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1703, 12
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MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
DECEMBRE
1793.
ON
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Sale dy
Palais , au Mercure galant,
1
21
I
Cont
Ömme il eſt impoffible dans la conă
joncture prefente de ne pas groffi
le Mercure, ce qui en augmente confide .
rablement les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
{
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant
M. DC CIII.
Avec Privilege du Roy.
AU LECTEUR.
TL y alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
quemalgré les prieres réiterées
qu'onafaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR:
de défigurez, eftant impoffibli
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui én envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
BE
LA
VILLE
MERCVRE
GALANT THEQUE
DECEMBRE 170
I
LYON
Ene doute point que le
commencement de ma
Lettre ne vous plaife ,
la gloire en eft duë à l'Au ~
teur des Vers que vous allez
lire.
A iij
6 MERCURE
LANDAU AU ROY.
GRand Roy, dont la fageſſe enchainant
la Victoire
Te couvre chaquejour d'une nouvelle
gloire,
Dans les juftes tranſports du plaifir
le plus doux
Je viens avec respect embraffer tes
genoux ,
Etbaifer millefois cette main triomphante
Qui vient de rompre enfin ma chatne
trop pesante.
Quand on s'eft vù foumis au plus
fage des Rois ,
Grand Prince , qu'il eft dur de fubir
d'autres loix!
Te puis en rendre , helas ! un trifte
témoignage
GALANT 7
De tes auguftes mains j'eftois l'heureux
ouvrage ,
L'avois place en ton coeur , j'attirois,
tés regards ,
Tes ennemis trembloient en voyant
mes remparts , [ confpire,
Ie beniffois mon fort . On s'agite , on
Ie vois prés de mes murs s'affembler,
tout l'Empire ,
On marche, on mefurprend , on m'entoure
avecfoin ,
Soldats , munitions , tout me manque
au befoin.
Ha ! que ne fis -je point pour écarter,
la foudre ,
Qui mettoit chaque jour mes deffenfes
en poudre.
Troisfois l'Aftre du jour fit changer
les Saifons,
Et dans fon cours brillant parcourut
cinq maisons ,
A iiij
8 MERCURE
Mille fois de la nuit la celefte cour
riere
Defon frere éclipfé recueillit la lu➡
miere ,
Et toûjours on me vit les armes à la
main ,
Rompre les vains efforts dufuperbe
Germain.
Iene ceday qu'au temps , & qu'aux
loix de la guerre ,
Zefalpètre manquant fit ceffer mon
tonnerre .
Qu'il m'en coûta , Grand Roy , de
foupirs & de pleurs !
Ie me flattois pourtant dans mes
vives douleurs.
Quoy , difois -je en moy- même , un
Royfi formidable ,
Vetroit fans s'ébranler le malheur
qui m'accable ?
Sans doute il marchera , Germains
GALANT
9
Mes liens tomberont , avant qu'on
les ait vûs .
Le Printemps aux Guerriers entr'ou
vrant la carriere
Apeine aux grands exploits prepa
roit la matiere ,
Qu'un Prince en qui ton Sangallu
mechaque jour
Pour la plus belle gloire un genereux
amour ,
Du plus grand des Heros vive &
brillante image ,
Remply de ta fagelſe , armé de ton
courage ,
Qui courant fur tes pas fe preffe d'achever
Les exploits que ta main voulut luy
referver.
Cejeune Conquerant s'avance par
ton ordre ,
Il marche, &fon nomfeul met l'Em
pire en defordre &
10 MERCURE
L'ennemi plein d'effroy cherche où fe
retirer ,
Le Rhin mis entre deux ne peut le
raffurer.
Germain , criay-je alors , dans l'excés
de majoye ,
Adieu , voici mon Maistre , ilfaut
rendre ta proye.
Mais le moment , belas ! marqué
par le Deftin
Ne devoit pas encor à mes maux
mettre fin.
Le Heros m'abandonne , & méprifant
mes larmes
Porte loin de mes murs la terreur de
fes armes.
L'apprens que de Brifac le Roc audacieux
Vafervir de Theatre àfesfaitsglo
rieux.
Brifac oppofe en vainfes deffenfesfi
fortes
GALANT II
Ace Vainqueur bientoft il voit ou
vrir les portes.
Rocher trop fortuné d'où te vient cet
honneur ?
Par où meritois- tu d'occuperfa va
leur ?
Pourquoy n'eftois - je pas les illuftres
premices
D'un bras qui m'euft vaincu fous les
mèmes aufpices ,
L'eftois fon heritage , & dans mon
trifte ennuy
Accablé de mesfers je foupirois pour
luy.
Onn'eutpas vu le fang inonder mes
campagnes ,
Et de morts entaffez s'élever des
montagnes:
Mes murs à fon aſpect fe feroient
ébranlez ,
Mes pales deffenfeurs auroient efte
troublez
12 MERCURE
Et l'Allemagne ouverte à fes nobles
conqueftes ,
Eut offert de lauriers des moiffons tou
tes preftes.
Mais oublions enfin le paffé qui n'eft
plus
>
Te rentre fous tes loix , & mes fers
font rompus.
Ha!fijamaisj'enfors , que le Rhin
dans fa courfe
Fuyant loin de la mer remonte vers
fa fource.
Affemblez- vous , Germains , dans
vosfougueux transports ,
Que l'Empire irrité redouble fes efforts.
Batave amene icy cet horrible tonnerre
Quifaitgemir le ciel , quifait trembler
la terres
ufqu'au dernier foupir , jufqu'an
dernier Soldat ,
K
GALANT 13
Le deffendray des murs , qui deffendent
l'Etat ,
Et las de tant d'affauts , & d'efforts
inutiles
On vous verra confus retourner dans
vos Villes.
Que dis -je ? quandje vois l'Empire
confterné ,
Atonjufte courroux fon peuple aban=
donné ,
Tes ennemis vaincus , le Batave en
allarmes •
L'elite des Germains expirant fous
tes armes >
Le Rhin teint de leur fang , & ce
fameuxfecours
Parfes milliers de morts l'arreftant
dans fon cours.
Quand je vois l'Univers trembler
fous tapuiffance ,
1
Redouter ta valeur , admirer te
prudence ,
14 MERCURE
Sous tes coups redoublez quand
vois tout pâlir ,
Dois-je craindre , Grand Roy , qu'on
ofe m'affaillir?
T ****
Je vous envoye la Relation
fuivante de la même maniere
qu'elle m'a efté donnée .
'A Namur le 25. Novembre
1703.
Son Alteffe Sereniffime Elec
torale de Cologne ayant reçû
la nouvelle de l'importante Victoire
, que Son Alieffe Electorale
de Baviere ,fon Frere , a fi glorienfement
remportée à Hochftes
GALANT IS
le 20. du mois de Septembre der
nier ,fur l'Armée du Comte de
Stirum en voulut d'abord té
moigner fa joye par des Feux
d'Artifice , des Infcriptions , Dewifes
, Illuminations, Fontaines
de Vin , & d'autres marques
publiques de réjouiffance , quife
donnent en pareille occafion :
mais le temps n'ayant pas permis
alors de faire affez- tôt tout ce
qu'Elle avoit ordonné pour cela ,
on a differé cette Fête jufqu'à ce
que les Armes des deux Rois
Jes Alliez , euffent remporté quelqu'autre
avantage ,&fait quel .
que nouvelle Conquête , esperant
16 MERCURE
bien que le Tout - Puiffant né
manqueroit pas de continuer à
benir de tous les côtez la jufte
caufe qu'Elles foutiennent .
La Victoire fignalée que Mona
fieur le Maréchal de Tallard
vient de remporter proche de la
petite Hollande , vis à vis de
Philisbourg , où il a battu le 15.
de ce mois les Ennemis , qui venoient
pour tenter le fecours de
Landau , & la nouvelle que l'on
a reçûë , que cette importante
Place avoit demandé à capituler
le même jour , en ontfourni une
belle occafion pour la négli .
ger, & dés qu'on en a esté infor
trop
GALANT
17
mé, on a diſpoſé toutes chofes en
la maniere fuivante ;
On éleva dans la Cour du
Gouvernement de cette Ville , où
loge S. 4. S. E. trois Machines ,
ou Représentations differentes ,
dont on donne ici l'explication
pour fatisfaire la curiofité du
Public.
L'une de ces trois 'Machines
étois deftinée pour le feu d'Artifice
, elle eftoit placée du côté du
faifoit face à la Jardin ,
grande Gallerie . Elle reprefentoit
une fort grande Caiffe fleurdelifée
d'où fortoit un Laurier
au pied duquel estoit un Trophée
Decembre
1703. B
18 MERCURE
composé d'un affemblage confus
de toutes fortes d' Armes , & d'un
melange agréable de Drapeaux
d'Etendarts des deux Rois ,
des deux Electeurs leurs
Alliez, avec ces mots .
AUGET VIS JUNCTA
TRIUMPHO S.
La force unie augmente les
Triomphes.
Au haut de l'Arbre on voyoit
le Bufte de Louis le Grand , cou
ronné de Laurier par deux Res
соц
GALANT 19
nommées , qui au fon des Trom.
pettes annonçoient les Victoires
les Conquêtes de cet Inving
cible Monarque
.
On ne vit dans les comment
cemens , que cet Arbre feul,fans
qu'ily parut autre chofe : Mais
aprés un déluge de Fufées , & de
Serpentaux imitant la foudre ,
qui tomberent fur lui de toutes
parts ,fans que le Laurier , qui
brave la tempête , en put être
endommage ; Ce même Arbre ,
dont les branches ne font veri .
tablement destinées , qu'à cou
ronner les Heros ,fi paroître tont
d'un coup les glorieux fruits ,
Bij
20 MERCURE
qu'il porte , c'est à dire les divers
avantages que les deux Couronnes
& leurs Alliez ont remporiè
pendant le cours de cette année ;
entre lesquels il y a quatre Ba
tailles gagnées ,
confiderables prifes
trois Places
avec ces
paroles en lettres de feu.
FRUCTUS HI FULMINA
SPERNUNT .
Ces Fruits bravent la Foudre,
Et au plus haut de cette Ma
chine paroiffoit le Soleil tout en
feu , avec la Devife ordinairede
GALANT 21
Sa Majesté Tres Chrétienne į
qui eft
NEC PLURIBUS IMPAR!
Al'oppofite de ce feu d'Arti
fice , du côtéde la grande Gallerie,
étoit placée une espece d'Obelifque
de quarante pieds de haur , de
l'Ordre Ionique , dont les Colon
nes eftoient entourées de branches
de Laurier , & qui avoit pour
fondement un rocher inebranlable
, pour marque de la folidité
de l'Alliance des deux Rois avec
les deux Electeurs
> & de la
fermeté de ces Auguftes Alliez,
22 MERCURE
Au bas de l'Obelifque ,&far
le haut du Rocher quilui fervoit
comme de base , le Fleuve du
Danube paroiffoit , & fembloit
admirer les beaux exploits , qui
fe font faits depuis pau fur fes
bords ; il eftoit accoudéfur fon
Urne , d'où fortit une Fontaine
de Vin , qui coula abondamment
pour tous ceux generalement ,
qui en voulurent prendre. Au
deffous eftoit la Devife ordinaire
de S. 4.S. E. qui eft un Rocher
batu des vents &des ondes fans
en eſtre ébranlé , avec ces mots à
L'entour.
GALANT
23
RECTE , CONSTANTER
ET FORTITER.
On fçait que la Bataille de
Hochfter a efté donnée le 20.
Septembre , c'est à dire dans le
temps préciſement que le Soleil
entroit dans le figne de la balance.
C'est ce qu'on avoit particulierement
voulu marquer dans
l'Illumination , qui eftoit au baut
de cet Obelifque où eftoit reprefenté
partie du Zodiaque , avec
le Soleil qui fe joignoit à la ba
lance , pour fignifier que Sa Mai
jefte Tres . Chreftienne , qui a ce
24 MERCURE
bel Aftre pour Deviſe , ne com
bat que pour la fuftice , dont la
balance eft le Simbole , quand il
foutient les Droits incontestables
du Roi Philippe V. fon petit
Fils , & que Dieu par confequent
, qui eſt tout juste &tout
bon , a bien voulu permettre, que
cette grande Action fe foit paßée
dans ce temps-là , pour annoncer.
par tout la Fuftice , qui accom
pagne leurs Armes triomphantes .
C'est ce qui eftois marqué par
Vail de la Providence avec ces
paroles du Pfeaume 96 Verf. 6.
ANNUNTIAVERUNT CELE
JUSTITIAM EIUS.
Les
GALANT 25
Les Cieux ont annoncé fa
Juftice.
Et par celles - ci du Pſeaume
49. Verf. 6.
QUONIAM DEUS JUDEX EST!
Parce que Dieu eft le Juge.
Au fommet de cette Machine
eftoit élevé le Bufte de Sa Maj ſté
Carbolique, fur lequel la Justice
&la Victoire mettoient la Couronne
d'Espagne avec ces mots
de Saint Paul dans un grand
rouleau , qui voloit de l'une à
l'autre.
REPOSITA EST MIHI CODecembre
1703. C
26 MERCURE
RONA JUSTITIÆ , QUAM RED
DET MIHI DOMINUS DEUS
IUSTUS JUDEX . 2. Ad Tim.2 .
$.4 v 8.
On ma remis la Couronne
'de Juftice , que le Seigneur ,
qui eft un Juge équitable ,
me rend.
Mais l'intention de tous ces
apprefts , & le deffein de cette
Machine eftoit plus amplement
exprimé dans la grande Infcription
qui efloir au milieu des Colonnes
, dont cet Obelifque écois
foutenu , &que l'on infere ici de
GALANT 27
mot àmot pour laſatisfaction des
Curieux.
LUDOVICO MAGNO
JUSTITIÆ VINDICI ,
ADVERSUS USURPATO
RES INJUSTOS ,
TUENTI
GLORIOSISSIMUM
NEPOTEM
SUUM
PHILIPPUM V.
IN MONARCHIA
Hifpanica
Juftum CAROLI II,
Succefforem :
C ij
28 MERCURE
A DJUVANTE
MAXIMILIANO
EMANUELE
ELECTORE UTRIUSQUE
BAVARIA DUCE ,
PERICLITANTIS GERMANICE
LIBERTATIS ASSERTORE ,
STATIS NON PROCUL
Danubio Hoftibus
IN VIGILIA ÆQUInoctii.
SOLE LIBRAM PREHEN
SANTE
GALANT 29
HOC
TRIUMPHANTIS JUSTITIÆ
MONUMENTUM
Et quidem in terra aliena pofitum
fuit .
A J V S TO
UTRIUSQUE REGIS
& Electoris præfati
ESTIMATORE
PRESSO QUIDEM , ET NUN.
quam oppreflo
ORR
QUIBUS ITA PORRO
agentibus ,
Cij
30 MERCURE
IN PROPRIIS PRINCIpatibus
fuis injufté ablatis
ACTUTUM RESTITUÏ
fperat ,
AUSPICE DEO ;
Faventibus Superis ,
E T
Affiftente Juftitiâ ,
PRO QUA
UT CAUTES MARPESIA
procellis & fulmine ,
Ita prInCeps aDaMante Conftan
or
C
GALANT
31
Iofeph CLeMens afper Is LæDI
non poteft.
L'autre Machine eftoit direc
tement au- deffus de la porte , en
entrant dans la Cour , & reprefentoir
un Lion qui estoit affis au
plus haut d'un Rocher , fous un
Pavillon aux Armes de Baviere,
tenant d'un côté une épée , &
de l'autre un Etendart , où on
lifoit ce Chronographe , auffi
heureuſement trouvé , qu'il eft
jufte dans ce qu'il exprime.
LESE LIBERTATIS GER
MAN ICE DEFENIOR
,
Ciiij
32
MERCURE
Plufieurs Quadrupedes , dont
le Lion eft le Roi , eftoient au bas
du Rocher , qui excitez par l'en
vie & animez par la jalousie ,
tâchoient de l'affaillir de toutes
parts jufques fur fon Trône :
Mais le Lion Bavarois , auffi
fage qu'intrepide , meprifoit leur
vainerage , & rompoit tous leurs
efforts : Et comme effectivement
dans l'occurrence prefente la Sereniffime
Maifon Electorale de
Baviere eft la feule , qui par
vûës dignes de fon Sang , & de
la Nation Germaniquefoûtienne
ouvertement les Droits des Elec.
teurs , Princes & Etats de l'Em
des
GALANT
33
pire , que fous des pretextes chia
meriques on veut fouler aux
pieds , on fait avec justice à cette
Augufte Maison auffi bien qu'à
la liberté de l'Allemagne , dont il
s'agit en cette rencontre , princi .
palement de la part des deux
Electeurs , l'acclamation tirée du
Pfeaume 109. Verf. 3. –
---
DOMINARE IN MEDIO
INIMICORUM TUORUM .
Les Timbales les Trompetes;
pendant tout le feu d'Artifice ,
fe firent entendre fur le Balcon
où cette Machine eftoit pofée ,
d'où l'on jetta au Peuple du pain,
S
34 MERCURE
& des Medailles d'argent , qui
repreſentent d'un coſté S. A. E.
de Baviere en Bufte , avec ces
mois à l'entour :
MAX . EMANUEL UTR .
BAV. DUX S. R.. I. ELECTOR .
Et au revers le même Chro
nographe , dont on a déja parlé ;
LASA LIBERTATIS GER
MANICE DEFENSOR .
Toutes les Arcades qui foùtiennent
les Galeries du Gouvernement
eftoient ornées de verdure,
avec un Cartouche à chacune
dans lequel par des Devifes in,
GALANT 35
genieufes , on avoit voulu expri
mer le zele fincere & le fidelle
attachement
que
les deux Sere;
niffimes Electeurs de Cologne &
de Baviere auront toûjours pour
les interêts des deux Couronnes
maintenant heureusement atta .
chées à la Maifon Royale de
Bourbon , à laquelle l'Empire
doit le retabliffement defes droits,
prerogatives & libertez depuis
la Paix de Weftphalie.
Voicy les feize Devifes on
Emblêmes , qui occupoient les
feize Arcades de cette Cour.
1. Un Girafol , quife tourne du
côté du Soleil , avec ce mot
36 MERCURE
SOLI.
Au Soleil .
2. Une Perle dans une coquille,
rayons du Soleil ‘blan.
que
les
Chiffent.
HINC LUSTRUM ET
PRETIUM .
Elle en tire fon luftre & fa
valeur.
3. Un Soleil levant , qui
chaffe les aftres de la nuit :
SOLUS SUFFICIT ,
Luy feul fuffic.
C
GALANT
37
4. Un Soleil qui dißipe les
nuës dont il étoit obfcurci .
ILLUMINAT ET DIS
SIPAT.
Il éclaire & diffipe tout ce
qui s'oppose à lui .
S Un Lion qui en regardant
le Soleil reçoit de nouvellesforces.
HINC
CONCIPIT
ESTUM .
C'eft de là qu'il reçoit la force
& la chaleur.
6. Un Icare , qui pour s'être
erop approché du Soleil avec des
38 MERCURE
aîles de cire , eft puni par ună
prompte chute de fa temerité.
PROPIOR ACCESSUS FIT
CADENDO REGRESSUS .
Il tombe pour s'en être ap
proché de trop prés.
7. Un Diamant
brillante.
que
l'on
PERDENDO PRETIUM
ACQUIR O.
En perdant je rehauffe de
prix.
8. Un Palmierfur lequel tombe
une grêle de pierres.
GALANT
39
PREMOR NON OPPRI
MOR.
Je fuis oppreffé , mais non
pas opprimé.
9. Une Autruche qui avale
lefer.
QUOD MIHI CÁRUM ;
NON MIHI DURUM .
Ce qui m'eft cher , ne me
fait point de peine.
10. Un Rofeau , que le vent
fait plier.
FLECTIT NON RUMPIT.
Il plie , mais il ne rompt pas.
40 MERCURE
11. Un Ours bleſſé d'uneflêché.
VULNERATUS FEROCIOR
.
Sa bleffure le rend encore
plus feroce.
12. Un Ours qui léche une
Ruche d'où plufiears Mouches à
mielfortent pour l'attaquer.
PATIOR UT POTIAR
Je fouffre pour parvenir à
mon but.
13. Un Arbre verd en tour
temps.
GALANT 41
CITIUS MORI QUAM
MUTAR I.
Plûtôt mourir que de changer.
14. Un Balon pouffé en l'air
avec un braffart.
MAGIS PERCUSSA ;
• MAGIE LEVABOR.
Plus je fuis frapé rudement ,
plus je m'éleve.
15 Un Flambeau renversé ,
dont la Ame fe releve avec plus
de force.
Decembre
1703. D
42 MERCURE
DEPRESSA ELEVOR.
Quoique renversée , je m'éleve.
16. Un Flambeau que le vent
veut éteindre.
CONSUMPTA PRIUS
QUAM EXTINCTA .
Plûtôt confumé qu'éteint .
Toute la Cour fur illuminés
de Flambeaux & de Lampes
l'on fervit dans la grande
Gallerie une Collation magnifique
pour la Nobleſſe , où l'on joignit
un Concert de Voix d'Inftru,
T
GALANT 43
mens , quifucceda agréablement
au bruit éclatant de l'Artillerie,
de la Moufqueterie & des Feux
d'Artifice , & àl'harmonie Guer
riere des Trompetes, des Timbales
& des Tambours.
Les trois perfonnes dont
il eft parlé dans les Articles
fuivans , ont enſemble deux
cens foixante.douze années ,
& cependant la derniere vit
encore.
Dame Françoife Gigaut
de Bellefons , Marquife de
Sebeville morte depuis peu
de temps , elle eftoit dans fa
Dij
44 MERCURE
jeuneffe une belle & fage per
fonne , & d'un efprit fi fupe
rieur que Mr de Bellefons
fon pere
, Gouverneur de
Caën & de Vallogne , con .
noiffant fes lumieres avancées
, luy donna avant l'âge
de quinze ans l'adminiftration
de tous fes biens & le
foin de toute fa maiſon com .
pofée d'un gros domestique ,
dont elle s'acquitta avec tant
de nobleffe & de droiture ,
qu'elle rendit aprés la mort
de fon pere , une fomme d'ar
gent confiderable à fon frere,
pere du feu Maréchal de
GALANT 45
Bellefons , qui comptoit d'a.
voir des dettes à payer &
point d'argent à recevoir.
Quelques temps aprés la
mort de fon pere M' de Bel .
lefons fon frere la maria en
1641. à François Kadot , Mar
quis de Sebeville d'une tresancienne
Nobleſſe , connuë
pour telle par pluſieurs Fondations
de fon nom , dont il y
en a une faite en mille deux
cens cinq , fous le regne de
Philippes Augufte , & par plu
fieurs Lettres de Rois , de
Princes du Sang , de Princef
fes , de Generaux d'Armées
*
46 MERCURE
& de Gouverneurs de la Province
à ſes Predeceffeurs , qui
font voir les fervices qu'ils.
avoient rendus & la confi
deration qu'on avoit pour
eux .
Aprés leur mariage Madame
la Marquife de Sebeville,
fans negliger les affaires de
fa maiſon , faifoit beaucoup
d'oeuvres de pieté & de charité
, allant voir tous les ma-
Jades de fes Paroiffes ; &
leur faifant porter ce qu'elle
jugeoit leur eftre neceffaire ;
la quantité de malades qu'elle
voyoit & de perfonnes
GALANT 47
incommodées de differens
maux , la rendit tres - habile ;
auffi faifoit - elle des cures
de charité fi extraordinaires
qu'on les regardoit comme
des miracles , & l'on n'avoit
pas grand tort , puiſqu'elle a
gueri des cancers ouverts , &
qu'elle a fait revenir la vuë
à des perfonnes qui l'avoient
entierement perduë ; mais fa
vertu paroiffoit le plus à l'épreuve
, & elle en donnoit
une plus grande idée , en
panfant elle- même des ulce
res fi inveterées que fes fem
mes de chambre n'en pou
48 MERCURE
voient fupporter l'odeur &
eftoient contraintes de fortir
de peur de tomber évanoüies ,
& comme il n'y avoit prefque,
point de maux incurables
pour elle , on la venoit chercher
de toutes parts ; ce qui
faifoit que tous les matins
fon appartement eftoit rempli
de malades & d'eftropiez
non feulement elle guerifloit
les maux du corps , mais auffi
ceux de l'ame , ayant converti
quantité de Proteftans
qu'elle gardoit chez elle juf
qu'à ce qu'elle les cuſt placé
en lieu de feureté pour leur
confcience
GALANT 49
Confcience contre les perfe
cutions de leurs parens ; elle
prenoit foin auffi de plufieurs
pauvres familles de Nobleffe
les aidant à fubfifter , faiſant
placer leurs enfans dans des
Colleges , ou dans de bonnes
conditions , & leurs filles dans
des Convens , dont il y en a
plufieurs encore de Religieu
fes qu'elle a fait recevoir ; elle
fe mortifioit en beaucoup de
choſes ; elle ne mangeoit que
pour ſe foûtenir , & jamais
rien de tout ce qui pouvoit
plaire à fon gouft . Elle faifoit
toujours un plat de tout
Decembre 1703. E
fo MERCURE
ce qu'il y avoit de meilleur
fur la table pour les pauvres
fans qu'on s'en apperçuft ;
elle communioit
reguliere
ment deux fois la femaine ,
& elle jeûnoit le Carême entier
avec une tres grande
aufterité
, ne mangeant
que
du pain d'orge , fous pretexte
qu'il eftoit utile à fa fanté
, diſant que c'eftoit un re
mede pour elle ; mais un peu
avant la mort fon Confeffeur
luy ordonna de ne faire
maigre que le Vendredy , &
les Veilles des grandes Feftes .
Enfin la vie eft un tiffa de
GALANT si
bonnes oeuvres qu'elle a praa
tiquées juſqu'à ſa mort , laiſ,
fant de l'argent pour les pau
vres , & deffendant qu'on
fift aucune pompe funebre ,
priant feulement fon mary
& fon fils aîné , prefens à fa
mort , de faire dire beaucoup
de Meffes pour elle dans tous
les Convens de fon canton ;
enfuite on luy donna l'Extrê
me Onction , & on dit les
Prieres des Agonifans , où
elle répondit , ayant les mains
jointes , & les yeux tournez
vers le ciel , & en finiffanc
lesdites Prieres , elle rendit
E ij
52 MERCURE
fon ame à Dieu fans au
cune convulfion comme
fi elle s'eftoit endormie le
dernier jour d'Octobre 1703.
âgée de quatre-vingt quatre
ans & quelque mois , fi efti
mée & fi reverée dans fa
Province , que l'on vient de
toutes parts pleurer fur fon
tombeau , le concours de Nobleffe
eft continuel dans l'Eglife
où elle eft inhumée. Mr
le Marquis de Sebeville fon
mari âgé de quatre vingt ſix
ans quelques mois moins ,
eft depuis ce temps là dans
un eftat fi pitoyable, qu'il eft
GALANT 53
impoffible de n'eftre pas fenfiblement
touché de le voir
& de l'entendre parler fur
cette trifte feparation , aprés
avoir efté unis de corps &
d'efprit pendant plus de foi .
xante & deux ans , & ayant
toûjours efté appliquez à
prevenir les volontez l'un
de l'autre , & à fe donner
des marques d'une grande
eftime , & d'une tendre amig
rié. Il y auroit mille autres
choſes à vous dire , tant
l'égard de fes pratiques de
bonnes oeuvres , que du foin
qu'elle avoit de fa nombreufe
E iij
54 MERCURE
& illuftre famille , mais ce
n'eft pas icy le lieu d'en dire
davantage.
Meffire Honoré de Lon
gecombe de Peyfieu , Prieur
de Saint Martial d'Avignon
Ordre de Clugni , eſt mort
depuis quelque temps dans
cette Abbaye âgé de plus de
quatre vingts ans , & fort
regretté à caufe de fes belles
qualitez. Il eftoit fort eſtimé
de Mr le Cardinal de Boüillon
qui luy avoit donné ce
Benefice qui eftoit tres con
fiderable , par la connoiffance
qu'il avoit de ſon meri-
1
GALANT
55
te & du talent merveilleux
qu'il avoit pour conduire une
Compagnie , & être à la tête
d'un Chapitre . La douceur
de les moeurs , & le beau naturel
dont il eftoit doüé rendoient
fon commerce tres,
agreable , & le faifoient defirer
à tous ceux qui avoient
quelque habitude avec luy.
Sa table eftoit toûjours ou
verte à toute la Nobleffe qui
le venoit vifiter ; & il avoit
tenu la méme conduite durant
le fejour qu'il avoit fait
dans fes autres Benefices.
Mr l'Abbé de Peyfieu étoit
E iiij
56 MERCURE
d'une des plus illuſtres mai
fons du Bugey. Il eftoit frere
de feu Meffire François de
Longecombe , Seigneur de
Thuey & de Peyficu , qui fuc
tué au fervice du Roy , étant
Capitaine de Cavallerie , il y
a prés de cinquante cinq ans,
lequel a laifflé Marguerite de
Savines , fille d'Antoine de la
Font de Savines , Meftre de
Camp d'un Regiment d'Infanterie
, & de Marie de Gerard
de S. Paul' , foeur du
Seigneur de S. Paul , Maréchal
des Camps & Armées
du Roy , & Gouverneur de
GALANT
57
Charleville , Meffire Balta
zard de Longecombe , Mar.
quis de Thuey , aujourd'huy
Maréchal des Camps & Ar
mées du Roy , connu par fa
valeur , dont`il a donné pluJ
fieurs marques éclatantes ;
fur tout dans la Campagne
de 1702. il fut choisi pour
commander en Savoye pen
dant la derniere guerre , il
eut même ordre d'y lever un
Regiment fur le pied étran
ger , dont il eft encor au
jourd'huy Colonel ; il avoit
eu auparavant celui d'And
goumois. Mr de Peyfieu ,
58 MERCURE
dont je vous apprens la mort,
avoit aufli cinq freres dans
l'état Ecclefiaftique , fi bien
qu'on pouvoit dire que c'étoit
une maifon prefque tou
te devoüée à l'Eglife : Jean-
Pierre de Longecombe Cha.
noine de l'Eglife Cathedrale
de Grenoble , dont il eft ·
mort Doyen : Pierre de Longecombe
Chanoine à Saint
Chef en Dauphiné , où l'on
fait preuve de Nobleffe , celui-
cy fucceda à Jean - Pierre
au Doyenné de Grenoble :
Cefar de Longecombe Cha
noine & Archidiacre de l'E
GALANT 59
glife Cathedrale de Belley ,
qu'il quitta pour prendre le
Canonicat de fon frere Jean
de Longecombe , Chanoine
de Saint Pierre de Vienne ,
& Charles de Longecombe,
Religieux au Monaftere de
Nantua. Ces Mrs avoient
encor un frere , Maurice de
Longecombe , Seigneur de
Selignieu , Capitaine au Regiment
de Senantes , & Lieu !
tenant de la Compagnie de
fon frere au Regiment de
Magaloti & de Crequy , lea
quel fut bleffé d'une mouf
querade au bras en Cataloj
&
60 MERCURE
gne en 1649. & une four
Marie de Longecombe
Rea
ligieufe de la Vifitation de
Rumilly en Savoye , morte
en odeur de fainteté. Tous
ces Mrs eftoient fils de Baltazard
de Longecombe
, Seigneur
de Peyfieu & de Thu.
ey , Capitaine aux Regiment
de la Bardonenche
& de Di.
fimieu, & fouvent Deputé de
la Nobleffe de Bugey , & de
Dame Jeanne Armuet de
Bonrepos , d'une des meilleures
maifons de Dauphiné
.
Baltazard eftoit forti du mariage
de Meffire François
GALANT
61
Philibert de Longecombe ;
Seigneur de Thuey , l'un
des cent Gentilshommes de
la Maiſon du Roy , & Ena
feigne de la Compagnie
'd'hommes d'Armes du Com
te de Bennes , & de Dame
Françoiſe de Difimieu , fille
de Baltazard de Difimieu ,
& de Claudine de Clermont,
voila par où Mr le Marquis
Thuey eft parent de Mr le
Comte de Verruë . François
Philibert étoit fils de Fran .
çois de Longecombe , Seigneur
de Thucy Deputé do
la Nobleffe du Bugey en 15t1.
62 MERCURE
& de fa deuxième femme ;
Dame Jaquette de Varey ,
fille d'Antoine de Varey ,
Seigneur de Belmont , Baron
de Maleval , & c. François
eftoit fils de Jean de Longecombe
, qui fit hommage
de la Seigneurie de Thuey
au Roy François I. en 1536 .
aprés la conquefte de la
Breffe & du Bugey
Jeanne Louiſe de Boëge . Ce
Jean eftoit fils d'un autre
Jean de Longecombe , Chevalier
Seigneur de Thuey ,
dont le Teftament eft datté
de l'onze Avril 1522. & de
& de
GALANT 63
Claudine de Gramont fa
femme Jean eftoit forti du
mariage de Claude de Lon!
gecombe , Chevalier Sei
gneur de Thuey , qui fut l'un
des deux cens Gentilshom
mes qui fignerent pour le Duc
de Savoye le Traité d'Alliance
qu'il avoit fait en 1452 .
avec le Roy Charles VII. &
de Marie de Belmont , Dame
de la Balme . Ce Claude
étoit l'aîné des onze enfans
de François de Longecombe,
Chevalier Seigneur deThuey,
& de Catherine de Roffillon ,
François fut celui qui fit la
64 MERCURE
branche de Thuey , & de
Peyfieu ; car il n'étoit que
le fecond fils de Pierre Chevalier
, Seigneur de Longe
combe , & de Beraude de
Chandié : & il eût la Sei .
gneurie de Thuey de François
de Longecombe , Lieutenant
general pour le Comte de
Savoye en Piedmont l'an
1369. lequel ne laiffant point
de pofterité de Catherine de
Roffillon fa femme , l'inftitua
fon heritier univerfel ; la
branche aînée de la maiſon
de Longecombe fubfifte au .
jourd'huy en la perfonne de
GALANT 65
Mr de Longecombe qui a
époufé Dame N.... de Poncettons
de la Franchiſe . Sije
ne craignois d'être trop long
je parlerois plus amplement
de tout ce qui a illuftré la
maiſon de Longecombe , on
y verroit des Chambellans ,
& d'hauts Officiers des Ducs
de Savoye .
Mr l'Abbé de Peyfieu avoit
refigné depuis quelque tems
deux de fes Benefices à Mr
l'Abbé de Marmont , frere
de Madame la Marquise de
Thuey , qui eft , comme je
yous l'ay déja dit , de la maia
Decembre 1703. F
66 MERCURE
fon de Poleins en Breffe. On
ne doit pas douter que ce
jeune Abbé ne foit fucceffeur
des belles qualitez de
Mr de Peyfieu , comme il
l'a efté de fes Benefices.
Celuy de Saint Martial a été
donné à Mr l'Abbé de la
Roquette , dont le merite eft
fort connu dans l'Ordre de
Clugny.
Mr Julien Doyen de la
Cathedrale d'Alet , a écrit à
Mr Meliand , ci- devant Evêque
d'Alet en Languedoc ,
que parmi les perfonnes de
GALANT 67
la Campagne qui estoient
venues à Alet pour y gagner
le Jubilé , il s'y eft trouvé un
vieillard , nommé Etienne
Ferrand , habitant du lieu de
Bezut proche la Ville de Lig
moux , âgé de cent huit ans ,
étant né en 1995. que s'étant
entretenu plufieurs fois avec
ce vieillard pendant la quinzaine
qu'il eft refté dans cette
Ville ; il lui a trouvé bon fens
& bon jugement, qu'il affure
fe reflouvenir d'avoir vû gagner
le Jubilé du commen
cement du fiecle dernier 1600.
qu'ayant pour lors cinq ans
Fij
68 MERCURE
fa mere le menoit à la Pro
ceffion des Stations ; qu'elle
mourut jeune , mais que fon
pere a vêcu cent deux ans ,
& qu'il a deux filles vivantes
dont l'aînée a quatre- vingt
deux ans ; qu'on peut attri
buer cette longue vie à fa
fobrieté , & aux alimens fimą
ples & groffiers dont il s'eft
nourri , beuvant peu de vin
& vivant comme les autres
Payfans , d'ail , d'oignons &
de porreaux. Il n'a aucune
incommodité , voit , entend
bien , & marche feul fans
autre aide que d'un bâton.
1.
69 GALANT bg
Lucien nous a donné une
lifte de ceux qui ont vêcu
long- temps , & il n'y en a
aucun parmi ceux dont il fait
mention , qui ait vêcu f
long- temps.
Je ne vous dis rien de l'ou
vrage qui fuit vous fçavez
qu'il s'étoit attiré de grandes
loüanges avant la traduction
qui vient d'en eftre faite. II
n'a rien perdu de les beautez
dans cette traduction,
70 MERCURE
******
DESCRIPTION
DE LA MAISON ROYALE
DE MEUDON,
DEDIE' E
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Traduite d'une Ode Latine de
Mr l'Abbé Boutard , par M
l'Abbé du Jary .

Ne douce force m'attire
En de charmans & fuperbesjardins,
Où furdes Monts fleuris des Etoiles
voifins
S'arrefte le flateur Zephire,
GALANT
71
Là , fuivi par lafleur d'une bril
lante Cour,
Noftre DAUPHIN , des Peuples
l'efperance ,
Digne objet des voeux de la
France
Vientgoûter les douceurs d'un cham
pestre Séjour
Dans un repos plein d'innocence;
Nymphes Hoteffes de ces lieux ,
Qnifouvent d'un oeil curieux
En avez admiré les beautez& les
graces ,
› |
De vos plaifirs faites part à mes
yeux
Et laiffez moy parcourir fur vor
traces
Ce Palais fi delicieux.
Guidez- moi dans Meudon , pona
voir dans fon enceinte
Tout ce qu'il renferme d'appass
72 MERCURE
Et parmi les détours d'un fi bean
labyrinthe ,
Qu'en marchant avec vous je ne
m'égare pas.
Prés des murs qu'arroſe la Seine,
S'éleve un montfameux qui domine
la plaine :
>
Il eft couvert d'un bois dont les
épais rameaux
Dérobent au Soleil leurs ombrages
tranquilles ,
Et dédaignant de ruftiques hameaux
>
Commande avec orgueil à la Reine
des Villes.
Un travail, noble effort d'un million
de mains ,
Yraffembla de terre une fuperbe
maſſe.
Ce prodige de l'art étonnant les bu
mains ,
Y fait
GALANT
T
Y fait régner une longue Ter
raffe ,
Dont le fommet ambitieux
Dans mon efprit rappelle
L'orgueil de ce Geant à Jupiter
rebelle ,
Qui pour efcalader les Cieux ,
D'Offa fur Pelion fit une énorme
échelle.
C'eft fur ce double mont qu'encor
plus élevé
Par des colomnes magnifiques ,
Vn Palaisfoutenu de fuperbes portiques
Offre de la Structure un modele
achevé.
Sous fes lambris cet édifice étale
De l'Vnivers les plus riches three
fors.
Je croisy voir tout l'or de Midas &.
& Attale ,
Decembre 1703.
G
$4 MERCURE
Et que l'Inde & le Tage ont appauvri
leurs bords
Pourenrichircette Maifon Royale,
Où la Terre des Cieux femble eftre
la Rivale.
'L'aiguille , qu'a conduit une fçavante
main ,
A retracé dans un lointain
De nos Auguftes Rois les Palais
magnifiques ,
Qui parmi les forêts montrent leurs
tours antiques.
L'heureux mélange des couleurs
Et de la laine & de la foye ,
Y peint Diane avec fes Soeurs
Qui fuit au fon du cor une timide
proye
Et le Cerf effrayé des confufes clameurs
,
Que mêlent au cri des Chaffeurs
Les Chiens qui courentfur la voye,
GALANT
75
Dont la meute nombreufe avecgrand
bruit abboye .
C'est là que que le travail du delicas
pinceau ,
Et les chef- d'oeuvres du cizeau
Forment le riche amas de tout ce
que defire
Le Voyageur des beautez curieux;
Et l'efprit étonné doute fi l'oeil ad
mire
Le Palais d'un mortel , ou leféjour
des Dieux.
Vn lambris de cristal , par de vives
images ,
Multiplie aux regards les rians
paifages
De ces lieux enchantez:
Les bois & les vallonsy font repré➡
Jentez
L'ail trompé de la Seiney croit voir
les rivages
.
Gij
76 MERCURE
Yn portique à mes yeux offre de
toutes parts
L'affreufe image de la guerre ,
Ze Monarque des Lys dans l'appareil
de Mars ,
Et des Citez les orgueilleux remparts.
Que mit en poudre fon tonnerre.
Là ,contemplant les exploits de
LOUIS ,
D'un Pere fans égal , incompara
ble Fils ,
DAUPHIN , tu fens le poids
d'une auguste naiffance ,
Qui t'impofe la loi
Defaire admirer à la France
Le digne Sang de ce grand Roi ;
Modele inimitable à tout autre
qu'à toi.
F'apperçois les Dieux de la Fable
Sur le bronze gravez,

GALANT 77
Et les traits des Heros fur le marbre
Sauvez
De ce naufrage inévitable
Des temps que, leurs noms ont
bravez
Tant de riches objets raviffent moins
encore
Que ces Iardins les delices de
Flate ,
Où tout enchante , & l'esprit &
les
yeux :
Ces monts couverts de fleurs , qui
s'approchent des Cieux
Pour recueillir les perles de l'Aus
rore ,
Et les premiers rayons dont le Soleil
les dore .
On nous décrit moins beaux ces jar
dinsfi vantez ,
Dont l'art avoit dans l'airfufpendu
les beautez ,
G iij
78 MERCURE
Où fortant autrefois des bras de la
Victoire
,
Semiramis cherchoit une nouvelle
gloire.
Peindray-je dans ces lieux la Deeße
des fleurs ?
Qui des vents parfume l'haleine ,
Et porte le tribut des plus douces
odeurs
Amon Prince qui fe promene :
Les Orangersfleuris avec ordre rangez,
De pommes d'or toujours chargez?
Des berceaux enfoncez la retraite
tranquille ,
Où la vigne à ployer docile
Courbée en cent replis de feuillages
Couverts >
Contre l'Eté brûlant preſente unfùr
azile
GALANT 79
Sous le rempart de fes ombrages
verts?
Pourray-je t'oublier , Grote obfcure
& profonde ,
Antique maifon du fommeil ,
Oùjamais la fraicheur de l'onde
Ne craignit l'aspect du Soleil ?
Mais commen: le marquer une affez
digne place
Dans cette ébauche de mes vers ,
Globe plus poli qu'une glace ,
Où le marbre taillé , dans un étroit
espace ,
Raffemble les climats de ce vafte
Univers ?
Divinitez amoureufes des ombres ,
Quecache au fonds des bois ce merveilleuxfejour,
Me fera t- il permis de percer les
lieux fombres ,
Demonic fuvezla lumiere dujour§
Giiij
80 MERCURE
Ces Palais verdoyans , cès champêtres
Portiques ,
Ces Theatres ruftiques ,
Ces Coteaux ombragez d'arbres imperieux
,
Dontflote au gré des vents la verte
chevelure
Etfemble melerfa verdure
Avec le vif azur des Cieux ?
Là les antiques ironcs des venerables
chefnes
Forment de fpatieux enclos
Aziles dufilence d'un profondre
pos
Que refpectent des vents les captives
haleines.
D'un tremblement religieux
Lafainte borrear me faifit en ces
lieux :
Le Druide jadis d'offrandes la main
pleine ,
GALANT 81
Lefront couronné de verveine
Yrendoit hommage à fes Dieux.
Non loin , s'offre aux regards la
martiale plaine ,
Où l'Atlete s'exerce à luiter fur l'arene
;
Et la lice , où l'adreffe & la force du
bras
Mèlent de nobles jeux à d'innocens
combats.
Je luiffe errer mes pas dans ces longues
allées,
Par cent chemins divers en un point
raffemblées ,
Qù l'art ingenieux à tout ofer infruit
,
S'efforça d'imiter les aftres dela nuit
Qui brillent fur l'azur des voûtes
étoillées.
Mais parcourons ces bois , dont les
toufus rameaux
82 MERCURE
Doirent leur fraicheur aux eaux
vives
Qui parmi les détours de cent confus
ruiffeaux ,
Se dérobant fous d'agreables rives
,
Joignent aux doux chants des oifeaux
Le murmare charmant des ondes fugitives.
Là mille objets rians fe difputent le
prix.
Promenez- vous , mes yeux , fur un
vaftetapis
Tiffu par la fimple nature ,
Qui de fes propres mains en afait
la parure.
L'If partage en quarré fon verdoyant
gazon
Dont le cifeau fait tomber la toi
Son
GALANT 83
Pour luy rendre bientoft fa plus vive
peinture
Dans une nouvelle moiffon.
O quej'aime à vous voir , Bois aux
largesfeuillages ,
Dont l'Inde embellit ſes rivages !
Vous n'étalez pas moins d'appas ,
Ombrages cheris de Pallas !
Vous charmezplus encor repofoirs de
verdure
Bocagesfrais , aimables cabinets ,
Dont la ruftique architecture
De ces Monts orne les fommets.
Ceft- là que l'ail quife promene
Parmi les beautez de la plaine
Et le confus amas de mille objets di
vers ,
Dans de vaftes lointains vafeperi
drefansguides ,
Et repaift fes regards avides ,
De l'aspect de tout l'univers.
84 MERCUR E
Le bruit des eaux parmy tant de
merveilles ,
Ioint au plaifir des yeux le charme
des oreilles .
Naiades , dites nous quelfavorable
Dien
Par cent conduits fecrets raffemble
dans ce lien
Tant de pures & claires ondes
Qui variant leurs courfes vagabondes
Dans les bois , les vallons , les jardins
& les prez ›
Font boire à ces champs alterez
Les flots de leurs fources profondes ?
Dans un profond étang , dans un
large canal ,
Dans un lit émaillé d'une verte bora
dure
L'onde obéit à l'art ingenieux rival
Des caprices de la nature ,
GALANT 85
Et fait en mille jeux badinerſon
criftal.
Tantoft dorée, & transparente
D'unpied leger toujours courante
Elle bondit à gros bouillons
Ou fur de liquides fillons ,
Retrace de Cerés les moiffons blan
chiffantes
Par les nombreux tuyaux des gerbes
jailliffantes.
Tantoft elle fremit d'un aimable
courroux
Entre le 10c & les cailloux
Qui s'opposent à son paffage ;
Mais dans cette rivefauvage ,
La voyez- vous , qui de beautez
changeant
•Coule à flots déployez fur des nappes
d'argent.
Quand du haut d'un Rocherfon cours
Se precipite,
86 MERCURE
Par le bruit de fa chute aufommeil
elle invite :
Et lors que dans les cieux fes flots
fontélancez,
Les traits quifendent l'airfont aux
yeux retracez.
DAUPHIN , prète l'oreille à ce
concert ruftique ,
Entens les Dieux des eaux , & les
Nymphes des bois ,
Qui fans troubler ton repos heroi
que ,
S.mblent d'une nouvelle voix
Celebrer tes vertus , & chanter tes
exploits.
Reçois dans ce muet langage
Comme un tribut de tous les coeurs
Qui rendent un fecret bommage.
Au plus aimable des Vainqueurs.
Les Mufes au fon de la Lyre
Réjouiffent moins Apollon ,
GALANT 87.
Quand ce Dieu des beaux Vers luy
mé les infpire
Aux claires fources d'Helicon.
Une Mufique & moins douce &
moins belle
Charme aux Monts Phrygiens la
Deeffe Cybelle :
Et des fons moins harmonieux ,
Sefont entendre à la Troupe immortelle
Qu'affemble au Mont Ida le puiffant
Roy des Dieux.
Vous ferez furpriſe d'apprendre
que le Quietilme
n'eft pas encore entierement
éteint , il a pouffé une branche
en Sicile , mais que le
zele des Inquifiteurs étouf
88 MERCURE
fera dans fa naiffance. Ona
efté bien étonné de voir une
fille de vingt- huit ans parmi
les accufez que le S. Office a
fait arrefter , & que les Juges
affemblez il y a quelque
temps dans l'Eglife des Peres
Dominicains de Palerme
firent comparoître devant
eux. Ils demeurerent douze
heures entieres à examiner
quatorze de ces nouveaux
illuminez qui furent convaincus
d'avoir profeffé les
erreurs les plus groffieres de
Molinos. La foeur Therefe
qui eft la fille dont je viens
GALANT 89
de vous parler , eftoit à leur
tefte , & ils la regardoient
tous comme leur Patriarche.
Ce qu'il y a de furprenant à
l'égard de cette fille , c'eft
que fans avoir jamais étudié
elle n'a pas laiffe de compofer
trois Volumes : le pre
mier , Il Castello Dell'anima ,
matiere que fainte Therefe
a fi bien traité fous le même
titre. Le fecond , Il Laberin.
tho D'amore. Le troifiéme regarde
differentes vertus . Ces
Ouvrages enferment une
nouvelle methode de la vie
myſtique , & ſont remplis
Decembre
1703. H
90 MERCURE
d'erreurs & de nouveautez
dangereuses. Cette fille couroit
les Villes & Villages pour
y répandre fa nouvelle doc
trine. Elle joignoit plufieurs
autres erreurs groffières des
Quietiftes. Elle fe difoit la
quatrième Perfonne de la
fainte Trinité. Elle affaroit
auffi qu'elle eftoit plus élevée
que la fainte Vierge , & qu'-
elle avoit deux degrez de
gloire plus qu'elle qu'elle
eftoir avec Jefus . Chrift , la
Corredemptrice des hommes
que les fiecles paffez
eftoient ceux de Jefus Chrift,
GALANT 91
& que celui cy eftoit le fiecle
du Saint Efprit. Des erreurs
auffi monstrueufes feront dire
d'abord à tout le monde que
Soeur Thereſe eſt une folle ,
qui merite plûroft d'eftre
renfermée que d'eftre punie.
Mais ce qu'il y a de furprenant
, c'eft qu'elle paroift fort
fenfée , & qu'elle n'eft pas la
feule qui ait debité ces dogmes
impies & extravagans
,
des Preftres & mefme des
Religieux , les foûtenoient
avec elle :ce qui prouve qu'il
n'est point de defordre fi
monftrueux où l'efprit de lig
Hij
92 MERCURE
bertinage ne conduife les
perfonnes les plus éclairées ,
même celles qui font con .
facrées à Dieu par le Sacerdoce
& par un eftat de vie
plus parfait que celui des autres
. Quand on a arrefté
cette fille elle entreprenoit
un grand voyage pour aller
répandre fa mauvaiſe Doctrine
jufqu'aux confins , difoit
- elle , de l'Europe & même
elle avoit donné des Miffions
particulieres à plufieurs
de fes difciples.
On fit au mois de No
GALANT
93
vembre dernier aux Filles de
Sainte Marie de Chaillot un
Service pour le Bout de l'an
de feu Mr le Maréchal de
Lorges , l'Affemblée y fut
nombreuſe , plufieurs perfon
nes de diftinction de la Cour
s'y trouverent
ainfi que
toute la maiſon de Duras ,
& tous ceux qui ont fait
des Alliances avec cette ils
luftre maiſon , dont le nombre
eft tres confiderable.'Il
y avoit auffi un grand nom
bre de Prelats.
Mr l'Abbé Anfelme fit
POraifon funebre de ce Sei
94 MERCURE
gneur ,
il la prononça avec
la grace qui lui eft ordinaire ,
& elle fut trouvée d'une
grande beauté , & également
Toûtenue par tout. Il fit res
marquer , que quoy qu'il n'y
ait point devant Dien de diffe
rence de perfonnes de conditions
, que fa Providence
veille indifferemment
fur tous
les hommes , l'Ecriture Sainte
nous enfeigne pourtant qu'il a
desfoins particuliers de ceux qu'il
met à la tête du Gouvernement
,
& aufquels il confie la conduite
des Armées . Il nous dit que ce
font fes creatures les plus nobles
GALANT
95
revêtues defa puiffance & defa
grandeur , & faites proprement
àfa reffemblance & àfon image,
qu'il les conduit par fon efprit ,
qu'il les fortifie parfa vertu , &,
qu'il les couronne dans fes mi
fericordes , qu'il tient leurs coeurs
entre fes mains , & qu'il les
tourne comme il luy plaift , enfin
qu'ilsfervent à l'accompliffement
de fes volontez, & à l'avance,
ment de fa gloire : Reconnoiffons;
Meßieurs , continua Mr P'Ab .
bé Anfelme , cette protection,
cette conduite de Dieu fur
Mr le Maréchal de Lorges ;
qui eftant né d'une maison illufa
96 MERCURE
tre , qui regarde depuis long:
temps la gloire la pieté comme
fes biens hereditaires , ne meritoit
pas feulement d'appuyer les
trônes , mais außi d'y monter
tant le Ciel avoit mis de gran
deur dans fon ame. On donna
à ce difcours tous les applau
diffemens qu'il meritoit.
Je vous envoye le Difcours
que fit Mr de Gafcq , Prefident
& Lieutenant
general
de Saintes à l'ouverture des
Audiances
de fon Siége le
lendemain de la S. Martin . ~
Le rétabliffement
de l'an.
cien
GALANT 97
cien Palais de Saintes luy a
fourni le fujet d'une partie
du difcours que voicy . On
avoit efté obligé de l'a
bandonner depuis plus de
douze ans , parce que l'on ne
s'y trouvoit plus en feureté ,
& on avoit toûjours depuis
rendu la justice dans un appartement
qu'on avoit pris
au Convent des Peres Jacobins
de cette même Ville ;
mais enfin le Roy ayant bien
voulu ordonner qu'on réta .
blit cet ancien Edifice , on
y a travaillé depuis quelques
années , & par les reparations
Decembre 1703 I
1
ཀཨཾེམྷཱ
98 MERCURE
qu'on y a faites , on l'a rendu
plus propre & plus commode
qu'il n'étoit auparavant. Le
Préfidial y reprit fes Seances
le lendemain de la S. Martin,
& on y entendit parler Mr
le Lieutenant General de
Saintes avec la grace qui lui
eft ordinaire , & l'applaudiffement
d'un Auditoire , qui
bien que nombreux , ne l'étoit
pas affés pour un difcours
auffi beau que celui
qui y fut prononcé. Je ne
vous parle pas feulement fur
le rapport de ceux qui l'ont
entendu à Saintes ; mais fur
FIBLIO TRY
LYON
VILLE
GALANT 99
celui de plufieurs perfonnes
du meftier , & tres capables
d'en juger ; qui par hazard en
ont vû icy quelques copies ;
& qui affurent que cet Ouvra
ge a de tres grandes beautez,
même pour ceux qu'il ne reg
garde pas.
VOLIO
THE
LYON
1893
DELA VITAE
I ij
100 MERCURE
DISCOURS
Prononcé par Mr de Gafcq .
Préfident , & Lieutenant
general Civil , & de Police
en la Seneéchauffée de
Saintes , à l'ouverture des
Audiances de fon Siege ,
dans l'ancien Palais aprés
fon retabliffement le lendemain
de la Saint Mar
tin 1703
,
I'Amour eft la fouveraine des
pafions comme la Justice
eft la Reine des vertus . Il eft
GALANT 101 .
des mouvemens
même certain que toutes les Paffions
ne font que
differens de l'amour , comme tou .
tes les verius ne font que de
differentes especes de la justice.
Außi quand l'amour de la justice
regne dans le coeur , les passions.
font fans trouble , les versus
fans obftacle. Il n'y a plus , ny
revolte à appaifer , ny difficulté
à vaincre , la raifon gouverne ,
ou fi elle combat , elle fe fert des
armes de fes propres ennemis .
Salme heureux qui forme la
tranquillité du fage & la perfection
da Magiftras .
En effet il n'y a que l'amour,
1 iij
102 MERCURE
de la justice qui nous la faffe
poffeder. On peut la demander
par intereft , la connoître fans
mérite , l'étudier par curiofité
la rendre par prevention , l'exercer
par orgueil & l'honorer par
force , mais on nepeut la poffeder
fans amour ; c'eſt cet amour
quila fait connoiftre avec fuccés,
l'étudier avec inclination , la
rendre fans préjugez , l'exercer
fans fafte , la demander fans
équivoque , & l'honorer fans .
contrainte .
Vous dont la noble profeffion
eft une portion de la Magiftra .
ture , Avocats, qui protegez les
GALANT 103
Parties & éclairez les fuges ,
arbitres des familles & lumiéres
des Tribunaux ne croyez pas
que l'excellence de vofire Art
confifte à deguifer la justice , & à
la faire paroiftre fous toutes les
faces que le fard d'un difcours
infinuant peut luy fournir En
vain même travaillez - vous à
diffiper les nuages qui l'environnent
& à défaire les ennemis
qui l'attaquent ,fi vous ne vous
faites un valimion 1
>
1.
gion de n entrepren .
fisdre
jamais de mauvaiſe cauſe ,
fi vous ne renoncez au
neste avantage de reuſfir à les
faire trouver bonnes.
I iiij
104 MERCURE
Examinez le droit de vos
Cliens fans entrer dans leurs paffions
. Ily va de vos interests de
ne pas épouser leurs querelles ; c'eft
honorer leur confiance que de vous
refufer à leur colere. Ne prenez
les armes que quandla Loy vous
les met à la main : ne coure pas
le rifque de faire vaincre celuy
qui a tort , le confeil feroit per
nicieux pour vous , & lefuccés
criminel pour lay, Dites luy qu'il
ne lay eft pas permis d'obtenir ce
qu'il vous est défendu de deman .
de
ce
ne
le
der , c'est le fauver que
pasfecourir ; car c'est d'abord luy
faire gagner fa caufe que de
GALANT 105
l'avertir qu'elle eft mauvaise.
L'Orateur dont le premier ca ?
rectere eft la probité , peut- il em ¿
ployer fon art contre fa raiſon ?
armerfarbetorique contre fa propre
pensée , mettre fon zele àprix
d'argent , vendre fa colere au
menfonge , prostituerfon éloquence
pour démentir fon opinion , chercber
des preuves pour détruire
fon avis. Lâches réjouiffances !
triomphe indigne de vostre cara .
Etere d'avoirfait gagner la cauſe
à ſa partie en la faiſant perdre à
Sa propre confcience.
L'homme de bien dédaigne ce
trifie bonneur , & rougiroit d'une
106 MERCURE
telle victoire. Convaincu que
l'éloquence eft bien fauffe quand
la fource n'est pas dans le coeur ,
& qu'elle ne part que de l'esprit ,
vous ne le voyez jamais etaler
fes figures contre ces lumières ,
briguer des fuffrages contre fon
fentiment. Celuy en qui les paroles
font toujours de concert avec
les pensées , & en qui nous connoiffons
l'amour de la justice n'a
pas besoin d'exorde , fon nom
1.; monané la faveur de l'Au;
.. :
gner
-40
ditoire ,fa probité peut lui éparg
le travail de la compofition ,
quand il n'auroit pas l'affemblage
de tous les talens ,fa réputation
GALANT 107
le dédommage de quelques uns ,
&fa vertu remplace les autres ,
nos coeurs font ouverts pour luy
avant quefa bouche foit ouverte
pour nous , fon mérite touche
avant quefon difcours charme ;
c'est déja beaucoup gagner
que de plaire quand on veut per
fuader. Nousfommes disposez à
le croire dés qu'il fe prépare à
nous convaincre ,
Pour vous ,fous pretexte que
vous ne marchez pas dans une
carriere fi honorable, Procureurs,
ce feroit bien vous avilir & dés
grader vos emplois ,fi vous penfiez
que vos exercices wous dispen ,
108 MERCURE
faffent de l'obligation d'aimer la
Justice. Hontenfe profeſſion qui
oferoit s'attribuer un fi infame
privilege ! ch ! quelle idée auriez,
vous de la Fuftice fi elle vous
donnoit la licence de l'éloigner
de la déguifer , de la trahir , dela
cather fous un amas effroyable de
procedures , enfin de la rendre
injufte felon les formes. Si elle
vous pardonnoit d'être fertiles en
expediens pour l'embarraffer , en
détours pour la changer , en ref.
fources pour l'éluder¸ en lumieres
pour l'obscurcir ; faut- il que la
Lageffe des Ordonnances fourniſſe
des fratagêmes pour les violer ,
GALANT 109
que les précautions qu'elles
prennent pour prévenir les chia
cannes fervent de nouveaux
moyens pour en inventer.
A ces traits vous reconnoiſſez
le Miniftre intereẞé & fordide
qui fonge plus à dépouiller fon
Client qu'à détruireſon adverfaire
le plaideur qui paye les
frais de la victoire eft puny du
gain de fon procez , & ſe voir
enlever , par fon deffenfeur , le
bien qu'il agagné par la diſpute.
Tant il eſt vray que la Fuſtice
n'a pas de plus grands ennemis
que ceux qui s'attachent à fon
fervice fans amour. Mais fi
110 MERCURE
l'amour eft le premier hommage
qui luy est dû , que n'exige.t elle
pas de nous , Meffieurs , nous qui
Jommesfes organes, qu'elle regarde
comme des Loix vivantes &
animées dont elle fefert pour prononcer
fes Décifions &pour renà
dre fes Oracles
Un fuge n'a plus d'autres
les innocens malheu.
favoris que
le bien
reux , d'autre intereft que
public, ilfe défie des confeils d'un
flateur , des éloges d'une partie ,
des raisons d'un parent , & des
priéres d'un amy Rien ne l'im...
portune que les lounges , & il
n'y a point de réputation qui
GALANT III
puiſſe le confoler contre le témoignage
de la confcience.
Il ne reconnoift d'autre aus
thorité que celle de la Loy , il
n'écoute d'autre recommendation
que fon devoir. Il n'envisage
d'autrefortune que fon honneur,
& il n'efpere d'autre récompenfe
que la joye d'eflre agréable à fon
Roy & utile à fa pairie.
Ny ébloui par la faveur , ny
attendri par la pitié , dés qu'il
n'a d'autre paffion que
de la Justice , il ne veut d'autre
trefor que d'eftre fon dépofitaire ,
d'autre liberté que d'eftrefon efclave
, d'autre gloire que d'eftre
l'amour
112 MERCURE
fon interprete , ny d'autre vie
que pour efire fa victime.
Mais dés qu'un Magiſtrat
perd l'amour de la juftice , toutes
les paffions l'affiegent enfoule , ou
l'avarice le deffeiche , ou la vanité
l'enfle , ou l'envie l'irrite ,
il n'a d'autre réputation qu'autant
qu'il en peut dérober aux
autres
" ny
d'autre titre d'inno.
cence que d'accuſer comme cou
pables ceux qu'il ne peutfouffrir
comme modéles , il n'a d'autre
talent que
la malignité de bien
compofer une médifance , d'autres
armes que les traits pergans d'une
fourde calomnie › ny d'autre
GALANT 113
le
fecret pour ſe vanger de la haine
qu'on luy porte qu'en attaquant
ceux qui ne la méritent pas , comme
s'il pouvoit fe laver de fes
crimes en noirciffant leur verta ,
il n'a d'autre occupation
que
plaifir de répandre fon venin fur
le facré comme fur le prophane ,
ny d'autre pudeur que le foin de
fe cacher i il confent volontiers
à fa propre ruine pourveu qu'il
contribue à la chute de ceux à
qui il ne peut pardonner le bon.
heur deftre aimez , femblable à
fes animaux qui paroiffent fe
confoler de leur mort pourvû qu'ils
faffent une legere bleffare.
Decembre
1793 . K
114 MERCURE
Ainfi tombe -t- on infiblement dans
le precipice , on n'eft plus le maitre
d'un finiftre penchant , un noir genie
domine , une humeur indomptable
de malignité prend le deſſus , la
raifon ne gouverne plus l'efprit dés
que la justice ne conduit plus le
coeur.
C'est le coeur qui eft le fiege leplus
augufte , elle peut changer de Temple
, mais elle ne veut d'autre Sanctuaire
que le coeur ; nous la voyons
aujourd'huy remonter fur fon Trone
& rentrer dans fon ancien patrimoine.
Il eft vray qu'elle a pù fe confoler
dans un exil de plufieurs années
, car enfin la justice s'accordefi
bien avec la Religion , que quand
l'une perd fon Palais , l'autre luy
prefte fon Temple , & nous avons
demandé un azile à la Religion
GALANT
115
jufqu'à ce que la liberalité du Roy
nous ait rétabli dans le domicile de
la Iuftice.
Le Senat remonte au Capitole ,
il faut allumer un feu nouveau fur
l'Autel de la Divinité dont nos
fermens nous engagent d'eftre les Sacrificateurs.
Ce lieu augufte qui luy
eft confacré tout de nouveau eft pour
la plupart de nous le berceau de la
Iudicature ; c'est l'Ecole ou nous en
avons appris les premieres leçons ,
& quand vous avezla joye de revoir
ce Barreau que la gloire de vos peres
a rendu fi celebre , ne croyez- vous pas
voir l'image d'une famille qui redouble
fa tendresse quand elle fe
raffemble dans la maison paternelle.
Songeons que l'amour de la Iuftice
eft l'heritage le plus precieux que
Kij
116 MERCURE
nous ayons reçu de nos ancestres , ef
·fayons de la rendre auſſi pure à nos
defcendans.
Vangeons- nous de nos Cenfeurs.
en nous corrigeant ; de nos Calomniateurs
par noftre filence ; de nos
Envieux par nos bons exemples ; &
de nos Ennemis par nos bienfaits .
Ecoutons les injures fans chagrin 5
Les menaces fans crainte ; & les
médifances fans réponſe.
Soyons contens du vray ; nous
n'empêcherons jamais qu'on n'invente
contre nous le vray - femblables
il est glorieux d'eftre offenfé par des
gens qui nefont à craindre que quand
ils font inconnus : & Ciceron fe faifoit
unhonneur d'avoir Antoine pour,
ennemy.
A l'égard des Parties , laiffons
keur la fatisfaction de dire tout ce
GALANT 717
qu'elles veulent ; foyons acceffible's
aux plus importuns , & agreables
aux plus petits , mais attendonsnous
à fouffrir qu'on nous faffe des
injustices fur la justice que nous aurons
renduë ; fur tout n'en exigez aucun
remerciment , & apprenons d'un
Ancien que le Iuge eft comme une
Fontaine publique où il eft permis à
tout le monde de venirſe deſalterer ,
felon qu'il eft plus ou moins preffé de
la foif , fans fe croire obligé de remercier
la Divinité qui prefide à la
fource.
Défions- nous de nos foibleffes &
de nos lumieres : défions- nous de nos
préventions & craignons la faveur ,
la justice prefidera dans ce Siege
fi fon amourprefide dans nos coeurs.
Ce Tribunal ou tant d'excellens
hommes ont rempli nos places avant
118 MERCURE
nous , certes , ces murailles elles.
mêmes , ces ornemens qui reprefente.
ront la majefté du Souverain & la
magnificence du Bienfaiteur , nous
·feroient de fenfibles reproches fi nous
nous écanions defon exemple . Exemple
inimitable à tout autre qu'à
nous : car enfin les Conquerans ne le
peuvent fuivre dans l'amour de la
gloire , & les Iuges le doivent imiter
dans l'amour de la Iustice . Il en a
paffé les bornes par generofité. Pour
terminer la derniere guerre , que de
Places n'a -t- il pas cedees , n'eft- il,
pas vray qu'il a donné la Paix par
les mains de la Victoire ? Depuis
cette Paix l'Espagne luy a demandé
fon Petit-fils que nous avons eu le
bonheur de poffeder avec les auguftes
Freres , qui ont paru contens de nos
cours &fatisfaits de nos efforts . Ils
GALANT 119
n'ont pas oublié cette Ville qu'ils
ont honorée , & elle n'oubliera ja:
mais les merveilles qu'elle a vû . Ce
jeune Monarque formé des mains de
plus grand Maistre qui fut jamais
en l'Art de regner , alloit prendre
poffeffion des Couronnes dont le Ciel
a voulu recompenfer Louis , qui a
mieux aimé pacifier l'Europe que
de la dompter , commefi Dieu avoit
voulu rendre à fon Sang ce que fon
toeur avoit bien voulu perdre , & dédommagerfa
famille de ce qu'avoit
refufé fa moderation .
Vn bonheur fi inoüy a ou ébloüi
ou étonné l'Vnivers . Que les ingrats
& les jaloux , les Souverains & les
Republiques , l'herefie & l'ambition
fe liguent ; ce n'est pas trop de toute
' Europe contre fon courage . Là il
prévient des perfides . Ici ilrenverfe
120 MERCURE
des revoltez. Là l'aîné des enfans
de France le rend maistre du Rhin,
&fes Generaux luy affurent le Danube.
Rien n'eft inacceffible à la
Victoire qui déconcerte les projets
des Ennemis & furpaffe les fiens ,
elle ne l'abandonne nulle part , elle
s'obstine à lefuivre même fur l'Ocean,
elle le fait triompher ou il ne s'eft
pas preparé à combatire . Nos Côte's
furent- ellesjamais plus tranquille's
malgré les nombreuses Flottes des
deux Nations les plus formidables ,
les allarmes qu'elles nous ont donné
n'ontfervy qu'à nous faire connoiftre
que nous n'avions rien à craindre ,
& à nous rendre intrepides .
Pournous , nous n'avonspas non
plus rien à craindre pournos emplois
tandis que l'amour de la Iuftice ne
ferapas banni de nos coeurs , ce feroit
en
GALANT 121
en mêmetemps la bannir elle - mêmes
on doit poffeder les richeßes fans affection
; la reputation fansjoye , &
la gloire fans l'aimer , on ne merite
plus la gloire des qu'on l'aime; mais
quand on n'aime plus la juftice , on
ne la poffede plus .
Je
Si à tous ces preceptes que nous venons
d'ébaucher ilfaut encore ajoûter
un exemple , nous avons le malheur
d'en avoir perdu un bien accomply.
La mort nous a enlevé un * premier
Magiftrat en qui toutes les vertus
rapportoient à l'amour de lajuftice
comme à leur centre , un Magiftrat
que le feul vicieux craignoit,
& qui ne craignoit que le vice; la
justice & la fageffe ont toujours mar-
* M de la Trefne , premier
Prefident au Parlement de
Bordeaux..
Decembre 1703. L
122 MERCURE
the devant luy , la candeur & l'ina
vegrité l'ont toujours accompagné , le
refpect des gens de bien & la tendreffe
des peuples l'ont toûjours fuivi
&ne le quittent pas même au tombeau
, le public l'a arrofé de fes lar
mes &les a mêlées avec celles defon
illuftre a Veuve. Confolons - nous de
nous trouver indignes d'entreprendre
fes louanges , lesgrands aimentaffez
à les publier & les peuples à les entendre.
La Cour & les Provinces quifont
de concertpourfon éloge, l'ont esté auſſi
pour reparer noftre perte ; nos voeux
ont prévenu le choix qu'il a plû au
Roy de faire du b Chef de noftre au
a Madame de Comminges.
b Mr Dalon à prefent premier
Prefident au Parlement
de Bordeaux .
GALANT 123

gufte Parlement , né dans le fein
des loix , il y afait briller la nos
bleffe de fes talens & la beauté d'un
genie fuperieur , dans la fonction
d'Avocat General , avec quel éclat
´n'a- t- il point parlé pour la justice
avant que de la rendre , ayant efté
fon principal défenfeur dans le lien
mème ou il eft fon premier Oracle!
Placé à la tefte d'un autre * Senat
il a fait retentir toute la contrée
d'un merite qui demandoit encore un
plus beau Theatre ; il fera admirer
la juftice par fon éloquence , il la.
fera honorer par fa fageffe , il la
feramaintenir parfa dignité, & la
fera aimer parfon exemple.
* à Pau .
Lij
124 MERCURE
Je vous ay déja envoyé
plufieurs Difcours de cet ex
cellent Orateur , qui n'ont
pas reçu moins d'applaudif
femens dans voftre Province
qu'à Saintes & à Paris ; ce qui
m'oblige à vous faire voir
qu'il n'eft pas feulement diftingué
par fa naiflance , mais
qu'il l'eft aufli par fon elprit .
Jean Louis de Gafcq , qui
vivoit fur la fin du quatorziéme
fiecle & au commence.
ment du quinzieme a fait la
branche qui s'eft établie en
Guyenne, il rendit de fi grands
GALANT 125
T
fervices à Charles VI . Roy de
France , dans les armées ,
qu'il le pourvut de la Charge :
de Baillif d'Epée à Meaux ,
C'eftoit une Charge du moins
auffi importante que le font
aujourd'huy celles des grands
Sénéchaux des Provinces .
Ce fut ce brave de Gafcq qui
en 1421. foutint fi courageufement
le Siege de Meaux
contre l'armée d'Henry V.
Roy d'Angleterre , qu'aprés
trois mois & plus d'une belle .
deffenfe , ne pouvant empêcher
que les afliegez ne capitulaffent
, il aima mieux
Liij
126 MERCURE
perdre la vie pour le foutien
des droits du legitime Suc
ceffeur de la Couronne
, que
de figner une Capitulation
qui remettoit la Place à l'Anglois
. M'de Mezeray en fait
l'éloge fous Charles VI . il eut
fon fucceffeur Jean de Gaſcq
fon fils aîné Baron de Marcellus
, qui prit comme fon
pere le party des armes ;
Charles VII. luy donna pour
recompenſe de ſes fervices le
Gouvernement de la Reolle
en Guyenne. Il avoit épousé
Mademoiſelle de Longuefelle
, qui eftoit de l'illuftre Mai;
GALANT 127
fon de Montlac , & il laiffa
trois enfans de ce mariage
fçavoir Emeri , Guillaume, &
François.
Emery qui eftoit l'aîne ,
fur Baron de Marcellus , il fe
fit pourvoir en 1935. d'une
Charge de Confeiller au Par,
lement de Bordeaux ; il en
mourut Doyen aprés quarante
années d'exercice , laiffanc
pour fon fucceffeur Emeri
auffi Baron de Marcellus , qui
fut auffi pourvû de la Charge
de fon pere , qu'il laiſſa aprés
fa mort à fon fils Eftienne
qui fut auffi Baron de Mar,
Liiij
128 MERCURE
cellus & de Tartihime , mais
qui mourut fans laiffer de
pofterité.
Il n'y en a point eu non
plus de la branche de Frane
çois troifiéme fils de Jean
Gouverneur de la Reoile. Il
eftoit Biron de Saint. Sauyeur
& de Brau , & fut auffi
revetu d'une Charge de
Confeiller au Parlement de
Bordeaux , à laquelle fon fils
Baron de Rafeins & de Saint
Sauveur , ne fucceda point
parce qu'ayant pris le parti
des armes il fut tué à la guer
re , & ne laiffa point d'enfans .
GALANT 129
Guillaume de Gafcq le.
cond fils de Jean fut pourvû
de la Charge qui eftoit lors
unique , de Treforier general
de France ; c'est pourquoy
il fut toûjours appellé le General
Gafcq . Il fit auffi pen .
dant fa vie la fonction d'Intendant
pour le Roy dans la
Province de Guyenne , & il
laiffa en mourant quatre enfans
mâles , fçavoir Jean
dont je parleray cy- aprés ,
Ambroife , Charles & Eftien .
ne.
·
Ambroise fur pourvû d'une
Charge de Confeiller au
130 MERCURE
grand Confeil , & aprés l'avoir
exercée pendant plufieurs
années , il fe fit Chartreux
à Grenoble , fonda de
fes biens la grande Chartreufe
de Bordeaux , donnant le
titre de Fondateur de cette
Chartreuse à l'aîné de cette
Maiſon qui portera (on nom ,
d'aîné en aîné , de mâle en
mâle fucceffivement . Il eft
mort Grand Prieur de la
Chartreuse à Grenoble.
Charles de Gafcq , Baron
de Rafeins & troifiéme fils de
Guillaume , eft mort auffi
fans pofterité , revêtu de la
GALANT 131
étoit
12
Charge de Treforier general
de France , qu'avoit fon pere.
Eftienne , cader de tous ,
embraffa Pétat Ecclefiaftique
, & mourut Abbé de S.
Ferme prés de la Reolle .
Jean qui étoit l'aîné de ces 3 .
derniers fut Baron de Portets
& de Cocumon , il fe fit d'abord
pourvoir d'une chargede
Confeiller au grand Confeil ,
& aprés l'avoir exercée long :
temps à Paris , il fe fit Con
feiller au Parlement de Bor:
deaux , où le Roy le fit enfuite
Prefident aux Enqueftes ;
laiffant de fon mariage avec
132 MERCURE
Dame Efther de Vallier ,foeur
du Marquis de Caftelnau ,
Maréchal de France , trois
enfans , fçavoir François
Blaife , & Eftienne .
François Baron de Porrets
& de Cocumon , fut pourvû
de la Charge qu'avoit fon
pere , de Confeiller au Parlement
de Bordeaux , mais il
mourut bientoft aprés de la
pefte fans pofterité , ce qui
obligea Blaife de Gafcq fon
frere , de laiffer le party de
la guerre qu'il avoit pris ,
eftant Capitaine de Chevaux ,
&il fe fit pourvoir de la CharGALANT
133
ge de Confeiller au Parle
ment qu'avoit fon frere , dans
laquelle il eft mort Baron de
Porters & de Cocumon , laif,
fant plufieurs enfans .
L'aîné Alexandre de Gafcq
Baron de Porters , eft actuellement
Confeiller de la
grand' Chambre au Parle
ment de Bordeaux , & n'a que
deux enfans , un garçon &
une fille mariée depuis peu à
Mr de Gombeaud , aufli Con .
feiller dans le même Parle .
ment.
1
Eftienne de Gafcq , fon
cadet , a pris le party de l'E
134 MERCURE
glife ;il eft Prieur de Marefté
au Diocele de Saintes , &
pourvû de la Charge de Con
feiller Aumônier de Son Altefle
Royale Madame Ducheffe
Douairiere d'Orleans ,
laquelle il a l'honneur de fervir
en ladite qualité depuis
plufieurs années.
Il y a eu d'autres enfans de
Blaife du Gafcq , deux ayant
pris le parti des armes ont
efté tuez Capitaines dans le
Regiment du Roy , Pierre ,
dont je parleray cy.aprés , &
des filles , dont l'une eft ma.
riée à Mr d'Efpaignet Prefi
GALANT 135
dent à Mortier au Parlement
de Bordeaux , & l'autre eſt
veuve de Mr de Segur Confeiller
au même Parlement 3
qui a laiffé une fi belle faz
mille , l'aîné des garçons qui
eft auffi Confeiller dans le
meſme Parlement a épousé
Mademoiſelle de Némond ;
riche heritiere , & l'aînée des
filles eft mariée à Mr le Marquis
de la Cafe , Prefident à
Mortier au Parlement de
Bordeaux .
Pierre de Gafcq Baron de
Cocumon , eftoit le fecond
des enfans de Blaiſe de Gafcq
136 MERCURE
Baron de Portets , il époufa
la fille de Mr Marfaald , Préfident
& Lieutenant General
de Saintes , laquelle luy porta
les Charges de fon Pere dont
il fe fit pourvoir. Elle avoit
efté mariée en premieres no.
ces avec Mr du Bourder ,
Capitaine aux Gardes , & elle
en eftoit veuve ayant eu de ce
premier mariage Angelique
Acarie du Bourder , à prefent
veuve de Mr le Marquis de
Ciurac , de l'Illuftre Maiſon
de Durfort , il ne reste à préfent
de ce mariage , que
Mademoiſelle de Ciurac, qui
GALANT 137
outre mille bonnes qualitez
qu'elle poffede , eft une des
plus riches héritieres du
Royaume.
C'eft de ce ſecond mariage
de la veuve de Mr du Bourdet
avec Pierre de Gafcq ,
Baron de Cocumon , qu'est
venu Mrle Préfident & Lieu.
tenant General de Saintes
d'aujourd'hui
, il a fuccedé
aux Charges de Mr fon pere,
qui eft mort il y a plus de
vingt- cinq ans ; il n'en fut
pourtant pourvû qu'en 1690 .
parce qu'il n'atteint qu'en
cette année là l'âge necef
Decembre 1703.
M
138 MERCURE

2
faire ; mais il les a exercées
depuis avec tant de droiture ,
& il a un fi bon coeur & tant
d'affabilité , qu'il s'eft aquis
l'amitié & l'eftime de tous
les gens de bien. Les Grands
ne lui ont pas refuſé leur confiance
; Mrs les Maréchaux
de Lorge , d'Ecrées & de Chamilly
, Mr le Marquis de
Sourdis , Mr le Comte de
Gacé & tous ceux qui ont
commandé dans les Provinces
de Guyenne , Poitou ,
Saintonge & Aunix l'ont toû
jours choifis pour l'execution
des ordres qu'ils y ont donné,
GALANT 139
foit pour le fervice du Roy ,'
foit pour le bien de la Religion
. Mr de Befons qui a été
fi long temps Intendant dans
la Generalité de Bordeaux ,
& Mr Begon qui l'eſt aujour
d'hui dans la Generalité de la
Rochelle , ont eu en luy la
même confiance , & tous luy
ont toûjours rendu ce témoi
gnage qu'on ne pouvoit rien
ajoûter à fon zele pour tout
ce qui pouvoit regarder le
fervice du Roy & le bien
public.
Mr.le Lieutenant General
de Saintes eft auffi petit
T
Mij
140 MERCURE
neveu de Mr Dandraule
Doyen du Parlement de Bordeaux
, fi recommandable
par fa grande probité & dont
la fille unique eft mariée à
Mr d'Eguilhe , Prefident à
Mortier dans ce même Parlement.
Il feroit difficile de
trouver un Magiftrat de meil
leure Maiſon , & qui eût de
meilleures alliances ; car il
en a eu auffi avec l'illuftre
veuve de Mr le premier Pres
fident de Bordeaux dernier
mort , qui eftoit ci devang
l'illuftre Mademoiſelle de
Comminges dont j'ay fi fou
GALANT 141
vent parlé dans mes Lettres,
ileft allié à tant d'autres bon
nes Mailons de Guyenne ,
qu'il feroit peut- eftre ennuyeux
de vous en faire un
plus grand détail . On ne doit
pas eftre furpris s'il a fçû
joindre à tant de bonnes qua
litez qu'il avoit déja celle de
parler avec tant d'éloquence
en faveur de la Justice.
Mr Dalon premier Prefi
dent au Parlement de Bor
deaux en fit l'ouverture le
lendemain de la S. Martin ,
avec toute la dignité d'un
Magiftrat de fon sang.
142 MERCURE
On ne peut rien ajouter à
la nobleſſe & à la beauté de
fon diſcours tant à l'égard du
deffein , que de l'ordre des
penfées & de l'expreffion .
L'idée en eftoit grande , elle
embraffoit l'excellence de la
Juſtice , par raport à ſon origine
, à fes Miniftres & à fes
effets . Mais comme il n'eft
pas poffible de renfermer une
matiere fi eftendue dans un
feul difcours , il fe réduific à
traiter feulement de l'excellence
de la Juſtice par raport
à fon origine. Il fit voir que
fon principe eftoit en Dieu ,
GALANT 143
& toutes fes preuves furent
tirées de l'Ecriture Sainte.
Alba
Il a refervé pour d'autres
ouvertures de Parlement , à
parler de l'excellence de la
Juſtice par raport à fes Mi
niftres & à fes effets. Ce dif
cours a donné lieu aux Vers
fuivans.
A Monfieur Dalon , premier
Prefident du Parlement
de Guyenne.
Que de jufteffe & que de majesté
Dans voftre difcours enchanté
De la Justice,& defon origines
144 MERCURE
Vous nous avez prouvè qu'elle
eft route divine
Ei
que
l'on trouve en vous le
Miniftre parfait
Dont vous nous promettez quel.
que jour le portrait .
Il vous eft bien aifé d'en tracer
la peinture
En travaillant d'après na.
ture ;
Et fi de la fuftice on veut voir
Les effets ,
On n'a qu'àlire vos Arreſts.
Je m'acquite de ce que
je vous ay promis dans l'article
de la mort de Mr le
Cardinal
GALANT 145
Cardinal de Bonfi .
>
Pierre de Bonfi , Cardinal
du titre de S. Eufebe , Archevêque
& Primat de Narbonne
, Commandeur des
Ordres du Roy & grand
Aumônier de la feuë Reine,
fils de François Comte de
Bonfi , & de Chriſtine Riarii,
eft né à Florence en 1631.
Les preuves de fa reception
dans l'Ordre du Saint Efprit
prouvent l'ancienneté
de fa Nobleffe depuis l'an
1040.
Depuis ce temps - là la mai
Decembre 1703. N
146 MERCURE
fon de Bonfi a toûjours efte
diftinguée , foir avant la Reg
publique , foit dans le temps
de la Republique , & depuis
la domination des grands
Ducs de Toſcane par fes al
liances , fes charges , fes di
gnitez , & quantité d'hom
mes illuftres qu'elle a prog
duit.
Il y a eu trois Gonfalo.
niers ou Ducs Souverains
de la Republique , vingtquatre
Prieurs de la Liberté,
qui eftoit la feconde charge
de la Republique , & prefque
tous ceux de cette Maifon
GALANT 147
ont efté reveftus de la dig
gnité de Senateurs .
Robert de Bonfi dans le
quinziéme fiécle fut General
de la Republique , & fut
Ambaffadeur pour des affai
res fort importantes auprés
du Pape Clement IX. &
Charles IX. Roy de France ,
qui conceda à la maiſon de
Bonfi de porter trois Fleurs
de Lys en chef dans fes
Armes.
Il y a eu confecutivement
fix Evêques de Befiers , parmi
lefquels il fe trouve deux
Nij
148 MERCURE
Cardinaux , & trois grands
Aumôniers des regnes de
France.
Il eſt à obſerver , que la
Reine Marie de Medicis lors
qu'elle eut l'honneur d'é .
pouler Henry IV. emmena
en France Jean de Bonfi , qui
fut enfuite Cardinal à la no
mination du même Roi , &
qu'elle lui faifoit l'honneur
de le traiter de Coufin , ce
fut en faveur de Jean de Bonfi
que la Charge de Grand
Aumônier de la Reine fut
créee .
Thomas de Bonfi , Comte
GALANT 149
de Valian , neveu dudit Jean
Cardinal fut enfant d'honneur
de Louis XIII.
Thomas de Bonfi le premier
des Evêques de Beziers,
eut l'Evêché par la demiflion
dn Cardinal Streffi fon oncle.
Perfonne n'ignore com.
bien la maison de Strofliselt
rendue illuftre en Italie &
en France , ils font proches
parens des Grands Ducs , &
la branche des Ducs de Storf.
fia cfté tres diftinguée à
Rome. Ils ont eu en France
des Colonels generaux d'In .
Niij
150 MERCURE
fanterie , des Maréchaux de
France , & des Generaux des
Galeres.
La maiſon Riarii eft une
des plus illuftres de l'Italie ,
elle defcend en droite ligne
de Hierôme Riarii , Prince
fouverain d'Imola & de Fort.
li , & de Catherine Sforce ,
fille de Galeas Sforce Duc de
Milan .
Elle époufa en fecondes
nôces François de Medicis ,
Duc de Florence , & en eût
des enfans. Ce qui allie cette
maifon prefque à toutes les
Maiſons Souveraines de l'Eu.
GALANT 151
rope ; il y a eu dans la Famille
de Riarii quinze Car.
dinaux.
Mr le Cardinal de Bonfi
a efté le dernier du nom &
des Armes de Bonfi , il a
laiffé deux foeurs mariées en
France , Elizabeth de Bonfi
l'aînée , veuve de René Gal
pard de la Croix Ma- quis de
Caftries , Baron
Surdie .
ges & autres lieux , Chevalier
des Ordres du Roy , Lieuce.
nant general en les Armées ,
& en fa Province de Lan .
guedoc , Gouverneur
des Vil .
le , Château , & Citadelle de
Niiij
152 MERCURE
uve
Montpellier & Sommieres }
dont il y a des enfans , là
cadette Marie de Bonfi , veuv
de Mr le Marquis de Caylus,
Baron des Etats de Languedoc
dont elle a eu pareillement
des enfans.
Mr le Cardinal de Bonfi
a efté Ambaffadeur extraor
dinaire pour le Roy , premierement
à Venise , enfuite
deux fois en Pologne , &
enfin en Eſpagne .
Mr l'Abbé le Normant
prononça le 7. Decembre le
Difcours que le Prieur de
GALANT 153
Sorbonne doit
prononcer à
la derniere Sorbonnique . Cer
Abbé termina la licence dont
ila efté Prieur la feconde
année par ce Difcours qui
fur applaudi de toute l'Af
femblée qui eftoit belle &
nombreufe : Il y fit l'Eloge
du Roy dans des termes tresmagnifiques
, il parla d'une
maniere fort noble , & fort
delicate des fuccés des Armes
de ce Monarque ; l'Elo .
ge qu'il fit du Roy d'Eſpan
gne ne fut pas moins applau
di ; il parla avec la même de
licatefle de toute la Maiſon
154 MERCURE
Royale . Il fit enfuite l'Eloge
de Mr le Cardinal de Noailles
qui y eftoit prefeor , il lui
adreffa la parole , & lui don
na toutes les loüanges qui
conviennent à un zelé Pafteur
, & au Chef de la pre.
miere Eglife du Royaume . Il
s'adreffa enfuite à мr l'Arche .
vêque de Reims qui étoit aufli
prefent , & il lui fit le com
pliment qu'on fait d'ordinai.
re au Provifeur de Sorbonne
lors qu'il fe trouve prefent
à cette Ceremonie . Mr
l'Abbé le Normant parla
avec beaucoup de grace , fon
GALANT 155
action for trouvée fort belle,
la Latinité excellente ; enfin
il acquit beaucoup d'honneur
dans cette occaſion , &
il ne pouvoit finir plus glo.
rieuſement le cours de fes
études que par une action
auffi éclatante . Tous les Evê
ques qui s'y trouverent luy
en marquerent en fortant leur
fatisfaction dans les termes
du monde les plus gracieux ,
& les plus obligeans , & toute
l'Affemblée fit voir la fatisfaction
qu'elle avoit d'un dif
cours fi poli & fi Acuri .
Dans la marche que Me
256 MERCURE
le Maréchal de Villeroy a
fait pour visiter les Lignes
du Brabant , & les Villes des
Pays - bas , il a receu des honneurs
infinis des Peuples &
de la Nobleffe des lieux où
il a paffe. Louvain & Anvers
fe font fur tout diftinguez.
En approchant de la premiere de cee
Villes , toute la Nobleffe
alla au devant de lui
à deux lieuës , & l'Univerfité
l'alla haranguer à demi lieuë
de la Ville , d'où il vint en;
tre deux rangs de Bourgeois
fous les Armes . Il fut receu
dans la ville avec des acclama,
GALANT 257
tions réiterées de Vive Mr
le Maréchal , nostre Liberateur.
On le mena à l'Hôtel de
Ville où il fut harangué par
tous les Corps , qui le remercierent
de leur avoir confervé
leurs biens , leur vie ;
& lears enfans . Ce Maréchal
receut tous ces honneurs avec
beaucoup de modeftie , &
il voulut même s'en deffen :
dre plufieurs fois : mais la
chofe ne fut pas en fon pou .
voir. Anvers le diſtingua en.
cor plus par les réjoüiffances
& la joye qu'elle fit éclater
à l'arrivée de ce Maréchal ,
258 MERCURE
;
outre les mêmes honneurs
qui lui furent rendus qu'à
Louvain par le Magiftrat qui
eftoit auffi en Robbe il
trouva dans l'Hôtel de Ville
cinq tables magnifiquement
fervies , les Magiftrats voulu
rent le fervir , mais il ne fe mit
point à table qu'il ne les eut
fait refoudre de s'y mettre ,
on lui porta d'abord la fanté
du Roy dans un grand Gobelet
d'or maffif , il s'excufa
de boire une telle raſade
mais il leur mit en tefte de
jeunes Officiers qui leur fi
rent raiſon , les Magiftrats
GALANT 259
dirent à Mr le Maréchal que
c'étoit un uſage parmi eux
de donner le Gobelet à ce
lui qui y avoit bû le premier
coup , il refufa un preſent fi
magnifique , auffi - bien que
plufieurs autres qu'on voulut
lui faire ailleurs , qu'il re
fufa tous avec beaucoup de
generofité ; mais pendant
qu'il eftoit à table les Ma
giftrats firent venir un habile
Peintre qui le tira au naturel ,
& ils dirent aprés le repas à ce
General qu'ils avoient voulu
avoir fon Portrait pour le fai
replacer dans leur Salle , afin
160 MERGURE
qu'il les fit eternellement reffouvenir
de l'honneur qu'ils
avoient eu ce jour - là.
Me l'Abbé de Villeroy ,
Vicaire General du Dioceſe
de Poitiers , ayant appris la
mort de feu Mr le Duc de
Lefdiguieres , fon proche
parent , & dont je vous ay
amplement parlé , en fur fi
penetré de douleur, que pour
donner de vives marques de
fa tendreffe pour cet illuftre
défunt , & contribuer de tout
fon poffible au repos de fon
ame , alla dés le mefme jour
offrir le S.Sacrifice de la Meffe
GALANT 161
dans l'Eglife des Filles du
premier Calvaire de Poitiers ,
qu'il honore parfaitement de
fon eftime , non feulement
par rapport à la fainteté de
leur vie , qui eft toute fpirituelle
, & qui fait le principal
caractere de leur merite, mais
encore par rapport à fon
Ayeule Antoinette d'Orleans
fille du Duc de Longueville,
& veuve de Charles de Gondi
Marquis de Belifle , laquelle
en a lantifié la Mailon par fa
demeure , & qui aprés avoir
renoncé aux grandeurs de la
terre , comme à l'Abbaye de
Decembre
1703. O
162 MERCURE

Fontevrault , dont elle eftoit
pourvuë en vertu d'un Bref
du Pape Paul V. vint à Poi
tiers par un vray fentiment
de pieté , l'an 1610. & y jetta
les fondemens de la Congre
gation de Sainte Marie du
Calvaire , qui eft la premiere
Maiſon de routes celles du
Royaume qui ont l'honneur
de porter ce nom.
Le lendemain Mr P'Abbé
de Villeroy alla celebrer en
core une Meffe folemnelle
pour le même fujet , dans l'E .
glife de l'Abbaye des Dames
Religieuſes de la Trinité , qui
GALANT 163
font le deuxième Calvaire de
Poitiers , & qui étans toutes
fenfibles aux facheux evene
mens qui lui peuvent arriver,
joignirent leurs faintes prieres
aux fiennes pendant tout
le Service , afin d'obtenir de
Dieu le repos de l'ame de feu
Monfieur le Duc de Lefdig
guieres .
Le premier jour de Nos
vembre , fefte de tous les
Saints , Mr l'Abbé de Vil
leroy , rempli non moins de
zele & d'onction que de pie
té & de devotion , fit l'ou
verture d'une Retraite ſpitis
O ij
164 MERCURE
tuelle à plus de quatre vingè
pauvres perfonnes qui s'é
toient retirées dans la maifon
des Dames de l'Union Chré.
tienne de la Ville pour s'y
faire inftruire , & y appren
dre le chemin veritable de
leur falut ; cet Abbé commença
certe Retraite par le
faint Sacrifice de la Meffe
qu'il y celebra devotement
felon fa coûtume.
Me l'Abbé de Villeroy ,
apres fon Sacrifice , travaillafans
relache , foit à catechis
fer , foit à confeffer ceux qui
s'étoient enfermez pour faire
GALANT 165
cette retraite , ſe trouvant à
tous les exercices de devo.
tion , foit aux prieres , foit
à la lecture fpirituelle , foit
au falut , où fouvent il a dong
né la benediction du tres
faint Sacrement de l'Autel en
l'abfence de Mr l'Evêque ;
mais avec tant d'édification
& de pieté qu'il raviffoit tout
le monde par les manieres
touchantes.
Le dernier jour de cette rea
traite , cet Abbé pour en faire
la clôture folemnellement
fir dans cette même Eglife
une Predication auffi pa
17
166 MERCURE
thetique que fervente fur les
trois difpofitions neceffaires
à la bonne Communion
, qui
font , la Pureté parfaites de
l'efprit , l'Humilité profonde
de la volonté , & l'Amourar
.
dent du coeur , il montra vi
vement , & avec autant d'éloquence
que d'onction , que
ces trois vertus eftoient ablo .
lument requiſes à l'ame chrétienne
pour manger dignement
le Corps adorable , &
boire utilement
le Sang pre
cieux de noftre Seigneur
Je
fus Chrift , Pendant le Sermon
qu'il prononça avec beau
GALANT 167
coup de feu , il fit pleurer
une grande partie de fon
nombreux Auditoire qui ne
ceffa de loüer Dieu de luy
avoir envoyé un Predicateur
fi zelé , & qui penetroit fi
fort les coeurs de tous ceux
qui avoient le bonheur & le
plaifir de l'entendre , de forte
que toutes les perfonnes prefentes
communierent de fa
main aprés la Meffe qu'il
celebra.
Mr le Cardinal d'Eftrées
eftant arrive à Saintes en
revenant d'Espagne , refolut
d'aller jufqu'à Rochefort
168 MERCURE
dans le deffein d'y voir Mr
1Intendant & les augmentations
qui ont efté faites dans
ce Port depuis que le Roy
lui en a donné la conduite ;
fon Eminence arriva dans
une Chalouppe du Roy ac¬
compagnée de plufieurs autres
, & il fut reçu au bruit
de quinze coups de canon
dont on le falua. Tous les
Soldats de la Marine & de
la Bourgeoifie l'attendoient
fous les armes, la Cavalerie les
Dragons & les Carabiniers
dont la Compagnie est tres-
Jefte & tres magnifique al
lerent
GALANT 169
-09
ferent fort loin au devant de
lui , le refte des troupes bordoit
la riviere jufqu'à la Mai.
fon de Mr l'Intendant , qui
le reçut chez lui accompa
gné d'un tres grand nombre
d'Officiers & de Perſonnes
de diftinction . Mr le maré.
chal de Chamilly qui commande
dans les Provinces de
Poitou , de Saintonge &
d'Aunis , & qui anime par
fon exemple le zele qu'ont
tous ces Peoples pour le fervice
du Roy , arriva de la
Rochelle le mefme jour, pour
voir MrleCardinal fon ancien
Decembre 1703. P

170 MERCURE
amy. L'un & l'autre furent
regalez par Mr l'Intendant
avec toute la magnificence ,
& toute la delicateffe poffible.
La grandeur d'ame & la
generofité de Mr Begon font
fi connues dans le Royaume
,
qu'on fe perfuade ailement
qu'il fit en faveur de fes illuftres
Hoftes, tout ce qu'on
pouvoit attendre de lui . Le
lendemain matin
Officiers du Siege Royal ,
nouvellement
establi à Rochefort
, par les foins de мr
Begon , vinrent marquer leurs
refpects à fon Eminence . Mr
Mrs
les
GALANT 171 ·
Hervé , nouveau Prefident
portant la parole à la refte
de la Compagnie , parla
avec beaucoup d'éloquence
& de dignité , & comme
l'erection du nouveau Siege
s'eftoit faite depuis deux ou
trois jours , il dit à fon Emi.
nence , que c'eftoit un heureux
augure pour fa Compagnie , de
voir dans la Ville où elle venoit
d'eftre eſtablie , un Prélat d'une
naiſſance & d'un merire fi dif
tingué ; que cet Aftre ne pouvoit
leur donner que de tres bonnes
influances.
Mr de Lagny de l'Acade-
Pij
172 MERCURE
mie Royale des Sciences ?
Profeffeur des Mathemati
ques pour les Gardes de la
Marine , & Echevin , porta
la parole pour le Corps de
Ville. Dans fon difcours , qui
fut tres poli , il s'étendit fur
la Noblefle de la Maifon
d'Eftrées , fur les fervices qu'
elle a rendus à l'Etat , & fur
les récompenfes qu'elle en a
reçues. Le Reverend Pere
Efprit de Blois , Gardien des
Capucins , à la tefte de fa
Communauté alla auffi rendre
fes devoirs à Mr le Cardinal,
& comme fon difcours
GALANT 173
reçut beaucoup d'applaudif
femens de tous ceux qui
l'entendirent , & que fon
Eminence en fit l'éloge en
public & en particulier . J'ay
cru que je devois vous en
envoyer une Copie .
MONSEIGNEUR ,
Ce n'est point le deffein de fati
guer vofire Eminence par un
mauvais compliment qui nous
ameine à fes pieds , c'eft une
louable curiofité, Nous venons
icy pour voir & pour admirer
un Prélat qui fait l'admiration
P iij
174 MERCURE

de toute l'Europe , & dont la
reputation n'a point d'autres
bornes que celles du monde Chrêtien
. Quelque fombre que fois la
retraite à laquelle noftre Pro.
feffion nous engage ,
l'éclat de
voftre merite en a penetre l'ob
Jcurité. La voix publique a porté
jufqu'au fond de nos folitudes
ce que vous avez fait pour l'Etat
pour la Religion , depuis que
vous avez consacré vostre faniég
voftre repos au bien de l'E
glife de la Patrie. Nousfça .
vons , Monfeigneur , que la No.
blesse de vostre naiffance , les
titres d'honneur accumulez dans
>
GALANT 175
celles
voftre Maiſon , & l'éclat de
vos dignitez font ce qu'ily a en
vous de moins grand & de moins
refpectable Plus illuftre par les
qualitez de l'ame que par
que vous tenez de la fortune
quelque eminente quefou la place
que vous occupez dans l'Eglife ,
vous en meriiez une plus fublim
me, Nousfçavons que des talens
univerfellement applaudis , vous
aurosent conduit à la premiere
dignité du monde fi les raifons
d'Etat n'avoient retenu les fuf
frages de ceux qui alloient à vous
par inclination Zelé pour les
interefts de la Religion & du
7.
Piiij
176 MERCURE
Prince , fidéle à Dieu , fidéle an
Roy , vous avezfi bien allié les
devoirs du Politique & du Chrêtien
, que vous avez fait les
délices de toutes les Cours les
plus polies ,fans en contracter la
corruption. Egalement aimé des
François des Eirangers , parce
que vos foins leurs font également
neceffaires , les Espagnols ont crû
voir revivre en vous leur fameux
Ximenés ; vous nous retracez
le grand Richelieu , avec
cette difference , toutesfois , qu'-
ayant comme eux une infinite
d'admirateurs vous n'avez
point d'ennemis. Voilà ce qui
GALANT 177
fait voftre gloire , Monfeigneur ,
& ce qui doit faire vostre joye :
ce qui fait la noftre , c'est que V.
E a bien voulu , juſqu'icy nous
bonorer de fa protection . Noftre
Ordre qui en plufieurs rencontres
en a reçu des marques tres - difsinguées
en a auſſi une reconnoiffance
peu commune
& il
vous en demande, par ma bouche,
la continuation , vous affurant ,
Monfeigneur , que fi nos voeux
font exaucez , le Ciel accordera
à Voftre Eminence une longue
Suite de profperité qui répondront
à fon merite au respectueux
attachement , & à la tres-pro178
MERCURE
1
fonde veneration que nous avons
pour Elle.
Je vous ay déja mandé que
le Siege Royal de Rochefort
eftoit nouvellement eltabli .
La ceremonie s'en fit le 17.
Novembre. Mr Begon In .
tendant de la Generalité , &
de la Marine , à qui on eft
redevable de tout ce qui
donne du luftre à cette Ville ,
avoit obtenu de Sa Majeſté
des Lettres patentes pour
l'erection de ce nouveau
Siege , afin d'achever ce qu'il
avoit fi heureuſement commencé
pour la gloire de RoGALANT
179
chefort , & pour l'utilité de
fes Habitans. Il monta au
Siege accompagné de tous
les Magistrats qui doivent
compofer cette nouvelle Jurifdiction
. D'abord Mr Jofué
Avocat du Roy , fit un dif.
cours fort éloquent, où aprés
avoir fait connoiſtre la neceffité
qu'il y avoir d'établir
un Siege Royal dans cette
Ville , afin que l'authorité
des Magiftrats & la foumiffion
des Peuples reçuffent de
nouveaux accroiffemens . Il
s'étendit fur la justice & fur
la fageffe du Roy , qui non180
MERCURE
content de faire des Loix
tres - équitables , a grand foin
de mettre dans toutes les
Villes confiderables des Ma
giftrats capables de les faire
executer. Il remercia Mr
l'Intendant des foins qu'il
avoit bien voulu prendre de
ce nouvel érabliffement , &
il fit connoistre à l'Affemblée
qui eftoit tres nombreuſe ,
les obligations infinies que
tous les peuples de cette
Ville ont à un fi digne Ma .
giftrat. Il parla enfuite du
merite du nouveau Prefident ,
& il fit voir qu'on luy estoit
GALANT 181
beaucoup redevable d'avoir
quitté tous les avantages
dont il joüiffot à la Rochelle,
où il avoit exercé la fonction
d'Avocat depuis tres - long
temps , avec beaucoup d'apà
plaudiffemens pour venir
adminiftrer la Juftice dans
ce nouveau Tribunal . Aprés
qu'on eut lû les Lettres patentes
du Roy , & que fuivant
les conclufions de l'Avocat
du Roy , il eut efté ordonné
qu'elles feroient enregistrées
pour eftre obfervées felon
leur forme & teneur. Mr
Hervé , Prefident , reprefenta
182 MERCURE
avec beaucoup de fageffe ;
que le Roy avoit donné une
marque de fon grand difcera
nement en voulant bien ho
rer d'un Siege Royal la Ville
de Rochefort , qui merite
cette diftinction . Après avoir
expliqué combien cette Ville
eft confiderable par le nom.
bre de fes Habitans , & par
le bon ordre & l'exacte dif
cipline qu'on y obſerve.
Aprés avoir étalé ces grandes
dépenses , qui font une marque
de la grandeur & de la
magnificence du Roy , ces
Magazins & cet Arſenal qui
GALANT 183
Tont les plus beaux & les
mieux fournis du Royaume,'
le grand nombre de Vails
feaux , la propreté des Maifons
, la regularité des ruës
& tout ce qui attire la cu
riofitédes Etrangers. Il ajouta
qu'avec tous ces avantages ,
il manqueroit quelque chofe
à cette Ville fi le Roy ne
l'avoit pas honorée d'unSiege
Royal , qui par le nombre &
l'authorité de les magiftrats
eut dequoy ſe paſſer des Tribunaux
voifins , & pût admi
niftrer la Justice avec plus
d'éclat & de probité. Il re184
MERCURE
connut que Mr l'Intendant
eftoit l'auteur d'un fi utile
ouvrage, & rien ne l'empêcha
de fatisfaire l'inclination qu'il
avoit de faire un éloge plus
eftendu de celuy que Roche
fort reconnoift pour fon pere
& pour fon protecteur, que la
crainte de bleffer fa modeftie.
Le difcours de мr le Preſident
fut écouté avec beaucoup
d'attention , & il reçut beau
coup d'applaudiffemens. En .
fuite il traitra magnifiquement
tous les Officiers du
Siege.
GALANT 185
de
Le Roy ayant eu la bonté
permettre
aux Directeurs
*
de l'Hôpital General d'An-

gers de faire une Loterie de
cinquante mil écus , & fon
établiflement
n'ayant pas
produit l'utilité qu'on en elperoit
, parce que les Billers
qui étoient de fept liv . ont
été trouvez trop forts : les
Directeurs
ont crû que pour
fatisfaire l'impatience de ceux
qui y avoient pris des Billets,
ils devoient tirer au mois
d'Aouft dernier une portion
de cette Loterie .
Mais parce qu'il faut en
Decembre
1703.
186 MERCURE
core cent quatorze mil liv.
pour remplir le fond accordé
par Sa Majefté : il a été deliberé
que ladite Loterie feroit
continuée
, pour ne pas
fruftrer cet Hôpital d'un fecours
qui luy eft fi neceflaire .
Le Fond fera de trentedeux
mil cinq cens foixante
douze Billets , à raifon de
foixante- dix fols chacun , revenant
à la fomme de cent
quatorze mil livres.
Il y aura fept cen's Billets
noirs , ce qui fera plus de
deux bons Billets par cent
le reftant fera de nulle valeur.
GALANT 187
$4
Sur les 33. premiers princi
paux Lots fera levé quinze
pour cent , & dix pour cent
fur les autres au profit dudic
Hôpital.
Ceux qui voudront mettre
à la Loterie , s'addrefferont
aux Directeurs , cy - aprés , cy
nommez , qui mettront tous
les mois l'argent de leur recette
à la Caiffe de ladite
Loterie , laquelle fera tirée.
dans le mois de Mars prochain
, & le jour prefix fera
annoncé au Public par une
affiche particuliere.
Les Billets feront tirez par
Qi
188 MERCURE
1
deux enfans que le fort choifira
, ils tireront en même
temps chacun un Billet qu'ils
mettront entre les mains des
deux perfonnes prepoféespour
les ouvrir.
Celui qui aura reçû le Billet
tiré de la premiere Boëte
annoncera à haute voix le
numero & la devife dont il
fera rempli , & dans le même
inftant l'autre Commiffaire.
ouvrira le Billet tiré de la fe:
conde Boëte , & annoncera
qu'il eft blanc , s'il l'eft en
effet , & le montrera 3à l'Aſfemblée
, & s'il eft noir , il
GALANT 189
'dira hautement le Lot dont
il fera rempli , ce qui fera fuc
aceffivement regiftté , tant par
le Greffier de Police , que
par le Secretaire des Dire
&teurs .
A la fin de chacune des
Seances , les deux Boëtes feront
fermées & fcellées de
deux differents cachets.
sin Auffi coft que le Procez
Verbal du fuccez de la Lote
rie fera fini , l'on imprimera
par ordre de Seances la lifte
des numero & devifes , aufs
quels les fept cens Lots fe
ront échus , afin d'en infor
190 MERCURE
mer le Public.
Les Lots feront payez des
le lendemain à Angers aux
porteurs des Billets , & à l'égard
des Billets remplis à
Paris , la valeur en fera payée
au choix des porteurs dans
ladice Ville de Paris par le
Correfpondant qui les aura
delivrez , ou à Angers par le
Directeur qui les aura fignez.
Tau
Divifion des Lots.
Un gros Lot , Hair mille
1
8000 , liv . livres ,
Un fecond
Lot , Quatre
mille
livres , sk 4000.
liv.
GALANT 191
Untroifiéme Lot , Deux mille
livres 2000, liv.
Trois Lots , chacun de mille
livres , 3000.
liv.
Dix Lots , chacun de Cinq
5ooo
. liv.
cens livres ,
Dix fept Lots , chacun de
Quatre cens liv. 6800. liv .
Trente-trois principaux Lots.
Trente Lots chacun de trois
wincens livres , 9000, liv.
Cinquante Lots chacun de
deux cens livres , 10000. liv.
Cent dix Lots , chacun de
cent cinquante livres ,
16500.sliv...
Deux cens Lots , chacun de
முனை
192 MERCURE
C
cent dix livres , 22000. liv.
Deux cens foixante dix - fept
Lots , chacun de cent liv .
27700. liv.
Sept cens Lots , revenant
à la fomme de 114000 liv.
Bureau pour recevoir & diftribuer
les Billets à Angers.
Chez Meffieurs
TOISONNYER Avocat
ruë S. Michel près l'Oratoire.
BORY Notaire , au bas de
la ruë faint Lo.
BEUSCHER Marchand ,
au haut de la ruë Baudriere.
BES
GALANT 192
BESLIERE le jeune , de◄
vant les Carmes.
A Paris , chez M. DE LA
PLANCHE Marchand ,
rue des cinq Diamants.
Tours , chez Mrs. BELGARDE
pere & fils , Grande
ruë.
Le Mans , chez Mr. BOULYE
Notaire Royal
Grande Cour de l'Abbaye
de la Coûture,
Saumur , chez Mr. DENIS
Maître de la Raffinerie.
Rennes , chez Mr. DE LA
GAUDINAY PINOT.
Nantes , chez Mr. GOUJON
Decembre 1703 .
R
194 MERCURE
Marchand à la Foffe.
Laval , chez Mr. DES MOT!
TES NUPIEDS .
L'on avertit que de la pres
miere Loterie dudit Hôpital tirée
en 1700. il reste à payer.
Nº. 9285. La Herangere Lu ;
cas , lot de
2136. Le Mail a
so. écus.
befoin de
ton retour , 30. écus.
1236. J'aime l'amour & la
30. écus
.
paix ,
12633. Dame de bon apetit ,
20. écus.
13223. L'Enfant fortuné ;
20. écus .
040 Anne Philippe. 20 écus?
GALANT 195
Les porteurs defdits Billets en
feront payez par Monfieur Beufcher
, Directeur dudit Hôpital ,
Rue Baudriere à Angers.
Mr Prigmanier Avocat au
Parlement de Bretagne , prononça
il y a quelques jours ,
à la reception de Mr de Brillac
Premier Prefident , le difcours
fuivant.
MONSEIGNEUR,
Vous trouvez en arrivant
dans ces lieux , tous les efprits
penetrez des plus grands fentis
Rij
196 MERCURE
mens d'eftime, de respect , & de
veneration pour voire perfonne :
La gloire de vostre nom a marché
devant vous , & lorsque
l'on confidere que l'augufte dignité
que vous venez remplir vous a
efté deferée par le choix , & par
le jugement du plus grand Roy
du monde , digne eftimateur du
merite , & fage difpenfateur de
la gloire ; on decouvre en cela un
Eloge qui eft au deffus de tout
ce qu'on peut dire , & qui an .
nonce d'une maniere éclatante
le merite & la vertu de celui qui
a esté ainfi choifi.
Nous savons , Monfeigneur,
GALANT 197
& les exemples paffez nous
l'ont appris
que nostre dugufle
Monarque qui honore nôtre Pro .
vince d'une diftinction particu
liere , a toujours ea une extrême
attention , pour placer à la teſte
du Parlement , les plus dignes
Sujets de fon Royaume.
Celuy auquel vous fuccedėz
eftoit recommandable par l'affem
blage de toutes les vertus qui
forment un grand Magiftrar ,
La pieté , fa justice ,fes manieres
douces & acceffibles avoient ga
gné le coeur de tout le monde ,&
lorfque comblé de gloire & d'années
, il a voulu depoferfa Mag
Riij
198 MERCURE
giftrature , pour mettre un interà
valle entre les affaires de la terre
le dernier moment de la vie,
c'eft avoir couronné ſes jours par
une action heroïque , qui porte
caractere d'une veritable grang
&
deur d'ame.
le
Celui qui l'avoit precedé eſt
an deffus de tous les Eloges ,
nous le voyons maintenant aßis
au pied du Trône , l'organe & le
Depofitaire des voloniez du
Prince , le Miniftre de fes Etats ,
le tres digne chef de la Justice ,
l'éclat qui l'environne femble
fe repandre fur la Charge de
Premier Prefident de Bretagne ,
TEQUE
YON
THELUE
GALANT 199
DE
LA
VILLE
qui eft le degré par leque
monté au plus haut point
gloire de grandeur où l'on
puiffe jamais atteindre .
Vous venez aujourd'huy';
Monfeigneur , marcher fur les
pas de ces grands hommes , &
remplir la glorieuse carriere qu'ils
ont autrefois fi noblement rem.
plie , le fouvenir que nous confervons
de leurs merites
Eloge que nous enfaifons vous
regardent deformais , Monfeigneur
, & fe reflechiffent naturellement
fur vous même
nous fommes perfuade que nous
&
car
trou verons en vous tout ce que
R iiij
200 MERCURE
nous avons admiré en eux , C
que vous allez remplacer bew.
reufement les pertes que nous
avonsfaites.
S'il estoit permis , Monfei
gneur , de parler icy , par rap
port à nous mêmes , nous vous
dirions que nous avons trouvé
dans vos illuftres Predeceffeurs ,
beaucoup de bienveillance pour
noftre Compagnie , l'exactitude
à remplir nos devoirs ,
tachment refpectueux que nous
avons eu pour leurs perfonnes ,
nous avoient procuré cet avan
tage , nous emploirons , Monfeigneur
, les mêmes moyens pour
l'at
GALANT 201
meriter la même chofe auprés de
vous.
Les Vers fuivans font de
Mr de Monfort . Ce Gentilhomme
n'eft pas moins connu
par beaucoup d'endroits
quiluy ont fait honneur dans
le monde , que par les Ouvrages
qu'il a bien voulu
laiffer échaper quelquefois à
fa veine pour fon divertiffe
ment , ou pour rendre justice
au vrai merite , & à fes amis
particuliers.
202 MERCURE
6363636363
STANCES
IRREGULIERES
:
Sur l'arrivée de Son Excel .
lence Madame la Ducheffe
Quelle
.3
D'ALBE.
Jelle Divinité vient dans ce
bear fejour,
Nous faire fentir tour à tour ,
Amour , refpect , crainte , tendreffe
?
Eft -ce la mere de l'Amour ?
N'est -ce pas plutôt la Déeffe ,
Qui prévient le matin le bel
dujour ?
GALANT
203
1
2
Afon nom , on la croit l'Aurare ,
A fon air , on la croit Venus ,
A fon éclat , on la croit Flore ;
Mais on la croit, à fes vertus ,
Quelque chofe de plus encore.
$
A ce magnifique appareil ,
Qui par tout la prévient, la fuit &
l'environne
Elle vient , comparer l'éclat de fa
Perſonne
A l'éclat même du Soleil.
2
Celle qui tous les jours l'annonce ;
& le devance,
Ne brille plus dés qu'il parolt.
On ne la voit qu'en fon abfence.
Celle- cy cherchefa préfence ,
Et foutient , devant luy , la fplen
deur dont elle eft.
204 MERCURE
Son deffein en ces lieux , n'eft pas.
chofe incertaine ,
Que foit un myftere ou non ,
On peut le démêler fans peine ,
De Saba , c'est une autre Reine ,
Qui cherche un autre Salomon .
S
Salomon , quoy qu'on dife & quoy
qu'il faille croire,
6
Avec tout fon pouvoir & fes dons
inoüis >
Eût déferé comme à la gloire ,
A la fageffe de LOUIS.
S
A quoy fert donc la Parabole ,
Parlons avecfimplicité ,
Tous les détours d'un grand
Symbole
Touchent moins que la verité.
S₁
GALANT 201
Difons que le Duc d'Albe , honneur
de la Caftille ,
Amour de la Navarre , & gloire
de Leon ,
Voit icy toute fa famille ,
Dans tout l'éclat de fon grand
nom .
Sa digne épouse l'accompagne |
C'eft d'elle dont je parle icy
Elle est le charme de l'Espagne
Elle devient le nôtre aufi.
S
>
N'est - elle qu'une Ambaſſadrice ?
A ce titre pompeux , ellejoint d'au.
tres droits.
On croit voir une Imperatrice ,
Qui vient rendre vifite au plus puiffant
des Rois.
S
Les graces , les plaifirs , la pompei
l'abondance ,
506 MERCURE
Tout ce qui fuit l'illustre & l'heu
reufe naiffance ,
Tout ce que le bonheur a de douxe
ici bas ,
Les trefors de l'efprit , & du corps
& de l'ame ,
Honneur , gloire , vertu , tout marche
fur fes pas .
Eft- il des biens pour une femme ;
Dont elle ne jouiffe pas .
2
Elle peut fervir de modelle ,
A toutes celles de fon rang ;
Et rien ne contredit & ne dement
en elle ,
Son nom , fes devoirs , nyfon fang:
Ce n'est là qu'une foible idée ,
Qu'une ébauche de fon portrait ;
C'eft aprés l'avoir regardèe ,
Le premierjugement , que la raison
en fait,
GALANT
207
2
Qui la peint ne fçauroit finir fon
entreprife ,
Que toutes les vertus n'entrent dans
fon tableau
Ilfaut pour la bien peindre un delicat
Pinceau
>
Et qu'un Apelle le conduife.
Il ne faut pas s'étonner s'il
a paru des Vers à la gloire de
Madame la Duchefle d'Albe
preſque auffi- toft aprés fon
arrivée , puifque la Renommée
avoit pris foin de faire'
connoiftre cette Ducheffe
en France , avant qu'elle y
arrivât.
208 MERCURE
Un Auteur Anonime nous
a donné depuis quelques
jours un Livre nouveau , dont
la matiere eft bien impor
tante : La diftinction & la nature
du bien du mal , ont
fouvent exercé d'habiles plumes
; les erreurs monftrueu .
fes des Manichens , qui re
connoiffcient deux principes
; l'un auteur du bien , &
l'autre du mal , ont eflé combattuës
avec fuccés par Saint
Auguftin , qui eut le bonheur
d'abandonner de bonne heure
cette malheureufe fecte ,
& d'en devenir enfuite le
GALANT 209
plus rude adverfaire ; mais il
eft étonnant qu'une opinion
auffi ridicule , & qu'une doctrine
auffi deteftable ayent
encoreu des Partifans depuis
ce grand Saint . Il ne s'eft
gueres paffé de Siecle depuis
celuy où vivoit ce Docteur
de l'Eglife que cette erreur
n'ait efté foutenue & deffen .
duë , & peut être n'auroitelle
point fait de progrés , fi
d'auffi habiles gens que celui
qui l'attaque aujourd'huy ,
l'avoient alors combattuë ;
ou fi femblables au Turnus
de Virgile qui plus il fuivoir
Decembre
1703.
S
210 MERCURE
le Spectre d'Enée , plus il s'é
loignoit du lieu où étoient les
ennemis , fi dis jel , ils avoient
contribuez à la découverte
de la verité , au lieu d'en de
tourner comme ils faifoient,
les efprits. L'Auteur de
ce Traité attaque, fur tout les
fentimens de trois écrivains
celebres qui ont ouvertement
favorifé le Syfteme de Marmés
, je parle de Montagne &
de Charron , qui admettoient
hautement l'indiftinction , &
l'indifference du bien & du
mal moral , & de Mr Bayle ,
qui en plufieurs endroits de
GALANT 211
fes Ouvrages admet la diftinction
des deux principes
du bien & du mal phifiques
car n'eft ce pas les admettre ,
que de dire , comme il fait ,
qu'on ne peut repondre aux
objections des Manichens ,
& même de leur préter des
raifons contre l'unité d'un
Dieu bienfaifant & ami de
la vertu , & contre les differens
Sistemes des Chrétiens ;
n'eft ce pas avouer que leurs
argumens font indiſſolubles ,
que de dire que le plus fûc
pour toutes les Sectes du
Chriftianifme eft de fe taire ,
Sij
212 MERCURE
&
& de croire ce que l'Ecriture
dit , fans s'embarraffer fi ce
qu'elle nous enfeigne s'ac
commode avec les lumieres
de la raiſon ou non . Noftre
Auteur fait voir d'une maniere
demonftrative à Me
Bayle que les Chreftiens ont
d'autres armes à oppofer aux
Manichens que le filence
refpectueux ; celles dont ilfe
fert paroitront terribles à ce
Philofophe moderne , s'il eſt
veritablement Partifan des
Manichens , & il luy fera
fans doute éprouver
, que f
un Origeniste a pû reduire
GALANT 213
!
un Manichen au filence , à
plus forte raiſon un Auteur
auffi profond Theologien
que celuy qui nous donne ce
Traité , dont les raiſonne
mens font bien plus cons
cluans que ceux d'Origene ,
& de fes Difciples , qui ont
pû cependant renverser tous
ceux des Manichens , vien
dra til à bout de leur fai
re entendre raiſon. Tout ce
qui m'eft permis de dire
fur l'état de l'habile homme
à qui le public eft redevable
de cet Ouvrage , eft que
c'eft un Solitaire qui s'eft
214 MERCURE
confacré à Dieu dans la re.
traite , où il donne à l'Etude
de la Metaphifique & de la
Theologie tout le temps que
lui laiffent les pratiques de
fa Regle. Il a joint à fon
Ouvrage , qui eft écrit avec
beaucoup de pureté , une traduction
du Livre de S. Auguftin
de la Nature du Biens
il a rendu les peníées de ce
Pere , qui font quelquefois
difficiles à entendre avec toute
l'exactitude & toute la fi
delité dont peut eftre capa
ble un Traducteur . On trou
ve ce Livre chez le fieur Cel
GALANT 215
lier Libraire , à la rue Saint
Jacques , à la Toifon d'Or.
Toute l'Eſpagnes'empreffe
dans la conjoncture prefente,
de donner à Sa Majesté des
marques de fon zele , & de
fon amour. Voicy ce que la
Ville de Tolede a écrit à ce
Monarque. Je vous envoye
l'Original Eſpagnol , auquel
je joints la Traduction . Des
raifons particulieres m'ayant
obligé d'en ufer ainfi
216 MERCURE
CARTA
DEL AJUNTAMIENTO ,
de la Ciudad de Toledo .
A LA M. C.
DE FELIPPE V.
Señor.
Or carta del Governador de Caf
tilla de 18. de Octobre de este año
reconozemos las injuftas y mal fundadas
ideas de las armas de Alemania
con las de Anglaterra y
Olanda , para imbahir con los rigores
militares y con propofifiones temerarias
los Reynos de España tan propios
de VUESTRA MAGESTAD ,
como natural y preciso en nueftro
amor
GALANT 217
mor lealdady obediencia enfu defenfas
quando la alta Providenzia
divina manifiesta en los felizes progreffos
de V. M. que quiere mante
ner a V. M. en el Catholico Trono ,
en que le coloccò fu jufticia , para
mayor gloria de efta Monarquia y
premio de las fervorofas anfias con
que antesy despues depofer- lefe lo rogamos
,y como caufafuya yde nuestra
obligacion facrificaremos guftofos los
caudalesy vidas en el Real Servicio
de V. M. cuyo valor magnanimo
alienta con nuevos y fobre- naturales
esfuerzos los que en la fideliffima
Nacion Española han fido yferan
emulacion onrrofa de las enemigas,
paraque encuentren eftas en fu propia
Ofadia fu efcarmientoy V. M.
fus mayores victorias , La RealCa.
tholica Perfona profpere Dios por
Decembre 1703. T
218 MERCURE
dilatados figlos como la Criftiandad
ha menester y felo fuplicamos. De
nueftro Ajuntamiento de Toledo y
Noviembre 3.
de
1703 .
RESPUESTA
DE SU MAGESTAD ,
al Ajuntamiento de Toledo .
EL REY.
Amuy noble Ciudad de Toledo .
Juntamiento y Corregidor de la
Las efpreffiones de vueftro amor y
zelo y demas circonftanzias que acreditan
vueftra fineza a mi fervicio ,
en vueftra Carta de 3. de efte con
motivo de haver entendidopor medio
del governador del Confejo el inau .
dito y injuriofo atentado de nueftros
GALANT 219.
enemigos , han fido tan de mi gratitudy
de mi eftimacion , que he que
rido manifeftar el aprecio que mehan
merecido , quedando con entera"
fatisfacion de que continuareis en
todas ocafiones lo quefe deve esperar,
y acredilta la esperienzia de vueftra
fidelidad , ycorrefpondiendo à vueftro
fervory alque reconofco en todos mis
Vallallos , no reufarè esponer mi
perfona à qualquier riesgo y travajo
por fu mayorfeguridad. De Madrid
de Noivembre de 1703 . 5.
YO EL REY.
Permandado del Rey nueftro Señor.
Don Francifco Nicolas
de Caftro.
Tij
#20 MERCURE
TRADUCTION
De la Lettre écrite par la
Ville de Toledo . A Sa
M. C.
SIRE,
Le Gouverneur de Caftille
par une lettre du 18 d'Octobre ,
nous apprend quelles font les idées
injuftes & mal-fondées des trou
pes d'Allemagne reünies à celles
d'Angleterre de Hollande
leur deffein eft d'envahir par les
rigueurs de la guerre & par des
propofitions temeraires, les Roïau .
mes d'Espagne , dont la poffeffion
;
GALANT 221
eft undroit auffi propre de V.M.
que nous le reconno:ſſons naturel
precis dans noftre amour
dans noftre filelite dans no.
fire ob iffance à fon (ervice & à
fa diffenfe. Dieu nous fait remarquer
vifiblement dans les
beureux progrés de V. M. que
la divine providence veut la
maintenir fur le Trône Catholi
que , où la Fuftice a placé V.
M pour la plus grande gloire de
cette Monarchie. C'est une recompenfe
des defirs empreßés avec
lefquels nous avons demandé au
Ciel le bonheur qui nous revient
de poffederV. M., &des Voeux
1
222 MERCURE
que nous avons fait pour Elle
avant que d'en joüir ,
d'en joûir , & que
nous avons redoublez depuis que
nous en jouiffons. C'est la cauſe
'de Dieu , comme la noſtre . Pour
répondre à noftre devoir , nous
facrifierons avec joye & nos biens
& nos vies au fervice Royal de
V. M. dont la valeur magnanime
, fçait animerpar des efforts
nouveaux plus que naturels ,
les fentimens , qui dans la trés
fidelle nation Eſpagnole , ont été
feront toûjours àfa gloire un
fujet d'emulation aux nations ennemies
, qui les détrompera de leur
Temerité par leurspertes , & qui
GALANT 223
>
confacrera V. M. parfes trioma
phes. Que Dieu faffe profperer
V. M. plufieurs fecles . Comme
en a befoin la Chretienté &
comme nous l'en fupplions avec
ferveur De noftre Communauté
affemblée de Toledo lez , Novem
bre 1703
.
REPONSE
De Sa M. C. à la Ville de
Tolede.
Communauté & Lieutenant
General de Pollice de la trés noble
Ville de Tolede. Les expreffions
de votre amour &de vôtre
Tiij
224 MERCURE
5
zele avec des circonstances qui
meperfuadent fi fort voſtre affe
ction à mon fervice , me font
bien agreables Votre lettre du
de ce mois m'explique que
du Gouverneur de Confeil vous
a fait entendre quel est l'atien:at
temeraire inoui de nos enne-
3.
celle
ιτές
mis. Fe fuis fi fatisfait &fi re
connoiffant de vos fentimens ,
que j'ay voulu rendre
lu rendre manifefte
le cas que j'en fais. Je suis trés
perfuadé que vous ferez toujours
les mêmes dans toutes les occa.
fions ; & que vostre zele fera tel
qu'on doit le croire qu'il a
soujours paru dans votrefidelite,
GALANT 225
Je vois avec plaifir correspondre.
à voftreferveur celle de tous mes
fujets. Je ne refuferay pas auff.
d'expofer ma perfonne pour leur
plus grande feureté à quelque rifque
e à quelque travail qui
puiffe fe prefenter. De Madrid
de Novembre 1703.Jarosł
Le
Soc
MOY LE ROY .
Par Ordre du Roy noftre maître
Don Francifco Nicolas de Ca
ftro.
Mr.de Malle branche , Seiy
gneur du Mesnil Simon
Montmagny & autres lieux ,
226 MERCURE
Confeiller en la Grand Cham.
bre , mourut le 10. de ce
mois aprés une maladie lan
guiffante de 3. Ou 4. mois ,
dont un accident l'emporta
prefque fubitement , il eut
cependant le temps de fe
confeffer. Ce Magistrat n'a
jamais efté marié , il a paſſé
fa vie dans l'exercice de fa
Charge , dont il remplifſoit
les fonctions avec beaucoup
de dignité & de capacité ; &
les parties eftoient ravies de
tomber entre fes mains . Mr
de Mallebranche avoit un
gouft declaré pour la Mufi
GALANT 227
que; il donnoit des concerts
chez luy depuis une trentaine
d'années , qui eftoient parfaitement
bien executés. Il paf
foit les heures qui n'eftoient
pas deftinées à l'exercice de
la Magiftrature , à ces inno .
cens plaifirs. La fucceffion
de Mr Malle branche eft
échûë au Pere Mallebranche
Preftre de l'Oratoire , le ce
lebreautheur de la Recherche
de la Verité, & d'un nouveau
Syfteme Philofophique , &
aux enfans de fa foeur. Perfonne
n'ignore le merite &
la reputation du P. Malles
228 MERCURE
branche , fes ouvrages ont ,
fait tant de bruit dans le mon .
de , ils ont eu le fort de tang
de differentes editions & de
traductions que tout ce que
j'en dirois , ne feroit plus
nouveau ; il fuffit de remarquer
que ce grand homme
a cfté un des plus rudes An
tagoniſtes de feu Mr. Arnaud
ils fe font long temps cha
maillé fur la doctrine des
vrayes & des fauffes idées.
Meffire Jules Maſcaron Evê
que & Comte d'Agen & au
paravant Preftre de l'Oratoi
re, eft auffi decedé. Cet illus
GALANT 229
tre Prelat étoit né à Marſeil
le , & il avoit d'abord efté
Evêque de Tulles : Le talent
de la parole qu'il a poffedé
au plus haut point de perfe
ction où peut arriver ure
Orateur Chrétien ; fon excellent
genie , fa pieté tendre
& affectueule , fon merite par
ticulier , & enfin toutes fes
qualitez perſonnelles le ren .
doient encore plus recom.
mendable que les avantages
de fa naiffance & ceux dont
il n'eftoit redevable qu'à ceux
qui luy avoient donné le jour:
perfonne dans le dernier fies
4
230 MERCURI
cle ne für fi doüée de l'elo
quence de la Chaire : on peut
dire qu'il en fut de fon temps
le maître. Qui eut jamais en
effet un fi beau tour & unc
telle politeffe d'expreffions ,
& qui tournoit mieux que cer
éloquent Prelat la matière de
toutes fortes de fens? Tout le
monde fçait les grands applaudiffemens
que l'on don
na à l'Oraifon Funebre de feu
Mr le Marefchal de Turen.
ne. C'est là un de ces chefsd'oeuvre
de l'eloquence done
l'on ne peut prefque trouver
qu'un exemple dans un fiecle.
GALANT 231
On ne peut mieux exprimer
la douleur du peuple d'Agen à
la mort de ce Prelat , que par
les éclatantes marques de joye
qu'il donna lors de fon élevation
fur le Siege de cette
Eglife. Ce Prelat a fait un
teftament par lequel il decla
re les pauvres , fes heritiers
univerfels . Ce teftament eft
un chef d'oeuvre de pieré.
Mademoiſelle de Mouchi
qui eftoit auprés de Me la
Ducheffe de Nemours en
qualité de Fille d'honneur , a
époufé Mr de Blambiffon
Gentilhomme trés qualifié
232 MERCURE
& qui appartient à tout ce
qu'il y a de plus illuftre dans
la Robbe. Sa maiſon a donné
un Chancelier à la France ,
& perfonne n'ignore quel
rang y a toûjours tenu la
maifon de Marle dont il eft.
Sa mere étoit de la maifon
de Feydeau & alliée à Mrs
de Catinar & Mrs Frezon ,
Mademoiſelle de Mouchi eft
de l'illuftre maifon de Mou .
chi d'Hocquincourt On eft
affez informé de la grandeur
& de l'ancienneté de cette
grande maifon , j'en ay parlé
plufieurs fois. Il fuffit prefen
GALANT 233
tement de remarquer que
Mademoiſelle
de Mouchi eft
foeur de Me de Malherbe .
Me. la Ducheffe de Nemours
a donné à Mademoiſelle
de
Mouchi par le contrat de
mariage , une fomme conſi
derable. On a fait en même
temps le mariage de Mademoiſelle
de Malherbe niece
de Mademoiſelle de Mouchi
avec un Gentil homme des
plus qualifiez , la maiſon de
Malhreeft affez connue en
France , & tres confilierable
par les perfonnes de merite
qu'elle a produit , & par les
Decembre 1703. V
234 MERCURE
honneurs & les dignitez qui
T'ont illuftrée . Mademoiſelle
de Malherbe eftoit auffi Fille
d'honneur de Madame de
Nemours.
Voici une Recette pour les
malheureux , dont beaucoup de
gens qui n'en ont pas befoin fe
fervent fouvent.
AIR A BOIRE.
B Achus fait perdre la memoire
Des chagrins les plus fàcheux.
Et quand on eft malheureux
C'est manque de fçavoir bien boire.
Ces paroles ont efté mises en
Mr de Montailly
. dong
air
par
GALANT
235
vous me demandez fouvent des
TITT
17777" HEI
THEQUE
08
LYON
8934
ifent
ince.
alire
fort ,
ler ,
fque
ir le
forgé
à
234 MERCURE
honneurs & les dignitez qui
To
de
d'l
N
m
gc
fe
1
E
C
GALANT 235
vous me demandez fouvent des
ouvrages , parce qu'ils plaifent
beaucoup dans votre Province .
Les Vers que vous allez lire
font du même Mr de Monfort ,
dont je viens de vous parler ,
ils doivent eftre beaux , puifque
la grandeur de fon zele pour le
Miniftre dont il parle , & la force
de la verité l'ont engagé à
les faire,
V ij
236 MERCURE
**********************
A SON EXCELLENCE
Monfeigneur le Marquis
DE CASTEL DOS RIUS
GRAND D'ESPAGNE,
Ambaffadeur en France du
Confeil de Guerre de S. M.
C. cy - devant Viceroy de
Mayorque , & Ambaffadeur
en Portugal , nommé à la
Viceroyauté du Perou .
STANCES IRREGULIERES.
Sur fon Audience de Congé ..
1 Llußre Ambaſſadeur tu finis tæ
carriere
Et le cours le plus glorieux
GALANT 237
Qu'ait vu l'Autheur de la lumie
te ,
Depuis que des mortels il éblouit les
yeux.
Ton merite te met hors de tout pas
ralelle.
Tes fuccès éclatans ont confacré tes
foins.
Le pale ne vit point d'Ambaſſade
fi belle,
Et fi la gloire en eft nouvelle ,
La Couronne l'eft- elle moins,
2
Si tes noms font gravez au Temple
de Memoire
Ils font encore mieux écrits ,
Dans nos coeurs & dans nos efprits
Ta memoire à jamais vivra dans
noftre Hiftoire,
w
Que vas- tu meriter dans ces climats
Laintains
238 MERCURE
Où te conduit encor ton zele ?
Quel chefd'oeuvre nouveau va partir
de tes mains ?
Atu befoin encor que la gloire
t'apelle
S
Tu viens de triompher & convert
de lauriers >
Tupars , tu cours , rien ne t'arrefte.
Ton coeur fe livre entier au zele des
2 Guerriers ,
Medites- tu quelque conquefte ,
Qui te confucre encor au milieu des
hazards ,
N'a- tu pas déja fur ta tefte ,
Ces lauriers immortels qu'on ne
tient que de Mars .
28
Nous fçavons affez ton Hiftoire ,
Et tes progrez dans chaque employ.
GALANT 239
Toutjeune tu fervis ton Roy ;
Et tu ne dús qu'à la Victoire ,
Le beau titre de Viceroy .
S
Tu voles cependant au bout d'un
autre monde.
Ton zele de nouveau cherche à ſe
contenter ;
Et tu vas traverser le vafte fein de
l'onder
Sans fonger aux regrets , que ti
a
nous couter.
Pour moi , faifi déja , je te vois eng
core prendre ,
Ton Audiance de congé,
C'est un mal où j'ay dû m'attendre
;
Mais enfuis-je moins afflige
S
Depuis un an & plus , fur de telles
allarmes i
4!..
240 MERCURE
Fe rends publiques mes douleurs.
yeux en font témoins ; mon
Elegie en pleurs ,
Tes
A bien fait couler d'autres lar-
A
mes.
Au moindre bruit de ton départ ,
La France , qui t'honore , & qui
t'ayme & t'admire ,
Se plaint moins , qu'elle ne
foupire
Et le montre par là combien elle
prend part.
y
Accoutumée à ta prefence ,
Elle craint ton éloignement ;
On fouffre toujours de l'abfence ,
De ce qu'on aime tendrement.
Elle te pert & n'a nul reproche à te
anilos faire,
Elle fait bien qu'elle t'eft chere ,
Et
GALANT 241
Et que ton coeur n'eft pas ingrat,
Mais icy de quoy fert ce retour de
licat ,
Tune dois pas lafatisfaire .
Le devoirfait ceder l'amour qui le
combat
: Un homme de ton caractere
N'eft pas à luy n'est qu'à l'Etat,
S
L'Espagne attend la préference ;
Elle la veut , & doit l'avoir.
Elle nous ofte ta préfence ;
Mais non pas du moins l'efperance
,
Ny le defir de te revoir.
S
Ce PHILIPPE que tu luy donnes,
T'apelle à partager le pouvoirfoxverain.
Il n'a pas oublié qu'il reçut de te
main,
Decembre 1703. X
242 MERCURE
Dans un jour vingt & deux Com
ronnes.
2
Dansfa fidélité,dans fes voeux pour
fon Roy,
L'Espagne fait affez paroiftre ;
Qu'elle fonge au bonheur qu'elle a
reçû de toy.
C'eft toy qui l'offris àfon Male
tre >
Et qui la foumis à fa Loy ;
Mais est - ce affez le reconnoiftres
Que de te faire Viceroy,
S
Le Perou tout entier , & l'or dont
il abonde ,
Ne récompenfent pas ce fervice
inoüi ;
Et des trefois du nouveau monde
Vn homme comme toy ne peut eftre
ébloui
GALANT 243
S
Ce n'est pasfur l'espoir des richeſſes
immenfes
Que tu voles dans ces climats :
Pareils biens ne te flatent pas.
L'honneur & la vertu , je lefçay ,
tu le penfes ,
Sont tes biens & tes récompenfes;
B&
Tout efprit jaloux &bleßé
De la felicité publique ,
Tecroira bien récompenfé ,
Par ton partage en Amerique ;
Mais les vrais Sujets de ton
Roy
Ces dignes Efpagnols , qui dans
leur noble audace ,
De l'honneur le plus pur fuivent
toujours la Loy
Penferont , comme nous , quelque
honneur qu'on tefaffe ,
xX ij
244
MERCURE
Que c'est encore trop peu pour toy
S
Suis la fortune qui t'invite
A fixer ton bonheur dans le rang
le plus haut
Pars , quite nous , puifqu'il le
fauti
Et reviens avec nous jouir de ton
merite ,
Et d'un mérite fans défaut ,
Hate ce doux retour , viens finir nos
allarmes ,
Rends nous par ta préfence un bien
qui fait nos charmes ,
Ce ne ferajamais trop tôt.
Le fieur Beffon Geogra
phe du Roy , a mis au jour
plufieurs Cartes particulieres
des Etats du Duc de Savoye,
GALANT 245
en fix grandes feuilles , dreffée
fur des Memoires envoyez
de Turin. Ces Cartes
font beaucoup plus particu
lieres que toutes celles qui
ont efté julques à préfent
données au public . On y voit
deux divifions nouvelles du
Piémont dont aucun Geographe
ne s'eftoit encore
fervi , & ce qui n'eft pas
moins utile que curieux , c'eſt
que l'oeil y peut diftinguer
avec plaifir la plaine & la
montagne. L'Auteur y a joint
les Frontieres de Provence
& de Dauphiné , pour don-
X iij
246 MERCURE
ner une plus grande intelli
gence de ce qui ſe pourra
paffer de ce cofté - là . Il y a
oblervé avec une grande
exactitude tous les Paffages
de France en Italie par les
Alpes. Cet Ouvrage confifte
en quatre Cartes , d'une ou
de plufieurs feuilles .
1. Carte generale d'une
feüille , de tous les Etats du
Duc de Savoye .
2 Une Carte particuliere
du Piémont , en deux feuilles .
3. Une Carte particuliere
de la Savoye , en deux feüil
les.
GALANT
247
4. Une Carte particuliere
de tous les Etats du Duc de
Savoye , en fix grandes feuil
les.
Toutes ces Carres fe ven.
dent chez l'Auteur , fur le
Quay de l'Horloge du Palais,
au coin de la rue du Harlay,
à l'ancien Buis .
ne
la
Mon incommodité
m'ayant pas permis d'étendre
auffi loin que j'aurois pû
faire dans un autre tems ,
Journal du Siege de Landau
qui eft inferé dans ma derniere
lettre , je ne vous ay
point parlé de plufieurs corps
X iiij
248 MERCURE
& de plufieurs particuliers
qui fe font diftinguez pen
dant le cours de ce Siege.
On ne peut montrer plus de
valeur qu'en firent paroître
à l'attaque des Contre gardes
les Compagnies de Surbeck ,
qui estoient à l'attaque de la
gauche Mr le Grenu Colo- :
nel fut enterré fous le fourneau
que les ennemis firent
jouer en fe retirant . On le
retira , mais il voulut eftre
prefent à toute l'action . Les
jeunes Officiers n'ont pas fait
paroître à ce Siege moins
d'intrepidité , que ceux qui
GALANT 249
font depuis longtemps ac
coûtumez aux perils ; on rea
marqua fur tout Mr de Sir
mond de Villars petit neveu
de l'illuftre Mr Boifleau des
PreauxLieutenant
d'Infanterie
dans le Regiment de Silleri
cy- devant Catinat , qui bien
qu'ils n'eut encore que 17. ans
s'étoit déja trouvé à trois Sie,
ges ; fçavoir, à celuy de Bonn ,
où il fefignala à la deffen ,
fe d'un ouvrage avancé au
bas du Rhin , à Brifac où il
donna pendant tout le Siege,
des marques d'une trés gran.
de valeur , & à Landau où il
250 MERCURE
a esté tué. Je n'entre point
dans le détail de ce qu'ont
dit plufieurs autheurs de l'o
rigine de la noble & ancienne
famille des Sirmonds de
Riom je diray feulement
que par une enqueſte qui eſt
dans la Chambre des Compres
de Paris , faite par Mr
de Maupeau Maître des
Comptes le 3.Juin 1614 le der
nier Prevôr , Juge , Magi
ftrat du Duché d'Auvergne ,
eftoit Jean de Sirmond qui
a long temps exercé cette
charge , laquelle fut fuppria
mée par fon decez , fuivang
GALANT 251
l'article so. de l'Ordonnance
de 1560. & qu'en 1596. Amaa
ble de Sirmond eftoit Confeiller
au Préfidial de Riom,"
ce qui a continué julqu'à
prefent , y ayant encore un
Confeiller dans le même Pré .
fidial du même nom & de
la même famille , à laquelle
le fçavant Pere Jacques de
Sirmond Jefuite , Confeffeur
de Louis XIII . a fait un
grand honneur .
Deffunt Mr de Sirmond
de l'Academie Françoife dont
parle Mr. Peliffon dans fon
Hiftoire de l'Academie Fran252
MERCURE
çoife , s'étoit acquis auffi
beaucoup de confideration
parmy les gens de lettres,
Ce jeune Officier n'avoit pas
un moindre honneur du côté
de la mere qui eft niéce de
Mrs Boileau ,
Mr le Comte de Marfin
auffi diftingué par fon eſprit
que par la valeur , fut nom .
mé Ambaffadeur en Espa
gne , auffi tôt aprés que Monfeigneur
le Duc d'Anjou eûc
pris poffeffion de cette Mo
narchie. Le Roy qui fçavoit
l'attachement que ce Comte
avoit pour le meftier de la
GALANT 253
guerre , & qu'il pouvoit par
venir aux plus hautes digni
tez , dont l'extrême valeur ,
eft recompenfée , fit fçavoir
à ce Comte , que les fervices
qu'il luy rendroit pendant le
cours de cette Ambaffade lui
feroient comptez comme s'il
les lui avoit rendus dans les
armes. Le Roy d'Espagne
eftant venu en ce temps là
prendre poffeffion de fes Etats
d'Italie , & s'étant mis enfuire
à la tête de l'Armée des
deux Couronnes, Mr le Comte
de Marfin , qui eſtoit aus
prés de ce Monarque cût le
25
254 MERCURE
bonheur de remplir en mêmé
temps les fonctions d'hom
me de Guerre , & d'homme
de Cabinet. Mr le Cardinal
d'Eftrées , ayant accompa
gné Sa Majesté Catholique
lors qu'elle retourna en El
pagne , & ayant pris le foin
des affaires de France , Mr le
Comte de Marfin ne fut plus
occupé que de la guerre , je
ne vous repete point toutes
les actions par lesquelles il
s'eft diftingué depuis ce tems
là , je vous diray ſeulement ,
que le Roy ayant befoin d'un
homme de valeur , de conGALANT
255
duire , & d'efprit pour rem
plir la place de Mr le Maréchal
de Villars , qui quittoit le
Commandement
des Trou
pes que Sa Majefté avoit au
fervice de Mr l'Electeur
de
Baviere , elle jetta les yeux
fur Mr le Comte de Marfin,
il a fait voir d'abord par fon
paſſage en Baviere malgré les
ennemis qui l'obſervoient
de
tous côtez , avec d'autant
plus de foin , qu'ils fçavoient
qu'il portoit beaucoup
d'arg
gent pour le payement
de
l'Armée , que Sa Majefte
avoit fait un bon choix. Ce
256 MERCURE '
Comte eftant arrivé auprés
de Mr l'Electeur de Baviere
luy rendit auffi - tôt les depêches
, ce Prince les ouvrit
fur l'heure , & dit , en luy
adreffant la parole un moment
aprés, luy donna le nom
de Maréchal ; ce Comte luy
répondit , qu'il ne l'étoit
pas , & que Son Alteffe
Electorale croyoit encor par
ler à Mr le Maréchal de Vila
lars./ .
Mr l'Electeur luy dit qu'il
ne fe trompoit pas , en luy
remettant en main les depêches
qu'il venoit de luy dong
GALANT 257

ner ; ce Comte eut à peine
jetté les yeux deffus , qu'il y
trouva les provifions de Ma
rêchal de France. Il me refte
beaucoup de choſes à vous
dire à la gloire de ce nouveau
Marêchal ; mais le tems
& la place me manquent .
Vous fçavez le retour de
Mr. le Maréchal de Villars ,
Monfieur l'Electeur de Baviere
l'embraffa & luy fit de
tres grandes carefles , lors
qu'il prit congé de S. A. E.
Je ne dis rien que de verita .
ble , lorfque je parle de la
forte , & je pourrois même
Desembre 1793. Y
258 MERCURE
Vous dire quelque chofe de
plus à l'avantage de ce Ma.
réchal . Le Roy eftoit à Mar
ly quand ce Maréchal arriva
icy , & quoyque lorfque
S. M. eft en ce lieu , l'entrée
n'en foit ouverte à perfonne
elle le fut , pour Mr. le
Maréchal de Villars , & il
parût , lorsqu'il vit S. M.
,
qu'Elle fe reffouvenoit du
paffage du Rhin à Huningue
, de la prife de Neubourg
, de la defaite de Mr.
le Prince de Bade , de la pe
nible & glorieuſe marche
pour fe rendre devant le Fort
GALANT 259
'de Kell dans une mauvaiſe
faifon , de la prise de ce Fort ,
du paffage de l'armée en Baviere
par la vallée de Kintche ,
& du grand nombre d'avantages
remportez fur les ennemis
depuis ce paffage.
Quand tant d'actions fe pre
fentent à un Grand & équi
rable Monarque , celuy qui
les a faites , doit s'affeurer
qu'il en fera bien reçu , auffi
Mr. le Maréchal de Villars
l'a-t-il été trés favorablement
du Roy , qui l'a honoré d'une
grande marque de diftinction
en luy donnant le Boug
Y ij
260 MERCURE
geoir à fon coucher. Vous
fçavez qu'à caufe de l'éloi
gnement des lieux , S. M
luy avoit permis d'honorer
du titre de Brigadiers , ceux
qui fe fignaleroient par quel
ques actions d'éclat , & par
quelques fervices importans.
Ce Maréchal , felon cette
permiffion , a nommé ceux
dont voicy les noms , & cette
nomination
a efté agrée par
le Roy
.
GALANT 261
Brigadiers d'Infanterie.
MESSIEURS ,
Touroure.
Montgaillard , mort de maladie
depuis cette promo,
tion .
D'Arpajou .
Mailly.
De la Houffaye.
Clare.
Beauvais.
Brigadiers de Cavalerie,
Montmain .
S. Criſtau .
Daullezi
262 MERCURE
Sa Majesté a donné de
grandes loüanges à Mr de
Legal , tant fur la grande
action , dont je vous ayamplement
parlé , que fur la
conduite de l'escorte qui a
amené Mr. le Maréchal de
Villars à Schaffoule , & qui
a conduit Monfieur le
Maréchal de Marfin en Suabe
.
La moitié de la Compas
gnie de Mr. Stoupe , a eſté
donnée au Major Stouppe
fon couſin , & fa Majorité à
Mr. Boutch qui rentre dans
le fervice qu'il avoit quitté.
GALANT 263
Vous me mandez , que
vous attendez de moy avec
d'autant plus d'impatience ,
une Relation complette de
la Bataille de Spire , qu'il n'en
a couru aucune dans le Pu
4
blic , ce que vous me demandez
, n'eſt pas fans diffi
culté pour plufieurs raiſons.
Vous fçavez que Mr le Ma
réchal de Tallard a dit pour
s'excufer d'en envoyer , qu'il
y avoit trop de monde à
loüer , & qu'il apprehendoit
de ne pas rendre justice à
tous ceux qui s'y font diftin
guez ; quant aux autres qui
264 MERCURE
auroient på envoyer des Rea
lations generales , il ne s'eſt
trouvé aucun Officier qui fe
foit donné la peine d'en faire ,
ceux qui en ont envoyé,
ayant feulement parlé de ce
qui s'eft paffé aux aifles où
ils ont combatu , ou dans les
Corps où ils eftoient pendant
le Combat , cependant je
crois avoir trouvé le moyen
de fatisfaire en quelque façon
vôtre curiofité , en vous
envoyant prefque tout ce qui
s'est écrit de plus remarqua ,
ble touchant cette Bataille.
Je vais commencer par quel
ques
GALANT 265
ques Extraits venus de Ver
failles , aprés qu'on y cut ap
pris cette grande nouvelle ,
je les ferai fuivre de deux ou
trois Relations , dont l'une
eft écrite par un Officier qui
eftoit à l'aifle gauche , & l'au
tre par un Officier de la Gen.
darmerie , j'ajoûteray à ces
Relations là , une Relation
écrite du Camp des ennemis,'
elle fera fuivie de plufieurs
particularitez affés curicufes
touchant le Combat , venuës
de differens endroits , & je
parlerai enfuite des morts
& des bleſſez de diſtinction
Decembre 1703 Ꮓ
266 MERCURE
& des places remplies par
qui fe font diftinguez
ceux
dans le Combat. Voici les
Extraits dont je viens de vous
parler.
EXTRAIT.
A Verfailles , le zo. Novembre
1703 .
la Monfieur le Marquis de
Baume eft arrivé à cinq
heures dufoir , & apporté la nou_
Mr le Prince de Hef welle
que
fe Caffel marchant à la rivière
de Speierback avec vings.
GALANT 267
neuf Bataillons , cinquante
quatre Efcadrons : Mr de Tal.
lard eftoit fortidu Camp devant
Landau , avec ving, huit Bataillons
, & quarante fix Efcadrons
comptant de joindre Mr de
Praconial ; mais les ennemis qui
avoient un Bataillon plus que
luy , & neuf Escadrons , ayant
vú qu'ils le debordoient , ont paffé
la riviere en fa prefence . Dans
ce temps- là Mr de Pracontal
eft arrivé , avec vingt : quatre
Efcadrons , ayant laiſſé ſon In.
fanterie qui n'avoit pú fuivre
alors nous les debordions ; cepen
dans leur Cavallerie a fait fa
Z ij
268 MERCURE
>
premiere decharge fierement ,
noftre Infanterie ayant avancé,
avec la bayonnette au bout du
fufil , fans avoir fait sa dém
charge , ainfi que la Cavallerie ,
on a fait plier la Cavallerie
qui n'a fait qu'une foible refif
tance • ayant fuy ausfitoft du
cofté de Spire , en abandonnant
fon Infanterie dans la Plaine ,
dans laquelle ont eft entré , &
on l'a culbutée , la tuerie a efté
grande , la deffaire des ennemis
generale ; on leur a pris trente
pieces de canons , tous leurs menus
bagages , nous avons perdu peu
de monde . Voicy ceux de marque
GALANT 269
qui ont efté tuez , Mr de Pracontal
Lieutenant General , Mr
Dauriac , & Mr de Meufe
Meftre de Camp , Mr Brulard
de la Gendarmerie , & Mr de
Beaumanoir de Lavardin , Capitaine
dans le Regiment de Cavallerie
de Noailles ,
Il est arrivéun malheur bien
extraordinaire à Mr de Calvo ,
aprés le Combat, Il's'eftoit retire
dans un Village avec un Dra.
peau qu'il avoit pris aux ennemis
; quelques Traupes de la
Gendarmerie entrerent dans ce
Village , & luy voyant ce Drapeau
, le prirent pour un ennemi
Z iij
270 MERCURE
&letuerent inhumainementfans
vouloir l'entendre.
Autre Extrait.
Mr. le Marquis de la Baume
vient d'arriver , qui eft
party du Camp de la petite
Hollande le 16. de ce mois ,
où il a laiffé Mr. le marêchal
de Tallard fur un champ de
bataille bien couvert de
morts , Mr. le Prince de
Helle eftoit party du pays
de Limbourg & avoit paffé
la Mozelle le 8. & le 9 à deux
lieuës , en deça de Coblents,
GALANT 271
il avoit fait tant de diligence,
qu'il s'eftoit trouvé à Spire le
13. où les troupes comman
dees par mr de Naſſau VVeil.
bourg l'ont joint : il a marché
le 14. avec 28. Bataillons
& 14 Elcadrons pour venir
forcer les lignes de Landau .
M. le Marêchal de Tallard en
ayant efté averti , fortit des
lignes le même jour 14 avec
27. Bataillons & 45. Efcadrons
,, pour
marcher
au
devant
de luy
Mr. de
Pracontal
qui avoit
eflé

taché
de l'armée
de мr. le
Marêchal
de
Villeroy
avec
272 MERCURE
4.
21. Bataillons & 2 4.Efcadrons
pour obſerver les Troupes
de Heffe , avoit fait de ſon cô
té tant de diligence avec la
Cavalerie , qu'il joignit le 15.
Mr leм a rêchal de Tallard à
heures du matin , quant à
fon Infanterie , elle ne pût
arriver . Toutes les Troupes
étantiointes , Mr le Maréchal
de Tallard marcha aux En .
nemis , qui felon les appa .
rences , ne le croyoient pas
affez fort pour aller au de
vant d'eux , ils fe mirent en
bataille fur le midy , & les
armées étant en prefence , le
GALANT 273
combat
commença à deux
heures. Une partie de l'Infanterie
des Ennemis fit fa
décharge fur celle du Roy à
bout touchant. La nôtre qui
avoit la bayonnette au bout
du fufil , les enfonça avec
tant de vigueur , que pendant
deux heures entieres , il y eut
un carnage horrible de cette
Infanterie. Tous les foldats
ont eftétuez dans leurs rangs
& hors 4. ou 5. Bataillons
des Ennemis qui étoient un
peu hors de portée : je puis
vous affeurer , fans rien aug
menter à la verité, que cette
274 MERCURE
Infanterie eft entierement
détruite. A l'égard de leur
Cavalerie , elle a fi mal fait
fon devoir , que fa deroute
a efté honteuse , & dans le
grand defordre qu'il y a eu
parmi eux , on a cu peine
demefler le nombre des
morts & des bleffez de cette
Cavalerie. On ne peut enco
re dire le nombre des morts
qui paroît tres grand , il y a
quantité d'Officiers & de
foldats prifonniers : on a pris
30. pieces de canons avec
toutes les munitions , beaucoup
d'Etendars & de Dray
GALANT 275
peaux , & toutes leurs Tentes
, leur bagage n'a pas efté
pris , parce qu'il eftoit dans
Spire. Voicy les Officiers
tuez & bleffez dont les noms
font venus à ma connoiffan
ce.
Meffieurs de Pracontal , de
Bruflard , de Beaumanoir ;
Dauriac, de Caufan , de Cheldon
, Saint Maur Maior des
Cravates Comte de Meufe
Calvo , St. Paul , d'Hauteri
ves , deux freres de Chaba .
nes tous tuez , мr de Barail
a cu le poignet caffé , Mrs
de Puyguion , de Fontenayi
276 MERCURE
Juffac , Chevalier de Thoras,
Chevalier de Livry ; bleſſez.
L'extrait qui fuit , eft tréscurieux.
A Verfailles le 23. Novembre
à minuit.
Mr le Chevalier de Croiffy
eft arrivé ce foir à fept heures
. Il a apporté au Roy les
articles de la Capitulation de
Landau , & le detail de la
victoire remportée le is de
ce mois par мr le Maréchal
de Tallard fur l'armée des
Ennemis , commandée par
GALANT 277
Mr le Prince de Heffe. Il
paroît par tout ce qu'on a
appris ce foir , que l'on doit
cet heureux fuccés à la dili
gence de мr de Tallard , qui
ne balança pas d'aller au des
yant de cette armée Ennemie
avec moins de 15000.
hommes , bien qu'elle fut de
vingt deux. Il eft conftant
que fi Mr de Tallard eur dif.
feré d'un jour , les lignes de
Landau euffent efté attaquées
& forcées le lendemain par
trente mille hommes , puif,
que le quinze
au foir
Mr de Heffe devoit encoe
278 MERCURE
hom recevoir fix mille
mes d'Infanterie & quel;
que Cavalerie. мr de Tal.
lard les trouva en bataille én
deça du Speierback , ce qui
fut une grande faute à Mr
de Heffe , parce que , s'il ne
l'avoit paffe , lesnoſtres n'euffent
pû l'attaquer , & il auroit
attendu commodement
les troupes qui devoient luy
arriver. Comme l'action alloit
commencer , un Officier
Allemand s'avança à la tefte
de leurs Grenadiers , & cria
tout haut , allons camarades
divertiffons ces gens cy, ex
GALANT 279
attendant que nous les ex
terminions. Mr. le Cheva
lier de Croiffy n'a rien ajoûté
à ce qui avoit efté rapporté
par Mr de la Baume. La
droite des Ennemis fic un
peu fouffrir nokre gauche
& leur premiere décharge
nous raa beaucoup de mon .
de ; mais enfin leur Cavalerie
ayant efté ébranlée &
pouffée , elle pric la fuite , &
laiffa l'Infanterie à noftre
mercy. L'on dit neanmoins
qu'elle fit deux décharges .
J'ay oui dire au Roy mê
me que les Ennemis avoient
280 MERCURE
eu 5500. hommes tués , &
3500. prifonniers , qu'enfin
l'on pouvoit faire monter leur
perte à dix mille hommes ,
qu'on leur a pris leur canon
beaucoup de munitions , &
leurs Tentes . Mr le Chevalier
de Croiffy a apporté 28.
drapeaux & trois étendarts ,
mais il en refte encore d'au .
tres. Nos Dames , à qui le
Roy les a fait voir ce foir ,
ont cfté touchées d'en voir
plufieurs enfanglantez . Tou
tes les lettres apportées par
le Chevalier de Croifly por
tent que l'on a connu en
GALANT 281
cette occafion de quelle importance
eft la quantité d'Officiers
, & que l'on peut compter
qu'on leur doit tout le
fuccez de cettegrande action .
En effet , l'on n'a pas perdu
de foldats , à proportion
d'Officiers. Mr de Tallard
envoya le foir même des
partis fur leurs trouffes , &
ils revinrent fans en avoir eu
aucunes nouvelles . Les cinq
Bataillons qui s'eftoient retirez
de bonne heure , s'étoient
fauvez dans Spire , &
Mr de Tallard mande que
le debris de cette armée a
Decembre 1703. A a
282 MERCURE
paffé le Rhin une partie à
Philisbourg , & que l'autre
partie a eſté iuſqu'à Mayend
ce. Parmi les prifonniers faits
dans cette bataille , l'on compte
deux cens Officiers , entre
lefquels il y a un Lieutenant
General , fix Colonels ;
& fix Lieutenants Colonels ,
& par la fupputation du peu
d'Officiers qu'il y a dans ces
troupes , il faut que tous
foient , ou tuez , ou bleffés,
ou pris.
1
GALANT 283
Copie de la Lettre de Mr le
Comte de ***
Ja
E vous mandois par ma
derniere Lettre les appa-
Tences qu'il y avoit d'un
Combat qui s'eft trouvé veritable
, les ennemis ayant
paffé le Speierback à deffein
de venir nous combattre , &
fecourir Landau . Mr. le Ma
réchal fur les avis qu'il en
eût , marcha brufquement à
eux , fans attendre même le
fecours de Mr de Pracontal.
le 14 il fortit de fes lignes ,
A a ij
284 MERCURE
avec une partie de ſa Caval
lerie , & fort peu d'Infanterie,
ne fe trouvant pas en fituation
de pouvoir abandonner
fes Quartiers
, ayant l'ennemi
de la Place à craindre , il
coucha en bataille la nuit du
14. au 15. à une demi lieuë
de fes lignes ; & ayant envoyé
Courier fur Courier à Mr de
Pracontal qui eftoit encor à
plus de fept lieuës de nous
lorfque le dernier Courier le
rencontra, les Lettres preffantes
de Mr le Maréchal luy
firent prendre le parti de
marcher toute la nuit avec fa
GALANT 285
Cavalerie , dont le Regiment
de Dragons du Roy eft du
nombre , laiffant les ordres
à fon Infanterie , qui étoit à
deux - lieues d'en faire autant,
la tefte de la Cavalerie , arriva
à quatre heures du ma
tin à l'Armée de Mr le Maréchal
, & fon Arrieregarde
fortit des lignes au petit
jour , Mr le Maréchal fe mit
en marche à demie heure da
jour , marchant droit au
Camp des Ennemis dont il
ne fçavoit pas pofitivement
la fituation , il arriva à la vûë
de leur Camp avec cinq cens
286 MERCURE
Chevaux détachez , ce qui
fit croire aux Ennemis que
c'eftoit fimplement un détachement
pour les recon .
noiftre. Pendant ce temps
là Mr le Maréchal forma fa
premiere ligne , ce qui fit
juger aux Ennemis que toute
l'armée fuivoit qui les fit
mettre en bataille à la tefte
de leur Camp , leur droite à
Spire , & leur gauche du
cofté de la petite Hollande.
Mr. le Maréchal voyant qu'ils
étendoient leur droite & leur
gauche pour nous deborder,
prit le parti de les attaquer,
GALANT 287
fans attendre fon Infanterie.
Les Ennemis nous voyant
marcher à eux , s'avancerent
pour nous charger ; je com
mençay par la gauche ;
parce que j'y eftois à mon
pofte , où nous eumes affaire
aux Gardes de Mr de Heffe
qui nous percerent , & nous
allant fur eux de mefme qu'
eux ; mais ils trouverent nô
tre feconde ligne qui les ra
mena à la droite . La Gend
darmerie perça d'abord ;
chargeant trop vivement, ce
qui les fit ramener de même
que les Dragons de noftre
288 MERCURE
droite qui estoient les Regi
mens du Colonel General ;
& de la Reine , qui furent
culbutez , l'on eut quelque
peine à rallier les Troupes ,
il falut attendre l'Infanterie
avec la Cavalerie de la feconde
ligne de la droite, qui
eftoit restée en bataille en
petit nombre , la plûpart
ayant efté culbutez par nos
Fuyards. Si les Ennemis
avoient fçû , pendant ce
temps là , profiter de leur
victoire, la bataille eftoit per
duë . Ayant resté plus d'une
demie heure dans cette fituation
GALANT 289
L
tion , le bel ordre de mar
cher qu'ils obfervoient en
fuivant lentement leur victoire
, eft en partie la cauſe
'de noftre gain ; car ces mouvemens
ferieux & beaux
donnerent le temps à nôtre
Infanterie d'arriver , ce qu'elle
fit en tres-bon ordre . L'on
remarcha aux Ennemis dont
on culbuta la Cavalerie
tandis que noftre infanterie ,
& la leur , marchoient l'une
à l'autre fierement & fe joignirent
à la petite portée du
piftolet , fans tirer . L'Infanterie
des Ennemis fit un
Bb
Decembre 17.03.
290 MERCURE
mouvement dont la noftre
profita pour entrer dedans ,
& faire un horrible carnage
.
Noftre Cavalerie n'avoit
dont elle
plus qu'à tuer
s'acquita à merveilles , le
Champ de bataille eftoit
couvert de morts , & il n'y a
pas un prifonnier qui ne foit
bleffé. Le nombre eft de
quatre mille cinq cens effec
tifs , & controllez. Il y a par
deffus cela cent foixante Of.
ficiers , parmi lesquels font
plufieurs de leurs Officiers
Generaux & huit Colonels ,
un Prince de Hefle , Parent
GALANT 29F
du Prince de Heffe General
bleffé , & prifonnier fur fa
parole à Spire , avec le General
Lay , le fils du Comte
'de Frife Gouverneur de Landau
, il y a plus de fix mille
hommes des leurs tuez fur
la place , & beaucoup de
leurs Officiers toute leur
Infanterie eft perduë , trente
pieces de canons ont efte
prifes , & tous leurs Chariots
de munitions qui estoient en
abondance , & la plus grande
partie de leurs Drapeaux,
Leurs Equipages eftoient à
Philifbourg.Leurs tentes dans
Bb ij
292 MERCURE
leur Camp ont efté pillées ,
en un mot c'eft une Bataille
bien complette , & des plus
belles , toutes les Troupes
ont chargé , Cavalerie , Ing
fanterie , & Dragons à che
val. On ne fçauroit affés loüer
la valeur des Officier genes
raux , & de tous les Officiers
particuliers . Vous croyez bien
qu'une action aufſi vive , &
auffi confiderable , n'a pû ſe
paffer fans une perte de nôtre
parti , ce qui tomba fur les
Officiers , parmi lesquels il
fe trouve Mr de Pracontal
Lieutenant general , à la gau.
GALANT 293
che , Dauriac Brigadier , com .
mandant la Cavalerie , Puy
guion Brigadier , bleſſé à
mort , fon fils & fon neveu
Capitaines dans le Regiment
de Bourgogne rucz Mr de
Kelus Brigadier , Mr de Coëteau
Brigadier des Troupes
d'Espagne , Mr le Prince de
Croy , Meffieurs de meufe
Colonel de Cavalerie , Brulard
, Capitaine de Gen.
darmerie Mr de Thorax ,
Mr le Marquis de Lavardin .
Dans le Regiment de Dra
gons du Roy , à la tête du
quel eftoit Mr le Comte de
>
Bb iij
294 MERCURE
Nogent , & où il a donné
des preuves de fa valeur &
de fa conduite , il y a eu fix
Officiers tuez. Mr Armand
Lieutenent Colonel eft blef.
fé,Viffac Capitaine bleffé , &
60. Dragons tuez fur la place.
J'ay oublié à vous mar
quer que l'Armée ennemie
eftoit compofée
de vingttrois
mille hommes , malheureufement
c'étoit Mr de
Naffau VVeilbourg
qui les
commandoit
, & le Prince
de Heffe y eftoit , la nôtre
n'eftoit au plus que de quinze
mille hommes , étant reſté
GALANT 295
de l'infanterie pour garder
la Tranchée & les Quartiers.
L'Infanterie de мr de Pracontal
n'y eftoit pas , ny
les Regimens de Dragons
d Hautefort , de Pefeux , de
Bouville , & de Vaffé.
J'ay crû que la relation
que vous vencz de lire , étant
d'un Officier de marque &
qui s'eft trouvé dans l'action ,
devoit tenir- icy avantageufement
fa place.
Ce qui fuit , eft tiré de la
relation d'un Officier de la
Gendarmerie
dont l'ay retranché
tout ce qui le trou
B b iiij
296 MERCURE
ve à peu prés de même dant
les autres relations ; ainſi ce
que ie vous envoye contient
feulement quelques faits par
ticuliers.
Mr le Maréchal de Tallard
donna ordre à Mr. de Loëmaria
qui commandoit la droite , de
faire charger les ennemis , on les
falia d'abord de plufieurs volg
lées de canon , puis on marcha
à eux en bon ordre': ils enfirent
de même. On effuya tout leur
feu qui fut grand & qui auroie
efté plus long , fi la Gendarmerie
ne fe fuſt jetrée dans leurs
Efcadrons qu'elle rompir , &
GALANT 297
qu'elle mit en fuite. La deffaite
de leur premiere ligne , fut fige
nerale , qu'on les pourſuivit l'épée
dans les reins , pendant plus de
fix cens pas.
Il avoit fallu pour.
rejoindre noftre feconde ligne qui
n'avoit pas encore donné , paſſer,
par devant la leur que nous.
avions laiffee derriere nous. Ce
fut au feu qui fe fit alors que
nous perdimes Mr de Pracontal,
Brular , Thoras , Biancour &c;
la peine qu'on cut alors àferal
lier , fit douter de la victoire. En
effet , la feconde ligne des ennemis,
qui n'eftoit prefqu'Infanterie ';
marchoit à nous avec tant de
>
298 MERCURE
fermeté , qu'on crut alors la ba ,
taille perdue , elle l'auroit peut.
eftre efté , fans la prefence de Mr
le Maréchal qui raſſembla noſtre
Corps , en forma quelques Efcadrons
, aufquels fe joignirent
quelques Efcadrons de Cavale .
rie. Le tout enfemble attendit de
pied ferme les redoutables Gre
nadiers de la Princeffe d'Heffe
da Prince Palatin . Ce fut
dans ce troifiéme feu qu'il fallus
eſſuyer, que jefus bleſsé. Čependant
on deffit entierement toute
cette belle Infanterie
, &on pourfuivit
le peu qui en resta , iuf
qu'aux portes de Spire.
DE
LA
1
TOTHECUE
GALANT (299
Nos anciens Guerriers affe
rent que jamais bataille ne fur
gagnée avec tant de bonheurs
En effet noftre Infanterie n'eftoit
pas arrivée , que les Ennemis
eftoient prefque deffaits . On
avoit deia gagné le champ de bataille
, quand nostre feconde ligne
donna. L'on peut dire que cette
victoire eft complette , puifqu'on
a pris tout le canon des ennemis ,
tous leurs menus bagages & tous
leurs chariots qui eftoient char◄
gez d'inftrumens pour nous fore
cer dans nos Lignes , & une
quantité prodigieufe de poudres
que Mr le Maréchal fit brûler
300 MERCURE
le lendemain du iour de la batail.
le. On eftoit encore aux mains
avec les Allemans , lorsque Mr.
le Comte de Frize qui en
apprit la deffaite , capitula . Mr
de Tallard à qui la nouvelle en
wint , fit crier dans tous les
rangs , que Landau eftoit rendu.
Ce qui auroit pu donner du courage
à d'autres qu'à des François.
Noftre Infanterie affommoit les
ennemisà coups de croffes de fufils,
en leur difant : Tu ne fecoureras
pas Landau .
J'ay cru devoir ajoûter icy
une relation venue du Camp
des Ennemis.
GALANT 301
De la Haye le 2. Decembre
1703.
Copie d'une Relation écrite par
un Officier qui s'est trouvé à
la Bataille , donnée près de
Spire.
LEreçur
E Prince de Heſſe Caſſel
des ordres de Mrs
les Etats Generaux des Provinces
unies de faire fçavoir,
que fur les inftances reïte
rées de Son Alteffe Electorale
Palatine , ils avoient refolu
de faire marcher , fous la
302 MERCURE
conduite dudit Prince , un
corps de douze Battaillons ,
& de vingt neuf Eſcadrons
au fecours des Affiegez de
Landau , à condition que S.
A. E. Palatine , & les autres
Princes qui y eftoient fort
intereffez fourniroient de
leur cofté un pareil nombre,
& même plus grand , s'il
eftoit neceflaire pour tenter
uniquement ce fecours. Le
Prince de Heffe fe mit en
marche avec ſon corps de
Troupes , & fe hâta fi fort
par des journées de dix à
douze lieuës , que le 13. il
GALANT 303.
joignit prés de Spire les Trou
pes Palatines fous le Velde
Marechal le Comte de Naf
fau weilbourg. Le 14. on at
tendit les Troupes promifes
par Son Alteffe Electorale
de Mayence
, & par le
Prince de Heffe d'Armſtadt
afin de difpofer enfuite l'attaque
des lignes des Ennemis
devant Landau pour le
16. Le Comte de Naſſau qui
s'eftoit feul chargé de toute
cette difpofition , fçachane
mieux la fituation de ce Pays
là , puifqu'il avoit auparavant
campé pendant quelque
304 MERCURE
remps dans le voifinage, &de,
voit avoir par confequent des
nouvelles certaines tant des
forces que l'Ennemi avoit
au Siege , que de celles qui
eftoient en chemin fous Pra.
contal, Auffi affura - t - il
tant Mr d'Amelo , Deputé
de Mrs les Etats Generaux ,
que le Prince de Heffe Caffel,
que fes efpions & fes partis,
qu'il avoit envoyé pour reconnoiftre,
n'avoient aperçû
aucun mouvement de l'En
nemy , & que le corps fous
Pracontal , eftoit encore fort
éloigné. Cependant le s
GALANT 305
aprés que les Generaux fe
furent feparez d'une conférence
, & lorfque fur les af
furances données par le
Comte, l'on croyoit les Fran
çois fort tranquiles dans leurs
lignes , & Pracontal du cofté
de la Lorraine. Deux defer
teurs rapporterent
audit
Comte
, que Pracontal
avoit
joint ce matin là le Maréchal
de Tallard
, & qu'ils mar
choient
droit
à nous. Le
Comte
de Naffau
fe rendic
en diligence
à fon aîle gau
che , & en paffant
avertit
;
quoique
trop tard , le Prince
Decembre
1703.
CC
306 MERCURE
Hereditaire de la marche dè
l'Ennemi. Ce Prince courut
d'abord à l'aîle droite qu'il
commandoit , pour la mettre
en eftat de faire tefte. Mais
voyant qu'à l'aproche de
l'Ennemi le quartier maiſtre
general Palatin , qui connoif
foit le Pays , avoit rangé
l'armée en forte que l'Enne.
mi le pouvoit prendre en
flanc , & que le Comte de
Naffau preffoit fon aiſle de
marcher contre les François,
le Prince envoya fon Aide de
Camp pour dire au Comte de
retenir fon aifle gauche ,
GALANT 307
jufqu'à ce qu'il pût le joindre
avec fa droite , afin de pou
voir conjointement préfenter
la tefte aux Ennemis .
Mais fans attendre il s'enga.
gea avec luy , & même il
avoit commencé avec fuccez
; mais l'Ennemi s'étant
rallié , l'attaqua de nouveau
avec toutes les forces , &
le fit plier. L'Infantrie Palatine
mit le defordre dans la
Cavalerie & ainfi toute
l'aile fut mile en deroute .
Alors toute la force des
Ennemis tomba fur l'aille
droite du Prince Hereditaire
Ccij
308 MERCURE !
de Heffe Caffel , & comme
l'aîle gauche ſe retiroit , l'eng
nemi prit occaſion d'attag
quer l'Infanterie du Prince
en front & en flanc , mais
elle fit une fi vigoureuſe &
fi belle refiftance , que non
feulement l'ennemi avec tou
tes les forces , ne put jamais
la percer , mais même la braa
voure des foldats & Officiers
fecondez par une activité &
une prudence extraordinaire
du Prince fut fi grande
que l'ennemi fut repouſſé à
diverfes fois , & l'on continua
de la forte jufqu'au foir ;
ALANT 309
fans que l'ennemi eut le
moindre avantage. Le Prin
ce fe trouvant partout , eut
un coup d'épée fur la tefte
d'un Officier François . En ce
tems - là , les Comtes de Naft
fau & de Vehlen vinrent join
dre le Prince hereditaire , &
parce que l'aile gauche étoit
entierement en deroute , &
que le refte s'eftoit déja rea
tiré à Spire , fans qu'il fut pof
fible de la rallier , ils conſeil
lerent au Prince de Heffe de
fe retirer , ce qu'il fit à pied
à travers le champ de batail
le , vers le paffage de Du
310 MERCURY
denhouen , où fes troupes
repafferent le Speyerback.
"C'eft grand dommage que
le Prince hereditaire n'ait
été ſecondé par l'aîle gauche,
& que ceux qui connoiffoient
le pays , n'ayent pas pris
plus de précaution pour ne
pas fe laiffer furprendre ; cat
T'on peut juger fans temerité,
que fans cela , la victoire au.
roit penché de noſtre côté ,
& Landau ne feroit pas per
du. Tous ceux qui ont eſté ,
comme moi , à cette chaude
action , tant Officiers que
foldats , & qui ont veu avec
GALANT 312
quelle fageffe le Prince de
Heffe s'eft conduit pendant
le combat , & avec quelle
valeur il a fecondé les trou
pes , font ravis de fervir & de
combattre fous luy.
Cette relation fuffit pour
faire connoître la grande per
te que les Ennemis ont fait ,
quoy qu'il paroiffe que celuy
qui l'a écrite , ait eu deffein
de la déguifer. Il dit que les
François furent repouffez juf
qu'au foir , fans avoir eu le
moindre avantage
; cepend
dant il eft conftant que leur
Cavalerie pouffa d'abord vi ;
312 MERCURE
goureuſement celle des Eng
nemis & la tailla en pieces ;
& files François eurent quelque
delavantage & firent
quelque perte , ce ne fut
qu'à caufe que le combat fut
engagé par leur Cavalerie ,
avant que la feconde ligne
de l'Infanterie fut formée ;
ce qui fait voir la valeur &
l'intrepidité de cette Cavale.
rie qui voulut bien s'expoſer
pour donner tems à l'Infanterie
de fe former , & fi comme
a trés bien remarqué l'Offi.
cier de Gendarmerie , dont
je viens de vous donner l'extrait
GALANT 313
Erait de la relation , la Cava .
lerie ne s'étoit point laiffée
trop emporter aux charmes
de la victoire , en pourfuivant
trop loin les ennemis.
elle n'auroit point fouffert
autant qu'elle fit , en repaffant
devant la feconde ligne,
des ennemis , dont elle fut
obligée d'effuyer le feu pour
aller rejoindre la feconde li
gne de noftre Infanterie ,
qui n'avoir pas encore donné.
L'Officier ennemi aprés
avoir dit dans fa relation que
Les François furent battus jufg
Decembre 1703. Dd
314 MERCURE
qu'au foir , dit tout d'un coup
fans avoir fait voir par un
feul mot feulement de quelle
maniere les Allemands fu
rent deffaits , que leur aîle
gauche étoit entierement en
deroute , & ne parle plus
que de leur retraite.
Rien n'est plus plaifant ;
que de trouver aprés ces
en parlant des François
fans avoir eu aucun avanrage
juſqu'au foir , que l'aiſle
gauche avoit entierement efté
mife en deroute. Je voudrois
demander à cet Officier, dans
quel temps l'afle gauche des
mots
GALANT 315
Allemans a efté mise en deroute
, puis qu'il dit , que les
François n'ont eu aucun duan.
sage pendant toute la journée.
Je crois devoir encor ajou
ter icy les Extraits fuivans,
La mělée dans la Cavalerie
n'a eftè que dans la droite des
ennemis , où plufieurs fois on eft
venu à la charge , enfin elle a
plié; Navarre le Mutin a fait
merveilles , volant à l'ennemy
sére baiffée avec la bayonnesse
a donné l'exemple à toute nôtre
Infanterie , qui a tué pendant
deux heures
*
egorgé fans
D dij
316 MERCURE
mifericorde , fans écouter My
le Maréchal , on a vúc Mr le
Prince de Heffe à la refte de fes
Grenadiers on l'a retiré , & sous
ces beaux hommes ont efté im.
molez à l'ardeur du Soldaiſanı
qu'il en reste un . On voit des
Bataillons entiers plongez dans
leurfang, dans leurs rangs
A Verfailles ce- 21. Novembre
au foir. h
Le Roy a avoué , que la derniere
nouvelle lui a fait beaucoup
de plaifir , ill'a temoi,
gné en termes tres forts à Mr
·le Marquis de la Baume . Sa
Majeſté a dis benucoup de bien
GALANT $17
de Monfieur le Prince de Heffe,
de fa diligence & de fa valeur,
& de ce qu'aprés que fa Cavale
eût pris la fuite , il ſe mit à
pied à la tefte de fes Grenadiers.
Le fils du Comte de Frize Gou
werneur de Landau a esté fais
prifonnier dans le Combater
Mr le Maréchal de Tallard l'a
envoyé à ſon Pere pour luy en
rendre un compre fidelle. Fay
ony dire ce foir à Mr de la Baume
qu'il ignoroit à combien pouwoit
monter la perte des ennemis ;
mars qu'avant que de partir ,
il avoit où depuis la droite jufqu'à
la gauche deleur Infanterie,
#
Dd iij
318 MERCURE
la terre couverte de corps morts,
gardant leurs rangs , & que de
vingt troisBataillons il ne s'en eft
Sauvé que ceux qui ont eſtéfaits
prifonniers.
Le Roy a fors élevé l'action
du Regiment de Navarre , dont
"les Officiers eurent le jugement
de faire marcher aux ennemis ,
dans le temps qu'ils efloient occupez
à recharger leurs armes,
aprés avoir jetté leur feu fur
nôtre Cavalerie ."
Ce qui fuit vient du Camp
des ennemis .
Nous comptons parmi nos
morts le Prince de Heffen Homs
GALANT 319
i
bourg , les Generaux Tettau &
HochKirchen les Colonels
Barbo , de Loos , Anno Sreber
Eberts, le fils du Comte de Naffau
VVeilbourg, le jeune Comte
deVVirgenften les Lieutenans
Colonels , Deuxmanfalmouth ,
VVolff , Anerban Spielf, les
Majors Bergoff, & Severin :
les Capitaines Zeandorff , VVil.
man , Burche , VVitz , Gafpari,
Borckersdorff, Thamine , Krie
ger , & grand nombre d'autres,
les Generaux Venediger Ef
feren font parmi les bleſſez, &
le Prince de Saxen Meinin :
gen , un Maréchal de Camp ,
Dd iiij
320 MERCURE
1-2
un Brigadier 3 Colonels ,2.Lieu
tenans Colonels , 4. Majors 51
Capitaines , 23. Lieutenans , 25 .
Enfeignes 3 Aidesmajors , 4. Cornetes
170 Officiersfubalternes.
Ce qui fuit fait voir qu'un
grand nombre de puiſſances aavoieut
contribué à l'augmenta
tion del'Armée qui a été défaite ,
& à tout ce qui pouvoit fervir
pour forcer les lignes de Landau.
Noftre Electeurs as envoyé
à Manheim mille hommes de
fes meilleures Troupes , ainfi
que plufieurs pieces d'Artille
rie avec beaucoup de munitions,
noftre Pont de bascaux qu'on
doit jetter là fur le Rhin pour
GALANT 321 1
le paffage du Comte de Naffau
VVeilbourg , & les Troupes
des lignes de Stoloffen qui font
defcendues en bas pour fe joindre
au Corps d'Armée du Prince de
Hiffe Caffels afin de tenter le
fecours de Landau Feudy.prochain
fefte de S. Leopold , dont
l'Empereur porte le nom. Le
"Langraves de Heffe d' Armfiad
contribue auffi buit cens hommes
avec diverfes pieces de canon ,
le Comte de Hanau deux cens
•hommes avec fix pieces d' Artik
lerie la Ville de Francfors
deux cens hommes , fix gros Ca
nons , deux Coleurines , & ung
322 MERCURE
grande quantité de boulers , de
poudre
d'outils à remuer
la serve ; & l'on die qu'aprés
lajonction de toutes les Troupes
"deftinées pour ce fecours , ellesferont
une Armée d'environ trente
mille hommes.es
dort er
Mr le Maréchal de Tallard
avoit mis dans la Tour
du Fauxbourg de Spire , un
Capitaine & quatre - vingt
hommes , le Prince de Helle
ne jugea pas à propos le jour
de la bataille de les attaquer
ayant laiffé les équipages ,
& bagages avec quelques
GALANT 323
&
troupes qu'il croyoit fuffifantes
pour les mettre hors
d'infulte ; mais ce Capitaine
ayant apris que le Prince de
Helle avoit efté bartu , fortit
de fon pofte avec la troupe,
tua trois cens fuyards des
ennemis,& fit 40. prifonniers
parmi lesquels fe font trouvez
un LieutenantColonel &
d'autres Officiers qu'il a envoyez
à Mr de Tallard.
Les Etats Generaux ont et
le détail de la journée de
Spire par un de leurs Depu
tez qui a vû la beſogne de
nos gens. L'Electeur Palatin
324 MERCURE
leur a envoyé Courier fur
Courier pour leur demander
du fecours . Il dir qu'il a pera
du fon Infanterie , la Cavalerie
, ſon canon , & que fon
pays eft en proye aux François.
Les Etats ne luy ont
fait aucune reponſe que de
le plaindre
.
Lorfqu'on reçut à Amfterdam
la nouvelle de la dé→
faite du Prince de Heffe , &
de la prife de Landau , il y
eut une grande confterna
tion auffi bien qu'à la Haye ,
où l'on cacha d'abord , autant
que l'on put , les cir
GALANT 325
*
Conftances de cette bataille ,
qui leur eft d'autant plus
defavantageuſe , que les
troupes de Heffe , & les aug
cres qui y ont efté détruites,
eftoient à la folde des Etats,
& que dans toutes les ba
tailles & rencontres de cette
Campagne , tant en Flandres
qu'en Allemagne & Italie ,
les Armées des deux Couronnes
, & celle de Mr de
Baviere ont toujours esté
Victorieuses,
Jamais Troupes & Gene
raux ne le font crus plus
affurez du gain d'une bataille
326 MERCURE
que ceux qui ont perdu la
batai le de Spire . Ils eftoient
fuperieurs en nombre , puif.
qu'ils avoient au moins huic
milles hommes plus que les
François leurs troupes •
eſtoient les meilleures d'Al
lemagne , & l'on dir que le
Regiment de Heffe n'avoit
jamais efté battu. Une fuperiorité
de huit mille hom
mes eft tres confiderable
lorfque les Armées ne montent
pas à vingt - cinq mille
hommes,les Ennemis avoient
eu tout le temps qu'ils pou
voient fouhaiter pour le mer.
GALANT 327
tre en bataille , puifqu'ils
avoient efté avertis par deux
deferteurs de la marche de
nos Troupes. Cependant
malgré tous ces avantages ,
ils n'ont pas laiſsé d'eſtre entierement
défaits . Mr le Ma
réchal de Tallard ne permit
le pillage que le lendemain ,
& nos foldats au nombre dé
prés de deux mille hommes,
parurent auffi- toft aprés ce
pillage avec des coëffures
qui reffembloient fort à des
Mitres. On dit qu'elles ferè
voient de bonet aux Grena?
diers des Troupes de Heffe
328 MERCURE
*
& qu'elles avoient efté faites
en derifion de celles que
portent des Electeurs de
Mayence , quoique l'Elec .
tear d'aujourd'huy foit dans
leurs interefts. Le Roya efté
fifatisfait
du gain de cette
bataille , qu'aprés avoir fait
Mr le Marquis de la Baume
Brigadier , il luy dit , allez
retrouver voftre pere , & dives
luy qu'il ma fait un plaifir un
jour de ma vie , dont il fe fentira
tous les jours de la fienne ,
vous tous les jours de la
moftre.
Mr le Comte de Rouff
GALANT 329
qui commande la Gendarmerie
, ayant eu l'honneur
de faluër le Roy à Marly , ou
il a efté tres bien reçu , a dit
à Sa Majefté , que Mr le Ma
réchal de Tallard luy avoit
fait dire plufieurs fois , d'em
pêcher que la Gendarmerie
ne continuâ le carnage ;
mais qu'il n'avoit pas efté
en fon pouvoir d'en venir
à bout. Ce Comte a fait
un grand éloge de Mr le
Maréchal de Tallard . On a
appris depuis quelques jours
que ce General fuivant feul
la Gendarmerie qui pourfui-
Decembre 1073. Ee
330 MERCURE
*
voit les Ennemis , deux Of
ficiers Allemands à la refte
d'une troupe de Cavaliers ,
ayant percé l'Escadron des
Gendarmes Anglois , s'ap
procherent de luy dans le
deffein de le tuer , ce que le
fieur du Bois Capitaine , Ma
réchal des Logis , des Che
vaux - Legers de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
, ayant
remarqué , il courut à eux
avec cinq Gendarmes feule.
ment , tua de fa main les
deux Officiers Ennemis , ren.
verſa la troupe qu'ils condui
foient , & fauva par cette
GALANT 331
genereufe action Mr le Ma
réchal d'un des plus grands
dangers qu'il ait couru dans
cette fameufe journée.
On affure que la Gendar
merie a deffait elle feule , plus
de mille des Ennemis. Le
Comte de Sepeville Capitaine
Lieutenant des Chevaux
Legers de la Reyne , ayant
perda un cheval qui fut tué
fous luy , en reprit un autre
d'un Gendarme , dont il reçur
un coup de feu qui lui
emporta les deux croíles de
afes piftolets, il chargea encore
deux fois les Ennemis avec
croſſes
E e ij
1332 MERCURE
une intrepidité & une froi
deur , à laquelle on ne peut
Seien ajoûter. Il fut culbuté
dans l'Infanterie des Ennemis
par un coup de hallebarde
qu'il reçut fur la tête , &
fans une calotte d'acier qu'il
avoit dans fon chapeau , il
Jauroic efté tué du coup qu'il
reçût .
Mr du Pleffis Lacoré Ma
réchal de Logis de la Caval
"lérie de l'Armée , a efté bleffé
id'un coup de pistolet dans
l'oeil gauche . C'eſt un Offi-
Scier de diftinction , & fort
Ceftimé des Troupes. Comme
GALANT 333
les
fonctions de fa charge
luy ont donné occafion d'a
procher
fouvent Monfei
gneur le Duc de Bourgogne
-pendant cette Campagne ,
ce Prince qui connoît veri
tablement les braves , luy a
donné des marques de fon
eftime , par la gratification
qu'il luy a faite , en quittanc
l'Armée après la prise de
Brifac.
Mr. le Comte de Juffac
Guidon des Gendarmes Dau
phins , a eu fon Cheval tué
fous luy à la Bataille de Spire ;
fut bleffé à un bras dé
1
334 MERCURE
quatre coups de Sabre , & à
l'autre d'un coup de Piſtoler.
Quoy qu'il n'aye encore
que dix acufans , il s'eſt déja
trouvé au Combat
de la Vittoria
, à la Bataille
de Lu-

zara aux Sieges de Brifac
& de Landau , & enfin à la
Bataille de Spire , où il s'eft
diftingué fi glorieuſement.
Claude Comte de Juffac
fon pere , premier Gentil
homme de Son Alteffe Sereniffime
Mr le Duc du Maine
fut tué en 1690. à la Bataille
de Fleurus , en couvrant de
fa perfonne celle de ce Prince
GALANT
335
qui eftoic fort expofé.
Jean de Juffac Seigneur de
Saint Preüil
Gouverneur
d'Arras , a paffé dans le dera
nier regne pour l'Officier le
plus determiné qui fut alors,
& un autre Jean de Juffac ,
pere du Trifayeul , de celuy
dont je vous parle premier
Ecuyer de François Premier ,
fut tué à la Bataille de Pavie
aux coftez de ce grand Prin
ce , on le nommoit ordinai
rement l'Ecuyer Maratin du
nom d'une de fes Terres.
Mrs du Bellay , & pluſieure
autres Hiftoriens de ce tems
336 MERCURE
là en parlent , & par une
faute de Copilte Varillas l'a
nommé Maratin.
Mr de Foucault Capitaine
des Grenadiers du Roy a reçu
de grands Eloges pour
avoir fçeu profiter des mouvemens
du Bataillon qui venoit
avec cinq autres pour
enveloper les quatre du Re
giment , il fe detacha avec
fes cinquante Grenadiers ,
prit le Bataillon en flanc ,
l'enfonça , & le renverfa entierement
, il mit le defordre,
& la confufion dans un autre
Bataillon , & donna la facilité
à ce
GALANT 337
ce Regiment de deffaire les
cinq Bataillons qu'il avoit en
tête.
>
Un Cornette Irlandois eftant
bleffé à mort , dechira la
Cornette de la lance & la
jetta au milieu de fon Efca
dron , de peur qu'elle ne tom.
bât entre les mains des Allemans
. Le Roy a regretté ce
brave Officier .
Quelques Relations ont mis au
nombre des morts Mr le Comte
de Fiennes Brigadier , qui commandoit
la Cavalerie de Mr
de Pracontal ; mais je crois devoir
marquer icy que cette nou
velle n'eft pas veritable. Quoy
qu'il ait receu un coup de Sabre
fur la tête , un coup de
picque dans le ventre ,
Decembre
1703. Ff
um
338 MERCURE
coup de piftolet qui ne luy à
fait qu'une contufion , & deux
autres contufions dans la cuiffe
droite .
Voicy ce qui regarde les perfonnes
diftinguées tuées dans
l'Armée de France,
Mr de Pracontal eftoit Gouverneur
de Menin , & Lieutenant
General des Armées du
Roy. I eftoit d'une ancienne
Maifon de la Province de Dauphiné.
Il eftoit fils de feu Mef
fire N... de Pracontal , qui s'étoit
fignalé au fervice de Sa
Majefté , & de N.... de Saint
Romain , foeur de Meffire N...
Haraud ou, Harod , de Saint Romain
, qui avoit efté Ambaffa
GALANT
3.
deur en Portugal . Mr de Pra
contal avoit herité des biens
de Mr de Saint Romain fon oncle
, qui eftoit d'une des meil
leures maifons du Lyonnois.
Mr de Pracontal avoit épousé
la fille de Mr le Marquis de
Monchevreüil N .... de Mornay.
Ses Anceſtres fe font
tous fignalez au fervice de nos
Rois. Ils eftoient déja connus
du temps des Dauphins de Viennois.
Un Gilles de Pracontal
fut un des Favoris du dernier
Dauphin de Viennois , & il entra
avec luy dans l'Ordre des
Jacobins .
Mr le Marquis Dauriac eftoit
un Gentilhomme d'Auvergne
& d'une des meilleures maifons
de ce pays - là. Il eftoit allié
Ff ij
o MERCURE
eelle de Canilhac , qui y tiene
in des premiers rangs . La valeur
eft hereditaire dans fa maifon.
L'Hiftoire d'Auvergne eft
pleine des noms de ceux de cette
maifon qui fe font diftinguez au
fervice de l'Etat , & l'on voit
encore des titres de cette maifon
, dés le douziéme fiecle .
Le Prince de Croy aprés avoir
donné dans le combat plufieurs
marques de fa valeur & de fon
courage . La Maifon de Croy
eft de la plus grande ancienneté.
Pour ne point remonter
trop haut , je remarqueray feulement
que Jacques I. Sire de
Croy qui vivoit dans le treifiéme
fiecle , laiffa Jacques II .
qui époufa Marie de Picquigny,
lequel fut pere de Guillau
GALANT 341
me de Croy qui fervit longtemps
dans les armées des Rois
Philippes de Valois , & Jean
fon fils. I époula Ifabelle
Dame de Renty , fille & heritiere
d'André & de Marie de
Brimeu , & il en eut Jean , Sire
de Croy & de Renty , Confeiller
& Chambellan de Philippes
Je Hardy Duc de Bourgogne ,
& de Jean fon fils . Le premier
luy procura la Charge de grand
Bouteillier de France , & il fut
tué à la bataille d'Azincourt
l'an 1415. Il avoit époufé Marie
de Craon fille de Jean de Craon
premier du nom, fieur de Dommard
& de Marie de Châtillon
, Antoine Sr de Croy &
de Renty , Comte de Porcien
premier Chambellan du Duc
F fiij
342 MERCURE
de Bourgogne , qui l'honora de
l'Ordre de la Toifon d'or , fut
leur fils . Jean de Croy premier
du nom , Comte de Chimay qui
fit la branche des Princes de
Chimay , des Comtes de Solre
& des Ducs d'Havré fut le fecond
. Le Roy Henry IV . érigea
en 1598. la Terre de Croy
en Duché › pour Charles de
Croy, Duc d'Arfchot.
Mr le Marquis de Lavardin .
Il eftoit fils de Henry- Charles
de Beaumanoir , Marquis de Lavardin
, Lieutenant General des
Armées du Roy , qui s'eftoit
fi fort diftingué à la bataille de
Saint Godart , & de Dame N.,.
de Noailles , foeur de Mr le
Maréchal & de Mr le Cardinal'
de Noailles. Comme j'ay parlé
}
GALANT 343
d'une maniere fort eftenduë de
la Maifon de Lavardin , il n'y a
que quelques mois lors du mariage
de celui qui vient d'eftre
tué , avec Mademoiſelle de
Noailles . Ce feroit ufer d'une
redite ennïueufe que de revenir
fur cette Genealogie , il fuffit
de dire que la Maifon de Beaumanoir
et une des plus confi
derables & des plus nobles de
la Province du Maine , Les
Seigneurs de Beaumanoir ont
eu la Terre de Lavardin , qui a
d'abord eſté une Baronnie , puis
un Marquifat par le Mariage
de Jean de Beaumanoir , pre
mier de ce nom , qui époufa
Alix , heritiere de Lavardin . Feu
Mr le Marquis de Lavardin
avoit époufé en premieres noces
F fiiij
344 MERCURE
- ·
Françoife Paule Charlotte
d'Albert , fille aînée de Louis-
Charles d'Albert Duc de Luynes
, dont il aeu me laмarquife de
la Châtre qui heritera des biens
de la Maiſon de Lavardin , par la
mort de fon frere . Le Maréchal
de Lavardin ( Jean de Beaumanoir
) eftoit le Trifayeul de celur
qui vient d'eftre tué. Il mourut
à Paris l'an 1614. au retour de
ſon Ambaſſade d'Angleterre.
Mr le Marquis de Brulart.
Il étoit fils de feu Mre Nicolas
Brulart Marquis de la Borde de
Sombernon , du Memont , du
Malain , du Muffey , Premier
Prefident du Parlement de Bour
gogne , & de fa feconde femme
Dame Marie Boutellier de Chavigni
, qui a épousé en fecondes
GALANT 345
noces Mr le Duc de Choifeüil.
Feu Mr le Premier Prefident
eftoit arriere - petit - fils de Denis
Brulart , & de Magdeleine
Hennequin Il quitta la Charge
de Procureur General au Parlement
de Paris , pour prendre
celle de premier Prefident au
Parlement de Dijon , & fut le
premier de ſa Maiſon qui s'établit
en Bourgogne . Ce Denis
eût Nicolas , auffi Premier Prefident
au Parlement de Dijon ,
lequel eût de Marguerite Bourgeois
de Crepy d'Origni , fa
femme , Denys Brulart , qui fut
fecond Prefident à ce même
Parlement , & qui eût de Marie
Maffal , fa femme plufieurs
enfans , l'aîné defquels fut Nicolas
Premier Preſident de
Dijon , pere du jeune Seigneur
>
,
346 MERCURE
qui vient d'eftre tué . La Maifon
de Brulart eft originaire du
Pays d'Artois . Adam Brulart fut
Chambellan de France dans l'Ir
fiecle. Il vint s'établir en France
fous Philippes I. Il fut de la premiere
Croifade. Il eut pour fils
Godefroy Brulart , qui fut auffi
Chambellan de France , & qui
mourut à la guerre que Philippes
Augufte eut contre Hugues
de Bourgogne . Il eft enterré à
Saint Innocent , où l'on voit
fon Epitaphe. Son fils Adam
fecond fut auffi Chambellan de
France . Il commanda deux cens
Cuiraffiers au Siege d'Avignon
que Louis VIII. fit contre les
Albigeois. Jacques Brulart fut
fon fils pofthume, & fut premier
Maiſtre de la Chambre ambulante
par tout le Royaume. II
GALANT 347
faudroit un Volume entier
pour bien parler de toutes les
differentes branches de cette
illuftre Maifon .
>
Mr de Calvos , je dis Calvos
avec une s puifque ce nom
s'écrit ainfi , & non Calvo
quoique par un long uſage on
ait retranché l's feulement en
France. Il eftoit fils de Dom Jofeph
de Calvos Mestre de Camp
de Cavalerie, & de Doña Maric
de Baffedes & Marguerit. Ce
nom eft affez connu en France,
puifque fon oncle étoit Dom Jofeph
MargueritMarquis d'Aguil
lard qui a rendu de grands fervices
à l'Etat, eftant Gouverneur
de Catalogne , Dom Jofeph de
Calvos eftoit fecond frere de
Dom Francifco de Calvos Lieu
348 MERCURE
,
tenant general , Chevalier des
Ordres du Roy , Gouverneur
d'Aire , Dom Benoift de Calvos
avoit efté élevé par fon
oncle au fervice du Roy , étant
encor fort jeune , il a commencé
à fervir avant l'âge de
quinze ans , il eftoit Colonel
du Regiment Royal d'Infanterie
& Brigadier il s'eft
trouvé pendant les dernieres
guerres dans toutes les occafions.
Il a fervi cette année
au Siege de Bonn ,, de Bri
fac , de Landau , & dans la Bataille
où il vient d'être tué.
Il n'avoit pas encore 30 ans. Il
a perdu fon pere & la mere fort
jeune. Il a deux foeurs & un
frere ; l'aînée a epouſfé le Comte
d'Eril fon couſin Brigadier
GALANT 349
..
de Cavaleris dont elle n'a point
eu d'enfans. La feconde a époufé
Mr de Tort homme de
grande remarque dans la Province
de Rouffillon . Un de fes
fils âgé de feize ans , a déja
fait trois Campagnes avec fon
oncle , il arriva avec le Regiment
dans le lieu , où il venoit
d'être tué , une heure auparavant
. Dom Benoist a laiffé
encore un frere qui eft fort
jeune , & c'est tout ce qui refte
de cette bonne & brave Nobleffe
; cette maifon eft de la
Province de Catalogne , elle eſt
alliée aux plus grandes maifons
de la Province , fçavoir à la maifon
d'Eril , à celle de Lapoufa , à
celle de Dardenne , autrement
d'Illes à celle d'Aguillars

350 MERCURE
ou de Marguerit , à celle de
Roqueberti, à celle d'Oms , &
à beaucoup d'autres.
Ce qui fuit , regarde les per
fonnes de diftinction tuées dans
l'armée des ennemis.
Le Prince de Saxe Meningen.
Ila efté fort regretté des Generaux
, il eftoit d'une valeur diftinguée
. La maison de Saxe eft
une des plus anciennes maifons
de l'Europe , elle eſt diviſée en
plufieurs branches , les princi
palles font celles de Saxe Hall
de Saxe Mersbourg , de Saxe
Naumbourg ou Zeits , de Saxe
VVeymar dont eft l'Evêque de
Raab , de Saxe Eyfenach , &
de Saxe Gotha . La branche
d'Altembourg finit en 1673 )
GALANT
351
Jean Frederic qui eftoit Ele-
&teur , fut dépouillé de cette
dignité par l'Empereur Charles-
Quint en 1548. Maurice
fon coufin arriere - petit fils de
Frederic II . en fut invefti , &
le tranfmit aux enfans d'Augufte
Maurice fon frere , jufqu'à
Jean Georges III . Electeur de
Saxe. Il y a encore une branche
de Saxe qui profeffe la religion
Catholique : c'eft celle
de Saxe Lavvembourg. Le Duc
fait fa refidence au Château de
Lavvembourg qui domine une
petite Ville qui eft fur la rive
de l'Elbe . Ces Ducs eftoient
autrefois Electeurs ; mais l'Empereur
Sigifmond les priva de
cette dignité , parce qu'ils ne
luy en avoient pas deman de
352 MERCURE
l'inveftiture affez à temps , &
il fit Duc & Electeur de Saxe
Frederic le Belliqueux , qui étoit
de l'ancienne famille de VVitikind
le Grand . Frederic le
Belliqueux fut pere de Fredericle
Pacifique , qui eut deux fils Erneft
& Albert le courageux ,
dont defcend le Roy de Pologne
d'aujourd'huy. Henry
Meibomius a fait une introdu-
&tion à l'Hiſtoire de Saxe , que
ceux qui voudront s'inftruire
à fonds de cette grande maifon
, doivent confulter.
Le Prince de Heffe-Hombourg.
La branche de Heffe-
Hombourg fut formée dans le
feiziéme fiecle par Frederic
Landgrave deHeffe - Hombourg
quatrième fils de Georges I
GALANT
353
dit le Debonnaire , Landgrave
de Heffe - Darmſtad , & de Madelaine
, Fille de Bernard Comte
de Lippe , fa premiere femme
, & ce même Landgrave,
Georges , forma dans le même
fiecle celle de Darmstad . Il
eftoit le 3e . fils du fameux Philippes
I. dit le Magnanime , qui
avoit fuccedé à tous les biens
de la maison de Heffe , & qui
fut un des plus grands Princes
& des plus malheureux de fon
temps . C'est le même que l'Empereur
Charles - Quint fit arrêter
, en violant un fauf- conduit
qu'il luy avoit fait donner.
Ce Prince aima les lettres , &
il fonda l'Univerfité de Marpurg.
11 laiffa pour Heritier
de les Etats , Guillaume IV.
Gg Decembre 1703.
f
354 MERCURE
dit le Sage , qu'il avoit pris
foin d'élever dans les lettres ,
& dont même on publia des
obfervations Aftrologiques &
quelques autres productions de
fon efprit qui le firent fort eltimer
des Sçavans . Perfonne n'ignore
que la maiſon de Heſſe
eft une des plus illuftres de
l'Allemagne , elle eft fortie de
la maison de Brabant . Henry
le Magnanime Duc de Brabant
cut de Sophie de Thuringe fa
feconde femme Henry , dit l'enfant
ou le jeune , qui eut un
grand talent pour la Poëfie ,
Cette Sophie eftoit fille de S.
Louis VI. du nom Landgrave
de Heffe & de Thuringe , &
de Ste Elizabeth de Hongrie.
Ces Landgraves defcendoient
GALANT 355
de Louis II . fils de Charles de
France , Duc de Lorraine.
Le fils du Prince de Naſſau
VVeilbourg. Tout le monde
connoît l'antiquité de la maiſon
de Naffau ; j'ay eu fouvent occafion
de vous en parler : ainfi
je vous diray feulement
que la
branche de V Veilbourg defcend
de V Valrame de Naffau ,
qui mourut en 1289. & qui fut
pere de l'Empereur Adolphe ,
& dont la pofterité fut fous - divifée
en trois branches , qui
font Naffau Salbruck , Naffau
VVisbaden & Idftein , & Naffau
VVeilbourg dont eftoit le
Prince qui vient d'eftre tue.
Henry le Riche Comte de Naf
fau qui mourut en 1254. laiffa
deux fils V Valrame & Othon ,
Ggij
356 MERCURE
1
}
c'eft de ce dernier que def
cendoit le feu Prince d'Oran - s
ge , qui par confequent ne def
cendoit de
l'Empereur Adolphe
qu'en ligne collaterale. Le
Comté de Naffau a donné fon
nom à cette maifon , qui a
produit de grands hommes. La
Ville de Nalau en eft la Capitale
, elle eft fur une colline , entourée
d'une
campagne marêca .
geufe , où eft la riviere de Loën
ou Lanh , entre Marpurg & le
Fort de
Hermerflein. Voilà ce
que j'ay à vous dire de nouveau
touchant la maifon de Naffau
tout ce que je vous en pourrois
dire de plus , ne vous
paroîtroit
plus nouveau . Il fuffit de remarquer
que l'ambition a tou
jours efté la paffion
dominantelo
GALANT 357
de ceux de cette maifon . On
en a fait l'experience dans le
dernier fiecle.
Le 28. du mois paffé , Mr
d'Herbigny Me des Requêt
époufa Mademoiſelle d'Eftra..
des. Il ne pouvoit faire un
choix plus generalement ap- p
plaudi . C'est une jeune perfonne
bien faite , de fort belle taille
, & qui a tous les agrémens
que peut fouhaiter un époux
dans une femme , pour vivre
heureux avec elle. Sa fageffe
& fa modeftie répondent à fa
naiffance , qui eft trés
conlide
.
rable. La maifon d'Eftrades eft
fort ancienne dans la Guyenne
& dans l'Agenois. Guillaume
d'Eftrades fut pere de Raoul
d'Eftrades.deftratisMaréchal de
358 MERCURE
France vers l'an 1140 , & ce
Raoul eut un fils du même nom
qui époula Marguerite de Courtenay.
Tous leurs fucceffeurs
fe font diftingués par leur valeur
, & particulierement Godefroy
Comte d'Eftrades , qui
par de trés grands fervices rendus
à l'Etat , merita d'eftre
fait Maréchal de Camp des
Armées du Roy, en 1639. Lieutenant
General en 1650. & en
fuite Maréchal de France , II.
eft mort Gouverneur de Monfieur
le Duc d'Orleans , laif- .
fant deux fils , qui font Mr le
Marquis , & Mr. l'Abbé d'Eftrades
, Mr le Marquis d'Eftrades
qui eft Maire de Bordeaux ,
a fervi le Roy avec beaucoup
de diftinction. Madame la Mar
GALANT
359
Blouin >
quife d'Eftrades d'aujourd'huf
qu'il a épousée en fecondes noces
, eft fille de Madame de
la Galiffoniere , & foeur de Mr
premier Valet de
Chambre du Roy & Gouverneur
de Verſailles . C'eft de ce
fecond mariage de Mr le Marquis
d'Eftrades , qu'eſt venuë
Mlle. d'Eftrades , qui en marchant
fur les traces d'une mere
vertueufe que les
avantages
de l'efprit & de la beauté, n'ont
pû attacher à ce qui flatte le
plus dans le monde , ne peut
manquer d'eftre une Dame des
plus accomplies . Je ne vous
dis rien de Mr. l'Abbé dEſtrades
, fon merite eft connu de
tout le monde , & la gloire
qu'il s'eft acquife dans fes Am
360 MERCURE
baffades de Veniſe & de Savoye
, parle pour lui d'une ma.
niere fi avantageufe , qu'on n'y
peut rien ajouter.
Mrd Herbigny eft de la maifon
de Lambert en Normandie,
dont il y a plufieurs branches .
Dans celle qui porte le furnom
d'Herbigny , il y avoit au commencement
du fiecle paffé ,
deux freres dont le cadet Pierre
Lambert Seigneur de S. Mar ,
poula Angelique de Montga
nery , fille de Gabriel de
Montgomery , & d'Aimée de
Chatenai Il en eut plufieurs
enfans qui ont effé mariés. François
Lambert Seigneur d'Herbigny
& de Mont S. Jean l'aî
ne des deux Freres , fut marié
à Jeanne de Meline , fille
GALANT 36r
de Jean Jacques de Mefme ,
Seigneur de Roiffi , Confeiller
d'Eftat . Il en eut trois fils &
une fille qui époufa Charles de
Runnes fils de Jacques de Runnes
, Marquis de Fouquezolles
& de Beaucamp , & de Charlote
de Mouchi de Montcaurel.
De ce mariage fortit une fille
unique , que Mr le Marquis
d'Entrades avoit épousée en premieres
noces , & dont il à eu
Mr le Comte d'Eftrades , Colonel
d'un Regiment de Dragons
qui porte fon nom . Des
trois fils de François Lambert
frere de Pierre , le cadet nommé
Henry , avoit épousé Elizabeth
Rouillé . On fçait les alliances
& les dignitez qui font
dans cette famille. Ce Henry
Decembre 1703 Hh
362 MERCURE
Lambert Seigneur d'Herbigny,
a efté Confeiller au Parlement,
& enfuite Me. des Requeftes .
Il a eu plufieurs Intendances ,
& une Commiffion extraordinaire
pour la vifite & la reformation
des Amirautez de France
. Pierre Charles Lambert le
cadet de deux fils qu'il a laiffez
, a esté Confeiller au Parle
ment de Metz , depuis Confeiller
au Parlement de Paris , enfuite
Maiftre des Requeſtes , &
il a la Commiffion du Confeil
pour travailler avec Mrs les
Maréchaux de France dans
toutes les affaires de la Nobleffe
du Royaume dont ils font
Juges . C'eft celui qui vient d'épouler
Mademoiſelle d'Eftrades
; en forte qu'aujourd'hui
GALANT 363.
ces deux Maifons fe trouvent
doublement alliées .
Mr
Vous avez ouï parler des
Troupes Angloifes qui font
parties pour aller fervir en Efpagne
, qui doivent eftre commandées
par мr le Duc de Barvvick
, & qui eftoient en quartier
aux environs de Mante.
Elles forment un Bataillon dont
le Roy d'Angleterre a efté faire
la revuë. Sa Majeſté Britannique
fut complimentée à la porte
de la Ville de Mante , par lc
Maire & les Echevins qui luy
firent les prefens ordinaires de
vin , & c. Le Maire offrit fa maifon
à ce Monarque pour fe repofer
& pour fe rafraîchir. Le
Doyen à la tête du Chapitre fit
Hhij
364 MERCURE
auffi compliment à Sa Majeſté ,
dans le lieu où ce Prince dîna.
Mrs du Prefidial s'acquitterent
du même devoir , ainfi que Mrs
de l'Election . Sa Majeſté Bri
tannique vit auec plaifir le Bataillon
& l'examina , comme
ayant envie d'eſtre informée de
tout , elle parla aux Officiers
& leur fit compliment fur le
bon état où fe trouvoient leurs
Troupes. Voicy , en propres
termes , ce que Sa Majefté leur
dit. Meffieurs , je fçais vostre zele
pour mon fervice , foyez affuré que le
Service que vous rendrez au Roy
d'Espagne , me fera auffi agreable
que fi vous me le rendiez immediatement
à moy-même. Ce Prince
donna cinquante Louis d'or aux
Soldats , pour boire à la fanté
GALANT 365
des deux Rois . Ils parurent
charmez de leur legitime Souverain
; ce qu'ils témo gnerent
plus d'une fois par des cris d'allegreffe
, & en jettant leurs
chapeaux en l'air , ces Troupes
dirent toutes d'une voix que
celles dont l'Armée de Mr de
Marlebouroug eftoit compofée
avoient vû ce Prince , elles auroient
toutes deferté pour fe
joindre à fon parti.
fi
Il a couru beaucoup de Liftes
des Troupes auxiliaires que le
Roy envoye en Espagne . Plufeurs
de ces Liftes font defee->
tueuſes , ou peu juftes ; mais
vous pouvez compter fur la ve
rité de celle que je vous envoye
Hhij
366 MERCURE
INFANTERIE .
Bataillons .
Du Maine.
Barrois .
La Couronne.
Sillery.
Orleans .
Second de Medoc ..
Second de Bigorre.
Second de Miromefnil
Second de Breffe.
Second de Barvvick.
Gardes Flamandes .
Second de la Sarre.
Second de Dauphiné..
Du Gaft Bellaffaire..
20+
2
2.
A ÄNN
2
2
I
I
Σ
Ι
Γ
I
GALANT 367
CAVALERIE.
Berry.
Vienne.
Fiennes.
Vignaux .
Pelport .
Parabere..
Efcadrons.
2
DRAGONS,
Bouville .
Chevalier de Montmain .
19.
On dit que мr de Puynors
mand fera Major General de ces
368 MERCURE
Troupes , & que le Neveu de
Monfieur de Puylegur , fera
Maréchal des Logis general .
Vous fçavez que мr le Che
valier d'Asfeld & мr le Comte
de Joffreville ; ont auffi efté
nommez pour fervir en Efpagne
, en qualité de maréchaux
de Camp . Mr des Perriers a auffi
efté nommé par le Roy pour y
commander l'Artillerie. Il mene
avec lui des Commiffaires
d'Artillerie , des Canoniers , des
Pointeurs & des Bombardiers .
On affure que мr le Comte®
d'Egmont qui eft d'une tresgrande
Maifon , a efté choisi par
le Roi d'Espagne pour comman .
der la Cavalerie . Les Troupes
Françoifes qui vont en Efpagne
yarriveront completes , parce
+
GALANT 369
qu'elles trouveront leurs recrues
en chemin ; on a preveu
à tout ce qui leur eft neceffaire
pour traverser les terres d'Efpagne
, & мr de Puyfegur qui
a pris les devans met ordre à
tout .
Voici une lifte des Troupes
d'Alface qui font parties pour
fe rendre en Dauphiné .
Bataillons.
Touraine .
La Marche.
Brie , premier Bataillon .
Orleannois .
Froulay.
2
I
I
I
Sanzai .
Les feconds Bataillons de Flandres
, de Sourches , Tournais
370 MARCUR
E
fis , & de l'Ile de France .
Cavalerie,
Le Regiment de Briffac.
Dragons d'Hautefort .
Pefeux .
Et Verceil.
>
Mr de Roquefeüille , ci - devant
Major de Landau , & depuis
Lieutenant de Roy à neuf-
Brizac , a eu la Lieutenance de
Roy de Landau & Mr de
Queiras Capitaine dans le
Royal Infanterie , a esté fait
Major de cette Place. Mr de la
Reguiere commandera dans le
reduit .
Mr le Marquis de Courtebonne
a eu la Charge de DiGALANT
37X
-recteur general de la Cavalerie
qu'avoit Mr le Comte de Marcin
, & Mr de Coignies , le fils ,
a eu celle d'Infpecteur.
Le Regiment de Dauriac a été
donné à мr de Coulange qui a
reçû à la bataille de Spire , où
il commandoit la Meftre de
Camp cinq coups qui lui ont
fait autant de bleffures .
Le Regiment de Lorraine qui
vaquoit par la mort de Mr de
Mongaillart , a efté donné à
Mr de Mouchi parent de Mr le
Cardinal d'Eftrées .
Ce Cardinal arriva le7 Decembre
à Verlailles , & falua
le Roy lorfque Sa Majefté paffoit
pour fouper. La Scene fe
paffa devant toute la Cour . Ce
Prince l'embrala à plufieurs
372 MERCURE
reprifes , lui parla avec ten
dreffe , & lui dic
entretiendrons .
> nous nous
Ce Cardinal n'étoit point revenu
en France depuis qu'il en
étoit parti pour le Conclave où
le Pape qui occupe aujourd'huy
le Siege de Saint Pierre,
fut élevé. Aprés cette exaltation
il demeura à Rome où les
affaires font tres- difficiles à manier
dans une Cour auffi delicate
& auffi partagée , & dans
laquelle plufieurs Miniftres
étangers fe font fouvent une
efpece de guerre.
Mr le Cardinal d'Eſtrées paſſa
de là à Venife où la fageffe de
cette Republique ne rend pas
le maniment des affaires plus
faciles , puifque fa politique ne
tend
GALANT 373
Fend qu'à menager toutes les
puiffances de l'Europe , afin de
n'en avoir aucune pour ennemie
, ce qui donne fouvent
beaucoup d'occupations aux
Miniftres étrangers , lorfque
les affaires font preffantes , &
qu'ils pourroient élever leurs
voix avec juſtice..
Le Cardinal dont je vous
parle ne quitta Venife que pour
aller fervir le Roy en Espagne ,
où le defordre qui regnoit dans
les affaires de la Monarchie
pendant le regne ' paffé , fait
que ce Gouvernement a peine
à prendre une forme reglée , ce
qui rend dans cette Cour lemploy
des Miniftres Etrangers
en ce païs là fort difficile.
Mr le Cardinal d'Eftrées re
Decembre 1703. Ii
874 MERCURE
venoit de s'acquitter heureufe
ment de tous ces grands em.
plois lors qu'il a efté fi bien
receu du Roy .
n'a pas
>
Mr le Maréchal de Tallard
efté moins bien receu
de Sa Majefté en luy venant
rendre compte de fervice d'une
autre nature. On revient avec
plaifir quand on eft amené fur
les aifles de la Victoire &
qu'on apporte aux pieds de fon
Maiftre une moiffon de Lauriers
, à peine ce Maréchal eûtil
mis le pied dans l'Apartement
du Roy , qu'il fut environné
& felicité de tous ceux
qui y eftoient alors .
Le Roy qui eftoit enfermé
dans fon Cabinet ayant appris
le retour de ce Maréchal ,Te fit
GALANT
375
aufli toft entrer , & lui donna,
en l'embraffant , des marques
de fa joye & de fa bienveillance
. I demeura quelque temps
enfermé avec Sa Majesté . Si par
le commencement on peut juger
de la fuite , il y a lieu de
croire qu'ils furent tres - fatisfaits
l'un de l'autre.
L'Empereur, la Reine d'Angleterre
& les Hollandois , nefe
font point trouvé en eftat à
la fin de cette Campagne , de
faire de pareilles careffes à leurs
Generaux .
Le Roy a rempli les places
qui estoient vacantes dans la
Gendarmerie.
La Compagnie des Gendarmes
de Berry , qui vaquoit par
la mort de мr le Marquis de
li ij
376 MERCURE
Brularda été donnée à мr leмarquis
de la мeffeliere qui eft dans
le fervice depuis plus de 30. années
, Il a été longtemps Exempt
des Gardes du Corps dans la
Compagnie de Noailles . Il eſt
d'une illuftre & ancienne мaifon
de Poitou & des mieux alliées .
La Lieutenance des Chevaux
Legers Dauphins a efté donnée
à мr Schovel de la martiniere .
Celle des Chevaux Legers
de Bourgogne à мr Portail ,
Seigneur de Chatou prés de
Saint Germain en Laye.
Et celle des Gendarmes d'Anjou
à мr le Chevalier de Janfon
neveu du Cardinal de ce nom.
Il y avoit auffi deux Enfeignes
vacantes , dont l'une a été
donnée au fils de мr de Buſca,
GALANT 377
Lieutenant General , & l'au
tre à мr de Fontenay.
La premiere Cornette des
Chevaux Legers a efté donnée
à мr d'Harcourt
Maifon d'Harcourt .
aîné de la
Les quatre Guidons vacans
ont efté donnez
A мrde Briord , fils de мr le
Comte de Briord ci - devant
Ambaſſadeur´ pour le Roy en
Savoye & en Hollande .
La feconde à мr de Saint
Valery , fils de feu мr le мarquis
de Gammacke , neuveu de
Mr de Cayeux .
C
La troifiéme à мr le Comte
de Clere , Capitaine dans le
Regiment du Maine Cavalerie.
Et la quatrième à мr le Comte
de Cerney Capitaine dans le
li iij
378 MEKCUR E
Regiment Royal de Dragons.
Les marques de valeur que
tous ces Mrs ont données en plufieurs
occafions font caufe que
le Roy les a choifis pour remplir
les places que je viens de
yous marquer .
Le Roy d'Espagne voulant
avoir quatre Compagnies de
Gardes à Cheval de deux cens
hommes chacune , en a nommé
les Capitaines , qui font мr le
Comte de Lemos Viceroy de
Sardaigne , Mr le Marquis d'Ayetona
qui fert dans l'armée de
Lombardie , où il s'eft fort dif
zingué , mr le Prince Tfcerclas
de Tilly Capitaine General de
Stramadeure , & мr le Duc de
Popoli General de l'Artillerie
dans le Royaume de Naples.
2
GALANT
379
On doit remarquer que le Roy
voulant faire voir non feulement
la fatisfaction qu'il a de
fes Sujets Efpagnols , mais auffi
'de fes Sujets Italiens & Flamands
. Il y a parmi ces quatre
Commandans deux Capitaines
Espagnols , un Italien , & un
Flamand. Les Efpagnols font
Mr le Comte de Lemos & Mr
le Marquis d'Ayectona . Le Capitaine
Italien eft Mr le Duc
de Popoli , & le Flamand Mr le
Prince Ticerclas de Tilly.
Vous avez oui parler de la
tempête qui a tant fait perir de
monde & de Vaiffeaux le 7. &
le 8. du mois paffé , en Angleterre
& en Hollande . Je vous
envoye deux extraits de Lettres
qui parlent de cette tempete
380 MERCURE
Extrait d'une Lettre d'Anvers
du 19. Decembre 1703.
L'Orage a fait un fi terrible defordre
en Angleterre & en Hol.
lande , que la perte qu'on y a fait
monte à cent millions . Ily a euplus.
de trente mille perfonnes de noyées
un nombre infini de Vaiffeaux peris
, & tous les Equipages de l'Archiduc.
Fe fçais par un homme qui arrive
dAngleterre , que la mer eft toute
couverte de bonnets de Grenadiers
, & qu'on a fait défence dans
ce Royaume de parler des pertes
qu'on y a faites , & de la bataille
de Spire.
L' Archiduc eft tres à charge en
Hollande
GALANT 381
Extrait d'une Lettre de la Haye
du 11. Decembre 1703 .
A nuit du Vendredy au Samedy
dernier, nous eumes icy un ouragan
fi violant , que perfonne ne fe
fouvient d'en avoir vu un pareil ;
il a caufé dans le pays beaucoup de
dommages. Les Villes font comme
fi on les avoit bombardées , quantité
de maifons entierement renver.
fées , les plus beaux arbres deraci-.
nez, & parmi eux une trentaine
de ceux qui faifoient l'honneur de la
Haye en Voorhaut & en Viverberg
, des Digues percées par la
violence de la mer , des Vaiffeaux
poris , & entr'autres plufieurs de
ceux qui eficient deftinez a transport
de l'Archiduc , dont une partie
382 MERCURE
du bagage est allée à fond avec
celui des Officiers & Gentilshommes
qui l'acompagnent. Trois mille
hommes de Troupes qui estoient fur
les Veffeaux qui ont peris , ont
neantmoins eu le bonheur de fe fauverprefque
tous. Nous ne fçavons
pas encore bien tout le détail des
dommages caufezparcette tempefte ,
mais il fe trouvent de jour en jour
plus grands .
Nous n'avons encore aucune niuvelle
de l'Amiral de Callemberg.
Celafait juger qu'il a esté poußé
fur la cofte de Norvegue , quoique ce
foit la ce qu'on en peut croire de plus
favorable , c'est toujours un mal-
Le
voyage
de Portuheur
en ce que
gal ne fe peut faire que cette flotte
ne fe trouve au rendé- vous .
L'Admital Almonde eftoit heu
GALANT 38
reufement entré dans ces Ports avant
la tempefte avec les Vaiffeaux qu'il
a ramenez de la Mediterante, On
celebra icy Mercredy dernier unjour
de prieres & de jeûne pour implorer
la benediction du Cielfur l'ouvrage
qu'on a entrepris & dont l'execu
tion rencontre tant de difficultez.
L'Archidac a emprunté icy foi-
Kante mille écus fur des joyaux efti
mezcent cinquante mille écus .
Je ne vous envoiyerai que le
mois prochain les noms de ceux
qui ont deviné l'Enigme du
mois dernier ; cependant voicy
une Enigme nouvelle que je
yous envoye .
384 MERCURE
ENIGM E.
J'Ay,dansla CabinetdesRois,
Part au plus fecrettes affaires,
Etj'y couvre bien des myfteres
Qui font , pour leurs Sujets , d'in
violables Loix.
2
Mon corps n'eft rien qu'un com
pofe
D'une infinité de parties
ن م
Qui , quoique fans rapport , &
toutes defunies ,
Reçoivent de la main un mouve-.
ment aifé.
S
Je n'ay jamais rien Ik nyjama's
rien écrit ,
Ainfi je n'ay fçience , ny lumiere,
Cependant le plus bel efprit
Me
LYON
1893
385
Y
GALANT 385

Mefait fur fon travail , repaſſer
la derniere .
Je croi que vous ferez fatis
faite de l'Air fuivant .
F
AIR NOUVEAU.
Eune Iris dans noftre querelle ,
Je n'examine point qui de nous
deux à tort ,
De tout ce qu'il vous plait , je de
meure d'accord ,
Et vous avez raiſon puifque vous
étes balle.
>
Madame la Ducheffe d'Albe
ayant impatience de faluer
le Roy comme Ducheffe
d'Albe & non comme Am.
baffadrice , ne put attendre
qu'elle fut entierement guerie
Decembre 1703. Kk
386 MERCURE
d'une fluxion qu'elle avoit fue
fur le vifage; ainfi elle partit de
Paris le 21. Decembre , & arriva
à Versailles fur les fix heures
du foir chez Madame la
Maréchalle d'Harcourt , où elle
foupa Madame la Ducheffe du
Lude , Madame la Maréchalle
de Coeuvres , & Mr le Maréchal
Duc d'Harcourt la conduifirent
dans le Cabinet du
Roy à dix heures & demie du
foir , accompagnée de Mr le
Duc de S. Pierre , de Mr de
Saintot & de Mr de Blecourt ,
ce dernier pour lui fervir d'Interpretes
On la fit paffer par
l'appartement de Madame la
Ducheffe de Bourgogne , & par
la grande Gallerie qui eftoiɛ
fort illuminée. Elle fut furprife ,
GALANT 387
de la grandeur & de la magnificence
de ces lieux , & du grand
nombre de Courtifans qui s'y
promenoient . Le Roy à la for
tie de table entra dans fon Cabinet
, fuivi de Monfeigneur
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , de Monteigneur
le Duc de Berry & de Monfieur
le Duc d'Orleans .
Sa Majesté la falua & la baifa.
Elle parla au Roy avec beaucoup
d'efprit & de délicateffe.
Ce Monarque luy répondit ,
Qu'il avoit apris avec beaucoup de
jaye le choix qu'avoit fait le Roy ,
fon petitfils , de Mr le Duc d'Albe
pour venir Ambaffadeur en Frances
Qu'il n'avoit pas eu moins de joye
de fçavoir qu'elley venoit avec Mr
le Duc d'Alte. Qu'il eftoit bien
Kk ij
388 MERCURE
inftruit , & bien perfuadé de toutes
les diftinctions qu'ils meritoient , &
de leur naiffance. Qu'il leur accor
deroit icy toutes celles qui dépendoient
de lay. Qu'il avoit toujours
regardé avec beaucoup d'eftime la
Nation Espagnole , qu'il en connoiffoit
la nobleffe & le merite ,
qu'en leur particulier il leur feroit
remarquer le cas qu'il en faifoit ,
& l'estime qu'il avoit pour Mr le
Duc & Albe & pour elle.

ن م
Madame la Ducheffe d'Albe
fit une réponfe tres - fpirituelle
& tres - polie .
"
La vifite dura demi quart
d'heure . Les Dames qui avoient
conduit cette Ducheffe la ramenerent
par la Chambre , le
Sallon & la Salle des Gardes
chez Madame la Ducheffe de
GALANT 389
Bourgogne , où elle trouva un
Cercle composé de toutes les
Princeffes & Dames de la Cour
fort parées & brillantes de
pierreries , dont cette Ducheffe
avoit auffi une prodigieufe
quantité. Il y avoit auffi grand
nombre de Courtilans La vi
fite fut courte & fe paffa de
bout . Madame la Ducheffe de
Bourgogne parut tres - contente
de cette Ducheffe , qui marqua
de fon cofté combien elle eftoit
charmée de Madame la Ducheffe
de Bourgogne
.
La converfation roula fur le
merite & fur les perfections de
la Reine d'Espagne , & fur la
reffemblance que Madame la
Ducheffe d'Albe trouvoit entr'-
Elles . En fortant de là elle alla
Kk jij
390 MERCURE
chez Madame & Son Alteffe
Royale luy fit l'accueil du monde
le plus gracieux . Elle alla
enfuite chez Madame la Ducheffe
d'Orleans , où elle trouva
encore un nouveau Cercle.
Elle revint chez elle charmée
de tous les honneurs qu'elle
avoit reçûs
.
&
Le lendemain Samedy , quoique
fa fluxion continuât
qu'elle eut vû , chez le Roy ,
Monfeigneur & мeffeigneurs
les Princes , elle voulut refter
pour leur rendre fes devoirs en
Feur particulier. Ce qu'elle fit.
Elle alla chez Monfeigneur ,
chez Monfeigneur le Duc de
Bourgogne & chez Monfeigneur
le Duc de Berry , & enfuite
chez Madame la Princeſſe,
GALANT 391
chez Madame la Ducheffe ,
chez Madame la Princeffe de
Conty & chez Madame la Ducheffe
du Maine . Elle rendit
auffi des vifites à d'autres Perfonnes
diftinguées qui l'étoient
venuës voir à Paris . Le Samedy
la Cour prit le deüil
pour Ma
dame la Ducheffe de Mantouë,
& cette Ducheffe y parut aufli
en deüil . Elle revint le Samedy
au foir . Elle parle du Roy
d'une manière digne de ce Mo
narque , & elle ne put fe laffer
de dire , qu'elle voudroit que
tous les Espagnols euffent le
même bonheur qu'elle a eu de
le voir & de l'aprocher , &
qu'ils redoubleroient tout ce
qu'ils ont pour luy d'amour &
de refpect. Elle dit ce que la
392 MERCURRE
Reine de Saba dit de Salomon
dés qu'elle l'eut và : Heureux
Les sujets qui peuvent toujours jouir
de fa Perfonne. Elle dit auffi ,
qu'aucun n'ignoroit en Espagne,
la veneration qui eftoit due à Sa
Majesté que les Espagnols ne
pouvoient rien ajouter à l'idée qu'ils
en avoient , qu'en venant juger
icy par eux-mêmes de ce que ne
peuvent jamais comprendre ceux
qui ne le voyent pas ; qu'elle.
ne pouvoit s'empêcher d'avoüer
qu'elle ne le trouvoit pas affez bien
nommé par le Titre glorieux &
diftingué que toute la Terre ajoûtoit
à fon nom auguste , & qu'au
lieu de l'appeller Louis le Grand ,
elle voudroit qu'on l'appellat Loüis
l'Unique. Tout le monde eft furpris
de fon efprit. Elle avoit fix
GALANT
393
Pages , douze Valets de pied
& douze Gentilshommes .
Mr le Prince de Bade voyant
l'Armée qu'il commandoit fans
habits , fans fouliers , & fans
argent , dont il avoit inutilement
demandé à l'Empereur ,
que le Cercle de Suabe lui en
avoit refufé avec des paroles
menaçantes , que les Etats Generaux
avoient approuvé l'infulte
qu'il prétendoit avoir reçûë
du General Goor qui commande
les troupes d'Hanouvre
qui font à leur folde , que l'Empereur
lui avoit écrit de faire
fatisfaction à ce General , &
qu'il ne pouvoit éviter de voir
prendre la Ville d'Aufbbourg ,
ce Prince à remis le commandement
de l'Armée au Général
394 MERCURE
Bibrak , & s'eft retiré à fon
Château de Raftat . Il y a quelques
Lettres qui portent que
c'eſt au General Thungen qu'il
a remis le commandement de
l'armée.
Quoique les dommages caufez
par la tempefte en Hollande
& en Angleterre , foient fi
grands qu'on ne puiffe de plus
de deux mois en parler qu'en
termes generaux , tant à caufe
des vives défenfes qui ont été
faites par les deux Nations d'en
écrire , & même d'en parler ;
que parce qu'il faut beaucoup
de temps pour avoir des détails
d'une auffi grande perte. On
commence neanmoins à démêler
que les Hollandois ont per
du quarante- cinq Vaiffeaux de
GALANT
395
ligne, & les Anglois vingt- cinq ,
fans compter un Vice- amiral
un Contre-amiral & prés de
deux cens Vaiffeaux chargez
de charbon . Les deux Nations
ont perdu outre cela un nombre
innombrable de bâtimens
de charge & de barques . Les
Digues de Zelande & de l'Ifle
du Texel qui ont efté rompues,
ont ruïné un grand nombre de
Villes . Celle de Briſtol
Angleterre a efté entierement
fubmergée pendant la haute
marée , toutes les Marchandifes
qui estoient dans les Maga
fins bas , font gatées , & l'Evêque
de Bath , fa femme & fes
enfans ont efté noyez . Il a auffi
peri un bâtiment chargé de
fix mille felles pour le Por
1.
> en
396 MERCURE
tugal , & d'autant de Cara
bines & de paires de Piſtolets.
LArchiduc qui avant cette
tempête fondoit en larmes lors
qu'il voyoit la mer , & qui avoit
commencé à craindre l'eau en
voyant la Meuſe , & avoit demandé
fi la mer eftoit plus ter
rible que cette riviere , donne
tous les jours des marques
qu'il aura beaucoup de peine à
fe refoudre à un nouvel embar
quement , & dit que puifque
depuis fon départ de Vienne les
Efpagnols donnent tous les
jours de nouvelles marques de
fidelité pour Philippes V. il
n'y a pas lieu de croire qu'ils fe
foulevent en fa faveur , & qu'
ainfi il ne devroit point partir.
Il eft fort à charge aux Hollan
dois ,
GALANT 397
Bois , & les fonds pour fa fubfiftance
ayant manqué , il en a fallu
prendre de ceux qui étoient
deſtinez au payement des Regis
mens Hollandois . On écrit
d'Amfterdam , que depuis que la
Hollande s'eft érigée en Republique,
elle n'a point reçu d'auffi grandes
playes que celles que luy vient de
caufer la derniere tempefte ; & l'on
écrit de la Haye que quand l'Etat
auroit perdu trois Batailles naval:
les des plus completes , fa perte fe
roit encore moins confiderable Je
viens d'apprendre que dans le
Vaiffeau où eftoit la Garderobe
& la Vaiffelle d'argent de l'Archiduc
, qui a coulé bas , il y
avoit environ ſept cens hommes ,
parmi lesquels eftoient tous les
Elpagnols & tous les Napoli
rains qui luy eftoient affidez,
Decembre 1703. LI
398 MERCURE
La perte de ce Vaiffeau eft caus
fe qu'il n'a refté à l'Archiduc
l'habit & la chemife qu'il que
avoit fur le corps ; ce font les
propres termes de la Lettre , &
c'eft pour rétablir fa Garderobe
qu'il à engagé fes pierreries.
Quant a ce qui regarde les affaires
de Mr le Duc de Savoye ,
Mr le Maréchal de Teffé a pris
les Marches , qui eft un pofte
neceffaire pour la communication
de Chambery . Mr Valiere
s'eft rendu maiftre d'Annecy , &
Mr le Duc de la Feüillade s'étant
emparé de tout le Chablais,
a mis des Troupes dans la Roche
, dans Thounon , & dans
Elian.
L'Empereur n'eft occupé , à
Vienne , qu'à recevoir tous les
GALANT 399
jours de mauvaiſes nouvelles
celles qui lui viennent du cofté
des mécontens n'étant pas meilleures
que celles qu'il reçoit du
cofté de fes Alliez Les troupes
des Mecontens font préfentes
ment enregimentées , & font
au nombre de prés de 60. mille
hommes qui font la guerre dans
les formes. Sa Majefté Imperiale
eft fort en peine de trouver
de l'argent , fes Pays hereditaires
font peu
confiderables,
fon revenu n'eft que de dixneuf
millions , & les fonds extraordinaires
qu'il pourroit
trouver ne feroient qu'à pro
portion de la grandeur de fes
Etats & de fes revenus. La
Hollande n'en peut plus trou
ver affez pour les armemens de
Lij
400 MERCURE
mer & de terre, & pour le grand
nombre de troupes Auxiliaires
qu'elle paye. L'Angleterre eft.
épuifée depuis plus de dix ans ,
& elle doit un fi grand nombre
de millions qu'on ne peut le
concevoir qu'à peine . Ainfi
l'Empereur paffera mal fon
temps , & fera peu fecouru du
Duc de Savoye , qui ne fonge
lui-même qu'à fe défendre.
Vous fçavez qu'il y a deja quelque
temps que мr l'Electeur de
Baviere s'eft emparé des villesde
Kempten & Kaufbeurn dans la
Soüabe. Elles font toutes deux
Imperiales. Kempten eft dans
une affés belle fituation . Copernic
y a demeuré autrefois plufieurs
années . Pour Kaufbeuren
ou Kaufbeurn , c'eft une petite
GALANT 401
Ville , elle eft fituée à cinq
lieuës de Memmingen , & elle
eft Imperiale depuis le temps
de l'Empereur Conrad II Cer
Electeur s'eft encor faifi du
Château de Groninbach , & it
fe trouve par là le maistre da
tout le païs , qui eft entre
Iller & l'Inn Le Château
dont je viens de parler , eft
fituée avantageuſement , & peuc
faire une longue refiftance .
Mr le Comte d'Albert a appor
té au Roy un detail de laCapitu
lation d'Aufbourg , fon valet de
Chambre eft arrivé avant lui ,
ce Comte eftant venu plus lentement
à caufe d'un coup qu'il
s'eft donné à la jambe en fautant
par deffus une bariere dans
un Village /Allemand où l'on
L1 iij
402 MERCURL
vouloit l'arrefter , parce qu'il
n'avoit plus de quoy fournir
au grand nombre de queſtions
qu'on lui faifoit il a traversé
tout le païs ennemi , lui troifiéme
deguifé en Houffard ,
& a efté pourſuivi par trente
Maiftres jufques aux portes de
Schaffoufe. Aufbourg n'a tenu
que fix jours , Mr l'Ele&eur
a fait fommer la Place aprés
trois jours de tranchée ouver
te , & a fait dire qu'il ne lui
donneroit plus que trois jours
pour fe rendre,faute de quoy il
commenceroit par faire pendre
les fix Otages qui lui avoientété
mis entre les mains un peu avant
qu'on lui manquât de parole en
livrant la Place à мr de Bade ,
qu'il reduiroit la Ville en cen-
*
GALANT 403
dres , & ne feroit quartier à qui
que ce foit , on battit laChamade
avant la fin du troifiéme jour,
La Garniſon a eu toutes les
marques d'honneur . Elle demandoit
trois cens Chariots , on
lui en a accordé cent , elle en
demandoit cent couverts , on
lui en a accordé fix , elle demanmandoit
fix pieces de canon,
on lui en a accordé 2. elle de
mandoit à eftre conduite à
Norilingen aux dépens de Son
Alteffe Electorale , ce qui lui
a cfté réfufé . Il n'y a eu aucune
Capitulation pour les
Bourgeois . Mr de Baviere ayant
voulu qu'ils fe rendiffent à dif
Ncretion il a commencé par
confifquer tous les effets qui
leur appartenoient, Son Altele
404 MERCURE
Electorale a mandé au Roy
qu'il alloit mettre fes Trou
pes dans de bons Quartiers
d'hyver . Mr Briffonnet Colonel
reformé a eſté tué à ce
Siege , il y avoit dans la Place
environ fix mille hommes : la
Cavalerie eftoit prefque toute
demontée . Mrde Baviere y a mis
12 Bataillons & 15 Efcadrons en
garnifon, qui doivent eftre nourris
par les Bourgeois , aufquels it
demande une tres - groffefomme.
Toute la Cour a eſté charmée
du recir que Mr le Comte d'Albert
a fait du Siege dont il a apporté
la nouvelle .
Je viens de recevoir ce qui
Tuit
Ragotki a foixante mille hom
GALANT 405
mes enregimentez, dont ily en a dix
de Cavalerie. Il remonte le Danu
be des deux coftez de cette riviere , &
va à Presbourg, Il a une tres-forte
Artillerie. L'Empereur a couru rif
que d'eftre enlevé par un Parti de
Mécontens entre Laxembourg &
Vienne. On dis icy qu'il a quitté
cette derniere Ville , & qu'il s'eft
resiré à Grats.
Je fuis , Madame , & c.
A Paris ce 24. Decembre 17038
APOSTILLE.
La guerre prefante eft fi fecondeſch
évenemens confiderables , & l'impatience
que témoigne le public d'apprendre
tous les jours quelque chofe de nouveau
eft fi grande , qu'il femble qu'il ne foit
plus permis aujourd'hui de parler du fie
406 MERCURE
ge d'une place , quand depuis fa prife on
s'eft rendu maistre d'une autre place
quoi que l'on ignore la plus grande par
tie des chofes qui fe font paffées , lors
qu'on a fait la conquefte de la premiere.
C'est ce qui donne lieu de s'étonner du
grand fuccés du volume qui contient le
Journal du Siege de B ifac. Ce n'eft pas
qu'il ne merite d'eftre auffi grand qu'il l'a
efté , fi on confidere l'importance de la
Conquefte , la force de la Place & le
Prince qui s'en eft rendu maiftre. D'ail
leurs des relations fi exactement détaillées
, font des leçons tres - utiles , & tresneceffaires
pour tous ceux qui font employez
à des fieges. Les Ingenieurs , les
Officiers d'Artillerie , les Mineurs , &
generalement tous ceux qui peuvent fervir
à la prife d'une Place , trouvent dans
ces fortes de livres des leçons qui leur
apprennent ce qu'ils doivent faire , & ce
qu'ils doivent éviter , pour réüffit chacun
dans ce qui regarde fon employ. On
doit auffi regarder ces fortes d'ouvrages
comme des monumens éternels , pour
GALANT 407
La gloire de ceux qui fe font diftinguez
dans ces grands Sieges , & ce n'eft que
dans ces ouvrages que leurs defcendans
trouvent les marques d'honneur qui ont
illuftré leurs familles , & qui réjaliffent
jufques fur cux . Ces exemples qui les
animent fouvent , font qu'ils cherchent
ainfi qu'ont fait leurs anceftres à fe cou
vrir de gloire , qu'ils s'illuftrent en fervant
leur Prince , & qu'ils élevent fou
vent des familles , qui de roturieres , deviennent
dans les ficcles fuivans , les
plus nobles , & les plus illuftres Maifons
dei Etat. C'eft ce qui a fait que tous les
volumesfeparez qui ne contiennent que
des relations de guerre,qui ont efté données
au Public par l'Auteur du Journal
du Siege de Brifac, ont fouvent efté réimrrimées
plus d'une fois. On en trouve
le Catalogue à la fin de ce Siege. Il auroit
fait aufli un volume feparé & plus étendu
du Siege de Landau , qu'il a donné dans
le dernier Mercure , fi la fanté luy avoit
permis de s'appliquer à un plus long tra
408 MERCURE
ail . Il luy refte un grand nombre d'ar
ticles , cant hiftoriques que galans , &
rempli d'érudition,dont chacun aura fon
tour. Les Memoires qui neferont point
affranchis , & lifiblement écrits , & fur
tout les noms propres , ne feront point
employez.
Quoi que l'Article des Enigmes pa-
Coiffe une bagatelle , il eft neanmoins
conftant que les premieres perfonnes du
Royaume s'y intereffent , & que ce jeu
d'efprit qui fervoit de divertiffement aux
plus anciens Rois , occupe encore aujour
d'hui des perfonnes de la plus haute diftinction
: On n'a point mis dans ce volume
les noms de ceux qui ont deviné
l'Enigme du mois dernier , parce que le
Mercure ne s'étant vendu que le feptiéme
du mois , & ayant efté achevé d'imprimer
dés la veille de Noël , à caule du
grand nombre de Feftes qui rempliffent
La fin du mois , le temps a efté trop court
pour qu'on en pût recevoir des explications
de tous les lieux d'où l'on en en-
Yoye ordinairemen
LYON
TABLE .
************** 米粉
TABLE
Prelude
.
Landau au Roy.
9 Relation envoyée de Namur.
Article curieux pour ceux qui forshaitent
vivre long - temps , &
dans lequel fe trouve la mors
de Madame la Marquise de
Sebeville , & de Mr de Longecombe.
43
Defcription de la maison de Meudon
. 70
Article touchant le Quietisme. 87
Bout de l'an defes Mr le Maré-
92 chal de
Lorges,
Ouverture du Prefidial de Saintes,
dans laquelle fe trouve un tresbeau
difcours.
Decembre 1703, Mm
1596
TABLE.
Ouverture du Parlement de Bor
deaux. 141
Genealogie de la Maifon de Bonfi.
144
Difcours prononcé à la derniere Sor- .
bonique par Mr l'Abbé le Normand.
152
Honneurs rendus en Flandres à
Mr le Maréchal de Villeroy . 155
Service fait à Poitiers pour feu Mr
le Duc de Lefdiguieres. 260
Reception faite à Rochefort à Mr
le Cardinal d'Eftrées.
Lotterie d'Angers .
165
18%
Difcours prononcé à la reception de
Mr de Brillac Premier Prefident
198
de Bretagne.
Stances fur l'arrivée de Madame
la Ducheffe d' Albe .
20 L
La diftinition & la nature du bien
&du mal. του
TABLE
Zettre de la Ville de Tolede an
Roy d'Espagne , en Espagnol , &
traduite en François .
215
Reponse du Roy d'Espagne. 223
Second Article des Morts.
225
Mariages. 231
Stances à Mr l'Ambassadeur d' Ef
pagnefurfon Aadiance de congé.
Carte nouvelle.
235
244
Officiers qui fe font diftinguez au
Siege de Landau, 247
Mr le Comte de Marfin eft nommé
Maréchal de France 252
Arrivée de Mr le Maréchal de Pil
257 Lars à la Cour.
Relations diverfes de la bataille
de Spire.
263
Eloge des Troupes & des Perfonnes
de diftinction qui fe font fignalées
ou qui ont efté tuées à cette bataille.
329
TABLE.
Perfonnes de diftinction tuées dans
l'armée Ennemie.
350
Mariage de Mr d'Herbigny & de
Mademoifelle d'Eftrades. 357
Revûë faite prés de Mantes , en
préfence de Sa Majeftė Brit. 363
Lifte des Troupes auxiliaires que
le Roy envoye en Espagne , 365-
Troupes d'Alface qui font parties
le Dauphiné.
pour
Majorité , Charges & Regimens
donner
369
370
371
Ce qui s'eftpaßé au retour de Mile-
"Cardinal d'Eftrées.
Reception faite par le Roy à Mr.
le Maréchal de Tallard, 374
Places vacantes dans la Gendar
merie remplies par le Roy. 375
Capitaines de 4. Compagnies de
Gardes du Corps remplies par Sa
M. C.
378
TABLE.
Lettres touchant la derniere tem
pefte. 379
383 Article des Enigmes.
Toutce qui s'eft passé à la reception
de Madame la Ducheffe d'Albe
383 à Versailles .
Raifons qui ont obligé le Prince de
Bade de quiter l'armée de l'Empereur.
393
Second Article des domages caufez
par la derniere tempefte.
Affaires d'Italie.
394
398.
Etat de la Cour de Vienne.
399
Prife de Kempten. 400
Détail de ce qui s'eftpaffé à la prife
401 d' Ausbourg.
Marche du Prince Ragotki à Pref
bourg. 404
DE
LA
VILLE
LYON
1993
*
Avis pour placer les figures.
L'Air qui commence par ;
Bachus fait perdre la memoire,
doit regarder la page 234.
L'Air qui commence par
Jeune Iris dans noftre querelles
doit regarder la page 385.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le