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Texte
i 1 - - Il1,1t
ÏÏERCLiRE-,1
%?sJaJLac£jLIM.
LDIEIDIED'AAMOUNSPEIUGN!EUNR .
OCTOB, &'NOVl!MB. 1705.
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET,Grande Sale du
Palais, au Mercure galant; ,
AU LECTEUR.
ILYa lieu de croire qu'on
ne lit plusl'avis qui a
tftê misdepuistantd'années.
aucommencement dechaque
VolumeduMercure
,
puis
quemalgré les prieres rèiterees
qu'on afaitesd'écrire en
caraéfereslisibles les Noms
propres quise trouvent dans
les Mémoiresqr/on envoyé
pour ef/re employez*>on neglige
de le faire, ce qui ell
capifeqtiii y en a quantité
AU LECTEUR;
dedéfigtirezjiejlantnnpo/J^
dedevinerlenomd'uneH
re, ou d'une Famille,
( riejl bien écrit. Onprie\
nouveau ceux qui en eb
voyent d\y prendre ga?&
fils veulent que les nos
propressoient corrs£ts. 0
avertit encorequ'on nepre&
aucun argent pour cesM
moires£§que t'on employer
tous les bonsOuvrages à let\^
tour, pourvu qu'ilsne defi\
hiigent personne
,
f5
ceux qui les envoyeront r.
affranchirent le port,
*' t
MERCVRE
CALAET
NOVEMBRE 1703.
11 E croy ne pouvoir
mieux commencer ma
Lettre que par les Vers
suivans.
AUROY. RIen riégale Louis vos grandei
deJlinecs)
;On nefçaurait nombrer vos glorieux
exploits, [ nées
Mais vous compte'{dutant d'an-
Que la France compte deRois.
Quel de ces Rois, Prince admirable
, 'A vous peut efire comparable ?
Non, il ricafutjamais aucun dans
lfUnivers:
Mais ainjique parmi ces Monarà
que,, divers
2l n'en cfinulqui vousreffemble,
Nul aussî ne régna jamais dutant
que vous : [paJJezjous
Comme parvos vertus vous les furjVui.
ffîez^vous regnerseulautantque
tous ensemble:
jQue voflre Fils) semblable a des
HerosJigrands,
Compte un jour Pareil nombfe
d'ans,
QuevoflrePetit-Fils de même!
Témoin delafélicité
D'une longue Pofierité
En compte autant aujjî pleins d'un
bonheurextrême,
M.V-<--
Le Roy estantentré le cinquième
de Septembre dans
sa soixante & cinquième année
, cela donna occasion à
Mrl'Abbé de Louvat, de faire
quelques Vers Latins, qui
onteste imitez dans les
Vers que vous venez de lire;
par une personne de vostre
Sexe, connue dans la République
des Lettres, par plusieurs
ouvrages qui ont tous
mérité l'approbation du Pu3
blic.
Ne vous ayant point écrit
le mois dernier, vous ne devez
pas estre surprise si vous
trouvez dansma Lettre quantité
d'articles qui ne vous
paroistront pas nouveaux: cependant je fuis persuadé
queje vous apprendray beaucoup
de choses que vous ne
sçavez pas, & que vous trouverez
même beaucoup de
nouveauté dans plusieurs articles
dont le sujet est de
vostre connoissance, -
On écrit deModene que
les Religieux de Saint François,
qui ont accoûtumé d'y
celebrer tous les ans avec
beaucoup de pompe,laFeste
deSaint Louis, se sont surpas.
fez cette année dans la magnificence
qu'ils ont ajoûtée
à cette solemnité. Toute leur
Eglise estoit tapissée d'un
tres beau Damas. Le grand
Autel estoit orné richement,
& de bon goust. Du milieu
de la voûte pendoit l'étendart
du Saint, où brilloient des
ornemens d'une riche & délicate
broderie. Onavoitfais
J - - - .-
du Portique de cette Eglird
une espece de Gallerie
,
oui
l'on avoit distribué les Portraits
du Pape, du Roy, de1%
Famille Royale, du Roy &'Ili
de la Reine d'Elpagne
,
dm
feu Roy Jacques de g'orieu--
se memoire, de la Reine : d'Angleterre
, ôc de la Mai-
1 son de Modene. En face de ce ; Portique.onvoloicuneHgure
du Roy àcheval, ayant d'un
cofté des trophées d'armes,
& de l'autre tous les blazons
de ceux de )a MaisonRoyale.
Des qu'on estoit dans ce
Portique, dequelque costé
que l'on pust regarder vers la
rué, on ne voyoit que de bel-j
les Statuës, toutes allegoriques
aux principales vertus
I du Roy, entre. meslées de
Devises & d'Inscriptions à
("
la gloire de ce Monarque.
t1 L'Office y fut celebré avec
toute la magnificencepossible.
La Musique y fut adk
mirée, & le Commandant
!
y assista avec tous les Offit.
ciers qui font dans Modene,
i un grand nom bre d'autres
f qui estoient venus du Camp-
! L'aprés.midy,laMusique y
i fut distribuée en plusieurs
choeurs. Le concours y fut
prodigieur, & toute cette
magnifique ceremonie se ter
mina le foir par la Benediction
du Saint Sacrement,au
bruit du canon, & avec les
applaudissemens de la No.
blesse & du Peuple. Outre
les exercices de pieté qui se
pratiquent en pareilles rencontres,
les Officiers François
y donnerent des marques
d'une pieté exemplaire.
Mr de Rigoley Tresorier de
la Maison du Roy, fut si content
de ces Religieux,qu'il
leur fit en son particulier fine
magnifique aumône, donc
, ils font si reconnoissans
qu'au lieu d'en profiter , pour
eux, ils n'en veulent faire
d'autre usage que celui d"é,%'
riger un Autel pour la Nation
Françoise
,
dans leur
Eglise,à la gloire de Saint
Louis.
Je vous ay promis que vous
trouveriez beaucoup de Re.
lations nouvelles dans ma
Lettre
, en voicy une qui
peutestre mise avec justice
au nombre de celles que
vous y trouverez.
MOnfieur du Gui-Trou~
ain
-
partit le 10. de
Jlday de la Rade de Bertheaurnt:
sur le VaisseauïEclatantt
avec les VAlleaux le Furieux
& le Bien-"venu,il croisa
prés d'un mois sur le Cap de
Clare, poury attendre Mr le
Chevalier de RouJly
,
où il fit
quatre prises Angloises depuis
joixantetonneaux jv]qu'àvingt*
cinq rbargées de sucre, & deux
Brigantines chargées de beurre,
il fit amarinercinq de ces prises
pour amener en J'rance, & la
fixiEm: qui cftoit de douze tonHtaux
fut contée
5
il fut joint
sur ce mesmeparage par les Frt.
gdttes de Saint MAlo, le Milrinet
& le Nctal qui devoient
serviravecluyfous lecommandement
deMr leCbevalier deRoulft.
Les Capitaines de ces Fierattes
luy apprirent, que le VatjJau le
Serieux que Mr de RoujJy de-,
voit commander ne pouvoir être
presl: que dans le 20. de Juin,
ce qui luy fit prendre le parti de
l'aller attendre à la vev.e des Isles
de sifo, d'ycroiserjujquau
15. Juillet. Il trouvaUsvtnls
contraires pour sy rendre; mais
enfiny iflmt arflvé
,
il eut
connoifJance le 7. Juillet que
quatorzeVaijjeaux qu'il ne put
diflinguer que defort prés à cauft
d'unebruinefortépaijje qui l'empéchtlfort
long- temps de juger
s'ils estoient de Guerre ou Mara
chands
; mais ayant reconnu que
cétoit une EfcadtelJollanâoifet
à peine eut ilfait le signal de
Ralliment quelle lui donna cbaffe,
le bienvenu se trouvant fort
méchant voilier, & la plupart
des Vaisseaux ennemis marchant
beaucoup mieux que luy, njque
1
le Furieux, Ion se trouva fort
embarrafépour les sauversans
ixpojer toute l'Ejcadre
)
mais
M rdtiGue nayant voulu
par aucune consideration aban.
donner les VAijjeaux que le Roy
luy avoit confié
,
il cargua ses
voiles
, & rcfl*derriereeux,
le premier des Hollandois qu'il
attaqua ctoit de cinquante six à
foixante canons monter ,
lequel
vint le ranger à portée de pijlolet,
rissi lirerenrà bouttouchant
pillfieurs volées de canon & de
moufqueterte , & Mr du
Gué l'ayant dtwaflédesongrand
hunier
,
obligea trois autres
Vaisseaux ennemis qui ttnoient de
prés le Furieux & le Bun venu
d'arriruer sur luy
j
pour secourir
leurc&maraàequifaisoittoujours
un feu continuel. Le secoursfut
un peu tArdif, puisque cet Hot.
Lin(loisfutra^êpresque de tous
sesmifls,e receut cinq coups
a l'eau qui parurent ajïés avant
dans la carrnne) cequifut hetl.
reux pour Mr du Gué) puis
qu'ilJe trouva dans cetemps à
la portéedu fiAfil de deux Vaisséaux
Hollandais.,&* à portée
du canon duVaijJ"auComman.
dant. Mr du Guétjjuya pendant
quatre h.ur s U feu des
deux prem:ys V*i(]?4ux
,
&'
tous ceux de [on Ejcad'e s'estant
éloigne^ à lafaveur de la brurile
, &fevlant. prefqae environné
d ennemis, ilpru le parti
d'appareiller tontes ses voiles,
sansquaucun desennemisfemit
en devoir deluy prester le côfté.
Ils ceflefent d'eux mêmes laebaf-
>
Waprès mvf heures de navtga,
ion, tlretrouva les VazjJeaux
de son EJcaîre qui scioitntren*
dus à la veue de Faro lieu de
Rendé»vo'is.
UEscadreHollandoise croisant
sur le parafe où Mr dll
Gué devoit joindre Mr le Chevalier
de Roully" ou ne pouvant
demeurer sans tX¡j(fl",fï les VVaaiisf--
seaux du Roy (7 ejhnt encore
plusde/avantageuxd'allera iljle
de Stromeau
,
où les Hollandois
auraient pu enfermer l'Efcadrc
& la brûler:Mr du Gué prit
le parti d'aller mouillerdeux lieues
au large de Fero du cossé du
Nord
, & de s'informer exactement
s'il ne paroitroit pas de
Vaisseaux du cossé du Sud. Il
y restajvfquau Juillet,pen.
dant lequel temps tous les^aif«
féauxfirent de J'eau, qui en
avoient un extrêmebesoin9
noyant point de nouvelles de
Afr leChevalierdeHouffy, Mr
du Gué retourna encore sur le
Rendé vous après avoir app,4.,
reillé des IJles de Fero ; mais ne
voyant aucun Vaieirais1Citivi
géant que la Saisonepoit avan;
cée
,
ilfallût partirait renoncer
au projet contre les BJltiniers.
ilfit route pour Spigberque le
10. Juillet avec peu d'esperances
il arriva le 30. Juillet sur les
cojles de Spigberque favortfé d'un
vent arriérécontinuel
,
il apprit
par les deux prernieres prises que
le Rendé.'tJou& des convois Ë7de
la Flotteejloit a Suid "Baye dans
le NordJel'IjU, mais que les
glacesoccupoient toutes lesparties
du Nord
, & celle de l@Ep;
ils avaient ordre de Je rendre à
Clocqbagequiefl trois 6~
demy platfud.Lamême cbofe
sur confirmée par plusieurs Vaiffaux
neutres , e mêmepar le
Çonvoy de Hambourg
,
qui
envoya sa Cbalouppe au bord
du Vaiffeats de Mr du Gué ce
falua le Pavillon du Roy de neuf
coups de canon, il ajouta qu'il
avoit quitté les Convois Hot.
iandois qui croisoient depuis
Clocpbage jusqu'au Nord de
l'1pt Voorlant
y
& qu'ilçroyoit
qa ils devaient seretirer incef.
famment dans une B..ye pour
profiter du premier b
<i>- im?s>% il ajjura quily allÙ:: t^tre
Convois, deux de cinquantesix
à faixantc canons,&deux
autres d'environ quarante, quoutre
celailj avoit des Vaisseaux
marchands depuis vingtjufqutî
trentesix,• qu<i croientotous forts
dlEquipage; que d'ailleurs ils
avoient eu avis par un Bâtiment
depéché exprès d'Holl4nde,
qu'il devoil venir sept Vaif"
seux François, &quecetavis
ploeuvuoit rbisenoIrunr fa)ire.rompre Dans
cetteincerritAU ;\4t du Gué re.
solut (le c-oi'er à l O;verr de
ClcccjbuOE?pontcQ/n'j'"*- les
Convob q!I.(I.iJd il*pax<y?.rnnu ,
C*r même d'entrer dans la Baye
s'ilssy retiroient. On fit quelquesprtfessur
ces Parages, qui
assurerentqu'ils venoient de quitter
le Convoy de Rotterdam qui
, estoit mouillé avec fris de cent
faiffeaux dans Grouen Ha.
'Vant qui efl feitué dou^e lieues
plus Nord que Clocqbage. Cet
avisparoissant feur comme il tétoit véritablement
,
Mr de
Guéne balança pas àfaireroute
pour sy rendre incessamment,
mais il survint une brume si
épaipe avec le calme, que l'on
<ûr beaucoup de peine à s'éloigner
de /4 Cope) qui est bordée de
Roches,
Koches , sur laquelle la maree
portantmena malgré les Pilotes
les Vaisseaux jusques dans le
Nord de lïjle deVoorlant à deux
ou trois lieues des glaces. Dansee
temps là
3
le Convoy de Rotterdam
qui avoit eu avis de
VEJcadre
, & de la force des
Vaisseaux
, par des Cbalouppes
qui après avoir abandonné leurs
Navires
f
s'étoient sauvez, i
terre ,
nattendit pas que Mr
du Gué eut le temps de retourner
dans le Sud pour seretirerdut
Port où ils tfioient
, avec ce
qui'ls avoient de Marchands9
&enjentrant Mr du Gué rij
trouva que des Neutres qui luy
dirent
y
qu'ily avoit cinq jours
que les Hollandoitenefloient
fortisavec leur Convoy de Rot.
terdam
, 0* qu'apparemment
ils efloient allez avec leurs ca-P
marades a Clocqbage
, que ce*,
pendant on leur avoit affuréque
le Commandant de la Flotie ap.
pellé Drach efloit retenu dans
les glaces
1
en danger de perdre
fin Vaisseau, Sur cet avis Ait
du Gué fit appareiller pourJe
rendre à Clocqbage
,
ou tftant
frtfi dentrerai apprit certainement
par des Vai/Jeaux neutres
qui en fortoient ie meoiejour
qtie tous les Hollandaisd'yoient
abandonné ce port, & que l*U
larme estoit sigénérale
, que l'on
nesçavoit pas quel parti ils att*
roient pris. Ce qu'ily a de fâcheux
pour les Armateurs3 (fl
que le ifeur du qué ne pouvant
prendre un autre party , a négligé
de faire plusieurs prijes, pour
arriver ajje% à temps, & de*
truire les Convois & la Flotte
entiere.
Les coups devent commençant
à si faire sentir
, & tous les
Convois&Vaijjeauxétant partisà
la debandaie, la maladie se
matant dans les Equipages. Mr
du Gué fit amârm'er dou^e pri*
ses, des vingt qu'ilavaitfaites,
il en fit brûlersix ,il en fançonna
deux
, CJT* escorta luymême
les prises
,
n'étant pins
en tjlat de tenir la Mer, IIa
faitdeux autres petites prises en
chemin sassant,sçavoir
, une
chargée de bois de teinture) dr
l'autre de bled. Tontes ces prises
ensemble pourront monter à cinq
cens millelivres.
1
La Republique des Lettres
vient de perdre un de ses ornemensenla
personne de
Mr de Saint EYftjnanr, qui
éfl mort à Londres âgé de
quatre-vingt onze ans. C'étoit
un Gentilhomme de
Normandie, plus distingué
par son merite,&par la haute
reputation que ses ouvrages
& les rares qualitez de son
esprit luy avoient acquis dans
toure l'Europe; que par sa
naissance, qui estoit cependant
considerable. Mr de
Saint Evremont, fut pendant
quelques années attaché
à feu Mr le Prince. Il fut
obligé de sortir du Royaume
pour quelques a ffaires
avec feu Mrle Cardinal Ma**
zarin, il n'y cil point revenu
depuis ce temps là
, quoy
qu'il y fust souhaité. Quand
il sortit du Royaume il se retira
à Londres, où l'on peut
dire qu'il a fait durant plusieurs
années les delices de
l'Angleterre. Sa maison estoit
leréduit de toutes les person.
nes de merite & de sçavoir
qui estoient dans cette Ville;
Il y estoit un Oracle qu'on
consultoit de toutes parts sur
toutes les matieres qui regardent
les belles Lettres &
les ouvrages d'esprit. il avoit
un goust sûr ;
ainsi il ne prenoit
jamais lechange surune
pensée& sur un sentiment:
le sien tenoit toujours lieu de
dcciûon, & on n'en a jamais
contessé l'autorité. C'estoit
donc dans la culture de reCprie
que consistoient ces plaifirs
tant vantez de Mr de
-
Saint Evremont ; ces plaisirs
piquans & delicats, dont oa
a tant parlé dans le monde:
-
il vivoic dans le luxe & dans
la volupté,il est vray; mais
dans un luxe poli & unevolupté
étudiée & recherchée;
c'estoit un Philosophe Epicurien
; mais ce n'estoit pas
un Epicurien grossier; c'estoit
unPhilosophe qui retranché
dans la partie spirituelle s'est
toûjours rendu maistre de
l'interieur. Voila en peu de
mots quel estoit cet homme
rare sur la doctrine & sur les
moeurs duquel les sentimens
ont esté si partagez. Ceux
qui voudront entrer dans de
plus grands détails n'ont qu'à
consulter ses ouvrages, ils
l'y trouveront peint& cara.
cterisé bien plus habilement
que je ne fçaurois faire: Ses
ouvrages, en effet, feront auprés
de la derniere posterité
des pretieux monumens d'un
des plus beaux genies & de
l'espritle plusélevé quiaye
paru en France dans le djx-e
septiéme siecle ; on trouvoic
dans ses ouvrages une grande
étendue de raisonnemens ,
une profondeur de reflexions,
des images du vray ,
des portraits
du coeur humain, dans
la peinture duquel personne
n'a jamais mieux reüssi que
M' de Saint Evremont. Il
parut en 1646 une Comedie
qu'on luy attribua. Elle est
intitulée: LaComediedesAcademifles
pour la reformation de
la LangueFrançoise PieceComique,
avec le rôle des Presentations
faites aux grands jours
de ladite Academie
;
imprimél'an
de U Reforme. La Preface aux
Autheurs de l'Academie est
lignée par un nommé de Cavenets
Cette Piece ne fut pas
generalement approuvée;
aussi M' de Saint Evremont
estoit il forci de son caractere
pour la faire. Le Comique
n'estoit pas son rôle naturel;
il en a soutenu de plus itnportans
dans le cours de sa
vie, donc il s'est tiré en habile
homme:cette Comédie
t fut donc plutostl'ouvragede
foa dépit & d'une secrette
animosité que celuy de son
edprit. Le Paralelle est le
genre de composition où il
a travailléavec le plus de succés.
On ne voit rien de plus
fini que celuy qu'il fait d'Alexandre
& de Cesar ; celuy
de Mr le Prince & de Mr de
Turenne, n'est pas moins
beau. On voit enMr lePrince,
dit-il, une lumiere toujours pre--=
fente, un courage impetueuxsans
trouble & sans précipitations
Adcde Turenne a davantage du
fang froid
,
14 capAcité9 l'expo
vience
, une valeurferme & àf. -i
furée. Que ce conrraste est
beau,& quecedébut promet
de belles antitheses. Pour
descendre du Champ de
Mars sur le Theatre, le Paralelle
de feu Mrde Corneille
& de feu Mr de Racine a
aussi de tres grandes beautez.
Il ne s'explique pas avec
moins de dignité sur les sujets
qui regardent la Religion
: en parlant des pieces
faintes qu'on joüe sur les
Theatres prophanes ,il dit,
quesileTheatreperdbeaucoup de
son agrément dans la reprejenta
jiondcsçhosesJaintes ;
les chojes
faintes perdent aujji beaucoup de
la religieuse opinion qu'on leur
doit quandonles reprefentefur des
Theatresprophanes. Lare fiexion
d'Horace dans la troisiéme
Satyre de son premier Livre
autorise bien cette pensée.
On On n'a jamais mieux carac-
: terisé les grands hommes de
! l'antiquité qu'a fait Mr de
j Saint Evrcmont : son Jugement
sur Seneque & sur Plu-
1 tarqueest très beau,il paroit
i sçavant dans la connoissanj
ce du coeur humain lors qu'il
j peint Petronc,cet ingénieux
t
debauché Mr de Saint Evrel
mont a suivide présMrde
la Rochefoucaut,si mêmeil
ne l'a pas surpassé en quelques
endroirs : ill'avoit d'a
bord pris pour son modele
êc il luy en fort honorable
d'avoir esté imité par un si
grand personnage. Cofturrc
la mort donne le sceau à la
réputation des Auteurs, nous
pouvons donc dés à present
mettre les reflexions & les
pensées de Mr de Saine Evremont
dans le rang de celles
de Mr de la Rochefoucauc,
de Montagne,dela Bruïere,
,&: de Scaligcr, qui en fait
de morceaux detachez
)
font
ce que nous avons de meilleur
aujourd'huy : Le chefd'oeuvre
de nostre Auteur, est
l'Oraison funebre de Mada2
me la Duchesse Mazarin qu'il
chanta long-temps avant sa
mort fousle nom d'Hortense,
& on n'a sceu qui avoit esté
le plus honoré, ou de Ma
dame Mazarin, d'avoir esté
loüée par un si grand homme,
ou de Mr de SaineEvremont
d'avoir chanté une si
illustre amitié.
FeuMrdeSaint Evremont
s'étoit acquis lestime &l'ia
mitié des plus grands Seigneurs
d'Anglererre
,
& le
Milord Montaigu luy avoit
donné par Contrat une pension
viagere.
L'Epitaphequi suit est de
Mr de la Fevrerie, dont vous
n'avez rien vu depuis le discours
qu'il a fait sur le silence
que je vous ay envoyé,&qui a
ellé admiré de tous ceux qui
l'ont làJ il a cru qu'il devoit
se taire a près avoir fait l'éloge
du silence : cependant
il parle si bien, qu'il ne de,
vroit jamais se taire.
1
EPlTAPHE
de Mr de SaintEvremonti
cY g//} un fameux exilét
7adis a ltl Cour (iqnalc,
Et de qui la d:sir;ce aura place
en l'Hijfoïre5
Mais qu'il en futbien consolé,
Puisque les Filles de memoire,
Dans leur Temple L'ont inftalé.
Oity. quoique Ionenpuijje croire,
Je doute que Saint Evr. mont
Eut dans le champ de Mars acquis
autant de gloire
Qu'il en a remporté dessus le Sacré
Mont.
DomBanholomeo Ocampo,
Evêque de Placentia;
dans la Cartille la vieille est
aussi decedé. Ce Prelat a esté
fort regretté dans toute l'Espagne,
oùses vertus éminenses
& son merite particulier
luy avoient gagné tous les
coeurs. Le Roy même s'est expliquéen
parlant deluy dans
des termes très-avantageux.
La principale vertu de ce
digne Evêque, estoit la charité.
Il a fait des biens inconcevables
aux Pauvres de son
Diocese ;
aussi en a t'il esté
pleuré trèsamerement Cet
Evesque avoit aussi les qualirez
propres à ion ettat ; il
estoit grand Theologien, &
sur tout habile Canoniste
il s'estoit fait une étu de particulière
de la Jurisprudence,
à laquelleilavoit donné une
application de plusieurs années.
Si sa vie a esté édisiante
, sa mort ne l'a pas moins
esté. Il est mort dans cette
paix qui caracterise si bien les
Predestinez.
Plaisance que les Auteurs
Latins &ceux du Pays appellent
Placentia,est un Evesché
suffragant de l'Archevêché de
Tolede Elle est située dans
-
les hautes montagnes, au dessus
d'une eminence, avec un
Chasteau très- fort & tres re";
gulier. Elleest dans la Cassis.,
le la vieille. L'air y est admLj
rable,& c'est un des meilleurs
de toute l'Espagne. La
Ville de Plaisance a produit
de celebres Personnages. On
remarque qu'il en est peu en
Espagne qui en ait autant
donné à l'Empire des belles
Lettres. Un Jerôme Ascagnibrilla
extraordinairement
dans l'Ordre des Hermites
de Saint Augustin
,
sur la fin
du quatorzième sîecle ; il
estoinédanscette Ville. Un
André Trevisi Cordelier, ne
fit pas moins d'honneur à sa
patrie,environ l'an 1500. &
un Annibal Caracci, sur la
fin du quinzième siecle augmenta
le nombre des Sçavans
que cette Ville a produits.
M' le Bret ancien Conseils
! ler au Parlement de Paris
est mort dans unâge extrè«,
mement avancé. Il n'a laissé
i aucun enfant. Il estoitoncle
de Mr le Bret Intendant de
justice,& premier President
t du Parlementd'Aix, Epoux
de Dame Marie de Grandmont
M' le Bret qui vient
de mourir estoit generale.
ment estimé à caute de son
merite & de ses vertus, donc
l'exercice a toujours fait l'em,
ploy d'une partie de sa vie.
Il avoit une pieté tendre &
affectueuse Une charité arô
dente. Son desinteressement
a fait beaucoup d'honneur à
ses autres vertus. C'estoit un
solideamy
,
ilaimoit essenciellement
ceux qui luy estoient
attachez par les liens de l'amitié
L'adversité n'en saisoit
que ferrer les noeuds, & la
mort même les a souvent
consacrées tant qu'il a esté
dans le Parlementil y a esté
honoré & aimé de ses Con
freres. Marguerite le Brcc,
Dame d'Hermay, épousa
dans le seiziémesiecle Pierre
Gobelin
,
Seigneur du Quesnoy,
Conseillerau Parlement
de Paris, puis Maistre des
Requestes. Ilen eut François
&Thomas Gobelin. Cette
Famille a produit dans tous
les temps de grands Sujets.
Un Jacques le Bret fut une
lumiere de l'Eglise sur la fin
>
du quatorzième siecle,ilfut
Chanoine de Paris. Il se jetta
ensuite dans l'Ordre des
Chartreux,qu'il entreprit de
reformer, quoyqu'ils ne sur,
sent tombez dans aucun relâchement,
& qu'ils fussent
dans une rigide observance
de leur regle : cela luy fie des
affaires fâchcufes avec leGe»
neral
,
qui le voulut même
faire sortir de l'Ordre
,
n'approuvant
point son zele inz
discret. Il mourut de chagrin
de ne pouvoir réüssir dans ses
pieux desseins.
Madame Catherine de
Roquard, Abbesse deSaint
Sauveur
Sauveur du Bugue en Péri,
gord
, mourut letroisieme de
Septembre,âgée de plurdc
w
soixanteans. Elleestoit d'une
, des meilleures maisons du
Poitou. Elle avoit esté d'abord
Religieuse de Saint Do.
minique, d'où elle fut transsérée
à l'Abbaye de Bugue,
dont elle a fait rebâtir le
Monastere depuis les fondemens;
de maniéré qu'il est
aujourd'huy plus beau & plus
florissant qu'il n'a jamaisesté;
elle avoit une conduite admirable
pour le gouverne.
ment. Sa douceur
J
son asïa.,
bilité singuliere
,
sa pieté
exemplaire, [OD. mérité pra»
fond,son genie superieur, &
ses maniérés obligeantes luy
avoient attiré des fillesde
qualitéde diversesProvinces,
& acquis l'estime de toutes
les personnesdedistinction;
elle charmoit tout le monde
par sa modestievraymentreligieufe
,&par son agreable
conversation. Toutes ces belles
qualités i'ont faite regrecter
de tout le Pays, sur tout
de ses Hdigieufes, qui ne
peuvent se consoler de la
perte qu'elles ont fJÍr.
"Mr Martin Conseiller Secretaire,
Bibliothequaire, Se
tzrde du Tresor de Son Al-î
tesse Screniffime Mrlc Priffî , ce,estmortàl'Hôtel 'dei
Condé,âgé de quatre vingts
dix ans en odeur de sainteté,1
il s'était addonne à visites
les pauvres honteux de
Parroïssede Saint Solpice*
dontilestoitun des premiers
des Assemblées qui y foné
reglées pourcela ; on l'avoit
surnommé le Saint~del'Hôtel
de Conde.
En 1637. il entra au fejrvicd
de Son'Altesse SercnlHhtfcf
Monsieur le Prince Henry;
comme il a aussi rendu quelques
services à Son Altesse
Serenissime Mr le Duc; on
peut dire qu'il a servi cinq
générations des Princes de
cetteMaison. Son rare talent
pour dechiffer sans clef,l'a
voit faitconnoîcre dans toute
l'Europe. Il a toûjours suivi
Monsieur le Prince LoüitsII.
du nom deCondé,quiavoit
de grandes bontez pour luy,
aussi avoit il pour Son AI.
tesse Sereni ffune un attachement
si grand & si desin.
tereflé
,
qu'il luysaattiré
(î 3
une admiration que peu
de personnes cherchent à
mériter. Il a laisse un neveu
aussi sçavant que luy dans
l'art de déchiffrer toutes fortes
de chiffressansclef, & en
,
bien moins de temps que
luy. Feu Mr de Louvois l'apelloit
son bras droit, &
l'estimoit fortà cause de son
attachement & de sa fidelite
au service du Roy, ensuite
ilaesté à MrdeBarbefieur;
& aprés sa mort à Mr de
Torcyqui a de grandes bontez
pour luy;ils'appelle Mr
Luillier ,& le Roy quiest
toujours aiïjencif à faire, ,,du
bien à ceux qui le servent
fidellement)luya donné une
pension de quinze cens lir
vtes^ôç luya foumu donné
des marques de sa fatisfaction
par de nouvelles gratifications
lorsqu'iladéchiffre
des Lettres de consequence.
Mr FouHëTte Prunevaux,
Conseiller du Royen son
.Grand Conseilest mort il y
a déjà quelque temps; ce
Magistrat estoit fort consideré
,
& fort estimé
,
& n'é.
toit pas moins aimé. Il avoit
acquis de grandes lumieres
dans lexercice delàCharge,
& ses Con freres ont a pris sa
mort avec beaucoup de douleur,
& l'ont regardée comme
une perte pour ceux qui
estoient connus de ce digne
Magiftrac
,
il paroissoit de.
puis quelquetemps: plus degoûté
qu'à l'ordinaire des
ggrraannddeeuurrsshdhufoaines & des
biens passagers de ce monde,
& il sembloit avoir un prefsentiment
qu'il devoit bien.
tôt les abandonner.
Il estoit fils de feu Mr
Foullé de Prunevaux Maistre
des Requestes
, & frere de
Mr dé Martangis, quiaesté
Ambassadeur en Danemarc;
& de Madame Demadrits,
veuve de Mr Demadrits In.
tendant à Dunquerque
,
où
elleestoit generalement cfUj
mée & aimée,
Dame Marguerire Thoubeau,
veuve deMessïre Loüis
Brice,Chevarar Seigneur de
Mirmon, Lieutenant pour
le Roy,& Commandant dans
l'Isle de Rhé. Cette Dame
est morte dans de grands.
sentimens de pieté. Quand
on a vécu comme cette
Dame avec une régularité
exemplaire, comme elle a fait, & qu'on ne s'est at1
taché qu'à faire de bonnes
auvresà on quitte la vie
sans regret; elle estoit Sortie
d'une maison qui a donné.
de grands serviteurs de Dieu.
Felix Thoubeau de l'Ordre
des Celestins fut un des premiers
qui embrasserent cet
Institut que venoit d'établir
le Pape Premier Celestin ; il
écrivit même une Lettre tres.
forte contre la surprise que
fit BonifaceVIII. au bon
Pape Celestin
, en luy enlevant
le Pontificat. v
Il ne manqueque la mort,
N suivante à cet article de
- morts, afin qu'il s'yen trou.
vede tous états.
< ,, Jn Mr Morin Seigneur du
«Villere
, Capitaine de Cavallerie
datis le Régiment de
Montperoux, mourut de fié..
vre le mois dernier à t'armée
d'Italie,sa valeur & fou mérite
singulier le font regrecter
de tous ceux qii tecon'
noissoient, il estoit frere
de Messïre Jacques Morin,
Seigneur de la Muteliere.
Exempt des Gardes du Corps
du R-oy
9
deta Compagnie
deMr le Maréchal Duc de
Noailles, donc il a l'honneur
d'estre fort confideré.
L'Officierdonc jevousap:
prens lamortestoitun home
me de consideration & de
naissance
,
& avoic épousé la
foeur de Mr Dougdale Conseillerau
Parlement de Mets.
Cette Dame, dont il laisse
deux enfans , est regardée
commeuse personne d'une
vertu singuliere,& d'un tresz
grand merite.
Je vous ay promis quema
Lettre seroit remplie de Relations
si nouvelles, ftaccom*
pagnéésde tant de circonstances
qui ne feroient pas ve-,
nuës à vostre connoissance ;
quand mêmevousauriez sçeu
le fond des choses dont il feroit
question, que pour vous
tenir parole, je vous envoye
la Relation suivante. Je puis
vous affurer qu'elle est veritable
dans toutes ses parties,
l'ayant fait voir avant que de
vous l'envoyer, à des personnes
à qui la verité ne peut
estre ny cachée ny deguisée,
Il est important que cette
Relation soit repanduë dans
le monde pour la gloire de
eeux. qui ont combattu dans
une Place qui ne pouvoic
faire une plus longue re:
sistance.
RELATION
Dece qui s'est poejfe a l'attaque
de la Ville
,
Forts
& Château d'Huy. LE14. Aoustl'Armée des
Alliez vint
-
établir
-
son
Quartiergénéral au Val de
Nôtre-Dame ,& le 15. du
même mois, elle acheva de
former l'investiture de laVille,
Forts &Châteaud'Huy,
Je même jour à neuf heures
du matin un Officier de la-1
dite Armée, accompagné
d'un Trompette, vint sommer
Mr de Milon de rendre
la Ville, n'étant pas un poste
tenable devant uneArmée
de cent mille hommes, à
quoy Mr de Milon répondit,
qu'ilconnoissoit la valeur de
son Poste
, &qu'ilfalloit du
Canon pour l'obliger à [abandonner.
Ledit sieur de Milon
après cette réponse
, monra
au Château,&confia laGarde
de la Ville à MrleComte
del'Isleavec troiscens hommes
, lequel y établit si utilement
tous ses Postes, ôc
malgré les frequentes Sommations
de la part du Milord
Malboroug de rendre la Ville
,
il fut necessaire d'un
ordre de Mr le Maréchal de
Villeroy,& de son Altesse
Serenissime Monsieur l'Electeur
de Colognelequel apprehendoit
que sa ville d'Huy
venant à estre forcée, ne fut
exposée au pillage pour obliger
Mr de l'Isle de rentrer
avec ses Troupes dansle
Château, ce qu'il fit le i&.
du même mois à sept heures
du matin
, avec un ordre si
bien disposé
,
qu'il ne resta
aucun soldat dans la Ville;
ainsi l'on peut dire que l'on
l'a occupée quatre jours en
presencedel'ennemy.Ce qui
suit n'est pas arrivé dans les
precedens Sièges.
La nuit du 18. au 19. les
Ennemis ouvrirent la tranchée
devant les Forts Saint
Joseph, & Picard, qui leur
firent un tres grand feu de
mousqueterie,& les empêcherent
de pousser les travaux
aussi loin qu'ilssel'étoient
proposé.
La nuit du 19 au20.ils les
1 continuerent ,
& pendant
ï tout le jour ils firent monter
• vingt mortiers à bombes;
qui commencèrent à bom-
1
barderlesdits Forts à cinq
; heures du foir & pen dant
- toute la nuit du vingt au
vingt un.
I La même nuit du vingt,
ils placerent en batterie dixrlahuit
pieces de canon, dont moitié battoit le Fort Jot
seph,&l'autre le Fort Picard
1 & le Fort Rouge pour en
raser les communications &
les deffenses
; ils avoient en.
core porte la même nuitune
batterie de24. pieces decanon
sur la hauteur du costé
de la Sarte
,
dont six pieces
battoient le Fort Joseph par
son flanc,& les dix huit au.
tres, le Chasteau du cofîç
de la Ville, dansl'angle
du grand Magasin aux poudres.
;
La nuit du 21.au22. ils posterent
une batterie sur les
mêmes hauteurs du costé de
la Sarce de la Porte Saint
Denis, &,. du Convent des
1. Croisiers, vingt huit pieces
de canon; ainsi la journée
f du 22. il se trouva que le
£ Chasteau fut battu par qua-
I rante-six pieces de canon,
! en s'attachant au grand Magasin
& à une partie de la
t courtine;au premiert dans
l'esperance d'endommager
les poudres qui y estoient auparavant
; mais que l'on avoit
eu la précaution de tran fpar..
ter dans un autre lieu;àla
seconde
, pour y former la
brèche.
Ils continuerent le 25. & le
:, 24 à nous battre toute cette
partie
, avec un plus grand
feu d'Artillerie, qui fut augJ
mente par la Capitulation du
Fort Saint Joseph
; celuy qui
y commandoit ayant esté
obligé à la proposer, elle fut
aux conditions qu'ils sortiroient
armes & bagages
> tambour battant, mèche allumée
, pour se rendre une
heure aprés dans le Chasteau;
mais Mr de Milon ne jugea
pas à propos d'en augmenter
la Garnison, se reservant à y
recevoir celles des Forts Picard
& Rouge, lorsqu'elles
seroient obligées de se retirer
par la communication de la
Tour Tard-avisée.Le Milord
Marlboroug fit sommer M*
de Milon de recevoir la Garnsson
du Fort Saint Joseph ;
à faute dequoy il luy declaroit
la retenir prisonniere de
guerre. Mr de Milonluyrépondit
:que la Garnison du Fort
Saint Joseph avoit dû faire fs
capitulationseparément,n'ayant
aucune communication avec le
Chasteau poury pouvoir entrer;
&qu'il estoit un trop galant bornq
me pour ne luy pas accorder une
capitulation après U luy avoir,
promise.
Le 23 au soir les Garnirons
des FortPicard & Rouge
rentrerentau Chasteau, leurs
deffenses estant absolument
ruinées, les bréches estant
faitesen beaucoup d'endroits
&les ennemis estant disposez
à les attaquer.
Le 24 au foir les ennemis
voyant le progrés que leur
batterie avoic fait sur leChâteu,
firent venir trenteCompagnies
de Grenadiers dans
U Ville,avec dix Regimens
d'Infanterie de plusieurs nations
, un amas de fascines
dans les places & carrefours,
:\êcun nombre considérable td'échelles.
Le 25 au matin, ils redoui.:
blerent le feu de leurs canons,
i & de leurs mortiers à bom-
I bes, dont les premiers étoient
iau nombre de soixante dix,
r$i les seconds de quarantetfix
, ils continuerent jusqu'à
trois heures après midy, avec
, ," i une vivacité surprenante; ce qui fit juger qu'ils avoient
dessein de donner un aÍfauc
à la brèche du Chasteau.
Les Sentinelles ayant averti
que les ennemis sortoient de
la Ville,&qu'ils se mettoient
en bataille au pied du Château,
M' de Milon se poil-a
pour les reconnoistre,& s'appercevant
qu'ils appofoient
au pied de l'escarpement des
échelles, dont la hauteur
- aboutissoit à une rampe douce
& spacieuse
,
formée par
les débris, à contenir six ou
sept cens hommes enbataille,
laquelle conduisoit à la bréche,
le tout à la faveur de
soixante dix canons,de quarante
six mortiers à bombes,
& d'une infinité d'autres à
grenades, sans compter celui
«de leur çaoufqueteriç qui for-*
toic
~foie des clochers, des toits
des maisons, & des fenestres;
tout cela ensemble obscurcissoit
l'endroit de la brèche,
en forte qu'il estoittresdifficile
de découvrir leur manceu.
vre, mais dés que l'on s'en
fut apperçu,Mrle Comtede
Tlde à la teste de la Compagnie
des Grenadiers du Regiment
Barrois, d'un Piquet de
cinquante hommes corn*
mandez par M' son fils, &
d'un autre Piquet de pareil
nombre, marcha droit à la
bréche, & les ennemis s'en
estant apperçus, redoublerent
le feu d'Artillerie & autre,
d'une si prodigieuse maniere
qu'ils les comparerent
eux-mêmes au feu d'enfer,
nonobstant cela, la troupe
qui s'estoitpostée à la bréche
ne s'ébranla point; mais
comme il ne se pouvoit faire
qu'e lle ne fist des pertes considerables
,Mrde Milon jugea
à propos de la faire soûtenir
par deux autres Piquets
de mesme nombre que les
precedens. Les ennemis qui
s'efforçoient de monter à
leurs échelles
,
& de se former
sur la rampe,voyant
la fermeté des troupes qui
gardoient la brèche, dont
ils recevoient beaucoup d'incommodité
par le feu qu'ils
faisoient, furent obligez de
redescendre avec precipitation,
&Je reste de leurs troupes
quis'estoit mis en bâtait
le au pied de l'escarpement
du Chasteau, rentrerent dans
les rues de la Ville avec confusion.
Mrle Comte de Hflc
s'estant apperçeu de cette
retraite, retira aussi sa troupe
de la bréche
,
& la fit aussi
rentrer dans les souterrains.
Cette premiere action dura
une grosse heure, pendant
laquelle Mr de Milon ayant
préveu aux insultes qu'on
pouvoit luy faire du costéde
la Porte de Namur, avoit
détaché de la Compagnie des
Grenadiers de Sanzé, pour
allers'opposerauxentreprises
que les ennemis pourroient
faire de ce coste là
; ce qui
fut si necessaire, que Mr
Bachont qui commande cette
Compagnie, repoussa une
vingtaine d'hommes, qui
avoient déjà penetré le ré-
J duit, & boulleversa lesautres <1 qui avoienc déjà gagné le
fascinage
: en sorte que l'on
rompit de tous costez dans
cette premiere action le desfein
de l'ennemi. Une demie
heure après les ennemis se
remirent dans le même mouvement
que la premiere fois,
& Mr de l'isle se rempara
aussi de la brèche
, avec les
mêmes Troupes qu'il avoit
menées la premiere fois; ce
quelles firent avec la même
valeur. Les ennemis de leur
costé recommencerent leur
feu d'une si grande violence
que sans le bon exemple d'un
nombre considerable d'Officiers
, le Soldat auroit cil
peine à - se soûtenir ; cependant
cette seconde action se
termina aussi heureusement
que la premiere j mais Mr
de Milon voyant la perte
considerable qu'il avoit faite
de ses meilleurs Soldats &
plus de vingt Officiers tuez
ou blessez, & jugeant ne
pouvoir allonger sa deffense
que de vingt quatre heures
au plus, se détermina à faire
battre la chamade pour obtenir
une capitulation honorable
, & dans le dessein de
conserver au Roy un nome
bre d'Officiers de merite 6c
devaleur, lesOtages furent
envoyez de parc & d'autre,
mais les ennemis se figurant
bien que les troupes du Château
avoient fait de grandes
pertes ,
s'obstinerent à ne
vouloir accorder d'autre capitulation
,
sinon que la garnsson
mettroit basles armes,
leurs équipages & effets ~fauss,
& qu'elle seroit échangée
avec celle de Tongres
,
lors
que Mrle Maréchal de Villeroy
le jugeroit à propos.
Mr de Milon, Mr le Comte
del'ific,& les autres Officiers
ne pouvant subir une si dure
loy,renvoyerentles Ofta^
-
ges lé 26. au matin, & se
mirent- en mouvement pour
rassembler leurs troupes, ordonnerent qu'on distribuast
de la poudre & des
balles, déterminez à se de£*
fendre jusqu'àla derniere extremité;
mais le Soldat rc-,
froidi de sa premiere ardeur
& saisi de crainte, sur tout
ceux de nouvelle levée, dirent
tout haut qu'on les vouloit
mener à la boucherie. Cela
joint à la quantité d'armes
crevées & rompuës, determina
Mr de Milon à aflem-'
bler un Conseil deguerre
d'Officiers, oùil fut resolu,
veu le peu d'esperance d'une
longue resistance, sans com;
pter le risque d'estre abandonnez
par une partie des
Soldats, d'accepter la condiJ
tion des ennemis,ainsi l'on
recommença à battre la'
chamade. L'on évacua la
place àmidy
,
& les ennej
mis en prirent possession ,
les Officiers avec leurs arm
mes, lesSoldats feulement
desarmez.On peut dire en
general que les Officiers de
cette garnison s'y font com.
portez avec toute la valeur
imaginable, entr'autres Mrs
Doroux Lieutenant Colonel
du Regiment de Blaisois, de
laRobiniere Lieutenant Colonel
du Regiment de Barrois,
de Fugil Lieutenant Colonel
du Regiment de Sanzé,
Mr le Comte de I,ldc fils,
Capitaine du Regiment de
Barrois, Mr Darras
,
Capitaine
des Grenadiers dudit
Regiment
4
Mr Catelin Ingenieur,
Mr Gremialde Capitaine
au Regiment de Sanzé.
Le Regimentde Barrois
îa perdu deux Capitaines &
cinq Subalternes: le Major
&Aide- Majorblessez,& dix
autres, tant Capitaines que
Lieutenansblessez
,
la pluf-
[ part legeremenr. Le Regiment
de Sanzé a eu trois Of-j
fciers blessez & une vingtaine
de Soldats tant tuez que
blessez. Mr le Comte de l'ide
pere , a reçu trois blessures
d'éclat de pierre ou de bombe
,
dont la plus considerable
est à la main gauche, qui
luy a démis deux doigts. Sa
Majesté ayant esté informée
de la vigoureuse deffense de
cette Garnison, chargea Mrs
les Maréchaux de Villeroy &
deBouflers de remercier Mrs
de Milon & de l'Isle, de leur
bonne & sage conduite, &
leur témoigner sa satisfacnon
en consentant que leur
Garnison fust échangée avec
celle de Tongres
,
& promesse
de reconnoistre les
services qu'ils luy ont rendus
dans cette occasion.
Il est vray de dire que le
Chasteau d'Huy, qui avoit
clïé cy-devant pris & repris
quatre fois
,
n'avoit point
coûtédefang ny souffert d'assaut,
on ne pouvoit pas tirer
un meilleur parti d'un aussi
vilaintrou.
-
Le Public n'ayant eu au*
cun détail de ce Siege, on
auroit, sans mes Lettres,
éternellement ignoré des actions
qui ne doivent pas estre
ensevelies, puisqu'elles font
glorieuses à la Nation, &
particulierement aux Offû*
ciers
,
qui ont fait voir tant
de valeur, & tant d'intrepidité
qu'il feroit difficile d'en
trouver qui a ffrontaient plus
courageusement le péril.
Vous sçavez la mort de
Mr le Duc de l'Esdiguieres,
ce Duc estoit bien fait de sa
personne
,
il avoit tous les
sentimens d'un homme de
son rang & de sa naissance.
Il n'avoit nul empressement
pour ses interests, & il étoit
vif & empressé pour tous
ceux de ses amis. Il avoit
cette noblesse de coeur, &
cette generosité d'ame,qui
distinguoient si fort feu Mr
son pere. Ilparloit peu,mais
tous ses discours estoient fa*
ges ,
ses pensées justes
,
ses
reflexions judicieuses,& tous
ses entretiens proportionnez
à ceux à qui il parloir. Il ai.
Doit le mestier de la guerre,
& il avoit donné en plusieurs
affaires delicates de grands
témoignages de sa valeur. Sa
premiere Campagne commença
au Siége de Barcelone,&
il s'y acquit beaucoup
de reputation. Il a servi en
Iltalie à la te ste du Regiment
) de Sault qu'il commandoit,
t& qui y fut envoyé dés le
commencement dela guerre
[ pre fente
,
& dont les Offi-
»
ciers & les Soldats le regardoient
plutost comme lepr
pere que comme leur COIOJ
ne!, aussi sont ils inconsolables
de cette perte. Il s'y est
distingué dans toutes les oc.
casions. A Chiari une bale
de mousquet luy brula les
cheveux au dessus de l'oreile
sans le blesser
, & à Luzarra
une autre bale de mousquet
le blessa legerement au haut
du nez au defaut du front,
son Ecuyer y fut tué à son
costé, & on le vit aussi intrepide
dans ces dangers que
dans tous les autres où ils'est
trouvé. Peu de personnes de
son âge ont une plus grande
réputation de valeur.On ne
r peut rien dire de luy qui
puisse approcher de l'Eloge
que le Roy en a fait dés que
le bruic de samort futrepandu.
Une personne distinguée
de la Cour dit
,
quec'étoit
une vraye perte. Elle ejl
grande pour moy ,
dit le Roy: - Je perds beaucoup quand je perds
un homme de cette qualité
1
de
cet âge, de ce bien, & de cette
valeur aussiattaché à mon service
, & aussi appliqué à son
mestier. Ilmeservoit
,
ajouta le
Roy,comme un simple Gentilhomme
qui n'auroitd'autre rtfsource
pour s'établirqueleservice.
C'est l'Idée que Mr le Duc
de l'Efdiguieres avoit déja
donné de luy au Roy, aux
Troupes&àtoute la France.
Ilestoit déja Officier general.
& l'on peut juger par là quel
chemin il auroit fait
à
s'il avoit
vécu. Il meurt sans enfans:
& après sa mort, & celle de
Mr le Marquis de Crequy,
il ne reste de cette grande
maison que Mr le Marquis
de Canaples, frere de feu Mr
le Duc de Crequy
, & de
feu Mr le Maréchal de Crequy.
LaDuchédel'Esdiguie.
tes estoit substituée à Mr le
Marquis de Canaples, il en
a pris le nom & le titre avec
l'approbation du Roy qui luy
en a donné l'agrément,avec
de grands témoignages d'estime
& de bonté pour Ton
nom, & pour sa personne.
Ce nouveau Duc de l'Efdiguieres
a épousé depuispeu,
comme je vous l'ay déja dir,
Mademoiselle de Vivonne , fille de Mr le Maréchal de
ce nom, niéce de Madame
de Montespan
,
& soeur de
Madame la Marquise de CaC.
tries, qui l'une & l'autre font
honorées par leurs vertus,&
par toutes les qualitez qui
conviennent à des personnes
de leurnaissance.
Je n'entre pas icy dans la
Genealogie de la maison de
Durfort
,
qui est le nom de
Mrle Maréchal Duc de Du<
ras. Je vous en donnayl'année
derniere une idée suffisante
à la mort de Mr leMaréchal
Duc de Lorge. Je vous dirai
seulement icy
,
qu'il ne reste
que quatre enfans vivans à
Mr leMaréchal Duc de Du.
ras. Mr le Comte de Durfort,
Colonel du Regiment de Duras
,& trois soeurs , dont
l'ainéeestMadame la Duchesse
de la Meilleraye, la
feconde est Religieuse dans
l'Abbaye de Conflans
,
&la
troisiéme est Madame la Du.
chessede l'Esdiguieres,veuve
de celuy qui vient de mourir.
Elle n'a que vingt ans,
& elle a toutes les qualitez
qui peuvent distinguer une
personne de son sexe,deson
rang & de sa naissance. La
perte qu'elle vient de faire
est des plus grandes, aussi
en estelleinconsolable. Madame
de Duras leur mere est
soeur de Mr le Duc deVentadour.
Mr le Duc de l'Esdiguieresestmortà
Moiencleô.du
mois d'Octobre; sa maladie
a commencé par une fiévre
tierce qui a degeneré en fiévre
continue. Il estoit fils
unique de feu François Ema.
nuel de Bonne Crequy Duc
de l'Esdiguieres.Gouverneur
de Dauphiné, qui a donné
des preuves éclatantes de sa
valeur dans plusieurs actions
importantes
,
& qui estoit
adoré de la Noblesse de
Dauphiné
,
dont il estoit
plutost le pere que le Gouverneur
,& de Dame Paule
Marguerite Françoise de
Gondi deRets, fille puisnée,
& heritiere de Pierre de
Gondi Duc de Rets, Pair
de France, Chevalier des
Ordres du Roy,General des
Galeres, & de Cat herine de
Gondi, Duchesse de Rets-
François Emanuel estoit fils
de François de Crequy, die
de Bonne, d'A goutdevese,
de Montlaur
, & de Mon,
tauban
,
Duc de l'Esdiguieres,
Pair de France, Comte
de Sault, & Marquis de Ra«
gny, Chevalier des Ordres
du Roy Gouverneur du
Dauphiné,substituéau nom
& aux Armes de Bonne, 6c
de sa seconde femme Anne
de la Magdelaine; Marquise
de Ragny, fille unique de
Leonor & d'Hipolice de Gon.
dy. Charles Nicolas de Bonne
Crequy * MarquisdeRagay
, qui s'est distingué en
plusieurs occasions, estoit
aussi sorti de ce Mariage, il
mourut d'une blessure en
1"-7S. Quant à François de
Crcqui Duc de l'Esdiguieres, ilmourut à Grenoble le premier
- M
mier jour de l'an 1677. il étoit
l'aîné des cnfans du Maréchal
de Crequi,&deMagdelaine
de Bonne,fille de
François Duc de l'Esdiguieres
Connestable de France;
& de Claudine de Beranger
sa premiere femme; &il
estoit frere de Charles II.
Sieur de Crequi
,
Mestre de
CampduRegiment desGardes,
qui fut tué devant Chambery
en 1630. & qui estoit
pere de Mr le Comte de
Canaples, c'est luy qui forma
la branche de Crequi qui ne
subsisteplusque dans la personne
de Mr le Comte de
Canaples. Le mariage de ce
Seigneur, & la mort de Mr
le Marquis de Crequi son
neveu m'ontengagé, iln'y
a pas long-temps dans de
grands details genealogiques
de cette maison
,
ainsi tout
ce que j'en dirois à prefenr,
ne seroit plus que des redites.
Il suffit de dire, que
Charles Maréchal de Crequi
bisayeul de Mr le Duc de
l'Esdiguieres
,
qui vient de
mourir, a esté un des plus
grands Capitaines que la
France ait eu,ilfuttué devant
I Creme d'un coup de canon
le 17. Mars de l'an 1638. son
corps fut porté dans la Chapelle
du Château de l'Esdi-
* guieres.
t 1 Madame la Duchesse de
l'Esdiguieres la Doüairiere
eit fille de feu Pierre deGondi
Duc de Rets,que le Roy
fit Chevalier de ses Ordres
en 1669 & de Catherine de
GondiDuchesse de Rets,
cousine de son Epoux. Marie
1 Catherine ReligieuseauCal-
, vaire à Paris estoit la fille
aisnée. Pierre de Gondi étoit
frere deJean-François Paul
de Gondi Cardinal de Rets
si connu fous le nom du
Coadjuteur. Il fut depuis Ab.
béde Saint Denis,ilsetoient
fils l'un & l'autre de Philippes
Emanuel de Gondi, Comte
de Joigni,Chevalier desOrdres
du Roy,& General des
Galeres, mort en odeur de
sainteté
,
chez les Peres de
Saint Magloire où ils'estoit
fait Prêtre
,
& où il est enterré,
& de Marguerite de
Silly
,
fille aisnée d'Antoine,
Comte deRochepot,Chevalier
des Ordres du Roy,
Gouverneur d'Anjou, & de
Marie de Lannoy sa premiere
femme. Philippes Ema-,
nuel deGondi estoit troisiéme
fils d'Albert de Gondi,
Duc de Rets, Pair & Maréchai
de France, & de la celebre
Claude Catherine de
Clermont, Baronne 3e Resset
, Dame de Dampierre,
Charles fut l'airné
,
& laissa
d'Antoine d'Orleans Longueville
,
Henry de Gondi,
Duc de Rets, qui de Jeanne
Scepeaux,Duchesse de Beaupreau
laissa Françoise Duchesse
de Rets, mariée à son
cousin
,
ainsi que je l'ay déja
dit. Le Maréchal de Rets
estoit frere de Pierre, Cardinal
de Gondi, Evêque de
aris, que l'on preend avoir
trouvé des premiers la quadrature
du Cercle
,
& fils
d'Antoine de Gondi Sr du
Perron, qui vint en France
avec la Reine Catherine de
Medicis,&futMaistred'Hôtel
du Roy Henry IL Cette
maison est originaire,comme
l'on voit, de Florence.
Bernard de Gondi, fils de
Charles de Gondi en fut souverain
Gonfalonier. Cette
maison estoit en consideration
à Florence dés le 17- Siécle,
on peut consulterUgolino
Vcrrini.
Le Roy ayant appris la
mort de MrleDucde l'Esdiguieres
,
donna le Regiment
de Sault que ce Duc
commandoit à Mr le Marquis
de Froulé
,
fils de Mr
le Maréchal de Tessé
,
celuy
de Frouléà Mr le C hevalier
de Sanzay
, & celui de Sanzay
à Mr le Chevalier de
Sourches,Colonel reformé.
Leur naissance, leurs actions,
& le choix du Roy,font voir
qu'ils font dignes des grâces
que- SaMajesté vient derepandre
sureux.
Madame la Comtesse de
Clermont Lodeve mourutle
30. du mois de Septembre
dans son Château d'Alvin.
Elle estoit de la maison de
Saint Bossan de Margival
, fille de feu Mr le Comte des
Autels, & veuve de Messire
Louis de Cailus
,
Comte de
C lermont deLodeve;frere
aisné de Mr le Marquis de
Sessac j elle avoit herité par
succession paternelle de la
Duchéd'Alvin. Elle avoit
esté Fille d'honneur de la
Reine. Sa beauté ne la distinguoit
pas moins que sa
naissance ; & sa vertu & sa
conduite la firent regarder
comme un modelle des personnes
deson sexe& de sa
qualité. Elle merita aussi à
son mariage des distinctions
& des avantages que la Reine
n'a accordé de son vivant à
aucune autre de ses Filles
d'honneur. Outre le present
que l'on avoit accoutumé de
faire aux autres en les mariant
,la Reine fie l'honneur
à Mademoiselle des Autels,
deluy donner de riches pen:
dans d'oreille, & son portrait
enrichi de gros diamans. Elle
n'a point eu d'enfans ; &
tout le bien de feu Mr de
Clermont Lodeveapassé à
Monsieur le Marquis de
Sessac son frere unique. Je
ne vous dis rien de leur
naissance,elleest iilustre. Et
je vous en ay parlé au long,
quand Mr le Marquis de Sessac
épousa une des filles de
feu Mr le Duc de Luines. -
- Dame Marie Brunier de
Saint André, Epouse de Messire
Laurent de Forbin, Marquis
de Janson, neveu du
Cardinal de ce nom, Gouverneur
d'Antibes, & Souslieutenant
de la premiere
Compagnie des Mousquetairesest
morte agée de 31.
an ; elle avoir toûjours vécu
comme une Sainte, & elle
estmorte comme elleavoit
vécu; elle ne connoissoit
d'autres plaisirs que ceux d'obliger
,
de secourir les pauvres
,
de servir les malheureux,
& de remplir jusqu'aux
moindres devoirs. Elle estoit
fille de Madame la Marquise
de Virieu , & de feu Mr de
Saint André
9.
Marquis de
Virieu,premier Prefidentau
Parlement de Dauphiné, ôc
il avoicesté Ambassadeurà
Venise. Il n'étoit pas moins
distingué par son mérité que
par sa naissance
,
& par ses
emplois. Madame sa mere
estoit fille de cet illustre
Chancelier de France Pomponne
de Bellievre
>
qui
avoit servi si utilement l'Etat
fous cinq Rois. Il mon*
rut l'an 1607. sa gloire le suivit
jusqu'au tombeau, & elle
ne perira jamais en France.
Il fut exposé après sa mort
pendant quarante jours dans
la Salle de son Hôtel. Un
Evêque par deputation du
Clergé, y celebroit tous les
jours la Sainte Messe. Le
Corps de Ville habilla de
deüil cent pauvres le jour de
son enterrement. Tous les
Ordres Religieux, toutes les
Parroiffes
, & tous les Officiers
y assisterent : Monsieur
le Prince de Conty qui l'avoit
honoré pendant sa vie
de son estime & de son amitié
,
voulut à sa mort luy
faire l'honneur de mener le
deüil. Cet illustre Chancelier
est enterré dans sa Chapelle
à Saint Germain l'A uxerrois.
Il avoit fait bâtir cette Cha- !
pelle, & une portion du |
costé de cette Eglise. Sa me-1
moire est en veneration à
Paris, & dans tout le Royaume
,
aussi bien que celle de ]
ce fameux Pomponne de Bellievre
son Petit-fils ,premier
President du Parlement de
Paris, Oncle maternel de
Monsieur le premier President
d'aujourd'huy. Madame
de Janson avoit epousé Mr
le Marquis de Janson Soûlieutenant
de la premiere
Compagnie desMousquetairm2du-
R-DY jiievcu de Mr le
Cardinal de Ja nfon , & de
même nom & armes , que
Mr de Forbin
,
qui a corn*
:marui¿ cette Compagnie
avec tant de réputation.
Mr le Marquis de Janson
est fort estimé par ses services
, & par son merite personnes.
Il connoissoit toute
l'étendue au bonheur d'avoir
une G digne femme, & il est
- penetré du malheur de IV
voir perdue.
Je ne puis me dispenserde
vous envoyer la Lettre & le
procez verbal qui suivent, &
je crois faire une bonne csu*
vre en vous les envoyant,
vous en ferez une meritoire
si vous les faites lire à tous
vos amis,& si vous faites
en sorte que leurs coeurs de-2
viennent sensibles aux malheurs
de ceux dont il est par;
le dans ces deux pieces,
COPIE
D'une Lettre écrire au sieur
Cauneaux, dattéede Château
Portien
, le20Octobre
1703. par le Maire;
Echevins, & Habitans de
la même Ville. NOUSsommes réduits
à vous envoyer U Relal
iïon de l'Incendiearrivee letr.
-
Septembre1703 dansnotreViU
U,où cette perte ne peut eflre
que sensible à ceux que vous ai1-
rt7, la bontédelà communiquer,
afin de les exciter a avoir pizié
des pauvres qui ont besoin de
ficours.
Le Vendredj 11. Septembre
dernier le feu prit dans une des
maisons du Fauxbourg de Liejje
de cette Ville, <£?con(omma en
peu de temps tout le mêmeFauxbourg
, &une des ruësde la Ville,
qui porte le même nom,sans que
les pauvres Elabitans eufftnt le
temps de pouvoir retirer leurs
meubles,ny aucuns de leurs ef.
fets
, & la àefolationse trouva
si grande, que les Peres & Me.
res surpris
,
furent obligés dese
jetter parmi les fiâmes pour enlever
leurs Enfens qui efioient
dans le berceau, & retirer les
malades qui imploroïent leurssecours
pour les délivrer, déja à
moitiébrûle%
, & qui auroient , fait pitié aux personnes les plus
inftnfibles
; cette dtfolation c~ si
grande
,
quelle ne peut tftrt reparée
que par la charité des Fidélies
à qui nous les recommandons.
Ily a plus de foixantt familles
parmi cesincendtel, qu'on
pouvoit dire à leurs aises
: &
qui font prefentemmt obligées à
mandier leur pain; & leur misere
f{1 si o-rdsndequ'ils font
réduits à coucher parmi les btftiaux
avec leurs enfansdemi*
nuds, riayant ny habits ny couverture
pour les couvrir
, ny de
quoy vivre dans leur besoin. Lu
violence dufeu a eslésigrande,
que les murs des mailons n'ont
pû refifltr
, & que de tout cet
embrasement il n'y refle que les
funestes vefliges d'une desolation
generale
5
tant des autresHabitans
que des Incendie^, quifont
réduits à serefugier cbe% eux
où ils partagentensèmble çe qu'ils
ont pour les faire fsbfifier; ce qui
a oblige Mr l'Intendant de Châ.
Ions dj envoyer Mr Cyraillet;
Concilier du Roy au Bailliage
Sifge Presidialde Reims, &fon
Subdeleguépour enfaire unpro-
CeK verbal que nous vous en..
voyons ,
ou vous remarquerez^
que la•perte ffi eflimée pins de
soixante & quatorze mille six
cens vingt livres. Nous vous
prions
,
Monjieur%d'encommuniquer
la Copie, Afin d'exciter
les Fidclles à avoir quelque charité
pour Eux
, er de nous
croire, Monfteur,ej?c.
Voicy le procez verbal,
dont il est parlé dans cette
Lettre.
AVjourdbuy deuxième Octobre
1703.Nom AntoineGraillet,
Seigneur de Beine, ancien Confeil-
1er Avocat du Roy (Ut Bailliage &
Siege Presidialde Reims, Subdele*.
gué de Monsieur/'Intendant en la
Province & Frontière de Champa-
gne: Nous sommestranjportez^ en
la Ville de Chaftcau-Portien
, en
consequence de lOrdonnance de mondit
Heur Intendant, du 27.Septembre
dernier, apposée au bas de la
Requeste à luy p?e(entéepar lesleurs
Maire, Echevins, Habitans, &
Communauté dudit Cba/le.-tu
, par
laquelle ils exposent, que le Vendredy
21. dudit mois de Septembre
dernier,ilest arrivé unefi grande incendieauditCb
ifieaU"Portien, que
toutes lesmtifons & bktimsns de la
rue &fauxbourg de Liesse, (5 tous
les meubles meublans, grains) &
foins de cinquante & tant dJHabitans
qui occupoient lesdites maisons
& bâtimens, ont eléconfulnez
&réduits en cendre; en forte que tous
Us Particuliiis incendie; n'ont plus
autre moyen de vivre que la mendia
cité, ny autres couverts que ceux que
leurs donnent par charité les autres
Habitans ; mais avec d'autant
plusd'incommodité qu'ils font bailleurs
étroitement & peu commodement
logez; joint que les Incendie2^
font en grand nombre dans leursfamilles
& ont beaucoup de befliaux
plusieurs faisanslabourage & exploitans
par leurs mains des héritages
duditlieu ; & comme cette péri
si conifderable met entierement le
Jncendiezjjorsd'efiatdepayerapre
fentaucunsfrais & importions, ils
,
ritions
,
ont donné leurdite Requeste a mondit
SieurIntendant, qui a ordonnéque
pardevant nous il fera dreJfl Procès
verbal des ruines, pertes) & dommages
caufez^par ledit incendiearrivé
audit lieu, cifconfiances & dépendances
:
Pourquoy, efiant audit Chafteau-
Portien assisté de Maiftfe Pierre
Chapron
, Procureur au prefidiat
dudit Reims, & nofire Greffier or..
dinaire
, au desir de ladite Ordonnance;
nous noussommes tran/portezen
l'une des rues de ladite fille ,
appellée la ruë & fauxbourg de
Lieffi
,
où nous avons remarquéles
dégafis caufex^pat ledit incendie qui
efi arrivéle21. dudit mois de Septembre
dernier,&y avons reconnu
le nombre de cinquante-sixmaisons
incendiées,
incendiées, sans que dans le grand
nombre desdites maisons incendiées
il foit tejlè aucune apparence de
bâtiment,les plus grands mars
efians entierement peris & ruinee,.
far la violence & l'ardeur du feu
qui ejloitagitéparlesvents
,
detelle
forte que pas un desdits particuliers
incendiezjCaplt recupereraucuns de
ses meubles, grains,marchandises,
& autres effets qui ont pu se trouver
dans lesdites maisonsj ce qui
met lesdits Habitant dans une
grandeconjhrnation par le peu de
ressource qu'ils ont aujourd'huy, ne
[çachant oà se loger, eux & leurs
familles,ny même leurs befiiaux )
ce qui efl extrêmement" charge aux
autres Mabitansdudit lieu, quine
peuvent que très*dififcilement leur
donner quelque retraite, eu égard il
la médiocrité & fimpliciie" de leurs
logemens, comme il nous efl apparu,
qui bailleurs font du/Ii obligezjle
leur fournir lasubsistance necessaire
If la vie ,
jusques a ce qu'ils puis.
fentse remettre a leurs occupations
ordinaires.
Paurquoy &pour efiimer autant
que nous avonspu les ruines &dam-,
mages causez, par ledit incendie
J & sur ce qui nous en a eslè certifié
par les sieurs Maires & Echevins
, & autres principaux Mabitans
dudit Chasseau - Portien ,
nous avons reconnu que la perte de
chaque Habitantenparticulier, &
après les avoir oiii
, peut efire,sçavoir:
PREMIEREMENT.
Laurent Labouret, dune petite
maison
3
ses meubles, & les grains
de fismoissons, qui nous ont este efti.
.-nez,layfaire dommage de cinq cens
livrest9 500 liv.
-
Jacques Gobinet, Marchdnd de
laine, d'une peti.te maison,grange,
ses meubles,grains & marchandéfis)
qui nouaont esiè efiimées luy
faire perte de quinze cens livres
1
0/ 1500. 1.
Nicolas le Grelle
,
aussi Marchandde
laine,d'une massin,grane.
écurie ,ses grains, meubles & marchandases
,qui notisont efiépareillement
efiimées quinze cens livres3
cy, 1500.
PierreMary, Laboureur, d'une
grande maison, quatre écuries, une
cuisine à faire huile3 me grande
grange pleine de bled &foins,une
autregrande giange,ses meubles,
ce qui efi efiime luy faire dommage
de dix mitle livres, cy ioooo A
André Loillier,deuxgrangespleines
de grains,quifontefiiméesquatre
mille livres, cy 40001.
Jean Boucheron, d'une maison soue.
nys écurie, ses meubles & grainsx
qui di efiimé neuf cens livres30
cy 9°0 h
NicolasMathc,d'une maifln,
ses meubles enpartie, de cinq cens livres
, cy 500 1.
Simon Prillcux, Marchand
,
d'une miifon, écurie, grange, grains
&meubles ce qui efi efiimé cinq
mille livres, cy 5000 l.
Jean Hou/fart, Kofiin & Nicole
HoujJart)ponrchacun un quart en
une maison, écurie, grange, & ledit
Jean Jrloujfart ses meubles &
grains
3 ce qui est efiiméen tout deux
millecinq cens livres) cy 2500
Pierre Guillemin, locataire ,les
meubles efiime^ 150 /,
La veuve Jean Camu^eau, une
grange, cent moies de grains &ses
meublestflimez 1500 1.
Philbeit Maillet, Laboureur&
Pdnnetier, deuxgranges}sesgrains
marchandises, tflimècs 3000 1.
François Petit, locataire
,
partie
âefditsmeubles, estimer cy 100
Marie Godtnot, unegrande maifin
pourles trois quarts, cy 1000 l.
Poncelet GObinet, une maison
, écurie, cellier & ses meubles, eflimex^
5001.
CharlesGeoffroy, Vigneronyune
triaifon&sesmeubles 800
Jacques Varlet, Charpentier
#«£maison
,
cellierd-sesmeubles
CY
12.00A
Jean Copreall) Tonnelier, une
maison) écurie>ses grains & meubles
eftime^ IIOO/.
GérardleGrelie, Zaboureur,une
maison
,
cellief, trois écuries, grange>
ses grains &meubles efiimez^>
91 3000 1.
L4 veuve CharlesFranfequin j
'Jeux petites maisons, fis meublei
eftimez^ 600 l.
Nicolas le Page, Vigneron, une
maison,fis meubles eflimez^ 1000
Antoine Poreaux, «8?maison,
cellier, granges, écurie & grdins,
ejiime^cy 1500/
René Vvillaume, Tanneur locataire
, partie deses meubles
, eftimez^
400
JacquesVvillebeau,Vigneron,
une maison,,grange3frejfoiï
à vin, ses meublei & vins , */?/-;
5>oo
Nicolas Diart, foursapart ;n
la maison ci-dessus, avec Jacques
Zaublet 300/.
Jean Roujjeau
, Couvreury une
maison
3 grange, [es meubles &
grains, eftimez^ 6001*
La veuve Claude le Gresle3 une
maison.
, grange, ses meubles &
grains eftimez^ 2.001.
Laveuve Tsfoel Aviliebeau
, une
maison grange, cellier
,
ses meuhlcs
&grains, eftimez^ 1000 t.
PierreLocquet,deuxmaisons,
une brasserie
3
hurie
, unegrdnge ses meubles ,
, grains &greffoir,efti.
2»^ 5000 l.
Ra/lin Cambert Vigneron localaite,
fis meubles 110 1.
Anne Verdin, flle,fis meubles
ejiime, io
JtanMitteau l'ahé, Bouchert
ses meubles 300
Rodicque Rou/feau, une maiftn
eftimce 800 l.,
JeanRobert) Marchandde laine,
une maison,écurie, [es meubles &
mafchandifes, estimèes 4000 1,
Nicolas Curaté, Teinturier, une
maison ,Jès meubles,outils de Teinturier&
ses grains tflimez 1000t.
La veuve Templier & Jeanne
Connardtleurs meubles efiimez^200
Nicolas le Chat, une maison ,
grange & sesmeubles3 efiimez^
1100 L
Jerbme Torcbet&sa mete,partie
de leurs meubles, eimez, 300 1.
Aubry Bertrand, une maison ,
grange, ses meubles3 &ses grains,
estimez 900 1.
Gerard Bertfand, pannetiert
partie deses meubles- 400
La veuve Robert Noël, une mai.
sonses meublesses grains3&une
grange,tflimez 85°1.
Jacques Couftier, Tanneur, une
grange & quelques marchandises ,
eftimces 8001%
1ean Perin
, tousses grains ren..,
fermez^ d-tns ladite grange, estimez
700h
Ponce RouflèdU, Marchand,une
maison
,
écurie, grange,prejjoit,
grains &meubles,ejqimez, 1600h
Toussaint Peigneau, Cordonnier,
une maison, grange, ecurie
, fis
meubles &grains,fy 1000 A
François DejiahleJfis grains,
ejJimez,cy 3001.
Barthelemy Mitteau, Boucher,
les grains & bois, tfiime, 250 1.'
Pierre Pignollet, une maison
grange. écurie >ses grains & bois,
ejîimez,,y 2500 A
Françoije Guin ltmeubles, eftimez^
100 J,
Gerarde le Grejlefille,fis meubles3
eflime\50
Nicolle Quillart veuve3ses meN.
bîeseftimei^ 150
Jerome Camu^eau,ses grains)
eilimez, 300 1.
eTfoulsisamint Léoileliets, s5es 0avo1ines.,
Rossin Leftillois
, quinte feptiers
defroment& desfourages) cy 100 1.
Louis Mitteau, manouvrier) ses
grains & meubles 350
LacquesLocquet, Megissier,qui
est associé avec Pierre Locquetfort
ferepour marchandise de Pelleterie)
afait perte poursa part des martbandifes
incelldiées, de la somme
de ,9 500 -110,
Somme totale de la ferte>foixdnte-
quatorz.! millefix cens
vingtlivresJ cy 74620 liv.
Dont, &dequoy nous avons dressé
lepiefent Procès veibal poury avoir
en temps & hex tel égard que de
raison , ainsifigné, Graillet
DEBEI nEj en la minute, CHAPRONj
avec paraphe & canneaux
figne.
Il paroît depuis peu une nouvelle
Dissertation touchant
letemps,auquella Religion
Chrestienne a esté établie
dans les Gaules, où l'on saic
voir que ç'a esté non dans le
premier,mais dans lesecond
siecle, qu'elle y aétéestablie,
& qu'yestant depuis déchue,
elle y a esté rétablie vers le
milieu du troiGéme, par les
sept Evêques dont Saint Gregoire
de Tours fair mention
dans le trentiéme chapitre
du premier livre de (on HiC,
toire deFrance. Cette Dissertation
esi diviféeen deux Parties.
L' A uteur fait voir dans
la premiere par de nouvelles
preuves , que ces sept Evêques
n'ont esté envoyez dans
les Gaules que vers l'an 250.
de Jcrus Christ; & il prouve
qu'avant l'an 117. aucun Missionnaire
n'a prêché la Foy
dans ces Provinces. Il montre
dans la féconde, que dans le
second siecle
,
il y avoit des
Chrestiens & des Evêques,
non. feulement dans Lion,
& dans Vienne, mais même
dans plusieurs autres Villes
de cesmêmes Provinces, d'où
il conclud que la Religion s'y
estant ensuite prcfque éteinte,
les sept Evêques y furent envoyez
pour l'y rétablir, &
pour l'y étendre. Cette Ditsertationest
impriméeàtouù
louse chez la veuve Boude,
&sevendà Paris,chez.
MrBesson vient de mettre
au jour une nouvelle Carte
tres- particuliere du Piémont
& du Moniferrat, en deux
grandes feuilles, qu'il a dressées
sur plusieurs memoires
qui luy ont esté envoyez de
Turin. Il a distingué avec
beaucoup de foin & de netteté
la Plaine des Montagnes
& les Langhes de l'Astezan
& du Montferrat, d'avec le
plat Pays du Piémont & du
Verceillois, & les Montagnes
des Alpes & de l'Apennin.
:fous les passages de ces Montagnes
& les autres routes y
font exactement tracées. Il a
donné des divisions nouvelles
du Piémont & de l'Etat
de Nice, puisqu'il a divise
l'un & l'autre, non feulement
suivant la distribution que les
Ducs de Savoye en ont fait
aujourd'huy; c'est à dire le
Piémont en Provinces, & l'Etatde
Nice en Vicariats, mais
encore suivant l'estat auquel
se trouvoient les differentes
Seigneuries de ces Provinces,
lorsque les Ducs de Savoye
en font devenus les maistres.
1 On voit aussi dans cette Car.
te les Fiefs qui relevent de
l'Eglise & de l'Empire
, avec
toute la Coste de la Riviere
deGenes, au couchant où se
trouve la Marquisat de Final
& la communication de ce
Marquisat avec le Milanez,
dont il fait partie. Ces Cartes
se vendent à Paris chez
ledit sieur Besson
,
Geogra-
; phe du Roy, sur le Quay de
l'Hor loge du Palais,au coin
de la ruë de Harlay, à l'ancien
Buis.
L'Auteur avertit le Public
qu'il en aura toujours d'imprimées
sur du taffetas ou sa,
tin pour la commodité des
Officiers, & de tous ceux qui
en fouhaiteronr. Il promet
de donner sans faute au conv'
mencement de l'année une
grandeCarte tres particuliere
en six feüilles de tous les
Etats du Duc de Savoye.
MrChevillard,Historiographe
de France, vient de
mettre au jour deux Cartes.
La premiere contient, les
noms, qualités, armes &
blasons de tous les Prevosts
des Marchands delaVille de
Paris, depuis l'an 1268. des
Echevins depuis l'an 1411. des
Procureurs du Roy, Greffiers
& Receveurs de ladite Ville
depuis l'an rjoo. On voit dans
cette Carte toutes les Prevostezdistribuées
en autant
de quarrez , au milieu desquelles
font les Prevosts des
Marchands, entourez des
Echevins qui ont filé fous
leur Prevôté. Au bas de ladite
carte qui est de quatre feuilles
jointes en une font les Procureurs
du Roy, Greffiers &
Receveurs dans trois quarrez
differens, les a yant mis en
cet endroit, comme on a
coûtume de mettre Mrs les
Gens du Roy, dans les Cours
Supérieures, parce que Mrs
les Prevosts des Marchands
Echevins, Procureurs du
RoyGreffiers,& Receveurs,
composent un Corps à laVille,
que l'on appelle le Bureau.
La seconde Carce est cornposée
des Conseillers de la
Ville de Paris, depuis l'an
1500. jusques à present, comme
dans cette Compagnie
qui est ordinairement composée
de vingt six personnes,
il y entre plusieursOfficiers
de Cours Superieures
; il s'y rencontre nombre
de personnes des plus illustres
familles de Paris, & des
personnes qui ont esié honorées
de grandes dignitez dans
la Robe, il y a des Chanceliers
de France, qui font le
Chancelier de Hanay
,
& celuy
de Lhôpital
,
plusieurs
premiers Presidens & Presidens
à Mortier du Parlement
de Paris, & des Presidens
à Mortier, d'autres
Parlemens, un Evêque de
Beauvais, Pair de France,
deux Officiers de l'Ordre du
S. Esprit,& quantité de personnes
de distinction
,
ausquelles
on a mis les ornemens
dûs à leurs qualitez, même
pourune plus grande remarque
&distinction,onamis des
Itarques, & des lambrequins
;aux Prevosts des Marchands
qui ont esté Conseillers de
'Ville. Cet ouvrage a esté fait
avec grand foin, ayant esté
[extrait des Registres de la
Ville, & les armes quiysont
ayant elle prises sur les tableaux
des Prevostez qui sont
dVainllse,les a ppartemens de la
& sur des Tombeaux,
Epitaphes,- monumens publics.
Mr Gaspard Baillieu Geo-
» graphe du Roy, & Ingenieur,
a mis au jour la Carte
du Comté de Flandres, & du
Duché de Brabanten deux
grandes feüilles
,
intitulée,
Carte particulitre des Duchft
de Brabant & de Limbourg
partie de celuy de Juliers
,
de
Gueldres, & de Luxembomrg."
Le Comte de FIAlIares, de HaU i
naut,d'Artois,de Namur,1 j
du Cambrefis Evêché& Prin.
cifauté de Ltege
,
divisée félon i
les principales Provinces, Se ;
fousdivifée suivant ses Bailliages&
Chastelenies où lont^
res • exactement marquées
i
\cs lignes, dressées sur les
Memoires, levez sur les
ieux
,
dediéeàMonseigneur
t Maréchal Duc de Vilieroy,
es pere que le Public en fera
atisfaic
, a yant pris tous les
~soins posibles pour la rendre
parfaite. Elle se vend trente
~sols chez ledit sieur Baillieu,
sur le Quay des Morfondus
m Neptune François. Le mê,,
me Auteur promet de donner
au Public une grande
Carte du Piémont & de la
Savoye
,
où l'on verra tout le
cours du Pô
,
la Coste de
Genes, & le Comtat dej
Nice.
Le Pere Placide Augustin
Déchaussé
,
Geographe ordinaire
du Roy vient de presenteràSa
Majesté une ~Carte
intitulée,Le Cours du Danti^
be :elle se vend à Paris,chez
Mademoiselle Duval, ruë Sti
Jacques, auDauphin,visà
vis la ruë de la Parcheminerie,
& chez Mr Berey
,
ruëiî
Saint Jacques, devant laFon-^
taine Saint Severin.
i- Je vous ay souvent parlé
des Cartes de ce Perc qui oncj
toûjours receu de grands ap-às
plaudiïlenaens,
;
plaudissemens
, non feuler
ment parce qu'elles font tres
bonnes, mais aussi parce
qu'elles font tres belles, &:
cluelles font plaisir à la veuë,
tkest.ant parfaitement bien gra- '- Vous me demandez où se
trouvent les bons Thermometres
& Baromettres, vous
avez raison
,
puis qu'ils font
d'une utilité qui fait plaisir.'
On estime beaucoup ceux
deMrdeVilleEmailleur,seul
éleve du fameux Mr Hubin. Ils'apliqueaussiàlaconstruction
de toutes les Machines
qui fervent à faire les experiences
de la pesanteur de
l'air, & de celles du vuide.
Il demeure à la ruë S. Martin,
proche S. Mederic.
Vous sçavez que Mr le
Goux de la Berchere a esté
nommé à plusieurs Archevêchez
avant que deremplir
celui de Narbonne;c'est ce
qui a donné occasion à Mr
Moreau de Mautour ~de faire
les Vers suivans.
MADRICAL.,
LAvertfl Par degre^ éleve le
mérité,
Par elle l'on vous voit3fage
3
ilm
luflre PrelatJ
De flujieurs dignité\ de fuite
Soutenir noblement la grandeur &
l'éclat.
Que de joye & de biens vofire ame
foit comblée ?
Et quand Rome équitable un jour
soulagera,
Du poids de tant d'honneurs vôtre
tesse Ilccahlée,
Vne Calotte fujjira.
Je vous envoye un air que
vous trouverez dans l'article
suivant ,ilest noté par Mr
l'Abbé Castel.
TAUbelleAdademoijelleR.l.ï
en lery envoyant un 'Bouquet%
un Coemr,& un air noté.
Belle Iris,aussi tost qu'on
a appris le jour de vostre
feste, on a resolu de vous
envoyerunBouquet Onfait
plus
, on joint à l'offre du
Bouquet, celle d'un coeur?
pourquoy cette jonction,
m'allez vous dire? il faut vous
l'apprendre, c'est parceque
Cess trop peu dans ce beau jour,
D'avoir des presens de Flore,
Belle Iris, ilfaut encore
En recevoir de l'amour.
Il manque aux Relations
de la défaite du Comte de
Stirum qui ont esté données
au Public, une Lifte des
morts & des blessez
,
rien
n'est plus ardemmentsouhaité
,
& l'on peut même dire,
que ces Listes font utiles à
l'Etat, & à la posterité de
ceux qui ont répandu leur
fang pour leur Souverain
,
&
pour leur Patrie; ce sont,
pour ainsi dire, des titres de
Noblesse
J
& tics marques
d'honneur& de distinction
pour les familles dont ces
Braves sont sortis, qui leur
peuvent servir dans la suite.
On ne peut sçavoir qu'ils
ont versé leur fang que par
l'Histoire
, & par les Relations
qui se donnent au pu-
-blicaussitôt après les grands
évenemens, & comme on
ne nomme dans l'Histoire
que les hauts Officiers;ilest
contant que l'avenir ne peut
estre instruit du fang que
les particuliers «ont répandu,
à moins qu'il n'en foit fait
mention dans les Relations
que Içn donne au public.
aprés le gain des Batailles,
& la prise des Villes. C'est
de quoy j'ay fait convenir
un gran d Ministre qui ne vit
plus. Lagloire dont*couvert
un Officier recha pé da
peril & arraché des bras de
la mort par les bons secours
qu'il a receos, luy saic trouver
plus de facilité qu'à d'autres
à faire ses affaires
,
soit
dans safamille
,
soit ailleurs,
quand sa valeur & ses services
sont connus ,
il trouve
des secours & des apuis qui
-
luy donnent moyen de servir
le Roy & l'Etat, c'est ce qui
m'a obligé de ne rien épargner
pour avoir une Copie
de ce qui suit.
ETAT
Des morts & des hleffit
dans la Cavalerie,à la
,
Batailledhoeet.
BRIGADE DE CONFLANS.
Rcgiment Royal.
Daurigny, Capitaine,
Officierstuez, t 1-àa
I Cavalierstuez,10
Chevaux tuez« 14
Cavaliers blcffez; 8
Chevaux blessez, 1
2{egiment du Prince Charles>4
Cavalierstuez, x
Chevaux tueZJ8 Cavaliers bl. irez, 1
Chevaux bitlfez, a
Regiment deConflans.
1
Saint Louis, Cornette.
Saint Sigon
,
Maréchal des
Logis.
Officiers blessez, t
Cavalierstuez, 6
Chevaux tuez, - 15
Chevaux blessez, 4
BRIGADE DE BOUZOLS.
Reriment Royal Piemont.
La Motte, Capitaine.
De Fage,Cornette.
Officierstuez, t
Officiers bledez, 4
Cavaliers tuez, IS
Chevaux tuez, 30
Cavaliers blessez, u
Chevaux blessez, 6
RegimentdUcudicouft.
Saint Aspire, Capitaine.
Rabal, Capitaine, mort de sa
,
blessure.
Officiers tuez, ;
Officiers bleuez, 4
Cavaliers tuez, 15
Chevaux tuez, 30
Cavaliers bIffIez, ii
Chevaux btetfez, 6
Regiment de Liurj.
Du Laurens, Maréchal des
Logis.
Saint Louis, Capitaine.
balance, Maréchal des LoJ
gis. Oincierstucx,ï Officiers blciIez, i
Cavaliers tuez, 90
Chevaux tuez, 46
Cavaliers blessèz, , 14
chevaux blessez, f
BRIGADE
DE CLASENBACH:
Régiment Dauphin^ EtranrcrJ
DuClos, Lieutenant.
Officierstuez, I
Le Chevalierde laFeüillée.
Capitaine blesle.
HoudeIot. Capitaine. -
Le Chevalier de Laran, Licul
tenant.
Neuvillê, Lieutenanr.
De rifle, Aide-Major.
Officiers blessez, s Cavaliers tuez, i9 Chevaux tuez, 3J Cavaiiers blçffcz, 16 --------
Chevaux bleacz; 14
Regiment de la Feronntyc.
Cavaliers blessez. 1
Chevaux blessez,3
Regiment de Levi.
Saine Chevi, Lieutenant.
Officierstuez. i
Cavalierstuez» SI
Cavaliers blessez. 51
Regiment de Boux.
Du Bourguet, Lieutenant
Colonel, tué.
Cavalierstucz. Chevaux tuez. 1
BRIGADEDE LILLE.
Régiment de Condé. 4
De Bourgé, Lieutenant.
Officier blesle. 1 1
Chevaux tuez, 6
Chevaux blessez, 6 ;
Régiment de Barantin.
Cavalierstuez, 8
Chevaux tuez, IL
Cavaliers bleffiz. 4
Régiment de Fourquevaux.
Cavalierstuez. 3
Chevaux tuez.4
BRIGADE DE VIVANS
S. CRISTO.
Regimentd'Àubusson.
Saint Victou, LieutenantCo
lonel.
~Joinquiere , Capitaine.
Flini,Capitaine.
D'antragues, Capitaine reformé.
Boyé, Lieutenant.
Bescasel, Cornette.
Ferié, Cornette.
Focheu, Cornette.
Fauquerar,Capitaine.
Vassail, Lieutenant.
Bonivet, Lieutenant.
Saint Estienne, Lieutenant.
DuHar, Cornette.
Officierstuez. 8'.
Officiers blessez. 5
Cavaliers tuez. 36
Chevaux tuez. 7$
Cavaliers blesser. zz
Chevaux blellez. 2.6
Regiment de Vivans.
Danfreville, Lieutenant ;
Colonel, tué. - -
Berger, Li2eutena!nt. ~ Villebon, Major.
Danville, Aide- Major.
Denac, Capitaine.
Darré, Capitaine.
Vosel, Capitaine.
Sirié, Capitaine.
Nerly, Capitaine- Lieutenant,
mort.
Beaulieu, Lieutenant.
Bonet, Lieutenant.
Segur, Cornette.
LaSale, Cornette.
De Gorc, Maréchal desLogis.
Lofel, Maréchal des Logis.
Officierstuez. x
Officiers blessez. 13
Cavaliers tuez. 49
Cavaliers blessez. 35 TOTAL.
OFFIClERS TUEZ.
Lieutenans Colonels. 5 -v Capitaines en pied. 4
(
Lieutenansenpied. 5 1 Cornettes. 41 Capiraine reformé.
1
Ç
MaréchaldesLoris,ij
~OFFIGIERS BLESSEZ.
Capitaines en pied ou
Majors. 12.
5
Aides-Majors..
Lieutenans en pied. 9r
34
Cornettes. 6
Capitaine reformé. 17
Maréchal des Logis. 4
Cavaliers tuez. igt
Cavaliers bieffez;ijj
Chevauxtuez. 362.
Chevaux blessez. 87
J'aurois pû ne pas descendre
dans un si grand détail
touchant lesCavaliers&les
chevaux,& parler seulement
du Total de chacun,sans les
separerpar Regimens ; mais
l'exactitude avec laquelle
cette Liste a esté dressée, en
fait voir la verité
,
& fait connoistre
que la perte est beaucoup
moins considerable
qu'elle ne devoitestre ,si oa
la compareau grand avantage
que l'on a remporté.
«
Les Vers qui suivent font
de Mr Bernard
,
Ordinaire
- de la Musique du Roy. Ils
font adressez à Mr le Chevalier
de la Vrilliere
,
& ont
cHé: faits sur la défaite du
Comte deStirum.
fMADRIGAL. Eune & fage héros,
Animé dufeu de la gloire;
Rejeton 'du beau fang des - nobles
Phelypeaux,
Qui dans tes jeunes ans occupes la
viE/oirt,
le htave de Stirum te vit au champ
de Mars,
Couvert de fang& depoussiere,
Arracher de ses mains d'une valewr
guerrière ,
Ses Timbales,ses EtentÙrts,
Ce chemin va bien-tost te mettre an
rang (ublime,
Il Poursuit tes glorieux explois j teJussit enjin de mériterfeJlime
Du plus teconnoifjant des Rtis,
L'Infanterie n'ayant pres
que point eu de part à ce
Combat, la perte a esté si
peu considerable qu'elle n'a
pas merité que l'on en fit un
état. Il n'est venu à ma connoissance
que Mr le Chevalier
du Molinet, Capitaine au
Regiment de Guyenne qui
y a esté tué à lateste de la
Compagnie des Grenadiers
de son Regiment. Il estoit
petit fils de Mr du Molinet ;
Mestre de Camp des Chevaux
legers du Regiment de
Molinet tué en 1639. à la dc-i
route de Thionvile.
Je ne vous apprendray rien
de nouveau,en vous disant,
que le Roy estant satisfait
des services de Mr Rouillé
du Coudray l'a fait Conseil
ler d'Ecat,& lui a donné un
logement à Versailles
; & si
vous trouvez icy cet article,
c'est moins pour vous apprend
dre ce que le Roy a fait pour
luy, que parce que ma Lettre
formantunehistoire journaliere
, cet article n'y doit
pas estre oublié. Mr Rouillé
n'est pas le premier de son
nom,quia esté honnoré de
la même dignité.
Quoique l'article qui suit
ne soit pas nouveau,il n'en
est pas moins curieux, & je
crois qu'il peut tenir icy sa
place, puisqu'il ne se trouve
point ailleurs.
Mr le Marquis de Dan
geau ,
Gouverneur de Touraine
s'étant trouvé à Tours
dans le temps de la Feste de
l'Assomption,crut que rcprc4
sentant la personne du Roy,
qui est Abbé de l'Eglise de
Saint Martin
,
il devoit se
rendre dans cette grande
Eglise, aux Vespres
,
& à la
Processionsolemnelle qui s'y
fait. ensuite tous les ans en
execution du voeu& de la 1
Declaration du Roy Loüis
XIII. de triomphante mémoire
de 1638. par laquelle ce
Prince mec la personne de
nos Rois, leur Etat, & leur
Peuple fous la protection particulière
dela Sainte Vierge.
Mr le Marquis de Dangeau
précédé du grand Prevôt &
de la Maréchaussée,qui dés
la veille estoient allez au devant
de lui,& de ses Gardes,
se rendit au Cloître S. Martin.
Il étoit accompagné de
Madame la Duchesse de
Montfort sa fille, de Mr le
- Baron
Baron de Breteül
,
Introducteur
des Ambassadeurs
auprès de Sa Majesté
,
Baron
de Preüilli, & en cette
qualité Chanoine honoraire,
& Porte Etendart de 1"Eglise
de Saint Martin, & d'une
grande quantité de personnes
de qualité.Lorsquilfut
arrivéauCloître, Mr le
Doyen accompagnédesDeputez
du Chapitre, le falua
de la part de ce Corps. Il
entendit ensuite les Vespres,
qui furent chantées par la
Musique.Mr le Baron de
Preüilli, en qualité de Chanoine
y assista avec le Suf*
plis, & l'Aumusse sur le
bras gauche, dans un des
stalles du côté droit du
Choeur vers le grand Autel,
au dessous duSoufdoyen.Ce
Baron assista de même en
rang de Chanoine à la Procession,
marchant encre Mes
sieurs les Dignitaires,& Mes
sieurs les Prevosts de cette
Eglise. Monsieur le Marquis
de Dangeau precedé ce ses
Gardes marchoit a près le
Clergé
,
accompagné d'un
grand nombre de personnes
de qualité de tout rang
Conditionde la Ville & dela
Province, qui étoient venus
avec une grande affluence
de peuple pour voir cette (b.
lemnité,afinde joindre leurs
voeux à ceux de cette celebre,
Eglise,pour im plorerla pro
tection de la Vierge pour la
Personne sacrée du Roy, &
sur toute la Famille Royale.
Mr de Dangeau, aprés
avoir séjourné quelque temps
à Tours, & en son Château
de la Bourdaisiere
, entendit
le 3. Septembre une
grande Tragédie que les Pères
Jesuites firent representer,&
alla le lendemain S
Fontevrault pour tenir sur les
fonds, deBatêmeMademoi..
selle de Bourbon au nom du
Roy de la Grande Bretagne.
Prüilli dont les Barons
font Portétendars de l'Eglise
Saint-Mdiïin
s
esi la premiere
Baronnie de Touraine. Geos.
froy de Preiïiili qui épousa
l'heritiere de Vendôme
,
est
qualifié en IQ$O. Comte de
Vendôme,&Porte Etendart
de cette Eglise.Clarebat Gatt.
fridus Cornes VindacinensissigniserEcclefioe
B. Martini Tur.
Ce fut luy qui inventa les
Tournois.Gaufridus dePrullia
co Tornearnsnta invenit, Chron
Tur. Le ComteouDucdtAn.
jou gardoit l'Etendart, & !c
faisoit porter à la Guerre,
t
pourvû qu'il n'armât pas con
tre le Roy. Les Bourgeois &c
Vassaux de laVilledeSaint
Martin
, autrement appelles
Châteauneuf, différente de
celle de Tours, suivoient
l'Etendart
,
qui étoit porté
parleBaron de Preüilli, qui
devoit faire les Guerres du
Chapitre.
La qualité de Duc ou
Comte d'Anjou a rendu au.
trefois les Rois d'Angleter
re, ceux deSicile,deNapies,
de Jerusalem,& âpre*
senc ceux d'Espagne,Chanoines
de cette Eglise. LesRois
de la grandeBretagne le sont
encore a present
; mais c'est
par un mouvement particu
lier de la pieté du feu Roy
Jacques II.&duRoy Jacques
III qui leur a fait desirer de
l'être,ainsi qu'à la Reine, &
à la Princessede la Grande
Bretagne,d'être specialement
associées aux Prieres de lJE..
glise du Patron de la France.
Le Roy , comme Abbe,
presenteau Doyenné &àla
Tresorerie de cette Egliseainsi
qu'il estmarquédans
Louée sur Brodeau. Les cu..
rieux ont ramassé plusieurs
de ces presentations : Voici
l'Extrait de celle que fit
Louis XIII. le 29 Juin 1632 par
laquelle ce Monarque nomme
Alphonse de Richelieu,Car
dinalde Lyon au Doyenné
de Saint Martin sur la demission
du Cardinal de Richelicu
son stere. LOUIS par /4 grâce de
Dieu Roy de France &,
de Navarre: A nos chers &
biens amt''{ les Tresorier
,
Chanoines
(y Chapitre ae l'Eglise
Moniteur S. Martin de Tours,
dépendant immédiatement du.S.
Siège Apojloltque
,
Salut. Comme
ainsi foit qI/Advenant m,%.;
cation du Doyenné de nojiteditc
Eglise Saint Martin
9
la nomi»
nation&prtfentation du drois
de Patronnage de toute ancienneté
nous appartient à cause de
nopre Couronne; éJ. comme dbbeJeculier.&
PrO/félcur de no.
tredite Eglise
3
C7 àvous la collation
, provision- , cm toute autre
àifpojttion
s Pour cc
que voulant en toutes fortes d'oc^
caftons traiterleplu* favorable1
mint auil nous fera pojjible notre
très cher&rtrèsamiCoufin AU
pbonje Lcüz-s du Plessis de ~<
chA-itu, Cardinal
,
Prêtre
t
Âr*
c/;t,:êtJue
,
Comte de Lyon,Priniiit
des Gatils , & Grand
Aumônier de ^runce
,
duquella
pielé cil auÙî exemplaire, que
r..(jus avens sir:e tïjierejattsfaCs
lion de ses recommandabtes (errvices.
Pour ces Causes
, &c.
Vou* requérant, om néanmoins
mandant que laditeReîfgnationt
Cession & Dcmijpon foit par
nom Admise) & que Ivow aiez
à conferer à notreditCoufîn le
Cardinal de Lyonainfipar nous
nommeCmpresenté ledit Doyenné,
à le recevoir& admettre à ice*
luy
,
après ferment par luy on
son Procureur fait pour votre
regard,£7*àl'égard de ladite
Eglise à cause dudit Doyennét
comme il est requis en tel cas. oo
en cefaisantle mettre en lapleine,
passiblet corporelle, réelle & actuelle
possession audit Doyenné,
en l'injlallant pour cet effet ait
Choeur de notredite Eglise, oluy
donnant lieu place, voix9
fceance, & rang en voire Chapitre,
tout tinfi O* en la mim
orme & maniert qu'avoit (yÀ
¡faifôit notredit Coufin le CarA
dmal de Richelieu, & quil con-à
*vient à la dignité de Doyen;
&c. Donné au Pont a Mousc
J'on,..,SigneLOVIS,ôc
plus bas. Par le Roy3 PHELY--
PEAUX, fcellc du grand Scel de
Cite jaune
, & contrefcellé dm
petit Sceau.
» Voicy un Extrait de la iPrefencation que le Roy fit
- le14. Décembre1695. de
Mr l'Abbé de Peseux, neveu
de Mr le Maréchal de Choiseulàla
Tresorerie de S. Mar- ~,
un vacante par mort.
LOVIS,futUbon
& louablercjuinous
a tllé fait des bonnes vie. moeurs,
fejjifance(y*ctpa:iié du f-'ur
Claude D pvxt de P< £eux,c Ifrc
du DiocctfdeLnn^cs>ise'uy
pour ces c.wfs^OHS avons r;O¡-rl< me p L)entd
, n: mo ,s (:-' pvnto-s CiSsi.
gne,eJ d)e nO/.Ife.,t/a.in pour esfilre
par nous pourvu de Ïa7 rtforerie
ddeevocireedEgsldiseevMaccean?te par le decedsdeMessirePierreBernin
de Valtntinay dernier1 e paifihle possjjeur dicellef
dont la nomination (7 presenta,*
iion nous appartient à cauje de
nofire Couronne; &comme étant
jÉbbéfcculier
,
(!) Prottilcur de
ladite Egltje
f
0* à vous la collation
& provifton
,
pour d'ofcs
en avant la tenir U dejjeruir
)(7pArledit fleur Deprat
de Pe\.;ux. en joüir ce "sler aux
honneurs &autorité^ Pterogi.
tivesi precminences
,
gros
, &
autfïs droits fruits & reucntis, & cvdl,/Kin^yappartenantjeU,
çyj(mb!I!:sa'à'en A jouy OU 1.,. du d V, JO;;z.;- icdu Ltrninds Val,<i:înayj
Si '1JeiH prions , (7 nzanimoins
mandons/jj commxii-l^as quesur
notredite nomination CT er£/,é,n.
iation 'Vous aye% A pourvoir
ledit peur Deprat de PeZeux
de ladite Tresorerie
>
luy en ac.
cordant, &faisant à cette fin
expedier toutes Lettres de Provisions
necejjaires
, & en vertu
d'icelles lemettre oufaire mettre9 &c. Donné à Verfailles9
&s.
Le voyage que le Roy fait
tous lesans à Fontainebleau,
estant une partie de divertissement,
à cause de la situation
du lieu propre aux plaisirs
de la chasse. Vous avez
souhaité que je vous en*
voyasse tous les ans un Jour-
Hal de ce qui s'y passe; j'ay
rempli vos desirs depuis plusieurs-
années, ainsi je vous
envoye la fuite du Journal de
cette année, dont vous avez
le commencement dans ma
derniere Lettre.
Le Lundy I. Octobre
,
il y
eut le matin Conseil d'Etat,
Mr de Monasterol,& Mr le
Chevalier de Trafmanes, saluerent
le Roy, le premier
ayant esté dépêché par Mr
l'Electeurde Bavicre,& l'autre
par Mr le Maréchal de
Villars, pour rendre compte
à Sa Majesté du combat
d'Hochstet. Il yeutchasse
du Cersl'a presdinée,où Madame
la Duchesse de Bourgogne
& Madame
,
accom- I
pagnerent le Roy. Me la
Duchesse de Lauzun&Me
la Duchesse de la Feüillade,
y suivirent Madame la Duchesse
de Bourgogne, vétuës
commeelleen habit dechasse.
Le soir les Comediens re-:
presenterent la Comedie de
la Merc Coquette de Me
Quinaur. Monseigneur le
Duc de Bourgogne donna
sur les sept heures un retour
de Chasse aux Dames;ce
qui empêcha MadamelaDuchctT2
de Bourgogne d'assister
à la comedie.
Le Mardy 2. Monseigneur
accompagnéde Monseigneur
le Duc de Bourgogne,& de
Monseigneur le Duc de Ber-d
ry, courut le Loup dés le matin.
Il y eut chez le Roy
Conseil Royal de Finances,
1& grande Toilette chez Madame
la Duchesse de Bourgogne
;où la Cour fut grosse,
& le cercle nombreux. Le
Fvoy alla tir~r l'apresdinée
Monseigneur fit un retour de
Chasse sur les sept heures chez
Madame la Princesse de Conty.
Madame la Duchesse de
Bourgogne ne sortit point.
LeMercredi3ilyeut lematin
chez le Roy Conseil d'Etat
, où assisterent Monseigneur,&
Monseigneur le Duc
de Bourgogne. Monseigneur
donnaà dîner dans son apartementàMonseigneur
le Duc
deBourgogne,àMonseigneur
le Duc de Berry, à Madame
la Duchesse de Bourgogne,
aux Princesses, & à plusieurs
Dames. L'on joüa l'apresdinée
dans le même appartement.
Le Roy ne sortit poinr.
Le Roy & la Reine d'Angleterre
arriverent sur les sept
heures du foir. Le Roy accompagné
des Princes &
Princesses, & generalemenc
de toutes les Dames qui
estoient pour lors à Fontainebleau,
toutes en habits ma- gnifiques, les reçutauhaut
du grand escalier de la Cour
de l'Ovale, donna la main à
la Reine,&la conduisit dans
l'appartement qui luy avoit
esté preparé dans la Galerie
de Diane,où il la laissa peu
de temps aprés avec le Roy
son Fils. Le Roy les fit avertir
à dix heures par un de ses
Maîtres dHôtel, portant le
Bâton, que le souper eftoic
servi, & il alla les recevoir à
la porce du Cabinet de Cial,
liiide, quidonne à l'entrée
de la Gallerie de Diane. Il
donna la main à la Reine, 6c
traversant les appartemens de
Monseigneurle Duc de Bourgogne,
de Madame laDuchessede
Bourgogne, & le sien,
conduisit leurs MajestezBritanniques
dans son ancij
chambre, où U viande estoit
sur table. Le Roy les reconduific
après le souper jusqu'à
la porte du Cabinet de Clorinde.
Le Jeudy 4. il y eut Conseil
d'Etat. Les Princesses &
les Dames allerent à la Toilette
de la Reine. Le Roy
d'Angleterre alla voir le Roy,
Monseigneur
,
& Messeiineurs
les Princes. Le Roy,
accompagné de Madame la
Duchesse de Bourgogne alla
prendre à midy leurs MajCr
;si(z Britanniques, donna la
.main à la Reine, & la conduisit
à la Mefie
»
qu'ils ea-J
le
tendirent dans la Tribune de
la Chapelle des Mathurins.
La Reine d'Angleterre y
avoic déja este seule à dix
heures. Ce qu'elle a pratiqué
les jours suivans. La marche
fut fort belle depuis l'appartement
de la Reine jusqu'à
la Chapelle, & les Princes,
Princesses, Seigneurs & Dames
de la Cour n'y ont point
manqué pendant le sèjour
que leurs Majestez Britanniquesont
faità Fontainebleau.
Le Roy ne les reconduisit
après la Messe que jusqu'à la
sortie de sa Chambre,parce
i- -3 parco
la Reine d'Angleterre l'en
pria instament. Il n'y eue
point de grand couvert au
dîner, & leurs Majestés dî.,
nerent chacune en particulier.
Madame la Duchessede
Bourgogne donna à dîner à
Monseigneur le Duc de Bourgogne,
àMonseigneur le Duc
de Berry, &à quelques Da.,
mes, dont estoient Me la
Maréchale de Coeuvres
, ôc
Me la Marquise de la Valliere,
vêtuës commeelleen habit
de chasse. Le Roy alla
prendre leurs Majestés Britanniques
à deux heures t aç
les conduisit, donnant la
mainà laReine,jusqu'à son
carotTe, où il les fit monter,
aufifi bien que Madame la
Duchcflc de Bourgogne &
Madame, pour aller au rendés.
vous de la chasse du
Cerf, où ils se placérent dans
une- Caléche à deux bancs.
Le Roy & Madame la Duçhesse
de Bourgogne sur le
premier, & la Reine d'An.
gi-eterre& Madame surceluy
de derriere. LeRoy d'Angleterre
monta à cheval. Les
Comédiens representerent le
ff~p~iirrjiR;AndaromcaquicdneMerd,e
Racine, & la petite Comédie
de l'Esprit de contradiction.
Le Roy d'Angleterre y alla
pour la premiere fois de sa -
vie, & y prêta une grande attention.
Il y eut six fauteüils,
Le souper se passa comme le
foiAr precedent, & avec les mêmes ceremonies.
Le Vendredy 5 il n'y eue
point de Conseil. Le Roy
alla prendre la Reine d'Angleterreà
midy & demi pour
aller à la Messe, & y trouva
une tres grosse Cour. Madame
la Duchesse de Bourgogne
& Madame y estansarrivécs
auparavant pour sa Toilette.
Le Roy alla tirer l'aprésdinée
,& mena avec luy dans
sa Caléche le Roy d'Angle,
terre au ren des vous, où ils
monterent l'un & l'autre à
cheval. Tout le monde ad.
mira la bonne grace & les
manieres polies de Sa Majesté
Britannique. Le Roy au retour
de la Chasle rendit une
longue visiteàla Reine d' Angleterre.
Lesoirily eut grande
Musique dans laSalle de la
Comédie. L'on chanta le Prologue
& les deux premiers
A&es de l'Opera d'Athys
J
'.<
que le Roy d'Angleterre;
Monseigneur, Messegneurs
les Princes, les Princesses,&
la plus grande partie des Dames
entendirent dans la Tribune.
Le souper se passa
comme les autres jours.
Le Samedy 6. il y eut Con.
seil Royal de Finances. La
Reine d'Angleterre eut le
matin une grosse Cour à sa
Toilette. Les Princes &Princesses
se trouvèrent chez elle
lorsque le Roy la vint prendre
pour la Messe, Il y eue
l'aprés disnée chasse des Sangliers
dans les toiles, où le
Roy mena dans son cârroffc
leurs Majestez Briraniques.
L'onmonta dans l'enceinte
dans des chariotsquiavoient
été meublez pour voir commodément
cette chasse;elle
finit d'assez bonne heure, &
la Reine d'Angleterre vinc
voir Madame la Duchesse de
Bourgogne au rerour, & luy
rendu une assez longue visite.
Le foir les Comédiens
représenterentlaComedie de
l'Im portant, où le Roy d'Angleterre
n'aflirta point, ny
Monseigneurle Ducde Bourgogne.
Le soupersepassa
1. à l'ordinaire.
Le Dimanche 7. il y eut
Conseil d'Etat. Le Roy & la
Reine d'Angleterre firent
leurs devotions à la Chapelle
t des Mathurins. Monseigneur
t le Duc de Bourgogne les Se i
aussi. Toute la Cour alla sur
le midy à la Toilette de la
Reine d'Angleterre, & le
Roy la vint prendre à la de"
L mie, comme les aurres jours,
& la conduisit en bas dans
la Chapelle. Il y eut au retour
de la Messe,disnerau
;
grandcouvert dans l'antichambre
du Roy, après lequelle
Roy reconduisit leurs
Majestez Briraniques à la
sortie de sa Chambre. Le
Roy 5c la Reine d'Angleterre
assisterent aux Vespres à la
Chapelle,& Monseigneur le
Duc de Bourgogneles enè
tendit aussi
,
& le Salut enfuite.
Le ROY alla tirer. Le
foir il y eut appartement
chez Monseigneur
,
& l'on y
joüa jusqu'à dix heures. Le
Roy d'Angleterre passa la
soirée avec Messeigneurs les
Princes. Madame laDuchesse
de Bourgogne,&pluficurs
Dames, qui firent de leur
mieux pour le divertir, &
qui le trouverent infiniment
aimable, & plein d'esprit.
L'on se mit à table à dix
heures,comme les autres
jours.
LeLundy8 ilyeutCon- -
seil d'Etat, & même Cour
chez laReine d'Angleterre
L'on entendit la oMetTe dans
la Tribune à midy & demi,
& tout se passa avec les cérémanies
ordinaires.Il y eutl'aprés.
disnée chassé du Cerf
où leurs Majestez Britanniques
allerent de la même
maniéré qu'à la précédente;
Le foir les Comédiens repréfenterent
Phédre & Hippolite,&
les Plaideurs, l'une
& l'autrede Mr Racine ,& le
Roy d'Angleterreyassista.Le
sieur Balon dansa deux Entrées
entre les deux Pieces.
Le Mardy 9 il y eut Con-
-
seil Royal de Finances. Monseigneur
alla des le matin à
lachasse du Loup, & Monseigneur
le Duc de Bourgogne
& Monseigneur le Duc
de Berry allerent tirer des
Sangliers. Le Roy alla prendre
la Reine d'Angleterre
•pour la Messe, & il trouva
chez elle toutes les Dames.
L'aprés-dînéeSa Majestéalla
tirer, & mena avecElle le
Roy d'Angleterre. La Reine
alla à Melun à une heure &
demie
9
au Convent des Ursulines,&
ne fut de retour
qu'à huit heures. Madame la
Duchesse de Bourgogne se
promena à trois heures en
Calecheavec les Dames dans
le Parc & dans la Forêt. Le
Roy d'Angleterre passa la
soirée avec Messeigneurs les
Princes,Madame la Duchesse
deBourgogne & plusieursDa-
-
mes à plusieurssortesde jeux,
& il Cefit admirer de laCompagnie
,& pour sa grace,&
pour la vivacité de (on esprit.
Le Mercredy Io.il y eut
Conseil d'Etat Le Roy alla,
comme les autres jours, prendre
la Reined'Angleterreà
midy & demi. Le dîner fut
au grand couvert dans le lieu
ordinaire. L'aprés dînée il y
eue promenade en carosse sur
les bords du Canal, & dans
les belles routes du Parc. Le
Roy d'Angleterre, & Mefseigneurs
les Princes y allerent
a Cheval, Le cortege
des Carottes fut trèsnombreux.
On vit la Pêche des
Cormorans. Le foir les Comediens
representerentleJodelet,
Maître Valet.
LeJeudy 11. il y eut Conseil
d'Etat
, & grosse Cour
chez la Reine d'Angleterre.
L'aprés dînée il y eut chisse
du Cerf,où n'alla point Madame
la Duchesse de Bourgogne.
Le Roy courut dans
une Caleche à deux bancs
Madame à côté de luy, & la
Reine d'Angleterre, & une
de Ces Dames, surle banc de
derriere. LeRoy d'Angleterre
courut à Cheval comme aux
chasses precedentes, toùi
jours avec la mêmegrace,&
passa la soirée avec Messèigneurs
les Princes, Madame
la Duchesse de Bourgogne,
& plusieurs Dames,& continua
d'y charmertoute l'Assemblée.
Le Vendredy 12. il n'yeut
point de Conseil. Le Roy alla
prendrela Reine d'Angleterre
à onze heures & demie
pour la Messe,& dîna à midy.
Il partit à une heure pour la
chasse du Loup. Le Roy d'Angleterre
& Madame y alle.
lcnç avec luy,maisla Reine
d'Angleterre & Madame la
Duchesse de Bourgogne ne
furent pas de la partie. Monseigneur,
& nos Princes se
trouvèrent au rendez-vous;
Lesoir lesComediens representerent
Alexandre, de Mr
de Racine,& le Concert ridicule.
Le souper sepassa à
l'ordinaire.
Le Samedy 13. il y eutConseil
Royal de Finances. La
Reine d'Angleterre eut un
ressentiment de fievre, Le
Roy alla chezelle à midy &
demi comme lesautres jours,
& les Dames s'y trouvèrent
à l'heure ordinaire;mais elle
n'alla pas à la Mésse avec le
Roy, parce qu'elle étoit en
deshabiller. Elle le fuivic de
prés, & entendit la Messe
dans une des loges de la Tribune.
Il y eut l'aprés. dînée
chasseduSanglier dans les,
toiles
,
qui donna plus de
plaisir que la precedente, &:
dura plus long.temps. Le
Roy rendit visite au retour à
laReine d'Angleterre
,
qui
n'y avoit point été
,
& êtoit
encore indisposée. Madame
la Duchesse de Bourgogne
l'alla voir ensuite, & Monfeigncur
s'y rendit à neufheures
& demie, & en revint à
dix heures avec le Roy d'Angleterre
pour se mettre à
table.
Le Dimanche 14. il y eut
Conseil d'Etat. La Reine
d'Angleterre continua à se
mal porter. Elle se ne porter
en chaise à dix heures & demie
à la Chapelle, où elle
entendit la Messe. Toute la
Cour se trouva chez elle à
midy &: demi
,
& le Roy s'y
rendit à cette même heure.
indisposition de la Reine
fit changer l'ordre qui avoit
été donné pour le dîner au
grand couvert. Le Roy ne
sortit point l'aprés dînée, &
assîsta au Salut du saint Sacrement
à la Tribune de la Chapelle
des Mathurins
,
où se
trouverent les Princes &
Princesses. Le foirà huit heures
l'on chanta sur leTheatre
de la Comédie,le Prologue
& les deux premiers Aétes
d'un Opera nouveau de Mr
Destouches, fous le Mariage
du Carnaval & de la Folie.
Le Roy d'Angleterre, Monseigneur,
laMaison Royale,
& toute la Cour s'y trouve.
rent dans lamême disposition
qu'auxComédies,&applaudirent
fort à cette nouveauté.
La Reine d'Angleterre
ne fou pa point avec le
Roy
,
& Monseigneur alla
chez elle dans l'intervale de
la Musique & du souper
,
&
en ramena le Roy d'Angleterre.
Le Lundy 1y il y eut Conseil
d'Etat. Le Roy d'Angleterre
fit le matin ses visites à
cause de son départ fixé au
lendemain. La Reinese porta
mieux, ayant fort bien passé
la nuit. La Cour fut tres grosse
à sa Toilette, & le Roy qui
vint chez elle à midi & demi
la conduisit à la Messe. Il n'y
eut point de grand couvert
au dîner. Le Roy alla à deux
heures à la chasse du Cerf, &
fit monter dans son Carosse,
pour aller au rendez-vous, le
Roy d'Angleterre
,
& Madame.
Sa Majesté Britanique
monta à Cheval avec Monseigneur
& Messeigneurs les
Princes, & le Roy courut avec
Madame, chacun dans une
petite Caleche. Les Comediens
representerent le foir, la
Comedie du Festin de Pierre,
& ensuite les Allards donnerent
un divertissement de
sau'ts ptrilleux qu'ils avoient
concertez Le soir pendant le
souper, où estoit la Reine
d'Angleterre,il y eutunConcertde
Musique Italienne -
executé par deux illustresMusiciens
de Rome, nommez
Pasqualini, qui furent accompagnez
par les sieurs Antonio
& Baptisteexcellens
Violons attachez à Monfeigneur
le Duc d'Orléans, &
par le sicur Marchand Ordinaire
de la Musique du
Roy
, tres- singulier pour la
Basse de Violon. Madame la
Duchesse de Bourgogne qui
n'avoir pointesté ce jour. là
à la Chasse du Cerf
,
s'estoit
promenée en Carrosse dans
la Forest, & avoit assisté au
Salut aux Basses Loges, à
cause de la Feste de Sainte
Therese.
Le Mardy 16. Madame la
Duchesse de Bourgogne, les
Princesses & toutes les Dames
en robes, se rendirent
chez la Reine d'Angleterre
dés neuf heures du matin. Le
•
Roy accompagné de Monseigneur
& de Messeigneurs
L les Princes vint prendre leurs
| Majestez Britanniques, à
[ neuf heures & demie
,
& les
conduisiten bas dans laChapelle
des Mathurins, où ils
1 entendirent la Messe
,
après
laquelle le Roy suivi de toute
la Cour, les mena à leur Car-
1 rosse au bas de l'escalier du
l Fer à cheval dans la Cour du
I Cheval blanc
,
& prit congé
de leurs Maïcitez, à dix heui
res sonnantes. Il y eut chez
; le Roy a prés leur départ Con-
; seil Royal de Finances, où
£ Mr Desmarests
.»
Directeur
général des Finances, prit
séance pour la premiere fois.
Monseigneurallaà laChasse
du Loup,où Monseigneur le
Duc de Berry l'accompagna.
Madame la Duchesse de Bourgogne
se promena en Carrof.
se dans la Forest avant le dîner.
Le Roy alla tirer l'apresdînée,
& le foir il y eut appartement
chez Monseigneur,
où toure la Cour se trouva.
Le Mercredy 17. il y eut
Conseil d'Etat. Monseigneur
le Duc de Bourgogne alla à
la Chasse du Cerf, avec Monsieur
le Duc d'Orleans, dont
la meute chaiïbic ce jour là.
Le Roy alla tirer l'apresdinée.
Madame la Duchesse de
Bourgogne se promena en
Carrosse aux bords du Ca.
nal. Les Comediens representerent
laTragedie de Brtrannicus
de Mr de Racine p
& la Comedie de l'Ecole des
Maris de Mr de Moliere.
Monseigneur le Duc de
Bourgogne n'y assista pas, de
fou pa dans le même temps
chez Monsieur le Duc d'Orleans.
Le Roy donna le soir àMrleMaréchaldeTessé,
qui prit congé de Sa Majesté
pour aller en Dauphiné
1
le
Regiment de Sault pour Mr
le Marquis de Tessé ion fils
aîné,dontil donna en même
temps le Régiment à Mr de
Sanzay ,& celuy de ce der.
nier au Chevalier de Sourches
, l'un des fils de Mr le
Grand Prevost.
Le Jeudy 18. il y eut Conseil
d'Etat. Le Roy entendit
à sa Messe un Motet de la
com positondeMr Bernier
Maistre de Musique de Saine
Germain de TAuxerois de
Paris, dont Sa Majesté paruttres
contente. Mademoiselle
Couperin de la Musique
du
du Roy, qui y chanta quelquelques
recits, receut de
grands applaudissemens. Mr
le Maréchal de Tessé partit
le matin en poste pour se
rendre à Grenoble. Il y eut
chasse du Cerf l'aprésdinée,
où Madame accompagna
Sa MMajesté dans une petite
Caleche. Madame la
Duchesse de Bourgogne se
promena en Carosse dans
la Fore st. Le foir il y eut
appartement chez Monseigneur
,
qui dura jusqu'au
souper.
Le Vendredy 19. le Roy
travailla avec le Pere dela
Chaizeaprés la Messe. Il y
eut l'aprésdinée grande chasse
des Sangliers dans les
Toiles, & l'on en tua quarante
deux, les Dames y accompagnerent
Sa Majesté.Le
soir les Comediens joüerent
la Comedie de Crispin MUficien.
Il y eut grande Toilette
chezMadame laDuchesse
deBourgogne, l'on chanta
encor àla Messele Motet du
Sieur Bernier. ;
Le Samedy 20. il y eue
Conseil Royal de Finances
chattedu Cerfl'aprésdinée,
où Madame accompagna Sa
Majesté,ily eut Musique chez
Mr le Duc d'Orléans- Madame
la Duchesse de Bourgogne
ne sortit point. Il n'y
eut le foir aucun divertissement.
Il arriva un Courrier
deMr leMaréchal de Tallard,
par lequel on apprit que Mr
de Courtebonne Lieutenant
general ,ayant avec lui Mrs
deVaillac& deValfeméavoit
attaquè un corps des ennemis
dans les retranchemens
de Spierbach qu'ils avoient
d'abord abandonnez avec
perte de deux cens hommes,
& que s'étant retirez dans
Neustat
,
ils y avoient esté
invertis par les nostres
,
&
faitsprisonniers de guerre au
nombre de six cens hommes,
Dragons, ou Cavaliers des
Troupes de Mr l'Electeur Palatin.
Le Dimanche 21. il y eut
Conseild'Etat. Monseigneur
donna à disner dans son appartement
à Monseigneur le
Duc de Bourgogne, à Madame
laDuchesse de Bourgogne,
à Monseigneur le Duc de Berry
, aux Princesses, & à plusieurs
Dames, Ilyeutappartement
ensuite jusqu'au fouper
du Roy. Madame la Duchesse
de Bourgogne, &
Madame assisterent au Salut
dans la Chapelle des Mathu.
rins. Le Koy alla tirer l'apresdinée.
Le Lundi 22. le Conseil
d'Etat ne fut tenu que Taprésdinée.
Monseigneur accompagné
de Messeigneurs
les Princes, allades lematin à
la Chasse du Loup. Le Roy
ne forrit point, ny Madame
la Duchesse de Bourgogne.
Le foir les Comediens reprefenterent
la Tragedie de Rodogune
de Mr de Corneille
l'aîné, & la petite Comedie
du Cocher supposé.
Le Mardi 13. il y eut Conseil
Roïal de Finances, l'aprésdinée
chatte du Cerf,où
Messeigneurs les Princes, &
Madame accompagnerent Sa
Majesté. Le foir il yeutappartement
chez Monseigneur,&
Simphonie de Violons & de
Hautbois au souper du Roi,
de lacomposition d'un Haut-,
bois desMousquetaires. Monlieur
le Duc d'Orléans partie
pour Paris.
Le Mercredi 24. il y eut
Conseil d'Etat. Monseigneur
accompagné de Monseigneur
le Duc de Bourgogne,&de
Monseigneur le Duc deBerri
courut le Loup. Le Roi ne
forrit point à caule du mauvais
temps.
Le Jeudi25leRoientendit
la Messe à dix heures, &
dîna à onze, à son petit
couvert. Monseigneur, Monseigneur
le Duc de Bourgogne
,
& Monseigneur le
Duc de Berri partirent de
bonne heure de Fontaine.
bleau pour aller coucher à
Meudon. Madame la Llu-M
chessede Bourgogne donna
dans son appartement un
grand dîner aux Dames de
sa suite Le Roy partitamidy
ayant dans son Carosse Madame
la Duchesse de Bourgogne
,
Madame ,Mada.
me la Duchesse d'Orléans,
MelaDuchesse de Lude,
a( Me la Comtesse de
Mailly. Il arriva à quatre heures
à Villeroi. Il ne sortit
point dans les Jardins à canse
de la pluye qui duroit
depuis le matin. Toutesles
Pâmes souperent avecS,M.
Le Vendredi 16 le disner
fut servi de la mêmemanière
à onze heures,&leRoy partit
de Villeroi à midi, & arriva
à Sceaux sur les quatre heures.
Il se promena dans les
Jardins. Monseigneur &Madame
la Princesse de Conti
arriverent de Meudon. Le
Roy soupa avec les Dames.
Le Samedi matin 17. il
arriva un Courrier de Mr le
Maréchal de Tallard parti du
Camp devant Landau. La
nuit du 23. au 14. par lequel
Sa Majesté fut informée de
l'état de l'attaque. Le Roy^
entendit la Messe à neufheu.
res & demie, & alla voir
pescher le Canal. Madame la
Duchesse de Bourgogne, y
alla avec Sa Majesté. Le dî.
ner fut servi ainsique les repas
precedens. L'aprésdinée
le Roy alla voir la péche du
poisson de l'Octogone. Le
foir Madame la Duchesse de
Bourgogne, joüa chez Madame
la Duchesse du Maine
avant & après le souper. Le
Dimanche 28. Monseigneur,
& Madame la Princesse de
Conti retournerent à Meudon
après la Messe du Roy.
Sa Majestése promena avant
le dîner,& partit de Sceaux
à crois heures, &arriva à Verfailles
à quatre & demie.
La Cour d'Angleterre a
donné pendant le sejourquelle
a fait à Fontainebleau,
de grands sujets d'admiration;
la modeste pieté de la
Reine que ses vertus font plus
briller que ne pouroit faire
toutl'éclat d'un des premiers
Trônes du monde, a fait regarder
cette Princesse avec
plus de veneration que si la
fortune luy rendoit toute la.
justice qu'elle doit à son rang,
& à ses grandes qualitez;
quand on sçait se mettre au
devins de son malheur,on
est au dessus de tous les T10
nes.
Je vousay souvent parlé
deSaMajelté Britannique,&
ce que je vousay diedeceMo.
narque, toutes les fois que
j'ai eu occasion de vousen
parler, doit vous persuader
qu'il a paru à Fontainebleau
tel que j'ay eu l'avantage de
vous le depeindre. Mais vôtre
imagination doit aller beau,
coup plusloin,& jenesçay
si elle pourra se figurer la
moindre partie des applaudissemens
que ce jeune MOT;
narque, dont l'esprit est infiniment
au dessus de son
âge
,
s'y est attiré. Je ne m'étendray
pas d'avantage sur
cet article, ayant fait un
nouvel éloge de ce Prince,
dans l'Epître qui est à latête
du Journal du Siege de Brisac,
que j'ay pris lalibertéde
luy dedier. Vous devez bien
juger que ce Monarque, &
la Reine sa mere ayant fait
le charme de la Cour de
France, leur Cour ne peut
être compolée que de Personnes
d'un vray merite. Je
nevous dis rien de Mrle Duc
de Perth l'éducation du Roy
son Maître fait son éloge.
Quant à Madame la Duches
se de Perth, son épouse,elle
a remply toutes lesfondions
de premiere Dame d'honneur
de la Reine, d'une maniere
sinoble,sispirituelle,
si gracieuse & si engageante,
que tous ceux qui ont e, tc1 -
chezlaReine saMaîtresse,ont
ete extrememenc satisfaits
de lamaniere dont ils ont
été reçus par cette Duchesse.
Avant que la Cour d'Angleterre
partit de Fontaine bleau,
il s'y repandit des Copies
d'une Epître en Vers quifut
fort applaudie: elle étoit
adressée à un Chevatier Anglois.
Onaprit peu de temps
après que cette Epître êtoit
de Mr de Bellocq. Ceux qui
en avoient dit du bien furent
ravis d'avoir loüé l'Ouvrage à
cau se de son merite, &non à
cause de la reputation de l'Auteur
,
dont les Ouvrages ont
toujours été generalemenc
c stimez. Vous jugerez de la
beauté de cette piece en la lifant.
EPITRE
A MONSIEUR
LE CHEVALIER BABER,
GENTILHOMME ANGLOIS. sIl dufombic avenir dij/ïpant les
ttnebres,
Je puis de quelqueéclat orner les
noms célébrés,
{£e vostre
,
Chevalier, par mes vers
anobli, [ l'oubli.
27eferapoint noyé dans les eaux de
Je veux devos vertus faire un portraitfidele
Qui puissè
, If, nos Neveux proposé
four modçlle)
Wttirerles regardsdeleurpofieritè,
Exposésur l*Autelde la Pidelité.., ..,
Le Ctelformant les Rois de fit
plus no:';:': dF'n:-e,
Sur deux Pôles divers fit rouler leur
puissance.
Le premier efl /'H.onncfls
,
&soûtient
ce pouvoir
Plantésurun rocbtr, qu'on nomme
le Devoir:
L:Idu:!;uJle Majefiè,lesacrê Cttrac-,
tere,
Lerefpecl
,
lefermentforty du Sanc.
iuaire,
Et la Religion, dont le nom fait
frémir,
Comme autant darcs-boutans fervent
a l'affermir.
Vautre nommé L'Utile, est fondé
surlefable
,
Son a/liette douteuse efi toujours variables
Zehafarden dispose, &parfort
mouvement Jjébranle, l'affoiblit, l'entraîne au
changement:
Les caduques grandeurs, les richessesfragiles,
Zes fieres dignité£7» les honneurs
fterilcs
Voltigeant à l'entour) par leurfoible
clarté
Dèguisentledéfautdefafoliditè.
C'eft- la que les mortels d'une trempe
commune
Viennent servilement adorer la
Fortune,
C'ej?-là que d'unfauxjour Véclat
leséblouit,
Prefis à tournerle dos) dèsqu'ils'évanouit
j
Pendant que les grands coeurs que
lasagesse guide>
5£colesattachent auf<tlide,
Et pour suivre leurs Rois dufort petfecutez,
Renoncent aux grandeurs, aux
biens, aux dignitc'fv.
Quel autre coeur plus ferme, &
,_ plu* digne defiime,
BABER.»prit mieux que vom et
parti magnanime,
Zorfque le noirflambeau de la rcbellion
Embrasa de res feux la mouvante
Albionl*
Qui pouvoit mieux que vous,sans
trouble, sans envie,
S'allurer pour toûjours une tranquille
vie?
Né d'une race illuflre,appuyé de
parens
* L'Angleteue.
Que Londres refpeFloit, place^ aux
premiers rangs,
Appellépar les droits d'une heureuse
naissance
A jouir des douceurs qu'entretienl
l'opulence t
poftre zeley renonces & defintereffJ
il J'attacbe au débris d'un Thrône
renversé.
J'admire cet effort,&je luy rends
justice 5
Je connois tout le prix d'unsi grand
facrijice)
Dont un coeur lâche & basse verroit
effrayé)
El dont vous vom trouvex^if noblement
pdye,
Jeteffais,chevalier, &quevojire
confiatnçe
Dltns sespropres travauxgoûtesa
rècompense,
Pouffé far le devoiràsuivre avec
ardeur
r Un Prince dont la chute a marqué
I la grandeur,
l Vous avez^ vu de prés cet héroïque
exemple,
Que la Posterité doit honorer d'un
Temple,
Et qui vient denfeigner aux Prin~
ces d'anjourd'buy
'A rendre au Roy des Rois ce qu'ils
tiennent de luy.
Cyefidu Sang des Stuards 1,4,
pratique sublime,
MARlE)*avoit duJïenscellècette,
maxime;
JAcques.fuitfon Aycule) &mdr-i
chantsurfespas
Au \ele des Autels immoleses EtatsJ
* Marie Stuard Reine d'Ecosse,
Le Cielvous applaudit, & déjà
ses prodiges
GrandRoy, de voflregloire ont tracé
des vestigesl
Etvousa Ó digne Epouse, & d'un
Saint, &d'un Roy,
Viftime de l'Amour3 Martyre de la
Foy, •
roue,dont atous les bons la disgrace
est commune,
Et dont le seul ajfeéf condamne lx
Fortune
,
Vous,chez,qui des vertus le cercle
refpefl;
Reconnoift pour son Cheft'dllgtifte
Pieté,
Qui nourriffez^ ce Fils l'espoir de la
Tamise
Dufut de la Sageffi) & du lait de
l-Eglise:
Malgré les durete, d'un exil rigoureux
,
Qmvous voit tous Les lours nesi-il
pas trop heureux?
Déja de vos climats écartantfort
tonnerre,
Le Ciel d'un oeilplus doux regarde
l'Angleterre}
Dijlt sur son Zénith deux Ajlres
èclatans
Asa triple Couronne annoncent le,
le beau temps.
Ainsi, 101s qu'un Vaif/eau tour^
mente de l'orage
Attend avec frayeur le moment d"
naufrage)
Si quelqueMatelot voit enfaisant
son quart,
Briller lesfeux Gemeaux au travers
du brouillardy
Vn cryjoyeux selevej &sur cette
apparence
Chacun desonsalutrecouvrel'efpç~
rance.
Jeune Roy des Anglois
, montez,
sur l'horison
Et forcfezl'inijujhna à, vou:s fairerai- Bientotf nous vous verrons sur les
Mets Britanniques
Dlffîper d'un regard leurs valeurs
politiques
:
Ces grandes qualiténous en font
caution,
Qui courent au devant de l'éducation
j [ épurée
Cet esprit avancé, dont la flame
Admet une prudence aussi prématurée
y Ce noble exterieur, cet exccs de bonté
Qui réunit l'amouraveclaMajeflé,
Enfin tant de vertus que Dieuvous
, a données,
Ades destins privezjiefontpas con.
damnées ;
En
Ari vous ellesferont reverer un grand
Roy,
BI dans des coeurs seduits rappelles
font la Foy.
Croifiex^, jeunes beau/t,Je l'aimablePrincejje,
Cfoiffi,J source d'attraits, & trefordesagesse
j
Deja la renomméeen.traversant les
mers
Prépare tous les coeurs à recevoir
vos fers,
Et la rebellion qu'épouvantent vos
charmes)
N'attena qu'à voir vos yeux pour
leur rendre les armes.
Sans doute3Chevalier3qu'à ma
prédiction
Vous vous opporerez,par cette oG.
jeciion. [ vorce, Wwecque l'équité ce siecle ejl en diZe
bon droitylanguit quand il
manque de force,
Ztmerite) impuissant s'iln'eflpat
fortuné, [ ronné.
ITyfçanroit triompher ducrimecou-
Mdis, pour vous -,afjrmreresongez,
fous quels auspices
YojlreRoy, defin rang a goûté les
prémices:
Des hautsfaits de LOVIS le cours
impetueux
Ne luy laïffcra-Uilqu'un titre infructueux?
Xon , non: quand ce Heros que la
glotreaccompagne
Auravengé PHILIPPE, &raffermi
l'Espagne
, Certains de son appuy les Anglais
genereux
Contraindront lesingratsà devenir
heureux,
SilafiJelitÍrevendnt àparaiftre -
On verraplus d'un MONK*decla*
, ré pourfin Maistre.
Desplendeurcependantaux Cieux
enVIronne,
yACQUEs le bienheureux, humblementprosterné
rAuxpieds majestueux du Throne de
sagloire,
eriguera les faveurs du Dieu de la
Vitteire.
rAinfi3 quand les Hebreux, contre
leurs ennemis
Disputoient le terrain qui leurejîoit
promis,
Tendant queJofüèfaisoit agirleurs
armes,
Moyft foupiïoit, & repandoit des
larmes,
General Anglois qui rétablit le Roy
Charles U. en 1660.
plçe doilbUJecôUrs qui redoubweM^
coeur, ~?.~
,Ve ce Peuple choififit un Peuple
vainqueur. :
Je ne doute point qwlgi
lecture de cette Epître ne
vous faffe fouhaitter de sçarvoirqui
estleChevalierà
qui elle est adressée. J'aurois
beaucoupde choses à vous en
dire; mais n'ayant ny le
temps ny la place ,je vais
vous apprendre en peude
paroles
, ce qui regarde sa
naissance
,
& sa Hdeiicc.On
ne peuttrop vanter le merite
de ceux qui donnent des
preuves incontestables
, que
celle qu'ils gardent à leurs
Souverains est inviolable. MI
le Chevalier Baber est def";
cendu de la Maison de Cheumagna
,de la Ville de Wells
dans la Province de Sommerset,
qui prouve plus de cinq
cens ans de Noblesse, par
desTitres autentiques,des
Tombeaux,des Inscriptions
sur des Marbres, & des Armes
,
& des Inscriptions sur
les vitres de plusieurs Eglises
de la même Province. Le
Pere de M' le Chevalier Baber
a été marié trois fois, il
a épousé en premieres noces
Elisabeth Richards, fille du
Chevalier Guillaume Richards
de Javerland, dans
l'IsledeWitght,dontestvenu
ce Chevalier. Sa seconde
femme étoir AnneBaynting,
Vicomtesse& Pair d'Angleterre,
fille de Paul Vicomte
de Baynting de Sudbury,
dans la Province d'Essek; &
sa troisiéme, Brigide Vicomtesse
de Kilmerey
,
Pair d'Ir-;
lande, fille du Chevalier Druny
d'une Maison tres-ancienne
à Basterop
,
dans la
Province de Norfolk, Mr Xt,
Chevalier Baber à qui les
Vers sont adressez
, a épousé
Marie Draper, fille aînée,&
heritiere du Chevalier Thomas
Draper dont la Maison
n'est pas moins celebre par
la naissance que par la vertu.
On a remarqué une tresgrande
generosité en tous
ceux de cette Maison
,
qui
ont detoustemps reçud'une
maniere très genereuse tous
ceux qui les ont été voir, tant
à Londres, qu'à leurs Châteaux.
Le Chevalier Thomas
Draper eut mêmel'honneur
avant la derniere révolution,
de regaler plusieurs fois, dans
son Château nommé Sunninghill
Parth, proche le Châ.
teau deWinsorle Roy Charles
II. avec la Reine Doüairiere
qui est en Portugal
,
le
feu RoyJacques II. & laReine
Doüairiere quiestà S.Germain
en Laye, ainsi que toute
leur fuite,& mêmejusqu'aux
Gardes du Corps qui accompagnoient
leursMajestrez. Ce
Chevalier Thomas Draper a
eudeson mariage avec Marie
Allen,fille du Chevalier Thomas
Allen de Finchely, Maison
tresillustre
, ôc tres anciennedelaProvincede
Mid.
delsex Marie Draper épouse
du Chevalier qui fait le fujec
de cet Article.CetteDameest
du plus grand merite & de la
plus haute vertu; elle est difstinguée
par un grand attachement,&
un grand amour
pour son époux,par un foin &
par une tendresse extréme
pourtous leursenfans, & par
des manieres civiles & honnestes
qui la font estimer de
tous ceux qui la connoissent.
¡
Quant à ce qui regarde la
fidélité de l'époux d'une femme
si parfaite
, envers (on
legitime Souverain. Voicyce
que l'on en peut dire. il sortit
d'Angleterre en 1689. &
suivit en France,le feuRoy
Jacques IL d'heureuse me*;
moire. Il alla en fuite en Irlande,
où il fit plusieurs Campagnes
en qualité de volontaire
auprés de ce Monarque,
& ailleurs, quand ce Prince
re stoit à Dublin. Après la déroute
de la Boyne en 1690. il
demeura au prés de la Personne
du Roy. Il resta ensuite
à Dublin, dans le dessein de
passer en Angleterre deguisé;
mais ayant été découvert, il
fut mené prisonnier auChâteau
de Dublin,d'où il forcit
quelques jours ensuite, surla
parole de Mr Robert Fitzgirad
, fils de Mr le Comte de
Kildare
,
& sur celle du Co-î
lonel Ternand Hastings, Colonel
d'un Regiment qui étoit
au service du Prince d'Orange.
Ilfut cité deux moisaprés
pour comparoître dans la
Chancelerie
5
où les trois
Gardes du Grand Sçeau luy
presenterent le Sermentde
fidelité, & exigerent de Iuyt
qu'il reconnût le Prince &
la Princesse d'Orange en
qualité de Roy & de Reine
d'Angleterre, d'Ecosse, &
d'Irlande. Il refusa absolument
de prêter le Serment
qu'on luy demandoit, disant
qu'il ne reconnoîtroit jamais aui
cun Roy que son Souverain le.
gitime Jacques II, 0- que la
crainte dela plus cruellemort n'ée
soit pas capable d'ébranler un
moment sa fidélité. Il ajoûta,
qu'il étoit persuadéquel'autorité
(y4 la vie du Roy étoient inseparables.
Les trois Gardes du
Grand Sçeau l'envoyerenten
prison le 18. Novembre 1690.
êc il y restajusquau 13. Fe,
vrier 1691. qu'il fut élargipar
ordre de la Princessed'Orange,
pendant que le Prince
d'Orange étoità la Haye,&
par l'entremise du Colonel
Henry Sidney, connu aujourd'huy
sous le titre du Comte
deRumnay
,
frere du Comte
Leicester
,
dont il paroist
avoir toute lareconnoissance
imaginable. Il ne sortit de
prison
,
qu'à condition de -
passer d'Irlandeen Angleterrc,
& de n'y rester que trente
jours, du jour de son debarquement.
Il obtintavant que
le terme qu'on lui avoit prescrit
fut expire, permission de
rester dans ce Royaume jusqu'à
la Paix de Riswick, qui
se fit en 1697.,après laquelle
il fut exilé par un Aéte du
Parlement. Il allaensuiteen
Flandres & en Hollande,
où il demeura jusques en
1699. cherchant toûjours les
moyens qui pourroient luy
faire obtenir la permission
de retourner auprès de son
Epouse,ilsollicitapour l'obtenir
Mr Dikwel Plenipotentiaire
des Etats Generaux,sa
delicatesseestant telle, qu'il
ne voulut jamais rendre visite
a aucun Envoyé, ou Ambassadeur
du Prince d'Orange
à Bruxelles &àla Haye.
Il soutint genereusement ce
caractere à Paris, où il vint
ensuite,& refusa
,
quoique
conseillé, & même prié par
t ses amis d'avoir aucun com-
I merce , ny d'aller à l'Hôtel
d'aucun Ministre de l'enne- -
mi mortel de son legitime
Souverain ,& même d'avoir
, aucun refped: pour ceux qui
lerepresentoient, detestant,
f en veritable homme de bien,
! le Caractere équivoque de
ceux qui confideranc plus
leur interest que leur hori_
neur, cherchent à s'accom_
moder au temps, & voudroient
,
s'il estoit possible,
estre amis de tous les partis
pour faire mieux leurs affaires.
Mais pour estre verirablement
honneste homme,
il ne (uffic pas de sauver les
apparences, il faut, comme
Mr le Chevalier Baber, n'avoir
rien à se reprocher à
soi-même. Ce Chevalier a
beaucoup d'esprit, & de bon
goût,& l'on peutdire même
beaucoup d'érudition pour
un homme de nainance. [Il
sçait par faitementbien l'hilstoire,
Il fit fort estimé en
France,où il est en commerce
avec uneinfinité de gensdistinguez
par leur qualité,&:
par leur esprit.
C'est Mr le Chevalier de
Montandre qui aapporté au
Roy la nouvelle de la deffaite
des deux milleCuirassiers Impériaux
,commandez par Mr
de Visconti quialloient au secours
de Monsieur le Duc de
Savoye. Mr le Duc de Ven.
dôme a écrit au Roy, qu'il
ne luyfaisoit point le détail de
laélioni que Mr le Ckcvalitrde
MontAndré le luyferoit mieux
qu'il n'auroit pû faire lui même,
s'estanstrouvé àtout,
e y ayant eu bonne part. Sa
Majesté la receu avec beau.
coup de distinction ; & comme
elle étoit à Marli lors
qu'il lui apporta la nouvelle
de cette deffaite elleavou
lu, pour lui faire honneur
& lui donner des marques
de son estime
,
qu'il y de*
meurât pendantlerestedu
sejour qu'elle y dévoit sais
re. Toute la Cour lui a donné
des louanges, & generalement
tout le monde s'est ezi*:
pressé à lui marquer de la
consideration.Vous sçavez
qu'ilestde la maisonde la
Rochcfoucaut
>
si grande, si
illuste ,&si connuë
1
qu'il
n'est pas besoin de vous en
rien dire. Mr le Chevalier de
Montandre est le même qui
apporta l'année derniere la
nouvelle du départde la
-Flote ennemie de devant Ca."
-
dix, par la Bravoure des Galeres
du Roy, où il étoit Ofsicier
en ce tem pslà
,
& où
il se distingua. Mr le Comte
de Montandre qui fut tué à
la Bataille de Luzarra, etoit
frere de ce Chevalier. Ce
Comte, qui étoit generalement
aimé,a esté fort regreté
à cause de ses grandes
qualitez. Mr le Chevalier de
Montandre marche sur de
si glorieuses traces, & tous
ceux qui le connoissent en
disent de grands biens.
Quoique Mr deMontan;
dre n'ait point apporté de
Relation, il en parut une
peu de temps après son arri.
vée,delaquelle on atiré les
Articles qui furent alors rendus
publics, j'ay cru vous
la devoir envoyer entiere,
& dans les mêmes termes
qu'elle a été ècrite; jaurois
pû retoucher a la diction d'un
homme de guerre, qui n'a
pas eu tout le temps necessaire
pour écrire autremenc
qu'il a fait
j mais j'ay crû que
pour n'alterer en rien la vc:":
rite
,
je devois laisser cette
Relation dans son état naé
turel.
A Serravalle
,
le 27. Octobre.
1703. f"Eus rhonneur de vains mande,
par le dernier Courier qui a esiè
defecbe dAlexandriepar Monfieufl
le Duc de Venàofme
, que foi kj.
avis qu'il avoit reçus qu'environ
trois mille chevaux ennemis avoient
esté détachezde leurCamp dela secchia,
qu'ils avoient fris la route
du plaisantin
, ce Prince jugeant
bien que cette marche ne pouvoit
ejqle à d'autres dcjfeinsque dejoindre
Air le Duc de Savoye, avoit envoyésix
Bataillons à Acqui, aux
ordres de Mrde Bouligneuxt&qua?
torze Compagnies de Grenadiers
) commandées par Mr de Dreux à
Serraval/e)avecseptcens chevaux,
&MrsdyEfclainvilliers,âeGoas,
de Dourches> & Defdaux, prenant
le party de demeurer avec trois cens
chevaux Eftagnols
, quatre Compagnies
de Grenadiers, & le Bataillon
Irlandais de Dillon, pour en
âifpofet suivant la marche que les tmenusprendraient3foitqu'ilsfe déterminaffent
au chemin de la PUineaffleurant
Tortbonne &Alexandrie
,
passant entre Nice de la Paille
& le Pô
,
foit qu'ils prissent celuy
des collines, & la tesse des livieres,
de Scrivia & de Bormid) &
jugeant qu'ils prefereroient ce der.'
niercommeplus éloignédeftnArméei
ilprit leparty de venir le zi- ti Se,..
ravalle
y
sur l'avis qu'ilreçut qua
les ennemis marchoientpar la Vallée
de Tidone 5
les Troupes qui
cfioientlefiées Il Alexandrie le fuivirent.
MonsieurdeVendôme apprit
le même jour que les ennemis
avoient campé le 24. à Varzg ,
&,
avoient pris le 15. la route de Saint
Sebastien
, cet avis fut confirmépat
le retour d'un party, dont le Commandantassura
qu'il avoit và le
mêmejour2.5. à midy les Fouriers
des ennemis arriver a Saint Sebastien,
- Mr de Dreux reçut ordre d;Jns ce
moment de marcher avec les quilor?
e Compagnies de Grenadiers &
cent cinquanteMatftres pourse rendre
au Chasteau de Demi, jitué a
une demi-lieue de Saint Sebastien
, sur une hauteur dont l'extremité do..
mine entierementsur la vallée dans
./aqttetle est Saint Sebastien. Je crois
DOTÙS devoir faire observerquecette
hauteur avoit estè occupée par ordre
-de Monsieur de Vendosme, par des
Milices du Milanais, répandues
dans toutes les montagnes pourincommoder
les ennemissur leurmarche.
Cesmilices donnerontfortexactement
des nouvelles de leurmarche.
Au.ffi-tof} que les Troupes venuës
d'Alexandrie se furent rafraîchies
a Sefyavalle,Monjicur de Vendorme
en partit avec ellesa neuf
heures dufoir. pourse rendre à Derni,
eslans averti seurement que les
ennemis esteient à Saint Sebastien.j
ily a près de quatre lieuës de Ser*
ravalle à Derniparun cheminqui
traverse les montagnes, où ilnepajfe
qu'un Cavalier de front. MonJieu,
de yendofme n'y put arriver qu'au
pointdujour avec la tefie de la Co*
lonne
t Mr de Dreux l'assura que
les ennemis riavaient point encore
décampéy ce Generalrieutpasplutofi
reconnu la jituation du Pays qu'on
lavertitqu'ilsefioientacheval, ce
coup à*oeilqu'il, a admirable, luyfît
juger qu'à peine il pourroit joindre
leurarriéré-garde dansunpays aussi
difficile. Ilse mit à la tesie des premiers
Grenadiersqu'il rencontra &,
descendit dans la vallée par où lej
ennemis marchoient le long d'an
torrent quise nomme Coirone, &pria
$/[onfieur le Grand Prieur de lefaire
joindre le plus diligemment qu'il
pourroit par la Cavalerie.
1 On ne descend de Demi dans cetté
vallée que par un défilé fort long)
que lapluye avoit rendu tres - diffitile.
MonjÙur de Vendosmearriva
avec Mr deDreux ala têtedes Grenadiers
avant laCavalerietrouva
trois Escadrons de l'arricregarde
-proche le Village de-Saint Sebastien
Avant que de les attaquer ilordonna
à MMriddeeQCrJe?n:rault d'occuf
per brusquement avec des Grenadiers
une hauteur qui lfanquoitsa
droite, &d'où les ennemis auroient
pu l'incommoder, mais on ne leur
,en donna pas le temps, elle fut octapée
, & Varrietegarde attaquée
par MfJnjieurde Tendofme en même
lemps, laquelte ne fut pas plutofi
ébranléepar la décharge des Grena.
diers 3que les Houssards François
firtis despremiers 6léfilezpénetrerene
au milieu des trois Escadrons) dont
un prit la fuite du cofté de Saint
Sebastien , & un autre fut fait entierement
prisonnier.
Cette piemierechaigefutfoutenug
par l'arrivée des premiers Escadrons
Efptflgnols, à la tesie desquels estoient
Monsieur le Grand Prieur & Mr
d'Agui/ar.
Les ennemis apparemment étonne",
d'une attaque au/Ji brusque &
au/Jiimprevuë
)
se jetterent dans le
montagne la plus voiftnc
, ayant
déjà pajjé un défilé qu'ils laisserent
entre Mondent de Vendosme&eux,
qui attendoit le refle des Carabiniers,&
de la Cavalerie, qui le
joignirent avec Monsieur d'Ayeto..
na , & les Comtes de las Torres,.
& d*Aubeterre.
Cependant Mr de Chemerault
'qui estoit sur la montagne droite
ayant eslé joint par Mr de Maule-"
vrier ColoneldAnjou,d-eent cinquante
Cavaliersdétache,-,, coula,
le long de la cresse de la montagne,
& chargea en flanc les ennemis qui
gardoient le difilê que Monsieur de
Vendosme vouloitforcer, son feu les
mit en desordre
, & lesfit abandonner
le terrain, 6" laissant un grand
nombre de Cavaliers sur la place)
ils se foflerentsur une hauteur derrière
celle dont ils venoient d'ejlre
çhaffcz^î mais avantque d'y arriver
{lfallut pajjer des ravins tres-dijfi*
- -- - - -
Xiles, ou beaucoup demeuretent, de
même que le peu d'équipage qu'ils
avo!entaveceux.
Ceux qui p.iffcrcntceRavin gagnèrent
le !J,fut de la montagne en
ajjez^ bon ordre, [ur la croupe de laquelJlIe
i.l1sCre;m.-:iC.iten b, atai'll!le,où
ils ny demeurèrent quautant de
temps quil en salut aux Grenadiers
-1pour PdJJer les Ravins,
& aux Carabiniers conduits
par Mr le Marquis Dayetona,&
d'Aubeterre. Les tioupesse mirenten
bataille devant les Ennemis avec
les Escadrons detachez) commandez^
far Mrs d"Efclainvilliers>de Dourchef
& De[claux
; quelques Grenadiersse
placèrent au flancdes
ennemis
,
dçit le premierfeu les fit
encore plier, er îe-pa(Jurent un fécond
Ravin plus difficile que le
premier par lequel une partie des
ennemis se retiroit,Protegèe de ceux
qui létoient mis en hataitle; mais
dés que les Carabinierssefurent
saisis de la hauteur qui cachoit. ce
Ravin ,
l'on vit le portrait de la
deroute du combat de la Vittoria
de l*année derniere j le revers du
Ravin ne sepouvpit remonter qu'-
avec beaucoup de dijficultê) ce qui
fit que ceux qui J) ètoient jette,
avec precipitationy ctoient en confujîon.
Mrs Dayetona, & d'Aubeterre
firent avancer les Carabiniers
a pied proche le Ravin, dontla
décharge acbeva de mettre le de..
fotdre dans les ennemis, on en tua
un fort grand nombre, & la pluspart
abandonnèrent lars chevaux,
ceux qui se sauverent prirent deux
pu Vois routes différentes par la
montagne, la plus grofft troupe si retira ptt," le Château de la Ra.
chetta
,
proche du Village de Cantalup
le long de la Scrivia. Mr
Dayetona lesfitfùivreparMrsd'Efclainvilliers
3
de Dourches & ne¡:..
dauxï mais les chevaux étaient pref
quetous rendu*,demaniéré quils ne
passerent pas Carochetta
,
d'où Mr
le Comte de lasTorres les ayantjoint
avec le Regiment de Dillon, cft reparti
après les avoirfait 1afrdichir.
pour suivre les débris des ennemis
J" après lesquels Mr deValde Fuentes,
qui avait été detachédeSerravalle
avant le combat pour reconnaître
la marchedes ennemis,ejî
encore retournésur l'avis de leur défaite.
Mr de Bouligneux
,
qui en a été
demême averti par un Ayde de
Camp de NlonfîeurdeVendôme qui
a pris la pcfie a Barré
3 avec ses
six Bataillons, les poussa depuis
Acqui
,
jusques à Savonne.
Monjieur de Vendôme vient de
recevoiravis, que ce que les ennemis
ont pû rassembler, remarche du
Coté de la Sccthia.
Quoique cette affaire faitplutôt
stne deroute qu'un combat
,
elle a
pourtant duré depuis sept beures &
demie du matin jufqua midy
, parce
que le Champ de Bataille occupoit
fîtes d'une lieiie &demie de terrain
rempli de montagnes&ravins, derrière
lesquels les ennemisJefontrassêmblez,.
detemps en temps, les soldats
hdTaJlèz ayant de la peine a
y artiver, & les chevaux de Cavaliers
qui avoient marchépendant
tJftl. de vingt heures Alant beauCoup
de peineafranchir lesmontagnes
dans un terrainfort mol; mais
touteslesfoisque les ennemissefont rallieils l'ont fait avec tant de
foiblesse quils oht plié au premier
feu, sans attendre le coup de main.
aycomptéplus de 400. prisonniers
y compris un Adjudant General,
quatre Capitaines, trois Lieutenans
& quatre Cornettes. Il efl
restéplru de^00. hommes des ennemis
sur le Champ de Bataille, &
beaucoup de chevaux. L'on a pris
environ 500. chevaux, lesmulets
les habits & la vaisselle , de Mr de
Vifèonti. Lesprisonniersdifentque
Davia, leurfameux partisan, a
été tué, que le Comte de Salmâ
& M* de Rocavione) tous deux
Colonels,font blejfezlis ajoutent
qu'ily avoit dis-huit cens cavaers
lesquels ont été tous choisis
dans les Regimens, [oit hommes foit chevaux , : ensorte que L'on peut
affurer qu'il ne reste pas cinq cens
chevaux de l'élite (Je la Cavalerie
de l'Empereur
3
lesquels
,
felon les
apparences>pourront bien ne pas
Intrer en Savoye.
Cette Vrfioire na coûté qu'un
ZicNtenantde Grenadiers du Régiment
de Tournaisis, nf/mmé Dîtieu
_mort ce matin de sa blessure.
Mr de Chamerault a été blejjé
legèrementd'un coup de feu qui luy
perce les chairs du butsgauche
Mr de Touvenant Capitaine de
Jrlouffards
3
blessé legerement a r",
wiffe>&douzgCavaliers ou Grenadiers
bleJJe
Mrs lesChevaliers de TÂr-1
quebufe de Joigny, ayant
appris la mort de Mrle Duc
de l''Esdiguieres se font dillin..
guy, par les marques publiques
qu'ils ont donne de leur
doùleur
, £< par les derniers
devoirs qu'ils ont rendus àce
Seigneur. Ils firent sonner
pendant vingt- quatre heures
sans discontinuation les Cloches
des trois Parroisses de
la Ville. sçavoir
,
celle de
Saint Jean qui est la plus confiderable
,
elle fut toute tendue
de noir. On dressa une
tres- belle Chapelleardente
dans le Choeur,où on cele;
bra un Service solemnel,auque!
tour le Clergé de la
Ville assista avecMr Perrorté
Gouverneur,&tous les Çhevaliersen
cor ps,quin'ont
rien oublié pour rendre cette
Cérémonie la plus magnifique
qui leur a esté possible;
Mr du Moulineau Capitaine
aux Gardes,a épousé
Me de Lavogadre,fille du
Gouverneur d'O leron. Mrdc
Lavogadre
,
eO: un des plus
anciens Officiers du Royau.
me, Maréchal de Camp, ci.
devant Lieutenant de Roy à
Metz, & Gouverneur d'O-1
leron depuis vingt cinq ansi
Il n'a qu'une fille d'un vray
merite.Il a voulu labienétablir;
il a jetté luimême les
yeux sur Mr du MoulineauJ
& en sa faveur il s'est demis
de son Gouvernement. Le
Roy a agréé cette demission,
& a donné ce Portedeconfiance
à Mr du Moulineau,4
aux con ditions d'épou fer cette
Demoiselle, & Sa Majesté
dit, en leur accordantcette
grace, qu'e lle lefaisoitpour
reconnoistre les services du
Pere
J
&le mérité de la
Demoiselle
,
& pour obliger
ce Capitaine aux Gardes,
qu'elle a toujours confideré.
Ce Prince luy donna autrefois
sa Compagnie par diftinction.
Mr du Moulineau
est frere de Me Derbleville
dont le mari était Gouverneur
d'Oleron ',.&, Gentilhomme
d'une grande confiderarion.
Il est aulIi frere de
feuë Me Dumay
,
oncle de
Me Valier,& de Me de Magenville,
Mllede Lavogadre
aesté pendant six années,
fille d'honneur de Madame
la Duchesse Royale de Sa,
voye ,ce qui luy a procuré
la protection de Madame la
Duchesse de Bourgogne;la
sagesse avec laquelle elle s'est
conduite
,
fait juger qu'elle
remplira avec beaucoup de
distinctionlaqualité de Gouvernante
d'O leron.
Elle demeuroit depuis longtem
ps à Paris,chez Me de
Bragelonne, veuve du premier
Pre sijent duParlement
de Metz. Cette Dame
, que
la qualité & la verru distin-
| guent également,luy'a servi
de mere en cette oceafion,
f & tout l'honneur du succés - - -
de ce Mariage ,que les plaisirs
&lamagniifcenceont rendu
un des plus beauxqui se soient
faits depuis long: temps, à cause des Festes qui se
font données pendant quinze
, jours dans la Famille de Mr
Bragelonne, & de Mr Solas,
frere du marié.
Mrle Mar quis delaChaise
Seigneur de Badiolles & autres
lieux, Lieutenant général
du bas Poitou
, a épousé
Mademoiselle de Marcogner,
fille deMr de Marcogner,
Chevalier de Saint Louis,
Gouverneur de la Rochelle,
qui s'est fort distingue dans
les precedenres guerres, &
sur touc dans la derniere à la
deffense de Keizerfvertoù il
tint considerablement contre
l'Armée Imperiale, quoy
qu'il n'eut que quatre cens
hommes de garnison
,
parmi
lesquels il y avoit beaucoup
r d'Allemans, qui lassez de la
trop longue resistance de cet-, tePlace,se souleverent pour
; l'obliger à capituler
; mais
malgré cetterevolté
,
il se
deffendit encor quelques
; jours
,
fit une très belle Capitulation
Jornt de la Place,
& traversa l'Armée ennemie
avec toutes les marques
d'honneur qu'il avoir demandées,
suividetrente ou trentecinq
hommes feulement, qui
seulsétoient demeurez fidels.
Jamais Mariage ne fut
mieux assorti à cause du merite
extraordinaire qui se trouve
de part & d'autre. LaCéremonie
de ce Mariage a
esté faire par Monsieur l'Evêque
de la Rochelle, en presence
de Mr le Maréchal,
de Chamilly
,
Commandant
dans les Provinces d'Aunix,
Saintonge
, & Poitou,& de j
Mela Maréchale, chez qui
toute la Noblesse qui s'est
trouvée à cette Ceremonie,
fut ensuite regalée avec toute
la magnificence ordinaire à
cette Maréchale. La Feste a
duré plusieurs jours.
Rien ne convenant mieux
que des Articles de mort
après des Articles de Mariages;
je crois devoir ajouter
icy ceux de quelques Morts
dont ilme reste à vous parler.
Messire Alfonse Gedoyn ;
Chevalier Seigneur de Fully,
Gouverneur de Baugency.
Capitaine des Vaisseaux du
Roy, est mort au Port Loutô
Ilavoiteu l'honneur d'estre
Page de la Chambre duRoy,
& depuis il avoic toujours
lervi dans la Marine avec distinction.
Il estoit fils de Mesire
Philippes Gedoyn, Chevalier
Seigneur de Pully,
Lieutenant General des Armées
du Roy, Gouverneur
de feu Monsieur le Prince de
Vermandois,&de Damoiselle
Marie de Mareau. De
ce mariage estoient issus trois
garçons;l'aîné qui vient de
mourir; le Chevalier Lieutenant
au Régimentdes Garides
Françoises, qui mourut
il y a deux ansà Anvers; &
un troisiéme qui est Abbé.
On sçait assez que cette famille
compte parmi ses Ancestres
un Secretaire d'Etat,
qui vivoit il y a plus de deux
cens ans, & dont il est parlé
si honorablement dans les
oeuvres de Marot. On sçait
aussi qu'elle a l'honneur d'être
alliée à plusieurs grandes
maisons, du nombre desquelles
sondlaMaisondeGesvres,
de Longueval
,
de Canillac,
deSoyecourt,&c.
Dame Anne Marguerià
,
te Baltasard, épouse de Mestire
Jean Qantin,Chevalier
Seigneur de Riche bourg,
Maistre des Requestes honoraire
de l'Hostel du Roy, est
morte âgée de soixante six
ans, Elle estoit fille de feu NN..Baltasard & de Dame du Laurens, soeur de
Messire Pierre du Laurens
Evêque de Bellay.Elleestoit,
aussi soeur de Mrs Baltasard
dont le Chevalier, homme,
d'un si grand mérite, mourut
subitement il y a quelques
années, & de Mr l'Abbé Balthafarcî,
dont l'esprita beau.-
< coup d'agrémens,& dont le
commerce est recherché de
tous les honnestes gens. Ma.,,
[' dame de Richebourg laisse
| entr'autres enfans deux fils
Conseillers au Parlement de
1
Paris, & une fille mariée à
1 M' d'Haroüis, Maistre des
Requestes. La Maison de
Mr de Richebourg est ancienne
dans la Robe. Elle a
I donné des Officiers de Magi
strature dés le milieu du
seiziéme siecle
, ou un Taillerand
Quantin brilla beau-
I coup par son éloquence &
l par la réputation qu'il acquit
S
d'un des plus excellens Juges
du Royaume. Ilrefusa avec
fermeté les offres avantageuses
de Mrs de Guise
,
qui le
persecuterent ensuite.
Messire Jean Vialart,Chevalier
Seigneur de Herse,
ancien Conseiller au Parlement
de Paris.Ilestoit frere
de ce Saint Evêque de Cha.
Ions, Predecesseur de Mrs de
Noailles,& dont la mémoire
est dans une si grande benediction
danstout ce Diocese,
où l'on prétend que son intercession
opere tous les jours
des merveilles qui pourraient
bien
bien un jour donner lieu à sa
Canonisation
, que la voix du
Peuple demande avec les plus
vifs empressemens. Mr Vialart
qui vient de mourir vivoit dans
une pratique exacte & rigoureuse
des vertus du Christianisme
i l'exemple d'un Saint frere
estun puissant motif pour nous
porter àDieu. Cette Maison a
produit aussi un saint Personnage
dans le seiziéme siecle, qui
s'estoitenfermédans l'Ordre de
Saint Benoist, où l'odeur deses
vertus fut sur le point de l'élever
aux premiers emplois de
son Ordre, qu'il fut toûjours
constantà refuser.
Messire Jean Julien Phelippc
de Billy, Chevalier Seigneur
duditlieu,dugrand & petitJouvancourt,
Conseiller de lagrande
Chambre,est mort âgé de
soixante-quinze ans. Il envifageoit
la mort depuis quelques
mois, comme s'il avoit estéassuré
qu'il luy restoit peu de
temps à vivre j & dans cet esprit
il se détachoit absolument de
toutes les choses créées. Il avoic
acquis dans l'exercice de sa
Charge la réputation d'un Juge
éclairé, droit & sincere. Il n'est
pas le seulde sa famille qui ait
paru avec honneur dans la Malgaifbracure
j son nom a donné à
Robe plusieurs Personnages
de marque: mais celuy qui
vient de mourir rassembloit dans
lapersonne toutes les excellentes
qualitez de ceux qui l'avoient
precedé, & il fera un A
parfait modele pour ceux qui
viendront a prés luy.
Dame Elisabeth Durand de
Villegagnon,veuvede Messire
Hilaire- Piedefer, Chevalier
Marquis de Champlost. Cette
Dame estoit d'une maison donc
le nom est fort connu. Les HiC.
toriens ont celebré plusieurs
grands Personnages qui l'ont
portéavec honneur, & distinction.
Le Grand-Pere de cette
Dame estoit un homme fort
connu & fort confideré par les
qualitez de son esprit. Le nom
de son époux n'est pas moins
celebre. Mrs de Piedefer ont
merité d'illustres témoignages
des Historiens. IlyeutunPiedefer
fous François I. qui fut
laterreur des ennemis, c'estoit
unFoudre de Guerre, pour meforvir
desexpressionsdel'Histoire.
Il s'estoit rendu terrible & redoutable
parplusieurs convbats
singuliers
,
04 ilavoit
toûjours remporte l'avantage.
Il mourutcomme ilavoit vêc,Ui
je veux dire en Héros, & les
armes à la main.
Dame Anne Maudet, épousè
de Messire Louis Robert, Conseiller
du Roy en ses Conseils,
• President en sa Chambre des
Comptes. Cette Dame estmorte
dans les sentimens de pieté,
où elle a toû joursvécu, & qui
semble hereditaire à sa maison,
puisque Mr son pere & Me sa
mere ont esté fort estimez par
leur pieté&leur vertu dont ils
ont donnéd'excellens principes
à Madame leurfille,doncla
mort a esté fore sensible dans sa
famille.
-1 Le Roy ayant nommé aux
Benefices la veille de la Toussaints
,
voicyles noms de ceux
qui ont rempli les places vac- cantes.
,
SaMajesté a donnéle Doyenné
de Saint Omer à Mr l'Abbé
de Valbelle, l'un de ses Aumôniers.
Cet Abbé encore plus
distingué parson merite & par
sa pieté que par sa naissance, est
neveu de Mr l'E vêque de Saint
Omer. Leur maison est originaire
de Provence oùellea toûjours
tenuun rang tresconfiderable.
Mr l'Abbé de Valbelleréparera
parfaitement la per- tede feu MrleDoyen de Saint
1
Omer, qui y eil: tres-regretté,
& qui s'estoit attiré l'estime Se
la vénération de tous les peuples
de ce Diocefe
) par sa vertu
& par sa probité.
Sa Majesté nomma en même
tempsà l'Abbaye des Religieux
ses du Bogue, Ordre de Saint
Benoît Diocese de Perigueux Madame de la Barde Vassa-,
le, Religieuse du même lieu.
Cette Abbaye eil: ancienne, & a été possedée par des filles
d'une grande vertu. Mr
l'Evêque de Perigueux a fair
besse, & il en a porté des tégrand
cas de cette nouvelle Abmoignages
bien avantageux.
A peine cette Abbaye fut-elle
vaccante , qu'on jetta les yeux - sur cette Dame, & le choix dii
Roy n'a fait queconfirmer celui
du peuple,qui est souventcelui
de Dieu. Cette Dame a
beaucoup de douceur & de vives
lumieres; conditions necessaires
à une personne qui fo
trouve à la tête d'une Communauté.
Mr Chauret à eulaChantrerie
de Parthenay. C'est un
Benefice qui a été rempli par
des Personnes d'un grand merite.
Le dernier qui l'a possedé
est fort regretté dans ce lieu.
Mr Chauret s'y fera considerer
par son merite qui est distingué.
La VilledeParthenay à produit
de grands hommes dans le
seiziéme Siecle; on en vit fortir
de scavans Personnages, tels
que furJent un Allosiu'-s' & uflf1
Férrand
*
qui se fit Religieux
dans l'Ordre de Cîteaux.
Mr Galiot Docteur de Sorbonn
e& Prin cipal du Collège
desTresoriers , a été pourvu
de l'Archidiaconé de l'Eglise
de Montauban,c'est la seconde
Dignité de ce Chapitre. Mr
l'Evêquede Montauban l'a demandé
pour luy, & l'a obtenu,
le Roy se faisant un plaisir de
1 recompenser les gens de merite
& de vertu. Mr Galiot est tres- 1
estimédanslaFacultédeTheo- 1
logie
j
d'où il est déjà un des
anciens Docteurs. Ce fera une j
perte pour la Sorbonne dont il
est un des plus considerables
membres. Ses lumieres font vives,&
pures.Il ne prend jamais
le change sur une question > en
un mot, il elt peu de Personnes
plus éclairées que ce digne Docteur
, il fera constamment honneur
à la Cathedrale de Montauban,
qui d'ailleurs est tresaffligée
d'avoir perdu Mr Louvrier
dernier Archidiacre, homme d'un merite singulier.
Mr de Poleins a eu le premier
Canonicat qui appartient au
Roy,aprèsla prestation du Serment
defidélité, dansl'Eglise
d'Aiby. Cet Ecclesiastique est
frere de Mr le Procureur General
du Parlement de Dombes.
Ila du merite & de la capacité,
&ils'applique même avec succés,
auxmatieresqui regardent
son état j il est d'une bonne &
ancienne famille de la Principauté
de Dombes. Son père
étoit Maître des Requêtes de
ce Parlement. Il y a une famille
de Poleins en Bresse
,
dont Me
la Marquise de Thoy est l'heritiere;
elle êtoit connue dés
l'an 1260. que vivoit Etienne
de Poleins Damoyseau qui fit
hommage d'un fief qu'il avoit
à Amé de Savoye,Seigneur de
Baugé & de Bresse Le pere de
Mr le Marquis de Thoy étoit
Charles Emanuel de Poleins
homme d'une grande valeur , ,
qui avoit épousé la soeur de Mr
de Beviers, qui prit ensuite une
seconde alliance avec Mr de
Marmont Gentilhomme qualifié
, dont est venu un Pere de
Marmont Religieux de Saint
Antoine, après avoir été longtemps
Capitaine d'Infanterie.
Mrde Faudoas Théologalde
Montauban, & Docteur de
Sorbonne
, a eu le Prieuré de
Gex. Ila un grand talent pour
la Prédication, & il a fait des
grands fruits dans les Millions
de ce païs-là. C'est aussi pour
reconnoistre son zele, & pour
animer les autres Ouvriers an
travail,quele Roy vient de lui
donner ce Benefice qu'il ne demandoit
pas; puisque jamais
1 homme ne fut plus desinteressé
que Mr de Faudoas , qui a
toujours meprisé les richesses.
C'est la justiceque lui rendent
tous ceux de ce païs-là
,
& ceux
de celui-cy qui le connoissent.
On ne doit pas ignorer que le
Diocese de Montauban est rem-
1 pli de Nouveaux convertis,&
qu'ainsi ceux qui veulent travailler
, peuvent y faire une
abondante moisson
,
& que c'est
un lieu bien propre à exercer
leurzele & leur ferveur.
Cet Abbé est de la Maison
de Faudoas Barbazanen Guvenne,
dont la branche-aînéeest
fonduë dans celle de Rochechouart
Chandernier. Elle étoit
déja fort illustrée fous Charles
VII. qui accorda au fameux
Barbazan,dit le Chevalier sans
reproche, son premier Chambelan
, d'estre enterré à Saine
Denis dans saChapelle, &de
porter les Armes de France sans
aucune brisure
»
son Tombeau
se voit encore dans la même
Chapelle, avec deux Epitaphes
& ses Armes. v
Mr Vérité a esté pourvu. du
Canonicat de Vincennes, vaccant
par la nomination de Mr
de Beaufort au Doyenné de l'Eglised'Ypres.
Mr Verité est
un Sujet tres-propre aremplam;
cer Mr de Beaufort. qui est
fort regreté dans son Chapitre.
Ils ont eu l'un & l'autre toutes
les qualitez que l'on doit
chercher dans les Ministresdu
Seigneur; son Eglise en est
mieux servie, lorsque ses Ministres
sont animez par un saint
zele, soutenu d'une ardente
charité
, & dune foy vive &
éclairée. C'est là le caractere
du nouveau Chanoine que le
Roy vient de donnera la Sainte
Chapelle de Vincennes, qui a
tant produit d'excellens Sujets,.
",-' La Sainte Chapelle de Vincennes
fut fondée l'an 1375). par
Charles V. dit le Sage,lequel
y établie un Tresorier , un
Chantre,sept Chanoines, quatre
Vicaires, 8c deuxClercs.
Le Corps du Cardinal Mazarin
, qui mourut dans ce Château
en 1661. fut mis en depôt
dans cette Eglise
,
&y demeura
jusqu'en l'année 1684. qu'il fut
apportédans l'Eglise du College
des QuatreNations qu'il
avoit fondé, & son coeur fut
mis aux Theatins. Cette Sainte
Chapelle est dans la Cour
duChâteau, dont Philippesde
Valois jetta les fondemens en
1327. que le Roy Jean continuajusqu'au
troisiéme étage
-
«8c que Charles V. fit enfin
achever. La Reine Marie de
Medicis fit commencer la belle
Gallerie que l'on y voit du côté
de cette grande Ville & le Roy
mit en 1660 ce superbe Edifice
dans l'état où l'on le voit aujourd'huy.
Mr d'Artuife de Nommery,
& Mr du Lis ont eu deux Canonicats
dans l'Eglise de Peronne.
Ce font deux Ecclesiastiques
generalement estimez,
& qui feront honneur à l'Eglisedans
laquelle ils vont entrer
; des moeurs tres-reglées,
une exacte probité, & une
vertu reconnuë )
font les vertus
qui brillent dans les dignes
sujets que Sa Majesté vient de
choisir pour remplir ces deux
Benefices vacans dans l'Eglise
de Peronne. Le Roy ne fait
point d'autres choix.
Le lendemain de la S Martin
on fit l'ouverture du Parlement.
Elle commença par une
MeIrc solemnelle,qui fut celebrée
dans la Chapelle de la
Grand Salle du Palais par
Monsieurl'Evêque de Bazas, ouMeilleurs assisterent en Robbes
rouges ; on entra ensuite
dans la Grand- Chambre, où
.ce Prelat ayant pris la place
dessinée à Mrs les Evêques qui
font cette Ceremonie à colté
droit de Monsieur le premier
President
, ce grand Magistrat
lui fit un discours dans des termes
choisis
, & pleins de cette
belle eloquence qui lui estsi fatniliere
,il le remercia de la
parc de la Compagie, d'avoir bien
voulu implorer le secours du cielpar
cet augufie Sacrificequ'il venoit de
celebrer
, pour pouvoir remplir avec
dignité l'importance de ses emploisy
Il tomba sur l'Eloge de ce Prelat.'
& sur ceux de ses Ancefirei
,
&
de ses proches qui rempliffoient si
dignement les places qu'ils occupaient
dans les Conseils du Roy,
que le zgle & l'application qu'il
avoit à remplir tout, les devoirs de
i' Episcopas
s
à l'exemple de ses Predecesseurs
,
l'obligeaient a l'affurer
de la part de la COl/zpagnit
)
de
sonefiime
)
& de la consideration
que l'on devoitavoir pour ses vértus.
ilfitvoir qu'elle employeroit
son autorité pour défendre celle du
Clerqé, & soutenir le pouvoir qu'il
avaitplu au Roy de lui accorderont
ce pouvoir devait efire employé 1°81
la conduite de leurs Diocesseess, qu'il
,
efioit donné pour édiIfsier, d&r non ppaasr
pour détruire
, que l'on devoit s'en
fervirpour deffendre &foutenirlei
privilèges de EgliseGallicane ,
quiçoniflfoientdans l'observationre*
piliere des Canons, que les uns &
les autres devoient conserver l'union
pour la dejfenfe mutuelle de
ceslibertez,, & il finit en l'aÍfu';'"
ranc de la part de la Compagnie
, qu'elle donneroit à ce
Prelat des marques de l'estime
& de la consideration qu'elle
avoit pour sa personne, & pour
sa dignité.
Mr l'Evêque de Bazas , qui
est frere de Mr de Gourgues,
Maistre des Requestes, & oncle
de Mr de Gourgues Daulnay
aussiMaistre des Requestes.
& qui avoient pris leurs seances
à ses côtez
,
répondit ail
compliment de Monsieur le premier
President par un autre;
où après avoir remercié la Compagnie
de l'honneur qu'elle lui
avoit fait de le choisir pour
une fonction si importante t 8c
qui l'avoit obligé de retarder
son retour dans son Diocese;
[ il fit voir, que quoy qu'il futsort
éloigné, & dans un autre Ressort
que celuy du Parlement, il ne
laissoitpas de ressentirtous lesjours
des marques de sa potection & de
son zele pour la deffense des droits
de lyEglisè :cette premiere Compa-
: gnie du Royaume servantd'exem-
[ ple à toutes les autres qui survoient
fis maximes&ses lumieres> qu'elle
avoit l'avantage d'avoir Il sa tête
un Chef autant recommandable par
sa naijïance iouflte,que parsesrares
& superieuresqualitéqui pen-
4ant qu'il efloit le Tuteur des PIt.
pilles, & qu'il en estoit devenu le
proteE/eur, avoit toujours étéattaché
àfaire observer l'odrre & llaajjuujsJtiiccee
dans sa pureté, avec une application
labourieuse
, une fermeté inébranlable
, une habileté profonde,
& un dejintereffimcnlfdns exemple.
Il joignit à cet Eloge celui des
Ancêtres deMrle premier President
dont il occupoit si dignement
la place. Il fit voir que
cette famille avoitproduit de grands
Hommes qui avoientrendu desservices
considerables à l'Etat; que
l'on avoit vû un Prelat de les
proches, ala tète du Clergé, illujlre
parsa profondefcicnce>fesgrands
talens ,son éloquence,&safaciliiê
merveilleuse dans l"expédition
L des affaires lesplus difficiles,d!au-
I
tres employezdans des Negotiations
importantes,& des Traitezd'oti
dependoit tout le fort _de l'Europe.
Ces beaux Eloges furent suivis
d'une protestation que ce Prélac
fit à toute la Compagnie, qu'il se fouviendroit éternel le..
ment de la distinctionqu'elle
avoit fait de sa personne pour
faire une fonction qui lui étoit
si honorable. On fit ensuite prê.,
ter le Serment aux Avocats, &
t aux Procureurs, & la Cour
s'étant ensuite levée, Monsieur
l le premier President invita Mr
t l'Evêque de Bazas , & la phil
I
grande partie de Meilleurs qui
avoient assisté à cette Cérémonie
à un dîner autant magnifiqueque
délicat.
L'ouverture de la Cour des
Aydes se fit le même jour pendant
la celebration de la Messe
du Parlement. La différence
qu'il y a entre les ouvertures
de ces deux Cours, eG qu'au
Parlement Mrs les Presidens,
& Conseillers y assistent en
Robes songes, & font sur les
hauts sieges dans la Grande
Chambre; & qu'à la Cour des
AydesMrs prennent leurs seances
dans les bas sieges, & en
Robes noires. Apres la lecture
quelle Greffier fit des differens
Reglemens qui regardent les
fonctions différentes des Huif:.
siers, des Greffiers de Mrsle.
Gens du Roy, Mr le Camus,
Premier President
, qui leur
avoit fait de belles exhortations
de continuer à s'aquiter dignement
de leurs différentes fonctions
,
suivies d'un éloge sur
l'exactitude, les lumieres , & la
capacité de Mrs du Parquée
adressant la parole à Mrs les>
Conseillers
,
fit. voir que ce
jour étant également destinépour les
exhorterà seperfectionner dansleurs
emplois&d'éviter les périls au
quels lafoiblesse de l'homme le jet-.
toit quand il s'écartoit des ùbligaA
tions
,
&des devoirs attachezàfk
profession -
,
ilfit unparalellejudideux
&naturel des qualitezdiffe
rentes de ceux qui s'apliquoient continuellement
à la iecherche ds 1$
vérité& aux principes de lajufiict,
& de ceux quisi laiss.tns entraîner
.à la multitude de leurs passions, ne
laissoientpas de tomber dans l'égarement
,
quoiqu'ils eussent souvent
de bonnes intentionJ. Il traça les
àifferens carafleres des uns & des
autres avec des termes êlegans &
une julleffe inimitable, marqua la
necessîtéde fairede continuelles attentions
sur foi.même
,
lesmoyens
dé se deffendre de hlltifion de fis
pfréventions, des appastrompeurs de- ambition
,
de la faveur & de la
fortune, desfoilicitations des amis,
& d'une opiniâtreté a foutenirfes
Jentimens ; mais à chercher la verité
dans elle-même & dans ses
1 principes,& à s'attacher a l'obfèrvation
dcs Loix qui devoient être < l'uniqueobjet d'un Juge.
Mr 1
MrBofc Procureur general prit
ensuite la parole, & fit voir par
un discours également éloquent
& naturel, quesiceux quiJedessinoientàla
Magiftratwefaifoientde jserieuses refexions sur l'importance
de leurs emplois
:>
& sur toutes les
quafitez necejïaires a cette pénible
frofejjïonyilsnes'y engageraientpaf
; si facilement que l'on fait
,
sans
s'ejlre consultez,eux-mêmes pendant
untemps consîderable, & s'tjlre examinex^
avec attentions'ils se trou-
; vent capables d'en remplir digne-
[ ment les obligations
, que les uns
L entroient dans les places pour remplircelles
de leurs proches & de leurs
r farens ; les autres pour établir leurs
famillesj d'autres dans la vuë d'y
c faire quelques fortunes, & dans
:' l'esperance de s'agrandir, ou de renare
des services a leurs amis» & de
faire valoir leur crédit ; que toutes
ces vèes étoientdangereuses , que le
seulobjet du MagijhatJcvoit être
la recherche de la verité
,
& j'dO#'
mour de la Jufiice ; que pour en connoitre
l'importance, on avait besoin
non feulement de lumieres
,
de
science & deprobité, mais qu'ilfaloit
veiller continuellement sur foimême
,&fit défendre d'une infinité
de passions qui se multipliaient insensiblement
quandon s'en laissoit
prévenir ,- que l'on tomboit infenfi*
hlementdnis une tellecorruption,
& dans une si funejle prévention,,
que l'on ne connoissoitplus Usvertus i si necessaires au Mayfinit$quil\
regardait la prudence pourfinefie, la
modération pour crainte, lafermetés
four eijtèteînent., la douceui ,lieîun--
fliciti& rinnocence des moeurs pour
foiblesse;que leMapfiratfouréviter
ces malheurs
* ne devott point
s'écarter des devoirs Ilttache,ÎJ sa
profession
,
sur le[quels il devoit
avoir une attention continuellepour
pouvoir rendre la luflice > quesid'un
toté
,
felon la pensée d'un Ancien,
on l'afpelloit la Mer des verttMJ
d'un autre on avoit raison de la
dépeindre avec un bandeausur les
yevx, une balance dansunemain,
& une épée dans Vautre: le bandeau
marquoit qu'elle ne connoissoit
personne, la balance3quellepezoit
également le droit de l'une&t'autre
partie ,
& que son épée devoit
estre employée pONrptJni, le coupable
& défendre ceux que l'on attaquait
injufiement. il fit voir qu'un luge
devoit se consacrer entièrement
au service du public j qu'il devott
ejJre acce.$/;}e
,
doux,l humain,patient
& toujours en cflat d'écouter
les raisons des Parties, & les consoler
de leurs miferes par des dfddiances
favorables. Il ajoûta.,
qu'il efloit imjh/lible de se pouvoir
masque? long temps, que le public
faisoit jussiee à ceux qui ètoient en
place, G" les réconnoissoit facilement
pour ce quils ètoient. Il
ajoûta une infinité de reflexions
sur les qualité?^différentes des luges
par des peintures des caracieres opfofez^
les uns aux autres. Il fit enfuite
un Eloge du Roysursa pieté,
sa modération
,
son 7,'!,e pour Pobfervation
des Loix ,
sur la grandeur
de [es Exploitsffes Vittoires,
la quantité de Villes qu'il avoit
réduites à son obeissance,&fin
application continuelle au Gouvernement
de son Etat. Et il finit par
un compliment qu'il fit à la
Compagnie sur l'intégrité,l'experience
, & les autres belles
qualitez de ceux dont elle étoit
composee. Il protesta qu'ayant
l'honneur de remplir une place
qu'il tenoit de la grâce du Roy
parl'entremise d'un pere donc
la modestie&lesliaisons du
fang l'empêchoient de parler,
il seroitses efforts pour la remplir
dignement en imitant leurs
exemples.
L'Academie des Inscriptions,
& Médaillés qui avoir vacqué
pendant deux mois, se rassembla
après la Saint Martin, Bi
tint suivant son Règlement sa
seance publique, le 13. de Novembre.
On y lut plusieursouvrages
composez par les Académiciens.
Mrl'Abbé Bontard parla le
premier, & il fit l'ouverture de
cette Assemblée par une Ode
Latine de sa composition, dont
il fit la lecture; le sujetestoit
un Portrai t du Roy que Sa Majessé
a envoyé au Roy d'Espagne;
il fut traité avec toute la
delicatesse & ce beau feu qui
brillent si fort dans les ouvrages
de l'Auteur. l
Cette Ode estoit adressée au
Roy d'Espagne, à l'occasion du
Tableau de S. M. T. C. peint
par le fameux Mr Rigault, pour
S. M. C. La miniaturedont je
vous parle n'a pas moins plu icy
qu'en Espagne. Elle a attiré les
yeux de tous les Curieux. L'Auteur
connu par tant d'autres
pieces
,
& qui vient de donner
au Public la Description de Fontaineb
leau
, a ramassé dans cette
Ode les plus beauxtrai ts de la
vie du Roy, & en a caracterisé
lesvertusécl atantes qui font le
Héros; comme lavaleur, la
justice, la clemence, & la pieté,
qu'il a distinguées par autant de
couleurs différentes , &. a heureusement
rassemblé en deux
coups de pinceau ce que le Roy
a fait de plus grand dans la
Guerre & dans la Paix, contre
ses ennemis & en faveur de ses
peu ples, pour la Religion, les
Sciences & les Arts. Enfin ce
Portrait fidelle verifie le sentiment
d'Horace, que la roeliC
est une peinture.
Après cette lecture
,
Mr l'Abbé
de Caumartin President de
l'Assemblée ,répondit à l'Auteur,
& lui ditquesesautres ouvrages
sembloientavoir préparé
celuy-cy, puisque ayant décrit
la pluspart des Maisons Royales,
il avoit eu le bonheur d'en voir
de plusprésl'augure Maistre,
& qu'en travaillant pour les
Princes du Sang, il s'estoit élevé
comme par autant de degrez
jusqu'au Roy,qu'il avoit presentéavec re- des couleurs si
vi ves. 1
Mr Felibien prit ensuite la
parole & ne la lecture d'une
Dissertationqu'il a faite sur une
Statuë que le Duc d'Ursin a
envoyée au Roy. Cela l'engagea
à parler des differensusages
des Grecs & des Romains, au
sujet de leurs Statuës,surtout
des Impératrices qu'ils divinisoient
a près leur mort. Les premiers
representoientleurs Deesses
toutes nuës ,
les Romains
au contraire leur donnoient des
habi llemens. Cetteremarque
donna lieu à Mr l'Abbéde Caumartin
d'en faire une qu'il proposa
à Mr Felibien. Elle concernoit
la Diane d'Ephese qui
est à Versailles
,
& qui n'est
point representée nnë, & c'est
ce qui le fit conclurre que
cet usage n'estoit pas si absolument
établi qu'on ne le changGeaft
rqeuelqcuefsois. parmy leq
- Le Presidentdel'Assemblée
en reprenant le précis de cette
Dissertation fit donner beaucoup
de loüanges à l'Auteur,
sur son application à l'étude des
Monumens antiques
, b.- sur le
goust des Médaillés qu'il a hérité
de Mr Felibien son perc ,
si
illustre dans la République des
Lettres par ses ouvrages.
Mr Vaillant parla après
MrFelibien,&continua une
Dissertation) dont ilavoitcomtnencé
la lecture l'année derniere.
Elle regardoit la successîon
chronologique des Rois
de Numidie. Il parla de Juba
& des Massinissa, dont le premier
eut trois fils qui forme.
rent trois branches, qui se réunirent
dans la fuite dans la per-
-il
sonne du jeune Massînissa ,que
Jules Cesar vainquit, & des
Etats duquel ce Conquérant fie
une Province Romaine. Mr
Vaillant éclaircit avec beaucoup
d'habileté les difficultez
que les differens sentimens des
Historiens sur le nombre des
années du regne d'un des MaffinHfa)
forment. Il les accorda
en disant que l'équivoque venoit
de ce que les uns cornptoient
ces années du jour de
la mort du vieux Massînissa
, &
que les autres les comptoient
du rétablissement du jeune par
les Romains, & il prétendic
qu'en comptant depuis la mort
on concilieroit ces differentes
opinions; comme on en ausé>
dit-il, à l'égard du feu Royj
d'Angleterre CharlesII dont 3
on compte le regnedepuis la i
more funeste de Charles I. son i
pere ,quoy qu'il n'ait esté réta--
bli que plusieurs années après ; (
& comme on enusera à régards,
du jeune Roy d'Angleterre:.)
d'aujourd'huy,si Dieu luv fait,
la grace de remonter sur sonsi
Trône, & dont l'on compterai.
le regne depuis la mort de Jac--
ques II. son pere, quoy qu'il!;
n'ait pas d'abord regné après2,
sa mort. N La Numidie est habitée paru
les Originaires, & par les Ara--
bes. Elle est habitée par des
Princes Mahometans qui se fonçai
souvent la guerre LaNumidicoi
propre comprend les Royaumese;
de Bugie & deConstantine, quiii
sont contenus dans celui d'Alger.
Massinissa dont nous avons
parlé, servit si bien les Romains
dans la derniere Guerre punique
, qu'il profita de leurs conquêtes.
Il eut trois fils, Micipsa
qui lui succeda
,
Manaftabal
& Gulussa Micipsa laissa Adherbal
& Hiempsal
, & Manaftabal
fut pere de Jugurtaqui
: fut soûmis par les Romains.
Salluste ne doute pas que le
nom des Numides ne foit venu
de celui des Nomades; mais les
f
Numides n'étant pas venus de
,
Grece, il n'y a pas d'apparence
que leur nom vienne d'un mot
Grec. Il vient plutôt du mot
moud,qui en Arabe signifie clan.
ger d'habitation, La Numidie est
dansl'Afrique ,
elle a la mer
Atlantique au couchant, le
Desert au midy
,
l'Egypte aûia
levant, & la Barbarie au fep-4
tentrion. Les Peu ples qui rha..
bitentsont grossiers
,
ils ont
tous la vue courte 3 à cause du
fableque le vent leur jette dan"
lesyeux. Ils mangent beaucoupq
de Dattes, & ce fruit leur fait
tomber les dents de tres- bonnes
heure. On trouve debelles ôcU
amples descriptions de ce Paysaî
dans Pcolomée
,
dans Strabon ,t-<
dans Pline, & dans SaIlLiqe.
Cluvier, Sanson
, & Duval enn:
parlent fort aussi dans leur
Geographie.
Mr Vaillant parla encores, sur une Inscription Latine quiiu
n'a jamais esté développée elle ,'c a ellé trouvée sur lesi
Piédestal de laStatuë du jeune
Juba, Roy de Mauritanie
, & expliquée avec une
netteté & une érudition qui a
fait admirer la vaste connoissance
dece sçavant Antiquaire
dans les Mcdailles. Cette Difsertation
est une espece de fuite
de cellequ'il ne il y à sixmois,
à l'occasion de l'Inscription, elle traite au long l'histoire de
Juba fils de ce fameux Roy du
même nom, dont Mr Vaillant
parla dans la derniere Seance
publique. Il n'est pas moins
j
exact pour celle-cy, puisqu'en
suivant les termesde sonInscrij
tion , ilmarque la genealogie
tradectcee rPerince, son genie, son ca- ses exploits, sa mort,
t & fait ainsi en abregé un corps
d'Histoire
,
qui se trouve répandu
sans ordre en plusieurs
Auteurs de l'Antiquité. Mr
l'Abbé de Caumariin en fit bien
sentir le mérité par les Eloges
dont illa couronna. r*
Mr Pouchard,ce célébré Critique
, parla le dernier, & ce fut
sur les largesses des Romains. Il
en c herc ha l'origine,& il vé a trou- - qu'elle étoi t dés la naissance;
de l'Empire Romain, il prouva
que cetusageavoitmêmeété fui--
vi par les Rois de Rome. Lemotifde
cet usage fut pour étouf--
fer les seditions que la différence
des conditions causoit
souvent parmi les Romains. Les
pauvres dans ce temps- là, comme
dans celui-ci
, ne ruppor-.-i
tant qu'avec impatience leurs
miseres à la vue de l'abondance
& des richesses des Romains.
La maniéré de faire ces largesses
suc différente selon les
temps de la Republique. Ces
largesses enfin étoient réglées
felon la generosité ou l'avarice
des Empereurs Dans un certain
temps on donnoit du bled
j,
du
vin, du chanvre &autres denrées.
Mr Pouchard fit paroître
dans ce Discours une grande
connoiiïance de l'antiquité, &
une profonde lecture du Livre
de Contarenus de re frumentaria.
Romanorum
,
dont on peut dire
qu'il fit dans cette occasion un
excellent extrait ,
sur toutlorsqu'il
parla des larg esses de bled
qui se faisoient au Peuple Ro.
mains L'attention que tout le
monde y donna rue également
soûtenuë tant par la singularité
du fujec
, que par l'ordre avec
lequel il fut traité. L'Auteur
ayant recherché l'origine de
cette coûtume,s'étendit sur la
manière dont elle se pratiquoit,
marquant par quels Magistrats
se faisoitladiftributiondubled,
à quelle forte dePersonneson i le donnoit ,
de quel Pays se ti- - roient les grains qui segardoienci
en des greniers publics, com- -
ment, & en quel temps il se de-
-. livroit au Peuple, qui en portant
certains meraux au Distri-i
buteur recevoit ce qui luy étoit ji
assigne. Il fit voir ensuiteles
avantages & les abus de ces lar--
gesses qui écaloient la magnificence
& la richesse des Empereurs
Romains; mais d'un autre
côté avoient des fuites tresfâchesuses
, en entretenant l'oisiveté
du Peuple,qui au ra pport
de Juvenal, ne demandoit, pour
être heureux, que du pain &
des spectacles. Il finit par un
Eloge du Roy, donr illoüa la
sagesse, & qui bien loin de fomenter
la paresse dans son
Royaume par des distributions
prematurées, veut que les pauvres
travaillent pour gagner
leur pain; mais dans les disettesqui
font survenuës, il a fouvent
fait distribuer du bled au
Peu ple, quipubliant sa libéralité
lui a donné, avec justice > le nom de Pere de la Patrie.
Le lendemain 14. Novembre
l'Academie des Sciences fit sa
premiere seance. Mr l'Abbé Bîgnonyprésida;
ily parla avec
son éloquence & sadelicatesse
ordinaires. Mr Maraldy neveu
du celebre Mr Cassini , parla
d'abord sur la pesanteur de l'air
& sur la différente hauteur des
montagnes du Royaume,&sur
des experiences qui avoient été
faites sur celles d'Auvergne &
des Pyrenées.
MrMaraldi est un des Astronomes
de cette Compagnie. Il a
travaillé les années précédentes
avec Mr Cassini au grand ouvrage
de la prolongation de la Méridienne
dans les Prov inces Meridionales
de la France, & comme
en même tempsces Mrs firent
sur toutes les Montagnes
Du. ils se trouverent, des experiences
de la hauteur du Baromettre,
pour voir de combien
ilétoit moins élevé qu'au bord
de la mer, & en conclure la
hauteur de ces Montagnes , &
celle de toute rAtmosphere de
l'air. Mr Maraldi rapportatoutes
ces experiences
, avec les
raisonnemens qu'il en tiroit.
Mr Varignon célébréProfelfeur
de Mathematiques au College
des quatre Nations, parla
ensuite sur le mouvement des
eaux, sur leur cquiMbre,Se leur
degorgement ; en parlant des
tangentes, des vitesses,desdifferens
trous par où se font les
écoulemens: il fit voi r une érudition
étonnante,on ne peut
pas, en effet, être plus entendu
qu'il l'est sur les matieres ALgebrayques.
1
! Il donna une regle générale :
pour mesurer l'écoulement ou i
la depense des eaux par quel- -
ques ouvertures que ce puisse :
être
,
& cela sans admettre que s
la vitesse des eaux dépende en r
aucune maniere de l'accelera- tion de leur chute. -1
Mr Dodart le pere lût unes
Dissertation dans laquelle ilii
vouloir prouver l'impossibilités
où font les Philosophes d'expliquer
les effets de la nature P,1
à cause de la contrarieté desea
Systemes d'Aristote & de Def-
1 cartes ausquels tous les autres
se ra portent Il fit voir que lesîs
deux principaux Systemes étans
entierement opposez
,
il faut
necessairement chercher dans
quelqu'autre la verité Sescartes que a si bien convaincu
Aristote de n'avoirpas trouvé,
& que ce Philosophe a encore
moins trouvé, si nous nous en
ra portons à Mr Dodart. Il finit
en dirant que ce devoit être
enfinunaiguillon à la jeunesse
pour chercher cette precieuse
verité, que Mr Dodart soûtient
que les Philosophes sont bien
éloignez d'avoir trouvé
»
&
dont il y a lieu de croire qu'ils
se font aussi fort approchez.
Son discours fut beau
, mais
il fut long, ôc il se reduisit à
combatre par des expressions
fort étudiées, tous les Systemes
Philosophiques tant anciens
que modernes
Mr Duverney ,
frere du fameux
Mr Duverney, termina
cette Seance par la découverte c
qu'il avoit fait d'un cerveau de s
boeufpétrifié, & dont il fit parc
a l'Assemblée. Cependant cet a
animal avoit fait les fondions 2 jusqu'au cou p de couteau duM
Boucher, des mains duquel ili:
s'échapa jusqu'à quatre fois)(
tant étoit encore grande saforce.
Il se portoit fort bienr
quand on le tua, il étoit gras,
& il faisoit parfaitement toutes?/,
ses fonctions. Bartholin parl e àî
la verité
,
d'un pareil prodige
arrivé en Suede,maisavec cettes
différence
, que le boeuf Suedois
dont le cerveau étoit petri--i'
fié
,
étoit maigre, & languissant
& portoit toû jours la tête enir
terre. Mr Duverney voulant
concilier
concilier la necessité des fonctions
de l'animal par le cerveau,
dit que n'étant pas par tout également
pecrifié
,
les parties les
moins dures & les plus flexibles
faisoient leurs fondions,&entretenoient
l'embonpoint de
l'animal. Un Abbé qui se trouva
à l'Assemblée
, & qui n'ell:
pas membre de l'A cademie , proposa une conjecture à un de
ses amis, qui n'est pas mal fondée.
Ilditque la peur qu'eut
l'animal au premier cou p du
Boucher, pouvoit bien avoir
produit cet effet sur le champ
par une prodigieuse dissipation
de l'humeur radicale, comme il
arrive souvent à un homme
I qu'on conduit au gibet, & a
qui la peur du supplice consomme
tellement l'humeur radicale
quil faut de temps en temps
l'humecter pour soûtenir [a vie.
Ce sentimentest conjectural , < mais il est soutenable
,
& il fut :
gouté par plusieurs personnes,
, & même par quelques membres s
de l'Academie qui en parlerent i àMr. l'Abbé Bignon.
Cet A bbé qui présidoitparla,
à son ordinaire, entre tous ces 2
Discours
,
les redonna en abregé
d'une maniere encore plus
claire, y ajoûta des reflexions
ingenieuses qui les ornoient, &
des loüanges délicates pour les v. Auteurs. Ilme reste à vous parler des
ce qui s'est palTé à l'ouverturesde
quelques Tribunaux de Province.
Vousscavez qu'il en
y-je-nt souventde beaux discours,
&vousenavezsouventadmiré.
Vous en (oubliiez, & vous en
aurez le mois prochain.
-
Le mot de la derniere Enigmeétoitla
Pierre quiseformedans
leco.-p del'homme.Ceuxqui l'ont
trouvé sont » Mrs Jean François
le Grand,valet de Chambre
ordinaire du Roy, de la rue
de Grenelle, Paroisse Saint
Eustache;l'Abbédu Flot, de
la rue de Savoye
,
quartier de
Saint André, Bardet & fou
amy Duplessis Chirurgien, au
Mans, Marc- Antoine Charriere
d'A uxerre ,
de Binanville,
Seigneurdudit lieu
,
Binet dit
Château-neuf de S. Germain.
Defplaces & Ton fidelle compagnon
de Saint Jean de Bonneval
>
le grand Sableur des assises
, d'Icles, & Brajeux de
Troyes, Le chef des Eleus de
Caudebec
, &le Depositaire de
,
la santé son hoste
, Le nouveau
Bailly de la Parroisse Saint Severin,
& son Lieutenant ,
Le
jeune homme de Metrait du
Diocese de Tours de la rue de
la Verrerie, Le grand Loüison
de la ruë de la Verrerie, le
gros Tirant deBoule de devant
la ruë de Savoye, Le beau Por--
tail de Saint Eloy
,
Le mary
nouveau de la ruë Saint Jacques
, rilluiïre Lejay de la rue
de Biévre) Tamiriste &safille
Angelique
, & le depossedé de
la Bastille. Le plus petit
»
des
-
trois freres de la rue des grands
Augustins,& le petit Jannot.
Madame la Presidente de ITlection
de Chaumont & Magny
,
Mesdemoiselles du Moûtier
de Larsénal la fille, l'aymable
& charmante Demoiselle
Judith dela rue Sainte Anne,
La jeune Muse regrettée du
Parnasse
,
La belle Picarde de
la rue de Verneüil j la Sauvage
privée du quartier Saint
André, 6c le petitMoulin a
paroles.
L'Enigme qui suit a moins de
corpsquela derniere : elle eil:
de la grande Doris.
ENIGME.
.1 E fuis vieille é7 pleine dapfaf>
Qupy que noireje fuis belle.
Telquimepourroit voir oufonpla i
sir ltappeUe,
Pour cela) ne me connoiifpas. 9
Jefuisquinteufe>&m'en fais un
honneur,
On me voit dans la réglé
,
obfervev
leJi/ente,
Je l'impose aux humains, & fais
du bruit en France
Jefais voir en mes traits, des
-
gnes de valeur.
g
Jefuis peusans amour, l'amour
efipeusans moy ;
Mais pour le declarer il faut bien
des mesures;
Mes foufpifs font discrets , mes parolesfont
pures,
Mnfin,de point en point, se fuis du
goust du Royy
L'air fuivanc cil: de Mr de
Montailly
, vous en avez souvent
admiré de sa façon.
AIR NOUVEAU.
Pourquoy me fuyez-vorts cruelle?
Mes regards auraient-ils cause VÔ.,
ire courroux,
l'trmette,fiulemtnt que je votw
trouve belle,
C'est tout ce que je veux de vow.,
Il y a quelques mois qu'on
attendoit ici Mr le Duc d'Albe
; mais un Seigneur de sa
consequence qui marche avec
untrainaussi magni fique n'a pû
faire un si long voyage en peu
de temps. Il en: arrivé avec
toute sa famille 6c toute sa mai-}
son , je vous en rerai le mois
prochain un detail qui meritera
vôtrecuriosité: je vous diray
feulement aujourd'huy ce que
voussouhaitez d'en sçavoir
d'abord. Vous sçavez déja de
quelle diflinction font en ECpagne
son nom & sa personne,
il a tous les avantages éclatans.
& toutes les qualitez aimables
qui diftinguenc une personne
de sa naissance, de son rang, & de son caractere ; il a amené
avec lui Madame la Duchesse
d'Albe, & Mr le Connestable
de Navarre leur fils
unique. Ce jeune Seigneur répond
à toute l'idée qu'on peut
avoir de l'heritier presomptif
d'une maison aussi ancienne 8c
aussi illustre. Madame la DuilcehefTe
d'Albe effc soeur de Mr Duc d'Arcos, &deMrle
puc de Banos
*
qui ont cllé
quelques mois à la Cour de
France avec une approbation
generale. Madame la Duchesse
d'Albe a toutes les perfections
que l'on peut fou hai ter dans
une personne de son sexe & de
son élévation
: un air de Majestéest
repandu dans toute sa
personne, une veritable noblesse
regle tous ses sentimens, & une
vertu solideconduit toutes ses
actions ,
sa feule presencefait
concevoir une plus haute idée
de sa personne
, que tous ses
.titres, & qui la voit, ne lui
dispute aucun des Privileges
qui font attachez aux personnes
de sonrang & de sa distinetion
; elle est aussi genereuse
& obligeante que Mr le Duc
d'Albe est poli & revenant.
Vous n'rgnorez pas qu'il vient
icy en qualité d'Ambassadeur
extraordinaire de Sa Majesté
Catholique. Le Roy a voulu
le voir aussi-tost aprés son arrivée,
il a eu une Audiance de
Sa Majesté dans son Cabinet il , a esté presenté parMr l'Ambassadeur
d'Espagne. SaMajesté
demanda d'abord à ses Ministres
, si Mr le Duc d'Albe parloit
François
, Mr l'Ambassadeur
répondit,que s'il ne le partait
pas, qu'il croyoit du moins
qu'il l'entendoit , Mr le Duc
d'Albe ajoûta ,
aprèsavoir fait
sa reverence , qu'il pouvoit entendre
le François lors qu'on
prononçoit bien les mots, éc
que l'on parloit doucement.
lié bien
,
Monsieur , lui dit
le Royen bons termes Ef.
pagnols ,
je parleray distinc~
tement, & doucement. C'est
un honneur que Sa Majesté
ne fait gueres aux Etrangers,
de quelque distinction qu'ils
soient
, que de leur parler
dans une autre langue que la.
sienne. Mr le Duc d'Albe ne
s'est pas cru moins honoré par
tous les égards que le Roy a
eu pour luy
, que par tous
les termes obligeans
dont
Sa
Majesté s'est servie pour luy
faire connoître le cas qu'elle
fait de sa personne, & de son
nom. Il sortit de cette Audiance
avec les sentimens dont ne
peuvent se défendre ceux qui j
ont l'honneur d'approcher Sa j
Majefié. Ce Duc n'a pui
s'empêcher de dire que le Roy y
donnoit de luy en le voyant,tine%
idée que n'en peut donnersa renom- -: mée, quelque grande qtiellefoit.
> Mr l'Ambassadeurd'Espagnes
le mena ensuite chez Monsei--
gneur le Duc de Bourgogne,
chez Madame la Duchessede
Bourgogne, & chez Monseigneur
le Duc de Berry. Il fut
également content de toutes ces
Audiences. Il a été charmé des£
l'elprie de Madame la Duchesses
de Bourgogne, a qui il rendicat
des Lettres de la part de leurs
Majestez Catholiques.
Mr le Marquis de Castel dos—
Rius, Ambassadeur d'Espagne,
aeiuja
91 euson Audiance de congé,où
le Roy a continué de le traiter
avec tous les témoignages d'estime
& de bonté de laquelle Sa
Majesté l'a toûjours honoré.
Vous sçavez de quel oeil est regardé
ce Minière en France,
& avec quelle vénération ôc
quelle tendresse le regardent la
Ville & la Cour; peu d'hommes
font nés avec des qualitez
plus éclatantes & plus singulieres.
Sa presenceprévient
,
Ton esprit im pose, & toutes Tes
manieres le font autant admirer
que ses di scours
, avecun mérité
quin'a guere de semblable,
c'est l'homme du monde qui
pense deluy aulîi mod eliei-nenr.
Il aimelagloire,maisil hait
la vanité. Je vous ay cent-fois
parlé de luy , & j'ay roùjoutfS
quelque chose de nouveau à
vous en dire, aussi ne peut-on le voir ny l'entendre qu'on ne
luy découvrequelque mérite
nouveau. Ce feroit icy une oc- « casson de vous entretenir des;
succez éclatans del'Ambassade ; la plus glorieuse qui ait petit- « être jamais été. Le Roy l'a dit a publiquement
, & nous pou- -
vons le redireaprés Sa Majesté..
Mr le Marquis de Castel- -
Rius peut se flater qu'il n'y 'aof.
homme sur la terre entre les
mains de qui il ait paÍfé autant JI
d'affaires & d'une aussi grande
importance qu'il en a pasle paru
les siennes. Ses succez ont étébJ
grands pendant qu'il a com--l
mandélaNoblesse en Catalogn-
c ,
pendant qu'il a été Viceroy
à Mayorque , & pendant
qu'il a été Ambassadeur en Portugal
, mais des succez d'unautre
nature & d'un autre éclat
rattendoient icy. C'est un détail
que je vous feray le mois
prochain Je me contenteray ,
pour ne pas vous affliger du déparc
de Mr le Marquis de Caftel-
dos- Rius, de vous dire icy,
qu'il ne partira pas si.tÛc, &
& que felon les a pparences »
il
demeurera encore icy unebonne
partie de l'hiver. Le Perou
est instruit de tout ce qu'il est
& de tout ce qu'il vaut, & tout
ce vaste & magnifique Royaume
l'attend avec autant d'impatience
, que nous avons de
peine à le voir partir. C'est un
cmploy si grand que celuy d'etre
Viceroy du Perou
,
qu'il
faut nous consoler de le perdre
à pareille cond ition.
Monseigneur le Dauphin
étant à Meudon lorsque Mr le
Duc d'Albe eut sa premiere
Audiance particulière du Roy,
de Madame la DucheflTe de
Bourgogne & de Messeigneurs
les Princes; ainsi que je vous
l'ay déja marqué,cet Ambasfadeur
n'eut Audiance de Monseigneur
le Dauphin que quelques
jours ensuite. H elle Audiance
le même jour de Monsieur
le Duc d'Orleans , & de
Madame la Duchesse d'Orleans.
Il fut reçu dans toutes
ces Audiances avec tous les
mmêêmmeess aaggrréeim-neennss qu'il l'avoit
déjà été, 5c si ce Duceut lieu
d'en être content, on le fut
au/ïï beaucoup de sa Personne,
& de son esprit.
Je vous ay souvent parlé de
la Paroisse de Saint Louis en
l'isle
,
& je croy que vous ferez
bien aise d'aprendre que le
Roy a donné à cette Paroisse
une nouvelle marque de sa bonté
en luy accordant la permission
de faire une Lotterie de
cent mille écus pour aider à l'achever.
Voicy la copie de la Lettre
que Mr de Chamillard a écrit
sur ce sujet
, par ordre du Roy,
à Mr d'Argenson.
- A Versailles le12. Octobre
1703.
MONSIEVR, f£ vous envoye un Placet qui a
été pèfente au Roypdr le Curé
& les MarguiUiersde ïaintLouis,
par lequel ils demandent la permifjîoil
de faireune Lotterie de cent
mille billets d'un écu chacun
, retenant
quinzefour cent pourfervirati
rêtablijjement de la voûte de leut
Eglift. Le Roy ayant égard au- domagequ'ils
ont fouffertily aJroiJ
ans artfour de la Chandeleur, a
bien voulu leuraccorder leur demantU,
&m'a commandé de vous écrire
pour voï&dire que son intention eftt
que vous leur lai.flzez^ la liberté de
faire atte Laiterie.Jefris» &ct
En execution des ordresdu
Roy,Mr d'Argenson a donné sa
permission pour publier, imprimer
, & afficher le Placard suivant.
Lotterie en faveur du Bâtiment
de l'Eglise SaintLouis en l'IsleLefond fera de centmille
écusneufs, les billets d'un écu
neuf prix courant, elle fera tirée
de la maniere des dernieres
de l'Hôpital General, ce qui se
fera avec toute la régularité &
l'exactitude qui se peut desirer
dans la grande Salle de Mr
le President Lambert, premier
Marguillier,en presence de M*
le Curé, de Mrs les Marguilliers
en charge, Personnes les
plus notables de la Paroisse, &£
mêmes toutes personnes inte-j
ressées qui voudront y assister.
Sa Majesté a permis de retirer
en faveur dudit Bâtiment de
l'Eglise & pour les frais necessairesà
ladite Lotterie , quinze
pour cent sur chacun lot d'icelle,
La Lotterie fera fermée le
dernier Décembre prochain;
le jour qu'elle fera tis ée fera
indiqué par des Affiches publiques.
Quand elle fera tirée on
fera imprimer les nonis & numéro
de ceux qui auront les
bons lots, & on leur délivrera
l'argent sans remise
, &c. 4
Le grand concours de monde
4jui se presente pour avoir des
billets, a fait établir Je grand
nombre de Bureaux que vous
Voyez icy. De sorte qu'il y a
tout lieu de croire qu'elle fera
4
bien-tôt remplie; on y aporte
non seulement de la Ville de
Paris, mais même on y envoye
desVilles les pluséloignées avec
tant d'empressement qu'à peine
peut-on suffireà ladistribution
des billets, chacun voulant signalerfon
zele pour contribuer
à achever une Eglise qui est
dediée à Dieu fous le nom de
Saint Louis Ayeul & Patron de
Sa Majesté.
Le Roy qui fait gloire d'être
toûjours à la tête des oeuvres
de pieté dans son Royaume aeu
la bonté d'y mettre cent Louis
d'or.
1 Vous ne doutez pont que
l'exemple du Roy ne foit suivi
detoute la Cour.
SVREAu DE RECETTE.
Dans ïljle,che^Messïeurs
BENGY,Correcteur des Comptes
,
d'honnefuercond Marguillier
,
Quay de Bourbon
au coin de la rue de la
femme sans teste.
DUMOUCEAU
,
Greiffer,
Garde de Minuttes du Parlement
,
Marguillier, Quay de
Bourbon.
DU JARDIN, Payeur des,
Rences, rue Grattiere.
ANGOT
,
Nocaire
,
rue des
-
deux Ponts, & - Au Bureau des Saisies Réelles,
Quay des Balcons, chez Mes- fleursDAMOUR,& PLATRIER
,
Caissiers.
Dans la Ville, chez. Meilleurs
GUYOT,&DE VALLIERES,
ruë Saint Antoine,visà-
vis la rue Neuve,àl'Hôtel
Chenoise.
BERTHIER,Architecte,juré
Expert, ruë Neuve S. Roch,
prés la Porte Gaillon.
CHATELLAIN, Architecte,
Juré Expert,ruë de la Vieille
Monnoye,proche la Pierreau-
Lait.
DES CHAMPS, rue Saint
Jacques, auPalmier,chez
Mr Robustel Marchand Libraire.
MALINGRES,Notaire,rue
Monmartre ,
proche la rue
deClery.
CLIGNET , Notaire, rue S.
Honoré, proche la rue des
Bons-Enfans.
MEUSNIER le jeune, Marchandde
Drap, rue S. Honoré,
à la Croix de Fer, devant
la Boucherie de Beaus
vais.
ANGER. ,
Notaire, rue du
duFour, Fauxbourg Saint
Germain, vis-à-vis la rue
des Cannetes.
*
51Le Roy a eu tant de marques
de la fidélité & de l'afsession
de ses Sujetsdela Ville
de Marseille qu'il a receu agreablement
la Deputation que cette
Ville lui a faite de Mr Fabre
, pour les affaires de son
commerce. C'est un homme
d'un mérité distingué, qui avoit
déjàestéchoisi en la même
qualité, ily a quarantedeux
ans, , pour complimenter Sa
Majesté de la part de cette
Ville,
VHlèj-&ill^iditpource&
effet à Compagne, où lé
Roy estoit pour lors. Cette
derniere fois il a eu l'honneur
à son arrivée, de saluër Sa
Idajessé, & il a resté. trois ans*
à la fuite du Conseil de Com-
Incree, où il a obtenu le Porc
franc de Marseille
, & plusieurs
autres Privileges con fîderables
en faveuru de cette 1
Ville. Il a encore eu l'honneur
de saluër Sa Majesté à
Fontainebleau, en partant de
ce lieu le 23. Octobre dernier,
& ce Prince l'a assuré qu'il
estoitfortsatisfait de la Ville
deMarseille
,
& de sa personne
en piiiiculicr & pourluy
en donner des marques, Sa
- Majesté luy a fait present de
ion Portrait~richi de Dia«*
mans.
Le Roy a donné la place de
President honoraire du Parlement
de Chambery à Mr de
Tencin, ce Magistrat l'avoit
déjà esté pendant la derniere
guerre ,
il Ce retira à Grenoble,
ou s'étant défait de la Charge
de President à Mortier en ce
Parlement en faveur de son,
fils
,
il a toujours vécudepuis
ce temps dans la retraite, &.
dans la pratique des vertus
Chrétienne, ausquelles il avoit
entièrement consacré tout son
temps. Mr de Tencin a esté.
receuà Chambery avec plus de
jpyé qu'on ne reçoit ordinairement
dans les Villes de Con-,
quête, les Officiers que le
nouveau Souverain y meti
quoique ce nouveau premier
President entre à la place de
Mr le President de Chamousset
qui y estoit fort aimé.LesSavoysiens
sont accoutumez Gouvernement au de Mrde Tencîn'jainsi
ilsn'onc pas eu moins
de joye de le.voir à 1-4 tête de
leur senatqu'ilseurent; de chagrin
de le perdre lors quele
Roy renditla Savoye à son
Souverain. Mr le Pre sident de
Tencin est pere de Mr de Tencin
President à Mortier auParlement
de GrenClblc., & quia
esté Senateur au Sénat de
Chambery, de Mrl'Abbéde
Tencin Abbé -de Vezelay
,
dt
grand Archidiacre de l'Eglise
de Sens, de Me de Ferreol
belle-soeur de Mr l'Ambassadeur
de France à Constantinople
,&de Me la Comtesse
de Grolée, dont je vous appris
le Mariage il y a quelques
mois. Le nom de^lr de
Tencin efî: Guerin ,
Me de
Tencin son Epouse est soeur
de Me d'Argenson qui fait les
delices de la Ville de Grenoble.
Il paroist depuis peu un Livre
intitulé y Traité du merite
fait par Mr l'Abbé Vassetz,
Curé de Saint Lambert Rien
n'est si commun que le mot de
merire ,
6c il n'y a rien donc
on foie si liberal, chacun en
donne à ses amis avec profusion,
les gens qui fonc en place,
& qui peuvent rendre des services
importans, en font remplis,
au sentiment de ceux qui
en attendent des graces ; les
Amans ne parlent que du merite
de leurs Maîtresses
)
6cde
quelque profession qu'on soit,
il s'en trouve pour tout le
monde; & même du merite
distingué
) car ces deux mots
font presqueinseparables. Enfin
tout le monde en a , & cependant
il s'en trouve peu de solide,
& de veritablement distingué
;il s'en rencontre neantmoins
; mais le veritable est
souventconfondu avec le faux.
L'Autenr du Livre dont je
viens de vous parler traite d'abord
du merite en genera l U
s'arreste peu à c haque question
qu'il fait, il n'a point voulu
entrer dans un grand détail qui
l'auroit jetté hors de son dessein
,
qui n'cil que de rapporter
les principes de son su jet,
& d'en laisser tirer toutes les
consequencesqui en dépendent.
Du merite en general il paslè
à ses especes, il commence par
le merite solide
)
quiregarde
les Sciences, les Ans) le
Gouvernement politique, &c.
& parle du merite appellé enjoüé,
parce qu'il cil: pour l'agrément,
pour la politesse, & pour
tout ce qui peut plaire, il
descend ensuite aux especes de
ces deux meri tes qui font le
merite du Sçavant
,
& celui
de bel esprit ; & comme l'enjoüement
convient à la Jeunesse,
& la solidité à laVieilrlen
,
il traite du merite de
1. ces deux princi paux âges de
l'homme, & parcoure les differens
Etats où l'on peut se
t trouver, & leur merite en
particulier; mais comme tout
pe monde pourroit ne pas convenir
qu'on puisse acquerir un
merite qu'on n'a pas, il le
prouve en peu de mots.
-
Il
donneensui te lesregles qu'il
faut pratiquer pour faire valoir
les belles qua litez qu'on peut
avoir
>
& finit son Traité par
un discours sur le droit de
preference entre le merite &
les richesses
,
où il fait un
abregé de tout le vray & le
faux merite Ce que j'ay lu de ce
Livre m'a paru tres- bien écrit. 1 Ce livre se vend chez le Sr Van»,
dive,ruë S Jacques,auDauphjn.
La Lettre qui suit a esté
écrite parMrde Vendosmeà
Sa MajestéCatholique. Il rend
compte à ce Prince des actions
de plusieurs OfficiersEspagnols
qui Ce font distinguez.
A Sarravalle le 27. Octobre
1703.
AU ROY D'ESPAGNE.
SIRE,
N'ousbatïmei hier le Seigneur
Vifonti un pru mieux qu'il ne le
fut a la VIttoria) & il saej deffendu
tnCO-Tt- plus mai. Il conduisit
en Piémontdeux mille chevaux.
.Aprés avoir passè la Sechta à la,
Concorde, ilavoit traversè tout le
J>armefan, & le Piaifantin, &
jefioit jette dans les Montagnes à
laVallc'e du Thidou. Nousl'attaquâmes
hier matin à Saint Sebastien,
dansle tempsqu'il se mettoit
en marche. Nos Grenadiers mirent
fin arriere-garde en fuite, & nos
J-fou[fards la tailJeuntpressus toute
enpieces.Nous lesavonssuivis &
ment;battant de montagne en mon.
tagne pendant cinqgrojjes heures,
& à lafin la plua grande partie *
esté obligée d'abandonner les chevaux
j &- de deuxmillechevaux il
ne s'en cfi fa* lauve quatre cens.
LesTroupes de VoffreMajeftéy ont
fait merveilles Mr le Comte d'Aguillara
toujours esté Illa tesie de ht
Cavalerie, & Mr le Marquis
d Aytove ell. Mr le Comte de la
Tores s'y font fortdiflin"zuez, ainci
que Mrde Sortirane, Mr le Mar~
quis dAytone voyant que la ÇaJ
lerie ne pouvait plus monter lesi,
montagnes s'est mis avec nos Gre--**
nadters, & a esiè kleurtefie jufqtià&k
la fin de faction, Pour Air de /«z/vs
Torres, il efioit de jour, Il a fait\\
aussi tout ce que l'on peut faire
>
<~
il efisison acharné après Mrs leSI*
jillcmansqu*il fuit encore leurstri{-\
tes débris. le luyvie*s d'envoyerdesv.
Troupes, jefuispersuadè que luiou v MrJe Bouligneuxquigarde avec 6..c
bataillons les passagesdepuisAcqui v
jusqua la mer, tesachèveront, Y.
M. peut compter qu'on n'a jam¡tirÙ
vu une plus grande déroute, & à/ii\
peu de(rair; car nous riavons eu quey
deux hommes tué%j& huit de blesse J
Le Comte de Chemerault y a reçu»
un coup defusil dans le bras quirieflv
pointdangereux. Les ennemis ontw
j plus de cinq cens hommes taeZJù,
la placeparmy lesquels ilya beaucoup
d'Officiers, notus avons cinq cens
'frifonnierJ,& on a pris plus de 800.
chevaux. Les Officiersprijonnien
qui fontau nombre de quinze
y nous
ont assuréqu'il y Avoitun Officier
General & deux Colonels bleffez^ a
mort. Jlyen a qui àisensque Daviafam(
ux Partifan des Ennemis i
Il esté tue. Les Officiers Généraux
& les Troupes de Koftre Ma/eflé
enteu tant de part à cetteaîlionque
j'ay cru l'en devoir informer parun
Courier exprès
, outre -qu'elle efi de
la dermereconsequence dans la guerre
presente. Je fîuhaiterois que les
affaires fufftnt finies en ce Pays,
pour pouvoir offrir mes services à
Vojhe Moejejlé en YLJpagne
, fy
marchtrois avec leplusg<andplaisir
du mondej non-seulement attil
far l'envie quefay de vous rendre
service, mais auffîpar lajoyeque
j.'aurois defaire mil courk Kofire ~C. roubliois de dire à Vostre
^Aajefie'que Mrle MdTtjNÑ de Val
de Fusrrtes n'a point ejié de cette
(Jccafion
, parce que je l'avois détachépour
garder les paffliges du cossé
(le Tortone, avec les Dragons de
Quelus
, & le Régiment de Molphette.
Ilfuit if present les Ennemis,
& aplissonpartyk merveilles
sansattendre mes ordres. On ne
petit tfire plus content que je le fuis
desa conduite. Ily a un Capitaine
des Troupes de Voftie Maje/lé,
nommé Amen^aga , qui s'etf fort
distingué dans cette dillon
,
& qui
merite quelle se fouvitnne de luy
dans les occupons.
Le
[""•le Sr Nicolas Langlois Li- b[raire, & Marchand d'Estam- pes,appellées communement TaIles- douces, continue l'Histoire
du Roi en A lmanachs,
! qui a esté mise dans une grande
! perfeaion par feu son pere.
Il vient de mettre au jour la
:'- prise de la Ville de Brifac, par
i Monseigneur le Duc de Bourgogne
, avec toutes les autres
expeditions militaires de 1703. Il fait une dépense si considerable
pourcette sorte d'ouvrage
, qu'il ne lui manque qu'un
* nom plus specieux que celui
d'Almanach, qui étant trop
vul gaire fait qu'on n'a pas encore
pour cette forte de curiosité
toutel'estime qu'elle mericc:
cependant il s'est fait pin"
,
sieurs Theses qui ont été tfofff
vées tres bellesqui n'ont paséré
mieuxgravées ni deffinéesavec
plus d'exactitude
,
puisque les
PlansdesVilles, les Camps, les
attaques tout y est depeint d'aprés
les Ingenieurs ou Peintres
qui ont été sur les lieux. Les portraits
s'y trouvent reilèt-nblans,
& les habillemens à la mode.
Ces A lmanachs font encore
considerables
, parce que contenant
tous les su jets remarquables
de chaque année, ils
fervent à en rafraichir la niemoire
, & que les dattes qui y
sont exactement marquées, sont
de quelque utilité
, ce qui fait
que plusieurspersonnes ont un
grand foin d'en faire des recueils,
& d'en avoir des premieres
épreuves dans le tçmps5
à cause qu'elles deviennent irares
dansla suite, les planches
étant toûjours usées par le
grand debit qui se fait de ces
fartes d'ouvrages. On trouve
aussi chezledit Sr Langfois plusieurs
Livresde picré, desciences
, de figures, &c. ainsi que
des Estampes des plus habiles
Peintres & Graveurs, sur toutes
fortes de sujets, les vûes des
belles Maisons de Paris & des
Châteaux de France, comme
Versailles, &c. des Cartes Geographiques
,
des Canons pour laMesse, des dessins pourtoute
sorte d'ouvriers & pour les personnes
qui font bâtir, tous les
Portraits des personnes les plus
qualifiéesde la Cour , U des
Cours étrangeres & les habillemens
à la mode, des Jeux pour
apprendre les sciences
, & pour
se récréer, tous les ouvrages
de la magnificence du Roy, &
tout ce qu'on peut souhaiter de
curieux dans les Marchandises
de Librairie & d'Estampes.
Ledit Nicolas Langlois demeuy
re toûjours rue saint Jacques,
au coin de la rue de la Parcheminerie
Le public est averti de
prendre garde de se méprendre
à son adresse y ayant d'autres
Marchands de ce même nom.
: L'Armée navale des ennemis
passa le Detroit la nuit du 7.
au 8.de Novembre, & le Con-
- sul de Gibraltar manda aussi-tôt
aprés, que bien qu'il ne fît pas
clair,il avoit comptésoixante-&
douze Bâtimens, parmi lesquels
il n'avoit remarque que trentecinq
Vaisseaux de lignerqu'il
ne falloit pas douter que ce ne
fût toute la Flote qui s'en retournoie
, ne pouvant hiverner
dans la Mediterannée
,
qu'on
pouvoitassurer que ces Vaisseaux
écoient en mauvais chat)"
puifqu'ils auroient pû
, en fc.
détournant de dix ou douze
lieuës, donner de l'inquietude
à Cadix.
,
Je ne croi pas qu'il y ait d'exemple
dans aucun siecle, qu'
une dépense aussiimmense que
celle qu'il a salu faire pourla
cnnllruCtion de ces Vaisseaux
,
pour les armer , 5c pour les garnir
de troupes, aitesté aufft
infructueuse , puisqu'elle n'it
esté employée qu'à servird'escorte
à quelques Bâtimens Marchands,
& à faire connoîcre aux
Alliez le zele & la fidelité des
Etats que le Roy d'Espagne
possede en Italie pour son legitime
Souverain, le zele de
ces bons su jets ayant esté jusqu'à
vouloir remettre aux mains
des Gouverneurs leurs femmes
& leurs enfans pour ôtages de
leur fidélité; ce qu'il ya de plus
fâcheux pour les Anglois
, &
pour les Hollandois
,
effc qu'ils
ont plus perdu de troupes que
s'ils avoient perd u une bataille,
sans avoir la consolation d'avoir
fait perir un bon nombre
de leurs ennemis» ce qui auroit
pû adoucir le chagrin de leur
défaicc.
On allure que cette nouvelle
ayant étépubliéeenAngleterre,
le Peuple a dit qu'il feroit toûjours
malheureux tant qu'il se
laisseroit gouverner par une
femme.
Mr de l'isle Capitaine aux;
Gardes, étant mort de la petite
verole
, MrDorgemontLieutenant
de Grenadiers dans le
même Corps, a eu cette Compagnie.
Il y avoit plusieurs pretendans
d'une valeur distinguée
,
mais comme tous ceux
qui aspirent à une même Charge
ne peuvent en estre pourvûs,
Mr Dorgemont a eu l'avantage
d'estre nommé par le Roy. Il effc
frere de MrForest, Conseiller
au Parlement.
La Lieutenance de Grenadiers
qu'avait Mr Dorgemont,
a esté donnée à Mr Caudelet
distingué par une grande valeur.
Iln'entre ni Officiers,ni
soldatsdans les Grenadiers dont
la valeur n'aie esté éprouvée.
La Lieucenance qu'avoit Mr
de Caudelet, a eU donnée à
Mr de Romainville dont le nom
est le Camus de Poncaré, fils de
Mr de Romainville, Lieutenant
de Hoy du Havre, & ensuite
Gouverneur du Ponc-de-Larche
La Sous-aide Majorité de Mr
de Romainville a esté donnée
à Mr de Saint Mars, Gentilhomme
du Pays du Mayne, qui
aesté Page de la Chambredu
Rov.
"Mr de S. Mars Gentilhomme
Breton, a eu la Souflieutenance
de Mr de Romainville.
L'Enseigne des Grenadiers £
esté donnéeàMrde Pereuse,
Gentilhomme de Brie, qui aesté
Page du Roy.
Sa Majestéa donné à MrDénonville
,le Regiment Royal
infanterie, à la prierede Monseigneur
le Duc de Bourgogne;
il vaut trente mille,écus.
Mr le Chevalier de Livry a
esté gratifié du Regiment de
Dénonville. Il étoit Garçon
Major du Regiment du Roy.
Mr de Bragelonne étant infirme
)
Sa Majestéa permis qu'il
seretirât,& lui a donné une
pension de six mille livres. Il
vend quatre-vingt mille livres
sa Compagnie aux Gardes
>
à
Mr de la Faye, Lieutenant aux
Gardes. Son Inspection de l'Ar..
mée d'Allemagne a esté donnée
à Mr deMeaupeau , Capitaine
aux Gardes.;p Mrde Vignauaeu la permission
d'acheter le Regiment de
feu Mr de Meuse. Il en donne
22500 livres, qui feront pour la
famille du défunt
, & illaHfc:
un Bâton d'Exempt à donner
dans la Compagnie de Noailles;
Mr Dufée a eu la place de Mr
de Perat
,
Commandant de la
- Citadelle de Mets. * Le Roi a accordé la survivance
de Mr le Prince de Soubisequi
commande les Gendarmes
, à Mr le Prince de Rohan
son fils. Je vous en dirai d'avantage
le mois prochain
Le Regiment de Mr de Janlac
tué devant Landau,a esté
donné à son frere Capitaine de
Grenadiers dans le même Regiment.
Le Roy a donné à Mr le Marquisde
Rigovillele Gouvernement
de l'Isle de Ré, à condition
que ce Marquis y reside.
roi t.
Mr d'Aubarede a eu celuy de
Salins, qu'il avoit demandé.
La sortie de Mr de Rigoville
des Mousquetaires
>
cause un
grand mouvement dans cette
Compagnie.
Mr de Canillac de fecond
Souslieutenant, devient le premier.
Mr de Hautefort de premier
Enseigne devient le fecond
Souslieutenant.
Mr de Coeursi de secondEnseigne
devient le premier.
Mr de Leussandepremier
sCoerneittge dnevieent.le second En-
Mr de Tresbon de second
Cornette devient le premier
Cornette.
Mr de la Luriere de premier
Maréchal des Logis devient le
second Cornette.
Ainsi du reste des Officiers,
chacun selon son rang, tous ces
Mrs estant également distinguez
& méritant également de
monter.
Je doute que tous ces Braves
meurent à l'âge de cent six ans,
ainsi que vient de faire le nommé
Bertrand, du Village de
Haillen
HaillenenPicardie.
,..-' Je ne sçay par quelle avanture
„ il s'est glissé dans une de mes
Lettres une chose que je n'ay
pas eu intention d'y mettre ,
êz
qui a dû vous y faire remarquer
i
d'abord une faute tres-groissiere.
Il y a que le Prince Christian
qui a esté noïé dans le Danube,
cil Frere de la Reine des Romains
, ce qui n'est pas veri table,
la Reinedes Romains estant
Soeur de la Princesse d'Hannauvre
vre, que nous avons vu long.
temps en France, & qui n'a
point de frere.
Vous me demandez avec tant
d'impatience ce qui s'cft païïc
au Siège de Landau
, que je me
trouve obligé de grossir ma
Lettre, pour vous envoyer le
Journal que j'avois resolu dglfè
:
'VOUS envoyer que le mois- prochain.
Il est moins ample qu'il
n'auroit esté s mais quoy qu'il
foie succinct
,
il ne laisse pas de
ren fermer en peu de paroles ce
qui s'est passé de plus éclatant
à ce Siege, & ceux quile liront
auront l'avantage de le voir
commencer & finir dans une
même Relation.Celui de Brifac
que je vous envoye dans une
Lettreseparée&qui accompagne
celleci est plus étendu,quoi
qu'ilait moins duré; mais j'ai
cru que le Journal d'une Place
emportée par Monseigneur le
Duc de Bourgogne, devoit estre
- dans toutes les formes.
Le 11. Octobre Mr le Comte.
de Marsininvertit Landau avec
vingt Bataillons & vingts-cinq
Escadrons, depuis Molem ; qui
est à la baffe Quieche, jusqu'à
la haute. -.
Lé 12. toute l'Armée arriva
devant la-Place.
Le 13. on acheva de l'investir
depuis la haute Quiéche jusqu'à
la basse.
- Le 14. on continua de travailler
aux lignes de circonvalation.
Mr le Maréchal de Tallard
ayant eu avis qu'un corps xies
ennemis de mille à douze cens
hommes qui se retiroit à mesure
que l'Armée du Roi avançoit,
s'estoit arresté aux lignes de
Speyerbach à deux lieuës
,&dcrny de Landau, que le
Prince deBade fit élever dans la
temps que la guerre commença
en Italie, qu'ilsavoientdessein
de deffendre, & que pour cet
effet ils devoient faire venir
quatre Regimens de Cavalerie
& deux d'Infanrerie du Camp
de Stolhoffen, & toutes les
Milices du Palatinat
,
il crut
qu'il ne devoi t pas laisser à ces
Troupes le temps de s'y établir,
& qu'il devoit leur enlever
cette barrière, d'où ils auroient
pû incommoder leCamp
& l'empêcher de pentrer dans
le Palatinat. Ilresolut pourcet
effet de faire un détachement
le 15. au matin. Vous apprendrez
les opérations de cedétachement
parla Lettre suivante.
Elle eil d'un Officier general
qui n'est pas moins élevé par
sa naissance que par son emploi,
Sa naissance se peutremarquer
par la maniere dont il écrit en
parlant des Officiers. y'.Espert' que cette besôgne icy fera
faite plùtbt qu'on n'esperoit) le
plus gtos en efi fait ; cest un miracle
d'avoir conduit de Brifac icy
par terre soixante-deux pièces de
gros canon) vingt mortiers,&fix
mille chariots charge,de vivres&
de munitions, tout efi arrivé malgré
les méchanschemins vingt. deux
mille Pionniers achevent nos Ii..,
gnei. DAns, deux jours elles feront
comme on les demande. noflre General
n'a point attendu Vétablifsement
parfait de nos lignes, compie
iln'y a qiïaprendre son temps
i-fte& promptement il la guerre v
il vient d'user de cettemaxime. Loti
ennemis avoient un Camp fiuw
Landau ,
composé de six cens ~!~
farts , & deseptÀ huitcens Qhe%\
vaux quis'essaient retirez, deniers
des lignes qu'ils jirenrllors qu'il}
formèrent le projetdeprendre Lan*:
dau. L'art & la nature rendaient
ces lignes très-fartesj Le Comte deït
TsTajfau qui commande dansceiUste
de Stolboffen
3
ai/oit mandéaft tk.! neral - qui commanderaJ.anscelleVk
de Speyerbach, qu'il luy envoycroitfc
quatre Regimens deCa-baierit,
autant d'Infanterie
* & deux mille
Paysanspourachever deilsmettre i
hors dinfaite ; notte Generall'ayant t
appris ,
détachaaussi-tojtCourtebonne
Lieutenant général, avec
JrlliJ/M) & Kalfmé Maréchau
deCamf deux Brigadiers de Cavalerie
& un d)Infanterit
, quinze
cens Chevaux3 cinq cens Grena-
Jins, dr* cinq cens hommes de pied
choijts. il n'y a que trois lieues
d'iry à ces lignes. Commela têt.
de ces Troupes arrivoit ,
les ennemisfirent
sortir quelquesMuffartS
pour eftArmollcher, crayant que c'était
un fourage que nous voulions
faire.Courtebonne fit pouffer ces
gens par de Mmw Lieutenant Colonel
du Regiment de Dragons de
Pefeux
y
qui commandoit trois
Trutlpes. Ils rentrèrent &fermèrent
la barrière
, nos Dragons ïattaquèrent
, la rompirent, &entreront
pesle mesledans-les lignes. Courte- - bonnefoictint.ils appereçurentïInfanterie
, cenefutplus qu'unefuite*
On leur tuacent cinquante bvmmrj'.$
&on leurprit beaucoup de chevaux "à
le gros se retira dans Nellftat, on^
de Mianefutenu par la Maronie%\
se Capitaine dans le Régimen*^
desCravates, lessuivitdesiprés, i
que les y voyant entrer) il sità
le tour de la Ville, & jugeant
bien qu'ilsvouloient allersortirpan\
l'autre porte )
il l'envoya dile-
Courttbonne
, qui luy ordonna de<±
retourner, il trouva en arrivant9 c qu'une des deux Troupes qui Y'f.
tftoient entrées se retiroit, il l'en,-
voyadire;"[on General,ce'Illil¿lvoit).
fait; il luy envoya des Grena--
diers,aveclesquels ilfitattaquer*
une espece de Fauxbourg
, on luy
tua une vingtaine*de Grenadiers,
4tprés quoy ces gens la demandertnt.
Qcapituler, & ils se rendirent àdtjtfeiion*
ilyavoit dans la Priilt
Ittl ColoneldeHujfarts Turc de
fiation,nomméSohonkebeck, quiefi
¡j'homme' du monde de la plus gfan-
Je mine, il a les cheveux blancç,
ia barbe jufqucs sur Veftomac, il
lit fin bras d'argent. bn a fris le
.Regiment de Villers Dragons de
VElc[leur Palatintoutentier, avec
environ deux cens Huffarts
,
&
Cavaliers
»
quarante-trois Ojfitiers,
des Etendars
,
& des Tim..
balles. Cette aiïion nous donnedé
parties facilitez pour nofire Siége.
On; va occuper Neuftat & Marientraut
, nous avons des posses h
Portée de Philisbourg
, pour voir
,.'ils feront un Pont. Nom avons
jermcrshcim
;
& nousferons maîtres
de tout le terrain ju(qutà trois
fiertés au de. la k la Queiche.
Jereprens la fuite du Journal.
,- Le 15. & le 16. l'on disposa
toutes choses pour l'ouverture
de la Tranchée qui fut ouverte
la nuit du 17. au 18. par les trois
Bataillons de Navarre, un desj
Savine, & un de Sourches à laxJ
droite, & à la gauche, les Grenadiersde
Bourgogne,& les Regimensde
Monroux, de Broissia,
de Tilly & Flandres. Mr le
- Comte de Marsin Lieutenant
général, Mrde Sailly Maréchal
de Camp, & Mr de Monroux
Brigadier, dix-huit cens cra-r£<
vailleurs
3
mille à la droite,&
huit cens à la gauche , soutenus
par neuf Compagnies deah
Grenadiers, & d'autres Trou-
'R-es. Le travail fut deprésde-
1800. cens taifas, & pouffé ai
cènecinquante toises du chs--»
,:tnin couvert. Les ennemis ne
s'apperçurent du travail que
sur les neuf heures & demie, ce
qui donna une grande avance
dans un terrain mal-aisé. Mr de
t Raousset, Lieutenant dans le
Regiment de Navarre sur bleue
à la main d'un coup de mousquet.
Cinq Soldats furent tuez,
\p-&ladteix blessez. Mr de Roche-
dans Capitaine de Cavalerie
Orleans fut tué, aussi bien
qu'un Cavalier, & quatre furent
blessez à la garde de Cavalerie.
Un Cornette du Regiment
de Bourgogne eut la jambe
emportée.
La nuit du 18. au 19. on déboucha
de la grande paralelle
par trois endroits differens
) ravoir un à la droite vis'à-vis
la contre garde;l'autre dansle
-milie.l visà-vis la Demie-luner
de la porte, & le troisième vis-?
.à..v,is la contre-garde ducosté
du canon; on estoit à trois heuresaprésmidy
à la droite à centîn
cinquante pas de la palissade..
Nous n'y eûmes pas un homme
detuénydeblessé Onn'avanvança
pas tant à la gauche. [
y eue environ trente hommes
tuez ou blessez du canon. A h,(
Garde de VVeiflembourg Mt:/.
de Torpanne Capicaine dans loi
Royal Artillerie fut blesse legec;<
rement, & Mr du Boule
Lieutenant dans le même Régi;?•
ment le fut dangereusement..
Le 20. Mr le Princc<:amjllc)!¡i
arriva de la Cour de Lorraine
pour estre au Siege de Landau rj£
LUÛL
L'on fit la nuit plus de douze
cens toises d'ouvrage, & l'on
n'eut que cinq ou sixpersonnes
tuées & dix blessez. Le canon
commença à tirer à la pointe
du jour en trois batteries, qui
firent un feu continuel,& nos
bombes mirent le feu dans la
Ville. On fit encore la nuit du
20. au 21. de nouvelles batteries
, & l'on commença à
travailler à la sappe. Les ennemis
firent une sortie au nombre
y
de soi xante, ils dérangerent
huit gabionsvuides; ma i s les
deux Compagnies des Grenadiers
de Touraine & le piquet
de ce même Regiment qui les
attendoient de pied ferme,-
n'eurent pas plutostcrié, h l'erte>
Grenadiers, qu'ils prirent la
fuite èc furent vivement rôf I
poussez jusques dansleur con--
trescarpe. Nous n'eûmes que s
trente hommes tuez ou bles- ;
fez pendant le jour & la nuit,, Le Major du Régiment de s
Tessé eut la teste emportéed'un q boulet de canon, & le même s
boulet emporta trois ou quatre q
hommes dans un chemin qui
estoitenfilé.
- Le ii. on se trouva le matin n
sur le bord du fossé de la petite
Lunette qui est au pied du gla- -j
cis Les Énnemis/ firent encore s;
la nuit une petite sortie au nom..
bre de dix hommes qui- fè reti- -i
rerent surlechamp.Onfittâter 11
le même jour au soir la Demi- -j
lune parun Sergent de Greder i-
-& dix Grenadiers qui y cftgnt 3^
entrez, n'y trouverent quehuit
hommes, & comme on sçavoit
qu'ily avoir deux fourneaux,
on ordonna au Sergent de sa
retirer si-tost qu'il auroit crié
ViveleRoy,dans cette Lunette,
ce qu'ilexecuta bien. Lesennemis
qui avoient prévû que nous
l'attaquerions,avoient patté
quatre cens hommes dansle
chemin pour le reprendre
, ce qu'ilsfirent quelque temps
après. Nos travailleursqui traçoient
la paralelle qu'on avoit
tirée depuis la tranchée de la
droite jusqu'à celle de la gauche
, furent culbutez par une
sortie des ennemis, qui reprirent
le travail, dont on les chassa
un quart d'heure après
3
6c
lous nous logeâmes dans la lunette.
Nous y perdîmesMr des
Roches, Capitaine de Grenadiers
, vingt Soldats tuez, &
nous eûmes cinquante blessez.
Mr le Chevalier de Cumieres le
cadet, & Mr de la Brigadiere,
furent blessez aux nouvelles
Batteries. Mrde la Fare Ingenieur
fut aussi dangereusement
blessé. On dressa une nouvelle
Batterie de treize pieces de ci
nonaupied du glacis. 4
Le 24. on perfectionna la paraleile
qu'on avoit fait la nuit
precedence. On poussala sappe
de la droite vis à vis l'angle de
la lunette; on s'étendit de 12.
toises vis-à-vis l'angle, & l'on
ouvrit une autre sappelelong
de 11 foflTe de la lunette, v i s-àvis
de la demielune de la porte
de France. On ouvrit deux
sappes, l'une à la droite, 6c
l'autre à la gauche en maniere
de fourche qu'on prolongea
d'environ vingt toises chacune,
en forte qu'on se trouva à deux
toisesduglacis. On fit la même
choseà la gauche. On tirale
matin de dix pierriers qui accablerent
les Assieger dans leur
chemin couvert. Les ennemis
vinrent trois fois la nuità la
sape de la droite,& dérangerent
leux ou troisgabions des sapeurs
,
& se retirerent ensuite
bns la lunette, & jetterent
beaucoup de grenades à cette
appe Nous y eûmes six homnes
tuez & dix-neufblessez.
La nuitdu24au 25. on se
endit maître de la lunette ou
redoute de Melac, au pied cTir
glacis du front de l'attaque à
force ouverte; mais les Assiegez
firent un si prodigieux feu,
que l'on jugea plus à propos de
continuer la sappe pour environner
cet ouvrage. Les ennemis
voyant qu'ils alloient estre
coupez prirent le parti de l'abandonner
,
& on s'y logea.
On y perdit trente ou quarante
hommes tant tuez que blessez.
Mr de SuiffartBrigadier d'Ingenieurs,
y fut tué après avoir
fait le logement.
La nuit du 24. au 25. les ennemisfirentun
grand feu. Ils
jecterent beaucoupdegrenades
aux deux sappes de la droite,
que l'on n'avança pas autant
qu'onl'esperoit,maisassez pour
leur faire a pprehender le matin
, d'estre pris par la gorge de
la lunette, ce qui les détermina
à faire sauter des fourneaux
qu'ils avoient à un angle, & un
a chaque face. On y envoya.
dix Grenadiers qui se logerent
dans le trou d'un des fournaux
& firent promptement communication.
Cent Grenadiers s'y
logerent.
La nuit du 15. au 16. l'on prolongea
la sappe le long du chemin
couvert, d'où elle ne se
trouva éloignée que de six toises
,
& nous eumes vingt- cinq
blessez,entr'autres un Officier
& un Ingenieur de tuez. Ce
dernier étoit Mr du Hallé
Ingenieur de Longvvy,
La nuit du 26. au 27. taz em*
ployée acontinuer les sappes
Celle du milieu fut ralentie par *-
Je feu des grenades. A la sappe
de la droite, on prolongea une
tranchée lelong de la branche
roite a nocre egar - -- La nuit du 27. au 28. on continua
la sappe gauche de cette
mêmedroite. On fitcettemême
nuit la troisiéme paratelle,wr
Chevalier, Ingenieur fut tué.
-La nuit du 28au 29. les ennemis
firent fauter trois grands
fourneaux le long de la facegauche
à nôtre égard
,
de la
place d'armes de la droite de
nôtre attaque. Un quart d'heureaprés
>Mr des Châles Brigadier
des Ingénieurs, fit faire
unlogementsurle chemin couvert.
Les ennemisresterent feulement
dans la traverse. On travailla
à deux batteries, unesur
l'angle de la droite de la place
d'armes pour battre la demielune
de la porte & le flanc de
la contregarde
, une de Mortiers
, & une troisiéme dont
l'usage ne fut pas ce jour-là
d éterminé.
Le 29. l'on fit encore de nouvclles
batteries sur le chemin
couvert,& l'on en ent alors onze
pour battre la demie-lune
> les contregardes
, attaques 8c
courtines tout à la fois.
Le 30 on amena deux pieces
de canon pour mettre en batterie
dans le chemin couvert ,
le
conducteur effleura la palissade
de la droire de la tranchée Les
ennemis s'en étant aperçus 3
fii
rent un très-grand feu. Le-s
c haretiers eurent peur. Leschevaux
prirent le mords aux
dents ; une piece futrenversée.
Les vingt-quatre chevaux furent
tuez& les deux pieces de
canon resterentdans le chemin,
nous eûmes un Lieutenant d'Artillerie
& fixa sept soldats tuez,
& douze blessez. On fitquatre
fappes dans le chemin couvera
pour servirà faire quatre, descentes,
une à la contregarde de
la droite, une autre à la courtine,
une autre à la demie-lune
de laportede France, & l'ancre ,1dl'-1\ à la contregarde gauc he, a nôtre
égard.
Le mauvais temps empêcha
qu'on ne mit le premier Novembre
tout nostre canon en
batterie. Les ennemis mirent
del'eau dans leur fossé jusqu'à
cinq pieds.
- Le 2. les batteries furent
augmentées ) & comme on n'avoit
pû saigner Le Canal,-on
fit trois Ponts,sur lesquels on
devoit Jetter des fascines pour
Combler le fossé.
Le3lepassage du fossé
de La demi Lune fut achevé
avec des gabions
,
des fascines,
6c. des sacs à terre.
Le4.Mrde Laubanie, Lieu-
;enant général de jour , fit attaquer
la demi - lune par les
Grenadiers,qui malgré legrand
feu des Affiegez l'emporterent,
& les obligerent à se retirer
Sans les retranchemens qu'ils
avoient à la gorge decet Ouvragé.
Une de nos bombes mmt
lefeu à im de leurs fourneaux
Ils en firent joüer deux autres
qui renverserent les Grenadier
& les Travailleurs qui com
mençoientàs'y loger. Cela su<j
rétablidans le moment. Mrloi
Maréchal deTallard s'ytrou
va lui-même. Le feu fut tresgrand
pendant plus de deuzu
heures : l'on employa le restoi
du jour
, & toute la nuit dub
4. au 5. à s'établir dans ceccon
demi- Lune, que les ennemi
abandonnerent entièrement. ; <
Le 5. on se logea sur le re«3i
tranchement de la gorge de Id -
demi- Lune, & l'on travailIdl
en même temps au passage dub
;.Folfé des deux Contregardes
quel'oncombla dans leten-n;
"e ;'
duël
duë de cinq ou six toises. Mr de
* Jansac,nouveau Colonel d'ln.1
fanterie fut tué, ainsi que
Mr de Resseguers Commissaire
d'Artillerie ; du reste on perdit
i peu de monde en cette occasion.
L'on travaillaaussi au pasfage
du fossé des deux Contregard
es.
: La nuit du 5. au 6. on n'attaqua
pas les Contregardes,
comme on avoit resolu, parceque
les breches ne le verent trou- pas tout à fait en état.
e On fit feu lement construire des
Ponts, &élargir les chemins de
; la droite & de la gauche, de
même que les boyaux des Places
d'Armes Les ennemis v i nrent
le 6. au matin sur les huit
heures tout à découvert sur la
breche de la Contregarde de
la demie Lune à la gauche pour
nousempêcher de combler le
fossé. On fit un tres-grand feu
de part & d'autre
,
& ils se retirerent
en disant des injures à
nos gens. On fit venir à la gauche
600. C hariots de fascines.
Le 7.l'on battitenbreche
la demi Lune.
Le 8. Mr de Grammont,
Mrd'Asfeld, &Mrle Prince
de Robeck qui descendoient de
la tranchée, eurent ordre d'attaquer
la Contregarde de la
droite, avec les Compagnies
des Grenadiers du Royal,de
Surbeck, d'Aunix, & de la
1 Fond, soûtenus par sept Piquets
de ces Regimens. Mrde ! Hautefort iiMr de Forsat, & ;
Mrle Chevalier de Croissy furent
commandez pourattaquer
la Contregarde de la gauche,
avecleshuit Compagnies de
Grenadiers des Regimens de - Touraine, Royal Italien, de # Santerre,d'Auxerois
,
de Tessé,
ôc de Grimaldi, &les huit
Piquets desmêmes Regimens
qui montoient la tranchée. A
trois heures aprés mid-f>lesi.
gnal estant donné, les deux
Compagnies de Grenadiers du
Royal, & celle d'Aunixmarcherent
vers la Contregardes
mais les ennemis qui avoient
un retranchement le long du
Parapet, Sea quatretoisesau
delà, firent un si grand feu,
que Mr de la Fette, premier
Capitaine des Grenadiers da
Royal, fut tué avec ceux qui
estoient à la tête. Les trois
Compagnies de Grenadiers de
Surbeck eurent presque tous
leurs Officiers blessez sur le
Pont, de maniere qu'elles le
repasserent. Les ennemis étants
retranchez de même dans la
Contregarde de la gauche, cela
n'empêcha pas les Compagnies
de Grenadiers de Touraine,
& du Royal Italien de penetrer
jusqu'au retranchement
qu'ils ne purent forcer. On fit
avancer les Grenadiers de Santerre
& d'Auxerois
,
qui continuerent
le Combat. Cependaiyt
Mr Robert Ingenieurfit
sur la breche un logement pour
soixante hommes mais quelqu'unayant
criéqu'onmettoit
le feu à la mine, les Troupes
se retirerent en desordre
sur le Pont, & abandonnerent
le logemenc. --I.
>- La nuit du 8. au 9.fut employée
à faire des communications
pour entrer dans les paralelles
qui regardoient les Contregardes,
àélargir cette paralelle
, & à raccommoder les
Banquettes Mr le Maréchal de
Tallard ordonna d'attacher le
Mineur aux Contregardes pour
élargirles breches.
H Le 9. on attacha le Mineur,
& on travailla à deux boyaux à
chacune des contregardesavec
plusieursfournaux.
s».; Le 10 le 11. & le 11 furent
employez à perfectionner les
ouvrages, & le 13 on emporta
les deux contregardes l'épée l
la main
,
après que nos deux
mines eurent fauté, qui étourdirent
fort les assiegez. Il n'étoient
pas si bien sur leurs gardes
que la premiere fois. Tous
ceux qui y étoient furent presque
tous tuez, ou faits prisonniers.
Nos gens s'en servirent
utilement
, en les mettant devant
eux, & tirant sur leurs
épaules,pendant qu'on faisoit le
logement. Cette action ne nous
coûta pas plus de 60. hommes
tuez ou blessez,peud'Officiers,
mais trois Ingenieurs. Mr dfe
Valsemé fut legerement blessé
à la joüe.
Le 14. Mr le Maréchal de
Tallard marcha contre le Prince
de Hesse qui s'avançoit au
sccours de la Place.
Ce seroit icy le lieu de vous
parler de la bataille gagnée par
Mr le Maréchal de 1.Tallard
contre ce Prince; mais vous jugez
bien que n'ayant ni le temps
nila place, je me trouve obligé
de differer jusqu'au mois prochain
à vous en entretenir. La
matiere ne sera pas nouvelle,
mais la Relation pouraestre
remplie de beaucoup de choses
qui ne feront pas encore venues
à vôtre connoissance.
Le 15. le Gouverneur de Landau
fit battre la Chamade
, &
l'on donna des ôtages de parc
& d'autre. Mr de Laubanie,
premier Lieutenant general qui
commandoit au Siége
,
le fit
sçavoir à Mr le Marechal de -
Tallard qui lui manda de ne se
point presser de conclure la
Capitulation, parce que les
choses avoient bien changé de
face depuislegain de la batail le.
Ce Maréchal avoit dessein de
faire la Garnison prisonnierede
guerre, & il auroit pumême
s'yopiniatreravecjustice, pour
se vanger de la maniere irreguliere,
& opposée aux Loix de la
guerre dont les ennemis en
avoient usé envers les Garnisons
d'Huy
,
& de Limbourg.
Cependant, comme les Braves
meritent d'êtreesiimezdeleurs
ennemis mêmes,& que le Gouverneur
de Landau,& sa Garnsson
,
avoient fait leur devoir
en gens de coeur, & qu'ilauroit
pu même tenir encore
quelque temps. Mr le Marechal
de Tallardestant persuadé que
le Roy netrouveroit pas mauvais
qu'il leur fit une compositionhonorable,
leur accorda
la mêmeComposition que le
Roy des Romains avoit accordée
à Mr de Melac.Ainsi la
Porte de France fut livrée le
17. au Regiment de Navarre, &
le 18. la Garnison sortit, Elle
étoit encore composée de deux
mille cinq cens combattans,
qui avoüerent que pendant le
Siége ils avoient eu plus de
deux mille hommes tuCZ, ou
blessez ; ce qui joint aux malades
, fait connoître qu'ils
étoient avant le Siége environ
~dix mille hommes dans la Place.
Cela vous étonnera. Je ne
doute point que vous si-alelr
d'abord quelque répugnance a
le croire
, parce que vous n'avez
peut- êtrepointvû de Relation
qui l'ait fait monter si
haut. Cependant vous devez
être persuadée que ceuxqui
l'ont écrir étant dignes de foy,
& pouvant d'ailleurs. le sçavoir,
à cause de l'emplôy qu'ils ont
eu pendant tout le Siége. Et
ce qui doit vous confirmercette
verité ,
cil qu'il falloit unegrosse
Garnison dans Landau
pour faire des courses, & que
les contributions qu'elle droic
suffisoient pour l'entretenir.
On doit aussî considerer que
l'on n'épargnoi t rien pourconferver
une conqueste faite par
le Roy des Romains, qui n'est
pas accoûtumé àprendre des
places, & qui selon toutes les
apparences ,
n'en prendra jamais
de cette conséquence, Le
Prince de Bade qui y avoit parc
i& à qui d'ailleurs cette conqueste
étoitutile, 5c qui est un
homme d'une grande prévoyan-
:c , en quoi consiste son plus
grand sçavoir, avoit pris toute
es précautions imaginables
pour que cette Place neretomeaû
jamais entre les mains des
François: cependant elle a esté
iomreportée par une Armée en- fatiguée du Siége de la
lus forte. Place de l'Europe,
uienarrivant devant Landau
voit battu les ennemis àNeuf-
~et , & fait sept cens prisonniers,
& qui la veille de la
prise de cette Place avoit défait
entierement une Armée de
prés de trente mille hommes,
Ce Siégecommencé&fini par
deux victoires ,couvre degloire
les Troupes qui ont fait de
fuite ces quatre grandes actions
, & sur tout Mrle Maj;
réchal de Tallard qui n'a ~poin
temporisé
,
& n'a laissé échaper
aucuns momens sans vole
aux Troupes qui estoient au prés deNeustat
,
& au pré de
Spire; cette diligenceayan
esté cause de leur défaice;?
de la reddition de Landau.
On peut dire que toutes loi
Trou pes sans exception
, paru,
ticulierement les vieux corpjn
ont faitleur dev(iir'-ivectouriu,
la bonne volonté , & toute II
valeur
Valeur imaginable, que l'Ar-
J tillerie en a fait de meme avec
toute l'intelligence,&toutela
capacité possible,&que les Inge-
[ nieurs y ont fait voir de leur gej
nie &leurintrépiditéordinaire;
;f!x des premiers y ont esté tuez. Ce font Mrs le Chevalier de S.
Sare
, de Chaleaux , de Belancourt
,
Lescau
,
& Hallé.
Deux jeunes ont au esté tuez,
l& dix-huit bJelfez) dont deux
; ont eu une jambe coupée, &
deux autres un bras. La plûpart
de ces dix-huit Ingénieurs
ont esté blessez jusqu'à deux
fois.
MrFilleyIngenieuren chef,
& quiaconduit tous lestravaux,
deceSiègeaesté fait Maréchal
de Camp,& le Roy luy a donne
deu-xmille é,cus dejjejifiûn, Stf
Majesté aaussi donné cinq cens
écus de pension à MrdeVerspeesl
Ingenieur & Brigadier de
Armées , & qui a servi au
Siége de Landau.
Mr de Laubanie a eule
Commandementde cette Place,
dont Mr de Mclac a les appointemens
de gouverneur,
SaMajesté les luy - a yant accordez
lors qu'il la vint[alu,ër";
après que le Roy des Romains
s'en fut rendu maistre.
Depuis que Mr de Vendosme
a marché du costé de Piémont,
il s'etf passé quatre où cinq
actions dont je vous ay fait
part de la premiere qui est la
i défaite d'Hannibal Visconty.
Voici les autres. La premiere
ca contenue dans la Lettre suivante.
D'Ast ce 8. Novembre 1703.
~SV R l'avis qui fut donne a Mr
de Vcnâ'jfrr,c auil yavoitdans
Aji deux Bétudions, &quelque
Cavalerie, il envoya ordre a
Mr de J^aubccou*) qui commandoit
ïArm:e sur la 'Sesia, & qui
avait drja p<?((?l;"llePTo) a'BBreme,
de se rendre le G. à Quatorzedi, qui
efi a huit mille d'Ajl. Son Alttjje
partit avec cent Dragons d'escorte
pour sy rendre. Nous dccampames
le lendemain au point dujouravec
six picccs de canon , pour venirk
Aft ; toutes les nouvellesconfirmèrent
fendantnofire marche, qu'ily
tvoit une forte Garnison, & en
entrant sur le Territoire eLAst;
quelques Paysans ?avancèrentsur
une hauteur,d'où ils nous tirerent
cinq oufîxcoups de Carabines, qui
îuerent un cheval.Ils tirerent deux
Boetes en mêmetemps pour donner
le jignal de nostre approche à la
garnison de la Ville, puis ils se
sauverent, Nous commenfâmts nô-.
tre marche 1Iqg"a la petite portée
du canon où l'onse mit en bataille,
après quoy Son Altesseenvoya
un Trompette sommer le Gou- verneur les Magistrats deluyapporter
les clefs. Les nouvelles qu'il
y avoit garnison étoient vrayes ,
mais ausignal des deux Boëtes elle
se retira du cossideVilleneuve d'AjJ,
le Trompette n'eutpasplutofi fait
son appel que Mr l'kvèque vint
avec la Croix &à la tcfc deson
Clergé implorer au nom de toute
la Ville la mifericorde de Son
Altesse
,
qui la uceut tres-favoiablement,
La Villeneuve d'Ast fuivic
aussi-tost après l'exemple de la
Villed'Ast.MrleDucde Vendosme
y marcha avec six pieces
de canon, &-.fitob',êrver aux
Troupes uneexactediscipline.
Quelques Païsans ne laisserent
pas de prendre les Armes,
nonobstant les deffenses que ce
Ducavoit fait publier,& blesferent
quelques Soldats. Il fit,
pour l'exemple, brûler cinq
ou six maisons. Il apprit
, en
entrant dans Villeneuved'Ast,
queMonsieur le Duc de Savoye
y estoit venu le mêmejour, 8c
qu'il y avoitmême dîné. Ce
Prince nesesauva que luy dixiéme.
Il avoit eu la precaution
de faire tenir des Païsans
sur des hauteurs pour l'avertir
par des fusées qu'ils devoient
tirer,sçavoir
,
deux quandils
verroient un Escadron, & une
lors qu'ils appercevroienc un
Bataillon. Il avoit fait jetterun
pont sur le Po, entre Turin 6c
Train, & avoit déja fait paffer
deux cens Dragons. On les
joignit, on les battit, & on eo
tua cent soixante
,
le reste répandit
la terreurjusqu'à Turin.
Mr de Savoye fit rompre
le pont, & se retira.
La Lettre qui suit vous éclaircira
de la fuite des expéditions
deMrde Vendosme.
Lu CamNpodveemCabsrteelnovo,le20.
1703,
r Orfque l'Armée partit le 14, Jdu Camp de Villanova pour
".niricy
,
ilfaifoit un hroüillardJi
ais) que nos Tioujjars tomberent,
ns qu'on s'en aperçût
3
sur la
ntinelle d'un Parti de Milicesde
fr le Duc de Savoye qui s'étoit
ibufquèsur la marche de la co- Tinejequelfut attaqué Jihrufque-
?nt,quavant de pouvoir gagntt
Bois qui étoit proche,nos Houf.
is tuerent plfis de fixants
rmmes sans faire de pTiftnniers.' parutfir une montagne voisine
> cens Paysans qui se retirerent
notre aproebe. Ils vinrent ce- ndant hier attaquer un poste de
dix hommes qui ayant été foutent:
par cent Dragons aux ordres deL
Mr dyAubeterre
,
les repouffcrenw
,,& chasserent d'une Cassine quiln\\
occupaientpjr delà ce pojie &- lest.)
reconluijii'cnt a coups dzfusîls penvr
dant une heure. On a remarqua
que les Troupes réglées de A/ÏW
de Savoye qui étaient sur la gau-m,
che,s1enfuirent les premières. UA'J
corps de deux nvile hommes à
tête de[quels ctoit ce Prince, ay.inx\.
abandonné une C-tJ]îne, Mr d'Affiné
beterre la fit brûler pour tenh^i
pjrole aux Payjansausquels Afom^
Jîeur le Duc de Vendôme avoin
- fait dire qu'il feroit brûler le%\
Villages & C>1ffincs dont ils tiv.
reroient. Pendant ce temps-lad$
Trince ètoit allé vifttr les pofttC^
du Montferrât , ou Mr Dilltà\
-
r'êtablifjoit avec deux Bataillons
ïour le quartier dhyver. Mr de
Marignant en fait de même è
teluy de paflerdu, avec les Regimens
de Bresse & de la Sarre;
:es deux quartiers feront la tète de
:tu<cjue ïonétendradepuis Gabian
éJ" Monteil, pour couvrir le Montserratjufqu*
à Al/hl, & quand
"es deux posses feront en fenreté , Armccstfep.irera dans leursderrieres.
Le quartier generalfera à
dfti.
La Lettre suivante merite
quelqu'attention.
A Castelnovo, le 22. Novembre
1703.
LEs Piêmontois ètant venus en
bon ordre avec Dtapeaux déployez,
& Etendars
,
pourse fairied'un
Village,on marcha d'abord à
eux. M/ de Vendômelesfitattaquer
par Mr le Comte de Cbamillart
avecles Brigades de Medoc
,
&de
BreJ!e. il les renversa, en tua cent
cinquante, & mit le reste en fuite, il n'y eût en civte occasion, que
deux Majors &septfoldutstuez,'
Lesaffaires ne vont pas moins
bien du côté de la Savoye,que
de celuy de Piémont. Chambery
a ouvert ses Portes à Mr
le Maréchal de Tessé, & tout
ell tranquille dans cette Vil lelà.
Mr le Marquis de Chelles
qui commandoit un corps de
Troupes Savoyardes à aban- 1 donné la Vallée de Morienne, 1
& les Milices s'en sont retirées.
Ce Marquisest entré dans le
Tarantaise,où il se retranche.
T Mr le MaréchaL de TeÍfé
ayant é1t1é nommé pour compander
l'Armée qui étoit fous
~es ordres de Mr le Prince de
Vaudemont, ce Prince ayant
lemandé à se retirer à cause de
~s indispositions.
y Mr le Duc de la Feüillade,
Gouverneur de Dauphiné
, a
:[é choisipour aller commanler
en Savoye. Rien n'égale
intrepidité de ce Duc, son
ele pour le service, & son
uiduité. ,
On apprend par des Lettres
le Munich du 17. Novembre)
que Mrde VVeickel Lieutenant
general des Troupes de
sonAltesseElectorale avoit en..
1in secouru l'importante toc
teressedeKuffstein,quoique
les Imperiaux se fussent dé6J
rendus maistres de la Ville,
( retranchez tres - avantageusement,
& qu'on les avoit chassez
avec perte de beaucoup dJ
monde, & des Mortiers qu'i f
avoient amenez pour bombarder
ladite Forteresse. Ces Lens
tres ajoûtent que Son Altesse
Electorale a pris la Ville Imperia
l e de Kempten ,
qui esi u iposte
tres-avantageux, sur Il
riviere de Liller, & quicouvre
la Baviere de ce côté là.
La plupart des Troupes dr
l'Armée de Mr le Maréchal de
Tallard font en marche vers
leurs quartiers d'hyver. Le
quatre Bataillons du Roy son
partl:.il
partis pour Colmar, le Regirment
de Chartres Cavalerie
*
7V3Len Dauphiné
,
& celui de
Rouville, Dragons, à Bayonne.
)On laissera à Landau un gros
>c:orps d'Infanterie, & l'on envoyera
la Cavalerie par cantons
entre cette Place, & le
Fort Louis, jusqu'à ce que les
ennemis qui ont passé le Rhin
îà Manheim, se soient entierement
se parez, & qu'on ait ré-
[paré les breches de Landau.
Les ennemis ont abandonné
Keiferloutre & Hombourg, ;après avoirfait fauter le Châî
teau de cette premiere Place.
l On assure qu'on mettra quatre
t ou cinq Bataillons & six Compagnies
de Cavalerie dans
Neustat
,
où commande Mr
d'Imecourt , & un Bataillon
dans Gemersheim.
Le Détachement de feu Mr
de Pracontal, commandé parMr
de Caraman
, & qui doit être
commandé par Mr de Coignies,
a repris la route de la Sarre.
Il eftarrivé pendant lemoisde
Novembre, 31. prises à S. Malo,
estimées plus de3. millions. On
assure que ceux à qui le gain de
ces prises appartient,ontresolu
d'en faire de nouveauxarmemens
au lieu de le partager. En
effet, on arme puissament dans
cette Ville-là pour remettre
bien-tot en mer.
Mr le Duc de Barvvic va
commander en Espagne les
Troupes Auxiliaires. Mr de
Puifegur
,
Maréchal de Camp,
p doit aussi aller pour les campemens
,
& le secours qu'on y
envoyera doit estre considerable.
Tout se prépare en ce Payslà,
non pas à soûtenir la guerre,
mais à la porter aux ennemis de
D'Etat. Les Espagnols font nanaturellement
braves, & jamais
îSujets n'ayant étéplusfidéles à
leurs Rois, il y a lieu de croire
qu'ils demeureront bien unis,
pour ne pas voir leurs Etats
1
démembrez.
On assure que l'Archiduc
n'avoir pas encore fait voile
le 25. pour l'Angleterre, le
vent l'ayant refusé deux fois.
Il a paruqu'ilcraignoit lamer
Lorsqu'il s'est embarqué. Si les
Troupes qui sontembarquées
étoient completes ,
elles monteroient
environ à douze mille
hommes. Milor Gallouay commande
les Anglois, & Mr Fa-<
gel les Hollandois. Plusieurs.
Officiers de ces Troupesont refusé
de s'embarquer. Elles tailleront
bien de la besogne à Mrs
de rinquisition de Portugal.
Je finis par une grande nOllvelle,
puisque je puis vous affurer
qu'on ne doute plus présentement
de la grossesse de
Madame la Duchesse de Bourgogne.
Je fuis, &c.
A Paris , ce 5. Decembre 1703. APOSTILLE.
Quoique l'Auteur du Mercure
ait fait imprimerenviron 400.
volumes depuis 26. ans, qu'il
n'ait pas interrompu ce travail
pendant un seul mois durant
cé grand nombre d'années
l qu'il n'ait point de dessein médité pré- chagriné le public dans
Jes milliers d'articles qui composent
cet ouvrage, & qu'il ait
adonné satisfaction à tous ceux
qui se sont plaints de quelques
fautes dont il ne pouvoit estre
garant, il ne croyoit pas que le
[Public dtÎt paroître si touché de
son incommodité, & qu'il dust
demander avec autant d'empressement
qu'il a fait la continuation
des Mercures : illuy en
est sensiblement obligé,& le prie
xie vouloir l'excuser si ses ourvrages
ne sont pas aussicorrects
que s'il étoiten meilleure santé, ,& s'il s'y glisse plus de fautes,
d'impressionqu'à l'ordinaire;
[parce qu'il est obligé de se rapporter
aux yeux d'autruy poifi* lescorriger. Ilprie ceux qui
auront quelques Relations de la
Bataille de Spire de les luy envoyer,
& ainsique ce qu'ils sçavent
tant des dernieres actions
de ceux qui ont esté tuez ou blessez
dans cette Bataille, que de
celles par lesquelles ils se sont
distinguez depuis qu'ils font
dans
le
service. Ils peuvent y
ajoûter les services qui ont ellé
rendus par ceux de la famillede
ces Braves, & ce qu'ilsjuge
ront à propos de dire de ces familles.
Le Journal de Brifac qui
fè trouve joint à ce volume,doit
tenir lieu au Public du volume
qu'ilTn'a pAointBeu leLmoEi s PJ.ifé. pttkiâe. i, i FeJle de S.LouisctlebrèeùModcne,y
4
f d'efaitedu Comte de Styrum, 145)
Madrigal, 16,
Mr Rotiillé du Qoudrty est nommé
parle Roy Qonfcillet dyEtat, 165
Fesle celebrèe à Tourst 167
Suite dujournal de Fontainebleau,
181
Bfltte a Mrle Qkrvalier Baler,
gentilhomme Anglois,231
Raisons qui ont obligé d'adresses
cette Efitre à ce Cevalier, 244
Relation de tout ce qui s'efîfissé k
la dejfaite du QomteAnhib.il
Visconti, 257
Service fait à Joigny, 275
Mariages, 176
Troisiéme article de morts)28J
Bénéficesdonne\par le Roy, 293
Relation de tout ce quis'eflpalé il
l*ouverture du Partemeffr, & de
: la Çour des Aydes, 304
Relation de tout ce quis*eftpaffé à
Couverture de lyAcaàemiedes
Médailles& des Inftriptions) &
à VAcademie des Sciences, 317
(JuvertNre de quelquesTribun.338
'Article des Enigmes, 335
Arrivée de Mr le Duc d'Albe,
Audiances données a ce Duc,
Audiances de congé données à Mr
VAmbajjadeurd*Espagne, 343
fzotterie 355
1Accueilfait parle Royà Mr Fabre,
deputé de la Ville de MaT.
stille) 360
Place de Prejïdent honoraire de
Chambery
,
donnée par le Roy il
MrdeTencinè 362
TraitéduMérite. 364
Lettre de Mrat: Vend. au Roy d'Efp.368
Ouvragesde Nie, Langlois, rué S. Jacques
au coin de la rué de la Parchem. 383
Retour de la Flotg Anqloife & ffolIdndoife
deiamertvediteranti&.$$6
Articles Jet changemens faits en divers
~Corps des ch4y jCorpsdesChargesydesfnrvivantestdes
fcejrimens& desGouverntmens tionnei,
r<£*pltijteursautres chusesde cettenat. 389
j-Mor't d'un homme-âgede 106. ans. 394
CRetraft.ition- 395 journal d:t Siege de Landam dans IUJHfl
Jont comprs le Combat de Neujlat£> la
rBata\U?de Spire. idem.
"journal de ce quis'ejlpajféenpie'm.432
Cequi /(jJpafféen Savoye. 410
Mr le Duc de la.Feutlladé ffl- nommé
pourcommanderen Savoye. 441
Expéditions faites par les Troltpr( de
MrdeBavière.idem
Nouvellesd'Allemagne. 4.P.
PrisesarrivéesaS.Malc. 444 Nouuellesd'Espagne,idem.
Nouvelles de l'archiduc. 445
GroJfcJfe de Madameld~Duchesse de
Bourgogne. 446 Jfpoftlle. - idem.
L'Air C'est trop peu, page 148.
L'Aitpourquojintfuj/ex^roHs^g^345
ÏÏERCLiRE-,1
%?sJaJLac£jLIM.
LDIEIDIED'AAMOUNSPEIUGN!EUNR .
OCTOB, &'NOVl!MB. 1705.
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET,Grande Sale du
Palais, au Mercure galant; ,
AU LECTEUR.
ILYa lieu de croire qu'on
ne lit plusl'avis qui a
tftê misdepuistantd'années.
aucommencement dechaque
VolumeduMercure
,
puis
quemalgré les prieres rèiterees
qu'on afaitesd'écrire en
caraéfereslisibles les Noms
propres quise trouvent dans
les Mémoiresqr/on envoyé
pour ef/re employez*>on neglige
de le faire, ce qui ell
capifeqtiii y en a quantité
AU LECTEUR;
dedéfigtirezjiejlantnnpo/J^
dedevinerlenomd'uneH
re, ou d'une Famille,
( riejl bien écrit. Onprie\
nouveau ceux qui en eb
voyent d\y prendre ga?&
fils veulent que les nos
propressoient corrs£ts. 0
avertit encorequ'on nepre&
aucun argent pour cesM
moires£§que t'on employer
tous les bonsOuvrages à let\^
tour, pourvu qu'ilsne defi\
hiigent personne
,
f5
ceux qui les envoyeront r.
affranchirent le port,
*' t
MERCVRE
CALAET
NOVEMBRE 1703.
11 E croy ne pouvoir
mieux commencer ma
Lettre que par les Vers
suivans.
AUROY. RIen riégale Louis vos grandei
deJlinecs)
;On nefçaurait nombrer vos glorieux
exploits, [ nées
Mais vous compte'{dutant d'an-
Que la France compte deRois.
Quel de ces Rois, Prince admirable
, 'A vous peut efire comparable ?
Non, il ricafutjamais aucun dans
lfUnivers:
Mais ainjique parmi ces Monarà
que,, divers
2l n'en cfinulqui vousreffemble,
Nul aussî ne régna jamais dutant
que vous : [paJJezjous
Comme parvos vertus vous les furjVui.
ffîez^vous regnerseulautantque
tous ensemble:
jQue voflre Fils) semblable a des
HerosJigrands,
Compte un jour Pareil nombfe
d'ans,
QuevoflrePetit-Fils de même!
Témoin delafélicité
D'une longue Pofierité
En compte autant aujjî pleins d'un
bonheurextrême,
M.V-<--
Le Roy estantentré le cinquième
de Septembre dans
sa soixante & cinquième année
, cela donna occasion à
Mrl'Abbé de Louvat, de faire
quelques Vers Latins, qui
onteste imitez dans les
Vers que vous venez de lire;
par une personne de vostre
Sexe, connue dans la République
des Lettres, par plusieurs
ouvrages qui ont tous
mérité l'approbation du Pu3
blic.
Ne vous ayant point écrit
le mois dernier, vous ne devez
pas estre surprise si vous
trouvez dansma Lettre quantité
d'articles qui ne vous
paroistront pas nouveaux: cependant je fuis persuadé
queje vous apprendray beaucoup
de choses que vous ne
sçavez pas, & que vous trouverez
même beaucoup de
nouveauté dans plusieurs articles
dont le sujet est de
vostre connoissance, -
On écrit deModene que
les Religieux de Saint François,
qui ont accoûtumé d'y
celebrer tous les ans avec
beaucoup de pompe,laFeste
deSaint Louis, se sont surpas.
fez cette année dans la magnificence
qu'ils ont ajoûtée
à cette solemnité. Toute leur
Eglise estoit tapissée d'un
tres beau Damas. Le grand
Autel estoit orné richement,
& de bon goust. Du milieu
de la voûte pendoit l'étendart
du Saint, où brilloient des
ornemens d'une riche & délicate
broderie. Onavoitfais
J - - - .-
du Portique de cette Eglird
une espece de Gallerie
,
oui
l'on avoit distribué les Portraits
du Pape, du Roy, de1%
Famille Royale, du Roy &'Ili
de la Reine d'Elpagne
,
dm
feu Roy Jacques de g'orieu--
se memoire, de la Reine : d'Angleterre
, ôc de la Mai-
1 son de Modene. En face de ce ; Portique.onvoloicuneHgure
du Roy àcheval, ayant d'un
cofté des trophées d'armes,
& de l'autre tous les blazons
de ceux de )a MaisonRoyale.
Des qu'on estoit dans ce
Portique, dequelque costé
que l'on pust regarder vers la
rué, on ne voyoit que de bel-j
les Statuës, toutes allegoriques
aux principales vertus
I du Roy, entre. meslées de
Devises & d'Inscriptions à
("
la gloire de ce Monarque.
t1 L'Office y fut celebré avec
toute la magnificencepossible.
La Musique y fut adk
mirée, & le Commandant
!
y assista avec tous les Offit.
ciers qui font dans Modene,
i un grand nom bre d'autres
f qui estoient venus du Camp-
! L'aprés.midy,laMusique y
i fut distribuée en plusieurs
choeurs. Le concours y fut
prodigieur, & toute cette
magnifique ceremonie se ter
mina le foir par la Benediction
du Saint Sacrement,au
bruit du canon, & avec les
applaudissemens de la No.
blesse & du Peuple. Outre
les exercices de pieté qui se
pratiquent en pareilles rencontres,
les Officiers François
y donnerent des marques
d'une pieté exemplaire.
Mr de Rigoley Tresorier de
la Maison du Roy, fut si content
de ces Religieux,qu'il
leur fit en son particulier fine
magnifique aumône, donc
, ils font si reconnoissans
qu'au lieu d'en profiter , pour
eux, ils n'en veulent faire
d'autre usage que celui d"é,%'
riger un Autel pour la Nation
Françoise
,
dans leur
Eglise,à la gloire de Saint
Louis.
Je vous ay promis que vous
trouveriez beaucoup de Re.
lations nouvelles dans ma
Lettre
, en voicy une qui
peutestre mise avec justice
au nombre de celles que
vous y trouverez.
MOnfieur du Gui-Trou~
ain
-
partit le 10. de
Jlday de la Rade de Bertheaurnt:
sur le VaisseauïEclatantt
avec les VAlleaux le Furieux
& le Bien-"venu,il croisa
prés d'un mois sur le Cap de
Clare, poury attendre Mr le
Chevalier de RouJly
,
où il fit
quatre prises Angloises depuis
joixantetonneaux jv]qu'àvingt*
cinq rbargées de sucre, & deux
Brigantines chargées de beurre,
il fit amarinercinq de ces prises
pour amener en J'rance, & la
fixiEm: qui cftoit de douze tonHtaux
fut contée
5
il fut joint
sur ce mesmeparage par les Frt.
gdttes de Saint MAlo, le Milrinet
& le Nctal qui devoient
serviravecluyfous lecommandement
deMr leCbevalier deRoulft.
Les Capitaines de ces Fierattes
luy apprirent, que le VatjJau le
Serieux que Mr de RoujJy de-,
voit commander ne pouvoir être
presl: que dans le 20. de Juin,
ce qui luy fit prendre le parti de
l'aller attendre à la vev.e des Isles
de sifo, d'ycroiserjujquau
15. Juillet. Il trouvaUsvtnls
contraires pour sy rendre; mais
enfiny iflmt arflvé
,
il eut
connoifJance le 7. Juillet que
quatorzeVaijjeaux qu'il ne put
diflinguer que defort prés à cauft
d'unebruinefortépaijje qui l'empéchtlfort
long- temps de juger
s'ils estoient de Guerre ou Mara
chands
; mais ayant reconnu que
cétoit une EfcadtelJollanâoifet
à peine eut ilfait le signal de
Ralliment quelle lui donna cbaffe,
le bienvenu se trouvant fort
méchant voilier, & la plupart
des Vaisseaux ennemis marchant
beaucoup mieux que luy, njque
1
le Furieux, Ion se trouva fort
embarrafépour les sauversans
ixpojer toute l'Ejcadre
)
mais
M rdtiGue nayant voulu
par aucune consideration aban.
donner les VAijjeaux que le Roy
luy avoit confié
,
il cargua ses
voiles
, & rcfl*derriereeux,
le premier des Hollandois qu'il
attaqua ctoit de cinquante six à
foixante canons monter ,
lequel
vint le ranger à portée de pijlolet,
rissi lirerenrà bouttouchant
pillfieurs volées de canon & de
moufqueterte , & Mr du
Gué l'ayant dtwaflédesongrand
hunier
,
obligea trois autres
Vaisseaux ennemis qui ttnoient de
prés le Furieux & le Bun venu
d'arriruer sur luy
j
pour secourir
leurc&maraàequifaisoittoujours
un feu continuel. Le secoursfut
un peu tArdif, puisque cet Hot.
Lin(loisfutra^êpresque de tous
sesmifls,e receut cinq coups
a l'eau qui parurent ajïés avant
dans la carrnne) cequifut hetl.
reux pour Mr du Gué) puis
qu'ilJe trouva dans cetemps à
la portéedu fiAfil de deux Vaisséaux
Hollandais.,&* à portée
du canon duVaijJ"auComman.
dant. Mr du Guétjjuya pendant
quatre h.ur s U feu des
deux prem:ys V*i(]?4ux
,
&'
tous ceux de [on Ejcad'e s'estant
éloigne^ à lafaveur de la brurile
, &fevlant. prefqae environné
d ennemis, ilpru le parti
d'appareiller tontes ses voiles,
sansquaucun desennemisfemit
en devoir deluy prester le côfté.
Ils ceflefent d'eux mêmes laebaf-
>
Waprès mvf heures de navtga,
ion, tlretrouva les VazjJeaux
de son EJcaîre qui scioitntren*
dus à la veue de Faro lieu de
Rendé»vo'is.
UEscadreHollandoise croisant
sur le parafe où Mr dll
Gué devoit joindre Mr le Chevalier
de Roully" ou ne pouvant
demeurer sans tX¡j(fl",fï les VVaaiisf--
seaux du Roy (7 ejhnt encore
plusde/avantageuxd'allera iljle
de Stromeau
,
où les Hollandois
auraient pu enfermer l'Efcadrc
& la brûler:Mr du Gué prit
le parti d'aller mouillerdeux lieues
au large de Fero du cossé du
Nord
, & de s'informer exactement
s'il ne paroitroit pas de
Vaisseaux du cossé du Sud. Il
y restajvfquau Juillet,pen.
dant lequel temps tous les^aif«
féauxfirent de J'eau, qui en
avoient un extrêmebesoin9
noyant point de nouvelles de
Afr leChevalierdeHouffy, Mr
du Gué retourna encore sur le
Rendé vous après avoir app,4.,
reillé des IJles de Fero ; mais ne
voyant aucun Vaieirais1Citivi
géant que la Saisonepoit avan;
cée
,
ilfallût partirait renoncer
au projet contre les BJltiniers.
ilfit route pour Spigberque le
10. Juillet avec peu d'esperances
il arriva le 30. Juillet sur les
cojles de Spigberque favortfé d'un
vent arriérécontinuel
,
il apprit
par les deux prernieres prises que
le Rendé.'tJou& des convois Ë7de
la Flotteejloit a Suid "Baye dans
le NordJel'IjU, mais que les
glacesoccupoient toutes lesparties
du Nord
, & celle de l@Ep;
ils avaient ordre de Je rendre à
Clocqbagequiefl trois 6~
demy platfud.Lamême cbofe
sur confirmée par plusieurs Vaiffaux
neutres , e mêmepar le
Çonvoy de Hambourg
,
qui
envoya sa Cbalouppe au bord
du Vaiffeats de Mr du Gué ce
falua le Pavillon du Roy de neuf
coups de canon, il ajouta qu'il
avoit quitté les Convois Hot.
iandois qui croisoient depuis
Clocpbage jusqu'au Nord de
l'1pt Voorlant
y
& qu'ilçroyoit
qa ils devaient seretirer incef.
famment dans une B..ye pour
profiter du premier b
<i>- im?s>% il ajjura quily allÙ:: t^tre
Convois, deux de cinquantesix
à faixantc canons,&deux
autres d'environ quarante, quoutre
celailj avoit des Vaisseaux
marchands depuis vingtjufqutî
trentesix,• qu<i croientotous forts
dlEquipage; que d'ailleurs ils
avoient eu avis par un Bâtiment
depéché exprès d'Holl4nde,
qu'il devoil venir sept Vaif"
seux François, &quecetavis
ploeuvuoit rbisenoIrunr fa)ire.rompre Dans
cetteincerritAU ;\4t du Gué re.
solut (le c-oi'er à l O;verr de
ClcccjbuOE?pontcQ/n'j'"*- les
Convob q!I.(I.iJd il*pax<y?.rnnu ,
C*r même d'entrer dans la Baye
s'ilssy retiroient. On fit quelquesprtfessur
ces Parages, qui
assurerentqu'ils venoient de quitter
le Convoy de Rotterdam qui
, estoit mouillé avec fris de cent
faiffeaux dans Grouen Ha.
'Vant qui efl feitué dou^e lieues
plus Nord que Clocqbage. Cet
avisparoissant feur comme il tétoit véritablement
,
Mr de
Guéne balança pas àfaireroute
pour sy rendre incessamment,
mais il survint une brume si
épaipe avec le calme, que l'on
<ûr beaucoup de peine à s'éloigner
de /4 Cope) qui est bordée de
Roches,
Koches , sur laquelle la maree
portantmena malgré les Pilotes
les Vaisseaux jusques dans le
Nord de lïjle deVoorlant à deux
ou trois lieues des glaces. Dansee
temps là
3
le Convoy de Rotterdam
qui avoit eu avis de
VEJcadre
, & de la force des
Vaisseaux
, par des Cbalouppes
qui après avoir abandonné leurs
Navires
f
s'étoient sauvez, i
terre ,
nattendit pas que Mr
du Gué eut le temps de retourner
dans le Sud pour seretirerdut
Port où ils tfioient
, avec ce
qui'ls avoient de Marchands9
&enjentrant Mr du Gué rij
trouva que des Neutres qui luy
dirent
y
qu'ily avoit cinq jours
que les Hollandoitenefloient
fortisavec leur Convoy de Rot.
terdam
, 0* qu'apparemment
ils efloient allez avec leurs ca-P
marades a Clocqbage
, que ce*,
pendant on leur avoit affuréque
le Commandant de la Flotie ap.
pellé Drach efloit retenu dans
les glaces
1
en danger de perdre
fin Vaisseau, Sur cet avis Ait
du Gué fit appareiller pourJe
rendre à Clocqbage
,
ou tftant
frtfi dentrerai apprit certainement
par des Vai/Jeaux neutres
qui en fortoient ie meoiejour
qtie tous les Hollandaisd'yoient
abandonné ce port, & que l*U
larme estoit sigénérale
, que l'on
nesçavoit pas quel parti ils att*
roient pris. Ce qu'ily a de fâcheux
pour les Armateurs3 (fl
que le ifeur du qué ne pouvant
prendre un autre party , a négligé
de faire plusieurs prijes, pour
arriver ajje% à temps, & de*
truire les Convois & la Flotte
entiere.
Les coups devent commençant
à si faire sentir
, & tous les
Convois&Vaijjeauxétant partisà
la debandaie, la maladie se
matant dans les Equipages. Mr
du Gué fit amârm'er dou^e pri*
ses, des vingt qu'ilavaitfaites,
il en fit brûlersix ,il en fançonna
deux
, CJT* escorta luymême
les prises
,
n'étant pins
en tjlat de tenir la Mer, IIa
faitdeux autres petites prises en
chemin sassant,sçavoir
, une
chargée de bois de teinture) dr
l'autre de bled. Tontes ces prises
ensemble pourront monter à cinq
cens millelivres.
1
La Republique des Lettres
vient de perdre un de ses ornemensenla
personne de
Mr de Saint EYftjnanr, qui
éfl mort à Londres âgé de
quatre-vingt onze ans. C'étoit
un Gentilhomme de
Normandie, plus distingué
par son merite,&par la haute
reputation que ses ouvrages
& les rares qualitez de son
esprit luy avoient acquis dans
toure l'Europe; que par sa
naissance, qui estoit cependant
considerable. Mr de
Saint Evremont, fut pendant
quelques années attaché
à feu Mr le Prince. Il fut
obligé de sortir du Royaume
pour quelques a ffaires
avec feu Mrle Cardinal Ma**
zarin, il n'y cil point revenu
depuis ce temps là
, quoy
qu'il y fust souhaité. Quand
il sortit du Royaume il se retira
à Londres, où l'on peut
dire qu'il a fait durant plusieurs
années les delices de
l'Angleterre. Sa maison estoit
leréduit de toutes les person.
nes de merite & de sçavoir
qui estoient dans cette Ville;
Il y estoit un Oracle qu'on
consultoit de toutes parts sur
toutes les matieres qui regardent
les belles Lettres &
les ouvrages d'esprit. il avoit
un goust sûr ;
ainsi il ne prenoit
jamais lechange surune
pensée& sur un sentiment:
le sien tenoit toujours lieu de
dcciûon, & on n'en a jamais
contessé l'autorité. C'estoit
donc dans la culture de reCprie
que consistoient ces plaifirs
tant vantez de Mr de
-
Saint Evremont ; ces plaisirs
piquans & delicats, dont oa
a tant parlé dans le monde:
-
il vivoic dans le luxe & dans
la volupté,il est vray; mais
dans un luxe poli & unevolupté
étudiée & recherchée;
c'estoit un Philosophe Epicurien
; mais ce n'estoit pas
un Epicurien grossier; c'estoit
unPhilosophe qui retranché
dans la partie spirituelle s'est
toûjours rendu maistre de
l'interieur. Voila en peu de
mots quel estoit cet homme
rare sur la doctrine & sur les
moeurs duquel les sentimens
ont esté si partagez. Ceux
qui voudront entrer dans de
plus grands détails n'ont qu'à
consulter ses ouvrages, ils
l'y trouveront peint& cara.
cterisé bien plus habilement
que je ne fçaurois faire: Ses
ouvrages, en effet, feront auprés
de la derniere posterité
des pretieux monumens d'un
des plus beaux genies & de
l'espritle plusélevé quiaye
paru en France dans le djx-e
septiéme siecle ; on trouvoic
dans ses ouvrages une grande
étendue de raisonnemens ,
une profondeur de reflexions,
des images du vray ,
des portraits
du coeur humain, dans
la peinture duquel personne
n'a jamais mieux reüssi que
M' de Saint Evremont. Il
parut en 1646 une Comedie
qu'on luy attribua. Elle est
intitulée: LaComediedesAcademifles
pour la reformation de
la LangueFrançoise PieceComique,
avec le rôle des Presentations
faites aux grands jours
de ladite Academie
;
imprimél'an
de U Reforme. La Preface aux
Autheurs de l'Academie est
lignée par un nommé de Cavenets
Cette Piece ne fut pas
generalement approuvée;
aussi M' de Saint Evremont
estoit il forci de son caractere
pour la faire. Le Comique
n'estoit pas son rôle naturel;
il en a soutenu de plus itnportans
dans le cours de sa
vie, donc il s'est tiré en habile
homme:cette Comédie
t fut donc plutostl'ouvragede
foa dépit & d'une secrette
animosité que celuy de son
edprit. Le Paralelle est le
genre de composition où il
a travailléavec le plus de succés.
On ne voit rien de plus
fini que celuy qu'il fait d'Alexandre
& de Cesar ; celuy
de Mr le Prince & de Mr de
Turenne, n'est pas moins
beau. On voit enMr lePrince,
dit-il, une lumiere toujours pre--=
fente, un courage impetueuxsans
trouble & sans précipitations
Adcde Turenne a davantage du
fang froid
,
14 capAcité9 l'expo
vience
, une valeurferme & àf. -i
furée. Que ce conrraste est
beau,& quecedébut promet
de belles antitheses. Pour
descendre du Champ de
Mars sur le Theatre, le Paralelle
de feu Mrde Corneille
& de feu Mr de Racine a
aussi de tres grandes beautez.
Il ne s'explique pas avec
moins de dignité sur les sujets
qui regardent la Religion
: en parlant des pieces
faintes qu'on joüe sur les
Theatres prophanes ,il dit,
quesileTheatreperdbeaucoup de
son agrément dans la reprejenta
jiondcsçhosesJaintes ;
les chojes
faintes perdent aujji beaucoup de
la religieuse opinion qu'on leur
doit quandonles reprefentefur des
Theatresprophanes. Lare fiexion
d'Horace dans la troisiéme
Satyre de son premier Livre
autorise bien cette pensée.
On On n'a jamais mieux carac-
: terisé les grands hommes de
! l'antiquité qu'a fait Mr de
j Saint Evrcmont : son Jugement
sur Seneque & sur Plu-
1 tarqueest très beau,il paroit
i sçavant dans la connoissanj
ce du coeur humain lors qu'il
j peint Petronc,cet ingénieux
t
debauché Mr de Saint Evrel
mont a suivide présMrde
la Rochefoucaut,si mêmeil
ne l'a pas surpassé en quelques
endroirs : ill'avoit d'a
bord pris pour son modele
êc il luy en fort honorable
d'avoir esté imité par un si
grand personnage. Cofturrc
la mort donne le sceau à la
réputation des Auteurs, nous
pouvons donc dés à present
mettre les reflexions & les
pensées de Mr de Saine Evremont
dans le rang de celles
de Mr de la Rochefoucauc,
de Montagne,dela Bruïere,
,&: de Scaligcr, qui en fait
de morceaux detachez
)
font
ce que nous avons de meilleur
aujourd'huy : Le chefd'oeuvre
de nostre Auteur, est
l'Oraison funebre de Mada2
me la Duchesse Mazarin qu'il
chanta long-temps avant sa
mort fousle nom d'Hortense,
& on n'a sceu qui avoit esté
le plus honoré, ou de Ma
dame Mazarin, d'avoir esté
loüée par un si grand homme,
ou de Mr de SaineEvremont
d'avoir chanté une si
illustre amitié.
FeuMrdeSaint Evremont
s'étoit acquis lestime &l'ia
mitié des plus grands Seigneurs
d'Anglererre
,
& le
Milord Montaigu luy avoit
donné par Contrat une pension
viagere.
L'Epitaphequi suit est de
Mr de la Fevrerie, dont vous
n'avez rien vu depuis le discours
qu'il a fait sur le silence
que je vous ay envoyé,&qui a
ellé admiré de tous ceux qui
l'ont làJ il a cru qu'il devoit
se taire a près avoir fait l'éloge
du silence : cependant
il parle si bien, qu'il ne de,
vroit jamais se taire.
1
EPlTAPHE
de Mr de SaintEvremonti
cY g//} un fameux exilét
7adis a ltl Cour (iqnalc,
Et de qui la d:sir;ce aura place
en l'Hijfoïre5
Mais qu'il en futbien consolé,
Puisque les Filles de memoire,
Dans leur Temple L'ont inftalé.
Oity. quoique Ionenpuijje croire,
Je doute que Saint Evr. mont
Eut dans le champ de Mars acquis
autant de gloire
Qu'il en a remporté dessus le Sacré
Mont.
DomBanholomeo Ocampo,
Evêque de Placentia;
dans la Cartille la vieille est
aussi decedé. Ce Prelat a esté
fort regretté dans toute l'Espagne,
oùses vertus éminenses
& son merite particulier
luy avoient gagné tous les
coeurs. Le Roy même s'est expliquéen
parlant deluy dans
des termes très-avantageux.
La principale vertu de ce
digne Evêque, estoit la charité.
Il a fait des biens inconcevables
aux Pauvres de son
Diocese ;
aussi en a t'il esté
pleuré trèsamerement Cet
Evesque avoit aussi les qualirez
propres à ion ettat ; il
estoit grand Theologien, &
sur tout habile Canoniste
il s'estoit fait une étu de particulière
de la Jurisprudence,
à laquelleilavoit donné une
application de plusieurs années.
Si sa vie a esté édisiante
, sa mort ne l'a pas moins
esté. Il est mort dans cette
paix qui caracterise si bien les
Predestinez.
Plaisance que les Auteurs
Latins &ceux du Pays appellent
Placentia,est un Evesché
suffragant de l'Archevêché de
Tolede Elle est située dans
-
les hautes montagnes, au dessus
d'une eminence, avec un
Chasteau très- fort & tres re";
gulier. Elleest dans la Cassis.,
le la vieille. L'air y est admLj
rable,& c'est un des meilleurs
de toute l'Espagne. La
Ville de Plaisance a produit
de celebres Personnages. On
remarque qu'il en est peu en
Espagne qui en ait autant
donné à l'Empire des belles
Lettres. Un Jerôme Ascagnibrilla
extraordinairement
dans l'Ordre des Hermites
de Saint Augustin
,
sur la fin
du quatorzième sîecle ; il
estoinédanscette Ville. Un
André Trevisi Cordelier, ne
fit pas moins d'honneur à sa
patrie,environ l'an 1500. &
un Annibal Caracci, sur la
fin du quinzième siecle augmenta
le nombre des Sçavans
que cette Ville a produits.
M' le Bret ancien Conseils
! ler au Parlement de Paris
est mort dans unâge extrè«,
mement avancé. Il n'a laissé
i aucun enfant. Il estoitoncle
de Mr le Bret Intendant de
justice,& premier President
t du Parlementd'Aix, Epoux
de Dame Marie de Grandmont
M' le Bret qui vient
de mourir estoit generale.
ment estimé à caute de son
merite & de ses vertus, donc
l'exercice a toujours fait l'em,
ploy d'une partie de sa vie.
Il avoit une pieté tendre &
affectueuse Une charité arô
dente. Son desinteressement
a fait beaucoup d'honneur à
ses autres vertus. C'estoit un
solideamy
,
ilaimoit essenciellement
ceux qui luy estoient
attachez par les liens de l'amitié
L'adversité n'en saisoit
que ferrer les noeuds, & la
mort même les a souvent
consacrées tant qu'il a esté
dans le Parlementil y a esté
honoré & aimé de ses Con
freres. Marguerite le Brcc,
Dame d'Hermay, épousa
dans le seiziémesiecle Pierre
Gobelin
,
Seigneur du Quesnoy,
Conseillerau Parlement
de Paris, puis Maistre des
Requestes. Ilen eut François
&Thomas Gobelin. Cette
Famille a produit dans tous
les temps de grands Sujets.
Un Jacques le Bret fut une
lumiere de l'Eglise sur la fin
>
du quatorzième siecle,ilfut
Chanoine de Paris. Il se jetta
ensuite dans l'Ordre des
Chartreux,qu'il entreprit de
reformer, quoyqu'ils ne sur,
sent tombez dans aucun relâchement,
& qu'ils fussent
dans une rigide observance
de leur regle : cela luy fie des
affaires fâchcufes avec leGe»
neral
,
qui le voulut même
faire sortir de l'Ordre
,
n'approuvant
point son zele inz
discret. Il mourut de chagrin
de ne pouvoir réüssir dans ses
pieux desseins.
Madame Catherine de
Roquard, Abbesse deSaint
Sauveur
Sauveur du Bugue en Péri,
gord
, mourut letroisieme de
Septembre,âgée de plurdc
w
soixanteans. Elleestoit d'une
, des meilleures maisons du
Poitou. Elle avoit esté d'abord
Religieuse de Saint Do.
minique, d'où elle fut transsérée
à l'Abbaye de Bugue,
dont elle a fait rebâtir le
Monastere depuis les fondemens;
de maniéré qu'il est
aujourd'huy plus beau & plus
florissant qu'il n'a jamaisesté;
elle avoit une conduite admirable
pour le gouverne.
ment. Sa douceur
J
son asïa.,
bilité singuliere
,
sa pieté
exemplaire, [OD. mérité pra»
fond,son genie superieur, &
ses maniérés obligeantes luy
avoient attiré des fillesde
qualitéde diversesProvinces,
& acquis l'estime de toutes
les personnesdedistinction;
elle charmoit tout le monde
par sa modestievraymentreligieufe
,&par son agreable
conversation. Toutes ces belles
qualités i'ont faite regrecter
de tout le Pays, sur tout
de ses Hdigieufes, qui ne
peuvent se consoler de la
perte qu'elles ont fJÍr.
"Mr Martin Conseiller Secretaire,
Bibliothequaire, Se
tzrde du Tresor de Son Al-î
tesse Screniffime Mrlc Priffî , ce,estmortàl'Hôtel 'dei
Condé,âgé de quatre vingts
dix ans en odeur de sainteté,1
il s'était addonne à visites
les pauvres honteux de
Parroïssede Saint Solpice*
dontilestoitun des premiers
des Assemblées qui y foné
reglées pourcela ; on l'avoit
surnommé le Saint~del'Hôtel
de Conde.
En 1637. il entra au fejrvicd
de Son'Altesse SercnlHhtfcf
Monsieur le Prince Henry;
comme il a aussi rendu quelques
services à Son Altesse
Serenissime Mr le Duc; on
peut dire qu'il a servi cinq
générations des Princes de
cetteMaison. Son rare talent
pour dechiffer sans clef,l'a
voit faitconnoîcre dans toute
l'Europe. Il a toûjours suivi
Monsieur le Prince LoüitsII.
du nom deCondé,quiavoit
de grandes bontez pour luy,
aussi avoit il pour Son AI.
tesse Sereni ffune un attachement
si grand & si desin.
tereflé
,
qu'il luysaattiré
(î 3
une admiration que peu
de personnes cherchent à
mériter. Il a laisse un neveu
aussi sçavant que luy dans
l'art de déchiffrer toutes fortes
de chiffressansclef, & en
,
bien moins de temps que
luy. Feu Mr de Louvois l'apelloit
son bras droit, &
l'estimoit fortà cause de son
attachement & de sa fidelite
au service du Roy, ensuite
ilaesté à MrdeBarbefieur;
& aprés sa mort à Mr de
Torcyqui a de grandes bontez
pour luy;ils'appelle Mr
Luillier ,& le Roy quiest
toujours aiïjencif à faire, ,,du
bien à ceux qui le servent
fidellement)luya donné une
pension de quinze cens lir
vtes^ôç luya foumu donné
des marques de sa fatisfaction
par de nouvelles gratifications
lorsqu'iladéchiffre
des Lettres de consequence.
Mr FouHëTte Prunevaux,
Conseiller du Royen son
.Grand Conseilest mort il y
a déjà quelque temps; ce
Magistrat estoit fort consideré
,
& fort estimé
,
& n'é.
toit pas moins aimé. Il avoit
acquis de grandes lumieres
dans lexercice delàCharge,
& ses Con freres ont a pris sa
mort avec beaucoup de douleur,
& l'ont regardée comme
une perte pour ceux qui
estoient connus de ce digne
Magiftrac
,
il paroissoit de.
puis quelquetemps: plus degoûté
qu'à l'ordinaire des
ggrraannddeeuurrsshdhufoaines & des
biens passagers de ce monde,
& il sembloit avoir un prefsentiment
qu'il devoit bien.
tôt les abandonner.
Il estoit fils de feu Mr
Foullé de Prunevaux Maistre
des Requestes
, & frere de
Mr dé Martangis, quiaesté
Ambassadeur en Danemarc;
& de Madame Demadrits,
veuve de Mr Demadrits In.
tendant à Dunquerque
,
où
elleestoit generalement cfUj
mée & aimée,
Dame Marguerire Thoubeau,
veuve deMessïre Loüis
Brice,Chevarar Seigneur de
Mirmon, Lieutenant pour
le Roy,& Commandant dans
l'Isle de Rhé. Cette Dame
est morte dans de grands.
sentimens de pieté. Quand
on a vécu comme cette
Dame avec une régularité
exemplaire, comme elle a fait, & qu'on ne s'est at1
taché qu'à faire de bonnes
auvresà on quitte la vie
sans regret; elle estoit Sortie
d'une maison qui a donné.
de grands serviteurs de Dieu.
Felix Thoubeau de l'Ordre
des Celestins fut un des premiers
qui embrasserent cet
Institut que venoit d'établir
le Pape Premier Celestin ; il
écrivit même une Lettre tres.
forte contre la surprise que
fit BonifaceVIII. au bon
Pape Celestin
, en luy enlevant
le Pontificat. v
Il ne manqueque la mort,
N suivante à cet article de
- morts, afin qu'il s'yen trou.
vede tous états.
< ,, Jn Mr Morin Seigneur du
«Villere
, Capitaine de Cavallerie
datis le Régiment de
Montperoux, mourut de fié..
vre le mois dernier à t'armée
d'Italie,sa valeur & fou mérite
singulier le font regrecter
de tous ceux qii tecon'
noissoient, il estoit frere
de Messïre Jacques Morin,
Seigneur de la Muteliere.
Exempt des Gardes du Corps
du R-oy
9
deta Compagnie
deMr le Maréchal Duc de
Noailles, donc il a l'honneur
d'estre fort confideré.
L'Officierdonc jevousap:
prens lamortestoitun home
me de consideration & de
naissance
,
& avoic épousé la
foeur de Mr Dougdale Conseillerau
Parlement de Mets.
Cette Dame, dont il laisse
deux enfans , est regardée
commeuse personne d'une
vertu singuliere,& d'un tresz
grand merite.
Je vous ay promis quema
Lettre seroit remplie de Relations
si nouvelles, ftaccom*
pagnéésde tant de circonstances
qui ne feroient pas ve-,
nuës à vostre connoissance ;
quand mêmevousauriez sçeu
le fond des choses dont il feroit
question, que pour vous
tenir parole, je vous envoye
la Relation suivante. Je puis
vous affurer qu'elle est veritable
dans toutes ses parties,
l'ayant fait voir avant que de
vous l'envoyer, à des personnes
à qui la verité ne peut
estre ny cachée ny deguisée,
Il est important que cette
Relation soit repanduë dans
le monde pour la gloire de
eeux. qui ont combattu dans
une Place qui ne pouvoic
faire une plus longue re:
sistance.
RELATION
Dece qui s'est poejfe a l'attaque
de la Ville
,
Forts
& Château d'Huy. LE14. Aoustl'Armée des
Alliez vint
-
établir
-
son
Quartiergénéral au Val de
Nôtre-Dame ,& le 15. du
même mois, elle acheva de
former l'investiture de laVille,
Forts &Châteaud'Huy,
Je même jour à neuf heures
du matin un Officier de la-1
dite Armée, accompagné
d'un Trompette, vint sommer
Mr de Milon de rendre
la Ville, n'étant pas un poste
tenable devant uneArmée
de cent mille hommes, à
quoy Mr de Milon répondit,
qu'ilconnoissoit la valeur de
son Poste
, &qu'ilfalloit du
Canon pour l'obliger à [abandonner.
Ledit sieur de Milon
après cette réponse
, monra
au Château,&confia laGarde
de la Ville à MrleComte
del'Isleavec troiscens hommes
, lequel y établit si utilement
tous ses Postes, ôc
malgré les frequentes Sommations
de la part du Milord
Malboroug de rendre la Ville
,
il fut necessaire d'un
ordre de Mr le Maréchal de
Villeroy,& de son Altesse
Serenissime Monsieur l'Electeur
de Colognelequel apprehendoit
que sa ville d'Huy
venant à estre forcée, ne fut
exposée au pillage pour obliger
Mr de l'Isle de rentrer
avec ses Troupes dansle
Château, ce qu'il fit le i&.
du même mois à sept heures
du matin
, avec un ordre si
bien disposé
,
qu'il ne resta
aucun soldat dans la Ville;
ainsi l'on peut dire que l'on
l'a occupée quatre jours en
presencedel'ennemy.Ce qui
suit n'est pas arrivé dans les
precedens Sièges.
La nuit du 18. au 19. les
Ennemis ouvrirent la tranchée
devant les Forts Saint
Joseph, & Picard, qui leur
firent un tres grand feu de
mousqueterie,& les empêcherent
de pousser les travaux
aussi loin qu'ilssel'étoient
proposé.
La nuit du 19 au20.ils les
1 continuerent ,
& pendant
ï tout le jour ils firent monter
• vingt mortiers à bombes;
qui commencèrent à bom-
1
barderlesdits Forts à cinq
; heures du foir & pen dant
- toute la nuit du vingt au
vingt un.
I La même nuit du vingt,
ils placerent en batterie dixrlahuit
pieces de canon, dont moitié battoit le Fort Jot
seph,&l'autre le Fort Picard
1 & le Fort Rouge pour en
raser les communications &
les deffenses
; ils avoient en.
core porte la même nuitune
batterie de24. pieces decanon
sur la hauteur du costé
de la Sarte
,
dont six pieces
battoient le Fort Joseph par
son flanc,& les dix huit au.
tres, le Chasteau du cofîç
de la Ville, dansl'angle
du grand Magasin aux poudres.
;
La nuit du 21.au22. ils posterent
une batterie sur les
mêmes hauteurs du costé de
la Sarce de la Porte Saint
Denis, &,. du Convent des
1. Croisiers, vingt huit pieces
de canon; ainsi la journée
f du 22. il se trouva que le
£ Chasteau fut battu par qua-
I rante-six pieces de canon,
! en s'attachant au grand Magasin
& à une partie de la
t courtine;au premiert dans
l'esperance d'endommager
les poudres qui y estoient auparavant
; mais que l'on avoit
eu la précaution de tran fpar..
ter dans un autre lieu;àla
seconde
, pour y former la
brèche.
Ils continuerent le 25. & le
:, 24 à nous battre toute cette
partie
, avec un plus grand
feu d'Artillerie, qui fut augJ
mente par la Capitulation du
Fort Saint Joseph
; celuy qui
y commandoit ayant esté
obligé à la proposer, elle fut
aux conditions qu'ils sortiroient
armes & bagages
> tambour battant, mèche allumée
, pour se rendre une
heure aprés dans le Chasteau;
mais Mr de Milon ne jugea
pas à propos d'en augmenter
la Garnison, se reservant à y
recevoir celles des Forts Picard
& Rouge, lorsqu'elles
seroient obligées de se retirer
par la communication de la
Tour Tard-avisée.Le Milord
Marlboroug fit sommer M*
de Milon de recevoir la Garnsson
du Fort Saint Joseph ;
à faute dequoy il luy declaroit
la retenir prisonniere de
guerre. Mr de Milonluyrépondit
:que la Garnison du Fort
Saint Joseph avoit dû faire fs
capitulationseparément,n'ayant
aucune communication avec le
Chasteau poury pouvoir entrer;
&qu'il estoit un trop galant bornq
me pour ne luy pas accorder une
capitulation après U luy avoir,
promise.
Le 23 au soir les Garnirons
des FortPicard & Rouge
rentrerentau Chasteau, leurs
deffenses estant absolument
ruinées, les bréches estant
faitesen beaucoup d'endroits
&les ennemis estant disposez
à les attaquer.
Le 24 au foir les ennemis
voyant le progrés que leur
batterie avoic fait sur leChâteu,
firent venir trenteCompagnies
de Grenadiers dans
U Ville,avec dix Regimens
d'Infanterie de plusieurs nations
, un amas de fascines
dans les places & carrefours,
:\êcun nombre considérable td'échelles.
Le 25 au matin, ils redoui.:
blerent le feu de leurs canons,
i & de leurs mortiers à bom-
I bes, dont les premiers étoient
iau nombre de soixante dix,
r$i les seconds de quarantetfix
, ils continuerent jusqu'à
trois heures après midy, avec
, ," i une vivacité surprenante; ce qui fit juger qu'ils avoient
dessein de donner un aÍfauc
à la brèche du Chasteau.
Les Sentinelles ayant averti
que les ennemis sortoient de
la Ville,&qu'ils se mettoient
en bataille au pied du Château,
M' de Milon se poil-a
pour les reconnoistre,& s'appercevant
qu'ils appofoient
au pied de l'escarpement des
échelles, dont la hauteur
- aboutissoit à une rampe douce
& spacieuse
,
formée par
les débris, à contenir six ou
sept cens hommes enbataille,
laquelle conduisoit à la bréche,
le tout à la faveur de
soixante dix canons,de quarante
six mortiers à bombes,
& d'une infinité d'autres à
grenades, sans compter celui
«de leur çaoufqueteriç qui for-*
toic
~foie des clochers, des toits
des maisons, & des fenestres;
tout cela ensemble obscurcissoit
l'endroit de la brèche,
en forte qu'il estoittresdifficile
de découvrir leur manceu.
vre, mais dés que l'on s'en
fut apperçu,Mrle Comtede
Tlde à la teste de la Compagnie
des Grenadiers du Regiment
Barrois, d'un Piquet de
cinquante hommes corn*
mandez par M' son fils, &
d'un autre Piquet de pareil
nombre, marcha droit à la
bréche, & les ennemis s'en
estant apperçus, redoublerent
le feu d'Artillerie & autre,
d'une si prodigieuse maniere
qu'ils les comparerent
eux-mêmes au feu d'enfer,
nonobstant cela, la troupe
qui s'estoitpostée à la bréche
ne s'ébranla point; mais
comme il ne se pouvoit faire
qu'e lle ne fist des pertes considerables
,Mrde Milon jugea
à propos de la faire soûtenir
par deux autres Piquets
de mesme nombre que les
precedens. Les ennemis qui
s'efforçoient de monter à
leurs échelles
,
& de se former
sur la rampe,voyant
la fermeté des troupes qui
gardoient la brèche, dont
ils recevoient beaucoup d'incommodité
par le feu qu'ils
faisoient, furent obligez de
redescendre avec precipitation,
&Je reste de leurs troupes
quis'estoit mis en bâtait
le au pied de l'escarpement
du Chasteau, rentrerent dans
les rues de la Ville avec confusion.
Mrle Comte de Hflc
s'estant apperçeu de cette
retraite, retira aussi sa troupe
de la bréche
,
& la fit aussi
rentrer dans les souterrains.
Cette premiere action dura
une grosse heure, pendant
laquelle Mr de Milon ayant
préveu aux insultes qu'on
pouvoit luy faire du costéde
la Porte de Namur, avoit
détaché de la Compagnie des
Grenadiers de Sanzé, pour
allers'opposerauxentreprises
que les ennemis pourroient
faire de ce coste là
; ce qui
fut si necessaire, que Mr
Bachont qui commande cette
Compagnie, repoussa une
vingtaine d'hommes, qui
avoient déjà penetré le ré-
J duit, & boulleversa lesautres <1 qui avoienc déjà gagné le
fascinage
: en sorte que l'on
rompit de tous costez dans
cette premiere action le desfein
de l'ennemi. Une demie
heure après les ennemis se
remirent dans le même mouvement
que la premiere fois,
& Mr de l'isle se rempara
aussi de la brèche
, avec les
mêmes Troupes qu'il avoit
menées la premiere fois; ce
quelles firent avec la même
valeur. Les ennemis de leur
costé recommencerent leur
feu d'une si grande violence
que sans le bon exemple d'un
nombre considerable d'Officiers
, le Soldat auroit cil
peine à - se soûtenir ; cependant
cette seconde action se
termina aussi heureusement
que la premiere j mais Mr
de Milon voyant la perte
considerable qu'il avoit faite
de ses meilleurs Soldats &
plus de vingt Officiers tuez
ou blessez, & jugeant ne
pouvoir allonger sa deffense
que de vingt quatre heures
au plus, se détermina à faire
battre la chamade pour obtenir
une capitulation honorable
, & dans le dessein de
conserver au Roy un nome
bre d'Officiers de merite 6c
devaleur, lesOtages furent
envoyez de parc & d'autre,
mais les ennemis se figurant
bien que les troupes du Château
avoient fait de grandes
pertes ,
s'obstinerent à ne
vouloir accorder d'autre capitulation
,
sinon que la garnsson
mettroit basles armes,
leurs équipages & effets ~fauss,
& qu'elle seroit échangée
avec celle de Tongres
,
lors
que Mrle Maréchal de Villeroy
le jugeroit à propos.
Mr de Milon, Mr le Comte
del'ific,& les autres Officiers
ne pouvant subir une si dure
loy,renvoyerentles Ofta^
-
ges lé 26. au matin, & se
mirent- en mouvement pour
rassembler leurs troupes, ordonnerent qu'on distribuast
de la poudre & des
balles, déterminez à se de£*
fendre jusqu'àla derniere extremité;
mais le Soldat rc-,
froidi de sa premiere ardeur
& saisi de crainte, sur tout
ceux de nouvelle levée, dirent
tout haut qu'on les vouloit
mener à la boucherie. Cela
joint à la quantité d'armes
crevées & rompuës, determina
Mr de Milon à aflem-'
bler un Conseil deguerre
d'Officiers, oùil fut resolu,
veu le peu d'esperance d'une
longue resistance, sans com;
pter le risque d'estre abandonnez
par une partie des
Soldats, d'accepter la condiJ
tion des ennemis,ainsi l'on
recommença à battre la'
chamade. L'on évacua la
place àmidy
,
& les ennej
mis en prirent possession ,
les Officiers avec leurs arm
mes, lesSoldats feulement
desarmez.On peut dire en
general que les Officiers de
cette garnison s'y font com.
portez avec toute la valeur
imaginable, entr'autres Mrs
Doroux Lieutenant Colonel
du Regiment de Blaisois, de
laRobiniere Lieutenant Colonel
du Regiment de Barrois,
de Fugil Lieutenant Colonel
du Regiment de Sanzé,
Mr le Comte de I,ldc fils,
Capitaine du Regiment de
Barrois, Mr Darras
,
Capitaine
des Grenadiers dudit
Regiment
4
Mr Catelin Ingenieur,
Mr Gremialde Capitaine
au Regiment de Sanzé.
Le Regimentde Barrois
îa perdu deux Capitaines &
cinq Subalternes: le Major
&Aide- Majorblessez,& dix
autres, tant Capitaines que
Lieutenansblessez
,
la pluf-
[ part legeremenr. Le Regiment
de Sanzé a eu trois Of-j
fciers blessez & une vingtaine
de Soldats tant tuez que
blessez. Mr le Comte de l'ide
pere , a reçu trois blessures
d'éclat de pierre ou de bombe
,
dont la plus considerable
est à la main gauche, qui
luy a démis deux doigts. Sa
Majesté ayant esté informée
de la vigoureuse deffense de
cette Garnison, chargea Mrs
les Maréchaux de Villeroy &
deBouflers de remercier Mrs
de Milon & de l'Isle, de leur
bonne & sage conduite, &
leur témoigner sa satisfacnon
en consentant que leur
Garnison fust échangée avec
celle de Tongres
,
& promesse
de reconnoistre les
services qu'ils luy ont rendus
dans cette occasion.
Il est vray de dire que le
Chasteau d'Huy, qui avoit
clïé cy-devant pris & repris
quatre fois
,
n'avoit point
coûtédefang ny souffert d'assaut,
on ne pouvoit pas tirer
un meilleur parti d'un aussi
vilaintrou.
-
Le Public n'ayant eu au*
cun détail de ce Siege, on
auroit, sans mes Lettres,
éternellement ignoré des actions
qui ne doivent pas estre
ensevelies, puisqu'elles font
glorieuses à la Nation, &
particulierement aux Offû*
ciers
,
qui ont fait voir tant
de valeur, & tant d'intrepidité
qu'il feroit difficile d'en
trouver qui a ffrontaient plus
courageusement le péril.
Vous sçavez la mort de
Mr le Duc de l'Esdiguieres,
ce Duc estoit bien fait de sa
personne
,
il avoit tous les
sentimens d'un homme de
son rang & de sa naissance.
Il n'avoit nul empressement
pour ses interests, & il étoit
vif & empressé pour tous
ceux de ses amis. Il avoit
cette noblesse de coeur, &
cette generosité d'ame,qui
distinguoient si fort feu Mr
son pere. Ilparloit peu,mais
tous ses discours estoient fa*
ges ,
ses pensées justes
,
ses
reflexions judicieuses,& tous
ses entretiens proportionnez
à ceux à qui il parloir. Il ai.
Doit le mestier de la guerre,
& il avoit donné en plusieurs
affaires delicates de grands
témoignages de sa valeur. Sa
premiere Campagne commença
au Siége de Barcelone,&
il s'y acquit beaucoup
de reputation. Il a servi en
Iltalie à la te ste du Regiment
) de Sault qu'il commandoit,
t& qui y fut envoyé dés le
commencement dela guerre
[ pre fente
,
& dont les Offi-
»
ciers & les Soldats le regardoient
plutost comme lepr
pere que comme leur COIOJ
ne!, aussi sont ils inconsolables
de cette perte. Il s'y est
distingué dans toutes les oc.
casions. A Chiari une bale
de mousquet luy brula les
cheveux au dessus de l'oreile
sans le blesser
, & à Luzarra
une autre bale de mousquet
le blessa legerement au haut
du nez au defaut du front,
son Ecuyer y fut tué à son
costé, & on le vit aussi intrepide
dans ces dangers que
dans tous les autres où ils'est
trouvé. Peu de personnes de
son âge ont une plus grande
réputation de valeur.On ne
r peut rien dire de luy qui
puisse approcher de l'Eloge
que le Roy en a fait dés que
le bruic de samort futrepandu.
Une personne distinguée
de la Cour dit
,
quec'étoit
une vraye perte. Elle ejl
grande pour moy ,
dit le Roy: - Je perds beaucoup quand je perds
un homme de cette qualité
1
de
cet âge, de ce bien, & de cette
valeur aussiattaché à mon service
, & aussi appliqué à son
mestier. Ilmeservoit
,
ajouta le
Roy,comme un simple Gentilhomme
qui n'auroitd'autre rtfsource
pour s'établirqueleservice.
C'est l'Idée que Mr le Duc
de l'Efdiguieres avoit déja
donné de luy au Roy, aux
Troupes&àtoute la France.
Ilestoit déja Officier general.
& l'on peut juger par là quel
chemin il auroit fait
à
s'il avoit
vécu. Il meurt sans enfans:
& après sa mort, & celle de
Mr le Marquis de Crequy,
il ne reste de cette grande
maison que Mr le Marquis
de Canaples, frere de feu Mr
le Duc de Crequy
, & de
feu Mr le Maréchal de Crequy.
LaDuchédel'Esdiguie.
tes estoit substituée à Mr le
Marquis de Canaples, il en
a pris le nom & le titre avec
l'approbation du Roy qui luy
en a donné l'agrément,avec
de grands témoignages d'estime
& de bonté pour Ton
nom, & pour sa personne.
Ce nouveau Duc de l'Efdiguieres
a épousé depuispeu,
comme je vous l'ay déja dir,
Mademoiselle de Vivonne , fille de Mr le Maréchal de
ce nom, niéce de Madame
de Montespan
,
& soeur de
Madame la Marquise de CaC.
tries, qui l'une & l'autre font
honorées par leurs vertus,&
par toutes les qualitez qui
conviennent à des personnes
de leurnaissance.
Je n'entre pas icy dans la
Genealogie de la maison de
Durfort
,
qui est le nom de
Mrle Maréchal Duc de Du<
ras. Je vous en donnayl'année
derniere une idée suffisante
à la mort de Mr leMaréchal
Duc de Lorge. Je vous dirai
seulement icy
,
qu'il ne reste
que quatre enfans vivans à
Mr leMaréchal Duc de Du.
ras. Mr le Comte de Durfort,
Colonel du Regiment de Duras
,& trois soeurs , dont
l'ainéeestMadame la Duchesse
de la Meilleraye, la
feconde est Religieuse dans
l'Abbaye de Conflans
,
&la
troisiéme est Madame la Du.
chessede l'Esdiguieres,veuve
de celuy qui vient de mourir.
Elle n'a que vingt ans,
& elle a toutes les qualitez
qui peuvent distinguer une
personne de son sexe,deson
rang & de sa naissance. La
perte qu'elle vient de faire
est des plus grandes, aussi
en estelleinconsolable. Madame
de Duras leur mere est
soeur de Mr le Duc deVentadour.
Mr le Duc de l'Esdiguieresestmortà
Moiencleô.du
mois d'Octobre; sa maladie
a commencé par une fiévre
tierce qui a degeneré en fiévre
continue. Il estoit fils
unique de feu François Ema.
nuel de Bonne Crequy Duc
de l'Esdiguieres.Gouverneur
de Dauphiné, qui a donné
des preuves éclatantes de sa
valeur dans plusieurs actions
importantes
,
& qui estoit
adoré de la Noblesse de
Dauphiné
,
dont il estoit
plutost le pere que le Gouverneur
,& de Dame Paule
Marguerite Françoise de
Gondi deRets, fille puisnée,
& heritiere de Pierre de
Gondi Duc de Rets, Pair
de France, Chevalier des
Ordres du Roy,General des
Galeres, & de Cat herine de
Gondi, Duchesse de Rets-
François Emanuel estoit fils
de François de Crequy, die
de Bonne, d'A goutdevese,
de Montlaur
, & de Mon,
tauban
,
Duc de l'Esdiguieres,
Pair de France, Comte
de Sault, & Marquis de Ra«
gny, Chevalier des Ordres
du Roy Gouverneur du
Dauphiné,substituéau nom
& aux Armes de Bonne, 6c
de sa seconde femme Anne
de la Magdelaine; Marquise
de Ragny, fille unique de
Leonor & d'Hipolice de Gon.
dy. Charles Nicolas de Bonne
Crequy * MarquisdeRagay
, qui s'est distingué en
plusieurs occasions, estoit
aussi sorti de ce Mariage, il
mourut d'une blessure en
1"-7S. Quant à François de
Crcqui Duc de l'Esdiguieres, ilmourut à Grenoble le premier
- M
mier jour de l'an 1677. il étoit
l'aîné des cnfans du Maréchal
de Crequi,&deMagdelaine
de Bonne,fille de
François Duc de l'Esdiguieres
Connestable de France;
& de Claudine de Beranger
sa premiere femme; &il
estoit frere de Charles II.
Sieur de Crequi
,
Mestre de
CampduRegiment desGardes,
qui fut tué devant Chambery
en 1630. & qui estoit
pere de Mr le Comte de
Canaples, c'est luy qui forma
la branche de Crequi qui ne
subsisteplusque dans la personne
de Mr le Comte de
Canaples. Le mariage de ce
Seigneur, & la mort de Mr
le Marquis de Crequi son
neveu m'ontengagé, iln'y
a pas long-temps dans de
grands details genealogiques
de cette maison
,
ainsi tout
ce que j'en dirois à prefenr,
ne seroit plus que des redites.
Il suffit de dire, que
Charles Maréchal de Crequi
bisayeul de Mr le Duc de
l'Esdiguieres
,
qui vient de
mourir, a esté un des plus
grands Capitaines que la
France ait eu,ilfuttué devant
I Creme d'un coup de canon
le 17. Mars de l'an 1638. son
corps fut porté dans la Chapelle
du Château de l'Esdi-
* guieres.
t 1 Madame la Duchesse de
l'Esdiguieres la Doüairiere
eit fille de feu Pierre deGondi
Duc de Rets,que le Roy
fit Chevalier de ses Ordres
en 1669 & de Catherine de
GondiDuchesse de Rets,
cousine de son Epoux. Marie
1 Catherine ReligieuseauCal-
, vaire à Paris estoit la fille
aisnée. Pierre de Gondi étoit
frere deJean-François Paul
de Gondi Cardinal de Rets
si connu fous le nom du
Coadjuteur. Il fut depuis Ab.
béde Saint Denis,ilsetoient
fils l'un & l'autre de Philippes
Emanuel de Gondi, Comte
de Joigni,Chevalier desOrdres
du Roy,& General des
Galeres, mort en odeur de
sainteté
,
chez les Peres de
Saint Magloire où ils'estoit
fait Prêtre
,
& où il est enterré,
& de Marguerite de
Silly
,
fille aisnée d'Antoine,
Comte deRochepot,Chevalier
des Ordres du Roy,
Gouverneur d'Anjou, & de
Marie de Lannoy sa premiere
femme. Philippes Ema-,
nuel deGondi estoit troisiéme
fils d'Albert de Gondi,
Duc de Rets, Pair & Maréchai
de France, & de la celebre
Claude Catherine de
Clermont, Baronne 3e Resset
, Dame de Dampierre,
Charles fut l'airné
,
& laissa
d'Antoine d'Orleans Longueville
,
Henry de Gondi,
Duc de Rets, qui de Jeanne
Scepeaux,Duchesse de Beaupreau
laissa Françoise Duchesse
de Rets, mariée à son
cousin
,
ainsi que je l'ay déja
dit. Le Maréchal de Rets
estoit frere de Pierre, Cardinal
de Gondi, Evêque de
aris, que l'on preend avoir
trouvé des premiers la quadrature
du Cercle
,
& fils
d'Antoine de Gondi Sr du
Perron, qui vint en France
avec la Reine Catherine de
Medicis,&futMaistred'Hôtel
du Roy Henry IL Cette
maison est originaire,comme
l'on voit, de Florence.
Bernard de Gondi, fils de
Charles de Gondi en fut souverain
Gonfalonier. Cette
maison estoit en consideration
à Florence dés le 17- Siécle,
on peut consulterUgolino
Vcrrini.
Le Roy ayant appris la
mort de MrleDucde l'Esdiguieres
,
donna le Regiment
de Sault que ce Duc
commandoit à Mr le Marquis
de Froulé
,
fils de Mr
le Maréchal de Tessé
,
celuy
de Frouléà Mr le C hevalier
de Sanzay
, & celui de Sanzay
à Mr le Chevalier de
Sourches,Colonel reformé.
Leur naissance, leurs actions,
& le choix du Roy,font voir
qu'ils font dignes des grâces
que- SaMajesté vient derepandre
sureux.
Madame la Comtesse de
Clermont Lodeve mourutle
30. du mois de Septembre
dans son Château d'Alvin.
Elle estoit de la maison de
Saint Bossan de Margival
, fille de feu Mr le Comte des
Autels, & veuve de Messire
Louis de Cailus
,
Comte de
C lermont deLodeve;frere
aisné de Mr le Marquis de
Sessac j elle avoit herité par
succession paternelle de la
Duchéd'Alvin. Elle avoit
esté Fille d'honneur de la
Reine. Sa beauté ne la distinguoit
pas moins que sa
naissance ; & sa vertu & sa
conduite la firent regarder
comme un modelle des personnes
deson sexe& de sa
qualité. Elle merita aussi à
son mariage des distinctions
& des avantages que la Reine
n'a accordé de son vivant à
aucune autre de ses Filles
d'honneur. Outre le present
que l'on avoit accoutumé de
faire aux autres en les mariant
,la Reine fie l'honneur
à Mademoiselle des Autels,
deluy donner de riches pen:
dans d'oreille, & son portrait
enrichi de gros diamans. Elle
n'a point eu d'enfans ; &
tout le bien de feu Mr de
Clermont Lodeveapassé à
Monsieur le Marquis de
Sessac son frere unique. Je
ne vous dis rien de leur
naissance,elleest iilustre. Et
je vous en ay parlé au long,
quand Mr le Marquis de Sessac
épousa une des filles de
feu Mr le Duc de Luines. -
- Dame Marie Brunier de
Saint André, Epouse de Messire
Laurent de Forbin, Marquis
de Janson, neveu du
Cardinal de ce nom, Gouverneur
d'Antibes, & Souslieutenant
de la premiere
Compagnie des Mousquetairesest
morte agée de 31.
an ; elle avoir toûjours vécu
comme une Sainte, & elle
estmorte comme elleavoit
vécu; elle ne connoissoit
d'autres plaisirs que ceux d'obliger
,
de secourir les pauvres
,
de servir les malheureux,
& de remplir jusqu'aux
moindres devoirs. Elle estoit
fille de Madame la Marquise
de Virieu , & de feu Mr de
Saint André
9.
Marquis de
Virieu,premier Prefidentau
Parlement de Dauphiné, ôc
il avoicesté Ambassadeurà
Venise. Il n'étoit pas moins
distingué par son mérité que
par sa naissance
,
& par ses
emplois. Madame sa mere
estoit fille de cet illustre
Chancelier de France Pomponne
de Bellievre
>
qui
avoit servi si utilement l'Etat
fous cinq Rois. Il mon*
rut l'an 1607. sa gloire le suivit
jusqu'au tombeau, & elle
ne perira jamais en France.
Il fut exposé après sa mort
pendant quarante jours dans
la Salle de son Hôtel. Un
Evêque par deputation du
Clergé, y celebroit tous les
jours la Sainte Messe. Le
Corps de Ville habilla de
deüil cent pauvres le jour de
son enterrement. Tous les
Ordres Religieux, toutes les
Parroiffes
, & tous les Officiers
y assisterent : Monsieur
le Prince de Conty qui l'avoit
honoré pendant sa vie
de son estime & de son amitié
,
voulut à sa mort luy
faire l'honneur de mener le
deüil. Cet illustre Chancelier
est enterré dans sa Chapelle
à Saint Germain l'A uxerrois.
Il avoit fait bâtir cette Cha- !
pelle, & une portion du |
costé de cette Eglise. Sa me-1
moire est en veneration à
Paris, & dans tout le Royaume
,
aussi bien que celle de ]
ce fameux Pomponne de Bellievre
son Petit-fils ,premier
President du Parlement de
Paris, Oncle maternel de
Monsieur le premier President
d'aujourd'huy. Madame
de Janson avoit epousé Mr
le Marquis de Janson Soûlieutenant
de la premiere
Compagnie desMousquetairm2du-
R-DY jiievcu de Mr le
Cardinal de Ja nfon , & de
même nom & armes , que
Mr de Forbin
,
qui a corn*
:marui¿ cette Compagnie
avec tant de réputation.
Mr le Marquis de Janson
est fort estimé par ses services
, & par son merite personnes.
Il connoissoit toute
l'étendue au bonheur d'avoir
une G digne femme, & il est
- penetré du malheur de IV
voir perdue.
Je ne puis me dispenserde
vous envoyer la Lettre & le
procez verbal qui suivent, &
je crois faire une bonne csu*
vre en vous les envoyant,
vous en ferez une meritoire
si vous les faites lire à tous
vos amis,& si vous faites
en sorte que leurs coeurs de-2
viennent sensibles aux malheurs
de ceux dont il est par;
le dans ces deux pieces,
COPIE
D'une Lettre écrire au sieur
Cauneaux, dattéede Château
Portien
, le20Octobre
1703. par le Maire;
Echevins, & Habitans de
la même Ville. NOUSsommes réduits
à vous envoyer U Relal
iïon de l'Incendiearrivee letr.
-
Septembre1703 dansnotreViU
U,où cette perte ne peut eflre
que sensible à ceux que vous ai1-
rt7, la bontédelà communiquer,
afin de les exciter a avoir pizié
des pauvres qui ont besoin de
ficours.
Le Vendredj 11. Septembre
dernier le feu prit dans une des
maisons du Fauxbourg de Liejje
de cette Ville, <£?con(omma en
peu de temps tout le mêmeFauxbourg
, &une des ruësde la Ville,
qui porte le même nom,sans que
les pauvres Elabitans eufftnt le
temps de pouvoir retirer leurs
meubles,ny aucuns de leurs ef.
fets
, & la àefolationse trouva
si grande, que les Peres & Me.
res surpris
,
furent obligés dese
jetter parmi les fiâmes pour enlever
leurs Enfens qui efioient
dans le berceau, & retirer les
malades qui imploroïent leurssecours
pour les délivrer, déja à
moitiébrûle%
, & qui auroient , fait pitié aux personnes les plus
inftnfibles
; cette dtfolation c~ si
grande
,
quelle ne peut tftrt reparée
que par la charité des Fidélies
à qui nous les recommandons.
Ily a plus de foixantt familles
parmi cesincendtel, qu'on
pouvoit dire à leurs aises
: &
qui font prefentemmt obligées à
mandier leur pain; & leur misere
f{1 si o-rdsndequ'ils font
réduits à coucher parmi les btftiaux
avec leurs enfansdemi*
nuds, riayant ny habits ny couverture
pour les couvrir
, ny de
quoy vivre dans leur besoin. Lu
violence dufeu a eslésigrande,
que les murs des mailons n'ont
pû refifltr
, & que de tout cet
embrasement il n'y refle que les
funestes vefliges d'une desolation
generale
5
tant des autresHabitans
que des Incendie^, quifont
réduits à serefugier cbe% eux
où ils partagentensèmble çe qu'ils
ont pour les faire fsbfifier; ce qui
a oblige Mr l'Intendant de Châ.
Ions dj envoyer Mr Cyraillet;
Concilier du Roy au Bailliage
Sifge Presidialde Reims, &fon
Subdeleguépour enfaire unpro-
CeK verbal que nous vous en..
voyons ,
ou vous remarquerez^
que la•perte ffi eflimée pins de
soixante & quatorze mille six
cens vingt livres. Nous vous
prions
,
Monjieur%d'encommuniquer
la Copie, Afin d'exciter
les Fidclles à avoir quelque charité
pour Eux
, er de nous
croire, Monfteur,ej?c.
Voicy le procez verbal,
dont il est parlé dans cette
Lettre.
AVjourdbuy deuxième Octobre
1703.Nom AntoineGraillet,
Seigneur de Beine, ancien Confeil-
1er Avocat du Roy (Ut Bailliage &
Siege Presidialde Reims, Subdele*.
gué de Monsieur/'Intendant en la
Province & Frontière de Champa-
gne: Nous sommestranjportez^ en
la Ville de Chaftcau-Portien
, en
consequence de lOrdonnance de mondit
Heur Intendant, du 27.Septembre
dernier, apposée au bas de la
Requeste à luy p?e(entéepar lesleurs
Maire, Echevins, Habitans, &
Communauté dudit Cba/le.-tu
, par
laquelle ils exposent, que le Vendredy
21. dudit mois de Septembre
dernier,ilest arrivé unefi grande incendieauditCb
ifieaU"Portien, que
toutes lesmtifons & bktimsns de la
rue &fauxbourg de Liesse, (5 tous
les meubles meublans, grains) &
foins de cinquante & tant dJHabitans
qui occupoient lesdites maisons
& bâtimens, ont eléconfulnez
&réduits en cendre; en forte que tous
Us Particuliiis incendie; n'ont plus
autre moyen de vivre que la mendia
cité, ny autres couverts que ceux que
leurs donnent par charité les autres
Habitans ; mais avec d'autant
plusd'incommodité qu'ils font bailleurs
étroitement & peu commodement
logez; joint que les Incendie2^
font en grand nombre dans leursfamilles
& ont beaucoup de befliaux
plusieurs faisanslabourage & exploitans
par leurs mains des héritages
duditlieu ; & comme cette péri
si conifderable met entierement le
Jncendiezjjorsd'efiatdepayerapre
fentaucunsfrais & importions, ils
,
ritions
,
ont donné leurdite Requeste a mondit
SieurIntendant, qui a ordonnéque
pardevant nous il fera dreJfl Procès
verbal des ruines, pertes) & dommages
caufez^par ledit incendiearrivé
audit lieu, cifconfiances & dépendances
:
Pourquoy, efiant audit Chafteau-
Portien assisté de Maiftfe Pierre
Chapron
, Procureur au prefidiat
dudit Reims, & nofire Greffier or..
dinaire
, au desir de ladite Ordonnance;
nous noussommes tran/portezen
l'une des rues de ladite fille ,
appellée la ruë & fauxbourg de
Lieffi
,
où nous avons remarquéles
dégafis caufex^pat ledit incendie qui
efi arrivéle21. dudit mois de Septembre
dernier,&y avons reconnu
le nombre de cinquante-sixmaisons
incendiées,
incendiées, sans que dans le grand
nombre desdites maisons incendiées
il foit tejlè aucune apparence de
bâtiment,les plus grands mars
efians entierement peris & ruinee,.
far la violence & l'ardeur du feu
qui ejloitagitéparlesvents
,
detelle
forte que pas un desdits particuliers
incendiezjCaplt recupereraucuns de
ses meubles, grains,marchandises,
& autres effets qui ont pu se trouver
dans lesdites maisonsj ce qui
met lesdits Habitant dans une
grandeconjhrnation par le peu de
ressource qu'ils ont aujourd'huy, ne
[çachant oà se loger, eux & leurs
familles,ny même leurs befiiaux )
ce qui efl extrêmement" charge aux
autres Mabitansdudit lieu, quine
peuvent que très*dififcilement leur
donner quelque retraite, eu égard il
la médiocrité & fimpliciie" de leurs
logemens, comme il nous efl apparu,
qui bailleurs font du/Ii obligezjle
leur fournir lasubsistance necessaire
If la vie ,
jusques a ce qu'ils puis.
fentse remettre a leurs occupations
ordinaires.
Paurquoy &pour efiimer autant
que nous avonspu les ruines &dam-,
mages causez, par ledit incendie
J & sur ce qui nous en a eslè certifié
par les sieurs Maires & Echevins
, & autres principaux Mabitans
dudit Chasseau - Portien ,
nous avons reconnu que la perte de
chaque Habitantenparticulier, &
après les avoir oiii
, peut efire,sçavoir:
PREMIEREMENT.
Laurent Labouret, dune petite
maison
3
ses meubles, & les grains
de fismoissons, qui nous ont este efti.
.-nez,layfaire dommage de cinq cens
livrest9 500 liv.
-
Jacques Gobinet, Marchdnd de
laine, d'une peti.te maison,grange,
ses meubles,grains & marchandéfis)
qui nouaont esiè efiimées luy
faire perte de quinze cens livres
1
0/ 1500. 1.
Nicolas le Grelle
,
aussi Marchandde
laine,d'une massin,grane.
écurie ,ses grains, meubles & marchandases
,qui notisont efiépareillement
efiimées quinze cens livres3
cy, 1500.
PierreMary, Laboureur, d'une
grande maison, quatre écuries, une
cuisine à faire huile3 me grande
grange pleine de bled &foins,une
autregrande giange,ses meubles,
ce qui efi efiime luy faire dommage
de dix mitle livres, cy ioooo A
André Loillier,deuxgrangespleines
de grains,quifontefiiméesquatre
mille livres, cy 40001.
Jean Boucheron, d'une maison soue.
nys écurie, ses meubles & grainsx
qui di efiimé neuf cens livres30
cy 9°0 h
NicolasMathc,d'une maifln,
ses meubles enpartie, de cinq cens livres
, cy 500 1.
Simon Prillcux, Marchand
,
d'une miifon, écurie, grange, grains
&meubles ce qui efi efiimé cinq
mille livres, cy 5000 l.
Jean Hou/fart, Kofiin & Nicole
HoujJart)ponrchacun un quart en
une maison, écurie, grange, & ledit
Jean Jrloujfart ses meubles &
grains
3 ce qui est efiiméen tout deux
millecinq cens livres) cy 2500
Pierre Guillemin, locataire ,les
meubles efiime^ 150 /,
La veuve Jean Camu^eau, une
grange, cent moies de grains &ses
meublestflimez 1500 1.
Philbeit Maillet, Laboureur&
Pdnnetier, deuxgranges}sesgrains
marchandises, tflimècs 3000 1.
François Petit, locataire
,
partie
âefditsmeubles, estimer cy 100
Marie Godtnot, unegrande maifin
pourles trois quarts, cy 1000 l.
Poncelet GObinet, une maison
, écurie, cellier & ses meubles, eflimex^
5001.
CharlesGeoffroy, Vigneronyune
triaifon&sesmeubles 800
Jacques Varlet, Charpentier
#«£maison
,
cellierd-sesmeubles
CY
12.00A
Jean Copreall) Tonnelier, une
maison) écurie>ses grains & meubles
eftime^ IIOO/.
GérardleGrelie, Zaboureur,une
maison
,
cellief, trois écuries, grange>
ses grains &meubles efiimez^>
91 3000 1.
L4 veuve CharlesFranfequin j
'Jeux petites maisons, fis meublei
eftimez^ 600 l.
Nicolas le Page, Vigneron, une
maison,fis meubles eflimez^ 1000
Antoine Poreaux, «8?maison,
cellier, granges, écurie & grdins,
ejiime^cy 1500/
René Vvillaume, Tanneur locataire
, partie deses meubles
, eftimez^
400
JacquesVvillebeau,Vigneron,
une maison,,grange3frejfoiï
à vin, ses meublei & vins , */?/-;
5>oo
Nicolas Diart, foursapart ;n
la maison ci-dessus, avec Jacques
Zaublet 300/.
Jean Roujjeau
, Couvreury une
maison
3 grange, [es meubles &
grains, eftimez^ 6001*
La veuve Claude le Gresle3 une
maison.
, grange, ses meubles &
grains eftimez^ 2.001.
Laveuve Tsfoel Aviliebeau
, une
maison grange, cellier
,
ses meuhlcs
&grains, eftimez^ 1000 t.
PierreLocquet,deuxmaisons,
une brasserie
3
hurie
, unegrdnge ses meubles ,
, grains &greffoir,efti.
2»^ 5000 l.
Ra/lin Cambert Vigneron localaite,
fis meubles 110 1.
Anne Verdin, flle,fis meubles
ejiime, io
JtanMitteau l'ahé, Bouchert
ses meubles 300
Rodicque Rou/feau, une maiftn
eftimce 800 l.,
JeanRobert) Marchandde laine,
une maison,écurie, [es meubles &
mafchandifes, estimèes 4000 1,
Nicolas Curaté, Teinturier, une
maison ,Jès meubles,outils de Teinturier&
ses grains tflimez 1000t.
La veuve Templier & Jeanne
Connardtleurs meubles efiimez^200
Nicolas le Chat, une maison ,
grange & sesmeubles3 efiimez^
1100 L
Jerbme Torcbet&sa mete,partie
de leurs meubles, eimez, 300 1.
Aubry Bertrand, une maison ,
grange, ses meubles3 &ses grains,
estimez 900 1.
Gerard Bertfand, pannetiert
partie deses meubles- 400
La veuve Robert Noël, une mai.
sonses meublesses grains3&une
grange,tflimez 85°1.
Jacques Couftier, Tanneur, une
grange & quelques marchandises ,
eftimces 8001%
1ean Perin
, tousses grains ren..,
fermez^ d-tns ladite grange, estimez
700h
Ponce RouflèdU, Marchand,une
maison
,
écurie, grange,prejjoit,
grains &meubles,ejqimez, 1600h
Toussaint Peigneau, Cordonnier,
une maison, grange, ecurie
, fis
meubles &grains,fy 1000 A
François DejiahleJfis grains,
ejJimez,cy 3001.
Barthelemy Mitteau, Boucher,
les grains & bois, tfiime, 250 1.'
Pierre Pignollet, une maison
grange. écurie >ses grains & bois,
ejîimez,,y 2500 A
Françoije Guin ltmeubles, eftimez^
100 J,
Gerarde le Grejlefille,fis meubles3
eflime\50
Nicolle Quillart veuve3ses meN.
bîeseftimei^ 150
Jerome Camu^eau,ses grains)
eilimez, 300 1.
eTfoulsisamint Léoileliets, s5es 0avo1ines.,
Rossin Leftillois
, quinte feptiers
defroment& desfourages) cy 100 1.
Louis Mitteau, manouvrier) ses
grains & meubles 350
LacquesLocquet, Megissier,qui
est associé avec Pierre Locquetfort
ferepour marchandise de Pelleterie)
afait perte poursa part des martbandifes
incelldiées, de la somme
de ,9 500 -110,
Somme totale de la ferte>foixdnte-
quatorz.! millefix cens
vingtlivresJ cy 74620 liv.
Dont, &dequoy nous avons dressé
lepiefent Procès veibal poury avoir
en temps & hex tel égard que de
raison , ainsifigné, Graillet
DEBEI nEj en la minute, CHAPRONj
avec paraphe & canneaux
figne.
Il paroît depuis peu une nouvelle
Dissertation touchant
letemps,auquella Religion
Chrestienne a esté établie
dans les Gaules, où l'on saic
voir que ç'a esté non dans le
premier,mais dans lesecond
siecle, qu'elle y aétéestablie,
& qu'yestant depuis déchue,
elle y a esté rétablie vers le
milieu du troiGéme, par les
sept Evêques dont Saint Gregoire
de Tours fair mention
dans le trentiéme chapitre
du premier livre de (on HiC,
toire deFrance. Cette Dissertation
esi diviféeen deux Parties.
L' A uteur fait voir dans
la premiere par de nouvelles
preuves , que ces sept Evêques
n'ont esté envoyez dans
les Gaules que vers l'an 250.
de Jcrus Christ; & il prouve
qu'avant l'an 117. aucun Missionnaire
n'a prêché la Foy
dans ces Provinces. Il montre
dans la féconde, que dans le
second siecle
,
il y avoit des
Chrestiens & des Evêques,
non. feulement dans Lion,
& dans Vienne, mais même
dans plusieurs autres Villes
de cesmêmes Provinces, d'où
il conclud que la Religion s'y
estant ensuite prcfque éteinte,
les sept Evêques y furent envoyez
pour l'y rétablir, &
pour l'y étendre. Cette Ditsertationest
impriméeàtouù
louse chez la veuve Boude,
&sevendà Paris,chez.
MrBesson vient de mettre
au jour une nouvelle Carte
tres- particuliere du Piémont
& du Moniferrat, en deux
grandes feuilles, qu'il a dressées
sur plusieurs memoires
qui luy ont esté envoyez de
Turin. Il a distingué avec
beaucoup de foin & de netteté
la Plaine des Montagnes
& les Langhes de l'Astezan
& du Montferrat, d'avec le
plat Pays du Piémont & du
Verceillois, & les Montagnes
des Alpes & de l'Apennin.
:fous les passages de ces Montagnes
& les autres routes y
font exactement tracées. Il a
donné des divisions nouvelles
du Piémont & de l'Etat
de Nice, puisqu'il a divise
l'un & l'autre, non feulement
suivant la distribution que les
Ducs de Savoye en ont fait
aujourd'huy; c'est à dire le
Piémont en Provinces, & l'Etatde
Nice en Vicariats, mais
encore suivant l'estat auquel
se trouvoient les differentes
Seigneuries de ces Provinces,
lorsque les Ducs de Savoye
en font devenus les maistres.
1 On voit aussi dans cette Car.
te les Fiefs qui relevent de
l'Eglise & de l'Empire
, avec
toute la Coste de la Riviere
deGenes, au couchant où se
trouve la Marquisat de Final
& la communication de ce
Marquisat avec le Milanez,
dont il fait partie. Ces Cartes
se vendent à Paris chez
ledit sieur Besson
,
Geogra-
; phe du Roy, sur le Quay de
l'Hor loge du Palais,au coin
de la ruë de Harlay, à l'ancien
Buis.
L'Auteur avertit le Public
qu'il en aura toujours d'imprimées
sur du taffetas ou sa,
tin pour la commodité des
Officiers, & de tous ceux qui
en fouhaiteronr. Il promet
de donner sans faute au conv'
mencement de l'année une
grandeCarte tres particuliere
en six feüilles de tous les
Etats du Duc de Savoye.
MrChevillard,Historiographe
de France, vient de
mettre au jour deux Cartes.
La premiere contient, les
noms, qualités, armes &
blasons de tous les Prevosts
des Marchands delaVille de
Paris, depuis l'an 1268. des
Echevins depuis l'an 1411. des
Procureurs du Roy, Greffiers
& Receveurs de ladite Ville
depuis l'an rjoo. On voit dans
cette Carte toutes les Prevostezdistribuées
en autant
de quarrez , au milieu desquelles
font les Prevosts des
Marchands, entourez des
Echevins qui ont filé fous
leur Prevôté. Au bas de ladite
carte qui est de quatre feuilles
jointes en une font les Procureurs
du Roy, Greffiers &
Receveurs dans trois quarrez
differens, les a yant mis en
cet endroit, comme on a
coûtume de mettre Mrs les
Gens du Roy, dans les Cours
Supérieures, parce que Mrs
les Prevosts des Marchands
Echevins, Procureurs du
RoyGreffiers,& Receveurs,
composent un Corps à laVille,
que l'on appelle le Bureau.
La seconde Carce est cornposée
des Conseillers de la
Ville de Paris, depuis l'an
1500. jusques à present, comme
dans cette Compagnie
qui est ordinairement composée
de vingt six personnes,
il y entre plusieursOfficiers
de Cours Superieures
; il s'y rencontre nombre
de personnes des plus illustres
familles de Paris, & des
personnes qui ont esié honorées
de grandes dignitez dans
la Robe, il y a des Chanceliers
de France, qui font le
Chancelier de Hanay
,
& celuy
de Lhôpital
,
plusieurs
premiers Presidens & Presidens
à Mortier du Parlement
de Paris, & des Presidens
à Mortier, d'autres
Parlemens, un Evêque de
Beauvais, Pair de France,
deux Officiers de l'Ordre du
S. Esprit,& quantité de personnes
de distinction
,
ausquelles
on a mis les ornemens
dûs à leurs qualitez, même
pourune plus grande remarque
&distinction,onamis des
Itarques, & des lambrequins
;aux Prevosts des Marchands
qui ont esté Conseillers de
'Ville. Cet ouvrage a esté fait
avec grand foin, ayant esté
[extrait des Registres de la
Ville, & les armes quiysont
ayant elle prises sur les tableaux
des Prevostez qui sont
dVainllse,les a ppartemens de la
& sur des Tombeaux,
Epitaphes,- monumens publics.
Mr Gaspard Baillieu Geo-
» graphe du Roy, & Ingenieur,
a mis au jour la Carte
du Comté de Flandres, & du
Duché de Brabanten deux
grandes feüilles
,
intitulée,
Carte particulitre des Duchft
de Brabant & de Limbourg
partie de celuy de Juliers
,
de
Gueldres, & de Luxembomrg."
Le Comte de FIAlIares, de HaU i
naut,d'Artois,de Namur,1 j
du Cambrefis Evêché& Prin.
cifauté de Ltege
,
divisée félon i
les principales Provinces, Se ;
fousdivifée suivant ses Bailliages&
Chastelenies où lont^
res • exactement marquées
i
\cs lignes, dressées sur les
Memoires, levez sur les
ieux
,
dediéeàMonseigneur
t Maréchal Duc de Vilieroy,
es pere que le Public en fera
atisfaic
, a yant pris tous les
~soins posibles pour la rendre
parfaite. Elle se vend trente
~sols chez ledit sieur Baillieu,
sur le Quay des Morfondus
m Neptune François. Le mê,,
me Auteur promet de donner
au Public une grande
Carte du Piémont & de la
Savoye
,
où l'on verra tout le
cours du Pô
,
la Coste de
Genes, & le Comtat dej
Nice.
Le Pere Placide Augustin
Déchaussé
,
Geographe ordinaire
du Roy vient de presenteràSa
Majesté une ~Carte
intitulée,Le Cours du Danti^
be :elle se vend à Paris,chez
Mademoiselle Duval, ruë Sti
Jacques, auDauphin,visà
vis la ruë de la Parcheminerie,
& chez Mr Berey
,
ruëiî
Saint Jacques, devant laFon-^
taine Saint Severin.
i- Je vous ay souvent parlé
des Cartes de ce Perc qui oncj
toûjours receu de grands ap-às
plaudiïlenaens,
;
plaudissemens
, non feuler
ment parce qu'elles font tres
bonnes, mais aussi parce
qu'elles font tres belles, &:
cluelles font plaisir à la veuë,
tkest.ant parfaitement bien gra- '- Vous me demandez où se
trouvent les bons Thermometres
& Baromettres, vous
avez raison
,
puis qu'ils font
d'une utilité qui fait plaisir.'
On estime beaucoup ceux
deMrdeVilleEmailleur,seul
éleve du fameux Mr Hubin. Ils'apliqueaussiàlaconstruction
de toutes les Machines
qui fervent à faire les experiences
de la pesanteur de
l'air, & de celles du vuide.
Il demeure à la ruë S. Martin,
proche S. Mederic.
Vous sçavez que Mr le
Goux de la Berchere a esté
nommé à plusieurs Archevêchez
avant que deremplir
celui de Narbonne;c'est ce
qui a donné occasion à Mr
Moreau de Mautour ~de faire
les Vers suivans.
MADRICAL.,
LAvertfl Par degre^ éleve le
mérité,
Par elle l'on vous voit3fage
3
ilm
luflre PrelatJ
De flujieurs dignité\ de fuite
Soutenir noblement la grandeur &
l'éclat.
Que de joye & de biens vofire ame
foit comblée ?
Et quand Rome équitable un jour
soulagera,
Du poids de tant d'honneurs vôtre
tesse Ilccahlée,
Vne Calotte fujjira.
Je vous envoye un air que
vous trouverez dans l'article
suivant ,ilest noté par Mr
l'Abbé Castel.
TAUbelleAdademoijelleR.l.ï
en lery envoyant un 'Bouquet%
un Coemr,& un air noté.
Belle Iris,aussi tost qu'on
a appris le jour de vostre
feste, on a resolu de vous
envoyerunBouquet Onfait
plus
, on joint à l'offre du
Bouquet, celle d'un coeur?
pourquoy cette jonction,
m'allez vous dire? il faut vous
l'apprendre, c'est parceque
Cess trop peu dans ce beau jour,
D'avoir des presens de Flore,
Belle Iris, ilfaut encore
En recevoir de l'amour.
Il manque aux Relations
de la défaite du Comte de
Stirum qui ont esté données
au Public, une Lifte des
morts & des blessez
,
rien
n'est plus ardemmentsouhaité
,
& l'on peut même dire,
que ces Listes font utiles à
l'Etat, & à la posterité de
ceux qui ont répandu leur
fang pour leur Souverain
,
&
pour leur Patrie; ce sont,
pour ainsi dire, des titres de
Noblesse
J
& tics marques
d'honneur& de distinction
pour les familles dont ces
Braves sont sortis, qui leur
peuvent servir dans la suite.
On ne peut sçavoir qu'ils
ont versé leur fang que par
l'Histoire
, & par les Relations
qui se donnent au pu-
-blicaussitôt après les grands
évenemens, & comme on
ne nomme dans l'Histoire
que les hauts Officiers;ilest
contant que l'avenir ne peut
estre instruit du fang que
les particuliers «ont répandu,
à moins qu'il n'en foit fait
mention dans les Relations
que Içn donne au public.
aprés le gain des Batailles,
& la prise des Villes. C'est
de quoy j'ay fait convenir
un gran d Ministre qui ne vit
plus. Lagloire dont*couvert
un Officier recha pé da
peril & arraché des bras de
la mort par les bons secours
qu'il a receos, luy saic trouver
plus de facilité qu'à d'autres
à faire ses affaires
,
soit
dans safamille
,
soit ailleurs,
quand sa valeur & ses services
sont connus ,
il trouve
des secours & des apuis qui
-
luy donnent moyen de servir
le Roy & l'Etat, c'est ce qui
m'a obligé de ne rien épargner
pour avoir une Copie
de ce qui suit.
ETAT
Des morts & des hleffit
dans la Cavalerie,à la
,
Batailledhoeet.
BRIGADE DE CONFLANS.
Rcgiment Royal.
Daurigny, Capitaine,
Officierstuez, t 1-àa
I Cavalierstuez,10
Chevaux tuez« 14
Cavaliers blcffez; 8
Chevaux blessez, 1
2{egiment du Prince Charles>4
Cavalierstuez, x
Chevaux tueZJ8 Cavaliers bl. irez, 1
Chevaux bitlfez, a
Regiment deConflans.
1
Saint Louis, Cornette.
Saint Sigon
,
Maréchal des
Logis.
Officiers blessez, t
Cavalierstuez, 6
Chevaux tuez, - 15
Chevaux blessez, 4
BRIGADE DE BOUZOLS.
Reriment Royal Piemont.
La Motte, Capitaine.
De Fage,Cornette.
Officierstuez, t
Officiers bledez, 4
Cavaliers tuez, IS
Chevaux tuez, 30
Cavaliers blessez, u
Chevaux blessez, 6
RegimentdUcudicouft.
Saint Aspire, Capitaine.
Rabal, Capitaine, mort de sa
,
blessure.
Officiers tuez, ;
Officiers bleuez, 4
Cavaliers tuez, 15
Chevaux tuez, 30
Cavaliers bIffIez, ii
Chevaux btetfez, 6
Regiment de Liurj.
Du Laurens, Maréchal des
Logis.
Saint Louis, Capitaine.
balance, Maréchal des LoJ
gis. Oincierstucx,ï Officiers blciIez, i
Cavaliers tuez, 90
Chevaux tuez, 46
Cavaliers blessèz, , 14
chevaux blessez, f
BRIGADE
DE CLASENBACH:
Régiment Dauphin^ EtranrcrJ
DuClos, Lieutenant.
Officierstuez, I
Le Chevalierde laFeüillée.
Capitaine blesle.
HoudeIot. Capitaine. -
Le Chevalier de Laran, Licul
tenant.
Neuvillê, Lieutenanr.
De rifle, Aide-Major.
Officiers blessez, s Cavaliers tuez, i9 Chevaux tuez, 3J Cavaiiers blçffcz, 16 --------
Chevaux bleacz; 14
Regiment de la Feronntyc.
Cavaliers blessez. 1
Chevaux blessez,3
Regiment de Levi.
Saine Chevi, Lieutenant.
Officierstuez. i
Cavalierstuez» SI
Cavaliers blessez. 51
Regiment de Boux.
Du Bourguet, Lieutenant
Colonel, tué.
Cavalierstucz. Chevaux tuez. 1
BRIGADEDE LILLE.
Régiment de Condé. 4
De Bourgé, Lieutenant.
Officier blesle. 1 1
Chevaux tuez, 6
Chevaux blessez, 6 ;
Régiment de Barantin.
Cavalierstuez, 8
Chevaux tuez, IL
Cavaliers bleffiz. 4
Régiment de Fourquevaux.
Cavalierstuez. 3
Chevaux tuez.4
BRIGADE DE VIVANS
S. CRISTO.
Regimentd'Àubusson.
Saint Victou, LieutenantCo
lonel.
~Joinquiere , Capitaine.
Flini,Capitaine.
D'antragues, Capitaine reformé.
Boyé, Lieutenant.
Bescasel, Cornette.
Ferié, Cornette.
Focheu, Cornette.
Fauquerar,Capitaine.
Vassail, Lieutenant.
Bonivet, Lieutenant.
Saint Estienne, Lieutenant.
DuHar, Cornette.
Officierstuez. 8'.
Officiers blessez. 5
Cavaliers tuez. 36
Chevaux tuez. 7$
Cavaliers blesser. zz
Chevaux blellez. 2.6
Regiment de Vivans.
Danfreville, Lieutenant ;
Colonel, tué. - -
Berger, Li2eutena!nt. ~ Villebon, Major.
Danville, Aide- Major.
Denac, Capitaine.
Darré, Capitaine.
Vosel, Capitaine.
Sirié, Capitaine.
Nerly, Capitaine- Lieutenant,
mort.
Beaulieu, Lieutenant.
Bonet, Lieutenant.
Segur, Cornette.
LaSale, Cornette.
De Gorc, Maréchal desLogis.
Lofel, Maréchal des Logis.
Officierstuez. x
Officiers blessez. 13
Cavaliers tuez. 49
Cavaliers blessez. 35 TOTAL.
OFFIClERS TUEZ.
Lieutenans Colonels. 5 -v Capitaines en pied. 4
(
Lieutenansenpied. 5 1 Cornettes. 41 Capiraine reformé.
1
Ç
MaréchaldesLoris,ij
~OFFIGIERS BLESSEZ.
Capitaines en pied ou
Majors. 12.
5
Aides-Majors..
Lieutenans en pied. 9r
34
Cornettes. 6
Capitaine reformé. 17
Maréchal des Logis. 4
Cavaliers tuez. igt
Cavaliers bieffez;ijj
Chevauxtuez. 362.
Chevaux blessez. 87
J'aurois pû ne pas descendre
dans un si grand détail
touchant lesCavaliers&les
chevaux,& parler seulement
du Total de chacun,sans les
separerpar Regimens ; mais
l'exactitude avec laquelle
cette Liste a esté dressée, en
fait voir la verité
,
& fait connoistre
que la perte est beaucoup
moins considerable
qu'elle ne devoitestre ,si oa
la compareau grand avantage
que l'on a remporté.
«
Les Vers qui suivent font
de Mr Bernard
,
Ordinaire
- de la Musique du Roy. Ils
font adressez à Mr le Chevalier
de la Vrilliere
,
& ont
cHé: faits sur la défaite du
Comte deStirum.
fMADRIGAL. Eune & fage héros,
Animé dufeu de la gloire;
Rejeton 'du beau fang des - nobles
Phelypeaux,
Qui dans tes jeunes ans occupes la
viE/oirt,
le htave de Stirum te vit au champ
de Mars,
Couvert de fang& depoussiere,
Arracher de ses mains d'une valewr
guerrière ,
Ses Timbales,ses EtentÙrts,
Ce chemin va bien-tost te mettre an
rang (ublime,
Il Poursuit tes glorieux explois j teJussit enjin de mériterfeJlime
Du plus teconnoifjant des Rtis,
L'Infanterie n'ayant pres
que point eu de part à ce
Combat, la perte a esté si
peu considerable qu'elle n'a
pas merité que l'on en fit un
état. Il n'est venu à ma connoissance
que Mr le Chevalier
du Molinet, Capitaine au
Regiment de Guyenne qui
y a esté tué à lateste de la
Compagnie des Grenadiers
de son Regiment. Il estoit
petit fils de Mr du Molinet ;
Mestre de Camp des Chevaux
legers du Regiment de
Molinet tué en 1639. à la dc-i
route de Thionvile.
Je ne vous apprendray rien
de nouveau,en vous disant,
que le Roy estant satisfait
des services de Mr Rouillé
du Coudray l'a fait Conseil
ler d'Ecat,& lui a donné un
logement à Versailles
; & si
vous trouvez icy cet article,
c'est moins pour vous apprend
dre ce que le Roy a fait pour
luy, que parce que ma Lettre
formantunehistoire journaliere
, cet article n'y doit
pas estre oublié. Mr Rouillé
n'est pas le premier de son
nom,quia esté honnoré de
la même dignité.
Quoique l'article qui suit
ne soit pas nouveau,il n'en
est pas moins curieux, & je
crois qu'il peut tenir icy sa
place, puisqu'il ne se trouve
point ailleurs.
Mr le Marquis de Dan
geau ,
Gouverneur de Touraine
s'étant trouvé à Tours
dans le temps de la Feste de
l'Assomption,crut que rcprc4
sentant la personne du Roy,
qui est Abbé de l'Eglise de
Saint Martin
,
il devoit se
rendre dans cette grande
Eglise, aux Vespres
,
& à la
Processionsolemnelle qui s'y
fait. ensuite tous les ans en
execution du voeu& de la 1
Declaration du Roy Loüis
XIII. de triomphante mémoire
de 1638. par laquelle ce
Prince mec la personne de
nos Rois, leur Etat, & leur
Peuple fous la protection particulière
dela Sainte Vierge.
Mr le Marquis de Dangeau
précédé du grand Prevôt &
de la Maréchaussée,qui dés
la veille estoient allez au devant
de lui,& de ses Gardes,
se rendit au Cloître S. Martin.
Il étoit accompagné de
Madame la Duchesse de
Montfort sa fille, de Mr le
- Baron
Baron de Breteül
,
Introducteur
des Ambassadeurs
auprès de Sa Majesté
,
Baron
de Preüilli, & en cette
qualité Chanoine honoraire,
& Porte Etendart de 1"Eglise
de Saint Martin, & d'une
grande quantité de personnes
de qualité.Lorsquilfut
arrivéauCloître, Mr le
Doyen accompagnédesDeputez
du Chapitre, le falua
de la part de ce Corps. Il
entendit ensuite les Vespres,
qui furent chantées par la
Musique.Mr le Baron de
Preüilli, en qualité de Chanoine
y assista avec le Suf*
plis, & l'Aumusse sur le
bras gauche, dans un des
stalles du côté droit du
Choeur vers le grand Autel,
au dessous duSoufdoyen.Ce
Baron assista de même en
rang de Chanoine à la Procession,
marchant encre Mes
sieurs les Dignitaires,& Mes
sieurs les Prevosts de cette
Eglise. Monsieur le Marquis
de Dangeau precedé ce ses
Gardes marchoit a près le
Clergé
,
accompagné d'un
grand nombre de personnes
de qualité de tout rang
Conditionde la Ville & dela
Province, qui étoient venus
avec une grande affluence
de peuple pour voir cette (b.
lemnité,afinde joindre leurs
voeux à ceux de cette celebre,
Eglise,pour im plorerla pro
tection de la Vierge pour la
Personne sacrée du Roy, &
sur toute la Famille Royale.
Mr de Dangeau, aprés
avoir séjourné quelque temps
à Tours, & en son Château
de la Bourdaisiere
, entendit
le 3. Septembre une
grande Tragédie que les Pères
Jesuites firent representer,&
alla le lendemain S
Fontevrault pour tenir sur les
fonds, deBatêmeMademoi..
selle de Bourbon au nom du
Roy de la Grande Bretagne.
Prüilli dont les Barons
font Portétendars de l'Eglise
Saint-Mdiïin
s
esi la premiere
Baronnie de Touraine. Geos.
froy de Preiïiili qui épousa
l'heritiere de Vendôme
,
est
qualifié en IQ$O. Comte de
Vendôme,&Porte Etendart
de cette Eglise.Clarebat Gatt.
fridus Cornes VindacinensissigniserEcclefioe
B. Martini Tur.
Ce fut luy qui inventa les
Tournois.Gaufridus dePrullia
co Tornearnsnta invenit, Chron
Tur. Le ComteouDucdtAn.
jou gardoit l'Etendart, & !c
faisoit porter à la Guerre,
t
pourvû qu'il n'armât pas con
tre le Roy. Les Bourgeois &c
Vassaux de laVilledeSaint
Martin
, autrement appelles
Châteauneuf, différente de
celle de Tours, suivoient
l'Etendart
,
qui étoit porté
parleBaron de Preüilli, qui
devoit faire les Guerres du
Chapitre.
La qualité de Duc ou
Comte d'Anjou a rendu au.
trefois les Rois d'Angleter
re, ceux deSicile,deNapies,
de Jerusalem,& âpre*
senc ceux d'Espagne,Chanoines
de cette Eglise. LesRois
de la grandeBretagne le sont
encore a present
; mais c'est
par un mouvement particu
lier de la pieté du feu Roy
Jacques II.&duRoy Jacques
III qui leur a fait desirer de
l'être,ainsi qu'à la Reine, &
à la Princessede la Grande
Bretagne,d'être specialement
associées aux Prieres de lJE..
glise du Patron de la France.
Le Roy , comme Abbe,
presenteau Doyenné &àla
Tresorerie de cette Egliseainsi
qu'il estmarquédans
Louée sur Brodeau. Les cu..
rieux ont ramassé plusieurs
de ces presentations : Voici
l'Extrait de celle que fit
Louis XIII. le 29 Juin 1632 par
laquelle ce Monarque nomme
Alphonse de Richelieu,Car
dinalde Lyon au Doyenné
de Saint Martin sur la demission
du Cardinal de Richelicu
son stere. LOUIS par /4 grâce de
Dieu Roy de France &,
de Navarre: A nos chers &
biens amt''{ les Tresorier
,
Chanoines
(y Chapitre ae l'Eglise
Moniteur S. Martin de Tours,
dépendant immédiatement du.S.
Siège Apojloltque
,
Salut. Comme
ainsi foit qI/Advenant m,%.;
cation du Doyenné de nojiteditc
Eglise Saint Martin
9
la nomi»
nation&prtfentation du drois
de Patronnage de toute ancienneté
nous appartient à cause de
nopre Couronne; éJ. comme dbbeJeculier.&
PrO/félcur de no.
tredite Eglise
3
C7 àvous la collation
, provision- , cm toute autre
àifpojttion
s Pour cc
que voulant en toutes fortes d'oc^
caftons traiterleplu* favorable1
mint auil nous fera pojjible notre
très cher&rtrèsamiCoufin AU
pbonje Lcüz-s du Plessis de ~<
chA-itu, Cardinal
,
Prêtre
t
Âr*
c/;t,:êtJue
,
Comte de Lyon,Priniiit
des Gatils , & Grand
Aumônier de ^runce
,
duquella
pielé cil auÙî exemplaire, que
r..(jus avens sir:e tïjierejattsfaCs
lion de ses recommandabtes (errvices.
Pour ces Causes
, &c.
Vou* requérant, om néanmoins
mandant que laditeReîfgnationt
Cession & Dcmijpon foit par
nom Admise) & que Ivow aiez
à conferer à notreditCoufîn le
Cardinal de Lyonainfipar nous
nommeCmpresenté ledit Doyenné,
à le recevoir& admettre à ice*
luy
,
après ferment par luy on
son Procureur fait pour votre
regard,£7*àl'égard de ladite
Eglise à cause dudit Doyennét
comme il est requis en tel cas. oo
en cefaisantle mettre en lapleine,
passiblet corporelle, réelle & actuelle
possession audit Doyenné,
en l'injlallant pour cet effet ait
Choeur de notredite Eglise, oluy
donnant lieu place, voix9
fceance, & rang en voire Chapitre,
tout tinfi O* en la mim
orme & maniert qu'avoit (yÀ
¡faifôit notredit Coufin le CarA
dmal de Richelieu, & quil con-à
*vient à la dignité de Doyen;
&c. Donné au Pont a Mousc
J'on,..,SigneLOVIS,ôc
plus bas. Par le Roy3 PHELY--
PEAUX, fcellc du grand Scel de
Cite jaune
, & contrefcellé dm
petit Sceau.
» Voicy un Extrait de la iPrefencation que le Roy fit
- le14. Décembre1695. de
Mr l'Abbé de Peseux, neveu
de Mr le Maréchal de Choiseulàla
Tresorerie de S. Mar- ~,
un vacante par mort.
LOVIS,futUbon
& louablercjuinous
a tllé fait des bonnes vie. moeurs,
fejjifance(y*ctpa:iié du f-'ur
Claude D pvxt de P< £eux,c Ifrc
du DiocctfdeLnn^cs>ise'uy
pour ces c.wfs^OHS avons r;O¡-rl< me p L)entd
, n: mo ,s (:-' pvnto-s CiSsi.
gne,eJ d)e nO/.Ife.,t/a.in pour esfilre
par nous pourvu de Ïa7 rtforerie
ddeevocireedEgsldiseevMaccean?te par le decedsdeMessirePierreBernin
de Valtntinay dernier1 e paifihle possjjeur dicellef
dont la nomination (7 presenta,*
iion nous appartient à cauje de
nofire Couronne; &comme étant
jÉbbéfcculier
,
(!) Prottilcur de
ladite Egltje
f
0* à vous la collation
& provifton
,
pour d'ofcs
en avant la tenir U dejjeruir
)(7pArledit fleur Deprat
de Pe\.;ux. en joüir ce "sler aux
honneurs &autorité^ Pterogi.
tivesi precminences
,
gros
, &
autfïs droits fruits & reucntis, & cvdl,/Kin^yappartenantjeU,
çyj(mb!I!:sa'à'en A jouy OU 1.,. du d V, JO;;z.;- icdu Ltrninds Val,<i:înayj
Si '1JeiH prions , (7 nzanimoins
mandons/jj commxii-l^as quesur
notredite nomination CT er£/,é,n.
iation 'Vous aye% A pourvoir
ledit peur Deprat de PeZeux
de ladite Tresorerie
>
luy en ac.
cordant, &faisant à cette fin
expedier toutes Lettres de Provisions
necejjaires
, & en vertu
d'icelles lemettre oufaire mettre9 &c. Donné à Verfailles9
&s.
Le voyage que le Roy fait
tous lesans à Fontainebleau,
estant une partie de divertissement,
à cause de la situation
du lieu propre aux plaisirs
de la chasse. Vous avez
souhaité que je vous en*
voyasse tous les ans un Jour-
Hal de ce qui s'y passe; j'ay
rempli vos desirs depuis plusieurs-
années, ainsi je vous
envoye la fuite du Journal de
cette année, dont vous avez
le commencement dans ma
derniere Lettre.
Le Lundy I. Octobre
,
il y
eut le matin Conseil d'Etat,
Mr de Monasterol,& Mr le
Chevalier de Trafmanes, saluerent
le Roy, le premier
ayant esté dépêché par Mr
l'Electeurde Bavicre,& l'autre
par Mr le Maréchal de
Villars, pour rendre compte
à Sa Majesté du combat
d'Hochstet. Il yeutchasse
du Cersl'a presdinée,où Madame
la Duchesse de Bourgogne
& Madame
,
accom- I
pagnerent le Roy. Me la
Duchesse de Lauzun&Me
la Duchesse de la Feüillade,
y suivirent Madame la Duchesse
de Bourgogne, vétuës
commeelleen habit dechasse.
Le soir les Comediens re-:
presenterent la Comedie de
la Merc Coquette de Me
Quinaur. Monseigneur le
Duc de Bourgogne donna
sur les sept heures un retour
de Chasse aux Dames;ce
qui empêcha MadamelaDuchctT2
de Bourgogne d'assister
à la comedie.
Le Mardy 2. Monseigneur
accompagnéde Monseigneur
le Duc de Bourgogne,& de
Monseigneur le Duc de Ber-d
ry, courut le Loup dés le matin.
Il y eut chez le Roy
Conseil Royal de Finances,
1& grande Toilette chez Madame
la Duchesse de Bourgogne
;où la Cour fut grosse,
& le cercle nombreux. Le
Fvoy alla tir~r l'apresdinée
Monseigneur fit un retour de
Chasse sur les sept heures chez
Madame la Princesse de Conty.
Madame la Duchesse de
Bourgogne ne sortit point.
LeMercredi3ilyeut lematin
chez le Roy Conseil d'Etat
, où assisterent Monseigneur,&
Monseigneur le Duc
de Bourgogne. Monseigneur
donnaà dîner dans son apartementàMonseigneur
le Duc
deBourgogne,àMonseigneur
le Duc de Berry, à Madame
la Duchesse de Bourgogne,
aux Princesses, & à plusieurs
Dames. L'on joüa l'apresdinée
dans le même appartement.
Le Roy ne sortit poinr.
Le Roy & la Reine d'Angleterre
arriverent sur les sept
heures du foir. Le Roy accompagné
des Princes &
Princesses, & generalemenc
de toutes les Dames qui
estoient pour lors à Fontainebleau,
toutes en habits ma- gnifiques, les reçutauhaut
du grand escalier de la Cour
de l'Ovale, donna la main à
la Reine,&la conduisit dans
l'appartement qui luy avoit
esté preparé dans la Galerie
de Diane,où il la laissa peu
de temps aprés avec le Roy
son Fils. Le Roy les fit avertir
à dix heures par un de ses
Maîtres dHôtel, portant le
Bâton, que le souper eftoic
servi, & il alla les recevoir à
la porce du Cabinet de Cial,
liiide, quidonne à l'entrée
de la Gallerie de Diane. Il
donna la main à la Reine, 6c
traversant les appartemens de
Monseigneurle Duc de Bourgogne,
de Madame laDuchessede
Bourgogne, & le sien,
conduisit leurs MajestezBritanniques
dans son ancij
chambre, où U viande estoit
sur table. Le Roy les reconduific
après le souper jusqu'à
la porte du Cabinet de Clorinde.
Le Jeudy 4. il y eut Conseil
d'Etat. Les Princesses &
les Dames allerent à la Toilette
de la Reine. Le Roy
d'Angleterre alla voir le Roy,
Monseigneur
,
& Messeiineurs
les Princes. Le Roy,
accompagné de Madame la
Duchesse de Bourgogne alla
prendre à midy leurs MajCr
;si(z Britanniques, donna la
.main à la Reine, & la conduisit
à la Mefie
»
qu'ils ea-J
le
tendirent dans la Tribune de
la Chapelle des Mathurins.
La Reine d'Angleterre y
avoic déja este seule à dix
heures. Ce qu'elle a pratiqué
les jours suivans. La marche
fut fort belle depuis l'appartement
de la Reine jusqu'à
la Chapelle, & les Princes,
Princesses, Seigneurs & Dames
de la Cour n'y ont point
manqué pendant le sèjour
que leurs Majestez Britanniquesont
faità Fontainebleau.
Le Roy ne les reconduisit
après la Messe que jusqu'à la
sortie de sa Chambre,parce
i- -3 parco
la Reine d'Angleterre l'en
pria instament. Il n'y eue
point de grand couvert au
dîner, & leurs Majestés dî.,
nerent chacune en particulier.
Madame la Duchessede
Bourgogne donna à dîner à
Monseigneur le Duc de Bourgogne,
àMonseigneur le Duc
de Berry, &à quelques Da.,
mes, dont estoient Me la
Maréchale de Coeuvres
, ôc
Me la Marquise de la Valliere,
vêtuës commeelleen habit
de chasse. Le Roy alla
prendre leurs Majestés Britanniques
à deux heures t aç
les conduisit, donnant la
mainà laReine,jusqu'à son
carotTe, où il les fit monter,
aufifi bien que Madame la
Duchcflc de Bourgogne &
Madame, pour aller au rendés.
vous de la chasse du
Cerf, où ils se placérent dans
une- Caléche à deux bancs.
Le Roy & Madame la Duçhesse
de Bourgogne sur le
premier, & la Reine d'An.
gi-eterre& Madame surceluy
de derriere. LeRoy d'Angleterre
monta à cheval. Les
Comédiens representerent le
ff~p~iirrjiR;AndaromcaquicdneMerd,e
Racine, & la petite Comédie
de l'Esprit de contradiction.
Le Roy d'Angleterre y alla
pour la premiere fois de sa -
vie, & y prêta une grande attention.
Il y eut six fauteüils,
Le souper se passa comme le
foiAr precedent, & avec les mêmes ceremonies.
Le Vendredy 5 il n'y eue
point de Conseil. Le Roy
alla prendre la Reine d'Angleterreà
midy & demi pour
aller à la Messe, & y trouva
une tres grosse Cour. Madame
la Duchesse de Bourgogne
& Madame y estansarrivécs
auparavant pour sa Toilette.
Le Roy alla tirer l'aprésdinée
,& mena avec luy dans
sa Caléche le Roy d'Angle,
terre au ren des vous, où ils
monterent l'un & l'autre à
cheval. Tout le monde ad.
mira la bonne grace & les
manieres polies de Sa Majesté
Britannique. Le Roy au retour
de la Chasle rendit une
longue visiteàla Reine d' Angleterre.
Lesoirily eut grande
Musique dans laSalle de la
Comédie. L'on chanta le Prologue
& les deux premiers
A&es de l'Opera d'Athys
J
'.<
que le Roy d'Angleterre;
Monseigneur, Messegneurs
les Princes, les Princesses,&
la plus grande partie des Dames
entendirent dans la Tribune.
Le souper se passa
comme les autres jours.
Le Samedy 6. il y eut Con.
seil Royal de Finances. La
Reine d'Angleterre eut le
matin une grosse Cour à sa
Toilette. Les Princes &Princesses
se trouvèrent chez elle
lorsque le Roy la vint prendre
pour la Messe, Il y eue
l'aprés disnée chasse des Sangliers
dans les toiles, où le
Roy mena dans son cârroffc
leurs Majestez Briraniques.
L'onmonta dans l'enceinte
dans des chariotsquiavoient
été meublez pour voir commodément
cette chasse;elle
finit d'assez bonne heure, &
la Reine d'Angleterre vinc
voir Madame la Duchesse de
Bourgogne au rerour, & luy
rendu une assez longue visite.
Le foir les Comédiens
représenterentlaComedie de
l'Im portant, où le Roy d'Angleterre
n'aflirta point, ny
Monseigneurle Ducde Bourgogne.
Le soupersepassa
1. à l'ordinaire.
Le Dimanche 7. il y eut
Conseil d'Etat. Le Roy & la
Reine d'Angleterre firent
leurs devotions à la Chapelle
t des Mathurins. Monseigneur
t le Duc de Bourgogne les Se i
aussi. Toute la Cour alla sur
le midy à la Toilette de la
Reine d'Angleterre, & le
Roy la vint prendre à la de"
L mie, comme les aurres jours,
& la conduisit en bas dans
la Chapelle. Il y eut au retour
de la Messe,disnerau
;
grandcouvert dans l'antichambre
du Roy, après lequelle
Roy reconduisit leurs
Majestez Briraniques à la
sortie de sa Chambre. Le
Roy 5c la Reine d'Angleterre
assisterent aux Vespres à la
Chapelle,& Monseigneur le
Duc de Bourgogneles enè
tendit aussi
,
& le Salut enfuite.
Le ROY alla tirer. Le
foir il y eut appartement
chez Monseigneur
,
& l'on y
joüa jusqu'à dix heures. Le
Roy d'Angleterre passa la
soirée avec Messeigneurs les
Princes. Madame laDuchesse
de Bourgogne,&pluficurs
Dames, qui firent de leur
mieux pour le divertir, &
qui le trouverent infiniment
aimable, & plein d'esprit.
L'on se mit à table à dix
heures,comme les autres
jours.
LeLundy8 ilyeutCon- -
seil d'Etat, & même Cour
chez laReine d'Angleterre
L'on entendit la oMetTe dans
la Tribune à midy & demi,
& tout se passa avec les cérémanies
ordinaires.Il y eutl'aprés.
disnée chassé du Cerf
où leurs Majestez Britanniques
allerent de la même
maniéré qu'à la précédente;
Le foir les Comédiens repréfenterent
Phédre & Hippolite,&
les Plaideurs, l'une
& l'autrede Mr Racine ,& le
Roy d'Angleterreyassista.Le
sieur Balon dansa deux Entrées
entre les deux Pieces.
Le Mardy 9 il y eut Con-
-
seil Royal de Finances. Monseigneur
alla des le matin à
lachasse du Loup, & Monseigneur
le Duc de Bourgogne
& Monseigneur le Duc
de Berry allerent tirer des
Sangliers. Le Roy alla prendre
la Reine d'Angleterre
•pour la Messe, & il trouva
chez elle toutes les Dames.
L'aprés-dînéeSa Majestéalla
tirer, & mena avecElle le
Roy d'Angleterre. La Reine
alla à Melun à une heure &
demie
9
au Convent des Ursulines,&
ne fut de retour
qu'à huit heures. Madame la
Duchesse de Bourgogne se
promena à trois heures en
Calecheavec les Dames dans
le Parc & dans la Forêt. Le
Roy d'Angleterre passa la
soirée avec Messeigneurs les
Princes,Madame la Duchesse
deBourgogne & plusieursDa-
-
mes à plusieurssortesde jeux,
& il Cefit admirer de laCompagnie
,& pour sa grace,&
pour la vivacité de (on esprit.
Le Mercredy Io.il y eut
Conseil d'Etat Le Roy alla,
comme les autres jours, prendre
la Reined'Angleterreà
midy & demi. Le dîner fut
au grand couvert dans le lieu
ordinaire. L'aprés dînée il y
eue promenade en carosse sur
les bords du Canal, & dans
les belles routes du Parc. Le
Roy d'Angleterre, & Mefseigneurs
les Princes y allerent
a Cheval, Le cortege
des Carottes fut trèsnombreux.
On vit la Pêche des
Cormorans. Le foir les Comediens
representerentleJodelet,
Maître Valet.
LeJeudy 11. il y eut Conseil
d'Etat
, & grosse Cour
chez la Reine d'Angleterre.
L'aprés dînée il y eut chisse
du Cerf,où n'alla point Madame
la Duchesse de Bourgogne.
Le Roy courut dans
une Caleche à deux bancs
Madame à côté de luy, & la
Reine d'Angleterre, & une
de Ces Dames, surle banc de
derriere. LeRoy d'Angleterre
courut à Cheval comme aux
chasses precedentes, toùi
jours avec la mêmegrace,&
passa la soirée avec Messèigneurs
les Princes, Madame
la Duchesse de Bourgogne,
& plusieurs Dames,& continua
d'y charmertoute l'Assemblée.
Le Vendredy 12. il n'yeut
point de Conseil. Le Roy alla
prendrela Reine d'Angleterre
à onze heures & demie
pour la Messe,& dîna à midy.
Il partit à une heure pour la
chasse du Loup. Le Roy d'Angleterre
& Madame y alle.
lcnç avec luy,maisla Reine
d'Angleterre & Madame la
Duchesse de Bourgogne ne
furent pas de la partie. Monseigneur,
& nos Princes se
trouvèrent au rendez-vous;
Lesoir lesComediens representerent
Alexandre, de Mr
de Racine,& le Concert ridicule.
Le souper sepassa à
l'ordinaire.
Le Samedy 13. il y eutConseil
Royal de Finances. La
Reine d'Angleterre eut un
ressentiment de fievre, Le
Roy alla chezelle à midy &
demi comme lesautres jours,
& les Dames s'y trouvèrent
à l'heure ordinaire;mais elle
n'alla pas à la Mésse avec le
Roy, parce qu'elle étoit en
deshabiller. Elle le fuivic de
prés, & entendit la Messe
dans une des loges de la Tribune.
Il y eut l'aprés. dînée
chasseduSanglier dans les,
toiles
,
qui donna plus de
plaisir que la precedente, &:
dura plus long.temps. Le
Roy rendit visite au retour à
laReine d'Angleterre
,
qui
n'y avoit point été
,
& êtoit
encore indisposée. Madame
la Duchesse de Bourgogne
l'alla voir ensuite, & Monfeigncur
s'y rendit à neufheures
& demie, & en revint à
dix heures avec le Roy d'Angleterre
pour se mettre à
table.
Le Dimanche 14. il y eut
Conseil d'Etat. La Reine
d'Angleterre continua à se
mal porter. Elle se ne porter
en chaise à dix heures & demie
à la Chapelle, où elle
entendit la Messe. Toute la
Cour se trouva chez elle à
midy &: demi
,
& le Roy s'y
rendit à cette même heure.
indisposition de la Reine
fit changer l'ordre qui avoit
été donné pour le dîner au
grand couvert. Le Roy ne
sortit point l'aprés dînée, &
assîsta au Salut du saint Sacrement
à la Tribune de la Chapelle
des Mathurins
,
où se
trouverent les Princes &
Princesses. Le foirà huit heures
l'on chanta sur leTheatre
de la Comédie,le Prologue
& les deux premiers Aétes
d'un Opera nouveau de Mr
Destouches, fous le Mariage
du Carnaval & de la Folie.
Le Roy d'Angleterre, Monseigneur,
laMaison Royale,
& toute la Cour s'y trouve.
rent dans lamême disposition
qu'auxComédies,&applaudirent
fort à cette nouveauté.
La Reine d'Angleterre
ne fou pa point avec le
Roy
,
& Monseigneur alla
chez elle dans l'intervale de
la Musique & du souper
,
&
en ramena le Roy d'Angleterre.
Le Lundy 1y il y eut Conseil
d'Etat. Le Roy d'Angleterre
fit le matin ses visites à
cause de son départ fixé au
lendemain. La Reinese porta
mieux, ayant fort bien passé
la nuit. La Cour fut tres grosse
à sa Toilette, & le Roy qui
vint chez elle à midi & demi
la conduisit à la Messe. Il n'y
eut point de grand couvert
au dîner. Le Roy alla à deux
heures à la chasse du Cerf, &
fit monter dans son Carosse,
pour aller au rendez-vous, le
Roy d'Angleterre
,
& Madame.
Sa Majesté Britanique
monta à Cheval avec Monseigneur
& Messeigneurs les
Princes, & le Roy courut avec
Madame, chacun dans une
petite Caleche. Les Comediens
representerent le foir, la
Comedie du Festin de Pierre,
& ensuite les Allards donnerent
un divertissement de
sau'ts ptrilleux qu'ils avoient
concertez Le soir pendant le
souper, où estoit la Reine
d'Angleterre,il y eutunConcertde
Musique Italienne -
executé par deux illustresMusiciens
de Rome, nommez
Pasqualini, qui furent accompagnez
par les sieurs Antonio
& Baptisteexcellens
Violons attachez à Monfeigneur
le Duc d'Orléans, &
par le sicur Marchand Ordinaire
de la Musique du
Roy
, tres- singulier pour la
Basse de Violon. Madame la
Duchesse de Bourgogne qui
n'avoir pointesté ce jour. là
à la Chasse du Cerf
,
s'estoit
promenée en Carrosse dans
la Forest, & avoit assisté au
Salut aux Basses Loges, à
cause de la Feste de Sainte
Therese.
Le Mardy 16. Madame la
Duchesse de Bourgogne, les
Princesses & toutes les Dames
en robes, se rendirent
chez la Reine d'Angleterre
dés neuf heures du matin. Le
•
Roy accompagné de Monseigneur
& de Messeigneurs
L les Princes vint prendre leurs
| Majestez Britanniques, à
[ neuf heures & demie
,
& les
conduisiten bas dans laChapelle
des Mathurins, où ils
1 entendirent la Messe
,
après
laquelle le Roy suivi de toute
la Cour, les mena à leur Car-
1 rosse au bas de l'escalier du
l Fer à cheval dans la Cour du
I Cheval blanc
,
& prit congé
de leurs Maïcitez, à dix heui
res sonnantes. Il y eut chez
; le Roy a prés leur départ Con-
; seil Royal de Finances, où
£ Mr Desmarests
.»
Directeur
général des Finances, prit
séance pour la premiere fois.
Monseigneurallaà laChasse
du Loup,où Monseigneur le
Duc de Berry l'accompagna.
Madame la Duchesse de Bourgogne
se promena en Carrof.
se dans la Forest avant le dîner.
Le Roy alla tirer l'apresdînée,
& le foir il y eut appartement
chez Monseigneur,
où toure la Cour se trouva.
Le Mercredy 17. il y eut
Conseil d'Etat. Monseigneur
le Duc de Bourgogne alla à
la Chasse du Cerf, avec Monsieur
le Duc d'Orleans, dont
la meute chaiïbic ce jour là.
Le Roy alla tirer l'apresdinée.
Madame la Duchesse de
Bourgogne se promena en
Carrosse aux bords du Ca.
nal. Les Comediens representerent
laTragedie de Brtrannicus
de Mr de Racine p
& la Comedie de l'Ecole des
Maris de Mr de Moliere.
Monseigneur le Duc de
Bourgogne n'y assista pas, de
fou pa dans le même temps
chez Monsieur le Duc d'Orleans.
Le Roy donna le soir àMrleMaréchaldeTessé,
qui prit congé de Sa Majesté
pour aller en Dauphiné
1
le
Regiment de Sault pour Mr
le Marquis de Tessé ion fils
aîné,dontil donna en même
temps le Régiment à Mr de
Sanzay ,& celuy de ce der.
nier au Chevalier de Sourches
, l'un des fils de Mr le
Grand Prevost.
Le Jeudy 18. il y eut Conseil
d'Etat. Le Roy entendit
à sa Messe un Motet de la
com positondeMr Bernier
Maistre de Musique de Saine
Germain de TAuxerois de
Paris, dont Sa Majesté paruttres
contente. Mademoiselle
Couperin de la Musique
du
du Roy, qui y chanta quelquelques
recits, receut de
grands applaudissemens. Mr
le Maréchal de Tessé partit
le matin en poste pour se
rendre à Grenoble. Il y eut
chasse du Cerf l'aprésdinée,
où Madame accompagna
Sa MMajesté dans une petite
Caleche. Madame la
Duchesse de Bourgogne se
promena en Carosse dans
la Fore st. Le foir il y eut
appartement chez Monseigneur
,
qui dura jusqu'au
souper.
Le Vendredy 19. le Roy
travailla avec le Pere dela
Chaizeaprés la Messe. Il y
eut l'aprésdinée grande chasse
des Sangliers dans les
Toiles, & l'on en tua quarante
deux, les Dames y accompagnerent
Sa Majesté.Le
soir les Comediens joüerent
la Comedie de Crispin MUficien.
Il y eut grande Toilette
chezMadame laDuchesse
deBourgogne, l'on chanta
encor àla Messele Motet du
Sieur Bernier. ;
Le Samedy 20. il y eue
Conseil Royal de Finances
chattedu Cerfl'aprésdinée,
où Madame accompagna Sa
Majesté,ily eut Musique chez
Mr le Duc d'Orléans- Madame
la Duchesse de Bourgogne
ne sortit point. Il n'y
eut le foir aucun divertissement.
Il arriva un Courrier
deMr leMaréchal de Tallard,
par lequel on apprit que Mr
de Courtebonne Lieutenant
general ,ayant avec lui Mrs
deVaillac& deValfeméavoit
attaquè un corps des ennemis
dans les retranchemens
de Spierbach qu'ils avoient
d'abord abandonnez avec
perte de deux cens hommes,
& que s'étant retirez dans
Neustat
,
ils y avoient esté
invertis par les nostres
,
&
faitsprisonniers de guerre au
nombre de six cens hommes,
Dragons, ou Cavaliers des
Troupes de Mr l'Electeur Palatin.
Le Dimanche 21. il y eut
Conseild'Etat. Monseigneur
donna à disner dans son appartement
à Monseigneur le
Duc de Bourgogne, à Madame
laDuchesse de Bourgogne,
à Monseigneur le Duc de Berry
, aux Princesses, & à plusieurs
Dames, Ilyeutappartement
ensuite jusqu'au fouper
du Roy. Madame la Duchesse
de Bourgogne, &
Madame assisterent au Salut
dans la Chapelle des Mathu.
rins. Le Koy alla tirer l'apresdinée.
Le Lundi 22. le Conseil
d'Etat ne fut tenu que Taprésdinée.
Monseigneur accompagné
de Messeigneurs
les Princes, allades lematin à
la Chasse du Loup. Le Roy
ne forrit point, ny Madame
la Duchesse de Bourgogne.
Le foir les Comediens reprefenterent
la Tragedie de Rodogune
de Mr de Corneille
l'aîné, & la petite Comedie
du Cocher supposé.
Le Mardi 13. il y eut Conseil
Roïal de Finances, l'aprésdinée
chatte du Cerf,où
Messeigneurs les Princes, &
Madame accompagnerent Sa
Majesté. Le foir il yeutappartement
chez Monseigneur,&
Simphonie de Violons & de
Hautbois au souper du Roi,
de lacomposition d'un Haut-,
bois desMousquetaires. Monlieur
le Duc d'Orléans partie
pour Paris.
Le Mercredi 24. il y eut
Conseil d'Etat. Monseigneur
accompagné de Monseigneur
le Duc de Bourgogne,&de
Monseigneur le Duc deBerri
courut le Loup. Le Roi ne
forrit point à caule du mauvais
temps.
Le Jeudi25leRoientendit
la Messe à dix heures, &
dîna à onze, à son petit
couvert. Monseigneur, Monseigneur
le Duc de Bourgogne
,
& Monseigneur le
Duc de Berri partirent de
bonne heure de Fontaine.
bleau pour aller coucher à
Meudon. Madame la Llu-M
chessede Bourgogne donna
dans son appartement un
grand dîner aux Dames de
sa suite Le Roy partitamidy
ayant dans son Carosse Madame
la Duchesse de Bourgogne
,
Madame ,Mada.
me la Duchesse d'Orléans,
MelaDuchesse de Lude,
a( Me la Comtesse de
Mailly. Il arriva à quatre heures
à Villeroi. Il ne sortit
point dans les Jardins à canse
de la pluye qui duroit
depuis le matin. Toutesles
Pâmes souperent avecS,M.
Le Vendredi 16 le disner
fut servi de la mêmemanière
à onze heures,&leRoy partit
de Villeroi à midi, & arriva
à Sceaux sur les quatre heures.
Il se promena dans les
Jardins. Monseigneur &Madame
la Princesse de Conti
arriverent de Meudon. Le
Roy soupa avec les Dames.
Le Samedi matin 17. il
arriva un Courrier de Mr le
Maréchal de Tallard parti du
Camp devant Landau. La
nuit du 23. au 14. par lequel
Sa Majesté fut informée de
l'état de l'attaque. Le Roy^
entendit la Messe à neufheu.
res & demie, & alla voir
pescher le Canal. Madame la
Duchesse de Bourgogne, y
alla avec Sa Majesté. Le dî.
ner fut servi ainsique les repas
precedens. L'aprésdinée
le Roy alla voir la péche du
poisson de l'Octogone. Le
foir Madame la Duchesse de
Bourgogne, joüa chez Madame
la Duchesse du Maine
avant & après le souper. Le
Dimanche 28. Monseigneur,
& Madame la Princesse de
Conti retournerent à Meudon
après la Messe du Roy.
Sa Majestése promena avant
le dîner,& partit de Sceaux
à crois heures, &arriva à Verfailles
à quatre & demie.
La Cour d'Angleterre a
donné pendant le sejourquelle
a fait à Fontainebleau,
de grands sujets d'admiration;
la modeste pieté de la
Reine que ses vertus font plus
briller que ne pouroit faire
toutl'éclat d'un des premiers
Trônes du monde, a fait regarder
cette Princesse avec
plus de veneration que si la
fortune luy rendoit toute la.
justice qu'elle doit à son rang,
& à ses grandes qualitez;
quand on sçait se mettre au
devins de son malheur,on
est au dessus de tous les T10
nes.
Je vousay souvent parlé
deSaMajelté Britannique,&
ce que je vousay diedeceMo.
narque, toutes les fois que
j'ai eu occasion de vousen
parler, doit vous persuader
qu'il a paru à Fontainebleau
tel que j'ay eu l'avantage de
vous le depeindre. Mais vôtre
imagination doit aller beau,
coup plusloin,& jenesçay
si elle pourra se figurer la
moindre partie des applaudissemens
que ce jeune MOT;
narque, dont l'esprit est infiniment
au dessus de son
âge
,
s'y est attiré. Je ne m'étendray
pas d'avantage sur
cet article, ayant fait un
nouvel éloge de ce Prince,
dans l'Epître qui est à latête
du Journal du Siege de Brisac,
que j'ay pris lalibertéde
luy dedier. Vous devez bien
juger que ce Monarque, &
la Reine sa mere ayant fait
le charme de la Cour de
France, leur Cour ne peut
être compolée que de Personnes
d'un vray merite. Je
nevous dis rien de Mrle Duc
de Perth l'éducation du Roy
son Maître fait son éloge.
Quant à Madame la Duches
se de Perth, son épouse,elle
a remply toutes lesfondions
de premiere Dame d'honneur
de la Reine, d'une maniere
sinoble,sispirituelle,
si gracieuse & si engageante,
que tous ceux qui ont e, tc1 -
chezlaReine saMaîtresse,ont
ete extrememenc satisfaits
de lamaniere dont ils ont
été reçus par cette Duchesse.
Avant que la Cour d'Angleterre
partit de Fontaine bleau,
il s'y repandit des Copies
d'une Epître en Vers quifut
fort applaudie: elle étoit
adressée à un Chevatier Anglois.
Onaprit peu de temps
après que cette Epître êtoit
de Mr de Bellocq. Ceux qui
en avoient dit du bien furent
ravis d'avoir loüé l'Ouvrage à
cau se de son merite, &non à
cause de la reputation de l'Auteur
,
dont les Ouvrages ont
toujours été generalemenc
c stimez. Vous jugerez de la
beauté de cette piece en la lifant.
EPITRE
A MONSIEUR
LE CHEVALIER BABER,
GENTILHOMME ANGLOIS. sIl dufombic avenir dij/ïpant les
ttnebres,
Je puis de quelqueéclat orner les
noms célébrés,
{£e vostre
,
Chevalier, par mes vers
anobli, [ l'oubli.
27eferapoint noyé dans les eaux de
Je veux devos vertus faire un portraitfidele
Qui puissè
, If, nos Neveux proposé
four modçlle)
Wttirerles regardsdeleurpofieritè,
Exposésur l*Autelde la Pidelité.., ..,
Le Ctelformant les Rois de fit
plus no:';:': dF'n:-e,
Sur deux Pôles divers fit rouler leur
puissance.
Le premier efl /'H.onncfls
,
&soûtient
ce pouvoir
Plantésurun rocbtr, qu'on nomme
le Devoir:
L:Idu:!;uJle Majefiè,lesacrê Cttrac-,
tere,
Lerefpecl
,
lefermentforty du Sanc.
iuaire,
Et la Religion, dont le nom fait
frémir,
Comme autant darcs-boutans fervent
a l'affermir.
Vautre nommé L'Utile, est fondé
surlefable
,
Son a/liette douteuse efi toujours variables
Zehafarden dispose, &parfort
mouvement Jjébranle, l'affoiblit, l'entraîne au
changement:
Les caduques grandeurs, les richessesfragiles,
Zes fieres dignité£7» les honneurs
fterilcs
Voltigeant à l'entour) par leurfoible
clarté
Dèguisentledéfautdefafoliditè.
C'eft- la que les mortels d'une trempe
commune
Viennent servilement adorer la
Fortune,
C'ej?-là que d'unfauxjour Véclat
leséblouit,
Prefis à tournerle dos) dèsqu'ils'évanouit
j
Pendant que les grands coeurs que
lasagesse guide>
5£colesattachent auf<tlide,
Et pour suivre leurs Rois dufort petfecutez,
Renoncent aux grandeurs, aux
biens, aux dignitc'fv.
Quel autre coeur plus ferme, &
,_ plu* digne defiime,
BABER.»prit mieux que vom et
parti magnanime,
Zorfque le noirflambeau de la rcbellion
Embrasa de res feux la mouvante
Albionl*
Qui pouvoit mieux que vous,sans
trouble, sans envie,
S'allurer pour toûjours une tranquille
vie?
Né d'une race illuflre,appuyé de
parens
* L'Angleteue.
Que Londres refpeFloit, place^ aux
premiers rangs,
Appellépar les droits d'une heureuse
naissance
A jouir des douceurs qu'entretienl
l'opulence t
poftre zeley renonces & defintereffJ
il J'attacbe au débris d'un Thrône
renversé.
J'admire cet effort,&je luy rends
justice 5
Je connois tout le prix d'unsi grand
facrijice)
Dont un coeur lâche & basse verroit
effrayé)
El dont vous vom trouvex^if noblement
pdye,
Jeteffais,chevalier, &quevojire
confiatnçe
Dltns sespropres travauxgoûtesa
rècompense,
Pouffé far le devoiràsuivre avec
ardeur
r Un Prince dont la chute a marqué
I la grandeur,
l Vous avez^ vu de prés cet héroïque
exemple,
Que la Posterité doit honorer d'un
Temple,
Et qui vient denfeigner aux Prin~
ces d'anjourd'buy
'A rendre au Roy des Rois ce qu'ils
tiennent de luy.
Cyefidu Sang des Stuards 1,4,
pratique sublime,
MARlE)*avoit duJïenscellècette,
maxime;
JAcques.fuitfon Aycule) &mdr-i
chantsurfespas
Au \ele des Autels immoleses EtatsJ
* Marie Stuard Reine d'Ecosse,
Le Cielvous applaudit, & déjà
ses prodiges
GrandRoy, de voflregloire ont tracé
des vestigesl
Etvousa Ó digne Epouse, & d'un
Saint, &d'un Roy,
Viftime de l'Amour3 Martyre de la
Foy, •
roue,dont atous les bons la disgrace
est commune,
Et dont le seul ajfeéf condamne lx
Fortune
,
Vous,chez,qui des vertus le cercle
refpefl;
Reconnoift pour son Cheft'dllgtifte
Pieté,
Qui nourriffez^ ce Fils l'espoir de la
Tamise
Dufut de la Sageffi) & du lait de
l-Eglise:
Malgré les durete, d'un exil rigoureux
,
Qmvous voit tous Les lours nesi-il
pas trop heureux?
Déja de vos climats écartantfort
tonnerre,
Le Ciel d'un oeilplus doux regarde
l'Angleterre}
Dijlt sur son Zénith deux Ajlres
èclatans
Asa triple Couronne annoncent le,
le beau temps.
Ainsi, 101s qu'un Vaif/eau tour^
mente de l'orage
Attend avec frayeur le moment d"
naufrage)
Si quelqueMatelot voit enfaisant
son quart,
Briller lesfeux Gemeaux au travers
du brouillardy
Vn cryjoyeux selevej &sur cette
apparence
Chacun desonsalutrecouvrel'efpç~
rance.
Jeune Roy des Anglois
, montez,
sur l'horison
Et forcfezl'inijujhna à, vou:s fairerai- Bientotf nous vous verrons sur les
Mets Britanniques
Dlffîper d'un regard leurs valeurs
politiques
:
Ces grandes qualiténous en font
caution,
Qui courent au devant de l'éducation
j [ épurée
Cet esprit avancé, dont la flame
Admet une prudence aussi prématurée
y Ce noble exterieur, cet exccs de bonté
Qui réunit l'amouraveclaMajeflé,
Enfin tant de vertus que Dieuvous
, a données,
Ades destins privezjiefontpas con.
damnées ;
En
Ari vous ellesferont reverer un grand
Roy,
BI dans des coeurs seduits rappelles
font la Foy.
Croifiex^, jeunes beau/t,Je l'aimablePrincejje,
Cfoiffi,J source d'attraits, & trefordesagesse
j
Deja la renomméeen.traversant les
mers
Prépare tous les coeurs à recevoir
vos fers,
Et la rebellion qu'épouvantent vos
charmes)
N'attena qu'à voir vos yeux pour
leur rendre les armes.
Sans doute3Chevalier3qu'à ma
prédiction
Vous vous opporerez,par cette oG.
jeciion. [ vorce, Wwecque l'équité ce siecle ejl en diZe
bon droitylanguit quand il
manque de force,
Ztmerite) impuissant s'iln'eflpat
fortuné, [ ronné.
ITyfçanroit triompher ducrimecou-
Mdis, pour vous -,afjrmreresongez,
fous quels auspices
YojlreRoy, defin rang a goûté les
prémices:
Des hautsfaits de LOVIS le cours
impetueux
Ne luy laïffcra-Uilqu'un titre infructueux?
Xon , non: quand ce Heros que la
glotreaccompagne
Auravengé PHILIPPE, &raffermi
l'Espagne
, Certains de son appuy les Anglais
genereux
Contraindront lesingratsà devenir
heureux,
SilafiJelitÍrevendnt àparaiftre -
On verraplus d'un MONK*decla*
, ré pourfin Maistre.
Desplendeurcependantaux Cieux
enVIronne,
yACQUEs le bienheureux, humblementprosterné
rAuxpieds majestueux du Throne de
sagloire,
eriguera les faveurs du Dieu de la
Vitteire.
rAinfi3 quand les Hebreux, contre
leurs ennemis
Disputoient le terrain qui leurejîoit
promis,
Tendant queJofüèfaisoit agirleurs
armes,
Moyft foupiïoit, & repandoit des
larmes,
General Anglois qui rétablit le Roy
Charles U. en 1660.
plçe doilbUJecôUrs qui redoubweM^
coeur, ~?.~
,Ve ce Peuple choififit un Peuple
vainqueur. :
Je ne doute point qwlgi
lecture de cette Epître ne
vous faffe fouhaitter de sçarvoirqui
estleChevalierà
qui elle est adressée. J'aurois
beaucoupde choses à vous en
dire; mais n'ayant ny le
temps ny la place ,je vais
vous apprendre en peude
paroles
, ce qui regarde sa
naissance
,
& sa Hdeiicc.On
ne peuttrop vanter le merite
de ceux qui donnent des
preuves incontestables
, que
celle qu'ils gardent à leurs
Souverains est inviolable. MI
le Chevalier Baber est def";
cendu de la Maison de Cheumagna
,de la Ville de Wells
dans la Province de Sommerset,
qui prouve plus de cinq
cens ans de Noblesse, par
desTitres autentiques,des
Tombeaux,des Inscriptions
sur des Marbres, & des Armes
,
& des Inscriptions sur
les vitres de plusieurs Eglises
de la même Province. Le
Pere de M' le Chevalier Baber
a été marié trois fois, il
a épousé en premieres noces
Elisabeth Richards, fille du
Chevalier Guillaume Richards
de Javerland, dans
l'IsledeWitght,dontestvenu
ce Chevalier. Sa seconde
femme étoir AnneBaynting,
Vicomtesse& Pair d'Angleterre,
fille de Paul Vicomte
de Baynting de Sudbury,
dans la Province d'Essek; &
sa troisiéme, Brigide Vicomtesse
de Kilmerey
,
Pair d'Ir-;
lande, fille du Chevalier Druny
d'une Maison tres-ancienne
à Basterop
,
dans la
Province de Norfolk, Mr Xt,
Chevalier Baber à qui les
Vers sont adressez
, a épousé
Marie Draper, fille aînée,&
heritiere du Chevalier Thomas
Draper dont la Maison
n'est pas moins celebre par
la naissance que par la vertu.
On a remarqué une tresgrande
generosité en tous
ceux de cette Maison
,
qui
ont detoustemps reçud'une
maniere très genereuse tous
ceux qui les ont été voir, tant
à Londres, qu'à leurs Châteaux.
Le Chevalier Thomas
Draper eut mêmel'honneur
avant la derniere révolution,
de regaler plusieurs fois, dans
son Château nommé Sunninghill
Parth, proche le Châ.
teau deWinsorle Roy Charles
II. avec la Reine Doüairiere
qui est en Portugal
,
le
feu RoyJacques II. & laReine
Doüairiere quiestà S.Germain
en Laye, ainsi que toute
leur fuite,& mêmejusqu'aux
Gardes du Corps qui accompagnoient
leursMajestrez. Ce
Chevalier Thomas Draper a
eudeson mariage avec Marie
Allen,fille du Chevalier Thomas
Allen de Finchely, Maison
tresillustre
, ôc tres anciennedelaProvincede
Mid.
delsex Marie Draper épouse
du Chevalier qui fait le fujec
de cet Article.CetteDameest
du plus grand merite & de la
plus haute vertu; elle est difstinguée
par un grand attachement,&
un grand amour
pour son époux,par un foin &
par une tendresse extréme
pourtous leursenfans, & par
des manieres civiles & honnestes
qui la font estimer de
tous ceux qui la connoissent.
¡
Quant à ce qui regarde la
fidélité de l'époux d'une femme
si parfaite
, envers (on
legitime Souverain. Voicyce
que l'on en peut dire. il sortit
d'Angleterre en 1689. &
suivit en France,le feuRoy
Jacques IL d'heureuse me*;
moire. Il alla en fuite en Irlande,
où il fit plusieurs Campagnes
en qualité de volontaire
auprés de ce Monarque,
& ailleurs, quand ce Prince
re stoit à Dublin. Après la déroute
de la Boyne en 1690. il
demeura au prés de la Personne
du Roy. Il resta ensuite
à Dublin, dans le dessein de
passer en Angleterre deguisé;
mais ayant été découvert, il
fut mené prisonnier auChâteau
de Dublin,d'où il forcit
quelques jours ensuite, surla
parole de Mr Robert Fitzgirad
, fils de Mr le Comte de
Kildare
,
& sur celle du Co-î
lonel Ternand Hastings, Colonel
d'un Regiment qui étoit
au service du Prince d'Orange.
Ilfut cité deux moisaprés
pour comparoître dans la
Chancelerie
5
où les trois
Gardes du Grand Sçeau luy
presenterent le Sermentde
fidelité, & exigerent de Iuyt
qu'il reconnût le Prince &
la Princesse d'Orange en
qualité de Roy & de Reine
d'Angleterre, d'Ecosse, &
d'Irlande. Il refusa absolument
de prêter le Serment
qu'on luy demandoit, disant
qu'il ne reconnoîtroit jamais aui
cun Roy que son Souverain le.
gitime Jacques II, 0- que la
crainte dela plus cruellemort n'ée
soit pas capable d'ébranler un
moment sa fidélité. Il ajoûta,
qu'il étoit persuadéquel'autorité
(y4 la vie du Roy étoient inseparables.
Les trois Gardes du
Grand Sçeau l'envoyerenten
prison le 18. Novembre 1690.
êc il y restajusquau 13. Fe,
vrier 1691. qu'il fut élargipar
ordre de la Princessed'Orange,
pendant que le Prince
d'Orange étoità la Haye,&
par l'entremise du Colonel
Henry Sidney, connu aujourd'huy
sous le titre du Comte
deRumnay
,
frere du Comte
Leicester
,
dont il paroist
avoir toute lareconnoissance
imaginable. Il ne sortit de
prison
,
qu'à condition de -
passer d'Irlandeen Angleterrc,
& de n'y rester que trente
jours, du jour de son debarquement.
Il obtintavant que
le terme qu'on lui avoit prescrit
fut expire, permission de
rester dans ce Royaume jusqu'à
la Paix de Riswick, qui
se fit en 1697.,après laquelle
il fut exilé par un Aéte du
Parlement. Il allaensuiteen
Flandres & en Hollande,
où il demeura jusques en
1699. cherchant toûjours les
moyens qui pourroient luy
faire obtenir la permission
de retourner auprès de son
Epouse,ilsollicitapour l'obtenir
Mr Dikwel Plenipotentiaire
des Etats Generaux,sa
delicatesseestant telle, qu'il
ne voulut jamais rendre visite
a aucun Envoyé, ou Ambassadeur
du Prince d'Orange
à Bruxelles &àla Haye.
Il soutint genereusement ce
caractere à Paris, où il vint
ensuite,& refusa
,
quoique
conseillé, & même prié par
t ses amis d'avoir aucun com-
I merce , ny d'aller à l'Hôtel
d'aucun Ministre de l'enne- -
mi mortel de son legitime
Souverain ,& même d'avoir
, aucun refped: pour ceux qui
lerepresentoient, detestant,
f en veritable homme de bien,
! le Caractere équivoque de
ceux qui confideranc plus
leur interest que leur hori_
neur, cherchent à s'accom_
moder au temps, & voudroient
,
s'il estoit possible,
estre amis de tous les partis
pour faire mieux leurs affaires.
Mais pour estre verirablement
honneste homme,
il ne (uffic pas de sauver les
apparences, il faut, comme
Mr le Chevalier Baber, n'avoir
rien à se reprocher à
soi-même. Ce Chevalier a
beaucoup d'esprit, & de bon
goût,& l'on peutdire même
beaucoup d'érudition pour
un homme de nainance. [Il
sçait par faitementbien l'hilstoire,
Il fit fort estimé en
France,où il est en commerce
avec uneinfinité de gensdistinguez
par leur qualité,&:
par leur esprit.
C'est Mr le Chevalier de
Montandre qui aapporté au
Roy la nouvelle de la deffaite
des deux milleCuirassiers Impériaux
,commandez par Mr
de Visconti quialloient au secours
de Monsieur le Duc de
Savoye. Mr le Duc de Ven.
dôme a écrit au Roy, qu'il
ne luyfaisoit point le détail de
laélioni que Mr le Ckcvalitrde
MontAndré le luyferoit mieux
qu'il n'auroit pû faire lui même,
s'estanstrouvé àtout,
e y ayant eu bonne part. Sa
Majesté la receu avec beau.
coup de distinction ; & comme
elle étoit à Marli lors
qu'il lui apporta la nouvelle
de cette deffaite elleavou
lu, pour lui faire honneur
& lui donner des marques
de son estime
,
qu'il y de*
meurât pendantlerestedu
sejour qu'elle y dévoit sais
re. Toute la Cour lui a donné
des louanges, & generalement
tout le monde s'est ezi*:
pressé à lui marquer de la
consideration.Vous sçavez
qu'ilestde la maisonde la
Rochcfoucaut
>
si grande, si
illuste ,&si connuë
1
qu'il
n'est pas besoin de vous en
rien dire. Mr le Chevalier de
Montandre est le même qui
apporta l'année derniere la
nouvelle du départde la
-Flote ennemie de devant Ca."
-
dix, par la Bravoure des Galeres
du Roy, où il étoit Ofsicier
en ce tem pslà
,
& où
il se distingua. Mr le Comte
de Montandre qui fut tué à
la Bataille de Luzarra, etoit
frere de ce Chevalier. Ce
Comte, qui étoit generalement
aimé,a esté fort regreté
à cause de ses grandes
qualitez. Mr le Chevalier de
Montandre marche sur de
si glorieuses traces, & tous
ceux qui le connoissent en
disent de grands biens.
Quoique Mr deMontan;
dre n'ait point apporté de
Relation, il en parut une
peu de temps après son arri.
vée,delaquelle on atiré les
Articles qui furent alors rendus
publics, j'ay cru vous
la devoir envoyer entiere,
& dans les mêmes termes
qu'elle a été ècrite; jaurois
pû retoucher a la diction d'un
homme de guerre, qui n'a
pas eu tout le temps necessaire
pour écrire autremenc
qu'il a fait
j mais j'ay crû que
pour n'alterer en rien la vc:":
rite
,
je devois laisser cette
Relation dans son état naé
turel.
A Serravalle
,
le 27. Octobre.
1703. f"Eus rhonneur de vains mande,
par le dernier Courier qui a esiè
defecbe dAlexandriepar Monfieufl
le Duc de Venàofme
, que foi kj.
avis qu'il avoit reçus qu'environ
trois mille chevaux ennemis avoient
esté détachezde leurCamp dela secchia,
qu'ils avoient fris la route
du plaisantin
, ce Prince jugeant
bien que cette marche ne pouvoit
ejqle à d'autres dcjfeinsque dejoindre
Air le Duc de Savoye, avoit envoyésix
Bataillons à Acqui, aux
ordres de Mrde Bouligneuxt&qua?
torze Compagnies de Grenadiers
) commandées par Mr de Dreux à
Serraval/e)avecseptcens chevaux,
&MrsdyEfclainvilliers,âeGoas,
de Dourches> & Defdaux, prenant
le party de demeurer avec trois cens
chevaux Eftagnols
, quatre Compagnies
de Grenadiers, & le Bataillon
Irlandais de Dillon, pour en
âifpofet suivant la marche que les tmenusprendraient3foitqu'ilsfe déterminaffent
au chemin de la PUineaffleurant
Tortbonne &Alexandrie
,
passant entre Nice de la Paille
& le Pô
,
foit qu'ils prissent celuy
des collines, & la tesse des livieres,
de Scrivia & de Bormid) &
jugeant qu'ils prefereroient ce der.'
niercommeplus éloignédeftnArméei
ilprit leparty de venir le zi- ti Se,..
ravalle
y
sur l'avis qu'ilreçut qua
les ennemis marchoientpar la Vallée
de Tidone 5
les Troupes qui
cfioientlefiées Il Alexandrie le fuivirent.
MonsieurdeVendôme apprit
le même jour que les ennemis
avoient campé le 24. à Varzg ,
&,
avoient pris le 15. la route de Saint
Sebastien
, cet avis fut confirmépat
le retour d'un party, dont le Commandantassura
qu'il avoit và le
mêmejour2.5. à midy les Fouriers
des ennemis arriver a Saint Sebastien,
- Mr de Dreux reçut ordre d;Jns ce
moment de marcher avec les quilor?
e Compagnies de Grenadiers &
cent cinquanteMatftres pourse rendre
au Chasteau de Demi, jitué a
une demi-lieue de Saint Sebastien
, sur une hauteur dont l'extremité do..
mine entierementsur la vallée dans
./aqttetle est Saint Sebastien. Je crois
DOTÙS devoir faire observerquecette
hauteur avoit estè occupée par ordre
-de Monsieur de Vendosme, par des
Milices du Milanais, répandues
dans toutes les montagnes pourincommoder
les ennemissur leurmarche.
Cesmilices donnerontfortexactement
des nouvelles de leurmarche.
Au.ffi-tof} que les Troupes venuës
d'Alexandrie se furent rafraîchies
a Sefyavalle,Monjicur de Vendorme
en partit avec ellesa neuf
heures dufoir. pourse rendre à Derni,
eslans averti seurement que les
ennemis esteient à Saint Sebastien.j
ily a près de quatre lieuës de Ser*
ravalle à Derniparun cheminqui
traverse les montagnes, où ilnepajfe
qu'un Cavalier de front. MonJieu,
de yendofme n'y put arriver qu'au
pointdujour avec la tefie de la Co*
lonne
t Mr de Dreux l'assura que
les ennemis riavaient point encore
décampéy ce Generalrieutpasplutofi
reconnu la jituation du Pays qu'on
lavertitqu'ilsefioientacheval, ce
coup à*oeilqu'il, a admirable, luyfît
juger qu'à peine il pourroit joindre
leurarriéré-garde dansunpays aussi
difficile. Ilse mit à la tesie des premiers
Grenadiersqu'il rencontra &,
descendit dans la vallée par où lej
ennemis marchoient le long d'an
torrent quise nomme Coirone, &pria
$/[onfieur le Grand Prieur de lefaire
joindre le plus diligemment qu'il
pourroit par la Cavalerie.
1 On ne descend de Demi dans cetté
vallée que par un défilé fort long)
que lapluye avoit rendu tres - diffitile.
MonjÙur de Vendosmearriva
avec Mr deDreux ala têtedes Grenadiers
avant laCavalerietrouva
trois Escadrons de l'arricregarde
-proche le Village de-Saint Sebastien
Avant que de les attaquer ilordonna
à MMriddeeQCrJe?n:rault d'occuf
per brusquement avec des Grenadiers
une hauteur qui lfanquoitsa
droite, &d'où les ennemis auroient
pu l'incommoder, mais on ne leur
,en donna pas le temps, elle fut octapée
, & Varrietegarde attaquée
par MfJnjieurde Tendofme en même
lemps, laquelte ne fut pas plutofi
ébranléepar la décharge des Grena.
diers 3que les Houssards François
firtis despremiers 6léfilezpénetrerene
au milieu des trois Escadrons) dont
un prit la fuite du cofté de Saint
Sebastien , & un autre fut fait entierement
prisonnier.
Cette piemierechaigefutfoutenug
par l'arrivée des premiers Escadrons
Efptflgnols, à la tesie desquels estoient
Monsieur le Grand Prieur & Mr
d'Agui/ar.
Les ennemis apparemment étonne",
d'une attaque au/Ji brusque &
au/Jiimprevuë
)
se jetterent dans le
montagne la plus voiftnc
, ayant
déjà pajjé un défilé qu'ils laisserent
entre Mondent de Vendosme&eux,
qui attendoit le refle des Carabiniers,&
de la Cavalerie, qui le
joignirent avec Monsieur d'Ayeto..
na , & les Comtes de las Torres,.
& d*Aubeterre.
Cependant Mr de Chemerault
'qui estoit sur la montagne droite
ayant eslé joint par Mr de Maule-"
vrier ColoneldAnjou,d-eent cinquante
Cavaliersdétache,-,, coula,
le long de la cresse de la montagne,
& chargea en flanc les ennemis qui
gardoient le difilê que Monsieur de
Vendosme vouloitforcer, son feu les
mit en desordre
, & lesfit abandonner
le terrain, 6" laissant un grand
nombre de Cavaliers sur la place)
ils se foflerentsur une hauteur derrière
celle dont ils venoient d'ejlre
çhaffcz^î mais avantque d'y arriver
{lfallut pajjer des ravins tres-dijfi*
- -- - - -
Xiles, ou beaucoup demeuretent, de
même que le peu d'équipage qu'ils
avo!entaveceux.
Ceux qui p.iffcrcntceRavin gagnèrent
le !J,fut de la montagne en
ajjez^ bon ordre, [ur la croupe de laquelJlIe
i.l1sCre;m.-:iC.iten b, atai'll!le,où
ils ny demeurèrent quautant de
temps quil en salut aux Grenadiers
-1pour PdJJer les Ravins,
& aux Carabiniers conduits
par Mr le Marquis Dayetona,&
d'Aubeterre. Les tioupesse mirenten
bataille devant les Ennemis avec
les Escadrons detachez) commandez^
far Mrs d"Efclainvilliers>de Dourchef
& De[claux
; quelques Grenadiersse
placèrent au flancdes
ennemis
,
dçit le premierfeu les fit
encore plier, er îe-pa(Jurent un fécond
Ravin plus difficile que le
premier par lequel une partie des
ennemis se retiroit,Protegèe de ceux
qui létoient mis en hataitle; mais
dés que les Carabinierssefurent
saisis de la hauteur qui cachoit. ce
Ravin ,
l'on vit le portrait de la
deroute du combat de la Vittoria
de l*année derniere j le revers du
Ravin ne sepouvpit remonter qu'-
avec beaucoup de dijficultê) ce qui
fit que ceux qui J) ètoient jette,
avec precipitationy ctoient en confujîon.
Mrs Dayetona, & d'Aubeterre
firent avancer les Carabiniers
a pied proche le Ravin, dontla
décharge acbeva de mettre le de..
fotdre dans les ennemis, on en tua
un fort grand nombre, & la pluspart
abandonnèrent lars chevaux,
ceux qui se sauverent prirent deux
pu Vois routes différentes par la
montagne, la plus grofft troupe si retira ptt," le Château de la Ra.
chetta
,
proche du Village de Cantalup
le long de la Scrivia. Mr
Dayetona lesfitfùivreparMrsd'Efclainvilliers
3
de Dourches & ne¡:..
dauxï mais les chevaux étaient pref
quetous rendu*,demaniéré quils ne
passerent pas Carochetta
,
d'où Mr
le Comte de lasTorres les ayantjoint
avec le Regiment de Dillon, cft reparti
après les avoirfait 1afrdichir.
pour suivre les débris des ennemis
J" après lesquels Mr deValde Fuentes,
qui avait été detachédeSerravalle
avant le combat pour reconnaître
la marchedes ennemis,ejî
encore retournésur l'avis de leur défaite.
Mr de Bouligneux
,
qui en a été
demême averti par un Ayde de
Camp de NlonfîeurdeVendôme qui
a pris la pcfie a Barré
3 avec ses
six Bataillons, les poussa depuis
Acqui
,
jusques à Savonne.
Monjieur de Vendôme vient de
recevoiravis, que ce que les ennemis
ont pû rassembler, remarche du
Coté de la Sccthia.
Quoique cette affaire faitplutôt
stne deroute qu'un combat
,
elle a
pourtant duré depuis sept beures &
demie du matin jufqua midy
, parce
que le Champ de Bataille occupoit
fîtes d'une lieiie &demie de terrain
rempli de montagnes&ravins, derrière
lesquels les ennemisJefontrassêmblez,.
detemps en temps, les soldats
hdTaJlèz ayant de la peine a
y artiver, & les chevaux de Cavaliers
qui avoient marchépendant
tJftl. de vingt heures Alant beauCoup
de peineafranchir lesmontagnes
dans un terrainfort mol; mais
touteslesfoisque les ennemissefont rallieils l'ont fait avec tant de
foiblesse quils oht plié au premier
feu, sans attendre le coup de main.
aycomptéplus de 400. prisonniers
y compris un Adjudant General,
quatre Capitaines, trois Lieutenans
& quatre Cornettes. Il efl
restéplru de^00. hommes des ennemis
sur le Champ de Bataille, &
beaucoup de chevaux. L'on a pris
environ 500. chevaux, lesmulets
les habits & la vaisselle , de Mr de
Vifèonti. Lesprisonniersdifentque
Davia, leurfameux partisan, a
été tué, que le Comte de Salmâ
& M* de Rocavione) tous deux
Colonels,font blejfezlis ajoutent
qu'ily avoit dis-huit cens cavaers
lesquels ont été tous choisis
dans les Regimens, [oit hommes foit chevaux , : ensorte que L'on peut
affurer qu'il ne reste pas cinq cens
chevaux de l'élite (Je la Cavalerie
de l'Empereur
3
lesquels
,
felon les
apparences>pourront bien ne pas
Intrer en Savoye.
Cette Vrfioire na coûté qu'un
ZicNtenantde Grenadiers du Régiment
de Tournaisis, nf/mmé Dîtieu
_mort ce matin de sa blessure.
Mr de Chamerault a été blejjé
legèrementd'un coup de feu qui luy
perce les chairs du butsgauche
Mr de Touvenant Capitaine de
Jrlouffards
3
blessé legerement a r",
wiffe>&douzgCavaliers ou Grenadiers
bleJJe
Mrs lesChevaliers de TÂr-1
quebufe de Joigny, ayant
appris la mort de Mrle Duc
de l''Esdiguieres se font dillin..
guy, par les marques publiques
qu'ils ont donne de leur
doùleur
, £< par les derniers
devoirs qu'ils ont rendus àce
Seigneur. Ils firent sonner
pendant vingt- quatre heures
sans discontinuation les Cloches
des trois Parroisses de
la Ville. sçavoir
,
celle de
Saint Jean qui est la plus confiderable
,
elle fut toute tendue
de noir. On dressa une
tres- belle Chapelleardente
dans le Choeur,où on cele;
bra un Service solemnel,auque!
tour le Clergé de la
Ville assista avecMr Perrorté
Gouverneur,&tous les Çhevaliersen
cor ps,quin'ont
rien oublié pour rendre cette
Cérémonie la plus magnifique
qui leur a esté possible;
Mr du Moulineau Capitaine
aux Gardes,a épousé
Me de Lavogadre,fille du
Gouverneur d'O leron. Mrdc
Lavogadre
,
eO: un des plus
anciens Officiers du Royau.
me, Maréchal de Camp, ci.
devant Lieutenant de Roy à
Metz, & Gouverneur d'O-1
leron depuis vingt cinq ansi
Il n'a qu'une fille d'un vray
merite.Il a voulu labienétablir;
il a jetté luimême les
yeux sur Mr du MoulineauJ
& en sa faveur il s'est demis
de son Gouvernement. Le
Roy a agréé cette demission,
& a donné ce Portedeconfiance
à Mr du Moulineau,4
aux con ditions d'épou fer cette
Demoiselle, & Sa Majesté
dit, en leur accordantcette
grace, qu'e lle lefaisoitpour
reconnoistre les services du
Pere
J
&le mérité de la
Demoiselle
,
& pour obliger
ce Capitaine aux Gardes,
qu'elle a toujours confideré.
Ce Prince luy donna autrefois
sa Compagnie par diftinction.
Mr du Moulineau
est frere de Me Derbleville
dont le mari était Gouverneur
d'Oleron ',.&, Gentilhomme
d'une grande confiderarion.
Il est aulIi frere de
feuë Me Dumay
,
oncle de
Me Valier,& de Me de Magenville,
Mllede Lavogadre
aesté pendant six années,
fille d'honneur de Madame
la Duchesse Royale de Sa,
voye ,ce qui luy a procuré
la protection de Madame la
Duchesse de Bourgogne;la
sagesse avec laquelle elle s'est
conduite
,
fait juger qu'elle
remplira avec beaucoup de
distinctionlaqualité de Gouvernante
d'O leron.
Elle demeuroit depuis longtem
ps à Paris,chez Me de
Bragelonne, veuve du premier
Pre sijent duParlement
de Metz. Cette Dame
, que
la qualité & la verru distin-
| guent également,luy'a servi
de mere en cette oceafion,
f & tout l'honneur du succés - - -
de ce Mariage ,que les plaisirs
&lamagniifcenceont rendu
un des plus beauxqui se soient
faits depuis long: temps, à cause des Festes qui se
font données pendant quinze
, jours dans la Famille de Mr
Bragelonne, & de Mr Solas,
frere du marié.
Mrle Mar quis delaChaise
Seigneur de Badiolles & autres
lieux, Lieutenant général
du bas Poitou
, a épousé
Mademoiselle de Marcogner,
fille deMr de Marcogner,
Chevalier de Saint Louis,
Gouverneur de la Rochelle,
qui s'est fort distingue dans
les precedenres guerres, &
sur touc dans la derniere à la
deffense de Keizerfvertoù il
tint considerablement contre
l'Armée Imperiale, quoy
qu'il n'eut que quatre cens
hommes de garnison
,
parmi
lesquels il y avoit beaucoup
r d'Allemans, qui lassez de la
trop longue resistance de cet-, tePlace,se souleverent pour
; l'obliger à capituler
; mais
malgré cetterevolté
,
il se
deffendit encor quelques
; jours
,
fit une très belle Capitulation
Jornt de la Place,
& traversa l'Armée ennemie
avec toutes les marques
d'honneur qu'il avoir demandées,
suividetrente ou trentecinq
hommes feulement, qui
seulsétoient demeurez fidels.
Jamais Mariage ne fut
mieux assorti à cause du merite
extraordinaire qui se trouve
de part & d'autre. LaCéremonie
de ce Mariage a
esté faire par Monsieur l'Evêque
de la Rochelle, en presence
de Mr le Maréchal,
de Chamilly
,
Commandant
dans les Provinces d'Aunix,
Saintonge
, & Poitou,& de j
Mela Maréchale, chez qui
toute la Noblesse qui s'est
trouvée à cette Ceremonie,
fut ensuite regalée avec toute
la magnificence ordinaire à
cette Maréchale. La Feste a
duré plusieurs jours.
Rien ne convenant mieux
que des Articles de mort
après des Articles de Mariages;
je crois devoir ajouter
icy ceux de quelques Morts
dont ilme reste à vous parler.
Messire Alfonse Gedoyn ;
Chevalier Seigneur de Fully,
Gouverneur de Baugency.
Capitaine des Vaisseaux du
Roy, est mort au Port Loutô
Ilavoiteu l'honneur d'estre
Page de la Chambre duRoy,
& depuis il avoic toujours
lervi dans la Marine avec distinction.
Il estoit fils de Mesire
Philippes Gedoyn, Chevalier
Seigneur de Pully,
Lieutenant General des Armées
du Roy, Gouverneur
de feu Monsieur le Prince de
Vermandois,&de Damoiselle
Marie de Mareau. De
ce mariage estoient issus trois
garçons;l'aîné qui vient de
mourir; le Chevalier Lieutenant
au Régimentdes Garides
Françoises, qui mourut
il y a deux ansà Anvers; &
un troisiéme qui est Abbé.
On sçait assez que cette famille
compte parmi ses Ancestres
un Secretaire d'Etat,
qui vivoit il y a plus de deux
cens ans, & dont il est parlé
si honorablement dans les
oeuvres de Marot. On sçait
aussi qu'elle a l'honneur d'être
alliée à plusieurs grandes
maisons, du nombre desquelles
sondlaMaisondeGesvres,
de Longueval
,
de Canillac,
deSoyecourt,&c.
Dame Anne Marguerià
,
te Baltasard, épouse de Mestire
Jean Qantin,Chevalier
Seigneur de Riche bourg,
Maistre des Requestes honoraire
de l'Hostel du Roy, est
morte âgée de soixante six
ans, Elle estoit fille de feu NN..Baltasard & de Dame du Laurens, soeur de
Messire Pierre du Laurens
Evêque de Bellay.Elleestoit,
aussi soeur de Mrs Baltasard
dont le Chevalier, homme,
d'un si grand mérite, mourut
subitement il y a quelques
années, & de Mr l'Abbé Balthafarcî,
dont l'esprita beau.-
< coup d'agrémens,& dont le
commerce est recherché de
tous les honnestes gens. Ma.,,
[' dame de Richebourg laisse
| entr'autres enfans deux fils
Conseillers au Parlement de
1
Paris, & une fille mariée à
1 M' d'Haroüis, Maistre des
Requestes. La Maison de
Mr de Richebourg est ancienne
dans la Robe. Elle a
I donné des Officiers de Magi
strature dés le milieu du
seiziéme siecle
, ou un Taillerand
Quantin brilla beau-
I coup par son éloquence &
l par la réputation qu'il acquit
S
d'un des plus excellens Juges
du Royaume. Ilrefusa avec
fermeté les offres avantageuses
de Mrs de Guise
,
qui le
persecuterent ensuite.
Messire Jean Vialart,Chevalier
Seigneur de Herse,
ancien Conseiller au Parlement
de Paris.Ilestoit frere
de ce Saint Evêque de Cha.
Ions, Predecesseur de Mrs de
Noailles,& dont la mémoire
est dans une si grande benediction
danstout ce Diocese,
où l'on prétend que son intercession
opere tous les jours
des merveilles qui pourraient
bien
bien un jour donner lieu à sa
Canonisation
, que la voix du
Peuple demande avec les plus
vifs empressemens. Mr Vialart
qui vient de mourir vivoit dans
une pratique exacte & rigoureuse
des vertus du Christianisme
i l'exemple d'un Saint frere
estun puissant motif pour nous
porter àDieu. Cette Maison a
produit aussi un saint Personnage
dans le seiziéme siecle, qui
s'estoitenfermédans l'Ordre de
Saint Benoist, où l'odeur deses
vertus fut sur le point de l'élever
aux premiers emplois de
son Ordre, qu'il fut toûjours
constantà refuser.
Messire Jean Julien Phelippc
de Billy, Chevalier Seigneur
duditlieu,dugrand & petitJouvancourt,
Conseiller de lagrande
Chambre,est mort âgé de
soixante-quinze ans. Il envifageoit
la mort depuis quelques
mois, comme s'il avoit estéassuré
qu'il luy restoit peu de
temps à vivre j & dans cet esprit
il se détachoit absolument de
toutes les choses créées. Il avoic
acquis dans l'exercice de sa
Charge la réputation d'un Juge
éclairé, droit & sincere. Il n'est
pas le seulde sa famille qui ait
paru avec honneur dans la Malgaifbracure
j son nom a donné à
Robe plusieurs Personnages
de marque: mais celuy qui
vient de mourir rassembloit dans
lapersonne toutes les excellentes
qualitez de ceux qui l'avoient
precedé, & il fera un A
parfait modele pour ceux qui
viendront a prés luy.
Dame Elisabeth Durand de
Villegagnon,veuvede Messire
Hilaire- Piedefer, Chevalier
Marquis de Champlost. Cette
Dame estoit d'une maison donc
le nom est fort connu. Les HiC.
toriens ont celebré plusieurs
grands Personnages qui l'ont
portéavec honneur, & distinction.
Le Grand-Pere de cette
Dame estoit un homme fort
connu & fort confideré par les
qualitez de son esprit. Le nom
de son époux n'est pas moins
celebre. Mrs de Piedefer ont
merité d'illustres témoignages
des Historiens. IlyeutunPiedefer
fous François I. qui fut
laterreur des ennemis, c'estoit
unFoudre de Guerre, pour meforvir
desexpressionsdel'Histoire.
Il s'estoit rendu terrible & redoutable
parplusieurs convbats
singuliers
,
04 ilavoit
toûjours remporte l'avantage.
Il mourutcomme ilavoit vêc,Ui
je veux dire en Héros, & les
armes à la main.
Dame Anne Maudet, épousè
de Messire Louis Robert, Conseiller
du Roy en ses Conseils,
• President en sa Chambre des
Comptes. Cette Dame estmorte
dans les sentimens de pieté,
où elle a toû joursvécu, & qui
semble hereditaire à sa maison,
puisque Mr son pere & Me sa
mere ont esté fort estimez par
leur pieté&leur vertu dont ils
ont donnéd'excellens principes
à Madame leurfille,doncla
mort a esté fore sensible dans sa
famille.
-1 Le Roy ayant nommé aux
Benefices la veille de la Toussaints
,
voicyles noms de ceux
qui ont rempli les places vac- cantes.
,
SaMajesté a donnéle Doyenné
de Saint Omer à Mr l'Abbé
de Valbelle, l'un de ses Aumôniers.
Cet Abbé encore plus
distingué parson merite & par
sa pieté que par sa naissance, est
neveu de Mr l'E vêque de Saint
Omer. Leur maison est originaire
de Provence oùellea toûjours
tenuun rang tresconfiderable.
Mr l'Abbé de Valbelleréparera
parfaitement la per- tede feu MrleDoyen de Saint
1
Omer, qui y eil: tres-regretté,
& qui s'estoit attiré l'estime Se
la vénération de tous les peuples
de ce Diocefe
) par sa vertu
& par sa probité.
Sa Majesté nomma en même
tempsà l'Abbaye des Religieux
ses du Bogue, Ordre de Saint
Benoît Diocese de Perigueux Madame de la Barde Vassa-,
le, Religieuse du même lieu.
Cette Abbaye eil: ancienne, & a été possedée par des filles
d'une grande vertu. Mr
l'Evêque de Perigueux a fair
besse, & il en a porté des tégrand
cas de cette nouvelle Abmoignages
bien avantageux.
A peine cette Abbaye fut-elle
vaccante , qu'on jetta les yeux - sur cette Dame, & le choix dii
Roy n'a fait queconfirmer celui
du peuple,qui est souventcelui
de Dieu. Cette Dame a
beaucoup de douceur & de vives
lumieres; conditions necessaires
à une personne qui fo
trouve à la tête d'une Communauté.
Mr Chauret à eulaChantrerie
de Parthenay. C'est un
Benefice qui a été rempli par
des Personnes d'un grand merite.
Le dernier qui l'a possedé
est fort regretté dans ce lieu.
Mr Chauret s'y fera considerer
par son merite qui est distingué.
La VilledeParthenay à produit
de grands hommes dans le
seiziéme Siecle; on en vit fortir
de scavans Personnages, tels
que furJent un Allosiu'-s' & uflf1
Férrand
*
qui se fit Religieux
dans l'Ordre de Cîteaux.
Mr Galiot Docteur de Sorbonn
e& Prin cipal du Collège
desTresoriers , a été pourvu
de l'Archidiaconé de l'Eglise
de Montauban,c'est la seconde
Dignité de ce Chapitre. Mr
l'Evêquede Montauban l'a demandé
pour luy, & l'a obtenu,
le Roy se faisant un plaisir de
1 recompenser les gens de merite
& de vertu. Mr Galiot est tres- 1
estimédanslaFacultédeTheo- 1
logie
j
d'où il est déjà un des
anciens Docteurs. Ce fera une j
perte pour la Sorbonne dont il
est un des plus considerables
membres. Ses lumieres font vives,&
pures.Il ne prend jamais
le change sur une question > en
un mot, il elt peu de Personnes
plus éclairées que ce digne Docteur
, il fera constamment honneur
à la Cathedrale de Montauban,
qui d'ailleurs est tresaffligée
d'avoir perdu Mr Louvrier
dernier Archidiacre, homme d'un merite singulier.
Mr de Poleins a eu le premier
Canonicat qui appartient au
Roy,aprèsla prestation du Serment
defidélité, dansl'Eglise
d'Aiby. Cet Ecclesiastique est
frere de Mr le Procureur General
du Parlement de Dombes.
Ila du merite & de la capacité,
&ils'applique même avec succés,
auxmatieresqui regardent
son état j il est d'une bonne &
ancienne famille de la Principauté
de Dombes. Son père
étoit Maître des Requêtes de
ce Parlement. Il y a une famille
de Poleins en Bresse
,
dont Me
la Marquise de Thoy est l'heritiere;
elle êtoit connue dés
l'an 1260. que vivoit Etienne
de Poleins Damoyseau qui fit
hommage d'un fief qu'il avoit
à Amé de Savoye,Seigneur de
Baugé & de Bresse Le pere de
Mr le Marquis de Thoy étoit
Charles Emanuel de Poleins
homme d'une grande valeur , ,
qui avoit épousé la soeur de Mr
de Beviers, qui prit ensuite une
seconde alliance avec Mr de
Marmont Gentilhomme qualifié
, dont est venu un Pere de
Marmont Religieux de Saint
Antoine, après avoir été longtemps
Capitaine d'Infanterie.
Mrde Faudoas Théologalde
Montauban, & Docteur de
Sorbonne
, a eu le Prieuré de
Gex. Ila un grand talent pour
la Prédication, & il a fait des
grands fruits dans les Millions
de ce païs-là. C'est aussi pour
reconnoistre son zele, & pour
animer les autres Ouvriers an
travail,quele Roy vient de lui
donner ce Benefice qu'il ne demandoit
pas; puisque jamais
1 homme ne fut plus desinteressé
que Mr de Faudoas , qui a
toujours meprisé les richesses.
C'est la justiceque lui rendent
tous ceux de ce païs-là
,
& ceux
de celui-cy qui le connoissent.
On ne doit pas ignorer que le
Diocese de Montauban est rem-
1 pli de Nouveaux convertis,&
qu'ainsi ceux qui veulent travailler
, peuvent y faire une
abondante moisson
,
& que c'est
un lieu bien propre à exercer
leurzele & leur ferveur.
Cet Abbé est de la Maison
de Faudoas Barbazanen Guvenne,
dont la branche-aînéeest
fonduë dans celle de Rochechouart
Chandernier. Elle étoit
déja fort illustrée fous Charles
VII. qui accorda au fameux
Barbazan,dit le Chevalier sans
reproche, son premier Chambelan
, d'estre enterré à Saine
Denis dans saChapelle, &de
porter les Armes de France sans
aucune brisure
»
son Tombeau
se voit encore dans la même
Chapelle, avec deux Epitaphes
& ses Armes. v
Mr Vérité a esté pourvu. du
Canonicat de Vincennes, vaccant
par la nomination de Mr
de Beaufort au Doyenné de l'Eglised'Ypres.
Mr Verité est
un Sujet tres-propre aremplam;
cer Mr de Beaufort. qui est
fort regreté dans son Chapitre.
Ils ont eu l'un & l'autre toutes
les qualitez que l'on doit
chercher dans les Ministresdu
Seigneur; son Eglise en est
mieux servie, lorsque ses Ministres
sont animez par un saint
zele, soutenu d'une ardente
charité
, & dune foy vive &
éclairée. C'est là le caractere
du nouveau Chanoine que le
Roy vient de donnera la Sainte
Chapelle de Vincennes, qui a
tant produit d'excellens Sujets,.
",-' La Sainte Chapelle de Vincennes
fut fondée l'an 1375). par
Charles V. dit le Sage,lequel
y établie un Tresorier , un
Chantre,sept Chanoines, quatre
Vicaires, 8c deuxClercs.
Le Corps du Cardinal Mazarin
, qui mourut dans ce Château
en 1661. fut mis en depôt
dans cette Eglise
,
&y demeura
jusqu'en l'année 1684. qu'il fut
apportédans l'Eglise du College
des QuatreNations qu'il
avoit fondé, & son coeur fut
mis aux Theatins. Cette Sainte
Chapelle est dans la Cour
duChâteau, dont Philippesde
Valois jetta les fondemens en
1327. que le Roy Jean continuajusqu'au
troisiéme étage
-
«8c que Charles V. fit enfin
achever. La Reine Marie de
Medicis fit commencer la belle
Gallerie que l'on y voit du côté
de cette grande Ville & le Roy
mit en 1660 ce superbe Edifice
dans l'état où l'on le voit aujourd'huy.
Mr d'Artuife de Nommery,
& Mr du Lis ont eu deux Canonicats
dans l'Eglise de Peronne.
Ce font deux Ecclesiastiques
generalement estimez,
& qui feront honneur à l'Eglisedans
laquelle ils vont entrer
; des moeurs tres-reglées,
une exacte probité, & une
vertu reconnuë )
font les vertus
qui brillent dans les dignes
sujets que Sa Majesté vient de
choisir pour remplir ces deux
Benefices vacans dans l'Eglise
de Peronne. Le Roy ne fait
point d'autres choix.
Le lendemain de la S Martin
on fit l'ouverture du Parlement.
Elle commença par une
MeIrc solemnelle,qui fut celebrée
dans la Chapelle de la
Grand Salle du Palais par
Monsieurl'Evêque de Bazas, ouMeilleurs assisterent en Robbes
rouges ; on entra ensuite
dans la Grand- Chambre, où
.ce Prelat ayant pris la place
dessinée à Mrs les Evêques qui
font cette Ceremonie à colté
droit de Monsieur le premier
President
, ce grand Magistrat
lui fit un discours dans des termes
choisis
, & pleins de cette
belle eloquence qui lui estsi fatniliere
,il le remercia de la
parc de la Compagie, d'avoir bien
voulu implorer le secours du cielpar
cet augufie Sacrificequ'il venoit de
celebrer
, pour pouvoir remplir avec
dignité l'importance de ses emploisy
Il tomba sur l'Eloge de ce Prelat.'
& sur ceux de ses Ancefirei
,
&
de ses proches qui rempliffoient si
dignement les places qu'ils occupaient
dans les Conseils du Roy,
que le zgle & l'application qu'il
avoit à remplir tout, les devoirs de
i' Episcopas
s
à l'exemple de ses Predecesseurs
,
l'obligeaient a l'affurer
de la part de la COl/zpagnit
)
de
sonefiime
)
& de la consideration
que l'on devoitavoir pour ses vértus.
ilfitvoir qu'elle employeroit
son autorité pour défendre celle du
Clerqé, & soutenir le pouvoir qu'il
avaitplu au Roy de lui accorderont
ce pouvoir devait efire employé 1°81
la conduite de leurs Diocesseess, qu'il
,
efioit donné pour édiIfsier, d&r non ppaasr
pour détruire
, que l'on devoit s'en
fervirpour deffendre &foutenirlei
privilèges de EgliseGallicane ,
quiçoniflfoientdans l'observationre*
piliere des Canons, que les uns &
les autres devoient conserver l'union
pour la dejfenfe mutuelle de
ceslibertez,, & il finit en l'aÍfu';'"
ranc de la part de la Compagnie
, qu'elle donneroit à ce
Prelat des marques de l'estime
& de la consideration qu'elle
avoit pour sa personne, & pour
sa dignité.
Mr l'Evêque de Bazas , qui
est frere de Mr de Gourgues,
Maistre des Requestes, & oncle
de Mr de Gourgues Daulnay
aussiMaistre des Requestes.
& qui avoient pris leurs seances
à ses côtez
,
répondit ail
compliment de Monsieur le premier
President par un autre;
où après avoir remercié la Compagnie
de l'honneur qu'elle lui
avoit fait de le choisir pour
une fonction si importante t 8c
qui l'avoit obligé de retarder
son retour dans son Diocese;
[ il fit voir, que quoy qu'il futsort
éloigné, & dans un autre Ressort
que celuy du Parlement, il ne
laissoitpas de ressentirtous lesjours
des marques de sa potection & de
son zele pour la deffense des droits
de lyEglisè :cette premiere Compa-
: gnie du Royaume servantd'exem-
[ ple à toutes les autres qui survoient
fis maximes&ses lumieres> qu'elle
avoit l'avantage d'avoir Il sa tête
un Chef autant recommandable par
sa naijïance iouflte,que parsesrares
& superieuresqualitéqui pen-
4ant qu'il efloit le Tuteur des PIt.
pilles, & qu'il en estoit devenu le
proteE/eur, avoit toujours étéattaché
àfaire observer l'odrre & llaajjuujsJtiiccee
dans sa pureté, avec une application
labourieuse
, une fermeté inébranlable
, une habileté profonde,
& un dejintereffimcnlfdns exemple.
Il joignit à cet Eloge celui des
Ancêtres deMrle premier President
dont il occupoit si dignement
la place. Il fit voir que
cette famille avoitproduit de grands
Hommes qui avoientrendu desservices
considerables à l'Etat; que
l'on avoit vû un Prelat de les
proches, ala tète du Clergé, illujlre
parsa profondefcicnce>fesgrands
talens ,son éloquence,&safaciliiê
merveilleuse dans l"expédition
L des affaires lesplus difficiles,d!au-
I
tres employezdans des Negotiations
importantes,& des Traitezd'oti
dependoit tout le fort _de l'Europe.
Ces beaux Eloges furent suivis
d'une protestation que ce Prélac
fit à toute la Compagnie, qu'il se fouviendroit éternel le..
ment de la distinctionqu'elle
avoit fait de sa personne pour
faire une fonction qui lui étoit
si honorable. On fit ensuite prê.,
ter le Serment aux Avocats, &
t aux Procureurs, & la Cour
s'étant ensuite levée, Monsieur
l le premier President invita Mr
t l'Evêque de Bazas , & la phil
I
grande partie de Meilleurs qui
avoient assisté à cette Cérémonie
à un dîner autant magnifiqueque
délicat.
L'ouverture de la Cour des
Aydes se fit le même jour pendant
la celebration de la Messe
du Parlement. La différence
qu'il y a entre les ouvertures
de ces deux Cours, eG qu'au
Parlement Mrs les Presidens,
& Conseillers y assistent en
Robes songes, & font sur les
hauts sieges dans la Grande
Chambre; & qu'à la Cour des
AydesMrs prennent leurs seances
dans les bas sieges, & en
Robes noires. Apres la lecture
quelle Greffier fit des differens
Reglemens qui regardent les
fonctions différentes des Huif:.
siers, des Greffiers de Mrsle.
Gens du Roy, Mr le Camus,
Premier President
, qui leur
avoit fait de belles exhortations
de continuer à s'aquiter dignement
de leurs différentes fonctions
,
suivies d'un éloge sur
l'exactitude, les lumieres , & la
capacité de Mrs du Parquée
adressant la parole à Mrs les>
Conseillers
,
fit. voir que ce
jour étant également destinépour les
exhorterà seperfectionner dansleurs
emplois&d'éviter les périls au
quels lafoiblesse de l'homme le jet-.
toit quand il s'écartoit des ùbligaA
tions
,
&des devoirs attachezàfk
profession -
,
ilfit unparalellejudideux
&naturel des qualitezdiffe
rentes de ceux qui s'apliquoient continuellement
à la iecherche ds 1$
vérité& aux principes de lajufiict,
& de ceux quisi laiss.tns entraîner
.à la multitude de leurs passions, ne
laissoientpas de tomber dans l'égarement
,
quoiqu'ils eussent souvent
de bonnes intentionJ. Il traça les
àifferens carafleres des uns & des
autres avec des termes êlegans &
une julleffe inimitable, marqua la
necessîtéde fairede continuelles attentions
sur foi.même
,
lesmoyens
dé se deffendre de hlltifion de fis
pfréventions, des appastrompeurs de- ambition
,
de la faveur & de la
fortune, desfoilicitations des amis,
& d'une opiniâtreté a foutenirfes
Jentimens ; mais à chercher la verité
dans elle-même & dans ses
1 principes,& à s'attacher a l'obfèrvation
dcs Loix qui devoient être < l'uniqueobjet d'un Juge.
Mr 1
MrBofc Procureur general prit
ensuite la parole, & fit voir par
un discours également éloquent
& naturel, quesiceux quiJedessinoientàla
Magiftratwefaifoientde jserieuses refexions sur l'importance
de leurs emplois
:>
& sur toutes les
quafitez necejïaires a cette pénible
frofejjïonyilsnes'y engageraientpaf
; si facilement que l'on fait
,
sans
s'ejlre consultez,eux-mêmes pendant
untemps consîderable, & s'tjlre examinex^
avec attentions'ils se trou-
; vent capables d'en remplir digne-
[ ment les obligations
, que les uns
L entroient dans les places pour remplircelles
de leurs proches & de leurs
r farens ; les autres pour établir leurs
famillesj d'autres dans la vuë d'y
c faire quelques fortunes, & dans
:' l'esperance de s'agrandir, ou de renare
des services a leurs amis» & de
faire valoir leur crédit ; que toutes
ces vèes étoientdangereuses , que le
seulobjet du MagijhatJcvoit être
la recherche de la verité
,
& j'dO#'
mour de la Jufiice ; que pour en connoitre
l'importance, on avait besoin
non feulement de lumieres
,
de
science & deprobité, mais qu'ilfaloit
veiller continuellement sur foimême
,&fit défendre d'une infinité
de passions qui se multipliaient insensiblement
quandon s'en laissoit
prévenir ,- que l'on tomboit infenfi*
hlementdnis une tellecorruption,
& dans une si funejle prévention,,
que l'on ne connoissoitplus Usvertus i si necessaires au Mayfinit$quil\
regardait la prudence pourfinefie, la
modération pour crainte, lafermetés
four eijtèteînent., la douceui ,lieîun--
fliciti& rinnocence des moeurs pour
foiblesse;que leMapfiratfouréviter
ces malheurs
* ne devott point
s'écarter des devoirs Ilttache,ÎJ sa
profession
,
sur le[quels il devoit
avoir une attention continuellepour
pouvoir rendre la luflice > quesid'un
toté
,
felon la pensée d'un Ancien,
on l'afpelloit la Mer des verttMJ
d'un autre on avoit raison de la
dépeindre avec un bandeausur les
yevx, une balance dansunemain,
& une épée dans Vautre: le bandeau
marquoit qu'elle ne connoissoit
personne, la balance3quellepezoit
également le droit de l'une&t'autre
partie ,
& que son épée devoit
estre employée pONrptJni, le coupable
& défendre ceux que l'on attaquait
injufiement. il fit voir qu'un luge
devoit se consacrer entièrement
au service du public j qu'il devott
ejJre acce.$/;}e
,
doux,l humain,patient
& toujours en cflat d'écouter
les raisons des Parties, & les consoler
de leurs miferes par des dfddiances
favorables. Il ajoûta.,
qu'il efloit imjh/lible de se pouvoir
masque? long temps, que le public
faisoit jussiee à ceux qui ètoient en
place, G" les réconnoissoit facilement
pour ce quils ètoient. Il
ajoûta une infinité de reflexions
sur les qualité?^différentes des luges
par des peintures des caracieres opfofez^
les uns aux autres. Il fit enfuite
un Eloge du Roysursa pieté,
sa modération
,
son 7,'!,e pour Pobfervation
des Loix ,
sur la grandeur
de [es Exploitsffes Vittoires,
la quantité de Villes qu'il avoit
réduites à son obeissance,&fin
application continuelle au Gouvernement
de son Etat. Et il finit par
un compliment qu'il fit à la
Compagnie sur l'intégrité,l'experience
, & les autres belles
qualitez de ceux dont elle étoit
composee. Il protesta qu'ayant
l'honneur de remplir une place
qu'il tenoit de la grâce du Roy
parl'entremise d'un pere donc
la modestie&lesliaisons du
fang l'empêchoient de parler,
il seroitses efforts pour la remplir
dignement en imitant leurs
exemples.
L'Academie des Inscriptions,
& Médaillés qui avoir vacqué
pendant deux mois, se rassembla
après la Saint Martin, Bi
tint suivant son Règlement sa
seance publique, le 13. de Novembre.
On y lut plusieursouvrages
composez par les Académiciens.
Mrl'Abbé Bontard parla le
premier, & il fit l'ouverture de
cette Assemblée par une Ode
Latine de sa composition, dont
il fit la lecture; le sujetestoit
un Portrai t du Roy que Sa Majessé
a envoyé au Roy d'Espagne;
il fut traité avec toute la
delicatesse & ce beau feu qui
brillent si fort dans les ouvrages
de l'Auteur. l
Cette Ode estoit adressée au
Roy d'Espagne, à l'occasion du
Tableau de S. M. T. C. peint
par le fameux Mr Rigault, pour
S. M. C. La miniaturedont je
vous parle n'a pas moins plu icy
qu'en Espagne. Elle a attiré les
yeux de tous les Curieux. L'Auteur
connu par tant d'autres
pieces
,
& qui vient de donner
au Public la Description de Fontaineb
leau
, a ramassé dans cette
Ode les plus beauxtrai ts de la
vie du Roy, & en a caracterisé
lesvertusécl atantes qui font le
Héros; comme lavaleur, la
justice, la clemence, & la pieté,
qu'il a distinguées par autant de
couleurs différentes , &. a heureusement
rassemblé en deux
coups de pinceau ce que le Roy
a fait de plus grand dans la
Guerre & dans la Paix, contre
ses ennemis & en faveur de ses
peu ples, pour la Religion, les
Sciences & les Arts. Enfin ce
Portrait fidelle verifie le sentiment
d'Horace, que la roeliC
est une peinture.
Après cette lecture
,
Mr l'Abbé
de Caumartin President de
l'Assemblée ,répondit à l'Auteur,
& lui ditquesesautres ouvrages
sembloientavoir préparé
celuy-cy, puisque ayant décrit
la pluspart des Maisons Royales,
il avoit eu le bonheur d'en voir
de plusprésl'augure Maistre,
& qu'en travaillant pour les
Princes du Sang, il s'estoit élevé
comme par autant de degrez
jusqu'au Roy,qu'il avoit presentéavec re- des couleurs si
vi ves. 1
Mr Felibien prit ensuite la
parole & ne la lecture d'une
Dissertationqu'il a faite sur une
Statuë que le Duc d'Ursin a
envoyée au Roy. Cela l'engagea
à parler des differensusages
des Grecs & des Romains, au
sujet de leurs Statuës,surtout
des Impératrices qu'ils divinisoient
a près leur mort. Les premiers
representoientleurs Deesses
toutes nuës ,
les Romains
au contraire leur donnoient des
habi llemens. Cetteremarque
donna lieu à Mr l'Abbéde Caumartin
d'en faire une qu'il proposa
à Mr Felibien. Elle concernoit
la Diane d'Ephese qui
est à Versailles
,
& qui n'est
point representée nnë, & c'est
ce qui le fit conclurre que
cet usage n'estoit pas si absolument
établi qu'on ne le changGeaft
rqeuelqcuefsois. parmy leq
- Le Presidentdel'Assemblée
en reprenant le précis de cette
Dissertation fit donner beaucoup
de loüanges à l'Auteur,
sur son application à l'étude des
Monumens antiques
, b.- sur le
goust des Médaillés qu'il a hérité
de Mr Felibien son perc ,
si
illustre dans la République des
Lettres par ses ouvrages.
Mr Vaillant parla après
MrFelibien,&continua une
Dissertation) dont ilavoitcomtnencé
la lecture l'année derniere.
Elle regardoit la successîon
chronologique des Rois
de Numidie. Il parla de Juba
& des Massinissa, dont le premier
eut trois fils qui forme.
rent trois branches, qui se réunirent
dans la fuite dans la per-
-il
sonne du jeune Massînissa ,que
Jules Cesar vainquit, & des
Etats duquel ce Conquérant fie
une Province Romaine. Mr
Vaillant éclaircit avec beaucoup
d'habileté les difficultez
que les differens sentimens des
Historiens sur le nombre des
années du regne d'un des MaffinHfa)
forment. Il les accorda
en disant que l'équivoque venoit
de ce que les uns cornptoient
ces années du jour de
la mort du vieux Massînissa
, &
que les autres les comptoient
du rétablissement du jeune par
les Romains, & il prétendic
qu'en comptant depuis la mort
on concilieroit ces differentes
opinions; comme on en ausé>
dit-il, à l'égard du feu Royj
d'Angleterre CharlesII dont 3
on compte le regnedepuis la i
more funeste de Charles I. son i
pere ,quoy qu'il n'ait esté réta--
bli que plusieurs années après ; (
& comme on enusera à régards,
du jeune Roy d'Angleterre:.)
d'aujourd'huy,si Dieu luv fait,
la grace de remonter sur sonsi
Trône, & dont l'on compterai.
le regne depuis la mort de Jac--
ques II. son pere, quoy qu'il!;
n'ait pas d'abord regné après2,
sa mort. N La Numidie est habitée paru
les Originaires, & par les Ara--
bes. Elle est habitée par des
Princes Mahometans qui se fonçai
souvent la guerre LaNumidicoi
propre comprend les Royaumese;
de Bugie & deConstantine, quiii
sont contenus dans celui d'Alger.
Massinissa dont nous avons
parlé, servit si bien les Romains
dans la derniere Guerre punique
, qu'il profita de leurs conquêtes.
Il eut trois fils, Micipsa
qui lui succeda
,
Manaftabal
& Gulussa Micipsa laissa Adherbal
& Hiempsal
, & Manaftabal
fut pere de Jugurtaqui
: fut soûmis par les Romains.
Salluste ne doute pas que le
nom des Numides ne foit venu
de celui des Nomades; mais les
f
Numides n'étant pas venus de
,
Grece, il n'y a pas d'apparence
que leur nom vienne d'un mot
Grec. Il vient plutôt du mot
moud,qui en Arabe signifie clan.
ger d'habitation, La Numidie est
dansl'Afrique ,
elle a la mer
Atlantique au couchant, le
Desert au midy
,
l'Egypte aûia
levant, & la Barbarie au fep-4
tentrion. Les Peu ples qui rha..
bitentsont grossiers
,
ils ont
tous la vue courte 3 à cause du
fableque le vent leur jette dan"
lesyeux. Ils mangent beaucoupq
de Dattes, & ce fruit leur fait
tomber les dents de tres- bonnes
heure. On trouve debelles ôcU
amples descriptions de ce Paysaî
dans Pcolomée
,
dans Strabon ,t-<
dans Pline, & dans SaIlLiqe.
Cluvier, Sanson
, & Duval enn:
parlent fort aussi dans leur
Geographie.
Mr Vaillant parla encores, sur une Inscription Latine quiiu
n'a jamais esté développée elle ,'c a ellé trouvée sur lesi
Piédestal de laStatuë du jeune
Juba, Roy de Mauritanie
, & expliquée avec une
netteté & une érudition qui a
fait admirer la vaste connoissance
dece sçavant Antiquaire
dans les Mcdailles. Cette Difsertation
est une espece de fuite
de cellequ'il ne il y à sixmois,
à l'occasion de l'Inscription, elle traite au long l'histoire de
Juba fils de ce fameux Roy du
même nom, dont Mr Vaillant
parla dans la derniere Seance
publique. Il n'est pas moins
j
exact pour celle-cy, puisqu'en
suivant les termesde sonInscrij
tion , ilmarque la genealogie
tradectcee rPerince, son genie, son ca- ses exploits, sa mort,
t & fait ainsi en abregé un corps
d'Histoire
,
qui se trouve répandu
sans ordre en plusieurs
Auteurs de l'Antiquité. Mr
l'Abbé de Caumariin en fit bien
sentir le mérité par les Eloges
dont illa couronna. r*
Mr Pouchard,ce célébré Critique
, parla le dernier, & ce fut
sur les largesses des Romains. Il
en c herc ha l'origine,& il vé a trou- - qu'elle étoi t dés la naissance;
de l'Empire Romain, il prouva
que cetusageavoitmêmeété fui--
vi par les Rois de Rome. Lemotifde
cet usage fut pour étouf--
fer les seditions que la différence
des conditions causoit
souvent parmi les Romains. Les
pauvres dans ce temps- là, comme
dans celui-ci
, ne ruppor-.-i
tant qu'avec impatience leurs
miseres à la vue de l'abondance
& des richesses des Romains.
La maniéré de faire ces largesses
suc différente selon les
temps de la Republique. Ces
largesses enfin étoient réglées
felon la generosité ou l'avarice
des Empereurs Dans un certain
temps on donnoit du bled
j,
du
vin, du chanvre &autres denrées.
Mr Pouchard fit paroître
dans ce Discours une grande
connoiiïance de l'antiquité, &
une profonde lecture du Livre
de Contarenus de re frumentaria.
Romanorum
,
dont on peut dire
qu'il fit dans cette occasion un
excellent extrait ,
sur toutlorsqu'il
parla des larg esses de bled
qui se faisoient au Peuple Ro.
mains L'attention que tout le
monde y donna rue également
soûtenuë tant par la singularité
du fujec
, que par l'ordre avec
lequel il fut traité. L'Auteur
ayant recherché l'origine de
cette coûtume,s'étendit sur la
manière dont elle se pratiquoit,
marquant par quels Magistrats
se faisoitladiftributiondubled,
à quelle forte dePersonneson i le donnoit ,
de quel Pays se ti- - roient les grains qui segardoienci
en des greniers publics, com- -
ment, & en quel temps il se de-
-. livroit au Peuple, qui en portant
certains meraux au Distri-i
buteur recevoit ce qui luy étoit ji
assigne. Il fit voir ensuiteles
avantages & les abus de ces lar--
gesses qui écaloient la magnificence
& la richesse des Empereurs
Romains; mais d'un autre
côté avoient des fuites tresfâchesuses
, en entretenant l'oisiveté
du Peuple,qui au ra pport
de Juvenal, ne demandoit, pour
être heureux, que du pain &
des spectacles. Il finit par un
Eloge du Roy, donr illoüa la
sagesse, & qui bien loin de fomenter
la paresse dans son
Royaume par des distributions
prematurées, veut que les pauvres
travaillent pour gagner
leur pain; mais dans les disettesqui
font survenuës, il a fouvent
fait distribuer du bled au
Peu ple, quipubliant sa libéralité
lui a donné, avec justice > le nom de Pere de la Patrie.
Le lendemain 14. Novembre
l'Academie des Sciences fit sa
premiere seance. Mr l'Abbé Bîgnonyprésida;
ily parla avec
son éloquence & sadelicatesse
ordinaires. Mr Maraldy neveu
du celebre Mr Cassini , parla
d'abord sur la pesanteur de l'air
& sur la différente hauteur des
montagnes du Royaume,&sur
des experiences qui avoient été
faites sur celles d'Auvergne &
des Pyrenées.
MrMaraldi est un des Astronomes
de cette Compagnie. Il a
travaillé les années précédentes
avec Mr Cassini au grand ouvrage
de la prolongation de la Méridienne
dans les Prov inces Meridionales
de la France, & comme
en même tempsces Mrs firent
sur toutes les Montagnes
Du. ils se trouverent, des experiences
de la hauteur du Baromettre,
pour voir de combien
ilétoit moins élevé qu'au bord
de la mer, & en conclure la
hauteur de ces Montagnes , &
celle de toute rAtmosphere de
l'air. Mr Maraldi rapportatoutes
ces experiences
, avec les
raisonnemens qu'il en tiroit.
Mr Varignon célébréProfelfeur
de Mathematiques au College
des quatre Nations, parla
ensuite sur le mouvement des
eaux, sur leur cquiMbre,Se leur
degorgement ; en parlant des
tangentes, des vitesses,desdifferens
trous par où se font les
écoulemens: il fit voi r une érudition
étonnante,on ne peut
pas, en effet, être plus entendu
qu'il l'est sur les matieres ALgebrayques.
1
! Il donna une regle générale :
pour mesurer l'écoulement ou i
la depense des eaux par quel- -
ques ouvertures que ce puisse :
être
,
& cela sans admettre que s
la vitesse des eaux dépende en r
aucune maniere de l'accelera- tion de leur chute. -1
Mr Dodart le pere lût unes
Dissertation dans laquelle ilii
vouloir prouver l'impossibilités
où font les Philosophes d'expliquer
les effets de la nature P,1
à cause de la contrarieté desea
Systemes d'Aristote & de Def-
1 cartes ausquels tous les autres
se ra portent Il fit voir que lesîs
deux principaux Systemes étans
entierement opposez
,
il faut
necessairement chercher dans
quelqu'autre la verité Sescartes que a si bien convaincu
Aristote de n'avoirpas trouvé,
& que ce Philosophe a encore
moins trouvé, si nous nous en
ra portons à Mr Dodart. Il finit
en dirant que ce devoit être
enfinunaiguillon à la jeunesse
pour chercher cette precieuse
verité, que Mr Dodart soûtient
que les Philosophes sont bien
éloignez d'avoir trouvé
»
&
dont il y a lieu de croire qu'ils
se font aussi fort approchez.
Son discours fut beau
, mais
il fut long, ôc il se reduisit à
combatre par des expressions
fort étudiées, tous les Systemes
Philosophiques tant anciens
que modernes
Mr Duverney ,
frere du fameux
Mr Duverney, termina
cette Seance par la découverte c
qu'il avoit fait d'un cerveau de s
boeufpétrifié, & dont il fit parc
a l'Assemblée. Cependant cet a
animal avoit fait les fondions 2 jusqu'au cou p de couteau duM
Boucher, des mains duquel ili:
s'échapa jusqu'à quatre fois)(
tant étoit encore grande saforce.
Il se portoit fort bienr
quand on le tua, il étoit gras,
& il faisoit parfaitement toutes?/,
ses fonctions. Bartholin parl e àî
la verité
,
d'un pareil prodige
arrivé en Suede,maisavec cettes
différence
, que le boeuf Suedois
dont le cerveau étoit petri--i'
fié
,
étoit maigre, & languissant
& portoit toû jours la tête enir
terre. Mr Duverney voulant
concilier
concilier la necessité des fonctions
de l'animal par le cerveau,
dit que n'étant pas par tout également
pecrifié
,
les parties les
moins dures & les plus flexibles
faisoient leurs fondions,&entretenoient
l'embonpoint de
l'animal. Un Abbé qui se trouva
à l'Assemblée
, & qui n'ell:
pas membre de l'A cademie , proposa une conjecture à un de
ses amis, qui n'est pas mal fondée.
Ilditque la peur qu'eut
l'animal au premier cou p du
Boucher, pouvoit bien avoir
produit cet effet sur le champ
par une prodigieuse dissipation
de l'humeur radicale, comme il
arrive souvent à un homme
I qu'on conduit au gibet, & a
qui la peur du supplice consomme
tellement l'humeur radicale
quil faut de temps en temps
l'humecter pour soûtenir [a vie.
Ce sentimentest conjectural , < mais il est soutenable
,
& il fut :
gouté par plusieurs personnes,
, & même par quelques membres s
de l'Academie qui en parlerent i àMr. l'Abbé Bignon.
Cet A bbé qui présidoitparla,
à son ordinaire, entre tous ces 2
Discours
,
les redonna en abregé
d'une maniere encore plus
claire, y ajoûta des reflexions
ingenieuses qui les ornoient, &
des loüanges délicates pour les v. Auteurs. Ilme reste à vous parler des
ce qui s'est palTé à l'ouverturesde
quelques Tribunaux de Province.
Vousscavez qu'il en
y-je-nt souventde beaux discours,
&vousenavezsouventadmiré.
Vous en (oubliiez, & vous en
aurez le mois prochain.
-
Le mot de la derniere Enigmeétoitla
Pierre quiseformedans
leco.-p del'homme.Ceuxqui l'ont
trouvé sont » Mrs Jean François
le Grand,valet de Chambre
ordinaire du Roy, de la rue
de Grenelle, Paroisse Saint
Eustache;l'Abbédu Flot, de
la rue de Savoye
,
quartier de
Saint André, Bardet & fou
amy Duplessis Chirurgien, au
Mans, Marc- Antoine Charriere
d'A uxerre ,
de Binanville,
Seigneurdudit lieu
,
Binet dit
Château-neuf de S. Germain.
Defplaces & Ton fidelle compagnon
de Saint Jean de Bonneval
>
le grand Sableur des assises
, d'Icles, & Brajeux de
Troyes, Le chef des Eleus de
Caudebec
, &le Depositaire de
,
la santé son hoste
, Le nouveau
Bailly de la Parroisse Saint Severin,
& son Lieutenant ,
Le
jeune homme de Metrait du
Diocese de Tours de la rue de
la Verrerie, Le grand Loüison
de la ruë de la Verrerie, le
gros Tirant deBoule de devant
la ruë de Savoye, Le beau Por--
tail de Saint Eloy
,
Le mary
nouveau de la ruë Saint Jacques
, rilluiïre Lejay de la rue
de Biévre) Tamiriste &safille
Angelique
, & le depossedé de
la Bastille. Le plus petit
»
des
-
trois freres de la rue des grands
Augustins,& le petit Jannot.
Madame la Presidente de ITlection
de Chaumont & Magny
,
Mesdemoiselles du Moûtier
de Larsénal la fille, l'aymable
& charmante Demoiselle
Judith dela rue Sainte Anne,
La jeune Muse regrettée du
Parnasse
,
La belle Picarde de
la rue de Verneüil j la Sauvage
privée du quartier Saint
André, 6c le petitMoulin a
paroles.
L'Enigme qui suit a moins de
corpsquela derniere : elle eil:
de la grande Doris.
ENIGME.
.1 E fuis vieille é7 pleine dapfaf>
Qupy que noireje fuis belle.
Telquimepourroit voir oufonpla i
sir ltappeUe,
Pour cela) ne me connoiifpas. 9
Jefuisquinteufe>&m'en fais un
honneur,
On me voit dans la réglé
,
obfervev
leJi/ente,
Je l'impose aux humains, & fais
du bruit en France
Jefais voir en mes traits, des
-
gnes de valeur.
g
Jefuis peusans amour, l'amour
efipeusans moy ;
Mais pour le declarer il faut bien
des mesures;
Mes foufpifs font discrets , mes parolesfont
pures,
Mnfin,de point en point, se fuis du
goust du Royy
L'air fuivanc cil: de Mr de
Montailly
, vous en avez souvent
admiré de sa façon.
AIR NOUVEAU.
Pourquoy me fuyez-vorts cruelle?
Mes regards auraient-ils cause VÔ.,
ire courroux,
l'trmette,fiulemtnt que je votw
trouve belle,
C'est tout ce que je veux de vow.,
Il y a quelques mois qu'on
attendoit ici Mr le Duc d'Albe
; mais un Seigneur de sa
consequence qui marche avec
untrainaussi magni fique n'a pû
faire un si long voyage en peu
de temps. Il en: arrivé avec
toute sa famille 6c toute sa mai-}
son , je vous en rerai le mois
prochain un detail qui meritera
vôtrecuriosité: je vous diray
feulement aujourd'huy ce que
voussouhaitez d'en sçavoir
d'abord. Vous sçavez déja de
quelle diflinction font en ECpagne
son nom & sa personne,
il a tous les avantages éclatans.
& toutes les qualitez aimables
qui diftinguenc une personne
de sa naissance, de son rang, & de son caractere ; il a amené
avec lui Madame la Duchesse
d'Albe, & Mr le Connestable
de Navarre leur fils
unique. Ce jeune Seigneur répond
à toute l'idée qu'on peut
avoir de l'heritier presomptif
d'une maison aussi ancienne 8c
aussi illustre. Madame la DuilcehefTe
d'Albe effc soeur de Mr Duc d'Arcos, &deMrle
puc de Banos
*
qui ont cllé
quelques mois à la Cour de
France avec une approbation
generale. Madame la Duchesse
d'Albe a toutes les perfections
que l'on peut fou hai ter dans
une personne de son sexe & de
son élévation
: un air de Majestéest
repandu dans toute sa
personne, une veritable noblesse
regle tous ses sentimens, & une
vertu solideconduit toutes ses
actions ,
sa feule presencefait
concevoir une plus haute idée
de sa personne
, que tous ses
.titres, & qui la voit, ne lui
dispute aucun des Privileges
qui font attachez aux personnes
de sonrang & de sa distinetion
; elle est aussi genereuse
& obligeante que Mr le Duc
d'Albe est poli & revenant.
Vous n'rgnorez pas qu'il vient
icy en qualité d'Ambassadeur
extraordinaire de Sa Majesté
Catholique. Le Roy a voulu
le voir aussi-tost aprés son arrivée,
il a eu une Audiance de
Sa Majesté dans son Cabinet il , a esté presenté parMr l'Ambassadeur
d'Espagne. SaMajesté
demanda d'abord à ses Ministres
, si Mr le Duc d'Albe parloit
François
, Mr l'Ambassadeur
répondit,que s'il ne le partait
pas, qu'il croyoit du moins
qu'il l'entendoit , Mr le Duc
d'Albe ajoûta ,
aprèsavoir fait
sa reverence , qu'il pouvoit entendre
le François lors qu'on
prononçoit bien les mots, éc
que l'on parloit doucement.
lié bien
,
Monsieur , lui dit
le Royen bons termes Ef.
pagnols ,
je parleray distinc~
tement, & doucement. C'est
un honneur que Sa Majesté
ne fait gueres aux Etrangers,
de quelque distinction qu'ils
soient
, que de leur parler
dans une autre langue que la.
sienne. Mr le Duc d'Albe ne
s'est pas cru moins honoré par
tous les égards que le Roy a
eu pour luy
, que par tous
les termes obligeans
dont
Sa
Majesté s'est servie pour luy
faire connoître le cas qu'elle
fait de sa personne, & de son
nom. Il sortit de cette Audiance
avec les sentimens dont ne
peuvent se défendre ceux qui j
ont l'honneur d'approcher Sa j
Majefié. Ce Duc n'a pui
s'empêcher de dire que le Roy y
donnoit de luy en le voyant,tine%
idée que n'en peut donnersa renom- -: mée, quelque grande qtiellefoit.
> Mr l'Ambassadeurd'Espagnes
le mena ensuite chez Monsei--
gneur le Duc de Bourgogne,
chez Madame la Duchessede
Bourgogne, & chez Monseigneur
le Duc de Berry. Il fut
également content de toutes ces
Audiences. Il a été charmé des£
l'elprie de Madame la Duchesses
de Bourgogne, a qui il rendicat
des Lettres de la part de leurs
Majestez Catholiques.
Mr le Marquis de Castel dos—
Rius, Ambassadeur d'Espagne,
aeiuja
91 euson Audiance de congé,où
le Roy a continué de le traiter
avec tous les témoignages d'estime
& de bonté de laquelle Sa
Majesté l'a toûjours honoré.
Vous sçavez de quel oeil est regardé
ce Minière en France,
& avec quelle vénération ôc
quelle tendresse le regardent la
Ville & la Cour; peu d'hommes
font nés avec des qualitez
plus éclatantes & plus singulieres.
Sa presenceprévient
,
Ton esprit im pose, & toutes Tes
manieres le font autant admirer
que ses di scours
, avecun mérité
quin'a guere de semblable,
c'est l'homme du monde qui
pense deluy aulîi mod eliei-nenr.
Il aimelagloire,maisil hait
la vanité. Je vous ay cent-fois
parlé de luy , & j'ay roùjoutfS
quelque chose de nouveau à
vous en dire, aussi ne peut-on le voir ny l'entendre qu'on ne
luy découvrequelque mérite
nouveau. Ce feroit icy une oc- « casson de vous entretenir des;
succez éclatans del'Ambassade ; la plus glorieuse qui ait petit- « être jamais été. Le Roy l'a dit a publiquement
, & nous pou- -
vons le redireaprés Sa Majesté..
Mr le Marquis de Castel- -
Rius peut se flater qu'il n'y 'aof.
homme sur la terre entre les
mains de qui il ait paÍfé autant JI
d'affaires & d'une aussi grande
importance qu'il en a pasle paru
les siennes. Ses succez ont étébJ
grands pendant qu'il a com--l
mandélaNoblesse en Catalogn-
c ,
pendant qu'il a été Viceroy
à Mayorque , & pendant
qu'il a été Ambassadeur en Portugal
, mais des succez d'unautre
nature & d'un autre éclat
rattendoient icy. C'est un détail
que je vous feray le mois
prochain Je me contenteray ,
pour ne pas vous affliger du déparc
de Mr le Marquis de Caftel-
dos- Rius, de vous dire icy,
qu'il ne partira pas si.tÛc, &
& que felon les a pparences »
il
demeurera encore icy unebonne
partie de l'hiver. Le Perou
est instruit de tout ce qu'il est
& de tout ce qu'il vaut, & tout
ce vaste & magnifique Royaume
l'attend avec autant d'impatience
, que nous avons de
peine à le voir partir. C'est un
cmploy si grand que celuy d'etre
Viceroy du Perou
,
qu'il
faut nous consoler de le perdre
à pareille cond ition.
Monseigneur le Dauphin
étant à Meudon lorsque Mr le
Duc d'Albe eut sa premiere
Audiance particulière du Roy,
de Madame la DucheflTe de
Bourgogne & de Messeigneurs
les Princes; ainsi que je vous
l'ay déja marqué,cet Ambasfadeur
n'eut Audiance de Monseigneur
le Dauphin que quelques
jours ensuite. H elle Audiance
le même jour de Monsieur
le Duc d'Orleans , & de
Madame la Duchesse d'Orleans.
Il fut reçu dans toutes
ces Audiances avec tous les
mmêêmmeess aaggrréeim-neennss qu'il l'avoit
déjà été, 5c si ce Duceut lieu
d'en être content, on le fut
au/ïï beaucoup de sa Personne,
& de son esprit.
Je vous ay souvent parlé de
la Paroisse de Saint Louis en
l'isle
,
& je croy que vous ferez
bien aise d'aprendre que le
Roy a donné à cette Paroisse
une nouvelle marque de sa bonté
en luy accordant la permission
de faire une Lotterie de
cent mille écus pour aider à l'achever.
Voicy la copie de la Lettre
que Mr de Chamillard a écrit
sur ce sujet
, par ordre du Roy,
à Mr d'Argenson.
- A Versailles le12. Octobre
1703.
MONSIEVR, f£ vous envoye un Placet qui a
été pèfente au Roypdr le Curé
& les MarguiUiersde ïaintLouis,
par lequel ils demandent la permifjîoil
de faireune Lotterie de cent
mille billets d'un écu chacun
, retenant
quinzefour cent pourfervirati
rêtablijjement de la voûte de leut
Eglift. Le Roy ayant égard au- domagequ'ils
ont fouffertily aJroiJ
ans artfour de la Chandeleur, a
bien voulu leuraccorder leur demantU,
&m'a commandé de vous écrire
pour voï&dire que son intention eftt
que vous leur lai.flzez^ la liberté de
faire atte Laiterie.Jefris» &ct
En execution des ordresdu
Roy,Mr d'Argenson a donné sa
permission pour publier, imprimer
, & afficher le Placard suivant.
Lotterie en faveur du Bâtiment
de l'Eglise SaintLouis en l'IsleLefond fera de centmille
écusneufs, les billets d'un écu
neuf prix courant, elle fera tirée
de la maniere des dernieres
de l'Hôpital General, ce qui se
fera avec toute la régularité &
l'exactitude qui se peut desirer
dans la grande Salle de Mr
le President Lambert, premier
Marguillier,en presence de M*
le Curé, de Mrs les Marguilliers
en charge, Personnes les
plus notables de la Paroisse, &£
mêmes toutes personnes inte-j
ressées qui voudront y assister.
Sa Majesté a permis de retirer
en faveur dudit Bâtiment de
l'Eglise & pour les frais necessairesà
ladite Lotterie , quinze
pour cent sur chacun lot d'icelle,
La Lotterie fera fermée le
dernier Décembre prochain;
le jour qu'elle fera tis ée fera
indiqué par des Affiches publiques.
Quand elle fera tirée on
fera imprimer les nonis & numéro
de ceux qui auront les
bons lots, & on leur délivrera
l'argent sans remise
, &c. 4
Le grand concours de monde
4jui se presente pour avoir des
billets, a fait établir Je grand
nombre de Bureaux que vous
Voyez icy. De sorte qu'il y a
tout lieu de croire qu'elle fera
4
bien-tôt remplie; on y aporte
non seulement de la Ville de
Paris, mais même on y envoye
desVilles les pluséloignées avec
tant d'empressement qu'à peine
peut-on suffireà ladistribution
des billets, chacun voulant signalerfon
zele pour contribuer
à achever une Eglise qui est
dediée à Dieu fous le nom de
Saint Louis Ayeul & Patron de
Sa Majesté.
Le Roy qui fait gloire d'être
toûjours à la tête des oeuvres
de pieté dans son Royaume aeu
la bonté d'y mettre cent Louis
d'or.
1 Vous ne doutez pont que
l'exemple du Roy ne foit suivi
detoute la Cour.
SVREAu DE RECETTE.
Dans ïljle,che^Messïeurs
BENGY,Correcteur des Comptes
,
d'honnefuercond Marguillier
,
Quay de Bourbon
au coin de la rue de la
femme sans teste.
DUMOUCEAU
,
Greiffer,
Garde de Minuttes du Parlement
,
Marguillier, Quay de
Bourbon.
DU JARDIN, Payeur des,
Rences, rue Grattiere.
ANGOT
,
Nocaire
,
rue des
-
deux Ponts, & - Au Bureau des Saisies Réelles,
Quay des Balcons, chez Mes- fleursDAMOUR,& PLATRIER
,
Caissiers.
Dans la Ville, chez. Meilleurs
GUYOT,&DE VALLIERES,
ruë Saint Antoine,visà-
vis la rue Neuve,àl'Hôtel
Chenoise.
BERTHIER,Architecte,juré
Expert, ruë Neuve S. Roch,
prés la Porte Gaillon.
CHATELLAIN, Architecte,
Juré Expert,ruë de la Vieille
Monnoye,proche la Pierreau-
Lait.
DES CHAMPS, rue Saint
Jacques, auPalmier,chez
Mr Robustel Marchand Libraire.
MALINGRES,Notaire,rue
Monmartre ,
proche la rue
deClery.
CLIGNET , Notaire, rue S.
Honoré, proche la rue des
Bons-Enfans.
MEUSNIER le jeune, Marchandde
Drap, rue S. Honoré,
à la Croix de Fer, devant
la Boucherie de Beaus
vais.
ANGER. ,
Notaire, rue du
duFour, Fauxbourg Saint
Germain, vis-à-vis la rue
des Cannetes.
*
51Le Roy a eu tant de marques
de la fidélité & de l'afsession
de ses Sujetsdela Ville
de Marseille qu'il a receu agreablement
la Deputation que cette
Ville lui a faite de Mr Fabre
, pour les affaires de son
commerce. C'est un homme
d'un mérité distingué, qui avoit
déjàestéchoisi en la même
qualité, ily a quarantedeux
ans, , pour complimenter Sa
Majesté de la part de cette
Ville,
VHlèj-&ill^iditpource&
effet à Compagne, où lé
Roy estoit pour lors. Cette
derniere fois il a eu l'honneur
à son arrivée, de saluër Sa
Idajessé, & il a resté. trois ans*
à la fuite du Conseil de Com-
Incree, où il a obtenu le Porc
franc de Marseille
, & plusieurs
autres Privileges con fîderables
en faveuru de cette 1
Ville. Il a encore eu l'honneur
de saluër Sa Majesté à
Fontainebleau, en partant de
ce lieu le 23. Octobre dernier,
& ce Prince l'a assuré qu'il
estoitfortsatisfait de la Ville
deMarseille
,
& de sa personne
en piiiiculicr & pourluy
en donner des marques, Sa
- Majesté luy a fait present de
ion Portrait~richi de Dia«*
mans.
Le Roy a donné la place de
President honoraire du Parlement
de Chambery à Mr de
Tencin, ce Magistrat l'avoit
déjà esté pendant la derniere
guerre ,
il Ce retira à Grenoble,
ou s'étant défait de la Charge
de President à Mortier en ce
Parlement en faveur de son,
fils
,
il a toujours vécudepuis
ce temps dans la retraite, &.
dans la pratique des vertus
Chrétienne, ausquelles il avoit
entièrement consacré tout son
temps. Mr de Tencin a esté.
receuà Chambery avec plus de
jpyé qu'on ne reçoit ordinairement
dans les Villes de Con-,
quête, les Officiers que le
nouveau Souverain y meti
quoique ce nouveau premier
President entre à la place de
Mr le President de Chamousset
qui y estoit fort aimé.LesSavoysiens
sont accoutumez Gouvernement au de Mrde Tencîn'jainsi
ilsn'onc pas eu moins
de joye de le.voir à 1-4 tête de
leur senatqu'ilseurent; de chagrin
de le perdre lors quele
Roy renditla Savoye à son
Souverain. Mr le Pre sident de
Tencin est pere de Mr de Tencin
President à Mortier auParlement
de GrenClblc., & quia
esté Senateur au Sénat de
Chambery, de Mrl'Abbéde
Tencin Abbé -de Vezelay
,
dt
grand Archidiacre de l'Eglise
de Sens, de Me de Ferreol
belle-soeur de Mr l'Ambassadeur
de France à Constantinople
,&de Me la Comtesse
de Grolée, dont je vous appris
le Mariage il y a quelques
mois. Le nom de^lr de
Tencin efî: Guerin ,
Me de
Tencin son Epouse est soeur
de Me d'Argenson qui fait les
delices de la Ville de Grenoble.
Il paroist depuis peu un Livre
intitulé y Traité du merite
fait par Mr l'Abbé Vassetz,
Curé de Saint Lambert Rien
n'est si commun que le mot de
merire ,
6c il n'y a rien donc
on foie si liberal, chacun en
donne à ses amis avec profusion,
les gens qui fonc en place,
& qui peuvent rendre des services
importans, en font remplis,
au sentiment de ceux qui
en attendent des graces ; les
Amans ne parlent que du merite
de leurs Maîtresses
)
6cde
quelque profession qu'on soit,
il s'en trouve pour tout le
monde; & même du merite
distingué
) car ces deux mots
font presqueinseparables. Enfin
tout le monde en a , & cependant
il s'en trouve peu de solide,
& de veritablement distingué
;il s'en rencontre neantmoins
; mais le veritable est
souventconfondu avec le faux.
L'Autenr du Livre dont je
viens de vous parler traite d'abord
du merite en genera l U
s'arreste peu à c haque question
qu'il fait, il n'a point voulu
entrer dans un grand détail qui
l'auroit jetté hors de son dessein
,
qui n'cil que de rapporter
les principes de son su jet,
& d'en laisser tirer toutes les
consequencesqui en dépendent.
Du merite en general il paslè
à ses especes, il commence par
le merite solide
)
quiregarde
les Sciences, les Ans) le
Gouvernement politique, &c.
& parle du merite appellé enjoüé,
parce qu'il cil: pour l'agrément,
pour la politesse, & pour
tout ce qui peut plaire, il
descend ensuite aux especes de
ces deux meri tes qui font le
merite du Sçavant
,
& celui
de bel esprit ; & comme l'enjoüement
convient à la Jeunesse,
& la solidité à laVieilrlen
,
il traite du merite de
1. ces deux princi paux âges de
l'homme, & parcoure les differens
Etats où l'on peut se
t trouver, & leur merite en
particulier; mais comme tout
pe monde pourroit ne pas convenir
qu'on puisse acquerir un
merite qu'on n'a pas, il le
prouve en peu de mots.
-
Il
donneensui te lesregles qu'il
faut pratiquer pour faire valoir
les belles qua litez qu'on peut
avoir
>
& finit son Traité par
un discours sur le droit de
preference entre le merite &
les richesses
,
où il fait un
abregé de tout le vray & le
faux merite Ce que j'ay lu de ce
Livre m'a paru tres- bien écrit. 1 Ce livre se vend chez le Sr Van»,
dive,ruë S Jacques,auDauphjn.
La Lettre qui suit a esté
écrite parMrde Vendosmeà
Sa MajestéCatholique. Il rend
compte à ce Prince des actions
de plusieurs OfficiersEspagnols
qui Ce font distinguez.
A Sarravalle le 27. Octobre
1703.
AU ROY D'ESPAGNE.
SIRE,
N'ousbatïmei hier le Seigneur
Vifonti un pru mieux qu'il ne le
fut a la VIttoria) & il saej deffendu
tnCO-Tt- plus mai. Il conduisit
en Piémontdeux mille chevaux.
.Aprés avoir passè la Sechta à la,
Concorde, ilavoit traversè tout le
J>armefan, & le Piaifantin, &
jefioit jette dans les Montagnes à
laVallc'e du Thidou. Nousl'attaquâmes
hier matin à Saint Sebastien,
dansle tempsqu'il se mettoit
en marche. Nos Grenadiers mirent
fin arriere-garde en fuite, & nos
J-fou[fards la tailJeuntpressus toute
enpieces.Nous lesavonssuivis &
ment;battant de montagne en mon.
tagne pendant cinqgrojjes heures,
& à lafin la plua grande partie *
esté obligée d'abandonner les chevaux
j &- de deuxmillechevaux il
ne s'en cfi fa* lauve quatre cens.
LesTroupes de VoffreMajeftéy ont
fait merveilles Mr le Comte d'Aguillara
toujours esté Illa tesie de ht
Cavalerie, & Mr le Marquis
d Aytove ell. Mr le Comte de la
Tores s'y font fortdiflin"zuez, ainci
que Mrde Sortirane, Mr le Mar~
quis dAytone voyant que la ÇaJ
lerie ne pouvait plus monter lesi,
montagnes s'est mis avec nos Gre--**
nadters, & a esiè kleurtefie jufqtià&k
la fin de faction, Pour Air de /«z/vs
Torres, il efioit de jour, Il a fait\\
aussi tout ce que l'on peut faire
>
<~
il efisison acharné après Mrs leSI*
jillcmansqu*il fuit encore leurstri{-\
tes débris. le luyvie*s d'envoyerdesv.
Troupes, jefuispersuadè que luiou v MrJe Bouligneuxquigarde avec 6..c
bataillons les passagesdepuisAcqui v
jusqua la mer, tesachèveront, Y.
M. peut compter qu'on n'a jam¡tirÙ
vu une plus grande déroute, & à/ii\
peu de(rair; car nous riavons eu quey
deux hommes tué%j& huit de blesse J
Le Comte de Chemerault y a reçu»
un coup defusil dans le bras quirieflv
pointdangereux. Les ennemis ontw
j plus de cinq cens hommes taeZJù,
la placeparmy lesquels ilya beaucoup
d'Officiers, notus avons cinq cens
'frifonnierJ,& on a pris plus de 800.
chevaux. Les Officiersprijonnien
qui fontau nombre de quinze
y nous
ont assuréqu'il y Avoitun Officier
General & deux Colonels bleffez^ a
mort. Jlyen a qui àisensque Daviafam(
ux Partifan des Ennemis i
Il esté tue. Les Officiers Généraux
& les Troupes de Koftre Ma/eflé
enteu tant de part à cetteaîlionque
j'ay cru l'en devoir informer parun
Courier exprès
, outre -qu'elle efi de
la dermereconsequence dans la guerre
presente. Je fîuhaiterois que les
affaires fufftnt finies en ce Pays,
pour pouvoir offrir mes services à
Vojhe Moejejlé en YLJpagne
, fy
marchtrois avec leplusg<andplaisir
du mondej non-seulement attil
far l'envie quefay de vous rendre
service, mais auffîpar lajoyeque
j.'aurois defaire mil courk Kofire ~C. roubliois de dire à Vostre
^Aajefie'que Mrle MdTtjNÑ de Val
de Fusrrtes n'a point ejié de cette
(Jccafion
, parce que je l'avois détachépour
garder les paffliges du cossé
(le Tortone, avec les Dragons de
Quelus
, & le Régiment de Molphette.
Ilfuit if present les Ennemis,
& aplissonpartyk merveilles
sansattendre mes ordres. On ne
petit tfire plus content que je le fuis
desa conduite. Ily a un Capitaine
des Troupes de Voftie Maje/lé,
nommé Amen^aga , qui s'etf fort
distingué dans cette dillon
,
& qui
merite quelle se fouvitnne de luy
dans les occupons.
Le
[""•le Sr Nicolas Langlois Li- b[raire, & Marchand d'Estam- pes,appellées communement TaIles- douces, continue l'Histoire
du Roi en A lmanachs,
! qui a esté mise dans une grande
! perfeaion par feu son pere.
Il vient de mettre au jour la
:'- prise de la Ville de Brifac, par
i Monseigneur le Duc de Bourgogne
, avec toutes les autres
expeditions militaires de 1703. Il fait une dépense si considerable
pourcette sorte d'ouvrage
, qu'il ne lui manque qu'un
* nom plus specieux que celui
d'Almanach, qui étant trop
vul gaire fait qu'on n'a pas encore
pour cette forte de curiosité
toutel'estime qu'elle mericc:
cependant il s'est fait pin"
,
sieurs Theses qui ont été tfofff
vées tres bellesqui n'ont paséré
mieuxgravées ni deffinéesavec
plus d'exactitude
,
puisque les
PlansdesVilles, les Camps, les
attaques tout y est depeint d'aprés
les Ingenieurs ou Peintres
qui ont été sur les lieux. Les portraits
s'y trouvent reilèt-nblans,
& les habillemens à la mode.
Ces A lmanachs font encore
considerables
, parce que contenant
tous les su jets remarquables
de chaque année, ils
fervent à en rafraichir la niemoire
, & que les dattes qui y
sont exactement marquées, sont
de quelque utilité
, ce qui fait
que plusieurspersonnes ont un
grand foin d'en faire des recueils,
& d'en avoir des premieres
épreuves dans le tçmps5
à cause qu'elles deviennent irares
dansla suite, les planches
étant toûjours usées par le
grand debit qui se fait de ces
fartes d'ouvrages. On trouve
aussi chezledit Sr Langfois plusieurs
Livresde picré, desciences
, de figures, &c. ainsi que
des Estampes des plus habiles
Peintres & Graveurs, sur toutes
fortes de sujets, les vûes des
belles Maisons de Paris & des
Châteaux de France, comme
Versailles, &c. des Cartes Geographiques
,
des Canons pour laMesse, des dessins pourtoute
sorte d'ouvriers & pour les personnes
qui font bâtir, tous les
Portraits des personnes les plus
qualifiéesde la Cour , U des
Cours étrangeres & les habillemens
à la mode, des Jeux pour
apprendre les sciences
, & pour
se récréer, tous les ouvrages
de la magnificence du Roy, &
tout ce qu'on peut souhaiter de
curieux dans les Marchandises
de Librairie & d'Estampes.
Ledit Nicolas Langlois demeuy
re toûjours rue saint Jacques,
au coin de la rue de la Parcheminerie
Le public est averti de
prendre garde de se méprendre
à son adresse y ayant d'autres
Marchands de ce même nom.
: L'Armée navale des ennemis
passa le Detroit la nuit du 7.
au 8.de Novembre, & le Con-
- sul de Gibraltar manda aussi-tôt
aprés, que bien qu'il ne fît pas
clair,il avoit comptésoixante-&
douze Bâtimens, parmi lesquels
il n'avoit remarque que trentecinq
Vaisseaux de lignerqu'il
ne falloit pas douter que ce ne
fût toute la Flote qui s'en retournoie
, ne pouvant hiverner
dans la Mediterannée
,
qu'on
pouvoitassurer que ces Vaisseaux
écoient en mauvais chat)"
puifqu'ils auroient pû
, en fc.
détournant de dix ou douze
lieuës, donner de l'inquietude
à Cadix.
,
Je ne croi pas qu'il y ait d'exemple
dans aucun siecle, qu'
une dépense aussiimmense que
celle qu'il a salu faire pourla
cnnllruCtion de ces Vaisseaux
,
pour les armer , 5c pour les garnir
de troupes, aitesté aufft
infructueuse , puisqu'elle n'it
esté employée qu'à servird'escorte
à quelques Bâtimens Marchands,
& à faire connoîcre aux
Alliez le zele & la fidelité des
Etats que le Roy d'Espagne
possede en Italie pour son legitime
Souverain, le zele de
ces bons su jets ayant esté jusqu'à
vouloir remettre aux mains
des Gouverneurs leurs femmes
& leurs enfans pour ôtages de
leur fidélité; ce qu'il ya de plus
fâcheux pour les Anglois
, &
pour les Hollandois
,
effc qu'ils
ont plus perdu de troupes que
s'ils avoient perd u une bataille,
sans avoir la consolation d'avoir
fait perir un bon nombre
de leurs ennemis» ce qui auroit
pû adoucir le chagrin de leur
défaicc.
On allure que cette nouvelle
ayant étépubliéeenAngleterre,
le Peuple a dit qu'il feroit toûjours
malheureux tant qu'il se
laisseroit gouverner par une
femme.
Mr de l'isle Capitaine aux;
Gardes, étant mort de la petite
verole
, MrDorgemontLieutenant
de Grenadiers dans le
même Corps, a eu cette Compagnie.
Il y avoit plusieurs pretendans
d'une valeur distinguée
,
mais comme tous ceux
qui aspirent à une même Charge
ne peuvent en estre pourvûs,
Mr Dorgemont a eu l'avantage
d'estre nommé par le Roy. Il effc
frere de MrForest, Conseiller
au Parlement.
La Lieutenance de Grenadiers
qu'avait Mr Dorgemont,
a esté donnée à Mr Caudelet
distingué par une grande valeur.
Iln'entre ni Officiers,ni
soldatsdans les Grenadiers dont
la valeur n'aie esté éprouvée.
La Lieucenance qu'avoit Mr
de Caudelet, a eU donnée à
Mr de Romainville dont le nom
est le Camus de Poncaré, fils de
Mr de Romainville, Lieutenant
de Hoy du Havre, & ensuite
Gouverneur du Ponc-de-Larche
La Sous-aide Majorité de Mr
de Romainville a esté donnée
à Mr de Saint Mars, Gentilhomme
du Pays du Mayne, qui
aesté Page de la Chambredu
Rov.
"Mr de S. Mars Gentilhomme
Breton, a eu la Souflieutenance
de Mr de Romainville.
L'Enseigne des Grenadiers £
esté donnéeàMrde Pereuse,
Gentilhomme de Brie, qui aesté
Page du Roy.
Sa Majestéa donné à MrDénonville
,le Regiment Royal
infanterie, à la prierede Monseigneur
le Duc de Bourgogne;
il vaut trente mille,écus.
Mr le Chevalier de Livry a
esté gratifié du Regiment de
Dénonville. Il étoit Garçon
Major du Regiment du Roy.
Mr de Bragelonne étant infirme
)
Sa Majestéa permis qu'il
seretirât,& lui a donné une
pension de six mille livres. Il
vend quatre-vingt mille livres
sa Compagnie aux Gardes
>
à
Mr de la Faye, Lieutenant aux
Gardes. Son Inspection de l'Ar..
mée d'Allemagne a esté donnée
à Mr deMeaupeau , Capitaine
aux Gardes.;p Mrde Vignauaeu la permission
d'acheter le Regiment de
feu Mr de Meuse. Il en donne
22500 livres, qui feront pour la
famille du défunt
, & illaHfc:
un Bâton d'Exempt à donner
dans la Compagnie de Noailles;
Mr Dufée a eu la place de Mr
de Perat
,
Commandant de la
- Citadelle de Mets. * Le Roi a accordé la survivance
de Mr le Prince de Soubisequi
commande les Gendarmes
, à Mr le Prince de Rohan
son fils. Je vous en dirai d'avantage
le mois prochain
Le Regiment de Mr de Janlac
tué devant Landau,a esté
donné à son frere Capitaine de
Grenadiers dans le même Regiment.
Le Roy a donné à Mr le Marquisde
Rigovillele Gouvernement
de l'Isle de Ré, à condition
que ce Marquis y reside.
roi t.
Mr d'Aubarede a eu celuy de
Salins, qu'il avoit demandé.
La sortie de Mr de Rigoville
des Mousquetaires
>
cause un
grand mouvement dans cette
Compagnie.
Mr de Canillac de fecond
Souslieutenant, devient le premier.
Mr de Hautefort de premier
Enseigne devient le fecond
Souslieutenant.
Mr de Coeursi de secondEnseigne
devient le premier.
Mr de Leussandepremier
sCoerneittge dnevieent.le second En-
Mr de Tresbon de second
Cornette devient le premier
Cornette.
Mr de la Luriere de premier
Maréchal des Logis devient le
second Cornette.
Ainsi du reste des Officiers,
chacun selon son rang, tous ces
Mrs estant également distinguez
& méritant également de
monter.
Je doute que tous ces Braves
meurent à l'âge de cent six ans,
ainsi que vient de faire le nommé
Bertrand, du Village de
Haillen
HaillenenPicardie.
,..-' Je ne sçay par quelle avanture
„ il s'est glissé dans une de mes
Lettres une chose que je n'ay
pas eu intention d'y mettre ,
êz
qui a dû vous y faire remarquer
i
d'abord une faute tres-groissiere.
Il y a que le Prince Christian
qui a esté noïé dans le Danube,
cil Frere de la Reine des Romains
, ce qui n'est pas veri table,
la Reinedes Romains estant
Soeur de la Princesse d'Hannauvre
vre, que nous avons vu long.
temps en France, & qui n'a
point de frere.
Vous me demandez avec tant
d'impatience ce qui s'cft païïc
au Siège de Landau
, que je me
trouve obligé de grossir ma
Lettre, pour vous envoyer le
Journal que j'avois resolu dglfè
:
'VOUS envoyer que le mois- prochain.
Il est moins ample qu'il
n'auroit esté s mais quoy qu'il
foie succinct
,
il ne laisse pas de
ren fermer en peu de paroles ce
qui s'est passé de plus éclatant
à ce Siege, & ceux quile liront
auront l'avantage de le voir
commencer & finir dans une
même Relation.Celui de Brifac
que je vous envoye dans une
Lettreseparée&qui accompagne
celleci est plus étendu,quoi
qu'ilait moins duré; mais j'ai
cru que le Journal d'une Place
emportée par Monseigneur le
Duc de Bourgogne, devoit estre
- dans toutes les formes.
Le 11. Octobre Mr le Comte.
de Marsininvertit Landau avec
vingt Bataillons & vingts-cinq
Escadrons, depuis Molem ; qui
est à la baffe Quieche, jusqu'à
la haute. -.
Lé 12. toute l'Armée arriva
devant la-Place.
Le 13. on acheva de l'investir
depuis la haute Quiéche jusqu'à
la basse.
- Le 14. on continua de travailler
aux lignes de circonvalation.
Mr le Maréchal de Tallard
ayant eu avis qu'un corps xies
ennemis de mille à douze cens
hommes qui se retiroit à mesure
que l'Armée du Roi avançoit,
s'estoit arresté aux lignes de
Speyerbach à deux lieuës
,&dcrny de Landau, que le
Prince deBade fit élever dans la
temps que la guerre commença
en Italie, qu'ilsavoientdessein
de deffendre, & que pour cet
effet ils devoient faire venir
quatre Regimens de Cavalerie
& deux d'Infanrerie du Camp
de Stolhoffen, & toutes les
Milices du Palatinat
,
il crut
qu'il ne devoi t pas laisser à ces
Troupes le temps de s'y établir,
& qu'il devoit leur enlever
cette barrière, d'où ils auroient
pû incommoder leCamp
& l'empêcher de pentrer dans
le Palatinat. Ilresolut pourcet
effet de faire un détachement
le 15. au matin. Vous apprendrez
les opérations de cedétachement
parla Lettre suivante.
Elle eil d'un Officier general
qui n'est pas moins élevé par
sa naissance que par son emploi,
Sa naissance se peutremarquer
par la maniere dont il écrit en
parlant des Officiers. y'.Espert' que cette besôgne icy fera
faite plùtbt qu'on n'esperoit) le
plus gtos en efi fait ; cest un miracle
d'avoir conduit de Brifac icy
par terre soixante-deux pièces de
gros canon) vingt mortiers,&fix
mille chariots charge,de vivres&
de munitions, tout efi arrivé malgré
les méchanschemins vingt. deux
mille Pionniers achevent nos Ii..,
gnei. DAns, deux jours elles feront
comme on les demande. noflre General
n'a point attendu Vétablifsement
parfait de nos lignes, compie
iln'y a qiïaprendre son temps
i-fte& promptement il la guerre v
il vient d'user de cettemaxime. Loti
ennemis avoient un Camp fiuw
Landau ,
composé de six cens ~!~
farts , & deseptÀ huitcens Qhe%\
vaux quis'essaient retirez, deniers
des lignes qu'ils jirenrllors qu'il}
formèrent le projetdeprendre Lan*:
dau. L'art & la nature rendaient
ces lignes très-fartesj Le Comte deït
TsTajfau qui commande dansceiUste
de Stolboffen
3
ai/oit mandéaft tk.! neral - qui commanderaJ.anscelleVk
de Speyerbach, qu'il luy envoycroitfc
quatre Regimens deCa-baierit,
autant d'Infanterie
* & deux mille
Paysanspourachever deilsmettre i
hors dinfaite ; notte Generall'ayant t
appris ,
détachaaussi-tojtCourtebonne
Lieutenant général, avec
JrlliJ/M) & Kalfmé Maréchau
deCamf deux Brigadiers de Cavalerie
& un d)Infanterit
, quinze
cens Chevaux3 cinq cens Grena-
Jins, dr* cinq cens hommes de pied
choijts. il n'y a que trois lieues
d'iry à ces lignes. Commela têt.
de ces Troupes arrivoit ,
les ennemisfirent
sortir quelquesMuffartS
pour eftArmollcher, crayant que c'était
un fourage que nous voulions
faire.Courtebonne fit pouffer ces
gens par de Mmw Lieutenant Colonel
du Regiment de Dragons de
Pefeux
y
qui commandoit trois
Trutlpes. Ils rentrèrent &fermèrent
la barrière
, nos Dragons ïattaquèrent
, la rompirent, &entreront
pesle mesledans-les lignes. Courte- - bonnefoictint.ils appereçurentïInfanterie
, cenefutplus qu'unefuite*
On leur tuacent cinquante bvmmrj'.$
&on leurprit beaucoup de chevaux "à
le gros se retira dans Nellftat, on^
de Mianefutenu par la Maronie%\
se Capitaine dans le Régimen*^
desCravates, lessuivitdesiprés, i
que les y voyant entrer) il sità
le tour de la Ville, & jugeant
bien qu'ilsvouloient allersortirpan\
l'autre porte )
il l'envoya dile-
Courttbonne
, qui luy ordonna de<±
retourner, il trouva en arrivant9 c qu'une des deux Troupes qui Y'f.
tftoient entrées se retiroit, il l'en,-
voyadire;"[on General,ce'Illil¿lvoit).
fait; il luy envoya des Grena--
diers,aveclesquels ilfitattaquer*
une espece de Fauxbourg
, on luy
tua une vingtaine*de Grenadiers,
4tprés quoy ces gens la demandertnt.
Qcapituler, & ils se rendirent àdtjtfeiion*
ilyavoit dans la Priilt
Ittl ColoneldeHujfarts Turc de
fiation,nomméSohonkebeck, quiefi
¡j'homme' du monde de la plus gfan-
Je mine, il a les cheveux blancç,
ia barbe jufqucs sur Veftomac, il
lit fin bras d'argent. bn a fris le
.Regiment de Villers Dragons de
VElc[leur Palatintoutentier, avec
environ deux cens Huffarts
,
&
Cavaliers
»
quarante-trois Ojfitiers,
des Etendars
,
& des Tim..
balles. Cette aiïion nous donnedé
parties facilitez pour nofire Siége.
On; va occuper Neuftat & Marientraut
, nous avons des posses h
Portée de Philisbourg
, pour voir
,.'ils feront un Pont. Nom avons
jermcrshcim
;
& nousferons maîtres
de tout le terrain ju(qutà trois
fiertés au de. la k la Queiche.
Jereprens la fuite du Journal.
,- Le 15. & le 16. l'on disposa
toutes choses pour l'ouverture
de la Tranchée qui fut ouverte
la nuit du 17. au 18. par les trois
Bataillons de Navarre, un desj
Savine, & un de Sourches à laxJ
droite, & à la gauche, les Grenadiersde
Bourgogne,& les Regimensde
Monroux, de Broissia,
de Tilly & Flandres. Mr le
- Comte de Marsin Lieutenant
général, Mrde Sailly Maréchal
de Camp, & Mr de Monroux
Brigadier, dix-huit cens cra-r£<
vailleurs
3
mille à la droite,&
huit cens à la gauche , soutenus
par neuf Compagnies deah
Grenadiers, & d'autres Trou-
'R-es. Le travail fut deprésde-
1800. cens taifas, & pouffé ai
cènecinquante toises du chs--»
,:tnin couvert. Les ennemis ne
s'apperçurent du travail que
sur les neuf heures & demie, ce
qui donna une grande avance
dans un terrain mal-aisé. Mr de
t Raousset, Lieutenant dans le
Regiment de Navarre sur bleue
à la main d'un coup de mousquet.
Cinq Soldats furent tuez,
\p-&ladteix blessez. Mr de Roche-
dans Capitaine de Cavalerie
Orleans fut tué, aussi bien
qu'un Cavalier, & quatre furent
blessez à la garde de Cavalerie.
Un Cornette du Regiment
de Bourgogne eut la jambe
emportée.
La nuit du 18. au 19. on déboucha
de la grande paralelle
par trois endroits differens
) ravoir un à la droite vis'à-vis
la contre garde;l'autre dansle
-milie.l visà-vis la Demie-luner
de la porte, & le troisième vis-?
.à..v,is la contre-garde ducosté
du canon; on estoit à trois heuresaprésmidy
à la droite à centîn
cinquante pas de la palissade..
Nous n'y eûmes pas un homme
detuénydeblessé Onn'avanvança
pas tant à la gauche. [
y eue environ trente hommes
tuez ou blessez du canon. A h,(
Garde de VVeiflembourg Mt:/.
de Torpanne Capicaine dans loi
Royal Artillerie fut blesse legec;<
rement, & Mr du Boule
Lieutenant dans le même Régi;?•
ment le fut dangereusement..
Le 20. Mr le Princc<:amjllc)!¡i
arriva de la Cour de Lorraine
pour estre au Siege de Landau rj£
LUÛL
L'on fit la nuit plus de douze
cens toises d'ouvrage, & l'on
n'eut que cinq ou sixpersonnes
tuées & dix blessez. Le canon
commença à tirer à la pointe
du jour en trois batteries, qui
firent un feu continuel,& nos
bombes mirent le feu dans la
Ville. On fit encore la nuit du
20. au 21. de nouvelles batteries
, & l'on commença à
travailler à la sappe. Les ennemis
firent une sortie au nombre
y
de soi xante, ils dérangerent
huit gabionsvuides; ma i s les
deux Compagnies des Grenadiers
de Touraine & le piquet
de ce même Regiment qui les
attendoient de pied ferme,-
n'eurent pas plutostcrié, h l'erte>
Grenadiers, qu'ils prirent la
fuite èc furent vivement rôf I
poussez jusques dansleur con--
trescarpe. Nous n'eûmes que s
trente hommes tuez ou bles- ;
fez pendant le jour & la nuit,, Le Major du Régiment de s
Tessé eut la teste emportéed'un q boulet de canon, & le même s
boulet emporta trois ou quatre q
hommes dans un chemin qui
estoitenfilé.
- Le ii. on se trouva le matin n
sur le bord du fossé de la petite
Lunette qui est au pied du gla- -j
cis Les Énnemis/ firent encore s;
la nuit une petite sortie au nom..
bre de dix hommes qui- fè reti- -i
rerent surlechamp.Onfittâter 11
le même jour au soir la Demi- -j
lune parun Sergent de Greder i-
-& dix Grenadiers qui y cftgnt 3^
entrez, n'y trouverent quehuit
hommes, & comme on sçavoit
qu'ily avoir deux fourneaux,
on ordonna au Sergent de sa
retirer si-tost qu'il auroit crié
ViveleRoy,dans cette Lunette,
ce qu'ilexecuta bien. Lesennemis
qui avoient prévû que nous
l'attaquerions,avoient patté
quatre cens hommes dansle
chemin pour le reprendre
, ce qu'ilsfirent quelque temps
après. Nos travailleursqui traçoient
la paralelle qu'on avoit
tirée depuis la tranchée de la
droite jusqu'à celle de la gauche
, furent culbutez par une
sortie des ennemis, qui reprirent
le travail, dont on les chassa
un quart d'heure après
3
6c
lous nous logeâmes dans la lunette.
Nous y perdîmesMr des
Roches, Capitaine de Grenadiers
, vingt Soldats tuez, &
nous eûmes cinquante blessez.
Mr le Chevalier de Cumieres le
cadet, & Mr de la Brigadiere,
furent blessez aux nouvelles
Batteries. Mrde la Fare Ingenieur
fut aussi dangereusement
blessé. On dressa une nouvelle
Batterie de treize pieces de ci
nonaupied du glacis. 4
Le 24. on perfectionna la paraleile
qu'on avoit fait la nuit
precedence. On poussala sappe
de la droite vis à vis l'angle de
la lunette; on s'étendit de 12.
toises vis-à-vis l'angle, & l'on
ouvrit une autre sappelelong
de 11 foflTe de la lunette, v i s-àvis
de la demielune de la porte
de France. On ouvrit deux
sappes, l'une à la droite, 6c
l'autre à la gauche en maniere
de fourche qu'on prolongea
d'environ vingt toises chacune,
en forte qu'on se trouva à deux
toisesduglacis. On fit la même
choseà la gauche. On tirale
matin de dix pierriers qui accablerent
les Assieger dans leur
chemin couvert. Les ennemis
vinrent trois fois la nuità la
sape de la droite,& dérangerent
leux ou troisgabions des sapeurs
,
& se retirerent ensuite
bns la lunette, & jetterent
beaucoup de grenades à cette
appe Nous y eûmes six homnes
tuez & dix-neufblessez.
La nuitdu24au 25. on se
endit maître de la lunette ou
redoute de Melac, au pied cTir
glacis du front de l'attaque à
force ouverte; mais les Assiegez
firent un si prodigieux feu,
que l'on jugea plus à propos de
continuer la sappe pour environner
cet ouvrage. Les ennemis
voyant qu'ils alloient estre
coupez prirent le parti de l'abandonner
,
& on s'y logea.
On y perdit trente ou quarante
hommes tant tuez que blessez.
Mr de SuiffartBrigadier d'Ingenieurs,
y fut tué après avoir
fait le logement.
La nuit du 24. au 25. les ennemisfirentun
grand feu. Ils
jecterent beaucoupdegrenades
aux deux sappes de la droite,
que l'on n'avança pas autant
qu'onl'esperoit,maisassez pour
leur faire a pprehender le matin
, d'estre pris par la gorge de
la lunette, ce qui les détermina
à faire sauter des fourneaux
qu'ils avoient à un angle, & un
a chaque face. On y envoya.
dix Grenadiers qui se logerent
dans le trou d'un des fournaux
& firent promptement communication.
Cent Grenadiers s'y
logerent.
La nuit du 15. au 16. l'on prolongea
la sappe le long du chemin
couvert, d'où elle ne se
trouva éloignée que de six toises
,
& nous eumes vingt- cinq
blessez,entr'autres un Officier
& un Ingenieur de tuez. Ce
dernier étoit Mr du Hallé
Ingenieur de Longvvy,
La nuit du 26. au 27. taz em*
ployée acontinuer les sappes
Celle du milieu fut ralentie par *-
Je feu des grenades. A la sappe
de la droite, on prolongea une
tranchée lelong de la branche
roite a nocre egar - -- La nuit du 27. au 28. on continua
la sappe gauche de cette
mêmedroite. On fitcettemême
nuit la troisiéme paratelle,wr
Chevalier, Ingenieur fut tué.
-La nuit du 28au 29. les ennemis
firent fauter trois grands
fourneaux le long de la facegauche
à nôtre égard
,
de la
place d'armes de la droite de
nôtre attaque. Un quart d'heureaprés
>Mr des Châles Brigadier
des Ingénieurs, fit faire
unlogementsurle chemin couvert.
Les ennemisresterent feulement
dans la traverse. On travailla
à deux batteries, unesur
l'angle de la droite de la place
d'armes pour battre la demielune
de la porte & le flanc de
la contregarde
, une de Mortiers
, & une troisiéme dont
l'usage ne fut pas ce jour-là
d éterminé.
Le 29. l'on fit encore de nouvclles
batteries sur le chemin
couvert,& l'on en ent alors onze
pour battre la demie-lune
> les contregardes
, attaques 8c
courtines tout à la fois.
Le 30 on amena deux pieces
de canon pour mettre en batterie
dans le chemin couvert ,
le
conducteur effleura la palissade
de la droire de la tranchée Les
ennemis s'en étant aperçus 3
fii
rent un très-grand feu. Le-s
c haretiers eurent peur. Leschevaux
prirent le mords aux
dents ; une piece futrenversée.
Les vingt-quatre chevaux furent
tuez& les deux pieces de
canon resterentdans le chemin,
nous eûmes un Lieutenant d'Artillerie
& fixa sept soldats tuez,
& douze blessez. On fitquatre
fappes dans le chemin couvera
pour servirà faire quatre, descentes,
une à la contregarde de
la droite, une autre à la courtine,
une autre à la demie-lune
de laportede France, & l'ancre ,1dl'-1\ à la contregarde gauc he, a nôtre
égard.
Le mauvais temps empêcha
qu'on ne mit le premier Novembre
tout nostre canon en
batterie. Les ennemis mirent
del'eau dans leur fossé jusqu'à
cinq pieds.
- Le 2. les batteries furent
augmentées ) & comme on n'avoit
pû saigner Le Canal,-on
fit trois Ponts,sur lesquels on
devoit Jetter des fascines pour
Combler le fossé.
Le3lepassage du fossé
de La demi Lune fut achevé
avec des gabions
,
des fascines,
6c. des sacs à terre.
Le4.Mrde Laubanie, Lieu-
;enant général de jour , fit attaquer
la demi - lune par les
Grenadiers,qui malgré legrand
feu des Affiegez l'emporterent,
& les obligerent à se retirer
Sans les retranchemens qu'ils
avoient à la gorge decet Ouvragé.
Une de nos bombes mmt
lefeu à im de leurs fourneaux
Ils en firent joüer deux autres
qui renverserent les Grenadier
& les Travailleurs qui com
mençoientàs'y loger. Cela su<j
rétablidans le moment. Mrloi
Maréchal deTallard s'ytrou
va lui-même. Le feu fut tresgrand
pendant plus de deuzu
heures : l'on employa le restoi
du jour
, & toute la nuit dub
4. au 5. à s'établir dans ceccon
demi- Lune, que les ennemi
abandonnerent entièrement. ; <
Le 5. on se logea sur le re«3i
tranchement de la gorge de Id -
demi- Lune, & l'on travailIdl
en même temps au passage dub
;.Folfé des deux Contregardes
quel'oncombla dans leten-n;
"e ;'
duël
duë de cinq ou six toises. Mr de
* Jansac,nouveau Colonel d'ln.1
fanterie fut tué, ainsi que
Mr de Resseguers Commissaire
d'Artillerie ; du reste on perdit
i peu de monde en cette occasion.
L'on travaillaaussi au pasfage
du fossé des deux Contregard
es.
: La nuit du 5. au 6. on n'attaqua
pas les Contregardes,
comme on avoit resolu, parceque
les breches ne le verent trou- pas tout à fait en état.
e On fit feu lement construire des
Ponts, &élargir les chemins de
; la droite & de la gauche, de
même que les boyaux des Places
d'Armes Les ennemis v i nrent
le 6. au matin sur les huit
heures tout à découvert sur la
breche de la Contregarde de
la demie Lune à la gauche pour
nousempêcher de combler le
fossé. On fit un tres-grand feu
de part & d'autre
,
& ils se retirerent
en disant des injures à
nos gens. On fit venir à la gauche
600. C hariots de fascines.
Le 7.l'on battitenbreche
la demi Lune.
Le 8. Mr de Grammont,
Mrd'Asfeld, &Mrle Prince
de Robeck qui descendoient de
la tranchée, eurent ordre d'attaquer
la Contregarde de la
droite, avec les Compagnies
des Grenadiers du Royal,de
Surbeck, d'Aunix, & de la
1 Fond, soûtenus par sept Piquets
de ces Regimens. Mrde ! Hautefort iiMr de Forsat, & ;
Mrle Chevalier de Croissy furent
commandez pourattaquer
la Contregarde de la gauche,
avecleshuit Compagnies de
Grenadiers des Regimens de - Touraine, Royal Italien, de # Santerre,d'Auxerois
,
de Tessé,
ôc de Grimaldi, &les huit
Piquets desmêmes Regimens
qui montoient la tranchée. A
trois heures aprés mid-f>lesi.
gnal estant donné, les deux
Compagnies de Grenadiers du
Royal, & celle d'Aunixmarcherent
vers la Contregardes
mais les ennemis qui avoient
un retranchement le long du
Parapet, Sea quatretoisesau
delà, firent un si grand feu,
que Mr de la Fette, premier
Capitaine des Grenadiers da
Royal, fut tué avec ceux qui
estoient à la tête. Les trois
Compagnies de Grenadiers de
Surbeck eurent presque tous
leurs Officiers blessez sur le
Pont, de maniere qu'elles le
repasserent. Les ennemis étants
retranchez de même dans la
Contregarde de la gauche, cela
n'empêcha pas les Compagnies
de Grenadiers de Touraine,
& du Royal Italien de penetrer
jusqu'au retranchement
qu'ils ne purent forcer. On fit
avancer les Grenadiers de Santerre
& d'Auxerois
,
qui continuerent
le Combat. Cependaiyt
Mr Robert Ingenieurfit
sur la breche un logement pour
soixante hommes mais quelqu'unayant
criéqu'onmettoit
le feu à la mine, les Troupes
se retirerent en desordre
sur le Pont, & abandonnerent
le logemenc. --I.
>- La nuit du 8. au 9.fut employée
à faire des communications
pour entrer dans les paralelles
qui regardoient les Contregardes,
àélargir cette paralelle
, & à raccommoder les
Banquettes Mr le Maréchal de
Tallard ordonna d'attacher le
Mineur aux Contregardes pour
élargirles breches.
H Le 9. on attacha le Mineur,
& on travailla à deux boyaux à
chacune des contregardesavec
plusieursfournaux.
s».; Le 10 le 11. & le 11 furent
employez à perfectionner les
ouvrages, & le 13 on emporta
les deux contregardes l'épée l
la main
,
après que nos deux
mines eurent fauté, qui étourdirent
fort les assiegez. Il n'étoient
pas si bien sur leurs gardes
que la premiere fois. Tous
ceux qui y étoient furent presque
tous tuez, ou faits prisonniers.
Nos gens s'en servirent
utilement
, en les mettant devant
eux, & tirant sur leurs
épaules,pendant qu'on faisoit le
logement. Cette action ne nous
coûta pas plus de 60. hommes
tuez ou blessez,peud'Officiers,
mais trois Ingenieurs. Mr dfe
Valsemé fut legerement blessé
à la joüe.
Le 14. Mr le Maréchal de
Tallard marcha contre le Prince
de Hesse qui s'avançoit au
sccours de la Place.
Ce seroit icy le lieu de vous
parler de la bataille gagnée par
Mr le Maréchal de 1.Tallard
contre ce Prince; mais vous jugez
bien que n'ayant ni le temps
nila place, je me trouve obligé
de differer jusqu'au mois prochain
à vous en entretenir. La
matiere ne sera pas nouvelle,
mais la Relation pouraestre
remplie de beaucoup de choses
qui ne feront pas encore venues
à vôtre connoissance.
Le 15. le Gouverneur de Landau
fit battre la Chamade
, &
l'on donna des ôtages de parc
& d'autre. Mr de Laubanie,
premier Lieutenant general qui
commandoit au Siége
,
le fit
sçavoir à Mr le Marechal de -
Tallard qui lui manda de ne se
point presser de conclure la
Capitulation, parce que les
choses avoient bien changé de
face depuislegain de la batail le.
Ce Maréchal avoit dessein de
faire la Garnison prisonnierede
guerre, & il auroit pumême
s'yopiniatreravecjustice, pour
se vanger de la maniere irreguliere,
& opposée aux Loix de la
guerre dont les ennemis en
avoient usé envers les Garnisons
d'Huy
,
& de Limbourg.
Cependant, comme les Braves
meritent d'êtreesiimezdeleurs
ennemis mêmes,& que le Gouverneur
de Landau,& sa Garnsson
,
avoient fait leur devoir
en gens de coeur, & qu'ilauroit
pu même tenir encore
quelque temps. Mr le Marechal
de Tallardestant persuadé que
le Roy netrouveroit pas mauvais
qu'il leur fit une compositionhonorable,
leur accorda
la mêmeComposition que le
Roy des Romains avoit accordée
à Mr de Melac.Ainsi la
Porte de France fut livrée le
17. au Regiment de Navarre, &
le 18. la Garnison sortit, Elle
étoit encore composée de deux
mille cinq cens combattans,
qui avoüerent que pendant le
Siége ils avoient eu plus de
deux mille hommes tuCZ, ou
blessez ; ce qui joint aux malades
, fait connoître qu'ils
étoient avant le Siége environ
~dix mille hommes dans la Place.
Cela vous étonnera. Je ne
doute point que vous si-alelr
d'abord quelque répugnance a
le croire
, parce que vous n'avez
peut- êtrepointvû de Relation
qui l'ait fait monter si
haut. Cependant vous devez
être persuadée que ceuxqui
l'ont écrir étant dignes de foy,
& pouvant d'ailleurs. le sçavoir,
à cause de l'emplôy qu'ils ont
eu pendant tout le Siége. Et
ce qui doit vous confirmercette
verité ,
cil qu'il falloit unegrosse
Garnison dans Landau
pour faire des courses, & que
les contributions qu'elle droic
suffisoient pour l'entretenir.
On doit aussî considerer que
l'on n'épargnoi t rien pourconferver
une conqueste faite par
le Roy des Romains, qui n'est
pas accoûtumé àprendre des
places, & qui selon toutes les
apparences ,
n'en prendra jamais
de cette conséquence, Le
Prince de Bade qui y avoit parc
i& à qui d'ailleurs cette conqueste
étoitutile, 5c qui est un
homme d'une grande prévoyan-
:c , en quoi consiste son plus
grand sçavoir, avoit pris toute
es précautions imaginables
pour que cette Place neretomeaû
jamais entre les mains des
François: cependant elle a esté
iomreportée par une Armée en- fatiguée du Siége de la
lus forte. Place de l'Europe,
uienarrivant devant Landau
voit battu les ennemis àNeuf-
~et , & fait sept cens prisonniers,
& qui la veille de la
prise de cette Place avoit défait
entierement une Armée de
prés de trente mille hommes,
Ce Siégecommencé&fini par
deux victoires ,couvre degloire
les Troupes qui ont fait de
fuite ces quatre grandes actions
, & sur tout Mrle Maj;
réchal de Tallard qui n'a ~poin
temporisé
,
& n'a laissé échaper
aucuns momens sans vole
aux Troupes qui estoient au prés deNeustat
,
& au pré de
Spire; cette diligenceayan
esté cause de leur défaice;?
de la reddition de Landau.
On peut dire que toutes loi
Trou pes sans exception
, paru,
ticulierement les vieux corpjn
ont faitleur dev(iir'-ivectouriu,
la bonne volonté , & toute II
valeur
Valeur imaginable, que l'Ar-
J tillerie en a fait de meme avec
toute l'intelligence,&toutela
capacité possible,&que les Inge-
[ nieurs y ont fait voir de leur gej
nie &leurintrépiditéordinaire;
;f!x des premiers y ont esté tuez. Ce font Mrs le Chevalier de S.
Sare
, de Chaleaux , de Belancourt
,
Lescau
,
& Hallé.
Deux jeunes ont au esté tuez,
l& dix-huit bJelfez) dont deux
; ont eu une jambe coupée, &
deux autres un bras. La plûpart
de ces dix-huit Ingénieurs
ont esté blessez jusqu'à deux
fois.
MrFilleyIngenieuren chef,
& quiaconduit tous lestravaux,
deceSiègeaesté fait Maréchal
de Camp,& le Roy luy a donne
deu-xmille é,cus dejjejifiûn, Stf
Majesté aaussi donné cinq cens
écus de pension à MrdeVerspeesl
Ingenieur & Brigadier de
Armées , & qui a servi au
Siége de Landau.
Mr de Laubanie a eule
Commandementde cette Place,
dont Mr de Mclac a les appointemens
de gouverneur,
SaMajesté les luy - a yant accordez
lors qu'il la vint[alu,ër";
après que le Roy des Romains
s'en fut rendu maistre.
Depuis que Mr de Vendosme
a marché du costé de Piémont,
il s'etf passé quatre où cinq
actions dont je vous ay fait
part de la premiere qui est la
i défaite d'Hannibal Visconty.
Voici les autres. La premiere
ca contenue dans la Lettre suivante.
D'Ast ce 8. Novembre 1703.
~SV R l'avis qui fut donne a Mr
de Vcnâ'jfrr,c auil yavoitdans
Aji deux Bétudions, &quelque
Cavalerie, il envoya ordre a
Mr de J^aubccou*) qui commandoit
ïArm:e sur la 'Sesia, & qui
avait drja p<?((?l;"llePTo) a'BBreme,
de se rendre le G. à Quatorzedi, qui
efi a huit mille d'Ajl. Son Alttjje
partit avec cent Dragons d'escorte
pour sy rendre. Nous dccampames
le lendemain au point dujouravec
six picccs de canon , pour venirk
Aft ; toutes les nouvellesconfirmèrent
fendantnofire marche, qu'ily
tvoit une forte Garnison, & en
entrant sur le Territoire eLAst;
quelques Paysans ?avancèrentsur
une hauteur,d'où ils nous tirerent
cinq oufîxcoups de Carabines, qui
îuerent un cheval.Ils tirerent deux
Boetes en mêmetemps pour donner
le jignal de nostre approche à la
garnison de la Ville, puis ils se
sauverent, Nous commenfâmts nô-.
tre marche 1Iqg"a la petite portée
du canon où l'onse mit en bataille,
après quoy Son Altesseenvoya
un Trompette sommer le Gou- verneur les Magistrats deluyapporter
les clefs. Les nouvelles qu'il
y avoit garnison étoient vrayes ,
mais ausignal des deux Boëtes elle
se retira du cossideVilleneuve d'AjJ,
le Trompette n'eutpasplutofi fait
son appel que Mr l'kvèque vint
avec la Croix &à la tcfc deson
Clergé implorer au nom de toute
la Ville la mifericorde de Son
Altesse
,
qui la uceut tres-favoiablement,
La Villeneuve d'Ast fuivic
aussi-tost après l'exemple de la
Villed'Ast.MrleDucde Vendosme
y marcha avec six pieces
de canon, &-.fitob',êrver aux
Troupes uneexactediscipline.
Quelques Païsans ne laisserent
pas de prendre les Armes,
nonobstant les deffenses que ce
Ducavoit fait publier,& blesferent
quelques Soldats. Il fit,
pour l'exemple, brûler cinq
ou six maisons. Il apprit
, en
entrant dans Villeneuved'Ast,
queMonsieur le Duc de Savoye
y estoit venu le mêmejour, 8c
qu'il y avoitmême dîné. Ce
Prince nesesauva que luy dixiéme.
Il avoit eu la precaution
de faire tenir des Païsans
sur des hauteurs pour l'avertir
par des fusées qu'ils devoient
tirer,sçavoir
,
deux quandils
verroient un Escadron, & une
lors qu'ils appercevroienc un
Bataillon. Il avoit fait jetterun
pont sur le Po, entre Turin 6c
Train, & avoit déja fait paffer
deux cens Dragons. On les
joignit, on les battit, & on eo
tua cent soixante
,
le reste répandit
la terreurjusqu'à Turin.
Mr de Savoye fit rompre
le pont, & se retira.
La Lettre qui suit vous éclaircira
de la fuite des expéditions
deMrde Vendosme.
Lu CamNpodveemCabsrteelnovo,le20.
1703,
r Orfque l'Armée partit le 14, Jdu Camp de Villanova pour
".niricy
,
ilfaifoit un hroüillardJi
ais) que nos Tioujjars tomberent,
ns qu'on s'en aperçût
3
sur la
ntinelle d'un Parti de Milicesde
fr le Duc de Savoye qui s'étoit
ibufquèsur la marche de la co- Tinejequelfut attaqué Jihrufque-
?nt,quavant de pouvoir gagntt
Bois qui étoit proche,nos Houf.
is tuerent plfis de fixants
rmmes sans faire de pTiftnniers.' parutfir une montagne voisine
> cens Paysans qui se retirerent
notre aproebe. Ils vinrent ce- ndant hier attaquer un poste de
dix hommes qui ayant été foutent:
par cent Dragons aux ordres deL
Mr dyAubeterre
,
les repouffcrenw
,,& chasserent d'une Cassine quiln\\
occupaientpjr delà ce pojie &- lest.)
reconluijii'cnt a coups dzfusîls penvr
dant une heure. On a remarqua
que les Troupes réglées de A/ÏW
de Savoye qui étaient sur la gau-m,
che,s1enfuirent les premières. UA'J
corps de deux nvile hommes à
tête de[quels ctoit ce Prince, ay.inx\.
abandonné une C-tJ]îne, Mr d'Affiné
beterre la fit brûler pour tenh^i
pjrole aux Payjansausquels Afom^
Jîeur le Duc de Vendôme avoin
- fait dire qu'il feroit brûler le%\
Villages & C>1ffincs dont ils tiv.
reroient. Pendant ce temps-lad$
Trince ètoit allé vifttr les pofttC^
du Montferrât , ou Mr Dilltà\
-
r'êtablifjoit avec deux Bataillons
ïour le quartier dhyver. Mr de
Marignant en fait de même è
teluy de paflerdu, avec les Regimens
de Bresse & de la Sarre;
:es deux quartiers feront la tète de
:tu<cjue ïonétendradepuis Gabian
éJ" Monteil, pour couvrir le Montserratjufqu*
à Al/hl, & quand
"es deux posses feront en fenreté , Armccstfep.irera dans leursderrieres.
Le quartier generalfera à
dfti.
La Lettre suivante merite
quelqu'attention.
A Castelnovo, le 22. Novembre
1703.
LEs Piêmontois ètant venus en
bon ordre avec Dtapeaux déployez,
& Etendars
,
pourse fairied'un
Village,on marcha d'abord à
eux. M/ de Vendômelesfitattaquer
par Mr le Comte de Cbamillart
avecles Brigades de Medoc
,
&de
BreJ!e. il les renversa, en tua cent
cinquante, & mit le reste en fuite, il n'y eût en civte occasion, que
deux Majors &septfoldutstuez,'
Lesaffaires ne vont pas moins
bien du côté de la Savoye,que
de celuy de Piémont. Chambery
a ouvert ses Portes à Mr
le Maréchal de Tessé, & tout
ell tranquille dans cette Vil lelà.
Mr le Marquis de Chelles
qui commandoit un corps de
Troupes Savoyardes à aban- 1 donné la Vallée de Morienne, 1
& les Milices s'en sont retirées.
Ce Marquisest entré dans le
Tarantaise,où il se retranche.
T Mr le MaréchaL de TeÍfé
ayant é1t1é nommé pour compander
l'Armée qui étoit fous
~es ordres de Mr le Prince de
Vaudemont, ce Prince ayant
lemandé à se retirer à cause de
~s indispositions.
y Mr le Duc de la Feüillade,
Gouverneur de Dauphiné
, a
:[é choisipour aller commanler
en Savoye. Rien n'égale
intrepidité de ce Duc, son
ele pour le service, & son
uiduité. ,
On apprend par des Lettres
le Munich du 17. Novembre)
que Mrde VVeickel Lieutenant
general des Troupes de
sonAltesseElectorale avoit en..
1in secouru l'importante toc
teressedeKuffstein,quoique
les Imperiaux se fussent dé6J
rendus maistres de la Ville,
( retranchez tres - avantageusement,
& qu'on les avoit chassez
avec perte de beaucoup dJ
monde, & des Mortiers qu'i f
avoient amenez pour bombarder
ladite Forteresse. Ces Lens
tres ajoûtent que Son Altesse
Electorale a pris la Ville Imperia
l e de Kempten ,
qui esi u iposte
tres-avantageux, sur Il
riviere de Liller, & quicouvre
la Baviere de ce côté là.
La plupart des Troupes dr
l'Armée de Mr le Maréchal de
Tallard font en marche vers
leurs quartiers d'hyver. Le
quatre Bataillons du Roy son
partl:.il
partis pour Colmar, le Regirment
de Chartres Cavalerie
*
7V3Len Dauphiné
,
& celui de
Rouville, Dragons, à Bayonne.
)On laissera à Landau un gros
>c:orps d'Infanterie, & l'on envoyera
la Cavalerie par cantons
entre cette Place, & le
Fort Louis, jusqu'à ce que les
ennemis qui ont passé le Rhin
îà Manheim, se soient entierement
se parez, & qu'on ait ré-
[paré les breches de Landau.
Les ennemis ont abandonné
Keiferloutre & Hombourg, ;après avoirfait fauter le Châî
teau de cette premiere Place.
l On assure qu'on mettra quatre
t ou cinq Bataillons & six Compagnies
de Cavalerie dans
Neustat
,
où commande Mr
d'Imecourt , & un Bataillon
dans Gemersheim.
Le Détachement de feu Mr
de Pracontal, commandé parMr
de Caraman
, & qui doit être
commandé par Mr de Coignies,
a repris la route de la Sarre.
Il eftarrivé pendant lemoisde
Novembre, 31. prises à S. Malo,
estimées plus de3. millions. On
assure que ceux à qui le gain de
ces prises appartient,ontresolu
d'en faire de nouveauxarmemens
au lieu de le partager. En
effet, on arme puissament dans
cette Ville-là pour remettre
bien-tot en mer.
Mr le Duc de Barvvic va
commander en Espagne les
Troupes Auxiliaires. Mr de
Puifegur
,
Maréchal de Camp,
p doit aussi aller pour les campemens
,
& le secours qu'on y
envoyera doit estre considerable.
Tout se prépare en ce Payslà,
non pas à soûtenir la guerre,
mais à la porter aux ennemis de
D'Etat. Les Espagnols font nanaturellement
braves, & jamais
îSujets n'ayant étéplusfidéles à
leurs Rois, il y a lieu de croire
qu'ils demeureront bien unis,
pour ne pas voir leurs Etats
1
démembrez.
On assure que l'Archiduc
n'avoir pas encore fait voile
le 25. pour l'Angleterre, le
vent l'ayant refusé deux fois.
Il a paruqu'ilcraignoit lamer
Lorsqu'il s'est embarqué. Si les
Troupes qui sontembarquées
étoient completes ,
elles monteroient
environ à douze mille
hommes. Milor Gallouay commande
les Anglois, & Mr Fa-<
gel les Hollandois. Plusieurs.
Officiers de ces Troupesont refusé
de s'embarquer. Elles tailleront
bien de la besogne à Mrs
de rinquisition de Portugal.
Je finis par une grande nOllvelle,
puisque je puis vous affurer
qu'on ne doute plus présentement
de la grossesse de
Madame la Duchesse de Bourgogne.
Je fuis, &c.
A Paris , ce 5. Decembre 1703. APOSTILLE.
Quoique l'Auteur du Mercure
ait fait imprimerenviron 400.
volumes depuis 26. ans, qu'il
n'ait pas interrompu ce travail
pendant un seul mois durant
cé grand nombre d'années
l qu'il n'ait point de dessein médité pré- chagriné le public dans
Jes milliers d'articles qui composent
cet ouvrage, & qu'il ait
adonné satisfaction à tous ceux
qui se sont plaints de quelques
fautes dont il ne pouvoit estre
garant, il ne croyoit pas que le
[Public dtÎt paroître si touché de
son incommodité, & qu'il dust
demander avec autant d'empressement
qu'il a fait la continuation
des Mercures : illuy en
est sensiblement obligé,& le prie
xie vouloir l'excuser si ses ourvrages
ne sont pas aussicorrects
que s'il étoiten meilleure santé, ,& s'il s'y glisse plus de fautes,
d'impressionqu'à l'ordinaire;
[parce qu'il est obligé de se rapporter
aux yeux d'autruy poifi* lescorriger. Ilprie ceux qui
auront quelques Relations de la
Bataille de Spire de les luy envoyer,
& ainsique ce qu'ils sçavent
tant des dernieres actions
de ceux qui ont esté tuez ou blessez
dans cette Bataille, que de
celles par lesquelles ils se sont
distinguez depuis qu'ils font
dans
le
service. Ils peuvent y
ajoûter les services qui ont ellé
rendus par ceux de la famillede
ces Braves, & ce qu'ilsjuge
ront à propos de dire de ces familles.
Le Journal de Brifac qui
fè trouve joint à ce volume,doit
tenir lieu au Public du volume
qu'ilTn'a pAointBeu leLmoEi s PJ.ifé. pttkiâe. i, i FeJle de S.LouisctlebrèeùModcne,y
4
f d'efaitedu Comte de Styrum, 145)
Madrigal, 16,
Mr Rotiillé du Qoudrty est nommé
parle Roy Qonfcillet dyEtat, 165
Fesle celebrèe à Tourst 167
Suite dujournal de Fontainebleau,
181
Bfltte a Mrle Qkrvalier Baler,
gentilhomme Anglois,231
Raisons qui ont obligé d'adresses
cette Efitre à ce Cevalier, 244
Relation de tout ce qui s'efîfissé k
la dejfaite du QomteAnhib.il
Visconti, 257
Service fait à Joigny, 275
Mariages, 176
Troisiéme article de morts)28J
Bénéficesdonne\par le Roy, 293
Relation de tout ce quis'eflpalé il
l*ouverture du Partemeffr, & de
: la Çour des Aydes, 304
Relation de tout ce quis*eftpaffé à
Couverture de lyAcaàemiedes
Médailles& des Inftriptions) &
à VAcademie des Sciences, 317
(JuvertNre de quelquesTribun.338
'Article des Enigmes, 335
Arrivée de Mr le Duc d'Albe,
Audiances données a ce Duc,
Audiances de congé données à Mr
VAmbajjadeurd*Espagne, 343
fzotterie 355
1Accueilfait parle Royà Mr Fabre,
deputé de la Ville de MaT.
stille) 360
Place de Prejïdent honoraire de
Chambery
,
donnée par le Roy il
MrdeTencinè 362
TraitéduMérite. 364
Lettre de Mrat: Vend. au Roy d'Efp.368
Ouvragesde Nie, Langlois, rué S. Jacques
au coin de la rué de la Parchem. 383
Retour de la Flotg Anqloife & ffolIdndoife
deiamertvediteranti&.$$6
Articles Jet changemens faits en divers
~Corps des ch4y jCorpsdesChargesydesfnrvivantestdes
fcejrimens& desGouverntmens tionnei,
r<£*pltijteursautres chusesde cettenat. 389
j-Mor't d'un homme-âgede 106. ans. 394
CRetraft.ition- 395 journal d:t Siege de Landam dans IUJHfl
Jont comprs le Combat de Neujlat£> la
rBata\U?de Spire. idem.
"journal de ce quis'ejlpajféenpie'm.432
Cequi /(jJpafféen Savoye. 410
Mr le Duc de la.Feutlladé ffl- nommé
pourcommanderen Savoye. 441
Expéditions faites par les Troltpr( de
MrdeBavière.idem
Nouvellesd'Allemagne. 4.P.
PrisesarrivéesaS.Malc. 444 Nouuellesd'Espagne,idem.
Nouvelles de l'archiduc. 445
GroJfcJfe de Madameld~Duchesse de
Bourgogne. 446 Jfpoftlle. - idem.
L'Air C'est trop peu, page 148.
L'Aitpourquojintfuj/ex^roHs^g^345
Qualité de la reconnaissance optique de caractères