Fichier
Nom du fichier
1704, 07 (partie 1)
Taille
11.90 Mo
Format
Nombre de pages
463
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
Sur
. 5.11
m
1704,7,1
Mercure
<36624504940015.
<36624504940015
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUILLET , 1704.
PREMIERE
PARTIE .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant,
Omme il eft impoffible dans la con-
Cjoncture,prefente de ne pas groffic
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente-cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCIV .
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
5 :0
AU LECTEUR.
TLy alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années.
aucommencement de chaque
Volume au Mercure , puis
que malgré les prieres réiteréesqu'on
afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoje
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
canfe qu'il y en a quant.té
AU LECTEUR:.
2
de défigurez, eftant imposible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
•
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encorequ'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port,
MERCVRE
GALANT
JUILLET
, 1704.
E Madrigal qui fuic
fervira de Prélude à
ma Lettre.
AU ROY.
MADRIGAL.
LOUIS toûjours Vainqueur de
tant de Nations,
A iij
6 MERCURE
Ayantfur l'équité regléfes actions ,
Voit aller fa famille augufte ,
A quatre generations.
Le Ciel répand fur luy fes benedictions
,
C'est la recompenfe dufufte.
Ce Madrigal
eft de M¹ Baraton
, qui a autrefois
emporté
des
Prix de Poëfie .
Enfin je vous envoye l'Ode
dont vous me mandez que l'on
vous a écrit tant de bien . Il ne
m'a pas efté poffible d'en avoir
plûtoft une Copie,
GALANT
7
*********** ***********
SUR LES HEUREUX
COMMENCEMENS
DE LA CAMPAGNE ,
en 1704.
O D E.
AS- tu- vú , docte Memoire ,
Qui confacres les exploits ,
Entreprendre à la Victoire
Tant d'affaires à lafois ?
Sur LOUIS fixant la vie ,
Ellefremit dans la nuë ,
Et pour fe déterminer ,
Elle examine , elle écoute
Elle attend que de fa route
1
A iiij
8. MERCURE
Son Maistre daigne ordonner.
Bien toft Hydre des Cevennes
Puny de fa trabifon ,
Fa vomirfur leurs Arènes
Les restes de fon poiſon :
Déja Esprit Fanatique ,
Que la difgrace publique
Arma de flame & defer
Etourdi de fa défaite ,
N'envisage pour retraite
Que la Hollande , ou l'Enfer
$
Mais , quel bruit , des Pyrenées
Perçant les Montsfourcilleux ,
Rend nos ames étonnées
Par des progrés merveilleux ?
Devant le jeune PHILIPE
Le Portugais fe difipe ,
Et va s'évanouiffant ,
Tel qu'une vapeur obfcure
GALANT
9
Qui perd couleur & figure
Aux rayons du jour naiffant.
&
Le Fils des Ducs de BRAGANCE,
des
morts,
Qui fe compte au rang
De ce qu'il doit à la France
Se fouvient avec remors :
Prefque aliege dans Lisbonne,
Il prévoit de fa Couronne
Le prochain enlevement ;
Il comprenddans fa mifere.
Que la main quifçut lefaire
Peut le défaire aifément.
ន
Par le tumulte des armes
L'ARCHIDUC eft allarmé
Il a recours à fes larmes ,
Sonrefuge accoûtumé ;
Mal affuré dans la Ville
Sur fon Bord , fon feul azile
Ilfuit fon fort inhumain ,
10 MERCURE
Etjette un oeil de colere
Sur le Sceptre imaginaire
Dont on a paré ſa main.
S
La bruyante Renommée.
Jufqu'à l'Eridan foùmis
Vole , & conte à noftre Armée
Les Exploits de nos Amis :
VENDÔME , à cette nouvelle
Defa valeur naturelle.
Sepromet même deftin ,
Et plein d'espoir & de joye
Preffe le Duc de SAVOYE
Retranché fous Crefcentin.
O Duc ! ma Mufe timide
Hefite à parler de toy :
Qui nous donne ADELAÏDE ,
Peut- il nous manquer defoy ?
Aprés unprefentfi rare ,
Faut il que ton caur s'égare
GALANT II
Jufquaupoint de nous trahir ?
Tes dons , ton ingratitude
Nous caufent l'incertitude
De t'aimer , oute hayr.
&
Zes debris de ces Cornettes
Sous qui la Thrace plia ,
S'abiment dans les retraites
Du Marais d'OSTIGLIA:
Les Soldats , les Capitaines
Y periffentpar centaines ,
Le GRAND PRIEUR engemit ?
Et prend pour une injuſtice
Que la Pefte luy raviffe
Les lauriers qu'il s'en promit.
S
Et vous , Prince de BAVIERE ,
Caurfolide , Ami conftant ,
Inépuisablematiere
Pour an Eloge éclatant ;
Par quelle reconnoiffance
12 MERCURE
Pourra s'acquitter la France ?
Par quel encens par quels voeux ?
Comment faut - il qu'on publie
La fermeté qui vous lie
Au parti de vos NEVEUX ?
S
Vous executezfans peine
La fameuse Jonction
Qui de l'Europe incertaine
Attiroit l'attention :
Voftre valeur fouveraine
Prepare une illuftre chaine
Pour le Danube conquis ;
Sous vos loix tout vaferendre ;
Et VIENNE , pour la deffendre
N'a plus de SOBIESKIS.
S
Des orgueilleux Infulaires
Le rebelle aveuglement
Croit , en brouillant nos affaires ,
Se fouftraire au chaſtiment &
GALANT
13
Quoy que lent , le Ciel eft juste ,
Ilfait croiftre un Prince Augufte
Qu'on éleve au fein de Mars ;
Tremblez, coupables Victimes ,
Le Vangeur de tant de crimes
Sort des cendres des STUARDS .
S
Des Bataves en defordre
Le bonheur est échoué ;
Qu'ils fe difpofent à mordre
Le Frein qu'ils ont fecoué:
Leurs forces font languifantes
Sous des lignes impuiffantes.
MASTRICK couvre fon effroy,
Et leurs marches incertaines
Vont livrer leurs Capitaines
A TALLARD & VILLEROY
&
Sur qui cependant repofe
Noftre invincible deftin ?
Sur le Dica de Theodofe ,
14 MERCURE
Sur le Dieu de Conftantin ;
Comme eux dans toute entreprise
Le Fils ainé de l'Eglife
Adore fes volontez 3
Comme eux , la celefte Grace
Comblefon Regne &fa Race
D'immenfes profperitez
2
Eft-ce un efprit prophetique
Dont je fens le mouvement ?
Eft-ce un objetfantastique
Qui féduit monjugement ?
Je vois l'Ange de la France
Qui fur Verfailles s'avance
Portant un nouveau Blafon ,
Où l'Herminefignalée
Se fait voir écartelée
Aux Lis d'or de la Maifon .
Paroiffez , Duc de Bretagne ,
Répondez à noftre ardeur ,
GALANT
15
De la France & de l'Espagne
Affermiffez la grandeur ,
Que vostre heureuse naissance
Augmente la confiance
Des biens qui nous font promis
Et que nos cris d'allegreffe
Aillent porter la trifteffe
Au coeurde nos Ennemis,
Vous ne devez pas eftre
ſurpriſe des applaudiffemens
qui ont eſté donnez à cette
Öde , puifqu'elle eft de M'de
Bellocq , dont les ouvrages
ont toûjours cû l'avantage
de plaire dans un lieu où regne
le bon gouft , & où l'on
ne donne de loüanges qu'au
vray merite.
16 MERCURE
•
Il eft à propos que vous
fçachiez que cette Ode a efté
faite plus de quinze jours
avant la naiſſance de Monfei
gneur le Duc de Bretagne.
Je n'ay pû vous parler plutoft
, faute de temps & de
place , d'un exercice des plus
finguliers , qui s'est fait au
College de Louis le Grand,
M ' de Montholon , âgé de
treize ans , fils de feu M' de
Montholon , Premier Prefident
du Parlement de Rouen ,
y a répondu devant une Af
femblée nombreuſe , & comGALANT
17
polée de perfonnes confiderables
par leur rang & par
leur fçavoir , fur la Chrono
logie & l'Hiftoire Univerfel
le depuis la creation du Mon
de jufqu'à Jefus Chrift ; c'eſt
à dire fur le temps de l'origi
ne des Empires & des Etats ,
de leurs revolutions , de leur
durée, de leur decadence , des
hommes les plus illuftres qui
y ont fleuri , foit dans les Ar
mes , foit dans les Lettres
tant par rapport à l'Hiftoire
fainte qu'à l'Hiftoire prophane.
I paroiffoit incompre ,
henfible qu'un homme affez
Juillet 1704.
B
18 MERCURE
jeune pour porter encore le
nom d'enfant , cuft pû renfermer
dans la memoire
la quantité prodigieufe de
noms étranges qui fe trouvent
dans l'Hiftoire Univerfelle
, pour en rendre le compte
le plus exact fans fe broüil .
ler ; bien que la nouveauté
de la choſe animant les affiftans
leur euft fait propofer ,
prefqu'au même inftant les
queftions les plus oppofées ;
puifque d'un moment à l'autre
on le faifoit paffer des premiers
fiecles aux derniers , &
du facré au prophane. On
GALANT
19
admira fur tout la maniere
& la preſence d'efprit avec
lefquelles il marquoit le
temps des chofes & des perfonnes
confiderables dans
l'Hiftoire , par les années dei
puis la Creation du monde ,
les années avant Jefus Chrift ,
& les années avant ou aprés
la premiere Olimpiade & la
Fondation de Rome. Il doit
tout cela à une Methode artificielle
dreffée par le Pere
Buffier , Jefuite , qui en a fait
d'autres épreuves , & en particulier
fur le jeune M de
Valbelle de Montfuron , ne
Bij
20 MERCURE
veu de M ' l'Evêque de Saint
Omer , qui fit le même exercice
au mois dernier , en prefence
du R. P. de la Chaife ;
mais la chofe ayant efté
moins publique , on en a
moins parlé. On prétend que
rien n'eft plus fûr que cette
Methode , & que rien n'eft
plus important ny plus agrea .
ble à ceux qui veulent le cul.
river l'efprit , que de prendre
de bonne heure de ces tein
tures generales d'Hiftoire &
de Chronologie . C'est un
Canevas , fur quoy doit fe
former tout ce qu'on en peur
GALANT 21
fçavoir tout le reste de fa
vie , & une difpofition mera
veilleufe pour le trouver na
turellement arrangé dans fon
efprit.
On affure que le Pere Buf
fier doit donner cette Me.
thode au Public . On devroit
fouhaiter de l'avoir inceffament
; mais il en veur
faire encore diverfes épreu
ves & la perfectionner , fur
ce que l'experience luy apa
prendra de la maniere dont
il faut ménager la memoire
desjeunes gens , par des exer
cices fi utiles en eux- mêmes,
22 MERCURE
& fi peu pratiquez jufqu'à
prefent.
Je croy devoir ajoûter icy
tous les articles , fur lesquels
Mrde Montholon eftoit pré..
paré à répondre , quoy que je
vous en aye parlé dans le
titre general. Voicy plus au
long ces articles fur lefquels,
il fit briller fa memoire & ſa
preſence d'efprit . Vous avez
dû remarquer que toutes les
chofes dont ils'agit font de
puis la Creation du monde
jufqu'à Jefus Chriſt.
GALANT 23
ETATS ET EMPIRES.
Le Peuple de Dieu fous les
Patriarches.
Affyrie.
Egypte.
Chine .
Sicion.
Argos.
Sparte ou Lacedemone
:
Athenes .
Troie.
Le Peuple de Dieu fous les
Juges.
Thèbes..
Corinthe.
24 MERCURE
Mifféne .
Royaume de Juda .
Royaume d'Ifraël .
Lidie.
Carthage
.
Macedoine .
Etat des Medes.
Babylone .
Rome.
Perfe.
Empire de la Grece fous Ale
xandre le Grand,
Macedoine depuis Alexandre.
Egypte depuis Alexandre,
Syrie depuis Alexandre.
Pergame.
Parthes.
GALANT 25
Parthes.
Achéens , & c.
Fameux Legiflateurs,
Moyle.
Lycurgue.
Dracon .
Solon.
FONDATEURS DES
Etais , & Monarques les
plus diftinguez.
Nembroth.
Orés .
Egialée .
Oggige.
Juilles 1704.
C
26 MERCURE
Spartus.
Cécrops.
Danaus.
Cadmus.
Syfiphe.
Tantale.
Perféc .
Saturne,
Agamemnon.
David.
Hiram .
Codrus .
Sardanapale .
Pigmalion.
Arbacés.
Caran,
Romulus.
3.
GALANT 27
Nabonaffar.
Ariftodéme.
Nabuchodonofor:
Créfus.
Cyrus.
Pifiltrate.
Denys.
Artemife.
Alexandre le Grand.
Seleucus .
Ptolomée.
Philatærus.
Arfacés.
Arátus , & c .
Cij
28 MERCURE
HOMMES ILLUSTRES
dans les Armes.
Jofué.
Gedeon.
Jephté.
Samfon.
Mathatias .
Ses Fils Machabées , &c .
Pelops.
Jafon .
Argonautes.
Les Amazones.
Les lept Preux deyant The
bes .
1
Les Epigons.
Enée.
GALANT 29
Turnus.
Orefte.
Les Heraclides.
Iphitus.
Les trois Horaces.
Miltiade .
Themistocle.
Léonidas.
Brutus.
Clelie.
Mut . Scævola.
Hor..Cocles.
Coriolan.
Sp . Caffius.
Xénophon.
Epaminondas
.
Antigon.
C iij
30 MERCURE
Demet. Poliocerte.
Régulus.
Les Scipions.
Annibal.
Metellus.
Marius .
Mithridate.
Scilla.
Pompée.
Jules Cæfar.
Augufte.
Antoine , & c.
HOMMES ILLUSTRES
dans les Lettres.-
Homere.
GALANT 31
Hefiode .
Archiloque.
Pittacus,
Epimenide .
Tales .
Bias.
Sappho.
Elope.
Anacarfys.
Anaximandre.
Pithagore.
Anacréon,
Æfchyles.
Euripide.
Sophocles.
Socrate.
Ariſtophane.
C iiij
32 MERCURE
Tucydide .
Pindare .
Democrite.
Heraclite .
Ifocrate .
Empedocle.
Platon,
Hippocrate .
Hérodote,
Créfias.
Epicure.
Demofthene .
Ariftote .
Théocrite.
Plaure .
Archimede.
Térence.
GALANT 33
Catulle.
Lucrece.
Ciceron .
Virgile .
Horace.
Ovide , & c .
Epoques principales.
Le Deluge.
La Naiffance d'Abraham.
Le
Gouvernement des Juges !
La Prile de Troie.
Le
Gouvernement des Rois,
La premiere
Olympiade,
La
Fondation de Rome,
L'Ere de Nabonaffar.
34 MERCURE
La Captivité de Babylone .
L'Empire de Cyrus .
L'Empire des Seleucides.
La premiere Guerre Punique.
Commencement des années
Juliennes , & c.
On voit par là que Mr de
Montholon
eftoit
préparé
à
répondre
à prés de deux cens
articles
, qui renferment
tant
de chofes
, qu'il femble
que
la vie d'un
homme
foit trop
courte
, pour
pouvoir
feulement
lire tout ce qui les regarde
.
GALANT
35
Je croy devoir vous parler
une feconde fois de l'article
qui fuit , quoy que vous en
ayez déja trouvé quelque
chofe dans ma Lettre préce
dente.
Le 18 de Juin le Roy de la
Grande Bretagne vint à Paris
avec la Princefle fa foeur. 11
alla au College des Jefuites ,
& affifta à la reprefentation
d'une Piece de Theatre , dont
je vous ay déja parlé. Il fut reçu
à la porte par le P. Recteur
accompagné de toute la
Communauté. Il traverfa la
Cour au bruit des Trompets
36 MERCURE
tes , des Timbales , & des aca
clamations d'un grand nom
bre de perfonnes qui s'y
eftoient renduës pour voir ce
Prince.
Mrs les Princes de Croy , de
Naſſau , de Ligne , Mrs Man :
cini , de Solre , du Roure , de
Montfuron de Valbelle , de
Montholon, de Lanmary , de
Chafteau renault , de Vilen .
nes , d'Eftin & de Bourbon
Malauſe , tous Penfionnai
res du College , complimenterent
ce Monarque
dans
la grande Salle , apres quoy
Şa Majefté fe rendit dans le
GALANT 37
lieu où la Tragedie fut repre
fentée; elle commença & finit
par un Compliment que fit
à Sa Majefté le Prince de
Pont , fils de Mr le Comtede
Marfan. Le Prologue de cette
Piece , qui eftoit en Mufique
& que je vous envoye , eftoit
à la louange du Roy & de la
Princeffe fa four.
PROLOGUE. ·
•
APOLLON , LES MUSES.
APOLLON.
Muſes , preparez- vous à de nos
veaux concerts à
38 MERCURE
Un Roy que le Deftinfit naiftre
Pour rendre unjour le calme à l'univers
Dans ce double vallon a bien voulia
paraiftre.
Inftruit depuis l'enfance à mes doctes
leçons ,
Il prend part à ma gloire ,
Il vient eftre en ces lieux témoin de la
victoire
Que vont remporter mes chansons.
Et vous , mes tendres Nourriffons ,
Pardes cris , par des chants , honorez
fa prefence ;
Le fangPéleve au rang des Rois :
Mais le droit de fanaiffance
Eft le moindre de fes droits..
Choeur des Muſes .
Par des cris par des chants , hono
GALANT
39
Tonsfa prefence;
Lefang l'éleve au rang des Rois
Mais le droit defa naiffanie
Eft le moindre defes droits.
APOLLON.
En vain de fesfujets l'aveugle deſtinée
Lesforce à rejetter fes loix :
Bien- toft par d'éclatans exploits
Ils verront de les mains fa valeur
couronnée.
Ileft digne de votre amour ,
Peuples , que la fureur d'une ligue
obftinée
Retient dans des liens qu'on fçaura
rompre un jour ;
Il eft digne de votre amour.
UNE MUSE.
Du Heros qu'il eut pour Pere :
Il imite les vertus :
40 MERCURE
Sa memoire eft encor chere ;
Le monde entier le revere
Au temps même qu'il n'eft plus!
Le Ciel auquel ilfut plaire
Rendra d'une liguefiere
Les attentats fuperflus .
UNE AUTRE MUSE.
Par les mains des Gracesformée
Une Princeße de fonfang
Plus grande que fa renommée ,
Eft plus illuftre quefon rang:
Semblable à fon augufte Mere ,
Son coeur eft droit &fincere ;
Son efprit a mille attraits.
Dans les emplois de Minerve
Elle afait d'heureux progrés ;
Que le Ciel nous la conferve
Pour eftre ungage de Paix!
APOLLON.
Jeunes Heros, qui celebrez lafefte
Que par mesfoins fur le Pinde on
apprefte :
GALANT 41
Unjour vous irèz furfes pas
Vousfignaler en de fanglans com
bats :
Alors la rebelle Tamife
Roulant fes eaux plus douce &
plus foûmife
D'un Regne fortunégoûtera les ape
pas .
CHOEUR D'APOLLON
& des Mufes .
Par des cris , par des chants hono
rons fa prefence :
Lefang l'éleve au rangdes Rois &
Mais le drait defa naiffance
Eft le moindre de fes droits.
Au milieu de l'action les
Penfionnaires qui avoient
complimenté Sa Majefté ,
luy fervirent toutes fortes de
Juillet 1704
D
42 MERCURE
rafraichiffemens , qui furent
enfuite diftribuez à toute
l'Affemblée . La Piece finic
la Roy fut reconduit à fon
Caroffe par les Jefuites &
par les plus diftinguez de
leurs Penfionnaires.
•
Tous
Ceux qui eurent l'honneur
d'approcher le Prince & la
Princeffe furent charmez de
leurs manieres .
Les complimens qui ont
efté faits à Sa Majefté Britannique
& dont je vous ay
parlé dans cet Article , eftant
tombez entre mes mains , je
yous les envoye .
GALANT
43
Digne Sang du Heros dont vous
priftes naiffanee ,
SIRE , vostre augusteprefence
Rappelle à nos efprits tout ce qu'il
eut de grand:
Sa foy , fa pieté , fa valeur ,fa clemence
,
Vertus qu'on viten luy plus grandes
que fon rang.
Il protegea comme vous faites
le ciel
Ceux que
foin de nous ,
engage à prendre
Enfin ilfut ce que vous etes
Et nous le retrouvons en vous.
Le Salomon de l'Angleterre ,
Ce Princefifameux dans la Paix,
dans la Guerre ,
Eprouva comme vous les caprices du
fort.
Comme luyfauvé du naufrage ,
Dij
44 MERCUR E
En France vous trouvez un Port.
Autant que luy tranquille &fage
Vous laissez difiper Porage ,
Attendant qu'un heureux retour
Vous rappelle fur un rivage .
Où vous ne prétendez regner que par
amour.
>
• Site , dès qu'on vous voit paroiftre ,
On ne peut s'empefcher de s'écrier ,
eb
quoy
!
Des Sujets peuvent - ils refufer pour
leur Roy
Un Prince fi digne de l'eftre.
S'ils pouvoient comme nous vous voir
& vous connoiftre ,
Quand bien même le fang ne vous
donneroit pas
Dejuftes droits fur vos Etats ,
Les Anglois enchantez vous choisi
toient pour Maitre
GALANT 45
Noble fang des Stuarts , digne fils
d'un grand Roy >
Heritier de fon nom , heritier de fa
foy,
Mefera- t- il permis de dire
Sans m'attirer votre courroux ,
Le vau que malgré moy mon coeur
forme pour vous ;
C'est l'amourfeul qui me l'infpire
.
Puiffe le Ciel au premierjour
Vousfaire abandonner la France,
Et nous ofter toute efperance
D'y revoirjamais voftre Cour.
F'allois vous offrir mon bras
Pourconquerir des Etats ,
Mais confiderant les charmes
Qu'en vous la nature a mis ,
Un tel Prince , ay- je dit , n'aur
pas besoin d'armes &
46 MERCURE
Qu'il paroiffe , & d'abord tout luy
Jera foûmis .
Je viens vous faire icy mon compliment
,
Toutfimplement.
J'auray peut- eftre un jour recours às
Péloquence
Quand vous m'accorderez une longue
audience ,
Hors de France
S'entend.
Sire , voftre cauſe eſt trop bonne ,
Le Ciel trop obligé de vous prefter
fon bras
Pour craindre qu'il vous abandonne.
Quand le Roy voftre Pere en quittantfes
Etats >
Youlut aux faints Autels immoler
La Couronne
GALANT 47
tre Enles mains du Ciel il la mit en
dépoft.
Le Ciel eft fon garent , &ſçaura
vous la rendre
Etfi nos voeux peuventfefaire entendre
,
Sire , nous efperons qu'il la rendra
bien-toft,
Monarque aimé du Ciel, admire de
la France ,
Dont l'efprit , la fageffe égalent la
naiffance ;
Qui meritez le Trône où regnoient
vos Ayeux
Etfçaurez imiter leurs exploits glo➡
rieux.
Tous ces jeunes François viennent
vous rendre hommage ;
Ils apprendront de vous qu'on pent
eftrea voftre age,
48 MERCURE
Fidele à fes Amis ,genereux & vaillant
,
Soutenirfans orgüzil l'éclat le plus
brillant
>
S'élever au - deffus de la grandeurfuprême
,
Eftimer la vertu plus que le diademe
,
Et pour tout dire enfin , renfermer
feul en foy
Ce quifait un Chreftien , ce quifait
un grand Roy.
J'ay fçu trouver un Maistre habile
,
Qui par une route facile
Apprend l'art de bien gouverner ,
Ne pour le bonheur de la terre ,
Unjeune Prince en Angleterre
Doit aller bien- toft l'enfeignet.
Quiconque lirafon Hiftoire ,
Sans
GALANT
49
-
Sansfe chargertant lamemoire ,
Sçaura le grand Art de regner.
Jefuis maintenant bon François ,
Mais fuivant la Metempsycofe
Si je devois bien- toft devenir autre
chofe
Et que le changement fut permis à
mon choix ;
Je n'hefiterois pas fur ce que je veux
eftre.
Sire , de mon deftin vousfixeriezl'objet,
Je fens que d'un tel Roy , je fens que
Lun tel Maitre
Jeferois volontiers lefidellefujet.
Gouverner des Peuples foùmis ,
Vous attacher leurs coeurs , en confer
vant leurgloire >
Triompher de leurs ennemis
Et leur affervir la Victoire ,
Juillet 1704.
E
50 MERCURE
Sans parler en gens inſpirez
Ny vouloirfaire les Prophetes ;
Sire ,
eftes
en voyant ce que vous
C'est bien- toft ce que vousferez
SIRE ,
Vousfçavezqu'à mon âge on eftgueres
en estat
Dediftinguer d'où peut venir l'éclat
Quifait briller voftre augufte Perfonne,
Mais jepuis du moins affurer
Que ce même éclat qui m'étonne ,
Tout le monde a fçû l'admirer.
Ma Mufe voudroit bien dans l'ar➡
deur qui l'infpire
Celebrer en ce jour le bonheur de ces
lieux.
GALANT
51
Mais il vous eft grand Roy , plus
aifé de le lire
Sur noftrefront & dans nosyeux :
On difoit que l'Amour & que la
Majefté
Ne faifoientjamais d'alliance,
Sire , c'est une fauſſeté
Je le voispar voftre prefence.
Eloigné dupays que lefang, la naif-
Sance
Doitfoumettre à votrepuißance ,
On vous plaint de vous voir privé
d'un bienfi doux.
Moyje plains l'Angleterre ; elle
perd plus que vous.
Y
Lorfque de leur prefence autrefois
Apollon
Et Dianefa fæur honoroient l'Helicon
, E ij
52 MERCURE
Sire , ce Dieu de l'Hypocrene
Baniẞant pour un temps le travail
& la peine ,
Donnoit quelque repos aux tendres
nourriẞons
Qui vivoient fous fes loix dans les
facrezvallons.
C'estpeut- eftre une Fable , eh bien !
je le veux croire.
Vouspouvez toutefois , Sire , enfaire
une Hiftoire.
Le Compliment qui fuit fut
fait au commencement de l'action
.
N'est- ce point beaucoup entreprendre
,
Sire , à des enfans comme nous ,
Qui ne peuvent qu'à peine encor fe
faire entendre ,
De vouloir divertir un grand Roy
Comme vous ?
GALANT 53
L'entrepriſe fans doute eft un peu temeraire
,
Je ne puis le diffimuler :
Mais quand il s'agit de vous
plaire ,
Sire , les enfans même apprennent à
parler.
L'Action finit par les Vers
fuivans.
Si nos Jeux ont pu plaire à Votre
Majefté,
Sire , noftre bonheur est bien digne
d'envie ,
Et ce jour doit eftre compte
Pour le plus beau de noftre vie.
Mais quand l'àge & la force , en
fecondant nos voeux ,
Nous mettront en estat de combattre
pour elle ,
E iij
54 MERCURE
C'eft autrement que par des jeux ,
Sire , que nous fçaurons luy marquer
noftre zele.
Je vous envoye ce qui fuit , de
la maniere qu'il est tombé entre
mes mains .
DEUX PROBLEMES
DE GNOMONIQUE
A RE'S OUDRE,
Avec la Solution du Problême
de Dioptrique , propofé dans
la lettre de Mr de Hautefeüille
à мr Bourdelot ,fur le moïen
de perfectionner l'ouïe .
I. Faire un Cadran Solaire portatif,
qui marque les Minutes
divifées une à une.
II. Faire que l'Ombre d'un Fil
GALANT 55
L
foit auffi claire & auffi diftincte
à trois ou quatre pieds ,
qu'à deux ou trois poulces.
Es Sçavans en Mathemati .
que , Anciens & Modernes
, ont proposé plufieurs man
nieres de tracer des Cadrans au
Soleil , & d'enfaire , au rapport
de quelques Auteurs , de plus de
cinq cens façons differentes , lefquels
font tous fort curieux , mais
de peu d'uſage , n'y en ayant aucun
de tout ce grand nombre ;
qu'on puiffe commodément porter
furfoy , & qui marque l'heure
jufte à deux ou trois Minuttes
prés.
E iiij
56 MERCURE
Ce feroit neanmoins une cho
fe neceffaire dans ce fiecle , où les
Montres font parvenuës à une
tres grande jufteffe , les Horlo
geurs n'en faisant presque plus
qui ne marquent les Minuttes ,
par une Eguille qui fait ſon tour
en une heure , & eftant difficile
de les regler , avec quelque précifion
, de même que les Pendules
de Chambre , fans avoir un Cadran
qui marque pareillement les
minuttes une à une , peu de gens
pouvant les regler par le moyen
des Etoiles fixes.
Voici le Problême tel que je
Pay propofé à la page 13. de ma
GALANT 57
Lettre à Mr Bourdelot , premier
Medecin de Madame la Dua
cheffe de Bourgogne ,fur le moyen
de perfectionner l'Quie , imprimée
en 1702.
Un Horlogeur me dir unjour¸
que ce luy eftoit une aßez grande
incommodité d'ôter fes Lunettes
de deffus fon nez , & den remettre
d'autres plus fortes , on
dont le foyer eftoit plus prés , lors
qu'il vouloit regarder des objets
tres petits , & que c'eftoit même
quelque perte de temps , parce que
cela luy arrivoit fouvent ; qu'il
feroit bien aife d'avoir une ſeule
même Lunette , composée de
58 MERCURE
deux verres , avec laquelle fans
y toucher ny ôcer de deſſus le
nez , il puſt voir diſtinctement
des deux yeux les objets grands
&petits , peu ou beaucoup éclai .
rez , & qui fift l'effet de ſes deux
Lunettes. Cela m'a donné occafion
de chercher ce moyen , & jay
fait faire une Lunette qui a toutes
ces proprierez , de laquelle je
me fers affez commodément depuis
trois ou quatre ans . Quoy
que ce ne foit qu'une bagatelle
on pourroit la propoſer aux Sça .
vans comme un Problême de
Dioptrique à refoudre ; on en a
propofé quelques fois de plus inu
tiles.
GALANT 59
Il n'est pas furprenant , que
des Lunettiers des perfonnes
qui n'ont qu'une mediocre connoiffance
de la Dioptrique , ayent
trouvé ce Probléme impoffible
dans la pratique , puifque des
Mathematiciens ont eu ce fentis
ment.
Ceux qui fe fervent de Lu
nettes voyent diftinctement les
objets qui font au de là , en promenant
les yeux fur toutes les
parties de la fuperficie des verres.
Cette remarque
m'a donné lieu
de penser que , fi chaque verre
d'une Lunette eftoit de deuxe
foyers , & que chaque moisié hoj
60 MERCURE
monime fut placée , en forte que
les deux yeux puffent voir , en
même temps , an travers de chacune
de ces moitiez une Lunette
compofée de cette façon produiroit
l'effet propofé dans le Problême.
La difficulté confiftoit à travailler
un feul & même verre de deux
differens foyers , ce qui me parut
impoffible , mais confiderant qu'il
n'eftout pas neceffaire , que chacun
de ces verres fût d'une fût d'unefeule piece ,
je penfay qu'en coupant par la
moitié deux verres de differens
foyers, j'en pourrois conftruire une
Lunette quiproduiroir l'effet prétendu
, en joignant une moitié du
GALANT 61
verrefort avec l'autre moitié du
verre foible ou moins convexe
& en mettant la ligne de fection
paralelle à l'Horifon.
Fen fis auffi tost l'experience ;
je vis que cette Lunette pro
duifoit ce que je fouhaitois . Lors
que mes yeux font élevez3 j'anperçois
les objets d'une mediocre
grandeur au travers de deux
moisiez foibles que jay mises en
baut , lors qu'ilsfont abbaiffez
je voispar les moitiez des verres
inferieursfort convexes ,
jets confus , mais en les appro
chant , ils meparoiffent tres difsincts
a beaucoup augmentez.
Les oba
62 MERCURE
Voicy les inconveniens de
cette espece de Lunette . Le premier
eft , qu'il paroift une barre
ou caffure dans le milieu , qui
femble faite par accident , & qui
choque ceux qui s'en fervent la
premiere fois. On pourroit la rendre
moins vifible , en la rempliſfant
de quelque Gomme ou Refine
transparente , mais on sy accoû,
ассой
tume par l'uſage.
Le fecond eft , que les yeux ne
voyent point les objets par le
centre des verres , puifqu'ils ont
efté coupe , & qu'il n'y en a
plus. Ceux qui fe fervent des
lunettes ordinaires , font pen
GALANT 63
d'attention à ces centres Ꮼ
voyent également bien par tout .
Ileft même certain qu'on ne voit
jamais des deuxyeux par les cen
tres de ces verres , ny le plusfouż
vent par aucun.
Cependant pour remedier à cet
inconvenient , j'ay faitfaire une
Lunette où j'ay mis les centres
de ces verres , & même deux lis
gnes au de là , ce qui fuffic , parce
que la prunelle de l'oeil n'a pas
quatre lignes de largeur ; mais elle
eft composée de quatre verres
effectifs , quoy qu'on en ait retranché
quatre portions
d'un tiers ; au lieu d'eftre ronde
prés
64 MERCURE
ellefe trouve ovale dont le grand
diametre eft perpendiculaire , & le
petit paralelle à l'Horifon , de mê
la caffure ou la ligne qui
me
que
fait l'union des deux verres .
Pour éviter la difformité de
cette barre , j'ay fait faire une
Lunette dont la chaffe eft compofée
de quatre cercles entiers.qui
font joints & arrefte enfemble
pardeux traverfans en croix ,
j'ayfait ajouter au bas de chaque
cercle , des deux cofteZ du nez ,
une petite queue ou avance , afin
d'élever on abaiffer cette double
Lunette , de laquelle je me fers ,
en élevant ou abaiffant lesyeux ,
GALANT 65
où en la tournant fens deffus def.
fous , ce qui eft pluroft fait que
d'en aller chercher une autre
paire .
F'in ay fair faire de quelques
autres façons , dont je ne parleray
point , parce qu'elles n'ont
rien de plus parfait . Ceux à qui
ces Inftrumens conviendront , y
feront tel changement qu'ils juge;
Tont à propos .
Fay dit dans le Problême , que
ce n'estoit qu'une bagatelle. En
effet , cette Invention eft peu
chofe , de même
que
de
la Lunette
d'aprochepar reflexion , pour voir
les objets qui font de costé
Juillet 1704 .
par
F
66 MERCURE
l'on
rederriere
, afin de cacher aux per-
Jonnes de qui l'on peut estre vû ,
quels font les objets que
garde Fe l'ay communiquée à
des perfonnes qui en ont fait faire
ily a longtems , & plufieurs les
ont imitées depuis. Ce font de
petites perfections dans un des
plus beaux Arts de ce fiècle , lef
quelles pourront donner occafion
aux Sçavans & aux Curieux
d'y en trouver d'autres , & même
quelque chose de meilleur.
Sicette maniere de propofer des
Problêmes eftoit en ufage dans les
Mechaniques
dans les Arts,
comme elle l'eft en Geometrie , &
GALANT 67
files Inventions nouvelles , quelque
temps devant que d'eftre données
au Public , eftoient expofèes
en Problêmes , cela engageroit
plufieurs perfonnes de s'appliquer
à les trouver , d'accoutumer leur
esprit à les rechercher , & d'acquerir
le Genie de l'Invention ,
qui n'eft rare , que parce que peu
degens s'y appliquent , & qu'on
n'en prend pas le veritable chea
min. Ceux qui travailleroient à
refoudre ces Problêmes propofez
par les Sçavans , auroient l'avantage
d'eftre aſſurezde la pof.
fibilité de la chofe , qui fait la
moitié de la découverte , ce qui
Eij
68 MERCURE
manque à ceux qui cherchent
de
nouvelles Inventions .
C'est une erreur , dont bien des
gens font prévenus , qu'ilfaut at
rendre des Artifans la perfection
de leurs Arts . On fera perfuadé
du contraire , en lifant la Section
31. de l'Hiftoire de la Societé
Royale de Londres , qui porte ce
titre . Les Mecaniques
le peuvent
ameliorer par d'autres
gens que par les Artifans .
L'Auteur de cette curieuſe
fçavanie Hiftoire , laquelle meri
seroit une Traduction Françoise
plus polie , en rapporte plufieurs
preuves.
GALANT 69
Il dit entr'autres que , les Artifans
ayant dés leur jeuneſſe
eu leurs mains adreſſées aux
mêmes Methodes de travailler ,
ne fçauroient quand ils vous
droient changer leur coûtu
fe reduire à de nou .
me , ny
velles voyes de pratique : ou
tre cela ils travaillent princi
palement pour leur fubfiftance
prefente , & partant ils ne
fçauroient differer fi long?
temps leurs esperances , com:
me il eft ordinairement requis
pour meurir quelque
nouvelle Invention. Mais fpecialement
ayant manié lon70
MERCURE
guement leurs Inftrumens d'a,
ne même façon , & ayant regardé
leurs Materiaux avec
les mêmes pensées , ils ne font
pas enclins à en eftre beaucoup
furpris , ny à en avoir
aucunes imaginations ou trans.
ports extraordinaires
.
Ce font là les defauts ordinaires
des Artiſans , au lieu
que des hommes d'une vie
plus libre ont tous les avantages
contraires , Ils ne s'ap
prochent pas de ces métiers là
comme des emplois mouffes ,
inévitables & perpetuels
mais plutoft comme de
GALANT
71
leurs divertiffemens-
Il ajoûte : L'Invention eft
une chole heroïque , qui eft
placée au deffus de l'atteinte
d'un genie bas & vulgaire.
Elle requiert un efprit actif,
bardi , prompt , & fans repos : Il
faut mépriler mille difficultez
dont un coeur abject leroit dé
couragé , il faut faire beau
coup d'efforts en vain : il faut
fouvent faire profufion , qui
ne rapporte rien , & qui ne
fait eſperer aucun profit. I
faut s'y attacher avec beau
coup de violences , de vie
gueur & de penſées : Il faut
72 MERCURE
luy accorder quelques irregularitez
& excés , qui à peine
ne fçauroient recevoir aucun
pardon des Regles de la Prudence.
Tout ce qui nous peut
perfuader qu'un grand efprit
fans bornes peut eftre apparament
l'Auteur de productions
plus grandes , que ne fçauroient
faire les efforts calmes,
obfcurs & entravez des Me.
caniques mêmes : & que com.
me on obferve à l'ordinaire
en la generation des enfans que
ceux là font plus éveillez……..
ainfi aux generations du cerveau,
celles-là font plus vigoureufes
GALANT 73
Tes & fpirituelles , que les
hommes engendrent en d'au
tres Arts que les leurs propres
. On trouvera de ces for
tes de Lunettes chez le Sicur
du Hamel , au Griffon , fur le
Quay de l'Horloge , proche
le Pont - neuf
2
Frére N. de S. Gorges
Chevalier de l'Ordre de Saint
Jean de Jerufalem , Bailly du
même Ordre & Comman .
deur de la Commanderie de
Saint Georges dans la Ville
de Lyon , qui eft attachée à
ce Bailliage , eft mort dans
Juillet 17041 G
74 MERCURE
cette Ville là , regretté gene
ralement de tous ceux qui le
connoiffoient , à cauſe de ſes
grandes qualitez. Il eftoit
bienfaifant , d'un commerce
doux & honnefte , & plein de
bonté & de charité pour les .
Pauvres , aufquels il diftribuoit
une partie de fon revenu.
Il est mort âgé d'un peu
plus de foixante ans . Il eftoit
frere de Mr l'Archevêque de
Lyon , & de feu M' le Comte
de S. Georges , dont le fils
aîné a épousé depuis quel
ques années l'heritiere de la
Maifon de Saint André d'Ap
GALANT 75
chon. M' le Bailly de Saint
Georges avoit fervi avec
beaucoup de diftinction dans
fon Ordre , & il avoit fair
plufieurs Campagnes avec
beaucoup d'éclat contre les
Turcs. Il avoit une valeur
éprouvée dans plufieurs occafions
, dont il s'eftoit tiré
avec beaucoup d'honneur.
La Maiſon de Saint Georges
qui eft du Mâconnois , eft
tres illuftre ; elle a donné des
Comtes à l'Eglife de Lyon , &
des Chevaliers à l'Ordre de
Malte,depuis plufieurs fiecles
Mr l'Archevêque de Lyon
Gij
76 MERCURE
d'aujourd'hny , auparavant
Evêque de Clermont & Archevêque
de Tours avoit efté
durant plufieurs années Com,
te de cette Eglife , & Préceng
teur , qui en eft la troifiéme
Dignité. Il parut avec un
grand éclat dans l'Aſſemblée
generale du Clergé de l'année
1682. où il eftoit Deputé
du fecond Ordre de l'Eglife
de Lyon. Il y foûtint les
Droits du Roy avec beau
coup de fermeté & de vi
gueur , & il fut nommé Evê .
que de Clermont aprés que
l'Affemblée fut finie. Il eft
GALANT 77
peu de perfonnes dans le
Royaume qui entendent
mieux l'Hiftoire Ecclefiaftique
& le Droit Canon , que
ce Prelat. Il a trois neveux
dans l'Eglife de Saint Jean
de Lyon . Deux de fon nom ,
dont l'aîné eft Précenteur ,
& l'autre qui eft fils d'une
foeur , eft Mr le Comte de
Chemé , frere de Me de Chavanes
& de Me de la Tournelle.
Mr N... de Maffac , Cha:
noine de l'Eglife Cathedrale
d'Orleans , Prieur de Nantua
, eft mort depuis quel
G iii
78 MERCURE
que temps. Il eftoit fort eftis
mé dans fon Chapitre
, à
cauſe de la grande intelligence
qu'il avoit dans les affaires
, & fur tout dans celles
qui regardoient
les matieres
Ecclefiaftiques
. Il eftoit fils
de feu Mr de Maffac , un des
plus celebres
Avocats
du
Parlement
de Paris , & dont
la capacité dans les matieres
beneficiales
eftoir generale
ment reconnuë
. Le Prieuré
de Nantua , que poffedoit
Mr l'Abbé de Maſſac , eft
fitué dans le Bugey. C'eft un
Benefice d'une grande difting
GALANT 79
tion , puifque celuy qui en
eft Titulaire , eft Seigneur
d'une petite Ville , qu'il eft
à la tefte d'un Chapitre
Regulier , toûjours rempli
de perfonnes qualifiées , &
qu'il a
fieurs Benefices de confi
deration à fa Collation . Ce
Prieuré avoit efté autrefois
une celebre Abbaye , & par
la
revolution des temps , il
avoit changé de Titre , en
prenant celuy de Prieuré ,
qu'il a à prefent. Il a efté
poffedé par des perfonnes
d'une grande diftinction ,
outre cela , plu .
80 MERCURE
fçavoir des Cardinaux , deš
Archevefques & des Evef
qucs. Mr l'Abbé de Maffac
avoit fuccedé à ce Benefice à
feu Mr de Neuchezes , Evê
que de Châlons fur Saone ,
qui l'avoit d'abord refigné
fon Neveu , fur lequel Mr de
Maffac l'impetra. Ce Benefice
eft à la collation de Mr
le Cardinal de Bouillon ;
comme Abbé de Clugny, qui
l'a donné au Prince Frideric
fon neveu. Mr de Maffac
eftoit fort confideré de Mr
le Cardinal de Coiſlin , & il
eft peu de perſonnes qui n'en
GALANT 81
5 fiffent un cas fingulier. II
avoit des moeurs fort douces ,
& quoy qu'il euſt eu plu
fieurs affaires pendantle cours
de fa vie , on luy avoit toû
jours remarqué plus de pen
chant à les terminer par accommodement,
qu'à les foûtenir
dans la rigueur de la
Juftice , & à faire valoir fon
droit. Il a efté fort regretté
à Nantua où tout le monde
l'aimoit & l'eftimoit . Il y fai-
Ty
foit de grandes charitez aux
Pauvres.
Mr Petit , Confeiller du
Roy aux Eaux & Forefts de
82 MERCURE
France , au Siege general de
la Table de Marbre du Pa
lais à Paris , mourut le mois
dernier âgé de quatre - vingt
ans . Il a efté inhumé à Saint
Paul. Tous les Officiers de
la Chambre y ont affifté en
Corps , & ont rendu le der
nier devoir à un Officier de
plus quarante années de fervice.
Il s'eft acquitté de fa
Charge auec tout l'honneur
& la probité qu'on peut fouhaitter.
Il est d'une Maiſon illuf.
trée dans la Robe . Il avoit
deux freres , dont l'un eft
GALANT 83
Procureur du Roy à Angers .
& s'acquitte de cet employ
avec l'applaudiffement de
toute la Ville : le fecond
eft Avocat au Confeil. II
eftoit coufin germain de
Mrs, Petit de Paffy , Petit
de Ville neuve , Confeiller à
la Cour des Aides , dont le
fils qui eft Confeiller au Parlement
, a eu la Charge de
Mr Petit fon oncle , Confeil
ler Clerc au Parlement , &
Chanoine de Noftre- Dame ,
qui tomba malheureuſement
par fa feneftre. Il eftoit auffi
coufin germain du cofté de
84 MERCURE
fa mere , de Mrs Meliand ;
Conſeiller au Parlement , &
Meliand Maistre des Reque
ftes , nommé par le Roy à
l'Intendance de Pau , dont je
vous ay parlé dans ma Lettre
du mois d'Avril dernier ,
& de Mrs Portail & le Nain ,
Confeillers & Avocats Generaux
du Parlement de Paris .
Sa devotion eftoit auffi fervente
que fa naiſſance eftoit
élevée. Il eftoit Prefect de la
Congregation des Jefuires de
la rue Saint Antoine. On ne
met à cette premiere place
que des perfonnes confom
GALANT 85
mées en ſcience & en devo
tion.
Je vous envoye une galanterie
d'une maniere nouvelle ;
elle eft de l'invention d'une
Dame qui a infiniment d'ef
prit, qui au lieu de donner des
rimes pour des Bouts - rimez ,
a donné des mots qui doi
vent entrer dans un ouvrage ,
dont elle a prefcrit le ſujet.
On a fuivy fon intention ;
ainfi que vous verrez dans la
piece fuivante.
1
86 MERCURE
DISCOURS REMPLIS .
fur trente mots donnez
pour un Voyage.
Defir® ,
Conquerant ;
Amour ,
Maiſon ,
Secret ,
Rencontre ,
Reine ,
Magnifique ,
Langueur ,
Vaiffeau ,
Adorable ,
Vivacité ,
GALANT 87.
Heureux ,
Diamans ,
Gifte ,
Maiftreffe
,
Toilette ,
Soûmiffion ,
Princeffe
,
Sable ,
Etranger
,
Folle ,
Fragment
;
Vigilance
,
Elclavage
,
Perte ,
Infidelle ,
Peſcheur ,
Vilage ,
88 MERCURE
Introducteur.
A URANIE
Zedefir de vousplaire , ado
rable Uranie , m'a fait entre
prendre un voyage. Amour
venille le rendre heureux , &
donne à mon esprit la vivacité
qu'il infpire.
Je m'embarquay fur une mër,
dangereuse ; les vents favori
foient mes defirs ; j'entray dans
un magnifique Vaiſſeau nommé
le Conquerant. J'apperçus
d'abord une bonne perfonne qu'on
nommoit fidelité ; elle a le visage
GALANT 89
long & tres ennuyeux , elle ne
fçait dire que la même chofe , je
m'en laffay bien toft , & j'entray
dans une chambre , où je trouvay
l'Inconftance. C'est un Follefans
raifon ny jugement , fi étourdie
que je ne voulus faire aucune fo
cieté avec elle . Le Dépit vint à
fa place ; ce petit homme eft toû
jours en colere , & ne dit
que des
chofes inutiles , jurant , peftant
contre ceux qui l'aiment le mieux ;
je meferois jettée dans la mer pour
l'éviter , mais le Capitaine le
chaſſa , &l'Amour proprefe prea
fensa avec toutes le Graces qui
l'accompagnent . Felereçus à bras
Juillet 1704.
H
90 MERCURE
onverts , comme une bonne com
pagnie que je ne veux jamais
il a des remedes à tous
quitter ;
maux , il plaift dans tous les
temps , un air d'aſſurance brille
fur fon vilage & il l'inspire à
ceux qui le regardent C'eſt une
aimable perfonne dont il ne faut
jamais fe feparer pour eftre heu¬
reufe Inspirée parses amis , j'ar
rivay tranquille dans le Royau.
me des Amours , & j'y trouvay
en abordant une petite épreuve à
ma pitié Je vis les fragmens
d'un Vaiffeau brifé & une belle
Princeff, évanouie fur le lable ;
je courus pour la fecourir , elle re;
GALANT 91
une
Ioint , & me fit prefent de plu-
= fieurs gros Diamans dont elle
avoit une caffette pleine . Je fus
ravie d'avoir fait unfi bon rencontre.
Ily avoit prés de là
jolie maiſon , quoy qu'elle n'appartinft
qu'à un Pelcheur , j'eus
foin d'y faire coucher ma Princeffe
, qui aprés un leger repos me
conta fon Hiftoire , quoy qu'en
langage étranger . Fentendis qu '
elle pouẞoit des foupirs pour la
perte d'un Infidele.Son Hiftoire
que je pafferay fous filence
me le confirma . Hfallut le lende
main continuer noftre chemin ; je
dis noftre , parce que la Princefe
Hij
92 MERCURE
que
eut même intention que moy d'aller
voir la Mere d'amour . Son Ifle
eft d'un tres difficile abord , quoy
les chemins foient femez de
violettes defleurs qui naiffent
des pleurs des Amans. Voicy la
route que nous tinfmes.
Amour.
Langueur.
Empreffement!
Soûmiflion,
Vigilance.
Sincerité .
Fidelité.
Diſcretion & Secret:
Ce font les giftes de cette pea
nible
route.
L
GALANT 93
2
L'Amour eft facile à trouver ,
La marchandiſe n'eft pas rare ,
Qui n'en prend pas , doit paffer
pour bizare ,
Lorfqu'à fon but , il eft fûr d'arg
river.
S
La langueur eft un mauvais gifte,
On ne s'y trouve jamais bien ,
La Maiftreffe n'eft bonne à rien,
On n'yfçauroit paffer trop vîte
$
Celuy qui fuit eft plus charmant
>
Il eſt tout des plusà la modes
Chacun aime l'empreffement
Mais le gifte n'eft pas commode
S
La foùmiffion eft deferte ,
On n'habite plus ce Logis
94 MERCURE
L'on paffe à Vigilance , elle a de
méchants lits ,
Et tient fes Hoftes bien à
l'erte .
S
Le gifte de Sincerité
Na gardé que le nom , & n'eft
point habité ,
La Maiſtreffe en eft hagarde
,
Et quelque endroit qu'on y
regarde
On n'y voit point la verité.
2
A Fidelité l'on s'ennuye ,
C'est pourtant un tres- beau
féjour ,
Mais ailleurs ainfi qu'en Amour
,
Il eft bon de mêler la vie,
$
GALANT 95
$
Pour le Secret & la Difcre
tion ,
Je ne dis pas ce que j'en pen
fe ,
Heureux qui dans fa paffion
En fait fa Maifon de Plai
fance .
Puifque j'ay fait ce chemin
vous pouvez vous en tenir
mes Memoires , je vous affure
qu'ils font bons . Enfin nous
arrivâmes à l'Ifle de Cytere &
j'envoyay chercher des Intro
ducteurs pour m'inftruire & me
prefenter à la Reine . Ils me queft
sionnerent beaucoup , & me def
fendirent de vous nommer ,
96 MERCURE
elle
de me dire vostre amie , titre dont
je me parois par tout , & qui me
fervit de Paffeport devant l'A.
mour ; mais pour fa Mere ,
vous hair plus que Pfyché , vous
en fçavez la raison. Je fus
prefentée à fa Toiletre , où je
ne fus pas inutile à fa parure.
F'eus l'adreffe pour eftre bien res
que de luy donner un esclavage
que j'avois fait des diamans de
ma Princeffe ; cet ornement parut
nouveau , plutfifort à Venus,
que je fus employée à cet ouvrage
sout le temps que je paffay à cetre
Cour , & jen'y fis qu'enfiler des
perles,
GALANT 97
perles , tant il eft vray que cha .
que chofe afon temps : mais pour
me confoler jefus nommée grande
Maiftreffe de l'Esclavage , &
fuis revenue en France pour en
faire l'Ordre, les Officiers que
j'en croiray dignes. Fay befoin de
oftrefecours , belle Vranie , pour
faire des Efclaves qui foient bien
appellez àl'Ordre ; choififfez des
premiers emplois , &me croyez ,
& c.
Monfieur le Maréchal de
Vilars n'ayant pûaller à Touloufe
,мr le Baron de Puget de
S. Alban , Lieutenant de Mrs.
Fuilles
1704.
I
98 MERCURE
les Maréchaux de France ; a
prefenté en ſon abſence , les
Lettres de Commandant
dans la Province de Langue
doc. Il alla au Palais le 26 .
de ce mois , avec cent Gena
tilshommes , & affifta à la
Publication des mêmes Let
tres , qui fut faite aprés qu'a
elles eurent efté plaidées par
Mr Douvrier , & que Mr l'Avocat
general le Comte eut
parlé , ce Baron donna au retour
du Palais un magnifique
repas.
Je vous envoye encore un
Air de la compofition de Mr
GALANT 99
de Metz de la Flêche en Anjou
: les paroles font à la gloi
re du Roy, ainfi que celles des
Airs precedens du même Auj
teur , dont on a efté tres fas
cisfait.
AIR NOUVEAU.
Grand Dieu, dont lesfaveurs en
vers nous font extrêmes ,
Qui pour notre Monarque as voulu
faire choix
De Louis , dont les juftes loix
Sont l'image des tiennes mêmes.
Que ta mainfur ce Roy , Painé des
Rois Chreftiens ,
તે
Répandefes bienfaits fuprêmes,
Comme il aime fur nous à répandre
Les fiens.
Je vous envoye quelques
1
100 MERCURE
Articles de morts , dans lef
quels vous trouverez des chos
fes affez curieuſes.
Mr l'Abbé de Berulles
Maiftre des Requeftes , &
Prieur de S. Romain du Puy
auprés de Lyon , mourut fur
la fin du mois de Juin en cet
te Ville. Il eftoit fort eftimé
dans le Confeil par la vivacité
de les lumieres & par la
penetration de fon efprit , il
eftoit frere de Mr de Berul
les , premier Prefident au Parlement
de Grenoble , & aua
paravant Maitre des Res
queftes & Intendant à Lyon ;
GALANT 101
... pere de Dame N………. de Beru-
Ile mariée à Mr de Ribeyre
fils du Confeiller d'Etat . Mr
l'Abbé de Berulle avoit encore
une foeur mariée à мr le Com
re de Rieux de la Province de
Picardie. La Maifon de Berul
le eft illuftre & ancienne , elle
eftd'ailleurs fort confiderable
par les dignitez qu'elle a eu &
par les alliances qu'elle a prifes
dans les meilleures Mai
fons de la Robe. Le Cardinal
Pierre de Berulle luy a donné
beaucoup de luftre ; ce fut
ce Cardinal qui établir la
Congregation des Preftres
I iij
102 MERCURE
de l'Oratoire en France : il
fit auffi l'établiffement des
Carmelites qu'il alla prendre
en Eſpagne. Il eut beaucoup
de part aux affaires de fon
temps: il raccommoda la feuë
Reine Marie de Medicis avec
le Roy fon fils ( Louis XIII . )
le Pape Urbain VIII . l'obli
gea d'accepter le Chapeau
de Cardinal en le difpenfant
du voeu qu'il avoit fait d'accepter
aucune dignité Ecclea
fiaftique. Il mourut en celebrant
les Saints Myfteres &
à cet endroit de la Meffe
Hanc igitur oblationem , &c.
GALANT 103
'Ainfi n'ayant pû achever le
Sacrifice , il en fut luy -même
la victime : ce qu'on exprima
par ce Diftique :
Capta fub extremis nequeo dum
facra Sacerdos.
Perficere , at faltem victima
perficiam .
Le Cardinal de Berulle
eftoit fils de Claude de Be
rulle Confeiller au Parlement
de Paris , & de Dame Loüife
Seguier , & il eftoit frere de
Jean de Berulle Confeiller
d'Etat , ayeul de Mrs de Berulle
d'aujourd'huy . La Mai
fon de Berulle eft originaire
I iiij
104 MERCURE
de
Champagne.
Le Cardinal de Berulle
avoir fait
plufieurs ouvrages
que le Pere
Bourgoing , Ge
neral de
l'Oratoire , & fon
Succeffeur , a eu foin de recueillir
en un volume. Ce
Cardinal eft inhumé dans
l'Eglife des Preftres de l'Oratoire
de la rue Saint Honoré.
On voit pourtant fon Toms
beau dans celle de l'Inftitution..
Ce
Tombeau paffe pour
un Chef- d'oeuvre.
Mr le Comte de Verac ,
Lieutenant general du haut
Poitou , eft mort dans fes
GALANT 105
terres , dans un âge fort avan.
cé. Il laiffe Mr le Marquis de
Verac fon fils , Colonel de
Cavalerie , & qui a obtenu
du Roy la Lieutenance generale
qu'avoit feu fon pere.
Mr le Comte de Verac qui
donne lieu à cet Article avoit
fervi une grande partie de fa
vie , & il avoit donné des
preuves confiderables de fa
valeur & de fon courage. Sa
Maiſon eft fort diftinguée
dans le Poitou , où elle a te
nu un des premiers rangs
depnis plufieurs fiecles . Le
Trifayeul de Mr le Comte de
106 MERCURE
Verac fut un des plus grands
Generaux que la France ait
eu. Quelques uns croyent
cette Maiſon fortie de l'Ecoffe
, & qu'elle vint s'établir
d'abord en Angoulmois &
enſuite en Poitou fur la fin
du douziéme fiecle . On trou.
ve un des Anceftres de Mrs
de Verac dans le voyage que
Louis VIII . fiten Angleterre,
le Roy Philippe Augufte fon
pere eftoit encore vivant ;
pour prendre poffeffion d'une
Couronne que les Anglois
luy défererent ; mais on n'a
pû encore fçavoir s'il quitta
GALANT 107
ĉe Royaume avec Louis VIII.
qui , comme l'on fçait , n'y
demeura pas longtemps . Le
pere de Mr le Comte de Verac
avoit auffi eu des emplois
de diftinction.
Mr N..... Lambert Marquis
d'Herbigny , Maiſtre
des Requeſtes , & Intendant
de la Generalité de Roüen
eft mort fans avoir eſté maj
rié ; il avoit efté auparavant
Intendant à Lyon . Mr d'Herbigni
fon frere & fon heri
tier eft Me des Requeſtes , il
a épousé depuis peu Dame
N .... d'Eftrades , dont je
108 MERCURE
le
vous parlay amplement dans
temps de ce mariage. Elle
eft proche parente du feu
Maréchal de ce nom ; & c'eft
une jeune perfonne pleine
d'agrémens. Mrs d'Herbi
gni font fils de feu Meffire
N. de Lambert , Seigneur
d'Herbigni qui étoit attaché
à feuë Mademoiſelle
; cette
Princeffe en faifoit un grand
cas , & avoit beaucoup de
confiance en luy. La famille
de Mrs d'Herbigni eft connue
dans la Robe depuis
long- tems & far tout au Par
lement. Celuv qui vient de
C
P
8
a
GALANT 109
mourir avoit eu l'Intendance
de Lyon aprés Mr de Be
rulle , aujourd'huy premier
Prefident de Grenoble , &
il a eu pour fucceffeur Mr
Guiet cy- devant Intendant à
Pau. Mr d'Herbigni avoit
une fanté fort languiffante ,
& il avoit même efté obligé
de fe repofer durant une an
née dans les terres , pendant
l'intervalle de fes Intendan.
ces.
Mr Robert Brigadier des
Armées du Roy & Ingenieur,
eft mort de la bleffure qu'il .
avoit reçûë au Siege de Caf
110 MERCURE
tel- branco en Portugal. Il a
été generalement regretté des
François & des Eſpagnols ,
& le Roy d'Espagne s'eft expliqué
en fa faveur , d'une
maniere tout-à - fait avantag
geufe: M' Robert avoit fer .
vi dés fa plus tendre jeuneſ.
fe , & il s'étoit appliqué à la
diſcipline militaire avec une
attention extraordinaire . On
reconnût en luy de's fes pre
mieres années un goût - natu
rel pour les mathematiques.
Il s'y attacha , & aprés y avoir
fait de grands progrés , il engra
dans le fervice . M ' le мaGALANT
III
réchal de Vauban , qui con .
nût des premiers fon talent ,
le fit valoir , & luy fournit
des occafions de donner des
preuves de fa capacité & de
fon zele. м'Robert s'attacha
à cet illuftre Patron , autant
par inclination que par re
connoiffance , il l'a fuivi pref,
que dans toutes les Campa
gnes , & dans tous les fé
ges dont ce maréchal a eu la
conduite. M' Robert eftoit
forti d'une maison qui a donné
plufieurs Officiers de merite
& de valeur. Plufieurs
perfonnes de fon nom & de fa
112 MERCURE
7
famille , ont porté les armes
glorieufement . M'Robert joi
gnoit à la valeur une grande
probitè , il eftoit eftimé &
confideré de tous ceux qui
le connoiffoient.
•
Quoique ce que vous allez
lire regarde une vieille
nouvelle , vous le trouverez
neantmoins tout nouveau.
Ce détail eftant rempli d'un
fi grand nombre de circonf
tances , qui n'ont point efte
publiées , qu'il doit eftre re
gardé comme un beau morceau
d'hiftoire contenu dans
les deux Lettres fuivantes.
GALANT 113
TRADUCTION
D'une Lettre écrite par la
Députation de la Prin-
་
cipauté de Catalogne à
Son Excellence Monfei
gneur le Duc d'Albe.
Excellentiffime Seigneur
Omme ce Confiftoire eft con
Cvaincu
vaincu que Voftre Excellence
fait un cas particulier de defcendre
par fes Ancestres de cette
Principauté de Catalogne , il
nous a paru qu'il eftoit pour nous
Juillet 1704:
K
3
114 MERCURE
d'une obligation indispensable
d'expofer à la grande comprebenfion
de V. E que le 28. des.
mois paffé ,fur le foir , l'Armée
Navale ennemie des Anglois
des Hollandois compofée de plus.
de cinquante Vaiffeaux , mit à
l'ancre devant cette Ville le 30.
fur les onze heures du matin , ils
débarquerens une partie de leurs
Troupes d'Infanterie , & lé 31. à
dix heures du matin ils commen
cerent à Bombarder cette Place
jufqu'à l'heure de midy & depuis
dix heures du foir jufqu'au
point du jour du lendemain du
premier jour de Juin ; & ayang
8
•
GALANT 115
• vembarqué leurs Troupes , ils mirent
à la voile , & ils prirent la
route du Levant . Dans cette
conjoncture , les trois Etats diffe
rens de cette ville , le bras militaire,
la Députation , &les Hau
bitans , fe font fignalez d'une
maniere proportionnée à l'extrê
me fidelité, dont ils ont donné les
plus fortes preuves dans toutes
les occafions , pour tout ce gai
peut regarder le Royal & le plus
plus grand fervice de Sa Majefé
, la gloire de la Nation:
Catalane. Nous pouvons nous
perfuader que ce Zele a esté beau.
coup plus loin dans cette ren
116 MERCURE
contre que dans toutes celles
que citent les Hiftoires anciennes
modernes , comme V. E. en
pourra juger par la relation que
nous joignons à cette Lettre , &
dont V. E. voudra bien nous
permettre de luy faire part.
L'Excellentiffime Seigneur Don
Francifco de Velasco , Lieutenant
general pour Sa Majesté ,
que Dieugarde , dans cette Prin
cipauté , le Seigneur Don
Emanuel de Toledo , general de
Artillerie , &frere de V. E.
avec les Troupes ont bien manifefté
quel est leur fincere amour
pour le Roy notre Seigneur ,
GALANT 117
=
ils ont fait briller avec éclat leur
a intelligence merveilleuse dans
l'Art militaire dans la Poli
atique . Et confiderant combien
V. E eft intereffée dans la gloire
& dans tous les fuccés de cette
Principauté , nous en faifons mille
felicitations à VE. bien fûrs
que V. E. pour répondre à cette
attention qui luy eft fi fort due ,
voudra bien nous favorifer en
nous donnant de frequentes occa
fons de luy plaire & de la fervir
, à quoy nous nous employerons
avec une reſignation entiere,
pour correspondre par là à toutes
des délicates démonftrations dons
T18 MERCURE
il a toûtours plû à V. E de nous
favorifer. Dieu garde l'Excellentiffime
perfonne de V. E. avec
toutes ces felicitez qui luy font
dues que luy fouhaitent ,
Barcelone , le 2. Luin 1704,
Excellentiffime Seigneur ,
Les devoüez Serviteurs de V. E.
Les Députez Generaux de la
Principauté de Catalogne
refidens à Barcelone.
GALANT 119
TRADUCTION
D'une Lette du Meftre de
Camp general le Comte
de la Roffa , Gouverneur
de la Ville & Place de
Barcelone , écrite à fon
Excellence Monfeig neur
le Duc d'Albe .
Excellentiffime Seigneur ,
SEigneur , fije ne repete pas fouvent
par de frequentes Lettres
comme je le devrois , les affurances
du profond refpect que j'ay pour vo
tre Excellence . Les occupations em
barraſſantes de mon employ peuvent
me fervir d'excufe. A l'heure qu'il
120 MERCURE
4
eft quej'ay unfijufte motifde me donner
l'honneur de lay écrire , je me
mets aux pieds de V. E. la felicitant
mille fois fur l'heureuxfuccés,
&fur les avantages que nous avons
fur les ennemis de S. M. & de cette
Couronne. Voicy le détail exait de
ce qui s'eft paße icy.
On commença le 26. du mois paßé
à découvrir de cette cofte quelques
Vaiffeaux. Nous fçumes bien - toft
que c'étoit des Vaiffeaux ennemis
parla prife qu'ils firent de quelques
Barques Catalanes . Il arriva en
même temps un Courrier du Viceroy
de Valence , qui donnoit avis que
Armée navale d'Angleterre & de.
Hollande avoit paßé für cette cofte.
Nous nen pumes découvrir qu'une
partie jufqu'au jourfuivant ; & le
jour d'aprés nous les vimes appli
quer
GALANT 121
quezafonder jufqu'à quelle diflance
ils pourroient approcher. Après s'en
eftre bien éclaircis , ilsfirent avan
cer quatre gros bâtimens avec quelques
Navires pour lesfoûtenir , &
pour embarraffer avec leur canon ,
Bout ce qui s'affembloit de nos troupes
pour s'oppofer à leur debarquemment.
Eftant dans cette difpofition,
ils envoyerent uneFelouque aumole,
où le SeigneurDom Francifcovèlaf
`co lafit refter, & Son Excellence yen!
roya un Aide Royal & un Sergent .
majorpour fçavoir ce qu'on demandoit
, ceux qui eftoient dans la Fe
louque répondirent , que c'étoit un
Secretaire de l'Empereur , qui
eftoit chargé de communiquer
une affaire au Seigneur Dom
Francifco de Velafco, ou de lui
remettre un Paquet de Lettres
Juillet 1704 L
122 MERCURE
en cas qu'il ne puft lui parler:
Monfieur le Viceroy répondit , que
la Felouque n'avoit qu'à s'en retourner
, puis qu'il ne feroit pas
permis au Secretaire de l'Empe
reur d'executer aucunes de fes
commiffions , la Felouque changea
auli - toftfa Baniere blanche en
banniere de guerre ,& s'en retourna
quelques- uns de leurs Vaiffeaux
s'approcherent de plus prés du cofté
de Vegos , & bien prés de terre , ils
remplirent leurs Barques de troupes
à une petite distance de Vegos même.
Ils mirent cette Infanterie à
terre , fans que ce debarquement pût
eftre empeché par la Cavalerie que
nous y avions envoyé , & qui y
avoit couru . Elle n'étoit compofée
que de trois Compagnies , Pune
des Gardes, l'autre du General , &
Pautre du Lieutenant General de
GALANT 123
&
la Cavalerie. De mon cotéjepourvis
de mon mieux à tous les forts.
Comme on vit leurs troupes à terre
que
le dernier Fort eftoit dans un
danger vifible d'eftre pris , Mr le
Viceroy ordonna qu'on ablat en re-
Bixer quatre bonnes pieces de bronze
qui y eftoient. Le Seigneur Doms
Emanuelde Toledo ,General de l'arvillerie
n'en voulut pas ceder Pexecu =
sion à un autre, & ils'en acquitta
arec beaucoup defermeté & deva
beur. It prit quatre attelages de
mules , & il alla enlever ces quatre
pieces de canon ; mais avant que
de les déplacer , il les fit tirer à plu
feurs reprifes fur les ennemis qui
eftoient à terre. Onne luy vit d'au
tre inquietude que celle de n'avoir
pas plus de Cavalerie pour entreprendre
contr'eux quelque chofe &
Lij
124
MERCURE
plus confiderable
. Dans ce même
temps ils envoyerent
un tambour ,
qui raportoit les mémes Lettres. Mr
le Viceroy trouva à propos de les
recevoir. Il y en avoitpour les differents
corps de la Ville , & quoique
ces Lettres ne tendiffent
qu'à leur
& de perfuader
d'ouvrir les portes ,
rendre la Place, & la Province entiere
, la confiance de Mr le Viceroy
futfi grande à l'égard de tous ceux à
qui elles s'adreffoient
, qu'illes leur
rendit. Ils répondirent
tous d'une
maniere digne de la grande & de
la jufte confiance qu'on avoit en eux ,
& leur réponse fut qu'ils n'étoient
pas maistres
des portes , qui
eftoient
au pouvoir
des Offi
ciers de guerre , & que s'ils en
eftoient les maiſtres
ils n'en feroient
rien , fe piquant
d'eftre
GALANT 125
les plus fidelles fujets de leur
Roy Philippe V. que d'ailleurs
ils eftoient furpris de la propofition
, d'autant que le Prince
d'Armſtad devoit connoiſtre
cette fidelité inviolable qui
eftoit née avec eux. On renvoya
ainfi le Tambour , & dés qu'il eût
rendu compte de fon meffage , ils
commencerent à jetter des bombes
ce qui dura depuis dix heures du
·matin jufques à midy qu'ils cefferent
d'en jetter ; leur flote demeura
tranquille le reste du jour
leurs troupes de terre firent des mouvemens
continuels . Nous vìmès bien
par là que nous devions nous attendre
qu'ils feroient leurs derniers
efforts la nuit fuivante . En effet ,
dés que la nuit fut venue ils firent
avancer quatre Galiottes à bom-
,
mais
L iij
126 MERCURE
bes , ils recommencerent à bombarder
la place . Sur les neuf heures
du foir le Viguier de cette ville vint
parler à Mile Viceroy , en pretextant
qu'on luy avoit voulu donner
quelques lettres de la part du Prince
& Armftal. Mr le Viceroy remarqua
qu'ilfe coupoit dans ce qu'il difoit
, & qu'il paroiffoit un peu trou
blé. S. E. entra dans quelquefoupgon
fur les intentions de cet homme
elle ne le laiffa pas fortir , & dans
le même inftant S. E. receut un avis
fecret de la part d'une femme de la
ville , qui l'affuroit qu'il y avoit
une confpiration. Surcet avis Mrle
Viceroy menaçant le Viguier de le
faire rendre furl'heure , s'il ne con
feffoit la verité , il declara tout ,
il avoua , qu'il eftoit lui - même
le chef de cette confpiration s
GALANT 127
&
que
l'on trouveroit les conjurez
au Pla de lluy , les uns
s'étoient enfermez dans une
maifon , & les autres dans le
College de l'Evêque. Dés que
S. E. euft entendu cette declaration,
elle alla à l'Univerfité , & elle y
affembla le Corps de ville , le Corps
de la deputation , & celui du bras
militaire , S. E. leurfit part de la.
conjuration& des circonftances qu'il
en avoit apris , qui estoient , qu'au
fignal d'une cloche qui devoit
fonner à minuit & demi , les
conjurez devoient fe jetter les
uns à la porte de El Angel
, & les autres à une autre
porte où devoit fe trouver le
Prince d'Armftad avec les troupes
debarquées , & aprés avoir
égorgé ceux qui les gardoient ,
Liiij
128 MERCURE
ils devoient lui ouvrir les por
tes , & lui donner par là une
entrée dans la place avec fes
troupes Mr le Viceroy monta à
cheval , & il envoya le Seigneur
Dom Emanuel de Toledo à la porte
où j'étois , afin que je lui donnaſſe
de la Cavalerie & de l'Infanterie ,
pour aller en diligence fe faifir de
tous ceux de la confpiration , qui fe
trouveroient affemblez ; mais ils
avoient eu , ou quelque avis
quelque foupçon , que leur deffein
eftoit evente , & ils s'étoient déja
retirez, quelque diligence qu'on cuft
faite. Mr le Viceroy , accompagne
de la Nobleffe & des Confeillers de
ville , alla à toutes les portes qui
eftoient menacées pour en renforcer
la garde , il vifita tous les poftes , &
difpofa fi bien toutes chofes qu'il
>
02%
GALANT 129
paroiffoit que les precautions qu'on.
e pritvenoient plutoft de Dieu que
hommes . Le bombardement ne ceffa
des
S point pendant toute la nuit , & ne
finitqu'au point dujour , & alors les
troupes qui estoient à terre s'embar- .
querent pour réjoindre les vaisseaux,
& en trois heures de temps tous leurs
Navires mirent à la voile & fe retirerent
. On ne peut affez bien exprimer
la bonne & fage conduite de
Mi le Viceroy dans fes ordres , dans
fon activité, & dans les difpofitions.
Le zele & l'empressement de tous les
corps de la ville funt auſſi au deffus
des expreſſions , ainsi que
la valeur
& la ferveur des Officiers & des
Soldats de la garnifon ,pour affurer le
fuccés le plus avantageux . Le Regiment
de Napolitains de S. M.
qui fe trouvait icy , fut destiné pour
130 MERCURE
que
garder la breche & la porte nouvel
le , où il travailla fans relache à fe
retrancher & àfe fortifier , & il sy
attacha avectant de foin & de zele,
l'on fe trouva dans ce poſte en
toute fureté , & que l'on pouvoit
fouhaiter que l'ennemi Pattaquât
dans la certitude où l'on eftoit de le
bien repoußer. Pour moy je n'ai eu
qu'à bien obeyr à Mr le Viceroi, &
ma prompte obeyſſance a esté mon
feul fuccès. C'eft où s'eft renfermé
tout l'excés de mon zele pour le fervice
du Roy Je deffendois & jegardois
la porte de la Mer , & j'y ay
efté bienfecondépar Mrle Marquis
de la Florefta , & par Dom Geronimo
Moxo qui y eftaient avec moy &
& qui ont donné beaucoup de preuves
de leur zele & de leur application
au fervice de S. M.
1
GALANT 131
C'est tout ce que je puis dire a
V. E. fur cet evenement. Esperant
pour ma plus grande felicité que V.
E. voudra bien m'honorer fouvent
de fes ordres , & defirant que Notre
Seigneur la conferve comme j'en ay
befoin
و
Excellentifime Seigneur ,
aux pieds de E.
Le Comte de la Roßa.
A Barcelone le 2. Iuin 1704.
Je ne puis m'empêcher
d'ajoûter icy un Article tiré
d'une autre Relation , & qui
parle des trois Lettres dont
il est fait mention dans la
Relation que vous venez de
lire. L'une eftoit pour Mr de
Velafco , Viceroy de Catalo
gne ; l'autre pour la Regence ;
132 MERCURE
2
& la troifiéme pour les Ma
giftrats, Mr de Velasco qui
qui les reçut toutes trois , en.
voya fur le champ les deux
autres à ceux à qui elles
eftoient adreffées , il les luy
renvoyerent à l'inftant , en
luy marquant que s'ils n'avoient
point un Viceroy , à qui
feul il apartenoit de répondre à de
femblables propofitions , ils an
roient marqué leur jufte indigna-,
tion à Mrle Prince Darmflat,
lug auroient protesté qu'ils
eftoient tout prefts de répandre
jufqu'à la derniere goutte de leur
fang pour leur Roy Philippes V.
GALANT 133
ཚ
1
Mr de Velasco leur envoya
dire que cela ne fuffifoit pas ,
& qu'il leur demandoit d'é
crire à Mr le Prince d'Arm2
ftat ce qu'ils luy envoyoient
dire , mais ils l'avoient déja
fair. Mr de Velasco avoit de
fon cofté chargé le Porteur
de ces Lettres , de dire à ce
Prince : qu'il ne luy faifoit point
de réponſe , & qu'il eftoit fort
furpris qu'il l'euft crû capable
d'écouterfes propofitions . Il ajoû
ta , qu'il auroit fouhaité qu'ileuft
eu affez de Troupes pour faire le
Siege de Barcelone , afin qu'il euft
pú connoiftre la maniere dont il
134 MERCURE
auroit esté reçû.
Je me doutois bien que ce
que vous avez trouvé dans
ma derniere Lettre, touchant
l'Envoyé de Tripoli , vous
feroit beaucoup de plaifir.
Voicy la fuite de ce Journal
, qui ne doit pas vous pa
Loiftre moins agreable.
Le 12. Juin cer Envoyé alla
rendre vifite à Mr de Sala .
berry , premier Commis de
Mr de Pontchartrain , & l'ag
preſdiné il alla au Cours.
Le 13 il alla à la Comedie ,
& vit jouer le Bourgeois Gen:
GALANT
135
tilhomme. Il fut furpris de
voir reprefenter les manieres
de fon pays , & il ÿ prit beaucoup
de plaifir ; il trouva feulement
deux chofes à redire :
La premiere , que le perfonnage
du Mufti ne devoit jamais
fortir de la gravité qu'il
avoit affectée en entrant fur
Je Theatre , parce que les
gambades & caracolles ne
conviennent point à un Muf.
ti. La feconde que l'on ne
devoit pas baftonner Mr
Jourdain de la maniere que
l'on avoit fait. Voicy la ma
niere dont il dit qu'il falloit
136 MERCURE
donner les baſtonnades . I
falloit , dit il , que deux per
fonnes fiffent deux grandes
reverences à Mr Jourdain , &
Juy oftaffent le Turban avec
refpect & gravité , qu'elles
miffent ce Turban fur ur
Buffet , & fiffent encore une
reverence à ce Turban ; qu'en
fuite deux perfonnes levaf
fent les deux pieds de Mr
Jourdain , en luy faifanc
heurter les feffes contre
terre , & miffent fes deux
pieds dans une corde atta
chée aux deux bouts du bâton
, & tournant le bâton luy
GALANT 137
ferraffent les pieds dans cette
corde , en forte que les plantes
des pieds fuffent tournées
vers le Ciel , puis qu'un troi ,
fiéme homme s'avançant
avec une baguette , frappaft
fur la plante des pieds de
Mr Jourdain , difant en Muž
fique , uno , dué , tré, quatro , cin,
que ,fex , &c. que cela fait ils
devoient délier les pieds de
Mr Jourdain , l'affeoir fur un
fauteuil , puis faluer le Turs
ban avec une grande reverence
, le luy remettre fur la
tefte , & luy faire encore deuxreverences.
Telle eſt , ajoû
Juillet 1704 ,
M
138 MERCURE
ta til , la Ceremonie de la
Baſtonade .
Il dit auffi que le Mufti ne
devoit pas frapper fur le Livre.
Il trouva tout le reſte
fort bien , excepté que la lan
gue que l'on y parle , n'eft ny
Turque,ny Arabe , & qu'il n'y
entendoit rien , horfmis Eyvallach,
Eyvallach.
Il fut auffi fort charmé du
petit Ballet que l'on dança à
la fin de la Comedie , & fur
tout des femmes habillées à
TEſpagnole
.
Le 14 il alla voir Mr Bar
dou au Bureau de la Gazette ,
1
GALANT 139
qui le conduifit chez Mr Pis
raube , pour y voir les belles
armes qui y font , dont il fut
fort fatisfait , mais quand on
luy dit qu'un fufil coûtoir
deux mille livres , il dit que
pour deux mille livres , l'on ache .
teroit une Barque à Tripoli , avec
tout fon attirail , & qu'il ais
meroit mieux cinquante fufils
qu'un.
De là il alla à l'Imprimerie
du Louvre , où il vit arranger
les Lettres , & enfuite impri
mer plufieurs pages du Livre
de Saint Gregoire le Grand ,
dont les R. P. Benedictins
Mij
140 MERCURE
1
donnent une nouvelle édi
tion revûë fur les anciens
Manufcrits. C'eft le R. P.
Dom Barthelemy de la Croix,
frere du St. Pétis de la Croix
Secretaire Interprete de Sa
Majefté , qui prend le foin de
l'Impreffion . On luy expli
qua fommairement le contenu
de ce beau Livre , & des
vertus de ce grand Pere de
l'Eglife , ainfi que le merite
des fçavans hommes de l'Or
dre de Saint Benoist , qui font
les plus anciens Religieux de
l'Eglife L'Envoyé dit , ce font
ceux pour lesquels Mahomet re
GALANT 141
I commande à fes Sectateurs d'a
voir du respect fous le nom de
Roubban.
Comme les Tripolins n'ont
point d'Imprimerie chez eux ,
ils regarderent l'Invention
de l'Imprimerie comme une
chofe admirable , & princi
palement la maniere d'im
primer fur les deux coftez de
la page des chofes difteren,
tes .
Il paffa enfuite à la Mona
noye des Medailles , où Mrde
Launay fit frapper en fa
prefence une Medaille d'ar
gent & deux de bronze , il
142 MERCURE
fur furpris de la facilité avec
laquelle on achevoit les Me .
dailles , il luy montra auffi
plufieurs pieces d'orphévrerie
dont l'ouvrage furpaffoit
l'excellence de la matiere ; il
les trouva tres belles , & fic
de grands éloges de l'habileté
& du bon gouft de Mr de
Launay ; il entra dans Con
Cabinet dont il admira les
curiofitez. De là il paffa chez
Mr Girardon , & prit un fort
grand plaifir à voir les an
ciens Buftes , la Mumie , &
autres curiofitez , puis il alla
voir l'Actelier où le font
GALANT 143
Les grandes Statuës .
il alla fe
promener
Le
IS..
au Bois de Boulogne , & ene
fuite il alla rendre vifite à Mr
Benoit , dont il confidera
avec attention les figures de
cire , & les autres curiofitez ;
& ayant veu la tefte de Ma
dame la Ducheffe de Boura
gogne , il fe récria , difant
qu'il ne luy manquoit que la
parole ; & comme Mr Be
noift le preffa de dire fon ve
ritable fentiment. Il dit , que
l'Enfer avoit quatre étages , que
le premier eftoit deſtiné aux Mas
hometans qui avoient mal vécu -
144
MERCURE
Le deuxième aux Chrétiens Juifs
Idolâtres autres fectateurs
des Religions non Muſulmanes :
Le troifiéme aux Peintres &
Sculpteurs defigures humaines ou
Angeliques . Et le quatrième &
plus profond à Mr Benoist com.
me à l'un des plus habiles , que
cette figure luy demanderoit fon
ame au jour du Fugement , &
que ne pouvant la luy donner ,
il feroit auffi toft precipité dans
l'abisme par un jufte jugement
de Dieu , qui luy reprocheroit fon
impudence d'avoir par fon ha
bileté & fon art approché de fi
prés de l'auvre de Dieu dans fa
creature
GALANT 145
creature , & de l'avoir voulu
contrefaire fans luy pouvoir donner
l'ame.
Le 16. il alla à S. Denis, où
aprés avoir falué le R. Pere
Prieur des Benedictins , on
luy fit voir le Tréfor ; il fur
furpris des grandes richeffes
& pierreries qui y font , &
mefme d'y trouver des veftes
mens & chauſſures antiques
qui reffemblent à celles de
fon Païs. I fatisfit auffi à la
grande curiofité qu'il avois
de voir les Couronnes & les
Sceptres des Empereurs de
France & des Reines . On le
Juillet 1704.
N
146 MERCURE
conduifit enfuite aux Tom )
beaux des Rois , il fut ravi de
voir celui de Charles Martel ,
qui défit les Sarazins auprés
de Tours.Il fe récria fort fur le
Tombeau de François I. &
fur celuy de Louis XII. mais
il admira la generofité du Roy
d'y avoir fait mettre celui de
Monfieur de Turenne en reconnoiffance
de fes fervices.
Il dit à ce fujet qu'il ne falloit
pas s'étonner file Roy eftoit toû
jours victorieux ; puifque les
François eftant fi bien recompen
fés , fe trouvoient obligez à le
fervir comme ilfaut , & de s'exGALANT
147
pofer aux plus grands perils.
Le même jour il alla à Mont,
morency , où les R. P. Ma
thurins l'avoient invité à ſou ?
per , en reconnoiffance des
fervices que le R. P. Phylez
mon , Redempteur des Captifs
, avoit receu de luy lors
qu'il paffa à Tripoli ; ce R.
Pere eft l'Auteur de la fçavante
Relation qui a pour ti
tre : Eftat des Royaumes de
Barbarie , Tripoli , Tunis &
Alger , imprimée à Rouen en
1703. Les R. Peres n'oublie.
rent rien de tout ce qui pou
voit contribuer à témoigner
Nij
148 MERCURE
efté
leur amitié à l'Envoyé . Ils le
conduisirent à la promenade
dans leur Jardin , ou la vûë
eft des plus belles des envi
rons de Paris , il coucha dans
cette Maiſon aprés y avoir
magnifiquement
regalé.
Le 17. il eut encore le plai ,
fir de la promenade , & de
voir le Cabinet du R. Pere
Loüis d'Adolle , où il fe divertit
à voir les experiences d'Hy
draulique , Optique & Phiſique
, & autres curiofitez tresrares
& fort recherchées , qui
font le ſujet de la meditation
des Curieux, Les R. Peres la
GALANT 149
firent enfuite difner en Pu
blic , & il s'y trouva un nombre
infini de peuple qui accourut
de toutes parts pour
le voir. Il alla enfuite à la
Maiſon des R. Peres de l'Oratoire
, qui luy préfenterent
du Café , & le R. Pere Perdrigeon
, Curé de la Paroiſſe
de Montmorency le conduifit
à l'Eglife , où il luy fit voir
les Tombeaux des Ducs de
Montmorency & les beautez
de cette Eglife , il admira la
belle veuë de la plate forme,
& il partit pour revenir à Pa
N iij
150 MERCURE
Le 18. il alla chez M' Da
net , celebre Bijoutier , dont
il admira le beau Luftre eſtimé
20000. écus , que M ' Fabre
Envoyé du Roy en Perfe
doit porter en ce Païs là ; ainfi
que le Vafe de cristal de ro.
che haut d'un pied & de
demy pied de diametre , &
toutes les autres pieces rares
& curieufes de ce riche
Joüaillier. Mr Duran cy
vant Vice Conful du Roy
en Egypte , luy faifant re
marquer toutes les particularitez
des belles pierres qui s'y
trouvent , ainfi que les Ta
dea
GALANT 151
bleaux de coquillages tres
curieux faits de la main de Mr
l'Abbé de Wély .
De là il alla rendre vifite
à Mr du Sault , celebre Negociant
, & frere de Mr du
Sault , Envoyé ordinaire du
Roy vers les Republiques de
Barbarie , ou Mr Bofc illuftre
Joüaillier luy fit voir un beau
Rubis , eftimé 20000. écus
dont on trouve peu de femblables
, & que Mr Fabre
doit auffi porter en Perfe.
L'Envoyé dit , qu'il fe trouvoit
quelquefois en fon Païs un grand
nombre de belles pierres , que les
Niiij
152 MERCURE
Fuifs acbétoient àgrand marche;
à cause de la rareté des Foüalliers
pour les revendre enfuite bien
cher.
Le 19, il alla voir la Manufacture
des Glaces , il admira
fur tout celles de 114. pouces
de hauteur , & il en vit tra
vailler de toute forte de gran .
deurs , & mettre l'étain & le
vif argent pour faire les Miroirs.
Le 20, il alla voir les Inva
lides , où aprés avoir falué le
Gouverneur qui luy monftra
les beautez de la Sale du Confeil
Le Lieutenant de Roy ::
GALANT
153
& le Directeur general de ce
fuperbe Hoſtel , le conduifirent
par tout , & luy firent
voir ce qu'il y a de curieux ,
& entr'autres les falles des
malades ; il ſe récria en ce
lieu , difant que s'ils avoient
de femblables fecours , ils feroient
de grandes chofes en Affrique ,
¿ qu'il nefaut pas s'étonner , fi
l'Empereur de France eft invin
cible , fes Officiers & Soldars
eftant affurezs'ils eftoient eftropiez
d'avoir une retraite, & même les
vieillards hors de fervice , pour
le refte de leur vie : Qu'il eftoit
impoffible que Dieu ne benift les
154 MERCURE
armes de Sa Majesté , en estant
prié tous les jours par la bouche
de tant de braves gens . Il vit enfuite
l'Eglife , & dit que fi le
Roy vouloit y mettre quantité
de grandes & belles Colonnes an.
tiques de marbre verd , qui fe
trouvent à Lebde , ancienne Ville
ruïnée dans leur Païs , & qui
leur font inutiles , Sa Majesté
n'avoit qu'à ordonner , qu'il contribueroit
de tout fon credit pour
en faciliter le transport en Fran .
ce , & qu'il fe flaitoit d'y reaffir.
Il alla enfuite voir la Place
de Loüis le Grand & la Statuë
Equeftre du Roy , qui eſt d'u
GALANT 155
ne feule piece de bronze , puis
au fortir de cette Place il alla
à celle des Victoires , & fit le
le tour de la Statuë du Roy
qu'il admira beaucoup : Le
fils de l'Envoyé s'écria , diſant
que l'Empereur de France eftoit
grand en tout , que la haute reputation
qu'il avoit dans leur
Païs eftoit bien fondée , mais que
d'entendre à voir il y avoit bien
y
de la difference.
Le 21. l'Envoyé alla à Ramboüiller
, & de là à Vincennes
où l'on luy fit voir les
appartemens qu'il trouva tresbeaux
, & principalement les
156 MERCURE
peintures des voutes .
Le 22. il alla à l'Opera
d'Armide , où aprés avoir
tout regardé avec admiration ,
il dit que la puiffance du Roy
eftoit bien extraordinaire , puis
que dans un temps de guerre , ob
il entre tient 500000 , hommes ,
les Peuples de fon Royaume s'en
reffentoient fi peu qu'ils nëfe privoient
pas de leurs divertiffemens
ordinaires , qui estoient les plus
magnifiques du monde.
Le 23 il alla voir le Feu de
la S. Jean , à la Greve .
Le 25. il alla à la Comedie
de l'Inconnu & du Port de
GALANT 157
mer , il y prit beaucoup de
plaifir , & dit comment les Da
mes de France neferoient elles pas
galantes ayant une telle Ecole ?
Le foir ayant reçû nouvelle
de l'heureufe naiflance de
Monſeigneur le Duc de Bre
tagne , l'Envoyé but une rafade
de vin de Champagne
,
& caffa le verre difant , Ainfi
foient brifées les teftes de tous les
ennemis du Roy , Vive le Duc
de Bretagne ; ceux de la fuite
en firent de même criant
Vive le Duc de Bretagne.
Le 27. il alla à Notre Da
me pour entendie chanter le
158 MERCURE
Te Deum. Il fut fort furpris de
la magnificence de l'affemblée
, & de l'excellente Mu
fique qu'il y entendit , il dic
à fon fils , j'ay bien de la peine
à croire que des gens qui priene
Dieu avec tant de zele de ma
gnificence foient damnéz. N'eftą
ce pas une espece de Paradis en
ce monde ? Cette Muſique reffemble
à celle des Anges , elle enleve
le coeur vers Dieu. Enfuite
il alla voir le Feu de la Gre
ve , & dit qu'il efferoit que l'on
feroit dans fon Pais des réjouif-
Jances publiques pour l'heureuse
naiffance du DaideBretagne,
GALANT
159
Le 28. il alla fe promener
aux Tuilleries , au Cours , &
fur les
remparts .
Le 29. il alla voir le Com
bat des taureaux & des chiens,
9.
du
maa
Il ne fortit point pendant
les 7. jours fuivans.
Le 7. Juillet , à
tin cet Envoyé alla à l'Aga
dience de congé du Roy , Mr
de
Pontchartrain le fit entrer
dans le Cabinet , & le preſenta
à Sa Majesté , il fit trois
reverences à l'ordinaire , & s'étant
approché du Roy , qui
eftoit debout , il fit ſon coma
pliment en Langue Turque ,
160 MERCURE
qui fut expliqué par Mr Pétis
de la Croix feul Secretaire
Interprete de Sa Majefté , en
ces termes.
Je viens , Grand Empereur ;
remercier V. M. I, de toutes les
graces qu'elle a eu la bonté d'ac↓
corder à mes Maiftres , & lug
demander la permiffion de retourner
auprés d'eux ; je leur feray
part de l'heureuse nouvelle du
prefent que V. M. I vient de
recevoir du Ciel , pour gage de la
felicité de vos Peuples , du triom.
phe de vostre Regne de l'éternelle
durée de l'Empire François
Comme mes Maitres ont uny
&
GALANT 161
tal
3
Pleurs vaux à cenx des François
dans le temps du Mariage du
grand Duc de Bourgogne , il leur
Jera bien agreable de déployer auffi
leurs langues pour rendre graces
au Ciel de l'heureuſe naissance
du Duc de Bretagne . Mais , Sire
, ils n'en demeureront pas là ,
ils continueront de folliciter le
Roy des Cieux & de la Terre ,
pour le prier que vostre pofterite.
Imperiale ne ceffe jamais de re
gner , qu'elle puiffe voir le fils du
1 Duc de Bretagne , qui fera une
feptiéme Planete dans le Ciel de
Jon beau regne , & comme elle
en eft le Soleil , qu'elle- leur› coms
Juillet 1704+ Q.
4
162 MERCURE
munique le rayon de fa fplendeur;
j'entends fa vertu incomparable
qui eftant une fource de lumieres ,
eft en mefme temps la caufe du
bonheur de la victoire. &
Le Roy répondit qua la joye
qu'il luy témoignoit partager avec
les François au fujet de la naif
fance du Duc de Bretagne , luy
faifoit un fort grand plaifir , qu'il
remerciaft fesMaiftres defa part ,
& qu'il les affuraft que tant
qu'ils obferveroient les conditions
du Traité , il leur donneroit toû .
jours des marques de fa bienveil
lance.
❤
· L'Envoyé repliqua , que tant
GALANT 163
1.
7
4
que le Prince Khalil Bey auroit
en main les refnes du Gouvernement
Sa Majesté Imperiale
n'auroit jamais fujet de fe plain .
dre de fa conduite, mais qu'elle le
trouveroit toûjours preft à luy
rendre fes tres humbles fervices.
Le Roy luy dit qu'il luy fçavoit
bon gré de l'attachement
qu'il témoignoit avoir pour luy .
Enfuice , Sidy Mehemer ,
fon fils , fit une profonde reverence
au Roy , & preſenta´
à Sa Majefté des Vers Arabes
& Turcs écrits en Lettres
d'or , qu'il avoit compofez
fur la naiffance de Monfei
Ŏ ij
164 MERCURE
feigneur le Duc de Bretagne.
Le Roy les reçût de fa main.
avec bien de la bonté ; & ordonna
à Mr de la Croix de les
luy expliquer , ce qu'il fit en
ces termes,
Je benis le Seigneur d'avoir exaucé
la Priere du Roy ,.
Donne moy parta Providence une
lignée agreable:
Le Seigneur me donnera un Fils qui
fera mon beritier :
Et qui beritera de la pofterité de
Jacob:
Dieu fait à fes ferviteurs diven
Jes graces ,
Mais les plus excellentes font cel
les des Enfans genereux 3
GALANT 165
16
球
Il a donné au Roy un Prince qui
imitera les vertus defon Bifayeal:
Il donne les fils & les filles à qui il
lay plaift :
Mais j'annonce un Fils , &quel
Fils ?
Un Fils qui dés le berceau chante les
vertus de ce grand Empereur ,
Par les marques de Nobleße qu'il
porte fur fon front , & qu'il imitera
:
On le verra grandir comme le Croiffant
, & donner fa lumiere com
me la Pleine - Lune.
Certes , il honorera le Trône & la
Couronne :
.
Zes Peuples des fept climats lay
payeront le Tribut :
Il fera la Conquefte de tous les
Royaumes de la Terre ,
Et fera Empereur Univerfel d
monde
20
166 MERCURE
Le Roy luy témoigna que
ces Vers luy estoient fort agrea.
bles , & le remercia de la part
qu'il prenoit àla joye .
L'Envoyé fit encore ſes reverences
ordinaires , & fe retira
à reculons julques hors le
Cabinet du Roy. Enfuite il
fe tint fur le paffage de Sa
Majefté , lors qu'elle alla à la
Meffe, & lors qu'elle en revint.
L'aprés- difner , il eut une
longue Conference ſur les affaires
avec Mr de Pontchar
train.
Le même jour , il alla voir
Trianon & la Menagerie ; il
GALANT 167
ا ن
dit au fujer de la Civette qu'il
y vit , que la maniere de tirer le
Mufc de cet animal , eftoit de luy
mettre la tefte dans une cage , en-
• forte qu'il ne la fût retirer , &
cependant luy ferrer les tefticules ,
à cofté defquels l'on trouve le
Mufc que
l'on tire avec une lame
de fer ou de bois ; qu'il eftoit tresutile
pour les tranchées tant des
hommes que des femmes , & que
dans le fiel de cet animal , il fe
trouvoit une liqueur fouveraine
pour fortifier les membres en les
oignant par dehors.
Le 8 il alla voir le Château
de Marly, où il prit beaucoup
168 MERCURE
de plaifir , & dit que , fi l'on
luy donnoit le choix de Verfaillés
ou de Marly , il prefereroit le délicieux
fé our de Marly à la magnifique
Maifon de Verfailles :
Que Verfailles rempliffoit l'ef
prit de tout ce que les granis
Rois peuvent imaginer de magni .
fique , mais que Marly charmoit
te caur l'ame Il fe repofa dans
l'un des Cabinets du Jardin ,
que les Turcs appellent Kiof
cbk. Il y recita quelques Vers
en fa Langue , qui marquoient
que ce Palais enchanté ne
pouvoit avoir cfté bâti que
par les Fées ; qu'eut il dick
les
GALANT 169
J
les eaux cuffent joué ? Mr de
la Croix luy fit entendre que
les dernieres pluyes avoient
fi fort endommagé les Caj
naux que les Eaux ne pou
voient jouer ce jour-là,
Il alla enfuite à la Machine
de Marly, & monta au haut de
la tour de l'Aqueduc , puis il
defcendit à pied du haut de la
montagne, & vit joüer la Mas
chine,il dit au fujet des Poma
pes , qu'ils avoient chez eux des
Pompes afpirantes , mais qu'ils
n'en avoient point de refoùlantes
qui pouffent l'eau par
compreffion. I alla enfuite
"Juillet 1704.
170 MERCURE
coucher à S.Germain en Laïc.
Le 9. il alla à l'Audiance da
Roy de la Grande Bretagne ;
conduit & preſenté par Mr le
Duc de Perth Gouverneur de
S. M. B. Ce Monarque le res
ceut debout , & cet Envoyé
ayant fait trois profondes reverences
, il luy parla en ces
termes , qui furent expliquez
par Mr Pétis de la Croix ,
SIRE ,
La reputation des grandesqua
litez de Voftre Majesté m'a fait
defirer d'avoir l'honneur de luy
rendre mes profonds respects ,
comme au véritable legitime
GALANT . 171
E
{
Roy de la grande Bretagne . Je
fouhaite , SIRE , de tout mon
coeur, que les genereux Soldats ,
- quifontfideles à V.M.la puiffent
bien toft accompagner en ce beau
Royaume. C'est avec le feu Roy
Jacques 11.
d'heureufememoire,
1 que nous avons fait la paix ,
• qui dure encore à prefent . Fay vû
SIRE , dans
l'Ambaſſade que
j'ayfaite en Angleterre , un nom !
bre infini de braves gens , qui
mont témoigné un grand defir
de voir Votre Majesté fur fon
Trône ; je joins mes voeux aux
prie tres hambement
leurs "
Pij
172
MERCURE
V. M. de m'honorer de ſes Oră
dres.
Le Roy répondit , qu'il luy
eftoit obligé de fon honnefteté , &
des voeux qu'il faifoit pour luy ;
quefi le ciel permettoit qu'il fuft
un jour en eftat de luy en témoi
gnerfa gratitude, il leferoit avec
un fort grand plaifir.
Le Fils de l'Envoyé eût auffi
l'honneur de faluer Sa Ma
jefté Britannique. L'Envoyé
paffa enfuite chez la Reine ,
qu'il falua profondement
, il
luy fit à peu près le même
GALANT 173
compliment qu'il avoit fair
au Roy. La Reine répondit ,
qu'elle fouhaitseroit d'estre un
jour en Angleterre pour eftre plus
en eftat de faire du bien à fes
Maiſtres & à luy. Il repliqua ,
que tout voyageur arrive à bon
: port , qui a Noé pour Pilote , &
qu'elle eftoit en bonne main
ayant la protection de l'Empereur
de France. Il cuft en mé .
me temps l'honneur de fa ?
luer la Princeffe : Il luy dir ,
• qu'il luy fouhaitoit bien tot un
Roy quien fift une grande Reine .
Le ro. il rendit vifite à
Mr de Salaberry , premier
1
Piij
174 MERCURE
Commis de Mr de Pontchar
train . L'aprefdiner , il alla
voir Mr Bachelier , amy de
Mr de la Lande , cy- devant
Conful de France à Tripoli ,
fon amy :
Le il alla voir le Cabi
net de Mr d'Alerville , logé
à la place du Palais Royal ,
dont il admira le genie & le
bon gouft , il dit à ſon fujec,
que les François venoient à bout
de tout ce qu'ils entreprenoient,
& qu'ils triomphoient de tout,
excepté de la mort .
Il alla enſuite aux Porche
gons où Mr Grandjean , graGALANT
173
1
veur du Roy , luy fit voir un
Clavecin organiſé , qui le furprit
fort , & auquel il prit
grand plaifir : il luy fit voir
les Poinçons & Matrices des
beaux Caracteres d'Imprime
rie Françoiſe , que cet habile
Graveur fait par l'ordre du
Roy , dont on a imprimé le
beau Livre des Medailles de
Sa Majeſté , léquel a eſté mis
en langue Perfienne par Mr
Péris de la Croix , pour
eftre prefenté au Roy de Perfe
par Mr Fabre envoyé de S. M.
dont on a parlé cy devant. Il
luy fit voir enfuite les nou-
›
Piiij.
176 MERCURE
veaux Poinçons & Caracte
res d'Imprimerie Perfienne
& Arabe , dont il luy fit des
Epreuves , puis il vit la Fonderie
des Lettres & les Fourneaux.
Sur quoy il s'écria ,
que rien n'echapoit à l'adreffe des
François
& que tout devoit
ceder à la puiſſance & à la magnificence
du Roy, que ceux qui
entreprenoient de luy faire la
guerre , entreprenoient d'escalader
le Ciel , dont ils ne pouvoient
>
que
de la
confufion. Il recevoir
revint par les Tuilleries , &
eftant à fouper en compagnie
, on le loüa de fon efprit.
GALANT 177
H dit , qu'il n'étoit qu'un atome
en comparaifon du Soleil, & dela
politeffe d'efprit des François ,
• qu'il fit fon apprentiſſage il y
• fept ans lors qu'ilfut Envoyéen
France, Puis voulant faire reffouvenir
une perfonne de la
• Compagnie d'une chofe qu'il
Iny avoit promife ; Il luy dit ,
que tout ce que l'on promettoir
La nuit à ſa Maiſtreſſe eftoit ef-
• facé par le jour , & qu'apparemment
il en eftoit de même de
luy.
Le 13. il alla dîner chez Mr
du Montoy , ci devant Maire
de Marſeille, qui le traitta maj
178 MERCURE
gnifiquement , & qui le me
na enfuite à fa maifon du,
Fauxbourg Saint Antoine,
où il luy donna le Bal , &
une fuperbe Collation .
Je vous envoyeray la fuite
de ce Journal.
Voicy les noms de quel.
ques perſonnes decedées depuis
peu.
Mr N ... d'Epinoy Con
feiller du Roy en fa Cour de
Parlement , & Doyen des
Requestes du Palais , il eft
fort regretté dans la Chambre
; il avoit plus de quatre.
vingt ans. Mr de Monthulé
GALANT 179
Ieft devenu par cette more
Doyen de la premiere Cham
bre des Requeftes. Mr d'Ef
pinoy avoit perdu , il y a fort
peu de temps мe fon Epouſe :
il avoit acquis une grande.
experience dans les affaires ,
& le long exercice qu'il en
avoir , luy en rendoit la cons
noiffance aiſée & familiere.
Il eftoit d'ailleurs tres- bon
Jurifconfulte , & perfonne
n'approfondiffoit mieux que
luy les queſtions les plus épi
neufes du droit. Il eftoit doux,
bienfaiſant , & ceux qui
avoient des affaires entre les
180 MERCURE
mains le faifoient un grand
plaifir de l'avoir pour Juge ,
parce qu'il eftoit fort exact
& fort éclairé. On fçait que
les Confeillers des Requeftes
du Palais ne montent point
à la Grand' Chambre , & ne
roulent point dans les autres ,
parce qu'il y a des Commif
fions particulieres attachées
à leurs Charges qu'ils payene
auffi-bien que leurs Charges ,
fans quoy Mr Defpinoy au .
roit pû eftre Doyen.
M' N.... de Botterel , an
cien grand Prevost de Bretagne
, il avoit fervi avec
GALANT 181
D
3
diftinction fous мr de Tu.
renne. Il est mort âgé de
quatre vingt huit ans , dans
fon Château de Bedée ; prés
de Rennes ; il eftoit allié aux
maiſons les plus confiderables
de la Province , qui font
Volvire , Ruffec , la Villéegefroy
, Langle , & Boisbaudry.
Mr N ... Turcan Pro :
cureur Fiſcal de la haute Juf
tice de Villegruy en Brie ,
Bailliage de Provins , il eftoit
âgé de quatre- vint dix neuf
ans fix mois , & avoit fair
pendant les quatre derniers
182 MERCURE
à
jours qui ont precedé fa
mort , une Information cri ,
minelle de tres grande con.
fequence , fans manquer
la moindre des formalitez.
Dame N... Cheré , Epou
fe de Mr N.... Foreſt , Con
feiller de la Grand Chambre.
Cette Dame a esté fort re
grettée ; fes vertus & fes
qualitez perfonnelles luy ga
gnoient le coeur de tous ceux
avec quielle avoit des liaiſons
d'intereft ou de parenté . Elle
eftoit fortie d'une Famille ,
quia donné d'excellens Magiftrats
, & de faints perfon,
GALANT 183
hages. Un Prêtre de ce même
nom , fut dans le dernier fiecle
un objet de l'édification
publique par la fainteté de
fes moeurs , & par la regularité
de fa conduite. Il avoit
acquis un grand talent pour
la conduite des ames , & perfonne
ne connoiffoit mieux
que luy les voyes fpirituelles.
-Me Foreft éft morte dans les
fentimens de pieté qu'elle
avoir puilez dans les exemples
domestiques de ce Prê.
tre. Une éducation Chrêtien-
One eft presque toûjours faivie
dune mort chrêtienne.
184 MERCURE
Mr N.... le Befgue Sieur
de Majainville, Tréforier Ge;
neral des Maiſon & Finances
de S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans. Il avoit esté cy
devant Tréforier des Bâti
mens du Roy. Il laiffe quatre
garçons qui font fort eftimez
de tous ceux qui les connoiffent.
Il y en a un Confeiller
de la Cour , qui a époufé Mademoiſelle
du Mas , fille de
Mr du Mas Confeiller de la
Cour. Un autre , Chantre de
S. Honoré, & Docteur de Sor
bonne, certe dignité eft la pre
miere du Chapitre, Le troifiés
GALANT 185
h
7
me eft Ecuyer de Madame la
Duchefle de Lorraine , & le
quatriéme devoit fucceder à
la Charge de feu fon Pere .
A peine S. A. S. Monfieur
le Duc de Mantoüe , euft- il
appris que Monfieur le Grand
Prieur avoit mandé au Roy,
qu'il avoit fait repaffer le Tartaro
, le Canal Blanc , & l'A.
dige aux Allemans , que ce
Prince envoya Mr le Marquis
Natta d'Alfiano , fon grand
Chambellan pour le compli
menter fur cette heureuſe
nouvelle. Il dit à ce Monar
que que Monfieur le Duc fon
186 MERCURE
Mature le felicitoit fur ce que fes
armes teûjours victorieufes avoient
chaffé les Allemans du
Mantoan qu'il luy avoit ordon
ne de luy temoigner l'obligation
qu'illuy avoit de cette retraite
de l'affurer qu'il en reſſentoit
autant de plaifir; parce que cette
retraite couvroit les armes de S.
M. de gloire que pour fon propre
intereft , à quoy leRoy répondit
d'unemaniere tresobligeante
Je vous ay dit dans ma derniere
Lettre en vous parlanc
de la mort de Mr le Marquis
deRivaroles , qu'il eftoit beau
fere de Mr le Marquis d'AlGALANT
187
fano grand Chambelan de S.
A. S. Mrle Duc de Mantoüe ,
à propos de quoy il eft bon
que vous feachiez qu'Alfiano
eft le nom d'un Fief dans let
Montferrat , & que celuy de
fa famille eft Natta , & qu'elle
ne defcend pas des Rois de
Ligurie , mais de Pinus fils de
Numa Pompilius , premier
dit Roy des Romains , comme
l'on peut voir dans le Livre
der intitulé , Ricardi Sienny , Ba..
ant ronis SchwarZena , de Familiis
quis Romanorum , & dans Mr Patin
, qui marque entre les
A Medailles Confulaires , celle
nte
beau
Qiji
188 MERCURE
de la Maiſon de Natta quia
paffé à Afti , Colonie des Romains
, & d'Afti à Cazal au
fervice des Marquis de Montferrat
, & enfuite des Ducs de
Mantoüe.
Mr le Marquis de Monteleon
, Envoyé d'Eſpagne aus
prés de Mr le Duc de Mantoüe
, partit le 6. de ce mois
pour retourner en Eſpagne ,
où il doit refter 3 ou 4 mois ,
il est allé informer le Royfon
Maître de ce qu'il a Negocié
pour fon ſervice auprés de
Mr le Duc de Mantoüe ; il
a receu à ce fujet les compli
GALANT 189
ס י
qmens de toute la Cour de
France , qui a efté témoin de
la diftinction toute particu
liere que le Roy a faite de fa
perfonne en plufieurs occa.
fions , luy ayant recommand
dé de dire à la Reine d'Eſpa
gne , qu'ilne fouhaitoit rien tant
0. au monde , que de voir lafuccef
fion de cette grande Monarchie
• auffi bien établie & affurée que
#
colle de France.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne & Monseigneur
le Duc de Berry , étant allez
i prendre le plaifir de la prome.
pade dans la belle Maiſon
190 MERCURE
que Monfieurle Maréchal de
Noailles a fait bâtir à S. Germain
en Laye , Monfieur le
Duc de Noailles fon fils leur
donna un magnifique fouper,
ceux qui eurent l'honneur de
manger à la Table de ces Princes
font Madamela Marêchale
& Madame la Ducheffe de
Noailles , Madame la marên
chale de Coeuvres , Meldames
les marquifes de mailly , du
Châtelet & d'O On fervit en
même temps une feconde table
pour les perfonnes de dit
ftinction de la fuite de мeffel
gneurs les Princes , cettetable
GALANT 191
fut tenue par Monfieur le ma
Grêchal de Noailles .
On fervit en même temps
deux autres tables , dont l'u-
4ne eftoit pour les Gardes du
Roy , & l'autre pour les Pages
; on en fervit auffi d'autres
pour le reste de la livrée.
Lors que la nuit commen
ça & que l'on pofa le fecond
fervice de la table de monfei
gneur le Duc de Bourgogne ,.
tous les dehors de la maiſon
furent illuminez , les cours
le deffus de la porte coches
les corniches de la mai
du
esre ,
fon , les corniches du tour de
192 MERCURE
la Maiſon, du cofté des cours ,
toutes les faces du cofté des
Jardins , & toutes les allées
des Jardins , à double rang
d'un bout à l'autre . A l'iffuë
du fouper Meffeigneurs les
Princes allerent dans les Jar
dins , d'où ils virent l'illumi
nation de la maison , ils furent
divertis par une dance
d'Ours , qui parut donner
beaucoup de plaifir à toute la
compagnie. Meffeigneurs les
Princes rentrerent apres quel
ques tours de promenade , &
reprirent le jeu de l'Ombre
qu'ils avoient quitté pour fe
mettre
GALANT 193
f
mettre à table. Ce fut alors
qu'on laiffa entrer dans les
Jardins une foule incroïable
de Peuple qui rempliffoit les
Cours & les environs de la
Maiſon , & qui avoit eſté attirée
par le defir de voir мef
feigneurs les Princes. Ils partirent
à minuit pour retour.
ner à Verſailles , ils trouve
rent toutes les rues de S. Ger.
main remplies de feux, & ils
les traverferent au bruit des
cris réiterez de Vivint Mef.
Seigneurs les Princes . Le Peuple
eftoit animé tant par le
plaifir de voir ces Princes
Fuilles 17049
R
194 MERCURE
que par le vin qu'on avoit
diftribué en grande quantité
à la porte de l'Hôtel de Noailles.
La Lettre que vous allez
lire vous paroistra tres .curieu
fe , & vous ferez ſurpriſe d'y
voir les grandes réparations
faites par un Pacha à un fimple
Drogman de France, qu'il
avoit fait maltraiter à la maniere
des Turcs. On peut dire
que cette fiere Nation ne s'eſt
jamais tant abaiffée qu'elle a
fait en cette occafion , mais
il ne faut pas s'en étonner ,
les Turcs ne font pas les preGALANT
195
miers qui ont fait fous le
regne du Roy des chofes
auffi extraordinaires
, qui em
belliront l'Hiftoire de ce Mo
narque dans laquelle on
verra un Doge de Gennes à
fes pieds , & un Ambaſſadeur
d'Alger luy demander
en propres termes pardon ,
au nom de la Republique .
Rij
196 MERCURE
COPIE
De la Lettre écrite à S.E. Mi
l'Ambaffadeur de France
à Conftantinople , par Mr
le Conful & la Nation
Françoife.
A Salonique le 11. Avril
1704.
Monfieur
, comme il eft de nåa
tre devoir , d'avoir l'honneur
d'informer V. E. des affaires de
confequence qui furviennent dans
cette Efchelle , tant pour les chofes
qui regardent Sa Majefté , quepour
celles qui concernent le commerce de
GALANT 197
auroit
Jes fujets quiy font establis ; Nous
avons cru devoir le faire fur un cas
extraordinaire arrivé le fept de ce
mois , aufujet du mauvais traitement
que Kaffan Pacha , établi
depuis peu en cette Ville
faitfaire en la perfonne du fieur Antoine
Girardin, Drogman de la Nation
, lequel ayant esté appellé pardevant
luy par deux de fes gens fur
un petit demefle furvenu entre un
François & un domeftique dudit
Pacha , &fans vouloir entendre le
fait en queftion , lui auroit fait donner
des coups de bâtons , & enfuite
fait mettre aux fers , où il auroit
demeuré environ deux à trois heures.
Surcette facheufe nouvelle , & fur
ce que ledit Drogman offense , raporta
enfuite : Nous nous affembla
mes dans la Maiſon Confulaire ,
Riij
198 MERCURE
où on delibera fur l'expedient qu'il
y avoit à prendre dans un pareil
cas ; & aprés beaucoup de raifon.
nemens de part & d'autre , il fut
deliberè d'aller chez le Moula luy
en demander juftice , ne voyant pas
d'autre chemin à prendre que celuylà
, où eftant Mr le Conful , aprés
l'avoir falué à Pordinaire , luy fit
demander par ledit Drogman fi la
guerre eftoit declarée entre les
deux Couronnes , le Moula répondit
, par quelle raifon , il le
lui demandoit , c'eft repartit- il ,
parceque le Pacha a fait donner
des coups de baftons à nôtre
Drogman , & la fait mettre
enfuite aux " fers dans une prifon
, & que ce procedé eftoit
eftrange , & indigne d'une perfonne
qui eft revestuë d'un caGALANT
199
ractere comme le fien , & que
pour cet effet , accompagné de
Mrs de la Nation , illui en venoit
demander juftice . Le Moula en
fut fort furpris , ou du moins il témoigna
de Peftre , & dit , qu'il s'en
informeroit , & qu'il verroit enfuite
ce qu'il y auroit à faire làdeffus.
Le lendemain matin nous
trouvâmes à propos de revenir à la
charge , & d'aller chez le Moula
ou Cadix , où le Pacha eftoit ,
aparemment , pour luy parler de
cette affairefur les mouvemens qu'il
apprit que nous nous en donnions ;
il enfortit un peu de temps aprés ,
& nous entràmes dans la falle où
le Cadix eftoit accompagné de quel
ques Agas , en lui faifant connoitre
, que comme le cas eftoit de con-
Sequence pour l'honneur de la Cou
R iiij
200 MERCURE
vonne nous le priïons de faire af
fembler les Puiffances dupays , pour
leur reprefenterenpremier lieu , s'ils
avoient à fe plaindre du Conful &
de la Nation , tant engeneral qu'en
particulier , & pour leur demander
enfuit un Ares fur ce mauvais
traittement , pour en pouvoir former
aprés noftre jufte plainte à VE.
puis que les Capitulations portent,
que lors qu'un Conful aura procés
avec des Officiers , & autres fujets
du G. S. la Porte en fera informée,
fur toutes ces reprefentations , le
Cadix nousfit efperer qu'il le don
neroit ; cependant tout ce jour- là
nous reftames affemblez dans la maifon
Confulaire pour voir Piffuë de
cette affaire , & l'après - midy , les
Puiffances s'affemblerent chez le
Cadix , où nous fumes en corps
GALANT 201
'en
der.
411
perfiftant toujours de demander un
Ares. Il y eut diverses questions
agitées depart & d'autre , qu'ilferoit
trop long de détailler à V. E.
Elles vouloient même éviter de le
donner , en difant , qu'il falloit
accommoder cette affaire , que .
veritablement le Pacha avoit
mal fait de traiter ainfi le Drogman
, mais que dans dans la promptitude
il ne l'avoit pas d'abord
connu . Ces raifons-là eftoient bien
foibles pourfe difculper , nous redou
blames nos inftances pour ce fujet , en
difant qu'elles n'euffent qu'à fuivre
le cours de la justice , c'est à dire à
donner ledit Ares , & qu'après
leur confideration , Pon verroit
prendre tels ajuflemeus que Pon jugeroit
à propos , aufquels on auroit
tous les égards poffibles finalement ,
202 MERCURE
aprés plufieurs conteftations pendant
un affés long- temps , ils promirent
qu'ils le donneroient de la même
maniere que les chofes s'étoient paffees
, & eftant forti de cette Affemblée
, le Drogmanfut enfuite chezle
Cadix pour le lui demander , il fut
renvoyé au lendemain , ce qui nous
fit croire qu'ily avoit quelque chofe
de nouveau , comme il eft de coutume
parmy les Turcs qui ont leur dit &
leur dedit , & cela nous obligea de
nous raffembler , & de retourner chez
le Cadix où il y avoit une plus
nombreufe Affemblée que le jourprecedent,
puifque toutes les Puiffances
du pays y estoient , & où la même
demande de l'Aresfut faite avec
plus de vigueur que jamais , & que
s'il ne le donnoit pas ,
attendu le cas
dont il s'agiffoit le Conful s'en iroit
GALANT 203
Ere
cho
10
de
pre
nces
ence
แบ
Lech
Conftantinople. Ce fut ainfi que le
Drogman luyporta parole , & avec
ardeur pour en former fa plainte à
V. E. pour avoir la bonté de la
porter enfuite à la Porte , & faire
faire défcente fur les lieux d'un Capigibachi
, pour informer dufait en
question : Cette vive remonstrance
jointe à d'autres fortes raifons , fit
faire quelque attention à Affemblée,
& ils confentirent de donner
led, Ares pendant lerefte de la jour
née , mais on leurfit connoiftre qu'il
n'y avoit pas de temps à perdre , &
qu'ils devoient promptement fe determinerà
cela , ce qu'ils firent , mais
pourtant avecquelque peine , en fai
fant toujours connoistre à Mrle Com
ful , qu'il faloit fortir amiablement
de cette affaire , fans en
venir à la violence , & que
204 MERCURE
la voye temperée eftoit toû
jours la meilleure ; le Conful
repliqua , qu'à leur confideration
on le feroit avec plaifir ,
pourvû que l'honneur de Sa
Majefté , de fon Conful , &
de la Nation n'y fût pas of
fenfé. Il fe dit enfuite diverfes
autres chofes fur ce sujet , & fi.
nalement ledit Ares nousfut accordé
, parce qu'ils voyoient bien
par toutes les proteftations réïterées
que nous leur faifions , qu'en
nous le refufant , cela alloit contre
les capitulations Imperiales ,
& dans cette conjoncture , cette
piece authentique nous eft d'un
GALANT 205
1
grandfecours , & nous peut fervir
de bouclier , pour ainsi dire,
pour nous deffendre , d'autant
mieux qu'on n'a jamais voulu
donner des Ares ,
même pour
des affaires de plus de confe
quences
Cependant comme les Puif
4fances de l' Affemblée firent con
noistre à Mr le Conful l'obligation
qu'ils lay auroient, & àla
Nation , d'en venir à un accommodement
: Nous crûmes,
que nous devions écouter leurs
propofitions , & eftant de retour
1. dans la Maiſon Conſulaire
environ une heure aprés , nous
8
206 MERCURE
y vîmes arriver l'Aga des Fan
niffaires de ce pays , Mamonaga
Capigibachi , qui eft un des pre
miers de Salonique , & un autre
Aga mediateurs de cette affaire,
qui nous firent connoiftre , que
le Pacha les envoyoit pour
dire à Mr le Conful , & à la
Nation , qu'il eftoit bien fâ .
ché de ce qu'il avoit fait , &
qu'il en demandoit pardon ,
qu'il n'avoit pas fait atten .
tion dans fon emportement
que ce fut le Drogman de la
Nation , quoy qu'il ne l'ignoraft
pas , puis qu'il lui eftoit alléfaire
compliment de la part du Conful,
GALANT 207
quelques jours auparavant , &
lui dire , qu'il auroit l'honneur
de l'aller vifiter avec Mrs de la
Nation felon les formes ordinai
res , il l'en remercia , en lui di .
fant , que ce feroit à noftre
loifir ; nousfimes cependant conª
noiftre à ces Puiffances , que nous
eftions tres obligez à leurs hon .
14 nestetez , que nous allions nous
on raffembler , & qu'en fuite on
e leur feroit fçavoir le reſultat de
l'Affemblée cela fut executé de
оп
ed
nor
:
del même , & l'onУy conclut unani .
mement , que puifque l'offense en
fla perfonne dudit Drogman ,qu'on
onfeftoit venu appeller dans la Maia
208 MERCURE
fon Confulaire , & qui avoit
efté envoyéde la part du Conful ,
regardoit en ce cas directement la
Couronne , & qu'elle eftoit ar
rivée publiquement dans la mai.
fon dudit Pacha ; Il falloit que
la reparation d'honneur fut au;
tentique dans la Maison Con;
fulaire, en prefence des Puiſſances
mediatrices de cette affaire du
Conful & de la Nation : à cet
effet Mrle Conful nomma le Sr
Deputé , & deux de nous pour
leur en porter la parole dans la
maifondudit AgadesFanillaires,
comme ils firent en effet fur les
chofes deliberées, par plufieurs
GALANT 209
S
la
autres bonnes vaifons qu'ils leur
reprefenterent ; & enfuite ces
Agas firent connoistre que la
propofition de venir reparer
faute dans la Maison Confu .
laire , leur paroiffoit un peu trop
forte , attendu que c'eftoit un Pa
cha eftabli à Salonique ; & aprés
diverfes queftions agitées de pare
d'autre , ils dirent finalement
qu'ils en parleroient au Pacha ,
qu'ils en rendroient réponſe
le jour même ; & nos Mrs ra-
Toporterent la chofe comme elle s'étois
paffée , ce qui nous empécha de
quitter la Maiſon Confulaire ,
pour voir l'iffue de tout cecy :
Juillet 1704 .
S
210 MERCURE
environ fur le foir , il vint une
perfonne de la part de ces Agas
dive à Mr le Conful , d'envoyer
les mêmes perfonnes qui avoient
porté la parole , elles y furent ,
mais il furvint encore diverfes
conteftations fur le point d'hon.
neur, &fur le refus que le Pacha
faifoit defe foumettre à cette re.
paration , parce qu'on pretendois
qu'elle fe fift dans quelque anire
maifon des Agas , on hors la
Ville , en confequence d'un magnifique
repas qu'on donneroit as
Conful àla Nation à cesujet ;
mais comme cela ne nous conve
moir du tout point , attendu le
GALANT 211
#
#
fait dont il s'agiffoit , ilfut dif.
finitivement accordé , que le
Pacha , accompagné de ces
Mrs les Mediateurs, iroit dans
la Maiſon Confulaire faire
reparation d'honneur , mais
qu'il falloit auparavant leur
remettre l'Ares obtenu de la
Juftice , on leur fit entendre ,
que cette Piece reftoit en
Chancellerie , & qu'une fois
convenu des choſes , & la
reparation enfuivie , elle ne
ſervoit plus de rien , puiſque
par là nous ceffions toute
pourſuite contre luy , à moins
que dans la fuise il ne fift
212 MERCURE
quelque mouvement contraid
re , qu'en ce cas ce feroit un
papier tres- neceffaire pour
nous deffendre ; & dans cet
intervalle de temps , le Moula
ou Cadix envoya dire , qu'on
devroit faire cette reparation
d'honneur dans une autre
maiſon d'un Aga du pays où
hors de la Ville aux termes
fufdits , en ce cas la chofe
n'auroit pas eftéfi glorieuse pour
la Couronne , c'est à quoy
nous fimes toute l'attention poffi
ble pour nous en tenir à noftre
jufte propofition.
Le lendemain matin 10. du
GALANT 213
1
Courant , on nous vint avertir
#que le Pacha ne tarderoit pas à
venir dans la Maifon Confulaia
re ; nous nous preparâmes à cet
effet , où estant arrivé accom pa¬
gné de Mrs les Mediateurs , &
toute la Nation prefente , áprés
les civilitez ordinaires depart ¿
d'autre , il dit tout haut à noftre
Drogman accompagné d'un autre
, que veritablement il
avoittort de l'avoir fait maltraiter
, qu'il en demandoit
pardon au Roy , au Conful ,
1 & à la Nation , ' & excuſe à
luy ; que s'il avoit crû dans
fon emportement qu'il fuft
214 MERCURE
le Drogman de la Nation , il
ne l'auroit pas fait . Il dit tout
cela d'une maniere à nous faire
connoiftre qu'il eftoit fenfiblement
fâché de ce qui estoit arrivé , &
ledit Drogman nous l'ayant
ainfi rapporté : nous fumes tous
tres -fatisfaits d'une selle reparation
d'honneur
, glorieuse pour
Sa Majesté , pour V. E pour
Conful , & pour la Nation, puif.
qu'un Pacha , refident à Salonique,
Capitale de la Macedoine ,
s'eft venu foûmettre dans la maifon
Confulaire , ce que peut estre
l'on n'ajamais vu dans lEmpire
Ouoman , où ily a des Nations
établies.
le
GALANT 215
O
ם ע
Le même jour , le Conful envoyafaire
compliment au Pacha
par deux Drogmans , accompa
gnez du prefent à l'ordinaire
quil reçus avec beaucoup de plaifir
, fur le témoignage qu'ils en
ont rapporté au Conful , & nous
attendions de luy aller rendre
vifite , mais il fit dire aufdits
Drogmans d'attendre juſques an
Dimanche 13. de ce mois ; nous
verrons de quelle maniere il nous.
ne recevra , & nous aurons l'bonmeur
de l'apprendre à V. E.
Voila l'état de la chofe , nous
fupplions V. E. de nous pardonner
cette longue Lettre , que nous
avons crúdevoirfairepour avoir
216 MERCURE
l'honneur de luy repreſenter de la
maniere que le tout s'eft paffé.
Il ne nous refte , Monfieur ,
qu'à vous protefter de noftre zele
inviolable pour vostre illuftreperfonne
, vous affurer de lafou .
miſſion extrême , & du tres profond
respect avec lequel nousfom .
mes , &'c.
Dudit jour 13. du courant
Mr le Conful
accompagné
de la
Nation
, a efté rendre
vifute an
Pacha
, qui les a reçus avec beaucoup
de plaifir
,
bonneurs
poffibles
en pareilles
Audiences
; & ce qu'ily a de particu
.
lier , c'eft qu'il
l'a honoré
d'une
vete
avec tous les
GALANT 217
l'on
Vefte , ce qu'on n'a jamais vûicy,
ainfi que le fieur Deparé , le fils
dudit Conful , & le Drogman
offenfé , avec les Ceremonies que
on pratique enſemblable cas ,&
d'une maniere toute particuliere ,
en faisant connoistre qu'il eftoit
faché de ce qu'on n'en avoit pas
pú trouver pour Mrs les Marchands
, mais qu'il lesfavoriferoit
dans la fuite de fa protection
dans toutes les occafions qui fe
prefenteroient pour le bien l'a .
askvantage de leur commerce.
A
M' l'Abbé d'Aramon Prieur
de fa licence ,
prononça en
Juillet 1704..
T
218 MERCURE
Sorbonne le Vendredy ir
Juillet , le Difcours que le
Prieur de Sorbonne doit prononcer
à l'ouverture des Sor
boniques . Il parla avec beaucoup
de grace. L'aſſemblée
fut belle & nombreuſe , il s'y
trouva beaucoup de Prelats.
Il loüa le Roy avec beaucoup
de délicateffe , il parla des
Conquêtes du Portugal , &
de la naiffance du Duc de
Bretagne comme des deux
plusnouveaux évenemens , qui
prouvent la justice de la caufe
que le Roy défend . Il paffa
à l'éloge de Mr. l'Archevê
GALANT 219
So
Dti
que de Rheims , Proviſeur
de Sorbonne , après avoir fait
celuy de toute la Famille
Royale. Mr le Cardinal de
Noailles ne fut pas oublié
dans un Diſcours
, qui regar .
de principalement
les membres
les plus illuftres de la Faculté.
Il parla auffi de feu Mr
l'Evêque de Meaux ; mais feu .
41ment pour faire fentir la
perte que l'Eglife , l'Etat , &
en particulier la Faculté de
Theologie de Paris viennent
des
",
c de
Less
au de faire. Ce difcours fur trespill
aplaudi. La latinité en étoit
herbelle & élegante.
Tij
220 MERCURE
Mr le Marquis de Souliers
a eu l'agrément de la Charge
de Chevalier, d'honneur de
Madame, vacante par la mort
de Meffire N.... de Quatre-
Barbes Marquis de la Ron
gere. Mr le Marquis de Souliers
eft d'une des meilleures
Maiſons de Provence , où elle
eft connue depuis les anciens
Comtes de cette Province.
Un Seigneur de cette Maiſon
accompagna la Princeffe de
Provence , lors qu'elle vint
épouler le Roy S. Louis IX.
du nom . Cette Maiſon eſt
alliée en Provence à celles de
GALANT 221
"
m
ar
Ra
S
Grignan , de Simiane , de
Galloup , de Remerville & à
tout ce qu'il y a de plus qualifié
dans cette Province . On
fçait qu'il y a eu un Souliers
parmi les anciens Trouba
dours de Provence , dont la
Poëfie fut tres - eftimée . Il fut
fort cheri du dernier Comte
de Provence qui luy confia
l'éducation des deux Princef
ailo fes fes filles aînées . Il en eut
de grands biens pour recom
penſe.
ince
Jedi
vin
is 18
оп
Je vous parlay le mois paffé
des premieres Estampes
elle gravées de la Galerie du Pa-
Tiij
222 MERCURE
lais de Luxembourg , qui ont
efté données au Public.
Gio Pietro Bellori en 1672.
& Mr Felibien en 1690. dans
leurs Livres de la vie des Peing
tres , ont donné une deſcri
ption de ces Tableaux : Mr
Moreau de мautour en vient
de donner une nouvelle , qui
eft imprimée chez мr Boudos
Imprimeur de l'Academie des
Sciences , au Soleil d'Or , ruë
S. Jacques . Cette deſcription
qui a la grace de la nouveauté
s'eft trouvée tres - exacte
& tres bien écrite .
En vous parlant de PeinGALANT
223-
Of ture , je dois vous dire que
Mr Poërfon , Profeffeur de l'Academie
de Peinture & de
da Sculpture , a efté nommé Directeur
de l'Academie que le
Roy entretient à Rome . Mr
Manfartle preſenta à S. M. fur
la fin du mois paffé ; ce Prin-
-ce luy parla affez de temps &
luy dit des choſes obligean
tes en luy donnant les or
dres pour regir la fameuſe
Academie dont je viens de
parler . Mr. Poërfon le rendit
au Louvre le lendemain , où
l'Academie eftoit affemblée ,
il luy fit part de l'honneur que
udordes
, rui
είσα
cau
xact
Peir
2
Tiiij
224 MERCURE
.
le Roy luy avoit fait . Il don
na la démiffion de fa Charge
de Profeffeur , pour paffer à
celle d'ancien Profeffeur Confeiller.
Feu fon pere avoit esté
Directeur de la même Aca
demie , qui tient prefentement
fes Seances au Louvre ,
& comme il paffoit pour nos
ble , & que la Peinture eft un
art liberal & qui ne fait point
degenerer , l'Academie de
Rome fe doit faire un honneur
du choix que le Roy a
fait pour la regir.
Mr de Fer continuant toû.
jours de chercher tout ce qui
GALANT 225
er
peut faire plaifir au Public ;
& qui peut fatisfaire fa curio
fité fans peine & fans embara
ras , a mis depuis peu au jour
une Carte intitulée , La glo.
Arieufe Campagne de Philippe V.
aux environs du Tage , dans les
Provinces de Beira , Eftramadu
ra & Alentejo.
DO
non-
Loy
to
Un Navire de S. Lucar parti
de la Havane le 28. d'Avril , a
de rapporté que les Anglois de
S. George dans l'Amerique
Septentrionale eftoient venus
au nombre de quinze cent
hommes pour s'emparer de
Elpueblo deAlpalache ,à la Coſte
ce qu
226 MERCURE
de la Floride ; & qu'aprés deux
mois de Siege , les Espagnols
les avoient chaffez & forcez
de fe retirer avec perte de
deux cens trois Anglois , &
qu'il n'y avoit eu que trois
hommes tuez & un Capitaine
bleſſé du coſté des
Espagnols . Les Lettres venuës
par ce Navire portent auffi
que les ennemis ont efté repouffez
de plufieurs autres
lieux.
L'on ne fçauroit trop don
ner de Relations d'un fait
hiftorique , & ce n'eft que par
le grand nombre que l'on
GALANT 227
n
ed
, t
trol
Cap
enues
auff
en démefle la verité ; c'eft ce
qui m'oblige de vous donner
encore une Relation de l'af
faire de Barcelone ; cette derniere
eft venuë de madrid ;
& vous y trouverez beaucoup
de chofes qui ne font point
dans celles que vous venez de
lire.
a
utres
don
fait
uepar
e l'or
128 MERCURE
RELATION
De l'avantage remporté par
les armes de Sa Majesté
Catholique
contre les
Anglois , à Barcelone.
Traduction de l'Eſpagnol.
LE
E Dimanche 25. May 1704. le
bruit le répandit dans la Ville
de Barcelone que l'Armée navale
d'Angleterre & de Hollande eftoit
dans les Mers de Catalogne . Les
plusfenfez ne le crurent point , parce
qu'on n'avoit pas eu avis qu'elle
euft paßé le Détroit ; cependant
l'arrivée de quelques Courriers confirma
cebruit, & enfin la Flotte qui
GALANT 229
01.
eval:
Les
par.
Y'SCOM
tteqs
parut ne permit plus d'en douter.
On la découvrit le Mécredy du
haut de nos murailles , & le feudy
elle acheva de fe ranger devant le
Port de cette ville .
Le même jour vers les onze
heures du matin , le Prince d'Armfat
envoya une Chaloupe avec une
Banniere blanche , & un Paßeport
pour quiconque voudroit aller à.
Bord traiter avec eux , & ayant
demandéfuretépour ceux de la chaloupe
, fur laquelle venoient un Setretaire
d'Etat de l'Empereur , &
un ou deux Aides de Chambre du
Prince d'Armftat : ils en donnerent
avis à Don Francifco de Velafco ,
qui envoya ordre à nos Batimens de
Laißer retourner en fureté la chaloupe
vers la Flotte , Ils demanderent
permilion de donner quelques let-
&
230 MERCURE
tres, & de traiter avec Son Excellence.
A quoy noftre Gouuerneur répondit
: qu'il n'avoit rien à traiter
avec les ennemis de fon Roy
Philippes V. Les envoyez repliquerent
par une autre propofition :
Son Excellence leur envoya dire
qu'on avoit répondu à toutes
les propofitions qu'ils pouvoient
faire , & qu'ils n'avoient
qu'à s'en retourner .
Cependant , Son Excellence communiqua
à la Ville & aux Communes
, ce qui fe paffoit ; & tous
unanimement fe difpoferent à prévenir
le deffein qu'on avoit formé
contre eux. Les difcours de quelques
mal - intentionnez , & le peu de
Troupes qu'il y avoit en garnison
dans la Ville ,y avoient jetté quel
que confternation .
GALANT
231
La Ville offrit à Son Excellence
de leverla Colonelle , qui eft un Re
giment de tous les Arts & Métiers ,
& ily confentit. La Ville offrit de
plus tout fon argent pour eftre em.
ployé par noftre Gouverneur au fervice
du Roy.
Le Vendredy , vers les dix heures
du matin , les Ennemis ayant commencé
leur
débarquement , le nombre
des malintentionnez
augmenta
confiderablement. Ils publioient que
cette Armée navale feroit fuivie
dune autre plus forte , qui avoit
déja fait un grand
débarquemeur &
s'eftoit emparee de
Tarragona , &c.
Quoy que ces bruits fußent entierement
faux , ils ne
laifoient pas
deftre d'une dangereuse confequence :
On fçavoit qu'il n'y avoit pas trois
mille hommes de
débarquement fur
232 MERCURE
cette Flotte , & qu'ils n'avoient
point de Cavalerie . On tira le foir
quelques coups de canon , & on fetira
l'Artillerie d'un Fortin de terre
trop éloigné de la Ville : on donna
des armes à la Colonelle , & on prit
toutes les précautions pour éviter les
Surprises.
Le Vendredy au foir le Prince
d'Armftat envoya un Tambour
avec le billet fuivantpour les Com
munes : L'amitié que j'ay pour
la Ville de Barcelone & pour les
Communes , me fait oublier
Pinjure que je reçus hier : c'eſt
pourquoy je fais fçavoir à l'Excellentiffime
Ville & à fes Communes
, que fi dans quatre heures
elles ne m'ouvrent fes Por
tes , je la reduiray en un monceau
de cendres .
GALANT 233
LesCon
- ་ ས་
pour
!
Oublie
cr: ct
¿l'E
es Cor
atrehe
·Lesla
unmo
Toutes les Communes s'aßemblerent
feparément , & delibérerent fur
la réponse qu'elles devoient faire s
Voicy ce qu'elle contenoit : Voftre
Excellence qui a efté fi longtemps
Capitaine general de
cette Ville , fçait que nous ne
fommes pas les maiftres des Portes
; mais quand nous le ferions ,
vous fçavez par experience avec
combien d'affection nous avons
toûjours facrifié nos vies pour
la deffenſe.de nos Rois. Dieu
vous garde.
Apeine le Prince d'Armftat eutil
reçu cette Lettre , qu'il fit tirer des
bombes depuis le Samedy matinjufqu'au
Dimanche matin.
On ne peut exprimer les differens
effets que ce Bombardementproduifit.
Onpublia par tout que les Ennemis
Juillet 1704.
V
234 MERCURE
devoient entrer la nuit , on menaçoit
tous les gens de bien ; mais Dies
permit que noftre General découvri
la trabifon d'une maniere extraor–
dinaire. Un des Conjurez ordonna
àfa femme de fortir de la Ville ,
mais elle refufa de le faire , parce
qu'il ne luy paroiẞoit pas qu'ily euft
rien à craindre ; fon Mary pour la
perfuader luy découvrit qu'ily avoit
une confpiration ; que les Conjurez
devoient s'aßembler en differentes
maifons, & qu'à un certainfignal ,
qui fe donneroit à quatre heures da
matin , ils devoient tous fe rejoindre
à la Porte de l'Ange ; qu'ils en
égorgeroient la Garde ; qu'ils en
ouvriroient la Porte au Prince
Armftat , qui fe trouveroit avec
toutes fe Troupes dans la ruë de Jefus
; qu'ils iroient enfuite égorger le
GALANT 235
ilja
Caption
orant
Viceroy& tous ceux qui estoient
affectionnez au party du Roy , dont
ils brûleroient & faccageroient les
maiſons. La femme ayant entenda
cela courut donner le même confeil
à une defes amies , pour ne la pas
Laiffer perir ; & comme celle- cy refufa
de lafuivre , elle luy découvrit
tout. Celle- cy alla auli toft trouver
un Ecclefiaftique , homme de bien
à qui elle revela ce qu'elle venoit
d'apprendre ; & l'Ecclefiaftique en
alla informer le Gouverneur , qui
donna ordre auffi- toft à Dom Emanuel
de Toledo , General de l'Antillerie
, d'aller chercher le Veguer de
Barcelone : il s'y transporta auffitoft
avec quatre Soldats à cheval .
& quelques Fusiliers , & auſſi - ide
qu'il le vit,il lui dit que fon Excellence
le demandoit, & qu'il entraft.
heures
&
тереть
qu'ils
e
qu'ils
*
Pri
eroit
a
Mik! ruë de
égorge
Vij
236 MERCURE
dans fon Carroffe , pour aller plus
commodement. Le Veguer eftant entré
de la forte dans le Palais , le
Gouverneur le tira à part , luy ofta
fes piftolets & fon épée , & luy fit
avouer, qu'il y avoit une confpiration
: on écrivit fa depofition , &
S. E. alla en perfonne trouver les
Confeillers , Deputez & bras militaire
dans l'Univerfité où ils eftoient
affemblez , il les inftruifit de ce qui
Se paffoit , fit enfuite la ronde , durant
toute la nuit , dans les rues &
fur les murailles & pofta du monde
aux endroits les plus dangereux .
Toute la Nobleffe accourut à la
porte de l'Ange , & tout le monde
fe retrancha fur la muraille & fur le
Boulevart. La nuit ſe paffa en
crainte , mais fans accident , & le
lendemain au point du jour les AnGALANT
237
เ
།།mon
glois fe rembarquerent , & on les
perdit de vue bien - toft aprés."
Le Dimanche fuivant , on chanta
le Te Deum , & il y eût degrandes
illuminations dans toute la Ville
, & dans toute la Principauté, &
on a publié un Decret , qui ordonne
fous de tres- rigoureufes peines à tous
ceux qui ont des portraits du Prince
d'Armftatt , de les porter à lajustice ;
enfin la Providence a difpofé les cho- .
fes,de maniere que ce que les ennemis
avoient machiné contre le Roy , a
augmenté dans tous les coeurs de fes
Vaffaux , l'amour & l'attachement
qu'ils avoient pour luy.
Ce que je vous envoye a
efté diftribué à Toulouſe , de
la même maniere , je n'y ay
238 MERCURE
pas changé un ſeal mot.
PUBLICATION
du Sonnet qui a remporté
le Prix des Lanterniftes ,
cette année 1704 .
On a adjugé le Prix à Mr
Barrere l'aîné , de Toulouſe ,
Docteur en Medecine de la
Faculté de la même Ville.
Il nous a paru que fon Son.
net avoit beaucoup de regu
larité : le Roy y eft loüé d'une
maniere delicate & toute
nouvelles n'eft. ce pas en effet
un tour fingulier de dire
GALANT 239
ulont
medla
Son
regu
>
que les Ennemis fe rendent
fameux par les triom
phes , & qu'ils s'acquierent
une réputation immortelle
par la temerité qu'ils ont d'attaquer
un fi grand Heros ?
mais il faut avouer auffi que
la conduite de ce Heros eft
bien glorieuſe , puis qu'aprés
les avoir vaincus , il eft toû
jours preft à leur donner de
veritables marques de fa douceur
& de ſa clemence .
d'un
COUN
as enel
ded
1240 MERCURE
AU RO Y.
SONNET
Qui a remporté le Prix.
LES
valeur ES Exploits éclatans que ta
Etale
Vont rendre pour jamais nos
Ennemis Fameux ;
Ils tombent fous tes coups , tu
confonds tous leurs Voeux ;
Mais leur chûte eft encor plus
belle que
223
Fatale.
pas le deftin qu'eut le Ils n'ont
fils de Dedale;
Si de leurs noirs complots tu
fçais rompre les Nauds`;
Si
GALANT 241
•
EXC
ts t
Si dans le champ de Mars tous
tes pas font Heureux ;
Ta clemence triomphe où ton
bras fe
ន
Signale
Faut- il que ta bonté foûtienne
Jaloux ;
Courroux ,
N'écoute plus , grand Roy , que
ces .
ton juſte
Va , détruis des Guerriers plus
fiers que ceux de Thrace .
2.
Quoy ! n'eft- ce pas affez
Rivaux
que tes
Errans
Soient immortalifez pour avoir
eu l'
Audace
D'attaquer le Heros de tous les
Conquerans .
PRIERE POUR LE ROY .
Toy, qui regles les destinées
Juillet 1704.
X.
342 MERCURE
3
Des peuples & des Souverains,
Seigneur, prolonge les années ,
D'un Roy , le plus grand des
humains.
Appropinquet deprecatio mea in
confpectu tuo Domine . Pl. 2.
II SONNET.
HEros pour qui le Ciel tant
de trefors
Etale ;
L'équité fert de regle à tes Exploits
Fameux ;
Dans ces progrés divers , fi dignes
de nos
Une ligue en fureur voit fa
batte
S
Voeux ,
per-
Fatale.
Le Germain orgüeilleux , nouveau
fils de Dedile
GALANT 243
Ex
Jeux
pe
DOL
Deka
S'efforce vainement de rompre
de beaux MoteNoeuds ;
La Seine & l'Ebre unis par toy
coulent
De l'Aurore au Couchant ton
pouvoir
fe
*.Heureux j
Signale .
Tu préviens , tu détruis mille
complots Jaloux ,
Tu fais à cent Rivaux reffentir
ton
Courroux ,
Tel & plus foudroyant que le
Dieu de la
2
Thrace.
Tu vois de toutes parts leurs
Bataillons
Errans ,
Le bruit de ton grand nom abat
feul leur Audace >
Et t'éleve au deffus des plus
fiers Conquerans.
X ij
244 MERCURE
PRIERE.
Seigneur , couronne les hau
faits
Du plus puiſſant Roy de la
terre ,
"
Sa valeur a toujours triomphé
dans la guerre ,
que laffé de vaincre il nous
donne la paix.
Fais
Inquire pacem & perfequere cam.
41ð
III. SONNET. ⠀ }
DE l'Aigle ambitieux l'orgüeil
en vain s' Etale
Que luy fervent des coups autrefois
fi Fameux ;
Contre un pieux Vainqueur
1
GALANT 245
Ex
$30.
CAN
quer
tout eft fourd à fes Voeux ,
Et la foudre qu'il porte à luymême
eft Fatale.
Qu'il craigne le deftin qu'eut le
Bachfang
de Dedale
De deux Peuples guerriers tout
protege les
7
Noeuds ,
La juftice rendra leurs Rois toujours
"
Heureux ,
Leur valeur intrepide en tous
lieux fe
2
Signale.
En rous lieux ces Heros de leur
Gloire
Jaloux ,
S'enflament à l'envi de ce noble
Courioux
Qui couvre de Lauriers le fier
Dicu de la Thrace.
S
X iij
246 MERCURE
Leurs nombreux ennemis batus ,
troublez ,
Errans ,
Sans ceffe produiront par leur
funefte Audace
Des triomphes nouveaux à ces
grands Conquerans.
PRIERE.
Souverain des Maîtres du
monde ,
Qui rends deux fages Rois par
tout victorieux ,
Aprésmille exploits glorieux ,
Fais les regner enfin dans une
Parx profonde.
Te Deum laudamus , te dominum
confitemur.
GALANT 247
AU NOUVEL ICARE ,
l'Archiduc d'Autriche.
Q
IV . SONNET
.
Uels font ces vains projets
que ton orgueil Etala,
Trop indigne
rival d'un Prince
trop
Où vas-tu temeraire
où
tu tes
3
Fameux &
portes-
Voeux ?
Tu fuis , à tes pareils une route
S
Fatale.
En vain les foins jaloux d'un fuperbe
Dedale,
De cent partis divers pour toy
forment les
Nauds ;
Sur ces foibles appuis , tu crois
ton vol Heureux ;
X iiij
248 MERCURE
Mais par ton fort bien- toft fz
honte fervid Signale.
PHILIPPE eft de ce fang , qui
fait tant de
Jaloux,
Reconnois , à ces feux que lance
fon Courroux,
Un fils d'un Dieu plus grand que
le Dieu de la
Thrace.
SON PIA
Voy , tes mâts foudroyez fur les
ondes Errans
Voy , tombe , & par ta chûte ,
accufant tonics Audace ,
Connois que Louis feul forme
les
Conquerans.
PRIER E.
Seigneur , protege un Roy que
tout le monde admire
GALANT 249 .
:
Rends le maiftre abfolu de cent
peuples diversamog
Que les bornes de l'Univers ;
Soient les bornes de fon Em !
are .
Dominabitur à mari ufque admare
& àflumine ufque , &c .
AIR NOUVEAU.
Ay beau prier Philis d'adoucir
mon martire , FAY
L'Infenfible remet toûjours au lendemain
.
J'efpere , & toutesfois mon foible
coeur en vain
Aprés ce lendemainfoupire.
Je reviens chaque jour adorer fes
attraits ,
Je la preffe , je la conjure
250 MERCURE
Pour foulager le tourment que j'en
dure id
Cet heureux lendemain ne viendrat
- il jamais ?
Vous me demandez des
nouvelles du commerce , en
voicy dont vous ne devez
point douter. Outre
les Arrefts du Confeil , qui
ont efté rendus en faveur
des Vaiffeaux Suedois & Da.
nois pour les exempter du
payement du droit de Fret ,
lorfqu'ils font chargez de
certaines especes de Marchandifes
, il a efté dreffé un
Etac que vous verrez dans
GALANT 251
d
a
la fuite de cet article , des
marchandiſes dont l'entrée
eft permiſe & qui feront re.
ceues dans les Ports du Royaume
, quand elles y feront
apportées par des Vaifleaux
Sue dois & Danois ; On a pris
les éclairciffemens néceffaires
pour comprendre dans cet
Eftar toutes les marchandifes
du Commerce ordinaire
de Suede & de Dannemarck,
& dont les Negocians de
ces deux Royaumes peuvent
faire commerce par eux mêmes
fans le fecours des Hollandois
& des Anglois ; On
252 MERCURE
n'y a point fait mention des
Saumons ny de la Moruë,
quoyque les Suedois & les
Danois faffent quelque pefche
de ces Poiffons , afin d'éviter
la confufion
qui pourroit
le faire de leur pefche
avec celle des Hollandois ;
Il n'y a que les marchandiſes
compriſes dans cer Eftat qui
puiffent entrer dans le Royaume
, & toutes les autres
marchandifes
qui fe trouveront
fur les Vaiffeaux Suedois
ou Danois , feront are
reftées pour eftre confil.
quées , à moins qu'elles ne
GALANT 253
16
a20
foient deſtinées pour d'autres
Pays Eftrangersnacmet
as! : mobebê zoll supyong
Asq suEsse Tr▲ Tzon
Des Marchandifes qui feront
-receues en France ,
venant
fur des Vaiffeaux Suedois
Danois.
alibrad
Acier de toutes fortes ,
Alun du Nort ,
Agnelins ou Laines de Polo
gne & autres Laines grof,
fieres ,
Airain ,
Ambre jaune ,
1 Avoine & autres Grains ,
A
254 MERCURE
Azur ,
Amidon
Bray ,
Bourdillons ,
alg nb un
Boulets de Canon ,
Chanvre ,
Cuirs en poil ,
Cuivre en maffe ,
Cuivre en rolette ,
Cuivre en feuilles ,
Chaudrons de Cuivre rouge
ou jaune dégroffis feulement
,
Cire jaune ,
Crin ,
Couperoze
,
Canons ,
GALANT 255
Fer blanc ,
Fil de fer ou de laiton
Fer en barres , ou en verges
ou en plaques ,
Graine de lin ,
Graine de chanvre ,
Goudrons ,
Legumes de toutes fortes ,
Lin ,
Litarge d'Or & d'Argent ,
Laiton noir ou gratté ,
Mats & autres bois propres
à la 1 conftruction des Vailfeaux
,
Miel ,
Mine de plomb ou minium ,
Mêche ,
256 MERCURE
Plaques de Cuivre rouge ou
jaune ,
Potafles ,
Pelleteries
Plumes à écrire & à faire lits,
Planches ,
Raves ou Rabbes .
Souffre ,
Stocfich ,
Soye de Porc ,
Suif
Vedaffes & autres fortes de
cendres ,
Vache de rouffy ou de Ruffie,
Vitriol bleu jaunâtre , le verd
venant
d'Angleterre .
GALANT 257
Vous fçavés que le Com.
merce de France en Hollande
, & de Hollande en
France eft prefentement rétably
, Vous fçavés auffi que
le Roy permet aux Hollan .
dois de s'accommoder en
France de toutes les choſes:
qui leur feront néceffaires ,
fans qu'il foit permis aux
François de rien tirer de Hollande
jufqu'aprés la Paix. Les
Anglois s'en font plaint aux
Etats , ils ont demandé que
les Hollandois continuaffent
l'interdiction du Commerce
général , de même
Juillet 1704.
Y
258 MERCURE
qu'elles la refté faite par de
paffé . Les Etatsbreculent
autant qu'ils peuvent de mettreecettes
affaire en déliberation
, sde crainte que de
Peuple de plufieurs Villes ,
qui s'y oppolent abſolument,
n'excite quelque fedition .
Je vous envoye la fuite du
Journal de Verceil , elle commence
où je l'ay laiffée dans
ma derniere Lettre.
Le foir du 25 au 26. Mrs
de Medavid, Val de fuentes,
& d'Orgemont releverent la
GALANT 259 .
1
tranchée , avec les deux Bataillons
de Lyonnois , ceux
d'Anjou , & les trois des Vaif
feaux . A l'attaque de la droite,
on continua la ligne de com
munication qui doit joindre
celle de la gauche, de 35 toi
fes ; on traça fur l'angle flans
qué du Baltion de la droite
une batterie de fix pieces de
24. on continua un boyau
qui part de la ligne de com
munication , tirant vers a la
riviere, de as toiles , au bour
duquel on travailla à une batterie
à Bombes , on tira enco
re un boyau qui partoit du
Y ij
260 MERCURE
deffous de cete batterie, tirant
vers la gauche , long d'envie
ron, 25 toifes ; à Fatraque de
la gauche , on acheva la res
doute & la batterie de qua
tre pieces qui ont commen.
cé à tirer au point du jour ;
on continua le boyau de com
munication pour joindre ce
luy de la droite , de 35 toifes.
Les Affiegez continuërent de
faire grand feu de moufque
terie pendant la nuit , & jecterent
des Bombes & quelques
Carcaffes , le jour ils
tirent le Canon : comme ils
font la nuit la mouſqueterie,
*
GALANT 261
7 mais l'un & l'autre nous tuënt
peu de monde , nous eûmes
cinq hommes cuez ,9 &
douze bleffez. Mr le Duc de
Vendofme alla à la tranchée
à une heure aprés midy , &
I y refta jufqu'à dix heures du
foir , ayant efté par tout avec
Mrs de Richeran & de Sallieres
, aufquels il donna fes
ordres fur ce qu'ils devoient
$
el
faire.
Mrs
La nuit du 26 au 27.
de Montgon , de Chartongne
, & de Montforeau re/
leverent la tranchée avec le
Bataillon de Lombardie , les
262 MERCURE
trois de Piedmont , ceux de
Vendofme de Croy , & de
Barvick A l'attaque de la
droite on pouifa le Boyau des
communication titant à nô ::
tre gauche de la longueur de
cinquante cinq toiles ,pon
allongea la paralelle de la
longueur de trente ; la bate
terie à bombes prés de la
Sefia , vis à vis de la Porte
de Milan fut achevée , l'on y
mit quatre gros mortiers
pour y jetter des pierres dans
la demie lune & dans le che
min couvert , avec fix petits
mortiers pour jetter des bom
GALANT 263
ם ו
bes , on travailla à la batte
rie de fix pieces , à la gauche,
de celle des bombes . A l'attaque
de la gauche, on continua
la ligne de communication
juſqu'à la jonction de
celle de la droite dans le
centre ;son travailla à deux
batteries de fix pieces chacu
ne , pour ruiner les deffenſes
de la demi lune & du baftion
de la gauches à la gauche de
ces deux batteries , on traça
une batterie pour mettre douze
gros mortiers , on continua
la paralelle de vingt toi
fes , les ennemis pendant la
264 MERCURE
nuit firent un grand feu de
moulqueterie ; ils jetterent
des bombes & des pierres qui
incommoderent
plus que le
refte ; il y eut lept hommes
tuez & dix fept bleffez , Mr
Oüel premier Capitaine.de
Barwick , reçut un coup de
moufquer à la jouë , Mr Mo.
reau Commiffaire d'Artillerie
en reçut un à la jouë , Mr
de Troye Garçon Major du
Regiment de Croy , fut bleffé
à mort d'un coup de mouf
quet à la teſte.
La nuit du 27. au 28. Mrs
de Chemerault , d'Aubeterre,
&
GALANT 265
& de Guerchy , relevérent la
tranchée avec les Bataillons
de Caraccioli , trois de Nor
mandie , ceux de l'Ile de
France , & de Beaujollois. A
Fattaque de la droite on
pouffa une fappe du cofté de
la Sefia , retournant vers la
capitale de l'angle flanqué
du chemin couvert de la denilune
, au bout de laquelle
fappe , on attacha le Mineur
pour foüiller afin de trouver
les Mines , & en même temps
faire ouverture pour s'y loger;
à la gauche de cette fappe on
en pouffa une autre allant
Fuillet 1704
Z
266 MERCURE
auli à la même capitale pour
fe rencontrer ; dans le centre
on travailla à la baterie quieft
à la gauche de la batterie à
bombes laquelle fera de
huic pieces au lieu de fix :
on fit devant cette batterie
un boyau pour fer communiquer
de la droite à la
gauche , de la longueur de
trenten cinq stoifes ; on con
tinua une fappe éloignée du
chemin couvert , de dix huit
toifes , qui devoit aller & fe
communiquer avec la fap.
pe de la gauche à l'atta
que de la gauche on ouvrit
Soy
GALANT 267
A
un boyau devant la batterie
de quatre pieces tirant à gau
che ,
d'environ vingt - cinq
toiles , au bout dudit boyau ,
on fit un retour , tirane vers
la capitale de la
demiolunes,
d'environs vingturoifest la
batterie aux petites bombes ,
& les quatre mortiers pour
jetter des pierres,
commenc
cerent à tirer le matin dans
le baftion de la droite & dans
le
chemin couvert , il fit un
grand orage qui donna un
pied d'eau dans
beaucoup
d'endroits de la
tranchée ,
mais cela
n'empêcha pas de
Zij
268 MERCURE
travailler à l'ordinaire. On
cut neuf hommes tuez & dixhuit
bleffez dus si é 9 :
Le ſoir du 28.3 au 29. Mis
de Langallerie , Darennes &
d'Imecourt , releverent . la
tranchée avec les bataillons
de Bollezane , trois de la Ma
rine rine¸cceeuuxx de Medoc, de Cam.
brefis & de Baffigny. A l'at
taque de la droite on poufla
une fappe diftante de douze
toiles du chemin couvert ,
paralelle à llaa ffaacceelgauche
Ex
du baflion droit de l'attaque :
on fit auffi une autre ligne
paralelle à la face droite du
GALANT 269
8
même bastion ; on continual
la communication de la droite
à la gauche en ligne droite
derriere la grande batterie de
feize jufqu'au premier Naville
, d'où l'on commença un
crocher pour defcendre fur
l'angle flanqué du chemin
couvert de la demi lune. A
l'attaque de la gauche l'on
continua le boyau commens
ce pour embrafler l'angle
flanqué du chemio couvert
du baſtion , avec un crochet
tirant à la capitale de la de
millune , & la batterie de
fix gros mortiers à -By la droite
Z iij
270
MERCURE
de la
batterie de
quatre pie
ces fur
achevée. On
avança
forentes
deux
batteries
ydu
dentre , qui
devoient
eftre
l'une
de neuf &
l'autre nde
Jept
pieces de
vingt -
quatre
au lieu de
douze . Le
Mineur
attaché
d'hier caul
matin à
l'angle
flanqué
dul
chemin
couvert
du baſtion
de la droiteyne
trouva
point les mines
des
Affiegez
praksistirerent
quantité
de
bombes
& de
pierres
pendant
la nuit & pen.
dant lejour, nous
cûmes
neuf
hommes
tuez & vinge
deux
bleffcz, Mr de
Sauvey
Com .
"GALANT 271
miffaire d'Artillerie
eut la
cuiffe caffée , Mr de Monti
gay Lieutenant
au Regiment
de Medoc , & Mr de Pancail
lon Lieutenant
dans celuy
de Baffigny , furent auffi bleſfızmıMal
zuob sh mail og
6.La nuit du 29 đáu 30. Mrs
de Bouligneux
, de Goesbriant
& de Luxembourg
,
releverent
la tranchée
avec
les bataillons
de Mendoze ,
les deux de Leuville , & celuy
de Sourches , deux de Maules
vrier & celuy de Beauge. A la
droite on ouvrit une lappe
en ziguezague
, approchant
4
Z iiij
272 MERCURE
toûjours de l'angle fanqué
du chemin couvert du baf
la ion de
"
dontions
n'eftoit plus qu'à 8. toiles à
la gauche , on ouvrit pareille,
ment une fappeb allongeanc
fur la droite , avec un retour .
Pour nous approcher de l'angle
flanqué du chemin couvert
du bastion de la gauche.
On continua une autre fappe
en ziguezague tirant à la ca.
pitale de la demi lune. On
ne pût conduire pendantcet
te nuit là que fix pieces de
canon dans les deux batteries
du centre , quoy qu'il y cuſt
GALANT 273
des embrafures pour feizer
lefdites fix pieces comment
cerennàhirer à dix heures du
matini fur. & langle flanque
droit du baltion de la gauches
La batteries de fix gros mor.
tiers à la droite des deux bate
teries for achevée cette nuit,
& les mortiers yefarent conly
duits . On travailla pendaney
le jour à les monter , ilsǝtirerent
le foir. Quoy que les
Affiegez jettaffent quantité
de grenades fur les fapeurs 35
ils ne laifférente pas de tra
vailler le jour comme la nuir ,
on cut fix hommes tuez
274 MERCURE
& quatorze bleffez . La gallerie
du Mineur, s'étendoit
en avant de la longueur de
cinquante deux pieds , il prétendoit
s'il trouvoit quelques
mines des Alliegez , en aug.
menter la charge, & y mettre
le feu , finon il devoit faire
deux rameaux à droite & à
gauche en figure, de treflet ,
pour faire fauter l'angle fanqué
du chemin couvert du
baftion , & le faire abandon.
per aux ennemis , afin qu'on
s'y logeaft avec plus de fas
cilité.
GALANT 275
Les nouvelles d'Espagne
de ma lettre du mois pallé
finiffoient à une nouvelle re→
lation du Siege de Portale
grejanje vous en envoye
⚫une tres curieufe & tres exacte
de celuy de Caftel devide
; c'eft la feule relation
fuivie qui ait paru , ce que
l'on en a dit icy , n'ayant é
té débité que par lambeaux ;
je n'ay rien changé à l'oti-
00 ginal des lettres que je vous
envoye fur ce ſujet. XUE vost
દો ' વું ૧૫ Lipy va
98 a
276 MERCURE
Au Camp de Niffa le 24. Juin
1704.
Vous avez appris par mes
nouvelles du 19. de ce mois que
le 18. Milord Duc de Baivvik
repala le Tage , pour venir
joindre Sa Majefte Catholique
au Camp de Niffa , aprés
voir laiffé prés de Caftelbranco ,
les Troupes qu'ily avoit menées ,
aux ordres de Mr de Ronquil .
lo, outre celles qu'il avoit déja
qui toutes enfemble compofent
14. ou 15. Bataillons 33. E
cadrons , ce qui eft plus quefuf.
GALANT 277
fifant pour faire tefte à l'armée
des ennemis , commandée
par le
Marquis Das minas , laquelle
eft venue camper fous Penama.
cor, ayant une petite riviere à
la tefte du Camp , & la Ville
derrieress
Milord ayant rejoint l'armée
du Roy , qui outre les detåhe
mens qu'on a fait , eft encore
compofée de 18. Bataillons
' de
33 33.
Efcadrons
; Sa
Maifté
Catholique
a pris
la
refolution
.
de
faire
le
Siège
de
Caftel
devide
; on
commença
le
20
a y
faire
marcher
un
Regiment
de
Cavalerie
Ef
4.
Bataillon:
278 MERCURE
pagnolle , fous les ordres de M
le Marquis Daytona , Lieutenani
Général , avec Mrs Renaut
Damizaga, Marechaux de
Camp, & Mr le Chevalier,
Dasfeld, au Maréchal de
Camp, il marcha le 21. aure
l'artillerie , & les 3. Bataillons
de Barrois , de Dugefter de Bel-
Lafere,
e
Mr de Ronquillo ayant témoigné
qu'il ferou bien aife qu'on
lay envoyaft Mr le Marquis de
Thoy , pour commander avec luy
tes Troupes qui font à fes or
dres ce
ce dernier eft party le 21.
du Camp de Niffa , pour aller
GALANT 279
joindre lefdites Troupes à Caf
telbranco , d'où l'on fera revenir
à l'armée de Sa Majesté Catholique
, Mrs le Comte d'A
guillar , le Marquis deBay ,
Lieutenans Generaux , Mrs de
Joffreville & de Rifbourg Marebaux
de Camp.
Monfieur le Prince de Ffer.
claes Milord Barvvik ont
jour 22. efté le même au Camp
devant Caftel de vide , pour re
connoistre le campement des Trou
pes & la fituation de la place
donner leurs ordres pour la dif-
1 pofition des attiques ; en atendant
l'arrivée de Mr le Ma
280 MERCURE
quis de Villadarias , qui a efté
destiné pourfaire le Siege ; il ar
rivale 2 2. aufoir , & les Trou
pes compofées de 1r. Bataillons
& der1o0o0o0 Chevaux, venant
de l'Andalousie, dont il eft Ca.
pitaine General, qui camperent
ce jour là auprés de Portalegre ,
arriverent le 23 au Camp devant
Caftel de wide.
On commença le 23 au matin
à faire tirer fur la Place
quelque piéces de canon que l'on
avoir mis à burbettefous des ar
bres ; mais comme elles eftoient
wûes de plufieurs endroits où les
Affúgez ont du canon , ily eur,
GALANT 281
14 à 15 hommes , sucz ou bleffez
au prés de nos pièces , ce qui fic
juger qu'ilfaloit les couvrir par
un épaulement & faire une ba
serie en formes on prétend qu'il
a dans la place plus de 25. pié.
ces de canon , & on s'en a fait
marcher que 8 pour l'attaquer.
La Garnifon eft compofée d'un
Bataillon Anglois de deux
Portugais , mais comme la plaeft
mauvaiſe , n'eftans entourée
que d'une fimple muraille avec
quelques flancs , fans aucuns de
hors ny folfez, ilaymanlieu de
croires que la défenſe n'en fera
pas lengue non plus que celle an
Juillet 1704. Aa
282 MERCURE
Chasteau , qui eft fort grand
& remply de Baftiment ; mais
il eſt auſſi foible que la Kille…
La nuis du 23 au 24 oñÏravailla
à faire une baterie de 4.
piéces de canon de 24 &don18.
à faire une ligne paralelle à la
demie portée de fufil de la Place ,
& àfaire une espece de tranchée
pour communiquer de la batevie
à cette ligne , que l'an a fors
effendue , où l'on a mis des &
Grenadiers pour oppofer un feu
à celuy des Affiégez , qui tirens
continuellement le jour & la nuis
sans du canon que dela moufqueterie
: » mais enonobftans le
3
GALANT 283
grand feu qu'ils ont fait du
Fraanntollaa nuit, iln'y a eu ques. on
6. homme tue . of
#
A
L'on s'eft auffis occupé pendant
la journée du 24 aperfectionner
ces ouvrages , & à memèr
à bras 4 pièces de canon de
12. de 16. fur une hauteur
qui commande
entierement
la
Ville , doù l'on incommode.
ra beaucoup
les Affiégez: égez om
effere que nos 8 piéces de canon
• feront en eftat de tirer le 25 au
matin , & que les 4. groffes
pourront en fort peu de temps
faire une ouverture
dans l'a muraille
qui me paroift pas soir,
25-an
Aa ij
284 MERCURE
beaucoup d'épaiſſeuroa ) 5k 25 ,
૩૨૨
NO 27.191 95 497NOU
Au Camp de Niffa le 27. Juin
1704_5759_4c
:
j'ay
eu
Le journal des nouvelles que
eu l'honneur de vous envoyer
par le Courier ordinaire
qui eft party le 25. de ce mois ,
Vous ous aura inftruit de sour ce qui
s'eſt paſſe juſqu'an 24. au foir ,
particulierement
du Siége de
Caftel de vide ; Les 8. piéses de
canon que l'on avoit mis en ba.
serie ou menées fur la hauteur ,
sirerent le 25. fur la pointe du
jour, elles le firent aves
>
GALANT 285
#ant de fuccés qu'en 6. ou 7.
beures de temps , l'on fit une brêg
che , & que la muraille qui ésoit
percée de boules dans plufieurs
endroits commençoit à s'é
branflers cela fis craindre aux
Affiégez qu'elle ne s'éboulaft rout
d'un coup de maniere à nous
donner le moyen d'emporter la
Place d'affaut , & determina le
Gouverneur ,follicitépar les Bour:
geois qui aprehendoient le pillan
à demander fur le midy à
gel,
capituler , l'on donna pour cela
les oftages. Le Colonel du Rea
giment Anglois de Stuart , le
Colonel de l'an des deux Res
S
286 MERCURE
mens Portugais vinrent trouver
Mrole Chivalter Dasfeld, qui
eftoi de tranchées aprés quelques
conteftations , l'on fit convenir le
Couverneur de ſe rendre à dif
cretion Le Colonel Anglois ,
homme fort bruſque & pcu polis
difvoulant
avoir une meilleure ca²
pitulation , s'estant aperçû qu'în
sairroit avec le Colonel Portu .
gais pour toute la Garniſon, &
fans fa participation , fe mit en
coleze cria tout haut de la
teste de la tranché aux Soldats
Anglois , qui eftoient fur la muraille
de la Ville , de prendre les
armis de nefepoint rendrez
IGADANY 287
en efferils refuferent l'entrée de
la Ville aux Grenadiers qu'onfir
I avancer pour prendre poffeffion
de la porte direns que s'ils ne
• fe netirgiene , ils tireroient fær
eux dans ce temps là les Portagais
, qurene vouloiens pas expoſer
la Ville au pillage , co qui
eftoient maîtres du Chaftean , où
on leur avoit deffendu de laiffer
entrer des Anglois , firent ensendre
qu'ils fe joindroient avec
nos troupes pour forcer les der
niets , Co prirent même des mesua
res t
pour faire entrer les Grènas
diers François dans le Chaftean
où ily a deux portes , l'u
288 MERCURE
&
entre dans la Ville , & l'autre
quifort dans la Campagne..
Mais les Anglais voyant
qu'on vouloit les forcer àferenvre
à difcretion , comme le reste
de la Garniſon , ou du moins pri
fonniers deguerre , marcherent au
Chafteap, y entrerent malgré
les Portugais , qui en furent
chaffez , ils s'y enfermereni avec
le Gouverneur de la Place qu'ils
emmenerent par force avec eux,
quelqu'uns des principaux de
la Ville. Les Portugaisfe voyant
forcez & obligez de fortir du
Chafteau, jetterent toutes les poudres
dans un puits , de manier
que
GALANT 289
que les Anglois fe fauverent
fans munitions de guerre.
D'un autre cofte ; le Colonel
Anglois continuant à jurer & à
parler avec beaucoup de hauteur,
difant qu'il vouloit avoir une
capitulation honorable ; Mr le
Chevalier Dasfeld luy offrit de
le faire renvoyer avec ſon Ba
taillon en Angleterre, en paffane
~par Lifbone ou parla France , au
choix de Sa Majesté Catholi
que; & à condition de ne point
fervir du reste de la guerre con .
tre les deux Couronnes. Le Colonel
Anglois refufa d'accepter
cette offre , quoy qu'on luy fiſt en-
Juillet 1704
.
Bb
290 MERCURE
tendre que c'eftoit lay faire grace,
purce que le Gouverneur de la.
Place avoit traité pour toute la
garnifon s'eftoit rendu à dif
cretion Lerefte de la journée &
partie de la nuit fe paßerent en
difcours depart & d'autre , ſans
que l'ont pust rien conclure ny
prendre poffeffion de la Ville. Enfin
le 26. au matin , Mr le
Marquis de Villadariass , qui
eft homme fort experimenté &
affez fevere , ayant efté obligé de
parler luy même à ce Colonel , il
commença à s'adoucire à dire
qu'il aimoit mieux fe rendre prijonnier
de guerre aprés quoy
•
GALANT 291
Mr Damezaga , Maréchal de
Camp , marcha avec des tronpes
dans la place & en prit pof
feffion. Quoy que ce détail ſoit
un peu long, j'ay crú
ne feriez pas fâché d'apprendre
Loutes ces circonstances , parce que
pareille chofe n'est peut eftre jamais
arrivée.
que vous
-On a trouvé dans la Place
*
dont
11. de
$ 21 . pieces de canon ,
fonte quifont tres belles , prefque
•point de
munitions de guerre, &
environ 900 quintaux de farines
ou de grains. La perte que
nous avons fait à ce Siege par
le feu du canon , a efté de 40 .
N
Bb ij
592 MERCURE
so. hommes tuez ou bleffeZ
de deux Officiers fubalternes,
Auff.toft que Sa MajeftéCa
tholique euft apris que l'on eftoit
maître de Caftel de - vide , l'on
commanda Mr le Marquis de
Lede , avec les deux Bataillons
Espagnols de la Brigade de Pinto
, & le Regiment de Dragons
de Campredon pour aller àttaquer
Montalvan : en arrivant
prés de la Ville, le Commandant
envoya un Officier audevant de
nos troupes , pour dire qu'il ne
vouloit point fe defendre; on l'envoya
chercher, & eftant venu
luy- même , ilremit la Ville , dans
GALANT 293
laquelle il y avoit deux Com
pagnies d'Infanterie , de maniere
que par les conqueftes que l'on a
fait jufques à prefent , l'on apris
fur les ennemis 8. Bataillons ensîers,
2. Anglois , deux Hollandois
, 4 Portugais & 18 Com2
pagnies feparées , fans qu'il nous
en air coufté 300. hommes.
L'on a apris par plufieurs let
tres , que dans la retraite que
Mr deFenffrevilli fit ily a quel
ques jours , eftant ariaqué par
toute l'armée des ennemis , ces
derniers y ont fait une perte plus
confiderable que l'on n'avoit cú
& qu'ils ont plufieurs Officiers
.
Bb iij
694 MERCURE
de confideration tuez ou bleffez.
Mrle Marquis Das minas , Ge
neral de l'armée , y a esté bleſſé
luy même d'un coup d'épée au
bras.
La Garnifon de la petite ville
de Morvan , dont le Chasteau à
la reputation d'eftre tres fort
comme il l'eft en effet par sa fituation
, eftant bâti fur la pointe
d'un Rocher qui paroit inaccef
fible , nous ayant fort incom.
modé depuis quelque temps , parl'on
eftoit obligé de paſſer ce que
d'où
à la demy portée de fufil de ce
lien , pour aller à Valencia ,
Ton tire la plus grande partie des
GALANT 295
.
fubfiftances de l'armée du Roy
,
l'on a jugé qu'aprés la prise de
Caftel de vide & de Montalvan
, l'on ne devoit pas diffeyer
un moment à le faire auta .
quer; Mr le Marquis de Villadarias
a fait pour cela ce matin
un détachement
, qui n'a en que
la peine d'y aller : car à l'apa
proche de nos troupes , le Commandant
du Chateau dans les
quel ily avoit une Compagnie
d'Infanterie Portugaife , s'est ren
du à difcretion ; & l'on a delivré
par ce moyen plufieurs Sol.
dats que la Garnison avoit fait
prifonniers , estant en maraude,
Bb iiij
296 MERCURE
ou à la queue des convois : par
la prife de ce pofte , l'on n'aurois
plus befoin d'escorte pour allerde
l'armée à Valencia, fi l'on n'eftoit
pas obligé de fe precautionner
contre les Païfans qui font armez,
& qui nous ont deja tué
quelques Soldats : l'on a fait
brûler à cause de cela quelques
villages , & l'on en dois encore
faire brûler d'autres .
Les chaleurs ont commencé
depuis quelques jours à devenir
fi exceffives , qu'il n'est pas pof
fible qu'onpuiffe demeurer encore
long- temps en campagne , parce
qu'autrement l'on rifquerois de
GALANT A
297
1
perdre tous les chevaux de la Ćavalerie
, dont plufieurs font déja
morts de la fatigue , du feu &
d'autres maladies aufquelles les
Maréchaux
ne peuvent reme
dier , par ce qu'ils ne trouvent
point en ce pays cy , ce quiferoit
neceffaire pour les guerir.
L'on vient d'aprendre que les
ennemis ont attaqué un convoy
de pain venant de la Zarza à
l'armée de Mr Ronquillo qui eft
toujours à Caftelbranco .
Monfieur le Duc de Gramont
eft arrivé ce matin en ce Campcy
, d'où Mr l'Abbé d'Eftrées fe
propofe de partir dés ce foir ou
298 MERCURE
demain, pour retourner en Fran .
ce par Madrid.
Le 28. Juin .
La continuation de la grande
chaleur ne permessant pas qu'on
puiſſe demeurer plus long- temps
en campagne , à moins de vou.
loirfair perir tous les chevaux
de la Cavalerie ; les ennemis prenant
de leur cofté des mesures pour
fe retirer dans des quartiers : Sa
Majesté Catholique a pris la refolution
de partir inceffamment
pour retourner à Madrid.
Monfieur le Prince de Tfer.
GALANT 299
claës & Mr le Marquis de Vil ·
·ladarias , refleront encore quelques
jours aux environs de Caf
tel.de.vide , avec la plus grande
partie des Troupes Espagnolles ,
pour faire transporter à Valen
cia , l'artillerie & les munitions
qui font dans ces Places ; &
Monfieur le Duc de Barvvik
repaffera au premier jour le Tage
avec ce qui refte icy de troupes
Françoifes pour allerjoindre l'armée
qui eft à Caftelbranco &
marcher enfuite du cofté de la
Caftille , poury prendre des quarliers.
On a commencé à razerles pè:
300 MERCURE
qu'on
tires villes de Niffa & Dalpál
bon , & il pourra bien arriver
on fera la méme choſe de Por
talegre de Caftel- de vide &
¿des autres villes que l'on ne voudra
pas fairi occuper par des troupes,
Fer'caure mon paquer pour
·vous dire que le dernier prøjer qai
avoit esté arresté , a efté encore
change , fur ce que Sa Majesté
Carbolique a defiré d'eftre efcor..
par des Troupes de France ,
de maniere que toutes celles qui
fe trouvent icy ne repofferunt
point le Tage , l'on doit rompre
le pont demain matin , pour
faire remonter à Alcantara , &
tée
GALANT 301
* Milord prendra la route de Vaj
lencia pour aller dans les quartiers
de rafraichiffement."
Vous avez dû remarquer
dans ces Lettres l'occafion
où Mr le Marquis das Minas
a efté bleffé. Vous avez
dû remarquer auffi avec quel.
le fincerité & quel naturel
ces Lettres font écrites ; ce
qui doit faire croire que fi
nous avions fait une perte
confiderable dans cette mê
me occafion , l'Officier dont
viennent ces nouvelles n'auroit
pas manqué d'en parler ;
302 MERCURE
•
cependant il fuffit que quels
ques corps fe foient joints ,
& qu'on ait tiré quelques
coups , pour que l'on com
pofe en Angleterre &Wen
Hollande des Relations de
Victoires chimeriques pour
abufer les peuples qui fouffrent
impatiemment la fui
te d'une guerre qui épuiſe
leurs Etats d'hommes & d'argent.
Quand ils auroient eu
quelque avantage dans l'affaire
où Mr das Minas a efté
bleffé , & dont il fe font bien
gardez de publier la bleſſure ,
ce ne doit pas eftre un fujet
1
GALANT 303
de
réjouiffances publiques &
de felicitations , puifque les
affaires vont le même train
en Portugal , & que ce qui
n'apportenul
changement
au malheur des ennemis ,
ne doit pas eftre confiderable
; mais les gens qui fe
noyent s'attachent
à tout ce
qu'ils rencontrent, quoy qu'il
ne foit pas capable de les fauver.
On a fçu depuis que Sa
Majefté Catholique eftoit
partie au point du jour le
premier de Juillet du Camp
de Niffa , & qu'elle eftoit ar
304 MERCURE
rivée le même jour à Caftel
de Vide avec toutes les trou
pes Françoiſes , & que l'Ar
mée de Mr le Prince Tfer;
claës demeura à Niſſa , en attendant
que les fourneaux
W
aufquels Mr de la Voye Ingenieur
François , faifoit tra
vailler pour faire fauter cette
Place , fuffent achevez. Mr de
Tferclaës en partit le 2. avec
toute l'Armée Espagnole , & y
laiffa Mr de la Voye avec 200.
hommes jufqu'au lendemain ,
qu'il fit jouer les fourneaux
& évacuer tout ce qui estoit
refté. Mr de Tlerclaës fit de
GALANT 305
fon coſté raler Caftel.de vide,
ainfique Portalegre,
Il arriva le 16. à Bayonne
trois cens Prifonniers des
Troupes de Fagel , avec tren ;
* te : fept Officiers. Ces Offi
ciers conviennent que les Al
liez ont perdu depuis l'ouverture
de la Campagne plus de
trois mille hommes tant Anglois
qu'Hollandois , & plus
de trois mille Portugais , qui
ont efté tuez ou bleffez , ou
qui ont deferté .
Le Mecredy 23 deJuillet, on
fit un grand Service pour feu
Fuilles 1704.
Cc
306 MERCURE
Mr l'Evêque de Meaux , dans
l'Eglife Cathedrale de cette
Ville là , ou s'eftoient renduës
beaucoup de perfonnes de
grande confideration , tant
de la parenté de cet illaftre
Prelat , que de fes amis particuliers
, dont tout le monde
fçait que le nombre eft fort
confiderable.
Mr l'Archevêque de Narbonne
y officia , affifté de
quatre Evêques ; fçavoir , de
Mr l'ancien Evêque de Condom
, de Mr l'ancien Evêque
de Tulles , de Mr l'Evêque de
Troyes , & de Mr l'Evêque
GALANT 307
d'Autun :& le R. P. de la Ruë ,
de la Compagnie de Jefus ,
prononça l'Oraifon funebre
avec un tres grand applau
diffement de toute l'Affemblée.
Ce Service a efté fait par
les foins de Mr l'Abbé Bof
fuet , neveu de Mr l'Evêque
de Meaux , Grand Vicaire &
Archidiacre de la mème Egli
fe ; lequel a rempli dignement
tout ce qu'il devoir à la
memoire de ce grand Prelat
, tant par les rajfons du
fang , que par celles de fon
attachement perfonnel & de
Cc ij
308 MERCURE
la parfaite reconnoiffance .)
Dans l'article de ma lettere
du mois dernier , où ils
eft parlé du mariage de Mr
le Marquis de Montlucavec
Madlle de Fleur , on l'a fait
defcendre de Jean de Montluc
, Evêque de Valence ,
Frere de Blaiſe de Montluc ,
Maréchal de France , cependant
il eft de la branche aînée
de ce Marêchal qui étoit
ainfi que cet Evêque Cader
de fa Maiſon. Cette illuftre
Maiſon defcend des anciens
Rois de Navarre , ainfi qu'il
paroift dans la Genealogie,
GALANT 309
1
>
On ne doit pas oublier
les Meres des deux Epoux.
Feu Madame la Marquise de
la Garde de Montluc , Marie
d'Ornano , eftoit fille de Meffire
N.... d'Ornano, Marquis
de Ste Croix , Chevalier des
Ordres du Roy , qui eftoit ?
fils d'Alphonfe d'Ornano
Maréchal de France , & Frere
de Jean - Baptiſte d'Ornano ,
auffi Maréchal de France.
Cette Maiſon , originaire d'I
talie , eft tombée en que
noüille en France. Dame Ga.
brielle de Bauvau de Fleur ,
Mere de Madame la Mara
310 MERCURE
quife de Montluc , eft de
Pilluftre Maifon de Bauvau.
Cette Dame joint à une vertu
folide , tout l'efprit & toute
la politeffe poffible.
Mr de l'Eftocq Docteur
de la Maiſon & Societé de
Sorbonne,& Profeffeur Roïal
en Theologie , mourut dans
cette Maiſon le 19. de ce
mois , âgé d'environ 80. ans.
Il eftoit Docteur depuis 48.
années , & Profeffeur depuis
35. Il eftoit le plus ancien des
Docteurs qui demeurent en
Sorbonne , ce qui luy don
moit la qualité de Senieur. I
GALANT 311
eftoit auffi Sous . Doyen de
la Faculté de Theologie , &
avoit fuccedé à la qualité de
Senieur à feu Mr le Chaellain
du , qui mourut auffi Doyen
de la même Faculté , & qui
avoit un attachement fi fincere
& une estime fi parfaite
pour Mr de l'Eftocq , qu'il
le fit fon Executeur Teftamentaire.
Mr de l'Eftocq eftoir d'Amiens
, où il avoit un Ca
nonicat : Il avoit outre cela
deux Prieurez qu'il avoit refignez
cinq jours avant fa
mort àMr l'Abbé de l'Eftocq ,
SC.
Sex
312 MERCURE
auffi Docteur de la Maifon &
Societé de Sorbonne , & fon
neveu,il l'a fait fon Legataire
univerfel , & fon Executeur
Teftamentaire. Son corps fut
porté le Dimanche vingtiéme
lendemain de fa mort à
Saint Benoift Parroiffe de la
Sorbonne , & de là rapporté
en l'Eglife de Sorbonne , où
il a efté inhumé. Mrde l'Effocq
eftoit generalement
eftimé à caufe de la douceur
de fes manieres & de la
bonté de fon coeur ; mais ce
qui redoubloit la veneration
que l'on avoit pour luy eftoic
3
l'étenduë
GALANT 313
l'étendue de fes lumieres ; la
penetration & la vivacité de
fon genie. Il eftoit profond
Theologien , & il a profeffé
cette Science jufqu'à les der
niers jours , avec une netteté
& un ordre auffi exact que
s'il n'avoit eu que 30. ans . Il
parloit fur le champ , & dans
toutes les occafions , ce qui
luy arrivoit fouvent en Sorbonne
puis qu'il en eftoit le
Senieur , avec une élegance
& une facilité merveilleufe.
Monfieur le Prince de Lor.
raine fut baptifé le 24 de Juin,
avec toutes les marques d'u-
Dd
Juillet 1704
314 MERCURE
ne joye extraordinaire
. On
tira le foir plufieurs feux d'Arrifice
, & on fit couler quan?
tité de Fontaines de vin . Les
Princes qui eftoient pour lors
à Luneville , où refide la Cour
de Lorraine , eftoient Son
Alteffe , le Prince fon fils ,
Monfieur
le Prince François
fon frere , ce dernier s'y étoit
rendu du Pont à Mouffon où
il fait fes eftudes. Mr le Prince
d'Harcourt , Monfieur le
Prince Camille , Mr le Com
te de Brionne , & Monfieur
l'Abbé de Lorraine fon frere.
Les Chevaux legers & les
GALANT 315
Gardes eftoient fous les ars
mes . Les grands Officiers de
la maifon de L.A.R. augmen
terent le nombreux Cortege
de leurs Caroffes, & portoient
chacun une partie des choſes
neceffaires à la ceremonie,
fçavoir l'eguiere , le baffin , la
ferviette , la faliere , le cierge
, &c.
Lorfque tout fut arrivé à
F'Eglife , on mit le jeune Prince
dans un Carroffe avec fa
Gouvernante & fa Nourice.
Madame l'Abbeffe de Miremont
, foeur du Prince nouveau
né qui fut la marainé
Dd ij
316 MERCURE
au nom de l'Imperatrice , fut
enfuite avertie par un He
raut ; un autre Heraut alla
en même temps avertir Mon
fieur le Comte de Brienne ,
qui devoit tenir fur les fonts
le jeune Prince , au nom du
Roy. Ils monterent dans deux
Carroffes differens , entou
rez chacun de plufieurs Gar
des à Cheval , le Sabre haur.
La ceremonie où ce Prince
fut nommé Loüis eftant finie
, on retourna au Palais au
bruit des acclamations de
vivent L. A. R.
Il y eût le foir un magnij
GALANT 317
fique repas : Il y avoit une
table de 24. couverts , où
leurs Alteffes , tous les Prin
ces , & les principales Dames
de la Cour prirent place .
Il y eût encore dautres
tables , où plus de
fix vingt perfonnes furent
placées ; ces tables furent
fervies avec autant de profu
fion que de delicate ffe. 11 y
a peu de Cours où les cere
monies , & les Festes publiques
foient plus éclatantes
qu'en Lorraine.
Mr le Marquis de Torcy
a donné un foupé magnifi
Dd iij
318 MERCURE
que à Monſeigneur
le Duc
de Bourgogne
, & à Monfeigneur
le Duc de Berry ;
Ceux qui eurent l'honneur
de fouper avec ces Princes ,
font Madame, la Marêchale
de Coeuvres
Me de Mailly ,
Me de Torcy , Me de la Vril
liere , Me d'O . Me de Vil
lacerf, & Mrs les Marquis
de Razilly & de Torcy . La
Compagnie
fe divertit tresagréablement
pendantle foun
pé , qui dura deux heures ,
pendant lesquelles la Mufis
que fe fit entendre à diverſes
repriſes.
GALANT 319
La mort de Mr d'Herbigni
ayant fait vaquer l'Intendance
de Rouen , elle a efté don
née à Mr Sanfon , Intendanc
de Soiffons , & cy. devant Intendant
de Montauban , ce
qui fait voir que le Roy a
efté tres fatisfait des fervices
qu'il a rendus à S. M. dans
ces deux premieres Intendances
, auffi doit on avoüer
qu'il a beaucoup de penetration
dans les affaires , &
on afouvent vû , que les plus
difficiles & les plus épineufes
ne l'ont pas embarraffé . Ileft
d'une des plus nobles & des
Dd iiij
320 MERCURE
plus anciennes maiſons de
Picardie. Il a épousé N.....
de Maupeou , niéce de Mas
dame la Chanceliere.
Mr le Fevre d'Ormeffon
a efté nommé pour remplir
l'Intendance de Soiffons . Ila
efté cy devant Intendant à
Rouen , & il l'eftoit en Auvergne
, lors de cette nomi
nation , qui luy fait d'autant
plus de plaifir que le lieu de
fa refidence fera plus proche
de Paris . Il eft frere de Mr
d'Ormeſſon , mort Intendant
à Lyon . qui n'a eu d'enfans
que Mr d'Ormeffon , Con
GALANT 321
feiller aux Requeſtes du Pa
Jais , & Me la Procureufe generale.
On trouve la Genea
logie de la maifon de le Fevre
d'Ormeifon à la fin des
Ouvrages de Mr le Laboureur
, & dans la vie de Saint
François de Paule , compofée
par le P. Giry , parceque
cette mailon a l'honneur d'ê
tre alliée à Saint François de
Paule. La famille des le Fe
vre eft diftinguée dans la
Robbe depuis plus de deux
cens ans. Un Prefident d'Or
meffon avoit épousé la niéce
du Garde des Sceaux de
322 MERCURE
Morvilliers , Evêque d'Orleans
; il eût trois fils , laîné
fut pourvû d'une Charge de
Prefident en la Chambre des
Comptes à Paris , & eût la
terre d'Eaubonne: Le ſecond
fur Maitre des Requeſtes, il
cft mort Doyen des Confeillers
d'Etat , & eût la terre
d'Ormeflon: Le troifiéme fuc
Prefident aux Requeftes du
Palais , & eût la terre de Lezeau
, teft mort auffi Doyen
des Confeillers d'Etat. Mr
d'Ormeffon , qui vient d'être
nommé à l'intendance de
Soiffons , a épousé mlle N…………
GALANT 323
le Fevre de la Barre , foeur de
Me la Prefidente de Quincy;
elles font iffuës de Germain
de Madame de Chamil.
lart. Ces deux Dames font
d'un merite reconnu.
Mr le Blanc a efté nommé
par le Roy à l'Intendance
d'Auvergne qu'avoitмr d'Or ,
meflon , il eft fils de feu mr
le Blanc Maitre des Requê
tes , & qui avoit eſté nommé
à l'Ambaffade de Conftantinople
, où fon indifpofition
l'empécha d'aller , & de feuë
Dame N.... de Bezons four
de feu Mr de Bezons Con
324 MERCURE
feiller d'Etat ordinaire , &
Intendant de la Generalité de
Bordeaux , de Mмr l'Archevê
que de Bordeaux , cy devant
Evêque d'Aire , & de мr le
Comte de Bezons , Gouver
neur de Gravelines , & Lieutenant
general des Armées
du Roy. Mr le Blanc a deux
freres , dont l'un qui a quitté
l'Etat
Ecclefiaftique , eft à
prefent dans le fervice , &
l'autre eft Chanoine regulier
de Saint Victor ; c'est un
homme d'une grande erudition.
Il eftoit impoffible de
choifir un meilleur fujet que
GALANT 325
Mr le Blanc pour remplir l'In
tendance d'Auvergne. Il n'y
a pas deux voix là deffus . Mr
le Blanc a tout le fçavoir &
toute politeffe imaginable ,
& il n'y a aucune bonne qualité
qu'il ne poffede. C'eſt le
fentiment de tous ceux qui
le connoiffent , ainfi je ne
vous en dis rien , parce que
j'aurois trop de choſes à vous
en dire.
Mr le Marquis de Chamil
lart , fils de Mr de Chamillart
Miniftre & Secretaire d'Etat,
foutint au College d'Harcourt
des Thefes fur toute la
326 MERCURE
Philofophie , le Vendredy
25. de Juillet , quoi qu'il n'ait
commencé la Philofophie
que depuis un an ; ainſi il a
fait dans l'efpace de neuf ou
dix mois ce que d'autres ne
font qu'en deux années . Mr
d'Agoumer prefidoit dans
cette action . Mrs les Abbez
de Guimené & d'Harcourt , мr
leCommandeurde Beringhen
& Mr le Marquis de Beuffe
ville , Penfionnaires de ce
College diftribuerent les
Theſes. Mr le Blond , Profeffeur
de Philofophie au Col
lege de la Marche les ouvrit
GALANT 327
Aprés avoir fait un difcours
auffi délicat qu'éloquent à la
gloire de Mr le Chamillare
& du jeune Soutenant , il argumenta
fur le mouvement
des efprits animaux , & tâcha
de prouver que le Syfteme
commun des Philofophes
eftoit fuffifant pour l'expliquer
; à peine avoit il fait
deux ou trois Syllogifmes
qu'il vit entrer S A. S. Mon
fieur le Prince. Le Soutenant.
reprit l'Argument ; enfuite
Mr Guenon ancien Profeffeur
,qui a eu l'honneur d'être
Profs fleur de Philofophie de
·
328 MERCURE
Mr de Chamillart , Pere du
Soutenant , difputa fur la cau.
fe du flux & du reflux de la
Mer. Mr l'Abbé Molé argumenta
aprés Mr Guenon : Il
tâcha de prouver que l'homme
n'a point de fubftance
fpirituelle differente du corps ,
& qu'on peut expliquer tou
tes les fonctions par la machine.
Le Soutenant donna
les folutions aux argumens de
Mr l'Abbé Molé avec une pre
fence d'efprit & une capacité
furprenante. Mr Sauvage ,
Profeffeur de Philoſophie au
College de Navarre argu
GÁLANT 329
menta enfuite fur le mouvement
de la terre , & s'attacha
à combattre le Syſteme de
Copernic, que мr d'Agoumer
a admis dans fa Philofophie.
Le Soutenant continua de fe
faire admirer par fes réponſes
dans cette occafion . Mr Cheron
, Profeffeur de Philofophie
au College du Cardinal
le Moine , argumenta aprés
Mr Sauvage : il attaqua un
principe de Mr Descartes fur
la pefanteur , dont Mr d'Agoumer
foutient l'opinion ,
& s'efforça de faire connoître
que les tourbillons Cartefiens
Fuilles 1704.
Ee
330
MERCURE
ne peuvent
fe foutenir
. Me
le Marquis
de Chamillart
fic
une tres-belle deſcription
de
la maniere
dont ces tourbil
.
lons ont été formez
, en prou
vant que chaque
étoille
occupe
le centre
d'un tourbillon
,
& que les Planettes
font emportées
par la matiere
cele
fte , autour
de fes Soleils
. II
donna
avec une grande
facilité
la folution
aux difficultez
de Mr Cheron
, & l'on peut
dire qu'il fe furpaffa
dans cer
argument
qui fut le dernier
.
Le Soutenant
avoit commen
cé l'action
par une harangue
GALANT 331
qu'il prononça avec beaucoup
de grace , il marqua par
cette harangue qu'il feroic
plein de reconnoiſſance
pour
I'Univerfité de Paris , pour le
College d'Harcourt & pour
fes Maîtres , & qu'il n'avoit
entrepris dans une année ſon
cours dePhilofophie que pour
obéir aux ordres de Mr fon
Pere. On peut dire que l'Aflemblée
fut composée de tour
ce que la France a de plus
diftingué. Il y avoit deux
Princes du Sang , trois Cardinaux
, les 2.Nonces de S. S.
tous les Archevêques , Evê-
Ee ij
332 MERCURE
ques , Ducs , Pairs , Maré
chaux de France , Chevaliers
des Ordres du Roy , Secretaires
d'Etat , & generalement toutes
les Perfonnes élevées par
leur naiffance , ou illuftrées
par leurs grands emplois ,
qui estoient alors à la Cour, ou
à Paris. Le Parlement s'y trou
va en corps , & l'on y compta
tous les Prefidens à Mortier
qui font au nombre de neuf.
Je ne dis rien des autres .
Cours , tous ceux qui les compofent
s'eftant empreffez
d'affifter à cette action. Mr
de Chamillart
& Mr le Duc
GALANT 333
de Lauzun
accompagnez de
plufieurs Parens de Mr & de
Me de Chamillart
en firent
les honneurs .
On diftribua de trois for
tes de Vers dans l'Affemblée .
Les premiers eftoient de Mr
Grenan , Regent de feconde
au College d'Harcourt. Les
feconds eftoient de la com
pofition de Mr des Authieux,
Regent de la Troifiéme dans
le même College ; & les derniers
contenoient une Ode
Françoife , faite à l'imitation
de ceux de Mrdes Authieux :
Vous jugez bien que tous ces
334 MERCURE
Ouvrages eftoient à la gloire
de Mr de Chamillart , & du
jeune Soutenant. Je ne dis
rien de мr de Chamillart , la
maniere dont il remplit deux
des plus penibles emplois de
l'Etat , parlent affez pour luy.
Quant à Mr le Marquis de
Chamillart , fon fils , qui n'eſt
encore connu que dans les
lieux où il a étudié , je puis
yous affurer que le bien qu'on
y dit de luy , paffe toute imagination.
Ilatoute la douceur
de Mr de Chamillart , fon
Pere , il est bien faifant , prés
venant, honnefte , affable , it
GALANT 335
a le meilleur coeur du monde,
la memoire la plus heureuſe,
Il conçoit fac lement , il a
beaucoup de penetration , &
le plus grand travail ne le re
bute point , ce qui ſe juſtifie
par l'action qu'il vient de tar
re , en foutenant des Thefes
au bout d'une feule année de
Philofophic , pendant laquel
le il n'a point cellé d'étudier
tous les jours avec plufieurs
Maiftres qui luy ont appris
tout ce que doivent fçavoir
ceux qui font une grande fi
gure dans le monde. Je ne
parle point icy de moi- même,
336 MERCURE
& je ne cherche point à faire
un éloge je rapporte feulement
des faits qui prouvent
ce que j'avance , & je ne par.
le qu'aprés tout le College
d'Harcourt qui m'en a dic
cent fois plus que n'en contient
ce que vous venez
de lire , & où l'on ne ceffe
point de faire retentir les
loüanges de ce jeune Mar
quis , qui a toûjours oublié
ce qu'il eftoit avec tous ceux
qui étudioient avec luy ,
avec teſquels il a vécu de la
maniere du monde la plus
aifée ; de forte qu'il eft extres
mement
"GALANT 337
mement regretté dans ce College
, dont il ſemble avoir
emporté toute la joye , en le
quittant ; cependant on y
doit en quelque façon eftre
confolé , ce Marquis ayant
témoigné par les expreflions
les plus vives qu'il n'oubliroit
jamais ni ce College ni ceux
qu'il a crâ dignes d'eftre au
rang de fes amis . Il accom .
modoit tous ceux qui avoient
des démeflez : il confoloit
tous ceux qui avoient des
chagrins : il interce doit pour
ceux qui s'eftoient malheu,
reuſement attirez quelques
Fuilles 1794.
Ff
338 MERCURE
affaires , & donnoit ſouvent̃
& à propos des marques de
fa liberalité. Quoy qu'il doi
ve la plus grande partie de
toutes ces chofes au fang ;
dont il eft forti , il ne laiffe
pas de devoir beaucoup à
Mr l'Abbé Malherbe , qui a
eu foin de fon éducation. Ce
qu'il y a de furprenant eft
que ce jeune marquis n'a en ,
core que quinze ans.
Les Vers qui fuivent vous
doivent faire juger de la beau
de l'Original latin.
GALANT 339
A MONSIEUR
LE
MARQUIS
DE
CHAMILLART ,
Soûtenant fes Thefes generales
de Philofophie au College
d'Harcour.
ODE ,
A l'imitation des vers Latins de
M. des Authieux , Profefleur
du même College .
Vons ! de toute la Jeuneffe
L'Ornement le plus achevé ,
Qui , dans ces beaux lieux élevé ,
Fites voir tant de politeffe ;
Par quel miracle avez vous pù ;
Sans jamais ceffer d'ètre où ,
Ff ij
34° MERCURE
Parcourir toute la Nature ?{
Au travers de l'épaiffe nait
Qui couvre la verite pure,
Quel Dieu vous a fi bien conduit
ST
T
Ah! teft la Sageffe elle - même ,
Qui vous a fans doute éclairé,~
Qui vous a toujours inſpirėvisada
L'amour de la Vertu fuprême ;
C'est elle qui dans votre coeur ,
Verfe cette fainte liqueur ,
Qui forme les ames bien nées ,
Et qui vous deftinant fon prix ?
Joint à la fleur de vos années ,
La prudence des cheveux gris .
Votre esprit n'attend point l'Aus
3sontomnes
Pour voir tous fes beaux fruits
६ meurir ,
Lors qu'on voit les autres fleurir ,
GALANT 341
Ze votre heureuſement moiffonne
LeTemps qui cherche à nous tromper
,
A beau vouloir vous échaper ,
Vous fçavez fixer fa viteſſe ;
Et malgré fes amusemens,
Par l'ordre de votre fageffe ,v
Mettre à profit tous les momens
S
Tout ce qu'ont pris le foin d'écrire,
Tant & de fifameux Auteurs ,
Soit pour former les belles moeurs,
Soit fur le bel Art du bien dire
Tous ces beaux endroits à citer.
Ces faits qu'on devroit imiter , 1
-Monumens facrez de l'Histoire
Ce font-là vos rares trefors
Qu'une heureufe & prompte memoire
Produit , quand ilfaut , au dehors .
Cet amas de tant de lumières
3
2
Ff iij
342 MERCURE
Prémices de tous vos travaux ,
Jufques aux Poftes les plus hauts
Vous ouvroit un ample carriere;
Pouffé par votre propre Sang
Vous pouviez jufqu'au plus haut
rang ,
Aller joindre un illuftre Pere ,
Mais votre esprit mieux informe
N'ofe approcher du Miniftere
Qu'en Philofophe confommé.
S
Dans un an de Philofophie
Vous avez fait plus de progrés ,
Plus developpé de fecrets ,
Que d'autres dans toute leur vies
Vous avez d'un vol curieux
Penetré la Terre & les Cieux ,
Connu cette Machine entière ,
Tous ces tourbillons éclattans ;
Et dans Dieu , la Caufe premiere ,
Et du Mouvement & du Temps .
GALANT
343
S
A ces connoiffances fublimes ,
Où vostre ame a feù fe porter,
L'on vous voit fans ceffe ajouter
Les plus importantes maximes
La Morale n'a point de loix ,
Dont vous n'ayezfait un beau choix,
Pour enrichir votre mémoire. Se
Un jour avec cet appareila B
Voftre Pere fe fera gloire
Detrouver en vous fon pareil.
Armé d'une audace héroïque
Et plein de ce profondfçavoir ,
Vous venez nous enfaire voir
En ce jour la preuve publique.
Vous venez foutenir les coups.
De mille rivaux contre vous ;
Vos réponses promptes & nettes,
Reduifent leurs efforts en vain ,
Et font même à tous ces Athletes
F f iiij
344 MERCURE
Tomber les armes de la main .
S
Tranſporté d'amour & de zelle
Aprés tant d'applaudiffemens ,
Allez goûter quelques momens
De la tendreffe Paternelley
Allez nous prefenter aux yeux
De ce Miniftre glorieux , the 15
Et foumis dans vostre victoires S
Allez même dés aujourd'hui , pestortad
Lui rendre hommage d'une gloire
Qui vous rendfi digne de lui.
S
Dans ce Rang augufte &fublime,
Où fon merite la porté ,
Regardez moins fa Dignité ,
Que cette Vertu qui l'anime.
Cette affabilitéfans fard ,
Cet Art qui n'affecte point l'Art M
Dans ce qu'il dit , dans ce qu'il
pense ;
GALANT 345
Qui toujours par unjufte poids ,
Sçait mefurer la recompenfe ,
Etfait déterminerfon choix,
Cette prudence confommée,
Qui pourvoit à tous les befoins ;
Et quifoutient les deuxgrands foins,
Et de l'Epargne & de l'Armée ;
Quigardant le calme au dedans
Entretient lesfruits abondans.
En tant de Provinces entières
Et qui , malgré cent Nations
Porte au de-là de nos Frontiéres
La terreur de nos légions .
R
C'eft fur ces glorieufes marques .
Que vous devez enfin marcher,
Pour eftre digne d'approcher
Du plus Grand de tous les Monarques:
De ce Roy , par tout admiré,
346 MERCURE
Auli cheri que reverés
Grand dans la Paix , grand dans
la Guerre
L'appui du Trône & des Autels
Qui feul merite fur la Terre
Un rang parmi les Immortels.
S
Contemplez cet augufte Maifre ,
Si vous pouvezle voir deprés , m
Vous en apprendrez lesfecrets : 754
De l' Art que vous voulez connoitres
Cet efprit de bien projetter,
Celui de bien exécuter ,
Et celui de fçavoir ſe taire .
Par là , dans ce fuprême Emploi ,
Vous pourrez imiter un Pere , an
Et bienfervir un fi grand Roy.
Je nerecommencerai point
icy à vous donner un détail
dans les formes de ce qui s'eft
GALANT T
347
paffé à l'attaque des retranchemens
de Donawert ; les
parties conviennent de trois
attaques données , & que мr
le Comte d'Arco ne refolut
defe retirer qu'aprés la troifié!
me , je feray voir feulement
par une infinité de circon
ftances , qui feront fenfibles
à tout le monde , le ridicule
des Alliez en regardant ce
qui s'eſt paffé dans ces atta
ques , comme autant d'ac
tions qui les couvrent de
gloire , en s'attribuant une
victoire , & la celebrant par
des chants d'allegreſſe , lorf348
MERCURE
que tout eft en pleurs & en
deüil chez eux pour la perte
d'un grand nombre de leurs
troupes , & encore plus d'u
ne grande quantité d'Offi
ciers , dont pluſieurs font
de Maiſons Souveraines : mais
on ne doit pas s'étonner s'ils
tiennent ce langage puis
qu'il n'y a jamais eu d'actions
dont ils ne fe foient attribué
l'avantage , & pour lefquek
les ils n'ayent fait chanter le
Te Deum , on doit le fouve
nir encore de ceux qu'ils ont
fait chanter pour le gain de la
Bataille de Luzzara , & pour
,
GALANT 349
celuy du Combat d'Eckeren
Il faut leur pardonner, ils n'en
ufent ainfi que pour empêcher
que leurs peuples ne fe
foûlevent , ou ne fe decou
ragent tellement qu'ils foient
obligez à faire la paix , ce
que craignent ceux qui font
en place , parce qu'ils profi
tent des defordres de la guer
re ; ils ne laiſſent pas de de.
meurer d'accord de tour ,
lorfque l'orage eft calmé,
mais en l'avoüant ils repaifa
fent les peuples de fumée ,
en leur faifant voir , pour en
tirer de l'argent que la
350 MERCURE
France eft fur le point d'être
accablée , & qu'elle ne put
refifter à tant d'ennemis , cependant
la gloire que ces
Alliez attribuoient pour
avoir pris les retranchemens
de Donawert , paroiffoit fi
vifiblement fauffe , lors qu'on
entendoit dire en même
temps , & qu'on ne pou
voit cacher qu'une poignée
d'hommes avoit battu un
monde de troupes , tué près
de 6000, hommes , bleffé environ
8000, tué ou bleffé à
mort plufieurs Officiers Gehuit
Colonels , &
neraux
GALANT
351
10.
Lieutenans
Colonels , tour
cela , dis je ,
frappoit tellement
l'imagination , que le
Penfionnaire de
Hollande ,
oubliant la
Politique ordinaire
aux Alliez , ne put
s'empêcher de dire , bon ! fi
Milord attaquoit encore deux
autres
retranchemens , avec un
pareilfuccés , nous n'aurions plus
d'Armée.
Cependant , la poli
tique reprenant le deffus , on
trouva à propos de faire imprimer
la Lettre de Milord
Malborough , &
d'en
retrancherles
endroits qui
parloient
des morts & des bleffez . Rien
352 MERCURE
4
de plus ridicule , & cepens
Adant rien de plus neceffaire
pour arrefter les premiers
mouvemens du peuple. Mal.
borough n'avoit point de
guifé la verité touchant le
nombre des morts & des
bleffez , & on fçût quelque
temps aprés , qu'il avoit écrit
en Angleterre avec la même
franchife , ayant mandé, qu'il
y avoit eu cing Bataillons Ang
glois entierement ruineZ ↳ entr'autres
celui des Gardes
d'Ocknai , & qu'il n'étoit resté
à chacun que trois on quaire Officiers
; ce qui fut caufe que
GALANT 353
quelques Anglois dirent , que
les vainqueurs feroient jaloux de
* la gloire des vaincus . Et ce qui
prouve la verité de cette perteeft
qu'on choifit 1500 hom .
mes d'élite parmi les troupes
Angloiſes , & autant parmi
celles de Hollande pour remplacer
les bonnes troupes que
Ton a perduës ; ils publient
neantmoins eux mêmesqu'ils ,
ontattaquélesretranchemens
3
- de Donawert avec 186. Efcadrons,
& 76 Bataillons . Often .
tation ridicule , & qui les
doit couvrir de honte , lors
qu'ils font monter les Fran-
Juillet 1704.
Gg
•
354 MERCURE
çois & les Bavarois à une fi
petite poignée de monde ,
qu'ils auroient dû d'abord
eftre faifis de frayeur , & avoir
pris la foite fans avoir ofé
tirer un feul coups cependant
avec
tant de troupes il
faut qu'ils ayent eſté bien
battus , puis qu'ils ont èfté
repouffez trois fois . Le nombre
des Generaux , & des
Colonels qu'ils ont perdus ,
eft une feconde preuve de
leur perte , ayant beaucoup
moins de Colonels & d'Offi
ciers fubalternes que nous ,
quoy que leurs Regimens
GALANT 355
foient beaucoup plus forts
que les nostres , auffi affureton
que les Soldats rebuatcz
, & ne voulant plus don
ner ,les Officiers furent oblig
gez de fem de fe mettre à leur tête,
cleft ce qui a caufé cette grandej
tuérie d'Officiers. Milord
Marlborough ne voulut point
luy même charger du cofté
des François , & la peur luy
fit oublier qu'il avoit dit à
Mayence , à la Table de l'E
lecteur , qu'il alloit apprendre
aux Allemans à vaincre les
François : Si la poudre n'eût
point manqué à Mr d'Arco,
Gg ij
356 MERCURE
il ne fe feroit pas retiré ; on
n'a point efté forcé puifque
les ennemis ne font encrezat
que le 3 dans les retranche
mens , fçavoir le lendemains
de l'attaque. Les ennemis s
n'ont pas pris un Drapeausni
un Etendart & on a faitcinq
cent Prifonniers , fans qu'il ve
nous ayent pris un feul hom
me. A propos de ces Priſon
niers , je crois devoir mettre
icy l'extrait d'une Lettre d'un
Capitaine du Regiment de
Navarre qui eft dans l'armée
de Monfieur le Maréchal de
Tallard , elle eft du 16. Juillet.
GALANT 357 €
Monfieur l'Electeur de Baviere
alen voyé un détachement
de 8000 Chevaux à nôtre Gene… !
ral, ce détachement eft resté à Ulm F
fur la nouvelle faußse que le Prince
Eugene eftoit campé dans le
trajet de cette Ville à Nous , Leth
Commandant de cette Troupe a
pris le parti là deẞus de hazarder
so. Dragons fous les ordres d'un
Capitaine de Liftenois pour aps
porter les dépêches de Monfieur
l'Electeur à notre General, Cet
Officier nous a dit qu'il a laiffé
Monfieur l'Electeur de Baviere
à so, lieues de nous , campé fous
Aufbourg, dans le Camp où fe
358 MERCURE
poſta le Prince Louis , lorfqu'il
s'empara de cette Ville , qui eſt un
des plus forts de l'Allemagne :
qu'il s'y eftoit retiré aprés l'af.
faire de Donavvert , plus en rouë
de s'approcher de fes vivres, que
par aucune contrainte de la part
´de l'ennemy 'quisa acheté cherement
la Victoire qu'il dit avoir
remportée aux retranchemens de
Donavvers , qui estoient gardiz
par 16. Bataillons , dont 11 Ba.
Varois , &5. François , fçavoir
denx de Nettancourt , une de
Toulouse , un de Bearn ,
de Nivernois fous les ordres du
General, Comted Arco. Ce corps
un
GALANT 359
de troupes a foutenu , dans des
retranchemens imparfaits , tour
l'effort de l'élite des troupes Angloifes
& Imperiales animées par
Lexemple intrepide de leurs Gene.
raux , qui certainement ont fait
des chofes furprenantes pour les
-encourager ; ils n'ont cependant
pú empefcher qu'elles n'ayent efté
repouffées trois fois & qu'an ne
leur ait tué plus de 6000.hom_
mes ; aprés quoy les nôtres fe
font retirez de leurs retranchemens
qui ont plustoft efté abang
donnez que force , pourſe jetter
en tres bon ordre dans Donavvertoù
ils ont mis le few,
260 MERCURE
auffi bien qu'au Pontfur le Da?
nube, aprés avoir retiré de cette
Ville le canon qui y eftoit . Mr.
de Lée , Maréchal de Camp a
acquis beaucoup de reputation
dans cette retraite , & les Troupes
beaucoup de gloirefans avoir
fait prefque de perse , puiſque
nous n'y avons perda que 1200 .
bommes , parmy lefquels eft le
Frere du Comte d'Arco : Mr
de Neitancourt a efté bleſſé dan
gereufement auſſi bien ・que les
deux Liftenois. Il ne faut pas
encore oublier un avantage confiderable
que nous y avons remporté,
en faisant soo. Prifon-
·
niers
GALANT 361
-
miers , fans que les ennemis en
ayent fait un feulfur nous ; Mr
le Prince Louis a écrit une Let2
tre à Monfieur l'Electeur pour,
les repeter , il la finis en luy di
fant , qu'il ne luy eft pas mal
aifé d'acquerir de la gloire ,
eftant à la tefte d'auffi brayes
Troupes , mais qu'il ne
peut s'empêcher de luy a
vouer qu'il ne fe feroitjamais
attendu d'eftrebleffé par elles
fondé fur l'amitié qui a toû
jours efté entre luy & Son Alteffe
Electorale ; fa bleffure est
affez legere , quoy que d'un coup
defeu au talon , celles des Comtes
Juillet 1704.
Hh
362 MERCURE
de Thangen, de Frize , de Stirus
& de beaucoup d'autres de leur
Officiers Generaux
le font d'as
dantage. Il y en a 11. bleſſez
& 4 tuez, parmi lesquelsfont
le General Goor le Frere de
Milord Marlborongb
. 2003
Je dois ajouter aux louan .
ges que le Prince de Bade ,
donne aux troupes qui ont
deffendu
les retranchemens
de Donavvert ainfi que
vous avez dû le remarquer
dans ce que vous venez de
lire , que tous les Generaux
& tous les Officiers des en→
nemis leur ont rendu la mê
UGALANT 363
me juſtice , & que leurs lertres
font toutes remplies des
mêmes louanges ; tant il eft
vray qu'une veritable valeur
fe fair toûjours remarquer
& eftimer, fur tout parmy les
gens de
ne, Londres & la Haye , ne
leur ont pas rendu la même
juſtice , la politique a prévalu
dans cette occafion .
Cependant tout retentit des
louanges que l'on donne à
Mr de Lée , ce Marêchal
de Camp voyant que la retraite
eftoit refolue , fic un
difcours auffi court que vif
guerre ; & G Vien-
Hh ij
364 MERCURE
à cinq Bataillons , dont trois
eftoient François , il leur reprefenta
la gloire immortelle
, dont s'eftoit couvert à
Rocroy le Comte de Fontaine
. Perfonne n'ignore que
l'Infanterie qu'il commandoit
& dont il avoit formé
une efpece de gros Batails
lon perit , fans qu'aucun foldat
euft quitté fon rang , Mr
de Lée forma de même un
gros Bataillon des cinq , dont
je viens de vous parler , ilavança
avec ce Bataillon à
qui chacun fembloit porter
refpect fans ofer l'attaquers
GALANT 365
ce Bataillon felon les termes
de la Lettre qui en parle
paroiffoit comme une montagne
roulante , dont chacun
s'écartoit , craignant d'en ef
tre accablé , il fit soo , pria
fonniers , reprit trois pieces
de canon & fe retira à Neu
bourg Quoy que toutes les
lettres n'entrent pas dans le
même détail ,elles donnent de
fi grandes louanges à Mr de
Lée, qu'il n'y a point à douter.
quele fait que je viens de vous
rapporter ne foit conftant.
Mr d'Arco fit auffi une tresbelle
retraite dans Donav
Hh iij
366 MERCURE
vert , & l'on peut dire que
les ennemis font demeurez
immobiles en voyant de fi
belles retraites. Ce n'eft point
ce qui s'appelle eſtre forcé ,
on n'eft point forcé quand
on n'eft point pourſuivi l'éq
pée dans les reins , & qu'on
prend le party de ſe retirer ,
parce qu'il faut que toft ou
tard , la multitude l'emporte
fur le petit nombre & que
l'on manque des chofes ne--
ceffaires pour une plus lon
gue deffenfe ; la poudre man
quoit , ainfi que j'ay déja dit,
on avoit affez tiré , tué &
GALANT 367-
bleffé d'ennemis , pour qu'el,
Je fut épuisée. Les vain
queurs devoient en le retirant
tomber de laffitude ,
caufe du grand nombre de
coups qu'ils avoient portez
ou tirez , de maniere qu'en
laiffant des montagnes de
morts aux ennemis , ils leur infpiroient
encore de la frayeur
& de l'admiration . Enfin , il
eft conftant que bien que les
ennemis fe vantent à Vienne ,
à Londres & à la Haye d'a ,
voir remporté un grand avantage
; ils ne voudroient
pas en remporter fouvent de
Hh iiij
F
368 MERCURE
pareils , qu'ils font tres conf
ternez de ce qui s'eft paffé ,
& qu'il faut bien des années
pour reparer la perte des Ge
neraux d'armée , des Officiers
Generaux , des anciens Colonels
& de l'elite de leurs
vieilles troupes qui ont peri
dans les trois attaques des
retranchemens de Donnav
vert ; une Lettre écrite au
Prince Eugene par le Major
General des Allemands qui
font dans cette Place , & qui
a efté interceptées
, porte ,
qu'on a conduit à Nortlingue
mille de leurs bleffez , qu'on
"
GALANT 369
y actranfporte les corps des
Generaux Goor & Benheim ,
querle Comte de Stirum eft
mort de fes bleffures , & que
le Prince hereditaire de Heffe
eft forthens danger. Quant
aux mille bleffez , le nombre
eft grand pour une feule Ville ,
& l'on voit par là que les
morts & les bleffez peuvent
eftre en auffi grande quand
tité que l'on a dit ; & ce qu'il
ya de facheux pour eux , eft
que les Allemands n'ayant
jamais d'hôpitaux dans leurs
armées ; il faut neceffaires
ment qu'il en meure la plu
370 MERCURE
part , lorfque ces bleffez fe
trouvent en grande quantité
à la fois , & c'est ce qui vient
d'arriver. Ce qu'il y a de fur.
prenant eft que nous n'avons
eu que 3 ou 4 perſonnes de
diftnction tuées ou bleffées
quoy que toutes nos troupes
ayent dû aller inceflamment
à la charge & demeurer expofées
pendant tout le Com
bat , fans quoy un fi petic
nombre n'auroit pû refifter
à une armée formidable &
dix fois plus nombreuſe . On
donne de grandes louanges
?
à мr le Chevalier de Mon
4
GALANT 37
२
tendre , qui s'est fort diftin
guém de Netiancourt ,
Mes de Liftenois & мr le Che
valier de Pugey , Lieutenant
Colonel des Dragons de Fona
boifard , qui a efté tué dans
cette occafion fe font aufft
fort diftinguez . Mr l'Abbé
de Liftenois ayant demandé
au Roy , le Regiment de Lif
tenois pour le Cadet de fes
neveux , qui n'a qu'une contufion
, en cas que l'aîné mouruft
, ce Prince a repondu
qu'il en feroit bien fâché , &
que tant qu'ily auroit des Lif
tongis en vie , ils auroient 1on-
•
372 MERCURE
jours ce Regiment.
Je vous envoye une Lifte
des morts & des bleflés , ti
rée d'une Lettre écrite de
l'armée du Prince de Bade ,
Vous y trouverés peur eftre
quelques noms eftropiez par
ce que la Lettre n'eftoit pas
aifée à lire.
LISTE DES BLESSEZ.
Le Prince Loüis de Bade, au
pied.
LePrince Hereditaire de Caffel
.
Le Prince Alexandre de Wir
GALANT 373
temberg , au pied .
Le Comte de Furftemberg ,
au bas ventre.
Le Comte de Thungen , a
la main.2
C
Le Comte de Frize, à l'épaule.
Le General Woytvald.
Le Colonel Bettandorff
Commandant des Grenadiers
, au corps.
Le Sicur Walt , Meftre de
Camp .
Le Sieur Furneft , Lieutenant
Colonel.
-Le Sieur Wilkiert , General
Major.
374 MERCURE
LISTE DES MORTS.
Le General Goor.
Le Comte de Stirum .
Le General Major Benheim.
Le Brigadier Fond.
Le General Wolfim.
Le Prince de Bevinrem , de
la Maifon de Wolfembutel.
J'ay laiffé dans ma derniere
Lettre Monfieur le Grand
Prieur , maître de Figarolo
fans vousrien dire davantage.
Voicy.de quelle maniere
cePrince en a écrit luy même.
GALANT ि
375
Au Camp de Quadrelle
27 de 24. Juin 1704.
ا و
Il y a dix jours que felonies
volontez du Pape , je fis fortir
de fes Eftars , les Troupes des
deux Couronnes , & bien que le
Cardinal Aftalli , exft des ordres
précis de Sa Sainteté d'excommunier
l'armée qui defobéïroit
, de joindre fes Troupes
avec l'autre pour chaßser la dé
fobéiffante de fes Eftats , ce Car
dinal a agi avec tant de lenieur
que les ennemis eftoient encore
hier dans leurs mêmes poftes ;
Celle Eminence & les Generaux
376 MERCURE
du Pape , m'affurant toujours
qu'ilsen alloient fortir ; mais com .
me le temps s'écoulait fans que je
wiffe leffet de leurs promeffes ,
J'envoyay hier au foir chercher le
General Paulucci , auquel je dis
que j'allois faire attaquer Fis
garolo , & que puiſqu'il ne
vouloir ppas unir les Troupes
aux nôtres , il eftoit le Maître
, mais que je le priois de
leur envoyer dire par un de
de fes Officiers de le retirer
afin de luy montrer les égards
que j'avois pour Sa Sainreté.
Cela a efté exécuté une heure avant
le jour , ma petite Flotte
GALANT 377
conduitepar le Chevalier de l'Aus
beſpin , fur laquelle eftoit Ca.
drieux , avec 300. Grenadiers
& soo. Hommes de pied choi
fis , a abordé heureuſement à Fi¬
garolo, qu'ils ont emporté fans
nulle refiftance , & ils ont pris les
équipages de quelques Officiers &
fait une trentaine de Prifonniers;
c'est un miracle que Visconti n'air .
pas efté pris ; dés que ce premier
débarquement a esté fair ; Le
Chevalier de l'Aubefpin , en
deux voyages , a paffé le reste de
7. Bataillons que je faifois tenir
fur le bord de l'eau , pourfoutenir
la premiere attaque , ilsyfons
Juillet 1704.
li
378 MERCURE
actuellement , & le poste eft fi
bon que je ne crains pas que l'ar_
mée des ennemis les y vienne cher
cher. Fattends dix Efcadrons,
& cing Bataillons du Camp de
Serravalle , que je feray paffer
fur trois Ponts volants , quej'ay
icy ,
li bien que fix E
du refte de l'armée de Mr Saint
Fremont , après quoyjiray chercombattre
l'ennemy par cher
tout où ilfera.
1
Mr de Saint Fremont a
woit fi bien reconnu ce pofte a.
vant que je fuße arrivé icy ,
que j'ay fait tout executer felon
les connoiffances qu'il m'en avois
GALANTM 379
données, & le Comte de Croy ,
Brigadier , les Sieurs de Chaumont,
de › Lambert , de Seuil,
& de Rovvillefefons.comportez
dans cette action auffi bien que
je le pouvois defirer.
Le Baron d Eftrix , Lieute
nant Colonel parmy les ennemis
qui depuis peu avec un congé
de l'Empereur eft entre au fervice
du Roy , a mis pied à serre avec
les Grenadiers , & connoiffait fi
bien le terrein de Figarolo , où il
avoit commandé , qu'il nous a
efté d'une tres grande utilité dans
Bette occaſion.
Le 26. il envoya le Mare
li ij
380 MERCURE
A quis de Saint Fremont avec
fix cens Chevaux & cinq cens
Fantaffins , pour fuivre , &
pour obferver les Imperiaux .
Il cût avis le 27. que le Chevalier
de Vaucelles qui avoit
efté detaché pour remonter
le long de l'Adige , voyoit
marcher les ennemis de l'au
tre cofté de cette Riviere ,
& qu'ils continuoient leur
route vers Verone. Le 29.
Monfieur le Grand Prieur
ayant paffé Pontemolino que
les Imperiaux avoient aban
donné , vint camper avec
l'Armée à Nogara , où il apGALANT
381
prit que les ennemis eftoient
carrivez à Pefcantina fur l'Adige
au deffus de Verone , &
qu'ils s'y eftoient arreſtez
pour attendre les ordres de
T'Empereur , ou pour couvrir
la marche de leur Artillerie
,
& de leurs bagages , enfin
il apprit le 2. de Juillet que
les ennemis eftoient partis
d'Oftiglia . Une expedition
auffi hardie que celle de Fi-
-garolo leur avoit fait faire
tous ces mouvemens , & ils
eftoient fortement perfuadez
que Monfieur le Grand
Prieur emporteroit enfuite
382 MERCURE
facilement les Tours de Serravalle
& fçachant que tout étoit
bien diſpoſé pour cette ena
trepriſe , qu'il feroit impoffi
ble de parer le coup , & qu'ils
alloient eftre coupez ; ils fi .
rent fauter les Tours de Sera
ravalle , partirent d'Oftiglia
le même jour 24 à dix heu
res du foir, & allerent à Zelo
fur le Tartaro où ils raffem .
blerent leurs Quartiers . Il eut
avis enfuite , que fans s'arrêter
ils avoient paffé le Canal
blanc & la Malopra , & l'A
dige à Caftelbaldo
: ainfi le
Mancoüan
fut entierement
GALANT 383
délivré des Allemands qui
ne quitterent pas fans peine
le pofte d'Oftiglia ; ils l'aban .
donnerent avec precipita
tion , de crainte que la Garnifon
ne demeuralt prison
niere de guerre , ils ne le
quitterent même que pendant
la nuit , & pour n'eftre
point apperçus , ils laifferent
dix Drapeaux dans une Chas
pelle à trois mille de ce pofte,
& quantité de munitions de
guerre qu'ils n'eurent pas le
temps de faire enlever. Ils
jetterent auffi dans un petit
canal des Selles , des Cuiraf,
384 MERCURE
fes , des Fufils , & des Bombes
qu'on a repefchez depuis.
Pendant ce temps Monfieur
le Grand Prieur partit pour
Oftiglia afin de raffembler
fes troupes , donner ordre
aux vivres , & faire fes detachemens
pour les Garnifons
d'Oftiglia & de Revere , &
pour bloquer la Mirandole
. Cependant les Allemands
continuant à fe retirer , &
Monfieur le Grand Prieur les
coftoyant toûjours , ce Prince
écrivit le 9. de Juillet la
Lettre fuivante , dattée du
Camp de Ca di David.
Nos
*
GALANT 385
:
Nos ennemis font autour de
Roverede & de Trente àjouir
du bon air des
Montagnes où
ils
attendront
apparemment des
fecours ou des ordres de leur maître,
Pour moy , je crois que dans
peu de jours je remettray cette
deffenfive , qui fera tres- aifée,
entre les mains de celuy qu'il
plairs à S. M de nommr , &
que je m'en iray joindre Mr de
Vendofme en Piémont , avec 13.
Bataillons & dix Efcadrons.
Enfin on a ſceu depuis ,
que les Allemands cftoient
dans les quatre Vicariats du
Trentin
& Monfieur le
Fuilles 1704.
Kk
386 MERCURE
་
Grand/Prieur a la gloire de
Ales avoir chaffez d'Italie. Il
n'y refte plus que ceux qui
font dans la Mirandole , qui
font bloquez par fix Bataila
lons.commandez par Mr de
Saint Fremont. On la doit
regarder comme une Place
prile , puis qu'elle a demandé
deux fois à capituler ; je ne
doute point qu'elle ne foit
renduë avant que vous rece
viez ma Lettre , puifque la
priſe de Verceil fera connoî
tre que fon Commandant ne
doit pas attendre une meilleure
compofition ,
GALANT 387
Enfin les ennemis viennent
d'executer un deffein qu'ils
voudroient bien n'avoir jamais
entrepris , & qui ne
s'eft executé que par l'obftination
de ceux qui fe le font
mis en tefte. Je parle du
bombardement de Namur ,
& je vous envoye une Let-
Botre qui vous éclaircira d'u
ne partie de ce qui s'y cft
paffé.
A Namur le 27. Juillet
Les Ennemis pafferent
&
la Menfe le 22. s'appro...
KK ij·
388 MERCURE
·
4
cherent de Namurpour le bombar..
der Les 23.24.25 ils travail.
lerent à dreffer leurs bateries . Ils
furentfortimerompus par legrand
feu de canon que l'on fit fur eux ,
tant de la Ville que du Chaftean,
ils ne fçavoient où mettre leur
canon , leur défordre eftoit fi
grand qu'un Officier vinftfe jetter
dans la Ville avec 15. bom:
mes , ne pouvant demeurer plus
long temps dans un pofte qu'ils
appelloient l'Enfer . Ils commen .
cerent hier à f . heures du matin
à jetter des Bombes de 12. Mor
riers e des pots à feu , plus de
la moitié tomba dans la Meufe ;
GALANT 389
le feu prit bier à midy , à lHôpital
de Notre Dame , quien a
confumé une partie , à cela prés
le mal n'eft pas encore bien grands
comme ils font enterrez de deux
101fes , ils ne peuvent mettre de
canon en batterie , n'y empescher
qu'il ne foit emporté par le nôtre
qui eft de 24 de 36. livres
de balle, & qui ne difcontinue
pas de tirer. Une de nos Bombes
vient de tomber fi à propos
dansune de leurs batteries , que les
éclats ont tué ou bleſſe 40 hom
mes , à ce que viennent de nous
dire 4. deferteurs ; il en vient en
quantité , de nuit fur tout , ne
Kk iij
390 MERCURE
cherchant qu'à fe fauver d'un
endroit fi perilleux Il est tombé
une de leurs bombes tout prés de
l'Eglife des Jefuites , qui est ma .
gnifique.
I faut que le feu dont les
ennemis font accablez , foit
bien grand , puifqu'il est
inoüi que des foldats qui
font devant une Place qu'ils
bombardent , ſe jettent dans
la Place bombardée pour evi .
ter leur perte. Il eft fi vray
qu'elle eft grande que toute
la Hollande l'avoue. Vous en
demeurerez d'accord en li
fant l'extrait qui luir , il eft
GALANT 391
tiré d'une Lettte écrite de
Hollande.
Les avis de l'Armée de l'Eq
tat , fous Mr. dOvverkque ,
nous apprennent que le bombar
dement de Namur doit avoir efté
fait de la Montagne de Ste Barbe
dont les François ont raféle
Fort. Cette expedition fuivant
les avis de la Haye d'aujour
dhuy , est contre le fentiment
de Mod Ovverkerque , lequel
mande aux Eftats qu'il avoit req
prefenté àtous les Generaux del'armée
qu'il auroit mieux valufaire
quelqu'autre entrepriſe ; & l'on
ajoûte de la Haye que tout le
Kk iiij
392 MERCURE
monde , depuis le plus grand juſqu'au
plus perit , crie contre ces
bombardemens , difant que ce n'eft
pas là le moyen de faire la paix ,
il y en a même qui efperens que
quoy que tout fust preft pour ce
charivari infernal , il n'auroit
point de lieu , pourvû que les babitans
vouluent faire quelque.
propofition pour s'en racheter.
Voicy ce que porte l'Exà
trait d'un autre Lettre , écrite
du 27. du Campde Vvaſeige.
Les ennemis font depuis cinq
jours aux environs de Namur ,
GALANT 393
pour
r bombarder cette Place , ils
ont dreffé des batteries au- de là
de la Meufe , fur la hauteur de
Sainte Barbe, proche de l'Hermi
tage ; mais la Garnifon les a
beaucoup inquiete y ayant 150.
pieces de canon dans la Place , ce
qui les a obligez de s'enterrer &
defe cacher . On leur a tué beau.
coup de monde les deux premiers
jours. On apprit avant hier par
un deferteur qu'ils avoient perdu
plus de 150. hommes pendant la
nuit fans les bleffez. İls commend
cerent hier far les cing heures de
malin à faire jouer une baterie
deſept mortiers & une autre de
394 MERCURE
12, canons , mais comme celle cy
eftoit moins enterrée , elle fut des
moniée par le canon de la Ville
de forte qu'ils n'ont pas tiré depuis
un feul coup de canon , mais
Seulement des bombes & des
pots
àfeu qui tombent la plûparı dans
la Meufe: il n'y a eu qu'une
maifon brûlée 3 ou 4 endom.
magées dans la ruë Nôtre Dame,
Voicy un Extrait d'une
Lettre de Namur même &
de la méme datte.
Les ennemis commencerent bier
ànous bombarder & à nous ca.
GALANT 395
nonner à boulets rouges , ce qu'ils
continuent de faire , nous n'avons
encore que s . maifons brû .
lées & quelques - unes d'en .
dommagées. Noire "artillerie les
incommode fort : les deferieurs
qui vinrent hier au foir aßurent
qu'ils ont déja perdu plus de 350 .
hommes par le canon , & que
les Officiers commandez pour con .
duire les travailleurs n'y veulens
point refter.
Les ennemis n'ont pas feulement
perdu par le feu du
canon de Namur & par la
deſertion d'un tres- grand
nombre de Soldats , mais les
396 MERCURE
lieux par où ilsont eftezobli :
gez de paffer eftoient d'un
fi difficile accés , & les chemins
remplis de creux , de
hauteurs difficiles &de bruye.
res , eſtoient ſi mêchants que
cette marche a beaucoup ruiné
de leurs Troupes ; de ma
niere que ce bombardement
fait contre l'avis des plus fenfez
de Hollande , leur coute
beaucoup de temps , d'hom
mes & d'argent , ayant jetté
plus de 3000. bombes , fans
qu'elles ayent fait d'autres ef
fets que ceux que vous ve
nez de lire.
GALANT 397
Le mot de l'Enigme du
mois paffé eftoit le Mafque.
Ceux qui l'ont trouvé , font,
Meffieurs de Vaux , Avocat
au Parlement de Bretagnes
Barder & fon amy du Plef
fis , Maître Chirurgien au
Mans ; Guilbert de la Croix
Garde au Bureau de St Victor
; Mr & Mlle de P. & leur
bon Voifin P. G. de la rue
Beaubourg ; Tamiriſte & ſa
Fille Angelique ; l'heureux
Amant de la belle Montade ;
Je credule Sallornet & fon
amy l'Effeminé de la rue des
Noyers ; l'Infortuné de la rue
398 MERCURE
du Plâtre , prés celle fainte
Avoye ; le beau Portail de
Mr Cartaud ; le petit Baffet
ou le bon amy du Controlleur
des Porcherons ; l'Eſca
dron d'ennemi coëffez ; du
Brun de la ruë St. Severin ;
les trois Precieufes & Mr Mou
zard de Grimaudin de la mê .
me rue , & la charmante Eroile
qui a brillé pendant 3.
jours à la naiffance de Mon.
feigneur le Duc de Bretagne ;
Madame la Vicomteffe de
Livron ; Mad de la Puyade ;
Mad la Baronne de Blais ;
Mad de Segur : Mlle du moulGALANT
399
18
tier la fille de la rue de l'écharpe
, Olimpe la blanche
de la Barriere des Invalider
& fon aimable foeur la Pa
rure
d'Emeraudes de la rue
de Richelieu , la Fée gracieus
fes de la rue du Coq ; la pes
tite Manon Blanchette , la
Maraine de la nouvelle Mariée
qui a l'efprit toûjours égal ;
Mr Fanchon ; Mad la Prefidente
de l'Election de Chaumont
, & Magný la belle
compagnie du Coboreau
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
400 MERCURE
ENIGM E.
Sans ailes , fans pieds & fans
2
yeax ,
Je vais , je viens , je roule , ilfem-
Semble queje vole ,
Et que je vois bien clair , allant
droit en cent lieux ;
"Souvent je fais plaifir , quelque
fois je defole ,
Mes plus grands coups pourtant ne
font qu'en terre molle,
Carfi l'on me refifte à la longue ,
unpeufort,
"Me relachant alors fouvent de mon
audace ,
Sans perte de mes Gens , je defile ,
& je paſſe,
Ma plus grande vigueur , n'eftant
que dans l'abord,
Jefuis aveuglément
, les loix d'une
Princeffe
GALANT 401 :
Qui tout comme il luyplaift , m'éleve
ou me rabaiße ;
Ainfi l'on me voit
tour & petit , ,
grand , tour à
Dans ce premier eftat , rompantfou
vent mon lit
Coucheur de dangereuse espece ,
Et plus bruyant Ronfleur , plus je
je fuis eveillé ;
A me comprendre auffi , toute raifon
s'eclipfe ,
Carje fuis un Apocalipfe
Qu'ilcoute cher d'avoirfouillé.
Je devrois reprendre icy
le Journal du Siege de Ver.
ceil , & vous marquer ceux
qui ont monté & defcendu
la tranchée chaque jour ; mais
Fuilles 1704
LI
402 MERCURE
comme les Affiegez n'ont
point fait de forties , qu'il n'y
a prefque point eu de coups
de main , & que l'on a cmporté
la Ville par mines &
par fappes ; je me contenterai
de vous marquer ce qui s'eft
paffé dans les jours où il s'eft
fait quelque chofe de cong
fiderable , & de vous donner
un détail tres curieux de ce
qui s'eft paflé pendant tout
le temps que l'on a efté en
pourparler pour convenir de
la Capitulation .
Je commence fuivant l'ora
dre que je viens de me pref
GALANT 403
crire. Il deferta la nuit du 30 .
un Sergen & dix Soldats qui
rapporterent , que Mr des
Hayes , Gouverneur de la
Place , eftoit preparé à voir
attaquer cette nuit le chemin
couvert ; qu'il s'étoit retran ;
ché derriere le Baftion de
Saint Clair , & qu'il avoit
fait tranfporter à la Porte de
Milan des Pots à tefte , des
Cuiraffes , & nombre de
Grenades pour foûtenir l'af
faut.
I
to On apprit par une Lettre
de Monfieur le Duc de Ven
dofme écrite du premier Juil
Lij
404 MERCURE
let que ce même jour on avoit
embraffé l'angle de la contrefcar
carpe ; que l'on avoit élevé des
batteries de quarante canons ,
de vingt mortiers fur le glacis ,
qui avoient impofé filence anx
batteries des Affiegez ; qu'on ne
ceffoit point de battre la contref
carpe en brêche , qu'on avoit dé
couvert deux fourneaux ; qu'au
depart au Courier on en avoit
découvert un troifiéme , & qu'il
y en avoit un quatréime qu'on
cherchoit.
Quelques jours après on
marcha aux trois angles que
l'on attaquoit ; mais comme
GALANT 405
on apprit que les ennemis y
avoient chargé des mines ,
Monfieur de Vendofme ne
voulut pas qu'on s'y logeaft
avant qu'on les eût éventées .
On en découvrit une , & on
en chargea une deffous qui
fit fauter les deux mines des
ennemis , on ſe logea dans le
trou que la mine avoit fait ,
& on s'établit fur la paliffade
de l'angle du bastion de la
droite : l'on en chaffa d'abord
les ennemis par un grand feu
de Grenades , mais y eftant
revenus par dedans le che
min couvert , ils incommog
406 MERCURE
derent fort nos travailleurs ,
ce qui obligea de faire fortit
à droite & à gauche , deux
Compagnies de Grenadiers
des Regimens de Vendofme
& de Beaujolois , qui ayant
pris le deffus de la palifade
, chafferent les ennemis à
coups de fufil.
Mrs de Chemerault & de
Chartogne fe logerent le 6 .
fur les 2 angles flanquez , &
en chafferent les ennemis ,
de maniere qu'on demeura
maître du chemin couvert ,
que les ennemis abandon,
nerent. Ils fe retirerent der
GALANT 407
riere leurs traverfes. On trou
Mr des Hayes auroit
pû faire plus de chicanes qu'il
n'avoit fait.
va que
-
Le 9 on dreffa une battes
rie de 13 pieces de canon fur
le chemin couvert , où les
ennemis firent grand feu ;
fans nous bleffer que trois
Soldats . On faigna le foffé
du Baſtion de la droite , la
nuit du 10. au 11. n'y ayant
point d'eau dans celuy de la
gauche.
Les Mineurs pafferent la
nuit du II. au 12. fous le foffé
de la demi lune où ils fe los
408 MERCURE
gerent , & où ils travaillerent
faire leur mine. Mrde Meneftrel
Colonel
de Beaujolois
& beaufrere
de Mr
de Bezons , fut tué le 12.
d'un coup de moufquet.
Nous ouvrimes
trois galeries
qui entrerent dans le
foffé , afin d'emporter
plus
aifément la demi lune.
Ce qui fuit vous fera connoitre
ce qui s'eft paffé à la
prife de la demi - lune.
EXTRAIT
GALANT
409
EXTRAIT
D'une Lettre écrite du Camp
de Verceil le 16 Juillet.
€
MR le Comtede Chemerauts
L's
s'eft rendu maître de la
demi lune , l'épée à la main cette
nait , l'ony avoit attaché le Mia
zeurcingfois ; mais la quantité de
feux d'Artifice que les ennemis jetroient,
l'avoient obligé de l'abandonner
. Ainfi , quoy qu'ilny cût
n
qu'ane brèche à monter 10 hommes
defront ,MrdeChemeraal fede.
termina à la forcer. Les ennemis
ont estéſi estonnez , qu'ils n'ont
Juillet
17.04.
Mm
410 MERCURE
・fongé qu'à fe fauver fansfe don
ner le temps de mestre lefeu à
leur mine ; l'on s'y eft logé tres
bien , malgré le feu extraordinai
re de bombes , de moufqueterie
,
de canon à cartouche qu'ils
ont fait, & les pierres qu'ils ont
jettées pendant un temps fort confiderable.
L'Ecuyer de Mr de
Chemerault aefté blessé à la jambe
, mais ce ne fera rien ; il fe
nomme Mr de Belleroche , il eft
chez moy : pour Mr de Chemeraule
il fe porte parfaitement
bien. Nous avons perdu peu de
monde , mais Mr le Comte Def.
marais Colonel du Regiment de
EM
GALANT 411
la Fere y a efté bleffé à mort.
Voila Mr l'expedition de cette
nuit , cela nous met en estat d'ê.
tre dans peu maîtres de la Ville;
car jene puis croire que ces genslà
fouffrent l'affaut , il y aura
demain deux nouvelles batteries,
qui verront le pied des Baftions ,
& les brèches feront belles dans
quatre jours jamais Ville n'a
fait plus de feu , nous n'avons
pas cependant plus de 800, bommes
tuez ou bleffez.
Ce que vous allez lire ren..
ferme encore un plus grand
détail.
Mm ij
412 MERCURE
La nuit du 15. au 16. la
tranchée fat relevée par Mrs
de Chemerault , de Chartogne
& d'Eftorce , avec le Bataillon
de Lombardie , les
trois de Piémont, ceux de la
Saare & de Berwick . Mr de
Chemerault ordonna à Mr
de Moranval à onze heures
du foir , de monter à la demi
lune avec trente Grenac
diers par la bréche , qui étoit
fuffisamment grande , pour
que douze hommes puffent
y paffer de front , ce qu'il
executa , en faifant marcher
devant luy un Sergent , &
GALANT
413
cinq Grenadiers ile entra
;
dans la demi lune , en crianc
tuë , tuë , & faisant tirer quel
ques coups de fufil fur quinze
ou vingt foldats des ennemis
quila gardoient , lefquels prirent
auffi tôt la fuite. Mr de
Moranval les pourſuivit juf
qu'au pont de la gorge de la
demi lune , qu'il fit lever en
même temps , ce qui affura
noftre logement , on travailla
enfuite àdeux autres , l'un fur
l'angle faillant en forme de
nid de Pie , & l'autre fur la
gauche où l'on s'établit fort
bien. On fit une communi-
Mm iij
414 MERCURE
cation dans le foffé de la demi
lune à la contrefcarpe."
On travailla à élever une bat
terie fur la Place d'armes du
chemin couvert pour battre
én brèche la Courtine. Les
Afliegez battirent au point
du jour à coups de canon le
pont de la demi lune , & fi.
rent un tres - grand feu toute
la nuit , qui tua ou bleſſa environ
60. hommes.
“ La nuit du 16 au 17 la trang
chée fut relevée par Mrs de
Langallerie d'Aubeterre &
Caraccioli , avec le Bataillon
♡
de Caraccioli , les trois de
GALANT 415
Normandie , & ceux de Souches
& de Croy . On acheva
la batterie pour battre en
breche la Courtine , & elle
commença à tirer à huit
heures du matin . On poſa
80. Gabions dans le fonè
pour faire un boyau , & pour
à la face dela com
per
droite du Baſtion gauche ;
mais les Affiegez firent un fi
grand feu fur les travailleurs,
qu'ils furent obligez de fo
retirer . On eleva , & on
fectionna nos logement dans
la demi lune . Nous eumes
25. hommes tuez , & 99. bleſf
M m iiij
?
416 MERCURE
fez Mr. Carré , Capitaine
dans Groy , un Lieutenant ,
& deux Soullieutenans de
Normandic furent tuez. Mrs
de Marignac , Capitaine de
Grenadiers & de Faufficourt,
Aide. major du Regiment de
Normandie furent bleffez
legerement. Mr Menu Brigadier
des Ingenieurs cûr la
jambe caffée , & Mr. d'Igati
Ingenieur fur bleffé legere
ment sagudo 3241
Mrs de Bouligneux , d'Arennes
& d'Orgemont releverent
la tranchée la nuit du
17, au 18, avec le Bataillon de
( in M
GALANT 417
"..
Davezane les trois de la Marine
, & ceux de la Saare &
de l'Ile de France . On embraffa
tout le dedans de la
demi - lune , & on y fit de
bons épaulemens . Nous cumes
fix hommes tuez , &
quinze bleffez. On ne fe
fervit pendant cette nuit que
de l'Artillerie , & on receur
une Lettre écrite de la Ville
qui marquoit , qu'on devoit
s'attacher à faire breche à la
Courtine , & à diriger l'atta
que de ce côté- là. . . །
Vous ne douterez point
de la verité de ce qui fuit,
418 MERCURE
puifque celuy qui écrit a eu
part à tout ce qu'il mande ;
je ne change rien à ſa Lettre
pour ne pas alterer la
verité. Il ne croyoit pas qu'el
le deviendroit
fi publique ,
mais elle est tres. curieufe , &
fait trop bien voir tout ce
qui s'eft paffe lors que l'on
a capitule , pour ne vous être
pas envoyée.
5. AVerceille 23. Juiller.
Vous avez deja appris par
l'arrivée de Mr le Prince d' El
beufla prife Verceil & lá cá,
GALANT 419
pour
que
3
pitulation , qui est tout ce qu'il
peut y avoir au monde de plus
glorieux de plus avantageux
les Armes du Roy. Rien
ne nous paroiffoit plus éloigné
de voir une Garniſon compofée
de 13. Bataillons de goo.
chevaux fe rendre la corde au col,
& même quand les Affiegez
battirent la chamade , nous ne
nous y attendions gueres eftant
embaraffez comment nous pour-
Tions attacher le Mineur : j'eftois
de tranchée avec Mr de Colme.
nero qui eftoit le Lieutenant Ge
neral dejour, nous estions prefts
à nous mettre à table pour déjen£
420 MERCURE
\ner , quand nous entendîmes bat.
tre la chamade & les ennemis
demander enfuite à parler au
Lieutenant General, Nous nous
approchâmes de la Breche , fur
laquelle eftoit Mr de Prala qui
commandoit dans la Ville au de .
faut de Mr Deshayes ; Il nous
die d'envoyer deux oftages &
qu'il en alluit faire paffer deux
de fa Garniſon, Ce fut Mr de
Guerchy , Brigadier & Mr de
Louvigny , Colonel Eſpagnol
qui y allerem de noire part : Ils
nous envoyerent Mr le Comte
d'Harrach, Colonel Allemand
le Major de la Place. MrJe
GALANT 421.
Duc de Vendofme que l'on avoit
envoyé avertir , fe rendit dans,
le moment à la tranchée ; ces
Meffieurs luy prefenterent leur
memoire qui commençoit par des
mander que la Garnifon fortif
par la brêche , tambour battant,
mêche allumée & Drapeaux deployez,
en un mot tous les hon.
neurs que l'on a coutume d'ac
corderpar capitulation , Son Al.
teffe ne répondit autre chofefinon
qu'il n'eftoit pas befoin de
continuer , puifqu'il ne pou
voit entendre à ce premier
article eftant refolu de ne les
recevoir que Prifonniers de
422 MERCURE
de
que
l'on
faße
guerre. Je n'ay jamais vû des
gens fiétonnés , & ceux qui
estoient prefens à la réponſe de
Son Alieffe furent tres · furpris
n'eftantpas naturel
6. ou 7000 hommes prifonniers
guerre dans une bonne Place ;
ces Mrs le reprefenterent
de leur
mieux, ilnepûrent avoir d'autre
reponfe de Monfieur le Duc de
Vendôme
, finon qu'il nous y
feroit pluftoft
tous perir &
luy auffi que de ſe départit
de fa refolution . L'un des deux
oftages s'en retourna¸ & Son Alseffe
alla atendre la reponse dans
L'Abbaye où nous avions ouvert
GALANT 423
la Tranchée; je l'y fuivis avec
Mr Dégrigny la propofition de
Son Alteffe parut fi facheuse à
la Garnifon que l'on demeura
plus de 5 heures fans faire re- so
ponfe , ce qui obligea Monfieur
de Vendofme de leur envoyer dire
qu'il commençoit à s'impatienter.
Le Major de la Place revins
avec les articles , reprefenta
encore que cette capitulation ne
convenoit point à des gens qui
s'eftoient deffendu avec bonneur,
& qui avoient fait leur poffible
pour meriter l'estime de Son Aleffe;
ce Prince luy repondit avec
beaucoup d'honnefteté, mais tou
424 MERCURE
jours avec une egale fermeté,
cela le determina à luy dire qu'il
n'avoit qu'à figner ce qu'il vouloit
accorder à la Garnifon &
que Mr Dehayes figneroit a
pres. Son Alteffe nous nomme
pour aller avec eux faire figner
MrDeshayes , fçavoir Mr Def.
grigny Intendant , Mr Duchy
Secretaire de fes Commandemens
& moy, & me dit d'y
coucher, l'on nous conduifit au
Château on Mr Deshayes eftoit
malade , mais nous trouvâmes
tout le monde au defefpoir, tant
Allemans que Piémontois , &
Mr Deshayes.neparlans d'autre
GALANT 425
d'autre , Mr
chose que de fe faire porter fur
ta brê be dy perer avec
coure la Garnifon Les contefta.
tions durerent jufqu'à 10 heures
• du foir que nousfortimes fort en
~colere , les oftages eftoient encore
refte de part
de Prala fe determina cependant
a venir avec nous trouver San
Alieffe pour vêcher de ladoucir
3r d'avoir un party plus favo ·
rable mass il connut par le dif-
{ cours de Son Atreffe qu'il n'y a-
• voit rien à esperer . Mr · le Prin
De Pro Colonel de Lombardie ,
I retourna avec Mr de Masignaging,
bun des Secretaires de
Juillet 1704 Na
426 MERCURE
heis-
Son Alteffe. Monfieur de Ven
dofme n'ayant donné que 2.
2. het.
res pour avoir reponſe , & com :
4 me perſonne ne venoit au bout
de 2. heures , Son Alteſſe me dis
Ide monter à cheval d aller
dire à Mr le Prince Pio de re.
venir , de dire à Mr Def
&
"hayes qu'il n'eftoit pas accou
tumé à attendre fi long tems.
Fallay faire mon compliment à
ces Meffieurs que je trouvay ires
inquiets comme ceux qui
estoient chargez de faire figner
Mr Deshayes , vouloient fere.
sirer , ils me divent d'aller affurer
Son Alieffe, qu'on allois
&
GALANT 427
paffer par où Elle fouhaittoir ,
demie heure aprés on aporta
la capitulation fignée . Les arti
cles estoient que la Garnison
fortiroit par la brêche , & qu'elle
feroit defarmée dans le chemin
couvert , pour eftre conduite ou
il plairoit à Șon Ali-ße , qu'on
auroit foin de leurs malades
bleffez qu'on ne difarmeroit .
point les Offi iers & qu its feroine
dans les Places du Milanésfur
kur palote.ng ano pas
On demonta bier leur Cat
valene , il y avoit environ 400.
Chevaux affez bons que l'on ◄
diftribuez à noftre Cavalerie La
Na ÿj
428 MERCURE
Garniſon fortira demain , 6. Bag
taillons iront à Allexandrie 4
à Milan avec la Cavalerie de
môniée des Mineurs , les Camonniers
& Bonbardiers à Valence
, à Saravalle à Tor
&
tonnes; Koila la diſtribution"
de leurs Quartiers 2 on ne s'y alg
sendoit point & je leur enpartag
bier l'ordre, Je crois que l'on eft
content à Paris de cette expedi
gión rien n'a jamais efté plusglorieux
fur tout pour S, A. on
ne's'yattendoir point on croyoit
d'abord qu'elle n'avoir dit qu'elle
wouloir fairela Garnifanprifany
miere de guerre que pour l'inimis
der.
GALANT 429
Ona fçeu depuis que cette
Capitulation á efté arrestée ,
qu'il y avoir eu un demellé
entre Mr des Hayes yo &
Mr le Marquis de Prala ; &
que Mr des Hayes avoir vou
Juengager ce Marquis à f .
gner la Capitulation pour
Jux , à cause qu'il eftoit mar´
lade , & par là il le vouloic
charger de l'indignation de
Monfieur le Duc de Savoyd,
qui Telon coutes les apparences
ne devoit pas approuver
cette capitulation . On alſçû
aufli que Me de Prala avoit
répondu , que, Monfieur de Sag
430 MERCURE
woye luy avoit confié la deffenfe
de la Place , qu'illag avou ·ven·
du compte de l'eftar où elle fe
Trouvoit , & auquel estoient tou
ves chofes , & qu'ainſi c'étoit à
luy à figner , ou à ne pas figner,
& à ordonnerce qu'il vouloit que
Lon fift ce quiavoir fait pren
dre à Mrades Hayes le pari
de figner. On dit qu'il eft for
i de la Place 3600 hommes
fous les armes, noiteti
-0.1900 malades ou bleffez
VET 230. Officiers.
2.)
Il y avoit dans la Place,
21025 0.4milliers de poudre.
+421910 Riccés de canon.
GALANT 431
6 mortiers
.
9 Pierriers
.
2300.
mouſquets
.
& 26. Drapeaux , dent dix
font aux Armes de l'Empe
reur.
Cette conquefte n'a pas
coûté neuf cens hommes ,
tant tuez que bleſſez.my.b
Voicy les noms des Bad
taillons faits priſonniers de
guerre. 5 auf stavi oik
Premier & fecond Bataila
lon du Regiment des Gar,
des.
Deux de Savoye nich
Deux d'Efte
432 MERCURE
Un de S. Damien .
Un de Trivier.
Un de de Nice .
* Un de Fritte.
Un de la Reine d'Angle.
terre.
2ng Un de Berne , 9 : 0
E deux d'Hatrách , cy;
devant Solari,
e
3
LiLes troupes Allemandes
qui fant dans l'Armée de
Monfieur le Duc de. Savoye
•hiont pas reçu un folde l'Em
-pereur depuis qu'ellés font
marché pour joindre celles
de ce Prince. Ce manque de
payement , joint au catere
maiorel
GALANT 433
naturel des Allemands qui
ne peuvent s'empécher dé
piller , eft caufe que le Pié
mont a efté prefquel enties
rement ruiné parces troupes
Allemandes de forte que
Monfieur de Savoye voyant
fes Erais autant & plus rui
nez par fes Alliez que par fes
ennemis s'eft trouvé oblige
de diftribuer aux troupes Ala
demandes les fubfides qui lui
font envoyez par la Reine
d'Angleterre , ce qui ne luy
caule pas peu de chagrin ,
il ne lui refte que 21. Bataillon
de les troupes, dont il a retiré
Juillet 17045
Oo
434 MERCURE
deux de sceux qui étoient à
Veillane, pour les envoyer à
Yvrée , dont il craint le Siége.
Il fe trouve fi foible qu'il
a permis à tous les ſujets , de
payer les contributions.Mon
fieur le Duc de la Feüillade
fait toûjours travailler avec
une extrême diligence aux
Fortifications, de Pignerol &
du Fort de Sainte Brigitte ,
& de fon Camp de Saint
Pierre . Il defale toutes les
troupes ennemies qui paroif
fent dans le païs , & a déja
donné deux ou trois fois la
chaffe à Mr de Martigny Co
*
1.
2
GALANT 435
Monel Allemand.
On dit que les Allemans
qui s'en retournoient par le
Trentin , ayant rencontré un
corps de 1500. hommes qui
venoit à leur fecours , ont
fait mine de retourner fur
leurs pas , on en a averri Mon
fieur le Grand Prieur , qui
n'a pas lajflé d'envoyer à
Monfieur de Vendoſme cinq
Bataillons , & fept Efcadrons ,
en difant ; qu'il luy reftoic
encore affés de troupes pour
W
encobattre , ou pour
emles
pêcher l'effet de leur deffein ?
La fituation où le trouvent
O o ij
436 MERCUR E
les Allemans en Italie eft fi
mauvaile , qu'on ne doit pas
s'étonner s'ils font dans une
incertitude fi continuelle de
de ce qu'ils doivent faire , &
s'il eft fi difficile d'en parler
fûrement.
Je ne puis m'empêcher de
vous parler encore du bombardement
de Namur. Je
viens de voir une Lettre de
Hollande même , qui porté,
qu'on avoit bombardé Namur
avec bien moins de dommage pour
les Habitans que pour les Bom.
bardeurs qui ont effé eux mêmes
bombardez , & cruellement afGALANT
437
7
·Jommez par les Bombes de la
Ville que le Colonel qui commandoit
le Regiment de Ploën
avoit esté tué , le Major , & un
Capitaine de ce Regiment bleffez
à mort , trois Capitaines aux
Gardes , & deux Lieutenans
tuez avec beaucoup de Soldats.
D'autres lettres portent , que.
les ennemis avoientjestédans Nas
mur affès de bombes, de bouletsrou
geser de pots àfeux pour embrazer
vings Villes , mas qu'ils avoient
pris fi mal leurs mefures , qu'ils.
n'avoient brulé que quelques foins
&endommagé une douzaine de
maisons ; & que comme ils
O oiij
438 MERCURE
"
avoient fait ce bombardement
deconvert , ils avoient perdu
beaucoup de monde par le grand
feu que l'on avoit fait fur eux .
Ces Lettres ajoûtent , qu'ils
difent euxmêmes , qu'ils ont
perdu 2000 hommes , une feule
bombe leur ayant tué huit Offi..
ciers de confideration qui man •
geoient enfemble , ce qui avoit
faic dire , que les Hollandois
eftoient venus pour bombarder les
François , mais que les François
les avoient bombardez.
Les ennemis s'étant retirez
la nuit du 28. au 29. , & avec
GALANT 439
precipitation ont laiſſé beaucoup
de mortiers , de bom
bes , de boulers , & un grand
nombre d'outils , que les Habicans
de la Ville ont efté
prendre , ten donnant des
marques d'une grande joye.
ce bombardement
n'a pas
feulement caufé aux enne
mis une perte confiderable
d'hommes & d'argent , mais
il a mis une fi grande divifion
entre les principaux Of
ficiers , que les Etats ne peu
yent manquer d'en fouffrir.
2 Hparoît conftant que la flo .
ce ennemie eft dans la Medi ,
O o iiij
440 MERCURE
terranée. Elle eft de 61. Vaif.
feaux , dont il y a 8. Vaif
feaux de ligne.
Voicy l'Etat au vray de la
Flotte,commandée par Monfieur
le Comte de Toulouſe.
.cOfficiers generaux & Cag
pitaines ,
Vailleaux ,
Canons , 20
SI
3568
Equipages ,
215724233
Y
Capitaines commandans les
Fregattes,
8
Fregattes ;
8 4
Ganons , as 7178
-Equipages ,
Capitaines de Brulots , 9
GALANT 44?
Brulots ,
Canons ,
Equipages ;
9
70
410
Quatre cent Chevaux des
ennemis
ayant paffé eng
tre Sambre & Meuſe , Mr
le Marquis
de Bedmar qui
prend de fi juftes mefures ,
qu'il eft toûjours
averti de
leurs mouvemens
, fit pof
le Regiment
de Rouffillon
dans une embuscade
, où nos
Dragons
les ayant adroite
ment attirez , ces 400. hom .
mes furent tuez , noyez dans
la Meule ou faits prifonniers
,
442 MERCURE
On affure qu'il ne s'en fauva
pas un feul.
Mr de Vaubecourt a efté
nommé Gouverneur de Verceil
.
Mr Duvivier , Lieutenant
Colonel du Regiment de
Teffé , Lieutenant de Roy.
Et Mr Arnaut , Capitaine
ac Canonniers Major.
Le bombardement
de Namur
coute 2500, hommes aux
ennemis
.
Mr de Monafterola
mené
A Munick to Bataillons
François
avec 800. chevaux , ily
GALANT 443-
avoit déja une Garnifon affés
forte dans cette Place .
Mr le Maréchal de Tallard,
qui étoit le 29 à deux lieuës
d'Ulm , doit avoit joint le 25
S.A.E. de Baviere .
Je ne dois pas finir ma
Lertre , fans vous dire que
Monſeigneur le Duc de Bre
tagne continue à le bien por
ter , & que ſelen toutes les
apparences il n'y a point aujourd'huy
fur la terre d'en
fant de fon âge qui foit auffi
grand , & qui ait autant del
vigueur . Ce Prince reçut let
Scapulaire de Nôtre . Dame
444 MERCURE
du Mont- Carmel le 10. de cè
mois des mains du R.P. De
nys du Fau Docteur de Sorbonne
, Religieux Carme du
grand Convent de Paris , diftingué
par la doctrine & par
fa pieté.
J'ay dit dans ma Lettre
du mois de May dernier en
parlant de l'action qui fe
parfait du même mois ,
dans laquelle Mr de Vaubonne
fut pris , que Mr de
la Bretonniere s'eftoit d'a ~
bord trouvé obligé de replier
fur Mr de Lautrec avec
400. Chevaux qu'il comman,
፡
GALANT
445
doir , que Mr de Lautrec les
avoit foutenus avec fix Efcadrons
& leur avoit donné le
temps de fe rallier & de recharger
enfuite. Je fuis obligé
de dire pour rendre juftice
à Mr de la Bretonniere que
la Relation dont j'ay tiré cet
article n'eft pas fidelle , &
qu'il n'eſt pas yray quê Mr
de la Bretonniere ayt replié
fur Mr. de Lautrec. Monfieur
de Vendofme en a rendu témoignage
luy même en êcrivant
à Mr de la Bretonniere
dans les termes fui .
vans , tout le monde a víLice
446 MERCURE
que vous avez fait & j'en ay
esté moy même le témoin. Vous
eftes an deffus de ces mauvais
bruits que vous avezſi peù meriteze
qui font fi contraires
à la verité. Aprés avoir rendu
juſtice à Mr de la Bretonniere
; je dois ajoûter icy que
celuy qui a écrit la Relation
a pû eftre perfuadé qu'il ne
difoit rien qui puſt bleſſer la
gloire de Mr de la Breton
-niere , il n'eft point honteux
à un Officier qui commande
un Corps de replier prudema
ment , lorfqu'il le voir pouffé
par un plus gros . Corps , &
か
GALANT 447
fur tour lors qu'après avoir
rallié , il retourne à la charge,
défait les ennemis & prend
le Commandant ; c'est ce
qu'ona prétendu qu'avoit fair
Mr de la Bretonniere , qui
aprés s'eftre rallié avoit rechargé
& pris Mr. de Vau.
bonne. Beaucoup d'Officiers
feroient ravis , fi on en pous
voit dire autant à leur gloire,
Je fuis , Madame , & c .
A Paris le 31 Juilles 1704.
A VISA
Quoique le Volume qui
Prefert de feconde partie à ce248
MERCURE
lui - cy , contienne environ
3oo. Relations des Réjoüifa
fances qui fe font faites à
Paris , & dans plufieurs Villes
du Royaume , il s'en faut
neantmoins beaucoup qu'il
nerenferme toutes celles qui
fe font faites en France ,
de maniere qu'on fera
obligé de parler encore d'un
grand nombre le mois prochain.
Il fe trouve beaucoup
de cesfaits où lagalanterie eft
jointe à la magnificence , &
la charité à la joye , & l'on doit
demeurer d'accord que pour
Finvention , les deviles , & le
GALANT
449
Spectacle même , plufieurs
Villes du Royaume ne le ce
dent point à Paris , & que des
Particuliers ont donné dans
ces Villes des Feftes qui pour
roient eftre avoüées par les
perfonnes les plus magnifi.
ques , & du meilleur gouft,
7 ''
Juillet 1704
Pp
TABLE.
P
Q.de
Relude
7
Exercice fingulier fait an College de
*Louis le Grand 16.
Tragedie reprefentée au College de Louis
Le Grand, avec plufieurs complimens
en vers ,faits à S. M. B.
Problémes de Gnomonique
Premier article de morts
35
54
73
Galanterie d'une maniere toute nouvelle
85
Lettres de Commandant dans la Province
de Languedoc en faveur de Mr le
Maréchal de Villars , prefentées au
Parlement de Toulouſe
Second article de morts
97
IOO
113
Traductions de plufieurs Lettres touchant
la confpiration de Catalogne
Suite très-curieuſe d'un fournal qui regarde
l'Envoyé de Tripoli
Troifiéme article de morts
134
178
Complimentfait au Roypar Mr le Mar
TABLE.
quis d'Alfiano au nom de S. M. S.
Monfieur le Duc de Mantone 185
Depart pour Madrid de Mr le Marquis
de Monteleon Envoyé d'Espagne an
prés de Monfieur le Duc de Mantque
188
Mrle Duc de Noailles regale Meffei-
- gneurs les Princes à Saint Germain en
7 190
196
Laye
Copie d'une Lettre écrite à S. E. Mr
l'Ambassadeur de France à Conftantinople
par Mr le Conful & la nation
Françoife à Salonique
Difcours prononcé per M. l'Abbéd Ara
mon à l'ouverture des Sorboniques 217
Agrément de la Charge de Chevalier
d'honneur de Madame , donné à Mr
Marquis de Souliers. 220
le
Nouvelle defcription des peintures de la
galerie de Luxembourg 222
Mr.Poërfon eft nommé Directeur de l'Academie
de peinture & de fculpture
que le Roy entretient à Rome 223
Carte nouvelle de Mr de Fer intitulée
Pp ij
TABLE
Ta glorieuse Campagne de Philippes Vi
aux environs du Tage , dans les Pro
vinces de Beira , Eſtramaduras éga
& Alentejo
S
271
idem
Anglois repouffez par les Espagnols de
Elpueblo de Alpalache , à la cofte de la
Iidem Floride
Relation de l'avantage remporté par les
armes de S. M. C. contre les Anglois à
Barcelone , traduite de l'Espagnol
228
Publication du Sonnet qui a remporte le
prix des Lanterniftes cette année
1704.
Nouvelles du Commerce
238
250
Suite du Iournal du Siege de Verceil,
258
Suite des nouvelles de l'armée des deux
Couronnes en Portugal 275
Orai onfunebrefaite par le P. de la Ruë
Jefuite , dans l'Eglife Cathedrale de
Meaux
Faute reparée
306
308
Dernier article de morts 310
TABLE.
Baptème de Monfieur le Prince de Lor?
raine 314
Repas donné à Meffeigneurs les Princes
par Mrle Marquis de Torcy
Intendances données
317
319
Thefesfoutenuespar Mr le Marquis de
Chamillart
325
Article curieux touchant l'affaire des retranchemens
de Donavvert
Bombardement de Namur
Articlts des Enigmes
Suite du Siege de Verceil
346
387
397
401
Situation de Monfieur le Duc de Savoye
432
Nouvelles de Mr lc Grand Prienr. 435
Suite de l'article du bombardement de
Namur.
Nouvelles des Flettes.
436
439
Défaite de 400. chevaux & de 100. Dra
gons ennemis en Flandres.
441
Officiers nommez pour commander dans
Verceil.
Nouvelles du Danube .
idem.
4443
Nouvelles de Monſeigneur le Duc de
TABLE.
Bretagne
idem
Juftice rendue à Mr de la Bretonniere. id.
Avu.
447
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
Grand Dieu ; &c. doit regard
der la page
99
L'Air qui commence par
F'ay beau prier Philis , &c ,
doit regarder la page
249
. 5.11
m
1704,7,1
Mercure
<36624504940015.
<36624504940015
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUILLET , 1704.
PREMIERE
PARTIE .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant,
Omme il eft impoffible dans la con-
Cjoncture,prefente de ne pas groffic
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente-cing.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCIV .
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
5 :0
AU LECTEUR.
TLy alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années.
aucommencement de chaque
Volume au Mercure , puis
que malgré les prieres réiteréesqu'on
afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoje
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
canfe qu'il y en a quant.té
AU LECTEUR:.
2
de défigurez, eftant imposible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
•
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encorequ'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port,
MERCVRE
GALANT
JUILLET
, 1704.
E Madrigal qui fuic
fervira de Prélude à
ma Lettre.
AU ROY.
MADRIGAL.
LOUIS toûjours Vainqueur de
tant de Nations,
A iij
6 MERCURE
Ayantfur l'équité regléfes actions ,
Voit aller fa famille augufte ,
A quatre generations.
Le Ciel répand fur luy fes benedictions
,
C'est la recompenfe dufufte.
Ce Madrigal
eft de M¹ Baraton
, qui a autrefois
emporté
des
Prix de Poëfie .
Enfin je vous envoye l'Ode
dont vous me mandez que l'on
vous a écrit tant de bien . Il ne
m'a pas efté poffible d'en avoir
plûtoft une Copie,
GALANT
7
*********** ***********
SUR LES HEUREUX
COMMENCEMENS
DE LA CAMPAGNE ,
en 1704.
O D E.
AS- tu- vú , docte Memoire ,
Qui confacres les exploits ,
Entreprendre à la Victoire
Tant d'affaires à lafois ?
Sur LOUIS fixant la vie ,
Ellefremit dans la nuë ,
Et pour fe déterminer ,
Elle examine , elle écoute
Elle attend que de fa route
1
A iiij
8. MERCURE
Son Maistre daigne ordonner.
Bien toft Hydre des Cevennes
Puny de fa trabifon ,
Fa vomirfur leurs Arènes
Les restes de fon poiſon :
Déja Esprit Fanatique ,
Que la difgrace publique
Arma de flame & defer
Etourdi de fa défaite ,
N'envisage pour retraite
Que la Hollande , ou l'Enfer
$
Mais , quel bruit , des Pyrenées
Perçant les Montsfourcilleux ,
Rend nos ames étonnées
Par des progrés merveilleux ?
Devant le jeune PHILIPE
Le Portugais fe difipe ,
Et va s'évanouiffant ,
Tel qu'une vapeur obfcure
GALANT
9
Qui perd couleur & figure
Aux rayons du jour naiffant.
&
Le Fils des Ducs de BRAGANCE,
des
morts,
Qui fe compte au rang
De ce qu'il doit à la France
Se fouvient avec remors :
Prefque aliege dans Lisbonne,
Il prévoit de fa Couronne
Le prochain enlevement ;
Il comprenddans fa mifere.
Que la main quifçut lefaire
Peut le défaire aifément.
ន
Par le tumulte des armes
L'ARCHIDUC eft allarmé
Il a recours à fes larmes ,
Sonrefuge accoûtumé ;
Mal affuré dans la Ville
Sur fon Bord , fon feul azile
Ilfuit fon fort inhumain ,
10 MERCURE
Etjette un oeil de colere
Sur le Sceptre imaginaire
Dont on a paré ſa main.
S
La bruyante Renommée.
Jufqu'à l'Eridan foùmis
Vole , & conte à noftre Armée
Les Exploits de nos Amis :
VENDÔME , à cette nouvelle
Defa valeur naturelle.
Sepromet même deftin ,
Et plein d'espoir & de joye
Preffe le Duc de SAVOYE
Retranché fous Crefcentin.
O Duc ! ma Mufe timide
Hefite à parler de toy :
Qui nous donne ADELAÏDE ,
Peut- il nous manquer defoy ?
Aprés unprefentfi rare ,
Faut il que ton caur s'égare
GALANT II
Jufquaupoint de nous trahir ?
Tes dons , ton ingratitude
Nous caufent l'incertitude
De t'aimer , oute hayr.
&
Zes debris de ces Cornettes
Sous qui la Thrace plia ,
S'abiment dans les retraites
Du Marais d'OSTIGLIA:
Les Soldats , les Capitaines
Y periffentpar centaines ,
Le GRAND PRIEUR engemit ?
Et prend pour une injuſtice
Que la Pefte luy raviffe
Les lauriers qu'il s'en promit.
S
Et vous , Prince de BAVIERE ,
Caurfolide , Ami conftant ,
Inépuisablematiere
Pour an Eloge éclatant ;
Par quelle reconnoiffance
12 MERCURE
Pourra s'acquitter la France ?
Par quel encens par quels voeux ?
Comment faut - il qu'on publie
La fermeté qui vous lie
Au parti de vos NEVEUX ?
S
Vous executezfans peine
La fameuse Jonction
Qui de l'Europe incertaine
Attiroit l'attention :
Voftre valeur fouveraine
Prepare une illuftre chaine
Pour le Danube conquis ;
Sous vos loix tout vaferendre ;
Et VIENNE , pour la deffendre
N'a plus de SOBIESKIS.
S
Des orgueilleux Infulaires
Le rebelle aveuglement
Croit , en brouillant nos affaires ,
Se fouftraire au chaſtiment &
GALANT
13
Quoy que lent , le Ciel eft juste ,
Ilfait croiftre un Prince Augufte
Qu'on éleve au fein de Mars ;
Tremblez, coupables Victimes ,
Le Vangeur de tant de crimes
Sort des cendres des STUARDS .
S
Des Bataves en defordre
Le bonheur est échoué ;
Qu'ils fe difpofent à mordre
Le Frein qu'ils ont fecoué:
Leurs forces font languifantes
Sous des lignes impuiffantes.
MASTRICK couvre fon effroy,
Et leurs marches incertaines
Vont livrer leurs Capitaines
A TALLARD & VILLEROY
&
Sur qui cependant repofe
Noftre invincible deftin ?
Sur le Dica de Theodofe ,
14 MERCURE
Sur le Dieu de Conftantin ;
Comme eux dans toute entreprise
Le Fils ainé de l'Eglife
Adore fes volontez 3
Comme eux , la celefte Grace
Comblefon Regne &fa Race
D'immenfes profperitez
2
Eft-ce un efprit prophetique
Dont je fens le mouvement ?
Eft-ce un objetfantastique
Qui féduit monjugement ?
Je vois l'Ange de la France
Qui fur Verfailles s'avance
Portant un nouveau Blafon ,
Où l'Herminefignalée
Se fait voir écartelée
Aux Lis d'or de la Maifon .
Paroiffez , Duc de Bretagne ,
Répondez à noftre ardeur ,
GALANT
15
De la France & de l'Espagne
Affermiffez la grandeur ,
Que vostre heureuse naissance
Augmente la confiance
Des biens qui nous font promis
Et que nos cris d'allegreffe
Aillent porter la trifteffe
Au coeurde nos Ennemis,
Vous ne devez pas eftre
ſurpriſe des applaudiffemens
qui ont eſté donnez à cette
Öde , puifqu'elle eft de M'de
Bellocq , dont les ouvrages
ont toûjours cû l'avantage
de plaire dans un lieu où regne
le bon gouft , & où l'on
ne donne de loüanges qu'au
vray merite.
16 MERCURE
•
Il eft à propos que vous
fçachiez que cette Ode a efté
faite plus de quinze jours
avant la naiſſance de Monfei
gneur le Duc de Bretagne.
Je n'ay pû vous parler plutoft
, faute de temps & de
place , d'un exercice des plus
finguliers , qui s'est fait au
College de Louis le Grand,
M ' de Montholon , âgé de
treize ans , fils de feu M' de
Montholon , Premier Prefident
du Parlement de Rouen ,
y a répondu devant une Af
femblée nombreuſe , & comGALANT
17
polée de perfonnes confiderables
par leur rang & par
leur fçavoir , fur la Chrono
logie & l'Hiftoire Univerfel
le depuis la creation du Mon
de jufqu'à Jefus Chrift ; c'eſt
à dire fur le temps de l'origi
ne des Empires & des Etats ,
de leurs revolutions , de leur
durée, de leur decadence , des
hommes les plus illuftres qui
y ont fleuri , foit dans les Ar
mes , foit dans les Lettres
tant par rapport à l'Hiftoire
fainte qu'à l'Hiftoire prophane.
I paroiffoit incompre ,
henfible qu'un homme affez
Juillet 1704.
B
18 MERCURE
jeune pour porter encore le
nom d'enfant , cuft pû renfermer
dans la memoire
la quantité prodigieufe de
noms étranges qui fe trouvent
dans l'Hiftoire Univerfelle
, pour en rendre le compte
le plus exact fans fe broüil .
ler ; bien que la nouveauté
de la choſe animant les affiftans
leur euft fait propofer ,
prefqu'au même inftant les
queftions les plus oppofées ;
puifque d'un moment à l'autre
on le faifoit paffer des premiers
fiecles aux derniers , &
du facré au prophane. On
GALANT
19
admira fur tout la maniere
& la preſence d'efprit avec
lefquelles il marquoit le
temps des chofes & des perfonnes
confiderables dans
l'Hiftoire , par les années dei
puis la Creation du monde ,
les années avant Jefus Chrift ,
& les années avant ou aprés
la premiere Olimpiade & la
Fondation de Rome. Il doit
tout cela à une Methode artificielle
dreffée par le Pere
Buffier , Jefuite , qui en a fait
d'autres épreuves , & en particulier
fur le jeune M de
Valbelle de Montfuron , ne
Bij
20 MERCURE
veu de M ' l'Evêque de Saint
Omer , qui fit le même exercice
au mois dernier , en prefence
du R. P. de la Chaife ;
mais la chofe ayant efté
moins publique , on en a
moins parlé. On prétend que
rien n'eft plus fûr que cette
Methode , & que rien n'eft
plus important ny plus agrea .
ble à ceux qui veulent le cul.
river l'efprit , que de prendre
de bonne heure de ces tein
tures generales d'Hiftoire &
de Chronologie . C'est un
Canevas , fur quoy doit fe
former tout ce qu'on en peur
GALANT 21
fçavoir tout le reste de fa
vie , & une difpofition mera
veilleufe pour le trouver na
turellement arrangé dans fon
efprit.
On affure que le Pere Buf
fier doit donner cette Me.
thode au Public . On devroit
fouhaiter de l'avoir inceffament
; mais il en veur
faire encore diverfes épreu
ves & la perfectionner , fur
ce que l'experience luy apa
prendra de la maniere dont
il faut ménager la memoire
desjeunes gens , par des exer
cices fi utiles en eux- mêmes,
22 MERCURE
& fi peu pratiquez jufqu'à
prefent.
Je croy devoir ajoûter icy
tous les articles , fur lesquels
Mrde Montholon eftoit pré..
paré à répondre , quoy que je
vous en aye parlé dans le
titre general. Voicy plus au
long ces articles fur lefquels,
il fit briller fa memoire & ſa
preſence d'efprit . Vous avez
dû remarquer que toutes les
chofes dont ils'agit font de
puis la Creation du monde
jufqu'à Jefus Chriſt.
GALANT 23
ETATS ET EMPIRES.
Le Peuple de Dieu fous les
Patriarches.
Affyrie.
Egypte.
Chine .
Sicion.
Argos.
Sparte ou Lacedemone
:
Athenes .
Troie.
Le Peuple de Dieu fous les
Juges.
Thèbes..
Corinthe.
24 MERCURE
Mifféne .
Royaume de Juda .
Royaume d'Ifraël .
Lidie.
Carthage
.
Macedoine .
Etat des Medes.
Babylone .
Rome.
Perfe.
Empire de la Grece fous Ale
xandre le Grand,
Macedoine depuis Alexandre.
Egypte depuis Alexandre,
Syrie depuis Alexandre.
Pergame.
Parthes.
GALANT 25
Parthes.
Achéens , & c.
Fameux Legiflateurs,
Moyle.
Lycurgue.
Dracon .
Solon.
FONDATEURS DES
Etais , & Monarques les
plus diftinguez.
Nembroth.
Orés .
Egialée .
Oggige.
Juilles 1704.
C
26 MERCURE
Spartus.
Cécrops.
Danaus.
Cadmus.
Syfiphe.
Tantale.
Perféc .
Saturne,
Agamemnon.
David.
Hiram .
Codrus .
Sardanapale .
Pigmalion.
Arbacés.
Caran,
Romulus.
3.
GALANT 27
Nabonaffar.
Ariftodéme.
Nabuchodonofor:
Créfus.
Cyrus.
Pifiltrate.
Denys.
Artemife.
Alexandre le Grand.
Seleucus .
Ptolomée.
Philatærus.
Arfacés.
Arátus , & c .
Cij
28 MERCURE
HOMMES ILLUSTRES
dans les Armes.
Jofué.
Gedeon.
Jephté.
Samfon.
Mathatias .
Ses Fils Machabées , &c .
Pelops.
Jafon .
Argonautes.
Les Amazones.
Les lept Preux deyant The
bes .
1
Les Epigons.
Enée.
GALANT 29
Turnus.
Orefte.
Les Heraclides.
Iphitus.
Les trois Horaces.
Miltiade .
Themistocle.
Léonidas.
Brutus.
Clelie.
Mut . Scævola.
Hor..Cocles.
Coriolan.
Sp . Caffius.
Xénophon.
Epaminondas
.
Antigon.
C iij
30 MERCURE
Demet. Poliocerte.
Régulus.
Les Scipions.
Annibal.
Metellus.
Marius .
Mithridate.
Scilla.
Pompée.
Jules Cæfar.
Augufte.
Antoine , & c.
HOMMES ILLUSTRES
dans les Lettres.-
Homere.
GALANT 31
Hefiode .
Archiloque.
Pittacus,
Epimenide .
Tales .
Bias.
Sappho.
Elope.
Anacarfys.
Anaximandre.
Pithagore.
Anacréon,
Æfchyles.
Euripide.
Sophocles.
Socrate.
Ariſtophane.
C iiij
32 MERCURE
Tucydide .
Pindare .
Democrite.
Heraclite .
Ifocrate .
Empedocle.
Platon,
Hippocrate .
Hérodote,
Créfias.
Epicure.
Demofthene .
Ariftote .
Théocrite.
Plaure .
Archimede.
Térence.
GALANT 33
Catulle.
Lucrece.
Ciceron .
Virgile .
Horace.
Ovide , & c .
Epoques principales.
Le Deluge.
La Naiffance d'Abraham.
Le
Gouvernement des Juges !
La Prile de Troie.
Le
Gouvernement des Rois,
La premiere
Olympiade,
La
Fondation de Rome,
L'Ere de Nabonaffar.
34 MERCURE
La Captivité de Babylone .
L'Empire de Cyrus .
L'Empire des Seleucides.
La premiere Guerre Punique.
Commencement des années
Juliennes , & c.
On voit par là que Mr de
Montholon
eftoit
préparé
à
répondre
à prés de deux cens
articles
, qui renferment
tant
de chofes
, qu'il femble
que
la vie d'un
homme
foit trop
courte
, pour
pouvoir
feulement
lire tout ce qui les regarde
.
GALANT
35
Je croy devoir vous parler
une feconde fois de l'article
qui fuit , quoy que vous en
ayez déja trouvé quelque
chofe dans ma Lettre préce
dente.
Le 18 de Juin le Roy de la
Grande Bretagne vint à Paris
avec la Princefle fa foeur. 11
alla au College des Jefuites ,
& affifta à la reprefentation
d'une Piece de Theatre , dont
je vous ay déja parlé. Il fut reçu
à la porte par le P. Recteur
accompagné de toute la
Communauté. Il traverfa la
Cour au bruit des Trompets
36 MERCURE
tes , des Timbales , & des aca
clamations d'un grand nom
bre de perfonnes qui s'y
eftoient renduës pour voir ce
Prince.
Mrs les Princes de Croy , de
Naſſau , de Ligne , Mrs Man :
cini , de Solre , du Roure , de
Montfuron de Valbelle , de
Montholon, de Lanmary , de
Chafteau renault , de Vilen .
nes , d'Eftin & de Bourbon
Malauſe , tous Penfionnai
res du College , complimenterent
ce Monarque
dans
la grande Salle , apres quoy
Şa Majefté fe rendit dans le
GALANT 37
lieu où la Tragedie fut repre
fentée; elle commença & finit
par un Compliment que fit
à Sa Majefté le Prince de
Pont , fils de Mr le Comtede
Marfan. Le Prologue de cette
Piece , qui eftoit en Mufique
& que je vous envoye , eftoit
à la louange du Roy & de la
Princeffe fa four.
PROLOGUE. ·
•
APOLLON , LES MUSES.
APOLLON.
Muſes , preparez- vous à de nos
veaux concerts à
38 MERCURE
Un Roy que le Deftinfit naiftre
Pour rendre unjour le calme à l'univers
Dans ce double vallon a bien voulia
paraiftre.
Inftruit depuis l'enfance à mes doctes
leçons ,
Il prend part à ma gloire ,
Il vient eftre en ces lieux témoin de la
victoire
Que vont remporter mes chansons.
Et vous , mes tendres Nourriffons ,
Pardes cris , par des chants , honorez
fa prefence ;
Le fangPéleve au rang des Rois :
Mais le droit de fanaiffance
Eft le moindre de fes droits..
Choeur des Muſes .
Par des cris par des chants , hono
GALANT
39
Tonsfa prefence;
Lefang l'éleve au rang des Rois
Mais le droit defa naiffanie
Eft le moindre defes droits.
APOLLON.
En vain de fesfujets l'aveugle deſtinée
Lesforce à rejetter fes loix :
Bien- toft par d'éclatans exploits
Ils verront de les mains fa valeur
couronnée.
Ileft digne de votre amour ,
Peuples , que la fureur d'une ligue
obftinée
Retient dans des liens qu'on fçaura
rompre un jour ;
Il eft digne de votre amour.
UNE MUSE.
Du Heros qu'il eut pour Pere :
Il imite les vertus :
40 MERCURE
Sa memoire eft encor chere ;
Le monde entier le revere
Au temps même qu'il n'eft plus!
Le Ciel auquel ilfut plaire
Rendra d'une liguefiere
Les attentats fuperflus .
UNE AUTRE MUSE.
Par les mains des Gracesformée
Une Princeße de fonfang
Plus grande que fa renommée ,
Eft plus illuftre quefon rang:
Semblable à fon augufte Mere ,
Son coeur eft droit &fincere ;
Son efprit a mille attraits.
Dans les emplois de Minerve
Elle afait d'heureux progrés ;
Que le Ciel nous la conferve
Pour eftre ungage de Paix!
APOLLON.
Jeunes Heros, qui celebrez lafefte
Que par mesfoins fur le Pinde on
apprefte :
GALANT 41
Unjour vous irèz furfes pas
Vousfignaler en de fanglans com
bats :
Alors la rebelle Tamife
Roulant fes eaux plus douce &
plus foûmife
D'un Regne fortunégoûtera les ape
pas .
CHOEUR D'APOLLON
& des Mufes .
Par des cris , par des chants hono
rons fa prefence :
Lefang l'éleve au rangdes Rois &
Mais le drait defa naiffance
Eft le moindre de fes droits.
Au milieu de l'action les
Penfionnaires qui avoient
complimenté Sa Majefté ,
luy fervirent toutes fortes de
Juillet 1704
D
42 MERCURE
rafraichiffemens , qui furent
enfuite diftribuez à toute
l'Affemblée . La Piece finic
la Roy fut reconduit à fon
Caroffe par les Jefuites &
par les plus diftinguez de
leurs Penfionnaires.
•
Tous
Ceux qui eurent l'honneur
d'approcher le Prince & la
Princeffe furent charmez de
leurs manieres .
Les complimens qui ont
efté faits à Sa Majefté Britannique
& dont je vous ay
parlé dans cet Article , eftant
tombez entre mes mains , je
yous les envoye .
GALANT
43
Digne Sang du Heros dont vous
priftes naiffanee ,
SIRE , vostre augusteprefence
Rappelle à nos efprits tout ce qu'il
eut de grand:
Sa foy , fa pieté , fa valeur ,fa clemence
,
Vertus qu'on viten luy plus grandes
que fon rang.
Il protegea comme vous faites
le ciel
Ceux que
foin de nous ,
engage à prendre
Enfin ilfut ce que vous etes
Et nous le retrouvons en vous.
Le Salomon de l'Angleterre ,
Ce Princefifameux dans la Paix,
dans la Guerre ,
Eprouva comme vous les caprices du
fort.
Comme luyfauvé du naufrage ,
Dij
44 MERCUR E
En France vous trouvez un Port.
Autant que luy tranquille &fage
Vous laissez difiper Porage ,
Attendant qu'un heureux retour
Vous rappelle fur un rivage .
Où vous ne prétendez regner que par
amour.
>
• Site , dès qu'on vous voit paroiftre ,
On ne peut s'empefcher de s'écrier ,
eb
quoy
!
Des Sujets peuvent - ils refufer pour
leur Roy
Un Prince fi digne de l'eftre.
S'ils pouvoient comme nous vous voir
& vous connoiftre ,
Quand bien même le fang ne vous
donneroit pas
Dejuftes droits fur vos Etats ,
Les Anglois enchantez vous choisi
toient pour Maitre
GALANT 45
Noble fang des Stuarts , digne fils
d'un grand Roy >
Heritier de fon nom , heritier de fa
foy,
Mefera- t- il permis de dire
Sans m'attirer votre courroux ,
Le vau que malgré moy mon coeur
forme pour vous ;
C'est l'amourfeul qui me l'infpire
.
Puiffe le Ciel au premierjour
Vousfaire abandonner la France,
Et nous ofter toute efperance
D'y revoirjamais voftre Cour.
F'allois vous offrir mon bras
Pourconquerir des Etats ,
Mais confiderant les charmes
Qu'en vous la nature a mis ,
Un tel Prince , ay- je dit , n'aur
pas besoin d'armes &
46 MERCURE
Qu'il paroiffe , & d'abord tout luy
Jera foûmis .
Je viens vous faire icy mon compliment
,
Toutfimplement.
J'auray peut- eftre un jour recours às
Péloquence
Quand vous m'accorderez une longue
audience ,
Hors de France
S'entend.
Sire , voftre cauſe eſt trop bonne ,
Le Ciel trop obligé de vous prefter
fon bras
Pour craindre qu'il vous abandonne.
Quand le Roy voftre Pere en quittantfes
Etats >
Youlut aux faints Autels immoler
La Couronne
GALANT 47
tre Enles mains du Ciel il la mit en
dépoft.
Le Ciel eft fon garent , &ſçaura
vous la rendre
Etfi nos voeux peuventfefaire entendre
,
Sire , nous efperons qu'il la rendra
bien-toft,
Monarque aimé du Ciel, admire de
la France ,
Dont l'efprit , la fageffe égalent la
naiffance ;
Qui meritez le Trône où regnoient
vos Ayeux
Etfçaurez imiter leurs exploits glo➡
rieux.
Tous ces jeunes François viennent
vous rendre hommage ;
Ils apprendront de vous qu'on pent
eftrea voftre age,
48 MERCURE
Fidele à fes Amis ,genereux & vaillant
,
Soutenirfans orgüzil l'éclat le plus
brillant
>
S'élever au - deffus de la grandeurfuprême
,
Eftimer la vertu plus que le diademe
,
Et pour tout dire enfin , renfermer
feul en foy
Ce quifait un Chreftien , ce quifait
un grand Roy.
J'ay fçu trouver un Maistre habile
,
Qui par une route facile
Apprend l'art de bien gouverner ,
Ne pour le bonheur de la terre ,
Unjeune Prince en Angleterre
Doit aller bien- toft l'enfeignet.
Quiconque lirafon Hiftoire ,
Sans
GALANT
49
-
Sansfe chargertant lamemoire ,
Sçaura le grand Art de regner.
Jefuis maintenant bon François ,
Mais fuivant la Metempsycofe
Si je devois bien- toft devenir autre
chofe
Et que le changement fut permis à
mon choix ;
Je n'hefiterois pas fur ce que je veux
eftre.
Sire , de mon deftin vousfixeriezl'objet,
Je fens que d'un tel Roy , je fens que
Lun tel Maitre
Jeferois volontiers lefidellefujet.
Gouverner des Peuples foùmis ,
Vous attacher leurs coeurs , en confer
vant leurgloire >
Triompher de leurs ennemis
Et leur affervir la Victoire ,
Juillet 1704.
E
50 MERCURE
Sans parler en gens inſpirez
Ny vouloirfaire les Prophetes ;
Sire ,
eftes
en voyant ce que vous
C'est bien- toft ce que vousferez
SIRE ,
Vousfçavezqu'à mon âge on eftgueres
en estat
Dediftinguer d'où peut venir l'éclat
Quifait briller voftre augufte Perfonne,
Mais jepuis du moins affurer
Que ce même éclat qui m'étonne ,
Tout le monde a fçû l'admirer.
Ma Mufe voudroit bien dans l'ar➡
deur qui l'infpire
Celebrer en ce jour le bonheur de ces
lieux.
GALANT
51
Mais il vous eft grand Roy , plus
aifé de le lire
Sur noftrefront & dans nosyeux :
On difoit que l'Amour & que la
Majefté
Ne faifoientjamais d'alliance,
Sire , c'est une fauſſeté
Je le voispar voftre prefence.
Eloigné dupays que lefang, la naif-
Sance
Doitfoumettre à votrepuißance ,
On vous plaint de vous voir privé
d'un bienfi doux.
Moyje plains l'Angleterre ; elle
perd plus que vous.
Y
Lorfque de leur prefence autrefois
Apollon
Et Dianefa fæur honoroient l'Helicon
, E ij
52 MERCURE
Sire , ce Dieu de l'Hypocrene
Baniẞant pour un temps le travail
& la peine ,
Donnoit quelque repos aux tendres
nourriẞons
Qui vivoient fous fes loix dans les
facrezvallons.
C'estpeut- eftre une Fable , eh bien !
je le veux croire.
Vouspouvez toutefois , Sire , enfaire
une Hiftoire.
Le Compliment qui fuit fut
fait au commencement de l'action
.
N'est- ce point beaucoup entreprendre
,
Sire , à des enfans comme nous ,
Qui ne peuvent qu'à peine encor fe
faire entendre ,
De vouloir divertir un grand Roy
Comme vous ?
GALANT 53
L'entrepriſe fans doute eft un peu temeraire
,
Je ne puis le diffimuler :
Mais quand il s'agit de vous
plaire ,
Sire , les enfans même apprennent à
parler.
L'Action finit par les Vers
fuivans.
Si nos Jeux ont pu plaire à Votre
Majefté,
Sire , noftre bonheur est bien digne
d'envie ,
Et ce jour doit eftre compte
Pour le plus beau de noftre vie.
Mais quand l'àge & la force , en
fecondant nos voeux ,
Nous mettront en estat de combattre
pour elle ,
E iij
54 MERCURE
C'eft autrement que par des jeux ,
Sire , que nous fçaurons luy marquer
noftre zele.
Je vous envoye ce qui fuit , de
la maniere qu'il est tombé entre
mes mains .
DEUX PROBLEMES
DE GNOMONIQUE
A RE'S OUDRE,
Avec la Solution du Problême
de Dioptrique , propofé dans
la lettre de Mr de Hautefeüille
à мr Bourdelot ,fur le moïen
de perfectionner l'ouïe .
I. Faire un Cadran Solaire portatif,
qui marque les Minutes
divifées une à une.
II. Faire que l'Ombre d'un Fil
GALANT 55
L
foit auffi claire & auffi diftincte
à trois ou quatre pieds ,
qu'à deux ou trois poulces.
Es Sçavans en Mathemati .
que , Anciens & Modernes
, ont proposé plufieurs man
nieres de tracer des Cadrans au
Soleil , & d'enfaire , au rapport
de quelques Auteurs , de plus de
cinq cens façons differentes , lefquels
font tous fort curieux , mais
de peu d'uſage , n'y en ayant aucun
de tout ce grand nombre ;
qu'on puiffe commodément porter
furfoy , & qui marque l'heure
jufte à deux ou trois Minuttes
prés.
E iiij
56 MERCURE
Ce feroit neanmoins une cho
fe neceffaire dans ce fiecle , où les
Montres font parvenuës à une
tres grande jufteffe , les Horlo
geurs n'en faisant presque plus
qui ne marquent les Minuttes ,
par une Eguille qui fait ſon tour
en une heure , & eftant difficile
de les regler , avec quelque précifion
, de même que les Pendules
de Chambre , fans avoir un Cadran
qui marque pareillement les
minuttes une à une , peu de gens
pouvant les regler par le moyen
des Etoiles fixes.
Voici le Problême tel que je
Pay propofé à la page 13. de ma
GALANT 57
Lettre à Mr Bourdelot , premier
Medecin de Madame la Dua
cheffe de Bourgogne ,fur le moyen
de perfectionner l'Quie , imprimée
en 1702.
Un Horlogeur me dir unjour¸
que ce luy eftoit une aßez grande
incommodité d'ôter fes Lunettes
de deffus fon nez , & den remettre
d'autres plus fortes , on
dont le foyer eftoit plus prés , lors
qu'il vouloit regarder des objets
tres petits , & que c'eftoit même
quelque perte de temps , parce que
cela luy arrivoit fouvent ; qu'il
feroit bien aife d'avoir une ſeule
même Lunette , composée de
58 MERCURE
deux verres , avec laquelle fans
y toucher ny ôcer de deſſus le
nez , il puſt voir diſtinctement
des deux yeux les objets grands
&petits , peu ou beaucoup éclai .
rez , & qui fift l'effet de ſes deux
Lunettes. Cela m'a donné occafion
de chercher ce moyen , & jay
fait faire une Lunette qui a toutes
ces proprierez , de laquelle je
me fers affez commodément depuis
trois ou quatre ans . Quoy
que ce ne foit qu'une bagatelle
on pourroit la propoſer aux Sça .
vans comme un Problême de
Dioptrique à refoudre ; on en a
propofé quelques fois de plus inu
tiles.
GALANT 59
Il n'est pas furprenant , que
des Lunettiers des perfonnes
qui n'ont qu'une mediocre connoiffance
de la Dioptrique , ayent
trouvé ce Probléme impoffible
dans la pratique , puifque des
Mathematiciens ont eu ce fentis
ment.
Ceux qui fe fervent de Lu
nettes voyent diftinctement les
objets qui font au de là , en promenant
les yeux fur toutes les
parties de la fuperficie des verres.
Cette remarque
m'a donné lieu
de penser que , fi chaque verre
d'une Lunette eftoit de deuxe
foyers , & que chaque moisié hoj
60 MERCURE
monime fut placée , en forte que
les deux yeux puffent voir , en
même temps , an travers de chacune
de ces moitiez une Lunette
compofée de cette façon produiroit
l'effet propofé dans le Problême.
La difficulté confiftoit à travailler
un feul & même verre de deux
differens foyers , ce qui me parut
impoffible , mais confiderant qu'il
n'eftout pas neceffaire , que chacun
de ces verres fût d'une fût d'unefeule piece ,
je penfay qu'en coupant par la
moitié deux verres de differens
foyers, j'en pourrois conftruire une
Lunette quiproduiroir l'effet prétendu
, en joignant une moitié du
GALANT 61
verrefort avec l'autre moitié du
verre foible ou moins convexe
& en mettant la ligne de fection
paralelle à l'Horifon.
Fen fis auffi tost l'experience ;
je vis que cette Lunette pro
duifoit ce que je fouhaitois . Lors
que mes yeux font élevez3 j'anperçois
les objets d'une mediocre
grandeur au travers de deux
moisiez foibles que jay mises en
baut , lors qu'ilsfont abbaiffez
je voispar les moitiez des verres
inferieursfort convexes ,
jets confus , mais en les appro
chant , ils meparoiffent tres difsincts
a beaucoup augmentez.
Les oba
62 MERCURE
Voicy les inconveniens de
cette espece de Lunette . Le premier
eft , qu'il paroift une barre
ou caffure dans le milieu , qui
femble faite par accident , & qui
choque ceux qui s'en fervent la
premiere fois. On pourroit la rendre
moins vifible , en la rempliſfant
de quelque Gomme ou Refine
transparente , mais on sy accoû,
ассой
tume par l'uſage.
Le fecond eft , que les yeux ne
voyent point les objets par le
centre des verres , puifqu'ils ont
efté coupe , & qu'il n'y en a
plus. Ceux qui fe fervent des
lunettes ordinaires , font pen
GALANT 63
d'attention à ces centres Ꮼ
voyent également bien par tout .
Ileft même certain qu'on ne voit
jamais des deuxyeux par les cen
tres de ces verres , ny le plusfouż
vent par aucun.
Cependant pour remedier à cet
inconvenient , j'ay faitfaire une
Lunette où j'ay mis les centres
de ces verres , & même deux lis
gnes au de là , ce qui fuffic , parce
que la prunelle de l'oeil n'a pas
quatre lignes de largeur ; mais elle
eft composée de quatre verres
effectifs , quoy qu'on en ait retranché
quatre portions
d'un tiers ; au lieu d'eftre ronde
prés
64 MERCURE
ellefe trouve ovale dont le grand
diametre eft perpendiculaire , & le
petit paralelle à l'Horifon , de mê
la caffure ou la ligne qui
me
que
fait l'union des deux verres .
Pour éviter la difformité de
cette barre , j'ay fait faire une
Lunette dont la chaffe eft compofée
de quatre cercles entiers.qui
font joints & arrefte enfemble
pardeux traverfans en croix ,
j'ayfait ajouter au bas de chaque
cercle , des deux cofteZ du nez ,
une petite queue ou avance , afin
d'élever on abaiffer cette double
Lunette , de laquelle je me fers ,
en élevant ou abaiffant lesyeux ,
GALANT 65
où en la tournant fens deffus def.
fous , ce qui eft pluroft fait que
d'en aller chercher une autre
paire .
F'in ay fair faire de quelques
autres façons , dont je ne parleray
point , parce qu'elles n'ont
rien de plus parfait . Ceux à qui
ces Inftrumens conviendront , y
feront tel changement qu'ils juge;
Tont à propos .
Fay dit dans le Problême , que
ce n'estoit qu'une bagatelle. En
effet , cette Invention eft peu
chofe , de même
que
de
la Lunette
d'aprochepar reflexion , pour voir
les objets qui font de costé
Juillet 1704 .
par
F
66 MERCURE
l'on
rederriere
, afin de cacher aux per-
Jonnes de qui l'on peut estre vû ,
quels font les objets que
garde Fe l'ay communiquée à
des perfonnes qui en ont fait faire
ily a longtems , & plufieurs les
ont imitées depuis. Ce font de
petites perfections dans un des
plus beaux Arts de ce fiècle , lef
quelles pourront donner occafion
aux Sçavans & aux Curieux
d'y en trouver d'autres , & même
quelque chose de meilleur.
Sicette maniere de propofer des
Problêmes eftoit en ufage dans les
Mechaniques
dans les Arts,
comme elle l'eft en Geometrie , &
GALANT 67
files Inventions nouvelles , quelque
temps devant que d'eftre données
au Public , eftoient expofèes
en Problêmes , cela engageroit
plufieurs perfonnes de s'appliquer
à les trouver , d'accoutumer leur
esprit à les rechercher , & d'acquerir
le Genie de l'Invention ,
qui n'eft rare , que parce que peu
degens s'y appliquent , & qu'on
n'en prend pas le veritable chea
min. Ceux qui travailleroient à
refoudre ces Problêmes propofez
par les Sçavans , auroient l'avantage
d'eftre aſſurezde la pof.
fibilité de la chofe , qui fait la
moitié de la découverte , ce qui
Eij
68 MERCURE
manque à ceux qui cherchent
de
nouvelles Inventions .
C'est une erreur , dont bien des
gens font prévenus , qu'ilfaut at
rendre des Artifans la perfection
de leurs Arts . On fera perfuadé
du contraire , en lifant la Section
31. de l'Hiftoire de la Societé
Royale de Londres , qui porte ce
titre . Les Mecaniques
le peuvent
ameliorer par d'autres
gens que par les Artifans .
L'Auteur de cette curieuſe
fçavanie Hiftoire , laquelle meri
seroit une Traduction Françoise
plus polie , en rapporte plufieurs
preuves.
GALANT 69
Il dit entr'autres que , les Artifans
ayant dés leur jeuneſſe
eu leurs mains adreſſées aux
mêmes Methodes de travailler ,
ne fçauroient quand ils vous
droient changer leur coûtu
fe reduire à de nou .
me , ny
velles voyes de pratique : ou
tre cela ils travaillent princi
palement pour leur fubfiftance
prefente , & partant ils ne
fçauroient differer fi long?
temps leurs esperances , com:
me il eft ordinairement requis
pour meurir quelque
nouvelle Invention. Mais fpecialement
ayant manié lon70
MERCURE
guement leurs Inftrumens d'a,
ne même façon , & ayant regardé
leurs Materiaux avec
les mêmes pensées , ils ne font
pas enclins à en eftre beaucoup
furpris , ny à en avoir
aucunes imaginations ou trans.
ports extraordinaires
.
Ce font là les defauts ordinaires
des Artiſans , au lieu
que des hommes d'une vie
plus libre ont tous les avantages
contraires , Ils ne s'ap
prochent pas de ces métiers là
comme des emplois mouffes ,
inévitables & perpetuels
mais plutoft comme de
GALANT
71
leurs divertiffemens-
Il ajoûte : L'Invention eft
une chole heroïque , qui eft
placée au deffus de l'atteinte
d'un genie bas & vulgaire.
Elle requiert un efprit actif,
bardi , prompt , & fans repos : Il
faut mépriler mille difficultez
dont un coeur abject leroit dé
couragé , il faut faire beau
coup d'efforts en vain : il faut
fouvent faire profufion , qui
ne rapporte rien , & qui ne
fait eſperer aucun profit. I
faut s'y attacher avec beau
coup de violences , de vie
gueur & de penſées : Il faut
72 MERCURE
luy accorder quelques irregularitez
& excés , qui à peine
ne fçauroient recevoir aucun
pardon des Regles de la Prudence.
Tout ce qui nous peut
perfuader qu'un grand efprit
fans bornes peut eftre apparament
l'Auteur de productions
plus grandes , que ne fçauroient
faire les efforts calmes,
obfcurs & entravez des Me.
caniques mêmes : & que com.
me on obferve à l'ordinaire
en la generation des enfans que
ceux là font plus éveillez……..
ainfi aux generations du cerveau,
celles-là font plus vigoureufes
GALANT 73
Tes & fpirituelles , que les
hommes engendrent en d'au
tres Arts que les leurs propres
. On trouvera de ces for
tes de Lunettes chez le Sicur
du Hamel , au Griffon , fur le
Quay de l'Horloge , proche
le Pont - neuf
2
Frére N. de S. Gorges
Chevalier de l'Ordre de Saint
Jean de Jerufalem , Bailly du
même Ordre & Comman .
deur de la Commanderie de
Saint Georges dans la Ville
de Lyon , qui eft attachée à
ce Bailliage , eft mort dans
Juillet 17041 G
74 MERCURE
cette Ville là , regretté gene
ralement de tous ceux qui le
connoiffoient , à cauſe de ſes
grandes qualitez. Il eftoit
bienfaifant , d'un commerce
doux & honnefte , & plein de
bonté & de charité pour les .
Pauvres , aufquels il diftribuoit
une partie de fon revenu.
Il est mort âgé d'un peu
plus de foixante ans . Il eftoit
frere de Mr l'Archevêque de
Lyon , & de feu M' le Comte
de S. Georges , dont le fils
aîné a épousé depuis quel
ques années l'heritiere de la
Maifon de Saint André d'Ap
GALANT 75
chon. M' le Bailly de Saint
Georges avoit fervi avec
beaucoup de diftinction dans
fon Ordre , & il avoit fair
plufieurs Campagnes avec
beaucoup d'éclat contre les
Turcs. Il avoit une valeur
éprouvée dans plufieurs occafions
, dont il s'eftoit tiré
avec beaucoup d'honneur.
La Maiſon de Saint Georges
qui eft du Mâconnois , eft
tres illuftre ; elle a donné des
Comtes à l'Eglife de Lyon , &
des Chevaliers à l'Ordre de
Malte,depuis plufieurs fiecles
Mr l'Archevêque de Lyon
Gij
76 MERCURE
d'aujourd'hny , auparavant
Evêque de Clermont & Archevêque
de Tours avoit efté
durant plufieurs années Com,
te de cette Eglife , & Préceng
teur , qui en eft la troifiéme
Dignité. Il parut avec un
grand éclat dans l'Aſſemblée
generale du Clergé de l'année
1682. où il eftoit Deputé
du fecond Ordre de l'Eglife
de Lyon. Il y foûtint les
Droits du Roy avec beau
coup de fermeté & de vi
gueur , & il fut nommé Evê .
que de Clermont aprés que
l'Affemblée fut finie. Il eft
GALANT 77
peu de perfonnes dans le
Royaume qui entendent
mieux l'Hiftoire Ecclefiaftique
& le Droit Canon , que
ce Prelat. Il a trois neveux
dans l'Eglife de Saint Jean
de Lyon . Deux de fon nom ,
dont l'aîné eft Précenteur ,
& l'autre qui eft fils d'une
foeur , eft Mr le Comte de
Chemé , frere de Me de Chavanes
& de Me de la Tournelle.
Mr N... de Maffac , Cha:
noine de l'Eglife Cathedrale
d'Orleans , Prieur de Nantua
, eft mort depuis quel
G iii
78 MERCURE
que temps. Il eftoit fort eftis
mé dans fon Chapitre
, à
cauſe de la grande intelligence
qu'il avoit dans les affaires
, & fur tout dans celles
qui regardoient
les matieres
Ecclefiaftiques
. Il eftoit fils
de feu Mr de Maffac , un des
plus celebres
Avocats
du
Parlement
de Paris , & dont
la capacité dans les matieres
beneficiales
eftoir generale
ment reconnuë
. Le Prieuré
de Nantua , que poffedoit
Mr l'Abbé de Maſſac , eft
fitué dans le Bugey. C'eft un
Benefice d'une grande difting
GALANT 79
tion , puifque celuy qui en
eft Titulaire , eft Seigneur
d'une petite Ville , qu'il eft
à la tefte d'un Chapitre
Regulier , toûjours rempli
de perfonnes qualifiées , &
qu'il a
fieurs Benefices de confi
deration à fa Collation . Ce
Prieuré avoit efté autrefois
une celebre Abbaye , & par
la
revolution des temps , il
avoit changé de Titre , en
prenant celuy de Prieuré ,
qu'il a à prefent. Il a efté
poffedé par des perfonnes
d'une grande diftinction ,
outre cela , plu .
80 MERCURE
fçavoir des Cardinaux , deš
Archevefques & des Evef
qucs. Mr l'Abbé de Maffac
avoit fuccedé à ce Benefice à
feu Mr de Neuchezes , Evê
que de Châlons fur Saone ,
qui l'avoit d'abord refigné
fon Neveu , fur lequel Mr de
Maffac l'impetra. Ce Benefice
eft à la collation de Mr
le Cardinal de Bouillon ;
comme Abbé de Clugny, qui
l'a donné au Prince Frideric
fon neveu. Mr de Maffac
eftoit fort confideré de Mr
le Cardinal de Coiſlin , & il
eft peu de perſonnes qui n'en
GALANT 81
5 fiffent un cas fingulier. II
avoit des moeurs fort douces ,
& quoy qu'il euſt eu plu
fieurs affaires pendantle cours
de fa vie , on luy avoit toû
jours remarqué plus de pen
chant à les terminer par accommodement,
qu'à les foûtenir
dans la rigueur de la
Juftice , & à faire valoir fon
droit. Il a efté fort regretté
à Nantua où tout le monde
l'aimoit & l'eftimoit . Il y fai-
Ty
foit de grandes charitez aux
Pauvres.
Mr Petit , Confeiller du
Roy aux Eaux & Forefts de
82 MERCURE
France , au Siege general de
la Table de Marbre du Pa
lais à Paris , mourut le mois
dernier âgé de quatre - vingt
ans . Il a efté inhumé à Saint
Paul. Tous les Officiers de
la Chambre y ont affifté en
Corps , & ont rendu le der
nier devoir à un Officier de
plus quarante années de fervice.
Il s'eft acquitté de fa
Charge auec tout l'honneur
& la probité qu'on peut fouhaitter.
Il est d'une Maiſon illuf.
trée dans la Robe . Il avoit
deux freres , dont l'un eft
GALANT 83
Procureur du Roy à Angers .
& s'acquitte de cet employ
avec l'applaudiffement de
toute la Ville : le fecond
eft Avocat au Confeil. II
eftoit coufin germain de
Mrs, Petit de Paffy , Petit
de Ville neuve , Confeiller à
la Cour des Aides , dont le
fils qui eft Confeiller au Parlement
, a eu la Charge de
Mr Petit fon oncle , Confeil
ler Clerc au Parlement , &
Chanoine de Noftre- Dame ,
qui tomba malheureuſement
par fa feneftre. Il eftoit auffi
coufin germain du cofté de
84 MERCURE
fa mere , de Mrs Meliand ;
Conſeiller au Parlement , &
Meliand Maistre des Reque
ftes , nommé par le Roy à
l'Intendance de Pau , dont je
vous ay parlé dans ma Lettre
du mois d'Avril dernier ,
& de Mrs Portail & le Nain ,
Confeillers & Avocats Generaux
du Parlement de Paris .
Sa devotion eftoit auffi fervente
que fa naiſſance eftoit
élevée. Il eftoit Prefect de la
Congregation des Jefuires de
la rue Saint Antoine. On ne
met à cette premiere place
que des perfonnes confom
GALANT 85
mées en ſcience & en devo
tion.
Je vous envoye une galanterie
d'une maniere nouvelle ;
elle eft de l'invention d'une
Dame qui a infiniment d'ef
prit, qui au lieu de donner des
rimes pour des Bouts - rimez ,
a donné des mots qui doi
vent entrer dans un ouvrage ,
dont elle a prefcrit le ſujet.
On a fuivy fon intention ;
ainfi que vous verrez dans la
piece fuivante.
1
86 MERCURE
DISCOURS REMPLIS .
fur trente mots donnez
pour un Voyage.
Defir® ,
Conquerant ;
Amour ,
Maiſon ,
Secret ,
Rencontre ,
Reine ,
Magnifique ,
Langueur ,
Vaiffeau ,
Adorable ,
Vivacité ,
GALANT 87.
Heureux ,
Diamans ,
Gifte ,
Maiftreffe
,
Toilette ,
Soûmiffion ,
Princeffe
,
Sable ,
Etranger
,
Folle ,
Fragment
;
Vigilance
,
Elclavage
,
Perte ,
Infidelle ,
Peſcheur ,
Vilage ,
88 MERCURE
Introducteur.
A URANIE
Zedefir de vousplaire , ado
rable Uranie , m'a fait entre
prendre un voyage. Amour
venille le rendre heureux , &
donne à mon esprit la vivacité
qu'il infpire.
Je m'embarquay fur une mër,
dangereuse ; les vents favori
foient mes defirs ; j'entray dans
un magnifique Vaiſſeau nommé
le Conquerant. J'apperçus
d'abord une bonne perfonne qu'on
nommoit fidelité ; elle a le visage
GALANT 89
long & tres ennuyeux , elle ne
fçait dire que la même chofe , je
m'en laffay bien toft , & j'entray
dans une chambre , où je trouvay
l'Inconftance. C'est un Follefans
raifon ny jugement , fi étourdie
que je ne voulus faire aucune fo
cieté avec elle . Le Dépit vint à
fa place ; ce petit homme eft toû
jours en colere , & ne dit
que des
chofes inutiles , jurant , peftant
contre ceux qui l'aiment le mieux ;
je meferois jettée dans la mer pour
l'éviter , mais le Capitaine le
chaſſa , &l'Amour proprefe prea
fensa avec toutes le Graces qui
l'accompagnent . Felereçus à bras
Juillet 1704.
H
90 MERCURE
onverts , comme une bonne com
pagnie que je ne veux jamais
il a des remedes à tous
quitter ;
maux , il plaift dans tous les
temps , un air d'aſſurance brille
fur fon vilage & il l'inspire à
ceux qui le regardent C'eſt une
aimable perfonne dont il ne faut
jamais fe feparer pour eftre heu¬
reufe Inspirée parses amis , j'ar
rivay tranquille dans le Royau.
me des Amours , & j'y trouvay
en abordant une petite épreuve à
ma pitié Je vis les fragmens
d'un Vaiffeau brifé & une belle
Princeff, évanouie fur le lable ;
je courus pour la fecourir , elle re;
GALANT 91
une
Ioint , & me fit prefent de plu-
= fieurs gros Diamans dont elle
avoit une caffette pleine . Je fus
ravie d'avoir fait unfi bon rencontre.
Ily avoit prés de là
jolie maiſon , quoy qu'elle n'appartinft
qu'à un Pelcheur , j'eus
foin d'y faire coucher ma Princeffe
, qui aprés un leger repos me
conta fon Hiftoire , quoy qu'en
langage étranger . Fentendis qu '
elle pouẞoit des foupirs pour la
perte d'un Infidele.Son Hiftoire
que je pafferay fous filence
me le confirma . Hfallut le lende
main continuer noftre chemin ; je
dis noftre , parce que la Princefe
Hij
92 MERCURE
que
eut même intention que moy d'aller
voir la Mere d'amour . Son Ifle
eft d'un tres difficile abord , quoy
les chemins foient femez de
violettes defleurs qui naiffent
des pleurs des Amans. Voicy la
route que nous tinfmes.
Amour.
Langueur.
Empreffement!
Soûmiflion,
Vigilance.
Sincerité .
Fidelité.
Diſcretion & Secret:
Ce font les giftes de cette pea
nible
route.
L
GALANT 93
2
L'Amour eft facile à trouver ,
La marchandiſe n'eft pas rare ,
Qui n'en prend pas , doit paffer
pour bizare ,
Lorfqu'à fon but , il eft fûr d'arg
river.
S
La langueur eft un mauvais gifte,
On ne s'y trouve jamais bien ,
La Maiftreffe n'eft bonne à rien,
On n'yfçauroit paffer trop vîte
$
Celuy qui fuit eft plus charmant
>
Il eſt tout des plusà la modes
Chacun aime l'empreffement
Mais le gifte n'eft pas commode
S
La foùmiffion eft deferte ,
On n'habite plus ce Logis
94 MERCURE
L'on paffe à Vigilance , elle a de
méchants lits ,
Et tient fes Hoftes bien à
l'erte .
S
Le gifte de Sincerité
Na gardé que le nom , & n'eft
point habité ,
La Maiſtreffe en eft hagarde
,
Et quelque endroit qu'on y
regarde
On n'y voit point la verité.
2
A Fidelité l'on s'ennuye ,
C'est pourtant un tres- beau
féjour ,
Mais ailleurs ainfi qu'en Amour
,
Il eft bon de mêler la vie,
$
GALANT 95
$
Pour le Secret & la Difcre
tion ,
Je ne dis pas ce que j'en pen
fe ,
Heureux qui dans fa paffion
En fait fa Maifon de Plai
fance .
Puifque j'ay fait ce chemin
vous pouvez vous en tenir
mes Memoires , je vous affure
qu'ils font bons . Enfin nous
arrivâmes à l'Ifle de Cytere &
j'envoyay chercher des Intro
ducteurs pour m'inftruire & me
prefenter à la Reine . Ils me queft
sionnerent beaucoup , & me def
fendirent de vous nommer ,
96 MERCURE
elle
de me dire vostre amie , titre dont
je me parois par tout , & qui me
fervit de Paffeport devant l'A.
mour ; mais pour fa Mere ,
vous hair plus que Pfyché , vous
en fçavez la raison. Je fus
prefentée à fa Toiletre , où je
ne fus pas inutile à fa parure.
F'eus l'adreffe pour eftre bien res
que de luy donner un esclavage
que j'avois fait des diamans de
ma Princeffe ; cet ornement parut
nouveau , plutfifort à Venus,
que je fus employée à cet ouvrage
sout le temps que je paffay à cetre
Cour , & jen'y fis qu'enfiler des
perles,
GALANT 97
perles , tant il eft vray que cha .
que chofe afon temps : mais pour
me confoler jefus nommée grande
Maiftreffe de l'Esclavage , &
fuis revenue en France pour en
faire l'Ordre, les Officiers que
j'en croiray dignes. Fay befoin de
oftrefecours , belle Vranie , pour
faire des Efclaves qui foient bien
appellez àl'Ordre ; choififfez des
premiers emplois , &me croyez ,
& c.
Monfieur le Maréchal de
Vilars n'ayant pûaller à Touloufe
,мr le Baron de Puget de
S. Alban , Lieutenant de Mrs.
Fuilles
1704.
I
98 MERCURE
les Maréchaux de France ; a
prefenté en ſon abſence , les
Lettres de Commandant
dans la Province de Langue
doc. Il alla au Palais le 26 .
de ce mois , avec cent Gena
tilshommes , & affifta à la
Publication des mêmes Let
tres , qui fut faite aprés qu'a
elles eurent efté plaidées par
Mr Douvrier , & que Mr l'Avocat
general le Comte eut
parlé , ce Baron donna au retour
du Palais un magnifique
repas.
Je vous envoye encore un
Air de la compofition de Mr
GALANT 99
de Metz de la Flêche en Anjou
: les paroles font à la gloi
re du Roy, ainfi que celles des
Airs precedens du même Auj
teur , dont on a efté tres fas
cisfait.
AIR NOUVEAU.
Grand Dieu, dont lesfaveurs en
vers nous font extrêmes ,
Qui pour notre Monarque as voulu
faire choix
De Louis , dont les juftes loix
Sont l'image des tiennes mêmes.
Que ta mainfur ce Roy , Painé des
Rois Chreftiens ,
તે
Répandefes bienfaits fuprêmes,
Comme il aime fur nous à répandre
Les fiens.
Je vous envoye quelques
1
100 MERCURE
Articles de morts , dans lef
quels vous trouverez des chos
fes affez curieuſes.
Mr l'Abbé de Berulles
Maiftre des Requeftes , &
Prieur de S. Romain du Puy
auprés de Lyon , mourut fur
la fin du mois de Juin en cet
te Ville. Il eftoit fort eftimé
dans le Confeil par la vivacité
de les lumieres & par la
penetration de fon efprit , il
eftoit frere de Mr de Berul
les , premier Prefident au Parlement
de Grenoble , & aua
paravant Maitre des Res
queftes & Intendant à Lyon ;
GALANT 101
... pere de Dame N………. de Beru-
Ile mariée à Mr de Ribeyre
fils du Confeiller d'Etat . Mr
l'Abbé de Berulle avoit encore
une foeur mariée à мr le Com
re de Rieux de la Province de
Picardie. La Maifon de Berul
le eft illuftre & ancienne , elle
eftd'ailleurs fort confiderable
par les dignitez qu'elle a eu &
par les alliances qu'elle a prifes
dans les meilleures Mai
fons de la Robe. Le Cardinal
Pierre de Berulle luy a donné
beaucoup de luftre ; ce fut
ce Cardinal qui établir la
Congregation des Preftres
I iij
102 MERCURE
de l'Oratoire en France : il
fit auffi l'établiffement des
Carmelites qu'il alla prendre
en Eſpagne. Il eut beaucoup
de part aux affaires de fon
temps: il raccommoda la feuë
Reine Marie de Medicis avec
le Roy fon fils ( Louis XIII . )
le Pape Urbain VIII . l'obli
gea d'accepter le Chapeau
de Cardinal en le difpenfant
du voeu qu'il avoit fait d'accepter
aucune dignité Ecclea
fiaftique. Il mourut en celebrant
les Saints Myfteres &
à cet endroit de la Meffe
Hanc igitur oblationem , &c.
GALANT 103
'Ainfi n'ayant pû achever le
Sacrifice , il en fut luy -même
la victime : ce qu'on exprima
par ce Diftique :
Capta fub extremis nequeo dum
facra Sacerdos.
Perficere , at faltem victima
perficiam .
Le Cardinal de Berulle
eftoit fils de Claude de Be
rulle Confeiller au Parlement
de Paris , & de Dame Loüife
Seguier , & il eftoit frere de
Jean de Berulle Confeiller
d'Etat , ayeul de Mrs de Berulle
d'aujourd'huy . La Mai
fon de Berulle eft originaire
I iiij
104 MERCURE
de
Champagne.
Le Cardinal de Berulle
avoir fait
plufieurs ouvrages
que le Pere
Bourgoing , Ge
neral de
l'Oratoire , & fon
Succeffeur , a eu foin de recueillir
en un volume. Ce
Cardinal eft inhumé dans
l'Eglife des Preftres de l'Oratoire
de la rue Saint Honoré.
On voit pourtant fon Toms
beau dans celle de l'Inftitution..
Ce
Tombeau paffe pour
un Chef- d'oeuvre.
Mr le Comte de Verac ,
Lieutenant general du haut
Poitou , eft mort dans fes
GALANT 105
terres , dans un âge fort avan.
cé. Il laiffe Mr le Marquis de
Verac fon fils , Colonel de
Cavalerie , & qui a obtenu
du Roy la Lieutenance generale
qu'avoit feu fon pere.
Mr le Comte de Verac qui
donne lieu à cet Article avoit
fervi une grande partie de fa
vie , & il avoit donné des
preuves confiderables de fa
valeur & de fon courage. Sa
Maiſon eft fort diftinguée
dans le Poitou , où elle a te
nu un des premiers rangs
depnis plufieurs fiecles . Le
Trifayeul de Mr le Comte de
106 MERCURE
Verac fut un des plus grands
Generaux que la France ait
eu. Quelques uns croyent
cette Maiſon fortie de l'Ecoffe
, & qu'elle vint s'établir
d'abord en Angoulmois &
enſuite en Poitou fur la fin
du douziéme fiecle . On trou.
ve un des Anceftres de Mrs
de Verac dans le voyage que
Louis VIII . fiten Angleterre,
le Roy Philippe Augufte fon
pere eftoit encore vivant ;
pour prendre poffeffion d'une
Couronne que les Anglois
luy défererent ; mais on n'a
pû encore fçavoir s'il quitta
GALANT 107
ĉe Royaume avec Louis VIII.
qui , comme l'on fçait , n'y
demeura pas longtemps . Le
pere de Mr le Comte de Verac
avoit auffi eu des emplois
de diftinction.
Mr N..... Lambert Marquis
d'Herbigny , Maiſtre
des Requeſtes , & Intendant
de la Generalité de Roüen
eft mort fans avoir eſté maj
rié ; il avoit efté auparavant
Intendant à Lyon . Mr d'Herbigni
fon frere & fon heri
tier eft Me des Requeſtes , il
a épousé depuis peu Dame
N .... d'Eftrades , dont je
108 MERCURE
le
vous parlay amplement dans
temps de ce mariage. Elle
eft proche parente du feu
Maréchal de ce nom ; & c'eft
une jeune perfonne pleine
d'agrémens. Mrs d'Herbi
gni font fils de feu Meffire
N. de Lambert , Seigneur
d'Herbigni qui étoit attaché
à feuë Mademoiſelle
; cette
Princeffe en faifoit un grand
cas , & avoit beaucoup de
confiance en luy. La famille
de Mrs d'Herbigni eft connue
dans la Robe depuis
long- tems & far tout au Par
lement. Celuv qui vient de
C
P
8
a
GALANT 109
mourir avoit eu l'Intendance
de Lyon aprés Mr de Be
rulle , aujourd'huy premier
Prefident de Grenoble , &
il a eu pour fucceffeur Mr
Guiet cy- devant Intendant à
Pau. Mr d'Herbigni avoit
une fanté fort languiffante ,
& il avoit même efté obligé
de fe repofer durant une an
née dans les terres , pendant
l'intervalle de fes Intendan.
ces.
Mr Robert Brigadier des
Armées du Roy & Ingenieur,
eft mort de la bleffure qu'il .
avoit reçûë au Siege de Caf
110 MERCURE
tel- branco en Portugal. Il a
été generalement regretté des
François & des Eſpagnols ,
& le Roy d'Espagne s'eft expliqué
en fa faveur , d'une
maniere tout-à - fait avantag
geufe: M' Robert avoit fer .
vi dés fa plus tendre jeuneſ.
fe , & il s'étoit appliqué à la
diſcipline militaire avec une
attention extraordinaire . On
reconnût en luy de's fes pre
mieres années un goût - natu
rel pour les mathematiques.
Il s'y attacha , & aprés y avoir
fait de grands progrés , il engra
dans le fervice . M ' le мaGALANT
III
réchal de Vauban , qui con .
nût des premiers fon talent ,
le fit valoir , & luy fournit
des occafions de donner des
preuves de fa capacité & de
fon zele. м'Robert s'attacha
à cet illuftre Patron , autant
par inclination que par re
connoiffance , il l'a fuivi pref,
que dans toutes les Campa
gnes , & dans tous les fé
ges dont ce maréchal a eu la
conduite. M' Robert eftoit
forti d'une maison qui a donné
plufieurs Officiers de merite
& de valeur. Plufieurs
perfonnes de fon nom & de fa
112 MERCURE
7
famille , ont porté les armes
glorieufement . M'Robert joi
gnoit à la valeur une grande
probitè , il eftoit eftimé &
confideré de tous ceux qui
le connoiffoient.
•
Quoique ce que vous allez
lire regarde une vieille
nouvelle , vous le trouverez
neantmoins tout nouveau.
Ce détail eftant rempli d'un
fi grand nombre de circonf
tances , qui n'ont point efte
publiées , qu'il doit eftre re
gardé comme un beau morceau
d'hiftoire contenu dans
les deux Lettres fuivantes.
GALANT 113
TRADUCTION
D'une Lettre écrite par la
Députation de la Prin-
་
cipauté de Catalogne à
Son Excellence Monfei
gneur le Duc d'Albe.
Excellentiffime Seigneur
Omme ce Confiftoire eft con
Cvaincu
vaincu que Voftre Excellence
fait un cas particulier de defcendre
par fes Ancestres de cette
Principauté de Catalogne , il
nous a paru qu'il eftoit pour nous
Juillet 1704:
K
3
114 MERCURE
d'une obligation indispensable
d'expofer à la grande comprebenfion
de V. E que le 28. des.
mois paffé ,fur le foir , l'Armée
Navale ennemie des Anglois
des Hollandois compofée de plus.
de cinquante Vaiffeaux , mit à
l'ancre devant cette Ville le 30.
fur les onze heures du matin , ils
débarquerens une partie de leurs
Troupes d'Infanterie , & lé 31. à
dix heures du matin ils commen
cerent à Bombarder cette Place
jufqu'à l'heure de midy & depuis
dix heures du foir jufqu'au
point du jour du lendemain du
premier jour de Juin ; & ayang
8
•
GALANT 115
• vembarqué leurs Troupes , ils mirent
à la voile , & ils prirent la
route du Levant . Dans cette
conjoncture , les trois Etats diffe
rens de cette ville , le bras militaire,
la Députation , &les Hau
bitans , fe font fignalez d'une
maniere proportionnée à l'extrê
me fidelité, dont ils ont donné les
plus fortes preuves dans toutes
les occafions , pour tout ce gai
peut regarder le Royal & le plus
plus grand fervice de Sa Majefé
, la gloire de la Nation:
Catalane. Nous pouvons nous
perfuader que ce Zele a esté beau.
coup plus loin dans cette ren
116 MERCURE
contre que dans toutes celles
que citent les Hiftoires anciennes
modernes , comme V. E. en
pourra juger par la relation que
nous joignons à cette Lettre , &
dont V. E. voudra bien nous
permettre de luy faire part.
L'Excellentiffime Seigneur Don
Francifco de Velasco , Lieutenant
general pour Sa Majesté ,
que Dieugarde , dans cette Prin
cipauté , le Seigneur Don
Emanuel de Toledo , general de
Artillerie , &frere de V. E.
avec les Troupes ont bien manifefté
quel est leur fincere amour
pour le Roy notre Seigneur ,
GALANT 117
=
ils ont fait briller avec éclat leur
a intelligence merveilleuse dans
l'Art militaire dans la Poli
atique . Et confiderant combien
V. E eft intereffée dans la gloire
& dans tous les fuccés de cette
Principauté , nous en faifons mille
felicitations à VE. bien fûrs
que V. E. pour répondre à cette
attention qui luy eft fi fort due ,
voudra bien nous favorifer en
nous donnant de frequentes occa
fons de luy plaire & de la fervir
, à quoy nous nous employerons
avec une reſignation entiere,
pour correspondre par là à toutes
des délicates démonftrations dons
T18 MERCURE
il a toûtours plû à V. E de nous
favorifer. Dieu garde l'Excellentiffime
perfonne de V. E. avec
toutes ces felicitez qui luy font
dues que luy fouhaitent ,
Barcelone , le 2. Luin 1704,
Excellentiffime Seigneur ,
Les devoüez Serviteurs de V. E.
Les Députez Generaux de la
Principauté de Catalogne
refidens à Barcelone.
GALANT 119
TRADUCTION
D'une Lette du Meftre de
Camp general le Comte
de la Roffa , Gouverneur
de la Ville & Place de
Barcelone , écrite à fon
Excellence Monfeig neur
le Duc d'Albe .
Excellentiffime Seigneur ,
SEigneur , fije ne repete pas fouvent
par de frequentes Lettres
comme je le devrois , les affurances
du profond refpect que j'ay pour vo
tre Excellence . Les occupations em
barraſſantes de mon employ peuvent
me fervir d'excufe. A l'heure qu'il
120 MERCURE
4
eft quej'ay unfijufte motifde me donner
l'honneur de lay écrire , je me
mets aux pieds de V. E. la felicitant
mille fois fur l'heureuxfuccés,
&fur les avantages que nous avons
fur les ennemis de S. M. & de cette
Couronne. Voicy le détail exait de
ce qui s'eft paße icy.
On commença le 26. du mois paßé
à découvrir de cette cofte quelques
Vaiffeaux. Nous fçumes bien - toft
que c'étoit des Vaiffeaux ennemis
parla prife qu'ils firent de quelques
Barques Catalanes . Il arriva en
même temps un Courrier du Viceroy
de Valence , qui donnoit avis que
Armée navale d'Angleterre & de.
Hollande avoit paßé für cette cofte.
Nous nen pumes découvrir qu'une
partie jufqu'au jourfuivant ; & le
jour d'aprés nous les vimes appli
quer
GALANT 121
quezafonder jufqu'à quelle diflance
ils pourroient approcher. Après s'en
eftre bien éclaircis , ilsfirent avan
cer quatre gros bâtimens avec quelques
Navires pour lesfoûtenir , &
pour embarraffer avec leur canon ,
Bout ce qui s'affembloit de nos troupes
pour s'oppofer à leur debarquemment.
Eftant dans cette difpofition,
ils envoyerent uneFelouque aumole,
où le SeigneurDom Francifcovèlaf
`co lafit refter, & Son Excellence yen!
roya un Aide Royal & un Sergent .
majorpour fçavoir ce qu'on demandoit
, ceux qui eftoient dans la Fe
louque répondirent , que c'étoit un
Secretaire de l'Empereur , qui
eftoit chargé de communiquer
une affaire au Seigneur Dom
Francifco de Velafco, ou de lui
remettre un Paquet de Lettres
Juillet 1704 L
122 MERCURE
en cas qu'il ne puft lui parler:
Monfieur le Viceroy répondit , que
la Felouque n'avoit qu'à s'en retourner
, puis qu'il ne feroit pas
permis au Secretaire de l'Empe
reur d'executer aucunes de fes
commiffions , la Felouque changea
auli - toftfa Baniere blanche en
banniere de guerre ,& s'en retourna
quelques- uns de leurs Vaiffeaux
s'approcherent de plus prés du cofté
de Vegos , & bien prés de terre , ils
remplirent leurs Barques de troupes
à une petite distance de Vegos même.
Ils mirent cette Infanterie à
terre , fans que ce debarquement pût
eftre empeché par la Cavalerie que
nous y avions envoyé , & qui y
avoit couru . Elle n'étoit compofée
que de trois Compagnies , Pune
des Gardes, l'autre du General , &
Pautre du Lieutenant General de
GALANT 123
&
la Cavalerie. De mon cotéjepourvis
de mon mieux à tous les forts.
Comme on vit leurs troupes à terre
que
le dernier Fort eftoit dans un
danger vifible d'eftre pris , Mr le
Viceroy ordonna qu'on ablat en re-
Bixer quatre bonnes pieces de bronze
qui y eftoient. Le Seigneur Doms
Emanuelde Toledo ,General de l'arvillerie
n'en voulut pas ceder Pexecu =
sion à un autre, & ils'en acquitta
arec beaucoup defermeté & deva
beur. It prit quatre attelages de
mules , & il alla enlever ces quatre
pieces de canon ; mais avant que
de les déplacer , il les fit tirer à plu
feurs reprifes fur les ennemis qui
eftoient à terre. Onne luy vit d'au
tre inquietude que celle de n'avoir
pas plus de Cavalerie pour entreprendre
contr'eux quelque chofe &
Lij
124
MERCURE
plus confiderable
. Dans ce même
temps ils envoyerent
un tambour ,
qui raportoit les mémes Lettres. Mr
le Viceroy trouva à propos de les
recevoir. Il y en avoitpour les differents
corps de la Ville , & quoique
ces Lettres ne tendiffent
qu'à leur
& de perfuader
d'ouvrir les portes ,
rendre la Place, & la Province entiere
, la confiance de Mr le Viceroy
futfi grande à l'égard de tous ceux à
qui elles s'adreffoient
, qu'illes leur
rendit. Ils répondirent
tous d'une
maniere digne de la grande & de
la jufte confiance qu'on avoit en eux ,
& leur réponse fut qu'ils n'étoient
pas maistres
des portes , qui
eftoient
au pouvoir
des Offi
ciers de guerre , & que s'ils en
eftoient les maiſtres
ils n'en feroient
rien , fe piquant
d'eftre
GALANT 125
les plus fidelles fujets de leur
Roy Philippe V. que d'ailleurs
ils eftoient furpris de la propofition
, d'autant que le Prince
d'Armſtad devoit connoiſtre
cette fidelité inviolable qui
eftoit née avec eux. On renvoya
ainfi le Tambour , & dés qu'il eût
rendu compte de fon meffage , ils
commencerent à jetter des bombes
ce qui dura depuis dix heures du
·matin jufques à midy qu'ils cefferent
d'en jetter ; leur flote demeura
tranquille le reste du jour
leurs troupes de terre firent des mouvemens
continuels . Nous vìmès bien
par là que nous devions nous attendre
qu'ils feroient leurs derniers
efforts la nuit fuivante . En effet ,
dés que la nuit fut venue ils firent
avancer quatre Galiottes à bom-
,
mais
L iij
126 MERCURE
bes , ils recommencerent à bombarder
la place . Sur les neuf heures
du foir le Viguier de cette ville vint
parler à Mile Viceroy , en pretextant
qu'on luy avoit voulu donner
quelques lettres de la part du Prince
& Armftal. Mr le Viceroy remarqua
qu'ilfe coupoit dans ce qu'il difoit
, & qu'il paroiffoit un peu trou
blé. S. E. entra dans quelquefoupgon
fur les intentions de cet homme
elle ne le laiffa pas fortir , & dans
le même inftant S. E. receut un avis
fecret de la part d'une femme de la
ville , qui l'affuroit qu'il y avoit
une confpiration. Surcet avis Mrle
Viceroy menaçant le Viguier de le
faire rendre furl'heure , s'il ne con
feffoit la verité , il declara tout ,
il avoua , qu'il eftoit lui - même
le chef de cette confpiration s
GALANT 127
&
que
l'on trouveroit les conjurez
au Pla de lluy , les uns
s'étoient enfermez dans une
maifon , & les autres dans le
College de l'Evêque. Dés que
S. E. euft entendu cette declaration,
elle alla à l'Univerfité , & elle y
affembla le Corps de ville , le Corps
de la deputation , & celui du bras
militaire , S. E. leurfit part de la.
conjuration& des circonftances qu'il
en avoit apris , qui estoient , qu'au
fignal d'une cloche qui devoit
fonner à minuit & demi , les
conjurez devoient fe jetter les
uns à la porte de El Angel
, & les autres à une autre
porte où devoit fe trouver le
Prince d'Armftad avec les troupes
debarquées , & aprés avoir
égorgé ceux qui les gardoient ,
Liiij
128 MERCURE
ils devoient lui ouvrir les por
tes , & lui donner par là une
entrée dans la place avec fes
troupes Mr le Viceroy monta à
cheval , & il envoya le Seigneur
Dom Emanuel de Toledo à la porte
où j'étois , afin que je lui donnaſſe
de la Cavalerie & de l'Infanterie ,
pour aller en diligence fe faifir de
tous ceux de la confpiration , qui fe
trouveroient affemblez ; mais ils
avoient eu , ou quelque avis
quelque foupçon , que leur deffein
eftoit evente , & ils s'étoient déja
retirez, quelque diligence qu'on cuft
faite. Mr le Viceroy , accompagne
de la Nobleffe & des Confeillers de
ville , alla à toutes les portes qui
eftoient menacées pour en renforcer
la garde , il vifita tous les poftes , &
difpofa fi bien toutes chofes qu'il
>
02%
GALANT 129
paroiffoit que les precautions qu'on.
e pritvenoient plutoft de Dieu que
hommes . Le bombardement ne ceffa
des
S point pendant toute la nuit , & ne
finitqu'au point dujour , & alors les
troupes qui estoient à terre s'embar- .
querent pour réjoindre les vaisseaux,
& en trois heures de temps tous leurs
Navires mirent à la voile & fe retirerent
. On ne peut affez bien exprimer
la bonne & fage conduite de
Mi le Viceroy dans fes ordres , dans
fon activité, & dans les difpofitions.
Le zele & l'empressement de tous les
corps de la ville funt auſſi au deffus
des expreſſions , ainsi que
la valeur
& la ferveur des Officiers & des
Soldats de la garnifon ,pour affurer le
fuccés le plus avantageux . Le Regiment
de Napolitains de S. M.
qui fe trouvait icy , fut destiné pour
130 MERCURE
que
garder la breche & la porte nouvel
le , où il travailla fans relache à fe
retrancher & àfe fortifier , & il sy
attacha avectant de foin & de zele,
l'on fe trouva dans ce poſte en
toute fureté , & que l'on pouvoit
fouhaiter que l'ennemi Pattaquât
dans la certitude où l'on eftoit de le
bien repoußer. Pour moy je n'ai eu
qu'à bien obeyr à Mr le Viceroi, &
ma prompte obeyſſance a esté mon
feul fuccès. C'eft où s'eft renfermé
tout l'excés de mon zele pour le fervice
du Roy Je deffendois & jegardois
la porte de la Mer , & j'y ay
efté bienfecondépar Mrle Marquis
de la Florefta , & par Dom Geronimo
Moxo qui y eftaient avec moy &
& qui ont donné beaucoup de preuves
de leur zele & de leur application
au fervice de S. M.
1
GALANT 131
C'est tout ce que je puis dire a
V. E. fur cet evenement. Esperant
pour ma plus grande felicité que V.
E. voudra bien m'honorer fouvent
de fes ordres , & defirant que Notre
Seigneur la conferve comme j'en ay
befoin
و
Excellentifime Seigneur ,
aux pieds de E.
Le Comte de la Roßa.
A Barcelone le 2. Iuin 1704.
Je ne puis m'empêcher
d'ajoûter icy un Article tiré
d'une autre Relation , & qui
parle des trois Lettres dont
il est fait mention dans la
Relation que vous venez de
lire. L'une eftoit pour Mr de
Velafco , Viceroy de Catalo
gne ; l'autre pour la Regence ;
132 MERCURE
2
& la troifiéme pour les Ma
giftrats, Mr de Velasco qui
qui les reçut toutes trois , en.
voya fur le champ les deux
autres à ceux à qui elles
eftoient adreffées , il les luy
renvoyerent à l'inftant , en
luy marquant que s'ils n'avoient
point un Viceroy , à qui
feul il apartenoit de répondre à de
femblables propofitions , ils an
roient marqué leur jufte indigna-,
tion à Mrle Prince Darmflat,
lug auroient protesté qu'ils
eftoient tout prefts de répandre
jufqu'à la derniere goutte de leur
fang pour leur Roy Philippes V.
GALANT 133
ཚ
1
Mr de Velasco leur envoya
dire que cela ne fuffifoit pas ,
& qu'il leur demandoit d'é
crire à Mr le Prince d'Arm2
ftat ce qu'ils luy envoyoient
dire , mais ils l'avoient déja
fair. Mr de Velasco avoit de
fon cofté chargé le Porteur
de ces Lettres , de dire à ce
Prince : qu'il ne luy faifoit point
de réponſe , & qu'il eftoit fort
furpris qu'il l'euft crû capable
d'écouterfes propofitions . Il ajoû
ta , qu'il auroit fouhaité qu'ileuft
eu affez de Troupes pour faire le
Siege de Barcelone , afin qu'il euft
pú connoiftre la maniere dont il
134 MERCURE
auroit esté reçû.
Je me doutois bien que ce
que vous avez trouvé dans
ma derniere Lettre, touchant
l'Envoyé de Tripoli , vous
feroit beaucoup de plaifir.
Voicy la fuite de ce Journal
, qui ne doit pas vous pa
Loiftre moins agreable.
Le 12. Juin cer Envoyé alla
rendre vifite à Mr de Sala .
berry , premier Commis de
Mr de Pontchartrain , & l'ag
preſdiné il alla au Cours.
Le 13 il alla à la Comedie ,
& vit jouer le Bourgeois Gen:
GALANT
135
tilhomme. Il fut furpris de
voir reprefenter les manieres
de fon pays , & il ÿ prit beaucoup
de plaifir ; il trouva feulement
deux chofes à redire :
La premiere , que le perfonnage
du Mufti ne devoit jamais
fortir de la gravité qu'il
avoit affectée en entrant fur
Je Theatre , parce que les
gambades & caracolles ne
conviennent point à un Muf.
ti. La feconde que l'on ne
devoit pas baftonner Mr
Jourdain de la maniere que
l'on avoit fait. Voicy la ma
niere dont il dit qu'il falloit
136 MERCURE
donner les baſtonnades . I
falloit , dit il , que deux per
fonnes fiffent deux grandes
reverences à Mr Jourdain , &
Juy oftaffent le Turban avec
refpect & gravité , qu'elles
miffent ce Turban fur ur
Buffet , & fiffent encore une
reverence à ce Turban ; qu'en
fuite deux perfonnes levaf
fent les deux pieds de Mr
Jourdain , en luy faifanc
heurter les feffes contre
terre , & miffent fes deux
pieds dans une corde atta
chée aux deux bouts du bâton
, & tournant le bâton luy
GALANT 137
ferraffent les pieds dans cette
corde , en forte que les plantes
des pieds fuffent tournées
vers le Ciel , puis qu'un troi ,
fiéme homme s'avançant
avec une baguette , frappaft
fur la plante des pieds de
Mr Jourdain , difant en Muž
fique , uno , dué , tré, quatro , cin,
que ,fex , &c. que cela fait ils
devoient délier les pieds de
Mr Jourdain , l'affeoir fur un
fauteuil , puis faluer le Turs
ban avec une grande reverence
, le luy remettre fur la
tefte , & luy faire encore deuxreverences.
Telle eſt , ajoû
Juillet 1704 ,
M
138 MERCURE
ta til , la Ceremonie de la
Baſtonade .
Il dit auffi que le Mufti ne
devoit pas frapper fur le Livre.
Il trouva tout le reſte
fort bien , excepté que la lan
gue que l'on y parle , n'eft ny
Turque,ny Arabe , & qu'il n'y
entendoit rien , horfmis Eyvallach,
Eyvallach.
Il fut auffi fort charmé du
petit Ballet que l'on dança à
la fin de la Comedie , & fur
tout des femmes habillées à
TEſpagnole
.
Le 14 il alla voir Mr Bar
dou au Bureau de la Gazette ,
1
GALANT 139
qui le conduifit chez Mr Pis
raube , pour y voir les belles
armes qui y font , dont il fut
fort fatisfait , mais quand on
luy dit qu'un fufil coûtoir
deux mille livres , il dit que
pour deux mille livres , l'on ache .
teroit une Barque à Tripoli , avec
tout fon attirail , & qu'il ais
meroit mieux cinquante fufils
qu'un.
De là il alla à l'Imprimerie
du Louvre , où il vit arranger
les Lettres , & enfuite impri
mer plufieurs pages du Livre
de Saint Gregoire le Grand ,
dont les R. P. Benedictins
Mij
140 MERCURE
1
donnent une nouvelle édi
tion revûë fur les anciens
Manufcrits. C'eft le R. P.
Dom Barthelemy de la Croix,
frere du St. Pétis de la Croix
Secretaire Interprete de Sa
Majefté , qui prend le foin de
l'Impreffion . On luy expli
qua fommairement le contenu
de ce beau Livre , & des
vertus de ce grand Pere de
l'Eglife , ainfi que le merite
des fçavans hommes de l'Or
dre de Saint Benoist , qui font
les plus anciens Religieux de
l'Eglife L'Envoyé dit , ce font
ceux pour lesquels Mahomet re
GALANT 141
I commande à fes Sectateurs d'a
voir du respect fous le nom de
Roubban.
Comme les Tripolins n'ont
point d'Imprimerie chez eux ,
ils regarderent l'Invention
de l'Imprimerie comme une
chofe admirable , & princi
palement la maniere d'im
primer fur les deux coftez de
la page des chofes difteren,
tes .
Il paffa enfuite à la Mona
noye des Medailles , où Mrde
Launay fit frapper en fa
prefence une Medaille d'ar
gent & deux de bronze , il
142 MERCURE
fur furpris de la facilité avec
laquelle on achevoit les Me .
dailles , il luy montra auffi
plufieurs pieces d'orphévrerie
dont l'ouvrage furpaffoit
l'excellence de la matiere ; il
les trouva tres belles , & fic
de grands éloges de l'habileté
& du bon gouft de Mr de
Launay ; il entra dans Con
Cabinet dont il admira les
curiofitez. De là il paffa chez
Mr Girardon , & prit un fort
grand plaifir à voir les an
ciens Buftes , la Mumie , &
autres curiofitez , puis il alla
voir l'Actelier où le font
GALANT 143
Les grandes Statuës .
il alla fe
promener
Le
IS..
au Bois de Boulogne , & ene
fuite il alla rendre vifite à Mr
Benoit , dont il confidera
avec attention les figures de
cire , & les autres curiofitez ;
& ayant veu la tefte de Ma
dame la Ducheffe de Boura
gogne , il fe récria , difant
qu'il ne luy manquoit que la
parole ; & comme Mr Be
noift le preffa de dire fon ve
ritable fentiment. Il dit , que
l'Enfer avoit quatre étages , que
le premier eftoit deſtiné aux Mas
hometans qui avoient mal vécu -
144
MERCURE
Le deuxième aux Chrétiens Juifs
Idolâtres autres fectateurs
des Religions non Muſulmanes :
Le troifiéme aux Peintres &
Sculpteurs defigures humaines ou
Angeliques . Et le quatrième &
plus profond à Mr Benoist com.
me à l'un des plus habiles , que
cette figure luy demanderoit fon
ame au jour du Fugement , &
que ne pouvant la luy donner ,
il feroit auffi toft precipité dans
l'abisme par un jufte jugement
de Dieu , qui luy reprocheroit fon
impudence d'avoir par fon ha
bileté & fon art approché de fi
prés de l'auvre de Dieu dans fa
creature
GALANT 145
creature , & de l'avoir voulu
contrefaire fans luy pouvoir donner
l'ame.
Le 16. il alla à S. Denis, où
aprés avoir falué le R. Pere
Prieur des Benedictins , on
luy fit voir le Tréfor ; il fur
furpris des grandes richeffes
& pierreries qui y font , &
mefme d'y trouver des veftes
mens & chauſſures antiques
qui reffemblent à celles de
fon Païs. I fatisfit auffi à la
grande curiofité qu'il avois
de voir les Couronnes & les
Sceptres des Empereurs de
France & des Reines . On le
Juillet 1704.
N
146 MERCURE
conduifit enfuite aux Tom )
beaux des Rois , il fut ravi de
voir celui de Charles Martel ,
qui défit les Sarazins auprés
de Tours.Il fe récria fort fur le
Tombeau de François I. &
fur celuy de Louis XII. mais
il admira la generofité du Roy
d'y avoir fait mettre celui de
Monfieur de Turenne en reconnoiffance
de fes fervices.
Il dit à ce fujet qu'il ne falloit
pas s'étonner file Roy eftoit toû
jours victorieux ; puifque les
François eftant fi bien recompen
fés , fe trouvoient obligez à le
fervir comme ilfaut , & de s'exGALANT
147
pofer aux plus grands perils.
Le même jour il alla à Mont,
morency , où les R. P. Ma
thurins l'avoient invité à ſou ?
per , en reconnoiffance des
fervices que le R. P. Phylez
mon , Redempteur des Captifs
, avoit receu de luy lors
qu'il paffa à Tripoli ; ce R.
Pere eft l'Auteur de la fçavante
Relation qui a pour ti
tre : Eftat des Royaumes de
Barbarie , Tripoli , Tunis &
Alger , imprimée à Rouen en
1703. Les R. Peres n'oublie.
rent rien de tout ce qui pou
voit contribuer à témoigner
Nij
148 MERCURE
efté
leur amitié à l'Envoyé . Ils le
conduisirent à la promenade
dans leur Jardin , ou la vûë
eft des plus belles des envi
rons de Paris , il coucha dans
cette Maiſon aprés y avoir
magnifiquement
regalé.
Le 17. il eut encore le plai ,
fir de la promenade , & de
voir le Cabinet du R. Pere
Loüis d'Adolle , où il fe divertit
à voir les experiences d'Hy
draulique , Optique & Phiſique
, & autres curiofitez tresrares
& fort recherchées , qui
font le ſujet de la meditation
des Curieux, Les R. Peres la
GALANT 149
firent enfuite difner en Pu
blic , & il s'y trouva un nombre
infini de peuple qui accourut
de toutes parts pour
le voir. Il alla enfuite à la
Maiſon des R. Peres de l'Oratoire
, qui luy préfenterent
du Café , & le R. Pere Perdrigeon
, Curé de la Paroiſſe
de Montmorency le conduifit
à l'Eglife , où il luy fit voir
les Tombeaux des Ducs de
Montmorency & les beautez
de cette Eglife , il admira la
belle veuë de la plate forme,
& il partit pour revenir à Pa
N iij
150 MERCURE
Le 18. il alla chez M' Da
net , celebre Bijoutier , dont
il admira le beau Luftre eſtimé
20000. écus , que M ' Fabre
Envoyé du Roy en Perfe
doit porter en ce Païs là ; ainfi
que le Vafe de cristal de ro.
che haut d'un pied & de
demy pied de diametre , &
toutes les autres pieces rares
& curieufes de ce riche
Joüaillier. Mr Duran cy
vant Vice Conful du Roy
en Egypte , luy faifant re
marquer toutes les particularitez
des belles pierres qui s'y
trouvent , ainfi que les Ta
dea
GALANT 151
bleaux de coquillages tres
curieux faits de la main de Mr
l'Abbé de Wély .
De là il alla rendre vifite
à Mr du Sault , celebre Negociant
, & frere de Mr du
Sault , Envoyé ordinaire du
Roy vers les Republiques de
Barbarie , ou Mr Bofc illuftre
Joüaillier luy fit voir un beau
Rubis , eftimé 20000. écus
dont on trouve peu de femblables
, & que Mr Fabre
doit auffi porter en Perfe.
L'Envoyé dit , qu'il fe trouvoit
quelquefois en fon Païs un grand
nombre de belles pierres , que les
Niiij
152 MERCURE
Fuifs acbétoient àgrand marche;
à cause de la rareté des Foüalliers
pour les revendre enfuite bien
cher.
Le 19, il alla voir la Manufacture
des Glaces , il admira
fur tout celles de 114. pouces
de hauteur , & il en vit tra
vailler de toute forte de gran .
deurs , & mettre l'étain & le
vif argent pour faire les Miroirs.
Le 20, il alla voir les Inva
lides , où aprés avoir falué le
Gouverneur qui luy monftra
les beautez de la Sale du Confeil
Le Lieutenant de Roy ::
GALANT
153
& le Directeur general de ce
fuperbe Hoſtel , le conduifirent
par tout , & luy firent
voir ce qu'il y a de curieux ,
& entr'autres les falles des
malades ; il ſe récria en ce
lieu , difant que s'ils avoient
de femblables fecours , ils feroient
de grandes chofes en Affrique ,
¿ qu'il nefaut pas s'étonner , fi
l'Empereur de France eft invin
cible , fes Officiers & Soldars
eftant affurezs'ils eftoient eftropiez
d'avoir une retraite, & même les
vieillards hors de fervice , pour
le refte de leur vie : Qu'il eftoit
impoffible que Dieu ne benift les
154 MERCURE
armes de Sa Majesté , en estant
prié tous les jours par la bouche
de tant de braves gens . Il vit enfuite
l'Eglife , & dit que fi le
Roy vouloit y mettre quantité
de grandes & belles Colonnes an.
tiques de marbre verd , qui fe
trouvent à Lebde , ancienne Ville
ruïnée dans leur Païs , & qui
leur font inutiles , Sa Majesté
n'avoit qu'à ordonner , qu'il contribueroit
de tout fon credit pour
en faciliter le transport en Fran .
ce , & qu'il fe flaitoit d'y reaffir.
Il alla enfuite voir la Place
de Loüis le Grand & la Statuë
Equeftre du Roy , qui eſt d'u
GALANT 155
ne feule piece de bronze , puis
au fortir de cette Place il alla
à celle des Victoires , & fit le
le tour de la Statuë du Roy
qu'il admira beaucoup : Le
fils de l'Envoyé s'écria , diſant
que l'Empereur de France eftoit
grand en tout , que la haute reputation
qu'il avoit dans leur
Païs eftoit bien fondée , mais que
d'entendre à voir il y avoit bien
y
de la difference.
Le 21. l'Envoyé alla à Ramboüiller
, & de là à Vincennes
où l'on luy fit voir les
appartemens qu'il trouva tresbeaux
, & principalement les
156 MERCURE
peintures des voutes .
Le 22. il alla à l'Opera
d'Armide , où aprés avoir
tout regardé avec admiration ,
il dit que la puiffance du Roy
eftoit bien extraordinaire , puis
que dans un temps de guerre , ob
il entre tient 500000 , hommes ,
les Peuples de fon Royaume s'en
reffentoient fi peu qu'ils nëfe privoient
pas de leurs divertiffemens
ordinaires , qui estoient les plus
magnifiques du monde.
Le 23 il alla voir le Feu de
la S. Jean , à la Greve .
Le 25. il alla à la Comedie
de l'Inconnu & du Port de
GALANT 157
mer , il y prit beaucoup de
plaifir , & dit comment les Da
mes de France neferoient elles pas
galantes ayant une telle Ecole ?
Le foir ayant reçû nouvelle
de l'heureufe naiflance de
Monſeigneur le Duc de Bre
tagne , l'Envoyé but une rafade
de vin de Champagne
,
& caffa le verre difant , Ainfi
foient brifées les teftes de tous les
ennemis du Roy , Vive le Duc
de Bretagne ; ceux de la fuite
en firent de même criant
Vive le Duc de Bretagne.
Le 27. il alla à Notre Da
me pour entendie chanter le
158 MERCURE
Te Deum. Il fut fort furpris de
la magnificence de l'affemblée
, & de l'excellente Mu
fique qu'il y entendit , il dic
à fon fils , j'ay bien de la peine
à croire que des gens qui priene
Dieu avec tant de zele de ma
gnificence foient damnéz. N'eftą
ce pas une espece de Paradis en
ce monde ? Cette Muſique reffemble
à celle des Anges , elle enleve
le coeur vers Dieu. Enfuite
il alla voir le Feu de la Gre
ve , & dit qu'il efferoit que l'on
feroit dans fon Pais des réjouif-
Jances publiques pour l'heureuse
naiffance du DaideBretagne,
GALANT
159
Le 28. il alla fe promener
aux Tuilleries , au Cours , &
fur les
remparts .
Le 29. il alla voir le Com
bat des taureaux & des chiens,
9.
du
maa
Il ne fortit point pendant
les 7. jours fuivans.
Le 7. Juillet , à
tin cet Envoyé alla à l'Aga
dience de congé du Roy , Mr
de
Pontchartrain le fit entrer
dans le Cabinet , & le preſenta
à Sa Majesté , il fit trois
reverences à l'ordinaire , & s'étant
approché du Roy , qui
eftoit debout , il fit ſon coma
pliment en Langue Turque ,
160 MERCURE
qui fut expliqué par Mr Pétis
de la Croix feul Secretaire
Interprete de Sa Majefté , en
ces termes.
Je viens , Grand Empereur ;
remercier V. M. I, de toutes les
graces qu'elle a eu la bonté d'ac↓
corder à mes Maiftres , & lug
demander la permiffion de retourner
auprés d'eux ; je leur feray
part de l'heureuse nouvelle du
prefent que V. M. I vient de
recevoir du Ciel , pour gage de la
felicité de vos Peuples , du triom.
phe de vostre Regne de l'éternelle
durée de l'Empire François
Comme mes Maitres ont uny
&
GALANT 161
tal
3
Pleurs vaux à cenx des François
dans le temps du Mariage du
grand Duc de Bourgogne , il leur
Jera bien agreable de déployer auffi
leurs langues pour rendre graces
au Ciel de l'heureuſe naissance
du Duc de Bretagne . Mais , Sire
, ils n'en demeureront pas là ,
ils continueront de folliciter le
Roy des Cieux & de la Terre ,
pour le prier que vostre pofterite.
Imperiale ne ceffe jamais de re
gner , qu'elle puiffe voir le fils du
1 Duc de Bretagne , qui fera une
feptiéme Planete dans le Ciel de
Jon beau regne , & comme elle
en eft le Soleil , qu'elle- leur› coms
Juillet 1704+ Q.
4
162 MERCURE
munique le rayon de fa fplendeur;
j'entends fa vertu incomparable
qui eftant une fource de lumieres ,
eft en mefme temps la caufe du
bonheur de la victoire. &
Le Roy répondit qua la joye
qu'il luy témoignoit partager avec
les François au fujet de la naif
fance du Duc de Bretagne , luy
faifoit un fort grand plaifir , qu'il
remerciaft fesMaiftres defa part ,
& qu'il les affuraft que tant
qu'ils obferveroient les conditions
du Traité , il leur donneroit toû .
jours des marques de fa bienveil
lance.
❤
· L'Envoyé repliqua , que tant
GALANT 163
1.
7
4
que le Prince Khalil Bey auroit
en main les refnes du Gouvernement
Sa Majesté Imperiale
n'auroit jamais fujet de fe plain .
dre de fa conduite, mais qu'elle le
trouveroit toûjours preft à luy
rendre fes tres humbles fervices.
Le Roy luy dit qu'il luy fçavoit
bon gré de l'attachement
qu'il témoignoit avoir pour luy .
Enfuice , Sidy Mehemer ,
fon fils , fit une profonde reverence
au Roy , & preſenta´
à Sa Majefté des Vers Arabes
& Turcs écrits en Lettres
d'or , qu'il avoit compofez
fur la naiffance de Monfei
Ŏ ij
164 MERCURE
feigneur le Duc de Bretagne.
Le Roy les reçût de fa main.
avec bien de la bonté ; & ordonna
à Mr de la Croix de les
luy expliquer , ce qu'il fit en
ces termes,
Je benis le Seigneur d'avoir exaucé
la Priere du Roy ,.
Donne moy parta Providence une
lignée agreable:
Le Seigneur me donnera un Fils qui
fera mon beritier :
Et qui beritera de la pofterité de
Jacob:
Dieu fait à fes ferviteurs diven
Jes graces ,
Mais les plus excellentes font cel
les des Enfans genereux 3
GALANT 165
16
球
Il a donné au Roy un Prince qui
imitera les vertus defon Bifayeal:
Il donne les fils & les filles à qui il
lay plaift :
Mais j'annonce un Fils , &quel
Fils ?
Un Fils qui dés le berceau chante les
vertus de ce grand Empereur ,
Par les marques de Nobleße qu'il
porte fur fon front , & qu'il imitera
:
On le verra grandir comme le Croiffant
, & donner fa lumiere com
me la Pleine - Lune.
Certes , il honorera le Trône & la
Couronne :
.
Zes Peuples des fept climats lay
payeront le Tribut :
Il fera la Conquefte de tous les
Royaumes de la Terre ,
Et fera Empereur Univerfel d
monde
20
166 MERCURE
Le Roy luy témoigna que
ces Vers luy estoient fort agrea.
bles , & le remercia de la part
qu'il prenoit àla joye .
L'Envoyé fit encore ſes reverences
ordinaires , & fe retira
à reculons julques hors le
Cabinet du Roy. Enfuite il
fe tint fur le paffage de Sa
Majefté , lors qu'elle alla à la
Meffe, & lors qu'elle en revint.
L'aprés- difner , il eut une
longue Conference ſur les affaires
avec Mr de Pontchar
train.
Le même jour , il alla voir
Trianon & la Menagerie ; il
GALANT 167
ا ن
dit au fujer de la Civette qu'il
y vit , que la maniere de tirer le
Mufc de cet animal , eftoit de luy
mettre la tefte dans une cage , en-
• forte qu'il ne la fût retirer , &
cependant luy ferrer les tefticules ,
à cofté defquels l'on trouve le
Mufc que
l'on tire avec une lame
de fer ou de bois ; qu'il eftoit tresutile
pour les tranchées tant des
hommes que des femmes , & que
dans le fiel de cet animal , il fe
trouvoit une liqueur fouveraine
pour fortifier les membres en les
oignant par dehors.
Le 8 il alla voir le Château
de Marly, où il prit beaucoup
168 MERCURE
de plaifir , & dit que , fi l'on
luy donnoit le choix de Verfaillés
ou de Marly , il prefereroit le délicieux
fé our de Marly à la magnifique
Maifon de Verfailles :
Que Verfailles rempliffoit l'ef
prit de tout ce que les granis
Rois peuvent imaginer de magni .
fique , mais que Marly charmoit
te caur l'ame Il fe repofa dans
l'un des Cabinets du Jardin ,
que les Turcs appellent Kiof
cbk. Il y recita quelques Vers
en fa Langue , qui marquoient
que ce Palais enchanté ne
pouvoit avoir cfté bâti que
par les Fées ; qu'eut il dick
les
GALANT 169
J
les eaux cuffent joué ? Mr de
la Croix luy fit entendre que
les dernieres pluyes avoient
fi fort endommagé les Caj
naux que les Eaux ne pou
voient jouer ce jour-là,
Il alla enfuite à la Machine
de Marly, & monta au haut de
la tour de l'Aqueduc , puis il
defcendit à pied du haut de la
montagne, & vit joüer la Mas
chine,il dit au fujet des Poma
pes , qu'ils avoient chez eux des
Pompes afpirantes , mais qu'ils
n'en avoient point de refoùlantes
qui pouffent l'eau par
compreffion. I alla enfuite
"Juillet 1704.
170 MERCURE
coucher à S.Germain en Laïc.
Le 9. il alla à l'Audiance da
Roy de la Grande Bretagne ;
conduit & preſenté par Mr le
Duc de Perth Gouverneur de
S. M. B. Ce Monarque le res
ceut debout , & cet Envoyé
ayant fait trois profondes reverences
, il luy parla en ces
termes , qui furent expliquez
par Mr Pétis de la Croix ,
SIRE ,
La reputation des grandesqua
litez de Voftre Majesté m'a fait
defirer d'avoir l'honneur de luy
rendre mes profonds respects ,
comme au véritable legitime
GALANT . 171
E
{
Roy de la grande Bretagne . Je
fouhaite , SIRE , de tout mon
coeur, que les genereux Soldats ,
- quifontfideles à V.M.la puiffent
bien toft accompagner en ce beau
Royaume. C'est avec le feu Roy
Jacques 11.
d'heureufememoire,
1 que nous avons fait la paix ,
• qui dure encore à prefent . Fay vû
SIRE , dans
l'Ambaſſade que
j'ayfaite en Angleterre , un nom !
bre infini de braves gens , qui
mont témoigné un grand defir
de voir Votre Majesté fur fon
Trône ; je joins mes voeux aux
prie tres hambement
leurs "
Pij
172
MERCURE
V. M. de m'honorer de ſes Oră
dres.
Le Roy répondit , qu'il luy
eftoit obligé de fon honnefteté , &
des voeux qu'il faifoit pour luy ;
quefi le ciel permettoit qu'il fuft
un jour en eftat de luy en témoi
gnerfa gratitude, il leferoit avec
un fort grand plaifir.
Le Fils de l'Envoyé eût auffi
l'honneur de faluer Sa Ma
jefté Britannique. L'Envoyé
paffa enfuite chez la Reine ,
qu'il falua profondement
, il
luy fit à peu près le même
GALANT 173
compliment qu'il avoit fair
au Roy. La Reine répondit ,
qu'elle fouhaitseroit d'estre un
jour en Angleterre pour eftre plus
en eftat de faire du bien à fes
Maiſtres & à luy. Il repliqua ,
que tout voyageur arrive à bon
: port , qui a Noé pour Pilote , &
qu'elle eftoit en bonne main
ayant la protection de l'Empereur
de France. Il cuft en mé .
me temps l'honneur de fa ?
luer la Princeffe : Il luy dir ,
• qu'il luy fouhaitoit bien tot un
Roy quien fift une grande Reine .
Le ro. il rendit vifite à
Mr de Salaberry , premier
1
Piij
174 MERCURE
Commis de Mr de Pontchar
train . L'aprefdiner , il alla
voir Mr Bachelier , amy de
Mr de la Lande , cy- devant
Conful de France à Tripoli ,
fon amy :
Le il alla voir le Cabi
net de Mr d'Alerville , logé
à la place du Palais Royal ,
dont il admira le genie & le
bon gouft , il dit à ſon fujec,
que les François venoient à bout
de tout ce qu'ils entreprenoient,
& qu'ils triomphoient de tout,
excepté de la mort .
Il alla enſuite aux Porche
gons où Mr Grandjean , graGALANT
173
1
veur du Roy , luy fit voir un
Clavecin organiſé , qui le furprit
fort , & auquel il prit
grand plaifir : il luy fit voir
les Poinçons & Matrices des
beaux Caracteres d'Imprime
rie Françoiſe , que cet habile
Graveur fait par l'ordre du
Roy , dont on a imprimé le
beau Livre des Medailles de
Sa Majeſté , léquel a eſté mis
en langue Perfienne par Mr
Péris de la Croix , pour
eftre prefenté au Roy de Perfe
par Mr Fabre envoyé de S. M.
dont on a parlé cy devant. Il
luy fit voir enfuite les nou-
›
Piiij.
176 MERCURE
veaux Poinçons & Caracte
res d'Imprimerie Perfienne
& Arabe , dont il luy fit des
Epreuves , puis il vit la Fonderie
des Lettres & les Fourneaux.
Sur quoy il s'écria ,
que rien n'echapoit à l'adreffe des
François
& que tout devoit
ceder à la puiſſance & à la magnificence
du Roy, que ceux qui
entreprenoient de luy faire la
guerre , entreprenoient d'escalader
le Ciel , dont ils ne pouvoient
>
que
de la
confufion. Il recevoir
revint par les Tuilleries , &
eftant à fouper en compagnie
, on le loüa de fon efprit.
GALANT 177
H dit , qu'il n'étoit qu'un atome
en comparaifon du Soleil, & dela
politeffe d'efprit des François ,
• qu'il fit fon apprentiſſage il y
• fept ans lors qu'ilfut Envoyéen
France, Puis voulant faire reffouvenir
une perfonne de la
• Compagnie d'une chofe qu'il
Iny avoit promife ; Il luy dit ,
que tout ce que l'on promettoir
La nuit à ſa Maiſtreſſe eftoit ef-
• facé par le jour , & qu'apparemment
il en eftoit de même de
luy.
Le 13. il alla dîner chez Mr
du Montoy , ci devant Maire
de Marſeille, qui le traitta maj
178 MERCURE
gnifiquement , & qui le me
na enfuite à fa maifon du,
Fauxbourg Saint Antoine,
où il luy donna le Bal , &
une fuperbe Collation .
Je vous envoyeray la fuite
de ce Journal.
Voicy les noms de quel.
ques perſonnes decedées depuis
peu.
Mr N ... d'Epinoy Con
feiller du Roy en fa Cour de
Parlement , & Doyen des
Requestes du Palais , il eft
fort regretté dans la Chambre
; il avoit plus de quatre.
vingt ans. Mr de Monthulé
GALANT 179
Ieft devenu par cette more
Doyen de la premiere Cham
bre des Requeftes. Mr d'Ef
pinoy avoit perdu , il y a fort
peu de temps мe fon Epouſe :
il avoit acquis une grande.
experience dans les affaires ,
& le long exercice qu'il en
avoir , luy en rendoit la cons
noiffance aiſée & familiere.
Il eftoit d'ailleurs tres- bon
Jurifconfulte , & perfonne
n'approfondiffoit mieux que
luy les queſtions les plus épi
neufes du droit. Il eftoit doux,
bienfaiſant , & ceux qui
avoient des affaires entre les
180 MERCURE
mains le faifoient un grand
plaifir de l'avoir pour Juge ,
parce qu'il eftoit fort exact
& fort éclairé. On fçait que
les Confeillers des Requeftes
du Palais ne montent point
à la Grand' Chambre , & ne
roulent point dans les autres ,
parce qu'il y a des Commif
fions particulieres attachées
à leurs Charges qu'ils payene
auffi-bien que leurs Charges ,
fans quoy Mr Defpinoy au .
roit pû eftre Doyen.
M' N.... de Botterel , an
cien grand Prevost de Bretagne
, il avoit fervi avec
GALANT 181
D
3
diftinction fous мr de Tu.
renne. Il est mort âgé de
quatre vingt huit ans , dans
fon Château de Bedée ; prés
de Rennes ; il eftoit allié aux
maiſons les plus confiderables
de la Province , qui font
Volvire , Ruffec , la Villéegefroy
, Langle , & Boisbaudry.
Mr N ... Turcan Pro :
cureur Fiſcal de la haute Juf
tice de Villegruy en Brie ,
Bailliage de Provins , il eftoit
âgé de quatre- vint dix neuf
ans fix mois , & avoit fair
pendant les quatre derniers
182 MERCURE
à
jours qui ont precedé fa
mort , une Information cri ,
minelle de tres grande con.
fequence , fans manquer
la moindre des formalitez.
Dame N... Cheré , Epou
fe de Mr N.... Foreſt , Con
feiller de la Grand Chambre.
Cette Dame a esté fort re
grettée ; fes vertus & fes
qualitez perfonnelles luy ga
gnoient le coeur de tous ceux
avec quielle avoit des liaiſons
d'intereft ou de parenté . Elle
eftoit fortie d'une Famille ,
quia donné d'excellens Magiftrats
, & de faints perfon,
GALANT 183
hages. Un Prêtre de ce même
nom , fut dans le dernier fiecle
un objet de l'édification
publique par la fainteté de
fes moeurs , & par la regularité
de fa conduite. Il avoit
acquis un grand talent pour
la conduite des ames , & perfonne
ne connoiffoit mieux
que luy les voyes fpirituelles.
-Me Foreft éft morte dans les
fentimens de pieté qu'elle
avoir puilez dans les exemples
domestiques de ce Prê.
tre. Une éducation Chrêtien-
One eft presque toûjours faivie
dune mort chrêtienne.
184 MERCURE
Mr N.... le Befgue Sieur
de Majainville, Tréforier Ge;
neral des Maiſon & Finances
de S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans. Il avoit esté cy
devant Tréforier des Bâti
mens du Roy. Il laiffe quatre
garçons qui font fort eftimez
de tous ceux qui les connoiffent.
Il y en a un Confeiller
de la Cour , qui a époufé Mademoiſelle
du Mas , fille de
Mr du Mas Confeiller de la
Cour. Un autre , Chantre de
S. Honoré, & Docteur de Sor
bonne, certe dignité eft la pre
miere du Chapitre, Le troifiés
GALANT 185
h
7
me eft Ecuyer de Madame la
Duchefle de Lorraine , & le
quatriéme devoit fucceder à
la Charge de feu fon Pere .
A peine S. A. S. Monfieur
le Duc de Mantoüe , euft- il
appris que Monfieur le Grand
Prieur avoit mandé au Roy,
qu'il avoit fait repaffer le Tartaro
, le Canal Blanc , & l'A.
dige aux Allemans , que ce
Prince envoya Mr le Marquis
Natta d'Alfiano , fon grand
Chambellan pour le compli
menter fur cette heureuſe
nouvelle. Il dit à ce Monar
que que Monfieur le Duc fon
186 MERCURE
Mature le felicitoit fur ce que fes
armes teûjours victorieufes avoient
chaffé les Allemans du
Mantoan qu'il luy avoit ordon
ne de luy temoigner l'obligation
qu'illuy avoit de cette retraite
de l'affurer qu'il en reſſentoit
autant de plaifir; parce que cette
retraite couvroit les armes de S.
M. de gloire que pour fon propre
intereft , à quoy leRoy répondit
d'unemaniere tresobligeante
Je vous ay dit dans ma derniere
Lettre en vous parlanc
de la mort de Mr le Marquis
deRivaroles , qu'il eftoit beau
fere de Mr le Marquis d'AlGALANT
187
fano grand Chambelan de S.
A. S. Mrle Duc de Mantoüe ,
à propos de quoy il eft bon
que vous feachiez qu'Alfiano
eft le nom d'un Fief dans let
Montferrat , & que celuy de
fa famille eft Natta , & qu'elle
ne defcend pas des Rois de
Ligurie , mais de Pinus fils de
Numa Pompilius , premier
dit Roy des Romains , comme
l'on peut voir dans le Livre
der intitulé , Ricardi Sienny , Ba..
ant ronis SchwarZena , de Familiis
quis Romanorum , & dans Mr Patin
, qui marque entre les
A Medailles Confulaires , celle
nte
beau
Qiji
188 MERCURE
de la Maiſon de Natta quia
paffé à Afti , Colonie des Romains
, & d'Afti à Cazal au
fervice des Marquis de Montferrat
, & enfuite des Ducs de
Mantoüe.
Mr le Marquis de Monteleon
, Envoyé d'Eſpagne aus
prés de Mr le Duc de Mantoüe
, partit le 6. de ce mois
pour retourner en Eſpagne ,
où il doit refter 3 ou 4 mois ,
il est allé informer le Royfon
Maître de ce qu'il a Negocié
pour fon ſervice auprés de
Mr le Duc de Mantoüe ; il
a receu à ce fujet les compli
GALANT 189
ס י
qmens de toute la Cour de
France , qui a efté témoin de
la diftinction toute particu
liere que le Roy a faite de fa
perfonne en plufieurs occa.
fions , luy ayant recommand
dé de dire à la Reine d'Eſpa
gne , qu'ilne fouhaitoit rien tant
0. au monde , que de voir lafuccef
fion de cette grande Monarchie
• auffi bien établie & affurée que
#
colle de France.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne & Monseigneur
le Duc de Berry , étant allez
i prendre le plaifir de la prome.
pade dans la belle Maiſon
190 MERCURE
que Monfieurle Maréchal de
Noailles a fait bâtir à S. Germain
en Laye , Monfieur le
Duc de Noailles fon fils leur
donna un magnifique fouper,
ceux qui eurent l'honneur de
manger à la Table de ces Princes
font Madamela Marêchale
& Madame la Ducheffe de
Noailles , Madame la marên
chale de Coeuvres , Meldames
les marquifes de mailly , du
Châtelet & d'O On fervit en
même temps une feconde table
pour les perfonnes de dit
ftinction de la fuite de мeffel
gneurs les Princes , cettetable
GALANT 191
fut tenue par Monfieur le ma
Grêchal de Noailles .
On fervit en même temps
deux autres tables , dont l'u-
4ne eftoit pour les Gardes du
Roy , & l'autre pour les Pages
; on en fervit auffi d'autres
pour le reste de la livrée.
Lors que la nuit commen
ça & que l'on pofa le fecond
fervice de la table de monfei
gneur le Duc de Bourgogne ,.
tous les dehors de la maiſon
furent illuminez , les cours
le deffus de la porte coches
les corniches de la mai
du
esre ,
fon , les corniches du tour de
192 MERCURE
la Maiſon, du cofté des cours ,
toutes les faces du cofté des
Jardins , & toutes les allées
des Jardins , à double rang
d'un bout à l'autre . A l'iffuë
du fouper Meffeigneurs les
Princes allerent dans les Jar
dins , d'où ils virent l'illumi
nation de la maison , ils furent
divertis par une dance
d'Ours , qui parut donner
beaucoup de plaifir à toute la
compagnie. Meffeigneurs les
Princes rentrerent apres quel
ques tours de promenade , &
reprirent le jeu de l'Ombre
qu'ils avoient quitté pour fe
mettre
GALANT 193
f
mettre à table. Ce fut alors
qu'on laiffa entrer dans les
Jardins une foule incroïable
de Peuple qui rempliffoit les
Cours & les environs de la
Maiſon , & qui avoit eſté attirée
par le defir de voir мef
feigneurs les Princes. Ils partirent
à minuit pour retour.
ner à Verſailles , ils trouve
rent toutes les rues de S. Ger.
main remplies de feux, & ils
les traverferent au bruit des
cris réiterez de Vivint Mef.
Seigneurs les Princes . Le Peuple
eftoit animé tant par le
plaifir de voir ces Princes
Fuilles 17049
R
194 MERCURE
que par le vin qu'on avoit
diftribué en grande quantité
à la porte de l'Hôtel de Noailles.
La Lettre que vous allez
lire vous paroistra tres .curieu
fe , & vous ferez ſurpriſe d'y
voir les grandes réparations
faites par un Pacha à un fimple
Drogman de France, qu'il
avoit fait maltraiter à la maniere
des Turcs. On peut dire
que cette fiere Nation ne s'eſt
jamais tant abaiffée qu'elle a
fait en cette occafion , mais
il ne faut pas s'en étonner ,
les Turcs ne font pas les preGALANT
195
miers qui ont fait fous le
regne du Roy des chofes
auffi extraordinaires
, qui em
belliront l'Hiftoire de ce Mo
narque dans laquelle on
verra un Doge de Gennes à
fes pieds , & un Ambaſſadeur
d'Alger luy demander
en propres termes pardon ,
au nom de la Republique .
Rij
196 MERCURE
COPIE
De la Lettre écrite à S.E. Mi
l'Ambaffadeur de France
à Conftantinople , par Mr
le Conful & la Nation
Françoife.
A Salonique le 11. Avril
1704.
Monfieur
, comme il eft de nåa
tre devoir , d'avoir l'honneur
d'informer V. E. des affaires de
confequence qui furviennent dans
cette Efchelle , tant pour les chofes
qui regardent Sa Majefté , quepour
celles qui concernent le commerce de
GALANT 197
auroit
Jes fujets quiy font establis ; Nous
avons cru devoir le faire fur un cas
extraordinaire arrivé le fept de ce
mois , aufujet du mauvais traitement
que Kaffan Pacha , établi
depuis peu en cette Ville
faitfaire en la perfonne du fieur Antoine
Girardin, Drogman de la Nation
, lequel ayant esté appellé pardevant
luy par deux de fes gens fur
un petit demefle furvenu entre un
François & un domeftique dudit
Pacha , &fans vouloir entendre le
fait en queftion , lui auroit fait donner
des coups de bâtons , & enfuite
fait mettre aux fers , où il auroit
demeuré environ deux à trois heures.
Surcette facheufe nouvelle , & fur
ce que ledit Drogman offense , raporta
enfuite : Nous nous affembla
mes dans la Maiſon Confulaire ,
Riij
198 MERCURE
où on delibera fur l'expedient qu'il
y avoit à prendre dans un pareil
cas ; & aprés beaucoup de raifon.
nemens de part & d'autre , il fut
deliberè d'aller chez le Moula luy
en demander juftice , ne voyant pas
d'autre chemin à prendre que celuylà
, où eftant Mr le Conful , aprés
l'avoir falué à Pordinaire , luy fit
demander par ledit Drogman fi la
guerre eftoit declarée entre les
deux Couronnes , le Moula répondit
, par quelle raifon , il le
lui demandoit , c'eft repartit- il ,
parceque le Pacha a fait donner
des coups de baftons à nôtre
Drogman , & la fait mettre
enfuite aux " fers dans une prifon
, & que ce procedé eftoit
eftrange , & indigne d'une perfonne
qui eft revestuë d'un caGALANT
199
ractere comme le fien , & que
pour cet effet , accompagné de
Mrs de la Nation , illui en venoit
demander juftice . Le Moula en
fut fort furpris , ou du moins il témoigna
de Peftre , & dit , qu'il s'en
informeroit , & qu'il verroit enfuite
ce qu'il y auroit à faire làdeffus.
Le lendemain matin nous
trouvâmes à propos de revenir à la
charge , & d'aller chez le Moula
ou Cadix , où le Pacha eftoit ,
aparemment , pour luy parler de
cette affairefur les mouvemens qu'il
apprit que nous nous en donnions ;
il enfortit un peu de temps aprés ,
& nous entràmes dans la falle où
le Cadix eftoit accompagné de quel
ques Agas , en lui faifant connoitre
, que comme le cas eftoit de con-
Sequence pour l'honneur de la Cou
R iiij
200 MERCURE
vonne nous le priïons de faire af
fembler les Puiffances dupays , pour
leur reprefenterenpremier lieu , s'ils
avoient à fe plaindre du Conful &
de la Nation , tant engeneral qu'en
particulier , & pour leur demander
enfuit un Ares fur ce mauvais
traittement , pour en pouvoir former
aprés noftre jufte plainte à VE.
puis que les Capitulations portent,
que lors qu'un Conful aura procés
avec des Officiers , & autres fujets
du G. S. la Porte en fera informée,
fur toutes ces reprefentations , le
Cadix nousfit efperer qu'il le don
neroit ; cependant tout ce jour- là
nous reftames affemblez dans la maifon
Confulaire pour voir Piffuë de
cette affaire , & l'après - midy , les
Puiffances s'affemblerent chez le
Cadix , où nous fumes en corps
GALANT 201
'en
der.
411
perfiftant toujours de demander un
Ares. Il y eut diverses questions
agitées depart & d'autre , qu'ilferoit
trop long de détailler à V. E.
Elles vouloient même éviter de le
donner , en difant , qu'il falloit
accommoder cette affaire , que .
veritablement le Pacha avoit
mal fait de traiter ainfi le Drogman
, mais que dans dans la promptitude
il ne l'avoit pas d'abord
connu . Ces raifons-là eftoient bien
foibles pourfe difculper , nous redou
blames nos inftances pour ce fujet , en
difant qu'elles n'euffent qu'à fuivre
le cours de la justice , c'est à dire à
donner ledit Ares , & qu'après
leur confideration , Pon verroit
prendre tels ajuflemeus que Pon jugeroit
à propos , aufquels on auroit
tous les égards poffibles finalement ,
202 MERCURE
aprés plufieurs conteftations pendant
un affés long- temps , ils promirent
qu'ils le donneroient de la même
maniere que les chofes s'étoient paffees
, & eftant forti de cette Affemblée
, le Drogmanfut enfuite chezle
Cadix pour le lui demander , il fut
renvoyé au lendemain , ce qui nous
fit croire qu'ily avoit quelque chofe
de nouveau , comme il eft de coutume
parmy les Turcs qui ont leur dit &
leur dedit , & cela nous obligea de
nous raffembler , & de retourner chez
le Cadix où il y avoit une plus
nombreufe Affemblée que le jourprecedent,
puifque toutes les Puiffances
du pays y estoient , & où la même
demande de l'Aresfut faite avec
plus de vigueur que jamais , & que
s'il ne le donnoit pas ,
attendu le cas
dont il s'agiffoit le Conful s'en iroit
GALANT 203
Ere
cho
10
de
pre
nces
ence
แบ
Lech
Conftantinople. Ce fut ainfi que le
Drogman luyporta parole , & avec
ardeur pour en former fa plainte à
V. E. pour avoir la bonté de la
porter enfuite à la Porte , & faire
faire défcente fur les lieux d'un Capigibachi
, pour informer dufait en
question : Cette vive remonstrance
jointe à d'autres fortes raifons , fit
faire quelque attention à Affemblée,
& ils confentirent de donner
led, Ares pendant lerefte de la jour
née , mais on leurfit connoiftre qu'il
n'y avoit pas de temps à perdre , &
qu'ils devoient promptement fe determinerà
cela , ce qu'ils firent , mais
pourtant avecquelque peine , en fai
fant toujours connoistre à Mrle Com
ful , qu'il faloit fortir amiablement
de cette affaire , fans en
venir à la violence , & que
204 MERCURE
la voye temperée eftoit toû
jours la meilleure ; le Conful
repliqua , qu'à leur confideration
on le feroit avec plaifir ,
pourvû que l'honneur de Sa
Majefté , de fon Conful , &
de la Nation n'y fût pas of
fenfé. Il fe dit enfuite diverfes
autres chofes fur ce sujet , & fi.
nalement ledit Ares nousfut accordé
, parce qu'ils voyoient bien
par toutes les proteftations réïterées
que nous leur faifions , qu'en
nous le refufant , cela alloit contre
les capitulations Imperiales ,
& dans cette conjoncture , cette
piece authentique nous eft d'un
GALANT 205
1
grandfecours , & nous peut fervir
de bouclier , pour ainsi dire,
pour nous deffendre , d'autant
mieux qu'on n'a jamais voulu
donner des Ares ,
même pour
des affaires de plus de confe
quences
Cependant comme les Puif
4fances de l' Affemblée firent con
noistre à Mr le Conful l'obligation
qu'ils lay auroient, & àla
Nation , d'en venir à un accommodement
: Nous crûmes,
que nous devions écouter leurs
propofitions , & eftant de retour
1. dans la Maiſon Conſulaire
environ une heure aprés , nous
8
206 MERCURE
y vîmes arriver l'Aga des Fan
niffaires de ce pays , Mamonaga
Capigibachi , qui eft un des pre
miers de Salonique , & un autre
Aga mediateurs de cette affaire,
qui nous firent connoiftre , que
le Pacha les envoyoit pour
dire à Mr le Conful , & à la
Nation , qu'il eftoit bien fâ .
ché de ce qu'il avoit fait , &
qu'il en demandoit pardon ,
qu'il n'avoit pas fait atten .
tion dans fon emportement
que ce fut le Drogman de la
Nation , quoy qu'il ne l'ignoraft
pas , puis qu'il lui eftoit alléfaire
compliment de la part du Conful,
GALANT 207
quelques jours auparavant , &
lui dire , qu'il auroit l'honneur
de l'aller vifiter avec Mrs de la
Nation felon les formes ordinai
res , il l'en remercia , en lui di .
fant , que ce feroit à noftre
loifir ; nousfimes cependant conª
noiftre à ces Puiffances , que nous
eftions tres obligez à leurs hon .
14 nestetez , que nous allions nous
on raffembler , & qu'en fuite on
e leur feroit fçavoir le reſultat de
l'Affemblée cela fut executé de
оп
ed
nor
:
del même , & l'onУy conclut unani .
mement , que puifque l'offense en
fla perfonne dudit Drogman ,qu'on
onfeftoit venu appeller dans la Maia
208 MERCURE
fon Confulaire , & qui avoit
efté envoyéde la part du Conful ,
regardoit en ce cas directement la
Couronne , & qu'elle eftoit ar
rivée publiquement dans la mai.
fon dudit Pacha ; Il falloit que
la reparation d'honneur fut au;
tentique dans la Maison Con;
fulaire, en prefence des Puiſſances
mediatrices de cette affaire du
Conful & de la Nation : à cet
effet Mrle Conful nomma le Sr
Deputé , & deux de nous pour
leur en porter la parole dans la
maifondudit AgadesFanillaires,
comme ils firent en effet fur les
chofes deliberées, par plufieurs
GALANT 209
S
la
autres bonnes vaifons qu'ils leur
reprefenterent ; & enfuite ces
Agas firent connoistre que la
propofition de venir reparer
faute dans la Maison Confu .
laire , leur paroiffoit un peu trop
forte , attendu que c'eftoit un Pa
cha eftabli à Salonique ; & aprés
diverfes queftions agitées de pare
d'autre , ils dirent finalement
qu'ils en parleroient au Pacha ,
qu'ils en rendroient réponſe
le jour même ; & nos Mrs ra-
Toporterent la chofe comme elle s'étois
paffée , ce qui nous empécha de
quitter la Maiſon Confulaire ,
pour voir l'iffue de tout cecy :
Juillet 1704 .
S
210 MERCURE
environ fur le foir , il vint une
perfonne de la part de ces Agas
dive à Mr le Conful , d'envoyer
les mêmes perfonnes qui avoient
porté la parole , elles y furent ,
mais il furvint encore diverfes
conteftations fur le point d'hon.
neur, &fur le refus que le Pacha
faifoit defe foumettre à cette re.
paration , parce qu'on pretendois
qu'elle fe fift dans quelque anire
maifon des Agas , on hors la
Ville , en confequence d'un magnifique
repas qu'on donneroit as
Conful àla Nation à cesujet ;
mais comme cela ne nous conve
moir du tout point , attendu le
GALANT 211
#
#
fait dont il s'agiffoit , ilfut dif.
finitivement accordé , que le
Pacha , accompagné de ces
Mrs les Mediateurs, iroit dans
la Maiſon Confulaire faire
reparation d'honneur , mais
qu'il falloit auparavant leur
remettre l'Ares obtenu de la
Juftice , on leur fit entendre ,
que cette Piece reftoit en
Chancellerie , & qu'une fois
convenu des choſes , & la
reparation enfuivie , elle ne
ſervoit plus de rien , puiſque
par là nous ceffions toute
pourſuite contre luy , à moins
que dans la fuise il ne fift
212 MERCURE
quelque mouvement contraid
re , qu'en ce cas ce feroit un
papier tres- neceffaire pour
nous deffendre ; & dans cet
intervalle de temps , le Moula
ou Cadix envoya dire , qu'on
devroit faire cette reparation
d'honneur dans une autre
maiſon d'un Aga du pays où
hors de la Ville aux termes
fufdits , en ce cas la chofe
n'auroit pas eftéfi glorieuse pour
la Couronne , c'est à quoy
nous fimes toute l'attention poffi
ble pour nous en tenir à noftre
jufte propofition.
Le lendemain matin 10. du
GALANT 213
1
Courant , on nous vint avertir
#que le Pacha ne tarderoit pas à
venir dans la Maifon Confulaia
re ; nous nous preparâmes à cet
effet , où estant arrivé accom pa¬
gné de Mrs les Mediateurs , &
toute la Nation prefente , áprés
les civilitez ordinaires depart ¿
d'autre , il dit tout haut à noftre
Drogman accompagné d'un autre
, que veritablement il
avoittort de l'avoir fait maltraiter
, qu'il en demandoit
pardon au Roy , au Conful ,
1 & à la Nation , ' & excuſe à
luy ; que s'il avoit crû dans
fon emportement qu'il fuft
214 MERCURE
le Drogman de la Nation , il
ne l'auroit pas fait . Il dit tout
cela d'une maniere à nous faire
connoiftre qu'il eftoit fenfiblement
fâché de ce qui estoit arrivé , &
ledit Drogman nous l'ayant
ainfi rapporté : nous fumes tous
tres -fatisfaits d'une selle reparation
d'honneur
, glorieuse pour
Sa Majesté , pour V. E pour
Conful , & pour la Nation, puif.
qu'un Pacha , refident à Salonique,
Capitale de la Macedoine ,
s'eft venu foûmettre dans la maifon
Confulaire , ce que peut estre
l'on n'ajamais vu dans lEmpire
Ouoman , où ily a des Nations
établies.
le
GALANT 215
O
ם ע
Le même jour , le Conful envoyafaire
compliment au Pacha
par deux Drogmans , accompa
gnez du prefent à l'ordinaire
quil reçus avec beaucoup de plaifir
, fur le témoignage qu'ils en
ont rapporté au Conful , & nous
attendions de luy aller rendre
vifite , mais il fit dire aufdits
Drogmans d'attendre juſques an
Dimanche 13. de ce mois ; nous
verrons de quelle maniere il nous.
ne recevra , & nous aurons l'bonmeur
de l'apprendre à V. E.
Voila l'état de la chofe , nous
fupplions V. E. de nous pardonner
cette longue Lettre , que nous
avons crúdevoirfairepour avoir
216 MERCURE
l'honneur de luy repreſenter de la
maniere que le tout s'eft paffé.
Il ne nous refte , Monfieur ,
qu'à vous protefter de noftre zele
inviolable pour vostre illuftreperfonne
, vous affurer de lafou .
miſſion extrême , & du tres profond
respect avec lequel nousfom .
mes , &'c.
Dudit jour 13. du courant
Mr le Conful
accompagné
de la
Nation
, a efté rendre
vifute an
Pacha
, qui les a reçus avec beaucoup
de plaifir
,
bonneurs
poffibles
en pareilles
Audiences
; & ce qu'ily a de particu
.
lier , c'eft qu'il
l'a honoré
d'une
vete
avec tous les
GALANT 217
l'on
Vefte , ce qu'on n'a jamais vûicy,
ainfi que le fieur Deparé , le fils
dudit Conful , & le Drogman
offenfé , avec les Ceremonies que
on pratique enſemblable cas ,&
d'une maniere toute particuliere ,
en faisant connoistre qu'il eftoit
faché de ce qu'on n'en avoit pas
pú trouver pour Mrs les Marchands
, mais qu'il lesfavoriferoit
dans la fuite de fa protection
dans toutes les occafions qui fe
prefenteroient pour le bien l'a .
askvantage de leur commerce.
A
M' l'Abbé d'Aramon Prieur
de fa licence ,
prononça en
Juillet 1704..
T
218 MERCURE
Sorbonne le Vendredy ir
Juillet , le Difcours que le
Prieur de Sorbonne doit prononcer
à l'ouverture des Sor
boniques . Il parla avec beaucoup
de grace. L'aſſemblée
fut belle & nombreuſe , il s'y
trouva beaucoup de Prelats.
Il loüa le Roy avec beaucoup
de délicateffe , il parla des
Conquêtes du Portugal , &
de la naiffance du Duc de
Bretagne comme des deux
plusnouveaux évenemens , qui
prouvent la justice de la caufe
que le Roy défend . Il paffa
à l'éloge de Mr. l'Archevê
GALANT 219
So
Dti
que de Rheims , Proviſeur
de Sorbonne , après avoir fait
celuy de toute la Famille
Royale. Mr le Cardinal de
Noailles ne fut pas oublié
dans un Diſcours
, qui regar .
de principalement
les membres
les plus illuftres de la Faculté.
Il parla auffi de feu Mr
l'Evêque de Meaux ; mais feu .
41ment pour faire fentir la
perte que l'Eglife , l'Etat , &
en particulier la Faculté de
Theologie de Paris viennent
des
",
c de
Less
au de faire. Ce difcours fur trespill
aplaudi. La latinité en étoit
herbelle & élegante.
Tij
220 MERCURE
Mr le Marquis de Souliers
a eu l'agrément de la Charge
de Chevalier, d'honneur de
Madame, vacante par la mort
de Meffire N.... de Quatre-
Barbes Marquis de la Ron
gere. Mr le Marquis de Souliers
eft d'une des meilleures
Maiſons de Provence , où elle
eft connue depuis les anciens
Comtes de cette Province.
Un Seigneur de cette Maiſon
accompagna la Princeffe de
Provence , lors qu'elle vint
épouler le Roy S. Louis IX.
du nom . Cette Maiſon eſt
alliée en Provence à celles de
GALANT 221
"
m
ar
Ra
S
Grignan , de Simiane , de
Galloup , de Remerville & à
tout ce qu'il y a de plus qualifié
dans cette Province . On
fçait qu'il y a eu un Souliers
parmi les anciens Trouba
dours de Provence , dont la
Poëfie fut tres - eftimée . Il fut
fort cheri du dernier Comte
de Provence qui luy confia
l'éducation des deux Princef
ailo fes fes filles aînées . Il en eut
de grands biens pour recom
penſe.
ince
Jedi
vin
is 18
оп
Je vous parlay le mois paffé
des premieres Estampes
elle gravées de la Galerie du Pa-
Tiij
222 MERCURE
lais de Luxembourg , qui ont
efté données au Public.
Gio Pietro Bellori en 1672.
& Mr Felibien en 1690. dans
leurs Livres de la vie des Peing
tres , ont donné une deſcri
ption de ces Tableaux : Mr
Moreau de мautour en vient
de donner une nouvelle , qui
eft imprimée chez мr Boudos
Imprimeur de l'Academie des
Sciences , au Soleil d'Or , ruë
S. Jacques . Cette deſcription
qui a la grace de la nouveauté
s'eft trouvée tres - exacte
& tres bien écrite .
En vous parlant de PeinGALANT
223-
Of ture , je dois vous dire que
Mr Poërfon , Profeffeur de l'Academie
de Peinture & de
da Sculpture , a efté nommé Directeur
de l'Academie que le
Roy entretient à Rome . Mr
Manfartle preſenta à S. M. fur
la fin du mois paffé ; ce Prin-
-ce luy parla affez de temps &
luy dit des choſes obligean
tes en luy donnant les or
dres pour regir la fameuſe
Academie dont je viens de
parler . Mr. Poërfon le rendit
au Louvre le lendemain , où
l'Academie eftoit affemblée ,
il luy fit part de l'honneur que
udordes
, rui
είσα
cau
xact
Peir
2
Tiiij
224 MERCURE
.
le Roy luy avoit fait . Il don
na la démiffion de fa Charge
de Profeffeur , pour paffer à
celle d'ancien Profeffeur Confeiller.
Feu fon pere avoit esté
Directeur de la même Aca
demie , qui tient prefentement
fes Seances au Louvre ,
& comme il paffoit pour nos
ble , & que la Peinture eft un
art liberal & qui ne fait point
degenerer , l'Academie de
Rome fe doit faire un honneur
du choix que le Roy a
fait pour la regir.
Mr de Fer continuant toû.
jours de chercher tout ce qui
GALANT 225
er
peut faire plaifir au Public ;
& qui peut fatisfaire fa curio
fité fans peine & fans embara
ras , a mis depuis peu au jour
une Carte intitulée , La glo.
Arieufe Campagne de Philippe V.
aux environs du Tage , dans les
Provinces de Beira , Eftramadu
ra & Alentejo.
DO
non-
Loy
to
Un Navire de S. Lucar parti
de la Havane le 28. d'Avril , a
de rapporté que les Anglois de
S. George dans l'Amerique
Septentrionale eftoient venus
au nombre de quinze cent
hommes pour s'emparer de
Elpueblo deAlpalache ,à la Coſte
ce qu
226 MERCURE
de la Floride ; & qu'aprés deux
mois de Siege , les Espagnols
les avoient chaffez & forcez
de fe retirer avec perte de
deux cens trois Anglois , &
qu'il n'y avoit eu que trois
hommes tuez & un Capitaine
bleſſé du coſté des
Espagnols . Les Lettres venuës
par ce Navire portent auffi
que les ennemis ont efté repouffez
de plufieurs autres
lieux.
L'on ne fçauroit trop don
ner de Relations d'un fait
hiftorique , & ce n'eft que par
le grand nombre que l'on
GALANT 227
n
ed
, t
trol
Cap
enues
auff
en démefle la verité ; c'eft ce
qui m'oblige de vous donner
encore une Relation de l'af
faire de Barcelone ; cette derniere
eft venuë de madrid ;
& vous y trouverez beaucoup
de chofes qui ne font point
dans celles que vous venez de
lire.
a
utres
don
fait
uepar
e l'or
128 MERCURE
RELATION
De l'avantage remporté par
les armes de Sa Majesté
Catholique
contre les
Anglois , à Barcelone.
Traduction de l'Eſpagnol.
LE
E Dimanche 25. May 1704. le
bruit le répandit dans la Ville
de Barcelone que l'Armée navale
d'Angleterre & de Hollande eftoit
dans les Mers de Catalogne . Les
plusfenfez ne le crurent point , parce
qu'on n'avoit pas eu avis qu'elle
euft paßé le Détroit ; cependant
l'arrivée de quelques Courriers confirma
cebruit, & enfin la Flotte qui
GALANT 229
01.
eval:
Les
par.
Y'SCOM
tteqs
parut ne permit plus d'en douter.
On la découvrit le Mécredy du
haut de nos murailles , & le feudy
elle acheva de fe ranger devant le
Port de cette ville .
Le même jour vers les onze
heures du matin , le Prince d'Armfat
envoya une Chaloupe avec une
Banniere blanche , & un Paßeport
pour quiconque voudroit aller à.
Bord traiter avec eux , & ayant
demandéfuretépour ceux de la chaloupe
, fur laquelle venoient un Setretaire
d'Etat de l'Empereur , &
un ou deux Aides de Chambre du
Prince d'Armftat : ils en donnerent
avis à Don Francifco de Velafco ,
qui envoya ordre à nos Batimens de
Laißer retourner en fureté la chaloupe
vers la Flotte , Ils demanderent
permilion de donner quelques let-
&
230 MERCURE
tres, & de traiter avec Son Excellence.
A quoy noftre Gouuerneur répondit
: qu'il n'avoit rien à traiter
avec les ennemis de fon Roy
Philippes V. Les envoyez repliquerent
par une autre propofition :
Son Excellence leur envoya dire
qu'on avoit répondu à toutes
les propofitions qu'ils pouvoient
faire , & qu'ils n'avoient
qu'à s'en retourner .
Cependant , Son Excellence communiqua
à la Ville & aux Communes
, ce qui fe paffoit ; & tous
unanimement fe difpoferent à prévenir
le deffein qu'on avoit formé
contre eux. Les difcours de quelques
mal - intentionnez , & le peu de
Troupes qu'il y avoit en garnison
dans la Ville ,y avoient jetté quel
que confternation .
GALANT
231
La Ville offrit à Son Excellence
de leverla Colonelle , qui eft un Re
giment de tous les Arts & Métiers ,
& ily confentit. La Ville offrit de
plus tout fon argent pour eftre em.
ployé par noftre Gouverneur au fervice
du Roy.
Le Vendredy , vers les dix heures
du matin , les Ennemis ayant commencé
leur
débarquement , le nombre
des malintentionnez
augmenta
confiderablement. Ils publioient que
cette Armée navale feroit fuivie
dune autre plus forte , qui avoit
déja fait un grand
débarquemeur &
s'eftoit emparee de
Tarragona , &c.
Quoy que ces bruits fußent entierement
faux , ils ne
laifoient pas
deftre d'une dangereuse confequence :
On fçavoit qu'il n'y avoit pas trois
mille hommes de
débarquement fur
232 MERCURE
cette Flotte , & qu'ils n'avoient
point de Cavalerie . On tira le foir
quelques coups de canon , & on fetira
l'Artillerie d'un Fortin de terre
trop éloigné de la Ville : on donna
des armes à la Colonelle , & on prit
toutes les précautions pour éviter les
Surprises.
Le Vendredy au foir le Prince
d'Armftat envoya un Tambour
avec le billet fuivantpour les Com
munes : L'amitié que j'ay pour
la Ville de Barcelone & pour les
Communes , me fait oublier
Pinjure que je reçus hier : c'eſt
pourquoy je fais fçavoir à l'Excellentiffime
Ville & à fes Communes
, que fi dans quatre heures
elles ne m'ouvrent fes Por
tes , je la reduiray en un monceau
de cendres .
GALANT 233
LesCon
- ་ ས་
pour
!
Oublie
cr: ct
¿l'E
es Cor
atrehe
·Lesla
unmo
Toutes les Communes s'aßemblerent
feparément , & delibérerent fur
la réponse qu'elles devoient faire s
Voicy ce qu'elle contenoit : Voftre
Excellence qui a efté fi longtemps
Capitaine general de
cette Ville , fçait que nous ne
fommes pas les maiftres des Portes
; mais quand nous le ferions ,
vous fçavez par experience avec
combien d'affection nous avons
toûjours facrifié nos vies pour
la deffenſe.de nos Rois. Dieu
vous garde.
Apeine le Prince d'Armftat eutil
reçu cette Lettre , qu'il fit tirer des
bombes depuis le Samedy matinjufqu'au
Dimanche matin.
On ne peut exprimer les differens
effets que ce Bombardementproduifit.
Onpublia par tout que les Ennemis
Juillet 1704.
V
234 MERCURE
devoient entrer la nuit , on menaçoit
tous les gens de bien ; mais Dies
permit que noftre General découvri
la trabifon d'une maniere extraor–
dinaire. Un des Conjurez ordonna
àfa femme de fortir de la Ville ,
mais elle refufa de le faire , parce
qu'il ne luy paroiẞoit pas qu'ily euft
rien à craindre ; fon Mary pour la
perfuader luy découvrit qu'ily avoit
une confpiration ; que les Conjurez
devoient s'aßembler en differentes
maifons, & qu'à un certainfignal ,
qui fe donneroit à quatre heures da
matin , ils devoient tous fe rejoindre
à la Porte de l'Ange ; qu'ils en
égorgeroient la Garde ; qu'ils en
ouvriroient la Porte au Prince
Armftat , qui fe trouveroit avec
toutes fe Troupes dans la ruë de Jefus
; qu'ils iroient enfuite égorger le
GALANT 235
ilja
Caption
orant
Viceroy& tous ceux qui estoient
affectionnez au party du Roy , dont
ils brûleroient & faccageroient les
maiſons. La femme ayant entenda
cela courut donner le même confeil
à une defes amies , pour ne la pas
Laiffer perir ; & comme celle- cy refufa
de lafuivre , elle luy découvrit
tout. Celle- cy alla auli toft trouver
un Ecclefiaftique , homme de bien
à qui elle revela ce qu'elle venoit
d'apprendre ; & l'Ecclefiaftique en
alla informer le Gouverneur , qui
donna ordre auffi- toft à Dom Emanuel
de Toledo , General de l'Antillerie
, d'aller chercher le Veguer de
Barcelone : il s'y transporta auffitoft
avec quatre Soldats à cheval .
& quelques Fusiliers , & auſſi - ide
qu'il le vit,il lui dit que fon Excellence
le demandoit, & qu'il entraft.
heures
&
тереть
qu'ils
e
qu'ils
*
Pri
eroit
a
Mik! ruë de
égorge
Vij
236 MERCURE
dans fon Carroffe , pour aller plus
commodement. Le Veguer eftant entré
de la forte dans le Palais , le
Gouverneur le tira à part , luy ofta
fes piftolets & fon épée , & luy fit
avouer, qu'il y avoit une confpiration
: on écrivit fa depofition , &
S. E. alla en perfonne trouver les
Confeillers , Deputez & bras militaire
dans l'Univerfité où ils eftoient
affemblez , il les inftruifit de ce qui
Se paffoit , fit enfuite la ronde , durant
toute la nuit , dans les rues &
fur les murailles & pofta du monde
aux endroits les plus dangereux .
Toute la Nobleffe accourut à la
porte de l'Ange , & tout le monde
fe retrancha fur la muraille & fur le
Boulevart. La nuit ſe paffa en
crainte , mais fans accident , & le
lendemain au point du jour les AnGALANT
237
เ
།།mon
glois fe rembarquerent , & on les
perdit de vue bien - toft aprés."
Le Dimanche fuivant , on chanta
le Te Deum , & il y eût degrandes
illuminations dans toute la Ville
, & dans toute la Principauté, &
on a publié un Decret , qui ordonne
fous de tres- rigoureufes peines à tous
ceux qui ont des portraits du Prince
d'Armftatt , de les porter à lajustice ;
enfin la Providence a difpofé les cho- .
fes,de maniere que ce que les ennemis
avoient machiné contre le Roy , a
augmenté dans tous les coeurs de fes
Vaffaux , l'amour & l'attachement
qu'ils avoient pour luy.
Ce que je vous envoye a
efté diftribué à Toulouſe , de
la même maniere , je n'y ay
238 MERCURE
pas changé un ſeal mot.
PUBLICATION
du Sonnet qui a remporté
le Prix des Lanterniftes ,
cette année 1704 .
On a adjugé le Prix à Mr
Barrere l'aîné , de Toulouſe ,
Docteur en Medecine de la
Faculté de la même Ville.
Il nous a paru que fon Son.
net avoit beaucoup de regu
larité : le Roy y eft loüé d'une
maniere delicate & toute
nouvelles n'eft. ce pas en effet
un tour fingulier de dire
GALANT 239
ulont
medla
Son
regu
>
que les Ennemis fe rendent
fameux par les triom
phes , & qu'ils s'acquierent
une réputation immortelle
par la temerité qu'ils ont d'attaquer
un fi grand Heros ?
mais il faut avouer auffi que
la conduite de ce Heros eft
bien glorieuſe , puis qu'aprés
les avoir vaincus , il eft toû
jours preft à leur donner de
veritables marques de fa douceur
& de ſa clemence .
d'un
COUN
as enel
ded
1240 MERCURE
AU RO Y.
SONNET
Qui a remporté le Prix.
LES
valeur ES Exploits éclatans que ta
Etale
Vont rendre pour jamais nos
Ennemis Fameux ;
Ils tombent fous tes coups , tu
confonds tous leurs Voeux ;
Mais leur chûte eft encor plus
belle que
223
Fatale.
pas le deftin qu'eut le Ils n'ont
fils de Dedale;
Si de leurs noirs complots tu
fçais rompre les Nauds`;
Si
GALANT 241
•
EXC
ts t
Si dans le champ de Mars tous
tes pas font Heureux ;
Ta clemence triomphe où ton
bras fe
ន
Signale
Faut- il que ta bonté foûtienne
Jaloux ;
Courroux ,
N'écoute plus , grand Roy , que
ces .
ton juſte
Va , détruis des Guerriers plus
fiers que ceux de Thrace .
2.
Quoy ! n'eft- ce pas affez
Rivaux
que tes
Errans
Soient immortalifez pour avoir
eu l'
Audace
D'attaquer le Heros de tous les
Conquerans .
PRIERE POUR LE ROY .
Toy, qui regles les destinées
Juillet 1704.
X.
342 MERCURE
3
Des peuples & des Souverains,
Seigneur, prolonge les années ,
D'un Roy , le plus grand des
humains.
Appropinquet deprecatio mea in
confpectu tuo Domine . Pl. 2.
II SONNET.
HEros pour qui le Ciel tant
de trefors
Etale ;
L'équité fert de regle à tes Exploits
Fameux ;
Dans ces progrés divers , fi dignes
de nos
Une ligue en fureur voit fa
batte
S
Voeux ,
per-
Fatale.
Le Germain orgüeilleux , nouveau
fils de Dedile
GALANT 243
Ex
Jeux
pe
DOL
Deka
S'efforce vainement de rompre
de beaux MoteNoeuds ;
La Seine & l'Ebre unis par toy
coulent
De l'Aurore au Couchant ton
pouvoir
fe
*.Heureux j
Signale .
Tu préviens , tu détruis mille
complots Jaloux ,
Tu fais à cent Rivaux reffentir
ton
Courroux ,
Tel & plus foudroyant que le
Dieu de la
2
Thrace.
Tu vois de toutes parts leurs
Bataillons
Errans ,
Le bruit de ton grand nom abat
feul leur Audace >
Et t'éleve au deffus des plus
fiers Conquerans.
X ij
244 MERCURE
PRIERE.
Seigneur , couronne les hau
faits
Du plus puiſſant Roy de la
terre ,
"
Sa valeur a toujours triomphé
dans la guerre ,
que laffé de vaincre il nous
donne la paix.
Fais
Inquire pacem & perfequere cam.
41ð
III. SONNET. ⠀ }
DE l'Aigle ambitieux l'orgüeil
en vain s' Etale
Que luy fervent des coups autrefois
fi Fameux ;
Contre un pieux Vainqueur
1
GALANT 245
Ex
$30.
CAN
quer
tout eft fourd à fes Voeux ,
Et la foudre qu'il porte à luymême
eft Fatale.
Qu'il craigne le deftin qu'eut le
Bachfang
de Dedale
De deux Peuples guerriers tout
protege les
7
Noeuds ,
La juftice rendra leurs Rois toujours
"
Heureux ,
Leur valeur intrepide en tous
lieux fe
2
Signale.
En rous lieux ces Heros de leur
Gloire
Jaloux ,
S'enflament à l'envi de ce noble
Courioux
Qui couvre de Lauriers le fier
Dicu de la Thrace.
S
X iij
246 MERCURE
Leurs nombreux ennemis batus ,
troublez ,
Errans ,
Sans ceffe produiront par leur
funefte Audace
Des triomphes nouveaux à ces
grands Conquerans.
PRIERE.
Souverain des Maîtres du
monde ,
Qui rends deux fages Rois par
tout victorieux ,
Aprésmille exploits glorieux ,
Fais les regner enfin dans une
Parx profonde.
Te Deum laudamus , te dominum
confitemur.
GALANT 247
AU NOUVEL ICARE ,
l'Archiduc d'Autriche.
Q
IV . SONNET
.
Uels font ces vains projets
que ton orgueil Etala,
Trop indigne
rival d'un Prince
trop
Où vas-tu temeraire
où
tu tes
3
Fameux &
portes-
Voeux ?
Tu fuis , à tes pareils une route
S
Fatale.
En vain les foins jaloux d'un fuperbe
Dedale,
De cent partis divers pour toy
forment les
Nauds ;
Sur ces foibles appuis , tu crois
ton vol Heureux ;
X iiij
248 MERCURE
Mais par ton fort bien- toft fz
honte fervid Signale.
PHILIPPE eft de ce fang , qui
fait tant de
Jaloux,
Reconnois , à ces feux que lance
fon Courroux,
Un fils d'un Dieu plus grand que
le Dieu de la
Thrace.
SON PIA
Voy , tes mâts foudroyez fur les
ondes Errans
Voy , tombe , & par ta chûte ,
accufant tonics Audace ,
Connois que Louis feul forme
les
Conquerans.
PRIER E.
Seigneur , protege un Roy que
tout le monde admire
GALANT 249 .
:
Rends le maiftre abfolu de cent
peuples diversamog
Que les bornes de l'Univers ;
Soient les bornes de fon Em !
are .
Dominabitur à mari ufque admare
& àflumine ufque , &c .
AIR NOUVEAU.
Ay beau prier Philis d'adoucir
mon martire , FAY
L'Infenfible remet toûjours au lendemain
.
J'efpere , & toutesfois mon foible
coeur en vain
Aprés ce lendemainfoupire.
Je reviens chaque jour adorer fes
attraits ,
Je la preffe , je la conjure
250 MERCURE
Pour foulager le tourment que j'en
dure id
Cet heureux lendemain ne viendrat
- il jamais ?
Vous me demandez des
nouvelles du commerce , en
voicy dont vous ne devez
point douter. Outre
les Arrefts du Confeil , qui
ont efté rendus en faveur
des Vaiffeaux Suedois & Da.
nois pour les exempter du
payement du droit de Fret ,
lorfqu'ils font chargez de
certaines especes de Marchandifes
, il a efté dreffé un
Etac que vous verrez dans
GALANT 251
d
a
la fuite de cet article , des
marchandiſes dont l'entrée
eft permiſe & qui feront re.
ceues dans les Ports du Royaume
, quand elles y feront
apportées par des Vaifleaux
Sue dois & Danois ; On a pris
les éclairciffemens néceffaires
pour comprendre dans cet
Eftar toutes les marchandifes
du Commerce ordinaire
de Suede & de Dannemarck,
& dont les Negocians de
ces deux Royaumes peuvent
faire commerce par eux mêmes
fans le fecours des Hollandois
& des Anglois ; On
252 MERCURE
n'y a point fait mention des
Saumons ny de la Moruë,
quoyque les Suedois & les
Danois faffent quelque pefche
de ces Poiffons , afin d'éviter
la confufion
qui pourroit
le faire de leur pefche
avec celle des Hollandois ;
Il n'y a que les marchandiſes
compriſes dans cer Eftat qui
puiffent entrer dans le Royaume
, & toutes les autres
marchandifes
qui fe trouveront
fur les Vaiffeaux Suedois
ou Danois , feront are
reftées pour eftre confil.
quées , à moins qu'elles ne
GALANT 253
16
a20
foient deſtinées pour d'autres
Pays Eftrangersnacmet
as! : mobebê zoll supyong
Asq suEsse Tr▲ Tzon
Des Marchandifes qui feront
-receues en France ,
venant
fur des Vaiffeaux Suedois
Danois.
alibrad
Acier de toutes fortes ,
Alun du Nort ,
Agnelins ou Laines de Polo
gne & autres Laines grof,
fieres ,
Airain ,
Ambre jaune ,
1 Avoine & autres Grains ,
A
254 MERCURE
Azur ,
Amidon
Bray ,
Bourdillons ,
alg nb un
Boulets de Canon ,
Chanvre ,
Cuirs en poil ,
Cuivre en maffe ,
Cuivre en rolette ,
Cuivre en feuilles ,
Chaudrons de Cuivre rouge
ou jaune dégroffis feulement
,
Cire jaune ,
Crin ,
Couperoze
,
Canons ,
GALANT 255
Fer blanc ,
Fil de fer ou de laiton
Fer en barres , ou en verges
ou en plaques ,
Graine de lin ,
Graine de chanvre ,
Goudrons ,
Legumes de toutes fortes ,
Lin ,
Litarge d'Or & d'Argent ,
Laiton noir ou gratté ,
Mats & autres bois propres
à la 1 conftruction des Vailfeaux
,
Miel ,
Mine de plomb ou minium ,
Mêche ,
256 MERCURE
Plaques de Cuivre rouge ou
jaune ,
Potafles ,
Pelleteries
Plumes à écrire & à faire lits,
Planches ,
Raves ou Rabbes .
Souffre ,
Stocfich ,
Soye de Porc ,
Suif
Vedaffes & autres fortes de
cendres ,
Vache de rouffy ou de Ruffie,
Vitriol bleu jaunâtre , le verd
venant
d'Angleterre .
GALANT 257
Vous fçavés que le Com.
merce de France en Hollande
, & de Hollande en
France eft prefentement rétably
, Vous fçavés auffi que
le Roy permet aux Hollan .
dois de s'accommoder en
France de toutes les choſes:
qui leur feront néceffaires ,
fans qu'il foit permis aux
François de rien tirer de Hollande
jufqu'aprés la Paix. Les
Anglois s'en font plaint aux
Etats , ils ont demandé que
les Hollandois continuaffent
l'interdiction du Commerce
général , de même
Juillet 1704.
Y
258 MERCURE
qu'elles la refté faite par de
paffé . Les Etatsbreculent
autant qu'ils peuvent de mettreecettes
affaire en déliberation
, sde crainte que de
Peuple de plufieurs Villes ,
qui s'y oppolent abſolument,
n'excite quelque fedition .
Je vous envoye la fuite du
Journal de Verceil , elle commence
où je l'ay laiffée dans
ma derniere Lettre.
Le foir du 25 au 26. Mrs
de Medavid, Val de fuentes,
& d'Orgemont releverent la
GALANT 259 .
1
tranchée , avec les deux Bataillons
de Lyonnois , ceux
d'Anjou , & les trois des Vaif
feaux . A l'attaque de la droite,
on continua la ligne de com
munication qui doit joindre
celle de la gauche, de 35 toi
fes ; on traça fur l'angle flans
qué du Baltion de la droite
une batterie de fix pieces de
24. on continua un boyau
qui part de la ligne de com
munication , tirant vers a la
riviere, de as toiles , au bour
duquel on travailla à une batterie
à Bombes , on tira enco
re un boyau qui partoit du
Y ij
260 MERCURE
deffous de cete batterie, tirant
vers la gauche , long d'envie
ron, 25 toifes ; à Fatraque de
la gauche , on acheva la res
doute & la batterie de qua
tre pieces qui ont commen.
cé à tirer au point du jour ;
on continua le boyau de com
munication pour joindre ce
luy de la droite , de 35 toifes.
Les Affiegez continuërent de
faire grand feu de moufque
terie pendant la nuit , & jecterent
des Bombes & quelques
Carcaffes , le jour ils
tirent le Canon : comme ils
font la nuit la mouſqueterie,
*
GALANT 261
7 mais l'un & l'autre nous tuënt
peu de monde , nous eûmes
cinq hommes cuez ,9 &
douze bleffez. Mr le Duc de
Vendofme alla à la tranchée
à une heure aprés midy , &
I y refta jufqu'à dix heures du
foir , ayant efté par tout avec
Mrs de Richeran & de Sallieres
, aufquels il donna fes
ordres fur ce qu'ils devoient
$
el
faire.
Mrs
La nuit du 26 au 27.
de Montgon , de Chartongne
, & de Montforeau re/
leverent la tranchée avec le
Bataillon de Lombardie , les
262 MERCURE
trois de Piedmont , ceux de
Vendofme de Croy , & de
Barvick A l'attaque de la
droite on pouifa le Boyau des
communication titant à nô ::
tre gauche de la longueur de
cinquante cinq toiles ,pon
allongea la paralelle de la
longueur de trente ; la bate
terie à bombes prés de la
Sefia , vis à vis de la Porte
de Milan fut achevée , l'on y
mit quatre gros mortiers
pour y jetter des pierres dans
la demie lune & dans le che
min couvert , avec fix petits
mortiers pour jetter des bom
GALANT 263
ם ו
bes , on travailla à la batte
rie de fix pieces , à la gauche,
de celle des bombes . A l'attaque
de la gauche, on continua
la ligne de communication
juſqu'à la jonction de
celle de la droite dans le
centre ;son travailla à deux
batteries de fix pieces chacu
ne , pour ruiner les deffenſes
de la demi lune & du baftion
de la gauches à la gauche de
ces deux batteries , on traça
une batterie pour mettre douze
gros mortiers , on continua
la paralelle de vingt toi
fes , les ennemis pendant la
264 MERCURE
nuit firent un grand feu de
moulqueterie ; ils jetterent
des bombes & des pierres qui
incommoderent
plus que le
refte ; il y eut lept hommes
tuez & dix fept bleffez , Mr
Oüel premier Capitaine.de
Barwick , reçut un coup de
moufquer à la jouë , Mr Mo.
reau Commiffaire d'Artillerie
en reçut un à la jouë , Mr
de Troye Garçon Major du
Regiment de Croy , fut bleffé
à mort d'un coup de mouf
quet à la teſte.
La nuit du 27. au 28. Mrs
de Chemerault , d'Aubeterre,
&
GALANT 265
& de Guerchy , relevérent la
tranchée avec les Bataillons
de Caraccioli , trois de Nor
mandie , ceux de l'Ile de
France , & de Beaujollois. A
Fattaque de la droite on
pouffa une fappe du cofté de
la Sefia , retournant vers la
capitale de l'angle flanqué
du chemin couvert de la denilune
, au bout de laquelle
fappe , on attacha le Mineur
pour foüiller afin de trouver
les Mines , & en même temps
faire ouverture pour s'y loger;
à la gauche de cette fappe on
en pouffa une autre allant
Fuillet 1704
Z
266 MERCURE
auli à la même capitale pour
fe rencontrer ; dans le centre
on travailla à la baterie quieft
à la gauche de la batterie à
bombes laquelle fera de
huic pieces au lieu de fix :
on fit devant cette batterie
un boyau pour fer communiquer
de la droite à la
gauche , de la longueur de
trenten cinq stoifes ; on con
tinua une fappe éloignée du
chemin couvert , de dix huit
toifes , qui devoit aller & fe
communiquer avec la fap.
pe de la gauche à l'atta
que de la gauche on ouvrit
Soy
GALANT 267
A
un boyau devant la batterie
de quatre pieces tirant à gau
che ,
d'environ vingt - cinq
toiles , au bout dudit boyau ,
on fit un retour , tirane vers
la capitale de la
demiolunes,
d'environs vingturoifest la
batterie aux petites bombes ,
& les quatre mortiers pour
jetter des pierres,
commenc
cerent à tirer le matin dans
le baftion de la droite & dans
le
chemin couvert , il fit un
grand orage qui donna un
pied d'eau dans
beaucoup
d'endroits de la
tranchée ,
mais cela
n'empêcha pas de
Zij
268 MERCURE
travailler à l'ordinaire. On
cut neuf hommes tuez & dixhuit
bleffez dus si é 9 :
Le ſoir du 28.3 au 29. Mis
de Langallerie , Darennes &
d'Imecourt , releverent . la
tranchée avec les bataillons
de Bollezane , trois de la Ma
rine rine¸cceeuuxx de Medoc, de Cam.
brefis & de Baffigny. A l'at
taque de la droite on poufla
une fappe diftante de douze
toiles du chemin couvert ,
paralelle à llaa ffaacceelgauche
Ex
du baflion droit de l'attaque :
on fit auffi une autre ligne
paralelle à la face droite du
GALANT 269
8
même bastion ; on continual
la communication de la droite
à la gauche en ligne droite
derriere la grande batterie de
feize jufqu'au premier Naville
, d'où l'on commença un
crocher pour defcendre fur
l'angle flanqué du chemin
couvert de la demi lune. A
l'attaque de la gauche l'on
continua le boyau commens
ce pour embrafler l'angle
flanqué du chemio couvert
du baſtion , avec un crochet
tirant à la capitale de la de
millune , & la batterie de
fix gros mortiers à -By la droite
Z iij
270
MERCURE
de la
batterie de
quatre pie
ces fur
achevée. On
avança
forentes
deux
batteries
ydu
dentre , qui
devoient
eftre
l'une
de neuf &
l'autre nde
Jept
pieces de
vingt -
quatre
au lieu de
douze . Le
Mineur
attaché
d'hier caul
matin à
l'angle
flanqué
dul
chemin
couvert
du baſtion
de la droiteyne
trouva
point les mines
des
Affiegez
praksistirerent
quantité
de
bombes
& de
pierres
pendant
la nuit & pen.
dant lejour, nous
cûmes
neuf
hommes
tuez & vinge
deux
bleffcz, Mr de
Sauvey
Com .
"GALANT 271
miffaire d'Artillerie
eut la
cuiffe caffée , Mr de Monti
gay Lieutenant
au Regiment
de Medoc , & Mr de Pancail
lon Lieutenant
dans celuy
de Baffigny , furent auffi bleſfızmıMal
zuob sh mail og
6.La nuit du 29 đáu 30. Mrs
de Bouligneux
, de Goesbriant
& de Luxembourg
,
releverent
la tranchée
avec
les bataillons
de Mendoze ,
les deux de Leuville , & celuy
de Sourches , deux de Maules
vrier & celuy de Beauge. A la
droite on ouvrit une lappe
en ziguezague
, approchant
4
Z iiij
272 MERCURE
toûjours de l'angle fanqué
du chemin couvert du baf
la ion de
"
dontions
n'eftoit plus qu'à 8. toiles à
la gauche , on ouvrit pareille,
ment une fappeb allongeanc
fur la droite , avec un retour .
Pour nous approcher de l'angle
flanqué du chemin couvert
du bastion de la gauche.
On continua une autre fappe
en ziguezague tirant à la ca.
pitale de la demi lune. On
ne pût conduire pendantcet
te nuit là que fix pieces de
canon dans les deux batteries
du centre , quoy qu'il y cuſt
GALANT 273
des embrafures pour feizer
lefdites fix pieces comment
cerennàhirer à dix heures du
matini fur. & langle flanque
droit du baltion de la gauches
La batteries de fix gros mor.
tiers à la droite des deux bate
teries for achevée cette nuit,
& les mortiers yefarent conly
duits . On travailla pendaney
le jour à les monter , ilsǝtirerent
le foir. Quoy que les
Affiegez jettaffent quantité
de grenades fur les fapeurs 35
ils ne laifférente pas de tra
vailler le jour comme la nuir ,
on cut fix hommes tuez
274 MERCURE
& quatorze bleffez . La gallerie
du Mineur, s'étendoit
en avant de la longueur de
cinquante deux pieds , il prétendoit
s'il trouvoit quelques
mines des Alliegez , en aug.
menter la charge, & y mettre
le feu , finon il devoit faire
deux rameaux à droite & à
gauche en figure, de treflet ,
pour faire fauter l'angle fanqué
du chemin couvert du
baftion , & le faire abandon.
per aux ennemis , afin qu'on
s'y logeaft avec plus de fas
cilité.
GALANT 275
Les nouvelles d'Espagne
de ma lettre du mois pallé
finiffoient à une nouvelle re→
lation du Siege de Portale
grejanje vous en envoye
⚫une tres curieufe & tres exacte
de celuy de Caftel devide
; c'eft la feule relation
fuivie qui ait paru , ce que
l'on en a dit icy , n'ayant é
té débité que par lambeaux ;
je n'ay rien changé à l'oti-
00 ginal des lettres que je vous
envoye fur ce ſujet. XUE vost
દો ' વું ૧૫ Lipy va
98 a
276 MERCURE
Au Camp de Niffa le 24. Juin
1704.
Vous avez appris par mes
nouvelles du 19. de ce mois que
le 18. Milord Duc de Baivvik
repala le Tage , pour venir
joindre Sa Majefte Catholique
au Camp de Niffa , aprés
voir laiffé prés de Caftelbranco ,
les Troupes qu'ily avoit menées ,
aux ordres de Mr de Ronquil .
lo, outre celles qu'il avoit déja
qui toutes enfemble compofent
14. ou 15. Bataillons 33. E
cadrons , ce qui eft plus quefuf.
GALANT 277
fifant pour faire tefte à l'armée
des ennemis , commandée
par le
Marquis Das minas , laquelle
eft venue camper fous Penama.
cor, ayant une petite riviere à
la tefte du Camp , & la Ville
derrieress
Milord ayant rejoint l'armée
du Roy , qui outre les detåhe
mens qu'on a fait , eft encore
compofée de 18. Bataillons
' de
33 33.
Efcadrons
; Sa
Maifté
Catholique
a pris
la
refolution
.
de
faire
le
Siège
de
Caftel
devide
; on
commença
le
20
a y
faire
marcher
un
Regiment
de
Cavalerie
Ef
4.
Bataillon:
278 MERCURE
pagnolle , fous les ordres de M
le Marquis Daytona , Lieutenani
Général , avec Mrs Renaut
Damizaga, Marechaux de
Camp, & Mr le Chevalier,
Dasfeld, au Maréchal de
Camp, il marcha le 21. aure
l'artillerie , & les 3. Bataillons
de Barrois , de Dugefter de Bel-
Lafere,
e
Mr de Ronquillo ayant témoigné
qu'il ferou bien aife qu'on
lay envoyaft Mr le Marquis de
Thoy , pour commander avec luy
tes Troupes qui font à fes or
dres ce
ce dernier eft party le 21.
du Camp de Niffa , pour aller
GALANT 279
joindre lefdites Troupes à Caf
telbranco , d'où l'on fera revenir
à l'armée de Sa Majesté Catholique
, Mrs le Comte d'A
guillar , le Marquis deBay ,
Lieutenans Generaux , Mrs de
Joffreville & de Rifbourg Marebaux
de Camp.
Monfieur le Prince de Ffer.
claes Milord Barvvik ont
jour 22. efté le même au Camp
devant Caftel de vide , pour re
connoistre le campement des Trou
pes & la fituation de la place
donner leurs ordres pour la dif-
1 pofition des attiques ; en atendant
l'arrivée de Mr le Ma
280 MERCURE
quis de Villadarias , qui a efté
destiné pourfaire le Siege ; il ar
rivale 2 2. aufoir , & les Trou
pes compofées de 1r. Bataillons
& der1o0o0o0 Chevaux, venant
de l'Andalousie, dont il eft Ca.
pitaine General, qui camperent
ce jour là auprés de Portalegre ,
arriverent le 23 au Camp devant
Caftel de wide.
On commença le 23 au matin
à faire tirer fur la Place
quelque piéces de canon que l'on
avoir mis à burbettefous des ar
bres ; mais comme elles eftoient
wûes de plufieurs endroits où les
Affúgez ont du canon , ily eur,
GALANT 281
14 à 15 hommes , sucz ou bleffez
au prés de nos pièces , ce qui fic
juger qu'ilfaloit les couvrir par
un épaulement & faire une ba
serie en formes on prétend qu'il
a dans la place plus de 25. pié.
ces de canon , & on s'en a fait
marcher que 8 pour l'attaquer.
La Garnifon eft compofée d'un
Bataillon Anglois de deux
Portugais , mais comme la plaeft
mauvaiſe , n'eftans entourée
que d'une fimple muraille avec
quelques flancs , fans aucuns de
hors ny folfez, ilaymanlieu de
croires que la défenſe n'en fera
pas lengue non plus que celle an
Juillet 1704. Aa
282 MERCURE
Chasteau , qui eft fort grand
& remply de Baftiment ; mais
il eſt auſſi foible que la Kille…
La nuis du 23 au 24 oñÏravailla
à faire une baterie de 4.
piéces de canon de 24 &don18.
à faire une ligne paralelle à la
demie portée de fufil de la Place ,
& àfaire une espece de tranchée
pour communiquer de la batevie
à cette ligne , que l'an a fors
effendue , où l'on a mis des &
Grenadiers pour oppofer un feu
à celuy des Affiégez , qui tirens
continuellement le jour & la nuis
sans du canon que dela moufqueterie
: » mais enonobftans le
3
GALANT 283
grand feu qu'ils ont fait du
Fraanntollaa nuit, iln'y a eu ques. on
6. homme tue . of
#
A
L'on s'eft auffis occupé pendant
la journée du 24 aperfectionner
ces ouvrages , & à memèr
à bras 4 pièces de canon de
12. de 16. fur une hauteur
qui commande
entierement
la
Ville , doù l'on incommode.
ra beaucoup
les Affiégez: égez om
effere que nos 8 piéces de canon
• feront en eftat de tirer le 25 au
matin , & que les 4. groffes
pourront en fort peu de temps
faire une ouverture
dans l'a muraille
qui me paroift pas soir,
25-an
Aa ij
284 MERCURE
beaucoup d'épaiſſeuroa ) 5k 25 ,
૩૨૨
NO 27.191 95 497NOU
Au Camp de Niffa le 27. Juin
1704_5759_4c
:
j'ay
eu
Le journal des nouvelles que
eu l'honneur de vous envoyer
par le Courier ordinaire
qui eft party le 25. de ce mois ,
Vous ous aura inftruit de sour ce qui
s'eſt paſſe juſqu'an 24. au foir ,
particulierement
du Siége de
Caftel de vide ; Les 8. piéses de
canon que l'on avoit mis en ba.
serie ou menées fur la hauteur ,
sirerent le 25. fur la pointe du
jour, elles le firent aves
>
GALANT 285
#ant de fuccés qu'en 6. ou 7.
beures de temps , l'on fit une brêg
che , & que la muraille qui ésoit
percée de boules dans plufieurs
endroits commençoit à s'é
branflers cela fis craindre aux
Affiégez qu'elle ne s'éboulaft rout
d'un coup de maniere à nous
donner le moyen d'emporter la
Place d'affaut , & determina le
Gouverneur ,follicitépar les Bour:
geois qui aprehendoient le pillan
à demander fur le midy à
gel,
capituler , l'on donna pour cela
les oftages. Le Colonel du Rea
giment Anglois de Stuart , le
Colonel de l'an des deux Res
S
286 MERCURE
mens Portugais vinrent trouver
Mrole Chivalter Dasfeld, qui
eftoi de tranchées aprés quelques
conteftations , l'on fit convenir le
Couverneur de ſe rendre à dif
cretion Le Colonel Anglois ,
homme fort bruſque & pcu polis
difvoulant
avoir une meilleure ca²
pitulation , s'estant aperçû qu'în
sairroit avec le Colonel Portu .
gais pour toute la Garniſon, &
fans fa participation , fe mit en
coleze cria tout haut de la
teste de la tranché aux Soldats
Anglois , qui eftoient fur la muraille
de la Ville , de prendre les
armis de nefepoint rendrez
IGADANY 287
en efferils refuferent l'entrée de
la Ville aux Grenadiers qu'onfir
I avancer pour prendre poffeffion
de la porte direns que s'ils ne
• fe netirgiene , ils tireroient fær
eux dans ce temps là les Portagais
, qurene vouloiens pas expoſer
la Ville au pillage , co qui
eftoient maîtres du Chaftean , où
on leur avoit deffendu de laiffer
entrer des Anglois , firent ensendre
qu'ils fe joindroient avec
nos troupes pour forcer les der
niets , Co prirent même des mesua
res t
pour faire entrer les Grènas
diers François dans le Chaftean
où ily a deux portes , l'u
288 MERCURE
&
entre dans la Ville , & l'autre
quifort dans la Campagne..
Mais les Anglais voyant
qu'on vouloit les forcer àferenvre
à difcretion , comme le reste
de la Garniſon , ou du moins pri
fonniers deguerre , marcherent au
Chafteap, y entrerent malgré
les Portugais , qui en furent
chaffez , ils s'y enfermereni avec
le Gouverneur de la Place qu'ils
emmenerent par force avec eux,
quelqu'uns des principaux de
la Ville. Les Portugaisfe voyant
forcez & obligez de fortir du
Chafteau, jetterent toutes les poudres
dans un puits , de manier
que
GALANT 289
que les Anglois fe fauverent
fans munitions de guerre.
D'un autre cofte ; le Colonel
Anglois continuant à jurer & à
parler avec beaucoup de hauteur,
difant qu'il vouloit avoir une
capitulation honorable ; Mr le
Chevalier Dasfeld luy offrit de
le faire renvoyer avec ſon Ba
taillon en Angleterre, en paffane
~par Lifbone ou parla France , au
choix de Sa Majesté Catholi
que; & à condition de ne point
fervir du reste de la guerre con .
tre les deux Couronnes. Le Colonel
Anglois refufa d'accepter
cette offre , quoy qu'on luy fiſt en-
Juillet 1704
.
Bb
290 MERCURE
tendre que c'eftoit lay faire grace,
purce que le Gouverneur de la.
Place avoit traité pour toute la
garnifon s'eftoit rendu à dif
cretion Lerefte de la journée &
partie de la nuit fe paßerent en
difcours depart & d'autre , ſans
que l'ont pust rien conclure ny
prendre poffeffion de la Ville. Enfin
le 26. au matin , Mr le
Marquis de Villadariass , qui
eft homme fort experimenté &
affez fevere , ayant efté obligé de
parler luy même à ce Colonel , il
commença à s'adoucire à dire
qu'il aimoit mieux fe rendre prijonnier
de guerre aprés quoy
•
GALANT 291
Mr Damezaga , Maréchal de
Camp , marcha avec des tronpes
dans la place & en prit pof
feffion. Quoy que ce détail ſoit
un peu long, j'ay crú
ne feriez pas fâché d'apprendre
Loutes ces circonstances , parce que
pareille chofe n'est peut eftre jamais
arrivée.
que vous
-On a trouvé dans la Place
*
dont
11. de
$ 21 . pieces de canon ,
fonte quifont tres belles , prefque
•point de
munitions de guerre, &
environ 900 quintaux de farines
ou de grains. La perte que
nous avons fait à ce Siege par
le feu du canon , a efté de 40 .
N
Bb ij
592 MERCURE
so. hommes tuez ou bleffeZ
de deux Officiers fubalternes,
Auff.toft que Sa MajeftéCa
tholique euft apris que l'on eftoit
maître de Caftel de - vide , l'on
commanda Mr le Marquis de
Lede , avec les deux Bataillons
Espagnols de la Brigade de Pinto
, & le Regiment de Dragons
de Campredon pour aller àttaquer
Montalvan : en arrivant
prés de la Ville, le Commandant
envoya un Officier audevant de
nos troupes , pour dire qu'il ne
vouloit point fe defendre; on l'envoya
chercher, & eftant venu
luy- même , ilremit la Ville , dans
GALANT 293
laquelle il y avoit deux Com
pagnies d'Infanterie , de maniere
que par les conqueftes que l'on a
fait jufques à prefent , l'on apris
fur les ennemis 8. Bataillons ensîers,
2. Anglois , deux Hollandois
, 4 Portugais & 18 Com2
pagnies feparées , fans qu'il nous
en air coufté 300. hommes.
L'on a apris par plufieurs let
tres , que dans la retraite que
Mr deFenffrevilli fit ily a quel
ques jours , eftant ariaqué par
toute l'armée des ennemis , ces
derniers y ont fait une perte plus
confiderable que l'on n'avoit cú
& qu'ils ont plufieurs Officiers
.
Bb iij
694 MERCURE
de confideration tuez ou bleffez.
Mrle Marquis Das minas , Ge
neral de l'armée , y a esté bleſſé
luy même d'un coup d'épée au
bras.
La Garnifon de la petite ville
de Morvan , dont le Chasteau à
la reputation d'eftre tres fort
comme il l'eft en effet par sa fituation
, eftant bâti fur la pointe
d'un Rocher qui paroit inaccef
fible , nous ayant fort incom.
modé depuis quelque temps , parl'on
eftoit obligé de paſſer ce que
d'où
à la demy portée de fufil de ce
lien , pour aller à Valencia ,
Ton tire la plus grande partie des
GALANT 295
.
fubfiftances de l'armée du Roy
,
l'on a jugé qu'aprés la prise de
Caftel de vide & de Montalvan
, l'on ne devoit pas diffeyer
un moment à le faire auta .
quer; Mr le Marquis de Villadarias
a fait pour cela ce matin
un détachement
, qui n'a en que
la peine d'y aller : car à l'apa
proche de nos troupes , le Commandant
du Chateau dans les
quel ily avoit une Compagnie
d'Infanterie Portugaife , s'est ren
du à difcretion ; & l'on a delivré
par ce moyen plufieurs Sol.
dats que la Garnison avoit fait
prifonniers , estant en maraude,
Bb iiij
296 MERCURE
ou à la queue des convois : par
la prife de ce pofte , l'on n'aurois
plus befoin d'escorte pour allerde
l'armée à Valencia, fi l'on n'eftoit
pas obligé de fe precautionner
contre les Païfans qui font armez,
& qui nous ont deja tué
quelques Soldats : l'on a fait
brûler à cause de cela quelques
villages , & l'on en dois encore
faire brûler d'autres .
Les chaleurs ont commencé
depuis quelques jours à devenir
fi exceffives , qu'il n'est pas pof
fible qu'onpuiffe demeurer encore
long- temps en campagne , parce
qu'autrement l'on rifquerois de
GALANT A
297
1
perdre tous les chevaux de la Ćavalerie
, dont plufieurs font déja
morts de la fatigue , du feu &
d'autres maladies aufquelles les
Maréchaux
ne peuvent reme
dier , par ce qu'ils ne trouvent
point en ce pays cy , ce quiferoit
neceffaire pour les guerir.
L'on vient d'aprendre que les
ennemis ont attaqué un convoy
de pain venant de la Zarza à
l'armée de Mr Ronquillo qui eft
toujours à Caftelbranco .
Monfieur le Duc de Gramont
eft arrivé ce matin en ce Campcy
, d'où Mr l'Abbé d'Eftrées fe
propofe de partir dés ce foir ou
298 MERCURE
demain, pour retourner en Fran .
ce par Madrid.
Le 28. Juin .
La continuation de la grande
chaleur ne permessant pas qu'on
puiſſe demeurer plus long- temps
en campagne , à moins de vou.
loirfair perir tous les chevaux
de la Cavalerie ; les ennemis prenant
de leur cofté des mesures pour
fe retirer dans des quartiers : Sa
Majesté Catholique a pris la refolution
de partir inceffamment
pour retourner à Madrid.
Monfieur le Prince de Tfer.
GALANT 299
claës & Mr le Marquis de Vil ·
·ladarias , refleront encore quelques
jours aux environs de Caf
tel.de.vide , avec la plus grande
partie des Troupes Espagnolles ,
pour faire transporter à Valen
cia , l'artillerie & les munitions
qui font dans ces Places ; &
Monfieur le Duc de Barvvik
repaffera au premier jour le Tage
avec ce qui refte icy de troupes
Françoifes pour allerjoindre l'armée
qui eft à Caftelbranco &
marcher enfuite du cofté de la
Caftille , poury prendre des quarliers.
On a commencé à razerles pè:
300 MERCURE
qu'on
tires villes de Niffa & Dalpál
bon , & il pourra bien arriver
on fera la méme choſe de Por
talegre de Caftel- de vide &
¿des autres villes que l'on ne voudra
pas fairi occuper par des troupes,
Fer'caure mon paquer pour
·vous dire que le dernier prøjer qai
avoit esté arresté , a efté encore
change , fur ce que Sa Majesté
Carbolique a defiré d'eftre efcor..
par des Troupes de France ,
de maniere que toutes celles qui
fe trouvent icy ne repofferunt
point le Tage , l'on doit rompre
le pont demain matin , pour
faire remonter à Alcantara , &
tée
GALANT 301
* Milord prendra la route de Vaj
lencia pour aller dans les quartiers
de rafraichiffement."
Vous avez dû remarquer
dans ces Lettres l'occafion
où Mr le Marquis das Minas
a efté bleffé. Vous avez
dû remarquer auffi avec quel.
le fincerité & quel naturel
ces Lettres font écrites ; ce
qui doit faire croire que fi
nous avions fait une perte
confiderable dans cette mê
me occafion , l'Officier dont
viennent ces nouvelles n'auroit
pas manqué d'en parler ;
302 MERCURE
•
cependant il fuffit que quels
ques corps fe foient joints ,
& qu'on ait tiré quelques
coups , pour que l'on com
pofe en Angleterre &Wen
Hollande des Relations de
Victoires chimeriques pour
abufer les peuples qui fouffrent
impatiemment la fui
te d'une guerre qui épuiſe
leurs Etats d'hommes & d'argent.
Quand ils auroient eu
quelque avantage dans l'affaire
où Mr das Minas a efté
bleffé , & dont il fe font bien
gardez de publier la bleſſure ,
ce ne doit pas eftre un fujet
1
GALANT 303
de
réjouiffances publiques &
de felicitations , puifque les
affaires vont le même train
en Portugal , & que ce qui
n'apportenul
changement
au malheur des ennemis ,
ne doit pas eftre confiderable
; mais les gens qui fe
noyent s'attachent
à tout ce
qu'ils rencontrent, quoy qu'il
ne foit pas capable de les fauver.
On a fçu depuis que Sa
Majefté Catholique eftoit
partie au point du jour le
premier de Juillet du Camp
de Niffa , & qu'elle eftoit ar
304 MERCURE
rivée le même jour à Caftel
de Vide avec toutes les trou
pes Françoiſes , & que l'Ar
mée de Mr le Prince Tfer;
claës demeura à Niſſa , en attendant
que les fourneaux
W
aufquels Mr de la Voye Ingenieur
François , faifoit tra
vailler pour faire fauter cette
Place , fuffent achevez. Mr de
Tferclaës en partit le 2. avec
toute l'Armée Espagnole , & y
laiffa Mr de la Voye avec 200.
hommes jufqu'au lendemain ,
qu'il fit jouer les fourneaux
& évacuer tout ce qui estoit
refté. Mr de Tlerclaës fit de
GALANT 305
fon coſté raler Caftel.de vide,
ainfique Portalegre,
Il arriva le 16. à Bayonne
trois cens Prifonniers des
Troupes de Fagel , avec tren ;
* te : fept Officiers. Ces Offi
ciers conviennent que les Al
liez ont perdu depuis l'ouverture
de la Campagne plus de
trois mille hommes tant Anglois
qu'Hollandois , & plus
de trois mille Portugais , qui
ont efté tuez ou bleffez , ou
qui ont deferté .
Le Mecredy 23 deJuillet, on
fit un grand Service pour feu
Fuilles 1704.
Cc
306 MERCURE
Mr l'Evêque de Meaux , dans
l'Eglife Cathedrale de cette
Ville là , ou s'eftoient renduës
beaucoup de perfonnes de
grande confideration , tant
de la parenté de cet illaftre
Prelat , que de fes amis particuliers
, dont tout le monde
fçait que le nombre eft fort
confiderable.
Mr l'Archevêque de Narbonne
y officia , affifté de
quatre Evêques ; fçavoir , de
Mr l'ancien Evêque de Condom
, de Mr l'ancien Evêque
de Tulles , de Mr l'Evêque de
Troyes , & de Mr l'Evêque
GALANT 307
d'Autun :& le R. P. de la Ruë ,
de la Compagnie de Jefus ,
prononça l'Oraifon funebre
avec un tres grand applau
diffement de toute l'Affemblée.
Ce Service a efté fait par
les foins de Mr l'Abbé Bof
fuet , neveu de Mr l'Evêque
de Meaux , Grand Vicaire &
Archidiacre de la mème Egli
fe ; lequel a rempli dignement
tout ce qu'il devoir à la
memoire de ce grand Prelat
, tant par les rajfons du
fang , que par celles de fon
attachement perfonnel & de
Cc ij
308 MERCURE
la parfaite reconnoiffance .)
Dans l'article de ma lettere
du mois dernier , où ils
eft parlé du mariage de Mr
le Marquis de Montlucavec
Madlle de Fleur , on l'a fait
defcendre de Jean de Montluc
, Evêque de Valence ,
Frere de Blaiſe de Montluc ,
Maréchal de France , cependant
il eft de la branche aînée
de ce Marêchal qui étoit
ainfi que cet Evêque Cader
de fa Maiſon. Cette illuftre
Maiſon defcend des anciens
Rois de Navarre , ainfi qu'il
paroift dans la Genealogie,
GALANT 309
1
>
On ne doit pas oublier
les Meres des deux Epoux.
Feu Madame la Marquise de
la Garde de Montluc , Marie
d'Ornano , eftoit fille de Meffire
N.... d'Ornano, Marquis
de Ste Croix , Chevalier des
Ordres du Roy , qui eftoit ?
fils d'Alphonfe d'Ornano
Maréchal de France , & Frere
de Jean - Baptiſte d'Ornano ,
auffi Maréchal de France.
Cette Maiſon , originaire d'I
talie , eft tombée en que
noüille en France. Dame Ga.
brielle de Bauvau de Fleur ,
Mere de Madame la Mara
310 MERCURE
quife de Montluc , eft de
Pilluftre Maifon de Bauvau.
Cette Dame joint à une vertu
folide , tout l'efprit & toute
la politeffe poffible.
Mr de l'Eftocq Docteur
de la Maiſon & Societé de
Sorbonne,& Profeffeur Roïal
en Theologie , mourut dans
cette Maiſon le 19. de ce
mois , âgé d'environ 80. ans.
Il eftoit Docteur depuis 48.
années , & Profeffeur depuis
35. Il eftoit le plus ancien des
Docteurs qui demeurent en
Sorbonne , ce qui luy don
moit la qualité de Senieur. I
GALANT 311
eftoit auffi Sous . Doyen de
la Faculté de Theologie , &
avoit fuccedé à la qualité de
Senieur à feu Mr le Chaellain
du , qui mourut auffi Doyen
de la même Faculté , & qui
avoit un attachement fi fincere
& une estime fi parfaite
pour Mr de l'Eftocq , qu'il
le fit fon Executeur Teftamentaire.
Mr de l'Eftocq eftoir d'Amiens
, où il avoit un Ca
nonicat : Il avoit outre cela
deux Prieurez qu'il avoit refignez
cinq jours avant fa
mort àMr l'Abbé de l'Eftocq ,
SC.
Sex
312 MERCURE
auffi Docteur de la Maifon &
Societé de Sorbonne , & fon
neveu,il l'a fait fon Legataire
univerfel , & fon Executeur
Teftamentaire. Son corps fut
porté le Dimanche vingtiéme
lendemain de fa mort à
Saint Benoift Parroiffe de la
Sorbonne , & de là rapporté
en l'Eglife de Sorbonne , où
il a efté inhumé. Mrde l'Effocq
eftoit generalement
eftimé à caufe de la douceur
de fes manieres & de la
bonté de fon coeur ; mais ce
qui redoubloit la veneration
que l'on avoit pour luy eftoic
3
l'étenduë
GALANT 313
l'étendue de fes lumieres ; la
penetration & la vivacité de
fon genie. Il eftoit profond
Theologien , & il a profeffé
cette Science jufqu'à les der
niers jours , avec une netteté
& un ordre auffi exact que
s'il n'avoit eu que 30. ans . Il
parloit fur le champ , & dans
toutes les occafions , ce qui
luy arrivoit fouvent en Sorbonne
puis qu'il en eftoit le
Senieur , avec une élegance
& une facilité merveilleufe.
Monfieur le Prince de Lor.
raine fut baptifé le 24 de Juin,
avec toutes les marques d'u-
Dd
Juillet 1704
314 MERCURE
ne joye extraordinaire
. On
tira le foir plufieurs feux d'Arrifice
, & on fit couler quan?
tité de Fontaines de vin . Les
Princes qui eftoient pour lors
à Luneville , où refide la Cour
de Lorraine , eftoient Son
Alteffe , le Prince fon fils ,
Monfieur
le Prince François
fon frere , ce dernier s'y étoit
rendu du Pont à Mouffon où
il fait fes eftudes. Mr le Prince
d'Harcourt , Monfieur le
Prince Camille , Mr le Com
te de Brionne , & Monfieur
l'Abbé de Lorraine fon frere.
Les Chevaux legers & les
GALANT 315
Gardes eftoient fous les ars
mes . Les grands Officiers de
la maifon de L.A.R. augmen
terent le nombreux Cortege
de leurs Caroffes, & portoient
chacun une partie des choſes
neceffaires à la ceremonie,
fçavoir l'eguiere , le baffin , la
ferviette , la faliere , le cierge
, &c.
Lorfque tout fut arrivé à
F'Eglife , on mit le jeune Prince
dans un Carroffe avec fa
Gouvernante & fa Nourice.
Madame l'Abbeffe de Miremont
, foeur du Prince nouveau
né qui fut la marainé
Dd ij
316 MERCURE
au nom de l'Imperatrice , fut
enfuite avertie par un He
raut ; un autre Heraut alla
en même temps avertir Mon
fieur le Comte de Brienne ,
qui devoit tenir fur les fonts
le jeune Prince , au nom du
Roy. Ils monterent dans deux
Carroffes differens , entou
rez chacun de plufieurs Gar
des à Cheval , le Sabre haur.
La ceremonie où ce Prince
fut nommé Loüis eftant finie
, on retourna au Palais au
bruit des acclamations de
vivent L. A. R.
Il y eût le foir un magnij
GALANT 317
fique repas : Il y avoit une
table de 24. couverts , où
leurs Alteffes , tous les Prin
ces , & les principales Dames
de la Cour prirent place .
Il y eût encore dautres
tables , où plus de
fix vingt perfonnes furent
placées ; ces tables furent
fervies avec autant de profu
fion que de delicate ffe. 11 y
a peu de Cours où les cere
monies , & les Festes publiques
foient plus éclatantes
qu'en Lorraine.
Mr le Marquis de Torcy
a donné un foupé magnifi
Dd iij
318 MERCURE
que à Monſeigneur
le Duc
de Bourgogne
, & à Monfeigneur
le Duc de Berry ;
Ceux qui eurent l'honneur
de fouper avec ces Princes ,
font Madame, la Marêchale
de Coeuvres
Me de Mailly ,
Me de Torcy , Me de la Vril
liere , Me d'O . Me de Vil
lacerf, & Mrs les Marquis
de Razilly & de Torcy . La
Compagnie
fe divertit tresagréablement
pendantle foun
pé , qui dura deux heures ,
pendant lesquelles la Mufis
que fe fit entendre à diverſes
repriſes.
GALANT 319
La mort de Mr d'Herbigni
ayant fait vaquer l'Intendance
de Rouen , elle a efté don
née à Mr Sanfon , Intendanc
de Soiffons , & cy. devant Intendant
de Montauban , ce
qui fait voir que le Roy a
efté tres fatisfait des fervices
qu'il a rendus à S. M. dans
ces deux premieres Intendances
, auffi doit on avoüer
qu'il a beaucoup de penetration
dans les affaires , &
on afouvent vû , que les plus
difficiles & les plus épineufes
ne l'ont pas embarraffé . Ileft
d'une des plus nobles & des
Dd iiij
320 MERCURE
plus anciennes maiſons de
Picardie. Il a épousé N.....
de Maupeou , niéce de Mas
dame la Chanceliere.
Mr le Fevre d'Ormeffon
a efté nommé pour remplir
l'Intendance de Soiffons . Ila
efté cy devant Intendant à
Rouen , & il l'eftoit en Auvergne
, lors de cette nomi
nation , qui luy fait d'autant
plus de plaifir que le lieu de
fa refidence fera plus proche
de Paris . Il eft frere de Mr
d'Ormeſſon , mort Intendant
à Lyon . qui n'a eu d'enfans
que Mr d'Ormeffon , Con
GALANT 321
feiller aux Requeſtes du Pa
Jais , & Me la Procureufe generale.
On trouve la Genea
logie de la maifon de le Fevre
d'Ormeifon à la fin des
Ouvrages de Mr le Laboureur
, & dans la vie de Saint
François de Paule , compofée
par le P. Giry , parceque
cette mailon a l'honneur d'ê
tre alliée à Saint François de
Paule. La famille des le Fe
vre eft diftinguée dans la
Robbe depuis plus de deux
cens ans. Un Prefident d'Or
meffon avoit épousé la niéce
du Garde des Sceaux de
322 MERCURE
Morvilliers , Evêque d'Orleans
; il eût trois fils , laîné
fut pourvû d'une Charge de
Prefident en la Chambre des
Comptes à Paris , & eût la
terre d'Eaubonne: Le ſecond
fur Maitre des Requeſtes, il
cft mort Doyen des Confeillers
d'Etat , & eût la terre
d'Ormeflon: Le troifiéme fuc
Prefident aux Requeftes du
Palais , & eût la terre de Lezeau
, teft mort auffi Doyen
des Confeillers d'Etat. Mr
d'Ormeffon , qui vient d'être
nommé à l'intendance de
Soiffons , a épousé mlle N…………
GALANT 323
le Fevre de la Barre , foeur de
Me la Prefidente de Quincy;
elles font iffuës de Germain
de Madame de Chamil.
lart. Ces deux Dames font
d'un merite reconnu.
Mr le Blanc a efté nommé
par le Roy à l'Intendance
d'Auvergne qu'avoitмr d'Or ,
meflon , il eft fils de feu mr
le Blanc Maitre des Requê
tes , & qui avoit eſté nommé
à l'Ambaffade de Conftantinople
, où fon indifpofition
l'empécha d'aller , & de feuë
Dame N.... de Bezons four
de feu Mr de Bezons Con
324 MERCURE
feiller d'Etat ordinaire , &
Intendant de la Generalité de
Bordeaux , de Mмr l'Archevê
que de Bordeaux , cy devant
Evêque d'Aire , & de мr le
Comte de Bezons , Gouver
neur de Gravelines , & Lieutenant
general des Armées
du Roy. Mr le Blanc a deux
freres , dont l'un qui a quitté
l'Etat
Ecclefiaftique , eft à
prefent dans le fervice , &
l'autre eft Chanoine regulier
de Saint Victor ; c'est un
homme d'une grande erudition.
Il eftoit impoffible de
choifir un meilleur fujet que
GALANT 325
Mr le Blanc pour remplir l'In
tendance d'Auvergne. Il n'y
a pas deux voix là deffus . Mr
le Blanc a tout le fçavoir &
toute politeffe imaginable ,
& il n'y a aucune bonne qualité
qu'il ne poffede. C'eſt le
fentiment de tous ceux qui
le connoiffent , ainfi je ne
vous en dis rien , parce que
j'aurois trop de choſes à vous
en dire.
Mr le Marquis de Chamil
lart , fils de Mr de Chamillart
Miniftre & Secretaire d'Etat,
foutint au College d'Harcourt
des Thefes fur toute la
326 MERCURE
Philofophie , le Vendredy
25. de Juillet , quoi qu'il n'ait
commencé la Philofophie
que depuis un an ; ainſi il a
fait dans l'efpace de neuf ou
dix mois ce que d'autres ne
font qu'en deux années . Mr
d'Agoumer prefidoit dans
cette action . Mrs les Abbez
de Guimené & d'Harcourt , мr
leCommandeurde Beringhen
& Mr le Marquis de Beuffe
ville , Penfionnaires de ce
College diftribuerent les
Theſes. Mr le Blond , Profeffeur
de Philofophie au Col
lege de la Marche les ouvrit
GALANT 327
Aprés avoir fait un difcours
auffi délicat qu'éloquent à la
gloire de Mr le Chamillare
& du jeune Soutenant , il argumenta
fur le mouvement
des efprits animaux , & tâcha
de prouver que le Syfteme
commun des Philofophes
eftoit fuffifant pour l'expliquer
; à peine avoit il fait
deux ou trois Syllogifmes
qu'il vit entrer S A. S. Mon
fieur le Prince. Le Soutenant.
reprit l'Argument ; enfuite
Mr Guenon ancien Profeffeur
,qui a eu l'honneur d'être
Profs fleur de Philofophie de
·
328 MERCURE
Mr de Chamillart , Pere du
Soutenant , difputa fur la cau.
fe du flux & du reflux de la
Mer. Mr l'Abbé Molé argumenta
aprés Mr Guenon : Il
tâcha de prouver que l'homme
n'a point de fubftance
fpirituelle differente du corps ,
& qu'on peut expliquer tou
tes les fonctions par la machine.
Le Soutenant donna
les folutions aux argumens de
Mr l'Abbé Molé avec une pre
fence d'efprit & une capacité
furprenante. Mr Sauvage ,
Profeffeur de Philoſophie au
College de Navarre argu
GÁLANT 329
menta enfuite fur le mouvement
de la terre , & s'attacha
à combattre le Syſteme de
Copernic, que мr d'Agoumer
a admis dans fa Philofophie.
Le Soutenant continua de fe
faire admirer par fes réponſes
dans cette occafion . Mr Cheron
, Profeffeur de Philofophie
au College du Cardinal
le Moine , argumenta aprés
Mr Sauvage : il attaqua un
principe de Mr Descartes fur
la pefanteur , dont Mr d'Agoumer
foutient l'opinion ,
& s'efforça de faire connoître
que les tourbillons Cartefiens
Fuilles 1704.
Ee
330
MERCURE
ne peuvent
fe foutenir
. Me
le Marquis
de Chamillart
fic
une tres-belle deſcription
de
la maniere
dont ces tourbil
.
lons ont été formez
, en prou
vant que chaque
étoille
occupe
le centre
d'un tourbillon
,
& que les Planettes
font emportées
par la matiere
cele
fte , autour
de fes Soleils
. II
donna
avec une grande
facilité
la folution
aux difficultez
de Mr Cheron
, & l'on peut
dire qu'il fe furpaffa
dans cer
argument
qui fut le dernier
.
Le Soutenant
avoit commen
cé l'action
par une harangue
GALANT 331
qu'il prononça avec beaucoup
de grace , il marqua par
cette harangue qu'il feroic
plein de reconnoiſſance
pour
I'Univerfité de Paris , pour le
College d'Harcourt & pour
fes Maîtres , & qu'il n'avoit
entrepris dans une année ſon
cours dePhilofophie que pour
obéir aux ordres de Mr fon
Pere. On peut dire que l'Aflemblée
fut composée de tour
ce que la France a de plus
diftingué. Il y avoit deux
Princes du Sang , trois Cardinaux
, les 2.Nonces de S. S.
tous les Archevêques , Evê-
Ee ij
332 MERCURE
ques , Ducs , Pairs , Maré
chaux de France , Chevaliers
des Ordres du Roy , Secretaires
d'Etat , & generalement toutes
les Perfonnes élevées par
leur naiffance , ou illuftrées
par leurs grands emplois ,
qui estoient alors à la Cour, ou
à Paris. Le Parlement s'y trou
va en corps , & l'on y compta
tous les Prefidens à Mortier
qui font au nombre de neuf.
Je ne dis rien des autres .
Cours , tous ceux qui les compofent
s'eftant empreffez
d'affifter à cette action. Mr
de Chamillart
& Mr le Duc
GALANT 333
de Lauzun
accompagnez de
plufieurs Parens de Mr & de
Me de Chamillart
en firent
les honneurs .
On diftribua de trois for
tes de Vers dans l'Affemblée .
Les premiers eftoient de Mr
Grenan , Regent de feconde
au College d'Harcourt. Les
feconds eftoient de la com
pofition de Mr des Authieux,
Regent de la Troifiéme dans
le même College ; & les derniers
contenoient une Ode
Françoife , faite à l'imitation
de ceux de Mrdes Authieux :
Vous jugez bien que tous ces
334 MERCURE
Ouvrages eftoient à la gloire
de Mr de Chamillart , & du
jeune Soutenant. Je ne dis
rien de мr de Chamillart , la
maniere dont il remplit deux
des plus penibles emplois de
l'Etat , parlent affez pour luy.
Quant à Mr le Marquis de
Chamillart , fon fils , qui n'eſt
encore connu que dans les
lieux où il a étudié , je puis
yous affurer que le bien qu'on
y dit de luy , paffe toute imagination.
Ilatoute la douceur
de Mr de Chamillart , fon
Pere , il est bien faifant , prés
venant, honnefte , affable , it
GALANT 335
a le meilleur coeur du monde,
la memoire la plus heureuſe,
Il conçoit fac lement , il a
beaucoup de penetration , &
le plus grand travail ne le re
bute point , ce qui ſe juſtifie
par l'action qu'il vient de tar
re , en foutenant des Thefes
au bout d'une feule année de
Philofophic , pendant laquel
le il n'a point cellé d'étudier
tous les jours avec plufieurs
Maiftres qui luy ont appris
tout ce que doivent fçavoir
ceux qui font une grande fi
gure dans le monde. Je ne
parle point icy de moi- même,
336 MERCURE
& je ne cherche point à faire
un éloge je rapporte feulement
des faits qui prouvent
ce que j'avance , & je ne par.
le qu'aprés tout le College
d'Harcourt qui m'en a dic
cent fois plus que n'en contient
ce que vous venez
de lire , & où l'on ne ceffe
point de faire retentir les
loüanges de ce jeune Mar
quis , qui a toûjours oublié
ce qu'il eftoit avec tous ceux
qui étudioient avec luy ,
avec teſquels il a vécu de la
maniere du monde la plus
aifée ; de forte qu'il eft extres
mement
"GALANT 337
mement regretté dans ce College
, dont il ſemble avoir
emporté toute la joye , en le
quittant ; cependant on y
doit en quelque façon eftre
confolé , ce Marquis ayant
témoigné par les expreflions
les plus vives qu'il n'oubliroit
jamais ni ce College ni ceux
qu'il a crâ dignes d'eftre au
rang de fes amis . Il accom .
modoit tous ceux qui avoient
des démeflez : il confoloit
tous ceux qui avoient des
chagrins : il interce doit pour
ceux qui s'eftoient malheu,
reuſement attirez quelques
Fuilles 1794.
Ff
338 MERCURE
affaires , & donnoit ſouvent̃
& à propos des marques de
fa liberalité. Quoy qu'il doi
ve la plus grande partie de
toutes ces chofes au fang ;
dont il eft forti , il ne laiffe
pas de devoir beaucoup à
Mr l'Abbé Malherbe , qui a
eu foin de fon éducation. Ce
qu'il y a de furprenant eft
que ce jeune marquis n'a en ,
core que quinze ans.
Les Vers qui fuivent vous
doivent faire juger de la beau
de l'Original latin.
GALANT 339
A MONSIEUR
LE
MARQUIS
DE
CHAMILLART ,
Soûtenant fes Thefes generales
de Philofophie au College
d'Harcour.
ODE ,
A l'imitation des vers Latins de
M. des Authieux , Profefleur
du même College .
Vons ! de toute la Jeuneffe
L'Ornement le plus achevé ,
Qui , dans ces beaux lieux élevé ,
Fites voir tant de politeffe ;
Par quel miracle avez vous pù ;
Sans jamais ceffer d'ètre où ,
Ff ij
34° MERCURE
Parcourir toute la Nature ?{
Au travers de l'épaiffe nait
Qui couvre la verite pure,
Quel Dieu vous a fi bien conduit
ST
T
Ah! teft la Sageffe elle - même ,
Qui vous a fans doute éclairé,~
Qui vous a toujours inſpirėvisada
L'amour de la Vertu fuprême ;
C'est elle qui dans votre coeur ,
Verfe cette fainte liqueur ,
Qui forme les ames bien nées ,
Et qui vous deftinant fon prix ?
Joint à la fleur de vos années ,
La prudence des cheveux gris .
Votre esprit n'attend point l'Aus
3sontomnes
Pour voir tous fes beaux fruits
६ meurir ,
Lors qu'on voit les autres fleurir ,
GALANT 341
Ze votre heureuſement moiffonne
LeTemps qui cherche à nous tromper
,
A beau vouloir vous échaper ,
Vous fçavez fixer fa viteſſe ;
Et malgré fes amusemens,
Par l'ordre de votre fageffe ,v
Mettre à profit tous les momens
S
Tout ce qu'ont pris le foin d'écrire,
Tant & de fifameux Auteurs ,
Soit pour former les belles moeurs,
Soit fur le bel Art du bien dire
Tous ces beaux endroits à citer.
Ces faits qu'on devroit imiter , 1
-Monumens facrez de l'Histoire
Ce font-là vos rares trefors
Qu'une heureufe & prompte memoire
Produit , quand ilfaut , au dehors .
Cet amas de tant de lumières
3
2
Ff iij
342 MERCURE
Prémices de tous vos travaux ,
Jufques aux Poftes les plus hauts
Vous ouvroit un ample carriere;
Pouffé par votre propre Sang
Vous pouviez jufqu'au plus haut
rang ,
Aller joindre un illuftre Pere ,
Mais votre esprit mieux informe
N'ofe approcher du Miniftere
Qu'en Philofophe confommé.
S
Dans un an de Philofophie
Vous avez fait plus de progrés ,
Plus developpé de fecrets ,
Que d'autres dans toute leur vies
Vous avez d'un vol curieux
Penetré la Terre & les Cieux ,
Connu cette Machine entière ,
Tous ces tourbillons éclattans ;
Et dans Dieu , la Caufe premiere ,
Et du Mouvement & du Temps .
GALANT
343
S
A ces connoiffances fublimes ,
Où vostre ame a feù fe porter,
L'on vous voit fans ceffe ajouter
Les plus importantes maximes
La Morale n'a point de loix ,
Dont vous n'ayezfait un beau choix,
Pour enrichir votre mémoire. Se
Un jour avec cet appareila B
Voftre Pere fe fera gloire
Detrouver en vous fon pareil.
Armé d'une audace héroïque
Et plein de ce profondfçavoir ,
Vous venez nous enfaire voir
En ce jour la preuve publique.
Vous venez foutenir les coups.
De mille rivaux contre vous ;
Vos réponses promptes & nettes,
Reduifent leurs efforts en vain ,
Et font même à tous ces Athletes
F f iiij
344 MERCURE
Tomber les armes de la main .
S
Tranſporté d'amour & de zelle
Aprés tant d'applaudiffemens ,
Allez goûter quelques momens
De la tendreffe Paternelley
Allez nous prefenter aux yeux
De ce Miniftre glorieux , the 15
Et foumis dans vostre victoires S
Allez même dés aujourd'hui , pestortad
Lui rendre hommage d'une gloire
Qui vous rendfi digne de lui.
S
Dans ce Rang augufte &fublime,
Où fon merite la porté ,
Regardez moins fa Dignité ,
Que cette Vertu qui l'anime.
Cette affabilitéfans fard ,
Cet Art qui n'affecte point l'Art M
Dans ce qu'il dit , dans ce qu'il
pense ;
GALANT 345
Qui toujours par unjufte poids ,
Sçait mefurer la recompenfe ,
Etfait déterminerfon choix,
Cette prudence confommée,
Qui pourvoit à tous les befoins ;
Et quifoutient les deuxgrands foins,
Et de l'Epargne & de l'Armée ;
Quigardant le calme au dedans
Entretient lesfruits abondans.
En tant de Provinces entières
Et qui , malgré cent Nations
Porte au de-là de nos Frontiéres
La terreur de nos légions .
R
C'eft fur ces glorieufes marques .
Que vous devez enfin marcher,
Pour eftre digne d'approcher
Du plus Grand de tous les Monarques:
De ce Roy , par tout admiré,
346 MERCURE
Auli cheri que reverés
Grand dans la Paix , grand dans
la Guerre
L'appui du Trône & des Autels
Qui feul merite fur la Terre
Un rang parmi les Immortels.
S
Contemplez cet augufte Maifre ,
Si vous pouvezle voir deprés , m
Vous en apprendrez lesfecrets : 754
De l' Art que vous voulez connoitres
Cet efprit de bien projetter,
Celui de bien exécuter ,
Et celui de fçavoir ſe taire .
Par là , dans ce fuprême Emploi ,
Vous pourrez imiter un Pere , an
Et bienfervir un fi grand Roy.
Je nerecommencerai point
icy à vous donner un détail
dans les formes de ce qui s'eft
GALANT T
347
paffé à l'attaque des retranchemens
de Donawert ; les
parties conviennent de trois
attaques données , & que мr
le Comte d'Arco ne refolut
defe retirer qu'aprés la troifié!
me , je feray voir feulement
par une infinité de circon
ftances , qui feront fenfibles
à tout le monde , le ridicule
des Alliez en regardant ce
qui s'eſt paffé dans ces atta
ques , comme autant d'ac
tions qui les couvrent de
gloire , en s'attribuant une
victoire , & la celebrant par
des chants d'allegreſſe , lorf348
MERCURE
que tout eft en pleurs & en
deüil chez eux pour la perte
d'un grand nombre de leurs
troupes , & encore plus d'u
ne grande quantité d'Offi
ciers , dont pluſieurs font
de Maiſons Souveraines : mais
on ne doit pas s'étonner s'ils
tiennent ce langage puis
qu'il n'y a jamais eu d'actions
dont ils ne fe foient attribué
l'avantage , & pour lefquek
les ils n'ayent fait chanter le
Te Deum , on doit le fouve
nir encore de ceux qu'ils ont
fait chanter pour le gain de la
Bataille de Luzzara , & pour
,
GALANT 349
celuy du Combat d'Eckeren
Il faut leur pardonner, ils n'en
ufent ainfi que pour empêcher
que leurs peuples ne fe
foûlevent , ou ne fe decou
ragent tellement qu'ils foient
obligez à faire la paix , ce
que craignent ceux qui font
en place , parce qu'ils profi
tent des defordres de la guer
re ; ils ne laiſſent pas de de.
meurer d'accord de tour ,
lorfque l'orage eft calmé,
mais en l'avoüant ils repaifa
fent les peuples de fumée ,
en leur faifant voir , pour en
tirer de l'argent que la
350 MERCURE
France eft fur le point d'être
accablée , & qu'elle ne put
refifter à tant d'ennemis , cependant
la gloire que ces
Alliez attribuoient pour
avoir pris les retranchemens
de Donawert , paroiffoit fi
vifiblement fauffe , lors qu'on
entendoit dire en même
temps , & qu'on ne pou
voit cacher qu'une poignée
d'hommes avoit battu un
monde de troupes , tué près
de 6000, hommes , bleffé environ
8000, tué ou bleffé à
mort plufieurs Officiers Gehuit
Colonels , &
neraux
GALANT
351
10.
Lieutenans
Colonels , tour
cela , dis je ,
frappoit tellement
l'imagination , que le
Penfionnaire de
Hollande ,
oubliant la
Politique ordinaire
aux Alliez , ne put
s'empêcher de dire , bon ! fi
Milord attaquoit encore deux
autres
retranchemens , avec un
pareilfuccés , nous n'aurions plus
d'Armée.
Cependant , la poli
tique reprenant le deffus , on
trouva à propos de faire imprimer
la Lettre de Milord
Malborough , &
d'en
retrancherles
endroits qui
parloient
des morts & des bleffez . Rien
352 MERCURE
4
de plus ridicule , & cepens
Adant rien de plus neceffaire
pour arrefter les premiers
mouvemens du peuple. Mal.
borough n'avoit point de
guifé la verité touchant le
nombre des morts & des
bleffez , & on fçût quelque
temps aprés , qu'il avoit écrit
en Angleterre avec la même
franchife , ayant mandé, qu'il
y avoit eu cing Bataillons Ang
glois entierement ruineZ ↳ entr'autres
celui des Gardes
d'Ocknai , & qu'il n'étoit resté
à chacun que trois on quaire Officiers
; ce qui fut caufe que
GALANT 353
quelques Anglois dirent , que
les vainqueurs feroient jaloux de
* la gloire des vaincus . Et ce qui
prouve la verité de cette perteeft
qu'on choifit 1500 hom .
mes d'élite parmi les troupes
Angloiſes , & autant parmi
celles de Hollande pour remplacer
les bonnes troupes que
Ton a perduës ; ils publient
neantmoins eux mêmesqu'ils ,
ontattaquélesretranchemens
3
- de Donawert avec 186. Efcadrons,
& 76 Bataillons . Often .
tation ridicule , & qui les
doit couvrir de honte , lors
qu'ils font monter les Fran-
Juillet 1704.
Gg
•
354 MERCURE
çois & les Bavarois à une fi
petite poignée de monde ,
qu'ils auroient dû d'abord
eftre faifis de frayeur , & avoir
pris la foite fans avoir ofé
tirer un feul coups cependant
avec
tant de troupes il
faut qu'ils ayent eſté bien
battus , puis qu'ils ont èfté
repouffez trois fois . Le nombre
des Generaux , & des
Colonels qu'ils ont perdus ,
eft une feconde preuve de
leur perte , ayant beaucoup
moins de Colonels & d'Offi
ciers fubalternes que nous ,
quoy que leurs Regimens
GALANT 355
foient beaucoup plus forts
que les nostres , auffi affureton
que les Soldats rebuatcz
, & ne voulant plus don
ner ,les Officiers furent oblig
gez de fem de fe mettre à leur tête,
cleft ce qui a caufé cette grandej
tuérie d'Officiers. Milord
Marlborough ne voulut point
luy même charger du cofté
des François , & la peur luy
fit oublier qu'il avoit dit à
Mayence , à la Table de l'E
lecteur , qu'il alloit apprendre
aux Allemans à vaincre les
François : Si la poudre n'eût
point manqué à Mr d'Arco,
Gg ij
356 MERCURE
il ne fe feroit pas retiré ; on
n'a point efté forcé puifque
les ennemis ne font encrezat
que le 3 dans les retranche
mens , fçavoir le lendemains
de l'attaque. Les ennemis s
n'ont pas pris un Drapeausni
un Etendart & on a faitcinq
cent Prifonniers , fans qu'il ve
nous ayent pris un feul hom
me. A propos de ces Priſon
niers , je crois devoir mettre
icy l'extrait d'une Lettre d'un
Capitaine du Regiment de
Navarre qui eft dans l'armée
de Monfieur le Maréchal de
Tallard , elle eft du 16. Juillet.
GALANT 357 €
Monfieur l'Electeur de Baviere
alen voyé un détachement
de 8000 Chevaux à nôtre Gene… !
ral, ce détachement eft resté à Ulm F
fur la nouvelle faußse que le Prince
Eugene eftoit campé dans le
trajet de cette Ville à Nous , Leth
Commandant de cette Troupe a
pris le parti là deẞus de hazarder
so. Dragons fous les ordres d'un
Capitaine de Liftenois pour aps
porter les dépêches de Monfieur
l'Electeur à notre General, Cet
Officier nous a dit qu'il a laiffé
Monfieur l'Electeur de Baviere
à so, lieues de nous , campé fous
Aufbourg, dans le Camp où fe
358 MERCURE
poſta le Prince Louis , lorfqu'il
s'empara de cette Ville , qui eſt un
des plus forts de l'Allemagne :
qu'il s'y eftoit retiré aprés l'af.
faire de Donavvert , plus en rouë
de s'approcher de fes vivres, que
par aucune contrainte de la part
´de l'ennemy 'quisa acheté cherement
la Victoire qu'il dit avoir
remportée aux retranchemens de
Donavvers , qui estoient gardiz
par 16. Bataillons , dont 11 Ba.
Varois , &5. François , fçavoir
denx de Nettancourt , une de
Toulouse , un de Bearn ,
de Nivernois fous les ordres du
General, Comted Arco. Ce corps
un
GALANT 359
de troupes a foutenu , dans des
retranchemens imparfaits , tour
l'effort de l'élite des troupes Angloifes
& Imperiales animées par
Lexemple intrepide de leurs Gene.
raux , qui certainement ont fait
des chofes furprenantes pour les
-encourager ; ils n'ont cependant
pú empefcher qu'elles n'ayent efté
repouffées trois fois & qu'an ne
leur ait tué plus de 6000.hom_
mes ; aprés quoy les nôtres fe
font retirez de leurs retranchemens
qui ont plustoft efté abang
donnez que force , pourſe jetter
en tres bon ordre dans Donavvertoù
ils ont mis le few,
260 MERCURE
auffi bien qu'au Pontfur le Da?
nube, aprés avoir retiré de cette
Ville le canon qui y eftoit . Mr.
de Lée , Maréchal de Camp a
acquis beaucoup de reputation
dans cette retraite , & les Troupes
beaucoup de gloirefans avoir
fait prefque de perse , puiſque
nous n'y avons perda que 1200 .
bommes , parmy lefquels eft le
Frere du Comte d'Arco : Mr
de Neitancourt a efté bleſſé dan
gereufement auſſi bien ・que les
deux Liftenois. Il ne faut pas
encore oublier un avantage confiderable
que nous y avons remporté,
en faisant soo. Prifon-
·
niers
GALANT 361
-
miers , fans que les ennemis en
ayent fait un feulfur nous ; Mr
le Prince Louis a écrit une Let2
tre à Monfieur l'Electeur pour,
les repeter , il la finis en luy di
fant , qu'il ne luy eft pas mal
aifé d'acquerir de la gloire ,
eftant à la tefte d'auffi brayes
Troupes , mais qu'il ne
peut s'empêcher de luy a
vouer qu'il ne fe feroitjamais
attendu d'eftrebleffé par elles
fondé fur l'amitié qui a toû
jours efté entre luy & Son Alteffe
Electorale ; fa bleffure est
affez legere , quoy que d'un coup
defeu au talon , celles des Comtes
Juillet 1704.
Hh
362 MERCURE
de Thangen, de Frize , de Stirus
& de beaucoup d'autres de leur
Officiers Generaux
le font d'as
dantage. Il y en a 11. bleſſez
& 4 tuez, parmi lesquelsfont
le General Goor le Frere de
Milord Marlborongb
. 2003
Je dois ajouter aux louan .
ges que le Prince de Bade ,
donne aux troupes qui ont
deffendu
les retranchemens
de Donavvert ainfi que
vous avez dû le remarquer
dans ce que vous venez de
lire , que tous les Generaux
& tous les Officiers des en→
nemis leur ont rendu la mê
UGALANT 363
me juſtice , & que leurs lertres
font toutes remplies des
mêmes louanges ; tant il eft
vray qu'une veritable valeur
fe fair toûjours remarquer
& eftimer, fur tout parmy les
gens de
ne, Londres & la Haye , ne
leur ont pas rendu la même
juſtice , la politique a prévalu
dans cette occafion .
Cependant tout retentit des
louanges que l'on donne à
Mr de Lée , ce Marêchal
de Camp voyant que la retraite
eftoit refolue , fic un
difcours auffi court que vif
guerre ; & G Vien-
Hh ij
364 MERCURE
à cinq Bataillons , dont trois
eftoient François , il leur reprefenta
la gloire immortelle
, dont s'eftoit couvert à
Rocroy le Comte de Fontaine
. Perfonne n'ignore que
l'Infanterie qu'il commandoit
& dont il avoit formé
une efpece de gros Batails
lon perit , fans qu'aucun foldat
euft quitté fon rang , Mr
de Lée forma de même un
gros Bataillon des cinq , dont
je viens de vous parler , ilavança
avec ce Bataillon à
qui chacun fembloit porter
refpect fans ofer l'attaquers
GALANT 365
ce Bataillon felon les termes
de la Lettre qui en parle
paroiffoit comme une montagne
roulante , dont chacun
s'écartoit , craignant d'en ef
tre accablé , il fit soo , pria
fonniers , reprit trois pieces
de canon & fe retira à Neu
bourg Quoy que toutes les
lettres n'entrent pas dans le
même détail ,elles donnent de
fi grandes louanges à Mr de
Lée, qu'il n'y a point à douter.
quele fait que je viens de vous
rapporter ne foit conftant.
Mr d'Arco fit auffi une tresbelle
retraite dans Donav
Hh iij
366 MERCURE
vert , & l'on peut dire que
les ennemis font demeurez
immobiles en voyant de fi
belles retraites. Ce n'eft point
ce qui s'appelle eſtre forcé ,
on n'eft point forcé quand
on n'eft point pourſuivi l'éq
pée dans les reins , & qu'on
prend le party de ſe retirer ,
parce qu'il faut que toft ou
tard , la multitude l'emporte
fur le petit nombre & que
l'on manque des chofes ne--
ceffaires pour une plus lon
gue deffenfe ; la poudre man
quoit , ainfi que j'ay déja dit,
on avoit affez tiré , tué &
GALANT 367-
bleffé d'ennemis , pour qu'el,
Je fut épuisée. Les vain
queurs devoient en le retirant
tomber de laffitude ,
caufe du grand nombre de
coups qu'ils avoient portez
ou tirez , de maniere qu'en
laiffant des montagnes de
morts aux ennemis , ils leur infpiroient
encore de la frayeur
& de l'admiration . Enfin , il
eft conftant que bien que les
ennemis fe vantent à Vienne ,
à Londres & à la Haye d'a ,
voir remporté un grand avantage
; ils ne voudroient
pas en remporter fouvent de
Hh iiij
F
368 MERCURE
pareils , qu'ils font tres conf
ternez de ce qui s'eft paffé ,
& qu'il faut bien des années
pour reparer la perte des Ge
neraux d'armée , des Officiers
Generaux , des anciens Colonels
& de l'elite de leurs
vieilles troupes qui ont peri
dans les trois attaques des
retranchemens de Donnav
vert ; une Lettre écrite au
Prince Eugene par le Major
General des Allemands qui
font dans cette Place , & qui
a efté interceptées
, porte ,
qu'on a conduit à Nortlingue
mille de leurs bleffez , qu'on
"
GALANT 369
y actranfporte les corps des
Generaux Goor & Benheim ,
querle Comte de Stirum eft
mort de fes bleffures , & que
le Prince hereditaire de Heffe
eft forthens danger. Quant
aux mille bleffez , le nombre
eft grand pour une feule Ville ,
& l'on voit par là que les
morts & les bleffez peuvent
eftre en auffi grande quand
tité que l'on a dit ; & ce qu'il
ya de facheux pour eux , eft
que les Allemands n'ayant
jamais d'hôpitaux dans leurs
armées ; il faut neceffaires
ment qu'il en meure la plu
370 MERCURE
part , lorfque ces bleffez fe
trouvent en grande quantité
à la fois , & c'est ce qui vient
d'arriver. Ce qu'il y a de fur.
prenant eft que nous n'avons
eu que 3 ou 4 perſonnes de
diftnction tuées ou bleffées
quoy que toutes nos troupes
ayent dû aller inceflamment
à la charge & demeurer expofées
pendant tout le Com
bat , fans quoy un fi petic
nombre n'auroit pû refifter
à une armée formidable &
dix fois plus nombreuſe . On
donne de grandes louanges
?
à мr le Chevalier de Mon
4
GALANT 37
२
tendre , qui s'est fort diftin
guém de Netiancourt ,
Mes de Liftenois & мr le Che
valier de Pugey , Lieutenant
Colonel des Dragons de Fona
boifard , qui a efté tué dans
cette occafion fe font aufft
fort diftinguez . Mr l'Abbé
de Liftenois ayant demandé
au Roy , le Regiment de Lif
tenois pour le Cadet de fes
neveux , qui n'a qu'une contufion
, en cas que l'aîné mouruft
, ce Prince a repondu
qu'il en feroit bien fâché , &
que tant qu'ily auroit des Lif
tongis en vie , ils auroient 1on-
•
372 MERCURE
jours ce Regiment.
Je vous envoye une Lifte
des morts & des bleflés , ti
rée d'une Lettre écrite de
l'armée du Prince de Bade ,
Vous y trouverés peur eftre
quelques noms eftropiez par
ce que la Lettre n'eftoit pas
aifée à lire.
LISTE DES BLESSEZ.
Le Prince Loüis de Bade, au
pied.
LePrince Hereditaire de Caffel
.
Le Prince Alexandre de Wir
GALANT 373
temberg , au pied .
Le Comte de Furftemberg ,
au bas ventre.
Le Comte de Thungen , a
la main.2
C
Le Comte de Frize, à l'épaule.
Le General Woytvald.
Le Colonel Bettandorff
Commandant des Grenadiers
, au corps.
Le Sicur Walt , Meftre de
Camp .
Le Sieur Furneft , Lieutenant
Colonel.
-Le Sieur Wilkiert , General
Major.
374 MERCURE
LISTE DES MORTS.
Le General Goor.
Le Comte de Stirum .
Le General Major Benheim.
Le Brigadier Fond.
Le General Wolfim.
Le Prince de Bevinrem , de
la Maifon de Wolfembutel.
J'ay laiffé dans ma derniere
Lettre Monfieur le Grand
Prieur , maître de Figarolo
fans vousrien dire davantage.
Voicy.de quelle maniere
cePrince en a écrit luy même.
GALANT ि
375
Au Camp de Quadrelle
27 de 24. Juin 1704.
ا و
Il y a dix jours que felonies
volontez du Pape , je fis fortir
de fes Eftars , les Troupes des
deux Couronnes , & bien que le
Cardinal Aftalli , exft des ordres
précis de Sa Sainteté d'excommunier
l'armée qui defobéïroit
, de joindre fes Troupes
avec l'autre pour chaßser la dé
fobéiffante de fes Eftats , ce Car
dinal a agi avec tant de lenieur
que les ennemis eftoient encore
hier dans leurs mêmes poftes ;
Celle Eminence & les Generaux
376 MERCURE
du Pape , m'affurant toujours
qu'ilsen alloient fortir ; mais com .
me le temps s'écoulait fans que je
wiffe leffet de leurs promeffes ,
J'envoyay hier au foir chercher le
General Paulucci , auquel je dis
que j'allois faire attaquer Fis
garolo , & que puiſqu'il ne
vouloir ppas unir les Troupes
aux nôtres , il eftoit le Maître
, mais que je le priois de
leur envoyer dire par un de
de fes Officiers de le retirer
afin de luy montrer les égards
que j'avois pour Sa Sainreté.
Cela a efté exécuté une heure avant
le jour , ma petite Flotte
GALANT 377
conduitepar le Chevalier de l'Aus
beſpin , fur laquelle eftoit Ca.
drieux , avec 300. Grenadiers
& soo. Hommes de pied choi
fis , a abordé heureuſement à Fi¬
garolo, qu'ils ont emporté fans
nulle refiftance , & ils ont pris les
équipages de quelques Officiers &
fait une trentaine de Prifonniers;
c'est un miracle que Visconti n'air .
pas efté pris ; dés que ce premier
débarquement a esté fair ; Le
Chevalier de l'Aubefpin , en
deux voyages , a paffé le reste de
7. Bataillons que je faifois tenir
fur le bord de l'eau , pourfoutenir
la premiere attaque , ilsyfons
Juillet 1704.
li
378 MERCURE
actuellement , & le poste eft fi
bon que je ne crains pas que l'ar_
mée des ennemis les y vienne cher
cher. Fattends dix Efcadrons,
& cing Bataillons du Camp de
Serravalle , que je feray paffer
fur trois Ponts volants , quej'ay
icy ,
li bien que fix E
du refte de l'armée de Mr Saint
Fremont , après quoyjiray chercombattre
l'ennemy par cher
tout où ilfera.
1
Mr de Saint Fremont a
woit fi bien reconnu ce pofte a.
vant que je fuße arrivé icy ,
que j'ay fait tout executer felon
les connoiffances qu'il m'en avois
GALANTM 379
données, & le Comte de Croy ,
Brigadier , les Sieurs de Chaumont,
de › Lambert , de Seuil,
& de Rovvillefefons.comportez
dans cette action auffi bien que
je le pouvois defirer.
Le Baron d Eftrix , Lieute
nant Colonel parmy les ennemis
qui depuis peu avec un congé
de l'Empereur eft entre au fervice
du Roy , a mis pied à serre avec
les Grenadiers , & connoiffait fi
bien le terrein de Figarolo , où il
avoit commandé , qu'il nous a
efté d'une tres grande utilité dans
Bette occaſion.
Le 26. il envoya le Mare
li ij
380 MERCURE
A quis de Saint Fremont avec
fix cens Chevaux & cinq cens
Fantaffins , pour fuivre , &
pour obferver les Imperiaux .
Il cût avis le 27. que le Chevalier
de Vaucelles qui avoit
efté detaché pour remonter
le long de l'Adige , voyoit
marcher les ennemis de l'au
tre cofté de cette Riviere ,
& qu'ils continuoient leur
route vers Verone. Le 29.
Monfieur le Grand Prieur
ayant paffé Pontemolino que
les Imperiaux avoient aban
donné , vint camper avec
l'Armée à Nogara , où il apGALANT
381
prit que les ennemis eftoient
carrivez à Pefcantina fur l'Adige
au deffus de Verone , &
qu'ils s'y eftoient arreſtez
pour attendre les ordres de
T'Empereur , ou pour couvrir
la marche de leur Artillerie
,
& de leurs bagages , enfin
il apprit le 2. de Juillet que
les ennemis eftoient partis
d'Oftiglia . Une expedition
auffi hardie que celle de Fi-
-garolo leur avoit fait faire
tous ces mouvemens , & ils
eftoient fortement perfuadez
que Monfieur le Grand
Prieur emporteroit enfuite
382 MERCURE
facilement les Tours de Serravalle
& fçachant que tout étoit
bien diſpoſé pour cette ena
trepriſe , qu'il feroit impoffi
ble de parer le coup , & qu'ils
alloient eftre coupez ; ils fi .
rent fauter les Tours de Sera
ravalle , partirent d'Oftiglia
le même jour 24 à dix heu
res du foir, & allerent à Zelo
fur le Tartaro où ils raffem .
blerent leurs Quartiers . Il eut
avis enfuite , que fans s'arrêter
ils avoient paffé le Canal
blanc & la Malopra , & l'A
dige à Caftelbaldo
: ainfi le
Mancoüan
fut entierement
GALANT 383
délivré des Allemands qui
ne quitterent pas fans peine
le pofte d'Oftiglia ; ils l'aban .
donnerent avec precipita
tion , de crainte que la Garnifon
ne demeuralt prison
niere de guerre , ils ne le
quitterent même que pendant
la nuit , & pour n'eftre
point apperçus , ils laifferent
dix Drapeaux dans une Chas
pelle à trois mille de ce pofte,
& quantité de munitions de
guerre qu'ils n'eurent pas le
temps de faire enlever. Ils
jetterent auffi dans un petit
canal des Selles , des Cuiraf,
384 MERCURE
fes , des Fufils , & des Bombes
qu'on a repefchez depuis.
Pendant ce temps Monfieur
le Grand Prieur partit pour
Oftiglia afin de raffembler
fes troupes , donner ordre
aux vivres , & faire fes detachemens
pour les Garnifons
d'Oftiglia & de Revere , &
pour bloquer la Mirandole
. Cependant les Allemands
continuant à fe retirer , &
Monfieur le Grand Prieur les
coftoyant toûjours , ce Prince
écrivit le 9. de Juillet la
Lettre fuivante , dattée du
Camp de Ca di David.
Nos
*
GALANT 385
:
Nos ennemis font autour de
Roverede & de Trente àjouir
du bon air des
Montagnes où
ils
attendront
apparemment des
fecours ou des ordres de leur maître,
Pour moy , je crois que dans
peu de jours je remettray cette
deffenfive , qui fera tres- aifée,
entre les mains de celuy qu'il
plairs à S. M de nommr , &
que je m'en iray joindre Mr de
Vendofme en Piémont , avec 13.
Bataillons & dix Efcadrons.
Enfin on a ſceu depuis ,
que les Allemands cftoient
dans les quatre Vicariats du
Trentin
& Monfieur le
Fuilles 1704.
Kk
386 MERCURE
་
Grand/Prieur a la gloire de
Ales avoir chaffez d'Italie. Il
n'y refte plus que ceux qui
font dans la Mirandole , qui
font bloquez par fix Bataila
lons.commandez par Mr de
Saint Fremont. On la doit
regarder comme une Place
prile , puis qu'elle a demandé
deux fois à capituler ; je ne
doute point qu'elle ne foit
renduë avant que vous rece
viez ma Lettre , puifque la
priſe de Verceil fera connoî
tre que fon Commandant ne
doit pas attendre une meilleure
compofition ,
GALANT 387
Enfin les ennemis viennent
d'executer un deffein qu'ils
voudroient bien n'avoir jamais
entrepris , & qui ne
s'eft executé que par l'obftination
de ceux qui fe le font
mis en tefte. Je parle du
bombardement de Namur ,
& je vous envoye une Let-
Botre qui vous éclaircira d'u
ne partie de ce qui s'y cft
paffé.
A Namur le 27. Juillet
Les Ennemis pafferent
&
la Menfe le 22. s'appro...
KK ij·
388 MERCURE
·
4
cherent de Namurpour le bombar..
der Les 23.24.25 ils travail.
lerent à dreffer leurs bateries . Ils
furentfortimerompus par legrand
feu de canon que l'on fit fur eux ,
tant de la Ville que du Chaftean,
ils ne fçavoient où mettre leur
canon , leur défordre eftoit fi
grand qu'un Officier vinftfe jetter
dans la Ville avec 15. bom:
mes , ne pouvant demeurer plus
long temps dans un pofte qu'ils
appelloient l'Enfer . Ils commen .
cerent hier à f . heures du matin
à jetter des Bombes de 12. Mor
riers e des pots à feu , plus de
la moitié tomba dans la Meufe ;
GALANT 389
le feu prit bier à midy , à lHôpital
de Notre Dame , quien a
confumé une partie , à cela prés
le mal n'eft pas encore bien grands
comme ils font enterrez de deux
101fes , ils ne peuvent mettre de
canon en batterie , n'y empescher
qu'il ne foit emporté par le nôtre
qui eft de 24 de 36. livres
de balle, & qui ne difcontinue
pas de tirer. Une de nos Bombes
vient de tomber fi à propos
dansune de leurs batteries , que les
éclats ont tué ou bleſſe 40 hom
mes , à ce que viennent de nous
dire 4. deferteurs ; il en vient en
quantité , de nuit fur tout , ne
Kk iij
390 MERCURE
cherchant qu'à fe fauver d'un
endroit fi perilleux Il est tombé
une de leurs bombes tout prés de
l'Eglife des Jefuites , qui est ma .
gnifique.
I faut que le feu dont les
ennemis font accablez , foit
bien grand , puifqu'il est
inoüi que des foldats qui
font devant une Place qu'ils
bombardent , ſe jettent dans
la Place bombardée pour evi .
ter leur perte. Il eft fi vray
qu'elle eft grande que toute
la Hollande l'avoue. Vous en
demeurerez d'accord en li
fant l'extrait qui luir , il eft
GALANT 391
tiré d'une Lettte écrite de
Hollande.
Les avis de l'Armée de l'Eq
tat , fous Mr. dOvverkque ,
nous apprennent que le bombar
dement de Namur doit avoir efté
fait de la Montagne de Ste Barbe
dont les François ont raféle
Fort. Cette expedition fuivant
les avis de la Haye d'aujour
dhuy , est contre le fentiment
de Mod Ovverkerque , lequel
mande aux Eftats qu'il avoit req
prefenté àtous les Generaux del'armée
qu'il auroit mieux valufaire
quelqu'autre entrepriſe ; & l'on
ajoûte de la Haye que tout le
Kk iiij
392 MERCURE
monde , depuis le plus grand juſqu'au
plus perit , crie contre ces
bombardemens , difant que ce n'eft
pas là le moyen de faire la paix ,
il y en a même qui efperens que
quoy que tout fust preft pour ce
charivari infernal , il n'auroit
point de lieu , pourvû que les babitans
vouluent faire quelque.
propofition pour s'en racheter.
Voicy ce que porte l'Exà
trait d'un autre Lettre , écrite
du 27. du Campde Vvaſeige.
Les ennemis font depuis cinq
jours aux environs de Namur ,
GALANT 393
pour
r bombarder cette Place , ils
ont dreffé des batteries au- de là
de la Meufe , fur la hauteur de
Sainte Barbe, proche de l'Hermi
tage ; mais la Garnifon les a
beaucoup inquiete y ayant 150.
pieces de canon dans la Place , ce
qui les a obligez de s'enterrer &
defe cacher . On leur a tué beau.
coup de monde les deux premiers
jours. On apprit avant hier par
un deferteur qu'ils avoient perdu
plus de 150. hommes pendant la
nuit fans les bleffez. İls commend
cerent hier far les cing heures de
malin à faire jouer une baterie
deſept mortiers & une autre de
394 MERCURE
12, canons , mais comme celle cy
eftoit moins enterrée , elle fut des
moniée par le canon de la Ville
de forte qu'ils n'ont pas tiré depuis
un feul coup de canon , mais
Seulement des bombes & des
pots
àfeu qui tombent la plûparı dans
la Meufe: il n'y a eu qu'une
maifon brûlée 3 ou 4 endom.
magées dans la ruë Nôtre Dame,
Voicy un Extrait d'une
Lettre de Namur même &
de la méme datte.
Les ennemis commencerent bier
ànous bombarder & à nous ca.
GALANT 395
nonner à boulets rouges , ce qu'ils
continuent de faire , nous n'avons
encore que s . maifons brû .
lées & quelques - unes d'en .
dommagées. Noire "artillerie les
incommode fort : les deferieurs
qui vinrent hier au foir aßurent
qu'ils ont déja perdu plus de 350 .
hommes par le canon , & que
les Officiers commandez pour con .
duire les travailleurs n'y veulens
point refter.
Les ennemis n'ont pas feulement
perdu par le feu du
canon de Namur & par la
deſertion d'un tres- grand
nombre de Soldats , mais les
396 MERCURE
lieux par où ilsont eftezobli :
gez de paffer eftoient d'un
fi difficile accés , & les chemins
remplis de creux , de
hauteurs difficiles &de bruye.
res , eſtoient ſi mêchants que
cette marche a beaucoup ruiné
de leurs Troupes ; de ma
niere que ce bombardement
fait contre l'avis des plus fenfez
de Hollande , leur coute
beaucoup de temps , d'hom
mes & d'argent , ayant jetté
plus de 3000. bombes , fans
qu'elles ayent fait d'autres ef
fets que ceux que vous ve
nez de lire.
GALANT 397
Le mot de l'Enigme du
mois paffé eftoit le Mafque.
Ceux qui l'ont trouvé , font,
Meffieurs de Vaux , Avocat
au Parlement de Bretagnes
Barder & fon amy du Plef
fis , Maître Chirurgien au
Mans ; Guilbert de la Croix
Garde au Bureau de St Victor
; Mr & Mlle de P. & leur
bon Voifin P. G. de la rue
Beaubourg ; Tamiriſte & ſa
Fille Angelique ; l'heureux
Amant de la belle Montade ;
Je credule Sallornet & fon
amy l'Effeminé de la rue des
Noyers ; l'Infortuné de la rue
398 MERCURE
du Plâtre , prés celle fainte
Avoye ; le beau Portail de
Mr Cartaud ; le petit Baffet
ou le bon amy du Controlleur
des Porcherons ; l'Eſca
dron d'ennemi coëffez ; du
Brun de la ruë St. Severin ;
les trois Precieufes & Mr Mou
zard de Grimaudin de la mê .
me rue , & la charmante Eroile
qui a brillé pendant 3.
jours à la naiffance de Mon.
feigneur le Duc de Bretagne ;
Madame la Vicomteffe de
Livron ; Mad de la Puyade ;
Mad la Baronne de Blais ;
Mad de Segur : Mlle du moulGALANT
399
18
tier la fille de la rue de l'écharpe
, Olimpe la blanche
de la Barriere des Invalider
& fon aimable foeur la Pa
rure
d'Emeraudes de la rue
de Richelieu , la Fée gracieus
fes de la rue du Coq ; la pes
tite Manon Blanchette , la
Maraine de la nouvelle Mariée
qui a l'efprit toûjours égal ;
Mr Fanchon ; Mad la Prefidente
de l'Election de Chaumont
, & Magný la belle
compagnie du Coboreau
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
400 MERCURE
ENIGM E.
Sans ailes , fans pieds & fans
2
yeax ,
Je vais , je viens , je roule , ilfem-
Semble queje vole ,
Et que je vois bien clair , allant
droit en cent lieux ;
"Souvent je fais plaifir , quelque
fois je defole ,
Mes plus grands coups pourtant ne
font qu'en terre molle,
Carfi l'on me refifte à la longue ,
unpeufort,
"Me relachant alors fouvent de mon
audace ,
Sans perte de mes Gens , je defile ,
& je paſſe,
Ma plus grande vigueur , n'eftant
que dans l'abord,
Jefuis aveuglément
, les loix d'une
Princeffe
GALANT 401 :
Qui tout comme il luyplaift , m'éleve
ou me rabaiße ;
Ainfi l'on me voit
tour & petit , ,
grand , tour à
Dans ce premier eftat , rompantfou
vent mon lit
Coucheur de dangereuse espece ,
Et plus bruyant Ronfleur , plus je
je fuis eveillé ;
A me comprendre auffi , toute raifon
s'eclipfe ,
Carje fuis un Apocalipfe
Qu'ilcoute cher d'avoirfouillé.
Je devrois reprendre icy
le Journal du Siege de Ver.
ceil , & vous marquer ceux
qui ont monté & defcendu
la tranchée chaque jour ; mais
Fuilles 1704
LI
402 MERCURE
comme les Affiegez n'ont
point fait de forties , qu'il n'y
a prefque point eu de coups
de main , & que l'on a cmporté
la Ville par mines &
par fappes ; je me contenterai
de vous marquer ce qui s'eft
paffé dans les jours où il s'eft
fait quelque chofe de cong
fiderable , & de vous donner
un détail tres curieux de ce
qui s'eft paflé pendant tout
le temps que l'on a efté en
pourparler pour convenir de
la Capitulation .
Je commence fuivant l'ora
dre que je viens de me pref
GALANT 403
crire. Il deferta la nuit du 30 .
un Sergen & dix Soldats qui
rapporterent , que Mr des
Hayes , Gouverneur de la
Place , eftoit preparé à voir
attaquer cette nuit le chemin
couvert ; qu'il s'étoit retran ;
ché derriere le Baftion de
Saint Clair , & qu'il avoit
fait tranfporter à la Porte de
Milan des Pots à tefte , des
Cuiraffes , & nombre de
Grenades pour foûtenir l'af
faut.
I
to On apprit par une Lettre
de Monfieur le Duc de Ven
dofme écrite du premier Juil
Lij
404 MERCURE
let que ce même jour on avoit
embraffé l'angle de la contrefcar
carpe ; que l'on avoit élevé des
batteries de quarante canons ,
de vingt mortiers fur le glacis ,
qui avoient impofé filence anx
batteries des Affiegez ; qu'on ne
ceffoit point de battre la contref
carpe en brêche , qu'on avoit dé
couvert deux fourneaux ; qu'au
depart au Courier on en avoit
découvert un troifiéme , & qu'il
y en avoit un quatréime qu'on
cherchoit.
Quelques jours après on
marcha aux trois angles que
l'on attaquoit ; mais comme
GALANT 405
on apprit que les ennemis y
avoient chargé des mines ,
Monfieur de Vendofme ne
voulut pas qu'on s'y logeaft
avant qu'on les eût éventées .
On en découvrit une , & on
en chargea une deffous qui
fit fauter les deux mines des
ennemis , on ſe logea dans le
trou que la mine avoit fait ,
& on s'établit fur la paliffade
de l'angle du bastion de la
droite : l'on en chaffa d'abord
les ennemis par un grand feu
de Grenades , mais y eftant
revenus par dedans le che
min couvert , ils incommog
406 MERCURE
derent fort nos travailleurs ,
ce qui obligea de faire fortit
à droite & à gauche , deux
Compagnies de Grenadiers
des Regimens de Vendofme
& de Beaujolois , qui ayant
pris le deffus de la palifade
, chafferent les ennemis à
coups de fufil.
Mrs de Chemerault & de
Chartogne fe logerent le 6 .
fur les 2 angles flanquez , &
en chafferent les ennemis ,
de maniere qu'on demeura
maître du chemin couvert ,
que les ennemis abandon,
nerent. Ils fe retirerent der
GALANT 407
riere leurs traverfes. On trou
Mr des Hayes auroit
pû faire plus de chicanes qu'il
n'avoit fait.
va que
-
Le 9 on dreffa une battes
rie de 13 pieces de canon fur
le chemin couvert , où les
ennemis firent grand feu ;
fans nous bleffer que trois
Soldats . On faigna le foffé
du Baſtion de la droite , la
nuit du 10. au 11. n'y ayant
point d'eau dans celuy de la
gauche.
Les Mineurs pafferent la
nuit du II. au 12. fous le foffé
de la demi lune où ils fe los
408 MERCURE
gerent , & où ils travaillerent
faire leur mine. Mrde Meneftrel
Colonel
de Beaujolois
& beaufrere
de Mr
de Bezons , fut tué le 12.
d'un coup de moufquet.
Nous ouvrimes
trois galeries
qui entrerent dans le
foffé , afin d'emporter
plus
aifément la demi lune.
Ce qui fuit vous fera connoitre
ce qui s'eft paffé à la
prife de la demi - lune.
EXTRAIT
GALANT
409
EXTRAIT
D'une Lettre écrite du Camp
de Verceil le 16 Juillet.
€
MR le Comtede Chemerauts
L's
s'eft rendu maître de la
demi lune , l'épée à la main cette
nait , l'ony avoit attaché le Mia
zeurcingfois ; mais la quantité de
feux d'Artifice que les ennemis jetroient,
l'avoient obligé de l'abandonner
. Ainfi , quoy qu'ilny cût
n
qu'ane brèche à monter 10 hommes
defront ,MrdeChemeraal fede.
termina à la forcer. Les ennemis
ont estéſi estonnez , qu'ils n'ont
Juillet
17.04.
Mm
410 MERCURE
・fongé qu'à fe fauver fansfe don
ner le temps de mestre lefeu à
leur mine ; l'on s'y eft logé tres
bien , malgré le feu extraordinai
re de bombes , de moufqueterie
,
de canon à cartouche qu'ils
ont fait, & les pierres qu'ils ont
jettées pendant un temps fort confiderable.
L'Ecuyer de Mr de
Chemerault aefté blessé à la jambe
, mais ce ne fera rien ; il fe
nomme Mr de Belleroche , il eft
chez moy : pour Mr de Chemeraule
il fe porte parfaitement
bien. Nous avons perdu peu de
monde , mais Mr le Comte Def.
marais Colonel du Regiment de
EM
GALANT 411
la Fere y a efté bleffé à mort.
Voila Mr l'expedition de cette
nuit , cela nous met en estat d'ê.
tre dans peu maîtres de la Ville;
car jene puis croire que ces genslà
fouffrent l'affaut , il y aura
demain deux nouvelles batteries,
qui verront le pied des Baftions ,
& les brèches feront belles dans
quatre jours jamais Ville n'a
fait plus de feu , nous n'avons
pas cependant plus de 800, bommes
tuez ou bleffez.
Ce que vous allez lire ren..
ferme encore un plus grand
détail.
Mm ij
412 MERCURE
La nuit du 15. au 16. la
tranchée fat relevée par Mrs
de Chemerault , de Chartogne
& d'Eftorce , avec le Bataillon
de Lombardie , les
trois de Piémont, ceux de la
Saare & de Berwick . Mr de
Chemerault ordonna à Mr
de Moranval à onze heures
du foir , de monter à la demi
lune avec trente Grenac
diers par la bréche , qui étoit
fuffisamment grande , pour
que douze hommes puffent
y paffer de front , ce qu'il
executa , en faifant marcher
devant luy un Sergent , &
GALANT
413
cinq Grenadiers ile entra
;
dans la demi lune , en crianc
tuë , tuë , & faisant tirer quel
ques coups de fufil fur quinze
ou vingt foldats des ennemis
quila gardoient , lefquels prirent
auffi tôt la fuite. Mr de
Moranval les pourſuivit juf
qu'au pont de la gorge de la
demi lune , qu'il fit lever en
même temps , ce qui affura
noftre logement , on travailla
enfuite àdeux autres , l'un fur
l'angle faillant en forme de
nid de Pie , & l'autre fur la
gauche où l'on s'établit fort
bien. On fit une communi-
Mm iij
414 MERCURE
cation dans le foffé de la demi
lune à la contrefcarpe."
On travailla à élever une bat
terie fur la Place d'armes du
chemin couvert pour battre
én brèche la Courtine. Les
Afliegez battirent au point
du jour à coups de canon le
pont de la demi lune , & fi.
rent un tres - grand feu toute
la nuit , qui tua ou bleſſa environ
60. hommes.
“ La nuit du 16 au 17 la trang
chée fut relevée par Mrs de
Langallerie d'Aubeterre &
Caraccioli , avec le Bataillon
♡
de Caraccioli , les trois de
GALANT 415
Normandie , & ceux de Souches
& de Croy . On acheva
la batterie pour battre en
breche la Courtine , & elle
commença à tirer à huit
heures du matin . On poſa
80. Gabions dans le fonè
pour faire un boyau , & pour
à la face dela com
per
droite du Baſtion gauche ;
mais les Affiegez firent un fi
grand feu fur les travailleurs,
qu'ils furent obligez de fo
retirer . On eleva , & on
fectionna nos logement dans
la demi lune . Nous eumes
25. hommes tuez , & 99. bleſf
M m iiij
?
416 MERCURE
fez Mr. Carré , Capitaine
dans Groy , un Lieutenant ,
& deux Soullieutenans de
Normandic furent tuez. Mrs
de Marignac , Capitaine de
Grenadiers & de Faufficourt,
Aide. major du Regiment de
Normandie furent bleffez
legerement. Mr Menu Brigadier
des Ingenieurs cûr la
jambe caffée , & Mr. d'Igati
Ingenieur fur bleffé legere
ment sagudo 3241
Mrs de Bouligneux , d'Arennes
& d'Orgemont releverent
la tranchée la nuit du
17, au 18, avec le Bataillon de
( in M
GALANT 417
"..
Davezane les trois de la Marine
, & ceux de la Saare &
de l'Ile de France . On embraffa
tout le dedans de la
demi - lune , & on y fit de
bons épaulemens . Nous cumes
fix hommes tuez , &
quinze bleffez. On ne fe
fervit pendant cette nuit que
de l'Artillerie , & on receur
une Lettre écrite de la Ville
qui marquoit , qu'on devoit
s'attacher à faire breche à la
Courtine , & à diriger l'atta
que de ce côté- là. . . །
Vous ne douterez point
de la verité de ce qui fuit,
418 MERCURE
puifque celuy qui écrit a eu
part à tout ce qu'il mande ;
je ne change rien à ſa Lettre
pour ne pas alterer la
verité. Il ne croyoit pas qu'el
le deviendroit
fi publique ,
mais elle est tres. curieufe , &
fait trop bien voir tout ce
qui s'eft paffe lors que l'on
a capitule , pour ne vous être
pas envoyée.
5. AVerceille 23. Juiller.
Vous avez deja appris par
l'arrivée de Mr le Prince d' El
beufla prife Verceil & lá cá,
GALANT 419
pour
que
3
pitulation , qui est tout ce qu'il
peut y avoir au monde de plus
glorieux de plus avantageux
les Armes du Roy. Rien
ne nous paroiffoit plus éloigné
de voir une Garniſon compofée
de 13. Bataillons de goo.
chevaux fe rendre la corde au col,
& même quand les Affiegez
battirent la chamade , nous ne
nous y attendions gueres eftant
embaraffez comment nous pour-
Tions attacher le Mineur : j'eftois
de tranchée avec Mr de Colme.
nero qui eftoit le Lieutenant Ge
neral dejour, nous estions prefts
à nous mettre à table pour déjen£
420 MERCURE
\ner , quand nous entendîmes bat.
tre la chamade & les ennemis
demander enfuite à parler au
Lieutenant General, Nous nous
approchâmes de la Breche , fur
laquelle eftoit Mr de Prala qui
commandoit dans la Ville au de .
faut de Mr Deshayes ; Il nous
die d'envoyer deux oftages &
qu'il en alluit faire paffer deux
de fa Garniſon, Ce fut Mr de
Guerchy , Brigadier & Mr de
Louvigny , Colonel Eſpagnol
qui y allerem de noire part : Ils
nous envoyerent Mr le Comte
d'Harrach, Colonel Allemand
le Major de la Place. MrJe
GALANT 421.
Duc de Vendofme que l'on avoit
envoyé avertir , fe rendit dans,
le moment à la tranchée ; ces
Meffieurs luy prefenterent leur
memoire qui commençoit par des
mander que la Garnifon fortif
par la brêche , tambour battant,
mêche allumée & Drapeaux deployez,
en un mot tous les hon.
neurs que l'on a coutume d'ac
corderpar capitulation , Son Al.
teffe ne répondit autre chofefinon
qu'il n'eftoit pas befoin de
continuer , puifqu'il ne pou
voit entendre à ce premier
article eftant refolu de ne les
recevoir que Prifonniers de
422 MERCURE
de
que
l'on
faße
guerre. Je n'ay jamais vû des
gens fiétonnés , & ceux qui
estoient prefens à la réponſe de
Son Alieffe furent tres · furpris
n'eftantpas naturel
6. ou 7000 hommes prifonniers
guerre dans une bonne Place ;
ces Mrs le reprefenterent
de leur
mieux, ilnepûrent avoir d'autre
reponfe de Monfieur le Duc de
Vendôme
, finon qu'il nous y
feroit pluftoft
tous perir &
luy auffi que de ſe départit
de fa refolution . L'un des deux
oftages s'en retourna¸ & Son Alseffe
alla atendre la reponse dans
L'Abbaye où nous avions ouvert
GALANT 423
la Tranchée; je l'y fuivis avec
Mr Dégrigny la propofition de
Son Alteffe parut fi facheuse à
la Garnifon que l'on demeura
plus de 5 heures fans faire re- so
ponfe , ce qui obligea Monfieur
de Vendofme de leur envoyer dire
qu'il commençoit à s'impatienter.
Le Major de la Place revins
avec les articles , reprefenta
encore que cette capitulation ne
convenoit point à des gens qui
s'eftoient deffendu avec bonneur,
& qui avoient fait leur poffible
pour meriter l'estime de Son Aleffe;
ce Prince luy repondit avec
beaucoup d'honnefteté, mais tou
424 MERCURE
jours avec une egale fermeté,
cela le determina à luy dire qu'il
n'avoit qu'à figner ce qu'il vouloit
accorder à la Garnifon &
que Mr Dehayes figneroit a
pres. Son Alteffe nous nomme
pour aller avec eux faire figner
MrDeshayes , fçavoir Mr Def.
grigny Intendant , Mr Duchy
Secretaire de fes Commandemens
& moy, & me dit d'y
coucher, l'on nous conduifit au
Château on Mr Deshayes eftoit
malade , mais nous trouvâmes
tout le monde au defefpoir, tant
Allemans que Piémontois , &
Mr Deshayes.neparlans d'autre
GALANT 425
d'autre , Mr
chose que de fe faire porter fur
ta brê be dy perer avec
coure la Garnifon Les contefta.
tions durerent jufqu'à 10 heures
• du foir que nousfortimes fort en
~colere , les oftages eftoient encore
refte de part
de Prala fe determina cependant
a venir avec nous trouver San
Alieffe pour vêcher de ladoucir
3r d'avoir un party plus favo ·
rable mass il connut par le dif-
{ cours de Son Atreffe qu'il n'y a-
• voit rien à esperer . Mr · le Prin
De Pro Colonel de Lombardie ,
I retourna avec Mr de Masignaging,
bun des Secretaires de
Juillet 1704 Na
426 MERCURE
heis-
Son Alteffe. Monfieur de Ven
dofme n'ayant donné que 2.
2. het.
res pour avoir reponſe , & com :
4 me perſonne ne venoit au bout
de 2. heures , Son Alteſſe me dis
Ide monter à cheval d aller
dire à Mr le Prince Pio de re.
venir , de dire à Mr Def
&
"hayes qu'il n'eftoit pas accou
tumé à attendre fi long tems.
Fallay faire mon compliment à
ces Meffieurs que je trouvay ires
inquiets comme ceux qui
estoient chargez de faire figner
Mr Deshayes , vouloient fere.
sirer , ils me divent d'aller affurer
Son Alieffe, qu'on allois
&
GALANT 427
paffer par où Elle fouhaittoir ,
demie heure aprés on aporta
la capitulation fignée . Les arti
cles estoient que la Garnison
fortiroit par la brêche , & qu'elle
feroit defarmée dans le chemin
couvert , pour eftre conduite ou
il plairoit à Șon Ali-ße , qu'on
auroit foin de leurs malades
bleffez qu'on ne difarmeroit .
point les Offi iers & qu its feroine
dans les Places du Milanésfur
kur palote.ng ano pas
On demonta bier leur Cat
valene , il y avoit environ 400.
Chevaux affez bons que l'on ◄
diftribuez à noftre Cavalerie La
Na ÿj
428 MERCURE
Garniſon fortira demain , 6. Bag
taillons iront à Allexandrie 4
à Milan avec la Cavalerie de
môniée des Mineurs , les Camonniers
& Bonbardiers à Valence
, à Saravalle à Tor
&
tonnes; Koila la diſtribution"
de leurs Quartiers 2 on ne s'y alg
sendoit point & je leur enpartag
bier l'ordre, Je crois que l'on eft
content à Paris de cette expedi
gión rien n'a jamais efté plusglorieux
fur tout pour S, A. on
ne's'yattendoir point on croyoit
d'abord qu'elle n'avoir dit qu'elle
wouloir fairela Garnifanprifany
miere de guerre que pour l'inimis
der.
GALANT 429
Ona fçeu depuis que cette
Capitulation á efté arrestée ,
qu'il y avoir eu un demellé
entre Mr des Hayes yo &
Mr le Marquis de Prala ; &
que Mr des Hayes avoir vou
Juengager ce Marquis à f .
gner la Capitulation pour
Jux , à cause qu'il eftoit mar´
lade , & par là il le vouloic
charger de l'indignation de
Monfieur le Duc de Savoyd,
qui Telon coutes les apparences
ne devoit pas approuver
cette capitulation . On alſçû
aufli que Me de Prala avoit
répondu , que, Monfieur de Sag
430 MERCURE
woye luy avoit confié la deffenfe
de la Place , qu'illag avou ·ven·
du compte de l'eftar où elle fe
Trouvoit , & auquel estoient tou
ves chofes , & qu'ainſi c'étoit à
luy à figner , ou à ne pas figner,
& à ordonnerce qu'il vouloit que
Lon fift ce quiavoir fait pren
dre à Mrades Hayes le pari
de figner. On dit qu'il eft for
i de la Place 3600 hommes
fous les armes, noiteti
-0.1900 malades ou bleffez
VET 230. Officiers.
2.)
Il y avoit dans la Place,
21025 0.4milliers de poudre.
+421910 Riccés de canon.
GALANT 431
6 mortiers
.
9 Pierriers
.
2300.
mouſquets
.
& 26. Drapeaux , dent dix
font aux Armes de l'Empe
reur.
Cette conquefte n'a pas
coûté neuf cens hommes ,
tant tuez que bleſſez.my.b
Voicy les noms des Bad
taillons faits priſonniers de
guerre. 5 auf stavi oik
Premier & fecond Bataila
lon du Regiment des Gar,
des.
Deux de Savoye nich
Deux d'Efte
432 MERCURE
Un de S. Damien .
Un de Trivier.
Un de de Nice .
* Un de Fritte.
Un de la Reine d'Angle.
terre.
2ng Un de Berne , 9 : 0
E deux d'Hatrách , cy;
devant Solari,
e
3
LiLes troupes Allemandes
qui fant dans l'Armée de
Monfieur le Duc de. Savoye
•hiont pas reçu un folde l'Em
-pereur depuis qu'ellés font
marché pour joindre celles
de ce Prince. Ce manque de
payement , joint au catere
maiorel
GALANT 433
naturel des Allemands qui
ne peuvent s'empécher dé
piller , eft caufe que le Pié
mont a efté prefquel enties
rement ruiné parces troupes
Allemandes de forte que
Monfieur de Savoye voyant
fes Erais autant & plus rui
nez par fes Alliez que par fes
ennemis s'eft trouvé oblige
de diftribuer aux troupes Ala
demandes les fubfides qui lui
font envoyez par la Reine
d'Angleterre , ce qui ne luy
caule pas peu de chagrin ,
il ne lui refte que 21. Bataillon
de les troupes, dont il a retiré
Juillet 17045
Oo
434 MERCURE
deux de sceux qui étoient à
Veillane, pour les envoyer à
Yvrée , dont il craint le Siége.
Il fe trouve fi foible qu'il
a permis à tous les ſujets , de
payer les contributions.Mon
fieur le Duc de la Feüillade
fait toûjours travailler avec
une extrême diligence aux
Fortifications, de Pignerol &
du Fort de Sainte Brigitte ,
& de fon Camp de Saint
Pierre . Il defale toutes les
troupes ennemies qui paroif
fent dans le païs , & a déja
donné deux ou trois fois la
chaffe à Mr de Martigny Co
*
1.
2
GALANT 435
Monel Allemand.
On dit que les Allemans
qui s'en retournoient par le
Trentin , ayant rencontré un
corps de 1500. hommes qui
venoit à leur fecours , ont
fait mine de retourner fur
leurs pas , on en a averri Mon
fieur le Grand Prieur , qui
n'a pas lajflé d'envoyer à
Monfieur de Vendoſme cinq
Bataillons , & fept Efcadrons ,
en difant ; qu'il luy reftoic
encore affés de troupes pour
W
encobattre , ou pour
emles
pêcher l'effet de leur deffein ?
La fituation où le trouvent
O o ij
436 MERCUR E
les Allemans en Italie eft fi
mauvaile , qu'on ne doit pas
s'étonner s'ils font dans une
incertitude fi continuelle de
de ce qu'ils doivent faire , &
s'il eft fi difficile d'en parler
fûrement.
Je ne puis m'empêcher de
vous parler encore du bombardement
de Namur. Je
viens de voir une Lettre de
Hollande même , qui porté,
qu'on avoit bombardé Namur
avec bien moins de dommage pour
les Habitans que pour les Bom.
bardeurs qui ont effé eux mêmes
bombardez , & cruellement afGALANT
437
7
·Jommez par les Bombes de la
Ville que le Colonel qui commandoit
le Regiment de Ploën
avoit esté tué , le Major , & un
Capitaine de ce Regiment bleffez
à mort , trois Capitaines aux
Gardes , & deux Lieutenans
tuez avec beaucoup de Soldats.
D'autres lettres portent , que.
les ennemis avoientjestédans Nas
mur affès de bombes, de bouletsrou
geser de pots àfeux pour embrazer
vings Villes , mas qu'ils avoient
pris fi mal leurs mefures , qu'ils.
n'avoient brulé que quelques foins
&endommagé une douzaine de
maisons ; & que comme ils
O oiij
438 MERCURE
"
avoient fait ce bombardement
deconvert , ils avoient perdu
beaucoup de monde par le grand
feu que l'on avoit fait fur eux .
Ces Lettres ajoûtent , qu'ils
difent euxmêmes , qu'ils ont
perdu 2000 hommes , une feule
bombe leur ayant tué huit Offi..
ciers de confideration qui man •
geoient enfemble , ce qui avoit
faic dire , que les Hollandois
eftoient venus pour bombarder les
François , mais que les François
les avoient bombardez.
Les ennemis s'étant retirez
la nuit du 28. au 29. , & avec
GALANT 439
precipitation ont laiſſé beaucoup
de mortiers , de bom
bes , de boulers , & un grand
nombre d'outils , que les Habicans
de la Ville ont efté
prendre , ten donnant des
marques d'une grande joye.
ce bombardement
n'a pas
feulement caufé aux enne
mis une perte confiderable
d'hommes & d'argent , mais
il a mis une fi grande divifion
entre les principaux Of
ficiers , que les Etats ne peu
yent manquer d'en fouffrir.
2 Hparoît conftant que la flo .
ce ennemie eft dans la Medi ,
O o iiij
440 MERCURE
terranée. Elle eft de 61. Vaif.
feaux , dont il y a 8. Vaif
feaux de ligne.
Voicy l'Etat au vray de la
Flotte,commandée par Monfieur
le Comte de Toulouſe.
.cOfficiers generaux & Cag
pitaines ,
Vailleaux ,
Canons , 20
SI
3568
Equipages ,
215724233
Y
Capitaines commandans les
Fregattes,
8
Fregattes ;
8 4
Ganons , as 7178
-Equipages ,
Capitaines de Brulots , 9
GALANT 44?
Brulots ,
Canons ,
Equipages ;
9
70
410
Quatre cent Chevaux des
ennemis
ayant paffé eng
tre Sambre & Meuſe , Mr
le Marquis
de Bedmar qui
prend de fi juftes mefures ,
qu'il eft toûjours
averti de
leurs mouvemens
, fit pof
le Regiment
de Rouffillon
dans une embuscade
, où nos
Dragons
les ayant adroite
ment attirez , ces 400. hom .
mes furent tuez , noyez dans
la Meule ou faits prifonniers
,
442 MERCURE
On affure qu'il ne s'en fauva
pas un feul.
Mr de Vaubecourt a efté
nommé Gouverneur de Verceil
.
Mr Duvivier , Lieutenant
Colonel du Regiment de
Teffé , Lieutenant de Roy.
Et Mr Arnaut , Capitaine
ac Canonniers Major.
Le bombardement
de Namur
coute 2500, hommes aux
ennemis
.
Mr de Monafterola
mené
A Munick to Bataillons
François
avec 800. chevaux , ily
GALANT 443-
avoit déja une Garnifon affés
forte dans cette Place .
Mr le Maréchal de Tallard,
qui étoit le 29 à deux lieuës
d'Ulm , doit avoit joint le 25
S.A.E. de Baviere .
Je ne dois pas finir ma
Lertre , fans vous dire que
Monſeigneur le Duc de Bre
tagne continue à le bien por
ter , & que ſelen toutes les
apparences il n'y a point aujourd'huy
fur la terre d'en
fant de fon âge qui foit auffi
grand , & qui ait autant del
vigueur . Ce Prince reçut let
Scapulaire de Nôtre . Dame
444 MERCURE
du Mont- Carmel le 10. de cè
mois des mains du R.P. De
nys du Fau Docteur de Sorbonne
, Religieux Carme du
grand Convent de Paris , diftingué
par la doctrine & par
fa pieté.
J'ay dit dans ma Lettre
du mois de May dernier en
parlant de l'action qui fe
parfait du même mois ,
dans laquelle Mr de Vaubonne
fut pris , que Mr de
la Bretonniere s'eftoit d'a ~
bord trouvé obligé de replier
fur Mr de Lautrec avec
400. Chevaux qu'il comman,
፡
GALANT
445
doir , que Mr de Lautrec les
avoit foutenus avec fix Efcadrons
& leur avoit donné le
temps de fe rallier & de recharger
enfuite. Je fuis obligé
de dire pour rendre juftice
à Mr de la Bretonniere que
la Relation dont j'ay tiré cet
article n'eft pas fidelle , &
qu'il n'eſt pas yray quê Mr
de la Bretonniere ayt replié
fur Mr. de Lautrec. Monfieur
de Vendofme en a rendu témoignage
luy même en êcrivant
à Mr de la Bretonniere
dans les termes fui .
vans , tout le monde a víLice
446 MERCURE
que vous avez fait & j'en ay
esté moy même le témoin. Vous
eftes an deffus de ces mauvais
bruits que vous avezſi peù meriteze
qui font fi contraires
à la verité. Aprés avoir rendu
juſtice à Mr de la Bretonniere
; je dois ajoûter icy que
celuy qui a écrit la Relation
a pû eftre perfuadé qu'il ne
difoit rien qui puſt bleſſer la
gloire de Mr de la Breton
-niere , il n'eft point honteux
à un Officier qui commande
un Corps de replier prudema
ment , lorfqu'il le voir pouffé
par un plus gros . Corps , &
か
GALANT 447
fur tour lors qu'après avoir
rallié , il retourne à la charge,
défait les ennemis & prend
le Commandant ; c'est ce
qu'ona prétendu qu'avoit fair
Mr de la Bretonniere , qui
aprés s'eftre rallié avoit rechargé
& pris Mr. de Vau.
bonne. Beaucoup d'Officiers
feroient ravis , fi on en pous
voit dire autant à leur gloire,
Je fuis , Madame , & c .
A Paris le 31 Juilles 1704.
A VISA
Quoique le Volume qui
Prefert de feconde partie à ce248
MERCURE
lui - cy , contienne environ
3oo. Relations des Réjoüifa
fances qui fe font faites à
Paris , & dans plufieurs Villes
du Royaume , il s'en faut
neantmoins beaucoup qu'il
nerenferme toutes celles qui
fe font faites en France ,
de maniere qu'on fera
obligé de parler encore d'un
grand nombre le mois prochain.
Il fe trouve beaucoup
de cesfaits où lagalanterie eft
jointe à la magnificence , &
la charité à la joye , & l'on doit
demeurer d'accord que pour
Finvention , les deviles , & le
GALANT
449
Spectacle même , plufieurs
Villes du Royaume ne le ce
dent point à Paris , & que des
Particuliers ont donné dans
ces Villes des Feftes qui pour
roient eftre avoüées par les
perfonnes les plus magnifi.
ques , & du meilleur gouft,
7 ''
Juillet 1704
Pp
TABLE.
P
Q.de
Relude
7
Exercice fingulier fait an College de
*Louis le Grand 16.
Tragedie reprefentée au College de Louis
Le Grand, avec plufieurs complimens
en vers ,faits à S. M. B.
Problémes de Gnomonique
Premier article de morts
35
54
73
Galanterie d'une maniere toute nouvelle
85
Lettres de Commandant dans la Province
de Languedoc en faveur de Mr le
Maréchal de Villars , prefentées au
Parlement de Toulouſe
Second article de morts
97
IOO
113
Traductions de plufieurs Lettres touchant
la confpiration de Catalogne
Suite très-curieuſe d'un fournal qui regarde
l'Envoyé de Tripoli
Troifiéme article de morts
134
178
Complimentfait au Roypar Mr le Mar
TABLE.
quis d'Alfiano au nom de S. M. S.
Monfieur le Duc de Mantone 185
Depart pour Madrid de Mr le Marquis
de Monteleon Envoyé d'Espagne an
prés de Monfieur le Duc de Mantque
188
Mrle Duc de Noailles regale Meffei-
- gneurs les Princes à Saint Germain en
7 190
196
Laye
Copie d'une Lettre écrite à S. E. Mr
l'Ambassadeur de France à Conftantinople
par Mr le Conful & la nation
Françoife à Salonique
Difcours prononcé per M. l'Abbéd Ara
mon à l'ouverture des Sorboniques 217
Agrément de la Charge de Chevalier
d'honneur de Madame , donné à Mr
Marquis de Souliers. 220
le
Nouvelle defcription des peintures de la
galerie de Luxembourg 222
Mr.Poërfon eft nommé Directeur de l'Academie
de peinture & de fculpture
que le Roy entretient à Rome 223
Carte nouvelle de Mr de Fer intitulée
Pp ij
TABLE
Ta glorieuse Campagne de Philippes Vi
aux environs du Tage , dans les Pro
vinces de Beira , Eſtramaduras éga
& Alentejo
S
271
idem
Anglois repouffez par les Espagnols de
Elpueblo de Alpalache , à la cofte de la
Iidem Floride
Relation de l'avantage remporté par les
armes de S. M. C. contre les Anglois à
Barcelone , traduite de l'Espagnol
228
Publication du Sonnet qui a remporte le
prix des Lanterniftes cette année
1704.
Nouvelles du Commerce
238
250
Suite du Iournal du Siege de Verceil,
258
Suite des nouvelles de l'armée des deux
Couronnes en Portugal 275
Orai onfunebrefaite par le P. de la Ruë
Jefuite , dans l'Eglife Cathedrale de
Meaux
Faute reparée
306
308
Dernier article de morts 310
TABLE.
Baptème de Monfieur le Prince de Lor?
raine 314
Repas donné à Meffeigneurs les Princes
par Mrle Marquis de Torcy
Intendances données
317
319
Thefesfoutenuespar Mr le Marquis de
Chamillart
325
Article curieux touchant l'affaire des retranchemens
de Donavvert
Bombardement de Namur
Articlts des Enigmes
Suite du Siege de Verceil
346
387
397
401
Situation de Monfieur le Duc de Savoye
432
Nouvelles de Mr lc Grand Prienr. 435
Suite de l'article du bombardement de
Namur.
Nouvelles des Flettes.
436
439
Défaite de 400. chevaux & de 100. Dra
gons ennemis en Flandres.
441
Officiers nommez pour commander dans
Verceil.
Nouvelles du Danube .
idem.
4443
Nouvelles de Monſeigneur le Duc de
TABLE.
Bretagne
idem
Juftice rendue à Mr de la Bretonniere. id.
Avu.
447
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
Grand Dieu ; &c. doit regard
der la page
99
L'Air qui commence par
F'ay beau prier Philis , &c ,
doit regarder la page
249
Qualité de la reconnaissance optique de caractères