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MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
THEQUE
LYON
LE DAUPHIN
JUIN 1703.
:
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Sale du
Palais , au Mercure galant :
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure,ce qui en augmente confide- .
rablement les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en yeau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations (evendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCIII.
Avec Privilege du Roy.
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement
de chaque
Volume du Mercure
, puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
.
de défigurez, eftant impoſſible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient
corrects
. On
a
avertit encorequ'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
O
JUIN 1703.
LYON
Uoy que tous les Preludes
de mes Lettres me.
4
DE
LA
ritent votre attention , &
qu'ils doivent faire beaucoup
de plaifir à tous ceux qui les
voyent , je fuis perfuadé que
celuy que vous allez lire
這
-
VILLE
A iij
6 MERCURE
fera redoubler voftre attention
, & que vous ne pourez
luy refufer des louanges ,
Le 15. May Mr du Puy
Recteur de l'Univerfité fit
fuivant l'uſage , dans la gran.
de Salle de Sorbonne , le Panegyrique
du Roy , fondé
par la Ville depuis vingt ans.
M' le Prevoft des marchands ,
Meffieurs les Echevins &
tous les Officiers de la Ville
avec leurs Gardes y affifte..
rent en habit de Ceremonie.
Comme la coutume eft
Meffieurs de l'Univerfi
que
té leurs envoyent quelques
GALANT 7
jours auparavant une députation
pour les y inviter , Mr
Couture ancien Recteur &
Profeffeur Royal en Eloquence
fut chargé de porter
la parole. On le vint recevoir
dans la grande Salle de
la Ville , & on le conduifit au
Bureau , où ayant pris place
vis à vis de M ' le Prevoft des
Marchands , entre deux des
Deputez qui l'accompagnoient
, il dit , Meffieurs
c'est vous prier de prendre part
vos propres liberalirez que de
vous inviter au Panegyrique du
Roy , quifera prononcé Mar ·
¿
A iiij
8 MERCURE
dy prochain par Me noftre Rec
teur .
LVniverfité de Paris reconnoist
avec plaisir que c'est à vous
que la France doit non,feulement
la faitsfaction prefente d'entendre
tous les ans les louanges de
Jon Prince , mais encore l'afurance
que ces mêmes louanges ne finiront
mais,
Certe gloire qui n'eft bornéepar
aucune région de la terre,ne le fera
auffi par aucun espace des temps .
Et certes , Meffieurs , vous.
y eftes plus intereffe que per.
fonne. L'éclat en rejaillit fur.
toute la Nation Françoife en
GALANT 9
general , mais les premiers rayons
en tombent fur cette Compagnie
en particulier : & quand on ce .
lebrera les merveilies du regne
de Louis le Grand , on louerd
fur tout les actions furprenantes
dont vous vos Peres aveZ
été les principaux inftrumens .
En effet , fil Europe conjurée
n'a pû entamer ce Royaume ; fi
toutes les Nations du mondefont
maintenant forcées ou de redou
ter fon pouvoir ou d'implorer ſon
fecours ; fi fes Armées foulent
aux pieds les digues que
l'Art
la nature leur avoient oppo .
fées ; apres la faveur du Ciel
t1o0 MERCURE
•
la vertu de Louis ; c'eft prin .
cipalement à vous , Meffieurs
c'est à vostre zele extraordinaire
qu'on en eft redevable.
Querefte til donc ,finon qu'a.
prés avoir efté fi utiles aux def
feins glorieux de Sa Majeflé ,
vous vouliez bien eftre favora
bles à l'éloge que Mr noftre
Recteur ſe diſpoſe à vous en
faire,
聾
M'le Procureur du Roi lul
repondit par un difcours fort
eloquent , & conclut pour le
Roy que la Compagnie affif
tât à cette action ; elle eut lieu
d'en eftre fatisfaite car M le
GALANT II
Recteur prononça fon dif
cours avec toute la grace &
toute l'éloquence qui luy font
naturelles : Il fonda l'éloge de
ce grand Monarque fur tous
les évenemens les plus éclatans
de fa vie ; il le reprefenta
auffi redoutable dans le fein
de la Paix que dans les fureurs
de la guerre; il fit voir par une
chaine d'exemples tous plus
heroiques les uns que les au
tres , que s'il avoit
s'il avoit paru terrible
à fes Ennemis dans les Sieges
dans les actions les plus perilleuses
à la tefte defes Armées ; que
s'il avoit fait trembler toute l'Eu12
MERCURE
la
rope conjurée contre luy , dans le
temps même qu'elle avoit armé
tous les Princes contre ce Heros ;
que s'il leur avoirfait craindre des
chaines dans le même temps qu'ils
en avoient tous preparé pour
France , il n avoit pas moins pa.
ru terrible dans le ripos & le loi.
fir de la Paix que c'est dans ces
temps calmes qu'il avon abbatu
détruit le Demon de l'Herefie ,
qu'il avoit terraffé ce Monftre
terrible qui devoroit la France
depuis tant de Siecles , & dont la
deffaire fembloit cftre refervée à
cei invincible Monarque puifque
les effo es des Roisfes Predeceffeurs
GALANT
13
avoient toujours efté inutiles ; &
que les coups qu'on avoit porté
cer Hidre fous les Regnes prece.
dens n'avoit fervi qu'à en allumer
le couroux & la rage : II
rapella la fageffe de fes Edits
dans lesquels ce grand
Prince avoit fait éclater d'une
maniere bien glorieuſe la hai
ne qu'il avoit pour les vices
& les paffions honteufes : Il
fit voir dans la guerre que ce
Prince leur avoit fait , que le
foul amour de la Juſtice avoit
dicté ces belles Ordonnances
qui diftinguent fi fort par les
fages maximes qu'elles renfer
14 MERCURE
ment , le Regne de Louis le
Grand des Regnes precedens ;
Il fit voir dans l'élevation de
Philipe V. fur le Throne d'Efpagne
; Que le Ciel fe déclarois
visiblement pour un Roy qui n'avoit
jamais feparé fes interefts
de ceuse de Dieu & de l'Eglife :
Que la grandeur de fes enfans
neftoit que la recompenfe de fa
pieté de fes verius : Que le
Ciel combloit de fes faveurs un
Prince qui avoit toujours comblé
des fiennes les Rois infortun
que fi de tout temps la France
avoir efté l'azile des Princes dé
pouilleZ , jamais elle n avoit porGALANT
15
té fi loin cet esprit de generofué
que fur la fin du dernier ficcle ;
où elle avoit embraffè la deffence
d'un Prince malheureux aupré
judice de fes propres interefts ;
que c'est enfin fous ce Regne glorieux
que la pieté & la justice
ont triomphe de la politique &
´des autres vertus civiles.
M' du Puy eft Regent de
la.troifiéme Claffe au Collea
ge Mazarin : C'eſt un hom
me d'une vertu epurée.
Voicy les noms de quelques
Perfonnes decedées qui
ne purent avoir place dans
ma Lettre du mois dernier.
16 MERCURE
Dame Catherine le Pelle
tier de la Houffaye épouse
de Michel, Amelor , Cheva.
lier Marquis de Gournay ,
Confeiller d'Etat , cy devant
Ambaffadeur à Venife & en
Suifle , eft morte dans un âge
affez peu avancé : Elle a eſté
fort regretée dans la Famille
elle laiffe plufieurs enfans :
Elle eftoit d'une Maiſon qui
a toujours fervi l'Etat avec
beaucoup de zele ; elle avoit
cu de grands biens & on fçait
affez qu'elle touchoit de fort
prés à feue Madame la Princeffe
de Soubile premiere
GALANT 17
femme de M le Prince de
Soubife. La Maiſon de Mr
Amelot eft tres ancienne &
tres -diftinguée dans la Robe.
Le merite de M' Amelot a
éclaté dans les emplois qui
luy ont efté confiez ; il eft
frere de Madame la Comteffe
de Vaubecourt , & fils de
feu Mile Prefident Amelot , il
eft allié aux perfonnes les
plus diftinguées de l'Epée &
de la Robe, il a l'honneur d'ap.
partenir de fort prés à M' le
Duc de Rohan, & il eft pro.
che parent de M' le premier
Prefident Nicolai. La magni-
Fuin 1703.
B
18 MERCURE
ficence & le bon goût éclatent
dans fa mailon de la
Place Royale.
Mr Dorffon Treforier de
France eft mort aprés une
longue maladie dans de
grands fentimens de pieté : Il
eft mort affez jeune & fans
avoir jamais voulu fe marier :
Il a fouhaité d'eftre enterré
dans l'Eglife des Chartreux
ce qui eft marqué dans fon
Teftament ; fon corps y fot
porté le Lundy 28. May &
inhumé dans le Choeur des
Religieux ; Il fut prefenté à
la porte de l'Eglife par le ViGALANT
19
caire de la Paroiffe de S. Jean
en Grêve dont eftoit le deffunt
, au Pere Vicaire des
Chartreux qui le reçut à la
tête de la Communauté: le Vicaire
de S. Jean fit un difcours
dans lequelil expofa l'état où
eftoit mort Mr Dorffon , il fit
un narré fidèle de fes pieufes
difpofitions , & fon difcours
furfort touchant , celuy du Pe .
re Vicaire des Chartreux qui
repondit au premierne le for
pas moins ; il eftoit plein de
cette onction qui fe fait fentir
dans toutes les actions &
dans toutes les paroles de ces
Bij
20 MERCURE
Saints Religieux . On reconut ,
par ces difcours que Mr Dorf.
fon avoit efté fortement touché
du defir de fe faire Char-
>
fides
engagetreux
& que
mens contraires l'avoient em.
pêché d'executer une fi fainte
reſolution , il avoit du moins
voulu mêler fes cendres avec
celles de ces pieux Solitaires.
Damoiselle Angelique ma.
rie de Laffemas , fille de feu
Meffire Ifaac de Laffemas ,
Confeiller du Roy en fes
Confeils , Lieutenant Civil
de la Ville , Prevôté & Vicomté
de Paris , & premier Mai ,
GALANT
21
S
tre des Requeftes ordinaires
de fon Hôtel , eft morte dans
de grands fentimens de pieté
: elle laiffe de grands biens
à fes heritiers , elle eft mor
te âgée de quatrevingt ans
elle eftoit foeur de feu M' de
Laffemas , mort il y aa deux
ou trois ans & dont l'efpric
& le merite eftoient genera.
lement connus : ces deux per
fonnes n'ont jamais pris aucun
engagement dans le Mariage
; & ils s'eftoient fait.
une loy de pafler leur vie
dans le Celibar. Mr de Laf
femas avoitefté Confeiller au
22 MERCURE
Parlement de Mets pendant
quelques années . L'amour
d'un honnefte loifir & le
défir de s'apliquer entierement
aubelles Lettres , pour
lefquelles il avoit un gouft
déclaré , l'avoient fait revenir
à Paris où il a paffe la vie dans
le Commerce des Sçavans &
dans celui des Mufes. Il n'en
faut pas
d'autre preuve que
les Relations qu'il a toujours
eu avec feue Mademoiſelle
de Scudery , Madame des
Houlieres & la fpirituelle mademoiſelle
L'heritier . Mas
demoiſelle de Laffemas eftoit
GALANT 23
les
du fecond lit du feu Lieutenant
Civil, & elle avoit toujours
eu un tendre attache
ment pour fon frere , & ila
eſté fi grand qu'elle conferva
aprés la mort de fon frere
mêmesempreffemens qu'il
avoit pour ſes amis . Mr de
Villemaréchal , cet illuftre
amy de m' de Laffemas en eft
une preuve fenfible . ´Mademoiſelle
de Laffemas avoit
une foeur mariée d'où eftoit
venue Madame la Comteffe
de Vezelay , mere de Madame
la Comteffe Albano
belle foeur du Pape aujour- "
·
M
*
24 MERCURE
d'huy regnant. M' le Comte
de Vezelay estoit un Seigneur
Italien de la mailon Ondedai
qui a donné un Evêque de
Frejus , grand amy du Cardinal
Mazarin , il époufa la
petite fille de Mr le Lieute
nant Civil qui eftoit pour lors
dans la confiance & qui avoie
beaucoup de part dans les
bonnes graces du Cardinal
Mazarin.
Mr Denonville fous Gou.
verneur de Meffeigneurs les
Princes , eftoit Neveu de
feuë Mademoiſelle de Laffe.
mas ; qui d'ailleurs eftoit par
faitement
GALANT
25
faitement bien alliée . Feu
Mr de Laffemas eftoit tresbon
Poëte ; il avoit beaucoup
de gouft pour la Poëfie , &jamais
homme ne s'eft tant
donné de mouvemens pour
la culture des beaux Arts :
il auroit pû faire s'il eut voulu
une Bibliotheque volante
des pieces fugitives dont il
avoit grand nombre entre
les mains .
Mr de Camus Lieutenant
d'Artillerie & Gouverneur de
l'Arſenal de Lyon , eftoit un
Gentilhomme qui avoit fervi
Juin 1703.
C
26 MERCURE
longtemps, & quiavoit rendu
des fervices importans dans
la derniere guerre de Savoye
; il avoit époulé Dame
N... Croupet d'une ancienne
maison de Lyon , il en
laiſſe plufieurs enfans : L'aîné
qui avoit la furvivance du
gouvernement de l'Arſenal
fert en Italie en qualité de
Commiffaire de l'Artillerie :
Un de les cadets mourut il
y a quelques mois dans le
même ſervice. Mr de Camus
avoit un fils Chanoine d'Ef
nay , qui mourut l'année derniere
; il a un cadet qui eur
GALANT
27
le Canonicat de fon frere :
il a encor une fille Religieufe
dans l'Abbaye Royale de S.
Pierre, & quelques autres qui
n'ont encor aucun engagement.
Mr de Camus eftoit
fecond fils de feu Mr de Gamus
Lieutenant general Civil
& Criminel du Bailliage
de Belley , & de Dame N ...
d'Oncieux d'une des premie
res maiſons de Dauphiné.
Mr d'Ivours mort depuis
quelques années , étoit le trere
aîné de Mr de Camus , il
a laiffé deux fils & plufieurs
filles dont Madame la Com-
C ij
28 MERCURE
teffe de Dortans , Dame d'un
grand merite, eft une , de Dame
N …………. heritiere de l'ancienne
maiſon de ce nom :
cette Dame , par ſon eſprit ,
& par fes belles manieres fait
un des principaux agrémens
de la Ville de Lyon , ces Meffieurs
ont encor un frere qui
eft Chanoine de l'Eglife Col.
legiale de faint Pierre de
Vienne où l'on fait preuve
de Nobleffe comme à Malthe.
Leur Pere avoit une
foeur mariée à Mr le Comte
de Mailla de l'ancienne mai
fon de Moyria , dont il reſte
GALANT
29
encor aujourd'huy Monfieur
de Moyria Chevalier de faint
Loüis , & Lieutenant Colonel
reformé , & Mr l'Abbé de
Moyria , Chanoine d'Efnay.
Guillaume Sanfon , Geo.
graphe ordinaire du Roy eft
mort le 15. du mois de May
dernier en fa 70.année, aprés
avoir donné au public quantité
d'excellens Ouvrages de
Geographie , qui l'ont mis
dans une grande reputation
par toute l'Europe ; il étoit
fecond fils du celebre Nicolas
Sanfon natif d'Abbeville
* auffi Geographe ordinaire du
C iij
30 MERCURE
Roy , qui mourut en 1667.
l'âge de 69 ans , & qui étoit
fans contredit , le plus fçavant
de tous les Geographes
modernes >
ayant furpaffé
tous ceux qui l'ont precedé
en cette fcience qu'il poffedoit
dans un haut degré , ainfi
qu'ilparois par le grand nom
bre des doctes Ouvrages
fur
la Geographie
ancienne
&
nouvelle qu'il a mis au jour ,
c'étoit un homme infatiga
ble pour l'étude à laquelle il
s'adonna
toute la vie avec
une aplication
extraordinai
.
re; aufli trouve con dans fes
GALANT 31
Ecrits une vafte éruditon , une
grande connoiffance de l'An
tiquité , & un diſcernement
admirable qui luy ont acquis
une eftime generale , & luy
ont fait donner le fur nom de
Prince des Geographes , comme
l'on a donné à quelques fameux
anciens les furnoms de
Princes des Orateurs & de
Princes des Poëtes.Il eûr trois
fils , laîné appellé Nicolas
comme luy , mourut à l'âge de
23 ans , cftant au fervice du
Roy, il avoit déja composé un
Ouvrage de Geographie treseftimé
, & il auroit efté loin
C iiij
32 MERCURE
dans les fciences , fi la mort
3
ne l'eut enlevé à la fleur de
fon âge. Le fecond fils étoit
Guillaume , dont je vous apprens
la
mort
; il fut digne
fucceffeur de fon pere par la
profonde connoiffance qu'il
avoit de la
Geographie & de
l'hiftoire . C'est avec juftice
qu'il a efté nominé par un
Auteur moderne tres fçavant,
fils d'un pere tres fçavant ,
Doct fimiparentis doctiffimus fi.
lius , le pere & le fils ont pro
curé à la France la gloire d'avoir
les plus excellens Geographes
; en effet ils y ont
GALANT
33
fait fleurir cette ſcience fineceffaire
pour l'hiftoire , & fi
utile à toute forte d'Etats.
Le troifiéme fils de Nicolas
Sanfon appellé Adrien , eſt
encore vivant , & a toûjours
parfaitement ſecondé Guil.-
laume (on frere dans fes trai
Vaux Geographiques Monfieur
Moullart Sanfon leur
neveu qui a esté élevé auprés
d'eux s'eft appliqué à la
même ſcience , & s'y eft rendu
tres habile. Je vous ay
fouvent parlé de les Ouvra
ges , il a eu depuis peu l'hon
neur d'en prefenter au Roy ,
34 MERCURE
auſquels il a travaillé conjoin
tement avec fes oncles . Il
a lieu de croire qu'il en fera
part au public , & que marchant
fur les pas de fes oncles
& de fon ayeul , il ne degenerera
point de ces grands
hommes , il continuera de
donner la fuite des Cartes
particulieres de France ; il
vient de finir des Ecrits pour
l'Europe , où aprés avoir de.
crit les bornes de chaque re.
gion ; le rapport que toutes
Les parties ont avec les cieux ,
celuy qu'elles ont entr'elles ,
& avec l'hiftoire , il donne
GALANT 35
les noms des principaux Souverains
qui les poffedent ; il
a fait auffi imprimer un Abregé
des Princes Souverains de
l'Italie , ou Traité de leurs
Etats , Grandeurs , Gouver.
nemens , pour joindre avec
la carte de quatre feüilles ,
dont je vous ay cy devant
parlé : Les principaux Ouvra.
ges de Nicolas Sanſon pere
font :
L'Empire Romain en plafeurs
Cartes.
La Gaule en fix feuilles , &
un Traité Latin , ces Ouvrages
ont fait honneur à la Nation ,
36 MERCURE
au
uffi bien que fon Traité d'Abª
beville qu'il a fait en faveur de
Ja pairie
Les Remarques far la Carte
de la Gaule , pour les Commen.
taires de Cefar.
La Defcription des Ifles Bri .
tanniques , de la France , del Al
lemagne , de l'E/pagre , & de
l'Italie en plufieurs Cartes ,
en differens Traitez de Grogra
phie ed Hiftoire felon les plus
belles diftinct ons qui ſe peuvent
remarquer dans tous les Auteurs
anciens modernes
Le Volume des Tables Methodiques
, qui font une Memoire
GALANT 37
locale & les Guides des Cartes,
Plus de 120. Cartes particu
lieres de France diftinguées en
Diocefes , Parlemens , Bailliages,
Generalitez , Elections.
он
La Geographie Sacrée
Traité de la Terre fainte , tirée
du Nouveau de l'Ancien Teftament
, dans lequel il y a trois
Cartes.
Les principaux Ouvrages
de Guillaume Sanfon font :
L'Introduction à la Geogra •
phie , qui eft un petit trefor pour
cette fcience.
Ses Difquifitions pour la défenfe
de ce Livre , & pour
les
38 MERCURE
Ouvrages de fon pere.
Le Corps de Geographie in
fol. compofe de Cartes & de Ta.
bles au nombre de 80 .
la
Ses Cartes pour la Geographie
facrée de Patriarchats des
Conciles de la Fudée , celles pour
la Geographie hiftorique , l'Ifle
Atlantide felon Platon , qui eſt
l'Amerique d'aujourd'huy ,
Grece pour lire Homere , l'Ifle
de Crete , qui eft aujourd'huy
Candie , le Bofphore Cimmerien,
le Bofphore deThrace , les parti .
culieres de l'Afie Mineure ,
Mr le Prince de Bozzolo
eft mort. Bozzolo eſt une
GALANT
39
Ville d'Italie dans le Duché
de Mantouë ; avec titre de
Principauté entre Mantouë
& Cremone , l'aspect en eft
fort agreable , & la fituation
fort heureuſe . Pour le Prince
de Bozzolo il eftoit de la
maifon de Gonzague , & étant
mort fans enfans , fes Etats
font retour au Duc de Mantouë
; le Prince de Bozzolo
defcendoit de Charles de
Gonzague fieur de Bozzolo
, fecond fils de Jean François
, premier Marquis de
Mantouë mort en &
de Paule Malatefte ; ce Char40
MERCURE
les de Bozzolo laiſſa poſterité
de Lucie d'Eft , qui eft
enfin finie dans la perfonne
du dernier Prince de Bozzolo.
La Principauté de Bozzolo
avoit deja manqué à
faire retour à la branche aî .
née lors du Mariage d'Ifabelle
de Gonzague Navarole
, dite la Princeffe de Bozzolo
, avec Vincent de Gonzague
II . du nom : mais comme
la Princeffe eftoit hors
d'état d'avoir des enfans , le
Mariage fut diflous à Rome ,
& le pere épousa la Princeſſe
Marie , pour la Princeffe de
1
GALANT 4.1
Bozzolo elle garda la Principauté
qu'elle laiffa à fes heritiers
naturels .
La maison de Bozzolo étant
une fois manquée , elle repric
dans la pofterite de Jean-
François de Gonzague troifiéme
fils de Loüis III. de
Gonzague Marquis de Mantouë
, & de Barbe de Brandebourg.
Jean François fit la
tige des Seigneurs de Sabionette
, Bozzolo & faint Martin
; & c'eft de ces deux bran
ches que defcendoit le Prins
ce , de la mort duquel nous
parlons : La Princeſſe Iſabelle
Juin 1703 .
D
42 MERCURE
dont le Mariage fur caffé ,
donna lieu à la feconde de
ces branches de recueillir
cette fucceffion parce qu'elle
mourut fans enfans . Le Prince
de Bozzolo qui vient de mourir
eftoit un Prince tres eftimé
: il avoit beaucoup d'ef
prit , & une part confiderable
en la confiance du Duc
de Mantouë.
Je vous envoye la fuite du
fçavant Ouvrage , dont je
vous ay donné le commen .
cement dans ma derniere
Lettre .
GALANT
43
Mais les Souverain's & les Peres
ou Chefs defamille font peu ou point
propres au regime de leurs Etats &
"de leurs familles , fi ce regime n'eft
premierementétabli entre les diver
fes facultez de leur amé , par une fu
bordination convenable des unes aux
autres , &par un jufte reglement de
lears appetits , de leurs mouvemens ,
& de leursobjets.
Ils doivent préalablement entrer
dans eux- mêmes pour y prendre par
leurs inspections & par leurs reflexions
, une entiere connoiffance de
toutes leurs parties , établir entreelles
l'ordre qui convient à leur nature
& à leurs qualitez ; & donner
la direction de toutes les autres à
celles dont les lumieres plus pures
peuvent les éclairer plus parfaite
ment & les conduire par leurs rayons
Dij
44 MERCURI
aupointdes difpofitions propres à con
courir parleurs fervices an veritable
bien.
Le veritable & parfait bien de
l'homme renferme toutes les perfections
de l'efprit & toutes les vertus
de l'ame , lefquelles compofent enfem
ble l'entier merite de leur tout.
C'est à cette directrice de mettre
Par ces moyens des bornes convena_
bles à la puiffance de toutes les autres
facultez des termes à leurs appetits
, des mesures à leurs objets ,
des regles à tous leurs mouvemens ,
& des fins à leurs intentions ; & c'eft
à elle de tirer de fes lumieres la prudence
requife pour entretenir dans
celles dont le miniftere eft utile à fes
operations , toutes les conditions &
toutes les autres difpofitions propres
à l'exercice de leursfonctions, par les
GALANT 45
remiffions , les intermiffions , &les
relâchemens convenables de leurs ap.
plications & de leurs contentions ;
& par les fubventions neceſſaires à
lears befoins , à leurfubfiftance , &
à leur confervation.
Suivant que cette facultédirektrice
conferve plus de regle & de justice
dans fes defcentes ou abaiffemens
au deffous de fon ordrepar les infpections
, & les revifions des difpofitions
de celles qui font foumises à fa difcretion
pourcontenir ou reduire leurs
appetits au point de la mediocrité ,
& pour entretenir leur activité dans
la fuffifance requife à la perfection
de leurs minifteres .
C'est parcette conduite que cette
facultéprédominante jouit plus pleinement
defa liberté , & qu'elle con
ferue les moyens appartenans à fa
46 MERCURE
tez
nature d'élever fes contemplations
aux veritez les plus hautes & aux
objets les plus relevez ; &ces faculfubalternes
font reciproquement
élevées à de plus hauts degrezde perfections
fuivant qu elles font plus
afujettiespar leur fubordination &
par leurfoumillion à la domination¸
& aux inclinations de leur directrice.
Les juftes proportionsgardées dans
ces fucceffions ordinaires des contentions
& remiffions , d'abaiffemens &
d'élevations de l'une & des autres
de ces facultez, entretiennent par
leurs correspondances reciproques la
liaifon neceffaire entre elles & les
reflexions de ces mouvemens opposés.
par leurs tours & retours ,
leurs converfions
& leurs reverfions des mémes
principes aux memes fins , &a
GALANT 47
des mêmesfins aux mêmes principes,
font par laregularité de leurs viciffitudes
la parfaite circulation de
toutes les operations , actions , &paffron
shumaines.
C'est dans les jules mesures de ces
actions &pallions que confiftent les
vertus , uniques moyens de l'homme
de parvenir à la perfection & à la
felicité de fa vie naturelle.
Les fens font les premieres portes
par lesquelles les apparences des objets
entrent dans l'imagination , à
laquelle ils communiquent les émotions
qu'ils en reçoivent par leurs
qualitez ou par leurs émanations.
avec les lumieres qu'elle emprunte
du fens commun , fe forme de la diverfité
de ces apparences des images
differentes de la nature & des qualitezdes
objets fuivant la difference
48 MERCURE
des rapports qu'ils ont par ces reprefentations
avec les appetits.
L'efprit eft pourvu de deux principales
facultez l'une qui l'éclaire
parl'effufion de fes lumieres , & qui
luy rapporte par leurs reflexions les
images des objets ; & l'autre qui
le ravit & qui l'agite par la communication
des mouvemens & des
affections qu'elle conçoit des impreffions
ou des reprefentations des objets .
L'entendement qui eft la premiere
de ces facultez repaffantfur ces images
, leur donne par l'intention &
réunion de ces lumieres , au point qui
forme fa raifon , les couleurs ou les
ombres & le haut & bas relief convenables
aux effences deleurs originaux
; & ou il arrefte le cours de fa
Taifonfur ces images , ou il la replie
furfoy- même , ou fur ces operations ,
си
GALANT
49
·
oufur ces affections , on fur celles de
la volonté.
Ilfait en luy-même parfon applitation
frequente aux unes ou aux
aurres de ces images des impreffions
par lesquelles fes actes paffent en
habitude.
Les habitudes qui fe terminent
aux objets effant purement (peculatives
, ne roulent que fur lear nature
&fur leurs principes dont la verité
fait la fin ou le centre de leurs
intentions,
Les autres purement
pratiquées ,
ne font que des retours ou des replis
de l'efprit furfoy-même , qui ne
confiderent que les regles ou les
moyens de la direction de fes operations
à la perfection defon eftre , dont
le point fait lafin de tous leurs mouvemens.
Juin
1703 .
E
50 MERCURE
· Entre ces habitudes ou fciences.
pratiquées , l'une que l'on nomme
Dialectique on Logique , donne à
l'entendement les regles de fes operations
& l'autre que l'on appelle,
Morale , donne à la volonté les regles
& les mefurès , les voyes , & les
termes des fennes.
Les regles que la Dialectique
donne aux operations
de l'entendement
, les guident par des voyos qui
les conduisentjufques aux termes de
leur repos , qu'elles trouvent dans
les apparences
ou dans la certitude
de la verité.
Les regles que la Morale donne
à la volonté font de deux efpeces ;
L'une qui contient & qui compofe
toutes fes affections
& tous les moy
vemens aux mesures proportionnées
au prix & au merite des objets om
GALANT
SI
des fujets fuivant le poids & la
place que leurs effences occupent dans
lafphere de l'entendement : cette regle
s'apelle justice ; & l'autre qui
les dirige par les voyes les plus convenables
& les plus feures aux fins
que la droite raifon luy propofe , fe
namme prudence.
La Fuftice reçoit divers noms des
mefures & des loix qu'elle donne
aux differens aftes ou mouvemens
de la volonté.
Celles qu'elle prefcrit aux mouvemens
, ou paffions qui naiffent des
plaifirs & des voluptez , luy donnent
les noms de temperance, celles qu'elle
impofe auxfentimens qui naiffent
des douleurs & des difficultez , lay
donnent celuy deforce,& de celles par
lefquelles elle réduit generalement
toutes ces fortes de mouvemens ou de
E ij
52 MERCURE
Palions à la mediocrité convenable
elle prend le nom de moderation .
De celles qu'elle preferit à toutes
les conventions & permutations elle
prend le nom de commutative ; de
celles par lefquelles elle proportionne
les biens & les honneurs , les recompenfes
& les peines aux merites,
ou demerites & ces commandemens
aux forces , facultez, ou dignitez
desfujetsfur lefquels elle a fon exercice
, elle reçoit l'appellation de dif
tributive.
De celles par lefquels elle proportionne
l'ufage & l'employ des moyens &
desfacultezaux qualitez & aux dif
pofitions de leur poffeffeur ou de leur
principe , elle peut eftre furnommée
compofitive , ou conformative & de
celles qu'elle garde dans les corrections
, elle eft appellée émendative .
GALANT
53
Za prudence reçoit pareillement
plufieurs dénominations de la direction
de les diverses actions aux fins
qu elle le pripole.
De la preparation de tous les
movens & de les précautions contre
tus les empêchemens , elle est appellée
prévoyance.
De fa promptitude à donner ou à
mettre tous les ordres , & à apporter
toutes les difpofitions & lever tous les
obftacles , elle est appellée diligence ..
De l'obfervation de toutes les
circonftances elle prend le nom de
circonfpection : & defon attention à
toutes les occurrences , elle reçoit celuy
de vigilance.
Toutes les autres vertus ne font
que des differens progrés , des participations
ou des diverfes compofitions
de ces premiers.
E iij
54 MERCURE
Ou pluftoft fuivant le fentimens
des Philofophes de Megare ; toutes
les vertus ne confiftent que dans
les regles , le poids & les mesures
d'une feule & méme raiſon .
C'est la feule raison qui dirige
tous les mouvemens de la volonté à
une feule & même fin , qui fait le
veritable bien de l'ame qui confifte
dins une fine & unique vertu , qui
prend plufieurs differens noms de la
diverfité de fes raports & differens
objets , de fon application à diffe.
rens fujets , & de fes emplois à differens
offices.
Ilfaudroit pour établir cette verité
dans le detail une longue induction
, qui peut mieux trouver (a pla
`ce dans un Traitéparticulier de Morale
: il ne s'agit en cet endroit qu'à
confiderer les rapports des mouveGALANT
55
mens de l'efprit reglez par la vertu
à ceux de tous les autres eftres crééz
dans leur rectitude , dan ‹ leurs vicif
fitudes & dans leurs revolutions .
a reftitude de ces mouvemens
prote le dela direction de leurs progris
par les voyes les plus droites
de us leur principe , qui eſt dans le
plus haut de l'entendement , juſques
à leur dernier terme qui eft
le point dans lequel confifte la per
fection & la felicité de l'ame.
Leurs viciffitudes naiffent des frequentes
afcenfions & defcenfions par
le /quelles la volonté habituée à s'élever
à l'entendement poury prendre
fes regles & fes mefures , & às'abs
baiffer aux puißances inferieures ,
pour les y conformer , les difpofer &
les conduire auxfins aufquelles elle
eft dirigée par ces reglès.
E iiij
56 MERCURE
Et la Prudence ſuivant l'enceinte
de fes circonfpection's fur toutes les
inclinations des nuances inferieures
par lesquelles elle les contient
dans leurs juftes meures , determine
& dirige tous leurs mouvenen, par
les ingrefins qu'elle leur comnunique
dans les revolutions continuelles
autour de la phere qu'elle ou—
pet à l'unique fin qu'e ' e ega de
inceſſin nent de tous les point, defa
circonference.
毋
Tots es dive fes affections de
Panpetit aband nné à la nature ,
imitans les actes & les habitudes
des vertus dans leurs rapport ; leurs
viciffitudes & leurs revolutions procedent
du feul principe de l'amour
du bien , lequel lay eft reprefente par
l'imagination ; & tendent à une
feule fin , qui eft la poffelion de ce
GALANT
57:
bien , par les voyes propres à y par
venir & par l'éloignement de tout ce
quipeut y mettre de c'empêchement.
Les appellations de concupifcible
& d'irafcible ne fervent qu'à exprimer
les rapports & les oppofitions
d'un feu! & unique apetit aux objets
convenables ou contraires à fa
nature , à fon inclination ou à la
difpofition ; & toutes es pions &
mouvemens de l'appetit partent du
feul principe de l'amour qu'il inſpire.
au fujet qu'il aume , par lequel
l'ame eft inceffamment agitée de -
& mouvemens divers oppofez de
toutes partis.
Par ces mouvemens elle va au bien
& s'éloigne du mal, elle tâche d'arriver
& de s'attacher à l'un , & deviter
ou repouffer l'autre ; & tous
ces mouvemens font fucceffivement
7
58 MERCURE
dans l'appetit les viciffitudes , les
revolutions & les circulations ordinaires
, de la verité defquelles les
plus celebres des Auteurs modernes
conviennent avec les Anciens
Ily a diverles parties dans l'ame
f dit unhibiie entre les Modernes )
anres qu'elle a d'abord fait muvoir
quelques - unes à quelque piffion
, les autres fuivent & prennent
la places des premieres , fquelles
reviennent à leur tour continuer Te
méne mouvement de forte qu'il fe
fait comme une circul ition qui dure
tout autant que la paſin ſubſiſte ,
& toutes enfemblefouffrent la même
revolution.
La vie de l'homme , dit un autre
des plus celebres , ne confifte que
dans la circulation du fang & dans
ane autre circulation de penfees & de
GALANT 59
de defirs : quod petit fpernit, repetit
quod nuper amifit . Et la
methode ( dit un autre Auteur )
propre à enfeigner & apprendre tout
ce qu'ily a d'Arts de Sciences , &
les raifons des chofes les plus cachées ,
procede des principes pris de la nature
par divers mouvemens d'afcen
fins & de defcenfions , & par plu
fieurs circuits ou tours d'esprit juſ
ques à la conclufion.
Les plus illuftres des Philofophes
Grecs & Latins qui ont fuivi Platon
& Pythagore , trouvoient égale
ment la circulation dans toutes cho-
Ses&yrapportoient toutes les actions
des hommes.
Les chofes humaines ( dit l'un
d'eux font les unes à l'égard des
autres commefontentre eux les chainons
d'un cercle arreftépar leur com-
-
60 MERCURE
plication mutuelle & fe fuivent reci
proquement , leque que ce foit que
vous tiriez, toute la chaine fuit depuis
fon commencement ; pareillement
, quoy que vous entrepreniez
dans les affaires de la vie , vous.
trouverez que toutes les autres chofes
qui fu vent gardent neceffairement
dins leur fucceffin une corres
·pondance continuele avec celles q
les ant procedé.
Chicun de nous dit un autre de
ces Philofophes ) eft comme une
chofe environnée de plufieurs cercles
de tous les cftez, defquels les uns font
plus perits & les autres plus grands.
Les uns contiennent & les autres
font contenus , fuivant les raports
differens inégaux qu'ils ont reciproquement
entre eux .
Le premier & le plus prochain
GALANT 61
*
de ces cercles eft celuy qu'un chacun
de nous conduit autour de fon efprit
qui en fait le centre , dans lequel
noftre corps & tout ce qui regarde
fon ufage eft compris ; ce cercle qui
eft le plus petit eft prochain & attenant
du centre . Enfuite le fecond
cercle plus é oigné du centre
enferme en foy les Pere , Mere ,
Femme & Enfans ; Le troifième
contient les Oncles , les Tantes
Ayeu's , & Ayeules , Coufins , &
Confiness audela de celuy là , est
celuy qui contient les autres parentez;
plus loin eft celuy de compatriotes
, gens de Tribu & de Milice ;
audela font le cercle des voisins de
la Ville , & celuy des Nations qui
environnent tous les precedens , mais
le plus reculé& le plus grandde tous
qui enferme tous les autres dansfa
62 MERCURE
circonference, eft celuy de tout legenre
humain.
9
Ce que Epictete dit eft encor plus
precis& plus convenable à cefiftème.
Nonfeulement les hommes , mais
aufi les animaux de la terre & mê.
me les chofes divines participent de
ees converfions , & il eft certain ( dit
il) que les quatre élemens font continuellement
agitez du haut en bas
❖de bas en haut , & changent reciproquement
de place.
On peut enfin reconnoifre genera
lement dans toute la Sphere des
efprits , & dans toute celle des
corps naturels , vivans économi
ques & politiques , dans toutes les
facultez dans tous les Arts , &a
dans toutes les difciplines de pareilles
converfions , diverfions , &reverfions
de telles progreffions , digref
GALANT 63
fions, & regre lions ; de femblables
inductions , deductions & reductions
des caufes à leurs effets , & des effets
à leurs caufes , des principes à leurs
fins & des fins à leurs principes ;
des divifions aux compofitions & des
compofitions aux divifions , des premiffes
à leurs confequences & des
confequences à leurs premißes.
Par ces viciffitudes de tours , détours
, contours , & retours , toutes
les parties des fubftances & des ·
êtres créez tous leurs effets & soutes
leurs productions s'entre - comma •
niquent toutes leurs vertus , toutes
leurs qualitez & tous leurs acci
dens ; & entretiennent par ces communications
&relations mutuelles ,
la liaison & l'union dans lesquelles
confifte la force & la perfection de
leur tout à laquelle tendent,&furla64
MERCURE
quelle roulent toutes leurs operations .
Chacune des chofes fufceptibles ou
capables de paffions , d'actions &
de difpofitions contraires , contractent
par leur viciffitudes des impref
fions les unes des autres ; les uns &
les autres des contraires ont dans
ehacune de ces chofes , leurs temps ,
leurs lieux , leurs poids , & leurs
mefures, & concourent par des voyes
oppofées à une même & feule fin.
Nous tenons ces leçons de lafageffe
, dont l'efprit perpetuant dans
fa circonference , la rev uë de toutes
chofes les comprend toutes dans les
cercles defes revolutions.
Les penetre par. Jes forces depuis
l'une de leurs extremitez jufques
à l'autre & leur donne à toutes
unejufte & agreable dipofition .
Si on a foin d'appliquerfon efprit
GALANT
65
à la confideration de toutes ces chofes
, &fe difpofer à faire de bon
gré toutes celles aufquelles on eft
obligé , on paffera tout le cours de fa
vie regulierement & convenablement
“Mais on ne (çauroit par aucune
écriture épuifer le fonds des matieres
fi vaftes & fi profondes ; impofons
à ce premier Traité , la principale
& la derniere fin que nous devons
avoir dans tous nos difcours ;
c'est celle d'inspirer l'intention de
plaire d'imprimer la crainte de
déplaire à noftre commun Auteur
avec celle de manquer à l'obfervation
de fes commandemens : car c'eft
le feul endroit par lequel l'homme
eft tout ce qu'il peut eftre..
Juin 1703 .
F
>
66 MERCURE
Il faut remarquer que dans
l'Ouvrage du Philofophe Platonicien
, intitulé la Conformité
c. le fecond alinea doit eſtre
tout à fait à la fin de cet écrit ,
& non pas au commence .
ment aprés les 5, ou 6. premieres
, comme on l'a mis.
Du refte cet écrit n'eſt que
le Prologomene d'on plus
grand ouvrage fur la même
matiere que ce Philofophe
a compoſe : Il le dilpole à le.
donner au Public au plutôt
c'est un ouvrage que les Sça
vans recevront avec plaifir ,
non pas , peut être les Carte
GALANT 67
fiens , aux principes deſquels
cet Auteur n'eft pas certainement
favorable,comme on l'a
pû juger par cet écrit de la
Conformité.
M' le Baron de Karg ,
Chancelier de Monfieur l'Ělecteur
de Cologne , a efté
nommé par le Roy à l'Ab.
baye du Mont faint Michel.
La fage conduite de ce Mi.
niftre , fon attachement
aux
veritables interefts de fon
Mailtre , & la fermeté qu'il
a fait voir dans plufieurs con
jonctures pour le ſervice de
Fij
68 MERCURE
S. A. E. & celui des Alliez
de ce Prince , lui ont fait
meriter cet important Bene
fice , dont perfonne d'ail
leurs n'eft plus digne que
lui , puifque fon merite eft
generalement reconnu même
des Etrangers ; Mr le Ba
ron de Karg eft d'une de ces
anciennes Mailons d'Allemagne
, dont l'origine fe
perd dans les fiécles les plus
reculez : on fçait que la Nobleffe
Allemande fe confer.
ve dans une grande pureté,
& qu'il n'en est point au mon
de dont le fang fe corromGALANT
69
pe moins. La maison de ce
Baron a toûjours eu entrée
dans les Chapitres d'Allema
gne. Elle a d'ailleurs eu des
emplois d'une grande diftinction
: Un Jofías de Karg fe
trouva au cofté d'Adolphe
de Naftau lors qu'il fut tué
par Albert d'Autriche dans
la Bataille que celui cy luy
livra , & on fçait affez qu'il
ne voulut même jamais reconnoitrel'Empereur
Albert,
& qu'il aima mieux fe retirer
dans des Terres qu'il avoit
en Hongrie que de manquer
de fidelité , à la memoire
70 MERCURE
de l'Empereur Adolphe ſon
maistre qui l'aimoit unique.
ment : il eut des enfans d'une
Barbe de Mansfeld dont
eft venue la polterité , qui
porte aujourd'huy ce nom.
Saint Michel , ou Mont Saint
Michel ; Mons fancti Michaë.
lis in periculo maris , est un
Bourg de la Normandie avec
ún bon Château , & une ce
lebre Abbaye. La fituation
de ce Bourg eft fingulere , il
a efté bâti fur un rocher au
milieu d'une grêve fort spaticale
, que la Mer couvre de
fon reflus . On peut juger que
GALANT
71
1
dans une telle difpofition il
a fallu beaucoup d'artifice
pour y batir ce Bourg où l'on
n'entre que par un cofté fermé
de murailles , tout le refte
a pour rempart un rocher
efcarpé & inacceffible. Le
Bourg a une grande ruë , au
haut de laquelle on trouve le
Chafteau & l'Abbaye. Auguftin
Evêque d'Avranches ,
qui vivoit au commencement
du huitième ficcle , y établit
un Chapitre y ayant efté en.
gagé par l'Archange S. Michel
qui luy apparut, Le ro
cher étoit habité avant Fé72
MERCURE
tabliffement de ce Chapitre
par quelques Hermites , dont
la penitence furpaffoit encor
ce que nous admirons dans
ce temps dans la reforme de
la Trape & de Septfonds. En
966. Richard I Duc de Normandie
qu'on furnomma Le
vieil , y fonda une Abbaye de
l'Ordre de faint Benoit , &
il or lo na en mourant à fon
fils Richard II. furnommé ,
Sans peur , d'en achever l'Eglife
,ce qu'il executa en 1026.
Le Mont Saint Michel dans
la Mer eft recommandable
par la devotion qu'on y a
pour
GALANT 73
pour l'Archange de ce nom ,
& par le fable dont on fait
du fel en le mêlant avec de
l'eau de la Mer : L'Abbaye
eft belle & magnifique , fon
Eglife , fon Trefor & fes Reliques
qu'on y conſerve avec
cette celebre Machine , avec
laquelle on y éleve du bas
du Rocher ce qu'on yapporte
par Mer , meritent la curio.
fité des Voyageurs . Il y avoit
autrefois prés de là fur ce
fameux Rocher de Tombelaine
une Fortereffe qu'on a raſée.
L'hiftoire de la fondation de l'E.
glife & Abbaye du Mont faint
Juin 1703.
G
74 MERCURE
Michel au peril de la Mer , ä
efté compolée par le Venerable
Pere François Fevardant
, où l'on doit renvoyer
les curieux .
Mr l'Abbé Boutard a efté
choifi dans la même promotion
, pour remplir l'Abbaye
de Bois Grófland dans le Dio ,
cefe de Luçon ; cet Abbé s'eft
rendu celebre par les Poëfies
latines , & par fon érudition ,
je tomberois dans des répetitions
fi je vous en difois davantage
, vous ayant parlé de
luy toute les fois qu'il a donné
des Ouvrages au Public , &
GALANT 75
}
vous ayant même envoyé plu
fieurs fois des Traductions de
fes Odes latines : Vous fça
vez qu'il eft de l'Academie
des Infcriptions . L'Academie
de la Crufca l'a auffi reçû
dans fon Corps : Cette Academie
eft établie à Florence
environ depuis l'an 1584 .
dans le temps que s'eleverent
de grands differens entre le
Taffe & deux ou trois Academiciens
de cette Academie
naiffante , elle eftoit en effet
finouvelle , alors que le Taffe
n'en avoit point ou parler &
qu'il en ignoroit même juf-
G ij
76 MERCURE
qu'au nom , c'est ce qui fait
que dans un ouvrage qu'il
donna dans ce temps là , il
fuppofe que c'eft celle de
Florence qui fe donne ce
nom pour fe cacher ; par
où l'on voit que Meffieurs de
Port Royal le font trompez
en difant que l'Academie de
la Crufca fult entée ſur celle
de Florence , & qu'en 1508.
elle fut aprouvée avec les fta .
tus & fon nom. Un Autheur
moderne au contraire qui a
écrit fur ce fujet convient à
la verité que c'eft l'Academie
de Florence qui a donné naiſGALANT
77
fance à celle de la Crufca ;
mais qu'elles ont toujours
été tres diſtinguées, comme il
paroît par les lettres de Guari
ni , & comme elles le font encore
aujourd'hui : les démêlez
de cette Academie avec le
Taffe ( ce fameux Poète ) ont
fait bien du bruit : Salviati
fut le Chef des Adverfaires
du Taffe & autant qu'il avoit
efté fon ami auparavant
, aurant
fut il fon ennemi dans.
la fuire , & quoyqu'il luy eut
promis de parler honorablement
de fa Jerufalem dans le
Commentaire qu'il devoit
G iij
78 MERCURE
publier fur la Poëtique & qu'il
fit imprimer dans la fuite , il
fut cependant le plus échau
fé de fes Antagonistes ; il eft
vray que Salviati voulut juſ
tifier fon infidelité à l'égard
d'un ancien ami , en diſant
qu'il agiffoit par ordre de l'Academie
entiere qui attaquoit
le Taffe : Enfin l'omiſion af
fectée qui paroît dans ce Dic.
tionaire à l'égard du Taffe
n'eft que le fruit de l'inimitié
qu'eurent pour luy le Roffi
Secretaire de l'Academie &
ennemi juré du Taffe , & Salviati
qui eftoit auſſi devenu
>
GALANT 79
fon ennemi irreconciliable.
Pour finir cette difgreffion ,
il eft vray que dans les derg
nieres editions de ce Dictionaire
on n'a rien dit du Taffe ,
mais dans la troifiéme de 1691 .
l'on a enfin rendu à cet excel.
lent Poëte la juftice qu'il me
ritoit , & on luy a donné dans
ce fameux Dictionaire la pla
ce qu'il meritoit , & on a
fait une mention honorable
de fon Amynte
ainfi
que de fes Lettres & de fes
Poëfies.
Mr l'Abbé Canon a eu unCanonicat
dans l'Egliſe Cathe
G iiij
80
MERCURE
drale de Mets. Il eft attaché à
Mrl'Evêque qui en fait beau
coup de cas, auffi eft ceun Sujet
tres eftimable, il fort de fa
Licence & il l'a fait avec beaucoup
d'honneur. Il a efté elevé
dans le College du Cardinal
le Moyne où il est beaucoup
eftimé . Mr l'Abbé Canon eft
Picard & natif d'Amiens
l'Eglife de Mers eft bien heu.
reufe de faire
l'acquifition
d'un auffi bon Sujet : Jamais
Ecclefiaftique ne fut plus at
taché à fes devoirs que Mr
l'Abbé Canon , ſa pieté eſt
tendre &
affectueuſe , & il a
;
1
GALANT 81
un grand attachement pour
les fciences , dans lesquelles
il a fait de grands progrés :
Toutes ces excellentes qualitez
font voir que le Roy s'at
tache à ne donner à l'Eglife
que de bons Sujets. L'Eglife
de Mets eft tres- conſiderable
par fon antiquité & par le
merite des Sujets qu'elle a
produir.
M' l'Abbé de Regi a eu le
Doyenné de Nozorois . Cet
Abbé eft forteftimé, il eft tresentendu
dans les belles Lettres
; il eft peu de perfonnes
qui les poffedent mieux que
82 MERCURE
luy & qui rempliffent mieux.
les devoirs de fon état & avec
plus d'exactitude. Il faloit un
homme de ce merite pour
reparer la perte que l'on a
fait du Doyen de Nozorois
qui eftoit generalement eſtimé
& univerfellement aimé.
On doit s'attendre dans toutes
les nominations de voir
remplir les Benefices par des.
Sujets les plus dignes , l'atten
tion du Roy fur cela eftant
fi grande , qu'il eft impoffi
ble qu'on le puiffe furprendre
: Ainfi ceux qui ont de la
vertu & du merite , doivent
GALANT 83
fous ce Regne elperer les recompenſes
qui leur ſont duës,
M'de l'Abbé Cantenac Cha
noine de l'Eglife Metropolitai
ne de Bordeaux , continuë fes
Satyres contre les deffauts
des hommes ; cette maniere
auffi vive qu'agreable d'attaquer
les vices , ne peut pro
duire que de bons effets .
Voicy le dernier Ouvrage de
cet Abbé.
84 MERCURE
DE L'ORGUEIL
ET DES MISERES
DE
L'HOMME.
SATYRE .
ENvain l'Homme fe flate &ſe
trompe luy-méme
Malgré tout fon orgueil , fa mifere
eft extrême.
Moins fage , & moins heureux que
tous les Animaux ,
Il trouve en fa raifon , la fource de
fes maux.
Il s'en fert bien fouvent , pour colorer
le vice ,
Et prendre pour vertu , le crime ou
l'injustice,
GALANT 85
Captifdes pallions qui regnent dans
fon coeur,
Il fait mille faux pas , & tombe
dans l'erreur
[ tente.
Ilfe laffe de tout , & rien nele con-
Dans tous les mouvemens , la bṛute
plus conftante
Parlafeule nature , &parfonpropre
inftinct ,
Ne prendjamais le change , & va
droit à fa fin.
Famais d'un fauxplaifir l'apparence
trompeuſe ,
Ne luyfera goûter d'une herbe venimeufe
.
Jamais rien ne luy plaift de tout ce
qui luy nuit.
Sans peine elle le voit , le connoift ,
& lefuit.
Mais l'homme irrefolu dans toute
qu'il doit faire ,
86 MERCURE
Sourd à la loy du Ciel , à foy-même
contraire ,
Entretient dans fon coeur accablé de
remords ›
Un combat éternel de l'efprit & du
corps.
Il veut , & ne veut pas ,fouventla
mème choſe .
Nefaitprefquejamais le bien qu'il
Se propoſe.
Et toujours agité d'unfàcheux embarras
,
De luy - même , il fe porte au mal
qu'il ne veut pas.
Il n'a point de repos , & n'y laiße
perfonne.
L'Avarice & l'Orgueil compagnons
de Bellonne ,
Couverts d'un faux honneur , qui
choque tous les Dieux ,
GALANT 87
Luy fontporter laguerre , & la mort
en tous lieux !
C'eft ainfi que flatté d'un pouvoir
tirannique ,
Le dernier des Cefars , pour un droit
chimerique ,
Fait de toute l'Europe , un Theatre
fanglant,
Qu'il expofe aux fureurs du Soldat
infolent.
Parlons d'autres malheurs de la nature
humaine.
On n'y voit qu'un tiffu de douleur&
de peine.
Le bien qu'avec grand foin , on
pourfuit , on acquiert ,
Souvent dans un inftant , fe diffipe
[ conduite , & ſe perd.
La débauche , le feu , la mauvaise
Produit la pauvreté , qu'ils mérent
à leur fuite.
88 MERCURE
On perdfacilement l'argent le mieux
ferré,
Et dans un coffre fort , il n'eft plus
affuré.
Tel qui vivoit content dans la molle
opulence ,
Par un injufte Arreft tombe dans
l'indigence,
Et le plusriche , enfin , fuccombefous
les frais ,
Dont la chicane affreuse entretiens
lesprocés. [ rigine ,
Zes richeffes, enfont l'amorce & l'e-
Et pourfauver fon bien , l'on court
àfa ruine.
De tous coftez on vole , & dans tous
les emplois,
Qui vole adroitement eft à couvert
des loix.
Plus un homme a de bien & plus il
eft à plaindre
GALANT 89
Tout luy devient fufpect , il a lieu
de tout craindre.
Il n'eft pas affure de fes propres amis.
Un pere malheureux eft enproye àfon
fils.
On voit par un naufrage ou par une
incendie ,
Que l'on perd fans reffource & fon
bien & fa vie.
Et qu'un Banqueroutier plus cruel
qu'un voleur
Dépoüille une famille , & ternitfon
bonneur.
La fortune de l'homme eft toûjours
incertaine.
Quelque chofe qu'il faſſe il est né
pour la peine.
Et le Ciel qui decide, & qui reglefon
fort ,
Veut qu'il ne foit heureux qu'au
moment defa mort .
Juin 1703.
H
90 MERCURE
Plus it aft élevé, plus le chagrin
l'accable.
Quelquefois le plus pauvre eft le
moins miferable.
Le Cedre eft agité de la fureur des
vents [ rampans.
Bien plus que ne le font les arbustes
Les Rois meme expofez aux fureurs
de l'enuie ,
Ne goûtent point fans fiel , les douceurs
de la vie, low s
Toujours en mouvement , ces Aftres
d'icy bas ,
Pareils à ceux des Cieux no fe repoſent
pas.
Si la fortune caufe une peine infi
nie.
Dans l'homme chaquejour la natuïe
affoiblie
Par de vives douleurs ; qui touchent
de plus prés
GALANT 91
Le diſpoſe à la mort , &punitfes excés.
La fièvre , dont les feux ferpentent
dans fes veines
Par des accés divers renouvelle fes
peines. [ cruels ,
Et la Goute l'expofe à ces tourmens
Dont l'aveugle Themis gène les criminels.
Mille maux dont ilfait la irifte experience
,
De tous les Medecins , épuiſent la
fcience.
Etfouventtroppayez , pour le mieux
fecourir,
Ils augmentent fon mal , au lieu de
le
guerir.
D'où peut naitre l'Orgueil , parmi
tant de miferes ?
C'est que l'homme fe flate ; & nefe
connoift gueres?
"
Hij
92 MERCURE
Ce jeune évaporé , tout fier de fon
employ,
Acquis par fon intrigue , & les bienfaits
du Roy ,
Seroitmoins orgueilleux &paroîtroit
plus fage.
S'ilfongeoit qu'il eft fils d'un Bourgeoisde
Village.
Damon , feroit bientoft , fans charge
&fansfierté, [quite
Si de tout ce qu'il doit , il s'eftoit ac-
Ce fuge infupportable aux malheu
reux qu'il pille ,
N'a pas encorpayé la pourpre dont
il brille.
Lyfis , dit on , eft riche & d'un illuf
trefang,
Il eft de pere enfils , placé dans un
baut
rang.
Mais auxplus grands malheurs les
plus grands font en buse
GALANT
93
Et les plus élevez font la plus grandechute.
L'orgueil les deshonore & ternit la
Splendeur >
Que le peuple ébloüi trouve dans la
grandeur.
Les grands font toutefois d'une hu
meur moins altiere
[ tons:
Que des gueux revêtus fortiş de la
pouliere ,
D'une injuftefortune indignes avor
Si fiers & fi communs , au fiecle où
nous vivons.
Mais à blamer l'Orgueil , vaine
mentje m'obftine.
Au Ciel, avant le monde , il eût
fon origine.
Du Paradis terreftre ilfçut troubler
la paix.
Il naift avecques l'homme , & ne
mourrajamais,
94 MERCURE
Vous attendez fans doute
que je vous parle de l'Entrée
publique de Mr l'Ambaſſa .
deur de France à Venise ;
tout ce qui regardoit cette
Entrée ayant efté mis en étar.
Son Excellence envoya le 19.
Avril dernier le Secretaire de
l'Ambaſſade donner part au
College de fon arrivée , &
demander d'etre reçeu le
Dimanche 29. dụ meſme
mois. Il fut répon lu à fon
compliment avec toute la ci ;
vilite imaginable , & le Do.
ge nomma M ' le Chevalier
Erizzo , fage Grand , actuel.
>
95 GALANT
lement en exercice , & cydevant
Ambaffadeur en Fran-
45
ce , ainfi qu'il fe pratique en
pareilles occafions , pour aller
recevoir Mr l'Ambaffadeur ,
& pour l'accompagner au
College , à la tefte de foixante
Senateurs des premiers
du Pregady , qui furent auffi
nommez pour cette fonction,
M l'Ambaffadeur fir
donner enfuite avis du jour
fixe de fon Entrée , à Meffieurs
le Nonce , le Patriarche
de Venife , le Receveur de
Malche , & le Réfidentde
Mantouë , par un deles Gen96
MERCURE
tilshommes , & au Secretai
re de l'Ambaffade d'Eſpagne ,
par un de fes Valets, de
Chambre ; M ' l'Ambaffadeur
d'Eſpagne eftant mort le 15.
Avril, M' l'Ambaffadeur de
France n'envoya point à
l'Ambaffadeur de l'Empereur
à caufe des affaires prefentes.
Mr l'Ambaffadeur
fut complimenté de la part de
Mr le Chevalier Erizzo le
vingt ſept du mefme mois
& averty que ce Chevalier
eftoit nommé pour fervir à
fon Entrée ; Mr l'Ambaffadeur
l'envoya remercier le
lende main
GALANT 97
lendemain , & luy fit dire
qu'il feroit au Saint Eprit à
vingt heures , c'est à dire
trois heures de France aprés
midy , & qu'il eſperoit qu'il
s'y rendroit peu de temps
aprés.
Quoy que le temps parut
fort inconftant depuis quelques
jours , heureuſement le
Dimanche 29. dudit mois le
Ciel s'éclaircit tout d'un
coup de maniere que Mr
l'Ambaffadeur ayant envoyé
fes Gondoles fur le midy à
l'Ile du Saint Efprit , lieu deftiné
à recevoir Meffieurs les
Juin
17.03.
I
98 MERCURE
Ambaſſadeurs de France à
quatre mille de Venife
monta par, la porte du Jardin
de fon Palais dans une
Peote couverte de damas
cramoifi , avec le Secretaire
de l'Ambaffade , fes quatre
Gentilshommes , fon Secre.
taire , & une douzaine d'autres
Gentilshommes François
, ou dans les interests de
la France. Ses quatre Pages
leur Gouverneur , fes Valets
de Chambre , les Officiers ,
tout le reste de fa maiſon fuivoit
dans une autre Peote .
Mr Ambaffadeur fe rendit
THE
SUR
BIBLIO
DE
LYON
VILLE
BELA
VILLE,
GALANT
ainfi à l'Ifte du Saint E
•
THEQUE
90N
où il trouva le refte de fon
Cortege , compoſé d'environ
cinquante perfonnes , tant
Gentilshommes
que gros
Marchands établis à Venife ,
ou dans d'autres endroits d'Italie
, tous François , ou dans
les interefts de la France
qui avoient efté avertis par
des billets , les Pages & les
douze Valets de pied de Mr
l'Ambaffadeur qui estoient
arrivez un peu auparavant fe
mirent en haye ; la livrée des
Pages eftoit d'un tres- beau
velours cramoifi galonnné
I ij
100 MERCURE
d'or
•
celle des Valets de
pieds d'un drap fin , écarlate
& chamarré en plein d'un
grand galon de foye de fa
livrée ordinaire auffi riche
qu'une livrée où il n'y a ny
or ny argent , le peut être.
Les Peres Cordeliers reçeurent
Mr l'Ambaſſadeur à la
rive , il avoit un habit de
droquet d'or ; parce qu'il
eftoit cenfé n'arriver qu'alors
, il fut conduit dans l'appartement
qui luy avoit eſté
preparé , où il fut Harangué
en latin par le Pere Lecteur
de Theologie , il reçeut enGALANT
IOI
ΙΟΙ
•
fuite les complimens de M
le Nonce par fon Maitre de
Chambre fuivi de deux autres
Ecclefiaftiques , de M
le Patriarche de Venife par
un de fes Officiers fuivi de
mème de deux autres Ecclefiaftiques
, de Meffieurs le
Receveur de Malthe , & le
le Reſident de Mantouë par
leurs Secretaires , accompa- /
gnez chacun de deux Gentilshommes
, & du Secretaire
de l'Ambaffade d'Efpagne
accompagné auffi d'un Gen.
tilhomme il fut encore
complimenté par Monfieur
I iij
102 MERCURE
le Duc de Sforce & plufieurs
perfonnes diftinguées par
leur naiffance . Pendant que
M' l'Ambaffadeur recevoir
ces complimens , les Senateurs
aborderent à l'Ifle &
defcendirent de leurs gondo .
les ,
ainfi
que le Chevalier
deftiné pour faire les honneurs
de la Republique , elles
eftoient à quatre rames , toutes
fimples & noires , fuivant
la coutume ; celle du Chevalier
eftoit auffi noire mais un
peu plus ornée , & la livrée de
fes quatres Gondoliers eftoit
de velours bleu avec un grand
GALANT 103
galon d'or. Tous les Senateurs
eftoient en Robe rouge
de ceremonie , ces Robes
font d'un gros damas cramoifi
; ils avoient fur l'efpaule
une étole de velours à fleurs
de la même couleur. Le Che
valier eftoit vêtu de même ,
excepté que fa Robe eſtoir
de velours , & fon érole d'un
gros brocard d'or ; c'est la
marque de diftinction qu'ont
les Nobles qui ont eſté dans
les Ambaffades , ou qui ont
merité le titre de Chevalier
par leurs fervices . Les Senateurs
s'eftant affemblez def-
I iiiij
104 MERCURE
fous le Portique de l'Eglife ,
le Chevalier qui eftoit fur le
pas de la grande Porte , envoya
un Secretaire du Colle .
ge qui eftoit en Robe violette
pour avertir Mr l'Ambaſſadeur
de fon arrivée ; M ' l'Ambaffadeur
defcendit alors précedé
de tout fon Cortege , &
entra dans l'Eglife par
tite porte qui eft à droite au
milieu de la Nef : Auffitôt
M ' le Chevalier s'avança , &
vint joindre M' l'Ambaffadeur
qui ne fit que trois ou
quatre pas aprés estre entré
dans l'Eglife , & s'achemina
la
peGALANT
105
prenant la main fur le Chevalier
pour entrer dans la gondole
, où il prit encore la pla
ce d'honneur
qui eft la gauche
dans la gondole . Les Se
nateurs & le Cortege fe mirent
en marche dans le même
ordre ; ils eftoient au nom ,
bre de 47. quelques uns arri,
vez trop tard joignirent le
cortege dans la marche d'au.
tres ne s'y trouverent pas ,
eftans parens de M' Pifany ,
cy devant Ambaffadeur
en
France ,dont le pere venoit de
mourir . Les gondoles de Mrs
le Nonce , le Patriarche de
106 MERCURE
Venife , le Receveur de Malthe
& le Refident de Mantouë
, dans lefquelles eftoient
leurs Gentilshommes
, marchoient
à côté de celle où
eftoit M' l'Ambaſſadeur ;
elle eftoit fuivie de fes autres
gondoles : Elles ettoient vui .
des & avoient chacune quatre
Gondoliers vêtus d'une
livrée femblable à celle des
Valets de pied. Ces gondoles
ne fe faifoient pas moins remarquer
par le bon goût de
leurs ornemens
, que par
leurs richeffes. La premiere
eftoit ornée de plufieurs figu
GALANT 107
res , parmi lesquelles on rez
marquoit fur la Proüe l'union .
de l'Espagne avec la France ,
repreſentée par deux femmes
vêtues d'habits Royaux , un
enfant reprefentant le nou
veau Siecle , il eftoit accom
pagné de plufieurs autres &
portoit une branche d'Olive
: Au milieu de ces enfans
eftoit une Renommée qui
portoit dans fon bras gauche
un Bouclier où eftoient les
Armes de la France , & qui
tenoit de la main droite une
Trompette. Le faifte de la
gondole eftoit porté par qua,
1
108 MERCURE
tre grands Cartouches ayant
chacun leurs bafes , fur lefquelles
eftoient affifes quatre
figures reprefentant la Reli ·
gion , la Pieté , la Magnanimitié
& la Liberalité. La Raifon
eftoit reprefentée fur la
Poupe par une femme en ha
bit de Guerrier qui embrasfoit
& unifloit deux enfans , dont
T'un portoit le Cordon du S.
Elprit & l'autre la Toiſon
d'or , des Trophées d'Armes ',
des fleurs , des feuillages &
plufieurs figures . Le tout fai
foit enſemble un tres bel effet
, & eftoit doré d'or mat
GALANT 109
Cette gondole eftoit couverte
tant en dehors qu'en dedans
d'un brocard d'or tres riche,&
orné d'une grande crêpine
d'or. Plufieurs figures dorées
faifoient briller la feconde
gondole , elle eftoit couverte
de velours verd . Au milieu de
cet espece de dais on voioit
les Armes de France brodées
d'or en relief , toute cette
Couverture étoit pareillement
brodée d'or , & cette bordure
formoit unriche relief, le dedans
de cette gondole eftoit
garni du mefme velours.
La troifiéme gondole eftoit
Iгo MERCURE
auffi garnie de figures & d'ornemens
dorez , elle eftoit cou .
verte de velours de couleur
de pourpre , & galonnée d'or
tant en dehors qu'en dedans.
La quatriéme eftoit moitié
noire & moitié dorée , avec
quelques figures. Toute la
garniture eftoit de velours
noir.
Mr l'Ambaffadeur fut falué
en partant du Saint Ef.
prit d'une décharge de toute
l'Artillerie des Vaiffeaux François
qui le trouverent à Malamont.
Le bruit de l'Entrée
de Son Excellence ayant atti.
GALANT III
1
ré toute la Nobleffe , & un
nombre infini d'autres perfonnes
, la mer fe trouva couverte
de Barques , dont une
partie le fuivit juſqu'à fon
Palais ; il prit le chemin ordinaire,
paſſa pardevant Saint
Georges major & la Place de
Saint Marc ; où avant qu'il
entraſt dans le grand Canal ,
il for falué par d'autres Bâtimens
François qui le trouverent
vis- à vis de la Place de
Saint Marc . Les Senateurs
& tous
ceux du Cortege
eftoient arrivez avant Mr
l'Ambaffadeur pour le rece .
112 MERCURE
4
"
voir , & fe rangerent en haye
dans le Portique d'en bas .
Un grand bruit de Boëtes fe
fit entendre tour à coup ,
lorſque la gondole du Chevalier
où eftoit Mr l'Ambaf
fadeur , parut. Le Chevalier
& Mr l'Ambaffadeur ayant
mis pied à terre , paſſerent au
milieu des Senateurs & de
tout le Cortege , dont ils fu
rent fuivis jufques dans la
Chambre d'Audience , au fon
des Trompettes & des Hautbois
, des Fifres , des Tambours
& de plufieurs Inf
trumens. Les Appartemens
GALANT 113
eftoient meublez magnifiquement
; mais fur tout la
Chambre d'Audience. Le
Portrait du Roy y eftoit en
grand , fous un Dais de velours
cramoifi chamarré de
galon d'or . Il y avoit un Fauteüil
dont le dos eftoit tournéfur
l'eftrade couverte d'un
tapis de velours de la même
couleur. La Tapiflerie eftoit
auffi galonnée , & les chailes
eftoient d'un même velours
cramoifi garni d'un galon
d'or fur tous les lez. Ce fut
là que Mr le Chevalier fit
compliment à Mr l'Ambaf
Juin 1703.
K
114 MERCURE
fadeur fur fon heureuſe arri.
vée , qui aprés avoir répondu
le reconduifit en luy donnant
la main , ce que firent
auffi tous ceux du Cortege à
l'égard des Senateurs. Mr.
l'Ambaffadeur Faccompagna
jufqu'au troifiéme degré de
la rive , où les complimens
eftant faits de part & d'autre,
& la gondole du Chevalier
s'eftant remuée , il fe retira
fur le pas de la porte de fon
Palais , & y demeura pour
recevoir les reverences de
tous les Senateurs , & pour
leur rendre les mêmes civiGALANT
115
litez. Les Gardes qui eftoient
poſtées tant dedans que dehors
le Palais permirent à
tout le monde d'entrer . Jamais
on ne vit un fi grand
concours de Maſques , de
Nobles , de Gentils . Donnes
& de toute forte de perfon
nes . Tout le Palais brilloit
d'un grand nombre de lumieres
, les Trompettes , les Fifres
, & les Hautsbois qui
eftoient aux feneftres du Portique
d'en haut , le faifoient
entendre , & vingt - quatre
Violons divifez en deux
corps de Simphonie , qui
K ij
116 MERCURE
eftoient dans le premier Por
tique , leur répondoient , &
formoient de tres charmans
Echos . Il y avoit outre cela
de differens concerts dans
chaque Chambre. Les eaux
glacées & les confitures féches
de toute forte eftoient
fervies en abondance par les
Pages & les Officiers de Mr
l'Ambaſſadeur . On diftri .
buoit far l'escalier dans un
autre lieu des eaux glacées à
tous ceux qui en vouloient ,
ce qui dura fort avant dans
la nuit. On jetta au peuple
un nombre de pains , & les
GALANT 117
Fontaines de vin eftoient
dreffées fur la Bifte , qui étoit
toute illuminée.
Le lendemain 30. Mr le
Nonce , le Patriarche de Ve.
nife , le Receveur de Malte
, & le Refident de Mantouë
, envoyerent dés le main
leurs Gentilshommes au
Palais de M. l'Ambaffadeur
pour luy faire Cortege . M
le Chevalier Erizzo s'eftant
rendu avec les Senateurs fur
les huit heures du matin dans
FEglife Della Madona de
Corto, envoya un Secretaire
du College pour fçavoir fi
118 MERCURE
Mr l'Ambaffadeur étoit prér ;
la réponſe eftant venuë , le
Chevalier à la tefte des Senateurs
fe rendit au Palais
où il trouva à la Rive la livrée
en haye , & à l'entrée le
Secretaire de l'Ambaffade ,
les Gentilshommes de Mr
l'Ambaſſadeur , & tous ceux
du Cortege qui le receurent ;
Mr l'Ambaſſadeur qui étoit
en habit de ceremonie avec
un jufteaucorps & un man .
teau noir de foye , garni d'une
dentelle noire , avec un
rabat & un chapeau garni ,
à cordon d'or , & les gands à
GALANT 119
•
frange auffi d'or , & l'épée au
cofté , alla recevoir le Che
valier , & les Senateurs au
milieu de l'escalier , il donna
la main au Chevalier , ainfi
qu'avoient fait fes Gentilshommes
aux Senateurs , &
le conduifit dans la Chambre
d'Audiance , en fuite de quoi
on fe mit en marche ainfi
que la veille , pour fe rendre
au Palais de faint Marc ; Mr
l'Ambaffadeur prenant pour
lors la droite en marchant ,
& la Place d'honneur dans
la Gondole du Chevalier ,
ainfi
que ceux du Cor.
120 MERCURE
tege à l'égard des Senateurs
les Gondoles des Miniftres
étrangers , & celles de Mr
l'Ambaffadeur fuivoient on
alla defcendre à la petite
Place de faint Marc où les
Senateurs & tous ceux du
Cortege fe rangerent en
haye. Auffi . toft que Mr
l'Ambaffadeur parut , il fut
falué par les Bâtimens François
, ayant mis pied à terre ,
accompagné du Chevalier ,
precedé de fa maiſon & des
Gentils hommes des Miniftres
étrangers , & fuivi des
Senateurs & des Gentils hom.
mes
GALANT 121
mes qui les accompagnoient,
fe rendit au College par la
grande Cour du Palais , &
I'Escalier des Giens à travers
d'une infinité de Peuple ;
Cet Ambaffadeur étant monté
au lieu appellé le College
où l'on reçoit les Miniftres
Eftrangers , il trouva toutes
les portes ouvertes , la Salle
eftoit fi remplie de Nobles
Gencils - Donnes , & de Mafques
que les Sages eftojent
entierement confondus dans
la foule. Dés que Mr l'Am
baſſadeur parut hors la porte
de la falle , le Doge & tous
L
Juin 1793 .
122 MERCURE
ceux qui compofent le Cola
lege fe leverent , & fe dé
couvrirent tous ,à l'exception
du Doge qui fe leve , & ne
fe découvre jamais ; alors Mr
l'Ambaffadeur s'avança, mais
avec peine à cauſe de la foule ,
& fic trois reverences tri
plées,c'eft à dire une au Doge
& à ceux qui font à droite
& à gauche , la premiere fut
en entrant , la feconde fut
au milieu de la Salle , & la
troifiéme après avoir monté
les degrez de la Salle , il s'alla
affeoir à la droite du Doge;
& le couvrit fans attendre
ALANT 123
'd'y eftre invité , Madame
l'Ambafladrice qui avoit fou
haité de voir la fonction
eftoit entrée un moment auparavant
, un Secretaire du
College ayant eſté deſtiné
pour la recevoir & pour luy
faire faire place , elle eftoit
aflife au rang des Sages à la
gauche du Doge , qui luy fit
l'honnefteté de la faire avancer
julques là , afin qu'elle
fuft plus commodement. M
l'Ambaffadeur prefenta fa
Lettre de créance & la Lettre
de Monfeigneur le Dauphin ,
& les remit au Doge , lequel
Lij
124 MERCURE
les donna auffi toft à un Se
cretaire du College qui les
lut debout à haute voix , de
François en Italien , enfuite
de quoy Mr l'Ambaſſadeur
prononça ſon diſcours , que
le même Secretaire repeta
en Italien. Le Doge y ayant
répondu par des remerci .
cimens pleins de reſpect
pour Sa Majesté , & d'honnefteté
pour Mr l'Ambaſſadeur
, il fut remercié par
Mr l'Ambaffadeur , & le Doge
y repliqua en peu de paroles
, mais toutes remplies
d'honnefteté , aprés leſquel.
GALANT 125
les Mr l'Ambaffadeur fe leva
& fortit avec le Chevalier , &
les Senateurs après avoir fait
les mêmes reverences qu'en
En montant dans entrant.
la gondolle du Chevalier , il
fut encor falué par les Bâtimens
François Le Chevalier
& les Senateurs le reconduifirent
jufque dans fa
Chambre d'Audiance , où il
fut prefenté au Chevalier , &
& aux Senateurs du Caffé &
du Chocolat par les Pages &
les Officiers de la Maiſon , ils
furent reconduis enfuite de
la même maniere qu'ils l'a
Liij
126 MERCURE
voient efté la veille Les inf.
trumens & la même Simphonie
, qui avoient commencé
dés le matin dans le Palais
continuant toujours de fe
faire entendre, L'Ecuyer du
Doge prefenta une demie heu .
reaprés à M'l'Ambaffadeur le
prefent de la Republique
composé de dix baffins de
confitures & de vingt quatre
bouteilles de vin. Il fit un
compliment à Mr l'Ambaf
fadeur , qui le regala d'une
chaîne d'or de la valeur de
quinze loüis , & fit donner
une fomme confiderable
GALANT 127
aux autres Domeſtiques qui
avoient apporté le prefent.
Le même jour Mr l'Ambaffadeur
donna à diner à
Mr & Madame la Ducheffe
de Sforce ; & aux perfonnés
les plus diftinguées. Il y avoit
deux Tables de vingt couverts
chacune , rien ne fut
épargné dans ce repas
mers les plus rares pour la
faifon y furent fervis , & les
vins les plus délicieux y furent
bus , ainfi que les liqueurs
les plus exquifes , ce
qui fut accompagné d'un
deffert où il fembloit que le
les
!
Liiij
128 MERCURE
Printemps avoit raffemblé ce
qu'il a de plus beau . Pendant
qu'on eftoit à Table le
Doge envoya fon Cavalier
pour inviter Mr l'Ambaſſadeur
à la fonction qui fe fait
le premier jour de May , M²
l'Ambaſſadeur
qui eftoit en
cor à Table fit entrer le Cavalier
, & aprés avoir reçeu
fon compliment , luy fit bois
re la Santé du Roy & de fa
Serenite que M' l'Ambafladeur
but auffi , il ordonna
enfuite que l'on mit dans la
gondole du Chevalier plufieurs
corbeilles de confituGALANT
129
res feches. Aprés le diner
les portes du Palais furent
ouvertes à tout le monde.
On trouva les mêmes plaifirs
& les mêmes divertiffemens
que le jour precedent ; mais
qui parurent tous nouveaux
par le concours des Nobles
& de tout le Peuple qui
avoient efté charmez dés la
veille ; ce concours fut fi
grand ( quoy qu'il plut vers
la fin du jour ) que plufieurs
furent obligez de ſortir ne
pouvant refter à cause de la
trop grande foule , ce qui
dura prefque pendant toute
130 MERCURE
la nuit. M' l'Ambaffadeur
fit fervir les mefmes tables
pendant toute la femaine
jufques à ce que tous ceux
du Cortege cuffent eſté traitez
.
>
Le Mercredy 2. May un
Secretaire vint prier M ' l'Ambaffadeur
de la part du Col
lege d'y aller le Vendredy 4.
du prefent mois pour recévoir
la réponſe du Senat ,
c'est au College que tout ce
qui eft prefenté par les Etrangers
, eft lû & examiné pour
y faire enfuite réponſe . M
l'Ambaffadeur s'y rendit au
"
GALANT 131
jour marqué dans fes gondoles
avec quelquesuns de fes
Gentilshommes qui l'avoient
accompagné le jour de fon
Entrée & toute fa Maifon . Il
fut reçû au milieu de l'Ef
calier par le Cavalier du
Doge ; lorfqu'il fut en haut ,
il trouva les portes du College
fermées felon la cou
tume , & un lieu dans l'antichambre
garny d'un capis
pour ſe repoler. L'escalier
eftant tres haut on a befoin
de prendre haleine aprés l'avoir
monté. Mr l'Ambaffadeur
s'eftant repofé fit dire
132 MERCURE
par l'Huiffier qu'il eftoit arrivě
& un moment aprés les
portes luy furent ouvertes , il
entra feul , & aprés avoir fait
fept reverences ; il alla prendre
la même place qu'il avoit
occupée la premiere fois ,
ayant efté reçû de la même
maniere. Le Doge luy remit
d'abord les reponſes à la Let.
tre du Roy & à celle de Monfeigneur
le Dauphin ,& luy dic
que le Senat faifoit à fon difcours
la réponſe qu'il alloit entendre ; le
Secretaire auffitôt en fit lectu .
re , M' l'Ambaſſadeur Y
pondit par un compliment
réGALANT
133
de peu de paroles , auquel le
Doge répondit avec des fentimens
d'eftime pour la
perfonne
& le caractere de M
l'Ambaffadeur. Il fortit enfui
te par une autre porte qui
eft à main gauche aprés avoir
fait les reverences , le Secretaire
le fuivit & l'accompa
pagna dans la Chapelle du
Palais qui eft proche , où il
dit au Secretaire de l'Ambaf
fade la réponſe du Senat qu'il
venoit de lire à M'l'Ambaffa.
deur , l'ufage eftant de ne leur
donner jamais rien par
écrit . Le Secretaire recon;
134 MERCURE
duifit Mr l'Ambaſſadeur juſqu'à
la porte de la grande
falle qui tient d'un côté au
College & de l'autre à la Chapelle,
aprés quoy мr l'Ambaffadear
fe mit en marche , &
au lieu d'aller remonter dans
fes gondoles à la Place de
Saint Marc , il traverſa à pied
toute la Mercerie. Sa Maiſon
marchoit en ordre devant lui,
fon Suiffe à la tefte de les dou .
ze Valers de pied , fes Valets
de Chambre & Officiers fuivoient
, enfuite fes quatre
Pages & leur Gouverneur ,
aprés quoy marchoient´fes
GALANT 135
Gentilshommes & ceux du
cortege ; Mr l'Ambaſſadeur
marchoit le dernier accom
pagné du Secretaire de l'Ambaffade
de France & de celuy
d'Efpagne , il alla en cet ordre
au bas du Pont Realte ; où il
monta fa gondole.
Vous fçavez que Mr l'Am
baffadeur dont je viens de
vous parler cft Mr de Char
mont, Secretaire du Cabinet ,
& qu'il eft de la Maiſon des
Hennequins , originaire de
Champagne. Cette Maifon
eft fort illuftre elle a eu des
136 MERCURE
Prefidens à Mortier , ainfi
qu'aux Enqueftes & aux Requeftes
du Palais : Elle a donné
des Evêques aux Eglifes
de Senlis , de Troyes , de
Soiffons , & de Rennes , &
des Abbez à Saint Martin
de Troyes , & à Efpernay :
Elle eft alliée aux Maiſons
de Gouffier ,Boiffy Rouanois .
de la Marck- Braine , de Balfac
Entragues , de Brichanteau
Nangis , de Barbou la
Bourdafiere , de Filhet - la Cerée
, d'Arbalefte Melun , des
Nicolaï , le Maistre Brulart
Molé , Vialard , le Févre.
GALANT 137
'd'Eaubonne , l'Archer , Poitier-
Blanc Mefnil , le Faure-
Morfan , de Mefmes - Boiffy ,
de Reffuge , & de Luillier.
Mr de Charmont prit d'a.
bord le party de l'Epée , &
enfuite celuy de la Robe , il
a efté Procureur general au
grand Confeil , & aprés avoir
vendu cette Charge , il acheta
celle de Secretaire du Cabinet
, & fur quelque temps
aprés nommé Ambaffadeur
à Veniſe. Quand on a poffedé
tant d'emplois differens
on doit cftre univerfel , &
plus on a de lumieres , plus
Juin 1703.
M
138 MERCURE
on doit eftre capable de poffeder
les premiers emplois
& de fe tirer des affaires épi .
neufes qui furviennent & qui
embaraffent fouvent ceux
qui manquent de lumieres
pour en bien fortir.
Je vous ay deja parlé de
l'établiffement
qui s'eft fait
de l'Adoration perpétuelle du
tres Saint Sacrement de l'Autel
à Charenton , fur le même
terrain où eftoit cy devant le
Temple de la Religion pretenduë
reformée , & de la
tranflation qui s'y elt faire à
GALANT 139
ce fujet , du Prieuré & Monaftere
des Religieufes Benedictines
de Notre Dame du
Valdofne , qui eftoit ſcitué à
l'extremité de la Champa.
gne. Je vous ay dit auffi que
Mr le Cardinal de Noailles ,
Archevêque de Paris , ayant
choifi les faintes Filles de ce
Prieuré pour l'execution de ce
pieux exercice ; elles le com
mencerent peu de temps
aprés leur arrivée dans ce lieu ,
dans une petite Chapelle
qu'elles fe firent dans un
Corps de Logis , en attendant
laconftruction d'une Eglife :
Mij
140 MERCURE
Elle vient d'eftre achevée &
comme elle s'eft trouvée en
eftat d'eftre benite au mois
de May , Son Eminence a
voulu en faire elle même la
ceremonie,ce qui fut executé
le mardy d'aprés la Pentecôte .
S. E. s'yren dit le matin, ſa mo.
deftie luy fit ordonner qu'on
retranchât l'apareil de la reception
que la Prieure ſe propofoit
de luy faire , ainfi elle
fe prefenta fimplement avec
toutes fes Religieufes à fon
Eminence. Le Reverend
Pere de la Motte , Superieur
des Religieux Barnabites de
GALANT 141
Paris , luy fit le diſcours fuivant
en qualité de Superieur
de ce nouvel établiffement.
MONSEIGNEUR,
Former un Paradis en terre ,
le peupler de Saints Adorateurs ,
faire de l'Univers un Temple
où Dieu habite , & où les Anges
& les hommes , luy rendent
de perpetuels hommages , ce fu¬
rent les prodiges qu'admira le
monde naiffant , voir les Etoilles
tomber du Ciel : de pures intellia
gences , devenir des Prevarica.
teurs. Les hommes feduits par
142 MERCURE
le men .
l'envie de ces Apoftats. Le Ciel
dépeuplé ; l'erreur
fonge triompher de la verité
c'est ce qui a fait la défolation
du monde dans la fuitte des Siecles.
;
Mais que les Temples foient
abbbatus , l'herefie foudroyée ;
les hereriques foumis aux loix de
l'Eglife , c'eft ce quifurprend tou
te l'Europe , depuis qu'il à plû à
Dieu deplacerfurlesfleurs de liš ,
Louis XIV. noftre incompa
rable Monarque
.
Les défirs de fon coeur tres
Chreftien ont furpaffez les Victoires
que Dieu a donné à fon
GALANT 143
bras invincible ; il a voulu tellement
ruiner l'empire de Satan
qu'il yput fonder celuy de Fefus
Chrift , démollir des Temples
bâtir des Eglifes fur leur ruines
aneantir unfaux culte pour
faire refleurir la Religion.
Vos voeux font exaucez ,
grand Roy , le fort de l'herefte
devient en ce jour le Trophée de
la Foy , & à l'arrivée de Voftre
Eminence , Monfeigneur , en ce
lieu aprés y avoir fouté à vos
pieds les ruines d'un Temple abo.
minable ; frapé de voſtre bâton
paftoral , le monftre de l'errear ,
toute la France fçaura que la
144 MERCURE
Sainteté par la Benediction de
cette Eglife a fuccede à l'abomination.
L'Augufte Mistere de
nos Autels à l'execration des Sacrileges
; & que d'autres Anges
en forme humaine , des Vierges
du Seigneur ont efté par vous
appellées pour rendre à Dieu
dans ce nouveau Paradis en terre
, des adorations perpetuelles en
en verité. esprit
Son Eminence répondit
par des fentimens qui mar.
quoient la joye qu'elle avoit
d'un étabiffement fi Saint , &
l'eftime particuliere qu'elle
faifoit de ce Pere.
Son
GALANT 145
Son Eminence s'eftant mife
enfuite en eftat de faire
la Benediction de l'Eglife ; il
la commença ſuivant l'ufage
par les dehors , eftant accompagné
de plufieurs Ecclefiaf.
tiques , & il la finit par le de
dans de l'Eglife.
La Prieure & les Religieus
fes eftant enfuite venuës
dans leur Choeur , on prepara
l'Autel où Son Eminence
affifté du même Clergé celebra
la Sainte Mefle. Les Religieufes
& plufieurs autres
perfonnes y communierent
de fa main , il y expofa le
Juin 1703.
N
146 MERCURE
Saint Sacrement , & l'aprés
midy le Reverend Pere Bourdalouë
, Jefuite y fit une Pre.
dication dans laquelle il fit
voir la gloire du Roy dans celle
que la Benediction de fes armes
procuroit à Dieu , en le faisant
adorer à perpetuité , dans un
lieu qui eftoit auparavant le
centre de l'herefie dont Dieu
lay avoit refervé l'entiere def
truction. Il témoigna la confolation
fenfible qu'il avoit
de prêcher les veritez de l'Evangile
dans ce lieu où elles
avoient efté fi fouvent prophanées
, & il s'étendit fur
1
GALANT 147
le digne choix que Son Eminence
avoit fait de ces Sain
tes filles pour remplir les obligations
de cette Adoration
perpetuelle à laquelle elles
font toujours plus animées
par l'exemple de Madame de
Chauviré , leur Prieure , il .
ultre par la naiſſance , &
plus illuftre par le merite que
la ferveur de fon zele à la
pratique de toutes fortes de
vertus luy ont acquis.
Madame la Princeffe de
Liflebonne qui fait éclater ſa
Pieté éminente dans toutes
les occafions où il s'agit de
Nij
148 MERCURE
de procurer la gloire de Dieu,
a pris tant d'affection pour
cette maiſon qu'elle s'y eft
fait accommoder un petit
appartement où elle va regu .
lierement toutes les Festes
& Dimanches , joindre fes
adorations à celles de ces
Saintes filles qui font édifiées
de la pieté exemplaire de
cette grande Princeffe , &
qui reffentent journellement
les effets de fa protection
elle fe trouva à la Ceremonie
& communia à la Meſſe avec
les Religieufes .
Cette folemnité qui atti
GALANT 149
ra un grand concours de
monde de Paris , finit par la
Benediction du tres . Saint
Sacrement
.
Cet établiffement fera
le plus glorieux Trophée des
Conqueftes de noftre incomparable
Monarque qui a esté
donné de Dieu pour écraser
la tefte du Serpent de l'herefie.
Mcffire N.. de Montholon ,
Premier Prefident du Parlement
de Rouen , eft mort en
cette Ville aprés une longue
maladie dans laquelle même
Niij
150 MERCURE
il a eu le malheur de perdre
la vûë. Il avoit épousé en premieres
nôces Dame N... de
la Guillaumie dont il a eu des
enfans, & en deuxièmes Mada.
me la Baronne d'Henneval ,
veuve de Mile Baron d'Hen .
neval , mort Ambaffadeur en
Portugal ; dans une conjoncture
auffi delicate , Madame
la premiere Prefidente de
Montholon , alors Madame
d'Henneval, donna des preuves
de la fuperiorité de fon
genie , puifque pendant un
certain temps elle demeura
chargée des affaires , & qu'elle
recevoit les Paquets de la
GALANT 151
Cour. M' de Montholon
eftoit fils de feu Mr de Montholon
, qui n'avoit jamais
eu d'autre employ que celuy
d'Avocat ! Rare exemple de
modeftie , dans une perfonne
qui defcendoit de fi illuftres
Magiftrats . La mere de Mr
le Premier Prefident eftoit
Dame N ... Lanier . Mr de
Montholon avoit un frere
Abbé Regulier de l'Abbaye
de Citeaux en Bugey ,homme
d'un rare merite ; & une foeur
Religieufe dans l'Abbaye
Royale de Bons à Belley
morte depuis quelques an-
N iiij
152 MERCURE
nées ; il avoit encore un frere
qui fe noya
il y a plufieurs années dans
une petite Riviere du Bugey.
La Maiſon de Montholon
eft originaire de Bourgogne ,
où la Terre eft aujourd'huy
poffedée par Mr le Marquis
de Toulonjon : Cette Mai .
fon eft d'une Nobleffe d'E .
-pée , & elle a porté les Armes
plus de 300. ans avant de s'engiger
dans la Magiſtrature ,
Mr de Montholon qui vient
de mourir avoit efté Confeiller
au grand Confeil , il avoit
la reputation d'un bon &
malheureuſement
GALANT 153
excellent Juge , il eftoit tresaimé
dans la Province de
Normandie & on y a appris
fa mort avec beaucoup de
douleur.
La Maiſon de Montholon
fort par les femmes de celle
de Boiffy , dont eftoit Godefroy
de Boilly , Secretaire du
Roy Jean , qui établit le Col.
lege de ce nom en 1358 pour
ceux de fa famille feulement,
du nombre de laquelle on
prend toujours le Principal ,
le Chapelain & les Ecoliers-
Bourfiers. Cette Maifon de
Boiffy fubfifte aujourd'huy
154 MERCURE
dans celles de Mefgrigny ,
Molé Champlatreux , Monchi
, Hocquincourt , Montho
lon , Longueil , Mailons , Bel
lefouriere Soyecourt , Chaſ
febras du Breau & de Cramailles
, Bragelogne , Seve ,
Tronçon & Heffelin.
Þ
Feuë Dame N.. de Montho
lon avoit épousé Mr de la
Haye Seigneur de Ventelay ,
Ambaffadeur pour le Roy à
Veniſe & auparavant Ambaſ
fadeur à la Porte. Il eft petitfils
de Jean de la Haye Sei .
gneur de Ventelay , Confeiller
au grand Conſeil , auffi
GALANT 155
>
des
Ambaſſadeur à Conftantinople
, & de Marguerite de Palluau
& petit fils d'Hilaire
de la Haye , Seigneur de
Ventelay Auditeur
Compres , & de Marie Gilles
fille de N... Gilles , auffi Ambaffadeur
à la Porte . La maifon
de Montholon eft illuftre
elle a donné des Gardes des
Sceaux à la France , un Cardi .
nal à l'Eglife , & divers Officiers
dans les premieres Char.
ges
de la Robe. Madame de
la Haye eft morte fans enfans.
Le Cardinal de Montholon
fut un grand homme de bien
156 MERCURE
& fort celebre dans fon temps
par fon efprit & par fon érudi
tion , fes cendres repolent
dans l'Eglife de l'Abbaye
Royale d'Efnay de Lyon ,
Plufieurs Hiftoriens , qui
ont traité des Cardinaux François
, & fur tout Ciaconius ,
ayant affuré qu'il n'y avoit jamais
eu un Cardinal de Montholon
, j'ay crû qu'une dif.
fertation fur l'excellent per- .
fonnage de ce nom , qui a
efte honoré de la Pourpre
Romaine , ne déplairoit pas
aux curieux .
Je dis donc aprés Duchef.
GALANT 157
ne & Mr Baluzze , que Guillaume
de Montholon Preftre
fut Cardinal fous le titre de
S Eftienne in Coclio monte ,
& qu'il fut honoré de cette
eminente dignité le quatrié.
me des Kalendes de Juin de
l'année 1438. par le Pape Clement
VI . qui avoit beaucoup
dé
confideration pour luy :
il fut mis dans le nombre
des Cardinaux avec Pierre
Roger fils du Comte de Beau .
fort , & neveu de Clement
VI. qui fut depuis Pape fous
le nom de Gregoire XI . &
qui à la perſuaſion de fainte
く
158 MERCURE
Catherine de Sienne retablit
le faint Siége à Rome. Il eft
par confequent furprenant
que les Hiftoriens , & fur tout
Ciaconius , affeurent qu'en
l'année 1438. Clement VI. ne
créa qu'un Cardinal . On peut
oppoſer à une fi fauffe remarque
le titre d'une fondation
que Guillaume de Montholon
fit en 1351. d'une Cha
pelle dans l'Abbaye d'Efnay
à Lyon , dans laquelle il fonda
l'onzième de Mars pour
le falut de fes parens & celuy
de fon ame , deux Meffes ,
l'une du faint Sacrement , &
GALANT 159
l'autre de la ſemaine , qu'il
voulut être celebrées tous les
Mardis & Samedis de l'année
à l'Autel confacré en l'hon .
neur de faint Benoist , qu'il
venoit de fonder , & pour
l'entretien duquel il donna
tous les revenus qu'il avoit
acquis du Seigneur de Lyferable
, il mourut au mois de
Novembre 1354. les Hifto
riens ne parlent pas du lieu
de la fepulture ; mais il eſt
certain que ce fut dans la
même Eglife d'Efnay , comme
je l'ay deja dit . Je dois
ajoûter à ce que j'ay deja dit
1
160 MERCURE
de cette ancienne Maiſon ,
qu'on doit compter entre les
grands hommes qu'elle a
fourni à l'épée , un Charles
de Montholon , Chevalier de
Malthe , qui donna des preuves
fingulieres de fa valeur
lors du Siege mis devant
Rhodes par Mahomet II.Empereur
des Turcs . Le grand-
Maistre d'Aubuffon , avoit
pour luy une confideration
& un attachement particulier
; on peut voir dans l'Hif
toire de Malche de Boiffat ,
comme cet Hiftorien s'ex .
plique en faveur de ce Che
GALANT 161
valier. Cette Maifon a encor
donné deux Avocats generaux
au Parlement de Bourgogne
, & elle a encor plu
fieurs branches . Montholon
porte d'azur a un Mouton
d'or , trois quintes feuilles
d'argent en chef
M' de Pontcarré a eu la
Charge de premier Préſident
du Parlement de Roüen en
payant le Brevet de retenue
aux enfans de feu Monfieur
de Montholon , partie aux
enfans du premier hit , & l'autre
partie à ceux du fecond.
Il eft Maitre des Requel.
Juin 170,-.
O
162 MERCURE
tes , il avoit épousé en premieres
Noces la fille du
Prefident le Boulanger , & il
vient d'époufer Mademoiſelle
de Bragelone. Il eft frere
de Madame de Bochard
Champigni , & ils font enfans
de Meffire N .... Camus de
Pontcarré , qui aprés avoir
paffé par plufieurs Charges
importantes , joüit enfin de
celle de Confeiller d'honneur
au Parlement de Paris . Heft
petit fils de Geofroy Camus
Seigneur de Pontcarré , Confeiller
du Roy en fes Confeils
, Maiftre des Requestes
GALANT 163
ordinaire de fon Hôtel , &
premier Prefident au Parlement
de Provence , & de
Jeanne Sanguin Livry. Ce
Geofroy Camus eut pour fucceffeur
à la charge de premier
Prefident de Provence , fon
gendre Helic Laîné, Seigneur
de la Margrie & de la Dourville
, lequel avoit efté Confeiller
au Parlement de Paris ,
Maistre des Requeſtes , Intendant
de Justice en Poitou
& en Touraine , & Prefident
en la Chambre des Comptes,
& qui vint enfin mourir
Confeiller d'Etat ordinaire :
o ij
164 MERCURE
cet Helie Laifné eût d'Anne
Camus , fille de Geofroy ,
Louis Laifné fieur de la Margrie
, Confeiller au Grand
Confeil , Maiftre des Requê
tes , Intendant de Justice &
d'Armées en Guienne , Lan .
guedoc , Normandie & Bourgogne
, premier Prefident au
Parlement de Dijon en 1654.
& enfin Confeiller ordinaire
du Roy en fes Confeils d'E
tat, & direction des Finances,
lequel a laiffe des Enfans
d'Anne Marcel. Antoine de
Camus fe fit fort confiderer
au fiege d'Oftende.
GALANT 165
a
Cette maison à de grandes
alliances : car par le mariage
que Geofroy Camus , dont
j'ay parlé , contracta avec
Jeanne Sanguin fille de Jac.
ques Sanguin Seigneur de
Livry,Lieutenant general des
Eaux & Forefts de France ,
& de Barbe de Thou , fille
d'Augufte de Thou , Seigneur
de Bonneuil , Prefident au
mortier. La maison de Ca
mus fit de grandes alliances
avec la maison de Thou , celle
de Marte de Verfigni , dont
eftoit la mere de Barbe de
Thouy , & avec celle du Pn
166 MERCURE
parceque Claudine Sanguin
foeur de Jeanne épousa Clau .
de Dupay , Confeiller au
Parlement , d'où sont venus
Meffieurs Dupuy ces lumie.
res de France : cette maifon
eft alliée à celle de Meffieurs
de Seve Rochechouart , dont
eft Mr l'Evêque d'Arras , par
le Mariage de Pierre de Seve,
Seigneur de Montely en 1545.
( celui qui a formé cette
branche de Seve Rochechoüart
) avec Marguerite
Camus , fille de Jean Baron
de Riviere , Seigneur de Bagnols
, de Pontcarré. Cette
GALANT 167
famille a donné un Evêque à
l'Eglife de Belley , plufieurs
Confeillers d'Etat , Maitres
des Requeſtes , Conſeillers
au Parlement & autres Cours
Souveraines , tous recommandables
par leur doctrine,
par leur pieté , & par une
probité diftinguée .
Le Parlement de Rouen
eftoit une Cour d'Eſchiquier
le Roy Philipe le fondé par
Bel
vers
l'an
1286.
pour l'adminiſtration
de la justice
de
Normandie
. Elle
fut fixée
en
1499.
par
Louis
XII . ce Prince
la rendit
perpetuelle
à la
168 MERCURE
priere du Cardinal d'Amboi.
fe, & en 1515. François I. ayant
éteint le nom d'Echiquier lui
donna le titre de Parlement.
Du refte la ville de Rouen a
fouvent efté fujette à de
grands malheurs , & à de terri
bles incendies , comme celuy
qui eft marqué par les Auteurs
en 1019. l'an 841. elle
fut prife par les Normans.
Les Anglois s'en rendirent
maistres en 1418 & en 1449.
elle fe remit fous l'obeïffance
de Charles VII , elle fouffrit
beaucoup dans le feiziéme
fiécle durant les troubles de
la
GALANT 169
la Religion. Les Huguenots
l'avoient prife ; elle fut repriſe
& faccagée fous Charles
IX. en 1562. Antoine de
Bourbon Roy de Navarre y
receut durant le Siége prés
de la porte de faint Hilaire
une bleffure , dont il mourut
peu de temps aprés , parce,
difent les Hiftoriens , que fa
playe fut envenimée par les
approches d'une belle Demoifelle
qu'il aimoit. Son fils
Henry le Grand prit depuis
Rouën fur les Ligueurs en
1594. aprés l'avoir afliegée
tilement en 1592.
Juin
1703.
P
170 MERCURE
Une des plus belles Dames
de la Cour , ayant foutenu à
M. D. S. dans une converfa.
tion , que le noir eft une couleur
haiffable ; & qu'il ne fied
bien à perfonne , il luy envoya
le lendemain les Vers fuivans.
ELOG E
DU NOIR.
STANCES LIBRES.
"Ous condamnez le Noir : il vous
Vo
eft odieux
$2.1
Comteffe , & fon malheur me touche.
GALANT 171
De cet Arreft de votre bouche ,
F'ofe appeller à vos beauxyeux.
$
Les Filles du Soleil , ces Heures fu .
gitives
Qui partagent tous nos momens ,
Du Blanc avec le Noir mêlent les
agrémens .
Si les noires font les plus vives ,
F'en prens à témoins les Amans.
S
Si le Ciel éclatant de blanc & de
vermeil
Prefente à nos regards qu'il offufque
& qu'il laſſe
pompe du Soleil ;
Toute la
Trouvez- vous qu'il ait moins de
grace
Lorfque fans tumulte & fans
bruit
Ilparoiftfous de fombres voiles
Pij
172 MERCURE
Mêlant la noirceur de la nuit
Avec l'or bruni des Etoiles ?
$
Et vous , noires Forefts , retraites du
Silence ,
-
- Où les coeurs tendrement touchez .
De leurs ennuis fecrets , de leurs
tourmens cachez,
Vontfoulager la violence ,
Parquelle charmante douceur
Sçavez- vous alleger le poids qui les
opprime !
O! qu'elle ajoute un traitfublime
Al'éloge de la Noirteur .
$
Vous fcavez qu'elle fut la Fille de
Cerés :
Unfombre lumineux regnoit dansfes
attraits :
Toute sfois , leTyran des ames
1
GALANT
173
Fut arrefte dans fes liens :
Sa noirceur fit fentir au Monarque
des flames
Desfeuxplus cuifans que lesfiens .
Sous les noires vapeurs qu'exhalent
fes pavots ,
Couché non- chalammentfurun lit de
repos ,
Le plus charmant des Dieux dans
fa grotte enchantée
Bruke pourvos yeux noirs , galante
Pafithée.
2 .
Cette Heleine , pour qui la Grece
Aur avißeur Troyen fit fentir fon
courroux
Avoit les fourcils & la treffe ,
Avoit les yeux , jeune Comteffe ,
Moins beaux , à dire vray , mais
noirs ainfi que vous .
Piij
174 MERCURE
2
Vous me direz que je me moque
Avec ce creux raisonnement ,
Et quefi la noirceur vous choque ,
Ce n'est que dans l'habillement :
Maisfi la Mufe à mon idée
Trouve des termes à fournir ,
Je présensfur ce point vous faire convenir
Que vous n'êtes pas mieux fondée
.
Le Noir , dans fon ajuſtement
A desfonctions infinies ,
Etnosfuges Ayeux , en ontfait l'or.
nement
Des plus nobles ceremonies.
Noir on faitfa Cour : c'est un
babit pompeux
Que le Bal n'exclut point defagalanterie
;
GALANT 175
On s'y vifite , on s'y marie ,
Aux pieds de nos Autels on y porte
fes voeux.
2
Le Noir , parfon contraste , eft pour
un beau vifage
Le plus avantageux atour :
C'est ainsi , que l'Aftre du jour
Nous paroift plus brillant quand il
perce un nuage :
Le Noir , de la beauté redouble la
Blendeur,
Son éclat fe nourrit fous fon ombre
épailies
La Blonde en a moins defadeur,
Et la piquante Brune en paroift
éclaircie.
C'est la couleur du Deüil , il faut
qu'on le confeffe ,
Et ce fera lefort de vos objections :
P iiij
176 MERCURE
Mais pour le Noir, belle Comteſſe
,
Renoncez aux préventions s
Car s'il couvient à la trifteffe
Il convient aux fuccefions.
S
A ces grandes raifons je n'en ajoute
qu'une ,
Et dont le poids eft important :
Cejoli petit Chat que vous cherißez
tant ,
Sur fon habit doré charge la couleur
brune :
Fugezpar là , fi vous devez
Garder contre le Noir une haine fi
forte ;
Haiffez- le ,fi vous pouvez ,
Mais haiſſez auſſi le mignon qui le
porte .
GALANT
177
Les paroles fuivantes font
tirées de ma Lettre du mois
d'Octobre 1702. Elles ont
efté faites à table par un Of
ficier , à qui un de fes amis
propola d'aller avec luy au
Perou .
F
AIR NOUVEAU.
E n'irois pas pour le bien
M'expoferfur l'onde ;
Puifque je compte pour rien
Une terre en or feconde .
Mais pour guerir d'un amour
Qui m'occupe nuit & jour ,
Firois au bout du monde .
178 MERCURE
Mademoiſelle de Menars
a époulé Mr Dugué de Bagnols.
Cette Demoiſelle qui
eft jeune & bien faite eft fille
de Meffire... de Charron
Marquis de Menars Prefident
à Mortier au Parlement de
Paris . Tout le monde fçait
que ce Magiftrat a un goût
déclaré pour les belles Lettres
qu'il les a cultivées avec beau
coup de fuccés , c'est par fes
foins que la celebre Bibliotheque
de Mr de Thou a efté
raffemblée ; elle eftoit entierement
difperfée , & elle eſt
maintenant chez Mr le PreGALANT
179
fident de Menars dans un
auffi grand ordre qu'elle étoit
fous l'illuftre Preſident qui en
eftoit le maiftre . Feüe Madame
Colbert eftoit foeur de Mr
le Prefident de Menars qui
par conſequent eft oncle de
Mr le Marquis de Blainville ,
de m ' l'Archevêque de Rouen
& des trois Ducheffes leurs
foecurs . La Maiſon de Charron
eft fortie de Blois , & l'on
voit à deux lieües de cette
Ville , la magnifique maiſon
de Menars , qui eft un Chefd'oeuvre
d'Architecture . M' le
Preſident de Menars & мada ,
180 MERCURE
me Colbert fa foeeur ( Marie
Charron ) eftoient venus du
mariage de Jacques Charron ,
S'de Menars , Bailly de Blois ,
& de Dame Marie Begon, Jean
Charron , Seigneur d'Ennery
& de la Charronniere , for reçû
Confeiller au Parlement
le 20. Decembre 1522. d'où
vint un fils qui fut Maître des
Requestes , & une fille mariée
à Claude de Berziau Seigneur
de la Marfilliere , Confeiller
au grand Confeil. ce Jean le
Charron fut Prevôt des мarchands
de la Ville de Paris
en 1572. & enfin Confeiller
GALANT 181
d'Etat ordinaire . Cette Branche
particuliere fondit dans
la Maiſon de Breteüit leTonnelier
, dans celle de Meffieurs
Malon Seigneurs de Juffeaux ,
& dans celle de Meffieurs
Florette Seigneurs de Buffy :
car Claude le Tonnelier de
Breteuil épousa Marie Charron
fille du Prevost des Marchands
, & d'Anne Guiet de
Charmeaux , d'où vint Mr de
Breteüil Confeiller en la Cour
des Aydes , enfuite Procureur
general de la même Cour , &
enfin Confeiller d'Etat , qui
épouſa Marie le Fevre niêce
182 MERCURE
du Garde des Sceaux de Cau
martin . La Mailon du Gué
de Bagnols eft affés connuë ,
j'en ay parlé plufieurs fois :
Mr du Gué qui époule mademoiſelle
de Menars eft fils de
Mr du Gué qui a perdu la vûë ,
coufin de Madame la marquife
de la Chaife qui eft fille
du Prefident du Gué , & auffi
coufin de Madame la marqui
fe de Murcé qui eft auffi Duu
e' .
Με
L'article qui fuit vous fera
connoiftre la perte que l'Em.
pire des Lettres vient de
faire .
GALANT 183
LETTRE
DEM DE GAICHIES ,
Theologal de Soiſſons ,
à Mr l'Abbé Bofquillon ;
contenant l'Eloge de Mr
Hébert , Treforier de
France , & Academicien
de la même Ville .
E me perfuade , Monsieur ,
que quelqu'un de Meffieurs de
l'Academie de Soiffons , dont
vous eftes un fi digne membre ,
vous donnera avis de la mort de
Monfieur Hebert Treforier de
184 MERCURE
France , qui eftoit comme vous
fçavez, un des Academiciens qui
ayent le plus contribué à l'efla¬
bliffement de cette Compagnie ,
qui luy ayentfait plus d'honneur.
Je ne laifferai pas neanmoins de
vous dire qu'il mourut kier vingt.
deux du mois âgé de foixante
dix fept ans
Čet illuftre deffunt avoit trop
de part à voftre amitié & à voftre
eftime , pour ne pas vous por.
ter , Monfieur , à luyfaire ren .
dre auxyeux du public l'honneur
qu'on defere aux perſonnes , qui
comme luy , ont un à des em
plois honorables l'amour des let.
GALANT 185
tres & une grande probité.
Son nom paroiffoit ily a long
temps à la tefte d'une piece d'elo
quence qui eft dans les recueils
de l'Academie Françoife . Mais
depuis l'on a vû ce même nom
avec des difcours des Haran,
gues qu'il fit imprimer ily a environ
cinq ans. Cefont des mo
deles trés utiles à tous ceux que
leurs emplois engagent à porter
en ceremonie la parole aux grands.
Il avoit prononcé la meilleure
partie de ces difcours avec lagra .
ce qui luy eftoit naturelle : la
prononciation eftoir un de fes
beaux talens , Pendant qu'on im-
Juin 1703
.
186 MERCURE
primoit ces ouvrages il tomba en
apoplexie ; & lemal s'eftant tour -
né en paralyfie , la moitié du corps
en eftoit demeurée perclufe. Ce
qu'il y avoit en cela de plus fâ .
cheux , eft
l'humeur s'eftoit
jetiée du cofté droit , & luy oftoit
d'abord la liberté d'écrire : mais
que
comme la tefte ne fut en aucune
maniere attaquée , ilfuplea à ce
deffant , nonobftant fon grand
âge , en s'accoutumant à écrire
de la main gauche . En cet eftat,
1oujours affis , il a continaellement
pris foins de fes affaires do.
mestiques de l'education de
Monfieurfon fils de MéfileGALANT
187
t
moifellesfesfilles , qui font encore
dans un âge fort tendre . Tout le
temps que les affaires luy laif.
foient , aprés quelques devoirs de
civilité , qu'il rendoit fort exactement
porté en chaife , il l'em
ployoit à prier Dieu , à lire ou à
écrire; on ne le trouvoit ja.
mais defoccupé.
Il crut que pour fe difpofer à
la mort , qu'il penſoit beaucoup
plus proche , ce feroit une occupation
plus fainte de traduire le
traité du Cardinal Bellarmin de
l'Art de bien mourir. Ce fçavant
pieux Cardinal n'avoit pas
beaucoup travaillé cet ouvrage,
Cij
188 MERCURE
& Monfieur Hebert y trouvoit
fouvent à dire la juſteſſe , qu'il
aimoit fur toutes chofes . Mais
par fes foins il adonné à fa tra.
duction uneformefi reguliere, &
ily a mis tant de François
qu'on ne trouvera pas fon travail
indigne de paroiftre , quoi.
que depuis peu de temps on ait
donné la traduction de cet onvrage
avec celle des autres Opufcules
du Cardinal Bellarmin .
Mr Hebert ade plus traduit
la lettre de faint Ambroïſe à la
Vierge feduite ; & ily a mis
tant de feu , qu'on aura peine à
que ce puiffe être l'ouvrage
croire
GALANT 189
d'un Septuagenaire. Il laiffe en
core traduit quelques morceaux
d'hiftoire tres- bien choifis : lafuite
du Prince de Condé, écrite par le
le Cardinal Bentivoglio , l'Hif.
toire de laTreve de Flandre écrite
par le même ; lesraifons de la prife
d'armes pour Clevès Juliers ;
la mort du Conneftable de Bour.
bon , la prife de Rome.
Je ne vous dis rien, Monfieur,
du Roman de Zenobie en trois
volumes , qu'il avoit écrit en fa
jeuneffe , au temps où l'on aimoit
ces fictions diffuſes. Apresfan ac
cident d'apoplexia ille mid entre
les mains d'un pieux Ecclefiaf
190 MERCURE
tique , pour le brûler , plustoft
par délicateffe
de confcience
que
par dégoust lly regnait une feverité
de moeurs , qui corrigeoit
les endroits paffionneZ
, dont on
remplifoit
ces fortes d'ouvrages
.
L'on auroit pú épargner
une pie.
ce en vers qu'on brûla auffi El.
le avoit pour titre le Ballet ex
travagant
, & il l'avoit fait
reciter à une Fefte qu'il avoit
donné
Il s'eftoit marié fort tard ,
determiné à cet engagement par
une ancienne eftime & un ancien
attachement pour fon épouse au
moment qu'il vir qu'elle alloit
GALANT 191
C
être accordée à un autre. Elle
eft fille de feu M' Gagne Tréforier
de France , & foeur de
Madame Raquet dont l'epoux
eft auffi Treforier de France.
M Hebert eut toujours une
grande droiture & une exacti .
tude extreme dans fes devoirs.
Il en eftoit même un peu fevere
à l'égard des autres , & ne pon.
voir fouffrir qu'on remplit mal
fes fonctions , ny qu'on fortit de
la bienfeance de fon eftar. It s'en
expliquait quelquefois un peafe.
chement. It eftoi bon ami &
tres fincere Il avoit pour lespauvres
beaucoup de charité. De
192 MERCURE
temps en temps il faifoit aux
Hôpitaux des dons quipaffoient
en quelquefortefes forces . Il vou.
que la charité fut éclairée ,
n'aimoit pas qu'on entretint lafai.
neantife des pauvres qui pou
voient travailler. Avec un bien
loit
mediocre il a toujours fait une
figurefort honorable : juſqu'à la
mort il a entretenu un équipage
affe propre, & un nombre ho
nefte de domeftiques. Lafrugali .
té le bon ordre ont toujours
fourni à cette dépenfe , & illaiſfe
fes affaires en tres · bon eftat .
Dans les emplois publics il gar .
doit une justice fcrupuleuse. Ja.
+
mais
GALANT 193
mais perfonne n'a fait la reparti.
tion des Charges publiques avec
plus d'équité. Elu deux fois
Maire , il en A
remply les
devoirs avec la derniereponctua .
lité. Dans le temps du paffage
des Troupes il demeuroit toute
la journée à l'Hoſtel de Ville . Il
gardoit inviolablement
l'ordre
qu'il avoit dreffé pour les logemens
, n'épargnant perſonne : &
de crainte que quelqu'un ne s'avifaft
de détourner quelque biller,
il les portoit fur luy tout arran .
gez Les familles dévouées à fa
maison n'estoient pas exemptes de
logement ; fi elles eftoient pau.
Juin
1703. R
194 MERCURE
vres , il les dédommageoit par
fes charitez.
Tant de bonnes qualite
avoient acquis à Mr Hebert
l'eftime & l'amitié de Mr l'E.
vêque de Soißons , dont le gouft
eft fi exquis en matiere de probité
de litterature. Huit
jours avant fa mors , ce Prelas
eftoit revenu de la Campagne exprés
pour le voir.
Comme Mr Hebert avoit
toujours eu une veneration trestendre
pour feu Mr fon Pere , it
a ordonné parfon teftament qu'on
portat fon coeur à Premontré dans
le tombeau de ce digne Pere , qui
GALANT
195
apres avoir quittéfa Charge de
Tréforier de France & tous
les autres embarras du monde
eftoit allé paffer dans cette folitude
les dernieres années de fa vie.
Il y mourut dans une grande
odeur de pieté.
Après une vie auffi reglée &
auffi chreftienne qu'à ‹sté celle de
Mr Hebert , voftre cher confrere,
vous jugez , Monfieur , que fa
mort aa efté précieuse devant
Dieu . Il a reçu tous fes Sacre,
mens ; il a efté reconcilié plufieurs
fois , & le jour mefme de fa
mort. Pendant qu'on luy don.
noit l'Extrême onction , il pria
Rij
196 MERCURE
ع ب ر م
be Prêtre de prononcer bien haut
les prieres de cette ceremonie . Il
demandoit de temps en temps
qu'on luy dit des paroles d'e
dification , ou qu'on recitaft prés
de luy quelque priere . Il regardoit
le Crucifix avec joye ;
& il dit peu de temps avant fa
mort , qu'à la vuë des fouffrances
de Jefus Chrift, ilfalloitferéjouir
de fouffrir. Ainfi il est mort
dans le baifer de Paix. Vous
ferez, Monfieur , de ce memoire
l'usage que vous trouverez à propos.
Je le devois à l'amitié qu'avoit
pour moy ce parfaitement
bonnefte homme ; & j'en tire le
GALANT 197
plaifir de vous affurer que je
fuis , &c.
L'Auteur de cette Lettre
ne la regarde que comme un
fimple Memoire , tant il eft
accoûtumé à parler modefte
ment de tout ce qu'il fait &
à eftimer peu les belles chofes
qui lui échapent , parce
qu'elle ne luy coûtent pas
beaucoup .
La Ville de Bordeaux vient
de faire une grande perte
l'Eloge qui fuit vous la fera
voir. Le ſtile de cet ou⚫
vrage beaucoup plus élevé
Riij
198 MERCURE
que le mien vous fera connoî
tre que je n'ay aucune part à
cet Article . Je vous l'envoye
de la même maniere que je
l'ay reçu. Il vient d'une perfonne
diftinguée par ſon me
rite & par fon efprit.
Meffire Jean Baptifte le
Comte Captal de la Tref.
ne , Comte de Gouderville ,
premier Prefident au Parle ..
ment de Bordeaux , mourut
le dix feptiéme du mois de
May , dans fa foixante quatriéme
année : Sa vie toujours
reglée par la temperance
, & par la fageffe , devoit
DE
LYON
བྷཏྟཾ བྷ ?
THEQUE
DELA
GALANTETO
luy faire efperer une ph
gue carriere , mais la grande
application aux affaires &
fon zele pour le fervice du
Roy , & pour remplir toute
l'étenduë de fes devoirs
avoient tellement épuisé fon
temperamment foible & dé.
licat que l'on peut dire qu'il
a efté martir de fa dignité.
Quoy qu'il fuft d'une des
plus Nobles & des plus anciennes
maifons de Guyen .
ne , & que fes ancestres euf
fent toujours efté diftinguez
par de grandes alliances &
par des emplois confidera-
R iiij
200 MERCURE
bles , il eftoit encor plus recommandable
par fon merite
perfonnel que par fa naif.
fance , puifqu'il poffedoit
roures les qualirez d'un
grand Magiftrat , & d'un parfait
Chreftien.
L'amour de la justice &
de la verité qui eftoit l'uni ·
que fin qu'il le propoſoit
dans toutes les actions pafla
dans fon coeur avec le fang
de fes Peres . Il eftoit né ,
doux , modefte , équitable ,
défintereffé , fincere dans
fes paroles , fidele dans fes
promeffes , ennemy déclaré
GALANT 201
de la Aaterie & du men .
fonge. Il avoit l'ame noble ,
& capable des plus grandes
chofes , des inclinations droi
tes & vertueules , un esprit .
de prudence & de fageffe
& une exactitude inflexible
qui fut toûjours la regle conf.
tante de fes jugemens.
Mais comme ce n'eft pas
affez pour un Juge d'avoir
une exacte probité s'il n'a pas
la capacité requise pour démêler
les droits des Peuples,
Mr de la Trefne avoit cherché
par des études folides &
laboricuſes , tout ce qui pou202
MERCURE
voit luy donner une intelligence
parfaite des loix : Il
avoit penetré fi avant dans
leur fanctuaire pour en me
furer toute la pro profondeur
. Il
en avoit concilié avec tant
de difcernement les contradictions
apparentes ; & eftoit
fi bien entré dans leur efprit ;
qu'il eftoit impoffible de le
furprendre par ces détours
captieux , & ces malignes
fubtilitez que l'avarice & la
chicanne ont introduites
dans les affaires. Sa profonde
érudition perçoit tous les
nuages de l'artifice & de la
GALANT 203
diffimulation pour porter la
lumiere de la Juftice dans les
plus fombres reduits de l'ini
quité.
La fublimité de fon efprit
jointe à un naturel heureux &
avide de tout fçavoir , ne luy
permit pas de fe borner à la
feule étude du Droit qui com .
prend cependant tant de cho
fes. Il fe rendit familier tout
ce qu'il y a de plus élevé dans
la Religion & dans les plus
hautes Sciences . Mais il faifoit
fur tout fes délices des
belles Lettres dont il connoifloit
fi bien les délicatef
204 MERCURE
fes & les beautez. Ceux qui
ont entendu ces graves dif
cours qu'il prononçoit aux
ouvertures du parlement dans
lefquels il fe dépeignoir luy
même en donnant l'idée d'un
Juge parfait , fçavent avec
quel goût exquis il choiſiſſoit
les Aeurs qu'il vouloit y repandre
, & jufqu'à quel point
de perfection il avoit porté
cette éloquence douce , touchante
, mais majestueuſe
qui luy eftoit naturelle & qui
donnant un air de verité &
de raifon à tout ce qu'il difoit
luy affeuroit un triomphe cerGALANT
205
rain fur tous les coeurs.
Toutes ces excellentes qualitez
eftoient encore relevées
& annoblies par la pietéfolide
, qui a toujours efté le
caractere de fa Maiſon. Dieu
feul à qui il apartient de fonder
les coeurs , fçait avec qu'el
le pureté & quelle fincerité
celuy de ce grand Magiſtrat
luy eftoit confacré Mais
quelques foibles que foient
les lumieres des hommes ;
ils en peuvent juger fur la
parole de Jefus Chrift , par
les fruits de benediction qu'il
porta dés fa plus tendre jeu-
•
:
206 MERCURE
neffe , & qui estoient parvenus
depuis long temps à une
parfaite maturité. Tout ce
qui pouvoit rendre la Majeſ.
té de Dieu plus refpectable ,
la Foy plus victorieuſe , la
Religion plus floriffante , la
Charité plus recommandable
, eftoient les vertus cheries
de cet homme de bien :
l'innocence protegée , ſa li .
beralité envers les pauvres ,
fa bonté compatiffante aux
afflictions des malheureux ,
fes Audiances favorables à
leurs plaintes , fon efprit tou
jours difpofé à les foulager ;
GALANT 207
l'uniformité de fes moeurs ,
fa conftante devotion , fes
difcours pleins de zele
d'édification ,
&
fon attention
refpectueuse aux faints Miſte
res & les faints tremblemens
dont il eftoit faifi en
approchant de l'Autel du
Seigneur , font des preuves
indubitables de fa pieté
vrayement chreftienne.
Un merite figeneralement
reconnu , & fi conforme aux
juftes & pieuſes intentions
du Roy , ne pouvoit pas écha
per aux lumieres de ce grand
Prince , toûjours attentif à
208 MERCURE
•
recompenfer la vertu . Il nom .
ma Mr de la Trefne premier
Prefident au Parlement de
Bordeaux , aprés la mort de
Mr Daulede fon Beaufrere ,
avec ces marques d'eftime &
de bonté dont il accompagne
toujours les graces . Comme
Mr de la Trefne eftoit né
dans le fein de cette dignité ,
& qu'il en avoit toujours efté
environné par les Alliances ,
elle ne changea rien en luy ;
& il n'eut pour juftifier le
choix de Sa Majeſté , qu'à
continuër à vivre comme il
avoit toujours vécu .
GALANT 209
Jamais homme ne fut plus ve
ritablement aimé, ni plus fen .
fiblement regretté du Peuple
dont il étoit le protecteur & le
pere.Chacun crut avoir perdu
en luy le chef, & le foutien
de fa famille , chacun voulut
luy rendre fes derniers devoirs
& luy donner de pieuſes marques
de la tendreffe en affiftant
avec une pieté édifiante
au Saint Sacrifice de la Meffe
que l'on celebra pendant
deux jours fur deux Autels
que l'on avoit dreſſez dans la
falle où il eftoit expofé. Le
temps qui devore tout efface-
S
Juin 1703.
*
"
210 MERCURE
વિ.
ra peut -eftre les marques
fenfibles de douleur que fa
mort a cauſées , mais fa juftice
fera immortelle & fa memoire
vivra dans tous les coeurs tant
qu'il y restera quelque étincelle
d'amour pour la vertu.
Comme il eftoit perfuadé
que la magnificence des funerailles
alloit en quelque
maniere contre l'ordre de
Dieu , qui a voulu humilier
l'homme en puniffant par la
mort fon orgüeil & fa vanité ,
il avoit fouvent recommandé
qu'on l'enterrât fans ceremonie
, Mr le Marquis de la
GALANT 201
Trefne qui n'a pas moins
herité de fes vertus que de
fon nom , & qui s'eft toujours
fait un point de Religion de
refpecter jufqu'aux moindres
paroles de Mr fon pere , a
voulu fuivre exactement fa
volonté dans cette occafion
comme dans les autres ; ainfi
fon corps fut porté à la Maifon
Profeffe des Jefuites dans
le tombeau de fes Peres avec
le moins d'éclat qu'il fut
poffible. Les larmes finceres
des Peuples qui le ſuivoient
en foule , les gemiffemens
des Pauvres & les regrets de
Sij
212 MERCURE
tous les gens de bien , furent
prefque les feuls ornemens
de la Pompe Funebre . Il eſt
vray que ce digne fils aprés
avoir fatisfait à la louable
modeftie de Mr fon pere , a
crû devoir auffi s'acquiter de
ce qu'il devoit à fa dignité &
aux yeux de toute la Province
, en ordonnant un Service
folemnel qui fera celebré au
commencement du mois de
Juillet d'une maniere convenable
a la place qu'occupoit
ce grand Magiftrat.
Monfieur de la Trefne
avoit eſté marié trois fois , il
GALANT 213
avoit épousé en premieres
noces Dame Marie Anne de
Pontac , fille de feu Mr de
Pontac premier Preſident au
Parlement de Bordeaux , de
laquelle il a eu Meffire Louis
Arnaud le Comte , Marquis
de la Trefne , Chevalier
d'honneur au Parlement de
Bordeaux . M' le Marquis de
la Trefne eft fils, petit fils, ou
arriere petit fils de cinq premiers
Prefidens aux Parle
mens de Paris , de Toulouze ,
ou de Bordeaux , neveu ou arriere
neveu de deux autres. M.
de la Trefne épousa en ſecon
214 MERCURE
des noces DameCatherine de
Pontac , foeur de M' le Marquis
de Pontac , Capiraine
aux Gardes , Chefdu nom &
armes de cette illuftre maifon
, de laquelle il a eu Dame
Olive le Comte de la Trefne ,
mariée à M' le Marquis Da
mon, Lieutenant pour le Roy
en Guienne au département
de Bayonne. Dame Catheri
ne le Comte de la Trefne
Religieufe de la Vifitation à
Bordeaux , Dame Anne le
Comte de la Trefne , mariée
à M' le Marquis de Lalanne ,
fils de Mr le Marquis de LaGALANT
215
lanne , Prefident à Mortier
au parlement de Bordeaux
& Meffire François Leon le
Comte de la Trefne Comte
de Gouderville .
En troifiéme noces il époufa
Dame Anne de Cominges
fille de feu Mr le Comte de
Cominges , Chevalier des
Ordres du Roy , Capitaine
des Gardes de la Reine mere ,
& Gouverneur de Saumur .
Toute la France connoift la
naiffance , l'efprit & le merite
de Madame la premiere prefidente
, l'eftime & la bienveillance
particuliere dont le
216 MERCURE
Roy , Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & Madame
l'honorent , font mieux fon
éloge que tout ce qu'on en
pourroit dire.
L'Epitaphe qui fuit , parut
auffi tôt aprés la mort de
Mr de la Trefne .
Le jour que la Parque inhu .
maine
Tramoit contre fa vie un funeſte
attentat ,
Son courage au Palais le meine,
Voulant mourir debout en Prince
du Senat .
Vefpafien difoit qu'un Prince doit
mourir debout . Suetone en fa vie .
Meffire
GALANT 217
Meffire Pierre Leger Prêtre
, Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , &
Prieur de S. Pierre de Gonor
étoit un de ces dignes Ou
vriers dont l'Evangile nous
fait des portraits ſi avanta .
geux : c'eft de luy qu'on
peut dire qu'il a foutenu tout
le poids du jour & de la
chaleur , puifque fa vie n'a
çfté qu'un exercice continuel
des vertus morales. Cet Abbé
avoit pris fes degrez dans la
Faculté de Theologie de Paris .
avec un applaudiffement incroyable
, & il les avoir re
Juin 1703.
T
218 MERCURE
ceus avec des diftinctions
qu'on n'accorde
qu'aux gens
d'un merite reconnu : la connoiffance
qu'on cut de fon
merite lui procura le Prieuré
de faint Pierre de Gonor ;
'il eft mort dans cet efprit
de paix qui caracteriſe
toû
jours la mort des juſtes .
Meffire Guillaume
Chanu
Preftre , Docteur
en Theologie
dans la Faculté de Paris ,
Prieur de faint Pierre d'E
cottier, & de Meufiners
Dioceſe
d'Angers
eft auffi dece.
dé. L'on juge par la mort de
ces deux excellens
fujets de
GALANT 219
la perte que vient de faire
la Faculté de la Theologie
de Paris : Ce font de ces
pertes que le temps même
ne peut reparer. Mr Chanu
avoit toûjours efté appliqué
aux fonctions de la qualité
qu'ilportoit avec cette attention
à fes devoirs , & cette
affiduité à l'étude qui fait le
caractere des gens de Let
tres. C'étoit une des colomnes
de cette celebre Faculté:
fes lumieres eftoient pures, &
fes avis eftoient des decifions.
L'on fçait la confideration
qu'avoit pour luy Mr l'Evê-
\
$
Tij
220 MERCURE
que d'Angers , & qu'il n'apas
tenu à lui de l'employer dans
fon Dioceſe : mais l'amour
携
de l'étude a toûjours attaché
Mr Chanu à cette grande
Villé , où l'efprit reçoit plus
de culture que par tout ailleurs.
Il eft mort parfaitement
refigné aux ordres de la Providence
, refignation qui
avoit toûjours particuliere
ment fait le fonds de fa Re
ligion...
GALANT 221
LA NYMPHE
DE LA RIVIERE D'YONNE ,
preſentée à S. A. S.
MONSIEUR
LE DUC ,
A Regenne , Maifon de Campagne
de Mr l'Evêque d'Auxerre
, par Mr Martineau de Soleyne
, lorfque Son Alteſſe
Sereniffime y paffa le 16. de
Juin en allant à Dijon tenir
les Etats de la Province de
Bourgogne.
Quel
Velle Fefte aujourd'huy ? quel
concours fur mes bords ?
Toutyrit , on n'y voit quejoye &que
transports.
V Tiij
222
MERCURE
Aux applaudiffemens femefle l'allegreffe
Le refpect aux plaifirs , l'eftime à la
tendreffe.
Quelle réjouiffance anime ces beaux
lieux
Que le cours de mes eaux , rendfi delicieux
,
Où , fans faire à mon onde aucune
violence ,
La nature ſe jouë à marquerſa puiffance
Dans le tour izoléde ce large canal ,
Où fe plait à couler mon liquide
criftal ?
Quelqu'un des Demi - Dieux vientil
fur ces rivages
De fa prefence augufte embellir ces
Boccages ?
Mais quel bonheur icy m'annoncent
les échos ?
GALANT 223
Quelfpectacle ! je vois fur ma rive
un Heros ,
Afon brillant aspect peut-on le méconnoiftre
?
Ce Prince fçauroit il ceffer de le paroiftre!
Par combien de vertus rehauffant
fongrand nom
Donne-t-ildefplendeur au beaufang
de Bourbon ?
Nayades , accourez à fon heureux
paffage
Luy rendre par vos voeux un legiti
me hommage,
Et contempler en lui toutes les quali-
Desplusfameux Mortels que l'hiftoire
ait vantezs
[ tez
Venezy découvrir , malgré fa modeftie
,
Des Princes les plus grands dequoy
faire l'envie ,
Tiiij
224 MERCURE
Un merite au deffus de fon fublime
rang,
Et des perfections plus nobles que
fonfang,
Des talens pour la guerre & pour la
politique ,
l'on admire , en une ame
Tout ce que
beroique
>
Courage plus qu'humain , naiſſance,
pieté,
Sentimens genereux , air plein de
majesté .
Confiderant de prés cette ame peu
commune
Plus illuftre cent fois que fa haute
fortune ,
* 1 *
Vous verrez les vertus toutes avec
ardeur
Entr'elles difputer l'empire de fon
coeur ;
*
[gnanime
Et vous ne trouverez rien que de maGALANT
225
Dans cet augufte coeur digne de voftre
eftime ,
Où ,par un avantage &rare &glo.
rieux
Le Ciel a réuni tous fes dons precieux.
Mais titres & grandeurs dont l'éclat
l'environne
Vous avez moins de charme encor
que fa perfonne,
Quelle grace en parlant , & quelle
dignité ! en
Dans l'efprit , dans les yeux , que
de vivacité !
Toutrépond dans ce Prince àfa noble
origine
Manieres , port, démarche, éloquence
divine ;
Son genie excellent brille de toutes
parts ,
Quelle erudition ! Quelgout pour les
beaux Arts !
226 MERCURE
Favori de Minerve , & fçavante
& Guerriere
Se fignalant toûjours en fa double
carriere ,
De vaillance & d'efprit par mille
•
traits divers
[ vers ?
Combien de fois a- t- il étonné l'Uni-
Que fon coeur feplairoit àfuivre encor
Bellone !
Quelplus ferme foûtien , France ,
pour ta Couronne
Que le digne fleuron qui luy fait
tant d'honneur?
Tu dois plus d'un triomphe àſa hau.
te valeur >
Dont le Rhin me rendoit fifouvent
témoignage
Lorfque prés de ce fleuve exerçant
fon courage
Par de frequens fuccès contre defiers
guerriers
GALANT 227
Ce Heros yfaifoit un amasde lauriers
.
Victorieux en Flandre , on euft dit
que par charmes
La gloire eftoit par tout attachée à
fes armes.
Quels exploits debravoure à Steinkerque
, où furpris
Il eutplûtoft défait que vû les enne.
mis !
C'est là , que remplissant fes belles
definées
Il s'acquit de nombreux & d'immortels
trophées :
Quand, pourfauver des lys les nobles
Etendarts
,
Il déficit la mort dans les plus
grands hafars , [playe.
Et de plomb & de feux effuyant une
En butte à tous les traits , il prodiguoitfa
vie ,
228 MERCURE
Lorfque que comme un Lion plein
d'unjufte couroux .
Il faifoit tout plier fous le poids
de fes coups ,
Sa valeur laiffant là de terribles
prodiges.
*
La Soene chez Thetis me redit
ces prodiges.
Où la Gette * m'apprit qu'à
Nervvinde on a crû
Que Condé dans ce Prince on
Mars avoient parù ,
Lorfqu'y forçant de l'Art les plus
rudes obftacles
Son bras en valus mille , & fit tant
de Miracles.
* Riviere prés de Steinkerque
.
* Riviere proche de Nervvinde
.
社
GALANT
229
Et fuivant de fon coeur les nobles
mouvemens
Comme une Aigle , il vola vers les
retranchemens
Où le fer à la main , en s'ouvrant
un paſſage
Atravers cent perils , & courant au
carnage
On vit dans ce Heros par la gloi
re guidé
Ce que peut un Bourbon du fang
dugrand Condé ,
Dont l'activité jointe à la vaillance
extrême
Fait revivre l'Ayeul dans cet au▲
tre lay même. [ les Etats
Qui va faire connoiftre en tenant
Qu'il n'eft pas moins habile au
Confeil qu'au combats ,
Que fon difcernement égale fa fageffe
,
230 MERCURE
Qu'il a d'intelligence autant que
dejufteffe ,
Qu'il porte dans fon ame un fonds
de probité
De bonté , de douceur , d'honneur &
d'équité ,
Qu'ilfait en reglant tout par fa
rare prudence
Manier de Themis l'épée & la
balance.
Que là ne tolerant rien qui nefois
permis
Les abus y feront fes plus grands
Ennemis.
Bourgogne , de ton Peuple ***
Ce Prince aura pour toy des entrailles
de Pere ,
Et te fera fentir quel eft ton heureuxfort.
1
D'avoir un Gouverneur d'unfipuif.
fant fupport !
* /4
GALANT
231
Quel apuy pour tes droits ! Quel
zele à les deffendre
Que de bienfaits fur toy tu lay verras
repandre !
Pendant que fa grandeur & fon
integrité
Sa moderation , fon affabilité
De tes Peuples feront l'honneur &
les délices.
Dryades approchezfous fes heureux
aufpices ,
Quëillez tous vos lauriers pour luy
ceindre le front
Il en renaïft affez fous les pas de
Bourbon ,
Comme il fe plaift toûjours à rechercher
la gloire
De remporter par tout de nouvelle
victoire ;
Dans mes tranquilles champs il
fçait eftre vainqueur ,
232 MERCURE
Engagnant de mon Peuple & l'eftime
& le coeur.
Prince dont la valeur eft comme happanage
,
Quiportefur ton front des Dieux la
vivé image :
Durant les doux momens que tuferas
ici
Contente de mon fort fans envie ou
Soucy
Queldroit n'aurai -je pas de dire en
cette Plaine
Z'Yonne a ſes Bourbons an
bien que la Seine.
Tes regards en ces lieux font ceffer
nos defirs
Et nos coeurs dans toy feul trouvent
tous leursplaifirs.
Tu ramenes icy les jours heureux
& Aftrée ;
Que mon bonheur n'eft - il de plus
longue durée !
GALANT 233
Mon eau par les replis * defirant
t'embraffer
Prince , en t'environnant voudroit
bien t'arrefter
.
Que mon bonheur eft court , Nymphes
quelles allarmes !
Son départ va bien - toft me faire
fondre en larmes ,
Et changer mes plaifirs en ameres
douleurs ,
Alors je rouleray moins de flots que
de pleurs.
* La Maiſon , les Jardins , & .
le Parc de Regenne , font dans
une prefqu'Ifle que forme la Riviere
d'Yonne
L'Auteur de ces Vers eft
fils de Mr le Prefident Martineau
d'Auxerre ; on n'a
peut eftre jamais vû tant de
Juin 1703 .
V
234 MERCURE
.
Poëfie , & tant de Vers fi bien
tournez dans un Ouvrage ,
qui n'est qu'un coup d'effay:
je ne vous l'envoye pourtant
pas comme un ouvrage ache.
vé , il n'eft pas egalement
beau par tout , toutes les rimes
n'en font pas riches , &
il y a même plufieurs endroits
, qui font connoitre
que l'on a dit vrai , en afſu .
rant que c'eſt un coup d'ef
fai ; mais il
mais il y en a auffi dans
cec Ouvrage qui peuvent
paffer pour des coups de maî..
tre , & felon toutes les appa
rences l'Auteur a parlé jufte ,
GALANT 235
lors qu'il a dit que la beauté
de fon fujet lui avoit fait ou
vrir la veine ; d'ailleurs il ne
faut pas s'étonner des beaux
endroits , qui furprennent
dans fon Ouvrage les Ta
bleaux où l'on n'a rien peint
que de brillant & beau de fa
nature frappant toujours
beaucoup plus que ceux dont
les fujets font moins éclatans ,
quand même ces Tableaux
fe trouveroient mieux peints .
L'ouvrage de Mr Martineau
receut de grands applaudiffe .
mens lors qu'il fut prefenté ,
& le grand prince à qui il eft
Vij
236 MERCURE
adreffé , excita l'Auteur à cul
tiver les belles difpofitions
qu'il a pour la poësie , & c'eſt
pour l'exciter auffi que je vous
envoye fon ouvrage quoy
qu'il n'ait pas toute la petfection
neceffaire pour eftre
rendu public. L'Auteur a bril
lé en Profe dés l'année 1699.
dans une harangue qu'il fit
pour Monfieur le Prince de
Conty.
Mr le Marquis de Lanmary
prefta le 18 Juin entre
les mains de S. A. S. Monfreur
le Prince le ferment qu'il doit
au Roy pour fa Charge de
GALANT 237
Grand Echanfon de France.
Il fe nomme Marc Antoine
Front de Beaupoil de Saint
Aulaire , Marquis de Lanmary
, il a pour 4 Ayeul
Pierre de Beaupoil de Saint
Aulaire , Chevalier Seigneur
de Coulture , Selle & Ber
toy , fecond fils de Jean de
Beaupoil de Saint Aulaire fe
cond du nom , Chevalier de
l'Ordre du Roy , Seigneur de
Saint Aulaire , Baron de Sens.
Ternar , Menfat , la Grenerie
, Areinges , &c . & de
Marguerite de Bourdeille . Ce
Pierre de Beaupoil de Saint
2.
238 MERCURE
Aulaire époula Catherine de
Lauriere , Dame de Lanmaz
ry , ils ont eu plufieurs enfans
, dont l'aîné Antoine de
Beaupoil de faint Aulaire ,
Chevalier de l'Ordre du Roy,
Seigneur Baron de Coufture,
Selle , Bertoy , Lanmary, Senechal
de Perigord , époufa
Jeanne de Bourdeille veuve
du Comte de Riberac , l'aîné
de leurs enfans fut Marc-
Antoine de Beaupoil de faint
Aulaire , Baron de Couſture ,
Seigneur de Lanmary , qui
époufa Gabrielle d'Alegre ,
Dame de Chabannes , & de
GALANT 239
Forges , ils ont eu pluſieurs
enfans , dont l'ainé François
de Beaupoil de Saint Aulaire,
Marquis de Lanmary, a épou
fé Jacqueline d'Aubuffon de
la Feüillade , fille de Georges
d'Aubuffon , Comte de la
Feüillade , & d'Olimpe Grain
de Saint Marfault , veuve de
Philibert de la Rocheaymond
, Marquis de faint Mexant
, duquel Mariage iln'y
a point d'enfans : de forte
que ce François de Beaupoil
de Saint Aulaire , Marquis
de Lanmary a donné tous
fes biens à Bon François de
240 MERCURE
Beaupoil de Saint Aulaire ,
Comte de Lanmary fon quatriéme
frere , Mestre de Camp
du Regiment d'Anguien , qui
époufa en 1661. Anne de la
Rocheaymont fille de Philibert
de la Rocheaymont
,
Marquis de Saint Mexant ,
& de Jacqueline d'Aubuffon
de la Feüillade , d'où font
nés Louis qui fuit , Henry
Louis Chevalier de Malte ,
Antonite Abbeffe de Li
gueux , Therefe & Elizabeth
Religieufes , & Marie Anne ,
qui a épousé Meffire Louis
Christophe de Cugnac, Mar.
quis
GALANT´´ 142
quis de Giverfac.
Louis de Beaupoil de faint
Aulaire , Marquis de Lanmas
ry , grand Echanfon de France
, Capitaine Lieutenant des
Gens d'Armes de la Reine ;
qui mourut l'année derniere
en Italie , eftoit un Seigneur
d'une vertu & d'un merite
diftingué , il avoit épousé en
1681. Jeanne Marie Perrault,
Dame Baronne de Milly en
Gaftinois , Augerville , Rouvre
, &c. Ils ont pour enfans
Marc Antoine Front , Henry
Louis , François , & 4. filles ,
Juin 1703.
X
242 MERCURE
dont l'aînée eft Religieufe.
Marc Antoine Front de
Beaupoil de Saint Aulaire ,
Marquis de Lanmary , grand
Echanfon de France , qui
donne fujet à cet article , eft
un jeune Seigneur bien fait ,
& qui promet beaucoup.
Le Grand Maistre de Malthe
ayant apris la mort de
Mrle Commandeur de The .
fan - Venaſque , Son Eminence
fit l'honneur de dire
à Mr le Chevalier Ricard en
prefence de toute fa Cour ,
qu'ayant égard auxfervices qu'il
GALANT 243
luy avoit rendus , & à la Reli .
gion , elle ne pouvoit fe difpenfer
de les reconnoiftre , & ajoutant
que venant d'aprendre la vacance
dela meilleure Commanderie du
Prieuré de Toulouse , par la mort
de Mr de Thefan Venafque , elle
l'en gratifioit. Cette maniere
de donner cette Commanderie
affermée dix-huit mille
livres fans que Mr le Cheva.
lier de Ricard l'euft deman
dée , le toucha d'autant plus
que Son Eminence fit par là
connoistre à toute fa Cour
qu'elle approuvoit les fervices
, & au Public qu'elle n'a-
X ij
244 MERCURE
voit pas crû pouvoir déliberer
fur une choſe qui auroit
pû faire toute l'attention de
Malthe.
Mrle Chevalier de Ricard
dir fur le champ à S. E. en la
remerciant , qu'il fe devoüoit
pour toujours à ſon ſervice , &
à celuy de la Religion , & qu'il
la prioit de trouver bon qu'il de.
meurât tonjours à Malthe. Ce
Chevalier écrivit en même
temps à fon pere pour le ſupplier
d'écrire à Son Eminence
qu'illuyfaifoit don de fonfilspour
vivre mourir àfonfervice. Ce
procedé qui part du fond d'un
GALANT
245
coeur reconnoiffant , fait voir
un parfaitement honnefte
homme , c'eft le caractere
des veritables braves.
Je crois vous faire plaifir
de vous envoyer une copie
de la Patente qui a efté donnée
à Mr le Chevalier de Ri
card , les Curieux feront bien
aifes d'apprendre comment
ces fortes
d'expeditions fe
font à Malthe.
Frere Don Raimond de Perellos
& de Rocafus par la Grace
de Dieu , humble Maitre de la
Sainte Maifon de l'Hôpital S.
Fean de Ferufalem , & de l'Ordre
x iij
246 MERCURE
Militaire du Saint Sepulcre de
Notre- Seigneur , Gardien des
Pauvres de Jefus Chrift . A nôtre
tres cherReligieux Frere en Fiſus
Chrift , Ange Sextus de Ricard ,
Chevalier dans noftre Venerable
Langue de Provence &Gouver.
neur de notre victorieufe Cité, Sa
lat . Vos vertus, voftre merite particulier
, & les belles qualitez de
voftre efpris vous diftinguent con
fiderablement , & vous rendent
recommendable auprés de nous
auffi bien que les fervices que vous
nous avezrendu , & à la Religion,
fur tout dans le Combat Com
mandant d'une des Galeres de lag
GALANT 247
a
dite Religion , fous le nom de Saint
Jean Baptifte , ou la Magiftrale ,
& principalement dans le Com .
bat du puiffant Vaiffeau Turc ,
apellé ta Sultane Beninghen ,
armé de 70 pieces de Canon , que
vous avez attaqué le premier
avec un grand courage & d'une
maniere intrepide ; & que vous
avez vaincu glorieufement Lef.
dits fervices & ceux que vous
continuez de nous rendre avec
attachement , meritent
vous accordions toutes lesfaveurs
bienfaits qui dependent de
nous. Or commepar les Statuts
la loüable Coutume de notre
que nous
X iiij
248 MERCURE
Ordre , il dépend de nous tous les
cinq ans , par le droit de noftre
puiflance , de pourvoir à noftre
volonté dans tous les Prieurez
de l'Ordre , d'une
Commanderie
vacante , celuy de nos Freres pour
qui nous avons de la bienveil
lance. A ces caufes à la confi ·
deration de vos merites , à ce nous
mouvant , de noftre certainefcien ·
ce , &grace ſpeciale , nous vous
conferons , accordons , & donnons
pour avoir foin pendant le temps
de dix années entieres & comple
tes & au delà à noftre volonté,
de noftre Confeil , noftre Bail
lage, ou Commanderié de la Ville,
GALANT 249
Dieu , ou de Caftel Sarazin dans
noftre Prieuré de Toulouſe va
cant revolu à nôtre collation
donaifon , & entiere difpofition ,
par le decés de feu Frere Charles
de Thefan Venafque , dernier &
legitime Commandeur & Poffef
feur de ladite Commanderie de la
Ville Dieu , ou du Caftel Sara-
Zin avec tous &uns chacunsfes
membres, terres , droits , & dépendances
qui luy appartiennent , ou
doivent appartenir de la même
maniere que ledit feu Frere Char
les de Thefan Venafque l'avoit ,
tenoit && poffedoit , on devoit l'avoir
, tenir , & poßeder , pour
།
250 MERCURE
l'avoir, tenir , poffeder , gouver
ner,augmenter
en meliorer tant
dans le fpirituel que dans le temporel
, dans le chef, dans les mem
bres , fous le droit d'Annate ,
toutes les charges impofées pour
noſtre Trefor , ou qui feront im.
pofées ſuivant l'ufage comme aux
autres Baillages & Commander
ries dudit Prieuré payables regu
lievement chaque année le jour
Fefte Saint Jean Baptifte dans
le mois de Fuin , fauf le droit de
mortuaire du vacant , & par
deffus encore une penfion annuelle
de mille quatre vings livres tour.
nois qui nous eft attribuée , conce.
GALANT 25 ¢
dée , & reférvée par le pouvoir·
de noftredit Chapitre general ,far
les fruits & revenus de ladite
Commanderie de la Ville Dien
on de Caftel SaraZin , & ce
pour le ſupplement du quint de la
valeur des fruits de ladite Com
manderie , pour donner accorder ,
€ affigner àun ou pluſieurs Freres
à noftre volonté , autrement faute
par vous de payer lesdits droits
& penfions fuivant lufage -¿
les Statuts de nos Chapitres generaux
donnez enfaveur de notre
Trefor , nous ordonnons que tout
autre ferapour veu de ladite Com
manderie , dans laquelle nous
252 MERCURE
vons établiſſons , & conftituons ,
vous en confiant tout comme nous
pourrions faire , la charge , le
foin , le gouvernement ,
miniftration , enfemble la deffenfe
l'adle
recouvrement de tous les
biens droits de ladite Commanderie
, tant en deffendant
qu'en demandant. Ceft pourquoy
nous ordonnons com .
mandons à tous uns chacuns
les Freres , Soeurs & Donnats en
vertu de la fainie obciſſance , à
tous les Vaffaux & Sujets de
badite Commanderie , prefens
à venir, qui nous fontfoumise
à la Religion an ferment de fideGALANT
253
lité & hommage qu'il vous obeiffent
, preftent aide , & confeil
toutes les fois qu'ils enferont par
vous requis , pourle profit & uti.
lité de ladite Commanderie , &c.
Quoique le Roy eût re
folu aprés la nombreuſe promotion
de Chevaliers de S.
Louis qu'il fit l'hyver dernier
de n'en point faire de parti .
culier, & d'attendre une promotion
generale à recompenfer
la valeur de ceux dont il
decouvre tous les jours des
actions qui font meriter la
Croix de Saint Louis à ceux
254 MERCUER
qui les ont faites . S.M. dis-je ,
a bien voulu diftinguer les
anciens fervices de Monfieur
la Motte Guerin Lieutenant
de Roy, & Commandant aux
Iles Sainte Marguerite , &
l'ayant nommé Chevalier de
Saint Louis , Sa Majesté en
fit la ceremonie pour lui feul
le lendemain des Festes de la
Pentecôte . Quelque honneur
que faffe la Croix de Saint
Louis elle eft infiniment
;
plus glorieuſe à ceux qui la
reçoivent avec une fi grande
diftinction.
Le Samedy des quatre
GALANT 255
temps fecond jour de Juin ,
Mre Paul François de Neufville
de Villeroy , Licentié en
Sorbonne , Abbé de Fecamp,.
Grand Vicaire du Dioceſe de
Poitiers , & fils de Monfieur
le Maréchal du même nom ,
receur l'Ordre & le caractere
de la Preftrife des mains de
Mr. l'Evêque de Poitiers dans
l'Eglife des Filles du Calvaire,
pour honorer la memoire de
fon ayeule Antoinette d'Or
leans , fille du Duc de Lon
gueville , & veuve de Charles
de Gondy , Marquis de
Belle Isle , laquelle ayant re256
MERCURE
noncé au monde dans fa vi
duité , & reçu du Pape Paul V.
des Bulles qui l'établiffoient
& confirmoient Abbeffe de
Fontevrault où elle refta fix
mois , vint enfin par un fen .
timent de pieté à Poitiers ,
où s'eftant retirée par devotion
dans un coin de la Ville,
elle fonda l'an 1610 , la Congregation
des filles du Cal
vaire , & y mourut l'an 1618.
en odeur de Sainteté.
Le lendemain troifiéme de
Juin fefte de la Trinité ; Mr
l'Abbé de Villeroy chanta
fa premiere Meffe dans l'E ,
GALANT 25.7
glife des Dames de l'Abbaye
de la Trinité en preſence de
Mr l'Evêque , qui en fa faveur
accorda quarante jours d'In .
dulgence à tous ceux & celles
qui pendant cette premiere.
Meffe priroient Dieu pour les
befoins de la Sainte Eglife
Romaine , & pour la conver;
fion des Heretiques . Monfieur
l'Abbé de Villeroy fut
affifté dans fon premier facrifice
de Meffieurs fes Confreres
les Grands Vicaires Generaux
du Dioceſe dont
deux , fçavoir Mr. l'Abbé de
Rochebonne, Comte & Cha
Juin 1703.
Y
258 MERCURE
noine de faint Jean de Lyon,
& Mr l'Abbé de Revol , fai .
foient à l'Autel les deux
Maîtres de Ceremonies , habillez
en Chappe , & deux
autres , fçavoir Mr l'Abbéde
la Salle , neveu de feu Mr de
Saillant , ancien Evêque de
Poitiers & Mr l'Abbé du
Singe , neveu de Mr. l'Evêque
d'aprefent ,fervoient de Diacre
& de Soudiacre . Il y eût
un grand concours de perfonnes
de la premiere qua
lité de la Ville qui y affifte
rent , admirant la pieté da
Celebrant .
GALANT 259
Mr l'Abbé de Villeroy s'étoit
difpofé à cette augufte
action par une retraite de
huit jours , ayant choifi la
maifon des Reverends Peres
Jefuites pour y apprendre les
ceremonies de la Meffe , fans
neantmoins changer la di
rection de fon propre Confeffeur,
qui eft un ancien Pere
Minime en qui il a beaucoup
de confiance qu'il eftime
beaucoup , & qu'il a fait venir
plufieurs fois durant fa
retraite pour luy faire des
confeffions generales & particulieres
, le confutranç fou-
Y ij
260 MERCURE
vent fur les doutes de fa
confcience pour le bien preparer
à recevoir l'Ordre &
le caractere de la Preftrife.
Mr l'Abbé de Villeroy ,
aprés fon premier Sacrifice ,
alla celebrer la Meffe dans
les Eglifes des Religieux &
Religieufes de la Ville qu'il
eftimoit le plus , fe faifant un
vrai plaifir de contenter les
defirs de ceux qui fouhai .
toient entendre fa Meffe ; il
n'a point manqué de cele .
brer pendant l'Octave , du
tres - faint Sacrement , aprés
quoy il s'en eft retourné en
GALANT 261
fuite chez les Curez de la
campagne , il reftera dans fa
miſſion jufques à la my- Aouft
pour continuer les fonctions
de Grand Vicaire , & il n'y
a point de doute qu'il ne s'en
acquitte avec le même zele
qu'il a déja , fair voir dans fa
vifice depuis Pafques juſques
à la Pentecofte.
Mr de Vernage Docteur
en Theologie , & Chanoine
de l'Eglife Royale de Saint
Quentin , a prefenté depuis
peu um Livre au Royo inti
tulé Relationsfor diversfaits de
Morale & de Politique dediées
262 MERCURE
à S. M. Il dit à ce Prince ,
qu'il avoit travaillé à le renn'olant
pas predre
court
fenter à S. M. un gros Vo
lume , fes momens eſtant
trop chers pour le bien de
J'Eglife & de l'Etat , il ajoûta
que fi l'Ouvrage eftoit petit ,
il y avoit renfermé des ma
tieres qui luy avoient paru
dignes de fon attention : En
effet rien n'eft plus propre à
nous faire rentrer en nousmêmes
pour nous délivrer de
nos erreurs , & nous engager
à connoitre ; & à pratiquer
nos devoirs que les reflexions .
GALANT 263
L'Auteur de cet Ouvrage a
crû fervir le public , en luy
donnant celles qu'il a fait fur
plufieurs fujets importans ,
autant pour fon instruction
particuliere que pour l'edifi
cation de ceux qui le donne .
ront la peine de les lire . Me
de Vernage a deja fait un
Livre de Reflexions Morales &
Politiques qui a effé traduit
en plufieurs Langues , & dont
on a fait plufieurs Editions ,
ainsi que du Traité de la Vie
parfaite , qu'il a auffieu l'hom
neur de prefenter au Roy Le
Livre qu'il vient de dedier à
264 MERCURE
S. M. fe vend chez Mr Du
puys , ruë faint Jacques à la
Samaritaine.
On trouve chez le fieur
Ribou Libraire , fur le Quay
des Auguſtins , un nouvel
Ouvrage qui doit fe debiter
au commencement de chaque
mois , il eft intitulé Ef.
fais critiques de Profe & de Poë.
fie, I honnêteté que l'Auteur a
eu en parlant de moy m'empéche
de m'étendre fur l'Eloge
de fon Livre , & me met
dans la neceffité de n'en pas
dire tout le bien que j'aurois
inclination d'en dire , de
crainte
GALANT 265
crainte que mon témoignage
ne parut un peu fufpect :
cependant je fuis obligé de
dire , pour rendre juſtice à la
verité, que cet Ouvrage fera
tres- utile au public , ſi l'Au.
teur remplit fes engagemens ;
en effet , que feroit- ce , fi on
pouvoit parvenir à purifier
le goût du public. L'Auteur
des Effais Critiques paroift
fort fincere jamais la verité
ne fur moins captive que
dans fa bouche ; il parle avec
une liberté modefte : s'il m'eft
permis de me fervir de ce
terme des Auteurs vivans , &
Juin 1705
Z
266 MERCURE
de ceux qu'un grand nombre
de fiecles fepare de nous . Un
hardi Cenfeur , mais difcret ,
peut faire des biens infinis
dans la Republique des Lectres
: il faut des Efprits de ce
caractere pour réveiller les
autres . La litterature a fes
âges , elle a fes accroiffemens
& les diminutions , il eft des
temps de langueur où quel.
que aiguillon qui pique à
propos , reveille l'efprit appefanti
fous le joug de la matiere
. Les Caracteres qu'on
Livre font , trouve dans
dit-on , tres reffemblans , fur
GALANT 267
tout celui de Mr de Deville
Maréchal , qui conftament
paſſe pour un homme d'un
goût bien épuré , on affure
que le Caractere de Mr le
Sage n'eft pas moins naturel.
On trouve à la fin de ce pe
tit Livre deux petits Ouvra¬
ges qui interefferont bien des
gens , le Caractere des anciens
Philofophes ne plaira
pas moins. L'on doit ſouhaiter
que l'Auteur continuë un
deffein fi agreable & fi utile
aux gens de Lettres , je dis
utile par l'érudition qui y eft
femée avec beaucoup d'ag
Z ij
268 MERCURE
gréement , & de varieté.
钩
Le fpirituel Auteur de
la vie du Taffe , imprimée à
Paris en 1690, vient de donner
au Public un petit Ouvra
ge qui en a efté reçeu avec
de grands applaudiffemens.
C'est le Dialogue des Animaux
qu'on trouve auffi
chez le Sieur Ribou .
qui ont lu ces petits entretiens
où la nature eft fi bien
peinte , les ont jugé tres
comparables aux Fables de
Phedre & à celles de la Fon-
Ceux
taine , tout eft naturel dans
GALANT 269
*
les unes & dans les autres , &
tout y refpire fi fort l'heu .
reufe fimplicité des premiers
temps & y eft fi bien tiré
d'aprés la pure nature , qu'on
fait naturellement , en les
liſans , la comparaiſon de ces
premiers Siecles où l'Innocence
& la Justice n'eftoient
pas encor entierement profcrites
de la terre , avec ceux.
cy où toutes les démarches
de l'homme , fon langage ,
ſes fentimens & enfin tous
les mouvemens qu'il fe donne
font juger de la duplicité
de fon coeur. Dans ces temps
Z iij
270 MERCURE
heureux où l'on donne un
langage aux animaux , l'empire
des Paſſions n'eftoit pas
eftably , elles eftoient encor
affujeties à celuy de la rai .
fon ; & il femble que l'on
n'a impofé filence à ces pe
tites creatures que pour leur
ôter le droit de corriger les
hommes par la fimplicité de
leurs confeils , il ne femble
pas moins que l'Auteur de
ces Dialogues ne leur rend au
jourd'huy la parole que pour
faire la guerre aux paffions :
en effet on trouve dans la
moralité de ces petits ConGALANT
271
tes une critique tres judicieu .
fe des moeurs corrompuës du
- Siecle où nous vivons on y
trouve une fine Allegorie
fous laquelle eft caché le
Portrait fidelle du coeur de
l'homme ; & on reconnoift
bien aifément que l'étude du
coeur humain eft une de celles
à laquelle il s'eft le plus
attaché. Cet Auteur eft d'une
réputation bien eftablie ,
il tient un rang confidera
-ble dans la Republique des
Lettres , & fon nom y eft fort
celebre ; on doit s'attendre
de voir fortir de fa plume
Z iiij
272 MERCURE
quelque ouvrage d'une gran .
de folidité lorsqu'il voudra
fe donner le foins en mettant
fes lumieres en uſage .
En attendant que je vous
donne la fuite de ce qui s'eft
fait en Italie depuis ma derniere
Lettre , je vous envoye
l'eftat des Troupes qui com
pofoient les deux Armées au
commencement
de la Campagne
, l'eftat de celles qui
furent diftribuées dans tous
les poftes où l'on jugea à
propos d'en mettre.
GALANT 273
ARME' E
DE MONSIEUR LE DUC.
DE VENDOSME.
INFANTERIE.
Bataillons.
Piedmont .
Bervick.
Surville.
3
I
Sourches. I
Sault. 2
Bourk
Dillon.
Lionnois,
Galmois.
274 MERCURE
Auvergne.
Breffe .
La Marine.
Anjou .
Fitgerard.
Vaiffeaux .
Vendôme.
Medoc.
Baffigny.
Bourgogne.
Beaujolois .
L'in: de France.
Perche.
I
3
2
I
3
I
1
1
2
I
I
Bertelot premier Bataillon . 1
Soiffonnois & Grancey.
Royal Artillerie.
Total .
38
1
GALANT 275
CAVALERIE.
Efcadrons.
Brabant . 3
Flandre. 3
Colonel General . 3
Cuirafliers. 3
Carabiniers. 4
Anjou.
2
Bourbon.
Du Trone.
Villeroy.
Sully.
Ulez.
Ruffey.
Efclainvilliers .
Bartillat,
2
2
2
2 2 2
276 MERCURE
Fourbin.
Biffy.
Bouzoles .
Vuiltz.
Desclos.
Cappy.
Montperroux.
Courlandon .
Broglio.
Mauroy.
Dourches.
DRAGONS.
Efcadrons.
Dauphin.
D'Eſtrades.
Daheron.
2
N N N N N N N2
2
2
2
}
3
3
GALANT 277
Lautrec .
Seneterre .
Verac.
Languedoc .
Total.
ARME'E
3
3
3
3
77
DE MONSIEUR LE PRINCE
DE VAUDEMONT.
INFANTERIE .
Bataillons.
Normandie.
Limoufi .
Bretagne.
-
3
2
278 MERCURE
La Sarre.
La Ferre.
Royal la Marine .
I
2
Mirabau premier Bataillon. 1
Maulevrier.
Angoumois.
Tournaifis.
Perigord.
Cambrefis.
Vivarés.
Solre premier Bataillon.
Croüy .
Bugey.
Labour.
2
1
I
I
1
I
I
I
22
GALANT 279
CAVALERIE
ET DRAGONS .
Quelus.
Efcadrons.
Piedmontois.
Commiffaire General.
Royal Rouffillon .
7
12
3
La Reine,
Dauphin.
Villiers .
Efpinchal.
Bofelly.
Rennepont.
Raflé.
3
3
3
3 mm M 2 HI
280 MERCURE
Simiane.
Melun.
Total-
Bataillons . 22
Et Eſcadrons.
4I
ETAT
DES GARNISONS
pendant la Campagne.
ETAT
de la Garnison de Mantouë,
Montferrat.
Flandre à Marmirole.
Beauce .
I
I
GALANT 281
Quercy.
Miromenil .
I
I
Second Bataillon de Solre .
Cavalerie dans Mantoüe.
1. Compagnie .
Narbonne ,
Bozelli , 2. Compagnies
.
Governolo
.
Gaftinois 2. Compagnies.
Borgoforte.
Un Détachement, 150. hommes.
Goito.
Cottantin ,
Bataillon 1.
La Volta.
Foreſt ,
I
Caftiglione,
Tirache ,
Caftel.Geoffre
Anjou, Cavalerie, Compagnie
Bozzolo,
Mirabeau , fecond bataillon &
Compagnie
Juin 1703.
9
A a
282 MERCURE
Marcaria.
Même bataillon de Mirabeau ,
Compagnie
Sabionnette.
Morangis , fecond bataillon &
Compagnie
Viadana.
Morangis , fecond bataillon ,
& Compagnie
Guastalla.
I
I
6
'Albigeois , I bataillon .
Regio.
Morangis , premier bataillon .
Canette,
Second bataillon de Mirabau ,
Compagnie
Gazzolo.
I
Deux Compagnies du fecond
bataillon de Mirabau ..
Modenes
Tirache & Vauges , 2. bataill .
GALANT 283
Rubiera
Un Détachement , de so homm.
7
Baftia.
Bigorre ,
un bataillon .
Bonporto.
Ponthieu , un bataillon.
Cremone .
Douze Compagnies du fecond
bataillon de Berthelot .
Carpi.
Deux bataillons d'Albigeois .
Uftiano.
Douze Compagnies de Berthe .
lot.
Recapitation de l'Armée
de Mr de Vendofme.
38. Bataillons ,
drons .
&
77.
Efca-
Recapitation de l'Armée
de M de Vaudemont.
27. Bataillons
& 41. Efcadrons.
A a ij
284 MERCURE
Le tout fait 86. Bataillons
& 118. Efcadrons .
·
Sans compter le Blocus de
Berfello , qui eft compofé des
Troupes du Milanez & de la
Cavalerie de l'Etat , faiſant prés
5000. hommes . de
La Lettre qui fuit eft d'un
Capitaine de Vaiffeau de l'Efcadre
de Mr de Coëtlogon.
>
Nous partimes de Bret le r3 .
May avec cinq Vaiffeaux du Roy
commandez par Mr le Marquis de
Coëtlogon, le Chevalier du Palais ;
le Commandeur d'Ailly , le Marquis
de Chasteaurenault , & Mr.de
Mons . Le rr. fur les huit heures
du matin eftant par le travers de
la riviere de Lisbonne , nous découGALANT
285
vrimes far le vent à nous ane Flotte
de plus de cent Voiles , quife trouva
celle de Saint Huval.
Mr de Coëtlogon arriva fur elle
en ordre de Bataille pour
noiftre l'attaquer.
La recon-
Lorfque nous fumes à distance de
bien diftinguer leurs forces , nous
vimes cinq Vaiffeaux de guerre qui
fe mirent en ligne & en panne ,
faifant paffer toute la Flotte fous
le vent d'eux pour la couvrir. Ces
Vaiffeaux eftoient en ligne en ces
ordre , le Rotterdam avoit la tefte ,
be Roefendal le fuivoit , le Befchermer
eftoit le troifiéme , le Muydambergqui
eftoit le Commandant marchoit
aprés , & le Gafterlandfermois
·la ligne
.
Noftre ordre eftoit ainsi , le Chevalier
du Palais avoit la tefte ", "
286
MERCURE
Mr de Mons le fuivoit ; enfuite
marchoit le Marquis de Coëtlogon
, qui eftoit fuivi par le Marquis
de Chasteaurenault ; & le
Commandeur d'Ailly fermoit noftre
ligne. Nous fumes fur les Ennemis
en cet ordre , le Chevalier du Palais
attaqua le Rotterdam ; Mr de
Mons le Rofendal ; le Marquis de
Coëtlogon laiffa le Befchermer , qui
eftoit le troifiéme Vaißéau , pour attaquer
le Muydamberg , parce que
c'eftoit le Commandant ; & le
Marquis de Chasteaurenault attaqua
le Gafterlandt , qui eftoit le dernier.
Les Vaiffeaux du Roy ne tirerent
point qu'ils nefuffent à la portée
du piftolet des ennemis , que l'on ne ju.
gea pas à propos d'aborder de crainte
de fe rompre ou fe démater les uns &
les autres , le vent eftant tres -fort
GALANT 287
&la merfi groffe que les Vaiffeaux
du Roy qui estoient au vént ne purent
fe fervir de leur premiere batterie .
Les ennemis qui estoient fous le vent
fe fervirent des leurs pendant tout le
combat. Il fe fit un grand feu de
part & d'autre ; mais fur tout des
Vaiffeaux du Roy,
Aprés une heure de combat , les
ennemis ayantfait porter leurs voi .
les , Mr de Coetlogon voyant plu
fieurs de fes manoeuvres coupées , &
craignant de fe trouver hors d'eftat
de pouvoirmanoeuvrer dans la faite
fi l'Ennemy lui en coupoit encor , il
prit le party d'aborder le Commandant
, maisfon Vaiffeau n'ayant pu
gouverner affez vifte , plufieurs de
fes manoeuvres eftant coupées , comme
je l'ay deja marqué , il ne put
executer fon deffein , ayant manqué
288 MERCURE
l'abordage , il revira enfuite fur le
Vaiffeau , & le combatit toujours de
fort près. Le Commandeur d'Ailly
n'ayant point eu de Navire à combattre
dans le commencement de
l'action , ferra le plus prés qu'ilpu
le Marquis de Chateaurenault
pour pouvoir tirer fur le Gasterlandt
qu'il combattoit. Après une heure
de combat le Gafterlandt ayant mis
des voiles , le Marquis de Chateau
renault prit le parti de l'aborder
par les mêmes raisons qui avoient
engagé le Marquis de Coëtlogon de
le faire , mais le Capitaine de ce
Vaiffeau mit fi promptement toutes
fes voiles fur le mafts que le Marquis
de Chasteaurenault ne put évi
terde le dépaẞer un peu, ce qui donna
lieu au Commandeur d'Ailly de
fe mettre enfa placeparfon travers,
le
GALANT 289
lės
le Marquis de Chasteaurenault
voyant le Commandeur d'Ailly en
cette fituation , lui laiſſa le Vaiffeau
à combattre , quoy qu'il l'euft
déja fort maltraité , & mit des voiles
pour aller au Beschermer , que
perfonne n'avoit attaqué , pour les
raifons qui font marquées cy - deffus,
il le joignit bien-toft & après quel
ques coups de canon , il l'aborda
mais l'abordage ne tint pas ,
deux Vaiffeaux s'eftant donc un peu
feparez, le Marquis de Chasteaurenault
qui fongeoit à le raborder
& maneuvroit pour cela , s'appergut
que le fem eftoit dans la fainte
Barbede ce Vaiẞeau , ce qui l'enfit
éloigner unpeu , fans pourtant ceßer
de tirer du Canon & de la Moufqueteriefurluy.
Ce feu estant éteint
il manoeuvra de nouveau pour l'a-
Juin 1703.
Bb
290 MERCURE
border ; mais voyant qu'il ne tiroit
prefque plus , illuy fit crier de feren
dre, ce qu'il fit , ne pouvant pas tenir
davantage. Un moment après ·
que le Befchermerfutrendu, le Gafter.
land amena fon Pavillon & ferendit
aufi , le Commandeur d'Ailly
quicombattoitce Vaißeau, le voyant
rendu , alla attaquer le General des
Ennemis qui fe trouva prés de lay ,
s'eftant un peu éloigné du Marquis
de Coetlogon dans les mouvemens
qu'il avoitfaitpour éviterfon abordage
, un gros Vaißeau ne pouvant
fe manier auffi promptemeut qu'un
de cinquance Canons : cependant le
Chevalier du Palais qui s'eftoit
toûjours battu à la portée du piftolet
avec le Rotterdam, s'en rendit enfin
le maiftre aprés plufieurs differentes
MANoeUUTES , ce Vaißeau amena le
T
GALANT 291
troifiéme. Mr de Mons qui avoit
attaqué le Rofendalt après un long
combat fut obligé de l'aborder , ce
qu'il nefitpas fanspeine , ce Vaif
feau ayant évitéplufieursfois l'abor
dage , mais l'ayant enfin abordé , il
fut enlevé l'épée à la main.
Pour lors il ne refta plus que que le
Comment
qui
fe
deffendoit
toujours
tres vaillemment contre le
Commandeur d'Ailly , quoy que fon
Vaiffeau fuft criblé des coups qu'il
avoit reçus da Marques de Coetlogon.
Enfin aprés quelques bordées ,
fongrand maft eftant tombé , ilamena
& fe rendit en fi méchant eftat
qu'on a efté obligé de le brufler ,
n'ayant pu le fauver.
Le vent eftoit fi fort & la merfi
groffe qu'ilfallut le reste dujourpour
amariner ces Vaiffeaux , dont la
Bb ij
292 MERCURE
plupart fe trouvent fi maltraitez
qu'on eut beaucoup de peine àlesfau
ver. Cela donna le temps à la Flote
qui avoit toujours forcé de voiles pendant
le combat de s'éloigner hors de
vue. Si le temps euft efté plus ma
niable , il eft certain que l'on en au
roit pris la plus grande partie
parce que le combat euft bien moins
duré & qu'on auroit amariné plus
promptement les Vaißeauxde guerre.
Voicy les noms & la force des
Vaiffeaux ennemis qu'il eft neceßaire
que vous fçachiez, pour bien entendre
le détail que je vous envoye.
NOMS DES VAISSEAUX
felon leur ordre de bataille
, avec le nombre des
GALANT 293
hommes & des Canons
dont ils eftoient montez.
Le Roterdam.
Canons.
Hommes .
Le Rofendalt.
Canons.
Hommes.
anons
.
Le Beschermer.
Hommes .
46
180
32
143
48
200
Le Muydamberg , Commandant.
Canons
Hommes .
So
220
LeGasterlands.
Bb iij
294 MERCURE
Canons.
Hommes .
46
190
Quoy que les Vaiſſeaux du
Roy foient plus gros , &
montez de plus gros Cam
nons que ceux des Ennemis ,
on peut dire que la partie
eftoit égale dans le Combat ,
puifque les Vaiffeaux de Sa
Majefté ne fe font point fer.
vis de la batterie d'embas.
La Lettre qui fuir eft
auffi d'un des Commandans
des cinq Vaiffeaux du Roy.
GALANT 295
A Toulon le dix Juin 1703 .
Vous fçavez que nous partimes
'de Breft le 13 de l'autre mois , nous
trouvâmes quelques Vaiffeaux fur
noftre route que nous jugeâmes Corfaires
ne leur ayant point parlé. Le
22. à huit heures du matin allant
par le travers de Lisbonne nous
découvrimes une Flote de plufieurs
Voiles c'eftoit celle de faint Hubal ,
compofée pour la plus grande partie
d'Hollandois chargez de Sel. Ily
avoit aufli quelques Anglois qui
venoient de Lisbonne . Nous allà--
mes d'abord fur elle , & eftant à portée
de les bien reconnoiftre , & d'en
eftre pareillement connus ; nous
vimes cinq Vaiffeaux de guerre
Hollandois , quife mirent en ligne ,
Bb iiij
296 MERCURE
& qui firent paffer toute la Flote
fous le vent d'eux pour la courir,
Nous eftions pareil nombre de Vaiffeaux
du Roy qui allâmes les attaquer
: Ils furent tous pris aprés
beaucoup plus de resistance que nous
ne nous y attendions. Quatre de ces
Vaiffeaux font de quarante-fix à
cinquante Canons , & le cinquième
eft de trente- deux ; on a efte obligé
de brûler le Commandant , qui
eftoit fi maltraité qu'il a e̟fé impoffible
de le fauver : Les autres .
eftoient pareillement en fort méchant
eftat , & particulierement celuy que
j'ay pris. Le temps du Combat &
celuy qu'il nous falut pour amariner
ces Vaiffeaux , a donné lieu à
la Flote de s'éloigner de noftre veuë ,
le mauvais temps qu'il faifoit
leur a fort aidé en cette occafioni
GALANT 297
3
s'il avoitfait beau les Vaiffeaux
de guerre auroient efté plutôt pris ,
& nous aurions encore eu le temps
de prendre une partie de la Flote.
Le Comte de VValstein Ambaffadeur
de l'Empereur à Lisbonne
eftoitfur le Vaiffeau Commandant ,
avec un Envoyé de Mayence à la ·
Cour de Madrid , qui s'en retournoient
en Allemagne . Nous leur
faifons faire un chemin qu'ils n'avoient
pas compté de prendre . Le
Comte m'a dit qu'il eftoit fort de
voftre connoiẞance , & de celle de
Madame de *** il eft homme
de beaucoup d'efprit , & defort bonne
compagnie . Le 25. nous pasfames
devant Cadix ; d'où il nous
vint un Bateau qui ne nous apprit
rien de particulier de ce lieu, où tout
eftoit fort tranquille , on n'y parloit
>
攥
298 MERCURE
point d'Ennemis. Le 29. eftant
devant Malgue , nous primes un
petit Vaiffeau Anglois de vingt
Canons qui venoit de Venize , &
qui ne nous apprit rien de nouveau,
Nous avons laiffé dans ce lieu trois
Vaiffeaux du Roy commandez par
Mr. de Champigny , & qui ne
doivent pas eftre fort long- temps
fans arriver icy. Nous avons trou
vé quelques Corfaires dans cette
Mer que nous n'avons pu joindre.
Voila Mr un fidel compte de notre
Campagne.
Mr Chabert Capitaine de
Vaiffeau arriva à Toulon , le
même jour que Mr de Coëtlogon
y amena les Vail
feaux
Hollandois , & y paruc
LYON
GALANT 299
DE
L
VILLE
avec fept Prifes , dont il en
a une eftimée cent mille écus.
Il est beau de voir arriver
dans le même jour onze
groffes prifes faites fur deux
Nations qui fe font attribué
l'Empire de la Mer , & qui
n'ont jamais eu le plaifir de
faire enſemble un auffigrand
nombre de Prifes à la fois
& d'en voir arriver autant
dans leurs Ports.
Voicy encore l'Extrait
d'une Letrre écrite par le
premier Capitaine du Vaiffeau
que montoit Mr le Che
300 MERCURE
valier de Coëtlogon.
Je ne vous envoye de
cette Lettre que ce qui n'eft
point marqué dans les autres
Relations.
Par le travers de Rofe ce 7. Juin
1703.
Nous avons perdu de notre
Vaiffeau le Chevalier de Vauvrois
Capitaine en fecond que nous regret .
tons beaucoup ; ilfut emporté d'un
coupde Canon dans le moment que
nous allions pour aborder le Commandant
: Nous avons auſſi cu
quatre hommes de tuez , & dix-fept
de bleffez , & un pareil nombre à
peu prés dans chacun de nos Vaiffeaux.
Les Ennemis en revanche
GALANT 301
ont eu quatre- vingt hommes de tuer
& deux cent de bleßez Le Commandant
a eu l'épaule emportée ,
& un autre Capitaine a efté blessé
d'un coup de Moufquet . On a trouvé
parmy les Prifoniers , Mr le Comte
de VValftein Ambaffadeur de
l'Empereur à la Cour de Portugal ,
& un Envoyé de Mayence ; le premier
eft homme de confideration Che
valier de l'Ordre de la Toifon d'or
& de beaucoup d'efprit . Nous les
avons à bord & Mr de Coetlogon
les traite tres-honorablement . Du
depuis nous avons paffé dans la
Mediterranée , où nous avons encore
fait une petite priſe d'un Vaiſſeau
Anglois de vingt Canons.
Rien ne prouve mieux
302 MERCURE
la bonté d'un Livre que le
grand nombre d'Editions
qu'il s'en fait on vient de
donner la cinquiéme du Livre
intitulé , Stances Cherftienmes
fur divers paſſages de l'Ecriture
fainte & des Peres . Cette
derniere Edition eft reveuë ,
corrigée , & augmentée confiderablement
de pluſieurs
Ouvragesen Profe & en Vers.
Monfieur Teftu de l'Acade
mie Françoiſe , Abbé de Nộ
tre Dame de Belval , & Prieur
de faint Denis de la Chartre,
eft Auteur de ce Livre. Il ne
me refte plus rien à vous dire
GALANT 303
aprés vous l'avoir nommé , &
je crois que vous n'eftes prefentement
pas moins perfuag
dé que moy de la bonté de
cet Ouvrage . Il fevend chez
Mr le Clerc , ruë faint Jace
ques , proche Saint Yves , à
l'image Saint Lambert,
Les ficurs Jean & Michel
Guignard Libraires , demenrant
rue faint Jacques , à l'Image
Saint Jean , viennent
de donner au Public , un Livre
divisé en deux Volumes ,
& qui a pour titre , Traité de
l'Indult du Parlement de Paris,
ou du Droit
que
le Chancelier
304 MERCURE
de France , les Prefidens , Maitres
des Requeftes , Confeillers
autres Officiers du Parlement de
Paris , ont fur les Prelaturesfeculieres
regulieres du Royaume
, en vertu des Indults accordez
par les Papes Eugene IV.
Paul III. Clement IX, aux
Rois Charles VII. François I..
& Louis le Grand,
Cet Ouvrage eft de Mr
Cochet de Saint Valier ,Prefident
des Requeſtes du Palais
, & toute l'oeconomie en
eft renfermée en dix Chapi
tres. Le premier eft une Hiftoire
abregée des differens
GALANT 305
Indults ,
paffagers , ou perperuels
, donnez au Parlement
de Paris , depuis le regne de
faint Louis jufqu'à celui de
Louis le Grand. Dans le fecond
, on explique
particulierement
les
difpofitions de
l'Indult
perpetuel , dont le
Parlement jouit à preſent ; fa
naiffance fous Charles VII.
& fes Ampliations
fous Fran
çois I. & fous Louis XIV.
Le troifiéme
apprend à connoitre
les principaux
Caracteres
de l'Indult , les motifs
du
bienfait du faint Siége ,
plufieurs points
generaux qui
Juin 1703.
Cc
&
306 MERCURE
le concernent , y font auffi
expliquez . Les fept autres
Chapitres partagez en differens
Paragraphes , roulent fur
des matieres tres utiles , &
particulieres à l'Indult ; de
forte que ce traité intereffe
tous les Officiers du Parlement
de Paris qui ont droit
d'Indult , ceux par qui ils les
font tenir , & les Evêques ,
Abbez , Prelats , Chapitres ,
& Communautez qui ont des
Benefices à conferer.
Les mêmes Libraires ont
donné dans le même temps
une cinquième édition d'un
GALANT 307
ouvrage intitulé Maxime du
Droit Canonique de France.
Il eſt de feu Mr du Bois
celebre Avocat au Parlement,
& il a efté enrichi de
diverfes obfervations tirées
des Conciles , des Peres , de
l'Hiftoire Ecclefiaftique
, des
libertez de l'Eglife Gallicane ,
& des décifions des Cours &
des meilleurs Auteurs. Par мr
Simon , Affeffeur en la Marêchauffée
, Confeiller au Prefidial
de Beauvais . On trouvera
plufieurs augmentations
confiderables dans cet
te derniere édition.
Cc ij
308 MERCURE
M'Berey qui a gravé & don
né au Public la Carte du
Duché de Manroue , & celler.
du Duché de Ferrare ,du Pere
Placide Auguſtin déchauffé ,
Geographe du Roy , & qui
debite depuis peu la Carter
du cours du Danube du mef
me Auteur , vient de donner's
encore celle du Theatre de la
guerre dans les Cercles de
Baviere , de Souabe , & de
Franconic , & donnera dans
peu celle da Milanez , de la
fuite du cours du Pô , auffi
du Pere Flacide .
Mr Bercy demeure ruë S.
GALANT 309
Jacques , devant la Fontaine
de S. Severin à la Princeffe
de
Savoye .
"
Le Jeudy 30. du mois de
May Mr Fagon premier Me
decin du Roy , vint fur les dix
heures du matin aux Ecoles
de Medecine préfider à une
Thefe foûtenue par Mr Geof.
froy , Bachelier de la Faculté,
& l'un des Affociez à l'Academie
Royale des Sciences.
Mr Boudin premier Medecin
de Monfeigneur le Dauphin,
avoit commencé la Theſe aunom
de Mr le premier Me;
310 MERCURE
decin qui eftoit à Meudon
d'où il ne pût partir qu'aprés
le lever du Roy. Il fut reçû
en arrivant aux Ecoles , à la
portiere de fon Caroffe par
Mr Vernage , Doyen de la
Faculté , accompagné d'un
grand nombre de Docteurs,
qui le conduifirent jufques
dans la Chaire, d'où Mr Bou
din defcendit pour luy donner
fa place. Mr le premier
Medecin eftoit en Robe de
Confeiller d'Etat , portoit fur
fon épaule , le Chaperon d'Ecole,
lacé, herminé, & le Bonnet
carré fur fa tefte , comme
GALANT - ZIL
Docteur de la Faculté. Il fut
reçû avec tous les Eloges , &
toutes les marques de diftinction
, que la Compagnie pût
imaginer pour lui témoigner
fa joye. Tous les Docteurs à
qui il reftoit encore à diſputer
quand il arriva , marquerent
par des difcours pleins de zele
& d'érudition , combien ils fe
fentoient honorez de voir
parmi eux un homme de fon
merite , venir avec tant de
bonté & d'humanité s'acquit
ter des devoirs de fimple
Docteur , & préfider à fon
rang comme le dernier de la
312 MERCURE
Compagnie . Mr Emmerés fe
diftingua parmi tous ceux qui
en témoignerent
leur reconnoiffance,
ll complimenta
Mr
Geoffroy fur fa Théfe , l'une
des plus belles & des plus fça .
vantes qui eût encore paru
dans les Ecoles. Il lui fit remarquer
avec combien de raiſon
il avoit avancé , qu'un habile
Medecin devoit eftre parfaitement
inftruit de la Chymie
& des Mécaniques
, puifque
celui qu'il avoit l'honneur d'avoir
pour fon Preſident
s'étoit fi avantageufement
diftingué dans ces deux
ſciences
GALANT 313
tim
1
fciences. Que c'étoit à ce me.
rice fuperieur qu'il eftoit redevable
de l'élevation où l'as
voit porté le plus grand Roy
du monde , en lui confiant le
depoft precieux de fa fanté :
qu'il n'employoit tout le credit
& l'autorité de la Charge,
que pour porter la Medecine
à fa derniere perfection , &
à former dans la Faculté par
une noble émulation des fujets
dignes de lui fucceder. Il
fit fouvenir la Compagnie des
allarmes que lui avoit données
la derniere maladie de
Mr le premier Medecin , &
Juin 1703.
Dd
314 MERCURE
by
en même temps de la fermes
té avec laquelle il avoit fou.
tenu l'operation de la Pierre,
relevant par fon courage ceux
qui travailloient à le rendre
à la vie , avec toute l'adreffe
de l'art , mais en même temps
avec toute l'inquiétude que
leur donnoit l'importancede
fa perfonne , & la delicateſſe
de fon temperament . Enfin
il acheva fon difcours en
exhortant la Compagnie à
meriter la glorieuſe protec- »
tion qui leur étoit accordée
par un fi illuftre Chef, & il
finit la difpute en peu
de pa
GALANT T
315
roles .
L'Univerfité vint en
Corps prendre féance à cer
Acte , & voulut marquer en
y affiftant , la joye qu'elle
avoit de voir un fi digne ſujet
préfider en perfonne à un de
les Exercices. Le fieur Geof
froy répondit avec tout l'efprit
, & tout le fçavoir poffible
aux argumens qui lui furent
propoſez , & Mr le premier
Medecin finit la Theſe
felon la coutume , en recom.
mandant à la Faculté de fe
fouvenir de fon Bachelier ,
lors qu'il faudroit luy defti.
ner dans la diftribution des
Dd ij
316 MERCURE
lieux une Place proportion
née à fon merite. Il fut re
conduit enfuite à fon Carroffe
par Mr le Doyen , &
toute la Compagnie qui fe
preffoit en foule autour de
luy , & il quitta les Ecoles
avec des acclamations de joïe
qui luy firent un veritable
plaifir . Depuis Fernel la Fa .
culté n'avoit pu voir aucun
premier Medecin luy faire
l'honneur de prefidér à fes
Actes , & on peut dire auffi
que depuis ce grand Perſon
nage aucun de ſes Succeffeurs
n'avoit merité par aucun enGALANT
317
A
droit d'entrer en comparai?
fon avec luy, sim, eolia
Mr Nolin Geographe ordinaire
du Roy eut l'honneur
de prefenter à Sa Majeſté ſur
la fin du mois de May, dernier
une grande Carte qui a
pour titre , Carte pour laguerre
dans les Pays Bas. Le Roy
l'honora de fon approbation.
Il eut auffi l'honneur de prefenter
la même Carte à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
avant fon départ . Cette
Carte qui eft dediée à ce
Prince , contient les cours
des Rivieres du Rhin depuis
Dd iij
318 MERCURE
Bonne , & de la Meufe depuis
Charleroy jufques à leurs embouchures
dans la Mer d'AL.
lemagne , formant les lfles de
Bommel & de Betau & c. &
baignant les Illes de Zelande ,
qui fe trouvent entre ces bou .
ches & celles de l'Eftaut
bordant les Coftes du Comté
de Flandres , où eft l'ifle de
Cadfant jufques à Nieuport) ,
& c. Et renfermant plufieurs
Etats à differens Princes , qui
font le Brabant au Roy d'Efpagne
, dont la partie du
Nord eft poffedée par les
Hollandois , qui poffedent
GALANT 319
auf quelques parties des
Duchez de Gueldre & de Limbourgqui
fontà l'Espagne.
* Cleves &Fulliers à l'Electeur
de Brandebourg & au Duc
de Neubourg , l'Archevêché
de Cologne, l'Eveché de Liege à
l'Electeur de Cologne , & plu.
Gieurs autres petits Etats , avec
les lignes ,campemens des Armées
& les grands chemins ,
& c.
Il a fait auffi une grande
Carte pour les mouvemens
qui fe font en Allemagne ,
intitulée le Theatre de la guerre
fur le haut Rhin & dans la
Dd iiij
320 MERCUER
Souabefur le Danube , qui com?
prend l'Alface le Cercle de
Sonabela Baviere , avec
partie du Cercle de Franconie
, il travaille actuellement
à l'Autriche qu'il dontiera
dans peu . Toutes ces Cartes
eftant fur un grand pied ,
font d'un tres grand détail
& la lettre d'un caractère qui
ne fatigue point la veuë :
L'Auteur ayant donné des
titres à toutes , elles fe met
tent auffi en livie , & alors
elles font accompagnées de
plufieurs Plans des Villes
les plus expofées. Tous ces
*
GALANT 321
Ouvrages le trouvent fetrouvent à Paris
chez l'Auteur, auffibien que
le Theatre de la guerre d'Italie
en livre , & le cours de la Ri.
viere du Pô en feuilles depuis
Turin jufques à fes embouchures
dans le Golphe
de Venife , où le trouve auffi
l'Iftrie.
Mr Nolin demeure fur le
Quay de l'Horloge du Palais ,
à l'Enfeigne de la Place des
Victoires , vers le Pont neuf:
le tout ainfi que fes aurres
ouvrages , fe vendent auffi à
Bruxelles chez Mr Jean Leonard,
Libraire ruë de la Cour.
322 MERCURE
Un petit Parti de la Com;
pagnie Franche de cent Fufiliers
& de so. Grenadiers de
Mr de Melard qui eft à Gand ,
enleva fur le Glacis du Nort
de Gand , les Chevaux du
Gouverneur & du Major de
cette Fortereffe , en prefen .
ce de fa Garnison .
ques jours après fur l'avis
qu'on avoit reçeu que Mr le
Baron de Lefly, Capitaine d'u
ne Compagnie Franche de
la Garniſon de Hults , s'eftoit
embufqué avec foixante &
dix hommes , à une lieuë de
Gand du cofté d'Everghem
,
Quel
GALANT 323
M'de Melard fortit de Gand
à cinq heures du matin , avec
fes Fufilliers & les Grenadiers
qu'il divifa en deux troupes
, pour aller aux ennemis
par differentes routes . Ceuxcy
ayant efté avertis de fa
marche , ſe retirerentavec précipitation
, mais ce Capitaine
fit tant de diligence avec
fa Troupe , qui n'étoit que
de foixante hommes , qu'il
tomba fur eux , & les défit
entierement aprés un combat
d'un quart d'heure dans
lequel un
vingt Soldats furent tuez , &
Lieutenant &
324 MERCURE
plufieurs bleffez , Mª le Baron
de Lefly , un Lieutenant
& vingt cinq Soldats furent
conduits Prifoniers à Gand.
Cet avantage n'a couté à M
de Melard
que deux hommes
tuez. Il y a long tems
qu'il a donné des marques
de fa valeur & de fa bonne
conduite dans toute for .
d'entrepriſes . Il battit
les ennemis vingt & deux
fois en dix huit mois de temps
dans la derniere guerre , & il
eut beaucoup de part à l'heureux
fuccés de l'irruption que
nous fimes alors dans le
te
GALANT 325
Pays de Vaës , d'où nous reti .
râmes plufieurs millions de
contributions .
31 M' Maréchal , Chirurgien
de l'Hôpital de la Charité
dont le profond fçavoir répond
à la grande experience
, & à la réputation qui eſt
generalement eftablie , a cfté
nommé par le Roy , premier
Chirurgien de Sa Majefté à
la place de feu Mr Felix,
Ce choix a efté generalement
applaudy & eftoit fouhaité
de toute la Cour , ce qui fut
caufe que le Roy luy dic
326 MERCURE
lorfqu'il vinte remercier Sal
Majefté que toute la Cour l'a
voit choisi pour remplir las
place de M' Felix. Le Roy
ajouta par une bonté particu
liere pour la Ville de Paris
que pourveu qu'il fe trouvaft
à fon lever , & à fon coucher ,
il luy permettoit de venir
tous les jours à Paris. Je ne
croy pas devoir rien dire de
plus fur cet article , on doit
fe taire fur les actions dont
on ne peut affez bien exprimer
la beauté.
Je vous envoye le dernier
Ordrede bataille de la grande
GALANT 327
Armée du Roy en Flandres ,'
vous trouverez dans la fin de
cette Lettre ce qui s'eft paflé
dans cette Armée depuis ce
que je vous en ay mandé
dans ma derniere Lettre. Je
reſerve toujours ces articles
pour les derniers , afin que
les nouvelles de lafin ſoient
plus frailches , & de renfer
mer s'il eft poffible tout le
Journal du mois en un où
deux articles.
328 MERCURE
ORDRES
DE BATAILLE
DE L'ARME’E DU ROY ,
en Flandres.
Mr le Maréchal de Ville .
roy.
Mr le Maréchal de Bouz
Alers.
Lieutenants Geneaux,
Meffieurs.
Coignies.
d'Antin .
Prancontal.
GALANT
329
Solre.
Gaffé.
Gaffion.
TH
Charoft.
Bufca.
Maréchaux de Camp .
Meffieurs ,
Souternon.
Du Rozel.
Montfort.
Saillan.
Mornay.
Surbeck.
Epinoy.
Leftrade .
La Chaftre.
Juin
1703 .
Ee
330 MERCURE
PREMIERE LIGNE.
Reifbourg , Brigadier. S
ESCADRON S.
Reifbourg 3
Le Roy.
Ferrare
. 3
3
}
9
Vilenne , Brigadier.
13. 13. Maifon du Roy.
Grignan, Brigadier.
Du Maine .
Beringhuen 2
2
Grignan. 2
Royal Allemand. 3
GALANT 331
Stequenbeck , Brigadier.
M BATAILLONS.
Grobandon,
Alface
Orleans.
Brancas , Brigadier .
2
Premier de Charolois. 1
Boulangis S
Royal Rouffillon.
Bouyn , Brigadier.
Gardes Françoites . 4
Gardes Suiffes.
કે
6
7
3
•Comie de la Marc' , Brigadier.
Saint Sulpice.
Second de Baffigny. 1 46
Second de Bretagne. 1.
Second de Loraine, paano
Furftemberg.
I
332 MERCURE
Marillac , Brigadier.
Languedoc.
Vexin.
Second d'Agenois.
Picardie.targ
32
Talmont , Brigadier.
ESCADRONS,
Berry.
Likerque.
Tarente.
} z
8
Talmont
Le Comte d'Evreux , Brigadier.
Quintin ,
> Duras ,
Toulouſe ,
Carabiniers ,
2
}
GALANT 333
Dom Benites , Brigadier.
Gardes de Son A.E. 2 ) 2
< Valenfac, Brigadier.
Valenfac ,
Meftre de Camp general
. 3}}
28
SECONDE LIGNE.
Lieutenans Generaux.
Meffieurs,
De Roquelaure.
De Bay.
Villeroy.
Raynol.
Artagnan .
Luxembourg.
334 MBRCURE
Liancourt.
Barwick.
Maréchaux de Camp.
Meffieurs ,
Prince de Rohan.
Horn.
Biron.
Birkenfeld.
Labadie.
La Feüillade. ansa
Manderscheid.
Guiche.
Broglio , Brigadier.
ESCADRONS,
Le
Roy.
Beauffart ,
Grigny,
12, 7.
GALANT 335
·Fiennes , Brigadier.
Los Rios ,
Fiennes ,
Parabere ,
Fraulard , Brigadier.
Fraulard ,
Montrevel ,
Egmont , Brigadier.
Egmont ,
Meufe ,
Glime ,
}
6
}
23.
La Faille , Brigadier.
BATAILLONS.
Troifiéme du Royal , 1
Zurlauben , +3 2
336 MERCURE
Second de Quercy ,
Second de Cambrefis , 1
Lafaille ,
Villars ,
Brigadier .
Villars , Suiffe.
Hefly , Suiffe ,
Maye ,
3
}
Brandelé ,
Brigadier.
Greder , Suiffe ,
Brendelé , Suiffe , 336
Montveille , Brigadier.
Spaar , s
Second de Brie , I
Second de
Bigore ,
Second de
Beauvoiſis , i
Gondrin ,
29.
2
Toulongeon ;
GALANT 337
Toulongeon , Brigadier.
ESCADRON S.
Toulongcon ,
Chimay ,
Cecile ,
Brigadier.
Rozen ,
Cecile ,
Belleport ,
Bar ,
2
2.
2
Coignies ,Brigadier.
Furftemberg ,
Louvigny ,
Royal Etranger ,
Juin 1703.
2
}
}
*
}
Ef
6
7
19.
338 MERCURE
Bataillons.
Royal Artillerie ,
Bombardiers ,
Total des Bataillons , 63
Eſcadrons ,
101 .
L'Etat qui fuit doit eftre
ajouté icy.
TROUPES
De Mr le Prince Serclaës.
INFANTERIE.
Bataillons.
Gardes à pied de S. A. E.
GALANT
339
Saint Sulpice ,
Blaifois ,
Troifiéme de Picardie ,
Fugeray.
CAVALERIE.
Efcadrons.
I
I
I
I
Gardes du Corps de S. A. E. i
De Belleftein
Saumery,
Gardes à cheval ,
Gardes Dragons ,
2
2
2
2
2
II
Chaffonville , Dragons ,
Ffij
340 MERCURE
TROUPES
de Monfieur le Marquis
de Bedmar.
Vingt - cinq Bataillons en
Corps d'Armée.
La Cavalerie de Mr de la
Motte eft à proportion
.
Et de plus , 40 Bataillons
dans les Places .
On compte qu'il y a en
Flandres 184. Bataillons, dont
it y en a 40. des Troupes d'Ef
pagne.
GALANT 341
Vous avez duy parler confufement
de ce qui c'eft paffé à
la derniere diette des treize
Cantons , c'eft pourquoy je
vous envoye la Lettre fuivante
qui vous en éclaircira plus amplement
.
Copie d'une Lettre de M
le Maréchal de Villars à
Meffieurs les Députez
du
des treize Cantons à la
Diette de Baden
23. May 1703 .
MESSIEURS.
Je reçois la Lettre que vous me
faites l'honneur de m'écrire par le
F f iij
1
342 MERCURE
3
feur Anthoine Schnorf, que vous
avez bien voulu me dépêcher. Vous
me permettrez de vous dire quejefuis
étonné de l'inquietude que vous me
témoignez du voisinage des Trout es
du Roy , puifqu'il a toujours efté
avantageux à vos Frontiers , nos
Armees font destinées , a enrichir
nos amis & a détruire nos ennemis ,
Jefuivray avec une égale ardeur ,
ces deux objets & comme je n'oublieray
rien de tout ce qui poura eftre
utile à vos fujets je feray auli ce
qui dépendra de moy pour faire repentir
les Etats qui fans aucunes
raifons fe font déclarez contre Sa
Majesté , fe fervant des places que
l'unique défir d'établir la tranqui
té de l'Europe , l'avoit porté à donner
pour venir attaquer celuy qu'on
devoit croire en toute feureté par les
GALANT 343
paroles de neutralité , données aux s
Miniftres du Roy & à ceux de Mr a
l'Electeur de Baviere.
Ce Prince qui n'a d'autres veuës »
que de conferver le repos de l'Empire
environné de fes ennemis , s'eft foutes .
nu par fa fermeté, mais il pousa
voit craindre d'eftre enfin accablé ,
s'il eftoit poffible que l'augufte &
puiffante protection du plus grand\
Roy du monde manquaft à ceux qui
fe déclarent pourune caufe auffi jufte
que la fienne le deffein de foutenir
Son Alteffe Electorale de Baviere
a porté Sa Majesté à m'ordonner
d'entrer dans l'Empire , & d'eft ces
que nous avons fait avec l'aide dé
Dieufans que 5 ou 6. retranchemens
joint à la nature des lieux , apuyez
par des Armées de l'Empereur &
de la Hollande , ayent pù nous ar
"
Ffiij
344 MERCURE
refter. Nous ne venons point , Mef
fieurs pour donner aucunes inquietu.
des , & faire la moindre peine à
nos anciens amis , & alliez, &
fi vous voyez quelques Corps de
Troupes vers le Lac de Conftance ,
je vous en diray , Meffieurs , tres .
naturellement les raifons .
>
3
Vous fçavez, Meffieurs , que nos
Lettres ont effés arreftées dans vos
Etats contre la foy publique , puifque
depuis deux mois
l'authorité
que vous laiffez prendre à l'Ambaffadeur
de l'Empereur dans vos
Villes , non fans quelque legere attaque
de votre gloire , & de votre
Souverain pouvoir , a fait arrefter
non feulement toutes les Lettres de
la Cour, & des Generaux des Armées
du Roy , mais aufi toutes celles
des Banquiers , & qui regardent
GALANT 345
uniquement le Commerce comment
donc › Mellieurs , puis -je efperer
d'etre honnoré des ordres du Roy'`,
de recevoir aucunes nouvelles de
France , fije n'ay pas une Poſte où.
fur le Lac de Conftance , ou bien
prés , par le moyen duquel les lettres
de vos Eftats oùje feray me puiffent
eftre rendues. Il est tellement vray
Meffieurs , que c'est mon unique def
fein quefi les Louables & Illuftrès
treize Cantons veulent obtenir un
engagement de la part de l'Empe
reur , & de l'Empire , pour qu'il
foit permis à quelqu'un des Sujets
Suffes de me porter tous les huit
jours les Lettres de l'Armée enfer
mées dans un pacquet cacheté des
Sceaux de leurs Armes ou de Schaffoufen
, à Ulm' , ou de Saint Gall à.
Memingue , je m'engage de mon
346 MERCURE
cofté à ne m'affurer d'aucun Pofte
dans le voisinage de la Suiffe. F'efpere,
Meffieurs , que vostre tres - louable
Diette trouvera la propofition
que je fais , plus que jufte , & rai
fonnable ; mais je pourrois douter
qu'ellefuft acceptée parnos Ennemis,
quoy que tres avantageuſe pour eux
qui ne font pas en eftat de deffendre
ce que je voudrois attaquer ; furtout
aprés ce qui vient d'arriver aufufdit
le fieur Antoine Schnorf Vice-
Baillifde la Comté de Baden , &
au fieur Fean Ulrich Siegler, Greffier
de la ville de Schaffoufe ; c'est par
ces Meffieurs & les gens de leur
Suite , que nous avons appris leb
traitement tres- indigne qui leur a
efté fait par les Troupes ennemies ,
& l'ordre du Commandant de Hohenvich
, ces trois Officiers eftoient
GALANT 347
precedez des Trompettes de vos Etats,
chargez de vos Paßeports , & aprés
les avoir montrez ils ont effé contre
la foy publique & le droit des gens ,
fouillez , pillez , leurs papiers ont
efté enlevez, & ils ont reçu plufieurs
autres mauvais traitemens , Que
dites - vous , Melieurs , de tels voifins
Car enfin dans le temps même
qu'ils manquoient de respect pour
les treize Cantons , ces Mellieurs
les affuroient qu'ils marchoient pour
travailler à leur repos & à leur confervation:
j'efpere , Mellieurs , que
Melieurs de Schaffoufe vous auront
informez de la difference de ma conduite
, à peine m'ont ils faitfçavoir
qu'ils prenoient quelques interefts à
la Comté de Stieling , dont le Sei
gneur est un des Generaux de l'Em
pereur , employé contre nous dans
348 MERCURE
l'Armée du Prince Louis de Baden
que j'ay fait relâcher tout ce qu'ils
ont paru defirer , peut- etre que cette
facilité a porté un de leurs Bourgeois
, à defirer que je falle payer
des chevaux qu'il m'a mandé avoir
efté pris par les Troupes de l'Empereur.
Vous me permettrez bien de ne
pas pouffer la civilité jufqu'à reparer
les violentes des ennemis fur vos
propres Sujets , bien que je fois toujours
difpofe à les proteger envers &
contre tous. Ce font , Meffieurs , les
ordres de Sa Majesté que Dieu me
fera la grace d'executer toujours avec
ardeur & avecjoye , ainsi que ceux
qui regarderon: voftre utilité generale
& particuliere . C'eft dequoy
Meffieurs ,je vous fupplie d'etre bien
perfuade , aufi bien que de mon refpect
pour le tres- loüable Corps Hel
GALANT 349
vetique , & de la paffion avec la
quelle je feray toûjours.
Cette lettre furprit tresagreablement
ceux des treize
Cantons qui ne cherchent que
la tranquilité de l'Europe . Les
Proteftans mefmes qui font
dans le
le party de l'Empereur ne
purent s'empêcher d'admirer
, cette moderation du Roy ;
mais il parut en mefme temps
qu'elle les chagrinoit , puifqu'ils
ne purent s'empêcher de
dire tout haut : Eb que deviendra
donc Sa Majefté Imperialefi nous
Laiffons les François fe faifar des
places qu'ils voudront prendre , ou
fi nous laiffons la communication des
Lettres libres. Il deviendra ce qu'il
poura , repliquerent les Catholi
350 MERCURE
3 ques ; car après la lettre de Mr
de Villars nous n'avons rien à
craindre de la France , Cepen--
dant le Confeil de l'Empereur
n'a pas voulu entrer dans cet
accommodement
, ce qui a fait
beaucoup
murmurer.
ན
Sön Alteffe Royale Monfieur
leDuc d'Orleans álla à S. Cloud
le dixième du mois dernier , &
y demeura jufqu'au vingtiéme.
Il y a eu toutes fortes de divertiffemens
dans cette delicieufe
Maifon , pendant tout le temps
que ce Prince y a refté : la Chaffe
, la Mufique , & le Jeu da
Mail , ainfi que plufieurs autres
Jeux , ont diverti la Compagnie
qui eftoit nombreuſe . Mr
Le Comte de Brionne , Mrs les
GALANT
0351
Ducs de Foix & de Sully , ainfi
< que quantité de perfonnes d'une
qualité diftinguée , ont refté à
Saint Cloud , pendant tout le
fejour que Son Alteffe Royale
y a fait . La cherey a efté groffe,
& Son Altele Royale a fait
l'honneur à plufieurs perfonnes
de les faire manger à fa ta.
ble. Le Thé , le Caffé , & le
Chocolat , ont tous les jours
efté fervis depuis le matin jufqu'au
foir , à tous ceux qui en
ont fouhaité. Mr de Laftera ,
Gouverneur du Chafteau a fottenu
par une table de plufieurs
couverts l'honneur qu'il a d'être
regardé de fon Maiftre avec
la même diftinction qu'il l'eftoit
de feu Monfieur.
Pendant le fejour que S. A.
352 MERCURE
R. a fait à Saint Cloud , la
Compagnie a efté divertie par
une excellente Mufique , où
rien ne manquoit , tant pour les
voix que pour les inftrumens.
Deux Muficiens du Pape y ont
chanté devant S. A. R. & ont
charmé toute la Cour, qui eftoit
fouvent groffie par les nombreuſes
Compagnies qui venoient
paffer des journées entieres
à Saint Cloud. Son Alteffe
Royale affifta à la Proceffion
de l'Octave de la Fefte du
Saint Sacrement , où tous les
Officiers de fa Maiſon ſe trouverent
avec des cierges , & tout
s'y palla d'une maniere tresédifiante
, tant du cofté du Prince
que de toute fa Maifon . On
chanta de tres- beaux Motets
GALANT
353
dans la Chapelle du Chateau ,
dont les cours & les avenuës
avoient efté fuperbement tendues
. Le Saint Sacrement fut
reconduit à la Paroiffe au fon
des fanfares des Trompettes , &
au bruit des Timbales. Toutle
Peuple ne pouvoit fe laffer d'admirer
la pieté d'un Prince qui
fert d'exemple à toute la Cour.
Le divertiffement qui a le
plus brillé , & qui a fait le plus
de plaifir pendant que Son Alteffe
Royale a demeuré à Saint
Cloud , eft celuy d'une tresbelle
fimphonie qui fut admirée
dans le grand Salon de Mars
au bout de la Galerie du Soleil .
La douce melodie des plus
belles voix y fut jointe à la
delicate harmonie des plus fins
Juin 1703.
Gg
354 MERCURE
accompagnemens. Ce divertif
fement reçut de fi grands applaudiffemens
, qu'il eft impofe
fible de vous les bien depeindre.
On peut dire que rien
n'eût manqué aux divertiffemens
de Saint Cloud fi les
pluyes euffent donné la liberté
de la promenade. Tout ce qui
s'eft paffé pendant le fejour
qu'on y a fait s'eſtant reffenti
du bon goût , de l'ordre , &
de la delicateffe d'un Prince
brillant , genereux , rempli de
bonté , qui fait fon plus grand
plaifir de ce qui en procure aux
autres , & qui trouve que celuy
de fe communiquer , eft une
des chofes qui doit faire le plus
de plaifir à un grand Prince .
GALANT 355
Mi Marechal ayant efté nom
mé premier Chirurgien de Sa
Majefté , remit avec l'agrement
du Roy fa Charge de Chirur
gien de l'Hopital de la Charité
entre les mains de Mr Lardys
premier Chirurgien en furvis
vance de feu Son Alteffe Roya
le. Sa Majesté a fort approuvé
ce choix , Mr Lardy ayant travaillé
avec Mr Marêchal pendant
plufieurs années dans le
même Hôpital de la Charité ,
& dans plufieurs autres endroits
& ces deux Meffieurs eftans
regardez comme deux des plus
habiles , & des plus grands Praticiens
du Royaume. M' Lardy
a fervi long- temps dans les Armées
de terre & de- mer ,
a efté Chirurgien Major de
$
&
Gg ij
356 MERCURE
THôpital de Meffine.
Quand ce qui fuit auroit déja
efté repeté par d'autres , je
veux bien eftre accufé en faveur
de la Nobleffe de
que d'autres ont peut - eftre déja
dit . L'article qui fuit peut
eftre utile à la Nobleſſe .
repeter
アイ
ce
On donne avis qu'il a esté
mis entre les mains de Mr
Herfent , Secretaire Garde des
Minutes du Confeil des Finances
, demeurant à Paris ruë S.
Honoré au deffus des Jacobins ,
quantité de titres de Nobleffe
& de Filiations , qui ont efté
produits lors de la recherche
des faux Nobles , faite en l'an®
né 1666. & les fuivantes . Ces
Pieces eftoient difperfées en
GALANT 357
'divers lieux . Ceux qui font en
peine de leurs titres , & de ,
leurs pieces , pouront s'adreſ
fer à M¹ Herfent qui les rendra
fous des charges valables . Il
luy eft refté auffi plufieurs titres
& papiers produits en 1692. au
fujet des taxes des Francsfiefs .
Je vous envoye l'ordre de Bataille
de l'Armée de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne .
Elle fera dans peu de temps'renforcée
de beaucoup de Troupes
qui marchent pour la groffir.
}
358 MERCURE
ORDRE socia
de Bataille de l'Armée
d'Allemagne.
PREMIERE LIGNE.
Lieutenants Generaux,
Melicurs ,
De Loëmaria.
Courtebonne.
Surville .
Clerembault.
Rouffy.
Maréchaux de Camp.
Meffieurs ,
Marfin .
De Flamanville.
Forfat.
Galmoy.
GALANT 359
Du Chaftelet .
Blanzac .
D'Humiere .
Valfemé .
Sailly.
Hautefort , Brigadier.
Colonel general .
Hautefort .
Tellé .
Vertilly , Brigadier
Gendarmerie.
3
3
و
3
818
}
7
La Valliere , Brigadier,
Vienne.
La Valliere.
Monroux , Brigadier.
Cravattes .
Navarre .
Monroux .
Luxembourg .
Royal Italien .
3
I
360 MERCURE
Polignac , Brigadier.
Touraine .
Flandres .
Hainault.
Aunix .
Orleanois .
I
I
Chevalier de Croiſſi , Brigadier.
Greder Allemand .
Santene .
2
I
Sourches . I
Tournaifis .
La Marche .
Le Roy.
Murcé , Brigadier.
4
D'Ayen , Brigadier.
Sechldon .
Saint
Poüanges .
2
2 6
Nilles
Puguyon,
GALANT 361
Paguyon Brigadier.
Bourgogne.
La Beaume.
Meſtre de Camp gener. 3
7
Chevalier de Rohan,
3
Bouville.
39
La Reine,
3
SECONDE LIGNE .
Lieutenans Generaux .
Meffieurs ,
De Saint Maurice .
Hautefort.
Grammont.
Maréchaux de Camp.
Melieurs ,
Prince Camille .
Joffreville
.
Nogent.
Juin 1703.
Hh
362 MERCURE
Imecourt .
Chevalier d'Asfeld .
Saint -Hermine .
Briffac , Brigadier.
Orleans .
Crov.
Briffac.
2
2
2
Ternau .
Raffetot , Brigadier.
Xaintonge .
Nice.
Brie.
Ifle de France . I
Robec. 2
Auxerrois. I'
Broglie .
I
V Vandergratz .
I
Saint Second , Brigadier .
Courriere .
Laffay.
Maubourg,
I
I
و
GALANT 363
Saint Second .
Thoy .
Sillery.
Boulonnois.
Ligondez.
I
D'Auriac . 6T
Gaëtano.
L
Artillerie.
Royal Artillerie.
Grenadiers.
Total
Bataillons ,
42.
Escadrons , 60..
Mr d'Auriac commande la
Cavalerie.
Mr. Cilly eft Maréchal des
Logis de l'Armée .
Mr.
Maifoncelle , Major general
Hh ij
364 MERCURE
Et Mr Du pleffis , Maréchal
de Logis de la Cavalerie .
Voicy la fuite de ce qui s'eft
pafé à la grande Armée de Flandre
depuis ma derniere Lettre .
Cette Armée partit le 30. May
fur les dix heures du matin
pour venir camper à Affelbruck
entre Saint Truyen & Borchorn
. Les Armées fe voyant
de part & d'autre , n'eftoient
feparées que par le Jeeker . On
crut qu'il y auroit quelques efcarmouches
. Mais il ne fe paffà
rien. Mrs les Maréchaux ne
voulurent pas que les gros équipages
entraffent dans le Camp,
& coucherent au Biüoac.
31. ils firent retourner les
chevaux , & les mulets à la tefte.
Le
GALANT 365
"
de l'Artillerie. La fituation du
Camp de noftre Armée eſtoit
tres avantageule , puifqu'elle la
mettoit en état d'aller avant les
ennemis , foit à la Mehaingne
foit au Demer , & enfin à portée
de prevenir les deffeins des
ennemis qui ne pouvoient luy
dérober une marche , auffi sétoit-
on pofté de maniere à les
empêcher de rien entreprendre
par ce que l'on avoit preveu
leurs deffeins. On avoit dans
ce Camp des vivres & des fou
rages en abondance . La grande
Armée n'empêchoit pas feule
les ennemis de rien entreprendre
, Mr le Prince de Serclaes
commandoit du cofté de Liere
fix Bataillons , & onze Efcadrons
, M³ le Marquis de Bed-
Hh iij
366 MERCURE
mard quinze Bataillons , & dix
Efcadrons prés d'Anvers & M
le Comte de la Mothehoudancour
avoit vingt Bataillons du
cofté de Bruges & d'Oftende ;
de maniere que Mr le Marquis
de Bedmar avoit à fes ordres
foixante & deux Bataillons ,
depuis Oftende jufqu'à Liere
independamment de la grande
Armée. Il eſt à remarquer que
dans la fuite il en a eu d'avantage,
pendant que les deux Armées
eftoient fi proche l'une
de l'autre , Mª de Malboroug
fit voir des manieres fi polies
que toute noftre armée en
fut charmée , il dit même des
chofes fi obligeantes pour Mr
de Marechal de Villeroy que
ceux à qui il les dit receu
GALANT 367
rent des ordres tres - precis de
n'en point parler. Ce Milord
en envoyant le troifieme Juin
un Trompette à M le Mar
rechal de Villeroy , fit conduire
avec luy un trés - beau cheval
Anglois . Le Trompette eut.
ordre de le prefenter à Mr le
Duc de Barvick & de luy dire
que ce cheval eftant tres- excellent
, il le luy envoyoit pour s'en
fervir à la premiere bataille , ce
qui arriveroit bientoft . Mr le Ma
rechal envoya par ce Trompette
à Mr de Malbouroug
un Mulet chargé d'excellens
vins. Tant que les deux Camps
furent en prefence , ceux qui
fe promenoient l'aprés - diné fe
voyoient à la portée du Piſtolet
fans tirer les uns fur les autres.
Hh iiij
368 MERCURE
د
Il y eut même le quatrième
une converfation fur parole
, entre fept ou huit Officiers
des ennemis , & autant
des noftres ; cette converfation
dura affez longtemps , &
l'on n'y parla point de guerre .
Il ne fe paffa rien de nouveau
jufqu'au neuf , la lettre
qui fuit & qui eſt datée du onze
Vous apprendra les mouvemens
que firent les deux Armées :
elle eft d'un Officier fort intelligent
, & fort attaché au
fervice .
F'auray l'honneur de vous dire ,
Monfieur , queles Ennemis ontmarché
le 9. a quatre
heures
du
matin
,
qu'ils ont mis leur droite à Remercour
& leurgauche pres Reneau &
GALANT 369
Jaint Georges , à un petit quart de
lieue de VVarfufee . Ils ont fur leur
droite un ruiffeau & derriere eux, &
à leur gauche un ravin. Le même
jour , auli- toft que Mrs les Maréchaux
eurent avis de leur marche,
ils monterent à quatre heures à cheval
, & allerentfur le bord du Fecker,
reconnoiftre eux mêmes la marche
des Ennemis Ils firent auſſi - toft
batue la generale , & fe mirent en
marche à neuf heures du matin
pour prendre le Camp de faint Fervellen
en pleine , noftre droite à Breff
fur la Mehaigne & noftre gauche à
faintServellens fur le fecker. En arrivant
on mit tous les gros équipages
derriere noftre droite. Mrs les.
Maréchaux monterent à cheval
l'onzième pour aller vifiter la Plaine
, & choifirent un Champ de Ba370
MERCURE
taille , un peu plus de demi- lieue
devant noftre droite , &feulement à
une portée de mousqueton devant
noftre gauche. Le Village de Touri
nefe trouve justement à la droite du
centre de l'Armée. Onfit auffi camper
derriere ce Village la Brigade.
des Gardes Françoifes pour l'occupers
on fit aufi camper denx Regimens
de Cavalerie à leur droite , & deux
à leur gauche , qui faifoient deux
pilliers de potence , tirant du cofté de
noftre Camp , afin que rien ne fe pust
gliffer entre-eux & noftre Armée ;
de maniere qu'en cas que les ennemis
voluffent nous attaquer , noftre
Armée puft fortir du Camp en Ba
taille " aller
pour occuper le Champ
marqué ; la droite à Fallaiße furla
Mehaigne
, e la gauche à une por
tée de piflolet devant le Chasteau
GALANT 37 €
d'Heloigne fur le Iecker. Enfin entre
les ennemis & nous il n'y a qu'une
Plainefans ruißeaux nyravins . Les
ennemis occupent deux lieuës , s'ils
ont envie de combatre , le Champ
leur eft ouvert , & il eft àpréſumer
que s'ils ne marchent pas à nous
dans cette occafion , nous pourrons
demeurer tranquilles , & nous aßu
rer que ces gens là ne demandent
pasàcombatre. Mrs les Maréchaux
aprés avoir pris toutes ces mesures
ordonnerent aux gros équipages d'en_\\
trer au Camp le onzième , & montérent
à cheval l'aprefdinée avec le
piquet , ils allerent reconnoiftre le
camp des ennemis à une demi - lieuë
de leur gauchefur la hauteur , méme
fur le Retranchement du Camp de
Male Maréchal de Villeroy à Vi
gnamonts d'où l'on voit à plein tour
372 MERCURE
leur Camp ,jufqu'à leur droite à Remercourt
; cependant avec toutes ces
précautions , nous ne les pourran's
pas empêcherd'aller à Huy, s'ilsy
veulent aller , de crainte de leur.
donner jour d'aller du cofté du Brabant
; ce qui nous eft d'une tres—
grande confequence ; & il paroift
que c'eft leur intention : car s'ils
avaient un veritable deßein furs
Hay, ils auroient deja pù l'execu
ter, Nous ne doutons pas qu'ils n'y
aillent ne pouvant mieux faire cen
qui prouvera qu'ils ontpeur de nous .
Te le fouhaite de tout mon coeur , pour.
le bien des affaires du Roy , & pour
la gloire de Mr le Maréchal de Vil
Leroy. C'est un plaifir de voir le bon.
ordre qu'il apporte en toutes chofes y
& avec quelle facilité il fait tout
executer. Ce Maréchal &ce Milord
GALANT 373
fefontfaits des preſens de vin d'une
charge de Mulet , & Mr le Maréchat
a commencé cette correspondance.
Trois de nos partis font revenus hier
avec des chevaux & des hommès des
ennemis pris au fourage . Un àpied
en a amené quatorze , un autre &
cheval, feize; & le troisième à che
val , quatre Houffars équipéz à leur
donner laumône , couverts de guenilles
, & propres afaire compaion:
Voila tout ce queje puis vous manderde
ces quartiers.
.
Cette Lettre fait voir la bonne
manoeuvre de Mr le Marêchal
de Villeroy , & le peu
d'empreffement que les Ennemis
avoient de combattre , puifqu'ils
ont évité la Bataille étant
fupérieurs , & les deux Armées
374 MERCURE
**
n'ayant entre elles qu'un Ruiffeau
ou Marais que Mr de Marlbouroug
pouvoit ailement paffer
, puifqu'il eft à la tefte de
fon Camp. Les Ennemis continuerent
à charger du gros &
du petit Canon , & à le promener
de Maſtrick à Liege en
l'embarquant & yle rembarquant
fouvent ; de maniere que
l'on ne pût rien comprendre à
leur manoeuvre , fi ce n'est qu'ils
eftoient fort embaraffez &
que tout leur but eftoit d'embaraffer
noftre Armée . Mr de
Marlbouroug fit faire un grand
nombre de Ponts , fur un Ruiffeau
ou Marais dont je viens
de parler . On publia dans leur
Camp que c'eftoit à deſſein de
nous venir donner Bataille , &
#GALANT 375
que les frequens voyages que
Mi de Marlbouroug avoit fait
à Liege où il avoit cu plufieurs
entretiens avec Mr de Zinzendorf
, & le Deputé des Etats
Generaux n'avoit efté que pour
engager les Hollandois à y confentir
Cependant on apprit
que tous ces Ponts n'avoient
efté faits que pour affurer leur
Fourage , & donner de l'inquierude
à l'Armée du Roy En
effet s'ils avoient dû l'attaquer
ils n'auroient pas attendu que
T'on eût fait des retranchemens
& des redoutes qui le rendoient
inattaquable . On leur prit le 12 , .
treize Cavaliers à pied qui fauchoient
, & n'eftoient vêtus que
de faros de toille , on leur demanda
pourquoy ils eftoient en
376 MERCURE
cet eftat ; ils repondirent que
c'eftoit la maniere de leur Cavalerie
lorfqu'elle faifoit le Fourage
en avant .
Le 14 à 1 entrée de la nuit ,
Mr le Marquis de Coignies ,
fils de Mr le Comte de Coignies
Lieutenant General , eut ordre
d'aller s'embufquer avec trois
cens Chevaux au lieu nommé
la Tombe de Vaux . Il apperçût
le 15. à la pointe du jour une
Troupe d'environ deux cens
Chevaux qui tenoient la même
route , il comptoit de les deffaire
entierement , mais les Ennemis
ayant heureuſement pour
eux aperceu une de fes Vedettes
, ne fongerent plus qu'à fe
retirer , ce qu'ils ne purent faire
affez vîte ; de maniere qu'ils
GALANT 377
furent attaquez & pourfuivis
jufqu'à leurs grandes Gardes ,
on leur tua vingt . cinq hommes
, & l'on en prit trente qui
furent ammenez au Camp avec
leurs Chevaux , on leur prit un
Lieutenant Colonel , & deux
Lieutenants ; on perdit quatre
Cavaliers en cette occafion
Mr de la Motte Moufqueraire
fut bleffé dangereufement . On
trouva aprés l'action qu'il manquoit
unGarde du Corps dont
on ne pût avoir de nouvelles ,
on crût que fon cheval l'avoit
emporté , ou que s'eftant mellé
trop avant avec les Eenemis
il s'eftoit trouvé obligé de les
fuivre.
Le même jour à trois heures
du matin , cinq Officiers An-
I i
Juin 1703 .
378 MERCURE
glois vinrent à la tefte du Camp
de M le Maréchal de Villeroy
pour le reconnoiftre , on en
voya des gens à leurs trouffes
qui les joignirent , les firent
Prifoniers , & les emmenerent
à Mr le Maréchal de Villeroy.
Trois Deferteurs Anglois fe
rendirent en même temps au
Camp . Meffieurs les Marechaux
monterent à cheval avec
toute la Cavalerie , afin de fuivre
les Ennemis qui avoient
fait un mouvement comme
pour aller à Huy que l'on avoit
crûinvefti fur ce que l'on avoit
entendu tirer du Canon de cette
Place pendant deux jours ;
mais on apprit par des Deferteurs
que cette Place n'eftoit
point inveſtic , & que le CaGALANT
379*
non qu'on avoit entendu eftoit
parce que les Ennemis avoient
fait deux grands Fourages juf
qu'à la portée du Canon de
Huy , ce qui avoit obligé de
tirer fur eux .
Le 16. Mr le Maréchal de
Villeroy fit faire un Fourage à
la vue du Camp des Ennemis ,
& fort prés de leurs Gardes
fans qu'ils fiffent aucun mouvement
pour l'empêcher.
La nuit du 16. au 17. on detacha
M le Marquis de Grignan
pour aller s'embufquer ,
& le 17. au matin ayant aperceu
quelques Troupes En--
nemies , il les fit pouffer , & on
leur prit vingt Chevaux .
Le 17 au matin Mr de Labadie
alla fe pofter avec trois
li ij
380 MERCURE
cens Chevaux prés du Village
de Vaux , & l'Armée fouragea
le même jour derriere le Village
à la vûë des Ennemis , qui
y firent avancer plufieurs Troupes
, mais ayant paru un peu
tard , & le Fourage cftant fini
nos Efcortes fe retirerent en
Bataille , une Trouper des En
nemis en fuivit une ; mais elle
fut repouffée avec beaucoup de
vigueur. On nous enleva quinzes
Chevaux qui fe trouverent hors
des enceintes du Fourage
Il fe paffa le 19. une action
confiderable , dont je crois vous
devoir envoyer deux Relations
differentes , fans quoy vous ne
pouriez fçavoir toutes les cir
conftances de cette grande ac
tion , puifque bien que le fair
GALANT 381
principal foit égal dans ces deux
Relations , elles contiennent
neanmoins des circonstances
differentes.
Le Projet eftoitd'attaquer le 19 .
les grandes Gardes des ennemis, & de
les enlever ; pour cet effet Mr le Duc
de Guiche devoit avec buit cent Chevaux
attaquer à midy precis leur
Garde ordinaire de la gauche , ou
pour mieux dire il y avoit cent cinquante
Maiftres commandez pour
Pattaquer , foutenus par huit cent
Chevaux aux ordres de Mr le Duc
de Guiche. De l'autre cofté Mr de
Bay, Maréchal de Camp , Efpagnol
avoit huit cens Chevaux avec
ordre d'attaquer en mefme temps ,
& de la mefme maniere leur grande
Garde de la droite qui eftoit de
382 MERCURE
quatre vingt Maiftres au bien
que celle de la gauches mais Mr
de Bay l'ayant fait attaquer un
peu trop toft , celle - cy a qui on n'avoit
encor rien dit ayant entendu
tirerfur la droite a marché au fecours
, & n'a laiffé qu'un Corps de
Garde de dix buit à vingt hommes,.
que les cinqante de Mr le
Duc de Guiche ont enlevez à l'eception
de fept ou bait qu'il ont tué
Pendant ce temps l'à les 150. commandez
à droite ontpouffé la Garde
jufque dans leur Camp & on a
crié d'abord le Piquer à Cheval
à lafaveur duquel la Garde pouffée
s'eft renforcée , & a repouffe nos
gens avec le Piquet de leur droite
jufque fur le détachement de Mr de
Bay qu'il avoit mis en Bataille
fur deux Lignes . Dans l'inftant
GALANT 385
les Generaux luy ont envoyé dire
qu'il avoient avec eux des gros dé
tachemens pour le foutenir fans
compter tout le Piquet de toute la
Cavalerie qui les fuivoit d'affer
prés . Mr de Bay qui vouloit eftre
à portée d'eux en cas qu'ilfut pouf.
fé , s'eft retire un peu en arrierre.
Les Ennemis qui fe font apperçus
de ce mouvement , ont cru que nous
avions peur & fe font débander
fur nos huit cents Chevaux qui
marchoient à eux avec beaucoup
d'ordre. Quand il ont efté à portée
Mr de Bay afait volte face , s'eft
replié fur eux , les a pouffé une fe-.
condefois & leur a tué beaucoup de
monde.
Voicy ce que porte la feconde
Relation de la mefme affaire .
374 MERCURE
Mr de Bay Lieutenant general
des Troupes d'Espagne , ayant dit à
Mrs de Villeroy & de Bouflers
que deux Capitaines des Troupes
d'Espagne , fe faifoient fort d'enlever
les Gardes qui estoient dans le
front du Camp des ennemis , on leur
donna pour cet effet à chacun cent
cinquante Maiftres , avec lefquels
ils ont efté dans ce camp , comme des
Troupes qui rentroient dans leur
camp. Ces Troupes avoient à leur
tefte des gens qui parloient Anglois
, Hollandois & Flamand , &
avoientdu verd à leur chapeau. Ce
Stratagème areült , car les Gardes
des ennemis les ont laißé paßer. La
Garde de leur gauche qui eftoit de
trente hommet , a efte enlevée , & il
ne s'en eftfauve que trois Cavaliers.
Les autres Gardes fe font un
рец
GALANT 375
L
peu mieux tirées d'affaire , parce
qu'elles eftoient de cent chevaux , ce
qui n'a pas empêché que nos gens
ne les ayent attaquez & poußezjufque
dans leur Camp , mais leurs
piquets ont efté fi promptement à
cheval , que nos Troupes qui ont
attaque les deux dernieres Gardes
ont efté repouffées un peu brusque-
`mentjufqu'à l'endroit où Mrde Bay
s'eftoit pofte , lequel les chargea &
les pourfuivit affez loin , aprés quoy
ayantjugé à propos de fe retirer , il
le fit en bon ordre ; mais voyant que
les ennemis vouloient le faivre , il
retourna fur eux & les fit plier. Mr
le Duc de Guiche qui eftoit avechuit
cens chevaux à noftre droite pour fou
tenir les Troupes qui attaquoient la
Garde de leur gauche les a vûs &
s'eft retiré fans eftre fuivi . Le pi-
Juin 1703.
K k
376 MERCURE
quet de no tre droite & celuy de noftre
gauche estoient tous deux à demie
lieue en avant de noftre Camp ; Mrs
de Villeroy & de Bouflers informez
de l'état des chofes allerent à ba tefte
des piquets au devant de Mr de
Bay qui avoit efté avant cela en
bataille en prefence des Ennemis
pendant une heure & demie , lefquels
ne jugerent pas à propos de
rien hazarder , és après avoir rémarqué
les mouvemens de part &
d'autre , chacun fe retira dans fon
camp. Cette action a efté affez rude
& bien executée.
Voicy ce que l'on a écrit de
Marly touchant la même affaire
.
GALANT 377
On vient de recevoir des nouvelles
de Flandres qui portent
que Mr le Maréchal de Villeroy
ayant envie d'engager quel
que affaire de Cavalerie , & de
ne la mener
qu'auffi loin qu'il
luy plairoit , avoit detaché 800.
Chevauxfous la conduite de Mr
le Duc de Guiche , lequelavoit
feparé fa Troupe en deux , dont
l'une avoit enlevé une Garde
entiere de Cavalerie des Enne.
mis , & l'autre une vingtaine
de Maîtres d'une autre Gärde
qui s'eftant apeicûë de la marche
des nôtres , avoit pris la fuite
precipitament. Ce Maréchal
Kk ij
378 MERCURE
mande que fitoft que Monfieur de
Marlbouroug eût eſté averti ,
fit marcher tout le Piquet en huit
Troupes pour aller au Duc de
Guiche ; mais qu'ayant reconnu
que Mrle Maréchal de Villeroy
eftoit pofté avec un gros Corps
de Troupes , c'est àdire de Cava
lerie pour le foutenir , ledit Marlbourong
s'eftoit retiré prudemment.
l'on
Cette action n'eftant preſque
point connue parce que
n'en a donné aucun détail au
Public , jay crû la devoir éclaircir
de la maniere que je viens
de faire ,
GALANT 379
Nous avons perdu dans cette
affaire Mr le Camus d'Ivour ,
Aide de Camp de мr le мarêchal
de Villeroy ; à peine étoitil
revenu de Namur deguifé en
Païfan , que fon courage le porta
dans cette action fans avoir
efté commandé . Cinq tant Lieutenans
que Cornettes ont efté
tuez . Mr du Plantis Exempt des
Gardes du Corps & un Moufquetaire
du Roy ont efté bleffez
, & le fils de Mr le Marquis
de Belabre , Capitaine dans Beringhuen
a reçu une contufion .
On apperçut le lendemain 21.
à cinq heures du matin trente
Efcadrons des ennemis ou environ.
On fit d'abord monter le
piquet à cheval pour aller les
reconnoiftre , mais il ne fe paffa
Kk iij
386 MERCURE
rien , & les Ennemis fe retires
rent après avoir fait mine de
vouloir prendre leur revanche
.
I
Le 22. Mrs les Maréchaux de
Villeroy & de Bouflers firent
battre la generale à la pointe
du jour , & toute l'Armée s'a =
vança fur le champ de bataillé
marqué fur la droite & fur la
gauche de Tourine . Les Troupes
rentrerent dans les Camp
aprés la revue Les partis des
ennemis qui avoient vu toute
l'Armée en mouvement , crurent
que nous marchions à eux , ce qui
les obligea à fe mettre en bataille
à la tefte de leur Camp , leur
ruiffeau devant eux , ils y refterent
jufques au foir.
L'Armée fe mit encore en baGALANT
381
t
taille le 24. à Tourine
, & Darion
eftoit occupé par l'Infanterie.
n
Ce Journal
fait connoiftre
que Mr le Maréchal
de Villefa
roy a plus fait pour la gloire.
depuis l'ouverture
de la Campagne
, que s'il avoit gagné des
Batailles
ou pris des Places . La
valeur des Troupes
contribue
beaucoup
au gain des Batailles
,
& le canon & les bombes
ont
aujourd'huy
la meilleure
part
à la prise des plus forces Places;
mais le General
feul fait ce que
nous avons vû arriver
en Flan
dres depuis deux mois , où Mr
le Maréchal
de Villeroy
avec
une Armée moins forte que celle
des Ennemis
, a rompu tous
leurs deſſeins
, les a toûjours
Kk iiij
382
MERCURE
"
inquietez , & a pris de fi juftes
mefures! pour eftre averti de
tous leurs mouvemens , qu'il
leur a efté impoffible de luy dérober
feulement une heure de
marche.
Ce que je vous ay fouvent
mandé de Sa Majeſté Britannique
vous a fait concevoir une fi
haute eſtime pour ce Monarque
, que vous craignez que
quelque incommodité ne l'ait
obligé de prendre la Perruque.
Je puis vous affurer qu'il eft en
parfaite fanté , mais comme les
cheveux échauffent beaucoup ,
& fur tout la nuit , ceux qui ont
autant de vivacité que ce Prince
qui s'attache avec beaucoup.
d'attention , tant à l'étude qu'à
tous les exercices du corps où il
GALANT 1 383
s'applique , ont jugé à propos
pour la fanté de ce Monarque de
lui faire prendre la Perruque. Je
dois ajouter en vous parlant des
exercices du corps de ce jeune
Souverain , qu'il danfe avec autant
de jufteffe que de bonne
grace , & cependant d'une maniere
qui fait connoiftre qu'il
ne s'attache à cet exercice , que
parce qu'il contribue beaucoup
à donner un bon air ; & un air
dégagé , & que par cette raifon
les plus grands Princes ont toùjours
regardé la danfe comme
un exercice qui forme le corps ,
& qui donne de la bonne grace.
Quant à la Chaffe , cet exercice
eftant en quelque façon
une image de la guerre , les
Souverains s'y doivent attacher
384 MERCURE
plus qu'à tout autre , & furt
tout parce que cet exercice ačā
coûtume à une fatigue neceffai
re à ceux qui ont des Peuples
à deffendre , ainfi l'on peut dire
que ce noble exercice doit
eftre nommé l'exercice des Rois
& c'eft auffi à cet exercice que
le Roy d'Angleterre s'attache
le plus , & il y fait voir toute
l'adreffe imaginable & toute
la vigueur neceffaire pour mar
quer qu'il a la force & la fanté
que l'on doit defirer dans un
- Prince dont les vertus & les in
clinations portées au bien sfe
faifant beaucoup plus remar
quer qu'elles ne font ordinairement
, forfque l'on eft encore
dans un âge fi peu avancé , doivent
faire efperer qu'eſtant aug.
GALANT 38%
mentées & fortifiées par les années
elles le rendront un jour
non -feulement un Prince áccompli
, mais auffi un des plus
grands Princes du fiecle . Les
Officiers des Gardes du Corps
qui pendant qu'ils font en ferviauprés
du Roy , ont auffi l'honneur
de fervir tour à tour par
huitaine auprés de Sa Majesté
Britannique à Saint Germain ,
ne peuvent fe laffer de publier
les louanges de ce jeune Prince
. Ils en reviennent toûjours
charmez de fon efprit & de fes
manieres pleines de douceur &
de bonté. Ils difent tout d'une
voix qu'il ne fe prefente aucune
occafion de leur parler obligeament
qu'il ne le faffe avec
une grace qui luy cft particu386
MERCURE
liere , & que l'honnefteté de ce
Prince va jufqu'à les remercier
avec civilité de leurs peines ,
& de leurs affiduitez auprés de
fa Perfonne ; ils publient tous
la méme chofe , & de fon accueil
& de fon humeur bienfailante
, de fa generofité & de
fon coeur charitable . Ils difent
qu'il remplit tous fes , devoirs
avec une raifon qui furprend &
qui furpaffe de beaucoup fon
age, qu'on ne peut aflez admirer
fon refpect & fon attachement
pour la Reine fa mere nifon zele
pour la Religión , que tous fes
momens font reglez , tant pour
les exercices de pieté que pour
les études , dans lesquelles il
fait beaucoup de progrés , qu'il
affifte au Service Divin , fans
GALANT 387
A
de
fafte & fouvent fans fuite, avec
une modeftie qu'il feroit diffi
cile d'exprimer , & fans que rien
le puiffe diftraire un moment
de l'attention avec laquelle il
prie ou il entend . Enfin ces Of
ficiers affurent tous que les premieres
années de la vie de ce
Monarque ne permettent pas
douter qu'il fera un jour un
Souverain accompli , & ils ajoutent
que tous les avantages par
lefquels ce jeune Prince charme
tous ceux qui ont l'honneur de
l'approcher , font beaucoup
d'honneur au milord Perth fon
Gouverneur, & à ceux qui ont le
foin avec lui , de fon éducation .
Vous devez ajouter d'autant
plus de foy à ce que vous venez
de lire qu'il m'a efté rapor
388 MERCURE
té par plufieurs perfonnes de
confideration qui n'ont dit que
ce qu'ils ont vu & entendu.
Une perfonne feule pouroit .
eftre fufpecte , on pouroit croire
qu'elle auroit eu des raiſons
pour parler de la forte , ou
quelle auroit trop écouté fon
zele dans un éloge auffi étendu
que celuy que je viens de vous
donner mais ceux qui ont publié
tant de veritez font des
gens de coeur qui parlent tou
jours naturellement , les veritables
braves ne fachant point
fe déguifer. Ainfi tout ce que
je viens de vous dire eftant veritable
on ne doit pas eftre furpris
, fi tous les Sujets de Sa
Majefté Britannique qui font
en France fe rendirent à Saint
GALANT 389
Germain en Laye le Jeudy 21.
Jain , jour de la naiffance de ce
Princes, en habits magnifiques
pour hontorer ce jour , fuivant
l'ufage d'Angleterre . Chacun
s'empreffa à marquer fes
refpects , & fon dévouement à
un fi aimable Monarque , & fi
capable de rendre des Peuples
heureux par la douceur de fes
manieres & par toutes les
grandes qualitez qu'il poffede
qui le mettront en eftat de faire
triompher par tout les Peuples
qui feront affez heureux
spour, reconnoiftre un jour
qu'il a feul droit de les commander.
1.
"
w
Le Roy alla à Saint Germain
en Laye rendre vifite à
leurs Majeftez Britanniques le
390 MERCURE
jour que ce jeune Monarque
reçut tant de complimens au
Sujet de fa naiffance , & cette
vifite augmenta l'allegreffe
de ce jour. Ce jeune Souverain
continua de faire paroiftre
un efprit infiniment au deffus
de fon âge , tant par tout ce
qu'il dit ce jour là , que par fes
manieres obligeantes , qui font
briller fa bonté fans qu'il defcende
de fon rang , tant il eft
bien inftruit de ce qu'un Monarque
doit aux Etrangers , à les
Sujets & à fon rang . Ceux de fes
Sujets qui font en France , &
qui fe trouverent ce jour làà
Saint Germain s'empreffe →
rent à luy faire leur Cour & à
તે
luy donner quelque divertif
fement , on luy mena Mª DanGALANT
391
geville , fameux Maiſtre à Danfer
de Paris qui eut l'honneur
de danfer devant Sa Majefté &
devant la Princeffe , fa Soeur.
Cet honneur fit redoubler ces
forces , & fa legereté femble
lui infpirer de nouvelles manie
res pour danfer encor mieux
qu'il n'avoit jamais fait , de forte
qu'il fe fit admirer de toute
cette Cour.
·
Leurs Majeftez Britanniques
allerent à Marly quelques
jours aprés , & fouperent avec
Sa Majefté , le jeune Roy continua
de le faire admirer , & s'il
eft auffi conſtant que le Public
fe perfuade , que la voix du Peu--
ple eft la voix de Dieu ; il y
a lieu d'efperer que nous ver
rons dans peu ce jeune Monar-
Juin 1703 .
LI
392 MERCURE
que affis fur fon Trône.
Ce qui s'eft paffe pendant le
mois de Juin en Italie confifte
en quatre actions confiderables
fçavoir la Prife de Final
du мodenois par M le Comte
d'Albergotti , aprés avoir pris
on tué quatre cens Cuiraffiers
qui fe retiroient de cette Place ,
& gagné beaucoup de Bagage .
Ce Comte trouva dans cette
Place une grande quantité de
Fourages , & d'autres provifions
1401
La feconde action remarquable
eft l'ouverture de la Tranchée
, faite en trois endroits
devant les Retranchemens que
les Ennemis ont à Oftiglia , &
la rupture faite par les Ennemis
de la Digue du Pô , & de celle
GALANT 393.
du Canal qui vient de Ponte
Molino à Oftiglia , fans que cette
inondation ait coûté un feul
homme à м de Vendofme ;
c'est un projet manqué , mais
on peut dire qu'il coûte cher
aux Ennemis , puifqu'ils ont
noïé leurs Fourages , qu'ils fe
font fort incommodez , & qu'ils
font prefque environnez d'une
eau qui n'eftant pas courante ,
produit en cette faifon & fur
tout en ce Pays là , des exhalaifons
mortelles . Enfin jay vû des
Lettres d'Italie qui portent que
quand Mr de Vendofme n'auroit
point eu d'autre deffeinen
attaquant les Ennemis , que de
les obliger eux mêmes à faire
unc inondation qui leur eft fi
prejudiciable , il auroit tou-
L1 ij
394 MERCURE
jours beaucoup fait , & auroie
lieu d'eftre content.
La troifiéme action est l'avan
tage remporté fur Mr le Baron
de Vaubonne , par мr le Comte
d'Eftain , foutenu par Mts de
Capi, de Bartilhat & de la Bretoniere
, & la chaffe donnée
enfuite à ce General par le
même Comte d'Eftain , aprés
avoir efté joint par Mr le Comte
d'Eftrade , & Mr le Marquis de
Biffy.
La quatriéme action & dont
on parle differament , eft l'abandonnement
du mefme Final
dont je viens de parler , par
Mr le Comte d'Albergotti qui ,
s'eftoit emparé de cette Place
quelques jours auparavant ,
ayant eu dans cette occafion
GALANT
395
tous les avantages que je viens
de vous marquer. Voicy ce qu '
en a écrit un Officier General
de l'Armée d'Italie , il prend
l'affaire d'un peu loin , mais
ce qu'il dit merite d'eftre fçû .
AS. Benedetto , ce 18. Juin
1703 .
Mr le Duc de Vendofme eftoit
parti d'icy avec la meilleure partie
"de fon Armée , pour aller attaquer
les ennemis à Oftiglia , où ils ontun
Pofte fur le Po; nous eftions reftez ici
fous les ordres de Mr de Vaudemont,
avec trente-fix Bataillons & trenneuf
Efcadrons , noftre Armée
ayant la droite à la hauteur de Final
du Modenois , où Mrd'Albergotti
commandoit avec fix Batail-
-
396 MERCURE
lans & dix Efcadrons . A deux on
trois lieues Mr de Gobrian aveit un
aut petit Camp de trois Batail-
Lons & de fept Efcadrons à deux
lieues de là & commandoit la droite
de l'Armée de Mr de Vaudemont ,
allant jufqu'à l'embouchure de la
Sechia dans le Po cette espace de
terrain que nous avons à garder eft
bien de quatre lieues , les ennemis
gardant la Sechia de leur cofté ,
comme nous du noftre. La marche de
Mr de Vendofme vers Oftiglia s'étantfaite
fans aucune oppofition ,
ily arriva le 9. Il commença par
ouvrir latranchée de trois caftez, on
la pouffa dés la feconde nuitjusqu'à
portée de leur retranchement qu'on
devoit attaquer avec toute l'Armée.
On enleva d'abord deux Loftes
avancez › & uneChapelle retranGALANT
397
chée , qu'ils avoient à leur tefte .
Tout fe difpofoit pour l'attaque
·lorfque les Ennemis rompirent une digue
& lacherent des éclufes qui auroient
inondé tout noftre Camp , fi
l'on ne e fust retiré promptement ,
-ce qu'on fit fi à propos qu'on ne
perdit rien , que par quelques coups
de canons malheureux : en un mot ,
cela rendit fon deffein inutile &l'affaire
impraticable. Comme on n'étoit
point informé de ce contre - temps
dans nos quartiers , Mr d'Albergot.
ti avoit affemblé tout ce qu'il avoit
pù de Troupes en eftat de marcher ,
aufquelles nous avions envoyé un
renfort de mille hommes d'Infante.
rie & de huit cens Chevaux com-
`mandez par mrs de Murfay , Saint.
Pater , Saint- Efteve , Colonel Efpagnol,
& du Tronquoy . Ce détu398
MERCURE
chement joignit Mr d'Albergotti
ils partivent tous, enfemble de Fi
nal que les ennemis avaient abandonné,
& dont Mr d' Albergoti s'étoit
faifi dans le moment qu'ils l'abandonnerent
, y avoit même fait
des prifonniers cette action s'eftoit
paffée ily avoit dix ou douze jours ,
cette petite Armée qui n'eftoit que
de détachemens & de vingt Compagnies
de Grenadiers faifoit feize
cens hommes d'Infanterie &
feize cens Chevaux , ils marchewent
jusqu'à un mille & demy de
la Mirandole à la veuë d'un petit
Camp que les Ennemis y avoient , sy
il fe retira à trois mille de la Mi.
randole où il n'arriva qu'a dix
heures du foir. Le jour venu il fe
campa en ordre. Sur les deux heures
apres midyfa petite Armée fut fort
farprife
THEQUE
DELA VILLE
GALANT
ON
furprise d'entendre battre la Gendas
le , Mr & Albergoti venoit de recevoir
un Courier de Mr de Vaudemont
qui luy mandoit l'avanture de
Mr le Duc de Vendome & luy ordonnoit
de fe retirer. Ilfit d'abord
marcher Mr de Murfay avec les
Troupes qu'il avoit amenées. 4
peine fut- il éloigné de luy d'une de
milieuë que les Ennemis tombeventfur
Mr d'Albergoti , qui ne
faifoit quefe mettre en marche , &
qui avoit renvoyé fon Canon escorté
par quatre Compagnies de Grenadiers
; ainfi n'eftant point en eftat
de foûtenir l'effortdes Ennemis dans
le chemin , il mit fa Cavalerie en
bataille dans une petite Plaine qui
eftoit fur la gauche. Les Ennemis
en firent autant de leur cofté. Six
Troupes du Dauphin chargerent da-
Juin 1703.
M m
400 MERCURE
bord les ennemis avec toute la vi
gueur pofible , percerent les ennemis
& fe meflerent avec eux , mais ces
braves Dauphins fuccomberent au
nombre ; ils ont perdu 120. hommes,
trois Capitaines , quatre Lieutenans
Cing Compagnies de nos Grenadiers
commandez par Mr de Se
bret fejetterent dans une caffine pour
favorifer la retraite de noftre cavalerie
, elles foutinrent pendant plus
d'une demi - heure un feu épouvantable
d'une groffe ligne d'Infanterie
& du canon , malgré tout cela elles
repoufferent trois fois les ennemis
qui vinrent pour les enlever. Si
Mr de Marfay qui entendoit ce feu
de l'Infanterie & du canon , n'eut
pas retournéfur fes pas pour rejoindre
Mr d'Albergotti , les ennemis
auroient enlevé les cinq Compagnies
GALANT 401
de Grenadiers , mais ce mouvement
fit faire une diverfion , dont Mr de
Sebret profita , & il fe retira de
Caffine en Cafine. Mr de Murfay
trouva le chemin pour joindre Mr
d'Albergotty , barré par une groffe
ligne d'Infanterie &par des Troupes
de Cavalerie qui feformoientfur
fa droite , ilfe mit en bataille à la
portée du mousquet des ennemis ,
effuyant un grand feu de canon ,
mais fe trouvant de beaucoup inferieur
aux ennemis , & le chemin
pour joindre Mr d'Albergoti eftant
barré , il prit le parti de faire fa
retraite , qu'il fit avec tout l'ordre
poffible prefentant aſſez de feu aux
ennemis pour les empécher de l'approcher
ce qu'ils n'oferent faire
pendant deux lieuës qu'ils le fuivirent
, il a perdufoixante- douze hom-
Mmij
402 MERCURE
mes , & il en a eu trente -fix bleffex,
prefque tous du canon. On eft fort
content de luy & on exalte fort fa
bravoure , il fut bleffe au pied au
commencement de l'action & ne quit
ta point l'Arrieregarde. La Cavalerie
de Mr & Albergotti fut poffèc
jufqu'a Final. Mr Defpinchal Colonel
, eft parmi les morts , les Capitaines
du Dauphin tuez font , de
Merieux , & de Rafal, L'Omma
ria bleffe & prifonnier . Mr de Vandeuvre
& lefils de Mr de Rennepons
ont efte tuez. Je ne fçay pas le nom
des autres. Il eft certain que la valeur
du Regiment Dauphin a fauvé
unepartie des Troupes . Mrde Vendofme
eft à la Baroquello , & nous
toujours à S. Benedetto. L'oubliois
à vous dire que Mr dAlbergotti a
abandonné Final.
GALANT 403
Mr le Marquis de Bonnelle
qui commande le Royal Rouffillon
s'eft extremement
diftingué
, & toutes les Lettres de
L'Armée qui parlent de cette action
donnent de grandes loüan
ges à ce Colonel . Mr le Comte
d'Angennes
qui commandoit
deux Compagnies
de Grena
diers n'a pas fait paroître moins
de valeur , & les Officiers Ef
pagnols ont acquis beaucoup
de gloire dans cette action .
Je ne vous dis rien de Mr le
Comte de Murfay , fa valeur
a efté jufqu'au prodige, & toute
l'Armée retentit de fes loüanges.
On ne peut trop louer la valeur
des Troupes qui ont com.
batus contre un Corps fi fupe-
M m iij
404 MERCURE
rieur par le nombre qu'ils en -
devoient eftre accablées ; mais
il n'y a rien de furprenant dans
ce fait , & il arrive de temps
en temps de ces fortes d'avanfaire
connoiftre
tures , pour
jufqu'où
va l'intrepidité
des
Troupes
Françoifes
Le Regiment de Mr d'Efpinchal
qui a efté tué dans cette
action , a efté donné à Mr le
Prince d'Elbeuf, fils du Prince
de ce nom , & de N. de
Mortemar fille du Maréchal
Duc de Vivonne .
Je ne puis me difpenfer d'a.
jouter icy la Lettre fuivante .
GALANT 405
1
De San Benedetto fur le Pô ,
le 15. Juin 1703.
Mr le Grand Prieur qui eft venu
saboucher avec Mr de Vendofme a
apporte une Lettre de Mr d' A bergoti
, par laquelle il paroit que
pendant que nous eftions à Oftiglia ,
il s'eftoit avance du cofté de la Mirandole
avec buit cens chevaux &
mille hommes de pied , aufquels Mr
le Comte de Marfay s'eftoitjoint de
l'Armée de Mi le Prince de Vaudemont
, avec pareil nombre de Cavalerie
& dix Compagnies de Grenadiers,
& que noftre depart d'Ofti
glia
› ayani obligé Mi de Vaudemont
à redemander Mr de Marfay ,
& fon détachement les Ennemis
auroient efté bien avertis defafept.
ration d'avec Mr d'Albergotti ,
Mm iiij
j
406 MERCURE
qu'ils vinrent avec de la Cavalerie,
de l'Infanterie & da Canon , attaquer
les Poftes d'Infanterie , &
les gardes du Camp de Mrd' Albergoti
, ce qui lui donna le temps de
faire retirerfes bagages & 2.piece de
canon qu'il avoit , & defaire entrer
fa Cavalerie dans une petite
plaine , mais cependant fort coupée
de foffez les ennemis y tournerent
toutes leursforces dans le temps que
la premiere Ligne paffoit dans les
intervales de la feconde , pour fe
retirer. Les ennemis , tomberentfür
fa gauche & l'enfoncerent , mais
(a droite en même temps chargée ,
fanspourtant les rompre , ny lesfai
replier & s'eftant enfuite ralliée ,
empècha les ennemis de profiter autant
qu'ils le pouvoient du defordre
où eftoit la gauche. Pendant ce
GALANT 407
les
temps Mr de Murfay fut attaqué
dans fa marche , où il apprit que
Mr d'Albergoti avoit voulu remarcher
pour fe joindre à luy ; mais
n'ayantpå forcerun Village que
ennemis occupoient entre eux , il
prit le parti de marcher au Corps
qui fe prefentoit devant luy : cette
démarche bardie leur en impofa , &
les contint , & Mr de Murfay ayant
reconnu qu'ils eftoient beaucoup plus
forts que luy fe remit en marche devant
eux & gagna Baftia , fans
qu'ilspulentny ofaffentjamais l'at
taquer , la maniere dont il s'eft con
duit en cette affaire a eftefort louée
de Mr de Vendôme , & generalement
ici de tout le monde. Ilfut
blesse legerement au pied dans le
commencement de l'action & n'en
témoigna rien qu'à la fin , ayans
commandé comme à l'ordinaire.
408 MERCURE
Mr d'Albergotia eu cent cinquanté
hommes tuez ou bleffez , &
une douzaine d'Officiers ; les ennemis
ant perdu deux cens hommes .
Mr d'Albergoti a fait abandonner
Final de Modene ,
Le mot de l'Enigme du mois
l'on citoit la Cloche : ceux qui
I'ont trouvé font :
Simon François de Préel &
fon époufe de la rue Saint Julien
des Meneſtriers ; Bardet &
fon Ami du Pleffis du Mansi
Marc - Antoine Charriere d'Auxerre
Raffy & Prevoft Bernady
: Nicolas Goffet de la ruë
Gervais Laurent , prés Sainte
Croix de la Cité Daniel le
Chin , Procureur Fifcal à Eglegay
proche d'Auxerre , & fon
GALANT 409
grand ami le fieur Trebuchet :
Felix chez vr de Valentinay autrement:
l'agreable du quartier
de S. Koch : Jean Laifné de la ruë
Portefoin au Marais , le Pere
Bon prés - le Pont Royal : Def
landes Maffieu de l'Ifle Nôtre
Dame & fon aimable voisine :
le beau Mr le Blond du Pont
S. Michel & la charmante Larchat
: Alexandre Lifandre , &
fa chere Caliſte de la ruë des
Boucheries quartier S. Honoré :
l'Infortuné Chevalier de la
Grange à la Tournelle : le Solitaire
fans defirs : le plus petit
des trois freres : le beau Moran
le camus au grand nez :
le Chevalier Sancho Pança :
du Griffon d'or & fon aimable
Deniſe Mr de Brevillers
410 MERCURE
l'Apollon d'Amiens le Prieur
de Saint Laurent & de Nôtre-
Dame , fon cher amy le foupirant
aprés un heureux eftat ,
& le petit Ortolan de la ruë
Quinquempois. Meſdemoiſelles
de la Touche de la ruë Coquil
liere : la Tour Saint Gervais
fur le Quay Pelletier : la belle
Moreau de la grande Salle du
Palais la belle Manon du chef
S. Landry rue des Marmoufets
Loüife Oudain , & le jeune fon
voifin de la rue Beaubourg
Mademoiſelle Diar des trois
lampes du Fauxbourg Saint
Germain , & Mr Joüet de la
rue de la Tacherie : la Bergere
Climene & fon Berger Tircis
de la Place Royale : l'amie
d'argent ou l'aimable Daigne-
:
GALANT 411
Perfe , Meſdames de Buffy , &
des Neges , Mademoiſelle d'Angaches
, l'Abbé de Monblet
& le Poli la Jonchere. L'incom.
parable Marie des Neges , & la
Pimparéede Tocquin : la belle
fans nom . & la Marchande de
cervelle de la rue Boutdebrie :
les charmes raffemblez de la rue
des Bernardins , & fon fidel
Berger : l'Elixir des graces de
la rue Beaubourg ' , & fon fecret
& timide Amant.
L'Enigme qui fuit eft de Mr
Boquet du Mefnil Receveur
general des Faux nobles de
Toulouſe .
ENIGMF:
Las on me trouve rude
PLas
sigh
Plus on me cherit en tous lieux.
412 MERCURE
Le plais en compagnie , & dans la
folitude ,
Etje charme l'ennuy des jeunes &
des vieux.
Iefais genereufe & fi bonne
Que je rends tout ce qu'on mé
donne ;
Maisfije viens à m'adoucir
On me meprife , on me rejette
Et c'eft à quoy je fuis fujette
Lorfque j'ayfait trop de plaifir.
L'Air qui fuit ne vous déplaira
pas.
AIR
NOUVEAU.
fens une peinefecrette
Qui m'annonce quelque malheur
!
Neferoit- ce point vous trop aimable
Lifette
GALANT 413
Qui troublez la paix de mon coeur.
allerde Baviere font
heur
LYON
rott
une pal
VILLE
412 MERCURE
Le plais en compagnie , & dans la
folitude ,
Et je charma Laus
Lo
ra
1
ifette
GALANT 413
Qui troublez la paix de mon coeur.
Si les nouvelles de Baviere font
rares parce que les Couriers ne
paffent pas facilement , on doit
compter qu'elles font bonnes ,
du moins n'en est - il point encor
venu de mauvaiſes de ce
cofté là. C'eſt une chofe furprenante
que les ennemis aprés
avoir demeuré pendant prés de
deux mois devant le Château
de Rottemberg ayant été obligez
de lever le Siege. Nous ne
marchons point fans les faire
fuir , & Mr de Baviere n'attaque
point de places fans les
prendre en tres peu de temps.
Ce Prince ayant feparé fon
Armée en deux , en a laiffé
une partie du cofté de Paffau
"
414 MERCURE
}
1
pour obferver le Comte de
Schlik , & a marché droit au
Tirol ayant laiffé le foin de
deffendre fes Ecats à Mr de
Maréchal de Villars campé environ
trente lieuës endeça de
Munick. Il a dans fon Armée
douze Eſcadrons Bavarois qui
Tuy tiennent lieu de la Brigade
Condé qui eft dans l'Armée
de Son Alteffe Electoralele
Comte de Stirum eft à dix
lieues ou environ de l'Armée
de Mr le Maréchal de Villars ,
où on affure qu'il a este joint
par Melo Prince de Bade qui
n'a dit on laiſſé dans les Lignes
de Stoloffen que les Troupes
Hollandoifes ;mais il eft difficile
de fçavoir au jufte ce que
M de Bade a ammené avec
t
41%
GALANT 415
l'Arluy,
& ce qu'il a laiffé dans les
lignes , tant on prend foin de
le cacher. On
croit
que l
mée de Mr le Prince de Bade
& de Mr le Comte de Stiruma
199
eſt
d
20.
cinq mil hom
mes. Des quatre Corps d'Armée:
dont je viens de vous parler
trois font dans l'inaction , celuy
que commande Mr l'Electeur
de Baviere eft le feul qui agit
il s'eft d'abord emparé du Chateau
de Charnis qui eft à l'entrée
des gorges qui conduifent
à Infpruck. Il ne reftoit plus
à prendre que celuy de Kevvfteing
pour s'en ouvrir entierement
le paffage.
On
croyoit l'emporter en fept qu
huit jours cependant il en au
roit pû tenir quinze s'il s'eftoit
Juin 1793.
Na
416 MERCURE
bien deffendus mais la fortune
fecondant la juftice des Armes
de Mr l'Electeur de Baviere l'a
rendu maistre de Château prefque
dans le mefme
temps qu'il
s'eft prefenté pour l'attaquer.
Les affiegez ayant voulu brûler
un des Fauxbourgs , le vent qui
eftoit violent a communiqué
le feu à la Ville & ce feu's'eft
enfuite porté à une des Tours
du Chateau . Mr des Landes
Ingenieur François voulant
profiter de l'occafion a auffitoft
attaqué ce Chasteau , à la
faveur de flames avec un détachement
des Grenadiers de la
Brigade de Condé : ainfi voila le
paffage de l'Italie ouvert à nos
Troupes , & fermé aux allemans
la ville d'Infpruck qui
n'eft pas une place de guerre, ne
GALANT 417
$
Cas
devant eftre regardée que comme
une Place devant laquelle il
fuffit de fe prefenter pour s'en
rendre le Maiftre.
Les Nouvelles imprimées
en Hollande affurerent il y a
quelques jours , que les François
avoient efté entierement
chaffez de la Gardelouppe : Cependant
, on a fçû dans le
même temps , que les Anglois
ont efte chaffez avec perte de
fept ou huit cens hommes de
la partie qu'ils y occupoient .
J'aurai foin de vous envoyer
le mois prochain de tres - belles
Relations ou vous trouverez
un ample détail de tout ce
qui s'eſt paffé en ce pays là .
Mile Coadjuteur de Strasbourg
a cité nommé pour remplir la
Na ij
418 MERCURE
place de feu Mr Perault à l'Academie
Françoiſe Je vous en
entretiendray lorfque ce Prinfera
reçû à cette Academie. Ora
Le Roy a donné des Brevets
de Colonels à fept Exempts de
fes Gardes du Corps , du nom bre defquels
font ,
Mrom
Che
valier de Velleron , & Mrs de
la Billarderie , de Druys de S.
Hilaire de Monlezun , & Danjauny
Jen'ay encore pu avoir le
nom du feptième . LeRoy a don.
né des pareils Brevets dans la
Gendarmerie , & Mr le Che
valier de Janfon en a cú un.
Il eft arrivé un Vaiffeaua
des Indes au Port Louis tresrichement
chargé. Je vous en
envoyeray la cargaifon.
Mi de Baucaire a pris deux
GALANT 419
Bâtimens chargez de vin pour
Armée d'Italie , & Mr du
Quefne- Monier en a brûlé quatre
autres chargez de provifions.
pour la même Armée.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
aprés avoir couché à
Colmar , & vifité le Fort Louis ,
alla à Scheleftat & enfuite à
Strafbourg , où il arriva le 6 .
de Juin à deux heures aprés midy
, accompagné de plufieurs
Officiers generaux. Ce Prince
fut falué de toute l'Artillerie
de cette Place , & les acclamations
du Peuple furent grandes.
Il eftoit fuivi de quelques Compagnies
du Regiment de Bourgogne
Cavalerie , il mit pied à
terre à l'Hoftel d'Uxelles , il y
fut complimenté au moment de
420 MERCURE
fon arrivée par les Princes
Palatin , de Birkenfeld , & des
Deux- ponts , & par les Magiftrats
de la Ville. Ce Prince
foupa avec plusieurs Officiers
generaux. Il vit au fortir deettaa--
ble l'illumination de la haute
Tour de la Cathedrale , & s'alla
enfuite repofer. Il y eut des
Feux dans toutes les rues , qui
durerent pendant la plus grande
partie de la nuit.
Monieigneur le Duc de Bourgogne
fe rendit le lendemain
feptiéme à la grande Eglife , où
aprés avoir entendu la Melle il
affita à la Proceffion du Saint
Sacrement , dont il eftoit ce
jour- là la Fete , & fa pieté édi
fi tout le Peuple . Il alla enfuite
diner chez Mr le Prince de
GALANT 421
*
Birkenfeld . Madame la Maréchale
de Villars alla le faluer
à l'iffuë de fon dîner . Ce Prince
délivra le 8. aprés midi tous les
Prifonniers condamnez aux Galeres
, & fit l'honneur à Madame
la Maréchale de Villars de
luy rendre vifite Il monta à
cheval le même jour , & alla
voir les Fortifications de la Vil.
le, de la Citadelle , & du Fort
de Kell . Il partit le lendemain
9.à quatre heures du matin
pour aller à l'Armée , qui eftoit
décampée du Camp de Heerth
pour aller à Haguenau , d'où
elle devoit prendre la route de
-VVeiffembourg Il arriva le
même jour à Haguenau aprés
avoir effuyé pendant tout le
jour une tres - grande pluye . Il
422 MERCURE
P
alla voir fon Armée , dont il
fut falué de toute l'Artillerie:
Elle eftoit campée la droite à
Haguenau le long de la Moter.
Il coucha à Haguenau , & alla
vifiter le Chafteau de Bicheviller
, accompagné de Mr le ma
réchal de Tallard . Ce Prince
décampa le ir pour aller à
Sultz , & a V Vert , & de là à
VVeiffembourg , & à Lauter
bourg. Harriva le 13. aufoir au
Camp de Langenflental, Mr le
Maréchal de Tallard alla voir
les retranchemens que Mr le
Prince de Bade avoit fait faire
depuis V Veiffembourg jufqu'au
Rhin , en paffant par Lauterbourg
ayant la Luter devant.
On apprit que la Garnifon du
Chafteau de Traërback ayang
fair
GALANT 423
fait une fortie le 13. avoit tué
cinquante - quatre Houffards ,
& avoit pris dans l'un de leurs
quartiers cent cinquante chevaux.
Le même jour 13. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
alla vifiter fon Camp . Son Armée
eftoit campée la droite à
Langenflental ou Schleidal ,
comme le nomment les Payfans
le long de la Luter .
*
Le 14 Monfeigneur le Duc
de Bourgogne ne fortit point.
Le 15. il alla vifiter fon Camp ,
& tous les Poftes Le même
jour les Principaux de Gemerf
heim vinrent dans fon Camp
luy demander fa protection.
Le 16. ce Prince monta encore
à Cheval nonobftant une
fort grande pluye , & alla à
Juin 170%
Oo
424 MERCURE
V Veiffembourg pour y voir les
Retranchemens des Ennemis ,
qu'on avoit commencé à combler
& à rafer depuis quatre
ou cinq jours. Le 17 ce Prince
nefortit point
val
པ་
and
La perte d'une Lettre eft
caufe que je je ne vous dis
point ce qu'il fit le 18 , & le 19 .
Le 20. ce Prince monta à che
l'aprefdinée , & alla vifiter
la premiere ligne de fon Armée.
Le 21. au foir on apprit que
les Ennemis eftoient venus act
compagnez de Houffards pour
inquieter les Travailleurs du
cofté du Chateau de S. Remy ,
fix Soldats qui eſtoient dans le
Moulin avancé fe retirerent ,
& avertirent le Corps de garde
qui chaffa les ennemis , mais ils
GALANT 425
₹ ne laifferent de mettre le
pas
feu au Moulin . Il y eut deux
Houffards tuez , & nous perdîmes
un Soldat .
Vous trouverez dans la Lettre
ſuivante la fuite de ce Journal
.
L'on travaille toujours à rafer le
retranchemens des ennemis ceux
de Villembourg & des environs le
font , mais ceux de Lauterbourg &
de deux ou trois lieuës aux environs
ne le font pas encore , & ne peuvent
l'ètre fi toft; ils fontfaits de maniere
qu'ils donnent beaucoup de peine :
ce font des clayonnages & des fafcinages
de vingt & vingt- cinq pieds
de long , fraifez & pallißadez, Ouvrage
qui a esté prés d'un an & demi
àfaire par Mr de Bade . L'aban ,
O o ij
426 MERCURE
don qu'il en a fait marque la foi
bleffe de l'Empereur , car peu d'hom
mes dans ces retranchemens auroient
arrefté une Armée . Avant hier 22 .
le feu prit vers les neuf heures du
matin à une grange à une maifon
fort grande & à une écu
rie , & en moins d'un quart d'heure
tout fut embrafé fans qu'on pat en
approcher ; ce fut la Bouche qui y
mit le feu on ne put même fauver
les Fourgons & Chariots qui eftoient
dans l'enceinte de ces Baftimens.
Cela eftoit attenant de la maifon
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, perfonne n'y a pery , quanti
de hardes & toutes lesfournitures de
la Bouche ont efté confommées
beaucoup de batteries de Cuifine ,
fort peu d'argenterie ; ce peu mème
s'eft retrouvée en partie fonduë. Le
GALANT 427
>
22. Monfeigneur le Duc de Bourgogne
fit la revue de fon Armée ,
qu'il trouva tres belle & compofee
de Troupes pleines de bonne volonté
, ce même jour Monfeigneur le
Duc de Bourgogne alla diner chez
Mr le Maréchal de Tallard à
caufe dufeu , ily foupa le foir & y
dina encore le lendemain . La Bouche
à l'avenir n'habitera plus qu'un
champ , où le feu ne pourra plus
prendre. Monfeigneur a deja commencé
à diftribuer de l'argent à tous
ceux de la Bouche qui ont perdu
dans tet embrafement , & prétend
que perfonne n'en fouffre:
Le 24 au foir Mr Sainte
Marthe Courier du Cabinet
rendit des Lettres du Roy à
Monfeigneur le Duc de Bour-
O o iij
428 MERCURE
gogne . Le 25. ce Prince ne for
tit point , & y fit réponſe , le
26. il monta le matin à cheval
& alla vifiter les lignes de
Vveiffembourg
& les redouttes
, il les trouva entierement
rafées , il en ramena fept à huit
cens perfonnes , le 27: il monta
le matin à cheval , & fit paffer
devant lui en reveüe les Gendarmes
& Chevaux legers de
Bourgogne , il vit auffi fon
Regiment de Cavalerie.
Če Journal doit vous faire
connoître que Monfeigneur le
Duc de Bourgogne a toujours
efté en mouvement depuis fon
depart , & que ce Prince qui
ne refpire que la gloire a fait
voir de nouveau depuis fon depart
qu'il eft infatigable , que
GALANT 429
7
fa pieté eft toûjours exemplaire
, que fes liberalitez le
font toûjours regarder pour un
grand Prince.
Vous ne douterez point de
ce qui fuit , quand vous verrez
par qui ila efté dit.
A Marly le 4. Juillet 1703 .
Mr Provoft Capitaine des Gardes.
de mrle Maréchal de Bouflers , ar
riva bier au foir apres le fouper du
Roy. Il eftoit chargé d'une Lettre de
fon Maiftre pour Sa Majesté , dans
laquelle il faifoit non feulement le
recit de l'action qui fe paffa Samedi
trentième du mois paffé , mais aufi
l'éloge de tous les Officiers qui fe font
diftinguez en cette occafion . Le Roy
430 MERCURE
7
dit touthaut, aprés avoir lucette lettredans
fon cabinet, que M¹ de Bedmard
, ayant dépêché un Courier
à Mr le Maréchal de Vil
leroy pour luy demander un
prompt fecours , attendu que
les Ennemis fous la conduite de
Mr d'Obdam , un de leurs Generaux
, avoient forcé nos li
gnes du cofté d'Anvers ; pour
toute réponſe , Mr le Maréchal
de Bouflers avoit marché fur le
champ avec un détachement de
trente Compagnies de Grenadiers
, dix - huit Bataillons , &
quarante Efcadrons ; & que ces
Troupes ayant encor efté jointes
par quelques autres de Mr
de Bedmard , elles s'eftoient
avancées à Hekeren , à une
dieue & demie d'Anvers , où
GALANT 431
eftoit l'Armée des Ennemis
qu'il avoit falu faire un grand
circuit pour aller à elle à caufe
d'un grand marais ; ce qui luy
avoit donné le temps de fe mettre
en bon ordre pour attendre
les noftres ; que les Ennemis à
leur approche avoient fait un
feu fi prodigieux que nos gens
en avoient efté étonnez , &
avoient perdu un peu
de terrain ;
mais qu 'ils eftoient revenus à la
charge avec tant de fureur ,
que les Ennemis s'eftoient retirez
dans un autre Pofte , d'où
ils avoient encore efté chaffez ,
& enfuite de plufieurs autres ;
que l'action avoit commencé
entre trois & quatre heures
aprés midy , & avoit duré juf
qu'à dix heures du foir , & que
432 MERCURE
les Ennemis alors eftoient reve
nus avec bonne contenance , &
avoient fait une décharge terrible
qui avoit fait plier quelques
nouveaux Regimens ; mais
qu'ils avoient efté bientoft foûtenus
par de vieux Bataillons ;
qu'on avoit fait avancer ; que
Mr de Guifcard & Mr le Duc
de Guiche avec des Dragons à
pied avoient fermé la fortie
d'un Village à un gros Corps
de Troupes des Ennemis qu'on
avoit crû fur la fin du jour pouvoir
enfermer abfolument les
Ennemis , & empêcher leur retraite
mais qu'ils avoient fait
paroître tant d'opiniâtreté , que
l'on avoit jugé à propos de leur
laiffer un paffage libre , & qu'ils
ز
s'eftoient retirez à Lillo . Mr
GALANT 433
Provost affure , qu'ils ont au
moins perdu fix mille hommes ,
qu'on leur a fait huit cens prifonniers
, pris trois cens Chariots
, tant des Vivres que de
l'Artillerie , fix pieces de canon
, quarante Mortiers , beaucoup
d'équipages de particuliers
. Madame la Comteße de Til
ly qui eftoit venuë diner avec fon
mary , a efté faite prifonniere. Mr
de Bouflers mande au Roy , que
nous avons perdu environ quinze
cens hommes ; que мr de Seguiran
Colonel du Regiment
du Maine , a efté tué , Mr de
Courville Colonel reformé dans
le même Regiment , prifonier
& deux Capitaines & huit
Subalternes tuez : que le Regiment
de Mortemart a beaucoup
434 MERCURE
fouffert , & que le Colonel Mr
le Duc de Mortemart a esté
bleffé au pied , fans avoir voulu
fe retirers qu'il y a du Regiment
de Dragons du Roy , fept Capitaines
tuez ou bleffez , que
Mrs Brifart , Duret & le Chevalier
de Sourches , fils de Mr
le grand Prevoft , Officiers des
Grenadiers du Regiment des
Gardes , ont efté bleflez ; & que
Mr d'Erlac Capitaine dans le
Regiment des Gardes Suiffes a
eu la jambe caffée , & que Mr
de Marcillac Exempt des Gardes
du Corps , qui avoit accom .
pagné Mr le Duc de Villeroy ,
a efté bleffé.
Plufieurs des principaux Officiers
de l'Armée des Ennemis fe font retirez
dés le commencement de l'affai .
re
GALANT 435
au re , avec des cocardes blanches an
chapeau , pourfe fauver.
Le Dimanche premier de ce mois
nos Troupesfirent divers mouvemens
pour voir s'il n'y avoit pas lieu à
quelque nouvelle attaque. Le Eundi
matin Mrde Bouflers écrivit an
Roy la grande Lettre dont je viens
de vous parler, & Mr Provost ne
partit qu'à cinq heures du foir ce
même jour. Il arriva hier àonze.
Les Hollandois fe fouviendront
long- temps d'avoir attaqué
nos lignes ; cette attaque
ayant efté cauſe du combat qui
leur a efté livré par Mr le мaréchal
de Boufflers. Ils n'avoient
pas fujet de fe vanter de
d'expedition des lignes , puis
qu'ils ont eu huit cens hommes
tant tuez que bleffez dans cette
PP
Juin
1703.
436 MERCURE
expedition, parmi leſquels font
trois Brigadiers , Mr de Vaffy
Gouverneur du Sas de Gand , &
Mr de Vendey font du nombre,
ainfi qu'un Major , deux Colonels
, & plus de quinze Capi
taines. Ils ont fait demander
aux Officiers du païs de Vvaës
trente Chariots pour tranſpor
ter leurs bleffez , & une partie
de leurs morts .
Il m'eft impoffible de vous
dire des nouvelles certaines des
Flottes d'Angleterre & de Hollande
qui ont paru fur les côtes
de Bretagne , elles y ont fait
de legeres tentatives , & il n'a
efté befoin que de femmes pour
les faire éloigner de quelques
endroits ces Flotes ont menacé
toute la coſte pendant deux
GALANT 437
nois , & ont fait voir , que fouvent
ceux qui menacent ont
grand peur; elles n'ont fait aucune
entrepriſe confiderable , &
l'on ne peut même pas dire
qu'elles en ayent fait : elles ont
effuyé plufieurs fois ces vents
contraires qui leur ont fait perdre
quelques Vaiffeaux : elles
ont beaucoup fouffert d'abord,
ayant manqué de vivres , parce
que les vents empéchoient
d'arriver les Bâtimens qui leur
en portoient les debris qui ont
paru de puis peu
fur la Mer font
croire que ces Flottes ont perdu
depuis peu un nombre confiderable
de Vaiffeaux .
1%
* 10
Je vous envoye une Relation
complette du combat donné par
Mr de Bouflers .
Ppij
438 MERCURE
L'Armée de Mr de Marl
bouroug ayant quitté les ens
virons de la Meufe pour le pos
fter du cofté du Brabant , où
l'on mandoit de toutes parts
que
les Ennemis vouloient faire
le Siege d'Anvers , Mrs les Maréchaux
de Villeroy & de Bou
flers , qui fuivoient de prés leurs
mouvemens , jugerent à propos
eftant arrivez avec l'Armée à
Dieft , de détacher trente Ef
cadrons de Cavalerie & Dragons
, avec trente Compagnies
de Grenadiers , & de les faire
marcher diligemment pour fe
joindre au Corps commandé
par Mr le Marquis de Bedmar ,
& le mettre en eftat d'attaquer
Mr d'Obdam Mr le Maréchal
de Bouflers crut devoir y mar-
2
GALANT 439
cher en perfonne , ce qu'il fit..
Le tout fe joignit le 30. à fix
heures du matin , & compofa
vingt - huit Bataillons & quarante-
huit Eſcadrons , qui mars
cherent fur le champ aux Ennemis
; mais leur pofte eftoit
couvert de tant de foffez , marais
, & vvatregands , qu'il falut
faire un grand tour aux
Troupes pour les approcher.
Dés que la Cavalerie & les
Dragons furent arrivez on les
attaqua & repouffa fur leurs
digues & chemins jufqu'au Village
d'Hekeren. Mrs le Baron
de Bay , Prince d'Epinoy , d'Achy
, de Silly , & de Verboom
eftoient à la tefte , & furent
faivis de prés par мrs le мaréchal
de Bouflers & de Bed-
Pp iij
440 MERCURE
mar , d'où les ennemis s'eftant
apperçus que nous n'avions
point encore d'Infanterie , ils
revinrent & firent un très - grand
feu , qui fit juger à propos d'attendre
qu'elle fuft arrivée pour
les forcer : elle n'arriva que fur
les quatre heures du foir, aprés
une marche de plus de dix heures
& les Grenadiers détachez
de l'Armée que мr de
Montgeorge commandoit , depuis
plus de trente- quatre heures
, fans prefque avoir halté .
>
Auffi - toft on envoya fix bataillons
à мrs les Comte de
Guifcard & Duc de Guiche ,'
qui eftoient à la droite , & l'on
marcha avec les vingt - deux autres
bataillons du cofté du Village
d'Hexeren pour en atta
GALANT 448
༄
quer à peu prés un pareil nombre
des Ennemis qui y paroiffoient
poftez tres - avantageufe
ment derriere des hayes , & de
bons foffez pleins d'eau , & des
vvatregants , dont le pays eft
Coupé . Mrs de Thouy , Prince
d'Epinoy & Labadie fe mirent
à la tefte. On mit quatorze ba
taillons en premiere ligne , &
huit en feconde , dix pieces de
canon placées tant dans le front
que fur la gauche pour voir les
Ennemis à revers ; elles tirerent
avec beaucoup de fuccés
avant que nos Troupes s'avançaffent
, ce qui intimida fort les
Ennemis , qui ne nous tiroient
que de fix petites pieces. On
marcha à eux dans cet ordre
avec beaucoup de fierté , les ens
442 MERCURE
nemis prefentoient à peu prés
le même nombre de bataillons
avec une feconde ligne , qui
paroiffoit égale à la noftre . On
marchoit à eux tout à découvert
par un pays où il falloit
Touvent le rompre , à caufe des
foffez & vvatregants . On trou
va un ruiffeau devant eux , cependant
nos Troupes les aborderent
malgré leur gros feu , &
les chafferent de tous les premiers
poftes qu'ils occupoient ,
où ils laifferent quatre pieces
de canon.
De là on marcha au Village
d'Hekeren leur quartier general
, où il y avoit trois bataillons
qui en furent chaffez , on
y manqua de tres peu de temps
Mr d'Obdam , qu'on affure s'ês
GALANT 443
tre retiré luy cinquième , à
Bergopfom ou à Breda. On y
pilla derriere la grande ligne
qui va à Lillo , plus de trente
Chariots d'équipages & d'artil
lerie.
Comme le pays eftoit tout - àfait
favorable aux ennemis , &
leur fourniffoit à chaque pas
des poftes avantageux , ces premiers
progrés ne purent pro
duire la prompte décifion qu'on
devoit naturellement en efperer
, & cela engagea un combat
de poftes des plus vifs & des
plus opiniâtres qui a duré juf
qu'à la nuit formée , fans jamais
pouvoir joindre , l'Epée à la
main , & fans que nôtre Cavalerie
pût agir à cauſe des Digues
, Foffez , & Vvatragans
444 MERCURE
qu'elle avoit devant elle , elle
fervoit feulement par fa bonne
contenance à contenir les en
nemis , & affurer nôtre Infanterie
.
Pendant ce temps là Meffieurs
le Comte de Guifcard & Duc
de Guiche n'eftoient pas fans
occupations de leur cofté , auffi
toft qu'ils eurent les fix Bataillons
dont j'ay parlé cy deffus
conduits par Mr de Grimaldi, Mª
le Duc de Guiche attaqua le
Village d'Orden dans lequel il
y avoit un gros détachement
des Ennemis foutenus par deux
Bataillons & quatre pieces de
Canon dont aprés une affez
grande refiftance il fe rendit le
maiftre & des quatre pieces de
canon dont il fe fervit enfuite.
GALANT 445
%%%
utilement contre les Ennemis
& lefquels à mesure qu'ils
cftoient pouffez , faifoient de
nouveaux efforts pour le faire
un paffage & pouvoir fe retirer
à Lillo..
Ce combat de poftes ayant
efté continué ainfi de part &
d'autre avec toute la vivacité
& toute l'opiniatreté poffible ,
nos Troupes ayant pouffé plufieurs
fois celles des Ennemis
jufqu'a l'extremité de leur digues
, & quafi preft à fe jetter
dans l'Efcaut , la nuit obligea
de ceffer , les Enemis firent
pourtant encore un dernier
effort pour nous repousfer
, on foûtint leur feu & leur
charge de Cavalerie de leur
digues jufqu'a 11. heures qu'ils
446 MERCURE
fe retirerent, Mrs de Thouy &
Prince d'Epinoy pafferent prefque
toutes la nuit dans le Village
d'Heckeren , on raſſembla
les Troupes & ramena l'Artillerie.
Dés que le jour du lendemain
parut on retourna fur le
champ de Bataille & dans tous
les quartiers , raffembler tout
ce qui eftoit refté de Bleffez
& de bagages fans que perfonae
de lear
A
•
party
ait
paru
le débris de leur Armée
s'eftant retiré pendant la nuit
dans la derniere
confufion fous
Lillo.
On ne peut donner plus de
louange que Mr le Maréchal
de Bouflers en donne à toutes
les Troupes , tant Françoiles ,
Elpa .
GALANT 447
Eſpagnoles que de Cologne qui
eftoient à cette action , non
plus qu'à tous les Officiers generaux
& particuliers de même
nation.
Les ennemis ont perdu en
cette occafion un Officier ge .
neral , dont on ne fçait pas encore
le nom , 4000. tuez ou
bleffez 6. ou 700. prifoniers ,
leur Canon compofé de fix pieces
, deux gros Mortiers , 40 .
petits , 300. Chariots d'Artillerie
ou d'Equipage , beaucoup
d'Outils à remuër la terre ,
quantité de Vaiffelle d'argent,
& d'argent monnoyé , des Generaux
pillez. La femme de Mr
le Comte de Tilly , qui ce jourlà
étoit venuë dîner avec lui , a
cfté faite prifonniere. Ils ont eu
Qq
Juin
1703.
448 MERCURE
beaucoup d'Officiers de remar
que tuez , nous n'y avons pas eu
plus de 3. ou 400. morts , & 7.
à 800. bleffez ,
On vient de m'affurer que
mille hommes des Ennemis ont
efté noyez à Lillo en fe rembarquant
avec precipitation , & que
deux cent Deferteurs font cntrez
à Anvers le jour du combat.
Ma Lettre eft fi remplie ,
que je fuis obligé de reſerver
un grand nombre d'Articles
pour le mois prochain . Je fuis ,
Madame , vôtre , & c .
A Paris , ce 5.
"
Fuillet 1703 :
APOSTILLE .
Dans l'article de la mort de Mr Felix ,
qui eftoit dans maderniere Lettre , on a
mis Felix de Thuify , & il faut Taffy.
GALANT 449
e
Je reçois en ce moment la
Relation que je vous envoye .
Au Camp fous Liere ce 3 .
Juillet 1703.
30 .
Quoy que Mr le Maréchal de
Boufflers ait envoyé un Courier
au Roy pour luy rendre compte d'une
action qui s'eft paffée le du
mois de fuin , je ne laifferaypas ,
Monfieur, de vous en dire un mot ,
& vous devez m'en fçavoir gré ;
car je fuis extrêmement
fatigue.
Les Ennemis voyant que par la
fituation que Mr le Maréchal
de
Villeroy s'eftoit donné dans fon
Camp de Sainfervalen
, où il avoit
campé fon Armée en Plaine devant
eux , il ne leur eftoit pas poffible
de rien tenter du cofté d'Huy & de
Juin 1703 Rr
45° MERCURE
7
>
Namur , tournerent leurs idées du
cofté & Anvers. Ils allerent attaquer
les lignes du Pays de Vaës le
27. du mois paffe & le mème
jour ils marcherent pour s'aprocher
du cofté d'Anvers . Mr le Maréchal
de Villeroy fit marcher fon
Armée du mefme cofté , pour s'y oppofercomme
il avoit fait du cofté de
Namur. Il fit faire une grande
diligence à fes Troupes pour arri
ver à Dieft. Les Ennemis crurent
que ce mouvement n'eftoit que pour
rentrer dans nos lignes ; mais
Mr le Maréchal de Villeroy leur
fit bien voir que fa Campagne
n'eftoit pas encor finie. Ils avoient
un Camp à une lieuë de la ligne
de Liere à Anvers . Mr le Maréchal
de Villeroy , forma le projet
de faire attaquer ce corps par ceGALANT
451
luy que Mr de Bedmard avoit
dans les lignes ; pour cet effet il
renforça ledit Corps de 30. Efcadrons
, & de 30. Compagnies de
Grenadiers qu'il detacha de fon
Armée ; par ce detachement Mr le
Maréchal de Villeroy s'affaiblioit
devant un Ennemi qui lui eftoit déja
fuperieur; mais il avoit difpofé la
chofe de maniere qu'il pouvoit faire
rejoindre ce detachement en moins de
deuxjours. Mr de Bouflers fe char.
gea de conduire le détachement , &
emmena avec lui Mr le Duc de
Villeroy , & Mrs de Gaſſion & de..
Bay Lieutenans generaux , Mrs le
Dac de Guiche , le Prince d'Epinoy
, & le Comte d'Horn Maréchaux
de Camp , ce détachementfit
une grande diligence , & joignit le
Corps de Mr de Bedmard le 30 .
452 MERCURE
:
le mêmejour on attaqua les ennemis
fur les quatre heures aprés midy
le Combat dura jusqu'à onze
du foir. Partoutes les Relations qui
nous font venues : nous avons ap.
pris qu'il fut fort opiniàtré. Nous
avons ven l'état des bleſſez , qui
monte à 840 tant Officers que
Soldats ; Mr le Duc de Villeroy ,
quiy a fait des choſes ſurprenanies,
dit qu'il n'est pas resté 500. bommes
des nôtres fur la place. Les
Ennemis ont fait une bien plus
groffe perte. Ils ont efté culbutez plu
fieurs fois Ils ont perdu 3 à 4.
mille hommes , fans compter plus de
800. Prifonniers qu'on leur afait.
Le Champ de bataille nous eft
refté . On leur a pris fix pieces de
canon , deux
deux gros Mortiers , 40.
petits , toutes les Munitions , & be
GALANT 453
Bagage de tout leur Camp Mada
me la Comteffe de Tilly dans fon
Caroffe , & 300. Chariots attelez-
Vous conviendrez
que tout ce cy
eft tres agréable pour noftre General.
Cette Lettre a efté apportée
par un Courier de Mr le Maréchal
de Villeroy qui eft arrivé
icy aprés midy. Ce Maréchal
mande au Roy qu'un de
nos partis venoit de prendre un Courier
de Mr d'Obdam , auquel on a
trouvé une lettre pour мr de Marboroug
, par laquelle il luy fait
fçavoir qu'il s'en va à la Haye , &
que fes Troupes ont efté fi maltrai
tez & fonten fi mauvais état qu'on
n'en doit attendre aucun fervice de
cette Campagne , qu'il n'a pû même
en raffembler fous Lillo qu'une
454 MERCURE
petite partie , & que plus de la
moitié a fui jufqu'à Bergopfom:
L'on afceu icy que Mrle Duc de
Guiche avoit refufe à Mr de Bouflers
d'apporter au Roy cette nouvelle
, & qu'il s'en eftoit excufe fur
le chagrin qu'il auroit , fi pendant
fon abfence il fe paßsoit une autre
affaire. On dit qu'il s'eftfort diftingué
en cette occafion , & que fon!
Fils âgé de quinze ans à toujours
efté à son cofté .
Mr de
Boufflers n'avoit point
les dix - huit
Bataillons dont
j'ay parlé à la page 430.
ELIOTE
餃
LYON
TABLE.
Panegyrique du Roy prononcé en
Sorbonne.
Article de Morts .
6
15
4.2
Suite du Sçavant ouvrage de la
conformité &c.
Benefices donnez par le Roy. 67
De l'orgueuil & des miferes de
l'homme , Satire . 83
94
Détail de l'Entrée, & des Audiances
données à Mr.ľ Ambaßadeur
de France à Venife.
Eglife des Filles de l'Adoration
perpetuelle du Saint Sacrement
de l'Autel , Benite à Charenton.
Mort deMr de Montholon .
138
149
TABLE.
Charge de premier Prefident de
Rouen donnée à Mr de Pontcarré ·
Eloge du Noir.
Mariage.
A
fons.
161
170
171
Lettre de Mr le Theologal de Soif-
183
Eloge de feu Mr le premier Prefi
dent de Bordeaux.
Quatriéme Article de morts.
197
217
La Nimphe de la riviere Dyonne
prefentée à Son Alteße Serenifime
Monfieur le Dac.
221
236
Serment prefté par Mr le Marquis
de Lanmary.
Patente donnée par le grand Maiftre
à Mrle Chevalier de Ricard.
245
Nouveau Chevalier de Saint
253 Louis.
Ordre de Prêtrife donné à Mr l'Ab-
Qq ij
TABLE.
bé de Villeroy.
Livre preſenté au Roy.
254
261
Efais de Critiques , de Profe & de
Poëfie.
Dialogue des animaux.
264
268
Etat de l'Armée de Mr de Vendo-
273 me.
Etat de l'Armée de Mr le Prince
277
de Vaudemont.
Eftat des Garnisons des places d'I
talie pendant la Campagne.
280
Relations de l'avantage "rempor=
té par Mr le Marquis de Coetlogon.
Stances Chreftiennes .
·284
302
Traité de l'indult du Parlement de
Paris. 3021
Ce qui s'eft paffe aux Ecoles de
Sorbonne à la These foutenue par
Mr Geoffroy. 309
Qq iij
TABLE
Cartes nouvelles..•
317
Expeditionsfaites par Mrde Melard.
322
Mr :Maréchal , Chirurgien de
PHôpital de la Charité eft nommé
premier Chirurgien du Roy,
325
Ordre de Bataille de l'Armée de
326 Flandres.
Copie d'une Lettre de Mr le Maréchal
de Villars aux treize Cantons.
341
Divertißemens de Saint Cloudpendant
dix jours, 350
Mr Lardy eft nommé Chirurgien de
l'Hôpital de la Charitè,
Avis,
355
356
Ordre de Bataille de l'Armée de
Monfeigneur le Duc de Bourgo->
gne. 357
Journal de ce qui s'eft paßé en FlanTABLE.
dres.
Eloge de Sa Majesté Britannique.
Affaires d'Italie.
Article des Enigmes .
Nouvelles de Baviere .
364
382
392
408
413
Nouvelles de la Gardelouppe . 417
Mr le Coadjuteur de Strasbourg eft
nommé Academicien à la place
de feu Mr Perrault. 417
Brevets de Colonels donnez par le
Roy.
418
Arrivée d'un Vaiffeau des Indes
idem .
Baftimens ennemis pris & brulez.
419
Journal de ce qu'à fait Monfeigneur
le Duc de Bourgogne. 420
Nouvelles de l'Armée de Mr de Bouflers.
433
Les Flotes Anglaife & HollanTABLE.
doife rodent inutilement fur les
Coftes de Bretagne. 436
Relation du Combat donné par
Mr de Bouflers , tirée de la Relation
de ce General.
Articles refervez
437
448
THRAUR
DEW
LYON
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
Je n'irois pas pour le bien ,
doit regarder la page 177.
L'Air qui commence par ,
Je fens une peine fecrette ,
doit regarder la page 412.
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
THEQUE
LYON
LE DAUPHIN
JUIN 1703.
:
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Sale du
Palais , au Mercure galant :
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure,ce qui en augmente confide- .
rablement les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en yeau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations (evendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCIII.
Avec Privilege du Roy.
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement
de chaque
Volume du Mercure
, puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
.
de défigurez, eftant impoſſible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres
foient
corrects
. On
a
avertit encorequ'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
O
JUIN 1703.
LYON
Uoy que tous les Preludes
de mes Lettres me.
4
DE
LA
ritent votre attention , &
qu'ils doivent faire beaucoup
de plaifir à tous ceux qui les
voyent , je fuis perfuadé que
celuy que vous allez lire
這
-
VILLE
A iij
6 MERCURE
fera redoubler voftre attention
, & que vous ne pourez
luy refufer des louanges ,
Le 15. May Mr du Puy
Recteur de l'Univerfité fit
fuivant l'uſage , dans la gran.
de Salle de Sorbonne , le Panegyrique
du Roy , fondé
par la Ville depuis vingt ans.
M' le Prevoft des marchands ,
Meffieurs les Echevins &
tous les Officiers de la Ville
avec leurs Gardes y affifte..
rent en habit de Ceremonie.
Comme la coutume eft
Meffieurs de l'Univerfi
que
té leurs envoyent quelques
GALANT 7
jours auparavant une députation
pour les y inviter , Mr
Couture ancien Recteur &
Profeffeur Royal en Eloquence
fut chargé de porter
la parole. On le vint recevoir
dans la grande Salle de
la Ville , & on le conduifit au
Bureau , où ayant pris place
vis à vis de M ' le Prevoft des
Marchands , entre deux des
Deputez qui l'accompagnoient
, il dit , Meffieurs
c'est vous prier de prendre part
vos propres liberalirez que de
vous inviter au Panegyrique du
Roy , quifera prononcé Mar ·
¿
A iiij
8 MERCURE
dy prochain par Me noftre Rec
teur .
LVniverfité de Paris reconnoist
avec plaisir que c'est à vous
que la France doit non,feulement
la faitsfaction prefente d'entendre
tous les ans les louanges de
Jon Prince , mais encore l'afurance
que ces mêmes louanges ne finiront
mais,
Certe gloire qui n'eft bornéepar
aucune région de la terre,ne le fera
auffi par aucun espace des temps .
Et certes , Meffieurs , vous.
y eftes plus intereffe que per.
fonne. L'éclat en rejaillit fur.
toute la Nation Françoife en
GALANT 9
general , mais les premiers rayons
en tombent fur cette Compagnie
en particulier : & quand on ce .
lebrera les merveilies du regne
de Louis le Grand , on louerd
fur tout les actions furprenantes
dont vous vos Peres aveZ
été les principaux inftrumens .
En effet , fil Europe conjurée
n'a pû entamer ce Royaume ; fi
toutes les Nations du mondefont
maintenant forcées ou de redou
ter fon pouvoir ou d'implorer ſon
fecours ; fi fes Armées foulent
aux pieds les digues que
l'Art
la nature leur avoient oppo .
fées ; apres la faveur du Ciel
t1o0 MERCURE
•
la vertu de Louis ; c'eft prin .
cipalement à vous , Meffieurs
c'est à vostre zele extraordinaire
qu'on en eft redevable.
Querefte til donc ,finon qu'a.
prés avoir efté fi utiles aux def
feins glorieux de Sa Majeflé ,
vous vouliez bien eftre favora
bles à l'éloge que Mr noftre
Recteur ſe diſpoſe à vous en
faire,
聾
M'le Procureur du Roi lul
repondit par un difcours fort
eloquent , & conclut pour le
Roy que la Compagnie affif
tât à cette action ; elle eut lieu
d'en eftre fatisfaite car M le
GALANT II
Recteur prononça fon dif
cours avec toute la grace &
toute l'éloquence qui luy font
naturelles : Il fonda l'éloge de
ce grand Monarque fur tous
les évenemens les plus éclatans
de fa vie ; il le reprefenta
auffi redoutable dans le fein
de la Paix que dans les fureurs
de la guerre; il fit voir par une
chaine d'exemples tous plus
heroiques les uns que les au
tres , que s'il avoit
s'il avoit paru terrible
à fes Ennemis dans les Sieges
dans les actions les plus perilleuses
à la tefte defes Armées ; que
s'il avoit fait trembler toute l'Eu12
MERCURE
la
rope conjurée contre luy , dans le
temps même qu'elle avoit armé
tous les Princes contre ce Heros ;
que s'il leur avoirfait craindre des
chaines dans le même temps qu'ils
en avoient tous preparé pour
France , il n avoit pas moins pa.
ru terrible dans le ripos & le loi.
fir de la Paix que c'est dans ces
temps calmes qu'il avon abbatu
détruit le Demon de l'Herefie ,
qu'il avoit terraffé ce Monftre
terrible qui devoroit la France
depuis tant de Siecles , & dont la
deffaire fembloit cftre refervée à
cei invincible Monarque puifque
les effo es des Roisfes Predeceffeurs
GALANT
13
avoient toujours efté inutiles ; &
que les coups qu'on avoit porté
cer Hidre fous les Regnes prece.
dens n'avoit fervi qu'à en allumer
le couroux & la rage : II
rapella la fageffe de fes Edits
dans lesquels ce grand
Prince avoit fait éclater d'une
maniere bien glorieuſe la hai
ne qu'il avoit pour les vices
& les paffions honteufes : Il
fit voir dans la guerre que ce
Prince leur avoit fait , que le
foul amour de la Juſtice avoit
dicté ces belles Ordonnances
qui diftinguent fi fort par les
fages maximes qu'elles renfer
14 MERCURE
ment , le Regne de Louis le
Grand des Regnes precedens ;
Il fit voir dans l'élevation de
Philipe V. fur le Throne d'Efpagne
; Que le Ciel fe déclarois
visiblement pour un Roy qui n'avoit
jamais feparé fes interefts
de ceuse de Dieu & de l'Eglife :
Que la grandeur de fes enfans
neftoit que la recompenfe de fa
pieté de fes verius : Que le
Ciel combloit de fes faveurs un
Prince qui avoit toujours comblé
des fiennes les Rois infortun
que fi de tout temps la France
avoir efté l'azile des Princes dé
pouilleZ , jamais elle n avoit porGALANT
15
té fi loin cet esprit de generofué
que fur la fin du dernier ficcle ;
où elle avoit embraffè la deffence
d'un Prince malheureux aupré
judice de fes propres interefts ;
que c'est enfin fous ce Regne glorieux
que la pieté & la justice
ont triomphe de la politique &
´des autres vertus civiles.
M' du Puy eft Regent de
la.troifiéme Claffe au Collea
ge Mazarin : C'eſt un hom
me d'une vertu epurée.
Voicy les noms de quelques
Perfonnes decedées qui
ne purent avoir place dans
ma Lettre du mois dernier.
16 MERCURE
Dame Catherine le Pelle
tier de la Houffaye épouse
de Michel, Amelor , Cheva.
lier Marquis de Gournay ,
Confeiller d'Etat , cy devant
Ambaffadeur à Venife & en
Suifle , eft morte dans un âge
affez peu avancé : Elle a eſté
fort regretée dans la Famille
elle laiffe plufieurs enfans :
Elle eftoit d'une Maiſon qui
a toujours fervi l'Etat avec
beaucoup de zele ; elle avoit
cu de grands biens & on fçait
affez qu'elle touchoit de fort
prés à feue Madame la Princeffe
de Soubile premiere
GALANT 17
femme de M le Prince de
Soubife. La Maiſon de Mr
Amelot eft tres ancienne &
tres -diftinguée dans la Robe.
Le merite de M' Amelot a
éclaté dans les emplois qui
luy ont efté confiez ; il eft
frere de Madame la Comteffe
de Vaubecourt , & fils de
feu Mile Prefident Amelot , il
eft allié aux perfonnes les
plus diftinguées de l'Epée &
de la Robe, il a l'honneur d'ap.
partenir de fort prés à M' le
Duc de Rohan, & il eft pro.
che parent de M' le premier
Prefident Nicolai. La magni-
Fuin 1703.
B
18 MERCURE
ficence & le bon goût éclatent
dans fa mailon de la
Place Royale.
Mr Dorffon Treforier de
France eft mort aprés une
longue maladie dans de
grands fentimens de pieté : Il
eft mort affez jeune & fans
avoir jamais voulu fe marier :
Il a fouhaité d'eftre enterré
dans l'Eglife des Chartreux
ce qui eft marqué dans fon
Teftament ; fon corps y fot
porté le Lundy 28. May &
inhumé dans le Choeur des
Religieux ; Il fut prefenté à
la porte de l'Eglife par le ViGALANT
19
caire de la Paroiffe de S. Jean
en Grêve dont eftoit le deffunt
, au Pere Vicaire des
Chartreux qui le reçut à la
tête de la Communauté: le Vicaire
de S. Jean fit un difcours
dans lequelil expofa l'état où
eftoit mort Mr Dorffon , il fit
un narré fidèle de fes pieufes
difpofitions , & fon difcours
furfort touchant , celuy du Pe .
re Vicaire des Chartreux qui
repondit au premierne le for
pas moins ; il eftoit plein de
cette onction qui fe fait fentir
dans toutes les actions &
dans toutes les paroles de ces
Bij
20 MERCURE
Saints Religieux . On reconut ,
par ces difcours que Mr Dorf.
fon avoit efté fortement touché
du defir de fe faire Char-
>
fides
engagetreux
& que
mens contraires l'avoient em.
pêché d'executer une fi fainte
reſolution , il avoit du moins
voulu mêler fes cendres avec
celles de ces pieux Solitaires.
Damoiselle Angelique ma.
rie de Laffemas , fille de feu
Meffire Ifaac de Laffemas ,
Confeiller du Roy en fes
Confeils , Lieutenant Civil
de la Ville , Prevôté & Vicomté
de Paris , & premier Mai ,
GALANT
21
S
tre des Requeftes ordinaires
de fon Hôtel , eft morte dans
de grands fentimens de pieté
: elle laiffe de grands biens
à fes heritiers , elle eft mor
te âgée de quatrevingt ans
elle eftoit foeur de feu M' de
Laffemas , mort il y aa deux
ou trois ans & dont l'efpric
& le merite eftoient genera.
lement connus : ces deux per
fonnes n'ont jamais pris aucun
engagement dans le Mariage
; & ils s'eftoient fait.
une loy de pafler leur vie
dans le Celibar. Mr de Laf
femas avoitefté Confeiller au
22 MERCURE
Parlement de Mets pendant
quelques années . L'amour
d'un honnefte loifir & le
défir de s'apliquer entierement
aubelles Lettres , pour
lefquelles il avoit un gouft
déclaré , l'avoient fait revenir
à Paris où il a paffe la vie dans
le Commerce des Sçavans &
dans celui des Mufes. Il n'en
faut pas
d'autre preuve que
les Relations qu'il a toujours
eu avec feue Mademoiſelle
de Scudery , Madame des
Houlieres & la fpirituelle mademoiſelle
L'heritier . Mas
demoiſelle de Laffemas eftoit
GALANT 23
les
du fecond lit du feu Lieutenant
Civil, & elle avoit toujours
eu un tendre attache
ment pour fon frere , & ila
eſté fi grand qu'elle conferva
aprés la mort de fon frere
mêmesempreffemens qu'il
avoit pour ſes amis . Mr de
Villemaréchal , cet illuftre
amy de m' de Laffemas en eft
une preuve fenfible . ´Mademoiſelle
de Laffemas avoit
une foeur mariée d'où eftoit
venue Madame la Comteffe
de Vezelay , mere de Madame
la Comteffe Albano
belle foeur du Pape aujour- "
·
M
*
24 MERCURE
d'huy regnant. M' le Comte
de Vezelay estoit un Seigneur
Italien de la mailon Ondedai
qui a donné un Evêque de
Frejus , grand amy du Cardinal
Mazarin , il époufa la
petite fille de Mr le Lieute
nant Civil qui eftoit pour lors
dans la confiance & qui avoie
beaucoup de part dans les
bonnes graces du Cardinal
Mazarin.
Mr Denonville fous Gou.
verneur de Meffeigneurs les
Princes , eftoit Neveu de
feuë Mademoiſelle de Laffe.
mas ; qui d'ailleurs eftoit par
faitement
GALANT
25
faitement bien alliée . Feu
Mr de Laffemas eftoit tresbon
Poëte ; il avoit beaucoup
de gouft pour la Poëfie , &jamais
homme ne s'eft tant
donné de mouvemens pour
la culture des beaux Arts :
il auroit pû faire s'il eut voulu
une Bibliotheque volante
des pieces fugitives dont il
avoit grand nombre entre
les mains .
Mr de Camus Lieutenant
d'Artillerie & Gouverneur de
l'Arſenal de Lyon , eftoit un
Gentilhomme qui avoit fervi
Juin 1703.
C
26 MERCURE
longtemps, & quiavoit rendu
des fervices importans dans
la derniere guerre de Savoye
; il avoit époulé Dame
N... Croupet d'une ancienne
maison de Lyon , il en
laiſſe plufieurs enfans : L'aîné
qui avoit la furvivance du
gouvernement de l'Arſenal
fert en Italie en qualité de
Commiffaire de l'Artillerie :
Un de les cadets mourut il
y a quelques mois dans le
même ſervice. Mr de Camus
avoit un fils Chanoine d'Ef
nay , qui mourut l'année derniere
; il a un cadet qui eur
GALANT
27
le Canonicat de fon frere :
il a encor une fille Religieufe
dans l'Abbaye Royale de S.
Pierre, & quelques autres qui
n'ont encor aucun engagement.
Mr de Camus eftoit
fecond fils de feu Mr de Gamus
Lieutenant general Civil
& Criminel du Bailliage
de Belley , & de Dame N ...
d'Oncieux d'une des premie
res maiſons de Dauphiné.
Mr d'Ivours mort depuis
quelques années , étoit le trere
aîné de Mr de Camus , il
a laiffé deux fils & plufieurs
filles dont Madame la Com-
C ij
28 MERCURE
teffe de Dortans , Dame d'un
grand merite, eft une , de Dame
N …………. heritiere de l'ancienne
maiſon de ce nom :
cette Dame , par ſon eſprit ,
& par fes belles manieres fait
un des principaux agrémens
de la Ville de Lyon , ces Meffieurs
ont encor un frere qui
eft Chanoine de l'Eglife Col.
legiale de faint Pierre de
Vienne où l'on fait preuve
de Nobleffe comme à Malthe.
Leur Pere avoit une
foeur mariée à Mr le Comte
de Mailla de l'ancienne mai
fon de Moyria , dont il reſte
GALANT
29
encor aujourd'huy Monfieur
de Moyria Chevalier de faint
Loüis , & Lieutenant Colonel
reformé , & Mr l'Abbé de
Moyria , Chanoine d'Efnay.
Guillaume Sanfon , Geo.
graphe ordinaire du Roy eft
mort le 15. du mois de May
dernier en fa 70.année, aprés
avoir donné au public quantité
d'excellens Ouvrages de
Geographie , qui l'ont mis
dans une grande reputation
par toute l'Europe ; il étoit
fecond fils du celebre Nicolas
Sanfon natif d'Abbeville
* auffi Geographe ordinaire du
C iij
30 MERCURE
Roy , qui mourut en 1667.
l'âge de 69 ans , & qui étoit
fans contredit , le plus fçavant
de tous les Geographes
modernes >
ayant furpaffé
tous ceux qui l'ont precedé
en cette fcience qu'il poffedoit
dans un haut degré , ainfi
qu'ilparois par le grand nom
bre des doctes Ouvrages
fur
la Geographie
ancienne
&
nouvelle qu'il a mis au jour ,
c'étoit un homme infatiga
ble pour l'étude à laquelle il
s'adonna
toute la vie avec
une aplication
extraordinai
.
re; aufli trouve con dans fes
GALANT 31
Ecrits une vafte éruditon , une
grande connoiffance de l'An
tiquité , & un diſcernement
admirable qui luy ont acquis
une eftime generale , & luy
ont fait donner le fur nom de
Prince des Geographes , comme
l'on a donné à quelques fameux
anciens les furnoms de
Princes des Orateurs & de
Princes des Poëtes.Il eûr trois
fils , laîné appellé Nicolas
comme luy , mourut à l'âge de
23 ans , cftant au fervice du
Roy, il avoit déja composé un
Ouvrage de Geographie treseftimé
, & il auroit efté loin
C iiij
32 MERCURE
dans les fciences , fi la mort
3
ne l'eut enlevé à la fleur de
fon âge. Le fecond fils étoit
Guillaume , dont je vous apprens
la
mort
; il fut digne
fucceffeur de fon pere par la
profonde connoiffance qu'il
avoit de la
Geographie & de
l'hiftoire . C'est avec juftice
qu'il a efté nominé par un
Auteur moderne tres fçavant,
fils d'un pere tres fçavant ,
Doct fimiparentis doctiffimus fi.
lius , le pere & le fils ont pro
curé à la France la gloire d'avoir
les plus excellens Geographes
; en effet ils y ont
GALANT
33
fait fleurir cette ſcience fineceffaire
pour l'hiftoire , & fi
utile à toute forte d'Etats.
Le troifiéme fils de Nicolas
Sanfon appellé Adrien , eſt
encore vivant , & a toûjours
parfaitement ſecondé Guil.-
laume (on frere dans fes trai
Vaux Geographiques Monfieur
Moullart Sanfon leur
neveu qui a esté élevé auprés
d'eux s'eft appliqué à la
même ſcience , & s'y eft rendu
tres habile. Je vous ay
fouvent parlé de les Ouvra
ges , il a eu depuis peu l'hon
neur d'en prefenter au Roy ,
34 MERCURE
auſquels il a travaillé conjoin
tement avec fes oncles . Il
a lieu de croire qu'il en fera
part au public , & que marchant
fur les pas de fes oncles
& de fon ayeul , il ne degenerera
point de ces grands
hommes , il continuera de
donner la fuite des Cartes
particulieres de France ; il
vient de finir des Ecrits pour
l'Europe , où aprés avoir de.
crit les bornes de chaque re.
gion ; le rapport que toutes
Les parties ont avec les cieux ,
celuy qu'elles ont entr'elles ,
& avec l'hiftoire , il donne
GALANT 35
les noms des principaux Souverains
qui les poffedent ; il
a fait auffi imprimer un Abregé
des Princes Souverains de
l'Italie , ou Traité de leurs
Etats , Grandeurs , Gouver.
nemens , pour joindre avec
la carte de quatre feüilles ,
dont je vous ay cy devant
parlé : Les principaux Ouvra.
ges de Nicolas Sanſon pere
font :
L'Empire Romain en plafeurs
Cartes.
La Gaule en fix feuilles , &
un Traité Latin , ces Ouvrages
ont fait honneur à la Nation ,
36 MERCURE
au
uffi bien que fon Traité d'Abª
beville qu'il a fait en faveur de
Ja pairie
Les Remarques far la Carte
de la Gaule , pour les Commen.
taires de Cefar.
La Defcription des Ifles Bri .
tanniques , de la France , del Al
lemagne , de l'E/pagre , & de
l'Italie en plufieurs Cartes ,
en differens Traitez de Grogra
phie ed Hiftoire felon les plus
belles diftinct ons qui ſe peuvent
remarquer dans tous les Auteurs
anciens modernes
Le Volume des Tables Methodiques
, qui font une Memoire
GALANT 37
locale & les Guides des Cartes,
Plus de 120. Cartes particu
lieres de France diftinguées en
Diocefes , Parlemens , Bailliages,
Generalitez , Elections.
он
La Geographie Sacrée
Traité de la Terre fainte , tirée
du Nouveau de l'Ancien Teftament
, dans lequel il y a trois
Cartes.
Les principaux Ouvrages
de Guillaume Sanfon font :
L'Introduction à la Geogra •
phie , qui eft un petit trefor pour
cette fcience.
Ses Difquifitions pour la défenfe
de ce Livre , & pour
les
38 MERCURE
Ouvrages de fon pere.
Le Corps de Geographie in
fol. compofe de Cartes & de Ta.
bles au nombre de 80 .
la
Ses Cartes pour la Geographie
facrée de Patriarchats des
Conciles de la Fudée , celles pour
la Geographie hiftorique , l'Ifle
Atlantide felon Platon , qui eſt
l'Amerique d'aujourd'huy ,
Grece pour lire Homere , l'Ifle
de Crete , qui eft aujourd'huy
Candie , le Bofphore Cimmerien,
le Bofphore deThrace , les parti .
culieres de l'Afie Mineure ,
Mr le Prince de Bozzolo
eft mort. Bozzolo eſt une
GALANT
39
Ville d'Italie dans le Duché
de Mantouë ; avec titre de
Principauté entre Mantouë
& Cremone , l'aspect en eft
fort agreable , & la fituation
fort heureuſe . Pour le Prince
de Bozzolo il eftoit de la
maifon de Gonzague , & étant
mort fans enfans , fes Etats
font retour au Duc de Mantouë
; le Prince de Bozzolo
defcendoit de Charles de
Gonzague fieur de Bozzolo
, fecond fils de Jean François
, premier Marquis de
Mantouë mort en &
de Paule Malatefte ; ce Char40
MERCURE
les de Bozzolo laiſſa poſterité
de Lucie d'Eft , qui eft
enfin finie dans la perfonne
du dernier Prince de Bozzolo.
La Principauté de Bozzolo
avoit deja manqué à
faire retour à la branche aî .
née lors du Mariage d'Ifabelle
de Gonzague Navarole
, dite la Princeffe de Bozzolo
, avec Vincent de Gonzague
II . du nom : mais comme
la Princeffe eftoit hors
d'état d'avoir des enfans , le
Mariage fut diflous à Rome ,
& le pere épousa la Princeſſe
Marie , pour la Princeffe de
1
GALANT 4.1
Bozzolo elle garda la Principauté
qu'elle laiffa à fes heritiers
naturels .
La maison de Bozzolo étant
une fois manquée , elle repric
dans la pofterite de Jean-
François de Gonzague troifiéme
fils de Loüis III. de
Gonzague Marquis de Mantouë
, & de Barbe de Brandebourg.
Jean François fit la
tige des Seigneurs de Sabionette
, Bozzolo & faint Martin
; & c'eft de ces deux bran
ches que defcendoit le Prins
ce , de la mort duquel nous
parlons : La Princeſſe Iſabelle
Juin 1703 .
D
42 MERCURE
dont le Mariage fur caffé ,
donna lieu à la feconde de
ces branches de recueillir
cette fucceffion parce qu'elle
mourut fans enfans . Le Prince
de Bozzolo qui vient de mourir
eftoit un Prince tres eftimé
: il avoit beaucoup d'ef
prit , & une part confiderable
en la confiance du Duc
de Mantouë.
Je vous envoye la fuite du
fçavant Ouvrage , dont je
vous ay donné le commen .
cement dans ma derniere
Lettre .
GALANT
43
Mais les Souverain's & les Peres
ou Chefs defamille font peu ou point
propres au regime de leurs Etats &
"de leurs familles , fi ce regime n'eft
premierementétabli entre les diver
fes facultez de leur amé , par une fu
bordination convenable des unes aux
autres , &par un jufte reglement de
lears appetits , de leurs mouvemens ,
& de leursobjets.
Ils doivent préalablement entrer
dans eux- mêmes pour y prendre par
leurs inspections & par leurs reflexions
, une entiere connoiffance de
toutes leurs parties , établir entreelles
l'ordre qui convient à leur nature
& à leurs qualitez ; & donner
la direction de toutes les autres à
celles dont les lumieres plus pures
peuvent les éclairer plus parfaite
ment & les conduire par leurs rayons
Dij
44 MERCURI
aupointdes difpofitions propres à con
courir parleurs fervices an veritable
bien.
Le veritable & parfait bien de
l'homme renferme toutes les perfections
de l'efprit & toutes les vertus
de l'ame , lefquelles compofent enfem
ble l'entier merite de leur tout.
C'est à cette directrice de mettre
Par ces moyens des bornes convena_
bles à la puiffance de toutes les autres
facultez des termes à leurs appetits
, des mesures à leurs objets ,
des regles à tous leurs mouvemens ,
& des fins à leurs intentions ; & c'eft
à elle de tirer de fes lumieres la prudence
requife pour entretenir dans
celles dont le miniftere eft utile à fes
operations , toutes les conditions &
toutes les autres difpofitions propres
à l'exercice de leursfonctions, par les
GALANT 45
remiffions , les intermiffions , &les
relâchemens convenables de leurs ap.
plications & de leurs contentions ;
& par les fubventions neceſſaires à
lears befoins , à leurfubfiftance , &
à leur confervation.
Suivant que cette facultédirektrice
conferve plus de regle & de justice
dans fes defcentes ou abaiffemens
au deffous de fon ordrepar les infpections
, & les revifions des difpofitions
de celles qui font foumises à fa difcretion
pourcontenir ou reduire leurs
appetits au point de la mediocrité ,
& pour entretenir leur activité dans
la fuffifance requife à la perfection
de leurs minifteres .
C'est parcette conduite que cette
facultéprédominante jouit plus pleinement
defa liberté , & qu'elle con
ferue les moyens appartenans à fa
46 MERCURE
tez
nature d'élever fes contemplations
aux veritez les plus hautes & aux
objets les plus relevez ; &ces faculfubalternes
font reciproquement
élevées à de plus hauts degrezde perfections
fuivant qu elles font plus
afujettiespar leur fubordination &
par leurfoumillion à la domination¸
& aux inclinations de leur directrice.
Les juftes proportionsgardées dans
ces fucceffions ordinaires des contentions
& remiffions , d'abaiffemens &
d'élevations de l'une & des autres
de ces facultez, entretiennent par
leurs correspondances reciproques la
liaifon neceffaire entre elles & les
reflexions de ces mouvemens opposés.
par leurs tours & retours ,
leurs converfions
& leurs reverfions des mémes
principes aux memes fins , &a
GALANT 47
des mêmesfins aux mêmes principes,
font par laregularité de leurs viciffitudes
la parfaite circulation de
toutes les operations , actions , &paffron
shumaines.
C'est dans les jules mesures de ces
actions &pallions que confiftent les
vertus , uniques moyens de l'homme
de parvenir à la perfection & à la
felicité de fa vie naturelle.
Les fens font les premieres portes
par lesquelles les apparences des objets
entrent dans l'imagination , à
laquelle ils communiquent les émotions
qu'ils en reçoivent par leurs
qualitez ou par leurs émanations.
avec les lumieres qu'elle emprunte
du fens commun , fe forme de la diverfité
de ces apparences des images
differentes de la nature & des qualitezdes
objets fuivant la difference
48 MERCURE
des rapports qu'ils ont par ces reprefentations
avec les appetits.
L'efprit eft pourvu de deux principales
facultez l'une qui l'éclaire
parl'effufion de fes lumieres , & qui
luy rapporte par leurs reflexions les
images des objets ; & l'autre qui
le ravit & qui l'agite par la communication
des mouvemens & des
affections qu'elle conçoit des impreffions
ou des reprefentations des objets .
L'entendement qui eft la premiere
de ces facultez repaffantfur ces images
, leur donne par l'intention &
réunion de ces lumieres , au point qui
forme fa raifon , les couleurs ou les
ombres & le haut & bas relief convenables
aux effences deleurs originaux
; & ou il arrefte le cours de fa
Taifonfur ces images , ou il la replie
furfoy- même , ou fur ces operations ,
си
GALANT
49
·
oufur ces affections , on fur celles de
la volonté.
Ilfait en luy-même parfon applitation
frequente aux unes ou aux
aurres de ces images des impreffions
par lesquelles fes actes paffent en
habitude.
Les habitudes qui fe terminent
aux objets effant purement (peculatives
, ne roulent que fur lear nature
&fur leurs principes dont la verité
fait la fin ou le centre de leurs
intentions,
Les autres purement
pratiquées ,
ne font que des retours ou des replis
de l'efprit furfoy-même , qui ne
confiderent que les regles ou les
moyens de la direction de fes operations
à la perfection defon eftre , dont
le point fait lafin de tous leurs mouvemens.
Juin
1703 .
E
50 MERCURE
· Entre ces habitudes ou fciences.
pratiquées , l'une que l'on nomme
Dialectique on Logique , donne à
l'entendement les regles de fes operations
& l'autre que l'on appelle,
Morale , donne à la volonté les regles
& les mefurès , les voyes , & les
termes des fennes.
Les regles que la Dialectique
donne aux operations
de l'entendement
, les guident par des voyos qui
les conduisentjufques aux termes de
leur repos , qu'elles trouvent dans
les apparences
ou dans la certitude
de la verité.
Les regles que la Morale donne
à la volonté font de deux efpeces ;
L'une qui contient & qui compofe
toutes fes affections
& tous les moy
vemens aux mesures proportionnées
au prix & au merite des objets om
GALANT
SI
des fujets fuivant le poids & la
place que leurs effences occupent dans
lafphere de l'entendement : cette regle
s'apelle justice ; & l'autre qui
les dirige par les voyes les plus convenables
& les plus feures aux fins
que la droite raifon luy propofe , fe
namme prudence.
La Fuftice reçoit divers noms des
mefures & des loix qu'elle donne
aux differens aftes ou mouvemens
de la volonté.
Celles qu'elle prefcrit aux mouvemens
, ou paffions qui naiffent des
plaifirs & des voluptez , luy donnent
les noms de temperance, celles qu'elle
impofe auxfentimens qui naiffent
des douleurs & des difficultez , lay
donnent celuy deforce,& de celles par
lefquelles elle réduit generalement
toutes ces fortes de mouvemens ou de
E ij
52 MERCURE
Palions à la mediocrité convenable
elle prend le nom de moderation .
De celles qu'elle preferit à toutes
les conventions & permutations elle
prend le nom de commutative ; de
celles par lefquelles elle proportionne
les biens & les honneurs , les recompenfes
& les peines aux merites,
ou demerites & ces commandemens
aux forces , facultez, ou dignitez
desfujetsfur lefquels elle a fon exercice
, elle reçoit l'appellation de dif
tributive.
De celles par lefquels elle proportionne
l'ufage & l'employ des moyens &
desfacultezaux qualitez & aux dif
pofitions de leur poffeffeur ou de leur
principe , elle peut eftre furnommée
compofitive , ou conformative & de
celles qu'elle garde dans les corrections
, elle eft appellée émendative .
GALANT
53
Za prudence reçoit pareillement
plufieurs dénominations de la direction
de les diverses actions aux fins
qu elle le pripole.
De la preparation de tous les
movens & de les précautions contre
tus les empêchemens , elle est appellée
prévoyance.
De fa promptitude à donner ou à
mettre tous les ordres , & à apporter
toutes les difpofitions & lever tous les
obftacles , elle est appellée diligence ..
De l'obfervation de toutes les
circonftances elle prend le nom de
circonfpection : & defon attention à
toutes les occurrences , elle reçoit celuy
de vigilance.
Toutes les autres vertus ne font
que des differens progrés , des participations
ou des diverfes compofitions
de ces premiers.
E iij
54 MERCURE
Ou pluftoft fuivant le fentimens
des Philofophes de Megare ; toutes
les vertus ne confiftent que dans
les regles , le poids & les mesures
d'une feule & méme raiſon .
C'est la feule raison qui dirige
tous les mouvemens de la volonté à
une feule & même fin , qui fait le
veritable bien de l'ame qui confifte
dins une fine & unique vertu , qui
prend plufieurs differens noms de la
diverfité de fes raports & differens
objets , de fon application à diffe.
rens fujets , & de fes emplois à differens
offices.
Ilfaudroit pour établir cette verité
dans le detail une longue induction
, qui peut mieux trouver (a pla
`ce dans un Traitéparticulier de Morale
: il ne s'agit en cet endroit qu'à
confiderer les rapports des mouveGALANT
55
mens de l'efprit reglez par la vertu
à ceux de tous les autres eftres crééz
dans leur rectitude , dan ‹ leurs vicif
fitudes & dans leurs revolutions .
a reftitude de ces mouvemens
prote le dela direction de leurs progris
par les voyes les plus droites
de us leur principe , qui eſt dans le
plus haut de l'entendement , juſques
à leur dernier terme qui eft
le point dans lequel confifte la per
fection & la felicité de l'ame.
Leurs viciffitudes naiffent des frequentes
afcenfions & defcenfions par
le /quelles la volonté habituée à s'élever
à l'entendement poury prendre
fes regles & fes mefures , & às'abs
baiffer aux puißances inferieures ,
pour les y conformer , les difpofer &
les conduire auxfins aufquelles elle
eft dirigée par ces reglès.
E iiij
56 MERCURE
Et la Prudence ſuivant l'enceinte
de fes circonfpection's fur toutes les
inclinations des nuances inferieures
par lesquelles elle les contient
dans leurs juftes meures , determine
& dirige tous leurs mouvenen, par
les ingrefins qu'elle leur comnunique
dans les revolutions continuelles
autour de la phere qu'elle ou—
pet à l'unique fin qu'e ' e ega de
inceſſin nent de tous les point, defa
circonference.
毋
Tots es dive fes affections de
Panpetit aband nné à la nature ,
imitans les actes & les habitudes
des vertus dans leurs rapport ; leurs
viciffitudes & leurs revolutions procedent
du feul principe de l'amour
du bien , lequel lay eft reprefente par
l'imagination ; & tendent à une
feule fin , qui eft la poffelion de ce
GALANT
57:
bien , par les voyes propres à y par
venir & par l'éloignement de tout ce
quipeut y mettre de c'empêchement.
Les appellations de concupifcible
& d'irafcible ne fervent qu'à exprimer
les rapports & les oppofitions
d'un feu! & unique apetit aux objets
convenables ou contraires à fa
nature , à fon inclination ou à la
difpofition ; & toutes es pions &
mouvemens de l'appetit partent du
feul principe de l'amour qu'il inſpire.
au fujet qu'il aume , par lequel
l'ame eft inceffamment agitée de -
& mouvemens divers oppofez de
toutes partis.
Par ces mouvemens elle va au bien
& s'éloigne du mal, elle tâche d'arriver
& de s'attacher à l'un , & deviter
ou repouffer l'autre ; & tous
ces mouvemens font fucceffivement
7
58 MERCURE
dans l'appetit les viciffitudes , les
revolutions & les circulations ordinaires
, de la verité defquelles les
plus celebres des Auteurs modernes
conviennent avec les Anciens
Ily a diverles parties dans l'ame
f dit unhibiie entre les Modernes )
anres qu'elle a d'abord fait muvoir
quelques - unes à quelque piffion
, les autres fuivent & prennent
la places des premieres , fquelles
reviennent à leur tour continuer Te
méne mouvement de forte qu'il fe
fait comme une circul ition qui dure
tout autant que la paſin ſubſiſte ,
& toutes enfemblefouffrent la même
revolution.
La vie de l'homme , dit un autre
des plus celebres , ne confifte que
dans la circulation du fang & dans
ane autre circulation de penfees & de
GALANT 59
de defirs : quod petit fpernit, repetit
quod nuper amifit . Et la
methode ( dit un autre Auteur )
propre à enfeigner & apprendre tout
ce qu'ily a d'Arts de Sciences , &
les raifons des chofes les plus cachées ,
procede des principes pris de la nature
par divers mouvemens d'afcen
fins & de defcenfions , & par plu
fieurs circuits ou tours d'esprit juſ
ques à la conclufion.
Les plus illuftres des Philofophes
Grecs & Latins qui ont fuivi Platon
& Pythagore , trouvoient égale
ment la circulation dans toutes cho-
Ses&yrapportoient toutes les actions
des hommes.
Les chofes humaines ( dit l'un
d'eux font les unes à l'égard des
autres commefontentre eux les chainons
d'un cercle arreftépar leur com-
-
60 MERCURE
plication mutuelle & fe fuivent reci
proquement , leque que ce foit que
vous tiriez, toute la chaine fuit depuis
fon commencement ; pareillement
, quoy que vous entrepreniez
dans les affaires de la vie , vous.
trouverez que toutes les autres chofes
qui fu vent gardent neceffairement
dins leur fucceffin une corres
·pondance continuele avec celles q
les ant procedé.
Chicun de nous dit un autre de
ces Philofophes ) eft comme une
chofe environnée de plufieurs cercles
de tous les cftez, defquels les uns font
plus perits & les autres plus grands.
Les uns contiennent & les autres
font contenus , fuivant les raports
differens inégaux qu'ils ont reciproquement
entre eux .
Le premier & le plus prochain
GALANT 61
*
de ces cercles eft celuy qu'un chacun
de nous conduit autour de fon efprit
qui en fait le centre , dans lequel
noftre corps & tout ce qui regarde
fon ufage eft compris ; ce cercle qui
eft le plus petit eft prochain & attenant
du centre . Enfuite le fecond
cercle plus é oigné du centre
enferme en foy les Pere , Mere ,
Femme & Enfans ; Le troifième
contient les Oncles , les Tantes
Ayeu's , & Ayeules , Coufins , &
Confiness audela de celuy là , est
celuy qui contient les autres parentez;
plus loin eft celuy de compatriotes
, gens de Tribu & de Milice ;
audela font le cercle des voisins de
la Ville , & celuy des Nations qui
environnent tous les precedens , mais
le plus reculé& le plus grandde tous
qui enferme tous les autres dansfa
62 MERCURE
circonference, eft celuy de tout legenre
humain.
9
Ce que Epictete dit eft encor plus
precis& plus convenable à cefiftème.
Nonfeulement les hommes , mais
aufi les animaux de la terre & mê.
me les chofes divines participent de
ees converfions , & il eft certain ( dit
il) que les quatre élemens font continuellement
agitez du haut en bas
❖de bas en haut , & changent reciproquement
de place.
On peut enfin reconnoifre genera
lement dans toute la Sphere des
efprits , & dans toute celle des
corps naturels , vivans économi
ques & politiques , dans toutes les
facultez dans tous les Arts , &a
dans toutes les difciplines de pareilles
converfions , diverfions , &reverfions
de telles progreffions , digref
GALANT 63
fions, & regre lions ; de femblables
inductions , deductions & reductions
des caufes à leurs effets , & des effets
à leurs caufes , des principes à leurs
fins & des fins à leurs principes ;
des divifions aux compofitions & des
compofitions aux divifions , des premiffes
à leurs confequences & des
confequences à leurs premißes.
Par ces viciffitudes de tours , détours
, contours , & retours , toutes
les parties des fubftances & des ·
êtres créez tous leurs effets & soutes
leurs productions s'entre - comma •
niquent toutes leurs vertus , toutes
leurs qualitez & tous leurs acci
dens ; & entretiennent par ces communications
&relations mutuelles ,
la liaison & l'union dans lesquelles
confifte la force & la perfection de
leur tout à laquelle tendent,&furla64
MERCURE
quelle roulent toutes leurs operations .
Chacune des chofes fufceptibles ou
capables de paffions , d'actions &
de difpofitions contraires , contractent
par leur viciffitudes des impref
fions les unes des autres ; les uns &
les autres des contraires ont dans
ehacune de ces chofes , leurs temps ,
leurs lieux , leurs poids , & leurs
mefures, & concourent par des voyes
oppofées à une même & feule fin.
Nous tenons ces leçons de lafageffe
, dont l'efprit perpetuant dans
fa circonference , la rev uë de toutes
chofes les comprend toutes dans les
cercles defes revolutions.
Les penetre par. Jes forces depuis
l'une de leurs extremitez jufques
à l'autre & leur donne à toutes
unejufte & agreable dipofition .
Si on a foin d'appliquerfon efprit
GALANT
65
à la confideration de toutes ces chofes
, &fe difpofer à faire de bon
gré toutes celles aufquelles on eft
obligé , on paffera tout le cours de fa
vie regulierement & convenablement
“Mais on ne (çauroit par aucune
écriture épuifer le fonds des matieres
fi vaftes & fi profondes ; impofons
à ce premier Traité , la principale
& la derniere fin que nous devons
avoir dans tous nos difcours ;
c'est celle d'inspirer l'intention de
plaire d'imprimer la crainte de
déplaire à noftre commun Auteur
avec celle de manquer à l'obfervation
de fes commandemens : car c'eft
le feul endroit par lequel l'homme
eft tout ce qu'il peut eftre..
Juin 1703 .
F
>
66 MERCURE
Il faut remarquer que dans
l'Ouvrage du Philofophe Platonicien
, intitulé la Conformité
c. le fecond alinea doit eſtre
tout à fait à la fin de cet écrit ,
& non pas au commence .
ment aprés les 5, ou 6. premieres
, comme on l'a mis.
Du refte cet écrit n'eſt que
le Prologomene d'on plus
grand ouvrage fur la même
matiere que ce Philofophe
a compoſe : Il le dilpole à le.
donner au Public au plutôt
c'est un ouvrage que les Sça
vans recevront avec plaifir ,
non pas , peut être les Carte
GALANT 67
fiens , aux principes deſquels
cet Auteur n'eft pas certainement
favorable,comme on l'a
pû juger par cet écrit de la
Conformité.
M' le Baron de Karg ,
Chancelier de Monfieur l'Ělecteur
de Cologne , a efté
nommé par le Roy à l'Ab.
baye du Mont faint Michel.
La fage conduite de ce Mi.
niftre , fon attachement
aux
veritables interefts de fon
Mailtre , & la fermeté qu'il
a fait voir dans plufieurs con
jonctures pour le ſervice de
Fij
68 MERCURE
S. A. E. & celui des Alliez
de ce Prince , lui ont fait
meriter cet important Bene
fice , dont perfonne d'ail
leurs n'eft plus digne que
lui , puifque fon merite eft
generalement reconnu même
des Etrangers ; Mr le Ba
ron de Karg eft d'une de ces
anciennes Mailons d'Allemagne
, dont l'origine fe
perd dans les fiécles les plus
reculez : on fçait que la Nobleffe
Allemande fe confer.
ve dans une grande pureté,
& qu'il n'en est point au mon
de dont le fang fe corromGALANT
69
pe moins. La maison de ce
Baron a toûjours eu entrée
dans les Chapitres d'Allema
gne. Elle a d'ailleurs eu des
emplois d'une grande diftinction
: Un Jofías de Karg fe
trouva au cofté d'Adolphe
de Naftau lors qu'il fut tué
par Albert d'Autriche dans
la Bataille que celui cy luy
livra , & on fçait affez qu'il
ne voulut même jamais reconnoitrel'Empereur
Albert,
& qu'il aima mieux fe retirer
dans des Terres qu'il avoit
en Hongrie que de manquer
de fidelité , à la memoire
70 MERCURE
de l'Empereur Adolphe ſon
maistre qui l'aimoit unique.
ment : il eut des enfans d'une
Barbe de Mansfeld dont
eft venue la polterité , qui
porte aujourd'huy ce nom.
Saint Michel , ou Mont Saint
Michel ; Mons fancti Michaë.
lis in periculo maris , est un
Bourg de la Normandie avec
ún bon Château , & une ce
lebre Abbaye. La fituation
de ce Bourg eft fingulere , il
a efté bâti fur un rocher au
milieu d'une grêve fort spaticale
, que la Mer couvre de
fon reflus . On peut juger que
GALANT
71
1
dans une telle difpofition il
a fallu beaucoup d'artifice
pour y batir ce Bourg où l'on
n'entre que par un cofté fermé
de murailles , tout le refte
a pour rempart un rocher
efcarpé & inacceffible. Le
Bourg a une grande ruë , au
haut de laquelle on trouve le
Chafteau & l'Abbaye. Auguftin
Evêque d'Avranches ,
qui vivoit au commencement
du huitième ficcle , y établit
un Chapitre y ayant efté en.
gagé par l'Archange S. Michel
qui luy apparut, Le ro
cher étoit habité avant Fé72
MERCURE
tabliffement de ce Chapitre
par quelques Hermites , dont
la penitence furpaffoit encor
ce que nous admirons dans
ce temps dans la reforme de
la Trape & de Septfonds. En
966. Richard I Duc de Normandie
qu'on furnomma Le
vieil , y fonda une Abbaye de
l'Ordre de faint Benoit , &
il or lo na en mourant à fon
fils Richard II. furnommé ,
Sans peur , d'en achever l'Eglife
,ce qu'il executa en 1026.
Le Mont Saint Michel dans
la Mer eft recommandable
par la devotion qu'on y a
pour
GALANT 73
pour l'Archange de ce nom ,
& par le fable dont on fait
du fel en le mêlant avec de
l'eau de la Mer : L'Abbaye
eft belle & magnifique , fon
Eglife , fon Trefor & fes Reliques
qu'on y conſerve avec
cette celebre Machine , avec
laquelle on y éleve du bas
du Rocher ce qu'on yapporte
par Mer , meritent la curio.
fité des Voyageurs . Il y avoit
autrefois prés de là fur ce
fameux Rocher de Tombelaine
une Fortereffe qu'on a raſée.
L'hiftoire de la fondation de l'E.
glife & Abbaye du Mont faint
Juin 1703.
G
74 MERCURE
Michel au peril de la Mer , ä
efté compolée par le Venerable
Pere François Fevardant
, où l'on doit renvoyer
les curieux .
Mr l'Abbé Boutard a efté
choifi dans la même promotion
, pour remplir l'Abbaye
de Bois Grófland dans le Dio ,
cefe de Luçon ; cet Abbé s'eft
rendu celebre par les Poëfies
latines , & par fon érudition ,
je tomberois dans des répetitions
fi je vous en difois davantage
, vous ayant parlé de
luy toute les fois qu'il a donné
des Ouvrages au Public , &
GALANT 75
}
vous ayant même envoyé plu
fieurs fois des Traductions de
fes Odes latines : Vous fça
vez qu'il eft de l'Academie
des Infcriptions . L'Academie
de la Crufca l'a auffi reçû
dans fon Corps : Cette Academie
eft établie à Florence
environ depuis l'an 1584 .
dans le temps que s'eleverent
de grands differens entre le
Taffe & deux ou trois Academiciens
de cette Academie
naiffante , elle eftoit en effet
finouvelle , alors que le Taffe
n'en avoit point ou parler &
qu'il en ignoroit même juf-
G ij
76 MERCURE
qu'au nom , c'est ce qui fait
que dans un ouvrage qu'il
donna dans ce temps là , il
fuppofe que c'eft celle de
Florence qui fe donne ce
nom pour fe cacher ; par
où l'on voit que Meffieurs de
Port Royal le font trompez
en difant que l'Academie de
la Crufca fult entée ſur celle
de Florence , & qu'en 1508.
elle fut aprouvée avec les fta .
tus & fon nom. Un Autheur
moderne au contraire qui a
écrit fur ce fujet convient à
la verité que c'eft l'Academie
de Florence qui a donné naiſGALANT
77
fance à celle de la Crufca ;
mais qu'elles ont toujours
été tres diſtinguées, comme il
paroît par les lettres de Guari
ni , & comme elles le font encore
aujourd'hui : les démêlez
de cette Academie avec le
Taffe ( ce fameux Poète ) ont
fait bien du bruit : Salviati
fut le Chef des Adverfaires
du Taffe & autant qu'il avoit
efté fon ami auparavant
, aurant
fut il fon ennemi dans.
la fuire , & quoyqu'il luy eut
promis de parler honorablement
de fa Jerufalem dans le
Commentaire qu'il devoit
G iij
78 MERCURE
publier fur la Poëtique & qu'il
fit imprimer dans la fuite , il
fut cependant le plus échau
fé de fes Antagonistes ; il eft
vray que Salviati voulut juſ
tifier fon infidelité à l'égard
d'un ancien ami , en diſant
qu'il agiffoit par ordre de l'Academie
entiere qui attaquoit
le Taffe : Enfin l'omiſion af
fectée qui paroît dans ce Dic.
tionaire à l'égard du Taffe
n'eft que le fruit de l'inimitié
qu'eurent pour luy le Roffi
Secretaire de l'Academie &
ennemi juré du Taffe , & Salviati
qui eftoit auſſi devenu
>
GALANT 79
fon ennemi irreconciliable.
Pour finir cette difgreffion ,
il eft vray que dans les derg
nieres editions de ce Dictionaire
on n'a rien dit du Taffe ,
mais dans la troifiéme de 1691 .
l'on a enfin rendu à cet excel.
lent Poëte la juftice qu'il me
ritoit , & on luy a donné dans
ce fameux Dictionaire la pla
ce qu'il meritoit , & on a
fait une mention honorable
de fon Amynte
ainfi
que de fes Lettres & de fes
Poëfies.
Mr l'Abbé Canon a eu unCanonicat
dans l'Egliſe Cathe
G iiij
80
MERCURE
drale de Mets. Il eft attaché à
Mrl'Evêque qui en fait beau
coup de cas, auffi eft ceun Sujet
tres eftimable, il fort de fa
Licence & il l'a fait avec beaucoup
d'honneur. Il a efté elevé
dans le College du Cardinal
le Moyne où il est beaucoup
eftimé . Mr l'Abbé Canon eft
Picard & natif d'Amiens
l'Eglife de Mers eft bien heu.
reufe de faire
l'acquifition
d'un auffi bon Sujet : Jamais
Ecclefiaftique ne fut plus at
taché à fes devoirs que Mr
l'Abbé Canon , ſa pieté eſt
tendre &
affectueuſe , & il a
;
1
GALANT 81
un grand attachement pour
les fciences , dans lesquelles
il a fait de grands progrés :
Toutes ces excellentes qualitez
font voir que le Roy s'at
tache à ne donner à l'Eglife
que de bons Sujets. L'Eglife
de Mets eft tres- conſiderable
par fon antiquité & par le
merite des Sujets qu'elle a
produir.
M' l'Abbé de Regi a eu le
Doyenné de Nozorois . Cet
Abbé eft forteftimé, il eft tresentendu
dans les belles Lettres
; il eft peu de perfonnes
qui les poffedent mieux que
82 MERCURE
luy & qui rempliffent mieux.
les devoirs de fon état & avec
plus d'exactitude. Il faloit un
homme de ce merite pour
reparer la perte que l'on a
fait du Doyen de Nozorois
qui eftoit generalement eſtimé
& univerfellement aimé.
On doit s'attendre dans toutes
les nominations de voir
remplir les Benefices par des.
Sujets les plus dignes , l'atten
tion du Roy fur cela eftant
fi grande , qu'il eft impoffi
ble qu'on le puiffe furprendre
: Ainfi ceux qui ont de la
vertu & du merite , doivent
GALANT 83
fous ce Regne elperer les recompenſes
qui leur ſont duës,
M'de l'Abbé Cantenac Cha
noine de l'Eglife Metropolitai
ne de Bordeaux , continuë fes
Satyres contre les deffauts
des hommes ; cette maniere
auffi vive qu'agreable d'attaquer
les vices , ne peut pro
duire que de bons effets .
Voicy le dernier Ouvrage de
cet Abbé.
84 MERCURE
DE L'ORGUEIL
ET DES MISERES
DE
L'HOMME.
SATYRE .
ENvain l'Homme fe flate &ſe
trompe luy-méme
Malgré tout fon orgueil , fa mifere
eft extrême.
Moins fage , & moins heureux que
tous les Animaux ,
Il trouve en fa raifon , la fource de
fes maux.
Il s'en fert bien fouvent , pour colorer
le vice ,
Et prendre pour vertu , le crime ou
l'injustice,
GALANT 85
Captifdes pallions qui regnent dans
fon coeur,
Il fait mille faux pas , & tombe
dans l'erreur
[ tente.
Ilfe laffe de tout , & rien nele con-
Dans tous les mouvemens , la bṛute
plus conftante
Parlafeule nature , &parfonpropre
inftinct ,
Ne prendjamais le change , & va
droit à fa fin.
Famais d'un fauxplaifir l'apparence
trompeuſe ,
Ne luyfera goûter d'une herbe venimeufe
.
Jamais rien ne luy plaift de tout ce
qui luy nuit.
Sans peine elle le voit , le connoift ,
& lefuit.
Mais l'homme irrefolu dans toute
qu'il doit faire ,
86 MERCURE
Sourd à la loy du Ciel , à foy-même
contraire ,
Entretient dans fon coeur accablé de
remords ›
Un combat éternel de l'efprit & du
corps.
Il veut , & ne veut pas ,fouventla
mème choſe .
Nefaitprefquejamais le bien qu'il
Se propoſe.
Et toujours agité d'unfàcheux embarras
,
De luy - même , il fe porte au mal
qu'il ne veut pas.
Il n'a point de repos , & n'y laiße
perfonne.
L'Avarice & l'Orgueil compagnons
de Bellonne ,
Couverts d'un faux honneur , qui
choque tous les Dieux ,
GALANT 87
Luy fontporter laguerre , & la mort
en tous lieux !
C'eft ainfi que flatté d'un pouvoir
tirannique ,
Le dernier des Cefars , pour un droit
chimerique ,
Fait de toute l'Europe , un Theatre
fanglant,
Qu'il expofe aux fureurs du Soldat
infolent.
Parlons d'autres malheurs de la nature
humaine.
On n'y voit qu'un tiffu de douleur&
de peine.
Le bien qu'avec grand foin , on
pourfuit , on acquiert ,
Souvent dans un inftant , fe diffipe
[ conduite , & ſe perd.
La débauche , le feu , la mauvaise
Produit la pauvreté , qu'ils mérent
à leur fuite.
88 MERCURE
On perdfacilement l'argent le mieux
ferré,
Et dans un coffre fort , il n'eft plus
affuré.
Tel qui vivoit content dans la molle
opulence ,
Par un injufte Arreft tombe dans
l'indigence,
Et le plusriche , enfin , fuccombefous
les frais ,
Dont la chicane affreuse entretiens
lesprocés. [ rigine ,
Zes richeffes, enfont l'amorce & l'e-
Et pourfauver fon bien , l'on court
àfa ruine.
De tous coftez on vole , & dans tous
les emplois,
Qui vole adroitement eft à couvert
des loix.
Plus un homme a de bien & plus il
eft à plaindre
GALANT 89
Tout luy devient fufpect , il a lieu
de tout craindre.
Il n'eft pas affure de fes propres amis.
Un pere malheureux eft enproye àfon
fils.
On voit par un naufrage ou par une
incendie ,
Que l'on perd fans reffource & fon
bien & fa vie.
Et qu'un Banqueroutier plus cruel
qu'un voleur
Dépoüille une famille , & ternitfon
bonneur.
La fortune de l'homme eft toûjours
incertaine.
Quelque chofe qu'il faſſe il est né
pour la peine.
Et le Ciel qui decide, & qui reglefon
fort ,
Veut qu'il ne foit heureux qu'au
moment defa mort .
Juin 1703.
H
90 MERCURE
Plus it aft élevé, plus le chagrin
l'accable.
Quelquefois le plus pauvre eft le
moins miferable.
Le Cedre eft agité de la fureur des
vents [ rampans.
Bien plus que ne le font les arbustes
Les Rois meme expofez aux fureurs
de l'enuie ,
Ne goûtent point fans fiel , les douceurs
de la vie, low s
Toujours en mouvement , ces Aftres
d'icy bas ,
Pareils à ceux des Cieux no fe repoſent
pas.
Si la fortune caufe une peine infi
nie.
Dans l'homme chaquejour la natuïe
affoiblie
Par de vives douleurs ; qui touchent
de plus prés
GALANT 91
Le diſpoſe à la mort , &punitfes excés.
La fièvre , dont les feux ferpentent
dans fes veines
Par des accés divers renouvelle fes
peines. [ cruels ,
Et la Goute l'expofe à ces tourmens
Dont l'aveugle Themis gène les criminels.
Mille maux dont ilfait la irifte experience
,
De tous les Medecins , épuiſent la
fcience.
Etfouventtroppayez , pour le mieux
fecourir,
Ils augmentent fon mal , au lieu de
le
guerir.
D'où peut naitre l'Orgueil , parmi
tant de miferes ?
C'est que l'homme fe flate ; & nefe
connoift gueres?
"
Hij
92 MERCURE
Ce jeune évaporé , tout fier de fon
employ,
Acquis par fon intrigue , & les bienfaits
du Roy ,
Seroitmoins orgueilleux &paroîtroit
plus fage.
S'ilfongeoit qu'il eft fils d'un Bourgeoisde
Village.
Damon , feroit bientoft , fans charge
&fansfierté, [quite
Si de tout ce qu'il doit , il s'eftoit ac-
Ce fuge infupportable aux malheu
reux qu'il pille ,
N'a pas encorpayé la pourpre dont
il brille.
Lyfis , dit on , eft riche & d'un illuf
trefang,
Il eft de pere enfils , placé dans un
baut
rang.
Mais auxplus grands malheurs les
plus grands font en buse
GALANT
93
Et les plus élevez font la plus grandechute.
L'orgueil les deshonore & ternit la
Splendeur >
Que le peuple ébloüi trouve dans la
grandeur.
Les grands font toutefois d'une hu
meur moins altiere
[ tons:
Que des gueux revêtus fortiş de la
pouliere ,
D'une injuftefortune indignes avor
Si fiers & fi communs , au fiecle où
nous vivons.
Mais à blamer l'Orgueil , vaine
mentje m'obftine.
Au Ciel, avant le monde , il eût
fon origine.
Du Paradis terreftre ilfçut troubler
la paix.
Il naift avecques l'homme , & ne
mourrajamais,
94 MERCURE
Vous attendez fans doute
que je vous parle de l'Entrée
publique de Mr l'Ambaſſa .
deur de France à Venise ;
tout ce qui regardoit cette
Entrée ayant efté mis en étar.
Son Excellence envoya le 19.
Avril dernier le Secretaire de
l'Ambaſſade donner part au
College de fon arrivée , &
demander d'etre reçeu le
Dimanche 29. dụ meſme
mois. Il fut répon lu à fon
compliment avec toute la ci ;
vilite imaginable , & le Do.
ge nomma M ' le Chevalier
Erizzo , fage Grand , actuel.
>
95 GALANT
lement en exercice , & cydevant
Ambaffadeur en Fran-
45
ce , ainfi qu'il fe pratique en
pareilles occafions , pour aller
recevoir Mr l'Ambaffadeur ,
& pour l'accompagner au
College , à la tefte de foixante
Senateurs des premiers
du Pregady , qui furent auffi
nommez pour cette fonction,
M l'Ambaffadeur fir
donner enfuite avis du jour
fixe de fon Entrée , à Meffieurs
le Nonce , le Patriarche
de Venife , le Receveur de
Malche , & le Réfidentde
Mantouë , par un deles Gen96
MERCURE
tilshommes , & au Secretai
re de l'Ambaffade d'Eſpagne ,
par un de fes Valets, de
Chambre ; M ' l'Ambaffadeur
d'Eſpagne eftant mort le 15.
Avril, M' l'Ambaffadeur de
France n'envoya point à
l'Ambaffadeur de l'Empereur
à caufe des affaires prefentes.
Mr l'Ambaffadeur
fut complimenté de la part de
Mr le Chevalier Erizzo le
vingt ſept du mefme mois
& averty que ce Chevalier
eftoit nommé pour fervir à
fon Entrée ; Mr l'Ambaffadeur
l'envoya remercier le
lende main
GALANT 97
lendemain , & luy fit dire
qu'il feroit au Saint Eprit à
vingt heures , c'est à dire
trois heures de France aprés
midy , & qu'il eſperoit qu'il
s'y rendroit peu de temps
aprés.
Quoy que le temps parut
fort inconftant depuis quelques
jours , heureuſement le
Dimanche 29. dudit mois le
Ciel s'éclaircit tout d'un
coup de maniere que Mr
l'Ambaffadeur ayant envoyé
fes Gondoles fur le midy à
l'Ile du Saint Efprit , lieu deftiné
à recevoir Meffieurs les
Juin
17.03.
I
98 MERCURE
Ambaſſadeurs de France à
quatre mille de Venife
monta par, la porte du Jardin
de fon Palais dans une
Peote couverte de damas
cramoifi , avec le Secretaire
de l'Ambaffade , fes quatre
Gentilshommes , fon Secre.
taire , & une douzaine d'autres
Gentilshommes François
, ou dans les interests de
la France. Ses quatre Pages
leur Gouverneur , fes Valets
de Chambre , les Officiers ,
tout le reste de fa maiſon fuivoit
dans une autre Peote .
Mr Ambaffadeur fe rendit
THE
SUR
BIBLIO
DE
LYON
VILLE
BELA
VILLE,
GALANT
ainfi à l'Ifte du Saint E
•
THEQUE
90N
où il trouva le refte de fon
Cortege , compoſé d'environ
cinquante perfonnes , tant
Gentilshommes
que gros
Marchands établis à Venife ,
ou dans d'autres endroits d'Italie
, tous François , ou dans
les interefts de la France
qui avoient efté avertis par
des billets , les Pages & les
douze Valets de pied de Mr
l'Ambaffadeur qui estoient
arrivez un peu auparavant fe
mirent en haye ; la livrée des
Pages eftoit d'un tres- beau
velours cramoifi galonnné
I ij
100 MERCURE
d'or
•
celle des Valets de
pieds d'un drap fin , écarlate
& chamarré en plein d'un
grand galon de foye de fa
livrée ordinaire auffi riche
qu'une livrée où il n'y a ny
or ny argent , le peut être.
Les Peres Cordeliers reçeurent
Mr l'Ambaſſadeur à la
rive , il avoit un habit de
droquet d'or ; parce qu'il
eftoit cenfé n'arriver qu'alors
, il fut conduit dans l'appartement
qui luy avoit eſté
preparé , où il fut Harangué
en latin par le Pere Lecteur
de Theologie , il reçeut enGALANT
IOI
ΙΟΙ
•
fuite les complimens de M
le Nonce par fon Maitre de
Chambre fuivi de deux autres
Ecclefiaftiques , de M
le Patriarche de Venife par
un de fes Officiers fuivi de
mème de deux autres Ecclefiaftiques
, de Meffieurs le
Receveur de Malthe , & le
le Reſident de Mantouë par
leurs Secretaires , accompa- /
gnez chacun de deux Gentilshommes
, & du Secretaire
de l'Ambaffade d'Efpagne
accompagné auffi d'un Gen.
tilhomme il fut encore
complimenté par Monfieur
I iij
102 MERCURE
le Duc de Sforce & plufieurs
perfonnes diftinguées par
leur naiffance . Pendant que
M' l'Ambaffadeur recevoir
ces complimens , les Senateurs
aborderent à l'Ifle &
defcendirent de leurs gondo .
les ,
ainfi
que le Chevalier
deftiné pour faire les honneurs
de la Republique , elles
eftoient à quatre rames , toutes
fimples & noires , fuivant
la coutume ; celle du Chevalier
eftoit auffi noire mais un
peu plus ornée , & la livrée de
fes quatres Gondoliers eftoit
de velours bleu avec un grand
GALANT 103
galon d'or. Tous les Senateurs
eftoient en Robe rouge
de ceremonie , ces Robes
font d'un gros damas cramoifi
; ils avoient fur l'efpaule
une étole de velours à fleurs
de la même couleur. Le Che
valier eftoit vêtu de même ,
excepté que fa Robe eſtoir
de velours , & fon érole d'un
gros brocard d'or ; c'est la
marque de diftinction qu'ont
les Nobles qui ont eſté dans
les Ambaffades , ou qui ont
merité le titre de Chevalier
par leurs fervices . Les Senateurs
s'eftant affemblez def-
I iiiij
104 MERCURE
fous le Portique de l'Eglife ,
le Chevalier qui eftoit fur le
pas de la grande Porte , envoya
un Secretaire du Colle .
ge qui eftoit en Robe violette
pour avertir Mr l'Ambaſſadeur
de fon arrivée ; M ' l'Ambaffadeur
defcendit alors précedé
de tout fon Cortege , &
entra dans l'Eglife par
tite porte qui eft à droite au
milieu de la Nef : Auffitôt
M ' le Chevalier s'avança , &
vint joindre M' l'Ambaffadeur
qui ne fit que trois ou
quatre pas aprés estre entré
dans l'Eglife , & s'achemina
la
peGALANT
105
prenant la main fur le Chevalier
pour entrer dans la gondole
, où il prit encore la pla
ce d'honneur
qui eft la gauche
dans la gondole . Les Se
nateurs & le Cortege fe mirent
en marche dans le même
ordre ; ils eftoient au nom ,
bre de 47. quelques uns arri,
vez trop tard joignirent le
cortege dans la marche d'au.
tres ne s'y trouverent pas ,
eftans parens de M' Pifany ,
cy devant Ambaffadeur
en
France ,dont le pere venoit de
mourir . Les gondoles de Mrs
le Nonce , le Patriarche de
106 MERCURE
Venife , le Receveur de Malthe
& le Refident de Mantouë
, dans lefquelles eftoient
leurs Gentilshommes
, marchoient
à côté de celle où
eftoit M' l'Ambaſſadeur ;
elle eftoit fuivie de fes autres
gondoles : Elles ettoient vui .
des & avoient chacune quatre
Gondoliers vêtus d'une
livrée femblable à celle des
Valets de pied. Ces gondoles
ne fe faifoient pas moins remarquer
par le bon goût de
leurs ornemens
, que par
leurs richeffes. La premiere
eftoit ornée de plufieurs figu
GALANT 107
res , parmi lesquelles on rez
marquoit fur la Proüe l'union .
de l'Espagne avec la France ,
repreſentée par deux femmes
vêtues d'habits Royaux , un
enfant reprefentant le nou
veau Siecle , il eftoit accom
pagné de plufieurs autres &
portoit une branche d'Olive
: Au milieu de ces enfans
eftoit une Renommée qui
portoit dans fon bras gauche
un Bouclier où eftoient les
Armes de la France , & qui
tenoit de la main droite une
Trompette. Le faifte de la
gondole eftoit porté par qua,
1
108 MERCURE
tre grands Cartouches ayant
chacun leurs bafes , fur lefquelles
eftoient affifes quatre
figures reprefentant la Reli ·
gion , la Pieté , la Magnanimitié
& la Liberalité. La Raifon
eftoit reprefentée fur la
Poupe par une femme en ha
bit de Guerrier qui embrasfoit
& unifloit deux enfans , dont
T'un portoit le Cordon du S.
Elprit & l'autre la Toiſon
d'or , des Trophées d'Armes ',
des fleurs , des feuillages &
plufieurs figures . Le tout fai
foit enſemble un tres bel effet
, & eftoit doré d'or mat
GALANT 109
Cette gondole eftoit couverte
tant en dehors qu'en dedans
d'un brocard d'or tres riche,&
orné d'une grande crêpine
d'or. Plufieurs figures dorées
faifoient briller la feconde
gondole , elle eftoit couverte
de velours verd . Au milieu de
cet espece de dais on voioit
les Armes de France brodées
d'or en relief , toute cette
Couverture étoit pareillement
brodée d'or , & cette bordure
formoit unriche relief, le dedans
de cette gondole eftoit
garni du mefme velours.
La troifiéme gondole eftoit
Iгo MERCURE
auffi garnie de figures & d'ornemens
dorez , elle eftoit cou .
verte de velours de couleur
de pourpre , & galonnée d'or
tant en dehors qu'en dedans.
La quatriéme eftoit moitié
noire & moitié dorée , avec
quelques figures. Toute la
garniture eftoit de velours
noir.
Mr l'Ambaffadeur fut falué
en partant du Saint Ef.
prit d'une décharge de toute
l'Artillerie des Vaiffeaux François
qui le trouverent à Malamont.
Le bruit de l'Entrée
de Son Excellence ayant atti.
GALANT III
1
ré toute la Nobleffe , & un
nombre infini d'autres perfonnes
, la mer fe trouva couverte
de Barques , dont une
partie le fuivit juſqu'à fon
Palais ; il prit le chemin ordinaire,
paſſa pardevant Saint
Georges major & la Place de
Saint Marc ; où avant qu'il
entraſt dans le grand Canal ,
il for falué par d'autres Bâtimens
François qui le trouverent
vis- à vis de la Place de
Saint Marc . Les Senateurs
& tous
ceux du Cortege
eftoient arrivez avant Mr
l'Ambaffadeur pour le rece .
112 MERCURE
4
"
voir , & fe rangerent en haye
dans le Portique d'en bas .
Un grand bruit de Boëtes fe
fit entendre tour à coup ,
lorſque la gondole du Chevalier
où eftoit Mr l'Ambaf
fadeur , parut. Le Chevalier
& Mr l'Ambaffadeur ayant
mis pied à terre , paſſerent au
milieu des Senateurs & de
tout le Cortege , dont ils fu
rent fuivis jufques dans la
Chambre d'Audience , au fon
des Trompettes & des Hautbois
, des Fifres , des Tambours
& de plufieurs Inf
trumens. Les Appartemens
GALANT 113
eftoient meublez magnifiquement
; mais fur tout la
Chambre d'Audience. Le
Portrait du Roy y eftoit en
grand , fous un Dais de velours
cramoifi chamarré de
galon d'or . Il y avoit un Fauteüil
dont le dos eftoit tournéfur
l'eftrade couverte d'un
tapis de velours de la même
couleur. La Tapiflerie eftoit
auffi galonnée , & les chailes
eftoient d'un même velours
cramoifi garni d'un galon
d'or fur tous les lez. Ce fut
là que Mr le Chevalier fit
compliment à Mr l'Ambaf
Juin 1703.
K
114 MERCURE
fadeur fur fon heureuſe arri.
vée , qui aprés avoir répondu
le reconduifit en luy donnant
la main , ce que firent
auffi tous ceux du Cortege à
l'égard des Senateurs. Mr.
l'Ambaffadeur Faccompagna
jufqu'au troifiéme degré de
la rive , où les complimens
eftant faits de part & d'autre,
& la gondole du Chevalier
s'eftant remuée , il fe retira
fur le pas de la porte de fon
Palais , & y demeura pour
recevoir les reverences de
tous les Senateurs , & pour
leur rendre les mêmes civiGALANT
115
litez. Les Gardes qui eftoient
poſtées tant dedans que dehors
le Palais permirent à
tout le monde d'entrer . Jamais
on ne vit un fi grand
concours de Maſques , de
Nobles , de Gentils . Donnes
& de toute forte de perfon
nes . Tout le Palais brilloit
d'un grand nombre de lumieres
, les Trompettes , les Fifres
, & les Hautsbois qui
eftoient aux feneftres du Portique
d'en haut , le faifoient
entendre , & vingt - quatre
Violons divifez en deux
corps de Simphonie , qui
K ij
116 MERCURE
eftoient dans le premier Por
tique , leur répondoient , &
formoient de tres charmans
Echos . Il y avoit outre cela
de differens concerts dans
chaque Chambre. Les eaux
glacées & les confitures féches
de toute forte eftoient
fervies en abondance par les
Pages & les Officiers de Mr
l'Ambaſſadeur . On diftri .
buoit far l'escalier dans un
autre lieu des eaux glacées à
tous ceux qui en vouloient ,
ce qui dura fort avant dans
la nuit. On jetta au peuple
un nombre de pains , & les
GALANT 117
Fontaines de vin eftoient
dreffées fur la Bifte , qui étoit
toute illuminée.
Le lendemain 30. Mr le
Nonce , le Patriarche de Ve.
nife , le Receveur de Malte
, & le Refident de Mantouë
, envoyerent dés le main
leurs Gentilshommes au
Palais de M. l'Ambaffadeur
pour luy faire Cortege . M
le Chevalier Erizzo s'eftant
rendu avec les Senateurs fur
les huit heures du matin dans
FEglife Della Madona de
Corto, envoya un Secretaire
du College pour fçavoir fi
118 MERCURE
Mr l'Ambaffadeur étoit prér ;
la réponſe eftant venuë , le
Chevalier à la tefte des Senateurs
fe rendit au Palais
où il trouva à la Rive la livrée
en haye , & à l'entrée le
Secretaire de l'Ambaffade ,
les Gentilshommes de Mr
l'Ambaſſadeur , & tous ceux
du Cortege qui le receurent ;
Mr l'Ambaſſadeur qui étoit
en habit de ceremonie avec
un jufteaucorps & un man .
teau noir de foye , garni d'une
dentelle noire , avec un
rabat & un chapeau garni ,
à cordon d'or , & les gands à
GALANT 119
•
frange auffi d'or , & l'épée au
cofté , alla recevoir le Che
valier , & les Senateurs au
milieu de l'escalier , il donna
la main au Chevalier , ainfi
qu'avoient fait fes Gentilshommes
aux Senateurs , &
le conduifit dans la Chambre
d'Audiance , en fuite de quoi
on fe mit en marche ainfi
que la veille , pour fe rendre
au Palais de faint Marc ; Mr
l'Ambaffadeur prenant pour
lors la droite en marchant ,
& la Place d'honneur dans
la Gondole du Chevalier ,
ainfi
que ceux du Cor.
120 MERCURE
tege à l'égard des Senateurs
les Gondoles des Miniftres
étrangers , & celles de Mr
l'Ambaffadeur fuivoient on
alla defcendre à la petite
Place de faint Marc où les
Senateurs & tous ceux du
Cortege fe rangerent en
haye. Auffi . toft que Mr
l'Ambaffadeur parut , il fut
falué par les Bâtimens François
, ayant mis pied à terre ,
accompagné du Chevalier ,
precedé de fa maiſon & des
Gentils hommes des Miniftres
étrangers , & fuivi des
Senateurs & des Gentils hom.
mes
GALANT 121
mes qui les accompagnoient,
fe rendit au College par la
grande Cour du Palais , &
I'Escalier des Giens à travers
d'une infinité de Peuple ;
Cet Ambaffadeur étant monté
au lieu appellé le College
où l'on reçoit les Miniftres
Eftrangers , il trouva toutes
les portes ouvertes , la Salle
eftoit fi remplie de Nobles
Gencils - Donnes , & de Mafques
que les Sages eftojent
entierement confondus dans
la foule. Dés que Mr l'Am
baſſadeur parut hors la porte
de la falle , le Doge & tous
L
Juin 1793 .
122 MERCURE
ceux qui compofent le Cola
lege fe leverent , & fe dé
couvrirent tous ,à l'exception
du Doge qui fe leve , & ne
fe découvre jamais ; alors Mr
l'Ambaffadeur s'avança, mais
avec peine à cauſe de la foule ,
& fic trois reverences tri
plées,c'eft à dire une au Doge
& à ceux qui font à droite
& à gauche , la premiere fut
en entrant , la feconde fut
au milieu de la Salle , & la
troifiéme après avoir monté
les degrez de la Salle , il s'alla
affeoir à la droite du Doge;
& le couvrit fans attendre
ALANT 123
'd'y eftre invité , Madame
l'Ambafladrice qui avoit fou
haité de voir la fonction
eftoit entrée un moment auparavant
, un Secretaire du
College ayant eſté deſtiné
pour la recevoir & pour luy
faire faire place , elle eftoit
aflife au rang des Sages à la
gauche du Doge , qui luy fit
l'honnefteté de la faire avancer
julques là , afin qu'elle
fuft plus commodement. M
l'Ambaffadeur prefenta fa
Lettre de créance & la Lettre
de Monfeigneur le Dauphin ,
& les remit au Doge , lequel
Lij
124 MERCURE
les donna auffi toft à un Se
cretaire du College qui les
lut debout à haute voix , de
François en Italien , enfuite
de quoy Mr l'Ambaſſadeur
prononça ſon diſcours , que
le même Secretaire repeta
en Italien. Le Doge y ayant
répondu par des remerci .
cimens pleins de reſpect
pour Sa Majesté , & d'honnefteté
pour Mr l'Ambaſſadeur
, il fut remercié par
Mr l'Ambaffadeur , & le Doge
y repliqua en peu de paroles
, mais toutes remplies
d'honnefteté , aprés leſquel.
GALANT 125
les Mr l'Ambaffadeur fe leva
& fortit avec le Chevalier , &
les Senateurs après avoir fait
les mêmes reverences qu'en
En montant dans entrant.
la gondolle du Chevalier , il
fut encor falué par les Bâtimens
François Le Chevalier
& les Senateurs le reconduifirent
jufque dans fa
Chambre d'Audiance , où il
fut prefenté au Chevalier , &
& aux Senateurs du Caffé &
du Chocolat par les Pages &
les Officiers de la Maiſon , ils
furent reconduis enfuite de
la même maniere qu'ils l'a
Liij
126 MERCURE
voient efté la veille Les inf.
trumens & la même Simphonie
, qui avoient commencé
dés le matin dans le Palais
continuant toujours de fe
faire entendre, L'Ecuyer du
Doge prefenta une demie heu .
reaprés à M'l'Ambaffadeur le
prefent de la Republique
composé de dix baffins de
confitures & de vingt quatre
bouteilles de vin. Il fit un
compliment à Mr l'Ambaf
fadeur , qui le regala d'une
chaîne d'or de la valeur de
quinze loüis , & fit donner
une fomme confiderable
GALANT 127
aux autres Domeſtiques qui
avoient apporté le prefent.
Le même jour Mr l'Ambaffadeur
donna à diner à
Mr & Madame la Ducheffe
de Sforce ; & aux perfonnés
les plus diftinguées. Il y avoit
deux Tables de vingt couverts
chacune , rien ne fut
épargné dans ce repas
mers les plus rares pour la
faifon y furent fervis , & les
vins les plus délicieux y furent
bus , ainfi que les liqueurs
les plus exquifes , ce
qui fut accompagné d'un
deffert où il fembloit que le
les
!
Liiij
128 MERCURE
Printemps avoit raffemblé ce
qu'il a de plus beau . Pendant
qu'on eftoit à Table le
Doge envoya fon Cavalier
pour inviter Mr l'Ambaſſadeur
à la fonction qui fe fait
le premier jour de May , M²
l'Ambaſſadeur
qui eftoit en
cor à Table fit entrer le Cavalier
, & aprés avoir reçeu
fon compliment , luy fit bois
re la Santé du Roy & de fa
Serenite que M' l'Ambafladeur
but auffi , il ordonna
enfuite que l'on mit dans la
gondole du Chevalier plufieurs
corbeilles de confituGALANT
129
res feches. Aprés le diner
les portes du Palais furent
ouvertes à tout le monde.
On trouva les mêmes plaifirs
& les mêmes divertiffemens
que le jour precedent ; mais
qui parurent tous nouveaux
par le concours des Nobles
& de tout le Peuple qui
avoient efté charmez dés la
veille ; ce concours fut fi
grand ( quoy qu'il plut vers
la fin du jour ) que plufieurs
furent obligez de ſortir ne
pouvant refter à cause de la
trop grande foule , ce qui
dura prefque pendant toute
130 MERCURE
la nuit. M' l'Ambaffadeur
fit fervir les mefmes tables
pendant toute la femaine
jufques à ce que tous ceux
du Cortege cuffent eſté traitez
.
>
Le Mercredy 2. May un
Secretaire vint prier M ' l'Ambaffadeur
de la part du Col
lege d'y aller le Vendredy 4.
du prefent mois pour recévoir
la réponſe du Senat ,
c'est au College que tout ce
qui eft prefenté par les Etrangers
, eft lû & examiné pour
y faire enfuite réponſe . M
l'Ambaffadeur s'y rendit au
"
GALANT 131
jour marqué dans fes gondoles
avec quelquesuns de fes
Gentilshommes qui l'avoient
accompagné le jour de fon
Entrée & toute fa Maifon . Il
fut reçû au milieu de l'Ef
calier par le Cavalier du
Doge ; lorfqu'il fut en haut ,
il trouva les portes du College
fermées felon la cou
tume , & un lieu dans l'antichambre
garny d'un capis
pour ſe repoler. L'escalier
eftant tres haut on a befoin
de prendre haleine aprés l'avoir
monté. Mr l'Ambaffadeur
s'eftant repofé fit dire
132 MERCURE
par l'Huiffier qu'il eftoit arrivě
& un moment aprés les
portes luy furent ouvertes , il
entra feul , & aprés avoir fait
fept reverences ; il alla prendre
la même place qu'il avoit
occupée la premiere fois ,
ayant efté reçû de la même
maniere. Le Doge luy remit
d'abord les reponſes à la Let.
tre du Roy & à celle de Monfeigneur
le Dauphin ,& luy dic
que le Senat faifoit à fon difcours
la réponſe qu'il alloit entendre ; le
Secretaire auffitôt en fit lectu .
re , M' l'Ambaſſadeur Y
pondit par un compliment
réGALANT
133
de peu de paroles , auquel le
Doge répondit avec des fentimens
d'eftime pour la
perfonne
& le caractere de M
l'Ambaffadeur. Il fortit enfui
te par une autre porte qui
eft à main gauche aprés avoir
fait les reverences , le Secretaire
le fuivit & l'accompa
pagna dans la Chapelle du
Palais qui eft proche , où il
dit au Secretaire de l'Ambaf
fade la réponſe du Senat qu'il
venoit de lire à M'l'Ambaffa.
deur , l'ufage eftant de ne leur
donner jamais rien par
écrit . Le Secretaire recon;
134 MERCURE
duifit Mr l'Ambaſſadeur juſqu'à
la porte de la grande
falle qui tient d'un côté au
College & de l'autre à la Chapelle,
aprés quoy мr l'Ambaffadear
fe mit en marche , &
au lieu d'aller remonter dans
fes gondoles à la Place de
Saint Marc , il traverſa à pied
toute la Mercerie. Sa Maiſon
marchoit en ordre devant lui,
fon Suiffe à la tefte de les dou .
ze Valers de pied , fes Valets
de Chambre & Officiers fuivoient
, enfuite fes quatre
Pages & leur Gouverneur ,
aprés quoy marchoient´fes
GALANT 135
Gentilshommes & ceux du
cortege ; Mr l'Ambaſſadeur
marchoit le dernier accom
pagné du Secretaire de l'Ambaffade
de France & de celuy
d'Efpagne , il alla en cet ordre
au bas du Pont Realte ; où il
monta fa gondole.
Vous fçavez que Mr l'Am
baffadeur dont je viens de
vous parler cft Mr de Char
mont, Secretaire du Cabinet ,
& qu'il eft de la Maiſon des
Hennequins , originaire de
Champagne. Cette Maifon
eft fort illuftre elle a eu des
136 MERCURE
Prefidens à Mortier , ainfi
qu'aux Enqueftes & aux Requeftes
du Palais : Elle a donné
des Evêques aux Eglifes
de Senlis , de Troyes , de
Soiffons , & de Rennes , &
des Abbez à Saint Martin
de Troyes , & à Efpernay :
Elle eft alliée aux Maiſons
de Gouffier ,Boiffy Rouanois .
de la Marck- Braine , de Balfac
Entragues , de Brichanteau
Nangis , de Barbou la
Bourdafiere , de Filhet - la Cerée
, d'Arbalefte Melun , des
Nicolaï , le Maistre Brulart
Molé , Vialard , le Févre.
GALANT 137
'd'Eaubonne , l'Archer , Poitier-
Blanc Mefnil , le Faure-
Morfan , de Mefmes - Boiffy ,
de Reffuge , & de Luillier.
Mr de Charmont prit d'a.
bord le party de l'Epée , &
enfuite celuy de la Robe , il
a efté Procureur general au
grand Confeil , & aprés avoir
vendu cette Charge , il acheta
celle de Secretaire du Cabinet
, & fur quelque temps
aprés nommé Ambaffadeur
à Veniſe. Quand on a poffedé
tant d'emplois differens
on doit cftre univerfel , &
plus on a de lumieres , plus
Juin 1703.
M
138 MERCURE
on doit eftre capable de poffeder
les premiers emplois
& de fe tirer des affaires épi .
neufes qui furviennent & qui
embaraffent fouvent ceux
qui manquent de lumieres
pour en bien fortir.
Je vous ay deja parlé de
l'établiffement
qui s'eft fait
de l'Adoration perpétuelle du
tres Saint Sacrement de l'Autel
à Charenton , fur le même
terrain où eftoit cy devant le
Temple de la Religion pretenduë
reformée , & de la
tranflation qui s'y elt faire à
GALANT 139
ce fujet , du Prieuré & Monaftere
des Religieufes Benedictines
de Notre Dame du
Valdofne , qui eftoit ſcitué à
l'extremité de la Champa.
gne. Je vous ay dit auffi que
Mr le Cardinal de Noailles ,
Archevêque de Paris , ayant
choifi les faintes Filles de ce
Prieuré pour l'execution de ce
pieux exercice ; elles le com
mencerent peu de temps
aprés leur arrivée dans ce lieu ,
dans une petite Chapelle
qu'elles fe firent dans un
Corps de Logis , en attendant
laconftruction d'une Eglife :
Mij
140 MERCURE
Elle vient d'eftre achevée &
comme elle s'eft trouvée en
eftat d'eftre benite au mois
de May , Son Eminence a
voulu en faire elle même la
ceremonie,ce qui fut executé
le mardy d'aprés la Pentecôte .
S. E. s'yren dit le matin, ſa mo.
deftie luy fit ordonner qu'on
retranchât l'apareil de la reception
que la Prieure ſe propofoit
de luy faire , ainfi elle
fe prefenta fimplement avec
toutes fes Religieufes à fon
Eminence. Le Reverend
Pere de la Motte , Superieur
des Religieux Barnabites de
GALANT 141
Paris , luy fit le diſcours fuivant
en qualité de Superieur
de ce nouvel établiffement.
MONSEIGNEUR,
Former un Paradis en terre ,
le peupler de Saints Adorateurs ,
faire de l'Univers un Temple
où Dieu habite , & où les Anges
& les hommes , luy rendent
de perpetuels hommages , ce fu¬
rent les prodiges qu'admira le
monde naiffant , voir les Etoilles
tomber du Ciel : de pures intellia
gences , devenir des Prevarica.
teurs. Les hommes feduits par
142 MERCURE
le men .
l'envie de ces Apoftats. Le Ciel
dépeuplé ; l'erreur
fonge triompher de la verité
c'est ce qui a fait la défolation
du monde dans la fuitte des Siecles.
;
Mais que les Temples foient
abbbatus , l'herefie foudroyée ;
les hereriques foumis aux loix de
l'Eglife , c'eft ce quifurprend tou
te l'Europe , depuis qu'il à plû à
Dieu deplacerfurlesfleurs de liš ,
Louis XIV. noftre incompa
rable Monarque
.
Les défirs de fon coeur tres
Chreftien ont furpaffez les Victoires
que Dieu a donné à fon
GALANT 143
bras invincible ; il a voulu tellement
ruiner l'empire de Satan
qu'il yput fonder celuy de Fefus
Chrift , démollir des Temples
bâtir des Eglifes fur leur ruines
aneantir unfaux culte pour
faire refleurir la Religion.
Vos voeux font exaucez ,
grand Roy , le fort de l'herefte
devient en ce jour le Trophée de
la Foy , & à l'arrivée de Voftre
Eminence , Monfeigneur , en ce
lieu aprés y avoir fouté à vos
pieds les ruines d'un Temple abo.
minable ; frapé de voſtre bâton
paftoral , le monftre de l'errear ,
toute la France fçaura que la
144 MERCURE
Sainteté par la Benediction de
cette Eglife a fuccede à l'abomination.
L'Augufte Mistere de
nos Autels à l'execration des Sacrileges
; & que d'autres Anges
en forme humaine , des Vierges
du Seigneur ont efté par vous
appellées pour rendre à Dieu
dans ce nouveau Paradis en terre
, des adorations perpetuelles en
en verité. esprit
Son Eminence répondit
par des fentimens qui mar.
quoient la joye qu'elle avoit
d'un étabiffement fi Saint , &
l'eftime particuliere qu'elle
faifoit de ce Pere.
Son
GALANT 145
Son Eminence s'eftant mife
enfuite en eftat de faire
la Benediction de l'Eglife ; il
la commença ſuivant l'ufage
par les dehors , eftant accompagné
de plufieurs Ecclefiaf.
tiques , & il la finit par le de
dans de l'Eglife.
La Prieure & les Religieus
fes eftant enfuite venuës
dans leur Choeur , on prepara
l'Autel où Son Eminence
affifté du même Clergé celebra
la Sainte Mefle. Les Religieufes
& plufieurs autres
perfonnes y communierent
de fa main , il y expofa le
Juin 1703.
N
146 MERCURE
Saint Sacrement , & l'aprés
midy le Reverend Pere Bourdalouë
, Jefuite y fit une Pre.
dication dans laquelle il fit
voir la gloire du Roy dans celle
que la Benediction de fes armes
procuroit à Dieu , en le faisant
adorer à perpetuité , dans un
lieu qui eftoit auparavant le
centre de l'herefie dont Dieu
lay avoit refervé l'entiere def
truction. Il témoigna la confolation
fenfible qu'il avoit
de prêcher les veritez de l'Evangile
dans ce lieu où elles
avoient efté fi fouvent prophanées
, & il s'étendit fur
1
GALANT 147
le digne choix que Son Eminence
avoit fait de ces Sain
tes filles pour remplir les obligations
de cette Adoration
perpetuelle à laquelle elles
font toujours plus animées
par l'exemple de Madame de
Chauviré , leur Prieure , il .
ultre par la naiſſance , &
plus illuftre par le merite que
la ferveur de fon zele à la
pratique de toutes fortes de
vertus luy ont acquis.
Madame la Princeffe de
Liflebonne qui fait éclater ſa
Pieté éminente dans toutes
les occafions où il s'agit de
Nij
148 MERCURE
de procurer la gloire de Dieu,
a pris tant d'affection pour
cette maiſon qu'elle s'y eft
fait accommoder un petit
appartement où elle va regu .
lierement toutes les Festes
& Dimanches , joindre fes
adorations à celles de ces
Saintes filles qui font édifiées
de la pieté exemplaire de
cette grande Princeffe , &
qui reffentent journellement
les effets de fa protection
elle fe trouva à la Ceremonie
& communia à la Meſſe avec
les Religieufes .
Cette folemnité qui atti
GALANT 149
ra un grand concours de
monde de Paris , finit par la
Benediction du tres . Saint
Sacrement
.
Cet établiffement fera
le plus glorieux Trophée des
Conqueftes de noftre incomparable
Monarque qui a esté
donné de Dieu pour écraser
la tefte du Serpent de l'herefie.
Mcffire N.. de Montholon ,
Premier Prefident du Parlement
de Rouen , eft mort en
cette Ville aprés une longue
maladie dans laquelle même
Niij
150 MERCURE
il a eu le malheur de perdre
la vûë. Il avoit épousé en premieres
nôces Dame N... de
la Guillaumie dont il a eu des
enfans, & en deuxièmes Mada.
me la Baronne d'Henneval ,
veuve de Mile Baron d'Hen .
neval , mort Ambaffadeur en
Portugal ; dans une conjoncture
auffi delicate , Madame
la premiere Prefidente de
Montholon , alors Madame
d'Henneval, donna des preuves
de la fuperiorité de fon
genie , puifque pendant un
certain temps elle demeura
chargée des affaires , & qu'elle
recevoit les Paquets de la
GALANT 151
Cour. M' de Montholon
eftoit fils de feu Mr de Montholon
, qui n'avoit jamais
eu d'autre employ que celuy
d'Avocat ! Rare exemple de
modeftie , dans une perfonne
qui defcendoit de fi illuftres
Magiftrats . La mere de Mr
le Premier Prefident eftoit
Dame N ... Lanier . Mr de
Montholon avoit un frere
Abbé Regulier de l'Abbaye
de Citeaux en Bugey ,homme
d'un rare merite ; & une foeur
Religieufe dans l'Abbaye
Royale de Bons à Belley
morte depuis quelques an-
N iiij
152 MERCURE
nées ; il avoit encore un frere
qui fe noya
il y a plufieurs années dans
une petite Riviere du Bugey.
La Maiſon de Montholon
eft originaire de Bourgogne ,
où la Terre eft aujourd'huy
poffedée par Mr le Marquis
de Toulonjon : Cette Mai .
fon eft d'une Nobleffe d'E .
-pée , & elle a porté les Armes
plus de 300. ans avant de s'engiger
dans la Magiſtrature ,
Mr de Montholon qui vient
de mourir avoit efté Confeiller
au grand Confeil , il avoit
la reputation d'un bon &
malheureuſement
GALANT 153
excellent Juge , il eftoit tresaimé
dans la Province de
Normandie & on y a appris
fa mort avec beaucoup de
douleur.
La Maiſon de Montholon
fort par les femmes de celle
de Boiffy , dont eftoit Godefroy
de Boilly , Secretaire du
Roy Jean , qui établit le Col.
lege de ce nom en 1358 pour
ceux de fa famille feulement,
du nombre de laquelle on
prend toujours le Principal ,
le Chapelain & les Ecoliers-
Bourfiers. Cette Maifon de
Boiffy fubfifte aujourd'huy
154 MERCURE
dans celles de Mefgrigny ,
Molé Champlatreux , Monchi
, Hocquincourt , Montho
lon , Longueil , Mailons , Bel
lefouriere Soyecourt , Chaſ
febras du Breau & de Cramailles
, Bragelogne , Seve ,
Tronçon & Heffelin.
Þ
Feuë Dame N.. de Montho
lon avoit épousé Mr de la
Haye Seigneur de Ventelay ,
Ambaffadeur pour le Roy à
Veniſe & auparavant Ambaſ
fadeur à la Porte. Il eft petitfils
de Jean de la Haye Sei .
gneur de Ventelay , Confeiller
au grand Conſeil , auffi
GALANT 155
>
des
Ambaſſadeur à Conftantinople
, & de Marguerite de Palluau
& petit fils d'Hilaire
de la Haye , Seigneur de
Ventelay Auditeur
Compres , & de Marie Gilles
fille de N... Gilles , auffi Ambaffadeur
à la Porte . La maifon
de Montholon eft illuftre
elle a donné des Gardes des
Sceaux à la France , un Cardi .
nal à l'Eglife , & divers Officiers
dans les premieres Char.
ges
de la Robe. Madame de
la Haye eft morte fans enfans.
Le Cardinal de Montholon
fut un grand homme de bien
156 MERCURE
& fort celebre dans fon temps
par fon efprit & par fon érudi
tion , fes cendres repolent
dans l'Eglife de l'Abbaye
Royale d'Efnay de Lyon ,
Plufieurs Hiftoriens , qui
ont traité des Cardinaux François
, & fur tout Ciaconius ,
ayant affuré qu'il n'y avoit jamais
eu un Cardinal de Montholon
, j'ay crû qu'une dif.
fertation fur l'excellent per- .
fonnage de ce nom , qui a
efte honoré de la Pourpre
Romaine , ne déplairoit pas
aux curieux .
Je dis donc aprés Duchef.
GALANT 157
ne & Mr Baluzze , que Guillaume
de Montholon Preftre
fut Cardinal fous le titre de
S Eftienne in Coclio monte ,
& qu'il fut honoré de cette
eminente dignité le quatrié.
me des Kalendes de Juin de
l'année 1438. par le Pape Clement
VI . qui avoit beaucoup
dé
confideration pour luy :
il fut mis dans le nombre
des Cardinaux avec Pierre
Roger fils du Comte de Beau .
fort , & neveu de Clement
VI. qui fut depuis Pape fous
le nom de Gregoire XI . &
qui à la perſuaſion de fainte
く
158 MERCURE
Catherine de Sienne retablit
le faint Siége à Rome. Il eft
par confequent furprenant
que les Hiftoriens , & fur tout
Ciaconius , affeurent qu'en
l'année 1438. Clement VI. ne
créa qu'un Cardinal . On peut
oppoſer à une fi fauffe remarque
le titre d'une fondation
que Guillaume de Montholon
fit en 1351. d'une Cha
pelle dans l'Abbaye d'Efnay
à Lyon , dans laquelle il fonda
l'onzième de Mars pour
le falut de fes parens & celuy
de fon ame , deux Meffes ,
l'une du faint Sacrement , &
GALANT 159
l'autre de la ſemaine , qu'il
voulut être celebrées tous les
Mardis & Samedis de l'année
à l'Autel confacré en l'hon .
neur de faint Benoist , qu'il
venoit de fonder , & pour
l'entretien duquel il donna
tous les revenus qu'il avoit
acquis du Seigneur de Lyferable
, il mourut au mois de
Novembre 1354. les Hifto
riens ne parlent pas du lieu
de la fepulture ; mais il eſt
certain que ce fut dans la
même Eglife d'Efnay , comme
je l'ay deja dit . Je dois
ajoûter à ce que j'ay deja dit
1
160 MERCURE
de cette ancienne Maiſon ,
qu'on doit compter entre les
grands hommes qu'elle a
fourni à l'épée , un Charles
de Montholon , Chevalier de
Malthe , qui donna des preuves
fingulieres de fa valeur
lors du Siege mis devant
Rhodes par Mahomet II.Empereur
des Turcs . Le grand-
Maistre d'Aubuffon , avoit
pour luy une confideration
& un attachement particulier
; on peut voir dans l'Hif
toire de Malche de Boiffat ,
comme cet Hiftorien s'ex .
plique en faveur de ce Che
GALANT 161
valier. Cette Maifon a encor
donné deux Avocats generaux
au Parlement de Bourgogne
, & elle a encor plu
fieurs branches . Montholon
porte d'azur a un Mouton
d'or , trois quintes feuilles
d'argent en chef
M' de Pontcarré a eu la
Charge de premier Préſident
du Parlement de Roüen en
payant le Brevet de retenue
aux enfans de feu Monfieur
de Montholon , partie aux
enfans du premier hit , & l'autre
partie à ceux du fecond.
Il eft Maitre des Requel.
Juin 170,-.
O
162 MERCURE
tes , il avoit épousé en premieres
Noces la fille du
Prefident le Boulanger , & il
vient d'époufer Mademoiſelle
de Bragelone. Il eft frere
de Madame de Bochard
Champigni , & ils font enfans
de Meffire N .... Camus de
Pontcarré , qui aprés avoir
paffé par plufieurs Charges
importantes , joüit enfin de
celle de Confeiller d'honneur
au Parlement de Paris . Heft
petit fils de Geofroy Camus
Seigneur de Pontcarré , Confeiller
du Roy en fes Confeils
, Maiftre des Requestes
GALANT 163
ordinaire de fon Hôtel , &
premier Prefident au Parlement
de Provence , & de
Jeanne Sanguin Livry. Ce
Geofroy Camus eut pour fucceffeur
à la charge de premier
Prefident de Provence , fon
gendre Helic Laîné, Seigneur
de la Margrie & de la Dourville
, lequel avoit efté Confeiller
au Parlement de Paris ,
Maistre des Requeſtes , Intendant
de Justice en Poitou
& en Touraine , & Prefident
en la Chambre des Comptes,
& qui vint enfin mourir
Confeiller d'Etat ordinaire :
o ij
164 MERCURE
cet Helie Laifné eût d'Anne
Camus , fille de Geofroy ,
Louis Laifné fieur de la Margrie
, Confeiller au Grand
Confeil , Maiftre des Requê
tes , Intendant de Justice &
d'Armées en Guienne , Lan .
guedoc , Normandie & Bourgogne
, premier Prefident au
Parlement de Dijon en 1654.
& enfin Confeiller ordinaire
du Roy en fes Confeils d'E
tat, & direction des Finances,
lequel a laiffe des Enfans
d'Anne Marcel. Antoine de
Camus fe fit fort confiderer
au fiege d'Oftende.
GALANT 165
a
Cette maison à de grandes
alliances : car par le mariage
que Geofroy Camus , dont
j'ay parlé , contracta avec
Jeanne Sanguin fille de Jac.
ques Sanguin Seigneur de
Livry,Lieutenant general des
Eaux & Forefts de France ,
& de Barbe de Thou , fille
d'Augufte de Thou , Seigneur
de Bonneuil , Prefident au
mortier. La maison de Ca
mus fit de grandes alliances
avec la maison de Thou , celle
de Marte de Verfigni , dont
eftoit la mere de Barbe de
Thouy , & avec celle du Pn
166 MERCURE
parceque Claudine Sanguin
foeur de Jeanne épousa Clau .
de Dupay , Confeiller au
Parlement , d'où sont venus
Meffieurs Dupuy ces lumie.
res de France : cette maifon
eft alliée à celle de Meffieurs
de Seve Rochechouart , dont
eft Mr l'Evêque d'Arras , par
le Mariage de Pierre de Seve,
Seigneur de Montely en 1545.
( celui qui a formé cette
branche de Seve Rochechoüart
) avec Marguerite
Camus , fille de Jean Baron
de Riviere , Seigneur de Bagnols
, de Pontcarré. Cette
GALANT 167
famille a donné un Evêque à
l'Eglife de Belley , plufieurs
Confeillers d'Etat , Maitres
des Requeſtes , Conſeillers
au Parlement & autres Cours
Souveraines , tous recommandables
par leur doctrine,
par leur pieté , & par une
probité diftinguée .
Le Parlement de Rouen
eftoit une Cour d'Eſchiquier
le Roy Philipe le fondé par
Bel
vers
l'an
1286.
pour l'adminiſtration
de la justice
de
Normandie
. Elle
fut fixée
en
1499.
par
Louis
XII . ce Prince
la rendit
perpetuelle
à la
168 MERCURE
priere du Cardinal d'Amboi.
fe, & en 1515. François I. ayant
éteint le nom d'Echiquier lui
donna le titre de Parlement.
Du refte la ville de Rouen a
fouvent efté fujette à de
grands malheurs , & à de terri
bles incendies , comme celuy
qui eft marqué par les Auteurs
en 1019. l'an 841. elle
fut prife par les Normans.
Les Anglois s'en rendirent
maistres en 1418 & en 1449.
elle fe remit fous l'obeïffance
de Charles VII , elle fouffrit
beaucoup dans le feiziéme
fiécle durant les troubles de
la
GALANT 169
la Religion. Les Huguenots
l'avoient prife ; elle fut repriſe
& faccagée fous Charles
IX. en 1562. Antoine de
Bourbon Roy de Navarre y
receut durant le Siége prés
de la porte de faint Hilaire
une bleffure , dont il mourut
peu de temps aprés , parce,
difent les Hiftoriens , que fa
playe fut envenimée par les
approches d'une belle Demoifelle
qu'il aimoit. Son fils
Henry le Grand prit depuis
Rouën fur les Ligueurs en
1594. aprés l'avoir afliegée
tilement en 1592.
Juin
1703.
P
170 MERCURE
Une des plus belles Dames
de la Cour , ayant foutenu à
M. D. S. dans une converfa.
tion , que le noir eft une couleur
haiffable ; & qu'il ne fied
bien à perfonne , il luy envoya
le lendemain les Vers fuivans.
ELOG E
DU NOIR.
STANCES LIBRES.
"Ous condamnez le Noir : il vous
Vo
eft odieux
$2.1
Comteffe , & fon malheur me touche.
GALANT 171
De cet Arreft de votre bouche ,
F'ofe appeller à vos beauxyeux.
$
Les Filles du Soleil , ces Heures fu .
gitives
Qui partagent tous nos momens ,
Du Blanc avec le Noir mêlent les
agrémens .
Si les noires font les plus vives ,
F'en prens à témoins les Amans.
S
Si le Ciel éclatant de blanc & de
vermeil
Prefente à nos regards qu'il offufque
& qu'il laſſe
pompe du Soleil ;
Toute la
Trouvez- vous qu'il ait moins de
grace
Lorfque fans tumulte & fans
bruit
Ilparoiftfous de fombres voiles
Pij
172 MERCURE
Mêlant la noirceur de la nuit
Avec l'or bruni des Etoiles ?
$
Et vous , noires Forefts , retraites du
Silence ,
-
- Où les coeurs tendrement touchez .
De leurs ennuis fecrets , de leurs
tourmens cachez,
Vontfoulager la violence ,
Parquelle charmante douceur
Sçavez- vous alleger le poids qui les
opprime !
O! qu'elle ajoute un traitfublime
Al'éloge de la Noirteur .
$
Vous fcavez qu'elle fut la Fille de
Cerés :
Unfombre lumineux regnoit dansfes
attraits :
Toute sfois , leTyran des ames
1
GALANT
173
Fut arrefte dans fes liens :
Sa noirceur fit fentir au Monarque
des flames
Desfeuxplus cuifans que lesfiens .
Sous les noires vapeurs qu'exhalent
fes pavots ,
Couché non- chalammentfurun lit de
repos ,
Le plus charmant des Dieux dans
fa grotte enchantée
Bruke pourvos yeux noirs , galante
Pafithée.
2 .
Cette Heleine , pour qui la Grece
Aur avißeur Troyen fit fentir fon
courroux
Avoit les fourcils & la treffe ,
Avoit les yeux , jeune Comteffe ,
Moins beaux , à dire vray , mais
noirs ainfi que vous .
Piij
174 MERCURE
2
Vous me direz que je me moque
Avec ce creux raisonnement ,
Et quefi la noirceur vous choque ,
Ce n'est que dans l'habillement :
Maisfi la Mufe à mon idée
Trouve des termes à fournir ,
Je présensfur ce point vous faire convenir
Que vous n'êtes pas mieux fondée
.
Le Noir , dans fon ajuſtement
A desfonctions infinies ,
Etnosfuges Ayeux , en ontfait l'or.
nement
Des plus nobles ceremonies.
Noir on faitfa Cour : c'est un
babit pompeux
Que le Bal n'exclut point defagalanterie
;
GALANT 175
On s'y vifite , on s'y marie ,
Aux pieds de nos Autels on y porte
fes voeux.
2
Le Noir , parfon contraste , eft pour
un beau vifage
Le plus avantageux atour :
C'est ainsi , que l'Aftre du jour
Nous paroift plus brillant quand il
perce un nuage :
Le Noir , de la beauté redouble la
Blendeur,
Son éclat fe nourrit fous fon ombre
épailies
La Blonde en a moins defadeur,
Et la piquante Brune en paroift
éclaircie.
C'est la couleur du Deüil , il faut
qu'on le confeffe ,
Et ce fera lefort de vos objections :
P iiij
176 MERCURE
Mais pour le Noir, belle Comteſſe
,
Renoncez aux préventions s
Car s'il couvient à la trifteffe
Il convient aux fuccefions.
S
A ces grandes raifons je n'en ajoute
qu'une ,
Et dont le poids eft important :
Cejoli petit Chat que vous cherißez
tant ,
Sur fon habit doré charge la couleur
brune :
Fugezpar là , fi vous devez
Garder contre le Noir une haine fi
forte ;
Haiffez- le ,fi vous pouvez ,
Mais haiſſez auſſi le mignon qui le
porte .
GALANT
177
Les paroles fuivantes font
tirées de ma Lettre du mois
d'Octobre 1702. Elles ont
efté faites à table par un Of
ficier , à qui un de fes amis
propola d'aller avec luy au
Perou .
F
AIR NOUVEAU.
E n'irois pas pour le bien
M'expoferfur l'onde ;
Puifque je compte pour rien
Une terre en or feconde .
Mais pour guerir d'un amour
Qui m'occupe nuit & jour ,
Firois au bout du monde .
178 MERCURE
Mademoiſelle de Menars
a époulé Mr Dugué de Bagnols.
Cette Demoiſelle qui
eft jeune & bien faite eft fille
de Meffire... de Charron
Marquis de Menars Prefident
à Mortier au Parlement de
Paris . Tout le monde fçait
que ce Magiftrat a un goût
déclaré pour les belles Lettres
qu'il les a cultivées avec beau
coup de fuccés , c'est par fes
foins que la celebre Bibliotheque
de Mr de Thou a efté
raffemblée ; elle eftoit entierement
difperfée , & elle eſt
maintenant chez Mr le PreGALANT
179
fident de Menars dans un
auffi grand ordre qu'elle étoit
fous l'illuftre Preſident qui en
eftoit le maiftre . Feüe Madame
Colbert eftoit foeur de Mr
le Prefident de Menars qui
par conſequent eft oncle de
Mr le Marquis de Blainville ,
de m ' l'Archevêque de Rouen
& des trois Ducheffes leurs
foecurs . La Maiſon de Charron
eft fortie de Blois , & l'on
voit à deux lieües de cette
Ville , la magnifique maiſon
de Menars , qui eft un Chefd'oeuvre
d'Architecture . M' le
Preſident de Menars & мada ,
180 MERCURE
me Colbert fa foeeur ( Marie
Charron ) eftoient venus du
mariage de Jacques Charron ,
S'de Menars , Bailly de Blois ,
& de Dame Marie Begon, Jean
Charron , Seigneur d'Ennery
& de la Charronniere , for reçû
Confeiller au Parlement
le 20. Decembre 1522. d'où
vint un fils qui fut Maître des
Requestes , & une fille mariée
à Claude de Berziau Seigneur
de la Marfilliere , Confeiller
au grand Confeil. ce Jean le
Charron fut Prevôt des мarchands
de la Ville de Paris
en 1572. & enfin Confeiller
GALANT 181
d'Etat ordinaire . Cette Branche
particuliere fondit dans
la Maiſon de Breteüit leTonnelier
, dans celle de Meffieurs
Malon Seigneurs de Juffeaux ,
& dans celle de Meffieurs
Florette Seigneurs de Buffy :
car Claude le Tonnelier de
Breteuil épousa Marie Charron
fille du Prevost des Marchands
, & d'Anne Guiet de
Charmeaux , d'où vint Mr de
Breteüil Confeiller en la Cour
des Aydes , enfuite Procureur
general de la même Cour , &
enfin Confeiller d'Etat , qui
épouſa Marie le Fevre niêce
182 MERCURE
du Garde des Sceaux de Cau
martin . La Mailon du Gué
de Bagnols eft affés connuë ,
j'en ay parlé plufieurs fois :
Mr du Gué qui époule mademoiſelle
de Menars eft fils de
Mr du Gué qui a perdu la vûë ,
coufin de Madame la marquife
de la Chaife qui eft fille
du Prefident du Gué , & auffi
coufin de Madame la marqui
fe de Murcé qui eft auffi Duu
e' .
Με
L'article qui fuit vous fera
connoiftre la perte que l'Em.
pire des Lettres vient de
faire .
GALANT 183
LETTRE
DEM DE GAICHIES ,
Theologal de Soiſſons ,
à Mr l'Abbé Bofquillon ;
contenant l'Eloge de Mr
Hébert , Treforier de
France , & Academicien
de la même Ville .
E me perfuade , Monsieur ,
que quelqu'un de Meffieurs de
l'Academie de Soiffons , dont
vous eftes un fi digne membre ,
vous donnera avis de la mort de
Monfieur Hebert Treforier de
184 MERCURE
France , qui eftoit comme vous
fçavez, un des Academiciens qui
ayent le plus contribué à l'efla¬
bliffement de cette Compagnie ,
qui luy ayentfait plus d'honneur.
Je ne laifferai pas neanmoins de
vous dire qu'il mourut kier vingt.
deux du mois âgé de foixante
dix fept ans
Čet illuftre deffunt avoit trop
de part à voftre amitié & à voftre
eftime , pour ne pas vous por.
ter , Monfieur , à luyfaire ren .
dre auxyeux du public l'honneur
qu'on defere aux perſonnes , qui
comme luy , ont un à des em
plois honorables l'amour des let.
GALANT 185
tres & une grande probité.
Son nom paroiffoit ily a long
temps à la tefte d'une piece d'elo
quence qui eft dans les recueils
de l'Academie Françoife . Mais
depuis l'on a vû ce même nom
avec des difcours des Haran,
gues qu'il fit imprimer ily a environ
cinq ans. Cefont des mo
deles trés utiles à tous ceux que
leurs emplois engagent à porter
en ceremonie la parole aux grands.
Il avoit prononcé la meilleure
partie de ces difcours avec lagra .
ce qui luy eftoit naturelle : la
prononciation eftoir un de fes
beaux talens , Pendant qu'on im-
Juin 1703
.
186 MERCURE
primoit ces ouvrages il tomba en
apoplexie ; & lemal s'eftant tour -
né en paralyfie , la moitié du corps
en eftoit demeurée perclufe. Ce
qu'il y avoit en cela de plus fâ .
cheux , eft
l'humeur s'eftoit
jetiée du cofté droit , & luy oftoit
d'abord la liberté d'écrire : mais
que
comme la tefte ne fut en aucune
maniere attaquée , ilfuplea à ce
deffant , nonobftant fon grand
âge , en s'accoutumant à écrire
de la main gauche . En cet eftat,
1oujours affis , il a continaellement
pris foins de fes affaires do.
mestiques de l'education de
Monfieurfon fils de MéfileGALANT
187
t
moifellesfesfilles , qui font encore
dans un âge fort tendre . Tout le
temps que les affaires luy laif.
foient , aprés quelques devoirs de
civilité , qu'il rendoit fort exactement
porté en chaife , il l'em
ployoit à prier Dieu , à lire ou à
écrire; on ne le trouvoit ja.
mais defoccupé.
Il crut que pour fe difpofer à
la mort , qu'il penſoit beaucoup
plus proche , ce feroit une occupation
plus fainte de traduire le
traité du Cardinal Bellarmin de
l'Art de bien mourir. Ce fçavant
pieux Cardinal n'avoit pas
beaucoup travaillé cet ouvrage,
Cij
188 MERCURE
& Monfieur Hebert y trouvoit
fouvent à dire la juſteſſe , qu'il
aimoit fur toutes chofes . Mais
par fes foins il adonné à fa tra.
duction uneformefi reguliere, &
ily a mis tant de François
qu'on ne trouvera pas fon travail
indigne de paroiftre , quoi.
que depuis peu de temps on ait
donné la traduction de cet onvrage
avec celle des autres Opufcules
du Cardinal Bellarmin .
Mr Hebert ade plus traduit
la lettre de faint Ambroïſe à la
Vierge feduite ; & ily a mis
tant de feu , qu'on aura peine à
que ce puiffe être l'ouvrage
croire
GALANT 189
d'un Septuagenaire. Il laiffe en
core traduit quelques morceaux
d'hiftoire tres- bien choifis : lafuite
du Prince de Condé, écrite par le
le Cardinal Bentivoglio , l'Hif.
toire de laTreve de Flandre écrite
par le même ; lesraifons de la prife
d'armes pour Clevès Juliers ;
la mort du Conneftable de Bour.
bon , la prife de Rome.
Je ne vous dis rien, Monfieur,
du Roman de Zenobie en trois
volumes , qu'il avoit écrit en fa
jeuneffe , au temps où l'on aimoit
ces fictions diffuſes. Apresfan ac
cident d'apoplexia ille mid entre
les mains d'un pieux Ecclefiaf
190 MERCURE
tique , pour le brûler , plustoft
par délicateffe
de confcience
que
par dégoust lly regnait une feverité
de moeurs , qui corrigeoit
les endroits paffionneZ
, dont on
remplifoit
ces fortes d'ouvrages
.
L'on auroit pú épargner
une pie.
ce en vers qu'on brûla auffi El.
le avoit pour titre le Ballet ex
travagant
, & il l'avoit fait
reciter à une Fefte qu'il avoit
donné
Il s'eftoit marié fort tard ,
determiné à cet engagement par
une ancienne eftime & un ancien
attachement pour fon épouse au
moment qu'il vir qu'elle alloit
GALANT 191
C
être accordée à un autre. Elle
eft fille de feu M' Gagne Tréforier
de France , & foeur de
Madame Raquet dont l'epoux
eft auffi Treforier de France.
M Hebert eut toujours une
grande droiture & une exacti .
tude extreme dans fes devoirs.
Il en eftoit même un peu fevere
à l'égard des autres , & ne pon.
voir fouffrir qu'on remplit mal
fes fonctions , ny qu'on fortit de
la bienfeance de fon eftar. It s'en
expliquait quelquefois un peafe.
chement. It eftoi bon ami &
tres fincere Il avoit pour lespauvres
beaucoup de charité. De
192 MERCURE
temps en temps il faifoit aux
Hôpitaux des dons quipaffoient
en quelquefortefes forces . Il vou.
que la charité fut éclairée ,
n'aimoit pas qu'on entretint lafai.
neantife des pauvres qui pou
voient travailler. Avec un bien
loit
mediocre il a toujours fait une
figurefort honorable : juſqu'à la
mort il a entretenu un équipage
affe propre, & un nombre ho
nefte de domeftiques. Lafrugali .
té le bon ordre ont toujours
fourni à cette dépenfe , & illaiſfe
fes affaires en tres · bon eftat .
Dans les emplois publics il gar .
doit une justice fcrupuleuse. Ja.
+
mais
GALANT 193
mais perfonne n'a fait la reparti.
tion des Charges publiques avec
plus d'équité. Elu deux fois
Maire , il en A
remply les
devoirs avec la derniereponctua .
lité. Dans le temps du paffage
des Troupes il demeuroit toute
la journée à l'Hoſtel de Ville . Il
gardoit inviolablement
l'ordre
qu'il avoit dreffé pour les logemens
, n'épargnant perſonne : &
de crainte que quelqu'un ne s'avifaft
de détourner quelque biller,
il les portoit fur luy tout arran .
gez Les familles dévouées à fa
maison n'estoient pas exemptes de
logement ; fi elles eftoient pau.
Juin
1703. R
194 MERCURE
vres , il les dédommageoit par
fes charitez.
Tant de bonnes qualite
avoient acquis à Mr Hebert
l'eftime & l'amitié de Mr l'E.
vêque de Soißons , dont le gouft
eft fi exquis en matiere de probité
de litterature. Huit
jours avant fa mors , ce Prelas
eftoit revenu de la Campagne exprés
pour le voir.
Comme Mr Hebert avoit
toujours eu une veneration trestendre
pour feu Mr fon Pere , it
a ordonné parfon teftament qu'on
portat fon coeur à Premontré dans
le tombeau de ce digne Pere , qui
GALANT
195
apres avoir quittéfa Charge de
Tréforier de France & tous
les autres embarras du monde
eftoit allé paffer dans cette folitude
les dernieres années de fa vie.
Il y mourut dans une grande
odeur de pieté.
Après une vie auffi reglée &
auffi chreftienne qu'à ‹sté celle de
Mr Hebert , voftre cher confrere,
vous jugez , Monfieur , que fa
mort aa efté précieuse devant
Dieu . Il a reçu tous fes Sacre,
mens ; il a efté reconcilié plufieurs
fois , & le jour mefme de fa
mort. Pendant qu'on luy don.
noit l'Extrême onction , il pria
Rij
196 MERCURE
ع ب ر م
be Prêtre de prononcer bien haut
les prieres de cette ceremonie . Il
demandoit de temps en temps
qu'on luy dit des paroles d'e
dification , ou qu'on recitaft prés
de luy quelque priere . Il regardoit
le Crucifix avec joye ;
& il dit peu de temps avant fa
mort , qu'à la vuë des fouffrances
de Jefus Chrift, ilfalloitferéjouir
de fouffrir. Ainfi il est mort
dans le baifer de Paix. Vous
ferez, Monfieur , de ce memoire
l'usage que vous trouverez à propos.
Je le devois à l'amitié qu'avoit
pour moy ce parfaitement
bonnefte homme ; & j'en tire le
GALANT 197
plaifir de vous affurer que je
fuis , &c.
L'Auteur de cette Lettre
ne la regarde que comme un
fimple Memoire , tant il eft
accoûtumé à parler modefte
ment de tout ce qu'il fait &
à eftimer peu les belles chofes
qui lui échapent , parce
qu'elle ne luy coûtent pas
beaucoup .
La Ville de Bordeaux vient
de faire une grande perte
l'Eloge qui fuit vous la fera
voir. Le ſtile de cet ou⚫
vrage beaucoup plus élevé
Riij
198 MERCURE
que le mien vous fera connoî
tre que je n'ay aucune part à
cet Article . Je vous l'envoye
de la même maniere que je
l'ay reçu. Il vient d'une perfonne
diftinguée par ſon me
rite & par fon efprit.
Meffire Jean Baptifte le
Comte Captal de la Tref.
ne , Comte de Gouderville ,
premier Prefident au Parle ..
ment de Bordeaux , mourut
le dix feptiéme du mois de
May , dans fa foixante quatriéme
année : Sa vie toujours
reglée par la temperance
, & par la fageffe , devoit
DE
LYON
བྷཏྟཾ བྷ ?
THEQUE
DELA
GALANTETO
luy faire efperer une ph
gue carriere , mais la grande
application aux affaires &
fon zele pour le fervice du
Roy , & pour remplir toute
l'étenduë de fes devoirs
avoient tellement épuisé fon
temperamment foible & dé.
licat que l'on peut dire qu'il
a efté martir de fa dignité.
Quoy qu'il fuft d'une des
plus Nobles & des plus anciennes
maifons de Guyen .
ne , & que fes ancestres euf
fent toujours efté diftinguez
par de grandes alliances &
par des emplois confidera-
R iiij
200 MERCURE
bles , il eftoit encor plus recommandable
par fon merite
perfonnel que par fa naif.
fance , puifqu'il poffedoit
roures les qualirez d'un
grand Magiftrat , & d'un parfait
Chreftien.
L'amour de la justice &
de la verité qui eftoit l'uni ·
que fin qu'il le propoſoit
dans toutes les actions pafla
dans fon coeur avec le fang
de fes Peres . Il eftoit né ,
doux , modefte , équitable ,
défintereffé , fincere dans
fes paroles , fidele dans fes
promeffes , ennemy déclaré
GALANT 201
de la Aaterie & du men .
fonge. Il avoit l'ame noble ,
& capable des plus grandes
chofes , des inclinations droi
tes & vertueules , un esprit .
de prudence & de fageffe
& une exactitude inflexible
qui fut toûjours la regle conf.
tante de fes jugemens.
Mais comme ce n'eft pas
affez pour un Juge d'avoir
une exacte probité s'il n'a pas
la capacité requise pour démêler
les droits des Peuples,
Mr de la Trefne avoit cherché
par des études folides &
laboricuſes , tout ce qui pou202
MERCURE
voit luy donner une intelligence
parfaite des loix : Il
avoit penetré fi avant dans
leur fanctuaire pour en me
furer toute la pro profondeur
. Il
en avoit concilié avec tant
de difcernement les contradictions
apparentes ; & eftoit
fi bien entré dans leur efprit ;
qu'il eftoit impoffible de le
furprendre par ces détours
captieux , & ces malignes
fubtilitez que l'avarice & la
chicanne ont introduites
dans les affaires. Sa profonde
érudition perçoit tous les
nuages de l'artifice & de la
GALANT 203
diffimulation pour porter la
lumiere de la Juftice dans les
plus fombres reduits de l'ini
quité.
La fublimité de fon efprit
jointe à un naturel heureux &
avide de tout fçavoir , ne luy
permit pas de fe borner à la
feule étude du Droit qui com .
prend cependant tant de cho
fes. Il fe rendit familier tout
ce qu'il y a de plus élevé dans
la Religion & dans les plus
hautes Sciences . Mais il faifoit
fur tout fes délices des
belles Lettres dont il connoifloit
fi bien les délicatef
204 MERCURE
fes & les beautez. Ceux qui
ont entendu ces graves dif
cours qu'il prononçoit aux
ouvertures du parlement dans
lefquels il fe dépeignoir luy
même en donnant l'idée d'un
Juge parfait , fçavent avec
quel goût exquis il choiſiſſoit
les Aeurs qu'il vouloit y repandre
, & jufqu'à quel point
de perfection il avoit porté
cette éloquence douce , touchante
, mais majestueuſe
qui luy eftoit naturelle & qui
donnant un air de verité &
de raifon à tout ce qu'il difoit
luy affeuroit un triomphe cerGALANT
205
rain fur tous les coeurs.
Toutes ces excellentes qualitez
eftoient encore relevées
& annoblies par la pietéfolide
, qui a toujours efté le
caractere de fa Maiſon. Dieu
feul à qui il apartient de fonder
les coeurs , fçait avec qu'el
le pureté & quelle fincerité
celuy de ce grand Magiſtrat
luy eftoit confacré Mais
quelques foibles que foient
les lumieres des hommes ;
ils en peuvent juger fur la
parole de Jefus Chrift , par
les fruits de benediction qu'il
porta dés fa plus tendre jeu-
•
:
206 MERCURE
neffe , & qui estoient parvenus
depuis long temps à une
parfaite maturité. Tout ce
qui pouvoit rendre la Majeſ.
té de Dieu plus refpectable ,
la Foy plus victorieuſe , la
Religion plus floriffante , la
Charité plus recommandable
, eftoient les vertus cheries
de cet homme de bien :
l'innocence protegée , ſa li .
beralité envers les pauvres ,
fa bonté compatiffante aux
afflictions des malheureux ,
fes Audiances favorables à
leurs plaintes , fon efprit tou
jours difpofé à les foulager ;
GALANT 207
l'uniformité de fes moeurs ,
fa conftante devotion , fes
difcours pleins de zele
d'édification ,
&
fon attention
refpectueuse aux faints Miſte
res & les faints tremblemens
dont il eftoit faifi en
approchant de l'Autel du
Seigneur , font des preuves
indubitables de fa pieté
vrayement chreftienne.
Un merite figeneralement
reconnu , & fi conforme aux
juftes & pieuſes intentions
du Roy , ne pouvoit pas écha
per aux lumieres de ce grand
Prince , toûjours attentif à
208 MERCURE
•
recompenfer la vertu . Il nom .
ma Mr de la Trefne premier
Prefident au Parlement de
Bordeaux , aprés la mort de
Mr Daulede fon Beaufrere ,
avec ces marques d'eftime &
de bonté dont il accompagne
toujours les graces . Comme
Mr de la Trefne eftoit né
dans le fein de cette dignité ,
& qu'il en avoit toujours efté
environné par les Alliances ,
elle ne changea rien en luy ;
& il n'eut pour juftifier le
choix de Sa Majeſté , qu'à
continuër à vivre comme il
avoit toujours vécu .
GALANT 209
Jamais homme ne fut plus ve
ritablement aimé, ni plus fen .
fiblement regretté du Peuple
dont il étoit le protecteur & le
pere.Chacun crut avoir perdu
en luy le chef, & le foutien
de fa famille , chacun voulut
luy rendre fes derniers devoirs
& luy donner de pieuſes marques
de la tendreffe en affiftant
avec une pieté édifiante
au Saint Sacrifice de la Meffe
que l'on celebra pendant
deux jours fur deux Autels
que l'on avoit dreſſez dans la
falle où il eftoit expofé. Le
temps qui devore tout efface-
S
Juin 1703.
*
"
210 MERCURE
વિ.
ra peut -eftre les marques
fenfibles de douleur que fa
mort a cauſées , mais fa juftice
fera immortelle & fa memoire
vivra dans tous les coeurs tant
qu'il y restera quelque étincelle
d'amour pour la vertu.
Comme il eftoit perfuadé
que la magnificence des funerailles
alloit en quelque
maniere contre l'ordre de
Dieu , qui a voulu humilier
l'homme en puniffant par la
mort fon orgüeil & fa vanité ,
il avoit fouvent recommandé
qu'on l'enterrât fans ceremonie
, Mr le Marquis de la
GALANT 201
Trefne qui n'a pas moins
herité de fes vertus que de
fon nom , & qui s'eft toujours
fait un point de Religion de
refpecter jufqu'aux moindres
paroles de Mr fon pere , a
voulu fuivre exactement fa
volonté dans cette occafion
comme dans les autres ; ainfi
fon corps fut porté à la Maifon
Profeffe des Jefuites dans
le tombeau de fes Peres avec
le moins d'éclat qu'il fut
poffible. Les larmes finceres
des Peuples qui le ſuivoient
en foule , les gemiffemens
des Pauvres & les regrets de
Sij
212 MERCURE
tous les gens de bien , furent
prefque les feuls ornemens
de la Pompe Funebre . Il eſt
vray que ce digne fils aprés
avoir fatisfait à la louable
modeftie de Mr fon pere , a
crû devoir auffi s'acquiter de
ce qu'il devoit à fa dignité &
aux yeux de toute la Province
, en ordonnant un Service
folemnel qui fera celebré au
commencement du mois de
Juillet d'une maniere convenable
a la place qu'occupoit
ce grand Magiftrat.
Monfieur de la Trefne
avoit eſté marié trois fois , il
GALANT 213
avoit épousé en premieres
noces Dame Marie Anne de
Pontac , fille de feu Mr de
Pontac premier Preſident au
Parlement de Bordeaux , de
laquelle il a eu Meffire Louis
Arnaud le Comte , Marquis
de la Trefne , Chevalier
d'honneur au Parlement de
Bordeaux . M' le Marquis de
la Trefne eft fils, petit fils, ou
arriere petit fils de cinq premiers
Prefidens aux Parle
mens de Paris , de Toulouze ,
ou de Bordeaux , neveu ou arriere
neveu de deux autres. M.
de la Trefne épousa en ſecon
214 MERCURE
des noces DameCatherine de
Pontac , foeur de M' le Marquis
de Pontac , Capiraine
aux Gardes , Chefdu nom &
armes de cette illuftre maifon
, de laquelle il a eu Dame
Olive le Comte de la Trefne ,
mariée à M' le Marquis Da
mon, Lieutenant pour le Roy
en Guienne au département
de Bayonne. Dame Catheri
ne le Comte de la Trefne
Religieufe de la Vifitation à
Bordeaux , Dame Anne le
Comte de la Trefne , mariée
à M' le Marquis de Lalanne ,
fils de Mr le Marquis de LaGALANT
215
lanne , Prefident à Mortier
au parlement de Bordeaux
& Meffire François Leon le
Comte de la Trefne Comte
de Gouderville .
En troifiéme noces il époufa
Dame Anne de Cominges
fille de feu Mr le Comte de
Cominges , Chevalier des
Ordres du Roy , Capitaine
des Gardes de la Reine mere ,
& Gouverneur de Saumur .
Toute la France connoift la
naiffance , l'efprit & le merite
de Madame la premiere prefidente
, l'eftime & la bienveillance
particuliere dont le
216 MERCURE
Roy , Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & Madame
l'honorent , font mieux fon
éloge que tout ce qu'on en
pourroit dire.
L'Epitaphe qui fuit , parut
auffi tôt aprés la mort de
Mr de la Trefne .
Le jour que la Parque inhu .
maine
Tramoit contre fa vie un funeſte
attentat ,
Son courage au Palais le meine,
Voulant mourir debout en Prince
du Senat .
Vefpafien difoit qu'un Prince doit
mourir debout . Suetone en fa vie .
Meffire
GALANT 217
Meffire Pierre Leger Prêtre
, Docteur en Theologie
de la Faculté de Paris , &
Prieur de S. Pierre de Gonor
étoit un de ces dignes Ou
vriers dont l'Evangile nous
fait des portraits ſi avanta .
geux : c'eft de luy qu'on
peut dire qu'il a foutenu tout
le poids du jour & de la
chaleur , puifque fa vie n'a
çfté qu'un exercice continuel
des vertus morales. Cet Abbé
avoit pris fes degrez dans la
Faculté de Theologie de Paris .
avec un applaudiffement incroyable
, & il les avoir re
Juin 1703.
T
218 MERCURE
ceus avec des diftinctions
qu'on n'accorde
qu'aux gens
d'un merite reconnu : la connoiffance
qu'on cut de fon
merite lui procura le Prieuré
de faint Pierre de Gonor ;
'il eft mort dans cet efprit
de paix qui caracteriſe
toû
jours la mort des juſtes .
Meffire Guillaume
Chanu
Preftre , Docteur
en Theologie
dans la Faculté de Paris ,
Prieur de faint Pierre d'E
cottier, & de Meufiners
Dioceſe
d'Angers
eft auffi dece.
dé. L'on juge par la mort de
ces deux excellens
fujets de
GALANT 219
la perte que vient de faire
la Faculté de la Theologie
de Paris : Ce font de ces
pertes que le temps même
ne peut reparer. Mr Chanu
avoit toûjours efté appliqué
aux fonctions de la qualité
qu'ilportoit avec cette attention
à fes devoirs , & cette
affiduité à l'étude qui fait le
caractere des gens de Let
tres. C'étoit une des colomnes
de cette celebre Faculté:
fes lumieres eftoient pures, &
fes avis eftoient des decifions.
L'on fçait la confideration
qu'avoit pour luy Mr l'Evê-
\
$
Tij
220 MERCURE
que d'Angers , & qu'il n'apas
tenu à lui de l'employer dans
fon Dioceſe : mais l'amour
携
de l'étude a toûjours attaché
Mr Chanu à cette grande
Villé , où l'efprit reçoit plus
de culture que par tout ailleurs.
Il eft mort parfaitement
refigné aux ordres de la Providence
, refignation qui
avoit toûjours particuliere
ment fait le fonds de fa Re
ligion...
GALANT 221
LA NYMPHE
DE LA RIVIERE D'YONNE ,
preſentée à S. A. S.
MONSIEUR
LE DUC ,
A Regenne , Maifon de Campagne
de Mr l'Evêque d'Auxerre
, par Mr Martineau de Soleyne
, lorfque Son Alteſſe
Sereniffime y paffa le 16. de
Juin en allant à Dijon tenir
les Etats de la Province de
Bourgogne.
Quel
Velle Fefte aujourd'huy ? quel
concours fur mes bords ?
Toutyrit , on n'y voit quejoye &que
transports.
V Tiij
222
MERCURE
Aux applaudiffemens femefle l'allegreffe
Le refpect aux plaifirs , l'eftime à la
tendreffe.
Quelle réjouiffance anime ces beaux
lieux
Que le cours de mes eaux , rendfi delicieux
,
Où , fans faire à mon onde aucune
violence ,
La nature ſe jouë à marquerſa puiffance
Dans le tour izoléde ce large canal ,
Où fe plait à couler mon liquide
criftal ?
Quelqu'un des Demi - Dieux vientil
fur ces rivages
De fa prefence augufte embellir ces
Boccages ?
Mais quel bonheur icy m'annoncent
les échos ?
GALANT 223
Quelfpectacle ! je vois fur ma rive
un Heros ,
Afon brillant aspect peut-on le méconnoiftre
?
Ce Prince fçauroit il ceffer de le paroiftre!
Par combien de vertus rehauffant
fongrand nom
Donne-t-ildefplendeur au beaufang
de Bourbon ?
Nayades , accourez à fon heureux
paffage
Luy rendre par vos voeux un legiti
me hommage,
Et contempler en lui toutes les quali-
Desplusfameux Mortels que l'hiftoire
ait vantezs
[ tez
Venezy découvrir , malgré fa modeftie
,
Des Princes les plus grands dequoy
faire l'envie ,
Tiiij
224 MERCURE
Un merite au deffus de fon fublime
rang,
Et des perfections plus nobles que
fonfang,
Des talens pour la guerre & pour la
politique ,
l'on admire , en une ame
Tout ce que
beroique
>
Courage plus qu'humain , naiſſance,
pieté,
Sentimens genereux , air plein de
majesté .
Confiderant de prés cette ame peu
commune
Plus illuftre cent fois que fa haute
fortune ,
* 1 *
Vous verrez les vertus toutes avec
ardeur
Entr'elles difputer l'empire de fon
coeur ;
*
[gnanime
Et vous ne trouverez rien que de maGALANT
225
Dans cet augufte coeur digne de voftre
eftime ,
Où ,par un avantage &rare &glo.
rieux
Le Ciel a réuni tous fes dons precieux.
Mais titres & grandeurs dont l'éclat
l'environne
Vous avez moins de charme encor
que fa perfonne,
Quelle grace en parlant , & quelle
dignité ! en
Dans l'efprit , dans les yeux , que
de vivacité !
Toutrépond dans ce Prince àfa noble
origine
Manieres , port, démarche, éloquence
divine ;
Son genie excellent brille de toutes
parts ,
Quelle erudition ! Quelgout pour les
beaux Arts !
226 MERCURE
Favori de Minerve , & fçavante
& Guerriere
Se fignalant toûjours en fa double
carriere ,
De vaillance & d'efprit par mille
•
traits divers
[ vers ?
Combien de fois a- t- il étonné l'Uni-
Que fon coeur feplairoit àfuivre encor
Bellone !
Quelplus ferme foûtien , France ,
pour ta Couronne
Que le digne fleuron qui luy fait
tant d'honneur?
Tu dois plus d'un triomphe àſa hau.
te valeur >
Dont le Rhin me rendoit fifouvent
témoignage
Lorfque prés de ce fleuve exerçant
fon courage
Par de frequens fuccès contre defiers
guerriers
GALANT 227
Ce Heros yfaifoit un amasde lauriers
.
Victorieux en Flandre , on euft dit
que par charmes
La gloire eftoit par tout attachée à
fes armes.
Quels exploits debravoure à Steinkerque
, où furpris
Il eutplûtoft défait que vû les enne.
mis !
C'est là , que remplissant fes belles
definées
Il s'acquit de nombreux & d'immortels
trophées :
Quand, pourfauver des lys les nobles
Etendarts
,
Il déficit la mort dans les plus
grands hafars , [playe.
Et de plomb & de feux effuyant une
En butte à tous les traits , il prodiguoitfa
vie ,
228 MERCURE
Lorfque que comme un Lion plein
d'unjufte couroux .
Il faifoit tout plier fous le poids
de fes coups ,
Sa valeur laiffant là de terribles
prodiges.
*
La Soene chez Thetis me redit
ces prodiges.
Où la Gette * m'apprit qu'à
Nervvinde on a crû
Que Condé dans ce Prince on
Mars avoient parù ,
Lorfqu'y forçant de l'Art les plus
rudes obftacles
Son bras en valus mille , & fit tant
de Miracles.
* Riviere prés de Steinkerque
.
* Riviere proche de Nervvinde
.
社
GALANT
229
Et fuivant de fon coeur les nobles
mouvemens
Comme une Aigle , il vola vers les
retranchemens
Où le fer à la main , en s'ouvrant
un paſſage
Atravers cent perils , & courant au
carnage
On vit dans ce Heros par la gloi
re guidé
Ce que peut un Bourbon du fang
dugrand Condé ,
Dont l'activité jointe à la vaillance
extrême
Fait revivre l'Ayeul dans cet au▲
tre lay même. [ les Etats
Qui va faire connoiftre en tenant
Qu'il n'eft pas moins habile au
Confeil qu'au combats ,
Que fon difcernement égale fa fageffe
,
230 MERCURE
Qu'il a d'intelligence autant que
dejufteffe ,
Qu'il porte dans fon ame un fonds
de probité
De bonté , de douceur , d'honneur &
d'équité ,
Qu'ilfait en reglant tout par fa
rare prudence
Manier de Themis l'épée & la
balance.
Que là ne tolerant rien qui nefois
permis
Les abus y feront fes plus grands
Ennemis.
Bourgogne , de ton Peuple ***
Ce Prince aura pour toy des entrailles
de Pere ,
Et te fera fentir quel eft ton heureuxfort.
1
D'avoir un Gouverneur d'unfipuif.
fant fupport !
* /4
GALANT
231
Quel apuy pour tes droits ! Quel
zele à les deffendre
Que de bienfaits fur toy tu lay verras
repandre !
Pendant que fa grandeur & fon
integrité
Sa moderation , fon affabilité
De tes Peuples feront l'honneur &
les délices.
Dryades approchezfous fes heureux
aufpices ,
Quëillez tous vos lauriers pour luy
ceindre le front
Il en renaïft affez fous les pas de
Bourbon ,
Comme il fe plaift toûjours à rechercher
la gloire
De remporter par tout de nouvelle
victoire ;
Dans mes tranquilles champs il
fçait eftre vainqueur ,
232 MERCURE
Engagnant de mon Peuple & l'eftime
& le coeur.
Prince dont la valeur eft comme happanage
,
Quiportefur ton front des Dieux la
vivé image :
Durant les doux momens que tuferas
ici
Contente de mon fort fans envie ou
Soucy
Queldroit n'aurai -je pas de dire en
cette Plaine
Z'Yonne a ſes Bourbons an
bien que la Seine.
Tes regards en ces lieux font ceffer
nos defirs
Et nos coeurs dans toy feul trouvent
tous leursplaifirs.
Tu ramenes icy les jours heureux
& Aftrée ;
Que mon bonheur n'eft - il de plus
longue durée !
GALANT 233
Mon eau par les replis * defirant
t'embraffer
Prince , en t'environnant voudroit
bien t'arrefter
.
Que mon bonheur eft court , Nymphes
quelles allarmes !
Son départ va bien - toft me faire
fondre en larmes ,
Et changer mes plaifirs en ameres
douleurs ,
Alors je rouleray moins de flots que
de pleurs.
* La Maiſon , les Jardins , & .
le Parc de Regenne , font dans
une prefqu'Ifle que forme la Riviere
d'Yonne
L'Auteur de ces Vers eft
fils de Mr le Prefident Martineau
d'Auxerre ; on n'a
peut eftre jamais vû tant de
Juin 1703 .
V
234 MERCURE
.
Poëfie , & tant de Vers fi bien
tournez dans un Ouvrage ,
qui n'est qu'un coup d'effay:
je ne vous l'envoye pourtant
pas comme un ouvrage ache.
vé , il n'eft pas egalement
beau par tout , toutes les rimes
n'en font pas riches , &
il y a même plufieurs endroits
, qui font connoitre
que l'on a dit vrai , en afſu .
rant que c'eſt un coup d'ef
fai ; mais il
mais il y en a auffi dans
cec Ouvrage qui peuvent
paffer pour des coups de maî..
tre , & felon toutes les appa
rences l'Auteur a parlé jufte ,
GALANT 235
lors qu'il a dit que la beauté
de fon fujet lui avoit fait ou
vrir la veine ; d'ailleurs il ne
faut pas s'étonner des beaux
endroits , qui furprennent
dans fon Ouvrage les Ta
bleaux où l'on n'a rien peint
que de brillant & beau de fa
nature frappant toujours
beaucoup plus que ceux dont
les fujets font moins éclatans ,
quand même ces Tableaux
fe trouveroient mieux peints .
L'ouvrage de Mr Martineau
receut de grands applaudiffe .
mens lors qu'il fut prefenté ,
& le grand prince à qui il eft
Vij
236 MERCURE
adreffé , excita l'Auteur à cul
tiver les belles difpofitions
qu'il a pour la poësie , & c'eſt
pour l'exciter auffi que je vous
envoye fon ouvrage quoy
qu'il n'ait pas toute la petfection
neceffaire pour eftre
rendu public. L'Auteur a bril
lé en Profe dés l'année 1699.
dans une harangue qu'il fit
pour Monfieur le Prince de
Conty.
Mr le Marquis de Lanmary
prefta le 18 Juin entre
les mains de S. A. S. Monfreur
le Prince le ferment qu'il doit
au Roy pour fa Charge de
GALANT 237
Grand Echanfon de France.
Il fe nomme Marc Antoine
Front de Beaupoil de Saint
Aulaire , Marquis de Lanmary
, il a pour 4 Ayeul
Pierre de Beaupoil de Saint
Aulaire , Chevalier Seigneur
de Coulture , Selle & Ber
toy , fecond fils de Jean de
Beaupoil de Saint Aulaire fe
cond du nom , Chevalier de
l'Ordre du Roy , Seigneur de
Saint Aulaire , Baron de Sens.
Ternar , Menfat , la Grenerie
, Areinges , &c . & de
Marguerite de Bourdeille . Ce
Pierre de Beaupoil de Saint
2.
238 MERCURE
Aulaire époula Catherine de
Lauriere , Dame de Lanmaz
ry , ils ont eu plufieurs enfans
, dont l'aîné Antoine de
Beaupoil de faint Aulaire ,
Chevalier de l'Ordre du Roy,
Seigneur Baron de Coufture,
Selle , Bertoy , Lanmary, Senechal
de Perigord , époufa
Jeanne de Bourdeille veuve
du Comte de Riberac , l'aîné
de leurs enfans fut Marc-
Antoine de Beaupoil de faint
Aulaire , Baron de Couſture ,
Seigneur de Lanmary , qui
époufa Gabrielle d'Alegre ,
Dame de Chabannes , & de
GALANT 239
Forges , ils ont eu pluſieurs
enfans , dont l'ainé François
de Beaupoil de Saint Aulaire,
Marquis de Lanmary, a épou
fé Jacqueline d'Aubuffon de
la Feüillade , fille de Georges
d'Aubuffon , Comte de la
Feüillade , & d'Olimpe Grain
de Saint Marfault , veuve de
Philibert de la Rocheaymond
, Marquis de faint Mexant
, duquel Mariage iln'y
a point d'enfans : de forte
que ce François de Beaupoil
de Saint Aulaire , Marquis
de Lanmary a donné tous
fes biens à Bon François de
240 MERCURE
Beaupoil de Saint Aulaire ,
Comte de Lanmary fon quatriéme
frere , Mestre de Camp
du Regiment d'Anguien , qui
époufa en 1661. Anne de la
Rocheaymont fille de Philibert
de la Rocheaymont
,
Marquis de Saint Mexant ,
& de Jacqueline d'Aubuffon
de la Feüillade , d'où font
nés Louis qui fuit , Henry
Louis Chevalier de Malte ,
Antonite Abbeffe de Li
gueux , Therefe & Elizabeth
Religieufes , & Marie Anne ,
qui a épousé Meffire Louis
Christophe de Cugnac, Mar.
quis
GALANT´´ 142
quis de Giverfac.
Louis de Beaupoil de faint
Aulaire , Marquis de Lanmas
ry , grand Echanfon de France
, Capitaine Lieutenant des
Gens d'Armes de la Reine ;
qui mourut l'année derniere
en Italie , eftoit un Seigneur
d'une vertu & d'un merite
diftingué , il avoit épousé en
1681. Jeanne Marie Perrault,
Dame Baronne de Milly en
Gaftinois , Augerville , Rouvre
, &c. Ils ont pour enfans
Marc Antoine Front , Henry
Louis , François , & 4. filles ,
Juin 1703.
X
242 MERCURE
dont l'aînée eft Religieufe.
Marc Antoine Front de
Beaupoil de Saint Aulaire ,
Marquis de Lanmary , grand
Echanfon de France , qui
donne fujet à cet article , eft
un jeune Seigneur bien fait ,
& qui promet beaucoup.
Le Grand Maistre de Malthe
ayant apris la mort de
Mrle Commandeur de The .
fan - Venaſque , Son Eminence
fit l'honneur de dire
à Mr le Chevalier Ricard en
prefence de toute fa Cour ,
qu'ayant égard auxfervices qu'il
GALANT 243
luy avoit rendus , & à la Reli .
gion , elle ne pouvoit fe difpenfer
de les reconnoiftre , & ajoutant
que venant d'aprendre la vacance
dela meilleure Commanderie du
Prieuré de Toulouse , par la mort
de Mr de Thefan Venafque , elle
l'en gratifioit. Cette maniere
de donner cette Commanderie
affermée dix-huit mille
livres fans que Mr le Cheva.
lier de Ricard l'euft deman
dée , le toucha d'autant plus
que Son Eminence fit par là
connoistre à toute fa Cour
qu'elle approuvoit les fervices
, & au Public qu'elle n'a-
X ij
244 MERCURE
voit pas crû pouvoir déliberer
fur une choſe qui auroit
pû faire toute l'attention de
Malthe.
Mrle Chevalier de Ricard
dir fur le champ à S. E. en la
remerciant , qu'il fe devoüoit
pour toujours à ſon ſervice , &
à celuy de la Religion , & qu'il
la prioit de trouver bon qu'il de.
meurât tonjours à Malthe. Ce
Chevalier écrivit en même
temps à fon pere pour le ſupplier
d'écrire à Son Eminence
qu'illuyfaifoit don de fonfilspour
vivre mourir àfonfervice. Ce
procedé qui part du fond d'un
GALANT
245
coeur reconnoiffant , fait voir
un parfaitement honnefte
homme , c'eft le caractere
des veritables braves.
Je crois vous faire plaifir
de vous envoyer une copie
de la Patente qui a efté donnée
à Mr le Chevalier de Ri
card , les Curieux feront bien
aifes d'apprendre comment
ces fortes
d'expeditions fe
font à Malthe.
Frere Don Raimond de Perellos
& de Rocafus par la Grace
de Dieu , humble Maitre de la
Sainte Maifon de l'Hôpital S.
Fean de Ferufalem , & de l'Ordre
x iij
246 MERCURE
Militaire du Saint Sepulcre de
Notre- Seigneur , Gardien des
Pauvres de Jefus Chrift . A nôtre
tres cherReligieux Frere en Fiſus
Chrift , Ange Sextus de Ricard ,
Chevalier dans noftre Venerable
Langue de Provence &Gouver.
neur de notre victorieufe Cité, Sa
lat . Vos vertus, voftre merite particulier
, & les belles qualitez de
voftre efpris vous diftinguent con
fiderablement , & vous rendent
recommendable auprés de nous
auffi bien que les fervices que vous
nous avezrendu , & à la Religion,
fur tout dans le Combat Com
mandant d'une des Galeres de lag
GALANT 247
a
dite Religion , fous le nom de Saint
Jean Baptifte , ou la Magiftrale ,
& principalement dans le Com .
bat du puiffant Vaiffeau Turc ,
apellé ta Sultane Beninghen ,
armé de 70 pieces de Canon , que
vous avez attaqué le premier
avec un grand courage & d'une
maniere intrepide ; & que vous
avez vaincu glorieufement Lef.
dits fervices & ceux que vous
continuez de nous rendre avec
attachement , meritent
vous accordions toutes lesfaveurs
bienfaits qui dependent de
nous. Or commepar les Statuts
la loüable Coutume de notre
que nous
X iiij
248 MERCURE
Ordre , il dépend de nous tous les
cinq ans , par le droit de noftre
puiflance , de pourvoir à noftre
volonté dans tous les Prieurez
de l'Ordre , d'une
Commanderie
vacante , celuy de nos Freres pour
qui nous avons de la bienveil
lance. A ces caufes à la confi ·
deration de vos merites , à ce nous
mouvant , de noftre certainefcien ·
ce , &grace ſpeciale , nous vous
conferons , accordons , & donnons
pour avoir foin pendant le temps
de dix années entieres & comple
tes & au delà à noftre volonté,
de noftre Confeil , noftre Bail
lage, ou Commanderié de la Ville,
GALANT 249
Dieu , ou de Caftel Sarazin dans
noftre Prieuré de Toulouſe va
cant revolu à nôtre collation
donaifon , & entiere difpofition ,
par le decés de feu Frere Charles
de Thefan Venafque , dernier &
legitime Commandeur & Poffef
feur de ladite Commanderie de la
Ville Dieu , ou du Caftel Sara-
Zin avec tous &uns chacunsfes
membres, terres , droits , & dépendances
qui luy appartiennent , ou
doivent appartenir de la même
maniere que ledit feu Frere Char
les de Thefan Venafque l'avoit ,
tenoit && poffedoit , on devoit l'avoir
, tenir , & poßeder , pour
།
250 MERCURE
l'avoir, tenir , poffeder , gouver
ner,augmenter
en meliorer tant
dans le fpirituel que dans le temporel
, dans le chef, dans les mem
bres , fous le droit d'Annate ,
toutes les charges impofées pour
noſtre Trefor , ou qui feront im.
pofées ſuivant l'ufage comme aux
autres Baillages & Commander
ries dudit Prieuré payables regu
lievement chaque année le jour
Fefte Saint Jean Baptifte dans
le mois de Fuin , fauf le droit de
mortuaire du vacant , & par
deffus encore une penfion annuelle
de mille quatre vings livres tour.
nois qui nous eft attribuée , conce.
GALANT 25 ¢
dée , & reférvée par le pouvoir·
de noftredit Chapitre general ,far
les fruits & revenus de ladite
Commanderie de la Ville Dien
on de Caftel SaraZin , & ce
pour le ſupplement du quint de la
valeur des fruits de ladite Com
manderie , pour donner accorder ,
€ affigner àun ou pluſieurs Freres
à noftre volonté , autrement faute
par vous de payer lesdits droits
& penfions fuivant lufage -¿
les Statuts de nos Chapitres generaux
donnez enfaveur de notre
Trefor , nous ordonnons que tout
autre ferapour veu de ladite Com
manderie , dans laquelle nous
252 MERCURE
vons établiſſons , & conftituons ,
vous en confiant tout comme nous
pourrions faire , la charge , le
foin , le gouvernement ,
miniftration , enfemble la deffenfe
l'adle
recouvrement de tous les
biens droits de ladite Commanderie
, tant en deffendant
qu'en demandant. Ceft pourquoy
nous ordonnons com .
mandons à tous uns chacuns
les Freres , Soeurs & Donnats en
vertu de la fainie obciſſance , à
tous les Vaffaux & Sujets de
badite Commanderie , prefens
à venir, qui nous fontfoumise
à la Religion an ferment de fideGALANT
253
lité & hommage qu'il vous obeiffent
, preftent aide , & confeil
toutes les fois qu'ils enferont par
vous requis , pourle profit & uti.
lité de ladite Commanderie , &c.
Quoique le Roy eût re
folu aprés la nombreuſe promotion
de Chevaliers de S.
Louis qu'il fit l'hyver dernier
de n'en point faire de parti .
culier, & d'attendre une promotion
generale à recompenfer
la valeur de ceux dont il
decouvre tous les jours des
actions qui font meriter la
Croix de Saint Louis à ceux
254 MERCUER
qui les ont faites . S.M. dis-je ,
a bien voulu diftinguer les
anciens fervices de Monfieur
la Motte Guerin Lieutenant
de Roy, & Commandant aux
Iles Sainte Marguerite , &
l'ayant nommé Chevalier de
Saint Louis , Sa Majesté en
fit la ceremonie pour lui feul
le lendemain des Festes de la
Pentecôte . Quelque honneur
que faffe la Croix de Saint
Louis elle eft infiniment
;
plus glorieuſe à ceux qui la
reçoivent avec une fi grande
diftinction.
Le Samedy des quatre
GALANT 255
temps fecond jour de Juin ,
Mre Paul François de Neufville
de Villeroy , Licentié en
Sorbonne , Abbé de Fecamp,.
Grand Vicaire du Dioceſe de
Poitiers , & fils de Monfieur
le Maréchal du même nom ,
receur l'Ordre & le caractere
de la Preftrife des mains de
Mr. l'Evêque de Poitiers dans
l'Eglife des Filles du Calvaire,
pour honorer la memoire de
fon ayeule Antoinette d'Or
leans , fille du Duc de Lon
gueville , & veuve de Charles
de Gondy , Marquis de
Belle Isle , laquelle ayant re256
MERCURE
noncé au monde dans fa vi
duité , & reçu du Pape Paul V.
des Bulles qui l'établiffoient
& confirmoient Abbeffe de
Fontevrault où elle refta fix
mois , vint enfin par un fen .
timent de pieté à Poitiers ,
où s'eftant retirée par devotion
dans un coin de la Ville,
elle fonda l'an 1610 , la Congregation
des filles du Cal
vaire , & y mourut l'an 1618.
en odeur de Sainteté.
Le lendemain troifiéme de
Juin fefte de la Trinité ; Mr
l'Abbé de Villeroy chanta
fa premiere Meffe dans l'E ,
GALANT 25.7
glife des Dames de l'Abbaye
de la Trinité en preſence de
Mr l'Evêque , qui en fa faveur
accorda quarante jours d'In .
dulgence à tous ceux & celles
qui pendant cette premiere.
Meffe priroient Dieu pour les
befoins de la Sainte Eglife
Romaine , & pour la conver;
fion des Heretiques . Monfieur
l'Abbé de Villeroy fut
affifté dans fon premier facrifice
de Meffieurs fes Confreres
les Grands Vicaires Generaux
du Dioceſe dont
deux , fçavoir Mr. l'Abbé de
Rochebonne, Comte & Cha
Juin 1703.
Y
258 MERCURE
noine de faint Jean de Lyon,
& Mr l'Abbé de Revol , fai .
foient à l'Autel les deux
Maîtres de Ceremonies , habillez
en Chappe , & deux
autres , fçavoir Mr l'Abbéde
la Salle , neveu de feu Mr de
Saillant , ancien Evêque de
Poitiers & Mr l'Abbé du
Singe , neveu de Mr. l'Evêque
d'aprefent ,fervoient de Diacre
& de Soudiacre . Il y eût
un grand concours de perfonnes
de la premiere qua
lité de la Ville qui y affifte
rent , admirant la pieté da
Celebrant .
GALANT 259
Mr l'Abbé de Villeroy s'étoit
difpofé à cette augufte
action par une retraite de
huit jours , ayant choifi la
maifon des Reverends Peres
Jefuites pour y apprendre les
ceremonies de la Meffe , fans
neantmoins changer la di
rection de fon propre Confeffeur,
qui eft un ancien Pere
Minime en qui il a beaucoup
de confiance qu'il eftime
beaucoup , & qu'il a fait venir
plufieurs fois durant fa
retraite pour luy faire des
confeffions generales & particulieres
, le confutranç fou-
Y ij
260 MERCURE
vent fur les doutes de fa
confcience pour le bien preparer
à recevoir l'Ordre &
le caractere de la Preftrife.
Mr l'Abbé de Villeroy ,
aprés fon premier Sacrifice ,
alla celebrer la Meffe dans
les Eglifes des Religieux &
Religieufes de la Ville qu'il
eftimoit le plus , fe faifant un
vrai plaifir de contenter les
defirs de ceux qui fouhai .
toient entendre fa Meffe ; il
n'a point manqué de cele .
brer pendant l'Octave , du
tres - faint Sacrement , aprés
quoy il s'en eft retourné en
GALANT 261
fuite chez les Curez de la
campagne , il reftera dans fa
miſſion jufques à la my- Aouft
pour continuer les fonctions
de Grand Vicaire , & il n'y
a point de doute qu'il ne s'en
acquitte avec le même zele
qu'il a déja , fair voir dans fa
vifice depuis Pafques juſques
à la Pentecofte.
Mr de Vernage Docteur
en Theologie , & Chanoine
de l'Eglife Royale de Saint
Quentin , a prefenté depuis
peu um Livre au Royo inti
tulé Relationsfor diversfaits de
Morale & de Politique dediées
262 MERCURE
à S. M. Il dit à ce Prince ,
qu'il avoit travaillé à le renn'olant
pas predre
court
fenter à S. M. un gros Vo
lume , fes momens eſtant
trop chers pour le bien de
J'Eglife & de l'Etat , il ajoûta
que fi l'Ouvrage eftoit petit ,
il y avoit renfermé des ma
tieres qui luy avoient paru
dignes de fon attention : En
effet rien n'eft plus propre à
nous faire rentrer en nousmêmes
pour nous délivrer de
nos erreurs , & nous engager
à connoitre ; & à pratiquer
nos devoirs que les reflexions .
GALANT 263
L'Auteur de cet Ouvrage a
crû fervir le public , en luy
donnant celles qu'il a fait fur
plufieurs fujets importans ,
autant pour fon instruction
particuliere que pour l'edifi
cation de ceux qui le donne .
ront la peine de les lire . Me
de Vernage a deja fait un
Livre de Reflexions Morales &
Politiques qui a effé traduit
en plufieurs Langues , & dont
on a fait plufieurs Editions ,
ainsi que du Traité de la Vie
parfaite , qu'il a auffieu l'hom
neur de prefenter au Roy Le
Livre qu'il vient de dedier à
264 MERCURE
S. M. fe vend chez Mr Du
puys , ruë faint Jacques à la
Samaritaine.
On trouve chez le fieur
Ribou Libraire , fur le Quay
des Auguſtins , un nouvel
Ouvrage qui doit fe debiter
au commencement de chaque
mois , il eft intitulé Ef.
fais critiques de Profe & de Poë.
fie, I honnêteté que l'Auteur a
eu en parlant de moy m'empéche
de m'étendre fur l'Eloge
de fon Livre , & me met
dans la neceffité de n'en pas
dire tout le bien que j'aurois
inclination d'en dire , de
crainte
GALANT 265
crainte que mon témoignage
ne parut un peu fufpect :
cependant je fuis obligé de
dire , pour rendre juſtice à la
verité, que cet Ouvrage fera
tres- utile au public , ſi l'Au.
teur remplit fes engagemens ;
en effet , que feroit- ce , fi on
pouvoit parvenir à purifier
le goût du public. L'Auteur
des Effais Critiques paroift
fort fincere jamais la verité
ne fur moins captive que
dans fa bouche ; il parle avec
une liberté modefte : s'il m'eft
permis de me fervir de ce
terme des Auteurs vivans , &
Juin 1705
Z
266 MERCURE
de ceux qu'un grand nombre
de fiecles fepare de nous . Un
hardi Cenfeur , mais difcret ,
peut faire des biens infinis
dans la Republique des Lectres
: il faut des Efprits de ce
caractere pour réveiller les
autres . La litterature a fes
âges , elle a fes accroiffemens
& les diminutions , il eft des
temps de langueur où quel.
que aiguillon qui pique à
propos , reveille l'efprit appefanti
fous le joug de la matiere
. Les Caracteres qu'on
Livre font , trouve dans
dit-on , tres reffemblans , fur
GALANT 267
tout celui de Mr de Deville
Maréchal , qui conftament
paſſe pour un homme d'un
goût bien épuré , on affure
que le Caractere de Mr le
Sage n'eft pas moins naturel.
On trouve à la fin de ce pe
tit Livre deux petits Ouvra¬
ges qui interefferont bien des
gens , le Caractere des anciens
Philofophes ne plaira
pas moins. L'on doit ſouhaiter
que l'Auteur continuë un
deffein fi agreable & fi utile
aux gens de Lettres , je dis
utile par l'érudition qui y eft
femée avec beaucoup d'ag
Z ij
268 MERCURE
gréement , & de varieté.
钩
Le fpirituel Auteur de
la vie du Taffe , imprimée à
Paris en 1690, vient de donner
au Public un petit Ouvra
ge qui en a efté reçeu avec
de grands applaudiffemens.
C'est le Dialogue des Animaux
qu'on trouve auffi
chez le Sieur Ribou .
qui ont lu ces petits entretiens
où la nature eft fi bien
peinte , les ont jugé tres
comparables aux Fables de
Phedre & à celles de la Fon-
Ceux
taine , tout eft naturel dans
GALANT 269
*
les unes & dans les autres , &
tout y refpire fi fort l'heu .
reufe fimplicité des premiers
temps & y eft fi bien tiré
d'aprés la pure nature , qu'on
fait naturellement , en les
liſans , la comparaiſon de ces
premiers Siecles où l'Innocence
& la Justice n'eftoient
pas encor entierement profcrites
de la terre , avec ceux.
cy où toutes les démarches
de l'homme , fon langage ,
ſes fentimens & enfin tous
les mouvemens qu'il fe donne
font juger de la duplicité
de fon coeur. Dans ces temps
Z iij
270 MERCURE
heureux où l'on donne un
langage aux animaux , l'empire
des Paſſions n'eftoit pas
eftably , elles eftoient encor
affujeties à celuy de la rai .
fon ; & il femble que l'on
n'a impofé filence à ces pe
tites creatures que pour leur
ôter le droit de corriger les
hommes par la fimplicité de
leurs confeils , il ne femble
pas moins que l'Auteur de
ces Dialogues ne leur rend au
jourd'huy la parole que pour
faire la guerre aux paffions :
en effet on trouve dans la
moralité de ces petits ConGALANT
271
tes une critique tres judicieu .
fe des moeurs corrompuës du
- Siecle où nous vivons on y
trouve une fine Allegorie
fous laquelle eft caché le
Portrait fidelle du coeur de
l'homme ; & on reconnoift
bien aifément que l'étude du
coeur humain eft une de celles
à laquelle il s'eft le plus
attaché. Cet Auteur eft d'une
réputation bien eftablie ,
il tient un rang confidera
-ble dans la Republique des
Lettres , & fon nom y eft fort
celebre ; on doit s'attendre
de voir fortir de fa plume
Z iiij
272 MERCURE
quelque ouvrage d'une gran .
de folidité lorsqu'il voudra
fe donner le foins en mettant
fes lumieres en uſage .
En attendant que je vous
donne la fuite de ce qui s'eft
fait en Italie depuis ma derniere
Lettre , je vous envoye
l'eftat des Troupes qui com
pofoient les deux Armées au
commencement
de la Campagne
, l'eftat de celles qui
furent diftribuées dans tous
les poftes où l'on jugea à
propos d'en mettre.
GALANT 273
ARME' E
DE MONSIEUR LE DUC.
DE VENDOSME.
INFANTERIE.
Bataillons.
Piedmont .
Bervick.
Surville.
3
I
Sourches. I
Sault. 2
Bourk
Dillon.
Lionnois,
Galmois.
274 MERCURE
Auvergne.
Breffe .
La Marine.
Anjou .
Fitgerard.
Vaiffeaux .
Vendôme.
Medoc.
Baffigny.
Bourgogne.
Beaujolois .
L'in: de France.
Perche.
I
3
2
I
3
I
1
1
2
I
I
Bertelot premier Bataillon . 1
Soiffonnois & Grancey.
Royal Artillerie.
Total .
38
1
GALANT 275
CAVALERIE.
Efcadrons.
Brabant . 3
Flandre. 3
Colonel General . 3
Cuirafliers. 3
Carabiniers. 4
Anjou.
2
Bourbon.
Du Trone.
Villeroy.
Sully.
Ulez.
Ruffey.
Efclainvilliers .
Bartillat,
2
2
2
2 2 2
276 MERCURE
Fourbin.
Biffy.
Bouzoles .
Vuiltz.
Desclos.
Cappy.
Montperroux.
Courlandon .
Broglio.
Mauroy.
Dourches.
DRAGONS.
Efcadrons.
Dauphin.
D'Eſtrades.
Daheron.
2
N N N N N N N2
2
2
2
}
3
3
GALANT 277
Lautrec .
Seneterre .
Verac.
Languedoc .
Total.
ARME'E
3
3
3
3
77
DE MONSIEUR LE PRINCE
DE VAUDEMONT.
INFANTERIE .
Bataillons.
Normandie.
Limoufi .
Bretagne.
-
3
2
278 MERCURE
La Sarre.
La Ferre.
Royal la Marine .
I
2
Mirabau premier Bataillon. 1
Maulevrier.
Angoumois.
Tournaifis.
Perigord.
Cambrefis.
Vivarés.
Solre premier Bataillon.
Croüy .
Bugey.
Labour.
2
1
I
I
1
I
I
I
22
GALANT 279
CAVALERIE
ET DRAGONS .
Quelus.
Efcadrons.
Piedmontois.
Commiffaire General.
Royal Rouffillon .
7
12
3
La Reine,
Dauphin.
Villiers .
Efpinchal.
Bofelly.
Rennepont.
Raflé.
3
3
3
3 mm M 2 HI
280 MERCURE
Simiane.
Melun.
Total-
Bataillons . 22
Et Eſcadrons.
4I
ETAT
DES GARNISONS
pendant la Campagne.
ETAT
de la Garnison de Mantouë,
Montferrat.
Flandre à Marmirole.
Beauce .
I
I
GALANT 281
Quercy.
Miromenil .
I
I
Second Bataillon de Solre .
Cavalerie dans Mantoüe.
1. Compagnie .
Narbonne ,
Bozelli , 2. Compagnies
.
Governolo
.
Gaftinois 2. Compagnies.
Borgoforte.
Un Détachement, 150. hommes.
Goito.
Cottantin ,
Bataillon 1.
La Volta.
Foreſt ,
I
Caftiglione,
Tirache ,
Caftel.Geoffre
Anjou, Cavalerie, Compagnie
Bozzolo,
Mirabeau , fecond bataillon &
Compagnie
Juin 1703.
9
A a
282 MERCURE
Marcaria.
Même bataillon de Mirabeau ,
Compagnie
Sabionnette.
Morangis , fecond bataillon &
Compagnie
Viadana.
Morangis , fecond bataillon ,
& Compagnie
Guastalla.
I
I
6
'Albigeois , I bataillon .
Regio.
Morangis , premier bataillon .
Canette,
Second bataillon de Mirabau ,
Compagnie
Gazzolo.
I
Deux Compagnies du fecond
bataillon de Mirabau ..
Modenes
Tirache & Vauges , 2. bataill .
GALANT 283
Rubiera
Un Détachement , de so homm.
7
Baftia.
Bigorre ,
un bataillon .
Bonporto.
Ponthieu , un bataillon.
Cremone .
Douze Compagnies du fecond
bataillon de Berthelot .
Carpi.
Deux bataillons d'Albigeois .
Uftiano.
Douze Compagnies de Berthe .
lot.
Recapitation de l'Armée
de Mr de Vendofme.
38. Bataillons ,
drons .
&
77.
Efca-
Recapitation de l'Armée
de M de Vaudemont.
27. Bataillons
& 41. Efcadrons.
A a ij
284 MERCURE
Le tout fait 86. Bataillons
& 118. Efcadrons .
·
Sans compter le Blocus de
Berfello , qui eft compofé des
Troupes du Milanez & de la
Cavalerie de l'Etat , faiſant prés
5000. hommes . de
La Lettre qui fuit eft d'un
Capitaine de Vaiffeau de l'Efcadre
de Mr de Coëtlogon.
>
Nous partimes de Bret le r3 .
May avec cinq Vaiffeaux du Roy
commandez par Mr le Marquis de
Coëtlogon, le Chevalier du Palais ;
le Commandeur d'Ailly , le Marquis
de Chasteaurenault , & Mr.de
Mons . Le rr. fur les huit heures
du matin eftant par le travers de
la riviere de Lisbonne , nous découGALANT
285
vrimes far le vent à nous ane Flotte
de plus de cent Voiles , quife trouva
celle de Saint Huval.
Mr de Coëtlogon arriva fur elle
en ordre de Bataille pour
noiftre l'attaquer.
La recon-
Lorfque nous fumes à distance de
bien diftinguer leurs forces , nous
vimes cinq Vaiffeaux de guerre qui
fe mirent en ligne & en panne ,
faifant paffer toute la Flotte fous
le vent d'eux pour la couvrir. Ces
Vaiffeaux eftoient en ligne en ces
ordre , le Rotterdam avoit la tefte ,
be Roefendal le fuivoit , le Befchermer
eftoit le troifiéme , le Muydambergqui
eftoit le Commandant marchoit
aprés , & le Gafterlandfermois
·la ligne
.
Noftre ordre eftoit ainsi , le Chevalier
du Palais avoit la tefte ", "
286
MERCURE
Mr de Mons le fuivoit ; enfuite
marchoit le Marquis de Coëtlogon
, qui eftoit fuivi par le Marquis
de Chasteaurenault ; & le
Commandeur d'Ailly fermoit noftre
ligne. Nous fumes fur les Ennemis
en cet ordre , le Chevalier du Palais
attaqua le Rotterdam ; Mr de
Mons le Rofendal ; le Marquis de
Coëtlogon laiffa le Befchermer , qui
eftoit le troifiéme Vaißéau , pour attaquer
le Muydamberg , parce que
c'eftoit le Commandant ; & le
Marquis de Chasteaurenault attaqua
le Gafterlandt , qui eftoit le dernier.
Les Vaiffeaux du Roy ne tirerent
point qu'ils nefuffent à la portée
du piftolet des ennemis , que l'on ne ju.
gea pas à propos d'aborder de crainte
de fe rompre ou fe démater les uns &
les autres , le vent eftant tres -fort
GALANT 287
&la merfi groffe que les Vaiffeaux
du Roy qui estoient au vént ne purent
fe fervir de leur premiere batterie .
Les ennemis qui estoient fous le vent
fe fervirent des leurs pendant tout le
combat. Il fe fit un grand feu de
part & d'autre ; mais fur tout des
Vaiffeaux du Roy,
Aprés une heure de combat , les
ennemis ayantfait porter leurs voi .
les , Mr de Coetlogon voyant plu
fieurs de fes manoeuvres coupées , &
craignant de fe trouver hors d'eftat
de pouvoirmanoeuvrer dans la faite
fi l'Ennemy lui en coupoit encor , il
prit le party d'aborder le Commandant
, maisfon Vaiffeau n'ayant pu
gouverner affez vifte , plufieurs de
fes manoeuvres eftant coupées , comme
je l'ay deja marqué , il ne put
executer fon deffein , ayant manqué
288 MERCURE
l'abordage , il revira enfuite fur le
Vaiffeau , & le combatit toujours de
fort près. Le Commandeur d'Ailly
n'ayant point eu de Navire à combattre
dans le commencement de
l'action , ferra le plus prés qu'ilpu
le Marquis de Chateaurenault
pour pouvoir tirer fur le Gasterlandt
qu'il combattoit. Après une heure
de combat le Gafterlandt ayant mis
des voiles , le Marquis de Chateau
renault prit le parti de l'aborder
par les mêmes raisons qui avoient
engagé le Marquis de Coëtlogon de
le faire , mais le Capitaine de ce
Vaiffeau mit fi promptement toutes
fes voiles fur le mafts que le Marquis
de Chasteaurenault ne put évi
terde le dépaẞer un peu, ce qui donna
lieu au Commandeur d'Ailly de
fe mettre enfa placeparfon travers,
le
GALANT 289
lės
le Marquis de Chasteaurenault
voyant le Commandeur d'Ailly en
cette fituation , lui laiſſa le Vaiffeau
à combattre , quoy qu'il l'euft
déja fort maltraité , & mit des voiles
pour aller au Beschermer , que
perfonne n'avoit attaqué , pour les
raifons qui font marquées cy - deffus,
il le joignit bien-toft & après quel
ques coups de canon , il l'aborda
mais l'abordage ne tint pas ,
deux Vaiffeaux s'eftant donc un peu
feparez, le Marquis de Chasteaurenault
qui fongeoit à le raborder
& maneuvroit pour cela , s'appergut
que le fem eftoit dans la fainte
Barbede ce Vaiẞeau , ce qui l'enfit
éloigner unpeu , fans pourtant ceßer
de tirer du Canon & de la Moufqueteriefurluy.
Ce feu estant éteint
il manoeuvra de nouveau pour l'a-
Juin 1703.
Bb
290 MERCURE
border ; mais voyant qu'il ne tiroit
prefque plus , illuy fit crier de feren
dre, ce qu'il fit , ne pouvant pas tenir
davantage. Un moment après ·
que le Befchermerfutrendu, le Gafter.
land amena fon Pavillon & ferendit
aufi , le Commandeur d'Ailly
quicombattoitce Vaißeau, le voyant
rendu , alla attaquer le General des
Ennemis qui fe trouva prés de lay ,
s'eftant un peu éloigné du Marquis
de Coetlogon dans les mouvemens
qu'il avoitfaitpour éviterfon abordage
, un gros Vaißeau ne pouvant
fe manier auffi promptemeut qu'un
de cinquance Canons : cependant le
Chevalier du Palais qui s'eftoit
toûjours battu à la portée du piftolet
avec le Rotterdam, s'en rendit enfin
le maiftre aprés plufieurs differentes
MANoeUUTES , ce Vaißeau amena le
T
GALANT 291
troifiéme. Mr de Mons qui avoit
attaqué le Rofendalt après un long
combat fut obligé de l'aborder , ce
qu'il nefitpas fanspeine , ce Vaif
feau ayant évitéplufieursfois l'abor
dage , mais l'ayant enfin abordé , il
fut enlevé l'épée à la main.
Pour lors il ne refta plus que que le
Comment
qui
fe
deffendoit
toujours
tres vaillemment contre le
Commandeur d'Ailly , quoy que fon
Vaiffeau fuft criblé des coups qu'il
avoit reçus da Marques de Coetlogon.
Enfin aprés quelques bordées ,
fongrand maft eftant tombé , ilamena
& fe rendit en fi méchant eftat
qu'on a efté obligé de le brufler ,
n'ayant pu le fauver.
Le vent eftoit fi fort & la merfi
groffe qu'ilfallut le reste dujourpour
amariner ces Vaiffeaux , dont la
Bb ij
292 MERCURE
plupart fe trouvent fi maltraitez
qu'on eut beaucoup de peine àlesfau
ver. Cela donna le temps à la Flote
qui avoit toujours forcé de voiles pendant
le combat de s'éloigner hors de
vue. Si le temps euft efté plus ma
niable , il eft certain que l'on en au
roit pris la plus grande partie
parce que le combat euft bien moins
duré & qu'on auroit amariné plus
promptement les Vaißeauxde guerre.
Voicy les noms & la force des
Vaiffeaux ennemis qu'il eft neceßaire
que vous fçachiez, pour bien entendre
le détail que je vous envoye.
NOMS DES VAISSEAUX
felon leur ordre de bataille
, avec le nombre des
GALANT 293
hommes & des Canons
dont ils eftoient montez.
Le Roterdam.
Canons.
Hommes .
Le Rofendalt.
Canons.
Hommes.
anons
.
Le Beschermer.
Hommes .
46
180
32
143
48
200
Le Muydamberg , Commandant.
Canons
Hommes .
So
220
LeGasterlands.
Bb iij
294 MERCURE
Canons.
Hommes .
46
190
Quoy que les Vaiſſeaux du
Roy foient plus gros , &
montez de plus gros Cam
nons que ceux des Ennemis ,
on peut dire que la partie
eftoit égale dans le Combat ,
puifque les Vaiffeaux de Sa
Majefté ne fe font point fer.
vis de la batterie d'embas.
La Lettre qui fuir eft
auffi d'un des Commandans
des cinq Vaiffeaux du Roy.
GALANT 295
A Toulon le dix Juin 1703 .
Vous fçavez que nous partimes
'de Breft le 13 de l'autre mois , nous
trouvâmes quelques Vaiffeaux fur
noftre route que nous jugeâmes Corfaires
ne leur ayant point parlé. Le
22. à huit heures du matin allant
par le travers de Lisbonne nous
découvrimes une Flote de plufieurs
Voiles c'eftoit celle de faint Hubal ,
compofée pour la plus grande partie
d'Hollandois chargez de Sel. Ily
avoit aufli quelques Anglois qui
venoient de Lisbonne . Nous allà--
mes d'abord fur elle , & eftant à portée
de les bien reconnoiftre , & d'en
eftre pareillement connus ; nous
vimes cinq Vaiffeaux de guerre
Hollandois , quife mirent en ligne ,
Bb iiij
296 MERCURE
& qui firent paffer toute la Flote
fous le vent d'eux pour la courir,
Nous eftions pareil nombre de Vaiffeaux
du Roy qui allâmes les attaquer
: Ils furent tous pris aprés
beaucoup plus de resistance que nous
ne nous y attendions. Quatre de ces
Vaiffeaux font de quarante-fix à
cinquante Canons , & le cinquième
eft de trente- deux ; on a efte obligé
de brûler le Commandant , qui
eftoit fi maltraité qu'il a e̟fé impoffible
de le fauver : Les autres .
eftoient pareillement en fort méchant
eftat , & particulierement celuy que
j'ay pris. Le temps du Combat &
celuy qu'il nous falut pour amariner
ces Vaiffeaux , a donné lieu à
la Flote de s'éloigner de noftre veuë ,
le mauvais temps qu'il faifoit
leur a fort aidé en cette occafioni
GALANT 297
3
s'il avoitfait beau les Vaiffeaux
de guerre auroient efté plutôt pris ,
& nous aurions encore eu le temps
de prendre une partie de la Flote.
Le Comte de VValstein Ambaffadeur
de l'Empereur à Lisbonne
eftoitfur le Vaiffeau Commandant ,
avec un Envoyé de Mayence à la ·
Cour de Madrid , qui s'en retournoient
en Allemagne . Nous leur
faifons faire un chemin qu'ils n'avoient
pas compté de prendre . Le
Comte m'a dit qu'il eftoit fort de
voftre connoiẞance , & de celle de
Madame de *** il eft homme
de beaucoup d'efprit , & defort bonne
compagnie . Le 25. nous pasfames
devant Cadix ; d'où il nous
vint un Bateau qui ne nous apprit
rien de particulier de ce lieu, où tout
eftoit fort tranquille , on n'y parloit
>
攥
298 MERCURE
point d'Ennemis. Le 29. eftant
devant Malgue , nous primes un
petit Vaiffeau Anglois de vingt
Canons qui venoit de Venize , &
qui ne nous apprit rien de nouveau,
Nous avons laiffé dans ce lieu trois
Vaiffeaux du Roy commandez par
Mr. de Champigny , & qui ne
doivent pas eftre fort long- temps
fans arriver icy. Nous avons trou
vé quelques Corfaires dans cette
Mer que nous n'avons pu joindre.
Voila Mr un fidel compte de notre
Campagne.
Mr Chabert Capitaine de
Vaiffeau arriva à Toulon , le
même jour que Mr de Coëtlogon
y amena les Vail
feaux
Hollandois , & y paruc
LYON
GALANT 299
DE
L
VILLE
avec fept Prifes , dont il en
a une eftimée cent mille écus.
Il est beau de voir arriver
dans le même jour onze
groffes prifes faites fur deux
Nations qui fe font attribué
l'Empire de la Mer , & qui
n'ont jamais eu le plaifir de
faire enſemble un auffigrand
nombre de Prifes à la fois
& d'en voir arriver autant
dans leurs Ports.
Voicy encore l'Extrait
d'une Letrre écrite par le
premier Capitaine du Vaiffeau
que montoit Mr le Che
300 MERCURE
valier de Coëtlogon.
Je ne vous envoye de
cette Lettre que ce qui n'eft
point marqué dans les autres
Relations.
Par le travers de Rofe ce 7. Juin
1703.
Nous avons perdu de notre
Vaiffeau le Chevalier de Vauvrois
Capitaine en fecond que nous regret .
tons beaucoup ; ilfut emporté d'un
coupde Canon dans le moment que
nous allions pour aborder le Commandant
: Nous avons auſſi cu
quatre hommes de tuez , & dix-fept
de bleffez , & un pareil nombre à
peu prés dans chacun de nos Vaiffeaux.
Les Ennemis en revanche
GALANT 301
ont eu quatre- vingt hommes de tuer
& deux cent de bleßez Le Commandant
a eu l'épaule emportée ,
& un autre Capitaine a efté blessé
d'un coup de Moufquet . On a trouvé
parmy les Prifoniers , Mr le Comte
de VValftein Ambaffadeur de
l'Empereur à la Cour de Portugal ,
& un Envoyé de Mayence ; le premier
eft homme de confideration Che
valier de l'Ordre de la Toifon d'or
& de beaucoup d'efprit . Nous les
avons à bord & Mr de Coetlogon
les traite tres-honorablement . Du
depuis nous avons paffé dans la
Mediterranée , où nous avons encore
fait une petite priſe d'un Vaiſſeau
Anglois de vingt Canons.
Rien ne prouve mieux
302 MERCURE
la bonté d'un Livre que le
grand nombre d'Editions
qu'il s'en fait on vient de
donner la cinquiéme du Livre
intitulé , Stances Cherftienmes
fur divers paſſages de l'Ecriture
fainte & des Peres . Cette
derniere Edition eft reveuë ,
corrigée , & augmentée confiderablement
de pluſieurs
Ouvragesen Profe & en Vers.
Monfieur Teftu de l'Acade
mie Françoiſe , Abbé de Nộ
tre Dame de Belval , & Prieur
de faint Denis de la Chartre,
eft Auteur de ce Livre. Il ne
me refte plus rien à vous dire
GALANT 303
aprés vous l'avoir nommé , &
je crois que vous n'eftes prefentement
pas moins perfuag
dé que moy de la bonté de
cet Ouvrage . Il fevend chez
Mr le Clerc , ruë faint Jace
ques , proche Saint Yves , à
l'image Saint Lambert,
Les ficurs Jean & Michel
Guignard Libraires , demenrant
rue faint Jacques , à l'Image
Saint Jean , viennent
de donner au Public , un Livre
divisé en deux Volumes ,
& qui a pour titre , Traité de
l'Indult du Parlement de Paris,
ou du Droit
que
le Chancelier
304 MERCURE
de France , les Prefidens , Maitres
des Requeftes , Confeillers
autres Officiers du Parlement de
Paris , ont fur les Prelaturesfeculieres
regulieres du Royaume
, en vertu des Indults accordez
par les Papes Eugene IV.
Paul III. Clement IX, aux
Rois Charles VII. François I..
& Louis le Grand,
Cet Ouvrage eft de Mr
Cochet de Saint Valier ,Prefident
des Requeſtes du Palais
, & toute l'oeconomie en
eft renfermée en dix Chapi
tres. Le premier eft une Hiftoire
abregée des differens
GALANT 305
Indults ,
paffagers , ou perperuels
, donnez au Parlement
de Paris , depuis le regne de
faint Louis jufqu'à celui de
Louis le Grand. Dans le fecond
, on explique
particulierement
les
difpofitions de
l'Indult
perpetuel , dont le
Parlement jouit à preſent ; fa
naiffance fous Charles VII.
& fes Ampliations
fous Fran
çois I. & fous Louis XIV.
Le troifiéme
apprend à connoitre
les principaux
Caracteres
de l'Indult , les motifs
du
bienfait du faint Siége ,
plufieurs points
generaux qui
Juin 1703.
Cc
&
306 MERCURE
le concernent , y font auffi
expliquez . Les fept autres
Chapitres partagez en differens
Paragraphes , roulent fur
des matieres tres utiles , &
particulieres à l'Indult ; de
forte que ce traité intereffe
tous les Officiers du Parlement
de Paris qui ont droit
d'Indult , ceux par qui ils les
font tenir , & les Evêques ,
Abbez , Prelats , Chapitres ,
& Communautez qui ont des
Benefices à conferer.
Les mêmes Libraires ont
donné dans le même temps
une cinquième édition d'un
GALANT 307
ouvrage intitulé Maxime du
Droit Canonique de France.
Il eſt de feu Mr du Bois
celebre Avocat au Parlement,
& il a efté enrichi de
diverfes obfervations tirées
des Conciles , des Peres , de
l'Hiftoire Ecclefiaftique
, des
libertez de l'Eglife Gallicane ,
& des décifions des Cours &
des meilleurs Auteurs. Par мr
Simon , Affeffeur en la Marêchauffée
, Confeiller au Prefidial
de Beauvais . On trouvera
plufieurs augmentations
confiderables dans cet
te derniere édition.
Cc ij
308 MERCURE
M'Berey qui a gravé & don
né au Public la Carte du
Duché de Manroue , & celler.
du Duché de Ferrare ,du Pere
Placide Auguſtin déchauffé ,
Geographe du Roy , & qui
debite depuis peu la Carter
du cours du Danube du mef
me Auteur , vient de donner's
encore celle du Theatre de la
guerre dans les Cercles de
Baviere , de Souabe , & de
Franconic , & donnera dans
peu celle da Milanez , de la
fuite du cours du Pô , auffi
du Pere Flacide .
Mr Bercy demeure ruë S.
GALANT 309
Jacques , devant la Fontaine
de S. Severin à la Princeffe
de
Savoye .
"
Le Jeudy 30. du mois de
May Mr Fagon premier Me
decin du Roy , vint fur les dix
heures du matin aux Ecoles
de Medecine préfider à une
Thefe foûtenue par Mr Geof.
froy , Bachelier de la Faculté,
& l'un des Affociez à l'Academie
Royale des Sciences.
Mr Boudin premier Medecin
de Monfeigneur le Dauphin,
avoit commencé la Theſe aunom
de Mr le premier Me;
310 MERCURE
decin qui eftoit à Meudon
d'où il ne pût partir qu'aprés
le lever du Roy. Il fut reçû
en arrivant aux Ecoles , à la
portiere de fon Caroffe par
Mr Vernage , Doyen de la
Faculté , accompagné d'un
grand nombre de Docteurs,
qui le conduifirent jufques
dans la Chaire, d'où Mr Bou
din defcendit pour luy donner
fa place. Mr le premier
Medecin eftoit en Robe de
Confeiller d'Etat , portoit fur
fon épaule , le Chaperon d'Ecole,
lacé, herminé, & le Bonnet
carré fur fa tefte , comme
GALANT - ZIL
Docteur de la Faculté. Il fut
reçû avec tous les Eloges , &
toutes les marques de diftinction
, que la Compagnie pût
imaginer pour lui témoigner
fa joye. Tous les Docteurs à
qui il reftoit encore à diſputer
quand il arriva , marquerent
par des difcours pleins de zele
& d'érudition , combien ils fe
fentoient honorez de voir
parmi eux un homme de fon
merite , venir avec tant de
bonté & d'humanité s'acquit
ter des devoirs de fimple
Docteur , & préfider à fon
rang comme le dernier de la
312 MERCURE
Compagnie . Mr Emmerés fe
diftingua parmi tous ceux qui
en témoignerent
leur reconnoiffance,
ll complimenta
Mr
Geoffroy fur fa Théfe , l'une
des plus belles & des plus fça .
vantes qui eût encore paru
dans les Ecoles. Il lui fit remarquer
avec combien de raiſon
il avoit avancé , qu'un habile
Medecin devoit eftre parfaitement
inftruit de la Chymie
& des Mécaniques
, puifque
celui qu'il avoit l'honneur d'avoir
pour fon Preſident
s'étoit fi avantageufement
diftingué dans ces deux
ſciences
GALANT 313
tim
1
fciences. Que c'étoit à ce me.
rice fuperieur qu'il eftoit redevable
de l'élevation où l'as
voit porté le plus grand Roy
du monde , en lui confiant le
depoft precieux de fa fanté :
qu'il n'employoit tout le credit
& l'autorité de la Charge,
que pour porter la Medecine
à fa derniere perfection , &
à former dans la Faculté par
une noble émulation des fujets
dignes de lui fucceder. Il
fit fouvenir la Compagnie des
allarmes que lui avoit données
la derniere maladie de
Mr le premier Medecin , &
Juin 1703.
Dd
314 MERCURE
by
en même temps de la fermes
té avec laquelle il avoit fou.
tenu l'operation de la Pierre,
relevant par fon courage ceux
qui travailloient à le rendre
à la vie , avec toute l'adreffe
de l'art , mais en même temps
avec toute l'inquiétude que
leur donnoit l'importancede
fa perfonne , & la delicateſſe
de fon temperament . Enfin
il acheva fon difcours en
exhortant la Compagnie à
meriter la glorieuſe protec- »
tion qui leur étoit accordée
par un fi illuftre Chef, & il
finit la difpute en peu
de pa
GALANT T
315
roles .
L'Univerfité vint en
Corps prendre féance à cer
Acte , & voulut marquer en
y affiftant , la joye qu'elle
avoit de voir un fi digne ſujet
préfider en perfonne à un de
les Exercices. Le fieur Geof
froy répondit avec tout l'efprit
, & tout le fçavoir poffible
aux argumens qui lui furent
propoſez , & Mr le premier
Medecin finit la Theſe
felon la coutume , en recom.
mandant à la Faculté de fe
fouvenir de fon Bachelier ,
lors qu'il faudroit luy defti.
ner dans la diftribution des
Dd ij
316 MERCURE
lieux une Place proportion
née à fon merite. Il fut re
conduit enfuite à fon Carroffe
par Mr le Doyen , &
toute la Compagnie qui fe
preffoit en foule autour de
luy , & il quitta les Ecoles
avec des acclamations de joïe
qui luy firent un veritable
plaifir . Depuis Fernel la Fa .
culté n'avoit pu voir aucun
premier Medecin luy faire
l'honneur de prefidér à fes
Actes , & on peut dire auffi
que depuis ce grand Perſon
nage aucun de ſes Succeffeurs
n'avoit merité par aucun enGALANT
317
A
droit d'entrer en comparai?
fon avec luy, sim, eolia
Mr Nolin Geographe ordinaire
du Roy eut l'honneur
de prefenter à Sa Majeſté ſur
la fin du mois de May, dernier
une grande Carte qui a
pour titre , Carte pour laguerre
dans les Pays Bas. Le Roy
l'honora de fon approbation.
Il eut auffi l'honneur de prefenter
la même Carte à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
avant fon départ . Cette
Carte qui eft dediée à ce
Prince , contient les cours
des Rivieres du Rhin depuis
Dd iij
318 MERCURE
Bonne , & de la Meufe depuis
Charleroy jufques à leurs embouchures
dans la Mer d'AL.
lemagne , formant les lfles de
Bommel & de Betau & c. &
baignant les Illes de Zelande ,
qui fe trouvent entre ces bou .
ches & celles de l'Eftaut
bordant les Coftes du Comté
de Flandres , où eft l'ifle de
Cadfant jufques à Nieuport) ,
& c. Et renfermant plufieurs
Etats à differens Princes , qui
font le Brabant au Roy d'Efpagne
, dont la partie du
Nord eft poffedée par les
Hollandois , qui poffedent
GALANT 319
auf quelques parties des
Duchez de Gueldre & de Limbourgqui
fontà l'Espagne.
* Cleves &Fulliers à l'Electeur
de Brandebourg & au Duc
de Neubourg , l'Archevêché
de Cologne, l'Eveché de Liege à
l'Electeur de Cologne , & plu.
Gieurs autres petits Etats , avec
les lignes ,campemens des Armées
& les grands chemins ,
& c.
Il a fait auffi une grande
Carte pour les mouvemens
qui fe font en Allemagne ,
intitulée le Theatre de la guerre
fur le haut Rhin & dans la
Dd iiij
320 MERCUER
Souabefur le Danube , qui com?
prend l'Alface le Cercle de
Sonabela Baviere , avec
partie du Cercle de Franconie
, il travaille actuellement
à l'Autriche qu'il dontiera
dans peu . Toutes ces Cartes
eftant fur un grand pied ,
font d'un tres grand détail
& la lettre d'un caractère qui
ne fatigue point la veuë :
L'Auteur ayant donné des
titres à toutes , elles fe met
tent auffi en livie , & alors
elles font accompagnées de
plufieurs Plans des Villes
les plus expofées. Tous ces
*
GALANT 321
Ouvrages le trouvent fetrouvent à Paris
chez l'Auteur, auffibien que
le Theatre de la guerre d'Italie
en livre , & le cours de la Ri.
viere du Pô en feuilles depuis
Turin jufques à fes embouchures
dans le Golphe
de Venife , où le trouve auffi
l'Iftrie.
Mr Nolin demeure fur le
Quay de l'Horloge du Palais ,
à l'Enfeigne de la Place des
Victoires , vers le Pont neuf:
le tout ainfi que fes aurres
ouvrages , fe vendent auffi à
Bruxelles chez Mr Jean Leonard,
Libraire ruë de la Cour.
322 MERCURE
Un petit Parti de la Com;
pagnie Franche de cent Fufiliers
& de so. Grenadiers de
Mr de Melard qui eft à Gand ,
enleva fur le Glacis du Nort
de Gand , les Chevaux du
Gouverneur & du Major de
cette Fortereffe , en prefen .
ce de fa Garnison .
ques jours après fur l'avis
qu'on avoit reçeu que Mr le
Baron de Lefly, Capitaine d'u
ne Compagnie Franche de
la Garniſon de Hults , s'eftoit
embufqué avec foixante &
dix hommes , à une lieuë de
Gand du cofté d'Everghem
,
Quel
GALANT 323
M'de Melard fortit de Gand
à cinq heures du matin , avec
fes Fufilliers & les Grenadiers
qu'il divifa en deux troupes
, pour aller aux ennemis
par differentes routes . Ceuxcy
ayant efté avertis de fa
marche , ſe retirerentavec précipitation
, mais ce Capitaine
fit tant de diligence avec
fa Troupe , qui n'étoit que
de foixante hommes , qu'il
tomba fur eux , & les défit
entierement aprés un combat
d'un quart d'heure dans
lequel un
vingt Soldats furent tuez , &
Lieutenant &
324 MERCURE
plufieurs bleffez , Mª le Baron
de Lefly , un Lieutenant
& vingt cinq Soldats furent
conduits Prifoniers à Gand.
Cet avantage n'a couté à M
de Melard
que deux hommes
tuez. Il y a long tems
qu'il a donné des marques
de fa valeur & de fa bonne
conduite dans toute for .
d'entrepriſes . Il battit
les ennemis vingt & deux
fois en dix huit mois de temps
dans la derniere guerre , & il
eut beaucoup de part à l'heureux
fuccés de l'irruption que
nous fimes alors dans le
te
GALANT 325
Pays de Vaës , d'où nous reti .
râmes plufieurs millions de
contributions .
31 M' Maréchal , Chirurgien
de l'Hôpital de la Charité
dont le profond fçavoir répond
à la grande experience
, & à la réputation qui eſt
generalement eftablie , a cfté
nommé par le Roy , premier
Chirurgien de Sa Majefté à
la place de feu Mr Felix,
Ce choix a efté generalement
applaudy & eftoit fouhaité
de toute la Cour , ce qui fut
caufe que le Roy luy dic
326 MERCURE
lorfqu'il vinte remercier Sal
Majefté que toute la Cour l'a
voit choisi pour remplir las
place de M' Felix. Le Roy
ajouta par une bonté particu
liere pour la Ville de Paris
que pourveu qu'il fe trouvaft
à fon lever , & à fon coucher ,
il luy permettoit de venir
tous les jours à Paris. Je ne
croy pas devoir rien dire de
plus fur cet article , on doit
fe taire fur les actions dont
on ne peut affez bien exprimer
la beauté.
Je vous envoye le dernier
Ordrede bataille de la grande
GALANT 327
Armée du Roy en Flandres ,'
vous trouverez dans la fin de
cette Lettre ce qui s'eft paflé
dans cette Armée depuis ce
que je vous en ay mandé
dans ma derniere Lettre. Je
reſerve toujours ces articles
pour les derniers , afin que
les nouvelles de lafin ſoient
plus frailches , & de renfer
mer s'il eft poffible tout le
Journal du mois en un où
deux articles.
328 MERCURE
ORDRES
DE BATAILLE
DE L'ARME’E DU ROY ,
en Flandres.
Mr le Maréchal de Ville .
roy.
Mr le Maréchal de Bouz
Alers.
Lieutenants Geneaux,
Meffieurs.
Coignies.
d'Antin .
Prancontal.
GALANT
329
Solre.
Gaffé.
Gaffion.
TH
Charoft.
Bufca.
Maréchaux de Camp .
Meffieurs ,
Souternon.
Du Rozel.
Montfort.
Saillan.
Mornay.
Surbeck.
Epinoy.
Leftrade .
La Chaftre.
Juin
1703 .
Ee
330 MERCURE
PREMIERE LIGNE.
Reifbourg , Brigadier. S
ESCADRON S.
Reifbourg 3
Le Roy.
Ferrare
. 3
3
}
9
Vilenne , Brigadier.
13. 13. Maifon du Roy.
Grignan, Brigadier.
Du Maine .
Beringhuen 2
2
Grignan. 2
Royal Allemand. 3
GALANT 331
Stequenbeck , Brigadier.
M BATAILLONS.
Grobandon,
Alface
Orleans.
Brancas , Brigadier .
2
Premier de Charolois. 1
Boulangis S
Royal Rouffillon.
Bouyn , Brigadier.
Gardes Françoites . 4
Gardes Suiffes.
કે
6
7
3
•Comie de la Marc' , Brigadier.
Saint Sulpice.
Second de Baffigny. 1 46
Second de Bretagne. 1.
Second de Loraine, paano
Furftemberg.
I
332 MERCURE
Marillac , Brigadier.
Languedoc.
Vexin.
Second d'Agenois.
Picardie.targ
32
Talmont , Brigadier.
ESCADRONS,
Berry.
Likerque.
Tarente.
} z
8
Talmont
Le Comte d'Evreux , Brigadier.
Quintin ,
> Duras ,
Toulouſe ,
Carabiniers ,
2
}
GALANT 333
Dom Benites , Brigadier.
Gardes de Son A.E. 2 ) 2
< Valenfac, Brigadier.
Valenfac ,
Meftre de Camp general
. 3}}
28
SECONDE LIGNE.
Lieutenans Generaux.
Meffieurs,
De Roquelaure.
De Bay.
Villeroy.
Raynol.
Artagnan .
Luxembourg.
334 MBRCURE
Liancourt.
Barwick.
Maréchaux de Camp.
Meffieurs ,
Prince de Rohan.
Horn.
Biron.
Birkenfeld.
Labadie.
La Feüillade. ansa
Manderscheid.
Guiche.
Broglio , Brigadier.
ESCADRONS,
Le
Roy.
Beauffart ,
Grigny,
12, 7.
GALANT 335
·Fiennes , Brigadier.
Los Rios ,
Fiennes ,
Parabere ,
Fraulard , Brigadier.
Fraulard ,
Montrevel ,
Egmont , Brigadier.
Egmont ,
Meufe ,
Glime ,
}
6
}
23.
La Faille , Brigadier.
BATAILLONS.
Troifiéme du Royal , 1
Zurlauben , +3 2
336 MERCURE
Second de Quercy ,
Second de Cambrefis , 1
Lafaille ,
Villars ,
Brigadier .
Villars , Suiffe.
Hefly , Suiffe ,
Maye ,
3
}
Brandelé ,
Brigadier.
Greder , Suiffe ,
Brendelé , Suiffe , 336
Montveille , Brigadier.
Spaar , s
Second de Brie , I
Second de
Bigore ,
Second de
Beauvoiſis , i
Gondrin ,
29.
2
Toulongeon ;
GALANT 337
Toulongeon , Brigadier.
ESCADRON S.
Toulongcon ,
Chimay ,
Cecile ,
Brigadier.
Rozen ,
Cecile ,
Belleport ,
Bar ,
2
2.
2
Coignies ,Brigadier.
Furftemberg ,
Louvigny ,
Royal Etranger ,
Juin 1703.
2
}
}
*
}
Ef
6
7
19.
338 MERCURE
Bataillons.
Royal Artillerie ,
Bombardiers ,
Total des Bataillons , 63
Eſcadrons ,
101 .
L'Etat qui fuit doit eftre
ajouté icy.
TROUPES
De Mr le Prince Serclaës.
INFANTERIE.
Bataillons.
Gardes à pied de S. A. E.
GALANT
339
Saint Sulpice ,
Blaifois ,
Troifiéme de Picardie ,
Fugeray.
CAVALERIE.
Efcadrons.
I
I
I
I
Gardes du Corps de S. A. E. i
De Belleftein
Saumery,
Gardes à cheval ,
Gardes Dragons ,
2
2
2
2
2
II
Chaffonville , Dragons ,
Ffij
340 MERCURE
TROUPES
de Monfieur le Marquis
de Bedmar.
Vingt - cinq Bataillons en
Corps d'Armée.
La Cavalerie de Mr de la
Motte eft à proportion
.
Et de plus , 40 Bataillons
dans les Places .
On compte qu'il y a en
Flandres 184. Bataillons, dont
it y en a 40. des Troupes d'Ef
pagne.
GALANT 341
Vous avez duy parler confufement
de ce qui c'eft paffé à
la derniere diette des treize
Cantons , c'eft pourquoy je
vous envoye la Lettre fuivante
qui vous en éclaircira plus amplement
.
Copie d'une Lettre de M
le Maréchal de Villars à
Meffieurs les Députez
du
des treize Cantons à la
Diette de Baden
23. May 1703 .
MESSIEURS.
Je reçois la Lettre que vous me
faites l'honneur de m'écrire par le
F f iij
1
342 MERCURE
3
feur Anthoine Schnorf, que vous
avez bien voulu me dépêcher. Vous
me permettrez de vous dire quejefuis
étonné de l'inquietude que vous me
témoignez du voisinage des Trout es
du Roy , puifqu'il a toujours efté
avantageux à vos Frontiers , nos
Armees font destinées , a enrichir
nos amis & a détruire nos ennemis ,
Jefuivray avec une égale ardeur ,
ces deux objets & comme je n'oublieray
rien de tout ce qui poura eftre
utile à vos fujets je feray auli ce
qui dépendra de moy pour faire repentir
les Etats qui fans aucunes
raifons fe font déclarez contre Sa
Majesté , fe fervant des places que
l'unique défir d'établir la tranqui
té de l'Europe , l'avoit porté à donner
pour venir attaquer celuy qu'on
devoit croire en toute feureté par les
GALANT 343
paroles de neutralité , données aux s
Miniftres du Roy & à ceux de Mr a
l'Electeur de Baviere.
Ce Prince qui n'a d'autres veuës »
que de conferver le repos de l'Empire
environné de fes ennemis , s'eft foutes .
nu par fa fermeté, mais il pousa
voit craindre d'eftre enfin accablé ,
s'il eftoit poffible que l'augufte &
puiffante protection du plus grand\
Roy du monde manquaft à ceux qui
fe déclarent pourune caufe auffi jufte
que la fienne le deffein de foutenir
Son Alteffe Electorale de Baviere
a porté Sa Majesté à m'ordonner
d'entrer dans l'Empire , & d'eft ces
que nous avons fait avec l'aide dé
Dieufans que 5 ou 6. retranchemens
joint à la nature des lieux , apuyez
par des Armées de l'Empereur &
de la Hollande , ayent pù nous ar
"
Ffiij
344 MERCURE
refter. Nous ne venons point , Mef
fieurs pour donner aucunes inquietu.
des , & faire la moindre peine à
nos anciens amis , & alliez, &
fi vous voyez quelques Corps de
Troupes vers le Lac de Conftance ,
je vous en diray , Meffieurs , tres .
naturellement les raifons .
>
3
Vous fçavez, Meffieurs , que nos
Lettres ont effés arreftées dans vos
Etats contre la foy publique , puifque
depuis deux mois
l'authorité
que vous laiffez prendre à l'Ambaffadeur
de l'Empereur dans vos
Villes , non fans quelque legere attaque
de votre gloire , & de votre
Souverain pouvoir , a fait arrefter
non feulement toutes les Lettres de
la Cour, & des Generaux des Armées
du Roy , mais aufi toutes celles
des Banquiers , & qui regardent
GALANT 345
uniquement le Commerce comment
donc › Mellieurs , puis -je efperer
d'etre honnoré des ordres du Roy'`,
de recevoir aucunes nouvelles de
France , fije n'ay pas une Poſte où.
fur le Lac de Conftance , ou bien
prés , par le moyen duquel les lettres
de vos Eftats oùje feray me puiffent
eftre rendues. Il est tellement vray
Meffieurs , que c'est mon unique def
fein quefi les Louables & Illuftrès
treize Cantons veulent obtenir un
engagement de la part de l'Empe
reur , & de l'Empire , pour qu'il
foit permis à quelqu'un des Sujets
Suffes de me porter tous les huit
jours les Lettres de l'Armée enfer
mées dans un pacquet cacheté des
Sceaux de leurs Armes ou de Schaffoufen
, à Ulm' , ou de Saint Gall à.
Memingue , je m'engage de mon
346 MERCURE
cofté à ne m'affurer d'aucun Pofte
dans le voisinage de la Suiffe. F'efpere,
Meffieurs , que vostre tres - louable
Diette trouvera la propofition
que je fais , plus que jufte , & rai
fonnable ; mais je pourrois douter
qu'ellefuft acceptée parnos Ennemis,
quoy que tres avantageuſe pour eux
qui ne font pas en eftat de deffendre
ce que je voudrois attaquer ; furtout
aprés ce qui vient d'arriver aufufdit
le fieur Antoine Schnorf Vice-
Baillifde la Comté de Baden , &
au fieur Fean Ulrich Siegler, Greffier
de la ville de Schaffoufe ; c'est par
ces Meffieurs & les gens de leur
Suite , que nous avons appris leb
traitement tres- indigne qui leur a
efté fait par les Troupes ennemies ,
& l'ordre du Commandant de Hohenvich
, ces trois Officiers eftoient
GALANT 347
precedez des Trompettes de vos Etats,
chargez de vos Paßeports , & aprés
les avoir montrez ils ont effé contre
la foy publique & le droit des gens ,
fouillez , pillez , leurs papiers ont
efté enlevez, & ils ont reçu plufieurs
autres mauvais traitemens , Que
dites - vous , Melieurs , de tels voifins
Car enfin dans le temps même
qu'ils manquoient de respect pour
les treize Cantons , ces Mellieurs
les affuroient qu'ils marchoient pour
travailler à leur repos & à leur confervation:
j'efpere , Mellieurs , que
Melieurs de Schaffoufe vous auront
informez de la difference de ma conduite
, à peine m'ont ils faitfçavoir
qu'ils prenoient quelques interefts à
la Comté de Stieling , dont le Sei
gneur est un des Generaux de l'Em
pereur , employé contre nous dans
348 MERCURE
l'Armée du Prince Louis de Baden
que j'ay fait relâcher tout ce qu'ils
ont paru defirer , peut- etre que cette
facilité a porté un de leurs Bourgeois
, à defirer que je falle payer
des chevaux qu'il m'a mandé avoir
efté pris par les Troupes de l'Empereur.
Vous me permettrez bien de ne
pas pouffer la civilité jufqu'à reparer
les violentes des ennemis fur vos
propres Sujets , bien que je fois toujours
difpofe à les proteger envers &
contre tous. Ce font , Meffieurs , les
ordres de Sa Majesté que Dieu me
fera la grace d'executer toujours avec
ardeur & avecjoye , ainsi que ceux
qui regarderon: voftre utilité generale
& particuliere . C'eft dequoy
Meffieurs ,je vous fupplie d'etre bien
perfuade , aufi bien que de mon refpect
pour le tres- loüable Corps Hel
GALANT 349
vetique , & de la paffion avec la
quelle je feray toûjours.
Cette lettre furprit tresagreablement
ceux des treize
Cantons qui ne cherchent que
la tranquilité de l'Europe . Les
Proteftans mefmes qui font
dans le
le party de l'Empereur ne
purent s'empêcher d'admirer
, cette moderation du Roy ;
mais il parut en mefme temps
qu'elle les chagrinoit , puifqu'ils
ne purent s'empêcher de
dire tout haut : Eb que deviendra
donc Sa Majefté Imperialefi nous
Laiffons les François fe faifar des
places qu'ils voudront prendre , ou
fi nous laiffons la communication des
Lettres libres. Il deviendra ce qu'il
poura , repliquerent les Catholi
350 MERCURE
3 ques ; car après la lettre de Mr
de Villars nous n'avons rien à
craindre de la France , Cepen--
dant le Confeil de l'Empereur
n'a pas voulu entrer dans cet
accommodement
, ce qui a fait
beaucoup
murmurer.
ན
Sön Alteffe Royale Monfieur
leDuc d'Orleans álla à S. Cloud
le dixième du mois dernier , &
y demeura jufqu'au vingtiéme.
Il y a eu toutes fortes de divertiffemens
dans cette delicieufe
Maifon , pendant tout le temps
que ce Prince y a refté : la Chaffe
, la Mufique , & le Jeu da
Mail , ainfi que plufieurs autres
Jeux , ont diverti la Compagnie
qui eftoit nombreuſe . Mr
Le Comte de Brionne , Mrs les
GALANT
0351
Ducs de Foix & de Sully , ainfi
< que quantité de perfonnes d'une
qualité diftinguée , ont refté à
Saint Cloud , pendant tout le
fejour que Son Alteffe Royale
y a fait . La cherey a efté groffe,
& Son Altele Royale a fait
l'honneur à plufieurs perfonnes
de les faire manger à fa ta.
ble. Le Thé , le Caffé , & le
Chocolat , ont tous les jours
efté fervis depuis le matin jufqu'au
foir , à tous ceux qui en
ont fouhaité. Mr de Laftera ,
Gouverneur du Chafteau a fottenu
par une table de plufieurs
couverts l'honneur qu'il a d'être
regardé de fon Maiftre avec
la même diftinction qu'il l'eftoit
de feu Monfieur.
Pendant le fejour que S. A.
352 MERCURE
R. a fait à Saint Cloud , la
Compagnie a efté divertie par
une excellente Mufique , où
rien ne manquoit , tant pour les
voix que pour les inftrumens.
Deux Muficiens du Pape y ont
chanté devant S. A. R. & ont
charmé toute la Cour, qui eftoit
fouvent groffie par les nombreuſes
Compagnies qui venoient
paffer des journées entieres
à Saint Cloud. Son Alteffe
Royale affifta à la Proceffion
de l'Octave de la Fefte du
Saint Sacrement , où tous les
Officiers de fa Maiſon ſe trouverent
avec des cierges , & tout
s'y palla d'une maniere tresédifiante
, tant du cofté du Prince
que de toute fa Maifon . On
chanta de tres- beaux Motets
GALANT
353
dans la Chapelle du Chateau ,
dont les cours & les avenuës
avoient efté fuperbement tendues
. Le Saint Sacrement fut
reconduit à la Paroiffe au fon
des fanfares des Trompettes , &
au bruit des Timbales. Toutle
Peuple ne pouvoit fe laffer d'admirer
la pieté d'un Prince qui
fert d'exemple à toute la Cour.
Le divertiffement qui a le
plus brillé , & qui a fait le plus
de plaifir pendant que Son Alteffe
Royale a demeuré à Saint
Cloud , eft celuy d'une tresbelle
fimphonie qui fut admirée
dans le grand Salon de Mars
au bout de la Galerie du Soleil .
La douce melodie des plus
belles voix y fut jointe à la
delicate harmonie des plus fins
Juin 1703.
Gg
354 MERCURE
accompagnemens. Ce divertif
fement reçut de fi grands applaudiffemens
, qu'il eft impofe
fible de vous les bien depeindre.
On peut dire que rien
n'eût manqué aux divertiffemens
de Saint Cloud fi les
pluyes euffent donné la liberté
de la promenade. Tout ce qui
s'eft paffé pendant le fejour
qu'on y a fait s'eſtant reffenti
du bon goût , de l'ordre , &
de la delicateffe d'un Prince
brillant , genereux , rempli de
bonté , qui fait fon plus grand
plaifir de ce qui en procure aux
autres , & qui trouve que celuy
de fe communiquer , eft une
des chofes qui doit faire le plus
de plaifir à un grand Prince .
GALANT 355
Mi Marechal ayant efté nom
mé premier Chirurgien de Sa
Majefté , remit avec l'agrement
du Roy fa Charge de Chirur
gien de l'Hopital de la Charité
entre les mains de Mr Lardys
premier Chirurgien en furvis
vance de feu Son Alteffe Roya
le. Sa Majesté a fort approuvé
ce choix , Mr Lardy ayant travaillé
avec Mr Marêchal pendant
plufieurs années dans le
même Hôpital de la Charité ,
& dans plufieurs autres endroits
& ces deux Meffieurs eftans
regardez comme deux des plus
habiles , & des plus grands Praticiens
du Royaume. M' Lardy
a fervi long- temps dans les Armées
de terre & de- mer ,
a efté Chirurgien Major de
$
&
Gg ij
356 MERCURE
THôpital de Meffine.
Quand ce qui fuit auroit déja
efté repeté par d'autres , je
veux bien eftre accufé en faveur
de la Nobleffe de
que d'autres ont peut - eftre déja
dit . L'article qui fuit peut
eftre utile à la Nobleſſe .
repeter
アイ
ce
On donne avis qu'il a esté
mis entre les mains de Mr
Herfent , Secretaire Garde des
Minutes du Confeil des Finances
, demeurant à Paris ruë S.
Honoré au deffus des Jacobins ,
quantité de titres de Nobleffe
& de Filiations , qui ont efté
produits lors de la recherche
des faux Nobles , faite en l'an®
né 1666. & les fuivantes . Ces
Pieces eftoient difperfées en
GALANT 357
'divers lieux . Ceux qui font en
peine de leurs titres , & de ,
leurs pieces , pouront s'adreſ
fer à M¹ Herfent qui les rendra
fous des charges valables . Il
luy eft refté auffi plufieurs titres
& papiers produits en 1692. au
fujet des taxes des Francsfiefs .
Je vous envoye l'ordre de Bataille
de l'Armée de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne .
Elle fera dans peu de temps'renforcée
de beaucoup de Troupes
qui marchent pour la groffir.
}
358 MERCURE
ORDRE socia
de Bataille de l'Armée
d'Allemagne.
PREMIERE LIGNE.
Lieutenants Generaux,
Melicurs ,
De Loëmaria.
Courtebonne.
Surville .
Clerembault.
Rouffy.
Maréchaux de Camp.
Meffieurs ,
Marfin .
De Flamanville.
Forfat.
Galmoy.
GALANT 359
Du Chaftelet .
Blanzac .
D'Humiere .
Valfemé .
Sailly.
Hautefort , Brigadier.
Colonel general .
Hautefort .
Tellé .
Vertilly , Brigadier
Gendarmerie.
3
3
و
3
818
}
7
La Valliere , Brigadier,
Vienne.
La Valliere.
Monroux , Brigadier.
Cravattes .
Navarre .
Monroux .
Luxembourg .
Royal Italien .
3
I
360 MERCURE
Polignac , Brigadier.
Touraine .
Flandres .
Hainault.
Aunix .
Orleanois .
I
I
Chevalier de Croiſſi , Brigadier.
Greder Allemand .
Santene .
2
I
Sourches . I
Tournaifis .
La Marche .
Le Roy.
Murcé , Brigadier.
4
D'Ayen , Brigadier.
Sechldon .
Saint
Poüanges .
2
2 6
Nilles
Puguyon,
GALANT 361
Paguyon Brigadier.
Bourgogne.
La Beaume.
Meſtre de Camp gener. 3
7
Chevalier de Rohan,
3
Bouville.
39
La Reine,
3
SECONDE LIGNE .
Lieutenans Generaux .
Meffieurs ,
De Saint Maurice .
Hautefort.
Grammont.
Maréchaux de Camp.
Melieurs ,
Prince Camille .
Joffreville
.
Nogent.
Juin 1703.
Hh
362 MERCURE
Imecourt .
Chevalier d'Asfeld .
Saint -Hermine .
Briffac , Brigadier.
Orleans .
Crov.
Briffac.
2
2
2
Ternau .
Raffetot , Brigadier.
Xaintonge .
Nice.
Brie.
Ifle de France . I
Robec. 2
Auxerrois. I'
Broglie .
I
V Vandergratz .
I
Saint Second , Brigadier .
Courriere .
Laffay.
Maubourg,
I
I
و
GALANT 363
Saint Second .
Thoy .
Sillery.
Boulonnois.
Ligondez.
I
D'Auriac . 6T
Gaëtano.
L
Artillerie.
Royal Artillerie.
Grenadiers.
Total
Bataillons ,
42.
Escadrons , 60..
Mr d'Auriac commande la
Cavalerie.
Mr. Cilly eft Maréchal des
Logis de l'Armée .
Mr.
Maifoncelle , Major general
Hh ij
364 MERCURE
Et Mr Du pleffis , Maréchal
de Logis de la Cavalerie .
Voicy la fuite de ce qui s'eft
pafé à la grande Armée de Flandre
depuis ma derniere Lettre .
Cette Armée partit le 30. May
fur les dix heures du matin
pour venir camper à Affelbruck
entre Saint Truyen & Borchorn
. Les Armées fe voyant
de part & d'autre , n'eftoient
feparées que par le Jeeker . On
crut qu'il y auroit quelques efcarmouches
. Mais il ne fe paffà
rien. Mrs les Maréchaux ne
voulurent pas que les gros équipages
entraffent dans le Camp,
& coucherent au Biüoac.
31. ils firent retourner les
chevaux , & les mulets à la tefte.
Le
GALANT 365
"
de l'Artillerie. La fituation du
Camp de noftre Armée eſtoit
tres avantageule , puifqu'elle la
mettoit en état d'aller avant les
ennemis , foit à la Mehaingne
foit au Demer , & enfin à portée
de prevenir les deffeins des
ennemis qui ne pouvoient luy
dérober une marche , auffi sétoit-
on pofté de maniere à les
empêcher de rien entreprendre
par ce que l'on avoit preveu
leurs deffeins. On avoit dans
ce Camp des vivres & des fou
rages en abondance . La grande
Armée n'empêchoit pas feule
les ennemis de rien entreprendre
, Mr le Prince de Serclaes
commandoit du cofté de Liere
fix Bataillons , & onze Efcadrons
, M³ le Marquis de Bed-
Hh iij
366 MERCURE
mard quinze Bataillons , & dix
Efcadrons prés d'Anvers & M
le Comte de la Mothehoudancour
avoit vingt Bataillons du
cofté de Bruges & d'Oftende ;
de maniere que Mr le Marquis
de Bedmar avoit à fes ordres
foixante & deux Bataillons ,
depuis Oftende jufqu'à Liere
independamment de la grande
Armée. Il eſt à remarquer que
dans la fuite il en a eu d'avantage,
pendant que les deux Armées
eftoient fi proche l'une
de l'autre , Mª de Malboroug
fit voir des manieres fi polies
que toute noftre armée en
fut charmée , il dit même des
chofes fi obligeantes pour Mr
de Marechal de Villeroy que
ceux à qui il les dit receu
GALANT 367
rent des ordres tres - precis de
n'en point parler. Ce Milord
en envoyant le troifieme Juin
un Trompette à M le Mar
rechal de Villeroy , fit conduire
avec luy un trés - beau cheval
Anglois . Le Trompette eut.
ordre de le prefenter à Mr le
Duc de Barvick & de luy dire
que ce cheval eftant tres- excellent
, il le luy envoyoit pour s'en
fervir à la premiere bataille , ce
qui arriveroit bientoft . Mr le Ma
rechal envoya par ce Trompette
à Mr de Malbouroug
un Mulet chargé d'excellens
vins. Tant que les deux Camps
furent en prefence , ceux qui
fe promenoient l'aprés - diné fe
voyoient à la portée du Piſtolet
fans tirer les uns fur les autres.
Hh iiij
368 MERCURE
د
Il y eut même le quatrième
une converfation fur parole
, entre fept ou huit Officiers
des ennemis , & autant
des noftres ; cette converfation
dura affez longtemps , &
l'on n'y parla point de guerre .
Il ne fe paffa rien de nouveau
jufqu'au neuf , la lettre
qui fuit & qui eſt datée du onze
Vous apprendra les mouvemens
que firent les deux Armées :
elle eft d'un Officier fort intelligent
, & fort attaché au
fervice .
F'auray l'honneur de vous dire ,
Monfieur , queles Ennemis ontmarché
le 9. a quatre
heures
du
matin
,
qu'ils ont mis leur droite à Remercour
& leurgauche pres Reneau &
GALANT 369
Jaint Georges , à un petit quart de
lieue de VVarfufee . Ils ont fur leur
droite un ruiffeau & derriere eux, &
à leur gauche un ravin. Le même
jour , auli- toft que Mrs les Maréchaux
eurent avis de leur marche,
ils monterent à quatre heures à cheval
, & allerentfur le bord du Fecker,
reconnoiftre eux mêmes la marche
des Ennemis Ils firent auſſi - toft
batue la generale , & fe mirent en
marche à neuf heures du matin
pour prendre le Camp de faint Fervellen
en pleine , noftre droite à Breff
fur la Mehaigne & noftre gauche à
faintServellens fur le fecker. En arrivant
on mit tous les gros équipages
derriere noftre droite. Mrs les.
Maréchaux monterent à cheval
l'onzième pour aller vifiter la Plaine
, & choifirent un Champ de Ba370
MERCURE
taille , un peu plus de demi- lieue
devant noftre droite , &feulement à
une portée de mousqueton devant
noftre gauche. Le Village de Touri
nefe trouve justement à la droite du
centre de l'Armée. Onfit auffi camper
derriere ce Village la Brigade.
des Gardes Françoifes pour l'occupers
on fit aufi camper denx Regimens
de Cavalerie à leur droite , & deux
à leur gauche , qui faifoient deux
pilliers de potence , tirant du cofté de
noftre Camp , afin que rien ne fe pust
gliffer entre-eux & noftre Armée ;
de maniere qu'en cas que les ennemis
voluffent nous attaquer , noftre
Armée puft fortir du Camp en Ba
taille " aller
pour occuper le Champ
marqué ; la droite à Fallaiße furla
Mehaigne
, e la gauche à une por
tée de piflolet devant le Chasteau
GALANT 37 €
d'Heloigne fur le Iecker. Enfin entre
les ennemis & nous il n'y a qu'une
Plainefans ruißeaux nyravins . Les
ennemis occupent deux lieuës , s'ils
ont envie de combatre , le Champ
leur eft ouvert , & il eft àpréſumer
que s'ils ne marchent pas à nous
dans cette occafion , nous pourrons
demeurer tranquilles , & nous aßu
rer que ces gens là ne demandent
pasàcombatre. Mrs les Maréchaux
aprés avoir pris toutes ces mesures
ordonnerent aux gros équipages d'en_\\
trer au Camp le onzième , & montérent
à cheval l'aprefdinée avec le
piquet , ils allerent reconnoiftre le
camp des ennemis à une demi - lieuë
de leur gauchefur la hauteur , méme
fur le Retranchement du Camp de
Male Maréchal de Villeroy à Vi
gnamonts d'où l'on voit à plein tour
372 MERCURE
leur Camp ,jufqu'à leur droite à Remercourt
; cependant avec toutes ces
précautions , nous ne les pourran's
pas empêcherd'aller à Huy, s'ilsy
veulent aller , de crainte de leur.
donner jour d'aller du cofté du Brabant
; ce qui nous eft d'une tres—
grande confequence ; & il paroift
que c'eft leur intention : car s'ils
avaient un veritable deßein furs
Hay, ils auroient deja pù l'execu
ter, Nous ne doutons pas qu'ils n'y
aillent ne pouvant mieux faire cen
qui prouvera qu'ils ontpeur de nous .
Te le fouhaite de tout mon coeur , pour.
le bien des affaires du Roy , & pour
la gloire de Mr le Maréchal de Vil
Leroy. C'est un plaifir de voir le bon.
ordre qu'il apporte en toutes chofes y
& avec quelle facilité il fait tout
executer. Ce Maréchal &ce Milord
GALANT 373
fefontfaits des preſens de vin d'une
charge de Mulet , & Mr le Maréchat
a commencé cette correspondance.
Trois de nos partis font revenus hier
avec des chevaux & des hommès des
ennemis pris au fourage . Un àpied
en a amené quatorze , un autre &
cheval, feize; & le troisième à che
val , quatre Houffars équipéz à leur
donner laumône , couverts de guenilles
, & propres afaire compaion:
Voila tout ce queje puis vous manderde
ces quartiers.
.
Cette Lettre fait voir la bonne
manoeuvre de Mr le Marêchal
de Villeroy , & le peu
d'empreffement que les Ennemis
avoient de combattre , puifqu'ils
ont évité la Bataille étant
fupérieurs , & les deux Armées
374 MERCURE
**
n'ayant entre elles qu'un Ruiffeau
ou Marais que Mr de Marlbouroug
pouvoit ailement paffer
, puifqu'il eft à la tefte de
fon Camp. Les Ennemis continuerent
à charger du gros &
du petit Canon , & à le promener
de Maſtrick à Liege en
l'embarquant & yle rembarquant
fouvent ; de maniere que
l'on ne pût rien comprendre à
leur manoeuvre , fi ce n'est qu'ils
eftoient fort embaraffez &
que tout leur but eftoit d'embaraffer
noftre Armée . Mr de
Marlbouroug fit faire un grand
nombre de Ponts , fur un Ruiffeau
ou Marais dont je viens
de parler . On publia dans leur
Camp que c'eftoit à deſſein de
nous venir donner Bataille , &
#GALANT 375
que les frequens voyages que
Mi de Marlbouroug avoit fait
à Liege où il avoit cu plufieurs
entretiens avec Mr de Zinzendorf
, & le Deputé des Etats
Generaux n'avoit efté que pour
engager les Hollandois à y confentir
Cependant on apprit
que tous ces Ponts n'avoient
efté faits que pour affurer leur
Fourage , & donner de l'inquierude
à l'Armée du Roy En
effet s'ils avoient dû l'attaquer
ils n'auroient pas attendu que
T'on eût fait des retranchemens
& des redoutes qui le rendoient
inattaquable . On leur prit le 12 , .
treize Cavaliers à pied qui fauchoient
, & n'eftoient vêtus que
de faros de toille , on leur demanda
pourquoy ils eftoient en
376 MERCURE
cet eftat ; ils repondirent que
c'eftoit la maniere de leur Cavalerie
lorfqu'elle faifoit le Fourage
en avant .
Le 14 à 1 entrée de la nuit ,
Mr le Marquis de Coignies ,
fils de Mr le Comte de Coignies
Lieutenant General , eut ordre
d'aller s'embufquer avec trois
cens Chevaux au lieu nommé
la Tombe de Vaux . Il apperçût
le 15. à la pointe du jour une
Troupe d'environ deux cens
Chevaux qui tenoient la même
route , il comptoit de les deffaire
entierement , mais les Ennemis
ayant heureuſement pour
eux aperceu une de fes Vedettes
, ne fongerent plus qu'à fe
retirer , ce qu'ils ne purent faire
affez vîte ; de maniere qu'ils
GALANT 377
furent attaquez & pourfuivis
jufqu'à leurs grandes Gardes ,
on leur tua vingt . cinq hommes
, & l'on en prit trente qui
furent ammenez au Camp avec
leurs Chevaux , on leur prit un
Lieutenant Colonel , & deux
Lieutenants ; on perdit quatre
Cavaliers en cette occafion
Mr de la Motte Moufqueraire
fut bleffé dangereufement . On
trouva aprés l'action qu'il manquoit
unGarde du Corps dont
on ne pût avoir de nouvelles ,
on crût que fon cheval l'avoit
emporté , ou que s'eftant mellé
trop avant avec les Eenemis
il s'eftoit trouvé obligé de les
fuivre.
Le même jour à trois heures
du matin , cinq Officiers An-
I i
Juin 1703 .
378 MERCURE
glois vinrent à la tefte du Camp
de M le Maréchal de Villeroy
pour le reconnoiftre , on en
voya des gens à leurs trouffes
qui les joignirent , les firent
Prifoniers , & les emmenerent
à Mr le Maréchal de Villeroy.
Trois Deferteurs Anglois fe
rendirent en même temps au
Camp . Meffieurs les Marechaux
monterent à cheval avec
toute la Cavalerie , afin de fuivre
les Ennemis qui avoient
fait un mouvement comme
pour aller à Huy que l'on avoit
crûinvefti fur ce que l'on avoit
entendu tirer du Canon de cette
Place pendant deux jours ;
mais on apprit par des Deferteurs
que cette Place n'eftoit
point inveſtic , & que le CaGALANT
379*
non qu'on avoit entendu eftoit
parce que les Ennemis avoient
fait deux grands Fourages juf
qu'à la portée du Canon de
Huy , ce qui avoit obligé de
tirer fur eux .
Le 16. Mr le Maréchal de
Villeroy fit faire un Fourage à
la vue du Camp des Ennemis ,
& fort prés de leurs Gardes
fans qu'ils fiffent aucun mouvement
pour l'empêcher.
La nuit du 16. au 17. on detacha
M le Marquis de Grignan
pour aller s'embufquer ,
& le 17. au matin ayant aperceu
quelques Troupes En--
nemies , il les fit pouffer , & on
leur prit vingt Chevaux .
Le 17 au matin Mr de Labadie
alla fe pofter avec trois
li ij
380 MERCURE
cens Chevaux prés du Village
de Vaux , & l'Armée fouragea
le même jour derriere le Village
à la vûë des Ennemis , qui
y firent avancer plufieurs Troupes
, mais ayant paru un peu
tard , & le Fourage cftant fini
nos Efcortes fe retirerent en
Bataille , une Trouper des En
nemis en fuivit une ; mais elle
fut repouffée avec beaucoup de
vigueur. On nous enleva quinzes
Chevaux qui fe trouverent hors
des enceintes du Fourage
Il fe paffa le 19. une action
confiderable , dont je crois vous
devoir envoyer deux Relations
differentes , fans quoy vous ne
pouriez fçavoir toutes les cir
conftances de cette grande ac
tion , puifque bien que le fair
GALANT 381
principal foit égal dans ces deux
Relations , elles contiennent
neanmoins des circonstances
differentes.
Le Projet eftoitd'attaquer le 19 .
les grandes Gardes des ennemis, & de
les enlever ; pour cet effet Mr le Duc
de Guiche devoit avec buit cent Chevaux
attaquer à midy precis leur
Garde ordinaire de la gauche , ou
pour mieux dire il y avoit cent cinquante
Maiftres commandez pour
Pattaquer , foutenus par huit cent
Chevaux aux ordres de Mr le Duc
de Guiche. De l'autre cofté Mr de
Bay, Maréchal de Camp , Efpagnol
avoit huit cens Chevaux avec
ordre d'attaquer en mefme temps ,
& de la mefme maniere leur grande
Garde de la droite qui eftoit de
382 MERCURE
quatre vingt Maiftres au bien
que celle de la gauches mais Mr
de Bay l'ayant fait attaquer un
peu trop toft , celle - cy a qui on n'avoit
encor rien dit ayant entendu
tirerfur la droite a marché au fecours
, & n'a laiffé qu'un Corps de
Garde de dix buit à vingt hommes,.
que les cinqante de Mr le
Duc de Guiche ont enlevez à l'eception
de fept ou bait qu'il ont tué
Pendant ce temps l'à les 150. commandez
à droite ontpouffé la Garde
jufque dans leur Camp & on a
crié d'abord le Piquer à Cheval
à lafaveur duquel la Garde pouffée
s'eft renforcée , & a repouffe nos
gens avec le Piquet de leur droite
jufque fur le détachement de Mr de
Bay qu'il avoit mis en Bataille
fur deux Lignes . Dans l'inftant
GALANT 385
les Generaux luy ont envoyé dire
qu'il avoient avec eux des gros dé
tachemens pour le foutenir fans
compter tout le Piquet de toute la
Cavalerie qui les fuivoit d'affer
prés . Mr de Bay qui vouloit eftre
à portée d'eux en cas qu'ilfut pouf.
fé , s'eft retire un peu en arrierre.
Les Ennemis qui fe font apperçus
de ce mouvement , ont cru que nous
avions peur & fe font débander
fur nos huit cents Chevaux qui
marchoient à eux avec beaucoup
d'ordre. Quand il ont efté à portée
Mr de Bay afait volte face , s'eft
replié fur eux , les a pouffé une fe-.
condefois & leur a tué beaucoup de
monde.
Voicy ce que porte la feconde
Relation de la mefme affaire .
374 MERCURE
Mr de Bay Lieutenant general
des Troupes d'Espagne , ayant dit à
Mrs de Villeroy & de Bouflers
que deux Capitaines des Troupes
d'Espagne , fe faifoient fort d'enlever
les Gardes qui estoient dans le
front du Camp des ennemis , on leur
donna pour cet effet à chacun cent
cinquante Maiftres , avec lefquels
ils ont efté dans ce camp , comme des
Troupes qui rentroient dans leur
camp. Ces Troupes avoient à leur
tefte des gens qui parloient Anglois
, Hollandois & Flamand , &
avoientdu verd à leur chapeau. Ce
Stratagème areült , car les Gardes
des ennemis les ont laißé paßer. La
Garde de leur gauche qui eftoit de
trente hommet , a efte enlevée , & il
ne s'en eftfauve que trois Cavaliers.
Les autres Gardes fe font un
рец
GALANT 375
L
peu mieux tirées d'affaire , parce
qu'elles eftoient de cent chevaux , ce
qui n'a pas empêché que nos gens
ne les ayent attaquez & poußezjufque
dans leur Camp , mais leurs
piquets ont efté fi promptement à
cheval , que nos Troupes qui ont
attaque les deux dernieres Gardes
ont efté repouffées un peu brusque-
`mentjufqu'à l'endroit où Mrde Bay
s'eftoit pofte , lequel les chargea &
les pourfuivit affez loin , aprés quoy
ayantjugé à propos de fe retirer , il
le fit en bon ordre ; mais voyant que
les ennemis vouloient le faivre , il
retourna fur eux & les fit plier. Mr
le Duc de Guiche qui eftoit avechuit
cens chevaux à noftre droite pour fou
tenir les Troupes qui attaquoient la
Garde de leur gauche les a vûs &
s'eft retiré fans eftre fuivi . Le pi-
Juin 1703.
K k
376 MERCURE
quet de no tre droite & celuy de noftre
gauche estoient tous deux à demie
lieue en avant de noftre Camp ; Mrs
de Villeroy & de Bouflers informez
de l'état des chofes allerent à ba tefte
des piquets au devant de Mr de
Bay qui avoit efté avant cela en
bataille en prefence des Ennemis
pendant une heure & demie , lefquels
ne jugerent pas à propos de
rien hazarder , és après avoir rémarqué
les mouvemens de part &
d'autre , chacun fe retira dans fon
camp. Cette action a efté affez rude
& bien executée.
Voicy ce que l'on a écrit de
Marly touchant la même affaire
.
GALANT 377
On vient de recevoir des nouvelles
de Flandres qui portent
que Mr le Maréchal de Villeroy
ayant envie d'engager quel
que affaire de Cavalerie , & de
ne la mener
qu'auffi loin qu'il
luy plairoit , avoit detaché 800.
Chevauxfous la conduite de Mr
le Duc de Guiche , lequelavoit
feparé fa Troupe en deux , dont
l'une avoit enlevé une Garde
entiere de Cavalerie des Enne.
mis , & l'autre une vingtaine
de Maîtres d'une autre Gärde
qui s'eftant apeicûë de la marche
des nôtres , avoit pris la fuite
precipitament. Ce Maréchal
Kk ij
378 MERCURE
mande que fitoft que Monfieur de
Marlbouroug eût eſté averti ,
fit marcher tout le Piquet en huit
Troupes pour aller au Duc de
Guiche ; mais qu'ayant reconnu
que Mrle Maréchal de Villeroy
eftoit pofté avec un gros Corps
de Troupes , c'est àdire de Cava
lerie pour le foutenir , ledit Marlbourong
s'eftoit retiré prudemment.
l'on
Cette action n'eftant preſque
point connue parce que
n'en a donné aucun détail au
Public , jay crû la devoir éclaircir
de la maniere que je viens
de faire ,
GALANT 379
Nous avons perdu dans cette
affaire Mr le Camus d'Ivour ,
Aide de Camp de мr le мarêchal
de Villeroy ; à peine étoitil
revenu de Namur deguifé en
Païfan , que fon courage le porta
dans cette action fans avoir
efté commandé . Cinq tant Lieutenans
que Cornettes ont efté
tuez . Mr du Plantis Exempt des
Gardes du Corps & un Moufquetaire
du Roy ont efté bleffez
, & le fils de Mr le Marquis
de Belabre , Capitaine dans Beringhuen
a reçu une contufion .
On apperçut le lendemain 21.
à cinq heures du matin trente
Efcadrons des ennemis ou environ.
On fit d'abord monter le
piquet à cheval pour aller les
reconnoiftre , mais il ne fe paffa
Kk iij
386 MERCURE
rien , & les Ennemis fe retires
rent après avoir fait mine de
vouloir prendre leur revanche
.
I
Le 22. Mrs les Maréchaux de
Villeroy & de Bouflers firent
battre la generale à la pointe
du jour , & toute l'Armée s'a =
vança fur le champ de bataillé
marqué fur la droite & fur la
gauche de Tourine . Les Troupes
rentrerent dans les Camp
aprés la revue Les partis des
ennemis qui avoient vu toute
l'Armée en mouvement , crurent
que nous marchions à eux , ce qui
les obligea à fe mettre en bataille
à la tefte de leur Camp , leur
ruiffeau devant eux , ils y refterent
jufques au foir.
L'Armée fe mit encore en baGALANT
381
t
taille le 24. à Tourine
, & Darion
eftoit occupé par l'Infanterie.
n
Ce Journal
fait connoiftre
que Mr le Maréchal
de Villefa
roy a plus fait pour la gloire.
depuis l'ouverture
de la Campagne
, que s'il avoit gagné des
Batailles
ou pris des Places . La
valeur des Troupes
contribue
beaucoup
au gain des Batailles
,
& le canon & les bombes
ont
aujourd'huy
la meilleure
part
à la prise des plus forces Places;
mais le General
feul fait ce que
nous avons vû arriver
en Flan
dres depuis deux mois , où Mr
le Maréchal
de Villeroy
avec
une Armée moins forte que celle
des Ennemis
, a rompu tous
leurs deſſeins
, les a toûjours
Kk iiij
382
MERCURE
"
inquietez , & a pris de fi juftes
mefures! pour eftre averti de
tous leurs mouvemens , qu'il
leur a efté impoffible de luy dérober
feulement une heure de
marche.
Ce que je vous ay fouvent
mandé de Sa Majeſté Britannique
vous a fait concevoir une fi
haute eſtime pour ce Monarque
, que vous craignez que
quelque incommodité ne l'ait
obligé de prendre la Perruque.
Je puis vous affurer qu'il eft en
parfaite fanté , mais comme les
cheveux échauffent beaucoup ,
& fur tout la nuit , ceux qui ont
autant de vivacité que ce Prince
qui s'attache avec beaucoup.
d'attention , tant à l'étude qu'à
tous les exercices du corps où il
GALANT 1 383
s'applique , ont jugé à propos
pour la fanté de ce Monarque de
lui faire prendre la Perruque. Je
dois ajouter en vous parlant des
exercices du corps de ce jeune
Souverain , qu'il danfe avec autant
de jufteffe que de bonne
grace , & cependant d'une maniere
qui fait connoiftre qu'il
ne s'attache à cet exercice , que
parce qu'il contribue beaucoup
à donner un bon air ; & un air
dégagé , & que par cette raifon
les plus grands Princes ont toùjours
regardé la danfe comme
un exercice qui forme le corps ,
& qui donne de la bonne grace.
Quant à la Chaffe , cet exercice
eftant en quelque façon
une image de la guerre , les
Souverains s'y doivent attacher
384 MERCURE
plus qu'à tout autre , & furt
tout parce que cet exercice ačā
coûtume à une fatigue neceffai
re à ceux qui ont des Peuples
à deffendre , ainfi l'on peut dire
que ce noble exercice doit
eftre nommé l'exercice des Rois
& c'eft auffi à cet exercice que
le Roy d'Angleterre s'attache
le plus , & il y fait voir toute
l'adreffe imaginable & toute
la vigueur neceffaire pour mar
quer qu'il a la force & la fanté
que l'on doit defirer dans un
- Prince dont les vertus & les in
clinations portées au bien sfe
faifant beaucoup plus remar
quer qu'elles ne font ordinairement
, forfque l'on eft encore
dans un âge fi peu avancé , doivent
faire efperer qu'eſtant aug.
GALANT 38%
mentées & fortifiées par les années
elles le rendront un jour
non -feulement un Prince áccompli
, mais auffi un des plus
grands Princes du fiecle . Les
Officiers des Gardes du Corps
qui pendant qu'ils font en ferviauprés
du Roy , ont auffi l'honneur
de fervir tour à tour par
huitaine auprés de Sa Majesté
Britannique à Saint Germain ,
ne peuvent fe laffer de publier
les louanges de ce jeune Prince
. Ils en reviennent toûjours
charmez de fon efprit & de fes
manieres pleines de douceur &
de bonté. Ils difent tout d'une
voix qu'il ne fe prefente aucune
occafion de leur parler obligeament
qu'il ne le faffe avec
une grace qui luy cft particu386
MERCURE
liere , & que l'honnefteté de ce
Prince va jufqu'à les remercier
avec civilité de leurs peines ,
& de leurs affiduitez auprés de
fa Perfonne ; ils publient tous
la méme chofe , & de fon accueil
& de fon humeur bienfailante
, de fa generofité & de
fon coeur charitable . Ils difent
qu'il remplit tous fes , devoirs
avec une raifon qui furprend &
qui furpaffe de beaucoup fon
age, qu'on ne peut aflez admirer
fon refpect & fon attachement
pour la Reine fa mere nifon zele
pour la Religión , que tous fes
momens font reglez , tant pour
les exercices de pieté que pour
les études , dans lesquelles il
fait beaucoup de progrés , qu'il
affifte au Service Divin , fans
GALANT 387
A
de
fafte & fouvent fans fuite, avec
une modeftie qu'il feroit diffi
cile d'exprimer , & fans que rien
le puiffe diftraire un moment
de l'attention avec laquelle il
prie ou il entend . Enfin ces Of
ficiers affurent tous que les premieres
années de la vie de ce
Monarque ne permettent pas
douter qu'il fera un jour un
Souverain accompli , & ils ajoutent
que tous les avantages par
lefquels ce jeune Prince charme
tous ceux qui ont l'honneur de
l'approcher , font beaucoup
d'honneur au milord Perth fon
Gouverneur, & à ceux qui ont le
foin avec lui , de fon éducation .
Vous devez ajouter d'autant
plus de foy à ce que vous venez
de lire qu'il m'a efté rapor
388 MERCURE
té par plufieurs perfonnes de
confideration qui n'ont dit que
ce qu'ils ont vu & entendu.
Une perfonne feule pouroit .
eftre fufpecte , on pouroit croire
qu'elle auroit eu des raiſons
pour parler de la forte , ou
quelle auroit trop écouté fon
zele dans un éloge auffi étendu
que celuy que je viens de vous
donner mais ceux qui ont publié
tant de veritez font des
gens de coeur qui parlent tou
jours naturellement , les veritables
braves ne fachant point
fe déguifer. Ainfi tout ce que
je viens de vous dire eftant veritable
on ne doit pas eftre furpris
, fi tous les Sujets de Sa
Majefté Britannique qui font
en France fe rendirent à Saint
GALANT 389
Germain en Laye le Jeudy 21.
Jain , jour de la naiffance de ce
Princes, en habits magnifiques
pour hontorer ce jour , fuivant
l'ufage d'Angleterre . Chacun
s'empreffa à marquer fes
refpects , & fon dévouement à
un fi aimable Monarque , & fi
capable de rendre des Peuples
heureux par la douceur de fes
manieres & par toutes les
grandes qualitez qu'il poffede
qui le mettront en eftat de faire
triompher par tout les Peuples
qui feront affez heureux
spour, reconnoiftre un jour
qu'il a feul droit de les commander.
1.
"
w
Le Roy alla à Saint Germain
en Laye rendre vifite à
leurs Majeftez Britanniques le
390 MERCURE
jour que ce jeune Monarque
reçut tant de complimens au
Sujet de fa naiffance , & cette
vifite augmenta l'allegreffe
de ce jour. Ce jeune Souverain
continua de faire paroiftre
un efprit infiniment au deffus
de fon âge , tant par tout ce
qu'il dit ce jour là , que par fes
manieres obligeantes , qui font
briller fa bonté fans qu'il defcende
de fon rang , tant il eft
bien inftruit de ce qu'un Monarque
doit aux Etrangers , à les
Sujets & à fon rang . Ceux de fes
Sujets qui font en France , &
qui fe trouverent ce jour làà
Saint Germain s'empreffe →
rent à luy faire leur Cour & à
તે
luy donner quelque divertif
fement , on luy mena Mª DanGALANT
391
geville , fameux Maiſtre à Danfer
de Paris qui eut l'honneur
de danfer devant Sa Majefté &
devant la Princeffe , fa Soeur.
Cet honneur fit redoubler ces
forces , & fa legereté femble
lui infpirer de nouvelles manie
res pour danfer encor mieux
qu'il n'avoit jamais fait , de forte
qu'il fe fit admirer de toute
cette Cour.
·
Leurs Majeftez Britanniques
allerent à Marly quelques
jours aprés , & fouperent avec
Sa Majefté , le jeune Roy continua
de le faire admirer , & s'il
eft auffi conſtant que le Public
fe perfuade , que la voix du Peu--
ple eft la voix de Dieu ; il y
a lieu d'efperer que nous ver
rons dans peu ce jeune Monar-
Juin 1703 .
LI
392 MERCURE
que affis fur fon Trône.
Ce qui s'eft paffe pendant le
mois de Juin en Italie confifte
en quatre actions confiderables
fçavoir la Prife de Final
du мodenois par M le Comte
d'Albergotti , aprés avoir pris
on tué quatre cens Cuiraffiers
qui fe retiroient de cette Place ,
& gagné beaucoup de Bagage .
Ce Comte trouva dans cette
Place une grande quantité de
Fourages , & d'autres provifions
1401
La feconde action remarquable
eft l'ouverture de la Tranchée
, faite en trois endroits
devant les Retranchemens que
les Ennemis ont à Oftiglia , &
la rupture faite par les Ennemis
de la Digue du Pô , & de celle
GALANT 393.
du Canal qui vient de Ponte
Molino à Oftiglia , fans que cette
inondation ait coûté un feul
homme à м de Vendofme ;
c'est un projet manqué , mais
on peut dire qu'il coûte cher
aux Ennemis , puifqu'ils ont
noïé leurs Fourages , qu'ils fe
font fort incommodez , & qu'ils
font prefque environnez d'une
eau qui n'eftant pas courante ,
produit en cette faifon & fur
tout en ce Pays là , des exhalaifons
mortelles . Enfin jay vû des
Lettres d'Italie qui portent que
quand Mr de Vendofme n'auroit
point eu d'autre deffeinen
attaquant les Ennemis , que de
les obliger eux mêmes à faire
unc inondation qui leur eft fi
prejudiciable , il auroit tou-
L1 ij
394 MERCURE
jours beaucoup fait , & auroie
lieu d'eftre content.
La troifiéme action est l'avan
tage remporté fur Mr le Baron
de Vaubonne , par мr le Comte
d'Eftain , foutenu par Mts de
Capi, de Bartilhat & de la Bretoniere
, & la chaffe donnée
enfuite à ce General par le
même Comte d'Eftain , aprés
avoir efté joint par Mr le Comte
d'Eftrade , & Mr le Marquis de
Biffy.
La quatriéme action & dont
on parle differament , eft l'abandonnement
du mefme Final
dont je viens de parler , par
Mr le Comte d'Albergotti qui ,
s'eftoit emparé de cette Place
quelques jours auparavant ,
ayant eu dans cette occafion
GALANT
395
tous les avantages que je viens
de vous marquer. Voicy ce qu '
en a écrit un Officier General
de l'Armée d'Italie , il prend
l'affaire d'un peu loin , mais
ce qu'il dit merite d'eftre fçû .
AS. Benedetto , ce 18. Juin
1703 .
Mr le Duc de Vendofme eftoit
parti d'icy avec la meilleure partie
"de fon Armée , pour aller attaquer
les ennemis à Oftiglia , où ils ontun
Pofte fur le Po; nous eftions reftez ici
fous les ordres de Mr de Vaudemont,
avec trente-fix Bataillons & trenneuf
Efcadrons , noftre Armée
ayant la droite à la hauteur de Final
du Modenois , où Mrd'Albergotti
commandoit avec fix Batail-
-
396 MERCURE
lans & dix Efcadrons . A deux on
trois lieues Mr de Gobrian aveit un
aut petit Camp de trois Batail-
Lons & de fept Efcadrons à deux
lieues de là & commandoit la droite
de l'Armée de Mr de Vaudemont ,
allant jufqu'à l'embouchure de la
Sechia dans le Po cette espace de
terrain que nous avons à garder eft
bien de quatre lieues , les ennemis
gardant la Sechia de leur cofté ,
comme nous du noftre. La marche de
Mr de Vendofme vers Oftiglia s'étantfaite
fans aucune oppofition ,
ily arriva le 9. Il commença par
ouvrir latranchée de trois caftez, on
la pouffa dés la feconde nuitjusqu'à
portée de leur retranchement qu'on
devoit attaquer avec toute l'Armée.
On enleva d'abord deux Loftes
avancez › & uneChapelle retranGALANT
397
chée , qu'ils avoient à leur tefte .
Tout fe difpofoit pour l'attaque
·lorfque les Ennemis rompirent une digue
& lacherent des éclufes qui auroient
inondé tout noftre Camp , fi
l'on ne e fust retiré promptement ,
-ce qu'on fit fi à propos qu'on ne
perdit rien , que par quelques coups
de canons malheureux : en un mot ,
cela rendit fon deffein inutile &l'affaire
impraticable. Comme on n'étoit
point informé de ce contre - temps
dans nos quartiers , Mr d'Albergot.
ti avoit affemblé tout ce qu'il avoit
pù de Troupes en eftat de marcher ,
aufquelles nous avions envoyé un
renfort de mille hommes d'Infante.
rie & de huit cens Chevaux com-
`mandez par mrs de Murfay , Saint.
Pater , Saint- Efteve , Colonel Efpagnol,
& du Tronquoy . Ce détu398
MERCURE
chement joignit Mr d'Albergotti
ils partivent tous, enfemble de Fi
nal que les ennemis avaient abandonné,
& dont Mr d' Albergoti s'étoit
faifi dans le moment qu'ils l'abandonnerent
, y avoit même fait
des prifonniers cette action s'eftoit
paffée ily avoit dix ou douze jours ,
cette petite Armée qui n'eftoit que
de détachemens & de vingt Compagnies
de Grenadiers faifoit feize
cens hommes d'Infanterie &
feize cens Chevaux , ils marchewent
jusqu'à un mille & demy de
la Mirandole à la veuë d'un petit
Camp que les Ennemis y avoient , sy
il fe retira à trois mille de la Mi.
randole où il n'arriva qu'a dix
heures du foir. Le jour venu il fe
campa en ordre. Sur les deux heures
apres midyfa petite Armée fut fort
farprife
THEQUE
DELA VILLE
GALANT
ON
furprise d'entendre battre la Gendas
le , Mr & Albergoti venoit de recevoir
un Courier de Mr de Vaudemont
qui luy mandoit l'avanture de
Mr le Duc de Vendome & luy ordonnoit
de fe retirer. Ilfit d'abord
marcher Mr de Murfay avec les
Troupes qu'il avoit amenées. 4
peine fut- il éloigné de luy d'une de
milieuë que les Ennemis tombeventfur
Mr d'Albergoti , qui ne
faifoit quefe mettre en marche , &
qui avoit renvoyé fon Canon escorté
par quatre Compagnies de Grenadiers
; ainfi n'eftant point en eftat
de foûtenir l'effortdes Ennemis dans
le chemin , il mit fa Cavalerie en
bataille dans une petite Plaine qui
eftoit fur la gauche. Les Ennemis
en firent autant de leur cofté. Six
Troupes du Dauphin chargerent da-
Juin 1703.
M m
400 MERCURE
bord les ennemis avec toute la vi
gueur pofible , percerent les ennemis
& fe meflerent avec eux , mais ces
braves Dauphins fuccomberent au
nombre ; ils ont perdu 120. hommes,
trois Capitaines , quatre Lieutenans
Cing Compagnies de nos Grenadiers
commandez par Mr de Se
bret fejetterent dans une caffine pour
favorifer la retraite de noftre cavalerie
, elles foutinrent pendant plus
d'une demi - heure un feu épouvantable
d'une groffe ligne d'Infanterie
& du canon , malgré tout cela elles
repoufferent trois fois les ennemis
qui vinrent pour les enlever. Si
Mr de Marfay qui entendoit ce feu
de l'Infanterie & du canon , n'eut
pas retournéfur fes pas pour rejoindre
Mr d'Albergotti , les ennemis
auroient enlevé les cinq Compagnies
GALANT 401
de Grenadiers , mais ce mouvement
fit faire une diverfion , dont Mr de
Sebret profita , & il fe retira de
Caffine en Cafine. Mr de Murfay
trouva le chemin pour joindre Mr
d'Albergotty , barré par une groffe
ligne d'Infanterie &par des Troupes
de Cavalerie qui feformoientfur
fa droite , ilfe mit en bataille à la
portée du mousquet des ennemis ,
effuyant un grand feu de canon ,
mais fe trouvant de beaucoup inferieur
aux ennemis , & le chemin
pour joindre Mr d'Albergoti eftant
barré , il prit le parti de faire fa
retraite , qu'il fit avec tout l'ordre
poffible prefentant aſſez de feu aux
ennemis pour les empécher de l'approcher
ce qu'ils n'oferent faire
pendant deux lieuës qu'ils le fuivirent
, il a perdufoixante- douze hom-
Mmij
402 MERCURE
mes , & il en a eu trente -fix bleffex,
prefque tous du canon. On eft fort
content de luy & on exalte fort fa
bravoure , il fut bleffe au pied au
commencement de l'action & ne quit
ta point l'Arrieregarde. La Cavalerie
de Mr & Albergotti fut poffèc
jufqu'a Final. Mr Defpinchal Colonel
, eft parmi les morts , les Capitaines
du Dauphin tuez font , de
Merieux , & de Rafal, L'Omma
ria bleffe & prifonnier . Mr de Vandeuvre
& lefils de Mr de Rennepons
ont efte tuez. Je ne fçay pas le nom
des autres. Il eft certain que la valeur
du Regiment Dauphin a fauvé
unepartie des Troupes . Mrde Vendofme
eft à la Baroquello , & nous
toujours à S. Benedetto. L'oubliois
à vous dire que Mr dAlbergotti a
abandonné Final.
GALANT 403
Mr le Marquis de Bonnelle
qui commande le Royal Rouffillon
s'eft extremement
diftingué
, & toutes les Lettres de
L'Armée qui parlent de cette action
donnent de grandes loüan
ges à ce Colonel . Mr le Comte
d'Angennes
qui commandoit
deux Compagnies
de Grena
diers n'a pas fait paroître moins
de valeur , & les Officiers Ef
pagnols ont acquis beaucoup
de gloire dans cette action .
Je ne vous dis rien de Mr le
Comte de Murfay , fa valeur
a efté jufqu'au prodige, & toute
l'Armée retentit de fes loüanges.
On ne peut trop louer la valeur
des Troupes qui ont com.
batus contre un Corps fi fupe-
M m iij
404 MERCURE
rieur par le nombre qu'ils en -
devoient eftre accablées ; mais
il n'y a rien de furprenant dans
ce fait , & il arrive de temps
en temps de ces fortes d'avanfaire
connoiftre
tures , pour
jufqu'où
va l'intrepidité
des
Troupes
Françoifes
Le Regiment de Mr d'Efpinchal
qui a efté tué dans cette
action , a efté donné à Mr le
Prince d'Elbeuf, fils du Prince
de ce nom , & de N. de
Mortemar fille du Maréchal
Duc de Vivonne .
Je ne puis me difpenfer d'a.
jouter icy la Lettre fuivante .
GALANT 405
1
De San Benedetto fur le Pô ,
le 15. Juin 1703.
Mr le Grand Prieur qui eft venu
saboucher avec Mr de Vendofme a
apporte une Lettre de Mr d' A bergoti
, par laquelle il paroit que
pendant que nous eftions à Oftiglia ,
il s'eftoit avance du cofté de la Mirandole
avec buit cens chevaux &
mille hommes de pied , aufquels Mr
le Comte de Marfay s'eftoitjoint de
l'Armée de Mi le Prince de Vaudemont
, avec pareil nombre de Cavalerie
& dix Compagnies de Grenadiers,
& que noftre depart d'Ofti
glia
› ayani obligé Mi de Vaudemont
à redemander Mr de Marfay ,
& fon détachement les Ennemis
auroient efté bien avertis defafept.
ration d'avec Mr d'Albergotti ,
Mm iiij
j
406 MERCURE
qu'ils vinrent avec de la Cavalerie,
de l'Infanterie & da Canon , attaquer
les Poftes d'Infanterie , &
les gardes du Camp de Mrd' Albergoti
, ce qui lui donna le temps de
faire retirerfes bagages & 2.piece de
canon qu'il avoit , & defaire entrer
fa Cavalerie dans une petite
plaine , mais cependant fort coupée
de foffez les ennemis y tournerent
toutes leursforces dans le temps que
la premiere Ligne paffoit dans les
intervales de la feconde , pour fe
retirer. Les ennemis , tomberentfür
fa gauche & l'enfoncerent , mais
(a droite en même temps chargée ,
fanspourtant les rompre , ny lesfai
replier & s'eftant enfuite ralliée ,
empècha les ennemis de profiter autant
qu'ils le pouvoient du defordre
où eftoit la gauche. Pendant ce
GALANT 407
les
temps Mr de Murfay fut attaqué
dans fa marche , où il apprit que
Mr d'Albergoti avoit voulu remarcher
pour fe joindre à luy ; mais
n'ayantpå forcerun Village que
ennemis occupoient entre eux , il
prit le parti de marcher au Corps
qui fe prefentoit devant luy : cette
démarche bardie leur en impofa , &
les contint , & Mr de Murfay ayant
reconnu qu'ils eftoient beaucoup plus
forts que luy fe remit en marche devant
eux & gagna Baftia , fans
qu'ilspulentny ofaffentjamais l'at
taquer , la maniere dont il s'eft con
duit en cette affaire a eftefort louée
de Mr de Vendôme , & generalement
ici de tout le monde. Ilfut
blesse legerement au pied dans le
commencement de l'action & n'en
témoigna rien qu'à la fin , ayans
commandé comme à l'ordinaire.
408 MERCURE
Mr d'Albergotia eu cent cinquanté
hommes tuez ou bleffez , &
une douzaine d'Officiers ; les ennemis
ant perdu deux cens hommes .
Mr d'Albergoti a fait abandonner
Final de Modene ,
Le mot de l'Enigme du mois
l'on citoit la Cloche : ceux qui
I'ont trouvé font :
Simon François de Préel &
fon époufe de la rue Saint Julien
des Meneſtriers ; Bardet &
fon Ami du Pleffis du Mansi
Marc - Antoine Charriere d'Auxerre
Raffy & Prevoft Bernady
: Nicolas Goffet de la ruë
Gervais Laurent , prés Sainte
Croix de la Cité Daniel le
Chin , Procureur Fifcal à Eglegay
proche d'Auxerre , & fon
GALANT 409
grand ami le fieur Trebuchet :
Felix chez vr de Valentinay autrement:
l'agreable du quartier
de S. Koch : Jean Laifné de la ruë
Portefoin au Marais , le Pere
Bon prés - le Pont Royal : Def
landes Maffieu de l'Ifle Nôtre
Dame & fon aimable voisine :
le beau Mr le Blond du Pont
S. Michel & la charmante Larchat
: Alexandre Lifandre , &
fa chere Caliſte de la ruë des
Boucheries quartier S. Honoré :
l'Infortuné Chevalier de la
Grange à la Tournelle : le Solitaire
fans defirs : le plus petit
des trois freres : le beau Moran
le camus au grand nez :
le Chevalier Sancho Pança :
du Griffon d'or & fon aimable
Deniſe Mr de Brevillers
410 MERCURE
l'Apollon d'Amiens le Prieur
de Saint Laurent & de Nôtre-
Dame , fon cher amy le foupirant
aprés un heureux eftat ,
& le petit Ortolan de la ruë
Quinquempois. Meſdemoiſelles
de la Touche de la ruë Coquil
liere : la Tour Saint Gervais
fur le Quay Pelletier : la belle
Moreau de la grande Salle du
Palais la belle Manon du chef
S. Landry rue des Marmoufets
Loüife Oudain , & le jeune fon
voifin de la rue Beaubourg
Mademoiſelle Diar des trois
lampes du Fauxbourg Saint
Germain , & Mr Joüet de la
rue de la Tacherie : la Bergere
Climene & fon Berger Tircis
de la Place Royale : l'amie
d'argent ou l'aimable Daigne-
:
GALANT 411
Perfe , Meſdames de Buffy , &
des Neges , Mademoiſelle d'Angaches
, l'Abbé de Monblet
& le Poli la Jonchere. L'incom.
parable Marie des Neges , & la
Pimparéede Tocquin : la belle
fans nom . & la Marchande de
cervelle de la rue Boutdebrie :
les charmes raffemblez de la rue
des Bernardins , & fon fidel
Berger : l'Elixir des graces de
la rue Beaubourg ' , & fon fecret
& timide Amant.
L'Enigme qui fuit eft de Mr
Boquet du Mefnil Receveur
general des Faux nobles de
Toulouſe .
ENIGMF:
Las on me trouve rude
PLas
sigh
Plus on me cherit en tous lieux.
412 MERCURE
Le plais en compagnie , & dans la
folitude ,
Etje charme l'ennuy des jeunes &
des vieux.
Iefais genereufe & fi bonne
Que je rends tout ce qu'on mé
donne ;
Maisfije viens à m'adoucir
On me meprife , on me rejette
Et c'eft à quoy je fuis fujette
Lorfque j'ayfait trop de plaifir.
L'Air qui fuit ne vous déplaira
pas.
AIR
NOUVEAU.
fens une peinefecrette
Qui m'annonce quelque malheur
!
Neferoit- ce point vous trop aimable
Lifette
GALANT 413
Qui troublez la paix de mon coeur.
allerde Baviere font
heur
LYON
rott
une pal
VILLE
412 MERCURE
Le plais en compagnie , & dans la
folitude ,
Et je charma Laus
Lo
ra
1
ifette
GALANT 413
Qui troublez la paix de mon coeur.
Si les nouvelles de Baviere font
rares parce que les Couriers ne
paffent pas facilement , on doit
compter qu'elles font bonnes ,
du moins n'en est - il point encor
venu de mauvaiſes de ce
cofté là. C'eſt une chofe furprenante
que les ennemis aprés
avoir demeuré pendant prés de
deux mois devant le Château
de Rottemberg ayant été obligez
de lever le Siege. Nous ne
marchons point fans les faire
fuir , & Mr de Baviere n'attaque
point de places fans les
prendre en tres peu de temps.
Ce Prince ayant feparé fon
Armée en deux , en a laiffé
une partie du cofté de Paffau
"
414 MERCURE
}
1
pour obferver le Comte de
Schlik , & a marché droit au
Tirol ayant laiffé le foin de
deffendre fes Ecats à Mr de
Maréchal de Villars campé environ
trente lieuës endeça de
Munick. Il a dans fon Armée
douze Eſcadrons Bavarois qui
Tuy tiennent lieu de la Brigade
Condé qui eft dans l'Armée
de Son Alteffe Electoralele
Comte de Stirum eft à dix
lieues ou environ de l'Armée
de Mr le Maréchal de Villars ,
où on affure qu'il a este joint
par Melo Prince de Bade qui
n'a dit on laiſſé dans les Lignes
de Stoloffen que les Troupes
Hollandoifes ;mais il eft difficile
de fçavoir au jufte ce que
M de Bade a ammené avec
t
41%
GALANT 415
l'Arluy,
& ce qu'il a laiffé dans les
lignes , tant on prend foin de
le cacher. On
croit
que l
mée de Mr le Prince de Bade
& de Mr le Comte de Stiruma
199
eſt
d
20.
cinq mil hom
mes. Des quatre Corps d'Armée:
dont je viens de vous parler
trois font dans l'inaction , celuy
que commande Mr l'Electeur
de Baviere eft le feul qui agit
il s'eft d'abord emparé du Chateau
de Charnis qui eft à l'entrée
des gorges qui conduifent
à Infpruck. Il ne reftoit plus
à prendre que celuy de Kevvfteing
pour s'en ouvrir entierement
le paffage.
On
croyoit l'emporter en fept qu
huit jours cependant il en au
roit pû tenir quinze s'il s'eftoit
Juin 1793.
Na
416 MERCURE
bien deffendus mais la fortune
fecondant la juftice des Armes
de Mr l'Electeur de Baviere l'a
rendu maistre de Château prefque
dans le mefme
temps qu'il
s'eft prefenté pour l'attaquer.
Les affiegez ayant voulu brûler
un des Fauxbourgs , le vent qui
eftoit violent a communiqué
le feu à la Ville & ce feu's'eft
enfuite porté à une des Tours
du Chateau . Mr des Landes
Ingenieur François voulant
profiter de l'occafion a auffitoft
attaqué ce Chasteau , à la
faveur de flames avec un détachement
des Grenadiers de la
Brigade de Condé : ainfi voila le
paffage de l'Italie ouvert à nos
Troupes , & fermé aux allemans
la ville d'Infpruck qui
n'eft pas une place de guerre, ne
GALANT 417
$
Cas
devant eftre regardée que comme
une Place devant laquelle il
fuffit de fe prefenter pour s'en
rendre le Maiftre.
Les Nouvelles imprimées
en Hollande affurerent il y a
quelques jours , que les François
avoient efté entierement
chaffez de la Gardelouppe : Cependant
, on a fçû dans le
même temps , que les Anglois
ont efte chaffez avec perte de
fept ou huit cens hommes de
la partie qu'ils y occupoient .
J'aurai foin de vous envoyer
le mois prochain de tres - belles
Relations ou vous trouverez
un ample détail de tout ce
qui s'eſt paffé en ce pays là .
Mile Coadjuteur de Strasbourg
a cité nommé pour remplir la
Na ij
418 MERCURE
place de feu Mr Perault à l'Academie
Françoiſe Je vous en
entretiendray lorfque ce Prinfera
reçû à cette Academie. Ora
Le Roy a donné des Brevets
de Colonels à fept Exempts de
fes Gardes du Corps , du nom bre defquels
font ,
Mrom
Che
valier de Velleron , & Mrs de
la Billarderie , de Druys de S.
Hilaire de Monlezun , & Danjauny
Jen'ay encore pu avoir le
nom du feptième . LeRoy a don.
né des pareils Brevets dans la
Gendarmerie , & Mr le Che
valier de Janfon en a cú un.
Il eft arrivé un Vaiffeaua
des Indes au Port Louis tresrichement
chargé. Je vous en
envoyeray la cargaifon.
Mi de Baucaire a pris deux
GALANT 419
Bâtimens chargez de vin pour
Armée d'Italie , & Mr du
Quefne- Monier en a brûlé quatre
autres chargez de provifions.
pour la même Armée.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
aprés avoir couché à
Colmar , & vifité le Fort Louis ,
alla à Scheleftat & enfuite à
Strafbourg , où il arriva le 6 .
de Juin à deux heures aprés midy
, accompagné de plufieurs
Officiers generaux. Ce Prince
fut falué de toute l'Artillerie
de cette Place , & les acclamations
du Peuple furent grandes.
Il eftoit fuivi de quelques Compagnies
du Regiment de Bourgogne
Cavalerie , il mit pied à
terre à l'Hoftel d'Uxelles , il y
fut complimenté au moment de
420 MERCURE
fon arrivée par les Princes
Palatin , de Birkenfeld , & des
Deux- ponts , & par les Magiftrats
de la Ville. Ce Prince
foupa avec plusieurs Officiers
generaux. Il vit au fortir deettaa--
ble l'illumination de la haute
Tour de la Cathedrale , & s'alla
enfuite repofer. Il y eut des
Feux dans toutes les rues , qui
durerent pendant la plus grande
partie de la nuit.
Monieigneur le Duc de Bourgogne
fe rendit le lendemain
feptiéme à la grande Eglife , où
aprés avoir entendu la Melle il
affita à la Proceffion du Saint
Sacrement , dont il eftoit ce
jour- là la Fete , & fa pieté édi
fi tout le Peuple . Il alla enfuite
diner chez Mr le Prince de
GALANT 421
*
Birkenfeld . Madame la Maréchale
de Villars alla le faluer
à l'iffuë de fon dîner . Ce Prince
délivra le 8. aprés midi tous les
Prifonniers condamnez aux Galeres
, & fit l'honneur à Madame
la Maréchale de Villars de
luy rendre vifite Il monta à
cheval le même jour , & alla
voir les Fortifications de la Vil.
le, de la Citadelle , & du Fort
de Kell . Il partit le lendemain
9.à quatre heures du matin
pour aller à l'Armée , qui eftoit
décampée du Camp de Heerth
pour aller à Haguenau , d'où
elle devoit prendre la route de
-VVeiffembourg Il arriva le
même jour à Haguenau aprés
avoir effuyé pendant tout le
jour une tres - grande pluye . Il
422 MERCURE
P
alla voir fon Armée , dont il
fut falué de toute l'Artillerie:
Elle eftoit campée la droite à
Haguenau le long de la Moter.
Il coucha à Haguenau , & alla
vifiter le Chafteau de Bicheviller
, accompagné de Mr le ma
réchal de Tallard . Ce Prince
décampa le ir pour aller à
Sultz , & a V Vert , & de là à
VVeiffembourg , & à Lauter
bourg. Harriva le 13. aufoir au
Camp de Langenflental, Mr le
Maréchal de Tallard alla voir
les retranchemens que Mr le
Prince de Bade avoit fait faire
depuis V Veiffembourg jufqu'au
Rhin , en paffant par Lauterbourg
ayant la Luter devant.
On apprit que la Garnifon du
Chafteau de Traërback ayang
fair
GALANT 423
fait une fortie le 13. avoit tué
cinquante - quatre Houffards ,
& avoit pris dans l'un de leurs
quartiers cent cinquante chevaux.
Le même jour 13. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
alla vifiter fon Camp . Son Armée
eftoit campée la droite à
Langenflental ou Schleidal ,
comme le nomment les Payfans
le long de la Luter .
*
Le 14 Monfeigneur le Duc
de Bourgogne ne fortit point.
Le 15. il alla vifiter fon Camp ,
& tous les Poftes Le même
jour les Principaux de Gemerf
heim vinrent dans fon Camp
luy demander fa protection.
Le 16. ce Prince monta encore
à Cheval nonobftant une
fort grande pluye , & alla à
Juin 170%
Oo
424 MERCURE
V Veiffembourg pour y voir les
Retranchemens des Ennemis ,
qu'on avoit commencé à combler
& à rafer depuis quatre
ou cinq jours. Le 17 ce Prince
nefortit point
val
པ་
and
La perte d'une Lettre eft
caufe que je je ne vous dis
point ce qu'il fit le 18 , & le 19 .
Le 20. ce Prince monta à che
l'aprefdinée , & alla vifiter
la premiere ligne de fon Armée.
Le 21. au foir on apprit que
les Ennemis eftoient venus act
compagnez de Houffards pour
inquieter les Travailleurs du
cofté du Chateau de S. Remy ,
fix Soldats qui eſtoient dans le
Moulin avancé fe retirerent ,
& avertirent le Corps de garde
qui chaffa les ennemis , mais ils
GALANT 425
₹ ne laifferent de mettre le
pas
feu au Moulin . Il y eut deux
Houffards tuez , & nous perdîmes
un Soldat .
Vous trouverez dans la Lettre
ſuivante la fuite de ce Journal
.
L'on travaille toujours à rafer le
retranchemens des ennemis ceux
de Villembourg & des environs le
font , mais ceux de Lauterbourg &
de deux ou trois lieuës aux environs
ne le font pas encore , & ne peuvent
l'ètre fi toft; ils fontfaits de maniere
qu'ils donnent beaucoup de peine :
ce font des clayonnages & des fafcinages
de vingt & vingt- cinq pieds
de long , fraifez & pallißadez, Ouvrage
qui a esté prés d'un an & demi
àfaire par Mr de Bade . L'aban ,
O o ij
426 MERCURE
don qu'il en a fait marque la foi
bleffe de l'Empereur , car peu d'hom
mes dans ces retranchemens auroient
arrefté une Armée . Avant hier 22 .
le feu prit vers les neuf heures du
matin à une grange à une maifon
fort grande & à une écu
rie , & en moins d'un quart d'heure
tout fut embrafé fans qu'on pat en
approcher ; ce fut la Bouche qui y
mit le feu on ne put même fauver
les Fourgons & Chariots qui eftoient
dans l'enceinte de ces Baftimens.
Cela eftoit attenant de la maifon
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, perfonne n'y a pery , quanti
de hardes & toutes lesfournitures de
la Bouche ont efté confommées
beaucoup de batteries de Cuifine ,
fort peu d'argenterie ; ce peu mème
s'eft retrouvée en partie fonduë. Le
GALANT 427
>
22. Monfeigneur le Duc de Bourgogne
fit la revue de fon Armée ,
qu'il trouva tres belle & compofee
de Troupes pleines de bonne volonté
, ce même jour Monfeigneur le
Duc de Bourgogne alla diner chez
Mr le Maréchal de Tallard à
caufe dufeu , ily foupa le foir & y
dina encore le lendemain . La Bouche
à l'avenir n'habitera plus qu'un
champ , où le feu ne pourra plus
prendre. Monfeigneur a deja commencé
à diftribuer de l'argent à tous
ceux de la Bouche qui ont perdu
dans tet embrafement , & prétend
que perfonne n'en fouffre:
Le 24 au foir Mr Sainte
Marthe Courier du Cabinet
rendit des Lettres du Roy à
Monfeigneur le Duc de Bour-
O o iij
428 MERCURE
gogne . Le 25. ce Prince ne for
tit point , & y fit réponſe , le
26. il monta le matin à cheval
& alla vifiter les lignes de
Vveiffembourg
& les redouttes
, il les trouva entierement
rafées , il en ramena fept à huit
cens perfonnes , le 27: il monta
le matin à cheval , & fit paffer
devant lui en reveüe les Gendarmes
& Chevaux legers de
Bourgogne , il vit auffi fon
Regiment de Cavalerie.
Če Journal doit vous faire
connoître que Monfeigneur le
Duc de Bourgogne a toujours
efté en mouvement depuis fon
depart , & que ce Prince qui
ne refpire que la gloire a fait
voir de nouveau depuis fon depart
qu'il eft infatigable , que
GALANT 429
7
fa pieté eft toûjours exemplaire
, que fes liberalitez le
font toûjours regarder pour un
grand Prince.
Vous ne douterez point de
ce qui fuit , quand vous verrez
par qui ila efté dit.
A Marly le 4. Juillet 1703 .
Mr Provoft Capitaine des Gardes.
de mrle Maréchal de Bouflers , ar
riva bier au foir apres le fouper du
Roy. Il eftoit chargé d'une Lettre de
fon Maiftre pour Sa Majesté , dans
laquelle il faifoit non feulement le
recit de l'action qui fe paffa Samedi
trentième du mois paffé , mais aufi
l'éloge de tous les Officiers qui fe font
diftinguez en cette occafion . Le Roy
430 MERCURE
7
dit touthaut, aprés avoir lucette lettredans
fon cabinet, que M¹ de Bedmard
, ayant dépêché un Courier
à Mr le Maréchal de Vil
leroy pour luy demander un
prompt fecours , attendu que
les Ennemis fous la conduite de
Mr d'Obdam , un de leurs Generaux
, avoient forcé nos li
gnes du cofté d'Anvers ; pour
toute réponſe , Mr le Maréchal
de Bouflers avoit marché fur le
champ avec un détachement de
trente Compagnies de Grenadiers
, dix - huit Bataillons , &
quarante Efcadrons ; & que ces
Troupes ayant encor efté jointes
par quelques autres de Mr
de Bedmard , elles s'eftoient
avancées à Hekeren , à une
dieue & demie d'Anvers , où
GALANT 431
eftoit l'Armée des Ennemis
qu'il avoit falu faire un grand
circuit pour aller à elle à caufe
d'un grand marais ; ce qui luy
avoit donné le temps de fe mettre
en bon ordre pour attendre
les noftres ; que les Ennemis à
leur approche avoient fait un
feu fi prodigieux que nos gens
en avoient efté étonnez , &
avoient perdu un peu
de terrain ;
mais qu 'ils eftoient revenus à la
charge avec tant de fureur ,
que les Ennemis s'eftoient retirez
dans un autre Pofte , d'où
ils avoient encore efté chaffez ,
& enfuite de plufieurs autres ;
que l'action avoit commencé
entre trois & quatre heures
aprés midy , & avoit duré juf
qu'à dix heures du foir , & que
432 MERCURE
les Ennemis alors eftoient reve
nus avec bonne contenance , &
avoient fait une décharge terrible
qui avoit fait plier quelques
nouveaux Regimens ; mais
qu'ils avoient efté bientoft foûtenus
par de vieux Bataillons ;
qu'on avoit fait avancer ; que
Mr de Guifcard & Mr le Duc
de Guiche avec des Dragons à
pied avoient fermé la fortie
d'un Village à un gros Corps
de Troupes des Ennemis qu'on
avoit crû fur la fin du jour pouvoir
enfermer abfolument les
Ennemis , & empêcher leur retraite
mais qu'ils avoient fait
paroître tant d'opiniâtreté , que
l'on avoit jugé à propos de leur
laiffer un paffage libre , & qu'ils
ز
s'eftoient retirez à Lillo . Mr
GALANT 433
Provost affure , qu'ils ont au
moins perdu fix mille hommes ,
qu'on leur a fait huit cens prifonniers
, pris trois cens Chariots
, tant des Vivres que de
l'Artillerie , fix pieces de canon
, quarante Mortiers , beaucoup
d'équipages de particuliers
. Madame la Comteße de Til
ly qui eftoit venuë diner avec fon
mary , a efté faite prifonniere. Mr
de Bouflers mande au Roy , que
nous avons perdu environ quinze
cens hommes ; que мr de Seguiran
Colonel du Regiment
du Maine , a efté tué , Mr de
Courville Colonel reformé dans
le même Regiment , prifonier
& deux Capitaines & huit
Subalternes tuez : que le Regiment
de Mortemart a beaucoup
434 MERCURE
fouffert , & que le Colonel Mr
le Duc de Mortemart a esté
bleffé au pied , fans avoir voulu
fe retirers qu'il y a du Regiment
de Dragons du Roy , fept Capitaines
tuez ou bleffez , que
Mrs Brifart , Duret & le Chevalier
de Sourches , fils de Mr
le grand Prevoft , Officiers des
Grenadiers du Regiment des
Gardes , ont efté bleflez ; & que
Mr d'Erlac Capitaine dans le
Regiment des Gardes Suiffes a
eu la jambe caffée , & que Mr
de Marcillac Exempt des Gardes
du Corps , qui avoit accom .
pagné Mr le Duc de Villeroy ,
a efté bleffé.
Plufieurs des principaux Officiers
de l'Armée des Ennemis fe font retirez
dés le commencement de l'affai .
re
GALANT 435
au re , avec des cocardes blanches an
chapeau , pourfe fauver.
Le Dimanche premier de ce mois
nos Troupesfirent divers mouvemens
pour voir s'il n'y avoit pas lieu à
quelque nouvelle attaque. Le Eundi
matin Mrde Bouflers écrivit an
Roy la grande Lettre dont je viens
de vous parler, & Mr Provost ne
partit qu'à cinq heures du foir ce
même jour. Il arriva hier àonze.
Les Hollandois fe fouviendront
long- temps d'avoir attaqué
nos lignes ; cette attaque
ayant efté cauſe du combat qui
leur a efté livré par Mr le мaréchal
de Boufflers. Ils n'avoient
pas fujet de fe vanter de
d'expedition des lignes , puis
qu'ils ont eu huit cens hommes
tant tuez que bleffez dans cette
PP
Juin
1703.
436 MERCURE
expedition, parmi leſquels font
trois Brigadiers , Mr de Vaffy
Gouverneur du Sas de Gand , &
Mr de Vendey font du nombre,
ainfi qu'un Major , deux Colonels
, & plus de quinze Capi
taines. Ils ont fait demander
aux Officiers du païs de Vvaës
trente Chariots pour tranſpor
ter leurs bleffez , & une partie
de leurs morts .
Il m'eft impoffible de vous
dire des nouvelles certaines des
Flottes d'Angleterre & de Hollande
qui ont paru fur les côtes
de Bretagne , elles y ont fait
de legeres tentatives , & il n'a
efté befoin que de femmes pour
les faire éloigner de quelques
endroits ces Flotes ont menacé
toute la coſte pendant deux
GALANT 437
nois , & ont fait voir , que fouvent
ceux qui menacent ont
grand peur; elles n'ont fait aucune
entrepriſe confiderable , &
l'on ne peut même pas dire
qu'elles en ayent fait : elles ont
effuyé plufieurs fois ces vents
contraires qui leur ont fait perdre
quelques Vaiffeaux : elles
ont beaucoup fouffert d'abord,
ayant manqué de vivres , parce
que les vents empéchoient
d'arriver les Bâtimens qui leur
en portoient les debris qui ont
paru de puis peu
fur la Mer font
croire que ces Flottes ont perdu
depuis peu un nombre confiderable
de Vaiffeaux .
1%
* 10
Je vous envoye une Relation
complette du combat donné par
Mr de Bouflers .
Ppij
438 MERCURE
L'Armée de Mr de Marl
bouroug ayant quitté les ens
virons de la Meufe pour le pos
fter du cofté du Brabant , où
l'on mandoit de toutes parts
que
les Ennemis vouloient faire
le Siege d'Anvers , Mrs les Maréchaux
de Villeroy & de Bou
flers , qui fuivoient de prés leurs
mouvemens , jugerent à propos
eftant arrivez avec l'Armée à
Dieft , de détacher trente Ef
cadrons de Cavalerie & Dragons
, avec trente Compagnies
de Grenadiers , & de les faire
marcher diligemment pour fe
joindre au Corps commandé
par Mr le Marquis de Bedmar ,
& le mettre en eftat d'attaquer
Mr d'Obdam Mr le Maréchal
de Bouflers crut devoir y mar-
2
GALANT 439
cher en perfonne , ce qu'il fit..
Le tout fe joignit le 30. à fix
heures du matin , & compofa
vingt - huit Bataillons & quarante-
huit Eſcadrons , qui mars
cherent fur le champ aux Ennemis
; mais leur pofte eftoit
couvert de tant de foffez , marais
, & vvatregands , qu'il falut
faire un grand tour aux
Troupes pour les approcher.
Dés que la Cavalerie & les
Dragons furent arrivez on les
attaqua & repouffa fur leurs
digues & chemins jufqu'au Village
d'Hekeren. Mrs le Baron
de Bay , Prince d'Epinoy , d'Achy
, de Silly , & de Verboom
eftoient à la tefte , & furent
faivis de prés par мrs le мaréchal
de Bouflers & de Bed-
Pp iij
440 MERCURE
mar , d'où les ennemis s'eftant
apperçus que nous n'avions
point encore d'Infanterie , ils
revinrent & firent un très - grand
feu , qui fit juger à propos d'attendre
qu'elle fuft arrivée pour
les forcer : elle n'arriva que fur
les quatre heures du foir, aprés
une marche de plus de dix heures
& les Grenadiers détachez
de l'Armée que мr de
Montgeorge commandoit , depuis
plus de trente- quatre heures
, fans prefque avoir halté .
>
Auffi - toft on envoya fix bataillons
à мrs les Comte de
Guifcard & Duc de Guiche ,'
qui eftoient à la droite , & l'on
marcha avec les vingt - deux autres
bataillons du cofté du Village
d'Hexeren pour en atta
GALANT 448
༄
quer à peu prés un pareil nombre
des Ennemis qui y paroiffoient
poftez tres - avantageufe
ment derriere des hayes , & de
bons foffez pleins d'eau , & des
vvatregants , dont le pays eft
Coupé . Mrs de Thouy , Prince
d'Epinoy & Labadie fe mirent
à la tefte. On mit quatorze ba
taillons en premiere ligne , &
huit en feconde , dix pieces de
canon placées tant dans le front
que fur la gauche pour voir les
Ennemis à revers ; elles tirerent
avec beaucoup de fuccés
avant que nos Troupes s'avançaffent
, ce qui intimida fort les
Ennemis , qui ne nous tiroient
que de fix petites pieces. On
marcha à eux dans cet ordre
avec beaucoup de fierté , les ens
442 MERCURE
nemis prefentoient à peu prés
le même nombre de bataillons
avec une feconde ligne , qui
paroiffoit égale à la noftre . On
marchoit à eux tout à découvert
par un pays où il falloit
Touvent le rompre , à caufe des
foffez & vvatregants . On trou
va un ruiffeau devant eux , cependant
nos Troupes les aborderent
malgré leur gros feu , &
les chafferent de tous les premiers
poftes qu'ils occupoient ,
où ils laifferent quatre pieces
de canon.
De là on marcha au Village
d'Hekeren leur quartier general
, où il y avoit trois bataillons
qui en furent chaffez , on
y manqua de tres peu de temps
Mr d'Obdam , qu'on affure s'ês
GALANT 443
tre retiré luy cinquième , à
Bergopfom ou à Breda. On y
pilla derriere la grande ligne
qui va à Lillo , plus de trente
Chariots d'équipages & d'artil
lerie.
Comme le pays eftoit tout - àfait
favorable aux ennemis , &
leur fourniffoit à chaque pas
des poftes avantageux , ces premiers
progrés ne purent pro
duire la prompte décifion qu'on
devoit naturellement en efperer
, & cela engagea un combat
de poftes des plus vifs & des
plus opiniâtres qui a duré juf
qu'à la nuit formée , fans jamais
pouvoir joindre , l'Epée à la
main , & fans que nôtre Cavalerie
pût agir à cauſe des Digues
, Foffez , & Vvatragans
444 MERCURE
qu'elle avoit devant elle , elle
fervoit feulement par fa bonne
contenance à contenir les en
nemis , & affurer nôtre Infanterie
.
Pendant ce temps là Meffieurs
le Comte de Guifcard & Duc
de Guiche n'eftoient pas fans
occupations de leur cofté , auffi
toft qu'ils eurent les fix Bataillons
dont j'ay parlé cy deffus
conduits par Mr de Grimaldi, Mª
le Duc de Guiche attaqua le
Village d'Orden dans lequel il
y avoit un gros détachement
des Ennemis foutenus par deux
Bataillons & quatre pieces de
Canon dont aprés une affez
grande refiftance il fe rendit le
maiftre & des quatre pieces de
canon dont il fe fervit enfuite.
GALANT 445
%%%
utilement contre les Ennemis
& lefquels à mesure qu'ils
cftoient pouffez , faifoient de
nouveaux efforts pour le faire
un paffage & pouvoir fe retirer
à Lillo..
Ce combat de poftes ayant
efté continué ainfi de part &
d'autre avec toute la vivacité
& toute l'opiniatreté poffible ,
nos Troupes ayant pouffé plufieurs
fois celles des Ennemis
jufqu'a l'extremité de leur digues
, & quafi preft à fe jetter
dans l'Efcaut , la nuit obligea
de ceffer , les Enemis firent
pourtant encore un dernier
effort pour nous repousfer
, on foûtint leur feu & leur
charge de Cavalerie de leur
digues jufqu'a 11. heures qu'ils
446 MERCURE
fe retirerent, Mrs de Thouy &
Prince d'Epinoy pafferent prefque
toutes la nuit dans le Village
d'Heckeren , on raſſembla
les Troupes & ramena l'Artillerie.
Dés que le jour du lendemain
parut on retourna fur le
champ de Bataille & dans tous
les quartiers , raffembler tout
ce qui eftoit refté de Bleffez
& de bagages fans que perfonae
de lear
A
•
party
ait
paru
le débris de leur Armée
s'eftant retiré pendant la nuit
dans la derniere
confufion fous
Lillo.
On ne peut donner plus de
louange que Mr le Maréchal
de Bouflers en donne à toutes
les Troupes , tant Françoiles ,
Elpa .
GALANT 447
Eſpagnoles que de Cologne qui
eftoient à cette action , non
plus qu'à tous les Officiers generaux
& particuliers de même
nation.
Les ennemis ont perdu en
cette occafion un Officier ge .
neral , dont on ne fçait pas encore
le nom , 4000. tuez ou
bleffez 6. ou 700. prifoniers ,
leur Canon compofé de fix pieces
, deux gros Mortiers , 40 .
petits , 300. Chariots d'Artillerie
ou d'Equipage , beaucoup
d'Outils à remuër la terre ,
quantité de Vaiffelle d'argent,
& d'argent monnoyé , des Generaux
pillez. La femme de Mr
le Comte de Tilly , qui ce jourlà
étoit venuë dîner avec lui , a
cfté faite prifonniere. Ils ont eu
Juin
1703.
448 MERCURE
beaucoup d'Officiers de remar
que tuez , nous n'y avons pas eu
plus de 3. ou 400. morts , & 7.
à 800. bleffez ,
On vient de m'affurer que
mille hommes des Ennemis ont
efté noyez à Lillo en fe rembarquant
avec precipitation , & que
deux cent Deferteurs font cntrez
à Anvers le jour du combat.
Ma Lettre eft fi remplie ,
que je fuis obligé de reſerver
un grand nombre d'Articles
pour le mois prochain . Je fuis ,
Madame , vôtre , & c .
A Paris , ce 5.
"
Fuillet 1703 :
APOSTILLE .
Dans l'article de la mort de Mr Felix ,
qui eftoit dans maderniere Lettre , on a
mis Felix de Thuify , & il faut Taffy.
GALANT 449
e
Je reçois en ce moment la
Relation que je vous envoye .
Au Camp fous Liere ce 3 .
Juillet 1703.
30 .
Quoy que Mr le Maréchal de
Boufflers ait envoyé un Courier
au Roy pour luy rendre compte d'une
action qui s'eft paffée le du
mois de fuin , je ne laifferaypas ,
Monfieur, de vous en dire un mot ,
& vous devez m'en fçavoir gré ;
car je fuis extrêmement
fatigue.
Les Ennemis voyant que par la
fituation que Mr le Maréchal
de
Villeroy s'eftoit donné dans fon
Camp de Sainfervalen
, où il avoit
campé fon Armée en Plaine devant
eux , il ne leur eftoit pas poffible
de rien tenter du cofté d'Huy & de
Juin 1703 Rr
45° MERCURE
7
>
Namur , tournerent leurs idées du
cofté & Anvers. Ils allerent attaquer
les lignes du Pays de Vaës le
27. du mois paffe & le mème
jour ils marcherent pour s'aprocher
du cofté d'Anvers . Mr le Maréchal
de Villeroy fit marcher fon
Armée du mefme cofté , pour s'y oppofercomme
il avoit fait du cofté de
Namur. Il fit faire une grande
diligence à fes Troupes pour arri
ver à Dieft. Les Ennemis crurent
que ce mouvement n'eftoit que pour
rentrer dans nos lignes ; mais
Mr le Maréchal de Villeroy leur
fit bien voir que fa Campagne
n'eftoit pas encor finie. Ils avoient
un Camp à une lieuë de la ligne
de Liere à Anvers . Mr le Maréchal
de Villeroy , forma le projet
de faire attaquer ce corps par ceGALANT
451
luy que Mr de Bedmard avoit
dans les lignes ; pour cet effet il
renforça ledit Corps de 30. Efcadrons
, & de 30. Compagnies de
Grenadiers qu'il detacha de fon
Armée ; par ce detachement Mr le
Maréchal de Villeroy s'affaiblioit
devant un Ennemi qui lui eftoit déja
fuperieur; mais il avoit difpofé la
chofe de maniere qu'il pouvoit faire
rejoindre ce detachement en moins de
deuxjours. Mr de Bouflers fe char.
gea de conduire le détachement , &
emmena avec lui Mr le Duc de
Villeroy , & Mrs de Gaſſion & de..
Bay Lieutenans generaux , Mrs le
Dac de Guiche , le Prince d'Epinoy
, & le Comte d'Horn Maréchaux
de Camp , ce détachementfit
une grande diligence , & joignit le
Corps de Mr de Bedmard le 30 .
452 MERCURE
:
le mêmejour on attaqua les ennemis
fur les quatre heures aprés midy
le Combat dura jusqu'à onze
du foir. Partoutes les Relations qui
nous font venues : nous avons ap.
pris qu'il fut fort opiniàtré. Nous
avons ven l'état des bleſſez , qui
monte à 840 tant Officers que
Soldats ; Mr le Duc de Villeroy ,
quiy a fait des choſes ſurprenanies,
dit qu'il n'est pas resté 500. bommes
des nôtres fur la place. Les
Ennemis ont fait une bien plus
groffe perte. Ils ont efté culbutez plu
fieurs fois Ils ont perdu 3 à 4.
mille hommes , fans compter plus de
800. Prifonniers qu'on leur afait.
Le Champ de bataille nous eft
refté . On leur a pris fix pieces de
canon , deux
deux gros Mortiers , 40.
petits , toutes les Munitions , & be
GALANT 453
Bagage de tout leur Camp Mada
me la Comteffe de Tilly dans fon
Caroffe , & 300. Chariots attelez-
Vous conviendrez
que tout ce cy
eft tres agréable pour noftre General.
Cette Lettre a efté apportée
par un Courier de Mr le Maréchal
de Villeroy qui eft arrivé
icy aprés midy. Ce Maréchal
mande au Roy qu'un de
nos partis venoit de prendre un Courier
de Mr d'Obdam , auquel on a
trouvé une lettre pour мr de Marboroug
, par laquelle il luy fait
fçavoir qu'il s'en va à la Haye , &
que fes Troupes ont efté fi maltrai
tez & fonten fi mauvais état qu'on
n'en doit attendre aucun fervice de
cette Campagne , qu'il n'a pû même
en raffembler fous Lillo qu'une
454 MERCURE
petite partie , & que plus de la
moitié a fui jufqu'à Bergopfom:
L'on afceu icy que Mrle Duc de
Guiche avoit refufe à Mr de Bouflers
d'apporter au Roy cette nouvelle
, & qu'il s'en eftoit excufe fur
le chagrin qu'il auroit , fi pendant
fon abfence il fe paßsoit une autre
affaire. On dit qu'il s'eftfort diftingué
en cette occafion , & que fon!
Fils âgé de quinze ans à toujours
efté à son cofté .
Mr de
Boufflers n'avoit point
les dix - huit
Bataillons dont
j'ay parlé à la page 430.
ELIOTE
餃
LYON
TABLE.
Panegyrique du Roy prononcé en
Sorbonne.
Article de Morts .
6
15
4.2
Suite du Sçavant ouvrage de la
conformité &c.
Benefices donnez par le Roy. 67
De l'orgueuil & des miferes de
l'homme , Satire . 83
94
Détail de l'Entrée, & des Audiances
données à Mr.ľ Ambaßadeur
de France à Venife.
Eglife des Filles de l'Adoration
perpetuelle du Saint Sacrement
de l'Autel , Benite à Charenton.
Mort deMr de Montholon .
138
149
TABLE.
Charge de premier Prefident de
Rouen donnée à Mr de Pontcarré ·
Eloge du Noir.
Mariage.
A
fons.
161
170
171
Lettre de Mr le Theologal de Soif-
183
Eloge de feu Mr le premier Prefi
dent de Bordeaux.
Quatriéme Article de morts.
197
217
La Nimphe de la riviere Dyonne
prefentée à Son Alteße Serenifime
Monfieur le Dac.
221
236
Serment prefté par Mr le Marquis
de Lanmary.
Patente donnée par le grand Maiftre
à Mrle Chevalier de Ricard.
245
Nouveau Chevalier de Saint
253 Louis.
Ordre de Prêtrife donné à Mr l'Ab-
Qq ij
TABLE.
bé de Villeroy.
Livre preſenté au Roy.
254
261
Efais de Critiques , de Profe & de
Poëfie.
Dialogue des animaux.
264
268
Etat de l'Armée de Mr de Vendo-
273 me.
Etat de l'Armée de Mr le Prince
277
de Vaudemont.
Eftat des Garnisons des places d'I
talie pendant la Campagne.
280
Relations de l'avantage "rempor=
té par Mr le Marquis de Coetlogon.
Stances Chreftiennes .
·284
302
Traité de l'indult du Parlement de
Paris. 3021
Ce qui s'eft paffe aux Ecoles de
Sorbonne à la These foutenue par
Mr Geoffroy. 309
Qq iij
TABLE
Cartes nouvelles..•
317
Expeditionsfaites par Mrde Melard.
322
Mr :Maréchal , Chirurgien de
PHôpital de la Charité eft nommé
premier Chirurgien du Roy,
325
Ordre de Bataille de l'Armée de
326 Flandres.
Copie d'une Lettre de Mr le Maréchal
de Villars aux treize Cantons.
341
Divertißemens de Saint Cloudpendant
dix jours, 350
Mr Lardy eft nommé Chirurgien de
l'Hôpital de la Charitè,
Avis,
355
356
Ordre de Bataille de l'Armée de
Monfeigneur le Duc de Bourgo->
gne. 357
Journal de ce qui s'eft paßé en FlanTABLE.
dres.
Eloge de Sa Majesté Britannique.
Affaires d'Italie.
Article des Enigmes .
Nouvelles de Baviere .
364
382
392
408
413
Nouvelles de la Gardelouppe . 417
Mr le Coadjuteur de Strasbourg eft
nommé Academicien à la place
de feu Mr Perrault. 417
Brevets de Colonels donnez par le
Roy.
418
Arrivée d'un Vaiffeau des Indes
idem .
Baftimens ennemis pris & brulez.
419
Journal de ce qu'à fait Monfeigneur
le Duc de Bourgogne. 420
Nouvelles de l'Armée de Mr de Bouflers.
433
Les Flotes Anglaife & HollanTABLE.
doife rodent inutilement fur les
Coftes de Bretagne. 436
Relation du Combat donné par
Mr de Bouflers , tirée de la Relation
de ce General.
Articles refervez
437
448
THRAUR
DEW
LYON
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
Je n'irois pas pour le bien ,
doit regarder la page 177.
L'Air qui commence par ,
Je fens une peine fecrette ,
doit regarder la page 412.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères