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1704, 06
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Luis м Examens
Our
511202
1704,6
Mercure
<36700080940018
<36700080940018
Bayer. Staatsbibliothek
"
P
T
1
MERCURE
CALANT
DEDIE'A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JUIN , 1704.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Sale da
Palais , au Mercure galant.
Con
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut le difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCC IV.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement dechaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres reiser
rées qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR :
de défigurezneftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encorequ'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvu qu'ils në defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERCYRE
GALANT
JUIN 1704
E crois devoir commencerema
Lettre par un
Article qui vous plaira
fans doute beaucoup , puif
qu'il regarde un Eloge du
Roy , composé par un fçavant
homme , & prononcé
A iij
6 MERCURE
dans une illuftre & nombreu▴
fe Affemblée , où il a reçu de
grands applaudiffemens .
Le 21 du mois dernier M
Lorey , Recteur de l'Univer
fité , prononça avec beau
coup d'éloquence dans les
Ecoles exterieures de Sorbonne
, le Panegyrique du
Roy , fondé par le Corps de
Ville , pour éternifer fon zele
& fon attachement pour S.M.
Il raffembla dans ce Difcours
avec tout l'art d'un parfait
Orateur , les événemens les
plus brillans de la vie de ce
Monarque. Mr Lorey fit reGALANT
7
4
marquer que fi on donnoit
par ordre un détail de toutes
les victoires & de tous les faccés
remportez par les armes
de ce Prince , tous les momens
de fa vie feroient marquez
par quelque avantage
confiderable, Les Guerres de
Hollande , le fecours envoyé
en Candie , la Conquefte du
Palatinat , & enfin la moderation
du Roy , quia toûjours
preferé les douceurs de la
Paix aux fuccés les plus affurez
que les armes luy pro
mettoient , furent mis dans
ce Difcours dans le plus beau
A iiij
8 MERCURE
jour du monde. La protection
que le Roy a , toûjours
accordée aux Princes malheureux
, & la conſtance à la
leur conferver dans les con⚫
jonctures les plus difficiles ,
fournirent un beau champ à
à cet Orateur , il fit voir que
la fucceffion des dix fept
Couronnes tombée à un Fils
de France , eftoit une recompenfe
que le Ciel accorde aux
vertus chrêtiennes du Monarque
qui gouverne la France.
Mr Lorey traita ce fujet particulier
avec beaucoup de delicateffe
, & il fit voir que dans
GALANT
9
le temps même qu'il fembloit
que la France elle même tra
vailloit à arrefter l'execution
de ce grand Decret par le
Traité de Partage , pour épar
gner le fang chreftien , Dieu
s'eftoit hâré d'en procurer
l'accompliffement, pour faire
voir en quelque maniere
qu'il le joue des confeils des
hommes , qu'il tient les Empires
dans les mains , & qu'il
les diftribue à fon gré. Mr
Lorey eft naturellement Ora
teur ; il parle avec beaucoup
de feu , & fon action eſt toûjours
également belle. Mrle
&
TO MERCURE
Cardinal de Noailles honora
l'Affemblée de fa prefence ,
accompagné de la plus gran .
de partie des Evêques qui fe
trouverent alors à Paris . Cet
te Affemblée fut groffie par
beaucoup d'Etrangers , dont
plufieurs eftoient Italiens .
Mr l'Envoyé d'Elpagne qui
eft auprés de Monfieur le
Duc de Mantouë , s'y trouva
auffi .
Les Ouvrages de Mr Flechier
, Evefque de Nilmes ,
n'ayant pas befoin des graces.
de la nouveauté pour paroiGALANT
II
tre bons en tout temps , j'ay
crû vous devoir envoyer le
Difcours fuivant , qui ne
vient que de tomber entre
mes mains.
DISCOURS
Prononcé par Mr l'Evêquè
de Nilmes en beniffant
les Drapeaux du Bataillon
du Regiment de Courten,
Suiffe.
C'Eft un ufage fagement &
faintement eftabli parmi les
Chreftiens , d'apporter aux pieds
des Autels les Drapeaux &les
12 MERCUR
E
Etendarts , pour reconnoistre que
Les Guerres ne peuvent estre
heurenfes fans les fecours du
Dien des Armées , que c'est du
Ciel que viene la fuperiorité de
force de puiffance fur la terre;
que c'est le zele de la Religion
de la Justice qui forment les
veritables courages , & que les
Drapeaux ne peuvent conduire
la gloire fi le Seigneur n'en
voyes àà ceux qui les
marque
les
portent
ou qui les fuivent
, c'eſt
airfi
, que felon
les termes
de
Ecriture
, nous
beniffons
les
Armées nous faniifions les
guerres que les Rois entrepren
GALANT
13
nent pour la deffenfe de leurs
droits , pour la fureté de leurs
Peuples & pour la protection de
l'Eglife C'est ainsi que nous in .
voquons le nom & la vertu du
tres haut , afin qu'ilfantifie par
leur
pro
fa grace , des coeurs que
pre valeur anime , & qu'il im .
prime la crainte de fes Fugemens
dans ceux qui fons deftine à
porter , contre fes ennemis , la
crainte les effets de fes van
gances. Nous voyons tous les
jours avec plaifir éclater vostre
Zele pour l'honneur & l'intereft
de la France, L'inclination pro .
duit en vous les mefmes fenis.
14 MERCURE
mens
que la naiſſance
nous
a
donné
pour
noftre
Patrie
Vous
fervez
le Roy
moins
par confi.
deration
comme
Etrangers
, que
par
affection
, comme
Sujers
.
Tout
ce qui lui reſiſte
vous
of
fence
,& vous
luyfacrifieZ
voſtre
vie avec
la me/me ardeur
que
les François
qui la lui doivent
.
Nous
ne pouvons
aſſez
louer
une
Nation
toujours
amie
de la nô
tre, qui afçû conferver
la liberté
au milieu
des plus
grandes
Puif
fances
du monde
,dominée
par aucune,
recherchée
par toutes, ayant
de quoy
fe foutenir
par ſes propresforces
, & de quoy
mesme
en
GALANT 15
prefter aux autres , faifant defa
bonne foy un point de fa palirique
&joignant à un courage invins
cible une fidelité inviolable. La
Providence vous a appellé icy è
une espece de guerre fatigame,
difficile & en aparance peu glo .
rieufe, mais qui n'en eftpas moins
importante , puifqu'il s'agit d'ar
refter le cours des meurtres
incendies qui coutent à nos Çitoyens
tant de fang & tant de
larmes , de combaire les ennemis
de la Loy de Dieu , & de l'auto,
ritéfouveraine , d'étouffer l He .
refie la Rébellion tout enfema
ble , & de rétablir la Religion
des
16 MERCURE
la Paix dans une des plus
floriffantes Provinces du Royau
me. Recevez ces Drapeaux des
mains de l'Eglife ,faites les fer.
vir à la deffenfe & regardez la
Benediction que nous leur donnons
comme un figne de bonheur
unpréfage de Victoire.
C'eft avec ces Drapeaux
que Mr le Maréchal de Montrevel
a battu les Fanatiques ,
& c'eft la derniere Victoire
que ce Maréchal à remporté
fur eux qui luy a attiré la
Harangue fuivante . Elle a
efté faite par Mr France ,
GALANT 17
Conful de dem Savignacy
Montauban
, MO
Monseigneur
nous aprochons
0
de vostre illuftre Perfonne
avec un profond reſpect & une
entiere confiance. Si le bruit de
voftre Nam & de vos Exploiss,
fila grandeur l'élevation de
vostre dignité font capables de
nous remplir de crainte , tout ce
qu'on publie de voſtre bonté &
de voſtre moderation ↑ dou nous
raffurer Nous ne venons point,
Monfeigneur vousfaisquer d'un
Eloge qui pour eftre juste &
finceres ne vous ferois pas moins
Juin
1704.
B
18 MERCURE
importansgrand par vos Ageuls,
plus grand encore par vousmême
, quelles paroles pourroient
égaler voftre gloire ! Nous vous
voyons pour ainsi dire , toutfumant
du fang rebelle que vous
wene de répandre. La derniere
journée de vostre Commande
ment dans la Province que vous,
quitiez ferafans doute , la dermiere
journée du Fanariſme ; ce
Monftre tant de fois venaiffant
expire enfin ; vous lui aviez por.
sé le coup morrel jufquesdansfes
retraites les plus impénétrables ,
& vous ne laiſſez à voſtreſucceffeur
, que le foin d'en contem
al
GALANI 19
pler les abois . CetteVilloire toute
recente va rétablir chez nos
voifins une tranquillué qui leur
étoit inconnue depuis longtemps
,
& nous affurer un repos qu'on a
soujours fçü nous conferver.
Mais , Monseigneur , voſtre
prefence , plus que tout le reste ,
rend noftre fureté inébranlable.
Que nepouvons nous vous montrer
toute l'étenduë de noftre
Zele ? ne le meſurez point à ce
pompeux appareil qué les Villes
ont coûtume d'employer pour
marquer leur allegreffe . La me
diocrite de nos fortunes ne nous
permet de donner icy qu'un foi ,
Bij
zo MERCURE
ble éclat à nos bommages , &
nous ne devons gueres efperer
que ceux que nous avons l'honneur
de vous rendre aujourd'huy,
puiffent vous eftre agreables , fi
vous ne daignez , Monfeignent,
en chercher le merite &le prix
dans le fond de nos coeurs.
C
Le Roy ayant nommé ,
ainsi que je vous l'ay déja
mandé , à l'Abbaye de Noftre
Dame de la Regle , Ordre de
Saint Benoit , dans la Cité
de Limoges , Madame Marie
d'Aubuffon de Banffon , Religieufe
du même Monaſtere,
GALANT 21
Sa Majesté n'a pas eu moins
d'égard dans ce choix au
merite de cette Dame , & aux
voeux de fa Communauté &
de toute la Province , qu'à
fon nom & à la famille.. Elle
eft foeur de Mr le Comte d'Aubuffon
, Seigneur de Banſſon,
de la Maillerce , de Gebazať ,
de Serviere , & c. qui eft le
Chef de la Branche d'Aubuffon
d'Auvergne , eftant
defcendu en ligne directe
& maſculine de Guillaume
d'Aubuſſon ,premier dụ nom,
Seigneur de Poux & de Ba.
nieux , qui cftoit quatriéme
22 MERCURE
fils de Guillaume d'Aubuf.
fon premier du nom , Seigneur
de la Borne , de Monreil
-au- Vicomte , de la Feüil.
dade , de Pontarion , de Poux ,
&c . qui mourut avant l'an
1317. & qui estoit le Chef de
Ja Branche d'Aubuffon de la
Borne , qui eftoit alors la
feule Branche de la Maifon
des Vicomtes de la Marche ,
Vicomtes d'Aubuffon , & de
laquelle font depuis forties
toutes les autres Branches de
cette illuftre & ancienne
Maiſon : fçavoir la Branche
d'Aubuffon de Banſſon , qui
GALANT 23
prit le furnom de Banffon
l'an 1404. parce que Herard
Seigneur de Banffon en Auvergne
, donna tout fon bien
à Guillaume d'Aubuffon troifiéme
du nom , Seigneur de
Poux & de Banieux , ſon Pas
rent , à condition de porter
lè furnom de Banffon, De la
Branche d'Aubuffon de la
Borne , fortit encore celle
d'Aubuffon du Monteil au
Vicomte , & celle d'Aubuf
fon de la Feüillade , quieftant
devenue la Tige de la Maifon
d'Aubuffon
, poffede le
Vicomté de ce nom . Er de
17167
3
24 MERCURE
la Branche de la Feüillade eft
encor fortie la Branche d'Aubuffon
de Villac en Perigord
dont Mr d'Aubuſſon , Mar ,
quis de Mirmont et le Chef,
& qui s'est encore fous divifée
en plufieurs autres branches
differentes . Toutes ces
differentes Branches d'Au .
buffon font reconnues par le
Teftament de feu Mr le Ma .
réchal Duc de la Feuillade
dans lequel il reg e le droit
& l'ordre de la fucceffion au
Duché de la Feüllade , & au
Vicomté d'Aubuffon . C'eſt
Et que nous apprend le (ça-
!
vant
GALANT 25
vant Mr Dubouchet dans la
Table Genealogique & Hiftorique
des anciens Vicom.
tes de la Marche , Seigneurs
d'Aubufion.
Madame d'Aubuffon de
Banffon ne fut pas plutoft
nommée par le Roy pour
remplir la place de Madame
Elizabeth d'Aubuffon de la
Feüillade , qu'elle penfa à
donner des marques publi
ques &folemnelles de fa veneration
& de la reconnoif
fance pour fon illuftre & vertueule
Parente , qui eftoit de .
cedee le 12 du mois de Mars
Juin 1704.
C
26 MERCURE
dernier ,âgée de quatre- vingt
ans moins deux mois . Sa
mort precieuſe aux yeux de
Dieu couronna fa longue
& fainte vie , & laiffa un ſenfible
regret à tout fon Mo.
naftere , à toute la Ville , & à
toute la Province .
Cette nouvelle Abbeſſe &
route fa Communauté contentes
d'avoir marqué une
fois leur déference aux dernieres
volontez de leur vertucule
Abbeffe ; en confentant
, non fans une extrême
repugnance , qu'elle fuft enrerrée
comme une ſimple Re.
GALANT 27
ligieufe , felon qu'elle l'avoit
ordonné , n'ont pas cru devoir
fe difpenfer de faire le
Service de la Quarantaine ,
avec toute la magnificence
que demandoient la naiffance
, la dignité , & le merite
de cette illuftre Abbeffe , &
les grandes obligations , qu'-
lles luy avoient ; quoi que
cette humble Défunte l'eut
deffendu , & qu'elle euft même
fait écrire avant la mort
à Mr l'Evêque de Limoges ,
pour le prier de ne permera.
tre ny Pompe ny Oraiſon
Funebre le jour de la Qua
Cil
28 MERCURE
rantaine , ce Prelat n'ayant
pas jugé à propos d'avoir
égard aux prieres de cette il
luftre Abbeffe , quelque ref
pect qu'il eut pour la perfonne
, Madame d'Aubuffon de
Banffon & fa Communauté ,
n'oublierent rien de ce qui
pouvoit rendre la Ceremonie
augufte. Elle ſe fic´le 23 .
d'Avril. La decoration de l'Eglife
, qui eft grande & belle ,
l'Illumination & le Maufolée
eftoient magnifiques , Mr
Marlot , Docteur de Sorbon .
ne & Vicaire General de Mr
de Limoges , officia , affifté de
1
GALANT 29
deux Diacres , deux Soudiacres,
de fix Ecclefiaftiques en
Surplis , d'un Maistre de Ceremonies
en Chappe , & d'un
grand nombre d'autres Ecclefiaftiques
en Surplis . Le Pere
Perriere, Jefuite , Predicateur
de grande reputation, & qui a
Preiché avec fuccés dans Paris
& dans les principales
Villes du Royaume
, pronon
ça l'Oraiſon Funebre avec
beaucoup d'éloquence , & il
fut écouté avec applaudiffe .
ment, par une Affemblée tres
nombreuſe
de tous les Corps ,
& des perfonnes les plusdiftin.
C iij
30 MERCURE
guées de la Ville & de la Province.
Ce Pere ne voulant
pas s'éloigner des faints defirs
de cette humble défunte , &
trouvant dans la grande Ab
beffe le caractere
de la parfaite
Religieufe , s'attacha
dans fon Eloge funebre à la
faire voir comme le modele
de tout ce que demande l'état
Religieux , dont Madame
de la Feuillade avoit fait con .
noiftre l'excellence
par la ge .
nerofité de fon choix ; relevé
la fainteté par l'exercice des
plus éminentes vertus &
foûtenu les interefts par l'arGALANT
31
deur de fon zele. Le facrifice
qu'elle avoit fait des avantages
, dont & fa naiflance &
fon merite luy répondoient :
l'entier oubli du monde , &
fon intime union avec Dieu ;
enfin les importans fervices
qu'elle avoit rendu à la Res
ligion , ouvrirent un vaſte
champ à l'Orateur , & trouverent
les Auditeurs prévenus
d'une haute eftime pour
cette illuftre Abbeffe . La Ceremonie
finit comme elle
avoit commencé avec beaucoup
d'ordre & de filence .
Pour faire connoiftre la naif-
C iiij
32 MERCURE
fance de Madame Elifabeth
d'Aubuffon de la Feuillade ,
Abbeffe de la Regle , il
fuffic de dire qu'elle eftoit
foeur de feu Mr l'Evêque de
Mets , & de feu Mr le Maré.
chal Duc de la Feüillade ,.
parce que perfonne n'ignore
qu'ils font defcendus en li
gne directe & maſculine des
anciens Vicomtés d'Aubuf
fon qui dés l'an 879 eftoient
Vicomtes de la Marche ;
ainfi nommez parce qu'en
l'abſence des Comtes de la
Marche , qui en eftoient les
Gouverneurs
, ils gouver
1
GALANT 33
noient cette Province , com.
me leurs Lieutenans . Char
ges de Vicomte des Provin .
ces , qu'on ne donnoit fous
la feconde race de nos Rois ,
qu'aux plus grands Seigneurs
originaires de la Province ; &
pour les faire connoiftre cha
cun en particulier , on ajoû.
toit le nom de la Terre, la
plus confiderable qu'ils pof
ledoient , à celuy de leur
dignité ; comme nous l'ap
prend le fçavant Mr Dubouchet
dans fes Tables Ge
nealogiques & Hiftoriques.
34 MERCURE
On a fait dans la Ville du
Mans un Service pour le repos
de l'ame de feu Mr le
Duc d'Aumont , à la pompe
funebre duquel on ne pou
voit rien ajourer : Madame
l'Abbeffe du Pré , foeur de
ce Duc , n'a pû fe confoler
de cette perte qu'au pieds
des Autels. Mr l'Evefque du
Mans qui s'acquitte toujours
avec éclat de tout ce qui
regarde les fonctions de fon
Miniftere , a bien fecondé ,
dans ce pieux deffein , Ma
dame l'Abbeffe du Pré , qui
de fon cofté mêle à tout ce
GALANT 35
& aux
qu'elle fait les fentimens nobles
& genereux , ſi naturels
à ceux de fon nom
devoirs les plus rigides de la
vie Religieufe. Auffi eft- elle
autant honorée dans tout le
Maine , qu'elle eft reſpectée
dans tout fon Ordre. Toute
la Ville du Mans & la Nobleffe
du voisinage ont voua
lu lui donner dans cette occafion
des marques publiques
de leur refpect & de
1
*
leur zele en affiftant à ce
Service. Mr l'Evefque du
Mans y officia Pontificale.
ment, & eut pour Diacre Mr
36 MERCURE
l'Abbé de Treffan , Comte de
Lion , fon neveu , qui joint
toute la conduite d'un digne
Ecclefiaftique aux fentimens
d'un homme de fa qualité; &
pour Sousdiacre Mr l'Abbé
de Druillet , auffi eftimé par
fon merite perſonnel que par
un vray talent pour la Chaire.
L'Eglife eftoit tendue de
noir avec une fort grande
quantité d'Armes . La Reprefentation
eftoit élevée de
trois marches avec une infi
nité de Chandeliers d'argent
remplis de Cierges ; le Dais
eftoit fort riche , & tout ce
GALANT
37
qui regardoit les Ornemens
de cette Eglife rendoit cette
Pompe funebre des plus écla.
tantes : la Mufique de la Cathedrale
fe fit admirer dans
cette occafion . Le Pere dela
Ferté , Jefuite , prononça
l'Orailon funebre du Défunt
avec beaucoup d'éloquence ,
il ne pût s'empêcher de faire
connoistre dans fon Difcours
l'amitié particuliere qui le
lioit à cet illuftre Défunt ; il
peignit Phonnefte Homme ,
le grand Seigneur & le Chrê.
tien , & ces trois portraits
réunis , compofoient celuy
38 MERCURE
de feu Mr le Duc d'Aumont;
on jugera fort aisément de
quelle beauté fut cer éloquent
Difcours , lorfqu'on
fçaura que le coeur du Pere
de la Ferté n'y avoit pas
moins de part que fon efprit ;
comme la réputation de cet
illuftre & fçavant Predicateur
eft fort répanduë , chacun
fouhaita d'entendre cette
Oraifon funebre ; de maniere
que l'Affemblée fut
tres nombreuſe ; le -Clergé ,
la Nobleffe , le Prefidial , la
Prevosté , l'Election , le Maire ,
le Corps de Ville & tous les
GALANT
39
Etats differens , s'y rendirent
en Corps. Les Dames les
plus diftinguées de la Ville
& du voifinage s'y trouve
rent auffi en fort grand nom
bre ; de fortè que quoiqu'on
eur pris de grandes précau
tions pour conferverun bon
ordre , qu'on eut placé un
bon nombre de Gardes aux
Portes de l'Eglife , l'affluence
fut fi grande , que le Pere de
la Ferté demeura un treslongtemps
avant que de
pouvoir pafler julquà la
Chaire.
40 MERCURE
Je vous envoye l'Eloge
que je vous ay promis à la
fin de ma derniere Lettre.
J'ay appris depuis ce temps .
là que cette piece d'Eloquence
a efté faite par une
perfonne de voftre Sexe , ce
qui doit faire redoubler les
applaudiffemens qui font dûs
à cet Ouvrage. Ce n'eſt pas
la premiere fois que la même
perfonne s'en eft attirée de
grands par d'autres Ouvra
ges qui ont fait beaucoup de
bruit dans le monde.
GALANT 4I
EL OG E
DU PERE BOURDALOÜE.
C'BA
Eft en vain que la Renommée
voudroit publier la gloire & ies
vertus de l'homme jufte il n'appara
tient qu'à la Religion de découvrir
ce qu'il a pu faire pour elle. Les
Heros dont le Panegyrique n'eft
qu'un enchainement des vertus morales
, peuventfe confier aux cent
voix ; mais les Saints dont la vie
n'est qu'un tiffu de vertus Chreftiennes,
ne fe tranfmettent à la pofterité
que par le regret que l'on a de
leur perte
& par l'imitation de
leurs vertus.
C'est dans nos juftes regrets que
l'on peut voir la perte que l'Eglife
fait du Pere Louis Bourdaloue , ce
Miniftre du Seigneur dont le zele
Juin 1704 .
D
42 MERCURE
éclatant à fi bien fait valoir le talent
qu'il avoit reçû ; ce chef- d'oeuvre
de l'éloquence qui fans incarner
la verité , prêchoit fi purement la
verité incarnée ; ce prodige de connoiffance,
de jufteffe & d'expreffions
qui n'avoit pas moins de force pour
deffendre la verité, que de fecondité
pour en exprimer les beautez, nous
engage à payer un tribut à la douleur
quand il paye celui qu'il devoit
à la nature .
L'on ne fçauroit , qu'avec des
Larmes , voir difparoitre de l'Eglife
militante , cette lumiere que nulle
ombre n'a obſcurcie , ce flambeau
qui pendant fix Luftres a éclairé
toute la France , cet homme parfait
par la droiture de fon coeur autant
que par l'excellence de fon efprit .
Si la douleur que l'on doit avoir
GALANT 43
de fa perte eft fi legitime , la reconnoiffance
que l'on doit à fes travaux
, eft un engagement indiſpenfable
, & nos louanges doivent accompagner
nos regrets , puifqu'il
nous faut pleurer celui que nous
admirions.
Il n'y eut jamais de merite plus
extraordinaire & plus uniforme . Il
joignoit à la vivacité la plus étonnante
, la folidité la plus parfaites
& nous pouvons le regarder comme
le plus Chretien & le plus excellent
des Predicateurs ; comme le plus
Chrétien , puifqu'il a prefenté la
verité dans toute la pureté de fa
doctrine ; comme le plus excellent ,
puiſquejamais homme n'a dit tant
de chofes enfi peu de mots , ni tant
de motsfans fuperflu & fans redites.
Predicateur Chrétien , il a eu le
6
D iij
44 MERCURE
zele d'un Apoftre , c'est la premiere
confideration : Predicateur excellent
, il a eu l'esprit d'un Ange ;
c'est la feconde , & lefujet de noftre
admiration.
Cet homme de Dieu commença
fa carriere comme l'Apoftre. La
Grace lui mit un voile épais fur les
yeux , il ne vit point l'attrait des
grandeurs humaines , le charme des
plaifirs , le furprenant de fes talens ,
il ne vit que Dieu feul , & dans
le refpectueux tremblement d'une
ame innocente qui contemple attentivementla
Majefté du Tres- Haut,
ilforma le deffein d'eftre abfolument
à lui fans partage & fans delay.
La majefté de noftrefainte Reli
gion fe prefenta dabordà ſes yeux ,
la verité de fes dogmes s'y revela ,
lafainteté & l'impenetrabilité s'y
GALANT 45
graverent ; enfin la grandeur & la
divinité de la Loy de 7. C. s'imprimerent
dans fon coeur & le détermi
nerent à l'étude d'un Dieu Crucifié.
Quelprogrés ne fit- ilpoint dans ce
vafte occean des veritez éternelles :
Toujours attentif & toûjours enrichi
, il ne fut pas longtemps fans
répandre les lumieres qu'il avoit
reçuës , il fut élevé par la mifericor.
de de Dieu au deffus de la nature ,
& ily éleva les autres par laparole
, il fentit la neceſſité de la Grace ,
& la puiffance du Reparateur , par
les continuelles victoires qu'il remporta
par laforce de fonfaint Nom j
& commeun veritable Apôtre , ilfit
de l'hommefoible qui l'écouta, l'hom‐:
me éclairé qui lefaivit.
Revestu du facré Sacerdoce , il en
connut toute la fainteté & toute la
46 MERCURE
dignité ; il en remplit auffi tous les
devoirs fans fe foustraire à aucun
fous pretexte de neceffité . Toutes fes
idées eftoient foûmiſes à la foy. Ses
maximes portoient à la Morale la
plus exacte , & fon exemple eftoit
l'échò defa parole .
de
Dans les Dogmes , toûjours d'accord
avec l'Eglife . Dans la Morale,
toujours femblable aux preceptes
Jefus Chrift , & dans la Pratique ,
dérobant à la nature pour donner à
La grace.
“L'admiration qu'ildevoit au Seigneur
ne finiffoit en lay , que par la
meditation des vanitez du monde §
& la reflexion qu'il faifoit fur les
vains projets des hommes , Pélevoit
au deffus de leurs foibleffes , pendant
qu'il travailloit à les guerir
de leursinfirmiter.
GALANT 47
}
le
C'eft du milieu de ces faints exercices
que fortoit cette odeur de fuavité
qui faifoit goûter fa doctrine.
Il montoit dans la Chaire de la Verité
felon l'intention de l'Eglife ;
zele de la Maifon de Dieu l'enflam—
moit , & il eftoit animé de fon efprit.
Le joug imperieux des raifons humaines
ne l'ajamais affujetti , il
n'eftoit foùmis qu'à la Foy & à la
Verité il la puifoit dans les Saintes
Ecritures , & la répandoit dans
les amés pour y faire germer la Predeftination
des Saints.
Sans violence & fans dureté , il
eftoit jufte ; fans foibleffe & fans to=
lerance , il eftoit doux ; fans emportement
& fans promptitude , il
eftoit vif; fans rigueur , il eftoitfort;
& fans relache il eftoit Chreftien .
Que n'a -t -on point vû defon zele
48 MERCUR
E
dans l'exercice de fon miniftere:
Plein de l'ardeur que la verité inſpi
re , il transportoit les ames au deffus
de cette region des morts où la nature
les attire , & les élevoit malgré
le poids des fens & des habitudes
jufques au gouft de la verité. Il
ébranloit une ame au feul nom de
l'Eternité , il Pattiroit par celui de
la felicité ; & pendant qu'elle fe
trouvoit interdite par ces veritez ,
elle eftoit affujettiepar la victorieuse
mifericorde de Dieu.
Il elevoit même les ames lesplus
fenfibles au deffus d'elle- mèmes , il
Jeur prefentoit la grandeur de la
Majefté Divine , avec tant de zele ,
que le fremßement de leur adoration
brifoit leur coeur. Leur amour
propre alors loin de favorifer leur
erreur, cherchoit fa resource dans l'imitation
>
GALANT 49
mitation du zele par lequel elle ve
noit d'eftre confondue.
Qui nous ajamais donné une idée
plus parfaite du neant des grandeurs
humaines , le Pere Bourda
loue prefentoit les eftres dépouillez
des apparences que caufent nos illufions
; & remettant les chofes dans
L'ordre de leur nature , il conduifoit
l'homme au point de vue de la verite,
& ceft ainfi que le zele apofto
lique qui l'animoit , le rendoit le
plus chretien des Predicateurs :
mais l'efprit angelique qu'il avoit
reçu , le rendoit le plus excellent¸
c'est le fecond motifde nos regrets &
de noftre admiration.
Rien ne marquefifenfiblement la
fuperiorité d'un efprit , que de penetrer
aifément la verité & de l'exprimerfacilement.
C'eft fous cette idée
Juin 1704 E
50 MERCUR E
"
que nous concevons de quelle maniere
agiffent les Anges . Ces pures intelligences
voyent Dieu , voila leur
penetration . Elles veulent l'aimer,
voila leur expreffion. Or cet alte
exprimé qu'elles produifent perpetuellement
fait l'excellence & le
bonheur de leur nature ; mais la natu.
re humaine n'a pas le même avantage.
L'homme ne voit Dieu qu'imparfaitement.
Dieu est visible &
caché pour lay. L'homme ne l'aime
que foiblement , parce que fon defir
eft partagé , auf bien que fa connoißance
, il n'a pour découvrir la
verité que l'attention , &pour l'exprimer
que la parole. Celuy dont
nous pleurons la perte a bien fait
valoir ces deux moyens. Attentif
fans interruption , il découvre dans
le fein de la verité , le myftere defa
GALANT si
perfection & de lafanctification des
autres. fufte & fecond dans fes expreffions
, la parole eftoit en luy une
beauté toujours ancienne & toujours
nouvelle , glaive
qui comme un
deux tranchans , renverfoit l'obfti
nation de l'Impie & foutenoit la
timide confiance du Iufte .
L'on n'a jamais vû l'éloquence
Eumaine s'élever auſſi haut , que
dans la bouche de cet Orateur Chre
ten. Fier de porter la verite toute
pure , elle ofoit paroiftre dans tout
fon éclat , parce qu'il ne l'employoit
que pour foumettre les efprits & les
coeurs fous le joug de Jefus Chrift.
Jamais le feu , le vif, le furprenant
d'une imagination bril
lante n'a mieux fervi la verité,
Il avoit tant de facilité pour en
exprimer les traits , & tant deforce,
Eij
52 MERCURE
pour en imprimer les caracteres , que
L'on étoit contraint d'avouer en
Técoutant qu'il ne pouvoit estre
imité.
Il a férvi l'Eglife fous cette pompeufe
figure d'un Aftre nouveaux
que la reffemblante de nulle autre
n'avoit annoncée. Merveilleux
dans fes difcours les plusfimples ,
fimple dans le merveilleux de fes
plus excellens Difcours . On reconnoiffoit
que les dons du Ciel étoient
répandus fur lui avec
avec abondance
& qu'il eftoit le plus Chreftien &
le plus excellent des Predicateurs.
Ce parfait modele d'un homme
Apoftolique neputetre trop a regretter
, & la douleur des témoins
de fon éloquence leur fait encore
entendre fa voix dans le filence de
fon Tombeau.
GALANT
53
Le Pere Bourdaloüc ayant
part à l'Ouvrage fuivant , je
crois le dévoir ajouter icy.
Quoique cet Auteur ne fe
nomme point , il ne laiffe
pas d'eftre fort connu dans
le monde par quantité d'en .
droits qui doivent faire plaifir
à un honnefte homme.
25 5 20101 2.0.1
sien:
Lucy V
E iij
54 MERCURE
SUR LA MORT
De Mr l'Évêque de Meaux ,
de Mr l'Abbé Boileau, &
du Pere Bourdaloüe.
STANCES
Irregulieres.
OUTES les vertus aux
abois , To
Autour de trois cercüeils , joignent
leurs pleurs aux nôtres .
L'Eglife , comme nous , a perdu
dans un mois ,
Trois Interpretes de fes
Loix ,
Et la France y perd trois
Apôtres .
S
GALANT
55
BOSSUET , comparable aux
plus facrez Auteurs ,
Attaquoit par tout les erreurs
,
Et contre elles s'armoit en Perc
de l'Eglife .
Maître de fon pinceau , dans
fes hardis portraits ,
BOILEAU , frappant les coeurs
avec leurs propres traits ,
Infpiroit du falut l'amour &
T'entreprife ;
Et BOURDALOUE , auftere
& terrible au peché ,
Comme un Xavier > comme
un Ignace ,
A fait pâlir le vice , & triompher
la Grace ,
Autant de fois qu'il a prêché
.
S
E iiij
56 MERCURE
Ses moindres qualitez , fes plus
fimples paroles ,
Sa prefence , fon nom , tour
nous prêchoit en luy..
Loin de tous interefts frivoles
,
Il cherchoit fon falut , dans le
falut d'autruy .
S
Son zele Apoftolique & ſon eſprit
fublime
Répandoient de la Grace & le
Lait & le Miel ;
Et fes talens divins ne cherchoient
d'autre eſtime ,
Que celle qui l'aidoit à nous
conduire au Ciel .
Digne Enfant de fa Compagnie
,
Digne Diſciple de Jefus ,
GALANT 57
Il a tout l'avant - goût , quand
il finit fa vie ,
Des fruits qu'il promettoit à.
toutes les vertus .
2
Tout ce que l'on eftime
tout ce que l'on loüe ,
› &
Tour ouvrage parfait , tout ex
cellent Sermon ,
Tout chef- d'oeuvre quitte fon
'nom ,
Et prend celui de BOURDALOUE.
S
Ainfi ce nom fameux , par le
temps respecté ,
Tranſmet à l'avenir de fes droits
la memoire .
Le merite eft déja ſon Immortalité
,
Et fa propre vertu ſera toûjours
fa Gloire .
18 MERCURE

Celle , dont il joüit , devoilée à
nos yeux ,
Ne fouffre à notre foy -ny doute
ny furpriſe
BOSSUET & BOILEAU ,
comme luy , dans les Cieux ,
Sont au rang , où les met le
Peuple , avant l'Eglife.
$
Ne mêlons point icy de fentimens
humains
A nôtre encens , à nos loüanges
.
Leur vie étoit celle des
Anges ;
Et leur mort eſt celle des
Saints.
2
L'une n'eft que l'écho de
l'autre ,
GALANT 59
De leur vertu vient leur bonheur
;
Et finôtre vie eft la leur ,
Leur mort auſſi ſera la nôtre.
S
Ils meritent nos pleurs , nos regrets
& nos voeux ;
Mais au lieu d'écouter nôtre
douleur extrême ,
Imitons- les vivons comme
eux ,
Si nous voulons mourir de
même .
Inftruits de toutes les façons
,
Par la parole & par l'exemple
,
Mettons à profit les leçons ,
60 MERCURE
Qu'on nous fait fur le Trône ,
ainfi que dans le Temple.
S
S'il nous faut des Saints pour
Paſteurs ,
NOAILLES eft le chef &
l'exemple des autres ; '
Et parmi nos Prédicateurs ,
Nous avons encore des Apôtres.
LA RUE, avec l'éclat , dont
brille un Cherubin ,
Interprete zelé du fens de l'Evangile
,
Rend le coeur à la Grace attentif
& docile ,
Le fait brûler d'un feu divin
.
Par des Images éclatantes ,
GALANT 61
Par des defcriptions fçavantes
,
Il fufpend les efprits qu'il veut
affujettir ,
Les foumet à la Foy , plus qu'à
fon éloquence , 2 on paï
Joint à l'art de toucher , le don
de convertir
Et porte par les traits qu'il
lance ,
Tout Pecheur à la Penitence ,
Et tout Impie au repentir, qu
2
MASSILLON , penetré de ce
qu'il prêche aux autres ,
Oppole avec fuccez , fes maximes
aux nôtres ,
Tourne vers les devoirs le penchant
de nos coeurs ,
Donne aux vices divers , leurs
plus noires couleurs miq
62 MERCURE
En dégage , avec art , nos ames
obfedées , © 201
Approche nôtre efprit du
fien ,
Et nous foûmet à fes idées ,
Pour nous mener du mal au
bien .
Loin de tout faux éclat
LA FERTE dans fon zele ,
Fuyant toute grandeur qui n'eft
pas éternelle ,
Eleve jufqu'au Ciel & l'homme
& fes defirs ;
A la Loy de fon Dieu le rend
fouple & fidelle ,
Luy donne vers ce centre une
pente nouvelle ,
En fait l'objet des fes fou
pirs
GALANT 63
Luy fait aimer la Croix , & mcprifer
pour elle
Et les honneurs & les plai
firs .
S
GAILLARD , plein de l'efprit
d'Ignace ,
Ne fe cherchant fur rien , cherche
& trouve en tout lieu ,
Le falut du prochain & la gloire
de Dieu ;
Et fait ceder par tout la Nature
à la Grace.

Pour diriger nos foins , pour
conduire nos pas ,
Les guides ne nous manquent
pas ,
Si LA RÜE cft un BOURDALOUE
,
LA BOISSIERE & GUIBERT
64 MERCURE
font de fçavans Tableaux ;
DOM JEROME & PALU
reforment nos defauts ;
ANSELME , MAURE , HUBERT
qu'on recherche & qu'on loüe ,
Sont encore de l'Eglife Oracles
& Flambeaux ;
Et nous pourons trouver, comme
la Cour l'avouë ,
Dans l'Evêque d'Agen , un
Evêque de Meaux .
S
Du zele & des vertus la pratique
fincere ,
Ne laiffe plus d'excufe à nôtre
lâcheté.
Le Trône même eft uneChaire,
Où nous prêche la Pieté.
2
*
GALANT 65
Par fa Religion, par fes puiffans
exemples ,,
¿ budin
LOUIS gagne & conduit au
Ciel plus de Mortels ,
Que n'en ramenent à nos
Temples
Les Miniftres de nos Autels.
Nos Guerriers ont part à la
gloire ,
Dont LOUIS fe couronne , en
cuëillant des lauriers ,
Tous les Chrêtiens font des
guerriers ,
Et le falut eft leur Victoire.
Sur les pas de ce Conquerant
,
De ce Fils aîné de l'Eglife ,
Courons par le chemin qu'il
prend
Juin 1704.
66 MERCURE
Au fucces , de tous les plus
grand ,
Sa Foy répond de l'entreprife
,
› Et fan exemple en eft garand .
va-
Le Roy ayant permis à la
veuve de Mr le Marquis de
Polaftron de vendre le Gou
vernement
de Menin ,
cant par la mort de ce Mar
quis , elle en a traité avec
Mr le Marquis de Bully , qui
eft un Gentil- homme tresqualific
, & qui a long-temps
fervi , La Lieutenance
du Roy
de la même Ville
trouvée vacante , Sa Majefté
s'étant
GALANT 67
en a gratifié Mr Joubert qui
eft un Gentilhomme diftin
gué par fon merite & par fes
fervices. Son zele pour la
gloire du Roy , a eclaté en
plufieurs occafions La perte
diun de tes bras en eft unc
preuve bien fore , il le perdit
dans une action qui luy
fit beaucoup d'honneur. Mr
de Barbezieux avoit une efti
me finguliere pour cet Offi
cier , ce Miniftre le maria
avec Mademoiſelle de Rambion
d'une des meilleures
familles de la Ville de Lyon.
Cette Dame auffi diftinguée
Fij
68 MERCURE
par fa vertu que par ſon me.
rite a deux freres dans le
fervice , tous deux tres avancez
& tres eftimez . La famil
le des Rambions eft alliée à
plufieurs perfonnes de diftinction
du Lyonnois , & des
Provinces voisines ; elle a
produit des perfonnes d'un
grand merite & d'une grande
diftinction. Celle de Mr Joubert
eft auffi fort confiderable
dans la même Ville.
Je dois vous parler d'une
nouvelle Carte de Portugal
qui a paru vers la fin du mois
paſſe : mais ma Lettre étant
GALANT
69
déja fermée je n'ay pû vous
en entretenir plûtôt . On af;
fure que Mr Beffon qui en
eft l'Auteur , a fait venir des
Memoires de Portugal afin
de rendre fa Carte des plus
parfaites & des plus juftes qui
ait encore paru . Il a fait faire
auffi l'Abregé Geografique
& Hiftorique de cette Monarchie
affez étendu pour inftruire
de l'état de ce Royau
me , & de la plûpart des païs
les plus confiderables qui
appartiennent à cette Cou
ronne hors de l'Europe . On
trouve au commencement
70 MERCURE
de cer Abregé une Table
Chronologique des Rois de
Portugal , & une Table Genealogique
qui éclaircit les
droits que le Duc de Bragance
avoit fur cette Cou
ronne , & quels onteſté ceur
en vertu defquels Philipes II.
Roy d'Espagne s'en rendic
maiſtre. On a eu foin de
mettre une explication de
cette Genealogie fur la Table
même , afin que ceux
qui ne la fçavent pas l'apren
nent dans cette explication .
Cette Carte le vend chez
L'Auteur à l'Ancien Buys fur
GALANT 71
le Quay de l'Horloge , au
coin de la rue de Harlay.
Mr le Cardinal de Noail
les ayant efté nommé Pro
vifeur du College Royal de
Navarre , & en cette qualité
confervateur des Chartes &
des Privileges de l'Univerfité,
alla prendre poffeffion de
cette nouvelle dignité le
mois dernier , il fut receu à
la porte par Mr Chenut
Docteur de Sorbonne , &
grand Maistre de ce Colle
ge , accompagné de tous les
Docteurs , Regens & Ecoliers,
de cette Maiſon . Le fils de
72 MERCURE
Mr le Duc de Perth fit un dif
cours latin à Son Eminence,
qui fut fort applaudi, comme
je ne mets point de Pieces
latines dans mes Lettres , je
vous en envoye une traduc .
tion beaucoup inferieure aux
beaurez de l'original Latin.
MONSEIGNEUR,
Quelle joye ne devons - nous
pas marquer à votre Eminence ?
Quelles louanges , & quelles ac¬
tions de graces ne luy devonsnous
pas rendre à fon arrivée
dans cette marfon dont elle vient
prendre
1
GALANT
73
prendre le gouvernement & la
protection ; honneur qu'elle augmente
encore par celuy qu'elle
nous fait d'honnorer ce lieu de
Ja prefence. Cette maison s'applaudit
avec juftice , d'avoir des
Rois pour Fondateurs , d'avoir
efté enrichie par leurs bienfaits ,
d'avoir eflevé dans fes murs de
grands perfonnages , & d'en
avoir fourni à l'Eglife & au
monde pendant une longue fuite
d'années , qui ont excellé en tou
tes fortes de connoiffances ; mais
fur tout à prefent elle s'applaudit
de vous avoir , Monfeigneur ,
pour Protecteur des beaux Arts
Juin 1704
G
74 MERCURE
&
qu'on y profeffe , des vertus chré.
tiennes qu'on y exerce , de l'bon.
neur & de la probué qu'on y
connoift , dont vous estes
&
vous même un ſi zelé partifan,
de la verité qu'on y revere
,
à laquelle vous rendez de grands
hommages
; en un mot , de vous
avoir pourfon Proviſeur
, & de
pouvoir
vous donner ce nom .
Pleins de cette confiance , & les
Maiftres
les Ecoliers font
animez d'une douce esperance
que cette maison va recouvrer
Jous vous & par vostre moyen ,
tout ce qu'elle a jamais eu de
reputation
. Il ne luy pouvons rien
GALANT 75
1
en effes , arriver de plus glorieux
& de plus urile que de recou
vrer à l'ombre de voftre autorité
& de vostre nom la gloire où elle
eftois autre fois, la fituation
awantagenfe & floriffante où
elle eftoit . Voftre Eminence a un
amour fi declaré pour les belles
Lestres , que ceux à qui le foin
de ce College a efté confié , eſpe
rene avec beaucoup de juftice ,
qu'érans fous votre gouverne
ment , &fous vostre protection
ils s'acquitteront des fonctions
de leurs emplois , non feulement
avec plus d'honneur , mais encore
avec plusde courage &plus

Gij
76 MERCURE
de joye , avec d'autant plus
de confiance que l'on peut lire
dans nos Annales , & que l'on
y trouvera cette verité eftablie
pour tous les Etats , toutes les
Societez tous les Corps , qu'ils
ont fleury dans l'exercice de la
pieté , de la justice , & des au
tres vertus chreftiennes, tant que
les Princes ou les Superieurs qui
en ont eu le gouvernement , ont
cultivé , ont honnoré les
Sciences les difciplines les plus
élevées les plus utiles : ainfi
Monfeigneur , de méme que l'Eglife
de Paris s'applaudit & ſe
felicite continuellement du bon
GALANT 77
heur qu'elle a de vous avoir
pour Pasteur , d'avoir un Chef
fi vigilant & fi zelé , qu'elle
rend à Dieu des actions immorelles
de graces , de luy avoir
donné pour un employ fi élevé un
Miniftre fi faint , un Pasteur fi
accompli fparfait , & qu'elle
regarde ce don comme un verisable
don du Ciel qu'elle admire
en voſtre perfonne toutes les ver-
S tus qui peuvent convenir à un
Archevêque de quelque cofté
qu'on l'envisage , une parfaite
integrité de moeurs qui caracte
rife ſi bien l'homme juſte , une
foy fincere , une pieré folide
B Giij
78 MERCURE
non fardée , un courage , &
un eſprit à l'épreuve des plus
grands travaux de l'Epifcopat ,
une continuelle attention à fonlager
les pauvres , un defir ineroyable
une charité agiſſante
pour procurer le falut de sout le
monde , une fagacité & une pe
netration furprenante pour trai
ter & decider devant le Roy
les affaires de la plus difficile
difcuffion ; une foy enfin fi ardente
, & une onction fi particuliere
jointes avec une fi gran .
de doctrine , une erudition
& •
fi vafte pour combattre & dera
ciner les erreurs , que ce grand
GALANT 79
>
Prince a avoué plufieurs fois que
vous meritiez d'eftre comparé à
ces hommes Apoftoliques qui ont
paru dans les premiers jours de
l'Eglife maiffanie De même auffi
le College Royal de Navarre
Je fait honneur , & s'attribue
l'éclat qui rejaillit de vos vertus
de ces vertus, qui ont fixé
fur vous le choix qu'il avoit à
faire d'un Provifeur. Cette maiz
fon , Monseigneur , vous conjure
vous demande par ma bouche
, que tandis que ceux qui
font prepoſez à l'inſtruction de la
jeuneffe , s'attacheront avec ardeur
à remplir fous vos auſpices
Gij
80
MERCURE
le miniftere qui leur a este con .
fié ; vous vouliez bien foutenir
leurs efforts & leurs travaux
par vos confeils , par voſtre fa .
veur , & par woftre autorité;
ils fe flattent ,
Monfeigneur , que
vous ne leur refuferez pas cette
grace ; mais de crainte que les
louanges infinies qui vous font
duës ne
souffrent & ne foient
avilies par
l'infuffifance de mon
genie & par la foibleffe de mes
expreffions ; il est plus àpropos de
me retirer en vous affurant ,
Monfeigneur , que nous levons
tous les jours les mains au Ciel,
que nous prions tous les jours
GALANT 81
3
t
n
es
ns
iel ,
le Seigneur pour le conjurer de
vous conferver par ſa bonié,
d'accorder par fa mifericorde au
peuple qui vous a esté confié une
fanié fi chere à ce même peuple ,
une vie fi neceffaire , & que vous
prodigués fans menagement pour
l'intereft & pour la confervation
de votre troupeau . ,
Ce jeune Seigneur ayant
ceffé de parler , & Mr le Cardinal
lui ayant répondu en
peu de mots , & avec les ter.
mes les plus obligeans . Mr le
grand Maitre harangua Son
Eminence par un Difcours
82 MERCURE
latin : qui fut tres applaudi,
Mr le Cardinal lui répondit
en peu de mots , aprés quoi
il avança dans le College ,
dont il vifita la Bibliothéque
& les Archives , il alla cofuite
au College de Boncourt
qui joint celui de Navarre
, avec lequel il eft pref
que confondu , & qui eſtha .
bué par plufieurs vieux Doc.
teurs de Sorbonne . Mr le
Cardinal eût l'honnêteté de
les vifiter les uns aprés les
autres dans leurs apartemens,
jamais il ne parot tant de joye
dans ces deux Colleges que
GALANT 83
ce jour - là , on combla de
benedictions Son Eminence,
& on peut dire que fes manieres
honneftes & engageantes
lui gagnerent tous
les coeurs.
Dame Marie Genevieve
Pinette de Charmoy, Epoufe
de Meffire Jean Louis de
Bullion, Chevalier Comte de
Fontenai , Confeiller du Roy
en la Cour de Parlement , &
Commiſſaire aux Requestes
du Palais,mourut le mois dernier
dans de grands fentimens
de pieté , dont elle avoit fait
84 MERCURE
une profeffion conftante duz
rant le cours de fa vie. Elle
eftoit fille de feu мr de Charmoy
м des Comptes , &'
Treforier de feüe Madame
la Ducheffe de Guife, Elle
eftoit foeur de Madame de
Mans Epouſe de мr de мans
Confeiller au Parlement
, &
frere de мe l'Abbé de Premontré
, elle avoit auffi une
four mariée. Mr de Bulion fon
Epoux eft petit fils du Capi
raine de Bullion , frere de мr
de Bullion , Surintendant des
Finances . Ce Surintendant
qui fut fi eftimé en fon tems
GALANT 85
laiffa trois fils , qui furent tous
trois mariez. De feu мr le Mar
quis de Bonnelle , aîné de
cette famille , & qui avoit
efté Prefident au mortier au
Parlement de Paris , eft venu
Mr de Bullion aujourd'hui
Prevost de Paris . La maifon
de Bullion eft fort illuftrée ,
le Surintendant & fon fils
- eftoient Officiers des Ordres
du Roy Mr de Charmoy pere
de Me de Bullion qui vient de
mourir, étoit auffi fort eftimé.
Mr de la Bretoche ancien
Capitaine dans les Cuiraffiers
mourut à Doulens le mois'
86 MERCURE
dernier où il s'étoit retiré dee
puis quinze ans , comblé d'années
& de merite , quoi qu'il
ait toûjours caché lon âge ,
on a trouvé , qu'il avoit au
moins cent lept ans . Mr
le Comte de Vernon depuis
peu Ambaffadeur de Savoye
en France , lui en donnoit
ou moins fix vingt , aprés
avoir eu la curiofité d'en fai
re faire fur les lieux une information
exacte , & avoir
tiré tous les éclairciffe mens
poffibles , tant des gens du
païs , que des plus anciens
Officiers de France , c'eſt un
GALANT 87
>
detail dont il a rendu compre
à Mr le Duc de Savoye , de
qui Mr de la Bretoche étoit .
né fujet . Son pere fut tué au
fervice de fon Prince , eftant
Capitaine
de Cavalerie . Mr
de la Bretoche vint en France
en 1636. aprés avoir ſervi
long temps en Piedmont
,fon
païs natal , il prit le parti de
la Cavalerie , & fut Capitaine
dans les Cuiraffiers
où il a
fervi avec toute la diftinction
poffible jufqu'en
1688. Un
gros Volume à peine fuffiroit.
il pour vous marquer
toutes
les actions où il s'eft trou88
MERCURE
1
vé ; fa memoire eftoit pro
digieufe , il contoit avec auant
de precifion la Bataille
du Téfin & le Siege de Le.
rida que la prise de S. Omer,
& la Bataille de Caffel . Les
affaires où il s'étoit trouvé
lui eſtoient également prefentes
; dans fa maniere de
conter on ne s'appercevoit
pas qu'il parloit de temps fi
reculez , jamais on n'a vû un
Officier plus affidu , ni plus
exact au fervice , & ainfi il
n'eft pas furprenant qu'il fe
foit acquis une eftime generale
de tous les Officiers geGALANT
89
neraux qui le regardoient :
comme leur Grand - pere ,
auffi depuis quarante ans l'aq
pelloit - on , le Pere la Bretoche
, il a efté pendant plufieurs
années Major de Brid
gades , ce qui a donné lieu
de remarquer fa vigilance .
Dés 1694. il mit fon fils dans
le fervice où il a esté ſimple
Cavalier pendant quatre ans
afin de l'accouftumer aux fatigues
les plus penibles, & de
luy infpirer de la douceur ..
pour ceux qu'il devoit un jour
commander. En 1688. il quitta
le fervice pour. faire place
.
Juin 1704.
H
90 MERCURE
5
à fon fils . Le Roy long temps
auparavant l'avoit gratifié
d'une penfion : fon âge ne
lui a jamais efté à charge ,
n'ayant jufqu'au dernier moment
de fa vie jamais reffenti
la moindre incommodité
de la vieilleffe , il montoit
les Chevaux les plus fiers avec
la même adreffe & la même
vigueur qu'il les manioit du
temps du fiege de la Rochelle
, il danfoit , il beuvoir , il
mangeoit avec toutes les dif
pofitions de la jeuneſſe la
plus robuſte : mais ce qui
merite plus d'attention , c'eft .
GALANT
91
i
qu'avec trente - deux dents
qui lui restoient il caffoit les
noyaux de peche & d'abri
Cor avec la même facilité
que vous feriez une noisette ,
fon efprit eftoit folide , l'âge
le plus avancé n'avoit rien
diminué de fes forces ', fon
coeur eftoit bon , droit , ge
nereux , il aimoit les amis
avec tendreffe , il les ap
puioit avec fermeté , il étoit
ennemi de la raillerie & de
la medifance , il loüit le mes
site où il fe trouvoit , & fa
probite eftoit exacte , il a pu
rifié dans fa retraite les fautes
Hij
92 MERCURE
infeparables de la foibleffe
humaine , & d'un long cours
d'années , il a jeuné pendant
prés d'un fiécle tous les mercredis
, enfin Mr de la Bre.
toche a ceffé de vivre , également
regretté & eftimé des
petits & des grands : & com .
me la vie commençoit à luy
eftre à charge , quoi qu'il
aucunes infirmitez ,
n'eut
mais feulement parce qu'on
fe laffe de tout , il a marqué
beaucoup de joye lors que:
l'on luy a appris qu'il falloit
la quitter : il le mit feulement
au lit pour y mourir ,
GALANT 93
& la fiévre ne le prit qu'afin
qu'ilpût finir à peu prés com
me les autres hommes , il
avoit appris quelques jours
auparavant , que le Roy avoir
donné à fon fils un Brevet
de Meftre de Camp , cette
nouvelle lui a , pour ainfi
dire , couté la vie , ayant
tres vivement reffenti la joïc
qu'il en receur. Ce fils eft
un Cavalier du plus grand
air , il eft Lieutenant Colonel
des Cuiraffiers , Chevalier
de S. Loüis , & le Roy la
gratifié d'une penfion confis
derable. Mrile Duc de Vene
94 MERCURE
dôme, dont il eft tres confideré
, luy a procuré ce nouveau
degré d'honneur , il fert
depuis trente ans , quoi qu'il
n'en ait au plusque quarante-
fix , il eſt aimé & eftimé
des Soldats & des Officiers ,
& il remplit fes devoirs avec
une exactitude furprenante ,
j'oubliois de vous dire que
Mr de Bufca Lieutenant general
, & ancien amy de Mr
de la B.etoche , prefenta le
Pere & le fi sau Roy au camp
Compiegne , ce Monar .
que dit au Roy d'Angleter.
re, en parlant du pere , vaila
de
GALANT
95
mon frere le plus ancien de mes
Officiers , il marqua enfuite
l'emploi du fils , & fit leur
Eloge en peu de mots.
COPIE
D'une Lettre du Quartier du
Roy de Suede à He ſberg,
en Pruffe , du 3 May 1704 .
IL eft arrivé icy il y a quel
ques jours , deux de nos Of
ficiers qui ont efte prifonniers en
Mofcovie , l'un s'appelle Roofen,
il eft neven du Maréchal de
France de ce nom , & efſt Lieu .
tenant Colonel. L'autres appelle
96 MERCURE
1
Wrangel , & eft Capitaine de
Cavalerie , ils fe font échappez
par un coup ires hardy ; ayant
eftégardez pendant tout le temps
de leur prifon par un Officier &
huit foldats. Un Officier Bran .
debourgeois fe repentant d'eftre
venu en Moscovie , avoit fait
amitié avec les Suedois , leur
promettoit de les aider de tout
s'ils pouvoient fe delivrer de
leurs gardes. Ils convinrent d'un
certain jour auquel les Prifonniers
tenterent de gagner par ar
gent l'Officier qui les gardoit ,
ils reaffirent & eurent permiffion.
defortir de la Ville pendant 24.
&
>
beures
GALANT 97
"
heures ; mais les foldats eurent
ordre de les garder de bien prés .
En chemin faifant ils pafferent
par un Cabaret, où ils entrerent,
ils firent donner un grand gobelet
de vin aux foldats , quatre en
burent les autres n'en voulu
rent pas. Le fait eft que dans ce
gablet l'un des Prifonniers avoit
delayé une affez forte doze
dOpium , qu'il avoit trouvé
moyen d'avoir Ils fortirent de là
en diligence pour fe trouver à un
Village prochain , où eftoit le
rendez vous dés qu'ilsy furent
arrivez l'Opium fit fon effet
fur les quatre , deux des autres
Į
Juin
1704.
98 MERCURE
fe mirent dans une Chambre à
fumer , pendant que leurs deux
camarades gardoient les Priſon.
niers. Les Suedois en caufant
avec eux les prierent de montrer
leurs épées pour voir fidelles
eftoient auffi grandes que celles
des Suedois , ce qu'ils permirens
imprudemment , elles ne furent
pas fi toft tirées que les foldai's
les fentirent dans le corps des
deux autres eurent bien soft aprés
le mefme me fort , fans que les gens
de la maison s'en fuffent apper
çûs . Aprés quoy les deux Offi
ciers fermerent la chambre , prenant
la clef & difant à l'Hofte
GALANT 99
des
qu'ils fortoient pour deux ou trois
heures , laiffant en attendant
leur Traineau fous la porte . Le
Brandebourgeois les attendoit
avec des Chevaux , un Paſſe.
port & tout ce qu'ilfalloit ¸¨ils
firent pendant les premieres 24 .
beures 42. lieues de Polognefans.
debrider ; ils ont paßé par
chemins impraticables ,
eu cent avantures , dont il ne ſe
font tire qu'à force de tuer. Le
Roy de Suede a pris le Brande .
bourgeois à fonfervice , luy afait
prefent de mille Ducats & de
trois cent à chacun des deux Of,
ficiers.
Cont
Lij
100 MERCURE
Mrle Prince Charles Thoa
mas deLorraine Vaudemont,
mourut le 17. du mois de May
au Camp d'Oftiglia d'une
fievre violante qui l'emporta
en cinq jours. Ce Prince
eftoit fils de Carles- Henry
Duc de Vaudemont legitimé
de Lorraine , Gouverneur de
Milan , & d'Anne -Elifabeth
de Lorraine d'Elbeuf , fille
de Charles III . du nom , Duc
d'Elbeuf , Pair de France ,
Gouverneur de Picardie , &
de fa premiere femme Anne-
Elifabeth de Launoy , veuve
d'Henry du Pleffis , Comic
GALANT IOI
1
Le
de la Rocheguion . Anne .
Elifabeth de Lorraine époufa
Mr le Prince de Vaudemont
à Bar le Duc le 27. Avril
1669 Ce Prince eftoit fils de
Charles III Duc de Lorraine
& de Beatrix de Cufance ,
veuve d'Eugene Leopold ,
Prince de Contecroix .
Duc de Lorraine l'époufa en
1637. il en eut aufli une fille ,
Anne legitimée de Lorraine
époufe de Jules Comte de
rifle bonne. Charles III . pere
de Mr le Comte de Vaudemont
, eftoit fils de François .
de Lorraine qui l'eftoit de
I iij
102 MERCURE
Charles II. Duc de Lorraine,
celui cy laiffa Henry II. Duc
de Lorraine qui laiffa auffi
deux filles , dont Nicole l'aînée
épousa Charles qui fuc
trojfiéme du nom , & par ce
mariage Duc de Lorraine ;
Claude fa cadette épouſa le
Cardinal de Vaudemont
grand pere de Mr le Duc de
Lorraine d'aujourd'huy.
Vous me demandez des
nouvelles de ce qu'à produic
l'Ouvrage que je vous envoyai
dans ma Lettre du
mois de Fevrier dernier , inGALANT
103
S
it
n.
Su
ticulé , Differtation fur la
Gourie & le Rhumatisme de
Mr Dumond , Chirurgien Furé
d'Auch. Cette Differtation a
efté trouvée fi belle , a fair
tant de bruit icy , que plu
fieurs perfonnes de diftinction
one envoyé chercher
Mr Dumont , & elles ont
efté fi fatisfaites de fes raifone
nemens & de ſes remedes
qu'elles en ont parlé à quantité
d'autres qui n'en ayant
pas efté, moins foulagez luy
ont attiré une fi grande
quantité de malades , que
quoiqu'il n'euft pas refolu
I iiij
104 MERCURE
de refter fi longtemps à Pa
ris , il n'a encore pû s'en rea
tourner à Auch . Outre les
malades qui l'ont arreſté à
Paris , il y a auffi efté retenu
par plufieurs perfonnes qui
lui ont écrit des Provinces
les plus éloignées pour avoir
fes avis & de fes remèdes ;
de forte qu'il n'a pu ſe mettre
en Campagne ayant tous
les jours des réponses à faire
& des remedes à envoyer.
Je ne dois pas repeter icy
qu'il loge toujours à la ruë
de la Huchette , à l'enſeigne
du grand Turc. Quand un
GALANT 105
habile homme acquiert tant
de réputation que Mr Dumont
s'en eft acquis en moins
de fix mois dans une fi gran
de Ville que Paris , il n'y a
perfonne qui n'enſeigne la
demeure.
Aprés m'avoir demandé
des nouvelles d'un remeda
qui prolonge la vie , vous
m'en demandez d'un inſtru
ment qui avance la mort .
J'aurois beau moralifer là
deffus , fi je n'avois retran
ché la morale de toutes mes
Lettres ; ainfi je ne vous di
rai rien fur ce que les hom
106 MERCURE
mes femblent ne pas fouhai
ter avec moins d'ardeur , le
faccés de ce qui les detruit ,
que celui de ce qui peut al
longer leur vie . L'ioftrument
dont vous me demandez des
nouvelles eft le Canon d'une
nouvelle invention . Je vous
dirai qu'on a fait à Douay
l'épreuve de plufieurs de ces
Canons qui ont efté fondus
l'hyver dernier. Chaque piece
porte trois boulets par
trois ames differentes , & en
triangle ils ne s'écartent
que de cinq ou fix pieds fur
huit cent pas de diftance :
GALANT 107
chaque piece eft auffi legere
qu'une piece ordinaire de
même calibre , & n'eft pas
moins forte felon l'épreuve
qui en a efté faite , à caufe
d'un alliage qui fupplée à l'épaiffeur.
Ces pieces fe char
gent fans refouloir , & fans
bourage , & plus promptement
qu'un fufil , de manie
re que fi elles peuvent re
fifter au feu , & même il y a
beaucoup d'apparence , fuivant
l'épreuve qui en a eſté
faite elles feront d'un excel;
lent uſage.
Je vous ay promis de vous
108 MERCURE
envoyer
quelque
chofe de
ce que Mr de Villars
dit aux
Camifars
lors qu'il fut arrivé
fur les lieux pour relever
Mr
le Maréchal
de Montrevel
.
Voici ce qui eft tombé
entre.
mes mains .
GALANT 109
EXTRAIT
De la Harangue de Mr le
Maréchal de Villars
aux Peuples des Villages
voifins des Cevennes ,
qu'il avoit fait affembler
.
" Ofe efperer , Meſſieurs , un heureuxfuccés
du zele & de l'ardeur
qui m'animent , puifque uniquement
attentif à tout ce qui peut rétablir
voſtre repos ; je puis me promettre les
fecours que tant de gens
"defidelles Sujets doivent à leur Roy
à leur Patrie, & à eux - mêmes. Il
faut conferver une des plus puiſſantes
Provinces du Royaume ; je ne
ن م
de bien
ز
>
ITO MERCURE
dis pas pour eftre à l'abri de laguer
ve , la fermeté & la fageffe du Roy
ont tellement pourvû à la fureté de
fes frontieres , que les Provinces les
plus voifines de la guerre , joüißent
d'un plein repos ,& n'en connoiſſent
que l'opulence , que des Troupes bien
difciplinées y apportent. Parmy les
avantages ddoonntt vvoouuss joüiffez, ſouffrirez-
vous que la fureur de quelques
malheureuxde la lie du peuple
detruife voftrefelicité.
Que veulent ces miferables ? Quel
eft leur objet ? Sic'eft de fervir Dieu ,
en quoy ce devoir eft- il trouble ? Il
vous a donné un Roy à qui vous de
vezl'obéiffance. Depuis que la Nation
combatfous fes ordres , nous ne
voyons qu'une fuite de victoires , &
ce quifort de voftre Provincey a tant
de part que je ne puis penfer fans
GALANT III
verfer des larmes de fang , n'y apprendre
qu'avec horreur que dans le
milien & le coeur de fon pays on a
vû perir prés de huit mille hommes
depuis deux ans : huit mille François
, Meffieurs , & pour une Bataille
où les Imperiaux ont perdu
plus de quatorze mille hommes , ik
ne nous en a coûté que quatre ou
cing cens : quelle est cettefureur. Ne
vous parez point du motifde la Re
ligion ; adorez Dieufuivant l'opinion
que vous en avez , Dieu na
vous en demande pas davantage .
Quant à l'exterieur , oferiez- vous
prétendre que le plus puissant Roy
qui aytjamais porté la Couronne
n'aye pas dans fes Etats le même
pouvoir que le plus petit Prince de
l'Empire exerce chez luy. Pay vi
toute l'Europe , & plufieurs Etats
112 MERCURE
qui ayant pour Chefun Prince mème
Catholique
, ont banny de chez
eux la Religion
Catholiques
& une
troupe de mutins ofera prétendre
d'impofer
la loy au plus grand Roy
du monde. Regardons
- les , Meffieurs
, comme des aveugles
: tächons
de leur ouvrir les yeux. Ce font des François
, où l'on trouve la valeur
naturelle
à cette Nation . Il faut
dans les crimes les plus horribles
démêler
lesfemences
de la vertu , & la
feparer de ce qui la rend odieufe &
puniffable
. Toute l'Europe
eft conju
rée contre nous. Nous foûtenons
la
plusjufte guerre quifutjamais . La
Maifon
& Autriche
qui nous a tou
jours cedéla gloire des armes , fe retranchoit
fur cet ancien mot : Gallia
bella , tu Auftria
nube . Ces
Princes qui ne devoient
leur puif
GALANT 113
fance qu'au bonheur de leurs alliances
nous cedoient la valeur. Noftre
grand Roy a raffemble l'un & l'au
tre. Dieu par une infinité de Victoires
& de Conqueftes a comblé le merite
defes vertus par la fuccefion legitime
de la Couronne d'Espagne ,
tombée àfon Petit-fils , par les droits
defa naiffance , par un Teftament ,
& par l'acclamation generale de
fes Etats . Quel est le bon François
qui ofe murmurer des dépenfes que
nous caufe une guerre fi jufte . Vous
fupportez quelques impofitions ; mais
vous triomphez de toutes parts. Les
autres Peuples fouffrent incomparablement
plus que vous . J'ay laiffé les
armes victorieufes de Sa Majefte
dans le milieu de l'Empire , dont les,
Sujets foumis à plus d'impofts que
·les vostres , ont à fouffrir de groffes
Juin 1704.

K
114 MERCURE
in-
Armées . Quel est l'Ennemi qui ofe
approcher de vos Frontieres ? Quoy
dans le temps que nos Drapeaux fe
-font voir aux extremitez de l'Empire
; que les Aigles ne paroiffent que
pour parer nos Temples ; une Troupe
de malheureux oferà donner l'attention
à noftre Grand Roy
dignes qu'ils font de fa clemence , qui
feule fait durer leurs crimes ; il n'a
qu'à les abandonner àfa justice , &
dans trois jours les crimes & les criminels
difparoiftront . Je ne veux
que ce peu de temps pour qu'il n'en
foit plus queftion. C'est à vous , gens
de Village , queje parle , à l'exemple
de Venoux & de S. Paul On a
efté obligé de les détruire & en exterminer
les Habitans . Revenez à
vous , afin que je n'aye qu'à padonner.
Je demande cette graced
GALANT
IIS
Dieu ; maisfi vous n'attirez la cle
mence de Sa Majefté , fi voſtre obſtination
le force à la justice , je l'exerceray
cette juftice avec d'autant plus
de rigueur que je n'auray rien oublié
pour vous faire éviter la punition
que vous n'avez que trop meritée.
L'Ouvrage qui fuit convient
affez au temps , il eft
de Mr du Mont , Baron de
Blaignac.
Kij
116 MERCURE
LES DAMES
AU ROY D'ESPAGNE ,
Sur ce que Sa Majeſtė ne les
regarde gueres.
T
O D E.
Andis que le recit de vos
faits heroïques ,
Grand Prince , occupe nos
Epoux ;
Souffrez que nous venions , peu
fages politiques ,
De vous- même nous plaindre
à vous.
Nos langues voudroient bien fe
faire violence ,
Et fuprimer nôtre chagrin
GALANT 117
Mais le Sexe offenfé connoift it
le filence ,
Et la douleur a- t- elle un frein
S
Vous ne l'ignorez - pas telle
eft nôtre foibleffe ,
Nous aymons à troubler vos
coeurs ,
Nous en voulons fur tout à
l'auftere fageffe
Des Monarqus & des Vainqueurs
.
Nôtre.orgücil fe flattoit que
l'éclat de nos charmes
Renverferoit vôtre fierté.
Cent Heros avant vous ont bien
rendu les Armes
Au doux brillant de la beauté ,

Achile fut jadis vaincu par fa
Captive
118 MERCURE
Son Roy même fut fon Rival;
Hercule éprouva - t - il une flame
moins vive ?
Ha ! que vous les imitez mal .
Il est vray que marchant fur
leurs auguftes traces ,
Vous foumettez vos Ennemis ,
Mais toûjours défiant , & peu
charmé des
graces ;
Vous ne vous êtes point foûmis.
$
Devons nous l'exiger , un coeur
comme le vôtre
Seroit-il fenfible à nos traits .
Helas à cet affiont vous en
joignez un autre
Bien plus honteux à nos attraits
.
L'éblouiffant fecours d'une riche
parure
GALANT 119
Fortifie en vain nos appas ,
Vous triomphez en nous de l'art
de la nature ,
Et vous ne nous regardez pas ,
2
Le defir de vous plaire , à foimême
eft funefte ,
Loin de nous il fait fuir vos
yeux ,
Depuis quand la jeuneffe efte
elle fi modefte .
Et les Rois fi peu curieux .
Faudra- t- il que par vous dans
le fiecle où nous fommes
Ce changement foit établi ?
Sçavez- vous qu'il vous fied plus
mal qu'aux autres hommes ,
De mettre le Sexe en oubli

Nous mépriferiez - vous ; mais
quoy la Seine & l'Ebre
120 MERCURE
Ventent fi fort vôtre bonté j
Par vôtre grand courage étesvous
plus celebre
27
Que par vôtre affabilité.
Autant qu'à nos fouhaits vos
yeux font infenfibles
,
Autant les Heros font humains
Nous apprehendez - vous ? fommes-
nous plus terribles
Que les Bataillons des Germains.
2
Fayez- vous leurs Drapeaux ?
craignez- vous leur préfence ?
Quand vers vous leur Chef les
conduit .
Ne fupportez vous pas avec impatience
,
Qu'ils vous foient ravis par la
nuit
Vous
GALANT 121

Vous allez au devant de leurs
fureurs guerrieres ,
Vous vous en faites un devoir.
Faur il grimper des Monts &
franchir des Rivieres ,
Tout cede au defir de les voir.
2
Injufte empreffement , preference
cruelle
Meriteront- ils ces regards ?
S'ils vous montrent , grand Prince
, une ardeur mutuelle ,
Qu'il vous en coûte de hazards.
Pour former contre vous quelque
affreufe tempête
Comme eux joignons nous nos
efforts ?
Avons nous fait voler autour
de vôtre tête
Un plomb qui femât mille
morts ?
Juin
17041
122 MERCURE
Le Pô nous a- t-il vû par la rage
animées
Marcher au fon de leur Tambours.
Lorfque nous vous cherchons
nous ne fommes armées
Que de nos innocens amours.
Que nous fert- il , ô Ciel , d'être
peu formidables ,
Nôtre nom vous eft plus fuf
pect
Que les rufes d'Eugenne , &
& ces faux redoutables
Qui s'embraſent à nôtre aſpect.
Si
Jufques ou pouffez - vous l'excés
de l'injuftice
Vous tremblez grand Prince ,
eft ce à vous.
GALANT 123
Vâtre vertu n'eft pas une vertu
novice
Si quelqu'un doit craindre ,
c'eft nous .
Tous vos jours font liez par un
tiffu de gloire ,
Vous étes fidele & conftant ,
Roy , jeune , beau , guerrier ,
cheri de la Victoire ,
Pour nous vaincre en faudroitil
cant .
A
Difons - le toute fois , nous ne
fçaurions vous craindre ,
Nous ofons même vous blâmer
Vôtre vertu qui peut feule vous
y contraindre
Contre nous peut bien vous
armer,
Mais par de vains propos nôtre
troupe jalouſe
Lij
124 MERCURE
Retarde vos juftes plaifirs ..
Courez où vous appelle une
adorable Epoufe ,
Tendre objet de tous vos defirs

Elle ne vous a veu que Maître
de l'Espagne ,
Elle brûle de vous revoir ,
Vangeur du Milanés , Vainqueur
de l'Alemagne
Dont vous êtes le defefpoir.
Allez la retrouver , & laiſſez à
Vandôme
Vôtre Foudre & vos Etendarts
,
Marie encore plus que tout
vôtre Royaume ,
Eft digne de tous vos regards.
GALANT 125
Avanc que de reprendre
les Journal des Conquestes
faites par le Roy d Elpagne
fur les Portugais , je dois
ajoûter icy que j'ay oublié
dans la Relation de ces Conqueftes
qui estoit dans ma
derniere Lettre , les noms de
plufieurs braves Eſpagnols ,
qui fe font diftinguez. Ce
font Mr le Duc Doffone , Mr
le Duc de Baños , Mrle Marquis
de Miranda , Mr le
Comte de Torrejan , Don
Gafpard Giron , Don Alonſo
Manriqué, Mr le Marquis de
Lancaroté , & Don Juan de
Prado. Liij
126 MERCURE
Il est temps de vous parlez
de la prise de Caftelbran .
co & de ce qui a fuivi cette
priſe. Vous ferez fans doute
bien contente de la Relation
que je vous en envoye, puifqu'elle
a efté faite par Mr le
Duc de Barwic.
Du Camp de Villa Velka le
vingt huit May 1704.
E 22. Mr le Marquis de Thay
arriva avec fon détachement
devant Caftellranco , & le lendemain
23. aprés qu'on eut mis du
canon en batterie , la Ville & le
Chafteau fe rendirent à difcretion
GALANT 127
t
16
il y avoit cent Holandois dedans
& quelque Milice Portugaife ;
nous n'avons perdu à ce petit Siege
qu'une vingtaine de Soldats tuez ou
bleffez. Le pauvre Mr Robert ingenieur
& Brigadier y a eçû une
bleffare , dont il eft depuis mort. Il
y avoit dans la Ville une affez
groffe quantité de farine de celle
qui eftoit venuë d'Angleterre & de
Hollande dans des tonneaux , quelques
armes & plufieurs tentes , par
my lesquelles fe trouvent celles de la
fuite du Roy de Portugal.
Sur l'aproche de Mr de Thoy à
Caftelbrance , M1 Fagel qui étoit
avec quatre Bataillons Hollandois
& quelque Cavalerie à Alcareda
à trois lieues de- là , fe retira deux
lienës plus en arriere à l'entrée de
la grande Montagne à Sierra-
Liiij
128 MERCURE
Streilla & à deux lieuës d'Alca
reda.
Le 24. Mr de Puifegur fut détaché
avec deux Regimens de Dragons
& un de Cavalerie pour aller
à Villa. Velka recevoir les bateaux
defcendus a Alcantara , & deftinez
ày faire un Pont .
Le 26. je marchay avec la Brigade
de Berry Cavalerie , & celle
de Barrois Infanterie , pour aller
reconnoiftre la fituation du Camp de
Mr Fagel , laquelle me paroiffoit
une des plus mauvaiſes , fes flanes
eftant entièrement découverts , & le
Pays affezfacile à en approcher ;
mais comme pour aller à luy l'on
eftoit à decouvert de deux lieuës
je crus qu'il falloit le faire attaquer
à la pointe du jour , n'y ayant point
' apparence que ces Mrs vouluffens
>
GALANT 129
refter où ils eftoient , ayant la montagne
cinq cens pas derriere eux.
Pour cet effet Mr de Thoyfut chara
gé de faire reconnoiftre les chemins
& de marcher la nuit pour prendre
leurs derrieres & les attaquer à la
pointe du jour , je m'en allay camper
à Villa- Velka , où l'on commençoit
la conftruction du Pont de
batteaux.
Le lendemain Mr de Thoy mar
cha aux ennemis avec une Brigade
Efpagnole d'Infanterie , les Bataillons
de Medoc , de Dugaft
Bellafaire , Miromenil & quelque
détachement de Cavalerie , il mar.
cha droit aux Ennemis , qui , quoi.
que mal poftez , l'attendirent de
pied ferme à la tefte de leur camp .
On les prit par la droite & par la
gauche , & aprés une décharge , qui
130 MERCURE
nous coûta tres -peu , la plûparì
de leur Infanterie mit les armes bas.
& lon en prit fix cens avec prefque
tous les Officiers. Mr de Thoypourfuivit
avecfa Cavalerie & quel
ques Grenadiers , la Cavalerie des
Ennemis jufqu'a un lieu nommé
Zebrero diformofa , où eftoient deux
autres Bataillons Hollandois , lef
quels fe difperferent dans l'inftant ,
& s'enfuirent au travers des Montagnes
, l'on en a pris quelques uns,
le General Fagel a penfé eftre pris .
Nous n'avons perdu dans cette affaire
que vingt hommes de tuezo16
bleffez. Les deux Regimens battus
font Holstein & Nortbourg. Les
Prifonniers de remarque font Mrs
de Noyel , Verdrin , Almada & le
fils du General Athlone , Les Regimens
Espagnols d'Amarillos &
GALANT 131
d'Aguirefe font fort diftinguez , le
butin a efté tres confiderable , &
toutes nos troupes ont tres- bien fait
leur devoir.
On a apris depuis que les
équipages des quatre Batail- ´
lons dont je viens de parler ,
avoient efté mis fur fix bat. ~
teaux fur le Tage , que cinq
avoient efté pris , ce qui a
beaucoup incommodé ceux
qui fe font fauvez , & ce qui a
donné lieu à plufieurs de deferter.
Il eft à remarquer que
Mr Fagel fe fit apporter les
·Drapeaux lorsqu'il donna
ordre aux troupes qu'il com
132 MERCURE
mandoit de fe fauver, & qu'il
les emporta aprés les avoir
fait ofter des bâtons auſquels
ils estoient attachez . Mr de
Barwic aprés la deffsite de
ces troupes dont il prit trente
cinq Officiers ; mena qua.
tre des principaux dilner
chez Mr l'Abbé d'Etrées
Ambaffadeur de France
qui avoüerent de bonne foy
que la confternation eftoit
fi grande dans tout le pays , &
que tout y eftoit fi peu preparé
pour une vigoureufe
deff nce , & qu'ils croyoient .
que Sa Majesté Catholique
GALANT 133
pourroir facilement aller jufqu'à
Liſbonne.
Noms des Places qui ont efté
priſes en Portugal , & lá
maniere dont elles ont efté
prifes , avec un eftat de
ce qui s'est trouvé dans
Caftel Branco .
Salvaterra , a esté pillé ,
& la garniſon a efté faite pri
fonniere de guerre.
Segura , a eu le même ſort.
LaZebrera s'eft foumis à
l'obeïffance
du Roy.
Idanha la nueva aprés quel
134 MERCURE
"
que refiftance a efté pris &
pillé.
S. Miguel s'eft rendu.
Rofmariños , aprés avoir re.
fifté a efté pris & pillé.
Dogra s'eft foumis.
Sancta Lucia a fait de mê.
me.
Probenza a fuivi ſon éxemple.
Idañhala vierya a imité les
trois autres .
Sancta Marguarita a fait
de mefme.
Peña garcia , aprés avoir
refifté , a efté pris & pillé.
Monte Sancto a eu le mê
me fort.
GALANT 135
Corfayate s'eft foumis.
Montforte a fait de même .
Malpica a cru devoir l'i .
mirer.
Caftelbranco a refiké , il a
efté pris l'épée à la main , &
pillé. Le butin qu'on a fait
dans cette derniere place a
efté tres confiderable. On y
a trouvé ,
Soixante mille facs de farine.
Dix mille boulets de canon.
Vingt mil quintaux de fer.
Vinge mille quintaux de
poudre.
136 MERCURE
Les Tentes qui devoient
fervir au Roy de Portugal .
L'équipage
de la Cavalerie
que comtoit
d'avoir l'Archiduc
.
Quelques
mortiers
.
Trois cent mille Piaftres ,
beaucoup
de Vaiffelle
d'ar
gent , & d'autres
richeffes
,
fçavoir des Joyaux & des Bijoux
des Indes que l'Archiduc
avoit destiné pour les perfonnes
confiderables
d'Elpagne
qu'il croyoit devoir pren
dre fon parti.
Le Roy d'Espagne
fe fait
adorer de toutes les Troupes
.
Ce Prince declara
auffi tôt ,
GALANT 137
S.
aprésavoir fait les premieres
conquêtes , qu'il vouloit que
le pillage appartint aux Soldats
feuls, qui expofoient leur
vie , & que c'étoit à lui à
recompenfer les Officiers qui
fe diftingueroient , ce que
ce Monarque a ſouvent fait
aprés cette Declaration . ,
Le fragment de la Lettre
qui fuit ne vous deplaira pas
quoique cette Lettre n'ait
pas efté écrite par un Officier
de guerre , mais bien
par un Officier de la Maiſon
du Roy d'Elpagne. Vous y
verrez que , les Troupes de
Juin 1704.
M
138 MERCURE
S. M. C. n'ont pas moins pros
fité dans la Campagne qu'au
pilliage des Villes.
Du Camp de Zebrero , ce
13. May 1704.
I Es Places qui ont refiftés, ont
efté emportées d'emblée , mais
on s'eft contenté de permettre le
pillage , qui a efté tres - riche ; les
Moutons , Chevres , Chevaux ,
Boeufs , Vaches , Cochons , Ca.
walles , Poulains couroient
dans le Camp du Roy à bon
marché , il en eftoit de même &
de toutes fortes de bardes ; nous
GALANT 139
n
ne
avons trouvé contre la coûtume
´du pays , les terres fort bien enfemencées
, d'orge , d'avoine , de
fegle , defroment , qui nous &
ont fourni une grande abondance
de fourage ; joignez à cela qu'il
y a une infinité de petits val
lons fort berbus , de force - que
l'on ne manque pas de paturage
pour les chevaux. Les ennemis
ne s'attendoient pas de nous trowver
en fi bonne poſture , & les
Prifonniers ont dit , qu'ils ne
croyoiens pas qu'il y eût ancun
François avec les Troupes Efpagnoles
.
On croit que Dom Pedro eft
Mij
140 MERCURE
bien étourdi , ne fçachant où al
ler porterfecours , il doit recevoir
plufieurs Courriers par jour qui
lui apportent de mauvaifes nouvelles.
Les troupes Espagnoles
fe piquent de bien faire , & s'a -
vancent à l'envi. Il y cût à
Salvaterra un Grenadier François
qui en deffia un Espagnol
pour aller arracher
chacun fa
palliffade au tour du Château ,
ils y furent , & rapporterent
chacun la leur qu'ils vinrent prefenter
au Roy, S. M. C. donna
dix piftoles à chacun de ces deux
Grenadiers. Les ennemis n'eurent
pas la hardieffe de tirer deffus,
GALANT 141
Les Maraudeurs ont emporté
d'affaut une petite Ville à trois
lieues d'icy C'est un concours qui
fait plaifir à voir de deux à trois
Villes des environs du Camp ,
doù les Soldats viennent char
gez tomme des Mulets , trainans
des Chevaux ou des Mulets tous
encor chargez de butin , d autres
conduifent des Troupeaux
qui fait paroiftre le Camp plús
toft une foire , ou une aſſemblée
de Bergers , Bouviers , Porchers
& Maquignons qu'un camp de
Soldats , qui font bien coniens ,
& vivent fort bien enſemble,
Nos Espagnols font charmcZ de
ce
142 MERCURE
nos troupes Françoifes , & des
bonnés manieres de nos Officiers
generaux. Mr le Duc de Bar.
vvie eft infatigable , il fe trouve
par tout , & ne manque à rien ,
je puis vous dire que le Roy
* fait un bon choix enfa perſon.
ne , & tres convenable icy ; car
il est fort obligeant & tres honneste
à tout le monde . Le Roy
fait tous les jours le tour du
Camp , ainfi qu'il a toujoursfait
de toutes les Places conquifes.
les foldats font ravis de le voir,
& jettent leurs chapeaux en
l'air quand Sa Majefté paſſe demant
la ligne Jamais fa fanté
GALANT 134
n'a efte meilleure fes bonsfuc
cés luy donnent une joye que je
ne vous puis exprimer , ce.
pendant ce Prince ne le fait pas
trop paroître. Les ennemis n'oze
rent tirer pendant que S. M. fit
Le tour de la place de Salvater.
ra , je crois qu'ils jugerent qu'elle
3 eftoit en perfonne.
t
Le Roy a toujours couchéfons
fa tente depuis qu'il eft en
campagne . On nous affuroit que
nous aurions icy des chaleurs infupportables
, mais jufques icy
nous n'en avons pas encore fenti,
les nuits font fort fraiches ,
nous avons de l'eau du Ciel de
144 MERCURE
temps en temps qui abat la pouf
fiere , & qui diminuë la cha •
leur.
On fic le So de May dans
l'Abbaye de Saint Germain
des Prez un Service folemnel
pour Monfieur le Cardinal
de Furftemberg , qui avoit
été enterré le jour precedent
dans le Choeur des Religieux.
Mr l'Evêque de Strasbourg
fon Succefleur y officia , l'af
femblée fut nombreuſe &
illuftre , Mrle Cardinal d'Eftrées
, les deux Nonces ,
les Archevêques d'Aix , de
Rouen,
GALANT
145
Rouen , de
Bourges
accom
pagnez
des Evêques
de Con.
dom , de Metz , & de Mon.
tauban , & d'un
Clergé
nombreux
y
affifterent . Mr le
Marquis
de
Dangeau
fit les
honneurs de cette
ceremo❤
nie , où Mr
l'Ambaffadeur
de
Venile le
trouva avec plu
fieurs
Etrangers .
Madame la
Comteffe de
Furftemberg ,
Me la
Marquise de
Dangeau ,
& plufieurs
autres
Dames de
l'alliance
estoient
dans une
Chapelle
preparée
pour les
Dames .
L'Eglife
eftoit
toute
tenduë de noir , avec deux
Juin 1704.
N
146 MERCURE
rangs d'Ecuffons , moitié aux
Armes du Cardinal deffunt ,
& moitié de fes chiffres ,
avec une épée , & une
Croffe paffées en fautoirs de
distance en diftance , & les
Ecuffons qui eftoient aux
deux bouts de l'Eglife avoient
environ fix pieds de haut.
Le Maufolée qui eftoit au
milieu de la Nef eftoit extraordinairement
élevé. Le
Lit de parade eftoit orné
des marques des dignirez du
deffunt , fçavoir du Chapeau
rouge , de la Mitre , de la
Croffe, de la Croix de l'OrGALANT
147
dre da Saint Eſprit dont il
eftoit Commandeur , de fon
Bonnet Electoral que les Prin
ces de l'Empire ont droit de
porter , & de fon Manreau
rouge. Le Poële qui couvroit
la repreſentation eftoit magnifique
, & l'éclat de toutes
ces chofes eftoit relevé par un
grand nombre de lumieres.
Aprés l'Offertoire Mr l'Abbé
le Prevor monta en Chai
re pour prononcer l'Oraifon
funebre ; il le fit avec un fuc.
cés étonnant ; il reçûr des
aplaudiffemens de toute l'Af
femblée & ils furent f
Nij
148 MERCURE
grands , fi frequens , & don ?
nez à fi haute voix , qu'il s'en
fallut peu qu'il n'en for plu .
fieurs fois interrompu . Sa Di.
vifion eftoit , la fageſſe de Mr
le Cardinal de Furftemberg à
traiter les interefts des Princes,
& fa fag:ſſe à traiter les inte
refts de Dieu ; il dit dans fon
Exorde, que de tout temps Dieu
s'eftoit plû à ſuſciter de grands
hommes pour la confervation des
Empires , & que fi on avoit vû
autrefois entrer en Egypte un
Jofeph pour la confervation &
le retab iffement de cet Empire ;
de même le Prince qu'il·louoit ,
GALANT 149
avoit estéfufcité en certains temps
pour la confervation de l'Alle.
magne , comme il avoit pars
dans les guerres de Hongrie , où
cette Eminence ayant vû l'orage
qui fe formou contre l'Empereur,
obligea l'Electeur de Cologne fon
oncle à fournir fix mille hommes
pour la deffenſe de l'Empire ; il
fic enfuite voir que ce Prince
âgé de 16 ans feulement faifoit
l'admiration de la Cour
de Rome où il eftoit allé pour
apprendre les Lettres humai
nes , & qu'il y avoit acquis
une telle eftime, qu'Innocent
X qui regnoit alors , luy fit
Niij
150 MERCURE
toutes fortes d'offres pour l'ar
refter. Aprés fon retour en
Allemagne , il fut chargé par
l'Electeur fon oncle , de travailler
à luy procurer les fuf.
frages des Capitulaires de
Munſter, pour l'élection d'un
Evêque qu'on devoit faire.
Mr le Prince de Furftemberg
travaillant pour fon oncle ,
fut prié d'accepter pour luimême
cette dignité , mais il
refufa conftamment
une of
fre qui auroit pû tenter beaucoup
d'autres , & fit élire (on
oncle. Ce Prince fut enſuite
nommé Evêque de Metz ,
GALANT 151
& cette dignité lui donnoit
de grands engagemens avec
la Cour de France , il fut
quelquefois obligé d'en pren ;
dre de contraires aux interefts
de l'Empereur
. On peut
dire que l'Orateur toucha
ce point avec beaucoup de
delicateffe & qu'il juſtifia
parfaitement bien l'attachement
de ce Prince pour la
France ; attachement toute
fois qui ne lui fit point quitter
celuy qu'il devoit à la patrie,
l'Orateur n'oublia pas la Paix
des Pirenées , & plufieurs autres
Traitez où Mr leCardinal
Niiij
152 MERCURE
de Furftemberg avoit eu part,
non plus que fon enlevement
pendant les Conferences
de Cologne , & il fit voir
que fa moderation & fa patience
dans fa captivité fu
rent fi grandes , qu'il compofa
un Livre de Prieres &
de reflexions qu'on a trouvé
parmi les papiers ; il parla
de fon zele & de fon ardeur
pour deraciner l'here fie dans
le Dioceſe de Strasbourg où
la Providence l'avoit placé ,
de la douceur pour ramener
les Heretiques par le raifon .
nement & par la moderation
GALANT 153
plutoſt que par la violence,
pour l'execution de quoy
il
avoit traduit en Allemand le
Livre de l'Expofition de la foy.
Ses vertus morales , fa probi
té , la charité , fa generofité,
& fon defintereffement
furent
marquées avec de beaux
traits. Il fic connoître
, que
les dernieres années de la via
de ce Prince avoient efté une
preparation
continuelle à la
mort , qu'il meditoit dans les
fentiers de la folitude où il
fe retiroit ſouvent. Un acci
dent qui lui arriva à Villeg
neuve Saint George , lui don
154 MERCURE
na lieu de croire que fa mort
n'étoit pas éloignée , il s'y
prepara en Heros & en Chrétien.
Il alla faire la Cour au
Roy pour la derniere fois , &
vint enfin rendre ſon ame à
fon Createur. Mr l'Abbé le
Prevotloüa fort delicatement
Mr le Cardinal d'Eftrées , &
Mr l'Evêque de Strasbourg ,
les deux Succeffeurs de Mr le
Cardinal de Furftemberg.
On vit auffi dans cet Eloge
funebre , que ce Prince avoit
engagé par fon exemple , &
par les Confeils les Chanoines
de Cologne à fe confor
GALANT 155
mer à la diſcipline
Ecclefiaftique
en quittant
les habits
feculiers
qu'ils portoient
or
dinairement
.
Le 24 du mois de May le
Roy nomma à l'Eveſché de
Toul , Mrl'Abbé de Camilly
Vicaire General de Straf
bourg. Il eft de la Province
de Normandie
, & fils d'un
Confeiller
au Parlement
de
Roüen . Son frere Y exerce
encore aujourd'hui
la même
Charge. Leur Maiſon
eft and
cienne
& d'une grande dif
tinction
en Normandie
, elle
y eft alliée à tout ce qu'il y a
de plus confiderable
. Mrs de
156 MERCURE
Camilly font proches Parens
de Mr. de Saint Contest
Maiftre des Requeftes . L'Abbé
qui donne lieu à cet Arti
cle , eft d'un merite reconnu
& d'une vertu diftinguée .
Il eſt de plus Docteur de la
Maifon & Societé de Sorbonne
, il en a même efte
Prieur dans la Licence qu'il
fit avec éclat & avec fuccés.
A peine eut il fini le cours de
fes études qu'il s'attacha au
Miniftere Evangelique , & on
fçait de quelle maniere il y a
réuffi dans le Diocefe de
Strasbourg où il y avoit beauGALANT
157
coup à travailler
pour
le fa
lut des ames . Mr l'Abbé de
Camilly a beaucoup de zele ,
& d'activité , ce qui eft à
fouhaitter dans l'Evefche de
Toul , puifque ce Dioceſe a
huit cens Paroiffes , ce qui doit
donner beaucoup d'occupation
à un Evefque qui veut,
faire fon devoir. Le nom de
ce nouveau Prelat ne fera
pas inconnu en ce pays - là ,
pui que fa famille eft origis
naire de Lorraine , où elle
poffede encore aujourd'huy
de grands biens .
Mefire Charles Marin de
158 MERCURE
Seiffel , Seigneur d'Altemare
& du Monet, eft mort depuis
peu dans un âge peu avancée .
Il eftoit fils de feu Meffire
N.... de Seffel , Seigneur
'd'Altemare , & de Dame Barbe
de Tricaud , fille de feu
Meffire Philibert de Tricaud
& de Dame Georgette de
Montfalcon . Mr d'Altemare
qui vient de mourir avoit
fervi le Roy pendant quel
ques Campagnes . Il a laiffé
un fils & trois filles de feuë
Dame N.... de Bavoft des
Terreaux , qui defcendoit
d'un Prefident à Mortier au
GALANT 159
Senat de Savoye. Mr d'Alte
mare laiffe deux freres & une
foeur qui n'eft pas mariée.
L'aifné des freres eft Chanoi.
ne de l'Eglife Cathedrale de
Saint Jean Baptifte de Belley
& le cadet a fervi longtemps
dans les Armées du Roy. La
Maiſon de Seiffel eft une des
plus illuftres de Savoye & de
Bugey où elle eft répanduë
en divers branches. Celle
d'Altemare s'eft toujours
maintenue par de bonnes alliances
qui l'ont alliée à tous
tes les meilleures мaifons de
de ces Provinces. Celui qui
160 MERCURE
donne lieu à cet Article étoit
fort eftimé dans fa Province.
Ilavoit le talent de fe faire des
amis , & celui de les conferver.
Mr le Marquis de Riva.
rolles mourut en cette Ville
au commencement du mois
de May, Il avoit fervi dans
les Armées du Roy une gran
de partie de fa vie , & il eſt
mort Maréchal de Camp.
Les grandes bleffures qu'il
& dont une avoit receuës
luy avoit emporté la jambe ,
jointes à la Declaration que
le Roy fit au commencement
GALANT 161
de la derniere Guerre , qu'il
ne vouloit employer aucun
des Sujets du Duc de Savoye
l'obligerent de quitter le fera
vice . Feu Mr le Maréchal de
Luxembourg en faifoit un
grand cas , & outre le fervice
qu'il avoit rendu fous ce Maréchal
, il avoit esté encore
long- temps en Catalogne
pour executer les ordres du
Roy. I laiffe des enfans de
Dame N... de la Roue d'une
des plus illuftres Maiſons de
la Province d'Auvergne
l'ainé deſquels eft au ſervice
de Mr le Duc de Savoye
Juin 1704.
O
162 MERCURE
.
Mr le Marquis de Rivarolles
eftoit de l'illuftre maifon de
Saint Martin d'Agliells l'une
des plus grandes du Piémont
où elle tient le mefme rang
que celle de Montmorenci
tient en France , puifqu'elle
y eft alliée , meſme à la maifon
de Savoye par plus d'un
endroit , & qu'outre que Mr
de Rivarolles defcend d'une
fille naturelle de Savoye; On
fçait qu'il en eſt entré de legitimes
dans fa Maiſon
qui eft auffi alliée à celles de
Saluces , d'Yvrée , de Scaglia
& à plufieurs Mailons SouGALANT
163
veraines d'Italie . Mr le Marquis
de Rivarolles étoit Beau
frere de Mr le Marquis d'Arg
fiano , Maistre de Cham
bre de Mr le Duc de Mantoüe
, puifque ce Marquis
avoit épousé fa foeur. On fçaic
quel rang lamaifon d'Arfiano
tient en Italie , puiſque lors,
que cé Marquis fit recevoir
un de fes fils à Malthe dans ·
Jes quartiers qu'il prouva, en
fit voir quatre de Rois ou de
Maifons Souveraines , & que
c'eft une ancienne tradition
que cette Maiſon defcend des
Rays de Ligurie . Mr le mag
3
O ij
164 MERCURE
quis de Rivarolles a un frerë
Comte de SaintJean de Lyon.
Il vacquoit par la mort de
Mr de Rivaroles une Grande
Commanderie de Saint Louis
avec le cordon rouge , dont
le Roy a honoré мr de Be
zons , qui s'eftoit rendu digne
de ce choix par une in
finité d'actions de la plus
haute diftinction dont prefque
toutes les Relations de
guerre qui ont paru depuis
plufieurs années font remplies.
Sa Majesté donna en
même temps la Commanderie
qu'avoit mr de Rivaroles,
GALANT 165
à Mr le Comte de Laumont
qui commande dans Dunquerque
, dont je vous ay
fouvent parlé , & qui joint
beaucoup de fageffe à beau
coup de valeur. Mr du Gaf
quet cy- devant Lieutenant .
Colonel du Regiment de
homme de
Champagne
beaucoup de fervice , & de
beaucoup de valeur , for en
même temps pourvû de la
Commanderie qu'avoit мr le
Comte de Laumont, LeRoy
nomma auffi мr le Marquis
de Bully Gouverneur de Me !
nin , Chevalier de S. Louis ,
166 MERCURE
& Sa Majefté donna à мr le
Marquis de manieres , En2
feigne des Gendarmes de
Berry la Soulieutenance de la
même Compagnie
& la
Cornette à мr le Comte de la
Porre .
Tout ce qu'écrit Mr le
Maréchal de Villars eft lâ
avec tant de plaifir , que j'ay
crû devoir vous envoyer la
Lettrefuivante, elle eft écrite
par ce Maréchal à un miniftre
du premier rang. Vous
en verrez le ſujet en la li
fant.
GALANT 167
Lorfqueje recevois le compliment
dont vous avez bien voulu m'ho
norerfur la fin de la revolte , j'ay
du craindre qu'elle ne fe ralumat
tant il eft difficile de prendre quel
que affurance far les paroles que
donnent desgens auffi extravagants
que les Camifards. Ie dois cependant
me louer de leur premier Chef Cavalier
, dans lequel j'ay toujours
reconnu un defir fincere d'eftre fidelle
à ſes engagemens ; mais pendant
trois jours qu'il a efté obligé de sabfenter
de Calviffon pour raſſembler
les diverfes troupes de Rolland ,
Caftanet , Ioüannis & plufieurs
autres, Ravanet , Lieutenant de
Cavalier , Prophete le plus furieux
&plus fol mille fois que celui qu'on
a vù aux petites Maifons ; se Prophete,
dis-je, pendant l'éloignement
168 MERCURE
(
de Cavalier difoit fouvent que l'efprit
l'infpiroit qu'il les trahifoit.
Cavalier revenu , trouva fa troupe
toute emeuë, & incertaine , il la
raffembla pour luy parler. Dans le
me/me temps Ravanet s'écria que
Dieu lui montre la feu Ivoye de
falut , & que l'on le fuive ; il prend
le chemin d'un Bois , tout fuit aprés
luy. Cavalier mit le pistolet à la
main pour le tuer , on fe mit entre
deux ; mais en attendant voila mes
enragez aux champs queje nourrisfois
depuis huit jours à Calviffon
efperantque des repas plus reglez
leur raccommoderoient un peu le cerveau
point du tout , méprisant leurs
tres-legers équipages , tout s'en va
nonfans quelque tentation de tuer,
en partantle Commiffaire VVinciot
deux autres Officiers qui l'aidoient
GALANT 169
doient à les contenir, l'ay apris cette
nouvelle il y a trois jours avec douleur.
On avoit fongé à tout ce qui
pourroit convenir au bien duſervice,
& je vous affure que rien ne nous
avoit échapé. Sur cela on demandera
pent eftre pourquoi n'avoir pas des
troupes à portée , pour en tout évenement
, poavoir les retenir ; mais
leur deffiance étoit telle qu'ils ont
toujours eu des Vedettes fur les
grands chemins à deux lieuës de Calviffon
, il eftoit question de ramener
tous les revoltez en mefme temps , &
en manquant de parole aux premiers
, on rendoit tout les autres ir.
reconciliables . Enfin , Monfieur ,
j'ayprisfur cela le parti deretourner
à mes premiers principes de fuivre
ardemment tout ce qui avoit les
armes à la main , & de pardonner
Juin 1704 .
P
170 MERCURE
ceux quife foumetteroient
Toutes
les troupesfont en mouvement , &
Cavalier m'eft venu trouver aûjourd'huy
avec fes principaux Officiers
, & environ cent hommes , &
il en arrive à tous momens .
Tout va Dieu mercy auffi-bien
que l'on peut le fouhaitter ,fur tout
quand on a affaire aux plus grands
foux qui ayent jamais couru les
Champs. Le peuple de la Campagne
eft encore plus extravagant que
ceux qui font revoltez ; cependant
il eft affez heureux que cette affaire
foit prefte à eftre terminée : & les
fideles fujets du Roy d'Espagne en
Catalogne , ont efté ravis d'entendre
dire deux jours avant que les
Armées Navales d'Angleterre &
de Hollande ayent moüillez à leurs
vûës , qu'ayant affoupy la revolte
GALANT
171
j'étois preft à matcher avec une Armée
pour les deffendre des Etrangers
pour contenir les mal- intentionnez.
Tout le reste des revoltez délibere
& fe raffemble demain . Comme
l'on a vû que je n'avois rien oublié
pourfinir par la douceur , on est bien
perfuadé quefi l'extrême dureté eft
neceffaire , elle ne fera pas épar
gnée ; auffi tous les nouveaux Convertis
de toutes les Villes font allez
trouver ces revoltez , pour leur déclarer
que s'ils ne fuivoient l'exemple
de Cavalier , ils les auroient
pour leurs plus mortels ennemis , &
ils agiffent fur cela de bonne foy
malgré l'opinion que plufieurs m'en
avoient voula donner. Dans le moment
que je finis ma Lettre
m'arrive fix hommes à cheval &
buit à pied.
il
Pij
172 MERCURE
Mr le Marquis de Mon
luc , Colonel du Regiment
d'Infanterie de Monluc , a
épousé Dame N... de Fleurs ,
fille de Meffire N..... de
Fleurs , ancien Maistre des
Comptes , l'homme de fon
temps le plus poli , & le plus
galant ; cette Demoiſelle qui
eft auffi aimable que fpirituelle
, a efté élevée avec des
foins extraordinaires , & Mr
de Fleurs qui avoit pour elle
un grand attachement , luy
a donné une excellente edu .
cation . Mr le Marquis de
Monluc defcend du celebre

GALANT
173
Jean de Monluc Evêque de
Valence & de Die , frere de
Blaiſe de Monluc Maréchal
de France, Chevalier de l'Or.
dre du Roy , & fils de François
fieur de Monluc , & de
Françoise d'Eftillac. L'Evê .
que de Valence , qu'on dit
avoir cfté Religieux Jacobin,
& que Marguerite Reine de
Navarre tira de fon Cloitre ,
fut feize fois Ambaffadeur
pour le ſervice de cinq de
nos Rois , il reüffit tres. bien
pour l'Election de Henry III .
à la Couronne de Pologne ,
dont le Roy Charles IX . l'a-
Piij
174 MERCURE
voit chargé, Le P. Colombi
Jefuite a fait une Apologiepour
le deffendre de la rache
de Proteftantifme
qu'on a
voulu imprimer fur fa memoire.
Il laiffa d'Anne Martin
un fils naturel qui fut legitimé
au mois de janvier de
l'an 1567. & que fon merite
& fa valeur éleverent à la dignité
de Maréchal de France.
Le Maréchal de Balagni
( c'est celui dont je parle ) fut
aufli employé pour procurer
la Couronne de Pologne à
Henry III . A fon retour , le
Duc d'Alençon le fit Gou
GALANT 175
1
verneur de Cambray , dont
enſuite le Roy Henry IV. le
fit Prince en le faifant Ma
rechal de France , à la priere
de la celebre Renée de Clermont
, fille de Jacques de
Clermont d'Amboiſe , fieur
de Buffy , & de Catherine de
Beauveau la femme : les ha
bitans de Cambray peu fatisfaits
de la domination
de
leur nouveau Maiftre ,
voulurent ſecoüer le joug ,
fa femme vint dans la Place,
la pique à la main , employa
toutes choles pour arrefter
cette refolution , croyant que
en
Piiij
176 MERCURE
mourir étoit quelque chofe de
moins facheux pour elle que
de rentrer dans le neant . Lors
qu'elle vit qu'il n'y avoit plus
d'efperance , elle s'enferma
dans fon cabiner où elle mou :
rut fur le champ de déplaifir.
Son mari prit une feconde
alliance avec Diane d'Eftrées
fille d'Antoine Grand Maître
de l'Artillerie. C'eft de ce
Maréchal que defcend мr de
Monluc .
Je vous envoyai le mois
paſſé la traduction d'une Lettre
Eſpagnole de Dom Juan
GALANT 177
Varon de Chauez , Gouver
neur de l'lfle de Cuba , au
Roy , touchant la prife des
Ifles de la Providence & de
Siguatey dans le Canal de
Bahama ; je vous promis en
mêmetemps de vous envoïer
une Eftampe de l'Ile de la
Providence, je m'acquite de
ma parole , & vous l'envoye.
Perfonne n'ignore que la
Galerie du Palais d'Orleans ,
communement appellé Luxembourg
, paffe pour un
chef- d'oeuvre de peinture ;
cette Gallerie eft du fameux
Rubens , & comprend en
178 MERCURE
viage- quatre
Tableaux
fous
des figures allegoriques
, la vie
de Marie de Medicis
, une
partie de celle d'Henry
IV.
& de celle de Louis XIII.
Tous les Etrangers
qui font
venus en France , & qui ont
vû cette Gallerie
en ont été
charmez
, & ont efté furpris
en même temps
de ce que
l'on ne l'avoit
pas fait graver
; c'est ce qui a excité Mr
Nattier
Peintre
, & qui a
l'honneur
d'eftre
de l'Academie
Royale
de peinture
& de fculpture
, à chercher
les moyens
de donner
un fi
GALANT 179
grand Ouvrage au public , en
le faifant graver: ila pour cet
effet fait defigner tous les
Tableaux de cette Gallerie
par les deux fils , qui paffent
pour tres habiles dans leur
profeffion . Ces deffeins étant
achevez , le Roy a bien voulu
les voir , & S. M. en ayant
efté tres fatisfaite , & ayant
accordé un Privilege pour les
graver , Mr Nattier a crû ne
devoir point differer à faire
travailler à la graveure. Les
Graveurs qui font employez
à cet ouvrage font des plus
habiles , & le font acquis
180 MERCURE
beaucoup de reputation par
leurs ouvrages , vous n'en dou
terez pas , quand vous fçau .
rez que ce font /Meffieurs
Audran , Simoneau , Ethlinc,
Loire , Picard , Trouvain , &
du Change . Mr de Chaftillon
s'eft auffi chargé de quelques
planches mais quoiqu'on
loit affuré qu'il ne peut
manquer de reüffir , on ne
peut dire quand il les donnera
, les Ouvrages ordinaires
pour le Roy , & pour l'Academie
des Sciences l'occupant
entierement . On ven .
dra au premier jour les fix
GALANTA 181
premieres Estampes de cette
Galerie , afin de fatisfaire à
l'empreffement de ceux qui
en demandent tous les jours,
depuis qu'ils ont fceu qu'on
avoit commencé à les graver.
Mr Nattier donnera en:
fuite les Eftampes , deux à
deux jufqu'à ce que tout l'ou.
vrage foit fini. Il fera auffi
graver le Portrait de Rubens
, ce qui fera vingt - cinq
Planches. Les explications de
chaque fujet feront au bas
des Estampes.
Vous fçavez que Mr le Baron
de Bretcüil Introducteur
182 MERCURE
des Ambaſſadeurs ,a une fort
belle mailon à Charolle , où
il reçoit tous les Jeudis les
Miniftres étrangers qui font
en cette Cour. On s'y promene
, on y joüe , & chacun
s'y divertit felon fon goût ;
il a donné dans ce lieu une
Fefte des plus galantes à Mr
le Duc de Mantoüe ; il y
avoit deux tables dans un lieu
tres-delicieux , elles eftoient
de vingt- quatre couverts cha
cune ; il y avoit un grand
nombre de Dames . La Sym .
phonie , & les voix ne furent
pas oubliées , demaniere que
GALANT 183
Mr le Duc de Mantoüe fur
tres-fatisfait de cette Felte ;
il dit même à мr de Breteüil,
qu'elle n'étoit pas d'un Particulier
mais d'un Souverain
& qu'il en parleroit
au Roy.
,
Ce qui fuit a efté traduit
de l'Eſpagnol. Vous le trou
verez trés curieux , & digne
de vos reflexions.
184 MERCURE
TRADUCTION
de la Lettre du Roy de
Maroc au Gardien du
Convent des Recolets
de Mequinez .
A Mequinez le 22, du Ramadam
1116 .
Au Nom de Dieu feul Tour-
Puiffant.
A vous Frere Diego de los
Angelés : Salut & accroiffement
de bons defirs .
Vous
us ferez fans doute déja
informé de la grande amitié
GALANT 185
que j'ay pour le Cardinal deTo.
lede , dont vous avez eſté le mediateur
, vous que je n'aime pas
moins auffi bien que conte la
Nasion Efpagnole
; ayant vû
avec combien peu de raiſon le
Duc de Bragance
a pris les armes
, lui qui fut autrefois fujer
de l'Espagne , dont il fecoua le
joug par les fecours de quelques
mauvais Protecteurs
qu'il trouva
alors lui dont la rebellion a
eu un heureux fuccés par la foi
bleffe du Gouvernement
des
Rois d'Espagne
; & non pas en
vertu d'aucun droit qui refidaft
fa Perfonne. Ayant vis auffi
Juin 17046
Q
5
186 MERCURE
que depuis ce temps - là il a joiy
d'une tranquille Paix avec toutes
les Nations & du cherif
Commerce interieur de fon pays ,
fans y laiffer entrer de dehors aucune
forte de Soiries ny d'autres
Marchandifes de valeur , preuve
certaine de la pauvreté de fes
Etats , & à laquelle il doit fans
doute , le repos dont il a joy
infqu'icy. Et voyant preſentement
, par
, par les nouvelles que nous
font venues , qu'il a declaré · la
guerre aux deux Couronnes .
J'ay iugé que l'heure est maintenant
arrivée , à laquelle il doit
avoir le fort de toutes les creat
i
GALANT 187
tures , lefquelles eftant nées de la
terre y retournent , & qu'il re.
deviendra Duc , fi je ne me
trompe.» Et_fouhaittant ardem .
cela arrive , & pouffé
ment que
d'ailleurs par la grande amitié
que je parte andis Cardinal de
Tolede , qui eft & à efté le veri
table Protecteur de l'Espagne &
à qui cette Monarchie eft rede.
vable de tousfes Lauriers paß:Z,
prefens à venir. F'ay refolu
d'écrire la Lettre cy- iointe en
Arabe , au Duc de Bragance ,
afin qu'il la reçoive par vos
mains; Et ainfi l'executerez vous
auffitoft que vous l'aurez reçûë,
Qij
188 MERCURE
Dis vefte nous avons grande en
vie de vous voir c'est pourquoy
executez les chofes dont vous
avezeſté shargé. Principalement
fouven z- vous des Chiens de
la qualité dont on les went. Dien
vous garde de mal De noftre
heureux Palais de MequineZ.
Monfeigneur le Duc de
Berry eftant à la chaffe du
Loup avec Monſeigneur le
Dauphin , fur porte à terre
par fon cheval qui trebucha ,
& paffa fur ce Prince , il eut
l'épaule droite demife , & la
joie droite qui porta à terre
GALANT 189
fut un peu meurtrie. On ne
lui remit point l'épaule fur le
champos on le mit dans un
Garofle de Monfeigneur , &
il revint lentement. Le Roy
& toute la Cour l'attendoient
pre's fon appartement.
Ce Prince falia tout le
monde & ne parut point effrayé
de fon accident, il affu
ra méme les Chirurgiens
qu'il s'attendoit à fouffrir de
grandes douleurs ; mais il leur
dit en même temps qu'ils ne
s'en devoient point embarraffer.
Lorfque Mr Maréchal
premier Chirurgien du Roy ,
190 MERCURE
fe mit en eftat de faire l'ope
ration , le Roy entra dans un
Cabinet qui tient à fon Appartement.
Mr Maréchal
luy remit l'épaule avec autant
de promptitude que d'a .
dreffe , fans que ce Prince fit
le moindre cry. On appric
auffi - cost au Roy que l'ope .
ration eftoit faire
ce qui
furpric Sa Majesté , parce
qu'elle n'avoit point oüy
Crier ce Prince dont la fermeté
fat loüée par tous ceux
qui le trouverent prefens , &
fur tout par Madame la Du
cheffe de Beauvilliers qui lui
GALANT 191
donna de grands éloges .
Dame Charlotte Seguier ;
fille de feu Meflire Pierre Seguier,
Chancellier de France ,
Duc de Villemor , Comte de
Gien , Pair de France & Commandeur
des Ordres du Roy,
& de Dame Magdelaine Fabri
, fon épouse , mourut au
commencement
du mois de
May , âgée de prés de qua.
tre - vingt - deux ans . Elle
épousa en premieres noces
Maximilien- François de Bethune
, troifiéme du nom ,
Duc de Sully , Pair de Fran
192 MERCURE
ce ,
dont elle eut Maximilien
Pierre François de Bethune ,
Duc de Sully , qui fut marié
au Chafteau de Meudon le 1.
Octobre 1658. avec Marie-
Antoinette Servient fille
d Abel Marquis de Sablé ,
Surintendant des Finances ,
de laquelle il a eu Mrle Duc
de Sully d'aujourd'hui , époux
de Dame N... de Coëflin ,
& plufieurs autres enfans .
Les autres enfans de feu Mr
le Duc de Sully, & de la Dame
qui donne lieu à cer Article ,
font Madelaine Françoife ,
Carmelite à Pontoile , Marguerite
·
GALANT 193
guerite Louiſe de Bethune,
Duchefle du Lude , Dame
d'honneur de Madame la Du
cheffe de Bourgogne , & qui
-
avoit époulé en premieres
nôces Armand deGrammont
Comte de Guiche , mort en
1672. & en fecondes , Henry
de Daillon Duc du Lude
Grand Maistre de l'Artillerie
de France, & Marie Therefe de
Bethune morte en bas âge.me
la Ducheffe du Lude n'a point
eu d'enfans de fes deux époux,
elle eft tante de мrs le Duc
& le Chevalier de Sully. C'eſt
une Dame dont la conduite
Juin
1704.
R
194 MERCURE
a toujours efté eftimée. Elle
a efté Dame d'honneur du
Palais. Dame Charlote Se
guier époufa en fecondes
noces Henry , legitimé de
France , Duc de Verneuil ,
fils du Roy Henry le Grand ,
& de Henriette de Balzac
d'Entrague que ce Prince fit
Marquise de Verneüil . Le Duc
de Verneüil eftoit Evefquede
Mets lorsqu'il épousa Mada :
me la Ducheffe de Sully.
C'eft à cause de cette alliance
que le Roy traittoit toujours
deTante Madame la Ducheffe
de Verneuil , & qu'il en a
!
4
GALANT
195
même pris le deuil . Cette
Dame eftoit foeur de Made
laine Seguier , mariée en premieres
noces avec Cefar du
Gambout, Marquis de Coaflin
Colonel des Suiffes dont
elle cut feu Mr le Duc de
Coaflin & Mr le Cardinal de
Coaflin , & en fecondes noces
avec Gilles Marquis de
Laval de l'illuftre Maifon de
Montmorenci , dont elle eut
Magdelaine de Laval , mariée
en 1662 , avee Henry Louis
d'Alogny , marquis de Rochefort
, Capitaine des Gardes
du Corps du Roy. Quoi
Rij
196 MERCURE
que la maifon de Laval ſoit
aujourd'hui une branche de
celle de Montmorenci
, elle a
fait pourtant autrefois une
maifon particuliere
qui eftoit
fur un grand pied dans le
monde.
Je dois vous apprendre
auffi la mort de Mr le Chevalier
d'Ainac. Turenne , qui
n'étoit âgé que de vingt fix
ans , & qui dans un âge fi
peu avancé eftoit Capitaine
de Cavalerie dans le Regiment
de Vivans . Voici de
quelle maniere Mr du Rozel
Lieutenant general des ArGALANT
197
mées du Roy en a écrit à Mr
le Comté de Vaillac Maré.
chal des Camp & Armées du
Roy , & coufin germain du
deffunt . Le
pauvre Chevalier
d'Aynac Turenne vôtre
coufin , a efté tué aujour
d'hui , un parti des ennemis
trois fois plus nombreux que
celuy qu'il commandoit
,
F'aïant attaqué , il a effuyéla
premiere decharge de ce parti
, & à marché enfuite l'épée à
la main avec une valeur que
Son Alteffe Electorale admira
; mais fon Cheval aïant
cfté bleffé de plufieurs coups,
R iij
198 MERCURE
il fut obligé de l'abandon.
ner & ne voulut pas en
de peur
monter un autre ,
que dans le temps qu'il le
feroit venir , l'ardeur de fa
petite troupe ne fe rallentît ,
il a donc combattu à pied
plus de demy heure en re
pouflant vigoureuſement les
ennemis , & a receu enfin
deux coups de moufquet dans
la tête , qui l'ont renversé
mort fur la place. S'il n'eût
pas eu ce deftin funefte , il
auroit in failliblement défait
ce parti : car il s'y eftoit pris
felon les regles du meſtier ,
GALANT 199
& de la vraye bravoure . Mr
l'Electeur qui l'avoit recom
mandé au Roy fur une autre
belle action qu'il avoit faite
l'année derniere , le regrette
fort auffi bien que toute
l'Armée de Son Alteffe Elec
torale.
EPITAPHE DU FRERE ,
Compagnon du R. P.
Bourdaloüc.
D'Autres du grand Bourdalone;

ChantentPéternel renom ,
Pour moy feulement je lože
Son fidele compagnon .
R iiij
200 MERCURE
S
Tel que la chate d'Enée
Le bon frere pas à pas
A fuivi fa deftinée ,
Même jusques au trepas .

Dans les degrez de la Chaire,
Plus fier de fon Orateur ,
Que Maillard le debonnaire
N'étoit de fon Confeßeur.
2
Il meurt aprés ce grand homme
Et ne veut plus ſe prefter.
Le cheval d'un Pape à Rome,
Ne fe laißa plus monter,
Mr Foucault Intendant à
Caën , ayant esté nommé
Confeiller d'Etat Mr Renout
Doyen de l'Eglife Collegiale
GALANT 201
du S. Sepulchre de Caën , fit
à ce nouveau Confeiller d'Ed
tat le compliment qui fait ,
Ous eftes un Intendant
fi
diftingué , d'un genie fi fu
blime , d'un esprit fi vif & fi
penetrant , d'un jugement fi folide
, d'une capacité
fi profonde
,
d'une prudence
fi confommée
, &
d'une equité fi connuë , que nous
ne fommespas furpris que le plus
grand homme , & le plus
grand Roy de l'univers vous ait
fait Confeiller
d Eftat , aprés
vous avoir fait Maitre des Requeftes
, &fon Intendant dans
202 MERCURE
plufieurs de fes Provinces . Sa
Majesté connoist voftre merite ,
& elle fçait que vous eftes un
de ces illuftres Magiftrats qui a
le plus penetré dans le fanctuaire
de Themis ; elle fçait les grands
Services que vous avez rendus
l'Eftat , & que vous faites
toujours rendre à Cefar , ce qui
appartient à Cefar , & à Dieu
ce qui appartient à Dieu , &
ainfi , Monfeigneur , laſuprême
dignité qu'elle vous vient de donner
dans fon augufte Senar eft
une jufte recompenfe de vos veilles
, de vos travaux , & de
soutes vos rares qualitez ; c'eſt
GALANT 203
Monseigneur
ce que tout le
monde avoue fincerement en bes
niffant noftre invincible Monar
que vostre bienfaicteur , & e
que nous publions avec beaucoup
de joye , en vous rendant
nos tres-humbles refpects.
L'article que vous venez
de trouver dans ma Lettre
de la Fefte donnée à Mr le
Duc de Mantoüe par Mr le
Baron de Breteuil eft fi imparfait
, que j'ay cru devoir
ajouter à cet Article la Relation
fuivante , qui remplira
entierement voftre curiofité.
204 MERCURE
Mr le Baron de Breteuil fut
nommé par le Roy au commencement
du mois de May
dernier , pour avoir feul le
foin de la reception & du
traitement fait à Monfieur le
Duc de Mantoüe à Luxem
bourg ; ce Baron a toûjours
accompagné ce Duc à Verfailles
, à Paris , à Meudon ,
& à Saint Germain en Laye ,
ainfi que dans tous les lieux
où on a crû avoir beſoin de
fa prefence ,& ce Baron s'eft
acquité dans toutes ces occa
fions des fonctions de cet
employ , avec toute la capa,
GALANT 205
cité & la politeffe poffible ,
& d'une maniere dont le Roy
& Monfieur le Duc de Man .
toüe ont efté également fatisfaits
; mais pour finir cette
commiffion avec la magnificence
qui eft ordinaire à ce
Baron , il donnale 12. de ce
mois une Fête à ce Prince dans
fa maifon de Charonne.мr de
Mantoue lui ayant dit , cinq
ou fix jours auparavant , qu'il
vouloit s'y aller promener fur
le recit qu'il en avoit oüy
faire .
Ce Prince y arriva fur les
fix heures du foir , & aprés
206 MERCURE
une promenade d'une heure,
il entra avec les Dames dans
un Sallon preparé pour la
Muſique , où tout ce qu'il y
a de plus belles voix d'hom .
mes & de filles à l'Opera
chanta de la mufique Françoiſe
& Italienne , dont la Sim .
phonic eftoit composée de
tout ce qu'il y a de plus exquis
dans l'orquestre de l'O.
pera ; ce divertiffement étant
fini , un fameux Joueur de
Gobelets amufa la Compagnie
jufqu'au moment où
l'on fe mit à table. Le fouper
eftoit preparé dans l'OranGALANT
207
gerie qui eft fort grande :
elle eftoit entourée de petits
Orangers , & l'on voyoit en.
tre ces Orangers de grands
vafes bleus remplis de toutes
fortes de fleurs ; de parfaitement
beaux Tableaux ,
regnoient au deffus tout autour
de la falle qui étoit éclai
rée par fix luftres , & par
quantité de girandolles. Iky
avoit dans le fonds un buffet
des plus magnifiques , il étoit
à trois étages , & garni de tout
ce que l'Orfevrie peut avoir
de plus beau , en argent ), &
en vermeil doré. Il y eût deux
t
208 MERCURE
Tables de vingt - quatre cou
verts chacune , derriere lefquelles
plufieurs perfonnes
mangerent debout. Plufieurs
Tables furent auffi fervies
pour la Luice.
Lorfque la Compagnie
paffa du Sallon de la Mufi .
que à la Salle du fouper ,
l'allée qui regne le long de
l'Orangerie parut tout d'un
coup illuminée de la manie .
re du monde la plus galante.
La Table où eftoit Monfieur
le Duc de Mantoüe eftoit vis.
à vis une porte qui eft dans
le milieu de l'Orangerie , &
GALANT 209
qui répond à une longue ala
fée du bois : cette porte ne
s'ouvrit que dans le moment
que la compagnie fe trouva
vis à vis pour fe mettre à
table , & lors qu'on l'ouvrit
tout le bois fe trouva illuminé
, & l'allée terminée par
une grande arcade de lumieres
, qui fe reflechiffoit
dans des miroirs placez der
riere la table. Des haubois &
des violons joüoient dans ce
bois pendant le fouper , &
Mefdemoifelles Defmatins ,
& Maupin , & le fieur The
vénard chanterent fur la fin
Juin 1704.
S
210 MERCURE
de ce magnifique repas .
Pendant le fouper on illumina
le refte du Jardin ,
en forte que lorfque S. A. entra
en la maiſon , elle trouva
toute la face du Jardin qui
la regarde , & les allées qui
y répondent éclairées d'une
decoration de lumieres tresingenieuſement
rangées ; Les
Orangers qui regnent le long
de la grande allée étoient
tous eclairez par plufieurs
lumieres , & le fondi de
la perſpective étoit terminé
dans
l'éloignement par une
haute & brillante Pyramide,
GALANT 211
dont les lumieres produifoient
un effet merveilleux ,
& que l'on ne fe pouvoit laffer
d'admirer.
&
La Fefte finit par un grand
bal , qui dura juſqu'à plus de
deux heures aprés minuit ; je
ne vous parlerai point des
Dames qui compofoient le
bal : elles eftoient non feulez
ment d'une qualité tres diftinguée
, mais je crois qu'il feroit
difficile d'en raffembler
de plus belles dans Paris .
Mr le Duc de Mantoüe
eftant allé deux ou trois jours
aprés cette Fefte à Versailles,
Sij
212 MERCURE
en parla avec Eloge , & elle
lui donna occafion de marquer
au Roy combien il eft
fatisfait de la conduite de Mr
le Baron de Breteuil à fon
égard , & de la maniere dont
il s'eft acquité de ſa Commiffion
, en executant toutes
les chofes qu'il a pû defirer
depuis qu'il étoit en France.
Je crois que vous lirez avec
beaucoup de plaifir , la Re .
lation fuivante , puis qu'elle
contient tout ce qui s'eft
paffé dans la toute de Mr le
Comte de Toulouſe depuis
GALANT 213
Breft jufqu'à Toulon , & que
Vous y verrez avec combien
d'application , de foins , &
d'exactitude ce Prince s'eft
attaché à tout ce qui pou
voit lui faire fçavoir les forces
& les mouvemens des
ennemis.
Monfieur le Comte de Toulouse
partit de Breft le 16. de May avec
vingt-trois Vaiffeaux de guerre pour
aller joindre les autres Vaiffeaux
qu'on arme dans la Mediterranée.
Comme ce Prince n'avoit aucune
connoiffance de l'état des ennemis ,
ny du lieu où ils eftoient , il s'arrefta
un demy-jour à l'ouverture de
la riviere de Lisbonne , d'où il en214
MERCURE
tres
que
voya deuxfregattes jufques fous le
Chateau de Cafcaye pour prendre
des gens qui puffent luy en dire des
nouvelles. Il enfit autant à Lagos
, & il fçeut des uns & des aules
ennemis au nombre de
cinquante voiles eftoient partis de
Lisbone quelques jours auparavant
pourpaffer leDetroit , qu'ils devoient
eftre joints en chemin par plufieurs
autres Vaiffeaux deguerre , & qu'il
y avoit des ordres fur toute la cofte de
Portugal pour tous leurs Vaiffeaux
qui y paroiftroient, depaffer le Detroit
endiligence , & d'allerjoindre
leur armée. La mefme chofe luy fut
confirmée à Cadix , où il fut obligé.
de s'arrefter deux jours pour debarquer
des munitions dont il eftoit
chargépour l'Armée de terre , & il
recent plufieurs avis que l'on avoit

GALANT 215
comptefoixante & dix- huit vaiffeaux
ennemis dans le Detroit , il
aßembla le Confeil pour voir´s'il
eftoit à propos de tenter le paffage
ne pouvantpresque plus douter que
les ennemis n'euffent deßein de le lui
difputer , ce qui leur eftoit fort aift
avec des forces fifuperieures. On jugea
que dans les circonstances prefentes
il eftoit neceffaire de rifquer ,
tant par l'importance de ſe joindre
aux vaißeaux de Toulon , & d'af
furer par là la Mediterranée , que
pourfaire échouer les deßeins que les
ennemis avoient fur la Catalogne ,
dont ils regardoient la conqueste comme
une chofe aẞurée , ainfi Mr le
Comte de Touloufe paßa le Detroit,
où il recent des avis du Gouverneur
de Ceuta qui augmentoient encore
la force des ennemis. Ce Princo
216 MERCURE
étant arrivé à la hauteur d'Ali
cante , futjoint par fix vaißeaux
du Roy , qui estoient partis de Toulon
pour le venir chercher , & qui
avoient efté chaffezpeu de jours auparavant
par la Flotte ennemie
dont ils avoient eu le loifir de compter
tous les vaißeaux. Le nombre.
ferapportoit aux avis que l'on avoit
receus; mais comme plufieurs de ces
vaisseaux leur avoient paru petits ,
Mrle Comte de Toulouſe crut qu'il
pouroit les attaquer avec avantage
, nonobftant la fuperiorité du
nombre , ou qu'il pourroit au moins
Les empefcher de rien faire à Barcelone
, ou par la route qu'ils tenoient
, on ne pouvoit plus douter
qu'ils n'allaffent ; ainfi ilretourna
fur Alicante pourfuivre leur route,
mais ayant envoyé à terre pourfçavoir
GALANT
217

voir des nouvelles plus certaines, on
lai amena des gens de la flotte ennemie
qui avoient efté pris à Altea
, & qui aẞurerent tous que la
flotte étoit de plus de foixante & dix
• voiles , parmi lesquelles ily avoit
plus de quarante - cinq gros vaiffeaux
de ligne , y compris fept Pa
villons , fçavoir un Amiral, un Vice
-amiral , & deux Contre - amiraux
Hollandois , cela fit changer
ce refolution , & on ne fongea plus
qu'à gagner Toulon en diligence
pour en pouvoirrefortir fur le champ
avec les vingt vaißeaux que l'on
y arme , & les Galeres , Le 6. Juin
au foir , pendant que l'armée eftoit
à environ vingt deux lieues de Minorque
, & à quarante- cinq lieues
de Toulon nort &fud , on apperçut
quatre vaißeaux trop éloignez pour
Juin 1704.
T
218 MERCURE
pouvoirjugers'ils eftoient vaiẞeaux
de guerre detachez de armée ennemie
; mais le lendemain au point
du jour , elle parat_toute entiere à
trois lieues de nous , &fous le vent,
faifant toutes les manoeuvres neceffaires
pour nous approcher. On dif
tinguoit ailement les fept Pavillons
, & l'on comptoit juſqu'à foixante
- huit Batimens , fans ceux
qui estoient trop de l'arriere , pour
eftre apperceuson fe difpofa auffi-
·toft au combat, que l'onjugea nepouvoir
éviter , parceque nous n'avions
prefque point de vent , & que les
ennemisparoißoientfouvent enavoir
plus que nous , Mr le Comte de Tox-
Loafe ordonna cependant que l'on fe
fervit toujours du peu de vent , qui
venoit de temps en temps , pourfaire
toûjours route vers Toulon afin de
GALANT 219
profiter encas de combat de l'avantage
qu'il y auroit à le donner fur
nos coftes. Les ennemis nous ont fuivi
en cet eftat , & toûjours à même
diftance , jufqu'au dix au matin
que
L'on commença
à les perdre de
vûe. Mr le Comte de Toulonfe arriva
à Toulon , où il apprit quefur
la nouvelle de fon entrée dans la
Mediterranée , les ennemis avoient
brusquement levé l'ancre de devant
Barcelone pour le venir chercher 3
ainfi l'on peutcompter qu'il a rompu
en partie le deßein qu'ils avoient
fur la Catalogne, & il a tres - heureufement
executé l'entrepriſe la plas
hardie que l'on ait formée depuis
long- temps à la Mer , qui eft de paf
fer dans la Mediterranée , fçachant
qu'il y avoit une Armée une fois
auffi forte que la fienne , dont le
Tij
220 MARCURE
principal objet eftoit de s'opposer à
fon paßage.
Le General Corbelli Com
mandant de Prefbourg mou
rut àVienne le 16. du mois de
May.ll eftoit Colonel du Regiment
des Cuiraffiers , qui a
efté donné au Comte de
Roccavione , qui dans la derniere
promotion fut fait Ma.
jor general de bataille. Cet
Officier eftoit fort confideré
des troupes Allemandes , &
la Cour Imperiale a marqué
une grande confternation de
cette perte. Il avoit fervitou.
te fa vie avec une fidelité &
GALANT 221
un attachement inviolable
pour les interefts de S. M.
Imperiale . On l'avoit fou
vent employé contre les
Tuccs , & il leur avoit fait la
guerre avec de grands avantages
qu'il avoit remportez à
la tefte des petits Corps qu'il
commandoit. Il eût beau .
coup de part dans les guer
res de Hongrie , & il ne fut
pas inutile en ce pays là à
l'Empereur lors qu'il voulut
foumettre ce Royaume , &
en detruire les Privileges . Let
Comte Corbelli fut celui de
fes Miniftres qui fic execu
T iij
222 MERCURE
ter les ordres avec plus de
hauteur , & avec plus de refolution.
La maiſon de Corbelli
eftoir originaire du
Royaume de Boheme , οι
plufieurs de ce nom avoient
eu des emplois d'une tresgrande
diftinction . Georges
Corbelli eroit connu en ce
pays- là fous le regne d'Ottocare
Roy de Boheme, qui fir
la guerre à Rodolphe premier
Empereur de la Maiſon
d'Autriche : ainfi on n'hazar .
deroit rien lors qu'on diroit
que cette Maiſon n'a pas été
plutoft connue en Allema ,
GALANT 223
gne que celle de Corbell
,
& que dans le treiziémé
ſie.
cle il n'y avoit pas beaucoup
de difference
entre elles . Cependant
les chofes , comme
l'on voit , ont bien changé de
face dans la fuite , & de deux
Maifons
qu'on peut dire s'être
venës fur le même pied
en Boheme
, il y a cinq ou fix
cens ans , l'une eft devenuë
la maiftreffe
de l'autre . Le
Pere du General
Corbelli
eftoit un des meilleurs
Offi
eiers des troupes
de l'Empereur
Ferdinand
III . du nom :
il fit mille prodiges de vas
Tüj
224 MERCURE
leur contre les Turcs , & il
eut mille occaſions de fignaler
fon zele dans la Hongrie
& dans la Tranfilvanie , où
il commanda prefque toû
jours,
audon
Vous attendez fans doute
que je vous donne un Jour.
nál de ce que l'Envoyé de
Tripoly a vû , fait & dit depuis
qu'il eft en France , parce
que je vous ay envoyé quatre
Volumes de l'Ambaffade
de Siam , & que je me
luis étendu , à proportion , fur
ce qui a regardé les Ambaſ
GALANT 225
fadeurs de Maroc & d'Alger
qui font venus en France . Je
croy que le détail qui fuit fag
tisfera voftre curiofité.
L'Etat de Tripoly de Bar
barie qui eftoit autrefois un
Royaume, eft à prefent une
Republique Souveraine, qui
ne reconnoift le Grand Sei
gneur qu'honorairement , &
ne lui paye aucun tribut . Son
Chef appellé Khalil. Béy , s'eft
attribue la Puiffance abſoluë;
puifque de fimple Comman
dant de l'Armée de terre , il
s'eft rendu le Maiftre de
226 MERCURE
l'Armée de mer ; de maniere
qu'il fe regarde comme un
veritable Souverain. Il ne reconnoift
le Pacha du Grand
Seigneur qui refide auprés de
lui , que comme un Officier
honoraire , outre qu'eftane
fon Gendre , ce Pacha n'eft
pas fâché de le voir regner.
Ce Khalil Bey eftant nou
vellement parvenu à la dignité
fupréme dont nous ve
nons de parler , a crû que
pour mieux le maintenir dans
l'authorité qu'il a acquife , il
lui eftoit neceffaire de confirmer
le Traité de Paix que le
GALANT 227
Roy a cy- devant accordé
à
fes Predeceffeurs
, & refferrer
plus étroitement
la bonne
intelligence
avec la France.
C'eft dans cette vûë qu'au
commencement
de Fevrier
de cette année 1704. il a pris
la refolution
d'envoyer
l'un
des plus grands Seigneurs
de
fon pays , à la Cour de France
avec un prefent de Chevaux
Arabes
,
Roy la continuation
de fes
bontez , pour lui & pour fa
Republique
.
pour demander au
Il jetta les yeux pour cet
eftet fur l'illuftre Seigneur
228 MERCURE
Hadgy Mustafa Aga , homme
d'efprit & d'experience , qui
aprés avoir paflé par toutes
les Charges & dignitez de
P'Armée a efté fait Mazoul-
Aga , c'eſt à dire , Senateur
Veteran , ayant voix & place
dans le Divan de Tripaly .
Ce Seigneur eft déja venu
en France il y a ſept ans en
la même qualité , & a eſté ſi
touché de reconnoiffance du
bonsaccüril qui lui fut fait
alors , & d'admiration des
grandeurs de la France , qu'il
a reçû cette Commifion
avec toutes les demonftra.
GALANT 229
tions de joye que l'on peur
s'imaginer.
Il a déja efté Envoyé de fa
Republique en Angleterre
il y a environ trois ans . Il a
auffi efté à la Porte du Grand
Seigneur en qualité de Depuré
du Divan de Tripoly.
Il a demandé au Béy , fon
Maiſtre , la permiſſion d'ag
mener fon fils , Sidi Mchemer,
en France , pour lui procurer
l'honneur de fe profterner,
comme lui , aux pieds da
Trône de Sa Majeſté , & de
voir les infinies beautez de
ce magnifique Empire , qui
230 MERCURE
eft le premier du monde .
Le Béy le luy ayant permis,
il le chargea de fes Lettres de
créance , dans lesquelles il
temoigne au Roy avec tour
le refpect & la foûmiffion
poffible la refolution où il eft ,
non- feulement de maintenir
de tout fon pouvoir le Traité
de Paix que Sa Majeſté Im .
periale a fait la grace d'accor
der à fes Predece fleurs , &
d'en obſerverinviolablement
les conditions , mais encore
il lui demande fa protection
particuliere
, pour lui & pour
fa Republique , & là conti.
GALANT 231
nuation des effets de la bonté
& de la clemence , & il fait,
à Sa Majefté, pluſieurs autres
demonftrations de foûmif
fion & de reconnoiffance.
Enfuite le Béy conduifit
lui même Hadgy Muſtafa
Aga dans fon Ecurie , avec
le fieur le Maire , Conful ,
dont je parleray cy- aprés ,
& lui dit de choifir pour
prefenter à Sa Majeſté Imperiale
de France , les plus
beaux Chevaux qu'ils y trou
veroient. Ils choifirent deux
excellentes Jumens Arabes ,
& fix autres Chevaux , tous
232 MERCURE
de race Keheylane ; vous
verrez dans la fuite de cer
Article,ce que c'est que cette
race deChevaux , qui faifoient
l'ornement de l'écurie du
Bey , & ce Prince confentit
agreablement qu'ils les em .
menaffent ; mais il leur dit en
même temps , que bien loin
de s'imaginer que ce fûs là un
prefent digne d'un auſſi grand
& auffi riche Empereur , il fça .
voit parfaitement que quand il
lui donneroit tout le Royaume
de Tripoli , il ne donneroit rien
qui ne fut beaucoup au deffous
du merite infini de Sa Majefte
GALANT 233
Imperiale , que cette recon
noiffance ne feroit pas mêmepro !
portionnée à la grandeur de fes
bienfaits ; mais qu'il efperoit par
ce moyen , affurer Sa Majesté
Imperiale du grand refpect qu'il
a pour elle , & qu'il confervera
toute fa vie.
L'Envoyé partit , avec fon
fils , du Port de Tripoly le
dixiéme Fevrier dernier , fur
une Polaque Françoiſe ap
partenante au fieur d'Ex.
pilly; il ména avec lui trois
Negres , fes efclaves , dont
Hadgy Ofman eft le plus
ancien, & libre depuis long-
Juin 1704.
V
234 MERCURE
temps ,
mais fans vouloir
quitter fon Maiftre. Les deux
autres font freres , ayant leur
mere & leur foeur dans le
Serail de Hadgy Muſtafa Aga
à Tripoly. Il prit auffi avec
lui Ibrahim domestique
blanc , & Yanaky, Marchand
Grec , qui a beaucoup d'ef,
fets à Tripoly, & dans l'Archipel
; c'est un homme bien
fait , qui s'eft auffi mis au
nombre de fes Domestiques
afin de voyager à fa fuite ;
ainfi que le nommé Ahmed
Marchand Turc , auquel
l'Envoyé temoigne quelque
GALANT 235
diftinction auffi a- t-il fait
;
une action fur mer des plus
braves & des plus intrepides
que l'on ait encore lûë dans
Hiftoite. J'en parleray dans
la fuite.
Il fit auffi
embarquer qua
tre gros Moutons
de Barba
rie haut de deux pieds & demi
, fix Levriers de ce payslà
, fix Gazelles & autres ani
maux , les Gazelles
font mor
tes pendant le voyage.
Ils firent voile en cet équia
page , & arriverent
à Toulon
le 19. Mars , ayant efté 28.
jours fur mer.
Vij
236 MERCURE
Mr de Vauvré Intendant
de la Marine , le reçût avec
beaucoup d'amitié , & ayant
écrit fon arrivée à la Cour , il
en eut un foin tout particu
lier , & renouvella avec lui
leur ancienne connoiffance.
La réponſe eftant arrivée ,
avec les ordres du Roy pour
le faire paffer à la Cour , il
mic auprés de lui , fuivant les
mêmes ordres , Mr Expilly ,
Gendre de Mr le Maire ,
Conful de France à Tripoly,
pour avoir foin de fa conduite
, & pour le faire de
frayer par tout aux dépens
GALANT 237
de Sa Majefté , lequela amené
fon époufe quia efté bien
aife de le fuivre pour voir la
Cour. Ils pafferent à Lion ,
puis à Rohannes & enfuite à
Orleans , d'où ils fe font ren
dus à Paris , où ils arriverent
le 16. May dernier , & allerent
loger à l'Hoftel de Bourbon,
rue Jacob, où ils font encore
à prefent.
Le quatrieme Juin l'Ena
voyé alla à Versailles , con
duit par Mr Expilly , & le
lendemains il alla à huit
heures du matin chez Mrde
Pontchartrain , Secretaire
238 MERCURE
d'Etat , auquel il remit les
Lettres de fes Maiftres qui
lui eftoient adreffées , & il eut
de ce Seigneur une favorable
Audiance ; il lui parla en
Langue Turcque & fon
difcours fut interpreté par
Mr de la Croix , Interprete
,
& il lui parla auffi en Italien
que Mr de Pontchartrain
entend parfaitement bien .
Ce Miniftre lui dit de fe trouver
à neuf heures dans l'Antichambre
du Roy. Mr le
Comte de Pontchartrain s'y
éftant rendu , l'introduifit
dans le Cabinet de S. M. où
GALANT 239
eftant entré,il le prefenta à ce
Monarque. L'Envoyé fit trois
profondes reverences à la
maniere de fon pays , baiſſant
la tefte prefqu'en terre , &
ayant la main fur fon efto.
mac. Il eftoit veftu d'un Caf.
tan de brocard d'or , & avoit
fur le tout le Manteau de
ceremonie des Barbareſques
de drap noir brode d'or en
plufieurs endroits , avec un
Capuce auffi galonné d'or. Il
prononça le Compliment
fuivant en langue Turcque ;
qui fut expliqué au Roy par
Mr Petis de la Croix
240
MERCURE
feul Secretaire- Interprete de
Sa Majesté en cette Langue.
Tres Haut , tres Excellent ,
tres - Puiffant & Invincible
Empereur de France. C'eft la
feconde fois que j'ay l'honneur
de me profterner aux pieds du
Trône de Vostre Majesté Impe.
giale , pour l'aſſurer de la part
des Pacha , Bey & Divan de
Tripoly , mes Maiftres dela con :
tinuation du refpect infini qu'ils
ont pour voſtre Perſonne facrée ,
o de la parfaite fincerité avec
laquelle ils font refolus de main .
senir les Traitez de la Paix
qu'elle a eu la bonté de leur acé
corder
HGALANT 241
corder depuis plufieurs années.
Ils m'ont chargé , SIRE , de
remettre entre les mains de Vôtre
Majesté Imperiale les Lettres
qu'ils féfont donné l'honneur de
lni écrire , pour lui rendre , par
eux mêmes les temoignages de la
reconnoiffance qu'ils ont de fes
bienfaits. Ils ont accompagné
leurs Lettres de quelques Ches
oux Arabes , dont la race qui
`eft Kcheylane ,& l'agilité qu'ils
·poffedent leur donnent l'excellen.
cefur tous les Chevaux d'Orient
de Barbarie ; mais tant s'en
faut , que mes Maistres penfent
en cesse occafionfaire un prefent
Juin 1704, X
242 MERCURE
digne d'un auffi grand & auffe
riche Empereur , où même s'ac
quuterpar ce moyen de la moin .
dre partie des obligations qu'ils
lui ont . Ils efperent feulement
perfuader Votre Majesté Imperiale
, de la profunde venera.
tion qu'ils ont pour Elle , en lui
demandant la continuation des
marques defa Clemence , & en
l'affarant qu'ils font perpetuelle .
ment des voeux pour la profperice
defes Armes victorieuſes ,&pour
l'extirpation defes Ennemis.
Le Roy répondit , qu'il
& eftoit fort aife de le voir , &
tres fatisfait des chofes qu'il lui
GALANT 243
C
'difoit de la part de fes Maiftres ,
& que tant qu'ilsferoient exacts
à obferver les conditions du Trai .
té qu'il leur avoit accordé , ilfe
feroit toujours un fort grand
plaifir de leur donner des mar
ques defon eftime.
1 Cet Envoyé preſenta en
même temps les Lettres de
Créance qui estoient en deux
Sacs de brocart d'or , dont la
fufcription écrite fur un pas
pier découpé en forme de
coeur , pendant hors des Sacs,
eftoit conçûë en ces termes,
DIEU VEÜILLE QUE CETTE
LETTRE ARRIVE
*
A BON
X ij
244 MERCURE
PORT DANS LES MAINS AU
GUSTES DU GRAND EMPE
REUR DE FRANCE.
LOUANGES SANS BORNES
SOIENT RENDÜES A DIEU,
QUI EST LE ROY DES ROIS,
ET LE CREATEUK, DE TOUT
L'UNIVERS : C'EST LE MBIL
LEUR DES MAISTRES , ET
CELUI VERS LEQUEL TOUS
LES HOMMES DOIVENT RETOURNER
. CES LOUANGES
SORTENT DU FOND DE NO
TRE AME SANS AUCUN ?
DOUTE NY DEFFAUT .
TRES HAUT , TRES - EX-
-
CELLENT ET TRES · PUISSANT
EMPEREUR DE FRANCE
LOUIS XIV , QUI ETES
+
GALANT
245
LE PLUS GLORIEUX DES
ROUS CHRIESTIENS , ET LE
SEUL MONARQUE INVINCIBLE
DE LA RELIGION DU
MESSIE , ET QUI ETES LE
MEDIATEUR DE TOUS LES
POTENTATS DE L'EUROPE ,
ET LE GRAND MAISTRE
DE LA CHRESTIENTE'.
A
A
Le Roy remit les Lettres
entre les mains de Mr le
Comte de Pontchartrain ,
Secretaire d'Etat , qui aprés
Audiance les donna à Mr
de la Croix pour les traduire .
Enfaire l'Envoyé prefenta
au Roy , fon fils Sidi Mehe
med , qui fit auffi une pro
X íij 3
7
246 MERCURE
fonde reverence , & fut reçû
tres favorablement : Sa Majeſté
lui ayant demandé fon
âge qui n'eft que de 18. ans ,
elle dit qu'il avoit une phifio.
nomie qui promettoit beaucoup.
L'Envoyé dir
que fon
fils avoit déja voyagé à Conftantinople
, à Smirne & dans
toutes les Illes de l'Archipel .
Mr de Pontchartrain fit
auffi l'honneur au fieur Expilly
, fon Conducteur , de le
preſenter à Sa Majeſté, dilant
que c'eftoit le Gendre du
fieur le Maire , fon Conful à
Tripoly.
GALANT 247
L'Audiance finie l'Envoyé
fit encore une profonde reverence
, & le retira en marchant
à reculons , jufques
hors la porte du Cabinet,
Après eftre forti de l'Au
diance du Roy , il paffa dans
la grande Galerie , afin de
voir encore paffer Sa Mas
jeſté allant à la Meffe. Il y
rencontra Mr de Pontchar
train auquel il preſenta Mai
dame d'Expilly , difant qu'il
avoit un grand procés avec
Mr Expilly ; parce que Me
le Maire , Conful , lui avoit
promis fa fille dans le temps
X iiij
248 MERCURE
qu'elle eftoit à Tripoly , où
elle a demeuré depuis l'âge
de deux ans jufques à huit.
MrdePontchartrain fit beau
coup d'honefteté à cette Dame
, & Monfieur le Duc qui
eftoit prefent , dit à l'Envoyé
qu'il avoit raison de foûtenir
fon procés , & que cette
Damé le meritoit bien, étant
belle , bien faite & ayant
beaucoup d'efprit.
Le lendemain 6. Juin , le
Roy en allant à la Chaſſe, ſe
rendit au Neptune , dans le
Parc , où par l'ordre de Mr
de Pontchartrain l'on avoit
.
GALANTM249
" C
amené les Chevaux que
l'Envoyé devoit avoir l'honeur
de prefenter à Sa Ma
jefte, CetEnvoyé s'y étoit rens
du demie heure auparavant ,
& il eut une longue conver
fation avec Mr d'Armagnac ,
Grand Ecuyer de France , &
Mr le Comte de Brionne .
Il eut enfuire l'honneur de
falüer , en ce lieu , Monfei
gneur le Dauphin qui s'y ren
dit avec un grand nombre de
Seigneurs de la Cour.
Le Roy fit paffer devant
lui l'un aprés l'autre , tous les
Chevaux à trois differentes
250 MERCURE
fois , & aprés avoir dit ce
qu'il trouvoit de remarquable
en chacun d'eux , il dit à
l'Envoyé , Je fuis tres content
du prefent de vos Maiftres , remerciez
les de ma part , & dites
leur que j'ay trouvé leurs Chevaux
des plus beaux du monde.
Mr de Pontchartrain dit
au Roy , que l'Envoyé reve
nant d'Angleterre , avoit tou
ché à Alger , où ayant elté
falüer le Déy , il le pria de lui
dire fincerement ce qu'il pen
foit de la puiffance de l'Empereur
de France , & de celle
du Roy d'Angleterre , & qu'il
GALANT 251
luy avoit répondu , le Roy
d'Angleterre eft Roy , & ne l'est
pas mais l'Empereur de France
eft Ray & l'eft.
Enfuite l'Envoyé preſenta
à Sa Majesté les Moutons de
Barbarie & les Levriers, & le
Roy lui dit qu'il le remercioit
& qu'il feroit toujours bien
aife de leur faire plaifir.
En même temps Sà Maa
jefté monta à Cheval , &
l'Envoyé fe recria fur l'adreffe
& fur la belle preftance de fa
Perfonne facrée.
Comme Madame Expilly
eftoit prefente , le Roy de
252 MERCURE
manda qui elle eftoit , & Mr
de Pontchartrain en rendit
compte à Sa Majesté.pub
Le même jour 6 l'Envoyé
alla rendre visite à Mr let
Chancelier , & lui demanda
fes bons offices auprés du
Roy Ilalla enfuite chezmada
me la Chanceliere , à laquelles
il raconta l'Eloge qu'il avoit
fait de fon grand merite aux
Dames de fon pays au retour
de fon premier voïage de
France. Il y falua Meldames
la Ducheffe de Ventadour &
de Pontchartrain & d'autres
Dames , qui s'y rencontre
rent.
GALANT 253
M
Le 7. il fe trouva dans la
grande Galerie fur le paffage
du Roy en allant & revenant
de la Melle. L'aprés - difner
Sa Majesté ordonna que l'on
fit jouer toutes les eaux
l'Envoyé y mena ſon fils &
toute fa fuire , il s'arrefta fort
attentivement à chaque Fon
raine , & il fe plut extreme,
ment aux bains d'Apollong
Medela Croix lui expliquant
foigneulement toutes les Fa
bles que representoient s
Fontaines , d'une maniere
pourtant à lui en faire com
prendre le lens , fuivant l'ef
254 MERCURE
prit & les fuperftitions Cabaliftiques,
les Turcs & les Arabes
s'attachant à la Cabale
Judaïque & Arabique. Par
exemple , au lieu de nommer
Apollon le Dieu du Soleil ,
il lui dit que c'eftoit l'Ange
auquel Dieu avoit donné
la conduite du Soleil , & ainfi
des autres Divinitez de la
Fable.
Etant entré dans le Bolquet
appellé le Mareft , ou le
Chêne verd , il s'arreſta de .
vant l'une des Tables où l'on
ne voit que des gradins de
Marbre blanc & rouge , fur
4
GALANT
255
lefquels l'eau forme , quand
on veut , tout ce qui peut
orner un magnifique Buffet.
L'Envové ordonna à l'un de
Les jeunes Negres de lui apporter
l'une des Eguerres de
ce Buffer pour boire,feignant
d'avoir foif , mais le Negre
n'ola , penfant que l'eau qui
eſt deſſous fut une abifme ,
& ayant peur de fe noyer.
L'autre Negre voulut aller
prendre l'Eguerre , mais ne
trouvant que de l'eau au lieu
de cristal , fon étonnement
naïf fit rire fon Maiftre ,
toute la Compagnie.
&
256 MERCURE
Lorſqu'il vit la fontaine du
Dragon qui eft fort haute
il dit que ce jet d'eau vondroit
aller jusqu'au Ciel , publier la
la gloire defon Maiftre.
Le 8. Juin l'Envoyé revint
à Paris avec fa fuite : l'aprés
difner il alla aux Thuileries ,
où eftant accablé de la foule ,
il fortit & alla au Cours.
Le 9. il alla rendre vifite à
Madame de Vauvré , & alla
enfuite à la Monoye , où Mr
Rouffeau lui fit voir une infinité
de nouvelles pieces que
l'on fabriquoit , ce qui le
jetta dans une grande fur .
GALANT 257
priſe , n'ayant jamais vû tanc
d'argent enfemble.
Le 10. l'Envoyé alla difner
chez les Reverends Peres
Mathurins , où le Reverend
Pere General le traitta magnifiquement.
Le il alla tendre vifite
à Madame la Ducheffe de
Lefdiguieres qui lui fie un
tres bon accueil . Madame la
Ducheffe de Villeroy y vint ,
& il eut avec ces Dames une
longue converfation ; il y but
du Café , & fut furpris del a
richeffe des Porcelaines enrichies
d'or, & des Soucoupes
Juin 1704.
Y
258 MERCURE
ornées de même , & il avoua
que les François furpaſſoient
les Orientaux dans la propreté
à boire cette liqueur.
Enfuite il alla voir les appartemens
de l'Hoftel de Lefdi .
guieres , les riches meubles ,
les Luftres , les Tableaux , les
Tables , les Cabinets , & toutes
les pieces rares & curieufes
de cette magnifique Mai .
fon ; il ſe promena aprés
dans le Jardin , & paffa aux
Ecuries , il en admira les
beaux Chevaux dont il avoit
vû les portraits dans le Ca.
binet de Madame la Du-
9
GALANT 259
A
cheffe de Lefdiguieres .
Ayant pris congé de cette
Ducheffe , il alla voir la Salle
d'Armes de Mr Titon à la
Bastille , il y trouva fort à ſon
gré les Halebardes des Officiers
des Gardes de la Man
che , & il pria Me Titon ,
de lui en faire faire pour lon
Prince. Il s'arrefta à faire voir
avec beaucoup de foin à fon
fils les modeles de Mortiers,
de Chevaux de frifes & autres
machines & inftrumens de
guerre qui s'ytrouvent. Ilalla
enfuite rendre vifure à Mr Titondans
fon agreable Mailon
+
Y ij
260 MERCURE
du Fauxbourg qu'il trouva
charmante, auffi bien auffi bien que le
a
Jardin, dans leur peu d'eſtendue.
Je vous envoyeray le
mois prochain la fuite de ce
Journal.
Je ne doute point que vous
n'ayez oüy parler de l'Extrait
d'une Lettre de Rome , dat ..
tée du 20. May dernier , qui
a fait icy beaucoup de bruit ;
je vous l'envoye comme une
chofe recherchée de tous les
curieux , fans entrer dans tout
ce qui regarde les Sorciers ,
dont vous croirez tout ce
qu'il vous plaira ; mais perGALANT
261
fonne ne fe peut empêcher
de reconnoiftre la mauvaife
intention du Conful de l'Em
pereur , qui a donné le mouvement
à cette affaire & four.
ni toutes les chofes neceffai .
res pour l'execution d'un fi
deteftable projet . Il est à
croire qu'il n'auroit pas pouf,
fé les chofes fi loin , s'il n'a
voir efté perfuadé qu'il en
feroit avoüé , & même qu'on
lui fçauroit gré de tout ce
qu'il auroit fait contre les
deux Rois. Vous jugerez de
fon intention par ce que vous
allez lire , & vous verrez que
262 MERCURE
les choſes ont efté pouffées
fi loin , que ceux qui ont
fait cette entrepriſe , ne fone
pas moins coupables , que
s'ils avoient réuffi .
EXTRAIT
D'une Lettre de Rome du
vingtiéme May 1704.
E vous
que vous ferez bien aife ,
Moniseur , de savoir au vray la
Relation du plus execrable attentat
que l'on ait jamais commis contre
les Perfonnes facrées des Rois de
France & d'Espagne. L'extraitfuivant
de la Lettre que le Conful de
France à Livourne envoye à Mr
te Cardinal de Janson, du 3. May,
GALANT 263
>
porte , qu'un Preftre habitué à
Noftre- Dame de Montevero natif
de Burgue, fujet du Grand Duc ,
nommé Dom Giovanni Guftiany
principal Auteur de cet attentat ,
& le Conful de l'Empereur avec
fon Vice- Conful qui eft Anglais , &
un Genois qui eft actuellement Confeiller
du Grand Duc , & Confeiller
fur les Galeres de ce Prince , &
d'autres perfonnes dont les noms ne
font pas venus à ma connoiſſance .
Le complot s'eft tamé pendant plus
de 15. jours dans la maifon dudit
Conful avec plufieurs Livres de
Magie , & entr'autres de Cornelius
Agrippa , auffi- bien que la
toile qui a fervi à faire une Aube,
& des Chandelles de cire qui ont
efté benites par ce mechant Preftre,
ainsi que de la cire dont on a fait
-
"
264 MERCURE
Les figures de leurs Majeftez Chre- .
tienne & Catholique , & l'encens
dans un encenfuir de terre , & enfin
tout ce qui devoit fervir à ce maudit
ufage , le tout ayant efté payé
par ce Conful ; mais Dieu qui
protege les Rois , a voulu qu'un
François nommé Charles Meret ,
Provençal , ayant efté à confeffe à
Notre Dame de Montevero , fit
par curiofité , quelque liaison avec
ce m chant Preftre lequel pour
avoir un fecret de lui , lui dit qu'il
lui feroit part d'un autre qui le
rendroit riche à jamais par la certitude
qu'il avoit de trouver dans
une Montagne un Trefor ; mais
s'eftant apperçu que ce Trefor n'étoit
qu'un pretexte , penfant à toute autre
chofe , il lui dit que s'il vouloit
le faire demeurer dans leur focieté ,
il
GALANT 265
C
il eftoit neceffaire de prendre une entiere
confiance en lui , & de ne lui
rien cacher qu'il lui paroiffoit
avoir d'autres deffeins , & que s'il
ne vouloit pas fe fer entierement à
Lui , il eftoit refolu de fe retirer; de
Forte que le vin qui fait parlerfouvent
plus qu'on ne doit , fit parler
le Conful de l'Empereur qui fait
profefion de s'enyorer presque tous
les jours ; ils lui dirent qu'ils le von-
Loient bien , & en tirant chacun des
piftolets de leurs poches , ils lui dirent
de bien prendre garde qu'ils
n'eftoient que trois , & que s'il reveloit
leur fecret , ils le tueroient irremifiblement.
Le François accort
& prudent leur repondit , que puif
qu'il s'agiffoit de faire fa fortune il
eftoit homme à tout faire , & qu'ils
ne craigniffent rien. Depuis ce
Juin 1704 Ꮓ
266 MERCURE
jour- là il devint leur homme de confiance
, & comme il est également
bon Chrétien , & bon ferviteur du
Roy , il alla fe confeffer , & trou
ver enfuite le Conful de France
pour lui découvrir cette confpiration,
Ce Conful en donna auffi - tôt
avis à Mr Dupré , par un Courier
en toute diligence , & le pria d'en
parler au Grand Duc , & à Mr le
Cardinal de Medicis pour avoir
main forte. Comme cette affaire regarde
l'Inquifition , le Grand Duc
envoya par le mefme Courier une
Lettre à l'Inquifiteur de Pife , ou
à fon Vicaire , pour travailler à
cette affaire avec toute la précau-
Le tion requife , & une autre pour
Gouverneur de Livourne afin qu'il
donnát main forte au Saint Office ,
toutes les fois qu'il en feroit requis.
L'Inquifiteur de Pife eftant arrivé
GALANT 267
ity, feus une longue & fecrete confe
rence avec luy , & comme il n'y
avoit qu'un feul témoin , qui eftoit
le François, qui puft dépofer dufait,
de vifu , & de auditu , & qu'un
feul témoin ne fuffifoit pas pour convaincre
ce malheureux , on conclat
qu'il falloit fe faifir de tout
Le corps de ce forfait , c'est à dire de
tous les inftrumens qui y devoient
fervir , parce que fuivant l'art de
la Magie , il faloit qu'elle fe terminaft
dans un lieu quifutpercé au
levant & au couchant , & où il
n'y eut aucun Tableau de Noftre
Seigneur & de la Vierge . Le Con
ful de l'Empereur avoit loué deux
Chambres au fommet d'une Tour ,
ou le François , par ordre de ces
malheureux , avoit fait porter tous
bes inftrumens de Magie , & même
Zij
268 MERCURE
deux matelats pour coucher le Piè
tre. Le lieu enfin où cette Tragedie
Je devoit jouer , eftoit fait de maniere
que quatre hommes pouvoient
sy deffendre contre deux cens , on
n'y pouvoit entrer que par une trape
par le moyen d'une échelle de bois
fort étroite qu'on tire aprés foy.
Nous euffions bien voulu nous faifr
en mefme temps de tous les complices
, & attendre Poccafion propre
pour celas mais deux chofes déterminerent
l'Inquifiteur & moy ,
prendre la voye la plus feure. M
Caftellani , Procureur du faint Of
fice , vouloit qu'on entouraft la maifon
& qu'ony entraft par le toit des
maifons voisines ; mais après avoir
confideré que cette voye eftoit la plus
dangereuse , & que les coupables
ayant toujours du feu , pouvoient en
GALANT 269
peu de temps brûler les Livres &
les papiers , faire une pelote des figures
enchantées , & fupprimer tout
ce qui pouvoit les convaincre leplus ;
nous reftames Inquifitear & moi ,
dans notre premier fentiment. La
nuit du Samedy au Dimanche dernierjour
choift par ces malheureux,
pour faire mourir par langueur en
quinze jours leurs Majeftez Chrétienne
& Catholique , l'Inquifiteur
furvi du Barigel & des Sbirres de
cette Ville de concert avec le
François , entra inopinement dans
la Tour, le François en ayant laiẞé
la porte ouverte exprés . On fe faifit
du Preftre & de tous les inftrumens
Magiques , on y trouva dans une
boëte de Sapin , fur le deffus de laquele
eftoit écrit , à Mr Etienne,
Conful de l'Empereur , les deux
Z iij
270 MERCURE
figures de cire couronnées & le Sceps
tre à la main , avec des cheveux
attachez à la tefte , circonstance neceffaire
, difent les Magiciens , à
cette maudite operation , parce que
ce Preftre avoit demandé au Frangois
de fes cheveux , qui n'ayant
qu'une perruque lui fit voir qu'il
n'en avoit point ; le Preftre fut
obligé d'en couper des fiens derriere
fon oreille, qu'il appliqua en même
temps fur la tefte des figures avec
des faintes Huiles , de l'Eaubenite
& des toilles avec des Caracteres
& des Croix, Tous les
papiers ont efté faifis , parmi lefquels
on a trouvé deux Suppliques
de ce Preftre écrites & fignées defa
main , qu'il a reconnuës en Fuftice ,
par lesquelles ilfe donne au Diable
avec toutfon Caractere Sacerdotal,
GALANT 271
& le traite de Sacra Majeftas le
priant de lui accorder un esprit qui
foit toujours avec lui pour attaquer
& deffendre qui bon lui femblera:
le procés a efté envoyé à Rome , &
on en attend la réponſe pour lepourfuivre
. Cemème Conful écrit du 12 .
May que ce Preftre a accufé de nouveau
le Conful de l'Empereur , &'
le Vice- Conful qui lui ayant donné
à boire du vin violent , lui avoient
mis le piftoletfur la gorge le mena
çant de le tuer s'il ne finiffoit au
pluftoft ce miftere d'iniquité , & que
lui ayant demandé combien dureroit
la vie du Roy & celle du Roy d'Ef
pagne , il leur avoit répondu , autant
qu'il lui plairoit , & qu'il eftoit en
fon pouvoir de les faire mourir en
quinze jours , ou en fix mois
qu'enfin le terme de quinze jours
>
نم
Z iiij
272 MERCURT
avoit efté déterminé par ce Conful,
comme le plus prompt.
J'apprens en finiffant cet
Article , que le Conful de
l'Empereur a efté mis dans
les Cachots de l'Inquifition
de Livourne.
Cette affaire a efté portée
à Rome , & doit eftre jugée
par le Saint Office . Je vous
apprendray de quelle manie ;
re elle aura efté jugée ; mais
cette Juſtice eftant fort lente
& fort fecrette , je croy que
je ne vous en diray pas fi-
Loft des nouvelles .
GALANT 273
Sa Majesté Britannique
ayant ouy dire beaucoup de
bien d'une Piece de Theatre ,
intitulée Philippes le Bon, Duc
de Bourgogne , composée par
le P. le Clerc Jefuire , & qui
avoit efté reprefentée par les
petits Penfionnaires du College
de Loüis le Grand , fouhaita
d'en voir une reprefentation
. On n'eût pas plûtôt
appris cette nouvelle dans
ce College , qu'on en fit pa
roître beaucoup de joye , &
qu'on le prepara à donner
une feconde repreſentation
de la Tragedie que S. M. B.
274 MERCURE
fouhaitoit de voir . Ce Monarque
s'y rendit le 8. Juin
accompagné de Madame la
Princeffe d'Angleterre fa
four. Tous les Jefuites de ce
Collegele reçûrent à la defcente
de fon Carroffe , & le
conduifirent au fon des trom
pettes & des timbales , avec
toute la fuite dans une Salle
où il fut complimenté
par
Meffieurs les Princes de Naf
fau , de Croy & de Ligne ,
le Comte de Beaufort Croy ,
Meffieurs les Marquis
& par
de Lanmari , du Roure , d'E
ftain , le Comte & l'Abbé
GALANT 275
de Malauze , & par plufieurs
autres Penfionnaires de qua
lité du même College. Sa
Majefté , vit enfuite repre
fenter la piece dont je vous
viens de parler. Mr le Prin .
ce de Pons ouvrit le Téatre
par un nouveau compliment
à Sa Majesté , & vers le mis
lieu de la piece , tandis que
les Muficiens chantoient un
Intermede , on apporta une
magnifique Collation qui fat ,
prefenrée par les plus diftinguez
d'entre les Penfionnai
res. Monfieur le Marquis
276 MERCURE
de Lanmary grand Echanfon
de France fut de ce nom.
bre, il eut I honneur de fai .
re pour la premiere fois les
fonctions de grand Echanfon
, & de fervir a boire à Sá
Majefté , ce qu'il fit avec le
grand air & la bonne grace
qui l'accompagne toulours .
La pece finie , S. M. B. alla
voir la Bibliotheque ; les Jefaites
en corps le recondui
firent enfuite jufqu'à fon carroffe
, comblez & confus en
même temps de toutes les
bontez d'un Prince fi aimable
& fi digne des trois CouGALANT
277
-1
ronnes qui lui appartiennens
Ce Monarque s'en retourna
bruit des acclamations
que lui donna le peuple de
tous les lieux par où il paffa ,
les rues retentffoient des cris :
de joye , & des voeux que ce
peuple formoit en faveur de
ce Prince , & pour honorer
la fainteté du feu Roy Jaca
ques II. fon pere , dont la
memoire fera toûjours en ve
neration .
Je viens à ce qui s'eft
paffé en Italie depuis le mois
dernier , & je crois devoir
278 MERCURE
"
commencer par le fiege de
Suze. Mr le Duc de la Feüillade
qui avoit fait voir beau
coup de conduite & de valeur
depuis qu'il fert en Italie où
il s'eft acquis l'amour des
troupes & des peuples , &
qui par fa conduite a fauvé
Chamberi , avoit merité par
routes ces choſes que le Roi
lui fit l'honneur de le faire
commander en chef au Siege
de Suze , & ce Duc a ré
pondu par une expedition
auffi prompte qu'elle paroif
foit difficile , à l'honneur que
Le Roy lui a fait en le nom
GALANT 279
mant General d'une de les
Armées . Ce Duc arriva le
29 , du mois de mai devant
Suze avec 24. Bataillons , 4 .
Regimens de Dragons , &
quelques pieces d'Artillerie ,
28 fuivant la vivacité ordinai ;
re pour le fervice & pour la
gloire du Roy , il s'empara
d'abord de plufieurs hauteurs ,
& d'autres poftes avantageux
.
La Ville de Suze le trouvant
refferrée par la
perte de ces
poftes
, & jugeant
bien par
la maniere
dont les chofes
fe
paffoient
, qu'elle
rifqueroit
beaucoup
fi elle ofoit faire
280 MERCURE
la moindre reſiſtance , feren .
dit au premier coup de canon
; mais les ennemis qui
ne comptoient pas fur la re
fiftance que feroit cette Ville
, fonderent toutes leurs ef.
perances fur un corps de plus
de quinze cens Fantaffins ,
qui fe retrancherent fur la
montagne de la Brunette , &
comme il falloit les y forcer
avant que de prendre une redoute
appellée la Redoute de
Catinat , ainfi que le Chateau
ou Citadelle de Suze ,
its comptoient qu'il faudroit
bien du temps à Mr de la
GALANT 281
Feüillade pour emporter leurs
retranchemens & ces deux
poſtes ; ils avoient lieu de le
croire , & la chole étoit dif.
ficile , & auroit pû mêmë
paroitre impoffible à d'autres
qu'à Mr le Duc de la Feüillade
, pois qu'il s'agiffoit de
faire monter du canon par
des lieux fort élevez , & de
s'en fervir contre des retran .
chemens , & contre deux
poftes bien fortifiez . Mr le
Duc de la Feuillade ne perdiepas
un moment de temps,"
& prit des mefures fi juftes ,
que les de ce mois au matin
Juin 1704.
A a
282 MERCURE
il emporta les retranchemens
que les ennemis avoient faic
fur la montagne de la Brunette:
ils eurent plus de quatre
cens hommes tuez ca
cette occafion , où l'on fit
plufieurs prifonniers ,du nom .
bre defquels étoient le Colonel
Schalembourg Allemand
, le Comte de Sautena
Lieutenant Colonel , & frere
de celui qui eſt mort à l'Abbaye
de la Trappe , & trois
autres Officiers de confide
ration. Il vint cinq cens Deferteurs
qui fe rendirent à
Mr le Duc de la Feüillade ,
GALANT 283
1:
& le refte des troupes que les
ennemis avoient de ce côté.
là fe retira fous la Redoute de
Catinat. Mr de Valieres Ma
réchal de Camp , cût une
contufion à la mammelle
gauche. Noftre perte fut fi
peu confiderable en cette
occafion qu'il n'y euft aucun
Officier de tué ni bleffé. Mc
le Duc de la Feüillade ne
Jaiffa pas prendre long- temps
haleine à fes troupes , qui
n'étoient pas moins impa
tientes que lui d'achever leur
conquefte , & fit attaquer
deux jours aprés , c'eſt à dire
A a ij
284 MERCURE
le 7. du même mois , la Redoute
de Catinat : elle fur battue
avec tant de vigueur qu'elle
fe rendît dés le même jour ,
& quatre vingt hommes qui
la deffendoient furent faits
prifonniers de guerre. Mr le
Duc de la Feüillade toujours
excité de la même ardeur de
vaincre & de fervir le Roy ,
fit battre la Citadelle auffi .
toft aprés la prise de laRedoute
de Catinat , & l'on fit un fi
grand feu, que les ennemis qui
craignoient d'eftre emportez
d'affaut , battirent la chamade
quatre jours aprés , &
GALANT 285
même avant que la breche
fuft affés grande pour y mon
ter. Mr le Duc de la Feüil.
lade jugea à propos de leur
accorder une capitulation
honnorable , & la Garnifon
fortit le 12. avec deux pieces
de canon ayant à la tefte
Mr de Corbilli Gouverneur
de la Place . Cette Garnifon
fut conduite à Turin
donna d'autant plus de loüanges
à Mr le Duc de la Feüillade
des bons traitemens
qu'elle en avoit reçûs , qu'elle
avoit des ordres de Mr de
Savoye d'en ufer tout autre
&
286 MERCURE
ment avec les François , en
cas qu'elle cuft quelque avan
tage fur cux .
Mr le Chevalier de Teffé
Colonel des Milices de Dauphiné
, fut nommé par Mele
Duc de la Feuillade pour apporter
au Roy des nouvelles
de cette conquefte , & il
rapporta qu'elle n'avoit pas
couté cinquante hommes ,
parmi lesquels il n'y avoit
perfonne de diftinction . Cette
conquefte fut jugée fi im .
portante , tant par fa fitua .
tion cette Place n'étant
qu'à huit lieuës de Turin ,
GALANT 287
que par les avantages qu'on
en peut tirer , & par la gloire
dont les troupes de S. M. fe
font couvertes par la priſe de
la Ville de Suze , des retranchemens
des ennemis , de la
Redoute de Catinat , & de la
Citadelle , que l'on a crû que
tant d'avantages remportez
dans le même temps , & qui
ne font regardez que comme
une feule action , meritoient
qu'on chantaft le Te Deum ;
pour en rendre graces à Dieu,
ce qui s'est fait avec la folemnité
ordinaire. On ne
peut rien ajouter à la joye
288 MERCURE
4
que le Peuple en témoigna
pendant toute la foirée du
mefme jour , par les feux
que chacun fic allumer le foir
devant fa porte , & qui durerent
bien avant dans la
nuit , ce qui augmenta la
gloire de Mr le Duc de la
Feüillade.
Ce qui fuit ; regardant en
quelque façon cet article , je
crois que vous le lirez avec
plaifir .
Suze eft une Ville de Pié ~
mont fur la Doire , Capitale
du Marquifat du même nom,
au
t
GALANT 289
au pié des Alpes , nommees
anciennement Alpes Coryen
nes , maintenant le Mont Ge
nis , ou le Mont Genevre , qui
feparent le Piémont d'avec
le Dauphiné. Quelques Sçavans
croyent que c'eft dans
ce lieu qu'eftoit le trophée
de l'Empereur Augufte , qui
fut dreflé l'an 740 , de la Fondation
de Rome , & quatorze
ans avant la naiffance de Je.
fus Chrift. L'Infcription ſubfifte
encore à Suze fur un Arc
triomphal. Le feu Roy Loüis
le Jufte ayant pris la Rochelle
fur la fin de l'année 1628. fe
B b
Fnin
1704
290 MERCUR
E
mit en chemin pour aller proteger
le Duc de Nevers , qui
eftoit devenu Duc de Mantoüe
. Il partit en perfonne
au milieu de l'hiver qui eftoit
tres rigoureux , & força le
Pas de Suze le 7. Mars 1629.
Le Duc de Savoye ( Charles
Emmanuel I. de ce nom , dit
le Grand ) s'eftoit retranché
dans ce lieu pour en diſputer
au Roy le paffage , mais ce
Prince fut battu & entieremént
deffait par l'Armée
Françoife , & le Roy entra
triomphant dans Suze ; de là
ayant paffé les hautes monGALANT
291
tagnes , il fit lever le Siege de
de Cafal à Gonzales de Cordoue
, Gouverneur du Mila
nois , & mit ſon Allié en poſa
feffion de cet Etat. Gette ac}
tion vigoureuſe combla de
gloire le feu Roy Louis XIII.
l'intrepidite avec laquelle il
menafon armée à l'affaut de la
Ville de Suze , ayant rempli
d'effroy la Garniſon de cette
Place, qui, comme l'on fçait ,
eft de ce cofté - là une des
Clefs de l'Italie . La deffenfe
fut terrible de la part des
Affiegez. On croit que la
priſe de cette Place avança
Y
Bb ij
292 MERCURE
fort la mort du Duc de Savoye
, qui en effet furvécur
peu à cette perte , puiſqu'il
mourut le 26. Juillet 1630.
âgé de prés de foixante .
neuf ans. Ce Prince eftoit le
Bilayeul de Mr le Duc de
Savoye d'aujourd'huy , puifque
de Catherine Michelle
d'Autriche fa femme , il eut
le Duc Victor Amé , lequel
laiffa de Chriftine de France,
fille de Henry le Grand , le
Duc Charles Emanuel II,
qui de Marie Jeanne Baptifte
de Savoye a laiffé Victor
Amedée François , aujourGALANT
293
d'huy Duc de Savoye. C'est
du Duc Charles Emanuel I.
que le Roy Henry IV . difoit
que fon coeur eftoit plus couvert
de Montagnes , que fon Pays . Ce
même Roy luy prit les principales
Villes de Savoye , qu'il
luy rendit en 1601. par le Trai
té de Paix , par lequel il échangea
avec luy le Marquifat de
Saluces , pour la Breffe & le
Bugey. La Ville de Suze a efté
auffi conquite dans la dernie.
re guerre par M' le Maréchal
de Catinat.
Il s'eft donne plufieurs .
Bb iij
294 MERCURE
grands repas ce mois - cy . Je
vous ay déja parlé de la Feſte
donnée à Charonne , dans le
même mois , par M ' le Baron
de Breteuil à Monfieur le
Duc de Mantoüe . Le même
jour M' de Chamillare traica
à dîner dans fa Maiſon de
Létang Monfieur & Madame
la Duchefle d'Albe , Madame
la Ducheffe d'Aumont
, &
quelques Miniftres Etrangers.
Je ne vous parleray
point de la propreté , du bon
gouft & de la magnificence
de ce repas ; il fuffit de vous
nommer les noms des Con ,
GALANT 295
viez , pour que vous foyez
perfuadée que rien n'y manquoit
de tout ce que l'on au
roit pû y fouhaiter :
fouhaiter
: cepen
dant on fit plus d'attention
aux manieres honneftes &
polies de M' de Chamillart ,
qu'à la magnificence de ce
repas. Toute la Compagnie
admira la maniere dont Ma
dame de Chamillart fit les
honneurs de chez elle . Ma
dame la Ducheffe d'Albe en
die mille biens , & en parle
encore ſouvent , & fur tout
avec éloge .
Le 19. de ce même mois ,
Bb iiij
296 MERCURE
M de Chamillart donna a
dîner dans fa maifon de Paris
, à Monfieur le Duc de
Mantoüe , à Madame d'Arma .
gnac & à plufieurs autres per .
fonnes de diftinction . Je ne
vous dis rien de ce repas , Mr
de Chamillart le donnoit , &
il traitoit un Prince Souverain
; ainfi vous devez vous
imaginer que ce repas répondoit
à tout ce que vous en
pouvez penſer.
Il le donna le même foir
une Fefte des plus magnifi .
ques chez Monfieur le Duc
d'Albe. Je ne vous entretiens
GALANT 1 297
pas louvent de celles qui fe
donnent chez Son Excellence
, puifque de la maniere
dont ce Duc & cette Duchef
fe vivent , & dont ils reçoi
vent tous les foirs les perfonnes
de diftinction qui vont
chez eux
on pourroit dire
que ce font autant de Feſtes
que les repas qu'ils donnent
chaque jour. Ils vivent avec
un éclat , une magnificence ,
& une grandeur , qui eftant
née avec eux , n'a rien de
gênant ny d'incommode. Il
fe trouva le Jeudy au foir
19. de ce mois , chez eux, cant
298 MERCURE
de perfonnes du premier rang
& de la plus haute diftin
&tion , que Son Excellence
crût qu'elle ne pouvoit celebrer
la prise de Suze en
meilleure compagnie ; ce qui
l'obligea à leur donner à fou.
per. Sa Maiſon eft belle , fes
meubles font des plus magnifiques
, fes Domestiques font
nombreux , & fes Officiers
tant Espagnols que François
font des plus habiles ; ce qui
lui donnoit de grandes facilitez
pour le repas inpromptu,
qu'il refolut de donner à
peine le jour fut- il ceffé que
GALANT 299
tous les appartemens fe trou
verent éclairez par un grand
nombre de lumieres , & la
Compagnie ayant pris pendant
quelque temps le plaifir
de plufieurs divertiffemens ,
on fervit trois tables en mê
me temps , dont vous jugerez
par ce qui fuit , de la gran .
de magnificence . Il y eut deux
fervices de viandes, un entre
mets des plus exquis & un
fruit qui attira l'admiration
de toute l'Affemblée ; mais
la furpriſe fut bien plus grande
, lorfqu'on vit fervir un
fecond deffert , dont tout ce
300 MERCURE
qui le compofoit eftoit glacé,
rien ne paroiffant plus extraordinaire
& plus beau à la
vûë ; des Perfonnes de diftintion
priérent Monfieur le
Duc & Madame la Ducheffe
d'Albe de trouver bon qu'
elles montaffent fur des chai .
fes , afin qu'elles puffent voir
tout ce fervice d'un coup
d'oeil. Les principales glaces
furent fervies dans des feaux.
d'argent , & dans de grands
Vales de criftal. On avoit
changé de nappes . & de coul
verts , & on ne fervit à ce deffert
que des affietes de cristal .
GALANT
301
On vit fortir du milieu d'un
beau furtout de table , une
fontaine qui portoit fon cau
jufqu'aux bougies d'un grand
Luftre qui eftoit directement
au deffus de ce furtout. Les
liqueurs les plus délicieufes
furent fervies avec profufion ,
à ce repas , & toute l'Affem .
blée convint qu'il eftoit dif
ficile de porter plus loin le
bon goût & la magnificence ,
& que rien n'eftoit mieux
entendu que ce repas ,auquel
le jeu & plufieurs autres di
vertiffemens fuccederent
Enfin les manieres gracieu
302 MERCURE
les , polies & prevenantes de
leurs Excellences ne laiſſed
rent rien à fouhaiter aux Perfonnes
illuftres qui eftoient
de cette Fefte. Mr le Nonce
avoüa qu'il n'avoit rien vû
de plus grand dans ce genre.
Son Excellence Mr le Marquis
de Caftel.dos. Rius, qui
fe connoift fi bien en tout ce
qui eft magnifique & de bon
goût , n'en fut pas moins
furpris à cauſe du peu de
temps que l'on avoit cu pour
s'y preparer. Mr l'Envoyé de
Gennes demeura d'accord
que toute la delicateffe d'ItaGALANT
303
lie ne pouvoit aller plus loin.
Les Perfonnes de la Cour qui
le trouverent à ce repas , fone
Madame & Mademoiſelle
d'Armagnac , Mr le Comte
de Marlan , Mr & Madame
la Ducheffe de Lauzun , Madame
la Ducheffe d'Aumont,
Madame la Ducheffe de
Rohan & fa fille , Madame
la Ducheffe de Saint Pierre ,
Madame la Ducheffe de la
Feüillade , Madame la Du
cheffe de Quintin , Madame
la Comteffe de Solre & Mademoiſe
le de Solre fa fille
Madame la Marquife de Cres
304 MERCURE
quy & Mademoiſelle fa fille ,
Madame de Croiffy , melde
moiſelles de Bouzols & de
Croiffy , Madame de Chamillart
& Madame Dreux ,
Madame & Mademoiſelle
d'Alegre , Madame de Fimarcon
& plufieurs autres
perfonnes de qualité de l'un
& de l'autre Sexe . On ſe retira
fort tard , & chacun s'en
alla beaucoup plus charmé
des manieres de leurs Excellences
que d'une Fefte fi delicate
& fi magnifique
; cependantelles
en avoient don
né les deux jours precedens,
GALANT 305
dont la magnificence eftoit
prefque égale à celle de cette
grande Fefte. Si je voulois
parler de toutes celles que
leurs Excellences donnent ,
lejournal que je vous en donnerois
tous les mois feroit
trop long.
Le lendemain, qui estoit le
jour que l'on chanta le Te
Deum pour la prise de Suze ,
tout le Palais de Mr le Duc
d'A be fur illuminé , & il
donna un repas magnifique .
On ne peut s'empêcher de
demeurer d'accord que rien
n'eft au deffus des manieres
Juin 1704.
Cc
306 MERCURE
éclatantes & nobles de leurs
Excellences . Tous ceux qui
les connoiffent
ne peuvent
fe laffer de les loüer & de les
admirer , & ceux qui les
voyent fouvent, affurent que
l'on n'eft jamais forti d'au
prés d'eux , fans avoir fenti
augmenter l'eftime & l'attachement
qu'on a pour leurs
Perſonnes.
Le 22. Mr le Marquis de Dangeau
donna à fouper à мonfieur
le Duc de мantoüe dans
fon Appartement de Verfailles
; la table eftoit de ſeize
Couverts, il n'y eut que quatre
GALANT 30 %
hommes àtable, fçavoir, мon:
fieur le Duc de Mantoüe , deux
de fes principaux Officiers
& мr l'Abbé de Polignac :
douze Dames que мr le mar
quis de Dangeau avoit invig
tées , occuperent les douze
places qui reftoient à remplir
. Ces Dames fervirent
d'un grand ornement à cette
table , puiſqu'elles avoient
joint à leur beauté naturelle
un grand nombre de Pierreries
, & qu'elles eftoient fort
parées . мr le Marquis de Dangeau
tint une table de huit
couverts dans un autre lieu;
Cc ij
308 MERCURE
Monfieur le Duc de Mantouč
fut regalé d'un recit de Mufique
Italienne de la compofition
de Mr Couperin , qui fut
chanté par Mademoiſelle
Couperin, fa coufine , les pa .
roles eftoient de Mr le Marquis
de Dangeau , & elles fu .
rent fort applaudies .
Je vous ay déja marqué,que
pour ne vous point fatiguer
d'un long article de tout ce
qui regarde les Fanatiques ;
je mettrois dans mes Lettres
ces fortes de nouvelles
à mesure qu'elles m'arrives
Hen
GALANT 309
roient , & c'eſt par cette rais
fon qu'aprés en avoir mis
déja beaucoup d'articles dans
cette Lettre , je vous envoye
l'article fuivant.
A Nifmes ce 13 Juin 1704
Rolland , dont nous avons
depuis huit jours les premiers
chefs entre les mains en ôtage de
fa foumiffion de fa fidelite ,
fit dire encore bier à Monfieur
le Maréchalde Vilars qu'il n'attendoit
que fa permiſſion pour
venir fe rendre. Joanine parle
de même : ils fant ce qu'ils pew!
310 MERCURE
ment pour faire prendre à leurs
deux troupes ce même parti , la
plúpart y conſentent , mais cet
enragé de Ravenel , avec fes
Propheties , traverse autant qu'il
peut leurs bonnes intentions . La
divifion eft parmi eux , ils font
tous les jours prefts à s'égorger :
cependant il en vient à tous mo.
mens de tous côtez qui raportent
leurs armes à Mr. le Maréchal ,
donnent des cautions de leur
fageffe. Vous voyez que l'affaire
tirefur fa fin.
Je vous ay fouvent parlé
des Cartes Geographiques
GALANT
311
du P. Placide ,
Auguſtin déchauffé
, qui ont toutes efté
reçuës de S. M. avec beau
coup d'agrement , & dont le
Public a
toûjours paru tresfatisfait
. Ce même Pere vient
de mettre au jour une nouvelle
Carte du
Royaume de
Portugal , mais comme je
vous ay déja parlé de trois
Cartes nouvelles de ce mê
me
Royaume , je ne puis
vous rien dire de celle qui
fait le fujet de cet article ,
n'étant pas affés éclairé dans
ces fortes de
matieres , pour
decider de la bonté de cel312
MERCURE
les qui doivent l'emporter ,
& d'ailleurs m'étant fait un
plan de ne jamais chagriner
perfonne ; je vous dirai feulement
que ceux qui mettent
les derniers au jour de ces
fortes de Cartes , doivent
avoir dans les leurs quelque
chofe de different de celles
qui ont déja paru .
Il est temps que je vous
parle de tout ce qui s'eft paffé
dans l'Armée de Monfieur
de Vendome ; depuis ce que
je vous en ay mandé dans ma
derniere
GALANT 313
derniere Lettre. Ce Prince
fir faire le 25. de May un
fourage general à demi mille
du Camp de M. de Savoye ,
quiy eftoit retranché , & l'on
peut dire même enterré. Mr
de Vendôme eftoit en per
fonne à ce fourage , les ena
nemis n'eurent pas affés de
refolution pour le faire voir,
& ils ne tirerent pas meſme
un feul coup de moufquet.
Le 29. du mefme mois , une
crue d'eau fic rompre les chaines
d'un Moulia qui appar
tenoit aux ennemis , & qui
eftoitau deffus de Veruë , leş
Juin 1704.
Dd
314 MERCURE
batteaux arriverent au Pont
que nous avons prés de
Trin , avec une fi grande rapidité
, que le gros cable du
Pont rompit à un des bouts ,
de maniere que noftre Pont
fut mis en defordre. Le ra
vage que fit cette cruë d'eau
fut fi grand , que deux Ponts
de Mr le Duc de Savoye , &
deux des noftres furent ema
portez. Mr Serin , Commif
faire Ordonnateur, s'étant par
bonheur trouvé fur les lieux,
fit avec une diligence extraordineire
affembler quan
tité de Soldats & de Batte
GALANT
315
liers qui fauverent tous nos
batteaux juſques au dernier ,
il y a même des Lettres qui
portent , que l'on en prit une
vingtaine de ceux qui appara
tenoientà Mr de Savoye ; les
noftres furent arreſtez envi
ron à un mille du Pont de
Cazal , ce qui fauva ce Pont ,
qui n'auroit pû éviter d'eftre
rompu ,
fi tant de batteaux ,
pouffez avec une grande ras
pidité y avoient touché. Tou .
tes ces Relations ont marqué
que le Pont de Cazal avoit
refifté à la force de tant de
batteaux qui avoient donné
Ddij
316 MERCURE
contre , mais s'il eftoit vrai
qu'ils l'euffent heurte , il
n'auroit pû refifter , & auroit
efté emporté comme les
autres , ainfi l'on doit aux
grands foins , & à la diligen
ce , avec laquelle Mr Serin a
tout mis en ufage pour pres
venir ce malheur , non feu
lement les batteaux
de nos
deux Ponts , mais auffi le
Pont de Cazal qui auroit eu
le mefme fort que les au
tres.
Monfieur le Duc de Ven
dome décampa le 30. de fon
Camp de Fontanetto , d'où
GALANT 317
arrivale mefme jour à De
zana . Voici une copie d'une
Lettre de ce Prince , écrite.
du mefme lieu le 4 de Juin .
Farrivay icy avec l'armée le
30. du mois dernier , & je n'y
ay fejourné ju/quà prefent que
pour donner le temps de perfec
tionner les retranch mensquejay
fait faire à la teste de noftre Pont
de Trin , & pour faire travail
ler à Tricere , qui eft entre Trin
& Dezana , & dont le poste
nous eft abfolument neceffaire
pour conferver noftre communi ,
cation avec le Moniferat
.
Dd iij
318 MERCURE
Fay laiffe aux ordres de Mr
d'Albergotty dix Bataillons
fept Efcadrons pour foûtenir nos
poftes de Gabian & de Moneftin
, deffendre contre Mr
de Savoye l'entrée du Mont-
Feras Fay pour cet effet fait re!
trancher les paffages par où il
pourroit y peneirer , & j'espere
que nous trouverons par là le
moyen de garantir entierement
des courfes des ennemis , un pays
qui paroît fort devoir y être ex .
pofé par l'éloignement de noftre
armée.
Fay laiffé cing Regimens de
Dragons aux ordres de Mr de
GALANT 319
Seneterre , dont trois feront em
ployez à garder Trin , lou.
vrage qui est au bout du Pont ;
les deux autres feront à Tricere
poar conferver m ▲ communica.
tion , en cas que Mr d'Al
bergotty eût beſoin de troupes
& que les ennemis vouluſſent
remier quelque chose deson côté,
ce corps fera à portée de le fe
pourra le joindre
COMTEY
s'il le faut , en moins de deux
beures.
Je marcheray demain pour inveftir
entierement Verceil. Je
lafferai icy cinq Bataillons
muf Escadrons, & avec le reste
Dd iiij
320 MERCURE
de l'armée j'appuiray ma droitè
au Canal qui vient d'Yvrée ,
& ma gau be au Chateau de
Parifé , pendant que Mr le
Marquis de Las . Torres l'invefti
ra de l'autre cofté avec les troupes
qui font déja à fes ordres , &
qu'il commandoit fur la Sezia ,
& avec un détachement que
j'envoye de l'armée.
Voila nôtre dispofition , & de
quelle maniere jay posté mes
troupes. Je fu's perfuadé que les
ennemis ne fçauroient nous in
quiester , à cause que le Pays
eft fort coupé , & qu'il a quan .
sité de Rivieres qui font presque..
GALANT 321
toutes impraticables . Tous les
Déferteurs affurent , qu'il y a
dans Verceil quatorze Batail
lons , prés de mille Chevaux .
Ainfi voila un grand Siége , je
le feray commencer inceffament,
ie vous informeray tres
exactement de tout ce qui s'y
paffera.
Selon cette difpofition la
Place fut invefie le cinq de
Juin.
322 MERCURE
Voicy ce que porte une
autre Lettre.
Noms des Poftes qui font oc
cupez dans le Montferat ,
depuis le Pô jufques à Verfeil.
Les retranchemens tiennent depuis
Villadeatis jufqu'à Mon.
talare , de Montalare à Oda
lengue ; d'Odalengue à la hauteur
de Varengue à la teste de Gabian.
Ces retranchemens font gardez.
par dix Bataillons fept Escadrons
fix pieces de Canon , le rout
aux ordres de Mr d'Albergotti .
Ily a quatre milles de Villadeatis
à Gabian.
GALANT 323
Aux retranchemens de Trin,
ily a trois Regimens de Dra-
•gons & fix pieces de Canon,
Tricere eft retranché de maniere
qu'ilfaut un Siege & du Canon
pour le prendre. Il eſt gardé par
deux Regimens de Dragons.
Dézana par cing Bataillons&
neuf Escadrons aux ordres
de Mr de Langaleris. Il fera
mis en deffenſe en deux jours.
On occupera auffi les Chasteaux
de Lignano de Montenaro,
& le Village de Cafal- roffo
Pofte excellent pour les eaux qui
l'environnent
Il eſt à remarquer qu'à un
324 MERCURE
demi mille de Trin , il y a des
Rivières qui couvrent le front de
nos Poftes jufqu'à Dézana , de
forte qu'il eft impraticable que
l'armée ennemie puiffe venir par
là. Elle ne peut donc venir qu' -
entre Trin & Tricere , où entre
DéZana & Lavizate ' Il n'eſt
pas vrai emblable
ofe prendrefon chemin entre Trin
Tricere , puifqu'il se mettroit
entre Mr d'Albergotti & nous,
s'expoferoit à fe perdre , fan's
qu'il s'en pût fauver un feul.” M
ne reste donc que cet espace entre
DéZana & la gauche de noftre
Armée Les cheminsfont gardeZ
que
l'ennemi
GALANT 325
par les Chasteaux de Lignano ,
de Cafta rofta , & de Monte,
pare nous allons de plus ,
rompre les chemins en avant , le
plus loin que nous pourrons , de
forie qu'il est presque fûr que les
ganemis ne pourroient pas nous
approcher affez prés pour nous
inquieter pendant le Siege de
Verfeil Nous avons fait faire
3
plufieurs chemins , & pluſieurs
Ponts dans nos derrieres zau
moyen defquels nous communi ;
querons en mo, ns de quatre heures,
£ 5.3
Noms des Troupes qui occul
pent les Places dans le Monife
326 MERCURE
rat , & qui font aux ordres de
Mr d'Albergotti.
INFANTERIE,
Bataillons
'Auvergne.
Grancey.
I
Morangis .
1
Cottentin . I
Labour. I
Dillon
H
Galmoy.
Bourck.
9
CAVALERIE.
Escadrons.
Grammont,
GALANT 327
Soufcariere.
Senneterre.
7
Dans les Retranchemens de Trin.
Dauphin.
Verrac.
Efcadrons.
Languedoc .
Dans le Village de Trecere.
Du Heron .
Lautrec.
9
3
6
A Dézana aux ordres de Mr
de Langalerie.
Bataillons.
La Fere.
328 MERCURE
Baffigny.
Beaujolois.
Beauce.
Croüy.
Efcadrons.
Du Tronc.
Bouzol .
Villocrez,
S
Melun.
9
Troupes employées au Siege.
INFANTERIE .
Bataillons.
Piémont.
Barwick.
La Marine.
1
3
GALANT 329.
2
1
Tellé.
Sourches.
Maulevrier.
Lyonnois .
Tournefis .
Leuville.
Normandie.
Anjou .
Bourgogne.
Vaiffeaux.
La Sarre.
Medoc.
Vendôme.
L'Ile de France.
Premier de Limofin .
Royal Artillerie .
Juin
1704.
33
Ee
2
I
3
-I
330 MERCURE
Troupes
de France
Troupes
d'Espagne
.
Total
CAVALERIE .
Elcadrons.
Commiffaire General,
D'Ourches:
Ruffey.
Royal Rouffillon .
Carabiniers,
6
39
2
4
Villeroy.
Bartillac.
Cuirafiers.
Fourbin.
Broglio.
Bourbon.
Defclos.
2
2
3
GALANT 331
Elbeuf.
Sully.
Anjou .
Chartres:
Briffac.
Goulange.
Troupes de France .
3
3
Troupes d'Espagne.
Total 58
10
On a auffi tiré pour ce
Siege le Regiment de Cam
brefis qui eftoit dans Cazal .
La Lettre qui fuit eſt d'un
Officier General ; je croy ne
Ecij
332 MERCURE
pouvoir mieux vous faire
connoiftre la fuite du Siege
que par toutes ces Lertres ,
qui font ou du General même
, ou des principaux Officiers
Generaux . On doit admirer
dans toutes ces Lettres
la grande application de
Monfieur de Vendôme , les
foins qu'il le donne , fa prévoyance
& les grandes précautions
qu'il prend pour
tout ce qui peut contribuer
au fuccés de les entrepriſes.
GALANT 333
Au Camp de Dézana ce 4.
Juin 1794.
Afi- toft que Monfieur de
Vendôme a reçû l'ordre du
Roy d'abandonner
le projet qu'il
avoit fait , & qu'on auroit exe
cuté pourformer le Siege de Vera
rue, & pourfaire celuy de Ver
feil. Il a fallu changer toutes les
difpofitions
prendre d'autres
mefures .
Noftre Armée s'eft mife en
marche le 3 du mois paßé , &
nous fommes venus camper icy
pour donner à noftre groffe Ar
334 MERCURE
tillerie le temps neceffaire pour
·la conduire de Cazal à Verfeil ,
par terre , & fe mettre en eftat
en même temps de retrancher
quelques poſtes qui nous font ne » «
ceffaires , pour maintenir noftre
communication avec Trin , où eft
noftre Pont par lequel nous fammes
en eftat de nous porter de
l'autre cofté du Pô , & foutenir
le Corps que commande Mr
d'Albergotty qui couvre le Mont
ferat & Cazal
Nous marcherons demain matin
pour inveftir Verfeil. Mr. le
Marquis de las Torres avec les
troupes d'Espagne & quelques
GALANT 335
Efcadrons de Cavalerie Fran.
çoife que luy a envoyé Monfieur
le Duc de Vendôme , investira
la Place par le haut de la SeZia
jufqu'au Canal d'Yvrée. Èn
même temps Monfieur de Vena
dôme fera inveftir par la feconde
ligne de noftre Armée du bas de
la Seziajufqu'au Canal , fur les
quel onfera beaucoup de Ponts
pourfe communiquer de pars &
d'autre : L'onfera auſſi avancer
une partie des Milices du Milanés
pour border la Sezia &
fermer aux ennemis tous les paffages
qui pourroient eftre fur
cette riviere. Monfieur de Ven
336 MERCURE
dôme campera avec la premiere
ligne de l'Armée , fa droite au
Canal , fa gauche à Lavizase .
lly aura un Corps de Cavaled'Infanterie
campé à Dé. vie
Zana un Corps de Dragons
dans Tricere
que
l'on a retran_
che , un autre Corps de Dra.
gons dans le Camp retranché de
Trin qui couvre noftre Pont .
L'on eft obligé de s'estendre de
cette façon pour maintenir noftre
communication , foutenir en
même temps le Corps de troupes
que commande Mr d'Albergotry
lequel est de l'autre coflé
du Pô pour couvrir le Mont
ferrat
GALANT
337
tre
Ferrat & Cazal. De la maniere
dont eft fait ce pays , il eft diffi
cile que les ennemis puiffent vien
tenter fur les Poftes qui font no.
communication à moins qu'ils
ne viennent avec toute leur Armée
, auquel cas on fera en estar
de mettre la noftre enfimble
de combative celle des ennemis ;
qui est tout ce que Monfieur de
Vendôme fouhaite.
Monfieur le Duc de Savoye
voyant les chofes en cet état ,
& qu'aprés s'eftre attiré en fon
pays toutes les
troupes qui
eftoient en Italie , tant amies
qu'ennemies
&
meſmes juf
Juin 1704. Ff
>
338
MERCURE
qu'aux fiennes , il avoit perdu
La Savoye , la Ville de Trin ,' .
& qu'il eftoit fur le point de
perdre encore celle de Verceil,
& mefme tout le Piémont , écrivit
la Lettre fuivante
au Gouverneur
de Verceil. Cette Lettre
est tombée entre les mains
de Monfieur
le Duc de Vendôme
; & comme il en a couru
quelques
copies
je vous en
Envoye une .
Com
Ommandeur
des Hayes , nous
vous depêchons
le même homme
qui nous a rendu la vostre dufix
fur laquelle
nous dirons que nous
aurions fouhaite
que vous nous euffiez
mandé quels travaux
les ennemis
font. Les avis que vous avez.
eu de quatre - vingt pieces de 24 liv .
GALANT 339
de 48 liv, nefont pas justes : les
ennemis ne pouvant mettre ce nom-
318
bro de groſſes pieces ensemble , pour
avoir la place en peu de jours comme
vous dites , & nous fommes tres -per,
fuadez que vous ferez votre devoir
Le ferez faire ; que vous prendrez
Ravenir des mesures pour fairefaire
de bons retranchemens derriere les
Bastions quand vous verrez que les
ennemis vous attaquerant. Ils trouveront
de bons dehors , un bon corps,
de Place & les fufdits retranchemens
encore, pour leur difputer le
terrain pied à pied , comme nous
L'entendons precifement. Ce que
nous en difons , c'est par la connoiffance
que nous avons de la Place.
Les travaux frais ne font qu'en
deux demi-lunes. Les Baftions vuides
empêcheront les ennemis de s'y
Ffij
340 MERCURE
ི་
loger à leur aife. Les deux Batailtons
qu'on a retirez ne vallentpas
celui des Gardes qu'on vous y a jette,
& des deux Hibernois vous pouvez
en faire un bon z le refte vous
peut eftre utile par les travaux
Vousfervezque les Moufquers font
meilleurs pour obtiner la défenfe des
places , que les Fufils ; vous avez
en abondance d'Officiers . Vous [çavez
que vous avez les meilleurs de
nos troupes : enfin , ilfaut nous donner
du temps & faire des retranchemens
er
des coupures dans la
ville même , s'il eft neceffaire , ne
voulantpas abfolument qu'on parle
T de Capitulation voulant
que l'on
chistic rigoureusement tous Officiers
& Soldats qui tiendront des dif
& cours là- deffus contre leur honneur
& leur devoir s'agiffant dans la
GALANT
341
deffenfe de cette Place , de la perte
ou du foûtien de nos Etats & de
noftre Couronne , qui font en bonnes
mains eſtant dans les voftres , com
me auji de celles des Officiers qui
compofent voftre Garnifon, qui étant
de qualité & nos fujeis , ne dementiront
pas l'attente que nous en
avons , particulierement le Comte
de Prala , par la connoiffance que
nous avons de fafidelité & des mar
ques qu'il a données de fa valeur en
plufieurs occafions , & particuliererement
au Combat de Luzara.
On m'a affuré que ce Commandeur
des Hayes eft un Gen
tilhomme de Beauce qui a beaucoup
de méchantes affaires , qui
Font obligé de fe retirer ca.
Savoye ..
Ffiij
342 MERCURA
Vous trouverez à la fin de
ma Lettre un Journal de ce qui
fe fera paffé depuis l'ouverture
de la tranchée devant Verceil ,
jufqu'au jour que les dernieres
nouvelles de ce Siége feront:
arrivées icy .
J'ay oublié de vous marquer
qu'avant qu'on inveftit cette
Place , Mr le Marquis de Las-
Torres avoit fait un grand degaft
dans tous les lieux des environs
d'où on auroit pû faire
entrer quantité de chofes dans
la Place , qui auroient efte
d'une grande utilité pendant
le Siege .
Le Roy d'Efpagne n'aïant attaqué
aucune Place fans l'emporter
, depuis qu'il a ouvert
GALANT
343
Ia Campagne en Portugal ; je
ne doute point que vous n'at
tendiez avec impatience la fui
te des conquestes de ce Monarque
, depuis que les armes toûjours
victorieufes ont emporté
Caftelbranco. Ce Monarque en
eftant parti le 29. de May dernier
, arriva devant Portalegre
le 2. Juin , aprés avoir marché
quatre jours , & fait un jour de
fejour. Et comme il ne fe donne
aucun moment de relâche ,
malgré la chaleur , qui eft ex.
ceffive en ce païs - là , & malgré
les fatigues & fes marches
qui ont efté continuelles depuis .
qu'il eft entré en Portugal , cet
infatigable Monarque ne pouvant
dés le jour de fon arrivéc,
parceque la nuit s'avançoit
344 MERCURE
aller reconnoître la Place
y alla dés le lendemain ,
la trouva fortifiée d'une forte
muraille avec deux Baftions , &
un Ouvrage à corne : le Baftion
le plus avancé eſt tresfort
; il trouva auffi que cette
Ville eftoit commandée par une
Citadelle : on fçût par les Deferteurs
>
qu'il y avoit vingt
pieces de canon dans la Place,
qu'elle eftoit remplie de tou
tés les proviſions neceffaires de
guerre & de bouche pour foûttenir
un long fiege , & que l'Evéque
fort attaché au Roy de
Portugal , avoit lui - même pris
les armes , afin d'exciter tout
fon Clergé à fuivre fon exemple
, de maniere que ce Clergé
qui eft affés nonbreux groffil
GALANT 345
foit de beaucoup le nombre
de quatre mille habitans qui
avoient pris les armes ; en forte
qu'on en auroit pû former une
armée affés confiderable avec
la garnifon , qui eftoit compofée
d'un Regiment Anglois , de
deux Portugais , & de trois
compagnies de Cavalerie. Tout
cela ne fervit qu'à animer davantage
le courage de S. M. C.
qui fe fit une gloire d'emporterune
Place , qui eftoit de toutes
manieres en eftat de faire une
longue refiftance. Une partie
de l'Artillerie arriva devant la
Place , quelques heures aprés
S. M. On ne lui avoit fait paf.
fer la montagne qu'à force de
bras ; cette montagne eft à fept
cens pas du débouché fur le
346 MERCURE
ح م ق
Tage , on laiffa deux Bataillons
François pour le garder. Mr
Goulet alla ce même jour troifiéme,
reconnoître les Fortifications
de la Place avec quatre
Compagnies de Grenadiers , il
y retourna le 4 avec le même
nombre de troupes ; il trouva ,
que quoique cette Place parût
être commandée par les montagnes
qui l'environnent , fa fi
tuation ne laiffoit pas d'être tres
avantageufe , les montagnes en
étant trop éloignées , pour que
le moufquet put incommoder
les Affiegez , & fi fourées &
fi pleines de rocaille qu'il n'é .
toit pas poffible d'y monter du
canon .
TIDEST SALE
Le Roy laiffa en partant pour
Portalegre
cinq Bataillons ELGALANT
347
pagnols , quatre François , &
deux Efcadrons Efpagnols fous
Caftel Branco , aux ordres de
Dom Roquillo , afin que ce
detachement , qui n'étoit qu'à
trois journées , pût rejoindre
S. M. en cas qu'elle en eût be
foin.or
Quant à ce qui regarde le
Siege , les ennemis firent le 3.
de Juin , dont je viens de vous
parler , un grand feu d'Artille
rie , dont deux Grenadiers furent
feulement bleffez. Les ennemis
perdirent cejour là beau
coup de bétail , qui leur fuc
enlevé par divers partis.
Le 4 douze Anglois Deferteurs
, fe rendirent au Camp
ayant un
Officier en tête. Com.
me on ne doute point de la va
348 MERCURE
leur des Anglois , on leur de
manda pourquoi ils fe rendoient
fans combattre ; ils répondi
rent , qu'ils n'étoient pas d'humeur
à expoſer leurs vies pour
રે
les Portugais , qui les abandonnoient
tous les jours , quoy
qu'ils fuffent venus pour les
deffendre, & dont la plus grande
partie avoit refolu de ſe rendrefans
combattre , dés qu'elle
fe verroit attaquée . Le même
jour plufieurs partis ennemis
furent battus par des troupes
beaucoup inferieures , commandées
par le Lieutenant Colonel
de Berry & Dom Antonio de
Leyva , ils n'eurent qu'un Soldat
tué , & peu de bleffez .
Le 3. il arriva cinq cen's chevaux
du Camp du Prince de
Tferclaës
GALANT 349
Tferclaës Tilly , & quelques
pieces d'Artillerie , & on com-,
mença à dreffer les batteries
contre la Place .

Il ne fe paffa rien de confi-,
derable le 6. & l'on continua
feulement à preparer toutes les ,
chofes neceffaires pour atta- .
quer vigoureusement la place.
Le Prince de Tilly , qui avoit
ordre de fe rendre devant la
place avec quelques troupes ,
y arriva le 7. fur le midi , la
chaleur eftoit exceffive ce jour-
·là , & depuis que le Roy d'Efétoit
entré en Portugal, pagne
on n'en avoit point encore ſenti
de f grande S. M. refolut
neantmoins de faire la revie
des troupes qui venoient d'arriver
; on fit tout ce que l'on
Juin 1704.
Gg
350 MERCURE
pour l'en detourner , mais
Put P
ce
Prince
S
Couta
que l'impa
tience
qu'il
avoit
de contribuer
par fes foins
, && même
au perit
de fa vie , à tout ce qui pouvoit
rendre Efpagne triomphante
de fes ennemis . Cette noble
ardeur
fut d'autant plus femarquée
quque
l'on
publioit
par

tout , que le Roy de Portugal
& l'Archiduc n'avoient point
forti de Lifbonne , à cauſe des
grandes chaleurs , & que les
Sujets même de S. M. P. trou-
S.M.
voient fort à redire que le Roy
de Portugal eut laillé perdre.
une partic
de fon Royaume ,
fans autre raifon que celle de
ne vouloir pas s'expoſer aux
chaleurs de la Campagne , cela
fit remarquer que l'Archiduc ,
GALANT 351
qui ne reculoit pas moins de fe
mettre à la tête des troupes ,
que le Roy de Portugal , apprehendoit
autant de s'expofer
aux rayons du Soleil , qu'il
avoit apprehendé les ondes de
la Mer.
en-
L'Artillerie eftant en état de
tirer le 8 au matin , eût à peine
commencé de fe faire entendre,
qu'elle fit ceffer le feu des
nemis , & ruina un Ouvrage
avancé , qui couvroit une demi
lune , qu'elle battit enfuice
mid
vigoureulement ; mais un boulet
ayant mis le feu au Magazin
de poudre avec tout le fuccés
que l'on en pouvoit fouhaiter , les
ennemis abandonnerent auffitôt
la demi lune , dont les troupes
Efpagnoles s'emparerent.ce
Gg "j
352 MERCURE
qui obligea les a fliegez à battre
Vla chamade , mais on ne voulut
les recevoir qu'à difcretion . Les
Bourgeois convinrent de donner
cinquante mille écus pour
fe racheter du pillage . Quelques
Lettres portent , que l'obftination
de l'Evêque , qui ne
vvoulant point reconnoître le
Roy d'Efpagne , fut mis en arrêt
fut caufe qu'il en couta
auffi cinquante - mille écus au
Clergé Pendant qu'on parleementoit
les Fauxbourg for pillé
Spar un grand nombre des Maraudeursils
firent un tres-
-grand butin , & trouverent fur
tout une fort grande quantité
de toiles , qui eft une marchandife
chere & rare en ce païs - là .
Ces Maraudeurs avoient auffi
TGALANT 313
commencé à faire des ouvertu
res au corps de la place pour y
entrer , & pour la piller , de
maniere, que fi elle n'avoit cazpitulé
auffi promptement qu'elle
fit , rien n'auroit esté capable
de la garentir du pillage, op
30 100 supav.17 ob nosnik
af Voici deux actions dont j'ay
oublié à vous parler dans leur
orang . rangt .
ཝཱ ༨ ༣.
Les Grenadiers de Sillery
allant reconnoître Portalegre ,
des Païfans poftez, dans une
grange , sen tuërent deux , &
un Lieutenant ; mais ils pour
fuivirent ces Païfanses en tuebrent
douze , en brulerant huit,
& en prirent cinqoqui ont eflé
pendusoms ney & aando alib
Mr de Saint Florent Lieute
Gg. iij
By
354 MERCURE
ཏི
nant Colonel de Vienne , érant
allé escorter des Boulangers à
Valencia renkontra un parti
ennemi de cent chevaux ,& de
-cinq cens fantaffins , dont il fut
attaqué, mais ce parti fut battu,
& perdit foixante hommes , qui
furent tuez , de maniere qu'il
pric la fuice , & ramena un bon
nombre de bleffez. ay pang
* Pendant que S. M. C. faifoit
Ta conquefte de Portalegre ,
Mr le Marquis de Villadarias
agiffoit vigoureuſement de fon
côté , & remportoit tous les
jours de nouveaux avantages
fur les Portugais.
Toutes ces nouvelles font
venuës de Madrid , d'où Mr le
Duc de Grammont a écrit une
Lettre entiere , qui ne contient
GALANT 355
que des Eloges de la Reine
d'Espagne
ainfi que de la furprife
, & de l'admiration
, où il
abefté de trouver tant d'efprit
& tant d'autres belles qualitez
dans cette Princeffe , qu'il eft
impoffible
d'en faire voir da
vantage Ce Duc ajoûte qu'il
avoit eû trois heures de conver,
fation avec S. M. & que pendant
tout ce temps - là il en
avoit efté de plus en plus
charméliv
ob: auparM əl 1MA
not ab nemalonogir
sonige
25 Vous fereziravie
pour plus
fieurs raiſons d'apprendre
ce
qui fuit. elegano
coi tul
fhol zallavnog 233 29:00 I
alaM dob , bibsMob Minasy
13
356 MERCURE
Lesquqlupa
6 LIST EX SI
Des Vaiffeaux Anglois &
Hollandois done eft compofée
l'Armée qui eſt en▾
antrée dans la Mediterranée ,
fous le commandement
de l'Amiral Rook , en
May 1704
ANGLOIS.
Noms des Vaiffeaux.
La Royale Catherine , Ponts 3
Canons.
Equipages .
Le Prince Georges.
Canons ,
?
800
Ponts 3
80
GADANT 357
Equipages , 700
Le Kent. T 21J Ponts 2
Canonsen A zushia 2970
Equipages ,
Le Sommerfet ob sobre ponts 2
162460
Canonsup saminA Mablog so
Equipages 14 l anabon 500
80
smstaigmos
of
Ponts
2
>
62
380
Canons
Equipages ,
Le Cambridge.
Ponts 2
Canons ,
80
Equipages
, aha . 500
Le Neuvvark. Ponts z
Canons
polis
80
"
Equipages ,
Le Beptford.
Ponts 2
Canons ,
Equipages ,
Le Torfans.
Canons ,
80
500
egyesbosPonts z
80
358 MERCURE
Equipages ,
La Restauratifer.
Canons
Equipages ,
L'Ipfovich.
Canons ,
500
*
Ponts z
20006
¢
70
bro
Ponts 2
70
Equipages ,
2 .
460 L'Yarmoutheday e. Pont's
2
Canoas ,
Equipages
,
Le Bervvich
.
Canons ,
Equipages ,
Le Suffolk.
Canons ,
Equipages ,
( 2000 770
A
460
Ponts
2
70
Ponts
70
23459
460
Le Champtoncourt Cases Ponts 2
Canons >
Equipages ,
L'Eagle,
Canons ,
20005
460
pgrades
Ponts 2
70
GALANT 359
Equipages ,
Le Lennox.
Canons ,
Equipages ,
Le Burford.
Canons ,
Equipages ,
460
Pontsz
200470
Jeggog
460
Ponts
z
70
460
Le Ferme , Vaiffeau François ,
Canons ,
Equipages ,
Le Grafton.
Canons ,
Equipages ,
L'Effex.
Canons ,
Equipages ,
Le Montmouth.
Canons ,
Equipages.
Le Cantarbery.
Canons ,
CSVLUT400
Ponts
z
2000 £70
2595g
460
A Pontsz
POB:70
46460
norge
Pontsz
$ 2000
160
2586910360
Pontsz
60
260 MERCURE
Equipages ,
Le Leopard.
360
Ponts 2
Canons ,
Equipages ,
Canons ,
Equipages ,
L'Anelope.
Canons ,
50
250
La Couronne.
Ponts 2
50
250
50
Equipages ,
250
50
Lefvvallou .
Canons ,
Equipages ,
Le Advice.
Canons ,
Equipages ,
La Lark.
}
Canons ›
Equipages
,
Le Garland.
Canons ,
250
48
230
40
180
36
Equipages,
GALANT 361
Equipages ,
Le Lensher.
Canons
Equipages,
Le Nevvport.
Canons ,
Equipages,
Le Charles Galley.
Canons ,
Equipages ,
Le Tarfer Pink.
Canons ,
Equipages ,
C
150
36
wwtwwu
36
250
36
32
130
29 Vaiſſeaux , C. 2132. E. 13160
5. Fregattes.
4. Brulots.
4. Hofpital .
8. Bâtimens Marchands pour
transporter des Troupes.
9. Chaiches.
Juin 1704,
Hh
362 MERCURE
HOLLAND OISO
3 P
Ay Lab noflo zimena zob
Noms des Vaiffeaux, Xust
1 Amiral. , zodmoƐ é assoilsə
Canons valors up 9170
Equipages ,ana bio 400 4400
1. Vice Amiral. V les ob astor
Canons on Dave zuba180f
Equipages, ob hy nog do 150
1. Contre - Amiral, fa s'a at
Canons , obres offreshe
Equipages , al
8. Vaiffeaux de 70 Canons , 560
5. de foixante Canonsb
70
400
300
2. de sonCanonsgamblust 19007
18 Vaiffeaux , Canons 1180
2. Fregattes , 1. de 30. 1. de 10 .
4 Galiottes à Bombesin
1. Fluteoinsta05)
SALEM sdg
GALANT 363
On voit par là que la Flote
des Ennemis eftoit de 47. Vaiffeaux
, de Fregattes p de 4 .
Galiotes à Bombes , & d'une
Flute , qui avec l'avantage du
vent , n'ont ofé attaquer noftre
Flotte de 29. Vaiffeaux , qui les
a attendus avec une fermeté
dont on a peu vû de pareille.p
On n'a pu avoir le nom des
Vaiffeaux Hollandois , car l'on
n'a parlé qu'à des Anglois , qui
n'ont point efté fur l'Efcadre
Hollandoifeo & quirenofça- ?
voient feulement le nombre &
la grandeur.
V rusdile v. &:
La Lettre qui fuiceft venue
par Venife. Quoiqu'iloy seur
déja quelques preparations aux
nouvelles qu'elle contient, elles
Hhij
364 MERCURE
ne laifferont pas de vous farprendre
.
Smolarg
4099$
A Vienne ce 17. Juin 1704 ,
-કવન ૩૨ 21 NR
Neft toujours icy dans une confufion
qui paffe toute imagination
Les Mecontens continuent de
toutes parts & avancent leurs af
faires. Heifter s'eft retiré fous le
Canon & Abercale, eftant poursuivi
des Forgats avec trente mille hommes
qui le refferrent de prés. Nous avons
reperdu l'Ile de Schut ; les Meantens
sen font emparer de not
veau , ily a apparence qu'ils veulent
s'y establir ; car ils y batiffent
de petits forts. Ils font auſſi entrez
de nouveau en Moravie a
après
avoir pris le Chateau de Sculitz
battu le General Bailtehen. On
nowGALANT
365
traint fort pourBude qui eft invefti,
& put eftre même affiegé prefentement
il
of aty a vingt cing mille
Turcs fous les armes dans ce voifinage
, qui ne nous donnent pas peu
dinquietude. La Transilvanie eft
toute revoltée ; Efterhaft y eft pour
fomenter la division. Le General
Rabutin a écrit qu'il ne fçaurois
plus tenir , fi l'on ne lui envoye
promptement des troupes & de l'argent.
La maniere dont cette Lettre
eft écrite fait croire qu'elle eft
d'un homme de diftinction
puifqu'il appelle l'Heifter , le
General Heifter: l'Efterhafi , le
Comte Efterhafi : & les Forgats,
les Comtes de Forgats. La fi
zuationcoù fe trouvent les affai-
Hh iij
366 MERCURE
res de ce cofté - là , donne lietts
de croire que les fuites en fe
ront fâcheufes pour l'Empe
reur , & doit lui faire changer
le plan des deffeins qu'il avoit
formez contre Monfieur l'E
lecteur de Baviere. 1919gobind
Le Roy a donné à Mr le Mar
quis
de la Vrilliere , un brevet
de retenue de quatre cent mille
livres fur fa Charge de Secre
taire d'Etat . Il eſt le huitiéme
de fa Maifon en comptant Monfieur
le Chancelier & Mr le
Comte de Pontchartrain. Perfonne
n'ignore que ce Marquis
à infiniment d'efprit & beaucoup
d'autres belles qualitez,.
qu'il a fait paroiftre dés fa plus.
grande jeuneffe . Il a la repu
tation de rapporter les affaires
+
A4
GALANT 367
au Confeil avec une grande netteté
, ce qui fait voir qu'il les
conçoit parfaitement.
19 Sa Majesté vient de donner
à Mr d'Iberville , qui a efté fon
Envoyé en plufieurs Cours
Etrangeres , une Commanderie
de Saint Maurice , en Savoye ;
iben avoit perdu une , depuis
Fouverture de la Guerre , qui
lui avoit efté donnée par Monfieur
le Duc de Savoye .
Vous fçavez le retour de Mr
Phelypeaux Ambaffadeur
de
France en Savoye , où il a fervi
le Roy avec tant d'efprit , d'intelligence
, de dignité & de fermeté,
qu'il eft impoffible de rien
ajouter aux louanges que cha
cun donne hautement à fes fere
vices . Il ne fert pas moins bien
368 MERCURI
Te Roy en qualité d'Officier
General , que de Miniftre , &
l'on affure même qu'il a demande
a Sa Majesté la permiffion
de reprendre le fervice dans fes
Armées. Ce Monarque eftant
extremement fatisfait de tous
fes fervices , lui vient de donner
une place de Confeiller
d'Etat d'épée qui vaquoit par
la mort de Mr de Villars, & par
furcroift de bonté , Sa Majesté
lui a donné en même temps tous
les appointemens écheus depuis
la vacance de cette place,
ce qui monte à prés de quarante
mille livres.
Le Roy qui fe plaift à faire
des graces à toutes les Perfonnes
de diftinction qui les meritent
, vient de donner une pen
GALANT 369
fion à Mr de Légal . Vous fea
vez qu'il eft arrivé depuis peu,
& que Monfieur l'Electeur de
Baviere l'a envoyé pour conferer
avec le Roy touchant les
projets de la Campagne . 11 a
cû l'honneur d'entretenir plufieurs
fois Sa Majefté , qui a dit
qu'elle fçavoit bien qu'il étoit
brave ; mais qu'elle ignoroit
qu'il eût tant d'efprit & tant
d'intellligence dans les affaires
de la guerre. S
Monfieur le Duc de Mantoüe
qui avoit couché à Verfailles
le 13. de ce mois , monta le len
demain plufieurs Chevaux de la
grande Ecurie, & ce Prince qui
aime paffionnement cet exer
cice , fit paroiftre une adreffe
& une vigueur qui lui attire370
MERCURÐ
rerent beaucoup d'admiration ,
Il monta encore à Cheval Pa
prés - difner & le promena dans
toutes les routes du Parc & dé
la Foreft de Marly's iheftoid aes
compagné de Mr Manfare , Ce
Prince n'entra point dans les
Jardins , ny dans le Chateau
de Marly , parce qu'il y avoit
efté quelques jours auparavant.
Il fit cette promenade avec
ceux de la Cour qui ont accou.
tumé de le ſuivre. Il eftoit
monté fur des Chevaux de la
petite Ecurie du Roy & pen !
dant toute cette promenade il
ne parla que de Sa Majesté , ce
qui fit beaucoup de plaifir à tous
ceux qui l'entendirent.onimaT
cula cabeau
Le mot de l'Enigme du mois
GALANT 371
paffé eftoit la Lampes ceux qui
ont trouvé font Mellieurs Du
chefne de la Cour du Maure !
de Beauvais de la rue S. Mar
tin , le jeune Notaire , de Vaulx
Avocat au Parlement de Bretagne
, Senêchal de la Thebaudais
Barder & fon ami Du
pleffis , Maifire Chirurgien à
Lyon Halle PAmoureux
Giller , nouveau devineur du
cloître S. Benoift : la Chicorée
Bourgeois le Gouverneur des
Percherons le Contrôlleur de
la Guinguette le Docteur Jean-
Jaques François le grand
Turc de la rue Clocheperce :
l'Ami conftant de Verfailles :
Tamirifte & fa fille Angelique
Une des plus grandes Princel
372 MBRCURE
fes du monde : la belle Thereſe
de la ruë Beaubourg : l'Aimable
Coufine , F. M. S. l'aimable
Maman & fon cher fils du quartier
S. Honoré : l'aimable veuve
Marchande vis à vis les Quinze
vingt : fa charmante fille , fa
devote penfionnaire & ſon bon
voifin la belle Etrangere aux
yeux noirs , de la rue S Honoré:
l'aimable Charlotte Henriette
de la rue du petit Lion :
lab jolie Cremone:: Mlle du
Croiffant de la rue Saint
Denis: la Gaillarde du Champ
de l'Alouette : l'aimable Louttraffe
de Bayonne la chere
Minette fauvage de Montivilliers
: Mlle Fleuret : Mile
du Moutier la fille de l'Ar
fenal la Prefidente de l'E-
:
lection
GADANT 373
Jection de Chaumont , & Magoy.
Je vous envoye une nouvelle
Enigme 1g sa pa
ENIGM E.
E tire mon éclat d'une vive peinture
,
Et dois mon fort à l'art bien plus
qu'à la nature .
Des plus hideux mortels , comme des
plus parfaits ,
L'on me voit emprunter la figure
& les traits.
Mon corps eft fpongieux , ma matiere
eft legere ,
Le fouffle de la voix la detruit ou
Paltere
Au milieu des plaiſirs , je confonds
chaque Eftat,
Juin 1704
Ii
374 MERCURE
J'y confonds le Manant, l'Honnéte
homme & le Fat ,
Et tel à s'énoncer fans moy ferait
timide ,
Qui fier de mon appuy , penſe , parle
, & decide.
Je vous envoye la decifion
d'une affaire fur laquelle toute
l'Europe avoit les yeux ouverts;
& je vais pour vous la faire
mieux comprendre
, vous rapporter
tout ce qui s'eft paffé
dans les deux dernieres Dietes
des Suiffes . Dans la penultiéme
,
les Deputez proteftans ; qui
eftoient reftez feuls à Baden ,
fe feparerent fans avoir pris
aucune refolution . Ceux de
Berne les avoient engagez à
envoyer chercher chez eux de
GALANT 375
nouvelles inftructions au sujet,
de la neutralité entiere de la
Savoye , & vouloient
les porter
à accorder
conjointement
avec
eux quatre
mille hommes
à
Monfieur
de Savoye
, mais Melfieurs
de Bafle répondirent
avec
fermeté
, qu'ils ne pouvoient
rien faire en faveur de ce Prin
ce. Le Canton
de Zurich
ne
voulut
point entrer
non plus dans cette levée. Celui
de
Schaffouze
fuivit cet exemple
;
de forte que le Canton
de Berne
fut obligé de mander
à fes
Deputez
de revenir
fans rien
conclure
; & ainfi le Diete fe
fepara de la maniere
du monde
la plus avantageuse
pour le fervice
du Roy , & par ce moyen
les affaires
demeurerent
fufpenli
ij
376 MERCURE
duës jufques à la Diete ſuivan≥
te , qui devoit le tenir à la Saint
Jean. Enfin le temps de cette
Diete eftant arrivé , on a conclu
aprés beaucoup de conteftations
à la pluralité des voix ,
qu'on rejetteroit les demandes
que failoit Mr l'Envoïé de
Savoye, d'une levée de troupes
pour le Duc fon Maiftre ,
afin de s'en fervir pour chaffer
les François de fes Etats.
On eft auffi convenu , qu'on
fe contenteroit de l'offre du
Roi pour la neutralité du Chablais
, Faucigni & Genevois ,
& pour la Fortereffe de Montmelian
, & que l'on continueroit
pour cet effet la voye de
la negociation . Mr de Mellarede
qui ne s'attendoit pas à
GALANT 377
une pareille refolution , fut fort
furpris , lorfque les Deputez
Jui en apporterent la nouvelle ,
Il répondit que fes inftructions ,
au fujer de cette neutralité ,
eftoient finies , mais qu'il donneroit
avis au Duc fon maître ,
de leur refolution . Cer Envoïé
en a eſté fort mortifié , puis
qu'il n'avoit point ceffé de cas
baler depuis fon arrivée en
Suiffe , & qu'il avoit compté
que les difcours feditieux , remplis
d'invectives & captieux ,
qu'il avoit faits aux Cantons ,
feroient réüffir fes negociations,
mais ceux qui connoiffent la
fageffe des Suiffes , & qu'ils font
trop habiles pour rien faire
contre leurs interefts , & contre
leur gloire , étoient perfua-
Ii iij
378 MERCURE
dez que les chofes tourneroient
comme elles ont tourné.
L'article de
Portalegre , que
vous avez déja lû dans ma Lettre,
eftoit tiré del plufieurs Lettres
qui avoient eſté écrites
avec precipitation , dans le
temps que l'affaire s'eft paffées
mais je viens de voir une Lettre
de Madrid , plus fûre , plus
jufte, & mieux circonftanciée .
Voici ce qu'elle contient .
ON
apprend
Napprend
par
les
Lettres
de
OPortalegre
du 9. Juin
, que
le 6.
2
du même mois on refolut
d'attaquer
tette Place. On détacha cinq Bataillons
& quelques
Compagnies de
Grenadiers , & on alla occuper une
éminence d'où l'on pouvoit battr.
un Fort qui domine fur la Placee
GALANT 379
1
1
On y fit monter de Artillerie. On
alloit mener au fupplice cing Por
tugais qui contre leur parole d'honneur
,& contre toutes les loix de la
guerre , avoient exercé des barbaries
inoties contre quelques François .
Sa Majesté Catolique ordonna
qu'on fufpendit leur execution . Sar
le foir du méme jour les Deputezde
la Ville d'Ocrato vinrent fe fou
mettre à l'obéiffance du Roy , de la
part
de cette Ville - là , & de tous
les lieux voifins . Le 7. Mr le Duc
de Barvvick alla inveftir Portalegre
, & il la ferra de bienprés de
tous coftez. Les ennemis firentgrand
feu & tirerent dés le matin fur nos
de troupes plus de deux cens coups
Canon fans nous tuer un feul
homme . Dans cette méme matinée
, Mr le Prince de Tferclaës380
MERCURE
onze
bear
Tilli arriva au Camp du Roy avec
L'Armée qu'il commande . Il campa
à demi- lieuë de la Place . Sur les
heures du matin le Roy alla
voir les troupes , malgré le chaud
excelfif qu'il faifoit. Sa Majesté
revint à trois heures après midy pour
diner; & elle entra avec plaifir
dans une barraque que barraque que lui avoient
fait , avec des branches d'arbre des
Soldats Flamans . En paffant avec
ceux de fa fuitefort près & en vie
de la Place , on tira fur cette troupe
vingt volées de Canon perfonne
heureufement n'en fut tué ; mais Sa
Majesté s'était trop expofée. Le 8.
noftre Artillerie fit un grand effet.
Elle batit en ruine un Fortin &
une Demi - lune , & obligea les
-foldats qui les deffendoient de les
abandonner. Un de nos boulets don-
"

GALANT 381
3
na du haut de la montagne dans
leurs poudres. Le feu y prit & elles
firent fauter en l'air quelques uns
des lears 3 les autres prirent l'épouvante.
Ils fe jetterent dans le corps
de la Place , criant , mifericorde .
Les Affiegez dem anderent à capituler
, on ne voulutpas les écouter.
Ils redoublerent leurs cris , demandant
grace , & criant plus haut ,
mifericorde. Ils fe fervirent de
l'entremise de leur Evefque . Le Roy
accorda qu'ils fe rendroient à difcretion
& ce Prelat fupplia sa
Majefté qu'il lui fût permis de fe
retirer à Lisbonne , ce qu'il obtint.
Outre les Payfans armez qu'il y
avoit dans cette Place , la Garni
fon eftoit de 1500 hommes , dont 500.
eftoient Anglois. Ils font tous pri-
Jonniers du Roy & non pas prifon-
>
382 MERCURE
niers de guerre, & c'est ainsi qu'ils
Pont demande eux- mêmes . Il ne
fut pas pollible de fauver le Fauxbourg
du pillage . Le butin en fut
confiderable ; ily avoit fur tout un
grande provifion de vin & de toutes
fortes de vivres . Sa Majesté toujours
attentive à faire du bien , envoya
des ordres exprés pour empêcber
que
la Ville ne fuft pillée ,&
fes ordres furent fuivis exactement.
Ily avoit 18 pieces de Canon. Don
1ly
,
Pedro Figuero , qui avoit eſté envoyé
extraordinaire à Madrid , en
eftoit Gouverneur. Cette Ville eft.
une des plus belles de tout le Portugal.
Ily a plus de trois mille Habitans
Les Maifons y font bien
bâties : ily a de tres belles fontaines
; le Palais Epifcopal y eft tres .
beau , & outre l'Eglife Cathedrale ,
GALANT 383
ily a cinq Paroiffes , un beau Col-
Lige de Jefuites , deux Convents de
Religieux & un de Religieufes.
Le Roy entra dans cette Plate
4.ec quelques uns des Grands d'Efpagne
qui ont fuivi Sa Majesté .
Le même jour , Mr de Joffreville
rejoignit avec des prifonniers qu'il
avoitfaits , après avoir mis à contribution
beaucoup de lieux differens.
Le 9. les Deputez de la Ville
& du Chapitre baiferent la main
du Roy , tous les lieux des environs
vinrentfe foumettre à l'obeiffance
de Sa Majesté qui revint à
fon Camp , après avoir laiße deux
Bataillons en garnifon dans la
Place. Le Roy donna dés le foir fes
ordres pour faire marcher les troupes
à Cafteldavidé , qui n'est qu'à trois .
lieues de fon Camp.
384 MERCURE

Par les Lettres de Madrid du 14:
on apprend que le Mercredy 11.
Mr le Duc de Gramont y eftoit entre
, dans les Carroffes du Roy, qu
eftoient allez au devant de lui. Il
fut conduit à l'Hoftel de Son Excellence
Monfieur le Duc & Albe , où il
fut reçu avec une magnificence qui
eft naturelle à ceux de ce nom , &
qui meriteroit une defcription particuliere.
Le Feudy 12. Mr le Duc
de Gramont baifa la main de la
Reine, accompagné de toute la Grandeffe.
Ce mêmejour Mr le Comte de
Saint Estevan de Gormas , Ayde de
Camp de Sa Majesté Catholique ,
arriva à Madrid, avec la nouvelle
de la prife de Portalegre . On ne
peut exprimer la joye qu'en temoigna
le peuple , & quelles furent fes
cclamations, On doute que les
fiecles
GALANT 385
frecles precedens ayent và quelque
chofe de femblable. Les festes pu
bliques & particulieres fuccedent les
unes aux autres , & les illuminations
& les feux de joye fe redoublent
toutes les nuits . La Cour &
Ja Ville ont témoigné auſſi unee x -
rèmefatisfaction de tout ce qui s'eft
paßt a Barcelone . On y donne des
élages publics à Dom Francifco de
Velafco , Viceroy de Catalogne , à
Dom Emanuel de Toledo , General
de l'Artillerie , homme d'une grande
valeur & d'un merite fingulier , au
Commandant de la Cavalerie, & à
tous ceux qui ont eu occafion de fignaler
leur zele & leurfidelitépour
leur Maiftre.
Je vous envoyeray le mois
prochain un détail de l'affaire
de Barcelonne,
Juin 1704.
Kk
386 MERCURE
Je viens d'apprendre par une
autre relacion , qu'outre les cas
nons qui ont été trouvez dans
Portalegre , felon la lettre que
yous venez de lire , il y avoit
dans cette place 300 barils de
poudre peſant cent livres cha
cun , 2500 , moufquers ou fufils ,
2500, épées , trois magazins de
farine & deux de bled , & 500.
boulets de 12. livres sa
Le 25. de ce mois , Madame
la Ducheffe de Bourgogne commença
à fentir quelques douleurs
, qui augmenterent un peu
fur le midy. Elles devinrent plus
vives à une heure & demie :
Elles furent plus confiderables
fur les deux heures , & depuis
rois jufqu'à cinq , & un plus
d'une minutte , que cette Prin-
22
:
SGADANT! 287
ceffe accoucha ; elles furent
tres aigues & tres frequentes
Elle enveût une fur les 3. heures
qui lai fie faire d'affez grands
cris pour faire croire qu'elle
étoit accouchée. Un de fes Va
lets de Chambre ayant entendu
Mr Clement prononcer diftintement
ce mor , je leuens , crût
qu'il parloit du Prince , dont il
étoit perfuadé que la Princeffe
venoit d'accoucher : Cependant
Mr Clement ne parloit
que d'une carreau qu'il avoit
Chambre
animé par l'ardeur de fon
zele , courut dans le petit appartement
de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , où ce Prinaceqavoit
réſolu de demeurer
pendant tout le temps que la
demandé. Ce Valet
de
KK ij
388 MERCURE
Princeffe feroit en travail, &
lui dit que Madame la Ducheffe
de Bourgogne étoit accouchée
d'un Prince, A l'infant toutes
les Chambres de
l'appartement
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , qui étoient remplies
de monde , retentirent de
cette grande nouvelle , qui fe
répandit auffi - tôt dans tout
Verfailles , où l'on alluma quantité
de feux : on envoya promprement
des ordres pour les faire
éteindre , mais il n'étoit plus
temps d'arrêter plufieurs Couriers
qu'on avoit dépêchez à
Paris , pour porter la nouvelle
de cet heureux accouchement .
Avant que Monfeigneur le Duc
de Bourgogne fut détrompé ,
Monfieur le Duc d'Albe fe jet-
ALOI
4
GALANT 289
ta auxx pieds de ce Prince , pour
qui il à une veneration particu
liere, & lay dir en embraffane
fes gendux , qu'après la joye qu'il
avoit de le voir Pete , il ne man
queroit rien à fon bonheur, s'ilvoioit
que le Royfon Maitre le fut ault.
Monfeigneur le Duc de Bourgo
gne répondit à ce Duc ,je fay
Monfieur , que votrejoye répond bien
àla nôtre , c'est un jour bienheurens
pour nous , en fouhaite un pareil
au Roy d'Espagne,
dans ce momentlà
que la joye que l'on fentoic
étoit prématurée , ce qui donna
beaucoup de chagrin , mais enfin
on l'oublia , à cinq heures &
plus d'une minute , que Madad'une
me la Ducheffe de Bourgogne
fur délivrée , aprés avoir fouf-
Kk iij
399 MERCURE
fert ces douleurs avec une canfrance
merveilleuse , Les Roy
demeura toûjours auprés de
cette Princeffe , ainfi que Mdn
ſeigneur , & tous les Princes &
Princeffes. Mr Clementeût
quelque inquiétude 3 lorfque
Madame la Ducheſſe de Boure
gogne fur accouchée» parce que
L'Enfant ne crioit points ce qui
caufa un filence qui dura quel
ques momens . Le Roy fe baiffa
& demanda à l'oreille à Mon
feur
Clement ce
que c'était
que l'Enfant , il répondit cout
bas , que c'étoit un garçon . S M.
luy demanda fi elle pouvoit le
déclarer. Madame la Ducheffe
de Bourgogne , qui obfervoit le
Roy,prit la parole, & dit qu'elle
connoiffoit bien aux mouvemens
LONDANT 391
du vifage de S. M. que c'étoit
un garçon ; & la verité fut auffi
tôt déclarée tout haut dans la
Chambre îlnis , sheonix 53050
38 Le Roy didalors , voila le qua
trième que Clement me donne. A
quoy Mr Clement répondit, qu'il
efperoit encore luy donner les Enfans.
da Prince qui venoit de naître, 30
in Ce fut Monfeigneur le Duc
de Berry qui annonça cette
nouvelle à Monfeigneur le Duc
de Bourgogne en l'embraf
fants Mele Nonce ordinaire fut
leopremier Miniftre étranger
qui y fue introduit , & qui par
confequent complimenta le premier
S. M. fur cette heureufe
naiffance Monfieur & Madame
la Ducheffe d'Albe entrerend
enfuite ; Mr le Duc d'Albe die
392 bonheur
de la Frans Roy , que
ca étoit une felicité pour Espagne
& qu'aprés
la
paguth gr
i qu'il prenoit a
G
ce bonheurpublic , rien ne le touchoft
davantage , que de le voir bifayent
Monfeigneur, ayeul, & Monfeigneur
le Duc de Bourgoaggnnee ,, pere
Le Roy luy répondit , qu'il luy
étoit obligé d'avoir de pareils fenti
mens , qu'il fçavoit qu'ils étoiens
finceres, & qu'il étoit perfuadé que
ce bonheur feroit bien celebré en
Espagne.
Le Roy alla à la porte de la
Chambre
& fit des honnêtetez
aux Dames
qui étoient
en grand
nombre
dans le grand
Cabinet )
& reçut leurs complimens
; ily
avoit une infinité
de Perfonnes
de l'on & de l'autre fexe , & Sa
Majeſté
leur déclara
qu'elle
i
GALANT 393
avoit donné au Prince qui ve
noit de naître , le i de Duc de
Bretagne. Cependant , l'on mit
le jeune Prince dans un lange .
& on le remit entre les mains de
Madame la Maréchale de la
Mothe , qui le porta auprés du
feu , il fut enfuite ondoyé par
Mr le Cardinal de Coeflin , en
preſence du Curé de Verſailles ;
aprés quoy il fut emmaillotté
par la Garde de Madame la Ducheffe
de Bourgogne : Ce Prince
fe trouva fi grand & fi fort qu'on
fut obligé de lui mettre un bonnet
du troifiéme âge , & qu'on
eût beaucoup depeine à luy enfermer
les bras. Madame la Maréchale
de la Mothe prit enfuite
ce Prince & le porta à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
394 MERCURE
qui le baila : puis elle le porta
à la porte de la Chambre , con
l'on fic venir la Chaife & Aes
Forteurs du Roy Elle entra de,
dans , elle mit le Prince fur les
genoux & le porta dans l'apar
tement qui luy étoit deftiné.
Mr le Maréchal de Noailles fe
chargea de l'y conduire , & Mom
feigneur le Duc de Bourgogne
luy en marqua fa joye. On nomi
ma alors un des Exempts qui
forvent auprés du Roy , pour
être auprés du Prince , & pour
le fervir alternativement avec
fes camarades . Peu de temps
aprés , Mr le Marquis de la Vrik
liere , Secretaire , Greffier de
l'Ordre du S. Efpric , luy porta
de la part du Roy , le Cordon
bleu & la Croix de l'Ordre,que
GADANT 295
Madame la Maréchale de la
Mothe luy mice s 9.30g 1 ?
Aufli tor que Madame la Ducheffe
de Bourgogne fut accouchée
le Roy envoya Monfieur
des Elpinets , Ecuyer de la pe
tite Ecurie à la Reine d'An.
gleterre pour luy apprendre
cette nouvelle ; & il fit une fi
grande diligence , que cette
Princeffe arriva fur les fix heures
à Verſailles.
Le Roy s'étant aquitté de
routes les chofes que je viens
de vous marquer , de la maniere
noble & aifée dont il remplit
les plus penibles devoirs de la
Royauté dit qu'il devoit aller
remercier le Ciel de toutes les
graces qu'il répandoit fur luy
tous les jours , & alla prier
396 MERCURE
Dieu à la Chapelle . Monfeigneur
le Duc de Bourgogne s'y
rendit auffi & y demeura en
priere ; pendant trois quarts
d'heure. Ce Prince y avoit été
feul fort long temps le jour
precedent , & l'on avoit remarqué
qu'il ne vouloit pas être
connu .
·
Le Roy tint Confeil de Miniftres
au fortir de la Chapelle
, rien ne pouvant déranger
ce Prince , qui ne remet jàmais
au lendemain les affaires
qui regardent fon Etat , & aufquelles
le jour eft marqué pour
y travailler. I change feulement
les heures , lorsqu'il s'y
trouve obligé par des affaires
tres.p
tres preffantes , & qui ne peuvent
eftre remifes. Je ne puis
1
m empêGALANT
397
m'empêcher de vous faire re
marquer icy une choſe qui n'eft
pas ordinaire à tous les Souve
rains , qui fuyent avec foin tous
les fpectacles douloureux , & qui
peuvent leur donner des idées
de la mort , & même la leur repreſenter.
Le Roy n'en a jamais
afé de même , & on l'a vû en
plufieurs occafions paffer des
Journées & des nuits entieres
uprés des perfonnes mourantes
qui le touchoient , & donner
tous fes foins à tout ce qui pouroit
contribuer au reçabliſſeiment
de leur fanté & au falut de
leurs ames , donnant fes ordres
pour toutes ces chofes , & faifant
lui- même une partie de
ce qui auroit pû eftre fait par
d'autres . Ce Prince a demeuré
Jain
1704
*
LI
398 MERCURE
auprés de la Reine fa mere , de
Ja Reine fon Epoufe , & de Ma
damela Dauphine , prefque
jufques au moment qu'elles ont
rendu Pame , & lorfque les deux
dernieres ont été fur le point
de mettre des Princes ous des
Princeffes au monde , il ne les a
point quittées pendant leurs
plus vives douleurs & lon
peut dire qu'il a toûjours beaucoup
contribué par fes,foins &
par fa prefence au foulagement
de ces mêmes douleurs. i'up
De quelque côté que l'on regarde
ce Prince , on ne trouvera
rien dans fes actions qui ne foit
digne d'admiration , & ilsen
attire même par des endroits
quin ferviroient qu'à faire
voir la foibleffe des autres
GALANT 399
hommes . Il fembloit qu'aprés
Paccouchement de Madame la
Ducheffe de Bourgogne ge
Monarque ne dût penfer qu'à
fon treffentiment contre Monheur
le Duc de Savoye
n'était plus vrai - ſemblable , &
ik
n'auroito fuivi que les fenti
rien
mens qui fonta ordinaires all
coeur humain dans de pareils
-cas mais ce n'eft pas fans fujet
qu'on a donné le furnom de
Grand àlace Monarque , puis
qu'il ne le dément en rien. Ce
Prince ' a fait voir en n'écoustant,
ni la foibleffe humaine ,
ni la vengeance à l'égard de
Monfieur le Duc de Savoye ;
zaprés l'accouchement de Maadame
lap Ducheffe de Bourgoagne.
Le fentiment le plus ge-
Lij
400 MERCURE
1
un
neral étoit , que S. M.
écrivift point pour lui en don.
ner avis cependant ce Prince
n'a fuivi que les fentimens d '
est
Heros Chrêtien , & a fait voir
qu'il l'eft veritablement , en
écriva à Monfieur le Duc de
Savoye , pour lui apprendre
que Madame la Ducheffe de
Bourgogne eft accouchée d'un
Prince. Je ne dis rien de cette
action , dont le feul récit fair
Y'Eloge.
Je ne vous ai rien dit dit pour ne
pas interrompre le cours d'une
relation plus curieufe , des feux
qui furent allumez dans Verfailles
, dans l'inftant même que
Tony apprit l'accouchement de
Madame la Ducheffe de Bourgogne,
1out Verſailles parut
GALANT
401
en feu dans le même moment
& chacun chercha à fe diftinguer
, en faisant paroître la
grandeur de fa joye . Monfieur
Te Duc d'Albe fit faire des illuminations
qui furprirent
d'autant plus , qu'on n'avoit
pas eu le temps de s'y preparers
plufieurs fontaines coule
rent devant fon logis , où l'on
diftribua beaucoup d'argent.
Mr de Villacerf
fut le premier
qui fit tirer des fufées volantes ,
& il en partit enfuite une f
prodigieufe quantité du grand
Gommun , que tout Verſailles
fut couvert du feu qu'elles répandirent.
Toute ces réjouiffances
durerent jufqu'au lendemain
matin . On chanta le Te
Deum à la Melle du Ray &
L1 iij
402 MERCURE
భా
tous les Miniftres Etrangers
qui font en France ſe rendirent
Verfailles pour
s pour faire compli
ment à S. M. pb b165 ub
a
Je ne vous dis rien des gran
des réjouiffances qui ont efté
faires à Paris où l'on n'atpas
la nuit pour les com-
و ت
tend
mencer. Le détail en feroit fi
long , qu'il me faudroit encore
l'étendue d'une Lettre comme
celle- ci pour vous en parler ;
ainfi je fuis obligé de remettre
ce détail au mois prochain.5
Voici ce qui s'eft paffé en
Portugal depuis la prife de
Portalegre. Les ennemis , au
nombre de quatorze Bataillons
& de vingt - cinq Eſcadrons , ont
marché du côté de Monte - fanto
, & ont voulu furprendre
GALANT 403
Mr
cette Place ; mais leur deffein
ayant manqué , ils ont fait avancer
un détachement de troupes
du côté de Ciudad - Rodrigo ,
& ils ont pillé un Village appellé
Quinaldo , мr de Barvvich
a fait marcher fur la frontiere
Mrs de Ronquillo, de Rifbourg
& de Jeoffreville , & il s'eft
mis peu de temps aprés en marche
pour les joindre , dans le
deffein d'aller enfuite aux ennemis
, qui étoient encore du côté
de Monte fanto : Les troupes
qui les accompagnent
font les
deux Bataillons de Sillery , celui
de l'Ifle de France , le Re
giment de Cavalerie des Aftariés
, le Regiment de Dragons
de Montmein , & quelques atrtres
corps. Le bruit s'eft enfuite
404 MERCURE
repandu que les ennemis fe
font retirez à leur approche
lorfque les Lettres qui ont appris
ces nouvelles , & qui font
dartées du 17 de ce mois font
parties Ces mefmes Lettres
ajoûtent que le bruit couroit ,
que Mr de Schomberg marchoit
avec un corps de troupes du
cofté d'Eftremos que fon deffein
étoit de s'aprocher d'Elvas ;
que Mr de Villadarias avoit
remonté la Guadiana pour s'ap
procher d'Eftramadure ; que le
Roy de Portugal étoit à Santaren
, & l'Archiduc à Lisbonne ,
d'où quelques particuliers ont
qu'il ne vouloit point
;
. écrit
fortir de crainte qu'on ne lui
permift pas d'y rentrer . es

mes Lettres difent auffi qu'il y
GALANT 405
a de la mefintelligence entre
le Roy de Portugal & l'Archiduc
, & qu'ils fe defient l'un de
Pautreip 2 poliovpor 250 zinq
Voici ce quis eft paffé depuis
l'ouverture de la tranchée devant
Verceil. Elle fut ouverte
la nuit du 14. au 15 de ce mois
du côté des Capucins , parceque
Monfieur le Duc de Vendôme
avoit refolu de battre les
deux Baſtions de la porte de
Milan , qui font éloignez de la
Sezia d'une portée de moufquer
La tranchée fut montée
le premier jour par Mrde Vau
becour , qui comme premier
Lieutenant general commandoit
à la droite , & par Mr de
Toralba Maréchal de Camp
Efpagnol , qui commandoit à la
[
406 MEN CUR H
gauche. Elle fut ouverte de
fort prés , à caufe de la facilis
té qu'on trouva de s'approchers
par le moien de quelques fonds,
par lefquels on pouvoit allerta
Couvert. Voici de quelle manicre
un Officier de confiderab
tion parle de cette premiere
nuit de tranchée. Mr Deshayes
sleft baiffe furprendre la premiere nuit
fort vilainement , &je croy que
Monfieur de Savoye luy en faura
-tres- mauvais gré. La tranchée
fuc pouffée cette nuit - là juf
qu'à cent ou fix vingt toiles des
paliffades . Les Ennemis s'eftant
apperçus le matin de l'ouvrage
que l'on avoit fait , firent un
tres grand feu qui dura pendant
tout le jour , & ne nous tua que
fix hommes . Il faut remarquer
i
GALANIM 407
que la droite de la tranchée eft
appuyé fur la Sezia , & que la
gauche qaboutit au chemin de
Cafada Verceil , & qu'on attaque
le Poligone de deux Baftions
, qui forment une espece
de Citadelles par des ouvrages
que des Afliegez ont au dedans
de la Ville Johdanto
>
Lens au foir , la tranchée fut
relevée par Mr le Marquis de
Barbeziere & par Mrs de Val
de Fuentes & d'Orgemont
avec les trois Bataillons de Nor
mandie , Medoc , Ile de France ,
Beaujollois , & un Regiment
Espagnol. On s'attacha à perfectionner
les travaux que l'on
n'avoit fait qu'ébaucher la nuic
precedente , parce qu'il eftoit
important de s'enterrer pen
408 MERCURE

dant la nuit , fans quoy on auroit
perdu une tres - grande
quantité de monde ; on ne laiffa
pas neanmoins de pouffer la
tranchée affez avant , & de faire
commencer deux batteries de
Canon & une de Bombes ) qui
devoient tirer le lendemain ; on
travailla auffi de l'autre coſté
de la Sezia à une batteriet de
douze petites pieces pour bat
tre à ricochets les ouvrages des
Ennemis & leur chemin cous
verton eftoit ce jour- là à cent
toiles du chemin couvert
ennemis firent un tres - grand feu
de canon & de moufqueterie ,
qui fit beaucoup debruic & peu
d'effets on n'eut pendant la
nuit du 15. au 16. & pendant
tout le 16. que fix hommes tuez
les
оц
GALANT
409
bu bleffez , quoy que l'on cuft
travaillé à découvert & au clair
de la Lune.
Vaicy ce que porte une autre
Relation qui parle du travail
fait pendant la même nuit.
eyvabaM ob sl
+
• On a poußé une tranchée en zigue-
2 gue le long de la riviere du cofté
de la porte de Milan , de la longueur
de 70 toifes, par 150 de tran
chée à l'attaque de la gauche. On
continue deux fappes en s'approchant
de la Place , fur la longueur
de 45 toifes & l'on a fait au bout
une Redbute pour ſoutenir la gadche
de l'attaque . Les ennemis one
fait depuis hier , un grandfeu de
Canon qui n'a tue que fept hommes
& quatre chevaux. Mr De-
Juin 1704.
Mm
410 MERCURE
mont , Commiſſaire d' Artillerie,
où la main fracaffée d'un coup de
Canon & L'on crois fa bleffuse
mortelle Un Brigadier des Carabimers
a efté tué la même nuit.us
Le 16, au foir , la tranchée
X
fut relevée par Mr de Medavy,
qui ne pûr faire travailler aux
batteries, nyà la paralelle qui
Etoit commencée, à caufe d'une
pluye qui fürvint avec tant
d'abondance que les Ponts
qu'on avoit faics fur des Navil
les , pour établir la communication
de la droite à la gauche,
furent entraifnez , & la tranchée
de la droite -fi inondée ,
que l'on ne pût la faire relevers
que la nuit fuivante , en
marchant à découvert.p
GALANT 41
La tranchée fut relevée la
nuit de 17. au 18. par Mr le
Comte de Chémerauli . « Ils für
travailler avec tant de chaleur
aux batteries malgré le grand
feu des ennemis , qu'il en fit
mettre quatre én état de rece.
voir le Canon quoique cela
parût impoffible. Cane fut pas
fans effuyer beaucoup de feu ,
nous n'eûmes que vingt hom
mes ruez on bleffez , mais pref
que tous du Canon & de la
Bombe & l'on n'avoit point
encore vûsjufqu'à bce jour- là ,
de Place qui eût fait un fi grand
feu de Canon. On pouffa pendant
la nuit la fappel à 60 toifes
du glacis. Il n'y eut cette nuit
là que cinq hommes tuez & 16.
bleffez , ce qu'on regarda com
Jig
Mm ij
412 MERCURE
4
*
me un miracle, à cauſe du grand
feu que les ennemis faifoient.
On n'a jamais rien vu de fi intrepide
que
nos es il faut
&
les battre pour les empêcher
de fe découvrir & ils marchent
fur le revers de la tranchée ,
avec auffi pen , de crainte que
s'ils fe promenoient dans les
ruës de Paris . On en tuë quelques
uns , ce qui ne corrige
pas les autres. Deux deferreurs
apprirent ce jour- là que la batterie
de dix pieces de Canon ,
qui eft au delà de la Sezia , &
qui bat à revers dans les ou.
des vrages Affiegez , les incommodoit
beaucoup.
Voicy l'Extrait d'une Lettre
de Monfieur de Vendôme datée
du 18.
GALANT 413
L
Atranchée a esté pouffée devant
Verceil à 60 toifes du chemin
couvert , nonobftant le grand feu
des Allieger de moufqueterie & de
* Canon. Ils ont fait une fortie du
coffé des troupes d'Espagne que commande
Mr de Las - Torres , & ils
sont eflé vigoureuſement repouffezpar
anfeu effroyable. Nous avons 40 .
pieces de Canon en batterie & 12.
mortiers. L'on commence à travail
ler à la fappe pour épargner les
Stroupes , & depuis le commencement
du Stege , nous n'avons eu que 60 .
hommes tuezou bleffez. Si Monfieur
de Savoye fe met en devoir de venir
an fecours de la Place , Piray an
devant de lui pour le combattre
Ily a 13. Bataillons dans la Ville
1500 Chevaux.
Quoy que cette nombreufe
Mm.iij
414 MERCURE
Garnifon pût former une armée
capable de nous empêcher d'approcher
fi - toft du corps de la
Place , on ne laiffoit pas d'eftre
le 20 au pied du glacis de la contrefcarpe,&
le 21. le canon avoit
déja fait une bréche affez confi .
derable. Nous n'avions pas perdu
depuis l'ouverture de la tranchée
70 hommes , & quoi que le
Gouverneur duft beaucoup apprehender
la colere de Monfieur
de Savoye , s'il ne fe deffendoit
bien , il n'avoit néanmoins ofé
faire aucune fortie , & s'eftoit
contenté d'un feu prodigieux de
canon . Monfieur de Savoye n'avoit
de fon côté ofé faire aucune
tentative pour attaquer Monfieur
de Vendôme , il le trouvoit
embaraffé depuis la prife de Suze,
& il avoit envoyé 2500. homs
I
GALANT 415
mes d'Infanterie & 1500. Chevaux
pour empêcher les courfes
de la Garnifon de cette Place .
D'ailleurs Mr le Duc de la Feüillade
lui donnoit beaucoup d'inquietude
, ce Duc ayant marché
du côté des Barbets que S. A. R.
fçait n'eftre pas bien difpofez
pour elle. Pendant l'inaction
des Troupes de la Garniſon de
Verceil & de celles de Monfieur
de Savoye & qu'on avançoit au
corps
de la Place , il venoit tous
les jours quantité de deſerteurs
à l'armée de Mr de Vendôme, &
fur tout grand nombre d'Allemans
, parce qu'ils ne peuvent
demeurer longtemps dans les
lieux où ils font trop refferrez
pour piller .
Mr de Dreux étant allé reconnoitre
les ennemis, a été legere
416 MERCURE
ment bleffé au deffus de l'oeil
(droit. 15°
Je viens à l'Article qui re.
gardeMonfieur le Grand Prieur
& je croy ne le pouvoir mieux
commencer qu'en vous envoyant
une Lettre de ce Prince
Aur Camp de Lebiola legal
52 Juin 1704 .
L
E Baron d'Eftrich , Suiffe de
Nation Lieutenant Colonel
Infanterie & Ingenieur principal
parmi les ennemis , dégouté avec
saifon tres -forte da fervice de l'Em
pereur , & fefiant à la parole que
je lui ay donnée de lui procurer des
graces de Sa Majefté, me vint trouver
il y a trois jours . Il me rendit fi
bon compte des forces des ennemis ,
des Poftes qu'ils occupent & des
fortifications des Tours de Saraval,
que j'ay refola de faire tous mes
".
GALANT 417
efforts de ce cofté- là. La chofe eft
tres difficile ; mais par les difpofitians
que je fais , & le concert que
je mettray entre Mr de Saint Fremont
& moy, i'efpere defaire reuffir
cette grande entreprise , & de
donner bien- toft à Sa Majesté la
fatisfaction de voir les ennemis de
Lautre cofté du Canal Blanc.

Le Cardinal Aftalli m'a fignifié
& aux Allemans de faire , dans
le terme de fix jours , fortir nos trou
pes de deffus les Etats de Sa Sain
teté , fous peine de toutes les Cenfures
Ecclefiaftiques ,& que le Pape
unira fes troupes avec celles de celui
qui fe foumettra , pour chaffer, par
la force , celui qui aura refusé de
fortir de fes Etats . Pour moy , j'ay
répondu à cela , avec la foùmiſſion
qui eft dueau Saint Pere ,&j'ignore
418 MERCURE
zing
encore la réponse que les Allemans
ont faite, for sibus!T
Depuis ce temps- là , Monfieur
le Grand Prieur s'eft logé
fur la Contrefcarpe de Sarraval,
& a continué d'en battre les
Tours avec une forte Artille
rie. Ce Prince qui pense à plus
d'une expedition à la fois , n'en
eft pas demeuré- là , & a fait
furprendre de nuit un Pofte des
ennemis , nommé Figuerolles .
Les Sentinelles ayant demandé,
qui vives test noftres répondi
rent , Papiftes. Ils furent ain
furpris, & plufieurs furent tuez,
Mr de Visconti qui étoit dans
ce Pofte & dans fon lit , eut le
bonheur de fe fauver, avec un
Officier de confideration ; mais
il s'en fallut peu qu'il ne fût
GALANT 419
pris avec cet.Officier.
Quant à ce qui regarde
la
Flandre
; vous jugez bien que
j'ay peu de chofes à vous en dire.
Vous fçavez que les ennemis
ont envoyé vers le Danube ,
les meilleures
troupes
, qu'ils
avoient de ce cofté- là , & que
nous avons fait de même ; de
maniere que celles qui y reftent
de part & d'autre
, quelques
menaces
qu'elles
fe faffent ,
fongent plus à conferver
le Païs
qu'elles doivent deffendre
, qu'à
combattre
. Il y a de l'apparence
qu'elle ne chercheront
qu'à
vivre pendant
toute la Campagne
ou que du moins elles
ne feront pas d'entrepriſe
con
fiderable
Ainfi il ne me refte
plus à vous parler que de l'Al
420 MERCURE
lemagne , où l'on peut dire que
la terre eft couverte d'hommes
de ce cofté- là, puifqu'il y a fept
ou huit armées en voicy la
raifon.
Le Confeil de Vienne eftant
un des plus violens qui ait jamais
efté , & n'écoutant que fa
paffion , a par une deliberation,
aurentique refolu de ne fe
mettre point en peine des con-,
queftes que les deux Couronnes
feroient , & de ne s'appli
quer uniquement qu'à combattre
Monfieur de Baviere , fans
vouloir confidérer que ce Prince
n'a rien fait qui ne doive être
approuvé de toute la terre , &
dont l'Empire ne doive lui fcavoir
gré. Le démeflé de l'Empereur
pour la Couronne d'Erpagne
GALANT 421
pagne ne regardoit l'Empire
en aucune maniere ; cet Eléct
teur a voulu empêcher qu'il
n'entraft dans une guerre qui
le ruineroit , & pour cet effet
il avoit conclu un traité de
neutralité avec les Cercles de
FEmpire. Ils l'ont rompu , &
ont laiffe ce Prince exposé aux
fureurs de la Maifon d'Autriches
cependant on a dû connostre
par la fuite des affaires ;
que l'Empire n'étoit point
entré dans une guerre où il
n'avoit que faire , il ne feroit
pas ruiné , comme il l'eft aujourd'hui
, & l'Empereurne
le feroit pas auffi : Enfin ,
n'étoit pas en mettant le feu
dans tout l'Empire que le Confeil
de Vienne devoit croire que
Na
h
Juin
1704.
се
422 MERCURE
,
la Monarchie d'Espagne reviendroit
à l'Empereur. Ily
avoit d'autres moyens que celui-
là il falloit allumer le
feu plus loin de lui , & plus prés
des Etats qu'il pretend lui ap .
partenir. On voit par toutes ces
choles , que Monfieur de Baviere
avoit eu raifon de travailler
pour maintenir la tranquil
lité de l'Empire , & l'on ne doit
point s'étonner , fi aprés qu'on
l'a pouffé à bout à la Cour de
Vienne , il a pris le parti de fes
neveux , qu'il devoit plus vrai
femblablement embraffer , &
avec plus de juftice , que celui
d'une Cour , dont on pretend
qu'il a de grands & de juftes
fujets de fe plaindre. Le Confeil
de Vienne n'entrant en rien
43
GALANT 423
de
tout cela & n'écoutant que
la paffion & la violence qui l'a
toûjours dominé , a mis tout en
aifage pour attirer prefque toutes
les troupes des Alliez de la
Maifon d'Autriche dans l'Empire
, ainfi il ne peut manquer.
d'être ruiné pour un grand nombre
d'années , quand même il
remporteroit de grands avantages.
C'eft de quoi le fort des armes
va decider , & l'on attend
à chaque inftant des nouvelles
du parti qu'auront pris nos Generaux
, fuivant les ordres qui
leur ont été envoïez de la Cour;
on voit de grands preparatifs
pour toutes fortes d'entrepriſes
des ponts , des batteaux , des
chariots , des inftrumens à remuer
la terre , des Païfans af
Na ij
424 MERCURE
femblez en grand nombre , &
enfin toutes les chofes qui peuvent
faire juger qu'on a de
grands deffeins. Chaque particulier
prétend les avoir devinez
, & chacun parle felon fon
imaginationou felon qu'il a
plus ou moins de lumieres des
chofes fur lesquelles il forme
fes conjectures pour moy qui
ne parle jamais avant le temps
neceffaire pour parler ſurement
, j'attens à tous momens
la nouvelle qui nous apprendra
le parti que nos troupes auront
pris , & je fuis perfuadé que
vous le fçaurez avant que je
finiffe ma Lettre.
Je vous envoyé une Lettre
qui contient des nouvelles de
plufieurs endroits , & qui étend
GALANT 425
davantage que ce que je vous ay
déja donné , ce qui s'eft paffé à
la défaite de Mr de Viſconti .
Monfieur le Grand Prieur a fait
passer le Pô à fes Grenadiers par le
Quadrelles prés de la Stellata , &
s'eftant approche de Figherolo , on
Mr de Visconti dormoit dans fon
petit Camp de trois cens hommes ,
nos gens ont répondu au qui vive ,
vive le Pape , & ont avancé fi
prés qu'ils ont tiré fur la garde &
ont enfoncé dans le quartier. L'al
larme a faitfauver Mr de Visconti
en chemife & plufieurs de fes Officiers
; ona tué douze ou quinze bummes
,& on en a pris vingt , les autres
fe font jettez derriere un navi
glio. Nos Soldats ont pille le pet t
Camp, &fefont établis dedanson

Nniij
426 MERCURI
ya fait paßer un renfort , on y tra
vaille à un Pont , dont Figherol
fera la tefte. Les Allemans font la
plufpart dans une mifere extrême.
On en a trouvé douze dans un autre
endroit , qui fe faifoient un regale
de manger un Afne , qu'ils venoient
de faire rotir. Monfieur le
Grand Prieur a affemblé douze ou
quatorze Bataillons & autant
d'Efcadrons , & a paſsé luy-même
le Pô . Il pourfuit à prefent vive.
ment les Allemans . Il les a pouffez
au de-là des Vallées du Ferrarois.
Cependant Mr de Praslin continue
le Siege de Sarravalle , & Mr de
Zeftrade vient du coté de Sanguinetto.
Monfieur de Vendôme écrit
du 21. qu'il avoit pouffé les travaux
pendant la nuit jufqu'à dix
par du glacis , & qu'il eftoit occupé
GALANT 427

Ja faire des paralelles fes lignes
de communication & qu'aprés
avoir étendu fon front, il vouloit
aller à la fappe fort avant fur le
glacis , & qu'il y avoit un Baftion
ouvert & preft à s'ébouler,
Enfin on commence à voir
clair dans les affaires d'Allemagne
, & je viens de voir une
Lettre de Roppenheim du 29 .
qui porte que l'Armée du Roy
décampa le 28. de Lauterbourg ,
pour aller paßer le Rhin au Fort de
Kell que le 29. Mr le Maréchal
de Villeroy avoit décampé & res
monté le Rhin : que Monfieur PElecteur
de Bavière avoit repaßé le
Danube que le General Herbeville
avoit levé le Siege de Keflheim
que le Prince Eugene eftoit
"
428 MERCURE
à Biel , & les Ennemis à Vennikem
avec un gros Corps cun o
que Mr de Clerambault avoit ofté
détaché le
275 avec toute d'Infan™
terie , & ne devoit rejoindre Mr le
Maréchal de Tallard
tre cofté du Rhin.
que de l'an-
230
Voila dequoy exercer les
Speculatifs.
Les dernieres nouvelles de
Verceil font du 26. elles portent
que l'on travailloit à la
fappe pour épargner les Trou
pes , & que l'on tiroit des li
gnes pour embraffer le travails
qu'on avoit perdu un Ingenieur
& qu'un aute avoit eſté bleffé .
Je fuis , Madame , & c .
AParis ce dernier Juin 1704 .
A VIS.
Madame la Ducheffe de Bourgogne
GALANT 429
n'étant accouchée qu'à la fin du mois ,
on n'a pu parler dans le Mercure des
! réjouiffances qui ont été faites à l'occafion
de la naiffance de Monfeigneur le
Duc de Bretagne . On en donnera le
mois prochain un Volume entier , qui
fervira de feconde Partie au Mercure .
Si les Perfonnes de diftinction , qui ont
fignalé leur zele & fait voir leur magnificence
; fi les Convents , les Corps , les
Communautez , les Colleges , & les
Particuliers , qui fe font diftinguez ,
veulent envoyer des Relations de ce
qu'ils ont fait , on aura foin de faire con
noître leur zéle . On fera la même chofe
à l'égard de toutes les Provinces de
France , mais il faut que ces Memoires
foyent envoyez au plûtôt , & fur tout
ceux de Paris , par où le Volume doit
commencer, parce que l'on en commen.
cera l'impreffion le 8.du mois deJuillet.
J & AT
TABLE
P
Relude.
J
Eloge du Roy prononcé par le Recteur
de l'Univerfité.s 6
Difcours prononcé par Mrl' Evèque
de Nifmes , en beniffant les Drapeaux
du Bataillon du Regiment
de Courten Suiffe.. II
Haranguefaite à Mrle Maréchal
de Montrevel
17
Article touchant la nomination de
Madame Marie d'Aubuffon de
Banffon à l'Abbaye de Notre-
Dame de la Regle.
20
Service fait dans la Ville du Mans
pour Mr le Duc d'Aumont. 34
TABLE.
Eloge du Pere Bourdalouë fait par
Madame de Pringy.
Stances.
40
54
Gouvernement de Menin vendu ,&
Lieutenance de Roy donnée par
S. M.
66
68
Nouvelle Carte du Portugal , où
l'on voit un abregé Geographique
& Hiftorique de cette Monarchie.
Mr le Cardinal de Noailles eft reçu
Provifeur du College Royal de
Navarre , & complimenté par le
fils de Mr le Duc de Perth , Gouverneurde
S. M. B.
Premier Article de morts .
71
83
Copie Pune Lettre du Quartier du
- Roy de Suede à Heilsberg en
Pruffe , du 3 May 1704.
95
100
Second Article de morts .
Réponse à la demandefaite touchant
TABLE.
ta Differtation fur la Goutte & le
Rhumatifme de Mr Dumont, Chirurgien
Juré d' Auch,
Canons quitirent trois coups.
103
105
109
Extrait de la Hatangue de Mr le
Maréchalde Villars aux Peuples
des Villages voifins des Cevenes ,
qu'il avaitfait affembler.
Les Dames au Roy d'Espagne fur ce
que Sa Majesté ne les regarde
gueres.
Nouvelles particularitez des Conqueftes
faites par le Roy d'Efpagne
avant la prife de Portale-
116
125
gre.
Service
folemnel
fait à l'Abbaye
de
S. Germain
des Prezpour Ṁr le
Cardinal
de Furftemberg, 144
Mr l'Abbé de Camilly
eft nommé à
Evêché de Toul.
Troifiéme article de morts .
155
158
Zettre
TOA 4 BOLE
Zetre de Mr le Maréchal de Viltars.
Mariage.
nho
167.
172.
Premieres Estampes de la Gallerie
du Palais d'Orleans , dit Luxem-
-bourgh aviso.I d
177
Traduction d'une Lettre du Roy de
Maroc au Gardien du Con
-des Recollets de Miquenez
Epaule de Monfeigneur le De
Berry remije
Quatrième article de morts.
Epitaphe du Frere , Compagnon du
R. P. Bourdalouë.
Harangue.
199
201
Fefte donnée à Monfieur le Duc de
204
Mantoue par Mr.le Baron de
Breteüi!.
Relation de tout ce qui s'eft passé
dans la route de Monfieur le Comre
de Touloufe depuis Breft juf
Juin 1704 .
TABLE.
qu'à Toulon.
213
220 Cinquième article de morts.
Journal de ce que l'Envoyé de Tripo
ly a dit , fait , & vù depuis qu'il
eft en France.
224
Extrait curieux d'une Lettre de Rome.
260
Sa Majefte Britanniquefait l'honneur
aux Peres Jefuites du College
de Louis le Grand , aller
voirreprefenter une Tragedie dans
se College.
Détail de tout ce qut s'eft paffé au
Cing grands repas donnez,
Siege de Suze
Lettre de Niſmes
273
178
193
309
Nouvelle Carte de Portugal du P
Placide.
310
Grand détail de tout ce qui s'eft paffé
dans l'Armée de Monfieur de
Vendofme , depuis la fin du mois
TABLE.
dernier , jufqu'à l'ouverture de la
tranchée devant Verceil ; avec la
difpofition des Quartiers & les
noms des Bataillons & des Efcadrons
qui font dans ces quartiers.
Cetarticle eft rempli de pieces cu-
312
rienfes.
Premiere Relation du Siege de Por-
342 Mealegre
Lifte des Vaiffeaux Anglois & Hollandais
, dont eft compofee i Ar
mée qui est entrée dans la Mediterranée
, fous le commandement
de l'Amiral Roock , en May
1704.
Lettre de Vienne.
356
364
Brevet de retenue donné à Mr le
Marquis de la Vrilliere.
366
Commanderie de l'Ordre de S. Mau
rice donnée par le Roy à Mr d'Ito
the berville
367
O ij
TABLE.
idem .
Mr de Phelypeaux eft nommé Confeiler
d'Etat d'épée.
Penfion donnée à Mr. de Legall , 369
Promenade faite par Monfieur de
Mantoue. idem .
370
Nouvelles importantes de Suiffe.
Article des
Enigmes ,
374
Nouvelle Relation du Siege de Pôrtalegre.
378
Article curieux touchant les couches
de Madame la Ducheffe de Bourgogne.
23.86
Journal du Siege de Verceil. 405
Nouvelles de l'Armée de Monfieur
le Grand Prieur.
416
Nouvelles des armées de Flandres.
419
Nouvelles des armées d'Allemagne.
430
Lettre qui contient des nouvelles de
TABLE.
divers endroits .
425
Nouvelles des mouvemens que les
Troupes du Roy commencent àfai
re en Allemagne. 427
Dernieres nouvelles de Verceil
Avis important.
428
idem .
Avis pour placer la Figure.
L'Ile de la Providence , doit
regarder la page 177 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le