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1704, 09 (Gallica)
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CALANT
DEDIE.'AMONSEIGNEUR LE DAUPH IN.
SEPTEMBRE, 17°4.
A PARIS,
C i 1
Omme ilest impossible dansla cotvi
jonaure presente de ne pas grossit
le Mercure,ce qui en augmente considerablementles
frais,on ne peut sedispenser
d'en augmenter aussi le prix. Ainsi les
volumes qui feront reliez en veau se vendront
doresnavanttrente-huit fols,quant
aux volumes qui feront reliez en parchenrrn
, en n'en payera que trente-cinq.
Les Relations sevendront autant que
les Mercures. -'",-
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais, au Mercure
Galant. -
(. M. DCC IV.
AvecPrivilège du Roi.
AU LECTEUR.
1LJ a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui *
ejlémis depuistantd'années
aucommencement de chaque
Volume au Mercure, puis
quemalgré lesprieres relterées
qB'on afaites d'écrirt en
caratleres tifibles les Noms
propres qutse trouvent dans
les Memoires quton envoye
goureflreemployez,,on neikltge
de le faire,ce qui est
'tlHft qu'il y en a quantité
-- -
AU LECTEUR.
dedéfigureZJ,ejiantimpojjible
dedeviner le nom d'une Terre,
ou d'une Famille, s'il
ness bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en en-
-v°yent d'y prendregarde,
sils veulent que les noms
propressoiens correfts. On
avertit encorequ'on neprend
aucun argent pour ces Me~
moiresque l'onemployera
tous les bonsOuvragesàleur
tour, pourvuquils ne defo-
'biigent personne
,
f5 que
ceux qui les envoyeront en'
affranchirent le port.
«t~tiER~V-â97
cuîilur
t SEPTEMBRE,1704.
y-,,,
1
-
à
'ABONDANCE de la
madère m'aïant empefclié
,
le mois dernier,
de parler de ce qui s'est paffé à
l'Academie Francoise
,
ainsi
qu'à celle des Sciences & à celle
i des Medailles &: des Inscriptions,
le jour de la Feste de S.
Louis
I.,
je croy ne pouvoir
mieux commencer ma Lettre
que par ces Articles qui sont
remplisd'Eloges du Roy. Ce
jour-là zj. d.'AoUfi,l'Academie.
Françoise s'estant assèmblée
dans la Chapelle du Louvre
,
Mr le Vicaire de S. Germain
l'Auxerrois celebra la
Messe, aprés laquelle on chanta
un Te Deum en m.ufiAue, el1-
action de graces dela naissance'
de Monseigneur le Duc de
Bretagne. Ce Te Deum estoit de
la composition de Mrdu Bousset.
Mr l'Abbé de Dromesnil,
Aumônierdu Roy,prononça
le Panegyrique de S. Louis.
Cesparoles,hoecestvictoria
quoe vincit mundum luy servirent
de Texte: Il fit voir
dans les trois Points de son
Discours que S. Louis a vaincu
les- ennemis de sa condition,
c'est-à-dire,lamolesse & l'orguëil
j-Ies ennemis del'Etat,
sçavoir la rébellion &ladésobeïflàjEice
; & les ennemisde la
Religion
,
qui sont les Heresies,
le Duel,&lesBlasphêmes.
On trouva de grandes beautez
dans ce discours
,
de belles
antitheses
,
d'excellentes
figures & sur tout plusieurs
applications de l'ancien Tella--
ment faites avec beaucoup de
délicatesse. Le détail qu'il fit
des vertus Chrestiennes, poli--
tiques &: morales de S. Louis
fut trouvé tres-beau ; s'il n'at
pas parlé, dit-il dans un endroit
-,
aussimagnifiquement de
la Sagesse que Salomon
,
il en a
Jlii'vi les Leçons avec plus d'exactitude
; fidelle à la grace ,
il n'en sa
jamais négligé aucune inspira-
-
tion ; les impressions qu'il en a*
reçûësont toujours ejlé marquées
d'un caractere de predestination.
Il dit dans un autre endroit ,-(
que saint Louis mit toute son application
à abolirl'usage tyrannique
qui regnoit dans ces temps où
le cartelfaisoit toute la procedure,
oùl'épee feule tranchoit le noeud
de la difficulté, & où le meurtre
estoit la preuve de l'innocence.
L'Eloge qu'il fit du Roy à la
fin du discours reçût de grands
applaudissemens ; après avoir
relevé toutes les vertus qui
l'ont rendu un Prince si accompli
; & tous les évenemens
éclatans dont l'enchaînement
a rendu son Regne si florissant
-,
il fit valoir la moderation
de ce Heros dans des occasions
où il semble que la
Fortune enchaînéedepuis tant
d'années à son Char, se soit
échappée pour quelques momens.
Les deux autres Academies
dont je vous ay parlé
,
firent
dire le mesme jour une-Messe
dans l'Eglise des Prestres de
l'Oratoire ensuite de celle de
l'Academie Françoise , qui fut
celebrée par Mr l'Evesque de
Strasbourg. MrduBousset fit
encore chanter pendant la
Mené un Motet de sa composition
: c'estoitlePseaume 117.
Beati omnes qui timentDominum:
qui ambulant in "vus ejus. Le
Prophete represente aux Juifs
dans ce Cantique les grands
avantages que reçoivent ceux
qui s'attachent au service du
Seigneur. Il apprend en même
temps à tous les hommes
,
&
sur tout aux Grands dela terre,
que pour estre heureux dans
le monde, & pour meriter les
prosperitez temporelles, il
faut craindre Dieu& le servir.
Ce Pseaume fut distribué imprimé
à la maniere ordinaire,
a tous les Académiciens,avec
cette difference que la traduction
que l'onavoit ajoutée en
ProseFrançoise les années dernieres,
fut donnée en Vers par Î
Mr Moreau de Mautour, dont
je vous fait part comme d'une
nouveauté qui fut bien reçûë.
Mr l'Evesque de Strasbourg
Mr l'Abbé Bignon , & Mr
l'Abbé de Louvois estoient à
la teste de l'Assemblée.
STANCES.
'TRJtEuteux qui pénétré d'une fe- 1
crettejoye
,
Aime, adore & craint le Seigneur
:
Heureux qui marche dans Ut
voye,
Onnuè à l'homme susi-e ,
inconnue
au pecheur.
Les dons de iEternelsurpassantfort
attente,
Seront les fruitsdeses trtfvattx,'
Son dlltt tranquille & contente,
Goûtera mille biens sans mélange
de maux.
Arnjique farsesfruits une Vignt
fertile,
Remplitnos voeux dans lafaifons-
Son èpouse chasle & docile
, De gloire & de bonheur comblerasa
masson.
Comme on voitsur les bords aune
verte Putirie,
Çroiflr-e dejeunes Oliviers;
Jlverrasa racelfeurie
t
Croiflre autour de sa table en nombreux
héritiers.
44wfifera beni le ftrviteurfidelle,
QuifournisauMaigredesCieux>
Suit la route ousa voix l'appelle.
Et medite sa loyquila devant les
yeux,
7ufe, que de Sion où voflre ejfioir/ê
fonde,
TTaifle voflrefélicité!
Puiffiez^vousjouir dés ce monde,
Des plaisirs éternels de la Sainte
Cité!
Yoytz(iJr Israel lapaix régnersans
cesse,
Que les enfans de vos enfans,
Doux objets de voflretendresse,
Dc vos fiers ennemis soient toujours
triomphants !
Le Pere de la Ruë prononça
le Panegyrique de S. Louis,
on peut dire que son Sermon
fut l'Apologie de ce Saint,
dont la conduite dans le projet
& dans l'execution de ses
desseins a esté souvent attaquée.
Il deffendit par une fuite
presquenecessaire la providence
& ses Decrets mysterieux
contre les Impies&contre
les Mondains. Contre les
premiers
,
qui n'en croyent
point quand ils voyent les
Justes tomber dans l'adversité;
& contre les seconds, qui s'en
moquent & qui la méprisent
en voyant les méchans dans la
prosperité, La Division de ce
Discours fut la grandeur de S.
Louis dans le dessein
, & la
grandeur de Dieu dans l'execution.
GePcrereçut de trèsgrands
applaudissemens de
touterAuembIee.
L'Academie- Françoises'étant
assemblée l'apresdinée du
mêmejour pour la distribution
du Prix de Poësie, Mr FAbbe
de Choisy prit la parole,& dit
que l'Academie Françoiseavoit
accoûtumédedistribuertous les
deux ans un Prixd'Eloquencee
un de Poësie. Que le Prix d'Eloquence
avoitesté fondé par Mr
de Balzac, & devoit estredonné
à une Piece depieté.Que le Prix de
Poesie avoit estéfondé parMr de
TonnerreEvêquedNoûnc,devoit
estre consacréàla louange immortelle
de LOUIS LE GRAND ;
qu'ainsi la Compagnieavoittrouvé
dans fort sein dequoy perpetuerajamais
des marqueséclatantes
de sa pieté envers Dieu
, ~&
desareconnoissance envers leplus
grand de ses Rots. -
- QtSelleavoit eu- la. consolation
tannée passée de couronner l'éloquence
d'un homme*
j
qui dans
- Mrl'AbbédeDromesnil.
la plus grandejeunesse avoit me-e
rite entre tous ses rivaux de
Theologje la place la plus IJonorable3
que le Roy a depuis par une
diflinélion particuliere attaché de
prés afaperjonne>&quelleavoit
entendu ce matin celebrer d'une
maniere si noble &si nouvelle,
les vertus âun saint Roy
3
dont
lafuite de tous les jiee/es ne fera
qu'augmenterl'éclat.
Nous avouons> ajouta-t-il,que
lesMufes Frtançoifesnefurent pas
si heureuses: lefujetque nous leur
avions propose
j
les embaraffasans
doute par sa nouveauté & par
son immensité. Quoy qu'il enfùit9
lâ genie ne fut pM toujoursaccompagne~
djeprudence; On ne s'éleva,
au haut du ParnlfjJè
>
que
pour en descendre avecplus de précipitation
y &si nous admirâmes
dans quelques pieces (car il faut
rendre jujlice ) des endroits dignes
d'efire prefente7^al'Académie,
nous crûmes que la foiblesse
des autres ne nous permettoit pas
d'oser à vos yeux couronner un
merite interrompu &si peufeur
de luy- même. Nous esperâmes
qu'un Prix fufyendu n'en Jeroit
que plus
recherché,qu'on
njerroit
par là que ïAcademie nese contentoit
pas aisementj & quenfin
pourréveilleren France les Muses
presque endormies
>
il falloir
un exemple de severité académique.
Noflre attente na point esté
trompëe,au lieu de vingt-cinq ou
trente pieces de vers quelleanjoit
ordinairement à examiner, elle en
a eu quarante-cini, Plujieurs ont
combattujusqua lademierejournée.
Nouspouvonsmême le dire,
la victoirea eu quelquepeinease
déclarer, &si le vainqueur efl
couronné, les vaincus nefontpas
.sans gloire.
On va lirelaPiecequia remporté
le Prix.
On lut ensuite cette Piece,
dont le sujet estoit sur les glorieux
succés des armées du Roy
en l'année1703.
Après que cette Piece
,
qui
reçut de grands applaudissemens,
eustesté lue,Mrl'Abbé
:
de Choisy dit, que c'estoit Mr
l'AbbéPellegrin qui avoit remporté
le Prix, ~& que s'il estoit
dans l'Assemblée, il estoitprest à le
couronner. Cet Abbé se fit connoistre
,&on luy mit entre les
mains une Medaille d'or du
Roy,sur le revers de laquelle
est la Devise de l'Académie
|françoife,
A l'Immortalité.
Ensuite Mrl'AbbédeChoisy
dit, que Air tAbbé Bojquil-
Lon-,si connu parJes ouvrages& -
l'un des principaux Membres de\
l'Academie de S'oijjonsalloitfaire
la leflure d'une Piece d'Eloquence.:
Il ajoûta, que l'Academie]sa'VoiMI
que celle de SoiJJons efloit obligées
par les Lettres Patentes de Jom
établijjement à ne prendre jamaisv
de Protecleurque dans l'Académie
Franpije, Cà luy envoyet tousi]
les ans un ouvrage de sa façon,*
Il dit ensuite
,
qu'il ejf[roit yuiw
Aîonfieur le Cardinal d'Estreesi
fin Proteclcur &Doyendel'Ai
cademieFrançoije, leur épargnerait
encore long-temps la peine de
reparer la perte commune que les
deux Academies feroient en le
perdant. Il dit auili) que la Pie..
ce d'Eloquence de l'Academie de
Soissons avoïtmanquédepuisplupeurs
années
3
la guerre, les affaires
particulietes., & la mort de
de quelques Académiciens '{ele':\.
'ayant interrompu une coutume,
vpui efloit pourtant un devoir. Il
ajoûta,que ces Mrs y avaient
senseserieusement
-' & que fànr.
doute le digne & éloquent Pre.
iat, qui leurapprenoit leurs obligations
chrétiennesx navoit pas
i
oublié les Académiques
j & que
Mrs de l'Academie de Soijjom
<
anjoient envoyé cette année la
Piéce dont Air l'Abbé de Bos- *
,quilion alloit faire la lecture,:
Cette Pièceestoit un discours
à laloüange du Roy, fait àx
l'occasion de la naissance de
Monseigneur le Duc de Bretagne.
Mle Picard de l'Academie
de Soissons est l'Auteur
de ce discours, qui renfermes
en peu de paroles tout ceques
le Roy a fait de grand pendant
son regne.
Mr l'Abbé Bosquillon ayant
achevé de lire ce discours, M*l
l'Abbé
l'Abbé deChoisy luirépondit,
que l'Academie Françoise estait
une bonne mere toujours preste à
donneràsesenfans des marques
de sa tendresse
,
lors qu'ils ne se
feraient pas acquittez ajJèz regulierement
des devoirsqu'ils
sont obligez de luyrendre
, que
1. la moindre excuse leur fuirait*
~& qu'ils trouveraient toujours
en elle la mesme estime qui les
avoitfaitadopter, ~& la même
envie de leur faire tousles plaii-
s dont elle estoit capable, Il est
vray ajoûta-t-il
, en adressant
la parole à Mr FAbbe de
Bosquillon
, que
l'éloquent difcours
que vous vencK de nous
lire nousafait regrettertousceux
que nous avons perdus ; c'est une
ejpece de dette littéraire dont nous
aurons bien de la peine à vous
décharger
, & du moins si nous
remettons les arrerages , que la
rente fioit payée a l'avenir plus
exactement.
Le même Mr l'Abbé de
Choisy dit ensuite
, permettez
mcry , MeJJteurs> en jettant les
yeux sur toute l'Assemblée,
de m'adresser à mes Confireres,
& vous jMeneurs
,
jàuffrez
qiie je vous remette devant les
yeux la coutume autresj'ois
, ji
bien etabiie parmy ,.t'ous ,
de lire
toujours dans nos Assembléespubliques
quelques-uns de vos ouvrage
s coûtume presque abolie
depuis que nous avons perdu Mr
Boyer , ~& Mr Perrault. Vous
vousJouvenez
,
Messieurs
,
des
appfaudijJemens qu'on leur a donnez
tant de fois
, on ne vous en
donneroit pas moins. Vous ave%
chez vous des tresors ineyuisables
: he pourquoy les envier au
public aújJi
éclairé
que celui-cy,
a qui rien n'échape
3 & que les
sausses beautez n'entraînentpoint;
Juge inexorable
3
Juge accoutumù
à vous juger j
qui ne condamne
jamais que par un bonneste
silence.
-' mais aussi qui ne
jwanquefoint d'accorder,aux bons
ouvrages ce doux murmure,signe
certain de son approbation,
Mr l'Abbé de Choisyeût àpeine fini
, que Mr l'Abbé
Tallemant prononça l'Epitaphe
de Mr BossuetEvêque de
Meaux j qui fut fort applau-
-
di. Ensuite de quoy l'Assembléefut
charmée d'une Epître
surl'Amitié, de lacomposition
de Mrl'Abbé Abeille. Mr
J'Abbé de Choisy reprit cnsuitelaparole,&
dit quel'Assembléevoyoitbienpar
ce qu'elle
l'enoit d'entendre que les A^ujes
je fortfioient dans leur Corflpa-J
<rr.ie}& qu'a l'avenir lAcademit
.rl'oit plus en. droit que jamais
d'exhorter lesy:unes Auteurs à
fiuvreaux plitsd'exactitude les
d-jju'nsq:t'on leur proposera
) à ne
pointentasser les evenemens , a
ne pas s'imaginerqu'ils ont bien
,
dit (J
, p cequils-onf tout d'it
,
à
traiter un sujetplus à fond , &
àle jçavoir orner de circonstances
agreables
,
à rectifier leurs pensées
fnivant la réglé du bon sens
j à
d'interner l'or veritable du faux
brillant
,
à prendre garde quand ,Us oseront faire des Odes
,
à U
chûte deleurs strophes
, qui doivent
estre presque toujours masculines
,& tenir unpeu de l'Epigramme
, à rendre leurs rimes
plusriches, àfaire enfin deplus
grands efforts pont meriter une
Couronne qu'on ne donne pas ai- sément,
Je ne dois pas oublier que -
sile Prix n'avoit point esté
adjugé à la Piece qui le remporta,
il auroitelle donne à
u*ie Ode qui fut trouvée fort
belle par toute l'Academie,&
quecetteOdeestoit: du Inême
Abbé qui a remporté le Prix.-L
Les Rejoüissances qui ont
esté faites à l'occasion de la
naissance de Monseigneur le
DucdeBretagneontesté si
éclatantes, & ont fait voir tant
de zele pour le Roy, & pour
toute la famille Royale, que
je feroisinjuitice à plusieurs
Villes,si je ne vous entretenois
de celles qui n'ont encore pû
trouver de place dans mes Lettres.
Je commence par celles
qui se sont faites à Châlons en
Champagne.
Aussi-tostque Mrs les Maire,
Echevins, & autres Magistrats
qui composent leConseil,&
qui font d'une grande dillinc--
tion dans la Ville, eurent api.
pris la naissance du nouveau
Prince, ils choisirent le 2.2. de
Juillet pour donner des mar- ",
ques de leur joye. A quatre
heures du matin, toutes les
cloches de la Ville commencerent
à carillonner , ce qui
dura jusquesà l'heure de la
Melïè9 qui fut celebrée P011-,
tificalement dans l'Eglise Cathedrale
; cette Messe fut acr
compagnée d'une très-belle
Musique .& d'une tres -belle
symphonie. Tous les Corps de
Justice y assisterent, ainsi que
celuy de la Ville, qui fut précédé
de ses Archers& des autres
marques d'honneur établies
depuis plus de trois cens
ans.
On fit couler,après la Mcffc
,
plusieurs. Fontaines du
meilleur vin de Chanlpagnc.
pour les Bourgeoisquiestoient
«
fous les & armes , ayant en telle
leur Colonel & leurs Officiers,
qui avoient donné les ordres
pour l'habit uniforme&l'égalité
des armes, en telle forte
que jamais Troupe n'a paru
uy plus regléeny plus leste.
I
Tous les Corps & les Magistrats
se rassemblerent sur
les quatre heures pour assister
au Te Deum,qui fut entonné
par Monsieur de Noailles leur
-
Evêque &chanté par laMusique
accompagnée, de toutes
fortes d'instrumens, avec le
meiinc carillon, îfui s'estoit
fait entendre le matin. Le Te
Deum estant fini, Monsieur de ; Châlons Seigneur spirituel & :
temporel de la Ville, à la teste
du Conseil dont il est le Chef,
vint mettre le feu au bucher
qui efloit préparé dansla gran- - de place du Marché, elle estoit
environnée& gardée parles
Compagnies desBourgeoisqui
irent plusieures salves devant
0 feu
,
devant le Palais Episropal
,
l'Hôtel de Mr rinientrant
,celuy de la Ville, ë< de tonnleanliteutenant de Roy, en
par leurs acclamations
de vives marques de leur
foyc. Ils trouverent que tout
tVealiallenqeuisuffisoit pas pour une
a toujours donné des
narques d'une fidélité singuiere
& d'un zele ardent pour
es interests de la France;ainsi
Ils voulurent faire voir ce que
cur zele -& leur genie leur
voient inspiré pour unesi
grande feste.
Ils firent dresser devant les
arcades de l'Hôtel de Ville,
dont l'Architecteceest très—
belle,
-
une Piramidefort élevée
du pied de laquelle coulerentpendant
tout le jour deux
fontaines de vin
,
& dont les
costez estoient chargezdesarmoiries
des Personnes Royales;
cete Piramide estoit soûtenuës
de 4. colonnes;&d'autant des
pilastres,&elle estoitornéede
symboles,de devises, & d'insdcesrsipeitnionspropresausujet.
Le
général-estoit exprimé]
parces mots latinsqui regnoient
c long de la frise de l'Archi-
1'eCcure.;i hI SerenijJimoBritannioe Duel3
Ludolici Magniabnepoti,
SerenijjîmiDelphinïnepotij
BurgundioeDncisfilioprimogenito
rïîtcrareiortini j-ragom &patruç
I Hjiclorias ** LFiliabusauguriisnajeenti. t
Onavoit peint sur la première
face les armes de France,
tvec un symbole pour le Roy,
îguré par un Lys, dont la prin-
Ipale tige en poussoittrois
itrcsy avec ces mots:
CONSIDERATLILIA
AGRI QUOMODO
CRESCUNT.
qui marquent l'heureuse secondité
de laFamille Royale, dont
ce Monarque voit la quatriéme
generation.
Ensuiteparoissoient les armes
de Monseigneur leDauphin
, avec ce mot:
AVI SPES ALTERA.
Celles de Monseigneur le
Duc deBourgogne, avec cette ; Inscription:
PATRIS SPES PRIMA.
w
Et ensuite vers la pointe de
cettePiramideterminée par le
Soleil
,
paroissoient les armes
de Bretagne, avec cetteInscription:
ASPLEBNDET MIHI NOMEN 1 ILLO.
Ce qui marque que cette
Province reçoitun nouvel
éclat par le surnom qu'elle
donne au jeune Prince.
CettePiramide qui [e trouva
dressée dés le matinalespiédestaux
,
les pilastres & toute laracadc de l'Hostel de Ville
1fure#nt illuminez pendant presque
toute la nuit, & l'on
remarquoitencore à la faveur
de cette illumination &
dequantité de feux d'artifice,
huit autres Devises fort heureuses
, avec leur explication
en vers François.
Pendant que cette place
estoit illuminée & rempliejusque
dans lès avenuës d'un
grand concours de peuple
, ojp
entendoit de l'Hostelde Ville
une trcs-belle symphonie
-, on
tira de cet Hostel sur les onze
heures du (air, vingt-quatre
Violons, pour former ungrand
Bal,chez Mr Gayet de Pla^nv,» •« yJ si
Lieutenant de Roy & Maire
perpetuel de la Ville; il ouvrit
ce Bal où se trouverent les Dames
les plus qu"alifiées.,,-ivcc une
parure magnifique ; les Oiliciers
en charge y firent servir
une superbe collation ,accompagnée
detoutes fortes derafraichissemens.
Ce jour estant
entierement destiné à la joye
31 Monsieur deChâlons, Mr l'Intendant,&
Mr le Lieutenant
de Roy nese contenterent paSj
de faire couler des fontaines
de vin,ils tinrent aussi dans
leurs Mostels des tables ouvertes,
& le soir
, toute la facede
leurs logisfut illuminée ; ce
- qui attira une grande foule de
peuple qui trouva dans toutes
les ruës dès feux "& des lanternes
aux fenestres,ornées d'Inscaptions
à la gloire du Roy
& de la FarnilleRoyale.
-"- Les Chevaliers de FArque-
- bufe
,
à qui MrleLieutenant
de Roy, Capitaine du Jardin,
avoit donné, au nomdelaVille,
un Prix considerable, &
tous les autres Corps & Communautez
firent aussi les jours
-suivans de grandesilluminations,&
degrandes réjoiiii&i>-
ces/
: - - --
Voicy l'explication des devises
peintes sur les piédestaux,
sur les pilastres, & sur les autres
endroits destinez aux illuminations
qui occupoient toute
la facedel'Hostel de Ville.
La premiere Devise représentoit
la joyc de la Ville de
Chaalons
,
fous le Symbole
d'une Grenade artificielle,quisert
aux feux etartifice pour les Réjoüissances
de la Paix
j e dans
les combats pour les executions
militaires. On vouloit marquer
par ce Symbole
bitans , que les Hade
cette Ville sont également
zelez pour le service
de l'Etat,foit qu'il faille agir
de s'exposer aux dangers, soit
qu'il faille prendre part aux
succés de la Patrie en
-
se réjoüissant.
Les mots Latins qui
accompagnoient ce Symbole,
étoient : - --
FLAMMÆ ERUMPUNT, QUJE CORDE LATEBANT.
c'efl-à-dire*
Cesi l'ardeur d'lin beau fill ,aiti
- mefaitéclate?*
1
-
eC-etatewpensée étoit mi^e plus son jour,par IC4
Vers suivans qui se lisoient au:
bas. 1 La Grenade toute defeu,
De l'ardeur qui me brille
,
efi l'¡-
datante imagej
Elle lefendparle milieu,
Etfemble dire en sonlangage,.
Que tout sonbruit&son éclat,
Ne vient quedesoneleà bienfer~
vir IIEtat.
Comme elle en faix , ainju
qu'en'guerre3
Je combats, ou je réjouis3
Et tout ce que Von me. voit
faire,
ÇZeOsstoVujJouSrs.fopouurr fpllaaii-rree à
La seconde Deviec. repréfcuitoïc
le Prince nouveauné -
sous le Symbole de l'Oiseau
appellé Iris, qui est consacré
au Soleil, & que les Auteurs
disent avoir cette proprieté,
d'éclore plus facilement dans
son nid exposé sur une palme
aux rayons du Soleil. L'infcription
étoit celle-cy:
ORNANT CUNABULA
PALMÆ.
c'est-à- dire.
Z* Palme me tient lieu de lit &
de btrce.au.
Le sens étoit expliqué plus
au long par lesVers suivans.
Qifeaudépeint dans Mtabletttr
Amy du repos & du calme,
Pouvoit-il rencontrer un plus noble
berceau,
Que furies branches de la Palmeï
Ton fort,jeunePrince,ejlpareil:
La France au combledesagloirl
Faitornerton berceau des marques,
de Victoire,
Sousles/ayonsdeson Soleil.
La troisiéme Devise marquoit
la circonstance du temps
de cette heureuse Naissance au
milieu des troubles de la guerre.
On avoit peint pour Symbole,
une Coquille ou Nacre de
perlesur les eaux d'une mer ora.
geuse ,qui ne laissoitpas de s'ou-
*vrir malgréla tempeste , & Je V•
mettre au jour une perle; avec
cette Inscription:
DONUM HOC PEPERERE
PROCELLÆ.
ce qui signifie ,
Jesuisundondelatempeste.
On en expliquoit le fbns
dans le Quatrain suivant.
AlimilÙlIdesfiotsdgitez
£nnaissant je brave t'orage:
Et malgte la iempefie& les vents
irritt()
J)e mes dons précieuxfenrichit ls:
rivage. La quatrième étoità l'honfleur.
de Madame la Duchesse
de
de BourOgogOne7sou,s le même Symbole que la précedente;
mais avec cette autreInscrip- tion: CHARIOR. EX PARTU,
c'est-à-dire,
ZE don qu'elle nous fait la rend
plus frécieufe.
l, C'est ce qu'on expliquoit par
les Vers suivans.
La Princesse qui fait le bonheur de
la France,
Vient de le rendre plus entier,
En donnant a LOU lS un cinquièmeHéritier.
pour sesvertusjoursa naissance,
TOUT son rare mérite elle avoit le
bonheur
De tous nos bons François de pfflb*.
der le coeari Mais quei-quaimable d'elle- même, C'est encor pourjes dons qu'on Pefiime&
qu'onl'aime.
La cinquième marquoit les
Emplois futurs du nouveau
Prince,&.l'imitarion des vertus
de ses Ancêtres, & enparticulier
de celles de Monseigneur
le Duc. de Bourgogne.
On avoit choisi pour le corps
de la Devise un jeune Aiglon
dansson nid
,
qui regardoitsans
crainte les foudres entre-lesserres
del'Aigle, dont il efl l'éleve.
L'âme de cette Devise étoit;
PATRIS HÆC AD FULMINA
NASCOR.
c'est- dire,
yfapprenchray de mon pere à bien
lancer lafoudre.
On l'expliquoit plus au long
par les Vers qui suivent.
Digne Héritier de l'Aigle à qui je
: dtis la vie,
Je marque déjà par mes yeux
Que ma plus yéneieufe envie
Sera de niélever comme luy vers les
deux, De dompter les rirans, de les réduire
en poudre,
De renverser leurs vains projets 5 E-tpourlefaire avecsuccés
,
yapprendraydemon$ereabitsi
lancerlafoudre
La sixiéme étoit àl'honneur
du même Prince. On avoit
peint un Alcyonsurune mer qui
commençoit aJe calmer,avec ces
mots qui marquent la proprieté
de cet Oiseau.
SPONDET TRANQUIL
LA, VEL AFFERT,
ce qui veut dire,
Ilprésage le calme, ou bien même ill'apporte.
La septiémeestoit encore
à l'honneur deMadame la Duchesse
de Bourgogne, & signitfioit
l'heureux succés de ses
couches dans un âge peu avancé.
On avoit peint l'Aurore qui
produitsoit le premier rayon du
jour au Solstice d'Esté
, avec ce
mot Latin:
ET CLARO ET PRÆPETE
PARTU.
ce qui signifie,
Sifenfante leJour,citjl avec promptitude1
La huitiémeréünissoit toutes
les Personnes Royales, à
qui par succession cil dévolu
le droit de la Couronne. Elle
avoit pour corps, une branche
- de Grenadierchargeedesesfruits,
qui ont tous cette propriété
d'avoir une espece de diademe.
naturel,l'Inscription étoit:
QUOT ABUNA STIRPE
CORONÆ
c'çfIlbà'dd'ire-, -
Combien sur cette, tigeon verra,-
de Couronnes
Je ne doispas oublier dcvous
dire, que ces Réjoüissances
ont continué encore longtemps
après les premieres Feftes.
Mr Gayet Lieutenant de
Roy,& Mairede la Ville, qui
est en même temps. Capitaine
des Arquebusiers
,
s'etf encore
distingué par une Feste
| donnée dans le Jardin des
Chevaliers de l'Arquebuse.
Parmy les ornemens qui fer-
L
voient à ladécoration, on admira
sur tout la Devise, par
laquelle on marquoit l'empressement
de ce Magistrat à donner
à sa Compagnie l'exemple
f d'une sincere demonstrationde
F joye. On avoit pour cet effet
t tiré de ses Armoiries le Symbole
du Coq, qui chante &ap-
I plaudit, pour ainsidire
, aux
couches de l'Aurore, lors
qu'elle enfante le joury3c qui
non content d'y applaudir;
réveille encore tout le monde
pour se réjouir avec luy. L'application
de cette Devise à
Madame la Duchesse de Bourgogne
,
reprefentéc par 1)Aurore,
à Monseigneur le Duc de
Bretagne, representé par le
Jour naibant, qui est comme un
rayon du Soleil, fut trouvée
assés heureuse. Ces deux vers
Latins faisoient l'ame de la
Devise.
AURORA DUM PARIT
DIEM,
GALLO EXCITANTE
PLAUDIMUS.
Le sens en étoit developé
plus aulong dans les vers suivans
où les Chevaliers parlen.
Tandis qu'une jeune Princesse
Remplit la France d'aIIeqrejfe ;
Que semblable à lyAurore elle enfante
le Jaur)
LeCoq,pour luy fairesa Cour;
Célébrésanaijjance, & dit enfort
langage,
Que ce jour qui renaiss
>
est d'un
< heureux presâge.
Excite, par son chant
,
joignonst
nous donc à IUY)
t Et dégagez, de tout ennuy ,
J Disons en le voyant paraître:
Loin d'icysombrenuit, & toy mor-.
ne sommeil;
Lejeune Prince qu'onvoit naître,
Est l'écldtant rayon d'un plus brillant
Soleil.
Une fécondédeviseaussîfiiv
guliere que la precedente marquoit
la magnificence du Prix
proposé aux Chevaliers par Mr
Gayet Capitaine de la Compagnie.
Chacun y signala son
adressè
en le tirant. La DtVife
designoit en particulier M,
sTauixieer-r, Rso.y des Arquebu- -
,
On avoit peintpour le faire
connoistre leJeu des Ricochets
yqui
est un divertissement
innocent, que la jeunefneffe
prend quelquefois sur le
-
bord de la Marne ; en frifant
la surface de l'eau avec un cail—
lou plat, quià chaque bond
qu'il fait, forme un cercle qui
luy tient lieu de Couronne.
L'inscription Latine, où l'on
faisoit parler la Marne, consistoit
en ces trois mots :
TANGENTEM PERCUSSA
CORONO.
Elle veut dire en François,
Jeforme une couronne à celui qui
me frape.
L'explication:la Marne parle,
Sur la surface de mes eaux, Tand:squelle efi calme & tranquille
;
On se fait des plaisirs qui font toujours
nouveaux, Ou Couvent l'azréableefjoint avec-,-
l'utile^
Jugezjtlegain estpetit
Pour celuy qui s'y divertit;
Puifquhchaque coup qu'il me
donne, Ilapourprix une couronne.
La justesse de cette Devise
consille dans l'application qui
se fait d'un jeu à un autre jeu;
car de même que dans celuy
de Ricochets, le caillou qui
forme leplus de cercles enfrapant
l'eau, est celuy qui merite
le prix: ainsi le Chevalier qui
frape le plus souvent le noir,
est celuy qui l'emporte sur les
autres.
La Messesolemnelle où les
Chevaliers assisterent le matin,
& le Te Deum, qu'ils firent
chanter le soir en Musique
dans l'Eglise des Peres Augustins,
enfin les illuminations
qui durerent toute la nuit,sont.
des marques -
de -l'affeél:ion de
cetteCompagnie pour S. M.
Celuy qui se distingua leplus
en tirant le Prix, fut Mr Pierre
Guyot, le plus ancien des
Chevaliers, dont l'adresse est
d'autant plus à estimer,que
son âge de soixante &- seize
ans semble moins propre à
ces sortes d'exercices.
L'Eglise de saint Sernin de
ToulouO.se est une des plus anciennes
& des plus saintes
Eglises du monde Chrêtien;
elle a esté consacrée au commencement
du I le siécle par
le Pape Urbain II.&non feu-
Jemcnt ce Pape,mais ses predecesseurs
luy avoient déja accordédetres-
grands privileges,
mais ce qui la rend encore
plus recommandable
,
est le
grand nombre de Corps saints
qui y reposent, entre lesquels
oncompte huit Apôtres.
-
Et comme elle doit ce precieux
dépôt à la pieté de l'Empereur
Charlemagne 5& de
plusieurs Rois de France ses
lucceiTeurs , qui ont fait euxmêmes
des voeuxdans cette
Eglifcy & l'ontenrichie de
magnifiques presens; il étoit
juste que dans la joye publique
, que toutes les Commutiautez
seculieres & régulières
ae cette Ville ont témoignée
bour l'heureuse naissance de
Morifeigneur le Duc de Bretagne
; le Chapitre de saint
Sernin se distinguait par des
marques extraordinaires de son
tcle; pour cet effet le 21.Juilet
le Chapitre ayant les ordonné
Prieres- dans son Eglile
our remercier Dieu de l'heureusenaissance
de ce Prince,
& fait un voeu particulier pour
sa -confervation,un peuple infini
accourut à cette Eglise
pour joindre ses prieres àcelles
du Chapitre ; & pendant
ce jour, toutes les Reliques
, des Saints furent exposées, ce
qui augmenta la pieté des fidelles.
La veille du jour marque
pour chanter le Te Deum
> on
entendit pendant toute la nuit,,
le bruit de la Mousqueterie,
, & de plusieurs piecesde Cam--
pagne qu'on avoit fait ranger
sur les grandes voutes de l'E-
-
- glise, ce qui annonçoit à la
Ville & aux Campagnes voisines
l'excès de la joye de ce
Chapitre.
I
Le lendemain à dix heures
du matin un grand nombre
, d'Officiers duParlement,les
Capitouls & le Corps de Vil- -
le se rendirent à cette Eglise,
ri& après la grande Messe ce- lebree par M.1 l'Abbé de Burta,
grand Vicaire de Mr TAbbé
de saint Sernin, on chanta
rlc Te Deum'en musique de
la composition du Sr Aphrodite
,
Maigre de Musique de
jceChapitre que les Connoisseurs
ont trouvé excellent, &
ont avoüé n'avoir rien entendu
de si beau & de si harmonieux.
A l'entrée de la nuit, le
clocher de cette Eglise qui cil
perce aN Clix ceintures, & un
des plus élevez qui soient dans
Toulousefutéclairédepuis le
bas jusques à la pointe.
Tout le Frontispice de cette
Eglise qui elt une des plus
grandes du Royaume n'estoit
pas moins illuminé que le clocher
, & toutes les murailles &
les Pilastres étoient également
éclairez
y
ensorte que ce vaste.
Edifice paroissoit tout brillant
de lumières
, on y en compta
jusqu'à six nulle de cire blanche,
qui n'étoient separez que
par des ornemens aux Armes
de France, de Bourgogne &
de Bretagne. Les deux grands
Portails de cette Eglise, qui se
trouvent enrichis de plusieurs
ornemens d'Architeaure étoient
remplis aussi d'un grand
nombre de lumières
,
& formoient
un spectacle merveilleux.
Cdui qui fait face à la
grande ruë au dessus duquel
était placé le Portrait du Roy,
bordé de trois rangs de bougies
, se découvrait le long de
cette grande ruë dans la distance
de plus de cinq cens toi-
[es, ce qui fit dire à plusieurs
Etrangers que la curiosité y
avoit attirez,qu'un pareil spectacle
auroit esté trouvé tres-beau,
même dans la Ville de Rome.
Au milieu de la Place qui
est au devant de cette Eglise,
on avoitdressé un beau feu
d'artifice. Il y eut un si grand
concours de monde, que les
avenuës étoient inacessibles,les
fenestres des maisonsvoisines
estoient remplies jusques- sur.
les toits.
Deux heures avant qu'on
tirad ce feu, on tiraun grand
nombredetrès belles fuséesvolantes,
tandis que les trompettes,
les hautbois & les violons
qiù étoient placez sur une maniéré
d'amphiteatre joüoient
alternativement
, & nétoient
interrompus que parles salves
lemousqueterie, par le son des
cloches & par les acclamations
lu peuple qui crioit viveleRoy.
La nuitvenue qui fut une des
plus obscures & des plus tranquillesde
cette année,onmit
le feu à la machine qui eût
mout le succésquon s'en étoit
promis. Une infinité de lances
a feu rangées fort prés l'une
de l'autre s'allumerent en un
instant
>
en éclairerent tous les
costez, ce un nombreinfini de
suséesremplirent l'air de rcuj
& retombant en étoiles & en
fleur de Lys, firent un effet
merveilleux. Un Soleil élevé sur;
lehaut dela machine &éclairé
de toutes parts,parut tout en
feu, & ne fut point consumé.
Le feu étant fini, les lalves
de mousqueterie & des pie-1
ces de campagne qui étoient
placées sur les
E^life,contvionuuteèsredne tc.e.atte*
S
On peut dire que dans cette
occasionMrs les Chanoines de
Saint Sernin n'ontépargnény
foin, ny dépense pour répondre
à la dignité de leur Eglise
& au zelequ'ils ont toûjours
eû pour le Roy & pour l'accroissèment
de la famille
Royale, pour laquelle ils ne
cessent point de rcnouvellcr à
Dieu leurs voeux & leurs prieresypar
l'intercession desSaines
dont les Corps reposent dans
cette Mainte Eglise.
Les Peres de la Doctrine
Chreistienne de la mesme Ville
ont aussi fait de grandes rément,
l'Université
,
les Capitouts
avec quantité de gens de
lettres & dediftin£lionassisterent
à cette action qui fut fort
applaudie.
Lemême jour, vers les huit
heures du soir,on fit une illumination
qui fut trouvée de
fort bon goût; pour en juger,
imaginez-vous une grande &
belle façade à quatreetages3
de quarante toises de long,
qui n'estdominée d'aucun endroit,
percée de trois rangs
de croisées , élevée sur des
Arceaux , separée par des Pilastres
selon les trois ordres de
joüissances au College de l'Esquille.
Le cinquième Aoust, on
chanta une Grand'Messe & le
Te Deum, dans la Chapelle de
ceCollége. A trois heures après
midi, le Pere Prozat Professeur
de Rhetorique prononça un
discours Latin, ou il renferma
deux choses qui lui servirent
de division. La premiere, la
joye que le Roy reçoit de voir
multiplier sarace jusqu'à la
quatrième génération. La seconde,
le bonheur que la
France doit esperer decePrince
nouvellement né. Le Parlement,.
l'Architecture
;
les étages sepbaorredzanpat
r des corniches déd'environ
trois pieds
& demi ; on voyoit sur cette
vaste étendue plus de six mille
lumières, dont la disposition
étoit encore plus agréable que
le nombre.
La premiere corniche qui
cil: sur les Arceaux, étoit bordée
de falots aux Armes de
France & de Bretagne garnis
de bougies; l'entre-deux étoit
étoit éclaire par des coquillages.
Sous chaque fenêtre s'élevoit
une piramide à trois
sacs de quatre pieds & demi
de haut sur deux & demi de
large, éclairée de plus de six
vingt lumières ; auxcôtez des
fenêtres le long despilastres
s'élevoient aussi deux piramidcs
à trois faces d'environ cinq
pieds & demi de hauteur deux
& demi de large, éclairées de
même ; l'embrasure des fenêtres
coupée parquatrerangs
de lumieres, faisoit une espece
de rhombe de neuf pans de
haut sur cinq de large, élevé
sur les trois piramides qui paroissoient
lui servir de baze. Les
deux autres corniches étoient
éclairées de la même manière:
L'arrangement étoit tel que
d'un coupd'oeil on voyoit sur
quinze Arceaux, trois corniches
,
quarante-cinq croisées
& quatre-vingt-seize piramides
toutes en feu; & comme
au milieu de la façade il y a un
angle rentrant, on y avoit élevé
une piramide de dix pieds
de haut sur sept &: demi de
large,& on y avoit tellement
ferré les falots & les coquillages
que l'on voyoit dans ce
petit espace plus de mille lumieres.
Sur cette piramide
on avoit placé le Portrait du
Roy, sur ce Portrait par une
invention assez particuliere
,
on lisoit en gros caractères
de feu ces mots , Vive le
Roy.
Mrs les Capitouls toûjours
zelez pour ce qui regarde Sa
Majesté
,
& toûjours attentifs
à tout ce qui peut concourir
à rehausser la gloire de leur
College, assisterenten ceremonie
à cette rejouissance
; ils
vinrent precedez de la Compagnie
du Guet? &: parmi le
bruit des tambours & des fanfares
firent faire aux soldats
plusieurs decharges de mousqueterie.
Ce bruit uni aux acclamations
du Peuple produi-*
foit une secrette joyc dans le
coeur de tous les Spectateurs,
parmilesquels il y avoit beau- [
coup de gens de qualité.#
Vers les neufheures, on vit
tout à coup l'air rempli de fu- .-
fées volantes qui partoient d'un
feu d'artifice qui commença
alors à joüer :Il seroit difficile
de vous dire la varieté de l'artifice
; tout le monde avoue
qu'on n'avoit vû depuislong-<
temps un feu accompagnéd'un
si grand nombre de fusées
, de
petards, & de tourbillons de ;
flammes& qui eufi:esté d'unesilongue
durée, quiestce qu'il
y a de plus agréable dans ces
iortes de spectacles
: mais ce
qu'il y avoit de plus singulier,
c'eil: qu'on voyoit un second
Vive le Roy, d'un grand pied
de haut,formé par de vives
fiai-nnics_,qui durerent presque
autant que le feu d'artifice:
voicy quelle en estoitla duposition.
t
Sur une plate-forme quarrée
de trente pieds de face,s'élevoient
quatre Tours, qui se
communiquoient par autant
de galleries: au-dessus onvoyoit
un autre rang de galleries
moins long que le premier;
plus haut regnoir un espèce
de Donjon de figure quarrée.
Sur le Donjon s'élevoit unpiédestal,
sur le piédestal une colonnede
six grands P-leds.,surla
colonne une statuë en baffe
quirepresentoit un jeune Enfantqui
portoit àla main un.
rameau d'Olivier, figne de la
Paix, avec ces deux Vers, qui
fontvoir qu'on regarde lanaissance
de cc Prince comme le
presage dela Paix dans le temps
de la Guerre la plus échauffée.
_Dum pcUgo
j
Terraque furit*
.-
Marsimpitts: Orbi
Nascitur optatoe pacisproenmàns
Infans.
Les réjoüisances du College
de l'Esquille ne finirent pas
ce jour-là. Le Professeur de
Rhetorique a accoûtumé de
dedier tous les ans une Piece
de Theatre à Mrs les Capitouls
pour la diitribution du Prix
de l'Eloquence & de la Poësie.
Elle fut representée le vingtiéme
Aoust:elle fut precedée
d'un Prologue sur la naissance
de Monseigneur le Duc deBrctagne
, & ornée de chants &de
ballets qui avoient un rapport
si singulier à la joye universelle
que cause cette naissance,
que les Connoisseurs virent
bien que c'estoit ce Prince qu'-
on avait euprincipalement en
vue ; ce qui fit un veritable
plaisir à Mrs les Capitouls, qui
se sentirent fort honorez de
presider à une action qui ne
sembloit faite que pour la gloire
de ce nouveau Prince.
Le Pere Dardene Professeur
dans le même College, fit le
vingt-deuxiéme representer
une Piece de Theatre allegorique,
ornée d'Entrées de ballets
&de Musique, intitulée LE
BERCEAU DEDAPHNIS,
& qui estoit uniquement sur la.
naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne;il l'avoit dediée
à Mrs du Parlement. Mr
le Prefidcnt Riquet pria les
Chambres d'y assister; il le fit
avec d'autant plus de plaisir
qu'il avoit este le premier à
donner l'exemple du zele que
l'on doit témoigner dans ces
occasions,par une Festeparticuliere
qu'il avoit faite sur ce
sujet, & qui tenoit de cette
magnificence dont, il a accoûttune
d'accompagner tout ce
qu'il faità la gloire de Sa Majesté.
Ily assistaavecMrsdu
Parlement,& un grand nombre
depersonnes de distinction,
L'Assembléese retira,
fort satisfaitede l'Auteur &j
des Adbeurs.
Je viens de recevoir l'Inscription
suivante, faite par ces
mesmes Peres. On a peint la
France environnée de toutes
parts d'ennemis qui ne cherchent
qu'àla perdre; elleconserve
pourtant un air fier &
tranquille, se reposant sur le
secours qu'elle attend de la
Famille Royale;qu'elle regar-
4 • 4eA comme son rempartinvincible;
avec ces deux vers:
Hcx proavus> Delphinus a/vus9
Burgundius beros,
Nata recens protes" arx funt tutijjtma
gallis.
On n'a pas oubliéMonseigneur
le Duc de Berry; il cft representé
dans son lieu, comme
un nouvel appuy de laNation
Françoise ,avec ce vers:
Biturigum Dux promptus adcfî,
¡pe; altéra sentis.
Les Capucins de Laval donnerent
le dix d'Aoust desmarques
de la part qu'ils prenoient
à la joye & à la felicité publique.
Ils chanterent dans leur
Eglise un Te Deum avec l'Exaudiat,
Ils avoient fait dresser dans
leurjardin un bucher de plus
de vingt pieds de hauteur, au
haut duquel on avoit mis un
Drapeau & une couronne Ducale;
il estoit orné de beaucoup
de lauriers qui marquoient les
Victoires du Roy. Le soir le
feu fut mis à ce bucher au
bruit des décharges de plusieurs
petites pieces de canon;
toutes les fenestres du Convent
estoient illuminées
,
&
cette illumination dura jusqu'au
lendemain matin, elle
estoit d'autant plus belle que
la face deceCouventà trentequatre
toises de long. Les Cli.
des qui estoient de dix coups
chacune se firent entendre
pendant le Te Deum de Matines.
Le Juge de Police de la même
Ville, dont la maison regarde
le Convent des Capucins
,
fit dresser devant sa porte
un Feu en triangle,dont le milieu
estoit rempli de lumieres;
il fit placer aux trois faces de
ce triangle, les armes de France
,
celles de Bretagne, & celles
de Monsieur le Duc de la
Trimoüille, qui est Seigneur de
Laval, qui se firent distinguer
de loin par le moyen des lumieres
enfermées dans le triangle.
Deux cent Habitans de
son quartier estoient fous les
armes. Il fitdefoncer une Barriquecontenant
plusieurs pieces
de vin, il tint table ouverte
& donna le bal.
Anne de Schelandre veuve
de Mre Gedcon de Conquerant,
Dame de Tourzerou
Diocele de Rheims, après
avoir vécu quatre vingt-ans
dans Theresie de Calvin, a enfin
abjuré entre les mains du
Pere Albert Guilluy,Dehniteur
des Peres Cordeliers, le
o. de Juillet, en presence de
M' le Marquis de Joyeuse
de saint Lambert son parent,
de de plus de six cens personnes.
Il ne manquoit rien à cette
Dame que la véritable Religion,
ayant toutes les vertus
morales. Elle faisoit de son
Château un Hôpital, où les
pauvres & les malades trouvoient
leur soulagement
;
sa
femme de chambre, à son
exemple, a pareillement abjuré
entre les mains du même
Pere Guilluy le 21. de Juillet..
Madame de Schelandre
,
après
avoir reçu les Sacremens mourut
le 30, du même mois. Jamais
conversion n'a causéplus
de joye dans la Province aux
véritables Catholiques, ny plus
de conflernation aux Calvinistes
-,
elle a esté vilitée par
Monsieur le Duc de Mazarin
par Mrs de joyeuse,le Comte
d'Aspremont
,
le Comte de
Talsy
,
frere de M1 l'Evêque
de Chartres,& par toute la
Noblesse du pays, qui s'en est
retournee tres-édifiée.
Monsieur le Cardinal Marc-
Delfino
,
Evêquc de Brescia
est mort dans unâge peu avancé
dans sa Ville Episcopale , il
avoit esté Nonce en France,
où l'on conferve pour luy un
tendre souvenir : son mérité
personnel&: ses belles qualitez
l'avoient fait généralement
estimer. Il estoitcreature d'Innocent
XII. ce Pape l'ayant
honoré de la pourpre Romaine
: ce Cardinal estoit Venitien.
La maison Delfino a
toujours tenu dans la* Republique
de Venisé un rang confiderable
;elle est une des vingtquatre
anciennes de cette Ville,&
elle a esté fcconde en
hommes illustres. Jean Dessino,
qui vivoitau commencementdu
derniersiecle, fut fait
Cardinal'par Clément VIII.
Nicolas Delfino qui a servi sa
Republique en diverses occaflOllS,
sçavoir dans les Ambasfades
, & dans la Charge de
General des Isles de Levant de
Candie,épousa ElizabetPrioli,
de la famille delaquelle une
branche subsiste encore à Amiens
, & dont feu Mr Prioli
celebre Historien, estoit chef:
ilen eût Jean Delfino, quinaquit
en 1617. il fut Senateur
de Venise, puis Patriarched5Aquilée;
il a fait plusieursouvrages
en prose & en vers,
son Eloge se trouve dans U
scena d'bcu?om. illust. d'Italia de
gualda Priorato
,
& dans l'Ouvrage
des hommes de Lettres,
de Lorenzo Crasso. Le Cardinal
Jean Delfino qui estoit encore
de cette famille) & Patriarche
d'Aquilée fut honoré dela
pourpre Romaine en 1607:
par le Pape Alexandre VII:
la Ville de Bresce ou Brescia
est en Lombardie sur le Cot,
zo prés de la Mêla
,
lEvêché
est suffragant de Milan, c'estoit
le pays des anciens Cenomanois.
L'Evêque deBresceale titre
de Duc, de Marquis,&de
Comte } on garde dans la Cathédrale
laCroix qui apparut
à Constantin. On y celebra des
Synodes en 1574. 1582. &:;
1614. On compte dans cette
Ville prés de cinquante mille
Habitans ;elle estcapitale du:
païs Bresçan.
Compliment fait à MrlEvêque
d'Agen le jour de son
Entrée publique dans la Ville
d'Aiguillon par M du Manoir
de Caën
,
Regent de la Langue
Latine dans la mesme
Ville.
C'efl autant par zele &par
inclination
3
Monseigneur
j que
par devoir, que nous nous présentons
devant vojlre Grandeur
pour luy
-
faire un très-humble
hommage de nojlre parfaite soûmission
3 -
& du profondrefpeél
dont nous sommes vivement penetrez
a la vuede cette foule de
mérités e de vertus éclatantes
dont Dieu l'a comblée
:J & qui
après avoirfaitl'admiration de la
pnmiere Cour du monde>&merité
l'attention duplusgrand
>
du
plus religieux & duplus éclairé
Monarque de la terre3 continuent
encore au travers des voiles que
leuroppose sans ceiJe. vostre parfaite
humilitépour
les cacher
3
de
répandre au dedans & au dehors
de la Francedesi vives lumieres.,
qu'il nj a personne qui ne vous
regarde déja comme un des premicrs
Prelats de ce Royaume
3 &
un modelle achevé du Sacerdoce.
Lorjque nojlregrand Princex
qui accompagne toutes Jes aRions
aune pieté véritablement Chrestienne
& heroique
3 c- qui par
safagcjfe &sesviveslumieres
fcconde.
féconde en tout heureusement les
ordres secrets de. la Providence
3
rvous a élevé par un choix aujJi
judicieux que desinteressé à l'Epijcopatj
&à la dignité de Prince
de l'Eglise (y de Succejjèur des
Apoflresj dontvous vous eflie%
rendu digne depuis longtemps. Il
vous a rendu juflice
> & a commencéderécompenservojlrc
vertu
& voflremérité.
refis de l'Eglise d'jigen
_,
qui après
la mort deJon tres-cher
Prelat,
avoitbesoin fourfon gouvernement
de toute l'ardeur cle voflre
zele, des grandsexemples de
voflreparfaitecharité3 Cff de vos
vives lumieres >font des preuves
éclatantes de l'estime touteparticuliere
dont eUe a toujours honoré
voflre Grandeur3 & de la bonté *fnguliere qu'elle a témoigné en
toutes occasions a ce Diocese3pour
qui elle a eu une attention route
extraordinaire
3
afin de le dédommager
de la perte de vofire illuflre
Prédecejfeur3qu'on peutdiresans
nulle exagération
}
avoir estéun
des premiers hommesdesonsiecle.
Ce choix3Monseigneur, quelque
'violence qu'ilaitfaited vojlre
profonde humilitéyvousafaitun
très-grand honneur
, e n'a pas
peu flrry à rehaujjcr l'éclat de
toutes vos vertus j & la haute
eslime que vous avoit acquis
vojlre rare merite dans tout le
Royaume3foitqu'on confidere le
prand Prélat a qui vous ave%
sucçedés ou qu'onervifage la vasse
étendue du Dioccfe que vous gou-
'Verne';{ j qui sans parler de plusieurs
Saints Martyrs & Confessèurs
qu'ilatoujours compté entreses
Passeurs dans la- primitive
Egjijej & qui ont brillejurfort
SiegeEpijcopal comme autant
d'astrer vivans placez dans la
fainte Sion>a toujours eslé comme
mpossession dés les temps lesplus
reculez du Christianisme
j
d'eflrc
gouvernéparlesplus grandes lumitres
de tEglife.
Quoique nous joyons des derniers
>
Monseigneur
3
à feliciter
uofire Grandeurjur cegrand événement
,qui ne luy estpas moins
glorieux3qu'ilefl avantageux a
toute cette Province, quil rend la
plus heureuje de toutes celles du
Royaume ,
puifqu'en vouspojjedantjdlepeut
avecjuflice sifiater
tteflre honorée delafaveurdejon
Prince&deson entiere confiance;
nous pouvonsneanmoins proteflers
Monseigneury que la Renommée
après la mort dugrand Afafcaronj
n'eut pas plujloft publié la nomination
que S.AI. avoit faite en
faveur de vojlre Grandeurpour
remplir sa place, qu'incontinent
nous en. remerciâmes Dieu par des.
que nous prijmes a celle quefirent
paroistre publiquement par tout
vos zelez Diocesains.
Mous ne bornâmespas, Monfèigneurjesmouvemens
emprel]èz.
de nostrezele à deJtmples démonjlrati-
ons de joye
3
ils allerent bien
plus loin; carnousfijmes desvaux
pour la conservation de vojlre
Grandeur& établi/mes des Prieres
publiques dans nos clajjespour
finheureufe arrivéedansJaVille
Epijcopale cïAgen.
Ayant- donc le bonheur,Mon-
Jeigneur de voirprésentement nos
Prièresheureusement exaiice-'es)
nos voeux entierement accomplis
Il
& enfin de vous possider au milieu
de nous à la tesse d'un nombreux
Clergé autant rejpeclable
parJapieté3 qu'illufirec- recommandableparJonpropre
merite&
sa rare doctrine
>
permettez-nous,
s'il vous plaist ; de profiter de ces
heureux momens de voflre pré-
Jenceafindefuplier très-humblement
voflre Grandeur de nous accorder
l'honneur de sa bienveillance
&dejaprotection
, & la
grâce de ne puiser ailleursqu'en
elle toutes les lumieres dont nous
aurons bejoin pour l'avancement
& le progrés de nos écoliers dans
lapieté& dans les belles Lettres.
Nousosonsbien., Monseigneur,
a/Titrerpar avance V. G. que tous
lesmomens denojlrevie nouschercherons
toutes fortes d'occajîons3de
meriter d'elle ces insignes faveurs
par un dévouement sincere à Jes
reglemens & une o
bé'ijfanceJou-
<-~ -' ~—~ m:Je> & refpeflueufe a tous Jes
ordres> que nous écouterons comme
autant d'Oracles sacrez ; <&
enfin par l'ardeur de nostre zele a
remplir fidellement tous nos devoirs.
aJatisfaire aux moindres
obligations de noJlre estat.
Attendant les heureuses conjonftures3
Monjeigneur, de pouvoirfacrijier
à V. G. les premiccs
de nos coeurs & de nos volontez
par noflre parfaite fournijjion^
nous la conjurons trcs-refjeélueusement
>
d'avoirpouragréable
que par reconnoissance nous luy
Jouhaitions une longue uie
3 un
heureuxgouvexnement3&toutes
fortes de grâces x & de benedictions
du Ciel3 tantpour elle> que
pour tout le troupeau que Jefùs-
ChrijllefowverainPafleurafournis
asaconduite.
Les J'[uites de Dole en
Franche- Comté
,
&: plusieurs
particuliers de la Ville & de
la
Provincea ont aussitémoiÇiie
leur zele pour Sa Majessé,
à l'occasion de la naissance de
MonseigneurleDuc de Bretagne,
en celebrant dans le Collège
une Feste, accompagnée
d'une pièce de Theatre , de
Choeurs de Musique,de récits
,
de machines, de dan[es,.:
d'intermedes , & de tout ce
qui contribue à rendre uaspectacle
pompeux & divertissant
; la Feste qui a dure.
trois jours
y a fini par un :
magnifique Carrousel. Ceux
qui composoient le Carrousel
estoientlestement vertus.,.
&. ont charmé tous les Spectateurs
, tant de la ville que
des environs qui estoient accourus
pour voir cette Feste.
Voicy ce quis'est passé à
Florence, & en d'autres Villes
d'Italie, à l'occasion de la
naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne.
Cette nouvelle ayant esté
apportée à Florence le 5C Juillet
dernier par Mr de Perceval,
courier du cabinet, Mr
Dupré qui est en cette Cour,
depuis prés de dix années, en
qualité d'Envoyé extraordinaire
du Roy, en alla aussitost
faire part à Monsieur le
Grand Duc à Monsieurle
Prince, & à Madame,1a Princessè
de Toscane
, & à Monsieur
le Cardinal de Medicis,
ausquels il presenta les Lettres
duRoy, de Monseigneur,&
de Monseigneur le - Ducde
Bourgogne qui furent reçûës
avec
des
demonstrations d'une
joye extraordinaire; Madame
la Princesse de Toscane pour
laquelle il y en avoit une de
la main,de Sa M*citedit à
Mr l'Envoyé tout ce que la
plus vive reconijpiHance peut
inspirer? l'affurant que cette
Lettre estoitpour elle un Trefor
qu'elle estimoit plus que
tout ce qui pouroit jamais luy
arriver.
Dés le lendemainMonsieur le
grand Duc témoigna sa joye
avec une magnificence digne
de luy,il fit chanter unTe Deum
dans la Cathedrale, oùil assisia,
avecMonsieur le Cardinal de
Medicis,&: tous les Magistrats en
corps,la Musiqueen étoitadmisâble,&
cetteEglise quiest extrênement
grande, estoit par tout
éclairée par de gros flambeaux
le cire blanche; les feux & les
luminations duvaste Palais
le Monsieur legrand Duc ont
c?
duré trois jours
5
pendant Ici-
-
quels les Tribunaux ont esté
fermez, & chaque soir 1on
faisoit une décharge générale
de toute l'Artillerie des Forteresses
;
enfin ce Prince a donné
en cette occasion les mêmes
marques de joye qu'à la naif-j
sance de Monseigneur le Ducj
de Bourgogne. j
Le soir mesme
que la nou-1
velle du bonheur qui venoitl
d'arriver à la France fut ap-1
ppoorrtéteeye, MMr l'Ennvvooyyeé.- l'annonçai c au peuple par une flluminatioii
degros flambeaux de cireblan--
che à toutes les fenestres de.
son Hostel
) par une Inscription
brillante attachée au balcon,
&: par des feux ordinaires;
ces feux & ces illuminations
continuèrent quatre jours
de suitey pendant lesquels il fit
des aumônes
, &: distribua de
l'argent pour remercier Dieu
des grâces qu'il continue de
repandre sur toute la Emille
:Royale.
M' Dupré, dont le zele ne
peut jamais estre satisfait lors
quils'agit de la gloire de la
Nation, ordonna aussi un feu
d'artifice
; mais, comme il falloitdu
temps pour le disposer,
&que sa joye ne pouvoit rouE.
frir d'interruption, il employa
cet intervale à donnerplusieurs
repas &entre autres il en donna
un auquel il n'invita par
preference que le Nonce du
Pape, l'Ambauadeur de la République
de Luque ;& les quatre
Autres de chambre des
quatre Cours, dont celle de
Toscane est composée, avec
quelques autres des principaux
Officiers. Mr le Marquis Rinuccini
, que Monsieur le Grand;
Duc a nommé pour aller faire
sescomplimens sur cette heureuseNaissance,
estoitdurepas
oùtout sepassa avec beaucoup
d'agrément& de gayeté.
-
Tout estant prestpour le feu
d'artifice
; ce feu fut tiré l'onzième
Aoust sur Ta riviere d'Arne,
au son des Trompettes5c
des Timbalesy entre les deux
magnifiquesponts faits par Mi-
- chel-Ange, qui ne sontpas
des moindres ornemens de la
Ville de Florence. Les chaisnesfurent
tendues, afin d'empêcher
les carossesd'aller sur les
^Juays,qui demeurerent libres
pour le peuple, &.lordre fut si
bonquiln'arriva pas le moindre
accident. La Machine haute
de prés de soixante pieds, representoitlaReligion
appuyée
sur la France,& sur un Cartouche,
onlisoit ces mots,
Dux Britannicusfructus Rlligionis
,
Pour faire entendre
, que
ce Prince estoit la recompense
de Implication que. Sa
Majesté donne au maintien de
la vraye Religion ; le reste de
la décoration consistoit en divers
ornemens de plusieursmaniérés
differentes, d'où sortoit
une infinité de feux, qui fii-;
soient un tres-beau spectacle;
Monsieur le Prince,Madamela
Princesse, & Monsieur le Cardinal
de Medicis,Protecteur des
affaires des deux Couronnes, l'honorerent deleurs presences.
Mr l'Envoyéa reçu,des complimens
de la Cour, &detout
ce qu'il y a de personnes de
distinction,sur l'heureux fuccésde
cette Feste
, par laquelle
il aterminé les marques extérieures
de sa joye.
LeNoncedu Pape &l'Ambassadeur
de la République de:
Luque ont fait aussides feux.
èc detres-belles illuminations,
ce qui fait bien connoître quels:
font en celales véritables fen*
cimentde leurs Maistres.
-'
-
Les Communautez Françoises
des Peres Feüillents
,
&,
de Saint Antoine, & tous les
autres François establis à Florence
se sont aussi distinguez
par des feux, &. des illuminations
singulieres,pendant quatre
jours,Se par des prieres fer-
-
ventes pour la conservationdu
Roy & de toute la Famille,
Royale, en forte qu'il n'y a
point de Ville,étrangère ou
les demonstrationsdejoye
ayenteftéfigenerales.Monsieur
le Grand Duc a donné cent
pistoles à M dePerceval Cou-.
rier du Cabinet, Se Monsieur
le Cardinal de Medicis
,
cinquante
Louis d'or
Ce qui suit a esté imprimé
à Ligourne de mesme que je
vous l'envoye.
DESSEIN
ET EXPLICATION
DU FEU D'ARTIFICE
QUE LA NATION FRANÇOISE
establie au Port & Ville de
Ligourne,àfait executer
JOUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR.
LE DUC DE BRETAGNE
Ail mois d'Aoust1704.
Ordres & dimensions de l'Architecture.
L)Edifice de ce feu drefésur la
grandePlace de Lipourrie en
droite ligne de la PorteColonelle
Q
& de celle de Pife, à trois élellations
d'Architecturedequatrefaces
chacune.
Les faces de la premiere élevation
ont chacune vingt bras de
largeurjsur dix de hauteur&
font terminées par des piédestaux
sur chaquecossédesquels font
peints des trophéesd'armes au naturel.
Celles de laféconde élévation
ont chacune dix bras de largeursur
quatre de hauteur
,
des
quatreanglesfiperieurs defcJueUesfaces
tombent des consoles sur les
piédejlaux de la premiere élévation,
ces consoles portans depetits
piédejlaux sur chacun desquels
eflpofée uneboulle de marbre. Le
picdefial de lafigure du feu qui
fait la troisiémeélévation de l'architeRure"&
dont les quatrefaces
fontpeintes d'autres dijfcrens trophées
d'Armesja cinq bras de largeursur
trois & demi dû hauteur
de chaque cossé.
Lafigure dontilferaparlecyres.,
posèesurleditplédefltl
j a
Je hauteur entresept à huit bras..
SUJET DU FEU.
Le sijet du feu
>
ejl le Génie
de la France" representé par un
homme feint
3
de marbre blancy.
'Uefttl
l'ejlu a la Romaine3 ayant la ceinture
e., les brodequins de mesme
parure3
&pardcjjus
tout unI long
manteau. Il-tient de la main droite
une trompette qu'il paroistprest à
emboucher
>
sur le Gonfanon de
laquelle Jont écrits ces mots en lettres
majufeules.
POST QUARTAM, DEI
GRATIA QUINTAM
GALLORUM VOTIS REGIME PROLISGENE-,
RATIONEM ANNUNCIO.
Pour exprimer les
HJCCHX ardens
de la Nation pour la Fa,-
millsRoyaley & pour laprotongation
des jours de Sa Afajefte
tres-Chrejl-ienne. Cet homme est
co'effed'un petit Casque ou Morion
a la Grccque.) du haut duquel
il fortune flamme defeu; deux
petites aijlesyfont attacheesainft
qu'aux talons>semblablesacelles
qlue tonattribueaMercure, que Amour des Francoisst naturelle
pour ses Souverains luy a donne
pour satisfraire a Jes njoeux emprejJèz
j ce qui est exprimépar les
paroles suivantes ecritessur le
Gonfanond'unefeconde Trompette
j
sur laquelle le Genie de la
France sappuje de la main gauche
y & dont, le bouttoucbe Tefoe
du pitdeftal.
AMOR ADDIDIT ALAS.
Enfin il a Iefàbre au cossé) pour
marquer que la Guerre est l'inclination
dominante des François.
Premiere élévation de l'ArchiteCLure
,& ses Devises,
Sur la premiere face qui regarde
Veriije neuve>est représenté
dans un grand Tableau3 le Palais
de la Gloire" où l'on voit Mon-
Jeigneur le Duc de Bretagne renjejlu
du Cordon bleu avec la
Croix de l'OrdreduSaintEsprit,
dans un Berceau couvert d'un
manteau Royalfous un Pavillon
de velours cramoift la Gloire
(fiant àsa gauche3 le Diademe en
tesse; ayantunecuirajje en broderie
avec un Soleil d'orsur l'ejlomach,
laquelle osse de la main droitesa
Couronne de de/Jus sa teste pour
ht mettresur celle du jeune Prince.
Elle est accompagnée de tAmour
de la France> qui tient un hajJin
d'or dans lequel font p/ufieurs
Couronnes de différentes especes,
cefl-a-direcelle de France
3
celle
du Duc de Bretagne
-'
des Couronnes
de laurieredefleurs d'im..
mortelles.) avec ces mots.
QUAS NON CORONAS.
Pour exprimerqu'il ny apoint
deCouronnesau[quelles ce Prince
ne puisseprétendre.
Sur Li face opposee regardant
ruEnzaJuzfterednIt\xDnôdmTeacijltepaeui3nltaePdraons- c>r Pro-
-\incede Bretagne
s
reprefenteepar N' une Nimphe aj'T"(f':( d, ¡ , '-,..:.p'.:e d' hermines
m'ontrant de la main droite
un Cartouche soûtenu par un
Amour3f-tr lequelfontpeintes les
Armes du jeune Prince
3
écartelées
de France (7 de Bretagne
couronnées
,
sa main gauche efi c' appuyéesurunautre Cartouche
q-telle tient
,
ou ont- les Armes
de Bretagneenplein
3 avec ces
mots.
HONORAT DEXTRA
SINISTRAM.
Pour exprimer l'honneur que
la Bretagnereçoit de voirfis Armes
écartelées avec celles de France
dans ÏEcu dujeune Prince.
Sur laface regardant la Porte
Colonelle
>
est reprejentée au naturel
dans un autregrandTableau
une Minerveayant un Casque
ou Adorionpanachéentefle3tenant
une demiepique de la main gauche,
c, de
la
droite un bouclier
sur lequel efl peint le Cbijfre de
Monseigneur le Duc de Bretagne
en lettres d'orfurunjond d'azur,
avec ces mots en Cronographe.
HIC,DECVS TT OMEN.
PourJignifierquefous les auf
pices de ce beau Nom les Arts &
les Sciences
3
dont Minerve eji
la Dfeffi
3
feront honorez &culti'Uez
plus que ~W~j~que le
grand Prince qui le porte enfera le
Protecteur.
Sur la quatrièmeface de la première
élévationde/'Architecture,
regardant la Porte de Pife, eji
depeint en couleurs naturelles dam
un autre grand Tableau
3 un Hercule
tenant de la main gauche un
grand bouclier élevé sur lequel
est représentéun Soleil,qu'il montre
de la droite, &dont il paroiss
couvrir divers Enfans
>
represèntans
les peuples de France Jous la
figure des Arts liberaux dont chacun
a [on attribut;sçavoir
,
la
Peinture> la Sculpture
3
la GeometriejlaMusîque
,
la Logiquej
&c. avec ces mots.
TUTI DIVINO CLYPEO
PHOEBI.
Pour exprimer que la France
tftenfuretéfous laproteRion des
Armes du Roy.
Seconde élevation de l'Architecture
& ses Devises.
Sur la premiereface de laféconde
élévation de ïArchitecture
qui regarde Venise neuve 3
font
peints en Camayeubleu> dans un
Cartouche moins grand que les
Tableaux de lapremiereélévation,
quatre Soleils en ligne perpendiculaire&
en diminution de grandeurs
y
le premier plus grand que
lesautres.) <& ainjtdefuite; un
rayon fc joignant à l'autre immédiatement
3
& le dernier qui est
le plus petit ayant un visageen^-
fantinj avec ces mots.
LUMEN DE LUMINE.
Ces quatre Soleils representent
le Roy,Monjeigneur, Monseigneur
le Duc de Bourgogne c,--
jMonfeigneur le Duc de Bretagne
en ligne direfie.
Pour exprimer que la Famille
Royale tire Jon plus grandéclat
du Royyreprejenté par le plus
grand & le plus élevé des qua,
tre Soleils.
Sur lafaceoppojee à celle cy-
JejJùs quiregarde l'Eglisè du
Dome,cflreprejenté en Camay?u
de meflle couleur dans un par:il
Cartouche un EJpin de Mouches
à miel Jorta'nt d'uneRuche
,
qui
faroijjent toutes Je réjouir en sagîtant
autour du jeune Prince qui
'Vient de naiflre>figuréparleRoy
de ces AbeillesAavec ces mots.
EXULTATIO PUBLICA.
Pour marquer le T^ele & la
joye de la Nation dans l'heureuse
naijjanced'unPrince qui promet
toute Jorte de bonheur.
Sur laface qui regarde la Porte
Colonelle cftrcprcflntécn me(me
Carnayeu bleu dans un
Jcmblable
Cartouchelepremierhemijj>here
du GlobeTerrif/re ou Je trouvent
l'Europe, L'Afie l'Afrique.
Vn Soleilnaissantparoji Jortir
du cafté de la France-qïl commence
à éclairer ce Globe
> avec
ces mots en Cronographe.
ACCEDIT NVMEN.
Pour exprimer la NaiJJance
Royale cl:Afonfeigneur le Duc
de Bretagne
3
Jimboltfir par c Ile
deceSoleil
3 & la pufja-w protection
que le Commère peut cf
perer de ce grand .Prlnce par mer
&par terre.
Surlaquatrième face de ot:e
fecondr: Elévation d'Architecture
qui regarde la Porte de Pife
>
font
peintes en Camayeu bleu dans un
semblable Cartouche
3
quatre tiges
de Lis fortis de terre de différentes
hauteurss en diminuant.) la
plus petite de ces tiges n'ayant que
des boutons de Lis sans estre ouverts.
Ils font liez ensemble d'un
cordon bleu avec ces mots.
UNITA CRESCUNT.
Pourexprimerl'union infeparablc
d? la Famille Royale de Sa
Alajefie Très -
Chreflienne
-,
far
laquelle le Ciel répandant abondammentJes
bénédictionsd?sîecle
en siecle

enfait voir la quatrième
vénération o au commencement Je celui-fy.
Barriere.
Etpour éviter la confujîon &
Afin que ton puijjevoircettedécoration
d'une défianceproportionnéé,
en luy donnant un nouvel ornement
; on a jugé a propos de U
fermer quarrement
3 far une Barrierre
ou baluflrade a une distance
de dix bras de la Machine. Cette
Barriere a despiédejlauxdeJix
bras de hauteur.defigure triangul,
tire aJes quatre angles surlesquelsfont
de grands Vases d'ennjiron
trois bras de hauteur pour
mettre des lumieresartificiellespropres
a éclairer la décoration pendant
le feu.
Troisiéme élévation de l'Architecture.
Les quatre faces de cette derniere
élévation d'Architecture
font3 comme ila ejléditcy-deffus>
ornées de Trophées en bas relief
au naturel, c,ferventdeplédcïtal
au Genie de la France figuré
cy-dessus. Le dessein edisposîtion
du jeu efl de l'invention de Mr
le Chevalier de Gibercourt, auquel
Mr de Fontenu a prejent
Consul de France a Ligourne
vient deJucceder.
Fontaine de Vin.
Vis-a-vis laprincipale facedu
jeu qui regarde Venije neuve, est
une autreMachine de douze bras
de hauteurreprésentantuncGrottte
ornée de peinture> de Pampres de
Joignede Lauriers & de plufleurs
autres verdures naturelles>
Jur le devant de laquelle est peint
un Baccbus avec un visage riant,
a chevalJur une grandeTonne
y d'où coule du vin dans une ejpece
de Baffin
>
invitant le Peuple a
boire à laJante du jeune 'Prince
pour lequel Je fait la fesie; il
montre a cet effet de la main droite
un Cartouche en forme de flacon
qu'il tient de la gauche ,appuyé
Jursacuisse
,
oùfont écrits ces
VersLyriques.
HLC PUER EST BIBENDUS,
ET SUAVITERCANENDUS,
HIC PUER EST BIBENDUS.
SIT ILLE PRINCEPS JUSTUS,
LONGÆVUS,ET AUGUSTUS, SIT ILLE PRINCEPS JUSTUS.
10, 1O, 10, 10,10,10.
Ces Vers expriment la joje de
la Nation> &lesflulJaits quelle
faitpour Ie grand Prince dont elle
honore l'heureuf Naijjance} &
comme elle ne sauroit trowver af
six ctendroits pour bien mariner
tout ce quelle en rejjent, elle a cm
tju'dle ne pouvoit mieux achever
e troijleme jour de sa feste
3 que
par un grZtnd feujpourfaireconvoiflreceluy
dont elle brule pour
l'augustefang de son Roy
, &
qiien donnant un regal de vin au
Peuple
y pour le porter a joindre
ses vceux a ceux quelle fera toûjours
pour la conservation de st
Personne Royale.
Desseins,& Explication des Il-
, luminations faites à la Maison
de Mr de Fontenu, Consul
de France à Ligourne,
D pour la seste de la Naissace
de Monfeigneut le Duc de
Bretagne pendant les 15.
(
16. & 17. Aoust. 1704,
l Aux cinqcroisées du premier
Etagefont reprefentek,fç,avoirx
Apollon peint en Camayeu rouge
surun nuage avec tous Jesattributs3
& degrandeurpresque naturelle
j
la tejkenvironnéed'une
t grande lumiere.,,tenant de la main
gauche un miroir ou ilse regarde,
& au derriereduquelefi le Chiffre
de Adonfeigneur le Duc de
Bretagne
> ayant autour de luy
trois Amours différemment occupe:{
j
dont un découvre ces mots
écrits sur un Cordon.
PLACENT DIJS SIMILES
ILLIS,
Pourexprimerj que le Roy
reprefentéparle Soleil
j
qui est sa
Deviseense regardant en ce
mmiirrooiirr;3)yyvVoOiltt alJec un extrenlC
> avecun extrême
playir, son incomparable Familley
tonfiderée dans Sa PerfonneRoya
lej & les Princes héritierspresomptifs
de sa Couronne-, jimbolifez
par les trois Amours qui ïenvironnent.
CeTableau efl de la grandeur
- de trois bras quarrement, çy* placé
à la porte du balconau milieu des
quatre autres croisees.
A la croijee de la droited'Apollon
j
est peint en bas relief en
Camayeu rouge Mars avec ce
quipeutlefaire connoistrepour le
Dieu de la guerre , ayant sur un
Bouclier qui'lsoutient de la main
gauche, appuyéfùr le genouil
3
le
-<"chiffre couronné en lCe) ttres fleuronnées
de Adonfeigneur le Duc
JeBourgogne
3 & de la main
droite embrassant un Amour3qu'il
regarde en riant3 qui luy ereienteune
branche de Mirthe
3 avec ces
mots
3 IN UTROQUE FELIX.
Pourexprimer3quefieCoeur
de Monseigneur le Duc de Bour..
gogne3 fous lafigure de Mars est
nepourBellone., il efl auJFnépour ïAmour3 qui1Jient de luy donner
l'aimable Prince3donttbeureufe
naissancefaisoit nosvoeux
lespfus
emprejifz
3 & qui fait aujourd'huylesujetde
nosplus belles efferances..
A 14, croijeeoppojee à ceue-cy
JejJùs" à la gauche d'Apollon ejtr
peinte aujji un Camayeu rouge en
bas relief;, Pomone avec les marques
de la Déejje des Fruits3 montrant
une Grenade ouverte quelle
tient de la main droite,& de la
gauche le Chiffre de Madame la
Duchejjè de Bourgogne en lettres
jleuronnées
3
dans un Cartouche
couronnéjjurlequel un Amour*tf'
/f rf~r~ ; appuyéqui leregarde ~~f ;au haut du
TableauJontécrits ces motsx
AMORIS PRÆMIUM.
Pour exprimer, que Aladame.
la Duchesse de Bourgogne3repre-
Jentée par la Dée/Je des Fruits
s
a eu le prix de l'Amour, Monseigneur
le Duc de Bretagne3fous
la figure d'une Grenade qui ve- .,
nant naturellement couronnée est
le Simbole d'une Royale fecondité.
AH Tableau de la Croijee de
la droite de Mars
>
est represente
aujJi en bas relief
y
& en même
Gamayeu rouge, Aîonfeigncur le
DDuuccddecBOretagnedadnansus unn BB,e,,rrcceeaauuy,
Ayant derriere luy un Amour3 lequelavec
un autre Amour qui eflà
Jes piccis
>
tient une Guirlande de
fleurs dont ilsamusent le Jeune
Prince±
Prince,qui paroît en laprenant3
y prendre plaisirj un autre Cupidon
tienten l'air un cordon
}
sur lequel
on lit ces mots3
CUM PARIBUS.
Pour exprimer
>
- que le char- Pr~c~ ~r~ mant Prince reprejenté dans ce
Tableau, eslans lAmour même
il se plaist avec les Amours reg
semblable-s.
A la crotjee oppojeeen regard
de celle cy-dius eil aussi
peint en bas relief, en fcmblable
Camayeu
, un Amour ajJis Jur
unepointe de rocher qui avance
dans la mer> tenant d'une main
de petits cailloux dans une draperie
>
qu'il laisse tomber perpendiculairement
de la main droite dans
l'eauj l'un aprèsl'autre, ouJe
forment plujieurs cercles.) avecces
motsj
LUDENDO CORONAT,
Pour exprimer que les allions
de Monseigneur le Duc de Bre-
- tagnereprejentèes par cet Amour,
luy preparent des Couronnes dés
[on Enfance.
Toutes ces devifis font encore
éclairées en dehors par des flamleaux
decire blanche;Et toutes
les autres Croisées superieures
par d'autres lumieresparticulières.
Les Illuminations ry-dejJus
> ainsi que le Feu
j
furentprecedées
parun Te Detitn., qui futchanté
en musique dans l'Eglise de?
RR. PP.Cordeliers le ij. Aoust
jourde l'Afl-cmption de laVierge;
le lendemain on courut sur des
Barbes dans la grande Place un
Palio du prix de quarante pifo- isleDimanche iy. qui fut
le troiséme& dernierjourde cette
Fefl-e
:J
on tira le Feu:J cy dejjus
décritj & on fit couler pendant
tout le jour la Fontaine de Vin
sur la même Place. Pendant les
trois jourssusdits ily eut des Feux
& des illuminationsparticulières
au bruit de deux cens Boetes
j&
du Canon de tous les Batimens
François qui font dans le Port.
* Mr le Afarquis de Silva,
Consul d'EfyagneàLigournes
scflauffldiflingue dans cetteFesle.
ayant faitfaire pendant les trois
jours de très-bellesIlluminationsa
sa maison
3
quifurentaccompagnées,
lefoir de lacourfe3 du Palio
j
d'une tres-agreable Serenade
de Voix & d'lnftrumens
3
dans
un Salon extraordinairement orné
à ce sujet
>
oùsi trouvèrent les
personnes les plus diftinluées de la
Ville
j & ou il fit donner des rafraichifjemensavecfa
magnificence
ordinaire.
Le jour que le Feu fut tiré
s Adr le Consulde France donna à
dijnerauxprincipaux de la Nation
y
où Mr le Consul d'Espagne
Je trouva; Les voeux que l'on
fait incejfammentpour l'union entre
les deux Couronnes
3 & la
fante de leurs Majestez
,
firent
toute la joye de ce Repas..
RELATION
DES FESTES
ET DES
REJOUISSANCES
FAITES PAR MONSIEUR HENNE QJJ I N
DE CHARMONT, «
AMBASSADEUR DE FRANCE
A
VENISF.,1
LE Vendredyquatrième
Juillet sur les dix heures
du foir Mr l'Ambassadeur apprit
par ses Lettres particulières
de Milan, la nouvelle de la
Naissànce de Monseigneur le
Duc deBretagne,dont il donna
aussi-tost des marques d'une
sensiblejoye.
Le lendemain cinquième,
Mr l'Ambadeur fit allumer des
feux devant son -
Palais où il y
eût plusîeurs décharges &
quantité de vin distribué.
-
Cet Ambassadeur reçût le
onzième par la même voye de
Milan, des Lettres du Roy
contenant les ordres de donner
part à la Republique de cette
heureuse naissance. Il envoya
le lendemain matin le Secretaire
de rAmbassadeauCoHe-j
ge, pour demander audience,j
ce qui fut accordé.
Mr lambassadeur ayant j
tout fait preparer pour les ré- j
joïssances qu'il avoit resolu
de faire, alla au College le
Mcrcredy seiziéme avec ses
quatre Gondoles dorées. Il
avoit avec luy dans sa première
Gondole,le Secretaire de l'Ainbassade
de France, celuy d'Espagne
,son Secretaire & deux
Gentilhommes François
,
le
rcfte de sesGentilhommes étoit
dans la seconde yses Pages
étoient dans la troisiéme & ses •
Officiers & Valets de Chambres
dans la quatrième.Ilétoit
aussi accompagné des François
qui se trouvent établis à Venise.
Il partit ainsi de son Palais
sur les douze heures d'Italie
,
c'est-à-dire à neuf heures
du tnatin, au bruitd'un grand
nombre de boëtes ; il alla
descendre à la petite Place de
Saint Marc.,&precedé de tout
son Cortege, il passa par la
grande Cour du Palais & l'escalier
des Geans, au travers
d'un nombre infini de peuple.
Etant monté au College
•,
il
trouva les portes fermées,selon
la coutume, &un lieu ,. dans
l'antichambre, garni d'unTapis
pour se reposer,cequ'ayant
fait, il fit dire à l'Huissier qu'il
étoitarrive;aussi-tostles portes
luy furent ouvertes;il entra
seul
, & aprés avoirfait les
reverencesaccoûtumées,il alla
prendre place à la droite du
Il Doge & se couvrit,ainsi qu'il
se pratique. Cet Ambassadeur
presenta au Doge la Lettre du
Roy, & après avoir fait un
compliment auquel le Doge - répondit, il se leva, fit les mê- ]
mes reverences qu'il avoit fai-
-
tes en entrant , & sortit par la
mesme porte. Il reprit le mesme
chemin, alla monter dans
sa Gondoleàla petite Place de
Saint Marc, & se rendit à fou
]Palaisau son des trompettes,
des siffres & des tambours, &
au bruit des boëtes; 8cil donna
à cJiner. aux François les
plus distinguez qu'ilavoit invkez-
à cette fonction. Il y avoit
deux tables de vingt couverts
chacune, qui furent servies
jusqu'au mardy suivant. La
feste commença sur les quatre
heures aprés midy par une
décharge deboëtes. Les
Gardes qui étoient en haye
dans le Portique d'enbas laisserent
entrer tout le monde.
Le Palais étoit meublé magnifiquement
: deux gros corps
de symphonie se faisoient entendre
dans le Portique du
premier appartement ; des
trompettes,dessiffres & des
hautbois qui étoient aux fenestres
duPortique d'enhaut,
-& plusieurs tambours qui
étoient hors du Palais se répondoient
continuellement.
On trouvoit outre cela differens
concerts dans chaque
chambre. Les eaux glacéessurent
distribuées. en abondances
par les Pages & Officiers
de Mr l'Ambassadeur. Le pain
fut jetté au peuple, des fontaines
de vin couloient sur la
Biste , où il yeût sur la fin du
jour des feux & des illuminations,
ainsi que dans les cours
& dans les jardins du Palais:
les Escaliers 3c les Portiques
étoient éclairez par de gros
flambeaux de cire. Ily avoit
dans les chambres rluÍieurs
-
Lustres de cristal qui faisoient
un tres-bel esset. Ces plaisirs
durèrent toute la nuit, & finirent
par une décharge de boëtes.
Ces festesfurent continuées
pendant trois jours;
tout Venise masqua & sir paroistre
beaucoup de sensibilité
pour ces divertissemens
, par
le concours des masques
,
des
Gentilsdonnes & de toutes
fortes de personnes qui serendirent
en foule au Palais. Mr
le Nonce, Mr l'Ambassadeur
d'Espagne, le Patriarche dç
Venise, le Receveur de Malthe
& le Resident de Mantoüe
, à qui m'*l'Ambassadeur
avoit donné part de la naissance
de Monseigneur le Duc
de Bretag1ne,- l'envoyerent complimenter hacun par un
Gentilhomme fur- le mesme
sujet.
Mustafa-Aga, Envoyé du
Grande-Seigneur à l'a Republique,
quiavoitfaitcomplimenter
Mr l'Ambassadeur aussitostqu'il
fut sorti de sa quarantaine
,
& quienavoir esté
remercié, luyrendit visite le
vendredy 18% avec deux Gondoles
; l'Envoyé estoit dans la
première avec son neveu, les
Drogmansou Interpretes, &
son Medecin; le reste de sa fuite
- quiétoit environ de quinze per- ronnes,estoitdans la deuxiéme
Gondole;ilfutreçû en basàla
rive, par les Gentilshommes
de Mr l'Ambassadeur
, &: soutenu
par dessous les. bras en
montant l'Escalier par deux
Turcs; les Gardes estoient en
haye
, & la livrée rangée le
lboanssgaddeuurPortique. Mr l'Amle
reçût au bout de
son Portique, prit la droite
sur luy
,
& le conduisit à la
Chambre d'Audience au son
des Instrumens. Mr FAmbarL
fadeur s'assit dans un fautcüil
du costé du Portrait du Roy,
& l'Envoyé dans un autre, qui
estoit vis-à-vis, les Turcsqui
- l'accompagnoient, se rangerent
derriere son fauteüil, 3c
tous ceux du Cortege de Mr
l'Ambassadeurqui montoient
à cent personnes, ou environ,
se tinrent à quelque distance.
Aprés quelques compliment
faits depart & d'autre par le
moyendes Interpretes, on apporta
des Pipes.L'Envoyé fuma
,
& Mr l'Ambassadeur par
complaisance prit une Pipe; le
Caffé & le Chocolate leur furent
presentez
,
ensuite le
Sorbet & des Eaux fraîches.
La conversation dura quelque
temps ,
aprés quoy Mr 1-'Ambassadeur
l'accompagna dans
une autre Chambre
,
où il y
avoit une grande table couverte
de toutes fortes de confitures
&. de fruits les plus
exquis , ce qui fut accompadgn'uén
d'un concert composé
Clavecin & de quelques
Instrumens
,
à quoy l'Envoyé
donna beaucoup d'attention,
témoignant que le Clavecin
sur tout luy avoit fait-plaisir,
cela fut cause que Mr l'Ambassadeur
luy en envoya un
quelques jours après. On apporta
encore des Pipes; les
autres Turcs sortirent de la-
Chambre
, on leur presenta
des Pipes, allumées,duCaffé,
& des Eaux frîches
, ce qu'ils
accepterent, & témoignerent
par mille caresses, en frapant
sur l'épaule des Gentilshommes
de Mr l'Ambassadeur,
qu'ils vouloient du bien à la
Nation Françoise, dont ils ont
toujours donné des marques
dans toutes les occasions depuis
qu'ils sont à Venise. La
Collation finie, Mr l'Ambassadeur
mena l'Envoyé dans toutes
les Chambres de son Appartement
; &: de là dans celuy
de Mc l'Ambassadrice, qui
le reçût sur le pas de la porte
de sa - Chambre. Mr l'Ambassadeur
prenant toûjours la
main sur l'Envoyé. On apporta
du Tabac& des Eaux glacées
:
il fuma de nouveau, &
pendant ce temps on distribua
des Confitures à tous ceux de
sa fuite, on leur presentaaussi
des rafraîchissemens
, & ils fumerent
aprés en avoir pris; les
Gentilshommes de Mr t'Ambassadeur,
&quelques Officiers
François qui estoient pour lors
à Venise fumerent aussi. L'Envoyé
ayant fait sa visite à M'
l'Ambassadrice, elle l'accomcompagna
jusques sur le pas
de la porte de sa Chambre, &. 4
Mr l'Ambassadeur le conduisit
dans le Jardin de Mc l'Ambassadrice
,
où l'on suma encore
sur le Pontil qui donne
sur la Mer. Pendantcette visite
le Palais de Mr l'Ambassadeur
avoit esté fermé pour
éviter la foule ; il fut ensuite
ouvert à tous les masques, &
Mrl'Ambassadeur laissa l'Envoyé
sur le Pontil joüir du
frais avec plusieurs de ses Gentilshommes.
Un peu aprèsle
Soleil couché, l'Envoyé voulant
faire sa priere osta sa Robe:
rouge, & resta en soutane
blanche, se lava le visage
)
la
barbe,la telle" les bras &: Ici.
pieds, ensuite on le conduisit
dans une Salle où il y avoit
pour cet effet un Tapis esteni
du par terre;&là il fit sa priere
à portes fermées. Cette cere- j
monie estant achevée, il fut
conduit par les Gentilshommes
dans l'appartement de M
l'Ambassadrice, où il demeura
jusqu'à onze heures du soir,
& d'où il vit le Feu & les Illuminations
,
Se regarda avec
attention tout le concours du
peuple,&sur tout les fusées,
& autres feux d'artifices qui
luy plurent infiniment : il se
promena dans tous les Appartemens
au milieud'unnombre
infini de masques; aprèsquoy
Mr l'Ambassadeur luy fit entendre
un Hautbois dansl'appartement
de MC l'Ambassadrice,
dont il parut touché ;ensuite
ayant pris congé de Mr PAm*.
bassadeur & de Me l'Ambassadrice;
Mr l'Ambassadeurl'accompagna
jusqu'au bout de
son Portique, & ses Gentilshommes
miqu'ala Gondole.
Le Dimanche
2. 0. sur les
six heures aprésmidy, MPAmbassadeur
alla rendre la visite
àl'Envoyé Turc, avec ses deux
premieres Gondoles. Il estoit
dans la premiere
, avec le Secretaire
de PAmbafïide
,
ses
Gentilshommes & Ton Secretaire.
Ses Pages & les Valets
de Chambre estaient dans la
sécondé
; les Officiers François
suivoient dans leurs Barques.
Mr l'Ambassadeur estant
arrivéauPalais de l'Envoyé, sur
reçu à la rive par les deux Drogmans,
les Turcs estant en haye
dans la cour du Palais. L'Envoyé
qui estoit au haut de Fercalier
reçut Mr l'Ambassadeur j
& le conduisit, en partant par
plusieurs chambres, & en luy à
donnant j
-donnant toujours la droite,
dans la chambre.d'Audience,
oùestoient deux sauteüils, & où Mr l'Ambassadeur eut la
place d'honneur. Apres quelquescomplimens,
on leur apporta
du pabac
,
quelques especes
de confitures liquides,
du caffé & du sorbet, ensuite
ils furent parsumez. Les Turcs
firentfumer tous ceux du cortege
de Mr l'Ambassadeur ,-&
leur presenterent ducaîîe,,des
confitures liquides & de l'eau
de violette ;
ils furent aussi
parfumez. La conversation
ayant duré plus de deux heures,
Mr l'Ambassadeur se leva
& fut accompagné par l'Envoyé
jusques sur la première
marche du degré, & reconduit
jusquà sa Gondole par le
neveu de l'Envoyé & un des
principaux de sa fuite, qui le
tenoit par dessous les bras à
la maniere Turque; les deux
Dromnans suivoient,&le reste
de la maisonestoit en haye.
L'Envoyé se tint à la senestre
jusqu'à ce que les Barques de
Mr l'Ambassadeur fussent un
peu éloignées,se faisantl'un
a l'autreplusieurs reverences
réciproques.
Mr l'Ambassadeur ayant remis
au Lundy à faire chanter
Je Te Deum à cause d'une fonction
de la Republique qui se
-foifoit le Dimanche
, au Redempteur
, avoit envoyé inviter
a cette ceremonie Mr le
Nonce, Mr l'Ambassadeur d Espagne
& mc l'Ambassadrice,
Mle Receveur de Malthe, ML:
le Resident, Me la Residente de
Mantoüe
,
Mr le Duc & Me la
Duchesse de Sforze,&plusieurs
autres personnes de considerar
tion. Tous ces Ministress'estant
• trouvez sur les onze heures de
France à l'Eglised'ella Afalon.t
dellorte,Mr l'Ambassadeur sortit.
de fou Palais au sondesAsisfres
, des hautbois, des trompettes
& des tambours; les
Gardes estant en haye. Sa maison
marchoit la premiere, 8c
ceux ducortege venoient ensuite
,au nombre de plus de
deux cens personnes,
Mr

l'Ambassadeux marchoit
le - dernier, en justaucorps
& en manteau noir, l'épée
au costé ?ainsi que le Resident
de Mantouë, qui l'accompagnoit.
Il arriva en cet
ordre à l'Eglise où il fut reçu
par les Religieux du Convent
qui luy presenterent l'Eau-benîte.
Il seplaça à l'endroit qui
luy estoit preparé du costé de
l'Evangile,vers lemaistre Autel,
où il y avoit un fauteuil de
velours cramoisi, garni d'un
grand galond'or
y
qui estoit
sur une estrade élevéede deux
marches, & couverte d'un
grand tapis de velours aufïr
cramoisi, avec un large galon
d'or tout autour, deuxgros
coussins de drap d'or, l'un
pour s'agenouiller & l'autre
pour s'appuyer. Un autre lieu
de mêmecosté garni de tapis,
estoit destiné pour les Darnes^
Ily avoit trois grands fauteuils,
MI: FAmbauadrice estoit dans
celuy du Inilien, Me l'Ambassadrice
d'Espagne à la droite,
& Me la Duchesse de Scorze à
la gauche. Au sécond rang
estoient d'autres fauteüils
dontMela Residente de Mantoüe
occupoit le premier ;
il y
avoir pluneurs autres rangs de
fauteüils pour les Dames <5c
pour les Cavaliers. Mrle Nonce
vint incognito
,
ainsi que Mr
FAmbanadeur d'Espagne qui
n'a pas encore fait son Entrée.
Mrle Receveur de Malthe s'y
trouva aussi incognito.Tous ces
Ministres prirent place dans le
Choeur des Religieux. Mr le1
Rendent de Manioue occupa
le lieu qui luy avoit esté dessiné.
L Eglise estoit tapissee de Damas
cramoisi garni de galons
d'or; il y avoit sur unéchaf-
:
faut un corps du Muliciens
r
composé de plus de quarante
personnes. L'Abbé officia pontificalement
:
la Mesle &: le Te
Deum furent chantez en Musique
: il y eut trois déchatges
de Boëtes, une au Gloria in excelfis,
une autre à l'Elévation,
ëc la derniere au commence-»
ment du Te Deum. La Ceremonie
estant finie, Mr l'Anrbassadeur
retourna à Ton Palais
dans le même ordre qu'il
en estoit forti. Tous les Ministres,
Mr le Duc de Sforze &
les Dames qui avoient esté in- ; vitées se rendirent chez luy
il leur donna un superbe dîner,
ainsi qu'aux personnes les plus
distinguées
,
& aux Officiers,
François qui avoientfait corte- ?
ge àla fonction. Il y avoir trois
tables dressees de 10. couverts
chacune, Mr l'Ambassadeury
).Jc l'Ambassadrice, tous les autres
Ministres & Dames occuperent
la premieretable. Les
deux autres furent servies avec
beaucoup de grandeur &de
magnificence. Aprés le dîner
les Damestinrent cercle;l'Envoyé
Turc vint pendant ce
temps-là ; ilavoit esté invité à
la Feste qui se devoit faire le
soir par Mr l'Ambassadeur
; il
fut reçu ainsi qu'il s'estoit déja
pratiqué,&conduit dans l'appartement
-
de Me rAmbanadrice.
Aprés qu'il eut salué M*
l'Ambassadeur, Me l'Ambafla-•
drice
,
les Ministres & les Dames
, ilentra dans le cercle &
prit part aux plaisirsdel'Assemblée
,donnant souventdes
marques de sa vivacité &.desa
politesse. L'heure estant venuë
de la Priere, il prit congé de la
Compagnie, demanda d'estre
conduit au mesme lieu où il
avoit déja fait sa Priere, ce
- que firent deux Gentilhommes
de Mr l'Ambassadeur. Sa
Priereestant finie,il vint prendre
le frais sur /f Pontil
,
qui
donne sur la mer; on luy servit
des pipes, quelques temps aprés les Pages luy presenterent
du caffé, & des eaux glacées.
Les deux Gentilhommes
de M l'Ambassadeur restant
toûjours pour luy tenir Compagnie.
Les Turcs de la suite
fumérent , burent du Caffé &:
des Eaux glacées. Sur les neuf
heures du [air, on le vint avertir
quela Serenade alloit commencer
; ainsi il serendit dans
l'appartement de Mr l'Ambassadeur,
oùil trouva une fenestreornée
de tapis,ainsique
toutes lesautres fenestres &les
balcons du Palais. Il y avoiten
face un Theatre dressé sur lecanal
où estoient élevées les
Armes de France, enrichiesde
festons, & ornéesdepilastres.
Ce Theatre estoit garni de
tapis,&toutilluminé avec de*
lfambeaux de cire & un nombre
infini de bougies, de maniere
que tous les environs
estoient éclairez
; il avoit une
balustrade tout autour, & des
orangers dans les angles; au
milieu estoit un espece d'Amphitheatre,
où estoient placez
deux Musiciens & deux Musiciennes,
&plus bas deux bancs
où estoit un gros corps de Simphonie,
composé de soixante
Instrumens les plus recherchez.
Le sujet estoit un Poë- ;
me à la loüange du Roy &sur
la naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne;il en futdistribué
un grand nombre d'exxcenmlppllaaiirreess.
. LLaaMMuussiiqquueeaavvooiict
été composée exprés par un des
premiers Maistres d'Italie. On
presenta la collation & des
eaux glacées aux Ministres & à
toutes les personnes de rang
& de distinction que Mr l'Ambaffadeur
avoir fait inviter.
Tout le canal estoit rempli de
barques. Les Palais &: les maisons
d'alentour étoient si pleins
de monde, que les places furent
loüéesjusqu'à deux louis.
Ce n'estoit par toutqu'échafsauts.
L'Envoyé Turc fut
charme de cette Feste
, de se
tint toûjours à la fenestre, [cul
avec Mr l'Ambassadeur, qui
après quelques intervalles de
temps ,
luy ayant fait demander
sila Musique & les paroles
luy plaisoient, & s'il ne s'ennuyoit
point: il répondit, qu'on
ne s'ennuyoit jamais quand on
entendoit les loüanges d'unsigrand
Roy. La Musique estant finie,
il prit congé deMrl'Ambassadeur
& de Me l'Aii-ibiffidrice,
&: leur dit qu'il se souviendroit
éternellement de toutes
leurs civilitez. Il fut reconduit
jusqu'à sa gondole,ainsi que ;
tous les autres Ministres.
Je vous ay déja parlé des
réjoiïiffances faites à Rome
par Mr leCardinal de Janson;
mais ce que je vous en ay mandé
est si imparfait, que j'ay
crû devoir vous envoyer la
Lettre suivante, où vous trouverez-
tout ce qui s'est passé
dans Rome à l'occasion de la
naiflfance de Monseigneur le oDucdeBretagne.
A Rome, le 30. Juillet 1704.
tp~-f~"
.M,-. 7? Onfieur le Cardinal de
Janson ayant reçu leftxieme
ilt, ce - n - - decemoispar un Courier extraordinaire3
la nouvelle de ïheureuxaccouchement
de Afadame
la Duchcjje de Bourgogne
,de la naijjance de Monseigneur
le Duc de Bretagne ,
se transporta
aujji-tofl au Palais pouren
faireparta Sr'a Sr'ainteté eIUY
remettre les Lettres de Sa Majessé
& de toute la Famille
Royale>&pritensuiteles me-
Jures necejjkirespour celebrer cette
grande fesle avec une pompe &
une magnificenced>gnt de Jon *Le Dimanche vingtième
>
, fut le Jour dcJhnépcur con;r)ic7icer les
ftjoiÚjJànces : prejque toute la
Prelature;, quantité de NobleJJe
0* lesNationaux étansvenus au
PalaisdefonEminence^onprésenta
à tous ceux qui sy rendirentune
quantité proaigieufe de Sorbet.) de
Limonades.) de Liqueurs & de
Chocolate.) & elle en partitsur
les neuf heuresyfuivied'un cortege
deplus de quarante Prélats
j
de cinquante Seigneurs Italiens
.J' & d'un grand nombre de Nationaux
Espagnols c7 François
>
qui
remplijjoient quatorze de ses carojjes
> &plus de cent autres de
fuite avec une neuve & magnifique
livrée
3
gfifc pourse rendre àÏEde
saint Louis..) ornée de
juperbes tapiffiries de brocardsjde
velours., de damas cramoijts; le
tout garny de crespines & de ga- * lons d'or3 dontle mélange étoitsi
bien diflribué
> que l'art ne pouizJoitrien
produire deplus beau;
le Portail étoit aujJi orne de riches
tapijJeries.
Afejjïeurs les Cardinaux Pignatelli
& d'Arcpiien y afjïjïerent;
Mr de Lionne3EnjeJcjue de
Rosalie célébraPontificalement U
JlfeJpj& entonna le Te Deum,
qui fut chanté par une Musique
de quatre-vingtvoix & injïrumensau
bruit de quantitéde
boîtes
j
de tambours ç? de mute
pettes j
dont lesfanfares jaijoient
retentir la Place& les ervuirons.)
& rendoient cette [eftc également
pleine de grandeur & de joye.
La Reine de Pologne & Mon--
sieur l'AmbaffadeuKd'Espagne sytrouvèrentincognito
; la Alejjeétant
finie
y
Jon Eminenceretourna
en Jon Palais dans le mefme
ordre quelle en éloitpartie.,
accompagnée des Prélats & de
quantité de Seigneurs3 où l'on
avoit preparé un somptueux repas,
quifutJervi avec uneprofusion
de mets lesplusdélicats, y une magnificence a laquelle il
jtefpOHVOit rien ajouter. Monfleur
le Cardinal PignateUi &
Aîonfteurl'Ambassadeurd'EJpagney
disnerent; ilyeûtqnarantehuitcouverts
à la premieretable;
trois autres furentservies en mef
metemps>&-on
*
donna a manger
CfMf* ~/r ~f MM~y. a plusde cent cinquante perflnnes.
Son Eminence avoitfaitdiftrihuer
des aumosnes considerables
aux Consens des Mendians3 aux
pauvres Religieuses3aux Prifon*
niers
3
a tous les Pauvres de sa
ParoifJe
j & aux Nationaux
honteux
:J
quifont difperfe% dans
les quartiers de la VIlle.
IJne fontaine de -vin de Lacri^
ma de Naples coula abondarwnï
pendanttout lejour devant le PalaisdeJon
Eminenceje l'on entendoit
continuellement des cris de
jaye qui faisoientretentir de tous.
costez
j viva il Ré, viva Francia.
Son Eminence^ayant invité le
SacréCollege pour jouir des divertiffemenspréparé%
pour cette
feste
j & voir un feu.d'artifice
quiJe devoit tirer le mejkiefoir>
plusieurs Cardinauxsj trouverent3
plusieurs Princes
>
quantité
de Noblessè & un nombre infini
de personnes de toutu Nations.-
Madame ïjimbajfadriced'Espagne
j que Monsieur le Cardinal' d,e lanson avoit priéde vTo;oul~oyir
biendisposerd'une partie deson
Palais
y
s'y renditsur le foirr
Madame la Connefiable Colonne
Madame la Princejje de Piombin,
Mefdamules Duchesses d-Altemps
& de la Rocca;, (7 plufleurs
Dames vinrent tenir compagnie
à cette Ambassadricej çy*
prendre part au divertissement.
Les Eaux glacées
>
Sorbets
, Limonades,
Vins, ConfituresJechesx
Biscuitsfurentdiflnbue^ pendant
etouxtetrlaaf"oojiprércdaivnecauinreelpr.oJfuJsion
Les ChambresduPalais magni--
fiquementmeubléesJtoientornéesde
kiauxLuilres,de Placquesdargent
&de Girandolessur les table*3 qui
rendoient les Appartemens aussî
clairs que pendant le plus beau
jour. Toutes les fenejlres étaient
illuminées par de grosflambeaux*,
dont on anjoitmis deux à chacune
des trois étagesj& une douzaine
au grand balcon. On avoit diftri..
buédes lanternes & des lampes
dans toutes les rues proche du Pa+
laisj & aux Franfois & autres
perjbqnes de la Ville qui en aboient
demandé.
La Place sembloit un beaeJ
Theatre éclairétout autourparune
grande quantité de flambeaux,
queMr l'AmbaJJàdeurdeVérifia
MrDajji & d'autres Seigneurs
qui y demeurent avoient fait
mettre à leurs feneflres
> & qui
étoient remplies de Cardinaux
de Princes
y
de Princejjes & de
presque toute la Moblejfe de la
Ville. Les rafrakbijfemens ne furent
pasépargne%ilsfurent
servis chez Mr l'Ambass-aueurde
Venise avec une magnificence digne
de luy.
On tira pendant une hettre quantité , de belles & grojjes Jufées
j &sur les neuf heures du
foiron alluma le feu au bruit des
fimbales, des trompettes ehautbois
dont ily auoit trois choeurs
dans
dans la Place, & qui s'étoient
fait entendre pendant la plus
grande partie du jour.
Le feu d'artifice étoit d'une
grandeur extraordinaire;, & representoitun
édifice oéhgoneorne
de quatre Arcs chargez des Armrs
de France-, de Daupbinéde Bourgogne&
de Bretagne
>
consacre'{
à Louis le Grand & aux trois
Louis ses Succcffeurs. Le Soleil (devise de Sa Majesté) étoitsur
le haut: au dessous étoient posees
la Fécondité& la Félicitépublique.,
qui sembrassoient:auxquatre
coins les quatreÉlemens de la
maniéré que les Anciens les i-cfrefentoientfous
laifgure deque.
tre Divini'te.:C. Dans les quatre
angles obtusj qui formoient un
célogone imparfait, étoient quatre
Cariatides couronnées ainsi que
les Saiflns" defleurs>d'épies &
depampres>posées entre
les
Arcs
pour soutenir l'édificej qui étoit
orné de trophées d'armes& defestons.
L'allusion nétoitpasdifficile
à faire; les Elemens & les Saisons
semblent obeir également à
Sa Majestë, & les grandes conquefies
qu'elle afaites pendant les
Hyvers,font alPz connoifire que
rien ne luy efl impojjîble dans les
faisons lesplusrigoareuses & les
moins praticables.
Le lendemain Sa Sainteté
ayant tenu Confiflaire
>
le Te
Deum qui devoit eflrechante
dans l'EglisedeJaintJacques de
la nation EsPagnole
j
fut différé;
parceque Monsieurle Cardinalde
JanJon estoit prié d'y ajjijler
> &
il en fut chanté un j
precedé d'une
MejJe haute dans l'EgJifè de
Jaint Yves
>
de la nation de Bretagne
j
dépendante de celle deJaint
Louis
j parune tres-belle musique,
au bruit de quantité de boëtesi ce
qui s'est pratiqué dans les autres
Eglijes nationales.
Apres le Cûnfjloire„ Son Eminoncefl'
rendit au Palais de Adorysieur
le Duc d'Uceda dmbafja^
deur d'EJPa;sne
3
qui donna un
superbe repas aruecsa magnificence
ordinaire
3
.& Ion compta à la
premicre table plus de quarante
ConvieK. Une fontaine de Vin
coula devantJon Palais
-1
quifut
illuminépendantles trois
Joirs
de
quantitédeflambeaux aux fenêtres
des deux appartemens
3 &de
pots à feux dans laplace.) où l'on
tirasur les neufheures., un beau
feu d'artifice.) representant les quatre
parties du monde>avec un Soleil
levant.
La Compagniefut nombreuse
Chole. Aionfieur le Cardinal'
de jinjon
>
plusieurs Princes &
Prmojjes(quantité de Seigneurs
& de Dames sy trouvèrent. Lis
rafraîchififiemens y furent difiribuez
avec profujïon
3 & rien ne
manqua au divertijjement & a
la magnificence. Il est sans contredit
j que la nation Espagnole
a marque en ce rencontre unejoye
parfaite
.,
qui n'a pas même cédé
a celle des François3quelquegrande
qu'elle ait estéschaqueparticulier
ayant donné des marques d'un
grand zele
, & d'une passion extraordinaire.

Le mardy
3
ALonfteur le Cardinal
)
qui avoit eslé prié par
Adonfeuridmbafadeur d'Efta*
gne 3
d'ajffler à la Adesse & au
Te Deuim, dans l'Eglise nationale
desaintJacques3y alla avec
un nombreux co•rtège de trente- trois Prelats
3
cinquante-un Seigneurs
Italiens;, & quantité de
nationaux. Son Eminence futreçuea
l'entrée de'l'Eglisesuperbement
tapifée parMonfiturl'Ambajjadeur
j
qui taccompagna a la
Sacrifie
3
d'où elle alla prendrefa
placeauprès du grandAutel, avec
AfeJJïeurs les Cardinaux Pignatelli
&darqiiicp,, qui Je trouvèrent
aussi à cette Cérémonie. La
Jbfejje fut chantée par Mr de
Lionne Evêque de Rojalie
_> e
ensuite le Te Deum par une
Afufiquecomposée des plus belles
voix & des meilleurs Inflrumens
de Rome
„ au bruit de quantitéde
Bottes & de Trompettes. Son
Eminence regalad'unJomptueux
diner les Prelats&Seigneurs Erpagnols
,
&si la Compagnieparut
tres-satisfaite de la magnificence
du repas elle ne le fut pas
moins des manieres toutes honnêtes
& engageantes de ce Ministre.
-
Le concours nefut pasmoins
nombreux leJoirdu mardy
3
qu'il
lavoit esté le Dimanche:plufieun
Cardinaux3Monpeuridmbajjadeur
d'EJPaznc
3 & quantité de
Princes & de Seigneurssyrendirent.
Madame nibaffadrice sy'
trouva avec Madame la Connétable
ColonneMadame la Princesse
de Piombin & plusieurs
Dames
3
pourjouir du divertijjèment
d'uneSerenade
3
qui devoit
Je faire dans la Place
, par ordre
de Son Eminence. Le balcon du
» Palais efloit orné de riches tapis3
& éclairé par des grands luflres
de crijlal : on diss-ribua à l'ordinaire
une quantitéprodigieuse
d'eaux glacées, de Jorbet
3
de limonade
jde chocolaté
j
de vins &'
itautres liqueurs avec des confitures
séches
,
non-seulement a toutes
les perjonnes qui essùient dans
le Palais
3
mais on en porta à
tous les Carroffis qui rempliffoient
la place
> avec des Livres contenans
les Vers de la Serenade3 qui
estoit dédiée à MadamelAmbassadricedEfpagne.
Quatre grands Carojjes découverts
étoientrancgez dans la place,
éclairez de sizegrosflambeaux*
&de quantitédeBougiespourmettre
les Musiciens & quelques
Inflrumens; lesautres efloientautour
de ces Caroflès au nombre de
quarante j & ily en avoit deux
autres Choeurs sur deux balcons
de la place
>
qui devoientformer
deux Echos.
L'ouverture se fit parune belle
Symphonie du fameux Archange
Corelli,Bolonois : les trois
meilleures
voix
de Rome
j accompagnees
de la Symphonie chante- r rent des Vers faits a la louange
du jeune Prince, Duc de Bretagne
,
&la Serenade finitparun.
Viva il Gran Luigi viva
j au
bruit de C> tous les Infirurqens
3 cr 7" d'un concert de Trompettes
>
qui
accompagnoft la Symphonie.Apres
quoy Archange en fit une autre
avec deux Echosqui se repondoient
y & qui termina toute la
Serenade_> qui fut écoutée par un
nombre infini de peuple avec un
grandsîlence>& qui n'a eu d'autre
defifaut que d'avoir paru trop
courte quoy qu'elle ait duréprés
d'une heure & demie.
Le Palais de Mr l'Ambassàdeur
de Kenije
3
qui ejlvis-a-vis
celuy de Son Eminence
3
efioit illuminéde
quantité deflambeaux;
& les fencflres remplies de Cartlinaux,
de Seizneurs C- de Darnes
3
quifurentregalez de toutesfortes
de rafraîchiffimens. Mr
Daffifit la même chose chez luy,
t.osrutotuetesslleessmmaaiisfolnnss de la fpIlaa--
ce faillirent leur exemple.
L'illumination qui a duré trois
jours j a estégenerale par toute la
Ville; lessajetsdes deux Couronnes
eslans disperse'{dans tous les
quartiers & nj ayantpointde
rues
>
où l'on naît njeu des Palais
& des maisans illuminées
de flambeaux
>
de lanternes cr
de lampes. Le Portail de ÏEghfade
saint Louis a eslééclairéchaquefairpar
ungrand nombre
delfambeaux3parsept cens lanternes&
par quantiitéd'deeppootrss àafeuuxx:-
celle de afint Yves
3
le Convent
des PeresAlunîmes de la Trinité
du Afontj ceuxdeafintAntom^
¿es Trinitairesy & des Picpussi
font ftgnalez. L'Eglise de saint
Jacques de la nation
Espagnole s'efl TT~M~~ j// ~0~i~&~MO~
y~ir.
aussi dflinguée par une belle illumination
deflambeaux, &toutes
celles qui dépendentdela Couronne d-'EsPagne oo~nft faitccoon~n/ïaoîtrr~e /lce~urr
%elej & marque beaucoupd'émulation
en ce rencontre. La Basilique
desaint Jean de Latran
J
qui efklapremiereEglifedu monde,
&quiefl fous la protection de Sa
Majesté;les Jacobinsj les Carmes.,
dont les Generauxfont Franpis>
aujjï-bienqueceluy des Minimes3ont
faitlamêmechose
3&
Japluspart ont mis desflambeaux
à leurs fenestres
j ce qui a eslé
pratiquépar les Expeditionnaires
& autres Nationaux François
&Espagnols, habituez en cette
j , Villej (7 iln'y a pas eu jusqu'att
moindreArtijan qui n'ait signalE
jon zele.
Mr Giori3 Agentd'EJpagney
(7 plttfieurs autres Je font dijltngu£
par desilluminations
3
pardes
serenades &pardes rafraîchiffimens
j comme aujji les Geniaux
Au CaffeFrançois
, en place Nabonne3
qui avoientfait dresser un
Trônefias unDais ou eftoicnt
placez les Portraits de Sa Sainteté,
de Sa AîajeJléjdu Roy d'Ejpa*
Ine, de Afonjeigneur
j
de AîeJL*
feigneurs les Ducs de Bourgognet
&deBerrj & dujeuneDucde
Bretagne3 avec quantité deflambeaux
j
de boetes
-,
de trompettes
&de tambours. Onacomptéchaque
Joir dans lesprincipales rues
de la Ville plus de trois mille
flambeaux; cbojeinouïe
J
même
dans les réjouijjances qui JeJont
faites pour la création des Papes.
Romene JeJouvientpas
j
d'avoir
jamaisnjeu uneFesleplusuniverselle3
MonfièurleCardinalde
JanJon a receu les applaudijjemens
que mententJon zele &Ja maznificenfe.
L'Ouvrage dont il eO: parle
dans cette Relation, qui sur
chanté dans cette feste & donton
distribua des Exemplaires1
dediez à Madame la Duchefîç'
d'Uceda AmbassàdricedEspagne
,
étoit un Dialogue en- 1
tre la Gloire, la Renommée&*
la Valeurquipublioient à
l'envi tout ce qu'elles avoient
resolu de faire en faveur de
Monseigneur le Duc de Bre- :
tagne. La musique de ce Dialogue
étoit de la composition
du fameux FrançoisPosterla,
Romain.
Les réjoüiss-ances faites àJ
Rome pour la naissance de
Monseigneur le Duc de Bretagne
finirent par la feste que
vous trouverez dans la Lettre
que vous allez lire.-
A Rome, le 26. Aoust 1704.
MOnfieur le Prince de Palettrine
à renouvelle les réjpuijjances
de lanaissancedeMonfiigneur
le Duc de Bretagne par
une tres-belleSerenade qu'il donna
Dimanche dernier^à Madame
iPAAmmbbaafeiaadricedEfyaoyie3.acjui t a. qut
elle hou dediée
,
d'une maniéré
fort galante.. C'était trois Chars
tous dorez & richement orne=(. ,
rirek parsix chenaux
j
qui partirent
du Palais Paleflrin& vinrent
en Place d'E/pagne. Dans
d,eux étoient tous
lesjoueurs d'in.
ftrumens
j & dansl'autre trois
chanteufs. Le Prince conduijoit
luy-mesme le char où étoient les
chanteujes
3 & les deux autres
Chars étoient conduits par des
Cavaliers Romains ,Jes Amis.)
tousfortrichement parez. Toute
cette marche étoit éclairée par
trente-fîxEjfciffiers desa livrée
avec desflambeaux. Ils avoient
tous des cocardesblanches &
rougesjdes Plumets blancs,& des.
chapeaux bordezd'argentJauffibien
que tous les Musiciens. La
Serenade fut tres-helleparlacornposition
j par les voix f'!i par la
quantitéd'instrumens quifaijoient
une agréable [ymphonie. La fejl?
deJaint Louis efiant le lendemain.
&Monsieur le Cardinal de Janbfianjjaadyeaunrttdr'aEiJtpéaMgonnesieur
lAmavec
tous
les Prelats & Cavaliers Romains,
Afonjîeur le Prince' dePa*
leftrine voulut aussi honorer cette
feste & vintfaire la mesme serenade
à la Place de saint Aiarc>
où elle eeuûttpplluuss dd''ééclàt, parce que
la Place nejlpassivajtequecelle
d'Espagne. Sa marche parut en--
core plus belle
>
étant njenu tout
Ole lonz du Cours. Madame l'Am- d'EJPagne
',
bajjadriced'EJpagne A~t~/M~ „ Madame
la Princefifie de Paleflrine &Madame
la Princejjè de Piombin.
entendirent cette Serenade dans le
Palais de Monsieur le Cardinal
dPeréJlaantsJ&odneaNinosbiqlueejjeb.eaucoup de
Prelatsede Son Eminencefit
diflribuer par tout quantitédéboutésfortes
de rafiraichip
femens.
- Mr de Waldor
,
Resident
de Sa Serenité Etcéèorale de
Cologne auprés de Sa Majesté,
penetré d'une profonde veneration
à la vûë de tout ce qui
rend ce Monarque l'admiration
de son siecle, a fait ériger
dans le jardin de la maison
de Rüel une figure pedestre de
Sa Majesté grande comme nature
,
faite par le Sr de Fer,
Sculpteur. Cette figure est accompagnée
d'attributs,de devises
, de trophées &: dejeux
nouveaux instituez en l'honneur
de S. M. Mr de Waldor
afait placer aux deux costez de
cette
Ï!-rurcpour
lui servir d'ornemens
deux trophées, dont
il nomme l'un trophée de Louis
le Grand. Il cft composéd'armes
à l'usage de ses Sujets. Le
second trophée qui regarde les
Arts libéraux, est composé de
divers instrumens & autres -
representations qui les font
connoistre, entre lesquelles on
voit une regle dominante sur
le tout, pour marque de la
justesse &. de la regularité de
ces Arts, & plus encore du
Roy qui les protege.
On lit au piédestal de cette
figure, un Sonet de la composition
de Mr de Waldor, qui
marque le sujet de son érection.
Enfin à la quatriéme face
du piédestal & derriere la sigure,
on lit ce qui fuit.
INSCRIPTION.
Ouon njoje en divers endroits
du Royaume des figures de Louis
le Grand érigées par des Peuples
François>cessl'effet assiz naturel
d'un amour rejpeélueux &de
la profonde vénération des Sujets
du meilleur> comme duplus grand
Roy du monde.
Mais qu'unAdiniflre étranger
donne icy des marques publiques
de cette vénération3cess une
preuve de ces sentimens dont on
estpenetré indépendamment de.et
qu'on doit àfionSouverain C&
que connoiflre ce Monarque
>
le
cherir& tevenèrer eflunrmefmc:
Chose.
-'.
C'eftpour
fernjir de Monument
a cette ixri•tty & N - ,aune éternellereconnoijjance
j que le Sr
Jean-Baptiffe de Waldor3 Resident
de Sa Sérénité Electorale de Cologne:
sprés de Sa Aîajeflé, afait
trigercetteifgurelan1:704.
Jenevous parleray pointicy
des Attributs qui l'accompagnent
,non plus que - des Devises
& des Jeux nouveaux instituez
en l'honneur du Monarquequ'elle
represente , puisqu'on
puisqu'on a imprimé une Dissertation
sur l'érection de la
figure dont je viens de vous
parler vou toutes ces choses
sont amplement décrites, &
particulierement le sujet qui a
adonne lieu d'ériger cette figure.
Chacuns'empressant à l'envi
de faire voir le zele qu'il apour
le Roy, Mr de Maiz de la
Flêche en Anjou,a continué
de faire voir le fien parles paroles
suivantes.
AIR NOUVEAU.
Seigneur entends nos voix de ton
jejour heureux,
Daigne exaucer nos voeux.
Remplis nojhe grand Roy de 14
vive lumiere3
Soumets à son pouvoir la terre
toute entiere:
Comme elle ria quun Dieu,
quelle n'ait plus qu'un Roy.
<5
lui
Tu regneras par ; comme Il luy
3 il
regne par toy.
Dame Marguerite Colbert,
âgée de quatre-vingt-quatre


artsSe demi, & veuve de M1>
Vincent Hotman
,
Seigneur
de Fontenay & autres lieux,
Maistre des Requestes
,
puis
Intendant des Finances & enfuite
Intendant de la Generalité
de Paris & Conseiller
d'Etat, mourut le 27. du mois
de Juillet dernier. Feu Mr Hotman
son Epoux étoit tresdistingué
par son merite & par
sa capacité. La maison de Mr
Hotman étoit originaire de
Silesic & s'établit à Paris au
commencement du seiziéme
| siecle, [clan le sentiment de
Mr Baillet. Il y a encore aujourd'huyplusieurfamilles
dit
nom de Hotman à Brcfiaw; «
Capitale de la Silesie, d'oùsont
descenduës plusieurs autres j
établies dans la Lusace, dans
la Misnie, dans le Pays de Cleves,
&c. Lambert Hotmanfut
le premier qui passa en Francepour
porter les armes au fervice
de Louis XI. Il se maria
avantageusement àParis. Jeanj
Hotman son fils aîné
,
fut si l
riche, qu'il fit compter de tresgrosses
sommes pourla rançon
de François I. Pierre Hotman,
le dernier des dix-huit enfans
de Lambert, fut Maistre dçs
Eaux & Forests, & ensuite
Conseiller au Parlement de
Paris. François Hotman son
fils aîné, fut un des plus grands
Jurisconsultes que la France
ait eû.Ilfît de grands progrés
dans l'étude duDroit Romain
& dans celle des belles Lettres.
Il s'entesta mal àpropos des
nouvelles opinions dont la
France commençoit alors à
tftre infectée
; il alla à Lyon
pour en faire une profession
plus libre; c'est dans cette
Ville qu'il publia son Commcntaire
,
Ad titulum institutionum.
de actionibus. Il avoit
déja publié un petit Livre,
De gradibus cognationis. De
Lyon il alla à Lausane,il passà
en y allant, à Geneve où il
demeura quelque temps dans
la maison de Calvin. M" de
Berne luy donnerent l'employ
de Professeur aux belles
Lettres. Il s'y maria avec
Mlle Cfaudine Aubelin de
la Ville d'Orleans,qui s'y étoit
réfugiée pour le fait de la Religion.
Le bruit de son merite
s'etendit si loin
, que les Magistrats
de Strasbourg luy offrirent
une Chaire de Jurisprudence,
& pendant qu'il en
faisoit les fonctions,il se vit
recherché par le Duc de Prusse
& par le Landgrave de Hesse.
Enfin Jean de Montluc luy
persuada d'aller enseigner le
Droit à Valence, & il s'en
acquitta si heureusementqu'il
releva la reputation de cette
Université. C'està Sancerreoù
il écrivit son excellent Livre
DeConsolatione. Jean Hotman
fut son fils. Le Supplement de
Moreri avance qu'Henry Hotman
né à Cleves l'an 1466.
fut le premier qui passa en
France; mais j'aime mieux
suivre Mr Baillet.
.., Mre Louis Emery, Marc
de la Ferté
,
Chevalier Seigneur
de Tibermenil
,
Saint -
Leger,&c. Conseiller au Parlement
de Roüen, mourut au
commencement du mois dernier.
Il a exercé pendant plusieurs
années la Magistrature
avec une grande satisfaction
de la part des Peuples de Normandie.
Il y étoit aimé & réspecté
,
-
& sa memoire y fera
longtemps en bei-ledlâioii.
Le foin qu'il prenoit de mettre -, la paix entre les Parties & de j
terminer leurs affaires par des
accommodemens qu'il leur
menageait,plustost que de les
laisser consommer en frais a
toujours fait beaucoup d'honneur
à ce Magistrat. La Maison
de Mr de la Ferté est fort
connue en Normandie, & ses
Ayeuls ont toûjours possedé
dans ce Parlement les principales
Charges. Il étoit allié
aux meilleures Maisons de
la Province, & il en est peu
où sa famille ne soit alliée.
Mr de la Ferté est mort dans
de grands sentimens de Religion,
& personne n'en étoit
pluspénétré que luy.
Les Vers suivans ont esté
faits par Mr Amoreux
,
l'un
des Juges des Isles
,
il ne faut
pass'etonner s'ilfait parler l'Amerique.
L'AMERIQUE
A
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BRETAGNE.
ODE.
REjetton duplus grand Roy
des Rois, jllufire ApUJ de la Couronne,
ePrince) dont les fameuxexploit*
Feront la glohe de Bellone;
Le Cielfar un hlat nouveait
T'éclaire dedans ton Berceau,
Et ptèfage aux Mortels tes noblet
avantures; Et mille & mille feux en cent Climats
divers
Sont déjacommeautant âyaugures
Des beauxjours que ton fort promet
à l'Vnivers.
D o Déja cette vivante flkme
Que tufaisbriller dans tesyeux,
Nous fait voir de tes grands
Ayeux
Les vertus germerdans ton dmt:
Sur ton front augufle e charmant
,
On voit paro)tre noblement
Lafierté, la douceur de ton aima.
ble Pere)
Les traits deId grandeurfont en toy
confondusi
Etparmylestraits de ta Mere
Ceuxde ton pyftyeul se trouvent
répandus.
bientôt tlfl milieu de ta course
Descendu d'unsi grand Héros ;
On te verra fartes travaux
Monter aujjî haut que ta fourct;
Zorfque ta valeur agira,
Louis LE GRANDt'Animer,,;
Zuyseulparsesconseils reg/efa ta
conduite,
Et marchant comme IUffiT lorgueil
abbatu,
Toujours la Viïioire à ta fuite,
Fera voler ton char guidéfar sa
vertu.
paie les frivoles délices
Dont lCJEnfansfont leursjoiiets;
Les Princes comme ToyJOntsailS
lJour depius nobles exercices^
Jiàte, précipite le tems>
Tu dois Il la fleur de tes ans
Zes armesa la main conduire tes
Cohortes,
Ht ce vasse Univers à tes Arma
flitmis,
pour remplir le Nom que tu
porus,
'Bjlle digne laurier que le Ciel t'a
promis.
A la nAiffdnce de ton Pere
Je pefentai des Vers au Roi,
Ils eurent le bonheur de plaire)
Etj'oftencor moffrir a Toy. jlfaut qtln son tour Amérique,
Avectaliegreffepublique,
Te fafle par ma voix connoiireson
refPeeJ:
Tuijquc tout te bénit, Le Ciet, (at
Terre &l'Onde,
Da'i.CY tout ritk ton affeB,
Accepte ce frefent qui vun-t du nouveau
monde. 1-
Vous sçavez que Madamela
Duchesse de Noailles, niècede
MadamedeMaintenir, estaccouchée
d'une fille,elleaestétenuë
sur lesfonts par Monsieur
le Maréchal de Noailles &: par
Madame de Maintenon qui
luy a donné le nom d'Adélaïde.
- La pieté de cette Famille
e11 si connuë,qu'il y a lieu de
croire que le Ciel accordera
bien-toit un garçon à les voeux.
Les Vers qui suivent sont de
Mr de Messange.
GENETHLIAQUE
DE MADEMOISELLE
DENOAILLES.
"A quoy bon survos jours, nouvelle
Adélaïde,
Consulter les afpeiïs des CieUX?
On voit ajjez^ dans vos beaux
yeux,
Ce que pour vous lefort deciJe.
Du Ciel, par mille appas, vojîre ait
favorisê,
L'illujJrefang dont vous essesforzj
mèe, |
Xjelle dequi le nomvous vient artreimposé,
Et celle qui vous tt-nommée,
Tout efi pour vousJîgrand,sinobli
&siparfait»
Q!!.ton juge que vous tjtts née,
Fourlaplus haute dessinées
Qui tendesur la terre un grandi
coeursatisfait
Mrle Chevalier de saint Pol
a répondu à l'attente que l'on
avoit de sa conduite & de sa
valeur, & après s'être mis en.
mer avecsa petite Escadre, qui
efioit observée de tous costez,
il n'a pas este long-temps sans
faire parler deluy. Ilprit le l2.
d'Aoust un Navire de guerre
Anglois de 32. Canons, nommé
Le Foye; il avoit cent cinquante
hommes ou environ
d'equipage;cétoit un des convois
de la Flotte de Virginie,
& il estoit commandé par le
Capitaine Richard Browne.
Le 1 5. du même mois, les
Vaisseaux du Roy Le Salisbury,
& l'Amphitrite, combattirent
deux Vaisseaux Anglois.
L'Amphitrite qui estoit commandé
par Mrle Comte de
Ferriere,prit le Vaisseau nommé
le
Falmouth
, que montoit
le Capitaine Thomas Kenney;
ilestoit de cinquante-deuxCa^
nons, & avoit deux cens quatre-
vingt hommes d'équipage.
La Fregatte l'Heroïne contribua
beaucoup à cette prise.
On prit aussi un Navire marchand
chargé de sucre. Le combat
dura depuis onze heures
du matin jusqu'à deux heures
aprèsmidy. Le Navire chargé
I de sucre fut pris par le Mill
fort & l'Amadée.
i,
Mr le Comte de Ferriere
s'estextrêmement distingué en
s'emparant du VaisseauleFalmouth
y
& il reçûtun coup de
1
fusil dans les reins dont
ile
mort.Son frere cadetreçûtun
coup de pistolet au dessous de
la mammelle,& cette blessure a
este trouvéefort dangereuse.,
Mr de Roquefeüil a ellechoisi
pour commander le Vaisseau de
Mr le Comte de Ferrieremais il
ne pouvoit suivre de quelques
jours Mrde Saint Pol,
parce qu'il falloit radouber
ce Vaisseau. Mr Donay a
esté blessé dans ce Vaisseau,
aussi-bien que Mr Valette;
qui est mort depuis de ses 1
blessures.
Je vous ay déja parlédela
nomination de Mr le Blanc a
l'Intendanced'Auvergne quW<
voit cy-devant M d'Ormesson
qui a passé à celle de Sois
fons. Mr le Blanc a esté reçu
à Riom avec de grands applaudissemens
,
& Mr Pastel
Avocat, & premier Echevin
de cette Ville
, prononça le
discours suivant le jour de sa
reception.
MONSEIGNEVR.)
Votre arrivée, votrenjeue dif
- fipent nos chagrins
3 nos incerrititudes
j & nous rajjurent sur la
perte de Mr d'Ormesson. Respectableparvojire
natjfance
j
&glus.
encore parun merite eminent.,le
Roy
,
dont le difiernemcnteft toû.
jours suryne pouvoit enjettant les
jeuxsurnous^fe determinerpar
un choix
> & qui luy fît plus
d'honneur
, er qui vous fitplus
dejuflice.
En "vousjMonjeigneur
3
se
trouvent réunies toutes les qualitez
propres à former un parfait
Intendant; de lavivacitéee de
l'application dans les affaires:>de la
facilité& de la juflejje dans les
âecifions. Parfait imitateur dece
grandAfagiflrat dontvous tene%
le jour> comme luysanspassions
Jans humeur
y
donnant tout ait
droit3 &rien aux perjonnei ; d'un
efyritJuperieur
:J
j-aciie delicat;
d'un coeur droitx tendre, compa
tijjant; vous ave% dans un âge
peu avanceuneprudenceconfom-*
mee> & toute a maturité de la
sagesse ; nous esses depofltaire de
f r~ J /7
l'autortte
du Prince
x
dijboje a
rien userquepourprotegerla bonne
cause & deconcerter les maU..
rvais projets; en effet
> vous esses
fait de maniere que vous prefidere=\:
moins dans la Province par
l'autorité& par le ran que par
une élevationdegenie uns
[uperiorité de vertus*
Que ne lit-onpoint attendre
d'un caraflere aujjïgrandt Par
combien d'aéles de justice va efire
marquée votreadminijlration?Et
le moyen;, Monsèigneur
y que
touchez de vousavoir, on nenous
trouve pas toujours attentifs3 emprejJez
a nous ouvrir les vges,
à JaiJtr les occasions de vous témoigner
nos fournirions & nos
rejpeéîs.
- Le Roy qui prefere a toutes.
choses tout ce qui regarde la
Religion, recommanda sur
tout à Mrde Feriol lors qu'il
le. nomma à l'Ambassade de
Constantinople, de faire observer,
fervcr les Capitulations
,
de
proteger laReligionpréferablement
à toutes choses
, & dempefeher que les Ministres
de l'Eglise quifont dans l'Empire
Ottoman ne fussent moleirez.
Mr de Feriol s'est si bien
acquitté des ordres qu'il a re- -
çus de S. M. que le Pape s'est
apperçu du bien que la Reli-
, gion en ressentoit i c'est pourquoy
S. S. a envoyé un Bref
tres-obligeant à cet Ambassadeur,
accompagné d'un riche -dl-apelct, & de quantité d'Indulgences
, pour marquer,l'elhnlç;
qu'elle fait de sa perfonne&
de sa pieté, & pour l'exgciterlàicosntineuer.
de servir l'EMrdeHautefeüille,
dont je
vous ay parlé dans plusieurs
de mes Lettres, à l'occasion de
ses ouvrages de Physique& de
Mathématiques
,
& des Découvertes
qu'il a faites dans les
Sciences & dans les Arts est
l'Inventeur de la maniere de
tirer les Loteries qui se pratique
maintenant.
La premiere qui a estétirée:
de cette façon, a cité la Loterie
extraordinaire de Pendules
&de ontres, que firent,avec
la permission du Roy
, Mr-j
Baltazar Martinot
,
& Nicolas
Gribelin, laquelle fut tirée,à
Versailles par Monseigneurle
Dauphin le vingt-trois Novembre
165)5.
Là seconde aestétiréeàParis
dansl'Hôtel de Bouillon,
par son Altesse Serenissime
Monseigneurle Prince de Conti
,
le 28. Fevrier 1697. je
vous envoiay, en ce temps-là,
les Mémoires &: les Explications
de ces Loteries dela Liste
des Numero, qui en avoient
gagne les Lots.
Elles, ont donnélieu à plusieurs
Hôpitaux d'obtenir la
permission de faire des Lotererics
, & ils les ont tirées de
cette maniere, parce qu'elle est
plus expcditive.
Cependant Mr de Hautefeüille
a remarqué, que cette
maniéré de tirer les Loteries a
un tres-grand deffaut, qui consiste
en ce que les Particuliers
n'ont aucune certitude que
leurs Numéro soient dans la
Boëte ou dans le Sac de cuir,
d'où l'on tire ceux qui gagnent
les Lots, & qu'il peut s'en perdre
pluficurs en les coupant en
lesroulant, en les transportant
d'un lieu à un autre, & par
plusieurs autres accidens qui
peuvent arriver à ces Numéro,
avant que d'entrer danslaBoëte
ou dans le Sac.
L'Ecrivain peut se tromper,
en ajoûtant, oubliant ou tranfposant
quelques chiffres, cequi
efl: tres-facile, puisque les Ilnprimeurs
&leurs Corredteurs
s'y trompent souvent, quelquessçavans
& habiles qu'ils
soient, & quelque attention
qu'ils y apportent. Cette erreur
de chiffres fait que la personne
qui devoit naturellement
gagner un Lot,ne le gagne
point, & qu'il est gagné
par uneautre, dont le Numéro
en ce cas estoit doublerais
comme sa Devise n'y convient
-
pas,onneluy donne point ce
Lot; lequel demeure, au prpfir
de ceux qui font la Loterie,
ce qui est une injustice. Quoiquecette
erreur foit faite par
inadvertance,&que l'Ecrivain
D'air point une mauvaise intention,
elle ne laisse pas de
causer la perte du Lot a celuy
à qui il appartient légitimément.
Il n'est pas vrai-semblable,
que celuy qui a les Numera
d'une Loterie en sa disposition
en fuprime à l'insçû des Infpecteurs
une grande quantitt, &
multiplie les fiens
,
afinqu'ils
pui{f:nt plus facilementettre
choisis
y
& gagner quelque
Lot; il y a cependant des personnes
qui ont cette idée, ce
qui donne du soupçon à quelques-
uns ,
& empesche d'autres
de mettre aux Loteries.
Mr de Hautefeüille a trouvé
le moyen d'éviter cet inconvenient,&
il a inventé une nouvelle
manière de tirer les Loteriez,
par laquelle ceux qui auront
pris lesBillets auront une
certitude claire& évidcnre,queleurs
Numero n'auront point
cfté perdus nyostez exprés, &
qu'ils feront dans la Boëte ou
dans le Sac de cuir.
Cette nouvelle maniéré de
tirer les Loteries, donne aussi
l'esperance de gagner plusieurs
Lots ,
sans qu'on foit oblige
de prendre un plus grand
nombre de Billets, & elle a
d'autres particularitez tres-belles,
& qui feront agreables au
public.
Dame Françoise le Clerc
mourut au commencement du
( mois d'Aoust dernier, elle
i écoic veuve de Mr l'Heritier
y.
[ Conseiller & Historiographe
du Roy, si celebrc dans les
t Lettres par les beaux morceaux
d'Histoire qu'il a mis au jour,
&par ses doutes Poëlles. Son
| épouse dont je vous aprens la
mort3a toujours elle un exemple
de vertus Chrefnennes
|
morales. Jamais personne n'a
[esté plus attachée que cette
r
Dame à remplir tous les devoirs
,&n'a joint plus demadestie
à milleraresqualitez dignes
de la plus parfaite estime. ïApres une longue fuite d'infirmitez
& de rudes souffrances,
qu'elle supportoit avec une patience
admirable & dont elle
faisoit sans cesse des sacrifices
à Dieu; elle est morte dans les
sentimens de la plus tendre
pdieeté & generalem-enttregr-ettére
tous ceux qui la connoissoient.
De six enransqu'avoir
laissé feu Mr l'Héritier,il n'erM
est resté que quatre;un fils ÔC,
trois filles. La fécondé des;
fillesest Mlle l'Heritier deVillandon
,
qui s'estacquis dansf
le monde une grande repu-jj
tation par son profond fça-j voirpar ses beaux & agréai
bles ouvrages en Proie & en
Vers. Le fils de feu Mr l'Heritier,
ainsi que cette Demlle,
n'a pas eu moins d'attachement
pour les Sciences & les
belles Lettres qu'en avoit leur
illustre pere. Il possedeégalement
bien les Langues mortes
& les vivantes, il a une tresvalle
èrudition,&a fait un chemin
prodigieux dans les Mathématiques.
Il joint à tant de
bonnes qualitez la parfaite Idroiture d'ame qui est héréditaire
dans toute cette famille*
Feu Mr THeritier du costé maternel
,
touchoit de prés au
célébréGarde des SceauxMrdu
Vair, Evêque de Lisieux,&qui,
avoit esté premier Preifdenta»
Parlement de Provence. C'elq
à la consideration de ce grandi
Ministre que Monsieur le Car-jyt
dinal de Richelieu avoit refoliij
de luy donnner de solides mar-j
ques de ion estime lorsque la|
mort le prévint. Mr l'Heriticè
est né dans une famille où l'on!
avoit toûjours vuregner l'amour
des belles Lettres. Soq
pneormeméteosit un des plus f^avai^
de son siecle, il pouvoit
regarder ion inclination
pour les Sciences, comme haï
rcditaire
,
puisque sa ssierey
ayeule de Nicolas l'Héritier
dont je parle. s'étoit attachée
r à l'étude de la Poësie, où elle I reüssissoit parfaitement. Feu
Mr THeritier a fait plusieurs
Ouvrages. Il fit imprimer à
Paris en 1667. leTableau histo
rique,eprejentant l'Etat tant ancien
que moderne de la France,
de l'Allemagne & de l'Espagne
& les plusremarquables démêleez
que ces troisNations ont eu enjcmblestanten
Paix qu'en Guerre
depuisl'établissement du Chrijlianijhiejujquànoflretemps.
LAul
teurcommence (on Ouvrage kcomiiience son Ouvrauc
par une Dissertation iur l'Origine
des François. Tout ce
qu'il avance sur ce sujet est fore
pavane &fifort recherché. Il
donne enluite de legeres idées
des conquestes & de la deilinée
des Rois de France Jusqua
Pepin; & il s'attache à marquer
d'une maniéré plus étendue
, quels étoient le caractère
& l'heureux afeendant de
Charlemagne. Il peint ce Conquerant
avec des couleurs tresvives.
Le même goût regne
dans tout l'Ouvrage. Les Personnes
qui font quelqueiigure
considérable dans le corps de
l'Ouvrage,yfont parfaitement
bien caracterisées.
-
CetOuvrageest
d'un stileput&soûtenu.
Mr l'Heritier avoit encore fait
d'autresOuvrages sur l'Histoire
qui n'ont pas esté imprimez.
Ila écrit d'une maiiiere-exaâà
& étendue les troispremieres
annéesdu Regne du Roy, &
divers autres morceaux de
l'Histoire de ce Monarque,
avec une netteté& uneéIllegancequi
donnent un mérité
considerableàtoutes ses productions.
Il a aussi traduit en
nostre Langue, les Annales des
troubles des Pays-Bas, composées
par le Docte Hugues
Grotius. Cette Traduction qui
fut fort estimée en son temps
fut imprimée en 1661, à Amilerdam
par Blaëu. N'ayant que
vingt-deux ans il fit une Tragédie
intitulé Herculefurieux,
.4qquuiiceuûtt un gorraanndd fuccé's. Le
succés. grand Clovis Tragedie, étoit
de sa façon; cette Piece fut
fort applaudie, & fut repre-
sentéesur le Théâtre de l'Hô.,
tel deBourgogne.On peut voir "1
un ample détail des autres Ou- i
vrages de Mrl'Héritier dans
l'Enai de Litterature du mois
de Décemb1. re l702. wA
fl
,. Mr l'Abbe du Tremblay,
Prestre, Conseiller,Aumônier
du Roy, ancien Chanoine de
l'Eglise de Nostre- Dame de
Paris, Abbé Commendataire
de Mondaye & de Beaulieu en
Bretagne, & le seul Beneficier
qui restoit dans le Royaume de
la nomination de Louis XIII.
mourut au commencement du
mois dernier.,âgé de quatrevingt-
onze ans. Il estoit frere
de feu Mrdu Tremblay, Maitrc
des Requestes
,
&: de feuë
Dame Marie le Clerc du Tremblay
, épouse de Louis d'Angennes,
Chevalier Marquis de
Maintenon, Grand Bailly de
Chartres & du Pays Chartrain,
& mere de Me la Marquise de
Circé, dont le fils vient d'époufer
Mlle Aubert,& dont
je vous parlay le mois passé.
Mrs du Tremblay & MC
la Marquise de Maintenon
étoient fils de feu Mr le Marquis
du Tremblay
,
Gouverneur
de la Bastille & auparavant
Ambassadeur pourle Roy
LoüisXIII. en Angleterre,&
neveu du fameux Pere Joseph
de Paris. Celui-cy renonça,
contre l'intention de tous ses
Parens
, aux honneurs que £*
naissance luy pouvoit faire efrperer
dans le monde
, pour
entrer dans l'Ordre des Capucins.
Il fit paroistre. son zele
Apostolique dans Les Missions
du Poitou & de la Saintonge,
où il travailla à la conversion
des Heretiques avec le seçours
des Missionairesqu'il destinaà
cet employ lorsqu'ilétoitProvincial.
Il a fait plusieurs Livres
;
il a reformé les Religieuses
de Fontevrault
,
& établi
dans l'Eglise
,
le nouvel Ordre
des Religieules Bénédictines
du Calvaire, à qui il a laissé de
belles maximespour conserver
l'esprit de leur vocation. Il envoya
des Miffionaires en Angleterre,
en Canada&en Turquie
qui continuent encore
aujourd'huy à remplir les
fonctionsApostoliques dans
ces Pays avec un grand fruit. Il
mourut à Paris le 21. Décembre
de l'an 1639. & fut enterré
devant le Maistre Autel
du Convent des Capucins de
saint Honoré, où l'on voit une
Epitaphe sur sa tombe
,
qui
contient son éloge. Il avoit
une soeur mariée, dont la fille
a fait l'alliance de Mr Barjot
d'Auncüil avec Mrsdu Trem-
4
blay. Le Pere Joseph étoit fils
de Mr le Clerc, President au
au Parlement de Paris.
9
Les Articles suivans regardent
quelques personnestuées
à la bataille d'Hochstet.
Mrc Jules-Armand Colbert;
Marquis de Blainville & d'Ormoy,
ci-devant Grand-Maistre
des Ceremonies de France &
Lieutenant General des Armées
du Roy. Il est mort des
blessures qu'il reçut à la teste
de l'Infanterie qu'il commandoit
dans cette Bataille. Mr le
Marquis de Blainvilles'est distingué
dans une infinitéd'occassons
éclatantes. La deffense
de Keyferwert luy fera un
honneur infini auprès de la
posterité. On aura peine à croire
dans les siecles à venir qu'une
semblable Bicoque ait arresté
durant plusieurs mois
-
toutes les forces de 1 Empire,
Le passage de la Forest noire
ne fera pas moins d honneur
à ce General, qui avoit eu en
dernier lieu le Gouvernement
d'Ulm. L'amour que Mr de
Blainville avoit pour la Justice
& sa charité ont particuliere)
ment éclatédans les derniers
| momens de sa vie. Il estoit le
quatriéme fils de JeanBaptiste
ColbertMinistre d'Etat,&de
Marie Charon, fille de Jacques
! Charon, Seigneur de Menars,
Grand Bailly de Blois. Feu Mr
la Marquis de Seignelay,Mr
l'Archevêque de Roüen, Mr le
Bailly Colbert, qui avoit exercé
le Generalat des Galeres de
Malthe,tué à Valcourt,estoient
ses freres aînez. Louis Colbert
Comte de Sceaux,tué à la teste
du Regiment de Champagne,
&Louis Colbert Abbé de Bonport,
qui a depuis épousé Mlle
de Sourches,estoient ses cadets.
Ilestoit pareillement frerc
des Duchesses de Chevreuse,de
Beauvilliers,& de Mortemar.
< Mrle Marquis de Marillac
Maréchal des Camps & Armées
du Roy. Il avoit épousé
la soeur de Monsieur le Duc de
Beauvilliers. Cette soeur estoit
d'un sécond lit. Ilest mort âgé
seulement de vingt-cinq ou,t
vingt-six ans, après avoir donné
des preuves de la plus hautes
valeur au Siege de Keyserwert
& dans le Combat où il a essét
tué. Il estoit fils de Mr de Marillac,
Conseiller au
Parlement!
A*
de Paris, &descendoit de Guillaume
de Marillac,Srde Ferrieres,
Conseillerd'Etat, Controlleur
général &: Surintendant
des Finance; .& de Renée
Aligret sa femme. Ce
Guillaume fut pere de Charles
de Marillac, Conseiller au Parlement
de Paris, & de Michel
qui continua la posterité. Celuy-
cy fut Garde des Sceaux,
& il eut de Marguerite Barbe
de la Forterie
,
René de Marillac
, Maistre des Requestes
, qui mourut en Languedoc en
1621. laissànt de Marie de
Creil son épouse, Michel de
Marillac II. du nom,qui fut
Maistre des Requestes, & enfuite
Conseiller d'Etat, & qui
de Jeanne Potier sa femme
fille de Nicolas, Sr d'Ocquerre
Secretaire detat
,
laissa René
de Marillac II. du nom, Sr d>O..
linville & d'Attichi
,
lequel
ecpnoaurtsa en 1664. Marie Bofille
de François Sr de
Sarron, Conseiller au Parlement.
Bernard de Marillac,
Chevalier Sr de Marillac & de
la Westrie,vivoit dans le quatorzièmesiecle
; il épousa Susanne
de Lastic, dont il eut
entr'autres enfans Sebastien de
Marillac, qui pritallianceavec
Antoinette de Beaufort, dite
de Canillac,fille du Marquis
deBeaufor t, Sr de Canillac,&
de Catherine Dauphine d'Auvergne,
dont il eut Pierre de
Marillac, qui laissa Gilbert de
1Marillac, Sr de Saint Genest,
de la Mothe-Hermant & de
Bicon, qui rendit de grands
services à la Maison de Bourbon.
On luy confia le Gouvernement
de Montpensier, il fut
pere de Gilbert de Marillac II.
du non1,Baron de Porfac ySecrétaire
du Connétable de
Bourbon. Il estoit frere deGuillaume
dont je viens deparler
& oncle de Louis de Marillac
Maréchal de France. La Maison
de Marillac est originaire
d'Auvergne.
Mr le Comte de Gaffion,
Commandant des Gendarmes
de Bourgogne. La Maison de
Gassion cil: noble & considerable
dans le Bearn. Jacques de
Gassion estoit second President
au Parlement de Pau; il eut de
Marie d'Esclaux ion épouse,
Jean de Gassion Procureur general
& puis President dans le
même Parlement de Pau, Intci'jdait
de Justice dans le
Bearn, & le Gouvernement de
Bayonne. Il estoit frere de Mr
de Gassion
,
qui luy a succedé
dans la Charge de President&
qui a épouse la fille de MrColbert
du Terron, dont il a des
enfans.Jean de Gassion ei/tait
frere de Mr de Gaffion S' de
Pondoli;de Jacob, S' de Bergere
,
Maréchal des Camps &
Armées du Roy, Mestre de
Camp d'un Regiment de Cavalerie,
mort en 1647. de Jean
de Gassion Maréchal de France,
mort à Arras le 28. Septembre
de la même année, de la
blessure qu'il avoit reçuë au
Siege de Lens qu'il faisoit. Son
corps fut apporté à Charenton,
parce qu'il professoit la
Religion pretenduë reformée-
Pierre EvêquedOleron, Abbé
de Saint Vincent de Luc, mort
en 165 1, étoit encore frere de
Jean de Gassion dont j'ay parlé,
qui avoit deux soeurs mariées;
l'une au Sr d'Espalongne &
l'autreauSr dartalcriianGouverneur
de Montaner enBearn,
&; Lieutenant General pour le
Roy de laProvince de Bearn.La
Maison de Gassion a produit
d'autres excellens Personnages.
Feu Mr de Gassion
)
dont je
viens de vous apprendre la
IliorC.)avoit perdu peu de temps
auparavant, à l'attaque des retranchemens
de Donawert
,
le
Chevalier de Gassion son frere,
qui avoitquittédepuis peu
l'étatEcclesiastique & le Séminaire
de Saint Magloire pour
prendre le parti des Armes, &:
avoit resigné à Mr l'Abbé de
Montlezun
,
son parent ,
le
Canonicat qu'il avoit dans l'E-
£life de Lescar.

Mr d'Ormois,Major de la
Gendarmerie ayant estétué a.
la bataille d'Hochstet, le Roy
a donné le Gouvernement de
Seyssel en Bugey qu'il avoit depuis
la mort de feu Mre Marc
de Baret, un des plus anciens
Officiers du Royaume., à Mr
de Tournefort, Exempt des
Gardes du Corps. Celui-cy a
longtemps servi, & s'esttrouvé
dans les occasions les plus considerables.
Il est de la Province
de Roussillon où sa Maison
cft tres qualifiée.Celui à qui il
succede avoir esté longtemps
Capitaine dans le Regiment
xïu Roy, 3c il avoit esté un des
premiers Pages que Sa Majesté
ait eu. Il avoit servi toute sa
vie avec beaucoup d'honneur
& de gloire,& le Roy luy donna
en 1699.le Gouvernement
de Seyssel avec des marques
singulieres de distinction. Il fut
preferé en cetteoccasion à plusieurs
Officiers Généraux qui
le demanderent. Ce Gouvernement
est important, parce que la Ville de Seyssel est une
Clef de France du costé de Savoye.
Le Rhônepartage cette
Ville en deux:on croit qu'elle
a donné le nom à l'illustre
Maison de Scyssel dont les
branches subsistent en Savoye
& dans le Bugey. En effet,lorsque
Bcrald de Saxe vint du
costé du Rhône, & que pour
sa premiere expédition il voulut
conquerir le Fort de Cule,
qui est un Chasseausitué à la
pointe d'un Rocher, qui servoit
d'azile à des brigands, il
demanda le secours d'un Seigneur
de Seyssel, qui luy aida
a faire cette conqueste; Seyssel
n'estant éloigné que de deux
lieuës de ce Chasteau. Plusieurs
grands Hommes ont porté le
nom de Seyssel. Claude Archevêque
de Turin, & auparavant
Evêque de Marseille, il recommandable
par les Ouvrages qui
nous restent de lui, étoit de
cetteMaison. PlusieursHistoriens
ont assuré qu'il en étoit ibâtard; il traduisit les Oeuvres
t.
de Seneque. Seyssel est une des-
; principales villes duBugey dont
Bellay est la Capitale. Le pays*
1 est fertile,&a esté soûmis avec
t la Bresse à nos Rois en 1601.
* Le Jeudy 28. Aoust,Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
1 Madame la Duchesse de Bour-
* gagne & Monseigneur le Duc
«
de Berry accompagnez d'un.
grand nombre des principales.
Dames de la Cour, après avoir
dîné avec le Roy à Meudon
J
arriverent au Louvre sur les
quatre heures,pour voir lafeftc
que les Officiers de Police dépendans.
de la JuriLdicHon de
M" les Prevost desMarchands
& Echevins de la Ville de Paris
avoient fait élever fous leur
ordres, sur la Riviere de Seine.
Ils y entrèrent par la grande
porte, & descendirent de carosse
à celle de la Salle des Suisses
du Roy, qu'ils traverserent
aussi-bien que celle des Gardes
de la Reine Mere, & huit grandes
piecesdeplein pied qui
composent le grand appartejnentde
cetrePrince{fe.Ils admirerent
la beauté des Peintures
de cet appartement, la richesse
des ornemens & la magnificence
des Meubles dont on
l'avoit paré pour les recevoir.
Ils se placerent sur le Balcon
du petit Cabinet qui le termine
& regarde la riviere, au desfus
duquel on avoit élevé un
superbe Pavillon pour les garantir
de l'ardeur du Soleil.
Aussi-tost aprés leur arrivée,
ils virent la jouste des Mariniers,
qui tirerent ensuite l'Oye
à leur maniere accoûtumée,&
comme il restoit encore un
long intervale de jour jusqu"
l'heure où l'on devoit tirer le
feu d'artifice,ils repasserent
l'appartementde la Reine
Mere,&monterent dans celuy
du Roy par le grand escalier.
Ils virent dans l'antichambre
la disposition de l'Assemblée
de l'Academie des Sciences, &
furent conduits par Mr Manfard
dans celle de Peinture e-gz
de Sculpture, d'où ils entrerent
dans la grande Galerie, où sont
rangez les Plans en élevation
de toutes les Places fortifiées
du Royaume, que Monseigneur
le Duc de Bourgogne
examina avec beaucoup d'application.
Ils retournerentensuite
par le mesmechemin
danslepetitCabinet dela Reine
Mere,&se remirent sur le Balcon,
où ils continuerent de &.
recrier sur la multitude innombrable
du Peuple assemblé
sur lesdeux Quays,placé sur
des échafauts. Madame la Duchesse
de Bourgogne étoit en
robe & cette Prince avoit une
tres-belle parure de Diamans.
Ils joiierent pendant quelque
temps dans la Chambre qui
donne dans le Cabinet,&lorsque
la nuit fut bien noire, le
feu d'artifice commença; il
dura plus long-temps que les
feux ordinaires, & fut trouvé
tres-beau. A peine fut-il
£ni-
, que la Cour paiTa dans
une grande Piece de l'appartement
,
où le souper estoit
servi sur deux tables égales,&
de vingt couverts chacune.
Monseigneur le Duc, & Madame
la DuchessedeBourgogne
mangerentensemble ailine
de ces tables, & Monseigneur
le DucdeBertytintl'autre.
Les Dames [e partagerent,
& remplirent l'une & l'autre.
Elles furent servies également
toutes deux
, avec toute l'abondance,
la délicatesse & la
propretépossible
, par les Officiers
de Madame la Duchesse
Je Bourgogne. Celle de Mr le
Marquis de Villacerf, premier
Maître-d'Hôtel de cette Princesse,
fut tenuë par ce Marquis
à la même heure dans une Salle
voisine, & les services ne furent
gueres inferieurs à ceux
des deux premieres. On servit
imis le mêmelieu une quatriéme
table pour les Officiers de
la fuite desPrinces&de la Princesse.
J'ay oublié de marquer
qu'on servit sur les six heures,
-
une grandeCollation, & qu'il
y eût toute l'aprés dînée une
extrême profusion de fruits, de
patisseries
,
de confitures séches,
&de toutes fortes d'eaux
& de glaces, non seulement
pour les Personnes de la Cour,
mais encore pour toutes celles
qui étoient répanduës dans les
Chambres de l'appartement,
ou qui estoient placées dans les
croisées qui donnent sur la riviere.
En sortant de table Madame
la Duchesse de Bourgogne
, & Messeigneurs les Princes
retournerent pour quelques
momens dans le petit Cabinet,
& furent agréablement
lurpris a leur passage, de voir
par lescroisées qui estoient ouvertes,
le petit Jardin qui regné
le long de la face de l'appartcment,
illuminé par un
grand nombre de Girandoles,
garnies de Bougies, posées sur
de hauts Gueridons dorez, placez
entre un double rang de
caisses d'Orangers, de Lauriers
Rose
,
& d'autres Arbustes.
Madame la Duchesse de Bourgogne
en marqua sa fatisfacnon
à M'de Bellocq
,
son Portemanteau
ordinaire, qui a la
garde de l'appartement de la
ReineMere,&quiavoit fait
cette galanterie;cette Princesse
luy témoigna qu'elle la trouvoit
noble& de bon goût. La
Cour sortit du Louvre sur les
dix heures & demi du soir, elle
passa par la ruë Saint Honoré,
puis sur le Pont-neuf,& enfuite
sur le Quay des Theatins,
d'où elle vit l'illumination de
la Galerie du Louvre
,
&: retourna
coucher à Meudon.
Cette illumination, &: toutes
celles qui remplissent mes
trois dernieres Lettres, vous
ayant donné lieu de me faire
diversesquestions sur les Illuminations
,
je vous diray, pour
y répondte, que l'on s'est servi
pendant plusieurs lîécles, de
amples chandelles placées sur
les fenestres lors qu'on faisoit
des réjouissances publiques qui
regardoientla Famille Royale,
& non en d'autres occasions.
Ensuite,soit queceschandelles
nepussentresisterauxvents,ou
pour quelqu'autre raison, on
les enferma dans des Lanternes
; on n'en mit pas feulement
sur les fenestres, mais on en attacha
sur les murs , on en plaça
le long des corniches, &
l'on en mit jusques sur les toits
des maisons. Ces Lanternes
estoient de papier de diverses
couleurs; elles ne furent pas
long-tems sans ornemens, &;
on peignit dessus des chiffres ,
des fleurs de lys, & les mots de
Vive le Roy ,&plusieurs au-.
tres choses qui convenoient auj
sujet de la feste. Il y a environ
quarante-ans que les Italiens,
qui font fort inventifs, & qui.
excellent dans les festespubliques
, trouverent la maniere
d'illuminer avec des lampes ou
lamperons. Quoique cette illumination
parût tres -
belle:
dans le commencement , ÔC
qu'elle fût suivied'abord, com-*
me le font ordinairementpresque
toutes les nouveautez,
la
gloire ne fut pas grande pour
ceux qui l'inventerent, puis
qu'il n'y avoit qu'à suivre l'ordre
de l'Architecture pourilluminer,
& que ces illuminations
se trouvoient plus ou moins
belles selon que les Architectes
avoient bien réüssi dans les batimens
qu'ils avoient fait construire
; ces illuminations, en
faisant voir les beautez & les
défauts. Il y a vingt-cinq ans
qu'elles commencerent à estre
moins en vogue en Italie; cependant,
commeles modes qui
cessent quelques fois dans un
pays ,commencent à fleurir
dans un autre, oncommença à
se servir en France de lamperons
pour les illuminarions, il
y avingt-deuxans, àlanaissance
de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Ilen parut une en
ce temps-là aux Galleries du
Louvre beaucoup plus belle
que celle qu'on y vient devoir,
puisque toutes les fenestres de
la Gallerie basse estoient fermées
avec des Tableaux transparens
& historiez selon le
sujet, &que la cornicheestoit
remplie d'Obelisques & de
Frontons
Frontons transparens
y ce qui
n'estoit pas dans la derniere illUlnination.
L'usage de ces lamperons
ne cessa pas tout-à-fait ,enItaliey &ilfut confervé
l'est encore par le menu peuple
quine pourroit fournir à la
dépense des flambeaux
,
dont
le Pape,les Cardinaux & tous
les Princes & Seigneurs Ro-
* mains, ainsî que les Ministres
étrangers fontilluminer leenurrss
Palais dans les grandesrejoiill-C
fances publiques. Vous l'avez
dû remarquer dans plusieurs
Relations de ces festes dont je
vousayfaitpart,ainsï que dans
toutes les festes qui le font en
Espagne, dont je vous ay envoyé
plusieurs Relations. Ce
>
nelt pas que les illuminations
de lampes& de terrines ne doivent
toûjoursestre conservées
pour des illuminations éloignées
,
& pour des lieux où on
ne doit point se mettre aux fenestres
pour voir quelque fpectacle
pendant que durent ces
illuminations. Elles designent
des parterres, des allées, des
fontaines & des avenuës &
font un effet merveilleux dans
ces lieuxlà,où leur odeur ne
peut incommoder personne
)
comme elle fait sur tout en
Esté
,
lorsque les lamperons
font attachez dans des lieux
d'où ils peuvent incommoder
le public,pendant le jour aussibien
que pendant la nuit, l'ardeur
du Soleil ne les faisant
pas moins degouter pendant le
jour que s'ils estoient allumez.
Quand ces fortes d'illuminations
ne feroient point incommodes
pendant lesfestes qui ne
se font que la nuit,on ne s'en
doit jamais servir pour des fêtes
qui se passènt autant le jour
que la nuit, & pour lesquelles I|
le peuple s'assemble pendant
- toute la joiirné'eparc-eque c'est
un vilain objet à luy presènter
pendant tout un jour que des
tringles de bois, & de petites
lampes de fer blanc qui gâtent
la beauté de l'Architecture en
la couvrant,& qui font trop
deviner l'effet quelles feront:
ces conifderationsavoient obli..
gélaplus grande partie de ceux
qui'occupent les âppartemens
de la Gaflerie du Louvre, de
bplreoposer une illuminationno-
& riche, &qui pût attirer
& occuper par une décoration
éclatante & ingenieuse les re-.
gards du public pendant toute
une journée. Elle n'auroiteste
compolée que de Flambeaux,
de Lustres & de Girandoles
garnies debougies., de tableaux historiquesenigmatiques,
convenant au sujet, de palmes,
de festons brillans, de festons
de verdure; de chiffres & d'armoiries.
Toutes les peintures
auroiem elle transparentes afin
qu'on pût distinguer la nuit
comme le jour ce qu'elles reprefentoient.
Enfin,on n'aurait.
VÛ' que cristaux, cire blanchey
peintures & dorures;& le tout
eniemble auroit composé le
Temple de Mémoire
,
où il
citoit aile de placer tout ce qui
auroit pû representer le mieux
la gloire & le regne du Roy.
J'en ay le dessein entre les
mains, & je vous l'envoyeray si
vous le souhaitez. J aycrû devoir
rendre icy cette Justice à
ceux qui ont formé un projet
si noble & si éclatant, qui auroit
pendant une journée,&:
pendant la plus grande partie
de la nuit-attaché les yeux du
publicainsi que le coeur ôc
l'esprit
, en prenant plaisir à
voir une infinité de chofcs glorieufesau
Roy & àla France.
- Lorsque je fais voir le bon
1 goût du parti de ceux qui ont
! embrasse celuy de la magnificence
,
& qui vouloient faire
r, une illumination ou il y eût de
I la Noblesse
, pour me servir
| des termes de Madame la Du-
[ chcffe de Bourgogne, lorsque
r cette Princesse a parlé de l'illumination
faite par Mr de Bel-
; locq ;ceux du parti de l'huile
&: dufuisne peuvent se plaindre
demoy?& je ne fais que ce
qu'ils ont fait eux-mêmes,pour
faire connoitre qu'ils estoient
du parti des lamperons,puilque
de crainte qu'on ne l'ignorât,
ils ont fait imprimer une
delcription de leur illumination,
qu'ilsont presentée à Madame
la Duchesse de Bourgogne
( & qu'ils ont déclaré dans
cet imprimé, en tachant d'insinuer
que ceux qui avoient les
lampes en horreur estoient de
leur parti, qu'ilsavoient tous
prié Mr Berrain leur canfrere"
dessinateur duCabinet du Roy,
pour venir plus aisément à bout
de leur illuminationy de leur
faire un dessein; maisce dessein
n'étant demandé que pourune
décoration de lampes, Mr Berrain
s'est conformé à laresolution
prifepar tout le parti qui
ne vouloir illuminer qu'avec
des lamperons, &il auroit sans
doute
fait
quelque chosede
plus beau, s'il luy avoir esté
permis de donner un libre
cours à son genie, ainsi qu'il
a fait dans plusieurs Volumes
de ses ouvrages qui ont efib
gravez, & qui font répandus
par toute la terre.
Quoique cet Article ne femble
rouler que sur deux partis
de particuliers, vous ne l'auriez
pas trouvé dans ma Lettre
s'il n'en resultoit un bien public,
& s'il ne faiioit connaître
,-
à ceux qui auront à l'avenir,
occasion de faire des illuminarions,
que le suis& l'huile n'y
doivent point estre employez
dans des lieux d'où ils peuvent
degouter sur le public autant
le jour que la nuit, afin d'éviter
ce qui eH: arrivé aux Galleries
du Louvre, où prés de trois
mille personnes ont esté CITIpestées
de mauvaises odeurs
& dont la pluspart ont emporté
sur leurs habits une partie:
de l'illumination.
!
EXTRAIT
d'une Lettre de Marieille.
Il efl arrivé icy cloute gros
VaijjeauxAdarclfands de cette
Ville revenants des Echelles du
Levant> richement chargez yfons
lejcorte de Mr le Chevalier de
Raye
j Çi vingt Batimens charb(
re7, debleds. Quelques joursauparavant
cinq gfos Vaisseauxvenants
aujjt du Levant y efloient
arrive%j ils efioient charge% de
Marchandises fines dont il efl arrivédepuis
unmois encetteVtllc,
pour cinq millions de livres.
-
J'ay vu d'autre Lettres qui
portent qu'il y en est arrivé
pour -
huit ou dix.
Vostre curiosité va eftrc
pleinement satisfaite sur l'article
duCombat Naval. Je vous
envoyé quatre Relations,& il
n'en faut pas moins pour estre
bien instruit de toutes les circonfiances
qui le regardent;il
faudrait mesme pour sçavoir
à fond ce qui s'est passé dans
chaque Vaissèau,une Relation
écrite de chacundes Vaisseaux.
Lapremiere dès quatre Reladons
que vous allez lire, el1
de Monsieur le Comte de
Toulouse, mais quoique cette
Relation explique nettement
tout ce qui s'est passé dans ce
Corn.bat., & qu'elle rende justice
à tous ceux qui le sont
distinguez, Monsieur le Comte
de Toulouse y parle de luy
avec tant de modestie
, que si
on ne voyoit que cette Relation,
on nesçauroitriende
tout ce que ce Prince a fait
dans ce Combat
,
quoiqu'il y
ait donné d'éclatantes marques
d'une extrême valeur, d'une
grande conduite & d'une intrepidité
presque sans exemple3
de maniere que pour (çavoir
ce que ce Prince a fait, il
est neccessaire de voir d'autres
Relations que la sienne.
EiTant mouilléle vingt-deux à
Fele^-Afalaga
t
où sétois
venu pour faire de l'eau j
les
Fregates que j'avois en garde me
firent le Jtgnal quelles voyoient
l'Armée ennemie : pour lors il
étoit trois heures après midy
3 &
ily avoit sipeu de vent que les
ennemis ne pouvoientpas arriver
jujqua nous ce jour-là. Si nous
avions apareillépour lors}les courans
qui font très-vifs en cetendroit3
nous auroient mis en conjujion
; ainji je me contentay de
faire revenir promptementtous les
gens que nous avions a terre> &
d'envoyer les vingt-quatre Galeres
tant de France quectEJpagne>
fèmettreauprès de vingtquatre
Vaisseauxquelles devoient
remorquer, un peu avant le jour,
pour les conduire à une lieuë au
large & de-la revenirprendre le
refle& les mener joindre les autres
afin que les ennemis nous
trouvaienten bataille. La nuitil
vint un peu de vent du coftédela
terre e nous appareillames a la
pointe dujour. Le vingt-troisjles
courans qui portent icy fort à
ÏEjlavoient depajje la nuit les
ennemis
3
de mamtre que le matin
nous ne les rvoyionspiusJe courus
ait largeafin d'avoirde leurs nouvelles.
A dix heures du matin
3
les VaijjeauxdeïAvantgarde me
ifrent lefignal qu'ils voyaientt¿jrmée
des ennemis;,een effet nous
lesvîmespeu de temps après^quoique
de loin; ils avoient le vent
sur nous: nous empirâmes le
refle de ce jourànouspréparera%
combat & à nous mettre en bataille;,
le mieux que le pe:t de
ventqu'ilJaifoit
3 nous le put
permettre.
Le14. a la petitepointe du
journous lesvîmes a environtrois
lieues a vent à nous, & nous
connûmes en même tempsqu'ils
si mettoient en bataille en arrivant
sur l'Armée ; nous étions
pour lors Nord& Sud
3
environ
à dix ou onze lieues de Malaza.
LeurArmée étoit compojee de
trois Escadres
;
celle qui portait le lfc ~c Cro~
,
Pavillon blanc a Croix rougeJ)
étoit commandée par Showel
, &
faisoit l'Avantgarde : la Jeconde
portoit l'Hiack. au grand mats „
à
1 -o r,~
P,, ,.
l'ordinaire Il - ndée
>
& étoit commandée
pa, tAmiral Rooek
> & aruoit le
Corps de bataille.Latroisième composée
de Vaisseaux tous HoUandois
y
jaijoit lArrieregarae ; on
m'a ajJuréqrlelle étoitcommandéepar
Calembourg : à l'égard du
nombre je ne fuis pas le dire a
quelques Vaisseaux prés. On leur
a compté¡Oixante-quatorze Voiles
j
parmi lesquelles il y avoit
rinquante-jix Vaisseaux qui arriuoientenligne,
& l'on en voyoit
encore quelques-uns éloignek.) qui
paroijjentgros3 lefauels ont rejoint
pendant le combat.Enforte
quau rapport de beaucoupdegensy
la ligne des ennemis a esléde 6o,
VaiJJeaux,parmilejquelsily en
avoitfort peu de petits-Nofire
Armé étoit compojee de trois Ef
cadres; l'une blanche (y bleuequi
faisoit l'Avantgarde
j & étoit
commandée par Mr le Marquis
de fillette;l'autre blanche
3
qui
efl la mienne ,
fjrfiiijoit le Corps
de bataille; & la troisiémebleue ui étoit commandée par Mr le
Marquis de Langeron &faisoit tArrieregarde.
A l'égard des Galeres3 Mr le
Marquis de Roye étoit au Corps
de bataille avec quatre. Mr le
Duc de TurfÙ à l'Avant*arde
avec lesJeptqu'il commande &
les cinq d'EJpagne; & Mr de
Forville a ïArrieregarde avec
huit de France..
- Dans cette disposition
.J
faisant
gouverner sur la perpendiculaire
du vent3 les deux hunniers sur le
tonj afin de nous maintenir plus
facilement en ligne, & d'estre en
état de faire les mouvemens convenables3
par rapports ceux di
ennemis; nous apperçumes que
leur Avantgarde arrivoit sur la
nostre
j c- quelle efioitfort écartée
de son Corps de bataille. Mr
le Marquis de Vlllette, qui crut la
faire envelopperpar les Vai(féaux
de la tefie> fit lesignal aux premiers
Vaisseaux de ligne deforcer
de voiles
-,
ce qui n'ayant point
empêchéïAmiralShowel d'arriver
comme ilfatfoitd'abord

ilêtoitfi
avancée qu'ilJe trouva insensiblement
dans nos eaux de lavantj
avec quelqueintervalle entre le
Corps de bataille & luy. Cette situationqui
nousparoifjoiifavorable-,
nousfit prendre leparti de retenir
le vent en forçantdevoiles
avecle Corpsde bataille,pour coupercetteAvantgardeyefperantquefi
le calme -venoit-, comme il arrive
ordinairement dans les combats3
nous nous ferions remorquerpar
les Galeres pour doubler cette
Avantgardc & la mettre entre
deux feux, ce quiferoit arrivé
infailliblement, si ce mouvement
avoitpu sexecuter. Showel
-,
qui
s'en apperçut} retint aujJi-tost le
vent; & l'Amiral Rook qui en
prévit la confèquencr,fit lefignal
de commencer le combat, & arriver
sur nous tAvangoerde de
son Corps de bataille3paroucommença
le combat. Il étoitpour lors
dix heures à ma montre. Le feu
commença donc generalement par
toute la ligne. Je ne puis rendit
compte que de ce qui Je paJlà au
Corps de bataillex (7pour ce qui
regarde l'Avantgarde & lArrièregarde>
ftry esté obligé demen
rapporter aux Commandans de ces
Efcadrss , la fumée formant un
nuagesi épais, que dans des mamens
a peinevoyots-je les Vais
feauxquiétoient de L'avant &
de l'arritrc de moy. La canonade
fut très-vive par tout. Mr le
Marquis de Villette avoit remporté
un tres-grand avantage sur
l3Avantgarde des ennemis
3
puisquesuivantfin
rapport, ily avoit
déjà cinq de leurs Vaisseaux qui
avaient quitté la ligne>lorsqu'une
bombe tombafurfaDunette

~;o~~ qui , y_f* lafitfauter3 & l'auroit mis en
risque de fauterluy^même par le
7 eu que cette bombe avoit mis à.
son ¡.rÚffiau
>
s'il n'étoit un peu
arrivé &forti de la ligne pour
Je reparer & éviter cet accident.
Pareille chosearriva au Vaisseau
de Mr de Belle-Ijle
> une bombe
ayant mis lefeu à ce Vaisseau ce
qui l'obligea d'arriver. Lors de
cetaccident3Air de Belle-Ijle avoit
déjà eslé tué.
Quantàce quiregarde le Corps
de bataille, ilyarrivaunechose
que je croy n'estre jamais arrivée
dans un combat de ligne quand
on est fous le vent; c'cfl que le
troisiéme Vaisseau de mon avant,
commandépar Mr de Chammef
lin
j
qui fut trois fois de fuite à
l'abordaged'un Vaisseau qui Je
j /7
trouva prés de luy, fut obligé d7e
le
quitter ala troisiéme fois
, parce
qu'il vit le feu en plusièurs en.
droits dans le VaijJeau ennemi;il
ne [çait ce -que ce Navire est devenu
a cause de la grandefumée,
& depuis dans la vivacité du
combat
)
il perdit tant de monde
&fut tellement dejemparê3qu'il
fust contraint luy-même de Jortir
de la lignepourse reparer>aujjibien
que Mr le Chevalier de
Grancey qui efloit auprès de If!)',
qui Je trouva dejemparé& criblé
de coups.
-
A tArrieregarde
j
le combatfut
aussi très vif
} & Mr de Langeron
ma dit que deson J^aifjeau,
deplusieurs autres> on crojoit
avoir vu couler à fond un des
Vaisseaux avec qui il avoit en
tltffaire. Mrde Rouvroy qui étoit
un deJes Matelots
3
après deux
heures de combat
>
reçutplujieurs
coups de canon qui lui mirent tant
d'eau dans[on Vaisseau,quilfujl
aussi obligé de fortir de la ligne
pourJe reparer. Mrde Rocbeallard'
l'aîné> qui eût affaire avecJon
Navire de Joixante canons 3
à
Sbowel
j
qui en avoit un de 90.
*
fut auJF obligé de sortir de la li-
- ,o,,,ne;fon Vaisseauétait tout criblé
££ desemparé. Mr le Chevalier
dOsmont & Mr de Pontacy qui
commandaientde petits Navires>
eurent affaire à de beaucoup plus
gros.) e se trouvèrent oblige^
«en faire autant. Du cossé des
tnnemis, nous en vîmesaujfiplusieurs
quiJe retirerent du combat.
Eno-encralynousJommes toujours
demeurez dans nostre même terreiny
&par toutcefont les ennemis
qui ont voulu finir lecombat,
-& s'éloigner de nous en tenant le
"'Uent autant quil leur étoitpojfiblc.
Mr le Bailly de Lorraine
qui é.oit mon Matelot de f'aruant.)
a toujours tenuJonpofle auprès de
moyy& a fait tout ce qu'onpouvoit
attendre d'un tres- brave
hommeyjufiJu'à ce qu'il ait eslé:
tue.Jedoislajufliceà Mr dei
Grand-pré qui Je trouva comman.
dant de Jon VaiJJeauaprès pt\
mort.) que nous ne nous apperfu-,
mes point de la perte de Mr lea
BaïUj de Lorraine.) & que et*.
Vaisseau fit toujours toutce quom
pouvoit desirer. Mrde RelingueM
qui étoit monMatelotde /'arriéré,x
fit tÚtfli tout ce qu'on pouvoit attendre
d'un homme connu pour um
aujJi bon Officier qu'il efl ; il eût1
la jambeemportée au bout dei
deux heures de combat.) &Air
de Roche-allardj le cadetjqui par
cet accident se trouva comman.
dantde jon Vaififieau3je maintint.
si bien en [on posse xfit un si grand
feu & si à propos
-,
que ton ne
s'apperyutpasnonplus de la bIef
jure de Mr de Relingue.
Le .combatfinita tanjantgarde
entrequatrea cinq heures; au
corps de bataille3 ilfinit à près de
Jept
> & à ïarriérégarde3 les ennemis
tiroient encore à la nuit.)
mais de si loin qu'à peine leurs
boulets arrhoient-ils jufqua nos
Vtijjeaux.
le ne jçaurois dire trop de bien
des Ojficiers de mon Vaififiau, non
plus que des Gardes Marine
3
qui
ent témoigné les uns & les autrès
j toute la valeur & lefn*
froidquel'onpeutdefrer, Sijedifois
tout ce qu'ily a à dire sur
tous les Officiers de l'armée.) je ne
finirois point
, ayant tous lessujets
du monde d'en eflre content.) &
me refernjant à leur faire connaÎtre
ma fatisfaclion par des choses
leàsspeenitniee>lles. Toutce qui mefait de,
c ejl la quantité d'hon.
nefles gens que nous avonsperdit,
dans cette occasion ; mais une Ba+
taille comme celle-là ne peutpas Je
pafferfansperdre de bonssujets.
Nous demeurâmes la nuit3 qui
suivit le combat aportée du canon
les uns desautres. Jefis porter des
jeux A tous bes Vaisseauxde iArmée
3 & il riy eût que les Vaij2-
jeaux >portant Pavillon> des ennemis
qui en mirent.
Le 2 5. au matin
,
les vents
ayant change c estant revenus
a l'Ouest
>
les deux armées refor- amèrent leurs lig~nfe~s", qui p~arr les
courants, le calme & la nuit
avoient ejïé fort dérangées.Mous
ejhons pour lors à une, lieue les
uns des autres. On courut dans
cette situationa la cosse dE[pagne,
& chacun de son coftéayant befoin
dese remettre enefat3ce fat
-làl'occupation de la journée. Il
nous p.îque les ennemisétaient
bien aijé deseloigner de nous m--
sensiblement; en effet ils firent Jt
bien
3
qu'à l'entrée de la nuit ils ient (Ioignez de nous de trois'
lieues. Ils mirentpour lors le cap
à la cosse d.e ,Barbarie. Pour nous 1 * nous continuâmes la bordée a l1a
cofte d'EfP.agne jufiJ'là minuity
que l'onjugea à propos de revirer,
a celle de Barbarie
j pour rejoindre
nos VaiJJeaux dejempare^j
qui n'avoientpû nous future
3&
si maintenir au vent de l'armée
ennemie.Cettebordéefitque nous
nous trouvâmes le lendemain matin
y
a/fés prés les uns des autres,
mais le vent efioit revenu a l'Est,
& pour lors les ennemis qui
cfloient environ quatre lieues
au venta nous.) avoient une
belle occajion de recommencer le
combat, s'ilseujjent ruoulu,)
mais il ne parut pasqu'ils eneufsint
envie. Ils nous cottoyerent
tout le joursans nous approcher.
La nuit les vents eslans toujours
4 1Ï-'Er7 nfl faycontinué ma bordée,
tirant à la cosse d-Eirpagne, ou je
"Voulois mener les Galeres
>
qui
cfloient dans un parage tres-danvereux
pour elles, &m'élever de la cosse de Barbarie
3
dont je m)étois
trouvé un peu trop préspar les
courants qui portent a terre. Ilya,
apparei^çex^ue les ennemis proprerent
de ce vent pour regagner le
Détroit; car nous n'en avons eu
aucune nouvelle ny connoijjance
depuis
j
malgré les Fregattes que
javois mis. a l'air du vent pour
les objerver.JeneJçay point encore
ou ils ont tourné;maisftcejl
au Détroityilsmelailjentmaistre
du Champ de bataille,&avouent
bien qu'ils ne veulentplus avoir
affaire a nous j a moins que leur
Juperiorité ne Joit encore plus
grande.
Quantà moyjefuis revenu
au mem:Vele^Adalaga
>
où ils
tf/oient venus me trouver j
ou
jattens de leurs nouvelles j'(~ on
ja vaisfaire de l'eau. J'oubhois à
dire, quesur les trois heures
j
il
s'approcha deux Fregattes , que
nousprîmes même pour deux Brulots
qui vouloientvenirsurnous,
à la faveur du grand feu que
Roock.&son Matelotfaisoient
pour lors;cêtoit des Batimens a
bombes qui nous entirerent beau.
coupyfuivant le rapport des Fregattes
que favois sur les aisles,
car pour nous 3 nous ne nous en
apperçumes point si bien; a cause
du grandfeu.
Lesennemis avoient pour eux
«
tous les avantagesquilspouvoient
Jouhaiter;lasuperiorité dunombre
des Vaisseaux
3
le vent sur
l'Armée du Roy> qui a esléfrais
pendant tout le combat avec assés
de Aierspourque nous ne puijjtons
pas tirer des Galeres tout le fervice
que l'on devoit attendre de
leurbonne volonté. Elles n'ontpas
laissémalgrétoutcela> de remorquerà
l'arrieregarde. deuxVais
jeaux qui estoientfous le vent,&
de lesremettre en lizne.
jJ,ee lleeuurrddooiissObeaucoupddee lloo~uaann--
ges de s'être tenues aujjî hardiment
j & aujji lonz-temps qu'elles
ontfait dans unparageJt dangereux
j
sur tout depuis la perte
de Gibraltar.
On maajjuréaujji
>
qu'on
avoit vû
couler
a fond un Vaisseau
des ennemis à ïAvant-garde>
ainsi ceferoit d'eux.
La Relation qui suit est de
Mr de Luns
,
Officier du Bord
de Mr de Villette.
VArmée ennemie étoit composée
defoixante-deux Vaisseaux de ligne
, & la notre de cinquante: Pinégtalité
na pas empêcheMonsieur Amiral de les chercher. Sur les
nouvelles que les enntmiseurent3que
nous allions à eux >
ilsifnirent de
la baye de Gibraltar
, & vinrent
au devant de nous. La neceifftê d'eau
nous avoit fait mouiller le 22. en
cette rade
,
il n)1 avoit pas deux
heures que nousyefiions
,
lorsque nos
Vaisseauxdetacbez,; nousfirent fignalde
l'armée ennemie. Monsieur
£Amiralfitlesignal d'aparcilier
pour ne leur pas laisser gagner le
1vent, mais l'enfoncement de cette
rade, & la hauteur des Montagnes
de Grenade nous donnoient un calme
tmtplatqui nous empécha d'enfortirque
le lendemain matin avec le
secours des Galères3& les ennemis
trouvoient un petit frais au large
qui Ictir donna l''avantage du vent.
Le23. nous les découvrîmes à trois
lieués au vent à nous, nous nefimes
les uns & les auties cettejournée que
itom mettre en ligne, & le lendemain
matin 24. ils arrivèrentsur
nous desibonne grâce qu'on les auvoitpris
pour des François: l'AmiralRoockalla
attaqllernojlre Priitle
y
à moins de la demi-portée de
tanon) mais Roock nesoutint pat
long-temps [on feu
,
il fit arriver
d'autresVaisseauxfraispourle relever
, &quand il les vit bien battisil
reprit leurplace, &soutintle
tombat jusques bien avant dans la
nuit : on n'ajamais vû un feu pareil
à celui de nofire Amiral & de
ses deux Matelots. On ne parle dans
l'armée que de la valeur& de l'UItrepidité
de ce Prince qui tft rempli
'de milleautresvertus:ces deux Matelots
le feconderent kmsrveilles ; le
Bailly deLorraineya perdu la viet
t'eif une fêrte pour le corps. Mr de
Kelingue son autre Matelot y dl
eu unejambecoupée dès le commencement
: Mr de la Rochalart
,
fôn
Capitaine de Pavillon soutint le
feu des ennemis avec tant de vigueur
& defermeté qu'onnes'aperfutptUde
la blejjuredupremier, Mr
deChammeflmquimontoitlepremier
yatfieau de cette divijîon,aboida.
troisfois un Vdifleau plus grandque
luy3 & l'auroit enlevé s'ilne J'étoit
aperçu que le (tuy efloit à trois
endroits : je vous diraipeu deckofc
de l'arriere-garde,lafuméem\mpécboit
de la voir: je fai seulement
qu'ony a combatu de loin, 6-
que les Hollandais contre qui elle
avoitaffaire, n'ont pas voulu s'engager.
Mrs de. Larteloire, Daligre
, d'Ailly dr Duque ne Guiton
fy font diflinguez^ Mr de Villette^
gtjoue un beau roue danscette journée
,
commandantVavantgarde, il
4t eu affaire aux Vaiffiaux de
Shovvel commandantl*avantgarde
des Anglois, il arriva sur nous k
la portée du mousquet
, jeCt¡croyois
qu'il vouloit c-ommencerparSabordage
; toute noflregarde, après
avoir' mis en ligne, avoitmis en
pane pour les attendre , mais on
tria de Vdiffiau en Vaisseau de
forcer de voilespourmettreSavantgarde
des ennemis entre deux feux.
•Shovvel qui laperfût de noflre def^
fein fit tenir le vent asonavant-
'$arde, & lusson Matelot arrivevent
sur nous en dépendant. Mr de
yilletteccmptoit d'avoir affaire à
lui
y
mais Shovvel ne letrouvapas
M- àpropors, & J'attacl" a noflreMa- du caffe, qui le teceuten
galant homme, & nous donna fom
Matelotqui efioit betutoupplussonà
que luij il ne demeurapas plra d'une
heure &demiepar nostretravers
& s'alla mettre detriere fin Ami--
ral: unaupe plus petitque lui nous
vint aujjî combatre, nous le renvoyâmes
une heure & demie après
demàtè : un troiséme Kaijfenude
7°. canons prit la place, & noué
fit un feu enragéil nous tua plus
de monae , & nous coupa plus de
maneuvres que les deux autres enftmble
> nous avions donc illterejP;
de le renvoyerau plittott, ce que nous
ftmes bien visse ,
après lui avoir
coupéses mafls
,
& misses voiles enpantenneJ.
Nous fumes ensuite affaire
au Matelot du Vice-Amiwl
de leuravantgatdequi s'ennuyafort',
de nostre feu
3
& qui nous donna
déjà en partageson Vice-amiral ;
de tJtti noué aurions rendubon compte
ion qu'une bombe tombasurnoftrç
dunette
,
& qui pénétra jufquà la
troisième batterie ,fit fauter l'driété
du Vaiffrau,&mit le fiN dans
toute la poupe ; imaginez, vous
l'horrible desordre dans lequel et
malheurnousmit: nousavionsdans
la Gallerie 5000. cartouches pour
des [ails, toutes nos armes de recharge
dans les chambres, lefeu s'y
mit, & les coups portèrent sur 4e
Gaillard derriere
,
où efioient Mrs
de Villetu,de Baumont,de Sont*
mery ,
Tierfeville, ChatTier, &
moy.Je me dutournai au bruit de la
bombe,&crus que tout le Vaiffeam
allait tomber en pièces, je vis Mr
de Villette tenverfè
, une infinité
tfecUts autour de lui , i-e le crus
mort ,
il en fut quitte pour deux
tontHjîonsyMrsde Sommery(5Tier-
(eville bleffez^ à mort de coups de
mousquetst &tombezji mes pieds;
la poupe du Vaisseau qui bruloit de
tous costez: je crus le Vaiflèdu brûlé
,
l'élruipagen'osoit approcherda
feu. Mr de Caumont JY jetta avec
beaucoup de vivacité & d'intrépidp'iutné,
ilfutsuivi de Chatrier, &
autre Officier: cetexempleyfit
aller quelques Officiers mariniers
& Matelots qui travaillèrent à
éteindre lefeu
, & à osler deux barils
de grenades qui n'avaiont pas
tncore ejlébrultx^
:
j'ils el/ffint tiré)
tout ce qui auroit esièsur le Garllard
auroit esié hatbé en pieces ; ce
malheur nous obligea tfarriver de
deux airs de vent pour éteindre nearc
feu y les Kaïjjeaux de nojîrt
.evartgarde arrivèrent comme nous,
au Mtu de continuer ce que Mr de
yiiïette avoit si bien commence.
,. Les ennemis se trouvoientsibatus,
qu'au lieu de profiter du desordre ou
:. nous citions, ils piquetent le vent,
,~
&fitjoignirenta leur Corps de ba-
>' taille, & en chemin faisant, ils
tombèrentsur lespetitsVaisseaux
! denojlre arrieregafde,Cètoit un
coup importantde les doublerj carleur
avantgarde estoit entièrement per-
[ due, ce qui aurait absolument calife
legainentierdela bataille. sev
k v
J. La Relation qui suit vous ferra
connoistre, qu'il est neccessaijre
d'en avoirplusieurs , pour
bien sçavoir ce qui s'est passé
-dans un combat naval. ,J'
k - 1
***>
Nous avons joint nos Galeres Ir.
21. d'Aoufit environ un mois depuis\
nojlredépart , nous efiions pobr lors
pris de Velez-Malaxa, Monsieur
l'Amiralprit leparty d'yallerfaire\
de L'eau en ayant grandbesoin, &'
mefîne plusieurs Vaisseaux de fom
armée n'en ayant que pour quelque;
jours; maisa peine les Chaleupesi
furent-elles a terre, que nos Fregattes
degardefirent les signaux desx
ennemis, On quitta donc l'eau pour
se prépareraucombat. Nous appareillâmes
toute la nuit, & tout"-
le lendemain nous courûmesau Jar.
gesans tes voir, je dis de l'arrie-.
garde où feftois5 car nostre avant-*
.garde peut en avoir eu connoijlance ii
mais le lendemaindegrand matinti
jour esaint Barthélémy
,
l'armée*
ennemiese trouvafart près de nous;
& au vent , arrivant en bonne.
contenanct. Je croy avoir bien com.
pté foixante-unVaifieaux dans
leur ligne, mnis elle efioit trop
longuepouri'afiurer-, la nofire tenoit
bien trois grandes lieuësi& celle des
ennemis da cofté de nofire arriérém
garde
,
qui est affaire aux Hollandais
nous debordoit de trois Vais
ftPlfJX, qui nous frent bien de la.
peine ; car ayantferré leur ligne
> ils tombèrent tout frais sur nofire
arrièregarde qui depuis deux heures
avoit en teste le Viceamiral Mol-
Jandois & ses deux M"ltelots ; car
eefl- l'ordinaire que ces Matelots
chauffent le Pavillon qui combat
le leur,afin de l'ohliger à plier, et
qui grâce au Seigneur) riefi soins
arrive. Je reviens a Monsieur t'Amitai,
les ennemii, commeje ¿:'¿&.l'
deja dit, avoient le ventfur luyt
il les attendit de piedferme, ensorte,
qu'a dix heures &- demie les deux
armées se trouvèrent de bout en bout
à la portée du canon. Les ennemh
commencèrent auss.,î-tofi, cjr on ne. -tojî, & ne,
tarda gueres a leur repondre, mais
leur foudreportoit plus loin que la
nofire;ilfalutdonc attendrequils
s'approchaffint encore un peui car
ceux qui fontfous le vent font réduits
àse battre à la difiancequil
fiaisia ceux du vent de leur livret
combat,il n'yen a jamais eu un
plus long sans àifcontinuer
, que
celui cy. Le grandfiN ayant commencé
à onze heures, iladuréjufqu'a
ce quyon ne vifl plus clair pouf.
amorcer les canons ,
ainif nousnous
Jommes battus huit grandes heures
sans avoir le moindre rolafche. le
MC
fie croy pourtant pas que te corps de
bataille se foit battu plus de sept
heures 5 car il me semble que vers
lessix heures aprèsmidy^dans quelques
intervalles où lafumée rnt
fetmit de voir, les Anglois pinsoient
le vent pour s'éloigner de nos
VaijfeaUK. Pour l'avantgarde
,
ie
fie scay point du tout ce qu'elle a fait, mais sans l'avoir vite
,
j'affuretois
bien quelle aura bien joué
son rolle; car elle efi composée de
/JIJni acteurs. Pour dire un mot de
Mr Roock il nous a attaqué aV.:C
tout l'avantage qu'il pcuvoit désirer
, tftant superieur en faiffeaux
& ayant sur nous un vent a bien
gouverner, qui a toujours dfré, &
parconsequentnos Galèresquiauraient
pu nous servir beaucoup en
calme, ne nous ont pas esiè fort utiles
dans cette occasion, &apenddnlJ
nous n'y avons pas eu le moindre
de/avantage ; aucontraire dansce
qui a paru ilsfont plus incommodez^
que nous ; car le lendemain que
chacunJê rdcommodoitdeion mieux,
environ à trois lieues de dodnce
en a comptéjusqua treize de leurs
27aviresà qui ils manquoit des
JWats de Hune, & il ny en avoitk
pas, à beaucoup près
, tant parmi
nous, il.estvray que nos Equipages
ont dû estre piusfatigueZde ce com..
batt que les leurs, parce qu'efiant
fous le vent on navoit respirè que
de la fumée de poudrependant toute'
la journée
,
dont le souffre de/Jèicbe
&incommode beaucoup a la longue;
Ainl nos yaijfeauxdefagrie&
nos Matelots fatiguez, dvoient bétons
dese racommoder ce jour-là,,
Cejq ce qui empefcha de profiterdit
vent qui nous estoit favorable le
lendemain de l'occasion; mais lefuu
lendemain vingtsixiéme
,
les ennemis
ayant à leur tour le vent sur
wons,Ils ne vinrent pas nous chercher
, au contraire, le foirils s'éloi.
gnerent ,
ensorte qll'aujo.,d'huJ
vingt,sept nous ne les voyons plus;
les vents font aà bfi tt-rrèess-ffrraaiiss,3cela ce 2a
nous oblige de courir à la Cofte dEf
pagne ,
j'enfuis bien aise
, carnos
i1/r./fl;.& malades ont grand besoin
de rafraï.bifemens. Je ne crais pas
que nous quittions ces parages cy,
) , T'ejr AUX ennemis a'1ies ab'-andonnery
zarils font apurementplus maltraitezque
nous.
Je croy devoir ajouter icy
l'ordre de Bataille que je viens
de recevoir.
LIS TE
Des Vaissèaux qui compojènù
l'Armée Navalle de France.
AVANTGARDE,
Escadre blanche & bieuë,
Vaisseaux.
Capitaines.
Et Canons,
VEclatant.
Mrde Bellefontainc.
Canons, 6
L'Eole.
Mr de Mons.
Canons, 6
COriflame.
Mr le Marquis de Chasteaux
renault.
Canons, 6
1 Le Saint Philippe!,
Mr d'Infreville ,
Viceamiral;
Canons, 91
,1/ L'Heureux. -- Mr Colbert Saint Marc.
Canons, 70
r LeRubis
(Mr de Benneville. ÏCanons, 56
j
- - - -
UArrogant.
1: fMr des Herbiers. Canons» 56 i - -
LeMallivis.
iMrPacoulec.
f Canons, 58
* Le Constant.
1 Mr de Sainte Maure.
: Canons) 70
1 Le Fier.
:' Mrle Marquis de Villette,
r Amiral de lEscadre.
1 Canons,- S8
- L'Intrépide.
Mrdu Casse.
Canons, 84
VExcellent.
Mr de la Roche-allart.
Canons, 62,3
Le Sage.
Mr de Monbault.
Canons, 54$
L'Eciieil.
,1 MrDarigny.
Canons, 66* Le Magnifique,
Mr deBelle-isle,Contre-amiral;1,
Canons, 86
Le Monarque.
Mr Chabert.
Canons, 86
16. Vaisseaux.
1118. Canons. -
Escadre Blanche.
CORPS DE BATAILLE.
Le Furieux.
Mr le Comte de Blenac.
Canons, 60
Le Vermandois.
Mrle Comte deBethune.
Canons, 60
Le Parfait.
Mr le Marquis de Chasteau-
Cmoarannt. ons,74Le TonnAnt. 1 r
Mr de Coëtlogon, Vice amiral.
Canons, 92
VOrgueilleux.
Mr du Palais.
Canons, 86
Le Mercure -
Mrde Lanion.
Canons, Soc
Le Serieux,
Mr Chammelin. -- 9
Canons, 58
Le Fleuron.
Mr de Grancey.
Canons, 56I1
Le Vainqueur.
Mr le Bailly de Lorraine.
Canons, 88
- - -
Le Foudroyant,
Monlieur1Amiral. Canons,
-
104
Le Terrible.
M- -r de -Rel.-ingue.
Canons,
- -
104
- - -
LEntreprenant.
Mr de Hautefort.
Canons,
-- -
60
Le Fortune,
vlrdeBagneux.
Canons, 58
LeHenry.
Mr àe Serguigny.
Canons, 66-
Le Magnanime.
VlrdcPontis, -
Canons, 74
LeLys.
MCr leaChnevaolierndesV8illars8. Le Fendant.
VClr da-enl- aoL- unzersne,. S8
!i7. Vaisseaux.
1136. Canons, v:
Essaare Bleue.-t4-
ARRIERE-GARDE;
,
La zelande.
MrdeFerville. ¡
Canons, 60
LeSaintLouis.
Mr le Chevalier de Beaujeu.
Canons, 60 Z'Admirable,
Mr de Seppeville, Contreamiral.
Canons, 92.
La Couronne. MrdeChampigny.
Canons, ZD 78
LeChevalMarin. -:'
Mr de Pontac.
Canons, 44
Le Diamant.- - - 1
MCrdan'Oonrso,5g8ne. - LeGaillard. 1 1
MrDosmont.
Canons, 54,
LInvincible. 1
MrdeRouvroy.
Canons, 70
Le Soleil Royal. 1
Mr de Langeron , Amiral. de
l'Escadre.
Canons, 102
Le Sceptre. 1
Mr le Commandeur d'Ailly.
Canons,LeTriden88t.I MrdeModenne.
Canons, 56
Le Content, a MrPhelypeaux.
Canons,
- .-
Coc
Le MAure,
Mr deSaint Clair.
Canons, 5it
Le Toulouse.
Mr du Quesne-Monnier.
Canons, 62s
- - -
Le Triomphant.
Mr de la Harteloire; V~-ice.
amiral.
Canons, 9*4
Le Saint- Esprit.
Mr du Quesne-Guitton.
Canons, 74.J
L'Ardent.
Mrd'Aligre,
Canons, '6.
17. Vaidéaux."
1168. Canons.
Je vous envoye l'extrait d'une
Lettre écrite sur le VaiiTeau
le S. Philippes, Commandé par
Mr le Chevalier d'Infreville,
MonsieurVAmiral a combattu
AU corps de bataille confie l*Amiral
<Rook
, avec tant de force & tant
de valeur, qu'il l'a obligé de plier
& de quitterprife avec toute sa diirifion
)
enfinccftoit un feu d'enfer.
Monfieur le Maréchal de Couvres
a beaucoup de parta cette glorieuse
j aïhoni il a conduit toutes choses
avec autant de prudence que de ca-
* pacite. Si nous avions eu le vent
sur eux, nous aurionsfaitplier toute
l'armée en telle forte, qu'ils ne
s'en feroient pas tous retournez,_(n
Hollande & en Angleterre, On
na jamaisfait une action plus hardie
, ny avec tant de [accès, Nous
avions affaire au pice. Amiral
Waffinaérque nous avons au/Ji contraint
dequitterprife avecson Matelot
, qui cftallé tomber surMlle
JUarquis de Vdttte, dans le bord t
duquelila jettéune bombe quiya
causé beaucoup de desordre 3 cepen- ::
dantMx de Paillette l'a contraint.
parfin feu continuel de l'abandonner,
&d'arriverfous le vent deson
Armée.
L'intrepidité & le fang froid de
Monsieur le Comte de Toulouse,
pendant lecombat, luy onc
attiré tant d'éloges & ont tellement
paru aux yeux de tous
ceux qui ont pû les remar-,
quer , qu'ils, assurent qu'ils
ne peuvent trouver de termes
pour les bien exprimer. Les ennemis
avoientquatre ou cinq
grands avantages sur ce Prince.
Ils avoient ii..ou 14. Vaisseaux
plus que luy
, ce qui faitenviron
le quart. Ils avoient l'avantage
du vent,en sorte qu'ils
n'approchoient deluy qu'autant
qu'il leur plaisoit
, & qu'il ne
pouvoit les aborderil ne pouvoit
même les voir,le vent luy
.renvoyant toute la fumée.On
sçait
,
& c'est un fait constant
& averc) que leur poudre porte
beaucoup plusloinquelanôtre,
ce qui étoitencoretrès avantageux
pour les ennemis
,
6c cependant
tous cesavantages
n'auroient pu empêcher q11 j1sn'eussentencoreplus
perdu
qu'ils n'ont fait, s'ils nes'étoient
point servi de bombes, ce qui
ainsi que vous avez dû le remarquer
dans les relations que vous
venez de lire, leur a sauvé toUl:
le mal que Mr de Vilette étoit
en état de leur faire. Il cft à re.'
marquer que c'estla premiers
fois qu'on stelt servi de bombes
dans un combat Naval; cependant
malgré le grand nombre
de tous ces avantages que les
Ennemis avoient sur nous pendant
le combat, ils n'ont pas
laissé d'êtreobligez d'avoir
recours à une fuite honteuse..
Vous verrez dans la suite dema
Lettre, la perte que les Ennemis
ont faite.
Je vous envoye une Lettre de
Monsieur le Duc de Graminggt.
Elle est adressée à MonlîçjjjÇ
le Comte de Marsan. Vous
trouverez dans cette Lettre une
éloge de Monsieurle Comte de
Toulouse
,
&. vous y verrez
combien la France a perdu, en
perdant Monsieur le Bailly de
orraine.
A Madrit,le5Septembre1704.
Vous fçave^ Monsieur
, combien
je vous honore 6" combien je
(ftuItM;f àÀ vous, aaiinnjiVOUI ntdurezplU'
ttle peinéÀ croire qu'elle tft ma peint 6 l'interetf vif & sensible queje
frens à la perte que vous vene\àe
(¡lire de Monsieur le Bailly de LortYtline,
qui est mort comme un Romain
de l'ancienne Rome. Le pauwre
garçon ayant un coup de canon
quiluyemportoit le ventre, &Jek
boyaux tombants à terre
1
il les as
,ama!JeZ\. luy - même &- remis dana
leur place; puisvoyantses Matelots
& ses Officiers canllernez,, iA
leur dit, que ce qu'il avoit ne:
feroic rien, & que chacun allaffo
à Ton poste & fist redoubler les
feu, & peu de temps aprisiiren--
dit l'esprit. Je vous avoue que je^
fleure commeunenfant, en vous[aiu
fant cette pitoyable defeription
5 l'a1\
l'honneur de la mander au Roy dex
même quk vous , car la mémoires
d'un homme capable de cette ferme-
- té là ne peut eue trop honnorèe%
Je plains le pauvre JvlonfeuT le
Grand,àqui je vous fupplit de vou- - loir bien tendre ma Lettre, après :
quyil aurafçà par dautres quepar*
plOY. cette cruelle nouvelle,
Notre Comte a fait merveilles,
& toute ltarmte l'adore. il a eu un
éclat qui luy ècerchela temple, &
un autre qui luyccupesa cravate,
quatrede sespagestuez^oueftropiez^
kses côtez., Gabaret tué, Valincour,
bleilé,le frere de Dejpla/fon tué,
le Chevalier de Comminges, hleffé
aux deux jambes
,
dr* nombre de
GardesMarine.Ilprenoit son tabac
er ne fourcilloit pas j cest un
nomme Grand-champqui estAU Roy
¡J,'EJPagne
, e que je luy avois dépefèhé,
lequel ne t'a point quitte
* qui me conta hier tout ce que je file
donne Phonneur de vous écrire.
Il y a des rélations qui portent
que Mon sieur le Comte de
Toulouse a aussi esté blessé à
la umbe.
Quoyquel'on a pprenne toux
les jours de nouvelles circonstances
de ce combat, qui grossissent
nos avantages, Je Roy
n'a pas voulu les faire valoir
autant qu'il auroic pû dans fat
Lettre addressée à Monsieur loe
Cardinal deNoailles, pour faire
Chanter le Te Deum; & vojcV\
avec quelle modestiecePrince
en a parlé.
Mon Coufin,l'Armée navalîet
quej'ay assembléedansla Alediteir--
ranée fous le commandementdémon i
fils le Comte de Toulouzg Admirai *
de France, a non-ftulement rendu *
inutiles les entreprises que les Fiottes
Angloise (y Hollandoise jointes ;
ensemble s'etoient proposèdefaire « sur les cojles de CatalogneJ mak ]
elle vient encore de terminerglorieflsement
la Campagnepar un combat
generataonttQut l'avantagem'ejt
demeuréiQuoiqueles ennemisfuf.
fent considerablement plus forts en
nombre, Cr qu'ilseussent le ventfavorableJ
leurs premiers efforts ont
efiksoutenus & repouffez^avec tant
de valeur pat tous les Officiers &
Equipages de mesVaiffeauxyanimez,
par l'exemple du General, que
les Ennemis n'ont plus pensè pendant
un combat de dix heures qu'a
le deffendre
,
qu'à éviter l'abordage
plusieurs fois tenté par mes Vaiffèallx,
& à chercher leurfureté dans
,la retraite yfans que durant les deux
jours suivans le Comte de Toulouft
qui a tout mis en usage pour les rejoindre
, les ait pû engagerà un fécond
combat. Cet heureux fuacs
moblige d'en rendre graces à Dieu
par des Prieres publiques.
Le Roy a fait compliment à
Madame la Maréchale de Coeu,
vres, sur ce queMonsieur le
Comte de Toulouseamandé
à Sa Majesté qu'il étoit obligé à
Monsieur le Maréchal de Coeuvres
,
& qu'il devoit le gain de
la batailleaux sages conseils de
ce Maréchal.
Monsieur le Comte de Toulouse
ayant envoyé Mrdela
Blandiniere
,
Ayde- Major de:
l'armée Navalle, au Roy,pour
luyapporter la nouvelle du
lgarand avantage remporté par
Flotte qu'il commande; Sa
Majelté l'ayant entretenu pendant
deux heures, & étant sa,;,,:
tisfaite, non seulement du détail
qu'il luy ena fait, mais aussi
de sa valeur & de sa conduite
dans toutes les occasions où il
s'est trouvé,ne luy laissa pas seulement
le temps d'en souhaiter
la récompense, & le nomma sur
l'heure Capitaine de Vaisseau. • Je croyoisavoir fini l'article
du combat Naval, mais je viens
de recevoir une relation si curieuse,
que je ne puis m'empêcher
de l'ajouter icy; c'est la
feule qui ait donné un détail de
la marche que Monsieur leComte
de Toulouse afait faire pour
aller à Barcelonne, & pour
chercher ensuite les Ennemis,
afin de les combattre, & qui ait
aussi donné un détail de ce qui
s'est patte pendant les six jours.
qui ont suivi le combat.
Devant Veler^Malaxa le30/
Aoufi 1704. ::NOus partîmes des Isle
d'Hieres pour Barcelo—
» ne, ou nous arrivâmes le 19-<
>>
sans y moüiller, sur ce que Jet
3y Viceroy envoya à Monsieur

l'Amiral une Lettre du Gou—"
i) verneur de Gibraltar, par la-
33
quelle illuydonnoit avis que:
» l'armée ennemie, composée
de quatre-vingt quatre voi-
Il les estoit entrée dans la Me—

diterranée le17 de Juillet:
3, & le Viceroy ajoutoit qu'on
,3 lui mandoit de toutes parts
„ que cette armée venoit son-
't dre sur Barcelone. Sur cela
Monsieur l'Amiralassembla.
les*
les Généraux, & une con- cc l'fcil, dans lequelil fut resolu Cf, qu'on attendroit devant Barlcaelone
l'armée ennemie pour combattre si elle venoit."
Mon teurl'Amiralmitson ar- cc mée en Bataille, où nous fu- «
mes pendant quatre jours,
[ attendant à tout moment l'arjmée
ennemie. «
Le 2. /UDUIÏ,Mon(leur PA- «G miral ayant appris que les Cc
ennemis estoient au ca p des
Moulins à quinze lieuës du c< Détroit , partit de devant cc
Barceloneavec les douze Ga-
[ leres de Mr le Marquis de"
Roye, & les 7. de Mrle Dde tc
de Turcis qui s'y estoient tc
renduës dés le jour que nous
parûmes devant cette Ville, et
3t pour aller en bon ordre,
,, petites journées à larencon-
,, tre de l'armée ennemie,qui
estoit composée de 62. à 65.
,,-Vaidèaux de guerre, selon ,,tous les avis que Monsieur
3,
l'Amiral en recevoit. Le ir.,
du même mois nous fumes
3, tres surpris,d'a prendre que
y,
les ennemis au lieu devenir
,, à Barcelone, comme on se
3) l'estoit imaginé, s'étoientjet-
33 tez sur Gibraltar, & s'en
3>
estoient rendus maistresse 4»;
,, Aoust,sans faire presqueaua,
cune deffense, & qu'ils me-
3,
naçoientCeuta qui est vis à-
,, vis, à la coste de Barbarie.
3,
Sur ces nouvelles Monsieur
,, l'Amiral tint Conseil, qui fut
l' d'avis qu'on s'aprocheroic du
Détroit pour teniren échec cc
les ennemis, & lesempercher tC
de faire aucune autre entreprise
, que par là il ne reste ff
roit aux ennemis à faire que
de deux choses l'une, estant
tres-certain qu'ils ne reste
roient pas moüillez devant
Gibraltar à la nouvelle de
nostre aproche
, que partant cc
ils seroient obligez de sortir (e
du Détroit honteusement,ou
de nous venir combatre. Nous cc
marchames dansces resolu. cc
tions le long de la coste d'Ef «
pagne; nous mouillames le se
15. devant Velez - Malgues
, le petitbourg à vingtlieuês de-cc
Gibraltar,dont le Gouver- cc
neurenvova à Monsieur l'A- cc
miral à dix heures du soir les
3, avis qu'il venoit de recevoir,
que les ennemis avoient ap-
9,
pareillé le matin à la rade
,, d'Estempona
,
à quatre lieuës
,, en dedans du Décroit, & ve-
,; noient à nous;sur quoy Mon-
,, sieur l'Amiral fit à minuit les
"signaux d'apareiller à toute l'armée, estant tres-impor-
,, tant que l'armée ennemie ne
3, nous surprit point à l'anchre.
,, A la pointe dujournousnous
mismes en bataille, & fumes
J) au devant d'eux jusqu'àMalgue
, voyant que les avis de
j, ce Gouverneurs'étaient trou-
„ vez faux, nous revinfmes une
,, seconde fois à Velez-Malgue,
tant pour y attend renos Ga-
,, leres que pourfaire de l'eau.
,, Nous mouillâmes uneseconde
fois le Il Aoust à huit heures
du matin , & nos vingt-qua- cC'
tre Galeresyarriverent aussi- te tost que nous, vers les trois
heures aprèsmidy. Nos Vais- toC seaux qui estoienten gardefirent
les signaux de l'armée en ce
nemie, & Mon sieur l'Amiral,
ceux d'apareillerincontinent,
ce que le calme ne nous ££
permit pas de faire, mais à <c
deux heures après minuit l'a- cc
vantgarde leva l'ancre,ayant"
des Galeres pour la remorquer
Un petit vent de terre H
s'étant levé à la pointe du cc jour le Corps de bataille & (c.
l'arrieregarde appareillerent cc
incontinent. A peine étions- cc
BOUSen bataille
, que nous«
apperçumes au vent l'armée c;,
»ennemie qui venoit ànous
» nous mismes en panne à l'en-
5>
crée de la nuit, les ennemis
,, arriverent peu aprés
,
& mi-
,> rent en panne à deux lieuës
3,
de nous, se reglans sur les
» feux que nos Generaux por- toient. Le lendemain 24. feste
3,
de Saint Barthelemy,nous
,, v îmes à la pointe du jour l'ar-
,, mée ennemie en bataille,com-
»posée de soixantedix-huit
) voiles à deux lieuës au vent
» à nous. Monsieur l'Amiral fit
3, mettre incontinent à toute
,, l'armée Pavillon blanc, étant
3,
toûjours en panne. Alors l'A-
3, miraiRookarriva ,
& tou-
3, te son armée en dépendant,
,, Shovvel ayant l'avantgarde,
» & les Hollandois commandez
par leur Amiralarriere- (t
garde. Monsieurl'Amiral fit
incont i nent servirauplus«
prés du vent, & sur les dix«
à onze heures du matin le «
combat commença avec furie«
tout le long de la ligne à la te
portée du canon,où ils le
tinrent toûjours, n'ayant ja «
mais osé s'approcher de nous«
à la mousqueterie. «
Pour raconter au vray cc
toutes les avions de valeur
qui se passerent dans nostre «
armée ,il faudroit avoir pû (C
se trouver en même tem ps«
dans tous les Vaisseaux de«
l'armée, qui generalement se cc
font signalez,&ont fait en
cette occasiontout ce dont (C
des François sont capables, à
,, la vûë de Monsieurl'Amiral,
j) qui lesanimoit par sonexem-
»ple. Je laisse aux personnes
j, qui avoient l'honneur d'être
., au près de luy pendant le com-

bat, à décrire sa fermeté & son courage au milieu des
3) morts & des blessez qui tom-
)' boient à ses pieds. Je diray
3>
feulement que Rook ne pût
3,
soutenir une heure son seu ,
,, l'impatiencele prit &il prefe-
3i ra à l'honneurqu'il avoit de
3, combattre contre un si grand
33
Prince,des Lauriers imagi-
»naires qu'il pretendoit cuëil
tll lir dans un autre champ avec
» plus de facilité, mais il se
trompa. Mr de Relingue,à
» qui il s'étoit d'abord adreuct
;1
le reçût si vivement, qu'il pa~
but en moias d'une heure en tc
estre fort content, &se re- «
tira > il voul ut, ap résavoi r «
combattu contre Monsieur«
l'Amiral ,tâter son Matelotcc d'avant Monsieur le Bailly U
de Loraine le reellt avec tant«
de valeur, qu à peine eût- ilfC
esté trois quarts d'heure par«
son travers, que desesperant <€ de pouvoir réüssird'aucun
costé-il prît le parti detenir«
Je vent, & de s'éloigner. Si14
Rook a donné en cette occa- «
lion des marques de peu decs
fermeté, ses deux Matelots«
au contraire se font acquis«
beaucoup de gloire parla va- leur & l'acharnement ,, avec le-'c
quel ils combattirent contre«
nostre Prince & ses deux Ma.<i
>> telots ; mais cela ne leur ser-
>) vit que pour eux en particu-
>>
lier; car enfin ils furentobli-
>, gez de ceder & d'abandonner
» la partie,étant tour delabrez-
»Si le Seigneur nOllsflÙt favot)
riié du vent sur nos ennemis,
,, ce jour-là ,il est incontesta-
»ble qu'ils estoient entiere-
J) ment perdus On necombattit
pas avec moins d'opiniatreté
• »&devaleuràl'avantgarde&
S)
à l'arrieregarde où les enne-
,, mis se servoient de leurs Ga-w
» liotes à bOlTIbes, dont une
j, tomba sur leFier qui emporta
3> tout son arriere. On peut di-J
»qu'il n'y apeutêtre jamaisen
>, uneoccasionaussigenerale,&
» dont.on puisse dire avec plus
» de verité,que l'avantage & la
gloire en soient restez entiers toute tl cours aux François. Cedis- te les scandalizera peut-être« personnes qui ne comp. « tent pour victoire
, que lors cc
que son brule ,ou que l'on (c prend des Vaisseaux enne- «
mis. J'avoüe effectivement,«
que cela la rend plus com- (C plette ; mais qu'on fasse re- «
flexion que Rookestant ve- «
,DU nous chercher avec 61. <c Vaisseaux de ligne, dont lecc
moindre estoitde60. canons, cC
&ayant eû pendant toute«
l'action le vent sur nous, il CI
tess: à presumer que ce Gene- cc
ral se flattoit d'une sûre vic- .cc
toire
,
sans quoy il estvray-«
semblable qu'il ne s'y seroit cC pas hazardé
, & qu'il efpe-u
» roit pour fruit de sa victoires
J, se rendre maistre de la Me'.:
» di teranée, & assurer sa cour »quelle de Gibraltar, & pour »cela voyonslacontenance
%)
des deux Armées a près et. »com bat.
H Le25 nous nousralliâme
,, à la vûë de l'armée, où nous
J) remarquâmes treize de leur
3j Vaisseauxdemâtez & tour
,3
delabrez. Nous en ~eûmes
,, au ffi quatre fort~incommode
3idezj le Fier, l'Oriflame
» l'Exce llent &. le Sage.
» A l'entrée de lanuit~Monsieurl'Amiral
fit mettre de:^
,, feux à toute son armée,&[
colirut vers la coste de Baf"Í-¡'
3,
barie pour empêcher ~Rook
« de gagner le Détroit, où Li
)C sçauroit aller sans nous«
donner un second combat. «
Le 26 nous nous trouvâmes«
L quatre lieuës de la Barbarie
sur le Cap de Tafernily
en presence de l'armée enne- «
nIe) qui y avoit couru com- «
11e nous l'avions pensé. Vcrs"
les deux heures a prés midy
ellefitmine devenir à nous,
Monsieur l'Amiral toujours«
Eii bataille, mit en panne«
par son travers pour l'atten- «
dre
, ce qu'ayant remarqué
elle retint le 'c vent. Le 27 des hier au soir, les c<
vents dtEf1: devinrenttrès-«
frais. Monsieur l'Amiral cc
ayantfait mettre des feux à
son armée fit route cf au Nord,
pour s'approcher de la coste
-."d'Espagne
,
à cause des Galeres
qui souffrirent beau.,j
coup de ce gros temps toute
3) la nuit & tout le jour, juf-1
qu'à ce qu'elles
eussent
gagné
Malgue, lieu où nos Généraux
& Officiers blessez se
sont fait porter a prèsle combat,
&où elles arriverent à
„ la fin du jour, & nous à
55Velez-Malgue,le lendemain'
28. sans y moüiller. Il n'y a.'
3> que par la qualité & la quan-
» tité des Officiers que nos en-
) nemis nous ont tuez, qu'i ls,
3y peuvent se vanter de quelque:
»
avantage, c'en est du moins'
un que nous n»auro•ns ja•mais 1 "sur eux , quand même nous
» ferions perirtoute leur ar-
» mée. La mols de tous leurs
Generaux ne fçauroic noLIS
ledotnmager decelle du Bail- if de Lorraine ce , &c. On ne
loute point que l'arméeenlemie
n'ait profité du gros
rent d'Est qui fit la nuit du cc
6 au yj, pour gagnerle
Détroit. «
Je vous envoye, pour la preniere
fois,un Article que vous
déjà vû , à peu prés de
nême dans les nouvelles publiques
; mais je fuis obligé de le
nettre icy afin qu'il ne manque
pas à ceux qui conservent toues
mes Lettres.
Le Royadonné àMr le Marquis
de la Valliere, la Charge
le Commissaire général de la
i
Cavalerie, qu'avoit feu Mr le
Comte de Verüe.
A Mr le Vidame d'Amiens:
la Charge de Capicaine-Lieutenant
des Chevaux- Legers do
la Garde, qu'avoit feu Monsieur
le Duc de Mont fort son
frere. Le Guidon qu'il avoit
dans la même Compagnie, esté donné à Mr d'Imecourt.
La Compagnie des Gendarme*:
deBourgogne vacante par ls.
mort de Mr de Gassion,a Mrdo
Castelm ron , Colonel du Re-:
giment de Nivernois.
Les deux Souslieutenance
vacantes dans la Gendarmeries
à Mrde Merinville,Mesire dol
Camp&àMrde. Buzanval,Ca..
pitaine au Regimem des Cuirassiers.
La Majorité de la Gendarimeric
vacante par la more de
Mr d'Ormoy
,
à Mr du Plessis la
Corée,
L'Enseigne des Gendarmes
de Bourgogne, à Mr de Marambac
)
Major du Regiment
du Roy
, Cavalerie.
Les Guidons de Gendarmerie
vacans, à Mrs de SaintAbre Crecy ,
,
Meré & du Mesnil; &
celuy des Gendarmesd'O r léans,
à la nomination de Son Alcelse
Rovale,* a esté donné au fils de-
Mr le Marquis d'Estampes.
Le Regiment de Cavalerie de
Bouck» à Mr de Maslemback, Brigadier & Lieutenant-Colonel
duRegiment de Cavaleriede
Choiseul.
Le Régiment de Mr le Chevalier
de Bmy, Cavalerie,a MT
d'Estagnol , Lieutenant-Colo.
nel de Cavalerie dans Toulouse.
Le Regiment de Cavalerie
de la Valliere
, à Mr de Fontaine,
Mestre de Camp reformé.
Le Regiment d'Infanterie de
Languedoc, à Mr Bargelot
Lieutenant-Colonel de ce Regiment.
Le Regiment de Nivernois à
Mrle Chevalier de Livry.
Le Regiment de Mrle Chevalier
de Livryà Mr de-Belsunce.
La pension de deux mille livres
vacante dans l'Ordre de
Saint Louis, par la mort de Mr de Rigoville, à Mr de Rabutin,
Lieutenant. Colonel du Regiment
d'Infanterie de Sillery*
• Celle de huit cens livres dans ledit Ordre, à Mrde la Forcade,
Lieutenant- Colonel du Régiment
de la Couronne.
Celle de deux mille livres vacante
par la mort de feu Mr de
Tracy,à Mr Davignon , Aidemajor
des Gardes du Corps.
A Mrle Comte de Reignac,
le cord. rouge vacant dans
ledit Ordre de Saint Louis,avec
la Commanderie de trois mille
livres, l'un & l'autre vacants
parla mort de Mrde Guiller.
ville, commandant à Bouillon.
Mrdel'Ecussan ,
Enseigne
de la sécondé Compagnie des
Mousquetaires, la pension de
deux mille livres qu'avoit Mr
de Reignac,dans le même Ordre.
Le Gouvernement de Bethirne
vacant par la mort de Mrde
Marillac, Colonel du Regiment
de Languedoc,à Mr Dupuy-
Vauban, en payant 8000. livres
par an à Mr de Champigni
)
sa
vie durant.
Le Gouvernement de rifle de
Ré vancant par la,more de Mr
de Rigoville
, à Mr- Menevillette,
Ca pitaine aux Gardes.
Mr de Seignier , Lieutenant
Colonel du Regiment de Provence,
aesté faitMaréchal de
Camp,
Le Regiment de Zllr1-auc.l a
esté reformé dans celuy de
Greder.
Le Regiment de Cavalerie de
Merinville, à esté donné à Mr
d'Ancane, Lieutenant Colonel
de la Feronaye»
Mr de Saint Maurice,Licutcnant
Colonel du Regiment aesté nommé Brigadier
Le Roy luy a donné les. Soldats
lu Regiment Royal, & ceux dû
Régiment deChabrillant,dont
es Officiers ont esté ca-ff-eipouren
composer un de deux
bataillons.
Mr de Pionsac, Lieutenant
Colonel de Navarre, a eûéauliï
ait Brigadier.
On incorpore Saint Second
lans le Regiment de Nice,comnandépar
Mr de Saint Laurent
k d'Albarec dans Monroux.
Mr deBargelot qui avoiteu
e Regiment de Languedoc,
:£1:ant mort depuis cette nomilation,
le.Roy adonné ce Rejiment-
àMr de Pionsac.
- - .r
- Mr Grenu Colonel Suisse reformé,&
Lieutenant Colonel dç
Surbek a estéfaitBrigadier.
Le parti
desFanatiquesvatoû:
jours en diminuant. Toutes les
piecesqui suivent vous en feront
connoîtrecla0veprita1bleEsitudatrio-n
D'une Lettre écrite parune
Conseiller. au Presidial de
Nismes le 17. Aoust 1704. Je vous marquois par ma der-J
niere
>
qu'on avoitamenéicy
cadavre de Rolland avec cinq de.\
defesplus ajfidez qui avoient eftf:j
pris à Castelnau
3
à quelques pm
du Châteaud'où ilsJejauvoient ,fau,vo1*ent;l
ils furentjugez Samedy
>
le cada-J
'()re de Pierre la Portej dit RoK
land.) de Miaiec
j juttraînefur
la claye & brûlé. Jean Afalbien
sonplus ajjidé.) Tanneur de Coriey
j
âgéde vingt-fx ans;Jacques.
Gu-erin," de Blanfac, maréchal
tgédevingt-deux y ans; Charle,)
KaJlalj Tanrmur3 de S. Felix de
Paliere age de vingt-huit ans;
Marc-Antoine Coterel3 d'Orte^
Vanneur, âgé de vingt-deux ans,.
'jr François Grimocardcur3de
Sommieres
3
furent rompus vifs:
l s'en efloitfauvédeuxlorjquort
irrêta ceux-la :lJ)un desquels est
Uarchand.) de Fons. Le Château
jet condamnéa être rafé, ce qui
le s'executera pasJ efiant destiné
tourytaire unPoJte. Laplie de ll.
bâtardede sseu Mr de Cafielmu:
qui avoit esléamenée avec eux-, fût mise en liberté le même (oirsans
autre forme; on croit que t
« -
Baillife de Castelnau fartira ú"
même. Les Dlks d, Cornes efioie«•
dans le Cbâreau avec Rollanà
mais on les manqua , ou faw.
te dechercher oùparce qu'on cm
tenir la maîtrejje de Rolland û
cette fille. On dit hier> que
dcpiA
elles avoientefiéarrefiéesàS.Jean\
Nous avons jugé ce matin le S1 ûj
Cou/aine;)& Martin;) lepremixi
a, esié condamnéd'avoir le col corn
p,é/ & ll''autre a1 ê.-1tre penddu;.1
foKl
font les deux Officiers qui avo.i.e,n,t
eslépris sur la Tartane que M.1 le
Chevalierde Roiïanc^fitéchouer.
Ils ont avoué qu'ils devoient debarquer
quatre - cens hommes à la
Pinette
aAiguc-morte
charge%
dans deux Fregates
> &trois Tar..
fanes commandéespar le Marquis
de L'
Ejlancourt.Ils
portoient dan;
les Fregattes cinquantecaijjes de
fujtls
j & quantité de grenades:
dans la Tartane où ces malheureux
ont efrépris ilyavoit quatre Drapeaux
de L'Empereur
3
deux cens
maires de souliers
>
& nombre de
lfçhmemmiefseisl.yOutre lesquatre cens
avoir quarante O/jiaers
tous decepais,hors troisSuijJès.
Le Commandant auoit deux cent
CommiJJïons d'Officiers de la Reine
d'Angleterre;Martin efloit Lieu*
tenantd'uneCompagnie&Commandoit
la TartaneJ & de Goulaine
efloit Enseigne: il est de
Poitou&sa famille
>
originaire
de Bretagne; tout ce que je vous
mande eflavouépareux;sur tout
parMartiny &setraitoit entre
Roland &le GouverneurdeNice3
depuis que Cavalier s'est rendu9parlemoyen
d'unporteurd'Avignonquifaisoit
les allées&les
venues. Roland leurfaisoit ejperer
qui'l les recevroit avecquinze
mille lJommô..LWf le Chevalier
Je Froule mande à Aionjieur le
Maréchal}qu'il a découvert un
des hôpitauxdes Camifardz;, dans
lequel il y avoit sept malades
.3 quantité d'onguents;,du bled;, quelques
moutons &six boeufs; après
en avoir retiré tout ce qu'il a pu il t a fait brûler l'hôpital.
J'ay bien voulu vous envoyer
la copie de la Lettre cy - dessus ,
pourvous apprendre dans le détail
toutcequi s'estpasséàNijmes,
au Jugement de Roland c des
autres,commeje vous l'avoispromis
dans laprecedznte;vous aure%
sans doute appris cette nouvelle
(J'un autre endroit-, mais non pdt
avec toutes les circonflances contentrésdans
cette Lettre>quiefd'un
des Juges qui s'est trouvé auJugement.
Je
me perjuade
quelle
vous
Jeraplaijtr.
Voicy ce qu'on a écrit de
Montpellier le 24. Aoust 1704.
Les Fanatiques sefont difyerfez^
dans les montagnes, ou Mr de Vil.
lars a envoyé après eux plujïeurs
partis pour tacher de les joindre. il
vint hier à Andufe six Fanatiques
si tendre avec leurs armes ,
& ony
frit la femme deRavanel, ce qui
empêchera ce Chef exercer ses
çruautez^fur les anciens Catholiques.
on tua le mêmejourtrois de ces Re.
selles vers la Salle, & onpritaussi
le nommé Mielgues, un de leurs
Chefs, tiffe, connu parsescruauté\
&parses incendies.
Les Lettres d'Alais du 30;
Âoust: 1704. portent.
QuelenommeJacques de HuffànJ
lin des principaux Chefsdes Fanatiques)
& qui commandoit dans le
Diocese d'Usés, une des plus qrofiei
troupes ,
efi venu se rendre à Monjieur
de Villars) pour luy demande9
la permijjîondefervir le Roy. ilvient encore à'aiiiverplufîcurfs
autres Chefs des Rebellesk Monjiellr
le Maréchal, qui ont apporté
une Lettreifyn'eedeleursprincipaux
Chefs
, par laquelle ils implorent la
clemence de Sa Moejefté. Monjîeut
de Vtllars promet le pardon à touâ
teux qui viendrontse rendre, d- menace
de ne donner aucun quartier a
ceux qui attendront qu'il les aille
chercher.
ily a quelques jours que Mr
Planque ayantfait inveflir le village
de Cavaules j ily surprit cinq
Camisards & septprophetessesquil
fit expedier dans le moment. Sa
troupen'ayant d'abord trouvé personne
dans le Village, il lasstMarcher
deux lieues en arriéré ,
faisant
mine desi retirer5maisy eslansrevenu
ensuite
,
il trouva les Camisards
de retour dans leurs miifons ,
de fotte qu'il enfit arrêterpluJietas)
on a trouvédeux mÂgasîns dans ce
village, dont on a donné les provisions
aux Soldats, & enlevéles
grains.
COPIE
D'une Lettre d'un Aide-de-
Camp de Monsieur le MaréchaldeVillars,
AS. Jean de Gardenenque,
le 5. Septembre 1704.
]/'-O'(J' a<- vu par mes dernieres
Xeifrcs:suilvenoittous lesjours un
gf-tH -nombre de Camifzrds [e fou-
"Je!;,:'!! ; en voici encore une petite
i ":¡,' de seize, conduitepar plujicurs
c. : MauplatChefde leurconsi
,
Amat , un frere de Roland,
lits Brigadiers, & dix autres tous
bun élTme'{de fusils & de pifloletsA
Il ntleur refle plus que trois troupes
fort affoiblies qui nefont pas en tout
500. hommes
3 au lieu de plus ds
deux mille quUs tf/oient, quand
nous fommcs arriveces trois troupes
font toujoursdivisées par huit
eu dix.
MonjieurleMaréchal fait parcourir
actuellement les hautes Cevennes,
& depuis quatre mois, il
me leur a p/is donnébeaucoup de repos.
On en a tuéplfljeurs
,
& te'fice
qui en a obligé un grand nombre
la venir implorer la clemence de Sa
Majgîé*. La mortdeRoland,trahi
far les Jtenss a plus contribué que
toutes autre chose a les intimider
> mais il y aura, je cioy , encore
long-temps dans les montagnes, de
petites troupes de valeurs
, ou pour
mieux dire ce pais-cy n'en a jamais
tfie entierement exempt. Voila oà
l'on en est.
Jl afallu veiller aux Cofics tant
suily a eu apparence de craintey
nettoyer la Plaine où venaient 14*
troupe de Roland & celle de Catirtat,
qui ont estédeffaites ou fournires
avec leurs principaux Chefs; &
-ela nous a occupéjusques icy. NoUl
?n sommes presentement aux montagnes
,
depuis trois semaines. Con..
-lufion, voilaplus de la moitiéde la
besogne faite 5
les peuples fonta
moitié regagnez^,ceji à la douceuf
9our ceux quise repentent, à la sevérité
pour les opiniâtres, jointes à
beaucoup<£activité, que l'on doit
'out le [uccès. Monsieur le Maréchal
a toujours pensè que la feule-
Teveritè neferoit qu'irriter le mal,
iy que lafeule douceur ne le guérirait
pasi Dieu merci,cela efi dans
m très-bon train dr nous ejperons
wtn.iojq en voir la fin.
A S. Jean de Girdenenque,
le ii Septembre 1704.
Nos Troupes se promenentpar les < p'ru hautes montagnes
,
ccji un p.liS:
qui ne peut être recherché
que par *
£tux qui veucent être bien c icliez,:
M1 de Cordes a suivi d..!lX fois <
vinit-quatre heures Li Rose avec si
Troupe
,
pvefque Id 1rte d'u e montagne
à L'autre) l'on nen a pu tuer*
que quinze ou vingt, il c/} V" y
qu'il s'enrendplujteurs. Le fim:ux :
Caftanet se rendit hut ; c'ét?!t le • Muftidecespayscy5deux L:e:itenans
de Ravanel se font du/Ii renatM.
Non*e/pererions prendre le
leftc parfamine j mlisceflune TV-/*
tion qui ne mange gueres,&desque
les ebataignesferont meures ils au,
ont dequoy vivre
, &elles commettent
à être meures. Mous ne nous rebutons
pas, L'on met tous les jours
n ufdoe tous les moyens imaginables
pur détruire cetle maudite eneiic.
Civalier a ele débauchésur sa
wutt par des èmissaires de Monfîtur
le Savoye ; c3ej? un malheur tresnediocre
,
putfqu'on avoit balance
rntfeÙfdire
-
sortir du Royaume avec
7s gens, ou les prendre au Service/
L'on queste Ravanel. Ce prophe-
:e quie,:oitLieutenantde Cavalier
ÎuynVJ/ta sa Troupe ily a trois
mis, C'efi une ejpece de chasle que
la ruerre que nous faisons, je vouirais
pourcela des chiens d'Angleerre
dontonsefert pour questerles
Sommes,
Dans ce momentyMr de la Lande
mande à MonfteurleMaréchal^
que Joannis vient de Jay envoya
lept deses gens, avec ordre de rendre
leurs armes, & de l'assurer,deJa
part , qu'tl fait ce qu'il piut pouy
obliger le refle desa Troupe
,
& lei
autres Troupes aseftumetttr.
A Anduzele 14. «Septembre,
Ravanel, qu'on cherchait defuis
longtemps s'est ennuyé de mou.
rir de faim dans les Montagnes.
Jlejlvenu dans la Plaine avec,
environ trois cens Fanatiques pou'}
y chercher du tain, & piller les
Catoliquesé
Monsieur le Maréchal averti de
sa marche
, vint promptement *
AndtlZt
,
& sçachant quil tJloit
entré dansles boisdefaint EcneZl/,
au commencement de la nftii , il
commanda deux detacbemens fous
les ordres de MI Courten, LieutenantColonel&
Brigadier.
La moitiéde la troupe de Rava-
Tiel n'étoit armie que de fourches &
de bayonnettes au bout d'une d.--
tni-pique.
Trois Compagnies de Drllgons
de Fimmareon ,
& une de Saint
Cernin leur couperent chemin, tandis
quyun détachement de Hainaut
mené par Mr de la Roche, & un
de Chatolois mené par MrFetier,
les suivoientde très-près. Dès qu'ils
sefont vusenvelopeilsn'ontfongé
qu'à se sauver mais prchue
tous ontesié prisou tNC'{. On nefçait
tncorefi Ravanel a esié tllé.
Voiciceque porte uneautre
Lettre qui parle de la mesme
affaire.
A Anduze le 14. Septembre.
Ttfonfieur deVillars qui arriva hier
4ttfoiricy
3 ayant eu avis queRavanel
estoit defeendu dans la plaine
avec trois cens hommes) pourfavoriser
une nombreuse assemblèe de
Fanatiques qui devoit sefaire ce
matin dans le bois de Benefet>fit
partir à onzf heures dussir huit cens
hommes dinfanteriepartagez* en
quatre corps avec trois compagnies
de Dragons, qui dévoientse poiler"
dans un certain endroit d'oùilspourraient
voir& agir de quelcoftè ilferoitnectjfaire.
MenficurleMaréchal
avoit envoyé ordre à la Gamifon
ÀAlais defaire avjjifoitirplujîeurs
petits detalhemens peur tâcher de
tombersur ces malheureux, ce qui x
Ji bien rèussi
, que ceux d'Al¿tis les
entpourfuivi$i& en ont tué plus de
deux cens cinquante Moyse leur
prophete qui devoit les prefehera
esié tué

dit que Ravanel s'est
fauve àpied) mais Sautreseroyent
qu'il a eslè tué. Nous n'avons petdu
dans cette affaire qrlun GrenadierdeMaynaut,
& quelques Drdgons
de Fimmarcon.Commele nomméJoigny
un des Chefs des Rebelles
avait desseindese rendre, & que
Ravanel l'en empéchoit; on croit
que cet échec achevera de déterminer
le refit à mettre bas les armes.
- Je fuis persuadé que la !edHre
de la Lettresuivante que je
viens de recevoir vous fera un
cxt.rême plaisir.
A Nismes le 20. Sept. 1704,
Za âeffaiîe de la troupe de Rdvanel
a ébranlétous lesmautres petits
chefs des Banàits. Catmat &
cinq autres de ces chefs se font rendus
aujourdkuy 5 toutcela part demain
pour Geneve avtcCajanetJ&
une troupe de Prophètes & de Prcdicans.
Ceux qui ont rapporté leurs armes,
& qui ont donné caution de
leur conduite vont aplus de cinq
ans.
Nous aprenons dans ce moment
menouvelle des hautes Cevenes qui
fait unsensible plaisir à Moniteur
le Maréchal.SoixanteCamisars
de ta Parroisse de Frejfenet on rapporté
leurs armes dans la Parroissey
sefontmis à genoux devant les anciens
catholiques
, en leur donnant
leurs armes, les ontprié de faire
revenir leur Curé, & de demander
leur pardon. Ils ont ajjuré qu'ilsdé*
fendront deformais leur Egltfê &
leur Curé au peril de leur vie ,
&-
comme ils ont donnétoutes lesmarque
s defournijjion& J'un sincererepentir
,
le Cure efi revenu, & la
réconciliation s'eif faite avec une
grande joye.
Si la dessinée de Monsîeur le
Maréchal n'a pasvouluqu'il fÛJ:
employé cette campagne à détruire
les BHaillons ennemis il en va du
, moins rendre a", Roy un nombre con»
Jîderable des noflrcs
, qui efloient
malheureusementemployezàdétruire
ses propres sujets.Enfinilatteint
heurcufement une révolté a'a'atant
plus dangereuse que le feu pouvoit
prendre ailleurs.
La Princesse Tekeli estans
morte à Nicomedie
, on a
apporté son corps à Constantinople;
il a esté enterre dans
l'Eglise des Jesuites avec tant
de pompe, qu'on n'en avoic
point vû de pareille pour une
Chrestienne depuis que les
Turcs font maistres de Constantinople.
Mr l'Archevêque revenu
de ses habits Pontificaux,
tous les Prestres avec le Surplis
& l'Etole, & tous les Religieux
allerent recevoir le corps à.
l'Echelle, quiest à mille pas
de l'Eglise. On porta la Croix:
& les Bannieres ; toute la maison
de l'Ambassadeur de France
y estoit avec la Nation; les
Hongrois & lesHongroifes portans
de gros flambeaux de circ
blanche estoient autour du cercueil
; on c hanta d'abord que
le Convoy partit. Les ruës
,
les
fenestres & les Places estoient
remplies d'une infinité de peuple
Turc & d'Etrangers La
Ceremonie se passa avec beaucoup
d'ordre & personne ne
perdit le respect. On avoit
dressé dans l'Eglise une Chapelle
ardente ou l'on voyoi t les
Armes de cette Princesse, ainsî
qu'en diversendroits de l'Eglise.
Deux jours après on fit le
Service, ou le concours de
monde futtres-grand. Sa naissance,
sa pieté & ses autres vertus
la rendoient digne de ces
honneurs. Elle eil: morte comme
une fainte ; elle étoit fille
du fameux Comte de Serin.
Elle avoit épousé en premieres
noces le Prince Ragotki & enfuite
le Comte Tekeli;ellc
avoit défendu, en Heroïne
Montgatz dont la Principauté
luy a ppartenoit ; elle avoit esté
conduite prisonniere à Vienne,.
& avoit esté ensuite échangée,
avec le General Heufler
, qui
étoitprisonnier du Comte Tekeli.
Je viens de recevoir de Constantinople
les nouvelles suivances.
Mrde Feriol
j
ArnbafJadeurde
France, a eu depuis quelques
jours une audience du nouveau
Grand Visir
>
qui est Beaufreredu
GrandSeigneur; le Grand
Visir tenait un Divan quand ïAmbassadeurarriva chez luy,
où efloient les principaux Officiers
de l'Empire; il rompit sur le
champ ce Divan
>
&pafja dansla
Salle de l'Audience ou il refût
Mr l'Ambassadeur. Ils pri--
rent tous deux placesur le même
Sopha. Le Vijirfit daberd retirer
tout le monde3 à la reservedeJon
Kiaou
j
du grand Chancellier &-
de Mauro-Cordato le fils
, qui
fait la fonction de premier Interprété
; après deux heures d'entretien
on apporta le Sorbet & le
Parfum & aprèsqu'ils en eurent
pris & qu'ils eurent esie par- siumek le Grand Vijir ouvritsa
'c' ~r ~o~ /f~* fenejlrepourvoirles Equipages
(y la Livrée de Air de Feriol
.qui efloient danssa cour. Il marqua
son étonnement de voir le
Cortege de cet Ambassadeur qui
étoit de plus de quatre cens per-
[onnes.
Comme il s'applique beaucoup
à proteger la
Religion
qui a beaucoupfouCfJfercfousleC~
dernier Mufti
qui gouvernoittEmpire pendant
le précèdent Règne^ Sa Sainteté
luy a envoyé un Brefpar
lequel elle luy marque lafaisfaéîionqu'elle
a des Jervices qu'il
a rendus a la Religion.
Vous trouverez dans la Lettre
qui fuit des choses bien dignes
de vostre attention, & quï
doivent faire un extrême plaisir
aux Mecontens de Hongrie.
A Constantinople ce 20. Juillet
1704,
Le GrandSeigneur prendfouvent
plaisir à tirer en vol,-.nt, ce
qui rieft guere ordinaire aux
Turcs. Etant ily a quelques jours
dansJonKiojquesur le bord deU
mer
>
il tira a balle feule une
Poule d'eau qu'il tua; il passoit
par là un Ecrivain du Capitaine
Fouque qui avait laisé[onVais
seau ausept Tours
,
il étoit dans
une Caique conduite par des
Turcs;on luyfitfigne de terre de
prendre la Poule d'eau &de l'apporter;
il lefit, ignorant que cefust
le Grand Seigneur qui l'eut tuée.
Sa HduteJJe envoya dix Sequins
aux Mariniers Turcs
>
elle de--
manda ensuite qui étoit le franc
quiavoit apporté la Poule d'eau,
l'Ecrivainrépondit qu'il étoit
Françoisjvenant de France> &
que
queson Vaisseau avoit esté obligéde
mouiller aux Jept Tours a
cause du vent contraire. Le Grand
Seigneur luyenvoya dix Sequins
auil ne vouloit pas prendre; il les
reçut pourtant à la perjuajion
des Turcs qui le conduisoient, &
qui luy dirent que choit le Grand
Seigneur.
La Porte a- envoyé un grand
nombre de troupessur les frontie--
res de Afofoevie
}
à la persuasion
des Tartares. Tous les yujjeaux
du Grand Seigneur & les Galeresont
pafft dans la Mer noire,
fous le commandement Dabduraman)
Facba-François de Nation3
qui efi Commandant des Vais
auxdu Grand Seigneur
3
à l'exception
de neuffraflèaux & de
trois Galeres qui fontcommandées
pour l'archipel contre les Corsaires,
epourexiger le Carach des
Jfles; la Porte a aussienvoyé trois
mille hommes à Belgrade c-à Themepvart3fous
le commandement"
de Hassan Pacha Beylierbey de
Romelie. On a des nouvelles que
plus dequinze mille hommes Confinaires
Turcs de Servie&deBof
nie ontplïeauservice du Prince
Ragotki a quoy la Porte ne s'est
pas opposee. On a vu icy de la
monnoyed'or que ce Prince afait
fraper en Hongrie) autour de
laquelle on lit Moncta aurea
Ragni Hungarix. Les Armes
du Royaume y font gravées
d'un cote
> & de l'autre la
Vierge qui ejt Protectrice de ce
Royaume.
Les Tartares poudroient enga--
ger les Turcs a faire la guerre aux
Moscovites
3 a cause de la nouvelle
Ville de Petropolis.
> que le
C'{ar a fait bâtirsur leurs fron7
tïercs ,
qui leur donne beaucoup
d'ombrageaujji-bien que le grand
nombre de bâtimens que ce Princt
a missur les Palus meotides; outrecela
ils ne peuventvivresans
guerre> & ils croyant qu'ils se-à
roientunbutin conji.ttrablesur les
Adccontens,cprincipalement en
Esclaves3fila guerre ejioit decldréecontreeux.
Cependantvoila deux diversions
j
la premiere contre les Mé.
contens j
lafeconde contre l'Empe..
reurj puisque ton a envoyé des
troupessur les deux Frontieres;,&
le Grand Seigneur
3
sansse déclarer
}
setrouve en eflat d'attaquer
l'ennemy qu'illuyconviendra davantage
j ce qui ne doit pas faire
Une legere impressionsur les Ailemans
eîurles Moscovites.
Je vous envoyé la traduction
d'une Lettre nouvellement arrivée
de Portugal, à laquelle je
n'ay pas crû devoir changer seulement
une syllabe) & sur laquelle
je ne croy pas devoir faire
aucun raisonnemenr. Je vous
fait part du fait, & je laisseà
vôtre imagination la liberté de
s'érendre autant qu'illuy plaira
sur une nouveauté qui paroist
fortsinguliere.
De Lisbonne le 15. Septembre
1704.
Deux jours avant le départ de
Roy de Portugal pour Santalen, il
"ILlvisiter toutes les principales
Eglifcs de Lisbonne
,
particulière-,
ment celles DU ily a des Images
Tniraculeufes.ily en a une fous
l'invocation dela Madre de Dios.
Ce Prince tirasonépée du fourreau9
&la mit dans la main de la Viergey-
ilfit ensuite venirdansson Palais
deI)' Images desaint Antoine
de Padoüe
,
quifont à ce qu'on dit
des miracles.Ily en a une grande
& unepetite. Ce Prince envoya la
sesiteh FArchiduc
,
& garda la
grande pour luy. il la fit armer de
toutes pieces avec une eviraffe
, un
pot+en-tète, & Pépée ceinte pat
JeJJru l'habit de saint François.
puis il déclara le Saint, Lieutenant
General de sesArmées, luy a/ligna
des appointemclIs) & luy enjit expedier
des Patentes) avec promesse
d'augmenter de posse & d'appointemens,
payables aux Religieux d4
fort Ordre, s*ilservoit bien. On mit
liU/ji le Saint Officierdans une Liiiere
uui partit pour l' Armée^afin
qu'il ne s*ennuvalf pas en chemin
,
on lay donnât dans la même Litiere
fourIvy tenir compagnie, une Image
mirdculeNje d'une Sainte, qui efi
fort rêverie en Portugal. VArchiduc
enjit autant aupttitfllint Antoine.
Les nouvelles publiques ont
si peu parlé du siegé d'Y vrée,
que je fuis persuadé que ce que
vous en trouverez dans la Lettre
que vous allezlire , vous
fera nouveau,elleest d'un Ingénieur
de l'Armée de Monsieur
de Vendosme.
Au Camp devant Yvrée le
19. Septembre 1704.
J'ayl'honneur de vous dirt, quw
Varmée du Roy partit le 18. du moii
pajJé de Santia , & vint camper
aux environs de Piévron, dans les
Montagnes,à quatre millesd-rvrée)
dont elle partit le30 pour
inveflir la Ville: en effet
le détachement
de l'avantgardes*étant
avancé en ordre de bataille>suivi
du cotps général de Varmée,
aux
approches de laVille entre les Mon.
tagnes & le Canal a'Yvfé qu'orcttpoient
-les ennemis,, 6&- dans ll<at
Plaine les Hujfars des ennemis venus
pour découvrirnotre marche, furentattaquez^?
poujfez^pares Dragons
de nostre avantvzrde. Dans
cette pourfuiteJe trouva MrdeBIAgn4C
ColonelduRégiment de PU•
mont ROY41 de ron Altesse de Sd- lltoye ~f~~ ~</t~ ~- ,lequel e:.mt pOfl1'[aivi (jfrele
par un de nos Dragons
, en
recentun coup dont il mourut il la
forte de la Vi";
, au rapport des
Dér:r;:un, au: viennent tous les
ari e r. j.d nembre, &mé-.
jours en a :-: z/andnombre
,
mêmedans
Ú tc-KTS queje"vous écris,
tuvoila cit." quiarrivent. Lemême
j:ur-Us ennemisabandonnèrent
les h'.i*t'%rs £Yvrce.Aufront delà
Villeils firent rdre* de canon
l&edesmaout^qiudettariei'zrrneossGareneahauteurs
jans perdre un hDmmt.
NCIIJ ccrrt:?imçof.s Us attaques de
la Ville qz: ne peut pas du-
, , , rer , par:: 1- - quelle eivu:Amers>
,.. - ! C" qu rJ; et: commar.âéed:rdites
hauieurst 2st-j'sV a"l.;T.j ajourabut
p.a.e douze pieses de canon en bat
terie quefan a monteaforce de bfaf,
Les ennemis fontunfeu continuel
de leurs Yorts qui ne peuvent efirt
"ttAquezqrlaprésta P'illeprise,
farceque la Doria Baltea separe
fin deces Forts qui est la Citadeitct
& iautre e(t du même cossè que nous
battons la Ville
, qui Je nomme le
Malvicino. Les ennemisont sept
Bataillons dans cette place, & de
Vautrecossê de la Rivière un camp
de 1200. chevaux qui ne fervent à
rienyi?àfavoriferlasottiede leurs
effetsde cette Ville, qui nepeuttenirdevant
une Armée de 79. Escadrons
- 34.Bataillons> foixantequatre
pièces decanon & 12. mor..
tieTs, & sans pouvoir esperer de
secours. La confirmation de la Bataille
d'A/lemag¡ge ep dans nojîre
aïmée, &Ics ennemis entrent hier
iles réjoiiiffancespar trois décbaCrg/s:
cela nesail tffltflugmenter le courage
de nos troupts que l'on a peine h
contenir , tant elles font animées
contrel'ennemi. Envérité, Monsieur
,
le plaifÙ efi grandJe voirdes
troupes qui demandent à haute voix
fine affaire generale contre l'ennemi.
L'on ne voit qllemouvemensfurieux
tant des Officiers généraux que des
subalternes & des soldats pour exterminer
l'Armée ennemie , dont
nous ne doutons pointaprès la Ville
frise
,
& que l'on nous Jefait e'!pt-.
fer. yay l honneur d'être
&ç.
Depuis ma lettre écrite il vient
d'arriver un de nos Hujfars, quia
apportéune Lettre de Mr de Grammont,
par laquelle il marque avoir
rencontré trois troupes ennemies
3
&,
que les ayant attaquées
,
elles eni
pris la fuite, & qu'il ena tué 10.
& 10. prifonmers
,
& repris un
Capitaine Milanois qu'ils emmenoient.
i
Depuis le premier Septembre
jusqu'au quatrième,on travailla
à préparer toutes choses pour
battre la Place-, & toutes les
munitionsestant arrivées, Monteur
de Vendosme n'ayant, pas
voulu qu'on fist passer des convois
pendantlesiege ,
à cause,
du riÍqllc qu'ils auroient couru,
toutes choses
,
dis-je tétant
préparées pour l'attaque de la
Place, on commença à la battre
le4. & depuis le 4. jusjusqu'au
8. elle fut battue si
vivement qu'ils'y trouvace jour-là deux breches con siderables
; sçavoir
,
l'uneau
Bastion de la gauche qui est extrêmement
élevé, & l'autre à
plusieurs petits Ouvrages qui
se trouverent plus difficiles à
ruiner qu'on ne l'avoit crû.
Monsieur le Duc de Savoye y
avoit jetté la veille encore deux
bataillons & 200. Heiduques;
ce Prince avoit un Camp de
l'autre collé de la Doria, ce
qui n'empescha pas Monsieur
de Vendosme de passer cette
riviere,il fit faire son pont le
8. à la faveur de huit pieces
de canon & du feu des Grenadiers,&
passa luy-même le lendemain
à la teste de la brigade
de la Marine.
Toute l'armée étoit persuadée
que cela pourroit engager
une affaire, mais les ennemis se
retirerent après avoir tiré quel.
ques coups de carabine Il s'empara
des hauteurs qui font au
de là de la riviere , d'où les ennemis
auroient pû beaucoup
incommoder les trou pes dans
un assaut
,
s'ils les avoient occupées.
Le même jour 8. on
emporta une espece de contre-
garde ,& leg. on se logea
sur le chemin couvert. On n'avoit
eu alors depuis le commencement
du siege,que deux Lieutenans
d'Infanterie & soixante
soldats tuez ou blessez. Il étoit
arrivé au Camp depuis le commencement
du siege jusqu'à ce
jour-là, plus de 400. defertcurs.
Le 10. après midy le Mineur fut
attaché au corps de la Place,
se logea d'une maniéréà ne pouvoir
en eftrc chassé. Il continua
(on travail,& le 18. la Ville
se trouva en état d'estre insultée,
& la Garnison ne voulant point
se rendre prisonniere deguerre,
elle se jetta dans un lieu nomméleReduit,
& dans le Chasteau
qui n'est deffendu que par des
Tours sans dehors: il n'y a
point d'eau dans ce Chasseau ,
on y manque de tout, & les
troupes font les unes sur les
autres, S, se montent à onze
bataillons. Ils firent prier Monsieur
de Vendolme d'avoir foin
des blessez & des malades qu'ils
avoient laisse dans la Place.
Un de nos convois ayant esté
attaqué par les ennemis
, Mr
d'Arennes qui alloit au devant,
les chargea
,
leur tua quelques
bgenso,n& éle cotnvoay artriv.a en
Ce n'etf pas une chose extraordinaire
de voir la Victoire se
détacher quelques fois d'un
parti ,
où elle a toûjours esté
constamment attachée ; c'estce
qu'il semble que l'affaire d'Hochsiet
vient de faire voir, ou
du moins c'est ce qu'on publie,
quoique tout le monde n'en demeure
pas d'accord. Il est vray
que le dommage que les Vaincus
ont souffert a eHé-plus
grand que s'ils avoient perdu,
une sanglante bataille ; cependant
on ne peut dire qu'ils ayenc
esté battus, puisque si on ne regardoit
l'affaireque du cofté.
des morts & des blessez
3
la
perte paroistroit peut-estre plus
grande du cossé des Vainqueurs
que deceluy des Vaincus Ilya
eu une certaine fatalité dans ce
combat, qui (bien qu'elle ait
causé le mal heur desFrançois)
ne lain pas de faire voir que si
les deux armées avoient esséen
pleine campagne, & que toutes
les troupes eussent combattu,
les Alliezn'auroient pas remporté
l'avantage qu'ils ont eu :
je dis avantage & non victoire,
cet avantage leur ayant plütost
estéprocuré dans cette especed'action,
à qui l'on ne peut
donner le nom de bataille, par
une mauvaiie manreuvre que
par la valeur des Vainqueurs,
'&. par la lâcheté des Vaincus;
puisqu'au contraire les Vaincus
ayant combattu en beaucoup
plus petit nombre ont remporte
toute la gloire, pendant que
les Vainqueurs ont remporté
tout l'avantage. Il n'est pas
surprenant qu'ayant un Pont à
Philisbourg ils y ayent passe le
Rhin; mais il est plus surprenant
qu'avant cela les François
ayenc pasle ce Fleuve, sans
avoir nyun Pont, ny une Ville
comme Philisbourg,qu'ils ayenc
gagné des batailles presqu'en
le passant
,
qu'ils ayent pris le
fort de Kell , qu'ils se soient
rendus maistres de Brisac
,
qui
pasle pour la plus forte Place
de l'Europe, qu'ils ayenc traversé
plusieurs fois les montagnes
les plus difficiles pour pe^
netrer dans le coeur de l'Empire,
qu'ils y ayent battu plusîeurs
fois les trou pes des Cercles
& de tous les Princes qui
composent les armées de l'Empire
, ainsi que celles de Dannemark
& de Brandebourgy
venduës aux Alliez. Il est question
de voir presentement si les
ennemis qui ne se font pas fait
une encréechez nous, tnaisqut
se sont servis de celle qu'ils y
avoient , s'y étendront autant:
que nous avons fait chez eçx;•
s'ils y prendront plus d'une
Place, & en cas qu'ils se rendent
mailtres de quelqu'une, s'ils la garderont longtemps..
Ils font sur nos frontières sansavoir
encore pris aucune Placer
nous sommes dans leurpays,
puisque nous sommes maistres
du Fort de Kell & de Brisac,
& nous aurons quand nous
voudrons, par ce moyen, autant
de troupes chez eux, qu'ils
en ont chez nous. La sortie de
nos troupes de l'Empire n'cil:
pas un si grand malheur que
l'on s'imagine,& le mal ne vient
que de ce que nous avons eilé
obligez de nous en retirer,
peut estre un peu plustost que
nous n'avions résolus de faire
Nos Trou pes souffrirontmoins
sur nos Frontières
,
& elles ne
dépenserons rien dans un païs
Etranger, ou nôtre argent ne
demeurera pas. Elles auront toutes
choses enabondance,&on
ne ferapoint obligé de traverser
des montagnes, de fatiguer &
'de perdre du monde pour leur
porter toutes les choses dont
elles auront besoin. Un desavantage
arrivé par malheur 6c
non faute de courage, ne doit
point allarmer une Nation belliqueuse
,
& c'est aux Ennemis
à craindre les efforts qu'elle
peut faire pour avoir sa revanche.
Enfin, si l'on examine la
situation présentedesAlliez, &
la nôtre, on la trouvera bien
disterente. Nous avons pour
fruit de cette guerre le Fort de
Kell & Brifac ; toute la Savoye,
une part ie du Piémont, dont le
resten:nouspeutéc ha per. Nos
Troupesont aidé à prendre une
bonne partie du Portugal. Nos
Armateurs ont fait depuis le
commencement de la guerre ,
trois fois autant de prises que
les Armateurs Anglois& Hollandois,&
nous leur avons même
pris de grosVaisseaux, sans
qu'ils ayent eu le même avantage
sur nous; & notre Flotte
vient de les chasser de la Mediterranée.
Elle a rassuré Barcelone
& les Cosses d'Espagne , ainsi que cellesd'Italie, & éloigné
le retour de la F lotte de
Smyrne en Angleterre & en
Hollande, ce qui met les deux
Nationsau desespoir,cette Flotte
estant de quarante à cinquante
millions.
Les Ennemis ayant paste le
Rhin à Philisbourg, on ne douta
point qu'ils n'assegessent
Landau, £c Monsieur le Maréchal
de Villeroy , voulant par
une prévoyance ordinaire aux
Generaux qui sçavent leur métier
, y faireentrer un convoy 1, quoique la Place soit bien munie
de toutes choies,Monsieur
le Duc de Montfort luy demanda
cette commission
,
& promic
de l'executer avec 200.Maîtres,
ce qui fut accordé à ses prenantes
instances. Ce Duc marcha
aussi-tot pour executer des ordres
dont il avoit , avec tant
d'empressement, souhaitéd'être
chargé;mais la tête du convoy
commençant à entrer dans
la Ville il vit paroître lesHussarts
des Ennemis & voulut marcher
à eux ; il les chargea & 1es,
poussa fort loin; mais il sautadans
une colonne de Cavalerie.
dontplu sieurs escadrons se détacherent
& repoussereiu noire
Cavalerie jusquesdansles hayes
d'un Village, où Monsieur de
Montfort avoit laissé trentegre
nadiers à Cheval, donc le tambour
fie un si grand bruit que
les Ennemis crurent le Village
farci d'Infanterie. Ils s'arrêterentvisàvisleshâves
, d'où
nôtre Cavalerie fit un grand
feu, auquelles Ennemis répondirent
par un autre su p er ieur.
Monsieur le Duc de Montfort
y reçut un coup dans les reins,
qui ressortoit par le bas- venrre;
il sur aliffi. toA pris que blelle
, mais cinquante Carabiniers,
qui s'en apperçurent ,
firent de
mi tour à droite, pouffrrent les
innemis avec une valeur incroyable,
croyable, & reprirent Monsieur
le Duc de Montfort, qui mourut
à Landkandel, à onze heures
du soir, regretté généralement
de toute l'armée.
Les Ennemis s'étant saisis
d'un poste avantageux prés de
VVeissembourg,Mr le Marquis
deNangis fut détaché avec trente
Compagnies de grenadiers
pour les en chasser, ce qu'il fit
sans avoir perdu que très-peu
de monde; il y a reçu une gros-
Ce contusion au bras,
Mr le Prince de Bade saic
le siége de Landau avec vingtquatre
mille hommes, & Mr
le Prince Eugene avec Milord
Malbourough commandent l'armée
d'observation. Les Ennemis
avoient faitunebatterie
que les Assiegez ont ruinée à
cou ps de canons en une heure
de temps. Un Officier qui avoit
esté fait prisonnier à labataille
d'Hocstet, & qui s'estfauvé, a
rapporté que la tranchée a esté
ouverte devant Landau la nuit
du 18. au 19. du mêmecôté
que nous l'avions ouverte au
dernier siege, mais à quatre
cent toises plus loin de la Ville
, dont le Prince Eugene &
Milord Malbourough estoient
fort fâchez.
Mr de Coigny partit le ip:
de ce moisavec le reste de l'ar- :
mée de Monsieur le Maréchal
deTallard pour aller sur la Moselle
, & Mr de S. Hilaire partit
le lO pour remener en Flandre
toute l'artilleriequ'il en;
avoitamenée.
Mrde Laubanie Gouverneur
de Landau voulant commencer
à faire parler de luy par quelqueaction
considerable
, a fait
faire une sortie avec deux cent
Chevaux. Les Ennemis leuront
aussi-tostopposé un corps beaucoup
plus gros, & ces deux cent
Chevaux n'ayant aucun dessein
que.celuy de faire avancer les
Ennemis
,
ils les ont insensiblement
attirez jusque fous le
feu de la Place, & comme Me
de Laubanie avoir fait redoubler
le nombre des canons en cet
endroit, les Ennemisont perdu
beaucoup de monde, & le nombre
des blessez a esté fort grand.
On a sçu aussi que le même
Mrde Laubanieavoit fait commencer
, plus d'un mois avant
que d'être assiegé
,
à couper
deux cent gros arbres qu'il a
fait entrer dans sa Place, ôC
qui pourront luy servir. tant à
réparer les brèches qu'à faire
de bons retranchemens, par le
moyen desquels il pourra se défendre
jusqu'àl'extremité.
Les Lettres d'Hollande du
25. de ce mois, assurent que
neufbataillons des trou pes Anglosses
& Hollandoifes commandées
par Milord Malbourough,
avoient esté embarquez
le 15. sur le Rhin, pour paiïer
en Flandre; que les Estats s'étoient
assemblez plusieurs fois
sans avoir pû convenir du retour
de ces Troupes,les avis.
ÇÛgnt fort partagez;mais qu'en4Tn
dans la derniere assemblée
faite sur ce su jet, la resolution
de faire revenir ces Troupes
avoit esté prise précipitamment.
Les dernieres Lettres d'Angleterre
affurent que les Troupes
embarquées depuis si longtemps
pour le Portugal
, ne font
point encore parties
, lesvents
ayant toûjours esté contraires.
Etqu'ilya lieu de craindre queces
Troupes, après avoir esté si.
long-temps embarquées,n'ayent
beaucoup dépéri, & ne soient
plus en estat de rendre service
au Roy de Portugal. Les mêmes
Lettres ajoutent que l'on apprehende
beaucoup à Londres que
les Espagnols ne profitent dll;
long retardement de l'arrivér.-,
de ces Troupes en Portugal.
Voici les noms de ceux qui
ont deviné le mot de l'Enigme
dumoispasle.
Mrs de Vaulx , Avocat au
Parlement de Bretagne , & Senechal
de la Thebaudays:de
13cauvais de la ruê saint Martin
•.
Le Secretaire de Mr'de
Toury : Duperrier & son amy
Desfourneaux: La famille de
Mr Cot
,
de la rue du Foin:
L'Aubergiste Peny, &le Pensionnaire
de Mr Thomas
, en
quatre Vers latins : Tamiriste
& sa fille Angelique : Mlle du
Moutier la fille, ruë de la Harpe
: Mesdames la Vicomtesse
de Livrau, de la Puyade:La
Baronne deBlair,deSegurLa
charmante du Til
,
de la ruë
des Vieux Augustins
, & son
Amant inconnu:Lacharmante
Mlle deRomagnon : La petite
Maman de la lUyneLooIon
LabergereClimene & son berger
Tirfis delaPlace Royale:
L'Estoile delaruë saintSeverin
:
La
plus aimabledumarais duTemple: La belleCoute
liere,ducoinde laruë dufoin:
Laplus precieuse de la ruë S.
Severin:Lasoeurdufrère Pancrace
:
L'Intendant Garcon
desdépensesdomestiquesdela
& de son associe: Le
principalnouvelistedu coin des
Carmes
dela Place Maubert,
& la Fée que l'on ne veut pas
JDOemvOoleur.s
envoye une Enigme
nouvelle,
ENIGME.
Quoique je ne fois rienftaydon*
ner des loix
'Auftge, auserieux, au fol, h le
coquette )
£t souvent le caprice, arbitre de
mon choix,
M'aJJujetit tout à la fois,
Et la Princessè &lagrifetU,
pe m'obéiron ne peut s'exempter,
Sanspajîerpour un ridicule,
Et celui qui plusy recule
J'ift a la fin contiaint de se laisses
dompter,
L'air qui fuit est du fameux
Mr du Buisson
,
& les paroles
font de celuy qui a fait l'air,
()'cj} trop peu dans ce beaujour, &c.



AIR NOUVEAU.
Huiezjes Loups3 me dit ma mete5
En me voyant conduire le troupeau
DAns un bois ou jamais le Dieu
qui nous dclaire)
2fefitsentir?ardeur desonflambeau:
Zos loups ny vinrentpoint troubler
ma resverie j
Je ne vis dans ces lieux qu'an berger
plein d'appas.
Je devoisfuyr, j'en eus envie:
'Maisuncharme fatal vint arrètet
mes pas.
Je reconnus trop tard, que des Ber~
gers aimables
Sont plusàcraindreque lesloups*
Helas! ma mere ,
bêlas! que ne
me vousJQue
Les Bergers etoientjïredou- tables.doa--
Les Anglois&les Hollandois
ayant voulu ignorer jusqu'à
présent le combat qui a effcé
donné entre la flotte de France
& leurs flottes, ce qui fait voir
que leur perte doit estre considerable
; voicy par ordre toutes
les nouvelles qui sont venuës
icy touchant ce combat.
Je ne vous repete point ce qu'en
ont apporté les premiers avis
venus de Madrit
, & je ne vous
dis rien des Relations de ce
combat que Mr de la Blandiniere,
Ayde Major des Armées
Navalles du Roy, apporta »
vous ayant déja fait part du.
contenu de toutes ces nouvelles
; ainsi je commenceray par
vous dire qu'on reçut le 13. des
Lettres de Monsieur le Comte
deTouloufe qui portoientqu'on
avoit assuré ce Prince que
Shovvel avoit esté tué dans le
combat; que son Vaisseauavait
esté coulé à fond; qu'on n'avoit
point de nouvelles de l'Amiral
Roock depuis le combat,
& que les ennemis avoient eu
plus de deux mille morts sur la
place. Quelques jours après on
reçut icy une Lettre dattée du
1. àla vue de Gibral tar, dont
je vous envoye une copie.
Tous les Hollandois qui étoient
7ejie\en garde dehors,enirei-ent hier
aufoir dans cetteBayejhlaijjereni
feulement deux ou trois Freintes en
garde, IlfaroijJ qu'ils viennent se
raccommoier comme les antres qui
travaillentaforce depuis qu'ils font
arrivez^ La pluspart des Navnts
ont mis leurs mats de hune bat
,
&
presque tous se mirent à la bande,.
comme ilsfont près de terre nous let
av-insfortobfervez^ Le peudemonde
qu'on a remarque dessus paroifr
fort en desordre ,particulièrement i'Amirald'Angleterre &les au.
1resCommandans.Il s'dl faduveé ce
mattn cinq hommes Biscayens &
Françoisqui rapportent qu'ils ont
ejlé fort maltraitez^ dans la batIltlle)
qu'ilyabeaucoup de monde
& de Ndvires mis hors de combats
& qu'à peine pourroient-ils naviger
prefentcment j'il venoit du vent
& de la met , parce que leurs mats
viendroient bu j que l'Amiral
d'Angleterre a estè obligé de tiret
Ha monde des autres Vatjjeaux , quoiqu'ils n'en eussent pasajfez^,
farce qu'il a eu beaucoup de gens
.tuez,_,qu'ily en a eu aussibeaucoup
sur les autres Vaiffiaux j que si le
combat avoit pû durer encore quel..
que temps, ou qu'ils se fussent approchez
d'avdntage
,
ils auraient
perdubeaucoup de Navires5 qu'ils
font fortinquiets & qz,,'its nesongent
qu"à s'en aller au plus visse
d'icyj qu'hier ils tinrent Conseilfort
precipitament sur ce qu'ilparut15,
eu 30. petits bâtimensqui portoient
des provisions & des munitions À
Ceutay venant de Cadix,jls craignirent
quo ce ne fusi des bâtimens
(harge,detroupes qui venoientd'un
cossè ,
pendant que l'armée navalle
viendrait de tautre j que tous les
Navires qui avount déjà canonc
Gibraltar manquoient abfolumenl
de munitions
,
qu'ils tiont presque
fius de vivres , que l'Amiral
Shovvel efi tué, que celuy d'Hollandes'efibrûlé
& qu'il ne s'efi
Jauvéque lesgens qui étaient dans
la Chaloupe ( dans cette derniere
circonfiance tous ne s'accordentpat
tien) dans le resse ils dijent tous
la même chose
,
quoiqu'ils fussent
sur divers Vaisseàux; &particillicrementles
ennemis disent que rien
n'efi siterrible que lefeu quisortit
de PAmiral de France, que celuy
&Angleterren'avoit pû lesoutenir
longtemps, & qu'il a foudroyé &
aeftmparé tout ce qui a efiépar son
travcrs ; qu'ily a eu beaucoup de
Capitaines & à'Officiers tut"&
iJlfflez, qu'enfîn il efi difficile de
voir une armée plus maltraitée
flus en defaioy : si nous apprenons
quelque chose deplus
, fauray l'honneur
de vous le mander. Je fuisse.
Cette Lettre faisant voir que
les Ennemis n'ayant qu'à peine
assez de monde pour naviger,
on ne doit pas s'étonner s'ils
tardent tant à arriver
,
quoiqu'ils
ayent passé le Détroit le
cinq de ce mois.LesAnglois&
les Hollandois avouent, en feignant
toujours d'ignorer qu'il
y ait eu combat, que si leurs
flottes ont repassé le Détroit,
ils ont perdu la bataille, & que
le dessein qu'ils avoient formé
sur Cadix est échoüé.
Quelques jours a présl'arrivée
des dernieres Lettres de
Monsieur le Comte de Toulouse,
on en a reçu icy écrites
de Salamanque par un Commisfaire
des Guerres qui portoient
qu'un coup de vent avoit fait
perdre vingt Vaisseaux aux ennemi
s. Celles qu'on reçut il y a
trois jours deMonfieur leComte
de Toulouse
,
disoient que ce
Prince s'était abouché avec Mr
de Villadarias
,
qu'illuy avoit
lailTé pour faire le siege de Gibraltar
dix gros Vaisseaux, deux
Fregattes & deux Galiottes à
bombes, & que les dix Vaisseaux
étoient munis de toutes
les choses dont ils pourroient
avoir besoin. Ces Vaisseaux
font commandez par Mr de
Pointis & par Mr de Villars.
Monsieur le Comte de Toulouse
a aussi laisse à Mr de Villadariastrois
mille hommes,
Hx pieces de canon de 36 livrer
/ingE de 24. cent milliers de
poudre
, quarante Bombardiers
5c cent Canonniers. MonGebrle
Comte de Toulouse aprés
s'estre degarni de tant de choses
devoitfaire voile pour retourner
à Toulon.
Il vient encore d'arriver plusieurs
Lettres reçûës par des
Negocians de cette Ville , qui
pdoornttentque deuxcoups devent,
l'un est arrivé le 12, &
l'autre le 20. de cemois, ont
fait perdre beaucoup de Vaisseaux
aux ennemis, & qu'ils,
avoient perdu vingt-cinqCapitaines
Je ne vousassure pas que
toutes ces nouvelles soyent vé- ritables ; mais il est constant
qu'ellesontesté mandées & que
la Lettre qui est dattée de la
vûe de Gibraltar a esté écrite
par Mr le Chevalier Renaut. Le
siege de cette Place ne devoit
estre tout à fait formé par terre
que le 1. Octobre
,
à cause de
l'éloignement des bois dont on
avoit besoin pour les fascines
necessaires pour les attaques.
Les dernieres nouvelles d'Ivrée sont
que les Ennemis avoient fait une sortie
du Château, qu'ils avoient esté vigoureusement
repoussez; mais que * nos
Troupes ayant approché de trop présde 4
la Place en lesrepoussant, un Capitaine
& quelques Soldatsavoient esté tuez ;
Que le lendemain les Ennemis ayant pris
larésolution d'abandonnerentièrement
la Place & de se faire jour, pour cet cfer,,
l'épée à la main au travers de nos Troupes,
toute la garnison estoitsortie;mais
qu'elle avoit esté li vivement chargée,
qu'elle avoit esté contrainte de se ren-
- 4
fermerdans la Place, aprés 2voir raie
une perte considerable.
La tranchée n'a point estéouverte devant
Landau la nuit du 18. au 19. ainsi
que je vous l'ay marqué; & ce qui avoit
donne lieu de le dire, est que contre les
regles ordinaires les Ennemis avoient
commence ce jour-là à travailler à des
Paralleles avant l'ouverture de la Tranchée
,
qui ne devoit être ouverte que
le 22.
J'ay appris de nouvelles circonstances
de la sortie dont je vous ay déja parlé.
Elles portent que les deux cent Chevaux
étoient accompagnez d'Infanterie qui
les devoit soutenir, que le piquet des
ennemis étoit venu sur eux, & qu'ils
s'étoient retirez à une certaine distance,
où s'étant separez à droite & à gauche,
le canon de la place qui étoit disposé
exprés fit feu sur les Ennemis, dont il
demeura un fort grand nombre sur la
Place. Monsieur le Maréchal deVillexov
fait travailler à des lignes quicoU»
vriront l'Alsace, ,,
Je ne fepareray point le journal du
voyage de Fontainebleau,comme j'ay
fait les années précedentes , je vous
l'envoyeray tout entier dans maLettre
dumois prochain. Je fuis, Madame, &c.
A Paris ce 30. Septembre 1704.
: AVIS.
Les affaires de la guerre, & les réjoiïlG
sances pour la naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne qui ont été faites
non feulement en France, mais dans une
grande partie des Villes de l'Europe,
ayant presque rempli routes mes Lettres
depuis plusieurs mois, onaesté obligé
de reserver un grand nombre d'ouvrages
qui n'ont pû y trouver place. Tous ces
ouvrages auront leur tour danslesMercures
qui paroîtrontjusqu'a l'ouverture
de la Campagne.
Onfera sçavoir à l'avenir le jour que
paroîtra chaque Mercure nouveau: on
le marquera à la fin du precedent; &
pourceteffets,on avertitque le Mercure
d'Octobre se vendra sans faute le Vendredy7.
Novembre.

TABLE.
Dans la mesme fille parMr lePrince
de Paleftrine, 20a
Pigure du Roy erigée dans li maison de
Mr le Refilent de Cologne,aRael>
212.
Secondarticledes morts, 218
Ode, 227
Accouchement de Madame la Ducheffi
deNoâdles 2J2
Prises de dcHxVaijfeanx Angloispar Mr
leLhe-val:erde S. Pul,235
Compliment flit à Air le Blanc, Intendant
d'Aqvergre, 237
Bref du Pape envoyé à Mi' de Fertoi
Amb.l/f.ideul' de France à Conflantineple,
240
Nouvelle maniere de tirerles Lotteries>
241;
Troisemearticle des morts, 248
Jfefiedonnée à Paris à Madame la Dtt-
, chesse d" Bourgogne, 175 Extraitd'une LettredeMarseille toHchantpiufieurs
Vai(Jeanx arrivez, d'te
Levant» & richement ebar^z,, 19$
TABLE.
'Détail du Combat naval
, contenu en
quatre relations
,
&plusieurs autrej
pièces glil regardent ce Combat
300 Charges, Regimens
,
Gonvernemens9
Ccmmandenes, & Croix de Che..
Ucrs données par leRoy, 37^
Article contenant plusieurs Lettrestouchantl'affaire
des Cevennes, & quien
fontvoirla sitU'ition, 38s
Convov fxncbrefaitaumilieu de Confiant!
nofie, 401
Atidiance donnée par le Grand-Visir £
Mr de Feriol, Ambassadeurde France
, 405
Lettre tres-curieuse de Confiantinoplcf
407.
Traduftion d'une lettre de Lisbonne,
4£3.
70ftrnal dufieged'Tvree»415
Affairesd'Allemagne, 414
Retourdes troupes Angloisés & Hollandaises
en Hollande, 43 £
Troupesdtftinèes pour t, Portugal encore
TABLE.
arrefteesenAngleterre
,
4-37"
Articles des Enigmes, +38
Nouvelles arrivées de divers endroits,
touchantVetat ouse trouvent les Flottes
de Hollande &d Angleterre depuis
qe combat, avec quelques articles qui
regardent le ftcgc de Gibraltar, 441
Suite dufiegs d'Tvde. 450
Suite du siege de Landau) 451
AVIs important); 451
Avispourplacer les Figures.
La Chanson qui commence
derlapage440,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le