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MERCURE
GALANT
DEDIE'AMONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
SEPTEMBRE 1703 .
A PARIS,
ChezMICHEL BRUNET , Grande Sale du
Palais au Mercure galang
د
Omme il eft impoſſibledansla con
Conture prefencede ne pas grofie
le Mercure,ce qui en augmente confiderablement
les frais ,on ne peut ſediſpenſerd'en
augmenter auſſi le prix. Ainſi les
volumes qui ſeront reliez en veau ſe vendrontdoreſnavant
trente-huit ſols,quant
aux volumes qui ſeront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations ſe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DC CIII
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
1
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
eſté misdepuis tant d'années
aucommencementde chaque
Volume du Mercure , puis
quemalgré les prieres réiterèes
qu'onafaites d'écrire en
caracteres liſibles les Noms
propres quise trouventdans
les Memoiresqu'on envoye
pourestre employez , on neglige
de le faire , ce qui est
cauſequ'ily en a quantité
AU LECTEUR
dedéfigurez,eſtantimpoſſible
dedeviner le nom d'une Terded
ve , ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
voyent d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encorequ'onneprend
aucun argent pour ces Memoires,&
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvu qu'ils ne defobligent
personne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port
MERCVRE
GALANT
SEPTEMBRE 1703.
Ous avez raiſon ;
Madame , & il faut
l'avoüer avec toute
l'Europe qui en demeure
d'accord , le Roy eſt le plus
laborieux Monarque qui aic
A ij
6 MERCURE
jamais eſté. Il voit tout ; il
entend tout , & l'on peut
meſme dire que ce Prince
faittout par luy meſme , puiſ.
qu'il entre ſi avant dans les
détails des affaires de ſon
Etat , & qu'il les ſçait ſi à
fond qu'on peut dire qu'il
n'a jamais deu qu'à ſes pro
pres lumieres , àl'affiduité de
ſon travail , & à la bonté de
fon coeur , tout ce qui luy a
fait meriter le ſurnom de
Grand , on n'en peut diſcon.
venir ſi l'on fait ſeulement
reflexion ſur les affaires de la
guerre. Il n'y a point de
GALANT 7
,
Souverains qui agiſſent par
eux meſmes dans ce qui la
regarde , & l'Empereur a un
Conſeil dans les formes
avec un Preſident. Le Roy
ſeul décide de tout ce qui
concerne la guerre , & ne
conſulte que ſes lumieres ,
il lit les dépêches , qu'il reçoit
& renvoye ſouvent les
Couriers après avoir fait des
réponſes de ſamain. Ainſi il
arrive , preſque , toujours que
ce que ces Couriers luy ont
apporté&que ce qu'ils rem.
portent eft ignoré de toute
laCour. On peutrépondre à
A iij
8 MERCURE
cela que les Princes quiont
des Conſeils de guerre ,
agiſſent avec beaucoup de
prudence , que pluſieurs avis
valent mieux qu'un , & qu'il
eſt impoſſible que des divers
ſentimens de pluſieurs per
ſonnes qui opinent dans un
Confeil , on ne tire des lumieres
qui peuvent , lorf
qu'on s'en fert utilement ,
ou faire faire des Conqueftes
ou empêcher que les Ennemis
n'en faffent. On ne
peut blâmer ceux qui font
de ce ſentiment , & la raiſon
meſme veut qu'il fois unig
GALANT 9
• verſel , quand on n'examine
ra pas , qu'à l'égard du Roy,
le cas eſt tout different : Ce
Prince a fait la guerre en
perſonne pendant plus de
quarante années ; il a eſté
preſque dans tous les lieux
où elle eſt aujourd'huy allu
mée; il ſçait le fort & le
foible , tant des Places que
ſes Troupes défendent , que
de celles qu'il fait attaquer;
il n'y a preſque pas un ſentier
qu'il ne connoiſſe dans
la pluſpart des Pays où ſont
aujourd'huy ſes Troupes , il
en a vû toutes les Cartes qui
10 MERCURE
ſont publiques , &il en a
de particulieres qui font fai
&
tes à la main , ces fondemens
pofez il eſt hors de
doute que perſonne n'eſt auſfi
capable que ce Prince de
décider plus ſeurement ſur
les affaires de la guerre ,
que pouvant ſe paſſer d'un
Conſeil , il ne doit point
s'en ſervir. Il eſt preſque impoſſible
que le ſecret ne s'échappe
d'un Conſeil com
poſe d'un grand nombre de
perſonnes , & que ceux mef.
mes qui n'ont pas deſſein de
trahir ce ſecret ne diſent
:
GALANT I
quelque fois des choſes ſans
y faire reflexion & ſans s'en
apercevoir , qui ſervent à le
faire deviner. D'ailleurs la
longueur des déliberations
fait quelques fois tort aux
affaires qui demandent que
l'on ſe determine promptement.
L'incertitude des gens
qui opinent & qui ouvrent
divers avis , n'eſt ſouvent
pas moins préjudiciable aux
affaires , puiſquelle met dans
l'embaras du choix le Prince
qui demande des lumieres ,
&qu'il ſe trouve quelque
fois à l'iſſue d'un Conſeil , où -
-
12 MERCURE
les avis ont eſté differens ,
plus incertain de ce qu'il
doit faire qu'il n'eſtoit lorf.
qu'il y eſt entré. On doit
ajouter à cela,&la choſe n'eſt
pas ſans exemple , que par .
my le grand nombre de
ceux à qui l'on confie ſon
fecret , il s'en trouve qui ſe
laiſſent gagner , cela arrive
moinsen France qu'ailleurs ,
mais cela n'eſt pas impofli .
ble : La choſe même eſt
aſſez ordinaire chez les
étrangers , & il y a peu de
Cours en Europe , où le
Cardinal de Richelieu n'eust
i
GALANT 13
gagné quelques Miniſtres.
Le Roy fait donc bien , non
pas pour éviter ce dernier
inconvenient , car il ne pa.
roiſt pas aujourd'huy à crain.
dre en France mais pour
,
éviter tous ceux dont je viens
de parier , & fur tout pour
gagner le temps que la lenteur
des deliberations fait
perdre , & qui eſt ſi neceflaire
, que l'on manque ſou-'
vent des grandes entrepriſes,
pour avoir déliberé trop
long temps for le party
qu'on devoit prendre. Le
Roy dis je à donc raiſon .
14 MERCURE
,
puiſque par une longue exa
perience il s'eſt acquis plus
de lumieres que tout un
Conſeil de guerre n'enpour
roit avoir pour décider
promptement des chofes ,
qui demandent, pour le bien
&lagloire de l'Etatqu'on ne
perde pointde temps en déliberations
, de n'avoir point
de ces Conſeils de guerre ,
qui loin d'avancer les affai.
res en reculent les décifions.
Ce que je vous viens de
dire ſur l'article des Conſeils
de guerre , n'eſt pas ſcule:
' GALANT 15
ment pour vous faire voir que
jamais Monarque n'a eſté ſi
laborieux que le Roy ; mais
pour vous dire quedans tous
les temps où ce Monarque a
eſtéen guerre,toutes les nouvelles
publiques imprimées
hors de France n'ont laiſſé
paffer aucune Campagne
fans repeter ſouvent que le
Roy avoit tenu de grands
Conſeils de guerre , quoy .
que cela ne ſoit jamais arrivé
; ainſi il eſt d'autant plus
à propos de détromper toute
l'Europe pour la gloire du
Roy , que les Etrangers ſe
16 MERCURE
perfuadent que les conquef
tes qui ont eſté enfantées ſur
les dépeches de ce Prince ,
ſont dûësen partie aux grands
Conſeils de guerre que l'on
ſuppoſe avoir eſté tenus par
ce Monarque , & qui ne font
qu'un effet de l'imagination ,
ou peut eſtre de la malice de
ceux qui ont ſi ſouvent parlé
dans leurs écrits de ces
Conſeils imaginaires. Le Roy
ne donne pastout son temps
aux affaires de la guerre quel.
ques glorieuſes qu'elles luy
foient, & quelque utilité qu'il
enretire ,par lemoyen de les
GALANT 17

Conqueſtes ; les affaires des
particuliers le retiennent fou
ventauConſeil pendantcinq
ou fix heures de ſuite ce
qui s'eſt vû depuis peu , ce
Prince ayant demeuré au
Conſeil pendantune apreſdi .
néeentiere , pour entendre le
rapport de l'affaire quiregardoit
Me l'Evêque de Noyon
& le Chapitre de Saint Quentin.
Il en uſe de même pour
tous ſes Sujets fans diftinction
, ainſi c'eſt avec juſtice
'que l'on peut aſſurer ce que
je vous ay dit d'abord , que
ce Prince voit tout , qu'il
Septembre 1703. B
18 MERCURE
entend tour , & qu'il faic
tout par luy même.
Le Roy d'Eſpagne a end
voyé l'Ordre de la Toiſon
d'or à Mr le Maréchal
Duc de Bouflers en confideration
du ſuccés du Combat
d'Eckeren. Les honneurs
fontle prix & la recompenſe
de la valeur ; & un honneur
auffi grand que celuy que
procure l'Ordre de la Toiſon
d'or , quieſt un Ordre Royal
& attaché à la perſonne des
Rois d'Eſpagne , eſt la preuve
d'un grand merite & d'une
yaleur diftinguée.
Comme onparle ſouvent
GALANT 19
de Genealogie ca parlant
d'Ordre de Chevalerie , je
dois vous dire que mrle maré.
chal Duc de Bouflers eſt fils de
François de Bouflers , Grand
Bailly de Beauvais , Maréchal
des Camps &Armées
du Roy , & de Louiſe le Vergeur.
Ce François eſtoit fils
de François , premier de ce
nom , Comte de Cagni , Vi .
comte de Ponches , Seigneur
de Bouflers &c, Châtelain
de Milly , &c. & de Louiſe
Hennequin , fille de Jean
Seigneur de Cury &c. François
le premier eſtoit fils
d'Adrien II. Chevalier des
20 MERCURE
Ordres du Roy, auquelHen:
ry III. donna la Charge de
Grand Bailly de Beauvais,
quidepuis a toûjours eſtépofſedée
par ſes deſcendans. Il
ſçut joindre l'étude à la profeſſion
des Armes , ayant
compoſé pluſieurs Livres : il
épouſa en 1582. Françoiſe
Gouffier , ayant fuccedé à
ſon frere aîné Louis de Bouflers
, dit le Robuſte ou le
Fort , qui fut tué à la fleurde
ſon âge à l'attaque du Pont
fur Yonne , mais dont la memoire
ne mourra jamais ;
c'eſt de ce Seigneur qu'on a
GALANT 21
écrit des choſes ſi étonnantes.
Il avoit eſté élevé auprés de
Jean de Bourbon Duc d'An
guyen , frere du Roy de Na
varre Antoine de Bourbon
duquel il avoit l'honneur
d'eſtre allié , parce que Iſa
beau d'Eſtouteville ſagrand
mere maternelle & François
de Bourbon Ayeul du Roy
Henry IV. eſtoient petits
enfans de deux freres , ſcad
voir Louis & Jean de Beau
vau. Ce Louis de Bouflers;
&Adrien II. eſtoient fils
d'Adrien I. &de Louiſe d'Oi;
ron. Adrien I. eſtoit frere de
22 MERCURE
cette ſçavante Chanoineſſe
de Nivelle dont il eſt parlé
dans la troiſième partie du
Supplement des Eſſais de
Litterature, je veux dire Louis
ſe de Bouflers ; & ils eſtoient
venus du Mariage de Jeande
Bouflers ſecond du nom avec
Françoiſe d'Encre Rouverel.
La Maiſon de Bouflers eſt
alliée aux principales du
Royaume , car outre l'allian
ce Royale dont nous venons
de parler , elle compte encor
celles des Maiſonsde Montmorenci
, Ailli , Mailli ,Cou
ci , Clermont , Châtillon ,
GALANT 23
Auxi &c. Cette derniere
n'eſt pas des moins illuſtres
de la Picardie ; & un glo
rieux veſtige qui nous reſtede
fon antiquité eſt l'honneur
que reçut Jean Sire & Ber
d'Auxi le . Château , premier
Chambellan du Comte de
Charolois, ayant été faitChevalier
de laToiſon d'or avec
un Roy d'Arragon celebre
par ſa valeuurr,, ppaarr PPhhiilliippppeess
le Bon , Duc de Bourgogne ,
au ſeptiéme Chapitre tenu
en la Ville de Gand l'an 1445.
Cette Maiſon eſt doublement
alliée à celle de Bous
24 MERCURE
Seiflers
, ſçavoir par le mariage
de Marthe - Jeanne de Bouflers
, fille d'Adrien II. & de
Françoiſe Gouffier avec Fran
çois d'Auxi- Monceaux ,
gneurde Saint Samſon ,Han.
voille &c. fils de Gui , & de
Suſanne de Soyecourt : led
quel François eut pour fille
Marthe , foeur d'Adrien Mar
quis de Hanvoille &c , ma
riée par diſpenſe en 1649 à
François de Bouflers , Seigneur
de Rouverel & c , fon
couſin au degré d'iſſus de ger
mains.
Comme je ne vous enyoye
GALANT 25
voye cet article qu'à l'occaſion
de l'Ordre de la Toiſou
d'or donné à Mr le Maré
chal Duc de Bouflers , je dois
ajouter icy que cet Ordre
fut fondé à Bruges le to.
Fevrier 1429. par Philippes le
bon , Duc de Bourgogne ,
dans les ſolemnitez de ſon
mariage avec Iſabelle de
Portugal. Cet Ordre fut
d'abord compofé de vingtquatre
Chevaliers Nobles
de nom & fans reproche.
Depuis ce Prince l'augmenta
juſqu'à trente un , & il
youlut que luy &ſes Succef
Septembre. 1703 . C
26 MERCURE
feurs en fuffent les Grands
Maiſtres. Les Chevaliers
portoient un habit magnifique
; c'eſtoit un manteau
d'Ecarlatte fourré d'hermi .
nes , avec le Collier ouvré
de la deviſe du Duc qui
eſtoit de doubles Fuſils en.
trelacez en forme de B. qui
fignifioit Bourgogne , & des
pierres à feu qui jettoient
des flammes ; cela fut depuis
changé , on y ajouta
enfuite ces mots , Anteferic,
quam Flammamicet. On mettoit
au bout de ce Collier
un Mouton ou Toiſon d'or
GALANT 27
avec cette deviſe , pretium
non vile laborum ; aux jours
folemnels ils portent une
Robe de toile d'argent , un
Manteau de velours cramoi.
ſi rouge , & le Chaperon de
velours violet. Cet Ordre
eſt aujourd'huy commun à
tous les Princes de la Maiſon
d'Autriche deſcendus de
Marie de Bourgogne , fille
de Charles le Hardy Duc
de Bourgogne. Il faut confulter
Chiffler , Marchant ,
Lemire , Favin , Golut & Mezeray
qui ont tous écrit fur
cet Ordre.
Cij
28 MERCURE
DeplusJurisprudentia Heroïca
Infolio , à Bruxelles ,
Comme auſſi un Inquarto
plus ancien , Latin & François
en deux Colomnes
d'Anvers , ex Officina Plantiniana.
,
Mr Bruchié de Verbois
ayant eſté bleſté dans le
Combat qui a fait meriter
l'Ordre de la Toiſon d'or à
M'le Maréchal de Bouflers
eſt mort depuis peu des bleſſures
qu'il y a receues , il
eſtoit Capitaine de Grenadiers
au premier Bataillon
GALANT 29
du Regiment de Picardie &
avoit ſervy pendant vingt fix
années de ſuite dans ce
Corps dont il eſt fort regretté
à cauſe de ſon extrême
valeur , & de ſa grande intrepidité
qui l'ont toujours
fait diftinguer de Mr le Maréchal
d'Harcour & eftimer
de Meſieurs les Marêchaux
de Villeroy & de Boufiers
, il commandoit àMarche
en famine. Il eſt fils de
Mr Bruchié , tres bon Gen.
tilhomme , Préſident en l'Election
de Sezanne , & Neyeu
de Mr Bruchié , Lieute-
,
Ciij
30 MERCURE
nant general de l'Amirauté
à Paris , & fiere de Mr Bruchie
, Lieutenant general de
Police de Sezanne .
رق
Mr le Prince Chriſtian
d'Hanover qui eſt mort des
bleſſures qu'il avoit reçues
en ſe ſauvant à la nage ,
aprés la deffaite de Mr de la
Tour par Mr de Legal , étoit
frere de Mr le Duc d'Hano .
ver& de la Reine des Ro .
mains , & fils d'Ernest Auguſte
de Brunswic Duc d'Hanover
, fait Electeur en 1693, &
Administrateur de l'Evêché
GALANT 31
d'Osnabruc , & de Sophie
Princeſſe Electorale , fille de
Frederic V II . Electeur Palatin.
Ernest Augufte eſtoit
quatriéme fils de Georges de
Brunlwic , General de l'Armée
Suedoiſe en 1632 33. 34.
&d'Anne Eleonor de Heffe
d'Armſtad. Georges Guillau
me Duc de Lunebourg qui
a épousé Mademoiselle d'Ol
breuſe , Dame d'Harbourg ,
eſtoit frere aîné d'Ernest Au.
guſte. La Maiſon de Brunswic
eſt une des plus illuftres de
toute l'Allemagne : Elle a
pour tige Azo d'Este , Mar,
Cij
32 MERCURE
quis de Toſcane , qui vivoit
l'an 1028. Il ſuivit l'Empereur
Conrard II. en Alle :
magne où il épouſa Cunegonde
, ſoeur de Guelphe IHI .
de la famille des Anciens
Guelphes dont il fut le der
nier. Le Pays de Brunswic
eſt dans la baſſe Saxe , Brunfwic
en eſt la Ville Capitale;
elle fut priſe en 1670. Les
Princes de la Maiſon de
Brunswic ont 4. voix dans
les Aſſemblées de l'Empire.
Hannover eſt une Place forte
d'Allemagne ſur la Lein
dans les Etats des Ducs de
GALANT 33
Brunswic à 3. lieuës d'Ildef
hein : elle estoit dans le ſei
ziéme Siecle du nombre des
Villes de l'Empire , elle eſt
maintenant dans la Maiſon
de Brunswic . Le Prince qui
vient de perir malheureuſement
a eſté fort regretté dans
toute l'Allemagne , il avoit
beaucoup de valeur& de merite
, il avoit ſouvent donné
des preuves de ſa fermeté &
de ſa conduite ; il avoitd'heu .
reuſes diſpoſitions pour la
guerre , peu de perſonnes de
ſon âge en avoient plus de
connoiſſance. Il avoit beaua --
34 MERCURE
coup de probité & de droi
ture , &tout reffentoit en luy
ſa grande naiſſance.
Vous avez eſté ſi contente ;
Madame, deleloquent Dif;
cours que Mr de Vertron
prononça en public , lorſqu'il
fut reçû Chevalier de l'Ordre
Royal de N. Dame du Mont-
Carmel & de S. Lazare , que
j'ay crû vous faireun nouveau
ppllaaiifſiirr , de vous donner la
Traduction qu'il a faite luy
même de ſon excellente
Hymne en Vers latins , à
l'honneur de la Vierge Patro
GALANT 35
ne de cet Ordre , dont l'on
celebra la Fête ſi magnifiquement
le 16. Juillet dernier
dans l'Egliſe Abbatiale
de Saint Germain des Prez,
HYMNE .
SAinte Mere de l'Eternel ,
Enten- nous , Vierge incomparable
د
Qui ſous le nom de Mont Carmel ,
Nous fus tant de fois favorable.
S
Ne ceſſe point de proteger
Un Ordre , qui dés sa naissance
Malgré le plus affreux danger ,
Fut le ſoutien de l'innocence.
S
36 MERCURE
Mille Barbares Ennemis
Désoloient un Troupeau fidele ,
Qui fur le Tombeau de tonfils
Alloit faire éclater fon zele .
S
Les Chieſtiens estoient malheureux
Dans les Campagnes d'Idumée ;
La tempète grondoit sur eux ,
L'Enfer mème l'avoit formée.
S
Nos Ayeux dant tous leurs besoins,
Banniſſant leurs juſtes allarmes ,
Porterent l'ardeur de leurs foins ,
Iusqu'àprendre poureux les Armes :
&
Ce zete a paſſéjusqu'à nous ,
Mème ardeur , mème foin nous
preſſe ;
Nous bravons l' Enfer en courroux ,
Si le Ciel pour nous s'intereſſe.
GALANT 37
Prète-nous ton puiſſantſecours .
Obtien du fauveur de nos ames ,
Que fur nous il verſe toûjours
Les Trésors de ſes ſaintesflames.
&
Noftre Ordre à tes lois estsoumis ,
C'est en toyfeule , qu'il eſpere ;
Et nous sçavons bien que le Fils
Ne refuserien à ſa Mere.
S
Qui pourroit tromper nostre espoir ?
On obtient tout dés qu'on te prie ;
Et l'Enfer n'a point de pouvoir
Sur les Serviteurs de Marie.
S
Louis eft nostre Protecteur ,
De ton Fils il foutien la gloire ;
Pour prix d'une fi belle ardeur ,
Donne luy par tout la Victoire .
S
DeD angeau,parson juſte choix ,
38. MERCURE
Sur nous heureusement préſide
Pourfuivre les divines Lois ,
Nous n'avons qu'à suivre un tel
Guide.
De centvertus il eſt orné ;
Nous tenons du celeste Muiſtre,
LeGrand Roy, qui nous l'a donné
Et ce Cheffi digne de l'estre .
S
De ce doublepresent des Cieux
Prolonge icy-bas la durée ;
Sur nousjette un moment les yeux
Du haut de la Voûte azurée.
Fais , que nous joüiſſions un jour
Du divin Soleil qui t'éclaire ;
Et dans cet orageux séjour
Devien noftre Etoile Polaire.
&
1
GALANT 39
Voila , Madame ce queMr
deVertron a fait comme Che:
valier d'un Ordre Roïal; voici
cequ'il a faitde nouveau: ila
eu l'honneur de preſenter au
Roy pour bouquet le jour
& Fête de Saint Louis , lePor.
trait de Sa Majesté en Profe
Françoiſe & Latine , lequel
doit eſtre à la tête de l'Hiſ
toire qu'il écrit actuellement.
Il a joint à ce fidele Portrait ,
le Paralellede Sa Majesté , en
Vers François & Latins , les
uns & les autres Heroïques
avec tous les grands Princes des
Siecles paffez, & quelques uns
40 MERCURE
de celuy cy. 11 preſenta auſſi
le même jour pour bouquer
à Monſeigneur le Dauphin ,
un Ouvrage latin qui eſt le
commencement de l'Hil.
toire de ce Prince , il eſt in .
titulé ; Ludovicus Audax ,feu
Francia Delphini Primitia
Triumphales. Ces mêmes Ou
vrages ont ſervi encore de
bouquet à Monſeigneur le
Duc de Berry . Vous ne de
vez pas douter , Madame , du
favorable accüeil que toutes
ces Puiſſances ont faità Mr
de Vertron.
Comme vous avez toutes

GALANT 41
mes Lettres,vous pouvez voir
dans celle de Janvier 1682 .
la copie du Serment & du
voeu des Commanderies de
l'Ordre du Saint Efprit , je
vous en donnay une ce dernier
mois du Serment des
Chevaliers de l'Ordre de Saint
Louis ; en voicy une des Chevaliers
de l'Ordre de Noftre .
Dame du Mont Carmel &de
Saint Lazare.
Nous promettons &voüons
àDieuTout Puiſſant , à laglo .
rieuse Vierge Marie , Mere de
Dieu, à Saint Lazare , & à
Septembre 1703. D.
42 MERCURE
vous , Monseigneurle Grand
Maistre ,
D'observer toute noſtre vie
les Saints Commandemens de
Dieu , & ceuxde lafainceEgli.
ſe Catholique , Apostolique
Romaine.
De fervir d'un grand Zele à
la deffence de la Foy , lorsqu'il
nous le ſera commandé par nos
Superieurs.
commandé
D'exercer la charité , & les
oeuvres de mifericorde envers les
Pauvres , & particulieremens
envers les Lepreux , felon noſtre
pouvoir.
Degarder au Roy uneinvio
GALANT 43
lablefidelité,& àvous , Mon.
feigneur, de vous rendre unepar.
faite obeïssance , & de garder
toute noſtre vie la chasteté libre
ou conjugale.
Ainsi Dieu tres bon, tres
grand, tres puiſſant nous ſoit
enaide, ſes ſaints Evangiles
par nous touchez. Ainfifoit il.
La Lettre ſuivante eſt de
Mr Pontier Protonotaire du
Saint Siege , & de l'Academie
de Ricovrati de Padoüe.
Dij
44 MERCURE
A MONSEIGNEUR
Mre Charles le Goux
de la Berchere , ſur ſa
Nomination à l'Archevêché
de Narbonne ,
Conſeiller Ordinaire du
Roy en ſes Confeils
cy-devant Archevêque
d'Alby , Docteur de
Sorbonne .
ONSEIGNEUR,
Jene sçaurois estre muër au
GALANT 45
bruit des acclamations publiques
qui retentißent de toutes parts ,
fur le choix que Louisle Grand
le plusfage des Rois a fait , en
vous nommant Archevêque de
Narbonne, President né des tres
fameux Etats des Languedoc.
Outre que j'ay Ihonneur d'estre
connu de vostre Grandeur , la
bienfeance &la justice requierent
de moy que je joigne ma
voix à celle du Public qui affu
re que le choix du Roy est le
choix de la Province. Le coeur
des fujets a prevenu la destina
tion du Prince. L'onse promer
de vos vives &vaſtes lumieres
46 MERCURE
qu'en preſidant à ces Etats com .
posezde vingt trois Prelats , de
vingt trois Barons , & d'un
grand nombre de Confuls &
Sindics , vous sçaurez si bien
acccorder les interests du Roy
avec celuy deſes sujets , que Sa
Majesté en recevra autant de
Secours quefon Peuple de foulagement.
Ceux quiſontfondez comme
NOUS
, Monseigneur , sur la
, Science des Saints ne peuvent
rien ignorer , c'est elle qui illumi.
ne les esprits , &qui leur fait
jour à travers toutes les obfcuris.
ez Ils ne prennent point le
GALANT 47
corps pour l'ombre , les tenebres
pour la lumiere , le trouble pour
le repos.
Vous avez la parfaite con
noiſſance des affaires pour ce
haut pofte qui vous a efté deſtiné.
Et parce que dans ce monde il
faut avoir quelque politique ,
& toujours Sainte , vos pro- "
fondes notions vous ont proposé
pour modele un Patriarche de
l'ancien Testament ,
Sans paſſions , plein de conduite
de ſageſſe. Toutes ces bon.
nes qualisez vous font natu
relles .
homme
On ramaffera un jour toutes
:
48 MERCURE
les productions de vostre eſprit
juſqu'à vos fragmens & à vos
ratures. Toutes les pieces que
vous nous tenez cachées feront
recueillies . Vos Predications م
Exortations prononcées dans les
Miſſions&dans le coursde vos
viſites des Dioceses de Lavaur,
d'Aix & d'Alby dont vous
avez esté Pasteur , ont fait dire
àpluſieurs de vosAuditeurs à
l'exemple des deux pelerinsd'Em.
maus , n'eſt il pas vray que
noſtre coeur eſtoit tout bru
lantdans nous , lorſqu'il nous
expliquoit les Ecritures;quand
ona agité quelque point deDoctrine
GALANT 49
frinedans lesAffemblées generales
du Clergé , vous avezefté écouté
comme un autre S. Ambroise ,
& comme un Cardinal Baro.
-nius dans les choses qui regar.
dent l'Histoire & la Difcipline
Ecclefiaftique. Si le sujet estoit
un cas de confcience , l'on vousa
Suivi comme un Cardinal Tolet
ou un Bonacina. S'il s'agiſſoit
de quelque Controverse contre
les Calvinistes , vous vous y
eſtes énoncé avec la même force
que les Cardinaux Bellarmin,
Duperon de Richelieu..
Je nesuis pas surpris qu'un
Grand Prieurde Malte ait rap-
Septembre 1703. E
1
50 MERCURE
portequ'aux Etats de Langue
doc effemblez ( dont vous avez
esté un membre avant d'en eftre
le Chef) vous avez tiré de
voſtre fond & ſans prepa
ration tout ce que la prevoyance
des plus habiles auroit
de la peine à fournir.
Lesfiecles nousdonnent de temps
en temps quelque espritfuperieur.
Vous ne reßemblez point à ces
Docteurs qui après avoir reçen
le Bonnet, ne pensent plus àleurs
cayers de Theologie au crochet.
F'admire voſtre modestie en apre
nant que l'on vous a vûfouvent
écouter avec plaifir des
1
GALANT 51
personnes que vous auriez droit
d'enseigner , & que vous aus
riez enseigne , &les remercier
comme s'ils vous avoient apris
quelque chose.
Lesfruits que l'on a receu de
vostre Epifcopat à Lavaur , à
Aix,&àAlby font tres confiderables
, & ils leferont encore
plus à Narbonne parce qu'ily
aura plus à travailler , &par
conſequent plus à meriter , la
moißon en fera plus grande &
plus noble. Vos tranſlationsfont
pour un plus grand bien de l'Eglife
& de l'Etat , c'est ad ma
jus bonum, voſtre ſollicitude
E ij
52 MERCURE
3
Paftoralefera plus grande.
Vostre noble & ancienne
Maiſon a donné des hommes
celebres en toute genre&fans
interruption , elle ne sçauroit
eftre trop celebrée. Le Seigneur
dela Boulaye nous dit que les
Goux font venusd'Angleterre
habiter en Bretagne lors
de l'Invaſion des Saxons
& de Bretagne en Anjou ,
Flandres , Bourgogne & Lan .
guedoc , & que la branche
de le Goux la Berchere , eſt
originaire de Flandres , je
men raporte à vous . Jean le
Goux , Sieurde Taumirayfui.
,
GALANT 53
wit en Flandres Philippes le Hardy
, Duc de Bourgogne en 1369.
Philippes le Bon Duc de Bour
gognefit fon Chancelier Pierre
le Goux en 1461. Philippes le
Goux ſe ſignala dans la profeffion
des armes , &fut Gou-
,
verneur de Nuis. Jean leGoux
troisième du nom arquit la Bercheve
en 1463 Jean Baptiste
le Goux a eflé premier Présidenc
au Parlement de Bourgogne
& Dinisle Goux à celuy de
Dauphiné , un Pierrele Goux
a esté auſſi premier Président ap
mesme Parlement. Vostre Mai .
fon a donne de plus des Confeil
E iij
54 MERCURE
lers d'Etat , des Maistres des
des Intendans de
Requestes ,
justice,& des Capitaines qui ont
levé des Regimens pour le fervice
du Roy.
Vostre Maison reluit encore
aujourduy en la perſonne de Mr
voftre Frere , Confeiller du Roy
en ſes Confeils d'Etat & Pri.
vé , & Maistre des Requestes
ordinaire de ſon Hôtel , qui
pourson merite ; & pour sa
probité a déja esté honoré dedeux
belles Intendances de Justice
Police&Finances . Ses lumieres
&la penetration de son esprit
le rendent capable des plus gran.
>
GALANT 55
des Charges du Royaume , &
font comme un Etendart levé
pour paffer outre Meſſieurs vos
neveuxsont également partagez
de tous les dons , &de toutes
les qualitez neceflaires à leurs
differentes profeffions.
Je neparle point icy de vos
illuftres alliances , elles me me.
meroient trop loin Je finis en di-
✓ fant que vous avezjetté de fi
folides fondemens de vostre reputation,
que letemps& l'envie ne
les sçauroient ébranler. Vous me
permettrez,Monseigneur,de vous
en rendre se temoignage pourfatisfaire
au Zele de etc.
Fiiij
56 MERCURE
Mr de la Ferriere premier
Capitaine du Regiment de
Cavalerie de Villeroy & Sénechal
de Lyon , qui eſt une
des plus belles Charges du
Royaume , a épousé depuis
peu Mademoiselle de Chaponey.
Ce Gentilhomme eſt
d'une bonne & tres ancienne
maiſon du Lyonnois , ſes
Anceſtres y ont eu des Charges
tres confiderables , ſon
pere a eſté Prevoſt des Marchands
de Lyon , c'eſt une
Charge d'une grande diſtinc.
tion dans ce païs là ; le nom
de la maiſon de Mr de la Fer.
GALANT 57
riere eſt Maſſaud,il a deux frere
dans l'Estat Eccleſiaſtique,
tous deux d'un grand merite,
l'aîné eſt fort entendu dans
les affaires , & le ſecond eſt
Docteur au Droit. Mrde la
Ferriere a une ſoeur mariée
à Mr Artaud qui eſt unGentilhomme
de merite , il en
avoit eu une mariée à Mr de
Chatillon Boutans qui eſt d'u
ne tres ancienne maiſon du
Bugey. Mlle de Chaponey
eſt d'une des meilleures mai
ſons du Dauphiné ; la maiſon
de Chaponey y a toû
jours tenu le premier rang
58 MERCURE
elle y eft connuë depuis le
douziéme ſiecle ; il y en a
deux branches établies dans
la Ville de Lyon , celle dont
eſt Mr de la Fertiere , & celle
de Mr Chaponey Desbeins.
La nouvelle mariée a beaucoup
d'agréemens , c'eſt une
de ces aimables perſonnes
perionnes
dont on eſt frapé du premier
coup d'oeil , & dont il eſt dif.
ficile de ſe deffendre. Les
agréemens de l'Epoux qu'elle
a choiſi ont fait du bruit , il eſt
eſtimé à la Cour , & parmy
les Troupes , il a acheté de
Mr le Comte de la Chaiſe
1
GALANT 59
l'importante Charge de Sénéchal
de Lyon.
Monfieur Guillard , Conſeiller
d'une des Chambres
des Enqueſtes a eu l'agréement
pour la Charge de premier
Prefident de la Cour
des Aides de Montauban ;
peu de perſonnes pouvoient
plus dignement remplacer le
dernier premier Preſident de
cette Compagnie , ſon me.
rite éclatant , & la haute reputation
que ſa droiture , &
fon exacte probité luy ont
60 MERCURE
د
acquis , le font regretter de
tous les Officiers de cette
Cour. Mr Guillard marchera
fur les traces de ce digne
Magiftrat il a toutes les
qualitez qui peuvent faire un
bon Juge ; il a donné des
preuves de fa capacité &
de ſa vigilance dans la premiere
Cour du Royaume ,
la vivacité de ſes lumieres y
a eſté pluſieurs fois admirée,
il n'eſt pas le ſeul homme de
ſa famille qui ſe ſoit diſtingué
dans la Robe. Son nom
y eſt fort connu , & il y
GALANT 61
tient par de tres - beaux en.
droits. La Cour des Aides de
Montauban , eſt un demembrement
de celle de Cahors ,
qui n'eſt éloignée que de
cinq lieuës ; elle a déja don.
né de grands hommes , parmi
leſquels il ſuffira de nommer
Meſſieurs de Hauteſerre
qui viennent du celebre Mr
Dadin de Hauteſerre qui a
enrichi la France de tant de
beaux & doctes Ouvrages ,
dont on a depuis peu imprimé
le dernier à Orleans.
La Lettre ſuivante qui m'a
62 MERCURE
eſté envoyée d'Angers , vous
éclaircira du fait dont il
s'agit.
Ily a quelques années, qu'à
la priere d'un de mes amis , vous
me fites l'honneur de mefler par.
mi les Nouvelles curieuses du
Mercure Galant , le fecret que
j'avois trouvé, deformer un nou.
vel ordre d'Architecture. Il m'avoit
convié à luy écrire quel.
ques particularitez, mais ce n'é.
toit encore qu'unſimple Projet.
Et comme depuis j'ay achevé
l'Ouvrage , &que je l'ay reduit
en Regles & Figures ; ilfemble
GALANT 63
que le premier Avis qu'il vous
a plû de donner au public ,m'engage
à l'avertir du refte. C'est ce
que j'ay deffein de faire par le
Memoire en forme de propofition
que je prens la liberté de vous
envoyer.Je vousfuplie donc,Mr,
de vouloir bien enchaffer mon
Avertissement dans une de vos
Lettres.Je veux bien après cela
donner mon Ouvrage à la Na.
tion Françoise ; mais je veux
fur tout l'exposer à la Cen .
fure , & à la correction avant
que de penser à l'Imprimeur
au Libraire. Jeſuis &c.
64 MERCURE
:
Voici l'avertiſſement done
il eſt parlé dans la Lettre que
vous venez de lire .
PROPOSITION
d'Architecture Civile , & Nouvelle
, en l'année 1703 .

On a déja publié quelque choſe
d'an Projet d'Ordre nouveau : c'é
toit pour commencer à l'exposerà la
censure comme un Ouvrage qui
peut estre capable de perfection : Et
comme en effet ce deſſein n'est pas
indifferentpour l'honneur de la Nation
Françoise , l'Auteur revient à
la charge ; ainſi ſans dire icy tout
fon secret , il propose aujourd'huy
une colonne de nouveau Genre , une
colonne qui peutfaire alliance avec
GALANT 65
les colonnes de l'Antique.
Il y ajoûte un entablement , &
mème une colonnaiſon entiere & affortiſſante
à l'idée de cette colonne ;
c'est à dire une colonnaiſon conceuё
dans legoût des combinaiſonsfimpatiques
, & dans l'esprit de la
grande maniere : tout cela fondé
fur divers principes , tant de la Nature
que de l'Art.
Enfin il deſtine à cette Ordonnance
nouvelle uu nom ſpecifique , mais
fi liant , qu'il ne derogera point à
aucun nom nationnal.
En un mot , ce travail eſt une
troiſième maniere d'Ordre ſolide &
grave , qui manque , ce ſemble , à
l'Architecture ; fi on veut ajoûter
un Paralelle au Dorique & au
Toſcan.
C'est donc, pour ainsi dire , l'Ef-
Septembre 1703 . F
66 MERCURE
Say d'un complément , ou d'une fixième
Ordonnance pour égaler en
nombre d'ordres l' Espece robuste &
fimpleà l' Espece tendre & riche , fi.
gurée dans l'Ordre Jonique , dans
Le Corinthien , & dans le Compofite.
Pour ne rien obmettre , ce projet
est metodiquement décrit avec des
fizures , dans un leger Volume encore
manufcrit.
Tellement que cette nouveauté
paroiſt ſpecieuse en quelque façon ;
cependant l'Auteur toûjours fcrupaleux
fur le merite de ſes Oeuvres,
demande aux Architectes fuperieurs,
fi avec cet appareil fon Ouvrage
pourroit effre recevable ; faifant reflexion
, qu'il prend naiſſance en
des conjonctures tres - difficiles : car
il vient s'introduire en France fous
GALANT 67
lefameux Regne de Loüis le Grand,
un Regne qui n'admet rien , ce
semble , s'il ne porte le caractere
de grandeur fublime .
Ilarrive , dis -je , dansun temps
trop delicat & trop poly pour ne
rien craindre .
D'ailleurs , vous voyezque l' Architecture
s'est comme fixée ou endormie
fur le cinquiéme Ordre pendant
dix- sept Siècles . Quelle reception
l'Auteur de ce novuel Ordre
peut-il donc esperer de fon Ouvrage
après ce long intervale? L'aptrition
d'une fixiéme Ordonnance ne
fera receuë,fans doute , parmy cer.
taines gens , que comme un fonge ,
ou un spectre capable de les inti
mider.
L'Auteurprevoit luy- même qu'il
n'aura jamais afſés de hardieſſe
Fij
68 MERCURE
pour mettre fon Ouvrage au jour ,
fi les fouuerains Architectes , arbitres
de fon fort , ne luy en donnent
le courage , & ne luy prestent la
main en le critiquant pour le corriger
: car , que ne peut- on point
dire d'un deſſein fi audacieux , fans
doute ils luy feront le reproche qu'il
Sefait fouvent , qu'il n'est que trop
hardy d'avoir entrepris de faire un
Paralelle comme celuy qu'il propose:
mais , aprés tout , quel inconvenient
ya- t'il d'en faire la tentative ? il
est aise de connoitre cet Auteur , on
le trouvera dans la Ville d' Angers
: & peut- être que des Relations
, & des Conferences faciles à
lier avec luy , apporteront de la
preparation &du jour à l'inſtitution
de cette Ordonnance nouvelle ; au
moins ce qui le flate , c'est ce qu'on
J
GALANT 69
dit communement , qu'il eſt des temeritez
heureuſes : & fi-la sienne
ne l'est pas dans la suite , il eſpere
au moins que son entrepriſe pourra
paſſer pour un eſſay genereux ,
gne d'un François , & digne d'un
Angevin,
di-
On trouve chez Mr le
Mercier dans la ruë du Foin,
Les Entretiens de l'agreable So.
cieté à Madame la Marquise
de ***. Ce petit Livre eſt
écrit avec beaucoup de delicateſſe
& de pureté de langage.
On y remarque un
grand feu d'imagination , &
beaucoup de brillant foute
70 MERCURE
nu par de ſolides raifonnemens.
Titonville lieu char
mant , eſt celuy de la Conference
, on y raconte d'a.
bord l'heureuſe avanture d'un
jeune Comte , qui ſe prome.
nant aux Thuilleries avec
deux aimables perſonnes , fut
mandé par une jeune Dame
inconnuë qui l'attendoit à la
porte de la Conference , on
y peint agreablement l'embarras
du jeune homme , qui
ne voulant pas manquer une
avanture , qui avoir toute
l'apparence d'une bonne for .
cune , vouloir pourtant avoir
GALANT 71
tous les égards de la plus
exacte politeſſe envers deux
jeunes Dames , qu'il auroit
eſtétres faché de quitter dans
un autre temps. On trouve
enfuite une petite Hiſtoire
fort agreable de l'amour , on
y découvre les caprices , &
les inegalitez de l'amour : ce
petit Livre finit par une fable
du Moineau , de la Fauvette
& du Faucon , dans laquelle
ontrouve une fine Allegorie,
& le tout eſt terminé par une
Lettre badine , qui peut faire
oublier pour un moment les
bizarreries de l'amour , on
72 MERCURE
croit que l'Auteur de cer
Ouvrage eſt un Abbé , connu
pour un homme d'un goût
fin & delicat , & qui eft capable
d'écrire de tres - jolies
choſes quand il luy plaira de
s'en donner la peine. La Marquiſe
de ... à qui eſt adreſſé ce
petit Entretien eſt une de ces
Ipirituelles perſonnes qui ſçavent
allier tout l'eſprit du
monde avec les plus touchans
agréemens.
Mrl'Abbé de Hautefeüille
vient de donner au Public ,
un nouvel Ouvrage intitulé,
MicroscopeMicrométrique, pour
divifer
GALANT 73
diviſer les Instrumens deMa.
thématique dans une grandeprés
ciſion , Gnomon horizontal ,&
Instrument Astronomique , pour
prendre la hauteur des Aftres
juſques aux Tierces , & l'apli
cation des Lunetes Pinuléres ,
aux Instrumens de la Géome.
trie pratique, avec un moyen de
faire des Obfervations fur les
Tremblemens de Terre , &de les
pouvoir prédire.
Je laiſſe aux Auteurs des
Journaux à en publier l'Extrait
; je vous dirai ſeulement
que c'eſt l'Astronomie qui
regle la Vie civile & le Ca
Septembre 1703. G
1
74. MERCURE
lendrier , dans lequel il y a
eu juſqu'à preſent quelque
erreur. Jules Cæfar le corrigea
de ſon temps , le Pape
Gregoire XII I. en fit une
celebre réformation en 1982.
que pluſieurs Etats Protef
tans ont admiſe depuis quelques
années , & que les au.
tres recevront aparamment
bien tôt , mais quelque exactitude
qu'ayent eu ceux qui
ont travaillé à cette correc
tion , il ſe trouve encore de
l'erreur dans le Calendrier ;
puiſque ſuivant les Obſerva.
cions Aſtronomiques, la Feſto
GALANT 75
Pâques a retardé cette
année d'une ſemaine , &
qu'elle avancera de vingthuit
jours l'année prochaine
1704.
Ce défaut conſiderable a
eſtè repreſenté à Nôtre S.
Pere le Pape ; il y a trois ou
quatre ans , par feu Monfieur
le Prince de Monaco , Ambaſſadeur
de France à Rome,
ſuivant les Ordres qu'il en
avoit receus de Sa Majesté,
Sa Sainteté a établi une Con
gregation , compoſée de Car
dinaux , de Prelats , & des
plus ſçavans hommes d'Ita
Gij
76 MERCURE
lie , pour examiner cette arfaire
, elle a fait conſtruire
exprés un Gnomon plus éle.
vé , que celuy que Gregoire
XIII . fit faire au Vatican ,
& elle l'a jugé d'une ſigran .
de conſequence qu'elle l'a
voulu faire connoiſtre à tout
le monde & à la poſterité par
une Medaille où le Gnomon
eſt figuré avec ces mots ,
Gnomone Astronomico ad uſum
Calendarii conſtructo .
Mrl'Abbé de Haute feüil-
,
le propoſe une nouvelle
maniere de Gnomon & des
Inſtrumens Aſtronomiques ,
GALANT 77
qu'il pretend pouvoir ſervir
à faire des Obfervations plus
exactes , & plus préciſes que
celles quionteſté faites jufques
à preſent , & qui pour.
ront ſervir à établir la neceflité
de la reformation du
Calendrier , les Sçavans en
pourront juger par la lecture
de ſon Ouvrage qu'il donne
à ſes amis.
Je ſuis ravy que la con.
verſation entre Spadille , Manille
& Baſte dont je vous ay
fait part dans ma derniere
Lettre , ait contribué à vôtre
divertiſſement , & ſe foit
Giij
78 MERCURE
trouvée du goût de vos amies;
cette piece eſt de l'Auteur
qui prend le nom de Tami
riſte , dont les Ouvrages ont
toûjours l'aprobation du Pu
blic.
Mr Fuzelier , dont les Vers
font eſtimez , & qui a aurant
d'érudirion que de vivacité,
a fait ſur le ſujet de cette
converſation , le Madrigal
qui fuit.
C'est en vain que Baste &Manille
,
Pretendent chezNanette à l'Empire
du jeu ,
Ils etallent en vain , leur merite
avec feu ,


GALANT 79
!
Les Dames , de tout temps , ont esté
pour Spadille.
Les paroles ſuivantes ont
eſté faites , & miſes en Air
par Mr l'Abbé de Poiſſy. Il
n'eſt pas neceſſaire de vous
dire qu'elles font ſur la naiſ
ſance de Monfieur le Duc de
Chartres , il ſeroit difficile
de ſe méprendre en les li.
fant.
AIR NOUVEAU .
Vous dont le Cielpaye une ardeur
fincere ,
Digne fruit d'un Hymen heureux,
2 Giiij
$80 MERCURE
Prince , vous couronnez nos voeux ,
Vivant portrait d'une charmante
mere ,
Si vous fuivez lespas de votre au
guste pere ,
Vousferez dire unjour ,
Qu'en vous on a trouvé Mars ,
Minerve , & l'Amour.
Je vous envoye deux petits
Ouvrages galans dont
les Auteurs ne veulent pas
eſtre connus .
BOUQUET.
Vous présenter un peu de fleurs ,
Ajouter quelques Vers d'une
valeur legere ,
GALANT 81
Témoigner du regret de n'en ſçavoir
pas faire
De plus jolis ou de meilleurs ;
Vous offrir ses refpects avec un
coeurfincere ,
Joindre à cela d'ardens fouhaits
Que le Ciel qui fur vous répand
mille bienfaits
Vous accorde une destinée
Auſſi longue que fortunée ,
Faire entendre de plus non fans
timidité
Quelques accens d'une flame ſecrette
;
Un tel bouquet , trop aimable Li-
Sette ,
Peut il vous eſtre preſenté ?
C'est cependant pour parler fans.
mistere
Tout ce qu'en ce jour a pùfaire
Celuy qui prend avec ardeur
82 MERCURE
Le nom de vostre Serviteur
A MADEMOISELLE MAU ...
Le jour de ſa Feſte.
Sur l'Air de Joconde.
fAy deux prefens d
vous offrir
L'un vient d'une Deeffe ;
L'autre du Dieu qui fait fleurir
Les rives du Permeſſe .
Daignezles recevoir tous deux
Et s'il se peut encore ,
Lizette , recevezles voeux
D'un coeur qui vous adore.
Pendant que les unes ſe
font un plaifir de recevoir
des Bouquets de ceux à qui
elles ne ſont pas indifferen
GALANT 83
tes , les autres cherchent à
meriter des Couronnes dans
le Ciel .
Mademoiselle de Migieu,
fille de Meſſire Antide de
Migieu , Préſident à Mora
tier au Parlement de Dijon
& de feuë Dame N .... de
la Marre , Soeur de Mr de la
Marre auſſi Préſident à Mor.
tier à ce meſme Parlement ,
reçeut l'habit de Novice
- dans le Convent des Filles
de la Viſitation de Beaune
en Bourgogne , le ſecond
de Septembre par les mains
84 MERCURE
de Mr l'Evêque de Châlons
fur Saône. M' l'Evêque de
Langres fit le diſcours de
Vêture , il le prononça avec
cette grace qui luy eſt ordinaire
: On le trouva d'une
grande beauté ; les penſées
en eſtoient fines , délicates ,
les ſentimens nobles , élevez,
& l'expreffion pure. Tout
y eſtoit ſoutenu & d'une
égale force. Ce ne fut pas
de ces diſcours ou les endroits
foibles & mediocres
ſont comme des ombres qui
fervent à relever la beauté
& le brillant des autres pen,
GALANT 85
ſées ; jamais piece d'éloquence
ne fut plus égale &
ne ſe ſoutint mieux. Il peignit
les devoirs de la Religion
avec des couleurs , bien capables
d'effrayer une ame
mondaine ou qui tiendroit
encor au Siecle par quelques
liens fecrets ; mais aufſi
bien confolantes pour une
de ces ames choifies & privilegiées
à qui la voix du Pafteur
s'eſt fait entendre au
fonds du Choeur. Il faut
eſtre bien penetré des veritez
les plus eſſentielles du Chriftianiſme
pour en parler avec
86 MERCURE
autant d'onction qu'en par
la ce digne Prélat lorſqu'il
fit le paralelle ſi touchant de
la douceur & de la tranquilité
de la ſolitude , avec le
tumulte & l'agitation du
monde , de ces confolations
fecrettes dont Dieu ſoutient
l'ame Penirente dans la re.
traite , avec cette inquietu .
de dont l'homme du monde
, quelque heureux qu'il
puiſſe eſtre , dans quelque
douce ſituation qu'il ſe trou;
ne sçauroit ſe deffaire.
Cet eloquent Prélat fit
d'heureuſes comparaiſonsde
GALANT 87
l'amour de Dieu dont ces
Saintes filles ſont toutes
embraſées & qui fait même
le caractere particulier de
leur état
,
avec cet amour
prophane cet amour du
monde qui n'eſt que le tyran
de ceux qu'il eny vre de
ſes fauſſes délices. Vous mé
priſerez dit. il à cette jeune
Demoiselle , les foibleſſes de
l'amour du monde , mais vous
en pourrez imiter la vivacné,
L'amour du monde est accompagné
de tenebres , il en remplic
Iefprit de celuy dont ilfeduit le
coeur, en un mot l'aveuglement
88 MERCURE
est fon partage ; dans l'amour
prophane le goust décide fans
confulter la raison. L'amour de
Dieu au contraire éclaire l'esprit
de celuy dont il embraſe le coeur ,
ilpurifie l'entendement,il dégage
le coeur qui gemiſſoit ſous le poids
des Paffions Dans la pratique
fidelle de l'amour divin , le gouft
n'a point de part aux démarches
de l'homme Penitent , la raiſon
Seule qui n'est plus afſſujetie à
l'Empire tyrannique des Paf.
fions , qu'une flamme pure dé.
gage de ces liens honteux qu'elles
avoient tant de peine à brifer
regle toutes les actions de cethom,
,
GALANT 89
me qui ne tientplus à la terre
que par la matiere qui l'environne.
La conſtance & la ferme .
té que cette jeune Demoiſelle
marqua dans cet engagement
qui doit durer autant
que la vie , toucha d'admiration
toute l'aſſemblée
qui estoit belle & nombreuſe
, & à laquelle M² le premier
Préſident de Migieu
donna un repas magnifique
dansſa belle Maiſon de Savigny
qui eſt à la Porte de
Beaune.
H Septembre. 1703. Η
90 MERCURE
Meffire N ..... de Mati
gnon , ancien Evêque de
Condom a eu l'Abbaye de
S. Victor de Marſeille , & il
a en même temps donné ſa
demiſſion de celle de Foigni
qui a eſté donnée à Mr le
Coadjuteur de Strasbourg.
L'Abbaye de S. Victor de
Marſeille eſt une des plus anciennes
& des plus belles du
Royaume , ſoit par ſes collations
, ſoit par ſes droits ,
& par ſon revenu. S. Victor
Martir , forti d'une illuſtre
famille de Marſeille, avoit de
bonne heure pris le parti des
GALANT 91
Armes , où il ſe ſignala au
ſervice des Empereurs Romains
,tant que cet exercice
ne fut point contraire à ſa
Religion , mais au commencement
du quatrième Siècle
une ſanglante perſecution s'é
tant élevée ſous Diocletien
& Maximien , qui ordonnerent
par un Edit ſolennel,
quetous leurs Sujets offriſſent
de l'encens aux Idoles , non
ſeulement Victor refuſa de
rendre ce culte , mais encor
encouragea ſes Gompatriotes
dans la pratique du Chriſtianiſme
qui leur deffendoir un
r
Hij
92 MERCURE
pareil culte. Victor fut arreſté
, mais ſa foy ne pût
eſtre ébranlée par tous les
tourmens qu'on luy fic ſouffrir.
L'Empereur fit enfin apporter
devant luy une Idole
de Jupiter qu'il fit poſer ſur
un Autel avec du feu & de
l'encens & commanda à
Victor de rendre le culte à
cette Idole que tout l'Em.
pire luy rendoit; mais Victor
au lieu d'obeïr à l'Empereur ,
renverſa d'un coup de pied
ce petit Autel & l'Idole.L'em.
pereur luy fit couper le pied,
& le fit attacher à une Meule
GALANT 93
de Moulin , laquelle par un
prodige que Dieu permit , ſe
rompit au premier tour qu'el.
le fit ; & parce qu'il avoit
encor quelque reſte de vie,
l'Empereur luy fit couper la
tête le 21. de Juillet. Caſſien
qui nous a laiſſé les Conferences
des Peres du Deſert ,
fit bâtir un Monastere ſur le
Tombeau de ce Martyr , qui
eſt aujourd'huy la celebre
Abbaye de S. Victor de l'Or.'
dre de Saint Benoist
ony
conſerve ſes Reliques , ext
cepté le pied , que Jean Duc
de Berry fils du Roy Jean ,
>
94 MERCURE
qui l'avoit receu d Urbain V.
auparavant Abbé de Saint
Victor , donna à l'Abbaye de
S. Victor de Paris. On doit
remarquer que l'Abbaye de S.
Victor de Paris étoit autrefois
un Prieuré de Benedictins ,
dependant de Saint Victor
de Marseille ; mais le Roy
Loüis le Gros le changea en
une Abbaye l'an 1173. il faut
conſulter la vie de S. Victor,
compoſée par M. le Bon ,
Religieux de S. Victor , & la
Maffilia gentilis &Christiana
du R. P. Gueſnai Jeſuite ;
cette Egliſe a produit de
GALANT 95
Saints Perſonnages & d'excellens
Ecrivains ; il y a de
beaux monumens d'antiqui,
té dans cette Abbaye.
L'Abbaye de Foigni qui
eſt dans la Province de Nor
mandie eſt celebre par ſon
antiquité , & par les illuftres
Abbez qu'elle a cu , elle a
eu des Religieux qui ont
fait beaucoup de bruit parmi
les Gens de Lettres. Un Balthazar
Religieux de l'Abbaye
de Foigni , fit hautement l'A
pologie du Moine Gothes,
calque : cette Piéce fit un
grand bruit dans le monde,
a
96 MERCURE
& il en ſouffrit une rude
priſon ; un Abbe de Foigni
dans le ſeizième Siècle fit une
Satire contre le Cardinal de
Lorraine qui aſſiſtoit au Concile
de Trente ; il s'en falut
peu qu'elle ne luy fit de fas
cheuſes affaires. L'Abbayede
Foigni a de beaux droits &
de beaux privileges qui luy
ont eſté accordez par les
Ducs de Normandie . Guillaume
te Conquerant aimoit
ce lieu là , & avant la con
queſte de l'Angleterre il y
paſſoit quelques mois de
l'année.
Με
GALANT 97
Mr l'Abbé de Beaufort ,
Chanoine de Vincennes a eu
le Doyenné d'Ipres : Ipres eſt
une ville de Flandres; Paul IV.
y établic un Evêché en 1559 .
ſous la metropole de Malines.
Martin Baudoüin Rithoüe en
fut le premier Evêque , on
ſçait qu'Ipres eſt le troiſieme
membre de Flandres , elle
eſt bien bâtie , l'Egliſe Cathedrale
qui eſt ſous le voca.
ble de Saint Martin eſt tres .
belle ; il y a pluſieurs autres
belles Eglifes , il y a de beaux
Edifices Ecclefiaftiques , &
autres ; cette Ville tire ſon
Septembre 1703. I
98 MERCURE
nom d'un torrent qui paſſe
au milieu : elle eſt forte , &
elle a ſoutenu divers Siéges ,
elle eſt ſoumiſe à la France
depuis l'année 1678 que le
Roy la prit après avoir ſub .
jugué la Ville de Gand. Cette
Egliſe a eu divers Prelats ,
Cornelius Janſenius a eſté du
nombre , on en a dit du bien
& du mal , quelques uns pretendent
qu'il n'étoit qu'un
Plagiaire , & que dans le
fonds il n'étoit pas Theologien
, qu'il avoit l'humeur
fort inquiette , que c'étoit
luy qui avoit tramé le deſſein
GALANT 99
de reduire la Flandre Eſpagnole
en Provinces indepen
dantes comme les Provinces
Unies , & que du depuis pour
faire ſa Paix avec l'Eſpagne
qui auroit pû s'en reſſentir ,
quoique cedeſſein n'eût point
cud'effet,il avoit compoféſon
Mars Gallicus , qui luy valut
l'Eveché d'Ipres. D'autres
l'ont fortélevé. Mrl'Abbé de
Beaufort eſt unhomme d'une
erudition tres recherchée. Il A
nous a donné l'Extrait de
Platon qui eſt treseſtime , cet
Abbé eſt diſtingué par la
confianec dont l'honore Mr
Į ij
100 MERCURE
le Cardinal de Noailles-
Je vous envoyay il y a
quelques années à diverſes
repriſes , pluſieursLettres en
chiffres , que vous fites voir
à vos amis qui les dechifrerent
toutes ;je m'étois diverti
à les compoſer , & j'en
croyois le ſecretd'autant plus
impenetrable que je ne l'avois
confié à perſonne , j'étois
perſuadé qu'il eſtoit im
poſſible qu'on pût deviner
ce qu'un autre avoit penfé
lors qu'il le donnoit au public
tous un grand nombre
de figures differentes, lans
GALANT 101
nulle diſtinction de mots ;
cependant je connus que ce
qui eſt ſouvent tres difficile
pour le particulier , l'eſt rarement
pour le general : toutes
mes Lettres en Chiffres
furent devinées , & l'explication
m'en fut envoyée , nous
verrons ſi celle qui eft contenue
dans l'Ecrit que je vous
envoye aura le même ſort ,
& fi j'en recevray beaucoup
d'explications. Je vous envoie
cet Ecrit de la même maniere
que je l'ay reçu ; on ne
peut diſconvenir en le liſant
de l'habileté de celuy qui l'a
fait, Ciij
102 MERCURE
CHIFFRE
IMPENETRABLE.
Beaucoup degens ſeſont attachez
de tout temps à rechercher des
Chiffres impenetrables , ceux qui ſe
font adonnez à cette curiofité pour
l'utilité des interests des Princes ont
porté leur imagination auſſi loin
qu'elle a pû aller ; cependant les
Souverains & leurs Ministres qui
ont fondé leur fecret & leurs projets
fur les Chiffres , ont souvent esté
trompezfur l'aſſurance de leurs Chif
freurs & Déchiffreurs lorsque leurs
Lettres ont esté interceptées.
L'on a eu beauſe ſervir de plufieurs
moyens comme de deux livres
de même édition,defigures ou caracte
res hyeroglifiques , de chiffres mathe
GALANT 103
matiques, d'animaux , de caracteres
divers , de chaſſis, de points , d'encres
inviſibles,d'interlignes d'acroſtiches ,
caracteres vrais &faux , caracteres
anulans , Lettres ou caracteres
deſens miſtique ou allegorique , par
la table du Sacré ternaire du chiffre
à clefparrevoluble tranſpoſition ,par
les quaternaires pour la regle cabaliftique
de Zairagia , lesſepternaires
duodenaires geomantique , la
fignification miſtique des lettres Hebraïques
, les zirufs ou commutation
d'alphabets de Vigenaire , Alphabets
chimiques en carreztriangles ,
quaternaires chimiques fimples ou
avec correspondances au monde elementaire
, des nombres accommodez.
aux lettres Hebraiques ou Grecques,
des douzes anagrammes de Tetragrammaton
Jehovah , chiffres car-
I iiij
104 MERCURE
rezàdouble entente ppaarrll'aaccouplement
de nos lettres , du nombre des
anagrammes & tranſpoſitions de nos
lettres, chiffres doubles parla triplication
des caracteres de l'algorisme
ou de nos caracteres accommodez à
ceux des nombres , chiffres de caracteres
des Planetes & douze signes
pour déguiser l'icriture fous
L'apparence de tables Astronomiques
, chiffres pour abreger & ameliorer
la poligraphie de Trithemes
, monoſſillabesfervans de lettres
ou avec un petit nombre de lettres
ou de points , lignes , accents &autres
fortes de Caracteres par leursdivers
accouplements , d'autres pour
inſererun sens fecret dans le contexte
d'un Chiffre , d'autres par l'aſſiete
des Caracteres avec peu de lettres ,
d'autres par chiffres à Clefpar la
GALANT 105
fuitte & collation des lettres qui le
varient de ſoy- meſme : Chiffres deguiſezen
Ephémérides , chiffres à plufieurs
couvertures & enveloppezl'unfur
l'autre , chiffre à double entente
fur la multiplication carrée deſeize ,
chiffres à dou'le &fimple pour écrire
de plusieurs fortes avec peu de Lettres
& caracteres jusqu'à se reduire
à un ſeul , chiffre d'une ſeule lettre
figurée en deuxfaçons , chiffres par
duplication de quatre lettres &par
les nottes de l'algorisme , chiffre doublefur
feize caracteres par ta multiplication
de quatre reduits juſqu à
un , par varieté de chiffres des dix
caracteres de l'algorisme , chiffres par
la memoire, chiffre à grains de chapelet,
chiffres par un cielſemé d'etoiles
pår arbres chargezde feüilles de
fruits , chiffres deguisez en lignes .
106 MERCURE
points & intervallesfervans de lettresſuivant
la ghematrie hebraïque,
chiffre par des Etoilles , deguisement
de chiffres pour ofter lesoupçonque ce
foit de l'Ecriture par l'apparence
que cesoit une maçonnerie de pierre
ou brique , chiffres quadruples fervans
à quatre langues fi l'on veut
chiffre de Stegenographie pour couvrir
unſens fecretſous l'écriture lifi
ble de quelle langue on veut , chiffres
de differens alphabets de divers
Peuples comme les Hebraïques , le
Samaritain , Chaldéens , les Grecs ,
Syriens , Arabes , Syriaques , Phanicien
, Sarraſins , Armeniens , Fa.
cobites , Cophtites , Georgianiens ,
les Egyptiens , les Indiens &Abyffins
, Ethiopiques ou des Nubiens ,
de la Chine & du Japon , de Salomon
, d'Apollonius , de Virgile .
GALANT 107
ceux de Tritheme , le Dalmatic de
S. Hierome , les Hetrufques , le
Gothique , Northmanique de Beda,
de l'Empereur Charlemagne , de
fantis , de la ſecrette Philosophie,
chiffres cabaliſtiques , équivalences
de nombres , nottes & marques ,
beaucoup d'autres quifont tous à la
verité tres - ingenieux & tres -fçavans
, mais tout cela n'a pas empeſché
que l'on n'ait eu des Déchrif
freurs auſſi hatiles que les Chrif.
freurs qui ont dévoilé le ſens miſti.
que que les chiffres cachoient , foit
par la recherche des voyelles , des
lettres qui s'accouplent , des monoffillabes
, ou par ce que les Chiffreurs
ſeſont communiqué leursfecrets ,se
les sont échangez où ſe ſervent de
ceuxquisont communsparles auteurs
qui ont écrit fur cette matiere.
108 MERCURE
Quoy qu'il en ſoit , ilfaut convenir
que toutes ces manieres de chiffrerfont
ſujettes à quantité de chofes
inutiles par de grands embaras ,
d'inſtruction , d'estre longtemps à
chiffrer & déchiffrer , & que tel qui
Sçait unefois les chiffres en est le
maiſtre , & les comprend pour tou
jours ,par là il aſſujettit les Prin.
ces & leurs Miniſtres à de grands
ménagemens envers luy ,ſapoſterite,
ouſes amis à qui il les peut enſeigner
, foit par tendreße , parenté ,
amitié , interest , ou imprudence.
Le chiffre que Mr de Sabrevois ,
Gouverneur de Dreux , a rendu impenetrable
, n'estpas du nombre des
autres ; quand il l'auroit enseigné
à ciny centperſonnes , ils ne déchif
freroient pas le lendemain ( fi il luy
plaifoit ) ce qu'il chiffreroit , &tel
GALANT 109
des cinq cens àqui il tomberoit par
hafard la lettre d'un autre ne la
Pouroit déchiffrer. Unfeul homme les
peutregir tous estant l'ame ou l'esprit
qui donne le mouvement & l'harmo
nie. Chacunpeut aller où illuyplait
pourfon Ambassadefans cahiers d'inſtruction
, oufi en les portant ou que
parquelque Courier devaliſé on les
intercepte , il ne peut craindre que
tombant dans les mains étrangeres
le fecret de l'Etat foit découvert
; il porte dans sa tête pour ce
chiffre tout ce qu'il a besoin fans
chargerfa memoire : ce chiffre luy
est plus aisé & plus courtà coucher
furle papier qu'aucun qui ſoit dans
le monde , & de même plus aisé&
plus court à dechiffrer à ceux qui le
fçavent : il est plus difficile que
tous les autres à qui ne le ſçait
11O MERCURE
pas ; il se peut mettre en toutes
langues , il n'a nuls caracteres
inutils & tous ces caracteres font
vrais.
On ne doit pas s'expliquer davantage
fur les proprietez & les
vertus de ce chiffre , s'en est affez
pour estre compris des sçavans ,
mais s'ils penetroient plus avant
que n'a pretendu l'Auteur, il peut y
donner encore un tour de Maitre qui
Sera pour les Dechiffreurs un fublime
plus difficile que le vray Alge.
bre & la vraie ſcience des nombres
formels & divins , qui n'est pas le
Scolastique des Mathematiquesque
l'on enſeigne dans les Colleges &
dans les Academies .
Etpour ofter le foupçon qui pourroit
naistre dans les esprits que
Mr de Sabrevois n'est qu'un comGALANT
II
pilateurqui veutſemer au hazard
recüeillir le fruit des autresfans
venir à la preuve du fait : Voicy
une Lettre de fon chiffre qui peut
justifier s'il est vray qu'il soit impenetrable
ou non.
Fbp & afiyſo ptref dby y
caqpq ahgfafe tzafo qb &dmdu
ntb bgt & qmrqn cmfdc ug
qfgcak iczuat eq fsbqfag ino
& qnfi it & hmdqno yiheuih
eyzbfn & agfapi csfft nggure
eazo kzb & gyſafmud hroei
uuzom gnug & rmq tndbct q
enots qeſyth Im coqm mbfoyay
ni lpcghr hi mqgamoimzh zg
ayqpuq npiio & qffq cgt bymd
& urcfyru nmmtaoun crfeutqn
reggpu hu fyfs & iir dmtyn
quznggen euaetgn & idfs nfsqn
112 MERCURE
& tgqbacaqef & kbiyee as & ac
uygogns poeg yutnnlzes qn & it
mqbrfahaiificut cſi ihdncafbun
pehg ynips oahe ufn mancpu
qfcgfme ny tfiiget qorrfioeg
fiyſon dee & agfmqqa qunfd
by gfpzeuizr & hfrufe & oluhnmtyq
qunivo Et qqn cmeigo
umaq nfrnbntb & fgys Efnck
ngag btb tutſg us eafri leiuyt
dqaucgnpy maqbfd ogzume &
anqu & figepyqf nien auhpich
nbc & afdbfgps xogpuf qnenbut
& refqfg nfbcs & udf rqateimnf
& ttuze qforgnra fqedili
bf butſq dahefaf tys zfcgrf.
Quoique pluſieurs maux
foient nommez incurables ,
GALANT 113
il ne s'enfuit pas qu'ils ne
puiffent estre gueris , & fi
on leur adonné le nom d'in..
curables ce n'eſt que parce
que l'on n'a pu julques-à
preſent guerir aucun de ces
fortes de maux. Ainſi on n'a
dû parler que pour le paſſé ,
& non pour l'avenir , puis
qu'il ſe fait tous les jours des
découvertes qui nous font
voir ce qui n'a jamais eſté ;
Les Animaux trouvent euxmêmes
les herbes qui con
viennent à leurs maux , &
qui les gueriſſent , il n'eſt pas
impoſſible que les hommes
Septembre 1703 . K
114 MERCURE
qui n'ont pas encore trouvé
ce qui peut guerir la Goutte,
puiſſent faire cette decouverte
, il ya même lieu de preſu
mer qu'elle eſt faite , ſi l'on
en croit un petit Livre, intitulé
, La Goutte curable parle
remede Turc , & les experien .
ces qui en ont eſté faites depuis
pluſieurs années par Mr deBi .
fance Ture de nation. Ce petit
Livre ſe vend chez Amable
Auroy , fur le Quay des Auguſtins
, du coſté du Pont
S. Michel , à l'Image Saint
Jerôme. Ceux qui ſont attaquez
de la Goutte ne pour
4
GALANT 115
ront lire cet Ouvrage ſans y
prendre beaucoup de plaiſir,
& même ſans concevoir de
grandes eſperances pour leur
gueriſon ; il ſemble qu'on ne
peut en douter ; ſi l'on ajoû
te foy aux Certificats qui
ſe trouvent dans ce Livre ,&
l'on ne peut s'empécher de
les croire finceres , puiſque
ceux qui les ont donnez ne
ſont pas gens à impoſer , &
qu'ils ne voudroient pas que
leurs noms fuſſent imprimez ,
& leurs Certificats rendus
publics s'ils ne diſoient pas
la verité , n'étant portez par
K jj
:
1
:
116 MERCURE
aucune raiſon , & par aucun
intereſt à tromper le public.
Je ne dis rien davantage , le
Livre dont ie parle s'explique
affés bien , le remede
vient de Turquie , & comme
il vient de loin , & qu'il n'eſt
pas ufé en France , les Gouteuxy
auront peut être affés
de confiance pour l'eſſayer ,
on a vû d'auſſi grands miracles
en fait de remedes ; &
ce qui n'eſt pas encore arri.
vé peut arriver.
Mr Dalon nouvellement
nommé Premier Preſident
deBordeaux , aprés avoirpre-

GALANI 117
té ferment entre les mains
du Roy , partit de Verſailles
pour fatisfaire à l'impatien
ce de l'auguſte Corps qui
l'attendoit , & arriva le cin- ..
quiéme de ce mois ſur les
dix heures du matin au port
de Cuzac , qui n'est qu'à trois
lieuës de Bordeaux où l'on
paſſe la Dordogne. Le Juge
Maire de Blaye , & le Receveur
du Bureau avoient
mené une Chaloupe bien
équipée pour la traverſer. Mr
l'Abbé Dalon ſon frere , accompagné
de pluſieurs perſonnes
de diftinction , s'étoit
i
118 MERCURE
rendu chez les Peres Jacobins
, qui font travailler à
une belle Maiſon ſur le bord
de cette Riviere ; ces Mefſieurs
avoient eſté prevenus
par quelques Gentils hom.
mes impatiens de ſaluër le
nouveau Chef d'un des pre
miers Parlemens de France.
Toute la troupe eût l'honneur
de dîner avec M² le Pre
mier Preſident chez les R.R.
Peres , leurs vins & leurs fruits
ſe trouverent fort bons , & le
repas fut tout à fait bien entendu
, quoiqu'on eût eu peu
detemps pour le preparer.
GALANT 119
Mr le premier Prefident
partit de ce lieu à trois heures
aprés midy , pour ſe rendreà
deux lieuës de là au Port
de Lormon , ſur le bord de
la Garonne , où Mr le Doux
Avocat d'un merite diftingué
, & l'un des Jurats luy fit
un Compliment tout rempli
d'eſprit ; & comme on n'avoit
pas eu affés de temps
pour conſtruire une Maiſon
Navale , qui ſelon l'uſage
devoit le porter icy , il luy
offrit de la part de la Ville
un Brigantin armé de tren
re-deux rames ; Mr Dalon
: A
120 MERCURE
ayant accepté cetoffre , s'embarqua
dans ce Brigantin, luivi
d'un grand nombre d Officiers
du parlement qui étoient
venus au devant de luy.
Il fut conduit au bruit du
Canon , pluſieurs Particuliers
qui ont des Maiſons fur la
Riviere , y avoient fait dreffer
des Batteries de douze
Pieces . Le Château - Trom .
pette fit une décharge ; les
Vaiſſeaux en firent autant ,4
&de cette maniere il aborda
à la Porte Roiale du Cha ,
peau Rouge , où un nom.
breux cortege de Caroffes
l'attendoit
GALANT 121
/
l'attendoit , parmi leſquels
eſtoient ceux de Mr le Gouverneur
, de Mr l'Archevêque
, & de Mr l'Intendant.
Le Port , & tous les Edifi.
ces qui ont vuë de ce cô
té là eſtoient remplis d'une
grande quantité de monde ,
de l'un & de l'autre Sexe ,
malgré les vives ardeurs du
Soleil qui ſe faisoient alors
ſentir; & aprés que Mr Maignol
à la tête de la Jurade
eût fini ſon Compliment ,
auquel Mr le premier Preſident
répondit en peu de
mots , avec autant de digni-
Septembre, 1703. L
*
4
122 MERCURE
té & de juſteſſe ; qu'il avoit
répondu à celuy de Mr le
Doux , on entendit de toutes
parts des cris de Vive le
Roy redoublez , qui firent
connoître que les Habitans
de Bordeaux estoient charmez
de voir Mr Dalon , en
qui ils avoient regreté un di
gne AvocatGeneral , revenir
dans le ſein de la patrie pour
y tenir le premier rang , &
conſerver le bon ordre par
ſes Jugemens & fon auto.
rité.
Madame la premiere Preſidente
qui n'étoit pas enco
C
GALANT 123
ře arrivée de Pau ,manquoit à
toute cette ceremenie ; il eſt
ſûr que jamais elle ne s'eſt faite
avec plus d'éclat,& quel'on
n'avoit jamais eu ſi peu de
temps pour s'y diſpoſer. Le
foir Madame Dalon mere de
Mr le Premier Preſident , fit
une fête des plus galantes , &
donna un repas magnifique.
Le lendemain Mr le premier
Prefident fit ſes viſites , &
le lendemain les Chambres
eſtant aſſemblées , Mr le Preſident
de Montesquieu l'inf
tala dans la place de premier
Prefident.
Lij
124 MERCURE
Je dois avoüer que l'on
m'a donné de faux Memoires
ſur la Genealogie de Mr
Dalon , & que loin d'être
petit fils de Mr de la Vie , il
n'eſt en aucune maniere parent
de cette famille . On m'a
aufli trompé ſur la reſidence
de Mr l'Abbé Dalon .
Je crois vous devoir faire
part d'une Lettre envoyée à
Pau à Mr le premier Prefident
ſon frere auffi tôt aprés
qu'il eût eſté élevé à cette
dignité.
M
ONSIEUR ,
La nouvelle de vôtre
1
GALANT 125
Nomination , à la Charge de
premier President au Parlement
de Guienne , a repandu dans
cette Province une joyegenerale.
On sçavoit bien que Sa Majeſté
ne pouvoit choisir un
plus digne: mais on ne sçavoit
pas que ce choix feroit accompa
gnéde cant de circonstances obli .
geantes qui font voir également
vostre merite ,
l'estime
finguliere du plus granddes Rois.
Il semble , Monsieur , qu'on ne
vous a mis à la tête du Parlement
de Navarre que pourfaire preu.
we de vostre habileté, afin de vous
mettre enfuiteàla tête du Par-
Liij
126 MERCURE
lement de Guienne ; vous vous
eſtes montré dans ce premier, le
legitime Succeffeur des vertus de
feu Mr Dalon parfait modele
d'un parfait Magistrat Vous y
avezformé des Arrests avec tant
d'équité, de penetration &d'éloquence
qu'il ne vous reſtoit plus
qu'à les prononcer de même. C'est
ce que vous avez fait depuis
dans lehaut rang , où le fils ſeul
pouvoit remplir le vuide que le
pere avoit laiße ; poste , que vous
quittés , Mr, dans un age auquel
il n'est pas permis aux au.
tres de pretendre : &les regrets
de la Navarre qui connoist en
GALANT 127
vous dans ce degré éminenttoutes
les qualitez qui font le veritable
fuge , qui ſens la perse
qu'elle vient de faire , & qui
voit pafferfon bonheur comme un
ombre ,les regrets, dis-je, de cette
Province ,répondent àla noftre
de sa felicité , qui peut être ne
Jerapas d'une auſſi longue durée,
que nous avons intereft de le
Soubaiter ; fi l'on continuë de
jetter les yeuxfur votre merite,
de le recompenser, Mr je vous
prie de croire que jeferay toûjours
avec le même zele , & le même
respect. Võire , &c.
S
C
L iiij
128 MERCURE
5
Je vous ay parlé d'un pe
tit livre , intitulé Les Dialo .
gues des Animaux , le Sr Ribou
Libraire aflés connu par le
grand debit de Livres qu'il
fait fur le Quay des Auguſtins
à l'Image Saint Loüis
vend depuis peu la fuite de
ces Dialogues ,rien ne prouve
mieux que les premiers
Dialogues ont eſté du goût
du public. La premiere partie
en contenoit dix , & la
ſeconde en renferme autant ;
ces fortes d'Ouvrages ſont
d'une tres grande utilité , ſur
tout pour la jeuneſſe , puis
GALANT 129
qu'elle l'inſtruit en la diver.
tiffant de beaucoup de cho
ſes,qu'il faut que les enfans
ſe mettent inſenſiblement
dans l'eſprit , il eſt, ſouvent
plus aiſé de faire des Ouvra
ges ſerieux que de ces fortes
de bagatelles , & rien n'eſt ſi
dificile que de badiner agrea.
blement , c'eſt un talent que
tout le monde n'a pas ; on
veut qu'il foit plus aifé de
1
faire des Satires , cependant
elles ne laiſſent pas d'être
d'un grand travail lors qu'el.
les font auffi bonnes que
celle que vous allez lire : elle
130 MERCURE
*
eſt de Mr de Cantenac Cha .
noine de l'Egliſe Metropoli .
taine de Bordeaux .
L'HOMME DE'GUISE'
N
Satyre.
Evous étonnez pas , Alidor G
je gronde ,
De la duplicité qui regne dans le
monde;
Et du maſque trompeur , dont l'hommedéguisé
,
Cache tous les défauts , dont il eſt
accufé ,
L'homme eſt diſſimulé , difficile à connoiſtre.
Souvent il n'eſt rien moins , que ce
qu'il veut paroiſtre.
Par un air de franchiſe & de faux
complimens.
GALANT 131
Il trahit ſes amis comme ſes ſentimens
.
Tyrcis embraſſe Oronte afin de le ſurprendre
,
Il vondroit l'étouffer , s'il oſoit l'en.
treprendre :
A la Cour , à la Ville on voit à cha
que pas ,
Donner en ſouriant des baiſers de
Judas.
Devant vous on vous flate , & quand
on ſe retire ,
On vous fait lâchement , l'objet d'une
Satyre .
Ondonne un mauvais ſens , à tout ce
qui s'eſt dit.
Et l'on dit que l'on raille , alors qu'on
vous noircit :
On fauſſe impunement , la plus ſainte
promeffe ,
Le fils trompe ſon Pere , & l'amant
ſa maitreſſe ,
Tous ces beaux noms d'honneur , &
de fincerité
132 MERCURE
Ne forment qu'un vain ſon , qui n'eſt
plus écouté.
Une femme infidelle avec mille foupleſſes
,
Endort un ſot époux , par des feintes
careſſes.
Tandis qu'elle entretient, dans le fond
de ſon coeur ,
Pour un devoir forcé , le dégouſt , &
l'horreur .
L'homme encor plus volage , agit fouvent
de même ,
Et trahit lâchement , une épouſe qui
l'aime.
Un Pere infortuné , ſubit le même
Sort .
Son enfant le careſſe , & défire fa
mort.
Combien de faux amis , pleins d'or
gueil , & d'envie ,
Sous main , & fans raiſon cenfurent
voſtre vie.
Ces fleaux pernicieux , des plus hom
neſtes gens ,
GALANT 133
Tachent , pour vous trahir , d'eftre
vos confidens .
Dans l'eſtat le plus ſaint , on trouve des
Protées ,
Qui font les gens de bien , &vivent
enAthées.
Lyſis paroiſt un Ange , au culte des
Autels.
Mais il ſe ſert des Dieux pour tromper
les mortels.
Le fameux Dorilas ſi juſte en apparence
,
Par d'injuſtes moyens , fournit à ſa
dépenſe ,
Le plus méchant Procés , des preſents
fecondé.
Dans ſa Jurisprudence eſt toujours bien
fondé.
Il paroift charitable , & preſte avec
ufure ,
Qui choque également le Ciel & la
nature :
Ce cruel exacteur du bien des pauvres
gens ,
134 MERCURE
Pour devenir plus riche
indigens .
د
a fait mille
De combien de ſermens , de fraude ,
& d'impoſtures ,
L'infidele Marchand couvre - t - il ſes
ufures .
Il trompe le plus fin au moment qu'on
le croit.
Si l'on ne mentoit pas le trafic cefferoit.
Iris qui fait la prade , & ne fut jamais
Nous cache avec du fard le declin de
Et trop ſenſible encore aux douceurs
fage
fon âge ,
de l'amour , こ
Achete ſes Amants , & les vend tourd
tour.
Ce monde eſt un Theatre , ou pen,
dant cete vie د
On fait ce qu'un Acteur fait à la Comedie.
Cette Métamorphofe , eſt dans tous
les eſtats :
GALANT 135
1
Et l'homme traveſti ; paroiſt ce qu'il
n'eſt pas .
Un jeune Abbé groſſi , des bien - faits
de l'Eglife ,
Ne fe croit jamais mieux , que quand
il ſe déguiſe ,
Et qu'en habit mondain , il trahit à la
fois ,
L'honneur , la conſcience ,& les plus
ſaintes loix . [ prophane.
Il croit pouvoir quitter un habit qu'il
Et celuy d'un galant , fied mieux
qu'une Sontane.
Combien de gens de Robe , & du
-corps du Senat
A
Veſtus en Cavaliers , dementent leur
eſtar
Licidas convaincu d'une ignorance
craffe
La pallie , en citant les Maiſtres du
Parnaffe , [avorton ,
Dont il ne fut jamais , qu'un indigne
Qui de tous les Autheurs , ne ſçait rien
que le nom.
136 MERCURE
Combien de Fanfarons , parlent avec
audace ,
De Combats finguliers , & de Sieges
de Place,
Ou tout le monde ſçait , qu'ils n'ont
jamais eſté.
cheté.
Us prétendent , par là, cacher leur lâ
Combien de Scelerats , que le vulgaire
eſtime ,
Contrefont les devots , pour mieux
commettre un crime.
Ils font vindicatifs , juſqu'à l'extre
mité.
Rien n'eſt ſi dangereux , qu'un Tartuffe
irrité
Pour peu qu'on leur déplaiſe , ils tâchent
de vous nuire,
Leur langue envenimée
à vous détruire.
> eſt propre
Choquer leur vanité , c'eſt les mettre
en fureur ,
Et feignant de vous plaincare ils vous
percent le coeur.
:
GALANT 137

Tels fur les bords du Nil les affreux
crocodiles ,
Qui couverts de limon , paroiſſent immobiles
,
Avec des cris d'enfant , ſçavent l'Art
d'attirer ,
Le paſſant malheureux , qu'il veulent
devorer.
: D'autres déguiſemens , trop communs
dans la France ,
Font voir l'orgueil de l'homme & fon
extravagance.
On ſe fait plus qu'on n'eſt , un petit
roturier
-S'érige en Gentilhomme , & ſe dit
Chevalier ,
L'on cache ſa naiſſance , & je connois
un homme ,
Qui ſe dit deſcendu , des Patrices de
-
Rome ,
Dont l'Ayeul fatigué , de porter le
Biſſac ,
Se fit Cardeur de laine , au Canton de
Luflac.
Septembre 1703. M
138 MERCURE
Sous les meſmes habits , le luxe ,&
l'arrogance ,
Du Noble , & du Bourgeois , cachent
la difference.
La Nobleſſe eſt ternie , avec la pauvreté
,
Et pourveu qu'on ſoit riche , on eſt de
Qualité.
paroiſtre ,
L'indigente vertu , n'oſe & ne peut
L'infortune l'offuſque , & la fait méconnoiftre.
On berne le merite , & le plus grand
Içavoir ,
Dans unhomme ſans bien, n'oſe ſe faire
voir.
Mais quittons , la Satyre , elle eſt peu
neceſſaire ,
Pour réformer le monde , il faudroit
le refaire.
Je vous ay promis la marche
de Monfieur le Duc de
GALANT 139
Vendoſme depuis fon entrée
dans les Gorges des Mon.
tagnes qui conduiſent au Tirol
juſques à ſon arrivée des
vant la Ville de Trente , &
je vous ay marqué que vous
y trouveriez des particularitez
qui n'ont point encore
eſté ſceuës ; & comme rien
n'eſt plus glorieux pour ce
Prince ,& pour les Troupes
duRoy, que tout ce qui s'eſt
fait dans le paſſage étroit des
Montagnes qui ont eſté traverſées
avec une rapidité in...
concevable , ſans que plus
ficurs Châteaux fortifiez par
Mij
140 MERCURE
l'art & par la nature , &
que l'on croïoit imprenables,
ayent pû arreſter ce Prince ,
qui a fait tant de Conquê
tes , ny les Troupes qui luy
obeïſſoient ; comme , dis je,
tien n'eſt plus étonnant , &
plus digne d'admiration que
tout ce qui s'eſt fait pendant
cette traverſée , s'il m'eſt permis
de me ſervir d'un terme
de Marine en parlant d'une
affaire de terre , la Relation
que je m'étois engagé de
vous donner devoit remplir
la premiere moitié d'une de
mes Lettres , dont la fecons
GALANT 141
de partie devoit eſtre remplie
par le Journal du Siége
de Briſack : mais commeje
découvre tous les jours de
nouvelles particularitez de ce
Siége , & qu'il faut du moins
une Lettre entiere auffi groſſe
que celle que je vous en
voye tous les mois pour en
donner un Journal exact , je
me trouve obligé de mettre
dans ce volume les expedi
tions qui regardent Mons
ſieur de Vendoſme ; & quoy
que je ne les puiſſe donner
icy dans un aufli grand de.
-
tail que j'aurois fait dans une
142 MERCURE
Lettre qui n'auroit contenu
que deux Relations , le detail
ſuivi precis & nouveau
que je vais vous en donner
ne laiſſera pas de vous plaire,
puiſque vous ytrouverez des
choſes qui n'ont eſte impris
mées dans aucune Relation
publique.
Monfieur le Duc de Ven
doſme ayant reſolu de pene
trer dans le Trentin , ordonna
à Mr le Comte de Me
davy Lieutenant General de
marcher avec un Corps de
Troupes par la gauche du
Lac de Garde. Un detache,
2
GALANT 143
ment de douze cens Chevaux
, & de fix cens Fantaſ.
ſins tirez de ce Corps , prit
les devants , & arriva le 17.
Juillet à Deſenzano ; il ſe
ſaiſit auffitôt du Port ,& des
Barques qui y estoient , afin
de s'en ſervir pour porter les
proviſions de l'Armée , &
mème des Troupes , s'il en
eſtoit beſoin , il ſe ſaiſit auffa
du Château pour la feureté
des Magazins qu'on y vouloit
établir. D'un autre côté
Mr le Duc de Vendoſme fic
arrêter toutes les Barques &
les Pontons quiestoient fur
144 MERCURE
l'Adige au deſſous de Vel
rone , afin de les employer
à faire un Pont vers la Val.
lée de Poliſella pour faire ,
s'il eſtoit neceflaire , paſſer
des Troupes par le grand
Chemin de la Chiuſa. Tout
eftant ainſi diſpoſé , & l'Ar
mée ayant pris du pain pour
fix jours partit le vingt de
Due Caſtelli , & alla camper
à Sanzena prés de Villa Frana
ca où Mrle Duc de Ven
doſme vint le 21. au matin
la joindre de Mantouë où il
eſtoit reſté pour y donner
quelques ordres. Ce Prince
écrivic
GALANT 145
.
écrivit au Roy le 22. du
Camp de Rivoli , & manda
à S. M. qu'il venoit d'arriver
aprés trois jours de marche ,
avec vingt cinq Eſcadrons ,
tandis que Mr le Comte de
Medavy couloit le long du
Lac de Garde , le laiſſant à
droite avec huit Bataillons ,
&quatre ou cinq Regimens
de Cavalerie & de Dragons,
pour gagner le haut du Lac,
&ſe rendre maiſtre de Riva
pendant qu'il tâcheroit d'en
faire autant du Château de
Torbolé , auſſi à la pointe
droite du Lac ; mais bien
Septembre 1703. N
146 MERCURE
meilleur. Mr de Vendoſme
ajoûtoit dans ſa Lettre , que
Mr le Comte de Senneterre
s'étoit rendu Maiſtre à Deſenzano
de vingt ſept Barques
, dont quelques-unes
pouvoient porter deux mille
facs de grains , & par ce
moyen venir juſqu'à Rivoli,
que l'on n'avoit trouvé aucun
ennemy, que l'Armée devoic
ſejourner le 23. & monter la
Ferrarele 24. & qu'il ſçauroit
dans peu fi on vouloit luy
diſputer le paſſage. La Relaz
tion que vous allez lire pa.
rur enfuite , elle eſt tres .
GALANT 147
curieuſe , & tres - bien de
taillée.
Je vous diray , Monfieur ,
qu'avant quepartirdu Duecaftelli
Monfieur le Duc de Ven.
doſmesepara fon Armée en deux
Corps ,, dont il commande le
plusfort , & l'autre est commandé
par Mr le Comte de
Medavy Lieutenant general ,
compofé de huit Bataillons , de
deux Regimens de Cavalerie ,
&d'en de Dragons ; les Batail.
lonsſont de deux deSaults , deux
de Bourgogne, un de Sourches ,
sun de Perche , un de Medoc,
Nij
148 MERCURE
& l'autre de Grancé , qui eft
resté à Dezenſano , les deux Regimens
de Cavalerie font Bertil.
lac& Dutront , celuy de Dragons
eft Sennetterre , Mr le Duc
de Vendofme prit à droite dans
es Montagnes de la Ferrare , &
Mr le Comte de Medavy à
gauche du Lac de Garde par
celle du Tirol Nous decampames
de Duecastelli le 20. Fuillet pour
venir camper àGoito , de Gaito
à Castillon , de Castillon à Dezenſano
, qui est fur le bord
du Lac de Garde , dont Mrle
Comte de Senneterre s'empara
par adreſſe avecfon Regiment ,
GALANT 149
parce que Meſſieurs les Venitiens
avoient refuſede le donner afin de
faire connoitre aux Allemans que
cen'étoitpas de leurpropre volonté
qu'ils l'avoient donné,nousyfe
journâmes pouryfairefaire des
Fours,I onfit un detachement com.
mandé par Mrle Chevalier de
Sourches Colonel reformé , qui
s'embarqua dans des barques avec
du Gañon , pour ferendre maître
dun petit Château nommé Ser.
mionnefcitué au milieu du Lac, de
Dezenſano à Salo petise Villefort
jolieſur leborddu Lac , de Salo à
Garguaro,Bourg aufſiſitué sur le
bord du Lacde Garde rempli d'u-
Nij
150 MERCURE
1
nefigrande quantité de Citron .
niers,Orangers , Figuiers , Oli
viers,&Lauriers,& des plus belles
Vignes du monde plantéesfur
une Colline , que cela forme une
elped
efpece d'Amphiteatre , qui fait
le plus bel effet du monde. On
ne voit autre chose pendant quatre
ou cinq mille de longueur.
Nous y fejournâmes la nuit du
27. du 28. ilfuruint unftterrible
tremblement de terre, que tout le
• monde se crut enveloppéſous les
ruines des maisons,tantleur trem.
blement fut violent,il en estoitfur- len
venuun avant,& un autre aprés
mais fi perit que quelques pers
GALANT 151
Sonnesseulement s'en aperceurent,
les Habitans nous affurerentqu'il
y avoit trois mois qu'il en étoit
arrive autant ,& que c'étoit
pour la troifiéme fois , &que
celui cy avoit esté plus violent,
le vingt neuf nous en decampa
mes pour entrer dans les Mona
tagnes ( avec grande provision
de Biscuis pour les Troupes ) ces
Montagnesſontſi affreuſes qu'elles
ont furpris les perſonnes les
plus vigoureuses , les cheminsſi .
defficiles qu'à peine deux hommes
ypouvoientpaffer defront , nous
vinmes camper à Prabionne on
noussejournames ; on fit un des
:
N iiij
152 MERCURE
tachement commandépar Mr le
Marquis de Vaudray . Maréchal
de Camp , & Mrle Marquis
de Dreux Brigadier , pour
aller reconnoiſtre les chemins,ils
apperceurent fur la croupe d'une
groffeMontagne quelques Paï.
fans armez , quise retiroient à
leur aproche , le trente nous vimes
camper à Vezio , où nous
SSeejoouurrnnaammeess.. Le 31. MrleComte
de Medavi fit un detachement
de 7 Compagnies de Grenadiers ,
commandez par Mr le Comte
Dilon Brigadier , il y joignit
les Piquets del'Armée quifurent
commandez par Mr le Comte
GALANT 153
de Monfeaurau auffi Brigadier,
quatre cens hommes commandez
par Monfieur le Chevalier de
Sourchesfonfrere, centDragons,
& cinquante Cavaliers à pied,
commandez par Mr le Comte
de Sennetterre , qui faisoient en
tout quinze cens hommes , pour
aller attaquer cinq cens hommes
, tant Païfans que Soldats,
qui s'étoient retranchez fur la
Croupe d'une groffe Montagne,
au milieu du chemin par où il
falloit absolument paſſer , ils
avoient encore coupé dans le
milieu de la descente qui estoit
de l'autre costé une fi grande
154 MERCURE
,
quantité de bois , que le chemin
efſtoit entierement barré. Mr le
Comte Dilon commença par gagner
les hauteurs qui étoient derriere
eux ce que firent auſſi les
autres par trois endroits differens ;
les Païfans qui s'étoient renfermez
avec le Commandant luy
avoient fait croire qu'il estoit
impoſſible qu'il pût estre attaqué
par derriere par le chemin qu'ils
croyoient impraticable ,
qu'ils virent les hauteursgagnées
ils furent fi eff ayez , qu'ils per.
dirent courage, l'efperance de
fe pouvoir deffendre , ils tirerent
deux ou trois cens coups de Fufil,
lors
GALANT 155
coprirentlafuite. Nous primes
foixante &feize Soldats ,
quelques Païfans avec un Cad
pitaine & un Lieutenant qui
font actuellement avec nous ; ily
cut cinq Paifans tuez, & il
n'y eut de nostre costéqu'un ſeul
Grenadier blessé au bras. L'on
renvoya le même jour quelques
Païfans avec des Billets,qui
afſfuroient les Païfans des autres
endroits , que s'ils faisoient la
moindre resistance ils feroient
pillez & brûlez , & qu'au
contraire , s'ils se rendoient de
bonne volonté on leur conferve.
voit leurs biens , ce qui a fait
156 MERCURE
د
un effet confiderable ; puiſque
lors que Mr le Comte Dilon
parut avec un detachement ſur la
Montagne qui pouvoit eſtre vû
par les Habitans de Riva
&qu'il eut fait faire unegran.
de quantité de feux , pour faire
croire qu'ily avoit ungros Corps
d'Armée, cela intimida tellement
le Lieutenant Colonel , qui commandoitdans
Riva qu'il decam.
pa la nuit même pour aller reconnoiſtre
, mais le jour estant venu,
& s'apercevant du peu de Trou.
pes qu'il avoitfur la montagne ,
il voulut rentrer dans la Ville;
mais les Bourgeois luyfermerent
GALANT 157
la porte , luy difant ; que puis
qu'il les avoit abandonné , ils
ne vouloient point courir le risque
d'être pillez, ce que voyant Mr
le Comte Dilon , il defcendit
promptement avec cent cinquante
Grenadiers , &trouvales Bour .
geois qui luy apportoient les Clefs
avec quantité de rafraichiffe
mens il trouva trois pieces de
Canon , dont deux groffes &une
petite , & deux autres dans le
Château avec de la munition:
il envoya avertir Mr le Comte
de Medavi la nuit du trois au
quatre qui estoit à Pieva , petit
Village où nous avions ſejourné
,
158 MERCURE
à10, mille de Riva , nous decampames
le matin pour paffer une
montagne fi affreuse , que l'on
pretend, queſans unfecoursfurnaturel
, il eſtoit impoſſible de
paſſerſansſeprecipiter dans des
abymes effroyables : yables: l'eau y étoit
fi rare ,&le Betailenfi grande
abondance , qu'il s'est donné un
verre d'eau & de vin pour un
Mouton. Mr le Duc de Ven.
doſme nous a joint àRiva , aprés
avoir pris le Château de Nago
qui'a tenu quatre jours, tranchée
ouverte ; il a fallu que les Ira
landois ayent monté àforce de
bras le Canon fur une hauteur.
1
GALANT 159
On a fait des Prisonniers de
guerre.
Pendant que Mr le Comte
de Medavi , & le Corps qu'il
commandoit, ſe ſignaloit par
des expeditions ſi difficiles,
& fi glorieuſes aux Armes
du Roy : Mr le Duc de Ven.
doſme avançoit de ſon côté,
& par une valeur intrepide
qui égaloit ſes fatigues , fon
application, & les foins qu'il
ſe donnoit , forçoit des pafſages
fortifiez par l'art , &
par la nature , & faifoit paſſer
des Corps d'Armée entiers
160 MERCURE
par où les Animaux les plus
legers , & qui ſçavent le
mieux grimper pouvoient à
peine paſſer . Vous n'en dou .
terez pas quand vous aurez
lû la Relation ſuivante ; elle
eſt du vingt ſeptiéme Juil
let , & dattée des Retran -
chements que les Ennemis
avoient dansle Col du Monte
Baldo.
Lin
Es Ennemis avoient une telle con
leurs retranchemens qu'-
ils difoient qu'ilfalloit se réjoüir du
parti qu'avoit pris Mr le Duc de
Vendôme, n'eſtantpas poſſible qu'une
Armée paſſaſt malgré des reGALANT
161
tranchemens , par un lieu ou à peine
les Voyageurs peuvent- ils marcher :
cependant Son Alteſſe en est venuë à
bout.
د
Les ennemis avoient trouvé la
fcituation du monde laplus avan.
tageuse à se poster & l'avoient
perfectionnée par un travail
immenfe. Ils avoient à leur droite
le monte Baldo , que l'on a raiſon
de vanter pour sa hauteur , dont ils
occupoient le ſommet , & leurs retranchemens
continuoient de rochers
en rochers decharnez, & où il n'y
avoit pas un pouce de terre jusqu'à
la gorge qui communique à l'autre
coſté de la montagne , qui n'est acceſſible
que par une teſte , fur laquelle
il y avoit un tres- bon Fort
bienflanqué par buit redans avec
Septembre 1703 .
162 MERCURE
un foſſe & un parapet épais ,
dont le revers est escarpe & retranché
jusqu'à l'Adige. Ils avoient
dans ladite gorge un retranchement
qui embraſſoit tout le front de l'une
àl'autre montagne avec trois pieces
de canon&des redoutes fraisées
paliſſadées : ils étoient dans ces retranchemens
plus de deux mille cinq
cens hommes dont le tiers étoit de
troupes reglées , & le reste de payfans
, & c'étoit Mr de Vaubonne
qui commandoit en personne. Les
Grenadiers , dont il y en avoit dix
compagnies à la droite, &cinquante
Carabiniers à pied , & douze à la
gauche avec cent autres Carabiniers
, partirent la veille à huit
heures du foir , aprés qu'on eut fait
diftribuer un pot de vin à chacun ,
Sous les ordres de Mr d'Orgemont
GALANT 163
à la gauche , & de Mr d'Imecourt
à la droite , dont le chemin estoit
moins difficile , parce qu'on trouvoit
des petits taillis fur la marche qui
aidoient à grimper plus aisément.
Ils arriverent àla pointe dujour à
la portée du mousquet des retranmens
des Ennemis qui leur firent
plaſicurs décharges , maisfans leur
faire de mal eſtans tous ventre à
terre. Ily eut à la gauche une efcarmouche
où nous perdimes trois où
quatre Grenadiers , un Carabinier
& deux Soldats des détachemens qui
Soutenoient avec quatre ou cinq
bleſſez. L'on seSaifit de deux Poftes
malgré leur feu ; mais l'on ne
putgarderle ſecond,parce qu'il eſtoit
enfilédu rocher qui estàla plus haute
pointe que les Ennemis occupoient.
Mrle Duc de Vendôme y voulut
O ij
164 MERCURE
monterfur le rapport qu'on luyfit que
les Troupes estoient entierement hors
d'estat de service , estant outrées
de fatique , &qu'ainſi ilfalloit que
Son Alteſſe remit l'affaire au lendemain
à la pointe dujour. Elle envoya
encore chercher des troupes pour
renforcer ce costé là. Effectivement
ils eroient tous à bout , maisfa prefence
les ranima &donna des jambesà
ceux qui n'en avoient plus . Il
fit en même temps commander fix
cens hommes pour renforcer cettegauche
, &jugea à propos d'eſſayer de
monter du canonſur la hauteur droite
àforce de bras , il envoya donner
ordre de sa part au Commandant
d'Artillerie de prendre affez de
monde pourcela , & fit promettre un
écu parhomme à ceux quiy travail-
Leroient. Les Irlandois ſe mirent en
GALANT 165
beſogne , &celasefit avec tant de
diligence que trois pieces furent en
effat de tirer à cinq heures du ſoir
dans un endroit où à peine les Che.
vreüils peuvent- ils paſſer ; cependant
Son Alteſſe crut qu'il falloit
entamer l'affaire par la gauche
pendant qu'ily avoit afſfez de jour
pourſe conduire à travers les rochers
ou pour en prendre la fuperiorité , il
falloit grimper à quatre pattes , &
remettre à l'entrée de la nuit l'attaque
de la droite. La hardieſſe de
nos Grenadiers &de nos Carabiniers
à la teſte desquels marchoient Mr
de Vaubecourt avec Mrs de Kercado
& d'Orgemont , Brigadiers , Mrs
de Maulevrier , de Moranges &
Damas Colonels . La bardieſſe
dis -je , de ces Officiers & de ces
Troupes àsefoutenirſur la creste de
166 MERCURE
cette Montagne, intimida fifort les
Ennemis pendant que deux Compagniesdegrenadiers
obſervoientlepofte
de la pointe ; enforte qu'ils ne pou
voientdeſcendrefur nos gens qui filoientun
peu au deßous,qu'ils abandonnerent
non ſeulement les retranchemensde
leurdroite, mais auſſi ceux
qui communi quoient de leurdroite à
leurgaucheparlagorge,&mème cela
les détermina à abandonner le Fort
de leur droite que nous attaquames
inutilement à deux heures de nuit ,
n'y ayant plus que quelques malades
& quelques Heyduques , que
nousfimes prisonniers. Leur Camp
fut pillé ; mais par malheur ce
n'estoit qu'un Camp de Heyduques
de Payfans.
Mr le Comte deBesons Lieutenant
general qui commandoit à l'attaque
GALANT 167
de ce Fort , ayantfait avancerMr
d'Imecourt , on reconnut que les Ennemis
avoient abandonné leurs ten
tes , des outils , leurs munitions
leurs proviſions .
Enfin à minuitnous eſtions enties
rement maiſtres de ce paſſage , que
tout le monde trouvoit impenetrable
, & par conſequent des Monta .
gnes jusqu'à Torbolé. Il nese peut
rien de plus glorieux pourle Roy ny
de plus heureux pournous. L'on reſte
aujourd'hay fur le champ de bataille
d'où l'on part demain pour continuer
la marche ; c'eſt un pays terrible
&je crains fort pour le Canon..
J'ajoute à cette Relation
celle d'un Officier General
qui eſtoit à la même expedij
168 MERCURE
tion. Ce n'eſt pas trop que
d'entendre parler deux perſonnes
habiles dans leur mêtier
d'une action de la narure
de celle dont il s'agit ,
puiſqu'il se trouve de grands
Capitaines , & qui ont fait
la guerre toute leur vie , qui
n'en ont pasvû de pareilles.
On ne fait pas tous les jours
la guerre dans des lieux où
les ſeuls animaux peuvent
paffer.

Du
GALANT 169
Du Camp de Montebaldo ,
le 27. Juillet.
I'Ay déja eu , Monfieur , l'honneur
de vous informer de nostre
Armée à la Ferrare , & que le
bruit dupays eftoit que les Ennemis
avoient un Corpsde Troupes retran.
chées à Aqua negra pour s'oppofer
à nostre paſſage. Ily estoit effectivement.
Leur droite à Montebaldo ,
&leurgauche à une autre montagnefort
escarpée. Lefront de cepofte
eft tres étroit. Le Lac de Garde
paſſe immediatement au deßous du
montBalde , où estoit leur droite ,&
l'Adige au pied de la montagne où
estoit appuyée leurgauche . Mr de
Vendôme refolu de s'ouvrir cepaf-
Septembre 1703 . P
170 MERCURE
Sage, détacha avant hier 25. douze
Compagnies de Grenadiers &quatre-
vingt Carabiniers commandez
par Mr d'Orgemont , qui devoit
prendre le haut de Montebaldo
, & dix autres Compagnies
de Grenadiers aux ordres de Mr
d'Immecourt pour ſe ſaiſir de la crète
de l'autre montagne. Ces deux
détachements malgré les difficultez
du chemin arriverent à la pointe du
jour fur les deux hauteurs de la
droite &de la gauche des Ennemis ,
& Mr de Vendome avec deux
millehommes choisis &tous les Officiers
Generaux , arriva en même
temps par la gorge vis-à-vis du
front de leur Camp. Il trouva que
Mr.d'Orgemont , quoy qu'il eut
toujours ſuivi la crète du Montebaldo
, n'avoit pû entreprendre de
f
T
1
GALANT 171
debusquer cent cinquante hommes
des Ennemis qui occupoient un pain.
de fucre qui est au plus haut de
MonteBaldo , &eſcarpé de toutes
parts ; ce qui obligea Mr de Vendòme
d'ordonner à Mr d'Orgemont
de laiſſer deux Compagnies de Grenadiers
fur le hautde Monte Baldo
, vis-à-vis du pain de sucre , &
avec le reste de ſes troupes de tacher
de ſeplacerfur des endroits efcarpez,
qui étoient à mi- coste ,
qui voyoient les ennemis dans un
petit Camp qu'ils avoient dans un
petit ouvrage qui étoit dans la Gorge
; cequ'il executa malgré l'horreur
des chemins qu'il faloit qu'ils
fillent.
Mr de Kercado fut commandé à
lafaveur du feu de ces Troupes poſtées
pour attaquer les retranche-
Lif
172 MERCURE
mens de la droite. Les Ennemis ne
foûtirent pas un moment le feu de
nos Troupes. Ils abandonnerent
leur Camp , & trois petites pieces
de canon . Cette action ne nous coûta
qu'un Carabinier & deux Gre
nadiers . Mr de Vendôme aprés
avoir emporté leur Camp de la droite
, refolut de faire attaquer leur
gauche ; mais il voulut pour cela
attendre la nuit d'autant plus qu'il
y avoit une hauteur à regrimper à
découvert , pour attaquer leur retranchement
qui auroit pù nous coûter
bien du monde ;ſi l'on n'avoitpas
attendu l'obscurité de la nuit , à
l'entrée de laquelle les Ennemis ſe
retirerent & laifferent leurs tentes
tenduës. Cette affaire aura répandu
la terreur dans le pays. C'étoit
Mr de Vaubonne qui commanGALANT
173
doit dans ce pofte .
C'est Mr Vaubecour qui se trouva
de jour , qui attaqua & força
les Ennemis par leur droite . My de
Bezons à qui c'eſtoit à marcher estoit
chargé de l'attaque de la gauche ;
mais les Ennemis , comme je viens
de vous le dire , ne luy en donnerent
ny le temps ny la peine.
Mr le Duc de Vendôme
alla camper aprés l'affaire de
Montebaldo à Brentonego ,
on trouva toutes les maiſons
remplies de proviſions , auf.
ſi bien que la Campagne où
il n'y avoit pas un ſeul Habitant
tant la terreur y
eſtoit grande, Mr de Ven.
,
Piij
174 MERCURE
dôme les fit revenir aprés
leur avoir promis de les prendre
ſous ſa protection , &
que ſes Troupes ne feroient
aucun dégâts. Ce Prince
partit le 29. de Juillet de
Montebaldo , & alla camper
fur les Montagnes à moitié
cheminde Brentonego,lezo.
àBrentonego. Il ſe trouvoit
alors à cinq mille de Tora
bollé dont il avoit deſſein
de s'emparer , afin d'y faire
un établiſſement qui le rendit
maiſtre du Lac de Garde
; mais avant que d'y arriver
il falloit emporter le
,
GALANT 175
Chaſteau du Nago ſcitué ſur
un Roc fort haut , & eſcarpé
; & dont les deux tiers
font inacceſſibles . Mr de
Vendôme croyant tout pofſible
à la valeur des Troupes
envoya Mr de Vaubecour &
Mr de Bifly pour ces deux
expeditions avec les Brigades
de la Marine , & d'Auvergne
de quatre Bataillons
chacun ; le Regiment de
Dragons de du Heron &
vingt deux Compagnies de
Grenadiers . On ſe rendit
Maiſtre de Torbolé en tom .
bantdeſſus par un petit che-
Piiij
176 MERCURE
8
min qui eſt par delà la Montagne
, & qui avoit eſté découvert
à Mr de Vendôme ,
ce Prince eſtant toujours
bien ſervy à cauſe de la dépenſe
qu'il fait en Eſpion.
On n'eſtoir pas vû par ce
chemin du château de Nago .
Les Ennemis ſe retirérent de
Torbolé avec tant de préci
pitation qu'ils abandonnerent
trois pieces de Canon
qu'ils jetterent enſuite dans
le Lac où on les trouva . On
eut avis qu'ils en avoient
auſſi enterré d'autres pieces.
GALANT 177
:
Quant à ce qui regarde la
priſe du Chaſteau de Nago ,
voicy de quelle maniere en
ont parlé deux ou trois Relations.
Depuis lepaſſage de Montebaldo;
Monfieur le Ducde Vendôme vint
en deux jours de marche à Brento
nego , par des chemins qui estoient
presque impraticables pour l'Infanterie
,& parlesquels cependant Son
Alteſſe fit paſſer ſon canon & tous
les équipages d'Artillerie , il eſt
vray que la chose estoitpresque impraticable
, & qu'il n'y avoit pas
lieu de l'efperer ; mais comme perfonne
nesçait mieuxſemer l'argent
que nostre General quand il lefaut,
Les hommes ne luy manquent pas.
178 MERCURE
Ainsi il fit porter à bras fon canon
au haut des rochers les plus escarpez,
&où on n'a peut- estre jamais porté
de fufil. Mr de Kercado inveſtit enfuitele
Chasteau. Mr de Vaubecourt
occupa de ſon costé le Village
de Nago , qui eſt ſur la droite du
Chasteau du même nom à la pora
tée de la carabine ; on mit des
poftes fur les hauteurs de cette
droite. Ce Chasteau ſe rendit àM
de Chemeraut , après quatre jours
de tranchée ouverte. Ilyavoitplus
de cent hommes de bonnes Troupes ,
& ce Chasteau pouvoit avec dix
hommes tenir encore dix ou douze
jours.
Je dois ajouter icy ce que
porte une autre Relation. Vous
verrez des choſes qui ne ſe trouGALANT
179
vent pas dans ce que vous ves
nezde lire.
Dés la premiere nuit nous fommes
logez à la faveur de plusieurs
rochers à la portée du pistolet du
Chasteau . Il s'est trouvé beaucoup
de difficulté pour loger le Mineur ,
le pied de la muraille eftant sur un
roc presque tout eſcarpé , & les Ennemis
jettans une grande quantité
de groffes pierres . Nous avons mis
fix pieces de petit canon en batterie
que nous avons eu beaucoup de peià
amener. Comme elles nefontpas
grand effet Mrde Vendôme a donné
ordre qu'on amenaſtpar le Lac deux
pieces de vingt- quatre , & deux
Mortiers , pour finir ce Siege en cas
que le Mineur trouve toûjours trop
de difficulté à s'attacher . On tra180
MERCURE
vaille à un cheminpar où on pourra
dés demain faire paſſer la Cavalerie
.
Vous trouverez la fin de ce
Siege dans l'extrait ſuivant ,

Du Camp de Brentonego , le
; 6. Aouſt 1703.
TAGarnison du Chasteaude Nagoſe
rendit à difcretion hier aprés
midi , quoy que la ſeconde envelope
meilleure que la premiere ne fust
guére endommagée . Le Mineur qui
s'y estoit attaché la nuit du 3. au 4.
avoit esté obligé d'abandonner fon
logement au bout de deux heures , à
cauſe de la grande quantité de pier.
res qu'ils avoient jettées , & qui
avoient ruiné une partie de ce loge
GALANT 181
ment : comme la meilleure partie en
restoit encore , on prit le parti de le
rétablir en pleinjour : ce qui futfait
& ce qui obligea les Ennemis deſe
rendre. On a trouvé dans le Chateau
trois milliers de poudre , huit pieces
de Canon de fonte,dont ily en a une
de dix- huit , & une de huit, les autres
font de petites pieces & beaucoup
d'autres provisions de bouche.
Ily avoit cent cinquante Soldats ,
& trois cens cinquante Payfans .
Vous ne ſerez pas fâchée que
j'ajoûte icy ce que dit une autre
Relation de la force de ce
Chaſteau .
1 「
L eſt ſur un rocher inacceſſible de
toutes parts , ily a deux retraites
impenetrables , Les Mineurs vou182
MERCURE
lant approcher , ils furent bientot
éloignez par les pierres , & refuferent
d'y retourner regardant le
deſſein de l'attaquer comme une
choſe chimerique. Il pouvoit tenir
des éternitez. Ily a deux Places
l'une sur l'autre , celle d'en haut a
auſſi ſon foſſé qui est impenetrable.
Mrde Vendôme envoya fommer la
Garnison , & fit dire qu'il feroit
pendre tous ceuxqui la compoſoient ,
s'ils ne ſe rendoient dans vingt-quatre
heures . Tout ſe rendit à diſcretion
le quatrième Aouft , Gouverneur
, Troupes , & Milices , au
nombre de cinq cens hommes . Mr de
Vendofme obligea quantité d'autres
Chasteaux àſeſoûmettre à l'exemple
de celuy de Nago , quoy qu'ils
ne manquaſſent de rien ; demaniere
que nous avons déja prés de quaGALANT
183
}
vante- cing canons de revenant bon.
La Lettre qui ſuit vous fera
plaiſir , & vous y trouverez des
choſes affez fingulieres .
Nous avons trouvé à deux lieuës
Brentonengo , proche l'Adige ,
en allant pour occuper le village de
Mori qui est à quatre mille de Ro
veredo,unefondrie où ily avoitmille
ou douze cent bombes appartenant à
l'Empereur , des boulets de canon,&
quantité de tres - beau &bon fer, &
des cuirs dont on fera des fouliers
pour noftre Infanterie. Tout cela a
eſtè enlevépourporterſur le Lac, &
l'on ruine de fond en comble toute
la Fonderie . Ily a bien encore pour
fix mille livres de charbon. C'est une
perte de plus de cent mille écus pour
184 MERCURE
'Empereur , outre qu'elle ne pourd
eftre rétablie de fix années. Cela
a donné lieu à une petite affaire
zoute des plus jolies , qui ſepaſſa
hier 7 Aouft au matin , Mr le Duc
de Vendôme étant venu avant hier
voir cette Fonderie après le diner ,
ilremarqua qu'ily avoit àtrois o
quatre cent pas de la deux centtren.
te hommes des Ennemis qui occupoient
un affezbon pofte , cela le
choqua , & il commanda à un
Capituine d'aller avec vingt-cinq
hommes tàterces gens là. Ilpartit
auſſi-toft , mais les trouvant trop
forts il se retira après avoir fait
feu pendant un quart d'heure , cela
en demeura là , mais il ordonna
qu'on les attaquat à la pointe du
jour& en chargea Mr le Comte de
àqui Goas, ildonna trois centhom-
1
GALANT 185
F
mes d'Infanterie , deux cens Dragons
, & cent Carabiniers tous th
pied , à l'exception de ſoixante
Houffards , les chevaux étant inutils
dans des rochers . Mr de Goas
marcha à eux auſſi-bien que Mr le
Chevalier du Heron , & ils les
chargerentfi vigoureusement que la
peur les prit , &qu'ils ſe voulurent
fauver après la premiere décharge ,
mais il n'étoit plus temps , car des
deux cent cinquante ily en eut au
moins cent de tuezsur la place , نم
60. prisonniers ; le reſte ſe ſauva
comme il pût. Cela a tellement re
doublé la terreur des Ennemis que
le petit camp qu'ils ont de l'autre
cofté de l'Adige est toûjours en mou
vement.
La Relation ſuivante ache-
Septembre 1703 .
186 MERCURE
vera de vous faire connoiſtre
cette affaire.
Mrle Ducde Vendoſme alla res
connoistre le camp de Mr de Vaubonne
qui estoit au delà de l'Adige ,
&un autre petit camp qui est en
deçade cette petite riviere , prés da
Village de Mori que nous occupons,
ce Prince forma la reſolution de le
faire attaquer , & pour cet effet il
commanda Mr deGoas aves quatre
cens hommes d'Infanterie , deux
cens Dragons , cent Carabiniers ,
cinquante Maistres & cent Housfards
, dont unepartie prit la hauteur
des rochers , & l'on fit à la
pointe du jour attaquer le Village
de Reſſano , qui estoit occupé par
* cent soixante hommes des Ennemis,
avec une troupe de Dragons de cinquantehommes
,Par qui mr de Vau
GALANT 187
10
bonne vouloit faire foutenir , & à
qui il fit paſſer la riviere. Cela
n'empècha pas qu'ils n'abandonnaffont
leurs Poftes après une foible
resistance . Ils ont eu cent hommes
tuez sur la place , entre lesquels
Se font trouvez le Major & deux
Capitaines du Regiment de Nigrelli.
On leur a pris en cette occafion
un Officier &foixante Soldats ;
nous n'y avons perdu qu'un Lieutenant
& deux Grenadiers bleſſez
legerement. Nos Houſſards ontpouff.
se les Ennemis prés de trois mille
fans leur vouloirdonner aucun quartier,&
cette action d'efté
le
il
72
11
La
is
conduites
2
des mieux
Ce qui fuit , & qui eſt tiré
d'une autre Relation , merite
d'être ajoûtéàla precedente.
Qij
188 MERCURE
Mefficurs de Goas , deCours
&de Bardon , ont execute avec
beaucoup de valeur les ordres
de Mr de Vendojme à l'action
du Village de Reffano , qui a efté
d'autant plus confiderable , que
nous n'y avons perdu personne.
La consternation a esté tresgrande
dans le Camp deMrde
Vaubonne, ayant esté luy mesme
témoin de la bravoure de nos
Troupes , & de la defaite des
fiennes ; quoy qu'il eût reçu la
veille de l'attaque un renfortde
quinze cens Chevaux de l'Armée
de Mr de Staremberg.
Mr de Vendoſme n'ayant
GALANT 189
preſque point laiſſe paſſer de
jours ſans faire quelque conqueſte
pendant ſon paſſage
dans les Montagnes , il en
eſt échappé à ceux qui en
ont envoyé des Relations , &
on n'a point parlé de la priſe
de Malſeſena , où il y avoit
un Bataillon du Regiment
de Nigrelli.
Deux Châteaux apparte
nans au Comte de Caſtel
barco, eſtant du nombre de
ceux qui ont eſté pris des
premiers ,& dont je vous ay
deja parlé ; ces conqueſtes
ont d'autant plus rejoüy les
190 MERCURE
Troupes qu'elles ont eu bonne
part au butin . On a trouvé
dans ces Châteaux où il
y avoit quelques pieces de
Ganon , quantité de riches
meubles , & de tres beaux
Tableaux , ainſi que les mi.
nutes de tout ce que le Comte
de Caſtelbarco avoit écrit
à l'Empereur contre Mr le
Duc de Mantouë , pendant
qu'il étoit Miniſtre de S. M. I.
auprés de ce Duc , & fes
Patentes de la Clef d'or, dont
il avoit eſté recompenſé pour
tout ce qu'il avoit fait contre
pluſieurs Princes & au
GALANT 191
:
tres , en qualité de Commiſ
faire general de l'Empereur
en Italie , & particulierement
contre Mr le Duc de Mana
touë , en faiſant ſaccager &
brûler des Chateaux qui apa
partenoient à ce Prince , &
entr'autres ſon Palais de Mar
mirolo prés de Mantouë , &
en tenant des diſcours inju
rieux aux premieres Puiſſances
de l'Europe , ce qui mea
ritoit de tres - feveres puni
tions. Toutes ces choſes fus
rent cauſe que Mr de Ven
doſme , aprés avoir fait ven
dre une partie des meubles
192 MERCURE
de ce Comte , & envoye les
Tableaux , & les plus beaux
meubles à Mr le Duc de
Mantouë , ordonna le Sac de
ces Chateaux que l'on fit enſuite
raſer. Il eſt des repres
failles ſi juſtes , qu'on feroit
mal de ne s'en pas ſervir ,
puis qu'elles donnent ſouvent
lieu de ſe corriger à ceux
contre qui on en uſe.
Mr le Duc de Vendofme
envoya le s. Aouſt reconnoiſtre
la Ville & le Château
d'Arco , le 6. ce Prince alla
en perſonne reconnoiſtre le
Camp de Mr le Baron de
Vaubonne
GALANT 193

4
e
e
e
Vaubonne qui estoit au de là
de l'Adige vis à vis de Rove
redo ; le 8. il partit de Riva
pouraller preſſer le ſiege d'Ar
co. Il reconnut lui même le
Château qu'il trouva bon &
bien ſcitué, &bâti ſur un Roc
qui eſt detaché d'une Montagne
fort élevée , & qui eſt
preſque à trois cens toifes
de fon enceinte , & dont la
ſuperficie eſt en forme d'Amphiteatre
: on trouva la Ville
au pied du Château , & entourée
d'une muraille ſeche,
de ſorte qu'il eſtoit neceſſaire
de s'en rendre maiſtre avang
Septembre. 1703. R
194 MERCURE
que d'attaquer commodes
ment le Château , on commença
dés ce jour là à battre
la Ville. On mit ſur la Mon.
tagne voiſine , qui eſt de
niveau,deux Batteries , l'une
de ſix Canons de huit , &
de deux Mortiers , & l'autre
de quatre pieces de vingt.
quatre qui la voyoient à revers.
Uu boulet de ſeize coupa
un Olivier , de dix pieds de
hauteur dont la cime tomba
ſur Mr de Vendôme, ſans le
bleſſer dans le temps que ce
Prince reconnoiſſoit la Bat-
1
}
GALANT 195
a
e
e
27
terie des Ennemis. On com.
mença le 9. à faire monter du
canon pour battre le Châ
teau. La Ville fit un tresgrand
feu ce jour-là ; ce qui
donna lieu de croire qu'elle
ſe défendroit plus long -
temps que l'on ne s'eſtoit
imaginé d'abord : Cependant
Mr le Duc de Vendôme
fit donner l'aſſaut le 10
quoy que la Breche fut encore
haute de neufpieds , ce
qui n'empêcha pas les Grea
nadiers de l'emporter fi
promptement que trois ,
cens hommes qui la deffen-
Rij
196 MERCURE
doient eurent à peine le
temps de ſe ſauver dans le
Chaſteau. On ne perdit perſonne
, & deux Grenadiers
ſeulement reçurent de lege .
res bleſſures. La Ville fut
pillée ſelon l'uſage de la
guerre.
On commença dés l'onziéme
à battre la premiere
enceinte du Chaſteau avec
les batteries dont je viens de
vous parler , & le treize la
Breche ayant efte trouvée
aſſez grande , fut attaquée &
emportée l'épée à llaamain
avec perte d'environ cin
GALANT 197
e
quante hommes tuez ou
bleſſez. On commença auffi
toſt à canonner & à bombarder
la derniere enceinte
du Chasteau. On crut d'a
bord que l'affaire ſeroit longue
& difficile parce que ce
Chasteau eſt ſitué ſur un rocher
eſcarpé de tous coſtez ,
& que les bombes , & les fix
pieces de gros Canon qui
eſtoient venuës par le Lac
de Garde ne faifoient pas
grand effet.
C
He
Ja
ee
&
in
n
Le 16. & le 17. il fit une
pluye continuelle ; & qui
fut d'un affez grand fecours
Riij
198 MERCURE
aux Ennemis pour remplir
leur Cisterne . Le Gouverneur
fit enſuite jetter plufieurs
barils de plomb de
coſté , & d'autre , pour faire
à croire qu'il en avoit beaucoup
de reſte : Cependant
voyant la contenance des
Troupes Françoiſes , & craignant
d'eſtre emporté d'af
faut , il fit batre la Chamade
auſſitoſt aprés. Voicy les
conditions qu'il propoſa &
ce qui luy fut accordé.
GALANT 199
:
CONDITIONS ,
Sous leſquelles Son Alteſſe
Monfieur de Vendoſme
eſt ſuplié par Monfieur de
Frezé , Lieutenant Colonel
pour Sa Majesté Imperiale
, & Commandant
du Regiment de Nigrelly ,
& au Château d'Arco de
le recevoir Priſonnier de
guerre , lui & toute la garnifon.
ACCORDE' .
PREMIEREMENT.
Que les Officiers tant de
Riij
200 MERCURE
l'Artillerie que autres , fors
tiront avec leurs gens , Armes
, Bagages , & Chevaux, &
la charge de huit Chariots
ou Mulets , à proportion
de Bagage , concernant uniquement
ce qui proprement
apartient à eux& àleurs troupes
, y compris des Etoffes
pour habiller leurs Soldats ,
pour le tranſport deſquels
Equipages il ſera fourni des
voitures par S. A. S. juſques
au lieu où il luy plaira de les
envoyer.
ACCORDE'.
Moyennantque l'on visite cour
GALANT 201
ce qui fera chargésur lesdits
Chariots ; Mulets , &autres
voitures .
II. Qu'il leur ſera permis
de ſe faire ſuivre par leurs
Valets au nombre de quinze
ou environ.
ACCORDE .
III . Qu'on laiſſe à leurs Soldats
leurs habits , avreſacs &
valiſes , & qu'il ne leur foit
fait aucun tort , Meſſieurs les
Officiers promettant , que
ſous ce pretexte les Soldats
ne ſe chargeront de rien qui
ne foit à leur uſage ſuivant
la viſite qui en pourroit être
202 MERCURE
faite fi S. A. lejuge à propos?
Moyennant quecelafoit viſitéde
même .
IV. Que les malades &
bleſſez au nombre d'envi .
ron cent trente foient con;
duits à Trente . avec une
vingtaine d'hommes en ſans
té , deux Chirurgiens & un
Officier pour avoir ſoin d'eux
dans la route juſques audit
Trente , dont il ſera tenu
compte dans celuy des Prifonniers.
Les bleffez& malades aurontle
même fort que les autres Officiers
& Soldats de la Gar
GALANT 203
e
nison , on en fera prendre
Soin dans les Hôpitaux s
& ils auront la liberté d'y
faire venir leurs Chirurgiens
.
V. M'le Commandant ſu
plie S. A. de trouver bon, que
par lamêmeoccaſion il puif
ſe renvoyer ſes Drapeaux à
Trente.
REFUSE'.
VI . Que Meffieurs les deux
Comtes d'Arco , avec leurs
femmes & enfans , quatre
Valets , une ſervante pourront
ſe retirer où bon leur
ſemblera auſſibien que leg
204 MERCURE
ſieurs Fromentin , de Riva,
&Charles Bernier d'Arco.
ACCORDE
Hors que le ſieur Fromentinfera
obligé de revenir danssa maifon
de Riva.
:
VII. Que les cinquante hom.
mes de Milice qui gardoient
cy_devant le Château avant
l'entrée des Troupes puiflent
fuivre le fort deſdites Troupes
avec le Commandant qui
les commande.
ACCORDE .
VIII. Qu'il fera permis à
Meſſieursles Officiers d'écri .
reà leurs Generaux.
GALANT 205
}
ACCORDE .
Moyennant quoy Mr le
Commandant pourra fortir
demain matin avec ſa Garnilon
, & auffi- toft les Articles
accordez de part & d'autre
la Porte ſera livrée aux
Troupes de Sa Majesté tres
Chreftienne , & Monfieur le
Commandant fera remettre
de bonne foy entre les mains
de Mrs les Commiſſaires de
France les Clefs des Magazins
, Proviſions & Munitions.
Dés à preſent ſera livrée la por.
te d'embas , & les Armes mi.
206 MERCURE
ſes au Magazin, à la refera
ve de celles des Officiers , &la
Garnison fortira à dix heures
du matin.
Fait au Château d'Arco ,
le17. Aouſt 1703 Signé Loürs
DE VENDOSME. DE FREZE .
Cette Capitulation doit
vous ſurprendre , la Place
eſtant encore en bon eſtat
lorſqu'elle a demandé à capi .
tuler , & le Gouverneur ayant
fait jetter des barilsde plomb
en divers endroits pour faire
croirequ'il en avoit de reſte,
mais la verité eſt qu'il en
manquoit. Mr de Vendof
GALANT 207
1
me ayant ſçû la verité
dit , que fi des François s'eftoient
trouvez en pareil cas ,
ils se seroient deffendus encore
plus de huit jours avec le plomb
queles Allemans avoient jetté.
LeGouverneur ayant demandé
de demeurer dans la
Place juſqu'au lendemain ,
il ſe ſervit de ce temps là
pour faire ofter toutes les
platines des fufils de fes Soldats
afin de les emporter &
de les vendre ; M' de Veng
doſme en ayant eſte averti ,
les fit fouiller,& fit reprendre
les platines. La Garnifon
208 MERCURE
de cette Place eſtoit de fix
cens hommes de Troupes
reglées , fans compter les
Milices du Pays ou Payſans.
On y a trouvé vingt & une
Pieces de Canon , & treize
Drapeaux. Nous n'avons pas
eu plus de cinquante hommes
tuez ou bleſſez , & les
Afliegez avoüent que leur
perte a eſté plus confiderable
ayant eu environ 140.
hommes tuezou mis hors de
combat. Ce Château ayant
toujours paffé pour imprena
ble dans le Pays , les peu.
ples des environs y avoient
1
GALANT 209
!
porté tout ce qu'ils avoient
de plus precieux , de ma
niere que tout ce qui s'y eſt
trouvé monte àde tres grofſes
ſommes.
Mª de Vendoſme envoya
auſſi toſt aprés la priſe du
Château d'Arco un Dérache.
ment avec ordre de ſe ſaifir
de Drena à trois mille d'Arco
, mais on le trouva aban.
donné.
Me de Poligni Capitaine
des Grenadiers du premier
Bataillon du Regiment Lyonois
, eſtant monté avec deux
censGrenadiers ſur une Mon
Septembre 1703 . S
210 MERCURE
tagne ou trois cens Payſans&
foixante Grenadiers Impe
riaux eſtoient retranchez ,il
les força nonobſtant les quartiers
de roches qu'ils rou?
loient pour les empêcher d'a
vancer , il en tua pluſieurs ,
&le reſte fut tellement diſſi .
pé qu'il n'en parut plus. M
de Vendoſme envoya en
même temps un Détachement
pour ſe ſaiſir du Châ
teau de Madruzzo , &un autre
commandé par M' d'Imecourt
pour s'emparer de celuy
de Toblino , où il avoit
deſſein d'établir ſes vivres ,
IGALANT 211
1
e
n'eſtant qu'à huit milles de
Trente. Vous verrez dans la
Lettre ſuivante ce qui s'eſt
paſſéàl'occaſiondeToblino.
Au Camp du Pont de la
Sarca le 24. Aouſt.
ôme ,
Ous partimes hier avec Mr
le Duc de Vendôme ,
nous fimes quinze mille pour arriver
icy parle Paysleplusfau-
1. vage &le plus fec que j'aye en.
corvú, n'y ayant rien autres
choses que des pieres. De forte
ois que vous pouvez bien vous ima-
5, giner que nos chevaux n'ont pas
Sij
212 MERCURE
i
fait bonne chere cette nuit
n'ayant pû paßer au delà de la
riviere , où ils auroient pû trous
ver quelques fourages , parceque
les Ennemis ont rompu le Pont
qui est proche la maison de Mr
de Vendômeſur lequel on auroit
paffé. On travaille àforce ày
en refaire un , ce qui n'est pas
aise , puisque nous n'avons ny
ponions ny batteaux , &qu'il
faut refaire des chevalets exprés,
deforte que tout cela nefe
feraqu'avecbeaucoup de peine
d'argent. Cependant la prefence
de Mr de Vendôme , l'amitié
qu'on a pour luy , fais ve
GALANT 213
لا
nirà bout de tout , j'espere
que le Pontferafait ce soir, &
qu'on pourrayfaire pafferleCa
non dès qu'il arrivera. Je compa
te que nous paſſerons toujours
demain de l'autre costé avecMr
de Vendôme , &qu'il ira s'ét
zablir jusqu'à l'arrivée de fon
Armée , au Château de Toblino
, dont Mr d'Imecourt qui
avoit marché de l'autre coſtéde la
riviere , s'eſt ſaiſi dés avant bier,
aprés avoir rafe trois Retrana
chemens que les Ennemis avoient
L'unfur l'autre pres dudit Châs
seau , qu'on dit estre d'une force
serrible & de la maniere dont
214 MERCURE
on en parle ; je ſuis dans la der
nierefurpriſe de ce qu'ils ne l'ont
pas foutenu , auſſi bien que ces
trois Retranchements qui estoient
l'un fur l'autre , lesquels font
comme on nous le dit hier,tout
des meilleurs. છ ? છે
Ily a peu d'exemples , &
l'on pouroit meſme dire qu'il
n'y en a point d'un auffi
grand nombre de Retran
chemens , & de Châteaux
fortifiez par l'Art , & par la
nature ,, forcez de ſuite , &
pour ainſi dire dans le mê
me temps , dans des lieux
GALANT 215
étroits & entre des Montagnes
, d'où les pieres ſeules
en tombant pouvoient écra
ſer des Armées & boucher
des paſſages aux Troupes les
plus vives , & les plus aler
tes. J'ay crû que les détails
de ces actions n'ayant poin
efté donnez au Public , je
les devois raſſembler dans
un corps afin qu'en les examinant
toutes d'une vuë , on
en reconnut mieux la vie
gueur. Jamais General d'Ar
mée ne s'est fait voir plus in
fatigable , & jamais Trou
pes n'ont paffé avec plus de
216 MERCURE
rapidité de conquêtes encon
quêtes. Le General , les Offiz
ciers Generaux , les Subalternes&
les Soldats,ont tous fait
voir unevigueur pareille & un
zele égal pour la gloire des ar
mes du Roy , rien n'a pû ny
rallentir leur courage ny arrê
ter leur pas ; & ils ont remporté
en avançant toujours
dans des lieux où les animaux
les plus legers auroient
àpeine trouvé des chemins
pour paſſer , en s'élançant
fur les Montagnes , ſept ou
huit tant Châteaux que Re
wanchemens auſſi difficiles à
emporter
GALANT 217
emporter que ces Châteaux
parcequ'ils eſtoient plus garnis
de monde. Enfin cette
courte , mais rude Campa.
gne , où depuis l'entrée des
gorges des Montagnes juſ.
qu'à Trente , tous les pas des
Troupes du Roy les ont con.
duits à autant de Conquef.
tes , doit immortaliſer tous
ceux qui ont fait ce glorieux
trajet.
Vous trouverez dans la fin
de ma lettre tout ce qui a
- ſuivy les grandes actions
dont je viens de vous parler,
Septembre 1703. T
218 MERCURE
Cependant ce que vous ve
nez de lire doit eſtre regardé
comme un morceau d'Hif.
toire , qui étonnera la poſte.
rité , & qui ne fera crû que
parce que ce qu'il contient
s'eſt paſſe ſous le regne des
miracles.
Mr Nolin , Geographe
ordinaire du Roy qui s'attache
avec une aplication ex
traordinaire à faire paroiſtre
de temps en temps des ouvrages
qui puiſſent donner
quelque forte de contentement
au Public , vient de
GALANT 219
e
mettre au jour une Carte du
Royaume de Boheme diviſé
par ſes Jurisdictions , il y a
marqué toutes les Places fortes,
paſſages de rivieres , Cols
de Montagnes , & tout ce
qui peut donner aux Sçavans
& aux curieux , quelque con;
noiſſance du Pays.
Il a auffi donné depuis
peu le Cercle de Baviere &
l'Archiduché d'Autriche ,
le Palatinat du Rhin , l'Alface
& la Souabe. Toutes ces
Cartes jointes au Tirol font
untres beau recüeil. Il y a en
teste une Carte generale
3
I ij
220 MERCURE
d'Allemagne , il a auſſi un re
cueil de ſes Cartes du Pays .
bas, & un autre de ſon Thea.
tre de la Guerre en Italie.
Toutes ces Cartes font tres
utiles & neceſſaires pour les
Officiers qui font la guerre
dans ces Pays là , & pour
ceux qui défirent en avoir
une parfaite connoiſſance.1
Ces Ouvrages qui ſemblent
n'eſtre faits que pour la guerre
, ne l'ont pas empêché de
penſer encor à quelques autres
Cartes propres à d'autres
uſages , comme eſt celle de
le Senechauffée de Bordeaux
GALANT 221
a
Es
qu'il a fait pour Meſſieurs
les Fermiers Generaux , Certe
Carte eſt tres utile pour
le Commerce , puiſque l'on y
trouve tous les endroits où
l'on doit payer differens
droits , l'on connoiſt ces endroits
par le ſecours de quel.
ques marques qui font aux
poſitions.
Il donnera dans peu laGene
ralité de la Rochelle dreſſfée
fur les Memoires qui luy ont
eſté communiquez par Me
Begon , Intendant de cette
Province.
Cen'est que par le ſecours
L Tiij
222 MERCURE
de bons memoires que l'on
peut faire de bonnes Cartes .
L'on fera toujours un ſenſi.
ble plaiſir à cet Auteur de
luy en communiquer pour
quelque endroit que ce ſoit ,
Il en ſçaura profiter dans le
temps.
Mr de Fer Geographe de
Sa Majeſté Catholique & de
Monſeigneur le Dauphin ,
continuant de travailler à
tout ce qui peut faire plaifir
au Public ſuivant la ſituation
des affaires , vient de mettre
au jour les Frontieres d'Eſpagne
& de Portugal .
GALANT 223
(
Où ſe trouve le Royau .
me de Portugal.
Diviſé en ſes quatre gran.
des Provinces .
D'entre Douro & Minho ,
de Beira , d'Eſtramadura
Portugaiſe , & d'entre Tage
& Guadiana dite Alentajo , &
le Royaume d'Algarve au
Roy de Portugal.
Parties des Royaumes .
De Grenade , d'Andaloufie
, de Caſtille , de Leon ,
& de Galice , & l'Eſtramadura
Eſpagnole au Roy d'Eſpa .
gue, le détroit de Gibaltar ,
& les environs de Cadix..
Tiiij
224 MERCURE
Le Roy a nommé Mr de
Bertier , Avocat General du
Parlement de Toulouſe à la
premiere Preſidence du Pard
lement de Navarre ſeant à
Pau. Il eſt de l'illuſtre famille
des Bertiers de Toulouſe
, alliée aux plus ancien.
nes maiſons de Languedoc
& de Guienne, Je vous en
ay déja parlé au ſujet de Mr
ſon frere premier Evêque
د
de Blois. Je diray ſeulement
quecetteancienne famille eſt
diviſée depuis pluſieurs fies
cles , en deux branches, dont
l'une a donné à l'Ordre de
GALANT 225
1
e
ا
e
Malthe des Chevaliers & des
Commandeurs , & beaucoup
d'Officiers aux Armées : l'au
tre qui a pris le party de la
Robe à donné à l'Eglife cinq
grands Evêques , des Agens
Generaux au Clergé , des
Chanceliers à nos Reines , un
premier Preſident au Parlement
de Toulouſe , avec dix
autres Preſidents ou Conſeil.
lers , & un Avocat General
en la perſonne de Mª de Bera
tier dont nous parlons , &
qui par ſon eſprit , par ſa
grande érudition , fon élode
quence , ſa droiture & fon
226 MERCURE
zele pour le ſervice du Roy
& du Public , qu'il a fait paroître
dans l'exercice de ſa
Charge , s'eſt rendu di
gne d'eſtre choiſi pour rem
plir cette premiere place ,
par Sa Majesté toujours at
tentive à recompenser le me.
rite,
Je dois ajoûter à l'Article
dans lequel je vous ay
parlé le mois dernier de
Madame de Culant nommée
par le Roy à l'Abbaye
de Saint Defir de Lizieux ;
qu'elle eſt fille de Meffire
GALANT 227
1
ti
ay
dt
Loüis de Culant , Chevalier
Seigneur de Monceaux ,
Colonel d'un Regiment de
Cavalerie , à la teſte duquel
il a eſté tué pour le ſervice
de Sa Majefté. Cette Dame
eft petite niécedu feu grand
Prieur de Champagne , &
eſt d'une fort ancienne Nobleſſe.
Dile Marguerite d'Andrieu
, veuve de feu Jean
Roffignol Bourgeois de Cai.
agnac en Quercy , eſt morte
dans ſacent & uniéme année
fit en cette même Ville , aprés
228 MERCURE
avoir vêcu en odeur de ſain.
teté , & avoir receu le Sacre.
ment de Penitence , le faint
Viatique , & le Sacrement
de l'Extrême . onction , un
moment avant fon trepas ,
après avoir dit l'Angelus , &
ces paroles , Verbum caro factum
eft , juſqu'à ce mot , Ora
pro nobis nunc , elle s'arreſta,
& rendit fon eſprit avec
autant de tranquillité que
ſi elle ſe fut endormie ;
elle ſe ſouvenoit de tout ,
& conſerva cere memoire
& ſon bon ſens juſqu'à
ſon dernier ſoupir , ayant
GALANT 229
,
S
5,
&
C
ta,
vec
que
lei
Dur
noire
{quâ
yan!
د
d'auſſi bons yeux qu'à l'age
de quinze ans raifon.
nant parfaitement bien ,
marchant ſans baſton , &
donnant ſes ordres comme
elle faiſoit à l'âge de quarante
ans .
Mr le Chevalier de Nogent
a declaré le Mariage
qu'il a contracté il y a huit
ans avec Madame de la Jonchere
, veuve de feu Mr de
la Jonchere , Treſorier de
l'Extraordinaire des Guerres ,
elle est Colbert de la branche
de Turgis , & Mr le
Chevalier de Nogent , eſt
230 MERCURE
Gouverneur de Sommieres
en Languedoc , il a été meſtre
de Camp d'un Regiment de
Cavalerie , & Monſeigneur
luy a conſervé la jolie maiſon
que feu mr de Louvois , qui
le conſideroitbeaucoup , luy
avoit fait bâtir ſous la Ter.
rafle du Château de Meudon.
On a veu la Famille de Bautru
, dans laquelle mrle Chea
valier de Nogent a pris ſon
origine, diviſée en trois branches
, qui toutes ontproduit
de grands hommes dans le
dernier fiécle. Jean de Bautru
Confeiller au Grand Confeil,
GALANT 231

leur donna leur origine ;il
eût trois fils.
Mr le Comte de Serrant ,
Conſeiller d'Etat ordinaire ,
Introducteur des Ambaſſadeurs
fut ce celebre Acade.
micien dont a parlé Mr Peliſſon
dans ſon Hiſtoire de
l'Academie Françoiſe ; il fut
pere d'un autre Comte de
Serrant , qui ne laiſſa que
deux filles, l'aînée avoit époufémrle
Marquis de Vaubrun
لا fon oncle ,& la Cadette étoit
femme de Mr le Comte de
Maulevrier Colbert.
e
01
Π
م ا ل
Le Marquis de Vaubrun
232 MERCURE
étoit frere du Comte de Serrant
de l'Academie Françoiſe,
& fut pere du feu Marquis
de Vaubrun Lieutenant Ge .
neral des Armées du Roy ,
& qui perdit la vie le len.
demain de la perte que fit
la France du grand Mr de
Turenne ; il laiſſa de Made,
laine de Bautru Serrant , Madame
la Ducheſſe d'Eſtrées &
Mr l'Abbé de Vaubrun .
M' leComte deeNogent Ca.
pitaine des Gardes de la Porte
étoit encore frere de Mr
de Serrant l'Academicien
,
de luy naquit feu Monfieur
GALANT 233
le Comte de Nogent Capitaine
des Gardes de la Porte,
Lieutenant de Roy au Gouvernement
d'Auvergne , &
Maréchal de Camp des Armées
de Sa Majesté , qui fut
tué au paſſage du Rhin ; il
a laiſſe de ſon Epouſe ſoeur
de mr le Duc de Lauzun le
Comte de Nogent Maréchal
de Camp , & Lieutenantde
Roy d'Auvergne , le Cheva.
lier de Bautru , Madame de
Biren , & madame de Bernar.
dieres . Aydie. Du premier
Comre de Nogent naquirent
encore , Male Cheva
Septembre 1703 .
234 MERCURE
46
lier de Nogent qui a donné
lieu à cet Article , Madame
la Marquiſe de Ramburres ;
Madame la Marquiſe de Rannes
qui eſt remariée avec M
de Montauban Rohan.
M' le Comte de Lavaü
guion Saint Megrein a épou .
lé Mademoiselle de Bourbon
Buffer. Ce Seigneur eft
fils de feu M'le Comte du
Broütet , Gentilhomme de
confideration de Bretagne ,
&de l'heritiere de la maifon
de Lavaüguion- Saint Me.
grein. Cette Dame épouſa
en ſecondes Noces , Mr de
GALANT 235
!
Fromenteau que nous avons
veu decoré du Cordon bleu
ſous le nom du Marquis de
Lavaüguion. Elle étoit Soeur
de M le Marquis de Saint
Megrein qui perdit la vie à
la Bataille de Saint Antoine ,
petite fille de Mr le Comte
de Lavaüguion S. Megrein ,
21 Chevalier desOrdres du Roi,
qui avoit pour Ayeul , le Fahvory
S. Megrein qui ſe rendit
celebre par fon credit à
3 la Cour du Roy Henry III .
&par ſa mort tragique ; ce
jeune Gentilhomme qui
eſtoit d'une beauté incom;
Vij
236 MERCURE
parable, s'eſtant glorifié avec
imprudence , que ſa bonne
fortune luy avoit gagné le
coeur d'une grand Dame de
laCour, ffuuttiimmppiittooyyablement
maſſacré dans la rue Saint
Honoré revenant le ſoir fort
tard du Louvre , par trente
afſaſſins , dont on reconnut
le Chef à ſes grandes mains
faites en épaule de Mouton.
La maiſon de Bourbon
Buffet deſcend de Pierre de
Bourbon , Baron de Buffet
qui naquit vers la fin du
quinziéme fiecle , ſous la
bonne foy du mariage du
!
GALANT 237
!
Prince Louis de Bourbon
(avant d'eſtre élevé ſur la
ChaireEpifcopale deLiege )
avec une Princeſſe de la Se
reniffime maiſon de Guel
dres. Ces Seigneurs & ceux
de la maiſon de Malauze ſont
les ſeuls Gentilhommes en
France qui portent le nom
auguſte de Bourbon , ceuxcy
tirent leur origine de
Charles de Bourbon ,Vicom .
te de Lavedan & de malaua
ze, Senechal de Toulouſe &
d'Alby qui estoit fils de Jean
deuxième du nom , Duc de
BourbonConnêtable de Fran,
-238 MERCURE
ce ſous LouisXI. qui déceda
ſans laiſſer poſterité legitime.
Et la ſucceſſion de Bourbon
paſſa à Pierre de Bourbon ,
Comte de Beavieu ſon Fres
re , qui fut Pere de Suzanne ,
heritierre de la maison de
Bourbon , femme du celebre
Charles Connêtable de Bourbon
dont l'hiſtoire eft connuë
de tout le mondea
t
Meffire Jacques Deſcajeul,
Chevalier Seigneur de Neuval
, de Hocquenghen , &
Lieutenant de Roy des Ville
& Château de Guiſe , eft
1
1
GALANT 239
mort âgé de quatre vingtſept
ans, il eſtoit le plus ancien
Officier du Royaume
ayant eſté faitCapitaine ſous
le Regne du feu Roy , ila
ſervi ſa Majeſté depuis 1632.
qu'il a eſté Enſeigne , puis
Capitaine pendant vingt ans
dans le Regiment de Neref.
tang , qu'il a commandé dix
années comme premier Capitaine.
Il a ſervi d'Aide de
Camp fous M' le Comte
d'Harcourt en Catalogne ,
où il reçûrune marqued'honneur
affez confiderable , ce
Prince luy ayant donné ſa
240 MERCURE
propre Epée , à la teſte de
l'Armée , pour avoir traverſé
celle des Ennemis & paffé
la Riviere d'Elbre à la nage
pour ſauver Flix. Mt Defcajeul
a ſervi de Sergent
de Bataille ſous m' de Can .
dalle en Guienne , & fous
M² le maréchal d'Aumont en
Flandres ; Sa Majeſté le nomma
enſuite Lieutenant de
Roy de la Ferre , il a commandé
enſuire à Menin , &
depuis la Paix il a eſté Commandant
à Aveſne en l'abſen'
ceduGouverneur,& enſuite
Lieutenant deRoy deGuife.
II
GALANT 241
Il a ſervi toute ſa vie , & n'a
laiſſe paſſer aucune Campagne
ny aucune occaſionſans
temoigner ſon zele pour
le ſervice de ſa majeſté.
Il a conſervé une ſi gran
de droiture d'ame dans tous
les Emplois qu'il a remply
& s'y eſt conduit avec tant
de probité & d'integrité ,
que l'envie même eſtoit forcée
de l'avoüer : auſſi ſes manieres
genereuſes & bienfai .
ſantes luy avoient- elles acquis
l'eſtime de tout le mond
de , & on peut dire que ſa
memoire eſt en veneration
Septembre 1703. X
242 MERCURE
par tout oùil a commandé,
Il épouſa en premieres nôces
Dame Magdeleine le Camus,
de laquelle il a cu quatre
enfans , deux garçons& deux
filles , l'ailné après avoir eſté
Page de feuë Madamela
Doüairiere d'Orleans , fut
fait Lieutenant dans le Regiment
du Roy Infanterie ,
& aprés s'eſtre diftingué dans
ce Regiment pendant pluſieurs
Campagnes il ſe fit
Religieux à Septfonds où il
eſt mort en odeur de ſainteré.
M' Deſcajeul épouſa en
GALANT 243
ſecondes nôces Dame Anne
Luci de Maurage de Maigri .
mont , à laquelle il a laiſſfé
deux filles & un garçon qui
a eſté élevé Page de Sa Majeſté
, où il s'eſt rendu digne
tantpar la maniere dont il a
fait les exercices que par ſes
bonnes moeurs , d'obtenir du
Roy , quoiqu'il n'ait encore
que vingtans , une Compagnie
dans ſon Regiment de
Cavalerie.
Il a fait pluſieurs Campa.
gnes où il a paru digne heritier
de la valeur & des vertus
de fon pere.
Xij
244 MERCURE
Le nom Deſcajeul vient
d'une Terre qui eſt dans le
Vicomté d'Auge en Norman.
die nommée Deſcajeul , &
qui a autrefois eſté poffedée
par les Anceſtres de ceux de
ce nom, quidpour Armes
portent d'argent à cinq cottices
d'azur, pour cimier une
Croix de Saint André , &
pour ſuppoſt deux Chevaliers
Romains. Ils font d'une des
plus anciennes Nobleſſes de
la Province , ayant des titres
&des preuves de Nobleſſe
depuis 1242. qui font voir
qu'ils ont toujours pris la
GALANT 245
4
qualité de Meſſfire & de
Chevalier.
Laſuitedu Livre intitulé l'E.
rudition enjoüée , dont je vous
parlay le mois paſſé , & qui
ferdebite chezoMr Ribou ,
fur le Quay des Auguſtins ,
paroiſt depuis le commencementde
ce mois , & l'Hiſtoire
qui s'y trouve n'eſt pas
moins belle , & moins finguliereque
celle dont je vous
parlay le mois paffé , ce qui
fait le principal ornement de
cet Ouvrage ; on y voit une
Ydille , intitulée La Carpe de
X iij
246 MERCURE
Marly: je ne vous dis point
que cette Ydille doit eſtre
fort à la mode , vous en
ſçavez la raiſon , puiſque
vousn'ignorez pas ce qui fait
aujourd'huy un des plus in
nocens plaiſirs de Marly. no
On vend à preſent les EffaisdeLitterature
chez le même
Ribou Libraire , fur le
Quay des Auguſtins , cetOuvrage
ſe continuë avec fuccés
depuis ſeize mois : on
continuë auſſi de le réimprimer
en Hollande : mais les
changemens que l'on y fait
rendent l'Editionmoins par.
GALANT 247
faite ; comme on ne trouve
preſque plus les deux premiers
mois de cet Ouvrage,
on vainceſſamment les réimprimer
pour en pouvoir faire
des corps entiers. On trouve
dans le dernier eſſai l'Extrait
de deux anciens Manufcrits
de l'Egliſe de Soiffons , qui
meritent la curiofité des Sça-
L'article qui regarde les
Sermons du Cardinal de
Schomberg en eſt auſſi d'au.
tant plus digne , que ce Lis
vre eſt rare & peu connu .
Le même Libraire conti
X iiij
248 MERCURE
nuë à vendre le Supplement
de ces Effais. Il a donné de
puis peu de jours la troifiéme
Partie, dans laquelle on trouve
des choſes tres curieuſes,
& entre autres une Lertre
de Mr l'Abbé .... ſur le ſujet
de Pytagore quebien de gens
ont cru avoir embraſſé l'Inſtitut
des Carmes ; cet Abbé
a aſſez bien démêlé ce fait
particulier.
Je vous envoye un Journal
de l'Armée de Flandres
qui commence aux premiers
jours dece mois , il remplira
d'autant plus voſtre curiofi
GALANT 249
té ſur ce ſujet qu'on n'en a
eu aucunes nouvelles en forme
de Journal dans les nouvelles
publiques depuis les
Journaux qui ont paru dans
mes Lettres.
د
:
Nous crûmes le 3. de Septembre
que les ennemis devoient decamper
le lendemain ce qui obligea
defaire un detachement de douze cens
hommes de la Maiſon du Roy pour
donner fur leur Arriere- garde ; ils
s'embusquerent ; mais voyant que
les ennemis nefaisoient aucun mouvement
, ils revinrent après leur
avoir pris trente ou quarante Chevaux
, & avoir fait une centaine
de prisonniers .
250 MERCURE
Monfieur l'Electeur de Cologne
vint diner le 4. chez Mr le Maréchal
de Villeroy ; il n'est pas neceffaire
de dire que le repas fut
Somptueux , & on se leperfuade ai
fément connoissant la magnificence
du General qui le donnoit. On fit
voir l'Armée en bataille à cet Elecmos
teur , qui la trouva tres -belle , mais
s'il en futfatisfait , toutes les Trou
pes ne le furent pas moins desmanieres
gracieuses de ce Prince
Les ennemis étant venus le cinq
camperà noſtre vevë, nous nous attendions
le lendemain d'être attaquez
; mais ils ne lejugerentpas
apparament à propos , quoique les
Milord Duc de Malborough füt
venu la veille avecleMrComte de
Zinzendorff, pour examiner nos Li
gnes , & voir de quoy il estoitquef
GALANT 251
1
tion , ils decamperent le lendemain
affés tard , &poſerent leur droite à
Saint Tron , & leur gauche au
Moulin Douaren , ils avoient fait
coucher la veille vingt- cing mille
hommes en bataille , &s'est ce qui
a donné lieu au faux bruit qui a
couru,que les Bourgsmestres de la
Ville d'Hannuye avoient rapporté
que c'étoit àcauſe qu'ils avoient eu
avis que Mr de Coignies devoit
attaquer leur gauche , pretendant
qu'elle n'étoitappuyéefur vien , que
la Cavallerie& l'Infanterie étoit
pefle & mesle , s'étant fort mal
campercontre leur ordinaire , ayant
un marais entre leurs deux aisles,
long environ d'un demy quart de
lieuë , où ilne pouvoit paffer qu'un
komme de front , &qu'ainsi leur
gauche estant attaquée ,on les au
252 MERCURE
roit défaits avec peu de Troupes
Sans que leur droite les eût ja.
mais pu secourir : mais cela s'eft
trouvéfaux , car leur deffein estoit ,
qu'en venant camper ànostre veйе,
&feignans d'avoir deſſein de nous
attaquer , ils comptoient que nous
raffemblerions toutes nos forces ;
que nous coucherions en bataille ,
comme en effet il y avoit quelque
apparence , & que sous le pretexte
de nous combattre , pendant qu'ils
nous auroient ainsi amusez, ils devoient
faire filer vingt - cing mille
hommes tout du long de nos lignes
poury entrer , & prendre Levve ,
&ce sont ces mèmes Troupes qui
ont couché en bataille , parce qu'ils
croyoient nous y trouver le lendemain
: mais ayant appris que nous
avions esté toûjours fort tranquilles
GALANT 253
dans nos tentes , & qu'il y avoit
une tête de l'Armée à Levve , ils
prirent le party d'aller où ils font à
preſent ; ce qui paroit d'extraordinaire
, c'est qu'il n'y eust que deux
cens hommes pour garder des lignes
fi étenduës à la veüe d'une grande
Armée,fans qu'ils ayent ofé nous
attaquer
Ils firent la mesme manoeuvre
lorſque nous étions au Camp de S.
Job car s'ils fuſſent venus nous
combattre , comme ils en avoient
veritablement le deſſein en ce temps.
là ,ils auroient donné lieu , ennous
occupant , à vingt- cinq mille hommes
d' Infanterie qu'ils auoient de.
ſtinez ponr cela , de defiler tout du
long de nos lignes , d'y entrer ,
d'aller droit à Anvers : mais mr le
Maréchal ayant connu leur deffein
نم
254 MERCURE
nous nousy retirames
Le même jour 5. que les Enne
mis décamperent ainsiqueje viens
de vous le marquer , quelques uns
de leurs Escadrons qui couvroient
leur marche , estant venus pendant
qu'ils défiloient à la portée d'une
Carabine de nos Lignes , ony posa
du Canon & ils se retirerent dés
qu'ils s'en furent aperçus ; mais
noſtre piquet & noftre Grandegarde
eſtant fortis pourles examiner , plufieurs
Escadrons y vinrent ce qui
nous fit retirer fous noftre Canon ;
mais les Ennemis continuant de
nous harceler , Mr le Maréchal
fut contraint d'ordonnerqu'onfit des
détachemens des Carabiniers des
Gardes du Roy , qui ayant mis pied
à terre devant nous en tuerent &
bleßerent plusieurs , la Cour même
GALANT 255
de Mr de Malbouroug fut difper-
Sée par ce feu, nous crûmes que ces
petites efcarmouches nous meneroient
àune affaire generale , mais ils
Se retirerent , &nous auſſi.
Le Milord Ducde Barvick qui
estoit campé à Varege avecun petit
Corps d'Armée,nous rejoignit ce mèmejour
ainsi que Mr de Pracontal.
Nous decampames le fix , qui
estoit le mesme jour que les ennemis
allerent à Saint Tron , & nous
vinmes pour noſtre Camp à l'Abbaye
d'Heyleſem , le Quartier du
Roy est à Votser à un quart de lieuë
de Levve, Mr de Pracontaleſt avec
une petite Armée à Fauche
Mr de la Badie par de- là Levve,
avec un petit Camp volant , ainſi -
noftre Armée tientprès de cinq lieuës
de pays.
2
نم
256 MERCUR E
Les ennemis font fortifier Saint
Tron , Haffelt , & Tongres afin
den'estre pas les duppes l'année qui
vient du commencement de la Campagne
comme ils l'ont este celle-cy.
L'on fit le 7. au foir un Détachement
de quatre cens Chevaux
pour aller reconnoiſtre les Ennemis ,
& leur enlever un convoy , ils s'embuſquerent
à Saint Servaiſovalen
de là ils allerent proche de Tongres
, & ensuite dans un chemin
creuxentre Liege & Mastrick , ils
n'y furent pas long-temps sans
apercevoir deux Carroffes àfix chevaux
, l'on crut d'abordque c'estoit
le Milord Malbouroug , ce qui fit
qu'on les arreſta , où on trouva
Mr le Duc d'Hamilton qui avoit
un de nos paſſeports & qui s'en
alloit aux bains d'Aix la ChaGALANT
257
pelle , il nous fit manquer le Convoy
, qui défila pendant ce temps là
par le Bois d'Heer , ce Détachement
paſſa dans tous les Villages
où les Ennemis avoient esté , où
L'on trouva près de cent mille fafcines
qu'ils avoient jettées en paf-
Sant & qu'ils ont renvoyé chercher
du depuis , tous les Fantaſſins
les Cavaliers avoient eu ordre
d'en avoir chacun une , ainſi il ne
faut pas s'eſtonner du grand nombre.
Nous allames ensuite derriere
l'Armée des Ennemis , ce qui est
un peu hardy , car nous n'avions
aucunes retraites que Saint Servaiſovalen
ou Tourine , qui eft
affezeloigné de leur Camp , ainſi
nous apprehendions d'estre coupez
mais nous nous en ſommes retirez
Septembre 1703 .
Y
258 MERCURE
2
heureusement. Les Paysans rapporterent
qu'il défiloit beaucoup
d'Infanterie pour Limbourg.
Le 9. nous fimes larejouiffante
pour la prise de Brifack.
Pau
Le 1o & le II . les Ennemis
firent deux Détachemens de quinze
mille hommes chacun , l'un pour
pour aller à Limbourg , mais le
Gouverneur a ordre de se retirer&
de l'abandonner en lefaisantfanter
aux premieres approches ,
tre pour l'Allemagne , l'on croitque
c'est pour former le Siege de Traerback:
nous en avons fait un auffe
de trois Brigades d'Infanterie &
autant de Cavalerie qui font
pareil nombre de Troupes qu'eux.
Mr de Pracontal les va commander
, Mrs les Comtes de Mandersscheidt
&de Mornayy font al
!
GALANT 259
lez, outre cela Mr de Varennes
yest avec cinq oufix mille hommes ,
ainſi cela enfera prés de vingt mille
pour leur tenir tète.
On rapporte que le Duc d'Hamilton
, fortant de chezle Milordde
Malbouroug , plusieurs Officiers qui
Faccompagnoient lui dirent que
sette Campagne n'eſtoit pas
auſſi belle pour leur General
que celle de l'année paffée , &
qu'elle eſtoit fort glorieuſe pour
le Maréchal de Villeroy. Ce
Duc leur répondit que leurs entrepriſes
eſtoient pourtant bien
concertées , mais que les François
ſe trouvoient par tout.
Mr le Duc de Ma bouroug a
demandé à Mr le Maréchal de
Villeroy un paſſeport pour aller
prendre les bains à Aix la Chas
Y ij
260 MERCURE
pelle , l'on luy a donné cinquante
Dragons d'escorte , & il partit
avant hier &fon Equipage auſſi.
Mr Milon qui commandoit dans
Huy où il a esté fait prisonnier
&qui a esté renvoyé , a rapporté
que les Ennemis ont quatre vingt
dix Escadrons & cent vingt-huit
Bataillons. Nous avons en
comptant les petits Camps vo
lants , quatre vingt - deux Escadrons
&cent huit Bataillons .
Vous trouverez la ſuite de
ce Journal à la fin de ma
lettre.
M² le Chevalier de Cal.
lieres , Gouverneur & Lieutenant
General pour le Roy
GALANT 261
de la Nouvelle France, &des
Pays qui en dépendent dans
l'Amerique Septentrionale ,
mourut à Quebec le 16. du
mois de May dernier. J'ay
crû devoir attendre que le
Roy euſt remply la place pour
vous parler de ſa mort , &
des changemens quelle a
caufé en ce Pays là. Le Pe
re de feu M'le Chevalier de
Callieres , eſtoit Maréchal de
Bataille des Armées du Roy ,
&n'eſtoit pas moins diftingué
par ſon eſprit que par ſa
valeur. Il donna au Public
en 1660. un Livre intitulé
262 MERCURE
la Fortune des gens de Qualité
&des Gentilshommes particu
liers , enseignant l'Art de viure
àla Courfuivant les maximes
de la Politique , &de la Morale.
On m'a afſfuré que Meile
Chevalier de Callieres qui
vient de déceder avoit eſté
Inſpecteur des Troupes en
France. IleſtoitGouverneur
de Montreal lorſqu'il for
nommé au Gouvernement
de la Nouvelle France qui
vacqua par la mort de feu
M' le Comte de Frontenaca
Il ne la pas poffedé longtemps
, mais il a eu le plai
GALANT 263
fir d'en jouir avec l'agrément
des Peuples qui estoient fous
ſa domination.wan
Meſtoit Frere de Mr de
Callieres , Secretaire du
Cabinet Plenipotentiaire à
la Paix de Riſwick , & qui
avant cette celebre Ambaſ
fade, avoit eſté envoyé en
pluſieurs Cours de l'Europe,
où il avoit fait paroiſtre qu'il
eſtoit capable des plus gran
des negotiations: Il eſt de
l'Academie Françoiſe. Les
belles lettres conviennent
bien aux Negotiations , 88
plus un Negotiateur eſt élos
264 MERCURE
quent , plus il persuade.
Quand le Roy nomma M²
le Chevalier de Callieres
pour remplir la place de feu
Mr le Comte de Frontenac ,
Sa Majesté donna le Gouvernement
de Montreal que
quittoit Mr le Chevalier de
Callieres , à Mr le Chevalier
de Vaudreuil qui commandoit
les Troupes dans la
Nouvelle France , ainſi Mr
le Chevalier de Callieres
ayant paffé par tous les de
grez qui pouvoient le con
duire au Gouvernement general
, Sa Majesté vient de
luy
:
1
GALANT 265
,
en
luy rendre juſtice , & de rea
compenſer ſes ſervices
l'elevant à la Viceroyauté de
Canada qui vient de vacquer
par le decés de Mr le Che
valier de Callieres , & ce
Prince a donné en meſme
temps le Gouvernement de
Montreal que quitte Mr le
Chevalier de Vaudreuil à Mr
de Rameſay qui commandoit
actuellement les Troupes
dans le Pays , & le Commandement
des Troupes a
eſté donné à Mr le Marquis
de la Croix.
* Ces exemples & mille au
Septembre 1703 . Z
266 MERCURE
tres qui frapent tous les jours
ceux qui ont les yeux ouverts
fur les graces que le Roy répand
inceſſament fur ceux
de ſes Sujets qui s'en monz
trent dignes , doivent faire
connoiſtre à ceux qui s'attatachent
au ſervice , & qui
ſervent avec distinction ,
qu'il parviendront à de plus
hauts emplois à mesure que
leurs ſervices augmenteront,
& que les places auſquelles
ils peuvent prétendre vien.
dront à vacquer.
Vous ſcavez la grande
:
1
GALANT 267
Ceremonie qui ſe fait tous
les ans à Rome le jour de
la Feſte de Saint Louis.
Ily eut ce jour là Chapelle
'de Cardinaux le matin en l'E .
gliſe de ce Saint , & l'apreſdi .
née ily eut un concourssfi grand
dans ce lieu , poury entendreune
excellente musique , que l'on ne
pûtyprescher que le lendemain
aprés la grande Maße , parce
que c'eſtoit le Dimanches toute
la Nobaffe Romaine affictionée
à la France s'y trouva , ainfe
que toute la Maison de l'Am
baffadeur d'Espagne : le Reve
Zij
268 MERCURE
rend Pere Alexis du Buc Thea .
tin , Lecteur des Controverfes
au College de la Propagande ,
fit le Panegyrique du Saint dans
lequel il fit l'Eloge du Roy en la
maniere ſuivante.
Saint Louis fit cette belle rè.
ponſeà un Seigneur de fa Cour ,
qui demandoit la grace d'un
Blasphemateur à qui on alloit
percer la langue : Je voudrois
de grand coeur,lay répondit ce
Saint , que l'on m'euſt percé
la langue & les levres , &
pouvoir empêcher le Blafphême
dans mon Royaume.
Ceste parole de Saint Louis
GALANT 269

me fait souvenir de celle que
l'ardeur du zele pour la Foy
Catholique tira quelques années
avant la revocation del Edit de
Nantes, de la bouche de Louis
le Grand , le digne heritier de
fon nom , defon Sceptre , & de
fes versus beroïques : comme on
lui preſentoit une perſonne de
distinction qui avoit depuis peu
abjuré l'Herefie , aprés l'avoir
felicité de ſa conversion , il dit
ces belles paroles , que la posterité
ne doit jamais oublier ; Je don
nerois de bon coeur ce bras
pour voir tous mes Peuples
reünis dans le ſein de l'Egli
Z iij
270 MERCURE
fe. Le zele de ce grand Prince
pouvoir it allerplus loin,que d'offrir
pour l'extirpation de l'He
refie deſes Etats, un bras digne
de conduire toutes les Nations
de laTerre ?Un bras qui a rem
pli toute l'Europe de la terreur
deses Armes , & tour l'Uni.
vers de fesfaits heroïques , qui
n'ont point d'exemple danstoute
l'antiquité quiseront l'admiracion
de tous lesficeles ; un bras
qui en 1664. deffendit avec tant
de vigueurà la Bataille de S.Godard
I Allemagne de l'invaſiondes
Infideles ; un bras qui reſiſte à ce
grand nombre d'Ennemis liguez
GALANT 271
nintre luy , qui mer leurs Flores
en fuite , qui taille leurs Trou
peseen pieces , qui prend leurs
plus forces Places à la vûë de
leurs Armées, que la crainte
L'étonnement rendent immo
biles ; an bras quifortifié par
le bras de Dieu , dont il ne
oherche que la gloire dans ses
entrepriſes les plus bardies ,
les plus vastes , diffipera
bien cost certe Ligue formi -
dable, qui ne deviendra fameuse
que par sa deffaite , & tout ce
pompeux appareil d'Armée de
verre de mer , de Traitez,
d'Assemblées de vant de Princes
Z nj
272 MERCURE
confederez, qui se terminera
une retraite honteuse.
Dieus'est contentédu facrifice
de son coeur, il n'a pas accepté
celuy de fon bras ; mais il luy a
donné une nouvelle force pour
aneantir le culte d'une fauſſe Religion
dans ſon Royaume , ne
voulant point au nombre de fes
Sujets ceux que l'EgliseCathon
liquene compte point au nombre
deſes enfans. Ce zelefi glorieux
à la Religion , est dans Louis
XIV. une suite & un écoule
ment de celuy de Saint Louis,
qui détruific une Hereſie perni
cieuse , qui répandoitson ve
GALANT 273
gin dans pluſieurs Villes defon
Royaume.
Vous ſçavez que SaintLouis
détruifit l'Hereſie des Albi
geois.
Madame la Comteſſe de
Buſſy mourut fur la fin du
mois dernier : elle eſtoit ve
nuë de feu Mr le Comte de
Buſſy Raburin ; le nom de
ce Comte a fait tant de bruit
dans le monde , qu'il n'eſt
pas neceſſaire que je m'étena
de ſur ce quile regarde pour
vous le faire connoiſtre. Ma .
dame la Comtefle de Buſly
274 MERCURE
qui vient de deceder , eſtoit
fillede Mr le Comte de Rou
ville , & d'Elizabeth de Loná
gueval Manicamp. Lamaiſon
de Rouville eſt connuë par
elle même , & par fes grandes
alliances : quant à MadamelaComteſlede
Buffy , elle
avoit l'honneurd'eſtre du cô
té de fon pere , Coufine ger.
maine de feuë Madame la
Duchefſe Doüairiere d'Or
leans , de feu Monfieur le
Duc de Lorraine , & de Mr
le Prince François ſon frere,
& par la maiſon de Longue
val; elle eſtoit proche paren
GALANT 275
!
Ee deMadame la Ducheſſe de
Savoye , & de la feuë Reine
de Portugal : elle a laiſſé quatre
enfans , Mr le Comte de
Buſſyſonfils-aîné a eſté longtemps
dans le Service , & a
épousé une heritiere de Bourgogne
de la maiſon de Senea
voi ; ſon ſecond fils eft Mr
l'Abbé de Buſſy Docteur de
Sorbonne , & Grand Vicaire
d'Arles ; elle a laiſſé une fille
mariée à Dijon , & une aut
tre à Mr le Marquis deMontataire
de la maiſon de Madaillan
de Leſparre , dont
les Predeceſſeurs ſont connus
276 MERCURE
dans les Hiſtoires de Guien
ne ayant eſté ſouvent
Gouverneurs de cette Provin
ce pour les Rois d'Angleterre ;
leur attachement pour leur
ſervice leur fic perdre par
confiſcation ſous Charles VII .
les grands biens qu'ils avoient
dans cette Province.
Je ne dois pas oublier à
vous parler de la mort de
Madame de Fremont , quoy
qu'elle ſoit decedée dés le
mois d'Aouſt : elle eſtoit
veuve de Meſſire Nicolas de
Fremont, Chevalier Marquis
de Rozay , grand Audiancier
GALANT 277
i
de France honnoraire , &
ci devant Garde du Trefor
Royal de S. M. fille de Mr
Damond Treſorier du Marc
d'or , & des Parties caſuel .
les , & mere de Mr Doneüil
Maistre des Requeſtes , &
de Madame la Maréchale de
Lorges ; il m'eſt impoffible
de vous bien depeindre l'ardeur
du zele que cette vertueuſe
Dame a fait voir pour
le ſoulagement des Pauvres ,
tous les momens de ſa vie
eſtoient employez à les ſe .
courir , & jamais charité n'a
eſté plus vive ; les regrets des
278 MERCURE
Pauvres font ſon Eloge , &
luy donnent des loüanges ,
dont tout Paris retentit. On
ne peut refuſer de croire que
ceux qui font capables d'un
ſi grand deſintereſſement
pour les biens de la terre , &
qui ne ſe refervent que le
neceſſaire , n'ont aucun des
defauts qui font enfantez par
le luxe , & poſſedent au contraire
toutes les vertus qui
peuvent ornerune belle ame.
On peut dire , en parlant de
celle de Madame de Fre
mont , qu'elles n'étoient pas
fuperficielles , & affectées ;
GALANT 279
mais qu'elles eſtoient dans le
fang. Madame la Maréchalo
de Lorges qui en eſt ſortie,
en fournit une preuve qui ne
peut etre conteſtée , il feroit
difficile de trouver plus de
modeſtie , plus de ſageſſe ,
& plus de vertu dans une
meſme perſonne que l'on en
trouve dans cette Maréchale.
Je croyois que mr du Heron
auroit place dans cet ar
ticle de morts ; mais il s'eſt
tiré d'affaire par une avantu
re aſſes finguliere ; il ne ſe
trouva point de Chirurgien
pour le panfer apres ſa blef.
280 MERCURE
fure dont je vous ay deja par
lé , & comme elle estoit confiderable
, & que même on
la croyoit mortelle , on ne
douta point que le manque
de ſecours ne fit avancer ſes
jours , pendant qu'on eſtoit
dans cette cruelle inquietude
un Soldat ſe preſenta , &
s'offrit de fuccer ſes playes ,
il aſſura qu'il avoit gueri des
playes auſſi dangereuſes avec
le meſme remede , on ac
cepta ſon offre faute de ſe.
cours , la playe fut ſuccée ,
& Mr du Heron eſt guery ,
ainſi ce Soldat a redonné la
GALANT 281
vie à un homme de naiſſan,
ce , de coeur & d'eſprit. J'ap
prends en ce moment queM
duHeron eft mort .
Mr de Legal à qui on doit
le gain du Combat où urdu
Heron a receu la bleſſure
dont il eſt mort, a eſté fait
Lieutenant general , il y
a long temps qu'il fert avec
distinction , & mille relations
ſont remplies de fon nom, &
de ſes ſervices. Depuis que
les prompres recompenfes
font le fruit de ceux qui font
des actions dont il reſulte
un bien pour l'Etat : il fem.
Septembre 1703. Aa
282 MERCURE
ble que ceux qui ſont ſur le
point de parvenir aux plus
hauts emplois de la Guer
re, deviennent plus entrepre
nans , & font plus heureux
dans leurs entrepriſes.
Pendant que les uns para
viennent aux premiers honneurs
de la Guerre , les aus
ires avancent dans la Robe,
& Mr Quelain Conſeiller de
la Grande Chambre eſtant
mort , Mr Leſcalopier Doyen
dè la Cinquiéme des Enquê
tes vient demonterà ſa place.
Ce nom eſt fameux dans
laRobe, il nem'eſt pas pers
+
GALANT 283
mis d'en dire davantage.
La ſantéde Madame dont
vous continuez de me demander
des nouvelles eſt parfaitement
bien affermie ; cette
Princeffe eft venue à Paris
voir Monfieur le Duc de
Chartres , & eſt partie quelques
jours aprés le Roy pour
fe rendre ſe rendre à Fontainebleau ,
où ſon arrivée a fait plaifir à
toute la Cour , quoy que la
fincerité dont elle fait profeſſion
n'y ſoit pas d'uſage
parmi tous ceux qui la connoiffent,
les manieres de cette
Princeſſe ſont ſi obligeantes
Aa ij
284 MERCURE
pour tout lemonde , que l'off
ne peut la connoître ſans en
dire du bien , & ſans l'aimer)
Vous m'avez demandé un
Journal exact de Fontained
bleau , pareil à ceux que j'ay
pris ſoin de vous envoyer depuis
quelques années. Quoy
qu'il ſoit aſſez difficile de
vous l'envoyer dans l'exacti
tude que vous le demandez ,
je vous l'ay promis , je tiens
ma parole , & le voicy.
: Le Mardy 18. de Septem
bre , Monſeigneur , Monſei
1
GALANT 185
gneur le Duc de Berry , &
Madame la Princeſſe deCond
ty , arriverent à Fontainebleau.
Le Mecredy 19. Monſei
gneur & MonſeigneurleDuc
de Berry allerent à la chaſſe
du Cerf.
Le Jeudy 20. Monſeigneur
fit repreſenter la Tragedie
des Horaces de Mr de Corneille
l'aîné , & la petiteCo
medie du Cocu imaginaire
de Mr de Moliere.
Le Roy partit de Verſaila
les le Mecredy 19 à trois
heures aprés midy pour aller
)
286 MERCURE
coucher à Sceaux. Il avoit
dans fon Caroſſe Madame la
Duchefle de Bourgogne à
cofté de luy. Madame la
Duchefle du Lude Me la
Comteffe de Mailly ſe mi.
rent fur le devant , & Me la
Maréchale de Coeuvres &
Me la Comteffe de Rouſſy
aux Portieres. Sa Majesté ar.
riva à Sceaux à quatre heures
& demie , & fut reçuë à
la deſcente de fon caroffe
par Monfieur le Duc & Madame
la Ducheſſe du Maine,
qui le conduifirent d'abord
dans les Appartemens. Pey
1
1
1
GALANT 287
de temps aprés le Roy mon
ra dans une petite caléche
avec Madame la Ducheſſe
de Bourgogne , & fit une
promenade dans les Jardins
qui dura juſqu'à la nuit. Illes
trouva admirables plus que
jamais , & dit pluſieurs fois ,
qu'il falloit convenir qu'iln'y en
avoir pas de plus beaux en France.
Un moment aprés que Sa
Majesté fut rentrée dans la
Maiſon , le grand Parterre&
les huitAllées d'Ifs qui l'enfer
ment , parurent éclairées de
plus de trente mille lampions
ou lumieres vives qui
288 MERCURE
ſuivoient exactement la bro
derie de ce Parterre. Les Ifs
eſtoient habillez d'une eſpece
de piramide de bois qui qua
droità leur figure ,& qui étoit
toute couverte de lumieres .
Les trois baſſins eſtoient cou.
verts d'artifice bruſlant dans
P'eau , imitant le mouvement
des poiffons , & les ajoutages
jettoient du feu au lien
d'eau , pendant que les poif.
ſons nâgeoient autour. L'on
fit joüer par intervalle plu.
fieurs Soleils & pluſieursGlobes
de feu , & aprés cinq gi
randoles de cent groſſes fufées
GALANT 289
fées chacune , il en partic
une de plus de mille avec
autant de pots à feu , tout
cela partit de l'extremité du
Parterre , & fit tout l'effet
que l'on en pouvoit attendre
dans une belle nuit.
Lorſque le Roy fut retiré
dans ſon particulier , il fut
regale d'un Concert charmant
composé de Mrs des
Cotteaux , Buterne , Viſée &
Forcroy , dont Sa Majeſté
fut extremement fatisfaite ,
&leur fit l'honneurde le leur
temoigner . Le ſouper fut
ſervi àdix heures par les Of,
Septembre. 1703. Bь
290 MERCURE
ficiers du Roy fur une gran
de table où mangerent tou
tes les Dames de la ſuite
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne.
Le Jeudy 20 le Royen .
rendit la Meſſe dans labelle
Chapelle du Château , & le
promena enfuite dans les
Jardins juſqu'à midy. Le di .
ner fut fervi àmidy & demy
de la même maniere que
le fouper l'avoit eſté le foir |
précedent , & les mêmes per.
fonnesy mangerent. Le Roy
monta en Caroffe à deux
heures , & arriva à Villeroy
GALANT 291
a cinq . M le Maréchal de
Villeroy avoit envoyé de l'Armée
Mr Barcaur ſon Secre
taire pour y diſpoſer toutes
choſes , & recevoir Sa Majeſté
en ſon abfence.
Sitoſt qu'elle fut arrivée ,
elle monta en Caleche & fe
promena dans toutes les routes
du Parc. Madame la Du .
cheſſe de Bourgogne l'alla
joindre , & monta avec luy ,
le Roy loüa fort les ouvrages
faits depuis l'année dernie
re fur les deffeins & fous la
conduite de M' Defgors Con .
r
troleur des Bâtimens de
Bbij
292 MERCUR E
Sa Majesté , & il luy en te
moigna à luy même ſa ſatisfaction.
Le Roy foupa à dix
heures , & les Dames eurent
T'honneur de manger avec
luy.
:
Le Vendredy 21. le Roy
ne fortit point le matin , il
reſta dans la chambre après
la Meſſe , il écrivit & fit appeler
Mrs Barcaut & Defgots
& leur donna ſes avis fur les
embelliſſemens qui reſtent à
faire dans les Jardins de Vil.
leroy. Sa Majesté dina à mi
dy & demi & partir à deux
heures , elle arriva à quatre
GALANT 293
heures& demie à Fontaine
bleau où Monſeigneur &
Monſeigneur le Duc de
Berry le receurent au haut du
Fer à Cheval de la Cour du
Cheval blanc. Le ſoir on
joüa chez Madame la Princeffe
de Conty , & Madame
la Ducheſſe de Bourgogne
ydeſcendit.
Le Samedy 22. il n'y eut
point encore de Conſeil le
matin. L'apreſdinée il y eut
Chaſſe de Cerf, où Mada.
me la Ducheſſe de Bourgo
gne en habit d'Amazone
accompagna Sa Majeſté dans
Bb iij
294 MERCUR
ſa petite Caleche . Me la Ma
réchale deCoeuvres & Me la
Marquiſe de la Valiere la ſui
virent avec le même ajuſte
ment dans une autre Cale
che. Le Roy fut de retour
de la Chaſſe à cinq heures &
demie . Monſeigneur le Duc
Bourgogne arriva à fix préci
ſement , & vint ſans eſtre ar
tendu cejour là ſaluer S. M.
& Madame la Ducheſſe de
Bourgogne qui estoit avec
elle. Les marques de joye & de
tendreſſe farent grandes de
toutes parts ; aprés une converſation
de demie heure
:
---
1
1
GALANT 295
Monseigneur le Duc de Bour
gogne defcendit chez madame
la Princeſſe de Conty où
estoit Monseigneur qui l'em.
brafla tendrement. Les Comediens
reprefenterent à 8.
heures la Comedie du Parifien,
mais Monseigneur leDuc
d. Bourgogne, me la Duchefſe
de Bourgogne & Monfeigneur
le Duc de Berry ne la
virent point ,& firent à neuf
heures un retour de Chaſſe
qui ne les empêcha pas de
paroiſtre & de repreſenter
au ſouper du Roy.
Le Dimanche 23. il y eut.
Bb iiij
296 MERCURE
Conſeil d'Etat oùaſſiſta Mon
ſeigneur le Duc de Bourgo
gne. Monſeigneur donna à
dîner dans ſon Appartement
à Monſeigneur le Duc de
Bourgogne àMadamela Dua
cheſſe de Bourgogne àMon
ſeigneur le Duc de Berry,à
Madame la Ducheſſe à ma
dame la Princeſſede Conty ,
& à pluſieurs autres Dames.
Il y cut grand jeu enſuite
dans le même lieu qui dura
iuſqu'à ſept heures. Le Roy
alla tirer l'apreſdinée
Le Lundy 24. il y eut le
matin Conſeil d'Etat , &
1
2
GALANT 297
Chaſſe du Cerf l'apréſdinée,
qui ſe paſſa abſolument com
me la precedente. Madame
arriva à quatre heures & de
mie en bonne ſanté , elle ſe
trouva à la Comédie à ſept
heures avec Monseigneur ,&
ſoupa avec le Roy. Les Co
médiens repreſenterent la
Tragédie de la Thébaïde ,
premier Ouvrage de feu Mr
de Racine , & la petite Comédie
de l'Eſté des Coquet
tes. Madame la Duchefle de
Bourgogne la vit de la Tri
bune en deshabiller.
LeMardy 25. Monſeigneur)
298 MERCURE
3
Monſeigneurle Duc de Ber
ry , & Monfeigneur le Duc
d'Orleans allerent les matin
à la chaſſe du Loup ..Monfeigneur,
le Duc de Bourgogne
, Madame la Ducheffe
de Bourgogne , Madame la
Ducheffe , & pluſieurs Dames
dînerent chez Me la
Ducheſſe du Lude , où le re.
pas fut ſervi avec autant de
propreté que de delicateſſe.
Le Roy alla tirer aprés fon
dîner.
Le Mercredi 26. il y eût
encor Conſeil d'Etat. Mond
feigneur donna à diſner à
GALANT 299
Monſeigneur le Duc de Bour
gogne , à Madame la Du
cheſſe de Bourgogne, à Mon
ſeigneur le Duc de Berry ,
aux Princeſſes , & à grand
nombre de Dames. Le Roy
alla tirer. Les Comédiens red
preſenterent le ſoir le Tartuffe
de Mr de Moliere.
Vous aurez le mois pro
chain la ſuite de ce Journal .
MylordGuillaume Drum
mond, l'aîné des deux filsque
Monfieur le Duc de Perth ,
Gouverneur de S. M. B. a eû
de Madame la Ducheſſe de
Perth , foeur de Monfieur le
300 MERCURE
Duc de Gordon ſa Couſine
Germaine , mourut à S. Germain
en Laye le 14. de Sep
tembre de cette année 1703.
für les fix heures du foir ,
aprés une maladie fort ex
traordinaire d'environ quinze
jours. Son air , ſa Phifionomie
, ſon Eſprit , ſa conduite
remplie de ſageſſe , la
bonté de ſon coeur , une prudence
au deſſus de ſon âge ,
& beaucoup d'autres belles
qualitez faiſoient eſtimer ce
jeune Seigneur , & promet.
toient beaucoup ; mais fa
mort Chrétienne a couronné
i
GALANT 301
toutes les vertus ; il ſe dife
poſa de lui même à mourir
avant qu'on le crût en dan
ger ; il fit deux Confeſſions
generales; & quoique ſama
ladie l'obligeât à ſe confefler
au lit , il ſe jetta à terre à
genoux pour recevoir l'abſolution
; ſon Confeſſeur a dit
depuis , que s'il avoit eſté
élevé pendant quarante ans
dans un Convent, il n'auroit
pas parlé de l'amour de Dieu
avec de plus vives & plus tendres
expreſſions . On a vû
des marques viſibles de ſa
predeſtination dans tout ce
t
302 MERCURE
qu'a fait la Providence à
fon égard pendant ſa ma
ladie :& quoique ſes moeurs
innocentes , fon inclina,
tion à faire du bien à toutes
fortes de perſonnes ,
ſon reſpect pour le Roy fon
Maiſtre , & pour la Reine , &
pour Monfieur ſon pere &
Madame ſa mere l'aïenttoû .
jours fort diftingué , ſa ferveur
a redoublé vers la fin de
ſes jours , il eſtoit fi deraché
du monde & de la vie ,
que dans ſes tranſports , qui
ne commencerent que deux
jours avant la mort , & qui
GALANT 303
ne duroient qu'environ une
heure , il ne parloit que de
Dieu & de ſes devotions,re.
petant ſans ceſſequelque ens
droit des Pleaumes , ou de
la Meſſe qu'il ſçavoit par
acoeur les Medecins jugeant
que ſa trop grande application
aux choſes ſpirituelles,
pourroit augmenter ſa maladie
, prierent le Prêtre qui
l'affiſtoit de tâcher de l'en détourner
de temps en temps.
Le Prêtre ayant donc une
fois commencé à luy parler
de quelque choſe qu'il
croyoit propre pour le diver,
304 MERCURE
tir , le malade lui dit d'un
ton fort touchant : Quoy ,
Monfieur, vous me parlezd'autre
chose que de Dien ! Mr le
Prieur de Saint Germain en
Laye luy ayant apporté le
faint Viatique , lui demanda,
s'il aimoit mieux que dans cette
occaſion on luy parlas latin ou
françois, il témoigna , que pour
fon particulier cela luy estoit in.
ddiiffffeerreenntt,, mmaaiissque pour l'édifi.
cation des Affiftans il croyoit ,
qu'il estoit plus àpropos de parler
françois.
Il exhorta de ſon propre
mouvement , d'une maniere
GALANT 305
très patetique ,un Proteftant
quilui rendoit viſite pendant
ſa maladie, de ſe faire inſtruire
ſur le champ dans la Rea
ligion Catholique par le Prêtre
qui estoit preſent. Enfin ,
aprés avoir receu le Sacrement
d Extreme . onction il
mourut comme un enfant
qui s'endort ſans ſoupirs &
fans convulfions , & aprés ſa
mort il demeura long temps
ſans changer de couleur , &
tres-beau , il n'avoit encore
que ſeize ans & demi.
Monseigneur le Duc de
Berry ,Madame la Ducheſſe
Septembre 1703 . Cc
306 MERCURE
du Lude , Mr le Duc ,&Ma
dame la Ducheſſe deBeauvil
liers , Mr le Duc de Lauzun,
&beaucoup d'autres perſon,
nes auffi diftinguées de la
Cour de France ont fait des
complimens de condoleance
à Madame la Duchefle de
Perth ſur cette mort , &le
Roy & la Reine , & Madame
la Princeſſe de laGrande Bre,
tagne ont à cette occafion
rendu vifire à cette Ducheffe.
Mr'e Nonce a marqué ſes
regrets par les plus obligeantes
Lettres du monde à Mon
ſieur le Duc de Perth , & à
GALANT 307
Madame ſa femme fur le mê
me ſujet. Ce jeune Mylord
eſt univerſellement regretté
detous les Sujets du Royfon
Maistre à cauſe de ſes belles
qualitez & de ſes manieres
obligeantes.
Cejeune Milord qui vient
de mourir , eſt le même qui
avoit repreſenté l'Empereur
Aurelian dans la Tragedie
joüée au College de Na.
varre dont je vous parlay le
mois paffé , & qui s'eſtoit
attiré les coeurs de toute l'afſemblée.
Il a fait voir qu'il les
meritoit par la maniere édi
Ccij
308 MERCURE
fiante dont il eſt mort dans un
âge où l'on n'a ordinairement
d'attachement que pour la vie ,
&fur tout lorſque l'on a une
naiſſance diſtinguée , & toutes
les qualitez du corps & de
l'eſprit , qui doivent faire preſumer
qu'on la paſſera dans les
honneurs & dans les plaiſirs.
On ne peut rien ajoûter à la
naiſſance de ce jeune Mylord.
Le premier de la famille qui
a porté le nom de Drummond
eſtoit un Gentilhomme Hongrois
, nommé Maurice , qui
abandonna l'Angleterre avec
Edoüard Atheline heritier legitime
du Pays , pour éviter la
perſecution de Guillaume le
Conquerant , qui s'empara de
'Angleterre l'an 1066. Maurice
1
GALANT 309
commandoit le Vaiſſeau où
Edouard Atheline accompagné
de ſa mereAgathe , & de Marguerite
& de Chriſtine , ſes
fooeurs , s'embarqua. Une violente
tempeſte les contraignit
de relâcher en Ecoffe , & ils
abordérent à un Port ſur la riviere
de Forth , qu'on appelle
encore aujourd'huy l'Esperance
de Sainte Marguerite , du nom
de l'une des ſoeurs d'Edoüard.
C'eſt celle qui ayant eſté fort
illuſtre par ſa ſainteté pendant
ſa vie , fut canoniſée aprés ſa
mort. C'eſt en un mot ſainte
Marguerite. Elle épouſa Milcolombe
III . du nom Roy d'Ecoffe
, qui donna beaucoup de
biens & de dignitez à noſtre
Maurice Drummond, beaucoup
310 MERCURE
de terres dans la Province de
Dumbarthon , & la Chargede
Sénéchal de Lennox , La Reine
luy donna auſſi des marques de
ſon eſtime ; car elle luy fit époufer
une de ſes Filles d'honneur.
De ce mariage ſortit un fils qui
s'appella Milcolombe , & qui
fat pere de Maurice , celuy-cy
le fut de Jean, celuy- cy deMilcolombe.
On ignore leurs actions
& leurs alliances ; mais
on ſçait leur ſuite genealogique
par des actes & des docu
mens qui ont eſté conſervez
avec un grand foin pendant
quelques fieeles dans l'Abbaye
d'Inehafry, & tranſportez enfin
dans les Archives de la Famille.
Il s'en eft perdu quelques-uns
par les pillages où elle fut ex
GALANT 311
poſéedans la grande revolution
de l'an 1688. mais il en reſte afſez
pour faire foy de ce qu'on
expoſe icy.
Milcolombe III , furnommé
Begg , c'est-à-dire le petit 2
épouſa Ada , fille deMalduin ,
Comte de Lennox , laquelle
n'avoit qu'un frere qui ne laiſſa
point d'enfans , & qui épousa
la foeur de ce Jean Monteith ,
qui vendit aux Anglois l'illuftre
Guillaume VVallace Viceroy
d'Ecoffe. Ce Jean Monteith
prévoyant que le Comte
de Lennox fon beau- frere laifſeroit
la Comté à Milcolombe .
mari de ſa ſooeur , conſeilla au
Roy de la demander Il eſpera
que le Roy l'ayant obtenuë la
luy donneroit , mais il ſe troms
312 MERCURE
pa : le Roy en gratifia Robert
Stuart , dont les deſcendans ont
eſté Comtes & Ducs de Lennox
. Milcolombe Begg eut d'A
da ſa femme quatre fils , Jean ,
Maurice, Thomas , & V Valter.
Ce dernier fut Secretaire d'Etat.
Maurice épouſa la fille du
Senechal Strathern , & fucceda
à fa dignité & à ſesgrands biens .
Thomas fut fait Baron de Balfron.
LeuraînéJeanDruminond
ſeptiéme Senechal de Lennox
déclara la guerre à Jean Monteith.
Il y avoit une ancienne ,
haine entre leurs familles . Monteith
fut vaincu , & perdit trois
fils dans cette guerre. Le Roy
impoſa la Paix aux Parties : les
Grands du Royaume s'aſſemblérent
pour cette pacification ,
ال
de
GALANT 313
de laquelle furent garans les
Comtes de Douglas , de Angus ,
& de Arran , & Mylord Robert
Neveu du Roy , David Bruce.
Leurs fignatures & leurs Sceaux
paroiſſent encore dans le Traité
,& l'on voit queMylord Ro
bert neveu du Roy s'avoue l'un
des principaux parens des deux
familles qui venoient d'eſtre
accordées Ce Robert fut aprés
Roy d'Ecoſſe , ſous le nom de
Robert Second , premier des
Stuarts .
Drummond ayant perdu par
l'un des articles du Traité les
terres qu'il poſſedoit au Comté
de Lennox , & cela à cauſe de
la mort des trois fils de Jean
Monteith ,ſe retira avec fa famille
dans la Province de Perth
Septembre 1703. d
314 MERCURE
où il poffedoit les terres de
Stobhall & de Cargill. 11 fut
marié à la fille aînée de Guillaume
de Montifex , Grand
Treforier d'Ecoffe. Son fils
aîné Milcolombe IV. du nom
épouſa Iſabelle Douglas , Comteſſe
hereditaire de Marr , &
fut liée d'une amitié tres- étroi
te avec le Comte Douglas fon
beau frere. Il s'aſſocia avec luy
pour faire la guerre aux Anglois
, il ſe ſignala à la ſanglante
bataille de Otterburn ou Chevie
Chaſe , où il prit priſonnier
Ralph Percie , General degrande
reputation parmi les An
glois. Il fut honoré d'une penfion
viagere pour cette action .
Son frere Guillaume épouſa la
filledu Baronde Airth ,laquel
GALANT 315.
le luy apporta endot laBaron
niede Carnock. De ce mariage
eſt iſſuë la branche de Athornden.
Il faut dire quelque choſe
des quatre filles de JeanDrummond.
L'aînée s'appelloit Ana
bella , & ſe maria àRobert III.
du nom Roy d'Ecoffe. Cette
Reine eſt fort loüée par les Hif
toriens Ecoſſois , à cauſe de ſa
vertu & de ſa prudence fingu.
liere. Elle fut mere de Jacques
I. Roy d'Ecoffe. L'une de fes
foeurs fut mariée à Archibald
Comte d'Argyl ; une avtre à
Alexandre Macdonald, Seit
gneur des Ifles , fils aîné du
Comte de Roff , & une autre à
Stuart de Düally .
Milcolombe IV. du nom
Ddij
316 MERCURE
eſtant decedé ſans enfans , Jean
Drummond ſon frere fut le
Chef de la famille. Il époufa
Elifabeth de Sainte Clare , fille
du Comte de Orkney , Caithneff
, Roflyn , &c. tres - illuſtre
tant parmi les Danois, que parmi
les Ecoſſfois . Il en eut trois
fils & une fille . Celle- ci fut
mariée au Seigneur Thomas
Baron de Kinnaird. Nous parlerons
de V Valter l'aîné des trois
fils. Robert ſon puiſné ſe maria
avec l'heritiere de Barnbougall.
Jean le cadet de tous s'en alla
aux Ifles de Madere , ou fa
poſterité fait encore belle figu .
rc.
VValter Drummond marié
à Marguerite fille du Seigneur
Patrice Ruthven deſcendu de
GALANT 317
la Maiſon Royale d'Arragon ,
dont ſes deſcendans portent encore
les Armes , fut pere de
Milcolombe qui ſuit ; de Jean
Evêque de Dumblan ; de VValter
, qui fut Baron de Leidcrief,
duquel eſt ſortie la branche de
Blair - Drummond , qui a produit
deux autres branches , celle
de Nevvton , & celle de Gardrum
.
Milcolombe V. du nom épouſa
Marie Murrai fille du Sei
gneur de Tullibardin ( les Comtes
de Tullibardin , preſentement
Marquis d'Athol , ſont ſes
defcendans ) & en eut Jean Mylord
Drummond créé Pair du
Royaume , VValter Seigneur
de Deanston , Jacques Seigneur
Corrivechter , Thomas Sei
Ddiij
318 MERCURE
gneur de Druminerinoch , dư
quel ſont ſorties les branches
de Invermay , de Cultmalindy ,
de Comrie , & de Pitcairns .
Jean Drummond fils aîné de
Milcolombe V. ſe maria avec
Elizabeth Lindſey , fille du fameux
Comte de Crafurd dit le
Barbu , & ſe rendit puiſſant &
illuſtre. C'eſtoit un fort grand
genie ; il fut Grand Juſticier
d'Ecoffe , & en ce temps - là
c'eſtoit la principale Charge
du Royaume : il acheta toutes
les Terres du Baron de Concraig
ſon parent ſcituées dans
la Province de Strathern , &
avec la permiſſion du Roy , la
Chargede Senechal hereditaire
de cette Province. Il rendit
degrands ſervices à Jacques IV
GALANT 319
Roy d'Ecoffe , car ayant aflemble
ſes Vafſfaux il mit en déroute
le Comte de Lennox , &
le Seigneur de Lyſle avec leurs
Aſſociez , qui alloient joindre
le Comte de Marishall & le
Seigneur de Gordon Comte de
Huntly , afin d'executer le
complot qu'ils avoient braflé
de s'affurer de la perſonne du
jeune Monarque , & de gouverner
le Royaume ſous pretexte
de venger la mort de
Jacques III. Il fut envoyé
Plenipotentiaire en Angleterre
pour conclure un Traité de
Paix avec Richard III . Roy
d'Angleterre. Ce fut par l'au.
torité de ce MilordJean Drummond
que ſon petit fils le Comte
d'Angus Douglas fils de ſa fille
Dd iiij
320 MERCURE
trouva un Preſtre en Ecoffe
pour faire la ceremonie de ſes
épouſailles avec la Reine Merc
du Roy Jacques V. La Reine
eſtoit fille de Henry VII. &
ſoeur de Henry VIII . Roy
d'Angleterre. Tous les Seigneurs
d'Ecoffe s'oppoſerent
au mariage avec le Comte d'Angus
, mais fon grand -pereMilord
Drummond fit celebrer
le mariage dans la Ville de
Perth , & de ce mariage fortit
une ſeule fille Marie Douglas ,
femme de Mathieu Comte de
Lennox , & mere de Milord
Darnly pere du Roy Jacques I.
du nom Roy de la Grande Bretagne
& VI. d'Ecoſſe .
Milord Guillaume Drummond
fils de Jean, &mari d'la
こmake
GALANT 321
belle Campbell fille du Comte
d'Argyl eut deux fils , VValter
&André : ce dernier fut créé
Baron de Bellichlon, & fonda
une branche dont le dernier
mafle Maurice Drummond laifſa
quatre filles , qui furent honorablement
mariéesen Angleterre.
L'une d'elles fut femme
de Milord Carvl , Secretaire
& Miniſtre d'Etatdu Roy Jacques
I I. Une autre fut mariée
à M Plouden frere aîné du
Controleur de la Maiſon du
Roy de la Grande Bretagne ;
une autre à Mr Midlemore , &
la quatrième à Mr Trevanian
chef d'une famille tres -noble
en Cornoüaille. Milord VValter
Drummond fils aîné de
Guillaume n'cut d'Elizabeth
322 MERCURE
Græme fille du Comte deMontroſe
qu'un fils , ſçavoir
Milord David Drummont.qui
épouſa Marguerite Stuart fille
du Ducd'Albanie Viceroy d'E .
coffe,de laquelle il n'eut qu'une
fille qui fut femme du Seigneur
de Poury Ogilby. Aprés la
mort de Marguerite il épousa
Lilia Ruthuen fille de Milord
Govvry qui luy donna cinq fil-
Ies , 1. Jeanne femme de Jean
Comte de Montroſe , Chancelier
& Viceroy d'Ecofle. 2 .
Anne mariée à Jean Comte de
Marr, Grand Tréſorier d'Ecoffe.
3. Lilia Comteſſe de Cravvfurd.
4. Catherine Dame de
Tullibardin . 5. & Marguerite
Dame de Keir. Les deux fils
deDavid Drummond font ,Mi
GALANT 323
lord Patrice qui fuit & Milord
Jacques Seigneur de Maderty ,
duquel ſont ſortis les Vicomtes
de Strathallan , & les Barons
de Machany . Le premier qui
fut créé Vicomte de Strathallan
s'appelloit MilordGuillaume
Drummond ; il eſtoit Lieutenant
General des Armées du
Roy Jacques I I. & grand homme
tant pour laguerreque pour
le cabinet .
Milord Patrice Drummond
marié à Marguerite Lindſey
fille du Comte de Cravyford ,
cut cinq filles . I. Catherine
Comteffe de Rothes. 2. Lilia
Comteſſe de Dumferlin , mere
des Comteſſes de Lauderdale ,
de Kelli , de Balcarres , & de
Cathneſs . 3. Jeanne Comteſſe
1
324 MERCURE
,
de Roxburg Gouvernante des
Enfans du Roy Charles 1.-4.
Anne Dame de Tovvay - Barclay
. 5. & Elizabeth femme de
Milord Elphinston. Outre ces
cinq filles , Patrice Drummond
eut deux fils Jacques , & Jean :
Milord Jacques Drummond
créé Comte de Perth époufa
Iſabelle Seatoun fille du
Comte de V Vinton , & ne laiſſa
qu'une fille qui a eſté Comteſſe
de Sudderland . il mourut jeune
Milord ; Jean ſon frere Comte
de Perth luy fucceda : il fut
marié avec Jeanne Kerr fille
du Comte de Roxburg , de laquelle
il eut quatre fils & deux
filles , l'une deſquelles fut Com.
teſſe de VVigton , & l'autre
Comteſſe de Tullibardin, Les
1
GALANT 325
quatre fils font Milord Jacques
qui fuit ; Robert qui mourut
en France ; Jean qui a fondé
la branche de Logy Almond ,
& Guillaume Comte de Roxburg
, qui a fondé la branche de
Roxburg & celle de Bellandin.
Milord Jacques Drummond
I I. du nom Comte de
Perth épousa Anne Gordon ,
fille du Marquis de Huntley ,
dont il eut deux fils & une
une fille , ſçavoir Jacques dont
on parlera cy - aprés , Jean &
Anne. Celle- cy eſt une Dame
de grand merite , & a épousé
le Comte de Errol , Grand
Conneſtable hereditaired'Ecof.
ſe . Jean Drummond Comte de
Melfort , Secretaire & Miniftre
d'Eftat de Jacques I I. Roy
326 MERCURE
de la Grande Bretagne. Ila
eſté mariédeux fois , premierement
avec l'heritiere de Lundy
niéce du Duc de Lauder
dale dont il a eu trois fils &
trois filles : celles - cy font, Anne
mariée au Baron de Houston ,
Elizabeth femme du Vicomte
de Strathallan , & Marie .
Les trois fils font , Jacques
Baron de Lundy , Robert &
Charles. Il a épousé en deuxiéme
noces Euphemie VVallace
, fille de Thomas VVallace
Baron de Craigie , chef
d'une tres ancienne famille. Il
a de ce deuxième mariage fix
fils & trois filles , Milord Jean
Seigneur de Forth , Thomas ,
Guillaume, André , Rinaldo ,&
Philippes : Catherine, Thereſe
&Marie.
GALANT 327
Jacques Drummond III.
du nom Duc de Perth. Il fur
faitConſeiller d'Etat l'an 1678.
Grand Juſticier d'Ecoſſe l'an
1682. Grand Chancelier d'Ecofſe
l'an 1684. Il fut fi touché
par la lecture des papiers qui
furent trouvez dans le cabinet
de Charles I I. concernant la
controverſe , qu'aïant examiné
l'affaire de la Religion tresfincerement
il crut que la Religion
Catholique eſtoit la ſeule
veritable , & en fit profeſſion
publique. Son attachement à
l'Eglife & au ſervice du Roy
Jacques I I. qu'il tâcha d'aller
joindre en France , l'ont exposé
à pluſieurs mauvais traitemens
, foit de la part de la
populace , foit de la part du
328 MERCURE
Conſeil d'Ecoſſe. Il a eſté garde
tres- étroitement dans le Château
de Sterlin 2 ans & 7. mois :
aprés quoy on lui permit de
refpirer un peu de temps à cauſe
qu'il eſtoit malade , puis on le
remit en priſon , d'où il ne fortit
qu'aubout de neufmois. Enfin
il fut banni : il ſe retira à
Rome , où ſa vertu & fon zele
pour la Religion Catholique
l'ont fait extrêmement eſtimer.
Ses plus grands ennemis n'ont
jamais pû lui objecter d'autre
crime que ſa Catholicité. Jacques
II . Roy de la Grande Bre
tagne le fit Duc à Dublin l'an
1689. le 10. de Mars. Il a eſté
marié trois fois , premierement
avec Jeanne Douglas fille de
Guillaume Marquis de Dou
2
GALANT 329
د avec Marie
glas , & foeur de Guillaume Duc
d'Hamilton. Secondement avec
Lilia Comteſſe de Tullibardin.
Troifiémement
Gordon fille de Loüis Marquis
de Huntley , & foeur du Duc
deGordon. Du premier Maria.
ge font fortis Marie femme de
GuillaumeComte de Marishall,
Grand Maréchal hereditaire
d'Ecoffe : Anne qui eſt decedée,
&Jacques Mylord Drummond,
qui à l'âge de quinze ans quitta
àParis l'Academie pour paffer
en Irlande avec le Roy Jaques
II. l'an 1689. il ſe trouva au
Siége de Londonderri , aux
combats de Nevvton , de Butfer
,& de la Boyne . Eſtant repallé
en France avec le Roy , il
he ſes exercices dans les Aca
Septembre 1703. Ec
330 MERCURE
demies de Paris , aprés quoy il
voyagea en France , en Italie,
en Flandres & en Hollande. Il
eſt preſentement enEcoffe. Les
deux autres mariages du Duc
de Perth lui ont donné chacun
deux garçons , Mylords Jean ,&
Charles,Guillaume & Edoüard .
Nous n'avons pas en France
la Genealogie des Gordons fi
exactement. Nous ſçavons ſeulement
que Mylord Gordon,
Comte de Huntley , épouſa
Jeanne fille de Jacques I. du
nom Roy d'Ecoffe. Marguerite
l'aînée des filles de ce Roi-là
fut premiere femme de Loüis
XI Rov de France , Elizabeth
la deuxième fut Ducheffe, de
Bretagne: Jeanne Comteſſe de
Huntley fut la troifiéme , Elcoa
GALANT 33
hore fut Duchefſe d'Autriche,
& магіe marquiſe de Ter vere
en Zelande. Leur Grande-mere
fut la Reine Annabella de
Drummond , & leur mere , la
Reine Jeanne , fille de Jean
Duc de Summerſet Marquis de
Dorſet , &c. fils de Jean de
Gand troiſiéme fils d'Edoüard
III. Roi d'Angleterre. Alexandre
Comte de Huntley époufa
la fille du Duc de Chateleraud
Comte de Aarran en Ecof
fe , fils de Marie fille de Jacques
I I. Roi d'Ecoffe , & de
Marie fille d'Arnold Duc de
Gueldres.
-Son fils Georges Marquis de
Huntley,épouſa la fille deMilord
Stuart d'Aubigni Duc da
Lenpox & de Catherine de
Ecij
332 MERCURE
Balzac d'Entragues. Il étoit
couſin germainde Milord Darnil
, qui épouſa la Reine Marie
Stuart.
Son fils Georges , Marquis
de Huntley , épouſa Anne fille
du dernier Comte Catholique
d'Argil.
Son fils Loüis , Marquis de
Huntley , frere d'Anne Comteſſe
de Perth , & mere du Duc
de ce nom , eſtoir pere du Duc
de Gordon , & de Marie Ducheſſe
de Perth pere & mere
de Milord Guillaume Drummond
, dont je viens de vous
apprendre la morte. Il eſt impoffible
detrouver plus de grandeur
dans une maiſon , de plus
grandes alliances , & en plus
grand nombre ,&je puis ajou
:
GALANT 333
ter plus de vertus , plus de zele
&d'attachement pour leurs veritables
Souverains , & plus de
religion & de pieté.
Aprés toutes les expeditions
faites par Mr le Duc de Vendôme
dont vous avez trouvé un
ample détail dans cette Letthe
ce Prince ſe trouva
devant Trente , aprés avoir
forcé tous les obſtacles , que
l'Art , la Nature , les Troupes
reglées des Ennemis & les Milices
du pays , avoient oppoſe
à fon paffage . Il ne reſtoit plus
rien à faire de fon coſté pour
la jonction de ſes Troupes avec
celles de Monfieur de Baviere;
mais ce Prince n'ayant pu
arriver , & ayant meſme eſte
oblige de s'en retourner, it
334 MERCURE
reſtoit rien davantage à execu
ter à Monfieur de Vendôme
pour la gloire des Armes du
Roy. Il eſtoit proche de Trente
,dont la conqueſte luy eſtoita
inutile ſans la jonction ; ainfi,
quand il ſe ſeroit rendu maiſtre
de cette place , il n'y feroit entré
qu'à deſſein de l'abandon
ner quelques jours enſuite ; &
comme la conqueſte eſtoit difficile
, & qu'elle auroit couſté
du monde , il n'eſtoit pas à
propos d'en perdre pour s'en
emparer ; & il eſtoit de la prudence
de Monfieur de Vendô
me de ne le pas faire. Il auroit
fallu paſſer la riviere pour faire
ce Siege ; & elle n'eſt gayable
en aucun des endroits qui
eſtoient à portée de Monticur
GALANT 335
de Vendôme . Ce Prince alla
le 28. Aouſt reconnoiſtre la
Place; lon Camp eſtoit à Rea
fano. Apeine fut- il arrivé qu'il
monta ſur la Montagne qui eſt
entre ce Camp & Trente pour
reconnoiſtre la ſituation de la
Place , qu'il ne trouva fortifiée
en aucune maniere ; mais
il apprit que le General Solary
eſtoit entré dans la Pla
ce avec deux mille hommes de
Troupes reglées & quatre mil
le hommes de milice , & qu'il
avoit fait rompre le Pont qui
eſt ſur l'Adige. Ce Prince
envoya le deux Septembre un
Trompette à Trente pour fom
mer la Ville de payer les con
tributions pour elle & pour le
Territoire qui en dépend, Lesi
336 MERCURE
,
Habitans demanderent un des
lay de vingt quatre heures pour
avoir le conſentement de leur
Eveſque qui s'eſtoit retiré à Brixen.
Le 3 il leur envoya
dire que s'ils ne convenoient
des Contributions il feroit
bombarder la Ville. Il s'eſtoit
étably à Cadeno , à demy portée
de Trente , où il avoit
avancé pluſieurs poſtes , & étant
monté ſur une hauteur qui
n'eſt qu'à demye portée de
mouſquet de la Ville. Il la vic
fort à loiſir. On ne luy tiraque
cinq ou fix coups qui ne toucherent
perſonne. Enfin , ce
Prince voyant qu'on luy demandoit!
toûjours de nouveaux
elaissenvoya dire qu'il all
loit faire bombarder la Ville fi
on
GALANT 337
on ne luy envoyoit des gens
pour traiter des contributions. )
On chercha les moyens d'executer
cette réſolution , & Mr
d'Andigné , Maréchal deCamp,
&Lieutenant General de l'Artillerie
en allant reconnoiſtre
un endroit pour placer une batterie
de bombes , reçut un coup
au deſſus de la mamelle qui lui
perça le poulmon , & luy caſſa
la clavicule. Les Chirurgiens
dirent qu'il n'y avoit aucun remede
, & qu'il ne paſſeroit pas
la journée , ainſi on l'abbandonna
à un Soldat qui le penſa
avec de la poudre de Simpathie
, ce qui fut fort inutile.
On ne peut commander l'Artillerie
plus noblement qu'il
faiſoit , ny avec plus de valeur ,
Septembre 1703. Ff
338 MERCURE
&de bonne volonté. t Tous
ceux qui fervoient fous luy en
conviennent. On affure qu'il
eft mort comme un Saint &
comme un Heros .
,
&
On commença le cinquiéme
à tirer à boulets rouges ,
le bombardement a duré jufqu'au
8. pluſieurs bombes n'ont
pas eſté juſqu'à la Ville , & ont
crevé en l'air , & quantité ont
crevé en fortant des Mortiers.
On en a jetté plus de quatre
cens , & il y a eu quelques
maiſons écrasées . Ces bombes
avoient eſte trouvées dans la
Fonderie dont je vous ay déja
parlé , & qui avoit eſté découverte
quelques jours auparavant
, au Village de Mori , elles
appartenoient à l'Empereur.
r
GALANT 339
Quoy que l'on n'ait pas pris
Ja Ville de Trente , parce que
la jonction manquée , ſa priſe
nous devenoit inutile , le pays
en a plus touffert que fi on s'en
eftoit rendu maiſtre , puiſqu'il
auroit eſté confervé davantage
fi on ſe fuft emparé de la Ville.
On a bruflé tous les Villages ,
&tous les lieux dont les Troupes
de l'Empereur pouvoient
tirer quelque ſubſiſtance.
Quoy qu'en vous parlant du
Bombardement qui commença
les. je vous aye parlé du huitiéme
, parce que le bombardement
dura jufqu'à ce jour- là ,
je dois néanmoins pour ne point
laiſſer de vuide au Journal
que je vous envoye de continuer
en vous marquant ce qui
Ffij
340 MER CURE
s'eſt paſſé depuis le cinquiéme
à l'égard de ce qui ne regarde
point le bombardement.
Le 6. Monfieur le Duc de
Vendoſme fit attaquer deux
hauteurs où les ennemis s'étoient
retranchez , & qui coupoient
la communication de
Riva à Trente d'où ils nous
incommodoient fort ayant tué
&bleſſé quelques chevaux &
mulets de l'Artiflerie , & des
Vivres , & même bleſfé dangereuſement
l'Aide de Camp de
Mr de Médavy. Mr le Chevalier
de Kercado les attaqua
par la gauche avec fix cens
hommes& Mr le marquis de Senectere
, & Mr le Chevalier de
Bonnelle en firent autant par la
droite avec cinq cens autres
GALANT 341
quoique ces hauteurs fuſſent ſi
eſcarpées qu'il eſtoit preſque
impoſſible d'y monter , & qu'elles
fuffent occupées par quatre
cens hommes de Troupes reglées
, & par mille païfans , il
en demeura plus de cent ſur la
place.On fit plus de quatrevingt
prifonniers , & les hauteurs
furent emportées . Mr de
Seneddere brufla en même temps
le Village de Margon qui fervoit
de magazin aux Ennemis ,
il y avoit beaucoup de vin , &
de viande , avec cinq cens
facs de farine. Nos Troupes
n'eurenten cette occaſionqu'un
Soldat tué , & dix hommes bleffez
MrleChevalier de Bonelle
eſt du nombre ; mais ſa blef
fure ſe trouva legere-
Ffiij
342 MERCURE
Le même jour Mr le Comte
de Chemerault eſtant allé avec
trois Compagnies de Grenadiers
& vingt Carabiniers, pour
chercher un chemin par où l'on
puſt faire des courſes dans la
Vallée qui va de Trente à Bolſano
en deçà de l'Adige trouva à
fix mille de Cadeno d'ou il étoit
parti un retranchement desennemis
, gardé par cinquante
hommes. A peine les eut- il attaquez
qu'ils prirent la fuite.
On leur tua deux Soldats & ils
en bleſſferent un des noſtres.
On brûla leur retranchement
qui avoit cent cinquante pas de
long.
La nuit du 7. au 8. Mr leMarquis
de Dreux fut détaché avec
dix Compagnies de Grenadiers
&
GALANT 343
cent Carabiniers , & cinquante
Dragons à pied , pour aller attaquer
la hauteur de Gaſa. Il
marcha pendant dix heures en
montant toûjours , & trouva
les ennemis au nombre de deux
cens hommes , la pluſpart Grenadiers
commandez par le Lieutenant
Colonel du Regiment
de Mr le Prince Eugene , ils
prirent la fuite aprés leur premiere
décharge , dont ils ne
nous bleſſerent qu'un Carabinier
, on les pourſuivit pendant
deux mille , on leur tua quinze
hommes , & l'on en prit trente ,
parmi leſquels il y a deux Officiers
. Le Commandant eur
beaucoup de peine à ſe ſauver ,
il n'en ſeroit échapé aucun
pos Troupes n'cuffent point
344 MERCURE
eſté fatiguées par la longue
marche qu'elles venoient de
faire. M le Duc de Vendofme
marcha en même temps
que me de Dreux avec fix Compagnies
de Grenadiers commandées
par Mr de M ...
& par le Chevalier de Sour
ches, il trouva que les Ennemis
avoient reparé le retrranchement
duquel m² le Marquis
de Chemerault les avoit chaſſez
deux jours auparavant , ils
ne firent aucune refiftance .
Nous fimes deux prisonniers , &
nous ne perdîmes perſonne.
Il ne me reſte plus à vous
parler que du retour de M. de
Vendoſme à San Benedetto ,
& de la derniere reſolution qui
sura eſté priſe pour garder ou
GALANT 345
pour abandonner les conquê
tes faites par ce Prince . Quoique
la jonction neſoit pas faite
le paſſage juſqu'à Trente nous
ſera toûjours ouvert : fi nous
gardons nos Conquêtes nous
ſerons maiſtres de ce paſſage ,
& fi nous les faiſons ſauter elles
ne pourront plus ſervir d'obſta.
cles à noſtre paſſage dans ces
Montagnes .
Le mot de l'Enigme du mois
paſſe eſtoit le Silence ; voicy de
quelle maniere Mr de Pontalie
l'a expliqué.
Vous qui donnezà la France
Cet Ouvrage gracieux ,
Qu'on attend chaque mois avecim-
Patience ,
346 MERCURE
:
Etque lifentde tous leursyeux,
Jeunes beautez, sçavans & curieux
,
Et ceux qui de l'Enigme ont appris
la Science ,
A
२:
:
Amon égard,c'et Negromence ,
Que de trouver leſens miſterieux
De ces Rebas ingenieux ;
Excusezdonc mon ignorance ;
Pour moy je ne sçay rien de
mieux , :
Que de m'en tenir au Silence.
Ceux qui l'ont auſſi expliqué
font Meſſieurs
Bardet & fon ami Dupleſſis,
Maiſtre Chirurgien de l'Hôpital
du Mans , l'Abbé Duflot du
quartier Saint André , l'Abbé
Yvonneau de Vendoſme , Tamiriſſe
& ſa fille Angelique ,
Loncle le fils de la ruë de la
GALANT 347
Verrerie , Mathurin Caſſandre
Baffreur de la ruë Grand de
Roüen , Le plus petit des trois
freres , Le Brunet mari , Lempreſſé
du coin de la ruë du
Harlai , Les Amans fidelles des
rives de la Seine , Les Affligez
du depart de leur cher Blondin
de la ruë de Bout de brie,
Le Nouveau marié ſans barbe
de la ruë Saint Jacques ,
Le Solitaire inſolitaire de la
Croix du tiroir , Le genereux
& galant de Chartres , & la
belle de la ruë de la Tonnellerie
, Legros Celadon & fon
frere cadet , La Nimphe Galathée
& ſa ſoeur , & la petite
Penſionnaire de Gentilli , Le
Docteur Fernelle du Fauxbourg
Saint Germain , La belle De348
MERCURE 4
1
moiſelle de Saint Pierre du
Caſtel & fon frere , Le petit
bon homme de la ruë de l'Arbre
ſec , & fa meilleure amie ,
Les Nouveaux mariez de la ruë
Frementeau , & le Miché de la
ruë Pavée , quartier S. André,
& Mr Paſquier.
Meſdemoiselles Dumouſtier
de Larſenal la fille , La Prefidente
de l'Election de Chaumont
& Magni , La jeune Muſe
regrettée du Parnaſſe, La Blon .
de du Château de Fort- Royal,
La charmante Veteranne , &
fon cher frere , de la ruë des
Bourdonnois, Mademoiselle Riviere
, & fa commere Dangeroux
, Favar , & Mr E. Cadine,
Les deux Chriſpophes , Thibaur
tous de la même ruë ,
les
GALANT 349
Monfieur Odo , Le Marquis
de Châteaubrillant de Verſailles
, La belle Cabaretiere de
la ruë Trouſſevache , & Mademoiſelle
Larſonneur de la ruë
du Temple , La belle Indiffe
rente , & fon ami Pourſenico',
La petite mere du Brun & de
la Blonde de la ruë Saint Se
verin , L'aimable veuve de la
ruë du Sepulcre , La Blonde de
la ruë de Grenelle , nouvelle
mariée , La Dame inconnuë ,
Les quatre precieuſes du coin
de la ruë des Billettes , Toute
la maiſon grillée du Voiſinage
de Saint Eustache & fon Directeur
le So'itaire du Jardin de
l'Hôtel de Soiffons , L'aimable
Voiſine ſans vanité de l'Hôtel
du Saint Eſprit avec lon grand
Septembre 1703. Gg
350 MERCURE
د
petit voiſin ſans nom , Les deux
intimes amies de l'agreable rendez
- vous du matin de la ruë
Grenier Saint Lazare , avec la
Grandeur peu de paroles de
l'Hôtel de Beaufort , Maiſtre
Gigogne de la Foire de Befons ,
& les pâles couleurs de la ruč
de Savoye , La Baronne Dictarice
, l'Abbé Grognart , & fa
Nimphe doduë , Margot Croupiere
, La Groſſfé Troüillaude,
& ſon petit Marquis , Le Baron
Tracaffier , Le Curé Sorcier
, Lereverend Cieux Tambour
, Mrs Raffi & Prevoſt , ruë
des Lombards Le Benin Cefar
de la Jonchere , Mr Gauſement
& la Charmante de la ruë de
Vantadour , Mrle Haudon , &
la belle Blonde du quartier S.
:
GALANT 351
Martin , La belle Blonde Dangache
, & ſes trois cheres Tantes
les Parifiennes , Le grand
Orateur Mrl'Abbé le Févre ,
& ſon ami du voyage de Saint
Denis .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
F
ENIGME.
E ſuis la fille detestable
D'un pere infortuné , dont le plus
grand malheur
Eft de me concevoir , avec tant de
douleur,
Que , dés qu'il m'a formée , il de
vient miserable.
Fe reconnoisfi mall Eſtre que je lui
dois ,
Ggij
352 MERCURE
Que parmes cruelles atteintes ,
Je l'oblige par jour , à me nommer
centfois
La cauſe de ſes maux , &de ses
3
tristes plaintes . :
En effet , je le fais cruellement
fouffrir ,
Au point même qu'enfin , au peril
d'en mourir ,
On le voit se refoudre , à me mettre
en lumiere.
:
Et de fa Fille ainfi , je deviens
fon bourreau ;
Carfouvent parl'effort d'une main
meurtriere ,
Quand il me met aujour ,jelemets
au tombeau.
Les paroles ſuivantes ont été
miſes en air par un habile
Maiſtre .
1


GALANT 353
Malgré vostre infidelité ,
Je conſerve pour vous la flame la
plus belle , 3
Jugez Iris par là de ce que c'eut été
Sivous m'aviezesté fidelle.
Je vous envoye la ſuite du
Journal de Flandres .
Le 10. & le 11. les Ennemis
firent deux Détachemens de quinze
mille hommes chacun , l'un pour
Limbourg & l'autre pour l'Allemagne
, mais ils font tous deux
au Siege de cette Ville -là.
Nous en avons fait auſſi un de
trois Brigades d'Infanterie & de
trois de Cavalerie , ce qui égale le
nombre des Troupes détachées par
les Ennemis : ellesfont commandées
parMrde Pracontal , &par Mr
Gg iij
354 MERCURE
de Carman LieutenansGeneraux
les Maréchaux de Camp fontMrs
les Comtes de Manderscheids
de Mornay. Mr de Varennes eft
à Traerback , où les Ennemis doivent
aller , & comme il a cinq à
fix mille hommes , nous en aurons
de ce coste-là près de vingt mille
pour leur tenir tète. Ce Detuchement
est fous Namuren attendant
La prise de Limbourg. Voicy ce que
j'ay pû recueillirdes noms des Regimens
detachez
BATAILLONS
3. du Royal
2. de Cambreſis I
Zurlauben. 2
2. de Quercy.
Orleans,
GALANT 355
Boulonnois,
Beauvoiſis .
4. de Brie.
ESCADRONS
)
Dragons de Flavacour.
Fraule.
Fiennes.
• Toulongeon.
Cecile.
Meufe.
Parabere.
2
2
Mr le Maréchal a receu une
Lettre de Mr de Reignac Gouver
neur de Limbourg , qui mande, que
les Ennemis l'inveſtirent le ga
qu'ayant eſté ſurpris il n'avoit
pû ny ſe retirer à Luxembourg
felon ſes ordres ny faire fauter
356 MERCURE
:
Le Chaſteau , qu'il attendoit
pour ſe rendre qu'on eût tiré
du Canon , qu'il avoit envoyé
un Eſpion à Liege pour ſçavoir
quand le Canon viendroit ,
& qu'il avoit ſou que ce ne
feroit que le 23. ou le 24. que
fa Place n'eſtoit que paliſſadée ,
& que le 13. il avoit fait une
fortie de deux cens hommes fi
heureuſe qu'il avoit entierement
comblé les travaux des
Ennemis, qu'il avoit eu fort peu
demondetué , & que le Comte
de Lippe qui commandoit les
Ennemis ce jour- là avoit eſté
dangereuſement bleſſé , qu'on
l'avoit cru mort.
A
Il n'est pas vrayque les Ennemis
fortifient Haffelt , ils ontfait
Jeulement desLignes qu'on prétend
GALANT 357
devoir aller depuis Hay jusqu'à
Saint Tron & qu'ils croyent plus
fortes que les nostres : Mrde Marl
bouroug n'a point demande de Paffeport
comme on avoit dit , & onne
luy a pointenvoyé d'eſcorte , il eftoit
cesjours paffez à Liege avec qua
treBataillons & eft àpreſent devant
Limbourg : on dit qu'il porte des
preuves à la Princeße de Dannemarck
comme les Etats Generaux
n'ont pas voulu nous attaquerdans
nos Lignes.
L'on ne doute point icy qu'il n'y
ait une affaire entre Mr de Pracontal
& le Detachement des En
nemis qui pretend aller à la Ro
she dans les Ardennes , & de la
faire le Siege de Traerback , nous
prètendons nous y opposer.
Mr le Marichal aïant en avis
358 MERCURE
que les Ennemis vouloient faire
des Magazins à Haffelt poury ve.
nir camper ; qu'il y avoit déja
beaucoup de provisions , &que les
Anglois avec la moitié de leur
meilleure Cavalerie , devoientpar.
tir pour s'aller embarquer à Lillo
pourpaffer en Portugal , crut devoir
tenter de donner sur leur Arrieregarde
,&prit pour cet effet le 22 .
toute la Maison du Roy , & toute
La Cavalerie de l' Armée , &mar
cha à la rencontre des Ennemis,
Mais ayant eu avis qu'ils avoient
paflé la veille , il paſſa la Riviere
fur les 3. Ponts des Ennemis qu'il
fit rompre de peurque l'on ne le vint
furprendre , & alla fouragerHaf
felt , deforte que chaque Cavalier
avoit un fac de grain derriere
foy, nous emportames tout ce qui
GALANT 359
nous parut extraordinaire.
Un homme revenant du Camp
des Ennemis nous dit qu'ily avoit
eu une grande rumeur dans leur
Camp pendant nostre fourage , que
toute leur Armée avoit esté enBataille
, &qu'ils estoient furpris de
noſtre hardieſſe ; l'on prétend qu'ils
y viendront camper pour nous empècher
de les fourager d'avantage.
Mr le Maréchal a avoüé que
les Ennemis l'avoient furpris fur le
Détachement pour l'Allemagne ,
parce que s'il l'avoit sçu pluſtoſt ,
noftre Détachement auroit estéfait
auſſi de meilleure heure , mais cela
n'est pas extraordinaire , puiſque
les Ennemis estant maiſtres de leurs
derrieres , il eſt impoſſible qu'ils ne
nous dérobent leurs marches pour
quelques jours .
360 MERCURE
Les ennemis ont fouragé aujour
d'huy 23. auffi-bien que nous , nous
envoyames un Exempt des Gardes
avec un detachement pour foüiller
Haffelt , ily avoit dedans deux
Commiſſaires , l'un Anglois , &
l'autre Hollandois , qui estoient
foutenus de trois cens Chevaux ; ils
Se retirereut auplus vite lors qu'ils
apprirent que nous étions entrez
dans la Ville , ils étoient venus
pour exiger des Habitans un certain
nombre de milliers de ſacqs ,
fi l'on l'avoit ſceu , on auroit pris
fes mesures pour les leur enlever ,
l'on ditque les Anglois reſteront en
Hollande , d'autres diſent qu'ils
ont refusé d'aller en Portugal , &
qu'à leur refus on a offert quelques
payes de plus à ceux qui voudront
y aller de bonne volonté : lorſque
nous
GALANT 361
1
2 LArnous
fourageames Haffelt , il
avoit outre la Cavalerie de
mée , & la Maison du Roy quatre
mille hommes , tant Infantevie
que Grenadiers à cheval ,
le nombre des facs qu'on a pris ,
ſe monte à dix mille : tous les
Transfuges diſent , que les ennemis
decampent demain pour aller
ſous Maſtrick , & qu'ils commencent
demain à battre Limbourg.
Le fourage qui s'eſt fait auprés
de Haſſel eſt ſi confiderable
, que je crois devoir ajoûter
à ce que vous en venez de
voir ce qu'en diſent d'autres
Relations.
Le 22. on fit un grand fourage
da coſtè du Demer , qu'on paſſa en .
tre Diest & Hafen , on s'avança
Septembre 1703. Hh
4
362 MERCURE
jusqu'à Haffel où on enleva beau
coup de grains , ce qui furprit fore
les ennemis, qui comptoient de les
prendre pour eux , estant derriere
leur Armée : ils firent prendre les
"Armes à toutes leurs Troupes ,.
croyant qu'ils alloient estre attaquez
par devant , on les amuſa ,
quoy qu'ils euſſent de bons retranchemens
devant eux.
Voicyde quelle maniere parle
une autre Relation .
Nous croyions le 22. de ce mois
couper les ennemis , qui estoient environ
huit mille Chevaux , auprés
de la Ville d' Haffel ; ils avoient
faitfaire deux Pontsſur la Ghette,
tous les Grenadiers y estoient ave
presque toute la Maison du Roy ,
i
GALANT 363
nous avons non seulement à la
Barbe des ennemis , ocoupé leurs
Ponts ; mais nous avons auſſi enlevé
toute l'Avoine qui estoit dans
la Ville d'Haffel ,sans qu'ily
ayent ofé paroiſtre que quelques Efcadrons
que nous avons poursuivis
pendant trois lieuïs au grand galop
fans pouvoir les joindre , nous
les pouxfuivimesjuſques à une lieuë
de leur Camp , estant à huit du
noſtre , & nous avons fait douze
lieuës pour les joindre.
On voit par ce dernier Extrait
, que les ennemis ont bien
profité des devantsqu'ils avoient
pour ſe retirer , & que les
Fuyarts avoient tellement jetté
la terreur dans leur Camp
1 qu'ils n'ozerent enfortir.
Hhij
364 MERCURE
Voici la ſuite du Journal de
Fontainebleau.
Le Jeudy 27. il n'y eût point
deConſeil le matin : Le Roy
alla à la chaſſe du Cerf l'apréſdinée
, Madame la Ducheffe
de Bourgogne courut
avec S. M. dans ſa petite Caleche
: Madame alla au rendez-
vous dans le Caroſſe du
Roy , puis courut ſeule dans
une autre Caleche : Me la Maréchale
de Coeuvres , & Me
la Ducheſſe de Lauzun , furent
de la ſuite de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , auſſi bien
que Mela Marquiſe de Dreux:
Madame la Ducheffe de Bourgogne
ſe promena au retour à
-pied , au tour du Parterre du
Tybre , & fit caſuite un retour
GALANT 365

de chaffe avec Monſeigneur le
Duc de Bourgogne : Monſeigneur
le Duc de Berry ,& plufieurs
Dames.
& د
Le Vendredy 28, le Roy travailla
le matin avec le Pere de
Ja Chaize : Monſeigneur
Monſeigneur le Duc de Berry
allerent dés le matin à la chaſſe
du Loup : il y eût grande toilette
chez Madame la Ducheffe
de Bourgogne ; elle ſe promena
fur les cinq heures au tour du
Parterre du Tybre. Le Roy
alla tirer.
- Le Samedy 19 il y cût le ma.
tin Conſeil de Finances . Le
Roy ſe promena l'apréſdînée
en Caroffe ſur les bords du Canal
, & dans les routes du Parc.
Il avoit avec luy Madame la
Hhiij
366 MERCURE
Ducheſſe de Bourgogne , &
des Dames de ſa ſuite. Il vit
la pêche des Cormorans , &
rentra d'affés bonne heure , par
ce que le temps n'étoit pas tout
à fait favorable , le ſoir les Comediens
repreſenterent la Comedie
de Don Sanche d'Arragon
de Mr de Corneille qui fut
ſuivie de celle de Criſpin Medecin.
Le Roy recent ce même
jour à huit heures du matin la
nouvelle de la Victoire remportée
par Monfieur l'Electeur
de Baviere , & Mr le Maréchal
de Villars ſur l'Armée de l'Empereur
commandée par le
Comte de Stirum. Le 20. de
د
Septembre , prés du Village
Dhochet , ce fut Mr de Chamillard
, Miniſtre & Secretaire
GALANT 367
d'Erat qui luy annonça cette
nouvelle qui avoit eſté appor
tée par un Courrier dépeché
par Mr d'Ufſſon Lieutenant ge
neral , qui avoit eu grande part
à cette glorieuſe action. Mr le
Marquis de Torcy rendit auſſi
à S. M. une Lettre de Mr l'Electeur
de Baviere , apportée
par le même Courrier. Mond
ſieur le Duc d'Orleans courut
le Cerf avec ſa Meute.
r
Le Dimanche 30. il y eûr
Conſeil de miniſtres . Madame
la Ducheffe du Lude donna à
dîner à Monſeigneur le Duc de
Bourgogne , à Madame la Ducheſſe
de Bourgogne , à Monſeigneur
le Duc de Berry , à
Madame la Princeſſe de Conty
, & à pluſieurs Dames. Le
268 MERCURE
Roy alla tirer l'apréſdinée.
La ſcituation des affaires de
mandant que Sa Majeſté Catholique
ait une groſſe Armée
en Eſpagne , ce Monarque a
nommé pluſieurs Officiers Ge.
neraux , pour commander les
Troupes qui groffiffent tous
les jours , la plus part des
Villes de fes Royaumes levant
des Regimens , pour marquer
leur zele , & leur fidelité pour
un Monarque ſi aimable. Ces
Officiers Generaux ſont Mr de
Bay qui s'eſt ſouvent diſtingué
& ſur tout cette Campagne,
ainſi que vous avez vû dans
pluſieurs de mes Relations . Il
doit ſervir en qualité de Lieutenant
General. Me de VVen
GALANT 369
1
delfeld Gouverneur de Levve
& qui paſſe pour un tres-bon
Officier , doit ſervir en qualité
de Major General de l'Infanterie.
Les autres Officiers font
Mr le Marquis de Leide , Mr
de Ribaucourt , Mr de Vanderkill
, Mr le Baron de Capre ,
Mr de Toulongeon , Mr de
Cecile , & Mr Amanzaga. Je
vous envoye ces noms fans ordre
ne fachant point leurs qua
litez .
Le bruit qui avoit couru
que les Ennemis avoient paru
devant Toulon s'eſt trouvé
faux. Mr le Comte de Toulouſe
ne les apprehende point
&il a preſentement trente deux
Vaiſſeaux qui n'en craindront
pasquarante cinq des Ennemis,
1
370 MERCURE
CePrince couche tous les jours
fur fon Bord ,& ceux qui ſont
montez fur cette Flotte ne quitent
point leurs Vaiſſeaux. Ils
ne touchent point à leurs proviſions
, & on leur en apporte
tous les jours de Terre , afin
d'eſtre en eſtat de mettre en
Mer ſitoſt que le ſervicedu Roy
le requerera.
Toute l'Artillerie de l'Armée
du Rhin partit le 23. pour
ſe rendre à Strasbourg , elle
eſtoit eſcortée par les Regimens
de Cavalerie de Doriac
& Goëtan , & par les Bataillons
de Sourches , Flandres ,
Saint Second , Auxerrois , &
Hainault , le tout ſous la conduite
de Mr le Commandeur
de Forſat, L'Armée devoit
GALANT 371
1
:
marcher le 27, Strasbourg ,
& Mr de Tallard venoit de
recevoir un Courier qui luy
apportoit des ordres touchant
ce qu'il devoit executer pour
fermer glorieuſement la Campagne
, & il n'y a point de doute
que nous n'apprenions au premier
jour quelques nouvelles
agreables de ce coſté- là.
Le 21. au ſoir on ſepara la
Maiſon du Roy de la grande
Armée , qui vint avec quelques
Escadrons , & Dragons
camper à lA'bbaye de Roſtem
ſous les ordres de Mr de Gaffion
, parce que ce Pays eſt
fort plein de fourages , & que
lesEnnemis en venant camper
à Haſſelt auroient pû les man.
ger.
372 MERCURE
1.
!
Mr du Gay - Trouain qui
pourſuivoit la Flotte des Pecheurs
de Baleine ayant obligé
cette Flotte à ſe diſperſer ,
en a pris ſeize Batimens qu'il
a envoyez à Bellifle , il a fait
auſſi pour cent mille florins de
rançons , ilpourſuit encore les
Ennemis , & il y a apparence
qu'ils n'en feront pas quittes
pour ce qu'il leur a pris.
La Flote de Smirne eſt arrivée
à Calais riche de ſept à
huit millions. deux de ces ва-
timens ſont demeurez à Livourne
pour y decharger quelques
Marchandises. Les Vaiſſeaux
qui ſont arrivez à Marseille ,
font dit- on au nombre de huit.
;
Voicy
GALANT 373
Voicy la ſuite des affaires
H'Italie .
ARiva le 19. Septembre.
Mrs de Vaubonne & de Solary
n'eurent pas plutoſt appris que
noſtre Arméeétoit partie , & enga
gée dans les Montagnes , qu'ils
affemblerent huit millehommes aux
environs de Mory , & vinrent par
derriere le Chateau de Nago tom
bervis à vis Arco , fur le bord de
la Sarca ; nous en eumes hier nouvelle
aprés midy , & ne doutames
pas que ce ne fût pour nous attaquer
à Riva , ou pour forcer Torbollé
, qui font deux postes que la
valeur seule peut deffendre , estant
tres-mauvais & sans aucune deffense
,ils firent paſſer hierau foir
trois cens hommes augué , qui vinrent
donner l'allerte à un Camp de
Septembre 1703 . Li
374 MERCURE
quatre Bataillons que nous avons
dans nos dehors ; il est vray que ces
Bataillons ne font pas bien forts ,
étant dépourveus des Compagnies
de Grenadiers & des Colonelles que
l'on a envoyé à Guarignan ; cela
n'a pas laissé que de produire un
tres - bon effet ; car d'abord qu'ils
eurent taté les Gardes du Camp ,
& eſſayé quelques coups de Fufils,
ils se retirerent , &firent la manoeuvre
de gens qui vouloient attaquer
Torbollé , la facilité qu'ils
avoient à le faire , n'a pas laiße
de nous donner beaucoup d'inquiezude
pour les deux Bataillons de
Morangis qui y font en garnison,
&qui n'ont pas encore eu le temps
de rien faire pour se mettre hors
d'infulte , mais seulement celuy de
Cracer quelque redoutefur ce paffa.
GALANT 375
re ; la neceflité de se deffendre fit deffendrefit
preffer ce travail , &joint à 500 .
cinquante hommes qu'a fait paf-
Jer ce matinMrde Medavypour les
Soutenir, Mr de Morangis a fait
paroiſtre une fermeté qui les a obli
gez de changer de deſſein , ils ont
marché par leur gauche , & paroiſſent
vouloir gagner le derriere
du Chateau de Nago dont on a
brule la Ville entierement. Il nous
est arrivé fix de leurs Deferteurs ,
qui disent qu'ils n'ont point de
pain,&que cette contremarche n'est
que pour aller au devant de deux
mille hommes qui leur en amenent
avec de gros Canons , pour moyje
crois qu'ils s'en retournent à Roveredo
: Ils nous ont pris deux Exprès
que j'avois envoyé à Arco
par lesquels je mandois à Mr dia
Iiij
376 MERCURE
1
Repaire qui y commande , de mi
marquer ce qui pouvoit luy manquer
, mais cela n'a pas empéché
que je n'y aye envoyé aujourd'huy
trente Mulets , chargezd'Eau
de Vie , & d'autres choses neceffaites.
L'Armée eſt revenue par la
Vallée de Leder qui eſt le
chemin par où eſtoit allé Mr
de Medavy . On a en revenant
brûlé tout ce qui s'eſt trouvé
dans le chemin depuis Trente
juſqu'à Roveredo , & l'Arriere .
garde de l'Armée en a fait autant
dans toute la Vallée de
Leder. On a rempli le Seraglio
de toutes fortes de munitions
pour l'Armée , & il y a quatre
mille Chariots de foin dans
San Benedetto , & des vivres
GALANT 377
proportion , il y a dans cette
Place huit Bataillons , & deux
Escadrons , & de gros quartiers
àModene , Carpi & Corregio.
Il y a déja du temps que l'Armée
de l'Empereur en Italie
acommencé à ſe debander par
pelotons , de trente , de quarante
& de cinquante hommes
chacun avec Paſſeport des Venitiens
. Les dernieres Lettres
d'Italie portent que les Deſerteurs
de l'Armée Imperiale affurent
qu'elle a ordre de ſe preparer
à marcher fans qu'on ſa.
che de quel coſté elle doit aller.
Mr de Vendoſme arriva le 17 .
à San Benedetto
La Ville d'Ausbourg aïant
manqué de parole à Mr l'Electeur
de Baviere , quoiqu'elles
li iij
378 MERCURE
luy cût envoyé des Oftages , &
*ayant temporisé afin d'atten.
dre Mrle Prince de Bade , cet
Electeur luy donna en ſe retirant
de juſtes marques de fon
reſſentiment , & ruina la Machine
nommée la Tour de l'Eau ;
qui en fournit pour faire couder
environ ſept cens Fontaines
-dans la Ville , dont elle ſe trouve
fort incommodée , ce n'eſt
pasqu'ellemanque entierement
d'eau , mais elle n'en a plus
-de fi bonne ny en ſi grande
abondance , & l'on prétendmê
me que l'eau qui luy reſte caufera
beaucoup de maladies , &
que cette Ville ſe repent d'avoir
manqué de parole à mrde
Baviere. Cet Electeur ruina en
même temps la Maiſon du Pead
L
GALANT 379
ge , appartenant à l'Abbaye de
Saint Vulric , il avoit achevé
quelques jours avparavant de
ſe rendre maiſtre abfolu de Ratisbonne
, ſçachant l'intelligence
que cette Ville entretenoit
avec l'Empereur . Comme on
avoit auſſi lieu de ſe défier
desHabitansde la Ville d'Ulm,
Mile Marquis de Blainville y fic
entrer onze Bataillons & fit los
ger des Troupes dans toutes
les maiſons des Habitans
excepté dans celles des Eccle
ſiaſtiques & des magiſtrats .
Vous eſtes ſurpriſe ſans dout
tede la longueur du Siege de
Limbourg , & deux grandes
raiſons doivent cauſer voſtre
étonnement, la premiere eſtqu'i
sit porté parl'Article du Trak
380 MERCURE
té de Paix qui a obligé de ren
dre cette Place , que le Roy la
rendroit entierement démolie ,
ce qui a eſté obſervé avec la
plus grande regularité: de forte
que n'eſtant pas plus fortifiéc
que le moindre Village , Mr de
Reignac la ſeulement faite palliffader
moins pour ſe deffendre
que pour n'eſtre pas furpris:
la ſeconde raiſon qui fait
Je ſujet de voſtre eſtonnement ,
eſt que vous ſçavez & que perfonne
n'ignore , que le Roy
avoit envoyé ordre à Mr de
Reignac de ſe retirer avec touzes
les Troupes qui compoſent
la Garniſon ſitoſt qu'il decouvriroit
d'une maniere à n'en
pouvoir douter que les Enne
mis marchoient pour affieger
GALANT 381
Ca
Ia Place ce Gouverneur
n'ayant pû le ſçavoir aſſez -toft
s'eſt vû obligé de demeurer ,
& a crû y pouvoir reſter avec
feureté juſqu'à ce que le Canon
des Ennemis eût paru ; ils l'envoyerent
fommer de ſe rendre
dés qu'ils eurent fait avancer
- quelques Troupes pour l'inveſ
tir , & le Commandant luy
envoya dire qu'il ne devoit
point differer à rendre la place
puiſqu'elle estoit fi mauvaiſe
qu'il ne la pouvoit foutenir ; il
répondit que l'on connoiſtroit
lorſqu'on l'auroit attaqué , que
la Place n'estoit pasfi méchante
que l'on s'imaginoit : cependant
comme ila beaucoup de valeur,
de conduite , & d'intrepidité ,
& que les bontez du Roy qui
382 MERCURE
venoit de le nommer Comman
dant de Briſack relevoient fon
courage , il voulut faire parler
de luy avant que de quitter le
Gouvernement que ce Prince
luy avoit confié , & remercier
Sa Majesté par quelque action
d'éclat . A peine quatre mille
Chevaux eurent- ils inveſti la
Place le 10. de Septembre, que
les Dragons du Regiment de
Dopft mirent pied à terre , &
voulurent s'emparer de quelques
petits Ouvrages détachez
mais ils furent repouſſez avec
une vigueur qui eſtonna les En.
nemis. Mr de Reignac eſtant
feur de la bonté & de la valeur
de ſes Troupes qui depuis qu'il
eſtoit dans Limbourg avoient
fait , en allant chercher les
GALANT 2. 383
Ennemis juſques hors du Pays,
des actions de valeur qui al
loient juſqu'au prodige , &
qui pouvoient paſſer pour incroyables
refolut de faire
l'onziéme une Sortie , elle luy
fut auſſi heureuſe qu'il ſe l'étoit
imaginé , il deffit la Grandegarde
de Cavalerie des Ennemis
dont il y eut plus de cent
hommes tuez . Le jeune Comte
de Lippe eut la jambe brifee
, & و comme on aapprehendoit
pour ſa vie , il fut
tranſporte à Maſtrick, ces deux
actions firent connoiſtre aux ennemis
, que le Canon eſtoit abfolument
neceſſaire pour ſe rendre
Maistre d'une Place deffen.
duë par une Garniſon ſi aguerrie
, & par un Gouverneur ff
384 MERCURE
brave , ſi intrepide , & fi intel
ligent dans ſon meſtier ; ils reſolurent
donc de faire avancer
le Canon , mais comme les chemin's
eſtoient fort mauvais , &
que d'ailleurs il falloit le faire
monter , ce qui estoit difficile
, & demandoit beaucoup de
temps: Milord Marlbouroug crut
qu'il devoit venir lui-même à
ce Siége , pour animer par ſa
preſence les Troupes qui l'avoient
formé ; mais au lieu de
leur donner de la vigueur ſes
intereſts particuliers lui firent
prendre le parti de ne le point
preffer , afin qu'il pût avoir le
tempsde piller le Païs , ce qu'il
n'auroit pû faire aprés la priſe
de la Place , parce qu'il fe
trouvera alors obligé de le conſerver
GALANT 385
Ferver pendant qu'il a demeuré
devant Limbourg ſon Armée a
beaucoup ſouffert , & a manqué
de beaucoup de choſes , ce
qui a cauſe une grande defertion
parmi ſes Troupes , puis
qu'outre le grand fourage que
l'on a fait à Haſſelt , &dont je
vous ay déja parlé , on en a fait
un ſecond qui a beaucoup incommodé
les ennemis , & qu'on
leur a pris un grand nombre
de Chevaux.
Mr de Marlborougk ne prefſant
point le Siége de Limbourg
pour les raiſons que je
viens de marquer , & ne ſe
mettant pas en peine qu'on dit,
qu'il auroit autant demeuré devant
cette Place que Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
Septembre 1703. KK
386 MERCURE
devant Briſack ; Mr de Reignac
qui ſçait les regles de la Guer
re , voyant que les Batteries
des Afſiegeans eſtoient fur le
point de tirer , demanda à cа-
pituler ; mais comme on s'obſtina
injuſtement malgré toutes
les regles de la Guerre , de
tout ten ps obfervées , à vouloir
que la Garniſon fût prifonniere
: Mr de Reignac dit qu'il
aimoit mieux eſtre attaqué , &
la Breche s'étant trouvée le 29 .
tres - confiderable , il ſe rendit ;
ainſi les ennemis demeurerent
devant cette Place trois jours
plus qu'ils n'auroient fait s'ils
avoient obfervé les regles de
la Guerre : il y avoit ſept cens
hommes de garnifon.
Ily a peu d'actions qui n'ayent
GALANT 387
:
:
deux faces , & ſouvent celle
qui paroiſt la plus belle , à
cauſe d'un certain brillant dont
elle est accompagnée , fait voir
dans la ſuite qu'on s'eſt trompé
en applaudiſſant à ce qu'elle a
fait voir de beau . Ceux qui ne
ſçavent pas à fond le meſtier
de la Guerre , ont donné de
grandes loüanges à Monfieur le
Prince de Bade , pretendant
qu'il avoit dérobé pluſieurs marches
à Mr le Maréchal de Villars
pour venir s'emparer
d'Auſbourg, & ont publiéhautement
que ſon projet ayant réüfli
on devoit de plus en plus le regarder
comme un grand Capitaine.
Mr de Villars de ſon côté
en penſoit tout autrement , &
il avoit raiſon , il voyoit que
,
Ккіj
388 MERCURE
Mr de Bade agiſſoit contre tou
tes les regles de la Guerre , &
faiſoit une faute irreparable ,
& il la luy laiſſoit faire avec
plaiſir. Les ennemis qui ſe ſeparent
en divers corps s'affoibliffent
, & quand un de ces
corps peut eſtre joint par une
Armée plus forte , parce qu'elle
n'a point ſeparé ſes forces , il
ne peut manquer d'eſtre batu,
& il arrive même ſovvent que
les corps ſeparez ſont defaits
. Mr de Bade avoit quarante
mille hommes , il eſt ſorti
de ſon Camp avec vingt mille,
&en a laiſſe autant à Mr de
Stirum , Mr l'Electeur de Baviere
, & Mr le Maréchal de
Villars voyans cette méchante
manoeuvre, ont concertédeba
GALANT 389
tre ces deux corps ſeparez , ils
en ont d'abord entierement defait
un , & vous apprendrez
peut- eſtre avant que de recevoirma
Lettre que l'autre n'aura
pas eu un meilleur fort.
Je ne vous entretiendray pas
fort au long de la Victoire remportée
en Allemagne ſurMonſieur
le Comte de Stirum , ceux
qui ont droit de parler devant
moy , & qui peuvent donner
tous les jours des Relations
que je ne puis vous envoyer
qu'une fois par mois ,
ayant donné une ample Relation
au Public de tout ce qui
concerne cette victoire: Je ne
laiſſerois pas de vous en apprendre
beaucoup de choles noue
Kkuj
390 MERCURE
velles ſelon ma coutume ,A
cette grande action s'eſtoit pafſée
dans un lieu , dont on puft
avoir facilement des nouvelles
& j'aurois eu trente Relations
des particuliers , par leſquelles
j'aurois apris cent circonſtances
nouvelles dont je vous aurois
fait part à mon ordinaire,
mais ſi vous ne les trouvez pas
dans cette lettre , elle eſt en
récompenſe remplie de mille
&mille faits , touchant toutes
nos autres Armées , qui n'ont
point eſté donnez au Publica
A l'égard de la défaite de Me
de Stirum , la Relation de Mr
d'Uffon eſt l'unique qui foit ar
rivée juſqu'au moment que je
ferme ma Lettre , Mr de Monaſterol
qui a eſté envoyé par
GALANT 39
Son Alteſſe Electorale Mr de
Baviere , & Mrde Treſſmanes
Major General de l'Armée
n'ayant rien apportée que les
choſes dont ils ont chargé leur
memoire , & ne pouvant donner
plus de détail des morts ,
des bleſſez & des Priſonniers
que Mr d'Uffon puiſqu'ils font
partis en meſme temps que la
lettre , & que l'on n'avoit en
core pû examiner beaucoup de
choſes que l'on ne peut ſçavoiz
aujuſte que lors qu'un combat
eſt entierement finy , & il ne
l'étoit pas lors qu'ils fontpartisa
Ils confirment ſeulement tout
ce queMrd'Uſſon a dit .A l'ex
gard des morts ,des bleſſez , &
des Prifonniers Ennemis ils di
fong que l'on en mois encore
392 MERCURE
Jorſqu'ils font partis , & que
nousn'avonsperdu que trois ou
quatre cens hommes,que Mr de
Lée Irlandois n'eſt point bleſſé
àmort& que nous avons perdu
trois Lieutenants Colonels , du
nombredeſquels eſt Mr de Borgueil
Lieutenant Colonel d'Auvergne.
Il ajoute que nos Soldats
ont pris une tres-grande
quantité d'habits , en ayant
trouvé dans les Equipages des
Ennemis , ce qui avec ceux des
morts,des bleſſez & des Priſonniers
monteà plus de dix mille,
Ils ont échangé les leurs aves
ces derniers , ils en avoient be.
foin parce que ceux qui leurs
eftoient deſtinez n'avoient
pu paffer avec eux lorſqu'ils
raverferent des Montagnes
GALANT 393
pour joindre Monfieur de Bas
viere.
Le bruit vient de ſe répand
dre qu'une Flotte de la Marti
nique eſt arrivée à Saint Malo,
& que Mr de Beaubriant a pris
trois Vaiſſeaux des Indes richement
chargez . Je ſuis Mada
me &c.
AParis ce 5. Oftobre 1703 .
Ala page 53. aprés Fean-Baptiftele
Goux premier President au
Parlement de Bourgogne , il faut
ajoûter Pierre le Goux votre pere
fucceda à sa charge , &fut ensuite
premier President de Dauphiné ,
Ala page gg. au lieu deMes
fieurs vos Neveux , liſez , Mrson
fils unique , eft receu depuis peu
Maistre des Requeſtes avec dispense
394 MERCURE
3
d'age, & il marchefur les glorienfes
traces de Mrfon pere .
APOSTILLE.
Le Volume du Journal du
Siége de Briſack, qui devoit paroître
avec le mercure de Septembre,
&qui n'a pu être achevé
n'étant point donné comme une
choſe nouvelle ; mais comme un
morceau d'Hiſtoire dont on a
ſouvent donne de pareils , non
pas quelques mois , mais fouvent
des années aprés la priſe
des Places dont on a décrit les
Siéges ; on eſt perſuadé que le
Volume qu'on a promis , ne ſera
pas trouvé moins curieux ,
quand au lieu de paroître au
premier jour d'Octobre , il ſera
GALANT 395
donné au Public au premier de
Novembre , ou même au premier
de Decembre : Enfin il
paroîtra immancablement avec
le premier Mercure qui ſeradebité
; mais il eſt incertain fi
l'Auteur ne prendra pas un
mois de Vaccances , à cauſe
du mal de yeux , dont il a le
malheur d'être affligé depuis
neuf ou dix mois ; ſi cela arrive
, il ne paroîtra rien de luy
juſqu'aupremier de Decembre ;
mais en ce cas il reſſerrera
dans un ſeul Mercure les Nouvelles
de deux mois , ainſi quand
il n'en paroîtroit point au premier
Novembre , ceux qui auront
des Memoires à donner ,
doivent les envoyer à l'ordinaire
; puiſque ( ſi ce qui eſt en
396 MERCURE
core incertain ) on ne donnd
point de Mercure au premier
de Novembre , il en paroîtra
infailliblement un au premier
de Decembre , qui contiendra
les Nouvelles des deux mois
precedens. Ce Mercure ſera
accompagné du Volume , qui
contiendra le Journal du Siége
deBriſack.
AVIS.
Si avant que ce volume ſoit
relié on apprend quelque nouvelle
importante , on la trouve.
ra à la finde la Table.
TABIE.
TABLE
PRélude qui contient desfaits cuvieux.
Ordre de la Toiſon d'or donné
Mr leMaréchal de Boufflers.
Serment prètépar les Chevaliers de
- Dame de
18
Morts. 28
Hymne. 35
l'Ordre de Nostre
zare. 41
'Lettre à Mr l'Archevêque de Nara
bonne. 43
Mariage. 56
Montcarmel & de Saint La-
Agréement donné pour la Charge de
premier Président de la Cour des
LI
TABLE.
Madrigal.
Aydes de Montauban
Secret pourformer un nouvel Ordre
d'Architecture AT 62
Les entretiens de Pagreablefocieté.
MicroscopeMicrométrique.
Bouquet.T
69
72
7.7
86
Prise d'habit. - 83
Abbaye donnée १०
Doyenné d'Ypres donné. 97
Chiffre impenetrable. 100
La Goutte Curable... 112
Arrivée de Mr le premier Président
d'Alon à Bordeaux. 116
Lettre fur la nomination de ce Préfident.
124
Dialogues des Animaux . 128
L'homme déguisé, Satyre. 130
Détail de la Campagne de Mr de Vendome. 138
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le