un plus long
filence contribueroit à ternir ma
renommée.
pos
Bien que j'aye differé de ré
GALANT 69
pondre aux écrits de mes ennemis ,
je n'étois pas moins en état de
détruire leurs vains reproches,
de pouvoir mefme leur en faire de
mieux fondez : Mais je me flattois
qu'ils ne s'obstineroient plus à
me faire une guerre injufte, quand
ils auroient perdu l'efperance defe
Kendre fi facilement les maiſtres de
ma deſtinée , le feul motif qui leur
ait mis les armes à la main contre
moy:
Je me taifois dans cette penſée ,
pour ne pas échauffer encore des
efprits déja trop irritez , & pour
ne pas mettre de nouveaux obftar
ales au rétabliffement de la tran70
MERCURE
quillité de l'Empire. Plus les
raifons qu'une jufte défense m'obligeoit
d'alleguer étoient fortes
plus elles devoient aigrir les premiers
auteurs de ces écrits ; & je
n'ignorois pas qu'ils auroientplus
de reffentiment contre moy pouren
avoirfait voir la foibleffe & la
mauvaise foy , que pour avoir
pris leurs Places , & défait leurs
armées.
Les efperances d'un prompt accommodement
font évanoïies ; &ª
je ne dois plus ménager la reputa
tion de mes ennemis aux dépens
de la mienne.
L'Empereur ne s'eft pas contente
GALANT 71 75
4
dans les differens écrits qu'il a pu
blié contre moy , de me dépeindre
comme un Prince ambitieux , qui
au mépris de mes fermens , & des
loix de l'Empire , dontj'ay l'hon
neur d'eftre le premier Electeur
feculier , avoit pris des liaiſons.
criminelles avec les étrangers
contre les interefts de ma Patrie..
Il m'a encore accufé d'ingratitude ;
& il m'a reproché de manquer de
reconnoiffance
pour les bienfaits
que ma Maiſon a reçus de lafienne.
Ces deux reproches me font
également injurieux. Heureufemantje
fuis en estat de me juftifier
avec avantage de l'um & de l'an72
MERCURE
tre. Je n'ay rienfait contre les loix
de l'Empire ; & fi j'ay ceffé d'avoir
pour l'Empereur l'attachement
qu'un Electeur de Baviere
devoit conferver pour le Chef de
la Maifon d'Autriche , c'est qu'il
a exigé de moy ce que mon bonneur
ne me permet pas de faire
& qu'il a manqué le premier à la
reconnoiffance qu'il devoit à ma
Maifon , aprés les fervices que
nous avons rendus mes Anceftres
es moy àfes Predeceffeurs , & à
luy-même
Le fimple recit de ce qui s'eft
paffe depuis la Paix de Rifwick
jufques au combat de Schardings
que
GALANT 73
que
l'a
que je donnay ily a un an contre
Troupes de l'Empereur , qui
eftoient entrées dans mes Etats ,
fuffira pour juftifier ce que j'avance,
& pour montrer que ce Prince
eft l'auteur de la guerre , & l'auteur
d'uneguerre injufte. On verra
Sa Majesté Imperiale me
declarée uniquement
parce que
jay refufé de la faire pour aider
à déthroner le Roy d'Espagne mon
Neveu, & parce que je n'ay pas
voulu , prenant les armes contre
la France , violer fans fujet le
Traité folemnel que j'avois figné
àRifwick avec le Roy Tres- Chrêtien.
>
Novembre 1704.
G
74 MERCURE
A
Lorſque cette Paixe fut concluë” ,
je me trouvois Gouverneur
pour
le Roy d'Espagne
des Pays - Bas
Efpagnols
, qui depuis Charlesquint
font un Cercle de l'Empire.
Les Puiffances
engagées dans la
guerre avoientfongé en la termi
nant à prévenir les occaſions qui
pouvoient la faire recommencer.La
fucceffion du feu Roy d'Espagne
Charles II. qui ne laiffoit point
d'enfans , dont la mauvaiſe
fantéfaifoit regarderla mort commepeu
éloignée , menaçoit l'Europe
d'y rallumer inceſſamment le
feu de la guerre qu'on vouloit
éteindre. L'Empereur ne diffimu
GALANT 75
loit pas les prétentions qu'il avoit
à cettefucceffion; & Monfieur le
Dauphin , mon Beau -frere , ne
cachoitpas la refolution où il eftoit
de faire valoir les fiennes.
Tout le monde jetta les yeux
furlefils unique que j'avois eu de
mon premier mariage avec l'Ar
chiducheffe
Marie-Antoinettefille
de l'Empereur
de l'Infante
Marguerite
foeurdu Roy d'Eſpagne
Charles II. comme fur un
Prince qui avoit fes prétentions à
la Couronne d'Espagne , & qu'il
eftoit de l'intereft des Nations de
placerfur le Throne de cette Monarchie.
Gij
76 MERCURE
La tranquillité de l'Europe pa
roiffoit affermie , fi ce jeune Prince
eftoit deſtiné à fucceder à Charles
II. fon élevation éloignoit laguerre
en épargnant aux Maifons de
France & d'Autriche le chagrin de
voir un Prince d'une Maifon rèvale
affisfur leThrône d'Espagne.
La France embrasfoit avec joye un
expedient qui luy épargnoit une
querelle longue & d'un fuccés incertain.
Toutes les Puiffances defin
tereffées y applaudiffoient , &
l'Empereur qui s'y feroit oppofe
feul s'y feroit oppofe vainement.
Il eft à croire que les mesures qui
furent prifes alors auroient rendu
GALANT 77
a
granla
Paix de Rifwick longue & durable
,fi le Prince mon fils n'eftoit
mort feize mois aprés qu'elle cuft
eftéfignée. L'étoile fatale à tous
ceux qui font obftacle à la
deur de la Maifon d'Autriche ,
étoile qui depuis quarante ans l'a
fi bien fervie en Hongrie & en
Espagne , emporta ce jeune Prince .
Il mourut d'une indifpofition treslegere
, & qui l'avoit attaquéplufieurs
foisfans danger, avant qu'il
fuft destiné à porter la Couronne
d'Espagne
.
Je merenfermay aprés la perte
de mon fils dans mes fonctions de
Gouverneur des Pays -bas , & je
G iij
78 MERCURE
prispeudepartaux negociationsqui
fe firent enfuite pour prévenir la
guerre que lesprétentions des Mai-
Jons de France& d'Autriche pouvoient
rallumer en Europe. Comme
Electeur j'attendois lapartqu'y
prendroit l'Empire , pour m'y intereffer;
& comme Gouverneur des
Pays-bas , mon devoir m'obligeoit
d'executer à la mort du Royd'Ef
pagne les ordres qui meferoient envoyez
de la Cour de Madrid.
Ceuxqueje reçûs quand cette mort
fut arrivée , furent de faire reconnoiftre
le Duc d'Anjou fous le
nom de Philippes Cinquième pour
Souverain des Provinces où je
GALANT 79
·
commandois. F'executay ces ordres
comme j'estois obligé de le faire ,
je diray même que ce fut avec
joye. L'avenement du Duc d'Anjou
à la Couronne d'Espagne épargnoit
à l'Empire les terreurs qu'il
auroitpúprendre fi quelque autre
Prince fuft monté fur le Throne
de cette Monarchie , je voyois
avec plaisir l'avancement d'un de
mes Neveux , le fils d'une foeur
pour laquelle j'ay toujours confervél'amitié
la plus tendre.
Feus la fatisfaction de voir
que tous ceux à qui le feu Roy
d'Espagne avoit confié les Gourser
nemens de fes vaftes Etats , furent
G iiij
80 MERCURE
Fe
auffifidelles que moy à la Monarchie
Espagnole : ils obéirent fans
deliberer , & la volonté du Roy
mort fut fuivie avec autant
d'exactitude
& de zele , que fi ce
Prince avoit encore efté vivant.
me flattois alors que la Providence
vouloit la continuation de
la Paix. Il eftoit difficile d'eftre
dans d'autres fentimens pour peu
・qu'on on fift attention à la facilité
avec laquelle un Prince de la
Maifon deFrance eftoit montéfur
le Thrône d'Espagne
, malgré les
mefures que le Confeil de Vienne
avoit prifes pour l'en empêcher
.
L'Europe eft affez inftruite que
GALANT 81
durant la plus grande partie du
precedent regne , ce Confeil avoit
efté comme le maistre des deliberations
de la Cour de Madrid.
Les étrangersfuivirent l'exemple
des Espagnols : ils reconnurent
prefque tous Philippes Cinquième .
pour Roy d'Espagne , & l'Angleterre
& la Hollande aprés avoir
deliberé quelque temps fe déterminerent
enfin à la même démarche
que les autres Puiffances avoient
faite. L'Empereur ne peut me
traiter en ennemi pour avoir reconnu
le nouveau Roy ,fans marquer
de la mauvaiſe volonté à ceux qui
font aujourd'huy fes plus fidelles
Alliez.
82 MERCURE
Ilferoit inutile d'entrer dans le
détail de ce qui fe paffa dans les
Pays-bas depuis la mort du Roy
d'Espagne jufques à mon retour
dans mes Etats. Quand je fis entrer
les Troupes de France dans les
Places de mon Gouvernement
où
les Hollandois avoient des Garnifons
; je ne fis qu'obéir aux ordres
de la Cour de Madrid à qui le
`procedé des Etats Generaux qui
differoient encore de reconnoiftre
Philippes Cinquième , donnoit de
juftes défiances de leurs intentions.
L'efperance de voir durer la
paix de Riſwick , fut bien-toft
GALANT 83
troublée. L'Empereur qui faifoit
gloire lorfque les Tures affiegeoient
fa Capitale , de s'abandonnerà la
Providence , ne regarda point en
·cette occafion , la foûmiffion a fes
ordres comme une vertu. Il ne
pouvoit fe cacher neanmoins , que
le Teftament du feu Roy d'Espa
gne ne fuft ,pour ainfi dire , l'ouorage
du Ciel. Ce Roy s'y étoit
déterminé de luy-même longtemps
avant de le faire , malgré
la paffion naturelle aux Princes
de la Maifon d'Autriche , pour
la grandeur de leur nom ; il avoit
efte confirmé dans fa refolution
par le Pape Innocent XII. qu'il
84 MERCURE
avoit confulté plufieurs mois
avantfa mort ,fur la difpofition
qu'il vouloit faire de fes Etats.
Mais la pieté de l'Empereur ne
l'empêcha point de s'oppofer à un
ordre de la Providence fi bien
marqué. Il ne s'épouvanta point
des fuites , des liaifous qu'il falloit
prendre, ny du fang Chretien
qui alloit eftre répandu dans fa
querelle. Déterminé à faire la
guerre , it refufa de reconnoiftre
Philippes V. pour Roy d'Espagne.
Il compta pour rien le confente
ment unanime des Espagnols
pour fe ſe foumettre à ce Prince ,
Jans fe fouvenir que douze ans
1
1
GALANT 85
auparavant il avoit fait un fi
grand cas du confentement des
Anglois , à éleverfur leur Trône
Guillaume III. qu'il l'avoitfans
héfiter reconnu pour Roy d'Angleterre.
Ce même Roy, qui depuis treize
ans , avoit beaucoup de part aux
affaires de l'Europe , voyoit avec
douleur l'élevation de Philippes V.
L'Empereur jugea ne pouvoir
sadreffer à un genie plus capable
de concerter des projets , & de
former une Ligue affez puiſſante
pourdéthroner le Roy mon neveu.
Le credit du Roy d'Angleterre
dans fes Etats & en Hollande
86 MERCURE
ع و ب
a
faifait croire qu'il viendroit à
bout de déterminer ces deux Puiffances
à fe joindre à l'Empereur,
lesliaifons étroites qu'il avoit
toujours confervé avec les Princes
Proteftans d' Allemagne , ne laiffoient
pas douter qu'il n'en fift
entrer un grand nombre dans fon
party. On peut dire en effet , que
le Traité de Ligue qui fut
figné par ces Puiffances vers la
fin de l'année 1701. avoit esté
conclu deflors , c'est- à- dire , dés
les premiers mois de la meſme
que
année.
On ne pouvoit douter que les
Princes liguez , ne fiffent tous
GALANT 87
Leurs efforts pour obliger le Corps
Germanique d'entrer avec eux
dans la
guerre à laquelle ils fe
préparoient. Cette guerre neanmoins
étoit injufte & contraire
aux veritables interefts de l'Allemagne.
Ilfuffifoit à l'Empire,que
le nouveau Roy d'Espagne vouluft
bien reconnoiftre fes droits fur les
Etats de la Monarchie Eſpagnole
qui enfont mouvants. Philippes
V. avoit fatisfait à ce devoir.
Avant d'eftre arrivé à Madrid,
il avoit fait demander à Vienne
l'inveftiture du Duché de Milan.
Le Deputé du feu Roy Charles
II. à la Diette de Ratisbonne ,
88 MERCURE
avoit reçu les pouvoirs neceſſaires
pour continuer d'y agir pour luy
en la mefme qualité.
que
Il étoit indifferent à l'Empire ,
la Couronne d'Espagne tombaft
fur un Prince de la Maifon
de France , ou fur un Prince de
la Maifon d'Autriche. S'il euſt
eu mesme àfaire des voeux pour
le Duc d'Anjou ou pour l'Archi-
・duc , il femble que ces voeux auroient
dû tourner du coſté du premier.
La grandeur la puiſſance
où la Maifon d' Autriche eft montée
, ne menace déja que trop. la
liberté de l'Allemagne , fans que
Laugmentation de credit que
donGALANT
89
neroit à un Empereur un frere
Roy d'Espagne , s'y joigne encore.
L'Empire ne peut avoir oublié le
danger qu'il courut d'eftre changé
en un Etat Monarchique , du
temps de Charles-Quint & defon
frere Ferdinand. Il ne pouvoit
donc avec prudence , entrer dans
la querelle de l'Empereur , ny
manquer à l'obfervation du Traité
de Rifwik ,fil'on ne veut compter
des terreurs fondées fur les évemens
incertains d'un avenir éloigné
entre les cauſes d'une guerre
legitime.
D'ailleurs , la forme du Gouvernement
de l'Empire a befoin
Novembre 1704. H
90 MERCURE
de la Paix , pour fe maintenir.
Elle feule y affure la liberté pules
droits des particulivre
le foible
blique
liers . La
guerre y
à l'invasion du plus fort , dont les
ufurpations font refpectées , parce
que fes fecours font devenus neceffaires
, & les uns comme les
autres font expofez alors aux
caprices , & aux vûës d'un Empereur
armé aux dépens mefme de
l'Empire. Comme il eft en poffef
fion pendant la guerre d'eftre feul
executeur des refolutions du Corps
Germanique , avec un pouvoir
abfolu qui le difpenfe de prendre
l'avis des Colleges furfa conduite,
1
GALANT
91
d'en
rendre
compte,
de
mesme que
'il eft en état
d'augmenter
fon autorité
, de
mortifier
ceux
qui ofent
citer
les Loix
contre
fes
volontez
,
de lever
à fon gré les mois
Romains
, de fe rendre
e -fe
le Maiftre
des Elections & de mettre des
Garnifons où bon luyfemble, fous
le fpecieux pretexte de s'affurer
des malintentionnez.
Un Empereur trouvé encore
mille occafions dans laguerre, d'enrichir
par des quartiers d'hyver
arbitraires les Princes & les Generaux
des Cercles quife devoient
à fes interefts ; enfin de faire chaque
jour de nouvelles violences ,
Hij
92 MERCURE
qu'il couvre du pretexte apparent
de la neceffitédes temps & du bien
public , qui ne permet pas d'agir
conformement aux regles prefcrites
par les Conftitutions de l'Empire.
La guerre contre les Couronnes
de France & d'Espagne , dans
laquelle on vouloit engager l'Empire
, étoit d'autant plus dangereufe
pour l'Allemagne
, qu'elle
avoitpour but l'agrandiffement
de
la Maifon d'Autriche. Quel
qu'en fut le fuccés, elle ne pouvoit
efire que funefte pour la Patrie.
Les evenemens heureux devoient
augmenter les forces de l'EmpeGALANT
93
reur , déja trop puiſſant pour eftre
Le Chef d'une Republique , depuis
que la Bohême , la Tranfylvanie
& la Hongrie entiere,font
des Etats hereditaires dans fa
Maifon. Les évenemens malheureux
pouvoient renverser la forme
du Gouvernement de l'Empire
,fapper les fondemens qui le
foutiennent , le plonger dans la
confuſion , mettre quelques-uns des
Princes Proteftans en état de fe
faifir des biens Ecclefiaftiques qui
font à leur bien-feance , & qui
depuis long temps font l'objet de
leurs defirs & le motif de leur
conduite. Enfin , le mauvais état
94 MERCURE
des affaires de l'Empire , ne sçauroit
manquer de donner au plus
fort , l'envie & l'occafion de fe
faifir du patrimoine du foibles
defordre qui a caufe la destruction
de tous les Gouvernements Republiquains.
L'amour que j'aypour ma Patrie
, ne me permettoit pas de prévoir
les malheurs dont elle étoit
menacée, fans me mettre en devoir
de les prevenir. Connoiffant l'Allemagne
, j'aprehendois avec raifon
, les mauvaifesfuites de-l'bumeur
inquiete des uns c de la
foibleffe des autres. Des perfonnés
qui occupent les premieres Digni
GALANT 95
tez de l'Empire , me follicitoient
tous les jours de revenir dans mes
Etats. Elles me regardoient comme
un Prince capable de fe mettre
à la tefte de ceux qui voudroient
s'opposer aux voyes violentes que
la Cour de Vienne eft accoûtumée
de mettre en usage pour forcer les
Membres du Corps Germanique à
prendre parti dans fes querelles
particulieres. Feme rendis donc en
Baviere au commencement de
l'année . 1701. Les Cercles de
Franconie de Suabe 'm'invi
terent auffi- toft d'entrer dans un
Traité d'affociation qu'ils avoient
fignépour fe deffendre de prendre
96 MERCURE
part à aucune guerre étrangere.
Ils meprefferent en mefme temps
d'armer conjointement , pour eftre
en état de refifter aux Puissances
qui font en poffeffion de traiter en
ennemi tous ceux qui refuſent de
fe ranger au nombre de leurs Alliez.
Nos troupes devoient encore
fervir à donner de la confiance
aux perfonnes bien intentionnées,
qui voudroient entrer dans une
Alliance destinée à maintenir la
paix dans l'Empire. Chaque jour
je recevois des affurances de la
part des particuliers qui compaforent
ces Cercles , d'eftre fidelles à
l'Alliance qu'ils me follicitoient de
conclure
GALANT
97
conclure.
L'Electeur de Mayence .
Directeur du Cercle du Bas- Rhin,
& Directeur du Cercle de Franconie
en qualité
d'Evefque de
Bamberg , en figna avec moy le
Traité à Heilbron. *
a
a
Je n'épargnois cependant , ny
foins ny dépense pour mettre la
Baviere à l'abry d'une invafion
&pouravoir un corps de troupes
preft à fecourirceux de mes Alliez
qu'on oferoit attaquer. L'exemple
de l'Electeur Ferdinand Marie.
mon pere , m'apprennoit qu'un
Electeur de Baviere qui veut
s'exempter de prendre part aux
!
* Au mois d'Aouft 1701 .
Novembre
1704. I
**
98 MERCURE
querelles de la Maiſon d'Autri
che, doit eftre armé. Če ne furqu'à
l'aide defes troupes , qu'ilfe maintint
dans uneheureuſe Neutralité
durant la guerre qui preceda la
Paix de Nimegue
.
Pendant ces negociations
l'armée
de l'Empereur
étoit defcenduë
en Italie , les fervices fecrets
dont elle y fut aidée , luy avoient
fait obtenir des fuccés aufquels on
ne devoit pas s'attendre. Ils acheverent
de déterminer
l'Angleterre
la Hollande
à commencer
la
guerre, & firent efperer à la Cour
de Vienne de forcer enfin le Corps
Germanique
à fe déclarer en fa
faveur.
GALANT 99
que On ne pouvoit plus douter
l'Empereur ne fuft déterminé à
employer la violence contre ceux
quiss'oppoferoientaux fuccés de fes
intentions. Ses nouveaux Alliez,
les Anglois les Hollandois
s'étoient parfes ordres , rendus les
•maistres de plufieurs Places de
L'Electeur de Cologne mon frere
les Ducs de Brunfwick, Wolfembuttel
avoient vú envahir leurs
›
que
les uns ny les
chofe
Pays : Bien
autres n'euffent
fait autre
contre l'Empereur
, que prendre
les mesures neceffaires
pour demeurer
neutres. D'autres
Princes
s'étoient
laiffez feduire
à des ma-
I ij
100 MERCURE
nieres moins violentes. L'Evef
que de Wirtzbourg& les Marck
Graves d'Anfpack & de Bareith
avoient esté amenez au point de
vendre leurs troupes à l'Empereur
& aux Hollandois .
Ma deſtinée n'étoit pas incertaine
, dés que j'étois refolu de ne
à la point prendre de part la
guerre
.
Fétois environné d'ennemis puiffans
mes amis intimidez ou
féduits , m'abandonnoient
tous les
jours. C'est ce qui mefit prendre
la refolution d'occuper Ulm. Je
ne pouvois , fans eftre le maitre
de cette Place , empêcher l'invafion
de mes Etats ,& le procedé
GALANT IOr
1
ໃ.
2 น
Le
Fre
adu
Cerele de Suabe qui refufoit de
tenir des promeffes tant de fois
réiterées , fur la foy defquelles
j'avois fait beaucoup de depenfe
pour eftre plutoft armé , me difpenfoit
d'avoirpour luy des égards
trop fcrupuleux aux dépens de ma
proprefûreté.J'étois en droit d'exide
ce Cercle , des dédomagemens
, & la conduite que j'ay tenuë
en me faififfant d'une de fes
Villes , à beaucoup d'exemple
Allemagne.
ger
ع و ب
en
La Cour de Vienne qui fouhaitoit
ardemment la déclaration
des Cercles de Suabe e de Franconie
, pour les faire fervir à la
I iij
102 MERCURE
fubfiftance de fes troupes , n'avoir ,
rien épargné pour l'obtenir. On
feair ce qu'il en a coufté à l'Empereur
pour gagner les particuliers
qui les ont livrez aux quartiers
d'hyver de fes foldats , &
aux exactions de fes Officiers.
Enfin , la Diette de Ratifbonne
s'expliqua. Le Refultat des
trois Colleges fut de déclarer la
guerre à la France , pour déthrôner
le Roy d'Espagne mon Neveu
: ilferoit à fouhaiter , pour
l'bonneur de la Nation Allemande,
qui paffe depuis fi longtemps pour
une des premieres en fidelité cómme
Le 28. Septembre 1702 .
GALANT 103
ut
ur
en valeur , que le Reſultat des
trois Collegesfuft anéanti , e que
la memoire en fuft dérobée à la
pofterité. Elle verra dans ce Re
fultat , que l'Empire qui a tou
jours efté ſi refervé à déclarer la
guerre aux Puiffances Chreftiennes
, la déclare a un Roy , quipour
ne point troubler la Paix , ne
s'étoit pas oppofe aux Lignes de
Germeshein, & qui s'étoit abftenu
de faire les démarches les plus
convenables à fes intereſts , pour
éviter de donner le moindre ombrage
à l'Allemagne ; la pofterité
verra , dis-je , que l'Empire luy
déclare la
guerre pour des cauſes
I шij
104 MERCURE
fi legeres , que jamis on n'avoit
daigné en demander fatisfaction ,
ou pour des fujets qui ne concernants
pas le Corps Germanique ,
ne peuvent luy fournir un motif
legitime de faire la guerre.
L'Empire , qui ne prétend rien
à la fucceffion d'Espagne , n'eft
pas en droit d'attaquer ceux qui
s'en font mis en poffeffion , comme
s'ils luy détenoient fon patrimoine.
Il n'a pas plus de droit de le faire
Juge des parties qui prétendoient
à cettefucceffion . Lefeul
intereft qu'il eut dans cette querelle
, étoit de maintenir la Souveraineté
de l'Empire fur les
comme
GALANT 105
Cerque,
orif
n'ef
mme
oine.
faire
pri-
Sext
дива
Sonles
Etats de la Monarchie Espagnole
qui en relevent. Le Roy Catho
lique n'avoit jamais refufé de la
reconnoiftre. L'Empire n'a pas
plus de raifon d'alleguer fes al
liances avec les Espagnols , comme
un juſte motif de la prife des ar
mes. On n'avoit pas donné Audience
à Ratisbonne à des Ambaffadeurs
de cette Nation qui fuffent
venus implorer le fecours de
l'Empire contre un Prince qui auroit
employé laforce pour le faire
leur Souverain. Tous les Peuples
qui compofent la Monarchie d'Ef
pagne , s'étoient foumis à Philippes
V. d'un confentement una106
MERCURE
nime. Il n'avoit point fallu em
ployer la moindre violence dans
aucun des nombreux Etats dont
elle eft composée , pour yfaire
recevoir ce Prince. L'Empire étoit
Allié des Espagnols ; mais il
n'étoit pas leur Maistre ny lear
Tuteur , pour avoir le droit de
juger , s'ils avoient raison d'étre
contens , & pour les troubler dans
un état dont ils étoient fatisfaits.
Les autres motifs rapportez
dans le Refultat des trois Colleges,
comme de juftes raifons de faire la
à la France , ne font pas guerre
plus équitables . Les violences faites
à l'Electeur Palatin & au
GALANT 107
222re
Fout.
ear
de
étre
any
its.
tex
Pres
rela
pas
fai
de
Prince de Montbeliard , font des
violences imaginaires. Quand le
Roy de France a obligé le Prince
Montbeliard à ne point toucher
à la Religion Catholique dans fes·
Etats , & quand il s'eft mis en
devoir de contraindre , pardes executions
militaires , l'Electeur Palatin
de payer lesfommes qu'il devoit
donner à la Ducheffe douai→
riere d'Orleans , il n'a rien fait
contre la Paix de Rifwick. Larticle
quatrième de cette Paix obligeoit
le Prince de Montbeliard à
laißer la Religion Catholique dans
fon pays , au même eftat où elle
eftoit quand elle fut concluë. Par
108 MERCURE
un article ajoûté au même Traité,
l'Electeur Palatin s'eftoit foumis
aux executions militaires de la
France , s'il manquoit à faire certainspayemens
dans les temps marquez.
Ces Princes n'avoient pas
imploré la protection de l'Empire
contre les violences du Roy de
France ; la Diette ne s'eftoit pas
plainte que ce Monarque refufaft
de luy donner fatisfaction .
Les autres griefs qui font alleguez
dans le Reſultat des trois
Colleges , loin de pouvoir paßer
pour les juftes motifs d'une guerre
neceffaire , ne fuffiroient pas pour
faire partir un Envoyé extraor
GALANT
109
45
#
ois
Ber
rre
Our
dinaire avec commiffion de s'en
plaindre. Les affuts de canon qui
pouvoient manquer dans Philifbourg
, quand la France remit la
Place entre les mains de l'Empereur
: la reftitution de Brifack differée
de quelques mois , par les
difficultez quife trouverent à démolir
fon Pont , mais executée
longtemps avant la Declaration
de la guerre , ne fçauroit paffer
pour unfujet de la faire.
Le Baron Mean qui avoit efté
enlevé , pouvoit eftre rendu fi
l'Empereur avoit fi fort à coeur
la détention d'un Sujet de l'Electeur
de Cologne , c'eftoit la ma110
MERCURE
tiere d'une negociation , & non le
Sujet d'uneguerre. Les armesfontelles
le premier moyen où les Prin
ces Chreftiens doivent avoir recourspour
obtenir lesfatisfactions
qu'ils croyentleur eftre dûes ?
Enfin , le Roy de France n'arooitpas
violéla Paix de Rifwick,
parce que des Regimens de fes
Troupes avoient efté mis engarnifon
dans quelques Places de l'Electorat
de Cologne & de l'Evêché
de Liege. Ces Troupes n'étoient
pas entrées dans l'Empire
•comme ennemies : elles n'y avoient
point ravagé le Plat-pays ny af
fiegeles Places. L'Electeur de CoGALANT
III
12.
ion
logne les y avoit appellées des
Pays-bas Catholiques ou du Cercle
de Bourgogne ,pourfe garantir
des menées de fes voifins inquiets
en eftat d'entreprendre defe fai
fir de diverspoftes de fonElectorat.
Il eftoit parlé de moy dans ce
Refultat : L'Empereur y avoit
wick
PE
Evê
mpire
olent
af-
Co
Je fait ordonner , que fans égards à
mes prétentions , je retirerois inceffamment
mesTroupes de la Villle
d'Ulm , & que je ferois obligé de
joindre mes forces à celles des Alliez
, pour faire la guerre à la
France , dethroner le Roy
d'Espagne mon Neven . Je ne
crús pas que l'Empereur fuft
112 MERCURE
le maistre de mon honneur , ny
que pour le fervir jefuſſe tenu de
de foy, & de rompre
manquer
fans fujet , le Traité que luy &
moy avions figné à Rifwick. Je
fçavois que le Refultat des trois
Colleges eftoit lefruit de fes intrigues
& de fes menaces. Perfonne
n'ignoroit en Allemagne les avantages
& les domaines qui avoient
efté promis ou diftribuez , & les
difgraces dont plufieurs Membres
de l'Empire avoient efté menacez.
La plus faine partie cut refuſedy
foufcrire ,fans la terreur.que
pereur &fes amis avoient répan
due par toute l'Allemagne . Mais
l'Em
GALANT
113
2722
les
res
L'exemple des Ducs de Brunfwik-
Wolfembutel eftoit récent , & on
aimoit mieux donner les mains à
l'injustice , que de s'exposer à en
fouffrirfoy-même.
La fidelité conftante de mes
Sujets , la valeur de mes Troupes
me mettoient en eftat de la re
pouffer : Jefis ce que la plupart des
Princes de l'Empire auroient fait ,
s'ils fe fuffent trouvez dans une
fituation telle
que
la mienne: Fe
refufay tous les offres que
l'Em
dy pereur me fit faire pour prendre
part àfa querelle : elle n'en devepas
plus juftepar les avanta-
Em
in-
S
noit
ges qu'il me faifoit pour y entrer,
Novembre 1704. K
114 MERCURE
Ma refolution eftoit de demeurer
dans la neutralité, & de ne point
prendre partà une guerre quejene
pouvois approuver. Mais l'Empereur
avoitfait gliffer un article
dans le Refultat des trois Colleges
pour
n'accorder aucune neutralité
"dans l'Empire , quoique cette guerrefust
offensive , & que
les Mem
bres du Corps Germanique ne duf
fent pas eftreforcez d'y entrer..
Cetarticle me jettoit dans la neceffité
d'y prendre part : La liberté
de choisir le parti auquel je me
joindrois , eftoit la feule qui me
reftât. Ilfalloit devenir l'Alliéde
l'Empereur ou du Roy de France,
GALANT 115
ver
oint
jene
Eme
ticle
leges ,
guer-
Mem
ne duf
yer..
slam
liberté
je
me
qui me
Alliede
France
Je me déterminay en faveur du
party que je jugeay le plus jufte ,
& je me rreeffoolluuss à courir toute
forte de hafards plutoft que d'avoir
la foibleffe de plierfous les menaces
injuftes de la Cour de Vienne ,
quandje luy pouvois refifter ..
Je ne fis en cela qu'imiter l'exem
ple de tous les Princes d'Allemagne,
pouffez à boutpar laMaifon d Au
triche : je ne fis qu'imiter ce quefit
Maurice, Electeur de Saxe. Bien
que ce Prince eut obligation defon
Electorat à Charles - Quint , qui
avoit dépouilléfon cousin Jean Fre
deric , pour l'en reveftir , Maurice
ne fefiepas unfcrupule , pourfau-
Kijj
116 MERCURE
ce ,
ver les libertez de l'Empire defi
gneravec Henry II. Roy de Franle
Traité de 1551. Traité qui
obligea cet.Empereur de rendre à la
nation , par lapacification de Paffau
, les droits & les privileges
qu'il luy avoit ôtez injuſtement.
Je ne fis en cela, quefuivre l'exemple
de l'Electeur de Treves , des
Princes de Heffe & de tant d'autres
Membres du Corps Germa
nique quifejoignirent à la France
pendant les troubles qui precederent
la Paix de Weftphalie.
Je fouhaitois trop ardemment
la continuation de la Paix , pour
commencer la guerre. Qu'elles que
GALANT nz 117
-an-
D
ala
Paf
leges
ment.
xemdes
.
ſi fuffent les occaſions d'agir contre
un ennemi déclaré dont je man ,
quois de profiter , je perſiſtay toû
jours dans la refolution d'attendre
qu'on m'attaquaft. Les Generaux
qui devoient commander les troupes
destinées à agir contre moy
étoient déja nommez à Vienne s
elles s'affembloient fur ma frontiere
, je fçavois par quel endroits
elles devoient faire irruption dans
mes Etats ; les nouvelles publiques
difoient mefme les Villes qui
feroient attaquées les premieres
& la conduite de l'Empereur à
L'égard de mon Frere l'Electeur de
Cologne , étoit une preuve que je
erma-
France
derent
ament
pour
esque
118 MERCURE
neferois point menagé. J'évitay
cependant, d'agir à l'offensive , &
mefme aprés le Refultat des trois
Colleges , jay toûjours retenu mes
troupes jusques à l'irruption de
celles de l'Empereur dans mes
Etats.
Quandj'aurois agy avec moins
de moderation, mes ennemis n'au
roient pas eu raifon de m'accufer
d'avoir commencé la guerre dans
l'Empire , mais je voulois leur
ofter jusques au pretexte de le
faire. Si la paffion de la Courde
Vienne m'empefchoit d'attendre
defa part , un retour vers lajufti
ec , je n'étois pas fans efperance.
GALANT
119
que les remontrances des perfonnes
bien intentionnées dont le Corps
Germanique n'est jamais entierement
dépourvû , pourroient l'oblis
ger à ceffer fa perfecution contrè
ma Maifon. Enfin les Souverains
qui ont coûtume de faire laguerre
3 on Perfonne , ne s'y engagentqu'à
l'extrémité : Ceux qui de tout
temps fe fontfait une babitude de
refter tranquilles dans leurs Ca
pitales au milieu des amuſemens
42 de la Paix , tandis
re
que
d'autres
combattent pour leurs querelles les
plus importantes, fontplus hardis
"ils
entreprennent la guerre plus
volontiers. L'Empereur la com →
120 MERCURE
•
mença , &fon armée commit les
premieres
hoftilitez
dans la Baviere.
Les premiers fuccés me furent
favorables
, mais je ne pouvois
fans prefomption
, entrepren
dre de foûtenir
la guerre avec mes
feules forces trop de troupes s'affembloient
contre moy , pour nepas.
craindre
leur nombre
. Facceptay
le fecours que m'offrit le Roy Tres-
Chreftien. Les troupes qu'il m'envoya
forcerent des obftacles qu'on
avoit crú infurmontables
à Vienne,
&mejoignirent
dans le temps
que mes ennemis publioient
défaite..
Un plus long détail de ce qui
s'eft
GALANT 121
s'eftpaſſé dans cette guerre ,feroit
inutile quand ils'agit de la juftice
de ma caufe. En faisant une vive
guerre à l'Empereur mon agreffeurs
j'ai toujours respecté l'Empire
autant que la neceffité d'une
jufte deffenſe me l'a púpermettre.
Je n'ai refufe la neutralité à per
fonne , j'ay traité en amy tout
ce qui a bien voulu ne fe pas
mettre au nombre de mes ennemis.
Fay même oublié quelquefois
les régles lesplus communes
de la prudence ordinaire , pour
avoir occafion de marquer à l'Empire
l'envie que j'ay d'y voirla
tranquillité rétablie, menc
Novembre 1704. L
122 MERCURE
La Ville d'Auſbourg , dont la
fituation donne tant d'avantages
pour attaquer ou pour deffendre
mes Etats , avoit demandé la
neutralité que je lui avois act
cordée. Des avis dont l'évene→
ment n'a que trop fait voir la
certitude , m'apprenoient l'intelligence
de fes habitans avec mes
ennemis qu'ils y vouloient introduire.
Malgré la facilité quej'avois
de me rendre le maistre d'une
place peuforte ,fans garnifon ,
fituée au milieu de mes Etats ,je
n'en voulus rien faire. Faimay
mieux courir quelque rifque , que
de manquer de donner à l'Empire
mardan
GALANT 123
une preuve autentique de mamo
deration , er de la droiture de mes
fentimens. Mes ennemis profitans
de ma bonnefoy, y furent reçus
Ø je n'ai reparé que par le gain
d'une bataille & un fiege penible,
les mauvaisesfuites de mes bonnes
intentions.
•Il convenoit à mes affaires , de
me rendre le maistre du pont e
de la Ville de Rarifbonne dés le
commencement de la Campagne
derniere. Si cette expedition eftoit
importante , elle eftoit en mefme
temps tres-facile. Combien de démarches
n'ai je pas faites neantmoins
pour obtenir de la Cour de
Lij
124 MERCURE
Vienne , que cette Ville demeuraft
neutre ? J'ai attendu l'extremité à
m'en affurer , & je ne l'ai fait
qu'aprés que les délais affectez de
'Empereur , & la marche des
troupes qu'il y devoit introduire ,
meurent
pleinement
convaincu
qu'il vouloit s'en rendre le maître
, & qu'il eftoitfur le point de
l'executer.
• Quels égards n'ai-je pas témoigné
pour les Députez qui compofent
la Diette ? Quelles circonf
pections n'ai-je pas apportées , afin
les mesures que j'estois obligé
de prendre pour la fureté de mes
•Eftats ne troublaffent point la lique
GALANT 125
berté defes déliberations ? Avec
quelle chaleur , mefme depuis que
je me fus affuré de la place , ne
preffai-je point qu'on obtint de la
Cour de Vienne un acte de neu
tralité , qui ne futfujet ny aux
exceptions ny aux équivoques ,
afin que fans trop m'expoſer , je
puffe retirer mes troupes d'uneplace
que l'Empereur & moy nous
devions regarder comme le Sanc
tuaire de l'Allemagne ? Dés que cet.
acteparut en bonne forme , je renonçai
à tous les avantages que je
pouvois tirer de la neceffité où je.
m'estois trouvéde me faifir de cette.
Ville , & je témoignai par une
Liij
126 MERCURE
démarche à laquelle mon inclina
tion feule pouvoit me porter, le
respectque j'aypour l'Empire, &
la fincere amitié que je conferve
pour la plus grande partie des membres
qui le compofent. Je Sçay imputer
la démarche qu'ils ont faite
contre moy auxféductions & aux
menaces de mes ennemis ; & j'ai
plus d'égardauxfentimens de leur
coeur qui me font connus , qu'à là
declaration forcée à laquelle ils ont
efté contraints.
Pourroient-ils ne pas voir que
ma cauſe eft celle de la patrie ;
La Maison d'Autriche
, aprés
plufieurs infractions des ConftituGALANT
127
tions de l'Empire , n'avoit plus
qu'une démarche à faire pour le
changer en un Eftat Monarchi
que. C'eftoit defe rendre maistreffe
de luy faire faire à fon gré , la
paix on laguerre. C'est ce qu'elle
vient de tenter. Beaucoup, manque
deforcesfuffifantes ; d'autresfaute
de courage , quelques unpour s'eftre
laiſſez féduire ; tous enfin ont témoigné
une patience inconnuë autrefois
en Allemagne. Ma Maiſon
s'est trouvée la feule qui ait eu enfemble
lesforces & la vertu necef-
; fairepour s'opposer au torrent. S'il
nous entraînoit rien n'arreſteroit
plus fa courſe. Aprés avoir exae
Lij
128 MERCURE
"
miné maconduite ,fil'on veutbien
faire attention à celle que l'Empe
reur a tenue depuis la paix de
Rifwik , il fera facile de connoiftre
l'Auteur des troubles de l'Allemagne.
On verra que le repos de l'Europe
a efté dansfes mains, qu'au
préjudice de fes veritables intereſts,
il a refufé de l'affermir.
Les Puiffances , quipour le bien
de la paix , avoient refolu de faire
valoir les droits du Prince Elec
toral monfils , à la fucceffion d'Ef
pagne ayant vú leurs mesures
déconcertées par la mort peu attendue
de cet enfant , en privent de
nouvelles pour prévenir la guerre.
GALANT 129
12
en
res
C.
Elles conclurent le fameux traité
de
partage.
Espagnols
ontreconnu
dans lafuite
lesprétentions
à leur Couronne
pour
tes mieux
fondées
, la France
,
dis-je ,y cedoit
à l'Empereur
pour
Archiduc
, lapartie
la plus confi
derable
des Eftats
qui la compofent
.
Elle ne prenoit
rien en comparaison
.
de ce qu'elle
abandonnoit
à la Maifon
d Autriche
. Les hommes
fe
trompent
fouvent
, quand
ils chercheni
à penetrer
l'avenir
dont
le
Seigneur
a refervé
la connoiffance
à luy feut ; mais
on peut
affurer
fans temerité
, que lapaix
del'Eu
rope auroit
efté affermie
pour
longe.
La France , dont les
130 MERCURE
temps , fifa Majefté Imperiale
avoit acceptéce traité quandil luy
fut communiqué.
pûr
Ce Prince qui accufe les autres
d'eftre les perturbateurs du repos
public, refufa de lefigner. Il neput
fe refoudre à rien facrifier de fes
pretentions , pour en obtenir la
meilleure partie. Il prefera des ef-.
perances incertaines , qui ne pou
voient réuffir qu'aprés une guerre
longue & cruelle , à la gloire de
contribuer à l'affermiſſement de la
paix dans la Chreftienté , e au
plaifir de mettre fans effufion de
fang, la Couronne d'Espagne fur
la tefte de fon fecond fils.
GALANT 131
27
Yesbos
โล
sef
erre
de
Sur
a
L'évenement a fait voir la va
nité de ces efperances. Le Teftament
du Roy Charles II. qui devoit
estre d'un grand poids , ne fe
trouva point conforme à l'attente
de Sa Majefté Imperiale , & la
Couronne d'Espagne paſſa à ſa
mortfur la tefte d'un Prince de la
Maifon de France . La Cour de
Vienne déterminée à la guerre , en
treprit deflors de faire la cauſe de
L'Empire de fa querelle particulie
re . L'Electeurde Cologne mon fre
re , dont les Etats eftoient les plus
expoſez aux malheurs de la guer
re par leur fituation & le peu de
Placesfortes qui les couvrent , prit
132 MERCURE
des mesurespour les engarentirpar
une neutralité , comme le feul
moyen de prévenir leur entiére defolation.
Il obtint fans peine , le
confentement des Couronnes de
France & d'Espagne à cette neutralité
, & il fit folliciter l'Empereurpar
le Comte Schlick , de lug
accorder le fien . Le refus fut précis
, & il eftoit facile de prévoir,
les Hollandois qui venoient
de figner un Traité de Ligue offenfive
& deffenfive avec l'Empereur,
s'expliqueroient auffi ouver
tement que Sa Majesté Imperiale
quand la guerreferoit commencée.
Lorfque l'Electeur de Cologne les
que
1
GALANT
133
Luz
pri...
pient
impe
ver
riale
ncée.
eles
fit preffer de confentir à la neutratité
de fes Etats , ils répondirent
qu'il eftoit inutile d'entrer en negociation
à cet égard , quand la
Paix duroit encore . Ils ne pouvoient
mieux donner à entendre
1
par quelles expeditions ils voutoient
commencer la guerre .
L'Electeur de Cologne chercha
inutilement du fecours dans l'Empire
. L'affociation du Cercle du bas
Rhin , fut empêchée par l'Electeur
Palatin . Ce Prince qui depuis
longtemps ne cherche qu'à détruire
te Chapitre de Cologne par l'Ecteur
l'Electeur
ق ق ش
par Son
Chapitre , fouleva encore contre
134 MERCURE
mon frere , à l'aide d'un autre ef
prit brouillon & feditieux , quel
ques - uns de fes Chanoines malintentionnez,
Les Hollandois ce
pendant affembloient leurs Troupes
fur la frontiere de l'Electorat
de Cologne ; elles y élevoient des
l'Electeur Palatin rece- Forts ,
voitdans fes Etats ces Troupes veritablement
étrangeres dans l'Empire.
Dans cette extremité , l'Elec
teur mon frere eutrecours au Cercle
de Bourgogne. Il reçut fes trou
pes dans quelques- unes defes Pla
ces , aprés leur avoir fait prêter
ferment de n'obeir qu'àfes ordres
GALANT 135
el
це
mai
rox
tora
tir.
rece
ve
Em
C
de ne point agir contre l'Empereur
ny l'Empire. Il eut foin de
prevenir lesfoupçons que l' Alle~
magne auroit pú prendre de cette
démarche , & rendit compte de fa
conduite à la Diette. Il en infor
l'Empereur luy-même.
La Maison d'Autriche a donné
es plufieurs exemples du procedé qu'il
avoit tenu . Elle fir entrer les troupes
des Pays-bas Espagnols on du
El Cercle de Bourgogne ,fous les or
dres du Prince de Parme , dans les
Etats de l'Electorat de Cologne ,
pour dépoffeder Gebbard-Truchfes
&pendant les guerres du Palati
"nat , l'Empereur Ferdinand II. fir
strow
Es Pla
prêter
rdres
136 MERCURE
venir dans l'Empire des mêmes
troupes. S'il y avoit des François
qui ne font pasfujets de l'Empire,
parmi les troupes que mon frere
reçut dansfes Places ; N'y avoit-il
pas des Espagnols & des Italiens
quifont auffi étrangers dans l'Empire
,parmy celles que Gonfalve de
Cordoue amena dans le Palatinat
eu 1622 ? L'Armée du Prince de
Parme n'eftoit- elle pas remplie de
corps de ces nations ? Ces deux
armées eftoient entrées hoſtilement
dans l'Empire, & les troupes que
mon frere appella n'y vinrent que
pour garder quelques Places....
Les précautions que l'Electeur
GALANT 137
in
it-i
118
Em
tina
liede
deva
етет
es que
atque
ወ
Clewt
t
de Cologne avoit prifes en bon
Prince pour le bien de fes Eflats,
Luy firent un crime à Vienne.
L'Empereur , fans faire attention
que fuivant les Conftitutions
de l'Empire , le Traité de Weftphalie
le vingt-buitiéme article
de fa propre Capitulation ,
be Confeil Aulique n'eftoit pas
Fuge competent d'un Electeur de
Cologne , le livra aux procedures
temeraires de ce Tribunal devoué
à la Maifon d'Autriche ,
par des raisons que perfonne n'ignore
en Allemagne..
L'Electeur de Cologne proteſta.
contre fes procedures ;
Novembre
en ap-
1704.
M
138 MERCURE
*
pella à l'Affemblée de l'Empi
re : Il écrivit même à fa Majesté
Imperiale , une Lettre auffi refpectueuse
que forte. L'Empereur
malgré tant de raifons de faire
furfeoir les procedures du Confeil
Aulique , les fit continuer avec
chaleur. Sans avoir égard au
rang que la Maison de Baviere
tient depuis fi long-temps en Allemagne
; il s'emporta jufqu'à faire
mettre l'Electeur de Cologne
au ban de l'Empire , fi dans un
temps fort court il nedonnoit fa
tisfaction des griefs déraisonnables
ou mal - fondez. Un plus
* Du 19. Mars 1702 .
GALANT
139
ax
ere
Ye
un
nalus
2
long détail de la caufe de mon
frere feroit inutile , puifqu'il l'a
fi bien éclaircie dans la Lettre
dont j'ai fait mention.
L'Empereur , loin de luyfaire
justice fur ce qui s'étoit déja paffé,
fit executer la Sentence du Confit
feil Aulique par les Hollandois
& les Anglois : Il fe fervit de
Puiffances étrangeres & Protef
tantes ,pourdépoffederun Electeur
Archevêque
de Cologne , qui n'avoit
commis d'autre crime , que de
s'eftre mis en devoir de maintenir
la paix dans fes Eftats , & d'avoir
refufe d'entrer dans une
guerre que l'Empereur
faifoit
Mij
140 MERCURE
comme Prince de la Maifon d'Autriche
, pour détrôner le Roy d'Ef
pagnes guerre à laquelle juſqu'àlors
l'Empire n'avoit pris aucune
part.
L'Empereurcontre toutejuftice,
mit encore en fequeftre l'Eveſché
de Heildesheim , dont la jouiſſance
appartenoit à l'Electeur monfrère,
entre les mains d'un Prince Protef
tant , au peril que ce Benefice n'ex
fortejamais , & qu'il ait unjour
le mesme fort que tant d'autres
biens Ecclefiaftiques , que les malbeurs
des temps obligerent defécu
larifer à la Paix de Weftphalie.
L'Empirefous Charles-Quint
GALANT 141
卟
C
ON
YB
CU
avoit reçût d'un commun confentement
le Cercle de Bourgogne au
nombre de ceux qui compofent
Corps Germanique , & il avoit
affigné à fon Deputé une Sceance
honorable dans les Diettes. L'Empereur
,fuivant l'article troifiéme
de la Capitulation qu'il a juré
d'obferver , ne pouvoit luy offer
en vertu d'une Déliberation de
qu
l'Empire , le rang qu'il tenoit par
une Déliberation de l'Empire.
Comme s'il avoit efté Souverain
abfolu du Corps Germanique , il
obligea defa propre autorité
Député à fortir de Ratiſbonne où
La Diette étoit affemblée
; ce
142 MERCURE
Il est libre à tous les Souverains
qui composent le Corps Ger
manique , d'eftre armez
d'eftre armez dans leurs
Etats lorfqu'ils le jugent à propos.
C'est un droit qui eft confirmé par
les deux actes les plus autentiques
qui fe foientfaits en Allemagne
dans le fiecle dernier , le Traité de
Weftphalie & la Capitulation de
l'Empereur regnant. Les Ducs de
·Brunfwik - Wolfenbuttel avoient
levé quelques troupes. Le Confeil
de Vienne apprehenda qu'elles ne
ferviffent à repouffer la violence
dont elle ufe ordinairement contre
les membres de l'Empire quirefu
fent d'entrer aveuglement dans
GALANT 143
र
Ent
B
tre
fon parti. Elle trouva le moyen
d'engagerla Maifon de Brunfwik,
Zell & Hannover,pour laquelle
l'Empereur afait des chofes fi extraordinaires
d'entrer à main armée
dans les Etats de Wolfenbut
teles d'obliger par la violence ,
les Ducs de ce nom à figner un
Traité qui les privoit de leurs troupes
, & les mettoit dans la neceffité
de s'abandonner au torrent.c
quences Princes
On allegnoit que c
avoient pris des liaifons avec la
Ace France. Quand mefme on auroit
donné des preuves de ces liaiſons ,
elles n'étoient ny contre les Loix
ny contre les interests de l'Empire.
ins
<
144 MERCURE
4
La Paix de Rifwick qui duroit
encore, avoit pleinement reconcilié
la France avec le Corps Germanique
les Princes qui le compofentfont
confirmez par la Paix
de Weftphalie , dans le droit de
contracter avec les Puiffances
étrangeres , les alliances qui conviennent
à leurs interefts. On ne
fçauroit avoir encore oublié en Al-
<
lemagne la Ligue * du Rhin on
l'Alliance conclue entre le Roy
Tres-Chreftien d'une part, & les
trois Electeurs Ecclefiaftiques
joints à plufieurs autres Princes
Seculiers de l'autre. Aprés que la
Signée à Mayencole 15. Aouſt 1658.
Cour
GALANT 145
あ
1
"
0
aces
Qur
Cour de Vienne a répandu la terreur
en Allemagne par de telles
violences , n'a-t- elle pas tort de me
reprocher , comme une preuve que
je foutiens une mauvaiſe cauſe ,
que je fuisfeul de mon party ?
Le treiziéme article de la Capitulation
de l'Empereur , qui
L'oblige d'observer le Traité de
Weftphalie comme étant figné par
le Corps de l'Empire , l'obligeoit
auffi à l'obſervation du Traité de
Rifwick. Ce Traité n'eſt qu'un
renouvellement de celuy de Weftphalie
, & il avoit estéfigné de
mefmepartoutle Corps Germanique.
Quoique la France l'obfervaft
Novembre 1704 . N
146 MERCURE
exactement , l'Empereur n'apas
laiffé de le violer au mépris de
tous ceux qui l'avoient figné avec
luy. Il avoit affiegé & pris Landau
avant que la Diette de Ratifbonne
eut conclu de declarer la
guerre à la France. C'est une infraction
d'un Traitéfolemnele
defa Capitulation , qu'il ne peut
excufer en alleguant la neceffitéde
prevenir un ennemi vigilant. La
France ne cherchoit qu'a maintenir
la Paix avec l'Empire. Quand
mefme elle auroit formé quelque
entrepriſe contre fa tranquillité ,
l'Empereur ne pouvoit rompre
paix de Rifwick, & attaquer une
la
GALANT
147
4
d
14
place dont elle étoit enpoffeffion par
des Traitezfignez avec le Corps
Germanique , qu'aprés avoir pris
l'avis des Electeurs. Mais il n'ofa
les confulter, de crainte de les trouver
oppofez à fes intentions . Il
rompit de fa feule autorité , une
Paix quel'Empire en Corps avoit
fignée La guerre ne pouvoit
commencer affez-toft àſon gré.
Quelques puiffent estrefesfuc
cés , je me flatte qu'ils ne m'attireront
jamais
l'averfion de mes
compatriotes. C'eft fur ceux qui
m'ont attaqué , & qui m'ont déclaré
une guerre injufte quandje
ne parlois que depaix , qu'elle doit
Nij
148 MERCURE
retomber. Ils ne m'auroient pas en
pour ennemi , s'ils avoient bien
voulu me laifferfuivre l'exemple
de l'Electeur Ferdinand- Marie
mon pere , dont la memoire eft encore
en benediction dans la Baviere
, pour eftre resté neutre pendant
la guerre qui preceda la Paixe
de Nimegue
.
Quand l'Empereur m'a reproché
de manquer de reconnoiffance
pour
les bienfaits que ma Maiſon a reçûs
de lafienne , l'intention de fa
MajeftéImperiale n'a pas efté apparemment
de remonter bien haut
dans l'Hiftoire. On y trouveroit
quema Maiſon étoit déja une des
GALANT 149
#
plus illuftres de l'Allemagne
quand celle deHapfbourg n'y étoit
pas encore bien celebre . Un des
premiers évenemens qui ait rendu
celebre la Maifon de Hapfbourg ,
ce fut la victoire que remporta
P'Empereur Louis de Baviere, fur
IX un Prince de cette Maifon qui
l'avoit attaqué mal à propos , &
qu'il fit fon prifonnier. Ces premiers
temps ne font pas favora
bles à la Maifon d' Autriche : Ils
f font trop voisins de ceux où vivoit
Ottocare , & il n'eft pas
avantageux à Sa Majeflé Imperiale
qu'on examine à quel titre
elle & moy nous poffedons bes
The
CHT.
12-
FOLL
Niij
150 MERCURE
Provinces qui compofent nos
Etats .
le
Je ne crois pas mesme que
deffein de l'Empereur ait efté de
remonter jusqu'aufeiziéme fiecle :
je veux dire à la ceffion * injufte
infoutenable que l'Empereur
Maximilien 1. fe fit faire de
Kufftein , & d'un nombre confiderable
de Villes des Etats de Ba
viere qu'il joignit à l'Autriche
& au Tirol, ou aux guerres que
les differents de Religion exciterent
dans l'Empire. Guillaume
Duc de Baviere , qui fe mit à la
tefte des Catholiques confederez ,
* En
1505.
GALANT 151
S pour s'opposer aux Proteftants
liguez a Smalcade , ne fut pas
affez bien recompenfe des fervices
qu'il avoit rendus à la Maiſon
d'Autriche , pour croire qu'on ait
entendu parler de luy.
W
Ba-.
me
ila
む
C'est dans le dernier fiecle qu'il
faut chercher les bienfaits que ma
Maifon a reçus de celle d'Autriche
, il eft fenfible que la Cour
de Vienne a entendu parler de la
Dignité Electorale & du Haut-
Maximilien mon
Palatinat
que
ayeul
reçût
de l'Empereur
Ferdinand
II. Avant
d'examiner
les
Services
que
ce mefme
Maximilien
avoit
rendus
à la
Maiſon
N iiij
152 MERCURE
d'Autriche , il eft bon d'expofer en
quoy confiftoit ce bienfait tant
vanté.
Frederic , Electeur Palatin de
la Maifon de Baviere , aprés
avoir efté chaffé de la Bohême
dont il avoit voulu fefaire Roy,
avoit efté mis au Ban de l'Empire
& dépouillé de fes Dignitez &
de fes Etats hereditaires . On ne
pouvoit fans injuftice refuser à
Maximilien mon ayeul , la Dignité
d'Electeur dont on dépouilloit
Frederic
.
Cette Dignité eft tres- ancienne
dans ma Maiſon : Suivant le
Concordat qui fut fait à Pavie
GALANT 153
&
me
1 ท
Di
enne
e
entre l'Empereur Louis de Ba- .
viere dont je defcends & Adolphe
de Baviere , fils de Rodolphe
de Bavieres lequel Rodolphe étoit
frere de l'Empereur Louis , &
auteur de la branche Rodolphine
dont étoit iffu l'Electeur dépouillés
fuivant , dis-je , le Concordat de
Pavie , la Dignité Electorale qui
appartenoit à la Maifon de Baviere
, devoit eftre poffedée alternativement
par les Chefs des
deux branches qui la compofoient
deflors. Quelque temps aprés ce
Concordat , l'Empereur Charles
IV. Pennemi declaré des Princes
de ma branche , publia la Bulle
154 MERCURE
d'or, & il regla dans le Chapitre
VII. que les fils aînez des
Electeurs fuccederoient toûjours à
leurs peres. C'étoit un Prince de
la branche Rodolphine , qui jouiffoit
de l'Electorat qui étoit dans
ma Maiſon quandcette Bulle fut
publiée. Son fils prenant droit fur
la Bulle d'or , fe maintint en poffeffion
de l'Electorat, qui fuivant
le Concordat de Pavie , devoit
paffer à l'aîné de mabranche. Son
ufurpationfut imitéepar fes def
cendants , malgré les proteftations
& les oppofitions de mes Ancêtres
fi fouvent réiterées , & renouvellées
encore en pleine Diette
GALANT 155
三級
Sen
par
le Duc Guillaume de Baviere
mon bifayeul , & pere de l'Electeur
Maximilien. Ce Prince
avant la profcription de Frederic
Electeur Palatin , avoit de juftes
prétentions à fon Electorat ; la
felonie de Frederic ne fut qu'une
occafion de rendre juftice à ma
branche , qui étoit déja compriſe
dans l'Inveftiture de cette Di
gnité. Ainfi je puis avancer que
Empereur Ferdinand II. ne fit
pas une grace à mon ayeul quand
il engagea la Diette à le recevoir
en la place de l'Electeurprofcrit.
On peut dire la mefme chofe de
la partie du Haut-Palatinat qui
3
156 MERCURE
luyfut cedée. Maximilien n'eftoit
pas fans pretentions fur ce pais.
Mais foit grace , foir juſtice , il
luy en coûta cher pour l'obtenir.
L'Electeur Maximilien ne reçut
de l'Empereur Ferdinand une Inveftiture
qui luy eftoit dûë , qu'à
condition de remettre à ce Prince
la fomme de treize millions de florins
du Rhin que Ferdinand devoit
par un compte rérveſta de toutes
les formalitez : fomme pour la
fureté de laquelle il avoit engagé à
mon ayeul , une partie de l'Autriche.
Lapaix de Weftphalie où cette
convention eft inferée , en confervera
à jamais la memoire.
GALANT 157
Les fervices que
l'Electeur
Maximilien avoit rendus à cet
Empereur , meritoient cependant
qu'il tint avec luy une conduite
moins intereffée. Loin de luyfaire
cett
afer.
acheter la juftice , Ferdinand II.
pouvoit bien le recompenfer de fon
propre patrimoine , fans que fa
pofterite put luy reprocher d'avoir
efté prodigue. L'Empereur Mathias
, coufin de Ferdinand , eftoit
mortfans luy avoirlaiffé beaucoup
d'amis dans l'Empire , & une partie
des Provinces qui compofent
aujourd'huy les païs hereditaires,
refufoit mefme de le reconnoiftre
pour Souverain. Maximilien
* En 1619.
*
158 MERCURE
mon ayeul , avoit déja du credit
beaucoup de reputation en Allemagne.
Frederic , Electeur Patatin
, vint le trouver à Munick
pour le perfuader de fefaire Empereur
, & il luy offrit avec
voix , celles des Electeurs de
Sa
Mayence & de Brandebourg.
Ferdinand Electeur de Cologne,
frere de Maximilien y auroit
joint la fienne. Son élection paroiffoit
infaillible , puiſqu'il eftoit
ainfi affuré de la pluralité des
voix. Mais mon ayeul refufa
tant de grandeur pour les procurer.
à fon amy. Ferdinand vint àfa
Cour , le prier d'entrer dans fes
GALANT 159
interests , il s'engagea à le fervir,
il contribua autant qu'aucun
autre Prince à fon élection.
Les fervices que le mefme Maximilien
rendit dans la fuite au
nouvel Empereur , & à Ferdinand
111. fon fils ,foit dans la
guerre de Bohême où il eut la meil
leure part , foitdans toutes les traverfes
que la Maifon d' Autriche
effuyajufqu'à lapaix de Weftphalie
, fontune partie confiderable de
d'histoire de ces temps-là . Ce fut
fluy qui gagna la bataille de Prague,
& fes troupesfurent toûjours
les plusfidelles à la Maison d' Autriche
comme lespremieres en cam-
DArer
160 MERCURE
pagne. Il refufa plufieurs fois la
neutralité qui luy fut offerte par
la France & par la Suede , aux
conditions les plus avantageuſes
.
Il laiffa mêmeravagerfes propres
Eftats & pillerfa Capitalepar les
Suedois , plûtoft que de détourner
les forces de fon parti , auffi longtemps
qu'il les crut occupées ailleursplus
utilement.
L'Empereur lui-mefme , a des
obligations eẞsentielles à l'Electeur
Ferdinand Marie mon pere , qu'il
ne peut avoir oubliées quelque peu
de ménagement qu'ilgardepourfes
enfans. L'Empereur Ferdinand
III. pere de l'Empereur regnant,
GALANT 161
eftoit mort fans avoir pu le faire
élire Roy des Romains , & de
puiffans ennemis au dedans & au
dehors de l'Allemagne , traversoient
fon election à l'Empire . Les Puiffances
qui avoient intereft de s'oppofer
à la grandeur de la Maifon
d'Autriche , offroient toutes leurs
fecours ou leurs voix à l'Electeur
Ferdinand Marie , s'il vouloitdif
puter la Couronne Imperiale. Il
les refufa par generofité , &
contribua de fon fuffrage & defes
bons offices à la mettre fur la tefte
du mefme Prince qui perfecute
aujourd'huy fa pofterité.
a
à
it
Qu'on n'impute qu'à la neceffité
Novembre 1704. O
162 MERCURE
de me juftifier du reproche d'ingra
titude que l'Empereur m'afait , ce
queje dis des fervices que je luy
ay rendu même. Si les bienmoy
faits reprochez font une offenfe
c'eft luy qui ma mis dans la neceffité
de la faire. Apeine avoisje
paffé l'âge que les Conftitutions
de l'Empire ont preferit aux Electeurs
,pour entrer dans l'adminif
ftration de leurs Eftats , que
Ville de Vienne fut affiegée. Sije
n'avois confulté que mes interefts,
je me ferois contenté , comme plufieurs
autres Princes , d'envoyer
un leger contingentjoindre l'armée
qui s'affembloit pour la fecourir.
la
GALANT 163
Fy marchay en perfonne à lateſte
d'une armée que je levai ; ¡y
menai les troupes du Cercle de
Suabe , quifans moy n'y feroient
point allées , & l'Empereur a dû
eftre informé fi ma prefence fut
inutile à la délivrance de fa Capitale.
Les dégoufts que je recevoisfou
vent pour les quartiers d'hyver ou
pour le Commandement ne me re-
"buterent pas : j'épuifay mes Etats
d'hommes & d'argent pour le ferrvice
de l'Empereur ; je fis en per
fonne les cinq Campagnes quifuivirent
le Siege de Vienne ; je contribuay
à toutes les conqueftes qui
O ij
164 MERCURE
font aujourd'huy une partie conftderable
des Etats de la Maifon
d'Autriche , le paffage de la Save
la prife de Belgrade qui portoient
un coup mortel à l'Empire
Ottoman,furent mon ouvrage, &
je me diftinguay affez pendant tout
le cours de cette guerre pour devenir
l'objet principal de la haine &
des imprecations des infidelles.
Ce n'eftoit pas les marques de
reconnoiffances que je recevois de
l'Empereur , qui me donnoient tant
de zele pour fon fervice. Il ne
pouvoit ignorer que je neſouhaitaffe
de joindre à mes Etats quelques
Bailliages de la haute Autri-
1
GALANT 165
che qui estoient à ma bien-feance.
Famais il ne daigna me les offrir
quoy que leur valeur n'égalaſtpas
la cinquantiéme partie des fommes.
qu'une guerre dont il retiroitfeul
les avantages , m'avoit coûtée.
Elles fe montoient à trente- deux
millions de florins du Rhin.
Si Sa Majesté Imperiale me don
na l'Archiducheffe Marie- Antoi →
nette , qu'elle avoiteu de l'Infan
te d'Espagne fa premiere femme ,
ce ne fut qu'aprés m'avoir fait
faire toutes les renonciations odieu
fes qu'elle jugea à propos d'exiger;
aprés avoir pris toutes les mefures
qui pouvoientmettre obstacle
a
166 MERCURE
à la grandeur où ma Maiſonpouvoit
monter à la faveur de ce mariage
. Quoy qu'ilpuft arriver dans
la fuite , l'Empereur avoitpris des
précautions qui me difpenfoient de
luy en avoir obligation ..
Je ne laiffay pas de continuer
à fervir en Hongrie à la tefte de
mes Troupes , jusqu'à la guerre
qui preceda la Paix de Rifwick.
Maxilien- Philippes , Electeur de
Cologne , & fils d' Albert de Baviere
mon grand- oncle vint à
mourir. L'intereft qu'avoir l'Empereur
de s'opposer au competiteur
de mon frere à cet Electorat, luy fit
prendre leparty de ma Maifon, qui
GALANT 167
eftoitplus àportée qu'une autre de
le faire exclure : elle avoit parelle
- même de puifans amis dans le
Chapitre de Cologne , qui depuis
plus de cent ans a toujours shoift
fes Electeurs dans la Maifon de
Baviere. Ce competiteur eftoit le
Cardinal de Furftemberg , dont
l'Empereur devoir craindre le ref
fentiment aprés l'avoir retenu qua
tre ans dans une prifon dure
injufte.
Monfrerefut élu , mais il per
dit la faveur defa Majesté Imperiale,
fitoftqu'il n'eutplus befoin de
lui,pourexclure un competiteur redouté.
Lorsque l'Evêché de Liege
168 MERCURE
vaquaparla mort du Baron d'Elderen
, mon frère n'eut point d'obligation
defon élection à l'Empereur.
Il l'avoit traversée de tout
fon pouvoir, & il ne tint pas à
luy qu'un autre ne fuft choisi pour
Coadjuteur de Heildesheim
, lorfque
mon frere fut nommé à cette
Dignité. Cependantje m'eftois rangé
avecchaleurdu parti de fa Majefté
Imperiale
, dans la guerre qui
venoit de s'allumer en Europe . Je
ne luy avois pas même , comme
beaucoup d'autres , fait acheter ny
ma declaration
ny mes fecours ,
je n'avois pas examiné les raifons
que j'aurois pu avoir de ne point
épouser
GALANT 169
tre
in
14-
m
ny.
م ی ر م
Lons
fer
époufer fa querelle avec tant de
vivacité.
Mon frere l'Electeur de Cologne
& moy , nous pouẞâmes encore
la complaifance pour la Cour
de Vienne , jusques à ne pas contredire
deflors l'érection du neuviéme
Electorat en faveur du Duc
de Brunfwick - Hannover. Cette
érection eftoit en elle-méme une violation
manifefte de la Bulle-d'or ,
du Traité de Weſtphalie & de la
propre Capitulation de l'Empereur.
Nous n'ignorions pas même
entierement les étranges conventions
qui avoient efté faites à cet
egardpar un Traité fecret. Nous
Novembre
1704. Р
170 MERCURE
eftions informez en quelque ma
niere , que pour le prix defon bienfait
, l'Empereur avoit exigé de
ce Prince qu'il s'obligeaft pour luy
comme pour fes defcendans , de ne
donner jamais leursfuffrages dans
les élections , qu'aux Princes de la
Maifon d'Autriche , & que fa
MajeftéImperiale avoit encore obtenu
de luy une autre condition
auffi peu compatible avec la Dignité
& le devoir d'un Electeur.
Fentens parler de l'obligation où
entra le Ducde Brunswick- Hannover
, de procurer que l'Empereur
comme Roy de Bohême eut un
fuffrage dans le College Electoral
GALANT 171
כ י
in
r.
pe-
Fun
pral
hors des élections ; fuffrage odieux
qui troubleroit l'ordre des Séances ,
qui feroit accompagné d'inconve» .
niens infinis, & qui banniroitab
folument la liberté des déliberations
du premier College de l'Em-
-pire.
Mon frere & moy , nous contribuâmes
encore de nos bons offices
de nos fuffrages , à l'élection du
Roy des Romains qui n'avoit pas
encore l'âge neceffaire pour eftre
élevé à cette Dignité. Ce ne fut
point en vue d'exclure de ce rang
un competiteurfufpect , que je me
joignis au party de l'Empereur
pourprocurer l'élection de fonfils,
Pij
172 MERCURE
Mon attachement pourfa Maifon
, fut la feule caufe d'une démarche
à laquelle peu deperfonnes
s'attendoient , & qu'il paroiffoit
que je ne pouvois faire fans m'oùblier
moy-même.
7
Les fervices que je rendis enfuite
à Sa Majefte Imperiale en Al-
·lemagne & en Italie , furent auffi
mal reconnus que l'avoient esté les
precedens. Quand je demanday
Madrid le Gouvernement des
Pays-bas Efpagnols , aux mêmes
conditions que l'avoit eu l'ArchiducLeopold,
pourle tenir comme
Prince de la Maifon d' Autriche
dont eftoit l'Electrice Marie-AnGALANT
173
es
nes
hi
ime
An
·
we , femme de Maximilien mon
ayeul , l'Empereurfout mettre mille
obstacles à mes prétentions. Les
fervices de ma Maifon , ny ceux
que je rendois tous les jours , ne
purent obtenir qu'il ne s'oppofaft
pas au fuccés d'un deffein qu'il
s'eftoit obligé de favorifer quand
j'époufay Archiducheffe fa fille.
Il me traverfa en Espagne , & il
yfutfi bienfervy , que malgré la
forte amitiédufeuRoy Charles II.
pourmoy , il me il mefut impoffible d'en
obtenir ce que j'avois demandé.
Les interefts de ma premiere
iche femme qui vivoit encore , me fi
rent accepter le mefme Gouverne-
P iij
174 MERCURE
ment à des conditions differentes
de celles que j'avois que j'avois demandées
&je me trouvay à Bruxelles
quand elle mourut à Vienne. Ce
n'est que contre l'Empereur que je
dois meplaindre dupeu de confiance
qu'elle parut me témoigner dans
la difpofition qu'elle fit de fes pier
reries. Sa Majesté Imperiale s'en
fit laiffer la garde qui m'appartetenoit
jufques à la majorité de mon
fils ,foit envie de me mortifier, foit
deffein de s'en rendre le maître ;
l'Empereur
fe fervit du pouvoir
d'un pere fur une fille qui meurt
entre fes bras , pour faire faire à
l'Electrice un Teftament dont je
GALANT 175
n
;
Dir
rt
je
ne puis croire encore qu'elle ait efté
capable.
Je ne déguiferay point combien
defemblablesprocedez mefaifoient
depeine, Les fervices importants
que j'avois rendus à l'Empereur,
meritoient qu'il tint une autre conduite
à mon égard. Les remontrances
que je luy faifoisfaire l'aigriffoient
loinde l'attendrir , & cha
quejour je recevois de nouvelles
preuves de fon peu de reconnoiffance
pour mon attachement à fa
Maifon . C'est ce qui m'avoitfait
prendre le parti de vivre dans l'indifference
avec la Cour de Vienne ,
&de neplus mefacrifier pourfes
Pij
176 MERCURE
interefts , que quand ilsfe trouveroient
joints avec ceux de l'Em-.
pire.
Aprés avoir expofe le procedé
de l'Empereur le mien , je laiſſe
àjuger à l'Empire & à l'Europe
entiere , qui de nous deux peut eftre
асси
cufé de faire une guerre injuſte ,
& à qui onpeut reprocher de manquerde
reconnoiffance . Je n'aypris
les armes que pour me deffendre ;
mes Ancestres & moy nous
avons rendu à la Maison d'Autriche
des fervices effentiels , fans
avoir jamais reçû que de foibles
marques defareconnoiffance. :
GALANT 177
25
ns
les
Le Roy a donné l'Abbaye
de Beaulieu Diocefe de S. Malo
, à l'Abbé Bargedé , Grand-
Vicaire de Nevers. Il y a longtemps
que cet Abbé travaille
dans le Diocefe de Nevers. Le
grand âge de M' l'Evefque de
Nevers , & fes infirmitez , le
mettent fouvent hors d'état de
travailler par luy-même ; il
laiffé depuis quelques années la
plus grande partie des foins de
fon Eglife à ce Grand-Vicaire.
Il eſt un excellent Canonifte ,
& s'eft de tout temps attaché
à la Jurifprudence Ecclefiafti
que , fcience qui convient fort
a
178 MERCURE
à un Grand - Vicaire.
Celle de Villemagne , Diocefe
de Beziers , à M' l'Abbé
Gayet , Grand-Vicaire de Beziers
. M' l'Abbé Gayet a demeuré
plufieurs années à Paris ,
où il s'eft exercé dans les meilleures
Chaires au Miniftere Evangelique
, pour lequel il a
beaucoup de talent . Il fit il y a
prés de trois années le Sermon
de la Cene devant le Roy , avec
beaucoup de fuccés. M' du
Rouffet ayant eſté nommé Evêque
de Beziers il y a deux ans
& demy, le fit fon Grand-Vicaire
.
GALANT 179
Ja
30.
ec
du
ve
ans
Vi-
Celle d'Ahun , Dioceſe de
Limoges , Ordre de S. Benoiſt,
à M l'Abbé Geneys. L'Abbaye
d'Ahun a produit de
grand fujets . Le dernier Abbé
étoit fort confideré de feu M
d'Urfé Evêque de Limoges.
Celuy qui vient de luy fucceder
eft rempli de merite , & treseftimable
par les qualités de
l'efprit & par celles qui font un
bon Miniftre du Seigneur. Il
eſt bon Theologien & grand
Scolaſtique.
Le Prieuré de S. Geofmes ,
Diocefe de Langres à M² l'Ab
bé Heron, Treforier de la Sain180
MERCURE
te Chapelle de Vincennes & auparavant
Aumônier de la Reine
. Cet Abbé eft Docteur dé
Sorbonne ; il eft connu par un
merite tres- diftingué & par des
talens tres-particuliers . Les ouvrages
fortis de fa plume luy
ont fait beaucoup d'honneur .
Ils font écrits avec beaucoup
de delicateffe . Celuy qu'il a fait
pour l'inftruction des jeunes
Penfionnaires a eu un fuccés
extraordinaire , & l'on en a fait
deux ou trois éditions.M'l'Ab,
be Heron eft tres confideré
dans fa Faculté .
L'Abbaye de S. Martin de
GALANT 181
les
Dulur
zur.
Sup
fait
nes
ccés
fait
Ab
deré
En de
"
Mondée , Dioceſe de Lizieux ,
Ordre de Prémontré à Dom
L'hermite. Ce Religieux eft un
des principaux ornemens de
fon Ordre. Il y a efté élevé aux
charges dés qu'il a pû les remplir
: & il s'en eft acquité avec
beaucoup de fatisfaction de la
de fes Superieurs , & de
ceux qui luy étoient foumis.
Sa douceur & fon humilité ont
toujours donné un grand luftre
à toutes les autres vertus .
part
Celle des Religieufes de Nô.
tre-Dame de Nevers , Ordre de
S. Benoift , à M de Charlus.
La Maifon de Charlus eft une
1
182 MERCURE
branche de l'illuftre Maifon de
Levy.M'de Charlus font Licutenants
de Roy de Bourbonnois
; M le Marquis de Charlus
le fils a époufé une fille de
Monfieur le Duc de Chevreu
fe, & M le Marquis de Châteaumorant
de la Maifon de
Levi a épousé une de fes foeurs.
Celle de Fabas Ordre de S.
Benoift de Cifteaux , Dioceſe
de Comminges à MⓇ de Villepaffans.
Cette Dame eft d'une
tres-grande Maiſon ; mais les
qualités de fon efprit & l'exacte
profeffion qu'elle a toujours
fait des vertus Religieuſes , la
GALANT 183
น
-11-
de
Cu
Châ
a de
eurs.
de S.
་
ocefe
Pilleund
is les
xacte
doivent encore rendre plus
confiderable. Le choix que le
Roy a fait de cette Dame confolera
les Religieufes de Fabas
de la perte qu'elles ont faites
de leur Abbeffe qui étoit une
perfonne d'une vertu eminente
& d'un merite fingulier.
Celle du Lieu-Notre - Dame
d'Orleans à M° de la Frette.
Ce nom eft fort connu ; M' le
Marquis de la Frette luy a fait
beaucoup d'honneur . La Da-
-me qui donne lieu à cet article
ne luy en fera pas moins , & on
jours peut tout efperer de fon gouvernement
, puifqu'elle joint
es , la
184 MERCURE
une grande prudence aux lumieres
de fon efprit.
Et la Treforerie de la Sainte
Chapelle de Vincennes , vacante
par la démiſſion de M' l'Ab
bé Heron à M' l'Abbé Bochart
de Saron , Grand- Vicaire de
Clermont. Cet Abbé eft fils
de M Bochart de Saron M
des Requeftes , & frere aîné de
M' de Saron Confeiller au Parlement
, qui a époufé Dame
N... Camus de Pontcarré,fille
de feu M' de Pontcarré Confeiller
d'honneur au Parlement,
& foeur de M' le premier Prefi
dent du Parlement de Rouen
GALANT 185
En
Ine
M'I'Abbé de Saron a auffi un
frère Chanoine de Nôtre- Dame,
& il eft neveu de M ' l'Evêque
de Clermont qui l'a
choifi pour fon Grand-Vicaire .
Cet Abbé a un grand talent
pour l'éloquence de la Chaire ,
paru dans les plus celebres
il a
de Paris. Il fut choifi
étoit
par
ordre
du
Roy
pour
faire
l'Oraiſon Funebre
de feu Monfieur
, au Val
- de- Grace
, lors
qu'on
y
inhuma
fon
coeur
qui
y
en
dépoft
depuis
fix
femaines
. Il prononça
dans
cette occafion
un
difcours
des
plus éloqueus
; une
partie
du
Par- Novembre
1704.
e
186 MERCURE
lement s'y trouva , & Mª l'Evêque
de Strafbourg, quil'étoit
alors de Tyberiade , qui officioit
, y fut accompagné d'un
grand nombre de Prelats qui
tous donnerent à M' l'Abbé
de Saron les louanges qu'il meritoit.
Ce même Abbé prêcha
le jour de la Vifitation de cette
année dans l'Eglife des Dames
de la Vifitation de Chaillot ,
en préſence d'une illuſtre affemblée.
La Reine d'Angleterre ,
accompagnée de toute la Cour
d'Angleterre s'y trouva. Il y
reçut de tres - grands éloges ,
& on peut dire qu'il traita cetGALANT
187
te matiere avec toute la force
dont elle peut être fufceptible.
La maifon de Bochart eſt divifée
en deux branches . M' l'E
vêque de Valence , & M² le
Treforier de la Sainte Chapelle
du Palais & auparavant
Doyen de Chartres , & M' le
Doyen de Lille en Flandres ,
font de la feconde branche .
Perfonne n'ignore qu'il y a eu
un Premier Prefident de la maifon
de Bochart , qui fans contredit
eft une des plus nobles
& des plus anciennes du Parlement
de Paris , où elle eft
connue depuis l'inſtitution de
Q ij
188 MERCURE
cet augufte Tribunal . Elle a
produit dans tous les fiecles.
d'excellens fujets. L'Abbé qui
donne lieu à cet article a paffé
plufieurs années à S.Magloire ;
il a acquis beaucoup d'eftime
dans ce Seminaire , & l'on s'y
fouvient encore de luy avec
beaucoup de veneration . Il eſt
l'aîné de fa maiſon ; mais un
mouvement fecret de la grace
l'arracha du monde dans le
temps qu'il y alloit faire une
brillante figure.
Le Cardinal Charles Barberin
eft mort à Rome dans un
âge extrêmement avancé le SaGALANT
189
Γ
e
medy 8. d'Octobre , il vaque
par fa mort un dix- feptiéme
lieu dans le facré College . Il
avoit eſté longtemps malade
& il eft mort dans la 52 ° année
de fon Cardinalat , ayant eu le
Chapeau le 23. Juin 1653. Il
étoit né le 1 Juin 1630. Il
laiffe le titre de S. Laurent , in
Lucina, vacant : la dignité d'Archiprêtre
de l'Eglife de S. Pierre
: la place de Chefd'Ordre des
Cardinaux Prêtres , à laquelle
le Cardinal Nerli a fuccedé ,
& plufieurs autres Benefices,
Il avoit déja refigné au Cardinal
François Barberin ſon ne-
•
190 MERCURE
veu les Abbayes de Subiaco &
de Farfa , & le Pape luy a encore
donné celle de Grotta-
Ferrata , fur laquelle il avoit
déja douze mille livres de penfion.
Le Cardinal Charles Barberin
a fait fon executeur Tef
tamentaire Dom Oratio Albani
, avec le Cardinal François
Barberin fon neveu , auquel il
donne fes biens avec fubftitution
en faveur des enfansduprince
dePaleſtrine fon autre neveu ,
& il leur fubftitue ceux de fes
foeurs, époufes des Duc de Gaëtan
, & du Prince Borromée , &
à leur défaut le Duc de ModeGALANT
191
ne auffi fils d'une de fes foeurs.
Il a donné au Pape les belles
Tapifleries du feu Pape Urbain
VIII , à chacun des Rois de
France & d'Espagne , un Tableau
de même qu'aux Cardinaux
de Bouillon , d'Eftrées
Portocarrero, de Janſon , & à
plufieurs autres Cardinaux
un autre Tableau à la Reine
Doüairiere de Pologne , & une
Croix de diamans à la petite
Princeffe qui eft avec elle. Il
recompenfe fes Gentilshommes
chacun d'une penfion de
450. livres de rente avec
18000. livres qu'il laiffe pour
>
192 MERCURE
diftribuer à fes bas domefti
ques. Il a fondé pour les Pretres
qu'il avoit auprés de luy
des Chapelles de 420. livres
de rente chacune. Il avoit or
donné que fes funerailles fe
fiffent fans ceremonie dans l'Eglife
de S. Andrea Della-Valle ,
où eft la fepulture de fa Mai
fon ; cependant le Cardinal
François fon neveu luy en a
fait faire de tres -magnifiques ,
aufquelles le Sacré College a
affifté. Sa mort quoi qu'arrivée
dans un âge tres avancé a efté
fort fenfible à toute la Cour
de Rome à cause de l'eftime
que
GALANT 193
a
que fa vertu , fa bonté & fa
magnificence
luy avoient acquifes.
Il avoit donné des preuves
de cette derniere lors qu'il
fut honoré du caractere de Legat
à Latere , pour aller complimenter
le Roy d'Espagne
durant le fejour que ce Prince
fit à Naples
. Il y parut durant
plufieurs jours avec un éclat
digne d'un Souverain
: la dépenfe
prodigicufe
qu'il y fit
& l'argent qu'il y répandit luy
avoient gagné le coeur de tous
les Habitans
de cette grande
Ville. Il eft mort avec de
grands fentimens
de Religion ;
Novembre
1704
. R
194 MERCURE
& tres perfuadé de la vanité
des grandeurs humaines. H
avoit eu le temps de s'en de
fabuſer durant le cours de fa
longue maladie , fa patience
& fa douceur dans cette occafion
préjugeoient la tranquillité
de fon ame , & la fainte difpofition
où il fe trouvoit pour
cxecuter les ordres du Ciel.Ce
Cardinal avoit toûjours marqué
un grand attachement
pour la France , & il confervoit
un tendre fouvenir des
bons offices & de l'azile que
fon pere & fes oncles y avoient
trouvé , aprés la mort d'Ur¬
•
EGALANT
195
bain VIII.sau
commencement
du
Pontificat
d'Innocent X ,
qui fembloit avoir juré la ruine
&
l'extinction de cette gran
de Maifon.. Il avoit raffemblé
une affez belle
Bibliotheque ,
& il avoit
toûjours fait un cas
fingulier des gens de Lettres ;
il les protegeoit
& leur faifoit
du bien dans toutes les occafions
qui s'en
prefentoient
auffi le
regardoient-ils en Italie
comme leur Mecene . Il
étoit petit - neveu
d'Urbain
VIII. & fils de Thadée Barberin,
Prince de Paleftrine & Prefet
de Rome , mort à Paris au
Rij
196 MERCURE
mois de Novembre 1647. &
d'Anne Colonne . Ce Prince.
laiffa encore de fon mariage ,
Nicolas Barberin , Chevalier
de Malthe & Grand Prieur de
Rome , qui fe fit depuis Carme
dechauffe , & dom Maffée Barberin
qui a continué la pofterité,
& qui d'OlympeJuſtiniani,
petite nicce du Pape Innocent
X. a laiffé plufieurs enfans
entr'autres le Prince de Paleftrine
d'aujourd'huy , & le Cardinal
François Barberin . Le
Prince Thadée Barberin laiffa
encore Laurence Barberin , mariée
l'an 1654 à FrançoisGALANT
197
Marie d'Eft , Duc de Modene,
& mere de Monfieur le Duc de
Modene d'aujourd'huy. Cette
Princeffe fut la troifiéme femme
du Duc de Modene , qui
avoit eu de la premiere ( Marie
fille de Rainuce Farnefe Duc
de Parme ) Alfonfe,qui de Laure
Martinozzi niéce du Cardinal
Mazarin, a eu François d'Eft
< z du nom , dernier Duc de
Modene. Dom Thadée Barberin
eftoit frere de François Barberin
Evefque d'Oftie , Doyen
du facré College , & Vicechancelier
de l'Eglife , & du Cardinal
Antoine , Archevêque de
R iij
198 MERCURE
Reims & grand Aumônier de
France , & ils eftoient tous fils
de Charles II Duc de Monterotondo
& d'Acati , & de Conftance
Magaloti . Charles étoit
frere du Pape Urbain VIII.
(Maffée Barberin autant illuftre
par fon efprit que par fa dignité)
& du Cardinal de faint Onuphre
, que le Pape Urbain VIII .
fon frere tira de l'Ordre des
Capucins , où il eftoit fimple
Frere lai, & connu fous le nom
de Frere Antoine . Il fut enfuite
grand Penitencier & Bibliothecaire
Apoftolique. Ils eftoient
tous enfans d'Antoine Barbe
GALANT 199
I
rin 2 du nom , & de Camille
Barbadore. Antoine l'étoit
d'Antoine I. lequel étoit fils de
Frederic Barberin , qui vivoit
en 1 5oo. La maifon de Barberin
eft noble & ancienne. Les
Seigneurs de ce nom demeu
roient autrefois à Semifondé
dans la Tofcane , mais cette
Ville ayant efté ruinée durant
les guerres des Florentins & de
ceux de Fiefole,vers l'an 1024 .
ils fe retirerent à Florence ou
ils ont efté fort confidercz durant
plufieurs fiecles , & où
ils ont poffedé les principales
Charges de la Republique . Ily
R iiij
200 MERCURE
a cu pluſieurs perfonnes de lettres
dans la maifon des Barberins,
Urbain VIII. eftoit un des
meilleurs Poëtes du dernier fie->
cle. On lit encore fes vers latins
avec plaifir.
с
Le Pere Barthelemyl'Hôpi
tal , Superieur general de la
Congregation de la Doctrine
Chreftienne , mourut en cette
Ville à la maifon de S. Char→
les le 3 Novembre âgé de 65 .
ans. Il avoit paffé dans toutes
les Charges de fa Congregation
, & il les avoit rempliesavec
une edification qui luy
avoit fait meriter une cftime
GALANT 201
univerfelle. Ce Pere eftoit un
des plus fçavans hommes de
France dans la connoiffance
exacte de la Morale Chreftien
ne ; il s'y eftoit appliqué dés
fes plus tendres années ; & on
peut dire qu'il n'ignoroit rien
de cette immenfe étendue de
matieres qu'elle renferme. Il
eftoit encore bon Theologien
Scholaftique. Il avoit lû plufieurs
fois la Somme de faint
Thomas , & il en avoit fait
d'excellens Abbregez qui ont
beaucoup ferviaux Profeffeurs
de fa
Congregation. Le gouvernement
du Pl'Hôpital étoit
202 MERCURE
doux & paiſible , quoy qu'il
ne fe relachaft jamais rien de
ce qui regardoit la difcipline
religieufe : il avoit l'art de fe
faire obeir fans fe faire crain
dre , & il joignoit la tendreffe
d'un Pere avec l'exactitude
d'un Superieur. Sa patience &
fa refignation aux ordres de
Dicu ont efté de grands fujets
d'édification dans fa derniere
maladie. Il ne s'eſt jamais plaint,
offrant toûjours ce qu'il fouffroit
à Dieu , avec un tel épanchement
de coeur , qu'il faifoit
fondre en larmes les Freres qui
le fervoient & qui l'affiftoient
GALANT 203
dans fes derniers momens. Il
elt mort enfin de la mort des
Juftes , an
Mr N.... de Thuifi Confeiller
du Roy , & MⓇ des Requeſtes
ordinaire de ſon Hô
tel , mourut en Champagne le
Jeudy fixiéme de ce mois.
Il laiffe de Dame N... d'Hauf
fonville de Vaubecourt trois
garçons & une fille mariée à
M' de la Martelliere M° des
Requeftes. L'aîné des fils eft M²
de Thuifi , pere de Dame N...
le Fevre de Caumartin : M
l'Abbé de Thuifi grand Archi
diacre de Châlons fur Marne,
204 MERCURE
& M le Chevalier de Thuiff
nommé de Paffy. Mª de Thuifi
la mere eft foeur de pere de M²
le Comte de Vaubecourt Lieutenant
general des Armées du
Roy, de M' l'Evêque de Montauban
, & de Mla Comteffe
de Neirg. Elle eft fæeur de pere
& de mere de feuë M la Comteffe
de l'Aubefpin. La maiſon
de Thuifi eft confiderable en
Champagne , où elle poffede
de grands biens. Elle a produit
d'excellens fujets, & ily a longtemps
qu'elle eft connue dans
le Parlement de Paris . M de
Thuifi qui donne lieu à cet arGALANT
205
ticle eftoit bon Juge , éclairé ,
incorruptible , laborieux &
fort exact dans les fonctions
de fon miniftere.
Je vous envoye une Lettre
de M l'Abbé de Longueville
Harcoüet , qui vous fera voir
qu'on reconnoift en France le
vrai merite , & qu'on luy rend
juftice. Comme vous aimez
auffi le vrai merite , je ne doute
point que la lecture de cette
Lettre ne vous faffe beaucoup
de plaifir . Elle eft écrite d'une
maniere qui fait voir que le fpirituel
Abbé, qui en eft l'auteur,
206 MERCURE
eft bien perfuadé de tout ce que
contient fa Lettre.sca
Le départ de Mr le Marquis
& de Me la Marquiſe de Mulazzano
Envoyé Extraordinaire
de Génes eft arrivé ; Nous avons,
Monfieur , perdu à Fontainebleau
ces deux perfonnes , dont l'esprit ,
le merite & lapoliteffe foutenoient
admirablement la dignité qui les
diftinguoit. Paris les regrette la
Cour s'en afflige ; leurs amis en
font touchez , beaucoup les ont
pleurez tous les redemandent.
Si ce Seigneur a fçu tres- habilement
manier dans des temps auffi
GALANT
207
difficiles , la politique d'un Etat
exposé , comme fa Republique ,
que
l'Autriche jette
aux troubles
dans l'Italie pour la
fucceffion
d'Espagne
, qu'elle
voudroit
eten,
dre jusqu'à la Ville mefme de Gé
nes. On peut affurer que cette
Dame a
contribué ,plus qu'on ne
peut
l'exprimer , à tout ce qui
pouvoit
rendre magnifique
, delicieus
fe & Splendide
la maison d'un
Miniftre de ce rang , par l'agreable
concours des perfonnes de confideration
, qui certainsjoursyfor
moient de ces
affemblées , qui pour
eftre
nombreuses , n'en eftoient pas
moins choifies.Ce que le Roy luy a
208 MERCURE
fon
fait l'honneur de luy dire , vous
perfuadera jufqu'où ce départ eft
fenfible. N'attribuez pas à la civilité
du plus grand Monarque,
ce qui n'est qu'un pur effet de
difcernement; e fi vous don
nez quelque chose à fa bonté , táchez
, Monfieur , de ne rien dérober
à fa justice. Voicy les propres
expreffions de Sa Majeſté. ・・・・・
Toute la France avec moy ,
Vous regrette , Madame , on eft
fâché de votre départ ; il n'y a
que l'efperance de vous revoir,
qui nous confole. Je ne puis
eftre plus fatisfait de votre
époux. Je fouhaiteray toujours
-
GALANT 209
les eccafions de vous faire plaifir
ce fera m'en faire à moymême,
par la forte envie que
j'en ay.
Peut on , Monfieur , ajouter
à la valeur de ces termes , precis
obligeants ? Ce font autant
de paroles d'or chacune eſtant un
éloge achevé Et quelle gloire
pour le Senat de Génes , que fes
Envoyez , fe trouvent dignes
den meriter de Louis le Grand
Fay l'honneur d'être &c,
Je vous envoye un Air nouveau
, dont voicy les paroles.
c
Novembre
1704. S
210 MERCURE
AIR NOUVEAU.
O Dienx ! quand rendrez- vous à
mes juftes defirs
L'aimable objet de mes tendres
Soupirs
M
Depuis fon abfence cruelle
Une douleur toujours nouvelle ,
Mejette à chaque inftant ,
Dans un defefpoir éclatant.
Vous , qui voyez mes cris & ma
peine mortelle
O Dieux ! quand rendrez- vous à
mes juftes defers,
L'aimable objet de mes tendres
Soupirs ?
Le Mecredy 12. de ce mois
lendemain de la felte de S.Mares
101S
ar
suposto
30
GALANT 201
tin , on fit l'ouverture du Parlement
, aprés la Meffe qui fut
celebrée dans la Chapelle de
la Grande Salle du Palais par
M' de Chamillart Evêque de
Senlis. Monfieur le premier .
Prefident fuivi de ce Prelat , &
de Ms les Confeillers de la
Cour en robes rouges , fe rendit
en la grande Chambre , où
aprés avoir pris place dans les
hauts fieges , Monfieur le premier
Prefident fit un compli
ment à cet illuftre Prelat , fur
le Sacrifice qu'il venoit de celebrer
, pour implorer du ciel les
graces neceffaires à Meffieurs ,
Sij
212 MERCURE
a
pour s'acquitter des obligations
importantes attachées à
la dignité de leur miniftere.
Il dit , que les Prieres de Mr l'Evêque
de Senlis ne pouvoient eftre
que tres- agreables à Dieu , & dès
plus efficaces , puis qu'elles eftoient
l'effet defå pieté, & que les vertus
eftoient hereditaires dans fa famille
. Il continua l'Eloge de ce
Prelat avec des termes choifis,
& remplis de cette politeffe qui
lui eft fi familiere ; & il finit
par des remercimens que
Compagnie l'avoit chargé de
lui faire , & l'exhorta de continuer
les prieres pour obtenir
la
GALANT 213
du Ciel une paix defirée par
toute l'Europe , où la guerreeftoit
allumée de tous coftez .
-Ml'Evêque de Senlis ré
pondit à ce compliment par le
difcours fuivant .
Monfieur , je connois le prix
de l'honneur que vous m'avezfait
en me choiſiſſant pour cette auguste
ceremonie . Jefçay , Meffieurs que
rien n'eftfi glorieux que de meriter
l'attention du premier Senat du
monde ;plus diftinguépar les qua
litez perfonnelles de ceux qui le
compofent , queparfes preeminences
, & qui doit moins fa gloire
214 MERCURE
:
teurs ,
770306
l'eclat de fes prerogatives qu'à la
fageffe defes decifions.
Cet illuftre Corps , où l'inno
cence trouve toûjours un azile affuré
les loix de vigilans Protec
où l'on prononce des Arrefts
qui reforment , & qui jugent
lesJuſtices mefmes.assoc
Cerilluftre Corps a , Monſieur,
Pavantage de vous voir àfa tefte :
Vous en qui nous refpectons l'ima
ge vivante de ces Magiftrats , vos
ayeux qui ont donnéplus d'eclat à
leurhaute dignité , qu'ils n'en ont
receu d'elle : quipardes voyésfain
ses & incorruptibles ont merité le
titre glorieux de Peres du peuple ,
à
GALANT 215
en confervant un fidele attachementpour
les droitsfacrez de l'autorité
royale , dont ils ont efté le
on
plus ferme appui & le foutien le
plus inébranlable.
à
Ces grands hommes ont efté
Padmiration de leur fiecle comme
vous eftes l'admiration du noſtre
par cet efprit fuperieur qui voit
& qui penetre tout , qui fuffit
tout par l'étendue defes lumieres
qui ne connoift les paffions quepour
les reprimer; par cette exacte
droiture que l'envie la plus maligne
ne peut s'empêcher de respecter.
Ce font ces rares qualitez qui
vous attirent la veneration uni216
MERCURE
verfelle c'eft parelles que votas
avez acquis l'eftime & la confiance
d'un Roy , qui ne l'accorde jamais
qu'à la vertu laplus folide.
Animez de la prefence & de
l'esprit d'unfrilluftre Chef, quels
exemples , Meffieurs , ne donnezvous
pas à tous lesfuges de la terre
par lafolidité
de vosjugeniens ! *
Heureufes les Eglifes, qui comme
la mienne , ont l'avantage d'étre
renfermées dans votre reffort.
Vous prevenez nos defirs vous
foulagez nos peines & bien loin
que vous vouliez diminuer les
droits qui font attachez à noftre
par l'integrité
Lacré
GALANT 217
facré Caractere ; vous aidez de
vôtre autorité les Prelats qui veulent
remplir leurs devoirs , en puniffant
avec ſeverité ces infames
Miniftres des Autels , qui ofent
prefenter au peuple le Saint des
Saints dans des mains facrileges.
Que ne doit point l'Eglife de
France à vosfages decifions , fi conformes
à celles de l'Eglife univer
felle ?Vous eftes les difpenfateurs
fideles de la Justice du plus jufte de
tous les Rois ; c'eft à vous à qui il
a confié ce redoutable & precieux
depoft defa justice fouverainepour
ladminiftrer àfesfujets. Vous fuivezfesfaintes
intentions. Ses loix
Novembre 1704. T
a
218 MERCURE
font votre unique regle , comme la
raiſon & l'équitéfont lafeule regle
defes loix.
P
Il ne m'apartient pas , Mef
feurs , d'entreprendre defaire l'Éloge
du Roy devant une Compagnie
toute remplie de la Majefté
Royale , & devant le veritable
trône de nos Rois.
Que tout l'Unisers parle de
la grandeur & de la puissance due
Roy , le caractere dontje fuis honoré
, m'empêche de louer en luy
d'autres vertus que fapieté & fon
zele pour la Religion ? Vertus dont
Le Seigneur le recompenfe même
dans ce monde , en luydonnant une
GALANT 219
fi nombreufe pofterité , que nous
n'aprenons point dans nos hiftoires
qu'aucun de nos Rois en ait pu voir
defes yeux unefemblable ; & pour
comble de bonheur une Princeffe
digne du trône où elle est destinée,
& qui fait les delices & l'orne
ment de la Cour
Telle eft la benedictionque Dieu
promet dans l'Ecriture à ceux qui
luy fontfideles , & qui mettent
toute leur force dans la confiance
qu'ils ont enfa mifericorde.
Que le Ciel continue de verfer
furle Roi l'abondance defesgraces?
Qu'il le rende vainqueur de fes
ennemis : Qu'il foutienne la justice
Tij
220 MERCURE
de fa caufe : mais qu'il nous con
ferve long- temps un Roy fi neceffaire
à la France : qu'il augmente
Le nombre de fes années afin
qu'aprés avoir inftruit dans le
grand art de regner fon fils &
fon petit fils , il puiffe inftruire
encore ce jeune Prince qui fait
fa joye , & qui affure nos ef
perances.
.
Ce font , Meffieurs , les voeux
finceres que je fais continuellement
dans le Saint Sacrifice de l'Autel,
La grandeur & lagloire de cette
augufte Compagnie eft tellement
attachée à la Royauté , qu'on prie
pour Vous , lorfque l'on demande
.
GALANT 221
à Dieu de combler le Roy & fa
Maiſon Royale de la plénitude de
fes benedections:
Ce difcours fut trouvé d'une
grande jufteffe & d'une
grande politeffe , & tout-à-fait
convenable au fujet . On n'attendoit
pas
moins de M l'Evêque
de Senlis , aprés le difcours
qu'il prononça à l'Academie
Françoife , le jour de fa
reception dans cette fçavante
Compagnie, où l'on dit à haute
voix , qu'il s'en eftoit peu fait
d'auffi beaux dans une pareille
occafion. On luy rendit juftice
, puis qu'il eft tres- conftant
Tiij
222 MERCURE
qu'il n'y a rien d'exageré dans
ces louanges , & que la verité
feule a fait ouvrir la bouche à
ceux qui en ont parlé de cette
maniere.
+
L'Ouverture des Audiences
de la Cour des Aides fut faite
le même jour. M' le Camus
premier Prefident , les commença
par deux ou trois Difcours
qu'il adreffa d'abord aux
Huiffiers & aux Greffiers , &
enfuite à M" les Gens du Roy
& à Mrs les Confeillers . Il exhorta
les uns & les autres à continuer
à remplir dignement les
obligations de leurs emplois .
GALANT 223
Il adreffa enfuite la parole
Ms les Confeillers . Il fit voir
que l'ondevoit s'attacher à la perfeverance
dans l'obfervation de la
Loy. Il marqua , que ce n'eftoit
pas affez d'avoir de beaux commencemens
, des talens heureux ,
un efprit vaſte , étendu , de lafcience
, un bon coeur, & une experienconfommée
: mais qu'il eftoit encore
neceffaire d'avoir une continuelle
attentionfurfoy-même , de
Se deffendre des préjugez : despréventions,
& d'une infinité d'autres
écueils où le Magiftrat leplus
éclairé eftoit en danger de fe perdre.
Il marqua artiftement les
ce
Tij
224 MERCURE
routes que l'on devoit fuivre
pour foûtenir la bonne reputation
, la pureté de coeur , &
l'eftime du Public ; enfin en
donnant l'idée d'un parfait &
vertueux Magiſtrat , on trouva
que cet illuftre Chef donnoit
un veritable portrait de luymême
. Il y a longtemps qu'il
remplit dignement ce pofte important
, & on trouva dans fon
difcours le même feu , la même
vivacité & la même éloquence
que l'on a remarqué dans tous
ceux qu'il a prononcez tous les
ans depuis trente-un an..
Si ce difcours fut écouté &
GALANT 225
admiré du nombreux Auditoire
qui eut le plaifir de l'entendre
, celuy qui fut enfuite prononcé
par M Bellanger troificme
Avocat General , qui a efté
reçû dans cette Charge depuis
quelques mois ne le fut pas
moins.Il avoit pour objet l'application
que ceux qui entroient
dans toutes fortes d'emplois
, & fur tout dans la Magiftrature
, devoient avoir pour
bien commencer. Il fit des peintures
vives & naturelles , & ingenieufement
diverfifiées des
motifs & des cauſes qui engageoient
quantité de perfonnes
226 MERCURE
d'entrer dans cet employ, les
uns parce qu'ils fe trouvoient
obligez par bienséance de remplir
les places de leurs peres
& de leurs parens , par une
efpece de fucceffion & d'heritage;
d'autres pour employer
une partie des fortunes &
des biens dont ils fe trouvoient
en poffeffion ; d'autres
flattez
l'ambition ou par
l'efperance de fe diftinguer ou
de s'avancer dans une plus
grande fortune ou dans des dignitez
plus élevées : qu'il y en
avoit qui fe perfuadoient qu'il
fuffifoit d'eftre Magiftrat, &qui
par
-GALANT 227
ne fe mettoient pas en peine de
connoiftre l'importance & l'é
tendue des obligations de leurs
emplois : & enfin d'autres qui
n'afpiroient qu'àtrouver des occafions
de fe faire confiderer, &
de facrifier leur honneur & leur
confcience au plaifir de rendre
fervice à leurs amis , ou d'eftre
efclaves de la faveur : que les uns
ny les autres ne confultoient
point leur coeur , & s'il eftoit
formé pour remplir tous fes
devoirs & fans faire l'examen
des qualitez neceffaires pour
remplir une dignité fi glorieufe
& fi éminente. Il en traça les
228 MERCURE
caracteres avec tout l'efprit &
toutela force imaginable. Il en
fit des applications fpirituelles
à M' le premier Preſident & à
tout le' refte d'une Compagnie
& protcfta qu'il s'attacheroit à
en fuivre les exemples , & ceux
des grands hommes qui l'avoient
precedé, & dont il avoit
l'honneur de remplir la place.
Le mefme jour 12. de Novembre
l'Academie Royale des
Sciences tint fon Affemblée
publique de la S. Martin. D'abord
M' de la Hire lût la Defcription
d'un Niveau d'une
conftruction nouvelle & fort
GALANY: 229
T
ingenieufe qu'il a inventé, quoi
qu'il y ait déja plufieurs Inftru
mens de cette efpece , dont un
des meilleurs a cfté auffi inventé
par luy. M' Mery parla enfuite
fur les mouvemens d'une
Membrane de l'oeil qu'on appelle
l'Iris , & qui entoure l'ouverture
de la Prunelle. Elle fe
dilate dans l'obſcurité , & ſe
refferre à la lumiere , & par
confequent l'ouverture de la
Prunelle fuit ces changemens.
Ce mouvement de dilatation
& de refferrement dans l'Iris ,
caufé par le plus ou le moins
de lumiere , eft affés difficile à
* ་
230 MERCURE
expliquer mechaniquement , &
M Mery y fit bien paroiftre
cette grande connoiffance qu'il
a de toute la mechanique du
corps des Animaux , & qui lui
a donné la reputation d'un des
plus grands Anatomiftes de
l'Europe. Aprés luy M' Amoncons
expliqua une Correction
qu'il a faite au Barometre , qui
ne devant varier que par le
changement de la pefanteur de
l'air varie auffi par les differens
degrez de chaleur , & par
confequent eft faux en partie.
Cette matiere fembloit luy ap
partenir particulierement, par
GALANT 231
ce qu'il a déja corrigé le Thermometre
avec beaucoup de
fuccés , en luy donnant un
principe fixé & certain qu'il n'avoit
pas auparavant. Enfin M
Geoffroy expliqua la ' maniere
qu'il a trouvée de recompofer
le fouffre commun diffous en
fes principes. Il parla à cette
occafion d'une operation curieuſe
, par laquelle il fait une
matiere , qui felon les épreu
ves qu'on en fait , doit eftre du
fer. Cela donneroit une grande
ouverture pour expliquer la
formation des Metaux , & ce
qui eſt encore plus confidera232
MERCURE
ble , pour en faire artificiellement.
A la fin de chaque difcours
M ' l'Abbé Bignon qui
préſidoit , reprit ſelon ſa coûtume
tout ce qui avoit eſté dit,
donna des éclairciffemens qui
amenoient toutes ces découvertes
fçavantes à la porteé du
Public , & y ajoûta de luimême
des reflexions qui embeliffoient
tout.
Je me trouve obligé de remettre
au mois prochain l'Article
de ce qui s'eft paffé à l'ouverture
de l'Academie des Infcriptions
.
GALANT 233
Le 17. du mefme mois , on
fit l'ouverture des Audiences
du Parlement en la Grande
Chambre. M' Portail , fecond
Avocat General, les commença
par un difcours qu'il adrefla
aux Avocats, où il leur expofa
toutes les qualitez qui étoient
neceffaires à leur état pour acquerir
la perfection & la veritable
gloire. Il en marqua la
grandeur & l'importance par
les differens caracteres & les
portraits ingenieux de toutes
ces rares & merveilleufes qualitez
. Il donna des idées brillantes
de la ſcience , de l'ap-
Novembre 1704. V
234 MERCURE
plication à la connoiffance des
Loix , des Maximes , des Coû
tumes , des Ordonnances , des
Auteurs du Droit , de la difpo
fition du coeur , de la docilité ,
de la probité , de la compofition
, du choix des matieres
de la maniere de les traitter
fans fortir de fon fujet , de ne
point s'attacher à faire des dif
fertations inutiles
& ennuyeufes
, & de ne point fe charger
des Caufes qui font au deflus
de leur genie. Il apliqua en cet
endroit les deffenfes qui furent
faites autrefois aux Peintres
& aux Sculpteurs qui n'éGALANT
235
toient pas du
premier rang
A
de faire des Portraits & des
Statues du Grand Alexandre.
Il fit auffi une agreable comparaifon
des Avocats qui nez
avec de rares talens , fe confiant
à la beauté de leur genie /
& à leur efprit,ne s'attachoient
point au travail . Il les comà
ces Pierres preticufes
qui n'avoient point d'éclat
avant que d'avoir efté polies
par les Ouvriers . Il continua
ce fujet avec une éloquence &
des expreffions qui le firent
admirer du grand nombre de
perfonnes qui compofoient
pára
TH
Vij
236 MERCURE
l'Auditoire. Il fit des peintures
vives & merveilleufes de quan
tité d'Avocats qui avoient
brillé dans les derniers temps,
& que l'on reconnoiffoit par
le Tableau naturel qu'il fit de
leurs qualitez differentes . Illes
exhorta à fuivre ces parfaits
modeles , & il fit voir toute
l'élevation , toute l'éloquence,
toute la vivacité & toute la
grace imaginable. Monfieur le
Premier Prefident aprés avoir
fait l'éloge de ce grand Magiftrat
, exhorta les Avocats à
profiter des maximes que M
Portail avoit établies , & à fui
GALANT 237
25
vre ce qui venoit de leur eftre
fi parfaitement expofé. Le
Mereredy19 . M Da gueſ
feau , Procureur General, com
mença les Mercuriales à huis
clos , dans la mefme Grande
Chambre. Son difcours fut
fur l'efprit que l'on devoit
avoir dans toutes fortes de
Profeffions , & entr'autres dans
laMagiftrature.Il traita ce fujet
avec tout l'élevation & l'éloquence
poffible. Il fit la difference
des genies & des efprits
, & de l'ufage que l'on en
devoit faire . Les termes étoient
choifis , fon imagination parur
238 MERCURE
vive & élevée , fon expreffion
étoit riche , & tout cela fut
foûtenu avec folidité & des
recherches curieuſes que l'érudition
de ce grand Magiftrat
lui fournit aifement . Monfieur
le Premier Prefident prit enfuite
la parole , & fit voir que
l'on ne devoit point prendre
de meilleurs modeles que ceux
de ces anciens Philofophes qui
s'attachoient inviolablement à
la recherche de la verité , & à
la pureté des moeurs .
Il eft temps de vous parler de
la fuite du fiege de Verue ,
GALANT 239
dont je vous ay donné le com
mencement dans ma derniere
Lettre. Et comme vous n'avez
témoigné que vous & vos amis
preniez beaucoup de plaifir à
voir la fuite de ce grand fiege
dans les Relations originales
des Officiers Generaux , & dans
les Lettres mêmes de Monfieur
de Vendofme , je vais continuer
comme j'ay commencé
& de cette maniere vous devez
eftre perfuadée que vous fçau
rez jufqu'à la moindre circonf
tance de ce qui fera paſſe pendant
ce fiege ; ce qui manque
dans quelques Relations , fe
240 MERCURE
trouvant dans les autres.
Au Camp devant Verue ,
le 31. Novembre
Nous nous rendimes hier maîtres
du chemin couvert de Guerbignan
. Mr de Chartogne fit fon
Logement fur la gauche , Mr de
Bouligneux dans le Centre , &
Mr le Marquis de Grancey à la
droite , à un ouvrage qui eft à la
tefte de Guerbignan , qui eft un
efpece d'ouvrage a corne. Quand
ileut commencé à fe logerfur l'angle
du chemin couvert , voyant
qu'il ne fortoit pas un grandfeu
de
GALANT 241
de l'ouvrage , ilyfit entrer un Sergent
& dix hommes qui y trouvant
fortpeu de mondefurentfoutenus
par une Compagnie de Grenadiers
, chafferent les ennemis &
tuerent une partie de ce qui eftoit
dedans ; mais un moment aprés ,
les ennemis firent fauter deuxfou
gaffes , lefquelles par bonheur n'enleverent
qu'un Soldat. Une demie
heure aprés
aprés on enfitfauter encore
une plus confiderable qui nefit mal
à perfonne. Les ennemis croyant
que cette derniere auroit mis nos
Troupes en defordre , voulurent
profiter de cette occafion , pour regagnercetouvrage
l'épée àla main,
Novembre 1704. X
242 MERCURE
mais Mr le Marquis de Grancey
qui voyoit bien qu'apparemment
toutes les mines eftoient fautées ,
puifqu'ils vouloient y rentrer
marcha avec des Troupes nouvellespourfoûtenir
celles qu'ily avoit
fait entrer , & enfin demeura maître
de ce Pofte , où il fit un logement
à la gorge. Cela ſe paſſa à
une heure aprés midy . L'action dura
trois heures & fut tres- vive.
Nous y avons eu quatre - vingt
hommes tuez ou bleſſez , & les
ennemis plus de quatre cent. L
GALANT 243
Au Camp devant Veruë, le 3rg
Octobre 1704.
Je me donne l'honneur de vous
écrire pour vous faire fçavoir ce qui
s'eft paffé au logement des angles da
chemin couvert , qui fut refolu pour
avancer noftre fiege & gagner le
temps qui nous eft plus precieux
mille fois qu'on nepeut s'imaginer.
Comme depuis ma derniere Lettre
nos travaux fe font trouvez affez
avancez pour tenter ce logement ,
Monfieur le Ducde Vendofme, aprés
avoir reconnu les fappes ,lui - mefme,
àdix heures du matin, aſſembla un
Confeil de Guerre dans la tranchée,
où ilfut refolu d'établir ce logement
fur les trois angles de la droite , du
centre & de la gauche ; & pour cet
Xij
244 MERCURE
effet qu'il fortiroit des boyaux les
plus proches de ces angles un Lieutenant
avec vingt Grenadiers &
des travailleurs , pour aller droit
aux paliffades , & que cela feroit
foutenu des Compagnies de Grenadiers
de la tranchée & des piquets .
Cela fat executé comme on l'avoit
projeté. -
La droite que commamdoit Mr
le Marquis de Bouligneux , Lieutenant
General , pouffa beaucoup
plus loin qu'on ne l'avoit efperé,
Car , non-feulement les Grenadiers
entrerent dans le chemin couvert
mais ils fe rendirent maiftres du
petit ouvrage à corne qui eft detaché
da Fort , où il n'y avoit communication
que par un boyau paliffadé
qui regnoit fur la creste de la
bauteur. Ce pofie ne nous a couft
८
GALANT 245
;
y
avoit que tres- peu de monde . Il
trois mines dont Pune eftoit tres
confiderable
mais la precipitation
,
avec laquelle les ennemis y mirent
le feu , fut caufe qu'elles ne nous ont
fait aucun mal que celuy de faire
fauter quatre Grenadiers qui ne furent
qu'étourdis
& qui fe portent
bien à préfent
.
Le logement du centre nefut pas
fi heureux ; car nos Grenadiers yft.
rent reçus avec un ft grand feu ,
qu'ils furent obligez de fe retirer
aprés avoir efté abandonnez des
travailleurs , Le Capitaine y refta
quelque temps avec for Lieutenant
& un Grenadier , mais il fut obligé
de fe retirer aprés avoir reçû un coup
de moufquet qui luy caffa le bras &.
luy entra dans le corps . Comme tou
Les les troupes des ennemis étoient
X iij
246 MERCURE
accourues aufeu , tous leurs ouvTA=
ges & le chemin couvert fe trouvetent
fi garnis que l'on ne jugeapas
àpropos d'hazarder une feconde tentative,
L'attaque de la gauche étoit
commandée par Mr de Chartogne ,
Maréchal de Camp. Les Grena
diers fe jetterent jufques deffus la
paliffade , d'où il fortit un feu ft.
terrible qu'ils furent obligezdeplier
d'abord; mais ilsy retournerent dans
le moment & s'y maintinrent avec
tant defermeté qu'ils donnerent le
temps aux travailleurs de s'y loger,
malgré lefeu de moufqueterie & de
grenades que les ennemis faifoient ,
tous leurs bataillons s'y étant avancez
avec leurs Drapeaux. L'affaire
a duré depuis une heure aprés midy
jufqu'à quatre heures , mais le feu
I
GALANT 247
de grenades n'a pas di 'continué
jufqu'au jour. Ils y ont joint quelques
barils foudroyans , qui ne laiffent
pas a'incommoder beaucoup
quandils tombent dans les tranchées.
Nous avons perdu prés de cent hommes
, dont il y a environ cinquante
tuez & environ cinquante bleffeze
Nous avons appris par des Deferteurs
que les ennemis ont perdu prés
de quatre cens hommes , &
que notre
canon & nos pierres les avoient
beaucoup inccommodez , & que Mr
de Staremberg avoit esté blessé à la
jambe , mais legerement .
Il y a eu dix Officiers tuez ow
bleſſez; fçavoir , un Capitaine &
deux Lieutenans de Grenadiers
tuez, & deux Capitaines de Grenadiers
& cinq autres Officiers fort
bleßez
X iiij
248 MERCURE
Le Mineur travaille à l'angle de
la gauche , & va à l'angle ducentre
, où l'on a marqué le logement.
Selon les apparences les minesferont
en eftat de fauter mardy matin 4.
Novembre. Ainfi nous comptons
qu'ily aura un aßaut general ce
jour- là. Il faut efperer que le fuccés
en fera beureux. Nous voyons
la manoeuvre que les ennemis
firent hier , que Monfieur de
Savoye fera tous fes efforts pour le
foutenir.
bien
par
J'ay oublié de vous marquer
que Mr de V Vartigny , Colonel
des Dragons Dauphins ,
avoit efté tué avant
action.
cette
品
GALANT
249
Au Camp devant Veruë le
31. Octobre 1704.
Monfieurde Vendofme fit mar
cher avant hier cent Grenadiers
choifis avec des Travailleurs pour
aller s'emparer de la Contrefcarpe
du Fort. Un Sergent de la Marine
étant montéfur le chemin couvert
avec quelques Grenadiers , fuivis
de nos Travailleurs au travers des
fafcines , sy logerent nonobſtant
le grandfeu des ennemis , mais nos
gens du centre qui étoientplus éloignez,
ayant voulu avancer , les
ennemis qui les voyoientfirent unfi
250 MERCURE
1
grandfeufur eux qu'ils les oblige
rent de fe jetter dans le boyau , &
comme les ennemis parurent avec
toutes leursforcesfur l'angle de la
contrefcarpe de Guerbignan , ils
chafferent par deux fois nos gens
& nos travailleurs , quoy qu'ils
cuffent pofe leurs fafcines ; mais
Monfieur de Vendofme ayant fait
redoubler le feu de la tranchée &
des batteries , celuy des ennemis
ceffa , & l'on s'empara de ce pofte..
Nous attaquames hier l'angle du
Centre , mais legrand feu des ennemis
nous obligea de rentrer dans
le Boyau , on s'y est cependant logé
cette nuitparlafappe, fans y avoir
GALANT 251
perdu unfeul homme . L'affaire qui
fe paffa bier nous coute environ
cent hommes , nousy avons eú Mr
de Prechac Capitaine dans Piémont
, Mrle Camus d'Ivours
Commiffaire d' Artillerie tuez, &
cinq ou fix Officiers fubalternes
bleffez. On a appris par quelques
Deferteurs , que Monfieur de Sa
voyey avoit perdu plus de quatre
cent hommes , que Mrde Starembergavoit
esté blesséàlajambe,
que Mr de Digals Colonel Allemand
avoit eu le bras percé.
Le Mineur eft logéfur les paliffades
des Angles de la droite
de la gauche , il fera demain au
252 MERCURE
Centre , & l'on pourra dans quatre
ou cinq jours faire jouer les
Mines.
Je paffe aux nouvelles du 6.
qui font tres- curieufes , & qui
donnent beaucoup de gloire à
Monfieur de Vendofme ; ce
Prince ayant fait voir en cette
occafion que fa conduite égale
fa valeur , & que tout ce qu'il
imagine manque rarement de
réuffir , malgré les elemens , &
tous les incidens qui peuvent
empefcher une grande entreprife
de réüffir.
GALANT 253
Au Camp devant Veruë le
6. Novembre .
Je vous l'avois bien promis , Mon.
feur , que les ennemis feroient attaquez
aujourd'hui dans leurs retran
chemens , ce qui a efté execute "enfuite
de l'effet des mines , qui ont eu
tout le fuccés qu'on en pouvoit efperer.
Monfieur de Vendofme , pour
parvenir à faire réussir fon deffein ,
commanda hier au foir environ trois
mille chevaux , qui devoient porter
chacun un Fantaſſin en croupe, avec
mille ou douze cent Mulets des vie
vres & de l'Artillerie , pour porter
autant de Soldats , avec ordre de
faire deux ou trois voyages , & de
paffer tous le Pò , en refolution d'at254
MERCURE
taquer les ennemis dans leur Camp
fous Crefcentin , pendant que quatorze
Bataillons & plufieurs Compagnies
de Grenadiers après l'effet
des Mines feroient entrez l'épée à
la main dans les retranchemens des
ennemis fur la hauteur de Guerbignan
, pofte avantageux , & dont
ilfalloit eftre maistre avant que de
pouvoir approcher la Ville & le
Chasteau de Verue ; & d'où lon
peut les battre avec fuperiorisé par
l'élevation du terrein. Les ennemis
ayant efté avertis de nos mouvemens
par trois de nos Deferteurs , fe mirent
en bataille dans leur camp de
Crefcentin , & ne s'y fentant pas
aßés forts , fe font trouvez obligez
de faire repaẞer le Po àleurs troupes
, & d'abandonner leurs forts &
leurs retranchemens fur ladite hauGALANT
255
deur , pour fauver par là Monfieur
de Savoye avectous les Officiers generaux
Allemands , qui pour lors
efoient avec armes & bagages dans
Crefcentin , ne s'attendant pas à
cette diverfion ; mais une heute avant
l'execution de ce projet , le Pô
a fifort große par des pluyes conti
nuelles qu'ilfait depuis deux jours,
qu'il n'a pas eftépoffible de le paffer,
mais Monfieur de Vendofme a fi
bienfceuprofiter des mouvemens que
Les nostres avoientfaitfaire aux en
nemis , que lefignal ayant efté don
né defairejouer les mines , les troupes
commandées pour l'attaque des
Forts , y font entrées l'épée à la
main , & s'yfont non feulement logées
, mais ont encore avancéfiprés
de la Place , que dans deux jours
au plus tardnous ferons en estat de
256 MERCURE
>
car il
la battre en bréche . Il est heureus
que les ennemis ayent pris le change
, & que Monfieur de Vendofme
ne leur ait pas donné le temps de revenir
occuper la hauteur
оссирет
auroit efté tres-rifqueux de les y attaquer.
Cela nous fait voir que ce
Generalenfcait plus qu'un autre, &
fçait profiterdes momens . Son bon
beur outre cela est fort grandde n'avoir
pu paffer le Pò , parce qu'il
auroit efté tres-difficile de le repaffer
aprés cette cruë d'eau. Les pluyes
qu'il fait retarderont noftre entrepri
fe , & nous comptons d'en avoirjuſ
qu'au commencement du mois prochain.
Voici de quelle maniere Monfieur
de Vendofme a parlé luimême
de cette action.
GALANT 257
COPIE
De la Lettre de Monfieur de
Vendofme , du Camp de
Verue , le 6. Novembre
1704.
Ayant été informé que toute l'Infanterie
des ennemis eftoit dans le
retranchement de Guerbignan , &
qu'il n'y avoit que de la Cavalerie
dans le Camp de Crefcentin , je devois
paẞer ce matin avec quarante-
fept Efcadrons & vingt Bataillons
à la faveur de plufieurs guez
qui font à un demi mille au deffus
du Camp des ennemis , & que j'avois
fait reconnoiftre quelques jours
auparavant , & on devoit en méme
Novembre 1704. Y
2,8 MERCURE
temps attaquer les retranchemens de
Guerbignan , & donner un affaut
per la breche qui eftoit deja trescofiderable
; mais trois Deferteurs
ayant averti Monfieur le Duc de
Savoye de nos mouvemens, il a fait
repafler le Po avec precipitation à
toute fon Infanterie , &nous a abandonnéle
Fort , & tous les retranchemens
où nous fomme's logez. Nous
allons ouvrir prefentement la tranchée
devant Verrue , & j'espere que
nous ferons maiftres en peu de temps:
de cette Place. J'oubliois de vous
que
les ennemis ont abandonné
avec tant de precipitation les retranchemens
de Guerbignan, qu'ils y
ont laiffe plus de trois cent tentes,
& une quantité prodigieufe de coffres
& Equipages des Officiers
qu'on n'a pas eu le temps d'empor
dire
GALANT
259
ter. L'affreuse pluye qu'il a faite
Scette nuit nous a empefché de marcher
, de forte que les rendus nous
ont fervi au lieu de nous nuire.
Monfieur de Vendofme par-
Tant de luy avec trop de modeftie
dans fa lettre , la relation
qui fuit vous fera admirer ce
Prince , en vous faiſant voir de´
quelle maniere il avoit conduic
ce grand deffein .
Au Camp devant Veruë le 6.
Novembre
1704 .
Je continue avec d'autant plus de
plaifir à vous donner des nouvelles
de noftre fiege , que celles- cy nepeuvent
que fervir à augmenter l'idée
que vous avez de noftre General, &
Y ij
260 MERCURE
*
vous faire connoiſtre qu'il eſt infiniment
au deffus de ce que l'on avoit
pù s'en imaginer, n'y ayant que luy
qui puiffe penfer auſſi juſte & avec
autant d'elevation que nous le
voyons faire tous les jours :
Vous ne vous feriez jamais attendu
non plus que nous qu'il cuft
fait le projet d'attaquer les ennemis
dans leur Camp en paffant le Pà ,
avec une partie de fon armée , foit
à gué ,foit à la nage , & en mesme
temps de donner un affaut aux
Cafines retranchées , & au Fort de
Guerbignan C'étoit cependant ce
que nous eufions fait aujourd'huy
& ce qui auroit efté executé tresheureufementfans
le temps épouventable
qu'il a fait depuis hier aufoir
cinq heures & dont vous allez
voir la fuite. Noftre Artillerie
GALANT 261
1
n'ayant pu faire une breche affez
confiderable pour monter à l'affaut
de ces retranchemens , ( que l'on di
fait dans toute l'Italie devoir eftre
Recueil de noftre armée ) il a falu
prendre la voye des mines dont le
travail a duréjuſques au jour d'hier,
parce qu'on a jugé à propos d'at
tendre qu'elles fuffent achevées ,
tant pour favorifer l'attaque des
retranchemens • que pour y attirer
نم
toute l'attention des ennemis ,
nous faciliter par ce moyen l'attaque
de leur Camp.
Son Alteffe pour eftre plus en
force fit avancer hier trois brigades
de Cavalerie qui étoient à Trin
aux ordres de Mr de Raffey , &
mille Chevaux qui étoient dans le
Montferat , commandez par Mr le
Comte de Goas. Les Majors des
262 MERCURE
Brigades étant aſſemblez hier à
quatre heures aprés midy chez Son
Alteffe; Il fut ordonné , aprés avoir
bien reconnu les paßages , que quatre
Regimens de Dragons comman➡
dez par Mr le Comte de Senneterre
feroient l'avant garde avec un Grenadier
derriere chaque Dragon , &
des mulets chargez de munitions &
d'outils. Cette avantgarde devoit
aftrefuivie de ving-huit Eſcadronss
chaque Cavalier ayant en croupe
un Fantaffin , & de quatre cent
cinquante mulets des vivres qui
devoient auffi paßer la riviere &
porter le refte des vingt Bataillons
deftin z à l'execution de ce projet.
Dans cette difpofition il n'y avoit
plus qu'à faire des voeux pour
la
continuation du beau temps . Mais
foit que Dieu n'ait pas refolu la
GALANT 263
perte entiere de Monfieur de Savoye,
foit qu'il l'ait differée , la pluye eft
furvenue depuis hier cinq heures du
foir , & aduré jusqu'à prefent avec
tant de violence , que le Po ne s'eft
pas trouvé praticable , & que nos
troupes , aupoint dujour , n'étoient
plus en état de le paßer pour executer
une entrepriſe fi hardie.
Noftre manoeuvre n'a pas laißé
de produire un effet merveilleux ;
puifqu'elle a obligé Monfieur le
Duc de Savoye d'abandonner le
Fort de Guerbignan pour jetter fes
forces de l'autre cofté du Pô , &
nous en difputer le paßage.
Monfieur le Duc de Vendofme
n'eftant pas für ce matin du parti
que pouvoit avoir pris Monfieurde
Savoye , & faifant fa principale
affaire d'attaquer le Fort de Guer
264 MERCURE
bignan , avoit fait commander fix
Bataillons, outre les fix de tranchée,
qu'il avoit placez fur le bord du Pà,
& fix autres Bataillons encore à
portée de la tranchée . Si- toft que
Son Alteße vit qu'elle ne pouvoit
paßer le Pò , elle vint à la tran
chée , fit mettre le feu aux mines
& fit monter dans le Fort. Tout
cela s'executa fansperdre un homme;
Le mouvement que nous avionsfait
la nuit , ayant determiné les ennemis
à abandonner leurs retranche,
mens , aprés avoirfait fauter quelques
fourneaux. Cet évenement eft
d'autant plus heureux , que rien
prefentement ne peut empefcher le
frege de Verue. Il est vray que file
mauvais temps continuë , nous fouffrirons
infiniment ; mais nous y
fammes determinez , pourvû que
*
nous
GALANT 265
nous en venions à bout. La mine
qui eftoit chargée de trois mil fix
cens livres de poudre a fait tout
trembler à trois milles à la ronde.
Elle nous a tué huit Grenadiers ,
en a bleße vingt- cinq ; c'est un
malheur.
C'eft Mrle Comte de Chemerault
qui eft de tranchée cette nuit. Il a
fait un temps épouventable , mais
cela ne l'embarraße pas beaucoup.
Nous avons cependant de l'eau dans
nos tranchées iufqu'aux genoux.
1.
Il femble que M l'Abbé
Richard fe foit engagé de donner
tous les ans au public un
Livre de fa
compofition . Depuis
plufieurs années je vous ay
annoncé plufieurs de fes ouvra-
Novembre 1704. Z
266 MERCURE
ges qui ont eu un fort grand
cours parmi les Sçavans. La
Vie du fameux Pere Jofeph eft
le dernier dont je vous ay parlé
avec éloge. En voicy un tout
nouveau , qui fait ſouhaiter à
la Republique des Lettres que
fon Auteur vive longtemps ,
afin qu'il continue à l'enrichir
de fes oeuvres . C'eft le Paralelle
du Cardinal Ximenes Premier
Miniftre d'Espagne , & du Cardinal
de Richelieu Premier Miniftre
de France. Il y a peu
fujets qui intereffent aujour
d'huy davantage . On trouve
dans un petit volume la vię
de
GALANT 267
des deux plus grands Miniftres
qui ayent jamais eſté dans ces
deux grandes Monarchies. Milde
Traits divertiffent le Lect
teur & l'inftruiſent de ce qui
fe trouvoit alors de plus fecret
dans ces deux Royaumes . Cet
ouvrage eft dedié à S. A. Royade
Monfieur le Duc d'Orleans,
Il y a peu de Princes dans le
monde auffi capables de juger
d'unouvrage d'efprit . Ilfevend
à Paris chez la Veuve Barbin &
chez le S Cavelier au Palais , &
dans la rue S. Jacques , chez les
Ss Boudot & Cellier.
rs
La Veuve de Jacques Grou ,
Z ij
268 MERCURE
ruë de la Huchette , au Soleil
d'or, vend auffi une Paftorale
Lyrique , de la compofition de
M' de Meffange. Cet ouvrage
qu'il a fait à l'occafion de la
naiffance de Monfeigneur le
Duc de Bretagne , a pour titre ,
Les nouveaux avantages remportez
en Savoye , en Piémont , &
fur Mer. On peut dire que M
de Meſſange eſt univerſel
& que quoy qu'il s'attache
fouvent à des ouvrages ferieux
& d'une profonde erudition
, il ne laiffe pas de s'occuper
quelquefois à faire des
Vers ; & qu'il réuffit parfaiteGALANT
269
ment en ce genre d'écrire .
1
M Nicolas Langlois Libraire
& Marchand d'Eftampes ,
appellées communement Ima
ges , ou Taille - douce , vient de
mettre en lumiere le beau Recücil
des Veües & Perfpectives
des plus belles Maiſons de Paris
, & des Chafteaux de- France.
Sçavoir : Verfailles , Marly , S.
Cloud , Fontainebleau , Chantilly
, & autres. Toutes ces
Tailles- douces font originales
faites par Mr Perelle & autres
excellens: Graveurs. Elles contiennent
avec plufieurs augmentations
environ deux cent
Zij
270 MERCURE
cinquante Figures dans un volume
infolio .
On trouve auffi chez ledit
Langlois plufieurs Livres qui
regardent la Science & la Pieté :
ils font fur la Peinture , l'Architecture
, la Geographie
, &
für l'Hiftoire. On y trouve
auffides Figures & toute forte
d Eftampes des plus habiles
Graveurs fur divers fujets. Des
Cartes Geographiques
, des
Canons pour la Meffe , des Def
fins pour toutes fortes d'Artifans
& Ouvriers
, & pour
perfonnes qui font bâtir ; les
habillemens à la mode ; les Porles
GALANT 271
pour
;
traits de la Cour de France &
des Cours Etrangeres ; des Jeux
pour apprendre les Sciences &
fe recréer les ouvrages
de la magnificence du Roy , &
tout ce qu'on peut fouhaiter
de curieux dans les Marchandifes
de Librairie & d'Eftampes
. Ledit Nicolas Langlois
demeure toûjours rue Saint
Jacques , à la Victoire , au coin
de la rue de la Parcheminerie.
Le Public eft averti de ne pas
fe méprendre à fon adreſſe
d'autres Marchands portant ce
même nom.
ㅓ
Le même continue l'Hiftoi
Z iiij
272 MERCURE
re du Roy en Almanachs , &
vient de mettre au jour la naiffance
de Monſeigneur le Duc
de Bretagne , avec tout ce qui
s'eft paffe de remarquable pour
celebrer cette heureufe naiffance.
Ce fujet eft parfaitement
bien executé , tant par l'ordonnance
du Deffin & la beauté
des graveures , que par la reffemblance
des Portraits & le
choix des plus beaux ſujets de
l'année.
M' Michel Mafcitti , Italien
a fait graver icy un Livre de
douze Sonnates. Six à Violon
feul avec la Baffe , & fix à deux
GALANT 273
Violons avec laBaffe Celivre eft
dedié à S.A.R. Monfieur leDuc
d'Orleans , & fe vend à l'entrée
de la rue S. Honoré, chez le S
Foucaultàl'Enfeigne de laRegle
d'or.Le prix duLivre eft de huit
livres fans être relié. L'Auteur
decetouvrages
eft acquis
beau
coup
de reputation
depuis
qu'il
eft
à Paris
. Il a eu le bonheur
de
plaire
au
grand
Prince
que
je viens
de nommer
, qui
ne fe
trompe
jamais
en gens
de merite
. M
Mafcitti
a eu l'honneur
de jouer
devant
le Roy
devant
Monſeigneur
le Dau--
phin
, & par
confequent
devant
274 MERCURE
toute la Cour , dont il a efté
fort applaudi. Le grand debit
de fon Livre , dont il ne refte
preſque plus , en fait voir la
bonté .
• M le Clerc , Libraire , rue S.
Jacques proche S. Yves , à l'I
mage S. Lambert , vient de
mettre au jour un Livre intitulé
, les Pfeaumes de David
les Cantiques de l'ancien & du
nouveau Teftament , mis en Vers
François fur les plus beaux airs
des meilleurs Auteurs , tant anciens
que modernes , notezpour en
faciliter le chant. Ce Livre , qui
eft de la compofition de M
GALANT 275
l'Abbé Pellegrin , eft dedié au
Roy, & l'Epitre a cité fortap
plaudie de ceux qui fe piquent
de fe connoiftte en ce genre
d'écrire , & ceux qui ont commencé
la lecture de ce Livre
par cette Epitre , en ont d'abord
cu bonne opinion. Auffi
n'eft- ce pas un coup d'effay
pour M l'Abbé Pellegrin
puifqu'il a déja fait plufieurs
ouvrages à peu prés de même
nature. Ce dernier eft bien con
fiderable , puiſqu'il a mis cent
cinquante Pfeaumes en "Vers
& que ces Vers font
propres
à
eftre chantez
; c'eft- à-dire qu'ils
276 MERCURE
font aifez & naturels ; ce qui
manque à la plufpart des ouvrages
de Vers , même à ceux
où l'on eft point afſujetti par
toutes les chofes que demande
le chant . M ' l'Abbé Pellegrin
fait voir dans fa Preface les raifons
qu'il a eu de s'effujettir aux
plus beaux airs de ce temps ,
ou plutoft l'impoffibilité où il
s'eft trouvé de faire autrement.
Le Latin cft à côté des Vers ,
& l'on trouve à la teſte de chaque
Pleaume un Argument qui
en explique le fujet .
M Barréme vient de mettre
au jour un Livre intitulé le LiGALANT
277
ure neceffaire à toutes les Profef
fions , &c. Il me faudroit plus
de temps & plus de place que
toutes les nouvelles de ce mois
ne me laifferont dans cette Lettre
pour vous parler de ce livre ,
avec toute l'étendue neceffaire
pour vous en faire bien connoiftre
l'utilité ; c'est pourquoy
je remets au mois prochain à
vous en parler plus au long.
Pierre de Lange , dit la Croix,
né au Bourg de Brioufe en Normandie
, en Septembre 1599.
fervit dans l'Artillerie fous M
le Baron de Pretot , Lieutenant
general de l'Artillerie, qui mou
278 MERCURE
rut en 1621. fut Sergent d'une
Compagnieau Siege & à la prife
de la Rochelle en 1628. &
eſtoit en 1644.à la priſe d'un
Gallion qui portoit une Sultanc
à la Meque , eftant Valet de
Chambre de M' le Chevalier
de Sainte Marie Dafpres ; il fe
retira en la Paroiffe d'Auvers ,
proche de Carentan , où il ſe
maria en 165 5. & en fecondes
noces en 169 .joüiffant d'une
parfaite fanté jufques au mois
de Novembre 1704. qu'il eft
decedé âgé de cent cinq ans
furle point de feremarier pour
la troifiéme fois. 1...
GALANT 279
M Samfon , Intendant de
Rouen , mourut le premier de
Novembre. Je vous parlay de
ce Magiftrat lorfqu'il paffa à
l'Intendance de Rouen ; ainfi
il ne me refte rien à vous dire
de fa famille , & je ne dois
parler à prefent que de fes
qualitez perfonnelles . Il étoit
doux , bienfaifant , exact à
rendre la juftice , ferme dans
toutes les occafions qui regardoient
le fervice de Dieu & de
l'Etat ; toûjours plus prompt
à écoûter les pauvres que les
gens de confideration ; il avoit
mefme pour ceux -là une pré280
MERCURE
dilection qui forme un préjugé
legitime de predeftination enfa
faveur. On affure qu'on n'en a
jamais renvoyé un feul de chez
luy les mains vuides. Les occupations
continuelles de fonemploy
ne luy faifoient rien retrancher
de celles d'un bon
Chreftien , il étoit auffi exact
aux plus fimples pratiques de
la Religion que fi le poids des
affaires d'une des plus grandes
Provinces du Royaume ne fuft
pas tombé fur luy. On ne peut
douter qu'une telle conduite
& un fi grand amour pour la
juftice ne luy ayent merité une
GALANT 281
Lainte mort. En effet , M
Samfon cft mort dans les fentimens
les plus vifs de la Religion.
Il en avoit cfté penetré
toute fa vie , & il femble qu'à
la mort fa ferveur fe foit augmentée.
Il a efté univerfellement
regretté en Normandie ,
quoiqu'il n'y fuft que depuis
quelques mois.
MleMarquis de Wartigny
qui a efté tué devant les retranchemens
deVeruë étoit Colonel
des Dragons Dauphins , & Maréchal
de Camp . Il étoit
che parent de Madame la Ducheffe
d'Aumont , puifqu'il
Novembre 1704. Aa
pro282
MERCURE
portoit le mefme nom & les
mefmes Armes que cette Dame
, & qu'il étoit auffi-bien
de la Maifon de qu'elle
Brouilly
de Pienne , qui eft une
des plus anciennes
& des plus
confiderables
du Royaume
,
elle étoit déja connue
du temps
de Saint Louis qui fut accom →
pagné dans fon premier
voya→
ge du Levant par un Geoffroy
de Brouilly
, qui y mourut
de la
diffenterie
. Camille
de Brouilly
fe trouva à la bataille de Forroue
& contribua
avec le
Corps qu'il commandoit
à favorifer
la retraitte
de Charles
>
GALANT 283
VIII. contre lequel tant de
Puiffances étoient conjurées ,
qu'il paroiffoit moralement
impoffible que ce Prince puft
échapper des pieges de fes en
nemis fans une Providence
particuliere de Dieu , qui n'a
jamais manqué de fecourir la
France dans les plus preffans
befoins. M le Marquis de
VVartigny qui donne lieu à
cet Article , n'étoit pas moins
eftimé à la Cour que parmy les
Gens de guerre. Il fe diftingua
beaucoup en Savoye au com →
mencement de cette guerre , à
la tefte de fon Regiment de
Aa ij
284 MERCURE
Dragons . On parle de luy à
Chambery avec beaucoup
d'eftime , où il fit beaucoup de
dépenfe pendant le quartier
d'hyver qu'il y paffa. Sa politeffe
parmi les Dames , fa generofité
parmi les Gens de
guerre & fon courage dans les
occafions les plus perilleufes
luy avoient acquis une eftime.
univerfelle.
Il me refte plufieurs Articles
de morts dont je ne vous
feray part que le mois prochain.
Il y a quelques fautes dans
l'article de la mort de M le
GALANT 285
Prefident de Mucie,que je vous
envoyay le mois paffe. Il n'étoit
pas grand Maistre des Eaux &
Forefts de Bourgogne , mais
Intendant de la Marine en ce
Pays -là, 20
M Fyot , Confeiller au Parlement
de Paris , n'eft point
Auteur du Livre intitulé dans
ma derniere Lettre , Le Parfait
Magiftrat , & dont le veritable
Titre eft Effaisfur l'idée du par
fait Magiftrat. Ce Livre eft
d'une perfonne aggregée dans
une des Academics du Royaume
qui font compofées de
Perfonnes de Lettres .
286 MERCURE
L'entrepriſe des ennemis
pour ſurprendre l'un & l'autre
Brifack a fait beaucoup de
bruit , & on en a reçû icy plu
fieurs Relations. Je vous en
envoye trois afin que vous
connoiffiez mieux toutes les
circonftances de cette entreprife
, & de quelle maniere elle
a échoué.
A Rouffach , le 11. Novem
bre 1704-
Je croirois manquer à mon devoir
,fije ne vous faifois part
d'un accident qui a manqué de
GALANT 287
nous arriver hier. Je vous diray
que Mr le Prince Eugene étant
arrivé à Fribourg , a faitfortir
neufBataillons & foixante Chariots
chargez d'armes
mes qui paroiffoient neanmoins
eftre chargez de foin. Il fit habiller
deux cens Officiers en Payfans
, les uns paffoientpour Char
tiers , & les autres comme Ou
vriers qui allaient travailler à la
d'homde
plus il y a fortification
douze cens Payfans des environs
de Fribourg qui travaillent ac
tuellement à Brifack , & quife
relevent tous les Lundis. Si bien
qu'hier au matin à la porté on288
MERCURE
vrante ces foixante Chariots
étoient tous preſts à entrer , & il
y en avoit déja quatre dans la
Place , lorfqu'un Commis des
Entrepreneurs
des Fortifications
dit à la fentinelle que ce n'étoit
pas là des Chariots de foin &
qu'il y avoir quelque chofe de
particulier dedans. En même
temps il mit l'épée à la main,
l'enfonça de toute la force dansle
Chariot , fi bien qu'on entendit
une voix dans ce Chariot , qui
cria , ah ! je fuis mort. On fit
auffi-toft-fonner le tocfin , & bat
tre la generale pour affembler
la Garnison. On les a chaffez
13.
avec
GALANT 289
avec cent hommes , & presque
tous les Officiers tuez & vingtcinq
prifonniers. Nous y avons
perdu troisfoldats , & les deux
Officiers de garde fort bleffez.
Leur deffein étoit de prendre les
deux Brifack , en
en quoy ils auroient
peut- eftre réuffis'ils avoient
pú fe rendre maistre de la Porte
du vieux Brifack.
Je paffe à la feconde relation .
Je ne doute pas que vous nefoyez
bien aife de fçavoir la nouvelle que
nous venons d'aprendrepar un Cou
rier exprés . Les ennemis ayant ex
deffein de s'emparer du vieux & du
Novembre 1704. Bb
290 MERCURE
nouveau Brifack Vous fçavezqu'il
y a douzecent Paifans duBrifgaude
commandez, qui travaillent actuellement
à quelques Ouvrages defdites
Places en deça du Rhin , foit aux
eaux ou aux fortifications , lefquels
Paifansfont relevez tous les lundis
par unpareil nombre . Les ennemis
fe font fervis de cet expedient pour
réülfir dans leur deffein ; hier qu'il
faifoit un grandbrouillard à nepas
voir de quatre pas , ils envoyerent
fur les huit heures du matin cinquante
Chariots chargez de foin en
apparence , pour livrer aux magazins
du Roy, dans lesquels ily avoit
quantité d'armes & de poudre , &
plufieurs foldats cachez. Ils eftoient
conduits par des Officiers deguifez.
Les Chariots eftoient entourez
douze cent Grenadiers deguifez en
de
GALANT 291
Paifans qui avoient des pelles &
des pioches comme les pionniers ont
ordinairement quand ils viennent
relever leurs camarades ; tout cela
fe préfenta à la premiere porte , &
on les laiffa entrer & defiler avec
les Chariots. Lors qu'ils furent à la
derniere porte, comme ils croyaient la
Ville prife , ils fe prefferent un pea
trop pour entrerplus vifte , en farte
que la Sentinelle voyant qu'ils
embarrafoient le pont & la porte ,
lesfit arrefter ; ceux qui conduifoient
les Chariots voulurent refifter à la
Sentinelle , afin de paßer. La Sentinelle
s'opiniarra davantage , &
donna un coup Defponton dans un
des Chariots de foin Il attrapa
quelqu'un qui fe mit à crier mein
Goth, ce qui veut dire mon Dieu .
Il appella aufz- toft la Garde , &
K
Bbij
292 MERCURE
"
Je mit à crier aux Armes. Mr de
Raoußet Lieutenant de Roy , Com
mandant dans la Place , accourut
aali - toft avec ce qu'il put aßembler
de foldats & de bourgeois ; ilfit entrer
les deux Chariots qui eftoient fur
le Pont-levis , & qui bouchoient la
porte , &fit auli -toft lever le Pont,
&fermer la herfe . En même temps
toute la garnifon fe rendit fur les
remparts avec tous les Bourgeois qui
ontfait des merveilles ; & àgrands
coups defufils & de canon on les a
chaffez de la Demi- lune de la por✩
te du cofté de Fribourg dont ils s'étoient
déja emparez , & avoient
égorgé le Corps de garde que nousy
avions . Il y avoit huit Bataillons
& trois cent chevaux à la portée da
fufil de la Ville qui devoient y entrer
, auffi-toft que les Grenadiers
.
GALANT 293
auroient efté maiftres de laPorte.On
affura que le Prince Eugene y étoit
en perfonne ; mais graces au Ciel ,
tear deffein n'apas réui.
La Relation qui fuit eft la
plus ample & la mieux circonftantiée
, & quoy qu'elle ait en
partie déja efté renduë publique
, j'ay crû que je la devois
mettre icy ; toutes les trois faifant
un corps complet, dans lcquel
on voit toutes les circonftances
d'un fait fimemorable ,
& de la feconde entrepriſe de
cette nature manquée parMonficur
le Prince Eugene . Ce qui
eſt d'autant plus gloricux aux
Bb iij
294 MERCURE
François , que ces entrepriſes
ont efté bien concertées , &
qu'avec une poignée de monde
ils ont fait reculer de petites
armées , s'il m'eft permis
de parler ainfi.
A Brifack le.10 . Novembre
1704.
•· Les ennemis ayant concerté de
furprendre le vieux Brifack , le
Gouverneur de Fribourg en partit
avec deux mille hommes &
quantité de Chariots , dont les
uns eftoient chargez d'armes , les
autres de Grenades , Fufées &
GALANT 295
Goudron , & d'autres de Soldats.
Ils eftoient couverts de perches
avec du foin par deffus , en forte.
qu'ilfembloit que c'étoitdes Chariots
de foin de contribution , comme
il en vient tous les jours. Ils
arriverent à huit heures du matin
par un fi grand brouillard qu'à
peine pouvoit- on voir à vingt pas
de foy. Ils eftoient conduits par
des Officiers deguifez en Chartiers.
Ils commencerent à enfiler
porte , il en entra trois dans
la Ville , dont deux eftoient chargez
d'hommes , & l'autre d'armes.
Mr Biorn, Irlandois, Com
mis des Entrepreneurs qui plaçoit
نم
Bb
iij
296 MERCURE
les Païfans qui arrivoient pour
travailler , vit prés de l'entrée de
la Porte - neuve trente - hommes
deguifez en Païfans , & qui n'en
avoient pas l'air. Il entra d'abord
en foupçon, leur demanda qui
ils eftoient , ilsparurent interdits,
& nefurent que répondre. Il e
va la cannefureux & les frappa
, difant , que s'ils eftoient venus
pour travailler ils devoient
fe prefenter commeles autres . Sur
quoy ces gens -là fe jetterent à un
de leurs Chariots chargé d'armes
qui estoit à cofté d'eux ; & tirerent
des fufils. Le Commis fit
deux ou trois pas en arriere ,
1
GALANT
297
effuya à brule-pourpoint quinze
on vingt coups fans eftre bleſſe.
Il fe jetta dans le foffé, & fe
coucha dans des rofeaux , le ventre
contre terre. Ils tirerent encore
plufieurs coups fur luy fans le
bleffer à cause du grand brouillard
, pendant qu'il crioit à lerte
à lerte : ce qui donna le temps au
Corps-de-garde avancé de la Demi-
lune, & à celui de la Porte de
prendre les armes. Ils voulurent
lever le Pont- levis , mais il
avoit des Chariots deffus que
ennemis avoient arreftez exprés.
Les Officiers & foldats qui étoient
dans les deux Chariots déja enles
298 MERCURE
K
trez dans la Ville entendant le
bruitfortirent tout d'un coup tous
armez, & voulurent ſejetterfur
la garde de la porte , mais ils furent
repouffez , eurent cinq
hommes tuez prés de la Porte en
dedans de la Ville , les autres s'en-.
fuirent , partie dedans , partie
dehors. On ferma la premierepor
te faite en grillage , au travers de
laquelle on tiroit fur les ennemis ,
en forte qu'ils n'ofoientſe preſenter
devant. Mr de Bonneval Capitaine
des Grenadiers du Regiment
de Guitault qui estoit de
garde à la porte y laiffa la moitié.
de la garde , monta avec le reste
GALANT 299
fur le rempart , & fit unfi grand
feu furle Pont , qu'il tua environ
quarante hommes , & en bleſſa.
plufieurs , ce qui les obligea à fe retirer
voyant leur coup manqué.
Cet Officier reçût un coup dans
fon chapeau. Mr de Raouffet ,
Lieutenant de Roy , Commandant
dans la Place , s'eft portépar
tout avec une preſence d'esprit extraordinaire
,& on peut dire qu'il
afait en cette occafion tout ce qu'un
brave e habile Commandant
peut faire. Ily avoit quinze ou
feize foldats dans le foẞé qui lui
ont demandé quartier qu'il leur a
accordé. Le Lieutenant qui com300
MERCURE
ن م
mandoit douze hommes au Corps
de garde avancé, s'eft jettefur un
Officier qui lui prefentoit le piftolet
qu'il lui faifit , & l'a tuéavec
ce mefme piftolet. Le Lieutenant
areceu un coup de bayonnette ,
eft mortle mêmejour defes bleſſum
res. Nous avons eu en cette affaire
la Sentinelle de la Garde avancée
, celle du Pont , & quatre au→
tres foldats bien bleffez. Nous
avons faitfeize prifonniers , &
tué environ quarante hommesprefque
tous Officiers , entre autres le
Major de Bareith. Nous leur
avons pris cinqou fix bleffez , au
nombre defquels eft le Lieutenant
GALANT
3or
Colonel
d'Ofnabruck , qui eftoit
chargé de cette
expedition , qui a
efté blefféfur le Pont , & qui
l'épaule toute fracaffée , en forte
qu'il ne fçauroit en réchaper. On
l'a interrogé , & il a dit , qu'ils
eftoient deux mille hommes , ou
plutoft deux mille poltrons , qu'ils
contoient leur entrepriſe fûre , &
que ce qui les a deconcertez
, a
que la Cavalerie s'eft perduë en
chemin, & n'est pas arrivée , &
qu'elle avoit le mot pour paſſer à
toute bride dans la Ville lorsque le
pontferoit embaraffé
de leurs Cha
riots. Enfin c'eftun miracle comme
on a pú parer ce coup . Tous les
efté
302 MERCURE
Bourgeois ont pris les armes de
bon
coeur.
M' le Marquis de Nangis
épouſe Mlle de la Hoguette.
Il eft fils de feu M' le Marquis
de Nangis qui fut tué au fervice
du Roy dans la derniere
guerre , & de M la Comteffe
de Blanzac , foeur unique de feu
M' le Marquis de Rochefort ,
Colonel du Regiment de Bourbonnois
qui fe diftingua à l'affaire
de Steinkerque . Par la
mort de fon frere , elle eft de
meurée feule heritiere de la
Maifon de Rochefort , dont le
GALANT 303
•
nom eft d'Alongny. Madame
la Maréchale de Rochefort ,
fa mere , eft fille de Mᵒla Marquife
de Laval. Elle a efté
Dame d'Atour de feuë Madame
la Dauphine , & elle eft
Dame d'honneur de Madame
la Ducheffe d'Orleans. M' le
Comte de Blanzac , dé la Mais
fon & du nom de la Rochefoucault
, épouſa la veuve de
feu M' le Marquis de Nangis,
elle n'avoit que ce fils unique,
qui étoit M le Marquis de
Brichanteau ( c'eft le nom de
de cette Maiſon. )M' le Comte
de Blanzac , Lieutenant Gene304
MERCURE
ral eft cadet de M' le Comte
de Rouffy , Lieutenant General
, qui commande la Gendarmerie.
Il eft auffi frere de M
le Marquis de Roye , Lieute
nant General des Galeres , &
de M' le Chevalier de Royé.
Mile de la Hoguette eft fille
unique de feu M le Marquis
de la Hoguette, Souflieutenant
de la premiere Compagnie des
Moufquetaires , Lieutenant
General , Commandant en
Savoye & tué à la bataille de la
Marfaille. Elle eft niece de M
l'Archevefque de Sens , Confeiller
d'Etat , & Prelat d'un
GALANT 305
grand merite , & petite niece
de feu M' de Perefixe , Precepteur
du Roy & Archevefque
de Paris.
à
M' le Marquis de Nangis
eſt tres-bien fait de ſa perſonne
; il a de l'efprit & il a l'approbation
de la Cour & de
l'armée. Il fit un voyage
Rome aprés avoir fini fes exercices
, où il s'attira l'eftime du
Pape & l'affection de tout ce
que l'Italie a de plus grand. Il
aime le meftier de la guerre ,
& il paffe déja pour un fort
bon Officier. Sa Maifon eft ..
une des plus anciennes du
Novembre 1704. C &
305 MERCURE
Royaume & a toûjours fuivi
la Profeffion des armes . Un de
fes ayeux fe trouva à la tefte
d'un Corps confiderable à la
fameufe journée de Fontaine
Françoiſe
, que l'on peut appeller
le Tombeau de la Ligue.
Le fils de celui-là parut avec
diftinction dans tous les combats
que les Generaux d'Henry
IV . donnerent. Et le fils de ce
dernier fe trouva à la tefte d'un
Regiment au memorable ſiege
de la Rochelle .
La Reine
d'Espagne ayant
fouhaité d'avoir un Portrait du
GALANT 307
}
Roy qui fut bien reffemblant,
Sa Majefté luy en a envoyé un
en émail , enrichi de diamans .
Cette Princeffe l'a reçû avec
une joye qu'il feroit difficile
d'exprimer. Elle fit paroiftre
d'abord beaucoup d'admira
tion , & aprés en avoir examiné
tous les traits & fait quel
ques queftions en demandant
s'ils étoient bien reffemblans ,.
elle adreffa la parole à ce Portrait
en luy difant les chofes du
monde les plus tendres & les
plus delicates. Et Sa Majefté
ajoûta à ſes expreſſions remplies
d'admiration & de ten-
Cc ij
308 MERCURE
dreſſe, des reflexions beaucoup
au deffus de fon âge & dignes
de fon coeur & de fon efprito
Elle finit cet entretien en difant
, ab quel dommage qu'il ne
puiffe pas nous répondre ! que nous
y-perdons , & que nous entendrions
de belles chofes ! Cela confirme
bien ce que je vous ay
dit de cette Princeffe dans plus
de vingt de mes Lettres , & je
dois ajoûter icy que Monfieur
le Duc de Gramont ayanr vû
cette Princeffe
>
la
pour premiere
fois fut tellement
frappé de la beauté de fon
efprit , de fes lumieres & de fa
GALANT 309
1-
penetration , qu'il écrivit icy
que fon efprit étoit fi fuperieur
qu'il n'y avoit rien au deffus ,
& qu'elle étoit capable des
plus grandes choſes .
L'Article qui fuit fatisfera
la curiofité de ceux qui s'y intereffent.
310 MERCURE
ETAT
DES OFFICIERS
GENERAUX
Qui doivent fervir pendant
l'Hyver.
FLANDRE ESPAGNOLE.
Sous les ordres de Monfieur
le Maréchal de Villeroy.
LIEUTENANS GENERAUX .
M' le Comte de Gacé.
à Anvers.
GALANT 311
M'
d'Artaignan.
à Namur.
M ' le Comte de la Mothe Hou
dancourt. du cofté de la mer.
M' le Duc de Villeroy.
à Bruxelles.
M' le Chevalier de Courcelles
à Luxembourg.
M' le Comte de Horn.
à .
MARE'CHAUX DE CAMP
M' de Puyguion,
M' le Prince de Talmont.
à Bruxelles.
M' de la Connelaye.
M' de Montgeorge.
312 MERCURE
BRIGADIERS D'INFANTERIE.
M' de Tournin .
M' de Villefort.
BRIGADIERS DE CAVALERIE.
M' le Comte de Nill.
M' le Marquis de Bar .
M' le Chevalier de Baliviere.
ALSACE.
Sous les ordres de Monfieur
le Maréchal de Marcin.
LIEUTENANS GENERAUX.
M' de Laubanie .
M' le Comte de Vaillac.
Maréchaux
GALANT
313
MARE'CHAUX DE CAMP.
M' le Marquis de Cilly , des
Dragons .
"M" le Marquis de Broglio .
BRIGADIER D'INFANTERIE.
M' de
Permangle .
BRIGADIER DE CAVALERIE .
Mª d'Anlezy. TU
LA MOSELLE.
Sous les ordres de M' le Marquis
d'Alegre,
Novembre
1704. Dd
314 MERCURE
MARECHAUX DE CAMP.
Mr de Baliviere.
Mr de Streiff.
M' de Bohan.
BRIGADIER D'INFANTERIE
M' le Chevalier de Pont de
Talende.
BRIGADIER DE CAVALERIE
M' de Quadt.
LORRAINE.
LIEUTENANT GENERAL:
M' le Comte de Druy , Commandant.
BRIGADIER DE CAVALERIE,
M' le Marquis de Beauvau.
GALANT 315:
Quoy que l'extrait que vous
allez lire parle d'abord de la
Bataille navale , dont je vous ay
envoyé tant de relations , que
cette matiere n'excite peut-être
plus voftre curiofité ; je puis
vous affurer que ce que vous y
trouverez fur ce fujet , vous
fera un extrême plaifir : que
l'avanture du Miniftre de Maroc
vous divertira ; & que vous
trouverez dans cet extrait quan
tité de chofes , curicufes touchant
le Siege de Gibraltar,
Dd it
316 MERCURE
EXTRAIT
D'une Lettre de Cadix du 20 ,
Octobre , d'un Officier General
du détachement de
l'Armée Navale, fous le commandement
de M ' de Pointis
, Chefd'Eſcadre & Maréchal
de Camp au Siege de
Gibraltar.
La difpofition des Galeres tant
de France que d'Espagne eftoit
telle pendant le combat du 24.
Aout . Mr le Marquis de Roye
avec fix de fes Galeres , eftoit au
Corps de Bataille , les fix autres
Galeres Françoifes commandées
GALANT 317
par Mr de Forville , à l'Arriere-
garde. Et à l'Avant-garde
eftoient nos douze Galeres Ef
*pagnoles , commandées par Mr. le
Duc de Turfis , qui devoitfe tenir
par le travers de Mr de Villette ,
Mr de Foncalada , comman
dant celles d'Espagne par le travers
de Mr d'Infreville , c'est-àdire
, prés de nous . Ces vingt- quatre
Galeres ainfi difpofées devoient
former une ligne fous le vent à
nous hors de la portée du canon des
ennemis , mais neanmoins àportée
de nous fecourir dans les occafions.
Nos Galeres de France firent tout
se qu'on peut faire en pareille ren-
Dd iij
318 MERCURE
contre , fe tenant ft prés de nos
Vaiffeaux que Monfieur l'Amiral
dans le plus grand feu ayant remarqué
Mr le Marquis de Roje
qui fe tenoit à la portée du piflolet
de luy , luy envoya dire par
un Officier de nepas s'expofer ainsi
inutilement, de s'éloigner , mais
Mr le Marquis de Roye repliqua.
l'Officier , qu'il ne luy paroiffoit
pas extraordinaire de fe voir expofe
, puifque Son Alteffe Serenif
fime l'estoit elle-même. Cer Officier
retourna à Bord avec cette réponſe
, mais Monfieur l'Amiral le
renvoya une feconde fois , avec
ordre de dire à Mrle Marquis de
GALANT 319
Roye de fe retirer plus loin , ce
qu'il fit alors , fe tenant pen-.
dant le combat à la portée du
moufquet de Monfieur l'Amiral..
Les autres Galeres fuivirent cet
exemple. L' Ardent qui eftoit le
ferre -file de noftre ligne ,fe trouva
à la pointe du jour hors d'eftat de
pouvoir attraper fon pofte , ce que
Mr de Forville n'eut pas plutoft
apperçu, qu'il détacha deux de fes:
Galeres , dont celle de Mr de Saint
Michel en eftoit une ,pourluy aller
donner la remorque ; ce qu'elles
firent de bonne grace , & le mirent
dans fon pofte , malgré le feu des
Ennemis , firent que Mr d'A
Dd ij
320 MERCURE
ligre , qui commandoit ce Vaiffeau,
s'acquit une gloire , dont fans elles
il auroit perdu l'occafion.
Ily eut deux Galeres d'Espagne
qui ne s'éloignerent pas beaucoup
de Mr de Bellifle. Erard , & qui
allerent prendre fa remorque fi-toft
qu'il enfit lefignal , fous lefeu des
Ennemis. Le Vaiffeau de la tefte
des Ennemis eftoit de foixante-dix
Canons , à peuprés de noftre force,
maisfoit qu'il apprehendaft d'eftre
doublé , ou autre chofe , il ne s'approcha
jamais de nous à la moufqueterie
, ayant toûjours fon artimon
bordépourfe tenir au vent ,
ce qui impatienta plufieurs fois
GALANT 321
noftre Commandeur de Belle-Fontaine
qui le laiffa tirerprés de trois
quarts d'heure fans luy répondre
afin qu'il s'approchaft ; mais
voyant qu'il ne vouloit que canonner
, nous commençâmes à luy
répondre. Comme nous eſtions loin
l'un de l'autre , Mr de Belle-Fontaine
s'apperçut que nous perdions
beaucoup de coups auffi bien que
luy , ainfi ne voulant pas dépenfer
fapoudre & fes balles inutilement,
il ordonna qu'on ne tiraft que
la batrerie baffe , qui eftoit toute
vingt - quatre . Alors nous ne
tirâmes pas un coup qui neportaft,
& qui ne fuft pointé ou par un
de
de
322 MERCURE
Officier ou par notre premier mar
tre Canonnier , ce qui ne faifoit
pas tant de feu , mais les coups
portoientplusjufte ; ce que nous remarquionsMr
de Belle-fontaine
moy eftant l'un auprés de l'autre.
Quant à noftre ennemy , il faifoit
unfeu enragé de toutes fes batteries
plutoftpourfe cacher dans lafumée
quepour nousfaire mal ; car il de
voit voir comme nous que les baulets
defes canons ne venoient à nous
que par ricochets , & qu'ils tomboient
presque tous à l'eau. Enfin
ilfut pourtant le premier qui s'ennuya
de la canonnade , car nous
vimes fon Canot & La Chaloupe
GALANT 323
devant fon Vaiffeau qui nagoient
pour le faire revirer de bord; il ne
tira plus , mais il ne put revirer à
cauſe qu'il y avoit unpeu de Mer..
Mr de Villette ayant efté maltraité
de cette bombe , fut obligé
d'arriver pours'accommoder , ainfi
toute l'Avant-garde arriva com
me luy l'une aprés l'autre environ
la portée du moufquet, & làſe
tint en panne, L'Avant -garde des
ennemis contre laquelle nous nous
eſtions battus depuis dix heures du
matin juſqu'à prés de quatre heures
aprés midy , fe tint cois n'ofa
jamais arriver fur nous , quoy
qu'ils viffent le feu dans l'arriere
324 MERCURE
la
du Vaiffeau de Mrde Villette . Ils
ont voulu par là cacher leur enterie
deffaite , en publiant qu'ils
nous avoientfait plier à l'Avantgarde.
Si cela eft , il faut que
Reine d'Angleterre faffe faire le
procés à tous les Capitaines de l'Avant-
garde , puifque nous ayant
fait plier vers
aprés midy , ils auroient eu affez de
temps pournous charger nous défaire
entierement avant la nuitſi
cela eftoit vray, mais nous fommes
furs qu'ils porteront en Angleterre
des marques juftificatives de leur
fageconduitefurcela, Ilsfontfeulement
bienheureux d'avoir eu le
Les quatre heures
GALANT 325
ventfur nous pendant tout le jour ,
&fi nous l'avions eu comme eux ,
'il est évident qu'ils eftoientperdus
Jans reffource , & qu'il n'enferoit
pas retourné vingt Vaiffeaux en
Angleterre. Nous n'eûmes dans
nôtrel aiffeau que 10 hommes hors
de combat 4. tuez 6. bleffez",
dont 3.font morts deleurs bleffures.
Le détachement qu'afait Monfieur
l'Amiralpourle Siege de Gibraltar
eft composé des 1.3 . Vaiffeauxfuivans.
Le Magnanime ,
le Lys , l'Eclatant , l'Arrogant , le
Marquis, le Vermandois, le Mau.
re , l'Ardent , le Diamant , Eole,
le S. Louis , le Rubi , & le Mer
.
326 MERCURE
cure. Les Fregattes font , l'Oi
feau , l'Hercule , l'Etoille , & la
Sybille & les Brulots font , le
Croiffant , armé en Fregatte , &
la Turquoife , & deux Galiottes
à Bombes.
Nous apprenons tous les jours
par des Anglois mefmes , qu'ils ont
efté bien étrillez , malgré la confiance
qu'avoit eu Rook de remporterfur
nous une victoire aisée,
par le grand nombre de Vaiffeaux
qu'il avoitplus que nous , ce qui
l'avoit porté à engager un Miniftre
du Roy de Maroc de s'embarquer
dansfon Armée pour voir
la capilotade , où ilavoit aſſuré ce
GALANT 327
Maure qu'il nous mettroit en
moins de deux heures de combat
Ce Miniftre s'eft embarqué fur
une de leurs Fregattes dans cette
confiance. Il a étéprefent à ce combat
, & s'en eft retournéfort mal
édifié de la promeffe de Rook , à qui
il a dit qu'il lay étoit arrivé ce
qu'il avoit promis de faire aux
François , que s'il ne tient pas
mieuxfespromeffes,ils avoient bien
l'air de ne traiter jamais enſemble.
Nous apprimes par deux Deferteurs
en arrivant le 4. d'Octobre
dans la Baye de Gibraltar, que
le.P.d Armftatqui commande dans
La Ville , ne s'attendoit pas à nôtre
328 MERCURE
vifite, & qu'il avoit dit en nous
voyant paroiftre , que nous étions
un detachement de l'armée deMonfieur
le Comte de Toulouse qu'il
renvoyoit en Ponant defarmer. Ils
nous raporterent qu'ily avoit deux
mille hommes dans la Place , dont
il yavoit déja trois ou quatre cent
malades. Dés que le P. d'Armftat
fe vit affuré par noftre débarquement
proche du Camp du Marquis
de Villadarias , le fiege
eftoitferieux , & qu'il alloit eftre
attaqués on reconnut du Camp
qu'il fe donnoit de grands mouve
mens , faifant jouer beaucoup de
fourneaux fur toutfur lepenchant
que
GALANT 329
de la Montagne , où il a trouvé
moyen d'établir une batterie de
deux Canons. Mrs de noftre Artillerie
, &fur toutMr de Combe
qui la commande , & Mr de Claveaux
Capitaine de Galiottes à
bombes , fe promettent de demonter
bien-toft ces deuxpieces de Canon
auffi-toft que leurs mortiers feront
en batterie.
Nous avons remarqué que le
P.d'Armftatavoit fait une groffe
faute de n'avoirpasfait bruler les
Rofeaux d'une demipique de haut
qui font à deux cent toifes du Baf
tion que nous voulons attaquer,
qu'il auroit encore mieux fait de
Ee...
Novembre1704.
330 MERCURE
faire couper & tranfporterdans fa
place pour en faire des faſcines ;
ces Rofeaux d'ailleurspouvantfa
ciliter nos aproches fans eftre vús
de laplace. On doit establir aupremier
journos Batteries , qui feront
de quarante Canons de vingtquatre
&&de trente -fix livres de
balles , dont il y en avoit déja quatorze
deplacez à l'endroit où l'on
eftablira leur platte forme.
Les chofes eftoient en cet eftat
quandnous partimes le 12 , de Gibraltar
pour Cadix , qui n'en eft
qu'à dix-huit lieuës avec nos treize
Vaiffeaux, fous le commandement
de Mr des Herbiers , comme
• plus ancien Capitaine,
GALANT 331
Nous mouillames le même jour
à Cadix à quatre heures aprés midy
à la faveurd'un vent d'Eft.
Mr de Pointis , & Mrle Che--
valier de Villars font restez au
Camp devant Gibraltar avec nos:
trois mille hommes de troupes poftées
à la tefte de ce Camp.
Mr de Ricoard Intendant de
noftre détachement gint hier icy
de l'armée , nous aprit que trois
cent des Affiegez, ayant fait une
fortie , avoient efté repouſſez jusques
dans leurs barrieres ; y ayant
eu fept ou buit hommes de
fans que nous en ayons perdu aucun.
Cet Intendant , qui l'est auffi
tuez
Ecij
332 MERCURE
de l'Armée , a aporté un ordre de
Mr de Pointispour difpofer cin
quante deux Chaloupes tant Francoifes
qu'Espagnoles qui feront
commandées par Mr des Herbiers
,&fous luipar Mrs de S.
Clair & de Gaffaro Capitaines de
Vaiffeaux, & fur lesquelles doivent
estre embarquez quinze cent
hommes , tant des troupes de la
Marine , que des Equipages de nos
13.Vaiffeaux, outre les Gardes de
la Marine qui fontprés de cent.
3.Cet Armement que nous appellons
l'Armée fubtile eft deftiné
à tenter une attaque du cofté où eft
une Chapelle qu'on appelle Notre
GALANT 333
Dame d'Europe , & par où le P.
d' Armftat fe rendit maiftre de la
Place. Nous allons mettre nos treize
Vaiffeaux dans le port du Pontalpour
les radouber.
M'de Lamoignon de Cour
fon Maiftre des Requeſtes , &
fils de Mr Baville , Confeiller
d'Estat ordinaire , & Intendant
en Languedoc , a eſté nommé
Intendant de Rouen , à la place
de feu M' Sanfon. Il eft petitfils
de feu Monfieur le premier
Prefident de Lamoignon , &
neveu du Prefident à Mortier
de ce nom. Cette Famille eft fi
334 MERCURE
confiderable par elle - mefme ,
& fi illuftrée , que fi ce nouvel
Intendant marche fur les tra
ces de tous ceux qui ont porté,
& qui portent fon nom ; il n'y
a pas lieu de douter , qu'il
ne rempliffe fon employ avec
beaucoup de gloire , & qu'il ne
fervele Roy & l'Eftat avec au
tant de zele que de fidelité .
M Dugué fils de feu M
Dugué Preſident en la Chambre
des Comptes de Dijon a
efté nommé Intendant de la
Marine de Dunkerque . Il y a
long - temps qu'il donne des
preuves de fa capacité dans les
GALANT 335
Ifles de l'Amerique. La famille
de M¹ Dugué eft confiderable
dans la robe . Feu M' le Prefidet
Dugué eftoit un des plus
habiles hommes du Royaume.
L'Intendance des Ifles de l'A- .
merique a efté donnée à M. de
Vaucreffon fils de M Arnoult,
Intendant de Marine ; cejeune
Magiftrat marche fur les pas
de fon pere qui a une parfaite
intelligence de la Marine . Feu
M' de Seignelay en faifoit un
cas fingulier , & il le confultoit
dans toutes les affaires importantes
qui regardoient la Ma
rine.
336 MERCURE
M de Gatine a fervi longtemps
le Roy dans les premiers
emplois de la Marine , & n'a
demandé permiffion de quitter
l'Intendance de Dunkerque
que pour ſe retirer à S. Victor
à caufe de fes infirmitez , &
que pour ne s'occuper d'orelnavant
que du foin de fon fa
luc, wol odorem bendklenl
Mr Pierre Honoré de Sayn,
Chanoine de l'Eglife Nôtre-
Dame de Paris eft mort . Il étoit
fort confideré dans fon Chapitre
, tant pour fa vertu que
pour fon efprit , dont il avoit
donné des marques en pluſieurs
occafions
GALANT 337
Occafions où il avoit efté employé
pour
les affaires de fa
Compagnie. Il eftoit bon
Theologien , & il avoit fait
fes Humanitez avec beaucoup
de fuccés. Monfieur le Cardinal
de Noailles a nommé à fon
Canonicat M'l'Abbé deNoailles
fon neveu , fils de Monfieur
le Maréchal de Noailles . Ce
jeune Abbé qui a eſté élevé au
College du Pleffis , s'y cft toû
jours diftingué par fon efprit .
Sa memoire eft des plus heureuſes
, & il luy feroit plus difficile
d'oublier quelque chofe,
qu'il ne feroit aifé à beaucoup
Novembre 1704. .Ff
-
338 MERCURE
d'autres de l'apprendre. Ainfi
il y a lieu d'efperer qu'il marchera
un jour fur les traces de
MonfieurleCardinal fon oncle.
Il est temps de vous parler .
du retour de Monfieur le Comte
de Touloufe , aprés une fi
longue & fi glorieuſe campagne.
Ce Prince ayant non
feulement fait voir toute la
valeur , & toute l'intrepidité
imaginable au milieu des
plus grands perils , quoy qu'il
le trouvaft dans le feu pour la
premiere fois , ce qui doit caufer
de l'émotion à ceux qui
manquent le moins de couraGALANT
339
ge , & qui doivent cftre un
jour au rang des plus grands
Capitaines ; cependant , quoy
qu'il vit tomber à fes coftez
ceux qui eftoient les plus proches
de fa Perfonne , & qu'il
ne ceffaft point d'eftre pendant
toute une journée au milieu
des flâmmes , & expofé aux
plus grands perils , il ne fit pas
un pas en arriere pour reculer.
Il continua toûjours à donner
fes ordres avec autant de fang
froid que de prefence d'efprit .
L'ardeur avec laquelle ce Prince
avoit toûjours fouhaité d'en
venir aux mains avec les enne-
Ffij
34° MERCURE
mis , & ce qu'il avoit fait de
fon
propre mouvement
pour
mettre la Flote en eftat de
partir, devoient faire attendre
de fon courage tout ce que
l'on en a vû lors qu'il s'eft
trouvé dans l'occafion .
Le 2. de ce mois dés le matin
on découvrit à Toulon , de
fort loin, l'armée Navale qu'un
vent forcé de Nord - Oueſt ,
empeſcha d'entrer dans la rade.
Le lendemain matin le vent s'étant
un peu calmé , tous les
Vaiffeaux entrerent , & dés que
le Vaiffeau Amiral eut mouillé ,
GALANT 341
le Corps de Ville alla à bord ,
faire la reverence à S. A S.
M' Flamenq premier Conſeiller
porta la parole , & luy fit un
compliment dont ce Prince
parut tres- fatisfait. Il mit
pied à terre à l'entrée de la nuit
dans l'Arfenal , d'où s'étant dérobé
des perſonnes qui le fuivoient
, il paffa feul à pied tout
le long du Port , dont toutes
les maifons eftoient illuminées ,
particulierement l'Hôtel de
Ville
;
le tout accompagné ,
d'infcriptions & de feftons qui
couvroient tout le balcon ; au
deffous duquel il paffa fans être
Ff üj
&
342 MERCURE
rs
reconnu de perfonne , & gagna
la rue S. Michel , où il trouva
les mefmes illuminations , ainfi
que dans toute la Ville . Il fe
rendit enfuite à la Cathedrale,
où il fut joint par toutes les
perſonnes de ſa ſuite , & où il
fit fa priere. M les Maire &
Confuls avoient fait dreffer un
grand bucher entre les quatre
coins qui font à la traverſe de
l'Hôtel de Ville au Port . Pour
faire plus d'honneur à la feſte ,
ils prierent M' le Marquis de
Chalmazel Commandant , de
vouloir l'allumer avec eux , ce
qui fut fait en cérémonie au
GALANT 343
fon des Tambours , des Fiffres
& des Trompettes , & au bruit
de l'Artillerie. Au retour de la
marche qu'on fit en Corps , en
montant par la ruë de la Halle,
& en revenant par la rue S. Michel
, tout le monde crioit , V
ve le Roy , & Monfieur l'Amiral.
Tous les Habitans firent
paroître une joye extraordinalre
en cette occafion. Toute la
Ville paroiffoit en feu tant par
les illuminations , que par les
flambeaux qui éclairoient les
'Officiers de Ville & les buchers
qui étoient allumez tout le long
des ruës. S. A. S. qui étoit allée
Ff ij
344 MERCURE
defcendre chez M' de Vauvré,
vit de fon balcon la marche du
Corps de Ville , lorſqu'on traverfa
de la Halle à la rue Sainte
Urfule ; ce qui fit plaifir à ce
Prince , puifqu'il eut la bonté
de dire , Qu'il recevoit d'autant
plus volontiers ces demonſtrations
de joye des Habitans de Toulon ,
qu'il eftoit perfuadé qu'elles partoientdufonds
de leur coeur. Le 4.
un peu avant cinq heures du
matin S. A. S. partit en chaife
de pofte avec M le Marquis
d'O, au bruit de l'artillerie de
la Ville.
Le portrait de ce Prince qu'on
GALANT 345
avoit expofé fur le balcon de
l'Hôtel de Ville , eftoit orné de
l'infcription fuivante , & du
Madrigal qui l'accompagne ;
l'un & l'autre de la compofition
de M' Irotebus Avocat.
VICTORI
ANAVALI PUGNA ADVERSUS
ANGLOS ET BATAVOS
REDUCI.
MADRIGAL.
Au milieu des fureurs de Neptune
A
& de Mars ,
Prefervé de mille hazards į
346 MERCURE
Que (fansfremir ) nous ne pouvions
entendre.
Vous revenez vainqueur, GRAND
PRINCE ? l'heureux jour !
Quelles graces au Ciel ne devons
nous pas rendre
Et de votre victoire & de votre
retour!
Monfieur le Comte de Touloufe
qui n'avoit pas voulu entrer
dans Toulon que tous fes
Vaiffeaux ne fuffent en place ,
ayant donné tous les ordres neceffaires
pour ce qui regardoit
le fervice du Roy , partit pour
fe rendre en Cour , où ce Prince
arriva le 10. de ce mois. Il
fut reçû avec toutes les dé- y
GALANT 347
monſtrations de joye imaginable.
Chacun
s'empreffa pour le
le feliciter fur fa
voir &
pour
glorieufe
campagne
, & fur fon
heureux
retour
; & toutes
les
Dames
luy firent
compliment
,
& luy
donnerent
de
grandes
loüanges
.
Il eft temps de reprendre
l'article du Siege de Gibraltar .
Vous en trouverez une eſpece
de Journal dans plufieurs Lettres
que je vous envoye , fuivant
ce que vous avez fouhaité.
Vous trouverez plufieurs
de ces Lettres qui parlent des
348 MERCURE
mefmes articles , & fur tout de
celuy de la Galiote des Ennemis
brûlée ; mais comme il n'y
en a pas une qui ne marque
quelque circonftance qui ne ſe
trouve pas dans les autres , on
ne peut mieux eftre inftruit d'u
ne action importante , que par
cette diverfité.
Du Camp devant Gibraltar ,
Octobre 1704
ce
25.
Vous eftes informé à prefent ,
Monfieur , que Monfieur l' Amiral
a fait un détachement devant Malaga
de trois mille hommes de troupes
de la Marine , qu'il a tirez de
fes Vaiffeaux qui composent fix
GALANT
349
Bataillons commandez chacun par
un Capitaine de Vaiffeau ,fervant
comme Colonels , & les Capitaines
de Fregates comme Lieutenans Colonels.
Fay l'honneur de commander
le fecond Bataillon , & Mr de Radon
fert avec moy comme Lieutenant
Colonel. Monfieur Amiral
détacha en mefme temps des Capitaines
& Officiers d'Artillerie , &
des Canonniers à proportion , pour
fervir l'artillerie que nous avons
débarquée. Vous fçavez bien que
Mr de Pointis commande icy la
Marine comme LieutenantGeneral,
& Mr le Comte de Villars , Capi.
taine de Vaiffeau , comme Maréchal
de Camp. Nous avons trouvé
icy un corps de troupes Espagnoles
de plufieurs Regimens . Les Batail
lons des Gardes Espagnoles & Val
350 MERCURE
lonnes qui font icy peuvent paffer
pour de bonnes troupes . Je ne puis
vous dire pofitivement de combien
eft compofee noftre petite arméezmais
je doute qu'elle foit de plus de fept
à buit mille hommes . Le grand
nambre d'Officiers des deux Nations
fortifiera fans doute ce petit corps.
Mr Renault fert de premier Ingenieur.
Ilfe promet d'enlever cette
Place. Mr de Villars autre Inge.
nieur , vient d'arriver. Nous femmes
remplis de bonne volonté , &
nous apprendrons un mestier où nous
autres Marins nous fommes fort no.
vices ; nos troupes n'ont pas un mo »
ment de relache. Il eft conftant que
quand nos batteries feront établies,
nous ferons breche infailliblement,
L'on tente auffi de faire diverfion.
par une attaque par mer que l'on
GALANT
351
fera. Il vient cinquante chaloupes
on bateaux de Cadix commandez
par les Officiers de nos Vaiffeaux
qui nous ont ammenez icy. Cette
armadille paſſe par la riviere qui
forme l'Ile de Cadix & qui eft
dansPentrée duDetroit à huit lieuës
dicy. On les affemble tous les jours.
Voila ce qui fe paffe en ce Pays - ty .
S'ily a de l'honneur & de lafatigue
nous les parta dans cette guerre
geons avecplufieurs Grands d'Efpagne
qui font dans cette petite ar
mée , comme Meffieurs le Duc d'Of
fone , le Comie Daguilar
, le Duc -
Davre & autres de mefme diftin-
Elion.
A Madrid ce 30. Octobre 17043
Par les Lettres de Mile Mar
352 MERCURE
1
mais
que
quis de Villadarias du Camp devant
Gibraltar du 22. & du 23. de
te mois , nous avons appris que les
playes continuelles l'avoient empefché
de faire ouvrir la tranchée ;
le temps étant devenu
plusferein on l'avoit ouverte le 21 .
que quoique la pluye euft recommencé
on avoit continué avec tant
de fucccés que le lendemain matin
ily avoit déja quatre cent toiſes
de tranchée , & que tous nos gensy
étoient à couvert : que ces travaux.
s'étoient faits fans oppofition des
ennemis : & que nos Officiers Generaux
étoient Mr le Comte d'Aguilar
Lieutenant General , Mr
Renaud , Maréchal de Camp &
Mr le Comte de Villars . Mr le
Marquis de Villadarias y alla en
perfonae &ydemeura juſqu'à cinq
:
GALANT 353
beures & demie du matin. Il mande
parfa Lettre du 23. que les travaux
s'étoient continuez de mefme ; mais
qu'étant déja fort près de la Place,
les alliegez avoient commencé à
faire un grandfeu de leur artillerie
& de leur moufqueterie ; que jufques
là on n'y avoit perdu qu'un foldas
François , un Cavalier & un cheval
tué & un foldat bleßé . Monfeur
le Duc d'Havré Lieutenant
General étoit de jour , & Monfieur
le Duc d'Offonne qui eft à ce
fiege en qualité de Volontaire , fe
trouve dans toutes les occafions périllenfes.
La nuit fuivante on devoit
avoir une batterie de quatre
pieces de canon & de quatre mor—
tiers , pour s'opposer au feu que
faifoient les ennemis du haut de
la montagne. Mr de Villadarias
Novembre 1704 Gg
354 MERCURE
ajoute qu'il efpere de prendre cette
Place en peu de temps .
f
Un autre Lettre dit que les ennemis
ont rebordé leurs murailles de
facs de laine pour empeſcher l'effet
de noftre canon.
A Bayonne le 15. Novembre
1704.
Voicy les nouvelles que nous
avons reçûës de Madrid. Le 27.
Octobre les François , à la tefte defquels
étoit Mr Gabaret avec cinq
chaloupes armées , attaquerent avec
toute l'intrepidité poffible ane Galiotte
à bombes qui étoit attachée
au vieux Mole de Gibraltar, é
qui nous incommodoit beaucoup , la
brülerent , & les bombes dont elle
étoit chargée , tomberent dans la
GALANT 355
Ville , où elles firent un grand
dommage.
On s'eft attaché à ruïner un ouvrage
nommé El Paſtelilo , par une
batterie de trente pieces de canon
qui commença à tirer le premier
Novembre & y a fait déja une
grande breche. Cette batterie auroit
eu encore un meilleur effet ,fans
les pluyes continuelles qui ont re-
·tardé.
Les Deferiears fortis de la Place
affurent que le Prince d'Amftat fe
fie plus à cent foixante Espagnols
qu'il a dans la Place qu'aux Anglois
qui defertent continuellement.
Ces deferteurs affurent aufiq
vivres manquent dans la Place .
On efpere qu'elle fe rendra avant
La fin de ce mois,
que
les
Gg ij
356 MERCURE
Du Camp devant Gibraltar le
27. Octobre 1704.
La tranchée a efté ouverte le 21
nous travaillons à eftablir une batterie
de trente pieces de canon pour
battre le front de l'attaque qui eft
fort petit , &fur lequel les ennemis
ont trente-quatre pieces , & le long
du Mole trente , qui voyent noftre
batterie en flanc , & qui n'enfont
éloignées que de trois cent cinquante
toifes. Les fafcines qu'il a fallu
faire venir icy & les gabions , joint
à la pluye exceive , nous caufent
beaucoup de retardement. Mr de la
Rerie vient d'arriver Nous n'avons
point d'Officiers d'Artillerie, ce qui
fait qu'ilfaut que nous enfervions
Nous avons vingt- huit pieces de
GALANT 357:
canon de vingt- quatre livres, douze
de trente-fix , huit de fix , & douze
mortiers. Nous avons quatorze ba
taillons dont plufieurs font fort foibles
, deux Compagnies de Cava
lerie & trois mille hommes des trou
pes de la Marine. Je ne puis vous
rien dire de la réuite , fi la pluye
continue. Le Prince d'Armftat eft
dans la Place avec plus de deux
mille hommes.
Du Camp devant Gibraltar
le 28. Octobre 1704.
3
Il y a quatre jours que je me
donnay l'honneur de vous écrire ;
mais il me semble que ma Lettre
eftoit conçue d'une maniere à vous .
358 MERCURE
faire aprehender une fuite pew
heureuse de ce fiege ; c'eſtpourquoy
je crois qu'il eft à propos de vous.
dire que je mettois les chofes au
pire, queje penfe avec tous le.
monde que nous enleverons cette
Place. Il ne vous a pas paru , par
ma derniere que nous fuſſions en
core fort avancez; cependant avec
quelques jours de plus, j'efpere que
l'on ira au but que l'on s'eftpropofé.
Je vous ay dit que depuis
de jours nous avions ouvert
la tranchée. Noftre premiere batpeu
terie de quatre canons & de deux
mortiers commença à tirer feulement
le 26. avecfuccés. Un petit
GALANT 359.
*
· ouvrage avancé , d'où tirent continuellement
deux mortiers des af
fiegez eft déja fort en defordre.
Si nous ne faifons pas grand mal
à quelques canons
canons des ennemis qui
font en batterie fur la montagne
,
auffi jufqu'à prefent ne nous en
ont-ils point fait. Je vous ay
mandé que Mr Renault,Ingenieur
conduifoit ce fuege , il en a bonne
opinion ; quoique Mr le Prince
d' Armftat avec deux mille hommes
de garnifonfoitdans la Place.
On a lieu d'augurer qu'il doit
avoir beaucoup de malades par le
peu de feu que les affiegezfont
par le peu d'oppofition qu'ils
&
360 MERCURE
ne
puis
ont fait à l'avancement de nos
tranchées. Nous n'avons jamais
aprehendé de fortie , auffi n'en
n'ont-ils point fait. Je
vous dire poſitivement quand nôtre
grande batterie battera en breche.
Il fautque je vous diſe une
petite action de mer qui s'eft passée
la nuit derniere. Les ennemis depuis
trois jours avoient fait avan
cer une Galiote à bombes de trois
mortiers. Elle tiroit continuellement
depuis ce temps-là , & incommodoitfort
nos tranchées. Mr
de Pointis refolut de l'enlever ou
de la brûler. Pour cet effet on arma
une Tartane en Brulot. La
conduite
GALANT 361
conduite en fut donnée à Mr. le
Chevalier de Gabaret , Capitaine
deBrulot. Mr de Pointis voulut
Tl'escorter luy - mefme en canot a vec
les Chaloupes des quatre Fregates
qui font icy. La chofe fut fi bien
menée la Bombarde
a efté
que
accrochée & brûlée , malgrélefeu
de quarante Grenadiers qui étoient
deffus , & celuy defes canons &
de ceuxde terre, du canon de la
Place: Cela s'eft fait fi brufquement
que nous n'y avons perdu
que quatre hommes. Mr le Chevalier
de Gabaret a efté blessé au
bras , & fon Lieutenant. C'eft
une action tres-belle , & la con-
Novembre 1704, Hh
362 MERCURE
duite en eft due à Mr de Pointis.
Quand tous nos bateaux & cha
loupes feront venus de Cadix ,
nous ferons une diverfion desforces
de l'ennemy. Voilà ce qui s'eft
paſſéjusqu'à preſent. Mr de Villadarias
qui eft le General , nous
fait efperer que les vivres viendront
en abondance.
Au Camp devant Gibraltar ;
le 28. Octobre 1704.
On vient de me dire qu'il partiroit
un Courier cette nuit , j'en
profite avec d'autant plus de plaifir
que je commence à avoir bonne
opinion de notre entrepriſe , qui juf
ques à prefent m'avoit paru fort
GALANT 363
dauteufe. Cependant le peu d'oppo
fition que les affiegez ont fait à nos
approches me fait croire qu'il leur
manque quelque chofe , & je croirois
bien qu'il ne font pasfurs d'une
partie de leurgarnisons puifque jufqu'aprefent
ils n'ont point fait de
fartie , s'étant contentez de canoner
& de bombarder nos retranchements
, où n'avons perduque quel- .
que Soldats , où nous n'avons eu
que deux Officiers bleffez. Il y en a
eu deux autres de bleffez fur Mer
cette nuit > en executant le projet
aßez hardi , que Mr de Pointis
avoit conçu , d'aller brûler une Galiotte
dont les bombes nous incommodoient
fort , & qui étoit fous le
fufil du vieux Mole. Mr de Gabaret
Pa heureufement executé , ayant
aborde & brûlé cette Galiotte avec
Hhij
364 MERCURE
une Tartane qu'il avoit preparée ;
& c'eft luy & fon Lieutenant qui
ont efte bleffezcette nuit. Mr dePointis
étoit en perſonne à cette action.
Comme ily avoit de lapoudre dans
cette Galiote & quelques bombes
chargées , elle a fauté peu de temps
aprés qu'on y a eu mis le feu. Ce
qu'il y a de certain , c'eſt que cette
affaire leur donnera une bonne idée
de notre Marine, & qu'ellefait un
bon effet dans notre Camp.
Au Camp devant Gibraltar
le 2. Novembre 1704
Vous fçavezfans doute qu'ily a
icyfix bataillons , de cinq cens hom
mes chacun , des troupes de la Ma..
rine , commandezpar Mr-de Court,
GALANT 365
la Maifon-Fort , du Tertre , Saint-
Hermine , Vexin , & de Pole. Mr
Court fait lafonction de Brigadier
par la promotion de Mr de Villars ,
qui a eftéfait Marefchal de Camp
pur le Roy d'Espagne . Depuis le 21.
que la tranchés a efté ouverte , les
· Ennemis n'ont pas fait un grand
feu. Nous n'avons eu jusqu'àpre-
•fent que douze ou quinze Soldats
tuez, & environ vingt bleßez Mr
-de Luns Lieutenant de Vaiffeau ,
a eu unejambe caffée , Galiffet , le
poignet percépar un accident de mé
prife ; le petit Gabaret &ſon Lieutenant
de Brûlotfont bleẞez , le premier
d'un coup de pistolet au bras
dans les chairs , & l'autre dans
lomoplatte affez dangereufement.
L'action qui leur a caufe ces bleffures
merite d'être louée . Une Ga-
Hh iij
366 MERCURE
臀
liote à bombes eftant fortie il y a
quelques jours du mole des Anglois
où elle eftoit pourſe mettre à couvert
du vieux Mole , & voulant plus
aifément bombarder nos tranchées ,
il fut réfolu de la brûler , avec une
Tartane mife en brûlot , que Mr
Gabaret mena dans une nuit obfcure
aui bien que s'il euft efté en plein
jour , & qu'on n'euft point tiré fur
lay. Il s'avifa d'une rufe où vous
trouverez de lafermeté ; car ne diftinguant
point ny la Galiote , ny
deux autres Baftimens qui estoient
au même Mole ; il parla aux Anglois
qui luy tirerent un coup de canon
dela Galiote , après l'avoir reconnu
à la lueur du feu , il leur répondit
en les abordant , C'eft à
vous à qui j'en veux , & vous
ferez bien - toft grillez . Ce qui
GALANT 367
atriva comme il le leur avoit promis
; mais il auroit eu de la peine
à réuffer fans le fecours de Mr le
Chevalier de Tourouvre qui aborda
Le Brulot & la Chaloupe de Mr
Gabaret , quiferois reftefous le Blubot
, faute de gens pour poußer au
large la Tartane , la plupart des
gens de fon équipage ayant efté tuez.
ou blessez.
Nous avons jufqu'àprefent trois
pieces de canon & quatre mortiers en
batterie. Nous femmes à trois cens
toifes de la Place , & nous travaillons
à mettre notre grande batterie
en eftat ; mais nous avons de la
peine à avoir des fafcines . Nous
avons une reſource dans cinquante
batteaux que Mr de Pointis a fait
venir de Cadix avec prés de deux
mille hommes , tant Soldats que
Hh iiij
368 MERCURE
Matelots , qui pourront voiturer les
gabions & les faſcines , en attendant
qu'ils foient_employez à un
coup- de-main pour la fauße attaque,
quipourra bien devenir la bonne.
J'efpere qu'avant lafin du mois
Mr le Prince d' Armftat aura liew
de fe repentir de s'eftre enfermé
dans cette Place. Deux defertears
Anglois qui en font fortis, ont rapporté
que la garnifon eft composée de
deux mille hommes Anglois fans les
Espagnols , qui à ce qu'ils difent ,
compofent la garde du Prince d' Amrftat.
Ils affurent qu'il eft mort beaucoup
d'hommes de cette Garnifon ,
&qu'ily a ungrand nombre de mabades
que ceux qui fervent font
tres fatiguez : & que ce Prince les
entretient toujours dans l'esperance
Run prompt fecours . Ils ajoutent
GALANT 369
qu'on fait courir le bruit qu'il a un
Batiment de vingt- deux rames pour
s'y embarquer , lorsqu'il fera hors
d'eftat de pouvoir refifter , pour fe
fauver.
Je crois devoir ajoûter icy
l'Extrait fuivant , il eft tiré d'une
Lettre de Cadix du 3. Novembre.
Mr de Combes Commiffaire
d' Artillerie mene le fiege de Gibraltar
avec unegrande vigueur.
Il a penſe eſtre tué d'un bouler de
canon des ennemis qui demonta un
canon dans fa batterie qu'il fit remettre
en place incontinent. Tous
370 MERCURE
nos Generaux & Officiers travail
lent avec chaleur, & ont cette affaire
fort à coeur , ne perdant pas
un moment de temps pour emporter
cette Place avant que le fecours
d'Angleterrefoit arrivé; car il ne
faut pas croire que le Prince
d' Armftat y eftant enfermé , ils
abandonnent cette Place. Mais on
croit
que
Gibraltar fera à nous
dans le 15. ou le 20. de ce mois
tout au plus tard; & il eft prés
qu'impoffible que le fecours puiffe
eftre arrivé dans ce temps-là.
Les Affiegez avoientdevant le
Baftion attaqué une Galiote , où
il y avoit deux Mortiers qui inGALANT
371
commodoient nos gens , tellement
que pour remedier à cela Mr de
Pointis ordonna à Mr de Gabaret
qui commande le Brulot le
Croiffant devant Gibraltar, d'armer
une Tartane en Brulot , &
d'y mettre les artifices neceffaires,
pour aller brulerla Galiote a bombes
des ennemis ; ce que Mr de
Gabaret homme de coeur
ن و م
d'honneur
eut promptement executé. Il
s'approcha de nuit , eftant remorqué
par les quatre Chaloupes de
nos Fregates qui yfont , aborda la
Galiote des ennemis
On dit
que
la brula.
Mr de Pointis eftoit
dans fon Canot pour mieux voir
372 MERCURE
cette expedition dont il a efté fort
fatisfait , loüant la conduite avec
laquelle MrGabaret avoit mené
cette affaire.
Nos Fregates qui font devant
Gibraltaront faitdeux prifes Angloifes
venant de Ligourne, char
gées de Vin de Florence & autres
marchandifes. Ce Vinnepouvoit
venir plus à propos. Il fait
bien plaifir à nos Generaux & à
nos Officiers. Ces deux prifes venoient
bonnement mouiller à Gibraltar
, lorsque nos Fregates
les
attaquerent
, & les prirent aprés
quelque
refiftance
. Mr Gouyon
qui commande
l'Eſtoille , a eufon
GALANT
373
Lieutenant tué & quatre hommes
de fon Equipage. On dit que nous
´n'avons encore perdu dans tout le
fiege qu'onze hommes , & Mr de
Lunes Major d'un Bataillon a cu
une jambe fracaffée d'un éclat de
Bombe.
+
Noftre Armée fubtile de cinquante-
deux Chaloupes ou environ
, partit d'icy le 27. du paſſé.
Le lendemain une tempefte de vent
d'Eft commença , qui obligea dixhuit
Chaloupes de relacher à laris
viere de San Pedro , quoy qu'elles
fuffent à l'entrée de Gibraltar.Les
autres ont eftéaffés heureuſes pour
attraperTarif, mauvais Port où
374 MERCURE
ſe
elles auront beaucoupfouffert. Nos
dix-huit Chaloupes qui ont relaché
à San Pedro , voyant lafin de
leurs vivres , revinrenticy le 31 .
pour en reprendre d'autres ,
tenir preftes à partir au premier
temps favorable quifut le lendemain.
Ainfi ,fans perdre de temps
elles repartirent ce mêmejour , &
comme il a fait affés beau depuis,
nous ne doutonspresque pas qu'elles
nefoient arrivées ; & affurement
leur arrivée rejoüira beaucoup
Mr de Pontis . On peut en
efperer beaucoup de fecours ; car
ellesfont toutes commandéespar des
Officiers du meftier , qui ne cherGALANT
375%
chent rien avec tant d'ardeur que·
les occafions de fe diftinguer ; &
je m'affure que vous en entendrez
parler danspeu. On dit une de ces
Chaloupes perie par le gros temps
avecfon monde, & qu'il n'y a cu
que l'Officier qui a eu le bonheur
de fefauverdu naufrage.
On vient de donner un Jugement
en Efpagne qui merite
d'eftre fçû . Voici le fait.
Le Grand
Inquifiteur pretendoit
qu'il avoit dans tous
les Jugemens
une voix decifive
, c'eft-à-dire qu'il pouvoit
decider feul , quoique tous les
376 MERCURE
autres Juges de fon Tribunal.
fuffent d'un avis contraire au
fien . Les Parties pretendoient
qu'il n'avoit qu'une voix double
, c'eft- à- dire que dans un
partage la fienne en valoit
deux . Cette affaire eftoit devenuë
d'une grande confequence
.
par le grand nombre de gens
qui y prenoient part. Le Roy
& le Confeil ont enfin decidé
le Grand Inquifiteur n'auroit
qu'une double voix. Ce
Grand Inquifiteur
eft Evêque
de Segovie , & il s'appelle
Dom Baltazard de Mendoza,
Il a répondu lors qu'on luy
que
GALANT 377
fignifia cet Arreft , qu'il eftoit
trop heureux que le Roy & fon
Confeil le délivraffent des fcrupules
qui lui revenoient de ce Privilege
; & il s'y eft foumis.
Ce Jugement a attiré beaucoup
de louanges au Roy d'Efpagne
& à fon Confeil , & il
doit paroiftre jufte , puifque la
Partie mefme ne s'en plaint pas..
Un pareil Jugement ne peut
paroiftre qu'équitable
dans
tous les endroits du monde ,
& il n'y a qu'à examiner le fait
pour en demeurer d'accord...
Le mot de l'Enigme du mois
Novembre
1704
Li
378 MERCURE
dernier eftoit la Lanterne magi
que. Quoique cette Enigme
foit fort belle & que les rapports
en foient fort juftes ,
elle eft fi peu connuë qu'il ne
faut pas s'étonner fi les Devineurs
ne font pas en grand
nombre , & fi plufieurs ont crû
le veritable mot étoit le
que
Songe ou le Soleil . Ceux qui
en ont trouvé le veritable fens,
font , M l'Abbé Boutard : de
Penavaly : de Lorme : Duret :
de Formont Groyer de Boiferaud
, Confeiller au Confeil
Souverain de Cayenne :
Mauduit de la Montagne
IS
2
GALANT 379
fon
fon
amy
amy Rohaut le jeune &
l'Archimede de l'Ifle
Noftre- Dame :
Mlle Malerfaut : Fanchon
le Sueur , la blonde Angelique
des quinze-vingt : & la plus
belle & gracieuſe Dame du
Cloiftre Noftre- Dame.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , elle eft de M Jean
Th ...... de la Rochelle.
ENIGM E.
Fe fuis un corps desplusgonflez,
Quoique fee comme un hidropique ,
Jay le dos & la taille antique.
Ii ij
380
MERCURE
Jay deux yeux grands & noirsfur
mon ventre placez
Sans langue &fans bouche je crie.
Il me faut pour mon entretien
Des tripes de chat ou de chien ;
Cependant
de manger je n'eus jamais
envie.
S
Si l'on me flatte en me touchant,
Je fuis d'une douceur charmante ;
Mais fi tropfort l'on me tourmente,
Lørs je gronde , & tout bas n'obeis
qu'enjurant.
S
Le temps par qui toutperdfon prix,
Ne merend que plus precieuſe
Ma vieilleffe m'eft glorienfe ,
Et toûjours à cent ansje valus plus
qu'àfix
A
བ
611
4 1967 19
GALANT 381
L'Air que je vous envoye eft.
fur des Vers qui font dans ma
derniere Lettre , & qui ont efté
faits à l'occafion de la mort
d'une petite Chienne nomméc
Life.
AIR NOUVEAU.
Lapauvre Life entre vos bras
Afinifes deftinées .
Pour moyje ne me plaindrois pas
Sij'y finiffois mes années.
Pourroit- on plus heureusement
Entrer dedans le monument ?
Life , que je te porte envie
Et que ton fort me paroit bean
D'avoir entrédans le tombeau
Enfortant des bras de Silvie ?
"
382 MERCURE
Jevous envoyeun article qui
en renferme plufieurs , puifqu'il
contient des agrémens de
Regimens donnez par le Roy ,
ainfi que des Gouvernemens &
des Penfions , & d'autres arti
cles de cette nature .
M' le Comte de Coigny a
cu l'agrément du Roy pour la
Charge de Colonel general des
Dragons , & a conclu fon traité
avec Monfieur le Duc de
Guiche. Quand on obtient à
fon âge l'agrément d'une fi
grande Charge & fi importan
te , il n'y a point à douter qu'on.
n'ait un merite diſtingué dans
GALANT 383
le mêtier dont on fe mêle.
M' le Chevalier de Treffemanes
a l'infpection qu'avoit
M' de Maifoncelles , & celledes
Troupes de Dauphiné , de
Provence , & de Savoye , a efté
donnée à Mª du Verger , cydevant
Lieutenant Colonel du
Royal Comtois.
Le Gouvernement de Montlouis
dans les Pyrenées , vacant
par la mort de M' de Nanclas ,
a efté donnée à M' de Perthuis,
Lieutenant de Roy de Collioure.
M' le Chevalier d'Hautefort
, Capitaine de Vaiſſeau &
384 MERCURE
frere de M' de Surville , a efte
nommé premier Ecuyer de
Monfieur le Comte de Toulouſe
, à la place de feu M' de
Relingue. Il eft diftingué par
fa naiſſance & par fa valeur . Il
faut avoir beaucoup d'acquis
dans la Marine pour avoir efté
jugé digne de remplir un pofte
qui a efté occupé par feu M
de Relingue.
Le Roy a donné l'agrément
du Regiment des Dragons
Dauphins à M² de Vatteville ;
de celuy de M' de Dreux à M
de Soyecourt ; de celuy de
Fourquevaux à M' de la Tour
qui
1
GALANT 385
qui en eftoit Lieutenant Colonel
; & M de Luzancy à fon
retour d'Efpagne , a euun Brevet
de Colonel. M' le Chevalier
Vigoureux qui eftoit le plus
ancien Capitaine de Fourquevaux
, ena efté fait Lieutenant
Colonel , & M de Nancré
a cfté auffi nommé Lieutenant
Colonel du Regiment
de Duras..
M' de Rabutin , Lieutenant
Colonel d'Infanterie , & qui
fervoit en Efpagne , a quitté le
fervice avec une penfion .
M' de Beauharnois , Intendant
en Canada , a efté nommé
Novembre 1704. Kk
386 MERCURE
Intendant general de la Marine
, à la place de feu M' d'Herbaut.
M' de Beauharnois eft
parent de celuy auquel il fuccede.
On luy a envoyé avis du
choix que le Roy a fait deluy
pour cet employ , avec ordre
de repaffer en France. Je vous
ay déjà parlé de luy lorſqu'il
partit pour aller en Canada , où
il y a lieu de croire que fes fervices
ont efté agreables , puifqu'on
le rappelle pour remplir
un employ plus confiderable.
M le Marquis de Lanion
a acheté le Regiment de Saintonge
, de Mr de Bligny , &
GALANT 387
vend le fien à fon frere le Chevalier
, qui eſt fon cadet.
Quoy que je fois perfua
dé de la verité de la plus
grande partie de ces articles
voudrois pas affurer
je ne
qu'ils fuffent tous veritables .
Toutes les affaires commencées
ne s'achevent pas toujours
, & l'on parle quelquefois
trop vifte , lorſqu'il s'agit de
nouvelles ; mais fuppofe qu'il
y cult quelque chofe de faux
parmi ceux que vous venez de
lire , l'erreur ne porteroit préjudice
à perfonne.
Je vous envoye une Rela-
Kk ij
388 MERCURE
tion tres-curieufe , & que je
vous garentis veritable , quoy
que toutes les nouvelles publiques
qui fe debitent n'ayent
point parlé des faits qu'elle contient.
Au Camp devant Veruë ce 1 3.
Octobre 1704.
Nous avons bien racheté le
bean temps que nous avons eu
jufqu'aufix de ce mois ; depuis ce
jour la pluye n'ayant pas diſcontinué
avec une violence qui n'a
point d'exemple : en un mot je ne
puis vous en donner une idée
GALANT 389
ny
plus jufte , qu'en vous difant que
les chemins de Namur, ny ceux¸
de Rinsfeld , felon ceux qui y
eftoient , n'ont jamais eftéfi mauvais
, les foldats eftant dans l'eau
dans la bouë jufqu'au ventre,
n'eftantpas poffible de refter dans
la tranchée , tant elle eft inondée.
A la defcription que je vous
fais de la fituation où nous fommes
, je me perfuade aifement que
vous vous imaginez que l'Officier
le Soldaty murmurent,
nous fongeonspluftoft à la retraite
qu'à fuivre noftre projet ; mais je
puis vous affurer qu'ilfemble que
cela ferve pluftoft à animer les
que
Kkiij
390 MERCURE
troupes qu'à les décourager,qu'elles
fe mettent dans l'eau & dans la
boue, pendant vingt-quatre heures
avec une patience qui paffe
l'imagination , & que l'on n'entend
tenir d'autre langage , mefme
par les moindres Soldats , finon
qu'il faut prendre Veruë , ou
perir à la peine. Quoique cette
armée- cy fort au deffus de tout ce
que l'on en peut dire , je ne doute
pas qu'il ne faille attribuer cette
fermeté au zele que
la gloire du Roy , & à l'amitié
qu'on a pour Monfieur le Duc de
Vendofme.
l'on a
pour
Comme la pluye a commencé
GALANT 391
avant que nous avons pu faire
nos batteries pour battre Verue" ,
y conduire noftre canon , les
chemins fe font trouvezfi impraticables
qu'il n'a pas efté poffible
aux chevaux de le tirer. Son Alteffe
a pris le parti de le faire
conduire à force d'hommes , en
chargeant chaque Brigade de mettre
une piece en batterie , moyennant
une fomme que ce Prince
leur a donnépour chaquepiece
pour chaque gros mortier avec fon
affuft. Cela a fibien réuſſi qu'ils
en ont conduit vingt pieces de
vingt-quatre aux batteries , ce que
l'on croyoit impoffible ; mais avec
392 MERCURE
de l'argent & de l'eau de vie te
matin à la tranchée , il n'y a rien
dont on ne vienne à bout.
Les ennemis font un feu d'artres-
confiderable : ils autillerie
nos
ront beau jeu jufqu'à ce que
batteries foient en estat de tirer ;
mais du moment qu'elles tireront,
je ne croy pas que les leurs fe faf
fent entendre long- temps , Veruë
eftant fitué de maniere à ne pas
perdre un coup de canon ny une.
bombe. Il nous ont tué ou bleẞé
depuis hier dix ou douze foldats
avec leur canon. Un Aide-major
du Regiment de Leuville a eu la
jambe emportée , Mr de Percy
GALANT 393
que le Roy a fait depuis quinze
jours Major general de noftre armée
, vient d'avoir la cuiffe caßée
en deux endroits. J'en fuis tresfâché
parce que le Roy perd un
tres- digne Officier. Nous efperons
que nos batteries tireront au plus
tard le 16. Son Alteffe a envoyé
cantonner la Cavalerie & n'a
deux cens chevaux
gardé que
trois
Compagnies
de Huffars
. Si
Le temps
fe remet
au beau ce foir ,
comme
il y a apparence
, je croy
qu'elle
fera revenir
quinze
on
feize
cens chevaux
icy.
Monfieur de Vendôme or394
MERCURE
donna le 17. qu'on travaillaft
à une quatriéme batterie à quatre-
vingt toifes des paliffades .
On la commença la nuit du 17.
au 18. & elle fut continuée à la
faveur d'un brouillard qui continua
pendant toute la journée
du 18.
Je vous ay déja dit que la
plufpart des relations qui fe
publient icy de nos: Places af
fiegées , font autant de fables ,
à moins qu'elles ne foient faites
par des perfonnes forties de
ces Places , dont on fort difficilement
, ainfi le zele fait fouvent
inventer tout ce qu'onatGALANT
395
&
tribue aux Affiegez , ou fait
groffir ce qui échape du Camp
des Ennemis touchant leurs
actions. Les Ennemis de leur
cofté affoibliffent autant qu'ils
peuvent ce que les Affiegez
font de plus confiderable ,
augmentent les avantages que
remportent leurs Troupes ; de
maniere qu'il eft rare de fçavoir
la verité , à moins de l'apprendre
de quelqu'un qui foit
forti de la Place. C'eſt par cette
raifon
que je croy que ce que
je vous envoye du commencement
du Siege de Landau , eſt
veritable :
: ce qui doit m'excu396
MERCURE
fer fi je vous l'envoye fi tard ,
mais il ne laiffera pas de paroître
nouveau, puifqu'il n'a point
encore efté rendu public . Je
vous envoye ce qui m'cft combé
entre les mains , de la maniere
que je l'ay reçu .
Le nommé Chevalier , Soldat
dans la Compagnie de Guenet ,
dans les Galiottes , vient d'arri
ver de Landau , d'où il eft forti
lc 18° d'Octobre , entre fept&
huit heures du foir , chargé d'un
petit pacquet que Mrde Laubanie
luy avoit donnépour remettre à
Monfieurle Maréchal de Villeroy,
croyant
GALANT 397
royant qu'il le trouveroit encore
en Alface , avec ordre eenn ccaass qu'il
fuft arresté , de jetter fon pacquet,
se qu'ilfit voyant qu'il alloit eftre
pris. Ilfut mené au Roy des Romains
, qui l'a fort questionné ,
pourfçavoir de luy où eftoient les
Mines , l'affurant qu'il luy don
neroit dix Ducats de chaque Miqu'il
indiqueroit, qu'autrement
il le feroit mourir. Il dit avoir
répondu , qu'il n'en fçavoit aucune,
que M. de Laubanie eftoit
trop fecret pour en laiffer la
connoiffance à d'autres qu'aux
Mineurs que fur fa réponſe
on le mena en prifon dans une
;
Novembre
1704. LI
398 MERCURE
grange , où il y avoit cinq de
ferteurs de la Place : qu'il y fut
queſtionné
juſqu'à neuf fois
par le Prince Louis , & par plu
fieurs Generaux , qui luy firent
des grandes menaces , s'il ne
difoit la verité. Enfin la nuit du
22. au 23. il fe fauva avec les
cinq deferteurs , & ils ont paffé
au de- là du Rhin pour venir par
derriere les Montagnes
de la Suabe
retomber dans la Suiffe , d'où
il est arrivéfeul , les cinq deferteurs
l'ayant quitté.
Je viens de l'envoyer par eau
à Strasbourg, pour vous aller trouver
& pourqu'il vous diſe verba-
3
GALANT 399
a
lement , que Mr de Laubanie l'avoit
chargé, au cas qu'il fuſt arresté,
& qu'il puft fe fauver, de
dire à Monfieur le Maréchal de
Villeroy qu'il feroit tout fon poffi
blepour tenirjusqu'au 15. du mois.
prochain. Voicy ce qu'il m'a rapporté
du Siege depuis le commencement
jusqu'au 18. &22 .
qu'il
s'eft fauvé des ennemis. Il dit que
les ennemis ont invefti la Place le
8. Septembre àfept heures du matin
; qu'ils ont ouvert la tranchée
la nuit du 12. au 13. à noftre
même attaque ; qu'ils ont commen→
cé à battre la Place le premier Oc→
tobre avec vingt-trois pieces de ca-
LI ij
400 MERCURE
non de douze & de feize ; que le
3. du mois la batterie des Brandebourgeois
de quarante -fept pieces
de canon defeize & de 24. avoit
commencé à tirer ; que Le IO.
une autre batterie de huir pieces de
feize avoit auffi tiré : &que la.
nuit du 14. au 15. une batterie
defixpieces defix de calibre , avoit
commencé àtirerfurl' Edufe ,fans.
l'avoir touché qued'unfeulboulet,
à quoy l'on avoit remedié avant le
jour, par les foins de Mrdu Gafquet
& des Ingenieurs , dont Mr
Julien avoit eftéfeul bleffe legerement.
Il ajoûta que le 15. les ennemis
GALANT 401
avoient attaqué pris la Lunette,
& qu'ils en demeurerent les
maiftres, environ un quart d'heure,
Mr de Laubanie les en ayant chaf
fez avec beaucoup de perte de leur
cofte, & fept Officiers Majors
Capitaines , Lieutenans & trente
- deux Soldats amenez priſonniers
dans la Place ; qui furent
renvoyez dans leur Camp deux
jours aprés:
Que le 16. ils attaquerent encore
la lunette & la prirent fans.
s'y pouvoirpofter à caufe des mines
qu'ils apprehendoient, & que
lon fit fauter en y mettant lefeu.
Trois Capitaines de Touloufe e
Ll iij
402 MERCURE
un Suiſſe furent tuez à cette deffenfe.
Le mefme affura que le 2. 1 .
au foir les ennemis avoient attaqué
pris le chemin convert
qu'ils n'avoient pú garder , Mr
de Laubanie les en ayant chaffez
dans le moment. Ils ont perdu à
cette attaque avec plus de buit
cent hommes, plufieurs Officiers de
marque , & entr'autres un Officier
general. De noſtre coſté Mr
de Beaufermé a efté tué, & fon
Major à la derniere fortie le 120
de ce mois , comme auffile Lieute
nant Colonel du Regiment de S.
André, & un Capitaine des Gre
nadiers de Touloufe. Mr de LauGALANT
403
banie afait quatreforties qui luy
ont tout-à -fait bien réuſſi , juſqu'à
avoir chaßé les ennemis de
leur troifiéme paralelle . Ce Gouverneurfut
blessé à l'entrée de la
communication du chemin couvert
à la lunette dans le temps de la
premiere attaque, d'ungros caillou
an cofté droit à la tefte des gros
&
graviers qu'une bombe afait fau
ter , eftant tombéefort prés de luy
Il ne laiſſapas de bien donner ſes
ordres : le Lieutenant de Roy fur
auſſi bleẞé à la teſte, &commen
çoit à agir lorfque ledit Chevalier
eft parti de Landau. Mr du Gafquet
que l'on avoit dit tué des ce
404 MERCURE
temps-là , fe portoit fort bien.
Voilà ce que j'ay pû tirer de ce
Soldat qui parloit mieux Alle-.
mand que François. Il vous dira
que le 21. la Cavalerie & l.Infanterie
Hollandoifes partirent
pour aller à Traerbach.
Ace moment arrive un de mes
gens qui eft parti Vendredy du
Camp de Landau , qui me dit que
Feudy 23. Mr de Laubanie avoit
fait une fortie fur la nouvelle
batterie des ennemis qui avoit
duré une demie- heure où ily avoit
eu bien du monde de tué, & que
tes ennemis n'avoient pas encore
GALANT 405
t
le
le chemin convert ; mais que
lendemain matin il y avoit eu un
grand feu de moufqueterie ,
qu'il croit qu'ils auront attaqué le
chemin convert ; mais il n'a pú
fçavoir s'ils l'ont emporté ou non ;
car on commença aprés cette décharge
à tirer le canon à force fur
la demie-lune , & hier on ne tira
pas tout lejour. Cet homme medit
qu'ils n'auroient pas encore de
quinze jours la Place quand ils
auroient le chemin couvert.
Je fuis heureux à avoir des
nouvelles du dedans de laPlace,
& je viens d'apprendre par une
406 MERCURE
Lettre de Strasbourg du 9. de
ce mois qu'un Sergent de
Landauqui avoit trouvé moïen
de traverfer l'armée ennemie ,
& qui venoit d'y arriver , avoit
rapporté que les ennemis avoient
emporté la contrefcarpe
le s . qu'ils y avoient perdu
plus de mille hommes ; qu'il
n'y avoit eu depuis le commencement
du fiege que huit cent
hommes tant tuez que malades
dans la Place , & que M' de
Laubanie avoit fait un retranchement
à la moitié de la Ville,
pour s'y deffendre en cas qu'il
fuft forcé fur la bréche , à la
GALANT -
407
quelle les ennemis n'avoient
pas encore travaillé.
Je n'entreray point aujourd'huy
dans le détail de tout ce
que je pourrois vous dire touchant
les nouvelles d'Angleterre
, je vous apprendray dans
peu des nouvelles tres -curieufes
fur cet article. Je vous feray
connoiftre pourquoy la
Princeffe de Dannemarck n'a
point parlé dans la harangue
qu'elle a faite à l'ouverture du
Parlement , du gain prétendu
en Angleterre de la bataille
navale .Je vous diray pourquoy
408 MERCURE
les Seigneurs n'ont parlé que
du fuccés des affaires de terre ,
quoiqu'àbeaucoup prés il n'ait
pas efté general pendant cette
Campagne & je vous feray
voir pourquoy la Chambre
des Communes n'a pas parlé
comme celle des Seigneurs, &
les interefts particuliers & politiques
qui l'ont engagée à
marquer qu'elle étoit perfuadée
du gain de la bataille navale
; quoique tous fes Membres
ne fe foient jamais flattez
d'une chofe qui atoujours paru
fi contraire à la raifon & au
bon fens, Je vous donneray un
tresGALANT
409
"
res beau morceau d'Hiftoire
qui expliquera tout ce myftere.
Cependant je vous diray , ce
qui eft fi public que je ne doute
point que vous ne le fçachiez
déja ; fçavoir que le Parlement
a accordé des fubfides de terre
pour une armée plus nombreuſe
de dix mille hommes que celle
de cette année , & qu'il n'a rien
accordé à l'égard de l'augmentation
des forces de mer. Du
refte il y paroift quelque levain
de brouillerie nouvelle , & que
l'affaire de la Conformité occafionnelle
fera remife fur le tapis.
Quant à la Hollande , cet Etat
commence à eftre bien dechiré.
par les factions , & les plus fages
s'apperçoivent bien qu'un
Gouvernement Arbitraire eſt
Novembre 1704. Mm
410 MERCUR ♬
fouvent plus avantageux qu'un
Gouvernement Républicain.
Le mot de Republique à fouvent
ébloui , fans aucun fondement
folide , mais feulement
parce que les Republiques ont
efté établies fur le pied d'Etats
libres , quoiqu'elles ayent beaucoup
plus de Maiftres que les
Etats Monarchiques , & que
par confequent elles foient fouvent
remplies de guerres inteſtines
aufquelles les Etats Monarchiques
ne font pas expofez.
Elles croyent n'avoir point de
Souverains . Elles en ont prefqu'autant
qu'elles ont de Sujets
élevez . Chacun y veutregner,
& chacun n'y fonge qu'à fes
propres interefts . C'eft pourquoy
il eft rare de voir des Re
GALANT 411
publiques qui s'agrandiffent. Je
ne croyois pas toucher cet Article
qui demanderoit plus d'étendue
, & quand je l'ay commencé
je voulois feulement
vous dire
que tour eft aujour
d'huy en combuftion en Holfande
entre les principaux Chefs
de la Republique , chacun vou-
Tant remplir les premieres Places
& les premiers Emplois.
Les nouvelles de Gibraltar
du 9. de ce mois portent qu'une
batterie de vingt pieces de canon
battoit en brèche la Tour
& une Courtine de la Place
avec fuccés que la bréche eſtoir
déja fort grande ; que ce jourlà
le Chevalier Lake entra dans
la Baye avec onze Vaiffeaux &
plufieurs Bâtimens de charge
Mm ij
412 MERCUR
E
& qu'il jetta des provifions &
des munitions dans la Ville.
Les Ennemis mirent le feu à un
de nos Brûlots. Nous avions
trois Fregattes , dont l'une fe
fauva. On fit échouer les deux
autres à la Cofte , & on y fit mettre
enfuite le feu , de crainte
que les ennemis ne s'en faififfent.
Lors qu'ils arriverent,
ils furent reçus au bruit d'une
batterie de dix canons qui
les incommoda beaucoup , & ils
n'auroient pu s'empêcher d'effuyer
tout le feu de cette batterie
, s'ils ne s'eftoient tenus
un peu éloignez . Mr de Pointis
prit en même temps la pofte
pour fe rendre à Cadix , afin de
revenir combattre les Ennemis,
avec les treize Vaiffeaux qui y
GALANT 413
font. Mr de Villadarias a mandé
en même temps qu'il avoit
reçu deux Bataillons , & qu'il
efperoit , nonobftant l'arrivée
des ennemis , aller fon chemin ,
& emporter dans peu la Place ..
Vous fçavez l'arrivée de Monfieur
le Maréchal de Teffé à
Madrid. On y eſt bien perſuadé
de la valeur , de fon intelligence
dans le mêtier de la guerre ,
& des fervices qu'il rendra à la
Couronne, puifqu'à peine a t- on
fçû fon arrivée , qu'on a appris
que Sa Majefté Catholique l'avoit
fait Grand d'Espagne ; ainfi
les Efpagnols obéiront avec
joye à un Grand de leur nation ,
& les François fuivront avec
confiance au combat un Maréchal
de France.
Mm. ij
414 MERCURE
2
Enfin c'eft aujourd'huy qué
l'on peut affurer que l'affaire
des Cevennes eft entierement
finie. Ravanel eftoit le feul
Chef qui leur reftoit. Monfieur
le Maréchal de Villars
avoit mis fa teſte à prix , & il
est venu l'offrir luy- même , en
fe confiant en la genereufe bonté
des François . Monfieur le
Maréchal de Villars qui fçair
les intentions du Roy , & qui
connoift la bonté inépuisable
du coeur de Sa Majelté , luy a
pardonné ; & ce procedé auf
clement que genereux a obligé
huit Officiers Fanatiques , qui
eftoient les feuls qui reftoient , à
fe rendre , & ayant éprouvé la
méme bonté , ils ont fait revenir
fix-vingt hommes . On affuGALANT
415
re qu'il ne reste plus que quelques
voleurs dans les Montagnes
,où il y en a toûjours eu .
Le 22. de ce mois on pouffa la
tranchée devant Veruë à fix
toifes du chemin couvert , & on
efperoit eftre le 6. de Decem
bre maistre de cette Place &
faire la garnifon prifonniere de
guerre. On doit admirer Monfeur
de Vendofme , qui juge
toûjours jufte , ayant dit lorf
qu'il fit ouvrir la tranchée , qu'il
comptoit que la Place pourroit
tenir environ jufqu'au 5 de Decembre.
Les ennemis firent une
fortie le 21. au nombre de 150 .
hommes , & le bruit fe répandit
aprés cette fortie , que le Comandant
de la place avoit efté tué.
Tout ce que je pourrois vous
416 MERCURE
endire
de l'Armée de Monfieur le
Grand Prieur ne ferviroit qu'à
vous faire connoiftre qu'il a fi
bien tenu refpect M le
Comte de Linange pendant
toute la Campagne , que ce
Comte n'a encore ofé avancer ,
& qu'il n'ofe encore defcendre
des Montagnes. Il a paffé toute
fa Campagne à publier qu'il luy
venoit de grands fecours , & à
menacer ; mais il s'eft trouvé à
la fin de la Campagne auffi peu
avancé qu'au commencement ,
& l'on peut dire qu'il n'a efté
'd'aucune utilité à Monfieur le
Duc de Savoye , puifque Monfieur
de Vendofme n'avoit pas
befoin de plus de Troupes qu'il
en avoit , pour venir à bout des
entreprifes qui luy ont fi heuGALANT
417
reufement & fi glorieufement
reüffi .
Selon toutes les apparences
les Conferences tenues entre
les Miniftres de l'Empereur ,
d'Angleterre , de Hollande &
des Envoyez des Mécontens
font rompues d'une maniere à
n'eftre pas renouées , & les conteftations
ont efté plus grandes
entre les Miniftres de l'Empereur
, d'Angleterre & de Hollande
, qu'elles ne l'ont efté avec
les Envoyez des Mécontens ;
chacun agiffant par des motifs
differens , & demeurant obſtiné
dans fon opinion . L'Empereur
de fon cofté ne vouloit rien accorder
, la Maiſon d'Autriche
demeurant toûjours dans fa fierté
ordinaire , & aimant mieux
418 MERCURE
tout rifquer qué de fe relâcher
en rien , fur tout dans un temps
où elle eft perfuadée que fes
Alliez l'affifteront de tout leur
pouvoir , la politique voulant
que felon le plan qu'ils fe font
formez , ils agiffent ainfi pour
leur propres intèrefts , & c'eft
par cette raison qu'elle eft coû
jours à charge à fes Alliez , dont
quelques-uns commencent à fe
repentir d'ettre entrez en guerre
voyant que leurs Etats s'épuifent
d'hommes & d'argent ,
& qu'ils le trouvent encore
dans la mefme fituation où ils
étoient lorsque la guerre a commencé.
Cependant l'affaire des
Mécontens devient tres ferieufe.
Ils n'ont cû depuis l'ouver
ture de la prefente guerre que
GALANT 419
cing mille hommes de troupes
reglées & payées , & quoiqu'on
en ait vu plus de cinquante mille
fur pied , ces troupes n'eftoient
en campagne que pour y vivre
feulement lorfqu'elles eftoient
dans leur pays , & profiter du
butin qu'elles faifoient lorf
qu'elles eftoient en pays ennemy
. Elles fe retiroient à la fin
de la Campagne, & quoique ces
troupes fuffent fidelles , nombreufes
& aguerries , le Prince
Ragotski ne pouvoit néanmoins
compter qu'il cuft une armée
affurée & qui fuft à ſes ordress
mais les chofes vont changer de
face & ce Prince aura au premier
jour vingt mille hommes
de troupes foudoyées , & qu'il
pourra faire marcher & agir en
420 MERCURE
tout temps. Il ne fera pas moins
fecondé des autres Troupes
dont je viens de parler au contraire
, cesTroupes voyant à leur
teſte 20000 , hommes de Troupes
reglées & aguerries qui ne les
abandonneront point , fe mettront
en campagne avec plus de
plaifir & plus de confiance , par
ce que le peril fera moins grand
pour elles , & qu'elles feront
foûtenues dans tout ce qu'elles
pourront entreprendre de perilleux.
S'il eft ainfi , il eft à
croire que les unes & les autres
groffiront toûjours & que
P'Empereur trouvera d'autant
plus de befogne de ce côté- là,
que ces Troupes font aguerries
, faites à la fatigue , & capables
de combattre en tout
temps.
GALANT 421
temps. Ce qui doit bien traverfer
la joye qu'il auroit pu avoir
de la prife de Landau , s'il eft
vray qu'il en puiffe avoir de la
conquefte d'une Place fi cherement
achetée , qu'il vaudroit
mieux qu'il n'euft jamais fait
cette conquefte , & qu'il n'euft
pas épuisé le fang le plus aguerride
toute l'Allemagne. Je parle
de la prife de Landau dont
Jentens feulement parler dans
le moment que je ferme ma Lettre
, fans fçavoir encore aucun
détail de ce qui s'eft paffé en
cette occafion . Je me préparois.
à vous parler de la fuite de ce
qui s'est fait à ce fiege depuis
les . de ce mois ou finit l'article
que je vous ay envoyé ; mais
commme on le pourra mieux
Novembre 1704. Nn
422 MERCURE
fçavoir de ceux qui étoient dans
la Place , c'eft d'eux qu'il faut
apprendre la fuite de ce grand
& memorable fiege , ou plutoft
qu'il le faut apprendre entier ;
parce que tout ce que l'on dit
du dedans d'une Place affiegée ,
tandis que le fiege dure , eft fou
vent bien imparfait. Il faut
donc entendre parler les Braves
qui fe font couverts de tant de
gloire , avant que de parler davantage
de ce fiege. On dit que
MrdeLaubanie a obtenu les mêmes
conditions qui furent accordées
à Mile Comte de Frize ,
lors qu'il rendit cette Place à
Monfieur le Maréchal de Tallard
; fi cela eft veritable , les
Ennemis le font beaucoup relâché
, puifqu'ils avoient public
GALANT 423
dés le commencement du fiege
qu'ils vouloient faire la Garnifon
prifonniere de guerre , &
que Mr de Laubanie n'auroit
point d'autre capitulation que
celle que Monfieur de Vendof
me accorderoit à la garnifon
d'Ivrée. Ils fe font pourtant
démentis ; mais il n'eft pas
aifé de tenir parole en de pareilles
occafions , & fur tout lorfqu'on
a des François à combatre.
On affure que ce fut le 23. de
ce mois à dix heures du matin ,
que Mr de Laubanie fit battre
la chamade ; qu'il doit eftre
conduit à Strasbourg avec fa
Garnifon , & que l'on a com
mandé un tres grand nombre
de Chariots pour mettre les
malades & les bleffez , & pour
ཐ
·
Nn ij
424 MBRCURE
..
conduire les équipages La deffenfe
a esté fi longue & fivigoureufe
, & les mefmes Poftes ont
efté pris & repris tant de fois ,
qu'il s'eft plus paffé d'actions
confiderables à ce Siege feul ,
qu'il ne s'en fait ordinairement
à plufieurs Sieges enfemble ,
mefme des plus fameux, De maniere
que fi la poudre ou quelque
autre chofe à peu prés de
cette nature y avoit manqué,
on n'en devroit point paroiftre
furpris, puifque tout ce qui s'eft
fait déclarant à ce Siege doit
avoir épuifé les magafins les
plus vaftes & les mieux remplis.
,
Les Ennemis jugeant qu'ils
feroient long - temps devant
Traërback , fansfe rendre maîtres
de cette Fortereffe , s'ils
GALANT 425
J. fit
attendoient que le canon y euft
fait bréche , à caufe de la difficulté
qu'il y a de tirer de bas
en haut , & que les coups
tirez
de cette forte font fort foibles ,
refolurent d'emporter ce Château
par efcalade , fans y avoir
fait de bréche. Le Gouverneur
qui s'en apperçut
toute la manoeuvre neceffaire
pour faire croire qu'il ne fe
doutoit de rien . Il leur laiffa
prendre toutes leurs mefures .
Il les vit approcher & planter
leurs échelles , & dans le moment
qu'ils voulurent mettre
leur deffein en execution , il
les fit charger avec tant de
vigueur , que de cinq cent
hommes qui avoient efté choi.
fis pour cette entreprife , il
Nnüj
426 MERCURE
n'en refta pas cinquante , tout
le reste ayant, efté tué ou
bleffé . Jefuis , Madame , &c . -
A Paris , le 30. Novembre 17040
APOSTILLE.
Il vient d'arriver des nouvelles qui
portent que Mr de Laubanie voyant que
les Ennemis bombardoient un de fes
Magasins àpoudre , & craignant que ce
Magafin ne fautaft , il avoit fait battre la
chamade afin que pendant que l'on tra
vailleroit aux préliminaires de la Capitulation
, toutes les hoftilitez eftant ceffées
, il puft faire tranfporter ailleurs les
poudres du Magafin bombardé. Les.
mêmes nouvelles portent que cette rufe,
permife en guerre, avoit réüffi , & que la
Capitulation ne s'étant point concluë ,
les hoftilitez avoient recommencé de
part & d'autre, Ceux qui avoient publié
davantage que la chamade battuë ,
avoient inventé le refte .
16
A VIS.
On vendra le Mercure du mois pra
chain , le 2. Janvier 1705,
TABLE.
PAraphrafe du Pfeaume 101. appliquée
au Roy.
Extrait d'une Lettre de Pondichery.
Ville & Fortereffe appartenant
à la Royale Compagnie des Indes
Orientales fur la cofte de Co-
Aromandel,
I2
Extrait des Lettres de Mr l'Evê A
25
que de Babylone‹ écrites d'Hifpaban
,
Extrait d'une Lettre de Marfeille
, contenant plufieurs nouvelles
du Levant ,
30
36
Caracteres des RR. PP. Maure
& Maffillon ,
Reception faite à Lyon à Madame
& à Mademoiſelle d'Elbeuf, 46
Premier article des morts ,
Manifefte de l'Electeur de Bavie-
49
ra 66
TABLE.
188
Benefices donnez par le Roy , 177
Second article des morts ,
Lettre fur le départ de Mr & de
Madame l'Envoyée de Gennes ,
L'ouverture da Parlement,
205
210
Ouverture des Audiances de la Cour
222 des Aides ,
Ouverture de l'Academie Royale
des Sciences , & de l'Academie
des Infcriptions , i
228
Ouverture des Audiances du Parlement
, 233
238 uite dufiege de Veruë ,
Paralelle du Cardinal Ximenes ,
& du Cardinal de Richelies ,
265
Paftorale fur les nouveaux avantages
remportez en Savoye , en
Piémont , &fur mer, 267
Estampes anciennes & modernes qui
TABLE.
fe trouvent chez le fieur Nicolas
Langlois,
Livre de Sonnates ,
269
20090099272
Les Pfeaumes de David , & les
Cantiques de l'ancien & du nouveau
Teftament mis en vers
François fur les plus beaux airs
des meilleurs Auteurs , tant anciens
que modernes , 274
Le livre neceffaire à toutes les Proe
fellions ,
Troifiéme article des morts,
Fantes corrigées,
276
277
284
Entrepriſe tentée fur Briſack , 286
3.021 Mariage ,
Porrtrait du Roy envoyé à la Reine
d'Espagne par Sa Majesté, & ce
que cette Princeffe dit à cette oc-
"
cafion , 306
Eftat des Officiers generaux qui
doivent fervirpendant l'hiver,
310%
TABLE.
Extrait d'une lettre de Cadix 315
Intendances données ,
8333
Quatrième article des morts336.
Canonicat de Noftre Dame donné,
idem
Rejouiffances faites à Toulon à l'ar-
Crivée de Monfieur le Comte de
Touloufe,&l'arrivée de ce Prince
à Versailles,
338
347 Suite du fiege de Gibraltar,
Jugement donnépar le Confeil d'E
tat d'Espagne ,
Articles des Enigmes
75375
3 2
377
Article contenant des agrémens de
Regimens donnez par le Roy ,
ainfi que des Gouvernemens &
des Penfions , 382
Nouvelle relation du fiege de Veruë
,
Suite dufiege de Landau
387
394
TABLE.
Nouvelles & Angleterre & de Hol
Lande ›
200407
Suite des nouvelles de Gibraltar ,
Nouvelles de Madrid
411
413
Fin de l'affaire des Cevennes , 414
Dernieres nouvelles du Siege de
Veruë,
415
Nouvelles de l'armée de Monfieur
le Grand Prieur ,
Affaires des Mécontens ,
Nouvelles de Landau.
idem
417
423
Efcalade de Traerback ,fatale aux
Ennemis.
424
Chamade battuě à Landau , par
une rufe de guerre.
Avis,
426
idem .
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
O Dieux ! &c. doit regarder
la page 211 .
L'Air qui commence par
La pauvre Life , &c. doit regarder
la page 380.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères