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MERCURE
GALANT
DEDIE'A MONSEIGNEUR
HELTE
LYON
LE DAUPHIN
▲ O UST, 1703 .
DEA
VILLR
THEQUE
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Sale du
Palais , au Mercure galant.
Comm
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure,ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffle prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veaufe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCIII .
Avec Privilege du Roy.
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Kolume du Mercure , puis
quemalgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye.
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufequ'il y en a quantité
AU LECTEUR
de defigurez, eftantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient
corrects
. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, que l'on employera
tous les bons Ouvrages
à leur
tour, pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
AOTREGUE
LYON
AO UST
1703 1893
*
L
'Ouvrage qui fuic
vous fera plaifir , puif
qu'il regarde un Monarque
que les jaloux de fa
gloire ne peuvent s'empê
cher d'admirer
.
DE
L
VILLE
A iij
6 MERCURE
SUR LES GRANDES
choſes que le Roy a faites
pour la confervation de la
Monarchie d'Efpagne.
2
AV ROT
POEME.
UEL éclat furprenant de gloire ,
& de puiffance ,
T'environne ou tefuit , grand Roy ,
dés ta naiffance ?
Treize luftres t'ont fait de puiffans
Ennemis ,
"Il eft vray : mais toujours ou vaincus
ou foumis
GALANT
7
•
Ils ont à leurs dépens fenti de ta
vaillance
Et les mêmes effets , & la même
conftance.
Cependant animez d'un mouvement
jaloux ,
Ils redonnent l'effor à leur premier
courroux .
Vainement leur fureur paroiffoit
appaifée ,
De fes feux renaiſſans l'Europe
eft ' embrafee.
Ils ne peuvent fouffrir, qu'en faveur
de fes droits
Tu deffendes ton Fils , Toy ? qui
deffens les Rois.
Le Batave orgueilleux , l'Albion
infidelle , [ relle ,
Injuftes Partifans d'une injufte que-
Contre luy , du Germain prenant les
interefts ,
A iiij
8 MERCURE
Penfent- ils arrefter le cours de tes
progrés ?
Non : cette Hydre , Grand Roys
tant.de fois étoufee
Renouvelle à ta gloire un illuſtre
Trophée.
Laiffe , laiffe à leur gré s'acharner
ces ingrats ?
Ils n'ont pas oublié de quel poids
eft ton bras.
་
Ils le verront armé de la même puiffance
[ mence.
Refufer à leurs cris ta premiere cle-
La Juftice , appuyant tes deffeins
genereux ,
Intereffe le Ciel à répondre à tes
voeux .
Sans rechercher l'appuy du perfide
Heretique
Le coeur de tes Sujets et ton fetours
unique .
GALANT
9
A leurs foins empreſſez, pour garder
tes Etats ,
Tu joins , quand il te plaift , la
force de leurs bras.
Tutrouve dans leur zele une entiere
afſurance ,
Une invincible ardeur , une forme
conftance.
Et pour en feconder les valeureux
travaux >
Tonfang , ton propre fang , t'offre
plus d'un Heros.
Ouy tes Fils imitant ton audace
guerriere ,
Comme toy de bonne heure entrent
dans la Carriere ,
Soldats.
L'un traverse les Mers , & quitte
fes Etats ;
Sur le Pò , fa prefence enhardit fes
Oubliant les douceurs dont l'hymen
le partage ,
ToΙΟ MERCURE
Méprifant les dangers d'un penible
voyage ,
Il vole à la Victoire , & le fer à
la main
Il combat , il poursuit & deffait le
Germain . [ Lonne
A le voir affronter les perils de Bel-
La Vertu luy devoit , ce que le
Sang luy donne :
Adoré de fon Peuple , & chèri de
fa Cour,
Il est né pour en eftre & la gloire
& l'amour.
L'autre expofe fes jours dans les
·P
laine Belgiques ,
i
Et fon bras fecondantfes tranſports
beroiques ,
Fait trembler le Batave & de
crainte , & d'effroy ,
Où jadis en Vainqueur tu lay donnas
la Loy.
GALANT II
N'est-cepas couronner les brillantes
premices ,
Du concours glorieux de tes heureux
aufpices !
Qu'il eft bau de les voir , pleins
d'une noble ardeur
A tes yeux retracer ta naiẞante
valeur ;
Et par d'illuftres faits ébauchanı
leur Hiftoire ,
A l'Vnivers entier reproduire ta
gloire : [ deftin ,
Impatiens d'atteindre à tonfameux
N'en ont-ils pas trouvé l'infailli
ble chemin ?
Ah! qu'ils rempliffent bien , Grand
Roy , ton esperance !
Mais tandis que pour l'an tu con
ferves la France ,
Tufais proteger l'autre , en cefus
perbe rang >
12
MERCURE
Où l'appelle le Ciel , où l'eleve fon
Sang.
Envie oppoſe en vain l'artifice &
la brigue ,
A fes laches complots tu fçais mettre
une digue ;
Elle a beau remuer mille refors
divers ,
D'une Flote nombreuse allarmer
l'Vnivers
,
Dans fa haine engager& le Phare
, & le Mole
Répandre fon venin de l'un à l'autre
Pole ;
[ Fils
,
Attifer
dans
la Cour
de ton augufte
Le feu , que dans
leur fein
cachoient
fes
Ennemis
>
Et d'un torrent groffi de revolte &
de
rage
S'empreffer d'inonder de l'Ebre jufqu'au
Tage ,
GALANT 13
Ta prudence , Grand Roy, paße an
delà des Mers ,
Et leur porte des coups qui forgerontleurs
fers
De leurs traitres deffeins la trame
découverte ,
Eft le tiffufatal de leur prochaine
perte.
Ce prefage eft le fruit du fort de
Luzarra.
[ talla ,
Son funefte debris menaçant Guaf-
Et frapant les Lombards d'unejufte
épouvente ,
A déja penetré jusqu'aux Portes
de Trente.
A tant de hautsprojets formezpar
ton grand coeur
On reconnoit le Pere , où le Fils eft
Vainqueur !
Cadiz doit s'en loüer; cette importante
Ville
14 MERCURE
Donne aux Trefors de l'Inde un
favorable agile.
En vain pour les ravir, en Pýrates
fameux
Zes Alliez y fontpleuvoir d'horri
bles feux ;
Mais trouvant dans ce Port , fierté,
vigueur , courage ,
La fuite leur tient lieu d'un fi ri
che pillage. [ peritez !
Ah ! que vois -je ajoûter à ces prof
Le Ciel fans doute agit pour toy
de tous coftez !
D'inacceffibles Monts , des reduits
formidables ,
Et toujours redoutez & toujours redoutables
,
"
S'entrouvrant aux efforts de tes
vaillans Guerriers ,
Au milieu des Cyprez les couvrent
de Lauriers,
GALANT IS
Ze Danube bientoft verra fur fon
Rivage ,
Zesglorieux effets de ce hardy paf-
Sage.
Et de tes Efcadrons redoutant les
regards ,
N'aura comme le Rhin que de foibles
Remparts.
Peut- on mieux foûtenir l'éclat du
Diademe !
Vn Heros , fi long - temps peut- il
eftre le même !
Ouy : nous voyons , Grand Roy, que
parmy tant d'exploits ,
Tu n'est pas moins Louis , aujour
d'huy, qu'autre fois.
PRIERE POUR LE ROY .
Renouvelle , Grand Dieu , ta faveur
ordinaire #
16 MERCURE
Pour un Roy, l'exemple des Rois ;
Il combat pour Jon Fils , il en foutient
les droits >
Cette Guerre , Seigneur , peut- elle
te déplaire ?
Soumis à ta divine Loy ,
'Il ne veut d'autre appuy que toy ,
Et confie en tes mains le fuccés de
fes Armes
Dilipe ces complots jaloux ,
Qui s'attaquant à luy , redoublent
nos allarmes
Et conferve ce Roy, pour nous confer
ver tous.
Je ne fçay point le nom de
l'Auteur de cet Ouvrage , on
m'a feulement afluré qu'il eft
établi à Arras. Il me paroist
que ces Vers ont efté faits
GALANT 17
pour le Prix qui doit eftre de .
livré à l'Academie Françoiſe
le jour de la Fefte de S. Louis.
Je dis qui doit cftre délivré ,
puifque les Lettres que je vous
envoye à la fin de chaque
mois font commencées un
mois avant que vous les receviez
.
Vous trouvaftes dans le
premier . Article de ma der .
niere Lettre , des Nouvelles
de Perfe , vous en trouverez
du Caire dans celle- cy .
Aouſt 1703.
B
18 MERCURE
EXTRAIT
d'une Lettre du Caire ,
Novembre 1702 .
du 24
Je crois vous avoir mandé
le fujet dufoulevement des Dámietains
contre les Francs. A
l'égard de la punition des Rebelles
il y a bien des choses à
dire , car
Primo , bien que ce pays , cy
foit uneconquefte du Grand Sei .
gneur , il s'en faut beaucoup
que fon autorité y foit respectée
comme ailleurs , fans parler que
de tout temps , les Egiptiens ,
GALANT 19
& fur tout ceux qui font vers
la Marine , ont l'esprit naturellement
porté à la fedition .
Secundo , Prefque toute la
puiffance refide , non pas dans
les Pachas , mais dans les
corps de Milice , qui font au
nombre de fept : dont celuy des
Faniffaires eft leplus redoutable .
Tertio , Le Pacha n'a qu'u .
ne autoritéfort bornée.
Quarto , Les Puiffances qui
pourroient arrefter les defordres
dans leur naiſſance , font ravies
de les fomenter afin d'avoir
lien de chaftier les gens par la
bource qui eſt la punition la plus
Bij
20 MERCURE
rude la plus ordinaire parmi
les Turcs.
Quinto , En pareille occa
fion , la depoüille fe partage , le
Pacha en a une part , le corps
des faniffaives une autre , &
les autres Puiffances à proportion
de leur credit.
que
que
Je vous diray pour nouvelles,
le Nil a creu cette an.
1
née d'enuiron neuf pouces plus
l'année derniere , & cequ'il
y a de meilleur , eft qu'il s'eft
tenu fort long temps dans fa
grande hauteur , & qu'il a donné
le moyen de faire innonder
les terres les plus éloignées , ainſi
GALANT 21
nous aurons fuivant les appa .
rences unetres bonne recolte l'an:
née prochaine : l'Ardeb de bled ,
qui est une mesure de plus de
trois cens pefant de nos livres de
Paris , fe vend encore à prefent
dix francs de noftre monnoye ,
& ne coutoit qu'environ quatre
livres dix fols , il y a quinze
mois , parce que la derniererecolte
n'ayant pas efté abondante , tous
les grains & les legumes ont
augmenté de prix.
On ne s'eft point encore aper
gu icy des fraicheurs ordinaires
de la faifon où nous fommes , &
la chaleur extraordinaire qu'il
22 MERCURE
R
fait a obligé ceux qui par coû.
tume avoient deja pris leursfou ·
rures , à les quitter.
J'oubliay à vous dire le
mois paffé qu'un party de 22.
Volontaires
de la Compagnie
franche de Mrle Comte
de Caylus , Commandant
dans Dieft , ayant attaqué
quatre - vinge Païlans , qui -
s'étoient retranchez dans un
Cimetiere , les avoit forcez
la bayonette au bout du fufil.
Ce Village n'avoit ja
mais contribué, le Partifana
enlevé leurs drapeaux , leurs
tambours , & amené les ôra
GALANT 23
ges à Dieft. Un autre party
s'eft battu contre quator
ze Maraudeurs des ennemis,
il les a entierement defait ,
& fait fept prifonniers ; ce
même party qui n'étoit que
de quatorze hommes ; a
pouffé encor plus avant dans
le pays ; & ayant appris qu'il
y avoit trente cinq Hollan
dois dans deux granges , il
les a chargez fi vigoureufe .
ment qu'il a fait trente
priſonniers , & a tué un Ser.
gent , & caffé la cuiffe à un
foldat : enfin il ne s'en eſt
fauvé que trois hommes , il
24 MERCURE
n'y a eu dans toutes ces expeditions
qu'un Volontaire
bleffé legerement
.
Quoy qu'il y ait dans toutes
mes Lettres plufieurs ar
ticles de morts de confideration
, le nombre s'en trouve
toûjours fi grand que je
fuis obligé d'en relerver
pour le mois fuivant ; ainſi
Ceux que vous allez lire
devoient vous avoir efté envoyez
le mois dernier. Quoy
que ces articles foient triftes ,
ils ne laiffent pas d'eftre curieux.
Dame Charlotte d'Heuf
fonville ,
GALANT 25
fonville de Nettancourt &
Aubecourt , veuve en premieres
nôces de Mr le Marquis
de Foy Seigneur du Vigean,
Gouverneur de Sainte
Menehoult , de l'ancienne
maiſon de Pouffart de Vigean
du Poitou , & en deuxièmes
'de Mr. le Comte de l'Aubefpin
de la maifon de Battefort
Romelay , du Comté de
Bourgogne , eft morte d'a-
'poplexie , dont elle avoit
déja eu plufieurs attaques .
Cette Dame avoit le coeur
droit & bon , un grand uſa .
du monde , où elle avoit
Aoust 1703 .
ge
C
26 MERCURE
fait autrefois une figure con
fiderable
>
& où fa beauté
avoit fait beaucoup de bruit,
elle étoit foeur de Meffieurs
de Vaubecourt , & elle étoit
fortie du premier mariagede
feu Mr le Comte de Vaube.
court Lieutenant general
、
ช
des Armées du Roy , &
Gouverneur de Perpignan ,
avec Dame N ... du Vergeur
Saint Souplait . Mada .
me de Thuifi, Maiftreffe des
Requeftes étoit de ce mê.
me lit , auffi bien qu'une
foeur qu'elles avoient , qui
eftoit Abbeffe en ChampaGALANT
27
gne à deux lieuës de Vaubecourt
, & qui eftoit dans
une haute eftime : Cette Da.
me avoit une foeur du fecond
lit qui lui fucceda , & elles
eftoient toutes petites filles
de Mr le Comte de Vaube,
court Chevalier des Ordres
du Roy , qui prit la fameuſe
Ville de Javarin fur les Turcs
en 1598.
Madame la Comteffe de
l'Aubefpin perdit fon premier
mary dans une grande
jeuneffe , elle en eût Mr le
Marquis de Faure , qui demeure
en Poitou , & Ma
Cij
28 MERCURE
•
dame de Faure Religieufe
Carmelite au Convent de la
ruë de Grenelle ; c'est une
Dame d'une grande vertu ,
fort confiderée des plus
grands Seigneurs de la Cour.
Feu S. A. R. Monfieur l'al
loit voir ſouvent , & elle eût
l'honneur de reecvoir le voile
des mains de la feuë Reine
. Madame de l'Aubefpin
a eu de fon fecond mariage
Mr le Marquis de l'Aubel.
pin , qui a eſté Chevalier
d'honneur au Parlement de
Befançon , chargé qu'il avoit
herité de fes Ancestres ; il a
GALANT 29
•
foeur
des enfans de Dame N ...
de S. Mauris de .
de Madame de Montbarré ,
& auparavant épouse de Mr
le Comte de Quignonéz ,
l'aîné des enfans de Mr le
Marquis de l'Aubeſpin , eſt
élevé au College Mazarin .
Madame la Marquife de
Montmorenci eft auffi fortie
de ce mariage ; c'est une
Dame qui a autant de merite
que de beauté , de beauté , & qui a
eu le malheur de perdre fon
Epoux depuis quelques mois
qui ne luy a point laiffé
d'enfans . Madame la Com-
C iij
30 MERCURE
teffe de l'Aubefpin a efté
enterrée dans l'Eglife de S.
André des Arts (a Parroiffe.
Elle eftoit belle- foeur de feüe
Madame la Ducheffe de Ri
chelieu , qui eftoit foeur de
feu Mr le Marquis de Faüre ;
cette Ducheffe avoit épousé
en premieres nôces Mr le
Marquis de Pons , dont elle
avoit eu un fils qui a efté
tué , elle a efté Dame d'honneur
de la Reine , & enfuite
de Madame la Dauphine ,
elle defcendoit de ce bon
Seigneur de Vigean , qui fut
fi eftimé du Roy Louis XI.
GALANT
31
& qui étoit dans une fi grande
confideration en cette
Cour.
Meffire Claude Richard ,
Seigneur de la Baroüilliere ,
Doyen du Grand Confeil , eft
mortâgé de quatre vingt onze
ans . Il avoit efté reçu dans
fa Compagnie en 1638. Mr de
la Baroüilliere eftoit un Juge
confommé dans la connoiffance
des devoirs de fa Charge
, & dans la pratique des
vertus chreftiennes . Il n'eft
pas le feul de fa famille qui
s'eft diftingué dans la Ma❤
giftrature. Simon Richard
C iiij
32 MERCURE
un de fes grands oncles , fut
une des lumieres du Confeil
Delphinal , qui cft aujour
d'huy le Parlement de Grenoble
. Mr de la Baroüilliere.
avoit une grande refignation
aux ordres de Dieu , il en a
donné des marques bien certaines
dans les derniers jours
de fa vie. Il eftoit fort eftimé
dans le grand Conſeil , & il
Y eſtoit fort aimé de fes Confreres.
Madame la Marquife
de Martel , cette belle Dau .
phinoife , eft fa proche pa
rente. Mr de la Baroüilliere
s'eftoit attaché à la JurifpruGALANT
33
dence avec beaucoup de fuc
cés. Ses lumieres eftoient
vives & épurées , & il ne prenoit
jamais le change dans
les affaires de la plus difficile
difcuffion.
. Mr le Comte de Levarey
eft mort à Paris dans l'Hôtel
de Tarane. Il eftoit frere de
feu Mr le Marquis de Levarey
, qui eftoit fon aîné , &
ils eftoient fortis d'une des
plus anciennes Maiſons du
Pays du Maine. La Maiſon
deVaux dont il eftoit, eft con
nuë par tout le Royaume ,
& par l'antiquité de fon exe
34 MERCURE
traction & par les grands
hommes qu'elle a produit.
Mr le Comte de Levarey n'a
point laiffé d'enfans de Madame
la Comteffe de Leva¬
rey , qui eft d'une des meilleures
Maifons de Bretagne.
Il a fait heritier Mr le Marquis
de Levarey fon neveu
lequel a auffi herité depuis
quelques mois de Mr le Mar
quis de Levarey fon frere aîné
qui mourut au Maine par
un tragique accident , fans
avoir efté marié, Mr. le
Marquis de Levarey quitta à
la mort de fon frere , l'eftat
GALANT 35
Ecclefiaftique , auquel il s'é
toit deſtiné , & aux maximes
duquel il s'eftoit formé dans
le Seminaire de Saint Magloire
, où il avoit demeuré pendant
plufieurs années , & dans
les Ecoles de Sorbone , où
il avoit même pris le degré
de Bachelier . Il eft fils de
feu Mr le Marquis de Levarey
& de Dame N .... de
Nargone d'une tres ancienne
Mailon , & qui a épouſé en
fecondes Noces Mr le Comte
de Broc. Cette Dame a
l'honneur d'appartenir de
fort prés à Madame la Du
36 MERCURE
cheffe d'Angoule fme , qui eft
auffi Nargone Mareuil. Ily
avoit un Chevalier de Levarey
au Siege de Rhodes qui
s'y diftingua fort , & qui
tua même le General des
Turcs.
Meffire François de Bragelogne,
Chevalier , Seigneur
de Hautefeuille , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
de feu Son Alteffe Royale
Monfieur le Duc d'Orleans
Oncle du Roy. Il avoit acquis
beaucoup de gloire dans
le fervice , & il eftoit fort efti.
mé dans les Troupes. Il eftoit
GALANT
37
Chevalier de l'Ordre de Sainc
Lazare & de Mont Carmel.
11 touche de fort prés , com.
me vous fçavez , à Madame
la premiere Prefidente de
Rouen. La Maiſon de Brage;
logne s'eft toûjours diftin
guée dans la Robe & dans
l'Epée. Georges de Bragelogne
commandoit un Camp
volant à la Bataille de Cou .
tras : Elle ne s'eft pas moins
diftinguéedans l'Eglife , Pierre
de Bragelogne fe trouva au
Concile de Florence , quoy
qu'il ne fuft que fimple Prê.
tre : il y harangua plufieurs
38 MERCURE
fois. Ceux de la Robe de cette
famille font affez connus ,
& plufieurs Auteurs en par
Lent.
Meffire Touffaint Bond
neau , Chevalier , Seigneur
de Rubelles , ci - devant Confeiller
au Parlement , eft mordans
le détachement parfait
des grandeurs humaines , il
avoit apris à s'en détacher de
bonne heure , & ce n'eft que
l'amour du repos , & dans
l'efprit de fonger avec plus de
loifir à l'affaire de fon falut ,
qu'il avoit quitté le Parle
ment où il eftoit confideré
GALANT 39
extraordinairement . Mr de
il
Rubelles n'avoit point d'ambition
, il n'a tenu qu'à luy de
fuivre des penfées plus flareua
fes , mais jamais fon coeur
ne fut touché des offres ávan
tageufes qu'on luy fit du côté
de la Cour, uniquement occupé
du foin de fon falut ,
ne penfa qu'à fe renfermer
dans fa maiſon pour fonger
uniquement au falut de fon
ame. M' de Rubelles def
cendoit de perfonnes qui
s'eftoient diftinguées dans la
Robe , & dans l'Epée. Il n'eft
pas extraordinaire de voir
40 MERCURE
des Magiſtrats de fon nom
'dans les premiers emplois de
la magiftrature. Noël Bonneau
fut dans le feiziéme
Siecle , une des plus via
ves lumieres du Parlement
de Paris , il s'y diftingua
dans les temps orageux
par fa fidelité , qui fut fou
vent mife à de delicates
épreuves : mais jamais il ne
broncha dans la foy qu'il
avoit voüé à ſon veritable
Prince , il mourut empoison.
né par les pratiques criminelles
des Ligueurs aufquels
une vertu fi pure faifoit de
GALANT
41
terribles
ombrages .
Le Docteur Hyde eft auffi
decedé ; c'eftoit l'ornement
de l'Angleterre , & il y avoit
peu d'hommes auffi diftinguez
que luy par leur fçavoir ,
perfonne n'a jamais mieux
fçû les Langues Orientales :
Son érudition & la connoiffance
qu'il avoit de l'antiquité
éclatent dans les ouvrages
qui nous reftent de luy. Son
Traité de Ludis Orientalibus ,
eft remply d'une profonde
érudition & enrichi de belles
& fçavantes découvertes .
L'Hiftoire qu'il a fait inquar,
Aouſt 1703.
D
42 MERCURE
to de la Religion des Perfes
n'eft pas d'un moindre prix.
Ces deux ouvrages font
en quelque maniere fes dernieres
productions & les der .
niers effets de fa Muſe mou.
rante ( pour parler le langage
des Poetes ) car il les fit imprimer
à Oxfort en 1701. м
Hyde s'eftoit fort attaché à
la lecture de Tacite dés fes
plus tendres années , & c'eſt
dans cet illuftre Romain
qu'il avoit puifé toutes les
excellentes lumieres qu'il
avoit fur le Gouvernement
des Etats , & la Politique des
GALANT
43
Princes : On dit même qu'il
avoit voulu fur la fin de fa
vie commenter le fameux
Traité de Cive de Thomas
Hobbes . On fçait les liaiſons
que Mr Hyde encore fort
jeune avoit eu avec Hobbes
qui eftoit alors fort vieux ;
on regardoit même м ' Hyde
comme le Diſciple de cet
Epicurien , pour ne pas dire
quelque chofe de plus , cette
liaiſon ne fit pas même beaucoup
d'honneur à la Religion
de M'Hyde ; mais la conduite
qu'il tint depuis la mort de
Hobbes , & les fentimens
Dij
44 MERCURE
qu'il a confervé jusqu'à la
mort l'ont fait regarder comme
un zelé Anglican .
>
a
M' l'Abbé de Beaulieu ,
Comte de Rommecourt
été mis au nombre des morts
dans une Gazette de Bruxelles
du mois de Janvier dernier
: Cependant cet Abbé
qui peut vivre encore longtemps
n'ayant que trente.fix
ans , s'eft reffufcité lui même
en donnant à plufieurs de
fes amis des nouvelles de fa
fanté. Lorfque quelque ma
riage, quelque mort ou quel
que action d'éclat me donneGALANT
45
ront lieu de vous parler de
la maison de Romecourt ,
vous verrez qu'elle n'eſt pas
moins ancienne qu'elle eft
illuftrée .
Les Vers qui fuivent que
vous trouverez tres - beaux
ont efté faits pour une jeune
Veuve.
2
ODE .
Vel respect imaginaire
Pour les cendres d'un Epoux
Vous rend vous - même contraire
Avos defirs les plus doux ?
Quandfa courfefut bornée
Par la fatale journée
46 MERCURE
Qui le mit dans le tombeau ,
Penfez- vous que l'Hymenée
N'ait pas éteint fon flambeau ?
2
Pourquoy ces fombres tenebres
Dans ce lugubre reduit
Pourquoy ces clartez funebres
Plus affreufes que la nuit ?
De ces noirs objets troublée
Trifte , & fans ceffe immolée
Ade frivoles égards ,
Ferez- vous un Maufolée
Le plaifir de vos regards ?
2
>
Voyezles Graces fideles ,
Malgré vous ,fuivre vos pas ;
Et voltiger apiés elles
L'Amour qui vous tend les bras :
Voyez ce Dieu plein de charmes
Qui vous dit , lesyeux en larmes
Pourquoy ces foins fuperflus ?
GALANT 47
Pourquoy ces cris , ces allarmes ?
Ton Epoux ne t'entend plus .
S
Afa triste destinée
C'est trop donner de regrets ,
Par les larmes d'une année
Ses Manes fontfatisfaits.
De la fidele Matrone ,
Que l'Antiquité nous prône ,
On vous à vu le dégoût.
Mais pour l'honneur de Petrone
Imitez- làjufqu'au bout:
S
Si votre premiere flame
Eut jadis un cours fi beau ,
Il doit enhardir vôtre ame
A brûler d'un feu nouveau.
Plus d'un bonheur fi paisible
La perte vous fut fenfible ,
Plus vous devez afpirer
Au feul remede infaillible
48 MERCURE
Qui la puiffe reparer.
S
Dela Veuve de Sichée
L'hiftoire vous a fait peur ;
Didon mourut attachée
Au char d'un Amant trompeur :
Mais l'imprudente mortelle
N'eut à fe plaindre que d'elle ;
Cefut fa faute en un mot.
A quoyfongeoit cette Belle
De prendre un Amant devot ?
2
Pouvoit - elle mieux attendre
De ce pieux Voyageur ,
Qui fuyantfa Ville en cendre
Et le fer du Grec vangeur ,
Chargé des Dieux de Pergame į
Ravitfon Pere à laflame
Tenant fonfils par la main ,
Sans prendre garde à fa femme
Qui fe perdit en chemin
Sous
GALANT 49
S
Sous un plus beureux auſpice
La Deeße des Amours
Veut qu'un nouveau facrifice
Luy confacre vos beaux jours
Venez donc. Qui vous arrefte ?
Pour paroiftre à cette Fefte ,
La Deeffe s'embellit .
Je voy la Victime prefte
Le miftere s'accomplit.
S
Tout confpire à l'allegreffe
De cet inftantfolemnel
Une riante Jeuneſſe
Folatre autour de l'Autel.
Les Graces à demi- nuës
Aces dances ingenuës
Mêlent de tendres accens ,
Et fur un Trône de nuës
Venus reçoit voftre encens .
Aouſt
1703. E
50 MERCURE
Jamais on ne donna tant
de culture à l'efprit , & on
peut dire , que le regne du
Roy ne le cede en rien à celuy
d'Augufte , qui fut pourtant
le plus floriffant de tout
l'Empire Romain . Puifque
jamais on n'a tant cultivé
les belles Lettres , que fous
ce regne on voit tous les
jours paroitre quelque Ou .
vrage nouveau , qui marque
le goût declaré de noltre na .
tion pour les Sciences : le
P. Hommey Auguſtin vient
d'en publier un qui ne fera
pas renfermé dans l'enceinte
GALANT SI
du Royaume. La Langue Latine
, dans laquelle il eft
écrit , luy donnera cours dans
toute l'Europe ; les matieres
d'ailleurs que ce fçavant Religieux
y traitte avec tant
d'habileté& tant de delicateffe
luy affurent un grand fuccés,
Le Diarium hiftorico litte .
rarium fera d'une grande utilité
pour la Republique des
Lettres ; fi l'Auteur , comme
il nous le fait efperer ,
veut bien continuer fon deffein
. La moitié de ce premier
Volume contient l'Hif
toire de noftre temps , & les
Eij
52 MERCURE
principaux évenemens arrivez
de nos jours
le tout
écrit dans une latinité pure ,
fleurie , & tres exacte ; dans
une latinité enfin tres - digne
d'être comparée à celle du P.
de l'Eloquence Romaine , on
peut juſtement comparer cet
Ouvrage en ce qui regarde
l'Hiftoire journaliere de l'Eu
rope au Mercurius gallo belgi .
cus , au Mercure François &
aux autres Ouvrages de cette
nature.
Mais ce qui fait comme
une feconde partie de cet
Ouvrage , n'intereffe pas
GALANT
53
moins les curieux , je parle
de ceux qui s'attachent aux
Sciences; le P. Hommey nous
donne donc un precis trescirconftantié
des Ouvrages
dont l'on a enrichi la Repu.
blique des Lettres dans ces
derniers temps ; le jugement
qu'il en porte eft tres folide,
& on juge ailément en lifant
cet Ouvrage , que perfonne
n'est plus verfé dans la litterature
, que ce fçavant Reli .
gieux : il en parle en Maître,
& ce qu'il en dit , il le dit ,
dans une pureté , une fineffe ,
& une delicateffede langage ,
E iij
54 MERCURE
où peu de perfonnes qui ont
écrit dans la même langue
font parvenus de nos jours.
On doit regarder ce nouveau
Diarium comme un Mercure
latin , & comme un Journal
des Sçavans latin ; & je ne
doute point que le fçavant
Auteur des Acta eruditorum de
Leipfick , n'avoüa de bon
coeur ce nouveau Journal ,
qui eft en quelque maniere
forti du fien , puifque c'est
le méme Plan , & que c'eſt
le feul qui eft écrit dans la
même langue Le P.Hommey
donnera fon Journal tous les
GALANT
55
fix mois , on le trouve chez
le fieur Ribou à la defcente
du Pont- neuf.
Une perfonne de voſtre
aimable fexe vient de donner
au Public un petit Livre
qui en a efté tres.bien receu ,
l'Erudition enjouée qu'on trou
ve chez le fieur Ribou , c'eſt
un petit Recueil de nouvelles
fçavantes , galantes , &
critiques L'on y trouve d'a.
bord un Jugement exact &
folide fur plufieurs Ouvrages
d'un merite reconnu , on
juge par ces traits de l'éten
due des connoiffances de ce
E iij
56 MERCURE
fpirituel Auteur . Ces nouvel
les de l'Empire des Lettres
font d'autres plus enjoüées ,
qui ne feront peut eftre pas
autant du gouft des Sçavans ,
que de celuy des Dames à
une grande Hiftoire écrite
avec beaucoup d'art & de
pureté fuccedent quelques
traits de plaifanterie , qui font
comme la troifiéme partie
de ce petit Ouvrage , on découvre
que c'est une critique
fine & deliée de quelques .
preticules , & de quelques
Dames fçavantes , & il eft,
ailé de comprendre
que ces
GALANT 57
portraits ne font pas de fantaifie
, qu'ils ont leurs origi
naux , mais il ne l'eft pas d'en
faire l'application à cauſe du
grand nombre de Dames ,
qui fe piquent aujourd'huy
de Science . L'Auteur a peint
ces demi fçavantes avec beau
coup de delicateffe , & on
juge de celle de fon pinceau
par cette legere ebauche. II
n'eft pas furprenant de voir
fortir des Ouvrages de la
plume de cette fpirituelle Da
me , elle en a fait beaucoup
en Profe & en Vers qui ont
efté fort applaudis , & on ne
ww
58 MERCURE
fçait dans lequel de ces deux
genres d'écrire elle s'explique
mieux ; le talent declaré
qu'elle a pour la Poëfie la
fait choifir par deux celebres
Academies pour en eſtre un
des plus illuftres membres.
Aprés y avoir emporté plufieurs
prix , & elle vient d'honorer
le tombeau d'une il.
luftre amie par une ingenieufe
fiction qui a eſté tres applaudie
, je crois que vous
la reconnoitrez
à ces traits ;
il ne m'eft pas permis de vous
en dire davantage ; comme
cet Ouvrage a esté en quelGALANT
50
que maniere
publié
fans fa
participation
, puiſque
c'eſt
une Lettre
qu'elle
écrivoit
à
une Dame
de fes amies
en
Eſpagne
, elle ne l'avoue
pas
tout à fait , ainfi je ne dois
pas bleffer
en la nommant
les loix de la difcretion
.
LETTRE
SUR LA BAGATELLE
.
Ennuyé
de ne jamais met-
Ε
tre
Que redites dans une Lettre
Je viens de creuſer mon cerveau
Pour te fervir enfin de quelque
fruit nouveau
.
60 MERCURE
Caraprès tout, cher Amy ,faut il
toujours écrire compliment fur
compliment te gronderfans ceffe de
ne recevoir jamais affez souvent
de tes nouvelles , paroître inquiet
d'une fanté que je crois parfaite.
ment bonne , paffer de cette inquietude
mal digerée à l'offre de
Services que tu fçais t'eftre entie .
rement acquis , & par une heu .
reuſe caſcade tomb: r au treshumble
ferviteur , ou ferviteur
tres humble. Belle conclufion !
Faut il enfuite digne imitateur
de certaines gens me glorifier à
demy- bas fi je n'ay pas de grands
talens d'avoir du moins celuy de
bien écrire ? Non , mon Cher.
GALANT 61
Quand je devrois chez toy paffer
pour ridicule ,
Quand tu m'ordonnerois de fuivre
le grand train ,
( C'eſt en dire beaucoup ) tu le
ferois en vain .
Certain invincible fcrupule
M'empêcheroit de t'obeïr ,
Et tu ne devrois pas ( je penſe )
m'en haïr.
Ne t'en déplaife , je vais dans
la fuite m'émanciper dans mes
Lettres. Tuy trouveras toujours
quelques morceaux de Differta.
tion , petits traits d'Hiftoire ;
enfin quelque chofe qui forme entre
nous un commerce moitié Litteraire
, moitié Badin , où rez
62 MERCURE
gnent chacun à leur tour l'utile
& l'agreable ; je prendray un
fujet pour chaque Lettre , j'en
choifis déja un pour celle- cy , &
ee fujet ( le devineras tu ) eft la
Bagatelle . Voyons , examinons
un peu ce que c'eft: la Bagatelle ,
dira quelqu'un , eft le contraire
du ferieux…………. Et la vertu celuy
du vice , ajouteray . je. C'eſt
bien dit , mais nepeut onrien dire
de mieux . Si nous foutenions
que
c'eft ce qui n'est jamais utile……………
Cela eft faux , repliquera
t on ,
la Bagatelle fait faire fortune ,
fait vivre mille gens.
GALANT 63
Dequoy vivent les foux chez
tous nos grands Seigneurs
Dites -moy , dequoy fe repaiffent
t
Les Mouches de la table , ou les
Ecornifleurs ?
Dequoy fe nourriffent , s'engraiffent
Nouvelliftes , Muficions ,
Poëtes, & Comediens ,
Et mille autres encor ? dequoy ?
de Bagatelle ,
Sans doute , & la remarque eft
tres - ſpirituelle .
Convenez donc du moins
qu'une bagatelle eft tout ce qui
fait rire ou de luy même ou de
pitié, Point du tout ( me répond
ce Pilier critique du Parterre )
64 MERCURE
Je vais aux pieces...... cefont
de veritables bagatelles , & ce
pendant elles ne mefont rire d'aucune
de ces deux manieres . Je ne
Sçay donc plus ce que c'est que
Bagatelle.
la
Eft ce ce petit Gentilhomme
Qui fier de fa nobleſſe , entêté
de fon nom ,
M'en parle à tout propos fans
fujet, fans raifon ;
Eft- ce cette beſte de ſomme
Qui lit avec emphaſe un galimatias
Que toute la premiere elle ne
comprend pas ?
Eft- ce ce moderne Dorante
Qui ne parle jamais fans qu'il
feigne ou qu'il mente ,
GALANT 65
Que le ftupide Afron , même
Afron ne croit plus ,
Qui fi je le confonds , n'en eft
pas plus confus ?
Eft - ce ce Manteau court , dont
les galanteries
Font tant de bruit aux Tuilleries
?
Eft - ce.... mais je t'en dirois
tant
Que de ce long difcours tu ferois
mécontent .
Eft- ce ( il faut decider , la quefſtion
est belle )
Qu'appellez-vous la Bagatelle?
Les Falbalas , Pretintailles , Rubans
,
L'attirail feminin , les fuperbes
toilettes ,
Les ajuſtemens des Coquettes,
douf 1703..
F
66 MERCURE
Les mouches , dont on voit fe
les galans parer
L'équipage d'un petit Maiſtre ,
Les modes d'aujourd'huy , celles
qui pour paroiſtre
Efperent avoir leur tours
Ce Courtifan inconnu dans
Verſailles
Qui s'eft vanté d'avoir au premier
jour
Un habit à la pretincaille ;
Tous les Difeurs de rien qui
vaille ,
En un mot les Jeux & l'Amour,
Vous m'avouerez quefi j'étois
de ces illuftres Eleves de Bacchus
je coudrois icy une jolie chanfon
à fa louange , en disant que
sout eft bagatelle , & qu'il n'eft
GALANT 67
1
rien de folide que le vin. Mais
à propos , ne puis je pas mettre
dans ma cathegorie de Bagelles.
Ces faifeurs de chanfons pour
l'enfant de Silene
Qui n'ont jamais bu que de
T'eau
;
Erafte dans fes Vers épris pour
une Helene
Qui n'a jamais connu l'Amour
ny fon flambeau ;
Ce Cavalier qui fe renomme
Des faveurs que toujours luy
refufa Cloris.
Faites mieux , me dira Damis,
Oftez - en ces Meffieurs , & n'y
mettez que l'homme.
&
J'entens , Damis , tu veux que je
fuive tes pas ,'
Fij
68 MERCURE
Que j'aille m'ériger en Rimeur
fatirique :
Mais aprés Defpreaux ma trem-
Biante critique
En plein jour ne s'expofe pas.
que
l'homme ce chef.
Je demeureray pourtant d'accord
que la Bagatelle eft un des grands
refforts qui fait jouer la machine
du monde
,
d'oeuvre de la nature , ne fait
prefque rien où elle n'ait part ,
qu'elle afouvent entré dans le deffein
des actions lesplus heroïques ,
& qu'elle n'a caufé que trop
funeftes effers . C'est elle qui a une
fois mislaFrance l'Angleterre
deux doigts de leur perte ; qui
de
GALANT 69
neſçait la querelle que les fils des
deux Rois prirent ensemble au
jeu ; qui n'en a pas appris les terriblesfuites
? Qu'ellefit perir de bra
ves gens ! Le Sage nous a dit que
tour eft vanité ; en confiderans
tout ce qui fe paffe aujourd huy
dans le monde , on peut s'écrier de
même , tout eft Bagatelle. Tu
ne t'attendois pas à trouver icy
de la Morale fi ferieuse. Je re
jure mafoy que je nefongeois pas
non plus à la mettre ;
est du difcours comme d'untendre
engagement , fouvent il va plus
loin qu'on ne pense.
mais il en
On ne fçait pas lorsqu'il com,
mence ,
70 MERCURE
Par quel endroit il peut finir .
C'eft affez t'entretenir de Ba.
gatelle , Adieu , fonge que Baga.
telle à part je t'aimeray toû
jours.
L'Auteur de cet Ouvrage
fait voir en badinanc qu'il
connoit parfaitement
le mon
de , qu'il a de l'enjouement ,
de la
delicateffe , &
beaucoup
d'imagination
; s'il fe donn
la peine de faire tous les moi
une Lettre pareille à celle
queje vous envoye , & qu'el
le tombe entre mes mains
S
je ne manqueray pas de vous
GALANT 71
en faire part. On peut dire
que les bagatelles de ce galant
homme ne font rien
moins que bagatelles .
Les Vers fuivans ont été faits
par le P. Claufel, Jefuite , Mif
fionnaire depuis 34. ans , en
reconnoiffance de l'opera .
tion qui luy a efté faite par Mr
Raifin , Chirurgien & Penfionnaire
de la Ville de Touloufe
, pour les Operations
de la Pierre , où il s'eft ac.
quis tant de reputation que
le Pere dont je viens de vous
parler , âgé de prés de ſoixan72
MERCURE
te & fix ans , ayant efté invité
d'aller il y a quelques mois
pour fe faire tailler ,fe rendic
& confentit à fe faire faire l'o .
peration fuivant l'avis de fes
Amis , qui luy vantoient la
grande habileté & la grande
experience de Mr Raifin :
Elle parut dans l'opération
qu'il luy fit pendant laquelle
il tira vingt deux pierres à
ce Pere. Il fut gueri en vingtcinq
jours ,la maniere d'ope
rer cftant tres- fure & prefque
fans peril ; auffi a til tra .
vaillé fous le fameux Hierofme
Collot & fuivi pendant
plus
GALANT 73
plus de quinze années les
inftructions de feu m' Raifin
fon
pere.
AQuoyfert tout le bien du monde,
A quoy tous les Trefors de la
terre & de l'onde
Zorfque l'on manque de fanté ;
C'eft des biens naturels le plus confiderable
,
Si precieux fi fouhaitable ,
Qu'il ne fçauroitjamais eftre affez
acheté;
Cependant aprés Dieu , cher Raifin
, je confeffe
Etje fuis obligé de publier fans
ceffe
Que c'est à vous que je dois ce
grand bien ,
Sans quoy tout le refte n'eft rien ,
Aouft
1703 .
G
74 MERCURE
Et la vie eft une mort lente :
Je fuis même tres convaincu
Que ce n'eft pas avoir vêcu
Que de vivre & toujours avoir la
mortprefente 3
C'est là l'eftat où m'avoit mis
De vingt pierres & plus le cruel
affemblage
Dont je pouvois ! helas faire un
bon aſage
>
fi
Sij'en avois connu le prix ;
Mais votre adreffe non commune
M'a dégagé par un rare bonheur
De cette carriere importune •
Qui faifoit le fujet de toute ma
douleur.
C'est par vos fins que je goute la
vie
Dont beaucoup de Pierreux me
porteront envie ;
GALANT
75
Mais que leur ay-je fait ? il ne
dépend que d'eux
Au lieu de m'envier le bien que je .
poffede ,
De prendre comme moy le fouverain
remede ,
Et de n'eftre plus malheureux.
Quandvous commençez quelque cure
C'eft d'une maniere fi fure ,
Que chacun dit d'abord vous voyant
operer
Qu'on a lieu de tout efperer ,
Et ce qui vous rend plus aimable
C'est que vous ajoutezà cette habileté
Un airinfinuant , un humeur agreable
,
Qui contribue à la fanté
Et rend le mal plus fupportable ,
Enfin tout ce qui part de vous
Gij
76 MERCURE
Malgré l'art de tailler dont le feul
nom étonne
Bien loin de rebaterperfonne·
Eft d'un caractere fort doux ;
Mais votre charité pour le pauvre
eft extreme
Lorfque vous le traitez fans espoir
d'aucun gain ,
Honorantpar la voftre main
Comme fi vous penfiez alors I
Ie ne fuis plus furpris , mon cher
Liberateur >
Que tout vous reüfiße avec tant de
bonheur
Dans la Ville & dans la Campagne
;
Par tout la grace du Seigneur
Vous prévient & vous accompagne
.
Remerciezle Ciel d'une telle faveur
Pendant que par reconnoiffance,
Le ne cefferay deformais
GALANT 77
De le prier avec inftance
Qu'il vous comble de fes bienfaits.
Ne foyez point furpriſe fi
je vous envoye dans le plus
chaud de l'Efté , ce qui s'eſt
paflé dans le temps le plus
froid de l'hyver dernier , les
temps ne changent rien à la
nouvelle , & ce qui n'a point
efté fçu eſt toûjours nouveau
pour ceux qui n'en ont point
ouy parler en quelque temps
qu'ils l'aprennent , il eft même
des faits aufquels on ajoûte
plus de foy , quand ils font
confirmez par le tems , qu'on
Giij
78 MERCURE
ne feroit lors qu'ils font reffens
. Il faut que les Coquer.
tes fçachent les modes dans
leur nouveauté , fans quoy
elles ne pouroient s'en fervir
, & que ceux qui ayment
les plaifirs de la table fatisfallent
leur goût de ce que
la terre femble ne produire
d'abord que pour eux , &
dont la nouveauté , & la pe
tite quantité font la cherté,
Quant aux faits hiſtoriques ,
fi on en excepte les premieres
nouvelles des grands éve
nemens ils doivent estre
meuris par
le
temps
, il en
4
GALANT 79
fait developer les circonftances
& par confequent en
éclaircit la verité , ainfi ne
foyez point furpriſe , fi je
vous faits fouvent part de
beaucoup de chofes longtemps
aprés qu'elles font arrivées
; il vous doit fuffire
qu'elles vous foient nouvel
les lors que je vous les aprens,
ou du moins que vous ne
les ayez fceues qu'imparfaite..
ment , & fans certitude .
La Lettre que je vous envoye
a efté envoyée par un
Preftre de Campan à Mr B.
fon frere à Thoulouſe.
G iiij
80 MERCURE
Je crois , mon tres cher frere
, que vous ferez bien aiſe d'aprendre
plus dans le detail ,
avec plus de verité le miracle
qui eft arrivé dans nos Monta .
Le
7.
gnes le de ce mois , veille de
la Conception de la fainte Vierge.
Tous ceux qui font en vie
dans ce païs n'ont jamais ves
ny ouy dire qu'il ait fait un temps
fi rude , & un Tourbillon de
neige fifurieux. Je vous ay deja
écris que plufieurs perfonnes furent
étouffées par cette neige &
ce vent ; & je dois encore vous
dire qu'un homme de la Vallée
de Baudean venant du marché
GALANT 81
de Campan , eû bien de la peine
de pouvoir arriver à Saint Pol,
où il ferois mort s'il n'avoit en
de grands fecours : car il y resta
plus de deux heures fans parole,
ny mouvement : Vous jugerez
par là du temps qu'il faifoit à
la Montagne, Deux hommes ,
cinqfemmes de la Vallée de Ba
rege furent atirapez dans le
Tourmeles vers les dix heures du
matin par ce furieux orage ;
furent jettez hors du chemin , au
deffus des Cabanis de Tra ..
mafaigues , & le vent , la &
neige leur oftant la veže & la
reſpiration , ils s'arresterent un
•
ils
82 MERCURE
peu pour reprendre quelqueforce ;
mais ils connurent bien toft qu'ils
alloient eftre ensevelis , de forte
qu'ils prirent la refolution de tenter
de regagner le chemin pour
fortir de la Montagne , s'il leur
eftoit poffible ; mais tandis qu'ils
faifoient tous leurs efforts ; une
de ces femmes , qui fans doute ,
eftoit la plus foible de la Com
pagnie manqua de force , & ne
pouvant point fortir de la neige
où elle eftoit enfoncée , elle de
manda du fecours pour l'amour
de Dieu ; mais comme chacun
avoit aſſés àfaire pour foy , ille
refta là fans pouvoir en fortir
GALANT 83
Les deux jeunes hommes , com.
me plus robuftes fe forsirent d'affaires
, arriverent icy , ou
du moins à la Vallée , & eftant
retournez chez eux par le La.
vedan , & la Vallée de Barege,
ils détacherent cinquante hommes
avec des baches & desfouffoirs
pour aller chercher ces per.
fonnes à la Montagne ; mais foit
le Pais far impracticable ,
ou que le temps fur mauvais
on ne pas y aller que le 13. qui
eftoit le lundy ; ils arriverent à
l'endroit où la premiere avoit reſté
&la trouverent dans la même
place enfoncée & entourée de
que
84 MERCURE
neige jufqu'aux épaules , &
pleine de vie Vous jugerez de la
Surprise de ceux qui la cher.
choient , & aprés qu'on luy cút
demandé comment elle avoit fû
vivre fi long temps dans cet état ,
elle répondit que lafainte Vierge
Noftre Dame de Heas l'avoit
garentie confervée, à laquelle
elle a toú ours eu une devotion
particuliere. Il fallut pour la
fortir de là couper avec des ha
ches la neige dont elle eftoit en
tourée , on luy donna dabord
quelque peu de pain qu'elle man·
gea fort bien , on l'emporta enfuite
, on continua la TC
GALANT 85
cherche des autres , & on en
trouva deux tout auprés l'une
de l'autre , & deux autres en
faire mortes enfevelies fous
la neige ; je crois qu'à moins d'étre
fol on ne peut pas attribuer
à un effet naturel la confervation
d'une pauvre femme dans
la neige & dans la glace pen.
dant cinq jours . On a vû des
faintes Vierges reftées quelque
temps dans le feu fans ftre confumées
: Mifael & fis compa
gnons n'enfurent pas endommagez
dans la fournaife de Babi .
lone , & ce font de grands mi
racles. Il y a icy quelque chofe
86 MERCURE
de fortfemblable , ceux qui
fçavent ce que c'est que le Tourmeler
ou qui feulement ont
veu le temps qu'il faifoit , ce
jour là même dans la Plai
ne en conviennent. Quarante
Martyrs pour n'aller pas dans les
temps fi reculez , furent jettez
dans un lac glacé , & ilsy vécurent
tres peus celle cy s'eft
confervéefans nourriture pendant
cinq jours , lorfque fes Compa .
gnes plus robuftes qu'elle fons
étouffées , ou pour mieux dire ,
font gelées à dix ou vingt pas ,
dans un instant ; il eft vray
qu'elle n'a pas esté endommagée ,
GALANT 87
cela fait encore mieux voir
qu'elle ne peut pas naturellement
s'eftre confervée en vie ,fes mains
fefont trouvées fi fort decharnées
par la gelée , qu'on y voit les os
& les nerfs à deconvert , fes
jambes le refte de fon corps
s'étoient fifort congelez avec la
neige , que lors qu'on l'a voulu
oster,la peau &
peau la chair ont esté
enlevées par lambeaux ; de forte
qu'elle devoit eftre gelée jufqués
dans les entrailles on
• que
naiu..
rellement elle ne devoit eftre elle
même qu'une piece de glace ;
cependant elle est encore en vie :
peut eftrenefere vous pasfaché,
88 MERCURE
mon tres cher frere , d'avoir apris
ces circonstances , &ferez vous
bien aife de remercier Dieu de ce
qu'il vous donne encore des témoi .
gnagesfifenfibles de fa bonté &
de fa mifericorde pour animer
noftrezele noftre confiance aux
prieres de lafainte Vierge.
L'Ouvrage qui fuit conviendra
bien , aprés une efpece
de miracle , fi la converfion
d'une femme n'en eft
pas un encore plus grand :
Eu effet celuy de la Converfion
de la Madelaine eft des
plus confiderables , vous la
trouverez dans les Bouts ri .
GALANT 89
E
mez fuivans remplis fur le
changement de vie de cette
Pechereffe , ils ont efté donnez
pour Bouquet la veille
de la fefte d'une Madelaine.
Il n'y a point de Bours, rimez,
qui entre les mains d'un bon
Ouvrier ne puiffent être remplis
fur toutes fortes de fujets.
SONNET .
Fft- il dit qu'à changer Magdelaine
balance ?
Non , c'eneſtfait , adieu ces grands
airs de fierté ,
Après avoiroui ce Sermon concerté
Humble , on la vit rêver dans un
profond
Aoult 1703
.
filence.
H
90 MERCURE
&
Madelaine fe fit beaucoup de vio
lence ,
Pour appaifer le Dieu qu'elle avoit
irrité
,
Etpourjouir enfin de la felicité ,
Qu'elle s'eft procurée avec tant de
vaillance.
Deslors qu'elle eut vaincu fon cruel
ennemi ,
Etqu'en l'Amour divin fon coeurfut
affermi ;
Elle verfa depleurs aſſez pourgrofir
Ebre .
2
Qu'il foupira ce coeur , dans cès heureux
momens
celebre ,
Quand auxpieds du Sauveur , dañs
cefeftin
GALANT 91
Du luxe elle brifa tous les wains
monumens.
Le Sonnet qui fuir eft
bien different , l'Auteur ayant
moins efté gêné par la sime
en compoſant ce Sonner ,
qu'on ne l'eft ordinairement
par des Bouts rimez , ſa
raiſon a pû agir avec moins
de contrainte , vous en jugerez.
On prétend que cet
Ouvrage eft de Mr le Comte
Elzcard , & que la curiofité
de ce Comte l'ayant conduit
aux Areines de Niſmes , il
laiffa ce Sonnet à un des Pil-
Hij
92 MERCURE
liers de ces Areines , qui con!
tenant un monument eternel
de fon efprit & de fa
tendreffe , femble avoir enco
re rendu la memoire de ce
lieu plus confiderable.
SONNET.
Superbes Monumens des cruanteż
Romaines ,
Fier Prodige de l'Art par les temps
respecté ,
Reftes de la grandeur , & de lavanité,
Somptueux Batimens , effrayantes
Arcines.
S
Yous tant de fois témoins des plus
tragiques Scenes
GALANT 93
Vous dont rien ne toucha l'infenfibilité,
Pourrez- vous foutenir la même du
reté,
Lors que je viens à vous me plaindre
de mes peines ?
$
J'aime Iris , je l'adore , & par uÆ
doux retour ,
Iris ,
l'aimable Iris , a pour moy
l'Amour 5
de
Mais un trifte devoir aujourd'huy
nous fepare.
S
Theatre , où tout inspire & l'horreur
&
l'effroy ,
Onn'auroitpu rien voirdeplus cruel
que toy,
Si le fort quej'éprouve cuftefté moins
barbare !
94 MERCURE
Tous ceux qui ont oüi parler
de la prife de la Ville d'Aquilée
par Mr du Quefne Monier
avant que d'en avoir vû des
relations , & d'avoir efté affurez
qu'elles venoient de
gens dignes de foy , les ont
regardées comme des fables
à caufe du peu de vraye fem.
blance qu'il y avoit dans un
évenement fi fingulier , &
qui en effet eft plus vray
que vray femblable : ce n'eſt
pas que le nom de du Quefne
me donnât lieu de croire , que
l'action devoir eftre grande ;
mais il ne pouvoit engager
GALANT 95
6
à trouver de la vraye femblance
dans une choſe qui
ne tomboit pas fous le fens,
quelque porté que l'on fût
A croire , qu'aprés les expe
ditions de Mr de Coetlogon
& de Mr de Saint Pol , on
devoit tout attendre des
Vaiſſeaux du Roy , quand
même les ennemis leur fe
roient fuperieurs en nombre
de plus de la moitié ; mais
il ne s'agiffoit pas feulement
d'une affaire de mer dans
l'expedition de Mr du Queſa
ne , puifqu'il eftoit question
de la priſe d'une Place fci
96 MERCURE
tuée fept lieues dans les Terres
, & cela fans Troupes de
debarquement. Cependant
tout ce que l'on ne pouvoit
croire s'eft trouvé veritable.
Mr du Quefne en écrivit le
détail à Monfieur de Vendofme
auffi toft aprés cette
grande & heureuſe expedition
, & ce Prince envoya
fa Lettre au Roy , & ce que
Vous allez lire eft ane copie
de cette Lettre.
MERCURE 97
Ala Rade de Piran , le 24 .
Juillet 1703.
MONSEIGNEUR,
Il y a fept à huit jours qu'il
avoit dans Aquilée , Ville qui
appartient à l'Empereur quantité
de Magazins de bled , d'huile ,
de vin , de fromage , & du cochon
falé qui efloient deftinez
pour porter à l'Armée de l'Em .
pereur. Je refolus d'aller attaquer
cette Place avec les soldats
qui font dans le Fortuné , &
dans l'Eclair , deux Barques Peri
querelles du Pays , qui portens
Aouft 1703.
I
98 MERCURE
deux petits Mortiers chacune
les Chaloupes neuves qui
m'ont efté envoyées de Toulon .
Cette Ville eft fcituée dans le
Frioul environ fept lieuës dans
les Terres , on ne peut y aller
par eau qu'avec des petits Batimens
plais & l'on eft obligé de
paffer dans des Canaux fort
étroits , où il y a tres peu
d'eau . Je partis pour cette expe
dition avant hier la nuit 22. de.
ce mois , j'arrivay hier à
fix heures du foir à demie lieuë
où trois quarts de lieuë de la Ville ,
aprés avoir efté cinquante fois
preft à m'en retourner nepouvant
THÈQUE
DE
LA
LYON
BIBLIOT
YON
GALANT
faire paffer mes Batimens par le
peu d'eau que nous trouvions.
Nous découvrimes une Redoute
entourée d'un petit Foffé plein
d'eau , avec un Corps de garde
nouvellementfait , & une maifon
vis à vis , mais à une petite
demie portée de Moufquet , le
Canal y eft tres étroit , & deux
Chaloupes defront ont beaucoup
de peine à y paffer. Nous apper.
gumes en même temps cinquante
àfoixante hommes qui efloient
au pied de la Redoute , je fis
avancer deux Chaloupes avec
chacune un Canon , & la Compagnie
des Grenadiers comman ·
I ij
100 MERCURE
dée par Mr de Beauquaire pour
la canoner & débarquer en même
temps pour l'enlever , ils ne
jugerent pas à propos de nous y
attendre ; je fis mettre pied à
terie , je boulverſay là Redoute
le plus diligemment qu'il
fut poffible. A un quart de
lieuë de là nous trouvâmes un
Retranchement foutenu d'une
Redoute , entouré d'une haye
vive à l'endroit le plus étroit du
Canal , où il ne pouvoit paffer
qu'une Chaloupe , les avirons
même touchant le long du bord.
Aprés l'avoir reconnu , la nuiɛ
approchant , je pris le parti , quay
GALANT IOI
qu'il fuft fort gaillard , de faire
mettre pied à terre à fix vingt
Soldats que j'avois menez avec
moy , dont ily avoit cinquante
Grenadiers , & de porter une des
Chaloupes à Canon devant , &
une Perquereffe , qui avoit deux
petits Mortiers derriere pour
bombarder , canonner , & donner
en même temps par terre Apiés
que les Troupesfurent en bataille ,
j'allay reconnoftre avec Mrs de
Beauquaire & de Montaur
l'endroit par où on pouvoir les
attaquer , ce qui nous parme tres ·
difficile eftant obligé pour y aller
de paffer quantité de rofeaux &
I iij
102 MERCURE
de hayes vives , & fur une pla .
nette , où l'on ne pouvoit défiler
que l'un aprés l'autre : Cepen-
Monfeigneur , l'affaire
dant
eftoit preffanie , j'ordonnay à Mr
de Beauguaire de donner avec
fes Grenadiers le reste du
Bataillon , pendant que je bom .
barderois , & canonnerois par
Mer , ne me trouvant pas trop
en estat de fauter dans un Re
tranchement , avec un bras droit .
de moins Les petites Bombes ,
les Canons qui les incommo¬
doient beaucoup les Troupes
qu'ils voyoient venir droit à leurs
Retranchemens en bon ordre les
GALANT 103
4
obligerent à prendre la fuise &
à fe fauver de l'autre côté du
Canal. Je für tres furpris fur
Les fept heures & demie du foir ,
ftant à portée du Canon de la
Ville , de voir venir un Officier
de Mr de Beauquaire pour me
donner avis que les Troupes du
Roy eftoient en Bataille dans la
Ville. Je puis affurer Voftre
Alteffe , Monfeigneur , que jamais
Troupes n'ont marché avec
plus de fierié , ny executé plus
brusquement. Ily avoir quelques
Troupes reglees avec un nombre
confiderable de Milices : Jay
trouvé dans cette Ville plufieurs
I ii¹j
104 MERCURE
Magafins remplis de grande
quantitéde bled , de vin , d'hui .
le , de cochonfalé , defromage ,
Fay même brulé beaucoup defro
ment qui estoit en gerbes tant
la Ville qu'à la Campagne
.
Cette action doit vous faire
fouhaiter d'apprendre par
quelles actions un fi brave
homme s'eft diftingué depuis
qu'il eft dans le Service.
Mr du Quefne Monier
s'étant embarqué en 1670.
fur le Vaiffeau de Sa Majeſté
Le François , commandé par
feu Mr le Marquis du Quefne
fon oncle , frere de fon pere,
GALANT 105
Lieutenant general des Arg
mées du Roy , fit la Cam
pagne du Cap vert .
En 1671. il s'embarqua ene
core avec Mr le Marquis du
Quefne fur le Soleil Royal .
En 1672. eftant fur le Ter.
rible il fe diftingua dans
le combat qui fut donné contre
les Anglois & les Hol
landois joints enfemble.
Il quitta le fervice de la
meren 1673 ayant un procés
de famille avec Mr le Marquis
du Quefne fon oncle ,
ce qui empécha qu'il ne fût
Officier , ce Marquis n'ayant
106 MERCURE
pas voulu le demander .
Mr du Quefne Monier ju
geant alors qu'il ne pouroit
s'avancer dans la Marine ,
prit le party de fervir dans
I'Infanterie & dans la même
année , il fut fait Lieutenant
dans le Regiment de Navarre
, où il a fervy pendant
trois années , s'étant trouvé
dans plufieurs actions d'éclat
où il s'eft diftingué ,
ainfi qu'à pluſieurs Sieges &
Barailles .
Il le raccommoda , aprés
trois années avec Mr le Mars
quis du Quelne , & alla lo
GALANT 107
joindre en Sicile
où il
>
commandoit l'Armée Navale
du Roy. Mr. le Maréchal
de Vivonne luy donna le
Commandement des Troupes
des Vaiffeaux qui debarquerent
pour faire par terre
le Siege de l'Eſcalette , & de
plufieurs autres Places.
Il fut fait Enfeigne de
Vaiffeau dans le commencement
de l'année 1678 .
En 168 , le Roi lui accorda
le Commandement d'une
Galliotte à Bombes pour le
bombardement d'Alger , où
il fut bleffé à la cuiffe d'un
108 MERCURE
éclat de Canon ; le Roy en
confideration de fes fervices ,
& de cette bleffure luy accorda
une gratification .
En 1684. Sa Majesté le fit
Capitaine de Galiote , & il
fe trouva au bombardement
de Gennes , où Mr le Marquis
de Seignelay qui s'é
toit embarqué fur la Flotte
fut fi content de luy qu'il le
fit nommer Capitaine de
Vaiffeau au commencement
de l'année 1685. il luy fit don
ner l'année fuivante une infpection
de Troupes de Ma
rine au Havre de grace .
GALANT 109
Lorſque la guerre commença
contre les Hollandois
il
commandoit la Fregate
du Roy la Tempefte , avec la
quelle il fit une prife affés
confiderable : enfuite de quoi
le Roy le choifit pour commander
les Fregates qui devoient
fervir auprés du Roy
d'Angleterre en Irlande.
Il prit à l'abordage , en
conduifant des Troupes Irlandoifes
en Ecoffe , à la vûë
de fept gros Navires Anglois
une Fregate Angloiſe
de quarante Canons , il mon .
toit la Fregate la Mutine qui
110 MERCURE
&
par
fa
n'en avoit que vingt - trois ,
& malgré les fept navires qui
le fuivoient de fort prés , il
debarqua les Troupes qu'il
portoit en Ecofl:,
bonne manoeuvre évita les
Anglois : ce qui fut fort
agreable au Roy d'Angleterre
qui l'honora de la flâme
de diftinction , qui eft le Pavillon
de Chef d'Eſcadre par
my les Anglois , il prit trois
Vaiffeaux marchands chargez
de vivres en Irlande ,
qu'ils portoient à l'Armée
du Roy Guillaume.
Il fervit en Irlande juf
GALANT 111
ques au temps que le Roy
d'Angleterre repaffa
en
France , il ramena ce Monarque
fur la Fregate la Mutine
, depuis ce temps- là il
a toûjours monté des Vaiffeaux
dans tous les Corps
d'Armées , & dans des Ef
cadres particulieres , dans
l'une defquelles il a eu le
bras droit emporté. Mr le
Comte de Pontchartrain
rendit compte au Roy de
cette action , qui en parut
tres.fatisfait , & le fit fur
Pheure Chevalier de Saint
Loüis.
112 MERCURE
Les Ayeux de Mr du Quef
ne Monier ont fervy dans la
Marine depuis cent cinquan
&fon pere qui a été te ans ,
tué d'un coup de canon étoit
Capitaine de Vaiffeau.
Aprés vous avoir parlé
dans ma Lettre precedente
de la mort de Mademoiſelle
de Noailles , je dois vous di
re que la Lettre de condoleance
écrite par l'Auteur du
Cabinet des Grands , à Madame
la Ducheffe de Riche .
lieu est tres propre au fujet ,
& peut fervir à confoler les
GALANT
113
perfonnes affligées qui fe
trouvent dans un femblable
cas , comme la défunte qui
n'avoit que douze ans , étoit
accordée à Mr le Duc de
Fronfac , Monfieur Pontier
qui fçait donner le tour à
chaque choſe , & en faire
voir le caractere , dit dans
l'exorde de fa Lettre . Les
fleurs font un pronostic du fruit
à venir ; mais il ne faut qu'us -
ne grefle , un ravage de pluye ,
un excés de fechereffe , quelque
air malin , pour ne nous laiffer
cueillir que des feuilles . L'appli .
cation eft juste , & en par
Aouft 1703 . K
114 MERCURE
lant en general , il fait cette
leçon aux mortels. Le monde
eft bien peu de chofe , il ne sçauroit
nous rien donner , que nous
ne courions inceẞamment rifque
de perdre , ce qui eft en un temps
la matiere de nos confolations ¿ª
de nos joyes , devient en un autre
la caufe de nos regrets & de nos
larmes ; en confolant la mere
affligée , il luy a rapporté un
trait remarquable , hardi &
furprenant de Diogene , qui
ayant efté apellé pour con.
foler Darius , inconfolable
fur la mort de la Reine fa
femme , il promit de la ref
GALANT 115
fufciter , fi Sa Majesté accordoit
ce qu'il luy demanderoit
pour executer un deffein fi
extraordinaire : ce Roy furpris
de la propofition faite
par un fi grand perfonnage,
l'écouta avec une attention
qui fufpendit fa douleur , &
ayant promis tout ce que
l'on pourroit fouhaiter de
luy. Diogene reprit ainfi la
parole. Sire , bien que vostre
Empire foit extrêmement vafte,
il me fuffit que l'on y trouve few.
lement trois perfonnes de vôtre
âge , qui n'ayent jamais pleuré
pour la more de quelqu'un qui
Kij
116 MERCURE
leur ait efté cher ; on n'a qu'à
me mettre entre les mains leurs
noms par écrit , & je tiendray
la parole que j'ay donnée à V.M.
Toute la Cour jugea la choſe
impoffible , & Diogene prit
fujet de reprefenter
à ce
Prince qu'il devoit moderer
fa douleur , M' Pontier a dic
à la même Dame , que les
grandeurs
du monde , & le
mepris du Siecle s'accordent
tres difficilement
, & que
Dieu envoye des afflictions
à les enfans , afin que meprifant
le monde ils élevent leur
coeur au Ciel , & a ajoûté ,
-
GALANTA 117.
l'encens jette dans le feu , rend
Ja bonne odeur.
Je vous envoye le précis de
la Lettre , en attendant que
l'Auteur l'infere entierement
dans le tome qui contient cel
les qu'il a écrites à plufieurs
Souverains du premier ordre ,
ainſi qu'à la plus grande parties
des Perſonnes de l'Europe
diftinguées par leur naif.
fance , par leur merite , & par
leurs emplois .
On (çait que Mr Pontier a
efté honoré d'une Lettre du
Grand Duc de Mofcovie
qui dans les Voyages qu'il a
118 MERCURE
fait , & eftant à Amtterdam
eut occafion de lire fon livre
intitulé , le Cabinet des Grands
ce qui remplit ce Prince d'ef
time pour le rare genie de
fon Auteur.
L'ouvrage qui fuit fait voir
que l'Auteur a beaucoup
d'efprit & d'imagination
.
GALANT 119
BOUQUET
à Mademoiſelle Nanette... :
qui aime defefperement le
Jeu de l'Hombre , en luy
envoyant un As de Pic ,
& un As de Trefle enchaffez
dans deux Cadres de
Cedre , avec une Glace au
devant.
CONVERSATION
entre Spadille , Manille .
& Baſte.
BASTE .
CE jour, où mille coeurs viennent
vous rendre hommage
Où tout s'efforce à ſeconder vos
voeux ,
120 MERCURE
Servis -je , helas ! affezheureux
De pouvoir recréer vos yeux
En leur prefentant mon image ?
2
Si je n'ay pas ce titre fi fublime
Qui fait primer Spadille parmy
nous
'En dois -je moins meriter voftre eftime
?
Et ne vous ay-je pas fervie en mille
coups .
S
Ne dédaignez donc pas cette humble
oberffance
€
Que je viens vous vouër avec tous
les humains
Fepere que le Sort vous prouvant
ma conftance ,
Me fera pour toûjours tomber entre
vos mains .
SPADILLE
GALANT 121
SPADILLE.
Bafte , on vous le permet ce fade
compliment
Mais , quand vous me voyez, vous
devez difparoiftre ,
A la belle Nanette , ilfaut un autre
Amant
Et cet honneur n'eft dù qu'à moyqui
fuis le maiftre
En tous lieux, en tout temps , j'exerce
mon Empire ,
De cent mille Mortels je cauſe le
bonheur ,
Je defarme l'Amour malgréfon trait
vainqueur
Et tous les jours pour moy mainte
belle
foupire.
S
Qu'en dites- vous , belle Nanette,
Malgré cette noblefierté
Qui releve voftre beauté
Aouft 1703.
L
122 MERCURE
Quoy ? ne m'avez- vous pas fouvent
conté fleurette ?
MANILLE.
Spadille , en verité voftre orgüeil eft
extrême ,
On devroit bien le reprimer ,
Sied il bien pourfe faire aimer
De reprocher que l'on nous aime 3
2
Avecque vostre couleurfombre
Croyez- vous après tout ,
Tous deux plaire beaucoup?
Mecompte-t-on pour rien dans l'Empire
de l'Hombre ?
S
Si j'ay quelquefois ma livrée
De la trifte couleur que l'on vous voit
porter ,
Une autre fois plus bigarrée ,
Pour le coeur & les yeux ,j'ay dequoy
l'emporter.
GALANT
123
2
Mais que nousfert icy d'exalter nos
talens
,
Et de vanter noftre proüeffe ?
Zoignons- nous de concert pour plaire
en tous les temps
A noftre charmante Maiftreße ,
Et rendons à jamais tous fes defirs
contens.
Le 13. de ce mois le R. P.
Placide Auguſtin Déchauffé ,
prefenta au Roy une Carte
du Cours entier da Pô . Sa
Majefté le reçut fort favora
blement , & voulut bien qu'il
luy expliquaft les divers Etats
qu'elle contient , & fur les ap
plaudiffemens que plufieurs
Lij
124 MERCURE
Seigneurs donnerent à cette
Carte , Sa Majesté dit : le R.
Pere travaille bien , fes ouvra
ges font fort beaux , tres-jufles ,
& me font plaifir.
Cette Carte qui eft en
quatre feuilles , contient depuis
Pontcalier en Piémont ,
le Piémont , le Montferrat ,
toutes les Provinces du Duché
de Milan , les Duchez de
Parme , de Modene , & de
Mantouë , le Ferrarois , le Bolonois
, & partie des Etats
de la Republique de Veniſe .
Elle est augmentée de plu
fieurs obfervations qui or
GALANT 125
efté fournies à l'Auteur par
les Ingenieurs qui fervent ac.
tuellement dans les Armées ,
& qu'on n'a pas encore vuës
dans les autres Cartes .
Elle fe vend chez le fieur
Berry Graveur , ruë S. Jacques
, devant la Fontaine de
S. Severin , dix fols la feüille ,
& les quatre quarante fols .
Ceux qui ont déja acheté les
premieres peuvent prendre
celles qui leur manquent.
Mr de Robert , Lieutenant
Colonel du Regiment d'In .
fanterie de Foix , & Mr le
Liij
126 MERCURE
Chevalier d'Aynac Turenne
Capitaine dans le Regiment
de Cavalerie de Momein ,
furent détachez fur la fin du
mois paffé de l'Armée de Mr
le Maréchal de Villars , avec
cent hommes d'Infanterie ,
& cinquante Maiftres , pour
faire contribuer quelques
Villages du cofté de Minghen.
Mr le Chevalier d'Aynac
Turenne fe retirant feul
( aprés cette expedition J
avec les cinquante Maiftres ,
fut attaqué par deux cent
hommes , qu'il chargea avec
beaucoup de vigueur ; il tua
GALANT 127
de fa propre main leur Com-
& les obligea mandant
de prendre la fuite ; mais
s'eftant apperçus que ce Che;
valier eftoit bleffé , & que
fon cheval avoit efté tué fous
luy , ils fe rallierent dans le
deffein de revenir à la charge,
mais Mr le Chevalier d'Ay- nac . Turenne s'efta ,
Ayfait
monter fur un fecond che.
val , quoy qu'il foft tres griévement
bleffé à l'épaule , &
qu'il euft même perdu beaucoup
de fang , rallia fa petite
Troupe , & fit paroiſtre une
contenance fi afſurée , que
Liiij
128
MERCURE
•
les Ennemis
n'oferent reve
nir à luy. Ils ont perdu dans
cette action trente Soldats
qui ont efté tuez , cinq autres
ont eſté bleſſez , & on en a
fait quelques uns priſonniers.
Nous n'avons eu que
trois Cavaliers tuez & autant
de bleffez ; ce petit Combat
& l'inégalité des Combatans
fait beaucoup
d'honneur à ce
jeune
Gentilhomme , quieft
déja vieux Officier , quoy qu'il
n'ait que vingt cinq ans , il
fe fignale dans toutes les occafions
où il le trouve , & il
eut même la jambe caffée à
GALANT 129
la Bataille de Fleurus . On
peut juger par fon âge de
vingt cinq années , combien
il en pouvoit avoir alors , &
qu'il eft impoffible d'entrer
plus jeune dans le fervice , &
de s'y fignaler. Je vous ay
quelquefois parlé de ſa Maifon,
Elle prit fon origine dés
le douzième fiecle dans l'illuftre
Maiſon des Vicomtes
de Turenne Comborn , &
elle eft la feule en France
qui en porte le Nom & les
Armoiries feules .
Il fe paffe beaucoup d'ac
tions particulieres qui meri .
130 MERCURE
teroient pour la gloire de la
France , & pour celle des Familles
d'eftre rendues publiques.
Ceux qui les font ont
trop de modeftie pour les
mander , & leurs Amis trop
de pareffe pour les écrire. Cependant
ces actions pour
roient eftre un jour de quelque
utilité aux familles de
ceux qui fe fignalent , & leur
fang ayant ces exemples devant
les yeux pourroit cher
cher les moyens de les imi
ter , & de continuer d'illuftrer
leur famille en fervant
l'Etat .
1
GALANT 1ŽI
Dame Marche de la Garde:
Saignes Dame de la Sarladie
au Pays de Turenne , mourut
le premier Aouft . Elle
eftoit fille de Meffire René
de la Garde , Baron de Saignes
, qui eftoit dans une
eftime generale , & fort verfé
dans l'Hiftoire ; & de Dame
Thoinette de Fontanges Auberoque
, d'une des plus an:
ciennes familles d'Auvergne
qui eft tombée en quenoüille
dans la perfonne de Madame
la Comteffe de Chambonas
, Dame d'honneur de
Son Alteffe Sereniffime May
;
132 MERCURE
dame la Ducheffe du Maine.
Les Curieux en Genealogie
obfervent que le nom de la
Garde eft tres commun , &
qu'il efl peu de Province dans
le Royaume , où il n'y ait
quelque Famille de ce nom ;
les plus renommées font cel
les de la Garde- Monluc en
Guyenne , de la Garde Mon.
teil , & de la Garde Eſcalin
en Provence , de la Garde-
Verney en Forests , de la Gar.
de Claron en Lyonnois , de
la Garde . Chambonas en
Languedoc , & de la Garde.
Saignes en Quercy , qui ont
GALANT 133
toutes des origines differen
tes . On peut affurer que la
derniere de celles qu'on
vient de nommer , n'eft pas
inferieure aux autres , foit
qu'on la regarde du coſté de
fa nobleffe ancienne , ou
qu'on confidere les grands
perfonnages qu'elle a produit
; elle prit fon origine
dés le quatorziéme Siecle ,
dans la fameuse race de Guar
dia en Limofin , fi feconde
en hommes illuftres ; voicy
les plus recommandables .
Geraud de la Garde fit
Profeffion dans l'Ordre de
134 MERCURE
Saint Dominique à Brive en
Limofin , fut Prieur de ce
Convent en 1323. enfeigna la
Theologie dans celuy de Paris
en 1327. & le Pape Clement
VI. qui eftoit de ſon
pays & qui le reconnoiffoit
pour parent , le fit Cardinal
Preftre du Titre de Sainte Sa
bine , en 1342.
Etienne de la Garde , frere
du Cardinal Geraud , eftoir
Archevêque d'Arles en 1362 .
Bernard Seigneur de la Garde
& c eftoit frere aîné de ces
deux Prelats , de luy nâqui
rent ceux qui fuivent :
GALANT 135
Guillaume de la Garde ,
Archevêque de Brague , puis
d'Arles , & Patriarche de Je
rufalem. Il couronna l'Empe
reur Charles IV . & cut l'hon
neur d'être Favori de Louis
Roy de Naples & Comte de
Provence , qui pria avec tant
d'inftance Innocent VI. de
decorer la Garde de la Pourpre
Romaine ; mais ce Prelat
mourut fans que le Saint Pere
cuft tenu la parole qu'il
avoit donnée à Sa Majesté
Sicilienne , de le mettre dans
le Sacré College.
Aimery Seigneur de la Gar136
MERCURE
'
de , tige de la Branche de
Tranche Lyon , qui finit vers
la fin du feiziéme ficcle , aprés
le decés d'Antoine de la Garde
, Baron de Tranche Lyon ,
Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel & Chambellan
de
Charles IX .
Geraud de la Garde , Chef
de la Branche de Saignes ,
& de Valon , qui eſt établie
en Quercy depuis plus de
trois fecles , s'eft fignalée
dans l'Eglife , dans les Armes ,
& même dans la Robe . Elle
a donné deux Grandes Prieu .
res vers le commencement
GALANT 137
du quinziéme fiecle , au Mo.
naftere de l'Hôpital Beaulieu
de l'Ordre de Saint Jean de
Jerufalem ; des Abbez , des
Commandeurs de Rhodes ,
& des Protonotaires du Saint
Siege , & vers la fin du même
fiecle , un Ambaſſadeur qui
fut un des ornemens de la
Cour de François I. Ce Prince
l'envoya vers Uladillas , Roy
de Hongrie & de Boheme ,
& à Sigifmond le Grand ,
Roy de Pologne , pour les
porter à favorifer les juftes,
prétentions qu'il avoit à l'Empire.
Il fut auffi Ambaſſadeur
Aouft 1703.
M
138 MERCURE
en Ecoffe , pour empêcher
le mariage du Roy Jacques
avec la fille d'Henry VIII.
Roy d'Angleterre ; Et fuc
enfin honoré de l'Ambal→
fade de Portugal , pour
emprunter dans cette Cour
de l'argent afin de payer la
rançon de François I. que
l'Espagne avoit pris devant
Pavic ; on fut fi fatisfait de
ce Seigneur à fon retour de
Portugal , que la Reine Eleonor
le choifit pour Maitre
de les Requeftes , & le Roy
ayant interdit le Parlement
de Bordeaux , l'envoya en
GALANT 139
faire les
cerre Ville là pour y
fonctions de ce Corps au .
gufte durant la difgrace ; l'aî
né de ſes enfans fut honoré
du Collier de l'Ordre de S.
Michel , & fe fignala à la Bataille
de S. Quentin ; le fecond
qui eftoit d'Eglife , fut
Confeiller Clerc au Parlement
de Paris. Henry le
Grand gratifia le petit fils de
l'Ambaffadeur d'une Charge
de Gentilhomme
ordinaire
de fon Hoſtel , & le fit Colonel
duRegiment de Quercy ;
les deux fils de celuy cy fe
fignalerent
aux Sieges de la
Mij
140 MERCURE
Rochelle & de Montauban ,
(fous les noms de Saignes &
de Palarer. ) Mr de Parlan-
Saignes ( qui eft un des freres
de la Dame qui a donné lieu
à cet Article ) s'eft ſignalé au
Service du Roy qui luy avoit
confié le Gouvernement de
Ville franche de Conflant ,
& qui le gratifie encore d'une
penſion annuelle.
Tous ces détails fe trouvent
dans l'Hiftoire des Car .
dinaux de Duchefne & de Mr
Baluze , dans l'Histoire de
François I. par Varillas , dans
1.
Je Journal d'Henry III . dans
GALANT 141
la relation Latine du Siege de
Montauban , dans l'Hiftoire
du Parlement de Paris , par
Blanchard , & dans Gallia
Chriftiana de Claude Robert
& de Sainte Marthe .
La Lettre que vous allez
lire commence justement à
l'endroit où j'ay fini le Jour
nal de Flandres dans ma der
niere Lettre.
Du Camp d'Heyllem proche
Tirlemont ce 8. Aouſt
1703.
Le 27 du mois de Juillet étans
142 MERCURE
Anvers
au Camp de Winighem proche
les Ennemis eftant
campe à Breekt firent répandre
Le bruit qu'ils vouloient nous
forcer dans nos Lignes , & en
effet les Efpions raporterent qu'ils
avoient quarante mille fafcines
fur des Chariots , & une Machine
infernale : cela fut caufe
que nous primes nos précautions
enredoublant lesgrandes Gardes ,
en donnant à l'Infanterie des
Poftes , & faifant des commu
nications pour que la Cavalerie
púr fortir en Elcadrons afin de
foutenir l'Infanterie . On difoit
Ja Maison du Roy
même
辱
que
GALANT 143
mettroit pied à terre ; cependant
on mit le Canon dans les Re
tranchemens , & on lâcha les
Eclufes du coflè de Merxem , où
eftoit campé Mr le Prince Tferclas
Tilly , parce qu'on apprehenles
Ennemis ne vinffent doit
que
de ce côté là , ayant mis nôtre
dernier Camp de Saint Jop In .
ghoër dans leur Armée , l'on fit
Faffer auffi plufieurs Troupes
dans le Pays de VVaës pour
leur oppoſer , en cas qu'ils vinfe
fent à paffer fur le Pont qu'ils
avoient jettez fous Lillo Quelque
jours aprésils allerent à Kalmpthout
le 31. du même mois dé
144 MERCURE
que
;
Juillet Mrle Maréchal eut avis
les Ennemis décampoient
s
qu'ils avoient partagé leur
Armée en trois Corps , le pre.
mier alloit du côté de Maëftrick
l'autre petit Corps eftoit campé
à Capelle s'embarqua fur
foixante Voiles à Lillo ; mais
on eut avis le lendemain qu'il
n'y avoit eu que quatre Regimens
d'embarquez
& qu'ilsprenoient
la route de Flandres . La grande
Armée prit la route de Sanihoven
Ves MalCloster, à Oftmal,
✔ à Ghierle¸où on croioit qu'ils
duffent camper ; mais ils marcherent
toute la nuit. Les Pay-
Jans
GALANT 145
Jans les Efpions raporterent
qu'ils avoient envoyé leurs Ba .
gages à Breda afin de marcher
plus legerement durant huit jours ,
que Cohorn eftoit dans leur Ar.
mée & qu'ils en vouloient à
Louvain & à Bruxelles ; d'au
tres difent que leur deffein eftoit
d'affieger S. Thron afin d'aller à
Huy.
-
Sur ces avis nous décampâmes
de noftre Camp de Wineghem
le 2. de ce mois pour aller à Liers
où nous devions camper , mais
Mr le Maréchal ayant eu avis
les Ennemis au lieu de refter
à Ghierle , paffoient à Kaffel , &
que
Aouſt
1703 . N
146 MERCURE
que même faifant une marche
forcée , ils avoient paffé à Moll
Urth , fur la Nete , dans la
Mairied Herentelh , & qu'enfin
ils campoient au deffous à Balem
nous paffâmes à Boefchos qui eft
affurement une longue marche ,
puiſque nous y vînmes en un
jour de Wineghem .
Le lendemain qui eftoit le 4.
les
d'Aouſt aïant eu avis que
Ennemisn'effoient pasfi avancez
qu'on avoit dit la veille , mais
qu'ils marchoient eff.tivement
à Balem , nous ne fimes qu'un
› mouvement , & nous allâmes
Airfiber où nous campâmes ;
GALANT 147
l'ony fejourna le 5. les Endemis
en firent autant eftant auffi fa .
tiguez pour le moins que nous ,
ayantfait une auſſi grande trais .
te, & tout leur grand amas de
fafcines n'ayant fervi qu'à combler
les Marais par où ils avoient
paffe. Nous fimes ce jour là
un détachement de la Maiſon
du Roy , où il y avoit deux
Lieutenans Generaux dont l'un
eftoit Mrde Pracontal , & un
autre dont je ne me fouviens pas
du nom . Mr le Duc de Monfort
y commandoit auffi , ce Détache .
ment s'alla emparer des défilez
de Dieft pour nous fervir
1
Nij
148 MERCURE
d'Avantgarde , & jetter des
Ponts fur le Demer pour le paffer
le lendemain comme nous fîmes ,
nous allames camper à Sighem
où eftoit le Quartier du Roy , &
nostre Armée s'étendoit du côté
de Scherpenheuvel , où Nôtre
Dame de Montaigu . Les En .
nemis décamperent auffi ce même
jour & allerent à Helchtet & à
Helefteren à la hauteur de Berin .
ghen , Helchtet eft proche de la
Ville de Peer où fe paffa la Car
nonnade l'an paffé , & Helfteren
eft au deffous de ce Village pro .
che du Marais de Donderlack.
Un Party de cinquante Maî
GALANT 149
tres rapporta à Mr le Maré·
les Ennemis marchoiens
3
chal
que
avec
fi
peu
de
precaution
que
fi
leur
nombre
avoit
monté
jufqu'à
deux
teens
ils
auroient
encloüé
out
le
Canon
des
Ennemis
.
Nous
.
décampames
hier
de
Sigh
n
nous
paflâmes
au
travers
de
Tirlemont
&
nous
sommes
venuscam
.
per
à
la
Baye
d'Heilfem
à
une
lieuë
de
cette
Ville
fur
le
bord
de
nos
Lignes
fermées
par
la
Gette
,
Les
Ennemis
pafferent
hier
der
·
riere
Saint
Thron
mirent
leur
gauche
à
Borchloen
,
&
leur
droite
à
Tongres
.
L'on
a chan
,
gé
la
Garnifon
de
Levvc
vve
,
Niij
150 MERCURE
ou Leavv , Ville proche de Tirlemont
, parce qu'on a découvert
qu'on devoit livrer une des Portes
de la Ville aux Ennemis.
L'Armée de Tferclaës & Bedmarfe
font jointes , eg font
avec la grande Armée , l'on dit
que les Ennemis veulent faire
un Détachement de trente mille
hommes pour l'Allemagne. Nous
tâchons de couvrir Huy Quant'
à Limbourg l'on écrit qu'il nous
fera impoffible d'en empêcher le
Siege L'on eleve seg noftre General
juſqu'aux nwès & il s'im .
mortalife cette Campagne , en
rompant tous les deffeins des En:
GALANT 151
nemis comme il a fais jusqu'icy.
Deux Deforteurs qu'un de nos
Partis a amené cette nuit , viens
nent de dire que les Ennemis
avoient fait un Détachement de
vingt- deux Bataillons , om ne
fçait de combien d'Efcadrons ,
pour affieger Limbourg : Larefle
de leur Armée restera fausle Car
non de Liege , apparament que
c'est ce Detachement dont on a
voulu parler. Nous jettons des
Ponts fur la Gerte pour la paſ-
Jer. L'on vient de dire
Ennemisfont à Haffelt & qu'ils
nichoient pas par confequent fi
avancez qu'on difoit , & qu'ils
que
les
N iiij
152 MERCURE
marchoient à Matriek ; ils font
en marcheprefentement ainfi nous
marcherons demain .
Vous trouverez à la fin
de ma Lettre , la fuite de ce
Journal.
Lorfque je vous parlay le
mois paffé de la mort de
Monfieur le Cardinal de Bon .
zy, je n'avois pas encore reçû
le détail fuivant , je viens de le
recevoir , & je vous l'envoye
de la même maniere que je
l'ay reçu. Jamais détail n'a été
écrit avec une plus grande
exactitude.
1441
GALANT
153
L'onzième Juillet un peu
avant neuf heures du matin ,
mourut à Montpellier
Son
Eminence Monfieur le Cardinal
de Bonzy , d'un acci
dent de vapeurs , dont il
eftoit attaqué depuis douze
à treize ans . Il avoit efté le
jour precedent à la promena.
de & avoit foupé de bon appetit
, & même paffé la nuit
fort tranquillement
& dor;
my d'un bon fommeil , lors
que cet accident le prit â
cinq heures & un quart ou
environ,avec tant de violence
qu'il ne ceffa qu'avec la vie ,
154 MERCURE
avec quatre redoublemens ,
au troifiéme defquels on luy
adminiftra l'Extrême Onction
, il donna dans la force
de fon mal , par les foupirs ,
& en ferrant les mains à fes
Aumôniers , toutes les marques
de pieté & de Religion
d'un veritable Chreftien qui
meurt en cet eftat dans le
tourment & l'accablement
d'un fi violent mal. Il avoit
communié dans fa Chapelle
le jour de Saint Pierre fon
Patron , & depuis que fon
mal l'avoit mis hors d'eftat
de celebrer la Sainte Mefle ,
*
GALANT 155
il approchoit regulierement
les Sacremens tous les huit
jours , à moins que les vapeurs
qui l'ont fait cruellement
fouffrir les quatre der
nieres années de fa vie par
leurs violens & frequens retours
ne l'en empêchaffent.
Ayant eu à Narbone & à l'Ab
baye de Valmagne , où il a
demeuré longtemps , pour
fon Directeur , le Superieur de
fon feminaire qui ne le quitoit
point , & à Montpellier le P.
Moreau , Jefuite , & tres fou.
vent le Curé de la Paroiffe , qui
auffi toft aprés fa mort gara
156 MERCURE
derent fon corps avec les Penitens
blancs de Montpelier ,
& au pied de fon lit dirent
nuit & jour les Offices , fe relevant
de deux en deux heures
, eſtans toûjours quatre
à Pfalmodier . Le même jour
à midy le Juge . Mage & le
Procureur du Roy ſe rendirent
à l'Hôtel de feu Son
Eminence , où Mr de Teyran
leur remit un pacquet avec
une envelope de papier blanc
cachetée , qu'il leur dit eftre
un depoft que Mr le Profi .
dent de Boucaud fon frere
luy avoit laiffé en partant
GALANT 157
pour Paris , avec charge de
le remettre , le decés dudit
Seigneur Cardinal arrivant :
ce pacquet fut ouvert avec
toutes les formalitez accoû .
tumées , & on y trouva le
Teftament clos dudit Seig
gneur ,fon Codicile , un Memoire
écrit de fa main , & un
projet dudit Teftament. On
fit en la maniere accoûtumée
l'ouverture & la publication
du Teftament & du Codicile ,
lefquels font remplis de legs
pieux , de legs à fa famille , &
à fes domeftiques . Il nomme
fon Executeur Teftamentaire
158 MERCURE
ledit S ' Prefident Boucaud, &
en fecond Mr Borzon Chanoi .
ne de l'Eglife de Narbonne ,
fon Secretaire. Il inftituë fon
heritier univerfel l'Hôpital
de la Charité de la Ville de
Narbonne qui profitera d'une
fomme confiderable de cette
heredité , ledit Seigneur Cardinal
ayant toûjours eu tant
d'ordre dans toutes les affaires
de fa maiſon , qu'il ne laiffe
aucune creance que Mr le
Marquis de Caftries fon neveu
, auquel il doit encore
vingt - quatre mil livres du
refte de plus grande fomme ,
GÁLANT
159
dont il eftoit déja entré en
payement ; fa plus grande application
depuis 12 13 années
ayant efté à payer fes dettes.
indifpenfablement contractées
pour fournir aux dépen .
fes de fes grands emplois , &
aujourd'huy ledit Hôpital
trouve en meubles , Vaiſſelle
& arrerages de revenus , au .
tant qu'on le peut conjecturer
par eftimation , plus de
·foixante mil écus . Le lendemain
douzième , à cinq heu .
resdu matin, on fit l'ouverture
du corps de S. E. en prefence
du Medecin de fa perfonne.
160 MERCURE
On verra par la Relation qui
fuit la caufe de fon mal &
celle de fa mort.
Monfieur le Cardinal de Bon ·
Zi fut attaqué l'onzième du
mois de fuillet à cinq heures &
demi du matin des mouvemens
convulsifs fi violens qu'il n'y
put refifter , & mourut en qua .
tre heures de temps , F'eus Ihon.
neur d'eftre appellé pourfaire l'ou .
verture de fon corps conjointement
avec le fieur Caftre Maiſt -e
Chirurgien Fure de Montpellier,
nous la fifmes le 12 à quatre.
res du maiin , en prefence dufieur
Brunel , Medecin ordinaire de
heu
GALANT 161
S. E. le fieur Mandon fon Chirurgien
, n'ayant pú s'y trouver
nous commençâmes à ouvrir la
poitrine , dans laquelle nous ne
remarquafmes rien de particulier,
fon coeur & fes poulmons eflant
dans leur eftat naturel autant
qu'ils peuvent l'eftre dans un
corps qui a perdu le jour . Nous
continuafmes par l'ouverture du
bas venire & examina/mes
avec toute l'attention poffible
tous fes vifceres , nous n'y trouvafmes
rien d'extraordinaire,
Nous remarquafmes feuiment
que la vificule du fiel cfton com .
pierres en nombre defupa
Aouit 1703.
plie
de
>
162 MERCURE
de conleur tannée , de differentes
figures , & de la groffeur d'une
noiſette chacune ; cependant comme
lon en trouve dans prefque
toutes les fajers & fur tout dans
ceux qui ont fouffert longtemps ,
nous ne nous y arreftafmes pas ;
mais comme la tefte faifoit conte
notre attention nous demandâmes
permiſſion de l'ouvrir , ce que l'on
mous accorda ; ayant doncfciéfon
crafne à la maniere ordinaire ,
nous l'enlevafmes pour voir la
Dure mère qui nous parut eſtre
affez dans fon eftat naturel ,
l'ayant emportée pour examiner
lafubftance du cerveau que nous
GALANT 163
trowo afmes fort molaffe , nous
nous apperçûmes que le ventricale
gauche s'élevoir beaucoup
au deffus du droit , & qu'il fe
renverfois un peu fur buy , ce qui
nous for foupçonner qu'il y avoir
quelque corps au de sous qui l'o
bligeait à tenir cette fituation ;
pour nous en éclaircir tout à fait
nous voulûmes emporter toute la
fubftance du cerveau , & la tirer
de place pour cet effet ayans
coupé la premiere paire de nerfs ,
voulant continuer par la fe.
conde , nous trouvaſmes à l'apo ·
phiſe clinoïde gauche & fuperienre
une refiftance que nos ciseaux
O ij
164 MERCURE
ne purent vaincre ; nous y portâ¿
mes nos doigts , & nous tou
chafmes un corps dur , affez gros
que nous avions déja soupçonné;
ce qui fit que pour le découvrir
entierement , nous prîmes un autre
route , nous élevafmes le cerveau
de cofté , & en lefoulevant,
nous reconnúmes une adherence du
fondsdu ventricule gauche avecle
corps duquel nous avons parlé ,
nous n'eûmes pas beaucoup depeine .
à rompre cette attache avec nos
doigts , & dans cette feparation
ce corpsila a échaper de fa partie.
fuperieure une cuillerée d une matiere
purulente fans mauvaise
GALANT 651
odeur , nous emportafmes enfuite
fort facilement toute la maße du
cerveau hors du crafne , pour exa.
miner le corps que nous avions
laiffé attaché à l'apophife clinoïde .
Ce Corps glanduleux eftoit fort
dur d'une figure ronde , de cou
leur affez blanche , dont la baſe
eftoit fort étroite , & la teste de
la großeur d'un aufde poule , qui
penchoit du coftégauche , dans la
foffe du crafne qui contient le
ventricule gauche , & qui faifoit
qu'il fe trouvoit plus élevén
que le droit , ce corps eftoit fifortement
attaché à l'apophife clinoïde
parfa baſe, que nous fûmes obli
166 MERCURE
gez d'emporter une piece de cetos.
pour l'en déraciner. La maladie
de S. E. avoit commencé il y a
environ neufou dix ans , par des
accidens d'apoplexie qui reve¬
noient de temps en temps , santoft
plusforts tantoft plusforbles ,
fuivant toutes apparences, eftoient
caufez par la prefence de ce corps
glanduleux On a exactementfui.
vilesgonflemens & les affa fl mens
qui avoient à cette chair étran
gere fuivant les differences difpo .
fitions defonfang Il eſt à remarquer
que comme ce corps glandus
leux eftoit attaché à l'apophife
fuperieure du costé clinoïde
GALANT 167
gauche , ilcomprimoit le nerfopti
que du même cofté ; ce qui avoit
caufe à S.E depuis environ 6 ans
une foibleſſe de vûë à l'oeil gauche
qui degenera bientoft & fucceffi.
vement en paralyfie de nerfopti .
que : en forte qu'il ne voyoit du
tout plus du même costé longtemps
avant la mort , quoy que
l'oeil fuft auffi beau que
ainfi qu'il arrive dans la goutte
ferene , deffaut duquelpeu de gens
s'eftoient apperçus & que nous
ignorerions encore fi la fituation
de ce corps étranger ne nous cust
obligé à demander aux perfonnes
qui estoient toujours auprés de S.
l'autre
168 MERCURE
E fil'on ne l'avoit jamais entenà
du fe plaindre de cette incommodité,
Le corps fut embaumé ,
ce qui occupa jufqu'aprés
midy , qui fut transporté de
fa Chambre dans une autre
de fon appartement
, toute
tenduë de noir avec deux
litres de velours , une Chapelle
ardente , & le lit de parade
fur lequel il fur mis , le
dehors de la cour & l'escalier
de la maiſon tenduës de noir ,
& parfemées d'Armories . La
porte fat ouverte auffitoft
aprés midy , & jufqu'à neuf
heures
GALANT 169
heures du foir que le corps
fut conduit en dépoft dans
l'Eglife de Noftre - Dame ;
tous les Ordres Religieux
vinrent proceffionnellement
chanter les Offices à la Chapelle
ardente. Il y eut un grand
concours de tout le peuple ,
& on n'entendoit que pleurs,
gemiffemens
, & regrets de la
perte d'un Seigneur qui a toû
jours eu l'amour & le coeur de
toute la Province . Le lendemain
il fut déposé dans la
Chapelle de Saint Roch de
l'Eglife Noftre Dame , toute
tenduë de noir & parfemee
Aouft 1703.
P
170 MERCURE
d'Armories avec les litres
de velours , la Chapelle ar
dente au grand Autel de fa
Paroiffe , où auffi bien qu'à
toutes les autres Chapelles
de l'Eglife , on n'a pas difcontinué
, en execution du Tef
tament , de dire des Meffes , 1517
ainfi
que
fes
de
la Ville
, dans
chacune
defquelles
le
Lundy
16.
Mr
l'Abbé
de
Caftries
fit
faire
un
Service
folemnel
, & depuis
chacune
de
ces
Eglifes
en
particulier
& de
leur
mouvement
, en
ont
fait
un
fecond
à leurs
frais
. Celuy
de
dans toutes les Egli.
GALANT 171
"
Mrs du Chapitre de S. Pierre
de Montpellier , a efté d'us
ne folemnité tres grande
& aux frais feuls de ce Chapitres,
qui n'a rien oublié
pour marquer la douleur de
la perte de ce grand Cardinal
. Toutes les Compagnies
de la Ville en Robes ayant
efté invitées , y affifterent ,
ainfi que la famille de cette
Eminence . Mr l'Evêque offi
cia , l'Eglife eftoit tenduë de
noir , le Choeur à quatre
rangs , & la repreſentation
ornée des marques de digni
té de l'Illuftre Deffunt , fous
Pij
172 MERCURE
un lit de parade tres riche
L'Eglife eftoit toute remplie
de la foule du Peuple qui y
affifta , & dans celle de Nôtre
Dame , où eft encore ce
precieux depoft , il y a une
affluence de peuple qui va
prier pour le repos de fon
ame. Meffieurs les Directeurs
de l'Hôpital de la Charité de
la Ville de Narbonne , informez
de l'inftitution de l'he
redité en faveur dudit Hôpital
, fe rendirent à Montpellier
deux jours aprés la mort ;
& trouverent que les Domef
tiques de ce Seigneur avoient
GALANT 173
fi
auffi bien veillé pour la confervation
de fon hoirie que
elle les euft regardé eux feuls.
Ils n'eurent rien plus à faire
qu'à executer les ordres pour
preparer la pompe funebre
& le tranfport du corps à Narbonne
, pour eftre inhumé
fuivant la volonté du deffunt,
dans fon Egliſe à la Chapelle
defignée . Mr l'Abbé de Caftries
neveu de ce grand Cardinal
, Aumônier ordinaire
de Madame la Ducheffe de
,
avoit eu per-
Bourgogne
miffion du Roy de venir
voir S. E. qui le defiroit paf
Piij
174 MERCURE
fionnement. Cet Abbé étoit
arrivé à Montpellier le 23.
Juin , on ne peut exprimer
la joye & la tendreffe avec
laquelle l'Oncle embraſſa le
Neveu à fon arrivée , & combien
pendant les dix huic
jours qu'il furvécut à cette
arrivée , il s'efforçoit à luy
marquer fa tendre amitié , &
l'affiduité du neveu à rendre
fes devoirs àce precieux in:
firme ; on ne peut auffi exprimer
la douleur avec la
quelle ce digne neveu vit expirer
fon cher oncle , auffibien
que Madame la Mar
4
GALANT 175
quife de Villeneuve , & Mademoiſelle
fa fille , qui font
leur refidence à Montpellier
auprés de Madame la
Douairiere Marquife de Caftries
foeur de S. E. qui indifpofée
depuis quelques jours ,
& dans un grand âge , ne
vint qu'au moment du dernier
foupir , dont on luy
donna la funefte nouvelle fur
l'Escalier de la maiſon . Il fa.
lut la porter dans l'apparte
ment de Monfieur PAbbé
de Caftries , où toute cette
famille defolée fe fondoit en
pleurs. Madame la Marquife
Piiij
176 MERCURE
Donis apprit par un Courier
que lui depécha à Avignon мr
l'Abbé de Caftries fon frere
cette douloureuſe nouvelle.
Il est aisé de concevoir la
confternation avec laquelle
elle la receut , puiſque jamais
Niéce n'avoit efté plus
tendrement aimée qu'elle de
fon cher Oncle , & que de
même jamais Oncle n'avoit
efté plus tendrement aimé
de fa Niéce , qui aufli toft
partit avec Monfieur le Mar
quis de Donis fon Epoux ,
pour fe rendre à Montpela
lier , où elle eft venue renGALANT
177
dre le dernier devoir à fon
cher Oncle , & mefler fes
pleurs avec ceux de toute fa
famille.
Le Lundy 23. Juillet à neuf
heures du foir le Deüil & le
Domeſtique de S. E ferendirent
à la Place de Noftre
Dame , pour y recevoir fon
corps à la porte de l'Eglife ,
qui après les abfoutes ordi
naires , fut mis fur un Chariot
drapé , & couvert d'un
drap mortuaire de Velours
noir avec une Croix de drap
d'argent , & quatre Armoiries
richement brodées d'or
178 MERCURE
& d'argent , le drap bordé
d'un gros galon d'argent , &
quatre houpes auffi d'argent ,
une à chaque coin , le drap
pendant à un pied de terre ;
la marche de ce Convoy
commença en cet ordre , le
Suifle à cheval feul à la tefte ,
portant un flambeau , dix Palefreniers
à cheval deux à
deux , portant chacun un
flambeau , huit Valets de
pied à cheval , portant un
flambeau chacun, quatre Of
ficiers à cheval portant auffi
des flambeaux ſuivoient tout
ce Domestique , le Chariot
1
GALANT 179
attellé de fix chevaux capa
raffonnez , quatre Laquais à
pied , portant chacun un
flambeau aux quatre coins
du drap mortuaire , & qua
tre Gentilshommes
à cheval,
leurs chevaux caparaffonnez
portoient les quatre houpes
du drap mortuaire , ſuivoient
immediatement
le Charior,
deux Aumôniers de S. E. &
le Maiſtre de Chambre à
cheval , leurs chevaux capa
raffonnez, les Aumôniers en
rochet , bonnet carré , &
manteau noir : le premier
portoit la Croix Archiepif
180 MERCURE
copale , couverte d'un crêpe ;
le fecond , le Cordon & la
Croix de l'Ordre du Saint
Eſprit , & le Maistre de
Chambre en manteau long,
le Chapeau de Cardinal , enfuite
quatre Valets de Chambre
à cheval , portant chacun
un flambeau . La marche
eftoit fermée par un Carroffe
drapé à fix chevaux , dans
lequel eftoit Monfieur le
Marquis de Donis neveu de
feu S. E. & Meffieurs les Di.
recteurs de l'Hôpital de la
Charité de la Ville de Narbonne
, inftitué heritier
GALANT 181
par le Teftament du feu
Seigneur Cardinal. Toute
la Bourgeoifie qui avoit pris
les Armes , bordoit les deux
coftez de la place & des rues
jufques hors la porte , leur
fufil fous le bras , le bout
atterré , les Tambours cou
verts de crefpe . Toutes les
Boutiques de la Ville furent
fermées l'aprés dînée de ce
jour le Convoy en cet ordre
, marcha de la place , à
la grande ruë , & fortit par
la Porte , qu'on appelle de
la Sonnerie , au bruit de tout
le canon de la Citadelle ; on
:
182 MERCURE
n'a jamais vûs una fi grand
concours de Peuple , qui bien
rangé , & fans. confufion ac
Courut à ce grand & lugubre
appareil. Il n'y avoit d'autre
bruit que celuy des pleurs &
des gemiffemens de ce même
Peuple affligé & confterné
de la perte de celuy qu'il
avoit toûjours regardé com .
me le pere & le protecteur
de la Province , il ne pou
Voit le quitter , l'ayant accompagné
pendant plus d'u
ne lieuë , & il l'auroit , fans la
nuit , fuivi plus loin encore..
Sur les cinq heures du matiņ
GALANT 183
il arriva à l'Abbaye, de Val
magne, Les Habitans du Vil.
lage vinrent au devant , prés
d'une lieuë , fondans en larmes
; leur douleur eftoit d'au
tant plus jufte , que ce Care
dinal qui avoit poffedé pendant
plus de trente ans cette
Abbaye , leur avoit toûjours
fait des biens infinis ; ils le
fuivirent jufqu'à l'Eglife de
l'Abbaye , où le Prieur & les
Religieux le receurent en
depoft.
Monfieur l'Abbé Gaulier
premier Aumônier de S. E.
leur fit un difcours fort toug
184 MERCURE
chant en le leur remettant ;
ils y répondirent de même ,
ils chanterent les Offices , firent
un Service fort folennel,
& ne cefferent point leurs
prieres auprés du corps juíz
qu'àfix heures & demie du foir
qu'il en partit dans le même
ordre qu'il étoit forty de
Montpellier ; les chemins
eftoient bordez de tous les
Habitans de Montagnac ,
Pezenas , Valros , & Bezin
& on ne s'arrefta
point , on marcha toute la
nuit , & à fept heures & demie
du matin on arriva à
›
GALANT 185
Niffe premiere Paroiffe du
Diocéle de Narbonne , où
le Prieur avec fes Secondaires
le receurent à la Porte de
l'Eglife ; la pluye qui eftoit
furvenue les ayant empêchez
d'aller au devant . M' l'Abbé
Gaulier fit à M' le Prieur en
luy remettant ce precieux
dépôt un Difcours auffi tou
chant que celuy qu'il avoit
fait le jour précedent au
Prieur de l'Abbaye de Valmagne.
La douleur & l'afflic ;
tion dont ce tres- digne Ec2
clefiaftique eftoit penetré
Juy fourniffant à ce fujer les
Aouft 1703.
Q
186 MERCURE
expreffions les plus tendres.
On chanta les Offices on fit
un Service des plus folennels
, tout le Peuple qui y accourût
affifta à tout avec une
modeftie & une pieté exem
plaire . On voyoit peintes fur
leur vifage les marques d'une
vraye douleur de la perte
de leur Archevêque . Le Convoy
partit de Niffe à quatre
heures du foir , & comme on
marchoit fort lentement , il
n'arriva à Narbonne qu'a
prés huit heures , il y entra
dans l'ordre marqué cy def
fus au bruit du Canon des
GALANT 187
*
Remparts. Les enfans de
l'Hôpital , les Confréries des
Penitens , & le Clergé Regulier
allerent au devant à la
Porte de la Ville proceffionellement
, où s'eftant repofez
, ils marcherent en bon
ordre jufqu'à l'Eglife Primatiale
de Saint Juft , à la Porte
de laquelle eftoient rangez
le Chapitre de cette Eglife
& celuy de Saint Sebaftich ,
celuy de Saint Juft à la teſté
avec leur Officiant , & Mr
PAbbé de Caftries grand Archidiacre
, neveu de l'illuftre
Deffunt , qui s'effoir rendu à
Qij
188 MERCURE
Narbonne . Le Convoy continua
fa marche jufqu'à la
Porte de l'Eglife à laquelle
le Chariot s'arrefta , la tefte
& la fuitte mirent pied à terre
on defcendit le corps du Chariot
, Mr l'Abbé Gaulier en
remettant enfin le precieux
dépôt qui luy avoit efté confié
à l'illuftre Officiant luy
fit un Difcours latin auquel
il répondit de même. Il n'y
a point d'expreffions affez
fortes pour reprefenter combien
fut touchante la fonction
& le dernier devoir du
neveu envers fon oncle. Le
GALANT 189
corps fut porté devant le
grand Autel , précedé par
quatre Beneficiers
de l'Egli .
fe fuivant l'ufage
qui por
toient le drap morruaire
,fuivi
de Mr le Marquis
de Donis ,
de Mrs les Directeurs
de
l'Hôpital & du nombreux
Domestique
. Tout le Deüil
mené par l'Etat major & Mrs
les Confuls. Jamais on ne vit
tant de Peuple raffemblé.
Les Abfoûtes accoutumées
.
achevées
, le corps fut porté
au Tombeau defigné dans
le Teftament
dudit Seigneur
Cardinal , où il fut inhumé
190 MERCURE
le lendemain Jeudy. Il y eut
un Service des plus folennels ,
Mr le grand Archidiacre of.
ficia , on en fit auffi le même
jour dans toutes les Eglifes
chacune en fon particulier
& on ne ceffe point de dire
les Mcffes ordonnées par les
dernieres difpofitions dudit
Seigneur Cardinal.
Vous aurez le mois pro
chain un article curieux touchant
la genealogie de cette
Eminence.
Vous fçavez l'intrepidité,
la conduite , & le definteref.
GALANT 191
fement que Mr le Maréchal
de Chafteaurenaud a fait pas
roiftre dans l'affaire de Vigo ,
& que par la bonne manoeu
vre il a fauvé la Flote de la
Nouvelle Espagne, & empê
ché les Ennemis de faire une
deſcente. Sa Majefté Cathoz
lique luy envoya une fomme
confiderable , que ce Maré.
chal refufa . Vous fçavez tout
ce qui regarde cette action
puiſque je vous en ay mandé
le détail dans le temps que
les chofes fe font paſſées. Le
Roy d'Efpagne s'eft ſouvenu
de Mr de Chateaurenaud ,
192 MERCURE
& ce genereux Monarque
vient de luy envoyer une Rofe
de diamans d'un grand
prix , & Sa Majeſté Catholi .
que a en même temps écrit
au Roy , pour luy demander
qu'il commandaft à Mr de
Chafteaurenaud d'accepter
ce preſent , ce que Sa Ma .
jefté a fair.
Ce qui fuit vous doit pa
roiftre curieux , & je vous le
garantis veritable.
ETAT
GALANT 193
E TAT
des
Munitions de
guerre
de bouche trouvées
dans la Ville de Berfelle
le 27.Juillet 1703.
Canons de differens calibres
, 49
Mortiers de quarante livres
chacun ,
2
Petards ,
Boulets de differens calibres
,
10000,
Spingars , ce font de petits
Canons ,
Aoust 1703 .
18
R
194 MERCURE
Moufquets & Fufils ,
Cuiraffes ,
Hallebardes & Eſpontons ,
Bandolieres ,
1020
529
690
825
Bombes de cent livres & de
270
Grenades de fer , de bronze
quarante livres ,
& de
terre ,
Carcaffes ,
Boulets à feu ,
3000
21
6
Fulées volantes pour faire des
fignaux , Is. douzaines.
Cartouches ,
Affuts & Chariots couverts ,
1504
16
Bales de Moufquer , ſept cent
quintaux.
GALANT 195
Poudre , 150. quintaux.
Méche , 436. quintaux.
Salpêtre , 200. quintaux.
Souffre
30. quintaux.
Un tres grand nombre d'outils
à remuer la terre , avec
des cordages & des facs à
terre .
Munitions de Bouche.
Froment, 16. facs .
Farine de Froment , 34. facs .
Plus en nature & en Farine,
48. facs.
Meture de toutes fortes de
grains ,
Avoine ,
13
35. facs
.
Rij
196 MERCURE
Sacs vuides , 3000
On connoift par ces derniers
Articles , parmi lesquels
ils ne ſe trouve ny vin , ny
d'aucune autre boiffon , ny
aucune chair falée ; que cette
place ne s'eft renduëque faute
de munitions de bouche , puif
qu'elle eftoit pourvue de tout
ce qui povoit fervir à la défenfe.
Il auroit fallu faire les frais
d'un Siege qui auroient monté
à de tres grandes fommes.
On auroit perdu beaucoup
de Troupes & de braves gens ,
on n'auroit point profité des
munitions de guerre qui fe
GALANT 197
trouvent dans la Place , &
qui font en grand nombre ,
& la garnifon felon toutes
les apparences , n'auroit eſté
ny prifonniere de guerre ,
ny moins nombreuſe à fa fortie
qu'elle eftoit en capitu .
lant , puifqu'elle auroit esté
une fois auffi groffe fi elle
avoit efté affiegée il y a un
an , il y a du moins lieu de
le croire , puifque ceux qui
font fortis ont affuré que
certe Garnifon depuis le
mois de May avoit efté affoiblie
de trois cens hommes
tant par les maladies que par
R iij
198 MERCURE
la defertion ; ainfi le Blocus
a autant affoibly les Enne.
mis que s'il y avoit eu un
Siege , avec cette difference
que nous y aurions perdu infiniment
plus qu'eux , puif.
que les Affiegeans perdent
toûjours beaucoup plus que
les Affiegez . Toutes ces
chofes font voir qu'on a beau
coup mieux fait de bloquer
cette Place que de l'affieger.
Mr le Duc de Vendôme a
nommé M' Mahony pour y
commander en attendant les
ordres du Roy. Vous fçavez
qu'il eft Irlandois , & qu'il
DE
LA
VILLE
THEQUE
GALANT 99.
s'eft acquis une reputation
immortelle à l'affaire de Cremone.
M' Gafpar Bailleu , Ingenieur
, & Geographe qui a
fait la Campagne derniere
en Italie , vient de mettre au
jour une Carte du Duché de
Mantouë qui a pour titre ,
Carte nouvelle & particuliere
pour les mouvemens de la guerre
prefente en Italie ; où font
les Duchez de Mantouë & de
la Mirandole , partie de ceux
de Parme de Modenne , partie
du Breßan , du Veronois , du
N
R iiij
200 MERCURE
-
Vicentin , du Ferrarois & du
Cremonois, Cette Carte eft
tres particuliere , l'Auteur
ayant pris tous les foins poffibles
pour la rendre exacte .
Le même Auteur a mis au
jour une Carte des environs
de Landau qu'il a levé luy
même fur les lieux , tout
different de ceux que plufieurs
Auteurs ont donné au
Public. Il donne auffi deux
Plans , un de Fribourg & un
du vieux & du nouveau Brifac
, chacun d'une grande
feüille , avec les environs ; ils
fe vendent chez l'Auteur fur
GALANT 201
le Quay de l'Orloge du Pa
lais du côté du Pont au Change
, au Neptune François.
La defcription fommaire
de Verſailles , ancienne &
nouvelle , dont on vous a
parlé , & qui paroift depuis
peu eft un nouvel Ouvrage
de Monfieur Felibien des
Avaux , qui donna l'année
derniere une defcription particuliere
de la nouvelle Egli
fe de l'Hôtel Royal des Invalides.
Vous trouverez dans
la deſcription de Versailles
tout ce que l'on peut defirer
202 MERCURE
1
touchant les Bâtimens & les
embelliffemens anciens &
nouveaux de la Ville & du
Château , avec une explica .
tion exacte des Peintures, des
Tableaux , des ornemens de
Sculpture , dont la lecture
vous plaira , & fervira à aug.
menter le defir que vos jeunes
amies ont de venir voir
cette incomparable demeure.
Ce Livre le trouve à Paris ,
chez Antoine Chreftien Im .
primeur Libraire , au Pont
Saint Michel , & chez Thomas
Moëtte ruë de la Bou
clerie à Saint Alexis.
GALANT 203
Voicy les noms de quela
ques perfonnes decedées de
puis ma derniere Lettre .
Meffire Henry François
de la Ferté Senneterre , Duc
& Pair de France , Gouver.
neur de Mets , Toul & Ver;
dun , eft mort dans un âge
peu avancé ; il eftoit fils de
feu Meſhire Henry de Sainnecterre
, ou Senneterre Duc
& Pair , & Maréchal de France
, & de Dame N. de la Lou
pe de la Maifon d'Angennes .
Feu Mr le Maréchal de la
Ferté étoit un des plus grands
Generaux que la France ait
204 MERCURE
eu , il eftoit à la tefte du Regiment
de Soiffons pendant
le Siege de la Rochelle en
1626. il fic des prodiges au
Siege de Privas en Languedoc
à l'attaque du Pas de
Suze en Piedmont , & à la
Bataille d'Avennes . Le Roy
Louis XIII. le fit Maréchal
de France fur la Breche de
Heldin pour avoir deffait le
Lecours que le General Pico
lomini y vouloit jetter . Il
commanda l'Aile gauche à
la Bataille de Rocroy , où
il fit des merveilles , il n'en
fit pas moins à la Bataille de
•
GALANT 205
Lens :il eût le malheur d'être
pris prifonnier au Siege de
Valenciennes ; ayant efté mis
en liberté , il prit Montmedy
& Valenciennes qui paffoit
pour imprenable. En 1661. le
Roy le fit Chevalier de fest
Ordres , & peu aprés Duc &
Pair. Il mourut en fon Cha
teau de la Ferté prés Orleans.
La maison de Saint Nectaires
ou Senneterre eft illuftre & :
ancienne : elle eft connuë :
dés le treiziéme Siecle en
France , & dans tous les Siecles
elle a produit des Heros :
elle a même donné des He
206 MERCURE
roïnes , puifque Madelaine
de Saint Nectaire veuve de
Gui de Saint Exupere de
Miraumont prit les Armes
en 1601. en Auvergne , &
fe mit en campagne fuivie de
foixante Gentilshommes des
plus braves , qui fe diftinguerent
tous pour luy plaire.
Le Roy Henry III . loua fort
'cette action & écrivit de
fa propre main à cette Dame
: Mr le Duc de la Ferté ,
qui vient de mourir avoit he
rité la valeur & le courage
de fes Anceftres , il en avoit
donné des preuves dans quel
GALANT 207
ques occafions importantes
il avoit beaucoup d'efprit : il
a laiffé de Dame Marie Ifabelle
Gabrielle de la Mothe
Houdancour , fille de feu
Meffire Philipe de la Mothe
Houdancour , Duc de Car
donne , & de Dame Loüife
de Prie , Gouvernante des
Enfans de France , fille &
heritiere de Loüis de Prie ,
Marquis de Toucy , Madame
la Marquife de Mirepoix , &
Madame la Marquise de la
Carte , dite la Marquise de
la Ferté. Mr le Duc de la
Ferté avoit pour freres le Pe
208 MERCURE
re de la Ferté Jefuite , grand
Predicateur , & Mr le Chevalier
de la Ferté qui eft au
fervice de la Religion.
Madame la Ducheffe de la
Ferté eft foeur de Mefdames
les Ducheffes de Ventadour ,
& d'Aumont. Mr le Duc de
la Ferté eft mort entre les
bras du Reverend Pere Gaillard
Jefuite , fort foumis aux
ordres de Dieu , & dans cet
te crainte des Jugemens de
Dieu , qui opere le falut du
Pecheur.
Dame Louiſe
Bigres , épouse de Meffire
Françoiſe
GALANT 209
Augufte Lancelot de Savonnieres
, Marquis de la Bretêche
, eft morte . Cette Dame
eftoit fort eftimée par fon me.
rite , par fa douceur , & par le
penchant qu'elle avoit pour
les Pauvres , au quels elle don
noit l'aumône avec beaucoup
de liberalité. Elle avoit cela de
commun avec un de ſes ayeux
( Jofeph Bigres ) qui eut rant
d'amour pour les Pauvres ,
qu il le dépoüilla volontairement
de fon vivant pour répandre
une grande partie de
fon bien dans le fein des pauvres
n'en laiffant qu'une tres,
Aoust 1703.
S
210 MERCURE
petite portion à fes heritiers
La Maiſon dans laquelle elle
eftoit entrée eft confiderable
par fon ancienneté
& par les
dignitez qu'elle a poffedées.
L'Epoux qu'elle avoit choifi
entre plufieurs autres qui l'a
recherchoient
, s'eft diftingué
par les fervices . C'eft une
Mailon où la valeur & le cou
rage font hereditaires
.
Dame Henriette Faye d'Epeyffes
,veuve de Me Philibert
Antoine de Garault , Chevalier
Seigneur de la Caffagne.
Cette Dame eftoit encor plus
confiderable
par les vertus
re
GALANT 201
chreftiennes à la pratique
defquelles elle s'eftoit toû
jours fort exactement
affu
jettie , que par
les
avantages
de la naiffance & de la fortune
: elle eftoit d'une Maifon
où la pieté à toûjours
femblé hereditaire ; fon Trifayeul
mourut dans une tresgrande
odeur de fainteté. Sa
Maiſon a fourni de grands
hommes en tout genre de litterature.
Il y en a qui ſe font
diftinguez dans la Jurifpruz
dence. La Maiſon où elle étoit
entrée n'eftoit pas moins dif-
Linguée ; fon mary defcen-
S ij
212 MERCURE
par
fa
doit d'une fuite d'Anceſtres
qui avoient tous portez les
armes pour le fervice de leur
Prince . Il s'eftoit auffi bien
qu'eux fait connoiſtre
bravoure & par l'activité de
fon zele. Il avoit porté les armes
avec beaucoup d'honneur
, & .il eft mort tres regretté
de tous ceux qui le
connoiffoient.
Meffire Jean Sauffoy Prêtre
, Docteur & Profeffeur en
Theologie de la Maiſon &
Societe Royale de Navarre ,
& Doyen de ladite Faculté ,
cft mort âgé de plus de qua
GALANT •
213
tre vingt ans , au College de
Boncourt. C'eftoit un hom•
me de merite , fort entendu
dans la Scholaſtique qu'il
fçavoit parfaitement . Il eftoit
fort attaché aux fentimens
du celebre Thomas de Vio ,
autrement le Cardinal Cajetan.
C'eftoit ce Docteur qu'il
citoit ordinairement . Il a enfeigné
jufqu'à ce que les forces
luy manquant , il ne pou
voit plus fortir de chez luy,
Il eftoit fort aimé de fes Eco ,
liers avec qui il converſoit
familierement , ils l'alloient
prendre tous les matins avec
214 MERCURE
des acclamations & le rame
noient de même. Il avoit un
frere qui a brillé dans la Cathedrale
de Sens , où il eftoit
revêtu d'une des principales
Dignitez, Mr Sauffoy ne pou.
voit paffer que pour Souse
Doyen de la Faculté , parce
que Mr. l'Evêque de Bellay
en eft le Doyen , mais com
me celuy.cy n'en faifoit pas
les fonctions à caufe de
fon Epifcopat , Mr Sauffoy
l'eftoit.
Meffire Nicolas Claude le
Tonnelier de Breteüil , Bar
ron d………… Maiſtre de la Gar- ཐ་
GALANT 215
derobe de feu Son Alteffe
Royale Monfieur , Frere uni
que du Roy , eft auffi decedé.
C'eftoit un Gentilhomme
fort aimé & fort eftimé de feu
Monfieur , qui avoit en luy
une grande confiance . Il
eftoit fils unique de Meffire
Claude le Tonnelier de Breteüil
, Confeiller de la Grande
Chambre , & de Dame
Magdelaine Rogier de Neüilly
la premiere femme. La
Maifon des le Tonnelier eft
ancienne , elle a donné au
Parlement plufieurs Officiers
; elle eft connuë en
216
MERCURE
France dés le
quatorziéme
fiecle. Le dernier Evêque de
Boulogne
eftoit Breteüil.
C'eftoit un Prelat d'un grand
merite & d'une vertu reconnuë
, la memoire eft dans
une grande benediction
en
ce Pays là . Ce n'eft pas le feul
homme de bien que certe
Mailon ait produit . Alexandre
VI. eut le deffein de
canonifer un Ferdinand le
Tonnelier , mort en odcur
de Sainteté à Paris.
Je venois de vous envoyer
ma Lettre le mois dernier ,
lorfque
J
GALANT 217
lorfque les nouvelles de l'a .
vantage remporté par Mr de
Legal , arriverent . Ainfi je
ne vous en ay encore rien
dit : cependant quoy que
cette nouvelle fe foit publiée
pendant tout le mois , & que
vous deviez en eftre parfaitement
inftruite , je ne laifferay
pas de vous apprendre
quelques particularitez qui
n'ont point efté renduës pu
bliques , & qui doivent faire
connoiftre que cette affai
re eft plus complette que
les premieres nouvelles n'avoient
publié ; mais je croy
Aoust 1703. Т
218 MERCURE
que vous vous ferez un
plaifir de voir d'abord l'original
duquel ont efté tirées
les premieres Relations qui
ont couru . Le voicy. C'est
une Lettre écrite par Mr le
Gouverneur d'Ulm.
A Ulm ce 2 Aoult 1703 .
Ily a cinq àfix jours que
Mr de Legal s'eftoit approché
de cette Ville avec fon Camp
Volant composé de 12 Efcadrons
tant Cavaliers que Dragons ,
fous pretexte d'empêcher les cour .
fes que les Ennemis faifoiens
GALANT 219
pour qu'il n'entrât rien dans cette
Ville les jours de marché ; il
eftoit campé fous nôtre Canon ,
ayant laiffé Mr du Heron cam.
pé à Talfinguen qui eft à deux
lieues d'icy , en defcendant le Da
nube avec la Brigade de Poitou
fix Efcadrons de Cavalerie ,
parce que l'on craignoit que les
Ennemis n'y fiffent un Pont.
Mr le Maréchal ayant projetić
de furprendre le General Ennemy
qui eftoit campé prés de la Ville
Munderkinghen , qui est à
fix lieues d'icy en remontant le
Danube , avec cinq mille Che →
eaux
; mais l'on croyoit qu'il
de
i
Tij
220 MERCURE
n'en avoirpas tant. Mrle Ma
réchal ayant donné l'ordre à Mr
de Legal , cet Officier décampa
à huit heures du foir , afin que
les Ennemis ne fuffent pas inftruits
de fa marche , avec fes
12 Efcadrons , Mr du Heron
leftant venu joindre à la même
heure avec fix Efcadrons , &
deux cens hommes de la Briga ·
de de Poitou , lonen joignit cinq
cens de ce te Garnison que l'on
fit mettre en croupe , des Dra
gons avec le Détachement de Mr
de Fomboifard de cinq cens Che
vaux , lon marcha fans bruit
∙toute la nuit , ayant pris un déGALANT
221
tour de deux lieuës afin que les
Ennemis ne fe dowia fint de
rien mais ils avoient déa
efté avertis par un Party de
Hußirs , fibien qu'en arrivant
dans une Prairie qui a deux
lieuës de lung , cù nous avons
campé en vinant icy , on les
aperçut éloignez d'environ une
demie en Bataille de- liesë
want leur Camp , ayant fait
paffer le Danube à leur Bagage
L'on s'avança à eux inceffa
ment , les Ennemis mirent pied
à terre , leur Cavalerie ayanı
beaucoup de peine à ſe retirer
d'un Marais , les Ennemis aïant
Tiij
222 MERCURE
fait rompre les Ponts : L'on fe
difpofa à fe mettre en Bataille
voyant qu'ils faifoient du mouvement
on approcha les uns
des autres , ils s'eftoient emparez
d'une petite hauteur & paffoient
nôtre Ligne de beaucoup de
tous cotez , leurs Escadrons étant
fur trois rangs & les nôtres fur
deux , ainfi ils eftoient bien de
quinze cens Chevaux plusforts
que nous , avec tous ces avan.
tages, ils nous attaquerent les
premiers aïint fait une tres.
groffe décharge, nos gens entrerent
dans leurs Escadrons
firent unpeu plier d'abord ; cepen ,
les
GALANT 223
dant ils foutenoient toujours le
Combat tres
vigoureuſement ,
& fi bien qu'ilsfirent plier nôtre
gauche , & l'affaire auroit pú
mal tournerpour nousfans nôtre
Infanterie , qui aiant ordre de
fe jetter dans un chemin creux
afin de les couper,fortit en Bataille
alla la bayonnette au bout du
fufil à eux avec une bravoure
incomparable , arrefta en
Plaine toute la droite des Ennemis
fans tirer un feul coup , &
donna par là le temps à nôtre
Cavalerie de fe rallier , ce qu'elle
fit en bon ordre , & rechargea
fi bien les Ennemis , la droite
Tiiij
224 MERCURE
Jecondant tres vaillament , qu'ils
fe mirent tous à plier , s'enfuiant
fe jettant en foule dans la
Ville : ce fur là qu'on les accomoda
de toutes pieces . Ily eut prés
de quatre Escadrons renversez
dans le Danube , la groffe quantité
de morts qu'ily avoit fur le
Pont empêcha nos gens de pouf.
[er jufqu'àla Ville , & ils curent
le temps de lever lear Pontlevis ,
lly a cu quelques uns de nos
Dragons qui ont entré y font
reſtez avec eux, mais il ne font
qu'au nombre de buit ou dix : On
leur a pris feps Erendars & cinq
on fix Officiers Ennemis que nos
f
GALANT 225
Officiers ont pris , car il a efté
impoffible defaire faire quartier ,
tant nos Troupes eftoient animées.
Famais on a veu un Combat de
Cavalerie plus acharné , les Eng
nemis s'eftant trouvez avec les
meilleurs Regimens de l'Empire .
On eftime leur perte même de
leur aveu
, de quatorZeon quin .
Ze cens hommes &la noire n'est
au juste quede quatre à cinq cens
dans laquelle nous avons prés de
quaranie Officers tant tuezque
bleffez. Mrdu Heron eft bliffé
à mort d'un coup de mousqueton
au travers du corps , Mrdela
Peroufe , Lieutenant Colonel de
226 MERCURE
Forfat tué. M' d' Aubuffon Colonel
bleſſé d'un coup de pistoles
dans le corps , mais il n'eſtpoint
mortel , de Serre Lieutenant
Colonel de Levy tué , Broſſard
Lieutenant Colonel de Condé
bleffé à mort , & plufieurs Ca ·
pitaines , l'on n'en a point encore
la Lifte , ily a trois Regimens
qui ont fait des merveilles qui
font Fomboifard , Forfat , &
Merinville. Nos
s'en regens
vinrent le même jour , ayant
reflé une heurefur le Champ de
Bataille à faireramaẞ : r les blef.
fez, parce qu'on fe doutoit bien
que Mr le Prince de Bade feGALANT
227
༤.
roit un détachement de fon Ar
mée. Cette action s'eft paffée le
31Fuilles à une heure aprés midy.
Je n'ay changé aucun mot
à la Relation que vous venez
de lire , & je vous l'envoye
dans les mêmes termes qu'elle
a efté écrite.
Voicy une autre Relation
envoyée du Camp de Mr de
Villars , où vous trouverez de
nouvelles particularitez
.
Nous fommes toujours dang
noftre même Camp , en atten.
228 MERCURE
dant la jonction des Troupes d'Italie
, obfervant les Ennemis
qui font campez vis à vis de
nous ; comme ils nous font fupe.
rieurs d'environ dix mille hem.
mes , nous avons de l'autre coſté
du Danube des Camps depuis
Donavert jufqu'à Dilinghen ,
& depuis Dilingben jusqu'à
Ulm ,pour les empêcher depaſſer ,
d'envoyer des detachemens
du cofté d'Aufbourg Mr de Le.
gal qui commande ce Camp proche
Ulm , demanda il y a trois
jours à Mr le Maréchal la permiffion
d'aller attaquer un Camp
à Munderkingen , où Mr de la
GALANT 229
Tour Gouverneur de Conftance
avoit affemblécinq mille hommes ,
dont estoient trois Regimens de
Cuiraffiers de l'Empereur. Mr
le Maréchal fe remit à fi bonne
conduite , en luy laiffant la liberté
defaire ce qu'il jugeroit à propos.
Il marcha auffi - toft avec Mr du
Heron , qui commandoit les
Dragons , raffembla vingt huit
Efcadrons & huit cens hommes
d'Infanterie aux ordres de Mr de
Montgaillard , & arrivá le 31
de Fuiller à leur Camp , où il les
trouva en bataille . Ils foutinvent
l'effort de nos Troupes par deux
fors avec vigueur , furent cul
230 MERCURE
butezdans le Danube à la troi.
fiéme charge, Mr de Roſmadeck
Lieutenant Colonel de Choiseul
paffa avec fon Escadron à la
nage pour fuivre ceux qui s'é
toient jette dans le Danube.
Nousy avons pris quantité d'E.
tendarts que Mr de Montgail
.
lard va apporter , pour envoyer
à Munick On ne peut une vic
toire plus complette que celle là
Mr de Legal aprés les avoir bien
battus , vine mettre le feu à
leur Camp . Ily a eu de tuez les
Lieutenans Colonels de Forfat
&de Levy, & Mr du Heron
bleffé à mort , & le Lieutenant
GALANT 231
de Condé , Cavalerie.
Rien n'est plus beau , &
ne marque plus d'intrepidi
té & de mépris pour les dangers
les plus apparens , que
l'action de Mr Rofmadeck ,
qui merite d'eftre remarquée
& applaudie.
Il y a des Relations , qui
portent que Mr de Legal
avoit paffé jusqu'à ſept ruif.
feaux pour aller au devant
des ennemis ; cette ardeur
de combattre eft fi belle que
l'on n'y peut rien ajoûter.
Mr du Heron a aufli beaucoup
de part à l'avantage
232 MERCURE
que l'on a remporté , & l'on
peut même dire , que fi la
fin couronne l'oeuvre , on loy
doit le fuccés de cette glorieuſe
journée , puifque nos
Dragons fe trouvant prefque
accablez par les Cuiraffiers
de l'Empereur
, qui
eftoient beaucoup fuperieurs
en nombre , il rallia la Cavalerie
, quoy qu'il fut bleſſé
d'un coup de Moufqueton
au travers du corps , ce qui
fut caufe que l'on attaqua
les Allemands pour la troi.
fiéme fois ; mais fi vivement
qu'ils furent pouffez au delà
GALANT 233
du Danube , ou des Efcadrons
entiers le jetterent , &
où plus de trois cens hommes
fe noyerent , & entre
autres , felon ce que portent
quelques Relations , le Prince
Chriftian d'Hannover ,
qui eftant bleffé de deux
coups , voulut fe fauver par
la Riviere , au milieu de la.
quelle il eût fon Cheval tué
fous luy. ba
La fuite des ennemis fait
juger de leur perte , puis
qu'ordinairement on perd
beaucoup plus de monde en
fuyant que dans un Combat,
Loust 1703.
V
234 MERCURE
ainfi on peut juger de la
perte des ennemis puifqu'elle
a efté grande , non
feulement lors qu'ils ont
commencé à tourner le dos
pour prendre la fuite ; mais
auffi pendant le Combat , où
nos foldats fe fouvenant de
l'inhumanité des Partis Alle .
mans , lors qu'ils ont quelque
avantage , ne firent quartier
à perfonne nos Officiers ,
dont la valeur fervoit d'e
xemple aux Soldats , fe laiſſe.
rent toucher fans fe laiffer
vaincre , & donnerent quar
tier à plufieurs Officiers des
GALANT 235
Allemans, qui avoüerent hautement
, qu'ils ne s'étoient
jamais trouvez dans une ocz
cafion où ils euffent vû combatre
des Troupes avec plus
de valeur que les nôtres ont
fait dans cette action , aprés
laquelle Mr de Legal donna
leur Camp au pillage , & y
fit mettre le feu , il y reftoit
encore quelque bagage : Mr
le Comte de la Tour qui
avoit donné ordre qu'il paffaft
le Danube , dés qu'il
cût apperceu nos Troupes ,
n'ayant pû le faire paffer entierement
; ce Comte eftoit
Vij
236 MERCURE
dans les Troupes de Mr de
Baviere , & a pris le party
de l'Empereur au commencement
de cette guerre. Le
nombre des Etendars pris
s'eft trouvé plus grand que
l'on n'avoit crû d'abord , &
l'on en a envoyé onze à Munick
, ce qui marque que la
Cavalerie ennemie a efté mal
menée , ce qui chagrine beau .
coup les Cuiraffers de l'Em .
pereur qui ont eſté batus &
obligez de fuir , quoy qu'ils
fuffent fuperieurs en nombre.
Mr le Comte de la Tour fut
fait prisonnier par quelques
GALANT 237
Cavaliers ; mais comme ils
eftoient en petit nombre , il
fut repris par un plus gros
corps de Cavalerie .
Les ennemis , ou plutoft
leurs Partiſans ont écrit d'abord
à leur ordinaire que l'a
vantage leur étoit demeuré ;
mais ils ont ceffé de tenir ce
langage lors qu'ils ont confideré
que plufieurs de leurs
Escadrons s'étoient jettez
dans le Danube qu'ils
avoient repaffé leur pont ,
qu'aprés s'eftre fauvez dans
Munderkingen ; ils avoient
fait lever le Pont levis après
238 MERCURE
eux , & que Mr de Legal
eftoit demeuré Maistre de
leur Camp , & y avoit fait
mettre le feu , ces faits étoient
trop forts & trop convaincans
, & rien ne pouvoit leur
donner de priſe pour rendre
équivoque une victoire qui
avoit entierement tourné de
noſtre coſté : voicy le fuite
du Journal de Flandres qui
eft au commencement de
cette Lettre , il commence
au 27 Juillet , & finit au 8 .
Aoult & cette luite commence
au 9. Aouft , & finit au
17.
GALANT 239
Du Camp de Wafictſch ce
17. Aouſt 1703 .
Nous eûmes nouvelle lorsque
nous eftions à l'Abbaye de Heyl .
fem que les Ennemis n'estoient
pas fi avance que l'on avoit dis
d'abord , mais qu'ils campoient
à Haffelt. Le lendemain " nous
voulûmesfejourner croyant qu'ils
en feroient autant ; mais fur les
cinq heures du foir nous décampâmes
ayant eu avis qu'ils
avoient marché , que leur droite
eftoit à Tongres & leur gauche
à Borkloën Nous allâmes camper
à la Baronie de Fauche fur la
240 MERCURE
9.
Gethit où eftoit le Quartier des
Generaux & celuy du Roy à
Jandreing. Nous fommes demen .
rez dans ce Camp depuis le
de ce mois jufqu'au 14. Les Ens
nemis décamperent le 13 .
avoient leur droite à Borckourm ,
leur gauche au Moulin de Tro
gny qu'ils avoient devant leur
Camp , s'étendoient même
jufqu'à Berlo , leur quartier
general eftoit à Obesheer. Le 14.
nous décampâmes pour venir
dans ce Camp , nous avons
l'Abbaye de Boniffà nôtre droite
& le Quartier du Roy à Wafict.
fch , le même jour les Ennemis
GALANT 241
ن م ن ا و ل
mis allerent à Saint
Servaifo.
valen où nous avons campe ;
c'eftoit le quartier de Mr d'Over.
keirk & le centre de l'Armée
celuy du Mylord eftoit à Veria
ily avoit
quatre Bataillons
à Belem, & le reste àl'Abbaye de
Lems les Beguines. Les Ennemis
inveſtirent hier 15. de ce
mois la Ville d'Huy ; c'eft Mr
Milon qui y commande , & qui
deffendoit l'année paffée la Chartreufe
de Liege. Mr le Comte de
Lile , Lieutenant General de Mr
L'Electeur de Cologne , s'eft jesté
dans le Fort de S. Georges , avec
deux cent Maiftres. La Garaifon
Aouft 1703. X
242 MERCURE
de la ville monte à mille on dous
Zecens hommes , en comptant celle
de ce petit Fort. Il promer de fe
bien deffendre. Par le Courier
qu'ila envoyé hier à Mr leMaréchal
, il luy mande qu'il croit
que ce fera ledernier qu'il pourra
luy envoyer. Il avoit confu fa
Lettre dans le col de fa chemife ;
enforte que les Hollandois l'ont
bien battu , nepouvant rien trou.
ver.
L'Armée du Prince Tferclas
Tilly eft forte de quinze mille
hommes , & eftoit campée ce ma.
tin à Emptine , au delàde la Mebaigne;
elle a vingt- trois pieces de
GALANT 243
Ganon : Elle eft partie aujourd'huy
pour la baße Flandre , fur
ce que la Magiftrature d'Anvers
a envoyé un Exprés à Mr le
Maréchal de Villeroy , pour luy
dire qu'elle fçavoit pofitivement
que tous les mouvemens que faifoient
les Ennemis n'estoient que
dans le deffein d'avoir leur Ville :
En effet , ils ont détaché par leur
derriere quinze mille hommes
fans qu'onfache où ils font allez:
c'est apparemment le détachement
dont on a voulu parler pour Limbourg.
L'on a [çu que les Enne
mis avoient mis des Gardes à leur
Camp, pour empêcher qu'on ne
X ij
244 MERCURE
connut , & qu'on ne fut cë
détachement , afin qu'on ne dé.
couvrit point leur deßein.
L'on' continue de dire que le
Gouverneur de Dieft eftoit d'intelligence
, au lieu de celuy de Leucomme
on avoit dit cy- de
ve ,
vant la même choſe.
Les Ennemis ont foixante
pieces de Canon , leur gauche eft
à Vignamont , & leur droite à
Feamal
Nous eftions campez fur trois
lignes nous ne sommes plus
que fur deux . Jefuis , &c .
Le Roy a nommé à l'ArGALANT
245
chevêché de Narbonne , Mr
l'Archevéque d'Alby . Cet
Archevêque a eflé Evêque
de Lavaur , enfuite Archevêque
d'Aix , d'où il fut , tiré
pour eftre mis fur le Siege
d'Alby , & d'où enfin il a elté
élevé fur celuy de Narbonne ,
qui eft un des premiers da
Royaume , puifque l'Arche .
vêque eft Prefident né des
Etats du Languedoc. Cet Archevêque
eft de la Maifon
des le Goux , qui fort d'Angleterre
& vint habiter en
Bretagne lors de l'invafion
des Saxons , & de Bretagne
X iij
246 MERCURE
en Languedoc . La bran
che des le Goux de la Berchere
d'où fort le Prelat
;
dont je vous parle eft origi
naire de Flandres. Elle y
eftoit connue dés le commencement
du 17. Siecle , &
lorfque Jean le Goux fieur de
Taumiray y fuivit Philippes
le Hardy Duc de Bourgogne
qui y épousa l'heritiere de
Flandres . Ce n'eftoit pas une
Terre nouvelle pour le fieur
de Taumiray , puis qu'Artus
fon bifayeul avoit fait une
groffe figure fous les Comtes
de Flandres. Jean Baptifte le
*
GALANT 247
Goux , fieur de la Berchere,
Premier Prefident au Parlement
de Bourgogne , enterré
dans l'Eglife des Cordeliers
de Dijon , fous un magnifi
que Maufolée , épouſaden
1592. Marguerite Bruflart fille
de Meffire Denis Bruflart ,
Marquis de la Borde , auffi
Premier President de ce Par
lement , dont il eut Pierre
qui effuya de grandes tempê
tes , dont il fortit toûjours à
fon honneur , & qui mourur
Premier Prefident du Parle
ment de Grenoble le 29. de
Novembre de l'an 1653. il eft
↓
X iiij
248 MERCURE
enterréà Grenoble. Jean Bap
tifte le Goux eut pour ſecond
fils Denis le Goux de la Berchere
, Marquis de Santenay,
Confeiller d'Etat , Maiftre
des Requeſtes , & Premier
Prefident au Parlement de
Dauphiné , aprés la mort de
fon frere , auquel il fucceda .
Il épousa en 1527. Louiſe Joly
fille d'Antoine , Baron de
Blaify & d'Efcutigny, qui l'allia
avec toutes les meilleures
Familles de ce Parlement ,
fçavoir les Maleteftes , les
Mongeys , les Berbizy , les
Bouhiers , & grand nombre
GALANT
249
d'autres. Il eut de cette al
liance Jean Baptifte le Goux
de la Berchere , Marquis d'Inteville
, Baron de Thoify ;
Maistre des Requeſtes qui a
paffé par les Intendances &
qui époufa en 1675. Antoinet?
te le Févre d'Aubonne , dont
il a une belle pofterité. Il eut
encor de Loüife Joly , Char
les le Goux de la Berchere ,
Baron de Pouilly , Docteur
de Sorbonne , cy devant Au
mônier du Roy , qui fut facré
Evêque de Lavaur le 17. Avril
1678. & qui vient d'eftre noms
mé Archevêque de Narbon
250 MERCURE
ne. Ce Prelat eft encore plus
illuftre par fa doctrine & par
fon merite , que par fa dignité
, il a toûjours efté l'orne.
ment de l'Eglife Gallicane ,
& on fçait de quelle maniere
il a paru dans les Aflemblées
du Clergé. Denis le Goux ,
fon pere , eut plufieurs filles .
Il eut Catherine le Goux ;
mariée en 1650. à Joachim ,
Comte d'Efteing d'où eft ve
nu Mr le Comte d'Efteing
qui fert en Italie , & qui a
époulé Dame N ... de Vau .
becourt , & Mr l'Abbé d'Efteing
, Louife Charlotte le
GALANT 251
Goux mariée en 1677. avec
Jean François le Coq , Mar
quis de Goupilleres , Confeil
ler au Parlement de Paris.
On fçait l'ancienneté
& l'ilg
luftration de la Maiſon , des
le Coq , & enfin Anne le
Coq fût mariée en 1663. à
Emanuel de Pellevé , Marg
quis de Boury tué en 1671,
au paffage du Rhin à Tholuis;
Marie & Marguerite Carme
lites à Dijon. Meffire N .::
le Goux oncle de Mr l'Archevêque
de Narbonne eftoit
Abbé de Saint Sulpice , Or
dre de Citeaux en Bugey
252 MERCURE
auquel a fuccedé Mr de Montholon
, frere du feu premier
Prefident de Rouen ; c'eft fur
le nom de cette Abbaye
qu'on s'eftoit trompé .
Mr l'Abbé de Verrot a eu
mille francs de penfion fur
l'Archevêché de Narbonne.
Il eft de l'Academie des Inf.
criptions & des Medailles ,
& il joint à une grande con-
' noiffance des belles Lettres
toutes les qualitez qui font
T'honnefte homme . Nous
avons de luy la Conjuration de
Portugal , & les Revolutions de
Suede. Ces deux ouvrages ont
GALANT 253
efté fort approuvez , & font
concevoir une haute idée de
ceux qu'on efpere qu'il donnera
bien roft au Public,
Mr l'Evêque de Montauban
a efté nommé à l'Arche
véché d'Alby . Ce Prelat eft
de la Maifon de Nelmond
fi illuftre dans la Robe , &
qui a produit de grands per .
fonnages dans l'Epée. Cette
Maiſon eft originaire de
Guyenne , où elle eft alliée'
ainfi qu'à Paris à tout ce qu'il
y a de plus confiderable. On
fçait que Mrs de Nelmond
avoient une alliance fort
254 MERCURE
grande avec Mr le Chancelier
Boucherat
, & on ne pou
voit luy toucher de plus prés.
Mr l'Archevêque d'Alby cft
neveu de Mr l'Evêque de
Bayeux , il a de grands talens
& fur tout celuy de la parole
que perfonne n'eut jamais
dans un plus haut degré que
luy. Il a fait des difcours dans
des occafions d'éclat qui luy
ont attiré l'admiration univerfelle.
Celuy qu'il fit au feu
Roy Jacques II. à Saint Germain
, lors de l'Affemblée
que l'on y tint il y a quelques
années , fut admiré de tout
GALANT 255
ce qu'il y a de Gonnoiffeurs
en France.
Alby eft fur le Tarn , les
Latins la nomment Albia.
Cet Evêché eftoit Suffragant
de Bourges. Prolomée & la
notice de l'Empire en parlent.
Son Eglife Cathedrale eftfous
le nom de Sainte Cecile.
L'Archevêque eft Seigneur
temporel de la Ville . Les
plus illuftres Prelats de cette
Eglife font , Bernard de Caf
tanet , Bertrand de Bardis ,
Guillaume Curti , Guillain de
Montefquieu , Jean Offray ,
& deux Louis d'Amboife.
256 MERCUR
L'Evêché
d'Alby étant un des
plus riches du Royaume
, il
a efté erigé en Archevêché
par Innocent
XI. à l'inftance
de Sa Majesté
aujourdhuy
regnante
, qui nomma pour
premier Archevêque
Meffire
Hiacinthe Serroni , Gentil
homme Romain , auparavant
Evêque d'Orange , & enfuite
de Mende. C'eft d'Alby que
le nom d'Albigeois fut donné
aux Vaudois , dont l'opi .
niâtreté fit répandre tant de
fang dans le treizième ficcle ,
& aufquels Saint Bernard
fit une fi grande guerre pár
GALANT 257
fa plume & par fon éloquence.
On celebra en 1.76 . un
Concile à Alby , contre les
Albigeois où Gerard Evêque
de cette Ville s'y trouva
S. M. eftant tres fatisfaite
de la conduire de Mr l'Evê .
que de Tulles vient de luy
donner fix mille livres de
penfion fur l'Archevêché
d'Alby , le revenu de Tulles
n'erant pas fort confidera.
ble. Il n'eft point d'Eloge
dont ce Prelat ne fe rende
digne par la maniere dont il
vic , il a fait faire des retrai
tes (pirituelles aux habitans
Aouft 1703
.
258 MERCURE
de la Ville en arrivant dans
fon Dioceſe ; il a donné le
même ſecours à ceux de la
petite Ville de Roc- amadour,
fi celebre par la pieté , que
les Fidelles y ont pour la
Sainte Vierge , & qui eft une
Abbaye unie à l'Evêché de
Tulles ; il a accordé la mê
me grace à ceux de Deyrac,
à cauſe que leur Prieuré fait
encore partie du revenu de
fa menfe Epifcopale.Le Clergé
, la Nobleffe & le Peuple
de fon Dioceſe l'eftiment ,
le refpectent , & l'aiment infiniment
, ils difent que le
GALANT 259
Roy leur a donné le Paſteur
& l'Evêque qu'il leur falloit.
Je vous ay parlé de fa famille
dans mes Lettres precedentes
: elle eſt une des plus
nobles du Limoufin , dont
Mr le Marquis de Saint Aulaire-
Beaupoil eft Lieutenant
General pour le Roy fous Mr
le Comte d'Auvergne qui eft
Gouverneur de la Province .
Le Siége de Montauban ,
'étant vaquant par l'élevation
de Mr l'Evêque de Montau
ban fur le Siége d'Alby , Mr
l'Abbé de Vaubecourt Au
mônier de S. M. a eſté noms
Y ij
260 MERCURE
mé à l'Evêché de Montau→
ban , il eftoit Abbé d'Elnay ,
cet Abbé qui a cfté formé
dans les Ecoles de Sorbonne
, de la Faculté de laquel
le il eft un des plus confi .
derables membres , joint à
une illuftre na flance , à un
merite diftingué , & à une folide
doctrine, une pieré & une
vertu qui le rendent , il y a
long temps , le modele des
vrais Abbez , & qui le rendront
fans contredit celuy
des parfaits Evêques ; il y a
plufieurs années que la voix
du Peuple, qui de tout temps
GALANT 261
a efté celle de Dieu , l'élevoit
à l'Epifcopat , & on fçait
qu'il n'a tenu qu'à luy d être
place fur deux grands Sieges :
mais le Ciel l'avoit deftiné à
conduire le
troupeau de
Montauban
, & il y a lieu
de croire que c'est pour y
confolider
la foy naiflante
des nouveaux
reüsis , dont
ce Dioceſe eft rempli , para
miun Peuple d'une foy chan
celante
peu animée & languiflante
, on doit faire entendre
la voix d'un Pafteur
courageux
, ferme , & zelé ,
qui impoſe par fon autorité
262 MERCURE
autant que par fon exemple
& fa vertu .
Mr l'Abbé de Vaubecourt
eft forti d'une des plus illu
ftres maiſons de Champagne,
& elle eft originaire de Lorraine.
La maiſon de Nettancourt
Hauffonville y a tenu
un rang tres confiderable ,
il y eût un Philippes de Nettancourt
tué à la Bataille de
Bulleigne prés de Neufcha
tel en Lorraine le 2. Juillet de
143¹ . aux côtez de René ,
dit le bon Roy de Naples ,
qui fut pris Prisonnier dans
cette Bataille , & conduit à
l'an
GALANT 263
Dijon , & lequel obtint du
Comte Antoine de Vaude
mont , frere du Duc Charles
dont il avoit époulé la fille ,
le corps du fieur de Nettan
court qu'il fit enterrer dans
la Chartreuse de Dijon. Mr
l'Abbé de Vaubecourt eft
frere de Mr le Comte de
Vaubecourt , Lieutenant ge
neral des Armées du Roy ,
qui a un commandement
confiderable en Italie , & de
Madame la Comteffe d'Efteing
, dont l'Epoux eft neveu
de Mr l'Archevêque de Narbonne
, ils avoient encor un
264 MERCURE
frere qui eft mort dans le fervice
du Roy , ils font tous
enfans de feu Meffire N ....
de Nettancourt Hauffonville
Comte de Vaubecourt , Lieutenant
general des Armées
du Roy , & Gouverneur de
Perpignan , & de Dame N………
de Guillaume , d'une bonne
& ancienne mailon de la
Robe de Paris : feu Mr le
Comte de Vaubecourt avoit
époulé en premieres ´noces
Dame N le Vergeur de
Saint Soupler , dont il euit
feue Madame la Comteffe se
l'Aubelpin , qui avoit épousé
cn
GALANT 265
en premieres noces Mr le
Marquis de Fors , de l'illuftre
maifon de Pouffart du Vi .
gean , & Madame de Thuifi
Maiftreffe des Requeftes ,
mere de мr de Thuifi Confeiller
au Parlement de Paris ;
qui a epouſe mademoiſelle
de Caumartin : feu мr le
Comte de Vaubecourt , qui
auroit efté Maréchal de Fran
ce s'il avoit vecu plus long.
temps , eftoit fils de feu mef
fire N .... Comte de Vaubecourt
, Chevalier des Ordres
du Roy , qui fit des merveil
les au Siege de Varadin , &
Aoust 1703 .
Ꮓ
266 MERCURE
qui fut dans fon temps la terreur
des Ottomans : les Hiftoriens
ont tant parlé de fa
valeur qu'il est inutile d'en
rien dire à prefent.
Montauban eft fur la Riviere
du Tarn , cette Ville eſt
en Quercy & fon Siege eft
fuffragant de Toulouze ; on
l'appelle en latin Mons Albanus
, Mons Aureolus elle
fur rebatie en 1144. & elle
vint dans le Domaine du
Roy en 1171 Depuis Amaury
Comte de Monfort ceda rous
les droits qu'il avoit fur cette
Ville. En 1317. le Pape Jean
GALANT 267
22. y fonda un Evêché &
Bertrand Dupuy Abbé de
Saint Theodard , quieftoit
un faint Perſonnage en fut le
premier Evêque. La plus
grande partie du Diocéfe eft
dans le Languedoc , ce qui
donne droit aux Evêques
de Montauban de prendre
feance aux Etats de Langue .
doc , & à ceux de Quercy. En
1562. cette Ville fut prife par
les Huguenots dont elle fut
enfuite un des plus forts
Boulevarts , jufqu'en 1629 .
qu'elle fut prife & qu'on en
ruina les fortifications.
Z ij
268 MERCURE
Je dois ajoûter icy que
l'Eglife de Montauban
qui
eft dediée à Saint Theodard ,
fut elevée à la dignité Epifcopale
par le Pape Jean XXII.
qui aimoit les Habitans de
certe Ville a cauſe qu'ils
eftoient voifins de fa chere
Patrie de Cahors , Il confacra
luy même Bertrand Dupuy
premier Evêque de Montau
ban en 1317. Celuy cy a eû
des Succeffeurs
illuftres par
leur merite & par leur naiffance
; voicy le nom des
plus confiderables
.
Guillaume de la Cardalhac .
GALANT 269
Bieülé , & Bertrand fon neveu
, depus 1317 juſqu'en 1360.
Pierre de Taleyran . Chalais
, qui eftoit Abbé de la
Couronne , fut élu en 1368 .
Bertrand Robert de Saint
Geal , neveu du Cardinal
Adhemar , Archevêque de
Sens , en 1380.
Raymond de Bar , Gentilhomme
de Quercy dont la
Famille fubfifte encore , fut
confacré
en 1406 .
Bertrand de la Roche , Favory
de Charles VII . fut pro.
pofé en 1431 .
Aymery de Roque Mau¬
Z iij
270 MERCURE
rel , Abbé de Moiffac , Gen;
tilhomme Auvergnat , dont
la Famille fubfifte encore ;
fucceda à Bertrand de la Roche
fon allié , en 1445.
Jean de Labatut - Montrozier
fut élû en 1449,
Jean de Montalumbert ;
Gentilhomme Poitevin , fat
confacré en 1460.
Georges d'Amboiſe qui fue
depuis ce celebre Miniftre de
France fous Louis XII . fucceda
en 1484 .
Jean d'Auriole - Rouffillon
& Antoine fon neveu , gouvernerent
cette Eglife depuis
GALANT 271
7492. juſqu'en l'année 1519 .
Ils eftoient parens de Pierre
d'Auriole , Sieur de Loyré ,
Chancellier de France & Surintendant
des Finances de
Louis XI.
•
Jean Defprez Montpezar
frere du Maréchal de ce nom ,
fut Evêque depuis 1519. jufqu'en
7539.
Jacques Defprez · Montpezat
fils du Maréchal de
France, & Henry fon neveu ,
gouvernerent cette Eglife de
puis 1557. jufqu'en 1595 .
Anne de Murviel fucceda
à Henry de Montpezat
Ziiij
272 MERCURE
fon coufin , & mourut en 1652%
Doyen du Clergé de Fran
ce.
Les deux Meffieurs de
Berthier , & Mr l'Archevê
que de Toulouſe d'a prefent.
Le Roy a donné l'Abbaye
de Mortemer , vaccante par
la mort de Mr le Cardinal de
Bonzy , à Mr l'Evêque de
Troyes ; ce Prelat ayant fait
de grandes pertes depuis
quelque temps , & beaucoup
contribué au rétabliſſement
de fon Eglife prefque route
détruite par le feu du ciel . Il
a fait de grandes aumônes à
GALANT 273
ceux qui ont reffenti ces ef
fets de la colere du ciel , &
fes charitez ne diſcontinuënt
point pour les Pauvres de Lon
Dioceſe. Mr l'Evêque de
Troyes eft de la Maifon de
Bouthillier de Chavigni , qui
a donné plufieurs Miniftres
à l'Etat , & plufieurs Evêques
à l'Eglife , & qui vient tout
nouvellement de donner un
Saint au ciel .
Le fils de feu Mr Bloüin
premier Valet de Chambre
du Roy , & Gouverneur de
Verſailles , & frere de Mr
Bloüin qui poffede aujour
274 MERCURE
a
d'huy les deux mêmes Char
ges a eefſttéé nommé nommé par le Roy
l'Abbaye d'Aniane , & Sa
Majefté a parlé à cer Abbé
fur cette nomination d'une
maniere qui a dû luy faire
plus de plaifir que le Benefice
dont il l'a pourvû.
Tous ceux de cette famille
qui ont fervi & qui fervent
le Roy , ont montré & font
voir encore tous les jours
tant de zele , d'empreffement
& de fageffe qu'on ne doit
pas s'étonner des graces que
le Roy répand fur eux.
Mr l'Abbé Pomerols Cha
GALANT 275
noine de l'Eglife Royale &
Collegiale de Tarascon , a en
l'Abbaye de la Chartres. Cet
Abbé eft fort eftimé & confideré
de Mr le Nonce extraq
ordinaire , dont il eft Dios
cefain .
Sur l'avis que l'on avoit eu
dans le temps de la promotion
de Noël de la mort de
Mr l'Abbé de Gondon , la
Roy nomma à cette Abbaye,
Mr l'Abbé Broiffard , mais
cet Abbé n'eftant point de
cedé dans le temps qu'on
avoit cru la mort certaine ,
&ayant vêcu juſqu'au temps
276 MERCURE
de la promotion de la Noftre
Dame d'Aouft , le Roy a confirmé
le choix qu'il avoit fait
à Noël , & Mr Broiffart qui
eft Curé de Sainte Foy , dans
le Dioceſe d'Agen , gardera
cette Cure , avec l'Abbaye
de Gondon . La maniere dont
il ufe du bien de l'Eglife luy
en fait fouhaiter par les pau
vres , & par fes Paroiffiens .
Mr l'Abbé Binet , Curé de
la Sainte Chapelle de Paris ,
a eu l'Abbaye de Blafimont.
Mr l'Abbé Binet eft Docteur
de la Maiſon de Sorbonne , il
joint à une grande ſcience
1
GALANT 277
beaucoup de pieté & de ver.
tu ; il eft fort eftimé dans la
Chapitre de la Sainte Chapelle
, & l'eftime ſeule qu'en
fait Mr le Premier Prefident ;
dont il a l'honneur d'eftre le
Directeur & le Paſteur , pour
roit faire tout fon éloge. Il
fuccede à un homme d'une
grande vertu.
Le Roy a donné l'Abbaye
de Saint Thibery à Dom de
Paris ; le choix de Sa Majefte
a répandu une joye univerfelle
parmy fes Confreres qui
ont pour luy une tres . forte
eftime & une parfaite confi.
278 MERCURA
deration qu'il foutient de fon
côté par une vafte érudition
& par une fincere pieté. Je
ne dis rien que la voix publique
n'ait déja dit.
L'Abbaye du Saint Sepulchre
a efté donnée à Dom
d'Ambrine ; cette Abbaye
compte parmi fes Abbez d'il ·
luftres Perſonnages . On juge
affez par la reputation de ce
nouvel Abbé , qu'il foutien.
dra parfaitement celle de fes
Devanciers : Il a beaucoup
d'étude & beaucoup de cette
humilité qui eft le fondement
de toutes les vertus chr. f.
tiennes.
GALANT 279
Le Roy a donné l'Abbaye
'de Noftre Dame de faint De.
fir de Lifieux à la Dame de
Culant : Il n'y avoit que ce
choix qui pût confoler cette
Commuuauté de la perte
qu'elle a faite de fon illuftre
Abbeffe , qui joignoit à de
vives lumieres pour le gouvernement
d'une Com .
pagnie Religieuſe , une pieté
folide . Madame de Culant
eft d'une des meilleures Maifons
du Royaume . On fçait
le rang qu'un Chevalier de
Culant a eu dans l'Ordre de
Malthe. Cette Dame eft pa
·
280 MERCURE
rente de Mr l'Eveque de Belley
, qui avoit pris auprés de
luy pendant quelques années
M' l'Abbé de Culant qu'il
avoit employe dans fon Diocéfe
& qui mourut à Belley.
La Prevôté de Chambon
a eſté donnée à Dom Do.
mergue : Si le peu d'empreffement
pour les dignitez Ec .
clefiaftiques en rend tresdigne
, on peut affurer que
perfonne ne les merite mieux
que Dom Domergue , qui a
toujours vêcu fans ambition
& dans la pratique d'une
Philofophic chrêtienne . De
GALANT 281
tels Sujets ne peuvent man
quer de reüffir dans l'Eglife ,
& on ne peut trop loüer le
zele du Roy qui découvre ſi
bien le vray merite.
L'Abbaye de Leau , ou
Mrle Duc d'Orleans a droit
de prefenter , a efté donnée
à la Dame de Rouvroy. Ce
nom feul porte avec luy fon
éloge ; certe Maiſon a pro
duit de grands Sujets dans
l'Epée & dans la Robe , & :
les filles même qui en font
forties fe font prefques toutes
diftinguées par quelques
verrus particulieres . Madame
Aouſt 1703.0
A a
1
282 MERCUKE
de Rouvroy eft fort eftimée
dans fa Communauté
, elle
y a acquis une reputation folij
de , & que fes vertus & l'exercice
conftant & fidele de toutes
les pratiques de la Regle
luy ont attiré , ce qui fans
doute luy a fait meriter le
choix du Roy.
Rien n'est plus ordinaire
que de donner des Feſtes ,
rien n'est plus rare que d'en
donner d'agreables ; la grande
dépenfe , & le fracas , loin
de leur donner de l'agrément,
les rendent fouvent ennuyeufes
, fur tout lorfque la ma
GALANT 283
gnificence s'y trouve fans
eltre accompagnée d'une certaine
nouveauté ingenieufe
qui frappe & reveille le fpectateur.
La plus grande dépenſe
de ce qui s'appelle
Fefte doit estre en eſprit , &
en invention , & la Fefte la
plus magnifique qui n'a point
toutes ces parties doit eftre
regardée comme une belle
femme qui , bien que reconnuë
pour telle , ne plaît pas
toujours quand elle manque
de ce je ne fçay quoy qui
préte à la beauté des agré
mens qui font plus d'effer
A a ij
284 MERCURE
fur les coeurs que le viagef
le plus regulierement beau:
Ainfi on peut admirer une
belle femme fans en eftre tou
ché , & trouver de la magni↓
ficence dans une Feſte magnifique
fans en avoir efté diverty.
Il parut un Spectacle en
France il y a environ qua •
rante ans , il avoit coûté des
fommes immenfes , & cependant
jamais ennuy ne fut
plus grand que celuy qui
regna dans toute l'affemblée
lorfque ce Spectacle parut
pour la premiere fois , de forte
qu'il en falût retrancher
GALANT 285
plus de la moitié. Ceux qui
ont vû la Fefte de Chafte
nay que je vous envoye , aus
roient efté fâchez que l'on en
eût rien retranché : l'efprit ,
l'invention , & les agreables
furpriſes y brillent par tout ,
& l'on y voit quantité de cho .
fes qui conviennent aux Puiffances
aufquelles la Fefte eft
donnée , ce qui eft effentiel
dans ces fortes de Feftes , &
ce qui cependant s'y trouve
rarement. Quand les Feltes
que l'on donne ne feroient
pas de la grande magnificen
ce à laquelle les Particuliers
286 MERCURE
ne peuvent atteindre , il faut
que tout y foit executé par
les perfonnes qui ont le plus
de réputation dans les Arts
dont ils fe meflent
, & que
le bon goût y tienne lieu
du fracas & de la grande dépente.
Tout cela le trouve
dans la Relation qui fuit de
de la Felte de Chaftenay
,
& qui peut fervir de modele
à tous ceux qui voudront
donner de ces fortes de Fêtes .
Elle commence
fans que
l'on s'en aperçoive , & l'ef•
prit & l'invention y brillent
d'abord , tout y eſt nouveau
,
GALANT 287
tout y furprend , on n'y attend
rien de ce qu'on y voit ,
tous les morceaux en font
choifis , ils font bien execu
tez , la Fefte convient à ceux
à qui elle est donnée , ils y
font loüez avec efprit & fi
neffe , ils y font divertis avec
art & en quelques endroits
par des chofes dont ils ont
eux feuls la clef. Enfin quoiqu'il
y ait dans cette Fefte
dequoy fatisfaire les yeux
& les oreilles , l'efprit y trouz
ve encore plus de quoy fe
contenter , on ne doit pas
s'en étonner puifque cette
288 MERCURE
Feſte a efté donnée , inven
tée , & en partie executée par
Mr de Malezieu : Ce n'eft
pas la premiere qu'il a donnée
, & dont vous aïez pris
plaifir à la lecture : j'ay fouvent
eu occafion de vous
parler de cet homme univer
fel. Quoiqu'il ait beaucoup
d'érudition & qu'il foit
chargé d'affaires qui deman
dent de grands détails , rien
ne l'empêche de penfer galamment
, lorsqu'il eft queftion
de divertir le Prince auquel
il est arraché , & de faire
executer les penſées . Vous
fçavez
GALANT 289
fçavez qu'il eft de l'Acade
mie Françoiſe , & que tous
ceux de ce Corps reüffiffent
dans toutes les chofes dont
il leur plaît de femefler , lors
qu'elles regardent l'efprit .
RELATION
DE LA FESTE
DE CHASTENAY.
Son
On Alteffe Sereniffime Monfieur
le Duc , Madame la Ducheffe
du Maine , & Mademoiselle d'En
guyen , firent l'honneurà Mrde Malezieu
de venir coucher dansfa Maifon
de Chaftenay le 4.
Aouft 1703 .
*
de ce mois
Bb
290 MERCURE
veille de la Fefte du Lieu , dansla
deffein d'y paẞer la journée fuivante.
Monfieur , Madame , & Mlle de
Nevers , Madame la Ducheffe de
Laufun, Madame la Ducheffe de
Roban , Mlle de Rohan , Me de Barbezieux
, Mela Marquife d'Antin,
Mr& Mede Laffay, Me & Mlle
de Croßy , Me la Marquise de
Bouzolles , Me la Comteffe de
Chambonas , Mr le Prefident de
Mefmes , & plufieurs autres perfonnes
diftinguées par leur naiffance
& par leur merite , qui estoient
venues à Sceaux faire leurCour aux
Princes , fuivirent leurs Alteffes
Sereniffimes à Chaftenay, & aprésy
avoirfoupèrevinrent coucher à Seaux
parce que la petite Maifon de Chaftenay
ne pouvoit , à beaucoup prés
fournir des logemens fuffifans à une
#2
GALANT 291
Compagnie fi illuftre & fi nombreu
fe. La matinée du Dimanche fut
donnée toute entiere à une ceremonie
de piete. Mr l'Abbé de Malezien
chanta fa premiere Meffe dans PEglife
Paroiliale de Chaftenay , Leurs
A.S.y voulurent afifler , & la Com
pagnie, qui avoit couché à Sceaux ,
eut la même devotion . Mr Mathaut
, Ordinaire de la Mufique du
Roy, donna pendant l'Offertoire un
Motet de fa compofition , qui fut
trouve excellent , & parfaitement
bien executé , aui avoit-il eu foin
de choisir dans la Mufique du Roy
des voix & des inftrumens capables
de feconder dans la derniere perfection
les intentions du Compofiteur.
Au retour de la Meffe , Madame
la Ducheffe du Maine donna un
diner magnifique , après lequel toute
Bb ij
292 MERCURE
la Compagnie paẞa dans une galle
rie , qui fait partie d'un appartement
fort propre , dont Son Alteße,
Sereniffime a bien voulu orner la
maifon de Mr de Malezieu , à qui ,
S. A. S. Monfieur le Duc du Maine
a donné depuis quelques années
la Seigneurie du lieu. Ces particu
Laritez , que la reconnoiffance de
Mr de Malezien , a rendu publi
ques , autant qu'il eft en fon pouvoir
, pourroient eftre ignorées de
plufieurs perfonnes ; & font cepen.
dant neceffaires , pour mieux comprendre
l'intention du divertiffement
qu'il donna fur le foir à leurs Alteffes
Sereniffimes . La Compagnie
s'occupa à differens jeux , jufques
fur les huit heures du foir Alors
Mr l'Abbé Geneft , l'intime Amy
de Mr de Malezieu , & qui a biew
GALANT 293
>
voulu l'aider àfaire les honneurs de
fa maifon, entra dans la gallerie, &
vint direfortferieuſement à Madame
la Ducheffe du Maine, qu'un Opefateur
eftoit dans la cour avec
toute fa Troupe , qu'il avoit appris
, en paffant au Bourg- la-
Reine , que leurs Alteffes Šereniffimes
eftoient à Chaftenay
& qu'il venoit leur offrir un
plat de fon meftier . La Princeffe
ayant ordonné qu'il entraft ,
l'on vit auffitoft paroiftre un homme
dans un équipage fort extraordinaire
: mais malgré la coëffure bizarre
, &fa longue barbe de crin , on
reconnut bientoft que c'eftoit Mr de
Malezieu, qui prononçoitfortgravement
la harangue burlesque que voi ..
cy , ou du moins àpeu près ; car aßurément
elle nefut pas fort meditée...
Bb iij
294 MERCURE
Monfeigneur , Madame , Mas
demoiſelle , Mademoifelle , Madame
, Monfeigneur , ou , Monfeigneur
, Mademoiſelle , Madames
car il n'importe gueres que
Dame foit devant , ou qu'elle
foit derriere. Vous voyez paroiftre
devant vous , l'ame
d'Hippocrate , la quinteffence
d'Efculape , le Phoenix des Operateurs
, aprés avoir fait tonner
ma reputation dans les quatre
parties du monde , & bien loin
par delà ; je viens liberalement
vous faire part des fecrets incomparables
que je dois à mon
experience & à mes longs travaux.
J'appris avanthier à Novogrode
Kveliki , l'une des Capitales
de Mofcovie , où j'eftois
allé remettre la tefte à un Grand
GALANT 295
du Pays , décapité depuis quatre
années par ordre du Kzar ;
que vous deviez vous trouver
aujourd'huy à Chaftenay , & y
prendre quelques amuſemen's
dans la maifon du Seigneur du
lieu , mon ancien Amy ; & je fuis
venu avec affez de diligence ,
comme vous voyez , pour l'aider
à faire les honneurs de fa maifon.
Je voy bien que vous avez
quelque peine à comprendre
comment j'ay fait fept cens
lieuës en moins de deux jours ;
& comment j'ay pû fçavoir la
partie que vous aviez faite ;
mais un peu de patience , voftre
furpriſe ceffera , quand vous au
rez vu une partie des merveilles
qui font renfermées dans ma
caffette. N'allez pas vous ima-
Bb iiij
296 MERCURE
giner que je fois de ces Opera
teurs de Bibus , qui peuvent tout
au plus guerir quelques paraly
fies , quelques apoplexies , quelques
peftes . Non , non , je ne
m'amufe pas à ces bagatelles ' ;
& je ne veux pas auffi vous rompre
la tefte du nombre infini
d'hydropiques , de paralitiques ,
d'apoplectiques , d'icteriques ,
de melancoliques , de phreneti.
ques , de phryfiques , de pulmoniques
, d'epileptiques , de cachectiques,
de diffenteriques , de
fcorbutiques , & en un mot de
tous les malades en iques que
j'ay gueri . Je veux étaler de
plus rares merveilles , aux yeux
de perfonnes auffi merveilleu-
Les que vous . Allons , ma Caffette,
yîte , ma Caffette , PANGALANT
297
TOMINAS PANTOMIMAS.
A cette belle femonce parut un
Arlequin , portant une boëte remplie
de plufieurs bouteilles , avec des écriteaux.
C'eftoit Mr de Dampierre ,,
l'un des Gentilhommes de Mrle Duc
du Maine , qui joint à toutes les
qualiter effentielles de l'homme de
condition , plufieurs talens propres à
occuper agreablement une compagnie .
Ilfçait tres bien la Mufique , iljouë
de la Flute d'Allemagne , & du
Violon : ilfonne du Cordans la derniere
perfection , &aprés les grands
Maistres , perfonne ne touche mieux
la Viole. L'Operateur avertit la
Compagnie que cet Arlequin eftoit
unjeune Chinois , qui nefçavoitpas
un mot de François , & qu'ainfi
l'on ne devoit pas eftre furpris s'ils
parloient entr'eux une langue exà
298 MERCURE
traordinaire. En effet , l'Operateur
& l'Arlequin lierent d'abord une
converfation qui confiftoit en grimaces
, en fifflemens , & en mots barbares
terminez en XIN , XU , XA ,
l'effet en eftplus aifé à imaginer qu'à
décrire. L'Operateur demanda en
ce beau langage une bouteille à fon
Arlequin , qui la luy prefenta avec
des ceremonies dignes de la gravité
dufujet, Cette bouteille avoit pour
écriteau , EAU GENERAL E.
Que penfez - vous , dit alors l'Operateur
en s'adreßant à Monfieur
Le Duc que pensez - vous que
renferme cette bouteille ? Vous
croyez peut- eftre que c'est un
compofé de méchante eau de
vie & de quelques Plantes
vulneraires , comme l'Eau
gcnerale
u e debitent vos Apoti
GALANT
caires . Hô , vrament vous
eftes pas . Je la nomme Eau ge
nerale , parce que l'ufage de
cette cau miraculeufe forme en
tres peu de temps des Generaux
d Armée . Je veux bien ,
Monfeigneur , vous en confier
le fecret. C'eſt un extrait de la
cervelle de Cefar , du flegme
de Fabius , du foulphre d'Alexandre
❤
& de l'Ame du
Grand Condé ; prenez en ce
foir un bon verre à la fin du
repas , & qu'on vous donne demain
une Armée à commander
, je veux eftre pendu en
Gréve , fi vous n'égalez vôtre
Grand Pere Après avoir prefenté
cette bouteille à Monfieur le Duc,
P'Operateur recommença fon bean
jargon avec l'Arlequin qui lug
300 MERCURE
prefenta une feconde bouteille avec
les mêmesceremonies . Elle avoit pour
Ecriteau, ESPRIT UNIVERSEL .
Madame , dit l'Operateur , en
s'adreffant à Madame la Ducheffe
du Maine Il n'eft pas icy queftion
de cet Efprit univerfeltant
recherché par Vanhelmont &
les autres Chymifles ; je vous
ay déja dit que je ne m'arreftois
pas à ces puerilitez , ma bouteille
renferme un Trefor ineftimable
: C'eft un admirable
compofé de penetration d'ef
prit , de fineffe , de difcernement
, d'un goût exquis , d'une
étendue immenfe pour tout ce
qu'il y a de plus fublime , de
fineffe de converfation , d'un
tour admirable pour s'énoncer
avec précision d'un enjoûGALANT
301
ment , & d'un badinage qui fçait
répandre la politeffe & lagre .
ment , jufques dans les Rebus ,
d'une vivacité furprenante toujours
accompagnée de jufteſſe :
en un mot , c'eft veritablement
l'Efprit univerfel . Je fçais que
vous pouvez tres bien vous
paffer de ma bouteille , vous
poffedez naturellement toutes
les merveilles qu'elle renferme ;
mais ne laiffez pas de l'accepter
pour en faire part à quelquesunes
de vos amies , qui font bien
éloignées de vous reffembler .
Le baragoüin Chinois recommença
incontinent après , & Arlequin
prefenta une troifiéme bouteille à
Jon Maitre : C'est ma poudre
de Sympatie , s'écria l'Opérateur;
Mademoiſelle , continuat- il en
s'adreffant à Mademoiſell d'En302
MERCURE
guyen, Ne croïez pas , s'il vous
plaît que ce foiticy une poudre
de Sympathie ordinaire , compofée
de vitriol calciné, voila de
belles fadaifes ; ma poudre eft
un compofé merveilleux , d'une
humeur toûjours égale , d'une
affabilité qui fçait gagner tous
les coeurs , d'une complaifance
naturelle , qui fans compromettre
la dignité de la perfonne
, fait qu'elle entre agreablement
dans tout ce qui peut obliger
les autres . D'une grace infufe
jufque dans les moindres
paroles , & d'une attention continuelle
à faire toûjours précifement
ce qu'il y a de plus
raifonnable Voila , Mademoifelle
, la veritable poudre de
Sympathie. Je fçay que perfonne
dans le monde n'en a moins
GALANT 303
$
2
befoin que vous ; & que ma
poudre ne peut aller plus loin
que vostre heureux naturel .
Agréez cependant le preſent
que je vous fais pour vous en
fervir dans l'occafion fur les
autres , fi jamais l'envie vous
prend de voir quelque perfon.
ne qui vous reffemble. La quatriéme
bouteille parut enfuite , elle
eftoit intitulée , ESSENCE DES
ELUS la plaifanterie dont il eft
question ne peut eftre expliquée ;
elle fe renferme entre quelques
perfonnes qui en ont l'intelligence ,
& les autres trouveront bon qu'on
ne s'explique pas plus clairement.
C'eft une liqueur, dit l'Operateur ,
qui guerit toutes les maladies
de la peau, entre autres la galle
la plus inveterée : J'en fis der304
MERCURE
nierement l'experience
fur deux
Elûs dont elle a tiré fon nom .
Un troifiéme fut incredule &
ne voulut point eftre gueri ;
mais je fçauray bien le trouver
& le guerir malgré luy . Après
cela parut la cinquième bouteille
dont l'écriteau eftoit , SIROP VIOLAT.
Vous croïez peut - eſtre ,
dit l'Operateur , que c'est pour
adoucir la poitrine ; vous n'y
eftes pas : Son nom & ſes effets
font bien plus mifterieux.
Je l'appelle SIROP VIOLAT ,
parce que dés que j'en ay verfé
une goutte dans la main de qui
que ce foit , il devient fur le
champ auffi excellent pour la
Violle
Marets & Forcroy .
En voulez vous voir l'experience
fur mon Arlequin , je puis
que
GALANT 305
vous affurer en homme d'honneur
qu'il n'a jamais vu cet
inftrument ny à la Chine ny
depuis qu'il en eft forti. L'Operateur
en difant ces mots prefenta
la Violle à Arlequin , qui s'enfuit
enfaifant mille grimaces & en marmottant
fon Chinois ; mais fon
Maistre luy ayant verfe du Sirop
dans la main , il parut à l'inftant
un autre homme , & joua une des
plus belles & des plus difficiles pieces
de Marets . Un moment aprés
l'Operateur demanda la fixiéme
bouteille : elle avoit pour titre ,
PILLULES FISTULAIRES .
N'allez pas vous perfuader , dit
L'Operateur , que ce foit pour
guerir des fiftules . Voila une
plaifante cure . Je les nomme
FISTULAIRES , à caufe defiftu-
Aoust 1703. Cc
306 MERCURE
la , qui fignifieflute . Vous allez
voir la merveille qu'elles operent.
J'en vais mettre une dans
la bouche de mon Arlequins
dés qu'elle aura touché fès levres
, il jouera de la flûte comme
Pan ou Defcofteaux , & cependant
je vous protefte en homme
de bien , qu'il ne connoif.
foit pas plus la Flûte qu'il connoiffoit
la Violle quand je l'ay
frotté de mon effence . Arlequin
s'enfuit quand fon Maistre luy prefenta
la Pillulle , mais aprés avoir
bien gambadé & bien marmotté , il
confentit à en avaller une , & dans
le moment joua fur la flute d'Allemagne
un Prelude qui ravit la
Compagnie. Vous croyez peuteftre
, continua l'Operateur , que
je vous en impofe , & qu'Arlequin
fçavoit jouer des inftru
GALANT 307
mens ; il faut vous convaincre
tout à fait . Qu'on me faffe venir
quelques - uns de ces Payfans
qui font là bas Alors on amena en
effet deux Payfans qui fe deffendirent
longtemps contre le Sirop violat &
les Pillullesfiftulaires ; mais l'Operateur
les perfuada. L'un fut frotté
de Sirop violat ; l'autre avala une
Pillule , les fecrets opererent fur le
champ. On entendit des chofes admirablesfur
la Violle &fur la Flûte :
& l'on n'eut pas grandepeine à comprendre
ces miracles , quand on recon.
nut les deux Payfans pour ètre Mrs
Forcroy & Defcofteaux. Enfin l'Operateur
demanda lafeptième bouteil
le. Elle eftoit intitulée ESPRIT DE
CONTREDANSES . Voicy , continua
l'Operateur , l'abregé des
merveilles du monde Preparez-
16638
Cc ij
308 MERCURE
*
vous à la plus grande des furprifes.
La liqueur que vous
voyez a des vertus qu'on ne
pourroit expliquer en un fiecle.
Qu'on me donnella Dame
du monde la plus delicate , la
plus pofée , la plus fedentaire ;
fi elle fe laiffe tomber une feule
goutte de cet efprit vers la region
des reins , vous la verrez
à l'inftant plus agile qu'un lutin
, tantoft s'élancer pendant
la moiffon des Foins fur le haut
d'une meule ; tantoft voltiger
comme un Balon , & danfer la
Furtemberg , la Forlane , le
Piſtolet , l'Amitié , la Chaffe ,
la Derviche , la Siffonne , les
Tricotets , Madame de la Mare ;
( cecy eft comme l'Effence des Elus
c'est une plaifanterie qui ne peut
GALANT 309
eftre entendue que d'un petit nombredegens
qui font aufait . ) C'eſt
avec quelques gouttes de cet
Efprit , ajouta l'Operateur
, que
toute ma Troupe a acquis affez
de legereté pour faire en moins
de deux jours le voyage de Mofcovie.
Mais venons à la preuve.
Qu'on faffe monter icy le plus
groffier Payfan qui foit dans le
Village. Alors parut un Payfan
qui fe fentoit de la Fefte , & qui
pouvoit à peine fe foutenir tant il
avoit bû. Il acheva de vuider une
groffe bouteille , en prefence de la
Compagnie , & tomba enfin tout de
fon longfurlaplace . Tant mieux
dit l'Operateur ; mon remede en :
paroiftra plus admirable . En mé
me temps ilen verfa quelques gouttes
fur les reins de l'Ivrogne & luy en
1
310 MERCURE
frotta la plante des pieds .Jamais effet
nefutplusfubit nyplusfurprenant.
Livrogne fe releva avec une legereté
d'oiseau ; &fit pendant une demie
heure des tours de foupleffe admirables
& des fauts perilleux à faire
trembler les Spectateurs. Tout le
monde avoua que l'Operateur
avoit tenuparole & l'on vit bien
qu'il eftoit feur de fon fait quand
on eut reconnu que l'Ivrogne eftoit
le Sr Allard.
Aprés qu'Allard eût fait cent
tours de fon metier ; ce n'eſt pas
tout , dit l'Operateur , je merite
le nom d'Operateur par plus
d'un endroit , puifque ce n'eſt
pas feulement par les operations
que je fais , mais encore par
les Operas où j'excelle . Il eft
vray que je fuis bien aidé ; j'ay \
GALANT
311
dans ma Troupe un Bonze que
j'ay amené des Indes , & qui
eft un des grands Poëtes du
temps ; j'ay auffi pour la Mufique
un Compofiteur excellent .
Je l'ay ammené avec moy de
Mofcovie où il montre la Mufique
au Fils du Kzar , qui eft
prefentement en Campagne , &
c'eft ce qui luy laiffe le loifir
de venir icy. Je vais dans le
moment vous faire voir de quoi
noftre Troupe eft capable , &
l'on va vous preſenter un petit
Opera qui a pour titre , PHILEMON
ET BAUCIS. C'eft un
Sujet tiré des Metamorphofes :
Jupiter , Junon & Mercure ,
cherchant fur la Terre quelques
veftiges de l'ancienne Innocence
, aprés avoir viſité les
312 MERCURE
Palais des Princes & les grandes
Villes arriverent enfin dans
la Cabane de Philemon & de
Baucis , qui exercerent envers
eux l'hofpitalité fans les connoiftre
, & les traitterent avec
la frugalité que leur permettoit
la mediocrité de leur condition .
Ces grands Dieux touchez de
leur innocence & de la fimplicité
de leurs moeurs , changerent
leur Cabane en un Palais ,
les établirent Preftres de leurs
Divinitez , & leur ordonnerent
de celebrer tous les ans la Vifite
que les Dieux avoient dáigné
leur rendre. Apeine l'Operateur
eût-il ceffe le parler que Mr Matautparu
à la tefte d'une douzaine
des meilleurs Muficiens du Roy ,
Vetus en Preftres & Preftreffes couronnez
GALANT 313
Couronnez de fleurs & ornez de
guirlandes. Mademoiselle des Endlos
& Mr Baftaron qui reprefentoient
Baucis & Philemon chanterent
les paroles fuivantes. Les
Chours , & l'Accompagnement
,
étoient compofez de Mrs Buterne
Vifée , Forcroy, la Fontaine , le
Peintre pere & fils , Desjardins ,
Pieche , Descofteaux, Mademoiselle
le Peintre , &C.
SCENE I.
PHILEMON , BAUCIS
BAUCIS.
mon cher Philemon que mon
ame eft contente
Soust1703.
Dd
314 MERCURE
Je rapelle fans ceffe un chars
mant fouvenir 20bring
Du moment fortuné qui nous
Svit obtenir
Une faveur fi rare & fi confe
tante
.
Les jours les plus fereins , les
Aftres les plus doux-
Ne luifent que pour nous .
PHILEMON , BAUCIS.
Les jours les plus fereins , les
Aftres les plus doux
Ne luifent que pour nous.
BAUCIS
Jupiter & fon Fils , par leur
bonté fupreme ,
Ont vifité les plus fimples mortels
,
Noftre Cabane eftoit en ce
lieu même
Où l'on revere leurs Aurels .
7
GALANT 315
Nous déguifant leur divine
prefence
Ils fe font offerts à nos yeux ;
Des foins remplis d'innocence ,
Un coeur pur & fincere ont
touché ces grands Dieux ,
Et fur nous , tous les jours ils
font tomber des Cieux
De leurs biens l'heureufe
abondance,
De leurs dons l'éclat precieux.
PHILEMON BAUCIS .
Toujours quelque faveur
nouvelle
Prévient nos voeux , honore
noftre zele ...
PHILEMON.
Je croy l'entendre encore cette
puiffante voix
Du Dieu qui lance le Tonnere
Ddij
316 MERCUR
Commander à ces Murs de for
tir de la terre ,
Je voy noftre Cabane obeïr à
fes Loix , blog
Le chaume difparoiftre
pauvre Bergerie
ma
Devient uneample Gallerie :
Une vielle Mazure enfante en
42 un moment
Un magnifique appartement .
Vivez , dirent alors ces Deïtez
propices ,
Vivez heureux
paix ;
vivez en
Soyez nos Preftres deformais;
Offrez nous en ces lieux de
juftes Sacrifices ;
Et vous & vos Enfans, celebrez
à jamais ,
Noftre puiffance & nos beifaits.
GALANT 317
BAUCIS PHILEMON
Celebrons à jamais , celebrons
ial jamais ,
Et leur puiffance & leurs bienfaits.
lionsqub
sk
SCENE II.
PRETRES , PRETRESSES ,
BAUCIS PHILEMON .
PRETRESSES.
Dans nos Vallons
Montagnes
fur
nos
Mille rayons s'élancent des
Cieux ,
Tout refleurit dans nos Campagnes
:
Le vif éclat qui brille dans ces
lieux ,
D diij
318 MERCURE
Semble annoncer la prefence
des Dieux.
PHILEMON.
Voicy le jour de noftre grande
Fefte , b
Voicy le jour pompeux & for
cuné
Au Sacrifice deſtiné .
Miniftres de ces Dieux, venez
tous qu'on s'apprête,
Voicy le jour de cette grande
Fefte ,
Où nous celebrons tous les ans;
La gloire & les bontez de ces
Dieux bien-faifans.
PRETRES ET PRETRESSES .
Trian
Toujours à nos voeux favorable
Grand, Dieu reçois l'encens,
Que t'offre un zele veritable
GALANT 319
Toujours à nos voeux favorable
Grand Dieu reçois l'encens
Que t'offre un zele veritable,
Que t'offrent des cours innocens
.
0
Détourne loin de nouston courroux
redoutable , sandi
Grand Dieu reçois l'encens
Que t'offrent des coeurs innocensioonpiden
1: 200
Celle qui regne duffi fur ces
voûtes brillantes ,
A l'envi de fon Epoux ,
Se plaift à répandre fur nous
Mille faveurs charmantes.
Par elle quelquefois ces lieux
font habitez :invoim
Je fens à fon afpect tous mes fens
enchantezi arcASTA AUT
Dd iiij
320 MERCURE
·
Toûjours à mon eſprit ſes bontez
font prefentes hypo
Chantez Junon i mes Com-
Po pagnes chantez , 7915 A
Chantez fa gloire & les bontez.
llim & alljen merdon &
PRESTRES , PRESTRESSES .
O , fouverain des Dieux , ôl fuprême
Deefferson
Deeſſe
Que le noeud qui vous joint fe
refferre toûjours.
Que l'Olimpe avec nous marque
fon allegreffe :
Que les Graces , que les Amours
Redoublent tous les jours
Voſtre vive tendreflecto
Et recevez toujours fur ces mê.
mes Autels
Les voeux que nous offrons
vos noms immortels ,
GALANT 327
POGRAND CHOEUR
Lieux fortunez , témoins de leur
mo magnificence }
Retentiffez , répondez à nos
-voix szily & sumago 38
Repetez mille & mille fois
Nos voeux , noftre recouuoifalfance
Lesbrists veel ',
Reperez mille & mille fois
Nos voeux , noftre reconnoiffance
spolbert SENDO"
Retentiffez , répondez à nos
voix . opis z
Aast ond Jubrid eni
Il n'y eut pas deux avis fur la
-compofition & fur l'exécution dela
-Mufique & tout le monde avoua
que Mr Mataut s'eftoit furpaßt
tant pour l'expreffion des paroles &
Pexcellence de la Mufique chantan
te quepar les airs admirables de
322 MERCURE
Violon, dont la Musique chantante
eftoit entremeflée. Aprés ce petit
Opera qui dura environ une heure.
L'Operateur fit encor fauter fon
Payfan Enfuite de quoy leurs Alteffes
Sereniffimes allerent fouper &
Les plaifirs de la foirée furent terminez
par un Feu d'artifice que Mr de
Malezien avoit fait preparer dans
fon Jardin
En vous parlant der Spectacles
, je ne dois pas oublier de
vous dire que les deux fils de
Mr le Duc de Perth , Gouverneur
de Sa Majesté Britannique
, ont joué dans une Tragedie
qui a efté reprefentée au
College de Navarre pour la diftribution
des Prix , & qu'ils y
ont reçu des applaudiemens
GALANT 323
3
BA
extraordinaires , l'un dans l
rôle de l'Empereur Aurelian ,
l'autre dans celuy de Pallian ,
fon Favory. Ces jeunes Seigneurs
firent voir par la manic
re dont ils entrerent dans les
rôles qu'ils reprefentoient ,
qu'il ne leur manqueroit rien
pour jouer un jour avec efprit
fur le Theatre du monde , les
rôles qui conviennent à des
perfonnes de leur rang. Ils n'y
feront point de faux pas s'ils
fuivent l'exemple de Milord
Duc de Perth , leur Pere , la
merite & la fageffe de ce Duc
font connues , & le choix qu'on
a fait de luy pour luy confier
l'éducation d'un jeune Monar
que qui fait déja l'admiration
de tous ceux qui ont eu l'hon
324 MERCURE
neur de l'aprocher ou d'en entendre
parler , font des preus
ves d'autant plus convaincan
tes da profond merite de ce
Duc , de la bonté de fon coeur ,
de la droiture de fon efprit
ainfi que de fa grande fageffe ,
que toute l'Europe a d'autant
plus les yeux ouverts fur le
jeune Monarque qu'il a ſoin de
former , qu'il paroift que c'eft
par fes vertus , & fes grandes
qualitez qui font déja audeffus.
de fon âge , qu'il doit monter
fur fon Trône. En effet tous les
Anglois qui ont vu ce Prince
ou qui ont entendu parler de
fon efprit , de fa douceur , & de
fes manieres honnêtes , ont fait
voir qu'ils en eftoient charmez .
Vous ne devez par regarder ce
GALANT 325
que je vous dis de ce Monar
que comme des paroles & des
louanges données fans fondement
puifque plufieurs articles
de mes lettres en font foy ,
& que je n'ay rien avancé (ans
preuves. En parlant d'un jeune
Souverain , dont les vertus
croiffent avec les années &
qui devient chaque jour les délices
de tous ceux qui le voïent,
je puis ajouter qu'il a fouvent
l'avantage d'avoir devant les
yeux un fi grand Monarque que
les jaloux mefmes de fa gloire
ne peuvent s'empêcher de l'ad
mirer . Ses Sujets adreffent fou.
vent pour luy des voeux au Ciel
vous en trouverez dans les paroles
fuivantes.
326 MERCURE
AIR NOUVEAU.
ARbitre Souverain du monde
Toy qui formas Louis pour modelle
des Rois
Rend le victorieux fur la terre
fur l'onde ,
Toutfera foumis à tes loix.
Vous fçavez l'heureux re
tour en France du Vaileau
l'Amphitrite apartenant à la
Compagnie Francoise de la
Chine , ainfiilne me refte plus
qu'à vous informer de ce qui
fuit.
ན་
D
THERE
BIBLIO
THE
De
LYON
*
1893
32
P'
C
GALANT 227
„ zomdn0 qòe
CARGAISON
du Vaiffeaul Amphitrite.
༣༥། ?
33629 plaques & 119. Saumons
de cuivre jaune.
Encrés de cuivre.
Une partie de porcelaines.
4. grands Paravents de la Chine
en relief à ramage d'or,
2 de douze feuilles chacun .
z grands Paravents d'Agathe.
2. Paravents de la Chine en
relief.
2. Paravents du Japon en Paifage
, & en relief..
72. petits Paravents de la Chi-
363
ne.
de la Chine.
2. Cabinets façon d'agathe.
328 MERCURE
1962 Cabarets .
48. grands Cabarets
.
Une autre partie de Porcelaine
284 Evantails
de Nanquin
.
Mo. Tentures
de tapifferie
.
104 Robes de Chambre
d'hommes
104. Robes de Chambre de
Femmes .
86. Toillettes brodées .
19. Lits brodez .
Les Lits & les tapifferies
font de fatin de huit fils moitié
bleu Turquin , & moitié blanc ,
les Robes de Chambre & les
Toilettes font de fatin & de
taffetas de differentes couleurs
brodées .
24120. Catis de foye crue de
Cina.
2653. Catis d'eſté, foule, & docé,
GALANT 329
2110. Catis de Sucre Candy de
la Cochinchine.
20000. Catis de Galangal,
21158. Catis de fquine.
1210. Caris de mirabolan,
293. Catis de Rhubarbe.
60. pots de cuivre à Thé.
347. Rotins du Japon.
521. Boëtes vernies de la Chine.
1. Darfes de Porcelaine .
Mouffelines , & toiles de cotton
pour 902. livres dans le
pays.
4711 Catis de Poivre .
30. Darzes de Porcelaine .
Une Caiffe de cuivre émaillé .
45. Cabinets vernis .
On eftime cette Carguai-
Lon.
1464177.
Aouft 1703.
Ee
330 MERCURE
Mr le Maréchal de Joyeufe
a eu le Gouvernement du païs
Meffin qu'avoit feu Mr le Duc
de la Ferté. Je ne dis rien de
fes grands fervices on ne devient
point Maréchal de France
fans avoir toutes les qualitez
d'un grand Capitaine , &
d'un brave Soldat , & fans
avoir plufieurs fois expofé fa
vie & fervi l'Etat utilement.
La maifon de Mr de Joyeuſe
eft ancienne , & feconde en
grands hommes . La branche
aînée de cette maifon eft tombée
dans la branche de Montpenfier
de la Royale Maifon de
Bourbon , & c'eft par le Mariage
de l'héritiere de Montpenfier
avec feu Gafton de France
Duc d'Orleans , que la mai-
*
GALANT
331
fon de Joyeuse avoit l'honneur
d'appartenir à feue Mademoifelle.
L'aîné de la maifon pe
rit à la malheureufe journée de
Coutras , c'étoit le Duc de
Joyeuſe , favori d'Henry III .
& dont il eftoit Beaufrere , puis
qu'ils avoient épousé les deux
filles du Comte de Vaudemont
Loraine. Aprés la mort de ce
Duc le Comte du Bouchage
qui s'etoit fait Capucin , fortic
ne
maiſon Pas laiffer tomber la
aprés la mort de fa
femme il rentra chez les Capucins.
ti
Les Peres de la Congrega
tion de la Million tinrent leur
Chapitre general le 11. du mois
d'Aonft dernier dans leur mai
fon de Saint Lazare de cette
"
E ij
332 MERCURE
Ville : ils élurent pour leur Su
pericur general le Pere François
Vvatel Superieur de la Congregation
d'Amiens goce Pore
a cité honoré dans fa Congregation
de plufieurs Commiffions
importantes , où la vertu &
fon merite out paru dans tout
leur jour , il y avoit vingt- trois
Capitulans , dont trois eftoient
Italiens , & trois Polonois :
Mr Vvatel eut douze voix , &
Mr le Curé de Verſailles onze .
Je ne dis rien de fon merite , il
eft eftimé dans un lieu où l'on
ne fe laiffe pas ébloüir par de
fauffes apparences , s'il s'étoit
donné fa voix , le choix feroit
tombé fur lui , fon humilité lui
faifoit apprehender cet honneur
, & il donna fa voix au
GALANT 333
Pere Vvatel qu'il jugea tres.
dignes de la place où il vient
d'être élevé : il ne falloit
*pas
un homme d'un moindre me
rice pour reparer la perte que
cette Congregation a fait du
Pere Pieron fon dernier Supe
rieur general , qui s'eft demis
du Generalat à caufe de fon
}
grand âge & de fes indifpofitions
: c'étoit un excellent perfonnage
pour la conduite des
ames , il a gouverné la Congregation
avec une fageffe , une
pieté , & une moderation qui
peut fervir de modelle à fes
Succeffeurs ; il a efté tres- regretté
dans la Congregation ,
qui a reffenti cette abdication
avec un tres - grand chagrin ,
& à laquelle il n'y a que la
334 MERCURE
fimplicité Religieufe qui puiffe
mettre quelques bornes . Le
dernier General eſt un homme
tres - eftimable par les rares qua,
litez de fon efprit , & par l'élevation
de fon genie , qui eft
des plus brillans .
Mr de Fer qui vient de recevoir
des Patentes de Geographe
de Sa Majesté Catho
lique , & qui l'eft auffi de auſſi
Monfeigneur le Dauphin vient
de mettre au jour les Cartes
fuivantes .
•
Route qu'à tenuë l'Armée
du Roy , commandée par Mr
le Maréchal Duc de Villars
au paffage de la Montagne noire
en Allemagne pour fa jonc
tion avec celle de Son Alteffe
Electorale de Baviere ..
GALANT 335
Le Territoire des Villes Fo
reftieres , & toutes les autres
terres que la Maifon d'Autri
che poffede en Souabe.por
Le Duché de Vvirtembergs
Principauté de Furftembergs
Territoire d'Ulm .
Les marches , ou frontieres
d'Allemagne & d'Italie avec
les routes que l'on tient ordinairement
par les Alpes pour
paffer de l'un en l'autre .
L'Allemagne divifée en fés
Cercles , avec les routes exac
ses des Poftes de cet Empire . :
Carte tres - particuliere du
Duché de Vvirtemberg dreffée
fur les Memoires de Jean Vvey,
rich Rolslia.
Les environs des deux Bri
facks , & de Fribourg.
336 MERCURE
Dans la fituation où fe trouyent
les affaires , ces cartes font
un extrême plaifir, & Mrde Fer,
continuë de n'épargner ny foins
ny depenſe pour tout ce qui
peut eftre agreable au public.
Le treiziéme Aouft , Mr le
Marquis de Lanta , Baron des
Etats de Languedoc prefenta
au Parlement de Touloufe ;
l'audiance tenant en la Grande
Chambre où Mr le Prefident
de Riquet , fecond Préfident
prefidoit , les Lettres Patantes
du Roy , de Mr le Maréchal
de Montrevel qui commande
en chef dans la Province
de Languedoc , pour y eftre
enregift.ées ce qui fut fait
dans la mefme audience. Ledit
Marquis de Lanta eftoit accom
pa
$
GALANT 337
pagné de quarante Gentilshommes
aufquels il donna un faperbe
repas en deux tables fervies
en même temps.
J'ay differé à vous parler de la
naiffance de Monfieur le Duc de
Chartres , afin de pouvoir raffembler
en un corps tous les articles
qui regardent cette naiffan.
ce. Madame la Ducheffe d'Orleans
accoucha
heureufement à
Verſailles le 4. d'Aouft fur les
8. heures du foir ,
Monfeigneur
le Duc de Berry fut envoyé
pour affilter à cet accouchement
où les Princes & les Princefes
du Sang fe
trouverent.
Le nouveau Prince fut auflìtoft
ondoyé par Mr l'Abbé de
Grancey ; premier Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans ,
De
douft 1703. Ff
338 MERCURE
Le bruit de la naiffance de
ce Prince fe répandit auffitoft
dans tout Verlailles . On fit
des feux au Pavillon de Monfieur
le Duc d'Orleans , & il
y cut beaucoup de vin répandu.
Il y avoit à peine deux heu ,
res que Mr le Duc de Char →
tres eftoit au monde que l'on
commença à faire des feux de
joye dans beaucoup de quart
tiers de Paris & fur tout dans
celuy du Palais Royal , dont
toute la Corniche de la façade
fut remplie de flambeaux de
poing . Le Balcon , fut , rem ,
ply de Trompettes , & de Timbales
, il y eut deux grands feux
dans la place & plufieurs pie ,
ces de vin y furent buës à la
fanté de Mr le Duc de CharGALANT
339
tres. Toutes les feneftres du
quartier S. Honoré furent illuminées
, ainfi que le dedans du
Palais Royal. Ces divertiffemens
durerent jufqu'à trois
heures du matin.
Le lendemain le Te Deum fat
chanté à Saint Cloud , au Convent
des Urfelines & à la Chapelle
du Chateau où les trois
Princeffes affifterent. Elles defcendirent
enfuite à la Caſcade
où l'on avoit dreffé une grande
collation , compofée de quantité
de Corbeilles remplies de
toutes fortes de fruits , & de
tout ce qui peut fervir à une
collation magnifique . On fervit
toutes fortes d'eaux en
abondance & le vin de Champagne
ne fut pas épargné. Cet-
Ff ij
340 MERCURE
£
te collation eftoit pour les per
fonnes diftinguées qui ſe trou
verent alors à Saint Cloud11
y avoit outre cela pour toutes
fortes de perfonnes , quantité
de groffe viande , fçavoir des
gigots à la braife , des poitri
nes de veau en ragouft , & d'au
tres mets femblables & des pieces
de vin que l'on tiroit par
les deux bouts . On mangea au
bruit des Timbales , & des
Trompettes . On tira enfuite
un Feu d'artifice dans le Château
qui eftoit toute illuminé ,
ainfi que toutes les grilles
tous les habitans du Bourg firent
des feux , & rien ne peut
égaler la vivacité de leur joye,
Mr le Duc de Chartres ayant
efté mené à Saint Cloud , y doit
GALANT
341
demeurer jufqu'aprés le voya
ge que la Cour doit faire à
Fontaine - bleau , & doit enfui
te eftre amené à Paris . Monfeur
le Duc d'Orleans reçut
dés le lendemain de la naiffance
de ce Prince un Brevet de cin- ced
quante mille écus de penfion
pour Mr le Duc de Chartres ,
la foule de ceux qui ont efté
voir ce Prince à Saint Cloud
tant de Verſailles que de Paris
a efté grande. La jove de fa
naiffance a efté univerfelle , &
Monfieur le Prince témoigna
à Madame d'une maniere fi vive
& fi touchante , celle qu'il
reffentoit , que cette Princeffe
qui en fut charmée en eut une
joye prefque égale à celler
qu'elle venoit de reffentir de
Ff iij
342 MERCURE
la naiffance de fon petit fils.
Tous les
Ambaffadeurs , &
Miniftres Etrangers qui font
ici ont eu audiance au Palais
Royal de Monfieur le Duc
d'Orleans pour le feliciter fur
la naiffance de Monfieur le Duc
de Chartres , ils ont efté conduits
par Mr Aubert Introducteur
des
Ambaffadeurs auprés
de Son Alteffe Royale . Toutes
les Compagnies des villes
de l'apanage de ce Prince , ont
eu le même honneur , & ont.
efté à Versailles chez Madame
la Ducheffe d'Orleans . Le
Lieutenant general ; & les Officiers
du Prefidial d'Orleans ont
fait leurs complimens au Palais
Royal. Le Maire , les Echevins
, & les Officiers de la Pre
GALANT 343
&
is
C
T
vofté ont eu feparement audiance
& ont efté prefentez
par Mr Aubert , Ils ont auffi
efté à Saint Cloud voir le jeune
Prince , où ils ont donné
des marques de leur profond
refpect & de leur attachement
pour ce Prince Mr Boilleve ,
Lieutenant de l'Election d'Or.
leans & Deputé de fon Corps
eut auffi l'honneur de faire
compliment à Son Alteffe
Royale , au Palais Royal.
Pendant que tous ces Dépu
tez faifoient leurs complimens,
le Maire & les Echevins d'Orleans
ayant fait fonner le Beffroy
, & donné l'ordre de fermer
les Boutiques , tous les Tribunaux
de la Ville vacquerent,
Le Te Deum fut chanté dans
Ff iiij
434 MERCURE
l'Eglife Cathedrale » où tous
les Corps de Juftice Unio
verfité & la Ville affifterentǝl
les Boëttes furent tirées fur les
fept heures du foir , les dix
Compagnies Bourgeoifes come
pofées de plus de dix mille hom
mes fe mirent fous les armes s
& s'affemblerent dans les Places
publiques , leftement vêtus ,
& bien armez. Le Maire &
Echevins avoient fait preparer
un Feu dans la grande Place du
Martroy , dans laquelle fe rendirent
toutes les Compagnies
Bourgeoifes . Sur les neuf heu
res du foir , Mr de Bouville ,
Confeiller d'Etat & Intendant,
fut prié d'allumer le feu , &
quoy qu'il foit incommodé , il
fe rendit fur la place à la tefte
GALANT 335
du Corps de Ville , accompagné
de la Nobleffe , & des Officiers
les plus confiderables , & au
bruit des acclamations d Peu
ple & des Tambours , Hautbois
, & Trompettes , & d'une
falve de toute la moufqueterie
& des Boëttes , il fut allumé.
De maniere que toute la Ville
parut en feu , tant à caufe des
illuminations de toutes les fe
neftres , que des feux
des feux que les
Bourgeois avoient allumez en
particulier. Les clochers des
Eglifes furent illuminez , vingt
douzaines de fufées volantes ,
& plufieurs autres fortes d'artifices
firent paroiftre l'air tout
en feu. Il y avoit des Fontaines
de vin dans les Places , où les
Soldats & le Peuple burent à la
346 MERCURE
fanté du nouveau Prince Les
Compagnies défilerent devant
Mr l'Intendant , enfuite de
quoy il fut invité avec toute la
Nobleffe & les plus confiderables
de la Ville de venir à l'Hôtel
de Ville , où on avoit préparé
une collation magnifique ,
& toutes fortes de boiffons &
liqueurs Les Dames s'y trouverent
auffi , & ces divertiſſement
durerent toute la nuit :
de maniere que l'on peut dire
qu'en general & en particulier ,
il ne s'eft jamais vu de joye fi
complette & fi univerfellement
répanduë .
Monfieur le Duc d'Orleans
avantifait fçavoir à la Ville de
Chartresala naiffance d'un Prin
ce qui felon les plus ardens fou
GALANT 347
haits de cette Ville - là devoit
porter le nom de Duc de Char
tres , on députa Mr le Prefident
Nicole , ancien Lieutenant general
, & Maire de la Ville ,
avec des Officiers du Prefidial
& de la Ville , pour en feliciter
leurs Alteffes Royales . Ils furent
prefentez à Verfailles par
Mr le Comte de Chaftillon ,
Premier Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur le Duc
" d'Orleans. Ils dirent à ce Prince
: Qu'il ne manquoit plus au bonbeur
de la ville de Chartres , qui a
l'honneur d'appartenir à Son Alteffe
Royale , que la naissance du jeune
Prince qui fait aujourd'huy la joye
de toute la France : mais plus particulierement
celle de la Ville de
Charues , puifqu'elle luy renouvel
348 MERCURE
le l'honneur qu'elle avoit déja ew de
voir un Prince de fon nom dans la
Maifon Royale Qu'ils veno: ent en
marquer leurs transports de joye &
les acclamations des Peuples de
toute la Province , & fiuhaiter à
cejeune Prince toutes les vertus he
roïques dont le fang des Bourbons
eft la fource feconde , & qu'il fuft
comme Son Alteße Royale , Ramour
& les délices de la France.ch ancy
Ils allerent enfuite chez Madame,
à laquelle ils firent leurs
complimens à peu prés en ces
termes .
MADAME,
Nous venons reconnoiftre que c'eft
Voftre Alteffe Royale que nous
GALANT 349
fommes redevables de l'honneur que
nous avons de voir encore aujour
d'buy dan's la Famille Royale ,
un Prince du nom de notre Villes
C'eft Voftre Alteffe Royale qui a
commencé à nous procurer ce glorieux .
avantage, dont nous venons derechef
vous rendre nos tres - bumbles recon
noiffances . Nous croyons ne pouvoir
mieux nous en acquitter , qu'enfai
fant des voeux pour le jeune Prince
& pourfes heureufes deftinées . Nous
fouhaitons que le fang de nos Rois
qui roule dans fes veines , mellé avec
celay de ces grands Empereurs vos
illuftres Ancestres , l'excite à devenir
l'un des plus accomplis & des plus
parfaits Princes de la terre.
Aprés on alla à Saint Cloud
pour faluer le Prince nouveau
350 MERCURE
1
né. Les Députez furent reçus
au bas du grand Efcalier par Mr
Defbordes , Ecuyer de Mademoifelle
, qui les a introduits
par le grand Salon dans la
Chambre du Prince . Madame
la Comteffe de Maré le fit tirer
de fon berceau & preſenter aux
Députez , qui luy dirent ; qu'ils
venoient à l'entrée de la belle carriere
qu'il commençoit dans le monde ,
feliciter Son Alteffe Royale , furfon
heureuse naiffance , à laquelle ils
prenoient une tres grande part , espe
Tant qu'elle rendroit le nom de leur
Ville tres recommandable , & qu'il
La feroit connoiftre un jour aux Peuples
les plus éloignez, par le bruit
de fes grandes actions , defa valeur ,
& defes rares vertus , qui s'augmenGALANT
351
>
teront en croiffant , par les foins de
la fage & prudente Gouvernante ,
à laquellefon éducation eftoit confiée .
Madame de Maré répondit
Qu'elle informeroit Monfieur de
Chartres quand il feroit plus avancé
en age , dis respects que l'on lay
rendoit.
.
Les Députez faluérent auffi
: Leurs Alteffes Royales Mademoiſelle
, Mademoifelle de
Chartres , & Mademoiſelle de
Valois , quife trouverent toutes
les trois dans la Chambre ,
- & leurs fouhaiterent chacune
une Couronne qu'elles meritent
par leur naiſſance & par
leur beauté.
352 MERCURE
La Ville de Chartres prenoit
trop de part à l'heureuſe
naillance du Prince qui porte
fon nom pour n'en donner pas
de plus éclatantes marques que
ces complimens : auffi fi - toft
qu'elle eût receu l'ordre qu'etle
attendoit , elle fit annoncer
le 18. d'Aouft au fon des Haut
bois , des Tambours , & des
Trompettes , que le lendemain
Dimanche on chanteroit un
Te Deum dans l'glife Cathedrale
. Toutes les Boutiques
furent à l'inftant fermées , &
chacun par une loüable émulation
fe difpofa à qui fignaleroit
le mieux fon zele dans un
*
fi grand jour Le Dimanche
fur les quatre à cinq heures du
foir , les Corps de Ville du
GALANT 353
*
Prefidial de l'Election .
les autres Corps de l'apanage
de Monfieur le Duc d'Orleans
fe trouverent à l'Eglife . La
Compagnie des cent Chevaliers
du Vidame de Chartres
proprement vetus & armez , fe
rangerent des deux côtez de
la nef pour arréter la grande,
affluance du peuple qui eftoit
accouru de toutes parts , & qui
a peine y laiffoit un vuide pour
le Corps du Chapitre on y
entendit le Te Deum de la compofition
de Mr de Cabaffolle
Maiftre de Mufique de la Cathedrale
, malgré le bruit qu'il
eft difficile d'empécher dans
une Ceremonie pareille . La
Mufique d'un fi habile homme
Lavoit toûjours efté trop bien
Aoust 1703 . Gg
354 MERCURE
T
goûtée pour n'attirer pas dans
cette occafion toute l'attention
qu'elle meritoit elle fut écou
tée avec plaifir , & generalement
aplaudie ; le beau chant ,
le bon goût , la belle execution
, tout enfin répondit à la
dignité du fujet , &' à la folemnité
du jour le Te Deum chanté
, & le Domine faldum , les cent
Chevaliers accompagnerent le
Corps de Ville dans la Place
publique où le feu eftoit dreſſé .
Celui - cy fut comme le fignal
pour allumer ceux que chaque
habitant avoit fait preparer à
fa porte. Toute la Ville fut
éclairée dans un moment ,
toutes les maifons illuminées
jufques aux toits ; on vit en
plufieurs endroits couler des
1
GALANT 355
C
E
1
S
Fontaines de Vin ; un Parti
culier feul auffi galant que genereux
, fit couler devant fa
porte deux Fontaines toutes à
la fois , une de Vin , & une
de Cidre pour contenter les
deux Sexes . La nuit , fi on la
peut nommer ainfi , tant elle
eftoit brillante , fe paffa dans
la joye dont chacun marqua
fes tranfports de diverfes manieres
; les Tables où l'on foupa
eftoient placées entre les
feux , dans toutes les rues .
A
La fanté du Roy , & celle
de Monfieur le Duc de Chartres
y furent fouvent réïterées ,
& à plufieurs fois debout , tête
nuë , au fon des Hautbois , &
au bruit des Boettes , & ainfi
fe termina certe Fefte . 105
Gg ij
35.6 'MERCURE
Le Chapitre de Clery a été
le premier qui a temoigné fa
joye de la naiffance de Monfieur
le Duc de Chartres par un Te
Deum , chanté folemnellement
en Mufique , où les Officiers
de fa Juftice affifterent en Robes
; ces actions de graces fi-t
nies , on chanta un Moter pour
remercier Dieu des benedictions
qu'il luy a plû de verfer
fur la Famille Royale de Mons
fieur le Duc d'Orleans Fonda-1
teur & Patron de cette Eglife,
enfuite de quoy le Clergé marcha
en ordre , fe rendit à la
porte de l'Eglife , où le Feu
eftoit prepare il eftoit fuivy
des Officiers de Juftice d'une
grande quantité de peuples , &
des Compagnies fous les Arj
GALANT 357
W
mes , Tambours battans , &
Drapeaux deployez ces Compagnies
s'étant rangées , le Ca
pitaine prefenta le Flambeau à
Mr le Doyen qui alluma le feu
pendant que la Mufique commença
Exaudiat , lequel eftant
fini , le Clergé rentra en ordre
dans l'Eglife , où il chanta devant
l'Autel de la Vierge le
Regina cæli lætare , invitant par
cenfalut la Patrone de cette
Eglife , le Prince qui venoit de
naître les Compagnies joignant
de leur part leurs voeux
aux prieres du Clergé , firent
plufieurs décharges pour marquer
leur joye , & les peuples
pour témoigner auffi la leur ,
accompagnerent cette ceremonie
de cris de vive Monfieur le
358 MERCURE
Duc de Chartres , & firent re-i
tentir tout le Bourg de leurs
acclamations. Enfin le Chapitre
voulant auffi contribuer à la
voix publique , fic diftribuer
du Vin à tous ceux qui étoient
dans la place : les Officiers qui
eftoient fous les Armes , trou
verent aprés la ceremonie une
collation preparée chez leur
Capitaine par les ordres du
Chapitre. Tous les Habitans
firent allumer des feux , voulant
à l'envy rendre des témoignages
autentiques de leur
joye.
से
- Le Chapitre de Clery eft
tres-ancien ; fa premiere fondation,
fut faite en 1300. par
Mr le Maréchal de Melun
Seigneur de la Sale , qui fonda,
GALANT 359
cinq Prebendes , aufquelles le
Roy Philippes le Bel en ajouta
cinq autres en 1303. temps
auquel ce Roy fe voia à la
Vierge cette Eglife a efté
rebâtie depuis , & augmentée
par Louis XI. en 1474 ce
Monarque y fit plufieurs belles
fondations , & établit cette
Eglife ad inftar de la Sainte
Chapelle accorda aux Chanoines
les qualitez de fes Cha
pelains & Orateurs , il leur
donna la Seigneurie de Clery
qu'il erigea en leur faveur en
Baronnie , leur accorda le frant
falé le droit de commitimus
au grand & petit Sceau , &
leur donna en tout droit de
proprieté les cinq Vicomtez
de Normandie en forte , qu'ils
*
360 MERCURE
A
Je trouverent par fes largeffes
Chapelains du Roy , Barons de
Clery & Vicomtes de Normandie.
Charles VIII . les confirma
dans tous leurs droits ,
dons & qualitez , à la referve
des cinq Vicomtez de Normandie
qu'il retira s laiffant
feulement au Chapitre le droit
de . Patronnage dans les Seigneuries
dépendantes de ces
cinq Vicomtez dont ils jouït
encor à preſent .
Ce Chapitre et composé de
dix Chanoines , dont l'un eft
fait Doyen à la nomination
de Monfieur l'Evêque d'Orleans
, cinq de ces Canonicats
dependent du Roy , & à prefent
de Monfieur le Duc d'Or
leans par droit d'appanage ; des
cinq
GALANT 361
2
4
cinq autres , quatre dependent
de Mr le Duc de Beauvilliers,
a caufe de fon Duché de Saint
Aignan , la Seigneurie de la Sale
eftant confondue dans ce
Duché . Le cinquiéme dépend
de Mr l'Abbé de Saint Meſmin
à caufe de la Cure qui eft unie
à ce Canonicat : tous prennent
encor aujourd'huy la qualité de
Chapelains d'honneur du Roy,
& de Barons de Clery , ayant
efté confirmez dans toutes leurs
conceffions par la liberalité de
nos Rois : ce Chapitre a toujours
efté rempli de perfonnes
de merite & de diftinction ,
ya vû des Evêques , des Abbez ,
& toûjours des Aumoniers ou
Chapelains du R , y en des Maifons
Royales.
Aouft 1703 Hh
on
362 MERCURE
Mr. l'Abbé l'Archer a, efte
deputé de ce Chapitre pour
faire compliment à Monfieur le
Duc d'Orleans fur la naiffance.
de Monfieur le Duc de Char
tres , dont il s'est parfaitement
bien acquité , il eftoit à feu
Monfieur , & il a l'honneur
d'être à Monfieur le Duc d'Or
leans . Je vous ay parlé plufieurs
fois de cet Abbé , il eft
Licentié de la Faculté de Paris
Prieur de Saint Felix , & Cha
noine de Clery.
Les Intereffez en l'exploitation
des bois de la Foreft de :
Retz , ont efté des plus zelez
à marquer la part qu'ils prenoient
à la naiffance de Monfieur
le Duc de Chartres : à
eurent - ils apris la peine en -
GALANT 362
nouvelle , qu'ils firent dreffer
devant le Bureau de leur
Directeur , un grand Feu d'Artifice
au milieu de deux feux
de bois : ils firent mettre
cent de leurs Ouvriers fous
les Armes , conduits par leurs
Commis de la Foreft &
firent couler une Fontaine de
Vin , afin qu'il ne leur manquât
pas pour boire à la fante
de Monfieur le Duc d'Orleans,
& de
Monfieur le Duc de
Chartres .
Ces
Meffieurs dont je viens
de vous parler firent faire des
falves
continuelles , & ils donnerent
bal ; & une collation
aux Dames .: & afin que tous
les
Habitans du lieu puffent
contribuer à la joye
commu-
1
Hh ij
364 MERCURE
ne , ils accorderent tout le bois
que l'on voulut pour faire un
feu fur la Place publique , de
forte qu'une grande partie du
jour & toute la nuit fe pafferent
co rejouiffances .
as Mile Duc d'Orleans aïant
fait fçavoir la naiffance de Mr
le Duc de Chartres au Comté de
Dommartin Diocéfe d'Avransches
on envoya aufi - toft des
Lettres circulaires à tous les
Curez de ce Comté , qui leur
ordonnoient de faire des prieres
publiques . Les Corps de la.
Ville de Dommartin donnerent
des marques extraordinaires
de leur joye . Les Chanoines
du Chapitre de l'Eglife
Collegiale de Mortain chanterent
une Meffe folennelle à faGALANT
quelle tous 365
reux Velpres & au Te Deum
les Officiers affifterent
en Corps ; ils affifterent
auffi
qui furent chantez folennellement
, pour remercier Dieu
100pour
de la grace qu'il venoit de leur
faire en leur donnant un Prince ,
& de celle qu'il leur faifoit en
confervant la fanté de Son Alteffe
Ro
On alluma un
Feu de joye , où les Officiers
& les Chanoines affiftereno , &
le Chef de chaque Compagnie
y mit le feu au bruit du Canon
du Château , fie eftant foute la Bougeoiles
Armes . Ily
eut des illuminations à toutes
les feneftres & des feux allumez
devant
toutes
les maifons ,
on tira beaucoup d'Artifice , il
y eut quantité de repas publics
Hh iij
366 MERCURE
où l'on but à la fanté de Son
Alteffe Royale au bruit de plufleurs
décharges de Canon .
Enfin chaque particulier s'eft
empreffé de donner des marques
de la joye qui a eſté vive
& univerfelle dans tout ce
-Comté .
Le Clergé de Domfront a auffi
fait chanter- le Te Deum dans
Eglife de S. Julien en action de
graces de la naiffance de Mile
Duc de Chartres , il y eut enfuite
un Feu de joye où affifte .
rent les Officiers de Juſtice &
de Ville , avec la Bourgeoifie
fous les Armes , chacun voulant
marquer la joye que luy
caufoit cette agreable nouvelle.
Mr Lay , Marchand fut nom
GALANT , 367
mé premier Echevin dans l'Election
qui fe fit le 16 de ce
mois , & Mr Renard , Confeiller
de Ville fut élû pour remplir
la Place de fecond Echevin.
Le 19. ces nouveaux Echevins
allerent à Verfailles ,
où ils prêterent le Serment entre
les mains du Roy , le fcrutin
eltant porté par Mr de Foulé
de Martangis Maiftre
des Requeftes , il fit un fi beau
difcours fur ce fujet qu'il fut
generalement applaudy de toute
la Cour qui ne cella point
d'en parler pendant toute la
journée , plufieurs en ayant retenu
des endroits qu'ils ne cef-
-foient point de répeter , ce qui
fit louer le
choix
que Mr le
Prevoft des Marchands , & les
Hh iiij
368 MERCURF
Echevins avoient fait de ce
jeune Magiftrat pour porter la
parole. Les éloges qui avoient
efté donnez à ce difcours me firent
croire que vous en entendriez
parler , & que vous vous
plaindriez de moy fije ne cher
chois pas les moyens de vous
envoyer une piece qui faifoit
tant de bruit : Elle est tombée
entres mes mains par le plus
grand bonheur du monde , & je
yous l'envoye. J'ay efté furpris
de trouver tant de beautez dans
un ouvrage & court on pourroit
faire de ce qu'il contient
un Panegyrique dans les formes
, tout ce qui regarde Ja fituation
des affaires d'aujourd'huy
y eft noblement & fpirituellement
marqué, & l'onpeut
GALANTM 369
dire que chaque ligne de ce
Difcours contient un fait particulier.
Je n'ay point accou
tumé de vous parler des ouvra
ges que je vous envoye pour
prevenir voftre jugement , & il
faut que je me fois fenti bien
remply de celuy de Mr de Mar
tangis , pour vous en avoir parǝ
lé comme je viens de faire. Ce
n'eft pas que vous deviez vous
regler fur mon fentiment pour
en jugeroje n'ay pas plus de
droit de decider , que ceux à
qui je dois foumettre mon jugcment.
Je vous dis feulement ce
que je penfe. Je. fçay que les
goufts font differens , & qu'il eft
tres - rare , pour ne pas dire impoffible
, que tout le public fe
trouve du même gouft fur quoy
370 MERCURE
que ce puiffe eftre ; tout ce que
je vous puis dire eft que je
n'ay pas jugé par prévention ,.
n'ayant pas l'honneur de connoiftre
Mr de Martangis , dont
je vous envoye le Difcours .
SIRE ,
La Capitale de vos Etats vient
aux pieds de Voftre Majesté , moins
pour renouveller fa fidelité inviola
ble que pour s'applaudir de fon
bonheur & defa gloire ; il y a longtemps
, SIRE , qu'elle s'est faite
une douce habitude de vous ober.
fon coeur ne laiffe la- deffus rien à
faire à fon devoir , fon amour eft
plus fort que le nouveau Serment
qu'elle va preter, & fous un Roy
fi jufte ou plustoft ) fous un Pere
fi tendre , & fi bienfaisant , elle
GALANT 371
n'apprehende pas d'estre infidelle , elle
craintfeulementdeparoistre ingrate.
En effet , SIRE quelles expreffions
pourroient affez marquer fa reconnoiẞance
tandis que toutes les
Nations de l'Europe reffentent les
miferes de la guerre , cette Ville
voit fes heureux , fes tranquilles
Citoyens gouter prefque toutes les
douceurs de la Paix ; elle n'entend
d'autre bruit que les acclamations
de ces Peuples , & ne voit
d'autre image de la guerre que les
dépouilles de vos Ennemis .
Le feu qui embrafe l'Europe
n'eſt en aucun lieu fi violent que
dans le centre de l'Empire de celuy
qui l'a allumé , tous les vaftes def
Jeins de ce Prince fur toute la Monarchie
d'Espagne fe reduifent maintenant
au foin de deffendre fes
372 MERCURE
propres Etats & la deftinée
de V. M. la force à cor querir
quand elle ne veut que confervers
le commerce eft interdit avec vos
Ennemis
, mais les avantages
du
commerce fubfiftent à noftre égard,
vos Portsfont pleins des débris de
leur défaite , leurs richeffes à la
verité n'y viennent plus comme auparavant
par un échange paisible ,
mais la
oire les y conduit , on
enleve ce que l'on achetoit & la
de
valeur industrie
des Marchands
. I vos Guerrierstient la place de
-Si malgré tous ces avantages
vos fideles Sujets fant encore des
vaux pour la Paix , c'est qu'ils
ffavent, SIRE , que vous aimez
mieux le titre de Pere que celuy de
Conquerant ils fe fouviennent
toujours que four affurer lear repos
GALANT
373
vous avezvous même plus d'une fois
abbatu vos
vos propres Trophees , c'est
que la France aime mieux jouir .
tranquillement de l'amour & des
bontez de fon Roy que de le voir
fans ceffe occupé à combattre & à
vaincre , & le plus beau Triomphe
pour elle eft de voir VOSTRE
eller
MAJESTE , SIRE , goûter longtemps
à l'ombre de fes Lauriers le
fruit de fes Victoires.
gu sualis
SUITE DU JOURNAL
de l'Armée de monſeigneur
le Duc de Bourgogne. s
Le 25. Juillet , ce Prince
monta à cheval l'aprefdînée &
alla voir lagauche de l'armée,
Le 26. il alla vifiter les Poftes
de la droite .
a
"
374 MERCURE
Le 27. & le 28. ce Prince ne.
fortit point.
Le 29. il monta à cheval & alla
vifiter les Poftes de la gauche.
Il monta à cheval le matin du
30. il alla voir la droite de l'Armée,
& vifita enfuite les Gardes
ordinaire , & celles de la parure.
Le 31. à quatre heures du
matin ce Prince fit décamper
l'Armée & établit fon quartier
à Urlaffe , au pied des Montagnes
, quoy que la pluye ne
diſcontinuaft point . Il mit fa
gauche à Reigel & fa droite à
Epenevihr, cinq Bataillons joignirent
l'Armée.
1
*
Le 1. Aouft Monfeigneur le
Duc de Bourgogne monta à
cheval malgré la grande pluye ,
& alla vifiter le Čamp .
GALANT 375
Le 2 , ce Prince monta à che
val le matin , il alla de la gauche
à la droite , & vifita les
Poftes avancez.
Le 3. ce Prince ne fortit
point.
Le 4. il monta l'apreldînée.
à cheval , & alla à la droites
voir les cinq Bataillons nouvellement
arrivez , & revint
par la gauche.
Les il monta le matin à cheval
, il alla à Offembourg , &
vit les Gorges par où Mr le Maréchal
de Villars avoit paffé .
Le 6. ce Prince ne fortit .
point.
Le 7. Il alla l'apreſdinée voir
les Poftes de la droite , & de la
gauche.
Le 8. il ne fortit point , &
376 MERCURE
alla dîner chez Mr le Maréchal
sing && SHE T de Tallard.
A Leg . il monta à cheval
l'apredinée , & fit la revue des
- nouveaux Bataillons . BOG
if
*
>
Le 10. les gros Bagages partirent
d'Urlaffe & allerent à
VVilftet , le Comte de Marfin
partit auffi du Camp à la
petite pointe du jour avec
trois mille hommes d'Infanterie
, & deux mille cinq cens
Chevaux , il avoit avec luy Mr
de Blanfac , & Mr de Flamanville
, ils camperent à VVilftet ,
les gros Bagages refterent à
› Strasbourg . Mr de Marfin en
partit aufli , & ils allerent camper
une lieuë au delà de l'Abbaye
de Schutern .
Le 11. Monfeigneur le Duc
"
GALANT 377
de Bourgogne décampa d'Urlaffe
à la petite pointe du jour
il femit à l'Arrieregarde. L'Armée
paſſa la Kintche à Offembourg
& alla camper à Lunftvvilhr.
Mr de Saint Second
partit auffi le même jour du Fort
Louis avant le jour , & vinc
Camper avec fa Brigade à Offendorf
où il trouva cent chevaux
du Regiment de Chartres .
Le 12. Monfeigneur le Duc
de Bourgogne monta à cheval
à la pointe du jour , & vinc
camper à l'Abbaye de Schutern .
Le 13 il monta à cheval à la
pointe du jour & vint camper
à Ettenheim . Le même jour
Mr de Marfin marcha pour inveftir
Fribourg, & laiffa Mr
de Blanfac avec trois mille
Aoust 1703 . li
£378 MERCURE
hommes d'Infanterie pour occuper
le pofte de Kintzinghen .
Le 14 au matin Mr de Marfin
arriva devant Fribourg
feignant de chercher à occuper
les poftes du cofté de la Montagne
. Monfeigneur le Duc de
Bourgogne monta à cheval à la
pointe du jour , ce Prince paffa
par Kintzinghen & alla camper
a Reigel . Mr de Blanfac partit
le même jour de Kintzinghen
avec fon Infanterie.
Brifack fut invefti le 15. je
ne vous parleray point de ce
Siege dans cette Lettre , parce
que je ferois obligé de vous en
donner la Relation en deux
fois , ce qui m'a fait refoudre
à referver ce que je pourrois
vous en dire ce mois - cy , afin
GALANT 379
de vous la donner toute entiere
le mois prochain dans une Lettre
feparée de ma Lettre ordinaire
ainfi je finis l'article
d'Allemagne par l'extrait d'une
Lettre qui m'eft venue du Camp
d'Urlaffe.
1
L'on m'a fortpreflé , Monfieur,
de vous écrire une hiftoire qui
femble eftre digne de paffer à la
pofterité , & effectivement , fi l'on
confidere la fingularité des faits ,
rien n'eft arrive , & n'a efté écrit
qui paroiffe moins croyable , & qui
puiffe moins tomber fous les fens.
Cependant il eft
conftamment vray
que le quinze de l'autre mois que
nous couchames à Strasbourg ,
Huffart en y paffant trouva un de
de fes Camarades qui fe faifoit une
un
Ii ij
380 MERCURE
foupe , elle avoit affès bonne mine,
& fentoit affes bon pour luy faire
envie , il luy demanda donc s'il
croyoit manger la foupe qu'il accommodoit
avec tant de fain : cette
demande le furprit beaucoup s mais
il ne laiffa pas de luy répondre :
qu'il eftoit fort fear de la manger,
celui- là lui dit qu'il ne la mange.
roit pas , celui- cy l'affara qu'il la
mangeroit , l'autre lui demanda s'il
vouloit donc gager , il dit qu'il le
vouloit bien , ils gagerent chacun
un Louis , & le mitent en main
tierce , celui celui cy dans la bonne foi,
& ne fe doutant de rien continue à
accommoder & à dreffer fa foupe ,
il fe baiffe pour cela , & l'autre
dans ce moment tire fon Sabre , lui
coupe la tête , & dit qu'il a gagné:
tous jugent qu'il a raison , & on
·
GALANT 381
でW
Lui donne l'argent , il le prend ,
mange la foupe , revient au Camp,
où il eft mené chez le Prevost qui
n'en juge pas de
& le condamne.
Il a eftépendu en arrivant
au Camp de vilftet , le 18. du
mèſme mois ; mais avec des fentimens
tout oppafez à l'action qu'il
avoit fait. Voila la fin de cette
hiftoire qui ne vous paroitra pas
moins furprenante qu'à nous , &
digne d'etre imprimée .
Pendant que Monfeigneur le
Duc de Bourgogne court a
la
gloire avec rapidité , & que ce
Prince eft fans ceffe en mouvement
pour ne perdre aucun des
momens qui peuvent le cons
duire à l'Immortalité , Sa Ma
jefté Catholique fait voir une
ardeur auffi impatiente que vi
382 MERCURE
des
ve , de marcher fur les pas
Heros de fa race : il n'oublie
rien pour fe mettre en état de
deffendre les Couronnes que
le Ciel & le Sang luy ont donné
contre ceux qui mettent
tout en ufage , aux dépens
même de la Religion , pour
trouver les moyens de les ufurper
ce Monarque eftant perfuadé
de la fidelité inébranlable
des Eſpagnols , & de leur
ancienne valeur , dont ils cherchent
à donner des marques ,
a fait lever des Troupes dans
tous fes Etats , qui de leur côté
en ont auffi fait lever à leurs
dépens ; ces Troupes ont formé
un Camp auprés de Madrid ,
où elles ont demeuré pendant
quelque temps . S. M. C. a fou
•
GALANT 383
vent vifité ce Camp , & fait
faire la reveue à fes Troupes ,
lors qu'elles partirent pour fe
rendre dans les poftes , où la
conjoncture des affaires prefentes
, demandoit qu'on en envoïât
elles traverferent la Ville
de Madrid , & le Roy s'étant
mis à leur tête , s'attira l'admiration
des peuples , & fit redoubler
leur amour pour luy ,
les acclamations furent grandes
& les cris de Vive le Roy ' ne
difcontinuerent
point pendant
que ce Prince traverfa la Ville.
Toute l'Efpagne eft charmée
de voir qu'il applique tous fes
foins pour empêcher le demembrement
de la Couronne d'Efpagne
, que fes Sujets ont d'autant
plus de lieu d'aprehender
384 MERCURE
ز
qu'il diminueroit les forces &
l'éclat de ce vafte Etat , & qu'u
ne perte , en attirant une autre
, ce Royaume pourroit en
peu de temps fe voir tout demembré.
Vous me demandez des nouvelles
de la fanté de Madame,
cette Princeffe fe porte de mieux
en mieux , toute la France a
fait voir par l'inquietude que
fon mal a caufé , combien elle
eft aimée ? Je n'oze en faire icy
un Eloge que fa modeftie deſaprouveroit
; mais il eft certain
qu'elle eft auffi bonne & genereufe
amie que grande Princeffe
.
L'Enigme du mois paffé étoit
une peinture des bouteilles de
fuvon que les enfans font avec
des
GALANT 385
"
des
chalumeaux ; on a pû en
faire une Enigine , puifque l'on
en a fait de fort belles pieces de
Tapifferies , ceux qui en ont
trouvé le mot font , Meffieurs
Bardet & fon amy du Pleflis
le fils de la ruë de la Verrerie ,
de Lechault le fils de la ruë
Beautreillis , l'Abbé du Flot du
quartier Saint André des Arts ,
le
Marchand de Lyon , le plus
petit des trois freres de la ruë
de Savoye , Tamirifte & fa fille
Angelique , le petit frere de la
jeune Mufe , qui a quitté le
Parnaffe , le Petit Mezetin , &
fon aimable Maîtreffe , l'Infortuné
Garnier vis - à - vis Sainte
Croix de la Bretonnerie , Le
Solitaire du Jardin de l'Hôtel
de Soiffons , & le Coureur Ri-
Aoust 1703. K k
386 MERCURE
char proche la Charité . Mefdemoiſelles
du Moutier de l'Arfenal
la fille : La Prefidente de
l'Election de Chaumont & Magny
: La plus belle de la Chambre
des Comptes de Rouën :
La Bergere Climene & fon Berger
Tircis de la Place Royale :
L'aimable P. du quartier S. Leu ,
& fon voifin fans nom , & Mademoiſelle
la Motte D. B. La
belle Blonde infidelle de la rue
du Coq , & fon Berger conftant ,
Jean de Chalus : La Belle de la
ruë du Plâtre , & le Beau Chevalier
de la Perdrix : L'élite de
clericature de la ruë Boudebrie ,
& fon externe Perannois , La
Poule menteufe de la ruë du
Mail .
Quoique l'on n'obſerve gueGALANT
387
ce qui est dépeint dans
nigme fuivante , je crains
surtant qu'elle ne foit trop
acile à deviner.
ENIGME.
E regne en grand nombre de
lieux
,
FE
Où mon regne eft toûjours paifible
:
Famais qui que ce foit ne m'a vu de
Jes
yeux,
Auffi fuis-je tres- inviſible .
Si je regne , ou plutoſt ,ſije ne regne
point,
Parl'undes autres fens on peut bien
le connoiftre.
Je hais le mondejufqu'au point
Que l'on me trouvera bien plutoft en
un Cloiftre.
Kk ij
388 MERCURE
Si , par l'antiquité , l'on doit eftre
eftimé,
J'eftois au monde avant que l'homme
y fust formé ,
Et fi par unefemme il perdit l'innocence
,
Ce fexe me trahit_tres - ordinairement
;
Car , fouvent , fans fe faire extrème
violence ,
Ilfemble qu'il ne peut me garder un
moment.
Les paroles fuivantes ont eſté
mifes en Air par un Maiftre
dont la réputation eſt connuë,
AIR NOUVEAU.
Ve je m'eftime miferable
2 %
De ne pouvoir offrir qu'un
GALANT 389
rous
mie
Dû-
>uis
ha-
BIBLI
ntå
LYON
10-
#
1893
ofi-
Pancé
pric
nitiiere
Lues
irêles
388 MERCURE
Si
J'efte
Et fi
Ce
Car
Ilfe
L
mife
don
A
GALANT 389
coeur à vos appas .
Mille ne fuffiroient pas ›
Pour vous aimer autant que je vous
trouve aimable.
Le 25. de ce mois l'Academie
Françoife celebra felon la coûtume
, la Feſte de Saint Louis
Roy de France , dans la Chapelle
du Louvre . On chantå
pendant la Meffe plufieurs Motets
en Mufique de la compofition
de Mr du Bouffet , & le Panegirique
de ce S. fut prononcé
par мr l'Abbé Miton. Il pric
pour texte : Magnificus infanétitate
.
"A
Il fit voir dans la premiere
partie , les vertus heroïques
fanctifiées par les vertus chrêtiennes
, & dans la feconde , les
Kkiij
390 MERCURE
vertus chreftiennes êlevées par
plufieurs les heroïques
. Il fit
paru-
&
applications au Roy qui parurent
tres juftes , & tres naturelles
au fujet , le cours de fon
difcours fut tres - beau , l'élőquence
y régna par tout
les expreffions en furent tresnobles
, & tres vives. Cet Abbé
a infiniment d'efprit , & de cet
efprit aifé & naturel qui plaift
aux perfonnes de bon gouft.
Il eft neveu de fen Mr Miton ,
connu d'une infinité de gens de
qualité de fon temps , & chez
qui toutes les perfonnes de la
Cour & de Paris , qui aimoient
les belles Lettres , fe rendoient
fouvent.
L'afprefdinée l'Academie donpa
le Prix de l'Eloquence à Mr
GALANT 391
l'Abbé de Dromeſnil , dont la
Piece fut luë , & fort applaudie.
L'Academie jugea à propos de
remettre à l'année prochaine
celuy de la Poëfie , & мr Toureil
qui en eft Directeur , en expliqua
avec beaucoup d'efprit
les raiſons à l'Affemblée qui fe
trouva à cette diftribation .
Le même jour , l'Academie
des Sciences , & celle des Infcriptions
& des Medailles , ce-t
lebrerent la même Feſte dans
l'Eglife des Preftres de l'Oratoire
, & le Pere Gaillard , Jefuite
fit le Panegyrique du Saint
avec fon éloquence ordinaire.
Il eft des Predicateurs dont le
nom feul fuffit pour faire l'éloge
de tout ce qu'il prononcent
en Public , ainfi je ne vous di
392 MERCURE
ray rien d'avantage de ce Ser
Les Motets qui furent
mon.
chantez à l'Oratoire eftoient
auffi de мr du Bouffet.
Mr le Marquis de Lanquetot,
Capitaine de Vaiffeau , a efté
depéché pour apporter au Roy
la nouvelle de la troifiéme action
d'éclat que Mr de S. Pol
a fait cette année ; je vous diray
peu de chofe de cette der
niereaction dont vous avez deja
vu un ample detail ; ce Chevalier
ayant heureufement pris
un Vaiffeau de guerre Hollandois
de trente - quatre canons ,
aprit par les gens
de ce Vaiffeau
, qu'il
avoit
esté
envoyé
pour
renforcer
quatre
Vaiffeaux
qui fervoient
d'eſcorte
à
GALANT 393
la Flotte des Pefcheurs de harang
de la Meufe . Il forma auffitôt
le deffein de ſe rendre Maître
de cette Flotte , & faifant
route pour l'aller attaquer , il
rencontra Mr le Chevalier de
la Luzerne qui eftoit forti de
Dunkerque , & qui cherchoit
à le joindre fuivant les ordres
qu'il en avoit reçûs , dés le len
demain à dix heures du matin
ils découvrirent fur la Cofte
d'Aberden en Ecoffe la Flotte
qu'ils cherchoient Mr le Che.
valier de la Luzerne prit d'abord
un des Vaiffeaux d'efcorte
deux autres fe rendirent à
Mr le Chevalier de Camilly ,
& à Mr de Roquefeuil ; & le
quatrième fe fauva à force de
voile. Pendant ce temps Mr le
>
394 MERCURE
Chevalier de Saint Pol donna
daus la flotte qui fe trouvoit
alors fans eſcorte il prit &
brula un grand nombre de Bâtimens
, des Armateurs de Calais
& de Dunkerque acheverent
de ruiner cette Flotte qui
le fut , de maniere qu'à peine
en refta il un feul pour porter
la nouvelle de la perte de tant
de Bâtimens.
On ne fe couvre pas de Lauriers
infructueux en fervant le
Roy , & lors qu'on fe diftingue
par une veritable valeur , ce
Monarque previent les fouhaits
par les recompenfes qu'il donne
; il avoit fait au commen -
cement de l'année Mr de S.
Pol , Chevalier de Saint Louis ,
& quelque temps aprés ce
GALANT 395
?
Chevalier s'étant de nouveau
diftingué par la grande expedition
qui a fait tant de bruit ,
le Roy luy donna mille écus de
penfion & ce Chevalier vient
remercier S. M. par la defaite de
la Flotte de la Meuſe,
Les Ennemis fe retirerent le
24 Aouft aprés midy du Pays
de VVaës ; la grande quantité
de coups de Canon quel'on tira
fur eux des Forts de S. Jean , &
de Bedmard , leur fit prendre le
partidele retirer . Ils apprehendoient
d'etre attaquez , ce qui
les obligea de faire leur retraite
avec tant de precipitation ,
qu'ils laifferent dans leur Camp
plufieurs Vivandiers , & quantité
de munitions , & de foura396
MERCURE
un
ges , ainfi que plufieurs ton
neaux remplis de bierre
fort grand nombre de vaches ,
& quantité de charettes chargées
, dont nos Soldats ont pro
fité Les Ennemis fe font retirez
fur le glacis de Hulft de l'autre
cofté , aprés avoir traverſé la
Ville , ne fe tenant pas en fureté
de noſtre cofté . Le 25. à la
pointe du jour Mr le Marquis
de Thoy leur prit le Fort d'An.
tonishoeck , qui eftoit couvert
d'un Pofte avancé . On fit la
Garniſon de ce Fort prifonnie
re de guerre . Les Prifonniers
declarerent
que dés qu'on avoit
commencé à tirer fur les Retranchemens
des Ennemis , la
plufpart des Soldats avoient
jetté leurs armes pour fe fauver.
Le
#
GALANT 397
Le Jeudy 30. Aouft Madame
la Ducheffe de Bourgogne , &
Monfieur le Duc de Berry vin
rent à Paris dîner chez Madame
la Ducheffe du Lude , en
fon Hoſtel ruë Payenne . Cette
Dame les reçut avec de grands
témoignages de fatisfaction de
l'honneur qu'elle recevoit. Elle
les conduifit d'abord dans fon
appartement , qui eft des mieux
tournez , & des plus richement
meublez de Paris. Le dîner fut
fervi peu de temps aprés dans
une grande Salle fur une table
de quatorze couverts , & fut
trouvé par la Compagnie , bien .
qu'accoûtumée à la bonne chere,
d'une propreté & d'une delicateffe
fort finguliere ; ce qui
ne furprit perfonne , Madame
Loust 1703.
LI
898 MERCURE
la Ducheffe du Lude eftant en
reputation de tout temps d'avoir
la table la mieux fervie ,.
& les meilleurs Officiers de
France . Toute la fuite de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
& de Monfeigneur le Duc
de Berry fut auffi fplendidement
regalée. L'on joüa à la
fortie de la table , & l'on fut de
fort belle humeur . Enfin Madame
la Ducheffe du Lude fit
les honneurs de cette Felte avec
la grace & la politeffe qui la
diftinguent fi fört à la Cour.
Sur les cinq heures Madame
la Ducheffe de Bourgogne &
Monfeigneur le Duc de Berry
allerent aux Capucines , &
y tinrent une Cloche dans
le Coeur des Religieules
GALANT 399
?
Monfieur l'Abbé de Monmorel
Aumônier de Madame la
Ducheffe de Bourgogne fit la
ceremonie. Beaucoup de Dames
de Paris profiterent de cette
occafion pour y entrer : Madame
d'Armagnac qui a un appartement
dans ce Convent
donna une grande & belle collation
dans une des Salles des
Religieufes. Madame la Ducheffe
de Bourgogne & Monfeigneur
le Duc de Berry au
fortir des Capucines allerent
aux Thuilleries , & s'y promenerent
jufqu'à la nuit , au grand
contentement d'une affluence
de monde , fort empreffé à les
voir , & qui ne ceffa point de
leur donner des loüanges.
LI ij
400 MERCURE
Je ne vous diray rien de la
prife du Château d'Arco , par
ce que cet article doit avoir
place dans la Relation particu
liere que je dois vous envoyer
de la Campagne de Mr le Duc
de Vendôme , ainfi que vous
verrez dans l'Apoſtille qui eft
à la fin de cette lettre : Cependant
la lettre ſuivante ne laiſſe.
ra pas de vous aprendre la fituation
des affaires de ce coſté
là.
Au Camp de Serca le 24
Aouft 1703
LE
Lohannem de Drenna , & dé
Es ennemis ont abandonné les
Toblino avec des retranchements
qu'ils avoient icy , s'ils avoient
GALANI
401
voulu ils nous auroient arreftez plus
de trois femaines , l'épouvante eft
grande dans ce Pays . Mr de Vendome
attend avec impatience des
nouvelles de Mr l'Electeur de Baviere
, & va en attendant poüßßer
les vivres à Toblino qui n'est qu'à
buit milles de Trente. Mr de Poligny
, Capitaine de Grenadiers de
Lionnois attaqua il· y a quatre
jours avec deux cens Grenadiers
Sept cens Payfans & foixante Grenadiers
des Ennemis retranchez fur
une montagne. Il lesforça & en
tua beaucoup, Mr de Vendôme
vient d'envoyer undétachement pour
prendre le Chateau de Madruzo :
Mr de Billy eft demeuré dans nos
derrieres avec quatre Bataillons
pour affurer une communication avec
Riva.
LI iij
402 MERCURE
Les Regimens de Sault &
de la Fere ont efté laiffez à
Riva , Sourches à Arco , Beau
jolois à Nago.
Monfieur de Vendôme ayant
trouvé fix Payfans armez dans
un des Chafteaux rendus, il en
a fait pendre cinq , & a envoyé
le fixième pour dire à tous les
Payfans des environs , qu'il fera
pendre tous ceux qui ſe trouveront
armez , & que ceux qui
demeureront tranquilles dans
leurs maifons , ne recevront de
luy que
de bons traitemens.
La Garnifon de Bercelle ,
celle du Château d'Arco , &
lés Garnifons de la plufpare
des Châteaux qui font dans les
GALANT 403
Montagnes , & qui ont voulu
s'oppofer au paffage de Mr le
Duc de Vendôme ont efté faites
prifonnieres de guerre . Nous
avons beaucoup de prifonniers
faits au Combat d'Eckeren . La
Ville de Brifack fera peut - eftre
aux abois dans le temps que
Vous recevrez ma Lettre , les
deux demi Baftions du haut &
du bas Rhin ayant efté enveloppez
dés le 25. tout cela doit
confoler de la perte d'Hay &
de la Garnifon qui ne fera pas
long -temps prifonniere , puifque
les Ennemis n'eftoient quia
peine maiftres de cette Place
que leur General écrivit à M
le Maréchal de Villeroy pour
luy demander qu'on échangeât
les prifonniers , ce qui fait voir
404 MERCURE
e
que l'avantage ne leur eft pas
demeuré à Eckeren , & que
nous y avons fait beaucoup de
prifonniers . On auroit pû empêcher
le Siege d'Huy , c'eftoit
ce que les Ennemis demandoient
, puifqu'on ne pouvoit
s'y oppofer fans découvrir la
la Flandres ; mais on n'a pas
voulu leur donner cette fatitsfaction
, les Places comme Huy
font aux premiers qui fe prefentent
pour les affieger : Cependant
cette Place a duré dix
jours . On pretend que l'Armée
des Ennemis eft de prés de
cent mille hommes . L'exploit
n'eft pas grand pour des forces
fi nombreuſes .
La Ligne que l'on avoit refo-
Ju de faire pour couvrir Namur
GALANT 405
eft dans la perfection .
Vous vous fouvenez de l'af
faire de Gambie , dont Mr de
Saint Vandril a tant tiré d'argent
, il vient de prendre une
Fregate Angloife toute neuve ,
de trente- fix Canons . Il
avoit deffus cinq cens Negres
qu'il a vendus cinq cens mille
livres à Cartagene
.
Mr le Comte de Toulouſe
doit eſtre prefentement party
de Toulon , il a environ trente
Vaiffeaux & huit Galeres . Il
eft en eftat de faire tefte aux
Anglois & aux Hollandois , s'ils
ofent fe prefenter devant luy.
La guerre doit leur eftre bien
onereufe s'il leur faut quarante
Vaiffeaux pour eſcorter leurs
406 MERCURE .
Vaiffeaux Marchands..
Il y a des Lettres de madrid.
qui portent que la Reine d'Efpagne
eft groffe. Je ne vous garantis
pas cette nouvelle ; mais
il eft conftant que plufieurs
Lettres en parlent . Je fuis , Madame
, & c .
A Paris , ce 31. Aouſt 1703 .
APOSTILLE.
Toutes les Relations qui ont
paru des expeditions faites par
Monfieur le Duc de Vendôme ,
& Mr le Comte de Medavi depuis
leur départ de San Benedetto
, jufques à la prife du
Chateau d'Arco , & de ce qui
fuivy la prise de ce Chasteau ,
GALANT 407
' n'eftant point entrées dans une
infinité de détails , qui font voir
que ce que les Troupes du Roy
ont fait péndant fix femaines
, eft fi merveilleux que jamais
troupes ne font peut eftre
venuës à bout d'executer en
fi peu de temps, des entrepriſes
fi difficiles , & qui pouvoient
même paffer pour impoffibles :
toutes ces chofes, dis- je , n'ayant
point encore efté entierement
mifes dans leur jour , on en donnera
au premier d'Octobre une
Relation qu'on intitulera , Cam!
pagne de Monfieur le Duc de Venme.
Ce morceau d'Hiftoire
remplira la premiere partie d'un
Volume feparé , & la feconde
partie du même Volume contiendra
un Journal du Siege de
408 MERCURE
›
Brifack. Ceux qui voudront en
voyer des Memoires fur les ma
tieres qui feront contenuës dans
ce Volume , pourront adreffer
leurs Lettres à Mr Brunet Libraire
à l'Enfeigne du Mercure
Galant , dans la grande Salle
du Palais.
Page 25. ligne
au lieu de
Marquis de Foy , lifez Marquis de
Fors.
Page 334. Maréchal Duc de
Villars , lifez , Maréchal de Vil
bars.
BIBLIOTHE
JE
LYON
DE
*/893*
TABLE .
TABLE
TABLE .
P
Rélude
Poëme..
Nouvelles du Caire.
6
18
Avantages remportez par les Volontaires
de Mr de Quelus. 22
hiftorico littera-
24
45.
50
55
59
Articles de Morts.
Ode
Diarium
rium.
Erudition enjoüée .
Lettre fur la Bagatelle.
fel, Jefuite.
Remercimentfait parle Pere Chau-
71
Article qui n'eftpas nouveau 77.
Aoult 1703.
Mm
TABLE.
Sonnets.
Détail nouveau de l'affaire d'A
94 quilée.
Extrait dune Lettre écrite à Madame
la Ducheffe de Richelieu.
112
Converfation entre Spadille , Manille
, & Bafte . 119
Carte du Cours entier du Po prefenfentée
au Roy, par le Pere Pla
cide Auguftin,
Belle action de Mr le Chevalier
d'Aynac-Turenne¸
Second Article de Morts .
123
126
131
Suite du Fournal de l'Armée de
141 Flandres.
Détail nouveau & curieux touchant
la mort de Mr le Cardinal de
Bonzi 153
Prefent fait par le Roy d'Epagne
à Mr le Maréchal de ChasteauTABLE.
renaut . 190
Etat des munitions de guerre & de
bouche trouvées dans la Ville de
193
Berfelle
Carte nouvelle & particuliere pour
les mouvemens de la guerre en
Italie. 199
201
Defcription de Versailles ancienne
& nouvelle.
Traifiéme Article des Morts 203
Détail nouveau de l'avantage remporté
par Mr de Legal où l'on
fait connoiftre que cet avantage
que les ennemis avoient voulu
diminuer , eft plusgrand qu'on ne
ta publié d'abord, 216
239
Seconde fuite du Journal de Flandres.
Benefices donnez parle Roy. 244
Difcours touchant les FestesGalantes
qui fert de Prelude à la Festa
Mm ij
TABLE.a
de Chaftenay , dont la Relation
eft enfuite.
302
Les deux fils de Milord Duc de
Perth , s'attirent de grands applaudiffemens
dans une Tragedie
jouée au College de Navarte. 332
Cargaifon du Vaiffeau l'Amphitrite.
i27
Gouvernement du Pays Melin donné
à Mr le Maréchal de Ioyeuſe,
330
Election d'un Superieur General des
Peres de la Congregation de la
Million.
33x
Cartes nouvelles de M de Fer. 334
Lettres Patentes de Mr le Maré
chal de Montrevel , pour com→
mander en chef en Languedoc .
enregistrées au Parlement de
Toulouse.
336
Article concernant tout ce qui s
TABLE.
paffe tant à la Cour qu'à Paris ;
en diverfes Villes du Royaume,
à l'occafion de la naissance
de Monfieur le Duc de Chartres .
337
Serment prêté au Roy par les Echevins.
366
Difcours fait au Roy par Mr de
Martangis , en prefentant le
Scrutin... 367
Suite du Iournal de l'Armée de
Monfeigneur le Duc de Bourgo
373 ~gne.
Le Roy d'Espagne traverse Madrid
à la tefte des Troupes qu'il·
envoye fur les frontieres.
Maladie de Madame,
Article des Enigmes.
381
384
384
Fefte de Saint Louis celebrée par
l'Academie Françoiſe , & par
celles des Sciences , des Inferip
TABLE.
395
tions & Medailles.
389
Flote de la Meufe entierement détruite
par Mis les Chevaliers de
S. Pot & de la Luzerne. 392
Les Ennemis fe retirent du Pays de
Vaes.
Ce qui s'eft paffe au dernier voyage
que Madame la Ducheße de
Bourgogne a fait à Paris. 397
Nouvelles des dernieres expeditions
faitespar Mr de Vendôme . 400
Nouvelles de Flandres .
402
Prife faite par Mr de Saint Vandril
Nouvelles de Mer ,
Nouvelles de Madrid.
405
idem
406
Apostille qui eft important que le.
Lecteur life . 406
DE
YON
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
Arbure fouverain du monde
doit regarder la page 326 .
La Chanfon qui commen
ce par , Queje m'efſtime miſerable
GALANT
DEDIE'A MONSEIGNEUR
HELTE
LYON
LE DAUPHIN
▲ O UST, 1703 .
DEA
VILLR
THEQUE
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Sale du
Palais , au Mercure galant.
Comm
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure,ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffle prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veaufe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCIII .
Avec Privilege du Roy.
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Kolume du Mercure , puis
quemalgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye.
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufequ'il y en a quantité
AU LECTEUR
de defigurez, eftantimpoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient
corrects
. On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, que l'on employera
tous les bons Ouvrages
à leur
tour, pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
AOTREGUE
LYON
AO UST
1703 1893
*
L
'Ouvrage qui fuic
vous fera plaifir , puif
qu'il regarde un Monarque
que les jaloux de fa
gloire ne peuvent s'empê
cher d'admirer
.
DE
L
VILLE
A iij
6 MERCURE
SUR LES GRANDES
choſes que le Roy a faites
pour la confervation de la
Monarchie d'Efpagne.
2
AV ROT
POEME.
UEL éclat furprenant de gloire ,
& de puiffance ,
T'environne ou tefuit , grand Roy ,
dés ta naiffance ?
Treize luftres t'ont fait de puiffans
Ennemis ,
"Il eft vray : mais toujours ou vaincus
ou foumis
GALANT
7
•
Ils ont à leurs dépens fenti de ta
vaillance
Et les mêmes effets , & la même
conftance.
Cependant animez d'un mouvement
jaloux ,
Ils redonnent l'effor à leur premier
courroux .
Vainement leur fureur paroiffoit
appaifée ,
De fes feux renaiſſans l'Europe
eft ' embrafee.
Ils ne peuvent fouffrir, qu'en faveur
de fes droits
Tu deffendes ton Fils , Toy ? qui
deffens les Rois.
Le Batave orgueilleux , l'Albion
infidelle , [ relle ,
Injuftes Partifans d'une injufte que-
Contre luy , du Germain prenant les
interefts ,
A iiij
8 MERCURE
Penfent- ils arrefter le cours de tes
progrés ?
Non : cette Hydre , Grand Roys
tant.de fois étoufee
Renouvelle à ta gloire un illuſtre
Trophée.
Laiffe , laiffe à leur gré s'acharner
ces ingrats ?
Ils n'ont pas oublié de quel poids
eft ton bras.
་
Ils le verront armé de la même puiffance
[ mence.
Refufer à leurs cris ta premiere cle-
La Juftice , appuyant tes deffeins
genereux ,
Intereffe le Ciel à répondre à tes
voeux .
Sans rechercher l'appuy du perfide
Heretique
Le coeur de tes Sujets et ton fetours
unique .
GALANT
9
A leurs foins empreſſez, pour garder
tes Etats ,
Tu joins , quand il te plaift , la
force de leurs bras.
Tutrouve dans leur zele une entiere
afſurance ,
Une invincible ardeur , une forme
conftance.
Et pour en feconder les valeureux
travaux >
Tonfang , ton propre fang , t'offre
plus d'un Heros.
Ouy tes Fils imitant ton audace
guerriere ,
Comme toy de bonne heure entrent
dans la Carriere ,
Soldats.
L'un traverse les Mers , & quitte
fes Etats ;
Sur le Pò , fa prefence enhardit fes
Oubliant les douceurs dont l'hymen
le partage ,
ToΙΟ MERCURE
Méprifant les dangers d'un penible
voyage ,
Il vole à la Victoire , & le fer à
la main
Il combat , il poursuit & deffait le
Germain . [ Lonne
A le voir affronter les perils de Bel-
La Vertu luy devoit , ce que le
Sang luy donne :
Adoré de fon Peuple , & chèri de
fa Cour,
Il est né pour en eftre & la gloire
& l'amour.
L'autre expofe fes jours dans les
·P
laine Belgiques ,
i
Et fon bras fecondantfes tranſports
beroiques ,
Fait trembler le Batave & de
crainte , & d'effroy ,
Où jadis en Vainqueur tu lay donnas
la Loy.
GALANT II
N'est-cepas couronner les brillantes
premices ,
Du concours glorieux de tes heureux
aufpices !
Qu'il eft bau de les voir , pleins
d'une noble ardeur
A tes yeux retracer ta naiẞante
valeur ;
Et par d'illuftres faits ébauchanı
leur Hiftoire ,
A l'Vnivers entier reproduire ta
gloire : [ deftin ,
Impatiens d'atteindre à tonfameux
N'en ont-ils pas trouvé l'infailli
ble chemin ?
Ah! qu'ils rempliffent bien , Grand
Roy , ton esperance !
Mais tandis que pour l'an tu con
ferves la France ,
Tufais proteger l'autre , en cefus
perbe rang >
12
MERCURE
Où l'appelle le Ciel , où l'eleve fon
Sang.
Envie oppoſe en vain l'artifice &
la brigue ,
A fes laches complots tu fçais mettre
une digue ;
Elle a beau remuer mille refors
divers ,
D'une Flote nombreuse allarmer
l'Vnivers
,
Dans fa haine engager& le Phare
, & le Mole
Répandre fon venin de l'un à l'autre
Pole ;
[ Fils
,
Attifer
dans
la Cour
de ton augufte
Le feu , que dans
leur fein
cachoient
fes
Ennemis
>
Et d'un torrent groffi de revolte &
de
rage
S'empreffer d'inonder de l'Ebre jufqu'au
Tage ,
GALANT 13
Ta prudence , Grand Roy, paße an
delà des Mers ,
Et leur porte des coups qui forgerontleurs
fers
De leurs traitres deffeins la trame
découverte ,
Eft le tiffufatal de leur prochaine
perte.
Ce prefage eft le fruit du fort de
Luzarra.
[ talla ,
Son funefte debris menaçant Guaf-
Et frapant les Lombards d'unejufte
épouvente ,
A déja penetré jusqu'aux Portes
de Trente.
A tant de hautsprojets formezpar
ton grand coeur
On reconnoit le Pere , où le Fils eft
Vainqueur !
Cadiz doit s'en loüer; cette importante
Ville
14 MERCURE
Donne aux Trefors de l'Inde un
favorable agile.
En vain pour les ravir, en Pýrates
fameux
Zes Alliez y fontpleuvoir d'horri
bles feux ;
Mais trouvant dans ce Port , fierté,
vigueur , courage ,
La fuite leur tient lieu d'un fi ri
che pillage. [ peritez !
Ah ! que vois -je ajoûter à ces prof
Le Ciel fans doute agit pour toy
de tous coftez !
D'inacceffibles Monts , des reduits
formidables ,
Et toujours redoutez & toujours redoutables
,
"
S'entrouvrant aux efforts de tes
vaillans Guerriers ,
Au milieu des Cyprez les couvrent
de Lauriers,
GALANT IS
Ze Danube bientoft verra fur fon
Rivage ,
Zesglorieux effets de ce hardy paf-
Sage.
Et de tes Efcadrons redoutant les
regards ,
N'aura comme le Rhin que de foibles
Remparts.
Peut- on mieux foûtenir l'éclat du
Diademe !
Vn Heros , fi long - temps peut- il
eftre le même !
Ouy : nous voyons , Grand Roy, que
parmy tant d'exploits ,
Tu n'est pas moins Louis , aujour
d'huy, qu'autre fois.
PRIERE POUR LE ROY .
Renouvelle , Grand Dieu , ta faveur
ordinaire #
16 MERCURE
Pour un Roy, l'exemple des Rois ;
Il combat pour Jon Fils , il en foutient
les droits >
Cette Guerre , Seigneur , peut- elle
te déplaire ?
Soumis à ta divine Loy ,
'Il ne veut d'autre appuy que toy ,
Et confie en tes mains le fuccés de
fes Armes
Dilipe ces complots jaloux ,
Qui s'attaquant à luy , redoublent
nos allarmes
Et conferve ce Roy, pour nous confer
ver tous.
Je ne fçay point le nom de
l'Auteur de cet Ouvrage , on
m'a feulement afluré qu'il eft
établi à Arras. Il me paroist
que ces Vers ont efté faits
GALANT 17
pour le Prix qui doit eftre de .
livré à l'Academie Françoiſe
le jour de la Fefte de S. Louis.
Je dis qui doit cftre délivré ,
puifque les Lettres que je vous
envoye à la fin de chaque
mois font commencées un
mois avant que vous les receviez
.
Vous trouvaftes dans le
premier . Article de ma der .
niere Lettre , des Nouvelles
de Perfe , vous en trouverez
du Caire dans celle- cy .
Aouſt 1703.
B
18 MERCURE
EXTRAIT
d'une Lettre du Caire ,
Novembre 1702 .
du 24
Je crois vous avoir mandé
le fujet dufoulevement des Dámietains
contre les Francs. A
l'égard de la punition des Rebelles
il y a bien des choses à
dire , car
Primo , bien que ce pays , cy
foit uneconquefte du Grand Sei .
gneur , il s'en faut beaucoup
que fon autorité y foit respectée
comme ailleurs , fans parler que
de tout temps , les Egiptiens ,
GALANT 19
& fur tout ceux qui font vers
la Marine , ont l'esprit naturellement
porté à la fedition .
Secundo , Prefque toute la
puiffance refide , non pas dans
les Pachas , mais dans les
corps de Milice , qui font au
nombre de fept : dont celuy des
Faniffaires eft leplus redoutable .
Tertio , Le Pacha n'a qu'u .
ne autoritéfort bornée.
Quarto , Les Puiffances qui
pourroient arrefter les defordres
dans leur naiſſance , font ravies
de les fomenter afin d'avoir
lien de chaftier les gens par la
bource qui eſt la punition la plus
Bij
20 MERCURE
rude la plus ordinaire parmi
les Turcs.
Quinto , En pareille occa
fion , la depoüille fe partage , le
Pacha en a une part , le corps
des faniffaives une autre , &
les autres Puiffances à proportion
de leur credit.
que
que
Je vous diray pour nouvelles,
le Nil a creu cette an.
1
née d'enuiron neuf pouces plus
l'année derniere , & cequ'il
y a de meilleur , eft qu'il s'eft
tenu fort long temps dans fa
grande hauteur , & qu'il a donné
le moyen de faire innonder
les terres les plus éloignées , ainſi
GALANT 21
nous aurons fuivant les appa .
rences unetres bonne recolte l'an:
née prochaine : l'Ardeb de bled ,
qui est une mesure de plus de
trois cens pefant de nos livres de
Paris , fe vend encore à prefent
dix francs de noftre monnoye ,
& ne coutoit qu'environ quatre
livres dix fols , il y a quinze
mois , parce que la derniererecolte
n'ayant pas efté abondante , tous
les grains & les legumes ont
augmenté de prix.
On ne s'eft point encore aper
gu icy des fraicheurs ordinaires
de la faifon où nous fommes , &
la chaleur extraordinaire qu'il
22 MERCURE
R
fait a obligé ceux qui par coû.
tume avoient deja pris leursfou ·
rures , à les quitter.
J'oubliay à vous dire le
mois paffé qu'un party de 22.
Volontaires
de la Compagnie
franche de Mrle Comte
de Caylus , Commandant
dans Dieft , ayant attaqué
quatre - vinge Païlans , qui -
s'étoient retranchez dans un
Cimetiere , les avoit forcez
la bayonette au bout du fufil.
Ce Village n'avoit ja
mais contribué, le Partifana
enlevé leurs drapeaux , leurs
tambours , & amené les ôra
GALANT 23
ges à Dieft. Un autre party
s'eft battu contre quator
ze Maraudeurs des ennemis,
il les a entierement defait ,
& fait fept prifonniers ; ce
même party qui n'étoit que
de quatorze hommes ; a
pouffé encor plus avant dans
le pays ; & ayant appris qu'il
y avoit trente cinq Hollan
dois dans deux granges , il
les a chargez fi vigoureufe .
ment qu'il a fait trente
priſonniers , & a tué un Ser.
gent , & caffé la cuiffe à un
foldat : enfin il ne s'en eſt
fauvé que trois hommes , il
24 MERCURE
n'y a eu dans toutes ces expeditions
qu'un Volontaire
bleffé legerement
.
Quoy qu'il y ait dans toutes
mes Lettres plufieurs ar
ticles de morts de confideration
, le nombre s'en trouve
toûjours fi grand que je
fuis obligé d'en relerver
pour le mois fuivant ; ainſi
Ceux que vous allez lire
devoient vous avoir efté envoyez
le mois dernier. Quoy
que ces articles foient triftes ,
ils ne laiffent pas d'eftre curieux.
Dame Charlotte d'Heuf
fonville ,
GALANT 25
fonville de Nettancourt &
Aubecourt , veuve en premieres
nôces de Mr le Marquis
de Foy Seigneur du Vigean,
Gouverneur de Sainte
Menehoult , de l'ancienne
maiſon de Pouffart de Vigean
du Poitou , & en deuxièmes
'de Mr. le Comte de l'Aubefpin
de la maifon de Battefort
Romelay , du Comté de
Bourgogne , eft morte d'a-
'poplexie , dont elle avoit
déja eu plufieurs attaques .
Cette Dame avoit le coeur
droit & bon , un grand uſa .
du monde , où elle avoit
Aoust 1703 .
ge
C
26 MERCURE
fait autrefois une figure con
fiderable
>
& où fa beauté
avoit fait beaucoup de bruit,
elle étoit foeur de Meffieurs
de Vaubecourt , & elle étoit
fortie du premier mariagede
feu Mr le Comte de Vaube.
court Lieutenant general
、
ช
des Armées du Roy , &
Gouverneur de Perpignan ,
avec Dame N ... du Vergeur
Saint Souplait . Mada .
me de Thuifi, Maiftreffe des
Requeftes étoit de ce mê.
me lit , auffi bien qu'une
foeur qu'elles avoient , qui
eftoit Abbeffe en ChampaGALANT
27
gne à deux lieuës de Vaubecourt
, & qui eftoit dans
une haute eftime : Cette Da.
me avoit une foeur du fecond
lit qui lui fucceda , & elles
eftoient toutes petites filles
de Mr le Comte de Vaube,
court Chevalier des Ordres
du Roy , qui prit la fameuſe
Ville de Javarin fur les Turcs
en 1598.
Madame la Comteffe de
l'Aubefpin perdit fon premier
mary dans une grande
jeuneffe , elle en eût Mr le
Marquis de Faure , qui demeure
en Poitou , & Ma
Cij
28 MERCURE
•
dame de Faure Religieufe
Carmelite au Convent de la
ruë de Grenelle ; c'est une
Dame d'une grande vertu ,
fort confiderée des plus
grands Seigneurs de la Cour.
Feu S. A. R. Monfieur l'al
loit voir ſouvent , & elle eût
l'honneur de reecvoir le voile
des mains de la feuë Reine
. Madame de l'Aubefpin
a eu de fon fecond mariage
Mr le Marquis de l'Aubel.
pin , qui a eſté Chevalier
d'honneur au Parlement de
Befançon , chargé qu'il avoit
herité de fes Ancestres ; il a
GALANT 29
•
foeur
des enfans de Dame N ...
de S. Mauris de .
de Madame de Montbarré ,
& auparavant épouse de Mr
le Comte de Quignonéz ,
l'aîné des enfans de Mr le
Marquis de l'Aubeſpin , eſt
élevé au College Mazarin .
Madame la Marquife de
Montmorenci eft auffi fortie
de ce mariage ; c'est une
Dame qui a autant de merite
que de beauté , de beauté , & qui a
eu le malheur de perdre fon
Epoux depuis quelques mois
qui ne luy a point laiffé
d'enfans . Madame la Com-
C iij
30 MERCURE
teffe de l'Aubefpin a efté
enterrée dans l'Eglife de S.
André des Arts (a Parroiffe.
Elle eftoit belle- foeur de feüe
Madame la Ducheffe de Ri
chelieu , qui eftoit foeur de
feu Mr le Marquis de Faüre ;
cette Ducheffe avoit épousé
en premieres nôces Mr le
Marquis de Pons , dont elle
avoit eu un fils qui a efté
tué , elle a efté Dame d'honneur
de la Reine , & enfuite
de Madame la Dauphine ,
elle defcendoit de ce bon
Seigneur de Vigean , qui fut
fi eftimé du Roy Louis XI.
GALANT
31
& qui étoit dans une fi grande
confideration en cette
Cour.
Meffire Claude Richard ,
Seigneur de la Baroüilliere ,
Doyen du Grand Confeil , eft
mortâgé de quatre vingt onze
ans . Il avoit efté reçu dans
fa Compagnie en 1638. Mr de
la Baroüilliere eftoit un Juge
confommé dans la connoiffance
des devoirs de fa Charge
, & dans la pratique des
vertus chreftiennes . Il n'eft
pas le feul de fa famille qui
s'eft diftingué dans la Ma❤
giftrature. Simon Richard
C iiij
32 MERCURE
un de fes grands oncles , fut
une des lumieres du Confeil
Delphinal , qui cft aujour
d'huy le Parlement de Grenoble
. Mr de la Baroüilliere.
avoit une grande refignation
aux ordres de Dieu , il en a
donné des marques bien certaines
dans les derniers jours
de fa vie. Il eftoit fort eftimé
dans le grand Conſeil , & il
Y eſtoit fort aimé de fes Confreres.
Madame la Marquife
de Martel , cette belle Dau .
phinoife , eft fa proche pa
rente. Mr de la Baroüilliere
s'eftoit attaché à la JurifpruGALANT
33
dence avec beaucoup de fuc
cés. Ses lumieres eftoient
vives & épurées , & il ne prenoit
jamais le change dans
les affaires de la plus difficile
difcuffion.
. Mr le Comte de Levarey
eft mort à Paris dans l'Hôtel
de Tarane. Il eftoit frere de
feu Mr le Marquis de Levarey
, qui eftoit fon aîné , &
ils eftoient fortis d'une des
plus anciennes Maiſons du
Pays du Maine. La Maiſon
deVaux dont il eftoit, eft con
nuë par tout le Royaume ,
& par l'antiquité de fon exe
34 MERCURE
traction & par les grands
hommes qu'elle a produit.
Mr le Comte de Levarey n'a
point laiffé d'enfans de Madame
la Comteffe de Leva¬
rey , qui eft d'une des meilleures
Maifons de Bretagne.
Il a fait heritier Mr le Marquis
de Levarey fon neveu
lequel a auffi herité depuis
quelques mois de Mr le Mar
quis de Levarey fon frere aîné
qui mourut au Maine par
un tragique accident , fans
avoir efté marié, Mr. le
Marquis de Levarey quitta à
la mort de fon frere , l'eftat
GALANT 35
Ecclefiaftique , auquel il s'é
toit deſtiné , & aux maximes
duquel il s'eftoit formé dans
le Seminaire de Saint Magloire
, où il avoit demeuré pendant
plufieurs années , & dans
les Ecoles de Sorbone , où
il avoit même pris le degré
de Bachelier . Il eft fils de
feu Mr le Marquis de Levarey
& de Dame N .... de
Nargone d'une tres ancienne
Mailon , & qui a épouſé en
fecondes Noces Mr le Comte
de Broc. Cette Dame a
l'honneur d'appartenir de
fort prés à Madame la Du
36 MERCURE
cheffe d'Angoule fme , qui eft
auffi Nargone Mareuil. Ily
avoit un Chevalier de Levarey
au Siege de Rhodes qui
s'y diftingua fort , & qui
tua même le General des
Turcs.
Meffire François de Bragelogne,
Chevalier , Seigneur
de Hautefeuille , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
de feu Son Alteffe Royale
Monfieur le Duc d'Orleans
Oncle du Roy. Il avoit acquis
beaucoup de gloire dans
le fervice , & il eftoit fort efti.
mé dans les Troupes. Il eftoit
GALANT
37
Chevalier de l'Ordre de Sainc
Lazare & de Mont Carmel.
11 touche de fort prés , com.
me vous fçavez , à Madame
la premiere Prefidente de
Rouen. La Maiſon de Brage;
logne s'eft toûjours diftin
guée dans la Robe & dans
l'Epée. Georges de Bragelogne
commandoit un Camp
volant à la Bataille de Cou .
tras : Elle ne s'eft pas moins
diftinguéedans l'Eglife , Pierre
de Bragelogne fe trouva au
Concile de Florence , quoy
qu'il ne fuft que fimple Prê.
tre : il y harangua plufieurs
38 MERCURE
fois. Ceux de la Robe de cette
famille font affez connus ,
& plufieurs Auteurs en par
Lent.
Meffire Touffaint Bond
neau , Chevalier , Seigneur
de Rubelles , ci - devant Confeiller
au Parlement , eft mordans
le détachement parfait
des grandeurs humaines , il
avoit apris à s'en détacher de
bonne heure , & ce n'eft que
l'amour du repos , & dans
l'efprit de fonger avec plus de
loifir à l'affaire de fon falut ,
qu'il avoit quitté le Parle
ment où il eftoit confideré
GALANT 39
extraordinairement . Mr de
il
Rubelles n'avoit point d'ambition
, il n'a tenu qu'à luy de
fuivre des penfées plus flareua
fes , mais jamais fon coeur
ne fut touché des offres ávan
tageufes qu'on luy fit du côté
de la Cour, uniquement occupé
du foin de fon falut ,
ne penfa qu'à fe renfermer
dans fa maiſon pour fonger
uniquement au falut de fon
ame. M' de Rubelles def
cendoit de perfonnes qui
s'eftoient diftinguées dans la
Robe , & dans l'Epée. Il n'eft
pas extraordinaire de voir
40 MERCURE
des Magiſtrats de fon nom
'dans les premiers emplois de
la magiftrature. Noël Bonneau
fut dans le feiziéme
Siecle , une des plus via
ves lumieres du Parlement
de Paris , il s'y diftingua
dans les temps orageux
par fa fidelité , qui fut fou
vent mife à de delicates
épreuves : mais jamais il ne
broncha dans la foy qu'il
avoit voüé à ſon veritable
Prince , il mourut empoison.
né par les pratiques criminelles
des Ligueurs aufquels
une vertu fi pure faifoit de
GALANT
41
terribles
ombrages .
Le Docteur Hyde eft auffi
decedé ; c'eftoit l'ornement
de l'Angleterre , & il y avoit
peu d'hommes auffi diftinguez
que luy par leur fçavoir ,
perfonne n'a jamais mieux
fçû les Langues Orientales :
Son érudition & la connoiffance
qu'il avoit de l'antiquité
éclatent dans les ouvrages
qui nous reftent de luy. Son
Traité de Ludis Orientalibus ,
eft remply d'une profonde
érudition & enrichi de belles
& fçavantes découvertes .
L'Hiftoire qu'il a fait inquar,
Aouſt 1703.
D
42 MERCURE
to de la Religion des Perfes
n'eft pas d'un moindre prix.
Ces deux ouvrages font
en quelque maniere fes dernieres
productions & les der .
niers effets de fa Muſe mou.
rante ( pour parler le langage
des Poetes ) car il les fit imprimer
à Oxfort en 1701. м
Hyde s'eftoit fort attaché à
la lecture de Tacite dés fes
plus tendres années , & c'eſt
dans cet illuftre Romain
qu'il avoit puifé toutes les
excellentes lumieres qu'il
avoit fur le Gouvernement
des Etats , & la Politique des
GALANT
43
Princes : On dit même qu'il
avoit voulu fur la fin de fa
vie commenter le fameux
Traité de Cive de Thomas
Hobbes . On fçait les liaiſons
que Mr Hyde encore fort
jeune avoit eu avec Hobbes
qui eftoit alors fort vieux ;
on regardoit même м ' Hyde
comme le Diſciple de cet
Epicurien , pour ne pas dire
quelque chofe de plus , cette
liaiſon ne fit pas même beaucoup
d'honneur à la Religion
de M'Hyde ; mais la conduite
qu'il tint depuis la mort de
Hobbes , & les fentimens
Dij
44 MERCURE
qu'il a confervé jusqu'à la
mort l'ont fait regarder comme
un zelé Anglican .
>
a
M' l'Abbé de Beaulieu ,
Comte de Rommecourt
été mis au nombre des morts
dans une Gazette de Bruxelles
du mois de Janvier dernier
: Cependant cet Abbé
qui peut vivre encore longtemps
n'ayant que trente.fix
ans , s'eft reffufcité lui même
en donnant à plufieurs de
fes amis des nouvelles de fa
fanté. Lorfque quelque ma
riage, quelque mort ou quel
que action d'éclat me donneGALANT
45
ront lieu de vous parler de
la maison de Romecourt ,
vous verrez qu'elle n'eſt pas
moins ancienne qu'elle eft
illuftrée .
Les Vers qui fuivent que
vous trouverez tres - beaux
ont efté faits pour une jeune
Veuve.
2
ODE .
Vel respect imaginaire
Pour les cendres d'un Epoux
Vous rend vous - même contraire
Avos defirs les plus doux ?
Quandfa courfefut bornée
Par la fatale journée
46 MERCURE
Qui le mit dans le tombeau ,
Penfez- vous que l'Hymenée
N'ait pas éteint fon flambeau ?
2
Pourquoy ces fombres tenebres
Dans ce lugubre reduit
Pourquoy ces clartez funebres
Plus affreufes que la nuit ?
De ces noirs objets troublée
Trifte , & fans ceffe immolée
Ade frivoles égards ,
Ferez- vous un Maufolée
Le plaifir de vos regards ?
2
>
Voyezles Graces fideles ,
Malgré vous ,fuivre vos pas ;
Et voltiger apiés elles
L'Amour qui vous tend les bras :
Voyez ce Dieu plein de charmes
Qui vous dit , lesyeux en larmes
Pourquoy ces foins fuperflus ?
GALANT 47
Pourquoy ces cris , ces allarmes ?
Ton Epoux ne t'entend plus .
S
Afa triste destinée
C'est trop donner de regrets ,
Par les larmes d'une année
Ses Manes fontfatisfaits.
De la fidele Matrone ,
Que l'Antiquité nous prône ,
On vous à vu le dégoût.
Mais pour l'honneur de Petrone
Imitez- làjufqu'au bout:
S
Si votre premiere flame
Eut jadis un cours fi beau ,
Il doit enhardir vôtre ame
A brûler d'un feu nouveau.
Plus d'un bonheur fi paisible
La perte vous fut fenfible ,
Plus vous devez afpirer
Au feul remede infaillible
48 MERCURE
Qui la puiffe reparer.
S
Dela Veuve de Sichée
L'hiftoire vous a fait peur ;
Didon mourut attachée
Au char d'un Amant trompeur :
Mais l'imprudente mortelle
N'eut à fe plaindre que d'elle ;
Cefut fa faute en un mot.
A quoyfongeoit cette Belle
De prendre un Amant devot ?
2
Pouvoit - elle mieux attendre
De ce pieux Voyageur ,
Qui fuyantfa Ville en cendre
Et le fer du Grec vangeur ,
Chargé des Dieux de Pergame į
Ravitfon Pere à laflame
Tenant fonfils par la main ,
Sans prendre garde à fa femme
Qui fe perdit en chemin
Sous
GALANT 49
S
Sous un plus beureux auſpice
La Deeße des Amours
Veut qu'un nouveau facrifice
Luy confacre vos beaux jours
Venez donc. Qui vous arrefte ?
Pour paroiftre à cette Fefte ,
La Deeffe s'embellit .
Je voy la Victime prefte
Le miftere s'accomplit.
S
Tout confpire à l'allegreffe
De cet inftantfolemnel
Une riante Jeuneſſe
Folatre autour de l'Autel.
Les Graces à demi- nuës
Aces dances ingenuës
Mêlent de tendres accens ,
Et fur un Trône de nuës
Venus reçoit voftre encens .
Aouſt
1703. E
50 MERCURE
Jamais on ne donna tant
de culture à l'efprit , & on
peut dire , que le regne du
Roy ne le cede en rien à celuy
d'Augufte , qui fut pourtant
le plus floriffant de tout
l'Empire Romain . Puifque
jamais on n'a tant cultivé
les belles Lettres , que fous
ce regne on voit tous les
jours paroitre quelque Ou .
vrage nouveau , qui marque
le goût declaré de noltre na .
tion pour les Sciences : le
P. Hommey Auguſtin vient
d'en publier un qui ne fera
pas renfermé dans l'enceinte
GALANT SI
du Royaume. La Langue Latine
, dans laquelle il eft
écrit , luy donnera cours dans
toute l'Europe ; les matieres
d'ailleurs que ce fçavant Religieux
y traitte avec tant
d'habileté& tant de delicateffe
luy affurent un grand fuccés,
Le Diarium hiftorico litte .
rarium fera d'une grande utilité
pour la Republique des
Lettres ; fi l'Auteur , comme
il nous le fait efperer ,
veut bien continuer fon deffein
. La moitié de ce premier
Volume contient l'Hif
toire de noftre temps , & les
Eij
52 MERCURE
principaux évenemens arrivez
de nos jours
le tout
écrit dans une latinité pure ,
fleurie , & tres exacte ; dans
une latinité enfin tres - digne
d'être comparée à celle du P.
de l'Eloquence Romaine , on
peut juſtement comparer cet
Ouvrage en ce qui regarde
l'Hiftoire journaliere de l'Eu
rope au Mercurius gallo belgi .
cus , au Mercure François &
aux autres Ouvrages de cette
nature.
Mais ce qui fait comme
une feconde partie de cet
Ouvrage , n'intereffe pas
GALANT
53
moins les curieux , je parle
de ceux qui s'attachent aux
Sciences; le P. Hommey nous
donne donc un precis trescirconftantié
des Ouvrages
dont l'on a enrichi la Repu.
blique des Lettres dans ces
derniers temps ; le jugement
qu'il en porte eft tres folide,
& on juge ailément en lifant
cet Ouvrage , que perfonne
n'est plus verfé dans la litterature
, que ce fçavant Reli .
gieux : il en parle en Maître,
& ce qu'il en dit , il le dit ,
dans une pureté , une fineffe ,
& une delicateffede langage ,
E iij
54 MERCURE
où peu de perfonnes qui ont
écrit dans la même langue
font parvenus de nos jours.
On doit regarder ce nouveau
Diarium comme un Mercure
latin , & comme un Journal
des Sçavans latin ; & je ne
doute point que le fçavant
Auteur des Acta eruditorum de
Leipfick , n'avoüa de bon
coeur ce nouveau Journal ,
qui eft en quelque maniere
forti du fien , puifque c'est
le méme Plan , & que c'eſt
le feul qui eft écrit dans la
même langue Le P.Hommey
donnera fon Journal tous les
GALANT
55
fix mois , on le trouve chez
le fieur Ribou à la defcente
du Pont- neuf.
Une perfonne de voſtre
aimable fexe vient de donner
au Public un petit Livre
qui en a efté tres.bien receu ,
l'Erudition enjouée qu'on trou
ve chez le fieur Ribou , c'eſt
un petit Recueil de nouvelles
fçavantes , galantes , &
critiques L'on y trouve d'a.
bord un Jugement exact &
folide fur plufieurs Ouvrages
d'un merite reconnu , on
juge par ces traits de l'éten
due des connoiffances de ce
E iij
56 MERCURE
fpirituel Auteur . Ces nouvel
les de l'Empire des Lettres
font d'autres plus enjoüées ,
qui ne feront peut eftre pas
autant du gouft des Sçavans ,
que de celuy des Dames à
une grande Hiftoire écrite
avec beaucoup d'art & de
pureté fuccedent quelques
traits de plaifanterie , qui font
comme la troifiéme partie
de ce petit Ouvrage , on découvre
que c'est une critique
fine & deliée de quelques .
preticules , & de quelques
Dames fçavantes , & il eft,
ailé de comprendre
que ces
GALANT 57
portraits ne font pas de fantaifie
, qu'ils ont leurs origi
naux , mais il ne l'eft pas d'en
faire l'application à cauſe du
grand nombre de Dames ,
qui fe piquent aujourd'huy
de Science . L'Auteur a peint
ces demi fçavantes avec beau
coup de delicateffe , & on
juge de celle de fon pinceau
par cette legere ebauche. II
n'eft pas furprenant de voir
fortir des Ouvrages de la
plume de cette fpirituelle Da
me , elle en a fait beaucoup
en Profe & en Vers qui ont
efté fort applaudis , & on ne
ww
58 MERCURE
fçait dans lequel de ces deux
genres d'écrire elle s'explique
mieux ; le talent declaré
qu'elle a pour la Poëfie la
fait choifir par deux celebres
Academies pour en eſtre un
des plus illuftres membres.
Aprés y avoir emporté plufieurs
prix , & elle vient d'honorer
le tombeau d'une il.
luftre amie par une ingenieufe
fiction qui a eſté tres applaudie
, je crois que vous
la reconnoitrez
à ces traits ;
il ne m'eft pas permis de vous
en dire davantage ; comme
cet Ouvrage a esté en quelGALANT
50
que maniere
publié
fans fa
participation
, puiſque
c'eſt
une Lettre
qu'elle
écrivoit
à
une Dame
de fes amies
en
Eſpagne
, elle ne l'avoue
pas
tout à fait , ainfi je ne dois
pas bleffer
en la nommant
les loix de la difcretion
.
LETTRE
SUR LA BAGATELLE
.
Ennuyé
de ne jamais met-
Ε
tre
Que redites dans une Lettre
Je viens de creuſer mon cerveau
Pour te fervir enfin de quelque
fruit nouveau
.
60 MERCURE
Caraprès tout, cher Amy ,faut il
toujours écrire compliment fur
compliment te gronderfans ceffe de
ne recevoir jamais affez souvent
de tes nouvelles , paroître inquiet
d'une fanté que je crois parfaite.
ment bonne , paffer de cette inquietude
mal digerée à l'offre de
Services que tu fçais t'eftre entie .
rement acquis , & par une heu .
reuſe caſcade tomb: r au treshumble
ferviteur , ou ferviteur
tres humble. Belle conclufion !
Faut il enfuite digne imitateur
de certaines gens me glorifier à
demy- bas fi je n'ay pas de grands
talens d'avoir du moins celuy de
bien écrire ? Non , mon Cher.
GALANT 61
Quand je devrois chez toy paffer
pour ridicule ,
Quand tu m'ordonnerois de fuivre
le grand train ,
( C'eſt en dire beaucoup ) tu le
ferois en vain .
Certain invincible fcrupule
M'empêcheroit de t'obeïr ,
Et tu ne devrois pas ( je penſe )
m'en haïr.
Ne t'en déplaife , je vais dans
la fuite m'émanciper dans mes
Lettres. Tuy trouveras toujours
quelques morceaux de Differta.
tion , petits traits d'Hiftoire ;
enfin quelque chofe qui forme entre
nous un commerce moitié Litteraire
, moitié Badin , où rez
62 MERCURE
gnent chacun à leur tour l'utile
& l'agreable ; je prendray un
fujet pour chaque Lettre , j'en
choifis déja un pour celle- cy , &
ee fujet ( le devineras tu ) eft la
Bagatelle . Voyons , examinons
un peu ce que c'eft: la Bagatelle ,
dira quelqu'un , eft le contraire
du ferieux…………. Et la vertu celuy
du vice , ajouteray . je. C'eſt
bien dit , mais nepeut onrien dire
de mieux . Si nous foutenions
que
c'eft ce qui n'est jamais utile……………
Cela eft faux , repliquera
t on ,
la Bagatelle fait faire fortune ,
fait vivre mille gens.
GALANT 63
Dequoy vivent les foux chez
tous nos grands Seigneurs
Dites -moy , dequoy fe repaiffent
t
Les Mouches de la table , ou les
Ecornifleurs ?
Dequoy fe nourriffent , s'engraiffent
Nouvelliftes , Muficions ,
Poëtes, & Comediens ,
Et mille autres encor ? dequoy ?
de Bagatelle ,
Sans doute , & la remarque eft
tres - ſpirituelle .
Convenez donc du moins
qu'une bagatelle eft tout ce qui
fait rire ou de luy même ou de
pitié, Point du tout ( me répond
ce Pilier critique du Parterre )
64 MERCURE
Je vais aux pieces...... cefont
de veritables bagatelles , & ce
pendant elles ne mefont rire d'aucune
de ces deux manieres . Je ne
Sçay donc plus ce que c'est que
Bagatelle.
la
Eft ce ce petit Gentilhomme
Qui fier de fa nobleſſe , entêté
de fon nom ,
M'en parle à tout propos fans
fujet, fans raifon ;
Eft- ce cette beſte de ſomme
Qui lit avec emphaſe un galimatias
Que toute la premiere elle ne
comprend pas ?
Eft- ce ce moderne Dorante
Qui ne parle jamais fans qu'il
feigne ou qu'il mente ,
GALANT 65
Que le ftupide Afron , même
Afron ne croit plus ,
Qui fi je le confonds , n'en eft
pas plus confus ?
Eft - ce ce Manteau court , dont
les galanteries
Font tant de bruit aux Tuilleries
?
Eft - ce.... mais je t'en dirois
tant
Que de ce long difcours tu ferois
mécontent .
Eft- ce ( il faut decider , la quefſtion
est belle )
Qu'appellez-vous la Bagatelle?
Les Falbalas , Pretintailles , Rubans
,
L'attirail feminin , les fuperbes
toilettes ,
Les ajuſtemens des Coquettes,
douf 1703..
F
66 MERCURE
Les mouches , dont on voit fe
les galans parer
L'équipage d'un petit Maiſtre ,
Les modes d'aujourd'huy , celles
qui pour paroiſtre
Efperent avoir leur tours
Ce Courtifan inconnu dans
Verſailles
Qui s'eft vanté d'avoir au premier
jour
Un habit à la pretincaille ;
Tous les Difeurs de rien qui
vaille ,
En un mot les Jeux & l'Amour,
Vous m'avouerez quefi j'étois
de ces illuftres Eleves de Bacchus
je coudrois icy une jolie chanfon
à fa louange , en disant que
sout eft bagatelle , & qu'il n'eft
GALANT 67
1
rien de folide que le vin. Mais
à propos , ne puis je pas mettre
dans ma cathegorie de Bagelles.
Ces faifeurs de chanfons pour
l'enfant de Silene
Qui n'ont jamais bu que de
T'eau
;
Erafte dans fes Vers épris pour
une Helene
Qui n'a jamais connu l'Amour
ny fon flambeau ;
Ce Cavalier qui fe renomme
Des faveurs que toujours luy
refufa Cloris.
Faites mieux , me dira Damis,
Oftez - en ces Meffieurs , & n'y
mettez que l'homme.
&
J'entens , Damis , tu veux que je
fuive tes pas ,'
Fij
68 MERCURE
Que j'aille m'ériger en Rimeur
fatirique :
Mais aprés Defpreaux ma trem-
Biante critique
En plein jour ne s'expofe pas.
que
l'homme ce chef.
Je demeureray pourtant d'accord
que la Bagatelle eft un des grands
refforts qui fait jouer la machine
du monde
,
d'oeuvre de la nature , ne fait
prefque rien où elle n'ait part ,
qu'elle afouvent entré dans le deffein
des actions lesplus heroïques ,
& qu'elle n'a caufé que trop
funeftes effers . C'est elle qui a une
fois mislaFrance l'Angleterre
deux doigts de leur perte ; qui
de
GALANT 69
neſçait la querelle que les fils des
deux Rois prirent ensemble au
jeu ; qui n'en a pas appris les terriblesfuites
? Qu'ellefit perir de bra
ves gens ! Le Sage nous a dit que
tour eft vanité ; en confiderans
tout ce qui fe paffe aujourd huy
dans le monde , on peut s'écrier de
même , tout eft Bagatelle. Tu
ne t'attendois pas à trouver icy
de la Morale fi ferieuse. Je re
jure mafoy que je nefongeois pas
non plus à la mettre ;
est du difcours comme d'untendre
engagement , fouvent il va plus
loin qu'on ne pense.
mais il en
On ne fçait pas lorsqu'il com,
mence ,
70 MERCURE
Par quel endroit il peut finir .
C'eft affez t'entretenir de Ba.
gatelle , Adieu , fonge que Baga.
telle à part je t'aimeray toû
jours.
L'Auteur de cet Ouvrage
fait voir en badinanc qu'il
connoit parfaitement
le mon
de , qu'il a de l'enjouement ,
de la
delicateffe , &
beaucoup
d'imagination
; s'il fe donn
la peine de faire tous les moi
une Lettre pareille à celle
queje vous envoye , & qu'el
le tombe entre mes mains
S
je ne manqueray pas de vous
GALANT 71
en faire part. On peut dire
que les bagatelles de ce galant
homme ne font rien
moins que bagatelles .
Les Vers fuivans ont été faits
par le P. Claufel, Jefuite , Mif
fionnaire depuis 34. ans , en
reconnoiffance de l'opera .
tion qui luy a efté faite par Mr
Raifin , Chirurgien & Penfionnaire
de la Ville de Touloufe
, pour les Operations
de la Pierre , où il s'eft ac.
quis tant de reputation que
le Pere dont je viens de vous
parler , âgé de prés de ſoixan72
MERCURE
te & fix ans , ayant efté invité
d'aller il y a quelques mois
pour fe faire tailler ,fe rendic
& confentit à fe faire faire l'o .
peration fuivant l'avis de fes
Amis , qui luy vantoient la
grande habileté & la grande
experience de Mr Raifin :
Elle parut dans l'opération
qu'il luy fit pendant laquelle
il tira vingt deux pierres à
ce Pere. Il fut gueri en vingtcinq
jours ,la maniere d'ope
rer cftant tres- fure & prefque
fans peril ; auffi a til tra .
vaillé fous le fameux Hierofme
Collot & fuivi pendant
plus
GALANT 73
plus de quinze années les
inftructions de feu m' Raifin
fon
pere.
AQuoyfert tout le bien du monde,
A quoy tous les Trefors de la
terre & de l'onde
Zorfque l'on manque de fanté ;
C'eft des biens naturels le plus confiderable
,
Si precieux fi fouhaitable ,
Qu'il ne fçauroitjamais eftre affez
acheté;
Cependant aprés Dieu , cher Raifin
, je confeffe
Etje fuis obligé de publier fans
ceffe
Que c'est à vous que je dois ce
grand bien ,
Sans quoy tout le refte n'eft rien ,
Aouft
1703 .
G
74 MERCURE
Et la vie eft une mort lente :
Je fuis même tres convaincu
Que ce n'eft pas avoir vêcu
Que de vivre & toujours avoir la
mortprefente 3
C'est là l'eftat où m'avoit mis
De vingt pierres & plus le cruel
affemblage
Dont je pouvois ! helas faire un
bon aſage
>
fi
Sij'en avois connu le prix ;
Mais votre adreffe non commune
M'a dégagé par un rare bonheur
De cette carriere importune •
Qui faifoit le fujet de toute ma
douleur.
C'est par vos fins que je goute la
vie
Dont beaucoup de Pierreux me
porteront envie ;
GALANT
75
Mais que leur ay-je fait ? il ne
dépend que d'eux
Au lieu de m'envier le bien que je .
poffede ,
De prendre comme moy le fouverain
remede ,
Et de n'eftre plus malheureux.
Quandvous commençez quelque cure
C'eft d'une maniere fi fure ,
Que chacun dit d'abord vous voyant
operer
Qu'on a lieu de tout efperer ,
Et ce qui vous rend plus aimable
C'est que vous ajoutezà cette habileté
Un airinfinuant , un humeur agreable
,
Qui contribue à la fanté
Et rend le mal plus fupportable ,
Enfin tout ce qui part de vous
Gij
76 MERCURE
Malgré l'art de tailler dont le feul
nom étonne
Bien loin de rebaterperfonne·
Eft d'un caractere fort doux ;
Mais votre charité pour le pauvre
eft extreme
Lorfque vous le traitez fans espoir
d'aucun gain ,
Honorantpar la voftre main
Comme fi vous penfiez alors I
Ie ne fuis plus furpris , mon cher
Liberateur >
Que tout vous reüfiße avec tant de
bonheur
Dans la Ville & dans la Campagne
;
Par tout la grace du Seigneur
Vous prévient & vous accompagne
.
Remerciezle Ciel d'une telle faveur
Pendant que par reconnoiffance,
Le ne cefferay deformais
GALANT 77
De le prier avec inftance
Qu'il vous comble de fes bienfaits.
Ne foyez point furpriſe fi
je vous envoye dans le plus
chaud de l'Efté , ce qui s'eſt
paflé dans le temps le plus
froid de l'hyver dernier , les
temps ne changent rien à la
nouvelle , & ce qui n'a point
efté fçu eſt toûjours nouveau
pour ceux qui n'en ont point
ouy parler en quelque temps
qu'ils l'aprennent , il eft même
des faits aufquels on ajoûte
plus de foy , quand ils font
confirmez par le tems , qu'on
Giij
78 MERCURE
ne feroit lors qu'ils font reffens
. Il faut que les Coquer.
tes fçachent les modes dans
leur nouveauté , fans quoy
elles ne pouroient s'en fervir
, & que ceux qui ayment
les plaifirs de la table fatisfallent
leur goût de ce que
la terre femble ne produire
d'abord que pour eux , &
dont la nouveauté , & la pe
tite quantité font la cherté,
Quant aux faits hiſtoriques ,
fi on en excepte les premieres
nouvelles des grands éve
nemens ils doivent estre
meuris par
le
temps
, il en
4
GALANT 79
fait developer les circonftances
& par confequent en
éclaircit la verité , ainfi ne
foyez point furpriſe , fi je
vous faits fouvent part de
beaucoup de chofes longtemps
aprés qu'elles font arrivées
; il vous doit fuffire
qu'elles vous foient nouvel
les lors que je vous les aprens,
ou du moins que vous ne
les ayez fceues qu'imparfaite..
ment , & fans certitude .
La Lettre que je vous envoye
a efté envoyée par un
Preftre de Campan à Mr B.
fon frere à Thoulouſe.
G iiij
80 MERCURE
Je crois , mon tres cher frere
, que vous ferez bien aiſe d'aprendre
plus dans le detail ,
avec plus de verité le miracle
qui eft arrivé dans nos Monta .
Le
7.
gnes le de ce mois , veille de
la Conception de la fainte Vierge.
Tous ceux qui font en vie
dans ce païs n'ont jamais ves
ny ouy dire qu'il ait fait un temps
fi rude , & un Tourbillon de
neige fifurieux. Je vous ay deja
écris que plufieurs perfonnes furent
étouffées par cette neige &
ce vent ; & je dois encore vous
dire qu'un homme de la Vallée
de Baudean venant du marché
GALANT 81
de Campan , eû bien de la peine
de pouvoir arriver à Saint Pol,
où il ferois mort s'il n'avoit en
de grands fecours : car il y resta
plus de deux heures fans parole,
ny mouvement : Vous jugerez
par là du temps qu'il faifoit à
la Montagne, Deux hommes ,
cinqfemmes de la Vallée de Ba
rege furent atirapez dans le
Tourmeles vers les dix heures du
matin par ce furieux orage ;
furent jettez hors du chemin , au
deffus des Cabanis de Tra ..
mafaigues , & le vent , la &
neige leur oftant la veže & la
reſpiration , ils s'arresterent un
•
ils
82 MERCURE
peu pour reprendre quelqueforce ;
mais ils connurent bien toft qu'ils
alloient eftre ensevelis , de forte
qu'ils prirent la refolution de tenter
de regagner le chemin pour
fortir de la Montagne , s'il leur
eftoit poffible ; mais tandis qu'ils
faifoient tous leurs efforts ; une
de ces femmes , qui fans doute ,
eftoit la plus foible de la Com
pagnie manqua de force , & ne
pouvant point fortir de la neige
où elle eftoit enfoncée , elle de
manda du fecours pour l'amour
de Dieu ; mais comme chacun
avoit aſſés àfaire pour foy , ille
refta là fans pouvoir en fortir
GALANT 83
Les deux jeunes hommes , com.
me plus robuftes fe forsirent d'affaires
, arriverent icy , ou
du moins à la Vallée , & eftant
retournez chez eux par le La.
vedan , & la Vallée de Barege,
ils détacherent cinquante hommes
avec des baches & desfouffoirs
pour aller chercher ces per.
fonnes à la Montagne ; mais foit
le Pais far impracticable ,
ou que le temps fur mauvais
on ne pas y aller que le 13. qui
eftoit le lundy ; ils arriverent à
l'endroit où la premiere avoit reſté
&la trouverent dans la même
place enfoncée & entourée de
que
84 MERCURE
neige jufqu'aux épaules , &
pleine de vie Vous jugerez de la
Surprise de ceux qui la cher.
choient , & aprés qu'on luy cút
demandé comment elle avoit fû
vivre fi long temps dans cet état ,
elle répondit que lafainte Vierge
Noftre Dame de Heas l'avoit
garentie confervée, à laquelle
elle a toú ours eu une devotion
particuliere. Il fallut pour la
fortir de là couper avec des ha
ches la neige dont elle eftoit en
tourée , on luy donna dabord
quelque peu de pain qu'elle man·
gea fort bien , on l'emporta enfuite
, on continua la TC
GALANT 85
cherche des autres , & on en
trouva deux tout auprés l'une
de l'autre , & deux autres en
faire mortes enfevelies fous
la neige ; je crois qu'à moins d'étre
fol on ne peut pas attribuer
à un effet naturel la confervation
d'une pauvre femme dans
la neige & dans la glace pen.
dant cinq jours . On a vû des
faintes Vierges reftées quelque
temps dans le feu fans ftre confumées
: Mifael & fis compa
gnons n'enfurent pas endommagez
dans la fournaife de Babi .
lone , & ce font de grands mi
racles. Il y a icy quelque chofe
86 MERCURE
de fortfemblable , ceux qui
fçavent ce que c'est que le Tourmeler
ou qui feulement ont
veu le temps qu'il faifoit , ce
jour là même dans la Plai
ne en conviennent. Quarante
Martyrs pour n'aller pas dans les
temps fi reculez , furent jettez
dans un lac glacé , & ilsy vécurent
tres peus celle cy s'eft
confervéefans nourriture pendant
cinq jours , lorfque fes Compa .
gnes plus robuftes qu'elle fons
étouffées , ou pour mieux dire ,
font gelées à dix ou vingt pas ,
dans un instant ; il eft vray
qu'elle n'a pas esté endommagée ,
GALANT 87
cela fait encore mieux voir
qu'elle ne peut pas naturellement
s'eftre confervée en vie ,fes mains
fefont trouvées fi fort decharnées
par la gelée , qu'on y voit les os
& les nerfs à deconvert , fes
jambes le refte de fon corps
s'étoient fifort congelez avec la
neige , que lors qu'on l'a voulu
oster,la peau &
peau la chair ont esté
enlevées par lambeaux ; de forte
qu'elle devoit eftre gelée jufqués
dans les entrailles on
• que
naiu..
rellement elle ne devoit eftre elle
même qu'une piece de glace ;
cependant elle est encore en vie :
peut eftrenefere vous pasfaché,
88 MERCURE
mon tres cher frere , d'avoir apris
ces circonstances , &ferez vous
bien aife de remercier Dieu de ce
qu'il vous donne encore des témoi .
gnagesfifenfibles de fa bonté &
de fa mifericorde pour animer
noftrezele noftre confiance aux
prieres de lafainte Vierge.
L'Ouvrage qui fuit conviendra
bien , aprés une efpece
de miracle , fi la converfion
d'une femme n'en eft
pas un encore plus grand :
Eu effet celuy de la Converfion
de la Madelaine eft des
plus confiderables , vous la
trouverez dans les Bouts ri .
GALANT 89
E
mez fuivans remplis fur le
changement de vie de cette
Pechereffe , ils ont efté donnez
pour Bouquet la veille
de la fefte d'une Madelaine.
Il n'y a point de Bours, rimez,
qui entre les mains d'un bon
Ouvrier ne puiffent être remplis
fur toutes fortes de fujets.
SONNET .
Fft- il dit qu'à changer Magdelaine
balance ?
Non , c'eneſtfait , adieu ces grands
airs de fierté ,
Après avoiroui ce Sermon concerté
Humble , on la vit rêver dans un
profond
Aoult 1703
.
filence.
H
90 MERCURE
&
Madelaine fe fit beaucoup de vio
lence ,
Pour appaifer le Dieu qu'elle avoit
irrité
,
Etpourjouir enfin de la felicité ,
Qu'elle s'eft procurée avec tant de
vaillance.
Deslors qu'elle eut vaincu fon cruel
ennemi ,
Etqu'en l'Amour divin fon coeurfut
affermi ;
Elle verfa depleurs aſſez pourgrofir
Ebre .
2
Qu'il foupira ce coeur , dans cès heureux
momens
celebre ,
Quand auxpieds du Sauveur , dañs
cefeftin
GALANT 91
Du luxe elle brifa tous les wains
monumens.
Le Sonnet qui fuir eft
bien different , l'Auteur ayant
moins efté gêné par la sime
en compoſant ce Sonner ,
qu'on ne l'eft ordinairement
par des Bouts rimez , ſa
raiſon a pû agir avec moins
de contrainte , vous en jugerez.
On prétend que cet
Ouvrage eft de Mr le Comte
Elzcard , & que la curiofité
de ce Comte l'ayant conduit
aux Areines de Niſmes , il
laiffa ce Sonnet à un des Pil-
Hij
92 MERCURE
liers de ces Areines , qui con!
tenant un monument eternel
de fon efprit & de fa
tendreffe , femble avoir enco
re rendu la memoire de ce
lieu plus confiderable.
SONNET.
Superbes Monumens des cruanteż
Romaines ,
Fier Prodige de l'Art par les temps
respecté ,
Reftes de la grandeur , & de lavanité,
Somptueux Batimens , effrayantes
Arcines.
S
Yous tant de fois témoins des plus
tragiques Scenes
GALANT 93
Vous dont rien ne toucha l'infenfibilité,
Pourrez- vous foutenir la même du
reté,
Lors que je viens à vous me plaindre
de mes peines ?
$
J'aime Iris , je l'adore , & par uÆ
doux retour ,
Iris ,
l'aimable Iris , a pour moy
l'Amour 5
de
Mais un trifte devoir aujourd'huy
nous fepare.
S
Theatre , où tout inspire & l'horreur
&
l'effroy ,
Onn'auroitpu rien voirdeplus cruel
que toy,
Si le fort quej'éprouve cuftefté moins
barbare !
94 MERCURE
Tous ceux qui ont oüi parler
de la prife de la Ville d'Aquilée
par Mr du Quefne Monier
avant que d'en avoir vû des
relations , & d'avoir efté affurez
qu'elles venoient de
gens dignes de foy , les ont
regardées comme des fables
à caufe du peu de vraye fem.
blance qu'il y avoit dans un
évenement fi fingulier , &
qui en effet eft plus vray
que vray femblable : ce n'eſt
pas que le nom de du Quefne
me donnât lieu de croire , que
l'action devoir eftre grande ;
mais il ne pouvoit engager
GALANT 95
6
à trouver de la vraye femblance
dans une choſe qui
ne tomboit pas fous le fens,
quelque porté que l'on fût
A croire , qu'aprés les expe
ditions de Mr de Coetlogon
& de Mr de Saint Pol , on
devoit tout attendre des
Vaiſſeaux du Roy , quand
même les ennemis leur fe
roient fuperieurs en nombre
de plus de la moitié ; mais
il ne s'agiffoit pas feulement
d'une affaire de mer dans
l'expedition de Mr du Queſa
ne , puifqu'il eftoit question
de la priſe d'une Place fci
96 MERCURE
tuée fept lieues dans les Terres
, & cela fans Troupes de
debarquement. Cependant
tout ce que l'on ne pouvoit
croire s'eft trouvé veritable.
Mr du Quefne en écrivit le
détail à Monfieur de Vendofme
auffi toft aprés cette
grande & heureuſe expedition
, & ce Prince envoya
fa Lettre au Roy , & ce que
Vous allez lire eft ane copie
de cette Lettre.
MERCURE 97
Ala Rade de Piran , le 24 .
Juillet 1703.
MONSEIGNEUR,
Il y a fept à huit jours qu'il
avoit dans Aquilée , Ville qui
appartient à l'Empereur quantité
de Magazins de bled , d'huile ,
de vin , de fromage , & du cochon
falé qui efloient deftinez
pour porter à l'Armée de l'Em .
pereur. Je refolus d'aller attaquer
cette Place avec les soldats
qui font dans le Fortuné , &
dans l'Eclair , deux Barques Peri
querelles du Pays , qui portens
Aouft 1703.
I
98 MERCURE
deux petits Mortiers chacune
les Chaloupes neuves qui
m'ont efté envoyées de Toulon .
Cette Ville eft fcituée dans le
Frioul environ fept lieuës dans
les Terres , on ne peut y aller
par eau qu'avec des petits Batimens
plais & l'on eft obligé de
paffer dans des Canaux fort
étroits , où il y a tres peu
d'eau . Je partis pour cette expe
dition avant hier la nuit 22. de.
ce mois , j'arrivay hier à
fix heures du foir à demie lieuë
où trois quarts de lieuë de la Ville ,
aprés avoir efté cinquante fois
preft à m'en retourner nepouvant
THÈQUE
DE
LA
LYON
BIBLIOT
YON
GALANT
faire paffer mes Batimens par le
peu d'eau que nous trouvions.
Nous découvrimes une Redoute
entourée d'un petit Foffé plein
d'eau , avec un Corps de garde
nouvellementfait , & une maifon
vis à vis , mais à une petite
demie portée de Moufquet , le
Canal y eft tres étroit , & deux
Chaloupes defront ont beaucoup
de peine à y paffer. Nous apper.
gumes en même temps cinquante
àfoixante hommes qui efloient
au pied de la Redoute , je fis
avancer deux Chaloupes avec
chacune un Canon , & la Compagnie
des Grenadiers comman ·
I ij
100 MERCURE
dée par Mr de Beauquaire pour
la canoner & débarquer en même
temps pour l'enlever , ils ne
jugerent pas à propos de nous y
attendre ; je fis mettre pied à
terie , je boulverſay là Redoute
le plus diligemment qu'il
fut poffible. A un quart de
lieuë de là nous trouvâmes un
Retranchement foutenu d'une
Redoute , entouré d'une haye
vive à l'endroit le plus étroit du
Canal , où il ne pouvoit paffer
qu'une Chaloupe , les avirons
même touchant le long du bord.
Aprés l'avoir reconnu , la nuiɛ
approchant , je pris le parti , quay
GALANT IOI
qu'il fuft fort gaillard , de faire
mettre pied à terre à fix vingt
Soldats que j'avois menez avec
moy , dont ily avoit cinquante
Grenadiers , & de porter une des
Chaloupes à Canon devant , &
une Perquereffe , qui avoit deux
petits Mortiers derriere pour
bombarder , canonner , & donner
en même temps par terre Apiés
que les Troupesfurent en bataille ,
j'allay reconnoftre avec Mrs de
Beauquaire & de Montaur
l'endroit par où on pouvoir les
attaquer , ce qui nous parme tres ·
difficile eftant obligé pour y aller
de paffer quantité de rofeaux &
I iij
102 MERCURE
de hayes vives , & fur une pla .
nette , où l'on ne pouvoit défiler
que l'un aprés l'autre : Cepen-
Monfeigneur , l'affaire
dant
eftoit preffanie , j'ordonnay à Mr
de Beauguaire de donner avec
fes Grenadiers le reste du
Bataillon , pendant que je bom .
barderois , & canonnerois par
Mer , ne me trouvant pas trop
en estat de fauter dans un Re
tranchement , avec un bras droit .
de moins Les petites Bombes ,
les Canons qui les incommo¬
doient beaucoup les Troupes
qu'ils voyoient venir droit à leurs
Retranchemens en bon ordre les
GALANT 103
4
obligerent à prendre la fuise &
à fe fauver de l'autre côté du
Canal. Je für tres furpris fur
Les fept heures & demie du foir ,
ftant à portée du Canon de la
Ville , de voir venir un Officier
de Mr de Beauquaire pour me
donner avis que les Troupes du
Roy eftoient en Bataille dans la
Ville. Je puis affurer Voftre
Alteffe , Monfeigneur , que jamais
Troupes n'ont marché avec
plus de fierié , ny executé plus
brusquement. Ily avoir quelques
Troupes reglees avec un nombre
confiderable de Milices : Jay
trouvé dans cette Ville plufieurs
I ii¹j
104 MERCURE
Magafins remplis de grande
quantitéde bled , de vin , d'hui .
le , de cochonfalé , defromage ,
Fay même brulé beaucoup defro
ment qui estoit en gerbes tant
la Ville qu'à la Campagne
.
Cette action doit vous faire
fouhaiter d'apprendre par
quelles actions un fi brave
homme s'eft diftingué depuis
qu'il eft dans le Service.
Mr du Quefne Monier
s'étant embarqué en 1670.
fur le Vaiffeau de Sa Majeſté
Le François , commandé par
feu Mr le Marquis du Quefne
fon oncle , frere de fon pere,
GALANT 105
Lieutenant general des Arg
mées du Roy , fit la Cam
pagne du Cap vert .
En 1671. il s'embarqua ene
core avec Mr le Marquis du
Quefne fur le Soleil Royal .
En 1672. eftant fur le Ter.
rible il fe diftingua dans
le combat qui fut donné contre
les Anglois & les Hol
landois joints enfemble.
Il quitta le fervice de la
meren 1673 ayant un procés
de famille avec Mr le Marquis
du Quefne fon oncle ,
ce qui empécha qu'il ne fût
Officier , ce Marquis n'ayant
106 MERCURE
pas voulu le demander .
Mr du Quefne Monier ju
geant alors qu'il ne pouroit
s'avancer dans la Marine ,
prit le party de fervir dans
I'Infanterie & dans la même
année , il fut fait Lieutenant
dans le Regiment de Navarre
, où il a fervy pendant
trois années , s'étant trouvé
dans plufieurs actions d'éclat
où il s'eft diftingué ,
ainfi qu'à pluſieurs Sieges &
Barailles .
Il le raccommoda , aprés
trois années avec Mr le Mars
quis du Quelne , & alla lo
GALANT 107
joindre en Sicile
où il
>
commandoit l'Armée Navale
du Roy. Mr. le Maréchal
de Vivonne luy donna le
Commandement des Troupes
des Vaiffeaux qui debarquerent
pour faire par terre
le Siege de l'Eſcalette , & de
plufieurs autres Places.
Il fut fait Enfeigne de
Vaiffeau dans le commencement
de l'année 1678 .
En 168 , le Roi lui accorda
le Commandement d'une
Galliotte à Bombes pour le
bombardement d'Alger , où
il fut bleffé à la cuiffe d'un
108 MERCURE
éclat de Canon ; le Roy en
confideration de fes fervices ,
& de cette bleffure luy accorda
une gratification .
En 1684. Sa Majesté le fit
Capitaine de Galiote , & il
fe trouva au bombardement
de Gennes , où Mr le Marquis
de Seignelay qui s'é
toit embarqué fur la Flotte
fut fi content de luy qu'il le
fit nommer Capitaine de
Vaiffeau au commencement
de l'année 1685. il luy fit don
ner l'année fuivante une infpection
de Troupes de Ma
rine au Havre de grace .
GALANT 109
Lorſque la guerre commença
contre les Hollandois
il
commandoit la Fregate
du Roy la Tempefte , avec la
quelle il fit une prife affés
confiderable : enfuite de quoi
le Roy le choifit pour commander
les Fregates qui devoient
fervir auprés du Roy
d'Angleterre en Irlande.
Il prit à l'abordage , en
conduifant des Troupes Irlandoifes
en Ecoffe , à la vûë
de fept gros Navires Anglois
une Fregate Angloiſe
de quarante Canons , il mon .
toit la Fregate la Mutine qui
110 MERCURE
&
par
fa
n'en avoit que vingt - trois ,
& malgré les fept navires qui
le fuivoient de fort prés , il
debarqua les Troupes qu'il
portoit en Ecofl:,
bonne manoeuvre évita les
Anglois : ce qui fut fort
agreable au Roy d'Angleterre
qui l'honora de la flâme
de diftinction , qui eft le Pavillon
de Chef d'Eſcadre par
my les Anglois , il prit trois
Vaiffeaux marchands chargez
de vivres en Irlande ,
qu'ils portoient à l'Armée
du Roy Guillaume.
Il fervit en Irlande juf
GALANT 111
ques au temps que le Roy
d'Angleterre repaffa
en
France , il ramena ce Monarque
fur la Fregate la Mutine
, depuis ce temps- là il
a toûjours monté des Vaiffeaux
dans tous les Corps
d'Armées , & dans des Ef
cadres particulieres , dans
l'une defquelles il a eu le
bras droit emporté. Mr le
Comte de Pontchartrain
rendit compte au Roy de
cette action , qui en parut
tres.fatisfait , & le fit fur
Pheure Chevalier de Saint
Loüis.
112 MERCURE
Les Ayeux de Mr du Quef
ne Monier ont fervy dans la
Marine depuis cent cinquan
&fon pere qui a été te ans ,
tué d'un coup de canon étoit
Capitaine de Vaiffeau.
Aprés vous avoir parlé
dans ma Lettre precedente
de la mort de Mademoiſelle
de Noailles , je dois vous di
re que la Lettre de condoleance
écrite par l'Auteur du
Cabinet des Grands , à Madame
la Ducheffe de Riche .
lieu est tres propre au fujet ,
& peut fervir à confoler les
GALANT
113
perfonnes affligées qui fe
trouvent dans un femblable
cas , comme la défunte qui
n'avoit que douze ans , étoit
accordée à Mr le Duc de
Fronfac , Monfieur Pontier
qui fçait donner le tour à
chaque choſe , & en faire
voir le caractere , dit dans
l'exorde de fa Lettre . Les
fleurs font un pronostic du fruit
à venir ; mais il ne faut qu'us -
ne grefle , un ravage de pluye ,
un excés de fechereffe , quelque
air malin , pour ne nous laiffer
cueillir que des feuilles . L'appli .
cation eft juste , & en par
Aouft 1703 . K
114 MERCURE
lant en general , il fait cette
leçon aux mortels. Le monde
eft bien peu de chofe , il ne sçauroit
nous rien donner , que nous
ne courions inceẞamment rifque
de perdre , ce qui eft en un temps
la matiere de nos confolations ¿ª
de nos joyes , devient en un autre
la caufe de nos regrets & de nos
larmes ; en confolant la mere
affligée , il luy a rapporté un
trait remarquable , hardi &
furprenant de Diogene , qui
ayant efté apellé pour con.
foler Darius , inconfolable
fur la mort de la Reine fa
femme , il promit de la ref
GALANT 115
fufciter , fi Sa Majesté accordoit
ce qu'il luy demanderoit
pour executer un deffein fi
extraordinaire : ce Roy furpris
de la propofition faite
par un fi grand perfonnage,
l'écouta avec une attention
qui fufpendit fa douleur , &
ayant promis tout ce que
l'on pourroit fouhaiter de
luy. Diogene reprit ainfi la
parole. Sire , bien que vostre
Empire foit extrêmement vafte,
il me fuffit que l'on y trouve few.
lement trois perfonnes de vôtre
âge , qui n'ayent jamais pleuré
pour la more de quelqu'un qui
Kij
116 MERCURE
leur ait efté cher ; on n'a qu'à
me mettre entre les mains leurs
noms par écrit , & je tiendray
la parole que j'ay donnée à V.M.
Toute la Cour jugea la choſe
impoffible , & Diogene prit
fujet de reprefenter
à ce
Prince qu'il devoit moderer
fa douleur , M' Pontier a dic
à la même Dame , que les
grandeurs
du monde , & le
mepris du Siecle s'accordent
tres difficilement
, & que
Dieu envoye des afflictions
à les enfans , afin que meprifant
le monde ils élevent leur
coeur au Ciel , & a ajoûté ,
-
GALANTA 117.
l'encens jette dans le feu , rend
Ja bonne odeur.
Je vous envoye le précis de
la Lettre , en attendant que
l'Auteur l'infere entierement
dans le tome qui contient cel
les qu'il a écrites à plufieurs
Souverains du premier ordre ,
ainſi qu'à la plus grande parties
des Perſonnes de l'Europe
diftinguées par leur naif.
fance , par leur merite , & par
leurs emplois .
On (çait que Mr Pontier a
efté honoré d'une Lettre du
Grand Duc de Mofcovie
qui dans les Voyages qu'il a
118 MERCURE
fait , & eftant à Amtterdam
eut occafion de lire fon livre
intitulé , le Cabinet des Grands
ce qui remplit ce Prince d'ef
time pour le rare genie de
fon Auteur.
L'ouvrage qui fuit fait voir
que l'Auteur a beaucoup
d'efprit & d'imagination
.
GALANT 119
BOUQUET
à Mademoiſelle Nanette... :
qui aime defefperement le
Jeu de l'Hombre , en luy
envoyant un As de Pic ,
& un As de Trefle enchaffez
dans deux Cadres de
Cedre , avec une Glace au
devant.
CONVERSATION
entre Spadille , Manille .
& Baſte.
BASTE .
CE jour, où mille coeurs viennent
vous rendre hommage
Où tout s'efforce à ſeconder vos
voeux ,
120 MERCURE
Servis -je , helas ! affezheureux
De pouvoir recréer vos yeux
En leur prefentant mon image ?
2
Si je n'ay pas ce titre fi fublime
Qui fait primer Spadille parmy
nous
'En dois -je moins meriter voftre eftime
?
Et ne vous ay-je pas fervie en mille
coups .
S
Ne dédaignez donc pas cette humble
oberffance
€
Que je viens vous vouër avec tous
les humains
Fepere que le Sort vous prouvant
ma conftance ,
Me fera pour toûjours tomber entre
vos mains .
SPADILLE
GALANT 121
SPADILLE.
Bafte , on vous le permet ce fade
compliment
Mais , quand vous me voyez, vous
devez difparoiftre ,
A la belle Nanette , ilfaut un autre
Amant
Et cet honneur n'eft dù qu'à moyqui
fuis le maiftre
En tous lieux, en tout temps , j'exerce
mon Empire ,
De cent mille Mortels je cauſe le
bonheur ,
Je defarme l'Amour malgréfon trait
vainqueur
Et tous les jours pour moy mainte
belle
foupire.
S
Qu'en dites- vous , belle Nanette,
Malgré cette noblefierté
Qui releve voftre beauté
Aouft 1703.
L
122 MERCURE
Quoy ? ne m'avez- vous pas fouvent
conté fleurette ?
MANILLE.
Spadille , en verité voftre orgüeil eft
extrême ,
On devroit bien le reprimer ,
Sied il bien pourfe faire aimer
De reprocher que l'on nous aime 3
2
Avecque vostre couleurfombre
Croyez- vous après tout ,
Tous deux plaire beaucoup?
Mecompte-t-on pour rien dans l'Empire
de l'Hombre ?
S
Si j'ay quelquefois ma livrée
De la trifte couleur que l'on vous voit
porter ,
Une autre fois plus bigarrée ,
Pour le coeur & les yeux ,j'ay dequoy
l'emporter.
GALANT
123
2
Mais que nousfert icy d'exalter nos
talens
,
Et de vanter noftre proüeffe ?
Zoignons- nous de concert pour plaire
en tous les temps
A noftre charmante Maiftreße ,
Et rendons à jamais tous fes defirs
contens.
Le 13. de ce mois le R. P.
Placide Auguſtin Déchauffé ,
prefenta au Roy une Carte
du Cours entier da Pô . Sa
Majefté le reçut fort favora
blement , & voulut bien qu'il
luy expliquaft les divers Etats
qu'elle contient , & fur les ap
plaudiffemens que plufieurs
Lij
124 MERCURE
Seigneurs donnerent à cette
Carte , Sa Majesté dit : le R.
Pere travaille bien , fes ouvra
ges font fort beaux , tres-jufles ,
& me font plaifir.
Cette Carte qui eft en
quatre feuilles , contient depuis
Pontcalier en Piémont ,
le Piémont , le Montferrat ,
toutes les Provinces du Duché
de Milan , les Duchez de
Parme , de Modene , & de
Mantouë , le Ferrarois , le Bolonois
, & partie des Etats
de la Republique de Veniſe .
Elle est augmentée de plu
fieurs obfervations qui or
GALANT 125
efté fournies à l'Auteur par
les Ingenieurs qui fervent ac.
tuellement dans les Armées ,
& qu'on n'a pas encore vuës
dans les autres Cartes .
Elle fe vend chez le fieur
Berry Graveur , ruë S. Jacques
, devant la Fontaine de
S. Severin , dix fols la feüille ,
& les quatre quarante fols .
Ceux qui ont déja acheté les
premieres peuvent prendre
celles qui leur manquent.
Mr de Robert , Lieutenant
Colonel du Regiment d'In .
fanterie de Foix , & Mr le
Liij
126 MERCURE
Chevalier d'Aynac Turenne
Capitaine dans le Regiment
de Cavalerie de Momein ,
furent détachez fur la fin du
mois paffé de l'Armée de Mr
le Maréchal de Villars , avec
cent hommes d'Infanterie ,
& cinquante Maiftres , pour
faire contribuer quelques
Villages du cofté de Minghen.
Mr le Chevalier d'Aynac
Turenne fe retirant feul
( aprés cette expedition J
avec les cinquante Maiftres ,
fut attaqué par deux cent
hommes , qu'il chargea avec
beaucoup de vigueur ; il tua
GALANT 127
de fa propre main leur Com-
& les obligea mandant
de prendre la fuite ; mais
s'eftant apperçus que ce Che;
valier eftoit bleffé , & que
fon cheval avoit efté tué fous
luy , ils fe rallierent dans le
deffein de revenir à la charge,
mais Mr le Chevalier d'Ay- nac . Turenne s'efta ,
Ayfait
monter fur un fecond che.
val , quoy qu'il foft tres griévement
bleffé à l'épaule , &
qu'il euft même perdu beaucoup
de fang , rallia fa petite
Troupe , & fit paroiſtre une
contenance fi afſurée , que
Liiij
128
MERCURE
•
les Ennemis
n'oferent reve
nir à luy. Ils ont perdu dans
cette action trente Soldats
qui ont efté tuez , cinq autres
ont eſté bleſſez , & on en a
fait quelques uns priſonniers.
Nous n'avons eu que
trois Cavaliers tuez & autant
de bleffez ; ce petit Combat
& l'inégalité des Combatans
fait beaucoup
d'honneur à ce
jeune
Gentilhomme , quieft
déja vieux Officier , quoy qu'il
n'ait que vingt cinq ans , il
fe fignale dans toutes les occafions
où il le trouve , & il
eut même la jambe caffée à
GALANT 129
la Bataille de Fleurus . On
peut juger par fon âge de
vingt cinq années , combien
il en pouvoit avoir alors , &
qu'il eft impoffible d'entrer
plus jeune dans le fervice , &
de s'y fignaler. Je vous ay
quelquefois parlé de ſa Maifon,
Elle prit fon origine dés
le douzième fiecle dans l'illuftre
Maiſon des Vicomtes
de Turenne Comborn , &
elle eft la feule en France
qui en porte le Nom & les
Armoiries feules .
Il fe paffe beaucoup d'ac
tions particulieres qui meri .
130 MERCURE
teroient pour la gloire de la
France , & pour celle des Familles
d'eftre rendues publiques.
Ceux qui les font ont
trop de modeftie pour les
mander , & leurs Amis trop
de pareffe pour les écrire. Cependant
ces actions pour
roient eftre un jour de quelque
utilité aux familles de
ceux qui fe fignalent , & leur
fang ayant ces exemples devant
les yeux pourroit cher
cher les moyens de les imi
ter , & de continuer d'illuftrer
leur famille en fervant
l'Etat .
1
GALANT 1ŽI
Dame Marche de la Garde:
Saignes Dame de la Sarladie
au Pays de Turenne , mourut
le premier Aouft . Elle
eftoit fille de Meffire René
de la Garde , Baron de Saignes
, qui eftoit dans une
eftime generale , & fort verfé
dans l'Hiftoire ; & de Dame
Thoinette de Fontanges Auberoque
, d'une des plus an:
ciennes familles d'Auvergne
qui eft tombée en quenoüille
dans la perfonne de Madame
la Comteffe de Chambonas
, Dame d'honneur de
Son Alteffe Sereniffime May
;
132 MERCURE
dame la Ducheffe du Maine.
Les Curieux en Genealogie
obfervent que le nom de la
Garde eft tres commun , &
qu'il efl peu de Province dans
le Royaume , où il n'y ait
quelque Famille de ce nom ;
les plus renommées font cel
les de la Garde- Monluc en
Guyenne , de la Garde Mon.
teil , & de la Garde Eſcalin
en Provence , de la Garde-
Verney en Forests , de la Gar.
de Claron en Lyonnois , de
la Garde . Chambonas en
Languedoc , & de la Garde.
Saignes en Quercy , qui ont
GALANT 133
toutes des origines differen
tes . On peut affurer que la
derniere de celles qu'on
vient de nommer , n'eft pas
inferieure aux autres , foit
qu'on la regarde du coſté de
fa nobleffe ancienne , ou
qu'on confidere les grands
perfonnages qu'elle a produit
; elle prit fon origine
dés le quatorziéme Siecle ,
dans la fameuse race de Guar
dia en Limofin , fi feconde
en hommes illuftres ; voicy
les plus recommandables .
Geraud de la Garde fit
Profeffion dans l'Ordre de
134 MERCURE
Saint Dominique à Brive en
Limofin , fut Prieur de ce
Convent en 1323. enfeigna la
Theologie dans celuy de Paris
en 1327. & le Pape Clement
VI. qui eftoit de ſon
pays & qui le reconnoiffoit
pour parent , le fit Cardinal
Preftre du Titre de Sainte Sa
bine , en 1342.
Etienne de la Garde , frere
du Cardinal Geraud , eftoir
Archevêque d'Arles en 1362 .
Bernard Seigneur de la Garde
& c eftoit frere aîné de ces
deux Prelats , de luy nâqui
rent ceux qui fuivent :
GALANT 135
Guillaume de la Garde ,
Archevêque de Brague , puis
d'Arles , & Patriarche de Je
rufalem. Il couronna l'Empe
reur Charles IV . & cut l'hon
neur d'être Favori de Louis
Roy de Naples & Comte de
Provence , qui pria avec tant
d'inftance Innocent VI. de
decorer la Garde de la Pourpre
Romaine ; mais ce Prelat
mourut fans que le Saint Pere
cuft tenu la parole qu'il
avoit donnée à Sa Majesté
Sicilienne , de le mettre dans
le Sacré College.
Aimery Seigneur de la Gar136
MERCURE
'
de , tige de la Branche de
Tranche Lyon , qui finit vers
la fin du feiziéme ficcle , aprés
le decés d'Antoine de la Garde
, Baron de Tranche Lyon ,
Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel & Chambellan
de
Charles IX .
Geraud de la Garde , Chef
de la Branche de Saignes ,
& de Valon , qui eſt établie
en Quercy depuis plus de
trois fecles , s'eft fignalée
dans l'Eglife , dans les Armes ,
& même dans la Robe . Elle
a donné deux Grandes Prieu .
res vers le commencement
GALANT 137
du quinziéme fiecle , au Mo.
naftere de l'Hôpital Beaulieu
de l'Ordre de Saint Jean de
Jerufalem ; des Abbez , des
Commandeurs de Rhodes ,
& des Protonotaires du Saint
Siege , & vers la fin du même
fiecle , un Ambaſſadeur qui
fut un des ornemens de la
Cour de François I. Ce Prince
l'envoya vers Uladillas , Roy
de Hongrie & de Boheme ,
& à Sigifmond le Grand ,
Roy de Pologne , pour les
porter à favorifer les juftes,
prétentions qu'il avoit à l'Empire.
Il fut auffi Ambaſſadeur
Aouft 1703.
M
138 MERCURE
en Ecoffe , pour empêcher
le mariage du Roy Jacques
avec la fille d'Henry VIII.
Roy d'Angleterre ; Et fuc
enfin honoré de l'Ambal→
fade de Portugal , pour
emprunter dans cette Cour
de l'argent afin de payer la
rançon de François I. que
l'Espagne avoit pris devant
Pavic ; on fut fi fatisfait de
ce Seigneur à fon retour de
Portugal , que la Reine Eleonor
le choifit pour Maitre
de les Requeftes , & le Roy
ayant interdit le Parlement
de Bordeaux , l'envoya en
GALANT 139
faire les
cerre Ville là pour y
fonctions de ce Corps au .
gufte durant la difgrace ; l'aî
né de ſes enfans fut honoré
du Collier de l'Ordre de S.
Michel , & fe fignala à la Bataille
de S. Quentin ; le fecond
qui eftoit d'Eglife , fut
Confeiller Clerc au Parlement
de Paris. Henry le
Grand gratifia le petit fils de
l'Ambaffadeur d'une Charge
de Gentilhomme
ordinaire
de fon Hoſtel , & le fit Colonel
duRegiment de Quercy ;
les deux fils de celuy cy fe
fignalerent
aux Sieges de la
Mij
140 MERCURE
Rochelle & de Montauban ,
(fous les noms de Saignes &
de Palarer. ) Mr de Parlan-
Saignes ( qui eft un des freres
de la Dame qui a donné lieu
à cet Article ) s'eft ſignalé au
Service du Roy qui luy avoit
confié le Gouvernement de
Ville franche de Conflant ,
& qui le gratifie encore d'une
penſion annuelle.
Tous ces détails fe trouvent
dans l'Hiftoire des Car .
dinaux de Duchefne & de Mr
Baluze , dans l'Histoire de
François I. par Varillas , dans
1.
Je Journal d'Henry III . dans
GALANT 141
la relation Latine du Siege de
Montauban , dans l'Hiftoire
du Parlement de Paris , par
Blanchard , & dans Gallia
Chriftiana de Claude Robert
& de Sainte Marthe .
La Lettre que vous allez
lire commence justement à
l'endroit où j'ay fini le Jour
nal de Flandres dans ma der
niere Lettre.
Du Camp d'Heyllem proche
Tirlemont ce 8. Aouſt
1703.
Le 27 du mois de Juillet étans
142 MERCURE
Anvers
au Camp de Winighem proche
les Ennemis eftant
campe à Breekt firent répandre
Le bruit qu'ils vouloient nous
forcer dans nos Lignes , & en
effet les Efpions raporterent qu'ils
avoient quarante mille fafcines
fur des Chariots , & une Machine
infernale : cela fut caufe
que nous primes nos précautions
enredoublant lesgrandes Gardes ,
en donnant à l'Infanterie des
Poftes , & faifant des commu
nications pour que la Cavalerie
púr fortir en Elcadrons afin de
foutenir l'Infanterie . On difoit
Ja Maison du Roy
même
辱
que
GALANT 143
mettroit pied à terre ; cependant
on mit le Canon dans les Re
tranchemens , & on lâcha les
Eclufes du coflè de Merxem , où
eftoit campé Mr le Prince Tferclas
Tilly , parce qu'on apprehenles
Ennemis ne vinffent doit
que
de ce côté là , ayant mis nôtre
dernier Camp de Saint Jop In .
ghoër dans leur Armée , l'on fit
Faffer auffi plufieurs Troupes
dans le Pays de VVaës pour
leur oppoſer , en cas qu'ils vinfe
fent à paffer fur le Pont qu'ils
avoient jettez fous Lillo Quelque
jours aprésils allerent à Kalmpthout
le 31. du même mois dé
144 MERCURE
que
;
Juillet Mrle Maréchal eut avis
les Ennemis décampoient
s
qu'ils avoient partagé leur
Armée en trois Corps , le pre.
mier alloit du côté de Maëftrick
l'autre petit Corps eftoit campé
à Capelle s'embarqua fur
foixante Voiles à Lillo ; mais
on eut avis le lendemain qu'il
n'y avoit eu que quatre Regimens
d'embarquez
& qu'ilsprenoient
la route de Flandres . La grande
Armée prit la route de Sanihoven
Ves MalCloster, à Oftmal,
✔ à Ghierle¸où on croioit qu'ils
duffent camper ; mais ils marcherent
toute la nuit. Les Pay-
Jans
GALANT 145
Jans les Efpions raporterent
qu'ils avoient envoyé leurs Ba .
gages à Breda afin de marcher
plus legerement durant huit jours ,
que Cohorn eftoit dans leur Ar.
mée & qu'ils en vouloient à
Louvain & à Bruxelles ; d'au
tres difent que leur deffein eftoit
d'affieger S. Thron afin d'aller à
Huy.
-
Sur ces avis nous décampâmes
de noftre Camp de Wineghem
le 2. de ce mois pour aller à Liers
où nous devions camper , mais
Mr le Maréchal ayant eu avis
les Ennemis au lieu de refter
à Ghierle , paffoient à Kaffel , &
que
Aouſt
1703 . N
146 MERCURE
que même faifant une marche
forcée , ils avoient paffé à Moll
Urth , fur la Nete , dans la
Mairied Herentelh , & qu'enfin
ils campoient au deffous à Balem
nous paffâmes à Boefchos qui eft
affurement une longue marche ,
puiſque nous y vînmes en un
jour de Wineghem .
Le lendemain qui eftoit le 4.
les
d'Aouſt aïant eu avis que
Ennemisn'effoient pasfi avancez
qu'on avoit dit la veille , mais
qu'ils marchoient eff.tivement
à Balem , nous ne fimes qu'un
› mouvement , & nous allâmes
Airfiber où nous campâmes ;
GALANT 147
l'ony fejourna le 5. les Endemis
en firent autant eftant auffi fa .
tiguez pour le moins que nous ,
ayantfait une auſſi grande trais .
te, & tout leur grand amas de
fafcines n'ayant fervi qu'à combler
les Marais par où ils avoient
paffe. Nous fimes ce jour là
un détachement de la Maiſon
du Roy , où il y avoit deux
Lieutenans Generaux dont l'un
eftoit Mrde Pracontal , & un
autre dont je ne me fouviens pas
du nom . Mr le Duc de Monfort
y commandoit auffi , ce Détache .
ment s'alla emparer des défilez
de Dieft pour nous fervir
1
Nij
148 MERCURE
d'Avantgarde , & jetter des
Ponts fur le Demer pour le paffer
le lendemain comme nous fîmes ,
nous allames camper à Sighem
où eftoit le Quartier du Roy , &
nostre Armée s'étendoit du côté
de Scherpenheuvel , où Nôtre
Dame de Montaigu . Les En .
nemis décamperent auffi ce même
jour & allerent à Helchtet & à
Helefteren à la hauteur de Berin .
ghen , Helchtet eft proche de la
Ville de Peer où fe paffa la Car
nonnade l'an paffé , & Helfteren
eft au deffous de ce Village pro .
che du Marais de Donderlack.
Un Party de cinquante Maî
GALANT 149
tres rapporta à Mr le Maré·
les Ennemis marchoiens
3
chal
que
avec
fi
peu
de
precaution
que
fi
leur
nombre
avoit
monté
jufqu'à
deux
teens
ils
auroient
encloüé
out
le
Canon
des
Ennemis
.
Nous
.
décampames
hier
de
Sigh
n
nous
paflâmes
au
travers
de
Tirlemont
&
nous
sommes
venuscam
.
per
à
la
Baye
d'Heilfem
à
une
lieuë
de
cette
Ville
fur
le
bord
de
nos
Lignes
fermées
par
la
Gette
,
Les
Ennemis
pafferent
hier
der
·
riere
Saint
Thron
mirent
leur
gauche
à
Borchloen
,
&
leur
droite
à
Tongres
.
L'on
a chan
,
gé
la
Garnifon
de
Levvc
vve
,
Niij
150 MERCURE
ou Leavv , Ville proche de Tirlemont
, parce qu'on a découvert
qu'on devoit livrer une des Portes
de la Ville aux Ennemis.
L'Armée de Tferclaës & Bedmarfe
font jointes , eg font
avec la grande Armée , l'on dit
que les Ennemis veulent faire
un Détachement de trente mille
hommes pour l'Allemagne. Nous
tâchons de couvrir Huy Quant'
à Limbourg l'on écrit qu'il nous
fera impoffible d'en empêcher le
Siege L'on eleve seg noftre General
juſqu'aux nwès & il s'im .
mortalife cette Campagne , en
rompant tous les deffeins des En:
GALANT 151
nemis comme il a fais jusqu'icy.
Deux Deforteurs qu'un de nos
Partis a amené cette nuit , viens
nent de dire que les Ennemis
avoient fait un Détachement de
vingt- deux Bataillons , om ne
fçait de combien d'Efcadrons ,
pour affieger Limbourg : Larefle
de leur Armée restera fausle Car
non de Liege , apparament que
c'est ce Detachement dont on a
voulu parler. Nous jettons des
Ponts fur la Gerte pour la paſ-
Jer. L'on vient de dire
Ennemisfont à Haffelt & qu'ils
nichoient pas par confequent fi
avancez qu'on difoit , & qu'ils
que
les
N iiij
152 MERCURE
marchoient à Matriek ; ils font
en marcheprefentement ainfi nous
marcherons demain .
Vous trouverez à la fin
de ma Lettre , la fuite de ce
Journal.
Lorfque je vous parlay le
mois paffé de la mort de
Monfieur le Cardinal de Bon .
zy, je n'avois pas encore reçû
le détail fuivant , je viens de le
recevoir , & je vous l'envoye
de la même maniere que je
l'ay reçu. Jamais détail n'a été
écrit avec une plus grande
exactitude.
1441
GALANT
153
L'onzième Juillet un peu
avant neuf heures du matin ,
mourut à Montpellier
Son
Eminence Monfieur le Cardinal
de Bonzy , d'un acci
dent de vapeurs , dont il
eftoit attaqué depuis douze
à treize ans . Il avoit efté le
jour precedent à la promena.
de & avoit foupé de bon appetit
, & même paffé la nuit
fort tranquillement
& dor;
my d'un bon fommeil , lors
que cet accident le prit â
cinq heures & un quart ou
environ,avec tant de violence
qu'il ne ceffa qu'avec la vie ,
154 MERCURE
avec quatre redoublemens ,
au troifiéme defquels on luy
adminiftra l'Extrême Onction
, il donna dans la force
de fon mal , par les foupirs ,
& en ferrant les mains à fes
Aumôniers , toutes les marques
de pieté & de Religion
d'un veritable Chreftien qui
meurt en cet eftat dans le
tourment & l'accablement
d'un fi violent mal. Il avoit
communié dans fa Chapelle
le jour de Saint Pierre fon
Patron , & depuis que fon
mal l'avoit mis hors d'eftat
de celebrer la Sainte Mefle ,
*
GALANT 155
il approchoit regulierement
les Sacremens tous les huit
jours , à moins que les vapeurs
qui l'ont fait cruellement
fouffrir les quatre der
nieres années de fa vie par
leurs violens & frequens retours
ne l'en empêchaffent.
Ayant eu à Narbone & à l'Ab
baye de Valmagne , où il a
demeuré longtemps , pour
fon Directeur , le Superieur de
fon feminaire qui ne le quitoit
point , & à Montpellier le P.
Moreau , Jefuite , & tres fou.
vent le Curé de la Paroiffe , qui
auffi toft aprés fa mort gara
156 MERCURE
derent fon corps avec les Penitens
blancs de Montpelier ,
& au pied de fon lit dirent
nuit & jour les Offices , fe relevant
de deux en deux heures
, eſtans toûjours quatre
à Pfalmodier . Le même jour
à midy le Juge . Mage & le
Procureur du Roy ſe rendirent
à l'Hôtel de feu Son
Eminence , où Mr de Teyran
leur remit un pacquet avec
une envelope de papier blanc
cachetée , qu'il leur dit eftre
un depoft que Mr le Profi .
dent de Boucaud fon frere
luy avoit laiffé en partant
GALANT 157
pour Paris , avec charge de
le remettre , le decés dudit
Seigneur Cardinal arrivant :
ce pacquet fut ouvert avec
toutes les formalitez accoû .
tumées , & on y trouva le
Teftament clos dudit Seig
gneur ,fon Codicile , un Memoire
écrit de fa main , & un
projet dudit Teftament. On
fit en la maniere accoûtumée
l'ouverture & la publication
du Teftament & du Codicile ,
lefquels font remplis de legs
pieux , de legs à fa famille , &
à fes domeftiques . Il nomme
fon Executeur Teftamentaire
158 MERCURE
ledit S ' Prefident Boucaud, &
en fecond Mr Borzon Chanoi .
ne de l'Eglife de Narbonne ,
fon Secretaire. Il inftituë fon
heritier univerfel l'Hôpital
de la Charité de la Ville de
Narbonne qui profitera d'une
fomme confiderable de cette
heredité , ledit Seigneur Cardinal
ayant toûjours eu tant
d'ordre dans toutes les affaires
de fa maiſon , qu'il ne laiffe
aucune creance que Mr le
Marquis de Caftries fon neveu
, auquel il doit encore
vingt - quatre mil livres du
refte de plus grande fomme ,
GÁLANT
159
dont il eftoit déja entré en
payement ; fa plus grande application
depuis 12 13 années
ayant efté à payer fes dettes.
indifpenfablement contractées
pour fournir aux dépen .
fes de fes grands emplois , &
aujourd'huy ledit Hôpital
trouve en meubles , Vaiſſelle
& arrerages de revenus , au .
tant qu'on le peut conjecturer
par eftimation , plus de
·foixante mil écus . Le lendemain
douzième , à cinq heu .
resdu matin, on fit l'ouverture
du corps de S. E. en prefence
du Medecin de fa perfonne.
160 MERCURE
On verra par la Relation qui
fuit la caufe de fon mal &
celle de fa mort.
Monfieur le Cardinal de Bon ·
Zi fut attaqué l'onzième du
mois de fuillet à cinq heures &
demi du matin des mouvemens
convulsifs fi violens qu'il n'y
put refifter , & mourut en qua .
tre heures de temps , F'eus Ihon.
neur d'eftre appellé pourfaire l'ou .
verture de fon corps conjointement
avec le fieur Caftre Maiſt -e
Chirurgien Fure de Montpellier,
nous la fifmes le 12 à quatre.
res du maiin , en prefence dufieur
Brunel , Medecin ordinaire de
heu
GALANT 161
S. E. le fieur Mandon fon Chirurgien
, n'ayant pú s'y trouver
nous commençâmes à ouvrir la
poitrine , dans laquelle nous ne
remarquafmes rien de particulier,
fon coeur & fes poulmons eflant
dans leur eftat naturel autant
qu'ils peuvent l'eftre dans un
corps qui a perdu le jour . Nous
continuafmes par l'ouverture du
bas venire & examina/mes
avec toute l'attention poffible
tous fes vifceres , nous n'y trouvafmes
rien d'extraordinaire,
Nous remarquafmes feuiment
que la vificule du fiel cfton com .
pierres en nombre defupa
Aouit 1703.
plie
de
>
162 MERCURE
de conleur tannée , de differentes
figures , & de la groffeur d'une
noiſette chacune ; cependant comme
lon en trouve dans prefque
toutes les fajers & fur tout dans
ceux qui ont fouffert longtemps ,
nous ne nous y arreftafmes pas ;
mais comme la tefte faifoit conte
notre attention nous demandâmes
permiſſion de l'ouvrir , ce que l'on
mous accorda ; ayant doncfciéfon
crafne à la maniere ordinaire ,
nous l'enlevafmes pour voir la
Dure mère qui nous parut eſtre
affez dans fon eftat naturel ,
l'ayant emportée pour examiner
lafubftance du cerveau que nous
GALANT 163
trowo afmes fort molaffe , nous
nous apperçûmes que le ventricale
gauche s'élevoir beaucoup
au deffus du droit , & qu'il fe
renverfois un peu fur buy , ce qui
nous for foupçonner qu'il y avoir
quelque corps au de sous qui l'o
bligeait à tenir cette fituation ;
pour nous en éclaircir tout à fait
nous voulûmes emporter toute la
fubftance du cerveau , & la tirer
de place pour cet effet ayans
coupé la premiere paire de nerfs ,
voulant continuer par la fe.
conde , nous trouvaſmes à l'apo ·
phiſe clinoïde gauche & fuperienre
une refiftance que nos ciseaux
O ij
164 MERCURE
ne purent vaincre ; nous y portâ¿
mes nos doigts , & nous tou
chafmes un corps dur , affez gros
que nous avions déja soupçonné;
ce qui fit que pour le découvrir
entierement , nous prîmes un autre
route , nous élevafmes le cerveau
de cofté , & en lefoulevant,
nous reconnúmes une adherence du
fondsdu ventricule gauche avecle
corps duquel nous avons parlé ,
nous n'eûmes pas beaucoup depeine .
à rompre cette attache avec nos
doigts , & dans cette feparation
ce corpsila a échaper de fa partie.
fuperieure une cuillerée d une matiere
purulente fans mauvaise
GALANT 651
odeur , nous emportafmes enfuite
fort facilement toute la maße du
cerveau hors du crafne , pour exa.
miner le corps que nous avions
laiffé attaché à l'apophife clinoïde .
Ce Corps glanduleux eftoit fort
dur d'une figure ronde , de cou
leur affez blanche , dont la baſe
eftoit fort étroite , & la teste de
la großeur d'un aufde poule , qui
penchoit du coftégauche , dans la
foffe du crafne qui contient le
ventricule gauche , & qui faifoit
qu'il fe trouvoit plus élevén
que le droit , ce corps eftoit fifortement
attaché à l'apophife clinoïde
parfa baſe, que nous fûmes obli
166 MERCURE
gez d'emporter une piece de cetos.
pour l'en déraciner. La maladie
de S. E. avoit commencé il y a
environ neufou dix ans , par des
accidens d'apoplexie qui reve¬
noient de temps en temps , santoft
plusforts tantoft plusforbles ,
fuivant toutes apparences, eftoient
caufez par la prefence de ce corps
glanduleux On a exactementfui.
vilesgonflemens & les affa fl mens
qui avoient à cette chair étran
gere fuivant les differences difpo .
fitions defonfang Il eſt à remarquer
que comme ce corps glandus
leux eftoit attaché à l'apophife
fuperieure du costé clinoïde
GALANT 167
gauche , ilcomprimoit le nerfopti
que du même cofté ; ce qui avoit
caufe à S.E depuis environ 6 ans
une foibleſſe de vûë à l'oeil gauche
qui degenera bientoft & fucceffi.
vement en paralyfie de nerfopti .
que : en forte qu'il ne voyoit du
tout plus du même costé longtemps
avant la mort , quoy que
l'oeil fuft auffi beau que
ainfi qu'il arrive dans la goutte
ferene , deffaut duquelpeu de gens
s'eftoient apperçus & que nous
ignorerions encore fi la fituation
de ce corps étranger ne nous cust
obligé à demander aux perfonnes
qui estoient toujours auprés de S.
l'autre
168 MERCURE
E fil'on ne l'avoit jamais entenà
du fe plaindre de cette incommodité,
Le corps fut embaumé ,
ce qui occupa jufqu'aprés
midy , qui fut transporté de
fa Chambre dans une autre
de fon appartement
, toute
tenduë de noir avec deux
litres de velours , une Chapelle
ardente , & le lit de parade
fur lequel il fur mis , le
dehors de la cour & l'escalier
de la maiſon tenduës de noir ,
& parfemées d'Armories . La
porte fat ouverte auffitoft
aprés midy , & jufqu'à neuf
heures
GALANT 169
heures du foir que le corps
fut conduit en dépoft dans
l'Eglife de Noftre - Dame ;
tous les Ordres Religieux
vinrent proceffionnellement
chanter les Offices à la Chapelle
ardente. Il y eut un grand
concours de tout le peuple ,
& on n'entendoit que pleurs,
gemiffemens
, & regrets de la
perte d'un Seigneur qui a toû
jours eu l'amour & le coeur de
toute la Province . Le lendemain
il fut déposé dans la
Chapelle de Saint Roch de
l'Eglife Noftre Dame , toute
tenduë de noir & parfemee
Aouft 1703.
P
170 MERCURE
d'Armories avec les litres
de velours , la Chapelle ar
dente au grand Autel de fa
Paroiffe , où auffi bien qu'à
toutes les autres Chapelles
de l'Eglife , on n'a pas difcontinué
, en execution du Tef
tament , de dire des Meffes , 1517
ainfi
que
fes
de
la Ville
, dans
chacune
defquelles
le
Lundy
16.
Mr
l'Abbé
de
Caftries
fit
faire
un
Service
folemnel
, & depuis
chacune
de
ces
Eglifes
en
particulier
& de
leur
mouvement
, en
ont
fait
un
fecond
à leurs
frais
. Celuy
de
dans toutes les Egli.
GALANT 171
"
Mrs du Chapitre de S. Pierre
de Montpellier , a efté d'us
ne folemnité tres grande
& aux frais feuls de ce Chapitres,
qui n'a rien oublié
pour marquer la douleur de
la perte de ce grand Cardinal
. Toutes les Compagnies
de la Ville en Robes ayant
efté invitées , y affifterent ,
ainfi que la famille de cette
Eminence . Mr l'Evêque offi
cia , l'Eglife eftoit tenduë de
noir , le Choeur à quatre
rangs , & la repreſentation
ornée des marques de digni
té de l'Illuftre Deffunt , fous
Pij
172 MERCURE
un lit de parade tres riche
L'Eglife eftoit toute remplie
de la foule du Peuple qui y
affifta , & dans celle de Nôtre
Dame , où eft encore ce
precieux depoft , il y a une
affluence de peuple qui va
prier pour le repos de fon
ame. Meffieurs les Directeurs
de l'Hôpital de la Charité de
la Ville de Narbonne , informez
de l'inftitution de l'he
redité en faveur dudit Hôpital
, fe rendirent à Montpellier
deux jours aprés la mort ;
& trouverent que les Domef
tiques de ce Seigneur avoient
GALANT 173
fi
auffi bien veillé pour la confervation
de fon hoirie que
elle les euft regardé eux feuls.
Ils n'eurent rien plus à faire
qu'à executer les ordres pour
preparer la pompe funebre
& le tranfport du corps à Narbonne
, pour eftre inhumé
fuivant la volonté du deffunt,
dans fon Egliſe à la Chapelle
defignée . Mr l'Abbé de Caftries
neveu de ce grand Cardinal
, Aumônier ordinaire
de Madame la Ducheffe de
,
avoit eu per-
Bourgogne
miffion du Roy de venir
voir S. E. qui le defiroit paf
Piij
174 MERCURE
fionnement. Cet Abbé étoit
arrivé à Montpellier le 23.
Juin , on ne peut exprimer
la joye & la tendreffe avec
laquelle l'Oncle embraſſa le
Neveu à fon arrivée , & combien
pendant les dix huic
jours qu'il furvécut à cette
arrivée , il s'efforçoit à luy
marquer fa tendre amitié , &
l'affiduité du neveu à rendre
fes devoirs àce precieux in:
firme ; on ne peut auffi exprimer
la douleur avec la
quelle ce digne neveu vit expirer
fon cher oncle , auffibien
que Madame la Mar
4
GALANT 175
quife de Villeneuve , & Mademoiſelle
fa fille , qui font
leur refidence à Montpellier
auprés de Madame la
Douairiere Marquife de Caftries
foeur de S. E. qui indifpofée
depuis quelques jours ,
& dans un grand âge , ne
vint qu'au moment du dernier
foupir , dont on luy
donna la funefte nouvelle fur
l'Escalier de la maiſon . Il fa.
lut la porter dans l'apparte
ment de Monfieur PAbbé
de Caftries , où toute cette
famille defolée fe fondoit en
pleurs. Madame la Marquife
Piiij
176 MERCURE
Donis apprit par un Courier
que lui depécha à Avignon мr
l'Abbé de Caftries fon frere
cette douloureuſe nouvelle.
Il est aisé de concevoir la
confternation avec laquelle
elle la receut , puiſque jamais
Niéce n'avoit efté plus
tendrement aimée qu'elle de
fon cher Oncle , & que de
même jamais Oncle n'avoit
efté plus tendrement aimé
de fa Niéce , qui aufli toft
partit avec Monfieur le Mar
quis de Donis fon Epoux ,
pour fe rendre à Montpela
lier , où elle eft venue renGALANT
177
dre le dernier devoir à fon
cher Oncle , & mefler fes
pleurs avec ceux de toute fa
famille.
Le Lundy 23. Juillet à neuf
heures du foir le Deüil & le
Domeſtique de S. E ferendirent
à la Place de Noftre
Dame , pour y recevoir fon
corps à la porte de l'Eglife ,
qui après les abfoutes ordi
naires , fut mis fur un Chariot
drapé , & couvert d'un
drap mortuaire de Velours
noir avec une Croix de drap
d'argent , & quatre Armoiries
richement brodées d'or
178 MERCURE
& d'argent , le drap bordé
d'un gros galon d'argent , &
quatre houpes auffi d'argent ,
une à chaque coin , le drap
pendant à un pied de terre ;
la marche de ce Convoy
commença en cet ordre , le
Suifle à cheval feul à la tefte ,
portant un flambeau , dix Palefreniers
à cheval deux à
deux , portant chacun un
flambeau , huit Valets de
pied à cheval , portant un
flambeau chacun, quatre Of
ficiers à cheval portant auffi
des flambeaux ſuivoient tout
ce Domestique , le Chariot
1
GALANT 179
attellé de fix chevaux capa
raffonnez , quatre Laquais à
pied , portant chacun un
flambeau aux quatre coins
du drap mortuaire , & qua
tre Gentilshommes
à cheval,
leurs chevaux caparaffonnez
portoient les quatre houpes
du drap mortuaire , ſuivoient
immediatement
le Charior,
deux Aumôniers de S. E. &
le Maiſtre de Chambre à
cheval , leurs chevaux capa
raffonnez, les Aumôniers en
rochet , bonnet carré , &
manteau noir : le premier
portoit la Croix Archiepif
180 MERCURE
copale , couverte d'un crêpe ;
le fecond , le Cordon & la
Croix de l'Ordre du Saint
Eſprit , & le Maistre de
Chambre en manteau long,
le Chapeau de Cardinal , enfuite
quatre Valets de Chambre
à cheval , portant chacun
un flambeau . La marche
eftoit fermée par un Carroffe
drapé à fix chevaux , dans
lequel eftoit Monfieur le
Marquis de Donis neveu de
feu S. E. & Meffieurs les Di.
recteurs de l'Hôpital de la
Charité de la Ville de Narbonne
, inftitué heritier
GALANT 181
par le Teftament du feu
Seigneur Cardinal. Toute
la Bourgeoifie qui avoit pris
les Armes , bordoit les deux
coftez de la place & des rues
jufques hors la porte , leur
fufil fous le bras , le bout
atterré , les Tambours cou
verts de crefpe . Toutes les
Boutiques de la Ville furent
fermées l'aprés dînée de ce
jour le Convoy en cet ordre
, marcha de la place , à
la grande ruë , & fortit par
la Porte , qu'on appelle de
la Sonnerie , au bruit de tout
le canon de la Citadelle ; on
:
182 MERCURE
n'a jamais vûs una fi grand
concours de Peuple , qui bien
rangé , & fans. confufion ac
Courut à ce grand & lugubre
appareil. Il n'y avoit d'autre
bruit que celuy des pleurs &
des gemiffemens de ce même
Peuple affligé & confterné
de la perte de celuy qu'il
avoit toûjours regardé com .
me le pere & le protecteur
de la Province , il ne pou
Voit le quitter , l'ayant accompagné
pendant plus d'u
ne lieuë , & il l'auroit , fans la
nuit , fuivi plus loin encore..
Sur les cinq heures du matiņ
GALANT 183
il arriva à l'Abbaye, de Val
magne, Les Habitans du Vil.
lage vinrent au devant , prés
d'une lieuë , fondans en larmes
; leur douleur eftoit d'au
tant plus jufte , que ce Care
dinal qui avoit poffedé pendant
plus de trente ans cette
Abbaye , leur avoit toûjours
fait des biens infinis ; ils le
fuivirent jufqu'à l'Eglife de
l'Abbaye , où le Prieur & les
Religieux le receurent en
depoft.
Monfieur l'Abbé Gaulier
premier Aumônier de S. E.
leur fit un difcours fort toug
184 MERCURE
chant en le leur remettant ;
ils y répondirent de même ,
ils chanterent les Offices , firent
un Service fort folennel,
& ne cefferent point leurs
prieres auprés du corps juíz
qu'àfix heures & demie du foir
qu'il en partit dans le même
ordre qu'il étoit forty de
Montpellier ; les chemins
eftoient bordez de tous les
Habitans de Montagnac ,
Pezenas , Valros , & Bezin
& on ne s'arrefta
point , on marcha toute la
nuit , & à fept heures & demie
du matin on arriva à
›
GALANT 185
Niffe premiere Paroiffe du
Diocéle de Narbonne , où
le Prieur avec fes Secondaires
le receurent à la Porte de
l'Eglife ; la pluye qui eftoit
furvenue les ayant empêchez
d'aller au devant . M' l'Abbé
Gaulier fit à M' le Prieur en
luy remettant ce precieux
dépôt un Difcours auffi tou
chant que celuy qu'il avoit
fait le jour précedent au
Prieur de l'Abbaye de Valmagne.
La douleur & l'afflic ;
tion dont ce tres- digne Ec2
clefiaftique eftoit penetré
Juy fourniffant à ce fujer les
Aouft 1703.
Q
186 MERCURE
expreffions les plus tendres.
On chanta les Offices on fit
un Service des plus folennels
, tout le Peuple qui y accourût
affifta à tout avec une
modeftie & une pieté exem
plaire . On voyoit peintes fur
leur vifage les marques d'une
vraye douleur de la perte
de leur Archevêque . Le Convoy
partit de Niffe à quatre
heures du foir , & comme on
marchoit fort lentement , il
n'arriva à Narbonne qu'a
prés huit heures , il y entra
dans l'ordre marqué cy def
fus au bruit du Canon des
GALANT 187
*
Remparts. Les enfans de
l'Hôpital , les Confréries des
Penitens , & le Clergé Regulier
allerent au devant à la
Porte de la Ville proceffionellement
, où s'eftant repofez
, ils marcherent en bon
ordre jufqu'à l'Eglife Primatiale
de Saint Juft , à la Porte
de laquelle eftoient rangez
le Chapitre de cette Eglife
& celuy de Saint Sebaftich ,
celuy de Saint Juft à la teſté
avec leur Officiant , & Mr
PAbbé de Caftries grand Archidiacre
, neveu de l'illuftre
Deffunt , qui s'effoir rendu à
Qij
188 MERCURE
Narbonne . Le Convoy continua
fa marche jufqu'à la
Porte de l'Eglife à laquelle
le Chariot s'arrefta , la tefte
& la fuitte mirent pied à terre
on defcendit le corps du Chariot
, Mr l'Abbé Gaulier en
remettant enfin le precieux
dépôt qui luy avoit efté confié
à l'illuftre Officiant luy
fit un Difcours latin auquel
il répondit de même. Il n'y
a point d'expreffions affez
fortes pour reprefenter combien
fut touchante la fonction
& le dernier devoir du
neveu envers fon oncle. Le
GALANT 189
corps fut porté devant le
grand Autel , précedé par
quatre Beneficiers
de l'Egli .
fe fuivant l'ufage
qui por
toient le drap morruaire
,fuivi
de Mr le Marquis
de Donis ,
de Mrs les Directeurs
de
l'Hôpital & du nombreux
Domestique
. Tout le Deüil
mené par l'Etat major & Mrs
les Confuls. Jamais on ne vit
tant de Peuple raffemblé.
Les Abfoûtes accoutumées
.
achevées
, le corps fut porté
au Tombeau defigné dans
le Teftament
dudit Seigneur
Cardinal , où il fut inhumé
190 MERCURE
le lendemain Jeudy. Il y eut
un Service des plus folennels ,
Mr le grand Archidiacre of.
ficia , on en fit auffi le même
jour dans toutes les Eglifes
chacune en fon particulier
& on ne ceffe point de dire
les Mcffes ordonnées par les
dernieres difpofitions dudit
Seigneur Cardinal.
Vous aurez le mois pro
chain un article curieux touchant
la genealogie de cette
Eminence.
Vous fçavez l'intrepidité,
la conduite , & le definteref.
GALANT 191
fement que Mr le Maréchal
de Chafteaurenaud a fait pas
roiftre dans l'affaire de Vigo ,
& que par la bonne manoeu
vre il a fauvé la Flote de la
Nouvelle Espagne, & empê
ché les Ennemis de faire une
deſcente. Sa Majefté Cathoz
lique luy envoya une fomme
confiderable , que ce Maré.
chal refufa . Vous fçavez tout
ce qui regarde cette action
puiſque je vous en ay mandé
le détail dans le temps que
les chofes fe font paſſées. Le
Roy d'Efpagne s'eft ſouvenu
de Mr de Chateaurenaud ,
192 MERCURE
& ce genereux Monarque
vient de luy envoyer une Rofe
de diamans d'un grand
prix , & Sa Majeſté Catholi .
que a en même temps écrit
au Roy , pour luy demander
qu'il commandaft à Mr de
Chafteaurenaud d'accepter
ce preſent , ce que Sa Ma .
jefté a fair.
Ce qui fuit vous doit pa
roiftre curieux , & je vous le
garantis veritable.
ETAT
GALANT 193
E TAT
des
Munitions de
guerre
de bouche trouvées
dans la Ville de Berfelle
le 27.Juillet 1703.
Canons de differens calibres
, 49
Mortiers de quarante livres
chacun ,
2
Petards ,
Boulets de differens calibres
,
10000,
Spingars , ce font de petits
Canons ,
Aoust 1703 .
18
R
194 MERCURE
Moufquets & Fufils ,
Cuiraffes ,
Hallebardes & Eſpontons ,
Bandolieres ,
1020
529
690
825
Bombes de cent livres & de
270
Grenades de fer , de bronze
quarante livres ,
& de
terre ,
Carcaffes ,
Boulets à feu ,
3000
21
6
Fulées volantes pour faire des
fignaux , Is. douzaines.
Cartouches ,
Affuts & Chariots couverts ,
1504
16
Bales de Moufquer , ſept cent
quintaux.
GALANT 195
Poudre , 150. quintaux.
Méche , 436. quintaux.
Salpêtre , 200. quintaux.
Souffre
30. quintaux.
Un tres grand nombre d'outils
à remuer la terre , avec
des cordages & des facs à
terre .
Munitions de Bouche.
Froment, 16. facs .
Farine de Froment , 34. facs .
Plus en nature & en Farine,
48. facs.
Meture de toutes fortes de
grains ,
Avoine ,
13
35. facs
.
Rij
196 MERCURE
Sacs vuides , 3000
On connoift par ces derniers
Articles , parmi lesquels
ils ne ſe trouve ny vin , ny
d'aucune autre boiffon , ny
aucune chair falée ; que cette
place ne s'eft renduëque faute
de munitions de bouche , puif
qu'elle eftoit pourvue de tout
ce qui povoit fervir à la défenfe.
Il auroit fallu faire les frais
d'un Siege qui auroient monté
à de tres grandes fommes.
On auroit perdu beaucoup
de Troupes & de braves gens ,
on n'auroit point profité des
munitions de guerre qui fe
GALANT 197
trouvent dans la Place , &
qui font en grand nombre ,
& la garnifon felon toutes
les apparences , n'auroit eſté
ny prifonniere de guerre ,
ny moins nombreuſe à fa fortie
qu'elle eftoit en capitu .
lant , puifqu'elle auroit esté
une fois auffi groffe fi elle
avoit efté affiegée il y a un
an , il y a du moins lieu de
le croire , puifque ceux qui
font fortis ont affuré que
certe Garnifon depuis le
mois de May avoit efté affoiblie
de trois cens hommes
tant par les maladies que par
R iij
198 MERCURE
la defertion ; ainfi le Blocus
a autant affoibly les Enne.
mis que s'il y avoit eu un
Siege , avec cette difference
que nous y aurions perdu infiniment
plus qu'eux , puif.
que les Affiegeans perdent
toûjours beaucoup plus que
les Affiegez . Toutes ces
chofes font voir qu'on a beau
coup mieux fait de bloquer
cette Place que de l'affieger.
Mr le Duc de Vendôme a
nommé M' Mahony pour y
commander en attendant les
ordres du Roy. Vous fçavez
qu'il eft Irlandois , & qu'il
DE
LA
VILLE
THEQUE
GALANT 99.
s'eft acquis une reputation
immortelle à l'affaire de Cremone.
M' Gafpar Bailleu , Ingenieur
, & Geographe qui a
fait la Campagne derniere
en Italie , vient de mettre au
jour une Carte du Duché de
Mantouë qui a pour titre ,
Carte nouvelle & particuliere
pour les mouvemens de la guerre
prefente en Italie ; où font
les Duchez de Mantouë & de
la Mirandole , partie de ceux
de Parme de Modenne , partie
du Breßan , du Veronois , du
N
R iiij
200 MERCURE
-
Vicentin , du Ferrarois & du
Cremonois, Cette Carte eft
tres particuliere , l'Auteur
ayant pris tous les foins poffibles
pour la rendre exacte .
Le même Auteur a mis au
jour une Carte des environs
de Landau qu'il a levé luy
même fur les lieux , tout
different de ceux que plufieurs
Auteurs ont donné au
Public. Il donne auffi deux
Plans , un de Fribourg & un
du vieux & du nouveau Brifac
, chacun d'une grande
feüille , avec les environs ; ils
fe vendent chez l'Auteur fur
GALANT 201
le Quay de l'Orloge du Pa
lais du côté du Pont au Change
, au Neptune François.
La defcription fommaire
de Verſailles , ancienne &
nouvelle , dont on vous a
parlé , & qui paroift depuis
peu eft un nouvel Ouvrage
de Monfieur Felibien des
Avaux , qui donna l'année
derniere une defcription particuliere
de la nouvelle Egli
fe de l'Hôtel Royal des Invalides.
Vous trouverez dans
la deſcription de Versailles
tout ce que l'on peut defirer
202 MERCURE
1
touchant les Bâtimens & les
embelliffemens anciens &
nouveaux de la Ville & du
Château , avec une explica .
tion exacte des Peintures, des
Tableaux , des ornemens de
Sculpture , dont la lecture
vous plaira , & fervira à aug.
menter le defir que vos jeunes
amies ont de venir voir
cette incomparable demeure.
Ce Livre le trouve à Paris ,
chez Antoine Chreftien Im .
primeur Libraire , au Pont
Saint Michel , & chez Thomas
Moëtte ruë de la Bou
clerie à Saint Alexis.
GALANT 203
Voicy les noms de quela
ques perfonnes decedées de
puis ma derniere Lettre .
Meffire Henry François
de la Ferté Senneterre , Duc
& Pair de France , Gouver.
neur de Mets , Toul & Ver;
dun , eft mort dans un âge
peu avancé ; il eftoit fils de
feu Meſhire Henry de Sainnecterre
, ou Senneterre Duc
& Pair , & Maréchal de France
, & de Dame N. de la Lou
pe de la Maifon d'Angennes .
Feu Mr le Maréchal de la
Ferté étoit un des plus grands
Generaux que la France ait
204 MERCURE
eu , il eftoit à la tefte du Regiment
de Soiffons pendant
le Siege de la Rochelle en
1626. il fic des prodiges au
Siege de Privas en Languedoc
à l'attaque du Pas de
Suze en Piedmont , & à la
Bataille d'Avennes . Le Roy
Louis XIII. le fit Maréchal
de France fur la Breche de
Heldin pour avoir deffait le
Lecours que le General Pico
lomini y vouloit jetter . Il
commanda l'Aile gauche à
la Bataille de Rocroy , où
il fit des merveilles , il n'en
fit pas moins à la Bataille de
•
GALANT 205
Lens :il eût le malheur d'être
pris prifonnier au Siege de
Valenciennes ; ayant efté mis
en liberté , il prit Montmedy
& Valenciennes qui paffoit
pour imprenable. En 1661. le
Roy le fit Chevalier de fest
Ordres , & peu aprés Duc &
Pair. Il mourut en fon Cha
teau de la Ferté prés Orleans.
La maison de Saint Nectaires
ou Senneterre eft illuftre & :
ancienne : elle eft connuë :
dés le treiziéme Siecle en
France , & dans tous les Siecles
elle a produit des Heros :
elle a même donné des He
206 MERCURE
roïnes , puifque Madelaine
de Saint Nectaire veuve de
Gui de Saint Exupere de
Miraumont prit les Armes
en 1601. en Auvergne , &
fe mit en campagne fuivie de
foixante Gentilshommes des
plus braves , qui fe diftinguerent
tous pour luy plaire.
Le Roy Henry III . loua fort
'cette action & écrivit de
fa propre main à cette Dame
: Mr le Duc de la Ferté ,
qui vient de mourir avoit he
rité la valeur & le courage
de fes Anceftres , il en avoit
donné des preuves dans quel
GALANT 207
ques occafions importantes
il avoit beaucoup d'efprit : il
a laiffé de Dame Marie Ifabelle
Gabrielle de la Mothe
Houdancour , fille de feu
Meffire Philipe de la Mothe
Houdancour , Duc de Car
donne , & de Dame Loüife
de Prie , Gouvernante des
Enfans de France , fille &
heritiere de Loüis de Prie ,
Marquis de Toucy , Madame
la Marquife de Mirepoix , &
Madame la Marquise de la
Carte , dite la Marquise de
la Ferté. Mr le Duc de la
Ferté avoit pour freres le Pe
208 MERCURE
re de la Ferté Jefuite , grand
Predicateur , & Mr le Chevalier
de la Ferté qui eft au
fervice de la Religion.
Madame la Ducheffe de la
Ferté eft foeur de Mefdames
les Ducheffes de Ventadour ,
& d'Aumont. Mr le Duc de
la Ferté eft mort entre les
bras du Reverend Pere Gaillard
Jefuite , fort foumis aux
ordres de Dieu , & dans cet
te crainte des Jugemens de
Dieu , qui opere le falut du
Pecheur.
Dame Louiſe
Bigres , épouse de Meffire
Françoiſe
GALANT 209
Augufte Lancelot de Savonnieres
, Marquis de la Bretêche
, eft morte . Cette Dame
eftoit fort eftimée par fon me.
rite , par fa douceur , & par le
penchant qu'elle avoit pour
les Pauvres , au quels elle don
noit l'aumône avec beaucoup
de liberalité. Elle avoit cela de
commun avec un de ſes ayeux
( Jofeph Bigres ) qui eut rant
d'amour pour les Pauvres ,
qu il le dépoüilla volontairement
de fon vivant pour répandre
une grande partie de
fon bien dans le fein des pauvres
n'en laiffant qu'une tres,
Aoust 1703.
S
210 MERCURE
petite portion à fes heritiers
La Maiſon dans laquelle elle
eftoit entrée eft confiderable
par fon ancienneté
& par les
dignitez qu'elle a poffedées.
L'Epoux qu'elle avoit choifi
entre plufieurs autres qui l'a
recherchoient
, s'eft diftingué
par les fervices . C'eft une
Mailon où la valeur & le cou
rage font hereditaires
.
Dame Henriette Faye d'Epeyffes
,veuve de Me Philibert
Antoine de Garault , Chevalier
Seigneur de la Caffagne.
Cette Dame eftoit encor plus
confiderable
par les vertus
re
GALANT 201
chreftiennes à la pratique
defquelles elle s'eftoit toû
jours fort exactement
affu
jettie , que par
les
avantages
de la naiffance & de la fortune
: elle eftoit d'une Maifon
où la pieté à toûjours
femblé hereditaire ; fon Trifayeul
mourut dans une tresgrande
odeur de fainteté. Sa
Maiſon a fourni de grands
hommes en tout genre de litterature.
Il y en a qui ſe font
diftinguez dans la Jurifpruz
dence. La Maiſon où elle étoit
entrée n'eftoit pas moins dif-
Linguée ; fon mary defcen-
S ij
212 MERCURE
par
fa
doit d'une fuite d'Anceſtres
qui avoient tous portez les
armes pour le fervice de leur
Prince . Il s'eftoit auffi bien
qu'eux fait connoiſtre
bravoure & par l'activité de
fon zele. Il avoit porté les armes
avec beaucoup d'honneur
, & .il eft mort tres regretté
de tous ceux qui le
connoiffoient.
Meffire Jean Sauffoy Prêtre
, Docteur & Profeffeur en
Theologie de la Maiſon &
Societe Royale de Navarre ,
& Doyen de ladite Faculté ,
cft mort âgé de plus de qua
GALANT •
213
tre vingt ans , au College de
Boncourt. C'eftoit un hom•
me de merite , fort entendu
dans la Scholaſtique qu'il
fçavoit parfaitement . Il eftoit
fort attaché aux fentimens
du celebre Thomas de Vio ,
autrement le Cardinal Cajetan.
C'eftoit ce Docteur qu'il
citoit ordinairement . Il a enfeigné
jufqu'à ce que les forces
luy manquant , il ne pou
voit plus fortir de chez luy,
Il eftoit fort aimé de fes Eco ,
liers avec qui il converſoit
familierement , ils l'alloient
prendre tous les matins avec
214 MERCURE
des acclamations & le rame
noient de même. Il avoit un
frere qui a brillé dans la Cathedrale
de Sens , où il eftoit
revêtu d'une des principales
Dignitez, Mr Sauffoy ne pou.
voit paffer que pour Souse
Doyen de la Faculté , parce
que Mr. l'Evêque de Bellay
en eft le Doyen , mais com
me celuy.cy n'en faifoit pas
les fonctions à caufe de
fon Epifcopat , Mr Sauffoy
l'eftoit.
Meffire Nicolas Claude le
Tonnelier de Breteüil , Bar
ron d………… Maiſtre de la Gar- ཐ་
GALANT 215
derobe de feu Son Alteffe
Royale Monfieur , Frere uni
que du Roy , eft auffi decedé.
C'eftoit un Gentilhomme
fort aimé & fort eftimé de feu
Monfieur , qui avoit en luy
une grande confiance . Il
eftoit fils unique de Meffire
Claude le Tonnelier de Breteüil
, Confeiller de la Grande
Chambre , & de Dame
Magdelaine Rogier de Neüilly
la premiere femme. La
Maifon des le Tonnelier eft
ancienne , elle a donné au
Parlement plufieurs Officiers
; elle eft connuë en
216
MERCURE
France dés le
quatorziéme
fiecle. Le dernier Evêque de
Boulogne
eftoit Breteüil.
C'eftoit un Prelat d'un grand
merite & d'une vertu reconnuë
, la memoire eft dans
une grande benediction
en
ce Pays là . Ce n'eft pas le feul
homme de bien que certe
Mailon ait produit . Alexandre
VI. eut le deffein de
canonifer un Ferdinand le
Tonnelier , mort en odcur
de Sainteté à Paris.
Je venois de vous envoyer
ma Lettre le mois dernier ,
lorfque
J
GALANT 217
lorfque les nouvelles de l'a .
vantage remporté par Mr de
Legal , arriverent . Ainfi je
ne vous en ay encore rien
dit : cependant quoy que
cette nouvelle fe foit publiée
pendant tout le mois , & que
vous deviez en eftre parfaitement
inftruite , je ne laifferay
pas de vous apprendre
quelques particularitez qui
n'ont point efté renduës pu
bliques , & qui doivent faire
connoiftre que cette affai
re eft plus complette que
les premieres nouvelles n'avoient
publié ; mais je croy
Aoust 1703. Т
218 MERCURE
que vous vous ferez un
plaifir de voir d'abord l'original
duquel ont efté tirées
les premieres Relations qui
ont couru . Le voicy. C'est
une Lettre écrite par Mr le
Gouverneur d'Ulm.
A Ulm ce 2 Aoult 1703 .
Ily a cinq àfix jours que
Mr de Legal s'eftoit approché
de cette Ville avec fon Camp
Volant composé de 12 Efcadrons
tant Cavaliers que Dragons ,
fous pretexte d'empêcher les cour .
fes que les Ennemis faifoiens
GALANT 219
pour qu'il n'entrât rien dans cette
Ville les jours de marché ; il
eftoit campé fous nôtre Canon ,
ayant laiffé Mr du Heron cam.
pé à Talfinguen qui eft à deux
lieues d'icy , en defcendant le Da
nube avec la Brigade de Poitou
fix Efcadrons de Cavalerie ,
parce que l'on craignoit que les
Ennemis n'y fiffent un Pont.
Mr le Maréchal ayant projetić
de furprendre le General Ennemy
qui eftoit campé prés de la Ville
Munderkinghen , qui est à
fix lieues d'icy en remontant le
Danube , avec cinq mille Che →
eaux
; mais l'on croyoit qu'il
de
i
Tij
220 MERCURE
n'en avoirpas tant. Mrle Ma
réchal ayant donné l'ordre à Mr
de Legal , cet Officier décampa
à huit heures du foir , afin que
les Ennemis ne fuffent pas inftruits
de fa marche , avec fes
12 Efcadrons , Mr du Heron
leftant venu joindre à la même
heure avec fix Efcadrons , &
deux cens hommes de la Briga ·
de de Poitou , lonen joignit cinq
cens de ce te Garnison que l'on
fit mettre en croupe , des Dra
gons avec le Détachement de Mr
de Fomboifard de cinq cens Che
vaux , lon marcha fans bruit
∙toute la nuit , ayant pris un déGALANT
221
tour de deux lieuës afin que les
Ennemis ne fe dowia fint de
rien mais ils avoient déa
efté avertis par un Party de
Hußirs , fibien qu'en arrivant
dans une Prairie qui a deux
lieuës de lung , cù nous avons
campé en vinant icy , on les
aperçut éloignez d'environ une
demie en Bataille de- liesë
want leur Camp , ayant fait
paffer le Danube à leur Bagage
L'on s'avança à eux inceffa
ment , les Ennemis mirent pied
à terre , leur Cavalerie ayanı
beaucoup de peine à ſe retirer
d'un Marais , les Ennemis aïant
Tiij
222 MERCURE
fait rompre les Ponts : L'on fe
difpofa à fe mettre en Bataille
voyant qu'ils faifoient du mouvement
on approcha les uns
des autres , ils s'eftoient emparez
d'une petite hauteur & paffoient
nôtre Ligne de beaucoup de
tous cotez , leurs Escadrons étant
fur trois rangs & les nôtres fur
deux , ainfi ils eftoient bien de
quinze cens Chevaux plusforts
que nous , avec tous ces avan.
tages, ils nous attaquerent les
premiers aïint fait une tres.
groffe décharge, nos gens entrerent
dans leurs Escadrons
firent unpeu plier d'abord ; cepen ,
les
GALANT 223
dant ils foutenoient toujours le
Combat tres
vigoureuſement ,
& fi bien qu'ilsfirent plier nôtre
gauche , & l'affaire auroit pú
mal tournerpour nousfans nôtre
Infanterie , qui aiant ordre de
fe jetter dans un chemin creux
afin de les couper,fortit en Bataille
alla la bayonnette au bout du
fufil à eux avec une bravoure
incomparable , arrefta en
Plaine toute la droite des Ennemis
fans tirer un feul coup , &
donna par là le temps à nôtre
Cavalerie de fe rallier , ce qu'elle
fit en bon ordre , & rechargea
fi bien les Ennemis , la droite
Tiiij
224 MERCURE
Jecondant tres vaillament , qu'ils
fe mirent tous à plier , s'enfuiant
fe jettant en foule dans la
Ville : ce fur là qu'on les accomoda
de toutes pieces . Ily eut prés
de quatre Escadrons renversez
dans le Danube , la groffe quantité
de morts qu'ily avoit fur le
Pont empêcha nos gens de pouf.
[er jufqu'àla Ville , & ils curent
le temps de lever lear Pontlevis ,
lly a cu quelques uns de nos
Dragons qui ont entré y font
reſtez avec eux, mais il ne font
qu'au nombre de buit ou dix : On
leur a pris feps Erendars & cinq
on fix Officiers Ennemis que nos
f
GALANT 225
Officiers ont pris , car il a efté
impoffible defaire faire quartier ,
tant nos Troupes eftoient animées.
Famais on a veu un Combat de
Cavalerie plus acharné , les Eng
nemis s'eftant trouvez avec les
meilleurs Regimens de l'Empire .
On eftime leur perte même de
leur aveu
, de quatorZeon quin .
Ze cens hommes &la noire n'est
au juste quede quatre à cinq cens
dans laquelle nous avons prés de
quaranie Officers tant tuezque
bleffez. Mrdu Heron eft bliffé
à mort d'un coup de mousqueton
au travers du corps , Mrdela
Peroufe , Lieutenant Colonel de
226 MERCURE
Forfat tué. M' d' Aubuffon Colonel
bleſſé d'un coup de pistoles
dans le corps , mais il n'eſtpoint
mortel , de Serre Lieutenant
Colonel de Levy tué , Broſſard
Lieutenant Colonel de Condé
bleffé à mort , & plufieurs Ca ·
pitaines , l'on n'en a point encore
la Lifte , ily a trois Regimens
qui ont fait des merveilles qui
font Fomboifard , Forfat , &
Merinville. Nos
s'en regens
vinrent le même jour , ayant
reflé une heurefur le Champ de
Bataille à faireramaẞ : r les blef.
fez, parce qu'on fe doutoit bien
que Mr le Prince de Bade feGALANT
227
༤.
roit un détachement de fon Ar
mée. Cette action s'eft paffée le
31Fuilles à une heure aprés midy.
Je n'ay changé aucun mot
à la Relation que vous venez
de lire , & je vous l'envoye
dans les mêmes termes qu'elle
a efté écrite.
Voicy une autre Relation
envoyée du Camp de Mr de
Villars , où vous trouverez de
nouvelles particularitez
.
Nous fommes toujours dang
noftre même Camp , en atten.
228 MERCURE
dant la jonction des Troupes d'Italie
, obfervant les Ennemis
qui font campez vis à vis de
nous ; comme ils nous font fupe.
rieurs d'environ dix mille hem.
mes , nous avons de l'autre coſté
du Danube des Camps depuis
Donavert jufqu'à Dilinghen ,
& depuis Dilingben jusqu'à
Ulm ,pour les empêcher depaſſer ,
d'envoyer des detachemens
du cofté d'Aufbourg Mr de Le.
gal qui commande ce Camp proche
Ulm , demanda il y a trois
jours à Mr le Maréchal la permiffion
d'aller attaquer un Camp
à Munderkingen , où Mr de la
GALANT 229
Tour Gouverneur de Conftance
avoit affemblécinq mille hommes ,
dont estoient trois Regimens de
Cuiraffiers de l'Empereur. Mr
le Maréchal fe remit à fi bonne
conduite , en luy laiffant la liberté
defaire ce qu'il jugeroit à propos.
Il marcha auffi - toft avec Mr du
Heron , qui commandoit les
Dragons , raffembla vingt huit
Efcadrons & huit cens hommes
d'Infanterie aux ordres de Mr de
Montgaillard , & arrivá le 31
de Fuiller à leur Camp , où il les
trouva en bataille . Ils foutinvent
l'effort de nos Troupes par deux
fors avec vigueur , furent cul
230 MERCURE
butezdans le Danube à la troi.
fiéme charge, Mr de Roſmadeck
Lieutenant Colonel de Choiseul
paffa avec fon Escadron à la
nage pour fuivre ceux qui s'é
toient jette dans le Danube.
Nousy avons pris quantité d'E.
tendarts que Mr de Montgail
.
lard va apporter , pour envoyer
à Munick On ne peut une vic
toire plus complette que celle là
Mr de Legal aprés les avoir bien
battus , vine mettre le feu à
leur Camp . Ily a eu de tuez les
Lieutenans Colonels de Forfat
&de Levy, & Mr du Heron
bleffé à mort , & le Lieutenant
GALANT 231
de Condé , Cavalerie.
Rien n'est plus beau , &
ne marque plus d'intrepidi
té & de mépris pour les dangers
les plus apparens , que
l'action de Mr Rofmadeck ,
qui merite d'eftre remarquée
& applaudie.
Il y a des Relations , qui
portent que Mr de Legal
avoit paffé jusqu'à ſept ruif.
feaux pour aller au devant
des ennemis ; cette ardeur
de combattre eft fi belle que
l'on n'y peut rien ajoûter.
Mr du Heron a aufli beaucoup
de part à l'avantage
232 MERCURE
que l'on a remporté , & l'on
peut même dire , que fi la
fin couronne l'oeuvre , on loy
doit le fuccés de cette glorieuſe
journée , puifque nos
Dragons fe trouvant prefque
accablez par les Cuiraffiers
de l'Empereur
, qui
eftoient beaucoup fuperieurs
en nombre , il rallia la Cavalerie
, quoy qu'il fut bleſſé
d'un coup de Moufqueton
au travers du corps , ce qui
fut caufe que l'on attaqua
les Allemands pour la troi.
fiéme fois ; mais fi vivement
qu'ils furent pouffez au delà
GALANT 233
du Danube , ou des Efcadrons
entiers le jetterent , &
où plus de trois cens hommes
fe noyerent , & entre
autres , felon ce que portent
quelques Relations , le Prince
Chriftian d'Hannover ,
qui eftant bleffé de deux
coups , voulut fe fauver par
la Riviere , au milieu de la.
quelle il eût fon Cheval tué
fous luy. ba
La fuite des ennemis fait
juger de leur perte , puis
qu'ordinairement on perd
beaucoup plus de monde en
fuyant que dans un Combat,
Loust 1703.
V
234 MERCURE
ainfi on peut juger de la
perte des ennemis puifqu'elle
a efté grande , non
feulement lors qu'ils ont
commencé à tourner le dos
pour prendre la fuite ; mais
auffi pendant le Combat , où
nos foldats fe fouvenant de
l'inhumanité des Partis Alle .
mans , lors qu'ils ont quelque
avantage , ne firent quartier
à perfonne nos Officiers ,
dont la valeur fervoit d'e
xemple aux Soldats , fe laiſſe.
rent toucher fans fe laiffer
vaincre , & donnerent quar
tier à plufieurs Officiers des
GALANT 235
Allemans, qui avoüerent hautement
, qu'ils ne s'étoient
jamais trouvez dans une ocz
cafion où ils euffent vû combatre
des Troupes avec plus
de valeur que les nôtres ont
fait dans cette action , aprés
laquelle Mr de Legal donna
leur Camp au pillage , & y
fit mettre le feu , il y reftoit
encore quelque bagage : Mr
le Comte de la Tour qui
avoit donné ordre qu'il paffaft
le Danube , dés qu'il
cût apperceu nos Troupes ,
n'ayant pû le faire paffer entierement
; ce Comte eftoit
Vij
236 MERCURE
dans les Troupes de Mr de
Baviere , & a pris le party
de l'Empereur au commencement
de cette guerre. Le
nombre des Etendars pris
s'eft trouvé plus grand que
l'on n'avoit crû d'abord , &
l'on en a envoyé onze à Munick
, ce qui marque que la
Cavalerie ennemie a efté mal
menée , ce qui chagrine beau .
coup les Cuiraffers de l'Em .
pereur qui ont eſté batus &
obligez de fuir , quoy qu'ils
fuffent fuperieurs en nombre.
Mr le Comte de la Tour fut
fait prisonnier par quelques
GALANT 237
Cavaliers ; mais comme ils
eftoient en petit nombre , il
fut repris par un plus gros
corps de Cavalerie .
Les ennemis , ou plutoft
leurs Partiſans ont écrit d'abord
à leur ordinaire que l'a
vantage leur étoit demeuré ;
mais ils ont ceffé de tenir ce
langage lors qu'ils ont confideré
que plufieurs de leurs
Escadrons s'étoient jettez
dans le Danube qu'ils
avoient repaffé leur pont ,
qu'aprés s'eftre fauvez dans
Munderkingen ; ils avoient
fait lever le Pont levis après
238 MERCURE
eux , & que Mr de Legal
eftoit demeuré Maistre de
leur Camp , & y avoit fait
mettre le feu , ces faits étoient
trop forts & trop convaincans
, & rien ne pouvoit leur
donner de priſe pour rendre
équivoque une victoire qui
avoit entierement tourné de
noſtre coſté : voicy le fuite
du Journal de Flandres qui
eft au commencement de
cette Lettre , il commence
au 27 Juillet , & finit au 8 .
Aoult & cette luite commence
au 9. Aouft , & finit au
17.
GALANT 239
Du Camp de Wafictſch ce
17. Aouſt 1703 .
Nous eûmes nouvelle lorsque
nous eftions à l'Abbaye de Heyl .
fem que les Ennemis n'estoient
pas fi avance que l'on avoit dis
d'abord , mais qu'ils campoient
à Haffelt. Le lendemain " nous
voulûmesfejourner croyant qu'ils
en feroient autant ; mais fur les
cinq heures du foir nous décampâmes
ayant eu avis qu'ils
avoient marché , que leur droite
eftoit à Tongres & leur gauche
à Borkloën Nous allâmes camper
à la Baronie de Fauche fur la
240 MERCURE
9.
Gethit où eftoit le Quartier des
Generaux & celuy du Roy à
Jandreing. Nous fommes demen .
rez dans ce Camp depuis le
de ce mois jufqu'au 14. Les Ens
nemis décamperent le 13 .
avoient leur droite à Borckourm ,
leur gauche au Moulin de Tro
gny qu'ils avoient devant leur
Camp , s'étendoient même
jufqu'à Berlo , leur quartier
general eftoit à Obesheer. Le 14.
nous décampâmes pour venir
dans ce Camp , nous avons
l'Abbaye de Boniffà nôtre droite
& le Quartier du Roy à Wafict.
fch , le même jour les Ennemis
GALANT 241
ن م ن ا و ل
mis allerent à Saint
Servaifo.
valen où nous avons campe ;
c'eftoit le quartier de Mr d'Over.
keirk & le centre de l'Armée
celuy du Mylord eftoit à Veria
ily avoit
quatre Bataillons
à Belem, & le reste àl'Abbaye de
Lems les Beguines. Les Ennemis
inveſtirent hier 15. de ce
mois la Ville d'Huy ; c'eft Mr
Milon qui y commande , & qui
deffendoit l'année paffée la Chartreufe
de Liege. Mr le Comte de
Lile , Lieutenant General de Mr
L'Electeur de Cologne , s'eft jesté
dans le Fort de S. Georges , avec
deux cent Maiftres. La Garaifon
Aouft 1703. X
242 MERCURE
de la ville monte à mille on dous
Zecens hommes , en comptant celle
de ce petit Fort. Il promer de fe
bien deffendre. Par le Courier
qu'ila envoyé hier à Mr leMaréchal
, il luy mande qu'il croit
que ce fera ledernier qu'il pourra
luy envoyer. Il avoit confu fa
Lettre dans le col de fa chemife ;
enforte que les Hollandois l'ont
bien battu , nepouvant rien trou.
ver.
L'Armée du Prince Tferclas
Tilly eft forte de quinze mille
hommes , & eftoit campée ce ma.
tin à Emptine , au delàde la Mebaigne;
elle a vingt- trois pieces de
GALANT 243
Ganon : Elle eft partie aujourd'huy
pour la baße Flandre , fur
ce que la Magiftrature d'Anvers
a envoyé un Exprés à Mr le
Maréchal de Villeroy , pour luy
dire qu'elle fçavoit pofitivement
que tous les mouvemens que faifoient
les Ennemis n'estoient que
dans le deffein d'avoir leur Ville :
En effet , ils ont détaché par leur
derriere quinze mille hommes
fans qu'onfache où ils font allez:
c'est apparemment le détachement
dont on a voulu parler pour Limbourg.
L'on a [çu que les Enne
mis avoient mis des Gardes à leur
Camp, pour empêcher qu'on ne
X ij
244 MERCURE
connut , & qu'on ne fut cë
détachement , afin qu'on ne dé.
couvrit point leur deßein.
L'on' continue de dire que le
Gouverneur de Dieft eftoit d'intelligence
, au lieu de celuy de Leucomme
on avoit dit cy- de
ve ,
vant la même choſe.
Les Ennemis ont foixante
pieces de Canon , leur gauche eft
à Vignamont , & leur droite à
Feamal
Nous eftions campez fur trois
lignes nous ne sommes plus
que fur deux . Jefuis , &c .
Le Roy a nommé à l'ArGALANT
245
chevêché de Narbonne , Mr
l'Archevéque d'Alby . Cet
Archevêque a eflé Evêque
de Lavaur , enfuite Archevêque
d'Aix , d'où il fut , tiré
pour eftre mis fur le Siege
d'Alby , & d'où enfin il a elté
élevé fur celuy de Narbonne ,
qui eft un des premiers da
Royaume , puifque l'Arche .
vêque eft Prefident né des
Etats du Languedoc. Cet Archevêque
eft de la Maifon
des le Goux , qui fort d'Angleterre
& vint habiter en
Bretagne lors de l'invafion
des Saxons , & de Bretagne
X iij
246 MERCURE
en Languedoc . La bran
che des le Goux de la Berchere
d'où fort le Prelat
;
dont je vous parle eft origi
naire de Flandres. Elle y
eftoit connue dés le commencement
du 17. Siecle , &
lorfque Jean le Goux fieur de
Taumiray y fuivit Philippes
le Hardy Duc de Bourgogne
qui y épousa l'heritiere de
Flandres . Ce n'eftoit pas une
Terre nouvelle pour le fieur
de Taumiray , puis qu'Artus
fon bifayeul avoit fait une
groffe figure fous les Comtes
de Flandres. Jean Baptifte le
*
GALANT 247
Goux , fieur de la Berchere,
Premier Prefident au Parlement
de Bourgogne , enterré
dans l'Eglife des Cordeliers
de Dijon , fous un magnifi
que Maufolée , épouſaden
1592. Marguerite Bruflart fille
de Meffire Denis Bruflart ,
Marquis de la Borde , auffi
Premier President de ce Par
lement , dont il eut Pierre
qui effuya de grandes tempê
tes , dont il fortit toûjours à
fon honneur , & qui mourur
Premier Prefident du Parle
ment de Grenoble le 29. de
Novembre de l'an 1653. il eft
↓
X iiij
248 MERCURE
enterréà Grenoble. Jean Bap
tifte le Goux eut pour ſecond
fils Denis le Goux de la Berchere
, Marquis de Santenay,
Confeiller d'Etat , Maiftre
des Requeſtes , & Premier
Prefident au Parlement de
Dauphiné , aprés la mort de
fon frere , auquel il fucceda .
Il épousa en 1527. Louiſe Joly
fille d'Antoine , Baron de
Blaify & d'Efcutigny, qui l'allia
avec toutes les meilleures
Familles de ce Parlement ,
fçavoir les Maleteftes , les
Mongeys , les Berbizy , les
Bouhiers , & grand nombre
GALANT
249
d'autres. Il eut de cette al
liance Jean Baptifte le Goux
de la Berchere , Marquis d'Inteville
, Baron de Thoify ;
Maistre des Requeſtes qui a
paffé par les Intendances &
qui époufa en 1675. Antoinet?
te le Févre d'Aubonne , dont
il a une belle pofterité. Il eut
encor de Loüife Joly , Char
les le Goux de la Berchere ,
Baron de Pouilly , Docteur
de Sorbonne , cy devant Au
mônier du Roy , qui fut facré
Evêque de Lavaur le 17. Avril
1678. & qui vient d'eftre noms
mé Archevêque de Narbon
250 MERCURE
ne. Ce Prelat eft encore plus
illuftre par fa doctrine & par
fon merite , que par fa dignité
, il a toûjours efté l'orne.
ment de l'Eglife Gallicane ,
& on fçait de quelle maniere
il a paru dans les Aflemblées
du Clergé. Denis le Goux ,
fon pere , eut plufieurs filles .
Il eut Catherine le Goux ;
mariée en 1650. à Joachim ,
Comte d'Efteing d'où eft ve
nu Mr le Comte d'Efteing
qui fert en Italie , & qui a
époulé Dame N ... de Vau .
becourt , & Mr l'Abbé d'Efteing
, Louife Charlotte le
GALANT 251
Goux mariée en 1677. avec
Jean François le Coq , Mar
quis de Goupilleres , Confeil
ler au Parlement de Paris.
On fçait l'ancienneté
& l'ilg
luftration de la Maiſon , des
le Coq , & enfin Anne le
Coq fût mariée en 1663. à
Emanuel de Pellevé , Marg
quis de Boury tué en 1671,
au paffage du Rhin à Tholuis;
Marie & Marguerite Carme
lites à Dijon. Meffire N .::
le Goux oncle de Mr l'Archevêque
de Narbonne eftoit
Abbé de Saint Sulpice , Or
dre de Citeaux en Bugey
252 MERCURE
auquel a fuccedé Mr de Montholon
, frere du feu premier
Prefident de Rouen ; c'eft fur
le nom de cette Abbaye
qu'on s'eftoit trompé .
Mr l'Abbé de Verrot a eu
mille francs de penfion fur
l'Archevêché de Narbonne.
Il eft de l'Academie des Inf.
criptions & des Medailles ,
& il joint à une grande con-
' noiffance des belles Lettres
toutes les qualitez qui font
T'honnefte homme . Nous
avons de luy la Conjuration de
Portugal , & les Revolutions de
Suede. Ces deux ouvrages ont
GALANT 253
efté fort approuvez , & font
concevoir une haute idée de
ceux qu'on efpere qu'il donnera
bien roft au Public,
Mr l'Evêque de Montauban
a efté nommé à l'Arche
véché d'Alby . Ce Prelat eft
de la Maifon de Nelmond
fi illuftre dans la Robe , &
qui a produit de grands per .
fonnages dans l'Epée. Cette
Maiſon eft originaire de
Guyenne , où elle eft alliée'
ainfi qu'à Paris à tout ce qu'il
y a de plus confiderable. On
fçait que Mrs de Nelmond
avoient une alliance fort
254 MERCURE
grande avec Mr le Chancelier
Boucherat
, & on ne pou
voit luy toucher de plus prés.
Mr l'Archevêque d'Alby cft
neveu de Mr l'Evêque de
Bayeux , il a de grands talens
& fur tout celuy de la parole
que perfonne n'eut jamais
dans un plus haut degré que
luy. Il a fait des difcours dans
des occafions d'éclat qui luy
ont attiré l'admiration univerfelle.
Celuy qu'il fit au feu
Roy Jacques II. à Saint Germain
, lors de l'Affemblée
que l'on y tint il y a quelques
années , fut admiré de tout
GALANT 255
ce qu'il y a de Gonnoiffeurs
en France.
Alby eft fur le Tarn , les
Latins la nomment Albia.
Cet Evêché eftoit Suffragant
de Bourges. Prolomée & la
notice de l'Empire en parlent.
Son Eglife Cathedrale eftfous
le nom de Sainte Cecile.
L'Archevêque eft Seigneur
temporel de la Ville . Les
plus illuftres Prelats de cette
Eglife font , Bernard de Caf
tanet , Bertrand de Bardis ,
Guillaume Curti , Guillain de
Montefquieu , Jean Offray ,
& deux Louis d'Amboife.
256 MERCUR
L'Evêché
d'Alby étant un des
plus riches du Royaume
, il
a efté erigé en Archevêché
par Innocent
XI. à l'inftance
de Sa Majesté
aujourdhuy
regnante
, qui nomma pour
premier Archevêque
Meffire
Hiacinthe Serroni , Gentil
homme Romain , auparavant
Evêque d'Orange , & enfuite
de Mende. C'eft d'Alby que
le nom d'Albigeois fut donné
aux Vaudois , dont l'opi .
niâtreté fit répandre tant de
fang dans le treizième ficcle ,
& aufquels Saint Bernard
fit une fi grande guerre pár
GALANT 257
fa plume & par fon éloquence.
On celebra en 1.76 . un
Concile à Alby , contre les
Albigeois où Gerard Evêque
de cette Ville s'y trouva
S. M. eftant tres fatisfaite
de la conduire de Mr l'Evê .
que de Tulles vient de luy
donner fix mille livres de
penfion fur l'Archevêché
d'Alby , le revenu de Tulles
n'erant pas fort confidera.
ble. Il n'eft point d'Eloge
dont ce Prelat ne fe rende
digne par la maniere dont il
vic , il a fait faire des retrai
tes (pirituelles aux habitans
Aouft 1703
.
258 MERCURE
de la Ville en arrivant dans
fon Dioceſe ; il a donné le
même ſecours à ceux de la
petite Ville de Roc- amadour,
fi celebre par la pieté , que
les Fidelles y ont pour la
Sainte Vierge , & qui eft une
Abbaye unie à l'Evêché de
Tulles ; il a accordé la mê
me grace à ceux de Deyrac,
à cauſe que leur Prieuré fait
encore partie du revenu de
fa menfe Epifcopale.Le Clergé
, la Nobleffe & le Peuple
de fon Dioceſe l'eftiment ,
le refpectent , & l'aiment infiniment
, ils difent que le
GALANT 259
Roy leur a donné le Paſteur
& l'Evêque qu'il leur falloit.
Je vous ay parlé de fa famille
dans mes Lettres precedentes
: elle eſt une des plus
nobles du Limoufin , dont
Mr le Marquis de Saint Aulaire-
Beaupoil eft Lieutenant
General pour le Roy fous Mr
le Comte d'Auvergne qui eft
Gouverneur de la Province .
Le Siége de Montauban ,
'étant vaquant par l'élevation
de Mr l'Evêque de Montau
ban fur le Siége d'Alby , Mr
l'Abbé de Vaubecourt Au
mônier de S. M. a eſté noms
Y ij
260 MERCURE
mé à l'Evêché de Montau→
ban , il eftoit Abbé d'Elnay ,
cet Abbé qui a cfté formé
dans les Ecoles de Sorbonne
, de la Faculté de laquel
le il eft un des plus confi .
derables membres , joint à
une illuftre na flance , à un
merite diftingué , & à une folide
doctrine, une pieré & une
vertu qui le rendent , il y a
long temps , le modele des
vrais Abbez , & qui le rendront
fans contredit celuy
des parfaits Evêques ; il y a
plufieurs années que la voix
du Peuple, qui de tout temps
GALANT 261
a efté celle de Dieu , l'élevoit
à l'Epifcopat , & on fçait
qu'il n'a tenu qu'à luy d être
place fur deux grands Sieges :
mais le Ciel l'avoit deftiné à
conduire le
troupeau de
Montauban
, & il y a lieu
de croire que c'est pour y
confolider
la foy naiflante
des nouveaux
reüsis , dont
ce Dioceſe eft rempli , para
miun Peuple d'une foy chan
celante
peu animée & languiflante
, on doit faire entendre
la voix d'un Pafteur
courageux
, ferme , & zelé ,
qui impoſe par fon autorité
262 MERCURE
autant que par fon exemple
& fa vertu .
Mr l'Abbé de Vaubecourt
eft forti d'une des plus illu
ftres maiſons de Champagne,
& elle eft originaire de Lorraine.
La maiſon de Nettancourt
Hauffonville y a tenu
un rang tres confiderable ,
il y eût un Philippes de Nettancourt
tué à la Bataille de
Bulleigne prés de Neufcha
tel en Lorraine le 2. Juillet de
143¹ . aux côtez de René ,
dit le bon Roy de Naples ,
qui fut pris Prisonnier dans
cette Bataille , & conduit à
l'an
GALANT 263
Dijon , & lequel obtint du
Comte Antoine de Vaude
mont , frere du Duc Charles
dont il avoit époulé la fille ,
le corps du fieur de Nettan
court qu'il fit enterrer dans
la Chartreuse de Dijon. Mr
l'Abbé de Vaubecourt eft
frere de Mr le Comte de
Vaubecourt , Lieutenant ge
neral des Armées du Roy ,
qui a un commandement
confiderable en Italie , & de
Madame la Comteffe d'Efteing
, dont l'Epoux eft neveu
de Mr l'Archevêque de Narbonne
, ils avoient encor un
264 MERCURE
frere qui eft mort dans le fervice
du Roy , ils font tous
enfans de feu Meffire N ....
de Nettancourt Hauffonville
Comte de Vaubecourt , Lieutenant
general des Armées
du Roy , & Gouverneur de
Perpignan , & de Dame N………
de Guillaume , d'une bonne
& ancienne mailon de la
Robe de Paris : feu Mr le
Comte de Vaubecourt avoit
époulé en premieres ´noces
Dame N le Vergeur de
Saint Soupler , dont il euit
feue Madame la Comteffe se
l'Aubelpin , qui avoit épousé
cn
GALANT 265
en premieres noces Mr le
Marquis de Fors , de l'illuftre
maifon de Pouffart du Vi .
gean , & Madame de Thuifi
Maiftreffe des Requeftes ,
mere de мr de Thuifi Confeiller
au Parlement de Paris ;
qui a epouſe mademoiſelle
de Caumartin : feu мr le
Comte de Vaubecourt , qui
auroit efté Maréchal de Fran
ce s'il avoit vecu plus long.
temps , eftoit fils de feu mef
fire N .... Comte de Vaubecourt
, Chevalier des Ordres
du Roy , qui fit des merveil
les au Siege de Varadin , &
Aoust 1703 .
Ꮓ
266 MERCURE
qui fut dans fon temps la terreur
des Ottomans : les Hiftoriens
ont tant parlé de fa
valeur qu'il est inutile d'en
rien dire à prefent.
Montauban eft fur la Riviere
du Tarn , cette Ville eſt
en Quercy & fon Siege eft
fuffragant de Toulouze ; on
l'appelle en latin Mons Albanus
, Mons Aureolus elle
fur rebatie en 1144. & elle
vint dans le Domaine du
Roy en 1171 Depuis Amaury
Comte de Monfort ceda rous
les droits qu'il avoit fur cette
Ville. En 1317. le Pape Jean
GALANT 267
22. y fonda un Evêché &
Bertrand Dupuy Abbé de
Saint Theodard , quieftoit
un faint Perſonnage en fut le
premier Evêque. La plus
grande partie du Diocéfe eft
dans le Languedoc , ce qui
donne droit aux Evêques
de Montauban de prendre
feance aux Etats de Langue .
doc , & à ceux de Quercy. En
1562. cette Ville fut prife par
les Huguenots dont elle fut
enfuite un des plus forts
Boulevarts , jufqu'en 1629 .
qu'elle fut prife & qu'on en
ruina les fortifications.
Z ij
268 MERCURE
Je dois ajoûter icy que
l'Eglife de Montauban
qui
eft dediée à Saint Theodard ,
fut elevée à la dignité Epifcopale
par le Pape Jean XXII.
qui aimoit les Habitans de
certe Ville a cauſe qu'ils
eftoient voifins de fa chere
Patrie de Cahors , Il confacra
luy même Bertrand Dupuy
premier Evêque de Montau
ban en 1317. Celuy cy a eû
des Succeffeurs
illuftres par
leur merite & par leur naiffance
; voicy le nom des
plus confiderables
.
Guillaume de la Cardalhac .
GALANT 269
Bieülé , & Bertrand fon neveu
, depus 1317 juſqu'en 1360.
Pierre de Taleyran . Chalais
, qui eftoit Abbé de la
Couronne , fut élu en 1368 .
Bertrand Robert de Saint
Geal , neveu du Cardinal
Adhemar , Archevêque de
Sens , en 1380.
Raymond de Bar , Gentilhomme
de Quercy dont la
Famille fubfifte encore , fut
confacré
en 1406 .
Bertrand de la Roche , Favory
de Charles VII . fut pro.
pofé en 1431 .
Aymery de Roque Mau¬
Z iij
270 MERCURE
rel , Abbé de Moiffac , Gen;
tilhomme Auvergnat , dont
la Famille fubfifte encore ;
fucceda à Bertrand de la Roche
fon allié , en 1445.
Jean de Labatut - Montrozier
fut élû en 1449,
Jean de Montalumbert ;
Gentilhomme Poitevin , fat
confacré en 1460.
Georges d'Amboiſe qui fue
depuis ce celebre Miniftre de
France fous Louis XII . fucceda
en 1484 .
Jean d'Auriole - Rouffillon
& Antoine fon neveu , gouvernerent
cette Eglife depuis
GALANT 271
7492. juſqu'en l'année 1519 .
Ils eftoient parens de Pierre
d'Auriole , Sieur de Loyré ,
Chancellier de France & Surintendant
des Finances de
Louis XI.
•
Jean Defprez Montpezar
frere du Maréchal de ce nom ,
fut Evêque depuis 1519. jufqu'en
7539.
Jacques Defprez · Montpezat
fils du Maréchal de
France, & Henry fon neveu ,
gouvernerent cette Eglife de
puis 1557. jufqu'en 1595 .
Anne de Murviel fucceda
à Henry de Montpezat
Ziiij
272 MERCURE
fon coufin , & mourut en 1652%
Doyen du Clergé de Fran
ce.
Les deux Meffieurs de
Berthier , & Mr l'Archevê
que de Toulouſe d'a prefent.
Le Roy a donné l'Abbaye
de Mortemer , vaccante par
la mort de Mr le Cardinal de
Bonzy , à Mr l'Evêque de
Troyes ; ce Prelat ayant fait
de grandes pertes depuis
quelque temps , & beaucoup
contribué au rétabliſſement
de fon Eglife prefque route
détruite par le feu du ciel . Il
a fait de grandes aumônes à
GALANT 273
ceux qui ont reffenti ces ef
fets de la colere du ciel , &
fes charitez ne diſcontinuënt
point pour les Pauvres de Lon
Dioceſe. Mr l'Evêque de
Troyes eft de la Maifon de
Bouthillier de Chavigni , qui
a donné plufieurs Miniftres
à l'Etat , & plufieurs Evêques
à l'Eglife , & qui vient tout
nouvellement de donner un
Saint au ciel .
Le fils de feu Mr Bloüin
premier Valet de Chambre
du Roy , & Gouverneur de
Verſailles , & frere de Mr
Bloüin qui poffede aujour
274 MERCURE
a
d'huy les deux mêmes Char
ges a eefſttéé nommé nommé par le Roy
l'Abbaye d'Aniane , & Sa
Majefté a parlé à cer Abbé
fur cette nomination d'une
maniere qui a dû luy faire
plus de plaifir que le Benefice
dont il l'a pourvû.
Tous ceux de cette famille
qui ont fervi & qui fervent
le Roy , ont montré & font
voir encore tous les jours
tant de zele , d'empreffement
& de fageffe qu'on ne doit
pas s'étonner des graces que
le Roy répand fur eux.
Mr l'Abbé Pomerols Cha
GALANT 275
noine de l'Eglife Royale &
Collegiale de Tarascon , a en
l'Abbaye de la Chartres. Cet
Abbé eft fort eftimé & confideré
de Mr le Nonce extraq
ordinaire , dont il eft Dios
cefain .
Sur l'avis que l'on avoit eu
dans le temps de la promotion
de Noël de la mort de
Mr l'Abbé de Gondon , la
Roy nomma à cette Abbaye,
Mr l'Abbé Broiffard , mais
cet Abbé n'eftant point de
cedé dans le temps qu'on
avoit cru la mort certaine ,
&ayant vêcu juſqu'au temps
276 MERCURE
de la promotion de la Noftre
Dame d'Aouft , le Roy a confirmé
le choix qu'il avoit fait
à Noël , & Mr Broiffart qui
eft Curé de Sainte Foy , dans
le Dioceſe d'Agen , gardera
cette Cure , avec l'Abbaye
de Gondon . La maniere dont
il ufe du bien de l'Eglife luy
en fait fouhaiter par les pau
vres , & par fes Paroiffiens .
Mr l'Abbé Binet , Curé de
la Sainte Chapelle de Paris ,
a eu l'Abbaye de Blafimont.
Mr l'Abbé Binet eft Docteur
de la Maiſon de Sorbonne , il
joint à une grande ſcience
1
GALANT 277
beaucoup de pieté & de ver.
tu ; il eft fort eftimé dans la
Chapitre de la Sainte Chapelle
, & l'eftime ſeule qu'en
fait Mr le Premier Prefident ;
dont il a l'honneur d'eftre le
Directeur & le Paſteur , pour
roit faire tout fon éloge. Il
fuccede à un homme d'une
grande vertu.
Le Roy a donné l'Abbaye
de Saint Thibery à Dom de
Paris ; le choix de Sa Majefte
a répandu une joye univerfelle
parmy fes Confreres qui
ont pour luy une tres . forte
eftime & une parfaite confi.
278 MERCURA
deration qu'il foutient de fon
côté par une vafte érudition
& par une fincere pieté. Je
ne dis rien que la voix publique
n'ait déja dit.
L'Abbaye du Saint Sepulchre
a efté donnée à Dom
d'Ambrine ; cette Abbaye
compte parmi fes Abbez d'il ·
luftres Perſonnages . On juge
affez par la reputation de ce
nouvel Abbé , qu'il foutien.
dra parfaitement celle de fes
Devanciers : Il a beaucoup
d'étude & beaucoup de cette
humilité qui eft le fondement
de toutes les vertus chr. f.
tiennes.
GALANT 279
Le Roy a donné l'Abbaye
'de Noftre Dame de faint De.
fir de Lifieux à la Dame de
Culant : Il n'y avoit que ce
choix qui pût confoler cette
Commuuauté de la perte
qu'elle a faite de fon illuftre
Abbeffe , qui joignoit à de
vives lumieres pour le gouvernement
d'une Com .
pagnie Religieuſe , une pieté
folide . Madame de Culant
eft d'une des meilleures Maifons
du Royaume . On fçait
le rang qu'un Chevalier de
Culant a eu dans l'Ordre de
Malthe. Cette Dame eft pa
·
280 MERCURE
rente de Mr l'Eveque de Belley
, qui avoit pris auprés de
luy pendant quelques années
M' l'Abbé de Culant qu'il
avoit employe dans fon Diocéfe
& qui mourut à Belley.
La Prevôté de Chambon
a eſté donnée à Dom Do.
mergue : Si le peu d'empreffement
pour les dignitez Ec .
clefiaftiques en rend tresdigne
, on peut affurer que
perfonne ne les merite mieux
que Dom Domergue , qui a
toujours vêcu fans ambition
& dans la pratique d'une
Philofophic chrêtienne . De
GALANT 281
tels Sujets ne peuvent man
quer de reüffir dans l'Eglife ,
& on ne peut trop loüer le
zele du Roy qui découvre ſi
bien le vray merite.
L'Abbaye de Leau , ou
Mrle Duc d'Orleans a droit
de prefenter , a efté donnée
à la Dame de Rouvroy. Ce
nom feul porte avec luy fon
éloge ; certe Maiſon a pro
duit de grands Sujets dans
l'Epée & dans la Robe , & :
les filles même qui en font
forties fe font prefques toutes
diftinguées par quelques
verrus particulieres . Madame
Aouſt 1703.0
A a
1
282 MERCUKE
de Rouvroy eft fort eftimée
dans fa Communauté
, elle
y a acquis une reputation folij
de , & que fes vertus & l'exercice
conftant & fidele de toutes
les pratiques de la Regle
luy ont attiré , ce qui fans
doute luy a fait meriter le
choix du Roy.
Rien n'est plus ordinaire
que de donner des Feſtes ,
rien n'est plus rare que d'en
donner d'agreables ; la grande
dépenfe , & le fracas , loin
de leur donner de l'agrément,
les rendent fouvent ennuyeufes
, fur tout lorfque la ma
GALANT 283
gnificence s'y trouve fans
eltre accompagnée d'une certaine
nouveauté ingenieufe
qui frappe & reveille le fpectateur.
La plus grande dépenſe
de ce qui s'appelle
Fefte doit estre en eſprit , &
en invention , & la Fefte la
plus magnifique qui n'a point
toutes ces parties doit eftre
regardée comme une belle
femme qui , bien que reconnuë
pour telle , ne plaît pas
toujours quand elle manque
de ce je ne fçay quoy qui
préte à la beauté des agré
mens qui font plus d'effer
A a ij
284 MERCURE
fur les coeurs que le viagef
le plus regulierement beau:
Ainfi on peut admirer une
belle femme fans en eftre tou
ché , & trouver de la magni↓
ficence dans une Feſte magnifique
fans en avoir efté diverty.
Il parut un Spectacle en
France il y a environ qua •
rante ans , il avoit coûté des
fommes immenfes , & cependant
jamais ennuy ne fut
plus grand que celuy qui
regna dans toute l'affemblée
lorfque ce Spectacle parut
pour la premiere fois , de forte
qu'il en falût retrancher
GALANT 285
plus de la moitié. Ceux qui
ont vû la Fefte de Chafte
nay que je vous envoye , aus
roient efté fâchez que l'on en
eût rien retranché : l'efprit ,
l'invention , & les agreables
furpriſes y brillent par tout ,
& l'on y voit quantité de cho .
fes qui conviennent aux Puiffances
aufquelles la Fefte eft
donnée , ce qui eft effentiel
dans ces fortes de Feftes , &
ce qui cependant s'y trouve
rarement. Quand les Feltes
que l'on donne ne feroient
pas de la grande magnificen
ce à laquelle les Particuliers
286 MERCURE
ne peuvent atteindre , il faut
que tout y foit executé par
les perfonnes qui ont le plus
de réputation dans les Arts
dont ils fe meflent
, & que
le bon goût y tienne lieu
du fracas & de la grande dépente.
Tout cela le trouve
dans la Relation qui fuit de
de la Felte de Chaftenay
,
& qui peut fervir de modele
à tous ceux qui voudront
donner de ces fortes de Fêtes .
Elle commence
fans que
l'on s'en aperçoive , & l'ef•
prit & l'invention y brillent
d'abord , tout y eſt nouveau
,
GALANT 287
tout y furprend , on n'y attend
rien de ce qu'on y voit ,
tous les morceaux en font
choifis , ils font bien execu
tez , la Fefte convient à ceux
à qui elle est donnée , ils y
font loüez avec efprit & fi
neffe , ils y font divertis avec
art & en quelques endroits
par des chofes dont ils ont
eux feuls la clef. Enfin quoiqu'il
y ait dans cette Fefte
dequoy fatisfaire les yeux
& les oreilles , l'efprit y trouz
ve encore plus de quoy fe
contenter , on ne doit pas
s'en étonner puifque cette
288 MERCURE
Feſte a efté donnée , inven
tée , & en partie executée par
Mr de Malezieu : Ce n'eft
pas la premiere qu'il a donnée
, & dont vous aïez pris
plaifir à la lecture : j'ay fouvent
eu occafion de vous
parler de cet homme univer
fel. Quoiqu'il ait beaucoup
d'érudition & qu'il foit
chargé d'affaires qui deman
dent de grands détails , rien
ne l'empêche de penfer galamment
, lorsqu'il eft queftion
de divertir le Prince auquel
il est arraché , & de faire
executer les penſées . Vous
fçavez
GALANT 289
fçavez qu'il eft de l'Acade
mie Françoiſe , & que tous
ceux de ce Corps reüffiffent
dans toutes les chofes dont
il leur plaît de femefler , lors
qu'elles regardent l'efprit .
RELATION
DE LA FESTE
DE CHASTENAY.
Son
On Alteffe Sereniffime Monfieur
le Duc , Madame la Ducheffe
du Maine , & Mademoiselle d'En
guyen , firent l'honneurà Mrde Malezieu
de venir coucher dansfa Maifon
de Chaftenay le 4.
Aouft 1703 .
*
de ce mois
Bb
290 MERCURE
veille de la Fefte du Lieu , dansla
deffein d'y paẞer la journée fuivante.
Monfieur , Madame , & Mlle de
Nevers , Madame la Ducheffe de
Laufun, Madame la Ducheffe de
Roban , Mlle de Rohan , Me de Barbezieux
, Mela Marquife d'Antin,
Mr& Mede Laffay, Me & Mlle
de Croßy , Me la Marquise de
Bouzolles , Me la Comteffe de
Chambonas , Mr le Prefident de
Mefmes , & plufieurs autres perfonnes
diftinguées par leur naiffance
& par leur merite , qui estoient
venues à Sceaux faire leurCour aux
Princes , fuivirent leurs Alteffes
Sereniffimes à Chaftenay, & aprésy
avoirfoupèrevinrent coucher à Seaux
parce que la petite Maifon de Chaftenay
ne pouvoit , à beaucoup prés
fournir des logemens fuffifans à une
#2
GALANT 291
Compagnie fi illuftre & fi nombreu
fe. La matinée du Dimanche fut
donnée toute entiere à une ceremonie
de piete. Mr l'Abbé de Malezien
chanta fa premiere Meffe dans PEglife
Paroiliale de Chaftenay , Leurs
A.S.y voulurent afifler , & la Com
pagnie, qui avoit couché à Sceaux ,
eut la même devotion . Mr Mathaut
, Ordinaire de la Mufique du
Roy, donna pendant l'Offertoire un
Motet de fa compofition , qui fut
trouve excellent , & parfaitement
bien executé , aui avoit-il eu foin
de choisir dans la Mufique du Roy
des voix & des inftrumens capables
de feconder dans la derniere perfection
les intentions du Compofiteur.
Au retour de la Meffe , Madame
la Ducheffe du Maine donna un
diner magnifique , après lequel toute
Bb ij
292 MERCURE
la Compagnie paẞa dans une galle
rie , qui fait partie d'un appartement
fort propre , dont Son Alteße,
Sereniffime a bien voulu orner la
maifon de Mr de Malezieu , à qui ,
S. A. S. Monfieur le Duc du Maine
a donné depuis quelques années
la Seigneurie du lieu. Ces particu
Laritez , que la reconnoiffance de
Mr de Malezien , a rendu publi
ques , autant qu'il eft en fon pouvoir
, pourroient eftre ignorées de
plufieurs perfonnes ; & font cepen.
dant neceffaires , pour mieux comprendre
l'intention du divertiffement
qu'il donna fur le foir à leurs Alteffes
Sereniffimes . La Compagnie
s'occupa à differens jeux , jufques
fur les huit heures du foir Alors
Mr l'Abbé Geneft , l'intime Amy
de Mr de Malezieu , & qui a biew
GALANT 293
>
voulu l'aider àfaire les honneurs de
fa maifon, entra dans la gallerie, &
vint direfortferieuſement à Madame
la Ducheffe du Maine, qu'un Opefateur
eftoit dans la cour avec
toute fa Troupe , qu'il avoit appris
, en paffant au Bourg- la-
Reine , que leurs Alteffes Šereniffimes
eftoient à Chaftenay
& qu'il venoit leur offrir un
plat de fon meftier . La Princeffe
ayant ordonné qu'il entraft ,
l'on vit auffitoft paroiftre un homme
dans un équipage fort extraordinaire
: mais malgré la coëffure bizarre
, &fa longue barbe de crin , on
reconnut bientoft que c'eftoit Mr de
Malezieu, qui prononçoitfortgravement
la harangue burlesque que voi ..
cy , ou du moins àpeu près ; car aßurément
elle nefut pas fort meditée...
Bb iij
294 MERCURE
Monfeigneur , Madame , Mas
demoiſelle , Mademoifelle , Madame
, Monfeigneur , ou , Monfeigneur
, Mademoiſelle , Madames
car il n'importe gueres que
Dame foit devant , ou qu'elle
foit derriere. Vous voyez paroiftre
devant vous , l'ame
d'Hippocrate , la quinteffence
d'Efculape , le Phoenix des Operateurs
, aprés avoir fait tonner
ma reputation dans les quatre
parties du monde , & bien loin
par delà ; je viens liberalement
vous faire part des fecrets incomparables
que je dois à mon
experience & à mes longs travaux.
J'appris avanthier à Novogrode
Kveliki , l'une des Capitales
de Mofcovie , où j'eftois
allé remettre la tefte à un Grand
GALANT 295
du Pays , décapité depuis quatre
années par ordre du Kzar ;
que vous deviez vous trouver
aujourd'huy à Chaftenay , & y
prendre quelques amuſemen's
dans la maifon du Seigneur du
lieu , mon ancien Amy ; & je fuis
venu avec affez de diligence ,
comme vous voyez , pour l'aider
à faire les honneurs de fa maifon.
Je voy bien que vous avez
quelque peine à comprendre
comment j'ay fait fept cens
lieuës en moins de deux jours ;
& comment j'ay pû fçavoir la
partie que vous aviez faite ;
mais un peu de patience , voftre
furpriſe ceffera , quand vous au
rez vu une partie des merveilles
qui font renfermées dans ma
caffette. N'allez pas vous ima-
Bb iiij
296 MERCURE
giner que je fois de ces Opera
teurs de Bibus , qui peuvent tout
au plus guerir quelques paraly
fies , quelques apoplexies , quelques
peftes . Non , non , je ne
m'amufe pas à ces bagatelles ' ;
& je ne veux pas auffi vous rompre
la tefte du nombre infini
d'hydropiques , de paralitiques ,
d'apoplectiques , d'icteriques ,
de melancoliques , de phreneti.
ques , de phryfiques , de pulmoniques
, d'epileptiques , de cachectiques,
de diffenteriques , de
fcorbutiques , & en un mot de
tous les malades en iques que
j'ay gueri . Je veux étaler de
plus rares merveilles , aux yeux
de perfonnes auffi merveilleu-
Les que vous . Allons , ma Caffette,
yîte , ma Caffette , PANGALANT
297
TOMINAS PANTOMIMAS.
A cette belle femonce parut un
Arlequin , portant une boëte remplie
de plufieurs bouteilles , avec des écriteaux.
C'eftoit Mr de Dampierre ,,
l'un des Gentilhommes de Mrle Duc
du Maine , qui joint à toutes les
qualiter effentielles de l'homme de
condition , plufieurs talens propres à
occuper agreablement une compagnie .
Ilfçait tres bien la Mufique , iljouë
de la Flute d'Allemagne , & du
Violon : ilfonne du Cordans la derniere
perfection , &aprés les grands
Maistres , perfonne ne touche mieux
la Viole. L'Operateur avertit la
Compagnie que cet Arlequin eftoit
unjeune Chinois , qui nefçavoitpas
un mot de François , & qu'ainfi
l'on ne devoit pas eftre furpris s'ils
parloient entr'eux une langue exà
298 MERCURE
traordinaire. En effet , l'Operateur
& l'Arlequin lierent d'abord une
converfation qui confiftoit en grimaces
, en fifflemens , & en mots barbares
terminez en XIN , XU , XA ,
l'effet en eftplus aifé à imaginer qu'à
décrire. L'Operateur demanda en
ce beau langage une bouteille à fon
Arlequin , qui la luy prefenta avec
des ceremonies dignes de la gravité
dufujet, Cette bouteille avoit pour
écriteau , EAU GENERAL E.
Que penfez - vous , dit alors l'Operateur
en s'adreßant à Monfieur
Le Duc que pensez - vous que
renferme cette bouteille ? Vous
croyez peut- eftre que c'est un
compofé de méchante eau de
vie & de quelques Plantes
vulneraires , comme l'Eau
gcnerale
u e debitent vos Apoti
GALANT
caires . Hô , vrament vous
eftes pas . Je la nomme Eau ge
nerale , parce que l'ufage de
cette cau miraculeufe forme en
tres peu de temps des Generaux
d Armée . Je veux bien ,
Monfeigneur , vous en confier
le fecret. C'eſt un extrait de la
cervelle de Cefar , du flegme
de Fabius , du foulphre d'Alexandre
❤
& de l'Ame du
Grand Condé ; prenez en ce
foir un bon verre à la fin du
repas , & qu'on vous donne demain
une Armée à commander
, je veux eftre pendu en
Gréve , fi vous n'égalez vôtre
Grand Pere Après avoir prefenté
cette bouteille à Monfieur le Duc,
P'Operateur recommença fon bean
jargon avec l'Arlequin qui lug
300 MERCURE
prefenta une feconde bouteille avec
les mêmesceremonies . Elle avoit pour
Ecriteau, ESPRIT UNIVERSEL .
Madame , dit l'Operateur , en
s'adreffant à Madame la Ducheffe
du Maine Il n'eft pas icy queftion
de cet Efprit univerfeltant
recherché par Vanhelmont &
les autres Chymifles ; je vous
ay déja dit que je ne m'arreftois
pas à ces puerilitez , ma bouteille
renferme un Trefor ineftimable
: C'eft un admirable
compofé de penetration d'ef
prit , de fineffe , de difcernement
, d'un goût exquis , d'une
étendue immenfe pour tout ce
qu'il y a de plus fublime , de
fineffe de converfation , d'un
tour admirable pour s'énoncer
avec précision d'un enjoûGALANT
301
ment , & d'un badinage qui fçait
répandre la politeffe & lagre .
ment , jufques dans les Rebus ,
d'une vivacité furprenante toujours
accompagnée de jufteſſe :
en un mot , c'eft veritablement
l'Efprit univerfel . Je fçais que
vous pouvez tres bien vous
paffer de ma bouteille , vous
poffedez naturellement toutes
les merveilles qu'elle renferme ;
mais ne laiffez pas de l'accepter
pour en faire part à quelquesunes
de vos amies , qui font bien
éloignées de vous reffembler .
Le baragoüin Chinois recommença
incontinent après , & Arlequin
prefenta une troifiéme bouteille à
Jon Maitre : C'est ma poudre
de Sympatie , s'écria l'Opérateur;
Mademoiſelle , continuat- il en
s'adreffant à Mademoiſell d'En302
MERCURE
guyen, Ne croïez pas , s'il vous
plaît que ce foiticy une poudre
de Sympathie ordinaire , compofée
de vitriol calciné, voila de
belles fadaifes ; ma poudre eft
un compofé merveilleux , d'une
humeur toûjours égale , d'une
affabilité qui fçait gagner tous
les coeurs , d'une complaifance
naturelle , qui fans compromettre
la dignité de la perfonne
, fait qu'elle entre agreablement
dans tout ce qui peut obliger
les autres . D'une grace infufe
jufque dans les moindres
paroles , & d'une attention continuelle
à faire toûjours précifement
ce qu'il y a de plus
raifonnable Voila , Mademoifelle
, la veritable poudre de
Sympathie. Je fçay que perfonne
dans le monde n'en a moins
GALANT 303
$
2
befoin que vous ; & que ma
poudre ne peut aller plus loin
que vostre heureux naturel .
Agréez cependant le preſent
que je vous fais pour vous en
fervir dans l'occafion fur les
autres , fi jamais l'envie vous
prend de voir quelque perfon.
ne qui vous reffemble. La quatriéme
bouteille parut enfuite , elle
eftoit intitulée , ESSENCE DES
ELUS la plaifanterie dont il eft
question ne peut eftre expliquée ;
elle fe renferme entre quelques
perfonnes qui en ont l'intelligence ,
& les autres trouveront bon qu'on
ne s'explique pas plus clairement.
C'eft une liqueur, dit l'Operateur ,
qui guerit toutes les maladies
de la peau, entre autres la galle
la plus inveterée : J'en fis der304
MERCURE
nierement l'experience
fur deux
Elûs dont elle a tiré fon nom .
Un troifiéme fut incredule &
ne voulut point eftre gueri ;
mais je fçauray bien le trouver
& le guerir malgré luy . Après
cela parut la cinquième bouteille
dont l'écriteau eftoit , SIROP VIOLAT.
Vous croïez peut - eſtre ,
dit l'Operateur , que c'est pour
adoucir la poitrine ; vous n'y
eftes pas : Son nom & ſes effets
font bien plus mifterieux.
Je l'appelle SIROP VIOLAT ,
parce que dés que j'en ay verfé
une goutte dans la main de qui
que ce foit , il devient fur le
champ auffi excellent pour la
Violle
Marets & Forcroy .
En voulez vous voir l'experience
fur mon Arlequin , je puis
que
GALANT 305
vous affurer en homme d'honneur
qu'il n'a jamais vu cet
inftrument ny à la Chine ny
depuis qu'il en eft forti. L'Operateur
en difant ces mots prefenta
la Violle à Arlequin , qui s'enfuit
enfaifant mille grimaces & en marmottant
fon Chinois ; mais fon
Maistre luy ayant verfe du Sirop
dans la main , il parut à l'inftant
un autre homme , & joua une des
plus belles & des plus difficiles pieces
de Marets . Un moment aprés
l'Operateur demanda la fixiéme
bouteille : elle avoit pour titre ,
PILLULES FISTULAIRES .
N'allez pas vous perfuader , dit
L'Operateur , que ce foit pour
guerir des fiftules . Voila une
plaifante cure . Je les nomme
FISTULAIRES , à caufe defiftu-
Aoust 1703. Cc
306 MERCURE
la , qui fignifieflute . Vous allez
voir la merveille qu'elles operent.
J'en vais mettre une dans
la bouche de mon Arlequins
dés qu'elle aura touché fès levres
, il jouera de la flûte comme
Pan ou Defcofteaux , & cependant
je vous protefte en homme
de bien , qu'il ne connoif.
foit pas plus la Flûte qu'il connoiffoit
la Violle quand je l'ay
frotté de mon effence . Arlequin
s'enfuit quand fon Maistre luy prefenta
la Pillulle , mais aprés avoir
bien gambadé & bien marmotté , il
confentit à en avaller une , & dans
le moment joua fur la flute d'Allemagne
un Prelude qui ravit la
Compagnie. Vous croyez peuteftre
, continua l'Operateur , que
je vous en impofe , & qu'Arlequin
fçavoit jouer des inftru
GALANT 307
mens ; il faut vous convaincre
tout à fait . Qu'on me faffe venir
quelques - uns de ces Payfans
qui font là bas Alors on amena en
effet deux Payfans qui fe deffendirent
longtemps contre le Sirop violat &
les Pillullesfiftulaires ; mais l'Operateur
les perfuada. L'un fut frotté
de Sirop violat ; l'autre avala une
Pillule , les fecrets opererent fur le
champ. On entendit des chofes admirablesfur
la Violle &fur la Flûte :
& l'on n'eut pas grandepeine à comprendre
ces miracles , quand on recon.
nut les deux Payfans pour ètre Mrs
Forcroy & Defcofteaux. Enfin l'Operateur
demanda lafeptième bouteil
le. Elle eftoit intitulée ESPRIT DE
CONTREDANSES . Voicy , continua
l'Operateur , l'abregé des
merveilles du monde Preparez-
16638
Cc ij
308 MERCURE
*
vous à la plus grande des furprifes.
La liqueur que vous
voyez a des vertus qu'on ne
pourroit expliquer en un fiecle.
Qu'on me donnella Dame
du monde la plus delicate , la
plus pofée , la plus fedentaire ;
fi elle fe laiffe tomber une feule
goutte de cet efprit vers la region
des reins , vous la verrez
à l'inftant plus agile qu'un lutin
, tantoft s'élancer pendant
la moiffon des Foins fur le haut
d'une meule ; tantoft voltiger
comme un Balon , & danfer la
Furtemberg , la Forlane , le
Piſtolet , l'Amitié , la Chaffe ,
la Derviche , la Siffonne , les
Tricotets , Madame de la Mare ;
( cecy eft comme l'Effence des Elus
c'est une plaifanterie qui ne peut
GALANT 309
eftre entendue que d'un petit nombredegens
qui font aufait . ) C'eſt
avec quelques gouttes de cet
Efprit , ajouta l'Operateur
, que
toute ma Troupe a acquis affez
de legereté pour faire en moins
de deux jours le voyage de Mofcovie.
Mais venons à la preuve.
Qu'on faffe monter icy le plus
groffier Payfan qui foit dans le
Village. Alors parut un Payfan
qui fe fentoit de la Fefte , & qui
pouvoit à peine fe foutenir tant il
avoit bû. Il acheva de vuider une
groffe bouteille , en prefence de la
Compagnie , & tomba enfin tout de
fon longfurlaplace . Tant mieux
dit l'Operateur ; mon remede en :
paroiftra plus admirable . En mé
me temps ilen verfa quelques gouttes
fur les reins de l'Ivrogne & luy en
1
310 MERCURE
frotta la plante des pieds .Jamais effet
nefutplusfubit nyplusfurprenant.
Livrogne fe releva avec une legereté
d'oiseau ; &fit pendant une demie
heure des tours de foupleffe admirables
& des fauts perilleux à faire
trembler les Spectateurs. Tout le
monde avoua que l'Operateur
avoit tenuparole & l'on vit bien
qu'il eftoit feur de fon fait quand
on eut reconnu que l'Ivrogne eftoit
le Sr Allard.
Aprés qu'Allard eût fait cent
tours de fon metier ; ce n'eſt pas
tout , dit l'Operateur , je merite
le nom d'Operateur par plus
d'un endroit , puifque ce n'eſt
pas feulement par les operations
que je fais , mais encore par
les Operas où j'excelle . Il eft
vray que je fuis bien aidé ; j'ay \
GALANT
311
dans ma Troupe un Bonze que
j'ay amené des Indes , & qui
eft un des grands Poëtes du
temps ; j'ay auffi pour la Mufique
un Compofiteur excellent .
Je l'ay ammené avec moy de
Mofcovie où il montre la Mufique
au Fils du Kzar , qui eft
prefentement en Campagne , &
c'eft ce qui luy laiffe le loifir
de venir icy. Je vais dans le
moment vous faire voir de quoi
noftre Troupe eft capable , &
l'on va vous preſenter un petit
Opera qui a pour titre , PHILEMON
ET BAUCIS. C'eft un
Sujet tiré des Metamorphofes :
Jupiter , Junon & Mercure ,
cherchant fur la Terre quelques
veftiges de l'ancienne Innocence
, aprés avoir viſité les
312 MERCURE
Palais des Princes & les grandes
Villes arriverent enfin dans
la Cabane de Philemon & de
Baucis , qui exercerent envers
eux l'hofpitalité fans les connoiftre
, & les traitterent avec
la frugalité que leur permettoit
la mediocrité de leur condition .
Ces grands Dieux touchez de
leur innocence & de la fimplicité
de leurs moeurs , changerent
leur Cabane en un Palais ,
les établirent Preftres de leurs
Divinitez , & leur ordonnerent
de celebrer tous les ans la Vifite
que les Dieux avoient dáigné
leur rendre. Apeine l'Operateur
eût-il ceffe le parler que Mr Matautparu
à la tefte d'une douzaine
des meilleurs Muficiens du Roy ,
Vetus en Preftres & Preftreffes couronnez
GALANT 313
Couronnez de fleurs & ornez de
guirlandes. Mademoiselle des Endlos
& Mr Baftaron qui reprefentoient
Baucis & Philemon chanterent
les paroles fuivantes. Les
Chours , & l'Accompagnement
,
étoient compofez de Mrs Buterne
Vifée , Forcroy, la Fontaine , le
Peintre pere & fils , Desjardins ,
Pieche , Descofteaux, Mademoiselle
le Peintre , &C.
SCENE I.
PHILEMON , BAUCIS
BAUCIS.
mon cher Philemon que mon
ame eft contente
Soust1703.
Dd
314 MERCURE
Je rapelle fans ceffe un chars
mant fouvenir 20bring
Du moment fortuné qui nous
Svit obtenir
Une faveur fi rare & fi confe
tante
.
Les jours les plus fereins , les
Aftres les plus doux-
Ne luifent que pour nous .
PHILEMON , BAUCIS.
Les jours les plus fereins , les
Aftres les plus doux
Ne luifent que pour nous.
BAUCIS
Jupiter & fon Fils , par leur
bonté fupreme ,
Ont vifité les plus fimples mortels
,
Noftre Cabane eftoit en ce
lieu même
Où l'on revere leurs Aurels .
7
GALANT 315
Nous déguifant leur divine
prefence
Ils fe font offerts à nos yeux ;
Des foins remplis d'innocence ,
Un coeur pur & fincere ont
touché ces grands Dieux ,
Et fur nous , tous les jours ils
font tomber des Cieux
De leurs biens l'heureufe
abondance,
De leurs dons l'éclat precieux.
PHILEMON BAUCIS .
Toujours quelque faveur
nouvelle
Prévient nos voeux , honore
noftre zele ...
PHILEMON.
Je croy l'entendre encore cette
puiffante voix
Du Dieu qui lance le Tonnere
Ddij
316 MERCUR
Commander à ces Murs de for
tir de la terre ,
Je voy noftre Cabane obeïr à
fes Loix , blog
Le chaume difparoiftre
pauvre Bergerie
ma
Devient uneample Gallerie :
Une vielle Mazure enfante en
42 un moment
Un magnifique appartement .
Vivez , dirent alors ces Deïtez
propices ,
Vivez heureux
paix ;
vivez en
Soyez nos Preftres deformais;
Offrez nous en ces lieux de
juftes Sacrifices ;
Et vous & vos Enfans, celebrez
à jamais ,
Noftre puiffance & nos beifaits.
GALANT 317
BAUCIS PHILEMON
Celebrons à jamais , celebrons
ial jamais ,
Et leur puiffance & leurs bienfaits.
lionsqub
sk
SCENE II.
PRETRES , PRETRESSES ,
BAUCIS PHILEMON .
PRETRESSES.
Dans nos Vallons
Montagnes
fur
nos
Mille rayons s'élancent des
Cieux ,
Tout refleurit dans nos Campagnes
:
Le vif éclat qui brille dans ces
lieux ,
D diij
318 MERCURE
Semble annoncer la prefence
des Dieux.
PHILEMON.
Voicy le jour de noftre grande
Fefte , b
Voicy le jour pompeux & for
cuné
Au Sacrifice deſtiné .
Miniftres de ces Dieux, venez
tous qu'on s'apprête,
Voicy le jour de cette grande
Fefte ,
Où nous celebrons tous les ans;
La gloire & les bontez de ces
Dieux bien-faifans.
PRETRES ET PRETRESSES .
Trian
Toujours à nos voeux favorable
Grand, Dieu reçois l'encens,
Que t'offre un zele veritable
GALANT 319
Toujours à nos voeux favorable
Grand Dieu reçois l'encens
Que t'offre un zele veritable,
Que t'offrent des cours innocens
.
0
Détourne loin de nouston courroux
redoutable , sandi
Grand Dieu reçois l'encens
Que t'offrent des coeurs innocensioonpiden
1: 200
Celle qui regne duffi fur ces
voûtes brillantes ,
A l'envi de fon Epoux ,
Se plaift à répandre fur nous
Mille faveurs charmantes.
Par elle quelquefois ces lieux
font habitez :invoim
Je fens à fon afpect tous mes fens
enchantezi arcASTA AUT
Dd iiij
320 MERCURE
·
Toûjours à mon eſprit ſes bontez
font prefentes hypo
Chantez Junon i mes Com-
Po pagnes chantez , 7915 A
Chantez fa gloire & les bontez.
llim & alljen merdon &
PRESTRES , PRESTRESSES .
O , fouverain des Dieux , ôl fuprême
Deefferson
Deeſſe
Que le noeud qui vous joint fe
refferre toûjours.
Que l'Olimpe avec nous marque
fon allegreffe :
Que les Graces , que les Amours
Redoublent tous les jours
Voſtre vive tendreflecto
Et recevez toujours fur ces mê.
mes Autels
Les voeux que nous offrons
vos noms immortels ,
GALANT 327
POGRAND CHOEUR
Lieux fortunez , témoins de leur
mo magnificence }
Retentiffez , répondez à nos
-voix szily & sumago 38
Repetez mille & mille fois
Nos voeux , noftre recouuoifalfance
Lesbrists veel ',
Reperez mille & mille fois
Nos voeux , noftre reconnoiffance
spolbert SENDO"
Retentiffez , répondez à nos
voix . opis z
Aast ond Jubrid eni
Il n'y eut pas deux avis fur la
-compofition & fur l'exécution dela
-Mufique & tout le monde avoua
que Mr Mataut s'eftoit furpaßt
tant pour l'expreffion des paroles &
Pexcellence de la Mufique chantan
te quepar les airs admirables de
322 MERCURE
Violon, dont la Musique chantante
eftoit entremeflée. Aprés ce petit
Opera qui dura environ une heure.
L'Operateur fit encor fauter fon
Payfan Enfuite de quoy leurs Alteffes
Sereniffimes allerent fouper &
Les plaifirs de la foirée furent terminez
par un Feu d'artifice que Mr de
Malezien avoit fait preparer dans
fon Jardin
En vous parlant der Spectacles
, je ne dois pas oublier de
vous dire que les deux fils de
Mr le Duc de Perth , Gouverneur
de Sa Majesté Britannique
, ont joué dans une Tragedie
qui a efté reprefentée au
College de Navarre pour la diftribution
des Prix , & qu'ils y
ont reçu des applaudiemens
GALANT 323
3
BA
extraordinaires , l'un dans l
rôle de l'Empereur Aurelian ,
l'autre dans celuy de Pallian ,
fon Favory. Ces jeunes Seigneurs
firent voir par la manic
re dont ils entrerent dans les
rôles qu'ils reprefentoient ,
qu'il ne leur manqueroit rien
pour jouer un jour avec efprit
fur le Theatre du monde , les
rôles qui conviennent à des
perfonnes de leur rang. Ils n'y
feront point de faux pas s'ils
fuivent l'exemple de Milord
Duc de Perth , leur Pere , la
merite & la fageffe de ce Duc
font connues , & le choix qu'on
a fait de luy pour luy confier
l'éducation d'un jeune Monar
que qui fait déja l'admiration
de tous ceux qui ont eu l'hon
324 MERCURE
neur de l'aprocher ou d'en entendre
parler , font des preus
ves d'autant plus convaincan
tes da profond merite de ce
Duc , de la bonté de fon coeur ,
de la droiture de fon efprit
ainfi que de fa grande fageffe ,
que toute l'Europe a d'autant
plus les yeux ouverts fur le
jeune Monarque qu'il a ſoin de
former , qu'il paroift que c'eft
par fes vertus , & fes grandes
qualitez qui font déja audeffus.
de fon âge , qu'il doit monter
fur fon Trône. En effet tous les
Anglois qui ont vu ce Prince
ou qui ont entendu parler de
fon efprit , de fa douceur , & de
fes manieres honnêtes , ont fait
voir qu'ils en eftoient charmez .
Vous ne devez par regarder ce
GALANT 325
que je vous dis de ce Monar
que comme des paroles & des
louanges données fans fondement
puifque plufieurs articles
de mes lettres en font foy ,
& que je n'ay rien avancé (ans
preuves. En parlant d'un jeune
Souverain , dont les vertus
croiffent avec les années &
qui devient chaque jour les délices
de tous ceux qui le voïent,
je puis ajouter qu'il a fouvent
l'avantage d'avoir devant les
yeux un fi grand Monarque que
les jaloux mefmes de fa gloire
ne peuvent s'empêcher de l'ad
mirer . Ses Sujets adreffent fou.
vent pour luy des voeux au Ciel
vous en trouverez dans les paroles
fuivantes.
326 MERCURE
AIR NOUVEAU.
ARbitre Souverain du monde
Toy qui formas Louis pour modelle
des Rois
Rend le victorieux fur la terre
fur l'onde ,
Toutfera foumis à tes loix.
Vous fçavez l'heureux re
tour en France du Vaileau
l'Amphitrite apartenant à la
Compagnie Francoise de la
Chine , ainfiilne me refte plus
qu'à vous informer de ce qui
fuit.
ན་
D
THERE
BIBLIO
THE
De
LYON
*
1893
32
P'
C
GALANT 227
„ zomdn0 qòe
CARGAISON
du Vaiffeaul Amphitrite.
༣༥། ?
33629 plaques & 119. Saumons
de cuivre jaune.
Encrés de cuivre.
Une partie de porcelaines.
4. grands Paravents de la Chine
en relief à ramage d'or,
2 de douze feuilles chacun .
z grands Paravents d'Agathe.
2. Paravents de la Chine en
relief.
2. Paravents du Japon en Paifage
, & en relief..
72. petits Paravents de la Chi-
363
ne.
de la Chine.
2. Cabinets façon d'agathe.
328 MERCURE
1962 Cabarets .
48. grands Cabarets
.
Une autre partie de Porcelaine
284 Evantails
de Nanquin
.
Mo. Tentures
de tapifferie
.
104 Robes de Chambre
d'hommes
104. Robes de Chambre de
Femmes .
86. Toillettes brodées .
19. Lits brodez .
Les Lits & les tapifferies
font de fatin de huit fils moitié
bleu Turquin , & moitié blanc ,
les Robes de Chambre & les
Toilettes font de fatin & de
taffetas de differentes couleurs
brodées .
24120. Catis de foye crue de
Cina.
2653. Catis d'eſté, foule, & docé,
GALANT 329
2110. Catis de Sucre Candy de
la Cochinchine.
20000. Catis de Galangal,
21158. Catis de fquine.
1210. Caris de mirabolan,
293. Catis de Rhubarbe.
60. pots de cuivre à Thé.
347. Rotins du Japon.
521. Boëtes vernies de la Chine.
1. Darfes de Porcelaine .
Mouffelines , & toiles de cotton
pour 902. livres dans le
pays.
4711 Catis de Poivre .
30. Darzes de Porcelaine .
Une Caiffe de cuivre émaillé .
45. Cabinets vernis .
On eftime cette Carguai-
Lon.
1464177.
Aouft 1703.
Ee
330 MERCURE
Mr le Maréchal de Joyeufe
a eu le Gouvernement du païs
Meffin qu'avoit feu Mr le Duc
de la Ferté. Je ne dis rien de
fes grands fervices on ne devient
point Maréchal de France
fans avoir toutes les qualitez
d'un grand Capitaine , &
d'un brave Soldat , & fans
avoir plufieurs fois expofé fa
vie & fervi l'Etat utilement.
La maifon de Mr de Joyeuſe
eft ancienne , & feconde en
grands hommes . La branche
aînée de cette maifon eft tombée
dans la branche de Montpenfier
de la Royale Maifon de
Bourbon , & c'eft par le Mariage
de l'héritiere de Montpenfier
avec feu Gafton de France
Duc d'Orleans , que la mai-
*
GALANT
331
fon de Joyeuse avoit l'honneur
d'appartenir à feue Mademoifelle.
L'aîné de la maifon pe
rit à la malheureufe journée de
Coutras , c'étoit le Duc de
Joyeuſe , favori d'Henry III .
& dont il eftoit Beaufrere , puis
qu'ils avoient épousé les deux
filles du Comte de Vaudemont
Loraine. Aprés la mort de ce
Duc le Comte du Bouchage
qui s'etoit fait Capucin , fortic
ne
maiſon Pas laiffer tomber la
aprés la mort de fa
femme il rentra chez les Capucins.
ti
Les Peres de la Congrega
tion de la Million tinrent leur
Chapitre general le 11. du mois
d'Aonft dernier dans leur mai
fon de Saint Lazare de cette
"
E ij
332 MERCURE
Ville : ils élurent pour leur Su
pericur general le Pere François
Vvatel Superieur de la Congregation
d'Amiens goce Pore
a cité honoré dans fa Congregation
de plufieurs Commiffions
importantes , où la vertu &
fon merite out paru dans tout
leur jour , il y avoit vingt- trois
Capitulans , dont trois eftoient
Italiens , & trois Polonois :
Mr Vvatel eut douze voix , &
Mr le Curé de Verſailles onze .
Je ne dis rien de fon merite , il
eft eftimé dans un lieu où l'on
ne fe laiffe pas ébloüir par de
fauffes apparences , s'il s'étoit
donné fa voix , le choix feroit
tombé fur lui , fon humilité lui
faifoit apprehender cet honneur
, & il donna fa voix au
GALANT 333
Pere Vvatel qu'il jugea tres.
dignes de la place où il vient
d'être élevé : il ne falloit
*pas
un homme d'un moindre me
rice pour reparer la perte que
cette Congregation a fait du
Pere Pieron fon dernier Supe
rieur general , qui s'eft demis
du Generalat à caufe de fon
}
grand âge & de fes indifpofitions
: c'étoit un excellent perfonnage
pour la conduite des
ames , il a gouverné la Congregation
avec une fageffe , une
pieté , & une moderation qui
peut fervir de modelle à fes
Succeffeurs ; il a efté tres- regretté
dans la Congregation ,
qui a reffenti cette abdication
avec un tres - grand chagrin ,
& à laquelle il n'y a que la
334 MERCURE
fimplicité Religieufe qui puiffe
mettre quelques bornes . Le
dernier General eſt un homme
tres - eftimable par les rares qua,
litez de fon efprit , & par l'élevation
de fon genie , qui eft
des plus brillans .
Mr de Fer qui vient de recevoir
des Patentes de Geographe
de Sa Majesté Catho
lique , & qui l'eft auffi de auſſi
Monfeigneur le Dauphin vient
de mettre au jour les Cartes
fuivantes .
•
Route qu'à tenuë l'Armée
du Roy , commandée par Mr
le Maréchal Duc de Villars
au paffage de la Montagne noire
en Allemagne pour fa jonc
tion avec celle de Son Alteffe
Electorale de Baviere ..
GALANT 335
Le Territoire des Villes Fo
reftieres , & toutes les autres
terres que la Maifon d'Autri
che poffede en Souabe.por
Le Duché de Vvirtembergs
Principauté de Furftembergs
Territoire d'Ulm .
Les marches , ou frontieres
d'Allemagne & d'Italie avec
les routes que l'on tient ordinairement
par les Alpes pour
paffer de l'un en l'autre .
L'Allemagne divifée en fés
Cercles , avec les routes exac
ses des Poftes de cet Empire . :
Carte tres - particuliere du
Duché de Vvirtemberg dreffée
fur les Memoires de Jean Vvey,
rich Rolslia.
Les environs des deux Bri
facks , & de Fribourg.
336 MERCURE
Dans la fituation où fe trouyent
les affaires , ces cartes font
un extrême plaifir, & Mrde Fer,
continuë de n'épargner ny foins
ny depenſe pour tout ce qui
peut eftre agreable au public.
Le treiziéme Aouft , Mr le
Marquis de Lanta , Baron des
Etats de Languedoc prefenta
au Parlement de Touloufe ;
l'audiance tenant en la Grande
Chambre où Mr le Prefident
de Riquet , fecond Préfident
prefidoit , les Lettres Patantes
du Roy , de Mr le Maréchal
de Montrevel qui commande
en chef dans la Province
de Languedoc , pour y eftre
enregift.ées ce qui fut fait
dans la mefme audience. Ledit
Marquis de Lanta eftoit accom
pa
$
GALANT 337
pagné de quarante Gentilshommes
aufquels il donna un faperbe
repas en deux tables fervies
en même temps.
J'ay differé à vous parler de la
naiffance de Monfieur le Duc de
Chartres , afin de pouvoir raffembler
en un corps tous les articles
qui regardent cette naiffan.
ce. Madame la Ducheffe d'Orleans
accoucha
heureufement à
Verſailles le 4. d'Aouft fur les
8. heures du foir ,
Monfeigneur
le Duc de Berry fut envoyé
pour affilter à cet accouchement
où les Princes & les Princefes
du Sang fe
trouverent.
Le nouveau Prince fut auflìtoft
ondoyé par Mr l'Abbé de
Grancey ; premier Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans ,
De
douft 1703. Ff
338 MERCURE
Le bruit de la naiffance de
ce Prince fe répandit auffitoft
dans tout Verlailles . On fit
des feux au Pavillon de Monfieur
le Duc d'Orleans , & il
y cut beaucoup de vin répandu.
Il y avoit à peine deux heu ,
res que Mr le Duc de Char →
tres eftoit au monde que l'on
commença à faire des feux de
joye dans beaucoup de quart
tiers de Paris & fur tout dans
celuy du Palais Royal , dont
toute la Corniche de la façade
fut remplie de flambeaux de
poing . Le Balcon , fut , rem ,
ply de Trompettes , & de Timbales
, il y eut deux grands feux
dans la place & plufieurs pie ,
ces de vin y furent buës à la
fanté de Mr le Duc de CharGALANT
339
tres. Toutes les feneftres du
quartier S. Honoré furent illuminées
, ainfi que le dedans du
Palais Royal. Ces divertiffemens
durerent jufqu'à trois
heures du matin.
Le lendemain le Te Deum fat
chanté à Saint Cloud , au Convent
des Urfelines & à la Chapelle
du Chateau où les trois
Princeffes affifterent. Elles defcendirent
enfuite à la Caſcade
où l'on avoit dreffé une grande
collation , compofée de quantité
de Corbeilles remplies de
toutes fortes de fruits , & de
tout ce qui peut fervir à une
collation magnifique . On fervit
toutes fortes d'eaux en
abondance & le vin de Champagne
ne fut pas épargné. Cet-
Ff ij
340 MERCURE
£
te collation eftoit pour les per
fonnes diftinguées qui ſe trou
verent alors à Saint Cloud11
y avoit outre cela pour toutes
fortes de perfonnes , quantité
de groffe viande , fçavoir des
gigots à la braife , des poitri
nes de veau en ragouft , & d'au
tres mets femblables & des pieces
de vin que l'on tiroit par
les deux bouts . On mangea au
bruit des Timbales , & des
Trompettes . On tira enfuite
un Feu d'artifice dans le Château
qui eftoit toute illuminé ,
ainfi que toutes les grilles
tous les habitans du Bourg firent
des feux , & rien ne peut
égaler la vivacité de leur joye,
Mr le Duc de Chartres ayant
efté mené à Saint Cloud , y doit
GALANT
341
demeurer jufqu'aprés le voya
ge que la Cour doit faire à
Fontaine - bleau , & doit enfui
te eftre amené à Paris . Monfeur
le Duc d'Orleans reçut
dés le lendemain de la naiffance
de ce Prince un Brevet de cin- ced
quante mille écus de penfion
pour Mr le Duc de Chartres ,
la foule de ceux qui ont efté
voir ce Prince à Saint Cloud
tant de Verſailles que de Paris
a efté grande. La jove de fa
naiffance a efté univerfelle , &
Monfieur le Prince témoigna
à Madame d'une maniere fi vive
& fi touchante , celle qu'il
reffentoit , que cette Princeffe
qui en fut charmée en eut une
joye prefque égale à celler
qu'elle venoit de reffentir de
Ff iij
342 MERCURE
la naiffance de fon petit fils.
Tous les
Ambaffadeurs , &
Miniftres Etrangers qui font
ici ont eu audiance au Palais
Royal de Monfieur le Duc
d'Orleans pour le feliciter fur
la naiffance de Monfieur le Duc
de Chartres , ils ont efté conduits
par Mr Aubert Introducteur
des
Ambaffadeurs auprés
de Son Alteffe Royale . Toutes
les Compagnies des villes
de l'apanage de ce Prince , ont
eu le même honneur , & ont.
efté à Versailles chez Madame
la Ducheffe d'Orleans . Le
Lieutenant general ; & les Officiers
du Prefidial d'Orleans ont
fait leurs complimens au Palais
Royal. Le Maire , les Echevins
, & les Officiers de la Pre
GALANT 343
&
is
C
T
vofté ont eu feparement audiance
& ont efté prefentez
par Mr Aubert , Ils ont auffi
efté à Saint Cloud voir le jeune
Prince , où ils ont donné
des marques de leur profond
refpect & de leur attachement
pour ce Prince Mr Boilleve ,
Lieutenant de l'Election d'Or.
leans & Deputé de fon Corps
eut auffi l'honneur de faire
compliment à Son Alteffe
Royale , au Palais Royal.
Pendant que tous ces Dépu
tez faifoient leurs complimens,
le Maire & les Echevins d'Orleans
ayant fait fonner le Beffroy
, & donné l'ordre de fermer
les Boutiques , tous les Tribunaux
de la Ville vacquerent,
Le Te Deum fut chanté dans
Ff iiij
434 MERCURE
l'Eglife Cathedrale » où tous
les Corps de Juftice Unio
verfité & la Ville affifterentǝl
les Boëttes furent tirées fur les
fept heures du foir , les dix
Compagnies Bourgeoifes come
pofées de plus de dix mille hom
mes fe mirent fous les armes s
& s'affemblerent dans les Places
publiques , leftement vêtus ,
& bien armez. Le Maire &
Echevins avoient fait preparer
un Feu dans la grande Place du
Martroy , dans laquelle fe rendirent
toutes les Compagnies
Bourgeoifes . Sur les neuf heu
res du foir , Mr de Bouville ,
Confeiller d'Etat & Intendant,
fut prié d'allumer le feu , &
quoy qu'il foit incommodé , il
fe rendit fur la place à la tefte
GALANT 335
du Corps de Ville , accompagné
de la Nobleffe , & des Officiers
les plus confiderables , & au
bruit des acclamations d Peu
ple & des Tambours , Hautbois
, & Trompettes , & d'une
falve de toute la moufqueterie
& des Boëttes , il fut allumé.
De maniere que toute la Ville
parut en feu , tant à caufe des
illuminations de toutes les fe
neftres , que des feux
des feux que les
Bourgeois avoient allumez en
particulier. Les clochers des
Eglifes furent illuminez , vingt
douzaines de fufées volantes ,
& plufieurs autres fortes d'artifices
firent paroiftre l'air tout
en feu. Il y avoit des Fontaines
de vin dans les Places , où les
Soldats & le Peuple burent à la
346 MERCURE
fanté du nouveau Prince Les
Compagnies défilerent devant
Mr l'Intendant , enfuite de
quoy il fut invité avec toute la
Nobleffe & les plus confiderables
de la Ville de venir à l'Hôtel
de Ville , où on avoit préparé
une collation magnifique ,
& toutes fortes de boiffons &
liqueurs Les Dames s'y trouverent
auffi , & ces divertiſſement
durerent toute la nuit :
de maniere que l'on peut dire
qu'en general & en particulier ,
il ne s'eft jamais vu de joye fi
complette & fi univerfellement
répanduë .
Monfieur le Duc d'Orleans
avantifait fçavoir à la Ville de
Chartresala naiffance d'un Prin
ce qui felon les plus ardens fou
GALANT 347
haits de cette Ville - là devoit
porter le nom de Duc de Char
tres , on députa Mr le Prefident
Nicole , ancien Lieutenant general
, & Maire de la Ville ,
avec des Officiers du Prefidial
& de la Ville , pour en feliciter
leurs Alteffes Royales . Ils furent
prefentez à Verfailles par
Mr le Comte de Chaftillon ,
Premier Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur le Duc
" d'Orleans. Ils dirent à ce Prince
: Qu'il ne manquoit plus au bonbeur
de la ville de Chartres , qui a
l'honneur d'appartenir à Son Alteffe
Royale , que la naissance du jeune
Prince qui fait aujourd'huy la joye
de toute la France : mais plus particulierement
celle de la Ville de
Charues , puifqu'elle luy renouvel
348 MERCURE
le l'honneur qu'elle avoit déja ew de
voir un Prince de fon nom dans la
Maifon Royale Qu'ils veno: ent en
marquer leurs transports de joye &
les acclamations des Peuples de
toute la Province , & fiuhaiter à
cejeune Prince toutes les vertus he
roïques dont le fang des Bourbons
eft la fource feconde , & qu'il fuft
comme Son Alteße Royale , Ramour
& les délices de la France.ch ancy
Ils allerent enfuite chez Madame,
à laquelle ils firent leurs
complimens à peu prés en ces
termes .
MADAME,
Nous venons reconnoiftre que c'eft
Voftre Alteffe Royale que nous
GALANT 349
fommes redevables de l'honneur que
nous avons de voir encore aujour
d'buy dan's la Famille Royale ,
un Prince du nom de notre Villes
C'eft Voftre Alteffe Royale qui a
commencé à nous procurer ce glorieux .
avantage, dont nous venons derechef
vous rendre nos tres - bumbles recon
noiffances . Nous croyons ne pouvoir
mieux nous en acquitter , qu'enfai
fant des voeux pour le jeune Prince
& pourfes heureufes deftinées . Nous
fouhaitons que le fang de nos Rois
qui roule dans fes veines , mellé avec
celay de ces grands Empereurs vos
illuftres Ancestres , l'excite à devenir
l'un des plus accomplis & des plus
parfaits Princes de la terre.
Aprés on alla à Saint Cloud
pour faluer le Prince nouveau
350 MERCURE
1
né. Les Députez furent reçus
au bas du grand Efcalier par Mr
Defbordes , Ecuyer de Mademoifelle
, qui les a introduits
par le grand Salon dans la
Chambre du Prince . Madame
la Comteffe de Maré le fit tirer
de fon berceau & preſenter aux
Députez , qui luy dirent ; qu'ils
venoient à l'entrée de la belle carriere
qu'il commençoit dans le monde ,
feliciter Son Alteffe Royale , furfon
heureuse naiffance , à laquelle ils
prenoient une tres grande part , espe
Tant qu'elle rendroit le nom de leur
Ville tres recommandable , & qu'il
La feroit connoiftre un jour aux Peuples
les plus éloignez, par le bruit
de fes grandes actions , defa valeur ,
& defes rares vertus , qui s'augmenGALANT
351
>
teront en croiffant , par les foins de
la fage & prudente Gouvernante ,
à laquellefon éducation eftoit confiée .
Madame de Maré répondit
Qu'elle informeroit Monfieur de
Chartres quand il feroit plus avancé
en age , dis respects que l'on lay
rendoit.
.
Les Députez faluérent auffi
: Leurs Alteffes Royales Mademoiſelle
, Mademoifelle de
Chartres , & Mademoiſelle de
Valois , quife trouverent toutes
les trois dans la Chambre ,
- & leurs fouhaiterent chacune
une Couronne qu'elles meritent
par leur naiſſance & par
leur beauté.
352 MERCURE
La Ville de Chartres prenoit
trop de part à l'heureuſe
naillance du Prince qui porte
fon nom pour n'en donner pas
de plus éclatantes marques que
ces complimens : auffi fi - toft
qu'elle eût receu l'ordre qu'etle
attendoit , elle fit annoncer
le 18. d'Aouft au fon des Haut
bois , des Tambours , & des
Trompettes , que le lendemain
Dimanche on chanteroit un
Te Deum dans l'glife Cathedrale
. Toutes les Boutiques
furent à l'inftant fermées , &
chacun par une loüable émulation
fe difpofa à qui fignaleroit
le mieux fon zele dans un
*
fi grand jour Le Dimanche
fur les quatre à cinq heures du
foir , les Corps de Ville du
GALANT 353
*
Prefidial de l'Election .
les autres Corps de l'apanage
de Monfieur le Duc d'Orleans
fe trouverent à l'Eglife . La
Compagnie des cent Chevaliers
du Vidame de Chartres
proprement vetus & armez , fe
rangerent des deux côtez de
la nef pour arréter la grande,
affluance du peuple qui eftoit
accouru de toutes parts , & qui
a peine y laiffoit un vuide pour
le Corps du Chapitre on y
entendit le Te Deum de la compofition
de Mr de Cabaffolle
Maiftre de Mufique de la Cathedrale
, malgré le bruit qu'il
eft difficile d'empécher dans
une Ceremonie pareille . La
Mufique d'un fi habile homme
Lavoit toûjours efté trop bien
Aoust 1703 . Gg
354 MERCURE
T
goûtée pour n'attirer pas dans
cette occafion toute l'attention
qu'elle meritoit elle fut écou
tée avec plaifir , & generalement
aplaudie ; le beau chant ,
le bon goût , la belle execution
, tout enfin répondit à la
dignité du fujet , &' à la folemnité
du jour le Te Deum chanté
, & le Domine faldum , les cent
Chevaliers accompagnerent le
Corps de Ville dans la Place
publique où le feu eftoit dreſſé .
Celui - cy fut comme le fignal
pour allumer ceux que chaque
habitant avoit fait preparer à
fa porte. Toute la Ville fut
éclairée dans un moment ,
toutes les maifons illuminées
jufques aux toits ; on vit en
plufieurs endroits couler des
1
GALANT 355
C
E
1
S
Fontaines de Vin ; un Parti
culier feul auffi galant que genereux
, fit couler devant fa
porte deux Fontaines toutes à
la fois , une de Vin , & une
de Cidre pour contenter les
deux Sexes . La nuit , fi on la
peut nommer ainfi , tant elle
eftoit brillante , fe paffa dans
la joye dont chacun marqua
fes tranfports de diverfes manieres
; les Tables où l'on foupa
eftoient placées entre les
feux , dans toutes les rues .
A
La fanté du Roy , & celle
de Monfieur le Duc de Chartres
y furent fouvent réïterées ,
& à plufieurs fois debout , tête
nuë , au fon des Hautbois , &
au bruit des Boettes , & ainfi
fe termina certe Fefte . 105
Gg ij
35.6 'MERCURE
Le Chapitre de Clery a été
le premier qui a temoigné fa
joye de la naiffance de Monfieur
le Duc de Chartres par un Te
Deum , chanté folemnellement
en Mufique , où les Officiers
de fa Juftice affifterent en Robes
; ces actions de graces fi-t
nies , on chanta un Moter pour
remercier Dieu des benedictions
qu'il luy a plû de verfer
fur la Famille Royale de Mons
fieur le Duc d'Orleans Fonda-1
teur & Patron de cette Eglife,
enfuite de quoy le Clergé marcha
en ordre , fe rendit à la
porte de l'Eglife , où le Feu
eftoit prepare il eftoit fuivy
des Officiers de Juftice d'une
grande quantité de peuples , &
des Compagnies fous les Arj
GALANT 357
W
mes , Tambours battans , &
Drapeaux deployez ces Compagnies
s'étant rangées , le Ca
pitaine prefenta le Flambeau à
Mr le Doyen qui alluma le feu
pendant que la Mufique commença
Exaudiat , lequel eftant
fini , le Clergé rentra en ordre
dans l'Eglife , où il chanta devant
l'Autel de la Vierge le
Regina cæli lætare , invitant par
cenfalut la Patrone de cette
Eglife , le Prince qui venoit de
naître les Compagnies joignant
de leur part leurs voeux
aux prieres du Clergé , firent
plufieurs décharges pour marquer
leur joye , & les peuples
pour témoigner auffi la leur ,
accompagnerent cette ceremonie
de cris de vive Monfieur le
358 MERCURE
Duc de Chartres , & firent re-i
tentir tout le Bourg de leurs
acclamations. Enfin le Chapitre
voulant auffi contribuer à la
voix publique , fic diftribuer
du Vin à tous ceux qui étoient
dans la place : les Officiers qui
eftoient fous les Armes , trou
verent aprés la ceremonie une
collation preparée chez leur
Capitaine par les ordres du
Chapitre. Tous les Habitans
firent allumer des feux , voulant
à l'envy rendre des témoignages
autentiques de leur
joye.
से
- Le Chapitre de Clery eft
tres-ancien ; fa premiere fondation,
fut faite en 1300. par
Mr le Maréchal de Melun
Seigneur de la Sale , qui fonda,
GALANT 359
cinq Prebendes , aufquelles le
Roy Philippes le Bel en ajouta
cinq autres en 1303. temps
auquel ce Roy fe voia à la
Vierge cette Eglife a efté
rebâtie depuis , & augmentée
par Louis XI. en 1474 ce
Monarque y fit plufieurs belles
fondations , & établit cette
Eglife ad inftar de la Sainte
Chapelle accorda aux Chanoines
les qualitez de fes Cha
pelains & Orateurs , il leur
donna la Seigneurie de Clery
qu'il erigea en leur faveur en
Baronnie , leur accorda le frant
falé le droit de commitimus
au grand & petit Sceau , &
leur donna en tout droit de
proprieté les cinq Vicomtez
de Normandie en forte , qu'ils
*
360 MERCURE
A
Je trouverent par fes largeffes
Chapelains du Roy , Barons de
Clery & Vicomtes de Normandie.
Charles VIII . les confirma
dans tous leurs droits ,
dons & qualitez , à la referve
des cinq Vicomtez de Normandie
qu'il retira s laiffant
feulement au Chapitre le droit
de . Patronnage dans les Seigneuries
dépendantes de ces
cinq Vicomtez dont ils jouït
encor à preſent .
Ce Chapitre et composé de
dix Chanoines , dont l'un eft
fait Doyen à la nomination
de Monfieur l'Evêque d'Orleans
, cinq de ces Canonicats
dependent du Roy , & à prefent
de Monfieur le Duc d'Or
leans par droit d'appanage ; des
cinq
GALANT 361
2
4
cinq autres , quatre dependent
de Mr le Duc de Beauvilliers,
a caufe de fon Duché de Saint
Aignan , la Seigneurie de la Sale
eftant confondue dans ce
Duché . Le cinquiéme dépend
de Mr l'Abbé de Saint Meſmin
à caufe de la Cure qui eft unie
à ce Canonicat : tous prennent
encor aujourd'huy la qualité de
Chapelains d'honneur du Roy,
& de Barons de Clery , ayant
efté confirmez dans toutes leurs
conceffions par la liberalité de
nos Rois : ce Chapitre a toujours
efté rempli de perfonnes
de merite & de diftinction ,
ya vû des Evêques , des Abbez ,
& toûjours des Aumoniers ou
Chapelains du R , y en des Maifons
Royales.
Aouft 1703 Hh
on
362 MERCURE
Mr. l'Abbé l'Archer a, efte
deputé de ce Chapitre pour
faire compliment à Monfieur le
Duc d'Orleans fur la naiffance.
de Monfieur le Duc de Char
tres , dont il s'est parfaitement
bien acquité , il eftoit à feu
Monfieur , & il a l'honneur
d'être à Monfieur le Duc d'Or
leans . Je vous ay parlé plufieurs
fois de cet Abbé , il eft
Licentié de la Faculté de Paris
Prieur de Saint Felix , & Cha
noine de Clery.
Les Intereffez en l'exploitation
des bois de la Foreft de :
Retz , ont efté des plus zelez
à marquer la part qu'ils prenoient
à la naiffance de Monfieur
le Duc de Chartres : à
eurent - ils apris la peine en -
GALANT 362
nouvelle , qu'ils firent dreffer
devant le Bureau de leur
Directeur , un grand Feu d'Artifice
au milieu de deux feux
de bois : ils firent mettre
cent de leurs Ouvriers fous
les Armes , conduits par leurs
Commis de la Foreft &
firent couler une Fontaine de
Vin , afin qu'il ne leur manquât
pas pour boire à la fante
de Monfieur le Duc d'Orleans,
& de
Monfieur le Duc de
Chartres .
Ces
Meffieurs dont je viens
de vous parler firent faire des
falves
continuelles , & ils donnerent
bal ; & une collation
aux Dames .: & afin que tous
les
Habitans du lieu puffent
contribuer à la joye
commu-
1
Hh ij
364 MERCURE
ne , ils accorderent tout le bois
que l'on voulut pour faire un
feu fur la Place publique , de
forte qu'une grande partie du
jour & toute la nuit fe pafferent
co rejouiffances .
as Mile Duc d'Orleans aïant
fait fçavoir la naiffance de Mr
le Duc de Chartres au Comté de
Dommartin Diocéfe d'Avransches
on envoya aufi - toft des
Lettres circulaires à tous les
Curez de ce Comté , qui leur
ordonnoient de faire des prieres
publiques . Les Corps de la.
Ville de Dommartin donnerent
des marques extraordinaires
de leur joye . Les Chanoines
du Chapitre de l'Eglife
Collegiale de Mortain chanterent
une Meffe folennelle à faGALANT
quelle tous 365
reux Velpres & au Te Deum
les Officiers affifterent
en Corps ; ils affifterent
auffi
qui furent chantez folennellement
, pour remercier Dieu
100pour
de la grace qu'il venoit de leur
faire en leur donnant un Prince ,
& de celle qu'il leur faifoit en
confervant la fanté de Son Alteffe
Ro
On alluma un
Feu de joye , où les Officiers
& les Chanoines affiftereno , &
le Chef de chaque Compagnie
y mit le feu au bruit du Canon
du Château , fie eftant foute la Bougeoiles
Armes . Ily
eut des illuminations à toutes
les feneftres & des feux allumez
devant
toutes
les maifons ,
on tira beaucoup d'Artifice , il
y eut quantité de repas publics
Hh iij
366 MERCURE
où l'on but à la fanté de Son
Alteffe Royale au bruit de plufleurs
décharges de Canon .
Enfin chaque particulier s'eft
empreffé de donner des marques
de la joye qui a eſté vive
& univerfelle dans tout ce
-Comté .
Le Clergé de Domfront a auffi
fait chanter- le Te Deum dans
Eglife de S. Julien en action de
graces de la naiffance de Mile
Duc de Chartres , il y eut enfuite
un Feu de joye où affifte .
rent les Officiers de Juſtice &
de Ville , avec la Bourgeoifie
fous les Armes , chacun voulant
marquer la joye que luy
caufoit cette agreable nouvelle.
Mr Lay , Marchand fut nom
GALANT , 367
mé premier Echevin dans l'Election
qui fe fit le 16 de ce
mois , & Mr Renard , Confeiller
de Ville fut élû pour remplir
la Place de fecond Echevin.
Le 19. ces nouveaux Echevins
allerent à Verfailles ,
où ils prêterent le Serment entre
les mains du Roy , le fcrutin
eltant porté par Mr de Foulé
de Martangis Maiftre
des Requeftes , il fit un fi beau
difcours fur ce fujet qu'il fut
generalement applaudy de toute
la Cour qui ne cella point
d'en parler pendant toute la
journée , plufieurs en ayant retenu
des endroits qu'ils ne cef-
-foient point de répeter , ce qui
fit louer le
choix
que Mr le
Prevoft des Marchands , & les
Hh iiij
368 MERCURF
Echevins avoient fait de ce
jeune Magiftrat pour porter la
parole. Les éloges qui avoient
efté donnez à ce difcours me firent
croire que vous en entendriez
parler , & que vous vous
plaindriez de moy fije ne cher
chois pas les moyens de vous
envoyer une piece qui faifoit
tant de bruit : Elle est tombée
entres mes mains par le plus
grand bonheur du monde , & je
yous l'envoye. J'ay efté furpris
de trouver tant de beautez dans
un ouvrage & court on pourroit
faire de ce qu'il contient
un Panegyrique dans les formes
, tout ce qui regarde Ja fituation
des affaires d'aujourd'huy
y eft noblement & fpirituellement
marqué, & l'onpeut
GALANTM 369
dire que chaque ligne de ce
Difcours contient un fait particulier.
Je n'ay point accou
tumé de vous parler des ouvra
ges que je vous envoye pour
prevenir voftre jugement , & il
faut que je me fois fenti bien
remply de celuy de Mr de Mar
tangis , pour vous en avoir parǝ
lé comme je viens de faire. Ce
n'eft pas que vous deviez vous
regler fur mon fentiment pour
en jugeroje n'ay pas plus de
droit de decider , que ceux à
qui je dois foumettre mon jugcment.
Je vous dis feulement ce
que je penfe. Je. fçay que les
goufts font differens , & qu'il eft
tres - rare , pour ne pas dire impoffible
, que tout le public fe
trouve du même gouft fur quoy
370 MERCURE
que ce puiffe eftre ; tout ce que
je vous puis dire eft que je
n'ay pas jugé par prévention ,.
n'ayant pas l'honneur de connoiftre
Mr de Martangis , dont
je vous envoye le Difcours .
SIRE ,
La Capitale de vos Etats vient
aux pieds de Voftre Majesté , moins
pour renouveller fa fidelité inviola
ble que pour s'applaudir de fon
bonheur & defa gloire ; il y a longtemps
, SIRE , qu'elle s'est faite
une douce habitude de vous ober.
fon coeur ne laiffe la- deffus rien à
faire à fon devoir , fon amour eft
plus fort que le nouveau Serment
qu'elle va preter, & fous un Roy
fi jufte ou plustoft ) fous un Pere
fi tendre , & fi bienfaisant , elle
GALANT 371
n'apprehende pas d'estre infidelle , elle
craintfeulementdeparoistre ingrate.
En effet , SIRE quelles expreffions
pourroient affez marquer fa reconnoiẞance
tandis que toutes les
Nations de l'Europe reffentent les
miferes de la guerre , cette Ville
voit fes heureux , fes tranquilles
Citoyens gouter prefque toutes les
douceurs de la Paix ; elle n'entend
d'autre bruit que les acclamations
de ces Peuples , & ne voit
d'autre image de la guerre que les
dépouilles de vos Ennemis .
Le feu qui embrafe l'Europe
n'eſt en aucun lieu fi violent que
dans le centre de l'Empire de celuy
qui l'a allumé , tous les vaftes def
Jeins de ce Prince fur toute la Monarchie
d'Espagne fe reduifent maintenant
au foin de deffendre fes
372 MERCURE
propres Etats & la deftinée
de V. M. la force à cor querir
quand elle ne veut que confervers
le commerce eft interdit avec vos
Ennemis
, mais les avantages
du
commerce fubfiftent à noftre égard,
vos Portsfont pleins des débris de
leur défaite , leurs richeffes à la
verité n'y viennent plus comme auparavant
par un échange paisible ,
mais la
oire les y conduit , on
enleve ce que l'on achetoit & la
de
valeur industrie
des Marchands
. I vos Guerrierstient la place de
-Si malgré tous ces avantages
vos fideles Sujets fant encore des
vaux pour la Paix , c'est qu'ils
ffavent, SIRE , que vous aimez
mieux le titre de Pere que celuy de
Conquerant ils fe fouviennent
toujours que four affurer lear repos
GALANT
373
vous avezvous même plus d'une fois
abbatu vos
vos propres Trophees , c'est
que la France aime mieux jouir .
tranquillement de l'amour & des
bontez de fon Roy que de le voir
fans ceffe occupé à combattre & à
vaincre , & le plus beau Triomphe
pour elle eft de voir VOSTRE
eller
MAJESTE , SIRE , goûter longtemps
à l'ombre de fes Lauriers le
fruit de fes Victoires.
gu sualis
SUITE DU JOURNAL
de l'Armée de monſeigneur
le Duc de Bourgogne. s
Le 25. Juillet , ce Prince
monta à cheval l'aprefdînée &
alla voir lagauche de l'armée,
Le 26. il alla vifiter les Poftes
de la droite .
a
"
374 MERCURE
Le 27. & le 28. ce Prince ne.
fortit point.
Le 29. il monta à cheval & alla
vifiter les Poftes de la gauche.
Il monta à cheval le matin du
30. il alla voir la droite de l'Armée,
& vifita enfuite les Gardes
ordinaire , & celles de la parure.
Le 31. à quatre heures du
matin ce Prince fit décamper
l'Armée & établit fon quartier
à Urlaffe , au pied des Montagnes
, quoy que la pluye ne
diſcontinuaft point . Il mit fa
gauche à Reigel & fa droite à
Epenevihr, cinq Bataillons joignirent
l'Armée.
1
*
Le 1. Aouft Monfeigneur le
Duc de Bourgogne monta à
cheval malgré la grande pluye ,
& alla vifiter le Čamp .
GALANT 375
Le 2 , ce Prince monta à che
val le matin , il alla de la gauche
à la droite , & vifita les
Poftes avancez.
Le 3. ce Prince ne fortit
point.
Le 4. il monta l'apreldînée.
à cheval , & alla à la droites
voir les cinq Bataillons nouvellement
arrivez , & revint
par la gauche.
Les il monta le matin à cheval
, il alla à Offembourg , &
vit les Gorges par où Mr le Maréchal
de Villars avoit paffé .
Le 6. ce Prince ne fortit .
point.
Le 7. Il alla l'apreſdinée voir
les Poftes de la droite , & de la
gauche.
Le 8. il ne fortit point , &
376 MERCURE
alla dîner chez Mr le Maréchal
sing && SHE T de Tallard.
A Leg . il monta à cheval
l'apredinée , & fit la revue des
- nouveaux Bataillons . BOG
if
*
>
Le 10. les gros Bagages partirent
d'Urlaffe & allerent à
VVilftet , le Comte de Marfin
partit auffi du Camp à la
petite pointe du jour avec
trois mille hommes d'Infanterie
, & deux mille cinq cens
Chevaux , il avoit avec luy Mr
de Blanfac , & Mr de Flamanville
, ils camperent à VVilftet ,
les gros Bagages refterent à
› Strasbourg . Mr de Marfin en
partit aufli , & ils allerent camper
une lieuë au delà de l'Abbaye
de Schutern .
Le 11. Monfeigneur le Duc
"
GALANT 377
de Bourgogne décampa d'Urlaffe
à la petite pointe du jour
il femit à l'Arrieregarde. L'Armée
paſſa la Kintche à Offembourg
& alla camper à Lunftvvilhr.
Mr de Saint Second
partit auffi le même jour du Fort
Louis avant le jour , & vinc
Camper avec fa Brigade à Offendorf
où il trouva cent chevaux
du Regiment de Chartres .
Le 12. Monfeigneur le Duc
de Bourgogne monta à cheval
à la pointe du jour , & vinc
camper à l'Abbaye de Schutern .
Le 13 il monta à cheval à la
pointe du jour & vint camper
à Ettenheim . Le même jour
Mr de Marfin marcha pour inveftir
Fribourg, & laiffa Mr
de Blanfac avec trois mille
Aoust 1703 . li
£378 MERCURE
hommes d'Infanterie pour occuper
le pofte de Kintzinghen .
Le 14 au matin Mr de Marfin
arriva devant Fribourg
feignant de chercher à occuper
les poftes du cofté de la Montagne
. Monfeigneur le Duc de
Bourgogne monta à cheval à la
pointe du jour , ce Prince paffa
par Kintzinghen & alla camper
a Reigel . Mr de Blanfac partit
le même jour de Kintzinghen
avec fon Infanterie.
Brifack fut invefti le 15. je
ne vous parleray point de ce
Siege dans cette Lettre , parce
que je ferois obligé de vous en
donner la Relation en deux
fois , ce qui m'a fait refoudre
à referver ce que je pourrois
vous en dire ce mois - cy , afin
GALANT 379
de vous la donner toute entiere
le mois prochain dans une Lettre
feparée de ma Lettre ordinaire
ainfi je finis l'article
d'Allemagne par l'extrait d'une
Lettre qui m'eft venue du Camp
d'Urlaffe.
1
L'on m'a fortpreflé , Monfieur,
de vous écrire une hiftoire qui
femble eftre digne de paffer à la
pofterité , & effectivement , fi l'on
confidere la fingularité des faits ,
rien n'eft arrive , & n'a efté écrit
qui paroiffe moins croyable , & qui
puiffe moins tomber fous les fens.
Cependant il eft
conftamment vray
que le quinze de l'autre mois que
nous couchames à Strasbourg ,
Huffart en y paffant trouva un de
de fes Camarades qui fe faifoit une
un
Ii ij
380 MERCURE
foupe , elle avoit affès bonne mine,
& fentoit affes bon pour luy faire
envie , il luy demanda donc s'il
croyoit manger la foupe qu'il accommodoit
avec tant de fain : cette
demande le furprit beaucoup s mais
il ne laiffa pas de luy répondre :
qu'il eftoit fort fear de la manger,
celui- là lui dit qu'il ne la mange.
roit pas , celui- cy l'affara qu'il la
mangeroit , l'autre lui demanda s'il
vouloit donc gager , il dit qu'il le
vouloit bien , ils gagerent chacun
un Louis , & le mitent en main
tierce , celui celui cy dans la bonne foi,
& ne fe doutant de rien continue à
accommoder & à dreffer fa foupe ,
il fe baiffe pour cela , & l'autre
dans ce moment tire fon Sabre , lui
coupe la tête , & dit qu'il a gagné:
tous jugent qu'il a raison , & on
·
GALANT 381
でW
Lui donne l'argent , il le prend ,
mange la foupe , revient au Camp,
où il eft mené chez le Prevost qui
n'en juge pas de
& le condamne.
Il a eftépendu en arrivant
au Camp de vilftet , le 18. du
mèſme mois ; mais avec des fentimens
tout oppafez à l'action qu'il
avoit fait. Voila la fin de cette
hiftoire qui ne vous paroitra pas
moins furprenante qu'à nous , &
digne d'etre imprimée .
Pendant que Monfeigneur le
Duc de Bourgogne court a
la
gloire avec rapidité , & que ce
Prince eft fans ceffe en mouvement
pour ne perdre aucun des
momens qui peuvent le cons
duire à l'Immortalité , Sa Ma
jefté Catholique fait voir une
ardeur auffi impatiente que vi
382 MERCURE
des
ve , de marcher fur les pas
Heros de fa race : il n'oublie
rien pour fe mettre en état de
deffendre les Couronnes que
le Ciel & le Sang luy ont donné
contre ceux qui mettent
tout en ufage , aux dépens
même de la Religion , pour
trouver les moyens de les ufurper
ce Monarque eftant perfuadé
de la fidelité inébranlable
des Eſpagnols , & de leur
ancienne valeur , dont ils cherchent
à donner des marques ,
a fait lever des Troupes dans
tous fes Etats , qui de leur côté
en ont auffi fait lever à leurs
dépens ; ces Troupes ont formé
un Camp auprés de Madrid ,
où elles ont demeuré pendant
quelque temps . S. M. C. a fou
•
GALANT 383
vent vifité ce Camp , & fait
faire la reveue à fes Troupes ,
lors qu'elles partirent pour fe
rendre dans les poftes , où la
conjoncture des affaires prefentes
, demandoit qu'on en envoïât
elles traverferent la Ville
de Madrid , & le Roy s'étant
mis à leur tête , s'attira l'admiration
des peuples , & fit redoubler
leur amour pour luy ,
les acclamations furent grandes
& les cris de Vive le Roy ' ne
difcontinuerent
point pendant
que ce Prince traverfa la Ville.
Toute l'Efpagne eft charmée
de voir qu'il applique tous fes
foins pour empêcher le demembrement
de la Couronne d'Efpagne
, que fes Sujets ont d'autant
plus de lieu d'aprehender
384 MERCURE
ز
qu'il diminueroit les forces &
l'éclat de ce vafte Etat , & qu'u
ne perte , en attirant une autre
, ce Royaume pourroit en
peu de temps fe voir tout demembré.
Vous me demandez des nouvelles
de la fanté de Madame,
cette Princeffe fe porte de mieux
en mieux , toute la France a
fait voir par l'inquietude que
fon mal a caufé , combien elle
eft aimée ? Je n'oze en faire icy
un Eloge que fa modeftie deſaprouveroit
; mais il eft certain
qu'elle eft auffi bonne & genereufe
amie que grande Princeffe
.
L'Enigme du mois paffé étoit
une peinture des bouteilles de
fuvon que les enfans font avec
des
GALANT 385
"
des
chalumeaux ; on a pû en
faire une Enigine , puifque l'on
en a fait de fort belles pieces de
Tapifferies , ceux qui en ont
trouvé le mot font , Meffieurs
Bardet & fon amy du Pleflis
le fils de la ruë de la Verrerie ,
de Lechault le fils de la ruë
Beautreillis , l'Abbé du Flot du
quartier Saint André des Arts ,
le
Marchand de Lyon , le plus
petit des trois freres de la ruë
de Savoye , Tamirifte & fa fille
Angelique , le petit frere de la
jeune Mufe , qui a quitté le
Parnaffe , le Petit Mezetin , &
fon aimable Maîtreffe , l'Infortuné
Garnier vis - à - vis Sainte
Croix de la Bretonnerie , Le
Solitaire du Jardin de l'Hôtel
de Soiffons , & le Coureur Ri-
Aoust 1703. K k
386 MERCURE
char proche la Charité . Mefdemoiſelles
du Moutier de l'Arfenal
la fille : La Prefidente de
l'Election de Chaumont & Magny
: La plus belle de la Chambre
des Comptes de Rouën :
La Bergere Climene & fon Berger
Tircis de la Place Royale :
L'aimable P. du quartier S. Leu ,
& fon voifin fans nom , & Mademoiſelle
la Motte D. B. La
belle Blonde infidelle de la rue
du Coq , & fon Berger conftant ,
Jean de Chalus : La Belle de la
ruë du Plâtre , & le Beau Chevalier
de la Perdrix : L'élite de
clericature de la ruë Boudebrie ,
& fon externe Perannois , La
Poule menteufe de la ruë du
Mail .
Quoique l'on n'obſerve gueGALANT
387
ce qui est dépeint dans
nigme fuivante , je crains
surtant qu'elle ne foit trop
acile à deviner.
ENIGME.
E regne en grand nombre de
lieux
,
FE
Où mon regne eft toûjours paifible
:
Famais qui que ce foit ne m'a vu de
Jes
yeux,
Auffi fuis-je tres- inviſible .
Si je regne , ou plutoſt ,ſije ne regne
point,
Parl'undes autres fens on peut bien
le connoiftre.
Je hais le mondejufqu'au point
Que l'on me trouvera bien plutoft en
un Cloiftre.
Kk ij
388 MERCURE
Si , par l'antiquité , l'on doit eftre
eftimé,
J'eftois au monde avant que l'homme
y fust formé ,
Et fi par unefemme il perdit l'innocence
,
Ce fexe me trahit_tres - ordinairement
;
Car , fouvent , fans fe faire extrème
violence ,
Ilfemble qu'il ne peut me garder un
moment.
Les paroles fuivantes ont eſté
mifes en Air par un Maiftre
dont la réputation eſt connuë,
AIR NOUVEAU.
Ve je m'eftime miferable
2 %
De ne pouvoir offrir qu'un
GALANT 389
rous
mie
Dû-
>uis
ha-
BIBLI
ntå
LYON
10-
#
1893
ofi-
Pancé
pric
nitiiere
Lues
irêles
388 MERCURE
Si
J'efte
Et fi
Ce
Car
Ilfe
L
mife
don
A
GALANT 389
coeur à vos appas .
Mille ne fuffiroient pas ›
Pour vous aimer autant que je vous
trouve aimable.
Le 25. de ce mois l'Academie
Françoife celebra felon la coûtume
, la Feſte de Saint Louis
Roy de France , dans la Chapelle
du Louvre . On chantå
pendant la Meffe plufieurs Motets
en Mufique de la compofition
de Mr du Bouffet , & le Panegirique
de ce S. fut prononcé
par мr l'Abbé Miton. Il pric
pour texte : Magnificus infanétitate
.
"A
Il fit voir dans la premiere
partie , les vertus heroïques
fanctifiées par les vertus chrêtiennes
, & dans la feconde , les
Kkiij
390 MERCURE
vertus chreftiennes êlevées par
plufieurs les heroïques
. Il fit
paru-
&
applications au Roy qui parurent
tres juftes , & tres naturelles
au fujet , le cours de fon
difcours fut tres - beau , l'élőquence
y régna par tout
les expreffions en furent tresnobles
, & tres vives. Cet Abbé
a infiniment d'efprit , & de cet
efprit aifé & naturel qui plaift
aux perfonnes de bon gouft.
Il eft neveu de fen Mr Miton ,
connu d'une infinité de gens de
qualité de fon temps , & chez
qui toutes les perfonnes de la
Cour & de Paris , qui aimoient
les belles Lettres , fe rendoient
fouvent.
L'afprefdinée l'Academie donpa
le Prix de l'Eloquence à Mr
GALANT 391
l'Abbé de Dromeſnil , dont la
Piece fut luë , & fort applaudie.
L'Academie jugea à propos de
remettre à l'année prochaine
celuy de la Poëfie , & мr Toureil
qui en eft Directeur , en expliqua
avec beaucoup d'efprit
les raiſons à l'Affemblée qui fe
trouva à cette diftribation .
Le même jour , l'Academie
des Sciences , & celle des Infcriptions
& des Medailles , ce-t
lebrerent la même Feſte dans
l'Eglife des Preftres de l'Oratoire
, & le Pere Gaillard , Jefuite
fit le Panegyrique du Saint
avec fon éloquence ordinaire.
Il eft des Predicateurs dont le
nom feul fuffit pour faire l'éloge
de tout ce qu'il prononcent
en Public , ainfi je ne vous di
392 MERCURE
ray rien d'avantage de ce Ser
Les Motets qui furent
mon.
chantez à l'Oratoire eftoient
auffi de мr du Bouffet.
Mr le Marquis de Lanquetot,
Capitaine de Vaiffeau , a efté
depéché pour apporter au Roy
la nouvelle de la troifiéme action
d'éclat que Mr de S. Pol
a fait cette année ; je vous diray
peu de chofe de cette der
niereaction dont vous avez deja
vu un ample detail ; ce Chevalier
ayant heureufement pris
un Vaiffeau de guerre Hollandois
de trente - quatre canons ,
aprit par les gens
de ce Vaiffeau
, qu'il
avoit
esté
envoyé
pour
renforcer
quatre
Vaiffeaux
qui fervoient
d'eſcorte
à
GALANT 393
la Flotte des Pefcheurs de harang
de la Meufe . Il forma auffitôt
le deffein de ſe rendre Maître
de cette Flotte , & faifant
route pour l'aller attaquer , il
rencontra Mr le Chevalier de
la Luzerne qui eftoit forti de
Dunkerque , & qui cherchoit
à le joindre fuivant les ordres
qu'il en avoit reçûs , dés le len
demain à dix heures du matin
ils découvrirent fur la Cofte
d'Aberden en Ecoffe la Flotte
qu'ils cherchoient Mr le Che.
valier de la Luzerne prit d'abord
un des Vaiffeaux d'efcorte
deux autres fe rendirent à
Mr le Chevalier de Camilly ,
& à Mr de Roquefeuil ; & le
quatrième fe fauva à force de
voile. Pendant ce temps Mr le
>
394 MERCURE
Chevalier de Saint Pol donna
daus la flotte qui fe trouvoit
alors fans eſcorte il prit &
brula un grand nombre de Bâtimens
, des Armateurs de Calais
& de Dunkerque acheverent
de ruiner cette Flotte qui
le fut , de maniere qu'à peine
en refta il un feul pour porter
la nouvelle de la perte de tant
de Bâtimens.
On ne fe couvre pas de Lauriers
infructueux en fervant le
Roy , & lors qu'on fe diftingue
par une veritable valeur , ce
Monarque previent les fouhaits
par les recompenfes qu'il donne
; il avoit fait au commen -
cement de l'année Mr de S.
Pol , Chevalier de Saint Louis ,
& quelque temps aprés ce
GALANT 395
?
Chevalier s'étant de nouveau
diftingué par la grande expedition
qui a fait tant de bruit ,
le Roy luy donna mille écus de
penfion & ce Chevalier vient
remercier S. M. par la defaite de
la Flotte de la Meuſe,
Les Ennemis fe retirerent le
24 Aouft aprés midy du Pays
de VVaës ; la grande quantité
de coups de Canon quel'on tira
fur eux des Forts de S. Jean , &
de Bedmard , leur fit prendre le
partidele retirer . Ils apprehendoient
d'etre attaquez , ce qui
les obligea de faire leur retraite
avec tant de precipitation ,
qu'ils laifferent dans leur Camp
plufieurs Vivandiers , & quantité
de munitions , & de foura396
MERCURE
un
ges , ainfi que plufieurs ton
neaux remplis de bierre
fort grand nombre de vaches ,
& quantité de charettes chargées
, dont nos Soldats ont pro
fité Les Ennemis fe font retirez
fur le glacis de Hulft de l'autre
cofté , aprés avoir traverſé la
Ville , ne fe tenant pas en fureté
de noſtre cofté . Le 25. à la
pointe du jour Mr le Marquis
de Thoy leur prit le Fort d'An.
tonishoeck , qui eftoit couvert
d'un Pofte avancé . On fit la
Garniſon de ce Fort prifonnie
re de guerre . Les Prifonniers
declarerent
que dés qu'on avoit
commencé à tirer fur les Retranchemens
des Ennemis , la
plufpart des Soldats avoient
jetté leurs armes pour fe fauver.
Le
#
GALANT 397
Le Jeudy 30. Aouft Madame
la Ducheffe de Bourgogne , &
Monfieur le Duc de Berry vin
rent à Paris dîner chez Madame
la Ducheffe du Lude , en
fon Hoſtel ruë Payenne . Cette
Dame les reçut avec de grands
témoignages de fatisfaction de
l'honneur qu'elle recevoit. Elle
les conduifit d'abord dans fon
appartement , qui eft des mieux
tournez , & des plus richement
meublez de Paris. Le dîner fut
fervi peu de temps aprés dans
une grande Salle fur une table
de quatorze couverts , & fut
trouvé par la Compagnie , bien .
qu'accoûtumée à la bonne chere,
d'une propreté & d'une delicateffe
fort finguliere ; ce qui
ne furprit perfonne , Madame
Loust 1703.
LI
898 MERCURE
la Ducheffe du Lude eftant en
reputation de tout temps d'avoir
la table la mieux fervie ,.
& les meilleurs Officiers de
France . Toute la fuite de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
& de Monfeigneur le Duc
de Berry fut auffi fplendidement
regalée. L'on joüa à la
fortie de la table , & l'on fut de
fort belle humeur . Enfin Madame
la Ducheffe du Lude fit
les honneurs de cette Felte avec
la grace & la politeffe qui la
diftinguent fi fört à la Cour.
Sur les cinq heures Madame
la Ducheffe de Bourgogne &
Monfeigneur le Duc de Berry
allerent aux Capucines , &
y tinrent une Cloche dans
le Coeur des Religieules
GALANT 399
?
Monfieur l'Abbé de Monmorel
Aumônier de Madame la
Ducheffe de Bourgogne fit la
ceremonie. Beaucoup de Dames
de Paris profiterent de cette
occafion pour y entrer : Madame
d'Armagnac qui a un appartement
dans ce Convent
donna une grande & belle collation
dans une des Salles des
Religieufes. Madame la Ducheffe
de Bourgogne & Monfeigneur
le Duc de Berry au
fortir des Capucines allerent
aux Thuilleries , & s'y promenerent
jufqu'à la nuit , au grand
contentement d'une affluence
de monde , fort empreffé à les
voir , & qui ne ceffa point de
leur donner des loüanges.
LI ij
400 MERCURE
Je ne vous diray rien de la
prife du Château d'Arco , par
ce que cet article doit avoir
place dans la Relation particu
liere que je dois vous envoyer
de la Campagne de Mr le Duc
de Vendôme , ainfi que vous
verrez dans l'Apoſtille qui eft
à la fin de cette lettre : Cependant
la lettre ſuivante ne laiſſe.
ra pas de vous aprendre la fituation
des affaires de ce coſté
là.
Au Camp de Serca le 24
Aouft 1703
LE
Lohannem de Drenna , & dé
Es ennemis ont abandonné les
Toblino avec des retranchements
qu'ils avoient icy , s'ils avoient
GALANI
401
voulu ils nous auroient arreftez plus
de trois femaines , l'épouvante eft
grande dans ce Pays . Mr de Vendome
attend avec impatience des
nouvelles de Mr l'Electeur de Baviere
, & va en attendant poüßßer
les vivres à Toblino qui n'est qu'à
buit milles de Trente. Mr de Poligny
, Capitaine de Grenadiers de
Lionnois attaqua il· y a quatre
jours avec deux cens Grenadiers
Sept cens Payfans & foixante Grenadiers
des Ennemis retranchez fur
une montagne. Il lesforça & en
tua beaucoup, Mr de Vendôme
vient d'envoyer undétachement pour
prendre le Chateau de Madruzo :
Mr de Billy eft demeuré dans nos
derrieres avec quatre Bataillons
pour affurer une communication avec
Riva.
LI iij
402 MERCURE
Les Regimens de Sault &
de la Fere ont efté laiffez à
Riva , Sourches à Arco , Beau
jolois à Nago.
Monfieur de Vendôme ayant
trouvé fix Payfans armez dans
un des Chafteaux rendus, il en
a fait pendre cinq , & a envoyé
le fixième pour dire à tous les
Payfans des environs , qu'il fera
pendre tous ceux qui ſe trouveront
armez , & que ceux qui
demeureront tranquilles dans
leurs maifons , ne recevront de
luy que
de bons traitemens.
La Garnifon de Bercelle ,
celle du Château d'Arco , &
lés Garnifons de la plufpare
des Châteaux qui font dans les
GALANT 403
Montagnes , & qui ont voulu
s'oppofer au paffage de Mr le
Duc de Vendôme ont efté faites
prifonnieres de guerre . Nous
avons beaucoup de prifonniers
faits au Combat d'Eckeren . La
Ville de Brifack fera peut - eftre
aux abois dans le temps que
Vous recevrez ma Lettre , les
deux demi Baftions du haut &
du bas Rhin ayant efté enveloppez
dés le 25. tout cela doit
confoler de la perte d'Hay &
de la Garnifon qui ne fera pas
long -temps prifonniere , puifque
les Ennemis n'eftoient quia
peine maiftres de cette Place
que leur General écrivit à M
le Maréchal de Villeroy pour
luy demander qu'on échangeât
les prifonniers , ce qui fait voir
404 MERCURE
e
que l'avantage ne leur eft pas
demeuré à Eckeren , & que
nous y avons fait beaucoup de
prifonniers . On auroit pû empêcher
le Siege d'Huy , c'eftoit
ce que les Ennemis demandoient
, puifqu'on ne pouvoit
s'y oppofer fans découvrir la
la Flandres ; mais on n'a pas
voulu leur donner cette fatitsfaction
, les Places comme Huy
font aux premiers qui fe prefentent
pour les affieger : Cependant
cette Place a duré dix
jours . On pretend que l'Armée
des Ennemis eft de prés de
cent mille hommes . L'exploit
n'eft pas grand pour des forces
fi nombreuſes .
La Ligne que l'on avoit refo-
Ju de faire pour couvrir Namur
GALANT 405
eft dans la perfection .
Vous vous fouvenez de l'af
faire de Gambie , dont Mr de
Saint Vandril a tant tiré d'argent
, il vient de prendre une
Fregate Angloife toute neuve ,
de trente- fix Canons . Il
avoit deffus cinq cens Negres
qu'il a vendus cinq cens mille
livres à Cartagene
.
Mr le Comte de Toulouſe
doit eſtre prefentement party
de Toulon , il a environ trente
Vaiffeaux & huit Galeres . Il
eft en eftat de faire tefte aux
Anglois & aux Hollandois , s'ils
ofent fe prefenter devant luy.
La guerre doit leur eftre bien
onereufe s'il leur faut quarante
Vaiffeaux pour eſcorter leurs
406 MERCURE .
Vaiffeaux Marchands..
Il y a des Lettres de madrid.
qui portent que la Reine d'Efpagne
eft groffe. Je ne vous garantis
pas cette nouvelle ; mais
il eft conftant que plufieurs
Lettres en parlent . Je fuis , Madame
, & c .
A Paris , ce 31. Aouſt 1703 .
APOSTILLE.
Toutes les Relations qui ont
paru des expeditions faites par
Monfieur le Duc de Vendôme ,
& Mr le Comte de Medavi depuis
leur départ de San Benedetto
, jufques à la prife du
Chateau d'Arco , & de ce qui
fuivy la prise de ce Chasteau ,
GALANT 407
' n'eftant point entrées dans une
infinité de détails , qui font voir
que ce que les Troupes du Roy
ont fait péndant fix femaines
, eft fi merveilleux que jamais
troupes ne font peut eftre
venuës à bout d'executer en
fi peu de temps, des entrepriſes
fi difficiles , & qui pouvoient
même paffer pour impoffibles :
toutes ces chofes, dis- je , n'ayant
point encore efté entierement
mifes dans leur jour , on en donnera
au premier d'Octobre une
Relation qu'on intitulera , Cam!
pagne de Monfieur le Duc de Venme.
Ce morceau d'Hiftoire
remplira la premiere partie d'un
Volume feparé , & la feconde
partie du même Volume contiendra
un Journal du Siege de
408 MERCURE
›
Brifack. Ceux qui voudront en
voyer des Memoires fur les ma
tieres qui feront contenuës dans
ce Volume , pourront adreffer
leurs Lettres à Mr Brunet Libraire
à l'Enfeigne du Mercure
Galant , dans la grande Salle
du Palais.
Page 25. ligne
au lieu de
Marquis de Foy , lifez Marquis de
Fors.
Page 334. Maréchal Duc de
Villars , lifez , Maréchal de Vil
bars.
BIBLIOTHE
JE
LYON
DE
*/893*
TABLE .
TABLE
TABLE .
P
Rélude
Poëme..
Nouvelles du Caire.
6
18
Avantages remportez par les Volontaires
de Mr de Quelus. 22
hiftorico littera-
24
45.
50
55
59
Articles de Morts.
Ode
Diarium
rium.
Erudition enjoüée .
Lettre fur la Bagatelle.
fel, Jefuite.
Remercimentfait parle Pere Chau-
71
Article qui n'eftpas nouveau 77.
Aoult 1703.
Mm
TABLE.
Sonnets.
Détail nouveau de l'affaire d'A
94 quilée.
Extrait dune Lettre écrite à Madame
la Ducheffe de Richelieu.
112
Converfation entre Spadille , Manille
, & Bafte . 119
Carte du Cours entier du Po prefenfentée
au Roy, par le Pere Pla
cide Auguftin,
Belle action de Mr le Chevalier
d'Aynac-Turenne¸
Second Article de Morts .
123
126
131
Suite du Fournal de l'Armée de
141 Flandres.
Détail nouveau & curieux touchant
la mort de Mr le Cardinal de
Bonzi 153
Prefent fait par le Roy d'Epagne
à Mr le Maréchal de ChasteauTABLE.
renaut . 190
Etat des munitions de guerre & de
bouche trouvées dans la Ville de
193
Berfelle
Carte nouvelle & particuliere pour
les mouvemens de la guerre en
Italie. 199
201
Defcription de Versailles ancienne
& nouvelle.
Traifiéme Article des Morts 203
Détail nouveau de l'avantage remporté
par Mr de Legal où l'on
fait connoiftre que cet avantage
que les ennemis avoient voulu
diminuer , eft plusgrand qu'on ne
ta publié d'abord, 216
239
Seconde fuite du Journal de Flandres.
Benefices donnez parle Roy. 244
Difcours touchant les FestesGalantes
qui fert de Prelude à la Festa
Mm ij
TABLE.a
de Chaftenay , dont la Relation
eft enfuite.
302
Les deux fils de Milord Duc de
Perth , s'attirent de grands applaudiffemens
dans une Tragedie
jouée au College de Navarte. 332
Cargaifon du Vaiffeau l'Amphitrite.
i27
Gouvernement du Pays Melin donné
à Mr le Maréchal de Ioyeuſe,
330
Election d'un Superieur General des
Peres de la Congregation de la
Million.
33x
Cartes nouvelles de M de Fer. 334
Lettres Patentes de Mr le Maré
chal de Montrevel , pour com→
mander en chef en Languedoc .
enregistrées au Parlement de
Toulouse.
336
Article concernant tout ce qui s
TABLE.
paffe tant à la Cour qu'à Paris ;
en diverfes Villes du Royaume,
à l'occafion de la naissance
de Monfieur le Duc de Chartres .
337
Serment prêté au Roy par les Echevins.
366
Difcours fait au Roy par Mr de
Martangis , en prefentant le
Scrutin... 367
Suite du Iournal de l'Armée de
Monfeigneur le Duc de Bourgo
373 ~gne.
Le Roy d'Espagne traverse Madrid
à la tefte des Troupes qu'il·
envoye fur les frontieres.
Maladie de Madame,
Article des Enigmes.
381
384
384
Fefte de Saint Louis celebrée par
l'Academie Françoiſe , & par
celles des Sciences , des Inferip
TABLE.
395
tions & Medailles.
389
Flote de la Meufe entierement détruite
par Mis les Chevaliers de
S. Pot & de la Luzerne. 392
Les Ennemis fe retirent du Pays de
Vaes.
Ce qui s'eft paffe au dernier voyage
que Madame la Ducheße de
Bourgogne a fait à Paris. 397
Nouvelles des dernieres expeditions
faitespar Mr de Vendôme . 400
Nouvelles de Flandres .
402
Prife faite par Mr de Saint Vandril
Nouvelles de Mer ,
Nouvelles de Madrid.
405
idem
406
Apostille qui eft important que le.
Lecteur life . 406
DE
YON
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
Arbure fouverain du monde
doit regarder la page 326 .
La Chanfon qui commen
ce par , Queje m'efſtime miſerable
Qualité de la reconnaissance optique de caractères